,au lecteur ,cette version lectronique reproduit1 dans son intgralit1 la version originale4 ,la ponctuation n'a pas t modifie hormis quelques corrections mineures4 ,l'orthographe a t conserve4 ,seuls quelques mots ont t modifis4 ,la liste des modifications se trouve la fin du texte4 ,,georges ,,rodenbach ,l',,lite ,,crivains--,,orateurs ,,sacr,s ,,peintres--,,sculpteurs ,,paris ,,biblioth,,que-,,charpentier ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,grenelle1 #aa #ahii ,illustration ,l',,lite ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur1 #aa1 ,,rue ,,de ,,grenelle ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,,dans ,,la ,,biblioth,,que-,,charpentier #c fr4 #ej le volume4 ,,le ,r,,gne ,,du ,,silence 7,pome7 #a vol4 ,,mus,e ,,de ,b,,guines #a vol4 ,,les ,,vies ,,encloses 7,pome7 #a vol4 ,,le ,,carillonneur #a vol4 ,,le ,,miroir ,,du ,,ciel ,,natal 7,pome7 #a vol4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 ,dix exemplaires numrots la presse1 sur papier de ,hollande4 ,,paris4--,,imp4 ,,ferd4 ,,imbert1 #g1 ,,rue ,,des ,,canettes4 ,,georges ,,rodenbach ,l',,lite ,,crivains4--,,orateurs ,,sacr,s ,,peintres4--,,sculpteurs4 ,,paris ,,biblioth,,que-,,charpentier ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,grenelle1 #aa #ahii ,,crivains ,,baudelaire ,il semble que ,baudelaire ait prvu son propre cas quand il crivit3 ,les nations sont comme les familles3 elles n'ont de grands hommes que malgr elles4 ,en effet1 il est surprenant de penser qu'on le conteste encore1 que les critiques le dnaturent1 que les anthologies le ngligent1 qu'on le tient tout au plus pour un pote trange1 malsain1 strile en tout cas4 ,mais l'opinion finale sera de le mettre enfin au premier rang o rgnent ,lamartine et ,victor ,hugo1 qu'on cite toujours1 en l'omettant4 ,l'oeuvre de ceux-ci fut en horizon2 le gnie de ,baudelaire est en profondeur4 ,le gnie de ,baudelaire6 ,affirmation prmature et laquelle on n'est pas accoutum4 ,de son vivant1 il fut mconnu ou mal connu2 des erreurs1 des interprtations fausses masqurent son oeuvre1 et il mourut1 ne prvoyant pas lui-mme dans quelle lumire de gloire elle finirait un jour par se dresser--pauvre vque dcdant au seuil de son sacre sans avoir vu tomber les chafaudages de ses tours4 ,aujourd'hui1 cette oeuvre commence apparatre comme une cathdrale catholique qu'elle est vraiment4 ,voil ce que n'ont pas souponn les crivains qui s'en sont occups jusqu'ici3 ni ,m4 ,brunetire2 ni ,m4 ,huysmans en ses pages colores2 ni ,m4 ,paul ,bourget1 qui dclare ,baudelaire un pessimiste1 qu'il ne fut qu'improprement1 et un mystique qu'il ne fut pas du tout2 ni mme ,thophile ,gautier dans sa prface d'un style si merveilleux1 sensuel1 odorant1 niell1 un style complexe comme une chimie1 riche et faisand comme une venaison1 mais qui n'a dgag que les aspects plastiques1 pour ainsi dire externes de l'oeuvre4 ,gautier tait trop un artiste en couleurs et en dcors1 trop un paen1 pour chercher le mystre intrieur du pome1 son ressort philosophique et religieux4 ,il est vrai que n'avait point paru encore l'ouvrage posthume de ,m4 ,crepet1 contenant entre autres deux fragments indits d'une sorte de confession1 de journal intime3 ,mon coeur mis nu et ,fuses1 qui nous permettent maintenant d'aller jusqu' l'me du pote1 d'lucider toute son me4 ,baudelaire surgit ds lors un peu diffrent de ce qu'on l'a vu d'ordinaire4 ,il apparat ce qu'il est essentiellement3 un ,,po,,te ,,catholique4 ,certes1 un homme de dcadence toujours1 au seuil de la vieillesse d'un monde1 au seuil de ce qu'il appelle lui-mme l'automne des ides4 ,mais cet homme de dcadence demeure aussi tout imprgn de l'glise4 ,parmi les vices modernes et la corruption effrne dont il subit la contagion1 il continue tre le dpositaire du dogme1 le dnonciateur du pch4 ,dj1 au physique1 il avait1 parat-il1 une rserve sacerdotale1 un air de ple vque qui1 vrai dire1 serait dpos de son diocse1 mais moins pour des pchs de chair que pour le pch d'orgueil4 ,il s'est exprim d'ailleurs en un vocabulaire tout enrichi de liturgie1 de brviaires1 de catchismes1 emmiell de saint-chrme pour ainsi dire1 inocul mme de latinit1 ce latin d'glise qu'il connut bien et aima jusqu' en composer des strophes3 ,francisc me laudes1 qu'il intercala dans son livre4 ,ici il ne s'agit plus d'une vague religiosit comme celle de ,chateaubriand et des romantiques1 moins pris du dogme que du culte1 de la pompe des offices1 du crmonial1 du dcor1 d'une sorte de merveilleux chrtien4 ,celui-ci tait n avec le renouveau de l'architecture1 ce retour au gothique et au style du moyen ge remis tout coup en lumire par la splendide restauration de ,notre-,dame4 ,cette ,notre-,dame de ,paris1 aussitt accapare par ,hugo1 on peut dire qu'elle fut l'arche d'alliance du romantisme4 ,mais ,hugo1 comme le roi ,david1 se contenta de danser devant l'arche1 avec ,esmeralda et les bohmiennes du parvis4 ,or la gnration qui suivit entra1 elle1 dans ,notre-,dame1 se signa d'eau bnite1 marcha vers le choeur1 affirma son adhsion la foi et aux mystres3 c'tait ,barbey d',aurevilly2 c'tait ,hello2 c'tait ,baudelaire4 ,a vrai dire1 leurs faons de se comporter dans ,notre-,dame ne furent pas pour rassurer les officiants et les suisses1 mme quand ils s'approchaient de la ,sainte ,table3 --,vous devez communier le poing sur la hanche8 demandait ,baudelaire d',aurevilly4 ,ceux qui vinrent aprs eux devaient pousser plus loin1 rtrograder tout fait jusqu' ce moyen ge dont ,hugo avait montr le chemin4 ,eux taient retourns ,dieu2 leurs disciples retournrent ,satan1 qui est son ple contraire4 ,la magie se mla la religion1 le grimoire la prire4 ,c'est ce qui explique ce recommencement actuel de l'occultisme1 de l'sotrisme1 de la messe noire1 de l'envotement1 que nous voyons reparatre dans les beaux livres de ,m4 ,j4-,k4 ,huysmans1 les traits spciaux de ,m4 de ,guaita1 les imbroglios de ,m4 ,pladan1--dernier avatar1 suprme aboutissement du romantisme4 ,ce sera une curieuse histoire crire que celle de ces sortes de catholiques3 ,barbey d',aurevilly1 ,hello1 ,baudelaire1 ,villiers de l',isle-,adam et1--plus rcents1--,,mm4 ,huysmans1 ,verlaine1 ,lon ,bloy1 qui auront revendiqu avec des blasphmes leur titre de croyants et eurent toujours l'air1 dans leurs pratiques les plus ferventes1 de s'essayer au sacrilge4 ,quant ,baudelaire1 il n'alla pas jusqu'au satanisme et l'occultisme par lesquels ses continuateurs seulement devaient clore aujourd'hui ce cycle de l'ide catholique dans la littrature moderne4 ,satan pourtant a une place dans son oeuvre1 mais pas diffrente de celle qu'il occupe dans l'ensemble du catholicisme lui-mme4 ,baudelaire rdigea les ,litanies de ,satan1 tandis que ,barbey d',aurevilly crivait les ,diaboliques4 ,il se contenta des postulations au ,diable que connut dj le moyen ge1--de quoi avoir aussi quelques visages de dmons en gargouilles grimaantes son oeuvre1 ce qui n'empche pas celle-ci1 comme ,notre-,dame elle-mme1 d'tre une cathdrale1 une glise catholique1 l'image et la ressemblance de son me6 ,car son me est bien d'un pote catholique4 ,il dit quelque part dans son journal3 ,ce qu'il importerait1 c'est d'tre un hros1 ou un saint1 pour soi-mme1 parole de dfinitif renoncement1 de pessimisme doux comme celui de l',ecclsiaste1 qui implique la nostalgie et l'ambition du ciel4 ,il croit au ciel1 en effet1 au ciel pur et simple des fidles1 au naf paradis de la ballade de ,villon1 o sont harpes et luths1 comme il le proclame dans la ,bndiction qui ouvre les ,fleurs du mal4 ,il croit aussi l'enfer1 aux flammes relles1 au dam1 aux brlures ternelles2 et1 s'il en voulait tant ,george ,sand1 c'est parce qu'elle avait ni l'existence de l'enfer4 ,baudelaire croit au dogme intgral de l'glise1 non seulement quant aux vrits de l'ternit1 mais aussi quant aux vrits du temps4 ,en mme temps qu'il confesse ses mystres1 il accepte ses doctrines politiques1 ses attitudes sociales1 son intransigeance vis--vis des revendications de la libert et de la libre-pense4 ,lui aussi estime sans doute que la vrit est une et que l'erreur n'a pas de droits3 que la tolrance est une faiblesse1 si pas un renoncement4 ,ds lors1 le crucifix ne doit plus tre un arbre de paix1 mais une arme de menace et de chtiment4 ,il rpudie la thorie du pardon des offenses1 de l'oubli des injures1 de l'abdication des valeurs devant la masse sous prtexte d'galit1 toute cette religion humanitaire et molle qui fait arrter le bras de ,pierre par ,jsus dans le ,jardin des ,oliviers et1 ddaigneux de l'action1 lui fait dire3 ,celui qui frappe par le fer prira par le fer4 ,la preuve s'en trouve dans cette pice topique du ,reniement de saint ,pierre o il approuve le disciple d'avoir trahi1 et o il condamne le ,matre de sa mansutude ou de sa peur3 ,certes1 je sortirai1 quant moi1 satisfait ,d'un monde o l',action n'est pas la soeur du ,rve2 ,puiss-je user du glaive et prir par le glaive6 ,saint ,pierre a reni ,jsus444 il a bien fait6 ,il a bien fait6 ,il fallait frapper par le fer et s'imposer par la force4 ,ainsi clate sa nature dogmatique1 sa religion d'inquisiteur4 ,car c'est bien un catholicisme politique du ,x,v,ie sicle que le sien1 d'aprs lequel il faut s'imposer de force au peuple1 puisque celui-ci est incapable de se gouverner et ne comprend que les coups1 comme l'enfant et comme l'animal4 ,ce catholicisme autoritaire d'une part et1 d'autre part1 la doctrine librale de ,jsus1 qui pouvait vouloir mais n'a voulu que pouvoir1 sont mis en opposition de la mme manire dans une admirable nouvelle de ,dostoewsky intitule le ,grand ,inquisiteur1 dont le pome de ,baudelaire est tout le germe4 ,c'est ,sville1 devant la cathdrale4 ,le ,grand ,inquisiteur1 ,torquemada1 passe silencieux1 avec un sourire nigmatique4 ,il a vu au coin de la place le peuple rassembl faisant cortge un homme qui vient de ressusciter un enfant4 ,cet homme est videmment ,jsus4 ,l',inquisiteur ordonne aux hommes du saint-office de le saisir et de l'enfermer dans les cachots4 ,le soir venu1 il va visiter le prisonnier et lui faire son procs3 ,pourquoi revient-il8 ,est-ce pour leur susciter des embarras1 maintenant que tout a t remis par eux en bon ordre8 ,car il avait eu le tort de laisser aux hommes le choix et la facult de croire4 ,pour eux1 il n'y avait en vrit rien de plus insupportable que la libert4 ,et ,torquemada ajoute3 ,nous les avons dbarrasss du fardeau d'tre libres1 du tourment d'avoir le libre choix dans la connaissance du bien et du mal4 ,nous avons corrig ton oeuvre1 et c'est pourquoi nous seuls1 gardiens du mystre1 nous serons malheureux4 ,c'est la thorie de ,baudelaire2 ce qu'il appelait lui-mme sa religion travestie1 car1 dans le ,reniement de saint ,pierre et ailleurs encore1 il se montre d'un pareil esprit autoritaire1 avec une me sombre et hautaine qui pourrait tre celle d'un prlat intransigeant d',espagne du ,x,v,ie sicle1 une me qui ne s'gaye point aux choses fleuries et suaves du rituel1 pour qui mme la dvotion la ,vierge1 potise ailleurs de cierges1 de guirlandes1 d'toffes brodes et de joyaux1 se transpose en un culte barbare et tragique1 comme il apparat en ce pome curieux1 ,a une ,madone1 ex-voto dans le got espagnol3 444 ,pour complter ton rle de ,marie ,et pour mler l'amour avec la barbarie1 ,volupt noire6 des sept pchs capitaux1 ,bourreau plein de remords1 je ferai sept ,couteaux ,bien affils1 et1 comme un jongleur insensible1 ,prenant le plus profond de ton amour pour cible1 ,je les planterai tous dans ton ,coeur pantelant1 ,dans ton ,coeur sanglotant1 dans ton ,coeur ruisselant6 99 99 99 ,baudelaire est un pote catholique4 ,son oeuvre n'est que la mise en scne du drame originel de la ,gense4 ,elle raconte la grande chute1 l'ternelle lutte qui est le fond de la religion1 entre des comparants pareils3 ,dieu1 l'homme1 le ,tentateur1 et la femme1 ici aussi l'allie du ,tentateur4 ,satan d'abord2 pour le pote1 il est toujours le ,tentateur du ,paradis terrestre1 le ,dmon onduleux et menteur du commencement des temps4 ,mais1 en cette socit ge et dcadente1 il a multipli et perfectionn ses ingniosits--et quelles autres ressources maintenant pour nous induire en pchs6 ,les pchs modernes8 ,ce sont prcisment les ,fleurs du mal4 ,baudelaire en a dress la liste4 ,il les numre avec une libert que seul les mal clairvoyants ont pu juger licencieuse1 la faon dont ,mose numre1 dans le ,lvitique1 certaines abominations4 ,son oeuvre est un examen de conscience de l'humanit prsente4 ,lui-mme1 certes1 est un pcheur2 il le confesse et avec componction4 ,il se contemple dans sa faute comme en un miroir bris et s'y pleure4 ,car son oeuvre n'est pas seulement objective1 elle est subjective aussi2 et c'est ce qui la rend si pathtique3 le pote confondu avec cette foule1 marchant parmi cette foule en proie au pch1 apparaissant tout couvert de son pch1 en mme temps que du pch des autres4 ,partout la thorie catholique de la perversit originelle4 ,mais partout aussi la dtestation des vices4 ,il les poursuit1 il les dnonce travers l'norme capitale1 ce fivreux ,paris qui est l'atmosphre chaude merveille pour leur pullulement4 ,ainsi1 occasionnellement1 il apparat un pote parisien 7on connat la srie de pomes intituls3 ,tableaux parisiens71 aprs dj ,sainte-,beuve qui ne voyait dans la ville pcheresse que motifs de pittoresque et de mlancolie4 ,baudelaire1 lui1 ausculte les passants1 dchire leurs linges d'hypocrisie1 dcouvre en eux des ulcres mentaux1 des rsidus de mchancet1 et aussi une flore de vices nouveaux1 et tout le vin antique des purs sentiments1 des penses nobles1 aigri1 tourn en vinaigre et en eau1 avec un tatouage de moisissure dans les mes4 ,il s'en afflige et il s'en pouvante1 sans nulle complaisance pour le vice4 ,le vice est sduisant1 dit-il dans son ,art romantique2 il faut le peindre sduisant4 ,mais il ajoute3 ,il trane avec lui des maladies et des douleurs morales singulires2 il faut les dcrire4 ,c'est ce qu'il a fait2 partout on sent la dtestation du mal1 l'horreur des coupables ivresses4 ,a la fin des ,femmes damnes1 il leur clame avec la duret d'un ,pre ,bridaine laque1 avec la menace indigne d'un prophte biblique3 ,et votre chtiment natra de vos plaisirs4 99 99 99 ,dans ce conflit redoutable de l'homme avec les pchs modernes1 on peut dire qu'auprs de ,satan1 qui est prsent partout1 la femme apparat toujours aussi1 dans les ,fleurs du mal1 sans cesse l'allie du ,tentateur1 comme dans le drame primordial de la ,gense4 ,or c'est prcisment par cette conception de la femme que ,baudelaire se prouve plus clairement encore un pote catholique1 et continue de suivre1 pour la mise en scne de l'ternel drame humain1 la version du catholicisme4 ,son opinion est conforme aux sculaires prjugs de la littrature sacre1 puisque les saints ,pres estiment que la femme est un vase plein de pch1 et puisque ,bossuet lui-mme a crit sur leur vanit cette phrase de suprme ironie3 ,les femmes n'ont qu' se souvenir de leur origine1 et1 sans trop vanter leur dlicatesse1 songer aprs tout qu'elles viennent d'un os surnumraire o il n'y avait de beaut que celle que ,dieu voulut y mettre4 ,la femme est avant tout1 pour les thologiens1 une occasion de pch1 et ,baudelaire pense de mme4 ,elle est1 maintenant encore1 l'allie du ,tentateur4 ,elle est elle-mme le ,tentateur4 ,et l'amour qu'elle nous offre a un caractre satanique4 ,le pote en trouvait la preuve dans l'habitude des amants--une habitude enfantine1 inconsciente1 mais vrifie partout--de s'interpeller dans leurs jeux par des noms de bte3 ,mon chat1 mon loup1 mon petit singe1 grand singe1 grand serpent444 ,de pareils caprices de langue1 ces appellations bestiales tmoignent d'une influence satanique dans l'amour4 ,est-ce que les dmons ne prennent pas des formes de btes8 demandait-il4 ,et cela se voit1 en effet1 dans les tableaux des ,primitifs et aussi dans ceux des petits matres du ,nord1 qui1 peignant frquemment des ,tentations1 celle de saint ,antoine ou d'autres saints1 reprsentaient toujours 7,teniers et ,breughel1 par exemple7 un vieil anachorte dans une grotte1 assig par des bestioles chaotiques1 des grenouilles face humaine1 d'inquitants oiseaux dont le bec s'effeuille en ptales1 formes fivreuses o s'incarnent les dmons4 ,les femmes aussi semblaient ,baudelaire des incarnations de l'esprit du mal1 n'ayant d'autre empire qu' cause de notre originelle perversit1 puisque la joie en amour1 dclarait-il1 provient de la conscience de faire le mal4 ,pour le reste1 il les trouvait mdiocres vraiment3 ,j'ai toujours t tonn1 dit-il dans son journal1 qu'on laisst les femmes entrer dans les glises4 ,quelle conversation peuvent-elles avoir avec ,dieu8 ,cependant si la femme est amre et vaine1 pourquoi l'aimer8 ,voici3 car toute l'oeuvre de ,baudelaire est raisonne1 logique1 philosophique--certes la femme est le mal2 elle offre l'amour qui est le pch2 elle collabore donc l',enfer1 mais qu'importe6 ,qu'importe6 ,si tu rends--fe aux yeux de velours1 ,rythme1 parfum1 lueur1 mon unique reine6-- ,l'univers moins hideux et les instants moins lourds6 ,qu'importe6 puisque le pch est un moyen d'oubli1 et de sortir de soi-mme et de la vie6 ,prcieux oubli pour ,baudelaire1 et les natures d'lite qui souffrent avec lui1 exiles dans l'imparfait et qui voudraient entrer ds ici-bas dans l',idal4 ,or comment entrer dans l',idal8 ,comment chapper au spleen8 ,spleen et ,idal1 c'est le titre d'une partie importante des ,fleurs du mal2 c'est la devise mme de la vie du pote1 et comme les deux rives entre lesquelles sa pense a gmi4 ,c'est donc pour oublier que l'homme accueille avec ivresse la femme quand elle lui apporte le fruit de sa chair3-- ,arbre de la ,tentation1 espalier des seins mrs1 chevelure enroule en serpent clin au tronc de son corps nu6 ,et1 comme jadis au ,paradis terrestre1 elle nous murmure aujourd'hui encore1 de sa voix spcieuse3 ,mange1 tu seras semblable ,dieu6 99 99 99 ,mais la chair de la femme n'est pas le seul fruit d'oubli que le ,tentateur nous offre4 ,il y a d'autres moyens dsormais d'chapper au spleen1 d'entrer de force dans l',idal4 ,voici le ,vin1 d'abord1 qui promet d'blouir de ses prestiges mme les plus dshrits4 ,et plusieurs morceaux se suivent3 le ,vin de l',assassin1 le ,vin du ,solitaire1 le ,vin des ,chiffonniers4 ,puis les autres ivresses1 les autres moyens d'chapper soi-mme3 le ,jeu1 le ,sommeil1 le ,voyage1 le ,voyage surtout qui a si merveilleusement inspir ,baudelaire1 servi par ses souvenirs personnels d'embarquement juvnile vers les ,indes4 ,en effet1 il avait navigu trs jeune1 vers dix-huit ans1 embarqu sur un vaisseau faisant voile pour ,calcutta1 afin1 pensait sa famille1 que ses ides fussent modifies et sa vocation littraire contrarie4 ,or ce voyage lui donna des impressions qui devaient constituer une des caractristiques de son oeuvre4 ,on peut dire qu'il aura exprim de faon dfinitive la posie des ports1 la navigation1 les vents du large1 les voilures1 ce qu'il appelle les architectures fines et compliques des mts et des navires4 ,c'est encore dans ces pays d',orient qu'il prit le got des parfums1 dont ses strophes sont pleines1 et se fit une ducation esthtique de l'odorat1 un moment o la littrature n'avait gure encore connu que l'esthtique de la vue4 ,cette ivresse du ,voyage est brve comme les autres2 elle doit son tour3 444 ,nous avons vu des astres ,et des flots8 nous avons vu des sables aussi2 ,et1 malgr bien des chocs et d'imprvus dsastres1 ,nous nous sommes souvent ennuys comme ici6 ,alors1 quoi8 ,n'y a-t-il aucun moyen de se sauver du ,spleen dans l',idal1 de raliser ds ici-bas l'infini pressenti8 ,si6 il y a vraiment des ,paradis artificiels4 ,et ,baudelaire a consacr les dcrire les deux notices qu'on connat et qui sont parmi le plus profond et le plus neuf de son oeuvre2 celle du ,haschisch et celle de l',opium1 propos duquel avaient paru en ,angleterre les extraordinaires confessions d'un mangeur d'opium par ,thomas de ,quincey1 que ,baudelaire traduisit en les analysant et dveloppant4 ,ces stupfiants1 voil le moyen parfait et immdiat de fuir la vie1 de satisfaire le got naturel de l'infini1 d'tre semblable ,dieu4 ,c'est la plus redoutable des offres du ,tentateur moderne4 ,dans cette ivresse trange1 tout s'anoblit1 s'idalise1 s'emparadise4 ,on ne perd pas la conscience de soi4 ,c'est une conscience dforme1 sublime4 ,c'est le rel agrandi1 divinis1 exagr jusqu'aux confins du possible1 jusqu' la ligne d'horizon du ciel et de la mer4 ,est-ce encore l'eau1 ou est-ce dj le ciel8 ,est-ce encore la ralit1 ou est-ce dj le rve8 ,or c'tait tentant surtout pour le pote pauvre1 pris de dandysme1 subtil esthte1 qui tout de suite ainsi se trouvait transport dans le luxe4 ,il y a un pome des ,fleurs du mal3 ,rve parisien1 qui raconte cette ivresse en chambre4 ,la notation est unique dans les ,fleurs du mal1 o nulle part il n'est fait une allusion directe au haschisch ou aux visions de l'opium4 ,en cela il faut admirer le got suprme du pote1 uniquement proccup de la construction philosophique de son pome1 de le dpouiller des contingences1 en n'admettant des choses que leur portion d'ternit1 leur transposition en infini4 ,mais indirectement il y a la trace et le profit de la frquentation de ces paradis artificiels3 les dformations de la sensation1 interversion des sens et ces fameuses correspondances1 si souvent signales et imites3 ,son haleine fait la musique1 ,comme sa voix fait le parfum6 ,et ailleurs3 ,il est des parfums frais comme des chairs d'enfants1 ,doux comme les hautbois1 verts comme les prairies444 ,les parfums1 les couleurs et les sons se rpondent4 ,personne n'a dit que cela tait moins invent que vu1 par ,baudelaire dans l'ivresse du haschisch1 alors qu' la seconde priode1 comme il l'a crit lui-mme1 arrivent les quivoques1 les mprises et les transpositions d'ides4 ,les sons se revtent de couleurs et les couleurs contiennent une musique4 ,un autre rsultat du haschisch1 c'est un alliage de mathmatiques qu'on n'a gure signal dans l'oeuvre1 et qui se rencontre si curieusement et l3 ,dans les ,petites ,vieilles3 ,a moins que1 mditant sur la gomtrie444 ,dans les ,sept vieillards3 444 ,son chine ,faisait avec sa jambe un parfait angle droit3 ,ainsi les mathmatiques se lient la posie comme elles se lient la musique1 car l'ivresse du haschisch transpose1 parat-il1 toute musique en chiffres1 fait apparatre toute musique sur l'air nu comme une vaste opration arithmtique o les nombres engendrent les nombres4 ,quoi qu'il en soit du profit que ces drogues savantes apportrent l'oeuvre1 elles n'en restent pas moins dfendues1 comme les autres moyens artificiels d'oublier la vie3 le vin1 le jeu1 le voyage4 ,tous sont des fleurs du mal1 des fruits de tentation1 des inventions de ,satan4 ,seule la ,mort vient de ,dieu4 ,elle est la conclusion logique de la vie et sera celle galement du pome qui se termine par une srie de sonnets1 d'une analyse profonde3 la ,mort des amants1 la ,mort des artistes1 la ,mort des pauvres4 ,c'est le seul idal opposer au spleen1 le seul remde qui ne trompe pas1 cette pense de la mort1--car le pote est croyant1 et la mort ouvre sur le ciel1 ce lieu1 dit-il1 de toutes les transfigurations1 le ciel o1 ds le premier pome de son livre1 il entrevoyait le trne rserv au pote3 ,je sais que vous gardez une place au ,pote ,dans les rangs bienheureux des saintes lgions4 ,voil pourquoi le dernier pome des ,fleurs du mal doit se clore1 en toute logique1 sur ce cri qui sonne enfin la dlivrance3 ,o ,mort1 vieux capitaine1 il est temps6 levons l'ancre6 ,ce pays nous ennuie1 ,mort6 ,appareillons6 99 99 99 ,comme on le voit1 toute cette oeuvre de ,baudelaire est construite avec la logique1 l'harmonie1 les proportions1 la hirarchie de l'architecture1 car on peut dire surtout de lui qu'il fut un crbral1 un gnie de volont4 ,la plupart s'tonneront de cet accouplement de mots1 imaginant le gnie plutt inn1 inconscient1 un don1 un jaillissement inlassable1 une puissance verbale allant jusqu' tre comme le vent1 la mer1 le feu1 faisant de l'homme une sorte d'lment4 ,soit6 mais1 mme dans cette hypothse1 n'est-ce pas un lment aussi1 la poudre toute rduite qui pourrait faire explosion1 avoir la puissance d'un cyclone8 ,n'est-ce pas un lment1 la fiole d'essence prestigieuse dont les gouttes sobres sont distilles avec les fleurs de toutes les latitudes8 ,baudelaire fut1 en posie1 le chimiste de l',infini1 et1 dans les cornues de ses vers1 tout l'univers aussi se condense1 aboutit4 ,il est donc un homme de gnie1 pour qui dmle le sens symbolique de ses livres4 ,mais bien peu1 aujourd'hui encore1 peuvent oser un tel avis4 ,que dire de l'opinion qu'il suscita de son vivant et de l'accueil fait son oeuvre8 ,succs d'tranget1 presque de scandale4 ,des essais1 comme dclara la ,revue des ,deux-,mondes dans une note restrictive1 quand elle publia quelques fragments en primeur4 ,en vain ,baudelaire aurait-il voulu s'imposer1 expliquer4 ,il est inutile d'expliquer quoi que ce soit qui que ce soit1 disait-il avec dcouragement1 convaincu de la btise du monde1 la btise au front de taureau4 ,or c'est prcisment le mpris de l'humanit qui le mena ce got de la mystification1 un peu puril1 au fond1 et dont on lui fait tant grief1 mais qui s'explique dans son cas1 et par lequel il se vengeait d'aller incompris et seul dans la vie4 ,il faut dire1 sa dcharge1 que presque tous les crivains de sa gnration eurent1 comme lui1 cet amour du mensonge4 ,ce fut une mode1 comme l'affectation de costumes ostentatoires4 ,balzac lui-mme1 dans cette toute crbrale passion pour l'trangre1 ne faisait qu'aimer un mensonge1 le concrtiser dans une forme de femme inconnue1 c'est--dire dans quelque chose qui tait comme s'il n'existait pas4 ,dernier avatar du romantisme1 pourrait-on dire1 et de la lycanthropie de ,ptrus ,borel1 s'obstinant des attitudes pour tonner le vulgaire1 et se survivant comme en un sport mental4 ,on peut considrer de la sorte telles mystifications laborieuses de ,baudelaire1 qu'il exerait jusque vis--vis des humbles et des inoffensifs4 ,par exemple1 passant un soir devant la boutique d'un charbonnier1 il le vit1 dans une pice du fond1 assis avec sa famille autour d'une table4 ,il semblait heureux2 la nappe tait blanche2 le vin riait dans les flacons4 ,baudelaire entra4 ,le marchand vint vers lui1 obsquieux1 joyeux d'un client1 attendant la commande4 --,c'est vous1 tout ce charbon8 demanda-t-il4 ,l'homme fit signe que oui1 ne comprenant pas4 --,et toutes ces bches alignes8 ,l'homme acquiesait encore1 croyant l'acheteur indcis4 --,et cela1 c'est du coke8 c'est de la braise8 ,ils vous appartiennent aussi8 ,baudelaire examinait avec soin toutes les marchandises entasses2 puis1 dvisageant le charbonnier3 --,comment8 ,c'est vous1 tout cela6 ,et vous ne vous asphyxiez pas8 ,des mystifications de ce genre 7et on en raconte de nombreuses1 plus ou moins authentiques7 taient sans doute le rsultat d'un entranement1 un jeu de solitaire et d'incompris4 ,a l'origine1 ,baudelaire dut y trouver un moyen de se mettre en garde contre la btise qui aurait pu rire de lui1 ne le comprenant pas4 ,il prit l'avance et1 le premier1 se moqua4 ,ce fut une sorte de lgitime dfense4 ,car1 aprs avoir reconstitu l'me foncire de ce pote1 on songe3 ,comme il s'est trouv en exil dans la vie6 ,il a march vraiment parmi des trangers4 ,il n'a pas parl la mme langue que les autres4 ,sa conversation naturelle devait paratre beaucoup inintelligible ou ridicule1 ses raffinements de pense et de langue ahurir autant que ses mystifications4 ,c'est qu'il a considr la vie au point de vue de l'ternit4 ,il n'a pas t pareil aux autres2 il n'a pas t conforme1 ce qui est le grand crime1 comme il disait lui-mme4 ,de l son destin maudit1 son gnie insouponn1 sa vie lamentable1 en proie l'affront1 l'ignorance1 la pauvret4 ,quel contraste avec l'existence ferique d'un ,hugo qui1 aprs soixante annes d'acclamations1 est port en triomphe dans la mort comme un hros de ,wagner6 ,c'est que ,hugo1 ,lamartine1 presque tous les potes franais du sicle1 eurent une nature telle qu'ils ont pu vritablement pouser la foule4 ,ses passions1 ses tristesses1 ses joies1 ses croyances1--politique1 patrie1 amour1 tous les grands lieux communs de l'humanit1 ils les ont partags4 ,chacun d'eux fut vraiment un cho sonore au centre de tout4 ,quant ,baudelaire1 il est exceptionnel3 il reprsente l'lite en face du nombre2 en regard des faits1 il est la loi2 il conoit l'ordre de l',univers et mprise le dsordre des vnements4 ,lui est incapable jamais de pouvoir pouser la foule4 ,il est si diffrent d'elle1 si diffrent des autres1--et toujours gal lui-mme6 ,il est l'tre dpareill4 ,il est unique de son espce4 ,il est le grand clibataire1 ainsi qu'il est dit dans ,maldoror de l',ocan4 ,mais n'est-ce pas la gloire de l',ocan de n'avoir point d'quivalent8--comme c'est aussi la gloire de ,dieu4 ,dieu est celui qui est le seul4 ,et l'on pourrait dire la mme chose de l'homme de gnie4 ,,les ,,goncourt ,la collaboration des frres de ,goncourt pour une seule oeuvre apparatra dans l'histoire littraire un fait unique et1 en mme temps1 extraordinaire1 puisqu'ici le fait humain s'gala au fait divin3 un crivain en deux ,personnes1 le mystre de la ,sainte ,dualit4 ,leur renomme ne s'tablit qu'avec peine4 ,c'est le cas de tous les novateurs1 en art comme en religion4 ,ils n'ont autour d'eux1 l'origine1 que les douze disciples1 qui conquerront le monde6 ,jules de ,goncourt connut seulement1 lui1 le ,jardin des ,oliviers1 la sueur de sang1 la mort crucifie444 ,la difficult du triomphe s'en augmenta4 ,pourtant on reconnut que le mort tait un dieu4 ,quant au survivant1 qu'allait-il advenir8 ,certes1 sa vie tait dpareille2 mais il avait gard leur me une4 ,l'oeuvre continua4 ,edmond de ,goncourt se remit au travail1 seul1 menant plus haut une des tours jumelles de cette cathdrale1 tandis que l'autre demeurait inacheve dans l'air4 ,il produisit alors une srie d'ouvrages personnels4 ,ce fut le rcit mme de la mort de ,jules1 dans le ,journal1 d'un pathtique qui tire les larmes1 d'une vocation qui va jusqu'aux nuances de l'agonie sur le visage1 jusqu'aux reflets des cierges et des roses mortuaires dans les miroirs4 ,ce fut encore ce livre exquis3 la ,maison d'un ,artiste1 crit en un style qui se pique au jeu1 s'exaspre1 lutte contre les modles1 se colore en estampes japonaises1 s'affine ou se trame en bijoux et en tapisseries du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,enfin ce furent quatre admirables romans nouveaux3 ,la ,faustin1 ,chrie1 la ,fille lisa1 et surtout les ,frres ,zemganno1 o se raconte allgoriquement la vie des deux crivains4 ,on peut dmler ainsi le mystre de leur collaboration4 ,ces deux clowns1 dont l'un rve un nouveau tour1 que le plus jeune excute jusqu' ce qu'il s'en tue1 c'est eux-mmes4 ,pour ,nello il n'y avait rien de bien que ce que faisait ,gianni4 ,car ,nello1 l'an1 avait la plus grande part dans la rflexion et l'action intellectuelle4 ,le second se distinguait par un balancement plus grand de la pense dans le bleu1 plus bohmien de la lande et de la clairire et1 par cela1 plus pote1 mais plus paresseux d'esprit4 ,prcieux renseignement4 ,nous avions le secret dsormais de cette association de deux hommes1 l'un plus rflchi1 plus crbral2 l'autre plus primesautier1 dont la mre1 son lit de mort1 avait joint les mains pour la vie sans se douter qu'elle les joignait pour l'oeuvre et en faisait des jumeaux de la gloire4 ,tout s'lucide maintenant3 ils assemblaient de concert les matriaux1 les documents3 puis crivaient tour tour ou ensemble1 gardant le meilleur de la version de chacun1 fondant les deux textes souvent qui taient dj presque pareils4 ,cette similitude est toute naturelle quand on s'aime1--et qui s'aima mieux que ces deux frres8 ,la ressemblance est le signe mme et le miracle quotidien de l'amour4 ,on en vient penser ensemble1 penser la mme chose4 ,est-ce que1 au surplus1 il n'arrive pas que1 mme physiquement1 les amants finissent par se ressembler8 ,c'est tout le secret de cette intime collaboration des ,goncourt4 ,eux-mmes le constataient dans leur ,journal3 ,jamais me pareille n'a t mise en deux corps4 ,ce n'taient mme plus deux mes ressemblantes1 mais une seule me en un double tre4 ,et les objets entraient et vivaient dans chacun et dans tous les deux la fois1 comme les objets qui sont entre deux miroirs face face4 ,nanmoins dans la vie des ,frres ,zemganno il apparaissait que ,gianni1 l'an1 avait surtout des dispositions rflectives4 ,c'est lui qui sans cesse se trouva hant par l'invention d'un nouveau tour4 ,et il n'est pas hardi d'affirmer que1 dans la collaboration des ,goncourt1 ,edmond aussi fut principalement le novateur1 celui qui toujours se proccupa de trouver1 de crer4 ,n'en avons-nous pas une preuve catgorique dans la prface qu'il signe seul en #ahgi1 o il annonce le projet d'un roman qui se passerait dans le grand monde et qui aborderait enfin la ralit lgante8 ,l est le succs pour les jeunes1 dclare-t-il1 et non plus dans le canaille littraire4 ,n'est-ce pas une nouvelle voie ouverte1 celle du roman mondain1 qu'il inaugure lui-mme ensuite1 avec ,chrie1 et o devaient entrer1 son signe1 ,m4 ,paul ,bourget et ses continuateurs4 ,cette proccupation d'un nouveau tour1 d'un genre indit1 que ,edmond de ,goncourt ralisait ainsi par son dernier livre1 les deux frres l'avaient eue ds le dbut et ds les premires oeuvres qu'ils signrent ensemble4 ,ils furent des inventeurs1 et dans des domaines multiples4 ,nous ne parlons mme pas de leur rsurrection du ,x,v,i,i,ie sicle2 ni de leur got d'art1 subtil et sr1 qui introduisit le japonisme en ,france4 ,nous parlons surtout du roman dont ils apportrent une formule neuve et o ils infusrent un lment nouveau3 le ,moderne4 ,dj dans ,manette ,salomon1 qui parat en #ahfg1 ,chassagnol s'crie3 ,oui6 oui6 le moderne1 tout est l6444 ,tous les grands artistes1 est-ce que ce n'est pas de leur temps qu'ils ont dgag le ,beau8 ,or les ,goncourt avaient commenc par aimer le ,x,v,i,i,ie sicle4 ,est-ce par aristocratie1 amour d'une civilisation joliette1 enrubanne et poudre1 piti pour celles dont le sang tacha les falbalas8 ,est-ce par atavisme1 affinit avec ce grand-pre de l',assemble nationale et les autres ascendants qui furent des gentilshommes de l'ancien rgime8 ,oui2 mais ce fut aussi pour une autre raison1 plus premptoire et qui dcida de tout4 ,par elle s'explique leur oeuvre et la capitale innovation qu'ils apportrent dans le roman3 les ,goncourt taient ns collectionneurs4 ,or on n'est pas collectionneur par un penchant de l'esprit1 une aptitude mentale4 ,cette disposition est un phnomne nerveux4 ,tous les collectionneurs sont ce que les physiologistes appellent des tactiles1 ayant l'esthtique du toucher1 et rceptifs d'impressions d'art par le bout des doigts4 ,les ,goncourt1 de plus1 avaient la vue aussi sensibilise que le toucher4 ,mme ils commencrent par dessiner1 faire de l'aquarelle1 s'orienter vers une carrire de peintres4 ,aujourd'hui encore ne comprend-on pas1 voir l'oeil extraordinaire du survivant1 cet oeil rond1 vaste1 comme taill facettes par la lumire changeante1 qu'il est un oeil merveilleusement impressionnable1 un oeil qui subit comme un attouchement le reflet des objets1 un oeil contre lequel est blotti un cheveau de nerfs transmettant vite1 en une tlgraphie magique1 l'impression de couleur au cerveau1 en mme temps que les nerfs du tactile transmettent l'impression de la forme8 ,donc ils taient ns collectionneurs4 ,et ils recherchrent avec volupt les bibelots1 les dessins1 les chiffons1 les tapisseries1 toute la babiole1 toute la gloriole du sicle dfunt que leur aristocratie aimait4 ,aprs le dcor1 ce fut le tour d'autres objets plus dcisifs3 livres1 manuscrits1 papiers4 ,ainsi toute la vie du ,x,v,i,i,ie sicle renaissait entre leurs doigts fureteurs444 ,on se penche sur l'eau pour ne cueillir que des fleurs1 puis on s'intresse aux crues1 la navigation1 aux herbes sous-marines4 ,on entrevoit au fond1 des barques sombres1 des ,ophlies dont on reconstituera la vie sentimentale avec leurs cheveux et ce que disent leurs bijoux4 ,ainsi les collectionneurs furent amens crire leurs ,portraits intimes du ,x,v,i,i,ie sicle1 en faire revivre toute l'histoire3 l'amour1 la femme1 l'art2 non seulement ,watteau1 ,latour1 ,chardin et les autres1 mais aussi les grandes dames1 les actrices4 ,et tout cela1 non pas imagin1 devin ou voqu par soubresauts lyriques1 la faon des autres historiens souvent visionnaires1 comme ,michelet ou ,lamartine2 tout cela prouv1 document1 tabli1 au moyen de mille petits papiers1 notes1 correspondances1 actes1 pices officielles1 c'est--dire un travail minutieux et colossal de deux peintres prodiges qui auraient class et tu des millions de papillons pour faire avec la poussire des ailes leurs vastes pastels4 ,par un procd de collectionneurs1 ils avaient t les historiens du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,par le mme procd de collectionneurs1 ils furent les grands romanciers de la seconde moiti du ,x,i,xe sicle4 ,et c'est en cela que consiste leur innovation dcisive1 leur originalit foncire4 ,ils sont les historiens de nos moeurs4 ,le roman1 grce eux1 n'est plus une fable1 un agencement ingnieux d'aventures2 c'est le tableau mme du temps4 ,c'est ce que les historiens du sicle prochain auraient fait1 si eux-mmes ne l'avaient pas tout de suite accompli4 ,les collectionneurs qu'taient les ,goncourt collectionnrent des documents sur leur propre temps4 ,et il ne s'agit pas seulement du dcor de ce qui n'est qu'un cadre3 ,paris1 les boulevards1 les ateliers1 les thtres1 etc42 il s'agit surtout de la faon de sentir1 d'aimer1 de penser1 de mourir1 en un sicle de chemin de fer1 de ,bourse1 d'inventions1 d'art quintessenci1 de dtraquements1 d'lectricit nerveuse4 ,voil le moment important de l'ternit qu'il fallait fixer et qu'ils fixrent4 ,ils firent1 dans la forme du roman1 l'histoire contemporaine des moeurs1 des tres1 des choses4 ,c'est ce qu'ils appelrent peindre le ,moderne4 ,pour y russir1 ils eurent la chance de possder une ducation classique assez incolore4 ,homre et ,virgile ne les obsdent pas4 ,leur antiquit1 c'est le ,x,v,i,i,ie sicle tout au plus4 ,ils ne vivent pas avec les morts4 ,ils sont attentifs seulement ce qui les entoure4 ,ils collectionnent des frissons1 des gestes1 des bruits1 des nuances de l'eau1 des plis de vtements1 des cris de passion1 des expressions de douleur1 des maladies1 tout ce qui est la vie et la mort de leur temps4 ,est-il tonnant1 ds lors1 qu'une seule page d'eux1 au hasard1 donne la sensation et pour ainsi dire l'odeur de l'air du sicle8 ,un jour1 ce curieux artiste qu'est ,m4 ,flicien ,rops nous disait que sa grande ambition avait t d'exprimer le nu moderne1 le nu travaill d'hrdit anmie1 si diffrent des calmes torses d'un ,corrge ou des grasses chairs fleuries d'un ,rubens1 ce nu dcadent qui doit se percevoir1 pour ainsi dire1 sur un centimtre carr1 comme un bout de l'toffe humaine raille par les sicles1 non plus sensuel1 ni sexuel1 mais plutt ravin de vices hrditaires1 marbr de pchs anciens1 un nu douloureux et mystique1 o se devinent l'ternel regret de l',eden et surtout les dtraquements de la nvrose1 l'puisement du sang en de trop chres dlices444 ,de mme1 sur un centimtre carr de la littrature des ,goncourt1 on pourrait reconnatre le nu du sicle4 ,or1 cela tait inconnu dans le roman1 qu'on n'imaginait pas capable de ces rsultats o s'accrot son propre domaine4 ,c'est--dire qu'il est devenu1 grce eux1 une sorte d'oeuvre scientifique4 ,l'affabulation consiste arranger la ralit4 ,l'artiste dispose les acquts du collectionneur4 ,le roman est aussi de l'histoire4 ,c'est une clinique tenue par un pote4 ,est-ce que ,charles ,demailly1 ,germinie ,lacerteux1 ,mme ,gervaisais1 ,chrie1 ,rene ,mauperin1 ne sont pas des passants et des passantes de notre poque1 malades de la maladie qui nous tourmente tous plus ou moins8 tres impressionnables1 sensitifs1 que la musique fait pleurer1 qui aiment les fleurs et les baisers tristes6 ,tous ces personnages sont des nerveux2 ils sentent s'tirer en eux le terrible cheveau1 et sont frres