de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,notes au lecteur de ce fichier digital3 ,seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,page #aji3 ,le mot saie a t ajout dans la phrase ,vtu1 en effet1 d'une saie gauloise de diverses1 le mot imprim n'tant pas lisible4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,un ,,entretien ,,par ,,mois ,,par ,m4 ,a4 ,,de ,,lamartine ,,tome ,,douzi,,me4 ,,paris ,,on ,s',,abonne ,,chez ,l',,auteur1 ,,rue ,,de ,,la ,,ville ,l',v,,que1 #dc4 #ahfa ,l'auteur se rserve le droit de traduction et de reproduction l'tranger4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,revue ,,mensuelle4 ,,xii ,paris4--,typographie3 ,firmin ,didot frres1 imprimeurs de l',institut et de la ,marine1 rue ,jacob1 #ef4 ,l,x,v,i,ie ,,entretien ,j4-,j4 ,,rousseau4 ,,son ,,faux ,,contrat ,,social ,,et ,,le ,,vrai ,,contrat ,,social4 ,,troisi,,me ,,partie4 ,i ,finissons-en avec les thories imaginaires de ces lgislateurs des rves1 qui1 en plaant le but hors de porte parce qu'il est hors de la vrit1 consument le peuple en vains efforts pour l'atteindre1 font perdre le temps l'humanit1 finissent par l'irriter de son impuissance et par la jeter dans des fureurs suicides1 au lieu de la guider sous le doigt de ,dieu vers des amliorations salutaires l'avenir des socits4 ,rousseau et ses disciples en politique n'ont pas jet au peuple moins de fausses dfinitions de la libert politique que de l'galit sociale4 ,qu'est-ce que la libert1 selon ces hommes qui ne dfinissent jamais1 afin de pouvoir tromper toujours l'esprit des peuples8 ,la libert de ,j4-,j4 ,rousseau1 c'est le droit de se gouverner soi-mme1 sans considration de la libert d'autrui1 dans une association dont on revendique pour soi tous les bnfices sans en accepter les charges4 ,c'est--dire que cette libert est la souveraine injustice2 c'est la libert abusive des quakers1 qui veulent que la socit arme les dfende1 mais qui refusent de s'armer eux-mmes pour dfendre leur sol et leurs frres4 ,en un mot1 c'est l'anarchie dans l'individu rclamant l'ordre dans la nation4 ,voil la libert sans limites et sans rciprocit des sectaires de ,rousseau4 ,qu'est-ce au contraire que la libert8 ,selon nous1 mtaphysiquement parlant1 cette libert bien dfinie1 c'est la rvolte naturelle de l'gosme individuel contre la volont gnrale de la socit ou de la nation4 ,or1 si cette rvolte de la nature irrflchie1 de l'gosme individuel dont ces philosophes font un prtendu droit dans ce qu'ils appellent les droits de l'homme1 existait1 la socit cesserait l'instant d'exister1 car la socit ne se maintient que par la toute-puissance et la toute lgitimit de la volont gnrale sur la volont goste de l'individu4 ,cette rvolte instinctive de l'gosme individuel qu'on appelle la libert sans limites est donc un crime et une anarchie4 ,ce droit est le droit de prir soi-mme en faisant prir l'tat4 ,cette libert au fond n'est donc qu'un vain mot2 le sauvage seul peut dire3 ,je suis libre1 mais condition d'tre sauvage et d'tre seul1 c'est--dire esclave de sa misre et des lments4 ,non1 la libert de ,j4-,j4 ,rousseau et de ses mules n'existe pas2 c'est le nom d'une chose qui ne peut pas tre1 une fiction l'aide de laquelle on trompe l'ignorance des peuples et on justifie la rvolte de l'individu contre l'ensemble social4 ,le vrai nom de la socit1 c'est commandement et obissance4 ,commandement dans l'tat1 qu'il soit monarchie ou rpublique4 ,obissance dans l'individu1 qu'il soit sujet ou citoyen4 ,or1 entre ces deux noms sacramentels de toute socit politique1 commandement et obissance1 trouvez-moi place pour le nom de libert4 ,il n'y en a pas1 ou bien il n'y en a pas d'autre que le mot par lequel je vous l'ai dfinie tout l'heure3 rvolte de l'gosme individuel contre la volont de l'ensemble4 ,ne parlons donc plus de libert dans le sens que ,rousseau et sa secte de #agia1 et mme la secte de ,lafayette en #agib1 et la secte parlementaire de #ahcj1 et la secte radicale des polmistes de #ahdh1 l'ont entendue4 ,ce sens s'est vanoui ds qu'on a voulu le toucher du doigt4 ,,ii ,la seule chose que l'on puisse appeler1 encore improprement1 de ce nom1 par habitude plus que par logique1 c'est la petite part d'gosme individuel que le commandement social de l'tat 7monarchie ou rpublique7 puisse ngliger sans inconvnient dans l'obissance obligatoire de chacun la volont de tous4 ,cette petite part n'est pas mme un droit1 selon l'expression de ,lafayette1 le philosophe de l'meute3 ,l'insurrection est le plus saint des devoirs4 ,cette part de libert n'est pas possde1 elle est concde et rvocable par la socit1 rpublicaine ou monarchique1 qui la laisse l'individu politique4 ,c'est une frontire indcise entre l'ordre social et l'anarchie individuelle que le commandement laisse l'obissance2 terrain vague1 o le commandement n'a pas besoin de s'exercer1 et o l'obissance peut dsobir sans porter atteinte l'tat1 c'est--dire l'intrt de tous4 ,mais encore ce qu'on appelle libert n'est que tolrance de la socit gnrale1 et le commandement social peut l'enchaner ou la restreindre selon les ncessits1 les lieux1 les temps1 les circonstances1 si les ncessits1 les lieux1 les temps1 les circonstances exigent que tout soit commandement et obissance1 et obissance partout et en tout dans la socit absolue4 ,je vous dfie de nier ces faits et ces principes1 si vous rflchissez la nature de la socit politique4 ,o donc est ce qu'on appelle libert8 ,et pourquoi tant parler d'une chose qui n'existe que dans les mots8 ,,iii ,mais comme il faut cependant se servir de la langue reue1 il y a une autre chose qu'on nomme trs-mal propos libert4 ,cette chose1 qui n'est nullement la libert1 mais qui est dignit morale dans le jeu du commandement et de l'obissance dont se compose tout gouvernement1 c'est la participation plus ou moins grande que chaque individu1 esclave1 sujet ou citoyen1 apporte la formation du gouvernement et des lois2 c'est le concours plus ou moins complet1 plus ou moins direct de beaucoup ou de toutes les volonts individuelles dans la volont gnrale1 laquelle on donne le droit du commandement et le devoir d'obissance4 ,le plus ou le moins de cette participation formelle du peuple son gouvernement est ce qu'on nomme trs-improprement libert4 ,c'est bien plus que libert1 c'est commandement1 commandement sur soi-mme et sur les autres4 ,ce commandement1 sous le despotisme1 est attribu un seul1 sous les autocraties une caste1 sous les thocraties un sacerdoce souverain1 sous les rpubliques une lite lective de citoyens et de magistrats1 sous les dmocraties absolues la multitude1 sous les dmagogies1 comme ,athnes1 des tribuns privilgis1 et renverss par les faveurs mobiles de la plbe sur la place publique4 ,les plus populaires de ces gouvernements ne ralisent pas plus de libert que les autres2 ils commandent et ils obissent des titres diffrents1 mais ils commandent l'obissance avec la mme obligation d'obir2 dans aucun il n'y a place pour ce qu'on appelle libert dans la langue de ,j4-,j4 ,rousseau et des publicistes modernes1 c'est--dire pour l'gosme individuel contre le dvouement et contre l'intrt gnral4 ,s'il y avait libert dans cette acception du mot1 il n'y aurait plus gouvernement ni socit2 il y aurait anarchie1 rvolte de chacun et de tous contre tous4 ,ce mot de libert ainsi compris est donc un sophisme3 la libert de chacun serait l'esclavage de tous4 ,,iv ,mais si on entend par ce mot de libert la participation d'un plus grand nombre de sujets ou de citoyens au gouvernement1 soit par la pense exprime au moyen de la presse ou dans les conseils1 soit dans les lections1 soit dans les dlibrations1 soit dans les magistrats1 aucun doute alors que cet exercice du commandement social attribu par les constitutions au peuple1 ne soit1 quand le peuple en est capable par ses vertus et par ses lumires1 une excellente condition de progrs moral1 de dignit et de grandeur humaine4 ,obir soi-mme1 c'est la vertu2 obir aux autres1 c'est la servitude4 ,qui peut douter que le commandement1 quand il est moral1 ne soit suprieur l'obissance1 quand elle est servile8 ,et qui peut nier ainsi que1 plus il y a de force raisonne dans le commandement1 et d'assentiment dvou dans l'obissance1 plus il y a perfection dans le gouvernement8 ,faisons donc peu de cas de ce qu'on appelle libert goste dans le sens que ,j4-,j4 ,rousseau attribue ce mot1 faisons-en beaucoup de ce qu'il y a de participation volontaire du peuple au commandement social2 moins il y a de cette rvolte individuelle dans l'individu soi-disant libre1 plus il est libre en effet1 car il ne veut alors que ce qu'il doit vouloir1 et il n'obit qu' ce qu'il veut dans l'intrt de tous1 qui est en ralit son premier intrt4 ,v ,mais est-ce donc en vertu d'un misrable contrat impossible mme concevoir 7car pour contracter il faut tre1 et avant d'tre la prtendue association locale n'tait pas1 ou elle n'tait qu'en penchant et en germe dans les instincts naturels de l'homme71 est-ce donc en vertu d'une misrable convention que la socit s'est constitue en gouvernement8 ,est-ce en vertu d'un vil intrt purement matriel et dans le but seulement d'un plus grand bien physique1 que ce contrat purement brutal a t rv1 dlibr1 sign1 et qu'il a pu se maintenir en se perfectionnant d'ge en ge8 ,est-ce ainsi qu'il est devenu droit1 qu'il est devenu devoir1 et qu'il a pu appeler ,dieu et les hommes le protger1 le dfendre1 le venger contre les atteintes que l'gosme individuel1 la rvolte des intrts particuliers1 l'injustice personnelle1 l'ambition1 l'usurpation1 la ruse1 la violence1 l'impit des conqurants1 la spoliation du plus fort1 la tyrannie du plus sclrat peuvent lui porter tous les jours8 videmment non4 ,la faim et la soif1 la satisfaction charnelle des besoins physiques1 la part plus ou moins grosse de grain ou de chair dans cette crche humaine o ce btail humain broute sa gerbe ou dvore sa ration de sang des animaux1 la lutte incessante de force brutale contre force brutale1 force mesure1 non la justice divine1 mais l'quilibre arithmtique entre les convoitises et les rsistances de l'individu l'individu1 de nation nation1 toutes ces clauses notaries par de prtendus lgislateurs constituants1 toutes ces garanties nominales des hommes contractants contre des hommes sans cesse intresss violer ou dchirer le contrat social1 tout cela n'a ni sacrement1 ni sanction1 ni raison d'tre1 ni raison de durer1 ni raison d'autorit1 ni raison d'obissance1 ni raison de respect1 ni raison de commandement2 tout le monde peut dire tous les jours3 ,je n'accepte pas ce contrat chimrique impos au faible par le fort1 ou je ne l'accepte que de force1 c'est--dire par la plus vile des sujtions4 ,dans ce systme1 la socit n'est qu'un vice1 le plus lche des vices1 la peur6 ,mais o est le devoir8 ,mais o est la vertu8 ,mais o est la divinit de l'ordre social8 ,mais o est la dignit de l'espce humaine dans ce troupeau d'esclaves involontaires qui n'obissent que sous la verge de fer de la ncessit1 ou ne se rvoltent pas que parce qu'ils ont peur de se rvolter8 ,c'est l cependant exactement la conclusion formelle de ,j4-,j4 ,rousseau que nous vous avons cite tout l'heure3 ,tout homme qui peut secouer le joug sans danger a le droit de le faire4 ,c'est aussi la conclusion de la ,fayette copie de ,rousseau3 ,l'insurrection est le plus saint des devoirs4 ,est-ce une socit qu'une runion d'hommes fonde sur ces deux axiomes parfaitement logiques dans le systme de ce contrat1 axiomes dont le premier avilit toute nation qui ne secoue pas tous les jours le joug social1 et dont le second ensanglante tous les jours la socit8 ,socit de boue ou socit de sang1 voil le contrat de ,j4-,j4 ,rousseau2 les thories matrialistes de la philosophie de l'intrt ne peuvent aboutir qu' la proclamation de droits aussi anti-sociaux1 le droit de tuer ou le droit de mourir4 ,les thories spiritualistes de la socit1 qui sont les ntres1 aboutissent au commandement et l'obissance1 qui sont1 dans ceux qui commandent comme dans ceux qui obissent1 des devoirs1 c'est--dire des liberts individuelles volontairement sacrifies la souverainet gnrale dans ceux qui obissent1 et des autorits morales lgitimement exerces dans ceux qui commandent4 ,vos thories de socit rpondent aux corps1 les ntres rpondent l'me de la socit4 ,vous supposez un contrat rvocable chaque respiration de l'individu2 nous voyons1 nous1 dans la socit1 une religion politique qui ennoblit la fois le commandement et l'obissance4 ,cette religion politique sanctifie la socit politique en lui donnant pour autorit suprme la souverainet de la nature1 c'est--dire la souverainet de ,dieu1 auteur et lgislateur des instincts qui forcent l'homme tre sociable4 ,cette souverainet de ,dieu ou de la nature a promulgu ses lois sociales par les instincts de tout homme venant la vie4 ,le premier de ces instincts1 d'abord physique1 lui commande de se rapprocher de sa mre sous peine de mort2 il cre la famille1 cette sainte unit de l'ordre social4 ,l'instinct de la mre et du pre1 celui-l tout moral1 l'instinct de la compassion et de la bont1 leur commande de soigner1 d'allaiter1 d'lever l'enfant2 il cre la continuit de l'espce1 il dpasse dj la loi d'gosme de l'individu1 il devient sans le savoir dvouement spiritualiste4 ,l'instinct de la justice apprend l'enfant chrir sa mre et son pre1 il devient devoir2 c'est dj l'me qui se rvle1 ce n'est plus de l'instinct seulement4 ,l'instinct de l'amour crateur emporte l'homme et la femme l'un vers l'autre2 mais1 une fois l'enfant conu1 ce mme instinct1 devenu paternit1 porte les deux tres gnrateurs perptuer leur union dans l'intrt de l'enfant1 ce troisime tre qui les confond et les runit par une union permanente et sainte1 sanctionne par les autres hommes et par ,dieu4 ,le mariage1 sous une forme ou sous une autre1 selon les lieux ou les temps1 ce n'est plus l'instinct de l'amour seulement1 c'est le devoir rciproque1 spiritualisme qui d'un attrait fait un lien4 ,de l les lois sur la gnration pure de l'espce1 sur l'autorit paternelle1 sur la pit filiale2 instincts changs en devoirs de tous les cts2 spiritualisme de cette trinit plus morale que charnelle2 sollicitude pour l'enfant1 assistance dans l'ge mr1 tendresse et culte pour la vieillesse1 le plus doux des devoirs1 la justice en action1 la reconnaissance1 mille vertus en un seul devoir6 ,l'instinct dit ce groupe humain peine form3 ,runis-toi d'autres groupes pareils pour te protger contre les lments comme corps1 contre les agressions et les injustices des hommes iniques et forts1 comme tre moral et libre4 ,de l l'association fonde alors sur la rciprocit des services3 tu me sers1 je te sers2 tu me dfends1 je te dfends2 tes ennemis sont mes ennemis2 tes amis sont mes amis4 ,voil la socit lmentaire1 elle n'est plus vil intrt seulement1 elle est dj rciprocit1 c'est--dire mutualit1 rciprocit qui n'est que la justice des actes1 moralit1 devoir1 vertu4 ,un autre instinct porte d'autres groupes s'unir1 pour tre plus solides1 aux premiers groupes4 ,la nation se fonde2 elle fconde une terre1 elle sme1 elle moissonne1 elle btit1 elle multiplie2 elle se choisit une place permanente au soleil1 elle se dit3 ,il fait bon l1 nous avons besoin que cette place fconde et fconde soit nous1 et non d'autres1 pour y nourrir ceux qui descendront de nous2 nos sueurs ont animalis de nous cette terre1 il y a parent dsormais entre elle et nous2 marquons-la de notre nom1 de notre droit de priorit4 l'instant voil la possession accidentelle et passagre qui se transforme en fait1 en droit1 en permanence1 en patriotisme moral enfin4 ,spiritualisme1 moralit1 vertu4 ,le devoir de dfendre la patrie1 de vivre et de mourir au besoin pour elle1 pour ceux mme qui ne sont pas encore ns1 dignifie1 sanctifie en passion dsintresse1 en dvouement sublime1 en sacrifice mritoire1 en vertu glorieuse sur la terre1 en mrite immortel dans la patrie future1 ce devoir patriotique4 ,,vi ,la nation fonde et dfendue1 un instinct qui s'largit la pousse se civiliser chaque jour davantage4 ,elle sent la ncessit de l'autorit politique qui donne tous ces instincts pars l'unit de volont par laquelle chacun a la force de tous1 et tous ont le droit de chacun4 ,c'est ce qu'on appelle gouvernement4 ,les formes de ce gouvernement sont aussi diverses que les ges des peuples1 les lieux1 les temps1 les caractres de ces groupes humains forms en nations4 ,l'autorit drive de la nature y repose d'abord dans le pre1 ou patriarche1 par droit d'antiquit2 l'hrdit la consacre dans le fils aprs le pre4 ,elle s'tend de l aux vieillards de la tribu1 supposs les plus sages par droit d'exprience3 c'est l'origine des snats1 seniores1 qui assistent1 clairent1 limitent le pouvoir patriarcal et souverain4 ,le pouvoir aristocratique s'y constitue3 gouvernement de castes4 ,l'autorit concentre y devient facilement injuste et oppressive2 le peuple y demande sa place et l'obtient3 gouvernement pondr1 monarchie1 aristocratie1 dmocratie1 trinit d',aristote1 gouvernements modernes des trois pouvoirs diversement reprsents4 ,l'autorit conquise sur la monarchie et sur l'aristocratie par le nombre seul1 par la dmocratie absolue1 c'est la souverainet de la multitude1 sans pondration1 sans fixit1 sans corps modrateur2 elle dgnre bientt en oppression mutuelle et en anarchie3 gouvernement condamn par l'instinct de la hirarchie lgale1 qui est la loi de tout ce qui dure1 la loi de tout ce qui commande et de tout ce qui obit sur la terre4 ,,vii ,l'instinct de justice absolue et celui de hirarchie ncessaire1 combins lgalement ensemble1 fondent et maintiennent les rpubliques plusieurs pouvoirs2 elles sont agites1 mais le mouvement mme y prvient longtemps la corruption1 la tyrannie1 la dcadence4 ,elles supposent plus de spiritualisme1 plus de devoir1 plus de vertu dans le peuple que les autres gouvernements2 c'est ce qui fait qu'elles sont l'idal des peuples et des sages4 ,elles ont l'unique et immense mrite d'lever l'me1 les lumires1 et le sentiment de justice du peuple1 la hauteur de sa souverainet4 ,mais si le peuple ne possde ni assez de lumires ni assez de vertus1 il n'y faut pas penser encore1 ou bien il n'y faut plus penser du tout3 un brillant esclavage militaire1 de la gloire1 et point de libert1 suffit ce peuple2 on peut l'blouir1 on ne peut l'clairer4 ,ses vertus sont toutes soldatesques3 des dictatures et des victoires1 voil tout ce qu'il lui faut4 ,le spiritualisme1 c'est--dire le sentiment moral de ce qu'il doit ,dieu1 aux autres peuples et lui-mme1 y baisse mesure que la fausse gloire y resplendit davantage4 ,il marche la tyrannie chez lui-mme en allant porter sa propre tyrannie dans le monde2 bientt il ne saura plus o retrouver le principe de l'autorit des gouvernements lgitimes1 c'est--dire naturels1 de la socit politique1 trop vieux et trop irrespectueux pour le gouvernement patriarcal1 trop galitaire pour le gouvernement des castes1 trop sceptique pour le gouvernement thocratique1 trop ardent en nouveauts pour le gouvernement des coutumes et des dynasties1 trop agit pour le gouvernement constitutionnel et l'quilibre des pouvoirs1 trop turbulent pour le gouvernement des rpubliques1 et trop impie envers ses propres droits pour les dfendre soit contre l'oppression d'en haut1 soit contre l'oppression d'en bas4 ,peuple du vent et du mouvement perptuel1 emport tous les abmes par le tourbillon mme qu'il cre et acclre sans cesse en lui et autour de lui6 ,peuple de beaux instincts1 mais de peu de moralit politique1 toujours ivre de lui-mme1 enivrant les autres peuples de son gnie et de son exemple2 mais ne tenant pas plus ses vrits qu' ses rves1 et cr pour lancer le monde1 plutt que pour le diriger vers le bien4 de tels peuples le gouvernement du hasard6 ,ils ne savent ni fonder ni conserver1 ils ne savent que dtruire et changer sur la terre2 ils sont le vent qui balaye le pass4 ,qu'ils balayent donc le monde politique3 ils sont le balai de la ,providence1 comme ,attila fut le flau de ,dieu4 ,,viii ,de toutes ces natures de gouvernement inspires l'humanit par cette souverainet de la nature qui parle dans nos instincts1 aucun ne nous semble plus voisin de la perfection que le gouvernement cr ou rform par le lgislateur rationnel de l'extrme ,orient1 le divin philosophe politique ,confutze1 dans cet empire de la ,chine1 plus vaste que l',europe1 plus antique que notre antiquit1 plus peupl que deux de nos continents1 plus sage que nos jeunes sagesses4 ,confucius rsume en lui toutes les lumires1 toutes les vertus et toutes les expriences du vieux monde indien2 il rsume1 de plus1 selon toute apparence1 le vieux univers antdiluvien1 si les rvlations1 les monuments et les traditions antdiluviennes vivent encore dans la mmoire des hommes4 ,confucius semble avoir t illumin divinement par un reflet1 par un crpuscule de cette divine rvlation sociale qui prcda le sicle des grandes eaux4 ,ministre de cette souverainet de la nature dont on retrouve le texte syllabe par syllabe dans nos instincts natifs1 ,confucius institue dans sa lgislation1 et ensuite dans le gouvernement1 toutes les lois et toutes les formes politiques qui drivent de notre nature physique et de notre nature morale2 spiritualisme et loi civile1 politique et vertu1 temps et ternit1 religion et civisme1 ne sont pour lui qu'un mme mot4 ,aussi voyez comme cela civilise1 comme cela dure1 comme cela multiplie la vie et l'ordre dans l'espce humaine6 l'exception des arts barbares de la guerre qu'un excs de philosophie fait tomber en mpris et en dsutude chez ses disciples1 voyez la population3 cette contre-preuve de la bonne administration3 quatre cents millions d'hommes traversant en ordre et en unit vingt-cinq sicles2 jamais l'esprit lgislatif a-t-il cr et rgi une telle masse humaine en une seule nation8 ,c'est une impit l',europe d'aller briser coups de canon anglais cette merveilleuse ,babel d'une seule langue en ,orient4 tudiez ce gouvernement et rougissez de ces assauts que vous donnez ces palais et ces temples de la civilisation primitive1 toute spiritualiste1 au nom d'une civilisation de trafic1 d'or et de plomb4 ,analysez le gouvernement de ,confucius3 vous y retrouvez tout l'homme moral et toute la politique de la nature dans le mcanisme accompli du gouvernement4 ,,ix ,le gouvernement paternel demeure dans le monarque une hrdit inviolable1 personnifiant l'autorit divine1 invisible dans l'abstraction visible de la nation souveraine et immortelle1 spiritualisme monarchique qui consacre le commandement et qui moralise l'obissance4 ,point de force sans droit1 voil la monarchie de ,confucius4 ,l'aristocratie intellectuelle et morale dans le conseil de l'empire1 spiritualisme raisonn qui signifie3 point de souverainet sans lumire4 ,la dmocratie complte dans les mandarins de tout ordre choisis dans toutes les classes par l'lection dans les examens publics1 ce qui veut dire galit de tous1 mais condition de capacit constate par tous1 et de vertu reconnue par tous4 ,gradation ascendante et descendante dans les rangs et les fonctions des magistrats chargs de l'administration de la justice ou de l'administration des intrts populaires de l'empire2 spiritualisme qui personnifie la conscience et la providence dans une hirarchie sans laquelle il n'y a ni autorit distributive1 ni ordre1 ni stabilit dans les institutions4 ,l'ubiquit de l'autorit monarchique1 partout prsente et partout active1 dans le dernier hameau comme dans la premire capitale de province3 spiritualisme de la prsence et de l'intervention souveraine dans tous les rapports de l'homme avec l'homme pour lgitimer tous les actes de la vie civile4 ,autorit paternelle absolue1 mais surveille dans la famille pour que le commandement y soit respect1 et que l'obissance y soit religieuse3 spiritualisme lgal qui fait du pre un magistrat de la nature1 et qui fait du fils un sujet du sentiment6 ,culte des anctres perptuant la mmoire et sanctifiant la filiation humaine en reportant sans cesse l'humanit sa source par la reconnaissance3 spiritualisme filial1 qui va rechercher la vie pour la bnir et la tradition pour la vnrer4 ,anoblissement des pres par les actes hroques ou vertueux des enfants1 dans les gnrations les plus recules3 spiritualisme profond dans ce lgislateur qui personnifie la solidarit de race1 la responsabilit paternelle1 le rmunrateur filial dans l'unit morale de la famille1 continuit de l'tre moral descendant et remontant du pre ,dieu1 du pre aux fils1 des fils aux pres1 et qui rend la vertu aussi hrditaire de bas en haut que de haut en bas6 ,quel plus beau dogme6 ,quel plus fort lien entre les gnrations1 mortelles par les annes1 immortelles par leurs vertus6 ,et ainsi de suite4 ,pas un dogme lgislatif qui ne soit un dogme spiritualiste2 pas une prescription sociale qui n'ait ,dieu sa base et ,dieu son sommet2 pas une institution civile qui ne soit calque sur un devoir moral2 la chane des devoirs moraux relie partout l'individu la socit et la socit l'individu2 la loi n'est qu'un commentaire de la nature4 ,concluons3 je suis contre ,j4-,j4 ,rousseau pour ,confucius1 malgr la prtendue loi du progrs indfini1 progrs drisoire qui descend souvent1 au lieu de monter1 du spiritualisme social de ,confucius au matrialisme goste du ,contrat social4 ,x ,le vrai contrat social n'a pas t dlibr entre des hordes humaines faisant la mtaphysique des prtendus droits de l'homme1 et la thorie des socits avant l'existence de la socit4 ,la socit n'est pas d'invention humaine1 mais d'inspiration divine4 ,dieu l'a dpose dans les instincts des premiers-ns de la terre appels hommes1 et mme dans les instincts organiques des animaux4 ,elle est ne toute faite1 et chacun de nos instincts contenait en germe une loi2 une loi1 non pas seulement physique1 donnant pour but la socit politique la satisfaction brutale des besoins du corps1 mais une loi morale et religieuse1 donnant la socit civile un but intellectuel1 moral et divin de civilisation des mes1 c'est--dire de vertu et de divinisation de notre tre par des devoirs rciproques dcouverts et accomplis4 ,voil la fin de la socit politique1 voil le plan de ,dieu1 voil l'oeuvre de la lgislation1 voil la dignit de l'homme2 voil le spectacle que la ,divinit cratrice se donne elle-mme1 depuis qu'elle a daign crer l'homme jusqu' la consommation des temps4 ,ce serait un pauvre spectacle1 aux yeux de cette adorable ,divinit1 de qui tout mane et qui tout aboutit1 de cette me universelle qui n'est qu'me1 c'est--dire intelligence1 volont1 force et perfection1 que le spectacle de populations plus ou moins nombreuses broutant la terre dans un ordre plus ou moins rgulier1 comme celui du troupeau devant le chien1 sans autre fin que de se partager plus ou moins quitablement l'herbe qui nourrit leur race1 jusqu'au jour o leurs cadavres iront engraisser leur tour le fumier vivant tir du fumier mort1 et destin devenir son tour un autre fumier6 ,voil cependant le ,contrat social de ,j4-,j4 ,rousseau2 voil les droits de l'homme6 ,ce sont aussi les droits du pourceau d'picure4 ,si l'galit alimentaire de ,platon1 de ,j4-,j4 ,rousseau1 des conomistes1 des tribuns du peuple1 des dmagogues de #agic1 des saint-simoniens de #ahbj1 des fouriristes de #ahcj1 des socialistes de #ahdj1 des communistes de #ahdh1 n'a pas d'autres utopies prsenter aux socits modernes1 en vrit1 de si vils et de si grossiers intrts valent-ils la strile agitation des utopistes qui les inventent1 des populations proltaires qui les rvent1 des lgislateurs qui les pulvrisent8 ,des rteliers toujours pleins1 dans cette vaste table de l'humanit1 changent-ils la nature de cette bte de somme plus ou moins repue qu'ils appellent la socit humaine8 ,leurs droits de l'homme se psent-ils donc la livre1 ou se mesurent-ils la ration8 ,grasse ou maigre1 une telle socit en serait-elle moins une socit de brutes8 ,on a piti de telles utopies1 piti de tels contrats sociaux1 piti de telles dgradations de notre nature6 ,le vrai contrat social ne s'appelle pas droit1 il s'appelle devoir2 il n'a pas t scell entre l'homme et l'homme1 il a t scell entre l'homme et ,dieu4 ,le vritable contrat social n'a pas pour but seulement le corps de l'homme1 il a pour but aussi et surtout l'me humaine1 il est spiritualiste plus que matriel2 car le corps ne vit qu'un jour de pain1 et l'esprit vit ternellement de vrit1 de devoir et de vertu4 ,voil pourquoi la doctrine qui ne fait que proclamer les droits de l'homme est courte et fausse1 et ne peut aboutir qu' la rvolte perptuelle1 doctrine insense1 ,contrat social2 voil pourquoi toute socit qui se fonde sur le devoir est vraie1 durable1 toujours perfectible1 et aboutit directement ,dieu1 c'est--dire la perfection et l'ternit4 ,,xi ,devoir d'adoration envers le ,crateur1 qui a daign tirer l'tre du nant pour sa gloire2 devoir qui oblige l'homme se conformer en tout aux volonts du souverain lgislateur1 volonts manifestes l'homme par ses instincts2 organe de la vritable souverainet de la nature2 devoir facile1 satisfait par son accomplissement1 mme quand il est douloureux aux sens2 devoir qui donne l'homme obissant son souverain ,matre cette joie lyrique de la vie et de la conscience1 joie de la vie et de la conscience qui clate dans tout tre vivant comme un cantique de la terre1 et que tous les tres vivants1 depuis l'insecte1 l'oiseau1 jusqu' l'homme1 entonnent en choeur au soleil levant comme une respiration en ,dieu6 ,devoir de l'poux et de l'pouse1 qui1 au lieu de s'accoupler comme des brutes1 se lient par un lien moral ensemble pour spiritualiser leur union1 souvent pnible1 au bnfice de l'enfant1 n d'un instinct1 mais vivant d'un devoir4 ,devoir du pre et de la mre de protger1 d'lever1 de moraliser l'enfant par un dvouement qui s'immole sa postrit4 ,devoir du fils1 qui1 au lieu de se sparer selon ,j4-,j4 ,rousseau1 ds qu'il n'a plus besoin de tutelle physique1 adhre par justice et reconnaissance au sein qui l'a nourri1 la main qui le protge dans sa faiblesse1 et leur rend ce culte filial1 image du culte que tout tre man doit tout tre dont il mane4 ,devoir de cette trinit humaine3 le pre1 la mre1 les enfants1 de se grouper dans une unit dfensive de tendresse et de mutualit sainte qu'on appelle famille1 premire patrie des coeurs qui impose le premier patriotisme du sang1 et qui sanctifie la source de l'me comme la source de la population4 ,devoir du commandement adouci par l'amour dans le pre1 pour que l'ordre1 qui ne peut se fonder sans hirarchie1 du moment que les volonts peuvent se heurter entre des tres ncessairement ingaux1 pour que cet ordre1 disons-nous1 se fonde sur une autorit et sur une subordination incontestes2 autorit et subordination qui sont un phnomne social1 nullement physique1 mais tout moral4 ,devoir de l'obissance dans les enfants1 mme quand ils sont devenus1 par le nombre et par la force1 plus forts que le pre et la mre2 devoir d'autant plus moral1 d'autant plus spiritualiste1 d'autant plus vertueux1 qu'il est volontaire1 et que la force matrielle dans les enfants se soumet plus saintement la force spiritualiste dans le pre4 ,devoir de ce premier groupe de la famille de reconnatre et de respecter1 dans les autres groupes semblables elle1 le mme droit divin de vivre et de multiplier sur la terre1 domaine commun de la race humaine2 de ne point la tuer1 de ne point lui drober sa place au soleil et au festin nourricier du sillon2 mais de reconnatre1 d'assister1 d'aimer les autres hommes ses semblables1 et de leur appliquer cet instinct tout spiritualiste et tout moral de la justice lgislative incre1 qui invente et qui sanctionne toute socit par une force morale mille fois plus forte que la force lgislative1 la conscience1 et dont toute violation est crime1 dont toute observation est vertu6 ,devoir de donner la vie de chacun pour la dfense et le salut de tous dans cette socit de familles associes devenues patries par cette loi spiritualiste du dvouement si contraire la loi de l'gosme des lgislateurs athes2 devoir du sacrifice de la vie mme ceux de ses semblables qui ne sont pas encore ns2 devoir surnaturel que les hommes appellent hrosme1 et que ,dieu appelle saintet6 ,voyez comme vous tes dj loin de la socit utilitaire et du contrat social de la chair avec la chair de ,j4-,j4 ,rousseau1 et des droits de l'homme6 ,voyez comme le spiritualisme social se dgage dj de la matire1 et comme le vritable contrat social de la nature se spiritualise et se divinise en dcouvrant1 non pas dans le corps humain1 mais dans l'me humaine1 l'origine1 le titre1 l'objet1 et la fin de la socit politique6 ,un devoir social1 au lieu d'un droit brutal1 sort de chacun des instincts primitifs de l'homme social1 mesure qu'il a besoin de lois plus nombreuses et plus morales pour ses rapports plus multiplis avec les autres hommes2 au lieu d'tre un droit1 chacune de ces lois s'appelle un devoir4 ,devoir de l'ordre qui lui fait personnifier l'autorit divine de la nature1 ici dans une monarchie1 ici dans une rpublique1 ici dans une magistrature lective1 ici dans des pouvoirs hrditaires1 ici dans ces diffrentes forces combines1 mais toutes imposant un mme devoir de commander et d'obir pour le bien de tous1 sauf la tyrannie et l'usurpation de l'ambition et du crime dans un seul ou dans le nombre1 qui sont la violation de la loi spiritualiste et du devoir1 punie par l'anarchie et la servitude4 ,devoir d'obir aux lois promulgues par l'autorit lgislative mme quand ces lois nous commandent de mourir pour la socit civile ou politique6 ,devoir d'accomplir en conscience toutes les prescriptions du gouvernement de la nation mesure que le gouvernement charg du droit de commander par tous et pour tous1 a besoin de promulguer des lois nouvelles pour des besoins nouveaux de la socit personnifie en lui4 ,,xii ,quel que soit le rang que l'on occupe dans la hirarchie sociale1 devoir de respecter dans tous ses semblables en haut l'autorit1 ingalit lgale1 en bas la dignit de l'me de tous1 galit divine4 ,partout la fraternit en action imposant aux forts la tutelle des faibles1 aux riches la responsabilit des pauvres par l'assistance1 obligatoire quoique volontaire1 du travail et de la charit4 ,l'numration de tous ces devoirs sociaux dont le ,contrat social selon l'esprit a fait des devoirs ne finirait pas2 je m'arrte4 ,je m'engagerais parcourir ainsi avec vous1 un un1 tous les instincts en apparence les plus physiques de l'homme venant en ce monde1 et de vous amener dcouvrir avec une vidence solaire1 dans chacun de ces instincts lmentaires1 la source1 le titre divin1 la rvlation irrfutable du vrai contrat social3 souverainet divine manifeste par la souverainet de la nature1 et imposant aux hommes de tous les ges et de tous les pays le contrat social de la moralit et de la vertu1 la politique du devoir au lieu de la politique du droit1 le gouvernement pour l'me au lieu du gouvernement pour les besoins1 le progrs aboutissant l'immortalit et ,dieu par la vertu au lieu du progrs partant de la chair et aboutissant la chair4 ,le droit de l'homme est bien plus haut plac2 ce n'est pas seulement le droit l'galit et sa part de vie ici-bas1 c'est le droit la vertu et sa part d'immortalit dans l'immortalit de la race1 qui n'est mortelle qu'ici-bas4 ,voil le contrat social du spiritualisme4 ,les publicistes qui donnent des dfinitions orgueilleuses et abjectes du droit de l'homme1 n'ont oubli que ceux-l3 le droit d'accomplir des devoirs1 le droit d'tre vertueux1 le droit d'tre immortel4 ,relevons nos fronts trop humilis3 nous valons mieux que cela4 ,,xiii ,cessons de rechercher le faux principe de la socit politique dans la souverainet des trnes1 despotisme2 dans la souverainet des castes1 aristocratie2 dans la souverainet du peuple1 anarchie et tyrannie la fois4 ,ce ne sont ni les despotes1 ni les aristocrates1 ni les dmocrates1 qui ont cr le divin phnomne de la socit politique2 ce ne sont ni les dynasties1 ni les thocraties1 ni les autocraties1 ni les dmocraties1 qui peuvent sanctifier en elles le titre au commandement humain1 divin1 aristocratique ou populaire1 la souverainet1 l'organisation1 la conservation1 au perfectionnement de la socit politique4 ,la socit politique est organique1 elle nat avec l'homme1 elle a sa rvlation dans nos instincts1 elle procde d'une seule souverainet1 la souverainet de notre nature4 ,elle n'a pas pour objet seulement la perptuation de l'espce humaine par la vile satisfaction des besoins du corps humain sur cette terre2 mais elle a pour but surhumain la grandeur et la glorification de l'me humaine par la vertu4 ,le travail de l'homme terrestre pour le pain du jour1 c'est la vertu du corps humain2 le travail de la socit politique en vue de ,dieu et de l'immortalit1 c'est la vertu de l'me humaine4 ,ce double travail1 galement ncessaire1 quoique ingalement rtribu1 ,dieu l'exige de l'homme comme tre corporel1 et de la socit politique comme tre moral4 ,et pourquoi l'exige-t-il8 ,parce que la socit politique ne se compose pas seulement de corps qui produisent1 qui consomment1 qui vivent et qui meurent ensevelis dans le sillon qui les a nourris2 mais parce que la socit morale se compose avant tout d'une me immortelle dont la destine immortelle est de rendre gloire son ,crateur en se perfectionnant et en se sanctifiant ternellement devant lui4 ,les sens corporels rvlent forcment l'homme les besoins corporels que la socit civile l'aide satisfaire ici-bas4 ,la conscience1 ce sens invisible1 mais absolu1 de la vertu et de la moralit1 rvle aussi forcment l'homme intellectuel les besoins de son me pour satisfaire ses aspirations divines de perfectionnement moral et d'immortalit4 ,la socit politique ne peut pas1 sans s'avilir1 se borner aider l'homme vivre dans son corps3 elle doit l'aider surtout perfectionner son me1 renatre plus parfait par une vie plus sainte1 vivre de devoirs et revivre ternellement de flicit4 ,voil pourquoi toute loi qui n'est pas vertu n'est pas loi4 ,dieu ne sanctionne que ce qui est divin4 ,il n'y a point de souverainet dans la force1 le commandement est tyrannique et l'obissance est lchet2 ce contrat social entre l'iniquit et la servitude1 mme quand il produit l'ordre apparent1 n'est que le dsordre suprme4 ,dieu ne peut tre appel en tmoignage pour le ratifier2 la moiti meilleure de ce qui fait l'homme y manque3 son me n'y est pas6 c'est la socit politique de la hache et du billot4 ,le ,contrat social de ,j4-,j4 ,rousseau mne directement ces emblmes2 le commandement est le crime1 et l'obissance est la mort4 ,honte et excration sur un tel contrat social6 honte parce qu'il est servile1 excration parce qu'il est odieux4 ,,xiv ,et piti aussi1 parce qu'il est sophisme et qu'il borne la socit politique une sorte d'association commerciale pour cette courte vie1 o le gouvernement1 purement mcanique et industriel1 n'a qu' surveiller les parts de subsistances et de bien-tre entre des hommes qui ne vivent qu' demi et qui meurent tout entiers4 ,de ces deux moitis de l'homme1 ils ont1 dans leur acte de socit1 oubli la principale3 l',,me1 et sa destine immortelle et infinie4 ,combien le vritable contrat social est suprieur1 en vrits et en dignit morale1 ce pacte de la chair avec les sens6 ,,xv ,ce pacte de la socit vraie1 le voici3 ,dieu a cr l'homme corps et me1 la fois2 ,corps1 pour s'exercer ici-bas comme un apprenti de la vie terrestre la vie cleste1 qui sera dgage des sens et des temps4 ,il a donn l'homme1 en le crant1 les instincts inns qui le forcent vivre en socit politique1 parce que la socit politique est le moyen de perfectionner l'individu en largissant sa sphre par la famille1 l'tat1 l'humanit1 cette trinit de devoirs4 ,ce perfectionnement de l'homme par la socit civile et politique s'accomplit1 pour le corps1 par le dveloppement des industries matrielles1 des moyens1 des forces1 des