,au lecteur ,cette v]sion lectronique reproduit1 dans son intgralit1 la v]sion orig9ale4 ,la ponctuation n'a pas t modifie hormis quelques corrections m9eures4 ,l'or?ographe a t cons]ve4 ,seuls quelques mots ont t modifis4 ,la li/e des modifications se tr\ve la f9 du texte4 ,,georges ,,rod5ba* ,l',,lite ,,criva9s--,,orateurs ,,sacr,s ,,pe9tres--,,sculpteurs ,,p>is ,,biblio?,,que-,,*>p5ti] ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,gr5elle1 #aa #ahii ,illu/ration ,l',,lite ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur1 #aa1 ,,rue ,,de ,,gr5elle ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,,dans ,,la ,,biblio?,,que-,,*>p5ti] #c fr4 #ej le volume4 ,,le ,r,,gne ,,du ,,sil5ce 7,pome7 #a vol4 ,,mus,e ,,de ,b,,gu9es #a vol4 ,,les ,,vies ,,encloses 7,pome7 #a vol4 ,,le ,,c>illonneur #a vol4 ,,le ,,miroir ,,du ,,ciel ,,natal 7,pome7 #a vol4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 ,dix exemplaires numrots la presse1 sur papi] de ,holl&e4 ,,p>is4--,,imp4 ,,f]d4 ,,imb]t1 #g1 ,,rue ,,des ,,canettes4 ,,georges ,,rod5ba* ,l',,lite ,,criva9s4--,,orateurs ,,sacr,s ,,pe9tres4--,,sculpteurs4 ,,p>is ,,biblio?,,que-,,*>p5ti] ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,gr5elle1 #aa #ahii ,,criva9s ,,baudelaire ,il semble que ,baudelaire ait prvu son propre cas qu& il crivit3 ,les nations sont comme les familles3 elles n'ont de gr&s hommes que malgr elles4 ,en effet1 il e/ surpr5ant de p5s] qu'on le conte/e encore1 que les critiques le dnatur5t1 que les an?ologies le nglig5t1 qu'on le ti5t t\t au plus p\r un pote trange1 malsa91 /rile en t\t cas4 ,mais l'op9ion f9ale s]a de le mettre enf9 au premi] rang o rgn5t ,lam>t9e et ,victor ,hugo1 qu'on cite t\j\rs1 en l'omettant4 ,l'oeuvre de ceux-ci fut en horizon2 le gnie de ,baudelaire e/ en pr(ondeur4 ,le gnie de ,baudelaire6 ,affirmation prmature et laquelle on n'e/ pas acc\tum4 ,de son vivant1 il fut mconnu ou mal connu2 des erreurs1 des int]prtations fausses masqur5t son oeuvre1 et il m\rut1 ne prvoyant pas lui-mme dans quelle lumire de gloire elle f9irait un j\r p> se dress]--pauvre vque dcdant au seuil de son sacre sans avoir vu tomb] les *afaudages de ses t\rs4 ,auj\rd'hui1 cette oeuvre comm5ce app>atre comme une ca?drale ca?olique qu'elle e/ vraim5t4 ,voil ce que n'ont pas s\ponn les criva9s qui s'en sont occups jusqu'ici3 ni ,m4 ,brunetire2 ni ,m4 ,huysmans en ses pages colores2 ni ,m4 ,paul ,b\rget1 qui dcl>e ,baudelaire un pessimi/e1 qu'il ne fut qu'improprem5t1 et un my/ique qu'il ne fut pas du t\t2 ni mme ,?ophile ,gauti] dans sa prface d'un /yle si m]veilleux1 s5suel1 odorant1 niell1 un /yle complexe comme une *imie1 ri*e et fais& comme une v5aison1 mais qui n'a dgag que les aspects pla/iques1 p\r a9si dire ext]nes de l'oeuvre4 ,gauti] tait trop un arti/e en c\leurs et en dcors1 trop un paen1 p\r *]*] le my/re intrieur du pome1 son ressort philosophique et religieux4 ,il e/ vrai que n'avait po9t p>u encore l'ouvrage po/hume de ,m4 ,crepet1 cont5ant entre autres deux fragm5ts 9dits d'une sorte de confession1 de j\rnal intime3 ,mon coeur mis nu et ,fuses1 qui n\s p]mett5t ma9t5ant d'all] jusqu' l'me du pote1 d'lucid] t\te son me4 ,baudelaire surgit ds lors un peu diffr5t de ce qu'on l'a vu d'ord9aire4 ,il app>at ce qu'il e/ ess5tiellem5t3 un ,,po,,te ,,ca?olique4 ,c]tes1 un homme de dcad5ce t\j\rs1 au seuil de la vieillesse d'un monde1 au seuil de ce qu'il appelle lui-mme l'automne des ides4 ,mais cet homme de dcad5ce demeure aussi t\t imprgn de l'glise4 ,p>mi les vices mod]nes et la corruption effrne dont il subit la contagion1 il cont9ue tre le dpositaire du dogme1 le dnonciateur du p*4 ,dj1 au physique1 il avait1 p>at-il1 une rs]ve sac]dotale1 un air de ple vque qui1 vrai dire1 s]ait dpos de son diocse1 mais mo9s p\r des p*s de *air que p\r le p* d'orgueil4 ,il s'e/ exprim d'ailleurs en un vocabulaire t\t enri*i de liturgie1 de brviaires1 de cat*ismes1 emmiell de sa9t-*rme p\r a9si dire1 inocul mme de lat9it1 ce lat9 d'glise qu'il connut bi5 et aima jusqu' en compos] des /rophes3 ,francisc me laudes1 qu'il int]cala dans son livre4 ,ici il ne s'agit plus d'une vague religiosit comme celle de ,*ateaubri& et des romantiques1 mo9s pris du dogme que du culte1 de la pompe des (fices1 du crmonial1 du dcor1 d'une sorte de m]veilleux *rti54 ,celui-ci tait n avec le r5\veau de l'ar*itecture1 ce ret\r au go?ique et au /yle du moy5 ge remis t\t c\p en lumire p> la spl5dide re/auration de ,notre-,dame4 ,cette ,notre-,dame de ,p>is1 aussitt accap>e p> ,hugo1 on peut dire qu'elle fut l'ar*e d'alliance du romantisme4 ,mais ,hugo1 comme le roi ,david1 se cont5ta de dans] devant l'ar*e1 avec ,esm]alda et les bohmi5nes du p>vis4 ,or la gnration qui suivit entra1 elle1 dans ,notre-,dame1 se signa d'eau bnite1 m>*a v]s le *oeur1 affirma son adhsion la foi et aux my/res3 c'tait ,b>bey d',aurevilly2 c'tait ,hello2 c'tait ,baudelaire4 ,a vrai dire1 leurs faons de se comport] dans ,notre-,dame ne fur5t pas p\r rassur] les (ficiants et les suisses1 mme qu& ils s'appro*ai5t de la ,sa9te ,table3 --,v\s devez communi] le po+ sur la han*e8 dem&ait ,baudelaire d',aurevilly4 ,ceux qui v9r5t aprs eux devai5t p\ss] plus lo91 rtrograd] t\t fait jusqu' ce moy5 ge dont ,hugo avait montr le *em94 ,eux tai5t ret\rns ,dieu2 leurs disciples ret\rnr5t ,satan1 qui e/ son ple contraire4 ,la magie se mla la religion1 le grimoire la prire4 ,c'e/ ce qui explique ce recomm5cem5t actuel de l'occultisme1 de l'sotrisme1 de la messe noire1 de l'envotem5t1 que n\s voyons rep>atre dans les beaux livres de ,m4 ,j4-,k4 ,huysmans1 les traits spciaux de ,m4 de ,guaita1 les imbroglios de ,m4 ,pladan1--d]ni] avat>1 suprme ab\tissem5t du romantisme4 ,ce s]a une curieuse hi/oire crire que celle de ces sortes de ca?oliques3 ,b>bey d',aurevilly1 ,hello1 ,baudelaire1 ,villi]s de l',isle-,adam et1--plus rc5ts1--,,mm4 ,huysmans1 ,v]la9e1 ,lon ,bloy1 qui auront rev5diqu avec des blasphmes leur titre de croyants et eur5t t\j\rs l'air1 dans leurs pratiques les plus f]v5tes1 de s'essay] au sacrilge4 ,quant ,baudelaire1 il n'alla pas jusqu'au satanisme et l'occultisme p> lesquels ses cont9uateurs seulem5t devai5t clore auj\rd'hui ce cycle de l'ide ca?olique dans la littrature mod]ne4 ,satan p\rtant a une place dans son oeuvre1 mais pas diffr5te de celle qu'il occupe dans l'ensemble du ca?olicisme lui-mme4 ,baudelaire rdigea les ,litanies de ,satan1 t&is que ,b>bey d',aurevilly crivait les ,diaboliques4 ,il se cont5ta des po/ulations au ,diable que connut dj le moy5 ge1--de quoi avoir aussi quelques visages de dmons en g>g\illes grimaantes son oeuvre1 ce qui n'emp*e pas celle-ci1 comme ,notre-,dame elle-mme1 d'tre une ca?drale1 une glise ca?olique1 l'image et la ressemblance de son me6 ,c> son me e/ bi5 d'un pote ca?olique4 ,il dit quelque "p dans son j\rnal3 ,ce qu'il import]ait1 c'e/ d'tre un hros1 ou un sa9t1 p\r soi-mme1 p>ole de df9itif r5oncem5t1 de pessimisme d\x comme celui de l',ecclsia/e1 qui implique la no/algie et l'ambition du ciel4 ,il croit au ciel1 en effet1 au ciel pur et simple des fidles1 au naf p>adis de la ballade de ,villon1 o sont h>pes et lu?s1 comme il le proclame dans la ,bndiction qui ouvre les ,fleurs du mal4 ,il croit aussi l'enf]1 aux flammes relles1 au dam1 aux brlures t]nelles2 et1 s'il en v\lait tant ,george ,s&1 c'e/ p>ce qu'elle avait ni l'exi/5ce de l'enf]4 ,baudelaire croit au dogme intgral de l'glise1 non seulem5t quant aux vrits de l't]nit1 mais aussi quant aux vrits du temps4 ,en mme temps qu'il confesse ses my/res1 il accepte ses doctr9es politiques1 ses attitudes sociales1 son intransigeance vis--vis des rev5dications de la lib]t et de la libre-p5se4 ,lui aussi e/ime sans d\te que la vrit e/ une et que l'erreur n'a pas de droits3 que la tolrance e/ une faiblesse1 si pas un r5oncem5t4 ,ds lors1 le crucifix ne doit plus tre un arbre de paix1 mais une arme de m5ace et de *tim5t4 ,il rpudie la ?orie du p>don des (f5ses1 de l'oubli des injures1 de l'abdication des valeurs devant la masse s\s prtexte d'galit1 t\te cette religion humanitaire et molle qui fait arrt] le bras de ,pi]re p> ,jsus dans le ,j>d9 des ,olivi]s et1 ddaigneux de l'action1 lui fait dire3 ,celui qui frappe p> le f] prira p> le f]4 ,la preuve s'en tr\ve dans cette pice topique du ,r5iem5t de sa9t ,pi]re o il appr\ve le disciple d'avoir trahi1 et o il condamne le ,matre de sa mansutude ou de sa peur3 ,c]tes1 je sortirai1 quant moi1 satisfait ,d'un monde o l',action n'e/ pas la soeur du ,rve2 ,puiss-je us] du glaive et prir p> le glaive6 ,sa9t ,pi]re a r5i ,jsus444 il a bi5 fait6 ,il a bi5 fait6 ,il fallait frapp] p> le f] et s'impos] p> la =ce4 ,a9si clate sa nature dogmatique1 sa religion d'inquisiteur4 ,c> c'e/ bi5 un ca?olicisme politique du ,x,v,ie sicle que le si51 d'aprs lequel il faut s'impos] de =ce au peuple1 puisque celui-ci e/ incapable de se g\v]n] et ne compr5d que les c\ps1 comme l'enfant et comme l'animal4 ,ce ca?olicisme autoritaire d'une "p et1 d'autre "p1 la doctr9e librale de ,jsus1 qui p\vait v\loir mais n'a v\lu que p\voir1 sont mis en opposition de la mme manire dans une admirable n\velle de ,do/oewsky intitule le ,gr& ,inquisiteur1 dont le pome de ,baudelaire e/ t\t le g]me4 ,c'e/ ,sville1 devant la ca?drale4 ,le ,gr& ,inquisiteur1 ,torquemada1 passe sil5cieux1 avec un s\rire nigmatique4 ,il a vu au co9 de la place le peuple rassembl faisant cortge un homme qui vi5t de ressuscit] un enfant4 ,cet homme e/ videmm5t ,jsus4 ,l',inquisiteur ordonne aux hommes du sa9t-(fice de le saisir et de l'enf]m] dans les ca*ots4 ,le soir v5u1 il va visit] le prisonni] et lui faire son procs3 ,p\rquoi revi5t-il8 ,e/-ce p\r leur suscit] des emb>ras1 ma9t5ant que t\t a t remis p> eux en bon ordre8 ,c> il avait eu le tort de laiss] aux hommes le *oix et la facult de croire4 ,p\r eux1 il n'y avait en vrit ri5 de plus insupportable que la lib]t4 ,et ,torquemada aj\te3 ,n\s les avons db>rasss du f>deau d'tre libres1 du t\rm5t d'avoir le libre *oix dans la connaissance du bi5 et du mal4 ,n\s avons corrig ton oeuvre1 et c'e/ p\rquoi n\s seuls1 g>di5s du my/re1 n\s s]ons malheureux4 ,c'e/ la ?orie de ,baudelaire2 ce qu'il appelait lui-mme sa religion trave/ie1 c>1 dans le ,r5iem5t de sa9t ,pi]re et ailleurs encore1 il se montre d'un p>eil esprit autoritaire1 avec une me sombre et hauta9e qui p\rrait tre celle d'un prlat intransigeant d',espagne du ,x,v,ie sicle1 une me qui ne s'gaye po9t aux *oses fleuries et suaves du rituel1 p\r qui mme la dvotion la ,vi]ge1 potise ailleurs de ci]ges1 de guirl&es1 d't(fes brodes et de joyaux1 se transpose en un culte b>b>e et tragique1 comme il app>at en ce pome curieux1 ,a une ,madone1 ex-voto dans le gt espagnol3 444 ,p\r complt] ton rle de ,m>ie ,et p\r ml] l'am\r avec la b>b>ie1 ,volupt noire6 des sept p*s capitaux1 ,b\rreau ple9 de remords1 je f]ai sept ,c\teaux ,bi5 affils1 et1 comme un jongleur ins5sible1 ,pr5ant le plus pr(ond de ton am\r p\r cible1 ,je les plant]ai t\s dans ton ,coeur pantelant1 ,dans ton ,coeur sanglotant1 dans ton ,coeur ruisselant6 99 99 99 ,baudelaire e/ un pote ca?olique4 ,son oeuvre n'e/ que la mise en scne du drame orig9el de la ,g5se4 ,elle raconte la gr&e *ute1 l't]nelle lutte qui e/ le fond de la religion1 entre des comp>ants p>eils3 ,dieu1 l'homme1 le ,t5tateur1 et la femme1 ici aussi l'allie du ,t5tateur4 ,satan d'abord2 p\r le pote1 il e/ t\j\rs le ,t5tateur du ,p>adis t]re/re1 le ,dmon onduleux et m5teur du comm5cem5t des temps4 ,mais1 en cette socit ge et dcad5te1 il a multipli et p]fectionn ses +niosits--et quelles autres ress\rces ma9t5ant p\r n\s induire en p*s6 ,les p*s mod]nes8 ,ce sont prcism5t les ,fleurs du mal4 ,baudelaire en a dress la li/e4 ,il les numre avec une lib]t que seul les mal clairvoyants ont pu jug] lic5cieuse1 la faon dont ,mose numre1 dans le ,lvitique1 c]ta9es abom9ations4 ,son oeuvre e/ un exam5 de consci5ce de l'humanit prs5te4 ,lui-mme1 c]tes1 e/ un p*eur2 il le confesse et avec componction4 ,il se contemple dans sa faute comme en un miroir bris et s'y pleure4 ,c> son oeuvre n'e/ pas seulem5t objective1 elle e/ subjective aussi2 et c'e/ ce qui la r5d si pa?tique3 le pote confondu avec cette f\le1 m>*ant p>mi cette f\le en proie au p*1 app>aissant t\t c\v]t de son p*1 en mme temps que du p* des autres4 ,p>t\t la ?orie ca?olique de la p]v]sit orig9elle4 ,mais p>t\t aussi la dte/ation des vices4 ,il les p\rsuit1 il les dnonce trav]s l'norme capitale1 ce fivreux ,p>is qui e/ l'atmosphre *aude m]veille p\r leur pullulem5t4 ,a9si1 occasionnellem5t1 il app>at un pote p>isi5 7on connat la srie de pomes intituls3 ,tableaux p>isi5s71 aprs dj ,sa9te-,beuve qui ne voyait dans la ville p*]esse que motifs de pittoresque et de mlancolie4 ,baudelaire1 lui1 ausculte les passants1 d*ire leurs l+es d'hypocrisie1 dc\vre en eux des ulcres m5taux1 des rsidus de m*ancet1 et aussi une flore de vices n\veaux1 et t\t le v9 antique des purs s5tim5ts1 des p5ses nobles1 aigri1 t\rn en v9aigre et en eau1 avec un tat\age de moisissure dans les mes4 ,il s'en afflige et il s'en p\vante1 sans nulle complaisance p\r le vice4 ,le vice e/ sduisant1 dit-il dans son ,art romantique2 il faut le pe9dre sduisant4 ,mais il aj\te3 ,il trane avec lui des maladies et des d\leurs morales s+ulires2 il faut les dcrire4 ,c'e/ ce qu'il a fait2 p>t\t on s5t la dte/ation du mal1 l'horreur des c\pables ivresses4 ,a la f9 des ,femmes damnes1 il leur clame avec la duret d'un ,pre ,brida9e laque1 avec la m5ace indigne d'un prophte biblique3 ,et votre *tim5t natra de vos plaisirs4 99 99 99 ,dans ce conflit r$\table de l'homme avec les p*s mod]nes1 on peut dire qu'auprs de ,satan1 qui e/ prs5t p>t\t1 la femme app>at t\j\rs aussi1 dans les ,fleurs du mal1 sans cesse l'allie du ,t5tateur1 comme dans le drame primordial de la ,g5se4 ,or c'e/ prcism5t p> cette conception de la femme que ,baudelaire se pr\ve plus clairem5t encore un pote ca?olique1 et cont9ue de suivre1 p\r la mise en scne de l't]nel drame huma91 la v]sion du ca?olicisme4 ,son op9ion e/ con=me aux sculaires prjugs de la littrature sacre1 puisque les sa9ts ,pres e/im5t que la femme e/ un vase ple9 de p*1 et puisque ,bossuet lui-mme a crit sur leur vanit cette phrase de suprme ironie3 ,les femmes n'ont qu' se s\v5ir de leur orig9e1 et1 sans trop vant] leur dlicatesse1 song] aprs t\t qu'elles vi5n5t d'un os surnumraire o il n'y avait de beaut que celle que ,dieu v\lut y mettre4 ,la femme e/ avant t\t1 p\r les ?ologi5s1 une occasion de p*1 et ,baudelaire p5se de mme4 ,elle e/1 ma9t5ant encore1 l'allie du ,t5tateur4 ,elle e/ elle-mme le ,t5tateur4 ,et l'am\r qu'elle n\s (fre a un c>actre satanique4 ,le pote en tr\vait la preuve dans l'habitude des amants--une habitude enfant9e1 inconsci5te1 mais vrifie p>t\t--de s'int]pell] dans leurs jeux p> des noms de bte3 ,mon *at1 mon l\p1 mon petit s+e1 gr& s+e1 gr& s]p5t444 ,de p>eils caprices de langue1 ces appellations be/iales tmoign5t d'une influ5ce satanique dans l'am\r4 ,e/-ce que les dmons ne pr5n5t pas des =mes de btes8 dem&ait-il4 ,et cela se voit1 en effet1 dans les tableaux des ,primitifs et aussi dans ceux des petits matres du ,nord1 qui1 peignant frquemm5t des ,t5tations1 celle de sa9t ,anto9e ou d'autres sa9ts1 reprs5tai5t t\j\rs 7,t5i]s et ,breughel1 p> exemple7 un vieil ana*orte dans une grotte1 assig p> des be/ioles *aotiques1 des gr5\illes face huma9e1 d'inquitants oiseaux dont le bec s'effeuille en ptales1 =mes fivreuses o s'inc>n5t les dmons4 ,les femmes aussi semblai5t ,baudelaire des inc>nations de l'esprit du mal1 n'ayant d'autre empire qu' cause de notre orig9elle p]v]sit1 puisque la joie en am\r1 dcl>ait-il1 provi5t de la consci5ce de faire le mal4 ,p\r le re/e1 il les tr\vait mdiocres vraim5t3 ,j'ai t\j\rs t tonn1 dit-il dans son j\rnal1 qu'on laisst les femmes entr] dans les glises4 ,quelle conv]sation peuv5t-elles avoir avec ,dieu8 ,cep5dant si la femme e/ amre et va9e1 p\rquoi l'aim]8 ,voici3 c> t\te l'oeuvre de ,baudelaire e/ raisonne1 logique1 philosophique--c]tes la femme e/ le mal2 elle (fre l'am\r qui e/ le p*2 elle collabore donc l',enf]1 mais qu'importe6 ,qu'importe6 ,si tu r5ds--fe aux yeux de vel\rs1 ,ry?me1 p>fum1 lueur1 mon unique re9e6-- ,l'univ]s mo9s hideux et les in/ants mo9s l\rds6 ,qu'importe6 puisque le p* e/ un moy5 d'oubli1 et de sortir de soi-mme et de la vie6 ,prcieux oubli p\r ,baudelaire1 et les natures d'lite qui s\ffr5t avec lui1 exiles dans l'imp>fait et qui v\drai5t entr] ds ici-bas dans l',idal4 ,or comm5t entr] dans l',idal8 ,comm5t *app] au sple58 ,sple5 et ,idal1 c'e/ le titre d'une p>tie importante des ,fleurs du mal2 c'e/ la devise mme de la vie du pote1 et comme les deux rives entre lesquelles sa p5se a gmi4 ,c'e/ donc p\r oubli] que l'homme accueille avec ivresse la femme qu& elle lui apporte le fruit de sa *air3-- ,arbre de la ,t5tation1 espali] des se9s mrs1 *evelure enr\le en s]p5t cl9 au tronc de son corps nu6 ,et1 comme jadis au ,p>adis t]re/re1 elle n\s murmure auj\rd'hui encore1 de sa voix spcieuse3 ,mange1 tu s]as semblable ,dieu6 99 99 99 ,mais la *air de la femme n'e/ pas le seul fruit d'oubli que le ,t5tateur n\s (fre4 ,il y a d'autres moy5s dsormais d'*app] au sple51 d'entr] de =ce dans l',idal4 ,voici le ,v91 d'abord1 qui promet d'bl\ir de ses pre/iges mme les plus d%rits4 ,et plusieurs morceaux se suiv5t3 le ,v9 de l',assass91 le ,v9 du ,solitaire1 le ,v9 des ,*iffonni]s4 ,puis les autres ivresses1 les autres moy5s d'*app] soi-mme3 le ,jeu1 le ,sommeil1 le ,voyage1 le ,voyage surt\t qui a si m]veilleusem5t inspir ,baudelaire1 s]vi p> ses s\v5irs p]sonnels d'emb>quem5t juvnile v]s les ,indes4 ,en effet1 il avait navigu trs jeune1 v]s dix-huit ans1 emb>qu sur un vaisseau faisant voile p\r ,calcutta1 af91 p5sait sa famille1 que ses ides fuss5t modifies et sa vocation littraire contr>ie4 ,or ce voyage lui donna des impressions qui devai5t con/itu] une des c>actri/iques de son oeuvre4 ,on peut dire qu'il aura exprim de faon df9itive la posie des ports1 la navigation1 les v5ts du l>ge1 les voilures1 ce qu'il appelle les ar*itectures f9es et compliques des mts et des navires4 ,c'e/ encore dans ces pays d',ori5t qu'il prit le gt des p>fums1 dont ses /rophes sont ple9es1 et se fit une ducation e/htique de l'odorat1 un mom5t o la littrature n'avait gure encore connu que l'e/htique de la vue4 ,cette ivresse du ,voyage e/ brve comme les autres2 elle doit son t\r3 444 ,n\s avons vu des a/res ,et des flots8 n\s avons vu des sables aussi2 ,et1 malgr bi5 des *ocs et d'imprvus dsa/res1 ,n\s n\s sommes s\v5t ennuys comme ici6 ,alors1 quoi8 ,n'y a-t-il aucun moy5 de se sauv] du ,sple5 dans l',idal1 de ralis] ds ici-bas l'inf9i press5ti8 ,si6 il y a vraim5t des ,p>adis artificiels4 ,et ,baudelaire a consacr les dcrire les deux notices qu'on connat et qui sont p>mi le plus pr(ond et le plus neuf de son oeuvre2 celle du ,has*is* et celle de l',opium1 propos duquel avai5t p>u en ,anglet]re les extraord9aires confessions d'un mangeur d'opium p> ,?omas de ,qu9cey1 que ,baudelaire traduisit en les analysant et dveloppant4 ,ces /upfiants1 voil le moy5 p>fait et immdiat de fuir la vie1 de satisfaire le gt naturel de l'inf9i1 d'tre semblable ,dieu4 ,c'e/ la plus r$\table des (fres du ,t5tateur mod]ne4 ,dans cette ivresse trange1 t\t s'anoblit1 s'idalise1 s'emp>adise4 ,on ne p]d pas la consci5ce de soi4 ,c'e/ une consci5ce d=me1 sublime4 ,c'e/ le rel agr&i1 div9is1 exagr jusqu'aux conf9s du possible1 jusqu' la ligne d'horizon du ciel et de la m]4 ,e/-ce encore l'eau1 ou e/-ce dj le ciel8 ,e/-ce encore la ralit1 ou e/-ce dj le rve8 ,or c'tait t5tant surt\t p\r le pote pauvre1 pris de d&ysme1 subtil e/hte1 qui t\t de suite a9si se tr\vait transport dans le luxe4 ,il y a un pome des ,fleurs du mal3 ,rve p>isi51 qui raconte cette ivresse en *ambre4 ,la notation e/ unique dans les ,fleurs du mal1 o nulle "p il n'e/ fait une allusion directe au has*is* ou aux visions de l'opium4 ,en cela il faut admir] le gt suprme du pote1 uniquem5t proccup de la con/ruction philosophique de son pome1 de le dp\ill] des cont+5ces1 en n'admettant des *oses que leur portion d't]nit1 leur transposition en inf9i4 ,mais indirectem5t il y a la trace et le pr(it de la frqu5tation de ces p>adis artificiels3 les d=mations de la s5sation1 int]v]sion des s5s et ces fameuses correspondances1 si s\v5t signales et imites3 ,son hale9e fait la musique1 ,comme sa voix fait le p>fum6 ,et ailleurs3 ,il e/ des p>fums frais comme des *airs d'enfants1 ,d\x comme les hautbois1 v]ts comme les prairies444 ,les p>fums1 les c\leurs et les sons se rpond5t4 ,p]sonne n'a dit que cela tait mo9s inv5t que vu1 p> ,baudelaire dans l'ivresse du has*is*1 alors qu' la seconde priode1 comme il l'a crit lui-mme1 arriv5t les quivoques1 les mprises et les transpositions d'ides4 ,les sons se revt5t de c\leurs et les c\leurs conti5n5t une musique4 ,un autre rsultat du has*is*1 c'e/ un alliage de ma?matiques qu'on n'a gure signal dans l'oeuvre1 et qui se r5contre si curieusem5t et l3 ,dans les ,petites ,vieilles3 ,a mo9s que1 mditant sur la gomtrie444 ,dans les ,sept vieill>ds3 444 ,son *9e ,faisait avec sa jambe un p>fait angle droit3 ,a9si les ma?matiques se li5t la posie comme elles se li5t la musique1 c> l'ivresse du has*is* transpose1 p>at-il1 t\te musique en *iffres1 fait app>atre t\te musique sur l'air nu comme une va/e opration ari?mtique o les nombres eng5dr5t les nombres4 ,quoi qu'il en soit du pr(it que ces drogues savantes apportr5t l'oeuvre1 elles n'en re/5t pas mo9s df5dues1 comme les autres moy5s artificiels d'oubli] la vie3 le v91 le jeu1 le voyage4 ,t\s sont des fleurs du mal1 des fruits de t5tation1 des inv5tions de ,satan4 ,seule la ,mort vi5t de ,dieu4 ,elle e/ la conclusion logique de la vie et s]a celle galem5t du pome qui se t]m9e p> une srie de sonnets1 d'une analyse pr(onde3 la ,mort des amants1 la ,mort des arti/es1 la ,mort des pauvres4 ,c'e/ le seul idal oppos] au sple51 le seul remde qui ne trompe pas1 cette p5se de la mort1--c> le pote e/ croyant1 et la mort ouvre sur le ciel1 ce lieu1 dit-il1 de t\tes les transfigurations1 le ciel o1 ds le premi] pome de son livre1 il entrevoyait le trne rs]v au pote3 ,je sais que v\s g>dez une place au ,pote ,dans les rangs bi5heureux des sa9tes lgions4 ,voil p\rquoi le d]ni] pome des ,fleurs du mal doit se clore1 en t\te logique1 sur ce cri qui sonne enf9 la dlivrance3 ,o ,mort1 vieux capita9e1 il e/ temps6 levons l'ancre6 ,ce pays n\s ennuie1 ,mort6 ,app>eillons6 99 99 99 ,comme on le voit1 t\te cette oeuvre de ,baudelaire e/ con/ruite avec la logique1 l'h>monie1 les proportions1 la hir>*ie de l'ar*itecture1 c> on peut dire surt\t de lui qu'il fut un crbral1 un gnie de volont4 ,la plup>t s'tonn]ont de cet acc\plem5t de mots1 imag9ant le gnie plutt inn1 inconsci5t1 un don1 un jaillissem5t inlassable1 une puissance v]bale allant jusqu' tre comme le v5t1 la m]1 le feu1 faisant de l'homme une sorte d'lm5t4 ,soit6 mais1 mme dans cette hypo?se1 n'e/-ce pas un lm5t aussi1 la p\dre t\te rduite qui p\rrait faire explosion1 avoir la puissance d'un cyclone8 ,n'e/-ce pas un lm5t1 la fiole d'ess5ce pre/igieuse dont les g\ttes sobres sont di/illes avec les fleurs de t\tes les latitudes8 ,baudelaire fut1 en posie1 le *imi/e de l',inf9i1 et1 dans les cornues de ses v]s1 t\t l'univ]s aussi se cond5se1 ab\tit4 ,il e/ donc un homme de gnie1 p\r qui dmle le s5s symbolique de ses livres4 ,mais bi5 peu1 auj\rd'hui encore1 peuv5t os] un tel avis4 ,que dire de l'op9ion qu'il suscita de son vivant et de l'accueil fait son oeuvre8 ,succs d'tranget1 presque de sc&ale4 ,des essais1 comme dcl>a la ,revue des ,deux-,mondes dans une note re/rictive1 qu& elle publia quelques fragm5ts en primeur4 ,en va9 ,baudelaire aurait-il v\lu s'impos]1 expliqu]4 ,il e/ inutile d'expliqu] quoi que ce soit qui que ce soit1 disait-il avec dc\ragem5t1 conva9cu de la btise du monde1 la btise au front de taureau4 ,or c'e/ prcism5t le mpris de l'humanit qui le m5a ce gt de la my/ification1 un peu puril1 au fond1 et dont on lui fait tant grief1 mais qui s'explique dans son cas1 et p> lequel il se v5geait d'all] incompris et seul dans la vie4 ,il faut dire1 sa d*>ge1 que presque t\s les criva9s de sa gnration eur5t1 comme lui1 cet am\r du m5songe4 ,ce fut une mode1 comme l'affectation de co/umes o/5tatoires4 ,balzac lui-mme1 dans cette t\te crbrale passion p\r l'trangre1 ne faisait qu'aim] un m5songe1 le concrtis] dans une =me de femme inconnue1 c'e/--dire dans quelque *ose qui tait comme s'il n'exi/ait pas4 ,d]ni] avat> du romantisme1 p\rrait-on dire1 et de la lycan?ropie de ,ptrus ,borel1 s'ob/9ant des attitudes p\r tonn] le vulgaire1 et se survivant comme en un sport m5tal4 ,on peut considr] de la sorte telles my/ifications laborieuses de ,baudelaire1 qu'il ex]ait jusque vis--vis des humbles et des in(f5sifs4 ,p> exemple1 passant un soir devant la b\tique d'un *>bonni]1 il le vit1 dans une pice du fond1 assis avec sa famille aut\r d'une table4 ,il semblait heureux2 la nappe tait blan*e2 le v9 riait dans les flacons4 ,baudelaire entra4 ,le m>*& v9t v]s lui1 obsquieux1 joyeux d'un cli5t1 att5dant la comm&e4 --,c'e/ v\s1 t\t ce *>bon8 dem&a-t-il4 ,l'homme fit signe que oui1 ne compr5ant pas4 --,et t\tes ces b*es alignes8 ,l'homme acquiesait encore1 croyant l'a*eteur indcis4 --,et cela1 c'e/ du coke8 c'e/ de la braise8 ,ils v\s app>ti5n5t aussi8 ,baudelaire exam9ait avec so9 t\tes les m>*&ises entasses2 puis1 dvisageant le *>bonni]3 --,comm5t8 ,c'e/ v\s1 t\t cela6 ,et v\s ne v\s asphyxiez pas8 ,des my/ifications de ce g5re 7et on en raconte de nombreuses1 plus ou mo9s au!ntiques7 tai5t sans d\te le rsultat d'un entranem5t1 un jeu de solitaire et d'incompris4 ,a l'orig9e1 ,baudelaire dut y tr\v] un moy5 de se mettre en g>de contre la btise qui aurait pu rire de lui1 ne le compr5ant pas4 ,il prit l'avance et1 le premi]1 se moqua4 ,ce fut une sorte de lgitime df5se4 ,c>1 aprs avoir recon/itu l'me foncire de ce pote1 on songe3 ,comme il s'e/ tr\v en exil dans la vie6 ,il a m>* vraim5t p>mi des trang]s4 ,il n'a pas p>l la mme langue que les autres4 ,sa conv]sation naturelle devait p>atre beauc\p in9telligible ou ridicule1 ses raff9em5ts de p5se et de langue ahurir autant que ses my/ifications4 ,c'e/ qu'il a considr la vie au po9t de vue de l't]nit4 ,il n'a pas t p>eil aux autres2 il n'a pas t con=me1 ce qui e/ le gr& crime1 comme il disait lui-mme4 ,de l son de/9 maudit1 son gnie ins\ponn1 sa vie lam5table1 en proie l'affront1 l'ignorance1 la pauvret4 ,quel contra/e avec l'exi/5ce ferique d'un ,hugo qui1 aprs soixante annes d'acclamations1 e/ port en triomphe dans la mort comme un hros de ,wagn]6 ,c'e/ que ,hugo1 ,lam>t9e1 presque t\s les potes franais du sicle1 eur5t une nature telle qu'ils ont pu vritablem5t p\s] la f\le4 ,ses passions1 ses tri/esses1 ses joies1 ses croyances1--politique1 patrie1 am\r1 t\s les gr&s lieux communs de l'humanit1 ils les ont p>tags4 ,*acun d'eux fut vraim5t un *o sonore au c5tre de t\t4 ,quant ,baudelaire1 il e/ exceptionnel3 il reprs5te l'lite en face du nombre2 en reg>d des faits1 il e/ la loi2 il conoit l'ordre de l',univ]s et mprise le dsordre des vnem5ts4 ,lui e/ incapable jamais de p\voir p\s] la f\le4 ,il e/ si diffr5t d'elle1 si diffr5t des autres1--et t\j\rs gal lui-mme6 ,il e/ l'tre dp>eill4 ,il e/ unique de son espce4 ,il e/ le gr& clibataire1 a9si qu'il e/ dit dans ,maldoror de l',ocan4 ,mais n'e/-ce pas la gloire de l',ocan de n'avoir po9t d'quival5t8--comme c'e/ aussi la gloire de ,dieu4 ,dieu e/ celui qui e/ le seul4 ,et l'on p\rrait dire la mme *ose de l'homme de gnie4 ,,les ,,gonc\rt ,la collaboration des frres de ,gonc\rt p\r une seule oeuvre app>atra dans l'hi/oire littraire un fait unique et1 en mme temps1 extraord9aire1 puisqu'ici le fait huma9 s'gala au fait div93 un criva9 en deux ,p]sonnes1 le my/re de la ,sa9te ,dualit4 ,leur r5omme ne s'tablit qu'avec pe9e4 ,c'e/ le cas de t\s les novateurs1 en art comme en religion4 ,ils n'ont aut\r d'eux1 l'orig9e1 que les d\ze disciples1 qui conqu]ront le monde6 ,jules de ,gonc\rt connut seulem5t1 lui1 le ,j>d9 des ,olivi]s1 la sueur de sang1 la mort crucifie444 ,la difficult du triomphe s'en augm5ta4 ,p\rtant on reconnut que le mort tait un dieu4 ,quant au survivant1 qu'allait-il adv5ir8 ,c]tes1 sa vie tait dp>eille2 mais il avait g>d leur me une4 ,l'oeuvre cont9ua4 ,edmond de ,gonc\rt se remit au travail1 seul1 m5ant plus haut une des t\rs jumelles de cette ca?drale1 t&is que l'autre demeurait ina*eve dans l'air4 ,il produisit alors une srie d'ouvrages p]sonnels4 ,ce fut le rcit mme de la mort de ,jules1 dans le ,j\rnal1 d'un pa?tique qui tire les l>mes1 d'une vocation qui va jusqu'aux nuances de l'agonie sur le visage1 jusqu'aux reflets des ci]ges et des roses mortuaires dans les miroirs4 ,ce fut encore ce livre exquis3 la ,maison d'un ,arti/e1 crit en un /yle qui se pique au jeu1 s'exaspre1 lutte contre les modles1 se colore en e/ampes japonaises1 s'aff9e ou se trame en bij\x et en tapiss]ies du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,enf9 ce fur5t quatre admirables romans n\veaux3 ,la ,fau/91 ,*rie1 la ,fille lisa1 et surt\t les ,frres ,zemganno1 o se raconte allgoriquem5t la vie des deux criva9s4 ,on peut dml] a9si le my/re de leur collaboration4 ,ces deux cl[ns1 dont l'un rve un n\veau t\r1 que le plus jeune excute jusqu' ce qu'il s'en tue1 c'e/ eux-mmes4 ,p\r ,nello il n'y avait ri5 de bi5 que ce que faisait ,gianni4 ,c> ,nello1 l'an1 avait la plus gr&e "p dans la rflexion et l'action intellectuelle4 ,le second se di/+uait p> un balancem5t plus gr& de la p5se dans le bleu1 plus bohmi5 de la l&e et de la clairire et1 p> cela1 plus pote1 mais plus p>esseux d'esprit4 ,prcieux r5seignem5t4 ,n\s avions le secret dsormais de cette association de deux hommes1 l'un plus rfl*i1 plus crbral2 l'autre plus primesauti]1 dont la mre1 son lit de mort1 avait jo9t les ma9s p\r la vie sans se d\t] qu'elle les joignait p\r l'oeuvre et en faisait des jumeaux de la gloire4 ,t\t s'lucide ma9t5ant3 ils assemblai5t de conc]t les matriaux1 les docum5ts3 puis crivai5t t\r t\r ou ensemble1 g>dant le meilleur de la v]sion de *acun1 fondant les deux textes s\v5t qui tai5t dj presque p>eils4 ,cette similitude e/ t\te naturelle qu& on s'aime1--et qui s'aima mieux que ces deux frres8 ,la ressemblance e/ le signe mme et le miracle quotidi5 de l'am\r4 ,on en vi5t p5s] ensemble1 p5s] la mme *ose4 ,e/-ce que1 au surplus1 il n'arrive pas que1 mme physiquem5t1 les amants f9iss5t p> se ressembl]8 ,c'e/ t\t le secret de cette intime collaboration des ,gonc\rt4 ,eux-mmes le con/atai5t dans leur ,j\rnal3 ,jamais me p>eille n'a t mise en deux corps4 ,ce n'tai5t mme plus deux mes ressemblantes1 mais une seule me en un d\ble tre4 ,et les objets entrai5t et vivai5t dans *acun et dans t\s les deux la fois1 comme les objets qui sont entre deux miroirs face face4 ,nanmo9s dans la vie des ,frres ,zemganno il app>aissait que ,gianni1 l'an1 avait surt\t des dispositions rflectives4 ,c'e/ lui qui sans cesse se tr\va hant p> l'inv5tion d'un n\veau t\r4 ,et il n'e/ pas h>di d'affirm] que1 dans la collaboration des ,gonc\rt1 ,edmond aussi fut pr9cipalem5t le novateur1 celui qui t\j\rs se proccupa de tr\v]1 de crer4 ,n'en avons-n\s pas une preuve catgorique dans la prface qu'il signe seul en #ahgi1 o il annonce le projet d'un roman qui se pass]ait dans le gr& monde et qui abord]ait enf9 la ralit lgante8 ,l e/ le succs p\r les jeunes1 dcl>e-t-il1 et non plus dans le canaille littraire4 ,n'e/-ce pas une n\velle voie ouv]te1 celle du roman monda91 qu'il inaugure lui-mme ensuite1 avec ,*rie1 et o devai5t entr]1 son signe1 ,m4 ,paul ,b\rget et ses cont9uateurs4 ,cette proccupation d'un n\veau t\r1 d'un g5re 9dit1 que ,edmond de ,gonc\rt ralisait a9si p> son d]ni] livre1 les deux frres l'avai5t eue ds le db et ds les premires oeuvres qu'ils signr5t ensemble4 ,ils fur5t des inv5teurs1 et dans des doma9es multiples4 ,n\s ne p>lons mme pas de leur rsurrection du ,x,v,i,i,ie sicle2 ni de leur gt d'art1 subtil et sr1 qui introduisit le japonisme en ,france4 ,n\s p>lons surt\t du roman dont ils apportr5t une =mule neuve et o ils infusr5t un lm5t n\veau3 le ,mod]ne4 ,dj dans ,manette ,salomon1 qui p>at en #ahfg1 ,*assagnol s'crie3 ,oui6 oui6 le mod]ne1 t\t e/ l6444 ,t\s les gr&s arti/es1 e/-ce que ce n'e/ pas de leur temps qu'ils ont dgag le ,beau8 ,or les ,gonc\rt avai5t comm5c p> aim] le ,x,v,i,i,ie sicle4 ,e/-ce p> ari/ocratie1 am\r d'une civilisation joliette1 enrubanne et p\dre1 piti p\r celles dont le sang ta*a les falbalas8 ,e/-ce p> atavisme1 aff9it avec ce gr&-pre de l',assemble nationale et les autres asc5dants qui fur5t des g5til%ommes de l'anci5 rgime8 ,oui2 mais ce fut aussi p\r une autre raison1 plus premptoire et qui dcida de t\t4 ,p> elle s'explique leur oeuvre et la capitale innovation qu'ils apportr5t dans le roman3 les ,gonc\rt tai5t ns collectionneurs4 ,or on n'e/ pas collectionneur p> un p5*ant de l'esprit1 une aptitude m5tale4 ,cette disposition e/ un phnomne n]veux4 ,t\s les collectionneurs sont ce que les physiologi/es appell5t des tactiles1 ayant l'e/htique du t\*]1 et rceptifs d'impressions d'art p> le b\t des doigts4 ,les ,gonc\rt1 de plus1 avai5t la vue aussi s5sibilise que le t\*]4 ,mme ils comm5cr5t p> dess9]1 faire de l'aqu>elle1 s'ori5t] v]s une c>rire de pe9tres4 ,auj\rd'hui encore ne compr5d-on pas1 voir l'oeil extraord9aire du survivant1 cet oeil rond1 va/e1 comme taill facettes p> la lumire *angeante1 qu'il e/ un oeil m]veilleusem5t impressionnable1 un oeil qui subit comme un att\*em5t le reflet des objets1 un oeil contre lequel e/ blotti un *eveau de n]fs transmettant vite1 en une tlgraphie magique1 l'impression de c\leur au c]veau1 en mme temps que les n]fs du tactile transmett5t l'impression de la =me8 ,donc ils tai5t ns collectionneurs4 ,et ils re*]*r5t avec volupt les bibelots1 les dess9s1 les *iffons1 les tapiss]ies1 t\te la babiole1 t\te la gloriole du sicle dfunt que leur ari/ocratie aimait4 ,aprs le dcor1 ce fut le t\r d'autres objets plus dcisifs3 livres1 manuscrits1 papi]s4 ,a9si t\te la vie du ,x,v,i,i,ie sicle r5aissait entre leurs doigts fureteurs444 ,on se p5*e sur l'eau p\r ne cueillir que des fleurs1 puis on s'intresse aux crues1 la navigation1 aux h]bes s\s-m>9es4 ,on entrevoit au fond1 des b>ques sombres1 des ,ophlies dont on recon/itu]a la vie s5tim5tale avec leurs *eveux et ce que dis5t leurs bij\x4 ,a9si les collectionneurs fur5t am5s crire leurs ,portraits intimes du ,x,v,i,i,ie sicle1 en faire revivre t\te l'hi/oire3 l'am\r1 la femme1 l'art2 non seulem5t ,watteau1 ,lat\r1 ,*>d9 et les autres1 mais aussi les gr&es dames1 les actrices4 ,et t\t cela1 non pas imag91 dev9 ou voqu p> s\bresauts lyriques1 la faon des autres hi/ori5s s\v5t visionnaires1 comme ,mi*elet ou ,lam>t9e2 t\t cela pr\v1 docum5t1 tabli1 au moy5 de mille petits papi]s1 notes1 correspondances1 actes1 pices (ficielles1 c'e/--dire un travail m9utieux et colossal de deux pe9tres prodiges qui aurai5t class et tu des millions de papillons p\r faire avec la p\ssire des ailes leurs va/es pa/els4 ,p> un procd de collectionneurs1 ils avai5t t les hi/ori5s du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,p> le mme procd de collectionneurs1 ils fur5t les gr&s romanci]s de la seconde moiti du ,x,i,xe sicle4 ,et c'e/ en cela que consi/e leur innovation dcisive1 leur orig9alit foncire4 ,ils sont les hi/ori5s de nos moeurs4 ,le roman1 grce eux1 n'e/ plus une fable1 un ag5cem5t +nieux d'av5tures2 c'e/ le tableau mme du temps4 ,c'e/ ce que les hi/ori5s du sicle pro*a9 aurai5t fait1 si eux-mmes ne l'avai5t pas t\t de suite accompli4 ,les collectionneurs qu'tai5t les ,gonc\rt collectionnr5t des docum5ts sur leur propre temps4 ,et il ne s'agit pas seulem5t du dcor de ce qui n'e/ qu'un cadre3 ,p>is1 les b\lev>ds1 les ateli]s1 les ?tres1 etc42 il s'agit surt\t de la faon de s5tir1 d'aim]1 de p5s]1 de m\rir1 en un sicle de *em9 de f]1 de ,b\rse1 d'inv5tions1 d'art qu9tess5ci1 de dtraquem5ts1 d'lectricit n]veuse4 ,voil le mom5t important de l't]nit qu'il fallait fix] et qu'ils fixr5t4 ,ils fir5t1 dans la =me du roman1 l'hi/oire contempora9e des moeurs1 des tres1 des *oses4 ,c'e/ ce qu'ils appelr5t pe9dre le ,mod]ne4 ,p\r y russir1 ils eur5t la *ance de possd] une ducation classique assez incolore4 ,homre et ,virgile ne les obsd5t pas4 ,leur antiquit1 c'e/ le ,x,v,i,i,ie sicle t\t au plus4 ,ils ne viv5t pas avec les morts4 ,ils sont att5tifs seulem5t ce qui les ent\re4 ,ils collectionn5t des frissons1 des ge/es1 des bruits1 des nuances de l'eau1 des plis de vtem5ts1 des cris de passion1 des expressions de d\leur1 des maladies1 t\t ce qui e/ la vie et la mort de leur temps4 ,e/-il tonnant1 ds lors1 qu'une seule page d'eux1 au has>d1 donne la s5sation et p\r a9si dire l'odeur de l'air du sicle8 ,un j\r1 ce curieux arti/e qu'e/ ,m4 ,flici5 ,rops n\s disait que sa gr&e ambition avait t d'exprim] le nu mod]ne1 le nu travaill d'hrdit anmie1 si diffr5t des calmes torses d'un ,corrge ou des grasses *airs fleuries d'un ,rub5s1 ce nu dcad5t qui doit se p]cevoir1 p\r a9si dire1 sur un c5timtre c>r1 comme un b\t de l't(fe huma9e raille p> les sicles1 non plus s5suel1 ni sexuel1 mais plutt rav9 de vices hrditaires1 m>br de p*s anci5s1 un nu d\l\reux et my/ique1 o se dev95t l't]nel regret de l',ed5 et surt\t les dtraquem5ts de la nvrose1 l'puisem5t du sang en de trop *res dlices444 ,de mme1 sur un c5timtre c>r de la littrature des ,gonc\rt1 on p\rrait reconnatre le nu du sicle4 ,or1 cela tait inconnu dans le roman1 qu'on n'imag9ait pas capable de ces rsultats o s'accrot son propre doma9e4 ,c'e/--dire qu'il e/ dev5u1 grce eux1 une sorte d'oeuvre sci5tifique4 ,l'affabulation consi/e arrang] la ralit4 ,l'arti/e dispose les acquts du collectionneur4 ,le roman e/ aussi de l'hi/oire4 ,c'e/ une cl9ique t5ue p> un pote4 ,e/-ce que ,*>les ,demailly1 ,g]m9ie ,lac]teux1 ,mme ,g]vaisais1 ,*rie1 ,r5e ,maup]91 ne sont pas des passants et des passantes de notre poque1 malades de la maladie qui n\s t\rm5te t\s plus ou mo9s8 tres impressionnables1 s5sitifs1 que la musique fait pleur]1 qui aim5t les fleurs et les bais]s tri/es6 ,t\s ces p]sonnages sont des n]veux2 ils s5t5t s'tir] en eux le t]rible *eveau1 et sont frres en ,notre ,mre la ,nvrose qui e/ la ,madone de ce sicle4 ,des malades1 dira-t-on6 ,mais ils sont les malades d'un trop subtil idal1 d'une dlicatesse trop docile aux raff9em5ts de l'art1 de la musique1 de l'am\r1 du clair de lune1 des f>ds et des pim5ts4 ,les n]veux8 ,ils sont malades d'tre trop exquis4 ,ils expi5t p\r avoir v\lu se hauss] aussi lo9 de l'homme primaire que celui-ci e/ lo9 des animaux4 ,ce sont ces cratures r>es qui viv5t et s\ffr5t dans les romans des ,gonc\rt4 ,en elles se rsume--puisqu'elles sont l'lite--l'hi/oire du temps1 ce temps fivreux1 orageux1 no/algique1 que les ,gonc\rt ont enclos dans leurs livres4 ,ceux-ci sont des monographies sur les milieux p>isi5s 7puisque c'e/ l que le mod]ne atte9t sa plus significative int5sit71 comme il y a les monographies de ,le ,play sur les ouvri]s europens4 ,ce sont des travaux docum5ts qui voqu5t le monde des pe9tres1 celui des hommes de lettres1 le peuple1 les hpitaux1 les lupan>s1 les cirques1 les salons4 ,sur *acun de ces milieux1 les criva9s ont collectionn un un des docum5ts1 comme s'ils n'tai5t que les hi/ori5s des moeurs2 voil p\rquoi l'anecdote a t\j\rs t rduite au plus /rict1 puisqu'il s'agissait mo9s de racont] des av5tures que de pe9dre des cratures contempora9es et de fix] la ,vie ,mod]ne4 ,mais les ,gonc\rt n'avai5t pas seulem5t un tempram5t de collectionneurs et d'hi/ori5s4 ,ils avai5t avant t\t une nature de potes4 ,et c'e/ a9si qu'ils n'ont jamais *oisi que le docum5t arti/e4 ,ceci e/ trs important et ne s'applique pas seulem5t aux dtails mais la conception mme de leurs romans4 ,c'tai5t des imag9atifs aussi1 fconds et puissants1 qui prir5t so9 d'agr&ir le sujet de *aque livre p> des inv5tions p]sonnelles4 ,le po9t de d"p en e/ t\j\rs m9ime3 une simple anecdote d'hpital raconte p> ,b\ilhet e/ le g]me d'o sortira l'admirable ,soeur ,philomne2 la vie d'une dome/ique1 lib]t9e et hy/rique1 leur f]a imag9] le type compliqu1 la figure in\bliable de ,g]m9ie ,lac]teux4 ,et ils ne s'en ti5n5t pas au simple sujet2 ils prir5t so9 galem5t de l'ennoblir p> quelque ide gnrale qui le gr&it au-del de lui-mme2 non pas une ide sociale1 ou religieuse1 ou morale1 laquelle n'e/ d'ord9aire qu'un lieu commun et ne convi5t qu'aux romanci]s vulgaires1 mais une ide arti/e c\ronnant l'oeuvre d'un nimbe de p5se s\v]a9e1 la surmontant d'une t\r qui1 au-dessus des docum5ts1 des matriaux1 des pi]res t\*ant le sol1 rgne dans l'au del du ciel et y sonne des heures d't]nit un cadran comme un clair de lune qui *ante6 ,en veut-on des exemples8 ,dans ,manette ,salomon1 il ne s'agit pas seulem5t d'une tude du monde des pe9tres1 ni mme de la ?se que la femme nuit l'art1 dt\rne son pr(it les s\rces vives de l'inspiration1 les t>it contre son se9 inc]ta9 comme le sable4 ,les ,gonc\rt dress5t bi5 au-dessus du sujet le ?me du ,nu1 extasiem5t des yeux de pe9tres1 c>esse et lumires1 brlure aussi1 idole de *air qui dem&e des coeurs saignants en ex-votos et des colli]s de l>mes4 ,dans ,madame ,g]vaisais1 il y a aussi agr&issem5t au del de l'hi/oire d'une vie4 ,d'abord1 l'influ5ce d'une ville sur une me4 ,les pi]res p>l5t1 les pi]res de ,rome o il y a de la p\ssire des sicles1 de l'enc5s invtr4 ,et puis1 une autre ide dom9ante1 qui e/ admirable et d'un symbolisme lat5t3 l'hrone meurt de trop de beauts1 de trop d'motions dlicieuses1 du rve t\*1 d'avoir presque lev le voile d',isis4 ,enf91 dans les ,frres ,zemganno1 ne s'agit-il pas mo9s de la de/9e de deux cl[ns1 du curieux milieu des =a9s et g5s de cirque1 que de deux criva9s unis p\r l'oeuvre de gloire et que la mort sp>e d]rire ce texte emblmatique8 99 99 99 ,mais ce n'e/ pas uniquem5t leur conception neuve du roman qui assure la gr&eur des ,gonc\rt4 ,c'e/ en mme temps leur /yle1 neuf aussi4 ,l'un et l'autre import5t p\r ralis] un n\veau t\r1 l'in/> du ,gianni des ,frres ,zemganno4 ,il faut encore l'ef=t d'crire p]sonnellem5t1 comme a trs bi5 dit ,edmond de ,gonc\rt lui-mme4 ,oui6 une criture arti/e1 et de plus une criture qu'on fasse si5ne1 t\t de suite reconnaissable et qui donne notre art comme une id5tit4 ,c'e/ ce que ,j\b]t1 dans une lettre ,*ateaubri&1 appelait avoir son propre ramage4 ,or qui s'e/ cr un /yle plus p]sonnel1 unique1 que les ,gonc\rt8 ,c'e/ l-dessus qu'on les *icane4 ,dj ,gauti] disait en p>lant de ma9ts critiques et de la f\le3 ,le /yle les gne4 ,et il ne faut pas *]*] d'autres raisons c]ta9es rsi/ances vis--vis des ,gonc\rt et l'expansion l5te de leur oeuvre1 trop crite p\r tre jamais t\t fait populaire4 ,dans leur /yle encore1 se reconnat bi5 la m>que du mod]ne4 ,e/-ce qu'il ne fallait pas1 p\r une humanit n\velle1 une n\velle langue8 ,la leur e/ adquate2 elle e/ b>iole1 capiteuse1 aigu1 retorse1 une langue avec des *iffons1 du nu1 des bij\x2 une langue comme une f\le2 une langue truffe d'argot1 de t]mes d'ateli]s et de c\lisses1 de t]mes te*niques 7leur nature de collectionneurs devait les m5] collectionn] aussi des mots74 ,littrature de luxe1 f>de et maquille1 p\rrait-on dire1 dont le /yle e/ bi5 le visage de la vie mod]ne1 aj\tant du r\ge1 du noir1 du bleu1 des p\dres et t\te une *imie de c\leurs p\r exaspr] son *>me de dcad5ce1 sa pleur de n]veuse qui exigea trop de la vie et d'elle-mme4 ,ah6 qu'il y a lo9 de la sant rose et calme des littratures classiques6 ,mais e/-ce que la littrature d'une civilisation avance ne doit pas avoir1 comme celle-ci1 sa beaut de nuances et d'artifices1 ce qu'on p\rrait appel] son *>me de maladie1 avec un rose fivreux aux pommettes1 qui a le ton du rose des c\*ants8 ,qui prt5dra la =t plus belle au pr9temps1 qu& t\tes les feuilles sont d'un v]t unifi et1 p>tant1 monotone8 ,or1 la langue e/ une =t1 disait dj ,horace4 ,notre littrature1 auj\rd'hui1 t\*e son automne2 et n'en e/-elle pas autrem5t somptueuse1 avec ses millions de feuilles multicolores1 qui sont du bronze1 du sang1 de la *air d'enfant1 de la lie1 de l'or1 du f>d1--palette prodigieuse avec laquelle il n\s faut exprim] la f9 de sicle o n\s vivons4 ,c'e/ ce qu'on fait les ,gonc\rt4 ,ils ont crit--comme on pe9t3-- petites t\*es m5ues1 accumules2 les mots se sup]pos5t1 les pi?tes se suraj\t5t1 p\r produire le ton1 voqu] l'objet1 camp] le p]sonnage1 crer l'atmosphre4 ,combi5 diffr5te1 l'anci5ne manire d'crire6 ,ils ont rompu1 dcl>ait ,banville1 avec les pompeuses fadeurs de ce /yle s\t5u qui1 a9si que le disait ,mi*elet1 t\ffe1 crase l\rdem5t1 depuis deux sicles1 la ,france de ,rabelais1 d',agrippa d',aubign1 de ,rgni]1 de ,la ,fonta9e4 ,et il aj\tait pittoresquem5t qu'ils p\rrai5t s'in/all] avec cette enseigne3 ,au ,magas9 des ,images neuves4 ,c> ce sont surt\t des criva9s d'images1 comme t\s les gr&s criva9s1 pr9cipalem5t dans notre sicle qui aura produit avant t\t une littrature de s5sations4 ,or1 une littrature de s5sations e/ naturellem5t une littrature d'images4 ,celle du ,x,v,i,i,ie sicle1 et mme de la premire moiti du ntre1 avec ,/5dhal1 ,mrime1 ,b5jam9 ,con/ant1 n'e/ qu'une littrature d'ides1 une prose ab/raite appliquant ses plis raides et incolores sur des p5ses1 des argum5ts de raison ou de s5tim5t4 ,t\t c\p1 ,*ateaubri& inaugure la littrature de s5sation4 ,et t\s les gr&s criva9s vont le suivre4 ,*ateaubri& ici e/ prcurseur1 avec quelques phrases topiques1 comme lorsqu'il dit1 propos de be/ioles vues en ,amrique1 dprissant p>mi le soir tombant1 dans une m>e t>ie1 qu'elles dgageai5t une f9e odeur d'ambre gris4 ,curieuse s5sation d'un odorat enf9 aiguis et qui tablit des analogies imprvues4 ,les s5s dsormais sont ouv]ts4 ,prcieux lm5t de n\veaut4 ,*aque s5s s]a une f5tre qui laisse ap]cevoir un n\vel ,univ]s4 ,non seulem5t les s5s sont ouv]ts1 mais on dc\vre qu'ils communiqu5t2 et c'e/ ,baudelaire1 qui1 p> ses correspondances1 dont l'ivresse du has*is* lui fut la rvlation1 n\s initie t\te une srie n\velle de s5sations1 et p> consqu5t d'images3 ,il e/ des p>fums frais comme des *airs d'enfant1 ,d\x comme les hautbois1 v]ts comme les prairies444 ,les ,gonc\rt apport5t leur contribution dans ce gr& r5\veau4 ,ils ont crit3 ,ides et ,s5sations4 ,ce p\rrait tre le titre de t\te leur oeuvre4 ,eux aussi possd5t enf9 l'ducation e/htique des s5s4 ,mais1 *ez eux1 c'e/ l'oeil qui prdom9e2 littrairem5t1 ils app>aiss5t surt\t un oeil1 une rt9e m]veilleusem5t s5sitive1 un p]spicace oeil de pe9tre1 qu'ils fur5t l'orig9e1 et ils vont r5dre avec des mots t\t le plus tnu et le plus fugitif des nuances d'tres1 de ciels1 de dcors1 de passions4 ,n'e/-ce po9t comme un tableau de ,claude ,monet1 cette gr&e glise tnbreusem5t violace sur l'arg5t blaf>d du c\*ant8 ,ils fur5t des criva9s impressionni/es1 avant mme qu'il y et des pe9tres impressionni/es4 ,et cette s5sibilit de la vue ne leur attnuait po9t celle de l'oue4 ,la pe9ture de la phrase1 *ez eux1 n'emp*ait po9t le s5s de sa musique4 ,la soire frissonnante du friselis des feuilles1 n'e/-ce po9t une subtile allitration1 comme celles o se complur5t de rc5ts potes1 proccups d'in/rum5tation1 et que les ,gonc\rt ralisai5t bi5 aup>avant avec le gt infaillible et l'in/9ct des gr&s criva9s8 ,que de combats avec la phrase et le mot p\r ces accomplissem5ts magnifiques6 ,ah6 ils les ont connues1 ces affres dont gmissait le gr& ,flaub]t6 ,et1 de cette lutte1 ,jules de ,gonc\rt tomba n]v1 bris tr5te-neuf ans1 tu1 mort la pe9e du /yle1 comme l'a crit le survivant4 ,mais que de joies aussi6 ,ils les ont racontes1 ces solitaires ivresses1 ce d\ble et tr\ble transport crbral1 cette joie n]veuse de l'oeuvre en tra9 qui leur c\pait l'apptit comme un *agr9 et leur donnait1 sur les pavs1 l'impression de m>*] sur un tapis4 ,admirables et m\vants aveux6 ,qui aima plus la littrature8 ,ce fut vraim5t p\r eux un am\r4 ,l'enivrem5t d'crire1 p\r les arti/es de race1 e/ comme l'enivrem5t d'aim]4 ,o bonheur d'une telle passion p\r les ,lettres sur qui les annes ne peuv5t ri56 ,et c'e/ a9si qu',edmond de ,gonc\rt app>ut jusqu'au b\t1 militant1 inspir1 fcond1 faisant j\] des pices1 p\rsuivant son ,j\rnal1 entrepr5ant une va/e hi/oire de l',art japonais comm5ce p> ,outam>o1 ,hok\sa1 et qui devait se p\rsuivre p> l'tude d'autres pe9tres1 de laqueurs1 de sculpteurs1 de brodeurs1 de poti]s4 ,on aurait dit qu'il tait dans le cas de cet ,hok\sa lui-mme1 dont il avait publi la vie et qui1 un ge p>eil1 faisait encore de n\velles conqutes d'art1 pntrait dans le monde magique des oiseaux1 des plantes1 signant ses dess9s3 ,hok\sa1 vieill>d f\ de dess94 ,edmond de ,gonc\rt fut1 lui1 le vieill>d f\ de littrature1 jusqu' cette heure suprme o la mort le runit enf9 son frre ,jules dans le mme tombeau et aussi dans la mme immortalit1 cette vie sans date o ils se survivront--jumeaux de la gloire6 ,,/,,phane ,,mall>m ,il faut s\v5t rec\rir des lm5ts extrieurs3 une maison1 un portrait1 un bibelot1 p\r recon/itu]1 lucid] t\t fait la physionomie d'un gr& homme1 qu'il s'agisse d'un conqurant ou d'un pote4 ,l'iconographie surt\t e/ prcieuse ici4 ,e/-ce que le ,napolon au ,pont d',arcole p> ,gros n'explique pas t\t le jeune *ef d'arme1 piaffant de gnie1 ivre de gloire1 comme le ,sacre p> ,david prcise l'ordonnateur qui classifie1 discipl9e sa c\r comme un code1 se hausse aux pompes emphatiques d'un n\vel ,empire roma98 ,or de ,mall>m n\s avons aussi deux portraits significatifs1 qui port5t *acun la signature d'un matre4 ,l'un1 plus anci51 p> ,manet1 qui n\s montre le pote assez vois9 de n\s encore1 les traits vivem5t arrts1 une m\/a*e drue c\pant le visage mditatif1 et l'embr\illam9i d'une va/e *evelure4 ,quelque *ose d'inquiet et d'inquitant1 le visage s\fr d'un orage intrieur1 l'air f\droy d'un ,lucif] en habit mod]ne1 comme le ,baudelaire jeune pe9t p> de ,roy4 ,puis voici l'autre portrait1 rc5t1 p> ,m4 ,:i/l]1 o le visage s'e/ e/omp1 ouat4 ,le bleu trs tide des yeux s'embrume4 ,la m\/a*e are s'e/ fondue avec une b>be c\rte1 en po9te1 qui grisonne1 et met un floconnem5t d'hiv] au bas de ce visage qu'on reg>de comme un reflet1 qui semble tre vu dans un miroir1 vu dans l'eau4 ,c'e/ le pote comme il subsi/e dans la mmoire1 dj en un recul1 hors du temps1 tel qu'il app>atra l'av5ir4 ,a pe9e un ge/e de la ma9 plus a*ev et qui le ratta*e encore un peu la vie1 ce ge/e cont\rn1 d'une inflexion qui lui e/ p>ticulire p\r t5ir la cig>ette ou le cig>e1 fumeur cont9uel qui ne veut pas cess] une m9ute de mettre de la fume entre la f\le et lui4 ,a9si il s'isole1 s'loigne de la vie1 app>ti5t t\t au ,rve4 ,un homme au ,rve habitu4441 a-t-il dit de lui-mme au seuil de la confr5ce--il faudrait dire l'oraison funbre--qu'il consacra a son fidle ami ,villi]s de l',isle-,adam4 ,c'e/ cet homme du ,rve que ,m4 ,:i/l] a exprim1 c'e/ l'auteur visionnaire1 nigmatique1 de l',hrodiade et de l',aprs-midi d'un faune1 t&is que le portrait de ,manet concorde bi5 avec le s5sitif1 tragique et exaspr colori/e des ,f5tres et de l',azur3 ,je suis hant6 ,l'azur6 ,l'azur6 ,l'azur6 ,l'azur6 ,or1 ici encore1 ce sont les lm5ts extrieurs qui vont n\s faire mieux compr5dre l'oeuvre4 ,ce cri d'une c]velle prs d'clat] s\s la cruaut d'un bleu implacable1 c'e/ le pote jet en ple9 ,midi1 allant vivre ,avignon durant des annes 7envoy p> l',univ]sit71 au sortir des brumes1 des grises fantasmagories de ,londres o il avait c\ru1 sitt adolesc5t et libre4 ,l1 de secrtes aff9its1 la loi de son oeuvre encore muette1 sa meilleure de/9e1 l'avai5t t\t de suite aimant4 ,il fallait qu'il se p]fectionnt dans la langue anglaise1 p>ce qu'il tait v\ n\s donn] un j\r ses admirables traductions de ,po1 p>ce que surt\t il devait allum] son me cette me un peu jumelle444 ,po avait donn la vraie =mule p\r le pome3 ,il faut une quantit d'esprit sugge/if1 quelque *ose comme un c\rant s\t]ra9 de p5se1 non visible1 indf9i444 ,cela quivaut dire qu'il faut que le pome donne rv] sur un s5s la fois prcis et multiple2 ou encore qu'il ait en mme temps plusieurs s5s sup]poss4 ,c'e/ peut-tre ce qui c>actrise le plus srem5t les gr&es oeuvres4 ,ce signe se tr\ve dans ,po4 ,il se tr\ve aussi dans ,ibs5 dont les drames ont galem5t ce c\rant s\t]ra92 et voil p\rquoi ils captiv5t la fois le public ignorant et les arti/es4 ,il y a dans eux1 en ralit1 deux pices p>allles3 l'une qui semble un drame ord9aire1 un drame de la ralit et de la vie1 se passe de pla9-pi$ avec les mes des spectateurs2 l'autre1 flottant dans les limbes de l'inconsci5ce1 le clair-obscur du my/re1 tnbres animes1 brumes o on disc]ne la vie s\s-m>9e de l'oeuvre1 o l'on voit comme les rac9es des actes et qui n'e/ visible que p\r les initis et les voyants4 ,mall>m1 lui aussi1 dans ses pomes a t5t de suggr] le my/re et l'invisible4 ,or1 p\r suggr] une *ose1 il faut surt\t ne pas la nomm]4 ,aussi ,mall>m dit3 ,je n'ai jamais procd que p> allusion4 ,cela ne va pas t\j\rs sans des obscurcissem5ts1 p>fois volontaires4 ,les excessifs racc\rcis d'ides et d'images auxquels il se complait crent une optique spciale4 ,en t\s cas1 il e/ arriv a9si faire de la posie sobre1 aprs tant de dlayage et cette emphase dclamatoire1 cette loqu5ce de /rophes br&ies qui e/ la mauvaise habitude hrditaire de la posie franaise4 ,voici de la qu9tess5ce1 le suc ess5tiel1 un sublim d'art1 et1 dans un flacon d'or pur1 trs peu d'ess5ce--assez p\r p>fum] un sicle6--faite avec des millions de fleurs tues4 ,c'e/ une posie de rve1 si diffr5te de ces r$ondantes mlopes qu'on appelle la posie lyrique1 o1 sans cesse1 la tradition se ma9t9t4 ,c'e/ p\rquoi il faut ce pote-ci apport] des yeux neufs qui ont laiss se dmod] en eux le s\v5ir de t\s v]s lus4 ,les mots *ez lui n'ont pas leur s5s ord9aire4 ,e/-ce que les mots ne sont pas fans comme des visages8 ,mettons les mots en un tel clairage qu'ils ai5t l'air f>d2 et n\s crons a9si l'app>5ce d'une n\velle langue1 qui s]a maquille1 fais&e1 une vraie langue de dcad5ce1 con=me aux temps o n\s sommes4 ,pauvres mots1 qui ne dis5t plus ri51 extnus du mme s5s pr(r4 ,donc que les mots se tais5t2 le pote ne les considre plus que comme des signes qui1 p> la contexture1 p> la place occupe1 p> leur m>iage avec tel autre prcdemm5t ha1 voqu5t des s5sations vi]ges1 des s5s imprvus4 ,t\t e/ ellipse1 tropes1 inv]sions1 dductions spcieuses1 ge/es convexes1 reflets1 dans des miroirs1 de j>d9s qu'on ne voit pas4 ,p>fois la cond5sation re/e claire3 ,mon me v]s ton front o rve1 calme soeur1 ,un automne jon* de ta*es de r\sseur444 ,p>fois le s5s s'en*evtre1 s'assombrit4 ,une srie de vocables r>es1 d'une lumire inquitante et tr\ble1 jon*e de pi]r]ies uniques dont la signification n'e/ pas donne1 p\r laiss] rv] quelque colli] ds5fil de morte ou quelque c\ronne1 victime d'un rapt anci51 dont l'or s'e/ vapor p\r des crimes444 ,mais n'importe6 ,e/-ce que le diamant n'a pas aussi des feux seulem5t int]mitt5ts3 g\tte de lumire1 bue a *aque in/ant2 cl>t t\rnante d'un petit ph>e dans la nuit2 toile qui clignote444 ,et les pomes de ,mall>m sont aussi des nigmes de c\leur1 ce dont la lgitimit se pr\ve1 dit-il lui-mme1 p> ce fait que en crivant1 on met du noir sur du blanc1 comme le my/re sur l'vid5ce4 ,quelques-unes des causes qui font ces admirables pomes un peu rtracts et h]mtiques1 c'e/1 p> exemple1 la suppression frqu5te de l'article1 de la ponctuation1 de t\te conjonction4 ,la syntaxe aussi e/ retorse1 r5v]se1 s'influ5ce de la con/ruction anglaise4 ,c>--n\s le voyons de plus en plus--,mall>m doit beauc\p l',anglet]re3 son gt du rve1 de l'au del1 son e/htisme1 sa syntaxe enf91 sans compt] son dsir d'introduire p>t\t l'art dans la vie qui provi5t de cette m]veilleuse r5aissance de l'art indu/riel en ,anglet]re1 laquelle collaborr5t ,rosetti1 ,morris1 ,crane1 tant d'inv5tifs et prcieux arti/es4 ,mall>m y devait song] p\r la ,france4 ,nagure il fonda et rdigea seul un j\rnal qui s'appelait ,la ,d]nire ,mode1 o tai5t promulgus les lois et vrais pr9cipes de la vie t\t e/htique1 avec l'ent5te des mo9dres dtails3 toilettes1 bij\x1 mobili]s1 et jusqu'aux spectacles et m5us de dn]s4 ,la posie aussi1 il rv]ait de la faire entr] dans la vie1 qu'elle s'inscrivt aux murs des app>tem5ts1 aux vaisselles1 aux bibelots2 il lui arriva d'en orn] des v5tails1 l'v5tail qu'il a si magnifiquem5t dnomm l'unanime pli ,dont le c\p prisonni] recule ,l'horizon dlicatem5t4 ,dans ces v]s de grce suprme1 n\s retr\vons 7t\j\rs p\r expliqu] l'oeuvre p> les milieux et les lm5ts extrieurs1 selon la ?orie de ,ta9e7 l'esprit trs ataviquem5t et foncirem5t franais de ,mall>m4 ,hrdit de longue date1 c> ces lo9ta9s asc5dants tai5t ici de hauts fonctionnaires1 et quelques-uns avai5t dj comm]ce avec le livre1 tel celui qui fut syndic des libraires s\s ,l\is ,,xvi et dont le nom se retr\ve au bas du privilge du ,roi1 dans cette dition orig9elle du ,va!k franais de ,beck=d1 que le pote rimprima1 avec le portail d'une prface neuve4 ,lui-mme naquit ,p>is en #ahdb1 dans une rue qui s'appelle auj\rd'hui passage ,laf]rire2 et il e/ naturel1 ds lors1 qu'il app>aisse a9si1 p> ab\tissem5t1 si t\t fait vieille ,france4 ,il a g>d la bonne grce1 une politesse inf9ie d'anci5 ,rgime1 une lgret mani] la conv]sation1 et quelle conv]sation plus lum9euse et florissante que la si5ne3 cri/al et roses6 ,t\te la jeune gnration littraire l'a c\t comme un prcurseur1 comme un mage4 ,une voix sav\reuse4 ,des ge/es d'(ficiant4 ,et une p>ole 9puisablem5t subtile1 anoblissant t\t sujet d'ornem5tations r>es3 littrature1 musique 7il adore ,wagn]71 art1 et la vie1 et jusqu'aux faits-div]s1 dc\vrant entre les *oses de secrtes analogies1 des portes de communication des c\loirs ca*s4 ,a9si l',univ]s se recre dans le pote4 ,l',univ]s e/ simplifi puisqu'il le rsume du rve1 comme la m] se rsume1 dans un coquillage1 une rumeur4 ,quelle +niosit sans f91 quelles tr\vailles incessantes6 ,c'e/ surt\t de la posie que ,mall>m a disc\ru1 avec exquisit et autorit1 ori5tant les esprits1 dogmatisant1 appr\vant avec des rs]ves ce que le jeune gr\pe des ,dcad5ts et des ,symboli/es allait intronis] dans la posie sculaire4 ,il ne faut t\*] que p> mom5ts au gr& orgue de l'alex&r91 reconnaissait-il son t\r4 ,p\rtant1 p\r sa propre oeuvre jusque dans ses plus rc5ts v]s1 il se g>da d'aucune innovation1 ma9t9t intacte t\te la tradition quant aux mtres1 aux csures1 aux rimes4 ,son v]s e/ un v]s classique1 p\r a9si dire4 ,c'e/ que la =me1 en vrit1 e/ "q t\te p]sonnelle1 *angeante et secondaire4 ,mais il comprit p\r lui-mme1 et enseigna1 que le propre du v]s e/ d'enclore uniquem5t le ,rve4 ,de l sa gr&e influ5ce un mom5t o la ,posie en v5ait rim] des contes1 les anecdotes de la vie1 de l'hi/oire1 de l'am\r4 ,or la posie e/ la langue d'un tat de crise1 proclama ,mall>m2 elle ne doit pas v\loir s]vir t\t1 tre employe cont9uem5t4 ,ces p>faits enseignem5ts1 une vie d'une noblesse1 d'un ds9tressem5t admirables1 ont valu ,mall>m--outre son oeuvre--d'tre salu p> les criva9s n\veaux comme leur ,matre et un *ef d'cole4 ,influ5ce glorieuse1 encore qu'elle soit =cm5t passagre1 c> sans cesse les esprits driv5t1 volu5t1 se dpr5n5t1 *ang5t1 vont ailleurs1 comme les vagues dans la m]6 ,en dehors de ce fait mom5tan1 il y a un fait t]nel3 c'e/ la beaut1 que nul ge ne fan]a1 de quelques-uns de ses pomes3 ,les ,fleurs1 l',app>ition1 l',hrodiade1 l',aprs-midi d'un faune1 et aussi de quelques pomes en prose1 si miraculeusem5t p>faits3 ,pla9tes d'automne1 ,frissons d'hiv]1 ,le ,phnomne futur--c'e/--dire presque t\t le volume qu'il a appel jolim5t ,florilge1 en triant et publiant a9si quelque *ose comme la df9itive ,an?ologie de lui-mme1 sa flore *oisie4 ,et c'e/ une flore1 en effet1 d'un art s\v]a9 et durable1 faisant suite aux ,fleurs du mal de ,baudelaire4 ,celles-ci tai5t dj des fleurs de dcad5ce1 g]mes du bitume p>isi51 b\quet s5tant le s\fre et le sang1 floraison satanique et cruelle1 fleurs nes la nuit1 mais qu& mme naturelles encore4 ,les pomes de ,mall>m sont des s5sitives de s]re1 de la s]re *aude d'un c]veau en fivre1 plantes la croissance artificielle et viol5te1 fleurs de *imie1 fleurs comme closes d'un miroir1 r>es or*ides qui conti5n5t t\t le ,rve en leur =me quivoque1 aux int]prtations div]ses1 et dont on ne sait si elle e/ un sexe ou un bij\4 ,,les ,,rosny ,les ,rosny ont r5\vel le cas des ,gonc\rt1 une collaboration frat]nelle non mo9s fconde et dj glorieuse aussi4 ,p\r les ,rosny1 il p>at que les romans du db app>ti5n5t uniquem5t l'an2 mais c'e/ l un triage que l'av5ir ne f]a pas et qu'eux-mmes1 p> leur signature unique1 n\s convi5t nglig]4 ,il e/ donc p]mis de considr] leur oeuvre comme d'un seul criva94 ,disons alors que les ,rosny sont un romanci] d'admirable tal5t4 ,en quoi fur5t-ils orig9aux et vraim5t des apporteurs de neuf8 ,voici4 99 99 99 ,au fond1 dans beauc\p de romans1 il s'agit simplem5t d'une anecdote4 ,c'e/ une pice que l'auteur j\e1 dont les p]sonnages ont t taills1 habills p> lui1 sont des m>ionnettes o l'on ent5d sa voix4 ,guignol p\r gr&es p]sonnes6 ,tantt le drame ou la comdie e/ d'imag9ation pure1 tantt il e/ copi plus ou mo9s sur la ralit 7roman romanesque ou naturali/e72 mais t\j\rs le rectangle de la scne t]m9e le jeu gomtriquem5t4 ,avec les ,rosny1 l'art s'l>git4 ,le ?tre e/ de ple9 air4 ,plus de portants1 de dcors pe9ts1 t\t le m5songe et t\te la ma*9ation4 ,et plus ces fils simples faisant m\voir les p]sonnages1 et qui n'ab\tiss5t qu'aux ma9s d'un metteur en scne plus ou mo9s adroit4 ,les tres viv5t1 m>ionnettes qu& mme1 pauvres m>ionnettes huma9es1 plus infimes encore1 mais plus tragiques1 t5us p> des fils t\j\rs1 mais des fils autrem5t m\vants1 ceux des ,=ces et des ,lois1 ceux qui reli5t les cratures la prodigieuse tlgraphie ari5ne1 aux a/res1 aux sem5ces de l'air1 aux p]les de la m]1 aux cyclones aveugles1 aux inf9im5t petits1 aux emb*es1 la mort t\j\rs en r\te444 ,a9si ils viv5t1 les frles p]sonnages du livre 7et n\s avec eux71 d'une vie englobe dans l'imm5se gravitation cosmique4 ,*aque livre1 ds lors1 e/ plus qu'un roman2 c'e/ en mme temps le roman du rgne animal et vgtal2 c'e/ un microcosme de l'univ]s4 ,si telle femme sanglote la lune1 on s5t bi5 qu'elle subit la mme loi que l',ocan dont la poitr9e halte l'unisson de la si5ne4 ,la lune l'influ5ce comme lui1 et c'e/ d'elle que dp5d la m>e r\ge de son sang4 ,t\t e/ en communion dans la nature4 ,univ]sel en*anem5t6 ,=ces surplombantes et 9luctables6 ,molcules frat]nelles6 ,c'e/ ce que les ,rosny font s5tir dans leurs oeuvres4 ,l'imag9ation ici se limite p> la sci5ce1 mais s't5d jusqu' elle1 comme un cont95t jusqu' la m]4 ,or mme dans l'intrieur des t]res on sait1 on dev9e1 on ent5d1 la gr&e pulsation lo9ta9e des m>es inexorables4 ,*ez les ,rosny aussi1 aut\r des cratures il y a la cration4 ,de cette faon1 le roman reprs5te la vie intgrale1 telle que peut la concevoir1 telle que doit la concevoir un c]veau qui a reu une ducation sci5tifique444 ,les p]sonnages ne sont plus indp5dants4 ,ils sont envelopps1 ratta*s la vie totale1 l'ensemble v]tig9eux de l'univ]s1 petites lumires frles dans un imm5se dploiem5t capricieux1 vibrants organismes en proie aux =ces1 aux combats1 aux conflits de la faim et de l'am\r1 aux ivresses du sang rafra*i p> des proies et p> l'avril4 ,drame t]nel et monotone que ce drame de l'univ]s1 s\mis la fatalit444 ,aux deux b\ts de leur oeuvre comme aux deux b\ts de l'hi/oire1 les ,rosny n\s montr5t le triomphe du =t1 l'imag]ie lam5table de la ?orie d>w9i/e et la socit non mo9s cruelle que la nature4 ,c>1 aprs n\s avoir voqu dans leurs tonnants paysages et scnes prhi/oriques le pauvre c]f laphe1 p\rsuivi p> le lion1 p> le felis spela1 puis broy et dvor1 ils n\s montr5t1 aussi p\vante et apitoyante que le c]f laphe1 la pauvre ,nelly en fuite dans ce ,londres actuel o la traqu5t d'autres mon/res1 la faim1 la pro/itution4 ,t\j\rs la mme angoisse dans l't]nelle gravitation3 le v]tige du ciel1 p>-dessus soi2 la t]re f9ale1 p>-dess\s2 et1 t\t aut\r1 les tableaux naturels3 l'eau1 les h]bes1 les poll5s d'am\r1 le poison ca*1 la mort qui rde1 mille emb*es p>mi les fleurs1 la dsagrgation1 un va-et-vi5t de molcules dont n\s sommes1 p\r une m9ute anxieuse1 l'phmre colonie6 99 99 99 ,c'e/ dj beauc\p que cette conception sci5tifique du roman1 c'e/--dire ne voir les tres--dans le livre comme dans la vie--que lis t\t le tnbreux mcanisme du cosmos4 ,ceci1 au fond1 con/ituait la d]nire application de la m?ode naturali/e4 ,voir sci5tifiquem5t des types et des c>actres n'e/ pas autre *ose que les voir plus ju/e et dans la vrit absolue4 ,c'e/ du ralisme transc5dantal1 p\ssant sa =mule jusqu' l'vid5ce des ma?matiques et des analyses intgrales4 ,dj1 aup>avant1 le ralisme en pe9ture1 dsireux de faire vrai1 de voir ju/e1 de fix] le ton exact1 eut rec\rs la sci5ce aussi4 ,l'cole impressionni/e et celle du po9till ont emprunt aux expri5ces de ,rood1 aux tudes de ,*evreul leur te*nique du ton simple1 du ton fragm5taire1 p\r vit] t\t a*em9em5t v]s le noir et fix] mieux sur les toiles la lumire4 ,or v\loir r5dre la lumire1 c'e/ v\loir faire vrai4 ,c'e/ encore du ralisme4 ,et ,m4 ,claude ,monet avec ,seurat driv5t logiquem5t de ,c\rbet p> ,manet4 ,la pe9ture en e/ re/e l4 ,le roman1 appuy sur la sci5ce1 aurait pu n'ab\tir aussi qu' cette tape2 la sci5ce1 avec son surplus d'enqute1 et eng5dr simplem5t1 dans ce cas1 un ralisme suprieur4 ,le roman1 a9si que la pe9ture1 aurait dsormais prs5t1 non plus les tres isols1 mais aussi le milieu o ils s'agit5t1 leur atmosphre1 sans ri5 de plus cep5dant4 ,or il s'e/ fait que les ,rosny1 en mme temps qu'un esprit de sci5ce et de gnralisation1 possdai5t les dons du pote1 et1 du c\p1 ils agr&ir5t cette conception sci5tifique de la vie aux proportions d'une sorte de foi lyrique et de culte bl\i4 ,on peut dire qu'ils ont cr dans la littrature un m]veilleux de la sci5ce4 ,?odore de ,banville avait c\tume de dire qu'il n'y a pas de gr&e oeuvre sans m]veilleux1 et il citait t\j\rs1 tel qu'un exemple mmorable1 l',atta ,troll de ,h5ri ,he9e4 ,oui1 mais comm5t inv5t] un m]veilleux n\veau8 ,l'antiquit eut son admirable my?ologie1 fables en*ant]esses1 ,olympe radieux1 ciel rose et or1 o somnolai5t les ,immortels1 ocans vi]ges d'o m]geai5t des desses de qui les *evelures g>dai5t l'ondulem5t des vagues4 ,le m]veilleux *rti51 lui1 e/ sublime1 et ,*ateaubri& en dgagea1 dans le ,gnie du ,*ri/ianisme1 l't]nel en*antem5t4 ,on tr\ve dans les oeuvres des ,rosny1 dans la ,lg5de sceptique1 dans les ,xiphuz et mme dans leurs romans de moeurs mod]nes1 ce qu'on p\rrait appel] un m]veilleux de la sci5ce3 dcors quasi surnaturels1 ferie inaccessible1 pre/iges occultes1 musique des sphres1 conciles d'a/res1 ,=ces de la nature1 ,lois d'aira9 aussi inexorables que les anci5s dieux1 et qui sont comme les visages *angs et sans nom du ,de/94 99 99 99 ,r5\vel] le roman p> une conception sci5tifique de la vie1 en mlant les ?ories de ,d>w9 aux inv5tions de l'imag9ation1 voil p\r la beaut littraire de l'oeuvre des ,rosny4 ,celle-ci a aussi une beaut philosophique4 ,elle ne conclut pas ncessairem5t une philosophie fatali/e4 ,et n\s allons voir comm5t il en sort une morale +nieuse et admirable4 ,dans ces romans de la vie collective1 une "p e/ laisse l'n]gie individuelle1 t\te rduite1 il e/ vrai1 circonscrite1 en proie des lois my/rieuses1 des in/9cts1 la maladie1 la duplicit1 aux piges de l'ignorance4 ,n'importe1 c'e/ prcism5t p>ce que n\s ne sommes plus en lutte seulem5t avec nos semblables ou avec n\s-mmes1 comme en d'autres romans1 contr>is uniquem5t dans nos am\rs1 notre ambition1 nos apptits1 mais livrs des =ces autrem5t r$\tables1 aveugles1 implacables1--c'e/ p\r cela que les ,rosny s'meuv5t d'une telle piti misricordieuse dont le halo accompagne t\s leurs p]sonnages444 ,avec quel apitoiem5t ils dis5t3 ,le pauvre tre huma96 ,comme ils le montr5t disputant au sort quelques m9utes d'ivresse1 assis au bord de sa c\rte joie l'eau vite t>ie o son image *avire444 ,de l cette bont qui e/ p>t\t en leurs livres et y bat comme un coeur ca*4 ,bont qui va tre bi5tt contagieuse4 ,dans ,nell ,horn1 ,ju/e s'emb>rasse de ,nelly p\r ne pas laiss] d]rire lui une victime1 une pave dans cet ocan du ,londres mod]ne aux millions de lumires d>des sur elle comme des yeux de vice444 ,il se s\vi5t du c]f traqu dans les paysages de la prhi/oire444 ,ailleurs1 c'e/ ,valgraive1 le m\rant qui *]*e faire dur] aprs lui sa volont misricordieuse1 et donne sa femme l'ami qui l'aime1 en taisant p> bont ses jal\sies prv5tives1 ses rvoltes1 t\tes les sugge/ions du mal qui l'emp*5t de se ralis] en la beaut du bi54 ,dans l',imprieuse bont1 c'e/ l'am\r du pro*a9 s\s t\tes ses =mes4 ,dans ,m>c ,fane1 il ne s'agit plus de la bont individuelle1 mais d'un idal qui s't5d1 cette fois1 au del du c]cle d'or de la lampe et des tres famili]s4 ,m>c ,fane1 le tlgraphi/e ambitieux1 le possibili/e frat]nel et utopique1 rve un dv\em5t lo9ta91 gnral1 sociali/e 7au s5s tymologique du mot74 ,c'e/ sur la socit elle-mme qu'il s'apitoie1 sur t\t ce qui s\ffre1 se dbat1 convoite1 aptre illum9 de la bont1 *]*ant canalis] la m>e rvolutionnaire qui monte1 p\r ne pas qu'il y ait plus de bris1 de heurts et de d\leur4 ,et il ne s'agit pas ici de piti1 cette piti russe de ,tol/o et de ,do/oewsky1 qui drive d'une morale admise a priori et sur laquelle les actes se modl5t4 ,de mme la *>it et l'am\r du pro*a9 dans t\te religion *rti5ne4 ,les ,rosny ne p>t5t pas d'une morale base sur une foi2 ils ab\tiss5t une morale444 ,l'altruisme ne desc5d pas d'un pr9cipe div93 il monte d'un con/at huma94 ,leur philosophie volutionni/e et d>w9i/e eng5dre qu& mme une morale1 ce qu'on p\rrait appel] une morale de l'espce4 ,altruisme des naufrags de la ,mduse6 ,p>mi cette vie inc]ta9e1 p>mi cet univ]s dramatique1 il faut une expansion1 un accord1 la protection des petits1 le sec\rs aux mal arms1 dans une communion des tres o la =ce ne v\dra plus que collabor] avec la faiblesse p\r la complt] en une unit de df5se efficace4 ,c'e/ a9si qu'en face des ,digui1 des ,lesclide1 des ambitieux1 des hommes de proie de leur oeuvre1 il y a ,ju/e1 ,valgraive1 ,honor ,fane1 ,jacques1 ,g\ria1 ceux qui pratiqu5t cette fconde solid>it huma9e1 af9 de combattre l'aveugle et dure nature4 ,mais les ,rosny ne cess5t jamais d'tre arti/es2 nullem5t pr*eurs ni morali/es1 ils n'ont envisag la bont que comme un lm5t de beaut1 qu& ce sont les =ts qui sont bons1 n'usant de leur =ce que p\r les faibles1 et rtablissant a9si un peu d'h>monie1 c'e/--dire un peu d'e/htique p>mi le brutal drame huma91 puisque la beaut e/ dans l'ordre4 99 99 99 ,l'oeuvre des ,rosny1 comme celle de ,flaub]t et de presque t\s les gr&s criva9s1 a ceci de curieux qu'elle peut se divis] en deux gr\pes trs di/9cts1 deux voies p>allles1 quittes1 reprises et m5es de front4 ,d'un ct1 des romans de moeurs1 de docum5ts1 de mod]nit3 ,nell ,horn1 le ,bilatral1 le ,t]mite1 sans compt] ces romans d'analyse aigu et mticuleuse1 situations d'am\r o l'criva9 h]borise dans les coeurs1 depuis ,daniel ,valgraive jusqu' l',autre femme et ,d\ble am\r2 d'un autre ct1 des livres t\t en dcors et en visions3 la ,lg5de sceptique1 ,eyrimah1 les ,orig9es4 ,les uns exprim5t l'air du sicle2 les autres s'amplifi5t en des reculs d'espace et de temps4 ,les uns sont en pr(ondeur2 les autres en horizons4 ,or *ez ,flaub]t aussi1 ,madame ,bov>y alt]na avec ,salammb et ,b\v>d et ,pcu*et avec la ,t5tation de sa9t ,anto9e4 ,n'e/-ce pas un moy5 p\r l'criva9 de satisfaire la nature d\ble1 le gt contradictoire qui se retr\ve *ez t\t homme d'une crbralit un peu haute3 l'am\r du rve et de l'action8 ,en des temps meilleurs1 l'action fut hroque et philosophique2 le rve put se concili] avec elle3 a9si ,vamireh1 dans le roman prhi/orique des ,rosny1 e/ la fois *asseur h>di1 gu]ri] r$\t et graveur att5dri d'une fleur sur la d5t d'un c>nivore4 ,david aussi1 dans la tribu1 t5ait en mme temps le sceptre et la lyre4 ,mais auj\rd'hui l'action e/ mdiocre1 monotone1 et ne peut plus t5t] les c]veaux nobles4 ,baudelaire a n l'ant9omie3 ,c]tes1 je sortirai1 quant moi1 satisfait ,d'un monde o l',action n'e/ pas la soeur du ,rve6 ,des romanci]s comme ,flaub]t et les ,rosny ont remdi au dsaccord4 ,c]ta9es oeuvres1 cause mme de leur mod]nit1 sembl5t correspondre ce gt secret de l'action4 ,on p\rrait dire que ,flaub]t a vritablem5t aim ,emma ,bov>y1 s'e/ passionn p\r elle comme si elle avait t relle et l'et hant de sa prs5ce et de ses futiles c>esses4 ,les ,rosny aussi ont agi1 p\rrait-on dire1 dans l',imprieuse bont1 dans ,m>c ,fane et le ,bilatral1 ces romans de moeurs rvolutionnaires dont la matire tait neuve et re/]a m>que de leur empre9te4 ,ils s'y dp5sr5t1 y vcur5t de la vie mme de leurs p]sonnages2 et d'imag9] les h>angues enflammes de ceux-ci dans les runions publiques1 ils pr\vr5t sans d\te la mme fivre1 le mme moi physique que s'ils les avai5t prononces4 ,en reg>ds de ces oeuvres qui correspond5t au gt insatisfait de l'action1 il y a de gr&es popes con=mes au rve3 les ,xiphuz1 la ,lg5de sceptique au seuil de laquelle les ,rosny donn5t p\r a9si dire leur propre df9ition3 ,luc vivait dans un rve du ,x,xe sicle1 po9t d'int]section o peut-tre l'action aura rejo9t le rve et o l'criva9 ne s]a plus1 comme auj\rd'hui1 la moiti d'une me qui aspire l'action en lutte contre la moiti d'une me qui aspire au rve6 99 99 99 ,quoi qu'il en soit1 t\s les livres des ,rosny ont aussi cette m>que des gr&s criva9s3 un /yle p]sonnel4 ,leur manire e/ t\t de suite reconnaissable p> les t\rs1 la c\leur1 p> le vocabulaire surt\t1 qui e/ va/e1 9puisable1 imprvu1 s\v5t te*nique et sci5tifique4 ,ceci con/ituait prcism5t son lm5t de n\veaut3 des t]mes de physique1 de *imie1 de botanique1 d'an?ropologie1 f\rnissant des images 9dites1 des facettes tr\bles et inquitantes4 ,on s'tonna de ce /yle qui se p>at de lueurs inconnues1 se compliquait444 ,l'auteur av\ait de lui-mme dans son ,t]mite3 ,il rpugnait ,g]vaise p> son /yle encombr4 ,dans leurs rc5tes oeuvres1 les ,rosny ont simplifi leur /yle1 nagure si luxuriant4 ,en t\t cas1 p]sonne ne possde comme eux une telle abondance avec une telle subtilit2 et ce n'e/ pas un des mo9dres *>mes dans une oeuvre t\te en syn?ses1 en ides gnrales1 en m\vem5ts de f\le1 de tr\v] ces notations de demi-te9tes1 ces nuances d'me1 ces clairs-obscurs d'ides1 ces s\rd9es de mots444 ,a9si la langue des ,rosny e/ con=me notre temps1 n]veuse et complexe comme lui1 vibrante du frisson des hommes et de l'lectricit des *oses1 ple9e de tr\vailles incessantes1 d'une c\leur de *imie et d'orage1 et bi5 celle qu'il fallait en cette f9 d'un sicle o fonctionn5t les cornues laborieuses1 o les rv]bres des villes s'aigriss5t1 o brl5t t\s les yeux1 o se hiss5t les premi]s inc5dies sociaux en =me de drapeaux r\ges dans le v5t444 99 99 99 ,donc p> une conception sci5tifique de la vie introduite dans le roman1 p> la cration d'une sorte de m]veilleux de la sci5ce1 p> l'tablissem5t d'une morale de l'espce1 p> un d\ble aspect qui reg>de la fois le rve et l'action1 enf9 et surt\t p> un /yle arti/e qui porte leur m>que propre1 les ,rosny ont vraim5t produit une oeuvre gr&e4 ,en rsum1 elle aura ralis ceci3 l'art et la sci5ce1 qu'on croyait inconciliables1 n'y font plus qu'un4 ,de mme les toiles m]veilleuses1 extase des my/iques1 bl\issem5t des songeurs1 sont en mme temps des ari?mtiques infaillibles et une algbre qui brle l'inf9i6 ,,v]la9e ,v]la9e app>atra un irrguli] et un rvolt du ,p>nasse comme ,musset fut un rvolt du ,romantisme4 ,celui-ci sacrifia1 ses dbuts1 aux discipl9es du mom5t4 ,il publie les ,contes d',espagne et d',italie1 il rime avec une ri*esse soigneuse1 p>ce qu',hugo en a donn le prcepte1 mit l'exotisme la mode p> ,les ,ori5tales1 exhuma de ses s\v5irs d'enfance le soleil et les cors hi/oriques de l',espagne4 ,v]la9e aussi dans ses ,pomes saturni5s semble accept] l'idal antique et b>b>e de ,leconte de ,lisle auquel t\s1 d'ailleurs1 se con=m5t4 ,ses v]s sont hrisss de noms f>\*es1 or?ographis biz>rem5t3 ,ragha1 ,valmiki1 ,k*atrya4 ,on dirait des tessons de b\teilles sur une grve de sable d\x o dj appro*e une m] qui *ante4 ,c> et l app>at un v]s d'intonation cl9e1 musique et frisson1 g]me de t\t le futur3 ,l'inflexion des voix *res qui se sont tues4 ,musset ne se *]*a pas longtemps4 ,il se tr\va ds sa premire s\ffrance4 ,et alors sa posie ruissela avec la spontanx du sang4 ,on sait sa passion p\r ,george ,s&1 la trahison et les loqu5tes ,nuits4 ,v]la9e r5contra son t\r le *evali] ,malheur4 ,son drame fut pire4 ,blessure d'am\r aussi1 mais plus grave et extraord9aire4 ,c'e/ ,dieu qui le blessa d'am\r4 ,c\p de f\dre de l'am\r div96 ,qu'tait-il donc arriv8 ,lui-mme1 ds son premi] volume1 prvoyait l'av5ir en ce v]s s9i/re et prophtique3 ,mon me p\r d'affreux naufrages app>eille6 ,on connat l'av5ture4 ,v]la9e lui-mme1 avec sa folie de s9crit1 qui fait song] la confession publique des premi]s temps du *ri/ianisme1 la raconta dans ,mes ,hpitaux et ,mes ,prisons4 ,c> les tribunaux s'en mir5t comme il a dit lui-mme4 ,les *utes fur5t pr(ondes4 ,mais1 dans la retraite1 le rep5tir t\*a son me4 ,qu'on imag9e cette scne incomp>able3 les quatre murs blancs de la solitude2 le sil5ce1 aut\r1 des longs corridors2 et le monde aussi1 d'o l'on fut retran*1 sil5cieux d'tre lo9ta94 ,plus de p>5ts1 d'amis2 on e/ seul1 avec sa faute4 ,et quel s5tim5t de sa d*ance6 ,on se fait l'effet d'tre de l'autre ct de la vie4 ,seulem5t un peu de ciel1 le ciel qu'on voit4 ,or1 sur le mur vide1 il y a un crucifix4 ,e/-ce l'ami du malheur qui seul demeure8 ,lui du mo9s p>donne t\j\rs6 ,on espre1 on se s\vi5t1 on l'a pri jadis dans sa petite enfance4 ,alors voici qu'un autre acteur entre en scne3 l'aumni]1 qui a dev9 l'oeuvre de salut possible4 ,il p>le2 il donne lire un cat*isme4 ,et l'homme rpr\v qui e/ un gr& pote1 ds qu'il se retr\ve seul1 se jette g5\x1 ruisselle de l>mes devant le ,*ri/ du mur vide4 ,jsus lui p>le444 ,l'me rpond1 s'lve1 hsite4 ,c'e/ une lutte entre l'me et ,jsus1 une lutte entre ,jsus et un ,pascal enfant4 ,et1 dans cette crise sublime naiss5t p\r l't]nit les posies de ,sagesse1 le plus pa?tique aveu de l'me de t\te la littrature mod]ne2 des oraisons comme ,dieu et les hommes n'en avai5t jamais ent5du4 ,l surt\t fut la gr&e orig9alit du pote3 il crivit--comme on prie6 ,sa posie a la simplesse d'une prire et1 comme telle1 elle fut accessible t\s4 ,il app>ti5t ce qu'on p\rrait appel]1 p>mi les potes1 la race des *anteurs1 ceux dont l'art e/ spontan1 jaillit en s\rce vive1 ds qu'ils se frapp5t la poitr9e4 ,un *ant p>eil a le ry?me mme de leur coeur4 ,tel ,lam>t9e dont ,sa9te-,beuve crivait3 ,c'e/ un gr& ignorant qui ne sait que son me4 ,on p\rrait dire la mme *ose de ,v]la9e4 ,c]tes il avait la connaissance des p*s--et mme de t\s les p*s2 mais avec de la c&eur qu& mme et de la navet surt\t4 ,il p*a mais comme un enfant vicieux prcocem5t4 ,il y a a9si des hommes qui la vie n'appr5d ri51 qui vieilliss5t sans avoir mri1 des coeurs qui re/5t v]ts l'arbre de la vie4 ,et ne dirait-on pas de ce pote aux my/iques lans1 alt]ns de fautes av\es1 qu'il a t\j\rs une me d'adolesc5t1 l'me d'un collgi51 un peu p]v]s et ple1 dans une in/itution de prtres1 entran des fautes p> ennui et habitude1 mais s\da9 effray des damnations1 implorant ,dieu et la ,vi]ge4 ,sa posie1 my/ique et *>nelle1 mle des prires1 le langage emmiell des ,livres d',heures avec des aveux du sixime et du neuvime comm&em5t4 ,c'e/ comme une confession de premi] communiant6 ,a la fois1 le dlice des p*s n\vellem5t rvls et la peur des ,enf]s dcrits et possibles6 ,aprs les alcves c\pables1 les p5ses mauvaises1 les ma9s fautives1 voil ds l'aube v5ue1 l'autel et le lys1 entre les ci]ges1 et les l+]ies du culte1 et la d5telle en pr9temps de givre sur la ,table des ,ho/ies6 ,l'me de ,v]la9e eut t\j\rs l'ge de ces *oses-l4 ,mr et mme vieillissant1 il g>da une me de collgi51 l'me div9em5t impressionnable de l'enfance1 trs purile quoique un peu ruse1 trs blan*e quoique p*]esse1 trs my/ique quoique s5suelle444 ,or ceci1 le my/icisme dans la s5sualit--c'e/ aussi le signe des ultimes dcad5ces2 c'e/ l'tat de consci5ce des villes qui vont m\rir1 puisqu' ,sodome1 la veille du j\r o le feu du ciel allait pleuvoir1 les habitants s'en v9r5t v]s la maison de ,lo? o les ,anges tai5t desc5dus1 mais non seulem5t p\r les ador] et les pri]3 ,fais-les sortir1 af9 que n\s les connaissions1 comme il e/ dit au texte de la ,gnse4 ,or dans l'oeuvre de ,v]la9e aussi les ,anges ent5d5t grond] aut\r d'eux les p*s des villes maudites444 ,malgr t\t1 il ne cessa pas d'tre +nu comme un enfant1 qu'il re/a t\j\rs4 ,ici encore ,musset lui app>at p>allle4 ,mes premi]s v]s sont d'un enfant1 ,les d]ni]s pe9e d'un homme4 ,et la similitude cont9ue jusqu'au b\t4 ,t\s deux aprs de gr&es d\leurs1 vau-l'eau et en ds>roi1 v\lur5t oubli]4 ,musset pratiqua les breuvages excrs1 comme il dit4 ,quant ,v]la9e1 s'il g>da un peu l'+nuit de l'enfant1 on peut aj\t] qu'il g>da un peu aussi l'+nuit de l'ivrogne4 ,mais ce qui les diffr5cie et fait qu'en ralit1 si leurs mes et leurs vies se ressembl5t1 leurs oeuvres n'ont aucun po9t de contact1 c'e/ que ,musset1 n'tait qu'loqu5t t&is que ,v]la9e fut extraord9airem5t arti/e4 ,et c'e/ l'm]veillem5t de son art que d'(frir avec tant d'essor et de *ant une telle ciselure4 ,le v5t crisp du mat94 ,des mots si spcieux t\t bas4 ,les phrases sveltes4 ,quelles miraculeuses pi?tes6 ,t\tes ,les ,ftes ,galantes sont de cette criture subtile encore que les ry?mes s'envol5t comme des jupes et des nuages4 ,et une =me qui n'a pas que d'heureux has>ds1 des bonnes =tunes d'expression4 ,v]la9e e/ trs exp]t et r\ dans les *oses de son mti]4 ,il e/ all aux bonnes s\rces et a des s\rces peu connues444 ,il tira gr& pr(it de ,m>cel9e ,valmore4 ,on lui a fait gr& mrite de ses v]s de c9q1 sept1 neuf1 onze1 treize syllabes1 en oubliant un peu qu'ils avai5t t t\s pratiqus p> ,valmore4 ,mais il faut conv5ir qu'il leur donna un t\r propre4 ,*ez lui1 le v]s trbu*e et boite dans les mtres impairs1 l'air extnu d'avoir fait le t\r de t\s les rves4 ,le v]s de treize syllabes s'allonge1 comme tir dans un billem5t4 ,la =me e/ adquate au sujet4 ,le pote a dit3 ,je suis l',empire la f9 de la dcad5ce 7et ce sonnet a suffi p\r qu'on reprit le mot de dcad5ts et qu'on en fit un mom5t une cole factice74 ,la dcad5ce e/ galem5t et surt\t dans la =me potique elle-mme1 qui s'ab&onne1 tombe en langueur1 dont le cri/al se fle presque desse9 p\r que les fleurs1 dans l'eau d'me dpriss5t plus languissamm5t4 ,or t\te cette volution de =me1 *ez ,v]la9e1 e/ trs v\lue1 trs compte4 ,il e/ att5tif t\t4 ,il bnficie de t\t4 ,n\s savons les prcieux legs qu'il doit ,valmore4 ,une autre influ5ce int]v9t1 qui fut plus dcisive encore4 ,il s'agit de ,rimbaud4 ,celui-ci entra dans sa vie p\r la dsquilibr]4 ,il entra aussi dans son oeuvre4 ,rimbaud1 qui ,victor ,hugo avait impos les ma9s en proclamant3 ,%akespe>e enfant1 possdait en ralit un prodigieux in/9ct de pote qu'il ddaigna et p]dit en des exodes et des trafics lo9ta9s4 ,a pe9e avait-il jet1 dans l'exaltation trange de ses v+t ans1 quelques bau*es de gnie sur le papi]4 ,on connat les ,illum9ations1 ses proses qui ont la fivre1 ses cantilnes impressionnables comme des lu/res4 ,rimbaud qui tait un rvolt1 ayant la ha9e de la vieille ,europe1 de t\t ce qui e/ rectiligne1 et p>tant p\r du n\veau dans son ,bateau ,ivre1 aurait t un rvolt aussi contre les vieilles prosodies4 ,c'e/ lui c]ta9em5t qui influ5a dans ce s5s la manire de ,v]la9e1 n'ayant gure l'envie de ri5 t5t] lui-mme1 l*ant au has>d quelque /rophe de compla9te et d' vau-l'eau4 ,p> dlicatesse ,j'ai p]du ma vie 4 4 4 4 4 4 4 ,elle e/ retr\ve1 ,quoi8 l't]nit1 ,c'e/ la m] alle ,avec le soleil4 ,n'e/-ce pas t\t fait la pro*a9e manire de ,v]la9e1 qui va suivre8 ,on peut1 presque matriellem5t1 indiqu] le mom5t o celui-ci reoit cet afflu5t1 en demeure color d'une te9te n\velle et dborde de ses rives initiales4 ,sa prosodie se di/5d mesure4 ,po9t de rimes dj4 ,des s+uli]s et des pluriels rimant entre eux1 des mascul9s et des fm99s1 s\v5t de simples assonances comme dans les rondes enfant9es et les nols populaires2 p>fois des v]s avec nulle rime appro*ante qui y corresponde1 se mlancolisant au milieu d'une /rophe1 sans aucun *o4 ,or t\t cela n'e/ pas livr au has>d1 mais calcul1 arrang1 dos avec ce s5s et ce gt d'arti/e p>fait que fut t\j\rs ,v]la9e4 ,si consci5t qu'il alla jusqu' tir]1 de ses lic5ces1 des sortes de rgles1 un ,art potique n\veau3 la rime1 ce bij\ d'un s\4--,pr5ds l'loqu5ce et tords-lui le c\4--,le mtre impair2 la nuance444 ,n'e/-ce pas curieux t\tes ces ?ories1 la fois sur le fond et sur la =me1 *ez celui dont l'art app>at si irrfl*i et spontan4 ,quoi6 de la gomtrie aut\r de ses pomes6 ,on s'tonne de l'anomalie comme de voir l'oeil de ,dieu dans un triangle1 au matre-autel de c]ta9es glises4 ,une glise2 c'e/ l'impression que donn]a dans l'av5ir1 l'oeuvre de ,v]la9e4 ,non pas une ca?drale1 amas de pi]res normes1 clo*]s qui mont5t l'assaut de l'air1 vitraux comme des j>d9s de pi]r]ies4 ,c'e/ ,victor ,hugo qui e/ cette ,notre-,dame de la ,posie4 ,v]la9e aura con/ruit une ,sa9te-,*apelle1 aux ciselures exp]tes1 aux g>g\illes de dmons1 avec des fresques cle/es p\r lesquelles des anges au!ntiques sont v5us s]vir de modles1 avec un bniti] qu'il a rempli de ses l>mes4 ,il y travailla d'une me simple et vaillante4 ,mais tant que l'homme vit1 il s'int]pose et lui-mme emp*e la vue de son oeuvre4 ,et aussi s'int]pos5t les envies1 les lg5des1 les incomprh5sions4 ,t\tes ces *oses sont comme des *afaudages aut\r d'une con/ruction qui s'lve4 ,le btim5t la porte t\t entire en lui dj4 ,il y a peut-tre une t\r qui s'arrt]a on ne sait qu&4 ,les hommes reg>d5t1 admir5t ou raill5t1 ne sav5t pas1 copi5t une sculpture qu'on rige1 cra*5t sur les pi]res qui mont5t1 aid5t ou nuis5t l'asc5sion dans l'air4 ,puis voici la mort4 ,t\s les *afaudages tomb5t1 t\tes les cont+5ces huma9es qui masquai5t l'oeuvre4 ,et voici la t\r de ,v]la9e1 sa ,sa9te-,*apelle de posie1 au pur dess91 qui se dresse1 f9e et d5tele sur le ciel1 et dont les clo*es pieuses ont comm5c de sonn] jusqu'au lo9ta9 av5ir4 ,,villi]s ,,de ,l',,isle-,,adam ,villi]s fut un inv5teur et1 comme tel1 subit le sort de t\s les inv5teurs4 ,sa de/9e aussi fut d'abord d'tonn]4 ,la f\le se mfie des inv5teurs4 ,son premi] m\vem5t e/ de ne pas croire1 d'imag9] une my/ification1 de s'irrit] qu'on la drange dans ses habitudes d'oeil et de p5se4 ,sa mfiance1 il e/ vrai1 e/ s\v5t ju/ifie2 il y a tant de faux inv5teurs qui promn5t leur tr\vaille comme s'ils portai5t le tonn]re qu& ce n'e/ qu'une fuse4 ,il n'e/ pas de c>rires o il y ait autant de mirages4 ,c'e/ p>mi les inv5teurs qu'on tr\ve le plus de rats4 ,p>mi les inv5teurs littraires aussi4 ,la f\le n'a donc pas t\t fait tort4 ,mais elle se trompe s\v5t1 ne reconnat pas t\t de suite les impo/eurs des vrais apporteurs de neuf1 et cela en t\tes matires4 ,les pauvres inv5teurs6 ,il y a un cas topique en ce sicle1 t\t fait dans le gt de ,villi]s1 et qui l'aurait rj\i1 s'il avait vu en ce mom5t l'in\ triomphe de la bicyclette et song en mme temps ce b>on de ,drais1 7il l'aurait appel son frre en de/9e7 qui exprim5ta la premire fois sa draisi5ne en #ahah au j>d9 du ,luxemb\rg et n'obt9t1 en fait d'att5tion1 que les refra9s de ,desaugi]s sur le vlocifre et la critique du ,j\rnal de ,p>is disant3 ,le vlocipde e/ bon t\t au plus p\r faire j\] les enfants dans un j>d94 ,si on consultait les apprciations mises l'orig9e sur les drames et les contes de ,villi]s1 ce s]ait quelque *ose d'analogue1 t&is que ma9t5ant la draisi5ne et l'oeuvre de ,villi]s sont p>t\t rp&ues4 ,en art1 comme dans la vie1 une inv5tion n'e/ admise que qu& t\t le monde s'en s]t4 ,inv5teur1 ,villi]s le fut m]veilleusem5t4 ,il comprit1 le premi] p>mi les criva9s franais1 ce que la sci5ce mod]ne allait ralis]4 ,il la baf\a1 p>ce qu'elle tu]ait l',idal p\r possd] ensuite le monde4 ,mais il la dev9a avec t\s ses pro*a9s miracles o elle irait jusqu' v\loir pr\v] qu'elle suffit p\r eng5dr] l',univ]s et mme des *efs-d'oeuvre4 ,a quoi s]virait ,dieu dsormais8 ,et aussi le gnie8 ,la sci5ce allait les suppler1 crer son t\r4 ,ne fallait-il pas prote/]1 un peu1 discrtem5t1 en ironies8 ,villi]s crivit son extraord9aire ve future1 le plus orig9al de son oeuvre1 qui met en scne ,edison et raconte les pro*a9es magies de l'lectricit1 du tlphone1 du phonographe1 du microphone1 s'unissant p\r la con/ruction mcanique d'une femme1 ve de r\ages et de ressorts savamm5t articuls4 ,a9si ,villi]s voit jusqu'au b\t4 ,il sait p> avance les sorcell]ies de la sci5ce mod]ne1 le po9t o elle rejo9dra les sci5ces occultes dev5ues des sci5ces positives4 ,cette ve e/ la soeur de l'homoncule4 ,edison et les mages =m5t une quation4 ,l'sotrisme et la physique sont la mme *ose4 ,matire littraire t\te neuve1 dont ,villi]s fut l'inv5teur4 ,il cra une sorte de fanta/ique n\veau1 le fanta/ique sci5tifique1 en s\s-ent5dant t\t le temps qu'il faut se ht]1 que le fanta/ique d'auj\rd'hui s]a la ralit de dema94 ,et il dev9a mme le dtail3 dans cette ,claire ,l5oir p> exemple1 dont les prunelles cadavriques (fr5t la tte saignante de son amant1 image qui s't]nise1 ne s5t-on pas dj des imag9ations qui prsag5t et avois95t les rayons ,ro5tg51 la photographie des rves et de l'me1 t\te la ferie qu'en ce mom5t-ci1 la sci5ce ralise8 ,vraim5t les potes sont t\j\rs les visionnaires et les antiques prophtes4 ,dj ,gauti]1 p> une r>e div9ation1 imag9ait1 ds #ahdg1 le phonographe futur1 qu&1 ayant ent5du ,mlle ,m>s1 il aspirait1 dans un de ses feuilletons1 au moy5 de cons]v] ses acc5ts pa?tiques et rvait un dagu]rotype de la voix4 ,villi]s aussi1 dans c]ta9 morceau comme l',affi*age cle/e1 avait prvu1 s\s une =me plaisante1 telle application sci5tifique qui se ralisa en effet1 utilisa p\r le comm]ce les inutiles nuages o des rclames fur5t projetes et lisibles4 ,c'e/ que ,villi]s avait le s5s de la sci5ce1 t\t en la mprisant1 et1 avec elle1 les inv5tions mod]nes1 ce qu'on appelle le progrs1 l'amricanisme m]cantile du sicle4 ,il les baf\a avec une ironie qu'on p\rrait dire miroitante3 les phrases ont des lueurs1 p> mom5t1 d'une tr\sse t]rifiante dans la ma9 d'un mdec9 qui plaisante1 qui fait rem>qu] l'clat des aci]s1 la d5telle des scies1 la coquett]ie des spatules et des scalpels4 ,oh6 les jolis j\j\x6 ,et s\da91 avec une joie imm5se et un rire /rid5t1 il les enfonce dans les yeux et dans les *airs4 99 99 99 ,le don d'ironie1 si puissant soit-il1 n'e/ qu'une facult ngative4 ,c'e/ l'esprit de ,satan4 ,l'esprit de ,dieu e/ une facult positive4 ,seul1 il cre4 ,il e/ le s\ffle qui anime l'argile1 le don lyrique1 la voix qui atte9t jusqu'au b\t des horizons4 ,ce s\ffle1 ce lyrisme1 cette voix1 ,villi]s les possda aussi1 p>ce que1 outre un ironi/e1 il tait un pote4 ,et c'e/ prcism5t ce mlange imprvu qui con/itua son unique orig9alit1 t\te naturelle4 ,mme dans la conv]sation il app>aissait s\s ce d\ble aspect et sa conv]sation tait topique1 p>ce que t\te sa vie il ne causa que p\r racont] un scn>io1 un dn\em5t1 une scne1 d'un de ses contes1 drames ou romans1 non pas dans le b d'bl\ir1 mais af9 de s'excit] lui-mme et de provoqu] ce qu'on p\rrait appel] l'inspiration de la p>ole4 ,d'autres ont rec\rs aux tabacs1 aux alcools1 lui1 c'e/ en p>lant1 en se grisant de sa propre v]ve1 qu'il tr\va des mots1 des situations1 des images1 r5contrant p>fois1 au t\rnant d'une phrase1 une =mule longtemps *]*e1 compltant un canevas1 prcisant un symbole--infatigable araigne qui c\rt t\j\rs trav]s sa toile p\r l'agr&ir et la p>faire en soleil de d5telle4 ,on p\vait donc considr] ses conv]sations comme les br\illons de ses oeuvres4 ,eh6 bi51 il y app>aissait t\r t\r et en mme temps ironique et lyrique4 ,combi5 de fois il int]prta et j\a le ,bonhomet1 ce type de transc5dantale sottise qu'il avait cr et dont il tait si fi]1 ,bonhomet1 c'e/--dire le b\rgeois1 l't]nel ennemi1 mais autrem5t maniaque que ,b\v>d et ,pcu*et1 avec des manies non quotidi5nes1 des manies r>es et cruelles comme celle de ,bonhomet docteur qui tue des cygnes p\r avoir le plaisir de les ent5dre *ant]4 ,ces abracadabrantes hi/oires tai5t mles ou suivies de brusques essors1 de gr&s c\ps d'ailes1 et l'extraord9aire causeur qu'il fut se rvlait d\ble1 inc5diant l'air nu d'une loqu5ce que son ge/e frileux avait pe9e suivre1 accompagnait comme une aile blesse p> la vie1 t&is que son rire s>donique n>guait cet envolem5t inutile1 anticip en t\s cas4 ,son oeuvre aussi1 dont sa conv]sation n'tait que comme le premi] tat1 mlange la raill]ie la plus cruelle1 la plus haute loqu5ce4 ,villi]s criva91 comme ,villi]s causeur1 e/ un gr& orateur1 et c]ta9s disc\rs1 dans ,axel1 dans ,akdyssril1 sont comp>ables aux plus belles h>angues de ,tacite ou d',homre4 ,son /yle e/ t\j\rs nombreux1 d'une allure presque classique1 s\v5t il s'agr&it encore1 se sculpte en =mes amples4 ,on s'tonne alors que l'ironie1 cette grimace1 s'encadre dans l'loqu5ce1 cette =ce s\v]a9e4 ,cela fait song] aux images grotesques que =m5t p>fois les gr&s ro*]s444 99 99 99 ,donc deux qualits trs diffr5tes et qui sembl5t contradictoires3 ironie et posie ou loqu5ce1 runies en lui1 voil la haute orig9alit de ,villi]s4 ,son ironie1 il l'avait tr\ve *ez ,edg> ,po4 ,comme lui1 il baf\a la sci5ce mod]ne1 le progrs1 l'amricanisme utilitaire1 en tant qu'arti/e et p>ce qu'il s5tait bi5 que l'idal allait m\rir dans l'air d'un temps infe/ de la sorte4 ,o tr\va-t-il son loqu5ce8 ,dans le ca?olicisme4 ,villi]s fut un croyant s9cre1 un croyant de cette foi hrditaire de ,bretagne4 ,a tel po9t que1 mme m\rant1 il s'ob/9ait sur des preuves de son ,axel ina*ev1 disant3 je corrige le d]ni] acte2 il faut absolum5t que ,dieu m'en laisse le temps2 c> il y a l un suicide2 ce dn\em5t n'e/ pas *rti52 il faut que je le *ange4 ,et il rusait avec l'agonie1 p>lem5tait avec la mort1 af9 de tr\v] une conclusion de drame or?odoxe4 ,ca?olique s9cre1 il le fut4 ,et prcism5t le ca?olique1 le fils de l'glise1 devait p5s] sur la sci5ce et le sicle comme le disciple de ,po4 ,l'glise aussi dnonce et dfie la sci5ce d'auj\rd'hui qui s'e/ donne comme l'antagoni/e de la ,foi et proclame que celle-ci a cess son rgne4 ,a9si ,villi]s1 p> deux influ5ces1 ab\tissait au mme b1 au mme jugem5t sur la vie1 la mme attitude devant le temps et l't]nit4 ,a ,po1 il prit son ironie2 au ca?olicisme1 son loqu5ce4 ,t\s deux1 le t\rnr5t contre la sci5ce1 le progrs drisoire1 l'esprit du sicle1 l'un p\r en rire d'un rire qui s]ait glaant comme celui des f\s1 l'autre p\r les vitupr] d'une voix qui s]ait sol5nelle comme le s]mon des *aires4 ,voil p\rquoi ,villi]s semble1 si on peut dire1 ,edg> ,po et ,bossuet ne faisant qu'un6 ,,hugo 7,l',,oeuvre ,,po/hume7 ,qu& on desc5d auj\rd'hui dans les caveaux du ,pan?on1 ds que s'e/ ouv]te la l\rde porte1 on tr\ve t\t de suite devant soi l'endroit o le c]cueil de ,victor ,hugo repose1 tel qu'il fut apport l1 le j\r de son in\bliable convoi4 ,c'e/--dire qu'on ne s'e/ po9t occup1 depuis1 de lui btir un tombeau4 ,il e/ t\j\rs dans une situation provisoire2 il s'att>de sur des trteaux4 ,les yeux considr5t mme la bire nue1 qui att5d444 ,peut-on imag9] p>eil manquem5t1 cette drliction dj1 p\r le mort qu'on am5a l en un triomphe de funrailles que semblait seule p\voir accompagn] la musique du ,crpuscule des ,dieux6 ,auj\rd'hui le sil5ce1 l'ins\ci1 l'ironie d'un flot banal de visiteurs exotiques devant le c]cueil brutal et app>5t avec son vel\rs noir aux toiles d'arg5t qui ont l'air de l>mes cailles4 ,et1 t\t aut\r1 les anci5nes c\ronnes1 les fleurs1 les b\quets1 t\t frips1 recroquevills1 s*s1 dte9ts2 rubans plis1 inscriptions aux lettres en alles1 lyres de c>tons qui s'miett5t1 spectres de roses1 cadavres de fleurs qui aussi se dcompos5t444 ,comme t\t cela e/ presque tri/e qu& on songe au pote acclam durant un demi-sicle6 ,voil p\r son corps4 99 99 99 ,et son oeuvre8 ,elle e/ aussi un peu dlaisse dj1 cep5dant qu'elle se cont9ue encore4 ,un soir1 comme ,hugo allait faire une lecture1 *ez lui1 aprs le dn]1 il dcl>a au mom5t de communiqu] ses pomes3 ,messieurs1 j'ai soixante-quatorze ans et je comm5ce ma c>rire4 ,il aurait pu dire la mme *ose au mom5t de sa mort4 ,c> il laissa une oeuvre po/hume compacte1 dj p>ue en p>tie4 ,ces pomes sont trs div]s de tons1 d'attitudes1 de latitudes1 p\rrait-on dire1 et de dates1 allant de #ahdj #ahhj4 ,hugo g>da p>fois trs longtemps des oeuvres p> dev]s lui1 donnant cette impression de luxe d'une me qui a le temps4 ,a9si son ,?tre en ,lib]t qui date sans d\te de l'poque o1 aprs les victoires has>deuses d',h]nani et de ,ruy ,blas1 il se livra ardemm5t au ?tre4 ,mais on sait les sifflets d'incomprh5sion accueillant ses prodigieux ,burgraves en #ahde2 et le s]m5t du pote1 t5u jusqu'au b\t1 de ne plus livr] aucune oeuvre dramatique au public4 ,c'e/ p\rquoi le ,?tre en lib]t n'a p>u qu'en oeuvre po/hume1 si audacieux1 si ple9 de claires visions rnovatrices et qui conti5t des pisodes spl5dides comme la ,gr&',mre ou l',epe1 avec1 comme t\j\rs1 ces gr&s v]s mis en m\vem5t p> masses1 des cat>actes de posie4 ,mais entre les ouvrages po/humes1 ce n'e/ pas celui-l qu'il faut prfr]1 ni mme ,*oses vues d'un impressionnisme net et color2 ni ,t\te la lyre o *ant5t depuis le fil de la ,vi]ge de l'glogue jusqu' la corde d'aira9 de l'pope2 mais plutt et surt\t et au-dessus de t\t3 ,la f9 de ,satan4 ,on l'ignore trop1 ce va/e pome1 qui e/ sans d\te le *ef-d'oeuvre du pote4 ,t\te la p>tie3 ,jude1 racontant la vie et la mort du ,*ri/ e/ clatante et suave4 ,il y a des pisodes d'imag9ation dantesque3 la r5contre de ,b>rabas et de ,jsus en croix3 des *ants lyriques qui font plir les *oeurs d',a?alie1 celui des filles de ,betphag saluant l'entre du ,*ri/ ,jrusalem4 ,jamais ,hugo ne tr\va de tels *os de rimes1 de telles volutes de v]s1 de p>eilles m>es montantes d'alex&r9s4 ,de plus1 il y fit preuve d'un tact1 d'un gt1 d'un s5s des nuances qui sont bi5 l'h>monie secrte du gnie4 ,c'e/--dire que sans cesse il ctoyait1 de p> le sujet mme1 le rcit du n\veau te/am5t4 ,or il se cont5ta d'imag9] dans le dcor1 d'inv5t] ct et comme en m>ge1 de faire oeuvre p]sonnelle dans la description1 les accessoires1 le paysage1 l'ar*asme poly*rom des dtails4 ,p> contre1 il n'attribua ,jsus1 aux disciples1 t\s les p]sonnages de l'hi/oire *rti5ne que les p>oles au!ntiques des vangiles4 ,p>faite dlicatesse1 et non pas mme au po9t de vue de la religion1 mais au po9t de vue de l'art4 ,c'e/ ce que n'ont pas compris t\s ceux--et ils sont nombreux--qui1 en ces d]nires annes1 ont crit1 sa suite1 des oeuvres vangliques1 drames ou pomes4 ,comm5t eur5t-ils l'audace ou la c&eur de prt] ,jsus des p>oles8 ,quoi6 ,un criva9 qui e/ un homme1 un p*eur1 un pauvre manieur de mots1 un p5seur dont la p5se ne va pas plus haut v]s l'inf9i qu'un jet d'eau v]s le ciel1 ose dcid]3 ,ici ,jsus doit dire ceci2 l1 rpondre de cette faon4 ,et alors1 crire une tirade1 p>l] soi-mme la place de ,jsus4 ,remplac] ,dieu6 ,hugo1 lui1 eut so9 de ma9t5ir les p>oles de ,jsus et des autres en leur rigueur textuelle et1 grce l'aisance unique de sa prosodie1 de les int]cal]1 telles1 dans la trame du rcit4 ,c> les p>oles de ,jsus sont div9es4 ,et ,hugo s5tait qu'il n'avait pas le droit de mettre des p>oles1 mmes gniales1 ct des p>oles div9es ou t5ues p\r telles1 p> consqu5t de la cl>t ct de la lumire4 ,mauvais gt d'aj\t] une lampe au soleil4 ,ce qui fut dit fut dit4 ,t\t avait t prmdit a9si ds l't]nit4 ,p]sonne dans aucun temps n'eut et n'aura le droit de ri5 sup]pos] au texte4 ,la ,f9 de ,satan e/ le sommet1 le po9t culm9ant1 de cette admirable oeuvre po/hume qui va se cont9u] encore1 *ane de montagne inf9issable sur l'horizon du sicle444 ,ultrieurem5t n\s aurons un ouvrage philosophique3 ,essai d'explication2 d'autres volumes de correspondance et des miscellanes1 proses et v]s1 intitules ,ocan1 qui =m]ont le volume f9al4 ,ce qu'il y a de p>ticuli] dans les ouvrages de cette srie po/hume1 c'e/ que plusieurs sont trs anci5s1 p> exemple cet ,ocan1 qui e/ encore p>atre1 intitul d'abord1 ,tas de pi]res1 c>rire in=me1 en effet1 o taill] plus t>d des visages1 des paysages444 ,c'tait au mom5t de la ,rvolution de #ahdh3 ce manuscrit exi/ait dj et fut sauv p> ,hugo dans une gr&e malle1 c> il habitait alors la place ,royale1 c'e/--dire--entre le faub\rg ,sa9t-,anto9e et l',htel-de-,ville--le co9 de ,p>is le plus tumultueux1 le plus m5ac4 ,t\j\rs il prit a9si un so9 f>\*e et mticuleux de ses manuscrits g>ds *ez lui1 plus t>d1 dans une armoire de f]1 prs de son lit1 et qu'il avait eu so91 ds l'orig9e1 de v\loir en papi] de fil p\r en assur] la dure4 ,la ,f9 de ,satan aussi1 publie seulem5t il y a quelques annes1 e/ d'une date =t recule4 ,n'e/-ce pas curieux de p5s] qu'un tel ouvrage ft g>d 9dit durant plus de tr5te annes8 ,du re/e1 on tr\va la mort du pote une quantit vraim5t eff>ante de papi]s et de manuscrits4 ,ah6 le prodigieux inv5taire--qui dura dix mois--plus d'un million de feuilles cot] et rang] dans des f>des not>iales6 ,heureusem5t que1 p\r confi] sans peur le so9 grave d'une telle publication1 il possdait d'admirables amis1 tel que ,m4 ,meurice1 tel que ,vacqu]ie4 ,mais n'a-t-on pas t\j\rs les amis qu'on mrite8 ,grce ces affectueux zles1 les livres po/humes ont p>u successivem5t2 et cela cont9u]a a9si quelques annes--d]ni]s *afaudages enlevs mesure et dc\vrant quelques n\velles t\rs1 portails1 g>g\illes dans le colossal amas de pi]res entasses qu'e/ la ca?drale du pote romantique4 ,mais au mom5t mme o elle comm5ce app>atre t]m9e1 la pit s'en dt\rne2 et ils vont dim9uant1 les fidles ag5\ills dans cette oeuvre4 99 99 99 ,il s]ait t5tant1 quoique dlicat1 d'essay] de situ]1 vis--vis de la gnration actuelle1 la gloire de ,victor ,hugo4 ,on ne peut ni] un recul1 un loignem5t graduel1 mais ceci e/ le rsultat d'une loi presque physique4 ,l'admiration a aussi ses reflux4 ,d'ailleurs il y a satit4 ,il lui faudra1 comme lui-mme le disait un j\r avec un naf orgueil1 ds5combr] le sicle4 ,mme p\r l'oeuvre d'autrefois1 on y ret\rne mo9s2 la plup>t aim5t mieux se s\v5ir de l'avoir lue4 ,dans ce dlaissem5t1 il faut1 vrai dire1 faire la "p de la mode4 ,la mode exi/e en matire d'art comme en t\tes matires1 aussi *angeante et sans fondem5t4 ,on s'eng\e ici2 on se dpr5d l4 ,l'oeil se d%abitue vite4 ,et t\t ce qui n'e/ plus la mode app>at aussitt l\rd ou laid4 ,p\rtant le *angem5t vis--vis de ,hugo n'e/ pas que de has>d et d'impression4 ,on prt5d en donn] des raisons4 ,les esprits trs aff9s1 trs crbraux1 ont v\lu contrl] ces d*anem5ts lyriques1 ces trop sibyll9es proclamations4 ,m4 ,jules ,lematre1 p> exemple1 avec sa subtile nature de s5sitive1 ses indcisions frileuses et scrupuleuses de p5se ou de s5tim5t1 a regimb4 ,m4 ,maurice ,b>rs aussi et d'autres ont t1 croyons-n\s1 jusqu' s'apitoy] sur ce qu'ils appelai5t la pauvret de p5se du pote et son manque vraim5t trop excessif d'ides4 ,mais ils n'ont pas vu peut-tre qu'il y a dans ,hugo 7et c'e/ sa gr&eur en mme temps que son infriorit7 ce qu'il peut y avoir d'ides dans une f\le4 ,a dfaut de p5ses orig9ales1 il a eu du mo9s des images sur t\t1 avec une abondance1 un luxe prodigieux et 9gal4 ,p> consqu5t1 comme l'inv5tion des images e/ le propre de la posie et l'ess5tiel devoir des potes1 on croirait qu'il a d1 au mo9s1 g>d] la fidlit de ceux-ci4 ,eh bi56 non6 ,il e/ lo9 le temps o ,banville1 trop dfr5t1 s'criait3 ,n\s sommes t\s disciples d',hugo ou n\s ne sommes pas4 ,non po9t qu'on se soit dsormais libr et que l'orig9alit totale florisse dans la posie actuelle4 ,au contraire1 jamais l'enrgim5tem5t n'a plus svi4 ,il y a des coles1 des canons1 des dogmes1 des excommunications4 ,malheur qui m>*e seul6 ,mais on a *ang de matre4 ,c'e/ ,baudelaire d'abord qui1 p\r les mes actuelles1 fut plus un ducateur que ,hugo3 ,tu aim]as ce que j'aime et qui m'aime444 ,c'e/ ,po surt\t2 puis ,m4 ,mall>m1 ,v]la9e2 et les potes anglais3 ,%elley1 ,sw9burne1 ,rosetti1 et l',amrica9 ,walt ,)man1 influ5ant quelques-uns au po9t que leurs pomes1 en v]s libres1 ont l'air de n'en tre que des traductions4 ,c'e/ ,wagn] aussi1 la suite duquel on recomm5ce mdiocrem5t des *evau*es1 des tri/esses d',iseult1 p\r ne plus plagi] celle d',olympio4 ,c'e/ enf91 p\r ceux de la d]nire heure1 les *ansons populaires1 les contes de fes2 une affectation de fausse c&eur et simplicit o t\te orfvr]ie de /yle disp>at4 ,quant ,victor ,hugo1 il eut trop d'action sur son temps p\r en avoir sur les j\rs immdiats4 ,son oeuvre a et l une odeur--rancie auj\rd'hui--d'actualit4 ,il fait des odes sur ,napolon1 la ,colonne1 telle rvolution1 un exil de roi1 un fait div]s1 un incid5t politique4 ,il s'emptre dans t\tes sortes de proccupations hi/oriques1 religieuses1 sociales1 trangres la fonction du pote qu'il a si faussem5t df9ie lui-mme dans un pome de ce titre4 ,et ailleurs1 dans ,william ,%akespe>e1 n'numre-t-il pas cet trange programme qu'on croirait plutt politique que potique3 ,am5d] les ,codes1 sond] le salaire et le *mage1 pr*] la multiplication des abcdaires1 rclam] des solutions p\r les problmes et des s\li]s p\r les pi$s nus4 ,mme dans la ,lg5de des sicles1 en dpit de tels fragm5ts sup]bes1 on dsir]ait p>fois plus de recul1 un clairage lunaire1 les tuniques ples et mauves de la lg5de444 ,c'e/ trop de l'hi/oire1 de la pe9ture d'hi/oire2 comme s\v5t ailleurs c'e/ trop d'loqu5ce1 d'affaires cont+5tes et phmres4 99 99 99 ,mais ce tempram5t potique e/ une =ce indomptable et 9puisable4 ,l'criva9 a plus encore que du gnie4 ,il a la ,puissance ,v]bale p\sse jusqu' dev5ir presque un lm5t4 ,son oeuvre e/ le v5t1 les nues2 elle e/ la m]1 depuis la date de l'exil surt\t1 comme si elle dev9t l'image et la ressemblance de cet ocan avec lequel il eut la *ance de devoir vivre seul seul1 se confront] et s'h>monis]4 ,n'e/-ce1 po9t en effet1 p\r l'avoir longtemps reg>d qu'il a pu dire un j\r magnifiquem5t3 les flots qui t\j\rs se re=m5t8 ,or1 ses v]s aussi t\j\rs se re=m5t1 s'eng5dr5t l'un de l'autre1 gonfls et creux p>fois1 mais ils ont la voix de l'abme4 ,t\te l'oeuvre r5d le son de l'inf9i4 ,voil p\rquoi il e/ galem5t naturel de l'aim] ou de ne pas l'aim]1 comme on aime ou on n'aime pas la m]4 ,,alphonse ,,daudet ,on peut df9ir ,alphonse ,daudet1 le pote du roman4 ,il eut1 du pote1 le don d'imag9ation et1 du romanci]1 l'esprit d'obs]vation4 ,l'une et l'autre facult1 qu'on dirait contradictoires1 s'unir5t en lui m]veilleusem5t4 ,a l'orig9e1 le pote prdom9a un peu1 puisque1 dans l'aube rose de l'adolesc5ce1 il e/ naturel que l'imag9ation surt\t f]m5te1 flambe1 fleurisse1--feu et fleurs6 ,si cet tat d'me et p]si/1 si ,alphonse ,daudet1 au surplus1 ft demeur dans son ,midi natal1 il e/ possible que n\s eussions compt un pote de plus1 crivant aussi en prov5al1 mule de ,mi/ral et de ,r\manille1 f9 paysagi/e des sites nmois et beaucairois1 aux hros et aux am\reuses vtus de soie et de claires t(fes4 ,on peut l'imag9] vivant l1 ri5 que pote1 jonglant avec des olives1 les doigts se levant 9galem5t sur les tr\s d'un gal\bet p\r y faire des alt]natives d'ombre et de soleil4 ,mais t\t jeune il migra ,p>is et dev9t du c\p un criva9 franais1 un romanci] de moeurs o le pote de ,prov5ce survit et transp>at4 ,il se produisit1 entre les deux1 aprs ce db3 les ,am\reuses1 une transition3 ce sont les dlicieuses ,lettres de mon m\l91 *o des *oses quittes1 ry?mes mal dn\s1 tape int]mdiaire1 fantaisies qui vois9ai5t encore avec les pomes4 ,mais il n'y avait pas que la posie4 ,il y avait la vie4 ,alphonse ,daudet se mit reg>d] la vie4 ,l'obs]vateur int]v9t dans le pote4 ,or l'obs]vateur tait myope4 ,petit fait1 et qui semble insignifiant1 mais fait dcisif4 ,de tels dtails suffis5t p>fois m>qu] t\t un tal5t4 ,ils en font p>tie4 ,c'e/ le cas p\r ,alphonse ,daudet3 de voir mal1 il reg>da mieux4 ,et puis il y a ceci3 lorsqu'un des s5s e/ altr1 les autres se s5sibilis5t et s'aff95t4 ,on en juge *ez les aveugles qui1 eux1 ont les yeux nuls4 ,il s'tablit une comp5sation1 un pr(it proportionnel p\r les autres s5s4 ,ceux-ci rattrap5t t\t ce que la vue p]d4 ,le spectacle de l'univ]s p]u seulem5t p> quatre s5s demeure aussi v>i1 et mme color que s'il tait galem5t ap]u p> les yeux4 ,le total des j\issances s5sorielles e/ le mme4 ,c'e/ ici que se pr\v5t les fameuses correspondances prcises p> ,baudelaire4 ,et dans ces rciprocits1 c'e/ l'oue surt\t qui supple la vue4 ,les aveugles ont une oue spcialem5t aiguise1 et aussi les trs myopes1 comme ,alphonse ,daudet4 ,prcieuse facult p\r un romanci] de vie et de ralit4 ,il va c\t]1 au lieu de voir4 ,les voix r5seign5t plus peut-tre que les visages4 ,ceux-ci livr5t leurs s\rires ou leurs grimaces1 t\t leur mobile clavi]4 ,celles-l ont aussi des expressions qui les trahiss5t1 et davantage4 ,on p>le avec la voix *ange4 ,on p>le avec une voix de la c\leur de sa vie4 ,e/-ce que les religieuses n'ont pas une voix blan*e comme leur cornette8 ,le romanci] c\te2 il voit aussi1 mais il c\te surt\t2 il pr5d des notes sur ce qu'il ent5d1 d'autant mieux qu'il voit mo9s bi52 et c'e/ alors le mot topique1 les ridicules de p5se saisis dans une intonation1 la hbl]ie p]ue p> un grossissem5t qui *app]ait d'autres1 le m5songe reconnu une nuance1 quelque *ose comme un demi-ton trop haut1 c> la voix qui m5t se hausse un peu1 comme p\r s'enh>dir1 se donn] raison elle-mme4 ,a9si ,alphonse ,daudet se mit c\t] la vie1 reg>d] la vie4 ,il dev9t un obs]vateur rceptif1 sagace4 ,non seulem5t il p]oit t\t1 mais il p]oit vite4 ,son obs]vation e/ in/antane4 ,il a le c\p de f\dre en matire de docum5ts4 ,je pr5ais dj des notes dans les escali]s1 disait-il un j\r1 au ret\r d'un dn] acadmique dont les manges lui avai5t donn t\t de suite l'ide de l',immortel4 ,de ses obs]vations quotidi5nes et l'inf9i1 ,alphonse ,daudet =ma ces petits cahi]s que t\s ses amis de lettres lui connaissai5t1 b\rrs de notes1 d'esquisses1 de mots1 de traits1 de silh\ettes1 c>tons d'arti/e1 albums de dess9ateur4 ,c> il y a du gr& c>icaturi/e *ez lui4 ,son ,t>t>9 e/ un type df9itif autant que le ,joseph ,prudhomme de ,daumi]4 ,et c]ta9es de ses notations1 comme celle du comdi5 ,delobelle1 sec\ de sanglots l'ent]rem5t de sa fille1 disant3 ,il y a deux voitures de matre1 sont aigus et un peu froces comme les lg5des de ,m4 ,=a94 ,en quelques mots1 dans ses livres1 aussi dans sa conv]sation1 qui fut m]veilleuse1 il dess9e des p]sonnages1 il les campe avec un tel relief qu'on les voit4 ,mais le plus s\v5t1 ils se =m5t en lui p> infiltrations1 accumulations l5tes1 obs]vations m5ues et disp>ates1 portraits-types de plusieurs individus d'un mme c>actre1 qui sembl5t avoir pos devant un objectif4 ,et1 en effet1 la photographie donne raison ce procd du romanci]2 on a dc\v]t qu'en sup]posant les cli*s d'une srie de visages app>t5ant une famille ou mme une race1 on obt5ait le type ess5tiel de cette famille ou de cette race1 les traits qui leur sont communs et p> quoi ils se ressembl5t4 ,de mme ,m4 ,:i/l]1 qui p\r ses portraits exige des sances de pose nombreuses1 *aque fois recomm5ce2 mais le portrait en tra9 qu'il efface demeure en dess\s1 et le visage df9itif n'e/ que le total de t\s les visages1 le type ess5tiel du modle1 son expression d't]nit faite avec t\tes les expressions quotidi5nes4 ,m4 ,alphonse ,daudet1 lui aussi1 a cr a9si des types gnraux3 ,t>t>91 ,sapho1 ,delobelle1 le ,nabab1 ,numa ,r\me/an1 l',immortel1 /atues et bu/es o l'obs]vation consolida de supports de f] sa s\ple argile du ,midi et de ,p>is4 99 99 99 ,c> son oeuvre e/ faite du mlange de ces deux lm5ts3 ,p>is et le ,midi4 ,ce qu'il a pe9t surt\t1 c'e/ le mridional hors du ,midi1 et spcialem5t dans ,p>is4 ,dj1 dans le ,midi1 le mridional e/ t\te *aleur1 ge/es et mimique de comdi51 la conv]sation comme *>ge d'un maquillage o t\t app>at plus gr& que nature2 il e/ t\t en?