en ,notre ,mre la ,nvrose qui est la ,madone de ce sicle4 ,des malades1 dira-t-on6 ,mais ils sont les malades d'un trop subtil idal1 d'une dlicatesse trop docile aux raffinements de l'art1 de la musique1 de l'amour1 du clair de lune1 des fards et des piments4 ,les nerveux8 ,ils sont malades d'tre trop exquis4 ,ils expient pour avoir voulu se hausser aussi loin de l'homme primaire que celui-ci est loin des animaux4 ,ce sont ces cratures rares qui vivent et souffrent dans les romans des ,goncourt4 ,en elles se rsume--puisqu'elles sont l'lite--l'histoire du temps1 ce temps fivreux1 orageux1 nostalgique1 que les ,goncourt ont enclos dans leurs livres4 ,ceux-ci sont des monographies sur les milieux parisiens 7puisque c'est l que le moderne atteint sa plus significative intensit71 comme il y a les monographies de ,le ,play sur les ouvriers europens4 ,ce sont des travaux documents qui voquent le monde des peintres1 celui des hommes de lettres1 le peuple1 les hpitaux1 les lupanars1 les cirques1 les salons4 ,sur chacun de ces milieux1 les crivains ont collectionn un un des documents1 comme s'ils n'taient que les historiens des moeurs2 voil pourquoi l'anecdote a toujours t rduite au plus strict1 puisqu'il s'agissait moins de raconter des aventures que de peindre des cratures contemporaines et de fixer la ,vie ,moderne4 ,mais les ,goncourt n'avaient pas seulement un temprament de collectionneurs et d'historiens4 ,ils avaient avant tout une nature de potes4 ,et c'est ainsi qu'ils n'ont jamais choisi que le document artiste4 ,ceci est trs important et ne s'applique pas seulement aux dtails mais la conception mme de leurs romans4 ,c'taient des imaginatifs aussi1 fconds et puissants1 qui prirent soin d'agrandir le sujet de chaque livre par des inventions personnelles4 ,le point de dpart en est toujours minime3 une simple anecdote d'hpital raconte par ,bouilhet est le germe d'o sortira l'admirable ,soeur ,philomne2 la vie d'une domestique1 libertine et hystrique1 leur fera imaginer le type compliqu1 la figure inoubliable de ,germinie ,lacerteux4 ,et ils ne s'en tiennent pas au simple sujet2 ils prirent soin galement de l'ennoblir par quelque ide gnrale qui le grandit au-del de lui-mme2 non pas une ide sociale1 ou religieuse1 ou morale1 laquelle n'est d'ordinaire qu'un lieu commun et ne convient qu'aux romanciers vulgaires1 mais une ide artiste couronnant l'oeuvre d'un nimbe de pense souveraine1 la surmontant d'une tour qui1 au-dessus des documents1 des matriaux1 des pierres touchant le sol1 rgne dans l'au del du ciel et y sonne des heures d'ternit un cadran comme un clair de lune qui chante6 ,en veut-on des exemples8 ,dans ,manette ,salomon1 il ne s'agit pas seulement d'une tude du monde des peintres1 ni mme de la thse que la femme nuit l'art1 dtourne son profit les sources vives de l'inspiration1 les tarit contre son sein incertain comme le sable4 ,les ,goncourt dressent bien au-dessus du sujet le thme du ,nu1 extasiement des yeux de peintres1 caresse et lumires1 brlure aussi1 idole de chair qui demande des coeurs saignants en ex-votos et des colliers de larmes4 ,dans ,madame ,gervaisais1 il y a aussi agrandissement au del de l'histoire d'une vie4 ,d'abord1 l'influence d'une ville sur une me4 ,les pierres parlent1 les pierres de ,rome o il y a de la poussire des sicles1 de l'encens invtr4 ,et puis1 une autre ide dominante1 qui est admirable et d'un symbolisme latent3 l'hrone meurt de trop de beauts1 de trop d'motions dlicieuses1 du rve touch1 d'avoir presque lev le voile d',isis4 ,enfin1 dans les ,frres ,zemganno1 ne s'agit-il pas moins de la destine de deux clowns1 du curieux milieu des forains et gens de cirque1 que de deux crivains unis pour l'oeuvre de gloire et que la mort spare derrire ce texte emblmatique8 99 99 99 ,mais ce n'est pas uniquement leur conception neuve du roman qui assure la grandeur des ,goncourt4 ,c'est en mme temps leur style1 neuf aussi4 ,l'un et l'autre importent pour raliser un nouveau tour1 l'instar du ,gianni des ,frres ,zemganno4 ,il faut encore l'effort d'crire personnellement1 comme a trs bien dit ,edmond de ,goncourt lui-mme4 ,oui6 une criture artiste1 et de plus une criture qu'on fasse sienne1 tout de suite reconnaissable et qui donne notre art comme une identit4 ,c'est ce que ,joubert1 dans une lettre ,chateaubriand1 appelait avoir son propre ramage4 ,or qui s'est cr un style plus personnel1 unique1 que les ,goncourt8 ,c'est l-dessus qu'on les chicane4 ,dj ,gautier disait en parlant de maints critiques et de la foule3 ,le style les gne4 ,et il ne faut pas chercher d'autres raisons certaines rsistances vis--vis des ,goncourt et l'expansion lente de leur oeuvre1 trop crite pour tre jamais tout fait populaire4 ,dans leur style encore1 se reconnat bien la marque du moderne4 ,est-ce qu'il ne fallait pas1 pour une humanit nouvelle1 une nouvelle langue8 ,la leur est adquate2 elle est bariole1 capiteuse1 aigu1 retorse1 une langue avec des chiffons1 du nu1 des bijoux2 une langue comme une foule2 une langue truffe d'argot1 de termes d'ateliers et de coulisses1 de termes techniques 7leur nature de collectionneurs devait les mener collectionner aussi des mots74 ,littrature de luxe1 farde et maquille1 pourrait-on dire1 dont le style est bien le visage de la vie moderne1 ajoutant du rouge1 du noir1 du bleu1 des poudres et toute une chimie de couleurs pour exasprer son charme de dcadence1 sa pleur de nerveuse qui exigea trop de la vie et d'elle-mme4 ,ah6 qu'il y a loin de la sant rose et calme des littratures classiques6 ,mais est-ce que la littrature d'une civilisation avance ne doit pas avoir1 comme celle-ci1 sa beaut de nuances et d'artifices1 ce qu'on pourrait appeler son charme de maladie1 avec un rose fivreux aux pommettes1 qui a le ton du rose des couchants8 ,qui prtendra la fort plus belle au printemps1 quand toutes les feuilles sont d'un vert unifi et1 partant1 monotone8 ,or1 la langue est une fort1 disait dj ,horace4 ,notre littrature1 aujourd'hui1 touche son automne2 et n'en est-elle pas autrement somptueuse1 avec ses millions de feuilles multicolores1 qui sont du bronze1 du sang1 de la chair d'enfant1 de la lie1 de l'or1 du fard1--palette prodigieuse avec laquelle il nous faut exprimer la fin de sicle o nous vivons4 ,c'est ce qu'on fait les ,goncourt4 ,ils ont crit--comme on peint3-- petites touches menues1 accumules2 les mots se superposent1 les pithtes se surajoutent1 pour produire le ton1 voquer l'objet1 camper le personnage1 crer l'atmosphre4 ,combien diffrente1 l'ancienne manire d'crire6 ,ils ont rompu1 dclarait ,banville1 avec les pompeuses fadeurs de ce style soutenu qui1 ainsi que le disait ,michelet1 touffe1 crase lourdement1 depuis deux sicles1 la ,france de ,rabelais1 d',agrippa d',aubign1 de ,rgnier1 de ,la ,fontaine4 ,et il ajoutait pittoresquement qu'ils pourraient s'installer avec cette enseigne3 ,au ,magasin des ,images neuves4 ,car ce sont surtout des crivains d'images1 comme tous les grands crivains1 principalement dans notre sicle qui aura produit avant tout une littrature de sensations4 ,or1 une littrature de sensations est naturellement une littrature d'images4 ,celle du ,x,v,i,i,ie sicle1 et mme de la premire moiti du ntre1 avec ,stendhal1 ,mrime1 ,benjamin ,constant1 n'est qu'une littrature d'ides1 une prose abstraite appliquant ses plis raides et incolores sur des penses1 des arguments de raison ou de sentiment4 ,tout coup1 ,chateaubriand inaugure la littrature de sensation4 ,et tous les grands crivains vont le suivre4 ,chateaubriand ici est prcurseur1 avec quelques phrases topiques1 comme lorsqu'il dit1 propos de bestioles vues en ,amrique1 dprissant parmi le soir tombant1 dans une mare tarie1 qu'elles dgageaient une fine odeur d'ambre gris4 ,curieuse sensation d'un odorat enfin aiguis et qui tablit des analogies imprvues4 ,les sens dsormais sont ouverts4 ,prcieux lment de nouveaut4 ,chaque sens sera une fentre qui laisse apercevoir un nouvel ,univers4 ,non seulement les sens sont ouverts1 mais on dcouvre qu'ils communiquent2 et c'est ,baudelaire1 qui1 par ses correspondances1 dont l'ivresse du haschisch lui fut la rvlation1 nous initie toute une srie nouvelle de sensations1 et par consquent d'images3 ,il est des parfums frais comme des chairs d'enfant1 ,doux comme les hautbois1 verts comme les prairies444 ,les ,goncourt apportent leur contribution dans ce grand renouveau4 ,ils ont crit3 ,ides et ,sensations4 ,ce pourrait tre le titre de toute leur oeuvre4 ,eux aussi possdent enfin l'ducation esthtique des sens4 ,mais1 chez eux1 c'est l'oeil qui prdomine2 littrairement1 ils apparaissent surtout un oeil1 une rtine merveilleusement sensitive1 un perspicace oeil de peintre1 qu'ils furent l'origine1 et ils vont rendre avec des mots tout le plus tnu et le plus fugitif des nuances d'tres1 de ciels1 de dcors1 de passions4 ,n'est-ce point comme un tableau de ,claude ,monet1 cette grande glise tnbreusement violace sur l'argent blafard du couchant8 ,ils furent des crivains impressionnistes1 avant mme qu'il y et des peintres impressionnistes4 ,et cette sensibilit de la vue ne leur attnuait point celle de l'oue4 ,la peinture de la phrase1 chez eux1 n'empchait point le sens de sa musique4 ,la soire frissonnante du friselis des feuilles1 n'est-ce point une subtile allitration1 comme celles o se complurent de rcents potes1 proccups d'instrumentation1 et que les ,goncourt ralisaient bien auparavant avec le got infaillible et l'instinct des grands crivains8 ,que de combats avec la phrase et le mot pour ces accomplissements magnifiques6 ,ah6 ils les ont connues1 ces affres dont gmissait le grand ,flaubert6 ,et1 de cette lutte1 ,jules de ,goncourt tomba nerv1 bris trente-neuf ans1 tu1 mort la peine du style1 comme l'a crit le survivant4 ,mais que de joies aussi6 ,ils les ont racontes1 ces solitaires ivresses1 ce double et trouble transport crbral1 cette joie nerveuse de l'oeuvre en train qui leur coupait l'apptit comme un chagrin et leur donnait1 sur les pavs1 l'impression de marcher sur un tapis4 ,admirables et mouvants aveux6 ,qui aima plus la littrature8 ,ce fut vraiment pour eux un amour4 ,l'enivrement d'crire1 pour les artistes de race1 est comme l'enivrement d'aimer4 ,o bonheur d'une telle passion pour les ,lettres sur qui les annes ne peuvent rien6 ,et c'est ainsi qu',edmond de ,goncourt apparut jusqu'au bout1 militant1 inspir1 fcond1 faisant jouer des pices1 poursuivant son ,journal1 entreprenant une vaste histoire de l',art japonais commence par ,outamaro1 ,hokousa1 et qui devait se poursuivre par l'tude d'autres peintres1 de laqueurs1 de sculpteurs1 de brodeurs1 de potiers4 ,on aurait dit qu'il tait dans le cas de cet ,hokousa lui-mme1 dont il avait publi la vie et qui1 un ge pareil1 faisait encore de nouvelles conqutes d'art1 pntrait dans le monde magique des oiseaux1 des plantes1 signant ses dessins3 ,hokousa1 vieillard fou de dessin4 ,edmond de ,goncourt fut1 lui1 le vieillard fou de littrature1 jusqu' cette heure suprme o la mort le runit enfin son frre ,jules dans le mme tombeau et aussi dans la mme immortalit1 cette vie sans date o ils se survivront--jumeaux de la gloire6 ,,st,,phane ,,mallarm ,il faut souvent recourir des lments extrieurs3 une maison1 un portrait1 un bibelot1 pour reconstituer1 lucider tout fait la physionomie d'un grand homme1 qu'il s'agisse d'un conqurant ou d'un pote4 ,l'iconographie surtout est prcieuse ici4 ,est-ce que le ,napolon au ,pont d',arcole par ,gros n'explique pas tout le jeune chef d'arme1 piaffant de gnie1 ivre de gloire1 comme le ,sacre par ,david prcise l'ordonnateur qui classifie1 discipline sa cour comme un code1 se hausse aux pompes emphatiques d'un nouvel ,empire romain8 ,or de ,mallarm nous avons aussi deux portraits significatifs1 qui portent chacun la signature d'un matre4 ,l'un1 plus ancien1 par ,manet1 qui nous montre le pote assez voisin de nous encore1 les traits vivement arrts1 une moustache drue coupant le visage mditatif1 et l'embrouillamini d'une vaste chevelure4 ,quelque chose d'inquiet et d'inquitant1 le visage soufr d'un orage intrieur1 l'air foudroy d'un ,lucifer en habit moderne1 comme le ,baudelaire jeune peint par de ,roy4 ,puis voici l'autre portrait1 rcent1 par ,m4 ,whistler1 o le visage s'est estomp1 ouat4 ,le bleu trs tide des yeux s'embrume4 ,la moustache are s'est fondue avec une barbe courte1 en pointe1 qui grisonne1 et met un floconnement d'hiver au bas de ce visage qu'on regarde comme un reflet1 qui semble tre vu dans un miroir1 vu dans l'eau4 ,c'est le pote comme il subsiste dans la mmoire1 dj en un recul1 hors du temps1 tel qu'il apparatra l'avenir4 ,a peine un geste de la main plus achev et qui le rattache encore un peu la vie1 ce geste contourn1 d'une inflexion qui lui est particulire pour tenir la cigarette ou le cigare1 fumeur continuel qui ne veut pas cesser une minute de mettre de la fume entre la foule et lui4 ,ainsi il s'isole1 s'loigne de la vie1 appartient tout au ,rve4 ,un homme au ,rve habitu4441 a-t-il dit de lui-mme au seuil de la confrence--il faudrait dire l'oraison funbre--qu'il consacra a son fidle ami ,villiers de l',isle-,adam4 ,c'est cet homme du ,rve que ,m4 ,whistler a exprim1 c'est l'auteur visionnaire1 nigmatique1 de l',hrodiade et de l',aprs-midi d'un faune1 tandis que le portrait de ,manet concorde bien avec le sensitif1 tragique et exaspr coloriste des ,fentres et de l',azur3 ,je suis hant6 ,l'azur6 ,l'azur6 ,l'azur6 ,l'azur6 ,or1 ici encore1 ce sont les lments extrieurs qui vont nous faire mieux comprendre l'oeuvre4 ,ce cri d'une cervelle prs d'clater sous la cruaut d'un bleu implacable1 c'est le pote jet en plein ,midi1 allant vivre ,avignon durant des annes 7envoy par l',universit71 au sortir des brumes1 des grises fantasmagories de ,londres o il avait couru1 sitt adolescent et libre4 ,l1 de secrtes affinits1 la loi de son oeuvre encore muette1 sa meilleure destine1 l'avaient tout de suite aimant4 ,il fallait qu'il se perfectionnt dans la langue anglaise1 parce qu'il tait vou nous donner un jour ses admirables traductions de ,po1 parce que surtout il devait allumer son me cette me un peu jumelle444 ,po avait donn la vraie formule pour le pome3 ,il faut une quantit d'esprit suggestif1 quelque chose comme un courant souterrain de pense1 non visible1 indfini444 ,cela quivaut dire qu'il faut que le pome donne rver sur un sens la fois prcis et multiple2 ou encore qu'il ait en mme temps plusieurs sens superposs4 ,c'est peut-tre ce qui caractrise le plus srement les grandes oeuvres4 ,ce signe se trouve dans ,po4 ,il se trouve aussi dans ,ibsen dont les drames ont galement ce courant souterrain2 et voil pourquoi ils captivent la fois le public ignorant et les artistes4 ,il y a dans eux1 en ralit1 deux pices parallles3 l'une qui semble un drame ordinaire1 un drame de la ralit et de la vie1 se passe de plain-pied avec les mes des spectateurs2 l'autre1 flottant dans les limbes de l'inconscience1 le clair-obscur du mystre1 tnbres animes1 brumes o on discerne la vie sous-marine de l'oeuvre1 o l'on voit comme les racines des actes et qui n'est visible que pour les initis et les voyants4 ,mallarm1 lui aussi1 dans ses pomes a tent de suggrer le mystre et l'invisible4 ,or1 pour suggrer une chose1 il faut surtout ne pas la nommer4 ,aussi ,mallarm dit3 ,je n'ai jamais procd que par allusion4 ,cela ne va pas toujours sans des obscurcissements1 parfois volontaires4 ,les excessifs raccourcis d'ides et d'images auxquels il se complait crent une optique spciale4 ,en tous cas1 il est arriv ainsi faire de la posie sobre1 aprs tant de dlayage et cette emphase dclamatoire1 cette loquence de strophes brandies qui est la mauvaise habitude hrditaire de la posie franaise4 ,voici de la quintessence1 le suc essentiel1 un sublim d'art1 et1 dans un flacon d'or pur1 trs peu d'essence--assez pour parfumer un sicle6--faite avec des millions de fleurs tues4 ,c'est une posie de rve1 si diffrente de ces redondantes mlopes qu'on appelle la posie lyrique1 o1 sans cesse1 la tradition se maintint4 ,c'est pourquoi il faut ce pote-ci apporter des yeux neufs qui ont laiss se dmoder en eux le souvenir de tous vers lus4 ,les mots chez lui n'ont pas leur sens ordinaire4 ,est-ce que les mots ne sont pas fans comme des visages8 ,mettons les mots en un tel clairage qu'ils aient l'air fard2 et nous crons ainsi l'apparence d'une nouvelle langue1 qui sera maquille1 faisande1 une vraie langue de dcadence1 conforme aux temps o nous sommes4 ,pauvres mots1 qui ne disent plus rien1 extnus du mme sens profr4 ,donc que les mots se taisent2 le pote ne les considre plus que comme des signes qui1 par la contexture1 par la place occupe1 par leur mariage avec tel autre prcdemment ha1 voquent des sensations vierges1 des sens imprvus4 ,tout est ellipse1 tropes1 inversions1 dductions spcieuses1 gestes convexes1 reflets1 dans des miroirs1 de jardins qu'on ne voit pas4 ,parfois la condensation reste claire3 ,mon me vers ton front o rve1 calme soeur1 ,un automne jonch de taches de rousseur444 ,parfois le sens s'enchevtre1 s'assombrit4 ,une srie de vocables rares1 d'une lumire inquitante et trouble1 jonche de pierreries uniques dont la signification n'est pas donne1 pour laisser rver quelque collier dsenfil de morte ou quelque couronne1 victime d'un rapt ancien1 dont l'or s'est vapor pour des crimes444 ,mais n'importe6 ,est-ce que le diamant n'a pas aussi des feux seulement intermittents3 goutte de lumire1 bue a chaque instant2 clart tournante d'un petit phare dans la nuit2 toile qui clignote444 ,et les pomes de ,mallarm sont aussi des nigmes de couleur1 ce dont la lgitimit se prouve1 dit-il lui-mme1 par ce fait que en crivant1 on met du noir sur du blanc1 comme le mystre sur l'vidence4 ,quelques-unes des causes qui font ces admirables pomes un peu rtracts et hermtiques1 c'est1 par exemple1 la suppression frquente de l'article1 de la ponctuation1 de toute conjonction4 ,la syntaxe aussi est retorse1 renverse1 s'influence de la construction anglaise4 ,car--nous le voyons de plus en plus--,mallarm doit beaucoup l',angleterre3 son got du rve1 de l'au del1 son esthtisme1 sa syntaxe enfin1 sans compter son dsir d'introduire partout l'art dans la vie qui provient de cette merveilleuse renaissance de l'art industriel en ,angleterre1 laquelle collaborrent ,rosetti1 ,morris1 ,crane1 tant d'inventifs et prcieux artistes4 ,mallarm y devait songer pour la ,france4 ,nagure il fonda et rdigea seul un journal qui s'appelait ,la ,dernire ,mode1 o taient promulgus les lois et vrais principes de la vie tout esthtique1 avec l'entente des moindres dtails3 toilettes1 bijoux1 mobiliers1 et jusqu'aux spectacles et menus de dners4 ,la posie aussi1 il rverait de la faire entrer dans la vie1 qu'elle s'inscrivt aux murs des appartements1 aux vaisselles1 aux bibelots2 il lui arriva d'en orner des ventails1 l'ventail qu'il a si magnifiquement dnomm l'unanime pli ,dont le coup prisonnier recule ,l'horizon dlicatement4 ,dans ces vers de grce suprme1 nous retrouvons 7toujours pour expliquer l'oeuvre par les milieux et les lments extrieurs1 selon la thorie de ,taine7 l'esprit trs ataviquement et foncirement franais de ,mallarm4 ,hrdit de longue date1 car ces lointains ascendants taient ici de hauts fonctionnaires1 et quelques-uns avaient dj commerce avec le livre1 tel celui qui fut syndic des libraires sous ,louis ,,xvi et dont le nom se retrouve au bas du privilge du ,roi1 dans cette dition originelle du ,vathek franais de ,beckford1 que le pote rimprima1 avec le portail d'une prface neuve4 ,lui-mme naquit ,paris en #ahdb1 dans une rue qui s'appelle aujourd'hui passage ,laferrire2 et il est naturel1 ds lors1 qu'il apparaisse ainsi1 par aboutissement1 si tout fait vieille ,france4 ,il a gard la bonne grce1 une politesse infinie d'ancien ,rgime1 une lgret manier la conversation1 et quelle conversation plus lumineuse et florissante que la sienne3 cristal et roses6 ,toute la jeune gnration littraire l'a cout comme un prcurseur1 comme un mage4 ,une voix savoureuse4 ,des gestes d'officiant4 ,et une parole inpuisablement subtile1 anoblissant tout sujet d'ornementations rares3 littrature1 musique 7il adore ,wagner71 art1 et la vie1 et jusqu'aux faits-divers1 dcouvrant entre les choses de secrtes analogies1 des portes de communication des couloirs cachs4 ,ainsi l',univers se recre dans le pote4 ,l',univers est simplifi puisqu'il le rsume du rve1 comme la mer se rsume1 dans un coquillage1 une rumeur4 ,quelle ingniosit sans fin1 quelles trouvailles incessantes6 ,c'est surtout de la posie que ,mallarm a discouru1 avec exquisit et autorit1 orientant les esprits1 dogmatisant1 approuvant avec des rserves ce que le jeune groupe des ,dcadents et des ,symbolistes allait introniser dans la posie sculaire4 ,il ne faut toucher que par moments au grand orgue de l'alexandrin1 reconnaissait-il son tour4 ,pourtant1 pour sa propre oeuvre jusque dans ses plus rcents vers1 il se garda d'aucune innovation1 maintint intacte toute la tradition quant aux mtres1 aux csures1 aux rimes4 ,son vers est un vers classique1 pour ainsi dire4 ,c'est que la forme1 en vrit1 est question toute personnelle1 changeante et secondaire4 ,mais il comprit pour lui-mme1 et enseigna1 que le propre du vers est d'enclore uniquement le ,rve4 ,de l sa grande influence un moment o la ,posie en venait rimer des contes1 les anecdotes de la vie1 de l'histoire1 de l'amour4 ,or la posie est la langue d'un tat de crise1 proclama ,mallarm2 elle ne doit pas vouloir servir tout1 tre employe continuement4 ,ces parfaits enseignements1 une vie d'une noblesse1 d'un dsintressement admirables1 ont valu ,mallarm--outre son oeuvre--d'tre salu par les crivains nouveaux comme leur ,matre et un chef d'cole4 ,influence glorieuse1 encore qu'elle soit forcment passagre1 car sans cesse les esprits drivent1 voluent1 se dprennent1 changent1 vont ailleurs1 comme les vagues dans la mer6 ,en dehors de ce fait momentan1 il y a un fait ternel3 c'est la beaut1 que nul ge ne fanera1 de quelques-uns de ses pomes3 ,les ,fleurs1 l',apparition1 l',hrodiade1 l',aprs-midi d'un faune1 et aussi de quelques pomes en prose1 si miraculeusement parfaits3 ,plaintes d'automne1 ,frissons d'hiver1 ,le ,phnomne futur--c'est--dire presque tout le volume qu'il a appel joliment ,florilge1 en triant et publiant ainsi quelque chose comme la dfinitive ,anthologie de lui-mme1 sa flore choisie4 ,et c'est une flore1 en effet1 d'un art souverain et durable1 faisant suite aux ,fleurs du mal de ,baudelaire4 ,celles-ci taient dj des fleurs de dcadence1 germes du bitume parisien1 bouquet sentant le soufre et le sang1 floraison satanique et cruelle1 fleurs nes la nuit1 mais quand mme naturelles encore4 ,les pomes de ,mallarm sont des sensitives de serre1 de la serre chaude d'un cerveau en fivre1 plantes la croissance artificielle et violente1 fleurs de chimie1 fleurs comme closes d'un miroir1 rares orchides qui contiennent tout le ,rve en leur forme quivoque1 aux interprtations diverses1 et dont on ne sait si elle est un sexe ou un bijou4 ,,les ,,rosny ,les ,rosny ont renouvel le cas des ,goncourt1 une collaboration fraternelle non moins fconde et dj glorieuse aussi4 ,pour les ,rosny1 il parat que les romans du dbut appartiennent uniquement l'an2 mais c'est l un triage que l'avenir ne fera pas et qu'eux-mmes1 par leur signature unique1 nous convient ngliger4 ,il est donc permis de considrer leur oeuvre comme d'un seul crivain4 ,disons alors que les ,rosny sont un romancier d'admirable talent4 ,en quoi furent-ils originaux et vraiment des apporteurs de neuf8 ,voici4 99 99 99 ,au fond1 dans beaucoup de romans1 il s'agit simplement d'une anecdote4 ,c'est une pice que l'auteur joue1 dont les personnages ont t taills1 habills par lui1 sont des marionnettes o l'on entend sa voix4 ,guignol pour grandes personnes6 ,tantt le drame ou la comdie est d'imagination pure1 tantt il est copi plus ou moins sur la ralit 7roman romanesque ou naturaliste72 mais toujours le rectangle de la scne termine le jeu gomtriquement4 ,avec les ,rosny1 l'art s'largit4 ,le thtre est de plein air4 ,plus de portants1 de dcors peints1 tout le mensonge et toute la machination4 ,et plus ces fils simples faisant mouvoir les personnages1 et qui n'aboutissent qu'aux mains d'un metteur en scne plus ou moins adroit4 ,les tres vivent1 marionnettes quand mme1 pauvres marionnettes humaines1 plus infimes encore1 mais plus tragiques1 tenus par des fils toujours1 mais des fils autrement mouvants1 ceux des ,forces et des ,lois1 ceux qui relient les cratures la prodigieuse tlgraphie arienne1 aux astres1 aux semences de l'air1 aux perles de la mer1 aux cyclones aveugles1 aux infiniment petits1 aux embches1 la mort toujours en route444 ,ainsi ils vivent1 les frles personnages du livre 7et nous avec eux71 d'une vie englobe dans l'immense gravitation cosmique4 ,chaque livre1 ds lors1 est plus qu'un roman2 c'est en mme temps le roman du rgne animal et vgtal2 c'est un microcosme de l'univers4 ,si telle femme sanglote la lune1 on sent bien qu'elle subit la mme loi que l',ocan dont la poitrine halte l'unisson de la sienne4 ,la lune l'influence comme lui1 et c'est d'elle que dpend la mare rouge de son sang4 ,tout est en communion dans la nature4 ,universel enchanement6 ,forces surplombantes et inluctables6 ,molcules fraternelles6 ,c'est ce que les ,rosny font sentir dans leurs oeuvres4 ,l'imagination ici se limite par la science1 mais s'tend jusqu' elle1 comme un continent jusqu' la mer4 ,or mme dans l'intrieur des terres on sait1 on devine1 on entend1 la grande pulsation lointaine des mares inexorables4 ,chez les ,rosny aussi1 autour des cratures il y a la cration4 ,de cette faon1 le roman reprsente la vie intgrale1 telle que peut la concevoir1 telle que doit la concevoir un cerveau qui a reu une ducation scientifique444 ,les personnages ne sont plus indpendants4 ,ils sont envelopps1 rattachs la vie totale1 l'ensemble vertigineux de l'univers1 petites lumires frles dans un immense dploiement capricieux1 vibrants organismes en proie aux forces1 aux combats1 aux conflits de la faim et de l'amour1 aux ivresses du sang rafrachi par des proies et par l'avril4 ,drame ternel et monotone que ce drame de l'univers1 soumis la fatalit444 ,aux deux bouts de leur oeuvre comme aux deux bouts de l'histoire1 les ,rosny nous montrent le triomphe du fort1 l'imagerie lamentable de la thorie darwiniste et la socit non moins cruelle que la nature4 ,car1 aprs nous avoir voqu dans leurs tonnants paysages et scnes prhistoriques le pauvre cerf laphe1 poursuivi par le lion1 par le felis spela1 puis broy et dvor1 ils nous montrent1 aussi pouvante et apitoyante que le cerf laphe1 la pauvre ,nelly en fuite dans ce ,londres actuel o la traquent d'autres monstres1 la faim1 la prostitution4 ,toujours la mme angoisse dans l'ternelle gravitation3 le vertige du ciel1 par-dessus soi2 la terre finale1 par-dessous2 et1 tout autour1 les tableaux naturels3 l'eau1 les herbes1 les pollens d'amour1 le poison cach1 la mort qui rde1 mille embches parmi les fleurs1 la dsagrgation1 un va-et-vient de molcules dont nous sommes1 pour une minute anxieuse1 l'phmre colonie6 99 99 99 ,c'est dj beaucoup que cette conception scientifique du roman1 c'est--dire ne voir les tres--dans le livre comme dans la vie--que lis tout le tnbreux mcanisme du cosmos4 ,ceci1 au fond1 constituait la dernire application de la mthode naturaliste4 ,voir scientifiquement des types et des caractres n'est pas autre chose que les voir plus juste et dans la vrit absolue4 ,c'est du ralisme transcendantal1 poussant sa formule jusqu' l'vidence des mathmatiques et des analyses intgrales4 ,dj1 auparavant1 le ralisme en peinture1 dsireux de faire vrai1 de voir juste1 de fixer le ton exact1 eut recours la science aussi4 ,l'cole impressionniste et celle du pointill ont emprunt aux expriences de ,rood1 aux tudes de ,chevreul leur technique du ton simple1 du ton fragmentaire1 pour viter tout acheminement vers le noir et fixer mieux sur les toiles la lumire4 ,or vouloir rendre la lumire1 c'est vouloir faire vrai4 ,c'est encore du ralisme4 ,et ,m4 ,claude ,monet avec ,seurat drivent logiquement de ,courbet par ,manet4 ,la peinture en est reste l4 ,le roman1 appuy sur la science1 aurait pu n'aboutir aussi qu' cette tape2 la science1 avec son surplus d'enqute1 et engendr simplement1 dans ce cas1 un ralisme suprieur4 ,le roman1 ainsi que la peinture1 aurait dsormais prsent1 non plus les tres isols1 mais aussi le milieu o ils s'agitent1 leur atmosphre1 sans rien de plus cependant4 ,or il s'est fait que les ,rosny1 en mme temps qu'un esprit de science et de gnralisation1 possdaient les dons du pote1 et1 du coup1 ils agrandirent cette conception scientifique de la vie aux proportions d'une sorte de foi lyrique et de culte bloui4 ,on peut dire qu'ils ont cr dans la littrature un merveilleux de la science4 ,thodore de ,banville avait coutume de dire qu'il n'y a pas de grande oeuvre sans merveilleux1 et il citait toujours1 tel qu'un exemple mmorable1 l',atta ,troll de ,henri ,heine4 ,oui1 mais comment inventer un merveilleux nouveau8 ,l'antiquit eut son admirable mythologie1 fables enchanteresses1 ,olympe radieux1 ciel rose et or1 o somnolaient les ,immortels1 ocans vierges d'o mergeaient des desses de qui les chevelures gardaient l'ondulement des vagues4 ,le merveilleux chrtien1 lui1 est sublime1 et ,chateaubriand en dgagea1 dans le ,gnie du ,christianisme1 l'ternel enchantement4 ,on trouve dans les oeuvres des ,rosny1 dans la ,lgende sceptique1 dans les ,xiphuz et mme dans leurs romans de moeurs modernes1 ce qu'on pourrait appeler un merveilleux de la science3 dcors quasi surnaturels1 ferie inaccessible1 prestiges occultes1 musique des sphres1 conciles d'astres1 ,forces de la nature1 ,lois d'airain aussi inexorables que les anciens dieux1 et qui sont comme les visages changs et sans nom du ,destin4 99 99 99 ,renouveler le roman par une conception scientifique de la vie1 en mlant les thories de ,darwin aux inventions de l'imagination1 voil pour la beaut littraire de l'oeuvre des ,rosny4 ,celle-ci a aussi une beaut philosophique4 ,elle ne conclut pas ncessairement une philosophie fataliste4 ,et nous allons voir comment il en sort une morale ingnieuse et admirable4 ,dans ces romans de la vie collective1 une part est laisse l'nergie individuelle1 toute rduite1 il est vrai1 circonscrite1 en proie des lois mystrieuses1 des instincts1 la maladie1 la duplicit1 aux piges de l'ignorance4 ,n'importe1 c'est prcisment parce que nous ne sommes plus en lutte seulement avec nos semblables ou avec nous-mmes1 comme en d'autres romans1 contraris uniquement dans nos amours1 notre ambition1 nos apptits1 mais livrs des forces autrement redoutables1 aveugles1 implacables1--c'est pour cela que les ,rosny s'meuvent d'une telle piti misricordieuse dont le halo accompagne tous leurs personnages444 ,avec quel apitoiement ils disent3 ,le pauvre tre humain6 ,comme ils le montrent disputant au sort quelques minutes d'ivresse1 assis au bord de sa courte joie l'eau vite tarie o son image chavire444 ,de l cette bont qui est partout en leurs livres et y bat comme un coeur cach4 ,bont qui va tre bientt contagieuse4 ,dans ,nell ,horn1 ,juste s'embarrasse de ,nelly pour ne pas laisser derrire lui une victime1 une pave dans cet ocan du ,londres moderne aux millions de lumires dardes sur elle comme des yeux de vice444 ,il se souvient du cerf traqu dans les paysages de la prhistoire444 ,ailleurs1 c'est ,valgraive1 le mourant qui cherche faire durer aprs lui sa volont misricordieuse1 et donne sa femme l'ami qui l'aime1 en taisant par bont ses jalousies prventives1 ses rvoltes1 toutes les suggestions du mal qui l'empchent de se raliser en la beaut du bien4 ,dans l',imprieuse bont1 c'est l'amour du prochain sous toutes ses formes4 ,dans ,marc ,fane1 il ne s'agit plus de la bont individuelle1 mais d'un idal qui s'tend1 cette fois1 au del du cercle d'or de la lampe et des tres familiers4 ,marc ,fane1 le tlgraphiste ambitieux1 le possibiliste fraternel et utopique1 rve un dvouement lointain1 gnral1 socialiste 7au sens tymologique du mot74 ,c'est sur la socit elle-mme qu'il s'apitoie1 sur tout ce qui souffre1 se dbat1 convoite1 aptre illumin de la bont1 cherchant canaliser la mare rvolutionnaire qui monte1 pour ne pas qu'il y ait plus de bris1 de heurts et de douleur4 ,et il ne s'agit pas ici de piti1 cette piti russe de ,tolsto et de ,dostoewsky1 qui drive d'une morale admise a priori et sur laquelle les actes se modlent4 ,de mme la charit et l'amour du prochain dans toute religion chrtienne4 ,les ,rosny ne partent pas d'une morale base sur une foi2 ils aboutissent une morale444 ,l'altruisme ne descend pas d'un principe divin3 il monte d'un constat humain4 ,leur philosophie volutionniste et darwiniste engendre quand mme une morale1 ce qu'on pourrait appeler une morale de l'espce4 ,altruisme des naufrags de la ,mduse6 ,parmi cette vie incertaine1 parmi cet univers dramatique1 il faut une expansion1 un accord1 la protection des petits1 le secours aux mal arms1 dans une communion des tres o la force ne voudra plus que collaborer avec la faiblesse pour la complter en une unit de dfense efficace4 ,c'est ainsi qu'en face des ,digui1 des ,lesclide1 des ambitieux1 des hommes de proie de leur oeuvre1 il y a ,juste1 ,valgraive1 ,honor ,fane1 ,jacques1 ,gouria1 ceux qui pratiquent cette fconde solidarit humaine1 afin de combattre l'aveugle et dure nature4 ,mais les ,rosny ne cessent jamais d'tre artistes2 nullement prcheurs ni moralistes1 ils n'ont envisag la bont que comme un lment de beaut1 quand ce sont les forts qui sont bons1 n'usant de leur force que pour les faibles1 et rtablissant ainsi un peu d'harmonie1 c'est--dire un peu d'esthtique parmi le brutal drame humain1 puisque la beaut est dans l'ordre4 99 99 99 ,l'oeuvre des ,rosny1 comme celle de ,flaubert et de presque tous les grands crivains1 a ceci de curieux qu'elle peut se diviser en deux groupes trs distincts1 deux voies parallles1 quittes1 reprises et menes de front4 ,d'un ct1 des romans de moeurs1 de documents1 de modernit3 ,nell ,horn1 le ,bilatral1 le ,termite1 sans compter ces romans d'analyse aigu et mticuleuse1 situations d'amour o l'crivain herborise dans les coeurs1 depuis ,daniel ,valgraive jusqu' l',autre femme et ,double amour2 d'un autre ct1 des livres tout en dcors et en visions3 la ,lgende sceptique1 ,eyrimah1 les ,origines4 ,les uns expriment l'air du sicle2 les autres s'amplifient en des reculs d'espace et de temps4 ,les uns sont en profondeur2 les autres en horizons4 ,or chez ,flaubert aussi1 ,madame ,bovary alterna avec ,salammb et ,bouvard et ,pcuchet avec la ,tentation de saint ,antoine4 ,n'est-ce pas un moyen pour l'crivain de satisfaire la nature double1 le got contradictoire qui se retrouve chez tout homme d'une crbralit un peu haute3 l'amour du rve et de l'action8 ,en des temps meilleurs1 l'action fut hroque et philosophique2 le rve put se concilier avec elle3 ainsi ,vamireh1 dans le roman prhistorique des ,rosny1 est la fois chasseur hardi1 guerrier redout et graveur attendri d'une fleur sur la dent d'un carnivore4 ,david aussi1 dans la tribu1 tenait en mme temps le sceptre et la lyre4 ,mais aujourd'hui l'action est mdiocre1 monotone1 et ne peut plus tenter les cerveaux nobles4 ,baudelaire a not l'antinomie3 ,certes1 je sortirai1 quant moi1 satisfait ,d'un monde o l',action n'est pas la soeur du ,rve6 ,des romanciers comme ,flaubert et les ,rosny ont remdi au dsaccord4 ,certaines oeuvres1 cause mme de leur modernit1 semblent correspondre ce got secret de l'action4 ,on pourrait dire que ,flaubert a vritablement aim ,emma ,bovary1 s'est passionn pour elle comme si elle avait t relle et l'et hant de sa prsence et de ses futiles caresses4 ,les ,rosny aussi ont agi1 pourrait-on dire1 dans l',imprieuse bont1 dans ,marc ,fane et le ,bilatral1 ces romans de moeurs rvolutionnaires dont la matire tait neuve et restera marque de leur empreinte4 ,ils s'y dpensrent1 y vcurent de la vie mme de leurs personnages2 et d'imaginer les harangues enflammes de ceux-ci dans les runions publiques1 ils prouvrent sans doute la mme fivre1 le mme moi physique que s'ils les avaient prononces4 ,en regards de ces oeuvres qui correspondent au got insatisfait de l'action1 il y a de grandes popes conformes au rve3 les ,xiphuz1 la ,lgende sceptique au seuil de laquelle les ,rosny donnent pour ainsi dire leur propre dfinition3 ,luc vivait dans un rve du ,x,xe sicle1 point d'intersection o peut-tre l'action aura rejoint le rve et o l'crivain ne sera plus1 comme aujourd'hui1 la moiti d'une me qui aspire l'action en lutte contre la moiti d'une me qui aspire au rve6 99 99 99 ,quoi qu'il en soit1 tous les livres des ,rosny ont aussi cette marque des grands crivains3 un style personnel4 ,leur manire est tout de suite reconnaissable par les tours1 la couleur1 par le vocabulaire surtout1 qui est vaste1 inpuisable1 imprvu1 souvent technique et scientifique4 ,ceci constituait prcisment son lment de nouveaut3 des termes de physique1 de chimie1 de botanique1 d'anthropologie1 fournissant des images indites1 des facettes troubles et inquitantes4 ,on s'tonna de ce style qui se parat de lueurs inconnues1 se compliquait444 ,l'auteur avouait de lui-mme dans son ,termite3 ,il rpugnait ,gervaise par son style encombr4 ,dans leurs rcentes oeuvres1 les ,rosny ont simplifi leur style1 nagure si luxuriant4 ,en tout cas1 personne ne possde comme eux une telle abondance avec une telle subtilit2 et ce n'est pas un des moindres charmes dans une oeuvre toute en synthses1 en ides gnrales1 en mouvements de foule1 de trouver ces notations de demi-teintes1 ces nuances d'me1 ces clairs-obscurs d'ides1 ces sourdines de mots444 ,ainsi la langue des ,rosny est conforme notre temps1 nerveuse et complexe comme lui1 vibrante du frisson des hommes et de l'lectricit des choses1 pleine de trouvailles incessantes1 d'une couleur de chimie et d'orage1 et bien celle qu'il fallait en cette fin d'un sicle o fonctionnent les cornues laborieuses1 o les rverbres des villes s'aigrissent1 o brlent tous les yeux1 o se hissent les premiers incendies sociaux en forme de drapeaux rouges dans le vent444 99 99 99 ,donc par une conception scientifique de la vie introduite dans le roman1 par la cration d'une sorte de merveilleux de la science1 par l'tablissement d'une morale de l'espce1 par un double aspect qui regarde la fois le rve et l'action1 enfin et surtout par un style artiste qui porte leur marque propre1 les ,rosny ont vraiment produit une oeuvre grande4 ,en rsum1 elle aura ralis ceci3 l'art et la science1 qu'on croyait inconciliables1 n'y font plus qu'un4 ,de mme les toiles merveilleuses1 extase des mystiques1 blouissement des songeurs1 sont en mme temps des arithmtiques infaillibles et une algbre qui brle l'infini6 ,,verlaine ,verlaine apparatra un irrgulier et un rvolt du ,parnasse comme ,musset fut un rvolt du ,romantisme4 ,celui-ci sacrifia1 ses dbuts1 aux disciplines du moment4 ,il publie les ,contes d',espagne et d',italie1 il rime avec une richesse soigneuse1 parce qu',hugo en a donn le prcepte1 mit l'exotisme la mode par ,les ,orientales1 exhuma de ses souvenirs d'enfance le soleil et les cors historiques de l',espagne4 ,verlaine aussi dans ses ,pomes saturniens semble accepter l'idal antique et barbare de ,leconte de ,lisle auquel tous1 d'ailleurs1 se conforment4 ,ses vers sont hrisss de noms farouches1 orthographis bizarrement3 ,ragha1 ,valmiki1 ,kchatrya4 ,on dirait des tessons de bouteilles sur une grve de sable doux o dj approche une mer qui chante4 ,car et l apparat un vers d'intonation cline1 musique et frisson1 germe de tout le futur3 ,l'inflexion des voix chres qui se sont tues4 ,musset ne se chercha pas longtemps4 ,il se trouva ds sa premire souffrance4 ,et alors sa posie ruissela avec la spontanit du sang4 ,on sait sa passion pour ,george ,sand1 la trahison et les loquentes ,nuits4 ,verlaine rencontra son tour le chevalier ,malheur4 ,son drame fut pire4 ,blessure d'amour aussi1 mais plus grave et extraordinaire4 ,c'est ,dieu qui le blessa d'amour4 ,coup