dcouvertes qui ont la vie terrestre pour fin4 ,c'est la civilisation des sens1 beau phnomne1 mais phnomne court comme le temps1 born comme l'espace1 fini comme la poussire organise1 prissable comme la mort4 ,il a donn l'homme une me pour communiquer par la pense avec ,dieu1 son crateur1 et pour perfectionner cette me par la vertu1 travail surhumain de l'humanit mortelle dont la vie immortelle est le salaire dans un temps qui ne finit pas1 c'est--dire dans l'ternit rmunratrice4 ,la socit politique et civile est le milieu compos de devoirs mutuels dans lequel l'homme trouve exercer son me militante et perfectible cette vertu dont la socit vit1 mais dont le mrite ne finit pas ici-bas2 c'est la civilisation spiritualiste de l'me humaine4 ,le contrat social matrialiste de ,j4-,j4 ,rousseau et de ses disciples ne promet l'humanit que des biens matriels et quelques souffrances gales pour tous1 des luttes pour ou contre une souverainet sans cesse impose par les tyrans1 sans cesse reconquise par les peuples2 des droits qui ne reposent que sur des rvoltes de tous contre tous1 et qui ne sont contre-signes qu'avec du sang1 des mtiers ou des arts tout manuels2 des lois toutes galitaires pour consoler au moins le malheur de chacun par le niveau du malheur commun1 puis la mort ensevelissant une socit de poussire vivante dans une poussire morte4 ,voil tout3 est-ce l beaucoup plus que le nant8 ,le bonheur de vivre vaut-il1 pour une pareille socit1 la peine de mourir8 ,,xvi ,notre contrat social1 nous1 le contrat social spiritualiste1 au contraire1 celui qui cherche son titre en ,dieu1 qui s'incline devant la souverainet de la nature1 celui qui ne se reconnat d'autre droit que dans ce titre magnifique1 et plus noble que toutes les noblesses1 de fils de ,dieu1 gal par sa filiation et par son hritage tous ses frres de la cration1 celui qui ne croit pas que tout son hritage soit sur ce petit globe de boue1 celui qui ne pense pas que l'empire de quelques millions d'insectes sur leur fourmilire1 renversant ou btissant d'autres fourmilires1 soit le but d'une me plus vaste que l'espace1 et que ,dieu seul peut contenir ou rassasier2 celui qui croit1 au contraire1 l'efficacit de la moindre vertu exerce envers la moindre des cratures en vue de plaire son ,crateur1 celui qui place tous les droits de l'homme en socit dans ses devoirs accomplis envers ses frres2 celui qui sait que la socit humaine1 civile et politique1 ne peut vivre1 durer1 se perfectionner en justice1 en galit1 en dure1 que par le dvouement volontaire de chacun tous1 dvouement du pre au fils1 de la femme l'poux1 du fils au pre1 des enfants la famille1 de la famille l'tat1 du sujet au prince1 du citoyen la rpublique1 du magistrat la patrie1 du riche au pauvre1 du pauvre au riche1 du soldat au pays1 de tout ce qui obit tout ce qui commande1 de tout ce qui commande tout ce qui obit1 et1 plus haut encore que cet ordre visible1 celui qui conforme1 autant qu'il le doit et qu'il le peut1 sa volont religieuse cet ordre invisible1 ce principe surhumain que la ,divinit 7quel que soit son nom dans la langue humaine7 a grav dans le code1 dans la conscience1 table de la loi suprme2 celui qui sait que1 sous cette lgislation des devoirs volontaires qu'on nomme avec raison force ou vertu1 il n'y a ni ,platon1 ni ,j4-,j4 ,rousseau1 ni chimres1 ni violences1 ni tyrannies1 ni multitudes1 ni satellites1 ni armes1 ni bourreaux qui puissent faire prvaloir la socit purement matrialiste sur la socit spiritualiste1 o le commandement est divin1 o l'abstention est vertu2 ce contrat social est1 disons-nous1 indpendamment de ce qu'il est plus vrai1 mille fois plus digne du lgitime orgueil1 du saint orgueil de la race humaine3 car il croit fermement 7et il a raison de croire7 que le contrat social qui commence sur la terre par des individus isols1 sans dfense contre les lments1 par des hordes1 par des tribus1 par des rpubliques1 par des empires1 par des rvolutions qui brisent ou qui restaurent des nations1 n'est ni toute la fin1 ni toute la destine probable de la civilisation divine1 ni toute la pense du ,crateur1 ni tout le plan infini de ,dieu dans sa cration de l'homme en socit4 ,car il croit que ,dieu n'a pas born ces phnomnes d'agglomration1 de rvolution1 de progrs matriel1 de dcadence1 de dissolution et de disparition1 les destines de cette noble catgorie d'tres appels hommes2 que ces tres ne sont pas borns dans tous leurs dveloppements par la tombe2 mais que le vrai contrat social1 celui dont l'me de l'humanit est l'lment1 celui dont la vertu est le mobile1 celui dont le devoir est la lgislation1 celui dont ,dieu lui-mme est le souverain1 le spectateur et la rcompense1 que ce contrat social1 interrompu ici chaque gnration par la mort1 ne se rsilie pas dans la poussire de ce globe4 ,au contraire1 il se renoue1 se recompose et se dveloppe indfiniment plus haut de vertu en vertu1 de saintet en saintet1 de grandeur en grandeur1 dans une socit toujours croissante et toujours multipliante1 pour multiplier les adorations par les adorateurs1 les forces par les facults1 les vertus par les oeuvres1 dans cette chelle ascendante par laquelle monta le ,jacob symbolique1 et qui rapproche du ,dieu de vie ses hirarchiques crations6 ,en un mot1 le vrai contrat social1 au lieu de donner pour fin la socit mortelle la mort1 donne pour fin la socit spiritualiste sur la terre le sacrifice1 et pour fin la socit divinise aprs la vie l'immortalit6 ,voil ma foi politique4 ,,lamartine4 ,p4 ,s4 ,la trop grande tendue que j'ai t oblig de donner l',entretien prcdent me force restreindre celui-ci et m'arrter l de peur de fatiguer le lecteur de mtaphysique sociale4 ,je reviendrai dans un an sur ces aberrations de ,j4-,j4 ,rousseau1 philosophe social4 ,quant sa philosophie religieuse1 dont la profession de foi du ,vicaire savoyard est le sublime portique1 c'est une des plus loquentes protestations contre l'athisme ou l'irrligion qui ait jamais t crite par une main d'homme4 ,quand nous traiterons de la philosophie 7ce que nous ferons l'anne prochaine71 nous reviendrons sur ce bel exorde de religion dite naturelle4 ,j4-,j4 ,rousseau s'lve1 dans cette contemplation lyrique de la ,divinit et de la morale1 mille fois au-dessus des philosophes impies ou matrialistes du dix-huitime sicle4 ,le christianisme mme lui doit ici de la reconnaissance1 car1 s'il est dans quelques parties incrdule sur la lettre de ses dogmes1 il est croyant sa saintet4 ,c'est une aurore borale de l'vangile3 il ne le voit pas1 mais il le rpercute4 ,c'est la raison vanglise4 ,,xvii ,par une circonstance bien trange1 pendant que je m'entretenais avec vous des erreurs politiques et des essais thologiques de ,j4-,j4 ,rousseau dans l'mile1 un livre paraissait1 un des livres que les curieux de littrature et de philosophie accueillent comme une bonne fortune de bibliothque1 parce qu'il leur rvle comme en confidence les secrets du mtier de la littrature4 ,ce livre1 par un homme de pense libre1 d'instruction varie1 de got sr1 de recherches patientes1 ,m4 ,sayous1 est intitul3 le ,dix-huitime ,sicle l'tranger4 ,c'est une histoire coloniale de l'esprit franais dans toute l',europe1 pendant que l'esprit franais rayonnait de ,paris sur le monde quelques annes avant qu'il ft explosion par la rvolution franaise4 ,m4 ,sayous est l1 pour le dire sans l'offenser1 un statisticien moral1 un fureteur de gnie piant et dcouvrant le beau et le bon dans tous ces recoins de l',europe o de petits cnacles littraires1 franais de langue et d'esprit1 depuis ,copenhague1 ,ptersbourg1 ,berlin1 ,dresde1 jusqu' ,lausanne1 ,coppet1 ,ferney1 ,genve 7il aurait pu y ajouter ,turin et ,chambry1 colonie des deux frres de ,maistre1 l'un naturel et arcadien1 l'autre emphatique et olympien71 devaient bientt appeler l'attention sur leur nom et sur leurs oeuvres4 ,m4 ,sayous donc furte avec beaucoup de loyaut et beaucoup de bonheur ces dcouvertes dans tous ces recoins du monde franais1 et nous fait des portraits fins1 vrais1 originaux1 critiques de toutes ces figures d'hommes et de femmes qui gravitaient en ce temps-l dans la sphre de l'esprit franais1 de la langue franaise et de la philosophie franaise4 ,or savez-vous ce qu'il dcouvre trs-inopinment pour nous1 ,genve1 en recherchant les sources de ,j4-,j4 ,rousseau1 car toute grande individualit a ses sources8 ,il dcouvre une femme1 une jeune fille1 une belle sibylle des ,alpes1 une thologienne de vingt ans1 une prophtesse de raison et d'instruction qui prophtise demi-voix et qui prophtise quoi8 ,la profession de foi du ,vicaire savoyard4 ,c'tait dans l'air4 ,rousseau l'coute1 il retient2 il s'inspire1 et il crit4 ,qui se serait dout de cette grie cache dans les grottes du lac ,lman1 derrire ce philosophe misanthrope de la rue ,pltrire1 ,paris8 ,or voici tout le mystre3 ,il y avait ,genve une de ces familles cosmopolites qui apportent1 partout o elles vivent1 un caractre et une physionomie multiples1 saillants1 originaux comme l'empreinte des diffrentes contres o ces familles ont eu leurs haltes et leur origine4 ,c'tait la famille si connue des ,huber4 ,sortis de la noblesse fodale du ,tyrol1 illustres dans la chevalerie tudesque de la ,souabe1 ils taient devenus patriciens de ,berne1 et s'taient allis ,rome avec la maison princire des ,ludovisi1 dmembre en branches parses entre ,schaffouse1 ,lyon1 ,genve4 ,cette famille1 de gnies divers1 avait acquis aussi divers genres de clbrits4 ,la littrature lgre1 la philosophie clectique1 les sciences naturelles1 les arts1 la socit intime avec ,voltaire1 ,rousseau1 plus tard avec les de ,maistre de ,savoie1 avec madame de ,stal1 avaient encore illustr les ,huber4 ,les mmoires du temps rappellent toutes les pages leur nom propos de leur familiarit avec les grandes figures de ,genve1 de ,paris1 de ,berlin1 de ,londres1 de ,coppet2 ils taient chez eux partout par droit de bienvenue1 de bon got1 d'intimit avec les clbrits europennes4 ,un de leurs descendants1 hritier de leur naturalisation universelle1 le colonel ,huber1 la fois homme de guerre1 homme de lettres volontaire1 diplomate dans l'occasion1 pote quand il se souvient de ses ,alpes1 romancier quand il se rappelle madame de ,montolieu ou madame de ,stal1 habite encore aujourd'hui tantt ,paris1 tantt une dlicieuse retraite philosophique au bord de ce lac ,lman1 site prfr de cette famille4 ,,xviii ,or1 de cette famille nomade et fconde en toutes espces d'originalits inattendues1 tait ne ,lyon1 en #afie1 ,marie ,huber4 l'ge de dix-huit ans elle avait ,lyon la clbrit des yeux1 la beaut4 ,tout lui souriait du ct du monde3 elle dtourna son me et ne voulut regarder que du ct du ciel4 ,elle renona au mariage pour garder toutes ses penses ,dieu4 ,l'abb ,pernetti1 l'historien des clbrits de ,lyon1 raconte que le peuple de cette ville l'appelait la ,sainte4 ,la solitude rendit son esprit indpendant1 effet ordinaire et naturel d'une mditation solitaire4 trente-six ans elle prit la plume et elle crivit ses penses sur le sujet qui occupait le plus sa vie1 la religion4 ,elle crut reconnatre que ce qui cartait le plus d'mes religieuses de la pratique de tel ou tel culte1 c'taient le nombre et la littralit des dogmes4 ,elle rsolut1 non de les nier1 mais de les tourner1 et de montrer une voie gnrale de salut1 qui ft marcher au ciel par toutes les voies2 elle n'cartait pas le christianisme1 elle l'ouvrait plus large plus de fidles2 elle considrait le ,christ comme l',homme-,dieu qui1 participant toute la nature humaine pour la rhabiliter en lui1 fut affranchi de tout ce que l'humanit a de vicieux1 rdempteur dont l'humanit aurait pu se passer si elle avait conserv sa puret originelle et la religion naturelle bien grave dans sa conscience4 ,elle entreprenait donc1 conformment cette ide1 de faire luire de nouveau cette saintet primitive et naturelle dans les coeurs de tous les hommes4 ,ce fut l1 dit ,m4 ,sayous son biographe1 l'objet de son livre intitul la ,religion essentielle tous les hommes1 livre dont ,voltaire eut connaissance et dont il parle avec estime1 livre qui fut communiqu ,j4-,j4 ,rousseau1 et dont1 selon ,m4 ,sayous1 il tira la doctrine suprieure et conciliatrice de sa profession de foi du ,vicaire savoyard4 ,ce serait ainsi qu'une femme inspire1 une sainte ,thrse d'une religion pacifique et unanime1 aurait son insu laiss dans l'me du philosophe sceptique et mobile de ,genve la pense de ce christianisme primitivement rvl par la conscience1 encore sans ombre1 l'humanit1 et destin rconcilier toutes les morales1 tous les schismes et tous les cultes de l'esprit dans une lumire1 dans une adoration et dans une charit communes4 ,nous n'affirmons pas cette filiation de la profession de foi de ,j4-,j4 ,rousseau2 nous la donnons comme une de ces curiosits littraires qui ont de la vraisemblance plus qu'elles n'ont de certitude4 ,mais le gnie ttons de ,j4-,j4 ,rousseau1 flottant cette poque entre le christianisme rform1 le catholicisme adopt1 puis rpudi1 le calvinisme de son enfance profess de nouveau1 l'illuminisme germanique effleur1 et le scepticisme philosophique si voisin de l'athisme1 longtemps frquent ,paris dans l'intimit de ,diderot1 de d',holbach1 de ,grimm1 pouvait fort bien se rfugier1 pour son repos1 dans cet clectisme chrtien de mademoiselle ,huber qui donnait satisfaction aux diverses aspirations de sa nature1 et qui lui servait de thme pour cet hymne magnifique de ,platon des ,alpes connu sous le nom de profession de foi du ,vicaire savoyard4 ,les calvinistes de ,genve ne s'levrent pas avec moins de fureur contre le trait de paix que leur offrait mademoiselle ,huber1 que contre le symbole pacificateur que leur proposait ,j4-,j4 ,rousseau4 ,les deux livres eurent les mmes ennemis2 car les schismes en religion n'ont pas seulement besoin de croire1 ils ont besoin de combattre2 les pacificateurs sont les premiers perscuts en religion comme en politique4 ,l'vangile dit3 ,heureux les pacifiques6 le monde dit3 ,malheur aux modrs6 ,j4-,j4 ,rousseau1 dans ce livre1 fut un ,girondin de la philosophie4 ,,lamartine4 ,l,x,v,i,i,ie ,,entretien4 ,,tacite4 ,,premi,,re ,,partie4 ,i ,l'histoire est de tous les genres de littrature celui qui supporte le plus la mdiocrit de l'crivain1 d'abord parce que l'intrt y est dans le fait plus encore que dans le style3 le fait ou le rcit se suffit1 pour ainsi dire1 lui-mme4 ,ensuite1 parce que les vnements que l'histoire raconte ont par eux-mmes un attrait de curiosit1 un intrt1 pour nous exprimer autrement1 qui empche le lecteur de faire attention l'insuffisance ou la mdiocrit du style4 ,la curiosit est trs-indulgente1 pourvu que l'histoire soit raconte4 ,aussi les bibliothques sont-elles pleines d'histoires mdiocres1 triviales1 sans gnie1 sans philosophie1 sans politique1 sans couleur1 sans pathtique1 sans moralit1 crites par des annalistes de tous les pays2 enregistreurs de dates1 de nomenclatures1 de faits1 ils tiennent la chronologie du monde1 l'tat civil des nations4 ,on les lit cependant3 car1 bien qu'ils ne fassent rien sentir et rien juger1 incapables qu'ils sont eux-mmes de sentir et de juger1 ils font connatre4 ,ce sont les vieillards loquaces de la famille humaine dont parle ,homre2 on s'attroupe autour d'eux pour les entendre conter3 mais pour eux1 comme pour leurs lecteurs1 l'histoire n'est que de la chronique4 ,,ii ,les vritables historiens sont trs-rares au contraire1 et1 pour tout dire1 plus rares peut-tre que les grands potes2 plus rares certainement que les grands hommes d'action4 ,cette parcimonie de la nature crer les grands historiens s'explique d'elle-mme1 quand on y rflchit1 par le nombre1 la diversit et la supriorit des dons naturels et des dons acquis ncessaires pour crire une histoire digne de ce nom4 ,ces dons1 ou ces conditions ncessaires pour former un historien immortel1 sont presque impossibles runir dans un mme homme4 ,,iii ,d'abord1 il faut qu'il soit n pote1 c'est--dire sensible1 coloriste1 loquent de nature2 car comment ferait-il sentir dans son style ce qu'il n'aura pas senti lui-mme8 ,comment colorerait-il de nuances convenables ses portraits et ses tableaux1 si1 au lieu de palette dans l'imagination1 il n'a qu'un peu d'encre au bout de sa plume8 ,comment ferait-il parler ses acteurs1 s'il ne sait pas lui-mme parler8 ,dire1 c'est crer4 ,que crera-t-il1 s'il ne sait dire8 ,il faut ensuite qu'il soit philosophe1 c'est--dire qu'il ne se borne pas la surface des faits1 mais qu'il les creuse et qu'il les interroge pour leur faire rendre le sens cach qui est en eux1 ou la sagesse des choses humaines2 car les vnements ne sont pas une vaine accumulation de faits et de personnages1 passant devant les yeux de ,dieu et devant les yeux des hommes1 sans autre langage que ce fracas du temps1 qui roule tumultueusement dans son cours les religions1 les institutions et les empires4 ,ces vnements1 bien vus1 bien couts1 bien compris1 ont un langage parfaitement intelligible qui s'appelle l'exprience1 la leon1 la moralit1 la sagesse1 la philosophie des choses4 ,il faut que l'historien1 profondment sage1 comprenne ce langage des vnements pour l'interprter aux autres hommes4 ,un vritable historien n'est qu'un traducteur1 mais c'est le traducteur des desseins de ,dieu4 ,il dchiffre les hiroglyphes de la ,providence4 ,,iv ,il faut qu'il soit honnte homme1 c'est--dire probe d'esprit1 sincre1 vridique3 car1 s'il trompe1 ou s'il dissimule1 ou s'il invente1 ou s'il ment1 plus d'histoire2 il n'est plus que le faussaire des actes de ,dieu4 ,il faut qu'il soit moraliste1 sinon de coeur1 au moins d'esprit3 car1 s'il caresse les perversits dont l'histoire est pleine1 s'il donne toujours raison la fortune1 s'il exalte le vainqueur coupable et qu'il crase le vaincu innocent1 s'il foule aux pieds les victimes1 s'il ajoute la sanction de sa propre immoralit et l'autorit de son amnistie tous les scandales d'iniquit qui attristent les annales des peuples1 l'historien n'est plus un juge2 c'est un complice abject ou intress de la fortune1 qui montre sans cesse le droit viol par la force1 et la vertu djoue par le succs4 ,un tel historien corrompt plus la moralit de son sicle que tous les crimes heureux ne la corrompent3 car on se dfie des criminels1 on ne se dfie pas de l'historien4 ,son absolution est pire que le forfait lui-mme3 c'est le forfait rtrospectif1 le forfait de sang-froid1 le meurtre de la conscience publique1 seul refuge que la fortune triomphante laisse ici-bas la justice et la vertu6 ,le criminel ne viole la justice que pendant un temps3 l'historien du succs la viole1 autant qu'il est en lui1 pendant toute la postrit4 ,on a dress des peines contre ceux qui commettent les crimes1 on devrait en formuler de pires contre ceux qui les excusent et qui les glorifient4 ,ils sont les sclrats du lendemain1 plus coupables que les sclrats de la veille4 ,ils justifient l'iniquit3 c'est plus atroce que de la commettre4 ,v ,il faut que l'historien soit homme d'tat3 car l'histoire est pleine de politique1 et s'il n'a pas l'intelligence de la politique1 cette bonne conduite de la vie applique en grand aux nations1 aux socits1 aux empires1 il crira au hasard des rcits pleins d'ignorance1 de contre-sens et de non-sens4 ,il faut qu'il ait pratiqu lui-mme les conseils1 les assembles1 les ngociations1 les dlibrations1 les affaires publiques1 afin d'avoir observ de ses propres yeux le jeu des passions1 des intrts1 des ambitions1 des intrigues1 des caractres1 des vertus ou des perversits qui s'agitent dans les cours1 dans les camps1 dans les comices1 dans la place publique4 ,nul ne connat les hommes par thorie3 pour les connatre1 il faut les toucher2 on ne les touche que dans la mle4 ,un historien qui n'aura vcu que dans les bibliothques fera des livres1 mais jamais une histoire2 ses personnages seront des rles1 jamais des hommes4 ,,vi ,enfin1 il faut que l'historien soit arriv la vieillesse1 ou du moins cette maturit des annes qui donne1 avec le sang-froid de la pense1 le dsintressement de l'ambition1 ce loisir studieux o l'crivain se renferme dans la solitude de son me pour recueillir1 avant sa mort1 les vnements de son temps1 les expriences1 les jugements qu'il veut lguer la postrit4 ,on voit1 ces principales conditions d'un historien parfait1 combien il est rare que toutes ces conditions se trouvent runies dans un mme homme1 et combien peu de chefs-d'oeuvre historiques doivent exister et surnager sur cet ocan d'annales ou de chroniques qui encombrent les archives des nations4 ,ajoutons que ces chefs-d'oeuvre mmes ne sont pas absolus1 mais relatifs l'tat social et l'ge plus ou moins avanc des peuples pour lesquels l'historien a crit son histoire4 ,,vii ,les peuples enfants veulent des rcits merveilleux1 mais sans critique1 comme ceux d',hrodote4 ,les peuples superstitieux veulent des fables1 comme celles des livres thogoniques de l',orient4 ,les peuples barbares veulent des martyrologes1 comme ceux des ,scandinaves4 ,les peuples chevaleresques veulent des aventures1 comme celles du ,cid ou de ,roland4 ,les peuples corrompus veulent des crimes politiques admirs et justifis1 comme ils le sont dans l'histoire de ,machiavel4 ,les peuples artistes veulent des harangues et des rflexions1 comme celles de ,thucydide4 ,les peuples avilis veulent des obscnits1 comme celles de ,sutone4 ,les peuples mrs et touchant la dcadence veulent des portraits peints en traits de sang1 des retours vers la vertu antique1 des larmes amres sur la corruption prsente1 des sentences brves1 mais succulentes1 jaillissant de l'vnement comme le cri des choses1 enfin une philosophie la fois plaintive et amre1 qui consterne et qui relve l'me par l'honnte et douloureux contraste entre l'image de la vertu antique et le dsespoir de la libert perdue6 ,dans ce genre d'histoire parfait1 l'historien n'est plus seulement un annaliste3 il est citoyen1 il est moraliste1 il est politique1 il est pote1 il est peintre1 il est lgislateur1 il est apologiste1 il est satiriste1 il est homme d'tat1 il est juge1 il est instituteur des nations1 il est ,tacite4 ,l'histoire ne monte pas plus haut3 elle est alors le grand pome pique de la vrit4 ,,viii ,pour l'poque du monde o nous vivons1 ,tacite est videmment l',homre1 le ,platon et le ,cicron de l'histoire4 ,une de ses pages retrace toute une priode d'annes2 une de ses peintures ressuscite toute une vie2 une de ses maximes fait rflchir tout un jour4 ,rome entire1 avec ses grandeurs et ses bassesses1 avec sa libert et sa servitude1 avec ses noblesses et ses abjections1 avec ses vertus et ses forfaits1 s'est rsume dans ce seul homme4 ,il a tout vu1 tout senti1 tout sond1 tout pes1 tout aim1 tout ha1 tout peint1 tout conclu4 ,c'est le monde romain1 ou plutt c'est le monde humain de son temps1 hlas6 et de tous les temps1 contract dans la main puissante d'un homme1 et rendant1 sous la pression de cette main1 son suc1 son sens1 sa gloire1 ses vices1 sa honte1 ses larmes1 son sang1 par tous les pores4 ,,ix ,aussi celui qui a lu ,tacite a compris le monde3 ,tacite est le ,newton de l'histoire4 ,il a dvoil la machine humaine depuis le premier rouage jusqu'au dernier2 il a mont et dmont le mcanisme des empires1 et mis nu tous les ressorts qui font mouvoir la sublime ou dplorable humanit4 ,on ne peut lui reprocher qu'une chose3 un excs de brivet dans le rcit4 ,mais cette brivet aussi est une force3 celui qui comprend d'un coup d'oeil explique d'un mot4 ,la brivet est une vertu de la langue1 car la langue n'est qu'un signe4 ,la plus parfaite des langues serait celle qui contiendrait le monde dans un mot4 ,tacite est l'abrviateur de l'oeuvre de ,dieu2 il n'crit pas1 il note3 mais chaque note ouvre un horizon sans borne la pense4 ,les intelligences lentes ou faibles doivent renoncer le lire3 il n'crit que pour ses pairs4 ,c'est le pain des forts1 c'est l'historien des hommes d'tat1 des philosophes1 des sages1 des potes2 il lui faut1 comme ,bossuet1 un auditoire de rois de l'intelligence3 c'est sa gloire4 ,j'ai essay souvent1 dans mes notes de jeunesse1 de me rendre compte moi-mme des impressions que je recevais de cet historien selon mon coeur4 ,j'en extrais ici quelques fragments et j'en ai refait un tout1 en jalonnant ma route de ses plus beaux tronons de style1 comme on reconstruit une ville dtruite dans le dsert1 en marchant d'un dbris un dbris et d'un monument l'autre1 travers la poussire des grandes choses qu'on foule aux pieds4 ,x ,huit cent vingt annes d'existence ont puis la vitalit de ,rome4 ,rome vieillit2 car1 malgr les illusions toujours dues et toujours renaissantes des utopistes1 les nations vieillissent comme l'homme1 unit mortelle dont elles parcourent toutes les phases avec plus de lenteur1 mais avec la mme vicissitude de naissance1 de jeunesse1 de maturit1 de caducit et de mort4 ,l'empire a dvor la rpublique2 l'arme a subjugu les lois2 la corruption1 son tour1 a avili l'arme2 la sdition donne et retire le trne et la vie des favoris prtoriens d'un camp et d'un jour4 ,nron1 le dernier des empereurs du sang de ,csar1 a pri1 excr des uns1 regrett par les autres2 car les vices et les crimes eux-mmes ont leur parti dans les populaces et dans les casernes4 ,on pleure1 ,rome et ,lyon1 ce bon ,nron qui incendiait la capitale pour la rebtir1 qui gorgeait sa mre1 mais qui amusait la plbe4 ,le vieux ,galba1 proclam empereur par les lgions1 s'avance et tend la main vers le sceptre4 coutons ,tacite1 c'est ainsi qu'il commence son premier livre3 ,,xi ,j'entreprends une oeuvre riche en vicissitudes1 atroce en batailles1 dchire en sditions1 sinistre mme dans la paix3 ,quatre empereurs tranchs successivement par le glaive1 trois guerres civiles1 plusieurs guerres extrieures1 quelques autres tout la fois civiles et trangres2 ,nos armes1 prospres en ,orient1 malheureuses en ,occident2 l',illyrie trouble1 les ,gaules mobiles1 la ,grande-,bretagne conquise et perdue presque au mme moment2 les races suves et sarmates se ruant contre nous2 les ,daces illustrs par des dfaites et par des victoires alternatives2 l',italie elle-mme afflige de calamits nouvelles ou renouveles des calamits dj prouves par elle dans la srie des sicles prcdents2 des villes englouties ou secoues par les tremblements de terre sur les confins de la fertile ,campanie2 ,rome dvaste par les flammes2 nos plus anciens temples consums2 le ,capitole lui-mme incendi par la main de ses concitoyens2 nos saintes crmonies profanes2 des adultres souillant nos plus grandes familles2 les les de la mer pleines d'exils2 ses cueils ensanglants de meurtres2 des atrocits plus sanguinaires encore dans le sein de nos villes2 noblesse1 dignits1 acceptes ou refuses1 imputes crime2 le supplice devenu le prix invitable de toute vertu2 l'mulation entre les dlateurs1 non-seulement pour le prix1 mais pour l'horreur de leurs forfaits2 ceux-ci revtus comme dpouilles des consulats et des sacerdoces1 ceux-l de l'administration et de la puissance de l'tat dans les provinces1 afin qu'elles supportassent tout de leur violence et de leur rapacit2 les esclaves corrompus contre leurs matres1 les affranchis contre leurs patrons1 et ceux qui il manquait des ennemis pour les perdre1 perdus par la trahison de leurs amis4 ,,xii ,toutefois le sicle n'est pas assez tari de toute vertu pour ne pas fournir encore de grands exemples3 ,des mres accompagnant leurs fils poursuivis1 dans leur fuite2 des femmes s'exilant volontairement avec leurs maris2 des proches courageux2 des gendres dvous2 la fidlit des serviteurs rsistant mme aux tortures2 des hommes illustres bravant les dernires extrmits de l'infortune2 l'indigence elle-mme hroquement supporte2 des sorties volontaires de la vie comparables aux morts les plus loues de nos anctres4 ,outre ces nombreuses vicissitudes des choses humaines1 des prodiges effrayants dans le ciel et sur la terre1 les avertissements de la foudre1 les prsages des vnements futurs1 prsages heureux1 sinistres1 ambigus1 vidents tour tour4 ,jamais1 en effet1 calamits plus terribles et augures plus menaants ne tmoignrent au peuple romain que les ,dieux ne veillaient plus sa scurit1 mais leur vengeance4 ,,xiii ,aprs avoir frapp ainsi l'esprit de ses lecteurs de l'impression dont il est frapp lui-mme1 ,tacite entre d'un pas rapide1 mais sr1 dans son rcit par le tableau du lendemain de la mort de ,nron4 ,il laisse transpirer1 plutt qu'il ne le tmoigne1 son mpris intrieur contre un peuple assez vil pour regretter son tyran3 ,la vile multitude1 dit-il1 celle qui assige le cirque et les thtres gratuits1 et la lie des esclaves1 et tous ceux qui1 ayant dvor leur patrimoine1 vivaient des honteuses munificences de ,nron1 se montraient tristes et avides de nouvelles4 ,les soldats1 voyant qu'ils ne recevaient pas de gratifications de ,galba pour rcompenser leur dfection involontaire et force ,nron1 et prvoyant que la paix ne leur fournirait pas autant que la guerre d'occasions d'avancements et de rcompenses1 penchaient vers la sdition4 ,ils accusaient dj la vieillesse et la parcimonie de ,galba4 ,on rappelait un mot de lui1 honnte pour la rpublique1 dangereux pour lui-mme3 ,je choisis mes soldats1 je ne les achte pas4 ,l'ge mme de ,galba tait un texte de drision et d'impopularit pour ceux qui taient accoutums la jeunesse de ,nron1 et qui1 suivant le prjug du vulgaire1 ne jugeaient de leur matre qu' la beaut et la grce du corps4 ,telles taient ,rome1 ajoute-t-il1 les dispositions d'esprit de cette immense multitude4 ,il fait ensuite le tableau des provinces1 des lgions1 le portrait des principaux gnraux qui les commandent4 ,en ,espagne1 ,cluvius ,rufus2 dans les ,gaules1 un successeur peu populaire de ,vindex2 en ,allemagne1 ,verginius1 encore indcis entre les regrets de ,nron et l'adhsion ,galba2 sur le ,rhin1 un vieillard goutteux1 impotent1 sans ascendant sur ses troupes2 dans l',orient encore immobile1 ,mucien1 commandant de la ,syrie et de quatre lgions4 ,,xiv ,le portrait de ,mucien1 trac en quelques lignes1 prsage du premier coup d'oeil l'empire des agitations1 ,galba des comptiteurs3 ,homme1 dit ,tacite en parlant de ,mucien1 dj aussi clbre par ses succs que par ses disgrces2 jeune1 il avait ambitieusement caress des amitis illustres2 bientt1 ayant dissip ses richesses1 il glissa dans le besoin4 ,suspectant l'inimiti de ,claude contre lui1 il se confina dans le fond de l',asie1 aussi prs de l'exil qu'il le fut plus tard de l'empire2 mlange de luxure1 d'intrigue1 de popularit1 d'insolence1 de bonnes et de mauvaises habilets2 excessif de plaisirs dans le loisir1 d'activit dans l'action1 sa vie publique mritait des loges1 sa vie prive de la honte4 ,puissant en influence et en sduction sur ses subordonns1 sur ses proches1 sur ses collgues2 homme qui il tait plus facile de dcerner l'empire par son crdit que de l'obtenir pour lui-mme4 ,en ,jude1 ,vespasien et son fils ,titus commandaient trois lgions2 ils taient pleins de dfrence pour ,mucien1 leur collgue le plus rapproch1 et se concertaient entirement avec lui4 ,,xv ,tout coup un bruit se rpand dans ,rome4 ,on murmure demi-voix que les lgions de ,germanie se sont souleves et ont proclam empereur leur commandant ,vitellius4 ,galba1 pour prvenir le seul reproche qu'on fait son rgne1 celui de manquer d'un successeur1 se hte d'adopter un jeune ,romain de haute noblesse et de grande esprance1 ,pison4 ,pison rappelait par ses vertus l'antique rpublique4 ,son adoption tait un retour la libert et aux moeurs4 ,galba le prend par la main en prsence du snat et du peuple3 ,auguste chercha un successeur dans sa famille1 lui dit-il2 moi1 je le prends dans la rpublique1 non que je manque de parents ou de compagnons d'armes1 mais pour prouver que je n'ai point brigu l'empire par ambition4 ,cet acte dmontrera tous que je n'ai consult1 en te choisissant1 ni mes propres convenances1 ni mme les tiennes4 ,tu as un frre1 ton gal en noblesse1 ton suprieur par l'ge1 digne en tout de la haute fortune o je t'appelle1 si tu n'en tais plus digne encore toi-mme4 ,tu es parvenu cet ge o l'on a dj chapp aux passions de la jeunesse2 ta vie est telle que tu n'as aucune indulgence demander pour ton pass4 ,tu n'as encore support que des fortunes adverses3 les prosprits sont des tentations trop stimulantes pour notre me1 parce que les adversits nous apprennent flchir et que le bonheur nous corrompt4 ,la fidlit1 la sincrit1 l'attachement1 ces premiers biens de l'honnte homme1 conserve-les avec une gale constance4 ,on essayera de les altrer en toi par l'obsquiosit4 ,l'adulation1 les caresses1 l'intrt personnel1 le poison le plus corrupteur de la vritable affection1 vont bientt t'entourer4 ,aujourd'hui1 toi et moi1 nous nous parlons avec la plus entire franchise2 mais les autres s'adressent plus notre puissance qu' nous-mmes1 car persuader un prince ce qu'il doit faire est une grande tche3 une approbation servile ne prouve aucune affection4 ,si l'immense corps de l'tat pouvait subsister et se pondrer seul et sans modrateur1 j'tais digne peut-tre de recommencer les temps et les institutions de la rpublique2 mais nous en sommes cette ncessit1 que dj mon ge avanc ne peut plus rien promettre au peuple romain qu'un bon successeur1 et ta jeunesse rien autre qu'un bon matre l'empire4 ,sous ,tibre1 sous ,caus1 sous ,claude1 nous fmes comme le patrimoine d'une seule famille2 aujourd'hui1 la place de la libert1 nous aurons du moins l'lection de nos matres4 ,la maison des ,jules ,csar et des ,claude tant teinte1 l'adoption dcouvrira avec intelligence le meilleur des ,romains pour succder l'empire4 ,descendre ou natre des princes est un hasard qui ne nous rend digne d'aucune estime2 dans l'adoption1 le choix est entier et le jugement libre1 et1 si l'on veut bien choisir1 l'opinion publique vous claire4 ,que ,nron soit toujours devant tes yeux1 lui qui1 superbe de sa longue srie d'aeux dans les ,csars1 ne fut pas renvers par ,vindex avec une seule province sans armes1 ni par moi avec une seule lgion1 mais par sa frocit et par sa luxure1 qui le prcipitrent du fate des grandeurs publiques4 ,il n'y avait point cependant jusque-l d'exemple d'un empereur dpos4 ,nous1 au contraire1 que l'estime publique et les armes ont ports l'empire1 quels que soient nos services1 nous y serons poursuivis par la jalousie4 ,toutefois ne t'tonne pas si1 dans cette commotion soudaine de tout l'univers1 deux lgions ne sont pas encore rentres dans l'obissance4 ,moi-mme1 qui te parle1 je ne suis pas parvenu encore la scurit2 mais1 une fois que je t'aurai adopt1 je cesserai de paratre trop vieux1 seul reproche qu'on objecte ma puissance4 ,nron ne cessera pas d'tre regrett par les pervers2 c'est toi1 c'est moi de gouverner avec tant d'intgrit qu'il ne soit pas du moins regrett des gens de bien4 ,ce n'est pas l'heure de te fatiguer de plus longs avis2 tout est dit1 tout est fait1 si j'ai bien choisi6 ,souviens-toi que tu vas commander ici des hommes aussi incapables de supporter une entire libert qu'une entire servitude4 ,l'invention d'une telle loquence dans l'historien ne suppose-t-elle pas dans ,tacite toutes les qualits d'homme d'tat1 de philosophe1 de politique consomm1 de vieillard expriment des choses et des caractres1 et enfin d'orateur d'tat1 qualits que l'historien prte au vieux ,galba8 ,,xvi ,on se perd quand on analyse ce sublime discours d'empire dans les profondeurs de raison1 de pntration1 de prvoyance1 de connaissance du coeur humain et de l'opinion des diffrentes classes du peuple qu'il rvle chez le vieux ,galba4 ,quel autre homme qu'un homme rompu aux affaires publiques1 un tmoin des croulements de ,rome1 un publiciste1 un moraliste1 un orateur1 un vieillard1 pouvait le penser et pouvait l'crire8 tez une seule de ces conditions d'ge1 d'exprience1 de pratique des comices et des cours1 d'tude des lettres antiques1 d'lvation au-dessus des partialits des temps1 de puissance de tout comprendre1 mme la vertu1 et ce discours n'existerait pas4 ,c'est le rsum d'une longue vie publique dans une haute intelligence touchant aux limites de la vie1 et jugeant le pass1 le prsent1 l'avenir1 avec le calme du soir et le sublime dsintressement du lendemain4 ,mais poursuivons l'tude1 et1 aprs avoir vu le sage et le politique1 voyons le peintre4 ,,xvii ,pison accepte sans joie1 mais sans faiblesse1 non comme on accepte une ambition1 mais comme on accepte un devoir4 ,il se rend au camp avec ,galba1 puis au snat1 pour se faire reconnatre hritier de l'empire4 ,les soldats1 refroidis par la parcimonie de ,galba1 qui les traite en citoyens1 non en mercenaires1 murmurent sourdement2 le snat prouve ou feint d'prouver de l'enthousiasme3 mais les rumeurs de la rbellion des lgions de ,germanie et de la marche de ,vitellius sur l',italie s'accroissent dans ,rome4 ,la restitution au trsor public des sommes perues par les favoris de ,nron aigrit les esprits dans le camp et dans la plbe4 ,un homme populaire par ses intrigues1 candidat du vice1 comme ,pison tait candidat de l'honntet1 ,othon1 sent chanceler le pouvoir entre les lgions qui s'avancent d',allemagne1 et ,galba1 qui ddaigne de saisir ,rome par ses corruptions4 ,il se fait faire une feinte violence par une meute de populace et de soldats qui le portent au camp1 hors des murs1 en apparence malgr lui4 ,l1 vingt-trois soldats le saluent empereur1 et vont tenter avec ,othon la fidlit des lgions indcises4 ,,xviii ,le bruit de cette meute se rpand dans le palais de ,galba4 ,pison1 son fils adoptif1 veut opposer sa popularit d'estime la popularit dmagogique d',othon2 il rassemble les troupes de garde au palais et les harangue3 ,camarades1 leur dit ,pison1 il n'y a pas encore six jours qu'ignorant ce que nous drobe l'avenir1 et ne sachant s'il fallait dsirer ou redouter davantage ce nom d'hritier de ,galba1 j'ai t adjoint par lui l'empire4 ,par cet acte1 les destines de la patrie et celles de notre maison ont t places dans vos mains4 ,ne croyez pas1 je vous le jure par le nom que je porte1 ne croyez pas que je tremble ici pour moi-mme 7pour moi1 qui1 prouv dj par la mauvaise fortune1 sais qu'il y a autant craindre de la prosprit72 non6 je vous parle en ce moment au nom de ,galba1 devenu mon pre1 du snat et de l'empire1 que je reprsente devant vous4 ,nous sommes placs dans cette alternative1 ou de prir aujourd'hui1 si cela est ncessaire la patrie1 ou1 ce qui ne serait pas moins funeste1 de vaincre en faisant prir des concitoyens4 ,nous avions pour consolation1 dans ces derniers vnements de ,rome1 que la capitale n'avait pas t ensanglante et que le pouvoir avait pass sans choc d'une main dans une autre4 ,par mon adoption1 il semblait aussi avoir t pourvu ce que1 mme aprs ,galba1 il ne pt y avoir de guerre civile ,rome pour l'empire4 ,je ne me vanterai pas ici de la noblesse de mon origine ni de l'irrprochabilit de ma vie4 ,qu'est-il besoin de parler de vertu quand il s'agit de se comparer un ,othon8 ,ses vices1 qui sont ses yeux le seul titre de gloire1 ont renvers l'empire1 mme quand il tait la crature et l'ami de l'empereur4 ,serait-ce par son maintien1 sa dmarche1 sa parure effmine1 qu'il briguerait et mriterait l'empire8 ,ils se trompent1 ceux qui croient que son luxe sera de la libralit3 il saura dissiper1 jamais donner4 ,il ne rve que prostitution1 dbauches et orgies de femmes2 il pense que ce sont l les privilges de la souverainet1 privilges qui lui assurent pour lui seul la satisfaction de ses caprices et de ses excs1 et qui ne laisseront aux autres que la rougeur et l'infamie4 ,jamais pouvoir acquis par le crime ne fut exerc honntement4 ,galba a t promu l'empire par le consentement de l'univers1 et moi par votre consentement4 ,si la rpublique1 le snat1 le peuple1 ne sont plus aujourd'hui que de vains noms1 votre honneur1 vous1 camarades1 est intress du moins ce que les plus vils des hommes ne vous donnent pas des empereurs6 ,on a vu des exemples de lgions rvoltes contre leurs gnraux2 mais votre fidlit et votre renomme1 vous1 sont restes jusqu' ce jour sans souillure4 ,c'est ,nron qui vous a manqu1 ce n'est pas vous qui avez manqu ,nron6 ,eh quoi6 vingt-trois transfuges et dserteurs1 qui l'on ne permettrait pas de nommer un centurion ou un tribun des soldats1 nommeraient impunment un empereur6 ,vous admettriez cet exemple1 et vous vous approprieriez leur crime en le tolrant par votre inaction6 ,cette licence passera bientt de ,rome dans les provinces1 et1 si nous sommes1 ,galba et moi1 les victimes de ce forfait1 vous le serez1 vous1 des consquences de ces guerres civiles4 ,l'assassinat de vos empereurs ne vous sera pas plus pay que nous ne payerons1 nous1 votre innocence1 et nous vous donnons1 en rcompense de votre fidlit1 autant que les autres vous promettent pour prix du crime4 ,,xix ,ce discours d'honnte homme meut les cohortes de garde au palais4 ,les officiers partent pour aller retenir dans leur devoir les diffrents corps caserns dans la ville2 mais les partisans d',othon les ont prvenus4 ,la dfection est gnrale2 quelques chefs sont tus par leurs soldats1 d'autres repousss1 le plus grand nombre entrans4 ,la licence de ,nron plaide dans leur me contre la svrit de ,galba4 ,les troupes corrompues aiment leurs corrupteurs4 ,othon ravive la popularit de ,nron1 dont il fut le complice4 ,,xx ,galba1 presque abandonn dans le palais avec une poigne de gardes et de serviteurs1 hsite un moment s'il y dfiera l'assaut des prtoriens ou s'il ira au camp disputer l'empire ,othon4 ,danger pour danger1 il prfre le plus honorable2 il se prpare marcher au camp3 ,pison l'y devance4 ,,xxi ,pendant cette hsitation1 un bruit se rpand dans la ville qu',othon a t massacr par les prtoriens dans le camp4 ce bruit1 le peuple1 les snateurs1 les courtisans1 la plbe1 qui avaient dj fui le palais1 refluent avec la fortune autour de ,galba4 ,,xxii ,tacite peint en satiriste consomm les jactances et le faux enthousiasme des hommes intresss que la peur avait dissips1 que la peur ramne4 ,chacun veut avoir sa part de fidlit et d'hrosme3 il y en a qui vont jusqu' affirmer qu',othon a t perc par leur main4 ,l'impassible ,galba sourit de piti et demande un de ces prtendus meurtriers qui lui a donn ordre de tuer ,othon4 ,,xxiii ,ce bruit tait faux4 ,tacite raconte la sdition des prtoriens la vue d',othon1 en homme qui a vu les motions populaires et les dfections soldatesques4 ,on croit relire1 l'homme prs1 l'entre de ,napolon ,grenoble au retour de l'le d',elbe4 ,citons cette page1 que nous avons lue tant de fois nous-mme vivante sur les pavs de nos places publiques3 ,les dispositions dans le camp n'taient dj plus douteuses1 et la passion en faveur d',othon tait dj si furieuse que les soldats1 non contents de le couvrir de leurs corps et de leurs armes1 le portent1 au milieu des aigles des lgions1 sur un tertre o s'levait1 quelques moments avant1 la statue d'or de ,galba1 et l'entourent de leurs tendards4 ,il n'tait possible ni aux tribuns ni aux centurions d'en approcher2 le simple soldat recommandait ses camarades de se dfier de ses officiers2 tout retentissait de clameurs1 de tumulte1 de vocifrations changes entre les groupes1 non pas seulement1 comme dans une multitude1 de vocifrations inactives1 mais1 chaque nouveau groupe de soldats qui se prsentaient1 on leur prenait les mains1 on les enlaait d'un cercle d'pes nues1 on les poussait vers ,othon1 on les provoquait lui prter le serment1 on les prconisait l'un l'autre1 tantt l'empereur aux soldats1 tantt les soldats l'empereur4 ,othon ne cessait pas1 de son ct1 d'tendre les mains vers eux1 d'adresser des hommages cette multitude et de lui jeter des baisers1 se dgradant jusqu' la bassesse pour se relever la domination6 ,,xxiv ,il harangue avec astuce les soldats2 on court aux armes1 on marche confusment vers la ville4 ,une charge de cavalerie balaye le forum de la multitude1 qui voulait maintenant dfendre ,galba4 ,le porte-drapeau de la cohorte1 au milieu de laquelle marchait le vieillard1 l'abaisse devant les cavaliers d',othon4 ce signal de la trahison ou de la peur1 la cohorte1 jusque-l fidle1 fraternise avec les sditieux4 ct du lac ,curtius1 dit ,tacite1 le tremblement des porteurs de ,galba le fait tomber de sa litire et rouler terre4 ,on assure qu'il tendit courageusement la gorge aux meurtriers1 en leur disant d'agir et de frapper1 si c'tait pour l'avantage de la rpublique4 ,peu importaient ses paroles ses assassins4 ,le nom de celui qui le frappa n'est pas suffisamment constat4 ,les soldats froces et cruels dchirrent en lambeaux ses bras et ses jambes1 mme aprs que sa tte eut t spare du tronc4 ,pison1 bless1 qui revenait du camp des prtoriens1 se rfugie dans la chambre d'un esclave fidle2 mais1 bientt dcouvert1 il est tran sur le seuil et gorg par les soldats d',othon4 ,sa tte1 celle de ,galba1 celle de ,vinius1 leur lieutenant1 sont portes au bout des piques1 au milieu des enseignes des lgions1 auprs des aigles4 ,,xxv ,vous auriez cru voir1 ajoute aussitt ,tacite1 un autre snat1 un autre peuple4 ,tous se prcipitent1 rivalisant de vitesse et d'empressement1 vocifrant contre ,galba1 clbrant la justice des soldats1 baisant la main d',othon4 ,plus les dmonstrations sont fausses1 plus ils les redoublent4 ,tout se fit ensuite au gr des soldats4 ,chaque lgion envoie un quart de ses lgionnaires imposer ou saccager la ville et les campagnes1 avec licence de tout faire1 pourvu qu'elle rapportt sa part de pillage ses chefs1 et1 aprs cette alternative de licence1 de dbauches et de misre1 chaque soldat rentrait son corps1 indigent1 oisif et lche1 de vaillant qu'il avait t4 ,enfin1 une succession d'orgies et de dnment les prcipitait dans les sditions et dans les factions militaires1 de l dans les guerres civiles4 ,le corps de ,galba1 longtemps abandonn et devenu le jouet des profanateurs1 pendant les tnbres1 fut enfin enseveli par les soins d',argius1 un de ses anciens esclaves1 dans les jardins d'un domaine priv que possdait ,galba4 ,sa tte1 mutile et attache une pique par les vivandiers et les valets d'arme devant le tombeau de ,patrobius1 affranchi de ,nron1 puni par ,galba1 fut recueillie le jour suivant et runie aux cendres de son corps dj brl4 ,quelle tragdie6 ,et comment n'a-t-elle pas inspir un ,corneille8--,c'est que le sujet dpasse le gnie6 ,,xxvi ,pendant que la sdition militaire fait un empereur ,rome1 ,tacite nous transporte aussitt en ,germanie1 o la sdition militaire en fait surgir un autre dans ,vitellius1 pour venger ,galba4 ,valens et ,ccina1 ses lieutenants1 descendent des ,alpes en ,italie4 ,vitellius1 engourdi par la torpeur du vin et de la table1 ivre ds le milieu du jour1 les suit lentement1 laissant tout faire pour lui ses soldats4 ,othon ngocie avec son comptiteur2 il lui offre tout ce qui peut sduire un homme plus avide de jouissances oisives que de pouvoir4 ,vitellius feint d'couter ces propositions1 puis les deux rivaux s'envoient mutuellement des assassins aprs les ambassadeurs4 ,ces assassins1 dcouverts1 expient leur mission par la mort4 ,othon sent enfin la ncessit de rtablir la discipline dans les troupes de ,rome et de rprimer l'anarchie2 il parle aux prtoriens le langage de la raison et de la svrit3 ,,xxvii ,il est des choses dans le gouvernement1 leur dit-il1 que le soldat doit savoir2 il en est d'autres qu'il doit ignorer4 ,l'autorit des chefs1 la rigueur de la discipline1 exigent que les centurions1 les tribuns militaires eux-mmes1 excutent1 sans les examiner1 les ordres qu'on leur donne4 ,s'il tait permis chacun de ceux qui reoivent des ordres de s'informer des motifs et de les discuter1 l'empire lui-mme prirait avec le principe ncessaire de l'obissance4 ,vous n'avez manqu la subordination que dans mon intrt2 mais1 dans ces incursions1 dans ces tnbres1 dans cette confusion de toutes choses1 les occasions contre moi-mme peuvent tre offertes mes ennemis4 ,l'arme la plus redoutable dans l'action est celle qui est la plus soumise avant la guerre4 vous les armes et le courage6 moi le conseil et la direction de votre valeur6 ,que jamais arme ne connaisse ces cris que vous avez profrs contre le snat6 ,quoi6 le snat1 la tte de l'empire1 le lustre de toutes nos provinces1 demander des supplices contre ses membres6 ,dieux6 ces ,germains1 que ,vitellius pousse contre ,rome1 ne l'auront pas os eux-mmes2 et vous1 enfants privilgis de l',italie1 vous1 jeunesse vraiment romaine1 vous demanderiez le sang et le massacre d'un corps dont la splendeur et la gloire font toute notre supriorit sur la bassesse et l'obscurit des ,vitelliens4 ,vitellius a une certaine apparence d'arme avec lui1 mais le snat est avec nous4 ,c'est par l que de notre ct est la rpublique1 et contre nous les ennemis de la rpublique4 ,croyez-vous donc que cette ville si majestueuse existe seulement dans ces maisons1 ces toits1 ces monceaux de pierres8 ,ces choses muettes et inanimes peuvent aussi bien se dtruire que se relever4 ,l'ternit de l'tat1 le repos des peuples1 votre salut tous1 et le mien1 rsident dans l'intgrit du snat1 qui affermit tout4 ,de mme que ce corps1 institu sous les auspices des ,dieux par le pre et le fondateur de ,rome1 ce corps1 continu et immuable depuis nos rois jusqu' nos ,csars1 nous a t transmis par nos anctres1 de mme nous devons le transmettre nos descendants2 car c'est de vous qu'manent vos snateurs romains1 et c'est de vos snateurs qu'manent vos princes4 ,,xxviii ,ce discours assoupit plus qu'il ne calma ,rome4 ,,xxix ,le tableau trac ici par ,tacite de l'agitation sourde de la ville1 de l'oppression latente des soldats1 de l'ambigut du snat1 tremblant de trop peu faire pour ,othon1 de trop faire contre ,vitellius1 est l'tude la plus caractristique d'un observateur de l'espce humaine4 ,c'est le ,molire grave et politique des peuples en rvolution2 le peuple romain pose1 non-seulement devant son peintre1 mais devant son juge4 ,,lamartine4 ,l,x,i,xe ,,entretien4 ,,tacite4 ,,deuxi,,me ,,partie4 ,i ,continuons3 ,othon part avec l'arme et avec une partie de l'aristocratie de ,rome et des pouvoirs constitus1 pour aller au-devant de ,vitellius1 aux confins de l',italie1 vers les ,gaules4 ,c'est la premire fois que ,rome se dplace ainsi1 dit ,tacite3 car1 depuis le divin ,auguste1 le peuple romain avait combattu au loin pour l'ambition ou la gloire d'un seul homme2 sous ,tibre et sous ,caligula1 on n'avait eu gmir que des calamits de la paix2 la rvolte de ,scribonianus contre ,claude avait t dcouverte et touffe au mme instant2 c'taient des murmures et des paroles qui avaient expuls ,nron1 plutt que les armes4 ,aujourd'hui des lgions et des flottes1 et1 ce qu'on avait vu plus rarement encore1 les prtoriens et les soldats1 gardiens de la ville1 marchaient au combat4 ,,ii ,selon l'admirable conomie de ses rcits1 ordonns comme des pomes1 ,tacite profite de la lenteur d',othon dans sa marche vers les ,gaules pour reporter les regards de son lecteur vers une autre rgion de l'empire o se noue un autre drame militaire pour un troisime dnouement dj prvu4 ,il revient ,vespasien1 ,mucien1 leurs sept lgions rparties en ,jude et en ,syrie4 ,ces lgions apprennent que celles de ,rome et de ,germanie vont s'entrechoquer pour dcider qui des deux armes reviendra le bnfice de donner un matre l'empire2 elles s'indignent qu'on en dispose ainsi sans leur aveu2 elles mditent de s'en saisir pour un de leurs gnraux1 pendant qu'on le dispute pour d'autres4 ,vespasien1 et ,mucien son collgue1 rsolurent d'attendre que les deux partis de ,vitellius et d',othon1 affaiblis par leur lutte1 laissassent l'ambition plus libre et le succs plus certain des armes et des noms encore entiers4 ,ici ,tacite reprend le rcit de la guerre civile1 aprs avoir ainsi montr en ,orient le germe d'un autre rgne4 ,,iii ,othon1 suivi des corps d'lite1 d'claireurs1 des cohortes et des vtrans du prtoire1 nerf des armes impriales1 et des nombreuses lgions de marine1 s'avance jusqu'au pied des ,alpes1 au-devant du lieutenant de ,vitellius1 ,ccina4 ,la marche d',othon1 dit ,tacite1 n'tait ni ralentie ni amollie par le luxe2 mais ,othon1 revtu d'une cuirasse de fer1 pied1 marchant devant les aigles1 souill de poussire1 les cheveux en dsordre1 contrastait par son apparence avec son ancienne rputation de mollesse4 ,ccina1 de son ct1 comme s'il avait laiss sur l'autre revers des ,alpes la licence et la frocit de son caractre1 s'avanait en ,italie avec une arme irrprochable dans sa discipline4 ,les colonies et les municipalits romaines qu'il traversait en entrant en ,italie lui reprochaient seulement son orgueil4 ,vtu1 en effet1 d'une saie gauloise de diverses couleurs et de braies1 vtement tranger1 il osait donner audience ainsi des citoyens en toges4 ,on ne pouvait tolrer non plus que sa femme ,salonina1 quoique innocemment1 le suivt monte sur un cheval magnifique1 enharnach de pourpre4 ,telle est la nature humaine1 que l'on considre d'un regard malveillant la rcente fortune d'autrui4 ,on n'exige de personne autant de modestie que de ceux qui taient nagure nos gaux4 ,cependant ,valens fait sa jonction avec ,ccina4 ,,iv ,un conseil de guerre1 tenu en prsence d',othon1 o l'on dlibre sur la bataille donner ou ajourner1 fournit l'historien l'occasion d'une magnifique numration des forces de l'empire4 ,othon se dcide laisser livrer la bataille par ses lieutenants1 et se tenir lui-mme l'cart en rserve1 comme la dernire majest du peuple romain4 ,il se retire quelque distance avec sa garde4 ,de ce moment sa cause est perdue4 ,ses troupes1 en effet1 perdent une premire bataille4 ,ce qui lui reste de lgions chancelle dans sa fidlit4 ,les ngociations s'tablissent entre les deux camps2 on se demande pour qui et pourquoi on va verser tant de sang romain par des mains romaines4 ,cependant les gnraux d',othon le conjurent de tenter encore la fortune4 ,ici l'ambitieux usurpateur du trne change tout coup de rle1 d'esprit1 de langage1 par une de ces rvolutions d'esprit qui dconcertent souvent l'histoire4 ,othon devient le plus rsign des philosophes et le plus dsintress des citoyens4 ,ses paroles1 admirablement reproduites par ,tacite1 sont dignes de ,snque1 son ancien matre3 ,v ,exposer la mort tant de courage et tant de fidlit1 dit-il ses troupes qui lui demandent encore le combat1 est un sacrifice bien au-dessus du prix de ma propre vie4 ,plus vous me montrez de chances de succs1 s'il me convenait de vivre1 plus beau et plus mritoire1 moi1 me sera-t-il de mourir6 ,nous nous sommes souvent prouvs1 la fortune et moi4 ,ne comptez pas le temps que j'aurais rgner3 il est d'autant plus difficile de jouir avec modration de la puissance souveraine1 que cette puissance doit avoir moins de dure pour nous4 ,la guerre civile n'est venue que de ,vitellius1 et1 si nous avons combattu par les armes pour l'empire1 le crime en est lui seul4 ,c'est moi du moins qu'on devra ce bienfait1 de n'avoir combattu qu'une fois3 c'est par l que la postrit estimera ,othon4 ,que ,vitellius retrouve ,rome son frre1 son pouse1 ses enfants3 quant moi1 je n'ai besoin ni d'tre consol1 ni d'tre veng4 ,d'autres auront possd l'empire plus longtemps1 aucun ne l'aura rsign avec plus de stocisme4 ,est-ce que je souffrirai que1 pour ma cause1 tant de belle jeunesse romaine1 tant de braves armes1 gorges de nouveau les unes par les autres1 soient enleves la rpublique8 ,que votre affection me suive au tombeau1 comme si vous aviez en effet combattu et pri pour moi2 mais survivez-moi1 et ne retardons pas plus longtemps1 moi1 votre salut1 vous1 mon sacrifice4 ,parler plus longuement nos derniers moments serait un signe de lchet4 ,la meilleure preuve que je puisse vous donner de la libert rflchie de ma rsolution1 c'est que je ne me plains de personne2 car maudire les ,dieux ou accuser les hommes1 c'est le signe d'un homme qui rpugne mourir et qui voudrait vivre encore4 ,quelle grandeur de civisme1 mme dans ses vices1 tale ce peuple romain6 ,othon tait un criminel1 mais il tait ,romain2 il parle comme ,socrate1 il meurt comme un martyr4 ,,vi ,aprs cette magnifique et courte allocution1 laquelle la brve et mle concision de la langue latine prte un accent d'inflexibilit et de supriorit d'me qu'aucune loquence ne surpasse1 ,tacite raconte les derniers soucis d',othon pour ceux qui devaient lui survivre4 ,,vii ,il employait1 pour les rsoudre vivre1 l'autorit sur les jeunes gens1 les supplications avec les vieillards2 serein de visage1 intrpide d'accent1 se refusant les larmes intempestives4 ,il faisait fournir des barques et des canots ceux qui voulaient fuir2 il anantissait les lettres et les notes qui auraient pu servir de tmoignage du zle qu'on avait montr pour lui1 des injures qu'on avait profres contre ,vitellius2 il distribuait des gratifications avec mesure1 et nullement comme un homme qui n'a rien mnager aprs lui2 ensuite il s'appliqua consoler le fils de son frre1 ,salvius ,coccianus1 enfant en bas ge1 qui tremblait et qui pleurait1 louant sa tendresse1 gourmandant son effroi1 l'assurant que le vainqueur ne serait pas assez barbare pour refuser la grce de ce neveu1 lui1 qui avait conserv ,rome toute la famille de ,vitellius1 et qui allait1 par la promptitude de sa propre mort1 mriter la clmence de ce rival3 car ce n'tait point1 ajoutait-il1 dans une extrmit dsespre1 mais la tte d'une arme demandant combattre1 qu'il pargnait volontairement la rpublique une calamit nouvelle2 qu'il avait assez de renomme pour lui-mme1 assez d'illustration pour ses descendants2 que le premier1 aprs les ,jules1 les ,claude1 les ,servius1 il avait port l'empire dans une nouvelle famille2 que son neveu devait donc accepter la vie avec une noble assurance1 sans oublier jamais qu',othon fut son oncle1 et cependant sans trop s'en souvenir4 ,,viii ,aprs ces soins donns aux autres1 il prit quelques moments de repos4 ,dj son esprit ne s'occupait plus que des suprmes penses1 quand un tumulte soudain vint lui rappeler la consternation et l'anarchie des soldats2 ils menaaient de mort ceux qui voulaient partir4 ,othon1 aprs avoir svrement gourmand et rprim les sditieux1 revint recevoir les adieux de ses amis et s'assurer qu'ils pussent se retirer avec scurit4 la chute du jour1 il but de l'eau glace pour apaiser sa soif2 ensuite il se fit apporter deux glaives1 et1 aprs les avoir examins tous les deux1 il en plaa un sous sa tte4 ,aprs s'tre assur du dpart de ses amis1 il passa une nuit tranquille1 et l'on dit mme sans insomnie444 la premire heure du jour1 il se laissa tomber sur le glaive4 ,aux gmissements du mourant1 ses esclaves1 ses affranchis et ,plotius1 prfet du prtoire1 entrrent3 il tait mort d'un seul coup4 ,,ix ,on hta ses funrailles2 il l'avait recommand avec instance1 de peur que sa tte coupe ne devnt le jouet des vainqueurs4 ,les cohortes prtoriennes portrent son corps avec des loges et des larmes1 baisant l'envi sa blessure et ses mains4 ,quelques-uns des soldats se turent sur son bcher2 ce ne fut ni par crainte1 ni par remords1 mais par une certaine mulation d'honneur et d'attachement leur empereur4 ,ce genre de mort fut imit ensuite par d'autres soldats de ses troupes ,bdriac1 ,plaisance1 et dans d'autres camps4 ,on lui leva un tombeau modeste1 pour qu'il ft durable4 ,quelle vertu1 non1 jamais assez contemple par l'histoire6 ,x ,rome et le snat prviennent par leurs versatilits les voeux de ,vitellius4 ,il est salu empereur2 on relve1 pour lui complaire1 les statues de ,nron4 ,la ,syrie et la ,jude le reconnaissent4 ,cependant1 dit ,tacite1 il tressaillait au nom de ,vespasien1 qui tait dj dans les vagues rumeurs du peuple4 ,rassur un moment sur les dispositions de ce gnral1 ajoute ,tacite1 ,vitellius et son arme1 se croyant sans comptiteur1 se vautraient ,rome dans tous les excs de cruaut1 de pillage et de dbauche dont ils avaient rapport l'habitude de leur long sjour chez les barbares4 ,,xi ,pendant ces dsordres1 ,vespasien1 mri par l'ge et par sa sollicitude pour ses deux fils1 dlibre avec lui-mme s'il cdera au voeu de ses lgions1 qui le provoquent l'ambition du pouvoir suprme4 ,quel jour1 se disait-il1 que celui o il livrerait au hasard le fruit de ses combats1 ses soixante-deux ans1 et deux fils encore si jeunes6 ,il y a un repentir et un retour aux penses qui ne sortent pas de la sphre de la vie prive1 et on peut y livrer impunment plus ou moins de soi-mme la fortune2 mais pour ceux qui tendent l'empire1 il n'y a point de milieu entre le fate et l'abme6 ,,xii ,quelle langue et quelle pntration dans le coeur des choses et des hommes6 ,montrez-moi un historien de cette trempe dans les auteurs modernes1 ft-ce ,bossuet6 ,,xiii ,mucien1 que ,vespasien pouvait rencontrer comme rival en ,syrie1 puisqu'il y commandait plus de lgions que lui1 le convie lui-mme tout oser4 ,mucien veut bien consentir au second rang1 pourvu que le premier soit occup par un chef moins ignoble que ,vitellius4 ,le discours qu'il adresse ,vespasien pour le dcider briguer l'empire1 est un cours de politique l'usage des ambitieux1 aussi habile en sductions du pouvoir que le discours d',othon est magnanime de dsintressement et de philosophie4 ,tacite lit dans les conseils des ambitieux comme dans l'me des sages rassasis du monde4 ,,xiv ,je me place1 dans ma pense1 au-dessus de ,vitellius1 dit ,mucien son collgue1 mais je te place au-dessus de moi4 ,il serait peu sens1 moi1 de ne pas cder l'empire celui dont j'adopterais le fils pour successeur 7,titus71 si je rgnais moi-mme2 d'ailleurs notre scurit mme te commande d'accepter4 ,notre vie1 en effet1 court maintenant moins de risque dans la guerre ouverte que dans la paix1 car ceux qui dlibrent sur la rbellion sont dj rebelles6 ,vespasien1 encore indcis1 est proclam malgr lui par les lgions de ,jude1 de ,syrie1 d'gypte2 celles des bords de l',adriatique1 de l',espagne1 de la basse ,italie suivent successivement l'exemple des lgions d',orient4 ,vitellius n'tait pas encore ,rome1 que dj l'empire lui chappait de tous cts4 ,,xv ,son arme1 de cent vingt mille hommes1 moiti ,germains et ,gaulois1 tait appesantie par une multitude de snateurs1 de populace1 de bouffons1 de comdiens1 d'histrions1 de gladiateurs1 de conducteurs de chars1 familiers habituels de ,vitellius2 son entre ,rome rappelait les triomphes de ,bacchus4 ,quatre mois d'orgies dshonorent et usent son rgne2 ses troupes s'amollissent dans la licence et dans les insubordinations d'une capitale4 ,la proclamation de ,vespasien1 longtemps cache l',italie1 y clate enfin4 ,ccina1 qui ,vitellius doit l'empire1 sort de ,rome avec une arme pour aller combattre ,mucien et ,vespasien en ,dalmatie2 mais ,ccina1 tout en embrassant ,vitellius avant son dpart1 mdite ou rve dj sa dfection4 ,les sditions travaillent l'arme2 la flotte abandonne la cause de ,vitellius4 ,ccina insurge lui-mme son camp pour ,vespasien4 ,bientt le remords saisit ses soldats2 ils enchanent leur corrupteur et rtablissent les images de ,vitellius4 ,envelopps dans ,crmone par les lgions des lieutenants de ,vespasien1 les soldats de ,vitellius capitulent1 brisent les fers de ,ccina1 et conjurent ce tratre de les protger maintenant contre la vengeance de l'arme ennemie4 ,,xvi ,l',italie entire se dcompose2 l'arme de ,vespasien s'avance jusqu' ,narni1 trois journes de ,rome sans rencontrer d'autres ennemis qu'une populace recrute la hte par ,vitellius4 ,cette multitude se disperse au premier choc4 ,les gnraux de ,vespasien font offrir des conditions favorables ,vitellius1 s'il veut abdiquer l'empire qui s'croule2 il penche vers ce parti4 ,,xvii ,les avis courageux1 dit ,tacite1 n'avaient point d'accs dans son oreille2 son esprit s'croulait sous les soucis et les angoisses4 ,il craignait qu'une lutte plus obstine ne rendt le vainqueur plus inexorable4 ,il avait une mre affaisse par les annes1 qui toutefois1 par une mort opportune1 chappa1 peu de jours avant1 au spectacle de la catastrophe de sa maison1 n'ayant gagn elle-mme la souverainet de son fils que des chagrins et une estime gnrale4 ,,xviii ,le #ae des calendes de janvier1 la nouvelle de la dfection des lgions et des cohortes ,narni1 ,vitellius sort de son palais1 vtu de deuil et entour de sa famille plore2 on portait prs de lui1 dans une petite litire1 son fils en bas ge comme dans une pompe funbre4 ,les paroles du peuple1 l'aspect de ce cortge1 taient dcourageantes et intempestives2 les soldats restaient dans un silence menaant4 ,nul cependant n'tait assez insensible aux vicissitudes des choses humaines pour ne pas s'mouvoir ce spectacle4 ,le souverain des ,romains1 si peu de temps auparavant1 le matre de l'univers1 abandonnant le sige de sa puissance1 sortait de l'empire1 travers son peuple1 au milieu de sa capitale4 ,jamais on n'avait rien contempl1 jamais rien entendu de comparable4 ,une conjuration soudaine avait assailli le dictateur ,jules ,csar2 des embches caches avaient fait trbucher ,caligula2 les tnbres de la nuit et une maison de campagne obscure avaient abrit la fuite de ,nron2 ,pison et ,galba taient tombs comme sur un champ de bataille2 ,vitellius1 au contraire dans une assemble publique1 au milieu de ses propres soldats1 en prsence mme des femmes1 parla en termes brefs et convenables la tristesse prsente de sa situation4 ,,xix ,il dit qu'il se retirait par sollicitude pour la paix publique et pour le salut de l'tat4 ,il demanda qu'on lui conservt un souvenir1 qu'on prt en piti son pre1 sa femme et l'ge innocent de ses enfants4 ,puis1 levant son fils dans ses bras tendus vers la foule1 et le recommandant tantt chacun en particulier1 tantt tous1 et interrompu par ses propres sanglots1 il dtache son pe de sa ceinture et la remet au consul prsent1 ,ccilius ,simplex1 en tmoignage du droit de vie et de mort qu'il abdiquait sur les citoyens4 ,le consul ayant refus de la recevoir1 et les spectateurs l'engageant la dposer1 avec les marques du pouvoir imprial1 dans le temple de la ,concorde1 il se dirigea vers la maison de son frre4 ,mais une clameur plus obstine s'oppose ce qu'il aille demander asile des pnates privs1 et le rappelle forcment au palais4 ,tout autre chemin lui tant ferm1 et n'ayant d'ouvert devant lui que la voie ,sacre1 qui y mne1 il rentre dans son palais4 ,,xx ,pendant la nuit1 des rixes sanglantes s'lvent entre les partisans de ,vitellius et ceux de ,vespasien4 ,vitellius1 impuissant1 ne peut ni prvenir1 ni seconder ces mouvements dsordonns du peuple et des soldats4 ,le matin1 ses troupes attaquent1 malgr lui1 le snateur ,sabinus1 chef du parti de ,vespasien1 barricad dans le ,capitole2 le ,capitole est incendi avec les statues des dieux et des hros1 changes par les combattants en armes dfensives ou agressives4 ,ici1 l'histoire de ,tacite prend tour tour l'accent de l'lgie sacre et celui de l'imprcation3 ,et quelle cause nous armait8 s'crie l'historien1 quelle tait la compensation d'une si grande ruine8 tait-ce pour la patrie que nous combattions8 ,le vieux roi de ,rome1 ,tarquin1 avait consacr ce temple pour obtenir la protection des ,dieux dans la guerre contre les ,sabins2 il en avait jet les fondements1 plutt dans la vue de notre future grandeur1 que dans les proportions encore si modiques du peuple romain2 ensuite ,servius ,tullius1 avec le concours de nos allis1 et ,tarquin le ,superbe1 avec les dpouilles de ,suessa1 avaient construit ses murailles2 mais la gloire d'lever ce chef-d'oeuvre tait rserve la libert4 ,,xxi ,les ,vitelliens1 vainqueurs au ,capitole1 gorgent les partisans de ,vespasien1 surpris dans le temple4 ,ils combattent ensuite dans les faubourgs contre les lgions de ,narni qui cernent la ville4 ,l'assaut donn ,rome et le combat de rues des deux partis sont peints par ,tacite en traits de plume qui dcouvrent l'abme de corruption d'un peuple vieilli remu dans sa fange4 ,le peuple1 dit-il1 assistait en spectateur aux coups des combattants1 et1 comme dans les jeux du cirque1 il les animait tour tour de ses acclamations et de ses battements de mains4 ,si un des deux partis venait plier1 si les vaincus se cachaient dans les boutiques1 ou se glissaient dans quelques maisons1 la populace s'ameutait pour qu'on les jett dehors et qu'on les gorget1 afin de s'emparer de leurs dpouilles2 car1 tandis que le soldat s'acharnait tuer1 le bas peuple s'acharnait au pillage4 ,,xxii ,horrible et difforme tait l'aspect de la ville3 ici des meurtres et des blessures2 l des tavernes et des bains2 ici des ruisseaux de sang et des monceaux de cadavres2 l des courtisanes et des hommes prostitus comme elles2 tout ce qu'il y a de dbauches dans la riche oisivet de la paix1 tout ce qu'il y a de forfaits dans la plus implacable victoire2 en sorte que vous eussiez cru voir la mme ville se dchirer et se dbaucher la fois4 ,,xxiii ,dj1 dans deux circonstances1 sous ,sylla et sous ,cinna1 des armes s'taient combattues dans les murs de ,rome2 il n'y avait pas eu alors moins d'acharnement1 mais il y avait cette fois une plus inhumaine insouciance1 tellement que les plaisirs mmes n'y furent pas interrompus un seul instant4 ,c'tait comme un surcrot de volupt ajout des ftes publiques3 on exultait1 on se dlectait4 ,indiffrents la victoire ou la dfaite des partis1 on semblait se rjouir des malheurs publics4 ,rome force1 ,vitellius1 s'chappant par les derrires du palais1 se fait transporter en litire au mont ,aventin1 la maison de sa femme1 et on le dpose dans une chambre retire de la maison4 ,,xxiv ,il esprait1 en restant cach le reste du jour dans cette retraite1 pouvoir se rfugier la nuit ,terracine1 auprs des cohortes et de son frre4 ,mais bientt1 par cette mobilit de rsolution1 effet de la peur1 qui fait que1 parmi les choses qu'on redoute1 celles qu'on a sous les yeux paraissent toujours plus redoutables1 il revient furtivement dans son palais1 qu'il trouve vide et dsert1 car tous ses serviteurs taient disperss ou s'vadaient pour viter sa rencontre4 ,la solitude et le silence du lieu le glacent d'effroi2 il entr'ouvre des portes1 il recule pouvant du vide des appartements2 fatigu d'errer misrablement ainsi1 le tribun militaire1 ,julius ,placidus1 le trane hors du sale rduit o il est dcouvert1 ses deux mains lies derrire le dos1 ses habits dchirs3 spectacle ignoble6 ,on le pousse hors du palais4 ,beaucoup l'insultaient1 aucun ne versait une larme sur son sort3 l'ignominie du dnoment avait dtruit toute compassion dans la foule4 ,un soldat germain1 s'lanant vers lui1 l'atteignit d'un coup de son pe1 soit par colre1 soit plutt pour le drober tant de drisions et d'outrages1 soit en cherchant frapper le tribun2 l'arme trancha l'oreille du tribun1 et le soldat fut l'instant massacr4 ,,xxv ,vitellius1 forc de relever la tte1 par la pointe des pes qu'on lui plaait sous le menton1 tait contraint1 tantt de prsenter son visage aux insultes1 tantt de regarder ses propres statues s'croulant sous ses yeux1 tantt la tribune aux harangues et la place o l'on avait tu ,galba4 ,aprs cela1 on le poussa vers les gmonies1 o l'on avait expos rcemment le cadavre de ,julius ,sabinus4 ,on n'entendit de lui qu'un seul mot1 qui attestait encore un reste de fiert dans son me1 lorsqu'aux insultes du tribun militaire il rpondit3--,et cependant j'ai t ton empereur6--,il tombe enfin perc de coups1 et la populace l'outrage aprs sa mort avec la mme lchet qu'elle l'avait ador vivant4 ,vitellius mort1 la guerre avait plutt cess que la paix n'avait commenc dans ,rome4 ,,xxvi ,ici une horrible peinture du massacre et des proscriptions soldatesques aprs la victoire des soldats de ,vespasien4 ,le snat1 dispers pendant la bataille1 rentre dans ,rome et ne marchande pas son adhsion4 ,il dcerne le consulat ,vespasien et son fils ,titus2 il donne1 en les attendant1 la prture et le pouvoir consulaire ,domitien1 autre fils de ,vespasien1 prsent ,rome la rvolution qui va couronner son pre4 ,ensuite1 dit ,tacite1 on pensa aux ,dieux2 on voulut bien convenir de rdifier le ,capitole4 ,,xxvii ,ici1 avec un art de composition qui fait contraster la plus pure vertu avec la plus infme corruption du temps1 et qui repose l'esprit lass de tant de turpitudes1 ,tacite fait apparatre tout coup dans le snat un grand citoyen1 un dbris de l'antiquit dans l'infamie moderne1 ,helvidius ,priscus2 il se complat retracer l'homme et le discours4 ,ce portrait n'est pas seulement d'un grand peintre1 il est d'un grand moraliste4 ,le buste d'un homme de bien rhabilite tout un corps avili1 et rend quelque gnreuse mulation toute une poque de dcadence4 ,c'est dans ce portrait surtout qu'il faut tudier les vritables opinions de ,tacite3 on se caractrise par ses amitis2 on se juge par les jugements qu'on porte sur les autres4 ,relisons3 ,,xxviii ,helvidius ,priscus tait n ,terracine4 ,jeune1 il avait appliqu son esprit suprieur aux plus hautes tudes1 non1 comme le plus grand nombre1 pour parer une molle oisivet d'une rputation clatante1 mais pour se dvouer la rpublique avec une me affermie contre toutes les vicissitudes du sort4 ,il avait choisi pour matres de philosophie ces sages qui estiment que le seul bien est l'honnte1 le seul mal le vice1 et qui ne comptent la noblesse1 la puissance1 et tout ce qui est en dehors de l'me1 ni parmi les vrais biens1 ni parmi les vrais maux4 ,choisi pour gendre par ,thrasa1 de toutes les vertus de son beau-pre1 il n'en rechercha aucune autant que l'amour de la libert4 ,citoyen1 snateur1 poux1 gendre1 ami1 il tait gal tous les devoirs de la vie1 ddaigneux des richesses1 passionn pour la justice1 inaccessible la crainte4 ,quelques-uns lui reprochaient d'tre trop avide de gloire1 dernire faiblesse1 en effet1 dont les plus sages se dpouillent aprs toutes les autres4 ,exil avec son beau-pre1 il tait rentr ,rome sous ,galba1 pour y dfendre ,thrasa4 ,la dlibration du snat sur le parti prendre aprs la mort de ,vitellius le rappelle la tribune4 ,il voulait qu'au lieu de tirer au sort les dputs qu'on enverrait ,vespasien pour lui dcerner l'empire1 on lui envoyt des dputs choisis au mrite et aux opinions1 parmi les hommes les plus vertueux du snat1 afin1 disait-il1 que ce choix indiqut ce prince ceux qu'il devait estimer1 ceux qu'il devait loigner1 car1 ajoutait-il1 il n'y a pas de meilleurs instruments d'un bon gouvernement que des hommes de bien4 ,,xxix ,tacite1 aprs une longue et splendide digression sur la guerre de ,civilis en ,germanie1 revient ,rome4 ,le jour1 dit-il1 o ,domitien entra au snat1 il parla en peu de mots de l'absence de son pre et de son frre1 et de sa propre jeunesse4 ,son extrieur tait gracieux1 et la rougeur de son visage semblait un symptme de timidit modeste4 ,,xxx ,le snat1 rassur par la prsence d'un fils de ,vespasien1 se livre devant lui un de ces clats de reprsailles qui signalent la fin d'une proscription1 le commencement d'une autre4 ,l'invective1 dans ,tacite1 n'est pas moins vengeresse que son jugement n'est impartial dans le rcit3 ,un misrable1 nomm ,rgulus1 frre de ,messala1 a brigu sous ,nron le rle de dlateur2 il a perdu1 par ses dlations1 d'illustres familles1 il s'est engraiss de leurs dpouilles4 ,messala1 innocent des crimes de son frre1 implore pour le coupable la gnrosit du snat4 ,montanus1 orateur foudroyant1 s'indigne et se lve4 ,il reproche ,rgulus d'avoir donn1 aprs le meurtre de ,galba1 de l'argent l'assassin du vertueux ,pison1 et d'avoir demand la tte coupe de ,pison pour la dchirer de ses morsures4 cela du moins1 lui dit ,montanus avec ironie1 tu ne fus point contraint par ,nron2 ce n'taient ni tes dignits ni ta vie que tu rachetais par ces frocits gratuites4 ,on peut tolrer1 en les mprisant1 les excuses de ceux qui aiment mieux perdre les autres que de s'exposer eux-mmes2 mais toi1 l'exil de ton pre1 le partage de ses biens entre ses cranciers1 ta jeunesse1 encore inhabile aux fonctions publiques1 assuraient ta scurit4 ,nron1 mort1 n'avait rien exiger de toi2 tu n'avais1 toi-mme1 rien craindre de lui4 ,ce fut la dbauche du sang et l'apptit des dpouilles qui poussrent ton gnie1 ignor et inexpriment encore des justifications que tu cherches aujourd'hui1 t'assouvir de ce carnage illustre4 ,dans ces funrailles de la rpublique1 aprs avoir arrach les dpouilles consulaires1 gratifi de sept millions de sesterces1 resplendissant des insignes du sacerdoce1 tu prcipitais dans une mme ruine des enfants innocents1 des vieillards illustres1 des femmes vnres2 tu gourmandais la modration de ,nron1 parce qu'il se fatiguait1 lui et ses dlateurs1 poursuivre ses victimes de famille en famille1 tandis qu'il pouvait1 selon toi1 anantir d'un seul mot le snat tout entier4 ,conservez prcieusement1 snateurs1 conservez un homme de conseil si expditif1 afin que chaque gnration se forme de tels exemples1 et que1 comme nos vieillards imitent ,crispus1 nos jeunes gens apprennent imiter ,rgulus4 ,le crime trouve des imitateurs1 mme quand il succombe2 que sera-ce s'il est absous et florissant8 ,et cet homme que nous n'osons pas poursuivre parce qu'il a t seulement questeur1 voyons-le un jour prteur et consul6 ,pensez-vous donc que ,nron ait t le dernier des tyrans8 ,ils avaient cru ainsi1 ceux qui survcurent ,tibre1 ,caligula1 et cependant il s'en est lev un plus invraisemblable et plus atroce4 ,nous ne craignons pas ,vespasien2 son ge1 son caractre modr1 nous rassurent3 mais les exemples durent plus longtemps que les caractres4 ,nous nous endormons1 snateurs1 et dj nous ne sommes plus ce snat qui1 aprs le supplice de ,nron1 poursuivait nergiquement1 d'aprs les traditions de nos pres1 les dlateurs et les instruments de la tyrannie4 ,souvenez-vous qu'aprs la chute d'un mchant prince1 le jour le plus heureux1 c'est le premier4 ,,xxxi ,ici ,tacite peint la tribune comme il peint le champ de bataille4 ,on voit la mle des orateurs dans les assembles1 on entend les apostrophes et les insultes4 ,montanus est approuv par un applaudissement immense4 ,l'intgre ,helvidius ,priscus veut profiter de ce mouvement d'indignation pour craser aussi ,marcellus1 un dlateur signal par son nom dans l'invective de ,montanus4 ,marcellus sent le sol s'enfoncer sous ses pas2 il s'vade avec ,crispus du snat1 et1 adressant l'orateur qui l'en chasse un ironique adieu3 ,nous sortons1 lui dit-il1 ,helvidius1 et nous t'abandonnons ton snat1 toi4 ,rgnes-y1 puisque tu oses y rgner en prsence de ,csar6 ,,xxxii ,les deux complices1 dit ,tacite1 galement frapps1 supportaient les opprobres avec une physionomie diffrente3 ,marcellus1 la menace dans les yeux2 ,crispus1 un faux sourire sur les lvres4 ,bientt ils furent ramens par leurs partisans4 ,la lutte s'engagea entre les deux partis3 d'un ct les hommes de bien1 plus nombreux2 de l'autre les mchants1 plus agressifs1 quoique en petit nombre4 ,ils clatrent en invectives acharnes les uns contre les autres2 ce jour entier fut consum en harangues et en discorde4 ,,xxxiii ,mais le snat1 aprs avoir voulu ressaisir la libert1 cda au premier obstacle4 ,mucien1 le lieutenant de ,vespasien1 harangua les snateurs d'un ton o l'autorit affectait la forme de la prire4 ,il svit seulement contre quelques hommes abandonns par tous les partis1 cause de l'normit de leurs forfaits2 il pargna les dlateurs4 ,on rendit l'impunit aux perscuteurs1 on fit des funrailles publiques aux illustres victimes4 ,grands tmoignages1 conclut l'historien1 de l'instabilit des choses humaines1 qui mle et confond les sommets et les prcipices de la fortune6 ,,xxxiv ,du snat1 ,tacite transporte le rcit dans les ,gaules et en ,jude4 ,les moeurs des peuples qu'il dcrit interrompent habilement le rcit des tragdies romaines1 et reposent l'me pour la prparer de nouvelles motions4 ,le sige de ,jrusalem par ,titus1 fils de ,vespasien1 prend1 sous la plume de l'historien1 la solennit et pour ainsi dire le deuil des grandes funrailles4 ,les prodiges et les superstitions d'un peuple thocratique s'y mlent au carnage1 