\siasme1 exagration1 m5songe +nu1 vanit nave1 hbl]ie provoquante1 de faon faire s\v5ir que le pays de ,don ,qui*otte n'e/ pas lo94 ,aussi e/-ce p> ironie1 c\p sr1 et froid hum\r1 que ,/5dhal1 dans ses ,mmoires d'un t\ri/e1 prt5dait reconnatre le ,midi au naturel4 ,c'e/ t\t le contraire qu'il faut ent5dre4 ,or si le mridional e/1 *ez lui1 bav>d1 m5teur1 excessif1 il le s]a bi5 davantage ailleurs4 ,l1 dans ce pays de *aleur1 il vit dehors1 et le soleil h>monise t\t4 ,il e/ un tre de ple9 air4 ,p>is lui =me une atmosphre enclose o ses ge/es et sa voix p>aiss5t plus exagrs encore4 ,il veut tre la hauteur du milieu1 ne pas se laiss] intimid]1 s'impos] et en impos]--alors1 il s'exagre lui-mme4 ,et c'e/ un prov9cial pire4 ,ses lg]s ridicules s'acc5tu5t1 devi5n5t normes4 ,alphonse ,daudet s'en r5dit compte d'autant mieux qu'il tait naturalis p>isi5 et mme un peu b\lev>di]4 ,la blague b\lev>dire se greffa sur l'humeur dj n>quoise du ,nmois qu'il tait1 sur ce don de la galjade qui e/ un des signes du ,midi4 ,lui-mme l'a con/at3 ,il y a1 dit-il1 dans la langue de ,mi/ral un mot qui rsume et df9it bi5 t\t un in/9ct de la race3 galja1 raill]1 plaisant]4 ,*ez lui1 le mlange1 ici encore1 du ,midi et de ,p>is1 de la galjade prov5ale et de la blague p>isi5ne a compos un des aspects ess5tiels de son tal5t1 cette ironie spciale si al]te et incisive1 si p]sonnelle aussi4 ,il y a lieu d'admir] combi5 l'ironie1 facult frqu5te en littrature1 e/ en mme temps une facult s\ple et nuance4 ,*ez ,villi]s de l',isle-,adam1 l'ironie fut froce4 ,n\s la tr\vons1 *ez ,m4 ,anatole ,france1 ddaigneuse4 ,et quant ,alphonse ,daudet1 son ironie e/ att5drie1 si on peut dire4 ,c'e/--dire que le premi] m\vem5t de son esprit e/ d'ap]cevoir le ridicule1 le dfaut d'un tre1 la faiblesse d'une me1 le manque d'quilibre et de ju/esse1 et d'en rire1 et d'en faire rire2 mais le second m\vem5t e/ de se repr5dre1 de s'm\voir1 de voir--au del de la silh\ette comique d'une m9ute1 de la p>ole sotte1 du ge/e faux--l'tre huma91 le pauvre tre huma91 avec qui on a des fonds communs de t5dresse1 de d\leur1 d'humanit1 de solid>it et1 en somme1 t\te la mme de/9e4 ,on riait aux l>mes et voil qu'on pleure un peu4 ,a9si1 p> exemple1 il s'e/ s\v5t attaqu aux rats2 ceux de ,jack2 et ,delobelle1 le rat du ?tre2 d'autres encore4 ,c'e/ qu'ils app>aiss5t1 entre t\s1 ridicules et1 en mme temps1 t\*ants4 ,l'ironie et l'motion1 les deux qualits matresses du tal5t d',alphonse ,daudet1 sont prcism5t celles qu'il faut p\r les pe9dre4 ,c'e/ p\rquoi il excelle dans ces portraits4 ,l'obs]vateur1 qui avait vu ju/e1 s'tait gay2 mais aussitt le s5tim5tal compatit4 ,n\s n\s rappelons1 alors1 que l'obs]vateur e/ myope et qu'a9si1 voyant mo9s bi51 il ent5d mieux1 il ent5d ce que les autres hommes n'ent5d5t pas4 ,peut-tre a-t-il ent5du le bruit des l>mes dans les yeux444 ,or les l>mes sont contagieuses4 ,et ,alphonse ,daudet1 aprs avoir raill1 s'meut4 ,la facult des l>mes e/ aussi naturelle *ez lui que la facult du rire4 ,cela rsulte peut-tre d'une adolesc5ce inquite dans un foy] o le malheur frappait aux vitres3 sa mre avec de gr&s yeux tri/es a-t-il crit4 ,en t\s cas1 c'e/ un don prcieux p\r quiconque pr5d la p>ole devant la f\le3 orateur1 criva91 que ce don d'm\voir1 m\ill] les yeux1 faire jaillir la s\rce div9e et sale de ce ro*] des coeurs qu'on croyait mort4 ,alphonse ,daudet le possdait et lui dut p\r une "p le gr& succs de ses romans2 l'app>ition de ,jack1 ,george ,s& lui crivait3 ,votre livre m'a tellem5t s]r le coeur que j'ai t trois j\rs sans p\voir travaill]4 ,ce s5tim5tal1 cte cte avec l'obs]vateur1 c'e/ le pote qui vit dans le romanci] et t\j\rs int]vi5t4 ,p>fois mme1 aprs l'poque des dbuts1 et t\t le long de l'oeuvre1 le pote recomm5a p>l] seul3 ,l',arlsi5ne e/ plutt1 et re/]a1 un pome de ,prov5ce1 comme ,mireille2 ,le ,trsor d',arlatan1 t\t rc5t1 avec ses paysages cam>guais1 sa sorte de sorcell]ie paysanne et son m]veilleux du ,midi1 fait song] une idylle tragique d'un pote du flibrige1 comme si ,alphonse ,daudet avait v\lu se pr\v] lui-mme1 p\r une fois et p> jeu1 le pote prov5al qu'il aurait pu tre4 ,subtil moy5 de leurr] sa no/algie6 99 99 99 ,mais n'a-t-il pas emport le ,midi avec lui1 surt\t le soleil1 qui fait la vie de son /yle8 ,qu& on le lit1 on lui applique la jolie phrase de ,sa9te-,beuve qu'on dirait tr\ve p\r lui3 ,il a le /yle gai et qui laisse pass] des rayons4 ,cette manire claire n'e/ pas obt5ue sans pe9e4 ,la j\rne1 qu& elle e/ la plus lum9euse1 e/ sortie d'un mat9 de br\ill>d4 ,alphonse ,daudet1 comme ,balzac1 comme t\s les crateurs de vie1 e/ attir d'abord aux pripties1 au m\vem5t du drame et des tres4 ,surt\t que lui n'a pas de sang-froid et c\rt d'une hale9e jusqu'au b\t du roman4 ,mais1 ensuite1 il revi5t sur ses pas4 ,s\v5t il a rcrit un livre plusieurs fois1 les feuillets du manuscrit tant diviss p> moiti ou p> ti]s4 ,les phrases alors s'enjoliv5t1 se conc5tr5t4 ,il y a1 dans sa manire1 quelque *ose d'gratign1 d'incisif1 les ha*ures de l'eau-=te1 les c\ps de crayon saccads1 o se cont9ue la n]vosit de la ma94 ,et puis des grces aj\tes1 des roses piques1 des bij\x sil5cieux qu'une ma9 de femme y entremla4 ,collaboration amicale et av\e3 ,notre collaboration1 un v5tail japonais3 d'un ct1 le sujet1 p]sonnages1 atmosphre2 de l'autre1 des br9dilles1 des ptales de fleurs1 la m9ce cont9uation d'une bran*ette1 ce qui re/e de c\leurs et de piqres d'or au p9ceau du pe9tre1 a crit ,mme ,alphonse ,daudet qui fut a9si compagne de sa vie et compagnon de ses ides1 comme obs]va ,valls dans ,jacques ,v+tras1 propos du mnage ,mi*elet 7sans compt] que ,mme ,alphonse ,daudet produisit1 en outre1 t\te une oeuvre p]sonnelle3 ,enfants et ,mres1 ,fragm5ts d'un livre 9dit1 etc41 d'intimit subtile1 m\vante et bi5 fm99e74 ,quant l'oeuvre d',alphonse ,daudet1 on peut dire p\r la rsum]1 qu'elle (fre un fcond mlange d'imag9ation et de docum5ts1 oeuvre de pote et d'obs]vateur1 qui enveloppa dans son /yle *atoyant la ralit indisp5sable4 ,a9si les *sses dont t\t l'or et les pi]r]ies ne s]ai5t ri5 p\r bl\ir les fidles sans1 au fond1 quelque ossem5t qui les transfigure4 ,,m>cel9e ,,desbordes-,,valmore ,m>cel9e ,valmore e/ la plus gr&e des femmes franaises4 ,a ceux qui insi/5t1 auj\rd'hui1 sur l'infriorit des femmes1 sur leur incapacit foncire et p\r a9si dire organique1 il suffit de rpondre p> ce nom-l1 une femme t\t uniquem5t de gnie1 mieux que ,georges ,s&1 trop consacre1 et qui1 vraim5t1 ne fut1 elle1 qu'un homme de lettres4 ,le signe de sa gloire1 une gloire trs t5dre et trs augu/e1 c'e/ que t\s les potes en ce sicle l'ont aime galem5t3 ,hugo1 ,baudelaire1 ,lam>t9e1 assez *i*e d'loges1 qui lui ddie des /rophes d'enc5s2 ,vigny1 qui l'appelle le plus gr& esprit fm99 de notre poque2 ,mi*elet1 qui crit3 ,le sublime e/ votre nature2 ,sa9te-,beuve1 qui trace d'elle un subtil pa/el1 p\ssire d'immortalit6--puis lui consacre t\t un livre2 et d'autres encore3 ,b>bey d',aurevilly1 ,banville1 ,v]la9e1--g>de d'honneur aut\r de sa vie1 aut\r de son tombeau1 o sans cesse des ma9s pieuses arra*5t les h]bes d'oubli1 re/aur5t ce nom qui doit dur]4 ,qu'e/-ce qui lui vaut ce culte in9t]rompu des potes8 ,c'e/ que1 en la lisant1 on se pr5d l'aim] comme une mre4 ,elle att5drit comme si elle tait notre mre4 ,c'e/ notre mre en d\ble1 dirait-on4 ,et comm5t *]*] des dfauts une mre8 ,oui6 sa posie n'e/ pas prcism5t l'art que n\s gtions le plus4 ,pas de dess\s1 d'inf9i de rve1 de /yle subtil et r>e4 ,mais c'e/ notre mre2 c'e/ une femme et exquise4 ,elle1 surt\t1 a fait de la posie vraim5t fm99e4 ,elle a un sexe littraire4 ,elle a le cri des entrailles1 la c\ve sil5cieuse1 les l>mes promptes1 les s\bresauts de la passion1 les d*irem5ts1 les tr\es lum9euses1 les jets de sang1 comme a dit ,b>bi]1 les jets de sang de ses paumes1 de ses pi$s1 de son front c\ronn d'p9es1 de son flanc p]c1 de t\tes les blessures div9es de cette ,crucifie de l'art4 99 99 99 ,quelle exi/5ce fut plus cahote1 in/able1 d\l\reuse1 assombrie sans cesse p> les mcomptes1 la mort1 la pauvret8 ,comme p> un signe de prde/9ation1 elle tait ne devant un cimetire et j\a1 enfant1 dans l'h]be des tombes4 ,a qu9ze ans1 la ru9e4 ,son pre tait pe9tre d'armoiries d'quipages et d'ornem5ts d'glises4 ,or la ,rvolution avait clat1 ne v\lant plus ni c>osses1 ni culte4 ,la mre meurt4 ,m>cel9e doit aid] vivre le pre pauvre et sept enfants plus jeunes4 ,elle se rs\t au ?tre4 ,v]s l'anne #ahjd1 elle e/ en reprs5tations ,p>is4 ,c'e/ ,grtry qui1 l'ayant ent5due p> has>d1 lui fit *ant] sa ,lisbe?4 ,elle avait dj un air si bris1 si tri/e6 ,le musici5 l'appelait3 ,mon petit roi dtrn4 ,dix ans de cette vie-l en prov9ce1 l'trang]1 j\ant la fois les jeunes premires dans la comdie et les dugazons dans l'opra4 ,puis elle cesse de *ant]4 ,elle en donna plus t>d ,sa9te-,beuve l'adorable raison3 ,ma voix me faisait pleur] moi-mme4 ,qu'tait-il arriv8 ,une pe9e pr(onde1 un am\r non pay de ret\r1 un de ces misrables essais de bonheur d'o on sort plus morne et plus seul1 et aprs lequel c]ta9es femmes d'lite jett5t p\r jamais la cl de leur coeur dans l't]nit4 ,quel fut cet am\r8 ,m>cel9e en p>la p>t\t1 sans cesse dans t\s ses v]s1 et ne l'a nulle "p nomm4 ,quelques-uns1 auj\rd'hui1 ont v\lu lucid] le my/re1 banale curiosit6 ,l'important p\r son oeuvre1 c'e/ que jamais elle ne se consola4 ,gr& *agr9 d'am\r qui devait1 jusqu'au b\t1 se lam5t] au trav]s de sa vie1 blessure d'eau ruisselant p>mi les ro*es1 accrue p> l'ob/acle des ro*es1 sans qu'on sa*e de quelles hautes et lo9ta9es coll9es la s\rce a comm5c de jaillir6 ,mme trs t>d1 dans l'apaisem5t de l'ge1 elle voque encore cet am\r dont elle e/ re/e ple1 comme s\fre jamais de cet orage du mat94 ,elle crit ,paul9e ,du*ambge3 ,la seule me que j'eusse dem&e ,dieu n'a pas v\lu de la mi5ne4 ,quel horrible s]rem5t de coeur port] jusqu' la mort6 ,p\rtant elle avait uni sa vie un autre homme1 le comdi5 ,valmore1 qui fut probe et bon4 ,mais le malheur1 t\j\rs a*>n1 s'ob/9a aprs son foy]3 elle p]dit successivem5t ses deux filles dont les d\x visages s'encadr5t si s\v5t dans ses /rophes3 ,ond9e1 puis cette frle et frileuse ,9s1 qui m\rut en ple9 pr9temps1 comme une rose phtisique4 ,avec cela1 sans cesse une vie trique1 inc]ta9e1 besogneuse4 ,ses *ants div9s ne lui rapportai5t ri54 ,une gne p]man5te1 qui allait p>fois jusqu' la misre1 aux crises noires4 ,et pas mme la piti de la mort6 ,elle vcut vieille1 jusqu' soixante-treize ans1 avec l'horrible mal*ance f9ale d'une maladie cruelle qui la t9t deux annes dans son lit1 impot5te1 dj comme de l'autre ct de la vie1 o elle s'occupa jusqu' sa d]nire heure de corrig] de n\veaux v]s1 ceux qui ont con/itu les posies po/humes et conti5n5t ses *efs-d'oeuvre3 ,j\rs d',ori5t1 la ,c\ronne effeuille1 les ,roses de ,saadi4 ,et n'e/-il pas naturel1 aprs une telle vie1 qu'il semble en la lisant--comme elle a dit d'un autre--qu'on s5te s\ffrir le livre dans ses ma9s8 99 99 99 ,d'ailleurs mme avec une de/9e clm5te1 elle et t malheureuse4 ,elle fut de ces s5sitives se t\rm5tant elles-mmes1 s\ffrant p\r des ri5s1 p\r des nuances4 ,elle fut de ces inquites qui peuv5t dire comme ,lam5nais3 ,mon me e/ ne avec une plaie4 ,or cette plaie native s'l>gt et saigna p> l'am\r4 ,valmore a surt\t aim4 ,t\te femme qui crit peut se df9ir d'un mot1 celui qu'elle-mme1 son insu1 emploie le plus frquemm5t4 ,a9si le mot tre9dre p\r ,george ,s&4 ,quant ,valmore1 son v]be s]ait aim]4 ,t\te sa s\ffrance vi5t de l'am\r1 et aussi son gnie4 ,celui-ci1 e/ t\t am\r4 ,sapho mod]ne1 elle a tr\v1 p\r exalt] et regrett] son premi] am\r mort1 des acc5ts frmissants--flammes et roses6--qui dpass5t de lo9 les potes1 mme illu/res1 dont les ,nuits p>aiss5t1 en reg>d1 bi5 dclamatoires et fausses4 ,d'ailleurs1 elle a exprim t\tes les am\rs3 am\r de jeune fille1 d'amante heureuse ou dlaisse1 d'p\se1 de mre4 ,elle a dit t\tes les nuances du gr& cri4 ,et avec des tr\vailles d'une int5sit in\e4 ,tu ne sauras jamais quel po9t je t'atte9s1 dit-elle l'homme qu'elle aime4 ,puis vi5t cette notation1 si spciale la femme en am\r1 de song] la mre de l'amant qu'elle adore1 p> qui il fut aussi aim d'un am\r de femme illimit4 ,c'e/ presque une jal\sie1 mais trs d\ce1 cause des s\v5irs communs4 ,et elle a ce cri virg9al p\r s'affirm] plus aimante3 ,plus gr& que son am\r1 mon am\r se donna4 ,a propos de ses enfants1 elle note3 ,cet am\r-l fait s\ffrir aussi1 comme l'autre4 ,c5t *oses d'une psy*ologie1 d'une pntration1 d'une div9ation qui va jusqu'au plus secret de la t5dresse1 jusqu'au plus t5u des fibres intrieures1 jusqu'au plus inf9itsimal des contacts du coeur avec les autres coeurs2 et t\t cela vu comme aux lueurs d'un clair1 t\t cela pa?tique1 att5drissant1 comme si1 *aque fois1 elle avait pleur sur son v]s au mom5t o il se traait sur le papi]1 et qu'il ft n mo9s dans l'encre que dans une l>me4 ,c> t\t ab\tit inv>iablem5t des dsespoirs1 p\r cette me no/algique et trop s5sible4 ,fragile me blan*ie1 d'un blanc frileux et qui vite s'cr\le en pleurs1 comme la gele1 en hiv]1 sur les vitres4 ,p\rtant ,valmore fut plus =te que la d\leur et le malheur4 ,elle avait adopt une sre df5se1 ce mot cle/e1 p\r sa devise et son ca*et3 ,cr$o1 je crois4 ,ce que ,sa9te-,beuve t\j\rs un peu malicieux traduisait a9si3 je suis crdule4 ,eh bi56 non6 ,elle crut vraim5t4 ,l'amante dev9t *rti5ne4 ,dans la ,sapho se leva une sa9te ,?rse4 ,celle qui avait eu des cris de passion tr\va des hymnes de foi4 ,elle reporta ,dieu t\t l'am\r qu'elle avait g> sur les cratures et les *oses d'ici-bas1 dont plus aucune dornavant ne l'attirait et ne la valait4 ,t\s mes tonnem5ts sont f9is sur la t]re1 s\pire-t-elle avec mlancolie4 ,encore un temps1 elle re/e imprgne de l'anci5 am\r pr(ane4 ,due dans ses affections t]re/res1 elle s'en ret\rne ,dieu avec les mmes lvres et les mmes incantations am\reuses4 ,on la dirait ma9t5ant l'amante de ,dieu4 ,e/-ce que ,sa9te ,?rse aussi ne p>lait pas ,jsus comme un bi5-aim8 ,on connat ses my/iques effusions si passionnes3 ,l'am\r que je t'ai v\ me meut tellem5t que1 n'y et-il pas de ciel1 je t'aim]ais et n'y et-il pas d'enf]1 je te cra9drais4 ,je me donne toi sans ri5 te dem&]2 mme sans espr] ce que j'espre1 je t'aim]ais encore autant4 ,quant ,valmore elle s'pure bi5tt1 pacifie1 purifie4 ,la passion vhm5te se c>gue4 ,ses pomes pr5n5t quelque *ose de *u*ot1 de confid5tiel4 ,c'e/ la prire avec la naturelle confiance et aussi le naturel effroi1 cette nuance c>actri/ique de l'adoration *rti5ne4 ,elle p>le son ,pre1 lui raconte ses pe9es anci5nes et les glorifie qu& mme4 ,elle a des hymnes1 des oraisons1 des litanies1 rev5ues du fond de la petite enfance4 ,les /rophes se dpli5t comme les m\ssel9es retr\ves de sa toilette de premire communiante444 ,ah6 les uniques p>oles de prires qu'elle a su tr\v]1 aprs les uniques p>oles d'am\r4 ,baudelaire1 frocem5t misogyne1 se dem&ait quelle conv]sation les femmes peuv5t bi5 avoir avec ,dieu et p\rquoi on les laissait entr] dans les glises4 ,il n'avait pas song ,valmore1 qu'il aimait p\rtant1 ni aux prires que sont tels de ses pomes1 des prires cl9es1 ab&onnes1 immatrielles p\r a9si dire1 p>aissant ne plus app>t5ir la t]re et tre le bruit d'une me qui e/ dj plus prs de ,dieu que de la vie4 99 99 99 ,d'ailleurs1 t\j\rs elle donna cette impression de plan]4 ,elle plana mme1 et surt\t1 au-dessus de la littrature4 ,les modes n'eur5t aucune prise sur cet art inn1 qui1 dans sa s9crit1 tr\va une note1 un acc5t1 un /yle1 un v]s pe9e cond5s au fur et mesure1 mais demeur presque inv>iablem5t le mme trav]s une production de c9quante annes4 ,mme la =midable rvolution romantique n'et po9t de prise sur elle et ne l'influ5a en ri54 ,or d'tre in/9ctif1 son gnie prcism5t fut novateur4 ,elle a presque autant inv5t que ,victor ,hugo quant la prosodie1 et aux dtails du v]s4 ,la premire1 elle remploya avec frqu5ce les mtres impairs2 v]s de c9q1 de sept1 de neuf1 de onze1 de treize syllabes4 ,et comme elle y russit6 ,d'un ruban signe ,cette *aise e/ l ,t\te rsigne ,comme me voil6 ,comme me voil6 ,n'e/-ce pas dj t\t le ton1 t\te la simplicit m\vante de ,v]la9e1 ,v]la9e qui fut un fils d'elle1 n de sa div9e mat]nit potique1 filialem5t en aveu du re/e1 et aux aguets dans ses ,potes maudits p\r qu'on lui r5de honneur1 celle d'o il sort4 ,quel honneur p\r elle d'tre son initiatrice et la mre d'un tel fils6 ,comme lui1 elle avait dj t\t ceci3 exquis ab&on1 simplicit de l'me1 nglig des mots1 adorable d%abill de la phrase--comme au saut du lit--faisant sa prire du mat94 ,et aussi ce quelque *ose de susurr1 de gmi1 d' pe9e convalesc5t1 d'inquiet et cep5dant de confiant1 *ambre de malade la f5tre ouv]te sur un comm5cem5t d'avril4 ,et dj les famili>its *>mantes1 ce sans-faon presque p>l qui enlve au v]s t\te allure dclamatoire et du ,midi1 son gr& ge/e4 ,elle aussi1 comme ,v]la9e1 rev5diqua le ,nord1 son ,nord1 cette ville de ,d\ai avec un beffroi et des demeures pignon1 o elle dem&ait d'all] m\rir1 qu'elle appelait si jolim5t ma natale et dont les s\v5irs1 la ,notre-,dame1 la valle de la ,sc>pe1 les t\rs1 les j>d9s ponctus d'abeilles1 empliss5t son oeuvre1 influ5cr5t son art4 7,celui-ci1 en prit ce qui c>actrise t\t art du ,nord3 la nuance74 ,s\v5t galem5t les rptitions1 les allitrations1 affectes dans la suite p> ,v]la9e et les plus rc5ts potes3 ,une autre1 une autre1 et puis une autre l'ent5dra6 ,enf9 ma9ts mots transposs1 inv5ts ou composs1 mais avec quelle dlicate prud5ce t\j\rs heureuse3 anglis]1 entr'al]4 ,mais p\rquoi s'+ni] aux nuances de t\tes les plumes et de t\s les duvets qu& le cygne sanglotant s'e/ envol si haut et p\r t\j\rs dans des ciels d't]nit6 ,m4 ,j4 ,k4 ,,huysmans ,m4 ,huysmans qui1 ses dbuts1 collabora aux ,soires de ,mdan1 eut l'air d'acquiesc] la manire naturali/e1 n'y tr\va en ralit qu'un moy5 de satisfaire son naturel pessimisme4 ,pe9dre la laideur1 les vices1 les misres1 la *air tri/e1 les coeurs p\rris1 les l+es sales1 c'tait l'occasion d'exprim] son dgt de la bassesse contempora9e4 ,vite il *]*a s'en vad]4 ,comme ,baudelaire1 aprs sa moisson de fleurs du mal1 il eut ses p>adis artificiels1 c'e/ ,a ,reb\rs4 ,mais ceci n'tait qu'une tape et1 dans ,en ,r\te1 il raconta ensuite1 n\s ne v\lons pas dire une conv]sion1 mais une crise religieuse s+ulirem5t pa?tique4 ,il s'agit d'un homme1 las des tres et des livres1 qui se met frqu5t] les glises1 les (fices1 se lie avec un prtre clair1 va pass] un temps de retraite dans une abbaye de ,trappi/es et1 confess1 communi1 r5du ,dieu1 r5tre dans la vie et dans ,p>is en concluant3 ,ah6 vivre1 vivre l'ombre des prires de l'humble ,simon1 ,seigneur6 ,y a-t-il l une simple affabulation de roman8 ,e/-ce uniquem5t p\r se docum5t] que ,m4 ,huysmans1 depuis ces d]nires annes1 la surprise de ceux qui le connaissai5t1 dev9t peu peu l'assidu des messes1 des saluts1 pl]9a de ,sa9t-,sulpice et de ,sa9t-,sv]9 aux *apelles prives et s+ulires de ,p>is1 celle1 p> exemple1 si curieuse1 des ,bndict9es du ,sa9t-,sacrem5t1 rue de ,monsieur1 o il alla lotionn] ses yeux las la fra*eur des cantiques1 se dsaltr] l'orgue1 aux afflu5ts dbiles que sont les voix des nonnes *antant au jub1 t&is que le fleuve de l'orgue df]le444 ,n\s savions aussi qu'il s'tait in/ruit dans t\te la ,my/ique1 famili] avec sa9te ,?rse1 ,ca!r9e de ,gnes1 ,emm]i*1 ,ruysbroeck l',admirable4 ,enf91 n'alla-t-il pas lui-mme s'int]n] un mom5t dans le sil5ce d'un clotre *amptre de la ,trappe8 ,ce ,durtal qu'il n\s y montre1 en proie ,dieu1 e/-ce lui-mme et subit-il de son ct la crise de foi qu'il n\s dcrit8 ,s'agit-il d'une autobiographie1 et fait-il allusion son cas qu& il s'crie3 ,je suis all l'hpital des mes1 l',eglise8 ,on p\rrait le croire1 tant l'analyse e/ aigu1 m9utieuse1 d'autant plus que s\v5t1 au lieu d'objectiv]1 de crer des p]sonnages fictifs1 ,m4 ,huysmans1 dans ses romans1 en revi5t t\j\rs lui-mme1 et que ce type de ,durtal1 app>u dj en un prcd5t livre1 semble racont] ses propres tats d'esprit et se transpos] en une p]sonnelle et successive vivisection d'me4 ,il y a lieu de le suppos] d'autant plus que1 p>mi les causes de ce ralliem5t ,dieu1 le romanci] signale1 *ez ,durtal1 l'ennui de vivre et le dgt du monde4 ,or ,m4 ,huysmans aussi n\s (fre encore une fois les mmes symptmes p]sonnels depuis ces d]nires annes4 ,il a avr une misan?ropie s9cre4 ,aprs avoir frqu5t des arti/es1 des criva9s1 nagure1 il s'e/ s\da9 repli sur lui-mme1 comme le conv]ti du roman1 lui aussi solitaire1 aigri1 malade1 dpris1 n'allant nulle "p1 ayant r5onc aux milieux littraires et monda9s o sa noble nature fran*e ne p\vait s'accommod] des m5songes1 vil5ies1 abdications1 promiscuits4 ,isolem5t logique6 ,subtil et magnifique dans son art1 il devait se tr\v]1 en s'levant1 de plus en plus isol4 ,qui ressemble aux gr&es mes8 ,l'ocan gmit p>ce qu'il e/ dp>eill4 ,t\s les traits et les mobiles qu'il prte ,durtal1 sa vie elle-mme n\s en (fre l'exemple4 ,n'e/-il donc pas p]mis d'imag9] que cette crise religieuse qu'il pe9t avec tant d'int5sit fut la si5ne8 ,voyez alors l'av]tissem5t s+uli] de la de/9e et les correspondances my/rieuses entre les *oses3 ,m4 ,huysmans habite depuis longtemps un calme logis de la rue de ,svres faisant p>tie d'un anci5 c\v5t de ,prmontrs aux toits de tuiles fanes1 comme s'il avait fallu d'abord que cette me fut inve/ie en sil5ce1 c]ne p> t\t ce qu'il y a de foi1 d'enc5s indur1 de prires survcues dans les vieilles pi]res qui fur5t une abbaye4 99 99 99 ,dans le cas o la crise religieuse que ,en ,r\te raconte lui s]ait p]sonnelle1 on peut dire que l'criva9 s'en e/ v5u de lo9 v]s ,dieu4 ,on connat ses oeuvres de db1 oses1 *>nelles3 ,en ,mnage1 les ,soeurs ,vat>d1 le ,drageoir pices4 ,littrairem5t1 il fut1 entre autres1 un odorat1 preuve ce nez busqu et embusqu sur son pr(il maigre1 un nez de proie1 un nez qui lui donne une tte d'oiseau de proie1 de gr& vaut\r *auve4 ,or1 il aima l'odeur du p*1 nota les rel5ts c\pables de la femme1 t\t ce qui monte1 fais& et blet1 de la gr&e ville4 ,c> le p* e/ surt\t odeur4 ,epr\va-t-il une s5sualit n\velle subodor] la s5teur maladive des glises3 nappes d'autel dfra*ies1 enc5s fan et cires--mortes de se pleur]8 ,dj dans ,a ,reb\rs on p\vait prvoir la crise religieuse4 ,il y fit le t\r des ides et des vices1 p]v]sits extrmes des dcad5ces1 p*s contre l',esprit et contre nature1 aprs quoi sembla s'annonc] l'appro*e de ,dieu4 ,a la f91 ,des ,esse9tes1 c\rbatur de trop de c\pables dlices1 tombait g5\x2 et1 au-dessus des f>ds1 des tableaux p]v]s1 des lits dfaits1 une prire clturait l'oeuvre et s'envolait1 oiseau blanc1 dans le blanc de la page f9ale4 ,c'e/ que1 la suite de ce livre1 il ne re/ait plus pr5dre qu'un des deux p>tis indiqus p> ,b>bey d',aurevilly ,baudelaire aprs les ,fleurs du mal3 ,ou se brl] la c]velle1 ou se faire *rti54 99 99 99 ,n\s ne savons pas si ,m4 ,huysmans s'e/ fait *rti51 mais il a crit en t\t cas une oeuvre *rti5ne4 ,n\s voyons *ez ,durtal l'a*em9em5t1 les tapes de la foi1 les voies de la grce1 la manigance cle/e1 le m9ime et quotidi5 accroissem5t1 le lg] v5t qui vi5t des plages du ciel et accumule1 sable sable1 ces dunes d'or dont une me d'lite va s'ourl] et qui la sp>]ont de la vie mauvaise4 ,n\s assi/ons cette cure svre qu'e/ un sj\r la ,trappe3 ef=ts1 prires1 t5tations d]nires de la volupt1 emb*es de l'esprit1 blasphmes1 rires1 objections1 ngations4--,mais si c'tait intelligible1 ce ne s]ait pas div96 ,et enf9 la victoire cle/e6 ,lutte pa?tique o r5aiss5t les orages de ,pascal4 ,sans compt] que cette langue de ,m4 ,huysmans1 t\te admirable1 aj\te le frisson de ses te9tes lectriques1 vnneuses1 d'un ciel p\rri o se lv5t s\da9 des mots qui sont un lys de ,meml+1 une cl ouvrant sur le my/re1 la plaie de ,jsus qui ne saigne plus1 mais s'effeuille1 dirait-on4 ,int5sit de psy*ologie in\e1 croire que ,m4 ,huysmans ne dcrit que ce qu'il a ress5ti1 vcu1 et que lui-mme1 auj\rd'hui1 e/ une gr&e me de plus va9cue p> ce que ,*ateaubri& appelait le gnie du *ri/ianisme4 99 99 99 ,c> ,*ateaubri& m>*e en tte de cette tr\pe sacre qui aura app>t5u l',eglise4 ,n'e/-ce pas m]veilleux1 en un temps o on disait la foi morte1 de con/at] combi5 de gr&s criva9s de notre sicle ne l'auront pas quitte ou y s]ont rev5us8 ,la religion peut en rev5diqu] beauc\p3 outre ,*ateaubri&1 ,lam>t9e aussi1 et ,b>bey d',aurevilly1 d'un ca?olicisme absolu quoique o/5tatoire2 ,baudelaire qui fut lui-mme un pote1 un peu satanique aussi1 mais seulem5t en tant qu'il y a des g>g\illes de dmons aux flancs d'une ca?drale4 ,puis ,veuillot1 spadass9 de ,dieu1 et ,hello1 d'une foi si lyrique et qui s'exaltait en effusions de gr&s arbres4 ,et ,villi]s de l',isle-,adam1 qui1 sur son lit de mort1 t5ait dans ses ma9s1 dj de la c\leur de la t]re1 les preuves d',axel1 p\r avoir le temps de les corrig] selon la ,foi4 ,et ,v]la9e1 enf91 qui lui-mme a racont sa conv]sion dans un lieu de retraite o le *evali] ,malheur l'avait m54 ,et l'closion1 dans cet ab&on1 de ce livre ,sagesse o le pote inv5ta des litanies n\velles4 ,fils s\mis de l',eglise1 le d]ni] en mrites1 mais ple9 de bonne volont1 dcl>a-t-il dans la prface4 ,m4 ,huysmans e/-il en r\te p\r le mme aveu et la mme conclusion8 ,il n'y aurait qu' s'en rj\ir1 et de ce qu'il entre son t\r dans cette ligne o dj son gr& tal5t lui assignait une place1 royaux esprits qui1 durant t\t le sicle1 se passr5t de ma9 en ma91 comme les c\reurs antiques1 le flambeau de la ,foi allum l'toile de ,be?lem4 99 99 99 ,littrairem5t on peut conclure que ,m4 ,huysmans avec3 ,a ,reb\rs1 ,l-,bas1 ,en ,r\te1 aura t]m9 un triptyque comme ceux que peignai5t les pe9tres de sa race--il e/ orig9aire de ,brda--ces matres holl&ais et flam&s dont il a l'imag9ation fivreuse1 le coloris massif et viol5t4 ,on songe surt\t devant ces trois livres au triptyque de ,qu5t9 ,metzys qui e/ au ,muse d',anv]s1 un des *efs-d'oeuvre de t\s les sicles et de t\tes les coles4 ,dans le volet de gau*e1 ,hrodiade e/ assise ct du ,ttr>que la table du fe/9 o1 p>mi les roses1 les cri/aux1 les arg5t]ies1 songe le *ef dcapit de ,jean-,bapti/e que la favorite taqu9e du b\t de son c\teau d'or comme un fruit de plus p>mi les autres fruits du dess]t4 ,salom vi5t de dans]4 ,l'odeur du sang se mle l'odeur du sexe4 ,volupt1 cruaut1 complication des vieillesses de l'ge et des vieillesses du temps1 raff9em5t des dcad5ces4 ,ce volet-l c'e/ ,a ,reb\rs4 ,dans le volet de droite un b*] mauvais s'allume4 ,des hommes aux visages d=ms1 aux yeux de concupisc5ce1 y jett5t des sortilges et des malfices1 *]*5t dans les flammes des =mes qui s'enlac5t1 se pm5t1 dfaill5t4 ,le feu a l'air de sortir p> un s\pirail de l',enf] s\da9 ouv]t4 ,ce volet-l c'e/ ,l-,bas4 ,et voici le panneau c5tral3 la figure lam5tablem5t d\l\reuse1 mais t5dre1 de ,jsus1 victime expiatoire1 ,*ri/ dp5du1 dont la plaie au flanc c\le1 int>issable1 (fre sa fiole r\ge1 lixir de gurison1 dans cette gr&e pleur sculaire444 ,salut p]man5t et immanquable6 ,c'e/ ,en ,r\te1 livre pr9cipal au trav]s duquel ,jsus repose444 ,triptyque littraire1 admirable et qui a dj un air d't]nit1 la pat9e des oeuvres qui sont dans les muses4 ,,lam>t9e ,aprs c5t ans c\ls1 la p>ole de ,humbold re/e vraie3 ,lam>t9e e/ une comte dont on n'a pas encore calcul l'orbite4 ,c>1 mme auj\rd'hui1 il e/ difficile de prcis] la p>abole de cet errant du gnie qui a laiss un peu de lui dans t\tes les mes4 ,lam>t9e6 ah6 le d\x nom6 et quel c\p d'ar*et sur nos s\v5irs6 ,n'e/-ce pas lui1 qu& n\s le lisions qu9ze ans1 au collge1 qui n\s fut la premire rvlation de la ,posie8 ,au mme mom5t1 il n\s fut aussi la premire rvlation de la ,femme1 c> ses v]s ,elvire et ,graziella donnai5t comme un visage aux rves encore in=muls en n\s4 ,lam>t9e n\s a suscit jadis t\tes ces motions-l4 ,n\s l'avons plus qu'admir2 n\s l'avons aim4 ,voil p\rquoi la lecture1 plus t>d1 en p>at fade et dcolore4 ,il en e/ de ses pomes comme de ses lettres d'am\r1 qu'on ne doit jamais relire2 ce n'e/ pas qu'elles soi5t autres1 mais n\s-mmes n\s avons *ang2 n\s n'avons plus l'me qu'il faut1 l'me anci5ne t\te neuve et impressionnable4 ,p\r ,lam>t9e aussi il vaut mieux se s\v5ir de l'avoir lu--lui qui n\s demeure1 trav]s les annes1 comme la d\ceur d'un anci5 am\r6 99 99 99 ,et p\rtant1 qui fut jamais plus pote1 dans le s5s orig9el et fonci]8 ,*ez lui1 la posie tait un acte spontan de la nature1 comme la respiration ou la circulation du sang4 ,il tait lyrique de la tte aux pi$s1 a-t-on dit4 ,il a *ant sans savoir comm5t ni p\rquoi1 comme la m]1 et comme la =t--frre lui-mme de ces inf9is qui r5d5t t\s un son p>eil6 ,c> il n'avait ri5 appris4 ,c'e/ un ignorant qui ne sait que son me1 obs]va un j\r ,sa9te-,beuve4 ,t\t au plus connaissait-il l'irrmdiable mlancolie de son prcurseur ,*ateaubri&1 me orageuse l'image et la ressemblance de ses horizons m>itimes de ,bretagne1 et les sublimits de la ,bible dont prcism5t1 dans son ent\rage1 on s'occupait beauc\p cette poque4 ,deux de ses amis1 ,m4 de ,g5\de et ,m4 ,d>gaud1 avai5t traduit les ,psaumes et les ,livres4 ,lui-mme app>ut comme un jeune roi ,david1 ayant song d'abord intitul] ses ,mditations ,psaumes mod]nes1 comme l'atte/e le premi] manuscrit retr\v4 ,et il avait vraim5t l'loqu5ce d\l\reuse du psalmi/e et des prophtes1 celui que ,george ,s& appela le ,jrmie de la ,re/auration4 ,son succs fut immdiat et prodigieux3 en un soir1 ayant dit ses premi]s v]s dans le salon de ,mme de ,sa9t-,aulaire1 o v5ai5t ,guizot1 ,decazes1 ,villema91 t\tes les jeunes gloires du mom5t1 il tait dev5u clbre4 ,son premi] livre1 accueilli avec tremblem5t p> l'diteur ,nicolle1 fut tir en peu de temps qu>ante-c9q mille exemplaires4 ,t\t le monde le lut1 s'en?\siasma1 pleura4 ,dans les prom5ades publiques1 dans les j>d9s1 on s'isolait p\r lire s\s les arbres les v]s des ,mditations4 ,c'e/ que1 p> un miracle unique1 son me s'tait tr\ve en communion avec t\s4 ,il avait t l'me de la f\le4 ,il avait t les eaux de sa soif1 la p>ole de son att5te4 ,aprs tant de ru9es1 de sec\sses et de rvolutions1 aprs tant de ngations1 le pote tait app>u disant l't]nit et la c]titude de ,dieu1 p>lant d'idal et d'inf9i4 ,a cette f\le qui avait trav]s la nuit et cru m\rir1 dont on avait conduit les pres en tr\peaux la guillot9e1 puis aux b\*]ies plus sanglantes encore de la gu]re1 il v5ait dire3 ,l'homme e/ un dieu tomb6444 ,et puis1 il y a autre *ose3 ce comm5cem5t de sicle qui m>quait une r5aissance tait comme une pub]t qui s'labore2 il avait les tr\bles1 l'inc]titude1 l'angoisse sans cause1 la mlancolie de la vi]ge qui devi5t nubile et s5t dj l'av5ir lui t\rm5t] le se94 ,la posie de ,lam>t9e rpondit t\s ces vagues lans1 elle qui1 non cont5te de div9is] la vie1 div9isa l'am\r4 ,ah6 ce fut mme son plus suave en*antem5t6 ,le dieu tomb retr\vait ds ici-bas un ciel dans l'am\r1 l'am\r plus =t que la mort elle-mme1 puisque l'amante s\pirait l'amant3 ,je ne compr5ds pas le ciel mme sans toi6 ,le ,lac1 les /ances ,elvire1 l'lgie du ,premi] regret donnai5t un avant-gt d'inf9i3 ,o temps6 susp5ds ton vol6 et promettai5t des m9utes div9es o1 vivant--grce l'am\r--on vit dj d't]nit6 ,et cela n'app>ut pas comme une imag9ation impossible1 un leurre consolant de pote4 ,il pr*ait d'exemple4 ,on v\lut aim] sa faon2 il avait cr une nuance n\velle d'aim] et d'tre aim1 c> on savait que lui-mme avait vcu de telles am\rs4 ,ses av5tures itali5nes1 la mort de la p*euse de ,procida faisai5t aut\r de sa jeune tte de hros un nimbe de lg5de et de mlancolie4 ,on ne l'en aima que davantage--et d'avoir l'air si tri/e1 tant si beau4 ,il disait3 ,nulle "p le bonheur ne m'att5d6 ds la premire pice de son premi] livre2 et plus t>d1 dans le pome sur la mort de sa fille1 il se nommait encore un homme de dsespoir4 ,d'un b\t l'autre la mme attitude et la mme p>ole3 ,voyez s'il e/ une d\leur comp>able la mi5ne6 ,lam5tation prodigieusem5t habile1 si elle n'et pas t s9cre4 ,c]tes ce n'e/ pas un mot de dieu1 de gnie ployant s\s la croix de son art4 ,c'e/ le mot de la mre2 d'une femme4 ,jsus lui disait3 ,ne pleurez pas sur moi6 ,voil le mot vrai2 la po/ure qu'il fallait4 ,mais si le pote y et gagn nos yeux1 la f\le aime mieux ceux qui dem&5t sa piti4 ,et elle donna t\t ,lam>t9e3 sa piti1 son admiration1 son temps1 ses l>mes1 son or1 son dlire4 ,il fut vraim5t1 selon l'image de ,%akespe>e1 port en triomphe sur t\s les coeurs4 ,ce triomphe dura v+t ans1 v+t ans d'une exi/5ce comme une ferie4 ,v\s auriez d tre roi1 lui disait un j\r un de ses flatteurs4 ,il vcut tel3 aim1 acclam1 dans un luxe qu'aucun pote n'avait jamais connu1 semant les sec\rs et les dons1 voyageant avec une suite1 p>tant sur un navire a*et p> lui p\r cet ,ori5t my/rieux qu'il a dcrit et o les ,arabes du ds]t eux-mmes1 frapps de sa royale pre/ance1 l'appelai5t l'mir frangi4 ,si habitu ces hommages unanimes1 ce culte et cette frnsie de respect qu'un j\r1 propos d'un jeune criva9 qu'on le priait de protg]1 il dcl>a avec une fatuit t\*ante3 ,il ne f]a jamais ri54 ,il n'a pas t mu en me voyant4 99 99 99 ,malheureusem5t1 la ,posie1 qui lui avait donn tant d'annes de gloire et d'une exi/5ce sans p>eille1 ne sut pas le ret5ir exclusivem5t4 ,dj1 en #ahca1 il avait publi sa ,politique rationnelle et brigu un m&at lgislatif4 ,on prt5d mme qu'il n'entreprit son lo9ta9 voyage en ,ori5t que p> dpit de cet insuccs4 ,or ce voyage devait1 p> un has>d in\1 le p\ss]1 son ret\r1 plus dcidm5t encore du ct de la politique4 ,il avait r5contr dans les solitudes p]dues du ,liban cette biz>re lady ,e/h] ,/anhope1 qui lui avait dit1 aprs avoir consult les toiles et lu les signes de sa ma9--gographie my/rieuse des passions et des de/9es3 ,l',europe e/ f9ie2 la ,france seule a une gr&e mission accomplir encore4 ,v\s y p>ticip]ez4 ,le sup]/itieux pote crut l'horoscope de cette magici5ne en ca*emire jaune et turban blanc1 qui fumait devant lui une longue pipe ori5tale2 et ds son ret\r1 sans d\te1 il rvait dj de ralis] son oracle1 t&is que le navire1 en r\te p\r la ,france1 m>*ait d'toile en toile444 ,bi5tt il se fit lire la ,*ambre3 --,o allez-v\s v\s asseoir dans l',assemble8 lui dem&a un de ses amis4 --,au plafond6 ,ceci m>quait *ez ,lam>t9e lui-mme la s5sation qu'il se tr\v]ait peu sa place p>mi les intrigues et les r\]ies d'un ,p>lem5t4 ,comm5t6 le mlancolique pote allait s'occup] de politique et t5t] de dirig] l'op9ion8 ,mais e/-ce que le clair de lune ne g\v]ne pas la m>e et n'attire pas avec ses yeux la s\ffrance de la m]8 ,lam>t9e1 lui aussi1 rvait d'attir] le peuple lui4 ,il avait mis ,dieu dans la posie et dans l'am\r4 ,il v\lut mettre ,dieu dans la politique--le mot e/ de lui--crer une ,rpublique vanglique o on g\v]n]ait la nation p> ses v]tus4 ,il faillit presque y p>v5ir dans cette extraord9aire av5ture de la ,rvolution de #ahdh qu'il prp>a avec les ,girond9s et dont il fut le promoteur et le hros4 ,on ne peut pas lire auj\rd'hui sans /upfaction les dtails du rle qu'il j\a ce mom5t3 sa lucidit d'esprit1 son audace1 son c\rage durant ces j\rs o1 grce ce magntisme1 ce fluide *>meur qui fur5t t\j\rs en lui1 v+t fois il arrta l'an>*ie2 o v+t fois il prit la p>ole1 tte nue1 s\s les fusils braqus1 bravant la mort1 n\vel ,orphe qui apprivoisa le lion populaire et l'entrana avec des *anes de fleurs4 ,on connat sa phrase clbre sur le drapeau tricolore qui n'tait qu'une sublime inspiration de plus aprs tant d'autres1 o son patriotisme1 p5dant ces j\rnes de fvri]1 se multiplia4 ,dans l'hagiographie1 on appr5d que c]ta9s sa9ts vcur5t t\te leur vie en tat de grce4 ,on peut dire de ,lam>t9e qu'il a t t\j\rs en tat de gnie4 99 99 99 ,mais le gnie ne va pas sans la c\ronne d'p9es4 ,lam>t9e porta la si5ne4 ,que n'tait-il re/ la porte de la ,rpublique6 ,platon l'et c\ronn de roses4 ,des plus hauts sommets de la popul>it il tomba1 selon la p>ole de ,milton1 dans les mauvais j\rs et dans les mauvaises langues4 ,la ,rvolution avait a*ev de le ru9]4 ,quelques sema9es avant les vnem5ts de fvri]1 un trait lui a*etait ses oeuvres littraires p\r #edj1jjj francs4 ,p> honntet et p\r sauv] de la faillite son libraire1 il d*ira le trait4 ,depuis longtemps1 il semait l'or et les *>its avec une prodigalit 9puisable4 ,a un ami dans la gne il crivait3 ,je f]ai c\p] mes plus beaux arbres4 ,alors1 devant ce g\ffre de dettes 7plus de deux millions71 ,lam>t9e empoigna sa plume comme un outil et p5dant v+t ans remplit de sa fire criture du papi] blanc accumul1 qu'il jetait ce g\ffre4 ,cela ne suffit mme pas2 et v9r5t alors les gr&s dboires1 les humiliations publiques3 la v5te de ,milly1 la lot]ie1 la s\scription nationale--t\te la lie1 t\tes les feuilles mortes de l'automne de la vie4 ,et aucune piti6 ,l\is ,veuillot1 qui a la tri/e gloire d'avoir tr\v t\s les mots cruels sur son temps1 proclama3 ,m4 de ,lam>t9e n'a plus une lyre2 c'e/ une tirelire4 ,et si1 p\rtant6 il la possdait encore1 cette lyre anci5ne6 et malgr l'horreur des quotidi5nes besognes1 encore et t\j\rs--dans ses pages obliges1 t\t au long des ,confid5ces1 de ses livres d'hi/oire1 de son ,c\rs famili] de littrature1--des vibrations clatantes1 des c\ps d'ailes s\da9s1 des ruissellem5ts d'me et de pi]r]ies1 t\t un trsor intrieur que sa longue vie orageuse n'avait pas suffi dilapid]4 ,mais plus de pomes1 hlas6 cet ge p\rtant o ,victor ,hugo1 lui aussi frapp p> la politique1 allait comm5c] ses *efs-d'oeuvre4 ,lam>t9e ma9t5ant aurait pu crire son ,livre de ,job2 mais1 lui1 manqua de loisirs p>ce qu'il manqua d'arg5t4 ,il fallait de la prose solide et m>*&e4 ,plus d'pisode n\veau p\r faire suite ,jocelyn et la ,*ute d'un ange1 ni les ,p*eurs annoncs1 ni l'autre fragm5t sur la vie religieuse dans le cadre de la ,jude4 ,et pas non plus ce ret\r sur les oeuvres anci5nes qu'il avait appel lui-mme des improvisations potiques et promis de polir froid4 ,va9 espoir6 l'homme1 pas plus que l',ocan ne peut rev5ir sur ses traces et ret\*] ce qu'il a laiss d]rire lui4 ,c'e/ t\t polis que la m] jette au rivage ses galets aprs les avoir longtemps r\ls dans ses m>es4 ,au contraire t\te l'oeuvre de ,lam>t9e fut htive1 d'une =me l*e4 ,aussi1 dans ses prfaces1 r$\tait-il lui-mme le dda9 des dlicats4 ,il n'ignorait pas non plus les caprices fantasques de la vogue1 l'effrayante mobilit des gts littraires qui dmod5t vite les oeuvres4 ,surt\t p\r celles qui app>ti5n5t plus au pass qu'a l'av5ir4 ,il y a des potes qui ouvr5t une poque et une posie1 tel ,victor ,hugo4 ,au contraire ,lam>t9e f]ma une poque4 ,il rsume ,piron1 ,millevoye1 ,lebrun1 ,s\met1 t\s ces potes int]mdiaires1 non sans tal5t1 qu'il cont9ue en somme1 mais absorba dans son rayonnem5t4 ,c'e/ en ce s5s que ,riv>ol a dit3 ,le gnie gorge ceux qu'il pille4 ,mais t\t en craignant p\r l'av5ir1 il se consolait en affirmant3 ,il y a des anniv]saires d'ides dans la vie des sicles4 ,et1 en effet1 on a pu assi/]1 ces d]nires annes1 un r5\veau de sa gloire1 qui sans cesse recomm5c]a p> int]valles4 ,c> la =me de sa posie e/ sans date4 ,elle e/ classique et elle e/ mod]ne4 ,la langue e/ l>ge1 peu raff9e et vaut mo9s p> le *oix des mots que p> un ry?me gnral4 ,or c'e/ p> le vocabulaire d'abord qu'une posie se dmode4 ,celle-ci e/ t\te de musique4 ,elle se borne de gr&s planem5ts4 ,quant au fond1 elle s'en ti5t ce qu'on peut appel] les lieux communs de l'humanit3 la nation1 l'am\r1 la religion1 la d\leur1 mais on peut dire aussi que ces ?mes sont ceux de l'me elle-mme1 l'me t]nelle1 la ,psy* no/algique et vagabonde1 et qu'un pote se haussant jusque-l m\vra davantage et avec plus de dure qu'un pote exprimant seulem5t les s5sations p]sonnelles et fugitives de sa seule me ou de ses n]fs4 ,qu'importe d'ailleurs p\r ,lam>t9e si1 des ?mes *oisis1 il sut faire vritablem5t des conc]ts1 selon l'expression qui lui tait familire1 auj\rd'hui vieillie1 mais si ju/e4 ,*aque fois qu'il a pris la p>ole3 soit sur la page blan*e o tombai5t ses pomes spontans2 soit la tribune2 dans les rues1 les j\rs de rvolution2 l',acadmie1 o son disc\rs de rception s\leva d'un lan t\tes les que/ions du temps et de l't]nit1 *aque fois ce fut vraim5t un conc]t1 une voix plus qu'huma9e1 une va/e musique rebelle aux subtilits1 mais qui enveloppait t\tes les mes dans ses gr&s plis4 ,et c'e/ a9si qu'il semble devoir s't]nis] p\r l'av5ir3 ,lam>t9e e/ l',orgue de la posie du sicle4 ,m4 ,,octave ,,mirbeau ,on p\rrait dire de ,m4 ,octave ,mirbeau qu'il e/ le don ,juan de l',idal4 ,don ,juan e/ le gr& incont5t4 ,il a une curiosit inquite1 des aspirations inf9ies et peut-tre aussi un gt des expri5ces4 ,il app>ti5t cette famille des lunatiques dont il e/ p>l dans ,baudelaire3 ,tu aim]as le lieu o tu ne s]as pas1 l'amant que tu ne connatras pas444 ,t\j\rs *ang]1 se quitt]1 *]*] ailleurs1 v]satile pl]9 de l'am\r6 ,tirso de ,mol9a le vit pass] dans les oratoires de ,sville1 guettant quelque infante aux yeux tri/es1 lui-mme ple comme la cire du *&eli]1 ,molire aussi le r5contra1 et ,moz>t qui nota l'h>monie de ses pla9tes1 et ,byron et ,musset4 ,p]sonnage fuyant1 inass\vi1 nigmatique surt\t4 ,il a sur la face un s\rire1 c> le s\rire seul e/ nigmatique4 ,mais son s\rire e/ plus pro*e des l>mes que du rire4 ,il app>at le plus tri/e d'entre les hommes p\r avoir v\lu l'absolu4 ,p\rtant son obsession tait re/re9te2 elle fut purem5t fm99e4 ,don ,juan ne *]*a l'absolu que s\s une seule =me3 l',am\r4 ,que dire de celui qui s]ait le ,don ,juan de t\t l',idal8 ,m4 ,octave ,mirbeau y fait song]4 ,il n'y a pas que l'absolu de la beaut4 ,il y a l'absolu de la bont1 du bonheur1 de l'art1 de la ju/ice4 ,l'am\r du coeur va d'autres *oses qu' la femme3 on veut aim] des tableaux1 des livres1 les