de foudre de l'amour divin6 ,qu'tait-il donc arriv8 ,lui-mme1 ds son premier volume1 prvoyait l'avenir en ce vers sinistre et prophtique3 ,mon me pour d'affreux naufrages appareille6 ,on connat l'aventure4 ,verlaine lui-mme1 avec sa folie de sincrit1 qui fait songer la confession publique des premiers temps du christianisme1 la raconta dans ,mes ,hpitaux et ,mes ,prisons4 ,car les tribunaux s'en mirent comme il a dit lui-mme4 ,les chutes furent profondes4 ,mais1 dans la retraite1 le repentir toucha son me4 ,qu'on imagine cette scne incomparable3 les quatre murs blancs de la solitude2 le silence1 autour1 des longs corridors2 et le monde aussi1 d'o l'on fut retranch1 silencieux d'tre lointain4 ,plus de parents1 d'amis2 on est seul1 avec sa faute4 ,et quel sentiment de sa dchance6 ,on se fait l'effet d'tre de l'autre ct de la vie4 ,seulement un peu de ciel1 le ciel qu'on voit4 ,or1 sur le mur vide1 il y a un crucifix4 ,est-ce l'ami du malheur qui seul demeure8 ,lui du moins pardonne toujours6 ,on espre1 on se souvient1 on l'a pri jadis dans sa petite enfance4 ,alors voici qu'un autre acteur entre en scne3 l'aumnier1 qui a devin l'oeuvre de salut possible4 ,il parle2 il donne lire un catchisme4 ,et l'homme rprouv qui est un grand pote1 ds qu'il se retrouve seul1 se jette genoux1 ruisselle de larmes devant le ,christ du mur vide4 ,jsus lui parle444 ,l'me rpond1 s'lve1 hsite4 ,c'est une lutte entre l'me et ,jsus1 une lutte entre ,jsus et un ,pascal enfant4 ,et1 dans cette crise sublime naissent pour l'ternit les posies de ,sagesse1 le plus pathtique aveu de l'me de toute la littrature moderne2 des oraisons comme ,dieu et les hommes n'en avaient jamais entendu4 ,l surtout fut la grande originalit du pote3 il crivit--comme on prie6 ,sa posie a la simplesse d'une prire et1 comme telle1 elle fut accessible tous4 ,il appartient ce qu'on pourrait appeler1 parmi les potes1 la race des chanteurs1 ceux dont l'art est spontan1 jaillit en source vive1 ds qu'ils se frappent la poitrine4 ,un chant pareil a le rythme mme de leur coeur4 ,tel ,lamartine dont ,sainte-,beuve crivait3 ,c'est un grand ignorant qui ne sait que son me4 ,on pourrait dire la mme chose de ,verlaine4 ,certes il avait la connaissance des pchs--et mme de tous les pchs2 mais avec de la candeur quand mme et de la navet surtout4 ,il pcha mais comme un enfant vicieux prcocement4 ,il y a ainsi des hommes qui la vie n'apprend rien1 qui vieillissent sans avoir mri1 des coeurs qui restent verts l'arbre de la vie4 ,et ne dirait-on pas de ce pote aux mystiques lans1 alterns de fautes avoues1 qu'il a toujours une me d'adolescent1 l'me d'un collgien1 un peu pervers et ple1 dans une institution de prtres1 entran des fautes par ennui et habitude1 mais soudain effray des damnations1 implorant ,dieu et la ,vierge4 ,sa posie1 mystique et charnelle1 mle des prires1 le langage emmiell des ,livres d',heures avec des aveux du sixime et du neuvime commandement4 ,c'est comme une confession de premier communiant6 ,a la fois1 le dlice des pchs nouvellement rvls et la peur des ,enfers dcrits et possibles6 ,aprs les alcves coupables1 les penses mauvaises1 les mains fautives1 voil ds l'aube venue1 l'autel et le lys1 entre les cierges1 et les lingeries du culte1 et la dentelle en printemps de givre sur la ,table des ,hosties6 ,l'me de ,verlaine eut toujours l'ge de ces choses-l4 ,mr et mme vieillissant1 il garda une me de collgien1 l'me divinement impressionnable de l'enfance1 trs purile quoique un peu ruse1 trs blanche quoique pcheresse1 trs mystique quoique sensuelle444 ,or ceci1 le mysticisme dans la sensualit--c'est aussi le signe des ultimes dcadences2 c'est l'tat de conscience des villes qui vont mourir1 puisqu' ,sodome1 la veille du jour o le feu du ciel allait pleuvoir1 les habitants s'en vinrent vers la maison de ,loth o les ,anges taient descendus1 mais non seulement pour les adorer et les prier3 ,fais-les sortir1 afin que nous les connaissions1 comme il est dit au texte de la ,gnse4 ,or dans l'oeuvre de ,verlaine aussi les ,anges entendent gronder autour d'eux les pchs des villes maudites444 ,malgr tout1 il ne cessa pas d'tre ingnu comme un enfant1 qu'il resta toujours4 ,ici encore ,musset lui apparat parallle4 ,mes premiers vers sont d'un enfant1 ,les derniers peine d'un homme4 ,et la similitude continue jusqu'au bout4 ,tous deux aprs de grandes douleurs1 vau-l'eau et en dsarroi1 voulurent oublier4 ,musset pratiqua les breuvages excrs1 comme il dit4 ,quant ,verlaine1 s'il garda un peu l'ingnuit de l'enfant1 on peut ajouter qu'il garda un peu aussi l'ingnuit de l'ivrogne4 ,mais ce qui les diffrencie et fait qu'en ralit1 si leurs mes et leurs vies se ressemblent1 leurs oeuvres n'ont aucun point de contact1 c'est que ,musset1 n'tait qu'loquent tandis que ,verlaine fut extraordinairement artiste4 ,et c'est l'merveillement de son art que d'offrir avec tant d'essor et de chant une telle ciselure4 ,le vent crisp du matin4 ,des mots si spcieux tout bas4 ,les phrases sveltes4 ,quelles miraculeuses pithtes6 ,toutes ,les ,ftes ,galantes sont de cette criture subtile encore que les rythmes s'envolent comme des jupes et des nuages4 ,et une forme qui n'a pas que d'heureux hasards1 des bonnes fortunes d'expression4 ,verlaine est trs expert et rou dans les choses de son mtier4 ,il est all aux bonnes sources et a des sources peu connues444 ,il tira grand profit de ,marceline ,valmore4 ,on lui a fait grand mrite de ses vers de cinq1 sept1 neuf1 onze1 treize syllabes1 en oubliant un peu qu'ils avaient t tous pratiqus par ,valmore4 ,mais il faut convenir qu'il leur donna un tour propre4 ,chez lui1 le vers trbuche et boite dans les mtres impairs1 l'air extnu d'avoir fait le tour de tous les rves4 ,le vers de treize syllabes s'allonge1 comme tir dans un billement4 ,la forme est adquate au sujet4 ,le pote a dit3 ,je suis l',empire la fin de la dcadence 7et ce sonnet a suffi pour qu'on reprit le mot de dcadents et qu'on en fit un moment une cole factice74 ,la dcadence est galement et surtout dans la forme potique elle-mme1 qui s'abandonne1 tombe en langueur1 dont le cristal se fle presque dessein pour que les fleurs1 dans l'eau d'me dprissent plus languissamment4 ,or toute cette volution de forme1 chez ,verlaine1 est trs voulue1 trs compte4 ,il est attentif tout4 ,il bnficie de tout4 ,nous savons les prcieux legs qu'il doit ,valmore4 ,une autre influence intervint1 qui fut plus dcisive encore4 ,il s'agit de ,rimbaud4 ,celui-ci entra dans sa vie pour la dsquilibrer4 ,il entra aussi dans son oeuvre4 ,rimbaud1 qui ,victor ,hugo avait impos les mains en proclamant3 ,shakespeare enfant1 possdait en ralit un prodigieux instinct de pote qu'il ddaigna et perdit en des exodes et des trafics lointains4 ,a peine avait-il jet1 dans l'exaltation trange de ses vingt ans1 quelques bauches de gnie sur le papier4 ,on connat les ,illuminations1 ses proses qui ont la fivre1 ses cantilnes impressionnables comme des lustres4 ,rimbaud qui tait un rvolt1 ayant la haine de la vieille ,europe1 de tout ce qui est rectiligne1 et partant pour du nouveau dans son ,bateau ,ivre1 aurait t un rvolt aussi contre les vieilles prosodies4 ,c'est lui certainement qui influena dans ce sens la manire de ,verlaine1 n'ayant gure l'envie de rien tenter lui-mme1 lchant au hasard quelque strophe de complainte et d' vau-l'eau4 ,par dlicatesse ,j'ai perdu ma vie 4 4 4 4 4 4 4 ,elle est retrouve1 ,quoi8 l'ternit1 ,c'est la mer alle ,avec le soleil4 ,n'est-ce pas tout fait la prochaine manire de ,verlaine1 qui va suivre8 ,on peut1 presque matriellement1 indiquer le moment o celui-ci reoit cet affluent1 en demeure color d'une teinte nouvelle et dborde de ses rives initiales4 ,sa prosodie se distend mesure4 ,point de rimes dj4 ,des singuliers et des pluriels rimant entre eux1 des masculins et des fminins1 souvent de simples assonances comme dans les rondes enfantines et les nols populaires2 parfois des vers avec nulle rime approchante qui y corresponde1 se mlancolisant au milieu d'une strophe1 sans aucun cho4 ,or tout cela n'est pas livr au hasard1 mais calcul1 arrang1 dos avec ce sens et ce got d'artiste parfait que fut toujours ,verlaine4 ,si conscient qu'il alla jusqu' tirer1 de ses licences1 des sortes de rgles1 un ,art potique nouveau3 la rime1 ce bijou d'un sou4--,prends l'loquence et tords-lui le cou4--,le mtre impair2 la nuance444 ,n'est-ce pas curieux toutes ces thories1 la fois sur le fond et sur la forme1 chez celui dont l'art apparat si irrflchi et spontan4 ,quoi6 de la gomtrie autour de ses pomes6 ,on s'tonne de l'anomalie comme de voir l'oeil de ,dieu dans un triangle1 au matre-autel de certaines glises4 ,une glise2 c'est l'impression que donnera dans l'avenir1 l'oeuvre de ,verlaine4 ,non pas une cathdrale1 amas de pierres normes1 clochers qui montent l'assaut de l'air1 vitraux comme des jardins de pierreries4 ,c'est ,victor ,hugo qui est cette ,notre-,dame de la ,posie4 ,verlaine aura construit une ,sainte-,chapelle1 aux ciselures expertes1 aux gargouilles de dmons1 avec des fresques clestes pour lesquelles des anges authentiques sont venus servir de modles1 avec un bnitier qu'il a rempli de ses larmes4 ,il y travailla d'une me simple et vaillante4 ,mais tant que l'homme vit1 il s'interpose et lui-mme empche la vue de son oeuvre4 ,et aussi s'interposent les envies1 les lgendes1 les incomprhensions4 ,toutes ces choses sont comme des chafaudages autour d'une construction qui s'lve4 ,le btiment la porte tout entire en lui dj4 ,il y a peut-tre une tour qui s'arrtera on ne sait quand4 ,les hommes regardent1 admirent ou raillent1 ne savent pas1 copient une sculpture qu'on rige1 crachent sur les pierres qui montent1 aident ou nuisent l'ascension dans l'air4 ,puis voici la mort4 ,tous les chafaudages tombent1 toutes les contingences humaines qui masquaient l'oeuvre4 ,et voici la tour de ,verlaine1 sa ,sainte-,chapelle de posie1 au pur dessin1 qui se dresse1 fine et dentele sur le ciel1 et dont les cloches pieuses ont commenc de sonner jusqu'au lointain avenir4 ,,villiers ,,de ,l',,isle-,,adam ,villiers fut un inventeur et1 comme tel1 subit le sort de tous les inventeurs4 ,sa destine aussi fut d'abord d'tonner4 ,la foule se mfie des inventeurs4 ,son premier mouvement est de ne pas croire1 d'imaginer une mystification1 de s'irriter qu'on la drange dans ses habitudes d'oeil et de pense4 ,sa mfiance1 il est vrai1 est souvent justifie2 il y a tant de faux inventeurs qui promnent leur trouvaille comme s'ils portaient le tonnerre quand ce n'est qu'une fuse4 ,il n'est pas de carrires o il y ait autant de mirages4 ,c'est parmi les inventeurs qu'on trouve le plus de rats4 ,parmi les inventeurs littraires aussi4 ,la foule n'a donc pas tout fait tort4 ,mais elle se trompe souvent1 ne reconnat pas tout de suite les imposteurs des vrais apporteurs de neuf1 et cela en toutes matires4 ,les pauvres inventeurs6 ,il y a un cas topique en ce sicle1 tout fait dans le got de ,villiers1 et qui l'aurait rjoui1 s'il avait vu en ce moment l'inou triomphe de la bicyclette et song en mme temps ce baron de ,drais1 7il l'aurait appel son frre en destine7 qui exprimenta la premire fois sa draisienne en #ahah au jardin du ,luxembourg et n'obtint1 en fait d'attention1 que les refrains de ,desaugiers sur le vlocifre et la critique du ,journal de ,paris disant3 ,le vlocipde est bon tout au plus pour faire jouer les enfants dans un jardin4 ,si on consultait les apprciations mises l'origine sur les drames et les contes de ,villiers1 ce serait quelque chose d'analogue1 tandis que maintenant la draisienne et l'oeuvre de ,villiers sont partout rpandues4 ,en art1 comme dans la vie1 une invention n'est admise que quand tout le monde s'en sert4 ,inventeur1 ,villiers le fut merveilleusement4 ,il comprit1 le premier parmi les crivains franais1 ce que la science moderne allait raliser4 ,il la bafoua1 parce qu'elle tuerait l',idal pour possder ensuite le monde4 ,mais il la devina avec tous ses prochains miracles o elle irait jusqu' vouloir prouver qu'elle suffit pour engendrer l',univers et mme des chefs-d'oeuvre4 ,a quoi servirait ,dieu dsormais8 ,et aussi le gnie8 ,la science allait les suppler1 crer son tour4 ,ne fallait-il pas protester1 un peu1 discrtement1 en ironies8 ,villiers crivit son extraordinaire ve future1 le plus original de son oeuvre1 qui met en scne ,edison et raconte les prochaines magies de l'lectricit1 du tlphone1 du phonographe1 du microphone1 s'unissant pour la construction mcanique d'une femme1 ve de rouages et de ressorts savamment articuls4 ,ainsi ,villiers voit jusqu'au bout4 ,il sait par avance les sorcelleries de la science moderne1 le point o elle rejoindra les sciences occultes devenues des sciences positives4 ,cette ve est la soeur de l'homoncule4 ,edison et les mages forment une quation4 ,l'sotrisme et la physique sont la mme chose4 ,matire littraire toute neuve1 dont ,villiers fut l'inventeur4 ,il cra une sorte de fantastique nouveau1 le fantastique scientifique1 en sous-entendant tout le temps qu'il faut se hter1 que le fantastique d'aujourd'hui sera la ralit de demain4 ,et il devina mme le dtail3 dans cette ,claire ,lenoir par exemple1 dont les prunelles cadavriques offrent la tte saignante de son amant1 image qui s'ternise1 ne sent-on pas dj des imaginations qui prsagent et avoisinent les rayons ,roentgen1 la photographie des rves et de l'me1 toute la ferie qu'en ce moment-ci1 la science ralise8 ,vraiment les potes sont toujours les visionnaires et les antiques prophtes4 ,dj ,gautier1 par une rare divination1 imaginait1 ds #ahdg1 le phonographe futur1 quand1 ayant entendu ,mlle ,mars1 il aspirait1 dans un de ses feuilletons1 au moyen de conserver ses accents pathtiques et rvait un daguerrotype de la voix4 ,villiers aussi1 dans certain morceau comme l',affichage cleste1 avait prvu1 sous une forme plaisante1 telle application scientifique qui se ralisa en effet1 utilisa pour le commerce les inutiles nuages o des rclames furent projetes et lisibles4 ,c'est que ,villiers avait le sens de la science1 tout en la mprisant1 et1 avec elle1 les inventions modernes1 ce qu'on appelle le progrs1 l'amricanisme mercantile du sicle4 ,il les bafoua avec une ironie qu'on pourrait dire miroitante3 les phrases ont des lueurs1 par moment1 d'une trousse terrifiante dans la main d'un mdecin qui plaisante1 qui fait remarquer l'clat des aciers1 la dentelle des scies1 la coquetterie des spatules et des scalpels4 ,oh6 les jolis joujoux6 ,et soudain1 avec une joie immense et un rire strident1 il les enfonce dans les yeux et dans les chairs4 99 99 99 ,le don d'ironie1 si puissant soit-il1 n'est qu'une facult ngative4 ,c'est l'esprit de ,satan4 ,l'esprit de ,dieu est une facult positive4 ,seul1 il cre4 ,il est le souffle qui anime l'argile1 le don lyrique1 la voix qui atteint jusqu'au bout des horizons4 ,ce souffle1 ce lyrisme1 cette voix1 ,villiers les possda aussi1 parce que1 outre un ironiste1 il tait un pote4 ,et c'est prcisment ce mlange imprvu qui constitua son unique originalit1 toute naturelle4 ,mme dans la conversation il apparaissait sous ce double aspect et sa conversation tait topique1 parce que toute sa vie il ne causa que pour raconter un scnario1 un dnouement1 une scne1 d'un de ses contes1 drames ou romans1 non pas dans le but d'blouir1 mais afin de s'exciter lui-mme et de provoquer ce qu'on pourrait appeler l'inspiration de la parole4 ,d'autres ont recours aux tabacs1 aux alcools1 lui1 c'est en parlant1 en se grisant de sa propre verve1 qu'il trouva des mots1 des situations1 des images1 rencontrant parfois1 au tournant d'une phrase1 une formule longtemps cherche1 compltant un canevas1 prcisant un symbole--infatigable araigne qui court toujours travers sa toile pour l'agrandir et la parfaire en soleil de dentelle4 ,on pouvait donc considrer ses conversations comme les brouillons de ses oeuvres4 ,eh6 bien1 il y apparaissait tour tour et en mme temps ironique et lyrique4 ,combien de fois il interprta et joua le ,bonhomet1 ce type de transcendantale sottise qu'il avait cr et dont il tait si fier1 ,bonhomet1 c'est--dire le bourgeois1 l'ternel ennemi1 mais autrement maniaque que ,bouvard et ,pcuchet1 avec des manies non quotidiennes1 des manies rares et cruelles comme celle de ,bonhomet docteur qui tue des cygnes pour avoir le plaisir de les entendre chanter4 ,ces abracadabrantes histoires taient mles ou suivies de brusques essors1 de grands coups d'ailes1 et l'extraordinaire causeur qu'il fut se rvlait double1 incendiant l'air nu d'une loquence que son geste frileux avait peine suivre1 accompagnait comme une aile blesse par la vie1 tandis que son rire sardonique narguait cet envolement inutile1 anticip en tous cas4 ,son oeuvre aussi1 dont sa conversation n'tait que comme le premier tat1 mlange la raillerie la plus cruelle1 la plus haute loquence4 ,villiers crivain1 comme ,villiers causeur1 est un grand orateur1 et certains discours1 dans ,axel1 dans ,akdyssril1 sont comparables aux plus belles harangues de ,tacite ou d',homre4 ,son style est toujours nombreux1 d'une allure presque classique1 souvent il s'agrandit encore1 se sculpte en formes amples4 ,on s'tonne alors que l'ironie1 cette grimace1 s'encadre dans l'loquence1 cette force souveraine4 ,cela fait songer aux images grotesques que forment parfois les grands rochers444 99 99 99 ,donc deux qualits trs diffrentes et qui semblent contradictoires3 ironie et posie ou loquence1 runies en lui1 voil la haute originalit de ,villiers4 ,son ironie1 il l'avait trouve chez ,edgar ,po4 ,comme lui1 il bafoua la science moderne1 le progrs1 l'amricanisme utilitaire1 en tant qu'artiste et parce qu'il sentait bien que l'idal allait mourir dans l'air d'un temps infest de la sorte4 ,o trouva-t-il son loquence8 ,dans le catholicisme4 ,villiers fut un croyant sincre1 un croyant de cette foi hrditaire de ,bretagne4 ,a tel point que1 mme mourant1 il s'obstinait sur des preuves de son ,axel inachev1 disant3 je corrige le dernier acte2 il faut absolument que ,dieu m'en laisse le temps2 car il y a l un suicide2 ce dnouement n'est pas chrtien2 il faut que je le change4 ,et il rusait avec l'agonie1 parlementait avec la mort1 afin de trouver une conclusion de drame orthodoxe4 ,catholique sincre1 il le fut4 ,et prcisment le catholique1 le fils de l'glise1 devait penser sur la science et le sicle comme le disciple de ,po4 ,l'glise aussi dnonce et dfie la science d'aujourd'hui qui s'est donne comme l'antagoniste de la ,foi et proclame que celle-ci a cess son rgne4 ,ainsi ,villiers1 par deux influences1 aboutissait au mme but1 au mme jugement sur la vie1 la mme attitude devant le temps et l'ternit4 ,a ,po1 il prit son ironie2 au catholicisme1 son loquence4 ,tous deux1 le tournrent contre la science1 le progrs drisoire1 l'esprit du sicle1 l'un pour en rire d'un rire qui serait glaant comme celui des fous1 l'autre pour les vituprer d'une voix qui serait solennelle comme le sermon des chaires4 ,voil pourquoi ,villiers semble1 si on peut dire1 ,edgar ,po et ,bossuet ne faisant qu'un6 ,,hugo 7,l',,oeuvre ,,posthume7 ,quand on descend aujourd'hui dans les caveaux du ,panthon1 ds que s'est ouverte la lourde porte1 on trouve tout de suite devant soi l'endroit o le cercueil de ,victor ,hugo repose1 tel qu'il fut apport l1 le jour de son inoubliable convoi4 ,c'est--dire qu'on ne s'est point occup1 depuis1 de lui btir un tombeau4 ,il est toujours dans une situation provisoire2 il s'attarde sur des trteaux4 ,les yeux considrent mme la bire nue1 qui attend444 ,peut-on imaginer pareil manquement1 cette drliction dj1 pour le mort qu'on amena l en un triomphe de funrailles que semblait seule pouvoir accompagner la musique du ,crpuscule des ,dieux6 ,aujourd'hui le silence1 l'insouci1 l'ironie d'un flot banal de visiteurs exotiques devant le cercueil brutal et apparent avec son velours noir aux toiles d'argent qui ont l'air de larmes cailles4 ,et1 tout autour1 les anciennes couronnes1 les fleurs1 les bouquets1 tout frips1 recroquevills1 schs1 dteints2 rubans plis1 inscriptions aux lettres en alles1 lyres de cartons qui s'miettent1 spectres de roses1 cadavres de fleurs qui aussi se dcomposent444 ,comme tout cela est presque triste quand on songe au pote acclam durant un demi-sicle6 ,voil pour son corps4 99 99 99 ,et son oeuvre8 ,elle est aussi un peu dlaisse dj1 cependant qu'elle se continue encore4 ,un soir1 comme ,hugo allait faire une lecture1 chez lui1 aprs le dner1 il dclara au moment de communiquer ses pomes3 ,messieurs1 j'ai soixante-quatorze ans et je commence ma carrire4 ,il aurait pu dire la mme chose au moment de sa mort4 ,car il laissa une oeuvre posthume compacte1 dj parue en partie4 ,ces pomes sont trs divers de tons1 d'attitudes1 de latitudes1 pourrait-on dire1 et de dates1 allant de #ahdj #ahhj4 ,hugo garda parfois trs longtemps des oeuvres par devers lui1 donnant cette impression de luxe d'une me qui a le temps4 ,ainsi son ,thtre en ,libert qui date sans doute de l'poque o1 aprs les victoires hasardeuses d',hernani et de ,ruy ,blas1 il se livra ardemment au thtre4 ,mais on sait les sifflets d'incomprhension accueillant ses prodigieux ,burgraves en #ahde2 et le serment du pote1 tenu jusqu'au bout1 de ne plus livrer aucune oeuvre dramatique au public4 ,c'est pourquoi le ,thtre en libert n'a paru qu'en oeuvre posthume1 si audacieux1 si plein de claires visions rnovatrices et qui contient des pisodes splendides comme la ,grand',mre ou l',epe1 avec1 comme toujours1 ces grands vers mis en mouvement par masses1 des cataractes de posie4 ,mais entre les ouvrages posthumes1 ce n'est pas celui-l qu'il faut prfrer1 ni mme ,choses vues d'un impressionnisme net et color2 ni ,toute la lyre o chantent depuis le fil de la ,vierge de l'glogue jusqu' la corde d'airain de l'pope2 mais plutt et surtout et au-dessus de tout3 ,la fin de ,satan4 ,on l'ignore trop1 ce vaste pome1 qui est sans doute le chef-d'oeuvre du pote4 ,toute la partie3 ,jude1 racontant la vie et la mort du ,christ est clatante et suave4 ,il y a des pisodes d'imagination dantesque3 la rencontre de ,barrabas et de ,jsus en croix3 des chants lyriques qui font plir les choeurs d',athalie1 celui des filles de ,betphag saluant l'entre du ,christ ,jrusalem4 ,jamais ,hugo ne trouva de tels chos de rimes1 de telles volutes de vers1 de pareilles mares montantes d'alexandrins4 ,de plus1 il y fit preuve d'un tact1 d'un got1 d'un sens des nuances qui sont bien l'harmonie secrte du gnie4 ,c'est--dire que sans cesse il ctoyait1 de par le sujet mme1 le rcit du nouveau testament4 ,or il se contenta d'imaginer dans le dcor1 d'inventer ct et comme en marge1 de faire oeuvre personnelle dans la description1 les accessoires1 le paysage1 l'archasme polychrom des dtails4 ,par contre1 il n'attribua ,jsus1 aux disciples1 tous les personnages de l'histoire chrtienne que les paroles authentiques des vangiles4 ,parfaite dlicatesse1 et non pas mme au point de vue de la religion1 mais au point de vue de l'art4 ,c'est ce que n'ont pas compris tous ceux--et ils sont nombreux--qui1 en ces dernires annes1 ont crit1 sa suite1 des oeuvres vangliques1 drames ou pomes4 ,comment eurent-ils l'audace ou la candeur de prter ,jsus des paroles8 ,quoi6 ,un crivain qui est un homme1 un pcheur1 un pauvre manieur de mots1 un penseur dont la pense ne va pas plus haut vers l'infini qu'un jet d'eau vers le ciel1 ose dcider3 ,ici ,jsus doit dire ceci2 l1 rpondre de cette faon4 ,et alors1 crire une tirade1 parler soi-mme la place de ,jsus4 ,remplacer ,dieu6 ,hugo1 lui1 eut soin de maintenir les paroles de ,jsus et des autres en leur rigueur textuelle et1 grce l'aisance unique de sa prosodie1 de les intercaler1 telles1 dans la trame du rcit4 ,car les paroles de ,jsus sont divines4 ,et ,hugo sentait qu'il n'avait pas le droit de mettre des paroles1 mmes gniales1 ct des paroles divines ou tenues pour telles1 par consquent de la clart ct de la lumire4 ,mauvais got d'ajouter une lampe au soleil4 ,ce qui fut dit fut dit4 ,tout avait t prmdit ainsi ds l'ternit4 ,personne dans aucun temps n'eut et n'aura le droit de rien superposer au texte4 ,la ,fin de ,satan est le sommet1 le point culminant1 de cette admirable oeuvre posthume qui va se continuer encore1 chane de montagne infinissable sur l'horizon du sicle444 ,ultrieurement nous aurons un ouvrage philosophique3 ,essai d'explication2 d'autres volumes de correspondance et des miscellanes1 proses et vers1 intitules ,ocan1 qui formeront le volume final4 ,ce qu'il y a de particulier dans les ouvrages de cette srie posthume1 c'est que plusieurs sont trs anciens1 par exemple cet ,ocan1 qui est encore paratre1 intitul d'abord1 ,tas de pierres1 carrire informe1 en effet1 o tailler plus tard des visages1 des paysages444 ,c'tait au moment de la ,rvolution de #ahdh3 ce manuscrit existait dj et fut sauv par ,hugo dans une grande malle1 car il habitait alors la place ,royale1 c'est--dire--entre le faubourg ,saint-,antoine et l',htel-de-,ville--le coin de ,paris le plus tumultueux1 le plus menac4 ,toujours il prit ainsi un soin farouche et mticuleux de ses manuscrits gards chez lui1 plus tard1 dans une armoire de fer1 prs de son lit1 et qu'il avait eu soin1 ds l'origine1 de vouloir en papier de fil pour en assurer la dure4 ,la ,fin de ,satan aussi1 publie seulement il y a quelques annes1 est d'une date fort recule4 ,n'est-ce pas curieux de penser qu'un tel ouvrage ft gard indit durant plus de trente annes8 ,du reste1 on trouva la mort du pote une quantit vraiment effarante de papiers et de manuscrits4 ,ah6 le prodigieux inventaire--qui dura dix mois--plus d'un million de feuilles coter et ranger dans des fardes notariales6 ,heureusement que1 pour confier sans peur le soin grave d'une telle publication1 il possdait d'admirables amis1 tel que ,m4 ,meurice1 tel que ,vacquerie4 ,mais n'a-t-on pas toujours les amis qu'on mrite8 ,grce ces affectueux zles1 les livres posthumes ont paru successivement2 et cela continuera ainsi quelques annes--derniers chafaudages enlevs mesure et dcouvrant quelques nouvelles tours1 portails1 gargouilles dans le colossal amas de pierres entasses qu'est la cathdrale du pote romantique4 ,mais au moment mme o elle commence apparatre termine1 la pit s'en dtourne2 et ils vont diminuant1 les fidles agenouills dans cette oeuvre4 99 99 99 ,il serait tentant1 quoique dlicat1 d'essayer de situer1 vis--vis de la gnration actuelle1 la gloire de ,victor ,hugo4 ,on ne peut nier un recul1 un loignement graduel1 mais ceci est le rsultat d'une loi presque physique4 ,l'admiration a aussi ses reflux4 ,d'ailleurs il y a satit4 ,il lui faudra1 comme lui-mme le disait un jour avec un naf orgueil1 dsencombrer le sicle4 ,mme pour l'oeuvre d'autrefois1 on y retourne moins2 la plupart aiment mieux se souvenir de l'avoir lue4 ,dans ce dlaissement1 il faut1 vrai dire1 faire la part de la mode4 ,la mode existe en matire d'art comme en toutes matires1 aussi changeante et sans fondement4 ,on s'engoue ici2 on se dprend l4 ,l'oeil se dshabitue vite4 ,et tout ce qui n'est plus la mode apparat aussitt lourd ou laid4 ,pourtant le changement vis--vis de ,hugo n'est pas que de hasard et d'impression4 ,on prtend en donner des raisons4 ,les esprits trs affins1 trs crbraux1 ont voulu contrler ces dchanements lyriques1 ces trop sibyllines proclamations4 ,m4 ,jules ,lematre1 par exemple1 avec sa subtile nature de sensitive1 ses indcisions frileuses et scrupuleuses de pense ou de sentiment1 a regimb4 ,m4 ,maurice ,barrs aussi et d'autres ont t1 croyons-nous1 jusqu' s'apitoyer sur ce qu'ils appelaient la pauvret de pense du pote et son manque vraiment trop excessif d'ides4 ,mais ils n'ont pas vu peut-tre qu'il y a dans ,hugo 7et c'est sa grandeur en mme temps que son infriorit7 ce qu'il peut y avoir d'ides dans une foule4 ,a dfaut de penses originales1 il a eu du moins des images sur tout1 avec une abondance1 un luxe prodigieux et ingal4 ,par consquent1 comme l'invention des images est le propre de la posie et l'essentiel devoir des potes1 on croirait qu'il a d1 au moins1 garder la fidlit de ceux-ci4 ,eh bien6 non6 ,il est loin le temps o ,banville1 trop dfrent1 s'criait3 ,nous sommes tous disciples d',hugo ou nous ne sommes pas4 ,non point qu'on se soit dsormais libr et que l'originalit totale florisse dans la posie actuelle4 ,au contraire1 jamais l'enrgimentement n'a plus svi4 ,il y a des coles1 des canons1 des dogmes1 des excommunications4 ,malheur qui marche seul6 ,mais on a chang de matre4 ,c'est ,baudelaire d'abord qui1 pour les mes actuelles1 fut plus un ducateur que ,hugo3 ,tu aimeras ce que j'aime et qui m'aime444 ,c'est ,po surtout2 puis ,m4 ,mallarm1 ,verlaine2 et les potes anglais3 ,shelley1 ,swinburne1 ,rosetti1 et l',amricain ,walt ,withman1 influenant quelques-uns au point que leurs pomes1 en vers libres1 ont l'air de n'en tre que des traductions4 ,c'est ,wagner aussi1 la suite duquel on recommence mdiocrement des chevauches1 des tristesses d',iseult1 pour ne plus plagier celle d',olympio4 ,c'est enfin1 pour ceux de la dernire heure1 les chansons populaires1 les contes de fes2 une affectation de fausse candeur et simplicit o toute orfvrerie de style disparat4 ,quant ,victor ,hugo1 il eut trop d'action sur son temps pour en avoir sur les jours immdiats4 ,son oeuvre a et l une odeur--rancie aujourd'hui--d'actualit4 ,il fait des odes sur ,napolon1 la ,colonne1 telle rvolution1 un exil de roi1 un fait divers1 un incident politique4 ,il s'emptre dans toutes sortes de proccupations historiques1 religieuses1 sociales1 trangres la fonction du pote qu'il a si faussement dfinie lui-mme dans un pome de ce titre4 ,et ailleurs1 dans ,william ,shakespeare1 n'numre-t-il pas cet trange programme qu'on croirait plutt politique que potique3 ,amender les ,codes1 sonder le salaire et le chmage1 prcher la multiplication des abcdaires1 rclamer des solutions pour les problmes et des souliers pour les pieds nus4 ,mme dans la ,lgende des sicles1 en dpit de tels fragments superbes1 on dsirerait parfois plus de recul1 un clairage lunaire1 les tuniques ples et mauves de la lgende444 ,c'est trop de l'histoire1 de la peinture d'histoire2 comme souvent ailleurs c'est trop d'loquence1 d'affaires contingentes et phmres4 99 99 99 ,mais ce temprament potique est une force indomptable et inpuisable4 ,l'crivain a plus encore que du gnie4 ,il a la ,puissance ,verbale pousse jusqu' devenir presque un lment4 ,son oeuvre est le vent1 les nues2 elle est la mer1 depuis la date de l'exil surtout1 comme si elle devint l'image et la ressemblance de cet ocan avec lequel il eut la chance de devoir vivre seul seul1 se confronter et s'harmoniser4 ,n'est-ce1 point en effet1 pour l'avoir longtemps regard qu'il a pu dire un jour magnifiquement3 les flots qui toujours se reforment8 ,or1 ses vers aussi toujours se reforment1 s'engendrent l'un de l'autre1 gonfls et creux parfois1 mais ils ont la voix de l'abme4 ,toute l'oeuvre rend le son de l'infini4 ,voil pourquoi il est galement naturel de l'aimer ou de ne pas l'aimer1 comme on aime ou on n'aime pas la mer4 ,,alphonse ,,daudet ,on peut dfinir ,alphonse ,daudet1 le pote du roman4 ,il eut1 du pote1 le don d'imagination et1 du romancier1 l'esprit d'observation4 ,l'une et l'autre facult1 qu'on dirait contradictoires1 s'unirent en lui merveilleusement4 ,a l'origine1 le pote prdomina un peu1 puisque1 dans l'aube rose de l'adolescence1 il est naturel que l'imagination surtout fermente1 flambe1 fleurisse1--feu et fleurs6 ,si cet tat d'me et persist1 si ,alphonse ,daudet1 au surplus1 ft demeur dans son ,midi natal1 il est possible que nous eussions compt un pote de plus1 crivant aussi en provenal1 mule de ,mistral et de ,roumanille1 fin paysagiste des sites nmois et beaucairois1 aux hros et aux amoureuses vtus de soie et de claires toffes4 ,on peut l'imaginer vivant l1 rien que pote1 jonglant avec des olives1 les doigts se levant ingalement sur les trous d'un galoubet pour y faire des alternatives d'ombre et de soleil4 ,mais tout jeune il migra ,paris et devint du coup un crivain franais1 un romancier de moeurs o le pote de ,provence survit et transparat4 ,il se produisit1 entre les deux1 aprs ce dbut3 les ,amoureuses1 une transition3 ce sont les dlicieuses ,lettres de mon moulin1 cho des choses quittes1 rythmes mal dnous1 tape intermdiaire1 fantaisies qui voisinaient encore avec les pomes4 ,mais il n'y avait pas que la posie4 ,il y avait la vie4 ,alphonse ,daudet se mit regarder la vie4 ,l'observateur intervint dans le pote4 ,or l'observateur tait myope4 ,petit fait1 et qui semble insignifiant1 mais fait dcisif4 ,de tels dtails suffisent parfois marquer tout un talent4 ,ils en font partie4 ,c'est le cas pour ,alphonse ,daudet3 de voir mal1 il regarda mieux4 ,et puis il y a ceci3 lorsqu'un des sens est altr1 les autres se sensibilisent et s'affinent4 ,on en juge chez les aveugles qui1 eux1 ont les yeux nuls4 ,il s'tablit une compensation1 un profit proportionnel pour les autres sens4 ,ceux-ci rattrapent tout ce que la vue perd4 ,le spectacle de l'univers peru seulement par quatre sens demeure aussi vari1 et mme color que s'il tait galement aperu par les yeux4 ,le total des jouissances sensorielles est le mme4 ,c'est ici que se prouvent les fameuses correspondances prcises par ,baudelaire4 ,et dans ces rciprocits1 c'est l'oue surtout qui supple la vue4 ,les aveugles ont une oue spcialement aiguise1 et aussi les trs myopes1 comme ,alphonse ,daudet4 ,prcieuse facult pour un romancier de vie et de ralit4 ,il va couter1 au lieu de voir4 ,les voix renseignent plus peut-tre que les visages4 ,ceux-ci livrent leurs sourires ou leurs grimaces1 tout leur mobile clavier4 ,celles-l ont aussi des expressions qui les trahissent1 et davantage4 ,on parle avec la voix change4 ,on parle avec une voix de la couleur de sa vie4 ,est-ce que les religieuses n'ont pas une voix blanche comme leur cornette8 ,le romancier coute2 il voit aussi1 mais il coute surtout2 il prend des notes sur ce qu'il entend1 d'autant mieux qu'il voit moins bien2 et c'est alors le mot topique1 les ridicules de pense saisis dans une intonation1 la hblerie perue par un grossissement qui chapperait d'autres1 le mensonge reconnu une nuance1 quelque chose comme un demi-ton trop haut1 car la voix qui ment se hausse un peu1 comme pour s'enhardir1 se donner raison elle-mme4 ,ainsi ,alphonse ,daudet se mit couter la vie1 regarder la vie4 ,il devint un observateur rceptif1 sagace4 ,non seulement il peroit tout1 mais il peroit vite4 ,son observation est instantane4 ,il a le coup de foudre en matire de documents4 ,je prenais dj des notes dans les escaliers1 disait-il un jour1 au retour d'un dner acadmique dont les manges lui avaient donn tout de suite l'ide de l',immortel4 ,de ses observations quotidiennes et l'infini1 ,alphonse ,daudet forma ces petits cahiers que tous ses amis de lettres lui connaissaient1 bourrs de notes1 d'esquisses1 de mots1 de traits1 de silhouettes1 cartons d'artiste1 albums de dessinateur4 ,car il y a du grand caricaturiste chez lui4 ,son ,tartarin est un type dfinitif autant que le ,joseph ,prudhomme de ,daumier4 ,et certaines de ses notations1 comme celle du comdien ,delobelle1 secou de sanglots l'enterrement de sa fille1 disant3 ,il y a deux voitures de matre1 sont aigus et un peu froces comme les lgendes de ,m4 ,forain4 ,en quelques mots1 dans ses livres1 aussi dans sa conversation1 qui fut merveilleuse1 il dessine des personnages1 il les campe avec un tel relief qu'on les voit4 ,mais le plus souvent1 ils se forment en lui par infiltrations1 accumulations lentes1 observations menues et disparates1 portraits-types de plusieurs individus d'un mme caractre1 qui semblent avoir pos devant un objectif4 ,et1 en effet1 la photographie donne raison ce procd du romancier2 on a dcouvert qu'en superposant les clichs d'une srie de visages appartenant une famille ou mme une race1 on obtenait le type essentiel de cette famille ou de cette race1 les traits qui leur sont communs et par quoi ils se ressemblent4 ,de mme ,m4 ,whistler1 qui pour ses portraits exige des sances de pose nombreuses1 chaque fois recommence2 mais le portrait en train qu'il efface demeure en dessous1 et le visage dfinitif n'est que le total de tous les visages1 le type essentiel du modle1 son expression d'ternit faite avec toutes les expressions quotidiennes4 ,m4 ,alphonse ,daudet1 lui aussi1 a cr ainsi des types gnraux3 ,tartarin1 ,sapho1 ,delobelle1 le ,nabab1 ,numa ,roumestan1 l',immortel1 statues et bustes o l'observation consolida de supports de fer sa souple argile du ,midi et de ,paris4 99 99 99 ,car son oeuvre est faite du mlange de ces deux lments3 ,paris et le ,midi4 ,ce qu'il a peint surtout1 c'est le mridional hors du ,midi1 et spcialement dans ,paris4 ,dj1 dans le ,midi1 le mridional est toute chaleur1 gestes et mimique de comdien1 la conversation comme charge d'un maquillage o tout apparat plus grand que nature2 il est tout enthousiasme1 exagration1 mensonge ingnu1 vanit nave1 hblerie provoquante1 de faon faire souvenir que le pays de ,don ,quichotte n'est pas loin4 ,aussi est-ce par ironie1 coup sr1 et froid humour1 que ,stendhal1 dans ses ,mmoires d'un touriste1 prtendait reconnatre le ,midi au naturel4 ,c'est tout le contraire qu'il faut entendre4 ,or si le mridional est1 chez lui1 bavard1 menteur1 excessif1 il le sera bien davantage ailleurs4 ,l1 dans ce pays de chaleur1 il vit dehors1 et le soleil harmonise tout4 ,il est un tre de plein air4 ,paris lui forme une atmosphre enclose o ses gestes et sa voix paraissent plus exagrs encore4 ,il veut tre la hauteur du milieu1 ne pas se laisser intimider1 s'imposer et en imposer--alors1 il s'exagre lui-mme4 ,et c'est un provincial pire4 ,ses lgers ridicules s'accentuent1 deviennent normes4 ,alphonse ,daudet s'en rendit compte d'autant mieux qu'il tait naturalis parisien et mme un peu boulevardier4 ,la blague boulevardire se greffa sur l'humeur dj narquoise du ,nmois qu'il tait1 sur ce don de la galjade qui est un des signes du ,midi4 ,lui-mme l'a constat3 ,il y a1 dit-il1 dans la langue de ,mistral un mot qui rsume et dfinit bien tout un instinct de la race3 galja1 railler1 plaisanter4 ,chez lui1 le mlange1 ici encore1 du ,midi et de ,paris1 de la galjade provenale et de la blague parisienne a compos un des aspects essentiels de son talent1 cette ironie spciale si alerte et incisive1 si personnelle aussi4 ,il y a lieu d'admirer combien l'ironie1 facult frquente en littrature1 est en mme temps une facult souple et nuance4 ,chez ,villiers de l',isle-,adam1 l'ironie fut froce4 ,nous la trouvons1 chez ,m4 ,anatole ,france1 ddaigneuse4 ,et quant ,alphonse ,daudet1 son ironie est attendrie1 si on peut dire4 ,c'est--dire que le premier mouvement de son esprit est d'apercevoir le ridicule1 le dfaut d'un tre1 la faiblesse d'une me1 le manque d'quilibre et de justesse1 et d'en rire1 et d'en faire rire2 mais le second mouvement est de se reprendre1 de s'mouvoir1 de voir--au del de la silhouette comique d'une minute1 de la parole sotte1 du geste faux--l'tre humain1 le pauvre tre humain1 avec qui on a des fonds communs de tendresse1 de douleur1 d'humanit1 de solidarit et1 en somme1 toute la mme destine4 ,on riait aux larmes et voil qu'on pleure un peu4 ,ainsi1 par exemple1 il s'est souvent attaqu aux rats2 ceux de ,jack2 et ,delobelle1 le rat du thtre2 d'autres encore4 ,c'est qu'ils apparaissent1 entre tous1 ridicules et1 en mme temps1 touchants4 ,l'ironie et l'motion1 les deux qualits matresses du talent d',alphonse ,daudet1 sont prcisment celles qu'il faut pour les peindre4 ,c'est pourquoi il excelle dans ces portraits4 ,l'observateur1 qui avait vu juste1 s'tait gay2 mais aussitt le sentimental compatit4 ,nous nous rappelons1 alors1 que l'observateur est myope et qu'ainsi1 voyant moins bien1 il entend mieux1 il entend ce que les autres hommes n'entendent pas4 ,peut-tre a-t-il entendu le bruit des larmes dans les yeux444 ,or les larmes sont contagieuses4 ,et ,alphonse ,daudet1 aprs avoir raill1 s'meut4 ,la facult des larmes est aussi naturelle chez lui que la facult du rire4 ,cela rsulte peut-tre d'une adolescence inquite dans un