la famine1 l'incendie4 ,les portes du temple s'ouvrirent d'elles-mmes1 raconte ,tacite1 et on entendit une voix1 plus forte que toute voix humaine1 dire3 ,,les ,,dieux ,s',,en ,,vont4 ,,xxxv ,ici1 la page est dchire1 et le livre des histoires1 interrompu par la mort de ,rome1 attend sous quelques monceaux de cendres qu'un heureux hasard rende la parole la plus grande voix de l'antiquit 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,,xxxvi ,les ,annales de ,tacite sont de la mme main1 mais d'une main plus magistrale encore et plus ferme4 ,on croit sentir plus de loisir dans le travail2 les temps aussi sont plus dramatiques2 le passage de la rpublique l'empire est plus rcent1 la tyrannie est plus neuve1 les hypocrisies1 les forfaits plus effronts1 les avilissements plus bas4 ,l'homme est donn en spectacle1 en scandale1 en drision l'homme4 ,l'historien se venge en racontant2 c'est ,nmsis qui crit sous le manteau d'un philosophe4 ,quant au peintre1 il a les mmes couleurs3 de la bile et du sang4 ,on remonte avec l'auteur ,nron4 ,,xxxvii ,quelle tragdie feinte de pote est comparable ce quatorzime livre des ,annales o ,nron1 en proie aux trois plus fortes passions de l'homme1 l'amour1 l'ambition de rgner et la peur d'tre prvenu dans le crime1 se prcipite1 les yeux ferms1 dans le parricide pour y trouver la fois sa matresse1 le trne et la vie8 ,il aimait ,poppe1 et il voulait tout prix l'pouser1 contre les vues d',agrippine1 sa mre4 ,burrhus et ,snque1 ses deux prcepteurs1 le faisaient rougir de sa subordination cette mre1 qui lui disputait la ralit du pouvoir imprial4 ,il tremblait d'tre dpos par les intrigues de cette femme1 qui se repentait de l'avoir lev par l'adoption de ,claude4 ,agrippine1 tantt gourmandant son fils1 tantt le corrompant1 pour le dominer1 par des complaisances qui faisaient suspecter jusqu' l'inceste1 s'agitait comme sous le pressentiment de sa perte4 ,,xxxviii ,nron vitait depuis quelque temps1 dit ,tacite1 de se trouver seul avec elle4 ,quand elle parlait de s'loigner pour aller se retirer dans ses jardins de ,tusculum ou dans ses champs d',antium1 il l'encourageait chercher ces loisirs4 la fin1 quelque loigne qu'elle ft1 harass de son image1 il rsolut de s'en affranchir par le meurtre1 indcis seulement sur le moyen3 le fer1 le poison ou quelque autre mort4 ,il inclina d'abord vers le poison2 mais1 si on le donnait la table de l'empereur1 on ne pouvait viter de rveiller le souvenir du genre de mort de ,britannicus1 et il paraissait difficile de corrompre les esclaves d'une femme qui l'habitude de commettre le crime avait appris se prserver de telles embches4 ,d'ailleurs elle-mme1 par l'usage du contre-poison1 avait prmuni sa vie contre ce genre de mort4 ,quant au meurtre et au glaive1 comment cacher la main1 ou comment trouver un excuteur assez dvou pour ne pas faillir l'ordre d'accomplir un forfait si clatant8 ,l'affranchi ,anictus offrit son ingnieux ministre2 commandant de la flotte de ,misne1 prcepteur de ,nron enfant1 il tait odieux ,agrippine1 et anim contre elle de la haine qu'elle lui portait4 ,il proposa donc ,nron de construire un navire dont une partie1 s'entr'ouvrant tout coup en pleine mer1 engloutirait ,agrippine sans soupon de pige4 ,rien de si hasardeux que la mer1 et1 si ,agrippine avait disparu dans un naufrage1 qui serait jamais assez injuste pour imputer un crime l'oeuvre accomplie par les vents ou les flots8 ,l'empereur consacrerait sa mre1 aprs sa mort un temple1 des autels1 et toutes les autres ostentations de la pit d'un fils4 ,l'invention plut2 elle tait mme servie par l'poque de l'anne4 ,nron clbrait alors ,baes les ftes des vingt jours4 ,,xxxix ,il y attire sa mre1 disant avec affectation qu'il fallait savoir supporter les mcontentements des auteurs de ses jours1 et touffer les griefs1 afin d'bruiter ainsi l'ide d'une rconciliation1 et qu',agrippine y crt avec cette crdulit facile aux choses qui les flatte1 disposition naturelle aux femmes4 ,nron s'avance jusque sur la grve1 la rencontre de sa mre qui venait d',antium1 la prend par la main1 la serre dans ses bras1 et la conduit ,baules2 c'est le nom de la maison de dlices qui s'lve entre le promontoire de ,misne et le golfe de ,baes1 form par une inflexion de la mer4 ,le navire destin ,agrippine1 plus somptueusement dcor que tous les autres1 se faisait remarquer au milieu de la flotte1 comme si ,nron avait voulu prparer cet honneur de plus sa mre2 car elle avait l'habitude de se promener en trirme et de se servir1 pour ses navigations1 des rameurs de la flotte4 ,en ce moment1 on l'avait invite un long festin afin que la nuit ajoutt encore son ombre au secret du crime4 ,,xl ,on croit gnralement qu'il y avait eu un rvlateur1 ou qu',agrippine1 avertie du pril1 mais hsitant y croire1 s'tait rendue ,baes en litire4 ,mais l1 les tendres caresses de son fils1 qui l'avait reue avec tant d'empressement et qui l'avait fait asseoir au-dessus de lui-mme dans la salle du festin1 avaient dissip de son coeur toute inquitude3 car1 par d'intarissables discours1 tantt empreints d'une familiarit purile1 tantt mls de ces retours de gravit qui semblent associer les choses srieuses aux badinages1 ,nron prolongea le festin4 son dpart1 il la reconduisit jusqu'au rivage1 couvrant des plus tendres baisers les yeux et le sein d',agrippine1 soit pour achever la dissimulation1 soit que le dernier aspect de sa mre1 qui allait prir1 attendrt son me toute froce qu'elle tait4 ,les ,dieux1 comme pour mieux illuminer et convaincre le forfait1 lui prtrent une nuit resplendissante d'toiles1 et assoupie par le calme complet de la mer4 ,,xli ,le navire1 sur lequel ,agrippine n'avait auprs d'elle que deux personnes de sa familiarit1 n'tait pas encore bien loign de la rive3 l'une des deux1 ,crprius ,gallus1 se tenait debout ct du gouvernail2 l'autre1 ,acronia1 accoude sur les pieds du lit de repos de sa matresse1 demi couche1 l'entretenait avec congratulation du retour de son fils et de sa tendresse qu'elle lui rendait tout entire1 lorsqu' un signal donn1 le plafond de la chambre s'croula tout coup sous le poids du plomb dont il tait alourdi4 ,crprius1 touff1 expira sur l'heure2 ,agrippine et ,acronia survcurent1 protges par les colonnes du lit1 assez solides pour porter le poids de l'croulement4 ,le navire nanmoins ne s'abmait pas encore1 au milieu du trouble de ceux qui le montaient1 et parce que le plus grand nombre d'entre eux1 ignorant le crime1 s'efforaient de l'empcher de sombrer4 ,on ordonna alors aux rameurs de se porter tous du mme ct pour le faire submerger sous leur poids2 mais ils ne se prtrent pas tous assez promptement cet ordre soudain1 et une partie d'entre eux1 faisant contre-poids1 ralentit l'inclinaison et la submersion du navire4 ,cependant ,acronia1 assez mal inspire pour crier qu'elle est ,agrippine et qu'on sauve la mre de l'empereur1 est crase coups de crocs et de fers de rames et de tous les agrs qui tombent sous la main des meurtriers4 ,agrippine1 muette1 et par ce silence mme mconnue1 ne reoit qu'une blessure l'paule1 et1 nageant vers la cte au-devant de petites barques qui la recueillirent1 est conduite dans le lac ,lucrin1 d'o elle se fait reporter sa maison de campagne4 ,,xlii ,l1 repassant dans son esprit les lettres astucieuses qui l'ont attire1 les honneurs que lui a prodigus l'empereur1 la proximit du rivage1 la submersion sans cause du navire1 qui n'a t ni inclin par aucun vent1 ni jet sur aucun cueil1 mais qui s'est croul par le pont comme par une machination prpare terre2 remarquant de plus le meurtre d',acronia et s'apercevant de sa propre blessure1 elle conclut que le seul moyen pour elle d'chapper l'embche est de paratre ne l'avoir pas souponne4 ,elle envoie son affranchi ,agrinus annoncer son fils que1 par la protection des ,dieux et par l'heureuse fortune de l'empereur1 elle vient d'chapper un grave accident1 et le conjurer en mme temps1 malgr l'motion que va lui causer le pril de sa mre1 de vouloir bien diffrer sa visite1 ayant elle-mme1 pour le moment1 besoin d'un repos absolu4 ,puis1 avec une scurit affecte1 elle applique un appareil sur sa blessure et des fomentations sur son corps4 ,elle ordonne de chercher le testament d',acronia et de faire l'inventaire de ses biens1 cela seulement sans dissimulation4 ,,xliii ,cependant1 ,nron1 qui attendait avec anxit les messagers chargs de lui annoncer l'excution de la trame1 on apprend qu',agrippine1 atteinte seulement d'une lgre blessure1 est sauve1 mais avec assez d'indices sinistres pour qu'elle ne pt douter de l'intention et de l'auteur du complot4 cette nouvelle1 ananti par la peur1 il croit dj la voir accourir prompte la vengeance1 soit en armant ses esclaves1 soit en enflammant l'indignation de l'arme1 soit en talant devant le snat et le peuple son naufrage1 sa blessure1 ses amis immols4 ,quel refuge lui reste-t-il contre elle dans cette extrmit1 moins que ,burrhus et ,snque n'avisent et ne lui prtent le concours de leur exprience8 ,remarquez qu' ct de tous les tyrans il y a un sophiste4 ,combien y en a-t-il ct du tyran des tyrans1 la multitude6 ,lisez la terreur3 elle dure dix-neuf mois4 ,snque et ,burrhus avaient t mands par ,nron la premire nouvelle1 instruits ou non avant1 on l'ignore 7quel mot sinistre674 ,les deux sophistes restrent longtemps muets tous les deux1 soit de peur de dconseiller vainement une chose rsolue1 soit qu'ils fussent convaincus que les choses en taient descendues cette extrmit que1 si ,agrippine n'tait pas prvenue dans sa vengeance1 il ne restait ,nron qu' prir4 ,,xliv ,enfin ,snque1 toujours plus soudain dans ses avis1 regarde ,burrhus et lui demande si l'on peut commander le meurtre aux soldats4 ,burrhus lui rpond que les prtoriens sont trop attachs toute la famille des ,csars1 et surtout la mmoire de ,germanicus1 pour oser se porter aucun attentat contre sa fille2 que c'tait ,anictus d'accomplir ce qu'il avait promis4 ,celui-ci1 sans hsitation et sans dlai1 assume et rclame la responsabilit du crime4 ces paroles1 ,nron s'crie que de ce jour seulement on lui donne vritablement l'empire1 et qu'il doit ce prsent un affranchi6 ,qu',anictus aille donc1 qu'il se hte1 et qu'il conduise avec lui les plus rsolus accomplir ses ordres6 ,anictus1 inform1 en sortant1 de l'arrive d',agrinus envoy par ,agrippine au palais1 conoit l'instant le plan d'un nouveau drame4 ,pendant qu',agrinus s'acquitte du message dont ,agrippine l'a charg1 ,anictus fait glisser un glaive ses pieds1 puis1 comme s'il l'et surpris sur le fait d'un assassinat1 il ordonne qu'on le charge de chanes1 afin de pouvoir rpandre qu',agrippine avait tram le meurtre de l'empereur1 et que1 de honte de voir son crime dcouvert1 elle s'est elle-mme donn la mort4 ,,xlv ,cependant1 au bruit du pril auquel venait d'chapper ,agrippine1 comme si son naufrage n'et t qu'un hasard1 chacun tait accouru vers le rivage4 ,les uns gravissaient le sommet des mles1 les autres s'lanaient dans des esquifs1 ceux-l s'avanaient dans la mer aussi loin que la hauteur des vagues le permettait1 ceux-ci tendaient leurs mains comme pour recueillir les naufrags2 tout le rivage retentissait de lamentations1 de voeux adresss au ciel1 des clameurs de ceux qui demandaient diverses choses et des rponses ceux qui rpondaient confusment ces cris4 ,une multitude immense tait accourue avec des lumires1 et1 quand on sut qu',agrippine tait sauve1 cette foule s'agitait et se groupait pour se fliciter mutuellement1 quand l'aspect d'une troupe d'hommes arms1 marchant dans une attitude menaante1 la dispersa de tous cts4 ,,xlvi ,anictus1 ayant investi la maison de campagne de sentinelles1 et bris la porte1 arrte tous les esclaves qui s'offrent lui jusqu' ce qu'il touche la chambre coucher d',agrippine4 ,un petit nombre de serviteurs taient rests aux abords de l'appartement2 tous les autres s'taient disperss sous la terreur des soldats qui foraient les portes4 ,une faible lampe et une seule esclave veillaient dans sa chambre4 ,,xlvii ,agrippine s'alarmait de plus en plus de ce que personne1 pas mme son messager ,agrinus1 ne venait de la part de son fils4 ,l'aspect tout coup change autour d'elle2 sa solitude1 trouble par des tumultes soudains1 semblait lui annoncer les derniers malheurs2 enfin1 sa dernire esclave s'enfuyant3--,et toi aussi1 tu m'abandonnes8 lui dit-elle4 ,en disant ces mots1 elle aperoit ,anictus1 suivi du commandant de trirme ,herculius et du centurion de marine ,oloaritus4--,si tu viens pour me voir1 lui dit-elle1 retourne et dis mon fils que je suis rtablie2 si c'est pour accomplir un forfait44444 ,mais non6 jamais je ne le croirai de mon fils2 non1 il n'a pas command le parricide6 ,,xlviii ,les excuteurs entourent son lit2 le commandant de la trirme la frappe le premier la tte d'un coup de massue4 ,le centurion1 tirant son pe pour l'achever1 elle dcouvre elle-mme ses flancs1 et1 les prsentant au glaive3 ,frappe au ventre1 crie-t-elle au meurtrier1 et1 perce de nombreuses blessures1 elle expire4 ,,xlix ,ces circonstances sont avres4 ,que ,nron ensuite ait contempl sa mre morte1 et qu'il ait lou les formes de son corps1 il y en a qui l'affirment1 il y en a qui le nient4 ,agrippine fut brle la mme nuit sur un lit de festin1 sans autre apprt que pour les plus vulgaires funrailles1 et1 pendant toute la dure du rgne de ,nron1 on n'leva pas le moindre monticule de terre1 et on n'entoura pas mme d'un mur le lieu o les cendres de sa mre taient rpandues4 ,depuis1 par la pit de ses serviteurs1 ce lieu fut recouvert d'un petit tombeau1 au bord du chemin qui mne ,misne1 non loin de cette maison de campagne du dictateur ,csar1 qui voit d'en haut les golfes ses pieds4 ,l ,un affranchi d',agrippine1 ,mnester1 se pera de son pe sur son bcher allum3 on ne sait pas si ce fut par tendresse pour elle ou par terreur d'une funeste fin4 ,agrippine avait1 longtemps avant l'vnement1 prvu et mpris son genre de mort1 car1 ayant interrog les devins de ,chalde sur son fils ,nron1 alors enfant1 les ,chaldens lui avaient rpondu qu'il pourrait rgner1 mais qu'il tuerait sa mre3--,soit1 dit-elle1 qu'il me tue1 pourvu qu'il rgne6 ,,li ,mais1 peine le crime tait-il accompli1 que ,nron en comprit la grandeur4 ,tout le reste de la nuit1 tantt plong dans le silence1 tantt se levant en sursaut d'effroi1 et sentant dfaillir sa raison1 il tremblait de voir reparatre la lumire comme devant clairer son supplice4 ,les centurions et les tribuns militaires1 l'instigation de ,burrhus1 furent les premiers qui relevrent ses esprits par leurs adulations1 le prenant par la main et le flicitant d'avoir chapp un pril si minent et prvenu le crime de sa mre4 ,ensuite ses courtisans coururent aux temples1 et1 l'exemple une fois donn1 les villes voisines de la ,campanie attestrent l'envi leur joie par des adresses l'empereur1 et par des victimes immoles en actions de grces aux ,dieux4 ,quant lui1 par une dissimulation contraire1 triste et comme afflig de son propre salut1 il affectait de verser des larmes sur la mort de sa mre2 mais1 comme la physionomie des lieux ne change pas volont comme la physionomie des hommes1 que l'aspect pnible de cette mer et de ce rivage importunait ses regards1 et qu'on entendait de plus1 disait-on1 sous les collines de ,baes le son d'une trompette et des gmissements de deuil autour du tombeau de sa mre1 il se rfugia ,naples1 et il adressa de l des lettres au snat4 ,,lii ,ces lettres disaient qu',agrinus1 affranchi et confident intime d',agrippine1 avait t surpris le fer la main pour l'assassiner2 qu',agrippine s'tait fait justice elle-mme en se punissant de la mme mort qu'elle avait trame contre lui4 ,il ajoutait1 cette accusation1 des crimes rappels depuis contre sa mmoire3 qu'elle avait brigu l'association l'empire1 qu'elle aspirait faire prter le serment des prtoriens une femme1 et de faire subir au snat et au peuple romain cette humiliation2 que1 due dans ses complots1 aigrie contre le snat1 l'arme1 le peuple1 elle avait dissuad son fils de faire les gratifications et les largesses publiques1 et ourdi des trames pour perdre les ,romains les plus illustres4 ,combien n'avait-il pas fallu d'efforts son fils pour l'empcher de pntrer dans le conseil1 et de venir rpondre elle-mme aux ambassadeurs des nations trangres4 ,sa mort a t une providence du peuple romain1 ajoutait ,nron1 car il l'attribuait toujours un naufrage4 ,mais que ce naufrage et t fortuit1 quel homme et t assez crdule pour le croire8 ,ou qu' peine chappe un tel naufrage1 une femme et envoy un seul affranchi1 avec un seul glaive la main1 pour combattre les armes et les flottes du matre du monde8 ,aussi l'opinion publique cherchait-elle le coupable1 non pas tout dj dans ,nron1 dont l'atrocit surpassait d'avance toute indignation et toute plainte1 mais dans ,snque1 rdacteur d'un message qui n'tait que l'aveu d'un tel forfait4 ,cependant1 par une monstrueuse mulation des snateurs1 on vota des prires publiques dans tous les sanctuaires1 des jeux annuels1 des ftes ,minerve1 en commmoration du jour o le prtendu complot d',agrippine avait t prvenu1 et le jour de la naissance d',agrippine fut mis au nombre des jours nfastes4 ,,liii ,ptus ,thrasa1 qui avait l'habitude de fltrir les bassesses ordinaires de son silence1 ou de les laisser passer avec un bref et ddaigneux consentement1 sortit alors du snat1 se vouant ainsi lui-mme au dernier pril1 sans donner aux autres le courage de la libert4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,,liv ,quelle condition du beau dans l'histoire manque dans ce rcit de ,tacite8 ,est-ce la peinture8 ,voyez la description si sobre du lieu de la scne1 du crpuscule sur les collines de ,misne1 de cette nuit splendide o les astres brillent1 o les flots dorment pour fournir aux hommes et aux ,dieux des tmoins plus irrcusables contre ,nron4 ,,lv ,est-ce de la posie8 ,voyez le tableau de cette femme couche sur le lit de repos de sa galre1 avec sa confidente accoude sur ses pieds1 qui l'entretient de son bonheur1 au moment o les assassins solds par son fils font crouler la mort sur sa tte1 et chavirer la barque triomphale pour l'engloutir4 ,voyez1 pendant qu',agrippine blesse nage vers la cte1 le tumulte de toute cette multitude qui sort de toutes les maisons avec des torches1 qui s'appelle1 qui se rpond en cris inintelligibles1 qui tend les mains1 qui s'avance jusque dans les flots pour recueillir la nageuse dans les tnbres4 ,,lvi ,est-ce de la passion8 ,voyez le dlire de l'amour de ,nron pour ,poppe1 et ces soupons d'inceste jets dans l'ombre pour prparer l'esprit du lecteur tous les genres de forfaits4 ,,lvii ,est-ce le drame8 ,voyez l'assassin qui sourit pour donner confiance sa victime1 qui s'avance sa rencontre1 qui l'embrasse sur les yeux et sur le sein4 ,voyez cette mre qui s'inquite et qui se rassure1 qui sort heureuse du long festin de rconciliation1 et qui monte avec une amie tranquillement sur la barque pour jouir du spectacle de sa dernire nuit4 ,voyez renatre son anxit involontaire la rflexion des tranges circonstances de ce naufrage en plein calme des vents et des flots4 ,voyez son silence prudent quand les matelots l'appellent4 ,voyez son tonnement quand aucun message ne revient du palais aprs la nouvelle de son danger et de son salut4 ,voyez son isolement dans cette chambre1 claire d'une seule lampe avec une seule esclave4 ,voyez au mme instant1 dans le palais voisin1 la criminelle angoisse du fils qui tremble d'avoir encouru le chtiment sans avoir mme le bnfice du crime4 ,voyez le dpart muet d',anictus avec sa bande d'assassins4 ,voyez la foule qui s'carte1 le glaive du centurion lev sur le lit2 coutez le dernier mot1 le seul mot1 le mot qui clate et qui rsume3 ,ventrem feri6 ,frappe au ventre2 ce ventre criminel est justement puni1 puisqu'il a enfant ,nron6 ,,lviii ,enfin1 voyez ces funrailles prcipites1 ce lit de festin chang en bcher funbre2 cette pince de cendre1 qui fut tout l'heure ,agrippine1 laisse sur la place1 au vent et la pluie1 sans que la terreur des assassins y jette seulement un peu de terre4 ,,lix ,est-ce la politique8 ,voyez le conseil convoqu la hte dans l'appartement de l'empereur pour aviser l'extrmit du pril1 au moment o le fils se croit menac par la mre4 ,voyez ces deux prtendus hommes d'tat consomms1 ,burrhus et ,snque1 n'ayant peut-tre pas conseill le premier crime1 mais croyant trouver dans l'urgence du danger public la ncessit du second4 ,voyez cette honte de deux hommes soi-disant vertueux1 contraints de dlibrer sur la ncessit d'un parricide4 ,voyez leur long silence4 ,voyez le plus habile des deux1 ,snque1 sommant son collgue de parler le premier4 ,voyez ce collgue1 rejetant le fardeau sur ,snque1 et ludant la rponse par un renseignement sur l'esprit des troupes trop attaches la race de ,germanicus4 ,,lx ,voyez enfin l'impatience de l'affranchi qui se propose rsolument pour l'excution et pour le prix du meurtre1 et la reconnaissance de ,nron1 tir par ce hardi sclrat d'embarras et d'angoisses1 et qui s'crie3 ,je ne rgne que d'aujourd'hui1 et c'est ,anictus que je dois l'empire4 ,,lxi ,est-ce la vertu enfin1 la moralit1 la fltrissure1 qui manquent dans ce rcit de ,tacite8 ,voyez la premire nuit du coupable aprs le crime1 sa terreur de la lumire qui va renatre1 son horreur pour les lieux1 scne de son forfait1 pour cette physionomie de la terre et de la mer qui ne change pas comme le visage des hommes1 et qui le force se sauver ,naples4 ,,lxii ,voyez enfin l'embarras de l'explication qu'il charge ,snque de donner par lettre au snat1 puis la bassesse des prtoriens qui le flicitent les premiers1 toujours prts prostituer l'pe1 pourvu que l'pe rgne2 puis la vilit des snateurs1 qui feignent de croire l'impossible pour avoir le prtexte de congratuler2 puis1 dans un coin1 la figure muette ou indigne du seul honnte homme1 de ,thrasa1 qui sort du snat1 sachant bien quoi il s'expose1 et n'esprant rien de l'exemple pour la libert1 mais faisant seul rougir ,nron1 ,burrhus1 ,snque1 et toute l'arme1 et tout le snat1 et tout le peuple1 parce qu'il reprsente lui tout seul plus que l'empire1 l'arme1 le snat1 le peuple1 c'est--dire la conscience1 la vertu1 la postrit4 ,,lxiii ,s'il y avait par sicle un ,tacite1 l'histoire suffirait pour faire la leon1 l'exemple1 la justice au genre humain4 ,mais il n'y en a qu'un depuis qu'on crit les annales des peuples1 et1 en considrant la prodigieuse rencontre de facults diverses que la nature et la socit doivent faire concorder dans un mme homme pour faire un ,tacite1 il n'est pas probable qu'il y en ait deux4 ,contentons-nous donc d'un seul3 il tient lieu de mille1 et replaons son livre sa place1 ct d',homre2 car ces deux hommes sont les deux plus grands potes du monde coul3 ,homre1 le pote de l'imagination2 ,tacite1 le pote de la vrit4 ,,lamartine4 ,p4 ,s4 ,ces deux ,entretiens sont un peu courts1 parce que quelques-uns de ceux qui les prcdent sont un peu trop longs pour le volume de #ahfa4 ,je vais finir l'anne #ahfa par une ,revue4 ,j'y travaille4 ,deux hommes remarquables sont morts avant le temps dans ces derniers mois4 ,je commencerai l'anne #ahfb par trois ,entretiens critiqus1 et mme injuris par anticipation dans le journal la ,presse2 ils sont intituls3 ,critique de l'histoire des ,girondins1 par l'auteur des ,girondins1 vingt-cinq ans de distance4 ,on verra que je n'apostasie rien que l'erreur dans laquelle je suis une ou deux fois tomb1 et quelques expressions mal sonnantes ou mal interprtes par mes nombreux lecteurs2 que j'ai mri mes ides sur les conditions naturelles du pouvoir2 que j'ai profit de l'exprience et des temps1 mais que je suis aprs ce que j'tais avant1 l'homme qui se corrige des moyens sans se dtourner du but3 la libert par l'honntet1 le gouvernement spiritualiste4 ,les hommes qui m'invectivent d'avance au nom du progrs1 ne croient pas sans doute que la terreur soit progressive1 et que l'immoralit des moyens et la violence de la vrit qu'ils prconisent aujourd'hui au profit de leur cause1 soient plus vertueux dans les mains du jacobinisme que dans celles de l'inquisition6 ,ce sont les inquisiteurs de l'indpendance politique2 ils veulent mettre l'uniforme des carbonari la libre pense4 ,ils ne mritent pas la libert1 ceux qui ne respectent pas la conscience4--,deux poids et deux mesures1 est-ce la justice8--,les ,camille ,desmoulins sont de tous les temps2 ils allument le bcher1 et ils sont consums par la flamme quand le vent change4 ,pardonnons-leur et ne les imitons pas2 laissons-leur ainsi le temps de se repentir4 ,nul n'a le droit d'tre libre s'il n'a pas t tolrant4 ,nous ne disons pas cela pour le ,sicle1 journal dont nous diffrons sur la confdration de l',italie1 prfrable1 selon nous1 l'unit force1 chimrique et prcaire1 de la pninsule4 ,un de ses rdacteurs nous accuse de palinodie pour cette opinion2 qu'il nous lise3 nous n'avons jamais pens1 crit1 agi au sujet de l',italie que dans le sens d'une confdration unifie par une dite nationale des tats unis italiens1 reconnue et garantie par toute l',europe4 ,y a-t-il palinodie de professer aprs1 ce que l'on professait avant8 ,le mot est malheureux2 mais le spirituel rdacteur ne nous condamne pas mort1 et cette erreur de fait de sa part n'enlve rien de l'estime et de la reconnaissance que nous portons la rdaction d'un journal libral partout ailleurs qu'en ,italie1 pierre d'attente de la libert1 et qui mrite que la libert l'attende son tour4 ,,lamartine4 ,l,x,xe ,,entretien4 ,la critique est une grande et importante partie de toute littrature2 quand elle touche simplement la forme d'un livre1 elle est toutefois secondaire4--,question de grammaire1 question de got2 les esprits striles seuls s'y adonnent2 elle dnigre beaucoup1 elle ne produit rien4--,sous ce rapport1 il faut la laisser aux esprits mticuleux et jaloux1 qui se consolent de leur impuissance en montrant les imperfections des oeuvres d'autrui4 ,mais il y a une plus haute critique qui touche la morale et qui est1 pour ainsi dire1 la conscience du genre humain2 c'est celle qui s'attache l'histoire et qui1 au lieu d'tre une grave controverse de mots1 est une svre correction de principes4 ,c'est de cette seconde nature de critique dont j'ai voulu donner sur moi-mme un exemple aujourd'hui dans cet ,entretien et que j'insre dans mes oeuvres compltes4 ,tous mes lecteurs se souviennent que j'ai crit1 en #ahdg1 un livre qu'il ne m'appartient pas de juger littrairement2 livre qui produisit1 lors de son apparition1 un effet tellement universel que les critiques du temps ne purent le comparer qu'au mouvement de curiosit de l'mile de ,j4-,j4 ,rousseau1 ou du ,gnie du christianisme de ,chateaubriand4 ,c'tait le gnie de la rvolution franaise en action dans une histoire2 c'tait en mme temps le drame du sicle4 peine les presses de ,paris1 de ,bruxelles1 de ,londres1 de ,madrid1 suffirent-elles en multiplier les exemplaires et les traductions pour l'impatience des lecteurs4 ,si j'avais t susceptible d'ivresse d'amour-propre d'crivain1 je me serais cru plus qu'un homme2 mais ds cette poque je connaissais l'engouement1 et je ne me fiais pas ma popularit d'historien4 ,j'attendis vingt ans les retours de sang-froid2 ils vinrent avec les retours d'accusation1 les uns mrits1 les autres1 selon moi1 injustes4 ,on m'accuse d'avoir fait la rvolution de #ahdh1 en rhabilitant les principes honntes de la rvolution de #aghi1 tout en fltrissant impitoyablement les crimes de #agic4 ,c'tait vrai1 et je suis loin de m'en repentir4 ,je n'avais pas song faire une rvolution1 mais clairer d'un jour vridique celle que nos pres avaient faite ou avaient subie il y a plus d'un demi-sicle4 ,quand j'y aurais song1 y a-t-il un livre capable de soulever une nation de quarante millions d'hommes et de les faire courir aux armes quand ils se sentent lgalement et bien gouverns8 ,est-ce que quelques pages de rcit pourraient jamais contenir assez de feu pour rpandre l'incendie dans l',europe8 ,non1 ce qui a fait la rvolution de #ahdh1 c'est la rvolution de #ahcj1 c'est la coalition parlementaire de #ahdf1 ce sont les banquets agitateurs de #ahdg4 ,j'tais et je voulais tre tranger ces trois mesures de renversement du parti orlaniste1 qui1 aprs avoir inaugur sur un faux principe le trne du duc d',orlans1 voulait l'asservir parlementairement ses caprices et ses ambitions1 et1 pour l'asservir1 voulait agiter la bourgeoisie jusqu' la fivre4 ,la rvolution de #ahdh fut le suicide de ce parti4 ,qu'il n'accuse pas les autres1 et qu'il ne s'en prenne qu' lui de sa ruine4 ,bien que parfaitement tranger aux manoeuvres coupables de la coalition orlaniste1 lgitimiste1 rpublicaine de #ahdg1 la popularit que m'avaient donne quinze ans d'attente et l',histoire des ,girondins fit tomber cette monarchie1 non par mes bras1 mais dans mes bras4 ,je fus l'hritier des fautes de la coalition et des fautes de la maison d',orlans4 ,je fis la rpublique2 la ,france l'accepta comme un rempart contre la terreur2 puis elle l'abandonna par inconstance et par faiblesse4 ,alors on retourna contre le livre des ,girondins1 et les coaliss de #ahdg me dirent3 ,c'est toi qui l'as faite6--,la rpublique1 c'est ton livre6--,c'tait mon livre1 en effet1 qui ne l'avait pas faite1 mais qui l'avait rendue possible en la rendant innocente4 ,il est certain que1 sans le livre des ,girondins1 la rvolution du #bd fvrier tait la terreur4--,voil tout le vrai de ces accusations1 voil tout mon crime4 ,aujourd'hui je le rimprime dans mes oeuvres compltes1 ce livre1 tel qu'il fut publi en #ahdg4 ,mais vingt ans ont pass2 je ne me prtends pas impeccable2 je ne me crois ni sans erreur1 ni sans faiblesse2 ces faiblesses ou ces erreurs de jugement sur la rvolution de #aghi1 je les avoue1 je les dplore1 je les signale moi-mme dans le commentaire refroidi qui suit pas pas cette histoire1 et je les publie en entier dans mes oeuvres compltes1 comme un correctif1 comme un dsaveu partiel de quelques apprciations errones du livre4 ,je m'y accuse moi-mme de quelques erreurs et de quelques sophismes4 ,je n'accuse nullement la rvolution comme tendance1 je l'accuse comme moyen4 ,ce n'est point un acte de contrition1 c'est un acte de conscience3 on en jugera4 ,je crois devoir publier1 non en entier1 mais en partie essentielle1 ce commentaire des ,girondins dans mes ,entretiens littraires1 pour lui donner ainsi une publicit plus tendue1 plus juste1 plus mritoire et quelquefois plus svre4 ,pour que le temps nous fasse grce1 faisons-nous justice3 nous y gagnerons tous4 ,,lamartine4 ,,critique ,,de ,l',,histoire ,,des ,,girondins4 ,i ,les ,persans1 nos ans en sagesse comme en annes1 regardent la vieillesse comme un don cleste qui permet l'esprit de thsauriser plus d'intelligence et plus de vrits4 ,les cheveux blanchis leur paraissent un symptme de maturit3 ils ont exprim cette opinion dans un proverbe4 ,les proverbes1 en ,orient1 sont les mdailles des langues4 ,aprs avoir t monnaie des peuples1 les proverbes se retrouvent dans les dcombres des nations1 et se conservent dans leur mmoire comme des axiomes qu'on ne discute plus4 un proverbe1 point de rplique2 on dirait qu'un dieu a parl l2 en un mot1 on incline la tte1 on accepte sur parole et on se tait4 ,or ce proverbe des ,persans1 qui fut vraisemblablement dj proverbe avant ,zoroastre1 le voici3 ,agrandissement d'annes1 largissement d'intelligence2 ,c'est--dire1 plus vous avez de temps pour voir les choses humaines1 et mieux vous les comprenez4 ,autrement dit1 mrite gal1 les hommes mrs ont plus de sagesse que les jeunes gens4 ,c'est tellement banal qu'on rougit de le discuter4 ,l'ge n'a-t-il pas eu de tout temps l'autorit de la prsomption de sagesse8 ,a-t-on jamais vu une seule nation 7except les ,abdritains1 peuple fou qui voulait rire7 mettre sa jeunesse dans son snat1 demander leurs lumires ceux qui n'ont rien appris1 et leur exprience ceux qui n'ont pas encore vcu6 ,non1 ce bal masqu de barbes grises allant recevoir les leons des imberbes1 comme disait ,henri ,,iv1 serait la nature renverse4 ,que deviendrait le respect1 ce grand auxiliaire moral des gouvernements8 ,que deviendrait la socit politique1 enfance ternelle qui condamnerait les peuples une ternelle tourderie8 ,si le pass n'enseignait pas l'avenir1 quoi bon la mmoire8 ,le monde recommencerait tous les jours1 et cette succession de folies de jeunesse ne serait qu'une succession de catastrophes dans l'histoire des nations4 ,l'exprience est donc quelque chose1 et les annes apportent cette exprience aux esprits sincres4 ,voil l'explication et la justification du proverbe persan3 ,agrandissement d'annes1 largissement d'intelligence4 ,la vie est une leon1 et toute leon doit profiter celui qui ,dieu l'accorde4 ,,ii ,or1 en ,france1 o l'on parle si bien1 mais o l'on pense trop vite2 en ,france1 o les paradoxes courants prennent si souvent la place des vrits acquises1 les partis arrirs ou avancs ont adopt depuis quelques annes un proverbe tout contraire1 le proverbe du contre-sens1 le proverbe du sophisme4 ,le sens de ce proverbe est celui-ci3 celui qui change d'opinion a tort2 celui qui reoit les leons de la vie et qui en profite pour rectifier ou modifier sa pense est un grand coupable4 ,malheur et mpris aux esprits progressifs qui s'amliorent1 qui se rectifient1 qui se corrigent eux-mmes en vivant6 ,ils sont prsums intresss1 versatiles1 adulateurs du temps qui court1 apostats de leur tradition et d'eux-mmes4 ,honneur et respect aux incorrigibles6 ,confiance exclusive aux esprits ptrifis et aux caractres ttus qui1 lorsqu'ils ont une fois profr une erreur ou une sottise1 ne s'en ddisent jamais et veulent mourir1 comme disait ,chateaubriand1 ce grand oracle du respect humain dans ce sicle1 non pas conformes la vrit1 mais conformes eux-mmes4 ,,iii ,j'avoue que je n'ai jamais compris le sens de cet axiome de l'obstination des partis1 quels qu'ils soient1 en ,france3 ,tu ne changeras pas4 ,tu ne changeras pas1 c'est--dire tu vivras des jours sans nombre1 tu verras des ides justes prendre la place de prjugs absurdes1 des trnes s'crouler sur des fondements vermoulus1 des castes s'effacer devant des nations1 des gouvernements lgitimes se fonder sur les devoirs rciproques des hommes en socit de services et de dfense mutuels1 des dmagogues surgir comme les vices incarns de la multitude1 irriter les passions du peuple1 les pousser jusqu'au dlire1 jusqu'au meurtre1 s'armer de ces fureurs populaires pour prendre la hache au lieu de sceptre et pour promener1 sur ce peuple lui-mme1 ce niveau de fer qui trouve toujours une tte plus haute que son envie2 tu verras le sang le plus pur ou le plus sclrat couler torrents dans les rues de tes villes2 tu verras les partis populaires puiss cder au parti soldatesque1 premire forme de la tyrannie2 tu verras un soldat popularis par la victoire prendre la fois la place de la libert1 du trne et du peuple par un coup de main2 tu le verras provoquer le monde pour le vaincre1 changer l',europe en un champ de bataille annuel1 faucher priodiquement les gnrations nouvelles1 plus vite que la nature ne les fait natre1 pour son ambition1 en sorte que les vieillards se demandaient s'il y aurait encore une jeunesse et si ,dieu ne faisait plus natre les gnrations que pour mourir vingt ans au signe de ces pourvoyeurs de la gloire4 ,tu verras tomber ce gouvernement1 en rendant par sa chute la vie la jeunesse de son peuple2 et1 prodige de dmence1 tu verras aprs trente ans les peuples difier ce consommateur de peuples et lui faire un titre de rgne du plus grand abus de sang humain qui ait jamais t fait1 depuis ,csar1 en ,occident6 ,tu auras vu envahir deux fois la patrie par le reflux invitable de l',europe sur ce nid d'aigles qu'on appelle la ,france1 o le conqurant1 conquis son tour1 allait devenir la proie de sa proie4 ,tu auras vu que la gloire n'est qu'une fume de sang humain qui monte au ciel1 il est vrai1 en fascinant les yeux myopes des peuples1 mais qui y monte pour dfier sa justice et pour provoquer sa vengeance4 ,tu auras vu des rois lgitimes1 hritiers d'un juste dcapit1 rappels de l'exil au trne1 rapporter la paix1 la libert1 la libration du territoire2 adopter ce qu'il y avait de juste dans la rvolution2 rtablir la souverainet reprsentative du peuple2 faire prosprer leur pays sous la sauvegarde de tous les droits quitablement pondrs2 y faire fleurir l'loquence de la tribune et de la presse1 cette royaut de l'intelligence de niveau avec la royaut du sang2 prsider du haut d'un trne populaire une vritable renaissance de tous les arts de l'esprit1 de toutes les industries de la paix2 tu les auras vus1 frapps par les armes mmes qu'ils avaient remises la nation1 odieusement accuss des dsastres que leur prsence venait rparer1 et chasss du trne1 d'exil en exil1 par l'ingratitude de la libert4 ,,iv ,tu auras vu un schisme de famille s'emparer de ce trne par voie de popularit fonde sur un mauvais souvenir1 hrdit qui ne devait pas tre un crime dans les fils innocents des fautes du pre1 mais qui ne devait pas tre non plus un titre la couronne tombe avec la tte d'un martyr de la royaut4 ,tu auras vu tomber son tour1 presque sans secousse1 ce roi mal assis sur les dbris de sa maison1 par la versatilit d'un peuple qui ne sait ni har ni aimer longtemps4 ,tu auras vu la ,france remise debout par l'effort de citoyens dsintresss1 appele1 sans acception de parti ou de caste1 se gouverner elle-mme1 s'lever pendant quelques mois une magnanime modration et une lgalit volontaire1 chercher en soi-mme les conditions de la libert1 sauver l'ordre1 la vie des citoyens1 la paix du monde1 puis abdiquer dplorablement son propre rgne et prfrer la gloire d'un nom dynastique sa propre dynastie rpublicaine1 trop fatigante pour sa faiblesse2 semblable ces souverains dtrns de nos premires races qui1 laissant les ciseaux du moine dpouiller leurs fronts chevelus1 regardaient du fond d'un clotre rgner leur place l'lu du camp ou le maire du palais4 ,tu auras vu ces mmes multitudes1 qui saluaient l'croulement des trnes1 saluer de leurs acclamations la restauration des trnes2 tu auras vu les tribuns les plus dmagogues se transformer en courtisans les plus dvous1 sous prtexte de couronner le peuple en couronnant l'arme4 ,l'arme1 peuple en effet1 peuple hroque sur les champs de bataille1 peuple qui sauve la patrie en uniforme1 mais qui marche tous les tambours1 pour ou contre tous les droits du peuple lui-mme1 pourvu que la gloire militaire lui dore toutes les causes et lui compte au mme taux toutes les journes dans des tats de services qui vont du #ah brumaire ,marengo1 d',austerlitz ,waterloo1 de ,waterloo ,alger1 d',alger l'acclamation de la rpublique1 de l'acclamation de la rpublique au #b dcembre1 du #b dcembre ,solferino1 de ,solferino qui sait o4 ,tu auras vu tout cela2 tu auras appris pendant un demi-sicle ce que valent les principes les plus contradictoires de gouvernement2 tu auras partag le fanatisme presque unanime de #aghi pour la rgnration d'un royaume sous l'initiative si bien intentionne d'un roi philosophe et magnanime1 qui se dpouillait lui-mme de son sceptre pour donner ce sceptre son peuple2 tu auras partag trois ans aprs l'indignation et le remords de la nation contre l'ingratitude de ce peuple conduisant en pompe son bienfaiteur couronn l'chafaud et enseignant ainsi l'histoire que la vertu est un crime et que le premier devoir d'un roi1 c'est de rgner4 ,v ,tu auras partag l'excration du monde contre ces terroristes de la premire rpublique1 livrant tous les jours une ration de sang humain leurs sides1 et croyant qu'on btit des monuments de libert sur des fondations de cadavres4 ,tu auras partag l'enthousiasme imprvoyant des armes affames de gloire et des citoyens affams d'ordre pour un empire sorti des camps pour expirer sur le sol deux fois conquis de la patrie4 ,tu