malheureux1 les pauvres1 les fleurs1 les morts1 les nuages--on veut p\voir s'aim] soi-mme4 ,comm5t faire avec un seul coeur1 si exigu1 et qui conti5t si peu8 ,p\rtant il faut aim] encore4 ,on n'a pas assez aim4 ,on s'e/ tromp en aimant4 ,alors on vide son coeur--p\r le remplir de n\veau4 ,on se dpr5d1 p>fois1 mais c'e/ af9 de se passionn] autre "p4 ,c'e/ la nature de don ,juan444 ,or ,m4 ,octave ,mirbeau lui ressemble comme un frre1 plus s\ffrant1 plus inass\vi1 puisqu'il aime davantage et que son idal e/ sans limites4 ,lui aussi a un s\rire3 son ironie1 une ironie spciale1 hauta9e et gr9ante1 d'une orig9alit unique et qui con/itue une de ses plus =tes v]tus littraires4 ,encore un peu1 ceux qui ne voi5t pas assez le fond des *oses l'aurai5t pris p\r un pamphltaire1 cause de cette ironie1 p>ce qu'il publia les ,grimaces1 qui fur5t p>fois de cruelle satire1 et p>ce qu'il crivit de mmorables re9tem5ts1 des portraits ju/ici]s1 eaux-=tes o la plaque avait reu d'indlbiles morsures4 ,mais ceci encore1 n'e/-ce pas la logique mme de don ,juan8 ,m4 ,mirbeau veut l'absolu dans la beaut1 dans l'art1 dans la ju/ice1 comme don ,juan v\lait l'absolu dans l'am\r4 ,c'e/ p\rquoi il accable de sa puissante raill]ie1 de ses invectives aux vols d'aigles et d'ouragans1 de sa ha9e loyale1 les mauvais criva9s1 les mauvais ri*es1 les ,mauvais ,b]g]s1 comme il dit dans son drame4 ,mais har e/ la mme *ose qu'aim]4 ,la ha9e ne provi5t que de trop d'am\r4 ,on le croyait cruel et inexorable4 ,ah6 comme il e/ diffr5t1 et t\t le contraire mme1 p\r ceux qui le connaiss5t bi51 ont appro* t\t prs de ce coeur ombrageux et orageux4 ,contradiction de l'app>5ce6 ,mme au physique1 si son allure dcide1 sa r\sse m\/a*e militaire dis5t l'audace1 la brav\re1 le gt du combat1 il y a l1 dans ce visage1 des yeux bleus si +nus1 si t5dres1 si jeunes encore dans la figure plus ge1 des yeux comme ceux des enfants1 des yeux comme les s\rces dans la campagne1 des yeux qui croi5t la bont1 la loyaut1 des yeux qui t\t de suite s'apitoi5t1 des yeux m\ills et comme faits avec des l>mes qui att5d5t444 ,a9si p\r l'me444 ,on croyait ,m4 ,octave ,mirbeau uniquem5t belliqueux1 voire un peu froce4 ,en ralit1 habitant lo9 des villes et en ple9e ,nature1 il tait t\te d\ceur et vivait avec les fleurs4 ,sa9te ,?rse1 qui fut aussi une passionne1 a dit qu'elle se cl>ifiait les yeux *aque mat9 avec des roses4 ,m4 ,octave ,mirbeau aima t\tes les fleurs qu'il a nommes des amies viol5tes et sil5cieuses4 ,dans son j>d9 de ,poissy1 o il a des collections admirables d'iris1 de roses1 de p5ses1 il faut le voir1 compt5t comme un horticulteur de ,h>lem1 qui les veille1 les c>esse1 les appelle p> leur nom444 ,c]tes1 il les aima p\r leur beaut1 mais sans d\te aussi et pr9cipalem5t p\r leur fragilit4 ,c> il e/1 avant t\t1 un gr& coeur misricordieux4 ,t\te son ironie provi5t de t\te son indignation1 t\te sa colre de t\te sa piti4 ,ses l>mes devi5n5t des projectiles444 ,c'e/ un s5tim5tal sangu94 ,et1 en effet1 aprs ses combats1 voici t\t aussitt de lyriques effusions1 des di?yrambes sonores et dont l'clat de trompettes va atte9dre les quatre po9ts c>d9aux de l',art4 ,on se s\vi5t de c]ta9es de ses pages1 df9itives comme un sacre1 sur ,m4 ,rod91 sur ,m4 ,lon ,bloy1 t\s ceux en lesquels il croit voir luire--enf96--un peu de l',absolu4 ,alors1 ce sont mo9s des portraits qu'il trace1 que des *ants de joie1 de triomphe et d'am\r4 ,oui6 il aime1 il le dit1 il le crie1 avec des tr\bles et des frissons1 des mots comme des bais]s1 des phrases qui s'ag5\ill5t4 ,du j\rnalisme dis5t les sots4 ,mais ,m4 ,octave ,mirbeau ne fait pas des articles2 il n'a jamais crit un seul article de sa vie444 ,ces pages c\rtes1 qui dis5t ses am\rs et ses ha9es1 n'e/-ce pas comme la correspondance de ce don ,juan de l',idal1 trop-ple9 d'une me1 expansion d'une heure1 confid5ces sur le papi]1 extases *angeantes et que lui-mme bi5tt ddaigne1 lettres frmissantes de la passion d'une heure et qu'il g>de au fond d'un tiroir--sans mme daign] les publi]4 ,e/-ce qu'on publie jamais ses lettres d'am\r1 puisque leur encre1 vite plie1 semble v\loir d'elle-mme ret\rn] au nant8 99 99 99 ,dans ses romans aussi1 ,m4 ,octave ,mirbeau app>at la mme me1 assoiffe d'absolu4 ,il va ceux qui s\ffr5t le plus4 ,il y a dans un de ses romans un p]sonnage bi5 curieux1 une cration bi5 tonnante1 c'e/ ce ,pre ,pamphile des ,rdemptori/es1 exil volontaire p>mi la solitude et des ru9es1 qui veut rtablir son ,ordre fond jadis p\r dlivr] les *rti5s en t]re b>b>esque4 ,or il e/ conva9cu qu'il y a t\j\rs des captifs1 qu'ils sont un ncessaire et p]man5t produit de la nature1 qu'il y a t\j\rs des captifs comme il y a des arbres1 du bl1 des oiseaux3 ,et non seulem5t il y a des captifs1 se disait-il t\t haut2 mais il y en a dix fois plus1 depuis que n\s avons cess de les ra*et]444 ,m4 ,octave ,mirbeau aussi p5se qu'il y a p>t\t des captifs1 et son oeuvre de haute piti1 de frat]nit huma9e1 ne va qu' apitoy] en leur faveur1 les faire dlivr]4 ,a9si1 dans le ,calvaire1 il s'agit de l'homme emprisonn dans une passion2 dans l',abb ,jules1 c'e/ le prtre emprisonn dans le clibat2 dans ,sba/i5 ,ro*1 c'e/ l'enfant--oh6 la plus dsolante misre--emprisonn dans le collge4 ,mais les p]sonnages de ces romans qui1 au fond1 se ressembl5t1 sont encore et surt\t emprisonns dans la vie4 ,ils n'ont pas1 de celle-ci1 la mme conception que les autres hommes4 ,p>eils l'criva9 qui les conut et vraim5t ses frres en de/9e et en s\ffrance1 ils sont aussi des incont5ts1 des no/algiques 7c'e/--dire galem5t de la famille de ,don ,juan74 ,ils ne se rsign5t pas ce qu'e/ l'exi/5ce dans l'tat actuel des socits4 ,ils se refus5t tre des cratures de civilisation et veul5t tre qu& mme1 malgr t\s et t\t1 des tres de nature4 ,cela ne va pas sans d'amres luttes4 ,ils n'ont aucune condesc5dance aux usages1 aux conv5tions1 l'esprit de ca/e ou de race1 aux faons ord9aires de p5s] ou d'agir4 ,ils vis5t l'absolu et s\ffr5t de ne pas p\voir s'y con=m] assez4 ,t\t le drame nat de ce conflit1 du dsaccord entre ce que le monde les v\drait et ce qu'ils se veul5t4 ,la vie de l'individu1 en nos civilisations codifies1 e/ un p]ptuel sacrifice de ses gts et de ses in/9cts1 on ne sait quelles lois d'intrt gnral et des moeurs hypocrites auquel t\t le monde collabore et dont t\t le monde s\ffre4 ,les p]sonnages des romans de ,m4 ,mirbeau racont5t une lutte de l'in/9ct contre la socit1 leur volont de l'absolu4 ,ces romans1 ns en mme temps que les drames d',ibs51 mais sans que ceux-ci fuss5t dj connus en ,france1 ab\tissai5t la mme rev5dication de l'individualisme4 ,p\r tre soi-mme1 p\r n'tre pas prisonni] de la masse1 le hros du ,calvaire p\sse jusqu'o il lui plat sa dramatique passion4 ,mais c'e/ l'abb ,jules qui affirme avec le plus d'clat cette attitude d'indomptable gsme qui n'e/1 aprs t\t1 que la totale s9crit4 ,l'abb ,jules e/1 d'ailleurs1 le *ef-d'oeuvre de ,m4 ,octave ,mirbeau et un *ef-d'oeuvre1 il faut le dire4 ,c'e/ mettre ct des plus pa?tiques et fulgurantes crations de ,b>bey d',aurevilly1 mais uniquem5t quant la hauteur d'art4 ,c> ce livre e/ d'une p]sonnalit entire4 ,m4 ,octave ,mirbeau se tr\va une voie bi5 lui1 une voie int]mdiaire qui e/ lo9 de l'impassibilit s\v]a9e d'un ,flaub]t1 lo9 aussi de l'imp>tialit docum5te de ,m4 ,zola ou des analyses psy*ologiques de ,m4 ,b\rget4 ,ce romanci]-ci exprim]a une conception qui lui e/ propre3 la vie frntique4 ,c'e/ sa m>que1 son frisson1 p\r a9si dire1 ce mme frisson t\rm5t qu'on tr\ve aussi dans les sculptures de ,m4 ,rod91 qu'il n'a si bi5 et si s\v5t l\ que p>ce qu'il s5tait leurs arts p>allles4 ,et on y p5se surt\t propos de l'abb ,jules qu'on voit une figure tragique1 aux models puissants1 une g>g\ille ret5ue mi-corps dans la pi]re irrvocable de l'glise et dont la face grimace et ricane l',univ]s enti] qui ne p\vait pas le compr5dre4 ,qu'e/-ce qu'il v\lait8 ,lui-mme l'a dit entre des p*s et des colres3 ,j'ai des p5ses1 des aspirations qui ne dem&5t qu' pr5dre des ailes et s'envol]1 lo91 lo9444 ,me battre1 *ant]1 conqurir des peuples enfants la foi *rti5ne444 je ne sais pas444 mais cur de village6 ,peut-tre qu'il ne se vautre dans l'ordure1 les vices immondes1 la grossiret1 le mpris des autres et de lui-mme que p\r salir et baf\] ce trop bel idal qu'il porte en lui1 sans le p\voir ralis]4 ,il y a dsaccord1 manque d'quilibre4 ,il a trop d'idal p\r vivre avec la vie1 et alors il se bat contre elle4 ,c'e/ t\j\rs le cas de ,don ,juan qui a trop d'idal p\r j\ir uniquem5t de ses amantes et ne leur dem&] que du plaisir4 ,sa s\ffrance en rsulte4 ,et la vie frntique comm5ce4 ,mais s'il avait eu plus d'idal1 il aurait dom9 la vie2 il aurait t jusqu' l'absolu en soi1 il aurait ralis le bonheur dans sa propre consci5ce et atte9t l'am\r de l'am\r4 ,de mme l'abb ,jules1 avec plus d'idal1 n'aurait pas entam ses f>\*es luttes contre ses pro*es1 ses collgues1 son vque1 les curs1--t\s1 des imbciles1 comme il dit si drlem5t--ni ses luttes contre la vie entire1 ni ses luttes contre lui-mme4 ,m4 ,octave ,mirbeau1 obs]vateur aigu mais visionnaire aussi1 le sait bi52 et c'e/ p\rquoi il dressa vis--vis de l'abb ,jules1 sa m]veilleuse figure de l'abb ,pamphile4 ,celui-ci a t jusqu'au b\t de son idal1 en face duquel il s'e/ enf9 tr\v lui-mme1 et seul4 ,sa pio*e n'a f\ill que les nues4 ,cration unique1 et si en avance sur t\t ce qu'on crivait ce mom5t6 ,ah6 cette ca?drale idale1 qui e/ p\r le solitaire comme si elle exi/ait puisque le plan en e/ t]m9 en lui1 et la t\r t\te allonge dans son me4 ,voil comm5t on peut s'vad] de la vie1 atte9dre le plus haut sommet de l'individualisme et int5sifi] si =t son dsir que la ralisation en devi5t inutile4 ,on devi5t rellem5t a9si matre des *oses et de t\t l',univ]s4 ,et c'e/ la meilleure faon sans d\te--la seule1 disons mme--de ralis] l'absolu4 ,cette volont intransigeante de l'absolu que nos extrmes civilisations emp*5t et qui ne sirait que dans une socit t\te pro*e de la ,nature1 e/ la c>actri/ique des romans de ,m4 ,mirbeau1 et de ne p\voir la ralis]1 nat prcism5t le drame et une vie qui e/ frntique de luttes p\r un impossible idal3 le p]sonnage du ,calvaire veut l'absolu de l'am\r2 l'abb ,jules1 l'absolu de la lib]t2 ,sba/i5 ,ro*1 l'absolu de la puret2 ,jean ,r\le des ,mauvais ,b]g]s l'absolu de la ju/ice et de la bont sociale4 ,or cet absolu1 t\j\rs con=me la ,nature1 l'in/9ct1 e/ s\v5t contraire aux ides admises1 nos moeurs de politesse1 de rtic5ces1 d'acceptations1 d'hypocrisies1 t\t ce qui e/ conv5u1 correct1 sol5nel1 (ficiel4 ,n'importe6 ,m4 ,octave ,mirbeau n'e/ pas seulem5t un gr& criva92 il e/ un criva9 c\rageux4 ,il dit t\t ce qu'il faut dire1 en dpit des prud5ces1 des s\rd9es et des f>ds1 des prjugs1 abus1 compromis1--*oses temporaires et cont+5tes6 ,et alors1 quelles criaill]ies6 ,que veut-il1 cet audacieux1 qui dem&e l'inf9i dans la vie et *]*e l't]nit sur les cadrans8 ,c'e/ *]*] midi quatorze heures4 ,on le vit bi5 qu& il dressa dans le ,calvaire 7au gr& sc&ale univ]sel71 une scne de gu]re admirable2 c'e/ l'ennemi reg>d1 le uhlan prussi5 qu'on vi5t d'abattre1 solitaire et jon*ant la r\te1 p>mi la ,nature t]nellem5t en fte et impassible4 ,alors le s5s huma9 s'veille4 ,au-dessus de l'ide de la ,patrie1 il y a l'ide de l',humanit4 ,autre solid>it1 plus va/e1 plus foncire4 ,et le hros du ,calvaire s'meut1 s'agr&it aux p5ses magnifiques2 et il baise au front l',ennemi mort4 ,va/e coeur de ,don ,juan1 que trois mille noms de femmes n'avai5t po9t rempli1 coeur 9puisable1 coeur inass\vi1 coeur qui sans cesse recomm5ait des expri5ces1 voici un bais] dont il n'avait pas s\ponn la beaut et le funbre enivrem5t6 ,et comme l'am\r des femmes app>at mdiocre et re/re9t auprs de cet am\r qui baise1 sur le visage de l',ennemi1 t\te la d\leur1 t\te l'humanit1 t\te la beaut morale1 t\te la mort4 ,c> ,m4 ,octave ,mirbeau ab\tit s\v5t la mort444 ,on en s5t la prs5ce1 rdeuse et t]rifiante1 p>t\t dans son oeuvre4 ,il y s\ffle comme le v5t du bord des abmes4 ,c'e/ l'arrire-gt d'am]tume de t\s les fruits cueillis1 la frnsie des f9s de fte1 un bruit de dp>ts incessants4 ,vie in/able6 ,de/9es phmres6 ,fantmes avant-c\reurs et pires que la mort6 ,il y a des pages que baigne une sueur moite4 ,on pr\ve une t]reur d'on ne sait quoi4 ,m4 ,octave ,mirbeau excelle ouvrir a9si des portes sur le my/re1 suscit] des ombres suspectes dans les miroirs1 amass] des soirs livides o des clo*]s *avir5t1 o des passants s'extnu5t4 ,c'e/ une des faces inquitantes de son tal5t qui1 dress haut dans la vie1 en arbre f\gueux1 aux bran*es nombreuses1 laisse entrevoir que ses rac9es plong5t dans des t]res de poison et d'cr\lem5t1 ab\tiss5t des eaux o flott5t les cadavres d',ophlie et des f\s4 ,ce s5tim5t de la mort e/ p]man5t *ez lui444 ,a9si dans le ,calvaire1 mme en ple9e s5sualit1 t&is que ,juliette dort1 il se met l'imag9] morte4 ,la vision s'accomplit jusqu'au b\t444 ,dans la fra*e hale9e de la femme1 po9te une imp]ceptible odeur de p\rriture2 aut\r du lit1 s'allum5t dj1 et vacill5t les ci]ges funraires444 des glas s'ent5d5t444 ,union de l'am\r et de la mort4 ,qui peut les dsassoci]8 ,p> quel my/re1 les amants1 au p>oxysme de la volupt1 ont-ils la no/algie de m\rir4 ,il e/ naturel que cette no/algie se retr\ve *ez un criva9 t\j\rs en pe9e d'aim]1 et qu'aucun am\r ne cont5te444 ,il aime l'am\r1 il aime la gloire2 il aime les fleurs2 il aime les pauvres1 il aime les livres2 il aime l'art1 avec une passion exalte et militante2 peut-tre aussi qu'il aime la mort444 ,et ceci encore e/ bi5 con=me sa de/9e d'un ,don ,juan de l',idal444 ,la mort e/ le d]ni] am\r de ,don ,juan4 ,,brizeux ,p\r bi5 compr5dre l'oeuvre de ,brizeux1 il faut voyag] en ,bretagne o p>t\t on e/ hant p> son s\v5ir1 lui qui a si bi5 dit sa race1 qu' *aque pas on retr\ve un dtail n p> lui et qu'on croit reconnatre au passage les hros de ses pomes4 ,cette jeune fille dans un co9 du wagon1 qui s'in/alle1 avec sa coiffe blan*e et son col tuyaut de ,bannalec1 avec sa peau de fruit1 n'e/-ce po9t la brune fille du ,scorff1 n'e/-ce po9t ,m>ie elle-mme qui va la foire de ,quimp] a*et] des rubans et des croix8 ,n\s lui p>lons de ,brizeux3 oui6 elle le connat4--,c'e/ un pote1 n'e/-ce pas8 fait-elle en risquant d'un air timide ce mot qu'elle ne compr5d pas bi51 mais qui e/ vnr dans le pays comme celui de quelqu'un de gr& qui e/ mort il y a trs longtemps1 au temps de ,m]l9 l'en*anteur1 du roi ,ar?ur et des m5hirs devant lesquels on se signe dans la l&e4 ,et comme n\s l'int]rogions sur l'endroit o devait repos] le pote1 elle aj\ta avec un air d'ignorance et de vnration3 ,c'e/ au cimetire de ,lori5t1 sans d\te1 qu'on aura rapport ses reliques444 ,cep5dant le nom de ,brizeux avait rveill t\tes les mmoires3 *acun se met en p>l]1 t&is que le tra9 file trav]s les *amps de bl noir et de bruyres roses2 un vieux paysan assure qu'il l'a vu dans sa jeunesse--,brizeux n'e/ mort qu'en #aheh2--un cur en cause son t\r3 lui connat t\tes ses oeuvres et1 du re/e1 l'a r5contr autrefois1 du temps o il arrivait jeune vicaire ,pont-l',abb2 mme le pote entra un j\r en gr&e colre p>ce qu'on avait jet bas un vieux ,calvaire qui m5aait ru9e1 au bord d'une r\te1 au lieu de le re/aur] et de le cons]v] avec so91 tant ,brizeux avait s9crem5t le culte de la tradition armorica9e et de la df5se de son pays contre les nivellem5ts mod]nes4 ,*ose t\*ante que la survie unanime de ce nom dont la lumire gr&it p\r avoir fait plus que travaill] au bi5 matriel et immdiat de son pays--p\r l'avoir immortalis dans son oeuvre1 ce po9t que si la ,bretagne t\t entire m\rait1 elle s]ait cons]ve jamais1 imprissable momie1 dans les b&elettes enr\les de ses v]s4 99 99 99 ,gagn notre t\r p> la dvotion ambiante p\r celui dj entr dans la lg5de et qui fut d'ici le *anteur et le b>de1 n\s avons t1 comme en pl]9age1 p>t\t o sa vie nagure a m>* et rv4 'a t quelque *ose d'un peu tri/e1 mais d'une tri/esse bonne et qu'on alim5te--comme de r5tr] dans la maison d'un mort aim1 aprs l'ent]rem5t1 de t\*] aux *oses familires ses doigts1 de se mir] dans les miroirs o son visage erre encore1 de s'illusionn] d'un m5songe de vie voir p5dre aux patres ses habits vids de ge/es6 ,a9si n\s avons revu les bruyres et les l&es1 les mlancoliques remp>ts de ,lori5t1 au long desquels il allait jadis avec sa mre1 les vives et *u*oteuses rivires de l',ell et du ,l?a2 surt\t n\s avons revu la p>oisse d',arzanno1 t\t en haut de la r\te asc5dante qui "p de ,quimp]l--oh6 le sauvage et lo9ta9 village qui abrita l'adolesc5ce de ,brizeux et son adorable idylle avec ,m>ie4 ,l'anci5 presbytre o habitait le vieux cur qui fut son matre e/ auj\rd'hui une f]me1 mais les btim5ts subsi/5t peu prs intacts3 une faade de pi]re p]ce de f5tres 9gales2 ici la gr&e cuis9e brunie et fume aux solives app>5tes1 o glisse comme un rayon du soleil noir de ,rembr&t2 en face1 la salle mang] qui dut s]vir de rfectoire la petite cole du cur d',arzanno2 au fond1 un va/e escali] t\rnant1 en *ne solide1 mne une suite de *ambrettes1 l'tage--les anci5s dortoirs o p\r jamais les voix d'enfants sont mortes et aussi celle du vieux matre qui y rp&ait en eux son me virgili5ne4 ,a l'entre du village1 la mme glise e/ l1 avec son clo*] de pi]re octogone1 ses deux t\relles1 sa balu/rade aj\re et1 p>-dessus1 le lg5daire coq d'or4 ,voici la *apelle b>iole o ,brizeux v5ait au cat*isme1 ent5dait l'orgue avec ravissem5t et s\riait la petite am\reuse du ,m\/oir1 comme si elle et t la ,vi]ge et la ,madone4 ,l'(fice se passait n\s bi5 reg>d]1 comme il l'a crit plus t>d4 ,aut\r de l'glise1 un lam5table cimetire de tombes ab&onnes dont les calvaires et les croix naufrag5t dans les hautes h]bes4 ,c'e/ ici mme1 sur les murs circulaires1 il y a trois qu>ts de sicle1 que ,m>ie et ,brizeux ont d s'asseoir1 les doigts tresss1 si heureux dans leur naf bonheur que la ,mort elle-mme ne les attri/ait pas6 ,o suavit d'une telle glogue6 ,oh6 les am\rs de la qu9zime anne6 ,voil ce que ,brizeux a dit dans t\s ses pomes1 le *>me des am\rs enfant9es3 le si51 d'abord1 p\r ,m>ie2 puis1 dans son second livre1 ,les ,bretons1 celui du cl]c ,loc ,daulas p\r ,anna1 la fille du vieux f]mi] ,hol4 ,les noms *ang5t2 le sujet du pome demeure2 c'e/ la mme analyse mue de ce qu'on p\rrait appel] la pub]t du coeur1 qui s\v5t devance l'autre et1 p\r cela mme1 e/ sans dsirs4 ,*a/e aurore de l'am\r6 veil des t5dresses p>tages6 ,premires floraisons dans le v]g] de l'me6 ,rames app>ies dans le port avant que la m>e du sexe afflue et entrane l'am\r dans la ple9e m] et les orages6 ,cet am\r-ci1 tumultueux1 exaspr p> les s5s1 ,musset en e/ l'loqu5t pote--le pote des v+t ans6--t&is que ,brizeux re/]a le virg9al notateur des am\rs de la qu9zime anne2 et1 comme s'il en devait annonc] physiquem5t la vocation1 voil-- en croire les portraits g>ds de lui--qu'il avait lui-mme comme une m9ce et my/ique tte de premi] communiant6 99 99 99 ,c]tes1 les idylles de ,m>ie demeur5t le plus durable de son oeuvre1 mais son orig9alit lui v9t aussi de son zle transpos] dans ses pomes t\tes les *oses de sa ,bretagne natale3 les noms1 lg5des1 traditions1 c\tumes1 jeux et croyances4 ,depuis1 combi5 de potes ont essay de dire leur pays2 mais la plup>t n'ont fait que de la posie ru/ique monotone1 et nul n'gale l'art de ,brizeux qui en inv5ta le g5re4 ,au re/e1 quelle autre contre p\vait prs5t] une telle abondance de posie1 p>se dans ses paysages8 ,les co/umes d'abord1 si orig9aux1 cons]vs intacts1 avec des brod]ies d'or et d'arg5t--*ez les femmes--des t(fes vives1 des d5telles1 des bij\x1 et surt\t ces coiffes de l91 de tulle1 v>ies de =me l'inf9i1 d'aprs *aque canton1 mais t\j\rs mettant sur la tte comme un frisson blanc de deux ant5nes ou de deux ailes4 ,et quant aux hommes1 ils tai5t beaux au temps de ,brizeux--beauc\p le sont encore auj\rd'hui--avec leurs imm5ses *eveux qui les faisai5t ressembl] des arbres4 ,la nature aussi tait propice3 des rivires1 des bois1 des ro*]s1 des m5hirs1 des l&es1 des g5ts d'or1 des bruyres roses1 des sap9s et des *nes1 mlancoliques horizons qui ondul5t s\s un soleil dans des brumes1 comme un soleil d'arg5t4 ,et1 t\t en c]cle1 la m]1 le gr& ,ocan qui imprgne sa posie et qui1 aut\r de ses v]s semble aussi flott]1 dans le blanc des pages6 ,sans compt] les traditions et les lg5des1 si curieuses qu'il n'avait qu' les transcrire p\r donn] la s5sation d'une odeur et d'une c\leur de t]re qui n'e/ pas semblable aux autres4 ,dans ,les ,bretons1 il en a recueilli un gr& nombre3 les ru*es d'abeilles qu'on habille de crpe p\r un ent]rem5t et de r\ge p\r une noce2 les seaux et les bass9s qu'on vide durant l'agonie p\r que l'me dfaillante ne s'y noie pas2 les p+les de la m>ie que les jeunes filles se disput5t4 ,aj\tez cela le ,m]veilleux1 cet lm5t surnaturel qui p>at indisp5sable un pome1 si logiquem5t tr\v p> ,brizeux dans la croyance populaire aux dmons1 aux mauvais gnies1 aux na9s1 aux mes des ,trpasss rev5ant1 les nuits d'automne1 inspect] leur maison et s'y *auff] devant la braise2 dans la croyance aussi aux sa9ts ca?oliques qui1 comme sa9t ,cor5t9 et sa9te ,anne d',auray1 sont honors dans les ,p>dons et protg5t avec des scapulaires et des mdailles bnites4 ,t\te cette vie lg5daire et naturellem5t potique d'un peuple et d'une nature si pe9e viols1 ,brizeux n'avait qu' la dire avec simplicit et motion1 comme il l'a dite1 p\r faire oeuvre d'art orig9ale--lui qui avait vu et avait s5ti ce que nul autre n'avait su voir ni s5tir4 ,or t\t l'art p]sonnel e/ l2 et c'e/ p\rquoi ,sa9te-,beuve avec raison a dit de lui que1 si la critique v\lait m>qu] d'un nom ce fruit n\veau1 elle s]ait contra9te d'y ratta*] simplem5t le nom du pote4 99 99 99 ,seulem5t1 ,brizeux a fait plus que de la posie ru/ique1 de l'art de son t]roir1 comme on a dit depuis4 ,son oeuvre vaut surt\t p> son c>actre gnral1 son s5tim5t t\j\rs mu1 son frisson d'humanit et d'me qui sont le fond t]nel de t\te posie4 ,et de ceci1 la preuve s'en tr\ve non seulem5t dans les si naturelles et vives pe9tures des jeunes am\rs1 mais encore dans le s5tim5t familial qui e/ entre ses pages comme une tri/e rose cons]ve du j>d9 mat]nel4 ,il a dit cette d\leur qui e/ une des plus vraies de la vie des lettres3 le pote quittant la maison o il j\a enfant1 dlaissant p\r la gr&e ville la ville morte o il sait bi5 que son me s'tiol]ait2 le pote ab&onnant sa mre vieillie qui comptait sur lui p\r qu'il l'aidt *em9]1 petits pas--comme elle-mme1 nagure1 l'avait aid m>*]1 t\t petit6 ,oh6 cette d]nire prom5ade de ,brizeux avec sa mre au long des mlancoliques remp>ts de ,lori5t1 n\s l'avons t\s faite et1 ri5 que d'y p5s]1 il n\s vi5t des l>mes--t&is que la vieille femme1 notre mre1 e/ seule l-bas qui1 elle aussi1 n\s *]*e encore de *ambre en *ambre444 99 99 99 ,mais il faudra t\j\rs que les potes s'vad5t de la vie de prov9ce2 c>1 s\v5t1 c'e/ p\r avoir quitt leur pays1 qu'il leur app>at1 di/ance1 d\x et beau dans le mirage des s\v5irs4 ,quant ,brizeux1 l'abs5ce et le regret de ce qui n'e/ plus sont le fond et la condition mme de sa posie4 ,il y a a9si des coeurs qui viv5t t\j\rs en arrire et qu'on p\rrait appel] des coeurs rtrospectifs4 ,c'e/ le cas de ,brizeux4 ,il n'e/ si pa?tique que p>ce qu'il voque sans cesse le pass3 ses am\rs enfant9es1 sa mre re/e seule1 le pays dlaiss surt\t 7il e/ le pote du mal du pays71 t\s ces s\v5irs qu'il passa sa vie commmor]1 lui1 le no/algique b>de qui a si bi5 exprim ceci3 ,la d\ceur des *oses quittes4 ,m4 ,,anatole ,,france ,m4 ,anatole ,france1 qu& il fut c&idat l',acadmie1 se prs5ta en mme temps deux fauteuils vacants1 non po9t p> insi/ance ou esprit d'accap>em5t1 mais p> subtile discrtion4 ,c'tait une faon de dire l',acadmie qu'il s'en remettait elle1 prononc]ait l'loge de l'un ou de l'autre dfunt1 au meilleur gr de la noble ,compagnie4 ,ceci encore tait bi5 de sa manire1 ondoyante et polie4 ,au physique dj1 il a un visage asymtrique1 et des yeux de rve qui contr$is5t d\cem5t un m5ton de volont1 une b\*e voluptueuse ca*ant son pim5t dans une b>be indcise4 ,tte de mo9e savant qui aurait compuls des 9-folio et des incunables en la biblio?que de quelque c\v5t d',italie1 et en mme temps1 ds qu'il p>le1 bonne grce et raff9e urbanit d'un gr& seigneur de salon franais qui doit en*ant] les belles p]sonnes4 ,p\r compr5dre ces mlanges1 il suffit de song] une *ose3 ,m4 ,france e/ n au quai ,voltaire1 le lieu le plus illu/re et le plus beau du monde1 dit-il4 ,mais il y a plus3 ,m4 ,france--et ceci va n\s expliqu] t\t--y e/ n *ez un libraire1 qui l'a fait inscrire l'tat civil1 s\s le nom patronymique d',anatole ,?ibaut4 ,le nom s\s lequel il e/ clbre n'e/ donc qu'un pseudonyme8 ,pas t\t fait peut-tre1 et il e/ possible qu'il dsignait dj aussi son pre1 c> n\s avons tr\v une curieuse indication dans l',anglique de ,gr>d de ,n]val1 lequel1 v]s #ahea1 p>ti la dc\v]te d'un r>e manuscrit sur l'hi/oire du sire abb comte de ,bucquoy1 aprs avoir inv5tori t\tes les biblio?ques1 la ,maz>9e1 l',ars5al1 les autres1 raconte ceci3 ,n\s avions encore visit] les vieux libraires4 ,il y a ,france1 ,m]l91 ,te*5]4 ,m4 ,france me dit3 ,je connais bi5 le livre4 ,v\s p\vez le tr\v] p> has>d sur les quais4 ,je l'y ai tr\v p\r dix s\s4 ,c'e/ sans d\te p> des r5seignem5ts et enseignem5ts p>eils que le docte libraire qui fut son pre =ma l'esprit de ,m4 ,anatole ,france1 de complicit1 bi5 ent5du1 avec le quai ,voltaire1 o s'c\lr5t ses jeunes annes4 ,le tal5t d'un criva91 quant la s5sibilit et l'ori5tation1 se fait surt\t de ses s\v5irs d'enfance4 ,ds v+t ans1 on n'emmagas9e plus d'impressions =tes4 ,imag9ez donc les yeux d'un enfant1 qui s]a un arti/e1 s'ouvrant sur ce tableau incomp>able3 les royales ar*itectures du ,l\vre et des ,tuil]ies1 ,notre-,dame en d5telle noire1 les plans svres du ,palais de ,ju/ice1 les t\rs lo9ta9es ple9es de masques1 de g>g\illes1 de visages sculaires4 ,ici vraim5t t\tes les pi]res p>l5t4 ,et elles p>l5t de l'anci5ne ,france2 elles cont5t des hi/oires du temps de sa9t ,l\is1 des ,valois1 d',h5ri ,,iv et de ,l\is ,,xiv4 ,aj\tez-y la ,se9e1 ce *] ruisseau de la rue du ,bac aprs lequel s\pirait ,madame de ,/al1 le fleuve de grce s\v]a9e qui apporte l t\te la fra*eur des campagnes1 le reflet des arbres1 des ciels1 des pla9es florissantes1 et qui are1 v5tile les monum5ts accumuls de ,p>is4 ,ma9t5ant voici1 t\t aut\r1 sur le quai ,voltaire mme1 les antiquaires et les libraires4 ,songez ma9t5ant au tal5t de ,m4 ,anatole ,france4 ,n'e/-il pas le rsum de t\t cela8 ,il a la fi]t indol5te de la ,se9e2 il mle ,notre-,dame et le ,l\vre2 il e/ religieux et vieille ,france1 passionnel et ar*itectural1 t\j\rs composite2 il app>at un assemblage de meubles r>es1 de tapiss]ies1 de bij\x1 de vieux portraits1 de *asubles1 de bibelots du culte4 ,il a b\qu9 adroitem5t dans la grave librairie pat]nelle et dans les autres2 il a aussi b\qu9 dans les botes d'en face o s'acqui]t une rudition plus facile1 dans de m5us manuels1 des bro*ures curieuses et p>fois uniques4 ,et a9si l'criva9 lui-mme aura vcu dans cette cit des livres1 o il n\s a pe9t une des plus orig9ales figures de ses romans1 ce ,sylve/re ,bonn>d auquel il ressembla davantage encore1 qu& lui aussi fut membre de l',in/itut1 comme il eut so9 de l'aj\t]1 mme dans le titre1 la dsignation de son p]sonnage4 ,mais gageons que si ,m4 ,anatole ,france y a t5u1 c'e/ encore cause du quai ,voltaire--et p\r t\t lui devoir6 99 99 99 ,donc ,m4 ,france1 sans tre normali51 e/ in/ruit de t\t1 p>ce qu'il fut curieux de t\t4 ,il a un fonds classique solide4 ,nul n'e/ plus hellni/e1 lat9i/e1 romani/e4 ,brusquem5t il int]cale dans une conv]sation des passages compacts d',homre ou de ,sophocle qu'il rcite de mmoire avec en?\siasme4 ,mais la connaissance de t\te l'hi/oire1 huma9e1 littraire1 et mme de t\tes les anecdotes1 y compris et surt\t celles de l'glise1 ne suffit pas faire de beaux livres4 ,le ma?matici5 ,mlan! l'a dit3 ,je ne p\rrais pas sans l'aide de ,vnus dmontr] les proprits d'un triangle4 ,m4 ,france n'a pas nglig l'aide de ,vnus qu'on s5t p>t\t prs5te et agissante dans ses oeuvres4 ,en celles-ci flotte sans cesse la subtile *aleur de l'am\r1 une s5sualit ard5te en mme temps qu'+nieuse4 ,et ceci con/itue la pr9cipale orig9alit de l'criva92 une sci5ce gale des livres et des c>esses1 une rudition qui cumule la biblio?que et l'alcve4 ,*>me imprvu d'un savant qui e/ voluptueux4 ,c'e/ l'impression que donn5t t\s ses romans4 ,voyez ,?as1 cette oeuvre de sav\reux ar*asme o n\s vivons en des paysages d'anci5ne gypte1 sur les rives du ,nil1 ou dans la brlante ,alex&rie1 p>mi des ana*ortes1 de ri*es oisifs1 des philosophes1 des c\rtisanes1 une oeuvre qui app>at poly*rome comme un vase pe9t de muse1 comme un au!ntique papyrus4 ,c]tes1 p\r l'crire1 ,m4 ,france songea ,hros)a1 la jeune ,saxonne qui fut dramaturge au temps de l'emp]eur ,o?on1 et aussi aux ,mo9es gypti5s1 de ,m4 ,amel9eau4 ,mais p>-dessus t\tes ces alluvions de l'rudition1 se lve quelque *ose qui lui e/ propre3 ,vnus dans le triangle1 dont p>lait le ma?matici5 ,mlan!2 le clair de lune d'une s5sualit exquise2 ,?as6 la lune du ciel alex&r91 comme ,m4 ,france lui-mme l'appelle4 ,et l'en*antem5t opre1 du secret qui con/itue son tal5t3 le corps de la c\rtisane s'tire dans la grotte des ,nymphes2 et les phrases h>monieuses l'ent\r5t comme des t(fes et comme des fonta9es4 ,dans le ,lys r\ge1 un *>me de la mme sorte exi/e2 il s'agit1 cette fois1 d'un roman mod]ne1 presque un roman monda91 si ce t]me n'tait ju/em5t dconsidr p> trop de rcits d'adultres et de flirts sans signifiance4 ,m4 ,france1 p\r une fois qu'il s'y essaie1 montre ce qu'on peut faire du g5re et pr\ve une matrise4 ,c'e/ que1 ici1 encore une fois1 rgne la s5sualit4 ,oh6 une s5sualit discrte1 assurm5t1 prud5te1 presque non*alante1 mais raff9e1 crbrale surt\t1 et p> cela mme excitante et extasie4 ,cette belle ,?rse1 ce ,de*>te qu'il n\s analyse1 sont des monda9s qui ont ensemble une liaison4 ,mais avec quelles nuances6 ,m4 ,france veut qu'ils s'aim5t ,flor5ce1 dans la cit de la t\te-beaut2 et qu'ils ai5t le raff9em5t de *oisir un pavillon de r5dez-v\s ouvrant sur un cimetire p\r gt] cette volupt pr(onde de s5tir que l',am\r e/ frre de la ,mort4 ,et1 t\t aut\r1 cette molle ,flor5ce que ,m4 ,france pe9t en traits de grce noble et att5drie1 un dcor digne de la subtile glogue qui s'y j\e3 j>d9s en tages1 p9s bruissants1 air lg]1 villas multicolores1 clotres cisels1 fresques aux ge/es d't]nit4 ,et l'am\r huma9 s'anoblit ici p\r avoir appro* des *efs-d'oeuvre4 99 99 99 ,cette s5sualit e/ prcism5t ce qui le di/+ue des ,r5ani/es1 avec lesquels1 cause de son ironie1 on l'a p>fois confondu4 ,ceux-ci sont surt\t intellig5ts4 ,m4 ,france e/1 c]tes1 trs intellig5t1 mais il e/ pote aussi1 ce qui e/ autre *ose et vaut mieux4 ,il a crit les ,pomes dors1 les ,noces cor9?i5nes1 qui app>aiss5t de nobles mlopes pa?tiques4 ,les vrais ,r5ani/es1 eux1 sont peu des mes2 ce sont surt\t des intellig5ces4 ,et encore sont-ils des intellig5ces ngatives1 c'e/--dire dont la =ce e/ mo9s p\r con/ruire que p\r dtruire1 ni]1 amo9drir1 critiqu]1 plaisant]4 ,de l le scepticisme s\riant qui e/ leur m>que4 ,ces criva9s veul5t mnag] l'eau et le feu1 se plac5t t\s les po9ts de vue avec un tal5t gal1 t\j\rs exquis1 font la navette entre les ples1 n'ont ni avis ni passion1 se s]v5t de la plume comme d'un balanci]444 ,au fond1 ils app>ti5n5t surt\t l'cole de ,ponce-,pilate et se lav5t les ma9s de la vie--dans leur encri]6 ,philosophie commode1 mais qui n'e/ gure fconde4 ,a =ce d'envisag] le p\r et le contre1 de dc\vrir t\tes les objections1 de mettre l'ironie au t]me de t\s ses actes1 on ab\tit l'ab/5tion4 ,la production suppose un lan1 donc de l'inconsci5ce4 ,trop d'intellig5ce nuit1 c> elle fait voir l'avance les dfauts1 les inconvni5ts1 les rsultats4 ,on p\rrait dire1 en p>lant comme les ,r5ani/es1 que si ,dieu n'avait t qu'intellig5t1 il n'aurait pas cr le monde6 99 99 99 ,m4 ,france1 lui1 a cr1 quoique critique2 c> il fut critique aussi1 et ses jugem5ts littraires du ,temps =m5t plusieurs volumes4 ,et il a fait de la critique1 comme il fit des romans4 ,la s5sualit e/ aussi ce qui la c>actrise1 puisqu'il lisait et l\ait les oeuvres selon son meilleur plaisir4 ,il y a un v]s anci5 de ,m4 ,b\rget1 d'indication curieuse3 ,ton *>me adolesc5t me plat comme un beau livre4 ,m4 ,france1 au lieu de dire a9si une femme3 ,tu me plais comme un beau livre1 semble plutt1 qu& il p>le d'un livre1 s\s-ent5dre3 ,tu me plais comme une belle femme4 ,c'e/ que ,m4 ,b\rget e/ un crbral2 ,m4 ,france1 un s5suel4 ,sa critique en porte le c>actre1 qui e/ son orig9alit1 comme t\t le re/e de son oeuvre4 ,aussi ,m4 ,brunetire1 lequel e/ un c]veau au/re1 n'aime pas qu'on aime1 mais qu'on p5se1 au risque de v]s] dans les lieux communs1 lui fit un j\r l-dessus une gr&e qu]elle4 ,ce fut une j\te o ,m4 ,france tr\va ses plus dlicieux acc5ts4 ,il dem&a grce p\r son plaisir1 sa s5sualit d'aim] c]ta9s livres comme on aime c]ta9es femmes1 sans p\voir dire p\rquoi1 et sans autre raison av\able que d'avoir t tr\bl1 *>m1 sduit1 en prs5ce d'eux1 et d'avoir alors lui-mme song la ,beaut4 99 99 99 ,mais il n'y a pas que la beaut des =mes4 ,il y a la beaut morale4 ,m4 ,anatole ,france s'e/ t\rn v]s celle-ci et son tal5t vi5t d'y tr\v] une =ce n\velle et pr(onde4 ,dans l'ironi/e clot un philosophe4 ,le voluptueux de ,?as et du ,lys ,r\ge1 le dilettante de la ,vie ,littraire1 devi5t une sorte d'hi/ori5 des moeurs4 ,il a comm5c une srie de livres3 ,l',orme du ,mail1 le ,mannequ9 d'osi]1 ratta*s p> un titre commun3 ,hi/oire contempora9e4 ,et1 en effet1 c'e/ mo9s du roman que l'tude des s5tim5ts et des ides actuels4 ,l'criva9 a pris le cadre vague de la vie de prov9ce4 ,cadre dlicieux1 d'ailleurs1 que la petite ville4 ,ah6 la petite ville de mon coeur6 s\pirait ironiquem5t1 et en mme temps t5drem5t1 ,jules ,la=gue4 ,on e/ un peu lass des romans p>isi5s4 ,t\j\rs le mme dcor emphatique et tumultueux4 ,la petite ville vaut mieux4 ,quoi de plus *>meur et quelle d\ce rsonnance ri5 qu'en ces mots3 ,le mail444 ,les ormes444 ,l'orme du mail4448 ,c'e/ t\te la prov9ce1 plus intime et combi5 plus int5se4 ,sur les pavs nets1 dans les rues vides1 les pas sonn5t1 les voix rsonn5t4 ,c'e/ un signe4 ,les ides aussi1 les passions sont plus vives de natre en ce sil5ce4 ,elles atteign5t dans la vie de prov9ce leur maximum d'exaltation4 ,la plup>t des c]veaux1 l1 somnol5t4 ,ils sont l'image de la ville4 ,ils sont la ville elle-mme4 ,et les quelques-uns qui p5s5t1 viv5t d'une vie intellectuelle ou passionnelle1 y font un bruit de r>es passants dans une cit muette4 ,c'e/ le cas du prfet ,worms-,clavel91 de ,m4 ,b]g]et1 de ,m4 de ,t]remondre1 de l'abb ,guitrel1 et des autres qui s'agit5t p\r de m9imes intrigues1 de banales passions4 ,qu'il s'agisse des ambitions de l'abb ,guitrel au sujet de l'piscopat1 ou des misres conjugales de ,m4 ,b]g]et1 t\t cela pr5d son importance et son acuit de la vie de prov9ce1 de la vacuit qui e/ aut\r4 ,nulle ville n'e/ nomme4 ,et tant mieux4 ,il ne s'agit pas de roman4 ,ceci e/ vraim5t de l'hi/oire1 l'hi/oire contempora9e des moeurs en prov9ce4 ,p>t\t il y a un abb ,guitrel1 un ,m4 ,b]g]et4 ,ceux-ci1 n'app>aiss5t pas seulem5t des c>actres1 creuss p> une analyse sagace2 ils sont p\sss jusqu'aux types4 ,ils sont sans tat civil dt]m94 ,ils sont de p>t\t en prov9ce2 et c'e/ si vrai que p>t\t on croira tr\v]1 en eux1 des portraits1 des allusions locales4 ,mais1 le meilleur dlice des livres o ils viv5t n'e/ pas encore l'+niosit1 l'illusion de vie1 l'obs]vation pr(onde2 c'e/ aussi de reconnatre l'esprit mme de ,m4 ,anatole ,france qui s'int]cale4 ,il semble mme p>fois qu'il n'ait *oisi ce simulacre que p\r s'exprim] lui-mme4 ,or1 dans cette volution d]nire1 quel *angem5t6 ,ce n'e/ plus qu' pe9e et p> int]valles l'ironi/e de nagure1 qui avait des hypocrisies de /yle1 des coquett]ies de volte-face4 ,encore mo9s le p5seur sceptique que ,r5an un mom5t eut l'air de faonn]4 ,ma9t5ant ,m4 ,anatole ,france e/ un philosophe os et franc1 presque un rvolutionnaire d'ides qui rompt avec les morales conv5ues1 fait la satire des moeurs1 juge la ju/ice1 dnonce l'arg5t au tyrannique p\voir2 et1 en reg>d de t\tes les *oses viles1 fausses1 sottes1 il s\s-ent5d la ,beaut morale1 qui seule vaut notre culte4 ,c> t\t e/ pr(r demi-mot1 encore que h>dim5t1 avec des re*utes d'ironie p\r tempr] la svrit en l'alt]nant d'un s\rire1 et aussi avec une urbanit raff9e1 cette condesc5dance monda9e habitue ne pas insi/]4 ,mais l'audace des ides ne dim9ue pas p\r s'envelopp]4 ,et il y a bi5 des argum5ts p\r une rvolution sociale dans ces livres de grce noble et s\riante4 99 99 99 ,quoi qu'il en soit1 ,m4 ,anatole ,france p>t\t et sans cesse g>de son /yle de calme lumire4 ,il tr\ve des inflexions cl9es qui lui p]mett5t de t\t dire1 de savants plis1 des t\rs retors4 ,peut-tre a-t-il peur1 p>fois1 de trop de c\leurs et de vocabulaire4 ,mais ,rac9e crit seulem5t avec deux mille mots ples et lui-mme 7n'e/-il pas un classique aussi87 possde comme ,rac9e un ry?me my/rieux1 un *>me mol et indf9issable1 une =ce de /yle en m>bre blanc4 ,aussi ,m4 ,france p\rrait bi5 avoir fait oeuvre durable et all] la ,po/rit1 mieux que d'autres romanci]s mod]nes1 de rputation plus univ]selle et plus rapide4 ,ceux-ci ont pris des convois p\r arriv] la ,gloire--et en rev5ir4 ,m4 ,france s'y a*em9e en une *aise porteurs1 tr\ve au quai ,voltaire1 et il y re/]a4 ,,mi/ral ,le ,midi a appel ,mi/ral magnifiquem5t l',emp]eur du soleil4 ,c'e/ que1 en effet1 il rgne sur cette ,prov5ce qui il a donn consci5ce d'elle-mme4 ,son oeuvre e/ un miroir o elle se reconnat4 ,c'e/ en cela qu'il e/ un gr& pote1 ce qui ne veut pas dire seulem5t1 quant lui1 un gr& criva9 de v]s4 ,il app>at une figure presque unique en ,europe1 auj\rd'hui1 non seulem5t p> son oeuvre1 mais p> sa vie1 ses attitudes1 t\s les ge/es de sa p5se1 son influ5ce sur une race entire1 ce je ne sais quoi1 ce fluide1 ce halo dont sa tte et son nom s'aurol5t4 ,c'e/--dire que ,mi/ral e/ plus qu'un pote4 ,il e/ la posie mme1 avec son c>actre d't]nit4 ,t\t de suite1 son propos1 ,lam>t9e nomma ,homre1 dans ce gr& article qui fit clbre1 d'emble1 l'auteur de ,mireille4 ,un ,homre *rti51 p\rrait-on mieux dire4 ,c>1 avec t\tes les traditions de la ,prov5ce1 il a g>d celle de sa ,foi4 ,c'e/ un pisode exquis1 dans sa calme et noble vie1 