foyer o le malheur frappait aux vitres3 sa mre avec de grands yeux tristes a-t-il crit4 ,en tous cas1 c'est un don prcieux pour quiconque prend la parole devant la foule3 orateur1 crivain1 que ce don d'mouvoir1 mouiller les yeux1 faire jaillir la source divine et sale de ce rocher des coeurs qu'on croyait mort4 ,alphonse ,daudet le possdait et lui dut pour une part le grand succs de ses romans2 l'apparition de ,jack1 ,george ,sand lui crivait3 ,votre livre m'a tellement serr le coeur que j'ai t trois jours sans pouvoir travailler4 ,ce sentimental1 cte cte avec l'observateur1 c'est le pote qui vit dans le romancier et toujours intervient4 ,parfois mme1 aprs l'poque des dbuts1 et tout le long de l'oeuvre1 le pote recommena parler seul3 ,l',arlsienne est plutt1 et restera1 un pome de ,provence1 comme ,mireille2 ,le ,trsor d',arlatan1 tout rcent1 avec ses paysages camarguais1 sa sorte de sorcellerie paysanne et son merveilleux du ,midi1 fait songer une idylle tragique d'un pote du flibrige1 comme si ,alphonse ,daudet avait voulu se prouver lui-mme1 pour une fois et par jeu1 le pote provenal qu'il aurait pu tre4 ,subtil moyen de leurrer sa nostalgie6 99 99 99 ,mais n'a-t-il pas emport le ,midi avec lui1 surtout le soleil1 qui fait la vie de son style8 ,quand on le lit1 on lui applique la jolie phrase de ,sainte-,beuve qu'on dirait trouve pour lui3 ,il a le style gai et qui laisse passer des rayons4 ,cette manire claire n'est pas obtenue sans peine4 ,la journe1 quand elle est la plus lumineuse1 est sortie d'un matin de brouillard4 ,alphonse ,daudet1 comme ,balzac1 comme tous les crateurs de vie1 est attir d'abord aux pripties1 au mouvement du drame et des tres4 ,surtout que lui n'a pas de sang-froid et court d'une haleine jusqu'au bout du roman4 ,mais1 ensuite1 il revient sur ses pas4 ,souvent il a rcrit un livre plusieurs fois1 les feuillets du manuscrit tant diviss par moiti ou par tiers4 ,les phrases alors s'enjolivent1 se concentrent4 ,il y a1 dans sa manire1 quelque chose d'gratign1 d'incisif1 les hachures de l'eau-forte1 les coups de crayon saccads1 o se continue la nervosit de la main4 ,et puis des grces ajoutes1 des roses piques1 des bijoux silencieux qu'une main de femme y entremla4 ,collaboration amicale et avoue3 ,notre collaboration1 un ventail japonais3 d'un ct1 le sujet1 personnages1 atmosphre2 de l'autre1 des brindilles1 des ptales de fleurs1 la mince continuation d'une branchette1 ce qui reste de couleurs et de piqres d'or au pinceau du peintre1 a crit ,mme ,alphonse ,daudet qui fut ainsi compagne de sa vie et compagnon de ses ides1 comme observa ,valls dans ,jacques ,vingtras1 propos du mnage ,michelet 7sans compter que ,mme ,alphonse ,daudet produisit1 en outre1 toute une oeuvre personnelle3 ,enfants et ,mres1 ,fragments d'un livre indit1 etc41 d'intimit subtile1 mouvante et bien fminine74 ,quant l'oeuvre d',alphonse ,daudet1 on peut dire pour la rsumer1 qu'elle offre un fcond mlange d'imagination et de documents1 oeuvre de pote et d'observateur1 qui enveloppa dans son style chatoyant la ralit indispensable4 ,ainsi les chsses dont tout l'or et les pierreries ne seraient rien pour blouir les fidles sans1 au fond1 quelque ossement qui les transfigure4 ,,marceline ,,desbordes-,,valmore ,marceline ,valmore est la plus grande des femmes franaises4 ,a ceux qui insistent1 aujourd'hui1 sur l'infriorit des femmes1 sur leur incapacit foncire et pour ainsi dire organique1 il suffit de rpondre par ce nom-l1 une femme tout uniquement de gnie1 mieux que ,georges ,sand1 trop consacre1 et qui1 vraiment1 ne fut1 elle1 qu'un homme de lettres4 ,le signe de sa gloire1 une gloire trs tendre et trs auguste1 c'est que tous les potes en ce sicle l'ont aime galement3 ,hugo1 ,baudelaire1 ,lamartine1 assez chiche d'loges1 qui lui ddie des strophes d'encens2 ,vigny1 qui l'appelle le plus grand esprit fminin de notre poque2 ,michelet1 qui crit3 ,le sublime est votre nature2 ,sainte-,beuve1 qui trace d'elle un subtil pastel1 poussire d'immortalit6--puis lui consacre tout un livre2 et d'autres encore3 ,barbey d',aurevilly1 ,banville1 ,verlaine1--garde d'honneur autour de sa vie1 autour de son tombeau1 o sans cesse des mains pieuses arrachent les herbes d'oubli1 restaurent ce nom qui doit durer4 ,qu'est-ce qui lui vaut ce culte ininterrompu des potes8 ,c'est que1 en la lisant1 on se prend l'aimer comme une mre4 ,elle attendrit comme si elle tait notre mre4 ,c'est notre mre en double1 dirait-on4 ,et comment chercher des dfauts une mre8 ,oui6 sa posie n'est pas prcisment l'art que nous gotions le plus4 ,pas de dessous1 d'infini de rve1 de style subtil et rare4 ,mais c'est notre mre2 c'est une femme et exquise4 ,elle1 surtout1 a fait de la posie vraiment fminine4 ,elle a un sexe littraire4 ,elle a le cri des entrailles1 la couve silencieuse1 les larmes promptes1 les soubresauts de la passion1 les dchirements1 les troues lumineuses1 les jets de sang1 comme a dit ,barbier1 les jets de sang de ses paumes1 de ses pieds1 de son front couronn d'pines1 de son flanc perc1 de toutes les blessures divines de cette ,crucifie de l'art4 99 99 99 ,quelle existence fut plus cahote1 instable1 douloureuse1 assombrie sans cesse par les mcomptes1 la mort1 la pauvret8 ,comme par un signe de prdestination1 elle tait ne devant un cimetire et joua1 enfant1 dans l'herbe des tombes4 ,a quinze ans1 la ruine4 ,son pre tait peintre d'armoiries d'quipages et d'ornements d'glises4 ,or la ,rvolution avait clat1 ne voulant plus ni carosses1 ni culte4 ,la mre meurt4 ,marceline doit aider vivre le pre pauvre et sept enfants plus jeunes4 ,elle se rsout au thtre4 ,vers l'anne #ahjd1 elle est en reprsentations ,paris4 ,c'est ,grtry qui1 l'ayant entendue par hasard1 lui fit chanter sa ,lisbeth4 ,elle avait dj un air si bris1 si triste6 ,le musicien l'appelait3 ,mon petit roi dtrn4 ,dix ans de cette vie-l en province1 l'tranger1 jouant la fois les jeunes premires dans la comdie et les dugazons dans l'opra4 ,puis elle cesse de chanter4 ,elle en donna plus tard ,sainte-,beuve l'adorable raison3 ,ma voix me faisait pleurer moi-mme4 ,qu'tait-il arriv8 ,une peine profonde1 un amour non pay de retour1 un de ces misrables essais de bonheur d'o on sort plus morne et plus seul1 et aprs lequel certaines femmes d'lite jettent pour jamais la cl de leur coeur dans l'ternit4 ,quel fut cet amour8 ,marceline en parla partout1 sans cesse dans tous ses vers1 et ne l'a nulle part nomm4 ,quelques-uns1 aujourd'hui1 ont voulu lucider le mystre1 banale curiosit6 ,l'important pour son oeuvre1 c'est que jamais elle ne se consola4 ,grand chagrin d'amour qui devait1 jusqu'au bout1 se lamenter au travers de sa vie1 blessure d'eau ruisselant parmi les roches1 accrue par l'obstacle des roches1 sans qu'on sache de quelles hautes et lointaines collines la source a commenc de jaillir6 ,mme trs tard1 dans l'apaisement de l'ge1 elle voque encore cet amour dont elle est reste ple1 comme soufre jamais de cet orage du matin4 ,elle crit ,pauline ,duchambge3 ,la seule me que j'eusse demande ,dieu n'a pas voulu de la mienne4 ,quel horrible serrement de coeur porter jusqu' la mort6 ,pourtant elle avait uni sa vie un autre homme1 le comdien ,valmore1 qui fut probe et bon4 ,mais le malheur1 toujours acharn1 s'obstina aprs son foyer3 elle perdit successivement ses deux filles dont les doux visages s'encadrent si souvent dans ses strophes3 ,ondine1 puis cette frle et frileuse ,ins1 qui mourut en plein printemps1 comme une rose phtisique4 ,avec cela1 sans cesse une vie trique1 incertaine1 besogneuse4 ,ses chants divins ne lui rapportaient rien4 ,une gne permanente1 qui allait parfois jusqu' la misre1 aux crises noires4 ,et pas mme la piti de la mort6 ,elle vcut vieille1 jusqu' soixante-treize ans1 avec l'horrible malchance finale d'une maladie cruelle qui la tint deux annes dans son lit1 impotente1 dj comme de l'autre ct de la vie1 o elle s'occupa jusqu' sa dernire heure de corriger de nouveaux vers1 ceux qui ont constitu les posies posthumes et contiennent ses chefs-d'oeuvre3 ,jours d',orient1 la ,couronne effeuille1 les ,roses de ,saadi4 ,et n'est-il pas naturel1 aprs une telle vie1 qu'il semble en la lisant--comme elle a dit d'un autre--qu'on sente souffrir le livre dans ses mains8 99 99 99 ,d'ailleurs mme avec une destine clmente1 elle et t malheureuse4 ,elle fut de ces sensitives se tourmentant elles-mmes1 souffrant pour des riens1 pour des nuances4 ,elle fut de ces inquites qui peuvent dire comme ,lamennais3 ,mon me est ne avec une plaie4 ,or cette plaie native s'largt et saigna par l'amour4 ,valmore a surtout aim4 ,toute femme qui crit peut se dfinir d'un mot1 celui qu'elle-mme1 son insu1 emploie le plus frquemment4 ,ainsi le mot treindre pour ,george ,sand4 ,quant ,valmore1 son verbe serait aimer4 ,toute sa souffrance vient de l'amour1 et aussi son gnie4 ,celui-ci1 est tout amour4 ,sapho moderne1 elle a trouv1 pour exalter et regretter son premier amour mort1 des accents frmissants--flammes et roses6--qui dpassent de loin les potes1 mme illustres1 dont les ,nuits paraissent1 en regard1 bien dclamatoires et fausses4 ,d'ailleurs1 elle a exprim toutes les amours3 amour de jeune fille1 d'amante heureuse ou dlaisse1 d'pouse1 de mre4 ,elle a dit toutes les nuances du grand cri4 ,et avec des trouvailles d'une intensit inoue4 ,tu ne sauras jamais quel point je t'atteins1 dit-elle l'homme qu'elle aime4 ,puis vient cette notation1 si spciale la femme en amour1 de songer la mre de l'amant qu'elle adore1 par qui il fut aussi aim d'un amour de femme illimit4 ,c'est presque une jalousie1 mais trs douce1 cause des souvenirs communs4 ,et elle a ce cri virginal pour s'affirmer plus aimante3 ,plus grand que son amour1 mon amour se donna4 ,a propos de ses enfants1 elle note3 ,cet amour-l fait souffrir aussi1 comme l'autre4 ,cent choses d'une psychologie1 d'une pntration1 d'une divination qui va jusqu'au plus secret de la tendresse1 jusqu'au plus tenu des fibres intrieures1 jusqu'au plus infinitsimal des contacts du coeur avec les autres coeurs2 et tout cela vu comme aux lueurs d'un clair1 tout cela pathtique1 attendrissant1 comme si1 chaque fois1 elle avait pleur sur son vers au moment o il se traait sur le papier1 et qu'il ft n moins dans l'encre que dans une larme4 ,car tout aboutit invariablement des dsespoirs1 pour cette me nostalgique et trop sensible4 ,fragile me blanchie1 d'un blanc frileux et qui vite s'croule en pleurs1 comme la gele1 en hiver1 sur les vitres4 ,pourtant ,valmore fut plus forte que la douleur et le malheur4 ,elle avait adopt une sre dfense1 ce mot cleste1 pour sa devise et son cachet3 ,credo1 je crois4 ,ce que ,sainte-,beuve toujours un peu malicieux traduisait ainsi3 je suis crdule4 ,eh bien6 non6 ,elle crut vraiment4 ,l'amante devint chrtienne4 ,dans la ,sapho se leva une sainte ,thrse4 ,celle qui avait eu des cris de passion trouva des hymnes de foi4 ,elle reporta ,dieu tout l'amour qu'elle avait gar sur les cratures et les choses d'ici-bas1 dont plus aucune dornavant ne l'attirait et ne la valait4 ,tous mes tonnements sont finis sur la terre1 soupire-t-elle avec mlancolie4 ,encore un temps1 elle reste imprgne de l'ancien amour profane4 ,due dans ses affections terrestres1 elle s'en retourne ,dieu avec les mmes lvres et les mmes incantations amoureuses4 ,on la dirait maintenant l'amante de ,dieu4 ,est-ce que ,sainte ,thrse aussi ne parlait pas ,jsus comme un bien-aim8 ,on connat ses mystiques effusions si passionnes3 ,l'amour que je t'ai vou me meut tellement que1 n'y et-il pas de ciel1 je t'aimerais et n'y et-il pas d'enfer1 je te craindrais4 ,je me donne toi sans rien te demander2 mme sans esprer ce que j'espre1 je t'aimerais encore autant4 ,quant ,valmore elle s'pure bientt1 pacifie1 purifie4 ,la passion vhmente se cargue4 ,ses pomes prennent quelque chose de chuchot1 de confidentiel4 ,c'est la prire avec la naturelle confiance et aussi le naturel effroi1 cette nuance caractristique de l'adoration chrtienne4 ,elle parle son ,pre1 lui raconte ses peines anciennes et les glorifie quand mme4 ,elle a des hymnes1 des oraisons1 des litanies1 revenues du fond de la petite enfance4 ,les strophes se dplient comme les mousselines retrouves de sa toilette de premire communiante444 ,ah6 les uniques paroles de prires qu'elle a su trouver1 aprs les uniques paroles d'amour4 ,baudelaire1 frocement misogyne1 se demandait quelle conversation les femmes peuvent bien avoir avec ,dieu et pourquoi on les laissait entrer dans les glises4 ,il n'avait pas song ,valmore1 qu'il aimait pourtant1 ni aux prires que sont tels de ses pomes1 des prires clines1 abandonnes1 immatrielles pour ainsi dire1 paraissant ne plus appartenir la terre et tre le bruit d'une me qui est dj plus prs de ,dieu que de la vie4 99 99 99 ,d'ailleurs1 toujours elle donna cette impression de planer4 ,elle plana mme1 et surtout1 au-dessus de la littrature4 ,les modes n'eurent aucune prise sur cet art inn1 qui1 dans sa sincrit1 trouva une note1 un accent1 un style1 un vers peine condens au fur et mesure1 mais demeur presque invariablement le mme travers une production de cinquante annes4 ,mme la formidable rvolution romantique n'et point de prise sur elle et ne l'influena en rien4 ,or d'tre instinctif1 son gnie prcisment fut novateur4 ,elle a presque autant invent que ,victor ,hugo quant la prosodie1 et aux dtails du vers4 ,la premire1 elle remploya avec frquence les mtres impairs2 vers de cinq1 de sept1 de neuf1 de onze1 de treize syllabes4 ,et comme elle y russit6 ,d'un ruban signe ,cette chaise est l ,toute rsigne ,comme me voil6 ,comme me voil6 ,n'est-ce pas dj tout le ton1 toute la simplicit mouvante de ,verlaine1 ,verlaine qui fut un fils d'elle1 n de sa divine maternit potique1 filialement en aveu du reste1 et aux aguets dans ses ,potes maudits pour qu'on lui rende honneur1 celle d'o il sort4 ,quel honneur pour elle d'tre son initiatrice et la mre d'un tel fils6 ,comme lui1 elle avait dj tout ceci3 exquis abandon1 simplicit de l'me1 nglig des mots1 adorable dshabill de la phrase--comme au saut du lit--faisant sa prire du matin4 ,et aussi ce quelque chose de susurr1 de gmi1 d' peine convalescent1 d'inquiet et cependant de confiant1 chambre de malade la fentre ouverte sur un commencement d'avril4 ,et dj les familiarits charmantes1 ce sans-faon presque parl qui enlve au vers toute allure dclamatoire et du ,midi1 son grand geste4 ,elle aussi1 comme ,verlaine1 revendiqua le ,nord1 son ,nord1 cette ville de ,douai avec un beffroi et des demeures pignon1 o elle demandait d'aller mourir1 qu'elle appelait si joliment ma natale et dont les souvenirs1 la ,notre-,dame1 la valle de la ,scarpe1 les tours1 les jardins ponctus d'abeilles1 emplissent son oeuvre1 influencrent son art4 7,celui-ci1 en prit ce qui caractrise tout art du ,nord3 la nuance74 ,souvent galement les rptitions1 les allitrations1 affectes dans la suite par ,verlaine et les plus rcents potes3 ,une autre1 une autre1 et puis une autre l'entendra6 ,enfin maints mots transposs1 invents ou composs1 mais avec quelle dlicate prudence toujours heureuse3 angliser1 entr'aler4 ,mais pourquoi s'ingnier aux nuances de toutes les plumes et de tous les duvets quand le cygne sanglotant s'est envol si haut et pour toujours dans des ciels d'ternit6 ,m4 ,j4 ,k4 ,,huysmans ,m4 ,huysmans qui1 ses dbuts1 collabora aux ,soires de ,mdan1 eut l'air d'acquiescer la manire naturaliste1 n'y trouva en ralit qu'un moyen de satisfaire son naturel pessimisme4 ,peindre la laideur1 les vices1 les misres1 la chair triste1 les coeurs pourris1 les linges sales1 c'tait l'occasion d'exprimer son dgot de la bassesse contemporaine4 ,vite il chercha s'en vader4 ,comme ,baudelaire1 aprs sa moisson de fleurs du mal1 il eut ses paradis artificiels1 c'est ,a ,rebours4 ,mais ceci n'tait qu'une tape et1 dans ,en ,route1 il raconta ensuite1 nous ne voulons pas dire une conversion1 mais une crise religieuse singulirement pathtique4 ,il s'agit d'un homme1 las des tres et des livres1 qui se met frquenter les glises1 les offices1 se lie avec un prtre clair1 va passer un temps de retraite dans une abbaye de ,trappistes et1 confess1 communi1 rendu ,dieu1 rentre dans la vie et dans ,paris en concluant3 ,ah6 vivre1 vivre l'ombre des prires de l'humble ,simon1 ,seigneur6 ,y a-t-il l une simple affabulation de roman8 ,est-ce uniquement pour se documenter que ,m4 ,huysmans1 depuis ces dernires annes1 la surprise de ceux qui le connaissaient1 devint peu peu l'assidu des messes1 des saluts1 plerina de ,saint-,sulpice et de ,saint-,sverin aux chapelles prives et singulires de ,paris1 celle1 par exemple1 si curieuse1 des ,bndictines du ,saint-,sacrement1 rue de ,monsieur1 o il alla lotionner ses yeux las la fracheur des cantiques1 se dsaltrer l'orgue1 aux affluents dbiles que sont les voix des nonnes chantant au jub1 tandis que le fleuve de l'orgue dferle444 ,nous savions aussi qu'il s'tait instruit dans toute la ,mystique1 familier avec sainte ,thrse1 ,catherine de ,gnes1 ,emmerich1 ,ruysbroeck l',admirable4 ,enfin1 n'alla-t-il pas lui-mme s'interner un moment dans le silence d'un clotre champtre de la ,trappe8 ,ce ,durtal qu'il nous y montre1 en proie ,dieu1 est-ce lui-mme et subit-il de son ct la crise de foi qu'il nous dcrit8 ,s'agit-il d'une autobiographie1 et fait-il allusion son cas quand il s'crie3 ,je suis all l'hpital des mes1 l',eglise8 ,on pourrait le croire1 tant l'analyse est aigu1 minutieuse1 d'autant plus que souvent1 au lieu d'objectiver1 de crer des personnages fictifs1 ,m4 ,huysmans1 dans ses romans1 en revient toujours lui-mme1 et que ce type de ,durtal1 apparu dj en un prcdent livre1 semble raconter ses propres tats d'esprit et se transposer en une personnelle et successive vivisection d'me4 ,il y a lieu de le supposer d'autant plus que1 parmi les causes de ce ralliement ,dieu1 le romancier signale1 chez ,durtal1 l'ennui de vivre et le dgot du monde4 ,or ,m4 ,huysmans aussi nous offre encore une fois les mmes symptmes personnels depuis ces dernires annes4 ,il a avr une misanthropie sincre4 ,aprs avoir frquent des artistes1 des crivains1 nagure1 il s'est soudain repli sur lui-mme1 comme le converti du roman1 lui aussi solitaire1 aigri1 malade1 dpris1 n'allant nulle part1 ayant renonc aux milieux littraires et mondains o sa noble nature franche ne pouvait s'accommoder des mensonges1 vilenies1 abdications1 promiscuits4 ,isolement logique6 ,subtil et magnifique dans son art1 il devait se trouver1 en s'levant1 de plus en plus isol4 ,qui ressemble aux grandes mes8 ,l'ocan gmit parce qu'il est dpareill4 ,tous les traits et les mobiles qu'il prte ,durtal1 sa vie elle-mme nous en offre l'exemple4 ,n'est-il donc pas permis d'imaginer que cette crise religieuse qu'il peint avec tant d'intensit fut la sienne8 ,voyez alors l'avertissement singulier de la destine et les correspondances mystrieuses entre les choses3 ,m4 ,huysmans habite depuis longtemps un calme logis de la rue de ,svres faisant partie d'un ancien couvent de ,prmontrs aux toits de tuiles fanes1 comme s'il avait fallu d'abord que cette me fut investie en silence1 cerne par tout ce qu'il y a de foi1 d'encens indur1 de prires survcues dans les vieilles pierres qui furent une abbaye4 99 99 99 ,dans le cas o la crise religieuse que ,en ,route raconte lui serait personnelle1 on peut dire que l'crivain s'en est venu de loin vers ,dieu4 ,on connat ses oeuvres de dbut1 oses1 charnelles3 ,en ,mnage1 les ,soeurs ,vatard1 le ,drageoir pices4 ,littrairement1 il fut1 entre autres1 un odorat1 preuve ce nez busqu et embusqu sur son profil maigre1 un nez de proie1 un nez qui lui donne une tte d'oiseau de proie1 de grand vautour chauve4 ,or1 il aima l'odeur du pch1 nota les relents coupables de la femme1 tout ce qui monte1 faisand et blet1 de la grande ville4 ,car le pch est surtout odeur4 ,eprouva-t-il une sensualit nouvelle subodorer la senteur maladive des glises3 nappes d'autel dfrachies1 encens fan et cires--mortes de se pleurer8 ,dj dans ,a ,rebours on pouvait prvoir la crise religieuse4 ,il y fit le tour des ides et des vices1 perversits extrmes des dcadences1 pchs contre l',esprit et contre nature1 aprs quoi sembla s'annoncer l'approche de ,dieu4 ,a la fin1 ,des ,esseintes1 courbatur de trop de coupables dlices1 tombait genoux2 et1 au-dessus des fards1 des tableaux pervers1 des lits dfaits1 une prire clturait l'oeuvre et s'envolait1 oiseau blanc1 dans le blanc de la page finale4 ,c'est que1 la suite de ce livre1 il ne restait plus prendre qu'un des deux partis indiqus par ,barbey d',aurevilly ,baudelaire aprs les ,fleurs du mal3 ,ou se brler la cervelle1 ou se faire chrtien4 99 99 99 ,nous ne savons pas si ,m4 ,huysmans s'est fait chrtien1 mais il a crit en tout cas une oeuvre chrtienne4 ,nous voyons chez ,durtal l'acheminement1 les tapes de la foi1 les voies de la grce1 la manigance cleste1 le minime et quotidien accroissement1 le lger vent qui vient des plages du ciel et accumule1 sable sable1 ces dunes d'or dont une me d'lite va s'ourler et qui la spareront de la vie mauvaise4 ,nous assistons cette cure svre qu'est un sjour la ,trappe3 efforts1 prires1 tentations dernires de la volupt1 embches de l'esprit1 blasphmes1 rires1 objections1 ngations4--,mais si c'tait intelligible1 ce ne serait pas divin6 ,et enfin la victoire cleste6 ,lutte pathtique o renaissent les orages de ,pascal4 ,sans compter que cette langue de ,m4 ,huysmans1 toute admirable1 ajoute le frisson de ses teintes lectriques1 vnneuses1 d'un ciel pourri o se lvent soudain des mots qui sont un lys de ,memling1 une cl ouvrant sur le mystre1 la plaie de ,jsus qui ne saigne plus1 mais s'effeuille1 dirait-on4 ,intensit de psychologie inoue1 croire que ,m4 ,huysmans ne dcrit que ce qu'il a ressenti1 vcu1 et que lui-mme1 aujourd'hui1 est une grande me de plus vaincue par ce que ,chateaubriand appelait le gnie du christianisme4 99 99 99 ,car ,chateaubriand marche en tte de cette troupe sacre qui aura appartenu l',eglise4 ,n'est-ce pas merveilleux1 en un temps o on disait la foi morte1 de constater combien de grands crivains de notre sicle ne l'auront pas quitte ou y seront revenus8 ,la religion peut en revendiquer beaucoup3 outre ,chateaubriand1 ,lamartine aussi1 et ,barbey d',aurevilly1 d'un catholicisme absolu quoique ostentatoire2 ,baudelaire qui fut lui-mme un pote1 un peu satanique aussi1 mais seulement en tant qu'il y a des gargouilles de dmons aux flancs d'une cathdrale4 ,puis ,veuillot1 spadassin de ,dieu1 et ,hello1 d'une foi si lyrique et qui s'exaltait en effusions de grands arbres4 ,et ,villiers de l',isle-,adam1 qui1 sur son lit de mort1 tenait dans ses mains1 dj de la couleur de la terre1 les preuves d',axel1 pour avoir le temps de les corriger selon la ,foi4 ,et ,verlaine1 enfin1 qui lui-mme a racont sa conversion dans un lieu de retraite o le chevalier ,malheur l'avait men4 ,et l'closion1 dans cet abandon1 de ce livre ,sagesse o le pote inventa des litanies nouvelles4 ,fils soumis de l',eglise1 le dernier en mrites1 mais plein de bonne volont1 dclara-t-il dans la prface4 ,m4 ,huysmans est-il en route pour le mme aveu et la mme conclusion8 ,il n'y aurait qu' s'en rjouir1 et de ce qu'il entre son tour dans cette ligne o dj son grand talent lui assignait une place1 royaux esprits qui1 durant tout le sicle1 se passrent de main en main1 comme les coureurs antiques1 le flambeau de la ,foi allum l'toile de ,bethlem4 99 99 99 ,littrairement on peut conclure que ,m4 ,huysmans avec3 ,a ,rebours1 ,l-,bas1 ,en ,route1 aura termin un triptyque comme ceux que peignaient les peintres de sa race--il est originaire de ,brda--ces matres hollandais et flamands dont il a l'imagination fivreuse1 le coloris massif et violent4 ,on songe surtout devant ces trois livres au triptyque de ,quentin ,metzys qui est au ,muse d',anvers1 un des chefs-d'oeuvre de tous les sicles et de toutes les coles4 ,dans le volet de gauche1 ,hrodiade est assise ct du ,ttrarque la table du festin o1 parmi les roses1 les cristaux1 les argenteries1 songe le chef dcapit de ,jean-,baptiste que la favorite taquine du bout de son couteau d'or comme un fruit de plus parmi les autres fruits du dessert4 ,salom vient de danser4 ,l'odeur du sang se mle l'odeur du sexe4 ,volupt1 cruaut1 complication des vieillesses de l'ge et des vieillesses du temps1 raffinement des dcadences4 ,ce volet-l c'est ,a ,rebours4 ,dans le volet de droite un bcher mauvais s'allume4 ,des hommes aux visages dforms1 aux yeux de concupiscence1 y jettent des sortilges et des malfices1 cherchent dans les flammes des formes qui s'enlacent1 se pment1 dfaillent4 ,le feu a l'air de sortir par un soupirail de l',enfer soudain ouvert4 ,ce volet-l c'est ,l-,bas4 ,et voici le panneau central3 la figure lamentablement douloureuse1 mais tendre1 de ,jsus1 victime expiatoire1 ,christ dpendu1 dont la plaie au flanc coule1 intarissable1 offre sa fiole rouge1 lixir de gurison1 dans cette grande pleur sculaire444 ,salut permanent et immanquable6 ,c'est ,en ,route1 livre principal au travers duquel ,jsus repose444 ,triptyque littraire1 admirable et qui a dj un air d'ternit1 la patine des oeuvres qui sont dans les muses4 ,,lamartine ,aprs cent ans couls1 la parole de ,humbold reste vraie3 ,lamartine est une comte dont on n'a pas encore calcul l'orbite4 ,car1 mme aujourd'hui1 il est difficile de prciser la parabole de cet errant du gnie qui a laiss un peu de lui dans toutes les mes4 ,lamartine6 ah6 le doux nom6 et quel coup d'archet sur nos souvenirs6 ,n'est-ce pas lui1 quand nous le lisions quinze ans1 au collge1 qui nous fut la premire rvlation de la ,posie8 ,au mme moment1 il nous fut aussi la premire rvlation de la ,femme1 car ses vers ,elvire et ,graziella donnaient comme un visage aux rves encore informuls en nous4 ,lamartine nous a suscit jadis toutes ces motions-l4 ,nous l'avons plus qu'admir2 nous l'avons aim4 ,voil pourquoi la lecture1 plus tard1 en parat fade et dcolore4 ,il en est de ses pomes comme de ses lettres d'amour1 qu'on ne doit jamais relire2 ce n'est pas qu'elles soient autres1 mais nous-mmes nous avons chang2 nous n'avons plus l'me qu'il faut1 l'me ancienne toute neuve et impressionnable4 ,pour ,lamartine aussi il vaut mieux se souvenir de l'avoir lu--lui qui nous demeure1 travers les annes1 comme la douceur d'un ancien amour6 99 99 99 ,et pourtant1 qui fut jamais plus pote1 dans le sens originel et foncier8 ,chez lui1 la posie tait un acte spontan de la nature1 comme la respiration ou la circulation du sang4 ,il tait lyrique de la tte aux pieds1 a-t-on dit4 ,il a chant sans savoir comment ni pourquoi1 comme la mer1 et comme la fort--frre lui-mme de ces infinis qui rendent tous un son pareil6 ,car il n'avait rien appris4 ,c'est un ignorant qui ne sait que son me1 observa un jour ,sainte-,beuve4 ,tout au plus connaissait-il l'irrmdiable mlancolie de son prcurseur ,chateaubriand1 me orageuse l'image et la ressemblance de ses horizons maritimes de ,bretagne1 et les sublimits de la ,bible dont prcisment1 dans son entourage1 on s'occupait beaucoup cette poque4 ,deux de ses amis1 ,m4 de ,genoude et ,m4 ,dargaud1 avaient traduit les ,psaumes et les ,livres4 ,lui-mme apparut comme un jeune roi ,david1 ayant song d'abord intituler ses ,mditations ,psaumes modernes1 comme l'atteste le premier manuscrit retrouv4 ,et il avait vraiment l'loquence douloureuse du psalmiste et des prophtes1 celui que ,george ,sand appela le ,jrmie de la ,restauration4 ,son succs fut immdiat et prodigieux3 en un soir1 ayant dit ses premiers vers dans le salon de ,mme de ,saint-,aulaire1 o venaient ,guizot1 ,decazes1 ,villemain1 toutes les jeunes gloires du moment1 il tait devenu clbre4 ,son premier livre1 accueilli avec tremblement par l'diteur ,nicolle1 fut tir en peu de temps quarante-cinq mille exemplaires4 ,tout le monde le lut1 s'enthousiasma1 pleura4 ,dans les promenades publiques1 dans les jardins1 on s'isolait pour lire sous les arbres les vers des ,mditations4 ,c'est que1 par un miracle unique1 son me s'tait trouve en communion avec tous4 ,il avait t l'me de la foule4 ,il avait t les eaux de sa soif1 la parole de son attente4 ,aprs tant de ruines1 de secousses et de rvolutions1 aprs tant de ngations1 le pote tait apparu disant l'ternit et la certitude de ,dieu1 parlant d'idal et d'infini4 ,a cette foule qui avait travers la nuit et cru mourir1 dont on avait conduit les pres en troupeaux la guillotine1 puis aux boucheries plus sanglantes encore de la guerre1 il venait dire3 ,l'homme est un dieu tomb6444 ,et puis1 il y a autre chose3 ce commencement de sicle qui marquait une renaissance tait comme une pubert qui s'labore2 il avait les troubles1 l'incertitude1 l'angoisse sans cause1 la mlancolie de la vierge qui devient nubile et sent dj l'avenir lui tourmenter le sein4 ,la posie de ,lamartine rpondit tous ces vagues lans1 elle qui1 non contente de diviniser la vie1 divinisa l'amour4 ,ah6 ce fut mme son plus suave enchantement6 ,le dieu tomb retrouvait ds ici-bas un ciel dans l'amour1 l'amour plus fort que la mort elle-mme1 puisque l'amante soupirait l'amant3 ,je ne comprends pas le ciel mme sans toi6 ,le ,lac1 les stances ,elvire1 l'lgie du ,premier regret donnaient un avant-got d'infini3 ,o temps6 suspends ton vol6 et promettaient des minutes divines o1 vivant--grce l'amour--on vit dj d'ternit6 ,et cela n'apparut pas comme une imagination impossible1 un leurre consolant de pote4 ,il prchait d'exemple4 ,on voulut aimer sa faon2 il avait cr une nuance nouvelle d'aimer et d'tre aim1 car on savait que lui-mme avait vcu de telles amours4 ,ses aventures italiennes1 la mort de la pcheuse de ,procida faisaient autour de sa jeune tte de hros un nimbe de lgende et de mlancolie4 ,on ne l'en aima que davantage--et d'avoir l'air si triste1 tant si beau4 ,il disait3 ,nulle part le bonheur ne m'attend6 ds la premire pice de son premier livre2 et plus tard1 dans le pome sur la mort de sa fille1 il se nommait encore un homme de dsespoir4 ,d'un bout l'autre la mme attitude et la mme parole3 ,voyez s'il est une douleur comparable la mienne6 ,lamentation prodigieusement habile1 si elle n'et pas t sincre4 ,certes ce n'est pas un mot de dieu1 de gnie ployant sous la croix de son art4 ,c'est le mot de la mre2 d'une femme4 ,jsus lui disait3 ,ne pleurez pas sur moi6 ,voil le mot vrai2 la posture qu'il fallait4 ,mais si le pote y et gagn nos yeux1 la foule aime mieux ceux qui demandent sa piti4 ,et elle donna tout ,lamartine3 sa piti1 son admiration1 son temps1 ses larmes1 son or1 son dlire4 ,il fut vraiment1 selon l'image de ,shakespeare1 port en triomphe sur tous les coeurs4 ,ce triomphe dura vingt ans1 vingt ans d'une existence comme une ferie4 ,vous auriez d tre roi1 lui disait un jour un de ses flatteurs4 ,il vcut tel3 aim1 acclam1 dans un luxe qu'aucun pote n'avait jamais connu1 semant les secours et les dons1 voyageant avec une suite1 partant sur un navire achet par lui pour cet ,orient mystrieux qu'il a dcrit et o les ,arabes du dsert eux-mmes1 frapps de sa royale prestance1 l'appelaient l'mir frangi4 ,si habitu ces hommages unanimes1 ce culte et cette frnsie de respect qu'un jour1 propos d'un jeune crivain qu'on le priait de protger1 il dclara avec une fatuit touchante3 ,il ne fera jamais rien4 ,il n'a pas t mu en me voyant4 99 99 99 ,malheureusement1 la ,posie1 qui lui avait donn tant d'annes de gloire et d'une existence sans pareille1 ne sut pas le retenir exclusivement4 ,dj1 en #ahca1 il avait publi sa ,politique rationnelle et brigu un mandat lgislatif4 ,on prtend mme qu'il n'entreprit son lointain voyage en ,orient que par dpit de cet insuccs4 ,or ce voyage devait1 par un hasard inou1 le pousser1 son retour1 plus dcidment encore du ct de la politique4 ,il avait rencontr dans les solitudes perdues du ,liban cette bizarre lady ,esther ,stanhope1 qui lui avait dit1 aprs avoir consult les toiles et lu les signes de sa main--gographie mystrieuse des passions et des destines3 ,l',europe est finie2 la ,france seule a une grande mission accomplir encore4 ,vous y participerez4 ,le superstitieux pote crut l'horoscope de cette magicienne en cachemire jaune et turban blanc1 qui fumait devant lui une longue pipe orientale2 et ds son retour1 sans doute1 il rvait dj de raliser son oracle1 tandis que le navire1 en route pour la ,france1 marchait d'toile en toile444 ,bientt il se fit lire la ,chambre3 --,o allez-vous vous asseoir dans l',assemble8 lui demanda un de ses amis4 --,au plafond6 ,ceci marquait chez ,lamartine lui-mme la sensation qu'il se trouverait peu sa place parmi les intrigues et les roueries d'un ,parlement4 ,comment6 le mlancolique pote allait s'occuper de politique et tenter de diriger l'opinion8 ,mais est-ce que le clair de lune ne gouverne pas la mare et n'attire pas avec ses yeux la souffrance de la mer8 ,lamartine1 lui aussi1 rvait d'attirer le peuple lui4 ,il avait mis ,dieu dans la posie et dans l'amour4 ,il voulut mettre ,dieu dans la politique--le mot est de lui--crer une ,rpublique vanglique o on gouvernerait la nation par ses vertus4 ,il faillit presque y parvenir dans cette extraordinaire aventure de la ,rvolution de #ahdh qu'il prpara avec les ,girondins et dont il fut le promoteur et le hros4 ,on ne peut pas lire aujourd'hui sans stupfaction les dtails du rle qu'il joua ce moment3 sa lucidit d'esprit1 son audace1 son courage durant ces jours o1 grce ce magntisme1 ce fluide charmeur qui furent toujours en lui1 vingt fois il arrta l'anarchie2 o vingt fois il prit la parole1 tte nue1 sous les fusils braqus1 bravant la mort1 nouvel ,orphe qui apprivoisa le lion populaire et l'entrana avec des chanes de fleurs4 ,on connat sa phrase clbre sur le drapeau tricolore qui n'tait qu'une sublime inspiration de plus aprs tant d'autres1 o son patriotisme1 pendant ces journes de fvrier1 se multiplia4 ,dans l'hagiographie1 on apprend que certains saints vcurent toute leur vie en tat de grce4 ,on peut dire de ,lamartine qu'il a t toujours en tat de gnie4 99 99 99 ,mais le gnie ne va pas sans la couronne d'pines4 ,lamartine porta la sienne4 ,que n'tait-il rest la porte de la ,rpublique6 ,platon l'et couronn de roses4 ,des plus hauts sommets de la popularit il tomba1 selon la parole de ,milton1 dans les mauvais jours et dans les mauvaises langues4 ,la ,rvolution avait achev de le ruiner4 ,quelques semaines avant les vnements de fvrier1 un trait lui achetait ses oeuvres littraires pour #edj1jjj francs4 ,par honntet et pour sauver de la faillite son libraire1 il dchira le trait4 ,depuis longtemps1 il semait l'or et les charits avec une prodigalit inpuisable4 ,a un ami dans la gne il crivait3 ,je ferai couper mes plus beaux arbres4 ,alors1 devant ce gouffre de dettes 7plus de deux millions71 ,lamartine empoigna sa plume comme un outil et pendant vingt ans remplit de sa fire criture du papier blanc accumul1 qu'il jetait ce gouffre4 ,cela ne suffit mme pas2 et vinrent alors les grands dboires1 les humiliations publiques3 la vente de ,milly1 la loterie1 la souscription nationale--toute la lie1 toutes les feuilles mortes de l'automne de la vie4 ,et aucune piti6 ,louis ,veuillot1 qui a la triste gloire d'avoir trouv tous les mots cruels sur son temps1 proclama3 ,m4 de ,lamartine n'a plus une lyre2 c'est une tirelire4 ,et si1 pourtant6 il la possdait encore1 cette lyre ancienne6 et malgr l'horreur des quotidiennes besognes1 encore et toujours--dans ses pages obliges1 tout au long des ,confidences1 de ses livres d'histoire1 de son ,cours familier de littrature1--des vibrations clatantes1 des coups d'ailes soudains1 des ruissellements d'me et de pierreries1 tout un trsor intrieur que sa longue vie orageuse n'avait pas suffi dilapider4 ,mais plus de pomes1 hlas6 cet ge pourtant o ,victor ,hugo1 lui aussi frapp par la politique1 allait commencer ses chefs-d'oeuvre4 ,lamartine maintenant aurait pu crire son ,livre de ,job2 mais1 lui1 manqua de loisirs parce qu'il manqua d'argent4 ,il fallait de la prose solide et marchande4 ,plus d'pisode nouveau pour faire suite ,jocelyn et la ,chute d'un ange1 ni les ,pcheurs annoncs1 ni l'autre fragment sur la vie religieuse dans le cadre de la ,jude4 ,et pas non plus ce retour sur les oeuvres anciennes qu'il avait appel lui-mme des improvisations potiques et promis de polir froid4 ,vain espoir6 l'homme1 pas plus que l',ocan ne peut revenir sur ses traces et retoucher ce qu'il a laiss derrire lui4 ,c'est tout polis que la mer jette au rivage ses galets aprs les avoir longtemps rouls dans ses mares4 ,au contraire toute l'oeuvre de ,lamartine fut htive1 d'une forme lche4 ,aussi1 dans ses prfaces1 redoutait-il lui-mme le ddain des dlicats4 ,il n'ignorait pas non plus les caprices fantasques de la vogue1 l'effrayante mobilit des gots littraires qui dmodent vite les oeuvres4 ,surtout pour celles qui appartiennent plus au pass qu'a l'avenir4 ,il y a des potes qui ouvrent une poque et une posie1 tel ,victor ,hugo4 ,au contraire ,lamartine ferma une poque4 ,il rsume ,piron1 ,millevoye1 ,lebrun1 ,soumet1 tous ces potes intermdiaires1 non sans talent1 qu'il continue en somme1 mais absorba dans son rayonnement4 ,c'est en ce sens que ,rivarol a dit3 ,le gnie gorge ceux qu'il pille4 ,mais tout en craignant pour l'avenir1 il se consolait en affirmant3 ,il y a des anniversaires d'ides dans la vie des sicles4 ,et1 en effet1 on a pu assister1 ces dernires annes1 un renouveau de sa gloire1 qui sans cesse recommencera par intervalles4 ,car la forme de sa posie est sans date4 ,elle est classique et elle est moderne4 ,la langue est large1 peu raffine et vaut moins par le choix des mots que par un rythme gnral4 ,or c'est par le vocabulaire d'abord qu'une posie se dmode4 ,celle-ci est toute de musique4 ,elle se borne de grands planements4 ,quant au fond1 elle s'en tient ce qu'on peut appeler les lieux communs de l'humanit3 la nation1 l'amour1 la religion1 la douleur1 mais on peut dire aussi que ces thmes sont ceux de l'me elle-mme1 l'me ternelle1 la ,psych nostalgique et vagabonde1 et qu'un pote se haussant jusque-l mouvra davantage et avec plus de dure qu'un pote exprimant seulement les sensations personnelles et fugitives de sa seule me ou de ses nerfs4 ,qu'importe d'ailleurs pour ,lamartine si1 des thmes choisis1 il sut faire vritablement des concerts1 selon l'expression qui lui tait familire1 aujourd'hui vieillie1 mais si juste4 ,chaque fois qu'il a pris la parole3 soit sur la page blanche o tombaient ses pomes spontans2 soit la tribune2 dans les rues1 les jours de rvolution2 l',acadmie1 o son discours de rception souleva d'un lan toutes les questions du temps et de l'ternit1 chaque fois ce fut vraiment un concert1 une voix plus qu'humaine1 une vaste musique rebelle aux subtilits1 mais qui enveloppait toutes les mes dans ses grands plis4 ,et c'est ainsi qu'il semble devoir s'terniser pour l'avenir3 ,lamartine est l',orgue de la posie du sicle4 ,m4 ,,octave ,,mirbeau ,on pourrait dire de ,m4 ,octave ,mirbeau qu'il est le don ,juan de l',idal4 ,don ,juan est le grand incontent4 ,il a une curiosit inquite1 des aspirations infinies et peut-tre aussi un got des expriences4 ,il appartient cette famille des lunatiques dont il est parl dans ,baudelaire3 ,tu aimeras le lieu o tu ne seras pas1 l'amant que tu ne connatras pas444 ,toujours changer1 se quitter1 chercher ailleurs1 versatile plerin de l'amour6 ,tirso de ,molina le vit passer dans les oratoires de ,sville1 guettant quelque infante aux yeux tristes1 lui-mme ple comme la cire du chandelier1 ,molire aussi le rencontra1 et ,mozart qui nota l'harmonie de ses plaintes1 et ,byron et ,musset4 ,personnage fuyant1 inassouvi1 nigmatique surtout4 ,il a sur la face un sourire1 car le sourire seul est nigmatique4 ,mais son sourire est plus proche des larmes que du rire4 ,il apparat le plus triste d'entre les hommes pour avoir voulu l'absolu4 ,pourtant son obsession tait restreinte2 elle fut purement fminine4 ,don ,juan ne chercha l'absolu que sous une seule forme3 l',amour4 ,que dire de celui qui serait le ,don ,juan de tout l',idal8 ,m4 ,octave ,mirbeau y fait songer4 ,il n'y a pas que l'absolu de la beaut4 ,il y a l'absolu de la bont1 du bonheur1 de l'art1 de la