auras accueilli le retour des hritiers de ,louis ,,xvi comme une providence1 et tu les auras bannis1 quelques annes aprs1 comme des criminels d'tat4 ,tu auras eu des hymnes pour une monarchie1 dite de ,juillet1 fonde sur toutes les violations du droit monarchique1 et tu auras eu des hues contre elle le lendemain de sa chute4 ,,vi ,tu auras eu des aspirations romaines pour une rpublique lgale et pacifique1 rconciliant dans une concorde unanime toutes les classes prtes s'entre-dchirer6 ,tu auras t ivre de scurit et de joie en voyant cette rpublique1 qui se craignait elle-mme1 abolir courageusement la peine de mort le lendemain de son avnement imprvu1 de peur d'abuser jamais des armes que tous les rgimes s'taient transmises jusque-l les uns aux autres pour immoler leurs ennemis2 tu auras frmi d'esprance en voyant cette dmocratie philosophique dclarer la paix au monde tonn2 tu auras eu le dlire de l'admiration en voyant quelques citoyens obis par le peuple et presss par d'innombrables prtoriens de la multitude de perptuer leur dictature2 tu les auras vus1 au contraire1 appeler la nation entire se lever debout dans ses comices afin de remettre plus vite cette dictature la nation reprsentant cette lgitimit des interrgnes2 et quand la nation1 releve par la main de ces hommes de sauvetage1 aura repris son aplomb et son sang-froid1 tu n'auras eu pour ces citoyens1 victimes missaires de leur dvouement1 que des calomnies1 des mpris1 des outrages1 des abandons1 pour dcourager les abngations futures1 et pour montrer l'avenir qu'on ne sauve sa patrie qu' la condition de se perdre soi-mme3 mauvais exemple qui ne profitera pas la nation4 ,,vii ,tu auras vu tout cela6 ,et l'on voudrait que tu fusses rest le mme1 sans incrdulit quand tout trompe1 sans variation quand tout varie1 sans modification quand tout change1 sans branlement quand tout tombe1 sans exprience quand tout enseigne autour de toi6 ,royaliste en #hi1 ,jacobin modr en #agij1 ,girondin en #agia1 terroriste en #agic1 thermidorien ractionnaire en #agie1 bonapartiste en #agih1 consulaire1 imprialiste en #ahje1 bourbonien lgitimiste en #ahae1 orlaniste en #ahcj1 rpublicain en #ahdh1 napolonien en #ahej1 imprialiste en #aheb1 et aujourd'hui1 que sais-je8 agitateur de l',europe peine calme1 vocateur de guerres en ,occident et en ,orient1 auxiliaire de l'ambition d'un roi des ,alpes pour monopoliser les rpubliques1 les trnes et les tiares en ,italie2 dupe de l',angleterre monopolisant son tour les mers1 les montagnes et les pninsules par la main d'un roi1 vice-roi des temptes6 ,,viii ,quoi6 vivre si longtemps ne t'aurait servi qu' cela6 ,tu ne saurais pas aujourd'hui que les plus belles philosophies n'ont que des jours d'explosion et des annes de fume1 fume travers laquelle on ne reconnat plus rien que des dcombres2 que les peuples1 comme des banqueroutiers de la vrit1 ne tiennent jamais ce qu'ils promettent2 que les princes les meilleurs ne recueillent que l'assassinat1 comme ,henri ,,iv1 ou le martyre1 comme ,louis ,,xvi2 que les rformateurs les plus bienfaisants ont pour ennemis les utopistes les plus absurdes2 que les gouvernements hrditaires subissent les drisions de la nature1 qui ne sanctionne pas toujours l'hrdit du gnie ou des vertus2 que les gouvernements parlementaires subissent la domination de l'intrigue1 la fascination du talent1 l'aristocratie de l'avocat1 qui prte sa voix toutes les causes pourvu que l'on applaudisse1 et qui est aux assembles ce que la caste militaire est aux despotes1 pourvu qu'ils les payent en grades et en gloire2 que les gouvernements absolus font porter tous la responsabilit des fautes d'une seule tte2 que les gouvernements trois pouvoirs sont souvent la lutte de trois factions organises qui consument le temps des peuples en vaines querelles1 qui n'ont d'autre mrite que d'empcher les grands maux1 mais d'empcher aussi les grandes amliorations1 et qui finissent par des ,gracques ou par des ,csars1 ces hritiers naturels des anarchies ou des servitudes2 que les rpubliques sont la convocation du peuple entier au jour d'croulement de toute chose pour tout soutenir1 le tocsin du salut commun dans l'incendie des rvolutions qui menace de consumer l'difice social2 mais que si ces rpubliques sauvent tout1 elles ne fondent rien1 moins d'une lumire qui n'claire pas souvent le fond des masses1 d'une capacit qui manque encore au peuple1 et d'une vertu publique qui manque plus encore aux classes gouvernementales4 ,,ix ,que vous ayez eu toutes ces nobles illusions du royalisme1 des gouvernements une tte1 des gouvernements trois ttes1 des gouvernements de parole1 des dictatures ou des rpubliques dans votre jeunesse1 sur la foi des thories toujours sduisantes comme les mirages de l'esprit humain1 cela est naturel1 honorable mme1 aux diffrentes phases d'une vie qui pense4 ,les thories sont les beaux songes des hommes de bien2 il est glorieux d'tre successivement tromp par elles2 ces dceptions sont les douleurs sans doute1 mais non les remords de l'esprit4 ,et l'on veut qu'aprs soixante annes d'preuves de toutes ces natures de gouvernement1 vous vous imposiez la loi de croire ce que vous ne croyez plus1 de dire ce que vous ne pensez plus1 d'affecter par vanit de constance dans vos opinions une opinitret de mauvaise foi dans des doctrines qui vous ont menti1 du1 tromp tant de fois6 ,c'est l une ostentation de fausse sagesse qui n'est que la rpugnance de l'orgueil humain confesser sa faiblesse1 ou bien ce n'est qu'une improbit d'esprit donnant au monde une fausse monnaie de conviction pour acheter ce prix l'estime du vulgaire1 qui s'attache ces immutabilits d'attitude comme des preuves de force1 tandis qu'elles ne sont le plus souvent que des impuissances de l'esprit ou des fanfaronnades du caractre4 ,je dirai plus1 ces immutabilits d'opinion sont une offense ,celui qui a fait de la vie un enseignement tous les ges1 un refus de prter l'oreille1 l'esprit1 le coeur ,celui qui nous claire par l'exprience1 depuis le premier jour o l'homme pense et doute jusqu'au jour o il cesse de penser et de douter4 ,de toutes les heures de la vie1 chacune est charge de nous apporter une vrit2 aucune de ces heures ne vient nous les mains vides1 et c'est peut-tre la dernire heure d'une longue vie qui vous apporte la vrit la plus prcieuse en rcompense de votre sincrit la rechercher et de votre patience l'attendre4 ,x ,en rsum1 la vie est une leon que le temps est charg de donner l'homme en lui faisant peler1 syllabe par syllabe1 les vnements4 ,celui qui n'a pas chang n'a pas vcu1 puisqu'il n'a rien appris4 ,celui qui prtend avoir tout su le premier jour est un homme qui n'avait ni raison de natre1 ni raison de vivre1 ni raison de mourir1 car il n'avait rien apprendre en naissant4 ,il n'avait rien appris en vivant1 il mourait sans emporter ou sans laisser aprs lui sur la terre le moindre profit de la vie3 thorie de l'immobilit qui fait de l'homme immuable la crature du temps perdu4 ,une telle thorie insulte la fois l'homme et ,dieu4 ,n'insistons pas3 changer1 c'est vivre2 vivre1 c'est changer4 ,la vie n'est pas semblable ces fontaines d',auvergne1 pleines de sdiments impurs1 qui ptrifient ce qu'on leur jette1 et qui1 au lieu d'une fleur ou d'un fruit1 vous rendent une pierre4 ,la vie est un courant qui mne la vrit1 c'est--dire au bien4 ,le temps sait tout2 et nous ne pouvons savoir quelque chose qu'en l'associant nos ignorances et en lui demandant ses secrets4 ,,xi ,il est donc non-seulement permis de changer en vivant1 mais c'est un devoir de conscience4 ,bien entendu que cette thorie du changement s'applique l'esprit1 mais non au coeur2 que le changement doit tre dsintress et non vnal2 que tout changement qui consiste abandonner une cause vaincue parce qu'elle est vaincue est une lchet2 que tout changement qui consiste s'allier une cause victorieuse parce qu'elle est victorieuse est une abjection de caractre2 que changer par ambition1 c'est une suspicion lgitime de vice2 que changer par cupidit de fortune1 est une vnalit du coeur qui dshonore la vrit mme2 que changer d'amis quand la fortune les trahit1 est une versatilit d'affection qui prouve la courtisanerie de l'me4 ,mais que changer d'opinion sans abandonner ses sentiments personnels1 ni les vaincus1 ni les malheureux1 ni les faibles2 changer ses dpens en s'exposant sciemment1 au contraire1 aux dnigrements d'intentions1 aux colres du respect humain1 au mpris des partis et aux souffrances de considration qui suivent ordinairement ces progrs des hommes sincres dans ce qu'ils croient la route des amliorations morales et des vrits progressives1 c'est souffrir pour la cause du bien1 c'est le martyre d'esprit pour la vrit1 martyre que les hommes aggravent par leur fiel et par leur vinaigre1 mais que la vrit rcompense par les jouissances de la conscience4 ,mme quand le martyre s'est tromp de cause1 il ne s'est pas tromp de vertu6 ,,xii ,je pense ainsi1 et voil pourquoi je ne me reproche point d'avoir chang quelquefois1 dans le cours de mes annes1 d'opinions ou de marche dans les situations diverses o se sont trouvs notre pays et notre temps4 ,je me reprocherais plutt de n'avoir pas assez chang1 c'est--dire de n'avoir pas assez profit du temps que ,dieu m'a laiss vivre pour me transformer davantage encore2 d'avoir peut-tre trop sacrifi aux convenances1 aux situations antcdentes1 au respect humain1 toutes ces considrations personnelles qui empchent de se dmentir plus franchement de ce qu'on a dit tourdiment sur la foi d'autrui dans son ge d'ignorance3 toutes choses qui sont louables au point de vue du monde1 mais qui sont mprisables au point de vue de ,dieu2 freins timides qui retardent la marche de la pense d'un sicle par la difficult d'avouer que le vieil homme est mort en vous1 qu'on est un nouvel homme1 et par le dsir naturel1 mais coupable1 de concilier vaniteusement en vous l'homme d'hier et l'homme d'aujourd'hui4 ,dire3 ,je me suis tromp1 c'est le prosternement de l'orgueil1 et cet orgueil1 cependant1 il faut le fouler aux pieds1 si l'on veut tre honnte homme jusqu' la moelle1 et mriter l'indulgence du juge futur1 en acceptant les svrits et les humiliations du juge prsent4 ,et voil pourquoi je changerais encore sans hsitation si je venais dcouvrir que mes opinions actuelles sont des erreurs1 et qu'il y a des routes nouvellement dcouvertes dans lesquelles la marche est plus sre1 le sol plus solide et les vertus sociales plus mres et plus abondantes pour l'humanit4 ,,xiii ,est-il donc tonnant que pensant ainsi et qu'ayant le sentiment1 je dirai presque le remords1 de quelques erreurs de jugement commises par moi dans l'apprciation des actes et des hommes de la premire ,rvolution franaise 7,histoire des ,girondins71 est-il tonnant1 dis-je1 que je relise svrement ce livre 7qui fut un vnement1 j'en conviens1 et qui vit encore d'une forte vie l'heure o je parle71 et que je prsente aujourd'hui le curieux phnomne d'un crivain critique aprs avoir t historien1 et qui juge vingt ans de distance1 en pleine maturit1 le livre crit par lui-mme une autre poque de son sicle et sous d'autres impressions de son esprit8 ,un seul exemple de cette critique de soi-mme a t donn en ,france dans l'opuscule intitul3 ,rousseau juge de ,jean-,jacques4 ,mais si je n'ai pas reu de la nature le style et l'loquence de ,j4-,j4 ,rousseau1 je n'ai pas reu non plus sa froce personnalit2 et si le lecteur a quelque excs craindre de ma plume dans ce jugement sur moi-mme1 ce n'est pas1 coup sr1 l'excs d'orgueil2 ce serait plutt l'excs de svrit4 ,la vie m'a appris tre modeste1 et les vnements publics1 comme les vnements privs1 qui m'ont cras sans m'aplatir1 ne me laissent de mes oeuvres ou de mes actes qu'une fire humiliation devant les hommes et une humble humilit devant ,dieu4 ,l'humiliation1 c'est la peine2 l'humilit1 c'est la leon6 ,,xiv ,or1 quel tait l'tat des choses en ,france1 et quelles taient mes propres dispositions d'esprit en #ahdf1 quand j'crivis cette histoire8 ,l'esprit de la ,france tait trs-troubl1 trs-peu propre par consquent jeter un regard d'ensemble et surtout un regard impartial sur la ,rvolution franaise1 trs-peu propre aussi porter un jugement sain et dfinitif sur les hommes qui avaient t1 en bien ou en mal1 les grands acteurs de cette rvolution4 ,m4 ,thiers1 dont on ne m'accusera pas de dnigrer les grandes oeuvres historiques 7voyez mes ,entretiens sur l',histoire de l',empire1 que j'ai appele1 le premier1 le livre du sicle71 ,m4 ,thiers n'tait pas encore ce qu'il est2 l'ge et la vie publique pleine de bon sens1 de fautes expies1 de leons terribles1 n'avaient pas donn encore son esprit ce sens de la moralit ou de l'immoralit des vnements et des caractres qui est la vertu de l'histoire4 ,il crivait au point de vue du succs1 non au point de vue de la morale4 ,il venait d'crire ainsi sans profondeur1 sans philosophie1 sans justice1 une histoire de la ,rvolution qui n'tait qu'une adulation la ,rvolution elle-mme4 ,on avait fait ce livre1 trs-superficiel selon moi1 une vogue de circonstance et une popularit de parti4 ,plus j'ai tudi les faits1 les hommes1 les vnements de la ,rvolution franaise1 plus ce livre a baiss dans mon esprit2 mais habent sua fata libelli4 ,cette histoire amnistiait les erreurs1 les tyrannies1 les svices mme de la ,rvolution2 elle faisait remonter la colre et le mpris de la nation jusque sur les victimes4 ,son mrite tait prcisment d'tre fausse4 ,il fallait des passions et non des principes la dmocratie2 elle avait trouv un jeune homme de talent1 elle lui dit3 ,fais mon portrait1 mais flatte-moi1 et dfigure mes ennemis1 je te nommerai peintre du peuple4 ,du ct oppos1 les historiens de la ,rvolution dans le parti royaliste1 religieux1 aristocratique1 n'avaient crit sous le nom d'histoire que le martyrologe des victimes de #agia #agid2 ils avaient barbouill de sang tous les principes les plus saints et les plus innocents de la philosophie rvolutionnaire du dix-huitime sicle4 ,parce que ,danton1 ,marat1 ,robespierre1 avaient t des meurtriers1 il semblait1 les lire1 que la libert modre1 l'galit devant la loi1 la tolrance devant ,dieu1 la reprsentation de toutes les classes1 de tous les droits1 de tous les intrts devant les institutions1 taient des dlires ou des crimes4 ,de telles histoires1 pamphlets de la dmocratie ou pamphlets de l'aristocratie1 n'taient propres qu' terniser la guerre civile des esprits entre les enfants d'un mme peuple4 ,,xv ,une grande histoire est un grand jugement dans ces procs d'opinions4 ,ce jugement manquait la ,france2 c'tait une bonne oeuvre que d'essayer de le porter selon mes faibles forces4 ,j'y pensais depuis longtemps4 ,j'avais deux mobiles4 ,le premier1 tout moral1 c'tait de dmontrer historiquement au peuple1 et surtout aux hommes d'tat1 que le crime politique1 populaire1 dmocratique ou aristocratique1 dshonorait ou perdait fatalement toutes les causes qui croyaient pouvoir se servir pour leur succs de cette arme deux tranchants2 ,que la ,providence tait aussi logique que la conscience2 ,que les vnements ne pardonnaient pas plus que ,dieu l'emploi des moyens criminels1 mme pour les causes les plus lgitimes1 et qu'en commentant avec clairvoyance la ,rvolution franaise1 le plus vaste et le plus confus des vnements modernes1 on trouverait toujours infailliblement un excs pour cause d'un revers1 et un crime pour cause d'une catastrophe4 ,en un mot1 je voulais1 comme le veut la ,providence1 que l'histoire ft un cours de morale et que l'honntet des moyens ft la lgitimit des innovations4 ,un tel livre et t le code en action de la politique2 mais il fallait une main divine pour l'crire3 je n'tais qu'un homme de bonne volont4 ,le second mobile qui me sollicitait intrieurement crire cette histoire la fois dramatique et critique de la ,rvolution franaise1 tait1 je l'avoue1 un mobile humain1 une ambition d'artiste1 une soif de gloire d'crivain toute semblable la pense d'un peintre qui entreprend une page historique ou un portrait1 et qui n'a pas pour objet seulement de faire ressemblant1 mais de faire beau1 afin que dans le tableau ou dans le portrait on ne voie pas uniquement l'intrt du sujet1 mais qu'on voie aussi le gnie du pinceau et la gloire du peintre4 ,ici1 je m'excuse1 et il faut m'excuser3 ,homo sum4 ,,xvi ,bien jeune encore et lorsque mes premiers succs littraires m'avaient donn le pressentiment d'une carrire aussi complte1 que mes modestes facults d'amateur plutt que d'artiste me permettaient de former un plan de vie plus ou moins illustre1 je m'tais dit et j'avais dit bien souvent mes amis de jeunesse3 ,si ,dieu me seconde1 j'emploierai les annes qu'il daignera m'accorder trois grandes choses qui sont1 selon moi1 les trois missions de l'homme d'lite ici-bas4 7,j'aurais d dire les trois vanits1 maintenant que toutes ces vanits sont mortes en moi et que je les expie par autant d'humiliations sur la terre1 afin qu'elles me soient pardonnes l-haut47 ,j'emploierai donc1 disais-je ces amis1 ma premire jeunesse la posie1 cette rose de l'aurore au lever d'un sentiment dans l'me matinale2 je ferai des vers1 parce que les vers1 langue indcise entre ciel et terre1 moiti songe moiti ralit1 moiti musique moiti pense1 sont l'idiome de l'esprance qui colore le matin de la vie1 de l'amour qui enivre1 du bonheur qui enchante1 de la douleur qui pleure1 de l'enthousiasme qui prie4 ,quand j'aurai chant en moi-mme et pour quelques mes musicales comme la mienne1 qui vaporent ainsi le trop-plein de leur calice avant l'heure des grands soleils1 je passerai ma plume rveuse d'autres plus jeunes et plus vritablement dous que moi2 je chercherai dans les vnements passs ou contemporains un sujet d'histoire1 le plus vaste1 le plus philosophique1 le plus dramatique1 le plus tragique de tous les sujets que je pourrai trouver dans le temps1 et j'crirai en prose1 plus solide et plus usuelle1 cette histoire1 dans le style qui se rapprochera le plus1 selon mes forces1 du style mtallique1 nerveux1 profond1 pittoresque1 palpitant de sensibilit1 plein de sens1 clatant d'images1 palpable de relief1 sobre mais chaud de couleurs1 jamais dclamatoire et toujours pens2 autant dire1 si je le peux1 dans le style de ,tacite2 de ,tacite1 ce philosophe1 ce pote1 ce sculpteur1 ce peintre1 cet homme d'tat des historiens1 homme plus grand que l'homme1 toujours au niveau de ce qu'il raconte1 toujours suprieur ce qu'il juge1 porte-voix de la ,providence qui n'affaiblit pas l'accent de la conscience dont il est l'organe1 qui ne laisse aucune vertu au-dessus de son admiration1 aucun forfait au-dessous de sa colre2 ,tacite1 le grand justicier du monde romain1 qui supple seul la vengeance des dieux1 quand cette justice dort6 ,quand j'aurai crit ce livre d'histoire1 complment de ma clbrit littraire de jeunesse1 si j'ai le hasard de conqurir cette double clbrit du pote et de l'historien1 je jetterai de nouveau la plume1 la plume1 aprs tout1 hochet du talent1 instrument trop insuffisant et trop spculatif de la pense2 la plume1 qui n'est rien devant l'pe4 ,j'entrerai rsolment dans l'action1 et je consacrerai les annes de ma maturit la guerre1 vritable vocation de ma nature1 qui aime jouer1 avec la mort et la gloire1 ces grandes parties dont les vaincus sont des victimes1 dont les vainqueurs sont des hros4 ,et si la guerre1 que je prfre tout1 me manque1 je monterai aux tribunes1 ces champs de bataille de l'esprit humain o l'on ne meurt pas moins de ses blessures au coeur que l'on ne meurt ailleurs du feu et du fer2 et je tcherai de me munir1 quoique tardivement1 d'loquence1 cette action parle qui confond dans ,dmosthne1 dans ,cicron1 dans ,mirabeau1 dans ,vergniaud1 dans ,chatham1 la littrature et la politique1 l'homme du discours et l'homme d'tat1 deux immortalits en une4 ,enfin1 s'il m'est accord de survivre aux rvolutions1 aux guerres civiles1 aux poignards des sicaires1 des ,catilina1 des ,clodius1 des ,octave1 des ,antoine de mon temps1 et de vieillir couch sur mes propres dcombres1 bris de coeur1 mais sain d'esprit1 j'emploierai ces dernires annes de grce l'oeuvre finale de toute intelligence1 la contemplation et l'invocation de mon ,crateur2 je ferai1 comme ,cicron1 le livre ternellement faire1 ,de natura deorum2 je mlerai mon grain d'encens l'encens des sicles4 ,,xvii ,voil quels taient mes plans de jeunesse4 ,ce n'taient pas les plans de ,dieu4 ,l'orgueil y avait trop de part pour qu'ils fussent ratifis par ce que les anciens nommaient la destine1 et par cette puissance incorruptible que nous nommons ,providence4 ,tout a tourn autrement que je ne l'avais orgueilleusement conu dans mes puriles ambitions d'avenir4 ,en posie1 je n'ai t qu'une main novice qui fait rendre par un attouchement lger quelques accords un instrument cordes dont le doigt n'est pas une vraie science1 mais une inhabile improvisation de l'me4 ,en ambition militaire1 l'occasion m'a manqu2 j'ai vcu dans un temps de paix2 il n'y avait guerre que d'ides4 ,en loquence politique1 je suis arriv trop tard aux tribunes dites parlementaires1 pour dvelopper les forces relles de l'loquence raisonne et passionne que je sentais vritablement rugir en moi comme des lions musels entre les barreaux d'une mnagerie4 ,de plus1 ma fausse situation dans les chambres de #ahcj #ahdh ne me laissait pas la libert de mes mouvements2 je n'tais d'aucun parti actif1 et1 par consquent1 j'tais en suspicion lgitime tous les partis4 ,l'clectisme1 qui est l'attitude de la vrit dans les philosophes1 est la faiblesse des hommes d'tat dans les temps de passion4 ,sorti de la ,restauration avec d'amers regrets de sa chute1 adversaire de coeur de la royaut de #ahcj1 ennemi trop honnte cependant pour m'allier avec les factions1 ou lgitimistes1 ou rvolutionnaires1 qui conspiraient la ruine de cette royaut sans avoir offrir sa place qu'une anarchie au pays1 je vivais dans le vague et je parlais sans chos4 ,la tribune n'tait vritablement pour moi qu'un exercice semblable celui de ,dmosthne sur le bord de la mer4 ,il parlait aux flots qui touffaient sa voix1 et moi aux partis qui cherchaient touffer la mienne4 ,la ,france seule en entendait quelques retentissements dans les journaux indpendants1 et voyait crotre autour de mon nom une lente popularit qui devait lui tre utile un jour4 ,,xviii ,mon action politique ne commena que dans une grande tempte imprvue1 le jour mme d'une chute soudaine de la royaut de ,juillet1 dj en fuite avant d'avoir eu le temps de combattre4 ,ce jour-l je fus roi d'une heure1 c'est vrai4 ,plac1 par mon indpendance des partis1 entre tous les partis1 les rpublicains se jetrent moi par inquitude de leur triomphe2 les royalistes1 par peur de leur dfaite2 les lgitimistes1 par le sentiment de leur inopportunit et de leur impuissance dans cet anantissement du trne2 le peuple surtout1 par l'intrt de salut public et par ce besoin d'un chef qui parle plus haut que toutes les thories dans les prils extrmes des tremblements de tous les foyers4 ,ce n'tait pas un gouvernement qu'il fallait crer la minute1 il n'en aurait pas dur deux4 ,c'tait un sauvetage qu'il fallait organiser sous le nom de rpublique4 ,j'eus le sentiment de cette vrit4 ,au lieu de suivre en hsitant un mouvement dsordonn qui allait mener de convulsions en convulsions dsormais irrsistibles aux derniers abmes1 je fis rsolument la rpublique2 je la fis seul1 quoi qu'on vous en dise2 j'en assume seul la responsabilit2 je nommai seul les chefs les plus en vue et les plus populaires qui pouvaient lui apporter l'autorit des diffrentes factions auxquelles ils appartenaient2 je me nommai moi-mme1 parce que je n'appartenais aucune1 et parce que1 soutenu par le peuple1 seul je pouvais tre arbitre dans ce conseil souverain du gouvernement4 ,la ,france fut admirable de sagesse et d'hrosme1 on ne le dira jamais assez4 ,folle la veille1 lche le lendemain1 elle fut pendant les quatre mois du danger au niveau d'elle-mme2 la rpublique1 contre laquelle elle vocifre tant depuis1 fut son salut4 ,un homme d'tat renvers1 mais qui s'leva lui-mme en ce moment la hauteur d'un vrai patriotisme1 ,m4 ,thiers1 en trouva sur l'heure la vraie formule4 ,gardons la rpublique1 car c'est le gouvernement qui nous divise le moins4 ,c'est la pense que j'avais exprime autrement en entrant le jour mme l'htel de ville1 ces ,tuileries du peuple4 ,,xix ,m4 ,dupin1 dans un volume rcent1 renouvelle encore contre moi cette accusation irrflchie de n'avoir pas proclam la rgence1 la rgence d'une femme intressante sans doute1 mais d'une femme exclue du gouvernement par la loi que le parti d',orlans venait de se faire lui-mme2 rgence aussi illgale par consquent que la rpublique1 une rgence dj tombe dans la rue et ramene1 travers la rvolution et l'arme immobiles1 la porte d'une ,chambre dissoute de fait4 ,et au nom de quoi aurais-je proclam cette rgence des ,orlanistes1 moi qui n'avais jamais voulu adhrer au gouvernement1 schisme de famille1 de #ahcj2 moi qui lui avais renvoy toutes mes places diplomatiques pour ne pas le servir2 moi qui m'tais respectueusement refus tout rapport avec cette royaut1 par scrupule de fidlit mes souvenirs6 ,en vrit1 ,m4 ,dupin et les ,orlanistes auraient bien ri1 le lendemain1 d'un lgitimiste de coeur refaisant aprs coup une seconde rvolution de #ahcj1 et rinstallant une seconde monarchie d',orlans1 pour l'attaquer le surlendemain6 ,et quand j'aurais tent ce contre-sens moi-mme1 l'aurais-je pu accomplir avec l'ombre de succs un peu durable8 ,o taient le peuple1 l'arme1 les chambres1 les ministres1 pour sanctionner et soutenir cette rgence de hasard sortie d'une insurrection contre la royaut de ,juillet1 aventure dans une aventure1 illgalit dans une illgalit1 rvolution de #ahcj dans une rvolution de #ahcj1 belle-fille contre le beau-pre1 petit-fils contre l'aeul1 belle-soeur contre le beau-frre1 neveu contre les oncles1 chaos dans un chaos6 ,et puisque ,m4 ,dupin et les rvolutionnaires orlanistes de #ahcj pensent qu'une rgence tait si facile et si simple faire1 et faire durer huit jours seulement1 que ne la faisaient-ils eux-mmes8 ,qui les gnait8 ,certes1 c'tait eux1 orlanistes1 et non moi1 adversaire de la royaut illgitime d',orlans1 de se charger de ce rle2 logique en eux1 il tait absurde en moi4 ,m4 ,dupin n'y a pas pens4 ,si l'empire qu'il sert aujourd'hui1 comme il a servi la lgitimit1 la royaut de juillet1 la rpublique1 avec un zle qui ne faiblit jamais et avec un talent qui grandit toujours2 si1 dis-je1 l'empire venait chanceler dans une journe de fvrier quelconque1 que penserait ,m4 ,dupin d'un rpublicain1 d'un lgitimiste1 d'un orlaniste qui viendrait sur le champ de mort de l'empire croul1 quoi faire8 ,proclamer un empire de branche cadette et factieuse8 cela ne serait pas moins ridicule que le rle que ,m4 ,dupin et ses amis me reprochent de n'avoir pas pris le #bd fvrier6 ,en vrit1 si je l'avais pris1 ce rle1 je ne saurais pas aujourd'hui o cacher ma honte4 ,il faut respecter et protger le malheur d'une dynastie qui s'croule sur son faux principe1 c'est ce que nous avons fait2 mais il ne faut pas relever un faux principe tomb pour servir de base au trne d'une veuve qu'on admire et d'un enfant qu'on plaint4 ,une veuve n'a pas besoin d'une rgence pour se consoler d'un spulcre1 et un enfant1 pour tre heureux1 n'a pas besoin pour hochet d'un sceptre drob un aeul dans l'escamotage d'une demi-rvolution4 ,,xx ,telles taient1 ds l'anne #ahdd1 mes dispositions d'esprit l'gard de la royaut pseudo-rpublicaine et pseudo-dynastique de la famille d',orlans4 ,je l'aurais vnre partout ailleurs que sur un trne2 par tradition de famille1 du ct de ma mre1 je lui devais plus que du respect1 je lui devais de la reconnaissance4 ,cette auguste maison avait eu des patronages1 des bienveillances1 des gnrosits princires pour ma famille maternelle4 ,la mre de ma mre tait sous-gouvernante de ces enfants1 des princes du sang et de la fille du vnrable duc de ,penthivre4 ,le roi ,louis-,philippe et ses frres avaient t1 avant l'poque de madame de ,genlis1 levs par ma grand'mre2 un de mes proches parents tait son intendant des finances4 ,aprs la terreur1 la duchesse d',orlans1 relgue en ,espagne1 avait pri ma grand'mre d'aller chercher madame ,adlade d',orlans1 sa fille1 en ,suisse1 et de la lui ramener en ,espagne4 ,la mission de confiance avait t remplie4 ,aprs #ahad1 ma mre avait retrouv dans ,louis-,philippe et dans madame ,adlade1 sa soeur1 des souvenirs d'enfance et d'ducation communs qui les disposaient toutes les bonts pour la fille de leur gouvernante4 ,j'avais l'honneur d'en tre reu avec distinction dans mon adolescence4 ,la protection du prince et de sa soeur ne me fut nanmoins d'aucun secours1 soit dans la carrire littraire1 o l'on n'est protg que par son talent1 si on en a2 soit dans la carrire militaire1 o je servais1 dans les gardes-nobles de ,louis ,,xviii1 une cause trs-oppose au parti politique dj dessin du duc d',orlans2 soit dans la carrire diplomatique1 o je servis fidlement la politique de la lgitimit jusqu' sa chute4 ,d'ailleurs1 mon pre1 le chevalier de ,lamartine1 ancien et loyal officier de cavalerie dans le rgiment ,dauphin au moment de la ,rvolution1 ses frres1 royalistes comme lui1 quoique constitutionnels de #aghi1 m'auraient vu avec rpugnance devenir le client de la maison d',orlans4 ,elle portait leurs yeux1 quoique innocente des antcdents1 la responsabilit du prince complice de #agic1 puni d'un vote fatal par la hache du mme bourreau4 ,,xxi ,il faut le dire1 les opinions politiques sont dans le sang3 tel pre1 tel fils4 ,jamais ce mot ne fut plus gnralement vrai que dans les temps de vicissitudes soit religieuses1 soit nationales1 soit dynastiques4 ,j'avais suc le royalisme loyal et traditionnel pour les ,bourbons1 frres1 enfants ou neveux du vertueux ,louis ,,xvi1 avec le lait2 je n'aimais pas la maison d',orlans4 ,sa popularit rvolutionnaire me paraissait une rcompense inique d'une participation contre nature du chef de cette maison l'ingratitude du peuple franais envers le plus innocent et le plus dvou des rois1 et au meurtre de ce roi sur l'chafaud de #agic4 ,ce que ce peuple aujourd'hui semblait aimer dans le nouveau duc d',orlans1 il faut l'avouer1 c'tait le fils du #ba janvier4 ,cela rvoltait en moi ma conscience de royaliste et d'honnte homme4 ,sans avoir de haine1 j'avais de l'humeur contre la popularit du duc d',orlans2 elle semblait outrager la justice et la ,providence2 les caresses trop subalternes et trop significatives1 sa rentre de l'migration1 aux survivants de #agia et aux gnraux bonapartistes de #ahae et de l'le d',elbe1 achevaient de me dsaffectionner de cette branche de la dynastie4 ,ces cajoleries et ces sourires d'intelligence aux ennemis de la ,restauration1 quand on tait restaur soi-mme et combl de richesses1 de faveurs1 d'honneurs1 par cette ,restauration si clmente au pass1 si gnreusement imprudente pour l'avenir1 tout cela1 comme dit ,tacite1 mal odorait si prs du trne4 ,je voyais encore quelquefois par dfrence et assez familirement le duc d',orlans2 il me traitait avec distinction2 il m'entretint mme avec un rare talent d'locution une fois trs-longuement de politique trangre1 sans craindre de dnigrer ouvertement la diplomatie du gouvernement de ,charles ,x1 et d'exposer hardiment et savamment la politique trangre qu'il dessinerait pour son gouvernement1 s'il tait roi4 ,mais1 tout en se livrant avec une apparente confiance des panchements tmraires dans la bouche d'un premier prince du sang1 il comblait de toutes ses faveurs1 de toutes ses caresses d'intimit les gnraux1 les pamphltaires et les orateurs de la faction bonapartiste ou de la faction dmagogique survivants du #bj mars #ahae ou de #agia4 ,hritier du trne sans doute1 mais se posant surtout en hritier ventuel et prsomptif des factions contre sa famille2 ,honnte homme dans l'acception prive de ce mot1 mais non honnte parent1 comme les vnements ne l'ont que trop dmontr depuis4 ,malgr mon respect pour son rang et malgr mon apprciation trs-haute de son esprit politique1 cette attitude ambidextre m'inspirait plus d'loignement que d'attrait pour ce prince4 ,ce fut le motif qui m'empcha de solliciter de lui la moindre intervention de son crdit auprs des ministres de la ,restauration pour mon avancement dans mon humble carrire diplomatique2 il m'et sembl peu loyal de me servir du crdit d'un prince du sang dont les opinions me rpugnaient1 pour m'avancer dans un parti royaliste prdestin combattre ses intrigues2 ce n'tait pas l de la bonne guerre2 je restai donc simplement ce que je devais tre dans mes relations de convenance avec cette auguste maison1 autrefois protectrice de ma famille1 sans empressement1 mais sans hostilit1 respectueux en dehors1 mais dsapprobateur en dedans1 poli1 mais rserv1 honorant la personne du prince1 mais adversaire de son parti4 ,une circonstance accidentelle nous brouilla ouvertement pendant quelques mois1 et une rparation1 firement exige par moi1 nous raccommoda2 voici comment3 ,,xxii ,j'avais crit1 sans aucune provocation de la cour de ,charles ,x1 un petit pome politique1 libral et royaliste1 intitul le ,sacre4 ,on le trouvera1 si on daigne le relire1 tel qu'il fut imprim alors1 dans mes ,oeuvres compltes1 imprimes aujourd'hui4 ,j'y avais insr1 avec bonne intention pour la maison d',orlans1 mais avec maladresse vidente1 quelques vers qui faisaient allusion au vote rgicide de ,philippe-galit et la noble rsipiscence de ses fils qui lavait glorieusement cette tache sur l'cusson du pre4 ,je n'avais fait confidence de ces vers personne2 j'tais cent vingt lieues de ,paris2 l'imprimeur seul qui j'avais adress le manuscrit du pome connaissait ces vers4 ,j'ignore comment le prince1 trs-attentif apparemment ce qui pouvait toucher son nom dans la presse1 en eut communication4 ,sa colre clata en termes mal contenus2 il chargea un de mes proches parents1 prsident de son conseil1 ,m4 ,henrion de ,pansey1 de m'crire que ces vers l'avaient afflig1 et qu'il me suppliait de les effacer par les justes gards que je devais sa maison4 ,ma mre1 qui vivait encore cette poque1 appuya par ses larmes la prire du duc d',orlans4 ,je n'hsitai pas3 les vers et la requte du prince taient secrets1 il n'y avait aucune vile complaisance moi de sacrifier1 aux susceptibilits d'un prince que je n'avais pas eu l'intention de blesser1 quelques mauvais vers de circonstance qu'il me priait d'effacer par la voix toute-puissante de ma mre4 ,je m'empressai d'crire mon diteur dans ce sens1 et de lui envoyer une variante qui faisait disparatre toute allusion ce fcheux souvenir4 ,tout paraissait donc fini4 ,mais le prince avait dans les journaux ennemis des ,bourbons des confidents trop informs et des serviteurs trop complaisants de ses colres4 ,un article irrit du ,constitutionnel1 journal anticip de l'usurpation future1 parut le lendemain du jour o j'avais reu la prire du prince et o j'y avais convenablement condescendu4 ,cet article me prsentait comme un insulteur de la maison d',orlans1 charg par la monarchie des ,bourbons de raviver son profit les souvenirs sinistres de #agic4 ,cet article tait aussi calomnieux de fond que de forme2 car ,charles ,x tait si loin de m'avoir provoqu crire le ,chant du ,sacre1 qu'il se rcria violemment1 l'apparition de ce pome1 sur le langage trs-libral que je lui prtais dans le dialogue4 ,son ministre de la maison du roi lui ayant mis sous les yeux mon pome1 au milieu des nombreux crits en vers ou en prose dont on voulait rcompenser les auteurs par quelque faveur de cour1 et mon nom ayant t ainsi prononc devant le roi3 ,ah6 pour celui-ci1 rpondit ,charles ,x1 ne m'en parlez pas1 il me fait dire trop de sottises6 ,charles ,x appelait de ce nom tous les sentiments populaires qu'on lui prtait pour attester son attachement la charte librale de ,louis ,,xviii et tout le pacte moderne de la monarchie et de la libert4 ,le mme courrier m'apportait une lettre de ,m4 de ,pansey1 prsident du conseil du duc d',orlans1 sur un ton diffrent de celui de la prire laquelle j'avais accd4 ,dites ,m4 de ,lamartine1 me faisait crire le prince1 que1 s'il persiste insrer ce passage dans son pome1 il saura ce que c'est que le ressentiment du premier prince du sang4 ,,xxiii la lecture de l'article du ,constitutionnel1 et surtout la lecture de cette injonction comminatoire du prsident du conseil du duc d',orlans1 je sentis que ma concession de la veille serait une lchet1 et que1 si j'avais d au duc d',orlans et aux larmes de ma mre d'obtemprer l'instant une demande secrte1 je me devais moi-mme de rvoquer ma concession confidentielle1 et de maintenir contre une menace ce que j'avais effac devant une prire1 du moment surtout o la publicit injurieuse du ,constitutionnel1 qui ne pouvait venir que du ,palais-,royal1 avait mis le public dans la confidence4 ,je me htai donc de rvoquer1 courrier par courrier1 l'autorisation de supprimer les vers concds1 et j'crivis au prince les motifs qui me faisaient une loi de lui dsobir1 moins de lui sacrifier mon caractre et mon honneur4 mon retour ,paris1 je crus devoir m'abstenir de le voir1 malgr de pressantes et nombreuses avances de sa part pour provoquer mon retour au ,palais-,royal2 je m'y refusai obstinment pendant plusieurs mois1 croyant mon tour que je pouvais me sentir offens par le ton et par la divulgation de sa menace4 la fin1 une ngociation1 conduite au nom du prince par madame la comtesse de ,dolomieu1 premire dame d'honneur de la duchesse d',orlans1 aboutit une rconciliation complte et un djeuner de famille au ,palais-,royal auquel je fus convi1 pendant l't de #ahbi4 ,la fte mmorable que le duc d',orlans donna cette mme poque au roi de ,naples fut une autre occasion de rapprochement4 ,j'y fus pri par le duc d',orlans1 j'y assistai2 mais l'heure de la rvolution y sonna pendant la fte par les tumultes populaires et par l'incendie des chaises du jardin sous les fentres et sous les yeux du roi4 ,j'tais dans la salle du banquet1 non encore ouverte au public1 tout prs de ,charles ,x1 lorsque l'incendie scandaleux fut allum comme une illumination anticipe la rvolution orlaniste1 et je vis ses premires lueurs se reflter sur le front confiant mais attrist de ,charles ,x4 ,j'tais navr4 ,le duc d',orlans1 pendant toute cette fte1 me traita avec une froideur publique et affecte presque offensante4 ,cette froideur contrastait trop avec sa familiarit intime depuis notre rconciliation pour qu'elle ne ft pas remarque par mon coup d'oeil4 ,j'y vis une intention marque de s'loigner de moi royaliste1 devant ses amis bonapartistes et rvolutionnaires1 et je compris trop bien son intention pour ne pas m'loigner moi-mme et sans retour de sa maison4 ,,xxiv ,la rvolution de #ahcj clata en effet quelques semaines aprs cette fte4 ,je n'tais pas en ,france1 je n'en eus pas les motions sur place1 j'en eus les tristesses rflchies2 elles furent en moi profondes1 elles le sont toujours4 ,je compris que la ,france perdait tourdiment la seule et peut-tre la dernire occasion de rconcilier le pass monarchique et l'avenir libral dans une maison royale dont un membre pouvait errer1 mais dont la dynastie1 innocente d'une erreur snile1 et respecte dans un enfant lgitime de la ,france1 pouvait imprimer la fois nos destines nationales et politiques la solidit des traditions et la vigueur des nouveauts4 ,c'tait la lgitimit du sceptre1 oui2 mais c'tait aussi la lgitimit de la rvolution fixe ses principes vrais et lgitimes4 ,cette occasion de sagesse perdue1 le cble me paraissait rompu1 le vaisseau en drive1 la ,france livre au hasard de tous les vents1 la rvolution compromise par ses excs1 la royaut engage contre les royalistes1 des rgnes courts1 des partis au lieu de nation1 des rpubliques prcaires1 des dictatures militaires comme celles qui prcdrent la dcomposition csarienne