que ce voyage ,p>is1 sitt aprs l'article de ,lam>t9e4 ,ne fallait-il pas s'en all] rem]ci] le matre des ,mditations p\r sa l\ange qui fut comme un sacre8 ,mais il fallait aussi1 ,p>is1 rem]ci] ,dieu1 et au pralable4 ,donc1 il se r5dit ,notre-,dame o le ,p4 ,flix tait alors prdicateur en vogue1 se confessa lui1 communia avec des g>s de l-bas qui l'accompagnai5t1 avai5t quitt1 p\r lui1 leurs mas qui sont dans des j>d9s444 ,c'e/ alors que ,b>bey d',aurevilly le r5contra1 avec ce franc port de tte qu'il a g>d1 les *eveux s\ples et un peu longs1 sa m\/a*e de m\squetaire dont l'air ds9volte se corrige p> des yeux d'horizon o c\rt une lumire claire--et une t5ue sobre1 de p>faite correction4 ,en le voyant a9si1 ,b>bey d',aurevilly1 dsappo9t1 s'cria3 ,comm5t1 monsieur1 v\s n'tes donc po9t un ptre8 ,s'il n'en avait pas le co/ume1 il en avait l'me1 et il l'a g>de4 ,prcieux trsor sauv en lui1 cons]v jal\sem5t1 lo9 du contact des villes4 ,le beau et le t\*ant de sa vie1 c'e/ qu'il soit re/ dans son village2 que malgr la gloire t\t de suite conquise--et on sait ce que cela implique dans ,p>is3 adulations1 faveurs1 arg5t1 femmes1--il n'ait pas quitt ce d\x ,maillane1 pro*e d',avignon1 assez cont5t de prom5] son ombre sur cette ,place o1 comme il dit1 des gam9s jett]ont un j\r des pi]res aprs son bu/e4 ,c'e/ p\r cela qu'il e/ pa/oral4 ,dans son oeuvre ab\tiss5t t\tes les voix de la ,nature1 p>ce qu'il n'a pas quitt la ,nature4 ,e/-ce que dj son nom1 qui e/ le v5t du ,midi1 n'indique pas une =ce naturelle1 quelque *ose qui e/ mo9s d'un individu que d'un climat et d'une race8 ,signe de la ,de/9e6 ,il porte en lui l'me mme du peuple4 ,et c'e/ cette me qui cre en lui4 ,a9si les vnem5ts1 les p]sonnages1 les paysages1 sont reg>ds p> lui comme le peuple les reg>de4 ,n\s y songions1 un soir que n\s lui ent5dions rcit] son admirable ,tamb\r d',arcole4 ,ce n'tait pas a9si qu'un criva9 doit se reprs5t] logiquem5t l'av5ture hroque2 mais c'e/ a9si sans d\te que le peuple l'imag9e1 colorie et confuse comme une image d'p9al dans des fumes444 ,ce soir-l1 ,mi/ral n\s rcita aussi son pome de ,sa9t ,trophime1 d'autres morceaux4 ,curiosit et dlice de l'ent5dre6 ,c'tait *ez ,m4 ,alphonse ,daudet1 l't1 dans ce joli ca/el de ,*amprosay1 dans ce milieu d'art unique1 avec les f5tres ouv]tes1 aprs le dn]1 sur le p>c blanc de lune4 ,mi/ral dclama voix ample1 gr&s ge/es4 ,mais sa voix de soleil s'accordait mal avec les lampes2 ses ge/es l>gis1 avec le salon4 ,du c\p n\s comprmes t\te la nature de son gnie3 les autres font de la posie de *ambre1 comme il y a de la musique de *ambre1 ,mi/ral fait de la posie de ple9 air4 99 99 99 ,a9si e/ ,mireille2 a9si ,n]to1 les ,isclo d'or1 le ,rhne2 si beaux1 qu'ils rsi/5t mme la traduction4 ,mais quel arome1 quel s\ffle ils ont1 dans ce mle et h>monieux prov5al que ,mi/ral reprit1 ennoblit de n\veau jusqu' l'art6 ,langue qu'on ddaignait--comme les h>des des sicles morts1--indignes de vtir les rves et les images4 ,t\t au plus fallait-il la laiss] au peuple p\r ses associations d'ides1 brves ou nulles4 ,mi/ral en fit une langue littraire1 coordonne et fixe4 ,non seulem5t p> ses pomes4 ,il publia1 au surplus1 le ,trsor du ,flibrige1 un gr& ouvrage de l+ui/ique o il s'e/ montr un philologue admirable1 le codificateur sr de cette langue dont il a retr\v t\s les *em9s et les s5ti]s de trav]se jusqu'au b\t de l'hi/oire1 jusqu'aux c>ref\rs de =ts o les idiomes se r5contrr5t et se quittr5t4 ,mais le prov5al1 objecte-t-on1 e/ un s5ti] qui n'ab\tit pas1 se p]dit2 ce fut une langue va9cue4 ,p\rtant le prov5al e/ une langue franaise1 disait f9em5t ,jules ,simon4 ,il n'y a pas1 en effet1 que le franais1 langue de l'unit1 idiome classique2 il y a aussi les p>l]s de ,france1 qu'on retr\ve p>t\t1 anci5s f]m5ts1 gisem5ts indissolubles1 fondations t5aces1 mles au fond du sol la p\ssire des aeux4 ,et il e/ utile qu'il en demeure a9si4 ,a ct des gr&es langues littraires qui sont des ocans1 rduites aussi a quelques-unes comme les m]s dont se baign5t leurs pays mmes1 il e/ bon que surviv5t des patois1 ces nombreux petits ruisseaux intrieurs o se mir5t l'orig9alit des villages et la vieillesse intacte de *aque clo*]4 ,c'e/--dire qu'avec l'anci5 p>l] de la race1 subsi/e aussi l'anci5 esprit de cette race4 ,c'e/ ce qu' v\lu ,mi/ral p\r sa ,prov5ce4 ,t\t suit la langue3 les u1 les lg5des1 les antiques moeurs1 les filons et les *ansons1 les co/umes et les c\tumes4 ,on va revivre l'autrefois et aim] encore les *amps4 ,e/-ce que ,mi/ral ne pr*a pas d'exemple1 en re/ant dans son mas de ,maillane1 au seuil o l'on j\ait jadis1 comme disait ,brizeux qui1 lui1 fut infidle un peu1 p\sa ,p>is1 t\t en cont9uant cep5dant aim] sa ,bretagne comme une mre444 ,lui aussi crivit des *ants dans le vieux langage celtique1 rima en ce p>l] de ,france1 populaire et si vieux1 p\r tre ent5du du peuple1 t\*] ses *]s ,bretons aux imm5ses *eveux4 ,mi/ral son t\r1 p>la sa race dans la langue que les plus simples--c'e/--dire les plus intacts--ent5dai5t4 ,a9si il la t\*a1 l'enivra du v9 de ses propres treilles1 la reconduisit jusqu' ses orig9es1 et dans t\s les *em9s de son hi/oire4 ,la ,prov5ce1 qui s'tait p]due1 se retr\va4 ,n'e/-ce pas la langue qui con/itue la nationalit8 ,le prov5al r5aissait et la ,prov5ce aussi4 ,la petite patrie s'affirma dans la gr&e4 ,p]si/ance de l'esprit rgional6 ,ame de la prov9ce6 ,*>me indlbile du lieu natal6 ,moeurs et paysages dev5us des livres6 ,ce fut vraim5t la dc5tralisation littraire1 dans ce qu'elle peut avoir de plus dcisif4 ,faut-il s'en pla9dre1 puisque la dc5tralisation e/ le secret des r5aissantes orig9alits4 ,les criva9s ns ,p>is voi5t mo9s de l',univ]s que les autres4 ,ils n'en voi5t que ce qu'on voit du ciel entre les hautes faades4 ,et alors ils font leurs livres1 s\v5t1 mo9s d'aprs la vie que d'aprs leur biblio?que4 ,au contraire1 il faut crire d'aprs une race dont on e/ l'ab\tissem5t4 ,c'e/ le moy5 p\r que les livres soi5t orig9aux2 et ils le s]ont d'autant plus que la race e/ demeure elle-mme plus impollue1 p]sonnelle1 abrite contre l'influ5ce de la c5tralisation et du cosmopolitisme4 ,heureux les criva9s qui ont une prov9ce dans le coeur6 ,ils en s]ont1 dans la littrature1 l'quival5t4 ,ils f]ont leur oeuvre son image et sa ressemblance4 ,*aque livre aura la c\leur de son air et s]a comme le visage mme de la race4 ,c'e/ le cas de ,mi/ral dont la posie fait p>tie de la ,prov5ce comme en fait p>tie le *ant de la ,cigale1 la ,cigale dont ,monselet disait3 ,c'e/ une grosse m\*e1 songeant c]ta9s ,flibres1 dont ,mi/ral a dit3 un be/i>i div91 p5sant lui-mme4 ,c> sur ses lvres une ,cigale a vraim5t *ant qui avait dj *ant sur les lvres des ,tr\bad\rs de la ,langue d'oc1 auxquels ,mi/ral a donn la ma9--p>-dessus les sicles4 ,m4 ,,pi]re ,,loti ,aprs bi5 des expditions lo9ta9es1 ,m4 ,pi]re ,loti fit escale1 un aprs-midi1 au pont des ,arts1 p\r visit] la pagode aux ,qu>ante ,b\ddahs1 baigne de lumire glauque1 d'aspect svre mo9s impressionnante nanmo9s1 p\r le vaillant (fici] de m>9e que p\r d'autres1 ce bon ,labi*e1 p> exemple1 qui ne p\vait s'emp*] de dire1 le j\r de sa rception3 ,c'e/ la premire fois que je porte une pe et je n'ai jamais eu si peur4 ,m4 ,pi]re ,loti ne fut pas dans ce cas2 mais gageons que1 au sortir de la sance1 pris de cette mlancolie des f9s de fte1 p>mi le rem\s monda9 des toilettes et des c>rosses1 devant le crpuscule d'avril rose et gris1 il songea3 ,je ne me suis jamais s5ti si tri/e6 ,que p\vait faire le titre d'acadmici5 cette me8 ,peut-tre y a-t-il t5u seulem5t cause du co/ume1 avec son gt spcial p\r les dguisem5ts qui tantt le conduisit en ,ph>aon hiratique un bal co/um *ez ,mme ,adam2 une autre fois lui donna l'ide de cette fte ,l\is ,,xi en sa maison de ,ro*e=t1 et lui fit t\j\rs1 p>t\t1 ,/amb\l1 ,tahiti1 au ,japon1 dans t\tes les tapes de ses voyages1 revtir la tunique et les c\leurs du lieu--comme p\r se *ang]1 *app] lui-mme1 se fuir1 oubli] son id5tit vraie en ds contres sans miroirs444 ,qu'importe6 il a sans cesse g>d son me1 telle qu'une *ose intrieure dans des crpes8 inalinable et en deuil d'on ne sait quoi444 99 99 99 ,ce qui suffit lucid] le cas de cette me1 et qui explique en mme temps la vogue immdiate de l'criva91 c'e/ le ,voyage4 ,n\s raffolons de plus en plus d'exotisme2 celui-ci a envahi nos tables3 g\rm&ise p\r les plats trang]s1 les fruits lo9ta9s2 et aussi l'ameublem5t3 ab&on des /yles franais p\r le turc1 l'ori5talisme1 le japonisme aux grimaants bibelots1 le /yle anglais4 ,l'art aussi en e/ t\t intoxiqu4 ,en littrature1 le roman s'absorba longtemps dans la vie ambiante et quotidi5ne4 ,le gr& nombre s'approvisionnait auprs de ,balzac1 cette imm5se c>rire de pi]re o *acun a pris des matriaux p\r difi]1 aj\r]1 cisel] des monum5ts jolis1 des maisons de rapport o viv5t un gr& nombre de p]sonnages4 ,voici que ,m4 ,pi]re ,loti n'eut p\r matre que le ,voyage4 ,engag dix-sept ans sur le ,borda1 t\r t\r aspirant1 enseigne1 lieut5ant et capita9e auj\rd'hui1 il driva1 durant v+t-c9q ans1 dans les m]s recules1 vcut p>mi les t]res calc9es1 les vgtaux ho/iles1 les cultes sans ge4 ,un peu d'action p>fois1 d'odeur de p\dre1 de ta*es de sang1 comme int]mde l'opium n]vant d'une telle vie3 le combat de ,hu1 les engagem5ts du ,tonk94 ,puis un recomm5cem5t de longs m\illages1 les ocans vides1 de c\rtes idylles tranges avec telle femme un peu animal1 un peu idole4 ,on compr5d vite que1 ri5 qu' racont] ces *oses1 il tait facile d'intress] et d'm\voir4 ,c'e/ dj ce qui fit le *>me et le succs rapide de ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re1 l'inv5teur du g5re4 ,il crivait dans l'avant-propos de ,paul et ,virg9ie3 ,j'ai t* d'y pe9dre un sol et des vgtaux diffr5ts de ceux de l',europe4 ,nos potes ont assez repos leurs amants sur le bord des ruisseaux4 ,j'en ai v\lu asseoir sur le rivage de la m]1 au pi$ des ro*]s1 l'ombre des cocoti]s1 des banani]s et des citronni]s en fleurs4 ,or on rapporte1 au sujet de ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re1 que ,napolon ,i] lui dem&a un j\r3 ,qu& crirez-v\s un n\veau livre comme ,paul et ,virg9ie8 ,m4 ,pi]re ,loti l'a crit1 ce livre--en passant p> ,*ateaubri&1 dont l',atala app>ti5t au mme art4 ,mais1 *ez ceux-l1 on s5t t\j\rs l',europen dans une nature exotique2 au lieu que ,m4 ,pi]re ,loti suggre vritablem5t3 n\s croyons tre en ,annam1 ,/amb\l2 il s'efface2 il en arrive se faire oubli] lui-mme1 se p]dre1 se fondre dans cette f\le b>iole dont il porte le co/ume et dont il fait p>tie4 ,l'exotisme de ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re et de ,*ateaubri& e/ donc sup]ficiel2 il rapporte t\t au plus une t]m9ologie et de vagues dcors4 ,t&is que celui de ,m4 ,pi]re ,loti e/ intgral1 inocul1 imprgn1 ne bnficiant plus seulem5t de ce que l'intellig5ce a pu p]cevoir et dcalqu]4 ,ici app>aiss5t les acquts de la littrature mod]ne1 plutt de s5sations que d'ides1 qui s'aide m]veilleusem5t des s5s1 qui emmagas9e dans l'oue1 dans l'odorat1 le gt1 le t\*] et la vue4 ,c> la littrature mod]ne a ralis ceci3 l'ducation arti/ique des s5s4 ,ce n'e/ plus surt\t le c]veau notant des aspects gnraux1 des div]g5ces de races ou de paysages4 ,l'enqute1 dev5ue *>nelle et physique1 desc5d aux dtails1 l'e/htique de la peau1 aux titillations des n]fs4 ,m4 ,pi]re ,loti1 dans ses vocations d',extrme-,ori5t1 a cli* a9si1 p> ses s5s bi5 braqus1 des notations qui n\s en apport5t la c\leur1 l'odeur1 le gt1 le son d'atmosphre4 ,il suffit d'ailleurs de le voir p\r jug] combi5 il doit tre en littrature un in/rum5t de s5sations1 celles de la vue surt\t et encore plus celles de l'odorat4 ,il a de gr&s yeux vagues1 humides1 ces yeux1 influ5cs p> l'eau1 des hommes qui ont beauc\p navigu ou naiss5t en des ports1 des yeux qui reflt5t t\s nuages et t\s reflets avec prcision et en pr(ondeur1 comme les armures des soldats dans les tableaux des ,primitifs4 ,mais son nez e/ encore plus c>actri/ique3 un nez busqu et embusqu1 un nez de proie qui hume1 dev9e1 attire t\te s5teur p>se1 la capture1 la diffr5cie4 ,et c'e/ a9si1 en ce joli livre1 le ,m>iage de ,loti1 qu& il n\s promne avec ,r>ahu1 dans les nuits voluptueuses de ,tahiti1 que n\s p]cevons vraim5t l'odeur de sexe et de plantes en r\te v]s les toiles4 ,et la t]re des tropiques aromatisant s\s la pluie tide6 ,et cette f\le *9oise dont la p\ill]ie exaspre un unanime rel5t de musc dans les effluves des orang]s et des g>dnias4 ,et jusqu' la s5teur de la p\ssire1 c5dre morte des annes1 qui n\s picote les n>9es qu& n\s entrons dans les pagodes s\t]ra9es1 dont le p>fum d't]nit1 devant l'immuabilit des ,b\ddahs1 tisse sa trame omnicolore de cette p\ssire prcism5t tresse avec des ess5ces d'arbres1 des fi5tes et un enc5s millnaire8 99 99 99 ,a9si ,m4 ,pi]re ,loti n\s donne vraim5t une impression int5se des pays lo9ta9s4 ,il a bi5 obs]v4 ,il voque avec acuit4 ,son exotisme n'e/ pas de pacotille4 ,et le vritable intrt de ses livres e/ l4 ,on lui v\drait p>fois de plus gr&es tr\vailles de /yle1 encore qu'il ait d'm\vantes s\rd9es1 des mots qui s\da9 se voil5t et se br\ill5t1 des f9s de phrases entrant dans du br\ill>d4 ,c'e/ un de ses gr&s *>mes my/rieux que cet ina*ev de c]ta9es phrases qui sembl5t s'en all] et se cont9u] dans le blanc des pages4 ,on lui v\drait aussi un peu mo9s de vrit1 d'aspects rels1 p\r une transposition en art1 ces d=mations1 ces dviations dans le songe et la ferie o1 p>mi les paysages exotiques1 les lant]nes pe9tes aurai5t l'air d'toiles dans des robes fleurs4 ,et surt\t en ces contres d',extrme-,ori5t6 ,c'e/ ce qu'ont si bi5 compris les arti/es japonais1 la fois rali/es et fanta/iques3 le rve juxtapos au rel1 le *imrique ctoyant la vie et la prolongeant4 ,m4 ,pi]re ,loti n'a vu que les *oses =melles et dans leur ralit tangible4 ,n'importe6 il les a bi5 vues et les suggre avec c\leur4 ,cela suffit p\r le mrite de ses ouvrages1 plus que les hi/oires qu'il conte1 et son n>cissisme se mettre en scne dans des idylles d\teuses1 de petits collages polynsi5s et japonais qui ne sont qu'un recomm5cem5t de ,graziella4 --,je ne compr5ds pas le ciel mme sans toi1 disait la p*euse de ,procida ,lam>t9e4 --,j'ai peur que ce ne soit pas le mme dieu qui n\s ait crs1 dit ,r>ahu ce mlancolique ,loti1 qu'elle a elle-mme nomm de ce d\x nom d'une fleur de son pays4 ,mais la notation dans ce s5s e/ unique1 et nulle "p ailleurs l'criva9 n'indique les mes di/antes1 qu& les corps sont pro*es1 cette psy*ologie qui aurait t si curieuse de l'am\r entre deux races1 ces p5ses p>allles dont aucune n'e/ soluble dans l'autre1 ces am\rs tri/es comme le m>iage d'un aveugle avec une muette4 ,il y avait l t\te une srie de subtilits qu'un amant et p]ues4 ,mais1 malgr ses confid5ces s\v5t peu discrtes1 ,m4 ,pi]re ,loti a-t-il eu les bonnes =tunes dont il se vante6 ,les g5tilles am\reuses1 jaunes ou tat\es1 en *apeaux de fleurs1 ont-elles exi/ plus ou mo9s8 ,on en p\rrait d\t]1 c> leur humanit e/ bi5 lgre p\r avoir t vcue4 ,e/-ce le mme cas p\r les petites ,r>ahu et les ,mmes ,*rysan?me1 gracieuses fictions1 semble-t-il plutt1 d'un romanci] romanesque qui inv5te des silh\ettes colores sur des crans de papi]4 ,cela n'a d'importance qu'au po9t de vue de la s9crit de l'criva91 difficile auscult]1 c> il se recroqueville vite1 p>le bas et peu1 p>at contra9t dans notre civilisation rectiligne et ca*e une foncire timidit p> un dsir d'tonn]1 comme lorsqu'il rpondit un soir1 dn]1 *ez son ami ,m4 ,alph4 ,daudet lui dem&ant s'il tait d'une famille de m>9s3 ,oui1 j'ai eu un oncle mang sur le radeau de la ,mduse4 99 99 99 ,mieux que l'hrdit1 c'e/ le voyage qui l'a =m1 et c'e/ de lui qu'il a tir aussi l'ide dom9ante qui enveloppe son oeuvre3 la p5se de la mort4 ,avec plus de raison que les autres hommes1 les m>9s peuv5t dire3 ,n\s vivons dans la mort6 ,leur vie e/ faite de prils1 d'adieux enivrants1 de dp>ts1 de ge/es t\j\rs s'v]tuant trav]s] les di/ances4 ,t\t dfile1 s'c\le en panorama rapide d'tres et de *oses4 ,escales mom5tanes6 ,emb>quem5ts6 ,drives6 ,on a beau *ang] de pays1 de co/umes1 d'am\rs4 ,*ang] d',ocan1 mme6 ,p>t\t1 que ce soit la face grise de la m] de ,bretagne1 la face bleue du ,pacifique1 la m] a le visage de l't]nit4 ,et les heures brves se bris5t et se re=m5t comme les vagues4 ,m4 ,pi]re ,loti--comme dj ,baudelaire1 dans le ,voyage--a exprim ce s5tim5t de l'in/abilit1 de la vie sans cesse dprise1 des dp>ts imm95ts1 des cont9uels adieux qui sont dj de petites morts--et de la f9 pro*e1 au b\t de l'ennui6 ,c'e/ cette mlancolie1 issue de la m] et du voyage1 qui baigne t\te son oeuvre4 ,celle-ci e/ aussi un navire1 la p\pe tat\e1 dont le pont mle des cocoti]s alanguis1 des idoles p\ssireuses1 des p>fums =ts1 des fleurs comme de la *air1 et des femmes la peau de fruit1 habilles d't(fes aussi belles que des nuages4 ,mais t\te la m]1 incessamm5t gmissante et qui a la voix de la mort1 flotte dans le blanc des pages4 ,,orateurs ,,sacr,s ,,le ,p4 ,,monsabr ,les prdicateurs de haute env]gure se font r>es4 ,l'loqu5ce religieuse subit une crise4 ,il y a un c]ta9 affadissem5t1 une s\rd9e sur t\s les violons de ,dieu4 ,c]tes le zle ne fait pas dfaut1 mais c'e/ le gnie qui manque4 ,l'loqu5ce sacre n'inv5te plus4 ,qui la rajeunira8 ,c'e/ un g5re r5\vel]1 c> dans le m\vem5t gnral de l'esprit mod]ne1 elle s'att>de1 s'immobilise en des r$ites1 s'ob/9e dans l'ar*asme1 r$ore les textes dlabrs1 cont9ue empaill] la colombe du ,sa9t-,esprit4 ,on dirait ma9t5ant un art d'hypoge4 ,c'e/ bi5 de sculpt] sculairem5t ce tombeau du ,*ri/2 c'e/ mieux de btir une citadelle de ,foi dans l'air du sicle4 ,le ,p4 ,monsabr le comprit et y tr\va1 du c\p1 sa =ce et sa gloire4 ,oui6 il fallait pr5dre contact avec la vie4 ,il tait temps de mod]nis] le s]mon4 ,encore un peu ce g5re oratoire s'puisait4 ,il n'avait v\lu s'alli] qu'avec lui-mme et il prissait d'un sang trop noble4 ,il lui faudrait se msalli] avec la littrature mod]ne4 ,plus ces lieux communs de l'loqu5ce religieuse1 sculaire et qui a l'air de p>l] une langue soi4 ,une langue inanime1 presque une langue morte4 ,mme les images font p5s] ces fleurs de papi] s\s des globes de v]re1 en de suranns p>loirs4 ,quant au ,p4 ,monsabr1 il se fit une culture d'esprit t\te mod]ne4 ,il av\ait avoir lu ,flaub]t1 ,m4 ,b\rget1 admir] ,m4 ,zola1 aim] les potes4 ,il leur dut de p\voir traduire p\r les fidles la ?ologie et les dmon/rations ab/raites dans une langue qu'ils compr5ai5t enf91 capable de les m\voir1 o les mots viv5t vraim5t1 ont un visage444 ,ce fut dj a9si au milieu du sicle1 lors du beau temps de l'loqu5ce religieuse1 qui n'eut un tel r5\veau que p\r avoir m>qu le pas avec la littrature--dont elle fait p>tie en somme4 ,elle eut aussi son illum9ation romantique4 ,c'e/ ,lacordaire dont le coeur piaffait de gnie v]s ,dieu2 c'e/ ,ravignan presque ,lam>t9i51 t\t d'onction et de sa9t-*rme1 qui p>lait de la bont cle/e de faon arra*] des l>mes aux assi/ants sur leur +ratitude2 ,lacordaire qui fut de la lumire2 ,ravignan qui fut de la *aleur2 ,lacordaire qui convoqua les mes ,notre-,dame c\ps de clairon et de tonn]re2 ,ravignan qui sut les y ret5ir444 ,aprs eux1 le ,p4 ,flix p>la du progrs et de l'art en h>angues h>monieuses1 orateur fleuri et sur*>g1 c> les ,jsuites ont leur /yle comme ils ont leur ar*itecture1 t\s p>eils4 ,quant au ,p4 ,monsabr1 il demeura digne de ces gr&s prdcesseurs dans cette illu/re *aire4 ,lacordaire disait ds le db3 ,la *aire de ,notre-,dame e/ fonde4 ,oui6 fonde vraim5t1 la faon d'une mon>*ie1 o ne se sont succds que des esprits royaux4 99 99 99 ,l'loqu5ce du ,p4 ,monsabr a un ca*et p]sonnel4 ,c'e/ le pote de la ?ologie4 ,tel il app>at1 soit qu'on l'ent5de1 soit qu'on lise son oeuvre complte de prdication ,notre-,dame1 durant prs de v+t annes3 ,expos du dogme ca?olique1 qui compr5d tr5te volumes4 ,o,euvre imm5se1 cont5ant t\te la dmon/ration de la ,foi4 ,avec la ,somme de ,sa9t-,?omas1 son po9t de d"p et po9t d'appui1 il a bti un monum5t sur les colonnes de dur m>bre de son matre1 son monum5t orig9al aux h>dis contra/es3 des nefs pr(ondes1 des dmes de pi]re massive et inexorable1 avec1 aut\r1 d'exp]tes ciselures1 les flammes fleuries de gr&s vitraux4 ,une loqu5ce presque l'image et la ressemblance de ,notre-,dame elle-mme4 ,ses s]mons sont con/ruits avec une sci5ce d'ar*itecte qui a rassembl des matriaux de *oix et les ordonne selon un plan qui met t\t en valeur et en hir>*ie4 ,c'e/ un gr& plaisir crbral que d'ap]cevoir un disc\rs s'lev] a9si avec des proportions calcules et une logique qui p]met de le song] jusqu'au b\t de lui-mme avant mme son a*vem5t4 ,il faut p\r cela que l'orateur ait une dialectique infaillible4 ,alors l'loqu5ce qui e/ musique1 e/ aussi ma?matique1 puisqu'elle e/ philosophie4 ,or c'e/ le mom5t suprme du gnie musical--,bee?ov5 y atte9t s\v5t--celui o la symphonie n'e/ plus qu'une algbre qui *ante1 comme les con/ellations dans le ciel4 ,l'loqu5ce aussi donne p>fois cette s5sation4 ,et le ,p4 ,monsabr y fait song] avec sa manire t\r t\r didactique et lyrique2 ici une page de ?ologie1 de mtaphysique1 voire de physiologie2 puis un envolem5t1 un *ant sacr qui a les ailes de l'ode4 ,et une voix s\ple qui e/ un m]veilleux tru*em5t2 une voix que le temps n'a pas affaiblie1 mais qui en a pris1 au contraire1 une sonorit /rid5te1 une sorte de fureur dmon/rative1 qu'appuie un ge/e c\rt1 saccad1 ayant l'air d'enfonc] l'argum5t comme un cl\4 ,ces s]mons1 solides et fleuris1 qui app>atront dans l'av5ir comme n\s app>aiss5t ceux de ,b\rdal\e1 ne sont pas t\t de prp>ation soigneuse4 ,c]tes durant l'hiv]1 dans ce c\v5t du ,havre dont il e/ le prieur1 il laborait m9utieusem5t l',av5t ou le ,c>me qu'il irait pr*] ,p>is1 et d'aprs le plan bi5 tabli1 crivait ses confr5ces1 les rcrivait1 les corrigeait1 *]*ait des images n\velles1 j\ait des mots comme d'un clavi] en nuances4 ,s\v5t les mots1 *ez lui1 ont un trange relief1 un emploi habile qui leur donne un aspect n\veau et l'air neuf4 ,l'homme s'e/ sp> de ,dieu4 ,dieu se repr5d et se cantonne4 ,il a de ces belles surprises1 t\tes mod]nes1 de mots444 ,puis le travail de prp>ation a*ev1 il arrivait ,p>is1 avant le diman*e de la ,quadragsime1 dans le petit c\v5t des ,dom9ica9s1 faub\rg ,sa9t-,honor o s'in/all5t les prdicateurs de l',ordre4 ,et1 au fur et mesure1 de sema9e en sema9e1 il appr5ait p> coeur1 le disc\rs du diman*e suivant1 un peu d'accord avec ,massillon qui disait3 ,mon meilleur s]mon e/ celui que je sais le mieux4 ,cep5dant t\t n'tait pas con=me1 dans ses s]mons de ,notre-,dame1 au texte crit et appris4 ,il eut p>fois des cris1 des illum9ations s\da9es1 un de ces bondissem5ts de phrase imprvus4 ,tr\vailles frmissantes d'une p>ole sre1 qui se mettait improvis]1 se suscitait d'elle-mme4 ,il avait bi5 vite fait1 alors1 de rejet] t\s les lm5ts d'une prp>ation laborieuse2 et les feuillets blancs du disc\rs crit n'tai5t plus1 dans la mmoire1 qu'une frle c]titude de papi] o il pr5ait pi$ p> mom5t p\r s'lanc] plus lo9 dans des g\ffres de lumire qui sont en haut et attir5t4 ,c'e/ alors qu'il obt9t ses plus gr&s succs1 p>ce que *aque fois1 il entra1 ces m9utes1 en contact avec la vie4 ,il r$ev5ait lui-mme1 celui qui re/aura l'loqu5ce sacre en unissant la ralit la ?ologie4 ,p>ole enf9 mod]ne1 adquate aux vnem5ts1 qui mlait le temps et l't]nit4 ,jamais il n'atteignit davantage l'me de la f\le que ces j\rs-l4 ,un j\r surt\t444 ,c'tait dans la ca?drale de ,metz1 en #ahga3 ,aprs la r$dition et l'occupation allem&e1 il v5ait d'y pr*] le c>me4 ,le j\r de ,pques1 le temple tait envahi2 au pi$ de la *aire se pressait une assi/ance qui1 p\r pleur] les malheurs de la ,france1 avait pris le deuil et tait t\te vtue de noir4 ,le ,p4 ,monsabr1 sur le po9t de f9ir1 s5tit lui mont] de cet auditoire afflig comme une m>e de l>mes1 et s\da91 mu lui-mme dans le coeur de son coeur et le sang de son pays1 il prit texte de la fte du j\r et de la ,rsurrection pascale p\r p>l] d'esprance444 ,les peuples aussi ressuscit5t1 s'cria-t-il dans un admirable lan1 on *ange leur nom1 mais non pas leur sang444 ,v\s n'tes pas morts p\r moi444 mes frres444 mes amis444 mes compatriotes444 ,p>t\t o j'irai1 je v\s le jure1 je p>l]ai de vos patriotiques d\leurs444 jusqu'au j\r du s]mon de la dlivrance que je *ant]ai s\s ces votes444 ,et il cont9ua l'image magnifique1 montrant les prov9ces mises au tombeau et qu'on croyait mortes1 les prov9ces aussi g>des p> des soldats1 avec une plaie au flanc1 dans le spulcre2 mais un j\r galem5t la pi]re vol]ait en clats et la patrie se lv]ait d'entre les morts6444 ,on juge de l'imm5se motion3 t\tes les femmes pleurai5t2 les hommes tai5t deb\t hors d'eux-mmes1 les bras t5dus v]s lui comme p\r ret5ir et t]nis] cette m9ute d'hrosme qui avait pass sur tant de deuils4 99 99 99 ,mais ces acc5ts magnifiques n\s demeur5t pe9e comme des *os4 ,ils suffis5t p\rtant n\s m\voir encore4 ,quelle motion alors p\r ceux qui les ent5dir5t1 avec la voix1 le ge/e1 l'clat des reg>ds1 t\t ce que l'orateur aj\te de son frisson huma9 au frisson div9 des p>oles nes en lui et dont lui-mme s'tonne4 ,le malheur de l'loqu5ce1 c'e/ qu'elle meure la m9ute mme o elle nat4 ,les disc\rs lus sont incolores s\v5t4 ,le ,p4 ,monsabr le savait bi5 sans d\te1 le j\r o1 aprs sa longue prdication1 il desc5dit1 d'un pas l5t et f]me1 et p\r jamais1 les m>*es de cette *aire illu/re de ,notre-,dame1 t\t de suite vide de lui et bante comme un tombeau4 ,il ne se fit po9t illusion4 ,il se r5dit compte que son ,expos du dogme aux nombreux tomes1 n'tait vraim5t qu'un plan de ca?drale sur le papi]1 une *ose inanime1 et que quelques-uns pe9e consult]ai5t dans l'av5ir4 ,au contraire1 sa p>ole ent5due avait t la ca?drale deb\t1 et qui *ante1 ple9e d'orgue1 ple9e de fleurs4 ,ce j\r-l1 aprs v+t annes de travaux1 elle allait donc cess] d'tre1 en s'a*evant4 ,sans faiblesse1 tremblem5t de ma9s ou de voix1 il en posa la d]nire pi]re1 le comm5taire f9al de l'am5 du ,cr$o1 simplem5t1 comme il avait accumul t\tes les autres pi]res4 ,aprs cela1 il irait s'occup] ailleurs ou se t\rn]ait du ct du sil5ce4 ,mais aucune mlancolie6 ,n'e/-ce pas la m>que d'une me =te que de quitt] les *oses1 c'e/--dire se quitt] soi-mme1 avec srnit8 ,ces gr&s mo9es1 qui s]ont calmes devant la mort1 sont dj calmes devant l'adieu1 devant l'abs5ce1 qui e/ la moiti de la mort4 ,le ,p4 ,monsabr t]m9a1 sans orgueil1 sans regret1 sans un reg>d d'ensemble1 mu et suprme1 sur la t*e accomplie4 ,comme le btisseur de gnie qui a*eva ,notre-,dame1 il semble qu'il ait jug aussi son oeuvre quelque *ose d'imp]sonnel1 fait avec la f\le et la foi des sicles1 et qu'il ne fallait mme pas sign]6 ,mgr ,d',,hul/ ,mgr d',hul/ fut une figure4 ,il avait un tal5t mdiocre1 mais un c>actre saisissant1 une physionomie morale d'un relief trange4 ,on ne p\vait pas rv] un contra/e plus =mel avec le ,p4 ,monsabr1 qu'il remplaa comme prdicateur du ,c>me ,notre-,dame4 ,leurs deux g5res d'loqu5ce tai5t aussi dissemblables que ces deux hommes fur5t eux-mmes contradictoires4 ,il suffisait p\r s'en conva9cre de surpr5dre un mom5t le ,p4 ,monsabr dans cette claire et riante *ambre du petit c\v5t des ,dom9ica9s1 faub\rg ,sa9t-,honor1 o il v5ait s'in/all] *aque anne v]s la ,quadragsime4 ,la figure tait rj\ie1 sa9e1 dodue2 il tait en pant\fles et laissait voir des bas blancs comme une bgu9e4 ,ses ma9s s'c>quillai5t devant les b*es flambantes1 joyeuses du bon feu4 ,il tait bonhomme1 famili]2 il v\s appelait3 ,mon fils1 et vite se racontait4 ,il semblait optimi/e1 avait beauc\p lu et vu4 ,c'tait un homme cont5t1 un homme de son temps1 dcelant des orig9es plutt plbi5nes4 ,un homme v5u son heure4 ,et la *ambre1 t\t aut\r1 s'gayait aussi1 sans luxe1 mais propre et blan*e avec ses f5tres aux rideaux de m\ssel9e nafs--on aurait dit des premires communiantes1 aprs la messe1 qui ri5t444 ,*ez ,mgr d',hul/1 dans son gr& salon svre1 l',in/itut ca?olique de la rue de ,vaugir>d1 dont il tait le recteur1 on avait le s5tim5t d'un exil3 un bureau-m9i/re1 des meubles d'un anci5 luxe1 des portraits qui semblai5t d'amis dtrns4 ,lui-mme app>aissait au/re1 purita91 tri/e1 froid4 ,il v\s appelait t\j\rs ,monsieur4 ,aucune famili>it4 ,p\rtant on le jugeait sage4 ,on le savait de conseil sr4 ,combi5 dfilr5t l p\r avoir ses avis6 ,c]tes c'tait le g>di5 des ,tables1 l'talon du devoir /rict avec lequel on se confronte4 ,c'tait l'homme de loi des procs de la consci5ce1 lucidant les arcanes1 triant les scrupules1 qu'on consulta comme le jurisconsulte de ,dieu4 ,mais les conseils1 les avis dont il n'tait pas *i*e1 il avait l'air de les di/ribu] comme une aumne spirituelle1 comme un sec\rs d'anci5s s]viteurs dans la dtresse4 ,m9i/re tomb qui donne des consultations gratuites ses g5s4 ,ah6 ce n'e/ pas a9si qu'on rvait la vie de cet homme et qu'il la rva lui-mme1 prtre dont les j\rs se passr5t t] l'ivraie de quelques mes1 lui qu'on se reprs5tait plutt en ge/iculateur aux horizons1 joignant t\s les clo*]s d'un diocse ou d'un royaume p> des guirl&es de comm&em5ts6 99 99 99 ,mgr d',hul/1 lui1 n'tait pas v5u son heure4 ,ce fut un homme d'autrefois4 ,maurice ,lesage d',haut]o*e d',hul/--tel tait son nom--alli aux ,grimo>d du ,r\re1 aux d',h>c\rt1 au pape ,urba9 ,v1 app>t5ait l'anci5ne ,france4 ,quelle misre d'arriv] trop t>d dans la vie6 ,on e/ contempora9 d'un temps disp>u4 ,il y a a9si des familles dont l'ab\tissem5t ret>de4 ,on e/ alors comme un hriti] qui veut acquitt] une dette de sa race vis--vis d'un cranci] qui e/ mort4 ,s\ffrance d'avoir une me qui n'e/ plus adquate et de s5tir en soi des facults inemployes6 ,or ,mgr d',hul/ voquait le s\v5ir d'un c>d9al-m9i/re dans la ,france ou les ,espagnes du pass3 conduite des gr&es affaires1 ambassades dlicates1 g\v]nem5t de prov9ces n\velles1 pacification d'une primatie tr\ble--voil son rle s\s une anci5ne mon>*ie4 ,beauc\p plus organisateur et adm9i/rateur que prdicateur du ,roi1 homme d'action plutt que de littrature et de p>oles1 la ma9 prompte et autoritaire1 qui--comme le ,gr& ,inquisiteur dans la n\velle de ,do/oewski--ne juge pas que le peuple doive tre libre1 ent5d le db>rass] du f>deau de *oisir et1 quoi qu'on en puisse dire1 re/e f]me dans son ide4 ,p> une spciale ironie des de/9es1 son enfance prcism5t lui cra l'illusion d'un temps encore p>eil et d'un av5ir tel3 il fut lev la ,c\r2 sa gr&'mre1 et sa mre ensuite1 tai5t dames d'honneur de la re9e ,m>ie-,amlie2 lui-mme1 a9si que son frre ,ra\l1 les compagnons de jeux du comte de ,p>is et du duc de ,*>tres1 levs en mme temps que ceux-ci aux ,tuil]ies1 ,sa9t-,cl\d et ,neuilly4 ,mgr d',hul/ se rappelait1 de ce temps1 l'arrive la ,c\r des comdi5s du ,?tre-,franais qui v9r5t y j\] ,monsieur de ,p\rceaugnac4 ,c'e/ la seule fois1 obs]vait-il1 que j'ai t au spectacle4 ,on voit que son intimit auprs des pr9ces1 dont presque t\t le monde ignora l'orig9e1 remontait lo92 il avait pass ses jeunes annes avec eux4 ,et il leur re/a d'une fidlit intgrale dans les mauvais j\rs1 quoi qu'il pt lui en cot]4 ,c> s'il tait d'avis1 comme le disciple ,pi]re1 qu'il faut tir] le glaive et c\p] l'oreille de ,mal*us1 lui1 du mo9s1 ne trahit pas avant que le coq et *ant trois fois444 99 99 99 ,on s5tait1 le voir1 un religieux r5oncem5t4 ,nulle transaction avec les faits accomplis4 ,aucun optimisme4 ,ri5 qu'un pli de dda9 au co9 de la b\*e4 ,mme le lg] fl*issem5t dj1 p> l'ge1 de sa trs haute taille ne semblait qu'un va9 ef=t p\r desc5dre jusqu' son int]locuteur4 ,une allure imposante1 mais qui loignait la sympa?ie4 ,des yeux aigus et froids v\s gelant les mots sur les lvres4 ,que lui faisai5t les p>oles1 lui qui se jugeait p>mi des trang]s8 ,il fut vraim5t dta* de t\t dsir d'tre ou de p>atre3 e/-ce qu'au lieu d'arbor] son nom sonore1 il ne signa pas t\t simplem5t ,m4 d',hul/ ses lettres et mme ses ouvrages1 comme on peut le con/at] dans ses volumes de ,mlanges oratoires8 ,e/-ce qu'am5 l'lection du n\veau ,pape p> ,mgr ,guib]t et gratifi d'une prlature comme conclavi/e1 selon les c\tumes canoniques1 il ne ngligea pas d'en pr5dre le titre et les insignes8 ,j'ai laiss cela dans ma malle1 disait-il son ret\r de ,rome4 ,ce n'e/ que plus t>d qu'il porta le titre de monseigneur et1 sur sa s\tane1 les ornem5ts violets1 quasi-piscopaux1 qu&1 dnonc p\r sa premire leon de philosophie l',in/itut1 il se disculpa au po9t d'obt5ir du ,pape une n\velle prlature1 plus leve4 ,c'e/ l'unique fois peut-tre qu'il prit g>de la malveillance4 ,que p\vai5t contre son dta*em5t telles attaques1 p> exemple1 de l',univ]s1 a*>n aprs lui1 durant v+t ans8 ,taxs de fanatisme p> les uns1 d'or?odoxie suspecte p> les autres1 c'e/ le lot de ces hommes-l1 h]mtiques et peu con=mes1 d'tre incompris de la plup>t4 ,mais qu'importe8 ils ne ti5n5t mme pas la vie4 ,p5dant la gu]re1 ,mgr d',hul/ affronta mille morts1 comme aumni] des ,ambulances de la ,presse1 ,bazeilles1 ,s$an o il fut fait prisonni]1 puis--vad et rev5u ,p>is p\r le sige-- ,*ampigny1 o il assi/a les m\rants s\s des pluies de balles4 ,si vraim5t dpris de t\tes *oses t]re/res et voyant dj si lo9 la drive sur les eaux rapides de la vie ses premires ambitions1 qu'il tait s9cre c\p sr en disant voix mlancolique3 ,j'ai c5t c9quante ans6 99 99 99 ,il e/ naturel ds lors qu'il n'ait pas *]* montr] des tal5ts4 ,il en avait peut-tre1 mais il savait la gr&e p>ole du ,psalmi/e3 ,quoniam non cognovi litt]aturam1 introbo 9 pot5tias ,dei4 ,p\rvu d'une ?ologie sre1 d'une rudition va/e et div]se1 il se multiplia en mille disc\rs1 homlies1 pangyriques1 mais t\t cela p5s dans un esprit trop positif et moy51 crit surt\t dans une langue t]ne1 un /yle primaire1 p\r a9si dire4 ,il e/ vrai que p\r des esprits tels1 les jeux de l'loqu5ce sont va9s et va9s aussi les fragiles d5telles de la posie du disc\rs qui attir5t et sduis5t4 ,mgr d',hul/ ne *]*a pas plaire aux hommes4 ,il les aimait peu4 ,mais il aimait ,dieu2 il v\lut le faire ent5dre4 ,il fut le combattant de ,dieu contre les mes4 ,durant des annes1 il m5a ce combat oratoire1 ne v\lant qu'agir p\r ,dieu1 traduire la p>ole t]nelle1 ne ri5 donn] de soi1 ne ri5 dem&] p\r soi1 nulle gloire futile1 surt\t4 ,idal svre6 ,on songe ces t\rs dans c]ta9es villes mortes1 t\t au nord2 ces ,dom dans les vieilles cits allem&es--ar*itectures 9gayes1 qui ne veul5t tre que de la ,foi1 sans j>d9s de vitraux ni s\rires de sculptures4 ,,pe9tres ,,puvis ,,de ,,*avannes ,un matre admirable1 d'une p]sonnalit dcisive1 d'une inlassable fcondit4 ,nagure1 lorsque beauc\p mconnaissai5t encore son art s\v]a91 ,gauti]1 s\v5t clairvoyant1 crivait3 ,dans un temps de prose et de ralisme1 il e/ naturellem5t hroque1 pique et monum5tal4 ,p\r ses va/es compositions1 il pe9t d'abord une petite esquisse qui e/ l'expos de son ide1 p\r a9si dire la rduction de l'oeuvre1 dj totale en lui4 ,puis il l'excute dans les proportions d'un gr& tableau de *evalet4 ,une m9utie inexorable de dess93 sans cesse l'arti/e calcule1 comp>e1 mesure1 trace avec la rgle ou le fusa9 des angles visuels4 ,on dirait d'un +nieur1 d'un gomtre qui arp5te de l'oeil le modle et la toile4 ,qu& ce travail e/ df9itif1 il agr&it le tableau t\t simplem5t au c>reau1 comme font les pratici5s dans le m>bre p\r la maquette des /atuaire4 ,de l son dess9 qui a un air gomtrique4 ,or c'e/ prcism5t cette prcision infaillible mle une indf9issable posie qui assigne ses oeuvres une beaut d'absolu en mme temps qu'un *>me de sugge/ion4 ,il sait t\t de son mti]1 et il a t\t inv5t de son art4 ,c'e/--dire qu'il a ressuscit dans notre sicle la pe9ture dcorative4 ,il a tr\v p\r elle un n\veau /yle1 une coloration n\velle4 ,son gnie a t de compr5dre qu'il fallait aux difices mod]nes des fresques qui leur fuss5t appropries4 ,il a cr une pe9ture con=me p\r les ar*itectures actuelles1 p\r les monum5ts de ,france1 con/ruits en pi]re de ,france1 cette pi]re un peu gristre1 un peu jauntre1 en t\s cas ple et mate4 ,donc il n'a v\lu qu'une pe9ture mate aussi1 se s]vant p\r y arriv]1 de toiles spcialem5t prp>es1 de c\leurs en demi-te9tes et en nuances1 avec des mauves1 des roses d\x1 des jaunes qui s'acidul5t pe9e1 des bleus qui ne *ant5t qu'en s\rd9e4 ,a9si1 au ,pan?on1 les autres pe9tures tr\5t les murs2 la si5ne s'accorde leur tonalit neutre1 s'id5tifie avec eux4 ,on dirait vraim5t le rve que les pi]res font4 ,et quel rve6 ,celui d'une humanit suprieure1 l'humanit telle qu'elle aurait d tre1 ou telle qu'elle s]a4 ,humanit my/ique et my?ique1 qui ne va jamais jusqu' tre my?ologique4 ,ses femmes ne sont pas des desses2 ce sont encore des femmes1 mais les femmes d'un d5 o la faute orig9elle n'a pas exi/ ou n'exi/e plus et qui enfant5t sans d\leurs4 ,les hommes aussi ont l'air de vivre dans un cont95t meilleur4 ,l'oubli des sexes et de l'heure e/ p>mi eux4 ,ils ne s'occup5t qu' de nobles travaux1 tre d'accord avec la ,nature1 faire de l't]nel avec de l'phmre1 mais sans jamais cess] d'tre huma9s4 ,la posie a sa s\rce dans la ralit1 disait ,goe!4 ,l'art galem5t1 p5sa ,puvis de ,*avannes4 ,on a cru que son doma9e tait celui du rve et de la lg5de4 ,au contraire1 il n'e/ jamais sorti de la ,nature4 ,t\tes les figures de ses tableaux agiss5t1 plutt qu'elles ne song5t4 ,*acun y fait directem5t ce qu'il doit faire1 comme l'a bi5 obs]v1 un j\r1 ,m4 ,besn>d dans un de ses subtils ,salons4 ,a9si1 quant aux ge/es3 on peut dire qu'un ge/e utile e/ t\j\rs beau4 ,t\s les ge/es des figures de ,puvis de ,*avannes sont utiles4 ,ge/e du travail1 de la lutte ou des jeux1 dans ,ludus pro patria1 ,int] artes et naturam2 ge/e pacifique de l'att5te dans ,pauvre p*eur1 ge/es si ju/es et in/9ctifs *ez les hommes1 comme sont in/9ctifs1 *ez les femmes qu'il a pe9tes1 les ge/es de cueillir des fleurs1 de c>ess] des enfants1 de c\ronn] des fonta9es4 ,t\t cela e/ encore1 et t\t simplem5t1 de la vie--de la vie transpose1 si on veut4 ,c'e/ p\rquoi ,puvis de ,*avannes1 v5u *ronologiquem5t entre les rali/es et les symboli/es1 a pu les ralli] en mme temps2 les rali/es disant3 ,il n'y a qu' copi] la ,nature2 les symboli/es proclamant3 ,la ,nature n'exi/e pas4 ,lui1 autant que ,c\rbet ou ,manet1 s'a*>na aprs la =me /ricte1 la vrit du modle2 mais1 d'autre "p1 en occupant seulem5t les tres de nobles travaux1 en ne les plaant qu'en des contres florissantes1 il se rappro*a des symboli/es qui s'en ti5n5t des attitudes de lg5de ou de beaut4 ,a9si il demeure un pe9tre de nature en mme temps qu'un pe9tre d'idal--ce qui n'e/ pas la mme *ose qu'tre le