justice4 ,l'amour du coeur va d'autres choses qu' la femme3 on veut aimer des tableaux1 des livres1 les malheureux1 les pauvres1 les fleurs1 les morts1 les nuages--on veut pouvoir s'aimer soi-mme4 ,comment faire avec un seul coeur1 si exigu1 et qui contient si peu8 ,pourtant il faut aimer encore4 ,on n'a pas assez aim4 ,on s'est tromp en aimant4 ,alors on vide son coeur--pour le remplir de nouveau4 ,on se dprend1 parfois1 mais c'est afin de se passionner autre part4 ,c'est la nature de don ,juan444 ,or ,m4 ,octave ,mirbeau lui ressemble comme un frre1 plus souffrant1 plus inassouvi1 puisqu'il aime davantage et que son idal est sans limites4 ,lui aussi a un sourire3 son ironie1 une ironie spciale1 hautaine et grinante1 d'une originalit unique et qui constitue une de ses plus fortes vertus littraires4 ,encore un peu1 ceux qui ne voient pas assez le fond des choses l'auraient pris pour un pamphltaire1 cause de cette ironie1 parce qu'il publia les ,grimaces1 qui furent parfois de cruelle satire1 et parce qu'il crivit de mmorables reintements1 des portraits justiciers1 eaux-fortes o la plaque avait reu d'indlbiles morsures4 ,mais ceci encore1 n'est-ce pas la logique mme de don ,juan8 ,m4 ,mirbeau veut l'absolu dans la beaut1 dans l'art1 dans la justice1 comme don ,juan voulait l'absolu dans l'amour4 ,c'est pourquoi il accable de sa puissante raillerie1 de ses invectives aux vols d'aigles et d'ouragans1 de sa haine loyale1 les mauvais crivains1 les mauvais riches1 les ,mauvais ,bergers1 comme il dit dans son drame4 ,mais har est la mme chose qu'aimer4 ,la haine ne provient que de trop d'amour4 ,on le croyait cruel et inexorable4 ,ah6 comme il est diffrent1 et tout le contraire mme1 pour ceux qui le connaissent bien1 ont approch tout prs de ce coeur ombrageux et orageux4 ,contradiction de l'apparence6 ,mme au physique1 si son allure dcide1 sa rousse moustache militaire disent l'audace1 la bravoure1 le got du combat1 il y a l1 dans ce visage1 des yeux bleus si ingnus1 si tendres1 si jeunes encore dans la figure plus ge1 des yeux comme ceux des enfants1 des yeux comme les sources dans la campagne1 des yeux qui croient la bont1 la loyaut1 des yeux qui tout de suite s'apitoient1 des yeux mouills et comme faits avec des larmes qui attendent444 ,ainsi pour l'me444 ,on croyait ,m4 ,octave ,mirbeau uniquement belliqueux1 voire un peu froce4 ,en ralit1 habitant loin des villes et en pleine ,nature1 il tait toute douceur et vivait avec les fleurs4 ,sainte ,thrse1 qui fut aussi une passionne1 a dit qu'elle se clarifiait les yeux chaque matin avec des roses4 ,m4 ,octave ,mirbeau aima toutes les fleurs qu'il a nommes des amies violentes et silencieuses4 ,dans son jardin de ,poissy1 o il a des collections admirables d'iris1 de roses1 de penses1 il faut le voir1 comptent comme un horticulteur de ,harlem1 qui les veille1 les caresse1 les appelle par leur nom444 ,certes1 il les aima pour leur beaut1 mais sans doute aussi et principalement pour leur fragilit4 ,car il est1 avant tout1 un grand coeur misricordieux4 ,toute son ironie provient de toute son indignation1 toute sa colre de toute sa piti4 ,ses larmes deviennent des projectiles444 ,c'est un sentimental sanguin4 ,et1 en effet1 aprs ses combats1 voici tout aussitt de lyriques effusions1 des dithyrambes sonores et dont l'clat de trompettes va atteindre les quatre points cardinaux de l',art4 ,on se souvient de certaines de ses pages1 dfinitives comme un sacre1 sur ,m4 ,rodin1 sur ,m4 ,lon ,bloy1 tous ceux en lesquels il croit voir luire--enfin6--un peu de l',absolu4 ,alors1 ce sont moins des portraits qu'il trace1 que des chants de joie1 de triomphe et d'amour4 ,oui6 il aime1 il le dit1 il le crie1 avec des troubles et des frissons1 des mots comme des baisers1 des phrases qui s'agenouillent4 ,du journalisme disent les sots4 ,mais ,m4 ,octave ,mirbeau ne fait pas des articles2 il n'a jamais crit un seul article de sa vie444 ,ces pages courtes1 qui disent ses amours et ses haines1 n'est-ce pas comme la correspondance de ce don ,juan de l',idal1 trop-plein d'une me1 expansion d'une heure1 confidences sur le papier1 extases changeantes et que lui-mme bientt ddaigne1 lettres frmissantes de la passion d'une heure et qu'il garde au fond d'un tiroir--sans mme daigner les publier4 ,est-ce qu'on publie jamais ses lettres d'amour1 puisque leur encre1 vite plie1 semble vouloir d'elle-mme retourner au nant8 99 99 99 ,dans ses romans aussi1 ,m4 ,octave ,mirbeau apparat la mme me1 assoiffe d'absolu4 ,il va ceux qui souffrent le plus4 ,il y a dans un de ses romans un personnage bien curieux1 une cration bien tonnante1 c'est ce ,pre ,pamphile des ,rdemptoristes1 exil volontaire parmi la solitude et des ruines1 qui veut rtablir son ,ordre fond jadis pour dlivrer les chrtiens en terre barbaresque4 ,or il est convaincu qu'il y a toujours des captifs1 qu'ils sont un ncessaire et permanent produit de la nature1 qu'il y a toujours des captifs comme il y a des arbres1 du bl1 des oiseaux3 ,et non seulement il y a des captifs1 se disait-il tout haut2 mais il y en a dix fois plus1 depuis que nous avons cess de les racheter444 ,m4 ,octave ,mirbeau aussi pense qu'il y a partout des captifs1 et son oeuvre de haute piti1 de fraternit humaine1 ne va qu' apitoyer en leur faveur1 les faire dlivrer4 ,ainsi1 dans le ,calvaire1 il s'agit de l'homme emprisonn dans une passion2 dans l',abb ,jules1 c'est le prtre emprisonn dans le clibat2 dans ,sbastien ,roch1 c'est l'enfant--oh6 la plus dsolante misre--emprisonn dans le collge4 ,mais les personnages de ces romans qui1 au fond1 se ressemblent1 sont encore et surtout emprisonns dans la vie4 ,ils n'ont pas1 de celle-ci1 la mme conception que les autres hommes4 ,pareils l'crivain qui les conut et vraiment ses frres en destine et en souffrance1 ils sont aussi des incontents1 des nostalgiques 7c'est--dire galement de la famille de ,don ,juan74 ,ils ne se rsignent pas ce qu'est l'existence dans l'tat actuel des socits4 ,ils se refusent tre des cratures de civilisation et veulent tre quand mme1 malgr tous et tout1 des tres de nature4 ,cela ne va pas sans d'amres luttes4 ,ils n'ont aucune condescendance aux usages1 aux conventions1 l'esprit de caste ou de race1 aux faons ordinaires de penser ou d'agir4 ,ils visent l'absolu et souffrent de ne pas pouvoir s'y conformer assez4 ,tout le drame nat de ce conflit1 du dsaccord entre ce que le monde les voudrait et ce qu'ils se veulent4 ,la vie de l'individu1 en nos civilisations codifies1 est un perptuel sacrifice de ses gots et de ses instincts1 on ne sait quelles lois d'intrt gnral et des moeurs hypocrites auquel tout le monde collabore et dont tout le monde souffre4 ,les personnages des romans de ,m4 ,mirbeau racontent une lutte de l'instinct contre la socit1 leur volont de l'absolu4 ,ces romans1 ns en mme temps que les drames d',ibsen1 mais sans que ceux-ci fussent dj connus en ,france1 aboutissaient la mme revendication de l'individualisme4 ,pour tre soi-mme1 pour n'tre pas prisonnier de la masse1 le hros du ,calvaire pousse jusqu'o il lui plat sa dramatique passion4 ,mais c'est l'abb ,jules qui affirme avec le plus d'clat cette attitude d'indomptable gosme qui n'est1 aprs tout1 que la totale sincrit4 ,l'abb ,jules est1 d'ailleurs1 le chef-d'oeuvre de ,m4 ,octave ,mirbeau et un chef-d'oeuvre1 il faut le dire4 ,c'est mettre ct des plus pathtiques et fulgurantes crations de ,barbey d',aurevilly1 mais uniquement quant la hauteur d'art4 ,car ce livre est d'une personnalit entire4 ,m4 ,octave ,mirbeau se trouva une voie bien lui1 une voie intermdiaire qui est loin de l'impassibilit souveraine d'un ,flaubert1 loin aussi de l'impartialit documente de ,m4 ,zola ou des analyses psychologiques de ,m4 ,bourget4 ,ce romancier-ci exprimera une conception qui lui est propre3 la vie frntique4 ,c'est sa marque1 son frisson1 pour ainsi dire1 ce mme frisson tourment qu'on trouve aussi dans les sculptures de ,m4 ,rodin1 qu'il n'a si bien et si souvent lou que parce qu'il sentait leurs arts parallles4 ,et on y pense surtout propos de l'abb ,jules qu'on voit une figure tragique1 aux models puissants1 une gargouille retenue mi-corps dans la pierre irrvocable de l'glise et dont la face grimace et ricane l',univers entier qui ne pouvait pas le comprendre4 ,qu'est-ce qu'il voulait8 ,lui-mme l'a dit entre des pchs et des colres3 ,j'ai des penses1 des aspirations qui ne demandent qu' prendre des ailes et s'envoler1 loin1 loin444 ,me battre1 chanter1 conqurir des peuples enfants la foi chrtienne444 je ne sais pas444 mais cur de village6 ,peut-tre qu'il ne se vautre dans l'ordure1 les vices immondes1 la grossiret1 le mpris des autres et de lui-mme que pour salir et bafouer ce trop bel idal qu'il porte en lui1 sans le pouvoir raliser4 ,il y a dsaccord1 manque d'quilibre4 ,il a trop d'idal pour vivre avec la vie1 et alors il se bat contre elle4 ,c'est toujours le cas de ,don ,juan qui a trop d'idal pour jouir uniquement de ses amantes et ne leur demander que du plaisir4 ,sa souffrance en rsulte4 ,et la vie frntique commence4 ,mais s'il avait eu plus d'idal1 il aurait domin la vie2 il aurait t jusqu' l'absolu en soi1 il aurait ralis le bonheur dans sa propre conscience et atteint l'amour de l'amour4 ,de mme l'abb ,jules1 avec plus d'idal1 n'aurait pas entam ses farouches luttes contre ses proches1 ses collgues1 son vque1 les curs1--tous1 des imbciles1 comme il dit si drlement--ni ses luttes contre la vie entire1 ni ses luttes contre lui-mme4 ,m4 ,octave ,mirbeau1 observateur aigu mais visionnaire aussi1 le sait bien2 et c'est pourquoi il dressa vis--vis de l'abb ,jules1 sa merveilleuse figure de l'abb ,pamphile4 ,celui-ci a t jusqu'au bout de son idal1 en face duquel il s'est enfin trouv lui-mme1 et seul4 ,sa pioche n'a fouill que les nues4 ,cration unique1 et si en avance sur tout ce qu'on crivait ce moment6 ,ah6 cette cathdrale idale1 qui est pour le solitaire comme si elle existait puisque le plan en est termin en lui1 et la tour toute allonge dans son me4 ,voil comment on peut s'vader de la vie1 atteindre le plus haut sommet de l'individualisme et intensifier si fort son dsir que la ralisation en devient inutile4 ,on devient rellement ainsi matre des choses et de tout l',univers4 ,et c'est la meilleure faon sans doute--la seule1 disons mme--de raliser l'absolu4 ,cette volont intransigeante de l'absolu que nos extrmes civilisations empchent et qui ne sirait que dans une socit toute proche de la ,nature1 est la caractristique des romans de ,m4 ,mirbeau1 et de ne pouvoir la raliser1 nat prcisment le drame et une vie qui est frntique de luttes pour un impossible idal3 le personnage du ,calvaire veut l'absolu de l'amour2 l'abb ,jules1 l'absolu de la libert2 ,sbastien ,roch1 l'absolu de la puret2 ,jean ,roule des ,mauvais ,bergers l'absolu de la justice et de la bont sociale4 ,or cet absolu1 toujours conforme la ,nature1 l'instinct1 est souvent contraire aux ides admises1 nos moeurs de politesse1 de rticences1 d'acceptations1 d'hypocrisies1 tout ce qui est convenu1 correct1 solennel1 officiel4 ,n'importe6 ,m4 ,octave ,mirbeau n'est pas seulement un grand crivain2 il est un crivain courageux4 ,il dit tout ce qu'il faut dire1 en dpit des prudences1 des sourdines et des fards1 des prjugs1 abus1 compromis1--choses temporaires et contingentes6 ,et alors1 quelles criailleries6 ,que veut-il1 cet audacieux1 qui demande l'infini dans la vie et cherche l'ternit sur les cadrans8 ,c'est chercher midi quatorze heures4 ,on le vit bien quand il dressa dans le ,calvaire 7au grand scandale universel71 une scne de guerre admirable2 c'est l'ennemi regard1 le uhlan prussien qu'on vient d'abattre1 solitaire et jonchant la route1 parmi la ,nature ternellement en fte et impassible4 ,alors le sens humain s'veille4 ,au-dessus de l'ide de la ,patrie1 il y a l'ide de l',humanit4 ,autre solidarit1 plus vaste1 plus foncire4 ,et le hros du ,calvaire s'meut1 s'agrandit aux penses magnifiques2 et il baise au front l',ennemi mort4 ,vaste coeur de ,don ,juan1 que trois mille noms de femmes n'avaient point rempli1 coeur inpuisable1 coeur inassouvi1 coeur qui sans cesse recommenait des expriences1 voici un baiser dont il n'avait pas souponn la beaut et le funbre enivrement6 ,et comme l'amour des femmes apparat mdiocre et restreint auprs de cet amour qui baise1 sur le visage de l',ennemi1 toute la douleur1 toute l'humanit1 toute la beaut morale1 toute la mort4 ,car ,m4 ,octave ,mirbeau aboutit souvent la mort444 ,on en sent la prsence1 rdeuse et terrifiante1 partout dans son oeuvre4 ,il y souffle comme le vent du bord des abmes4 ,c'est l'arrire-got d'amertume de tous les fruits cueillis1 la frnsie des fins de fte1 un bruit de dparts incessants4 ,vie instable6 ,destines phmres6 ,fantmes avant-coureurs et pires que la mort6 ,il y a des pages que baigne une sueur moite4 ,on prouve une terreur d'on ne sait quoi4 ,m4 ,octave ,mirbeau excelle ouvrir ainsi des portes sur le mystre1 susciter des ombres suspectes dans les miroirs1 amasser des soirs livides o des clochers chavirent1 o des passants s'extnuent4 ,c'est une des faces inquitantes de son talent qui1 dress haut dans la vie1 en arbre fougueux1 aux branches nombreuses1 laisse entrevoir que ses racines plongent dans des terres de poison et d'croulement1 aboutissent des eaux o flottent les cadavres d',ophlie et des fous4 ,ce sentiment de la mort est permanent chez lui444 ,ainsi dans le ,calvaire1 mme en pleine sensualit1 tandis que ,juliette dort1 il se met l'imaginer morte4 ,la vision s'accomplit jusqu'au bout444 ,dans la frache haleine de la femme1 pointe une imperceptible odeur de pourriture2 autour du lit1 s'allument dj1 et vacillent les cierges funraires444 des glas s'entendent444 ,union de l'amour et de la mort4 ,qui peut les dsassocier8 ,par quel mystre1 les amants1 au paroxysme de la volupt1 ont-ils la nostalgie de mourir4 ,il est naturel que cette nostalgie se retrouve chez un crivain toujours en peine d'aimer1 et qu'aucun amour ne contente444 ,il aime l'amour1 il aime la gloire2 il aime les fleurs2 il aime les pauvres1 il aime les livres2 il aime l'art1 avec une passion exalte et militante2 peut-tre aussi qu'il aime la mort444 ,et ceci encore est bien conforme sa destine d'un ,don ,juan de l',idal444 ,la mort est le dernier amour de ,don ,juan4 ,,brizeux ,pour bien comprendre l'oeuvre de ,brizeux1 il faut voyager en ,bretagne o partout on est hant par son souvenir1 lui qui a si bien dit sa race1 qu' chaque pas on retrouve un dtail not par lui et qu'on croit reconnatre au passage les hros de ses pomes4 ,cette jeune fille dans un coin du wagon1 qui s'installe1 avec sa coiffe blanche et son col tuyaut de ,bannalec1 avec sa peau de fruit1 n'est-ce point la brune fille du ,scorff1 n'est-ce point ,marie elle-mme qui va la foire de ,quimper acheter des rubans et des croix8 ,nous lui parlons de ,brizeux3 oui6 elle le connat4--,c'est un pote1 n'est-ce pas8 fait-elle en risquant d'un air timide ce mot qu'elle ne comprend pas bien1 mais qui est vnr dans le pays comme celui de quelqu'un de grand qui est mort il y a trs longtemps1 au temps de ,merlin l'enchanteur1 du roi ,arthur et des menhirs devant lesquels on se signe dans la lande4 ,et comme nous l'interrogions sur l'endroit o devait reposer le pote1 elle ajouta avec un air d'ignorance et de vnration3 ,c'est au cimetire de ,lorient1 sans doute1 qu'on aura rapport ses reliques444 ,cependant le nom de ,brizeux avait rveill toutes les mmoires3 chacun se met en parler1 tandis que le train file travers les champs de bl noir et de bruyres roses2 un vieux paysan assure qu'il l'a vu dans sa jeunesse--,brizeux n'est mort qu'en #aheh2--un cur en cause son tour3 lui connat toutes ses oeuvres et1 du reste1 l'a rencontr autrefois1 du temps o il arrivait jeune vicaire ,pont-l',abb2 mme le pote entra un jour en grande colre parce qu'on avait jet bas un vieux ,calvaire qui menaait ruine1 au bord d'une route1 au lieu de le restaurer et de le conserver avec soin1 tant ,brizeux avait sincrement le culte de la tradition armoricaine et de la dfense de son pays contre les nivellements modernes4 ,chose touchante que la survie unanime de ce nom dont la lumire grandit pour avoir fait plus que travailler au bien matriel et immdiat de son pays--pour l'avoir immortalis dans son oeuvre1 ce point que si la ,bretagne tout entire mourait1 elle serait conserve jamais1 imprissable momie1 dans les bandelettes enroules de ses vers4 99 99 99 ,gagn notre tour par la dvotion ambiante pour celui dj entr dans la lgende et qui fut d'ici le chanteur et le barde1 nous avons t1 comme en plerinage1 partout o sa vie nagure a march et rv4 'a t quelque chose d'un peu triste1 mais d'une tristesse bonne et qu'on alimente--comme de rentrer dans la maison d'un mort aim1 aprs l'enterrement1 de toucher aux choses familires ses doigts1 de se mirer dans les miroirs o son visage erre encore1 de s'illusionner d'un mensonge de vie voir pendre aux patres ses habits vids de gestes6 ,ainsi nous avons revu les bruyres et les landes1 les mlancoliques remparts de ,lorient1 au long desquels il allait jadis avec sa mre1 les vives et chuchoteuses rivires de l',ell et du ,ltha2 surtout nous avons revu la paroisse d',arzanno1 tout en haut de la route ascendante qui part de ,quimperl--oh6 le sauvage et lointain village qui abrita l'adolescence de ,brizeux et son adorable idylle avec ,marie4 ,l'ancien presbytre o habitait le vieux cur qui fut son matre est aujourd'hui une ferme1 mais les btiments subsistent peu prs intacts3 une faade de pierre perce de fentres ingales2 ici la grande cuisine brunie et fume aux solives apparentes1 o glisse comme un rayon du soleil noir de ,rembrandt2 en face1 la salle manger qui dut servir de rfectoire la petite cole du cur d',arzanno2 au fond1 un vaste escalier tournant1 en chne solide1 mne une suite de chambrettes1 l'tage--les anciens dortoirs o pour jamais les voix d'enfants sont mortes et aussi celle du vieux matre qui y rpandait en eux son me virgilienne4 ,a l'entre du village1 la mme glise est l1 avec son clocher de pierre octogone1 ses deux tourelles1 sa balustrade ajoure et1 par-dessus1 le lgendaire coq d'or4 ,voici la chapelle bariole o ,brizeux venait au catchisme1 entendait l'orgue avec ravissement et souriait la petite amoureuse du ,moustoir1 comme si elle et t la ,vierge et la ,madone4 ,l'office se passait nous bien regarder1 comme il l'a crit plus tard4 ,autour de l'glise1 un lamentable cimetire de tombes abandonnes dont les calvaires et les croix naufragent dans les hautes herbes4 ,c'est ici mme1 sur les murs circulaires1 il y a trois quarts de sicle1 que ,marie et ,brizeux ont d s'asseoir1 les doigts tresss1 si heureux dans leur naf bonheur que la ,mort elle-mme ne les attristait pas6 ,o suavit d'une telle glogue6 ,oh6 les amours de la quinzime anne6 ,voil ce que ,brizeux a dit dans tous ses pomes1 le charme des amours enfantines3 le sien1 d'abord1 pour ,marie2 puis1 dans son second livre1 ,les ,bretons1 celui du clerc ,loc ,daulas pour ,anna1 la fille du vieux fermier ,hol4 ,les noms changent2 le sujet du pome demeure2 c'est la mme analyse mue de ce qu'on pourrait appeler la pubert du coeur1 qui souvent devance l'autre et1 pour cela mme1 est sans dsirs4 ,chaste aurore de l'amour6 veil des tendresses partages6 ,premires floraisons dans le verger de l'me6 ,rames apparies dans le port avant que la mare du sexe afflue et entrane l'amour dans la pleine mer et les orages6 ,cet amour-ci1 tumultueux1 exaspr par les sens1 ,musset en est l'loquent pote--le pote des vingt ans6--tandis que ,brizeux restera le virginal notateur des amours de la quinzime anne2 et1 comme s'il en devait annoncer physiquement la vocation1 voil-- en croire les portraits gards de lui--qu'il avait lui-mme comme une mince et mystique tte de premier communiant6 99 99 99 ,certes1 les idylles de ,marie demeurent le plus durable de son oeuvre1 mais son originalit lui vint aussi de son zle transposer dans ses pomes toutes les choses de sa ,bretagne natale3 les noms1 lgendes1 traditions1 coutumes1 jeux et croyances4 ,depuis1 combien de potes ont essay de dire leur pays2 mais la plupart n'ont fait que de la posie rustique monotone1 et nul n'gale l'art de ,brizeux qui en inventa le genre4 ,au reste1 quelle autre contre pouvait prsenter une telle abondance de posie1 parse dans ses paysages8 ,les costumes d'abord1 si originaux1 conservs intacts1 avec des broderies d'or et d'argent--chez les femmes--des toffes vives1 des dentelles1 des bijoux1 et surtout ces coiffes de lin1 de tulle1 varies de forme l'infini1 d'aprs chaque canton1 mais toujours mettant sur la tte comme un frisson blanc de deux antennes ou de deux ailes4 ,et quant aux hommes1 ils taient beaux au temps de ,brizeux--beaucoup le sont encore aujourd'hui--avec leurs immenses cheveux qui les faisaient ressembler des arbres4 ,la nature aussi tait propice3 des rivires1 des bois1 des rochers1 des menhirs1 des landes1 des gents d'or1 des bruyres roses1 des sapins et des chnes1 mlancoliques horizons qui ondulent sous un soleil dans des brumes1 comme un soleil d'argent4 ,et1 tout en cercle1 la mer1 le grand ,ocan qui imprgne sa posie et qui1 autour de ses vers semble aussi flotter1 dans le blanc des pages6 ,sans compter les traditions et les lgendes1 si curieuses qu'il n'avait qu' les transcrire pour donner la sensation d'une odeur et d'une couleur de terre qui n'est pas semblable aux autres4 ,dans ,les ,bretons1 il en a recueilli un grand nombre3 les ruches d'abeilles qu'on habille de crpe pour un enterrement et de rouge pour une noce2 les seaux et les bassins qu'on vide durant l'agonie pour que l'me dfaillante ne s'y noie pas2 les pingles de la marie que les jeunes filles se disputent4 ,ajoutez cela le ,merveilleux1 cet lment surnaturel qui parat indispensable un pome1 si logiquement trouv par ,brizeux dans la croyance populaire aux dmons1 aux mauvais gnies1 aux nains1 aux mes des ,trpasss revenant1 les nuits d'automne1 inspecter leur maison et s'y chauffer devant la braise2 dans la croyance aussi aux saints catholiques qui1 comme saint ,corentin et sainte ,anne d',auray1 sont honors dans les ,pardons et protgent avec des scapulaires et des mdailles bnites4 ,toute cette vie lgendaire et naturellement potique d'un peuple et d'une nature si peine viols1 ,brizeux n'avait qu' la dire avec simplicit et motion1 comme il l'a dite1 pour faire oeuvre d'art originale--lui qui avait vu et avait senti ce que nul autre n'avait su voir ni sentir4 ,or tout l'art personnel est l2 et c'est pourquoi ,sainte-,beuve avec raison a dit de lui que1 si la critique voulait marquer d'un nom ce fruit nouveau1 elle serait contrainte d'y rattacher simplement le nom du pote4 99 99 99 ,seulement1 ,brizeux a fait plus que de la posie rustique1 de l'art de son terroir1 comme on a dit depuis4 ,son oeuvre vaut surtout par son caractre gnral1 son sentiment toujours mu1 son frisson d'humanit et d'me qui sont le fond ternel de toute posie4 ,et de ceci1 la preuve s'en trouve non seulement dans les si naturelles et vives peintures des jeunes amours1 mais encore dans le sentiment familial qui est entre ses pages comme une triste rose conserve du jardin maternel4 ,il a dit cette douleur qui est une des plus vraies de la vie des lettres3 le pote quittant la maison o il joua enfant1 dlaissant pour la grande ville la ville morte o il sait bien que son me s'tiolerait2 le pote abandonnant sa mre vieillie qui comptait sur lui pour qu'il l'aidt cheminer1 petits pas--comme elle-mme1 nagure1 l'avait aid marcher1 tout petit6 ,oh6 cette dernire promenade de ,brizeux avec sa mre au long des mlancoliques remparts de ,lorient1 nous l'avons tous faite et1 rien que d'y penser1 il nous vient des larmes--tandis que la vieille femme1 notre mre1 est seule l-bas qui1 elle aussi1 nous cherche encore de chambre en chambre444 99 99 99 ,mais il faudra toujours que les potes s'vadent de la vie de province2 car1 souvent1 c'est pour avoir quitt leur pays1 qu'il leur apparat1 distance1 doux et beau dans le mirage des souvenirs4 ,quant ,brizeux1 l'absence et le regret de ce qui n'est plus sont le fond et la condition mme de sa posie4 ,il y a ainsi des coeurs qui vivent toujours en arrire et qu'on pourrait appeler des coeurs rtrospectifs4 ,c'est le cas de ,brizeux4 ,il n'est si pathtique que parce qu'il voque sans cesse le pass3 ses amours enfantines1 sa mre reste seule1 le pays dlaiss surtout 7il est le pote du mal du pays71 tous ces souvenirs qu'il passa sa vie commmorer1 lui1 le nostalgique barde qui a si bien exprim ceci3 ,la douceur des choses quittes4 ,m4 ,,anatole ,,france ,m4 ,anatole ,france1 quand il fut candidat l',acadmie1 se prsenta en mme temps deux fauteuils vacants1 non point par insistance ou esprit d'accaparement1 mais par subtile discrtion4 ,c'tait une faon de dire l',acadmie qu'il s'en remettait elle1 prononcerait l'loge de l'un ou de l'autre dfunt1 au meilleur gr de la noble ,compagnie4 ,ceci encore tait bien de sa manire1 ondoyante et polie4 ,au physique dj1 il a un visage asymtrique1 et des yeux de rve qui contredisent doucement un menton de volont1 une bouche voluptueuse cachant son piment dans une barbe indcise4 ,tte de moine savant qui aurait compuls des in-folio et des incunables en la bibliothque de quelque couvent d',italie1 et en mme temps1 ds qu'il parle1 bonne grce et raffine urbanit d'un grand seigneur de salon franais qui doit enchanter les belles personnes4 ,pour comprendre ces mlanges1 il suffit de songer une chose3 ,m4 ,france est n au quai ,voltaire1 le lieu le plus illustre et le plus beau du monde1 dit-il4 ,mais il y a plus3 ,m4 ,france--et ceci va nous expliquer tout--y est n chez un libraire1 qui l'a fait inscrire l'tat civil1 sous le nom patronymique d',anatole ,thibaut4 ,le nom sous lequel il est clbre n'est donc qu'un pseudonyme8 ,pas tout fait peut-tre1 et il est possible qu'il dsignait dj aussi son pre1 car nous avons trouv une curieuse indication dans l',anglique de ,grard de ,nerval1 lequel1 vers #ahea1 parti la dcouverte d'un rare manuscrit sur l'histoire du sire abb comte de ,bucquoy1 aprs avoir inventori toutes les bibliothques1 la ,mazarine1 l',arsenal1 les autres1 raconte ceci3 ,nous avions encore visiter les vieux libraires4 ,il y a ,france1 ,merlin1 ,techener4 ,m4 ,france me dit3 ,je connais bien le livre4 ,vous pouvez le trouver par hasard sur les quais4 ,je l'y ai trouv pour dix sous4 ,c'est sans doute par des renseignements et enseignements pareils que le docte libraire qui fut son pre forma l'esprit de ,m4 ,anatole ,france1 de complicit1 bien entendu1 avec le quai ,voltaire1 o s'coulrent ses jeunes annes4 ,le talent d'un crivain1 quant la sensibilit et l'orientation1 se fait surtout de ses souvenirs d'enfance4 ,ds vingt ans1 on n'emmagasine plus d'impressions fortes4 ,imaginez donc les yeux d'un enfant1 qui sera un artiste1 s'ouvrant sur ce tableau incomparable3 les royales architectures du ,louvre et des ,tuileries1 ,notre-,dame en dentelle noire1 les plans svres du ,palais de ,justice1 les tours lointaines pleines de masques1 de gargouilles1 de visages sculaires4 ,ici vraiment toutes les pierres parlent4 ,et elles parlent de l'ancienne ,france2 elles content des histoires du temps de saint ,louis1 des ,valois1 d',henri ,,iv et de ,louis ,,xiv4 ,ajoutez-y la ,seine1 ce cher ruisseau de la rue du ,bac aprs lequel soupirait ,madame de ,stal1 le fleuve de grce souveraine qui apporte l toute la fracheur des campagnes1 le reflet des arbres1 des ciels1 des plaines florissantes1 et qui are1 ventile les monuments accumuls de ,paris4 ,maintenant voici1 tout autour1 sur le quai ,voltaire mme1 les antiquaires et les libraires4 ,songez maintenant au talent de ,m4 ,anatole ,france4 ,n'est-il pas le rsum de tout cela8 ,il a la fiert indolente de la ,seine2 il mle ,notre-,dame et le ,louvre2 il est religieux et vieille ,france1 passionnel et architectural1 toujours composite2 il apparat un assemblage de meubles rares1 de tapisseries1 de bijoux1 de vieux portraits1 de chasubles1 de bibelots du culte4 ,il a bouquin adroitement dans la grave librairie paternelle et dans les autres2 il a aussi bouquin dans les botes d'en face o s'acquiert une rudition plus facile1 dans de menus manuels1 des brochures curieuses et parfois uniques4 ,et ainsi l'crivain lui-mme aura vcu dans cette cit des livres1 o il nous a peint une des plus originales figures de ses romans1 ce ,sylvestre ,bonnard auquel il ressembla davantage encore1 quand lui aussi fut membre de l',institut1 comme il eut soin de l'ajouter1 mme dans le titre1 la dsignation de son personnage4 ,mais gageons que si ,m4 ,anatole ,france y a tenu1 c'est encore cause du quai ,voltaire--et pour tout lui devoir6 99 99 99 ,donc ,m4 ,france1 sans tre normalien1 est instruit de tout1 parce qu'il fut curieux de tout4 ,il a un fonds classique solide4 ,nul n'est plus hellniste1 latiniste1 romaniste4 ,brusquement il intercale dans une conversation des passages compacts d',homre ou de ,sophocle qu'il rcite de mmoire avec enthousiasme4 ,mais la connaissance de toute l'histoire1 humaine1 littraire1 et mme de toutes les anecdotes1 y compris et surtout celles de l'glise1 ne suffit pas faire de beaux livres4 ,le mathmaticien ,mlanthe l'a dit3 ,je ne pourrais pas sans l'aide de ,vnus dmontrer les proprits d'un triangle4 ,m4 ,france n'a pas nglig l'aide de ,vnus qu'on sent partout prsente et agissante dans ses oeuvres4 ,en celles-ci flotte sans cesse la subtile chaleur de l'amour1 une sensualit ardente en mme temps qu'ingnieuse4 ,et ceci constitue la principale originalit de l'crivain2 une science gale des livres et des caresses1 une rudition qui cumule la bibliothque et l'alcve4 ,charme imprvu d'un savant qui est voluptueux4 ,c'est l'impression que donnent tous ses romans4 ,voyez ,thas1 cette oeuvre de savoureux archasme o nous vivons en des paysages d'ancienne gypte1 sur les rives du ,nil1 ou dans la brlante ,alexandrie1 parmi des anachortes1 de riches oisifs1 des philosophes1 des courtisanes1 une oeuvre qui apparat polychrome comme un vase peint de muse1 comme un authentique papyrus4 ,certes1 pour l'crire1 ,m4 ,france songea ,hroswitha1 la jeune ,saxonne qui fut dramaturge au temps de l'empereur ,othon1 et aussi aux ,moines gyptiens1 de ,m4 ,amelineau4 ,mais par-dessus toutes ces alluvions de l'rudition1 se lve quelque chose qui lui est propre3 ,vnus dans le triangle1 dont parlait le mathmaticien ,mlanthe2 le clair de lune d'une sensualit exquise2 ,thas6 la lune du ciel alexandrin1 comme ,m4 ,france lui-mme l'appelle4 ,et l'enchantement opre1 du secret qui constitue son talent3 le corps de la courtisane s'tire dans la grotte des ,nymphes2 et les phrases harmonieuses l'entourent comme des toffes et comme des fontaines4 ,dans le ,lys rouge1 un charme de la mme sorte existe2 il s'agit1 cette fois1 d'un roman moderne1 presque un roman mondain1 si ce terme n'tait justement dconsidr par trop de rcits d'adultres et de flirts sans signifiance4 ,m4 ,france1 pour une fois qu'il s'y essaie1 montre ce qu'on peut faire du genre et prouve une matrise4 ,c'est que1 ici1 encore une fois1 rgne la sensualit4 ,oh6 une sensualit discrte1 assurment1 prudente1 presque nonchalante1 mais raffine1 crbrale surtout1 et par cela mme excitante et extasie4 ,cette belle ,thrse1 ce ,decharte qu'il nous analyse1 sont des mondains qui ont ensemble une liaison4 ,mais avec quelles nuances6 ,m4 ,france veut qu'ils s'aiment ,florence1 dans la cit de la toute-beaut2 et qu'ils aient le raffinement de choisir un pavillon de rendez-vous ouvrant sur un cimetire pour goter cette volupt profonde de sentir que l',amour est frre de la ,mort4 ,et1 tout autour1 cette molle ,florence que ,m4 ,france peint en traits de grce noble et attendrie1 un dcor digne de la subtile glogue qui s'y joue3 jardins en tages1 pins bruissants1 air lger1 villas multicolores1 clotres cisels1 fresques aux gestes d'ternit4 ,et l'amour humain s'anoblit ici pour avoir approch des chefs-d'oeuvre4 99 99 99 ,cette sensualit est prcisment ce qui le distingue des ,renanistes1 avec lesquels1 cause de son ironie1 on l'a parfois confondu4 ,ceux-ci sont surtout intelligents4 ,m4 ,france est1 certes1 trs intelligent1 mais il est pote aussi1 ce qui est autre chose et vaut mieux4 ,il a crit les ,pomes dors1 les ,noces corinthiennes1 qui apparaissent de nobles mlopes pathtiques4 ,les vrais ,renanistes1 eux1 sont peu des mes2 ce sont surtout des intelligences4 ,et encore sont-ils des intelligences ngatives1 c'est--dire dont la force est moins pour construire que pour dtruire1 nier1 amoindrir1 critiquer1 plaisanter4 ,de l le scepticisme souriant qui est leur marque4 ,ces crivains veulent mnager l'eau et le feu1 se placent tous les points de vue avec un talent gal1 toujours exquis1 font la navette entre les ples1 n'ont ni avis ni passion1 se servent de la plume comme d'un balancier444 ,au fond1 ils appartiennent surtout l'cole de ,ponce-,pilate et se lavent les mains de la vie--dans leur encrier6 ,philosophie commode1 mais qui n'est gure fconde4 ,a force d'envisager le pour et le contre1 de dcouvrir toutes les objections1 de mettre l'ironie au terme de tous ses actes1 on aboutit l'abstention4 ,la production suppose un lan1 donc de l'inconscience4 ,trop d'intelligence nuit1 car elle fait voir l'avance les dfauts1 les inconvnients1 les rsultats4 ,on pourrait dire1 en parlant comme les ,renanistes1 que si ,dieu n'avait t qu'intelligent1 il n'aurait pas cr le monde6 99 99 99 ,m4 ,france1 lui1 a cr1 quoique critique2 car il fut critique aussi1 et ses jugements littraires du ,temps forment plusieurs volumes4 ,et il a fait de la critique1 comme il fit des romans4 ,la sensualit est aussi ce qui la caractrise1 puisqu'il lisait et louait les oeuvres selon son meilleur plaisir4 ,il y a un vers ancien de ,m4 ,bourget1 d'indication curieuse3 ,ton charme adolescent me plat comme un beau livre4 ,m4 ,france1 au lieu de dire ainsi une femme3 ,tu me plais comme un beau livre1 semble plutt1 quand il parle d'un livre1 sous-entendre3 ,tu me plais comme une belle femme4 ,c'est que ,m4 ,bourget est un crbral2 ,m4 ,france1 un sensuel4 ,sa critique en porte le caractre1 qui est son originalit1 comme tout le reste de son oeuvre4 ,aussi ,m4 ,brunetire1 lequel est un cerveau austre1 n'aime pas qu'on aime1 mais qu'on pense1 au risque de verser dans les lieux communs1 lui fit un jour l-dessus une grande querelle4 ,ce fut une joute o ,m4 ,france trouva ses plus dlicieux accents4 ,il demanda grce pour son plaisir1 sa sensualit d'aimer certains livres comme on aime certaines femmes1 sans pouvoir dire pourquoi1 et sans autre raison avouable que d'avoir t troubl1 charm1 sduit1 en prsence d'eux1 et d'avoir alors lui-mme song la ,beaut4 99 99 99 ,mais il n'y a pas que la beaut des formes4 ,il y a la beaut morale4 ,m4 ,anatole ,france s'est tourn vers celle-ci et son talent vient d'y trouver une force nouvelle et profonde4 ,dans l'ironiste clot un philosophe4 ,le voluptueux de ,thas et du ,lys ,rouge1 le dilettante de la ,vie ,littraire1 devient une sorte d'historien des moeurs4 ,il a commenc une srie de livres3 ,l',orme du ,mail1 le ,mannequin d'osier1 rattachs par un titre commun3 ,histoire contemporaine4 ,et1 en effet1 c'est moins du roman que l'tude des sentiments et des ides actuels4 ,l'crivain a pris le cadre vague de la vie de province4 ,cadre dlicieux1 d'ailleurs1 que la petite ville4 ,ah6 la petite ville de mon coeur6 soupirait ironiquement1 et en mme temps tendrement1 ,jules ,laforgue4 ,on est un peu lass des romans parisiens4 ,toujours le mme dcor emphatique et tumultueux4 ,la petite ville vaut mieux4 ,quoi de plus charmeur et quelle douce rsonnance rien qu'en ces mots3 ,le mail444 ,les ormes444 ,l'orme du mail4448 ,c'est toute la province1 plus intime et combien plus intense4 ,sur les pavs nets1 dans les rues vides1 les pas sonnent1 les voix rsonnent4 ,c'est un signe4 ,les ides aussi1 les passions sont plus vives de natre en ce silence4 ,elles atteignent dans la vie de province leur maximum d'exaltation4 ,la plupart des cerveaux1 l1 somnolent4 ,ils sont l'image de la ville4 ,ils sont la ville elle-mme4 ,et les quelques-uns qui pensent1 vivent d'une vie intellectuelle ou passionnelle1 y font un bruit de rares passants dans une cit muette4 ,c'est le cas du prfet ,worms-,clavelin1 de ,m4 ,bergeret1 de ,m4 de ,terremondre1 de l'abb ,guitrel1 et des autres qui s'agitent pour de minimes intrigues1 de banales passions4 ,qu'il s'agisse des ambitions de l'abb ,guitrel au sujet de l'piscopat1 ou des misres conjugales de ,m4 ,bergeret1 tout cela prend son importance et son acuit de la vie de province1 de la vacuit qui est autour4 ,nulle ville n'est nomme4 ,et tant mieux4 ,il ne s'agit pas de roman4 ,ceci est vraiment de l'histoire1 l'histoire contemporaine des moeurs en province4 ,partout il y a un abb ,guitrel1 un ,m4 ,bergeret4 ,ceux-ci1 n'apparaissent pas seulement des caractres1 creuss par une analyse sagace2 ils sont pousss jusqu'aux types4 ,ils sont sans tat civil dtermin4 ,ils sont de partout en province2 et c'est si vrai que partout on croira trouver1 en eux1 des portraits1 des allusions locales4 ,mais1 le meilleur dlice des livres o ils vivent n'est pas encore l'ingniosit1 l'illusion de vie1 l'observation profonde2 c'est aussi de reconnatre l'esprit mme de ,m4 ,anatole ,france qui s'intercale4 ,il semble mme parfois qu'il n'ait choisi ce simulacre que pour s'exprimer lui-mme4 ,or1 dans cette volution dernire1 quel changement6 ,ce n'est plus qu' peine et par intervalles l'ironiste de nagure1 qui avait des hypocrisies de style1 des coquetteries de volte-face4 ,encore moins le penseur sceptique que ,renan un moment eut l'air de faonner4 ,maintenant ,m4 ,anatole ,france est un philosophe os et franc1 presque un rvolutionnaire d'ides qui rompt avec les morales convenues1 fait la satire des moeurs1 juge la justice1 dnonce l'argent au tyrannique pouvoir2 et1 en regard de toutes les choses viles1 fausses1 sottes1 il sous-entend la ,beaut morale1 qui seule vaut notre culte4 ,car tout est profr demi-mot1 encore que hardiment1 avec des rechutes d'ironie pour temprer la svrit en l'alternant d'un sourire1 et aussi avec une urbanit raffine1 cette condescendance mondaine habitue ne pas insister4 ,mais l'audace des ides ne diminue pas pour s'envelopper4 ,et il y a bien des arguments pour une rvolution sociale dans ces livres de grce noble et souriante4 99 99 99 ,quoi qu'il en soit1 ,m4 ,anatole ,france partout et sans cesse garde son style de calme lumire4 ,il trouve des inflexions clines qui lui permettent de tout dire1 de savants plis1 des tours retors4 ,peut-tre a-t-il peur1 parfois1 de trop de couleurs et de vocabulaire4 ,mais ,racine crit seulement avec deux mille mots ples et lui-mme 7n'est-il pas un classique aussi87 possde comme ,racine un rythme mystrieux1 un charme mol et indfinissable1 une force de style en marbre blanc4 ,aussi ,m4 ,france pourrait bien avoir fait oeuvre durable et aller la ,postrit1 mieux que d'autres romanciers modernes1 de rputation plus universelle et plus rapide4 ,ceux-ci ont pris des convois pour arriver la ,gloire--et en revenir4 ,m4 ,france s'y achemine en une chaise porteurs1 trouve au quai ,voltaire1 et il y restera4 ,,mistral ,le ,midi a appel ,mistral magnifiquement l',empereur du soleil4 ,c'est que1 en effet1 il rgne sur cette ,provence qui il a donn conscience d'elle-mme4 ,son oeuvre est un miroir o elle se reconnat4 ,c'est en cela qu'il est un grand pote1 ce qui ne veut pas dire seulement1 quant lui1 un grand crivain de vers4 ,il apparat une figure presque unique en ,europe1 aujourd'hui1 non seulement par son oeuvre1 mais par sa vie1 ses attitudes1 tous les gestes de sa pense1 son influence sur une race entire1 ce je ne sais quoi1 ce fluide1 ce halo dont sa tte et son nom s'aurolent4 ,c'est--dire que ,mistral est plus qu'un pote4 ,il est la posie mme1 avec son caractre d'ternit4 ,tout de suite1 son propos1 ,lamartine nomma ,homre1 dans ce grand article qui fit clbre1 d'emble1 l'auteur de ,mireille4 ,un ,homre chrtien1 pourrait-on mieux dire4 ,car1 avec toutes les traditions