de la constitution romaine sous les ,gracques1 les ,marius1 les ,sylla2 enfin une oscillation dsordonne qui brise les institutions politiques et qui donne le vertige aux nations1 au lieu du mouvement rgulateur qui maintient la vie et qui la modre4 ,ces pressentiments ne m'ont point tromp jusqu'ici 7sauf l'empire1 violent d'origine1 mais que sa modration dans la force fait vivre72 la monarchie illgitime du duc d',orlans ne devait pas avoir mme la dure de la vie d'un homme dj avanc en ge3 elle tait morte avant son fondateur4 ,,xxv ,bien que je fusse jeune au moment o ,charles ,x s'croulait1 et bien que l'ardeur de mon sang ft fermenter puissamment en moi l'ambition patriotique de prendre une part platonique aux affaires de mon pays1 je ne consultai pas cette ambition1 trs-excusable mon ge2 je consultai l'honneur1 c'est--dire cette dlicatesse de sentiment1 peut-tre plus chevaleresque que civique1 qui semblait commander un royaliste de naissance de tomber avec son roi qui tombe1 de porter le deuil de sa cause vaincue1 et de ne pas passer avec la fortune du camp du vaincu au camp du vainqueur4 ,je donnai donc volontairement et avec insistance ma dmission de mes fonctions diplomatiques1 malgr les instances du ministre du nouveau roi pour m'engager poursuivre ma carrire1 m'offrant mme de l'largir et de l'agrandir devant moi4 ,ces instances du nouveau gouvernement furent si vives1 que ,m4 ,mol1 ministre alors des affaires trangres1 se refusa premptoirement remettre ma dmission au roi1 moins que je n'crivisse au roi lui-mme une lettre explicative de mes motifs4 ,m4 ,mol se chargea de remettre ma dmission et ma lettre au roi lui-mme4 ,j'crivis en consquence cette lettre en termes convenables1 mais rsolus1 au roi4 ,m4 ,mol la lui remit en plein conseil4 ,le roi la lut en silence1 puis1 la passant ,m4 ,laffitte3 ,lisez1 lui dit-il1 voil une dmission convenablement et noblement donne6 ,m4 ,laffitte lut haute voix la lettre ses collgues2 ils en coutrent la lecture avec des marques d'assentiment unanime4 ,qu'on appelle mon fils1 dit le roi4 ,le duc d',orlans entra4 ,tiens1 dit le roi son fils1 voil une lettre et une dmission honorablement offertes2 lis cela4 ,puis1 se tournant vers ,m4 ,mol3 ,dites ,m4 de ,lamartine de ma part que j'accepte en la regrettant sa dmission1 mais que cela ne changera rien mes sentiments son gard1 et que je le prie de venir me voir comme avant la rvolution4 ,c'est ,m4 ,mol1 chez qui je dnais ce jour-l1 qui me transmit littralement ces dtails la sortie du conseil1 et qui m'engagea fortement aller voir le roi4 ,je n'en ferai rien1 rpondis-je ,m4 ,mol4 ,dites au roi que je ne puis pas compromettre mon honneur de royaliste en allant au ,palais-,royal ou aux ,tuileries2 je n'irais que pour lui confirmer de vive voix mon refus de ses faveurs1 et le public1 en m'y voyant entrer1 croirait que j'y vais pour solliciter ces mmes faveurs4 ,on pourrait prendre une politesse pour une adhsion son gouvernement2 je dois respectueusement m'abstenir de paratre o je ne veux ni complimenter ni servir4 ,je partis le lendemain pour l',angleterre4 ,,xxvi ,l'intgre vieillard ,m4 ,dupont 7de l',eure71 type d'honneur dmocratique1 qui tait ministre cette poque1 m'a bien souvent rappel cette lettre et cette dmission1 qui l'avaient frapp1 pendant que nous tions ensemble1 et dans un mme esprit de rsistance aux excs populaires1 la tte de la rpublique1 en #ahdh4 ,il s'tonnait1 en se rappelant les circonstances intimes dont il avait t tmoin1 des calomnies doctrinaires et orlanistes qui faisaient de moi un courtisan mcontent1 renversant une monarchie qui ne lui avait pas ouvert ses rangs pour donner carrire son ambition4 ,et voil comment les pamphltaires crivent l'histoire6 ,croyez maintenant ces contre-vrits des partis qu'on appelle l'histoire6 ,quant moi1 depuis que j'ai vu l'histoire vraie derrire les rideaux1 et que je lis l'histoire travestie dans les rcits contemporains1 je n'en crois plus un seul mot2 c'est plutt le rceptacle de toutes les contre-vrits4 ,j'en donnerai d'tranges exemples1 en ce qui concerne les vnements et les hommes de #ahdh1 dans mes ,mmoires politiques4 ,en fait1 d'loge ou d'accusation qu'on a fait admettre comme des vrits reues l'gard de certains hommes que les partis voulaient perdre ou grandir par intrt ou par ignorance1 le public aura dplacer dans ses niches bien des statues et faire rparation bien d'autres4 ,subir en silence pendant de longues annes ces fausses popularits et ces fausses dpopularits pour le bien de son pays1 c'est un des supplices tes plus mritoires1 mais les plus pnibles pour les survivants des rvolutions4 ,on dit3 la vrit viendra tt ou tard4 ,je n'en sais rien2 mais1 quand elle viendra1 je crains bien qu'elle trouve sa place prise par les prjugs historiques1 et que l'opinion trompe ne continue prendre les idoles de l'intrigue audacieuse pour les hros modestes du salut de la patrie4 ,quoi qu'il en soit1 mon retour de ,londres1 je me prsentai hardiment comme candidat indpendant1 mais ami de l'ordre1 aux lecteurs du dpartement du ,nord4 ,j'chouai de peu de voix4 ,j'aurais soutenu rsolument la politique pacifiante et conservatrice de ,casimir ,prier2 je n'aimais pas l'homme1 mais j'aimais son courage4 ,aprs avoir saccad le trne1 il se cramponnait et il se buttait d'un pied intrpide contre l'entranement anarchique qui poussait la ,france tous les excs2 il mourut la peine1 mais son cercueil arrta son pays4 ,il mrite certainement la statue que les pays justes lvent ceux qui les sauvent par un hroque repentir1 aprs les avoir compromis par de tmraires agitations4 ,,xxvii ,du dans mon dsir de monter derrire ,casimir ,prier sur la brche1 pour y dfendre1 non la royaut orlaniste1 mais la socit europenne assaillie par les partis de la guerre universelle et par les partis de la turbulence anarchique au dedans1 je m'absentai pendant deux ans1 pour tromper1 par de grands voyages dans l',orient1 mon impatience d'action sans emploi possible dans mon pays4 mon retour1 je me trouvai nomm dput du ,nord par les lecteurs de ,dunkerque1 de ,berghes et d',hondschoote1 qui s'taient souvenus de moi pendant mon absence1 grce ma soeur et mon beau-frre1 habitant ce cher pays et aux amis indpendants qui m'avaient protg contre l'oubli dans cette terre de la vraie libert4 ,j'entrai la chambre1 libre comme l'air de cette mer du ,nord qui souffle o il veut1 sans craindre les cueils1 mais sans y pousser4 ,ma situation tait trs-embarrassante1 et je fus presque tent de me repentir d'avoir affront la tribune sans appui dans aucun des partis qui lui donnaient l'cho1 la popularit et l'autorit dans le pays4 ,le parti de la royaut orlaniste8 ,je ne voulais pas par honneur m'y affilier2 je voulais lui garder mes rancunes dcentes de royaliste tomb avec les regrets de #ahcj2 l'attitude me semblait oblige1 le nom d'apostat du malheur m'et dshonor mes propres yeux4 ,le parti des lgitimistes1 fourvoy dans toutes les impasses et dans toutes les coalitions contre nature par des chefs loquents mais sans vues8444 ,il m'tait impossible de m'y rallier4 ,la direction que ces hommes de tribune lui imprimaient tait le contre-sens le plus flagrant la nature de ce grand et noble parti2 il devait1 selon moi1 reprsenter avec une digne gravit ce qu'il tait lui-mme dans le pays1 c'est--dire le pass ralli au prsent par la force des choses et par la raison des esprits1 l'aristocratie des souvenirs1 la chevalerie des sentiments1 le dsintressement du patriotisme1 la libralit des sacrifices1 le patronage intelligent et moral du peuple1 le gnie des campagnes1 l'alliance antique et intime du chteau et de la chaumire1 la religion serviable la misre par la charit de l'opulente noblesse rurale1 les intrts de l'agriculture1 l'honneur de l'arme fire des noms militaires antiques confondus avec les noms militaires nouveaux1 une abstention complte des emplois et des faveurs de cour1 une brigue honnte et utile de tous les services gratuits que le citoyen peut offrir sa patrie pour que le civisme de ces hautes classes devint insensiblement la base de leur nouvelle illustration1 un esprit d'ordre surtout qui ne marchandt jamais ses services contre les factions turbulentes qui portaient le trouble dans la rue1 qui prchaient la guerre pour la guerre au dehors1 qui faisaient de la tribune et de la presse deux foyers d'agitation ultra-rvolutionnaires1 donnant toute journe parlementaire des accs de fivre avec redoublement au pays2 voil la position que ce grand parti devait prendre selon moi1 celui de conservateur1 indpendant du gouvernement1 commenant par conqurir l'estime et finissant par exercer une influence mrite sur le peuple des campagnes1 sur les lections1 sur le journalisme1 sur les chambres2 parti ne voulant rien de la dynastie illgitime pour lui-mme1 mais lui imposant tout et mme l'abdication dans ses mains1 par son ascendant sur la nation rconcilie avec ses aristocraties propritaires du sol1 par son alliance avec la bourgeoisie ascendante1 suzeraine des capitaux qui nourrissent les proltaires1 et enfin par son utilit aux proltaires1 que l'ordre seul vivifie et que le dsordre affame en un jour4 ,c'est ainsi que j'avais compris1 aprs la rvolution de #ahcj1 le rle qu'un orateur homme d'tat et qu'un chef parlementaire 7intelligent des grandes crises7 aurait dessin au parti lgitimiste dans le parlement1 dans l'arme1 dans le journalisme1 dans les lections1 dans les campagnes et dans la rue4 tre ce que l'on est1 voil la premire force des vrais partis4 ,la nature est la premire des politiques4 ,une restauration de monarchie d',henri ,v tait possible ainsi1 et seulement ainsi2 il fallait se restaurer soi-mme par l'estime du pays avant de songer une restauration d',henri ,v par l'loquence4 ,,xxviii ,la direction imprime par un grand orateur de causes prives1 illustrant mais illusionnant le parti qui l'applaudissait1 fut1 mon sens1 prcisment le contraire de cette haute politique4 ,courir aux succs de tribune au lieu des grands rsultats d'opinion1 jeter quelques imprcations retentissantes au parti du gouvernement1 embarrasser les ministres dans toutes les questions1 se coaliser avec tous les partis de la guerre ou de l'anarchie dans la chambre2 se faire applaudir par les factions au lieu de se faire estimer par la nation propritaire et conservatrice2 branler1 hors de saison1 un gouvernement mal assis1 mais qui couvrait momentanment au moins les intrts les plus sacrs de l'ordre et de la paix2 menacer sans cesse de faire crouler cette tente tricolore sur la tte de ceux qui s'y taient abrits2 jouer le rle d'agitateur au nom des royalistes conservateurs1 de tribun populaire au nom des aristocraties1 de provocateur de l',europe au nom d'un pays si intress la paix2 se coaliser tour tour avec tous les lments de perturbation qui fermentaient dans la chambre et dans la rue2 harceler le pilote au milieu des cueils et prendre ainsi la responsabilit des naufrages aux yeux d'un pays qui voulait tout prix tre sauv2 former des alliances avec tel ministre ambitieux1 pour l'aider donner l'assaut tel autre ministre2 renverser en commun un ministre1 sans vouloir soutenir l'autre1 et recommencer le lendemain avec tous les assaillants le mme jeu contre le cabinet qu'on avait inaugur la veille2 tre1 en un mot1 un instrument de dsorganisation perptuelle1 se prtant tous les rivaux de pouvoir pour renverser leurs concurrents et triompher subalternement sur des dcombres de gouvernement2 danger pour tous1 secours pour personne2 condottiere de tribune toujours prt l'assaut1 mais infidle la victoire2 faire du parti lgitimiste un appoint de toutes les minorits1 mme de la minorit dmagogique dans le parlement3 voil1 selon moi1 la direction ou plutt voil l'aberration imprime ce parti1 moelle de la ,france1 qui rduisait les royalistes ce triste rle d'tre la fois has par la dmocratie pour leur supriorit sociale1 has par les conservateurs industriels pour leur action subversive de tout gouvernement1 has par les proltaires honntes pour leur participation tous les dsordres qui tuent le travail et tarissent la vie avec le salaire4 ,le gnie de l'homme d'tat manquait1 selon mes ides politiques1 cette parole4 ,capable d'orner son parti par ses succs de tribune et par son honntet1 incapable de le soutenir par ses conseils4 ,si l'histoire recueille un jour les discours de cet orateur1 si glorieux par son loquence1 on s'tonnera bien de ne pas trouver un seul discours de gouvernement en quinze ans dans la bouche du chef naturel des conservateurs en ,france4 ,aussi quel degr de contradiction avec sa nature et par consquent de nullit d'influence dans le pays1 le parti lgitimiste se trouva-t-il la fin de cette campagne de quinze ans1 par la fausse stratgie de ses guides politiques6 ,certes1 si ce grand parti avait eu une autre attitude pendant les quinze ans que la ,providence lui accorda pour se reconstituer1 il et apparu la ,france avec une bien autre importance en #ahdh1 et le nom de sa dynastie1 restaur par le temps et prononc dans la tempte1 aurait eu des millions d'chos dans le suffrage universel4 ,pourquoi donc ne l'a-t-il pas mme fait entendre dans ce moment suprme1 ce nom8 ,c'est que la fausse direction imprime ce parti lui avait coup le chemin4 ,chose tonnante6 on n'en parla mme pas4 ,certes1 ce grand parti n'avait pas disparu1 mais il avait perdu le terrain naturel sur lequel il pouvait manoeuvrer1 combattre1 et sauver la ,france4 ,il fut forc de laisser la rpublique la sauver sa place1 et quand le sauvetage par la rpublique fut accompli1 le parti des ,bourbons vota la monarchie sous le nom de ,bonaparte4 ,l'loquence ne sauve que les orateurs1 la bonne direction seule sauve les dynasties4 ,malheur aussi aux partis politiques vaincus qui sont encore assez riches pour payer des flatteurs6 ,ils en trouvent dans la presse1 ils en trouvent la tribune2 et ces flatteurs les mnent leur perte4 ,telle tait la situation du parti royaliste aprs #ahcj4 ,ce parti1 en se faisant faction rvolutionnaire1 avait perdu sa nature nationale2 le pays alarm1 qui avait besoin de se rallier quelque chose de solide1 ne le trouvant plus sa place1 se ralliait la monarchie bonapartiste6 ,je puis m'en tonner1 mais m'en affliger1 non6 ,de tous les changements de religion1 le pire est un schisme6 ,je n'aime pas le bonapartisme1 mais je le prfre encore l'orlanisme4 ,l'un est un parti fort comme un prjug populaire1 l'autre est un parti d'quivoques qui prte le flanc tous les partis rsolus4 ,,xxix ,il m'tait impossible d'accepter1 pour le parti lgitimiste libral mais loyal dont je sortais1 le rle d'auxiliaire de mauvaise foi des factions dmagogiques dans la chambre et dans la presse2 cette tactique ne rpugnait pas moins ma loyaut qu' mon bon sens4 ,je sentais trop qu' ce jeu de thtre1 sans autre but que des applaudissements de parterre1 les lgitimistes perdaient l'honneur et ne gagnaient aucune popularit srieuse dans le fond du pays4 ,j'aimais mieux tre seul et attrist sur mon banc dsert1 que de m'enrler sous ce drapeau bigarr de jacobinisme menaant et de lgitimit mcontente pour harceler un gouvernement antipathique mais ncessaire4 ,,xxx ,il y avait un autre parti3 le parti ,la ,fayette4 ,ce parti s'tait laiss trs-volontairement escamoter la rpublique2 il en portait le drapeau1 mais il en avait peur2 il affectait d'avoir t dupe1 mais au fond il avait t plus complice que dupe du duc d',orlans4 ,royaliste conditionnel le jour de l'vnement au ,palais-,royal et l'htel de ville1 rpublicain d'attitude aprs coup afin de regagner un peu de popularit dans les factions extrmes1 ce parti1 reprsent par cinq ou six orateurs populaires dans la chambre et par autant de journaux dans la rue1 demandait grands cris des institutions ultra-dmocratiques1 des proscriptions contre les royalistes au dedans et la guerre universelle de propagande au dehors4 ,c'taient les grognards de #agib et de l'le d',elbe conjurs contre la royaut qu'ils venaient d'acclamer quelques mois auparavant4 ,il n'y avait1 pour un jeune royaliste tel que moi et pour un homme de gouvernement quand mme1 aucune conscience1 aucune dcence1 aucun honneur se jeter dans ce parti comme dans un asile de vaincu cherch parmi les vainqueurs de #ahcj4 ,je n'eus pas mme dlibrer4 ,o allez-vous vous asseoir dans cette chambre8 me demandrent mes amis mon arrive ,paris4--,au plafond1 rpondis-je1 car je ne vois de place politique pour moi dans aucun de ces partis4 ,,xxxi ,je m'assis en effet au sommet de la droite1 sur un banc entirement isol1 regardant d'en haut les luttes1 et trop impatient cependant de m'y mler4 ,j'aurais d rester en silence1 sur cette hauteur1 attendant les occasions s'il en survenait2 j'aurais mieux fait mille fois2 mais le caractre prvaut toujours sur la raison dans les natures actives4 ,le mien m'entranait l'action1 mme hors de propos2 attendre n'tait pas mon temprament4 ,d'ailleurs je voulais m'exercer l'loquence parle1 laquelle je me sentais appel par l'abondance et la force des penses qui fermentaient en moi1 chaque discussion que j'entendais d'en haut s'agiter en bas dans la chambre4 ,j'tais comme un de ces instruments fibres suspendus la muraille d'une salle de musique1 qui vibrent l'unisson1 sans qu'un archet touche leurs cordes1 au seul bruit de l'orchestre o ces instruments n'ont pas leur partition crite dans le concert4 ,je croyais de plus1 dans mon ignorance des assembles1 qu'il suffisait de monter plein de penses1 de passions et de raison la tribune1 pour y trouver1 dans l'inspiration du marbre et du bois1 des paroles capables de dominer ou d'enthousiasmer l'auditoire2 je voulais en faire l'preuve le plus tt possible1 prendre la tribune d'assaut1 et fixer mon rang dans l'loquence1 puisque je ne pouvais pas encore fixer ma politique dans les partis4 ,,xxxii ,je cherchai donc dans cette situation difficile les questions neutres1 pour ainsi dire1 telles que les questions d'affaires trangres1 de finances1 d'humanit1 de moralit1 d'institutions bienfaisantes pour les classes laborieuses1 d'conomie politique1 de libert du commerce1 d'industrie1 de charit1 et je pris la parole au milieu d'une trs-vive attention publique dans quelques-unes de ces discussions4 ,cette malheureuse prvention de posie que je tranais ds cette poque aprs moi1 comme un lambeau de pourpre qu'un roi de thtre trane en descendant de la scne dans la foule bahie d'une place publique1 me causait un immense embarras4 ,j'aurais voulu m'en dpouiller tout prix4 ,le vulgaire1 trop jaloux de sa nature pour reconnatre deux facults dans un mme homme1 me jetait sans cesse la face cette accusation hbte de posie4 ,qu'y rpondre8 ,j'tais incontestablement coupable de quelques vers plus ou moins heureux de jeunesse qui s'taient fixs dans la mmoire et qui accolaient mon nom cette pithte flatteuse en littrature1 injurieuse en politique1 laquelle je n'avais rien rpliquer qu'un haussement d'paules1 mais qu'il m'a fallu subir toute ma vie et jusqu' aujourd'hui1 comme la proscription de ,platon de la rpublique4 ,platon1 le plus chimrique des rhteurs en politique1 excluait les potes de son utopie1 parce qu'ils sont les plus clairvoyants des hommes2 l'envie parlait par sa bouche4 ,homre1 dont la posie divine n'est que le bon sens en relief1 illustr par le gnie du langage et de la couleur1 aurait videmment bien gouvern plus de peuples que les rveries prosaques de ,platon n'en auraient corrompu et anarchis4 ,,xxxiii ,cependant1 malgr ces dnigrements envieux qui me faisaient couter avec bien des signes de rpugnance1 je ne fus pas trop mal accueilli dans mes premires tentatives oratoires par le public du dehors4 ,j'appris laborieusement improviser2 moins je parlais de mmoire1 plus j'tais heureux dans mes rpliques4 ,on m'accusait seulement de me tenir trop dans les thories et dans les nuages1 de ne pas descendre assez vers la chambre1 de l'lever avec moi au lieu de m'abaisser avec elle1 de ne prendre aucun parti vif et passionn dans les questions ministrielles1 de ne donner aucun gage la monarchie d',orlans1 dont je me tenais soigneusement cart1 ni au parti conservateur1 auquel je restais suspect tout en dfendant souvent sa cause1 ni au parti de l'opposition radicale1 dont je combattais la turbulence et les anarchies1 ni au parti lgitimiste1 que je respectais dans son malheur1 mais que je n'approuvais pas dans ses coalitions malsantes avec l'esprit de dsordre1 de mauvaise foi et de dmolition2 en un mot1 de me montrer trop homme de gouvernement dans mon indpendance et trop homme d'indpendance dans mon opposition4 ,,xxxiv ,ces reproches taient fonds1 j'en sentais moi-mme tous les inconvnients et tous les dboires2 mon impatience de caractre et mon bouillonnement de verve oratoire en souffraient cruellement1 mais j'y tais condamn par la fausse position d'un adversaire de la royaut d',orlans dans une assemble d'orlanistes et d'un ennemi de l'anarchie dans une opposition radicale4 ,tout le monde croyait que c'tait chez moi faute de caractre et d'nergie1 que je ne saurais jamais prendre un parti1 et que1 par consquent1 je ne serais bon ni moi ni aux autres4 ,la chambre et les journaux se trompaient aussi sur moi1 sans qu'il ft ni opportun ni possible moi de les dtromper4 ,toute ma force comprime consistait donc attendre2 il m'en fallait cent fois plus pour attendre que pour agir4 ,je faisais l'heure1 comme disent les ,italiens1 dans leur potique et populaire langage1 far l'ora3 user le temps4 ,j'avais le pressentiment que l'heure si lente couler sonnerait enfin1 et que les vices d'origine de la monarchie d',orlans amneraient tt ou tard une de ces crises o les hommes de rserve qui ne sont rien la veille deviennent les hommes ncessaires du lendemain4 ,quand on se destine ce rle de rserve1 de ressource suprme1 de salut pour tous les partis au jour des croulements1 qu'a-t-on faire8 plaire et dplaire tour tour tous les partis1 conqurir peu peu l'estime froide et la confiance ventuelle du pays1 donner de temps en temps quelque preuve de rsolution et de talent dans les assembles1 puis rentrer applaudi dans son silence et dans son inaction1 comme un soldat assis qui fourbit son arme1 afin que le pays se dise3 ,j'ai un bon combattant de plus dans l'occasion1 j'ai un nom en rserve dans ma mmoire4 ,j'tais arriv ce demi-succs4 ,on ne me comprenait pas1 mais on commenait me souponner d'une utilit future dans les vnements que le temps amne avec lui4 ,le roi surtout ne s'y trompait pas4 ,un mot de lui un de ses confidents1 ,m4 ,vatout1 mot qui me fut rapport par cet ami de la cour1 ne me laissa pas douter des vues du prince sur moi1 si j'avais consenti briguer ou accepter seulement sa confiance4 ,pourquoi1 dit un jour ce prince un des dputs orlanistes admis dans les soires de la famille royale1 pourquoi n'offrez-vous pas un ministre ,m4 de ,lamartine1 qui vous dfend quelquefois si gratuitement la tribune8--,non1 non1 rpondit le roi1 ne m'en parlez pas encore1 son temps viendra2 je ne veux pas l'user avant l'heure3 ,m4 de ,lamartine1 ce n'est pas un ministre1 c'est un ministre4 ,le roi et sa soeur1 qui se souvenaient du patronage de leur auguste maison sur ma famille et sur ma mre1 ne doutaient pas de mon empressement les servir dans une si haute position1 aussitt qu'ils feraient un appel dcisif mon ambition satisfaite4 ,c'tait au moment o les premiers dmembrements du parti doctrinaire et orlaniste commenaient s'oprer dans les chambres et faire chercher1 hors des rangs compactes de ce parti dj divis1 des ministres qui ne reprsentaient que des interrgnes et qui ne duraient qu'un jour4 ,,xxxv ,le roi1 trs-clairvoyant sur les consquences de cette guerre civile entre ses amis1 me fit prier plusieurs reprises par un ami commun de venir causer secrtement avec lui de la gravit des circonstances4 ,je rpugnais cette confrence1 qui pouvait faire mal interprter par tous les partis mes relations dlicates et confidentielles avec la cour4 ,je consultai l'oracle des hautes penses et des hautes convenances1 ,m4 ,royer-,collard4 ,son rle rserv et sa situation de conservateur dsintress dans l'assemble taient prcisment les mmes que les miens4 ,que feriez-vous1 lui dis-je1 et que me conseillez-vous de faire8--,ce que je ferais moi-mme1 me rpondit-il sans hsiter3 j'irais1 j'couterais1 je donnerais sincrement les conseils qui me paratraient les meilleurs4 ,on les doit au chef de son pays1 pour son pays et non pour lui-mme4 ,je ne rserverais que ma personne1 qui ne m'appartient pas1 puisqu'elle appartient la cause de la dynastie lgitime et de la libert conservatrice4--,j'irai donc1 lui dis-je4 ,et j'y allai4 ,j'ai racont 7voir le ,conseiller du peuple71 dans une rponse aux ignares calomnies de ,m4 ,croker1 pamphltaire officieux de ,louis-,philippe ,londres depuis son exil ,claremont1 les circonstances et les paroles changes entre le roi et moi dans ce premier entretien aux ,tuileries4 ,le roi vivait encore2 il pouvait me dmentir si j'avais dnatur l'entretien3 il n'en fit rien4 ,c'tait un roi aigri sans doute par le malheur1 mais c'tait un honnte homme4 ,il laissa son ami ,m4 ,croker cras par mon dmenti ses mensongres accusations d'ambition mcontente1 cause1 disait-il1 de ma conduite en #ahdh4 ,,xxxvi ,je ne reviendrai pas sur ce rcit de ma premire confrence avec le roi4 ,ce qu'il suffit de savoir1 c'est qu'elle fut pressante jusqu'au pathtique du ct du roi2 loyale1 respectueuse1 mais inflexible de mon ct2 qu'il me droula pendant trois heures les circonstances attnuantes de son acceptation de la couronne en #ahcj2 les concessions ncessaires l'opinion qui l'avaient forc de se jeter entre les mains de tels ou tels ministres1 ncessits dsagrables pour l'homme1 indispensables pour la couronne2 les divisions d'amour-propre qui dcomposaient ses ministres1 la pression contraire de ces ministres ambitieux sur son gouvernement1 l'inconciliabilit de leurs prtentions dans les conseils1 le danger de leurs brigues dans les chambres1 le danger aussi grand de dcrditer la couronne en la confiant des ministres subalternes que ne couvrait rien1 pas mme leur insuffisance1 aux yeux du pays2 enfin sa rsolution de se rejeter tout entier sur les hommes de patriotisme1 de gouvernement et de talent1 qui avaient appartenu au royalisme d'avant #ahcj1 de faire de la monarchie avec des monarchistes1 et de la conservation avec des conservateurs2 ce titre1 il me conjura d'abdiquer mes rpugnances servir la monarchie sous un nouveau monarque1 me rallier hautement sa maison et sa cause1 devenue la cause de l'ordre en ,europe1 et servir de noyau un ministre dans cet esprit de rapatriement des royalistes par sa dynastie4 ,j'ajoute qu'il me parla avec une loquence raisonne et suprme dont je ne le croyais pas susceptible1 qu'il leva cette loquence du dgot jusqu'au pathtique2 qu'il s'attendrit lui-mme jusqu' l'motion qui mouillait ses yeux2 qu'il serrait mes genoux entre ses genoux avec ce geste familier et pressant d'un homme qui veut conqurir un autre homme2 que je restai moi-mme souvent sans rplique ses instances2 que mes refus persistants et mes efforts pour me lever de ma chaise et pour me retirer de sa prsence ne le dcouragrent pas de me retenir et de recommencer ses instances2 qu'il renvoya deux ou trois fois ses aides de camp1 et1 entre autres1 l'excellent comte d',houdetot1 qui entr'ouvrait la porte pour lui annoncer tels ou tels survenants et mme les ministres2 qu'en sortant1 pour aller prsider un moment le conseil1 il m'enferma clef dans la salle d'audience1 me conjurant en souriant de ne pas profiter de son absence pour m'vader1 et de rflchir jusqu' son retour2 qu'il revint bientt aprs reprendre l'entretien o il l'avait laiss1 et qu'enfin1 de guerre lasse3 ,eh bien1 me dit-il1 ne vous ai-je donc pas convaincu8--,votre ,majest1 rpondis-je avec une vraie douleur de ne pouvoir cder1 m'a vivement mu1 m'a convaincu de son loquence2 elle serait aussi leve la tribune que sur son trne2 mais l'admiration n'est pas de la conversion1 et je la supplie de trouver bon que je sorte de sa prsence comme j'y suis entr1 nullement hostile1 mais libre de tout lien avec sa dynastie4 ,il lcha le bouton de mon habit1 qu'il tenait encore1 avec un mouvement saccad de mcontentement visible sur ses traits1 et je sortis triste mais rsolu de sa prsence4 ,,xxxvii ,la coalition parlementaire1 manoeuvre dloyale qui ne pouvait aboutir qu' la chute du trne d',orlans1 sap maintenant par les chefs orlanistes1 la dception des lgitimistes et des libraux coaliss1 avec des vues contraires1 dans un acharnement commun contre la royaut de #ahcj1 forma alors autour du trne une circonvallation de plus en plus resserre1 o le roi1 menac la fois par ses complices de juillet et par ses ennemis avous1 allait tre touff entre cinq ou six intrigues de parlement1 de presse et de trahisons presque domestiques1 qui prsageaient tout oeil clairvoyant une chute sinon prochaine1 du moins invitable4 ,ce prince en ce moment faisait piti mme ses ennemis4 ,un parlement sditieux1 ameut contre lui par ses propres ministres1 lui portait les dfis les plus insolents et les coups les plus mortels4 ,quelque parti qu'il essayt de prendre1 il tait perdu4 ,s'adressait-il l'un de ses anciens ministres pour lui remettre le gouvernement1 il trouvait devant lui un autre ministre1 rival du premier1 qui devenait plus acharn la cure d'un pouvoir dont il tait exclu4 ,lui proposait-on de se partager ce pouvoir1 chacun d'eux le voulait seul et le voulait tout entier4 ,le roi allait-il vers les lgitimistes1 il les trouvait inexorables4 ,allait-il aux rpublicains1 il les trouvait incompatibles avec une royaut1 mme d'expdient1 qu'ils n'avaient adopte en #ahcj qu' la condition de la honnir et de la dsarmer4 ,allait-il au centre1 il n'y trouvait plus qu'un troupeau sans chef1 dpourvu de ces supriorits oratoires qui groupent les partis leur voix1 centre prompt voter1 incapable de gouverner1 vide d'hommes politiques1 foule qui soutient tout par discipline et qui laisse tout crouler par incapacit de gnie et de volont4 ,enfin le roi cherchait-il un tiers parti dans les chambres1 il ne rencontrait que quelques hommes honntes et diserts de second ordre1 appoint inconsistant de grands partis1 convoitant le pouvoir sans avoir l'audace d'y prtendre ni l'nergie de le saisir dans la tempte4 ,cette priode de gouvernement parlementaire tait de nature dgoter des rgimes mixtes de gouvernement2 ce n'tait qu'une oscillation sur l'abme avant d'y tomber4 ,jamais scandale aussi humiliant pour le caractre des hommes d'tat ne fut donn au monde politique4 ,les fondateurs de cette royaut1 descendus dans les rangs de ses agresseurs1 leur rvlaient les cts faibles1 qu'ils connaissaient mieux que personne1 et guidaient les colonnes des coaliss lgitimistes1 libraux1 radicaux1 se lassant de cette couronne condition qu'ils bafouaient1 aprs l'avoir conseille et exploite pendant douze ans4 ,l'ambition ressemblait tellement la trahison1 qu'on ne pouvait discerner1 en les regardant agir et parler1 s'ils combattaient pour s'emparer du ministre ou pour livrer la couronne elle-mme la drision du peuple4 ,ces coaliss faisaient leurs conditions tout haut la tribune4 ,je me souviens des scnes1 des accents1 des physionomies1 des gestes1 qui jetaient presque tous les jours une lumire vritablement sinistre sur les fissures volcaniques de ces mes de feu dissimules sous des visages stoques4 ,un mot surtout me frappa par la signification de l'homme qui le pronona1 et par le geste1 l'accent et le regard d'intelligence avec lesquels cet homme d'tat affirma sa rsolution et sa fureur4 ,le jeune orateur rpublicain ,garnier-,pags1 ravi mais tonn d'entendre un ancien ministre du roi de juillet profrer les doctrines les plus envenimes et les menaces les plus acerbes contre la couronne1 se leva d'enthousiasme de son banc radical1 l'extrmit gauche de l'assemble1 pour crier bravo au ministre conservateur dpays dans l'anarchie4 ,oui1 bravo1 bravo1 rpta debout le rpublicain encore incrdule2 mais nous suivrez-vous jusqu'au bout dans cette voie ou vous nous devancez cette tribune8--,oui1 jusqu'au bout1 rpondit le ministre dfi par cette interrogation1 jusqu'au bout6 ,et il appuya sa rsolution d'un regard et d'une main qui convainquirent le parti radical et glacrent d'effroi la majorit4 ,or1 le bout1 c'tait videmment1 dans l'esprit de ,garnier-,pags1 le renversement du trne et la rpublique4 ,l'entendez-vous8 dis-je voix basse mon voisin1 et combien y a-t-il de distance d'un discours semblable un dtrnement8 ,comptez les pas d'un #bj juin un #aj aot4--,ce discours1 ce geste1 cette pleur1 cet accent de haine1 me rpondit mon voisin1 qui vit encore1 me rajeunissent de cinquante ans4 ,j'ai vu ,danton6 ,et ce ministre n'tait pas ,m4 ,thiers6 ,,xxxviii ,c'est alors que le roi appela ,m4 ,mol pour rallier les centres et livrer le dernier combat contre la coalition4 ,m4 ,mol1 homme rompu aux crises de gouvernement1 avait par son nom1 par sa fortune1 par sa haute lgance personnelle1 plus de dcorum monarchique que de dvouement aux trois monarchies qu'il avait servies dans sa jeunesse4 ,il dcorait une monarchie1 plus qu'il n'tait capable de la soutenir ou de la relever4 ,il n'avait ni l'loquence ni la passion des deux ministres dfectionnaires de la couronne1 qu'il avait combattre la tribune et dans la presse4 ,mais1 comme il n'avait trahi personne1 il les dominait du front par l'estime qu'on lui portait mme dans les rangs de l'opposition coalise4 ,je le connaissais de longue date1 pour l'avoir rencontr dans la socit politique de madame de ,montcalm1 soeur du duc de ,richelieu4 ,je n'avais ni communaut d'opinions1 ni aucun lien d'ides avec lui2 j'avais simplement du got pour sa personne4 ,la dignit et la grce se confondaient sur son beau visage2 c'tait la sduction de l'aristocratie compatible avec la libert moderne4 ,sa situation si difficile au ministre devant le parti radical1 devant le parti lgitimiste et devant le parti des deux ministres dfectionnaires et acharns1 m'intressait4 ,seul contre tous1 c'est un beau rle quand on a la raison avec soi4 ,j'tais si chevaleresquement indign de la dloyaut de la coalition1 que je rsolus de la combattre par probit politique seule1 et de dfendre le ministre et la couronne en volontaire1 comme on dfend sur un grand chemin1 sans le connatre1 un homme attaqu par devant et par derrire par des agresseurs conjurs1 ou comme on court un incendie pour porter de l'eau1 sans avoir aucun intrt dans l'difice qui brle4 ,je le fis avec vigueur et avec succs1 ne voulant aucun prix de mes secours que la gloire et le patriotisme satisfaits4 ,j'entrai rsolment dans la lice1 j'y combattis corps corps les deux habiles et loquents ministres dfectionnaires de la couronne2 la victoire me resta toujours1 sinon dans le scrutin1 du moins dans l'opinion4 ,le public apprit connatre mon nom4 ,le parti conservateur s'attacha moi comme une esprance4 ,le roi1 tonn de se voir secouru par un orateur indpendant de qui il n'avait rien attendre et qui ne voulait rien de la cour1 fut profondment touch de cette intervention volontaire1 qu'il prit sans doute pour du dvouement4 ,m4 ,mol et ses collgues cherchrent comment ils pouvaient me rcompenser de tant de services4 ,le public1 inintelligent de mes vrais mobiles1 crut btement que j'tais pass de mon isolement dans les rangs du parti conservateur orlaniste4 ,je ne laissai pas longtemps planer sur moi cette fausse interprtation de ma conduite4 ,dans des runions des centres1 chez ,m4 ,delessert1 on se demanda devant moi comment on pouvait me payer mon dvouement en honneurs ou en pouvoirs4 ,je me levai1 et1 dans un discours stnographi le soir et imprim le lendemain1 je dis catgoriquement aux deux cent vingt dputs qui m'ouvraient leurs rangs et leurs coeurs3 ,ne me comptez pas avec vous1 je n'y suis que par occasion1 et comme auxiliaire libre qui vous dfend contre une coalition perverse et anarchique2 le jour o cette coalition sera vaincue1 je me retirerai de vos rangs pour rentrer dans mon indpendance et peut-tre dans une opposition loyale contre vous-mmes4 ,votre estime est tout ce que je voulais mriter4 ,je la perdrais justement si je vous laissais croire que je partage vos principes et votre attachement la dynastie de #ahcj4 ,ce n'est pas le roi de #ahcj que je dfends1 c'est la royaut constitutionnelle indignement attaque dans les conditions de son indpendance4 ,je ne dois pas m'engager avec cette royaut et avec vous par une reconnaissance quelconque des honneurs et des pouvoirs que vous voulez bien m'offrir4 ,sauvons ensemble la constitution parlementaire1 et restons ensuite1 vous ce que vous tes1 et moi ce que je suis4 ,ce discours existe2 on peut le relire sa date4 ,on pensait alors m'offrir la prsidence de la chambre2 je n'en voulais pas4 ,,xxxix ,m4 ,dupin1 dans le quatrime volume de ses ,mmoires1 vritables archives des choses et des hommes de ce temps1 se trompe involontairement1 je n'en doute pas1 sur mes vues et sur mon caractre dans cette circonstance4 ,il me suppose l'ambition1 trs-avouable si je l'avais eue1 de la prsidence1 et il attribue au dboire que j'aurais eu de ne pas russir dans cette candidature mon ressentiment contre le roi et contre la majorit1 que j'avais accuss d'ingratitude pour leur rsistance mon ambition4 ,les ,mmoires de ,m4 ,dupin sont ici compltement dans l'erreur4 ,le discours chez ,m4 ,delessert subsiste et atteste que je mis moi-mme une barrire entre la majorit reconnaissante et moi1 et que je ne consentis briguer ni ministre1 ni prsidence4 quelques sarcasmes prs qui chappaient la verve pigrammatique de ,m4 ,dupin comme des rminiscences de la jovialit gauloise dans un snat de ,rome1 ,m4 ,dupin avait t nomm par la nature prsident perptuel d'un snat franais4 ,on ne pouvait que se subalterniser en lui succdant4 ,c'tait sa place4 ,l'lectricit de son gnie1 l'ubiquit de son attention1 le poids crasant de son apostrophe1 l'universalit de ses connaissances1 le coup mortel de ses reparties et jusqu'au tocsin de sa sonnette impatiente de dsordre comme son esprit1 commandaient l'ordre aux tumultes et le silence aux vocifrations2 c'tait le quos ego de ,virgile incarn dans ce ,cicron de fauteuil4 ,je n'avais aucune de ces aptitudes4 ,je ne voulais pas surtout neutraliser ma pense ou ma parole dans ce rle neutre qui fait de l'homme un mcanisme impartial de discussion4 ,combattre1 oui2 prsider1 non4 touffer mon opinion sous mon rle1 ce n'tait pas ma nature4 ,je n'y pensai jamais2 j'apportais trop de penses dans le grand procs politique du temps1 pour me rduire au rle d'arbitre des discussions4 ,,xl ,aprs cette longue lutte de ,m4 ,mol et du parti conservateur contre les deux ministres devenus chefs de faction1 et contre les passions ameutes que ces deux assembleurs de nuages grouprent dans la chambre et dans la presse contre la couronne qu'ils avaient eux-mmes forge en #ahcj1 ,m4 ,mol succomba une ou deux voix de minorit4 ,c'est l que je vis pour la premire fois combien les vritables hommes d'tat taient rares4 ,certes1 le roi tait un habile noueur d'intrigues1 un manoeuvrier consomm des partis dans l'opposition et sur le trne2 certes ,m4 ,mol tait un homme d'esprit1 rompu par l'ge et par l'exprience aux rsolutions de gouvernement1 aux statistiques de chambres1 aux tactiques d'lections1 aux bascules d'opinion dans un pays aussi mobile et aussi inattendu que la ,france4 ,eh bien6 ces deux hommes consomms creusrent en une nuit1 tte tte1 de leurs propres mains1 l'abme qui allait les engloutir invitablement tous les deux2 et sept ou huit ministres1 capables chacun de bonne administration et de bon conseil1 ne trouvrent ni une parole ni un geste pour se jeter rsolument entre le roi et le prcipice ouvert devant lui4 ,voici une anecdote qui n'a pas t encore connue de l'histoire1 et qui claire d'un jour sinistre