pe9tre de l',idalisme1 comme on a dit de lui1 en confondant les t]mes4 ,l'idalisme1 au contraire1 e/ une conv5tion acadmique1 avec des ?ories du ,beau et des ge/es enseigns4 ,m4 ,puvis de ,*avannes ne s'inquita que des ge/es huma9s et conut le ,beau sa faon1 c'e/--dire sans ar*ologie surt\t1 ce qui e/ bi5 aussi une tradition (ficielle4 ,il ret\rna la ,nature t\t unim5t1 et tr\va1 du c\p1 la simplicit populaire1 celle de la ,*anson de ,ge/e1 celle qui ti5t la race4 ,c> celui en qui on v\lut voir un desc5dant des matres d',italie1 e/ un arti/e de s\*e trs nationale et qui se ratta*e directem5t l'cole franaise444 ,ce n'e/ pas devant les ,botticelli ou les ,primitifs de ,v5ise et de ,flor5ce qu'on songe lui4 ,c'e/ en reg>dant les ,p\ss91 p> exemple ,l',automne ou la ,grappe de la ,t]re ,promise et l't ou ,ru? et ,booz4 ,l aussi les figures qu'on dirait d'une humanit suprieure ont nanmo9s l'attitude si ju/e de leur besogne1 fau*5t1 ploi5t un peu s\s le f>deau du rais9 de ,*anaan4 ,t\t de suite on tablit un p>allle avec les calmes scnes de ,puvis de ,*avannes1 drivant d'un mme idal1 mais amplifi et ralis avec des moy5s n\veaux1 une orig9alit absolue4 ,surt\t qu'il fut galem5t comme ,p\ss9--et on ne le dit pas assez--un m]veilleux paysagi/e3 dans l't2 dans la fresque de la ,sorbonne aux coll9es circulaires1 d'un bleu-paon si d\x2 dans ,pauvre p*eur o s'illimite un site d'eau1 d'une eau glauque et nue qui extriorise p\r a9si dire le c]veau sans p5se du p*eur calme2 dans le ,bois sacr1 symphonie savante des v]ts multiples de la =t4 ,ici encore il a bi5 sa manire propre qui n'e/ celle ni des rali/es ni des symboli/es4 ,il ne pe9t pas1 comme les symboli/es1 des paysages de rve1 aux arbres d=ms1 aux t]ra9s d'une coloration comme ceux qu'on voit en songe ou dans la fivre4 ,il reproduit vraim5t la nature1 des sites rels1 des horizons df9is1 les bords de la ,se9e1 les simples campagnes de l',ile-de-,france1 ce qu'il avait t\t contigu et famili]4 ,mais d'autre "p1 il ne s'en ti5t pas1 comme les rali/es1 la seule copie4 ,ses paysages rels sont baigns d'on ne sait quelle atmosphre irrelle4 ,il semble qu'il y tombe une lumire d'au del4 ,c'e/ l'idal dans la ralit et l't]nit dans le temps4 ,a9si on dirait d'une plante meilleure 7trs ressemblante la ntre7 mais o la t]re ne s]virait plus ca*] les morts1 ne s]ait que la bonne argile o l'on modle des /atues4 ,j>d9s de calme joie1 de nobles labeurs1 de srnit444 ,un j\r1 dans un de ses pomes en prose1 ,baudelaire1 l'aspect d'un port1 dem&ait3 ,qu& p>tons-n\s p\r le bonheur8 ,en reg>dant les oeuvres de ,m4 ,puvis de ,*avannes1 il semble qu'elles soi5t ce pays du ,bonheur1 v]s lequel t\s les navires huma9s app>eill5t et o son seul rve a pu att]rir4 ,,besn>d ,malgr l'app>5te v>it inf9ie des visages huma9s1 il semble que ceux-ci se rduis5t en f9 de compte quelques types ess5tiels4 ,on p\rrait dire la mme *ose des mes1 surt\t s'il s'agit des mes d'arti/es4 ,c'e/ croire en la mtempsycose1 tant on retr\ve t\t au plus quelques espces d'mes1 rinc>nes sans cesse au long des sicles et des races4 ,*aque pe9tre1 *aque pote a son ,sosie de tal5t ou de gnie dans le pass4 ,il ne lui doit ri5 assurm5t2 il n'en e/ pas mo9s trs mod]ne1 trs orig9al2 il a ses moy5s d'art p]sonnels1 une vision neuve4 ,il p5se1 il conoit1 il excute selon son rve propre4 ,il ne refait en ri5 l'oeuvre du prdcesseur qu'il voque2 mais on s5t que ce prdcesseur1 s'il revivait1 f]ait auj\rd'hui la si5ne4 ,ressemblance d'me allant jusqu' l'id5tit6 ,et les vies alors sont p>allles aussi4 ,il y a des exemples s+uli]s de ce cas1 dans l'hi/oire de l'art et des lettres4 ,e/-ce que ,paul ,v]la9e n'e/ pas ,villon rev5u8 ,de mme1 il e/ curieux de con/at] combi5 ,m4 ,alb]t ,besn>d1 si diffr5t de ,delacroix1 fait cep5dant song] despotiquem5t lui4 ,malgr une imag9ation et une te*nique t\t autres1 il e/ de la mme sorte d'esprit1 il a une id5tique comprh5sion de l'art4 ,c'e/ si vrai que ces lignes de l'admirable tude de ,baudelaire sur ,delacroix p\rrai5t s'appliqu] lui textuellem5t3 ,il tait1 en mme temps qu'un pe9tre pris de son mti]1 un homme d'ducation gnrale1 au contraire des autres arti/es mod]nes qui1 p\r la plup>t1 ne sont gure que d'illu/res ou d'obscurs rap9s1 de tri/es spciali/es1 vieux ou jeunes1 de purs ouvri]s1 les uns sa*ant fabriqu] des figures acadmiques1 les autres des fruits1 les autres des be/iaux4 ,lui aimait t\t1 savait t\t pe9dre4 ,e/-ce que ce jugem5t ne df9it pas ,m4 ,besn>d lui-mme1 et t\t enti]8 ,lui surt\t ne fut pas de ces spciali/es condamns bon droit p> ,baudelaire4 ,il sait t\t pe9dre4 ,il a t\t pe9t4 ,c'e/ que1 en effet1 t\t impressionne cette rt9e si s5sitive1 cette crbralit n]veuse4 ,et que1 d'autre "p1 il possde une telle sret de mti] que vite l'impression reue e/ traduite et fixe4 ,il faut qu'il n'y ait pas de dsaccord entre l'esprit et la ma94 ,m4 ,besn>d se vante bon droit de son excution agile4 ,il a crit un j\r3 ,je crois qu'il ne peut y avoir d'arti/e sans le don de se s\v5ir et sans facilit4 ,or voyez comme1 ici encore1 son insu1 il e/ en concordance avec l'op9ion de ,delacroix4 ,celui-ci disait un jeune pe9tre2 ,si v\s n'tes pas assez habile p\r faire le croquis d'un homme qui se jette p> la f5tre1 p5dant le temps qu'il met tomb] du quatrime tage sur le sol1 v\s ne p\rrez jamais produire de gr&es ma*9es4 ,?ories p>eilles1 oeuvres p>eilles4 ,aussi ,m4 ,besn>d a-t-il produit son t\r ce que ,delacroix1 dans son argot d'ateli]1 appelait de gr&es ma*9es1 c'e/--dire des pe9tures monum5tales2 et1 comme ,delacroix avait dcor le ,salon du ,roi la ,*ambre des dputs1 la gal]ie d',apollon au ,l\vre1 etc41 lui compte dj aussi dans son oeuvre t\te une srie de dcorations3 l',htel de ville1 l'cole de ph>macie1 la mairie de ,sa9t-,g]ma9-l',aux]rois1 et enf9 la ,sorbonne4 ,p\r des pe9tres de ce tempram5t1 la pe9ture dcorative e/ ce qui les excite et les sduit surt\t4 ,n'e/-ce pas le plus difficile8 ,et p\r un vrai arti/e1 le plaisir comm5ce avec la difficult4 ,aussi l'cole franaise1 depuis ,delacroix1 n'aura possd que deux pe9tres1 ,m4 ,besn>d et ,puvis de ,*avannes1 faisant vritablem5t de la pe9ture dcorative1 qu'il ne faut pas confondre avec telles va/es toiles o ne sont que faits div]s1 anecdotes2 des tableaux de g5re obt5u p> agr&issem5t 7comme en photographie74 ,le vrai pe9tre de pe9ture dcorative voit et conoit son oeuvre t\t a*eve1 comme les btisseurs de ca?drales contemplai5t1 en l'imag9ant1 la t\r entire qu'ils allai5t conduire dans l'air et dont le plan1 sur le papi]1 n'tait dj que le rsum1 la rduction de cette t\r imm5se1 t]m9e en eux4 ,a9si p\r la pe9ture dcorative4 ,c'e/--dire que le procd e/ inv]se3 les arti/es mdiocres agr&iss5t un tableau aux proportions d'une pe9ture murale2 les arti/es qui sont des dcorateurs de race rduis5t aux proportions d'une esquisse la pe9ture monum5tale dj ne en eux1 et ne avec1 d'emble1 t\te son amplitude4 ,c'e/ l'impression qu'on pr\vait considr]1 p> exemple1 la magi/rale esquisse de ,m4 ,besn>d p\r sa dcoration de la salle de *imie la ,sorbonne4 ,t\t y tait dj2 et de vagues indications1 de simples frottis et l1 laissai5t s\s-ent5dre le dtail1 qui n'abdiquait ici que p\r faire dom9]1 cause de l'exiguit du =mat1 les lignes ess5tielles de la composition1 sa syn?se de =mes et d'ides1 son symbolisme aussi clair que pr(ond3 au c5tre1 un cadavre de femme s\s le soleil1 pr9cipe de la vie1 qui la dcompose1 mais ne la dcompose que p\r activ] l'closion de ce m]veilleux j>d9 de fleurs1 n de sa putrfaction4 ,fcondit *imique de la mort qui eng5dre la vie6 ,et voici que1 droite1 le ,c\ple t]nel desc5d et va s'emb>qu] sur le fleuve de l'exi/5ce1 emb\*ure bleue1 qui de l'autre ct1 aprs le t\r circulaire1 db\*e en dtritus1 *>ni]s1 fumes1 t\t le b\rbi] t]re/re qui1 lui aussi1 va alim5t] l't]nelle effloresc5ce de la ,nature4 ,n'e/-ce pas une magnifique conception8 ,un autre et pe9t quelque anecdote1 une expri5ce de *imie1 un laboratoire4 ,m4 ,besn>d agr&it son ?me jusqu'aux proportions de la ,matire univ]selle2 et il s'atte/e en mme temps un pe9tre extraord9airem5t mod]ne p> la conception sci5tifique de ses sujets et de la vie4 ,c'e/ en cela qu'il e/ surt\t orig9al et unique4 ,il e/ un pe9tre t\* p> la ,sci5ce4 ,delacroix avait des po9ts de vue littraires1 un idal religieux et hi/orique4 ,m4 ,besn>d a un po9t de vue sci5tifique1 une philosophie volutive444 ,et il e/ le seul exprim] l',univ]s en images selon la ,sci5ce1 sans qu'elles cess5t d'tre selon la ,beaut4 ,e/-ce que son plafond de l',htel de ville n'e/ pas l'apo?ose de la ,sci5ce8 ,on voit la ,vrit entranant la ,sci5ce sa suite1 et qui rp& sa lumire sur les hommes4 ,or ,m4 ,besn>d croit au bi5fait de cette lumire4 ,o sont les ironies de ,po et de ,villi]s de ,l',isle-,adam baf\ant la ,sci5ce8 ,dans la composition de ,m4 ,besn>d on voit les hommes1 en tr\pes transies1 v5ir se r*auff] au feu n\veau4 ,t\t e/ trait dans un esprit sci5tifique3 les gr\pes volu5t comme des plantes2 aut\r de la figure pr9cipale1 tel corps gravite2 t\tes les lignes ont des c\rbes plantaires4 ,on dirait un firmam5t de visages4 ,et ce sont des rayons que la ,vrit rp& d'elle1 comme un ,a/re4 ,dans ce plafond1 comme dans les dcorations de l'cole de ph>macie1 racontant la physique1 l'an?ropologie1 la botanique1 comme dans presque t\tes ses oeuvres d'ailleurs1 ,m4 ,besn>d app>at le dcorateur1 le metteur en scne de la vie mod]ne4 ,et non seulem5t en tant que pe9tre influ5c p> la sci5ce4 ,outre qu'il voit l',univ]s selon la philosophie du trans=misme1 il e/ aussi mod]ne p> la nature de ses s5sations4 ,il app>at t\t imprgn de l'air du sicle1 exprimant l'air du sicle4 ,il en saisit le dcor1 le pr9cipe ca*1 les correspondances subtiles4 ,ses s5s sont duqus1 aff9s1 au po9t de fix] ce que les vieux pe9tres ne p\vai5t pas ap]cevoir ni mme s\ponn]1 des nuances comme les m&res de l'eau1 les m\vem5ts de la flamme1 les inflexions des plantes1 et d'en tir] p>ti p\r l'attitude de l'tre huma91 p\r les lignes d'un tableau4 ,que de notations encore1 n]veuses et neuves3 la spl5deur intime d'un intrieur clair1 le vritable effet d'un clair de lune qui ennoblit un paysage jusqu' en faire un tat d'me444 ,voil des s5sations bi5 mod]nes p> le raff9em5t4 ,et aussi1 p> exemple1 t\t en peignant la joie1 comme ,m4 ,besn>d s'y complat1 de faire s5tir que1 au fond1 elle e/ aussi potique que la d\leur1 plus v>ie et non mo9s mlancolique6 ,quel drame t\t c\p si le pe9tre montre combi5 une femme f>de peut tre s9i/re6 ,ce n'e/ pas seulem5t p> son idal sci5tifique1 ni p> ses tr\vailles compliques de s5sations1 mais p> sa c\leur elle-mme1 que ,m4 ,besn>d se pr\ve le pe9tre s5sitif de l'esprit mod]ne4 ,e/-ce que sa c\leur1 en effet1 ne p>ticipe pas de cette cl>t s\fre1 de cet lectricit n]veuse qui e/ aussi dans l'air du temps8 ,elle semble une *imie en fivre4 ,on la dirait influ5ce p> des lueurs de laboratoire1 p> le vois9age des bocaux ph>maceutiques4 ,il semble qu'elle ait pass trav]s des cornues1 des pr\vettes1 qu'elle soit faite de fleurs classes1 de m9raux1 d'arcs-en-ciel en fusion1 tant s\da9 un ton e/ viol5t comme un poison1 un autre lotionne dlicieusem5t l'oeil4 ,re*]*es incessantes6 ,tr\vailles m]veilleuses6 ,d'autres1 comme ,m4 ,claude ,monet1 ,m4 ,piss>ro1 ont simplem5t t* pe9dre la lumire1 t\tes les dcompositions du prisme1 les tapes quotidi5nes de l'air4 ,m4 ,besn>d a v\lu fix] des tonalits plus compliques4 ,en c]veau sci5tifique qu'il e/1 il a fait des expri5ces4 ,il a rv des mlanges3 c'e/--dire la comb9aison de l'artificiel avec le naturel1 d'o ces figures claires p> le gaz ou des lampes1 en mme temps que p> la lumire du j\r4 ,et ri5 n'e/ aussi trange et tr\blant4 ,imag9ez des ci]ges brlant au soleil444 ,tri/esse plus int5se de leurs cl>ts1 rconcilies sur le pole d'un convoi de vi]ge6 ,m4 ,besn>d a a9si inv5t des clairages4 ,il a tr\v des dsaccords de tons qui sont la pe9ture ce que les dissonances de ,wagn] sont la musique4 ,d'autre "p1 il v\lut galem5t fix] des tonalits plus exceptionnelles3 au lieu des seules phases diurnes ou crpusculaires1 il y a aussi1 dans la ,nature1 les aspects de tr\ble1 des nuances mom5tanes1 des m9utes *imiques1 p\rrait-on dire1 des accid5ts de la lumire3 p> exemple1 le s\fre d'un clair1 la lividit de l'clipse1 les phosphoresc5ces de la m] et de la p\rriture1 les pleurs de la maladie1 les r\ges de la fivre ou du f>d4 ,il semble que ,m4 ,besn>d ait ret5u t\tes ces c\leurs artificielles1 exceptionnelles1 nvroses1 exaspres1 raff9es1 et qu'il les retr\ve sans cesse1 dociles et impressionnables au mo9dre ef=t de son inspiration4 ,de l le dlice un peu physique qu'on pr\ve devant cette pe9ture1 =te au po9t d'en tre presque s5sualise4 ,la vue n'e/ pas affecte seule4 ,outre l'motion du c]veau qu'on doit la r>e et puissante imag9ation du pe9tre1 il semble que des correspondances s'tabliss5t4 ,le gt1 l'odorat1 les autres s5s s'meuv5t1 j\iss5t de quiproquos subtils1 comme si la c\leur1 *ez lui1 =ce d'int5sit1 avait aussi un arome et un suc p\r n\s remplir non plus seulem5t les yeux1 mais1 en mme temps1 la b\*e et les n>9es4 ,cette impression s'pr\ve entre autres devant les toiles si int5ses qu'il a rapportes d',algrie2 c> lui aussi fut attir aux haillons sup]bes1 aux pltres multicolores1 de la brlante ,afrique4 ,dj ,delacroix y tait all1 p\ssant jusqu'au ,m>oc--v\s voyez le p>alllisme qui se cont9ue entre eux--mais il avait t plus sduit p> les my/rieux et capiteux logis o de belles femmes mi-voiles entreti5n5t les *>bons t]nels de leurs yeux et de leurs lvres4 ,delacroix e/ surt\t att5tif l'tre huma91 au m5u drame de sa vie p]sonnelle4 ,c'e/ p\rquoi1 en ce voyage1 il a surt\t pe9t des intrieurs4 ,m4 ,besn>d e/ plus proccup p> le drame gnral de la ,nature4 ,l'tre huma9 e/ une p>celle de la matire1 une ta*e de c\leur sur l'horizon4 ,aussi ,m4 ,besn>d a-t-il plutt excut des scnes de ple9 air4 ,mais avec quel clat pre/igieux1 quelle pntration des =mes et des c\leurs6 ,il en a rapport des figures qui sont des morceaux uniques3 femmes au p]v]s maquillage1 la *air v]die p> des gazes1 au front pavois de r\ges graniums1 d'une pte compacte et vibrante1 d'une f9esse et d'une int5sit de tons non p>eilles4 ,en ces int]prtations de l',ori5t1 il a aussi1 et surt\t1 admirablem5t compris le *eval4 ,a preuve1 entre autres1 ce ,m>* de *evaux1 cr\pes brunes1 blan*es1 r\ges1 contra/ant avec l't(fe crue des burn\s d',arabes1 s\s un ciel or et bleu4 ,p]sonne ne connat comme lui l'ar*itecture svelte et complique1 la ligne s\ple du *eval1 et non seulem5t du *eval1 mais de t\tes les btes4 ,il a m]veilleusem5t le s5s dcoratif de l'animal1 depuis les volatiles1 ces coqs v]nisss et b>iols dont il blasonne ses c>tons de vitraux1 jusqu'aux gr&s quadrupdes comme l'lphant1 qui inspira dj les arti/es de ,ceylan et de l',extrme-,ori5t4 ,m4 ,besn>d en a s\v5t fix la silh\ette norme et p\rtant h>monieuse3 a9si1 dans ses panneaux de l'cole de ph>macie o il cra ces paysages prhi/oriques d'une puissante vision2 on y voit des lphants--masse ro*euse1 montagne qui se d&9e--sur des c\*ants d'un mauve suave4 ,ailleurs1 dans une aqu>elle1 des lphants enlv5t des femmes nues dans leur trompe1 ce qui e/ une imag9ation bi5 trange et bi5 tr\blante--et les balanc5t en ce hamac de *air rugueuse1 p>mi des arbres voluptueux4 ,mais c'e/ encore le *eval que ,m4 ,besn>d prfre1 p\r ses lignes frmissantes1 sa robe qui e/ une palette4 ,il aime faire des portraits que/res4 ,s\v5t il peignit des *evaux1 sauvages et en ple9e nature1 ou se cabrant devant la m]1 ou bi5 encore lg5daires1 d'allure apocalyptique1 dans des sites de rve4 ,mieux que les animaux1 les femmes s]ont un admirable motif dcoratif p\r l'arti/e1 qui ramne a9si t\tes les =mes une signification syn?tique de lignes et t\tes les c\leurs des accid5ts du gr& ,prisme qui sans cesse se d=me et se r=me4 ,logiquem5t donc1 ,m4 ,besn>d devait tre un pe9tre de la femme4 ,ici encore s'accuse son s5s du mod]ne4 ,il l'arme d'une p>ure qu'on s5t t]rible6 ,et t\te la /ratgie des volants1 des d5telles1 o le dsir s'lance1 s\ffre1 meurt6 ,et les bij\x qui sont des feux o on se brle6 ,et les lvres qui sont fausses de trop de f>d6 ,*>me de l'artificiel6 ,savant maquillage1 *] comme un beau m5songe6 ,les voil1 les femmes du sicle1 cratures de jeu et de proie4 ,c'e/ le pe9tre qui les habille4 ,c]tes1 il s5t la mode2 s\v5t1 il la dev9e2 mais il ne s'y con=me pas4 ,il ne pe9t jamais un aju/em5t sans le d=m]1 mettre d'accord les plis avec des m\vem5ts de nature4 ,la robe ici df]le comme la m]4 ,telle jupe qui s'enfle e/ copie sur les volutes de la flamme qui monte1 sur les arabesques d'un nuage4 ,les voil donc1 tantt textuelles dans de pre/igieux portraits comme ceux de ,mme ,j\rda91 de ,mme ,lemaire1 tantt un peu imag9aires1 la fois blondes somptueusem5t1 f9em5t brunes1 r\sses surt\t1 ces r\sses dont il n\s a laiss des nus in\bliables3 leur *air t\te mod]ne1 *air un peu v]te comme e/ la *air des r\sses1 d'un v]t de l+e s\s le feuillage2 leur nuque t5tante1 f\ille p> un p9ceau s5suel2 puis encore et surt\t leurs *eveux1 d'un r\x spcial4 ,un r\x o il y a de l'or1 du sang1 une pat9e2 un r\x qui mixture les r\illes de l'automne et celles de la *imie2 un r\x qui e/ de la lumire et de la te9ture1 qui aj\te la beaut de la nature le raff9em5t de l'artifice4 ,ne retr\ve-t-on pas ici encore1 et son insu1 le pe9tre aux influ5ces sci5tifiques8 ,mais ,m4 ,besn>d n'a pas beso91 p\r tre colori/e1 de ces motifs clatants4 ,il l'e/ autant avec du blanc et du noir1 preuve qu'il comm5ce ses portraits p> une grisaille2 preuve aussi ses eaux-=tes qui =m5t une collection admirable1 d'une imag9ation neuve1 d'une lumire aigu1 d'une facture subtile et l>ge2 telle sa srie d'illu/rations p\r le livre intitul ,la ,=ce psy*ique4 ,c> il fait de l'illu/ration comme il fait de la pe9ture monum5tale1 du portrait1 des paysages1 des animaux1 des vitraux1 des eaux-=tes4 ,sans d\te qu'il aurait mme fait de la sculpture1 sans un scrupule de dlicatesse et p\r ne pas entr] en jote avec ,mme ,besn>d1 qui e/ un /atuaire subtil et puissant4 ,t\tes ces =mes alt]natives sont indiffr5tes et familires ce pe9tre qui e/ aussi un gr& arti/e1 c'e/--dire un homme d'ides gnrales1 de s5sations crbrales et n]veuses1 d'imag9ation univ]selle1 et qui ent5d se s]vir de t\s les moy5s d'art p\r exprim] sa p5se ou son rve4 ,n'avions-n\s pas raison de dire1 p> consqu5t1 qu'il tait le contraire de ces spciali/es1 dnoncs p> ,baudelaire1 et de lui appliqu] le jugem5t prononc sur ,delacroix3 ,lui aimait t\t1 savait t\t pe9dre4 ,cette aptitude t\t1 cette fcondit inlassable sont un des signes de la matrise4 ,m4 ,besn>d le possde et1 en outre1 t\tes les autres qualits d'un matre3 fran*ise d'un dess9 sr de lui-mme1 comb9aisons 9dites de lignes1 audace et sci5ce d'un coloris qui clate en h>monies neuves4 ,mais il y a plus3 la pe9ture1 *ez lui1 ne cesse pas d'tre elle-mme p\r exprim] des ides2 et c'e/ a9si qu'il y apporta un lm5t d'absolue n\veaut3 la reprs5tation d'un ,idal selon la ,sci5ce p> des moy5s pla/iques4 ,la ,sci5ce e/ jal\se1 exclusive4 ,le gr& rve du sicle1 'aura t de russir quelque alliance avec elle3 tantt l'accord de la ,sci5ce et de la ,foi2 puis celui de la ,sci5ce et de la ,littrature2 or1 ,m4 ,besn>d a vraim5t ralis l'accord de la ,sci5ce et de l',art4 ,il eut vite fait de r5onc]1 lui1 aux dieux et aux hros de ,delacroix1 lequel ne voyait dans la vie que l't]nel conflit de l'huma9 et du div91 de la ,religion et de l',hi/oire4 ,mais leurs calmes ou tumultueuses tuniques sont un peu le ve/iaire des sicles2 l',art s'y e/ trop s\v5t habill4 ,m4 ,besn>d e/ autrem5t novateur et mod]ne3 avec une vision positivi/e de la vie1 il n\s voque le drame unique de la ,nature o les ,=ces volu5t en des ,=mes et des ,c\leurs *angeantes1 selon une ,loi incommutable4 ,de sorte que s'il fallait (frir un emblme allgorique de son art1 on le tr\v]ait dans un ,?yrse1 orn de fleurs3 le ,?yrse inexorable comme une figure de gomtrie1 les fleurs qui sont t\te la posie de la ,matire4 ,m4 ,,c>ri,,re ,m4 ,c>rire a une conception d'art trs spciale et trs gr&iose4 ,seule1 la signification des tres et des *oses l'intressant1 il inv5ta et ralisa une pe9ture o t\t l'accessoire1 ce qui e/ cont+5t1 temporel1 ce qui e/ de race1 d'poque et de ca/e1 se tr\ve volontairem5t nglig1 ddaign1 p\r n'ab\tir qu' l'ess5tiel et dgag]1 des =mes v>iables1 ce que la vie et la nature ont d'absolu4 ,on dev9e d'emble la maje/ svre d'une oeuvre selon une telle e/htique4 ,dj ,corot avait dit3 ,la lune anoblit t\t1 p>ce qu'elle efface les dtails et ne laisse plus subsi/] que les ensembles4 ,m4 ,c>rire1 qui efface aussi les dtails1 ralise le mme anoblissem5t4 ,ses toiles en pr5n5t galem5t un air lunaire4 ,il y flotte une fume arg5t9e1 une brume de rve1 la c5dre grise envole du sabli] des ,heures4 ,il fait soir dans ses tableaux1 comm5cem5t de soir1 crpuscule int]mdiaire4 ,or t\t se simplifie1 l o rgne le soir4 ,et voici1 en effet1 sur les fonds de crpe1 des figures m]geant444 ,ces figures des tableaux de ,m4 ,c>rire1 il semble qu'on ne les contemple pas elles-mmes1 mais seulem5t leur reflet4 ,elles sont comme ap]ues dans un miroir1 comme ap]ues dans l'eau1 dont c'e/ le propre de se prolong] au del d'elle-mme1 d'aj\t] de l'inf9i aux mirages qu'elle absorbe4 ,elles app>aiss5t dans un recul--e/-ce d'espace ou de temps8 ,sont-elles en exil ou dj po/humes8 ,le pe9tre les voit comme on voit les tres dans l'abs5ce1 comme on les voit dans la mort4 ,je n'aime que ce que g>de le s\v5ir1 dit-il4 ,et c'e/ cela seulem5t qu'il pe9t3 ce qui re/e des tres dans la mmoire1 c'e/--dire le songe d'eux-mmes1 mo9s ce qu'ils sont que ce que n\s les v\lions1 avec des traits purs1 et comme situs la ligne d'horizon du temps et de l't]nit4 ,c'e/ p\rquoi mme ses nus1 des nus d'une beaut s\v]a9e1 n'ont plus ri5 de *>nel1 encore mo9s de sexuel4 ,ces femmes1 dont le ge/e abdique jusqu' leur d]ni] l+e1 ont l'air simplem5t de se d%abill] de la vie et de r5tr] dans la ,nature4 ,la ,nature t]nelle1 voil la bonne conseillre o ,m4 ,c>rire s'inspire4 ,il n'a fait que reg>d] aut\r de lui4 ,c'e/ son propre foy] qu'il a transsub/anti en art4 ,il a t\t simplem5t utilis la compagne de sa vie1 aux nobles traits1 et ses enfants eux-mmes1 p\r compos]1 en c5t toiles p5sives1 cet ensemble qu'on p\rrait appel] le ,pome de la ,mat]nit4 ,il a pe9t la ,sa9te ,famille laque4 ,grce naturelle des enfants6 ,t5dresse att5tive des mres6 ,mais ce ne sont pas seulem5t des mres qu'il a v\lu r5dre2 en gnralisant le modle1 il a reprs5t la mre3 fonction augu/e1 c>actre sacr1 sac]doce huma94 ,il a m5 son art jusqu'au type1 dans ce qu'il a d'immuable4 ,la mre qu'il pe9t inc>ne le total de l'am\r mat]nel4 ,elle a des ge/es rsumatoires4 ,quelles admirables tre9tes1 t5dres et passionnes1 le pe9tre a tr\ves6 ,quels cont\rnem5ts des ma9s p\r ent\r] et press]6 ,les ma9s des mres1 *ez lui1 sur les visages des enfants1 sont des f]moirs qui ont l'air de s]r] un trsor4 ,ces ma9s sont des ailes aussi1 avec des allongem5ts1 des appuiem5ts qui c\v5t444 ,les ma9s6 c'e/ ce qu'il y a de plus trange et vocateur1 dans les oeuvres de ,m4 ,c>rire4 ,nul1 peut-tre1 p>mi les pe9tres de t\s les ges1 n'aura compris1 comme lui1 l'importance des ma9s1 leur signifiance1 les my/res de l'me qu'elles lucid5t en mme temps que le visage2 les ma9s qui sont les *os du visage1 trahiss5t1 r5seign5t p> leur pleur1 leurs =mes1 leurs lignes4 ,e/-ce qu'il n'y a pas des signes nigmatiques dans les ma9s1 qu'on d*iffre1 qu'on int]prte1 grimoire de nos de/9es1 gographie my/rieuse des passions4 ,m4 ,c>rire a s5ti cette importance des ma9s p\r la c>actrisation de l'tre4 ,aussi a-t-il fait des tudes de ma9s1 p> c5ta9es1 analyses1 tudies1 lues1 en une sorte de *iromancie de la pe9ture4 ,m4 ,c>rire1 p>mi ces attitudes de ma9s1 t\j\rs neuves et significatives1 a tr\v1 entre autres1 un si joli ge/e1 une si c>essante bifurcation au poignet1 comme d'une bran*e qui se cont\rne4 ,c'e/ dans les plantes qu'il a vu ce ge/e4 ,c>1 p\r lui1 les plantes sont des tres4 ,les tres sont des plantes4 ,n\s t5ons aussi la t]re1 mais nos rac9es1 n\s les portons1 dit-il1 avec ce lyrisme pan?i/e dont on s5t en lui la s\rce inf9ie et qu'il pan*e en p>oles c\rtes1 saisissantes1 brusques1 la b\*e ouv]te et l'air dta*1 comme ces gr&s monts receleurs de fleuves1 qu'ils di/ribu5t en petits ruisseaux int]mitt5ts4 ,pan?i/e1 il l'e/ vraim5t1 au po9t que ce sont des tudes de nature1 prises en ,bretagne1 qui lui ont surt\t s]vi p\r son magnifique tableau3 ,le ,?tre de ,belleville4 ,la salle non plus n'e/ pas close1 pas plus que ses esquisses de paysages dont les *em9s cont9u5t1 vont ailleurs4 ,et ces m>9es du ,f9i/re1 les voici transposes p\r pe9dre le peuple en rem\s au spectacle4 ,e/-ce que la f\le n'e/ pas la h\le8 ,et le pe9tre lui donne aussi un m\vem5t de flux et de reflux1 des obscurcissem5ts ici1 avec des acc5ts sans visages1 et plus lo9 des lumires brusques sur c]ta9s gr\pes qui sont l'cume au soleil de cette masse4 ,or le drame se dr\le dans le clair-obscur1 la bue tr\ble444 ,le peuple1 avec son me +nue1 se passionne1 se donne t\t enti]4 ,il n'y a plus un public4 ,il y a une f\le qui n'e/ plus qu'une seule p5se1 une seule volont1 une seule me4 ,unification m]veilleuse6 ,lombroso a p>l du crime des f\les4 ,voil p\r l'action4 ,mais comm5t ralis] la consci5ce des f\les8 ,m4 ,c>rire y a russi2 il a pe9t une f\le 7et cela n'tait possible qu'avec le peuple7 r5tre dans la ,nature1 dev5ue p\r a9si dire un lm5t1 et qui se meut s\s le drame1 comme la m] s\s la lune4 ,m4 ,c>rire a pe9t aussi des portraits4 ,de la f\le1 il *]*a dgag] la s5sibilit2 des individus1 l'intellectualit4 ,c'e/ p\rquoi il ne s'atta*a r5dre--soit dans des portraits l'huile1 soit dans une srie de li?ographies--que quelques arti/es d'lite1 des criva9s1 des potes3 ,daudet1 ,v]la9e1 ,edmond de ,gonc\rt qui s'y reconnaissait comme model dans du clair de lune1 disait-il4 ,effigies qui racont5t t\te la vie crbrale du modle1 tonnantes biographies1 qui sont en mme temps des syn?ses1 p\r a9si dire1 de la condition huma9e et de la condition de l'art1 en ce crpuscule d'un ge orageux4 ,a9si ,c>rire l>git la signification de *acune de ses oeuvres1 qui n'e/ plus isole p> son cadre4 ,elle communique avec t\te la vie morale et sociale4 ,*ez lui1 un portrait d'arti/e fait p5s] aux oeuvres1 l'anxit de la production1 aux luttes1 la gloire4 ,une scne de mat]nit voque l'am\r1 les cra9tes t5dres1 les maladies infantiles1 la rapidit du temps qui va bi5tt t\t *ang]1 qui fait gr&ir les uns et m\rir les autres4 ,les tableaux de f\le et de passants1 en grisaille1 racont5t le labeur1 la m>*e aveugle dans la brume du de/9 o *acun se s5t seul444 ,a9si t\j\rs l'art de ,m4 ,c>rire simplifie jusqu'aux ides gnrales1 et c'e/ le miracle de son haut tal5t de se projet] au del de lui-mme en re/ant soi1 d'enf]m] tant de philosophie dans des =mes qui ont dj leur f9 en elles-mmes4 ,m4 ,,jules ,,*,,ret ,celui-ci e/ un apporteur de neuf4 ,il a conquis l'art une prov9ce n\velle4 ,il cra l'affi*e arti/ique2 et t\te la pliade d'auj\rd'hui3 les ,grasset1 les ,t\l\se-,lautrec1 les autres--n'a fait que le suivre dans la voie ou il e/ un matre4 ,c'e/ en ,anglet]re1 pays de la rclame et de l'imag]ie1 o il habita longtemps1 que l'ide lui en v9t4 ,mais cette ide anglaise1 il l'exprima avec le gt suprme et l'esprit endiabl du ,p>isi5 qu'il e/4 ,le mlange en demeure app>5t4 ,m4 ,*ret veut faire un art gai3 papillons et falbalas6 ,il a mme1 dans son ateli]1 une collection de papillons1 qu'il dcl>e les plus beaux modles4 ,son idal de la joie 7le pe9tre de la joie1 a-t-on dit de lui71 et aussi son idal du m\vem5t1 sont des apports bi5 p>isi5s4 ,la femme qu'il a inv5te1 la femme de ,*ret1 dira l'av5ir1 trophe de n]fs et de *iffons1 avec sa grce inne1 son corps onduleux1 sa b\*e en oeillet1 ses *eveux d'un blond de v9 qui m\sse1 e/ exclusivem5t p>isi5ne4 ,c'e/ p\r cela sans d\te que si s\v5t1 l'trang]1 n\s avons tr\v *ez les e/htes1 les p]sonnes de gt1 telle affi*e de lui1 tel pa/el4 ,villi]s de l',isle-,adam1 dans un de ses contes d'extraord9aire imag9ation1 proposait l',etna *ez soi4 ,possd] une oeuvre de ,m4 ,*ret1 c'e/ avoir1 *ez soi1 ,p>is4 ,mais si son idal de la joie e/ t\t franais1 ce qui vi5t de ,londres c'e/ la qualit de cette joie1 s\v5t dt]m9e p> le s\v5ir des ,ed5s et conc]ts londonni5s1 c'e/--dire alors une gat plutt britannique1 cette gat maquille1 ds>ticule1 qui rit comme *at\ille jusqu' en devoir m\rir1 et qu'on cra9t obligatoire la faon de celles des cl[ns4 ,il y a mme dans son oeuvre un po9t de jonction des deux influ5ces1 qui e/ curieux3 un j\r1 p\r l'illu/ration du ,pi]rot ,sceptique de ,,mm4 ,huysmans et ,h5nique1 ,m4 ,*ret inv5ta le ,pi]rot en habit noir1 le ,pi]rot que ri5 ne rj\it plus4 ,ce ,pi]rot en demi-deuil n'e/ autre que le ,gilles franais de ,watteau qui a pris1 ,londres1 le frac macabre des ,hanlon-,lee4 ,n'importe6 il faut amus]4 ,le gaz s'allume aux faades de plaisir4 ,l'or*e/re *ante4 ,l'affi*e aussi sonne sa fanf>e de c\leurs p\r la p>ade de la porte4 ,et quel cuivre sonore que ce joli jaune si aigu1 si spcial dans t\tes les affi*es de ,m4 ,*ret4 ,il exi/e un bleu dont je meurs1 ,p>ce qu'il e/ dans les prunelles4 a dit f9em5t ,m4 ,sully-,prudhomme4 ,il e/ un jaune dont je ris p>ce qu'il e/ dans ses affi*es--un jaune ravigotant comme la pelure des citrons4 ,sur la pi]re li?ographique que l'arti/e prp>e p\r le tirage de ses affi*es1 il met t\j\rs ce jaune1 avec du r\ge1 avec du bleu4 ,trois c\leurs seulem5t1 primordiales1 sont possibles4 ,il les pose en trois motifs pr9cipaux qu'il gradue1 nuance1 augm5te1 dgrade--sur la maquette d'abord1 traite en g\a*e1 avec des frottis de pa/el1 puis sur la pi]re o il transporte cette maquette4 ,mais l'oeuvre de ,m4 ,*ret ne se compose pas seulem5t de ses admirables affi*es4 ,p> elles1 il se dev9ait dj un dcorateur de race1 puisqu'il en orna les murs avec un s5s dcoratif l>ge1 dli1 exp]t aux lignes h>monieuses4 ,depuis1 son tal5t s'e/ agr&i extraord9airem5t4 ,aprs ses affi*es1 fantaisies un seul p]sonnage1 il se mit faire de la pe9ture l'huile1 des dcorations proprem5t dites1 comdies %akespe>i5nes avec de multiples acteurs1 des m\vem5ts de f\le3 une p\r le muse ,grv91 seulem5t l'tat d'esquisse1 qui =m]a une alle de danseuses1 les bras levs en vote2 une p\r l',htel-de-,ville qui orn]a t\te une salle d'un dploiem5t d'enfants et de figures heureuses2 une autre encore1 t]m9e1 p\r la dcoration d'une villa ,evian1 qui con/itue un dlicieux ensemble3 plafond1 panneaux de salle mang]1 portes1 et trumeaux--sans compt] une srie de m]veilleuses sangu9es p> quoi ,m4 ,*ret s'affirme directem5t en filiation avec les matres du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,t\j\rs des ,ftes ,galantes1 des jubils de joie1 o des gr\pes d'apo?ose s'enlac5t et se ds5lac5t4 ,le ,gilles de ,watteau se croyait p]du en ce sicle morose1 et en exil puisqu'il n'tait pas comme les autres444 ,il n'e/ plus seul4 ,il en a retr\v qui lui ressembl5t4 ,un autre ,watteau s'occupe de lui4 ,et il y a encore des pts succul5ts1 des feux blancs qui ne sont plus ceux du clair de lune1 mais s'en rappro*5t444 ,lumires lectriques1 d\ces qu& mme1 et qui lui laiss5t sa pleur un peu v]te1 laquelle il ti5t444 ,les ,colomb9es l'aim5t a9si444 ,c> les ,colomb9es aussi sont rev5ues1 innombrables ma9t5ant4 ,elles dans5t des s>ab&es aut\r de lui4 ,elles l'atta*5t avec des *anes de roses4 ,t\t t\rne4 ,e/-ce cause du v9 trop blond8444 ,ou des *eveux blonds aussi8 ,e/-ce de suivre la ronde inf9issable en ce plafond qui fe9t d'tre ovale mais l'entrane qu& mme1 et entrane les ,colomb9es et les entrane t\s1 en un c]cle probablem5t vicieux4 ,pi]rot e/ ivre un peu4 ,il fait des calemb\rgs4 ,et la ronde cont9ue au plafond--,olympe de joie1 dans un recul et comme au del de notre atte9te4 ,c> ,m4 ,*ret1 aprs un dess9 m9utieux de *aque figure1 a so9 d'e/omp]1 d'effac]1 af9 que l'impression soit plus vaporeuse et ferique--,il s'agit bi51 en effet1 d'un spectacle vu comme un rve1 quelque *ose d'lectrique1 de lunaire1 de phosphoresc5t2 les =mes qu'on entrevoit p>fois dans les flammes bleues du pun*2 les jeux f\s de la c\leur s\s des clairages artificiels4 ,t\t cela1 ,m4 ,*ret s'y v]tua4 ,il l'avait dj indiqu en quelque pa/els1 ses premires dcorations4 ,or1 un j\r1 voici que surgit une imprvue danseuse2 cette ,loe ,full] 7dont il fit d'ailleurs ma9tes affi*es et pe9tures7 qui1 mo9s femme qu'oeuvre d'art1 montra s\da91 ralises1 t\tes ses re*]*es4 ,qui oubli]a l'extraord9aire spectacle8 ,miracle d'incessantes mtamorphoses6 ,la ,danseuse pr\va que la femme peut1 qu& elle le veut1 rsum] t\t l',univ]s3 elle fut une fleur1 un arbre au v5t1 une nue *angeante1 un papillon gant1 un j>d9 avec les plis dans l't(fe p\r *em9s4 ,elle naissait de l'air rose1 puis s\da9 y r5trait4 ,elle s'(frait1 se drobait4 ,elle allait1 soi-mme se crant4 ,elle s'habillait de l'arc-en-ciel4 ,prodige d'irrel6 ,rem\s de tissus6 ,robe en feu1 p>eille aux flammes o se ca*e ,brunehilde et qu'il faut trav]s] p\r la conqurir4 ,m4 ,*ret s'en en?\siasma3 elle lui donnait raison4 ,e/-ce que lui-mme ne faisait pas1 bi5 aup>avant1 du ,loe ,full] pe9t8 ,or1 de son ct1 il avait r5du dj la posie des c\leurs en m\vem5t1 ce qui se dcolore et qui se recolore s\s des clairages factices1 des feux de ,b5gale1 des projections de lumires fondantes4 ,ses oeuvres aussi sont de la danse3 des feries1 des pantomimes1 des ballets4 ,tantt1 dans les affi*es1 ils se j\5t en ple9 air1 la cl>t crue du j\r2 tantt1 dans les pa/els et les pe9tures dcoratives1 o rgne un j\r de ?tre1 ils sembl5t corrobors p> des feux de rampes4 ,figures en rve1 s>ab&es de lettres1 c>naval qui se dhan*e1 rit1 s'excite1 mais dont on s5t--et c'e/ la philosophie suprieure de cet art--qu'il va s'a*ev] dans une aube livide comme la mort4 ,m4 ,,claude ,,monet ,un des gr&s pe9tres actuels1 p\r ceux qui e/im5t que la pe9ture se suffit elle-mme1 n'a pas p\r objet d'exprim] des ides1 des s5sations littraires1 mais possde une volupt propre1 dgage une posie qui e/ si5ne1 avec le seul pre/ige des lignes heureuses1 des c\leurs subtiles et accordes4 ,la ,nature entire e/ nature morte p\r un pe9tre d'une telle e/htique1 qui1 alors1 e/ surt\t un oeil1 une rt9e m]veilleusem5t s5sible1 un oeil contre lequel1 dans la tempe1 e/ blotti un *eveau de n]fs1 comme une tlgraphie magique qui communique avec t\tes les nuances de l'air4 ,mme au physique1 ,m4 ,claude ,monet se c>actrise p> un oeil extraord9airem5t mobile qui1 dans son va/e visage de srnit1 luit1 vrille1 s'br\e1 e/ r9c de rayons1 f\rmille1 miroite1 semble taill facettes et avoir aussi les spasmes de lumire du diamant4 ,c'e/ peut-tre la premire fois1 dans l'hi/oire de l'art1 qu'un tel oeil s'e/ pos sur le paysage4 ,et voil p\rquoi ,m4 ,claude ,monet a r5\vel la pe9ture de paysage4 ,c'e/ a9si *aque fois que p>at un arti/e orig9al4 ,qu& ,banville p>lait de la rose1 c'tait comme s'il et t le premi] pote ayant vu la premire rose4 ,p\r ,m4 ,claude ,monet1 *aque paysage qu'il pe9t a l'air d'avoir t reg>d p\r la premire fois p> un pe9tre4 ,et la s5sation de nature e/ p\r n\s aussi1 dans ses toiles1 t\t ins\ponne et t\te vi]ge4 ,c'e/ cause de cette n\veaut de vision que le pe9tre fut longtemps mconnu4 ,on refusa ses envois aux ,salons4 ,son ,djeun] sur l'h]be1 admis celui de #ahfd1 y provoqua des colres ou des rires4 ,on sait le mot fameux de ,cabanel sur cet exquis ,corot3 ,les ,corot8 ah6 oui444 a se fait avec le grattage de nos palettes4 ,a plus =te raison1 lui et ses p>eils dur5t jug] a9si les premires oeuvres de ,m4 ,claude ,monet4 ,seuls ,gauti] et ,daubigny fur5t bi5veillants1 et surt\t ,manet qui1 lui1 se montra en?