de la ,provence1 il a gard celle de sa ,foi4 ,c'est un pisode exquis1 dans sa calme et noble vie1 que ce voyage ,paris1 sitt aprs l'article de ,lamartine4 ,ne fallait-il pas s'en aller remercier le matre des ,mditations pour sa louange qui fut comme un sacre8 ,mais il fallait aussi1 ,paris1 remercier ,dieu1 et au pralable4 ,donc1 il se rendit ,notre-,dame o le ,p4 ,flix tait alors prdicateur en vogue1 se confessa lui1 communia avec des gars de l-bas qui l'accompagnaient1 avaient quitt1 pour lui1 leurs mas qui sont dans des jardins444 ,c'est alors que ,barbey d',aurevilly le rencontra1 avec ce franc port de tte qu'il a gard1 les cheveux souples et un peu longs1 sa moustache de mousquetaire dont l'air dsinvolte se corrige par des yeux d'horizon o court une lumire claire--et une tenue sobre1 de parfaite correction4 ,en le voyant ainsi1 ,barbey d',aurevilly1 dsappoint1 s'cria3 ,comment1 monsieur1 vous n'tes donc point un ptre8 ,s'il n'en avait pas le costume1 il en avait l'me1 et il l'a garde4 ,prcieux trsor sauv en lui1 conserv jalousement1 loin du contact des villes4 ,le beau et le touchant de sa vie1 c'est qu'il soit rest dans son village2 que malgr la gloire tout de suite conquise--et on sait ce que cela implique dans ,paris3 adulations1 faveurs1 argent1 femmes1--il n'ait pas quitt ce doux ,maillane1 proche d',avignon1 assez content de promener son ombre sur cette ,place o1 comme il dit1 des gamins jetteront un jour des pierres aprs son buste4 ,c'est pour cela qu'il est pastoral4 ,dans son oeuvre aboutissent toutes les voix de la ,nature1 parce qu'il n'a pas quitt la ,nature4 ,est-ce que dj son nom1 qui est le vent du ,midi1 n'indique pas une force naturelle1 quelque chose qui est moins d'un individu que d'un climat et d'une race8 ,signe de la ,destine6 ,il porte en lui l'me mme du peuple4 ,et c'est cette me qui cre en lui4 ,ainsi les vnements1 les personnages1 les paysages1 sont regards par lui comme le peuple les regarde4 ,nous y songions1 un soir que nous lui entendions rciter son admirable ,tambour d',arcole4 ,ce n'tait pas ainsi qu'un crivain doit se reprsenter logiquement l'aventure hroque2 mais c'est ainsi sans doute que le peuple l'imagine1 colorie et confuse comme une image d'pinal dans des fumes444 ,ce soir-l1 ,mistral nous rcita aussi son pome de ,saint ,trophime1 d'autres morceaux4 ,curiosit et dlice de l'entendre6 ,c'tait chez ,m4 ,alphonse ,daudet1 l't1 dans ce joli castel de ,champrosay1 dans ce milieu d'art unique1 avec les fentres ouvertes1 aprs le dner1 sur le parc blanc de lune4 ,mistral dclama voix ample1 grands gestes4 ,mais sa voix de soleil s'accordait mal avec les lampes2 ses gestes largis1 avec le salon4 ,du coup nous comprmes toute la nature de son gnie3 les autres font de la posie de chambre1 comme il y a de la musique de chambre1 ,mistral fait de la posie de plein air4 99 99 99 ,ainsi est ,mireille2 ainsi ,nerto1 les ,isclo d'or1 le ,rhne2 si beaux1 qu'ils rsistent mme la traduction4 ,mais quel arome1 quel souffle ils ont1 dans ce mle et harmonieux provenal que ,mistral reprit1 ennoblit de nouveau jusqu' l'art6 ,langue qu'on ddaignait--comme les hardes des sicles morts1--indignes de vtir les rves et les images4 ,tout au plus fallait-il la laisser au peuple pour ses associations d'ides1 brves ou nulles4 ,mistral en fit une langue littraire1 coordonne et fixe4 ,non seulement par ses pomes4 ,il publia1 au surplus1 le ,trsor du ,flibrige1 un grand ouvrage de linguistique o il s'est montr un philologue admirable1 le codificateur sr de cette langue dont il a retrouv tous les chemins et les sentiers de traverse jusqu'au bout de l'histoire1 jusqu'aux carrefours de forts o les idiomes se rencontrrent et se quittrent4 ,mais le provenal1 objecte-t-on1 est un sentier qui n'aboutit pas1 se perdit2 ce fut une langue vaincue4 ,pourtant le provenal est une langue franaise1 disait finement ,jules ,simon4 ,il n'y a pas1 en effet1 que le franais1 langue de l'unit1 idiome classique2 il y a aussi les parlers de ,france1 qu'on retrouve partout1 anciens ferments1 gisements indissolubles1 fondations tenaces1 mles au fond du sol la poussire des aeux4 ,et il est utile qu'il en demeure ainsi4 ,a ct des grandes langues littraires qui sont des ocans1 rduites aussi a quelques-unes comme les mers dont se baignent leurs pays mmes1 il est bon que survivent des patois1 ces nombreux petits ruisseaux intrieurs o se mirent l'originalit des villages et la vieillesse intacte de chaque clocher4 ,c'est--dire qu'avec l'ancien parler de la race1 subsiste aussi l'ancien esprit de cette race4 ,c'est ce qu' voulu ,mistral pour sa ,provence4 ,tout suit la langue3 les us1 les lgendes1 les antiques moeurs1 les filons et les chansons1 les costumes et les coutumes4 ,on va revivre l'autrefois et aimer encore les champs4 ,est-ce que ,mistral ne prcha pas d'exemple1 en restant dans son mas de ,maillane1 au seuil o l'on jouait jadis1 comme disait ,brizeux qui1 lui1 fut infidle un peu1 pousa ,paris1 tout en continuant cependant aimer sa ,bretagne comme une mre444 ,lui aussi crivit des chants dans le vieux langage celtique1 rima en ce parler de ,france1 populaire et si vieux1 pour tre entendu du peuple1 toucher ses chers ,bretons aux immenses cheveux4 ,mistral son tour1 parla sa race dans la langue que les plus simples--c'est--dire les plus intacts--entendaient4 ,ainsi il la toucha1 l'enivra du vin de ses propres treilles1 la reconduisit jusqu' ses origines1 et dans tous les chemins de son histoire4 ,la ,provence1 qui s'tait perdue1 se retrouva4 ,n'est-ce pas la langue qui constitue la nationalit8 ,le provenal renaissait et la ,provence aussi4 ,la petite patrie s'affirma dans la grande4 ,persistance de l'esprit rgional6 ,ame de la province6 ,charme indlbile du lieu natal6 ,moeurs et paysages devenus des livres6 ,ce fut vraiment la dcentralisation littraire1 dans ce qu'elle peut avoir de plus dcisif4 ,faut-il s'en plaindre1 puisque la dcentralisation est le secret des renaissantes originalits4 ,les crivains ns ,paris voient moins de l',univers que les autres4 ,ils n'en voient que ce qu'on voit du ciel entre les hautes faades4 ,et alors ils font leurs livres1 souvent1 moins d'aprs la vie que d'aprs leur bibliothque4 ,au contraire1 il faut crire d'aprs une race dont on est l'aboutissement4 ,c'est le moyen pour que les livres soient originaux2 et ils le seront d'autant plus que la race est demeure elle-mme plus impollue1 personnelle1 abrite contre l'influence de la centralisation et du cosmopolitisme4 ,heureux les crivains qui ont une province dans le coeur6 ,ils en seront1 dans la littrature1 l'quivalent4 ,ils feront leur oeuvre son image et sa ressemblance4 ,chaque livre aura la couleur de son air et sera comme le visage mme de la race4 ,c'est le cas de ,mistral dont la posie fait partie de la ,provence comme en fait partie le chant de la ,cigale1 la ,cigale dont ,monselet disait3 ,c'est une grosse mouche1 songeant certains ,flibres1 dont ,mistral a dit3 un bestiari divin1 pensant lui-mme4 ,car sur ses lvres une ,cigale a vraiment chant qui avait dj chant sur les lvres des ,troubadours de la ,langue d'oc1 auxquels ,mistral a donn la main--par-dessus les sicles4 ,m4 ,,pierre ,,loti ,aprs bien des expditions lointaines1 ,m4 ,pierre ,loti fit escale1 un aprs-midi1 au pont des ,arts1 pour visiter la pagode aux ,quarante ,bouddahs1 baigne de lumire glauque1 d'aspect svre moins impressionnante nanmoins1 pour le vaillant officier de marine que pour d'autres1 ce bon ,labiche1 par exemple1 qui ne pouvait s'empcher de dire1 le jour de sa rception3 ,c'est la premire fois que je porte une pe et je n'ai jamais eu si peur4 ,m4 ,pierre ,loti ne fut pas dans ce cas2 mais gageons que1 au sortir de la sance1 pris de cette mlancolie des fins de fte1 parmi le remous mondain des toilettes et des carrosses1 devant le crpuscule d'avril rose et gris1 il songea3 ,je ne me suis jamais senti si triste6 ,que pouvait faire le titre d'acadmicien cette me8 ,peut-tre y a-t-il tenu seulement cause du costume1 avec son got spcial pour les dguisements qui tantt le conduisit en ,pharaon hiratique un bal costum chez ,mme ,adam2 une autre fois lui donna l'ide de cette fte ,louis ,,xi en sa maison de ,rochefort1 et lui fit toujours1 partout1 ,stamboul1 ,tahiti1 au ,japon1 dans toutes les tapes de ses voyages1 revtir la tunique et les couleurs du lieu--comme pour se changer1 chapper lui-mme1 se fuir1 oublier son identit vraie en ds contres sans miroirs444 ,qu'importe6 il a sans cesse gard son me1 telle qu'une chose intrieure dans des crpes8 inalinable et en deuil d'on ne sait quoi444 99 99 99 ,ce qui suffit lucider le cas de cette me1 et qui explique en mme temps la vogue immdiate de l'crivain1 c'est le ,voyage4 ,nous raffolons de plus en plus d'exotisme2 celui-ci a envahi nos tables3 gourmandise pour les plats trangers1 les fruits lointains2 et aussi l'ameublement3 abandon des styles franais pour le turc1 l'orientalisme1 le japonisme aux grimaants bibelots1 le style anglais4 ,l'art aussi en est tout intoxiqu4 ,en littrature1 le roman s'absorba longtemps dans la vie ambiante et quotidienne4 ,le grand nombre s'approvisionnait auprs de ,balzac1 cette immense carrire de pierre o chacun a pris des matriaux pour difier1 ajourer1 ciseler des monuments jolis1 des maisons de rapport o vivent un grand nombre de personnages4 ,voici que ,m4 ,pierre ,loti n'eut pour matre que le ,voyage4 ,engag dix-sept ans sur le ,borda1 tour tour aspirant1 enseigne1 lieutenant et capitaine aujourd'hui1 il driva1 durant vingt-cinq ans1 dans les mers recules1 vcut parmi les terres calcines1 les vgtaux hostiles1 les cultes sans ge4 ,un peu d'action parfois1 d'odeur de poudre1 de taches de sang1 comme intermde l'opium nervant d'une telle vie3 le combat de ,hu1 les engagements du ,tonkin4 ,puis un recommencement de longs mouillages1 les ocans vides1 de courtes idylles tranges avec telle femme un peu animal1 un peu idole4 ,on comprend vite que1 rien qu' raconter ces choses1 il tait facile d'intresser et d'mouvoir4 ,c'est dj ce qui fit le charme et le succs rapide de ,bernardin de ,saint-,pierre1 l'inventeur du genre4 ,il crivait dans l'avant-propos de ,paul et ,virginie3 ,j'ai tch d'y peindre un sol et des vgtaux diffrents de ceux de l',europe4 ,nos potes ont assez repos leurs amants sur le bord des ruisseaux4 ,j'en ai voulu asseoir sur le rivage de la mer1 au pied des rochers1 l'ombre des cocotiers1 des bananiers et des citronniers en fleurs4 ,or on rapporte1 au sujet de ,bernardin de ,saint-,pierre1 que ,napolon ,ier lui demanda un jour3 ,quand crirez-vous un nouveau livre comme ,paul et ,virginie8 ,m4 ,pierre ,loti l'a crit1 ce livre--en passant par ,chateaubriand1 dont l',atala appartient au mme art4 ,mais1 chez ceux-l1 on sent toujours l',europen dans une nature exotique2 au lieu que ,m4 ,pierre ,loti suggre vritablement3 nous croyons tre en ,annam1 ,stamboul2 il s'efface2 il en arrive se faire oublier lui-mme1 se perdre1 se fondre dans cette foule bariole dont il porte le costume et dont il fait partie4 ,l'exotisme de ,bernardin de ,saint-,pierre et de ,chateaubriand est donc superficiel2 il rapporte tout au plus une terminologie et de vagues dcors4 ,tandis que celui de ,m4 ,pierre ,loti est intgral1 inocul1 imprgn1 ne bnficiant plus seulement de ce que l'intelligence a pu percevoir et dcalquer4 ,ici apparaissent les acquts de la littrature moderne1 plutt de sensations que d'ides1 qui s'aide merveilleusement des sens1 qui emmagasine dans l'oue1 dans l'odorat1 le got1 le toucher et la vue4 ,car la littrature moderne a ralis ceci3 l'ducation artistique des sens4 ,ce n'est plus surtout le cerveau notant des aspects gnraux1 des divergences de races ou de paysages4 ,l'enqute1 devenue charnelle et physique1 descend aux dtails1 l'esthtique de la peau1 aux titillations des nerfs4 ,m4 ,pierre ,loti1 dans ses vocations d',extrme-,orient1 a clich ainsi1 par ses sens bien braqus1 des notations qui nous en apportent la couleur1 l'odeur1 le got1 le son d'atmosphre4 ,il suffit d'ailleurs de le voir pour juger combien il doit tre en littrature un instrument de sensations1 celles de la vue surtout et encore plus celles de l'odorat4 ,il a de grands yeux vagues1 humides1 ces yeux1 influencs par l'eau1 des hommes qui ont beaucoup navigu ou naissent en des ports1 des yeux qui refltent tous nuages et tous reflets avec prcision et en profondeur1 comme les armures des soldats dans les tableaux des ,primitifs4 ,mais son nez est encore plus caractristique3 un nez busqu et embusqu1 un nez de proie qui hume1 devine1 attire toute senteur parse1 la capture1 la diffrencie4 ,et c'est ainsi1 en ce joli livre1 le ,mariage de ,loti1 quand il nous promne avec ,rarahu1 dans les nuits voluptueuses de ,tahiti1 que nous percevons vraiment l'odeur de sexe et de plantes en route vers les toiles4 ,et la terre des tropiques aromatisant sous la pluie tide6 ,et cette foule chinoise dont la pouillerie exaspre un unanime relent de musc dans les effluves des orangers et des gardnias4 ,et jusqu' la senteur de la poussire1 cendre morte des annes1 qui nous picote les narines quand nous entrons dans les pagodes souterraines1 dont le parfum d'ternit1 devant l'immuabilit des ,bouddahs1 tisse sa trame omnicolore de cette poussire prcisment tresse avec des essences d'arbres1 des fientes et un encens millnaire8 99 99 99 ,ainsi ,m4 ,pierre ,loti nous donne vraiment une impression intense des pays lointains4 ,il a bien observ4 ,il voque avec acuit4 ,son exotisme n'est pas de pacotille4 ,et le vritable intrt de ses livres est l4 ,on lui voudrait parfois de plus grandes trouvailles de style1 encore qu'il ait d'mouvantes sourdines1 des mots qui soudain se voilent et se brouillent1 des fins de phrases entrant dans du brouillard4 ,c'est un de ses grands charmes mystrieux que cet inachev de certaines phrases qui semblent s'en aller et se continuer dans le blanc des pages4 ,on lui voudrait aussi un peu moins de vrit1 d'aspects rels1 pour une transposition en art1 ces dformations1 ces dviations dans le songe et la ferie o1 parmi les paysages exotiques1 les lanternes peintes auraient l'air d'toiles dans des robes fleurs4 ,et surtout en ces contres d',extrme-,orient6 ,c'est ce qu'ont si bien compris les artistes japonais1 la fois ralistes et fantastiques3 le rve juxtapos au rel1 le chimrique ctoyant la vie et la prolongeant4 ,m4 ,pierre ,loti n'a vu que les choses formelles et dans leur ralit tangible4 ,n'importe6 il les a bien vues et les suggre avec couleur4 ,cela suffit pour le mrite de ses ouvrages1 plus que les histoires qu'il conte1 et son narcissisme se mettre en scne dans des idylles douteuses1 de petits collages polynsiens et japonais qui ne sont qu'un recommencement de ,graziella4 --,je ne comprends pas le ciel mme sans toi1 disait la pcheuse de ,procida ,lamartine4 --,j'ai peur que ce ne soit pas le mme dieu qui nous ait crs1 dit ,rarahu ce mlancolique ,loti1 qu'elle a elle-mme nomm de ce doux nom d'une fleur de son pays4 ,mais la notation dans ce sens est unique1 et nulle part ailleurs l'crivain n'indique les mes distantes1 quand les corps sont proches1 cette psychologie qui aurait t si curieuse de l'amour entre deux races1 ces penses parallles dont aucune n'est soluble dans l'autre1 ces amours tristes comme le mariage d'un aveugle avec une muette4 ,il y avait l toute une srie de subtilits qu'un amant et perues4 ,mais1 malgr ses confidences souvent peu discrtes1 ,m4 ,pierre ,loti a-t-il eu les bonnes fortunes dont il se vante6 ,les gentilles amoureuses1 jaunes ou tatoues1 en chapeaux de fleurs1 ont-elles exist plus ou moins8 ,on en pourrait douter1 car leur humanit est bien lgre pour avoir t vcue4 ,est-ce le mme cas pour les petites ,rarahu et les ,mmes ,chrysanthme1 gracieuses fictions1 semble-t-il plutt1 d'un romancier romanesque qui invente des silhouettes colores sur des crans de papier4 ,cela n'a d'importance qu'au point de vue de la sincrit de l'crivain1 difficile ausculter1 car il se recroqueville vite1 parle bas et peu1 parat contraint dans notre civilisation rectiligne et cache une foncire timidit par un dsir d'tonner1 comme lorsqu'il rpondit un soir1 dner1 chez son ami ,m4 ,alph4 ,daudet lui demandant s'il tait d'une famille de marins3 ,oui1 j'ai eu un oncle mang sur le radeau de la ,mduse4 99 99 99 ,mieux que l'hrdit1 c'est le voyage qui l'a form1 et c'est de lui qu'il a tir aussi l'ide dominante qui enveloppe son oeuvre3 la pense de la mort4 ,avec plus de raison que les autres hommes1 les marins peuvent dire3 ,nous vivons dans la mort6 ,leur vie est faite de prils1 d'adieux enivrants1 de dparts1 de gestes toujours s'vertuant traverser les distances4 ,tout dfile1 s'coule en panorama rapide d'tres et de choses4 ,escales momentanes6 ,embarquements6 ,drives6 ,on a beau changer de pays1 de costumes1 d'amours4 ,changer d',ocan1 mme6 ,partout1 que ce soit la face grise de la mer de ,bretagne1 la face bleue du ,pacifique1 la mer a le visage de l'ternit4 ,et les heures brves se brisent et se reforment comme les vagues4 ,m4 ,pierre ,loti--comme dj ,baudelaire1 dans le ,voyage--a exprim ce sentiment de l'instabilit1 de la vie sans cesse dprise1 des dparts imminents1 des continuels adieux qui sont dj de petites morts--et de la fin proche1 au bout de l'ennui6 ,c'est cette mlancolie1 issue de la mer et du voyage1 qui baigne toute son oeuvre4 ,celle-ci est aussi un navire1 la poupe tatoue1 dont le pont mle des cocotiers alanguis1 des idoles poussireuses1 des parfums forts1 des fleurs comme de la chair1 et des femmes la peau de fruit1 habilles d'toffes aussi belles que des nuages4 ,mais toute la mer1 incessamment gmissante et qui a la voix de la mort1 flotte dans le blanc des pages4 ,,orateurs ,,sacr,s ,,le ,p4 ,,monsabr ,les prdicateurs de haute envergure se font rares4 ,l'loquence religieuse subit une crise4 ,il y a un certain affadissement1 une sourdine sur tous les violons de ,dieu4 ,certes le zle ne fait pas dfaut1 mais c'est le gnie qui manque4 ,l'loquence sacre n'invente plus4 ,qui la rajeunira8 ,c'est un genre renouveler1 car dans le mouvement gnral de l'esprit moderne1 elle s'attarde1 s'immobilise en des redites1 s'obstine dans l'archasme1 redore les textes dlabrs1 continue empailler la colombe du ,saint-,esprit4 ,on dirait maintenant un art d'hypoge4 ,c'est bien de sculpter sculairement ce tombeau du ,christ2 c'est mieux de btir une citadelle de ,foi dans l'air du sicle4 ,le ,p4 ,monsabr le comprit et y trouva1 du coup1 sa force et sa gloire4 ,oui6 il fallait prendre contact avec la vie4 ,il tait temps de moderniser le sermon4 ,encore un peu ce genre oratoire s'puisait4 ,il n'avait voulu s'allier qu'avec lui-mme et il prissait d'un sang trop noble4 ,il lui faudrait se msallier avec la littrature moderne4 ,plus ces lieux communs de l'loquence religieuse1 sculaire et qui a l'air de parler une langue soi4 ,une langue inanime1 presque une langue morte4 ,mme les images font penser ces fleurs de papier sous des globes de verre1 en de suranns parloirs4 ,quant au ,p4 ,monsabr1 il se fit une culture d'esprit toute moderne4 ,il avouait avoir lu ,flaubert1 ,m4 ,bourget1 admirer ,m4 ,zola1 aimer les potes4 ,il leur dut de pouvoir traduire pour les fidles la thologie et les dmonstrations abstraites dans une langue qu'ils comprenaient enfin1 capable de les mouvoir1 o les mots vivent vraiment1 ont un visage444 ,ce fut dj ainsi au milieu du sicle1 lors du beau temps de l'loquence religieuse1 qui n'eut un tel renouveau que pour avoir marqu le pas avec la littrature--dont elle fait partie en somme4 ,elle eut aussi son illumination romantique4 ,c'est ,lacordaire dont le coeur piaffait de gnie vers ,dieu2 c'est ,ravignan presque ,lamartinien1 tout d'onction et de saint-chrme1 qui parlait de la bont cleste de faon arracher des larmes aux assistants sur leur ingratitude2 ,lacordaire qui fut de la lumire2 ,ravignan qui fut de la chaleur2 ,lacordaire qui convoqua les mes ,notre-,dame coups de clairon et de tonnerre2 ,ravignan qui sut les y retenir444 ,aprs eux1 le ,p4 ,flix parla du progrs et de l'art en harangues harmonieuses1 orateur fleuri et surcharg1 car les ,jsuites ont leur style comme ils ont leur architecture1 tous pareils4 ,quant au ,p4 ,monsabr1 il demeura digne de ces grands prdcesseurs dans cette illustre chaire4 ,lacordaire disait ds le dbut3 ,la chaire de ,notre-,dame est fonde4 ,oui6 fonde vraiment1 la faon d'une monarchie1 o ne se sont succds que des esprits royaux4 99 99 99 ,l'loquence du ,p4 ,monsabr a un cachet personnel4 ,c'est le pote de la thologie4 ,tel il apparat1 soit qu'on l'entende1 soit qu'on lise son oeuvre complte de prdication ,notre-,dame1 durant prs de vingt annes3 ,expos du dogme catholique1 qui comprend trente volumes4 ,o,euvre immense1 contenant toute la dmonstration de la ,foi4 ,avec la ,somme de ,saint-,thomas1 son point de dpart et point d'appui1 il a bti un monument sur les colonnes de dur marbre de son matre1 son monument original aux hardis contrastes3 des nefs profondes1 des dmes de pierre massive et inexorable1 avec1 autour1 d'expertes ciselures1 les flammes fleuries de grands vitraux4 ,une loquence presque l'image et la ressemblance de ,notre-,dame elle-mme4 ,ses sermons sont construits avec une science d'architecte qui a rassembl des matriaux de choix et les ordonne selon un plan qui met tout en valeur et en hirarchie4 ,c'est un grand plaisir crbral que d'apercevoir un discours s'lever ainsi avec des proportions calcules et une logique qui permet de le songer jusqu'au bout de lui-mme avant mme son achvement4 ,il faut pour cela que l'orateur ait une dialectique infaillible4 ,alors l'loquence qui est musique1 est aussi mathmatique1 puisqu'elle est philosophie4 ,or c'est le moment suprme du gnie musical--,beethoven y atteint souvent--celui o la symphonie n'est plus qu'une algbre qui chante1 comme les constellations dans le ciel4 ,l'loquence aussi donne parfois cette sensation4 ,et le ,p4 ,monsabr y fait songer avec sa manire tour tour didactique et lyrique2 ici une page de thologie1 de mtaphysique1 voire de physiologie2 puis un envolement1 un chant sacr qui a les ailes de l'ode4 ,et une voix souple qui est un merveilleux truchement2 une voix que le temps n'a pas affaiblie1 mais qui en a pris1 au contraire1 une sonorit stridente1 une sorte de fureur dmonstrative1 qu'appuie un geste court1 saccad1 ayant l'air d'enfoncer l'argument comme un clou4 ,ces sermons1 solides et fleuris1 qui apparatront dans l'avenir comme nous apparaissent ceux de ,bourdaloue1 ne sont pas tout de prparation soigneuse4 ,certes durant l'hiver1 dans ce couvent du ,havre dont il est le prieur1 il laborait minutieusement l',avent ou le ,carme qu'il irait prcher ,paris1 et d'aprs le plan bien tabli1 crivait ses confrences1 les rcrivait1 les corrigeait1 cherchait des images nouvelles1 jouait des mots comme d'un clavier en nuances4 ,souvent les mots1 chez lui1 ont un trange relief1 un emploi habile qui leur donne un aspect nouveau et l'air neuf4 ,l'homme s'est spar de ,dieu4 ,dieu se reprend et se cantonne4 ,il a de ces belles surprises1 toutes modernes1 de mots444 ,puis le travail de prparation achev1 il arrivait ,paris1 avant le dimanche de la ,quadragsime1 dans le petit couvent des ,dominicains1 faubourg ,saint-,honor o s'installent les prdicateurs de l',ordre4 ,et1 au fur et mesure1 de semaine en semaine1 il apprenait par coeur1 le discours du dimanche suivant1 un peu d'accord avec ,massillon qui disait3 ,mon meilleur sermon est celui que je sais le mieux4 ,cependant tout n'tait pas conforme1 dans ses sermons de ,notre-,dame1 au texte crit et appris4 ,il eut parfois des cris1 des illuminations soudaines1 un de ces bondissements de phrase imprvus4 ,trouvailles frmissantes d'une parole sre1 qui se mettait improviser1 se suscitait d'elle-mme4 ,il avait bien vite fait1 alors1 de rejeter tous les lments d'une prparation laborieuse2 et les feuillets blancs du discours crit n'taient plus1 dans la mmoire1 qu'une frle certitude de papier o il prenait pied par moment pour s'lancer plus loin dans des gouffres de lumire qui sont en haut et attirent4 ,c'est alors qu'il obtint ses plus grands succs1 parce que chaque fois1 il entra1 ces minutes1 en contact avec la vie4 ,il redevenait lui-mme1 celui qui restaura l'loquence sacre en unissant la ralit la thologie4 ,parole enfin moderne1 adquate aux vnements1 qui mlait le temps et l'ternit4 ,jamais il n'atteignit davantage l'me de la foule que ces jours-l4 ,un jour surtout444 ,c'tait dans la cathdrale de ,metz1 en #ahga3 ,aprs la reddition et l'occupation allemande1 il venait d'y prcher le carme4 ,le jour de ,pques1 le temple tait envahi2 au pied de la chaire se pressait une assistance qui1 pour pleurer les malheurs de la ,france1 avait pris le deuil et tait toute vtue de noir4 ,le ,p4 ,monsabr1 sur le point de finir1 sentit lui monter de cet auditoire afflig comme une mare de larmes1 et soudain1 mu lui-mme dans le coeur de son coeur et le sang de son pays1 il prit texte de la fte du jour et de la ,rsurrection pascale pour parler d'esprance444 ,les peuples aussi ressuscitent1 s'cria-t-il dans un admirable lan1 on change leur nom1 mais non pas leur sang444 ,vous n'tes pas morts pour moi444 mes frres444 mes amis444 mes compatriotes444 ,partout o j'irai1 je vous le jure1 je parlerai de vos patriotiques douleurs444 jusqu'au jour du sermon de la dlivrance que je chanterai sous ces votes444 ,et il continua l'image magnifique1 montrant les provinces mises au tombeau et qu'on croyait mortes1 les provinces aussi gardes par des soldats1 avec une plaie au flanc1 dans le spulcre2 mais un jour galement la pierre volerait en clats et la patrie se lverait d'entre les morts6444 ,on juge de l'immense motion3 toutes les femmes pleuraient2 les hommes taient debout hors d'eux-mmes1 les bras tendus vers lui comme pour retenir et terniser cette minute d'hrosme qui avait pass sur tant de deuils4 99 99 99 ,mais ces accents magnifiques nous demeurent peine comme des chos4 ,ils suffisent pourtant nous mouvoir encore4 ,quelle motion alors pour ceux qui les entendirent1 avec la voix1 le geste1 l'clat des regards1 tout ce que l'orateur ajoute de son frisson humain au frisson divin des paroles nes en lui et dont lui-mme s'tonne4 ,le malheur de l'loquence1 c'est qu'elle meure la minute mme o elle nat4 ,les discours lus sont incolores souvent4 ,le ,p4 ,monsabr le savait bien sans doute1 le jour o1 aprs sa longue prdication1 il descendit1 d'un pas lent et ferme1 et pour jamais1 les marches de cette chaire illustre de ,notre-,dame1 tout de suite vide de lui et bante comme un tombeau4 ,il ne se fit point illusion4 ,il se rendit compte que son ,expos du dogme aux nombreux tomes1 n'tait vraiment qu'un plan de cathdrale sur le papier1 une chose inanime1 et que quelques-uns peine consulteraient dans l'avenir4 ,au contraire1 sa parole entendue avait t la cathdrale debout1 et qui chante1 pleine d'orgue1 pleine de fleurs4 ,ce jour-l1 aprs vingt annes de travaux1 elle allait donc cesser d'tre1 en s'achevant4 ,sans faiblesse1 tremblement de mains ou de voix1 il en posa la dernire pierre1 le commentaire final de l'amen du ,credo1 simplement1 comme il avait accumul toutes les autres pierres4 ,aprs cela1 il irait s'occuper ailleurs ou se tournerait du ct du silence4 ,mais aucune mlancolie6 ,n'est-ce pas la marque d'une me forte que de quitter les choses1 c'est--dire se quitter soi-mme1 avec srnit8 ,ces grands moines1 qui seront calmes devant la mort1 sont dj calmes devant l'adieu1 devant l'absence1 qui est la moiti de la mort4 ,le ,p4 ,monsabr termina1 sans orgueil1 sans regret1 sans un regard d'ensemble1 mu et suprme1 sur la tche accomplie4 ,comme le btisseur de gnie qui acheva ,notre-,dame1 il semble qu'il ait jug aussi son oeuvre quelque chose d'impersonnel1 fait avec la foule et la foi des sicles1 et qu'il ne fallait mme pas signer6 ,mgr ,d',,hulst ,mgr d',hulst fut une figure4 ,il avait un talent mdiocre1 mais un caractre saisissant1 une physionomie morale d'un relief trange4 ,on ne pouvait pas rver un contraste plus formel avec le ,p4 ,monsabr1 qu'il remplaa comme prdicateur du ,carme ,notre-,dame4 ,leurs deux genres d'loquence taient aussi dissemblables que ces deux hommes furent eux-mmes contradictoires4 ,il suffisait pour s'en convaincre de surprendre un moment le ,p4 ,monsabr dans cette claire et riante chambre du petit couvent des ,dominicains1 faubourg ,saint-,honor1 o il venait s'installer chaque anne vers la ,quadragsime4 ,la figure tait rjouie1 saine1 dodue2 il tait en pantoufles et laissait voir des bas blancs comme une bguine4 ,ses mains s'carquillaient devant les bches flambantes1 joyeuses du bon feu4 ,il tait bonhomme1 familier2 il vous appelait3 ,mon fils1 et vite se racontait4 ,il semblait optimiste1 avait beaucoup lu et vu4 ,c'tait un homme content1 un homme de son temps1 dcelant des origines plutt plbiennes4 ,un homme venu son heure4 ,et la chambre1 tout autour1 s'gayait aussi1 sans luxe1 mais propre et blanche avec ses fentres aux rideaux de mousseline nafs--on aurait dit des premires communiantes1 aprs la messe1 qui rient444 ,chez ,mgr d',hulst1 dans son grand salon svre1 l',institut catholique de la rue de ,vaugirard1 dont il tait le recteur1 on avait le sentiment d'un exil3 un bureau-ministre1 des meubles d'un ancien luxe1 des portraits qui semblaient d'amis dtrns4 ,lui-mme apparaissait austre1 puritain1 triste1 froid4 ,il vous appelait toujours ,monsieur4 ,aucune familiarit4 ,pourtant on le jugeait sage4 ,on le savait de conseil sr4 ,combien dfilrent l pour avoir ses avis6 ,certes c'tait le gardien des ,tables1 l'talon du devoir strict avec lequel on se confronte4 ,c'tait l'homme de loi des procs de la conscience1 lucidant les arcanes1 triant les scrupules1 qu'on consulta comme le jurisconsulte de ,dieu4 ,mais les conseils1 les avis dont il n'tait pas chiche1 il avait l'air de les distribuer comme une aumne spirituelle1 comme un secours d'anciens serviteurs dans la dtresse4 ,ministre tomb qui donne des consultations gratuites ses gens4 ,ah6 ce n'est pas ainsi qu'on rvait la vie de cet homme et qu'il la rva lui-mme1 prtre dont les jours se passrent ter l'ivraie de quelques mes1 lui qu'on se reprsentait plutt en gesticulateur aux horizons1 joignant tous les clochers d'un diocse ou d'un royaume par des guirlandes de commandements6 99 99 99 ,mgr d',hulst1 lui1 n'tait pas venu son heure4 ,ce fut un homme d'autrefois4 ,maurice ,lesage d',hauteroche d',hulst--tel tait son nom--alli aux ,grimoard du ,roure1 aux d',harcourt1 au pape ,urbain ,v1 appartenait l'ancienne ,france4 ,quelle misre d'arriver trop tard dans la vie6 ,on est contemporain d'un temps disparu4 ,il y a ainsi des familles dont l'aboutissement retarde4 ,on est alors comme un hritier qui veut acquitter une dette de sa race vis--vis d'un crancier qui est mort4 ,souffrance d'avoir une me qui n'est plus adquate et de sentir en soi des facults inemployes6 ,or ,mgr d',hulst voquait le souvenir d'un cardinal-ministre dans la ,france ou les ,espagnes du pass3 conduite des grandes affaires1 ambassades dlicates1 gouvernement de provinces nouvelles1 pacification d'une primatie trouble--voil son rle sous une ancienne monarchie4 ,beaucoup plus organisateur et administrateur que prdicateur du ,roi1 homme d'action plutt que de littrature et de paroles1 la main prompte et autoritaire1 qui--comme le ,grand ,inquisiteur dans la nouvelle de ,dostoewski--ne juge pas que le peuple doive tre libre1 entend le dbarrasser du fardeau de choisir et1 quoi qu'on en puisse dire1 reste ferme dans son ide4 ,par une spciale ironie des destines1 son enfance prcisment lui cra l'illusion d'un temps encore pareil et d'un avenir tel3 il fut lev la ,cour2 sa grand'mre1 et sa mre ensuite1 taient dames d'honneur de la reine ,marie-,amlie2 lui-mme1 ainsi que son frre ,raoul1 les compagnons de jeux du comte de ,paris et du duc de ,chartres1 levs en mme temps que ceux-ci aux ,tuileries1 ,saint-,cloud et ,neuilly4 ,mgr d',hulst se rappelait1 de ce temps1 l'arrive la ,cour des comdiens du ,thtre-,franais qui vinrent y jouer ,monsieur de ,pourceaugnac4 ,c'est la seule fois1 observait-il1 que j'ai t au spectacle4 ,on voit que son intimit auprs des princes1 dont presque tout le monde ignora l'origine1 remontait loin2 il avait pass ses jeunes annes avec eux4 ,et il leur resta d'une fidlit intgrale dans les mauvais jours1 quoi qu'il pt lui en coter4 ,car s'il tait d'avis1 comme le disciple ,pierre1 qu'il faut tirer le glaive et couper l'oreille de ,malchus1 lui1 du moins1 ne trahit pas avant que le coq et chant trois fois444 99 99 99 ,on sentait1 le voir1 un religieux renoncement4 ,nulle transaction avec les faits accomplis4 ,aucun optimisme4 ,rien qu'un pli de ddain au coin de la bouche4 ,mme le lger flchissement dj1 par l'ge1 de sa trs haute taille ne semblait qu'un vain effort pour descendre jusqu' son interlocuteur4 ,une allure imposante1 mais qui loignait la sympathie4 ,des yeux aigus et froids vous gelant les mots sur les lvres4 ,que lui faisaient les paroles1 lui qui se jugeait parmi des trangers8 ,il fut vraiment dtach de tout dsir d'tre ou de paratre3 est-ce qu'au lieu d'arborer son nom sonore1 il ne signa pas tout simplement ,m4 d',hulst ses lettres et mme ses ouvrages1 comme on peut le constater dans ses volumes de ,mlanges oratoires8 ,est-ce qu'amen l'lection du nouveau ,pape par ,mgr ,guibert et gratifi d'une prlature comme conclaviste1 selon les coutumes canoniques1 il ne ngligea pas d'en prendre le titre et les insignes8 ,j'ai laiss cela dans ma malle1 disait-il son retour de ,rome4 ,ce n'est que plus tard qu'il porta le titre de monseigneur et1 sur sa soutane1 les ornements violets1 quasi-piscopaux1 quand1 dnonc pour sa premire leon de philosophie l',institut1 il se disculpa au point d'obtenir du ,pape une nouvelle prlature1 plus leve4 ,c'est l'unique fois peut-tre qu'il prit garde la malveillance4 ,que pouvaient contre son dtachement telles attaques1 par exemple1 de l',univers1 acharn aprs lui1 durant vingt ans8 ,taxs de fanatisme par les uns1 d'orthodoxie suspecte par les autres1 c'est le lot de ces hommes-l1 hermtiques et peu conformes1 d'tre incompris de la plupart4 ,mais qu'importe8 ils ne tiennent mme pas la vie4 ,pendant la guerre1 ,mgr d',hulst affronta mille morts1 comme aumnier des ,ambulances de la ,presse1 ,bazeilles1 ,sedan o il fut fait prisonnier1 puis--vad et revenu ,paris pour le sige-- ,champigny1 o il assista les mourants sous des pluies de balles4 ,si vraiment dpris de toutes choses terrestres et voyant dj si loin la drive sur les eaux rapides de la vie ses premires ambitions1 qu'il tait sincre coup sr en disant voix mlancolique3 ,j'ai cent cinquante ans6 99 99 99 ,il est naturel ds lors qu'il n'ait pas cherch montrer des talents4 ,il en avait peut-tre1 mais il savait la grande parole du ,psalmiste3 ,quoniam non cognovi litteraturam1 introbo in potentias ,dei4 ,pourvu d'une thologie sre1 d'une rudition vaste et diverse1 il se multiplia en mille discours1 homlies1 pangyriques1 mais tout cela pens dans un esprit trop positif et moyen1 crit surtout dans une langue terne1 un style primaire1 pour ainsi dire4 ,il est vrai que pour des esprits tels1 les jeux de l'loquence sont vains et vains aussi les fragiles dentelles de la posie du discours qui attirent et sduisent4 ,mgr d',hulst ne chercha pas plaire aux hommes4 ,il les aimait peu4 ,mais il aimait ,dieu2 il voulut le faire entendre4 ,il fut le combattant de ,dieu contre les mes4 ,durant des annes1 il mena ce combat oratoire1 ne voulant qu'agir pour ,dieu1 traduire la parole ternelle1 ne rien donner de soi1 ne rien demander pour soi1 nulle gloire futile1 surtout4 ,idal svre6 ,on songe ces tours dans certaines villes mortes1 tout au nord2 ces ,dom dans les vieilles cits allemandes--architectures ingayes1 qui ne veulent tre que de la ,foi1 sans jardins de vitraux ni sourires de sculptures4 ,,peintres ,,puvis ,,de ,,chavannes ,un matre admirable1 d'une personnalit dcisive1 d'une inlassable fcondit4 ,nagure1 lorsque beaucoup mconnaissaient encore son art souverain1 ,gautier1 souvent clairvoyant1 crivait3 ,dans un temps de prose et de ralisme1 il est naturellement hroque1 pique et monumental4 ,pour ses vastes compositions1 il peint d'abord une petite esquisse qui est l'expos de son ide1 pour ainsi dire la rduction de l'oeuvre1 dj totale en lui4 ,puis il l'excute dans les proportions d'un grand tableau de chevalet4 ,une minutie inexorable de dessin3 sans cesse l'artiste calcule1 compare1 mesure1 trace avec la rgle ou le fusain des angles visuels4 ,on dirait d'un ingnieur1 d'un gomtre qui arpente de l'oeil le modle et la toile4 ,quand ce travail est dfinitif1 il agrandit le tableau tout simplement au carreau1 comme font les praticiens dans le marbre pour la maquette des statuaire4 ,de l son dessin qui a un air gomtrique4 ,or c'est prcisment cette prcision infaillible mle une indfinissable posie qui assigne ses oeuvres une beaut d'absolu en mme temps qu'un charme de suggestion4 ,il sait tout de son mtier1 et il a tout invent de son art4 ,c'est--dire qu'il a ressuscit dans notre sicle la peinture dcorative4 ,il a trouv pour elle un nouveau style1 une coloration nouvelle4 ,son gnie a t de comprendre qu'il fallait aux difices modernes des fresques qui leur fussent appropries4 ,il a cr une peinture conforme pour les architectures actuelles1 pour les monuments de ,france1 construits en pierre de ,france1 cette pierre un peu gristre1 un peu jauntre1 en tous cas ple et mate4 ,donc il n'a voulu qu'une peinture mate aussi1 se servant pour y arriver1 de toiles spcialement prpares1 de couleurs en demi-teintes et en nuances1 avec des mauves1 des roses doux1 des jaunes qui s'acidulent peine1 des bleus qui ne chantent qu'en sourdine4 ,ainsi1 au ,panthon1 les autres peintures trouent les murs2 la sienne s'accorde leur tonalit neutre1 s'identifie avec eux4 ,on dirait vraiment le rve que les pierres font4 ,et quel rve6 ,celui d'une humanit suprieure1 l'humanit telle qu'elle aurait d tre1 ou telle qu'elle sera4 ,humanit mystique et mythique1 qui ne va jamais jusqu' tre mythologique4 ,ses femmes ne sont pas des desses2 ce sont encore des femmes1 mais les femmes d'un den o la faute originelle n'a pas exist ou n'existe plus et qui enfantent sans douleurs4 ,les hommes aussi ont l'air de vivre dans un continent meilleur4 ,l'oubli des sexes et de l'heure est parmi eux4 ,ils ne s'occupent qu' de nobles travaux1 tre d'accord avec la ,nature1 faire de l'ternel avec de l'phmre1 mais sans jamais cesser d'tre humains4 ,la posie a sa source dans la ralit1 disait ,goethe4 ,l'art galement1 pensa ,puvis de ,chavannes4 ,on a cru que son domaine tait celui du rve et de la lgende4 ,au contraire1 il n'est jamais sorti de la ,nature4 ,toutes les figures de ses tableaux agissent1 plutt qu'elles ne songent4 ,chacun y fait directement ce qu'il doit faire1 comme l'a bien observ1 un jour1 ,m4 ,besnard dans un de ses subtils ,salons4 ,ainsi1 quant aux gestes3 on peut dire qu'un geste utile est toujours beau4 ,tous les gestes des figures de ,puvis de ,chavannes sont utiles4 ,geste du travail1 de la lutte ou des jeux1 dans ,ludus pro patria1 ,inter artes et naturam2 geste pacifique de l'attente dans ,pauvre pcheur1 gestes si justes et instinctifs chez les hommes1 comme sont instinctifs1 chez les femmes qu'il a peintes1 les gestes de cueillir des fleurs1 de caresser des enfants1 de couronner des fontaines4 ,tout cela est encore1 et tout simplement1 de la vie--de la vie transpose1 si on veut4 ,c'est pourquoi ,puvis de ,chavannes1 venu chronologiquement entre les ralistes et les symbolistes1 a pu les rallier en mme temps2 les ralistes disant3 ,il n'y a qu' copier la ,nature2 les symbolistes proclamant3 ,la ,nature n'existe pas4 ,lui1 autant que ,courbet ou ,manet1 s'acharna aprs la forme stricte1 la vrit du modle2 mais1 d'autre part1 en occupant seulement les tres de nobles travaux1 en ne les plaant qu'en des contres florissantes1 il se rapprocha des symbolistes qui s'en tiennent des attitudes de lgende ou de beaut4 ,ainsi il demeure un peintre de nature en mme temps qu'un peintre