le prcipice o la monarchie de ,juillet allait se jeter1 elle et son trne4 ,j'y fus le principal tmoin et le principal acteur4 ,personne1 except ,m4 de ,montalivet1 n'en peut parler plus vridiquement4 ,voici le fait3 ,le lendemain1 de trs-grand matin1 du jour o le ministre conservateur tomba en presque minorit dans la chambre1 je reus un mot de ,m4 ,mol4 ,le premier ministre me priait confidentiellement de me rendre chez lui1 huit heures1 non au ministre1 mais dans son htel de famille de la rue de la ,ville-l'vque1 pour assister officieusement une confrence secrte des ministres sur le parti conseiller la couronne dans la dcision urgente que le vote de la veille imposait au roi et ses conseillers responsables4 ,faut-il se retirer devant le vote de l',assemble8 ,faut-il la braver1 la dissoudre1 et en appeler au pays dans une lection gnrale8 ,,xli ,je me rendis au rendez-vous chez ,m4 ,mol4 ,j'y trouvai les ministres runis4 ,nous vous avons convoqu1 me dit ,m4 ,mol1 comme un des dfenseurs les plus signals des droits de la couronne et du gouvernement1 pour assister aux dbats intimes sur la rsolution qu'il s'agit de prendre et pour nous clairer de votre opinion sur les graves circonstances o nous nous trouvons4 ,la discussion s'ouvrit4 ,elle fut solennelle1 profonde1 pathtique4 ,il s'agissait du sort de la monarchie1 il ne fallait pas se tromper4 ,une erreur de jugement tait la ruine d'un gouvernement et peut-tre une anarchie de la ,france et une combustion de l',europe4 ,le premier ministre posa la question2 il prit la bravade pour le courage1 il se posa en homme ferme qui accepte le combat avec l'opinion1 qui ne cde rien au temps et aux circonstances1 et qui ne veut tomber qu'avec la monarchie4 ,cette harangue du premier ministre avait un ct si spcieux1 si fier et si chevaleresque1 qu'elle subjugua tous les autres ministres1 et que les uns1 par des discours aussi rsolus1 les autres1 par un silence approbateur1 applaudirent cette nergie et votrent unanimement pour la dissolution immdiate de la chambre et pour un appel au pays contre les odieuses manoeuvres de la coalition1 manoeuvres qui rvoltaient les honntes gens et qui rvolteraient1 on n'en doutait pas1 les lecteurs1 qui ne pouvaient pas manquer de donner raison la couronne indignement attaque dans ses prrogatives constitutionnelles1 de destituer de leur mandat les dputs complices de l'ambition tribunitienne des deux ministres qui avaient group autour d'eux tous les ennemis de leur propre royaut1 et de renvoyer leur place des hommes d'ordre et de consolidation4 ,,xlii ,j'tais au coin de la chemine1 muet et constern de la rsolution1 selon moi si fatale1 conseille ou accepte par tous2 mais je n'tais que tmoin sans responsabilit officielle dans le dbat2 mon visage seul1 triste et dsapprobateur malgr moi1 montrait sans doute que la rsolution de dissoudre la chambre en ce moment m'inspirait un trop juste effroi4 ,on me regardait4 ,aprs avoir attendu quelque temps que je prisse mon tour la parole1 et voyant que je continuais me taire1 ,m4 ,mol m'apostropha enfin avec un ton de reproche3 ,mais enfin1 dit-il1 qu'en pense ,m4 de ,lamartine8 ,nous ne l'avons pas appel pour assister seulement comme un de nos amis ce dbat1 mais surtout pour couter ses impressions personnelles sur le parti prendre et pour nous clairer de son opinion2 nous le supplions donc de nous dire nettement sa pense4 --,ma pense1 rpondis-je en me levant et en prenant le marbre de la chemine pour le marbre de la tribune1 je ne vous la disais pas et je dsirais ne pas avoir vous la dire1 parce qu'elle est sinistre d'aprs la rsolution que je vois dj toute prise dans ce conseil de gouvernement4 ,on se rcria1 on me demanda de m'expliquer2 je le fis franchement1 longuement1 nergiquement1 sans mnagement pour l'avis des membres du cabinet que je venais d'entendre4 ,le fond de mon discours tait celui-ci3 ,,xliii ,la ,france est un pays susceptible et passionn d'opposition1 qu'il ne faut jamais dfier de rien1 mme du suicide4 ,elle est capable de se prcipiter elle-mme de la roche ,tarpienne1 pour prouver un gouvernement qui la dfie qu'elle est indomptable et libre4 ,voil son caractre1 prouv par vingt actes de fiert plus semblables la folie qu'au civisme4 ,ce caractre bien connu de l'opinion publique en ,france1 qu'allez-vous faire en lui renvoyant ses reprsentants de la coalition1 hommes sans doute trs-gars et trs-coupables en ce moment1 mais que vous allez mettre sous la sauvegarde de ceux qui les ont envoys comme des victimes de leur dvouement au peuple et de leur rsistance au despotisme de la couronne et de votre ressentiment vous8 ,vous allez dcupler leur popularit de mauvais aloi et en faire une popularit civique1 popularit de vengeance contre la couronne et de ressentiment irrflchi contre vous-mmes4 ,vous les renvoyez trs-embarrasss de leur victoire d'hier2 on vous les renverra triomphants d'un second mandat2 ce mandat sera presque une rvolution4 ,la question qui n'est aujourd'hui que ministrielle sera monarchique leur retour dans la chambre2 elle n'est pose aujourd'hui qu'entre vous et deux ministres1 elle sera pose bientt entre le roi et le peuple2 c'est une lutte corps corps o le roi et le peuple seront vaincus tout la fois4 ,votre loyaut vous commande de vous sacrifier pour sauver au roi et au peuple une pareille preuve4 ,sacrifiez-vous l'instant4 ,et ce sacrifice du pouvoir que vous reprsentez sera-t-il long8 ,sera-t-il dfinitif8 ,aura-t-il pour la monarchie le danger que vous lui supposez8 ,nullement4 peine aurez-vous port tout l'heure votre dmission au roi pour obir respectueusement la lettre de la constitution qui commande au ministre de se retirer au premier signal de la volont des chambres1 que le pays1 indign de la dloyaut de vos adversaires et effray du vide que votre retraite va faire dans le gouvernement1 se retournera tout entier contre la coalition victorieuse et lui demandera compte de sa victoire4 ,or1 quel compte la coalition peut-elle lui rendre de ses motifs en vous renversant8 ,quel ministre homogne ou seulement possible prsentera-t-elle la nation et au roi8 ,quel concert de vues et d'hommes peut-on tablir entre les chefs1 tous antipathiques les uns aux autres1 de cette incroyable agglomration d'assaillants qui1 en vous donnant l'assaut1 ont tous un but et un drapeau diffrents8 ,comment les rpublicains donneront-ils la main aux lgitimistes8 ,comment les lgitimistes prteront-ils leurs votes implacables aux doctrinaires1 conduits par un ministre de #ahcj1 auteur de leur ruine et proscripteur de leur dynastie8 ,comment ce ministre lui-mme1 remont au gouvernement par la brche qu'il a ouverte1 se rconciliera-t-il avec ces autres ministres du centre gauche1 dont la popularit ne repose que sur son antipathie contre les doctrinaires et sur les haines contre les ,bourbons de #ahae8 ,comment les radicaux de l'extrme gauche se feront-ils royalistes par complaisance pour ce jeune ,gracque qui a pris les marches d'un trne pour tribune de ses pigrammes contre son roi8 ,quel lien ralliera ces hommes et ces groupes entre eux le jour o1 leur hostilit satisfaite1 le pays et le roi leur demanderont de leur prsenter un ministre et une majorit8 ,c'est l l'preuve de l'immoralit et de la perversit des coalitions1 c'est que leur seule oeuvre est de saper et de ruiner un gouvernement1 sans pouvoir en difier mme l'ombre avec les dbris de ce qu'elles renversent4 ,ennemis entre eux1 vainqueurs par une haine aveugle1 ils ne peuvent le lendemain que s'entre-dchirer1 dclarer leur impuissance de rien reconstruire1 et menacer par cette impuissance le pays d'un long interrgne ou d'une ternelle anarchie4 ,c'est l la situation de ces cinq ou six chefs de parti qui viennent1 malheureusement pour eux1 de triompher de vous1 sans pouvoir vous remplacer4 ,il ne leur manquait que cette victoire pour les convaincre aux yeux du pays d'immoralit et de nant dans leur ligue4 ,htez-vous de leur remettre la place vide1 de les dfier de former un ministre et de construire1 soit spars1 soit runis1 une majorit qui les supporte seulement un jour4 ,ils essayeront vingt combinaisons sans en trouver une4 ,une collection de minorits n'est pas une majorit4 ,cette vrit1 sur laquelle le pays a pu se faire illusion pendant la bataille1 clatera ses yeux ds demain4 ,l'interrgne de tout ministre durera1 au grand dommage de la ,france1 au grand effroi des bons citoyens1 jusqu' ce que les factions de la rue prennent la place des partis parlementaires et que les meutes proclament coups de canon la ncessit de reconstituer un pouvoir4 ,ce pouvoir dmontr introuvable dans la chambre parmi les ligueurs qui vous ont renverss1 le pays demandera lui-mme grands cris au roi de dissoudre cette assemble1 cause de son anarchie4 ,le roi dissoudra alors1 par la main de quelques ministres transitoires4 ,les lecteurs indigns laisseront sur le carreau un grand nombre de ces ligueurs convaincus de nuisance1 et renverront en masse des hommes de bien1 dcids vous soutenir4 ,vous remonterez par la main de la nation elle-mme au pouvoir dont les factions vous ont prcipits1 les majorits loyales et patriotiques se disputeront l'honneur de vous soutenir2 la monarchie sera sauve par les manoeuvres mmes de la coalition qui la menaait1 et tout sera fait constitutionnellement par l'opinion elle-mme1 sans qu'on puisse accuser ni vous1 ni la royaut1 d'avoir rsist une heure l'esprit ou la lettre de la constitution4 ,que si1 au contraire1 vous conseillez au roi de dissoudre aujourd'hui la chambre1 le pays1 dfi1 ou croyant l'tre1 par la couronne1 formera dans les lections la mme majorit future que les ambitions ou les factions viennent de former dans la chambre2 il renverra au roi tout ce qu'il trouvera sous sa main de plus hostile la couronne et vous4 ,la royaut1 dfie son tour par cette chambre envenime contre elle1 voudra cder ou voudra lutter pour la libert du choix de ses ministres4 ,si elle cde1 elle passera sous le joug des ministres ligueurs qui lui seront imposs par la nouvelle chambre1 et alors ces maires du palais lui imposeront leur politique de guerre l'tranger et d'agitation au dedans2 la royaut restera humilie et responsable par son trne des actes de son ministre4 ,si elle rsiste1 elle sera conduite des dissolutions incessantes ou des coups d'tat ncessaires2 les dissolutions l'useront1 les coups d'tat l'engloutiront1 la lutte entre la nation et la couronne commencera2 vous en savez les suites4 ,je n'achve pas1 mais je vous dclare en conscience que1 bien qu'tranger et voulant rester tranger personnellement la cause de la dynastie qui reprsente en ce moment la royaut1 je sors d'ici l'esprit pouvant pour mon pays des consquences de la rsolution que vous venez de prendre4 ,une rvolution courte chance m'apparat travers ces actes de dfi la ,france4 ,si vous portez ce conseil au roi et si le roi signe1 la dynastie d',orlans a rgn en ,france6 ,,xliv ,mon discours1 vritablement et mon insu prophtique1 et dont je ne donne ici que la substance1 avait produit sur tous les ministres1 l'exception de ,m4 ,mol1 prsident du conseil1 un effet infiniment plus pathtique que je ne m'y attendais4 ,je voyais les fronts se plisser1 les physionomies se tendre1 les yeux s'assombrir1 les visages plir1 le doute et la consternation se succder sur les traits4 ,m4 ,mol seul se promenait d'un pas saccad dans son cabinet et allait frapper du doigt la vitre de ses fentres1 comme un homme qui s'impatiente et qui cherche se distraire de l'obsession de ses penses1 tmoignant un mcontentement trs-mal contenu de mes arguments4 ,les autres semblaient1 au contraire1 convaincus2 nul ne faisait un geste pour me rpliquer4 ,enfin le ministre favori1 mais honnte homme1 qui passait pour avoir l'influence d'un dvouement prouv sur le roi1 ,m4 de ,montalivet1 prit la parole1 avec le geste et le ton d'un homme sincre qui revient sans fausse pudeur sur l'avis qu'il a imprudemment adopt1 et qui ne rougit pas de se dmentir1 pour sauver sa cause aux dpens de son amour-propre4 ,messieurs1 dit-il1 j'avoue que j'ai t mu jusqu'au renversement de mes propres penses par les raisons toutes neuves et1 selon moi1 toutes-puissantes1 que ,m4 de ,lamartine vient de nous faire apparatre4 ,je passe son opinion1 et1 quoique le parti de la dissolution ait paru jusqu'ici avoir l'unanimit de nos esprits1 je demande qu'on revienne sur la rsolution prise1 et que nous discutions de nouveau une rsolution si grave avant de la prsenter au roi4 ,,xlv ,tous les autres ministres prsents1 l'exception toujours de ,m4 ,mol1 firent un signe d'assentiment aux paroles de ,m4 de ,montalivet et parurent prts se ranger avec lui du ct de ma politique4 ,on allait recommencer l'preuve et voter selon les conclusions de mon discours1 quand ,m4 ,mol1 s'avanant au milieu de la chambre avec la figure bouleverse par l'embarras de sa situation1 tendit la main vers ses collgues comme pour prvenir la reprise de la discussion1 et s'cria3 ,arrtez1 messieurs4 ,toute discussion est dsormais inutile4 ,il faut que je vous avoue un parti pris1 que j'aurais d peut-tre vous dclarer avant de vous runir4 ,le roi1 sur mon avis1 a sign cette nuit la dissolution de la chambre6 ,un murmure d'tonnement et de douleur courut cette nouvelle inattendue sur toutes les lvres4 quoi bon nous consulter1 puisqu'il est trop tard pour modifier la pense du roi et du cabinet8 dirent d'un ton de reproche les collgues un peu humilis de ,m4 ,mol4 ,chacun se leva et se retira plein de doutes4 ,je me retirai moi-mme avec le pressentiment tragique d'une rvolution que je ne dsirais nullement pour mon pays2 je prfrais1 en bon ,franais1 un rgne dsagrable une anarchie4 ,je n'ai jamais vu sans effroi se briser gratuitement un gouvernement dont les dbris crasent toujours quelque chose dans leur chute4 ,je rentrai chez moi profondment attrist4 ,la dissolution fut connue dans la journe4 ,tout ce que j'avais pressenti se ralisa littralement en quelques semaines3 la coalition1 renvoye devant ses juges1 les lecteurs1 triompha partout2 elle imposa au roi le ministre de ,m4 ,thiers1 qui mena la ,france deux doigts d'une guerre universelle1 propos d'un pacha d'gypte rvolt contre son matre1 cause de guerre aussi absurde que celle qu'on a invente aujourd'hui pour satisfaire la fantaisie d'un roi des ,alpes qui veut rgner ,florence1 ,naples1 ,palerme1 ,venise1 ,rome1 sans avoir ni droit ni force pour s'y maintenir sans la ,france4 ,tout allait se bouleverser en ,europe1 quand j'attaquai seul1 avec l'nergie d'un dsespoir patriotique1 le ministre de ,m4 ,thiers1 dans des lettres politiques qui furent le tocsin de l'incendie europen dans le journal la ,presse4 ,reproduites dans les trois cents journaux de ,paris et des dpartements1 ces lettres rallirent1 la veille de la session1 une majorit gare1 muette1 mais patriotique1 qui renversa ,m4 ,thiers1 dj embarrass et repentant de sa tmrit4 ,il s'arrta4 ,en s'arrtant1 il prserva l',europe d'une guerre insense4 ,le ministre1 son rival1 qui avait consenti servir1 ,londres1 la politique de guerre et qui n'avait servi qu' se rendre acceptable au roi pour remplacer ,m4 ,thiers1 se hta d'accourir pour se saisir de ce gouvernement dsorient4 ,on ne comprenait gure pourquoi l'un tombait1 pourquoi l'autre s'levait4 ,ils avaient renvers ensemble2 quel titre le dmolisseur de la veille se prsentait-il comme le conservateur du lendemain8 ,mais titre d'ambition et de talent4 ,la majorit se reconstitua sous la main de cet homme d'tat et le suivit1 malheureusement pour la couronne1 jusqu' la catastrophe qu'il ne sut ni prvoir1 ni conjurer1 ni dompter4 ,sa ruine fut celle de la monarchie1 double expiation de #ahcj et de la coalition4 ,ne sommes-nous pas tous les expiateurs de nos passions8 ,qui de nous n'a pas une justice dans ses malheurs1 et un repentir dans ses jactances d'infaillibilit8 ,,lamartine4 7,la suite au mois de dcembre et en janvier prochain47 ,p4 ,s4 ,une partie de la jeunesse franaise ayant rdig et publi une protestation contre une phrase d'une pice o j'tais nomm1 cette protestation ayant t mentionne dans le journal l',opinion nationale1 et ,m4 ,gozlan ayant eu la dlicatesse de venir dsavouer toute intention malveillante contre moi dans ce journal1 voici la lettre que j'ai cru devoir adresser aux reprsentants de cette noble jeunesse4 ,,monsieur1 ,l',opinion nationale1 que je remercie dans ses bonnes paroles1 ainsi que monsieur ,gozlan1 m'arrive seulement aujourd'hui2 c'est ce qui a retard ma rponse4 ,je n'ai pas le droit d'tre susceptible2 je ne me suis pas senti insult cette fois1 ni dans le mot1 ni dans l'intention de l'auteur4 ,il n'a certainement pas voulu1 lui1 homme de lettres1 fltrir aucune disgrce1 ni dshonorer la lutte du travail pour l'honneur4 ,d'ailleurs1 nous ne sommes plus au temps o les ,nues d',aristophane tuaient ,socrate2 il n'a pas plus song imiter ,aristophane1 que moi m'assimiler ,socrate4 ,le parterre de ,paris vaut mieux aussi que le parterre d',athnes3 vous en tes la preuve1 vous et vos jeunes amis1 puisque la fausse apparence seulement d'une raillerie mal comprise m'a valu1 de la part de cette jeunesse si dlicate et si gnreuse1 une protestation qui honore son coeur et relve le mien6 ,dites-lui1 ,monsieur1 combien j'y suis sensible4 ,si jamais j'avais besoin de chercher des vengeurs de ce rire contre sens1 qui se trompe de but et qui s'attache au revers1 je sais o je les trouverais6 ,la jeunesse a le sens du juste4 ,agrez1 ,monsieur1 pour vous et pour elle1 l'expression de ma reconnaissance et celle de ma haute considration4 ,,lamartine4 #c novembre #ahfa4 99 99 99 99 99 ,les bruits faux relatifs ma sant et mon incapacit de continuer l'dition de mes ,oeuvres et de mes ,entretiens1 s'tant prolongs d'chos en chos dans toutes les provinces1 me forcent rclamer de nouveau avec nergie et persistance4 ,aucune indisposition de moi n'a donn mme prtexte ce bruit malfaisant ou perfide4 ,je me porte bien1 et1 de plus1 j'aurai termin dans huit jours tous les travaux ncessits pour tous les ouvrages que j'ai promis mes souscripteurs1 et dont ma mort mme n'interromprait pas les livraisons assures4 ,l,x,x,ie ,,entretien4 ,un grand bruit1 un grand tonnement1 une grande impression dans le public lisant1 ont accueilli le #gj;e ,entretien4 ,on m'avait souvent accus d'avance d'une lche palinodie historique4 ,on aurait t heureux de me la voir commettre3 il est si doux de dshonorer un ennemi6 ,combien n'est-il pas plus doux de le voir se dshonorer lui-mme8 ,on a t tromp4 ,je n'ai rpudi ni la saine rvolution de #aghi1 ni la rpublique ncessaire de #ahdh4 ,j'ai dit et je redis3 ,si nous tions dans les mmes crises1 entre un trne subitement croul1 et un peuple prt tomber ou en anarchie ou en fureur1 je la referais encore6 ,je ne m'en accuse pas1 je m'en glorifie2 il y a de ces inspirations qui jaillissent d'une seule voix1 mais qui sont le cri du peuple et le salut du moment4 ,tout le monde rpta ce cri de bonne foi1 parce que la rflexion ratifia ce que l'audace inspire avait os proposer la nation chancelant sur le vide et prte y tomber4 ,quant aux vrais principes d'une rpublique unanime appelant toutes les classes et tous les citoyens sans exception apporter1 par le suffrage universel1 leur part juste de souverainet naturelle dans une premire assemble1 pour que cette premire assemble dictatoriale rgularist loisir les degrs divers de ce suffrage universel1 pour que la souverainet brutale du nombre1 quilibre par la souverainet morale de la lumire et de la raison1 donnt la majorit au droit gnral qui fait de l'intelligence une condition de tout droit humain2 je ne les rpudie pas davantage4 ,si la seconde assemble et t aussi sense1 aussi patriotique1 aussi bien inspire que la premire1 ce noble gouvernement de soi-mme par soi-mme pouvait durer4 ,les coups d'tat ont besoin de prtexte1 la ridicule ,montagne de #ahdi le fournit au pouvoir excutif2 elle fit peur la ,france d'elle-mme1 la ,france s'enfuit dans une dictature3 que la responsabilit de l'occasion perdue retombe jamais sur ceux qui donnent ces paniques aux peuples1 et qui montrent les spoliations et les terreurs comme perspective de la libert6--,la peur inventa les dieux1 a dit le pote3 la peur inventa les matres des peuples1 dit avec plus de raison l'homme d'tat4 ,qu'on daigne relire dans mes ,oeuvres compltes le dernier avis du ,conseiller du peuple1 que je me permettais de donner aux rpublicains provocateurs de l'assemble1 huit jours avant le coup d'tat qui releva un trne1 on verra que j'en avais le pressentiment et la tristesse anticips4 ,les vrais auteurs de ces coups d'tat sont ceux qui les rendent possibles et quelquefois invitables4 ,puisque ce premier chapitre sur la critique littraire des ,girondins par l'auteur des ,girondins lui-mme1 vingt ans de distance1 a eu pour mes lecteurs un intrt littraire et politique que je ne prvoyais pas1 continuons1 et donnons-leur1 pendant ces deux ,entretiens encore1 la suite de ces explications4 ,ils y verront par quelles sries d'vnements et de dgot de la monarchie d',orlans et du gouvernement suffrage restreint dit parlementaire1 je fus induit composer cette ,histoire des ,girondins si violemment et souvent si injustement accuse1 et dans quel esprit je la juge1 je la justifie ou je la condamne aujourd'hui o l'ge qui apaise tout et o la mort qui n'a plus d'ambition sur la terre laissent parler la conscience de l'crivain et de l'homme politique1 comme la postrit parlera de lui si elle daigne en parler1 car nos oeuvres et nos livres meurent souvent avant nous4 ,voici o j'en tais rest de cette ,critique dans le #gj;e ,entretien3 reprenons ce que je disais des partis parlementaires que l'on semble tant regretter4 ,mais quel est donc votre gouvernement8 me dira-t-on4 ,le gouvernement alternatif1 rpondrai-je2 le gouvernement parlementaire quand on veut penser1 le gouvernement dictatorial quand on veut agir1 le gouvernement mixte quand on veut la fois agir et dlibrer4 ,pourvu que ce gouvernement du suffrage universel mane de tous les citoyens capables1 et ne laisse aucune classe l'oppression des castes sur les mes1 pourvu que ce gouvernement soit l'expression de la justice1 qu'importe sa forme1 si cette forme est opportune et si elle rpond aux besoins de conservation ou de progrs dans la nation8 ,les vnements le disent assez1 la perfection idale d'un gouvernement est le rve qui les fait tous tomber1 sans parvenir rien de meilleur4 ,le vrai cri du temps c'est un gouvernement tel quel2 le temps le changera quand il changera lui-mme de ncessit et de mission4 ,le temps n'est-il pas la logique de ,dieu8 ,esprons donc1 sans trop croire nos esprances1 et voyons comment le dgot du gouvernement parlementaire1 quand il rgnait sur nous1 me conduisait dsirer le gouvernement de tous1 au lieu du gouvernement des aristocrates de tribune4 ,,lamartine4 ,,critique ,,de ,l',,histoire ,,des ,,girondins4 7,,deuxi,,me ,,partie47 ,i ,toutes ces alliances de partis antipathiques1 toutes ces audaces de dfection dans les favoris de la couronne1 toutes ces pressions dloyales sur la royaut que chacun voulait dominer sous prtexte de la servir1 toutes ces trahisons aprs la victoire1 toutes ces faiblesses du parlement devant les passions des hommes qui l'ameutaient pour le compromettre dans leurs brigues1 toutes ces simonies de l'intrt public devant les cupidits individuelles du pouvoir1 toutes ces agitations sans but1 qui faisaient bouillonner sans cesse la ,france et qui la remplissaient de haines1 de factions1 de passions1 au lieu de la calmer et de l'occuper de ses intrts urgents et permanents1 me dgotaient prodigieusement1 je l'avoue1 de ce qu'on appelle le rgime parlementaire4 ,si c'tait pour arriver ce gouvernement de vaines paroles et d'odieuses intrigues qu'on avait travers la mer de sang de #agic1 le carnage militaire de quinze ans d'empire1 la raction arme de l',europe contre la ,france en #ahad1 le retour du despotisme soldatesque de l'le d',elbe en #ahae1 l'expulsion de trois dynasties en un jour de #ahcj et les dix ans de dynastie agitatrice en #ahdj2 en vrit1 le rsultat de tant d'efforts pour arriver diviser la ,france en deux camps1 comme les verts et les bleus du ,bas-,empire ,constantinople1 entre des ministres1 racoleurs de factions1 coureurs de majorit au but des portefeuilles dans le stade de la rue de ,bourgogne ,paris1 en vrit1 me disais-je1 ce rsultat de tant d'vnements n'en vaut ni le temps perdu1 ni le sang vers1 ni la grande motion des esprits en #aghi par la pense du dix-huitime sicle1 ni la grande convulsion de la ,rvolution franaise en #agia4 ,il faut que le vrai sens de cette rvolution ait t perdu en route et dans son histoire4 ,ne serait-il pas possible de retrouver ce sens vrai de la ,rvolution franaise en remontant son origine et ses premiers organes1 d'en dgager la juste signification des passions et des crimes travers lesquels elle a perdu son caractre et son but1 et de rappeler ainsi la ,france de #ahdj la philosophie sociale et politique dont elle fut l'aptre et la victime pour devenir1 quoi8 l'enjeu de quelques rhteurs au jeu strile de la tribune et des feuilles publiques jetes tous les matins au feu des animosits civiles1 pour alimenter les vaines factions de cour et de rue qui ne produisent que fume ou lueurs sinistres dans l'esprit des masses dcourages8 ,un sicle a-t-il t donn aux hommes si intelligents et si nergiques de notre patrie pour en faire un si misrable usage8 ,je touche peine ma pleine maturit2 j'ai vu de mes yeux d'enfant la premire rpublique sans la comprendre et sans me souvenir d'autre chose que des sanglots qu'elle faisait retentir dans les familles dcimes par les prisons ou les chafauds2 j'ai vu l'empire sans entendre autre chose que les pas des armes allant se faire mitrailler sur tous les champs de bataille de l',europe1 et les chants de victoire mls au deuil de toutes ces familles du peuple qui payaient ces victoires du sang prodigu de leurs enfants2 j'ai vu l',europe arme venir deux fois1 sur les traces de nos armes envahissantes1 envahir son tour notre capitale2 j'ai vu les ,bourbons rentrer avec la paix humiliante mais ncessaire ,paris et y retrouver la guerre des partis contre eux au lieu de la guerre trangre teinte sous leurs pas2 j'ai vu ,louis ,,xviii tenter la rconciliation gnrale1 dans le contrat de sa charte entre la monarchie et la libert2 je l'ai vu manoeuvrer avec longanimit et sagesse au milieu de ces temptes de parlement et d'lection qui ne lui pardonnaient qu' la condition de mourir2 j'ai vu ,charles ,x1 pourchass par la meute des partis parlementaires1 ne trouver de refuge que dans un coup d'tat dsespr qui fut la fois sa faute et sa punition4 ,je vois maintenant un prince rvolutionnaire demander grce tour tour aux royalistes d'tre un fils de la ,convention1 aux rpublicains d'tre un roi sur un trne1 aux trangers d'tre l'lu d'une insurrection1 aux bonapartistes d'tre un ,bourbon1 la dmocratie d'tre un petit-neveu de ,louis ,,xiv1 l'aristocratie d'tre l'lu d'une dmocratie2 je le vois forc de faire effacer ses armoiries sur les portes de son palais1 comme un crime de sa naissance envers un peuple qui ne veut plus d'anctres2 forc de donner sa nice1 dans les cachots de ,blaye1 la question de la pudeur sacre de la femme1 de constater le flagrant dlit de son sexe pour dconsidrer1 par-devant tmoins1 ses partisans2 supplice que l'antiquit n'avait pas invent et qu'un parti acharn contre la royaut exige d'elle comme une concession l'ignobilit de sa haine4 ,je le vois chercher ttons ses ministres parmi les complices de son avnement en #ahcj1 et ne trouver en eux que des dvouements conditionnels1 des intelligences avec ses ennemis dans le parlement ou dans la presse4 ,et enfin je vois des transfuges du pouvoir de #ahcj1 la tte de toutes les colonnes d'opposition1 fomenter dans toute la ,france une agitation fivreuse qui commence par des banquets et qui finira invitablement par des sditions4 ,est-ce l le gouvernement parlementaire8 ou n'est-ce pas plutt une petite anarchie d',oeil-de-,boeuf1 qui joue aux rvolutions de salle manger1 les fentres ouvertes1 et qui finira par appeler le peuple faire invasion dans les festins1 renverser les tables et remplacer les convives8 ,ces saturnales d'opposition coalise table me rpugnaient par leur mauvaise foi comme par leur danger1 et je me refusai nergiquement y prendre part4 ,je dis hautement les motifs de mon abstention dans une lettre aux journaux qui sera rimprime dans ce recueil4 ,on verra que je ne m'enrlai jamais alors1 quoi qu'on en ait dit depuis1 dans les rangs de cette coalition malsante qui voulait secouer tout sans rien remplacer4 ,,ii ,mais les scandales de ce gouvernement inexpriment1 qu'on appelait le gouvernement parlementaire1 me convainquirent que le pouvoir vraiment national et populaire n'tait plus l2 qu'aucune des dynasties rivales tombes1 retombes1 retombant encore1 ne pouvait le reconstituer solidement en elle2 que l'aristocratie y avait renonc implicitement en donnant un mandat d'loquence1 une procuration d'opinion1 au lieu de combattre de sa personne dans ces comptitions d'influence1 de popularit et de trne2 que cette classe moyenne exclusive1 intresse1 adule1 qui ses exploitateurs recommandaient de s'adjuger elle-mme le nom et les prtentions d'une aristocratie de second tage1 n'tait ni assez antique1 ni assez enracine1 ni assez large1 ni assez populaire1 pour affecter le privilge d'un gouvernement national2 qu'elle n'avait rien de permanent1 de chevaleresque1 de prestigieux1 except ses industries et ses commerces1 aussi mobiles que ses convoitises de monopoles financiers3 jalouse en haut1 jalouse en bas1 menaante et menace de toutes parts2 que le dernier mot de la ,rvolution franaise ne pouvait tre cette petite oligarchie groupe par la peur et par l'orgueil autour d'un roi d'expdient2 que cela allait crouler aux premires lueurs de l'incendie parlementaire allum par ceux-l mme qui l'avaient si mal teint en #ahcj2 qu'il fallait pourvoir d'avance aux catastrophes invitables de ce gouvernement dj dmoli dans l'opinion des masses1 en donnant ces masses envahissantes une histoire vraie de la ,rvolution qu'elles auraient bientt reprendre en sous-oeuvre1 afin qu'elles ne s'garassent pas de nouveau sans plan et sans sagesse dans les dmences et dans les crimes qui avaient perdu jusqu'au nom de cette ,rvolution4 ,il faut1 dis-je mes amis1 confidents de ma pense1 il faut crire pour ce peuple1 dans une histoire impartiale1 morale et pathtique la fois1 le commentaire vivant de sa premire rvolution1 un ,machiavel franais1 non dans l'esprit du ,machiavel italien1 mais dans l'esprit d'un ,tacite moderne2 il faut prouver1 par tous les faits de cette rvolution1 qu'en histoire1 comme en morale1 chaque crime1 mme heureux un jour1 est suivi le lendemain d'une vritable expiation2 que les peuples1 comme les individus1 sont tenus de faire honntement les choses honntes2 que le but ne justifie pas les moyens1 comme le prtendent les sclrats de thorie ou les fanatiques de libert illimite et de dmagogie populacire2 que les plus justes principes prissent par l'iniquit des actes2 que la conscience ne subit pas d'interrgnes2 que la ,providence est toujours l pour la venger1 et que1 si la ,rvolution de #agic a noy les plus belles penses philosophiques dans le sang1 c'est qu'elle est tombe des lvres des philosophes dans les mains des tribuns1 et des mains des tribuns dans les mains des ,sylla et des ,csar1 lavant le sang dans le sang1 et restaurant facilement la tyrannie1 que les socits prfrent justement aux crimes4 ,une histoire crite dans cet esprit sera pour le peuple une haute leon de moralit rvolutionnaire1 utile l'instruire et le contenir la veille d'une prochaine rvolution4 ,voil le but moral que je me proposais en pensant d'avance ce commentaire en action du crime et de la vertu dans la politique populaire4 ,je voulais faire un code en action de la rpublique future1 si1 comme je n'en doutais dj plus gure1 une rpublique1 au moins temporaire1 devait recevoir prochainement de la nation et de la socit franaises le mandat de la ncessit1 le devoir de sauver la patrie aprs l'croulement de sa monarchie d'expdient sur la tte de ses auteurs2 que la prochaine rpublique ft au moins girondine au lieu d'tre jacobine4 ,voil toute la pense de mon livre6 ,,iii ,j'avoue qu'un sentiment plus vain1 un mobile profane de gloire personnelle1 se mlait dans ma pense ce sentiment tout moral de prparer les masses rpudier les immoralits1 les iniquits1 les crimes1 la guerre mme1 qui avaient souill le nom du peuple dans la premire rpublique4 ,ce sentiment tait purement littraire4 ,je voulais essayer mon talent1 encore douteux pour moi-mme1 dans une grande oeuvre en prose2 l'histoire me paraissait et me parat encore la premire des tragdies1 le plus difficile des drames1 le chef-d'oeuvre de l'intelligence humaine1 la posie du vrai4 ,je voulais tre1 si cela m'tait possible1 le dramaturge du plus vaste vnement des temps modernes1 le ,thucydide d'une autre ,athnes1 le ,tacite d'une autre ,rome1 le ,machiavel d'une autre ,italie3 je m'en sentais imaginairement la force en moi2 le lyrisme pieux et lgiaque de ma premire jeunesse s'tait promptement transform en moi1 comme autrefois dans ,solon1 en une vigueur de rflexion politique qui me passionnait pour les sujets historiques plus que pour les pomes du coeur et de la pense4 ,mes fleurs tombaient et je croyais les sentir remplaces par des fruits d'intelligence4 ,je me trompais2 mais l'orgueil n'excuse-t-il pas un peu en nous ces flatteries involontaires de l'imagination8 ,on se croit capable de ce qu'on rve1 et ce que je rvais n'tait-il pas en effet le plus beau drame historique des temps connus8 ,la ,france elle-mme1 actrice et thtre de ce grand drame1 n'avait-elle pas rv plus beau qu'elle8 ,une grande pense1 un code de la raison1 saisit un peuple intelligent1 enthousiaste1 aventureux1 la ,france4 ,il s'agit de la rnovation presque complte du monde religieux1 moral et politique4 ,balayer de la scne le moyen ge et installer sa place un ge de justice1 de logique1 de vrit1 de libert1 de fraternit1 conu d'une seule pice et jet d'un seul jet2 ,en religion1 conserver la belle morale et la sainte pit chrtienne1 en dtrnant les intolrances2 ,en politique1 supprimer les fodalits oppressives des peuples1 pour les admettre aux droits de famille nationale1 et leur laisser la facult de grandir au niveau de leur droit1 de leur travail1 de leur activit libre2 ,en lgislation1 supprimer les privilges iniques pour inaugurer les lois communes tous et tous utiles2 ,en magistrature1 remplacer l'hrdit1 principe accidentel et brutal d'autorit1 par la capacit1 principe intelligent1 moral et rationnel2 ,en autorit lgislative1 remplacer la volont d'un seul par la dlibration publique des supriorits lues1 reprsentant les lumires et les intrts gnraux du peuple tout entier2 ,enfin1 en pouvoir excutif1 respecter la monarchie1 exception unique la loi de capacit1 pour reprsenter la dure ternelle d'une autorit sans rivale1 sans clipse1 sans interrgne2 honorer cette majest perptuit de la nation1 mais la dsarmer de tout arbitraire1 et n'en faire que la majestueuse personnification de la perptuit du peuple3 voil la vritable ,rvolution franaise1 voil le plan des architectes sages et loquents des deux sicles4 ,,iv ,ces dogmes1 peine contredits par quelques intresss des classes thocratiques et des classes aristocratiques en bien petit nombre1 sont acclams comme une rvlation aux tats gnraux1 en prsence d'un roi qui les applaudit lui-mme gnreusement aprs les avoir provoqus4 ,les privilges se nivellent d'eux-mmes1 la tolrance des cultes fait justice toutes les consciences1 les grands se sacrifient1 le peuple s'exalte1 les vrits encore en thorie pleuvent de chaque bouche au milieu d'une ivresse qui semble unanime2 on dirait l'explosion d'une rvlation civile1 clatant de son propre clat dans toutes les mes et pulvrisant d'vidence tous les obstacles la rformation des institutions du moyen ge4 ,mais des vrits si neuves il faut un monde neuf aussi pour les accueillir et pour s'y conformer sans hsitation1 sans froissement1 sans partialit1 sans rcrimination dans les dpossds de l'erreur1 sans excs et sans violence dans les nouveaux venus la libert4 ,ici les passions descendent dans la lice la place des thories4 ,le roi1 modrateur bien intentionn de la rvolution1 est mconnu par les uns et par les autres dans ses actes et dans ses intentions2 les grands lui reprochent sa faiblesse pour les novateurs1 les novateurs sa partialit pour les grands2 le peuple l'enveloppe de ses soupons1 bientt de ses menaces1 puis de ses fureurs4 ,le prince appelle ses troupes pour dfendre le peu de majest royale qui lui reste2 le peuple irrit corrompt les troupes et donne de nouveaux assauts au roi jusque dans son palais4 ,un dictateur de popularit s'lve sur le flot mouvant de cette multitude d'une capitale4 ,ce dictateur subit lui-mme toutes les lois de cette multitude au lieu d'en dicter2 sa prsence lgalise toutes les violences du peuple envers la cour2 caressant envers le peuple1 poli avec le roi4 ,ce prince arrach son palais de ,versailles devient le triomphe de la captivit royale4 ,les ,tuileries deviennent la prison dcente de la royaut4 ,le roi tente de s'chapper1 on l'y ramne2 ,la ,fayette ne peut plus tre que le gelier national de la couronne4 ,cette royaut suspendue sur la tte du roi passe l',assemble constituante2 une constitution rgne mtaphysiquement sa place2 l',assemble constituante rend un trne presque aboli ce fantme de roi captif4 ,louis ,,xvi dteste la constitution et l'observe cependant1 pour convaincre la nation de son impraticabilit1 et pour la faire rviser par ceux mmes qui l'ont faite4 ,tout le royaume est en feu1 sans roi1 sans loi1 sans rpression possible des dsordres d'une anarchie4 ,la guerre trangre parat une heureuse diversion aux hommes d'tat2 on impute au roi ses premiers revers4 ,une seconde ,assemble est nomme par la ,france sous l'empire de la terreur et de la fureur4 ,tous les hommes minents et sages de l',assemble constituante en sont malheureusement exclus par une volontaire abdication de leur mandat4 ,mirabeau lui-mme1 s'il et encore vcu1 n'aurait pu siger dans le conseil de la ,rvolution pur de tous ses talents4 ,les hommes secondaires n'apportent dans cette ,assemble que des mandats de violence2 ils assigent le roi d'exigences et d'humiliations4 ,le club des ,jacobins rgne par ses tribuns sur le peuple2 le peuple rgne par ses agitateurs l'htel de ville dans la commune de ,paris4 ,les ,girondins1 au ministre et dans l',assemble1 psent tantt sur l',assemble par leur loquence1 tantt sur le roi par leur popularit2 ils essayent le rle de modrateurs de la ,rvolution4 ,les ,jacobins et la commune soulvent contre eux la multitude4 ,moiti complices1 moiti contraints1 les ,girondins cdent1 le #bj juin et le #aj aot1 aux grandes sditions o le trne tombe sous leurs yeux4 ,ils proclament complaisamment la dchance et la captivit du roi qu'ils auraient voulu conserver pour personnifier en lui un ordre lgal4 ,une ,convention nationale1 forme de tous les partis extrmes1 est appele leur place par le tocsin du #aj aot2 des tribuns forcens de la commune de ,paris veulent les intimider par les massacres de septembre4 ,les ,girondins rejettent cette fois avec horreur et indignation ce sang des assassinats dont ils ne veulent aucun prix leur part4 ,danton leur offre encore la paix1 s'ils consentent ne plus reprocher ces forfaits leurs auteurs4 ,vergniaud noblement refuse d'amnistier jamais le crime4 ,on leur pose alors1 pour les embarrasser1 la terrible question du jugement et du supplice du roi4 ,complices s'ils acceptent1 suspects de royaut s'ils refusent1 ils commencent