\sia/e4 ,cette amiti de ,manet s'explique d'autant plus1 que son propre art en bnficia4 ,si1 au db1 ,m4 ,claude ,monet subit un peu l'influ5ce de ,manet1 il e/ plus vrai de dire que ,manet subit l'influ5ce de ,m4 ,claude ,monet1 p\r t\te la seconde p>tie de son oeuvre4 ,on voit presque le mom5t prcis o l'afflu5t se mla au fleuve en m>*e4 ,c'e/ que ,m4 ,claude ,monet surt\t1 son insu et de p> son in/9ct1 fut un gr& novateur4 ,c'e/ lui qui cassa les vitres des ateli]s1 ralisa dans sa totalit ce que le ple9 air p\vait aj\t] de frmissem5t et de vibration lum9euse la pe9ture4 ,c'e/ lui qui cl>ifia la palette1 la nettoya des ocres1 des obscurcissem5ts sculaires1 et fixa enf9 sur la toile t\te la lumire1 grce sa te*nique du ton simple1 du ton fragm5taire1 pos p> t\*es brves et successives4 ,la pe9ture a suivi a9si p>alllem5t la sci5ce1 les expri5ces de ,rood1 les tudes de ,*evreul4 ,t\tes les c\leurs associes donn5t le noir4 ,p> consqu5t1 le mlange des tons sur la palette e/ un a*em9em5t v]s le noir4 ,il fallait donc ne pas mlang] les tons1 p\r obt5ir t\te la lumire4 ,m4 ,claude ,monet y a russi4 ,il a saisi jusqu'aux plus f9es s5sibilits de l'atmosphre1 p> sa dcomposition des tons4 ,on peut dire qu'il apprivoisa la lumire1 sans que ce ferique oiseau1 aux ailes c\leur du prisme1 ait p]du une plume ou un duvet entre ses doigts4 ,dlicat et puissant1 l'arti/e a accumul une oeuvre norme1 peignant ,giv]ny1 dans le ,midi1 ,antibes1 ,arg5teuil1 dans la ,creuse1 dans les neiges du ,nord1 les prs de ,holl&e2 mais ce ne sont pas seulem5t des m>9es qu'il a pe9tes1 des dbcles de fleuves gels1 des rives de la ,se9e1 des j>d9s de tulipes1 des aspects de g>es nocturnes1 des rues livides de banlieue p>isi5ne1 des brumes londoni5nes1 des sries de peupli]s1 de meules1 de ca?drales1 de falaises1 sans compt] ses m]veilleux paysages d'eau1 avec t\t le maquillage1 le tat\age enfivr des reflets4 ,outre cela1 ce qu'il a pe9t1 et pr9cipalem5t pe9t1 c'e/ ce qu'il y avait entre le motif de *aque tableau et lui-mme1 c'e/--dire l'atmosphre4 ,il a pe9t surt\t ce que les pe9tres avai5t pe9e vu3 l'air1 ce qui ent\re les objets et qui n\s en sp>e1 ce qui les modle1 ce qui les c>actrise4 ,les sites et la vie elle-mme v>i5t selon l'tat du ciel1 le caprice des nuages1 la j\rne asc5dante ou au dcl94 ,or ,m4 ,claude ,monet1 en mme temps que tel paysage1 pe9t aussi l'heure qu'il e/1 l'heure o il le voit2 il exprime donc sa vrit t]nelle et sa vrit phmre1 comme d'une figure dont on fix]ait les lignes1 et1 de plus1 le m\vem5t4 ,l'aprs-midi1 le paysage e/ dj diffr5t de ce qu'il tait le mat94 ,t\t l'clairage atmosphrique a *ang4 ,aussi1 le pe9tre ne travaille que quelques heures au mme effet4 ,le l5dema91 il repr5d la toile un mom5t id5tique et de c>actre analogue4 ,il *elonne p>fois plusieurs tableaux1 qui racont5t a9si les volutions de la j\rne4 ,il faudrait cra9dre que cette conception d'art ne se condamnt elle-mme l'improvisation1 s'il n'y avait pas la mmoire1 qui emmagas9e et vi5t guid]1 corrig]1 les j\rs suivants1 p> le s\v5ir de la premire p]ception4 ,art t\t spontan1 et p> consqu5t 9puisable que celui de ,m4 ,claude ,monet1 qui1 avec son p9ceau pre/igieux comme un ar*et1 tira1 des sept c\leurs1 d'inf9ies v>iations4 ,m4 ,claude ,monet e/ le ,pagan9i de l'arc-en-ciel4 ,m4 ,,raffaelli ,m4 ,raffaelli e/ un exemple topique l'appui de la ?orie sur l'influ5ce des milieux que ,ta9e prconisa4 ,p\r avoir habit longtemps ,asnires1 p\r avoir vcu dans cette zone int]mdiaire qui sp>e les gr&es villes de la ple9e campagne1 il se mit pe9dre la banlieue et y tr\va une voie fconde1 neuve1 indf9ie4 ,surt\t que la banlieue p>isi5ne e/ spcialem5t significative1 m\vante1 avec ses t]ra9s nus1 pels1 ravags1 comme si une bataille s'y tait livre4 ,et n'e/-ce pas la frontire1 en effet1 o la ,nature et la ville se joign5t1 se heurt5t1 lutt5t1 se dcim5t l'une l'autre1 au po9t qu'on ne sait1 en f9 de compte1 laquelle des deux l'emporte8 ,e/-elle urba9e1 cette rgion contam9e o les maisons se db&5t1 ou les rues meur5t ina*eves8 ,e/-elle rurale1 cette t]re dont l'h]be e/ rase1 les arbres mal+res1 les *amps jon*s de dtritus et habills de la fume noire des us9es8 ,mais1 p\r un pe9tre1 quel c>actre dans cette banlieue6 ,or ,m4 ,raffaelli1 de p> son tal5t raisonneur1 logique1 devait surt\t aim] les aspects dont il s]ait possible de =mul] avec prcision le c>actre4 ,il a l'esprit trop =mel p\r ab\tir des syn?ses ou des symboles4 ,ce s]ait un pe9tre plutt rali/e1 encore qu'il ait expos1 nagure1 avec les impressionni/es1 dans le gr\pe desquels on le confondit4 ,mais1 en ralit1 il n'e/ d'aucune cole4 ,sa p]sonnalit e/ unique2 ce doma9e d'art de la banlieue lui e/ propre1 et son e/htique aussi1 qui le lui a fait exploit] avec acuit et avec quelque *ose de la ma9 dcide des *irurgi5s4 ,c'e/ que cette t]re suburba9e a p\r lui un visage1 un corps p\r a9si dire4 ,t]re malade1 que des anmies1 des canc]s1 des ar?rites rong5t4 ,le pe9tre suit les lignes du t]ra9 comme des muscles4 ,son p9ceau a des rigueurs qui dissqu5t4 ,il dtaille l'anatomie du sol4 ,il va jusqu' l'ossature4 ,et mme dans la c\leur1 voici des bleus de misre et de froid1 des r\ges de d>tre444 ,et les plis des t]ra9s s'accord5t avec les plis des vtem5ts4 ,c> ces contres suspectes sont occupes p> quelques figures3 un rdeur1 un *iffonni]1 un t]rassi] 7p>fois aussi un vieux *eval74 ,or1 ceux-ci ne sont-ils pas1 leur t\r1 comme une banlieue d'humanit8 ,epaves de la gr&e ville1 va9cus p> elle1 et incapables1 d'autre "p1 de r5tr] dans la simple vie des *amps1 qui comm5ce plus lo94 ,ces corps en ru9e1 aussi ravags que les t]ra9s1 ces haillons aussi dcolors que les cultures1 ,m4 ,raffaelli excelle mmem5t les exprim]1 mais sans apitoiem5t p\r ces exi/5ces vagabondes1 t\j\rs avec la mme rigueur d'me et de dess91 qui ne se proccupe que de dgag] leur c>actre avec s9crit4 ,la s9crit1 voil la qualit dom9ante de ce bel arti/e4 ,et l'ori5tation de son oeuvre mme n\s en f\rnit une preuve curieuse4 ,il peignit la banlieue tant qu'il vcut ,asnires4 ,or1 depuis ces d]nires annes1 il e/ rev5u habit] ,p>is4 ,eh bi56 r5tr ici1 il eut des yeux neufs--ce ,p>isi5 de ,p>is1 p\rtant--ou1 du mo9s1 des yeux r5\vels p> l'abs5ce1 p\r reg>d] la ville1 les rues1 les b\lev>ds1 les passants4 ,et le pe9tre de la banlieue e/ dev5u le pe9tre de ,p>is4 ,intressant avat> o son e/htique foncire subsi/a2 c> il *]*a encore pe9dre les div]s qu>ti]s en exprimant surt\t leur c>actre di/9ctif3 une toile e/ le qu>ti] ,sa9t-,sulpice1 discret et ecclsia/ique2 une autre1 les ,*amps-,elyses1 d'lgance monda9e1 m\vem5te1 avec de ri*es n\rrices pavoises comme des glettes2 une autre encore1 la place de la ,rpublique1 d'aspect m>*& et populaire4 ,et t\te une srie s'en*an]a4 ,cette volution pr\ve combi5 ,m4 ,raffaelli e/ s9cre et combi5 aussi il e/ *]*eur4 ,il r5tre mo9s que p]sonne--quoiqu'on le suppose le pe9tre attitr et exclusif de la banlieue--dans le cas de ces pe9tres spciali/es que ,baudelaire dnonait avec raison4 ,lui1 au contraire1 s'e/ a*em9 dans t\s les s5s3 outre des paysages de ville et de faub\rgs1 il a pe9t les petites g5s1 des fleurs1 le monde des cafs-conc]ts1 des portraits1 celui de de ,gonc\rt qui e/ au ,muse de ,nancy1 ceux de monda9es dont il a russi les luxueuses p>ures avec le mme p9ceau qui peignait des haillons4 ,et t\tes les matires3 huile1 aqu>elle1 pa/el1 crayon1 sans compt] le bur91 c> il fait des eaux-=tes1 entre autres des eaux-=tes en c\leur dont il opre lui-mme le tirage4 ,et de la sculpture aussi1 o il essaya d'innov]1 de crer en bronze des sortes de bas-reliefs aj\rs qu'on p\rrait susp5dre au mur des app>tem5ts comme des tableaux4 ,qu'e/-ce qu'il n'aborda pas encore8 ,il essaya de la f]ronn]ie1 des bij\x qui tai5t de va/es fleurs1 d'inquitants animaux4 ,enf9 il manie la plume1 ami des criva9s1 crivant lui-mme4 ,il consigna de nombreuses notes et p5ses sur l'art1 qu'il publi]a peut-tre un j\r4 ,il suit en cela la tradition de ma9ts gr&s arti/es3 e/-ce que ,mi*el-,ange1 ,qu5t9-,metzys et1 de nos j\rs1 ,from5t91 n'ont pas pratiqu ces cumuls8 ,les =mes d'art sont les moy5s d'expression d'une me arti/e4 ,mais cette me surt\t importe1 et l'oeuvre d'art n'intresse mme que p>ce que une oeuvre d'art e/ un tat d'me1 selon la df9ition que ,m4 ,raffaelli en a tr\ve1 et dont t\te son oeuvre1 aigu et pittoresque1 e/ la confirmation1 puisqu'il s'y raconte lui-mme s\s la =me de sites et de passants qui n'avai5t de joie ou de tri/esse que la si5ne4 ,m4 ,,james ,m4 ,n4 ,,:i/l] ,pe9tre amrica91 habitant ,londres1 il fut aussi naturalis p>isi51 surt\t depuis qu'il apporta comme don de ,joyeuse-,entre1 p\r le muse du ,luxemb\rg1 ce *ef-d'oeuvre3 ,portrait de la mre de ,:i/l]4 ,quelle ligne h>die et neuve que celle de ce long corps pe9e entrevu dans la robe noire6 ,et quelle pntration psy*ologique3 l'me mme remonte au visage1 c> c'e/ elle qui claire de son rose de c\*ant les j\es que l'ge a faites ples4 ,et ces blancs si *a/es3 celui du bonnet de d5telle1 celui du m\*oir t5u en ma9 avec ce ge/e1 on dirait1 d'une premire communiante6 ,e/-ce que la vieillesse ne ramne pas la puret initiale8 ,et le noir pr(ond1 m\*et de fleurettes1 de la t5ture1 cette t5ture significative d]rire laquelle on s5t que t\te la vie de la femme frissonne encore1 mais s'loigne1 s'oublie6444 ,et p\r raccord] ces blancs et ces noirs1 le gris d'ensemble qui adhre aux murs1 flotte en bue1 propage ses s\rd9es1 unifie sa c5dre morte1 comme s'il tait au dehors1 la c5dre des annes envole du coeur mat]nel6 ,dans ce portrait d'une beaut sans date et qui porte dj comme un air d't]nit1 la pat9e anticipe des sicles1 ,m4 ,:i/l] s'exprima avec une s9crit1 une motion1 qui1 du c\p1 le m5r5t jusqu' la gr&eur1 lui qu'on imag9ait seulem5t compliqu1 arrangeur de gt suprme1 et d'un subtil d&ysme d'art et d'esprit4 ,d&y1 c]tes1 il le fut t\j\rs4 ,et p> ses attitudes1 son mpris du naturel1 ses dda9s1 son esprit cruel1 on ne sait quoi de ?tral et d'artificiel1 il fait p5s] ,b>bey-d',aurvilly1 exgte du d&ysme4 ,il y fait p5s] aussi p> sa combativit t\j\rs en veil4 ,ses dmls fur5t mmorables4 ,il vcut en gu]re contre ,burne-,jones et les prraphalites1 dont l'art1 son avis1 e/ trop littraire1 peu orig9al1 et ne fait que recomm5c] les primitifs4 ,on sait aussi son procs contre ,rusk91 l'illu/re critique4 ,de t\t cela1 e/ rsult un livre3 ,le d\x art de se faire des ennemis1 dit avec un luxe unique et cette re*]*e e/htique que ,m4 ,:i/l] apporte t\t4 ,il y a l1 entr'autres1 le ,t5 o'clock1 caus]ie faite ,londres et ,ox=d4 ,oui1 n\s obs]vait-il1 j'ai v\lu1 aprs que t\t le monde avait dit ce qu'il p5sait de cet homme1 que cet homme v9t dire ce qu'il p5sait de t\t ce monde4 ,ce dut tre un spectacle piquant que d'assi/] la lecture de ce f9 et mordant brviaire d'art1 acc5tu p> t\te la mimique savante de l'auteur et son physique trange3 l'oeil luit d]rire un monocle1 la b\*e se retr\sse en rose *iffonne1 une lg5daire petite m*e blan*e1 unique1 s'insurge en aigrette dans la *evelure plus fonce2 il rit p> saccades1 et une malice ptille sur t\t son visage1 ce visage t\rm5t1 ouvrag comme un ivoire japonais4 ,n'e/-il pas biz>re1 ce gt du bruit et des alg>ades avec la f\le1 *ez un pe9tre dont l'art e/ si ari/ocratique8 ,c'e/ peut-tre qu'il aime la bataille la faon d'un sport1 et s'amuse de ses ennemis comme d'un tir aux pigeons4 ,aprs quoi il r5tre dans le rve4 ,ses tableaux sont des rves de la c\leur4 ,d'abord cause de son gris unique3 on dira un j\r le gris de ,:i/l]1 comme le r\x de ,rembr&t1 le rose de ,fragon>d4 ,ce gris indf9issable e/ fait de t\tes les nuances4 ,un peu blanc1 un peu bleu1 un peu v]t4 ,qu& on reg>de un de ses tableaux1 c'e/ comme si on entrait au d$ans d'une p]le4 ,gris de brume et de lo9ta9s1 mo9s inv5t p\rtant qu'obs]v et copi4 ,c'e/ le gris t5dre des ctes d',anglet]re1 la c\leur de la m] du ,nord et du ciel qui1 l't1 e/ au-dessus1 ce gris d'horizon o le bleu ple du ciel et le v]t ple de la m] s'uniss5t et ne font plus qu'un4 ,nuance subtile et bi5 d'accord avec les s\rd9es et les pnombres auxquelles le pe9tre se complait4 ,il e/ le symphoni/e des demi-te9tes1 le musici5 de l'arc-en-ciel4 ,nul n'a mieux compris les rapports my/rieux de la pe9ture et de la musique3 sept c\leurs comme il y a sept notes1 et la faon d'en j\]1 avec ce qu'on p\rrait appel] les dises et les bmols du prisme4 ,et comme telle symphonie e/ en r1 telle sonate en la1 ses tableaux aussi sont or*e/rs selon un ton1 p> exemple la ,dame l'iris1 fleur mauve pose dans la ma9 de la femme comme une note et signifiant que t\t le portrait s]a une polyphonie colore des lilas et des violets4 ,ce qui prcise mieux encore cette curieuse e/htique1 ce sont les titres de c]ta9es petites toiles1 figurant des crpuscules de ,v5ise ou de ,londres1 qu'il intitula lui-mme des ,nocturnes1 p>alllem5t ceux de ,*op91 mais d'un ,*op9 s]e9 et qui rve au lieu du ,*op9 malade et qui pleure2 titres significatifs3 ,nocturne en bleu et arg5t2 nocturne en bleu et or4 ,c'e/ t\j\rs le ton des horizons m>itimes d',anglet]re1 ici dev5u plus bleu1 comme il devi5dra plus gris dans des tableaux d'intrieur o les p]sonnages volu5t p>mi le clair obscur du crpuscule en c5dre4 ,en cela il e/ bi5 du pays o il se fixa et dont il porte p>t\t le ciel dans ses yeux4 ,de mme1 dans ses admirables portraits1 ceux de ,c>lyle1 de miss ,alex&]1 de ,s>asate1 son portrait p> lui-mme1 et les autres1 et t\s1 il se rvle de son pays d'orig9e1 de cette inquitante ,amrique1 de la race qui a produit ,edg> ,po4 ,les modles en sont obsdants4 ,surt\t les femmes1 qui1 t\tes mod]nes et mme en toilettes de bal1 hant5t aussi comme des ,ligeia et des ,morella1 m]geant1 en app>itions1 du crpuscule des fonds4 ,il y a de l'nigme dans t\s les p]sonnages de ses portraits4 ,on ne sait s'ils r5tr5t dans la vie ou s'ils en sort5t presque4 ,ils sont la ligne d'horizon o tombe le j\r de l't]nit4 ,ils ont l'air anoblis p> l'abs5ce1 dj dans le recul du temps1 presque po/humes eux-mmes4 ,ils sont ce qu'ils aurai5t d tre1 ou ce qu'ils devi5dront4 ,et c'e/ sans d\te p\r ne po9t drang] cette atmosphre halluc9e1 un peu somnambulique1 de ses oeuvres1 que ,m4 ,:i/l]1 s\v5t1 se g>de d'y introduire la ralit trop =melle de son nom4 ,comme sa manire e/ t\t de suite vid5te et son orig9alit unique1 il signe d'un emblme qui e/1 p\r lui1 une signature suffisante3 une sorte de papillon immobile1 petit vol fantomatique--comme s'il signait de son me4 ,,sculpteurs ,m4 ,,rod9 ,m4 ,rod9 e/ un des r>es hommes de gnie actuels4 ,nul n'aura davantage rvolutionn son art1 si ce n'e/1 quant la posie1 ,victor ,hugo auquel il fait song]4 ,grce lui1 la sculpture e/ dev5ue le drame1 c'e/--dire quelque *ose de vivant et d'huma91 au lieu de la tragdie compasse1 de l'art d'hypoge1 qu'elle tait4 ,la sculpture antrieure en tait arrive quelques attitudes conv5tionnelles1 un crmonial re/re9t de ge/es nobles4 ,m4 ,rod9 se r5\a la sculpture du moy5 ge1 qui sortait du peuple et en t5ait son gr& acc5t huma94 ,a9si il (frit son t\r des ge/es1 des attitudes de corps d'une n\veaut qui dconc]te4 ,ge/es et attitudes mo9s tr\vs que retr\vs2 non plus acadmiques1 mais huma9s1 enf96 ,il lui avait suffi de reg>d] directem5t les hommes1 les pauvres et tragiques hommes1 sans plus le s\v5ir des dieux1 des hros1 des figures allgoriques1 t\t l',olympe surann1 t\te l'humanit factice des coles4 ,alors il vit qu'il y avait1 non plus quelques ge/es1 quelques attitudes uniquem5t beaux2 mais des milli]s de ge/es1 des milli]s d'attitudes1 qui t\s tai5t beaux444 ,l'humanit e/ div9e comme la vie4 ,*aque tre1 et *aque m9ute de *aque tre1 e/ de l'art4 ,v>it inf9ie6 ,e/-ce que les corps s'allong5t ou se tord5t de la mme manire p\r s\ffrir1 aim]1 dormir1 song]1 m\rir8 ,du c\p1 ,m4 ,rod9 avait tr\v le moy5 de r5\vel] la sculpture4 ,il libra les ge/es et les attitudes4 ,a9si ,hugo libra les v]s et les hmi/i*es1 pr\vant que1 dans le m\le de l'alex&r91 qui semblait /rict1 on p\vait div]sifi] le ry?me l'inf9i4 ,a9si ,m4 ,rod91 de son ct1 div]sifia les lignes avec une v>it sans f9 qui ne drive que de sa lucide obs]vation et de son visionnaire am\r de la ,nature4 ,c> il ne s'agit jamais *ez lui d'int5tions littraires ou de symbolismes1 comme les mal clairvoyants1 l'ont pu croire4 ,il ne s'inquite que de la ,nature4 ,il affirme bon droit ne s'inspir] que d'elle1 et prt5dre uniquem5t l'int]prt]1 voire la copi]4 ,on s'tonne444 ,mais c'e/ p> l prcism5t qu'il e/ un gr& arti/e4 ,l'art1 c'e/ cette toile2 je la vois1 et v\s ne la voyez pas6 disait dj ,prault4 ,m4 ,rod9 a1 p\r voir la ,nature1 des yeux que n\s n'avons pas1 et que les arti/es ord9aires n'ont pas non plus4 ,c'e/ le propre des matres d'ap]cevoir des analogies qui *app5t aux autres4 ,le pote1 lui1 dc\vre les rapports my/rieux des ides1 les analogies dans les images et il les exprime p> le ry?me4 ,ce ry?me e/ le mme dans t\t l',univ]s4 ,le v5t dans les arbres1 la m] sur les grves1 le battem5t d'un se9 de femme1 vont selon le mme ry?me4 ,l'art1 de son ct1 a p\r objet les analogies dans les =mes et les exprime p> le model4 ,or ,m4 ,rod9 dc\vrit cette loi que--comme le ry?me e/ le mme dans t\t l',univ]s1--il y a aussi dans la ,nature intime le mme model4 ,c'e/--dire une semblable alt]nance de creux et de bosses1 qu'il s'agisse du ro*]1 du caill\1 de l'arbre1 de l'animal1 de l'homme4 ,la lumire y e/ int]mitt5te1 j\e1 se di/ribue p>eillem5t4 ,et ce model uni=me de la ,nature n'e/ jamais gal4 ,si on pr5d un fruit1 p> exemple et qu'on le fasse t\rn] sur lui-mme1 comme la t]re t\rne1 on rem>que que *aque pr(il diffre4 ,cette gr&e loi de la ,nature1 ,m4 ,rod9 l'a applique t\tes ses figures1 qui en tir5t leur suprme acc5t de vie4 ,on compr5d a9si c]ta9s de ses torses huma9s1 p>eils des ceps n\eux1 des corces d'arbres4 ,et cette figure extraord9aire1 qui doit s]vir p\r son monum5t de ,victor ,hugo au ,pan?on1 et s]a une ,muse surplombant1 au vol horizontal3 un bu/e et un v5tre de femme1 ri5 que cela2 mais c'e/ assez p\r suggr] t\t le paysage de la *air1 comme un site *oisi p> un pe9tre suggre t\t un pays et t\te la nature4 ,etonnant morceau qui (fre1 lui aussi1 cette loi du mme model de t\te la ,nature4 ,model viol5t que celui-ci1 tumultueux et m9utieux1 *air rav9e comme une grve1 corps bossu comme une ro*e1 avec des creux et des reliefs accumuls4 ,le model des autres sculpteurs1 auprs de celui-l app>at un model primaire1 se cont5tant1 avec ses surfaces presque lisses1 de donn] l'aspect approximatif des corps1 et plutt la musculature gnrale que la vrit de la *air1 impressionnable comme une eau qui sans cesse se crispe et *ange de place en place4 ,si ,m4 ,rod9 a pu dc\vrir cette gr&e loi de la ,nature 7inap]ue des autres hommes1 mme des arti/es plus infrieurs7 qu'elle (fre p>t\t le mme model1 c'e/ qu'on peut dire d'un arti/e comme lui qu'il vit de pla9-pi$ avec la ,nature4 ,il s'gale elle4 ,il e/ lui-mme une =ce de la ,nature2 et ceci p\rrait bi5 tre la df9ition la plus exacte de t\t homme de gnie4 ,dans ce cas1 le gnie de ,m4 ,rod9 e/ vid5t4 ,il cr comme la ,nature4 ,d'abord il agit selon ses procds puisqu'il e/ d'accord avec son model--7de mme qu'un criva9 de gnie e/ d'accord avec son ry?me1 t\te belle phrase1 t\t beau v]s1 ayant le mme ry?me que la m]1 la =t1 la respiration huma9e susp5due des se9s de femme74 ,ensuite1 il a1 comme la ,nature1 une v>it inf9ie4 ,la ,nature jamais ne se recomm5ce4 ,ni non plus l'homme de gnie qu'e/ ,m4 ,rod94 ,lui galem5t cre depuis la fleur jusqu' l'lm5t1 c'e/--dire depuis une petite figure de nymphe1 au corps comme une tige1 jusqu' son ,balzac aussi tumultueux que la m]444 ,mais la v>it n'e/ pas suffisante sans la fcondit1 autre trait de la ,nature1 autre signe du gnie4 ,or ,m4 ,rod9 a produit avec une abondance inlassable et vraim5t dconc]tante4 ,on se dem&e comm5t un seul homme y a pu suffire4 ,et c'e/ bi5 vraim5t1 et plutt1 une =ce cosmique qui cre a9si4 ,des c5ta9es d'oeuvres1 dj produites et clbres2 et des c5ta9es encore1 qui dem&]ai5t tre excutes en gr&1 quoique t\tes df9itives dans leurs proportions rduites4 ,mme les notes de l'arti/e1 c'e/--dire d'innombrables figures1 esquisses1 maquettes1 ces notes1 qui1 d'ord9aire1 lorsqu'il s'agit d'autres sculpteurs1 sont incompltes et ne s]v5t que p\r eux-mmes1 app>aiss5t1 quant lui1 df9itives et ralises1 mme p\r t\s4 ,a9si encore fait la ,nature1 dont les bau*es1 mme incompltes1 sont p>faites4 ,un autre c>actre de la ,nature1 c'e/ que1 *ez elle1 la puissance e/ en mme temps de la d\ceur4 ,un paysage va/e de pla9e ou de =t e/ gr&4 ,il e/ d\x aussi4 ,c'e/ p\rquoi il e/ reposant4 ,on retr\ve ce c>actre dans les figures de ,m4 ,rod9 o la vigueur s'allie de molles flexions de lignes1 un model qui frmit comme d'un s\v5ir de c>esse4 ,c'e/ dans ce cas-l que son art se recueille1 oblige p>l] bas1 devi5t en quelque sorte sacr4 ,telle cette figure de l'homme qui baise son enfant2 ou celle du rveil d',adonis1 dont une nymphe c\te le coeur battre1 si grave6 ,ses oeuvres ont encore cette autre ressemblance avec les crations de la ,nature1 c'e/ d'app>atre sans date4 ,l'hi/oire1 la lg5de1 des nymphes1 des mon/res m>9s1 des corps huma9s1 t\t ce qui e/1 t\t ce qu'on rva et qui1 p> consqu5t1 e/ aussi1 t\t l',univ]s physique et crbral1 con/itue la matire de son art2 et1 comme la ,nature1 il e/ contempora9 de t\s les temps444 ,il y a une figure de lui bi5 tonnante cet g>d2 une tte d'homme1 borgne1 une oreille d*ire1 acc\rant v]s celui qui le reg>de1 juif-errant des sicles1 la b\*e ouv]te dans une clameur de f\ qui semble cri] depuis deux mille ans et cri]a encore dans deux mille ans4 ,un j\r1 n\s avons s5ti1 p> une sorte de m9ute rsumatoire1 combi5 il e/ vrai de dire que ,m4 ,rod9 s'gale la ,nature et en fait p>tie1 p\r a9si dire444 ,p\r mettre en vid5ce un fragile gr\pe3 trois petites femmes nues enlaces et dansant comme au t\rnoiem5t d'une toile1 il les posa sur un vieux vase gallo-roma9 7elles tai5t c5ses reprs5t] l'esprit du vase74 ,p\r quilibr] celui-ci1 l'arti/e l'ent\ra1 la base1 de fruits qui se tr\vai5t l1 p> has>d1 des co+s sur leurs bran*es encore feuilles2 il tanonna le vase de t]re rose1 avec les belles pommes d'un jaune de c\*ant4 ,le frle gr\pe de pltre1 au-dessus1 dansait4 ,des fils de toiles d'araigne rejoignai5t les bras1 comme des fils de la vi]ge les trois roses blan*es d'un mme rosi]4 ,un papillon s'y tait pris1 on ne sait qu& et1 mort1 gisait444 ,ag5cem5t m]veilleux444 ,t\t cela con/ituait un pome de nature1 comme n a9si4 ,l'oeuvre de sculpture n'tait que la p>tie d'un t\t1 un fragm5t de ce pome de nature1 semblable au re/e444 ,et les ma9s cra9tives de ,m4 ,rod9 ent\rai5t le fragile accord de t\t cela1 le prolongeai5t1 avai5t l'air d'en faire p>tie encore un peu1 de comm5c] seulem5t s'en sp>]1 comme un crateur de sa cration4 99 99 99 ,puisque ,m4 ,rod9 e/ si con=me la ,nature1 il devait ncessairem5t accord] l'am\r dans son oeuvre la mme importance capitale qu'il a dans la ,nature elle-mme4 ,p>ce que son art e/ huma91 p>ce qu'il a introduit la passion dans la sculpture 7dev5ue drame au lieu de tragdie7 il *oisira plutt les p>oxysmes de l'am\r et de la volupt4 ,mais il connat et exprime t\t l'imm5se clavi]1 depuis l'idylle +nue jusqu'aux frnsies de la pire luxure4 ,dans le ,bais]1 hym5 augu/e1 gr\pe admirable du c\ple t]nel qui s'enlace1 il mne l'am\r jusqu' l'attitude sacre444 ,fonction de la ,nature4 ,loi des espces444 ,t\t fait sil5ce aut\r444 ,l'am\r se hausse une maje/444 ,l'am\r1 ici1 e/ religieux4 ,l'homme enlace si t5drem5t4 ,la femme s'ab&onne si *a/em5t444 ,t\tes les lignes du gr\pe se fond5t444 ,on ne di/+ue plus l'homme de la femme4 ,unit du c\ple444 ,my/re de la ,sa9te ,dualit444 ,a l'oppos de cette conception de l',am\r1 selon la ,nature elle-mme1 t\j\rs *a/e et noble1 ,m4 ,rod9 exprima l'am\r selon les hommes1 c'e/--dire tel que l'ont d=m les passions1 les fivres1 l'hrdit1 l'alcool1 la maladie1 la tri/esse1 l'ennui1 la cruaut1 la curiosit4 ,il a r5du l'am\r t]nel1 mais aussi l'am\r actuel4 ,haillons huma9s tremblant et claquant comme des drapeaux dans le v5t de la concupisc5ce6 ,ah6 comme il les fixe1 cet extraord9aire sculpteur1 les affres du dsir6 ,c'e/ l'immortelle d\leur du c\ple de la ,gnse1 uni1 sp>1 et qui se *]*e1 se p]d1 se retr\ve1 se runit1 se hait entre des bais]s ayant le gt des l>mes4 ,les voil1 les amants innombrables3 torses1 cr\pes1 se9s et lvres mls--et si voraces l'un de l'autre6 ,c5t scnes inv5tes p> le sculpteur o la s5sualit t]rible1 crie1 tre9t1 j\it1 en des contorsions qu'on dirait plutt celles du dsespoir ou de l'agonie4 ,ici surt\t s'atte/e la prodigieuse obs]vation de l'arti/e qui a l'air d'inv5t] des ge/es 9dits1 des attitudes v>ies et sans f91 mais en ralit1 aurait pu les voir et ne fit qu'en dev9] la quotidi5ne ralit4 ,la mimique de la volupt e/ inf9ie4 ,et elle e/ t\j\rs belle puisqu'elle e/ con=me la ,nature4 ,m4 ,rod9 en fixa quelques aspects1 assez p\r rompre avec les poncifs s5tim5taux en cette matire et appr5dre aux sculpteurs futurs qu'il y avait l tr\v] des figures sans f91 ri5 qu'en suivant docilem5t l'exemple huma94 ,ici1 un c\ple heureux sur un mon/re m>91 absorb dans son bonheur1 ins\cieux du pril et de la mort qui e/ t\j\rs de l'autre ct de l'am\r2 l1 une figure qui e/ une femme aux ge/es crisps1 l'p9e dorsale comme un arc dt5du1 pro/re p> quelque brusque adieu2 l encore1 une vieille1 le v5tre bossu1 qui att5d1 lubrique encore4 ,voil un gr\pe effrayant3 la ,t5tation de sa9t ,anto9e2 le mo9e e/ c\* t\t de son long2 la tte e/ s\v]a9e1 elle reg>de la t]re4 ,t\te l'importance e/ dans la p>tie basse du corps1 norme et qui bombe s\s le froc2 p>-dessus1 une femme1 nue et s]p5t9e1 se prlasse a9si que sur une bte va9cue2 et le sa9t1 en effet1 e/ accr\pi1 comme dans un comm5cem5t1 dj1 d'animalit4 ,voici surt\t1 plus t]rible encore1 une autre oeuvre3 le gr\pe d'un amant a*>n l'amante et qui se trane aprs elle1 cramponn ses se9s comme des cl\s1 m>tyr1 en rut de sa croix6 ,ob/9ation aveugle6 ,supplice d'un c\ple dsapp>i1 o l'un des deux cessa d'aim]6 ,spectacle tragique444 ,oh6 ces ples m>bres1 ces nocturnes bronzes1 tmoignage de nos passions fix p> le sculpteur1 et qui atte/5t l'humanit eff>e que l'am\r1 au fond1 e/ tragique et ressemble surt\t au malheur4 ,il y a lo9 de ces figures celles du ,bais]4 ,celle-ci1 c'e/ l'hym5 des premi]s j\rs du monde1 des aubes o la nature et l'humanit tai5t jeunes4 ,ivresse d',adam et ve6 ,c\ple en accord p>fait1 que t\t c\ple1 auj\rd'hui1 n'e/ plus qu'une seule m9ute dans le c\rs de son am\r4 ,aprs1 vi5n5t les t\rm5ts que les amants se crent eux-mmes1 ou que leur suscit5t l'appauvrissem5t du sang1 les n]fs1 les vices1 la frnsie de leur dsir mme4 ,alors ce sont les tre9tes fivreuses1 les corps cabrs p> le f\et des excitants1 v9s et drogues1 les enlacem5ts jal\x et f\s1 les c>esses qui s'v]tu5t aprs un n\veau p*1 les passions quivoques4 ,m4 ,rod91 notateur de la volupt1 e/ all jusqu'au b\t4 ,il a suivi l'humanit jusqu'en les pires erreurs et dlires des s5s1 l o on ab\tit aux tre9tes dans le vide1 aux c\pables dlices d',onan ou de ,lesbos4 ,les arti/es japonais1 les sculpteurs des ca?drales tai5t1 ici1 p\r lui s]vir de prcd5ts et de caution4 ,il y a surt\t1 de lui1 dans ce s5s1 une rc5te et m]veilleuse collection de dess9s qui sont des dconc]tantes syn?ses1 des nus enlevs d'un trait in/antan o la g\a*e a prcipit le ton nuanc de la *air1 t\te une humanit fm99e1 avec des afflux obses1 des maigreurs extrmes de dcad5ce1 se9s b\rs\ffls1 gorges comme des grappes de rais9s sus1 cuisses aux ampleurs d'animaux1 hiratismes comme d'idoles1 accr\pissem5ts comme de sphynx4 ,t\te la beaut du corps1 ici2 et1 l1 t\t le ridicule frileux du nu4 ,mille attitudes encore une fois1 depuis la pose +nue d'une vi]ge sans voiles qui songe1 jusqu'au cabrem5t d'une femme damne que son plaisir solitaire tord sur la blan*eur du papi] comme sur un lit4 ,dans la notation de ces tranges aspects de la passion1 ,m4 ,rod9 ne cesse pas d'tre selon la ,nature1 laquelle connat aussi les d=mations4 ,et la preuve c'e/ qu'ici encore son art e/ sans date1 c>actre qui m>que les oeuvres de la ,nature et m>que aussi les si5nes1 mme celles de cet ordre4 ,si peu dates1 qu'on p\rrait croire1 quant ces dess9s1 g\a*s1 des pe9tures v5ues de quelque temple d',assyrie ou d'une cellule libid9euse de ,pomp444 ,pe9ture murale1 vieille de sicles1 et reporte p> on ne sait quel miracle gal au r5toilem5t1 sur un bri/ol d'auj\rd'hui4 99 99 99 ,m4 ,rod9 n'a pas seulem5t exprim l'am\r2 mais t\tes les passions4 ,son art va plus lo9 que les cas4 ,il s'agr&it la beaut de l'ide gnrale1 une philosophie de la vie1 dans son admirable ,porte de l',enf]1 qui1 elle aussi et encore une fois1 n'a ri5 de contempora9 et de cont+5t1 dr\le la p]man5te ,humanit4 ,c'e/ un tableau des ,passions1 t\tes les passions1 reg>d p> la gr&e figure qui e/ au sommet et reprs5te1 non pas mme ,dante1 mais le pote t]nel1 p5sif et nu1 en communion avec ce que ,baudelaire appelait le spectacle ennuyeux de l'immortel p*4 ,c'e/1 en effet1 du ,baudelaire sculpt4 ,porte d'entre du ,j>d9 des ,fleurs du ,mal autant que ,porte de l',enf]4 ,ici r\l5t ple-mle1 comme des p5tes mmes de la vie1 les inquiets du dsir1 les maudits de la luxure1 les d*us de l'orgueil1 les damns de l'av>ice1 les repus de la g\rm&ise1 les conge/ionns de la colre1 les amaigris de l'envie1 t\tes les victimes des vices capitaux4 ,porte ple9e de p*s6 ,porte qui e/ une treille satanique1 le rp]toire des passions1 l'exam5 de consci5ce de l',humanit4 99 99 99 ,mais l'art de ,m4 ,rod9 n'a pas connu que les passions et leurs p>oxysmes4 ,il eut ses heures de crbralit1 de srnit augu/e4 ,a ct de ,baudelaire1 il y a un ,mi*elet4 ,ce sculpteur fut aussi un hi/ori54 ,et prcism5t un hi/ori5 la ,mi*elet4 ,mme son model1 dans ce cas1 procde p> racc\rcis fulgurants1 p> bonds fivreux1 avec de gr&es sautes comme celles du v5t sur une eau4 ,a9si il prs5ta avec une loqu5ce pa?tique1 l'pisode gr&iose des ,b\rgeois de ,calais1 emprunt ,froiss>t1 gr\pe admirable o l'on voit les six hommes1 nu-tte et pi$s nus1 all] v]s ,ed\>d1 roi d',anglet]re1 sur un plan uni=me1 sans le mlodrame des ge/es1 dans la gr&eur de la d\leur huma9e4 ,il fut encore hi/ori5 en son monum5t de ,victor ,hugo qui e/ une biographie suprieure du pote4 ,e/-ce que le visage qu'il n\s donne n'e/ pas plus explicatif que les plus longs tomes de critique8 ,c'e/ le visage d'un lm5t1 le visage de quelqu'un qui a l'air plus gr& que l'humanit1 (fre un aspect m9ral ou vgtal1 semble plutt app>t5ir l't]nit de la nature4 ,visage s\rcilleux que celui du pote avec son front de pi]re1 ses s\rcils de gram51 sa b>be d'h]be sauvage4 ,et la magnifique ligne h>die de la jambe1 qui s'allonge et se prolonge comme la rac9e d'un arbre6 ,il e/ figur devant la m]1 ce propice ,ocan au bord duquel il vcut dans l'exil et qui agr&it le gnie du pote jusqu' la proportion de lui-mme4 ,aut\r les ,muses div]ses4 ,mais non pas l'tat de ,muses allgoriques2 des femmes plutt2 non des app>itions1 mais des prs5ces1 t\j\rs fidles1 t\j\rs *u*otantes444 ,l'une1 surt\t1 e/ d'une beaut1 d'une n\veaut uniques3 celle qui dti5t le secret des ,voix intrieures1 discrte1 pudique1 vtue des m\ssel9es du br\ill>d1 recroqueville1 comme ayant l'air de c\v] des v]s qui n'ont pas encore d'ailes444 ,les autres sont la ,muse tragique1 la ,muse lyrique4 ,on dirait une scne de lg5de4 ,mais ce qui y dom9e1 c'e/ qu& mme l'humanit de ,victor ,hugo1 ressemblant et textuel1 tel que l'arti/e n\s l'avait dj fix1 aup>avant1 dans deux tonnantes po9tes s*es4 ,c> ,m4 ,rod9 fut portraiti/e aussi1 si on peut dire4 ,il a fait d'expressifs bu/es3 de ,puvis de ,*avannes1 de ,m4 ,octave ,mirbeau1 de quelques femmes1 dont l'une1 au ,muse du ,luxemb\rg1 s'(fre dans le m>bre blanc avec une grce si royale et si calme4 ,mais o il fut surt\t hi/ori51 c'e/ dans sa /atue de ,balzac4 ,on n'oubli]a pas de longtemps les clameurs que cette oeuvre h>die suscita4 ,on peut dire cep5dant qu'elle ne faisait que cont9u] t\te l'oeuvre antrieure du sculpteur1 ce progressif a*em9em5t plus de syn?ses et qu'elle n'en e/1 en somme1 que l'ab\tissem5t et la tumultueuse conclusion4 ,ici surt\t il s'e/ montr un hi/ori5 la ,mi*elet1 c'e/--dire un hi/ori5 visionnaire1 se proccupant mo9s de vrit littrale et de ressemblance que d'vocation et de sugge/ion4 ,c'tait le seul moy5 p\r suscit] devant les f\les v5ir le dconc]tant gnie qu'e/ ,balzac4 ,lui aussi1 autant que ,victor ,hugo1 il fallait le reprs5t] avec un visage comme un lm5t4 ,oui1 s'e/ dit le sculpteur1 tel e/ le visage qu'il convi5t de faire6 ,le corps1 ngligeons-le2 c'e/ la masse quelconque1 la "p commune avec l'humanit4 ,il suffit de le s\s-ent5dre1 de l'indiqu]4 ,t\s les /atuaires p\rrai5t le faire1 et moi aussi4 ,le visage seul importe1 non pas un visage huma91 ni le mi51 ni le vtre1 ni mme celui de ,balzac2 mais celui qu'il eut qu& il a reg>d t\t ce qu'il a vu4 ,p5sez donc3 avoir vu la comdie huma9e6 ,avoir vu les p]sonnages de tant de romans qu'il a crits1 et les p]sonnages de tant d'autres qu'il aurait crits s'il n'tait pas mort c9quante ans1 c> il en avait vu1 de la vie1 p\r crire encore1 jusqu'au b\t1 p5dant des sicles1 comme ,delacroix m\rant1 qui disait avoir des projets p\r pe9dre p5dant quatre c5ts ans4 ,il avait vu t\te la vie1 t\tes les passions1 t\tes les mes1 t\t l',univ]s4 ,la t]reur d'avoir vu t\t cela1--et l'angoisse aussi6 ,c> ce n'tait que p\r un mom5t2 il fallait t\t dire1 vite4 ,la mort prmature tait l444 ,elle tait dj sur son visage4 ,voil le visage qu'il faut r5dre1 n'e/-ce pas8 ,voil ce que doit tre la /atue d'un homme comme ,balzac1 dans l't]nit de ,p>is--s9on il y a le dagu]rotype de ,nad>3 ,balzac avec des bretelles6444 ,ce po9t de vue1 consci5t ou non1 du sculpteur1 peu s'en sont r5du compte4 ,et cep5dant il tait le seul qui fut d'accord et logique avec le sujet impos4 ,etait-il possible de concevoir l'effigie de ,balzac comme d'un criva9 ord9aire8 ,m4 ,rod9 l'a vu norme et effrayant comme il e/ en ralit4 ,et c'e/ la tte seule qui exprime dans ce cas1 avec clat1 le dmon intrieur4 ,en elle1 il fallait1 ici1 t\t conc5tr]4 ,le corps1 quoique ju/e1 fut volontairem5t s\s-ent5du et noy aux plis de la va/e robe de bure dont il s'enveloppait comme des vagues d'une m>e4 ,la tte en sort1 eff>e de voir ce qu'elle voit1 eff>e surt\t d'affleur] la vie p\r un temps bref1 visage du gnie sorti de la matire et qui va r5tr] dans la matire1--il lui en r\le cette poire d'angoisse la gorge6--lui-mme un masque phmre rsumant t\s les masques de la comdie huma9e4 ,qu'on ne *]*e donc pas ici la ressemblance1 mais une dramatique vocation4 ,la face e/ =midable1 les yeux clign5t1 se crisp5t1 vrill5t p>mi les graisses du visage1 p>fois ont l'air de *avir] comme s\s le poids de trop de spectacles4 ,et ce nez embusqu6 et cette m\/a*e qui se hrisse comme d'un fauve1 d'un *at sauvage1 d'un tigre qui *]*e des proies444 ,et cela n'e/-il pas con=me t\tes les images suscites en n\s1 ds qu'on prononce seulem5t le nom de ,balzac1 plus =te raison qu& n\s rfl*issons sur son oeuvre extraord9aire1 sa vie1 son immortalit sans f98 ,un homme comme lui dpasse si effrayamm5t la norme et le cadre habituel de l'humanit4 ,les gnies sont mo9s des hommes que des mon/res4 ,voil ce que ,m4 ,rod9 a compris et r5du si magnifiquem5t4 ,c'e/ p\rquoi il a v\lu que son oeuvre aussi ft mo9s une /atue qu'une sorte d'trange monoli!1 un m5hir millnaire1 un de ces ro*]s o le caprice des explosions volcaniques de la prhi/oire figea p> has>d un visage huma94 ,on montre a9si1 en des montagnes des bords du ,rh9 et d'ailleurs1 tels pr(ils clbres de l'humanit1 celui de ,napolon1 p> exemple1 imm5se et trs ressemblant1 t\t dc\p sur l'horizon1 prexi/ant a9si avant sa v5ue et de t\te t]nit4 trange phnomne1 comme si les gnies tai5t vraim5t des aspects de la ,nature et les visages immanquables de la ,de/9e4 ,a9si ,m4 ,rod91 en concevant de cette faon son ,balzac1 concordait avec l'ordre t]nel et la logique mme de la fatalit du gnie4 ,sa /atue aussi fait p5s] aux visages qui sont dans les ro*]s4 99 99 99 ,et ceci1 une fois de plus1 pr\ve que ,m4 ,rod9 cre comme la ,nature4 ,mme dans la prs5tation de ses oeuvres1 on retr\ve les procds de la ,nature4 ,ses m>bres sont fru/es1 taills seulem5t d'un ct1 et il en sort des figures1 tantt une face ru9e p> la d\leur1 une autre s'br\ant v]s l'am\r1 une autre encore1 qui n'e/ pas dcide vivre4 ,ses bronzes ralis5t le mme effet1 p> des c\les sans acc5t1 alt]nes avec des =mes dcisives qui en m>g5t2 d'tranges pat9es1 v]tes et noires1 donn5t l'air ces bronzes d'avoir sj\rn durant des sicles p>mi la h\ille et les poisons444 ,t\t e/ vague1 inquitant1 complexe1 fuyant ou =mel1 dans le m>bre ou le bronze1 comme des p5ses dans le c]veau ou les tres et les objets dans la ,nature4 ,et c'e/ la d]nire preuve qu'un tel arti/e de gnie opre vraim5t d'un b\t l'autre1 con=mm5t aux procds de la ,nature1 qu'il s'gale elle1 qu'il e/ aussi une =ce de la ,nature4 ,on en tr\ve le symbole1 fix p> lui-mme1 dans cette esquisse de la naissance d've1 selon la v]sion de la ,g5se4 ve e/ reprs5te naissant comme la ,nature fait natre1 les bras replis1 recroqueville1 dans la position d'avant la vie1 celle prise p> l'enfant dans le se9 de la mre444 ,m4 ,rod9 l'a fait sortir telle du nant1 p>ce que1 inconsciemm5t1 il n'a jamais agi que suivant les =mes de la ,nature1 p>ce qu'il n'a jamais cr que comme le symbolique ,crateur--avec de l'argile aussi6 ,,table ,pages4 ,,criva9s ,baudelaire #c ,les ,gonc\rt #bg ,/phane ,mall>m #de ,les ,rosny #ee ,v]la9e #fg ,villi]s de l',isle-,adam #gi ,hugo #hg ,alph4 ,daudet #ii ,valmore #aji ,m4 ,j4 ,k4 ,huysmans #aba ,lam>t9e #aca ,m4 ,octave ,mirbeau #adc ,brizeux #aeh ,m4 ,anatole ,france #afg ,m4 ,mi/ral #agi ,m4 ,pi]re ,loti #ahg ,,orateurs ,,sacr,s ,p4 ,monsabr #aii ,mgr d',hul/ #bji ,,pe9tres ,m4 ,puvis de ,*avannes #bai ,m4 ,alb]t ,besn>d #bbe ,m4 ,eugne ,c>rire #bda ,m4 ,jules ,*]et #bdg ,m4 ,claude ,monet #bec ,m4 ,j4-,p4 ,raffalli #bei ,m4 ,james ,:i/l] #bfe ,,sculpteurs ,m4 ,rod9 #bgc ,extrait du ,catalogue de la ,,biblio?,,que-,,*>p5ti] #c fr4 #ej le volume ,,eug5e ,,fasquelle1 ,,diteur1 #aa1 ,,rue ,,de ,,gr5elle ,,d]ni,,res ,,publications ,,alb]t ,,boissi,,re ,les ,magloire #a vol4 ,,jules ,,cl>etie ,la ,vie ,p>is1 #ahih #a vol4 ,,alphonse ,,daudet ,notes sur la ,vie #a vol4 ,,leon ,a4 ,,daudet ,sba/i5 ,g\vs #a vol4 ,,edmond ,,des*aumes ,la ,kreutz] #a vol4 ,,docteur ,,foveau ,,de ,,c\rmelles ,l',esprit sci5tifique contempora9 #a vol4 ,,pascal ,,=?uny ,les tapes inquites #a vol4 ,,yves ,,guyot ,l',evolution politique et sociale de l',espagne #a vol4 ,,leon ,,h5nique ,m9nie ,br&on #a vol4 ,,erne/ ,,la ,,jeunesse ,l',inimitable #a vol4 ,,georges ,,lecomte ,suz]a9e #a vol4 ,,l\is ,,lemaire ,mademoiselle ,*]villay #a vol4 ,,jean ,,lorra9 ,heures d',afrique #a vol4 ,,maurice ,,maet]l9ck ,la ,sagesse et la ,de/9e #a vol4 ,,felix ,,m>t9 ,le ,japon vrai #a vol4 ,,jean ,,revel ,ru/res #a vol4 ,,jean ,,ri*ep9 ,les ,tru&s #a vol4 ,,l\is ,,de ,,rob]t ,l',anneau #a vol4 ,,ed\>d ,,rod ,le ,mnage du ,pa/eur ,naudi #a vol4 ,,georges ,,rod5ba* ,le ,miroir du ,ciel natal #a vol4 ,j4-,h4 ,,rosny ,les ,ames p]dues #a vol4 ,,maurice ,,roll9at ,paysages et ,paysans #a vol4 ,,edmond ,,ro/& ,cyrano de ,b]g]ac #a vol4 ,,emile ,,zola ,p>is #a vol4 ,,envoi ,,franco ,,p> ,,po/e ,,contre ,,m&at #acfha4--,l4-,imprim]ies runies1 rue ,sa9t-,b5ot1 #g1 ,p>is4 99 99 99 99 99 ,li/e des modifications3 ,page #ag3 ivressse remplac p> ivresse 7,cette ivresse du ,voyage e/ brve7 ,page #ej3 clignotte p> clignote 7toile qui clignote4447 ,page #eb3 communition p> communication 7des portes de communication7 ,page #ga3 ruiselle p> ruisselle 7se jette g5\x1 ruisselle de l>mes7 ,page #hb3 sci5tique p> sci5tifique 7telle application sci5tifique qui se ralisa7 ,page #aab3 ,ponrtant p> ,p\rtant 7,p\rtant elle avait uni sa vie7 ,page #aaf3 *u*ott p> *u*ot 7quelque *ose de *u*ot7 ,page #abc3 les les p> les 7et les correspondances my/rieuses7 ,page #abe3 acccroissem5t p> accroissem5t 7le m9ime et quotidi5 accroissem5t7 ,page #abf3 ,*ateaubriant p> ,*ateaubri& 7,*ateaubri& appelait le gnie du *ri/ianisme47 ,page #ach3 t\j\r p> t\j\rs 7 ce fluide *>meur qui fur5t t\j\rs en lui7 ,page #aci3 honnt p> honntet 7,p> honntet et p\r sauv] de la faillite7 ,page #afa3 idylle p> idylles 7,c]tes1 les idylles de ,m>ie7 ,page #agb3 qu'il p> qu'ils 7,m4 ,france veut qu'ils s'aim5t ,flor5ce7 ,page #agi3 appell p> appel 7,le ,midi a appel ,mi/ral7 ,page #aia3 ce ce p> ce 7en ce joli livre17 ,page #bae3 le p> la 7mais il savait la gr&e p>ole du ,psalmi/e7 ,page #bcf3 l'automme p> l'automne 7un r\x qui mixture les r\illes de l'automne7 ,page #bef3 londonni5nes p> londoni5nes 7des brumes londoni5nes7 ,page #bfb3 le le p> le 7dont il opre lui-mme le tirage7 ,page #bfh3 dizes p> dises 7qu'on p\rrait appel] les dises et les bmols7 ,page #bgf3 surplomblant p> surplombant 7et s]a une ,muse surplombant7