d'idal--ce qui n'est pas la mme chose qu'tre le peintre de l',idalisme1 comme on a dit de lui1 en confondant les termes4 ,l'idalisme1 au contraire1 est une convention acadmique1 avec des thories du ,beau et des gestes enseigns4 ,m4 ,puvis de ,chavannes ne s'inquita que des gestes humains et conut le ,beau sa faon1 c'est--dire sans archologie surtout1 ce qui est bien aussi une tradition officielle4 ,il retourna la ,nature tout uniment1 et trouva1 du coup1 la simplicit populaire1 celle de la ,chanson de ,geste1 celle qui tient la race4 ,car celui en qui on voulut voir un descendant des matres d',italie1 est un artiste de souche trs nationale et qui se rattache directement l'cole franaise444 ,ce n'est pas devant les ,botticelli ou les ,primitifs de ,venise et de ,florence qu'on songe lui4 ,c'est en regardant les ,poussin1 par exemple ,l',automne ou la ,grappe de la ,terre ,promise et l't ou ,ruth et ,booz4 ,l aussi les figures qu'on dirait d'une humanit suprieure ont nanmoins l'attitude si juste de leur besogne1 fauchent1 ploient un peu sous le fardeau du raisin de ,chanaan4 ,tout de suite on tablit un parallle avec les calmes scnes de ,puvis de ,chavannes1 drivant d'un mme idal1 mais amplifi et ralis avec des moyens nouveaux1 une originalit absolue4 ,surtout qu'il fut galement comme ,poussin--et on ne le dit pas assez--un merveilleux paysagiste3 dans l't2 dans la fresque de la ,sorbonne aux collines circulaires1 d'un bleu-paon si doux2 dans ,pauvre pcheur o s'illimite un site d'eau1 d'une eau glauque et nue qui extriorise pour ainsi dire le cerveau sans pense du pcheur calme2 dans le ,bois sacr1 symphonie savante des verts multiples de la fort4 ,ici encore il a bien sa manire propre qui n'est celle ni des ralistes ni des symbolistes4 ,il ne peint pas1 comme les symbolistes1 des paysages de rve1 aux arbres dforms1 aux terrains d'une coloration comme ceux qu'on voit en songe ou dans la fivre4 ,il reproduit vraiment la nature1 des sites rels1 des horizons dfinis1 les bords de la ,seine1 les simples campagnes de l',ile-de-,france1 ce qu'il avait tout contigu et familier4 ,mais d'autre part1 il ne s'en tient pas1 comme les ralistes1 la seule copie4 ,ses paysages rels sont baigns d'on ne sait quelle atmosphre irrelle4 ,il semble qu'il y tombe une lumire d'au del4 ,c'est l'idal dans la ralit et l'ternit dans le temps4 ,ainsi on dirait d'une plante meilleure 7trs ressemblante la ntre7 mais o la terre ne servirait plus cacher les morts1 ne serait que la bonne argile o l'on modle des statues4 ,jardins de calme joie1 de nobles labeurs1 de srnit444 ,un jour1 dans un de ses pomes en prose1 ,baudelaire1 l'aspect d'un port1 demandait3 ,quand partons-nous pour le bonheur8 ,en regardant les oeuvres de ,m4 ,puvis de ,chavannes1 il semble qu'elles soient ce pays du ,bonheur1 vers lequel tous les navires humains appareillent et o son seul rve a pu atterrir4 ,,besnard ,malgr l'apparente varit infinie des visages humains1 il semble que ceux-ci se rduisent en fin de compte quelques types essentiels4 ,on pourrait dire la mme chose des mes1 surtout s'il s'agit des mes d'artistes4 ,c'est croire en la mtempsycose1 tant on retrouve tout au plus quelques espces d'mes1 rincarnes sans cesse au long des sicles et des races4 ,chaque peintre1 chaque pote a son ,sosie de talent ou de gnie dans le pass4 ,il ne lui doit rien assurment2 il n'en est pas moins trs moderne1 trs original2 il a ses moyens d'art personnels1 une vision neuve4 ,il pense1 il conoit1 il excute selon son rve propre4 ,il ne refait en rien l'oeuvre du prdcesseur qu'il voque2 mais on sent que ce prdcesseur1 s'il revivait1 ferait aujourd'hui la sienne4 ,ressemblance d'me allant jusqu' l'identit6 ,et les vies alors sont parallles aussi4 ,il y a des exemples singuliers de ce cas1 dans l'histoire de l'art et des lettres4 ,est-ce que ,paul ,verlaine n'est pas ,villon revenu8 ,de mme1 il est curieux de constater combien ,m4 ,albert ,besnard1 si diffrent de ,delacroix1 fait cependant songer despotiquement lui4 ,malgr une imagination et une technique tout autres1 il est de la mme sorte d'esprit1 il a une identique comprhension de l'art4 ,c'est si vrai que ces lignes de l'admirable tude de ,baudelaire sur ,delacroix pourraient s'appliquer lui textuellement3 ,il tait1 en mme temps qu'un peintre pris de son mtier1 un homme d'ducation gnrale1 au contraire des autres artistes modernes qui1 pour la plupart1 ne sont gure que d'illustres ou d'obscurs rapins1 de tristes spcialistes1 vieux ou jeunes1 de purs ouvriers1 les uns sachant fabriquer des figures acadmiques1 les autres des fruits1 les autres des bestiaux4 ,lui aimait tout1 savait tout peindre4 ,est-ce que ce jugement ne dfinit pas ,m4 ,besnard lui-mme1 et tout entier8 ,lui surtout ne fut pas de ces spcialistes condamns bon droit par ,baudelaire4 ,il sait tout peindre4 ,il a tout peint4 ,c'est que1 en effet1 tout impressionne cette rtine si sensitive1 cette crbralit nerveuse4 ,et que1 d'autre part1 il possde une telle sret de mtier que vite l'impression reue est traduite et fixe4 ,il faut qu'il n'y ait pas de dsaccord entre l'esprit et la main4 ,m4 ,besnard se vante bon droit de son excution agile4 ,il a crit un jour3 ,je crois qu'il ne peut y avoir d'artiste sans le don de se souvenir et sans facilit4 ,or voyez comme1 ici encore1 son insu1 il est en concordance avec l'opinion de ,delacroix4 ,celui-ci disait un jeune peintre2 ,si vous n'tes pas assez habile pour faire le croquis d'un homme qui se jette par la fentre1 pendant le temps qu'il met tomber du quatrime tage sur le sol1 vous ne pourrez jamais produire de grandes machines4 ,thories pareilles1 oeuvres pareilles4 ,aussi ,m4 ,besnard a-t-il produit son tour ce que ,delacroix1 dans son argot d'atelier1 appelait de grandes machines1 c'est--dire des peintures monumentales2 et1 comme ,delacroix avait dcor le ,salon du ,roi la ,chambre des dputs1 la galerie d',apollon au ,louvre1 etc41 lui compte dj aussi dans son oeuvre toute une srie de dcorations3 l',htel de ville1 l'cole de pharmacie1 la mairie de ,saint-,germain-l',auxerrois1 et enfin la ,sorbonne4 ,pour des peintres de ce temprament1 la peinture dcorative est ce qui les excite et les sduit surtout4 ,n'est-ce pas le plus difficile8 ,et pour un vrai artiste1 le plaisir commence avec la difficult4 ,aussi l'cole franaise1 depuis ,delacroix1 n'aura possd que deux peintres1 ,m4 ,besnard et ,puvis de ,chavannes1 faisant vritablement de la peinture dcorative1 qu'il ne faut pas confondre avec telles vastes toiles o ne sont que faits divers1 anecdotes2 des tableaux de genre obtenu par agrandissement 7comme en photographie74 ,le vrai peintre de peinture dcorative voit et conoit son oeuvre tout acheve1 comme les btisseurs de cathdrales contemplaient1 en l'imaginant1 la tour entire qu'ils allaient conduire dans l'air et dont le plan1 sur le papier1 n'tait dj que le rsum1 la rduction de cette tour immense1 termine en eux4 ,ainsi pour la peinture dcorative4 ,c'est--dire que le procd est inverse3 les artistes mdiocres agrandissent un tableau aux proportions d'une peinture murale2 les artistes qui sont des dcorateurs de race rduisent aux proportions d'une esquisse la peinture monumentale dj ne en eux1 et ne avec1 d'emble1 toute son amplitude4 ,c'est l'impression qu'on prouvait considrer1 par exemple1 la magistrale esquisse de ,m4 ,besnard pour sa dcoration de la salle de chimie la ,sorbonne4 ,tout y tait dj2 et de vagues indications1 de simples frottis et l1 laissaient sous-entendre le dtail1 qui n'abdiquait ici que pour faire dominer1 cause de l'exiguit du format1 les lignes essentielles de la composition1 sa synthse de formes et d'ides1 son symbolisme aussi clair que profond3 au centre1 un cadavre de femme sous le soleil1 principe de la vie1 qui la dcompose1 mais ne la dcompose que pour activer l'closion de ce merveilleux jardin de fleurs1 n de sa putrfaction4 ,fcondit chimique de la mort qui engendre la vie6 ,et voici que1 droite1 le ,couple ternel descend et va s'embarquer sur le fleuve de l'existence1 embouchure bleue1 qui de l'autre ct1 aprs le tour circulaire1 dbouche en dtritus1 charniers1 fumes1 tout le bourbier terrestre qui1 lui aussi1 va alimenter l'ternelle efflorescence de la ,nature4 ,n'est-ce pas une magnifique conception8 ,un autre et peint quelque anecdote1 une exprience de chimie1 un laboratoire4 ,m4 ,besnard agrandit son thme jusqu'aux proportions de la ,matire universelle2 et il s'atteste en mme temps un peintre extraordinairement moderne par la conception scientifique de ses sujets et de la vie4 ,c'est en cela qu'il est surtout original et unique4 ,il est un peintre touch par la ,science4 ,delacroix avait des points de vue littraires1 un idal religieux et historique4 ,m4 ,besnard a un point de vue scientifique1 une philosophie volutive444 ,et il est le seul exprimer l',univers en images selon la ,science1 sans qu'elles cessent d'tre selon la ,beaut4 ,est-ce que son plafond de l',htel de ville n'est pas l'apothose de la ,science8 ,on voit la ,vrit entranant la ,science sa suite1 et qui rpand sa lumire sur les hommes4 ,or ,m4 ,besnard croit au bienfait de cette lumire4 ,o sont les ironies de ,po et de ,villiers de ,l',isle-,adam bafouant la ,science8 ,dans la composition de ,m4 ,besnard on voit les hommes1 en troupes transies1 venir se rchauffer au feu nouveau4 ,tout est trait dans un esprit scientifique3 les groupes voluent comme des plantes2 autour de la figure principale1 tel corps gravite2 toutes les lignes ont des courbes plantaires4 ,on dirait un firmament de visages4 ,et ce sont des rayons que la ,vrit rpand d'elle1 comme un ,astre4 ,dans ce plafond1 comme dans les dcorations de l'cole de pharmacie1 racontant la physique1 l'anthropologie1 la botanique1 comme dans presque toutes ses oeuvres d'ailleurs1 ,m4 ,besnard apparat le dcorateur1 le metteur en scne de la vie moderne4 ,et non seulement en tant que peintre influenc par la science4 ,outre qu'il voit l',univers selon la philosophie du transformisme1 il est aussi moderne par la nature de ses sensations4 ,il apparat tout imprgn de l'air du sicle1 exprimant l'air du sicle4 ,il en saisit le dcor1 le principe cach1 les correspondances subtiles4 ,ses sens sont duqus1 affins1 au point de fixer ce que les vieux peintres ne pouvaient pas apercevoir ni mme souponner1 des nuances comme les mandres de l'eau1 les mouvements de la flamme1 les inflexions des plantes1 et d'en tirer parti pour l'attitude de l'tre humain1 pour les lignes d'un tableau4 ,que de notations encore1 nerveuses et neuves3 la splendeur intime d'un intrieur clair1 le vritable effet d'un clair de lune qui ennoblit un paysage jusqu' en faire un tat d'me444 ,voil des sensations bien modernes par le raffinement4 ,et aussi1 par exemple1 tout en peignant la joie1 comme ,m4 ,besnard s'y complat1 de faire sentir que1 au fond1 elle est aussi potique que la douleur1 plus varie et non moins mlancolique6 ,quel drame tout coup si le peintre montre combien une femme farde peut tre sinistre6 ,ce n'est pas seulement par son idal scientifique1 ni par ses trouvailles compliques de sensations1 mais par sa couleur elle-mme1 que ,m4 ,besnard se prouve le peintre sensitif de l'esprit moderne4 ,est-ce que sa couleur1 en effet1 ne participe pas de cette clart soufre1 de cet lectricit nerveuse qui est aussi dans l'air du temps8 ,elle semble une chimie en fivre4 ,on la dirait influence par des lueurs de laboratoire1 par le voisinage des bocaux pharmaceutiques4 ,il semble qu'elle ait pass travers des cornues1 des prouvettes1 qu'elle soit faite de fleurs classes1 de minraux1 d'arcs-en-ciel en fusion1 tant soudain un ton est violent comme un poison1 un autre lotionne dlicieusement l'oeil4 ,recherches incessantes6 ,trouvailles merveilleuses6 ,d'autres1 comme ,m4 ,claude ,monet1 ,m4 ,pissarro1 ont simplement tch peindre la lumire1 toutes les dcompositions du prisme1 les tapes quotidiennes de l'air4 ,m4 ,besnard a voulu fixer des tonalits plus compliques4 ,en cerveau scientifique qu'il est1 il a fait des expriences4 ,il a rv des mlanges3 c'est--dire la combinaison de l'artificiel avec le naturel1 d'o ces figures claires par le gaz ou des lampes1 en mme temps que par la lumire du jour4 ,et rien n'est aussi trange et troublant4 ,imaginez des cierges brlant au soleil444 ,tristesse plus intense de leurs clarts1 rconcilies sur le pole d'un convoi de vierge6 ,m4 ,besnard a ainsi invent des clairages4 ,il a trouv des dsaccords de tons qui sont la peinture ce que les dissonances de ,wagner sont la musique4 ,d'autre part1 il voulut galement fixer des tonalits plus exceptionnelles3 au lieu des seules phases diurnes ou crpusculaires1 il y a aussi1 dans la ,nature1 les aspects de trouble1 des nuances momentanes1 des minutes chimiques1 pourrait-on dire1 des accidents de la lumire3 par exemple1 le soufre d'un clair1 la lividit de l'clipse1 les phosphorescences de la mer et de la pourriture1 les pleurs de la maladie1 les rouges de la fivre ou du fard4 ,il semble que ,m4 ,besnard ait retenu toutes ces couleurs artificielles1 exceptionnelles1 nvroses1 exaspres1 raffines1 et qu'il les retrouve sans cesse1 dociles et impressionnables au moindre effort de son inspiration4 ,de l le dlice un peu physique qu'on prouve devant cette peinture1 forte au point d'en tre presque sensualise4 ,la vue n'est pas affecte seule4 ,outre l'motion du cerveau qu'on doit la rare et puissante imagination du peintre1 il semble que des correspondances s'tablissent4 ,le got1 l'odorat1 les autres sens s'meuvent1 jouissent de quiproquos subtils1 comme si la couleur1 chez lui1 force d'intensit1 avait aussi un arome et un suc pour nous remplir non plus seulement les yeux1 mais1 en mme temps1 la bouche et les narines4 ,cette impression s'prouve entre autres devant les toiles si intenses qu'il a rapportes d',algrie2 car lui aussi fut attir aux haillons superbes1 aux pltres multicolores1 de la brlante ,afrique4 ,dj ,delacroix y tait all1 poussant jusqu'au ,maroc--vous voyez le paralllisme qui se continue entre eux--mais il avait t plus sduit par les mystrieux et capiteux logis o de belles femmes mi-voiles entretiennent les charbons ternels de leurs yeux et de leurs lvres4 ,delacroix est surtout attentif l'tre humain1 au menu drame de sa vie personnelle4 ,c'est pourquoi1 en ce voyage1 il a surtout peint des intrieurs4 ,m4 ,besnard est plus proccup par le drame gnral de la ,nature4 ,l'tre humain est une parcelle de la matire1 une tache de couleur sur l'horizon4 ,aussi ,m4 ,besnard a-t-il plutt excut des scnes de plein air4 ,mais avec quel clat prestigieux1 quelle pntration des formes et des couleurs6 ,il en a rapport des figures qui sont des morceaux uniques3 femmes au pervers maquillage1 la chair verdie par des gazes1 au front pavois de rouges graniums1 d'une pte compacte et vibrante1 d'une finesse et d'une intensit de tons non pareilles4 ,en ces interprtations de l',orient1 il a aussi1 et surtout1 admirablement compris le cheval4 ,a preuve1 entre autres1 ce ,march de chevaux1 croupes brunes1 blanches1 rouges1 contrastant avec l'toffe crue des burnous d',arabes1 sous un ciel or et bleu4 ,personne ne connat comme lui l'architecture svelte et complique1 la ligne souple du cheval1 et non seulement du cheval1 mais de toutes les btes4 ,il a merveilleusement le sens dcoratif de l'animal1 depuis les volatiles1 ces coqs vernisss et bariols dont il blasonne ses cartons de vitraux1 jusqu'aux grands quadrupdes comme l'lphant1 qui inspira dj les artistes de ,ceylan et de l',extrme-,orient4 ,m4 ,besnard en a souvent fix la silhouette norme et pourtant harmonieuse3 ainsi1 dans ses panneaux de l'cole de pharmacie o il cra ces paysages prhistoriques d'une puissante vision2 on y voit des lphants--masse rocheuse1 montagne qui se dandine--sur des couchants d'un mauve suave4 ,ailleurs1 dans une aquarelle1 des lphants enlvent des femmes nues dans leur trompe1 ce qui est une imagination bien trange et bien troublante--et les balancent en ce hamac de chair rugueuse1 parmi des arbres voluptueux4 ,mais c'est encore le cheval que ,m4 ,besnard prfre1 pour ses lignes frmissantes1 sa robe qui est une palette4 ,il aime faire des portraits questres4 ,souvent il peignit des chevaux1 sauvages et en pleine nature1 ou se cabrant devant la mer1 ou bien encore lgendaires1 d'allure apocalyptique1 dans des sites de rve4 ,mieux que les animaux1 les femmes seront un admirable motif dcoratif pour l'artiste1 qui ramne ainsi toutes les formes une signification synthtique de lignes et toutes les couleurs des accidents du grand ,prisme qui sans cesse se dforme et se rforme4 ,logiquement donc1 ,m4 ,besnard devait tre un peintre de la femme4 ,ici encore s'accuse son sens du moderne4 ,il l'arme d'une parure qu'on sent terrible6 ,et toute la stratgie des volants1 des dentelles1 o le dsir s'lance1 souffre1 meurt6 ,et les bijoux qui sont des feux o on se brle6 ,et les lvres qui sont fausses de trop de fard6 ,charme de l'artificiel6 ,savant maquillage1 cher comme un beau mensonge6 ,les voil1 les femmes du sicle1 cratures de jeu et de proie4 ,c'est le peintre qui les habille4 ,certes1 il sent la mode2 souvent1 il la devine2 mais il ne s'y conforme pas4 ,il ne peint jamais un ajustement sans le dformer1 mettre d'accord les plis avec des mouvements de nature4 ,la robe ici dferle comme la mer4 ,telle jupe qui s'enfle est copie sur les volutes de la flamme qui monte1 sur les arabesques d'un nuage4 ,les voil donc1 tantt textuelles dans de prestigieux portraits comme ceux de ,mme ,jourdain1 de ,mme ,lemaire1 tantt un peu imaginaires1 la fois blondes somptueusement1 finement brunes1 rousses surtout1 ces rousses dont il nous a laiss des nus inoubliables3 leur chair toute moderne1 chair un peu verte comme est la chair des rousses1 d'un vert de linge sous le feuillage2 leur nuque tentante1 fouille par un pinceau sensuel2 puis encore et surtout leurs cheveux1 d'un roux spcial4 ,un roux o il y a de l'or1 du sang1 une patine2 un roux qui mixture les rouilles de l'automne et celles de la chimie2 un roux qui est de la lumire et de la teinture1 qui ajoute la beaut de la nature le raffinement de l'artifice4 ,ne retrouve-t-on pas ici encore1 et son insu1 le peintre aux influences scientifiques8 ,mais ,m4 ,besnard n'a pas besoin1 pour tre coloriste1 de ces motifs clatants4 ,il l'est autant avec du blanc et du noir1 preuve qu'il commence ses portraits par une grisaille2 preuve aussi ses eaux-fortes qui forment une collection admirable1 d'une imagination neuve1 d'une lumire aigu1 d'une facture subtile et large2 telle sa srie d'illustrations pour le livre intitul ,la ,force psychique4 ,car il fait de l'illustration comme il fait de la peinture monumentale1 du portrait1 des paysages1 des animaux1 des vitraux1 des eaux-fortes4 ,sans doute qu'il aurait mme fait de la sculpture1 sans un scrupule de dlicatesse et pour ne pas entrer en jote avec ,mme ,besnard1 qui est un statuaire subtil et puissant4 ,toutes ces formes alternatives sont indiffrentes et familires ce peintre qui est aussi un grand artiste1 c'est--dire un homme d'ides gnrales1 de sensations crbrales et nerveuses1 d'imagination universelle1 et qui entend se servir de tous les moyens d'art pour exprimer sa pense ou son rve4 ,n'avions-nous pas raison de dire1 par consquent1 qu'il tait le contraire de ces spcialistes1 dnoncs par ,baudelaire1 et de lui appliquer le jugement prononc sur ,delacroix3 ,lui aimait tout1 savait tout peindre4 ,cette aptitude tout1 cette fcondit inlassable sont un des signes de la matrise4 ,m4 ,besnard le possde et1 en outre1 toutes les autres qualits d'un matre3 franchise d'un dessin sr de lui-mme1 combinaisons indites de lignes1 audace et science d'un coloris qui clate en harmonies neuves4 ,mais il y a plus3 la peinture1 chez lui1 ne cesse pas d'tre elle-mme pour exprimer des ides2 et c'est ainsi qu'il y apporta un lment d'absolue nouveaut3 la reprsentation d'un ,idal selon la ,science par des moyens plastiques4 ,la ,science est jalouse1 exclusive4 ,le grand rve du sicle1 'aura t de russir quelque alliance avec elle3 tantt l'accord de la ,science et de la ,foi2 puis celui de la ,science et de la ,littrature2 or1 ,m4 ,besnard a vraiment ralis l'accord de la ,science et de l',art4 ,il eut vite fait de renoncer1 lui1 aux dieux et aux hros de ,delacroix1 lequel ne voyait dans la vie que l'ternel conflit de l'humain et du divin1 de la ,religion et de l',histoire4 ,mais leurs calmes ou tumultueuses tuniques sont un peu le vestiaire des sicles2 l',art s'y est trop souvent habill4 ,m4 ,besnard est autrement novateur et moderne3 avec une vision positiviste de la vie1 il nous voque le drame unique de la ,nature o les ,forces voluent en des ,formes et des ,couleurs changeantes1 selon une ,loi incommutable4 ,de sorte que s'il fallait offrir un emblme allgorique de son art1 on le trouverait dans un ,thyrse1 orn de fleurs3 le ,thyrse inexorable comme une figure de gomtrie1 les fleurs qui sont toute la posie de la ,matire4 ,m4 ,,carri,,re ,m4 ,carrire a une conception d'art trs spciale et trs grandiose4 ,seule1 la signification des tres et des choses l'intressant1 il inventa et ralisa une peinture o tout l'accessoire1 ce qui est contingent1 temporel1 ce qui est de race1 d'poque et de caste1 se trouve volontairement nglig1 ddaign1 pour n'aboutir qu' l'essentiel et dgager1 des formes variables1 ce que la vie et la nature ont d'absolu4 ,on devine d'emble la majest svre d'une oeuvre selon une telle esthtique4 ,dj ,corot avait dit3 ,la lune anoblit tout1 parce qu'elle efface les dtails et ne laisse plus subsister que les ensembles4 ,m4 ,carrire1 qui efface aussi les dtails1 ralise le mme anoblissement4 ,ses toiles en prennent galement un air lunaire4 ,il y flotte une fume argentine1 une brume de rve1 la cendre grise envole du sablier des ,heures4 ,il fait soir dans ses tableaux1 commencement de soir1 crpuscule intermdiaire4 ,or tout se simplifie1 l o rgne le soir4 ,et voici1 en effet1 sur les fonds de crpe1 des figures mergeant444 ,ces figures des tableaux de ,m4 ,carrire1 il semble qu'on ne les contemple pas elles-mmes1 mais seulement leur reflet4 ,elles sont comme aperues dans un miroir1 comme aperues dans l'eau1 dont c'est le propre de se prolonger au del d'elle-mme1 d'ajouter de l'infini aux mirages qu'elle absorbe4 ,elles apparaissent dans un recul--est-ce d'espace ou de temps8 ,sont-elles en exil ou dj posthumes8 ,le peintre les voit comme on voit les tres dans l'absence1 comme on les voit dans la mort4 ,je n'aime que ce que garde le souvenir1 dit-il4 ,et c'est cela seulement qu'il peint3 ce qui reste des tres dans la mmoire1 c'est--dire le songe d'eux-mmes1 moins ce qu'ils sont que ce que nous les voulions1 avec des traits purs1 et comme situs la ligne d'horizon du temps et de l'ternit4 ,c'est pourquoi mme ses nus1 des nus d'une beaut souveraine1 n'ont plus rien de charnel1 encore moins de sexuel4 ,ces femmes1 dont le geste abdique jusqu' leur dernier linge1 ont l'air simplement de se dshabiller de la vie et de rentrer dans la ,nature4 ,la ,nature ternelle1 voil la bonne conseillre o ,m4 ,carrire s'inspire4 ,il n'a fait que regarder autour de lui4 ,c'est son propre foyer qu'il a transsubstanti en art4 ,il a tout simplement utilis la compagne de sa vie1 aux nobles traits1 et ses enfants eux-mmes1 pour composer1 en cent toiles pensives1 cet ensemble qu'on pourrait appeler le ,pome de la ,maternit4 ,il a peint la ,sainte ,famille laque4 ,grce naturelle des enfants6 ,tendresse attentive des mres6 ,mais ce ne sont pas seulement des mres qu'il a voulu rendre2 en gnralisant le modle1 il a reprsent la mre3 fonction auguste1 caractre sacr1 sacerdoce humain4 ,il a men son art jusqu'au type1 dans ce qu'il a d'immuable4 ,la mre qu'il peint incarne le total de l'amour maternel4 ,elle a des gestes rsumatoires4 ,quelles admirables treintes1 tendres et passionnes1 le peintre a trouves6 ,quels contournements des mains pour entourer et presser6 ,les mains des mres1 chez lui1 sur les visages des enfants1 sont des fermoirs qui ont l'air de serrer un trsor4 ,ces mains sont des ailes aussi1 avec des allongements1 des appuiements qui couvent444 ,les mains6 c'est ce qu'il y a de plus trange et vocateur1 dans les oeuvres de ,m4 ,carrire4 ,nul1 peut-tre1 parmi les peintres de tous les ges1 n'aura compris1 comme lui1 l'importance des mains1 leur signifiance1 les mystres de l'me qu'elles lucident en mme temps que le visage2 les mains qui sont les chos du visage1 trahissent1 renseignent par leur pleur1 leurs formes1 leurs lignes4 ,est-ce qu'il n'y a pas des signes nigmatiques dans les mains1 qu'on dchiffre1 qu'on interprte1 grimoire de nos destines1 gographie mystrieuse des passions4 ,m4 ,carrire a senti cette importance des mains pour la caractrisation de l'tre4 ,aussi a-t-il fait des tudes de mains1 par centaines1 analyses1 tudies1 lues1 en une sorte de chiromancie de la peinture4 ,m4 ,carrire1 parmi ces attitudes de mains1 toujours neuves et significatives1 a trouv1 entre autres1 un si joli geste1 une si caressante bifurcation au poignet1 comme d'une branche qui se contourne4 ,c'est dans les plantes qu'il a vu ce geste4 ,car1 pour lui1 les plantes sont des tres4 ,les tres sont des plantes4 ,nous tenons aussi la terre1 mais nos racines1 nous les portons1 dit-il1 avec ce lyrisme panthiste dont on sent en lui la source infinie et qu'il panche en paroles courtes1 saisissantes1 brusques1 la bouche ouverte et l'air dtach1 comme ces grands monts receleurs de fleuves1 qu'ils distribuent en petits ruisseaux intermittents4 ,panthiste1 il l'est vraiment1 au point que ce sont des tudes de nature1 prises en ,bretagne1 qui lui ont surtout servi pour son magnifique tableau3 ,le ,thtre de ,belleville4 ,la salle non plus n'est pas close1 pas plus que ses esquisses de paysages dont les chemins continuent1 vont ailleurs4 ,et ces marines du ,finistre1 les voici transposes pour peindre le peuple en remous au spectacle4 ,est-ce que la foule n'est pas la houle8 ,et le peintre lui donne aussi un mouvement de flux et de reflux1 des obscurcissements ici1 avec des accents sans visages1 et plus loin des lumires brusques sur certains groupes qui sont l'cume au soleil de cette masse4 ,or le drame se droule dans le clair-obscur1 la bue trouble444 ,le peuple1 avec son me ingnue1 se passionne1 se donne tout entier4 ,il n'y a plus un public4 ,il y a une foule qui n'est plus qu'une seule pense1 une seule volont1 une seule me4 ,unification merveilleuse6 ,lombroso a parl du crime des foules4 ,voil pour l'action4 ,mais comment raliser la conscience des foules8 ,m4 ,carrire y a russi2 il a peint une foule 7et cela n'tait possible qu'avec le peuple7 rentre dans la ,nature1 devenue pour ainsi dire un lment1 et qui se meut sous le drame1 comme la mer sous la lune4 ,m4 ,carrire a peint aussi des portraits4 ,de la foule1 il chercha dgager la sensibilit2 des individus1 l'intellectualit4 ,c'est pourquoi il ne s'attacha rendre--soit dans des portraits l'huile1 soit dans une srie de lithographies--que quelques artistes d'lite1 des crivains1 des potes3 ,daudet1 ,verlaine1 ,edmond de ,goncourt qui s'y reconnaissait comme model dans du clair de lune1 disait-il4 ,effigies qui racontent toute la vie crbrale du modle1 tonnantes biographies1 qui sont en mme temps des synthses1 pour ainsi dire1 de la condition humaine et de la condition de l'art1 en ce crpuscule d'un ge orageux4 ,ainsi ,carrire largit la signification de chacune de ses oeuvres1 qui n'est plus isole par son cadre4 ,elle communique avec toute la vie morale et sociale4 ,chez lui1 un portrait d'artiste fait penser aux oeuvres1 l'anxit de la production1 aux luttes1 la gloire4 ,une scne de maternit voque l'amour1 les craintes tendres1 les maladies infantiles1 la rapidit du temps qui va bientt tout changer1 qui fait grandir les uns et mourir les autres4 ,les tableaux de foule et de passants1 en grisaille1 racontent le labeur1 la marche aveugle dans la brume du destin o chacun se sent seul444 ,ainsi toujours l'art de ,m4 ,carrire simplifie jusqu'aux ides gnrales1 et c'est le miracle de son haut talent de se projeter au del de lui-mme en restant soi1 d'enfermer tant de philosophie dans des formes qui ont dj leur fin en elles-mmes4 ,m4 ,,jules ,,ch,,ret ,celui-ci est un apporteur de neuf4 ,il a conquis l'art une province nouvelle4 ,il cra l'affiche artistique2 et toute la pliade d'aujourd'hui3 les ,grasset1 les ,toulouse-,lautrec1 les autres--n'a fait que le suivre dans la voie ou il est un matre4 ,c'est en ,angleterre1 pays de la rclame et de l'imagerie1 o il habita longtemps1 que l'ide lui en vint4 ,mais cette ide anglaise1 il l'exprima avec le got suprme et l'esprit endiabl du ,parisien qu'il est4 ,le mlange en demeure apparent4 ,m4 ,chret veut faire un art gai3 papillons et falbalas6 ,il a mme1 dans son atelier1 une collection de papillons1 qu'il dclare les plus beaux modles4 ,son idal de la joie 7le peintre de la joie1 a-t-on dit de lui71 et aussi son idal du mouvement1 sont des apports bien parisiens4 ,la femme qu'il a invente1 la femme de ,chret1 dira l'avenir1 trophe de nerfs et de chiffons1 avec sa grce inne1 son corps onduleux1 sa bouche en oeillet1 ses cheveux d'un blond de vin qui mousse1 est exclusivement parisienne4 ,c'est pour cela sans doute que si souvent1 l'tranger1 nous avons trouv chez les esthtes1 les personnes de got1 telle affiche de lui1 tel pastel4 ,villiers de l',isle-,adam1 dans un de ses contes d'extraordinaire imagination1 proposait l',etna chez soi4 ,possder une oeuvre de ,m4 ,chret1 c'est avoir1 chez soi1 ,paris4 ,mais si son idal de la joie est tout franais1 ce qui vient de ,londres c'est la qualit de cette joie1 souvent dtermine par le souvenir des ,edens et concerts londonniens1 c'est--dire alors une gat plutt britannique1 cette gat maquille1 dsarticule1 qui rit comme chatouille jusqu' en devoir mourir1 et qu'on craint obligatoire la faon de celles des clowns4 ,il y a mme dans son oeuvre un point de jonction des deux influences1 qui est curieux3 un jour1 pour l'illustration du ,pierrot ,sceptique de ,,mm4 ,huysmans et ,hennique1 ,m4 ,chret inventa le ,pierrot en habit noir1 le ,pierrot que rien ne rjouit plus4 ,ce ,pierrot en demi-deuil n'est autre que le ,gilles franais de ,watteau qui a pris1 ,londres1 le frac macabre des ,hanlon-,lee4 ,n'importe6 il faut amuser4 ,le gaz s'allume aux faades de plaisir4 ,l'orchestre chante4 ,l'affiche aussi sonne sa fanfare de couleurs pour la parade de la porte4 ,et quel cuivre sonore que ce joli jaune si aigu1 si spcial dans toutes les affiches de ,m4 ,chret4 ,il existe un bleu dont je meurs1 ,parce qu'il est dans les prunelles4 a dit finement ,m4 ,sully-,prudhomme4 ,il est un jaune dont je ris parce qu'il est dans ses affiches--un jaune ravigotant comme la pelure des citrons4 ,sur la pierre lithographique que l'artiste prpare pour le tirage de ses affiches1 il met toujours ce jaune1 avec du rouge1 avec du bleu4 ,trois couleurs seulement1 primordiales1 sont possibles4 ,il les pose en trois motifs principaux qu'il gradue1 nuance1 augmente1 dgrade--sur la maquette d'abord1 traite en gouache1 avec des frottis de pastel1 puis sur la pierre o il transporte cette maquette4 ,mais l'oeuvre de ,m4 ,chret ne se compose pas seulement de ses admirables affiches4 ,par elles1 il se devinait dj un dcorateur de race1 puisqu'il en orna les murs avec un sens dcoratif large1 dli1 expert aux lignes harmonieuses4 ,depuis1 son talent s'est agrandi extraordinairement4 ,aprs ses affiches1 fantaisies un seul personnage1 il se mit faire de la peinture l'huile1 des dcorations proprement dites1 comdies shakespeariennes avec de multiples acteurs1 des mouvements de foule3 une pour le muse ,grvin1 seulement l'tat d'esquisse1 qui formera une alle de danseuses1 les bras levs en vote2 une pour l',htel-de-,ville qui ornera toute une salle d'un dploiement d'enfants et de figures heureuses2 une autre encore1 termine1 pour la dcoration d'une villa ,evian1 qui constitue un dlicieux ensemble3 plafond1 panneaux de salle manger1 portes1 et trumeaux--sans compter une srie de merveilleuses sanguines par quoi ,m4 ,chret s'affirme directement en filiation avec les matres du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,toujours des ,ftes ,galantes1 des jubils de joie1 o des groupes d'apothose s'enlacent et se dsenlacent4 ,le ,gilles de ,watteau se croyait perdu en ce sicle morose1 et en exil puisqu'il n'tait pas comme les autres444 ,il n'est plus seul4 ,il en a retrouv qui lui ressemblent4 ,un autre ,watteau s'occupe de lui4 ,et il y a encore des pts succulents1 des feux blancs qui ne sont plus ceux du clair de lune1 mais s'en rapprochent444 ,lumires lectriques1 douces quand mme1 et qui lui laissent sa pleur un peu verte1 laquelle il tient444 ,les ,colombines l'aiment ainsi444 ,car les ,colombines aussi sont revenues1 innombrables maintenant4 ,elles dansent des sarabandes autour de lui4 ,elles l'attachent avec des chanes de roses4 ,tout tourne4 ,est-ce cause du vin trop blond8444 ,ou des cheveux blonds aussi8 ,est-ce de suivre la ronde infinissable en ce plafond qui feint d'tre ovale mais l'entrane quand mme1 et entrane les ,colombines et les entrane tous1 en un cercle probablement vicieux4 ,pierrot est ivre un peu4 ,il fait des calembourgs4 ,et la ronde continue au plafond--,olympe de joie1 dans un recul et comme au del de notre atteinte4 ,car ,m4 ,chret1 aprs un dessin minutieux de chaque figure1 a soin d'estomper1 d'effacer1 afin que l'impression soit plus vaporeuse et ferique--,il s'agit bien1 en effet1 d'un spectacle vu comme un rve1 quelque chose d'lectrique1 de lunaire1 de phosphorescent2 les formes qu'on entrevoit parfois dans les flammes bleues du punch2 les jeux fous de la couleur sous des clairages artificiels4 ,tout cela1 ,m4 ,chret s'y vertua4 ,il l'avait dj indiqu en quelque pastels1 ses premires dcorations4 ,or1 un jour1 voici que surgit une imprvue danseuse2 cette ,loe ,fuller 7dont il fit d'ailleurs maintes affiches et peintures7 qui1 moins femme qu'oeuvre d'art1 montra soudain1 ralises1 toutes ses recherches4 ,qui oubliera l'extraordinaire spectacle8 ,miracle d'incessantes mtamorphoses6 ,la ,danseuse prouva que la femme peut1 quand elle le veut1 rsumer tout l',univers3 elle fut une fleur1 un arbre au vent1 une nue changeante1 un papillon gant1 un jardin avec les plis dans l'toffe pour chemins4 ,elle naissait de l'air rose1 puis soudain y rentrait4 ,elle s'offrait1 se drobait4 ,elle allait1 soi-mme se crant4 ,elle s'habillait de l'arc-en-ciel4 ,prodige d'irrel6 ,remous de tissus6 ,robe en feu1 pareille aux flammes o se cache ,brunehilde et qu'il faut traverser pour la conqurir4 ,m4 ,chret s'en enthousiasma3 elle lui donnait raison4 ,est-ce que lui-mme ne faisait pas1 bien auparavant1 du ,loe ,fuller peint8 ,or1 de son ct1 il avait rendu dj la posie des couleurs en mouvement1 ce qui se dcolore et qui se recolore sous des clairages factices1 des feux de ,bengale1 des projections de lumires fondantes4 ,ses oeuvres aussi sont de la danse3 des feries1 des pantomimes1 des ballets4 ,tantt1 dans les affiches1 ils se jouent en plein air1 la clart crue du jour2 tantt1 dans les pastels et les peintures dcoratives1 o rgne un jour de thtre1 ils semblent corrobors par des feux de rampes4 ,figures en rve1 sarabandes de lettres1 carnaval qui se dhanche1 rit1 s'excite1 mais dont on sent--et c'est la philosophie suprieure de cet art--qu'il va s'achever dans une aube livide comme la mort4 ,m4 ,,claude ,,monet ,un des grands peintres actuels1 pour ceux qui estiment que la peinture se suffit elle-mme1 n'a pas pour objet d'exprimer des ides1 des sensations littraires1 mais possde une volupt propre1 dgage une posie qui est sienne1 avec le seul prestige des lignes heureuses1 des couleurs subtiles et accordes4 ,la ,nature entire est nature morte pour un peintre d'une telle esthtique1 qui1 alors1 est surtout un oeil1 une rtine merveilleusement sensible1 un oeil contre lequel1 dans la tempe1 est blotti un cheveau de nerfs1 comme une tlgraphie magique qui communique avec toutes les nuances de l'air4 ,mme au physique1 ,m4 ,claude ,monet se caractrise par un oeil extraordinairement mobile qui1 dans son vaste visage de srnit1 luit1 vrille1 s'broue1 est rinc de rayons1 fourmille1 miroite1 semble taill facettes et avoir aussi les spasmes de lumire du diamant4 ,c'est peut-tre la premire fois1 dans l'histoire de l'art1 qu'un tel oeil s'est pos sur le paysage4 ,et voil pourquoi ,m4 ,claude ,monet a renouvel la peinture de paysage4 ,c'est ainsi chaque fois que parat un artiste original4 ,quand ,banville parlait de la rose1 c'tait comme s'il et t le premier pote ayant vu la premire rose4 ,pour ,m4 ,claude ,monet1 chaque paysage qu'il peint a l'air d'avoir t regard pour la premire fois par un peintre4 ,et la sensation de nature est pour nous aussi1 dans ses toiles1 tout insouponne et toute vierge4 ,c'est cause de cette nouveaut de vision que le peintre fut longtemps mconnu4 ,on refusa ses envois aux ,salons4 ,son ,djeuner sur l'herbe1 admis celui de #ahfd1 y provoqua des colres ou des rires4 ,on sait le mot fameux de ,cabanel sur cet exquis ,corot3 ,les ,corot8 ah6 oui444 a se fait avec le grattage de nos palettes4 ,a plus forte raison1 lui et ses pareils durent juger ainsi les premires oeuvres de ,m4 ,claude ,monet4 ,seuls ,gautier et ,daubigny furent bienveillants1 et surtout ,manet qui1 lui1 se montra enthousiaste4 ,cette amiti de ,manet s'explique d'autant plus1 que son propre art en bnficia4 ,si1 au dbut1 ,m4 ,claude ,monet subit un peu l'influence de ,manet1 il est plus vrai de dire que ,manet subit l'influence de ,m4 ,claude ,monet1 pour toute la seconde partie de son oeuvre4 ,on voit presque le moment prcis o l'affluent se mla au fleuve en marche4 ,c'est que ,m4 ,claude ,monet surtout1 son insu et de par son instinct1 fut un grand novateur4 ,c'est lui qui cassa les vitres des ateliers1 ralisa dans sa totalit ce que le plein air pouvait ajouter de frmissement et de vibration lumineuse la peinture4 ,c'est lui qui clarifia la palette1 la nettoya des ocres1 des obscurcissements sculaires1 et fixa enfin sur la toile toute la lumire1 grce sa technique du ton simple1 du ton fragmentaire1 pos par touches brves et successives4 ,la peinture a suivi ainsi paralllement la science1 les expriences de ,rood1 les tudes de ,chevreul4 ,toutes les couleurs associes donnent le noir4 ,par consquent1 le mlange des tons sur la palette est un acheminement vers le noir4 ,il fallait donc ne pas mlanger les tons1 pour obtenir toute la lumire4 ,m4 ,claude ,monet y a russi4 ,il a saisi jusqu'aux plus fines sensibilits de l'atmosphre1 par sa dcomposition des tons4 ,on peut dire qu'il apprivoisa la lumire1 sans que ce ferique oiseau1 aux ailes couleur du prisme1 ait perdu une plume ou un duvet entre ses doigts4 ,dlicat et puissant1 l'artiste a accumul une oeuvre norme1 peignant ,giverny1 dans le ,midi1 ,antibes1 ,argenteuil1 dans la ,creuse1 dans les neiges du ,nord1 les prs de ,hollande2 mais ce ne sont pas seulement des marines qu'il a peintes1 des dbcles de fleuves gels1 des rives de la ,seine1 des jardins de tulipes1 des aspects de gares nocturnes1 des rues livides de banlieue parisienne1 des brumes londoniennes1 des sries de peupliers1 de meules1 de cathdrales1 de falaises1 sans compter ses merveilleux paysages d'eau1 avec tout le maquillage1 le tatouage enfivr des reflets4 ,outre cela1 ce qu'il a peint1 et principalement peint1 c'est ce qu'il y avait entre le motif de chaque tableau et lui-mme1 c'est--dire l'atmosphre4 ,il a peint surtout ce que les peintres avaient peine vu3 l'air1 ce qui entoure les objets et qui nous en spare1 ce qui les modle1 ce qui les caractrise4 ,les sites et la vie elle-mme varient selon l'tat du ciel1 le caprice des nuages1 la journe ascendante ou au dclin4 ,or ,m4 ,claude ,monet1 en mme temps que tel paysage1 peint aussi l'heure qu'il est1 l'heure o il le voit2 il exprime donc sa vrit ternelle et sa vrit phmre1 comme d'une figure dont on fixerait les lignes1 et1 de plus1 le mouvement4 ,l'aprs-midi1 le paysage est dj diffrent de ce qu'il tait le matin4 ,tout l'clairage atmosphrique a chang4 ,aussi1 le peintre ne travaille que quelques heures au mme effet4 ,le lendemain1 il reprend la toile un moment identique et de caractre analogue4 ,il chelonne parfois plusieurs tableaux1 qui racontent ainsi les volutions de la journe4 ,il faudrait craindre que cette conception d'art ne se condamnt elle-mme l'improvisation1 s'il n'y avait pas la mmoire1 qui emmagasine et vient guider1 corriger1 les jours suivants1 par le souvenir de la premire perception4 ,art tout spontan1 et par consquent inpuisable que celui de ,m4 ,claude ,monet1 qui1 avec son pinceau prestigieux comme un archet1 tira1 des sept couleurs1 d'infinies variations4 ,m4 ,claude ,monet est le ,paganini de l'arc-en-ciel4 ,m4 ,,raffaelli ,m4 ,raffaelli est un exemple topique l'appui de la thorie sur l'influence des milieux que ,taine prconisa4 ,pour avoir habit longtemps ,asnires1 pour avoir vcu dans cette zone intermdiaire qui spare les grandes villes de la pleine campagne1 il se mit peindre la banlieue et y trouva une voie fconde1 neuve1 indfinie4 ,surtout que la banlieue parisienne est spcialement significative1 mouvante1 avec ses terrains nus1 pels1 ravags1 comme si une bataille s'y tait livre4 ,et n'est-ce pas la frontire1 en effet1 o la ,nature et la ville se joignent1 se heurtent1 luttent1 se dciment l'une l'autre1 au point qu'on ne sait1 en fin de compte1 laquelle des deux l'emporte8 ,est-elle urbaine1 cette rgion contamine o les maisons se dbandent1 ou les rues meurent inacheves8 ,est-elle rurale1 cette terre dont l'herbe est rase1 les arbres malingres1 les champs jonchs de dtritus et habills de la fume noire des usines8 ,mais1 pour un peintre1 quel caractre dans cette banlieue6 ,or ,m4 ,raffaelli1 de par son talent raisonneur1 logique1 devait surtout aimer les aspects dont il serait possible de formuler avec prcision le caractre4 ,il a l'esprit trop formel pour aboutir des synthses ou des symboles4 ,ce serait un peintre plutt raliste1 encore qu'il ait expos1 nagure1 avec les impressionnistes1 dans le groupe desquels on le confondit4 ,mais1 en ralit1 il n'est d'aucune cole4 ,sa personnalit est unique2 ce domaine d'art de la banlieue lui est propre1 et son esthtique aussi1 qui le lui a fait exploiter avec acuit et avec quelque chose de la main dcide des chirurgiens4 ,c'est que cette terre suburbaine a pour lui un visage1 un corps pour ainsi dire4 ,terre malade1 que des anmies1 des cancers1 des arthrites rongent4 ,le peintre suit les lignes du terrain comme des muscles4 ,son pinceau a des rigueurs qui dissquent4 ,il dtaille l'anatomie du sol4 ,il va jusqu' l'ossature4 ,et mme dans la couleur1 voici des bleus de misre et de froid1 des rouges de dartre444 ,et les plis des terrains s'accordent avec les plis des vtements4 ,car ces contres suspectes sont occupes par quelques figures3 un rdeur1 un chiffonnier1 un terrassier 7parfois aussi un vieux cheval74 ,or1 ceux-ci ne sont-ils pas1 leur tour1 comme une banlieue d'humanit8 ,epaves de la grande ville1 vaincus par elle1 et incapables1 d'autre part1 de rentrer dans la simple vie des champs1 qui commence plus loin4 ,ces corps en ruine1 aussi ravags que les terrains1 ces haillons aussi dcolors que les cultures1 ,m4 ,raffaelli excelle mmement les exprimer1 mais sans apitoiement pour ces existences vagabondes1 toujours avec la mme rigueur d'me et de dessin1 qui ne se proccupe que de dgager leur caractre avec sincrit4 ,la sincrit1 voil la qualit dominante de ce bel artiste4 ,et l'orientation de son oeuvre mme nous en fournit une preuve curieuse4 ,il peignit la banlieue tant qu'il vcut ,asnires4 ,or1 depuis ces dernires annes1 il est revenu habiter ,paris4 ,eh bien6 rentr ici1 il eut des yeux neufs--ce ,parisien de ,paris1 pourtant--ou1 du moins1 des yeux renouvels par l'absence1 pour regarder la ville1 les rues1 les boulevards1 les passants4 ,et le peintre de la banlieue est devenu le peintre de ,paris4 ,intressant avatar o son esthtique foncire subsista2 car il chercha encore peindre les divers quartiers en exprimant surtout leur caractre distinctif3 une toile est le quartier ,saint-,sulpice1 discret et ecclsiastique2 une autre1 les ,champs-,elyses1 d'lgance mondaine1 mouvemente1 avec de riches nourrices pavoises comme des golettes2 une autre encore1 la place de la ,rpublique1 d'aspect marchand et populaire4 ,et toute une srie s'enchanera4 ,cette volution prouve combien ,m4 ,raffaelli est sincre et combien aussi il est chercheur4 ,il rentre moins que personne--quoiqu'on le suppose le peintre attitr et exclusif de la banlieue--dans le cas de ces peintres spcialistes que ,baudelaire dnonait avec raison4 ,lui1 au contraire1 s'est achemin dans tous les sens3 outre des paysages de ville et de faubourgs1 il a peint les petites gens1 des fleurs1 le monde des cafs-concerts1 des portraits1 celui de de ,goncourt qui est au ,muse de ,nancy1 ceux de mondaines dont il a russi les luxueuses parures avec le mme pinceau qui peignait des haillons4 ,et toutes les matires3 huile1 aquarelle1 pastel1 crayon1 sans compter le burin1 car il fait des eaux-fortes1 entre autres des eaux-fortes en couleur dont il opre lui-mme le tirage4 ,et de la sculpture aussi1 o il essaya d'innover1 de crer en bronze des sortes de bas-reliefs ajours qu'on pourrait suspendre au mur des appartements comme des tableaux4 ,qu'est-ce qu'il n'aborda pas encore8 ,il essaya de la ferronnerie1 des bijoux qui taient de vastes fleurs1 d'inquitants animaux4 ,enfin il manie la plume1 ami des crivains1 crivant lui-mme4 ,il consigna de nombreuses notes et penses sur l'art1 qu'il publiera peut-tre un jour4 ,il suit en cela la tradition de maints grands artistes3 est-ce que ,michel-,ange1 ,quentin-,metzys et1 de nos jours1 ,fromentin1 n'ont pas pratiqu ces cumuls8 ,les formes d'art sont les moyens d'expression d'une me artiste4 ,mais cette me surtout importe1 et l'oeuvre d'art n'intresse mme que parce que une oeuvre d'art est un tat d'me1 selon la dfinition que ,m4 ,raffaelli en a trouve1 et dont toute son oeuvre1 aigu et pittoresque1 est la confirmation1 puisqu'il s'y raconte lui-mme sous la forme de sites et de passants qui n'avaient de joie ou de tristesse que la sienne4 ,m4 ,,james ,m4 ,n4 ,,whistler ,peintre amricain1 habitant ,londres1 il fut aussi naturalis parisien1 surtout depuis qu'il apporta comme don de ,joyeuse-,entre1 pour le muse du ,luxembourg1 ce chef-d'oeuvre3 ,portrait de la mre de ,whistler4 ,quelle ligne hardie et neuve que celle de ce long corps peine entrevu dans la robe noire6 ,et quelle pntration psychologique3 l'me mme remonte au visage1 car c'est elle qui claire de son rose de couchant les joues que l'ge a faites ples4 ,et ces blancs si chastes3 celui du bonnet de dentelle1 celui du mouchoir tenu en main avec ce geste1 on dirait1 d'une premire communiante6 ,est-ce que la vieillesse ne ramne pas la puret initiale8 ,et le noir profond1 mouchet de fleurettes1 de la tenture1 cette tenture significative derrire laquelle on sent que toute la vie de la femme frissonne encore1 mais s'loigne1 s'oublie6444 ,et pour raccorder ces blancs et ces noirs1 le gris d'ensemble qui adhre aux murs1 flotte en bue1 propage ses sourdines1 unifie sa cendre morte1 comme s'il tait au dehors1 la cendre des annes envole du coeur maternel6 ,dans ce portrait d'une beaut sans date et qui porte dj comme un air d'ternit1 la patine anticipe des sicles1 ,m4 ,whistler s'exprima avec une sincrit1 une motion1 qui1 du coup1 le menrent jusqu' la grandeur1 lui qu'on imaginait seulement compliqu1 arrangeur de got suprme1 et d'un subtil dandysme d'art et d'esprit4 ,dandy1 certes1 il le fut toujours4 ,et par ses attitudes1 son mpris du naturel1 ses ddains1 son esprit cruel1 on ne sait quoi de thtral et d'artificiel1 il fait penser ,barbey-d',aurvilly1 exgte du dandysme4 ,il y fait penser aussi par sa combativit toujours en veil4 ,ses dmls furent mmorables4 ,il vcut en guerre contre ,burne-,jones et les prraphalites1 dont l'art1 son avis1 est trop littraire1 peu original1 et ne fait que recommencer les primitifs4 ,on sait aussi son procs contre ,ruskin1 l'illustre critique4 ,de tout cela1 est rsult un livre3 ,le doux art de se faire des ennemis1 dit avec un luxe unique et cette recherche esthtique que ,m4 ,whistler apporte tout4 ,il y a l1 entr'autres1 le ,ten o'clock1 causerie faite ,londres et ,oxford4 ,oui1 nous observait-il1 j'ai voulu1 aprs que tout le monde avait dit ce qu'il pensait de cet homme1 que cet homme vint dire ce qu'il pensait de tout ce monde4 ,ce dut tre un spectacle piquant que d'assister la lecture de ce fin et mordant brviaire d'art1 accentu par toute la mimique savante de l'auteur et son physique trange3 l'oeil luit derrire un monocle1 la bouche se retrousse en rose chiffonne1 une lgendaire petite mche blanche1 unique1 s'insurge en aigrette dans la chevelure plus fonce2 il rit par saccades1 et une malice ptille sur tout son visage1 ce visage tourment1 ouvrag comme un ivoire japonais4 ,n'est-il pas bizarre1 ce got du bruit et des algarades avec la foule1 chez un peintre dont l'art est si aristocratique8 ,c'est peut-tre qu'il aime la bataille la faon d'un sport1 et s'amuse de ses ennemis comme d'un tir aux pigeons4 ,aprs quoi il rentre dans le rve4 ,ses tableaux sont des rves de la couleur4 ,d'abord cause de son gris unique3 on dira un jour le gris de ,whistler1 comme le roux de ,rembrandt1 le rose de ,fragonard4 ,ce gris indfinissable est fait de toutes les nuances4 ,un peu blanc1 un peu bleu1 un peu vert4 ,quand on regarde un de ses tableaux1 c'est comme si on entrait au dedans d'une perle4 ,gris de brume et de lointains1 moins invent pourtant qu'observ et copi4 ,c'est le gris tendre des ctes d',angleterre1 la couleur de la mer du ,nord et du ciel qui1 l't1 est au-dessus1 ce gris d'horizon o le bleu ple du ciel et le vert ple de la mer s'unissent et ne font plus qu'un4 ,nuance subtile et bien d'accord avec les sourdines et les pnombres auxquelles le peintre se complait4 ,il est le symphoniste des demi-teintes1 le musicien de l'arc-en-ciel4 ,nul n'a mieux compris les rapports mystrieux de la peinture et de la musique3 sept couleurs comme il y a sept notes1 et la faon d'en jouer1 avec ce qu'on pourrait appeler les dises et les bmols du prisme4 ,et comme telle symphonie est en r1 telle sonate en la1 ses tableaux aussi sont orchestrs selon un ton1 par exemple la ,dame l'iris1 fleur mauve pose dans la main de la femme comme une note et signifiant que tout le portrait sera une polyphonie colore des lilas et des violets4 ,ce qui prcise mieux encore cette curieuse esthtique1 ce sont les titres de certaines petites toiles1 figurant des crpuscules de ,venise ou de ,londres1 qu'il intitula lui-mme des ,nocturnes1 paralllement ceux de ,chopin1 mais d'un ,chopin serein et qui rve au lieu du ,chopin malade et qui pleure2 titres significatifs3 ,nocturne en bleu et argent2 nocturne en bleu et or4 ,c'est toujours le ton des horizons maritimes d',angleterre1 ici devenu plus bleu1 comme il deviendra plus gris dans des tableaux d'intrieur o les personnages voluent parmi le clair obscur du crpuscule en cendre4 ,en cela il est bien du pays o il se fixa et dont il porte partout le ciel dans ses yeux4 ,de mme1 dans ses admirables portraits1 ceux de ,carlyle1 de miss ,alexander1 de ,sarasate1 son portrait par lui-mme1 et les autres1 et tous1 il se rvle de son pays d'origine1 de cette inquitante ,amrique1 de la race qui a produit ,edgar ,po4 ,les modles en sont obsdants4 ,surtout les femmes1 qui1 toutes modernes et mme en toilettes de bal1 hantent aussi comme des ,ligeia et des ,morella1 mergeant1 en apparitions1 du crpuscule des fonds4 ,il y a de l'nigme dans tous les personnages de ses portraits4 ,on ne sait s'ils rentrent dans la vie ou s'ils en sortent presque4 ,ils sont la ligne d'horizon o tombe le jour de l'ternit4 ,ils ont l'air anoblis par l'absence1 dj dans le recul du temps1 presque posthumes eux-mmes4 ,ils sont ce qu'ils auraient d tre1 ou ce qu'ils deviendront4 ,et c'est sans doute pour ne point dranger cette atmosphre hallucine1 un peu somnambulique1 de ses oeuvres1 que ,m4 ,whistler1 souvent1 se garde d'y introduire la ralit trop formelle de son nom4 ,comme sa manire est tout de suite vidente et son originalit unique1 il signe d'un emblme qui est1 pour lui1 une signature suffisante3 une sorte de papillon immobile1 petit vol fantomatique--comme s'il signait de son me4 ,,sculpteurs ,m4 ,,rodin ,m4 ,rodin est un des rares hommes de gnie actuels4 ,nul n'aura davantage rvolutionn son art1 si ce n'est1 quant la posie1 ,victor ,hugo auquel il fait songer4 ,grce lui1 la sculpture est devenue le drame1 c'est--dire quelque chose de vivant et d'humain1 au lieu de la tragdie compasse1 de l'art d'hypoge1 qu'elle tait4 ,la sculpture antrieure en tait arrive quelques attitudes conventionnelles1 un crmonial restreint de gestes nobles4 ,m4 ,rodin se renoua la sculpture du moyen ge1 qui sortait du peuple et en tenait son grand accent humain4 ,ainsi il offrit son tour des gestes1 des attitudes de corps d'une nouveaut qui dconcerte4 ,gestes et attitudes moins trouvs que retrouvs2 non plus acadmiques1 mais humains1 enfin6 ,il lui avait suffi de regarder directement les hommes1 les pauvres et tragiques hommes1 sans plus le souvenir des dieux1 des hros1 des figures allgoriques1 tout l',olympe surann1 toute l'humanit factice des coles4 ,alors il vit qu'il y avait1 non plus quelques gestes1 quelques attitudes uniquement beaux2 mais des milliers de gestes1 des milliers d'attitudes1 qui tous taient beaux444 ,l'humanit est divine comme la vie4 ,chaque tre1 et chaque minute de chaque tre1 est de l'art4 ,varit infinie6 ,est-ce que les corps s'allongent ou se tordent de la mme manire pour souffrir1 aimer1 dormir1 songer1 mourir8 ,du coup1 ,m4 ,rodin avait trouv le moyen de renouveler la sculpture4 ,il libra les gestes et les attitudes4 ,ainsi ,hugo libra les vers et les hmistiches1 prouvant que1 dans le moule de l'alexandrin1 qui semblait strict1 on pouvait diversifier le rythme l'infini4 ,ainsi ,m4 ,rodin1 de son ct1 diversifia les lignes avec une varit sans fin qui ne drive que de sa lucide observation et de son visionnaire amour de la ,nature4 ,car il ne s'agit jamais chez lui d'intentions littraires ou de symbolismes1 comme les mal clairvoyants1 l'ont pu croire4 ,il ne s'inquite que de la ,nature4 ,il affirme bon droit ne s'inspirer que d'elle1 et prtendre uniquement l'interprter1 voire la copier4 ,on s'tonne444 ,mais c'est par l prcisment qu'il est un grand artiste4 ,l'art1 c'est cette toile2 je la vois1 et vous ne la voyez pas6 disait dj ,prault4 ,m4 ,rodin a1 pour voir la ,nature1 des yeux que nous n'avons pas1 et que les artistes ordinaires n'ont pas non plus4 ,c'est le propre des matres d'apercevoir des analogies qui chappent aux autres4 ,le pote1 lui1 dcouvre les rapports mystrieux des ides1 les analogies dans les images et il les exprime par le rythme4 ,ce rythme est le mme dans tout l',univers4 ,le vent dans les arbres1 la mer sur les grves1 le battement d'un sein de femme1 vont selon le mme rythme4 ,l'art1 de son ct1 a pour objet les analogies dans les formes et les exprime par le model4 ,or ,m4 ,rodin dcouvrit cette loi que--comme le rythme est le mme dans tout l',univers1--il y a aussi dans la ,nature intime le mme model4 ,c'est--dire une semblable alternance de creux et de bosses1 qu'il s'agisse du rocher1 du caillou1 de l'arbre1 de l'animal1 de l'homme4 ,la lumire y est intermittente1 joue1 se distribue pareillement4 ,et ce model uniforme de la ,nature n'est jamais gal4 ,si on prend un fruit1 par exemple et qu'on le fasse tourner sur lui-mme1 comme la terre tourne1 on remarque que chaque profil diffre4 ,cette grande loi de la ,nature1 ,m4 ,rodin l'a applique toutes ses figures1 qui en tirent leur suprme accent de vie4 ,on comprend ainsi certains de ses torses humains1 pareils des ceps noueux1 des corces d'arbres4 ,et cette figure extraordinaire1 qui doit servir pour son monument de ,victor ,hugo au ,panthon1 et sera une ,muse surplombant1 au vol horizontal3 un buste et un ventre de femme1 rien que cela2 mais c'est assez pour suggrer tout le paysage de la chair1 comme un site choisi par un peintre suggre tout un pays et toute la nature4 ,etonnant morceau qui offre1 lui aussi1 cette loi du mme model de toute la ,nature4 ,model violent que celui-ci1 tumultueux et minutieux1 chair ravine comme une grve1 corps bossu comme une roche1 avec des creux et des reliefs accumuls4 ,le model des autres sculpteurs1 auprs de celui-l apparat un model primaire1 se contentant1 avec ses surfaces presque lisses1 de donner l'aspect approximatif des corps1 et plutt la musculature gnrale que la vrit de la chair1 impressionnable comme une eau qui sans cesse se crispe et change de place en place4 ,si ,m4 ,rodin a pu dcouvrir cette grande loi de la ,nature 7inaperue des autres hommes1 mme des artistes plus infrieurs7 qu'elle offre partout le mme model1 c'est qu'on peut dire d'un artiste comme lui qu'il vit de plain-pied avec la ,nature4 ,il s'gale elle4 ,il est lui-mme une force de la ,nature2 et ceci pourrait bien tre la dfinition la plus exacte de tout homme de gnie4 ,dans ce cas1 le gnie de ,m4 ,rodin est vident4 ,il cr comme la ,nature4 ,d'abord il agit selon ses procds puisqu'il est d'accord avec son model--7de mme qu'un crivain de gnie est d'accord avec son rythme1 toute belle phrase1 tout beau vers1 ayant le mme rythme que la mer1 la fort1 la respiration humaine suspendue des seins de femme74 ,ensuite1 il a1 comme la ,nature1 une varit infinie4 ,la ,nature jamais ne se recommence4 ,ni non plus l'homme de gnie qu'est ,m4 ,rodin4 ,lui galement cre depuis la fleur jusqu' l'lment1 c'est--dire depuis une petite figure de nymphe1 au corps comme une tige1 jusqu' son ,balzac aussi tumultueux que la mer444 ,mais la varit n'est pas suffisante sans la fcondit1 autre trait de la ,nature1 autre signe du gnie4 ,or ,m4 ,rodin a produit avec une abondance inlassable et vraiment dconcertante4 ,on se demande comment un seul homme y a pu suffire4 ,et c'est bien vraiment1 et plutt1 une force cosmique qui cre ainsi4 ,des centaines d'oeuvres1 dj produites et clbres2 et des centaines encore1 qui demanderaient tre excutes en grand1 quoique toutes dfinitives dans leurs proportions rduites4 ,mme les notes de l'artiste1 c'est--dire d'innombrables figures1 esquisses1 maquettes1 ces notes1 qui1 d'ordinaire1 lorsqu'il s'agit d'autres sculpteurs1 sont incompltes et ne servent que pour eux-mmes1 apparaissent1 quant lui1 dfinitives et ralises1 mme pour tous4 ,ainsi encore fait la ,nature1 dont les bauches1 mme incompltes1 sont parfaites4 ,un autre caractre de la ,nature1 c'est que1 chez elle1 la puissance est en mme temps de la douceur4 ,un paysage vaste de plaine ou de fort est grand4 ,il est doux aussi4 ,c'est pourquoi il est reposant4 ,on retrouve ce caractre dans les figures de ,m4 ,rodin o la vigueur s'allie de molles flexions de lignes1 un model qui frmit comme d'un souvenir de caresse4 ,c'est dans ce cas-l que son art se recueille1 oblige parler bas1 devient en quelque sorte sacr4 ,telle cette figure de l'homme qui baise son enfant2 ou celle du rveil d',adonis1 dont une nymphe coute le coeur battre1 si grave6 ,ses oeuvres ont encore cette autre ressemblance avec les crations de la ,nature1 c'est d'apparatre sans date4 ,l'histoire1 la lgende1 des nymphes1 des monstres marins1 des corps humains1 tout ce qui est1 tout ce qu'on rva et qui1 par consquent1 est aussi1 tout l',univers physique et crbral1 constitue la matire de son art2 et1 comme la ,nature1 il est contemporain de tous les temps444 ,il y a une figure de lui bien tonnante cet gard2 une tte d'homme1 borgne1 une oreille dchire1 accourant vers celui qui le regarde1 juif-errant des sicles1 la bouche ouverte dans une clameur de fou qui semble crier depuis deux mille ans et criera encore dans deux mille ans4 ,un jour1 nous avons senti1 par une sorte de minute rsumatoire1 combien il est vrai de dire que ,m4 ,rodin s'gale la ,nature et en fait partie1 pour ainsi dire444 ,pour mettre en vidence un fragile groupe3 trois petites femmes nues enlaces et dansant comme au tournoiement d'une toile1 il les posa sur un vieux vase gallo-romain 7elles taient censes reprsenter l'esprit du vase74 ,pour quilibrer celui-ci1 l'artiste l'entoura1 la base1 de fruits qui se trouvaient l1 par hasard1 des coings sur leurs branches encore feuilles2 il tanonna le vase de terre rose1 avec les belles pommes d'un jaune de couchant4 ,le frle groupe de pltre1 au-dessus1 dansait4 ,des fils de toiles d'araigne rejoignaient les bras1 comme des fils de la vierge les trois roses blanches d'un mme rosier4 ,un papillon s'y tait pris1 on ne sait quand et1 mort1 gisait444 ,agencement merveilleux444 ,tout cela constituait un pome de nature1 comme n ainsi4 ,l'oeuvre de sculpture n'tait que la partie d'un tout1 un fragment de ce pome de nature1 semblable au reste444 ,et les mains craintives de ,m4 ,rodin entouraient le fragile accord de tout cela1 le prolongeaient1 avaient l'air d'en faire partie encore un peu1 de commencer seulement s'en sparer1 comme un crateur de sa cration4 99 99 99 ,puisque ,m4 ,rodin est si conforme la ,nature1 il devait ncessairement accorder l'amour dans son oeuvre la mme importance capitale qu'il a dans la ,nature elle-mme4 ,parce que son art est humain1 parce qu'il a introduit la passion dans la sculpture 7devenue drame au lieu de tragdie7 il choisira plutt les paroxysmes de l'amour et de la volupt4 ,mais il connat et exprime tout l'immense clavier1 depuis l'idylle ingnue jusqu'aux frnsies de la pire luxure4 ,dans le ,baiser1 hymen auguste1 groupe admirable du couple ternel qui s'enlace1 il mne l'amour jusqu' l'attitude sacre444 ,fonction de la ,nature4 ,loi des espces444 ,tout fait silence autour444 ,l'amour se hausse une majest444 ,l'amour1 ici1 est religieux4 ,l'homme enlace si tendrement4 ,la femme s'abandonne si chastement444 ,toutes les lignes du groupe se fondent444 ,on ne distingue plus l'homme de la femme4 ,unit du couple444 ,mystre de la ,sainte ,dualit444 ,a l'oppos de cette conception de l',amour1 selon la ,nature elle-mme1 toujours chaste et noble1 ,m4 ,rodin exprima l'amour selon les hommes1 c'est--dire tel que l'ont dform les passions1 les fivres1 l'hrdit1 l'alcool1 la maladie1 la tristesse1 l'ennui1 la cruaut1 la curiosit4 ,il a rendu l'amour ternel1 mais aussi l'amour actuel4 ,haillons humains tremblant et claquant comme des drapeaux dans le vent de la concupiscence6 ,ah6 comme il les fixe1 cet extraordinaire sculpteur1 les affres du dsir6 ,c'est l'immortelle douleur du couple de la ,gnse1 uni1 spar1 et qui se cherche1 se perd1 se retrouve1 se runit1 se hait entre des baisers ayant le got des larmes4 ,les voil1 les amants innombrables3 torses1 croupes1 seins et lvres mls--et si voraces l'un de l'autre6 ,cent scnes inventes par le sculpteur o la sensualit terrible1 crie1 treint1 jouit1 en des contorsions qu'on dirait plutt celles du dsespoir ou de l'agonie4 ,ici surtout s'atteste la prodigieuse observation de l'artiste qui a l'air d'inventer des gestes indits1 des attitudes varies et sans fin1 mais en ralit1 aurait pu les voir et ne fit qu'en deviner la quotidienne ralit4 ,la mimique de la volupt est infinie4 ,et elle est toujours belle puisqu'elle est conforme la ,nature4 ,m4 ,rodin en fixa quelques aspects1 assez pour rompre avec les poncifs sentimentaux en cette matire et apprendre aux sculpteurs futurs qu'il y avait l trouver des figures sans fin1 rien qu'en suivant docilement l'exemple humain4 ,ici1 un couple heureux sur un monstre marin1 absorb dans son bonheur1 insoucieux du pril et de la mort qui est toujours de l'autre ct de l'amour2 l1 une figure qui est une femme aux gestes crisps1 l'pine dorsale comme un arc dtendu1 prostre par quelque brusque adieu2 l encore1 une vieille1 le ventre bossu1 qui attend1 lubrique encore4 ,voil un groupe effrayant3 la ,tentation de saint ,antoine2 le moine est couch tout de son long2 la tte est souveraine1 elle regarde la terre4 ,toute l'importance est dans la partie basse du corps1 norme et qui bombe sous le froc2 par-dessus1 une femme1 nue et serpentine1 se prlasse ainsi que sur une bte vaincue2 et le saint1 en effet1 est accroupi1 comme dans un commencement1 dj1 d'animalit4 ,voici surtout1 plus terrible encore1 une autre oeuvre3 le groupe d'un amant acharn l'amante et qui se trane aprs elle1 cramponn ses seins comme des clous1 martyr1 en rut de sa croix6 ,obstination aveugle6 ,supplice d'un couple dsappari1 o l'un des deux cessa d'aimer6 ,spectacle tragique444 ,oh6 ces ples marbres1 ces nocturnes bronzes1 tmoignage de nos passions fix par le sculpteur1 et qui attestent l'humanit effare que l'amour1 au fond1 est tragique et ressemble surtout au malheur4 ,il y a loin de ces figures celles du ,baiser4 ,celle-ci1 c'est l'hymen des premiers jours du monde1 des aubes o la nature et l'humanit taient jeunes4 ,ivresse d',adam et ve6 ,couple en accord parfait1 que tout couple1 aujourd'hui1 n'est plus qu'une seule minute dans le cours de son amour4 ,aprs1 viennent les tourments que les amants se crent eux-mmes1 ou que leur suscitent l'appauvrissement du sang1 les nerfs1 les vices1 la frnsie de leur dsir mme4 ,alors ce sont les treintes fivreuses1 les corps cabrs par le fouet des excitants1 vins et drogues1 les enlacements jaloux et fous1 les caresses qui s'vertuent aprs un nouveau pch1 les passions quivoques4 ,m4 ,rodin1 notateur de la volupt1 est all jusqu'au bout4 ,il a suivi l'humanit jusqu'en les pires erreurs et dlires des sens1 l o on aboutit aux treintes dans le vide1 aux coupables dlices d',onan ou de ,lesbos4 ,les artistes japonais1 les sculpteurs des cathdrales taient1 ici1 pour lui servir de prcdents et de caution4 ,il y a surtout1 de lui1 dans ce sens1 une rcente et merveilleuse collection de dessins qui sont des dconcertantes synthses1 des nus enlevs d'un trait instantan o la gouache a prcipit le ton nuanc de la chair1 toute une humanit fminine1 avec des afflux obses1 des maigreurs extrmes de dcadence1 seins boursouffls1 gorges comme des grappes de raisins sus1 cuisses aux ampleurs d'animaux1 hiratismes comme d'idoles1 accroupissements comme de sphynx4 ,toute la beaut du corps1 ici2 et1 l1 tout le ridicule frileux du nu4 ,mille attitudes encore une fois1 depuis la pose ingnue d'une vierge sans voiles qui songe1 jusqu'au cabrement d'une femme damne que son plaisir solitaire tord sur la blancheur du papier comme sur un lit4 ,dans la notation de ces tranges aspects de la passion1 ,m4 ,rodin ne cesse pas d'tre selon la ,nature1 laquelle connat aussi les dformations4 ,et la preuve c'est qu'ici encore son art est sans date1 caractre qui marque les oeuvres de la ,nature et marque aussi les siennes1 mme celles de cet ordre4 ,si peu dates1 qu'on pourrait croire1 quant ces dessins1 gouachs1 des peintures venues de quelque temple d',assyrie ou d'une cellule libidineuse de ,pomp444 ,peinture murale1 vieille de sicles1 et reporte par on ne sait quel miracle gal au rentoilement1 sur un bristol d'aujourd'hui4 99 99 99 ,m4 ,rodin n'a pas seulement exprim l'amour2 mais toutes les passions4 ,son art va plus loin que les cas4 ,il s'agrandit la beaut de l'ide gnrale1 une philosophie de la vie1 dans son admirable ,porte de l',enfer1 qui1 elle aussi et encore une fois1 n'a rien de contemporain et de contingent1 droule la permanente ,humanit4 ,c'est un tableau des ,passions1 toutes les passions1 regard par la grande figure qui est au sommet et reprsente1 non pas mme ,dante1 mais le pote ternel1 pensif et nu1 en communion avec ce que ,baudelaire appelait le spectacle ennuyeux de l'immortel pch4 ,c'est1 en effet1 du ,baudelaire sculpt4 ,porte d'entre du ,jardin des ,fleurs du ,mal autant que ,porte de l',enfer4 ,ici roulent ple-mle1 comme des pentes mmes de la vie1 les inquiets du dsir1 les maudits de la luxure1 les dchus de l'orgueil1 les damns de l'avarice1 les repus de la gourmandise1 les congestionns de la colre1 les amaigris de l'envie1 toutes les victimes des vices capitaux4 ,porte pleine de pchs6 ,porte qui est une treille satanique1 le rpertoire des passions1 l'examen de conscience de l',humanit4 99 99 99 ,mais l'art de ,m4 ,rodin n'a pas connu que les passions et leurs paroxysmes4 ,il eut ses heures de crbralit1 de srnit auguste4 ,a ct de ,baudelaire1 il y a un ,michelet4 ,ce sculpteur fut aussi un historien4 ,et prcisment un historien la ,michelet4 ,mme son model1 dans ce cas1 procde par raccourcis fulgurants1 par bonds fivreux1 avec de grandes sautes comme celles du vent sur une eau4 ,ainsi il prsenta avec une loquence pathtique1 l'pisode grandiose des ,bourgeois de ,calais1 emprunt ,froissart1 groupe admirable o l'on voit les six hommes1 nu-tte et pieds nus1 aller vers ,edouard1 roi d',angleterre1 sur un plan uniforme1 sans le mlodrame des gestes1 dans la grandeur de la douleur humaine4 ,il fut encore historien en son monument de ,victor ,hugo qui est une biographie suprieure du pote4 ,est-ce que le visage qu'il nous donne n'est pas plus explicatif que les plus longs tomes de critique8 ,c'est le visage d'un lment1 le visage de quelqu'un qui a l'air plus grand que l'humanit1 offre un aspect minral ou vgtal1 semble plutt appartenir l'ternit de la nature4 ,visage sourcilleux que celui du pote avec son front de pierre1 ses sourcils de gramen1 sa barbe d'herbe sauvage4 ,et la magnifique ligne hardie de la jambe1 qui s'allonge et se prolonge comme la racine d'un arbre6 ,il est figur devant la mer1 ce propice ,ocan au bord duquel il vcut dans l'exil et qui agrandit le gnie du pote jusqu' la proportion de lui-mme4 ,autour les ,muses diverses4 ,mais non pas l'tat de ,muses allgoriques2 des femmes plutt2 non des apparitions1 mais des prsences1 toujours fidles1 toujours chuchotantes444 ,l'une1 surtout1 est d'une beaut1 d'une nouveaut uniques3 celle qui dtient le secret des ,voix intrieures1 discrte1 pudique1 vtue des mousselines du brouillard1 recroqueville1 comme ayant l'air de couver des vers qui n'ont pas encore d'ailes444 ,les autres sont la ,muse tragique1 la ,muse lyrique4 ,on dirait une scne de lgende4 ,mais ce qui y domine1 c'est quand mme l'humanit de ,victor ,hugo1 ressemblant et textuel1 tel que l'artiste nous l'avait dj fix1 auparavant1 dans deux tonnantes pointes sches4 ,car ,m4 ,rodin fut portraitiste aussi1 si on peut dire4 ,il a fait d'expressifs bustes3 de ,puvis de ,chavannes1 de ,m4 ,octave ,mirbeau1 de quelques femmes1 dont l'une1 au ,muse du ,luxembourg1 s'offre dans le marbre blanc avec une grce si royale et si calme4 ,mais o il fut surtout historien1 c'est dans sa statue de ,balzac4 ,on n'oubliera pas de longtemps les clameurs que cette oeuvre hardie suscita4 ,on peut dire cependant qu'elle ne faisait que continuer toute l'oeuvre antrieure du sculpteur1 ce progressif acheminement plus de synthses et qu'elle n'en est1 en somme1 que l'aboutissement et la tumultueuse conclusion4 ,ici surtout il s'est montr un historien la ,michelet1 c'est--dire un historien visionnaire1 se proccupant moins de vrit littrale et de ressemblance que d'vocation et de suggestion4 ,c'tait le seul moyen pour susciter devant les foules venir le dconcertant gnie qu'est ,balzac4 ,lui aussi1 autant que ,victor ,hugo1 il fallait le reprsenter avec un visage comme un lment4 ,oui1 s'est dit le sculpteur1 tel est le visage qu'il convient de faire6 ,le corps1 ngligeons-le2 c'est la masse quelconque1 la part commune avec l'humanit4 ,il suffit de le sous-entendre1 de l'indiquer4 ,tous les statuaires pourraient le faire1 et moi aussi4 ,le visage seul importe1 non pas un visage humain1 ni le mien1 ni le vtre1 ni mme celui de ,balzac2 mais celui qu'il eut quand il a regard tout ce qu'il a vu4 ,pensez donc3 avoir vu la comdie humaine6 ,avoir vu les personnages de tant de romans qu'il a crits1 et les personnages de tant d'autres qu'il aurait crits s'il n'tait pas mort cinquante ans1 car il en avait vu1 de la vie1 pour crire encore1 jusqu'au bout1 pendant des sicles1 comme ,delacroix mourant1 qui disait avoir des projets pour peindre pendant quatre cents ans4 ,il avait vu toute la vie1 toutes les passions1 toutes les mes1 tout l',univers4 ,la terreur d'avoir vu tout cela1--et l'angoisse aussi6 ,car ce n'tait que pour un moment2 il fallait tout dire1 vite4 ,la mort prmature tait l444 ,elle tait dj sur son visage4 ,voil le visage qu'il faut rendre1 n'est-ce pas8 ,voil ce que doit tre la statue d'un homme comme ,balzac1 dans l'ternit de ,paris--sinon il y a le daguerrotype de ,nadar3 ,balzac avec des bretelles6444 ,ce point de vue1 conscient ou non1 du sculpteur1 peu s'en sont rendu compte4 ,et cependant il tait le seul qui fut d'accord et logique avec le sujet impos4 ,etait-il possible de concevoir l'effigie de ,balzac comme d'un crivain ordinaire8 ,m4 ,rodin l'a vu norme et effrayant comme il est en ralit4 ,et c'est la tte seule qui exprime dans ce cas1 avec clat1 le dmon intrieur4 ,en elle1 il fallait1 ici1 tout concentrer4 ,le corps1 quoique juste1 fut volontairement sous-entendu et noy aux plis de la vaste robe de bure dont il s'enveloppait comme des vagues d'une mare4 ,la tte en sort1 effare de voir ce qu'elle voit1 effare surtout d'affleurer la vie pour un temps bref1 visage du gnie sorti de la matire et qui va rentrer dans la matire1--il lui en roule cette poire d'angoisse la gorge6--lui-mme un masque phmre rsumant tous les masques de la comdie humaine4 ,qu'on ne cherche donc pas ici la ressemblance1 mais une dramatique vocation4 ,la face est formidable1 les yeux clignent1 se crispent1 vrillent parmi les graisses du visage1 parfois ont l'air de chavirer comme sous le poids de trop de spectacles4 ,et ce nez embusqu6 et cette moustache qui se hrisse comme d'un fauve1 d'un chat sauvage1 d'un tigre qui cherche des proies444 ,et cela n'est-il pas conforme toutes les images suscites en nous1 ds qu'on prononce seulement le nom de ,balzac1 plus forte raison quand nous rflchissons sur son oeuvre extraordinaire1 sa vie1 son immortalit sans fin8 ,un homme comme lui dpasse si effrayamment la norme et le cadre habituel de l'humanit4 ,les gnies sont moins des hommes que des monstres4 ,voil ce que ,m4 ,rodin a compris et rendu si magnifiquement4 ,c'est pourquoi il a voulu que son oeuvre aussi ft moins une statue qu'une sorte d'trange monolithe1 un menhir millnaire1 un de ces rochers o le caprice des explosions volcaniques de la prhistoire figea par hasard un visage humain4 ,on montre ainsi1 en des montagnes des bords du ,rhin et d'ailleurs1 tels profils clbres de l'humanit1 celui de ,napolon1 par exemple1 immense et trs ressemblant1 tout dcoup sur l'horizon1 prexistant ainsi avant sa venue et de toute ternit4 trange phnomne1 comme si les gnies taient vraiment des aspects de la ,nature et les visages immanquables de la ,destine4 ,ainsi ,m4 ,rodin1 en concevant de cette faon son ,balzac1 concordait avec l'ordre ternel et la logique mme de la fatalit du gnie4 ,sa statue aussi fait penser aux visages qui sont dans les rochers4 99 99 99 ,et ceci1 une fois de plus1 prouve que ,m4 ,rodin cre comme la ,nature4 ,mme dans la prsentation de ses oeuvres1 on retrouve les procds de la ,nature4 ,ses marbres sont frustes1 taills seulement d'un ct1 et il en sort des figures1 tantt une face ruine par la douleur1 une autre s'brouant vers l'amour1 une autre encore1 qui n'est pas dcide vivre4 ,ses bronzes ralisent le mme effet1 par des coules sans accent1 alternes avec des formes dcisives qui en margent2 d'tranges patines1 vertes et noires1 donnent l'air ces bronzes d'avoir sjourn durant des sicles parmi la houille et les poisons444 ,tout est vague1 inquitant1 complexe1 fuyant ou formel1 dans le marbre ou le bronze1 comme des penses dans le cerveau ou les tres et les objets dans la ,nature4 ,et c'est la dernire preuve qu'un tel artiste de gnie opre vraiment d'un bout l'autre1 conformment aux procds de la ,nature1 qu'il s'gale elle1 qu'il est aussi une force de la ,nature4 ,on en trouve le symbole1 fix par lui-mme1 dans cette esquisse de la naissance d've1 selon la version de la ,gense4 ve est reprsente naissant comme la ,nature fait natre1 les bras replis1 recroqueville1 dans la position d'avant la vie1 celle prise par l'enfant dans le sein de la mre444 ,m4 ,rodin l'a fait sortir telle du nant1 parce que1 inconsciemment1 il n'a jamais agi que suivant les formes de la ,nature1 parce qu'il n'a jamais cr que comme le symbolique ,crateur--avec de l'argile aussi6 ,,table ,pages4 ,,crivains ,baudelaire #c ,les ,goncourt #bg ,stphane ,mallarm #de ,les ,rosny #ee ,verlaine #fg ,villiers de l',isle-,adam #gi ,hugo #hg ,alph4 ,daudet #ii ,valmore #aji ,m4 ,j4 ,k4 ,huysmans #aba ,lamartine #aca ,m4 ,octave ,mirbeau #adc ,brizeux #aeh ,m4 ,anatole ,france #afg ,m4 ,mistral #agi ,m4 ,pierre ,loti #ahg ,,orateurs ,,sacr,s ,p4 ,monsabr #aii ,mgr d',hulst #bji ,,peintres ,m4 ,puvis de ,chavannes #bai ,m4 ,albert ,besnard #bbe ,m4 ,eugne ,carrire #bda ,m4 ,jules ,cheret #bdg ,m4 ,claude ,monet #bec ,m4 ,j4-,p4 ,raffalli #bei ,m4 ,james ,whistler #bfe ,,sculpteurs ,m4 ,rodin #bgc ,extrait du ,catalogue de la ,,biblioth,,que-,,charpentier #c fr4 #ej le volume ,,eugene ,,fasquelle1 ,,diteur1 #aa1 ,,rue ,,de ,,grenelle ,,derni,,res ,,publications ,,albert ,,boissi,,re ,les ,magloire #a vol4 ,,jules ,,claretie ,la ,vie ,paris1 #ahih #a vol4 ,,alphonse ,,daudet ,notes sur la ,vie #a vol4 ,,leon ,a4 ,,daudet ,sbastien ,gouvs #a vol4 ,,edmond ,,deschaumes ,la ,kreutzer #a vol4 ,,docteur ,,foveau ,,de ,,courmelles ,l',esprit scientifique contemporain #a vol4 ,,pascal ,,forthuny ,les tapes inquites #a vol4 ,,yves ,,guyot ,l',evolution politique et sociale de l',espagne #a vol4 ,,leon ,,hennique ,minnie ,brandon #a vol4 ,,ernest ,,la ,,jeunesse ,l',inimitable #a vol4 ,,georges ,,lecomte ,suzeraine #a vol4 ,,louis ,,lemaire ,mademoiselle ,chervillay #a vol4 ,,jean ,,lorrain ,heures d',afrique #a vol4 ,,maurice ,,maeterlinck ,la ,sagesse et la ,destine #a vol4 ,,felix ,,martin ,le ,japon vrai #a vol4 ,,jean ,,revel ,rustres #a vol4 ,,jean ,,richepin ,les ,truands #a vol4 ,,louis ,,de ,,robert ,l',anneau #a vol4 ,,edouard ,,rod ,le ,mnage du ,pasteur ,naudi #a vol4 ,,georges ,,rodenbach ,le ,miroir du ,ciel natal #a vol4 ,j4-,h4 ,,rosny ,les ,ames perdues #a vol4 ,,maurice ,,rollinat ,paysages et ,paysans #a vol4 ,,edmond ,,rostand ,cyrano de ,bergerac #a vol4 ,,emile ,,zola ,paris #a vol4 ,,envoi ,,franco ,,par ,,poste ,,contre ,,mandat #acfha4--,l4-,imprimeries runies1 rue ,saint-,benot1 #g1 ,paris4 99 99 99 99 99 ,liste des modifications3 ,page #ag3 ivressse remplac par ivresse 7,cette ivresse du ,voyage est brve7 ,page #ej3 clignotte par clignote 7toile qui clignote4447 ,page #eb3 communition par communication 7des portes de communication7 ,page #ga3 ruiselle par ruisselle 7se jette genoux1 ruisselle de larmes7 ,page #hb3 scientique par scientifique 7telle application scientifique qui se ralisa7 ,page #aab3 ,ponrtant par ,pourtant 7,pourtant elle avait uni sa vie7 ,page #aaf3 chuchott par chuchot 7quelque chose de chuchot7 ,page #abc3 les les par les 7et les correspondances mystrieuses7 ,page #abe3 acccroissement par accroissement 7le minime et quotidien accroissement7 ,page #abf3 ,chateaubriant par ,chateaubriand 7,chateaubriand appelait le gnie du christianisme47 ,page #ach3 toujour par toujours 7 ce fluide charmeur qui furent toujours en lui7 ,page #aci3 honnt par honntet 7,par honntet et pour sauver de la faillite7 ,page #afa3 idylle par idylles 7,certes1 les idylles de ,marie7 ,page #agb3 qu'il par qu'ils 7,m4 ,france veut qu'ils s'aiment ,florence7 ,page #agi3 appell par appel 7,le ,midi a appel ,mistral7 ,page #aia3 ce ce par ce 7en ce joli livre17 ,page #bae3 le par la 7mais il savait la grande parole du ,psalmiste7 ,page #bcf3 l'automme par l'automne 7un roux qui mixture les rouilles de l'automne7 ,page #bef3 londonniennes par londoniennes 7des brumes londoniennes7 ,page #bfb3 le le par le 7dont il opre lui-mme le tirage7 ,page #bfh3 dizes par dises 7qu'on pourrait appeler les dises et les bmols7 ,page #bgf3 surplomblant par surplombant 7et sera une ,muse surplombant7