par refuser2 ils prparent par des discours sublimes la dfense du roi menac1 puis ils cdent1 non par lchet1 mais par une trs-fausse et trs-criminelle politique de parti1 qui croit sauver des milliers de ttes en en concdant une la rpublique4 ,cette tte auguste et innocente livre entrane leurs propres ttes4 ,on les immole coupables1 au lieu de les immoler vertueux4 ,la terreur rgne deux ans sur leurs cadavres2 c'est une de ces priodes de la vie d'un peuple sur lesquelles aucun voile1 jet comme un linceul1 ne peut cacher le sang des milliers de victimes4 ,les bourreaux eux-mmes finissent de tuer1 non par remords1 mais par lassitude4 ,le crime aussi a ses dfaillances4 ,robespierre1 qui a eu le fatal honneur de donner son nom cette sinistre poque1 est choisi par ses complices pour couvrir de son nom les holocaustes et les responsabilits de tous4 ,il tombe par la main de tous et paye pour tous au #i thermidor et devant la postrit4 ,l'opinion1 lgre1 inique et intresse1 amnistie ses complices et ses adulateurs4 ,la ,rvolution1 enivre de ce sang comme une bacchante1 ne sait plus ce qu'elle veut ni ce qu'elle fait4 ,elle marche au hasard sa propre destruction et passe des bourreaux aux victimes1 des intrigants aux idologues1 des idologues aux soldats1 des soldats aux dictateurs1 des dictateurs aux despotes4 ,sa pense se brouille dans sa tte et la plus grande pense des sicles aboutit la guerre et la servitude4 ,on croit voir les ,gracques1 les ,marins et les ,sylla aboutir aux ,csars4 ,paris et ,rome se ressemblent2 les temps rptent les temps1 et la ,france1 pour avoir laiss ses efforts vers la rforme du monde politique dgnrer en convulsions dmagogiques1 ne se retrouve plus de force pour faire de sa libert1 modre par la rgle1 un gouvernement4 ,entre l'chafaud des tribuns du peuple et les baonnettes des dictateurs il n'y a plus que le choix du fer immolant ou asservissant les citoyens4 ,v ,quelle leon morale et quel sujet pathtique d'histoire par un crivain qui voulait instruire le peuple en moralisant la libert6 ,je n'hsitai plus choisir ce drame moderne ce point central et culminant de la ,rvolution1 o l'on voit encore la beaut des principes et o l'on aperoit dj l'horreur des excs4 ,ce point1 c'est l'chafaud des ,girondins4 ,j'y montai en esprit1 pour prendre de l mon panorama historique4 ,rien ne me gnait dans ma situation politique parlementaire soit envers le gouvernement1 soit envers l'opposition lgitimiste1 soit envers l'opposition semi-rpublicaine4 ,je recueillais dans cette entire libert d'esprit le fruit de mon indpendance d'engagement avec tous les pouvoirs et tous les partis4 ,je pouvais donc dire ce qui me semblait la vrit tous4 ,dgag par la catastrophe de #ahcj non de l'affection et des respects que je portais la royaut des ,bourbons lgitimes exils1 mais dgag par la fausse attitude des lgitimistes dans la chambre de toute solidarit avec eux1 except de la solidarit d'origine commune2 dgag de la royaut d',orlans1 dont je ne conspirais pas la chute1 mais dont je ne plaignais pas les dangers et les expiations2 plus dgag encore des coalitions anarchiques que les aristocrates1 les dmocrates1 les lgitimistes1 nouaient dans le parlement1 rien ne m'empchait d'crire de la ,rvolution une histoire qui pt froisser1 offenser1 irriter mme par son impartialit toutes ces opinions et profiter au besoin la moralisation future d'une seconde rpublique que j'entrevoyais dans l'ombre du lointain1 comme une dernire ressource du gouvernement en ,france1 aprs la chute1 certaine selon moi1 de la royaut d',orlans4 ,je le rpte1 mes traditions de famille m'avaient fait une seconde nature de mon attachement la royaut sculaire de la ,france1 aux vertus si mal rcompenses de l'honnte ,louis ,,xvi1 aux malheurs de sa race1 la haute et sage modration de ,louis ,,xviii1 ce roi conciliateur de la royaut et de la libert par la charte1 mme au caractre chevaleresque de ,charles ,x1 tomb dans une faute1 mais laissant aprs lui un enfant de la couronne innocent par son ge du coup d'tat qui lui avait enlev sa patrie4 ,cette royaut des expiations tant impossible rtablir1 la royaut des conspirations tant impossible pour moi aimer et servir1 cette coalition immorale et dloyale dans le parlement tant impossible honorer1 incapable de fonder1 capable seulement de dtruire1 je n'avais plus de devoir et de lien qu'avec la politique abstraite1 idale1 personnelle qui pouvait seule un jour donn recruter1 au profit des principes sainement et honntement progressifs1 les opinions d'un peuple prt retomber dans l'anarchie4 ,ces principes1 qui taient ceux de la vraie philosophie politique de l',assemble constituante1 ceux que les ,mirabeau1 les ,barnave1 les ,clermont-,tonnerre1 les ,lally-,tollendal1 les ,bailly1 les ,mounier1 les ,montmorency1 les ,cazals1 les ,vergniaud1 avaient si magnifiquement dbattus ou formuls dans leur loquence de raison1 me passionnaient encore distance et me paraissaient le but dpass1 mais le but idal de la ,rvolution1 auquel il fallait ramener le peuple par l'opinion avant de l'y ramener un jour par le fait1 si les vnements chappaient l'ambitieuse et intrigante faction de la fausse rvolution et de la royaut d'expdient de #ahcj4 ,le livre des ,girondins tait donc mes yeux non pas un levier pour soulever et prcipiter un trne1 mais une pierre d'attente pour remplacer un difice croul dans ces ventualits de gouvernements qui seraient appels par le hasard remplacer le gouvernement menaant et menac de #ahcj4 ,la rpublique se prsentait sans doute mon esprit1 mais elle s'y prsentait comme une possibilit improbable plutt que comme un but arrt ou mme dsirable encore2 seulement je voulais1 dans le cas o la nation se rfugierait1 aprs le renversement du trne d',orlans1 dans la rpublique1 qu'une histoire consciencieusement svre de la premire rpublique et prmuni le peuple franais contre les mauvaises passions1 les illusions1 les fanatismes1 les crimes et les terreurs qui avaient perverti1 frocis et ruin la premire fois le rgne du peuple4 ,je n'avais dans l'esprit aucune des chimres socialistes de ,platon1 de ,jean-,jacques ,rousseau1 de ,mably1 de ,robespierre1 de ,saint-,just1 qui mnent le peuple droit au crime par la fureur qui succde aux dceptions1 et qui tuent bourreaux et victimes par la guerre anticivique de la proprit qui refuse tout et du proltariat qui anantit tout4 ,,vi ,la rvolution vraie1 selon moi1 ne s'exprimait que par trois principes ou plutt par trois tendances lgitimes1 rsultat de mes tudes et de mes rflexions sur la vraie nature et sur les vrais dogmes de la rnovation franaise4 ,ces trois tendances de l'esprit de la nouvelle civilisation inaugure sur les ruines de la civilisation fodale1 taient celles-ci3 ,dplacement1 mais nullement destruction du principe d'autorit1 c'est--dire1 au lieu du despotisme des rois1 des cours1 des sacerdoces dominants1 l'autorit raisonne1 mais absolue ensuite et irrsistible de la volont reprsente du peuple tout entier1 confie un roi hrditaire ou des autorits lectives4 ,en un mot1 une autorit trs-concentre1 trs-forte1 trs-obie1 ncessaire la rpression des passions individuelles ou des factions collectives4 ,l'ordre libre1 mais l'ordre trs-prdominant sur ce qu'on appelle la libert4 ,car l'autorit est la premire ncessit de la socit2 la libert n'en est que la dignit individuelle4 ,la seconde de ces tendances1 c'est la libert religieuse1 longtemps efface des constitutions civiles de l',europe1 et devant1 selon moi1 reprendre sa place naturelle1 c'est--dire la premire place1 dans les indpendances de l'me et par l'indpendance des cultes desservis par eux-mmes1 avec indemnit pralable des tablissements et des individus consacrs antrieurement au culte de l'tat4 ,c'est la plus difficile des liberts tablir consciencieusement1 mais c'est la plus sainte et la plus favorable l'action religieuse sur les socits dont l'me est toujours une foi libre4 ,la troisime de ces tendances1 c'est la concorde organique entre les classes riches ou pauvres de la socit par des institutions qui les rapprochent et qui leur inspirent non cette fraternit dclamatoire et mtaphysique qui ne consiste qu'en galit et en communaut de biens impraticables et contre nature1 mais par des actes efficaces de patronage et de clientle entre la proprit du capital et la proprit du travail1 entre le propritaire et le proltaire1 entre le sol et le bras1 proprits aussi sacres l'une que l'autre et dont l'une ne peut subsister sans l'autre4 ,dans ce but1 je voulais que les classes laborieuses eussent1 par un vote proportionn leur droit de vivre1 une part consultative dans la reprsentation trop privilgie des classes propritaires ou industrielles2 je voulais1 comme en ,angleterre1 un impt de bienfaisance sur le revenu1 non pas un impt progressif qui dcime le travail en dcimant le capital1 mais un impt proportionnel qui oblige la classe riche une charit lgale qui met du coeur et de la vertu dans les lois4 ,,vii ,toutes ces tendances exigeaient videmment1 pour tre graduellement obies1 un largissement immense du rgime lectoral1 troit1 privilgi1 et par consquent dangereux un jour donn pour la socit elle-mme1 qui ne vit que de justice et qui meurt toujours de privilge4 ,ces lois taient certainement rpublicaines dans le sens moral du mot1 mais elles n'taient nullement antimonarchiques dans le sens politique4 ,les institutions rpublicainement spiritualistes peuvent avoir une tte monarchique1 sans pour cela cesser d'tre populaires4 ,une fois les ides progressives admises en pratique dans le gouvernement d'une socit bien faite1 la monarchie peut tre avec logique et avec avantage le lien de ce faisceau d'ides4 ,j'tais loin de le mconnatre4 ,aussi je ne me dclarai point rpublicain1 mais populaire1 et dans un discours prononc un banquet clbre qui me fut donn ,mcon par les dlgus de trois ou quatre provinces runies 7banquet littraire qu'il ne faut pas confondre avec les banquets politiques organiss par la coalition parlementaire71 dans ce discours1 dis-je1 qui fit tressaillir la ,france par la hardiesse des ides et de l'accent1 je conclus dompter la monarchie par la force de l'opinion1 et non la dtruire4 ,ce fut un vigoureux conseil1 ce ne fut point une menace4 ,on peut le relire dans mes ,oeuvres compltes4 ,les journaux de toutes les nuances en ,france et en ,europe le reproduisirent et lui donnrent1 par leurs commentaires1 le retentissement d'une chute anticipe du trne d',orlans dans les esprits4 ,ce n'tait pas mon intention4 ,je le rectifiai mme dans mon propre dpartement par une lettre nergique contre les banquets parlementaires de la coalition1 auxquels je refusai de m'unir4 ,mais1 libre dsormais de tout mnagement envers le ministre de ,m4 ,mol1 remplac par un ministre de manoeuvre1 pris dans la dfection d'une partie des coaliss1 je montai la tribune1 et pour la premire fois je dclarai que j'entrais dans l'opposition4 ,,viii ,l'opposition m'applaudit outrance2 le parti conservateur s'tonna et s'affligea1 sans toutefois m'injurier4 ,seulement on attribua gnralement cette dclaration d'hostilit loyale au gouvernement la rancune personnelle d'une ambition trompe1 qui se venge en renversant ce qu'elle a protg la veille4 ,cela tait bien faux2 car le roi venait pour la seconde fois de me demander une entrevue secrte2 j'y avais consenti par pure dfrence respectueuse pour nos anciennes relations4 ,il m'avait tout offert1 avec des instances qui rendaient le refus difficile un coeur touch de ses embarras2 j'avais tout refus4 ,son principal ministre cette poque1 qui sait mieux que personne une partie de la vrit sur cette entrevue et sur les avances du roi1 les a dmenties rcemment1 dit-on1 en les mettant sur le compte de mon imagination4 ,le roi lui-mme1 du fond de sa tombe1 dans ses rvlations posthumes1 dmentira1 plus pertinemment que moi1 son ministre4 ,aucun roi n'a tant crit4 ,mais remontons de quelques mois1 au moment o1 en crivant les ,girondins1 je faisais ce discours pique1 cette discussion en rcit qui devait produire et qui produisit une motion plus grande et plus durable que cent discours de tribune4 ,,ix ,j'ai dit dans quel esprit et dans quelle indpendance complte d'opinion politique j'avais rsolu d'crire cette histoire4 ,je m'enveloppai1 la campagne entre les sessions et ,paris entre les sances1 de tous les documents imprims1 manuscrits1 vivants1 qui survivaient cette mmorable poque4 ,ils taient nombreux1 volumineux1 sincres2 flatts de ce qu'une main libre cherchait dans leurs portefeuilles ou dans leur mmoire l'impartiale lumire qui ne luit qu'aprs que les partis sont morts et que les ressentiments sont teints4 ,j'avais rsolu avant tout d'tre vridique envers et contre tous1 et au besoin envers moi-mme2 je ne ngligeai rien pour tre bien inform4 ,quant au style1 je ne m'en occupai pas2 j'tais sr que les vnements eux-mmes m'inspireraient1 malgr mon peu d'habitude de la prose1 la clart1 l'ordre1 la lumire1 le naturel et mme la seule loquence de l'histoire1 la sensibilit communicative qui mle du coeur au rcit4 ,j'tais n pathtique2 je n'avais qu' me laisser aller ma nature4 ,sentir m'tait ais1 savoir tait plus difficile2 j'y mis tous mes soins4 ,voici1 entre mille autres1 un exemple de l'attention scrupuleuse et infatigable que j'apportai dans mon travail tre intressant force d'tre vrai4 ,dans tout ce qu'on me contestera sur la vracit des moindres dtails de ce long rcit en sept volumes1 je suis prt donner des preuves par tmoignages aussi irrcusables que celles que je vais produire en rponse ,m4 de ,cassagnac1 qui calomnie innocemment mon exactitude en histoire4 ,la vracit1 c'est la probit de l'histoire4 ,mentir la postrit1 c'est mentir ,dieu2 car l'histoire est divine4 ,x ,un crivain qui frappe juste1 mais qui frappe souvent trop fort1 cause de la vigueur mme de son talent1 ,m4 de ,cassagnac1 vient d'crire son tour un livre sur les ,girondins4 ,il m'accuse d'avoir non falsifi1 mais invent la fable de la mort et du banquet des ,girondins la veille de leur supplice4 ,ce dernier souper des victimes m'avait paru moi-mme si improbable et si dramatique1 que j'avais trouv l l'histoire un faux air de pome ou de roman1 et que j'avais rsolu de le rvoquer en doute ou de le rduire aux proportions les plus prosaques de l'histoire4 ,cependant1 de ce qu'une chose est dramatiquement pittoresque et pathtique il ne s'ensuit pas qu'elle soit fausse4 ,je voulus m'clairer consciencieusement avant de la rapporter4 ,j'avais entendu parler d'un ecclsiastique1 nomm l'abb ,lambert1 prtre asserment1 ami de plusieurs ,girondins1 qui avait communiqu avec eux dans leur prison et assist leurs derniers moments jusqu' l'heure du supplice4 ,je pris les informations les plus patientes et les plus prcises sur cet ecclsiastique et sur ce qu'il tait devenu aprs le #ca mai #agic4 ,j'appris qu'il vivait encore1 qu'il s'tait rconcili avec l'glise au temps des rtractations1 et qu'il tait1 depuis longues annes1 cur de la commune de ,bessancourt1 dans le dpartement de ,seine-et-,oise4 ,je lui crivis pour lui demander si les circonstances de sa participation aux vnements du #ca mai taient vraies1 et si1 dans le cas o ce bruit aurait quelque fondement1 il voudrait bien consentir me recevoir et me donner sur la mort de ses amis les informations utiles l'histoire4 ,il me rpondit avec beaucoup de bont qu'il tait tonn que son nom1 depuis si longtemps gar et enseveli dans le coin de terre o il desservait une humble paroisse1 ft parvenu jusqu' moi2 que1 son ge et ses infirmits l'empchant de se dplacer lui-mme1 il me recevrait dans son pauvre presbytre et me dirait tout ce que sa mmoire lui rappelait de ces tragiques vnements4 ,je pris la poste1 accompagn d'un jeune homme de ,mcon1 devenu depuis mon collgue l',assemble constituante de #ahdh1 que je ne crois pas devoir nommer ici sans son autorisation1 mais qui attesterait1 je n'en doute pas1 ce voyage et cette enqute avec moi ,bessancourt4 ,,xi ,le cur de ,bessancourt1 encore vert et comme prsent tout ce pass1 nous donna tous les renseignements dsirs sur les derniers jours1 sur les diverses dispositions d'esprit1 sur les conversations des condamns4 ,nous crivions les scnes1 les portraits1 les paroles1 mesure que ses souvenirs1 provoqus par nos questions1 se retrouvaient et se droulaient dans la mmoire du vieillard3 c'taient comme les notes du tableau historique et vridique que je me proposais de composer d'ensemble mon retour4 ,une journe suffit peine recueillir ce tmoignage du seul et dernier tmoin de ce grand drame4 ,l'interrogatoire du cur de ,bessancourt ne fut interrompu que par le djeuner et le dner que nous prmes sa table frugale4 ,nous le quittmes le soir1 pleins de reconnaissance pour son accueil et pleins des souvenirs vivants que nous emportions de ses entretiens4 ,peu de temps aprs1 je repartis de ,paris pour ,bessancourt1 afin de complter et d'claircir quelques autres circonstances du rcit restes obscures dans mon esprit4 ,j'tais accompagn cette fois par un homme de lettres1 confident de mes travaux et devenu lui-mme l'minent historien d'une autre poque de notre histoire4 ,sa parole ne me manquerait pas au besoin pour dissiper les doutes de ,m4 de ,cassagnac4 ,ce second voyage de ,bessancourt et les renseignements minutieux de l'abb ,lambert compltrent ma conviction4 ,je n'eus qu' rdiger ses tmoignages4 ,il est sans doute possible qu'aprs un si long laps de temps le cur de ,bessancourt ait commis quelques inadvertances de noms1 de dates1 de dtails sur des personnages si nombreux alors dans les prisons et sur leurs rles respectifs dans ce drame pathtique de leur dernire heure2 mais il est impossible qui a entendu ce modeste et sincre tmoin de ces scnes de rvoquer en doute sa vracit4 ,il n'avait jamais song jusque-l se faire un mrite de ce hasard qui l'avait li cette poque avec les ,girondins2 il parlait peu2 il n'crivait rien4 ,je pense qu'il n'aimait pas reporter la pense de ses paroissiens sur sa qualit de prtre asserment et constitutionnel dans sa jeunesse1 et qu'il tait plus importun qu'empress d'tre cit en tmoignage sur ces vnements qui lui rappelaient une faute d'orthodoxie sacerdotale1 expie depuis par sa rtractation4 ,si ces tmoignages de la consciencieuse minutie de mes recherches sur les moindres circonstances historiques de mon ,histoire des ,girondins ne suffisaient pas pour difier l'crivain qui m'attribue l'invention de cette prtendue fable1 voici ce sujet une lettre d'un des principaux habitants de ,bessancourt1 qui m'arrive aujourd'hui1 avec l'autorisation de la reproduire3 ,monsieur1 ,je n'ai pas besoin de remonter plus loin dans mes souvenirs pour attester que le vnrable abb ,lambert a t1 pendant de longues annes 7depuis #ahaf jusqu'en #ahdg1 anne de sa mort71 cur de ,bessancourt 7,seine-et-,oise72 que cet ecclsiastique a toujours pass dans la commune pour avoir t l'ami des ,girondins et le pieux consolateur de quelques-uns d'entre eux la veille de leur supplice1 en #agic2 et que vous tes venu1 accompagn d'un de vos amis ou collgues dont le nom m'chappe1 passer de longues heures chez ,m4 le cur ,lambert dans son presbytre de ,bessancourt1 pour recueillir personnellement1 de la bouche de ce vieillard1 tous les dtails que vous rapportez dans votre ,histoire des ,girondins4 ,c'est l1 ,monsieur1 que j'eus l'honneur de vous connatre1 d'assister vos entretiens la table de ,m4 le cur ,lambert1 et de vous recevoir dans ma maison de ,bessancourt dans l'intervalle de ces entretiens4 ,beaucoup d'habitants du village ont conserv comme moi le souvenir de cette enqute et la certifieraient au besoin4 ,recevez1 ,monsieur1 l'assurance de ma considration la plus distingue4 ,n4 ,,nalin4 ,bessancourt1 le #i juillet #ahfa4 ,,xii ,voil donc quatre tmoignages d'hommes encore vivants qui1 indpendamment des tmoignages crits1 ne laissent aucun doute sur la ralit des scnes solennelles et des paroles mmorables qui prcdrent le supplice des ,girondins2 sauf ces lgendes plus ou moins exactes1 plus ou moins amplifies1 qui ne sont point du fait de l'historien1 mais du peuple1 espce d'atmosphre ambiante de l'imagination populaire qui enveloppe toujours les grands vnements1 comme elle enveloppe dans la nature les grands horizons4 ,le critique se trompe galement en niant l'emprisonnement provisoire1 mais assez long1 des principaux ,girondins dans la prison des ,carmes de la rue de ,vaugirard avant leur captivit la ,conciergerie4 ,il se trompe par consquent en m'attribuant la supposition arbitraire des inscriptions murales des chambres hautes des ,carmes aux ,girondins dtenus dans ces chambres4 ,je les ai releves moi-mme sur ces murs blanchis la chaux1 o sans doute on peut les vrifier encore4 ,je n'ai donn que comme conjecture vraisemblable1 mais nullement certaine1 l'attribution de telle de ces inscriptions tel ou tel de ces prisonniers4 ,ce n'est point l de l'histoire1 mais de la conjecture morale qui n'a aucune valeur positivement historique1 mais qui ne fut jamais interdite aux historiens non pour falsifier1 mais pour vivifier leur rcit4 ,c'est ce mme scrupule de vracit1 quelle que ft la peine prise pour en consulter les sources par des voyages ou par des recherches parmi les familles des principaux acteurs du drame rvolutionnaire1 dont on retrouvera les preuves toutes les fois qu'on voudra1 comme ,m4 de ,cassagnac1 contester l'exactitude de telle ou telle page de l',histoire des ,girondins4 ,,xiii ,indpendamment des documents imprims ou manuscrits recueillis avec tant de soin et de prodigalit dans l'immense et lumineux recueil de ,,mm4 ,buchez et ,roux1 qui a t mon manuel historique1 toujours ouvert sur ma table pendant les deux annes consacres par moi crire cette histoire1 je n'ai pas nglig une seule information verbale possible obtenir des parents ou des amis des personnages1 mme odieux1 dont j'avais sonder la vie publique ou la vie intime4 ,c'est en approchant de l'homme tmoin des vnements qu'on approche le plus prs de la vrit des actes et des caractres4 ,l'histoire1 qui n'est que surface de loin1 n'est vridique que dans l'intimit4 ,l'acteur disparat1 l'homme se rvle1 l'histoire devient nue comme la vrit4 ,c'est ainsi que j'ai approch bien prs ,danton2 ,danton1 le seul homme d'tat de la rvolution aprs ,mirabeau1 le ,jupiter ,tonnant de ces orages1 le tribun dont on sentait le coeur convulsif palpiter de remords anticips jusque dans les clats de voix qui lanaient la peur pour faire fuir les victimes au lieu de les frapper1 l'homme qui aurait t le grand factieux des vrits modernes s'il avait eu le courage de ne pas concder le crime pour arme de la libert4 ,la seconde femme de ,danton1 qu'il avait pouse l'ge de quinze ans1 vivait l'poque o j'crivais les ,girondins1 et vit1 je crois1 encore aujourd'hui4 ,elle porte un nom respectable qui cache le nom trop mmorable de son premier mari4 ,elle fut retrouve par moi2 elle consentit dchirer en ma faveur le voile de veuve et le linceul de ses jeunes souvenirs2 elle m'envoya son fils d'un second lit1 jeune homme d'un nom sans tache1 d'un rang lev1 d'un coeur filial1 d'une conversation aussi discrte qu'instructive4 ,je connus par lui tous les secrets de nature et d'intimit sur le caractre1 sur la vie intrieure1 sur les sentiments privs1 sur la sparation dernire1 sur la mort tragique d'un de ces hommes deux aspects1 terribles au dehors1 placables au dedans4 ,c'est sur ce vrai modle1 sorti de l'ombre du rideau du lit conjugal1 que j'ai model le buste de ,danton4 ,,xiv ,ai-je excus un seul de ses crimes inexcusables1 les massacres de septembre#a et la concession de la tte du roi au #ba janvier8 ,non4 ,attnuer l'horreur du crime1 c'est le partager gratuitement2 l'excuse mme est pire que le crime1 car c'est le crime sans la passion qui le fait commettre1 c'est le crime froid4 ,note #a3 ,je ne crois plus que ,danton ait voulu les massacres de septembre4 ,je dois le dire1 la commune mme de ,paris ne les voulut pas2 elle les adopta aprs coup pour les arrter4 ,manuel faillit prir en tentant de dsarmer les gorgeurs2 ,danton1 tout audacieux qu'il tait1 n'osa pas les dsavouer4 ,c'est un crime sans pre6 ,mais j'ai fait connatre le vrai coupable1 le popularisme jusqu'au sang1 et j'ai montr le vrai ,danton1 noy dans un forfait dont il se repent1 en cherchant vainement regagner le bord de l'innocence1 qu'on ne regagne jamais qu'au ciel1 par le repentir et par l'expiation4 ,c'est ainsi que1 voulant restituer ,robespierre son vrai caractre historique de fanatisme systmatique et convaincu1 d'aberration politique et sociale au commencement et de frocit dsespre la fin1 je recherchai avec soin pendant tout un hiver1 ,paris1 les moindres fils encore subsistants qui pouvaient se rattacher cette figure1 et dire non la vrit convenue1 mais la vrit vraie et occulte sur ce tribun1 prcipit de sa dictature le #i thermidor1 journe dont ,bonaparte1 qui avait connu et frquent ce tyran du comit de salut public1 disait ,sainte-,hlne que3 c'tait un procs jug1 mais non instruit4 ,mot trs-hardi1 mais trs-vrai4 ,,xv ,j'appris par hasard qu'une des filles du menuisier ,duplay1 de la rue ,saint-,honor1 existait encore1 sous le nom de madame ,lebas1 dans la rue de ,tournon2 qu'elle tait la tradition vivante de cette famille qui avait donn ,robespierre une si longue et si intime hospitalit dans son intrieur1 depuis son arrive ,paris1 pour siger l',assemble constituante1 jusqu' sa mort1 dans laquelle il avait entran ,duplay1 sa femme et une partie de la famille ,duplay4 ,je parvins me faire introduire chez madame ,lebas1 ce tmoin naf et passionn de vie intime de ,robespierre1 cette protestation vivante et ardente contre les calomnies 7car on calomnie mme le crime7 des historiens de la ,rvolution4 ,je trouvai dans madame ,lebas une femme de la ,bible aprs la dispersion des tribus ,babylone1 retire du commerce des vivants dans le haut tage d'un appartement modique1 conversant avec ses souvenirs1 entoure des portraits de sa famille dcime au #ah fructidor1 de ses soeurs dont ,robespierre avait d pouser la plus belle1 de ,robespierre lui-mme dans tous ces costumes lgants dont il s'enorgueillissait de prsenter le contraste sur sa personne avec la veste1 le bonnet rouge1 les sabots1 signes sordides1 flatteries ignobles des ,jacobins l'galit et la misre des populaces4 ,un magnifique portrait au pastel1 de grandeur naturelle1 de ,saint-,just1 ce ,barbaroux des terroristes1 cet ,antinos des ,jacobins1 s'talait dans un cadre d'or poudreux contre la muraille entre les rideaux du lit et la porte1 objet d'un culte de souvenir de jeune fille pour le plus sduisant des disciples du tribun de la mort4 ,la jeune fille tait devenue femme1 mre1 veuve2 elle avait vieilli d'annes et de visage1 sans rappeler par ses traits aucune beaut passe1 mais sans aucun signe de vieillesse ou de caducit4 ,une pense fixe1 triste1 mais nullement dconcerte1 donnait ses traits une sorte de ptrification lapidaire dans une seule ide et dans un mme sentiment1 ide abstraite1 sentiment ferme1 mais nullement svre4 ,elle m'accueillit avec scurit1 prvenue qu'elle tait par le pote ,branger que je n'tais point de sa religion politique1 que je ne venais ni pour la flatter ni pour la trahir1 mais uniquement pour m'instruire et pour entendre ses tmoignages sur le temps1 sur les choses1 sur les hommes qu'elle avait traverss1 connus1 frquents de si prs dans cette intimit quotidienne o les hommes les plus comdiens en public oublient de se masquer1 selon leurs rles1 devant les tmoins domestiques de toutes les heures secrtes de leur vie4 ,je lui rptai ce que lui avait dit ce sujet ,branger3 ,je ne me prsente point vous1 lui dis-je1 comme un partisan de la terreur et comme un rhabilitateur de la mmoire que vous cultivez4 ,dieu ne plaise6 ,fils de royaliste1 royaliste moi-mme de naissance1 de tradition1 d'ducation1 pendant mes jeunes annes1 si ,robespierre n'tait pas mort1 mon pre n'aurait pas vcu1 et toute ma famille aurait t victime de son systme de rnovation de la ,france par l'extermination4 ,mais je veux porter dans l'histoire publique l'honntet de la conscience prive1 peindre les acteurs non avec les traits du prjug et de la vengeance1 mais avec leurs propres traits4 ,on doit justice mme ce que l'on rprouve1 et1 s'il y a une vertu mle par hasard au crime dans un homme justement abhorr de ses ennemis ou de ses victimes1 il ne faut point nier cet amalgame monstrueux1 mais souvent rel2 il faut sparer1 avec une sincrit loyale1 cette vertu du crime1 et dire l'histoire3 ,ceci tait vertu1 ceci tait crime2 et ceci1 crime et vertu1 tait l'homme4 ,voil dans quel esprit de rpulsion instinctive contre votre idole et d'impartialit historique dans l'histoire je viens recueillir vos souvenirs4 ,accordez-les-moi ou refusez-les-moi1 selon l'ide que vous vous ferez de moi-mme2 je respecterai galement votre confiance et votre silence1 je reviendrai ou je m'loignerai sans retour4 ,madame ,lebas fut plus sensible cette franchise qu'elle ne l'aurait t une adulation intresse de ses sentiments4 ,elle m'accorda un libre accs dans sa retraite et me laissa feuilleter mon aise1 et page par page1 sa mmoire prsente1 intarissable et passionne sur tous les dtails intrieurs ou extrieurs de la vie prive et de la vie publique de ,robespierre4 ,tout ce que j'ai rapport dans les ,girondins sur la vie asctique1 retire1 laborieuse1 chaste et pour ainsi dire abstraite de l'idole des ,jacobins et du peuple1 est textuellement la conversation de madame ,lebas4 ,le style et les rflexions seuls sont de moi4 ,,xvi ,saint-,just aussi jouait un grand rle dans cette mmoire4 ,je crois que la jeune fille de l'entrepreneur ,duplay1 hte de ,robespierre1 avait eu la pense de devenir l'pouse du jeune et beau proconsul1 fanatique side de ce ,mahomet d'entresol1 quand la rvolution que ,robespierre croyait accomplir serait enfin close par cette bergerie plbienne et sentimentale que ,saint-,just et son matre croyaient tablir la place des ingalits niveles et des chafauds abolis4 ,car1 au fond1 c'tait l leur pense4 ,on la retrouve dans tous leurs papiers secrets et dans toutes leurs conversations portes fermes1 la table de la mre de mesdemoiselles ,duplay4 ,toutes les fois que le nom de ,saint-,just revenait dans nos entretiens1 l'accent s'amollissait1 la physionomie s'attendrissait visiblement dans madame ,lebas1 et un regard d'enthousiasme rtrospectif s'levait du portrait vers le plafond1 comme un reproche muet au ciel d'avoir tranch quelque douce perspective1 par la hache de #agid1 avec cette tte d'ange exterminateur sur le buste d'un proscripteur de vingt-sept ans4 ,,xvii ,je retrouvai avec plus de peine encore une autre source d'informations sur ,danton dans ,m4 de ,saint-,albin1 dont le vaste htel de la rue du ,temple tait un vrai muse de la ,terreur4 ,il y avait chapp lui-mme en changeant de nom4 ,mais ses informations avaient des rticences qui ne permettaient pas de croire la complte impartialit du confident de ,danton4 ,il ne fallait lui demander que les figures4 ,j'en dcouvris une autre bien plus sre1 bien plus prcise et bien plus originale dans ,souberbielle1 vieux et fidle terroriste1 rest jusqu' quatre-vingts ans fanatique de ,robespierre comme au jour de la proclamation de l'tre suprme1 et ne cessant pas de dplorer le #i thermidor et le supplice du tribun-pontife1 comme l'holocauste de la vertu4 ,souberbielle1 qui demeurait presque invisible dans le quartier de la place ,royale1 avec une vieille servante1 me recevait au chevet de son lit avec une joie mal dguise1 comme un mourant reoit un lgataire pour lui confier avant la mort ses chers souvenirs4 ,il paraissait vivre dans l'aisance1 quoique dans la solitude4 ,son appartement1 au premier tage d'une maison dcente1 tait en dsordre1 mais c'tait un dsordre de ngligence2 les meubles s'y entassaient sur les meubles1 les tableaux sur les tableaux1 les toffes sur les toffes3 on et dit un encan4 ,il avait t un des confidents les plus initis dans les penses et dans les actes politiques du chef du comit de salut public4 ,robespierre l'avait nomm mdecin en chef et en mme temps agent principal de sa confiance cette cole de ,mars1 corps de jeunes janissaires personnels de ,robespierre1 logs au ,champ de ,mars1 qui gardaient de loin la ,convention et veillaient surtout sur ,robespierre lui-mme1 prts voler son secours dans le cas o ses collgues1 fatigus de sa domination1 viendraient lui livrer combat dans l',assemble ou dans la capitale4 ,souberbielle savait tous ses secrets et partageait1 mme quarante ans de distance1 tout le fanatisme de son matre pour les grandes penses populaires et vertueuses qu'il lui supposait encore4 ,cette apothose de ,robespierre tait dure pour moi supporter4 ,dans ses accs d'enthousiasme1 le sang chaud et mridional de ,souberbielle1 qui se portait son front1 lui donnait une figure sibyllique d'inspir de l'chafaud2 ses cheveux blancs se hrissaient avec le frmissement de l'exaltation sur sa tte1 et les reflets rouges de ses rideaux de lit cramoisis1 transpercs par le soleil du matin et se rpercutant sur ce lit de vieillard1 semblaient filtrer non de la lueur1 mais une teinte de sang4 ,il n'tait pas froce1 mais encore ivre de l'ivresse des champs de bataille du #i thermidor1 o ,robespierre1 qui n'avait pas voulu combattre1 avait prfr mourir dsarm4 ,cela tait juste4 ,le crime a quelquefois des martyrs1 jamais de hros4 ,c'est ce soin minutieux et consciencieux de rechercher la vrit aux sources prives les plus rapproches des acteurs1 et par consquent les plus naturellement partiales pour eux1 que j'ai d le reproche non pas d'avoir flatt1 mais trop minutieusement reproduit les portraits les plus odieux des hommes les plus rprouvs parmi les tribuns sanguinaires du comit de salut public1 et surtout de ,robespierre1 cette personnification de la ,terreur4 ,non pas cependant qu'on m'ait attribu aucune complicit de doctrines avec cet homme chimrique d'institutions1 philosophe d'chafaud1 impassible de meurtre1 sans cruaut comme sans piti dans le coeur1 s'il avait un coeur1 immolateur par systme de tout ce qui rsistait au froid dlire d'un impossible nivellement sous le niveau de fer de sa guillotine4 ,le jugement final port par moi dans les ,girondins sur cet homme1 sur ses systmes et sur ses actes1 est trop implacable de svrit pour qu'on puisse m'imputer aucune complicit d'ides ou aucune intention d'attnuation de ses immanits1 juste horreur des sicles4 ,mais l'imagination des lecteurs voit toujours le crime ou la vertu d'une seule pice2 elle s'irrite quand on lui montre dans un monstre une parcelle de vertu1 et dans un homme de bien un atome de faiblesse4 ,la moindre justice dans l'historien lui parat une complicit1 la moindre quit est ses yeux une connivence4 ,,xviii ,de plus1 et ici je me frappe la poitrine1 le public a eu un peu raison contre moi4 ,on a trouv que le pinceau de l'historien caressait trop les dtails intimes de cette figure1 et que ce soin mme du pinceau accusait une certaine indulgence coupable ou malsante pour le modle4 ,ainsi la philosophie asctique du dput d',arras1 la tnacit froide de ses ides d'abord fneloniennes1 la patience de ses utopies attendre l'heure des applications1 au milieu des premiers murmures de l',assemble constituante contre ses chimres dmagogiques1 son obstination acqurir par un travail ingrat l'loquence qui lui manquait l'origine et qu'il finit par conqurir force de veilles1 sa pauvret volontaire1 sa vie d'artisan dans une maison d'artisan1 sa sobrit1 sa squestration absolue du monde des plaisirs ou des intrigues1 en sorte qu'il ne sortait de son entresol1 au dessus d'un atelier1 que pour apparatre aux deux tribunes du peuple3 tous ces dtails vrais du portrait de ,robespierre1 dtails sur lesquels j'ai trop insist1 d'aprs madame ,lebas1 n'taient que de la fidlit et ont paru de la faveur4 ,moi1 un terroriste6 ,on l'a bien vu1 quand1 port un moment1 par le hasard de ma vie et des vnements1 la place mme o ,robespierre avait reu le coup de pistolet vengeur du sang qu'il avait demand et qu'il demandait encore1 mon premier acte politique a t de proposer au gouvernement de la seconde rpublique1 qui partageait mon impatience d'humanit1 de porter le dcret d'abolition de la peine de mort en politique1 et de dsarmer1 en nous dsarmant1 le peuple de l'arme des supplices1 qui dshonore toutes les causes populaires quand elle ne les tue pas4 ,c'tait un commentaire en action sans doute assez explicite1 et j'oserai dire en ce moment1 assez dvou1 de ma prtendue apothose de ,robespierre4 ,mais je n'en avais pas eu moins tort1 comme historien1 d'avoir donn prtexte ce reproche1 non par mon coeur1 mais par mon pinceau4 ,ces sortes de figures sinistres doivent rester dans l'ombre des tableaux2 la lumire les jette trop en avant sur la scne4 ,il faut de l'horreur autour des bourreaux1 pour qu'il y ait plus d'clat autour des victimes4 ,un coup de pinceau1 comme un coup de hache1 avec une couleur de sang1 voil tout4 ,,lamartine4 ,l,x,x,i,ie ,,entretien4 ,,critique ,,de ,l',,histoire ,,des ,,girondins4 7,,troisi,,me ,,partie47 ,i ,encore une fois1 c'est l une faute de conception et presque de moralit dans l',histoire des ,girondins4 ,j'en demande pardon comme artiste1 mais certes pas comme homme politique4 ,la fidlit du portrait n'est pas la complicit du peintre4 ,quand1 dans le moyen ge de ,rome papale1 la belle et infortune ,cinci devint complice de la mort d'un tyran fodal1 froce et incestueux1 qui tait son pre1 et quand la juste inflexibilit du pape refusa la grce d'une coupable1 grce que toute l',italie demandait cause de la fatalit1 de l'innocence et de la beaut de la victime1 un peintre illustre saisit son pinceau et retraa1 pendant qu'elle marchait l'chafaud1 la figure anglique et la pleur livide de la ,cinci2 ce portrait rendit la condamne une vie immortelle4 ,qui jamais accusa le peintre du parricide de son modle8 ,,ii ,cela dit quant la vracit et la sincrit de l'histoire1 un mot du style4 ,le style tant ce qu'on appelle le talent1 et le talent tant la partie d'un livre o se rfugie l'amour-propre de l'auteur1 il serait malsant et immodeste moi d'en parler2 j'aurais voulu en avoir davantage pour populariser et immortaliser les rcits1 les leons et les moralits de ces mmorables vnements4 ,l'homme a beau se guinder1 il ne peut ajouter une ligne sa taille2 il est ce qu'il est4 ,je n'ai pas mis de prtention dans mon style1 j'y ai mis un peu plus d'attention que dans mes autres crits1 en vers ou en prose1 parce que mes autres crits1 surtout en prose1 ne s'adressaient qu'au temps1 et que l'histoire s'adresse la postrit4 ,je respectais plus la postrit que mon temps4 ,mais le caractre de mon style1 tant le mouvement1 la chaleur et l'improvisation1 ne comporte pas ces perfections lgantes et ce poli des surfaces qui1 dans les styles vraiment classiques1 sont l'oeuvre du temps4 ,dans l'ordre matriel1 comme dans l'ordre littraire1 tout ce qui est poli est froid4 ,voyez le marbre4 ,je ne suis pas de marbre1 je suis d'argile1 je le reconnais4 ,c'est donc au public et non moi de caractriser le style des ,girondins4 ,je ferai ici une simple observation sur la critique qui a t faite le plus souvent de mon style historique par des historiens mes mules ou mes rivaux4 ,c'est l'abondance et la minutieuse exactitude des portraits de mes personnages historiques4 ,si c'est un dfaut1 j'en conviens2 mais j'en conviens sans m'en accuser et sans m'en repentir4 ,voici pourquoi3 ,,iii ,je n'ai jamais eu d'autre rhtorique et d'autre critique que mon plaisir4 ,faire l'histoire comme j'aime la lire1 voil tout mon systme d'crivain4 ,or les portraits physiques et biographiques des personnages me charment et m'instruisent dans ,thucydide1 dans ,tacite1 dans ,machiavel1 dans ,saint-,simon1 dans tous les grands historiens anciens ou modernes4 ,l'homme m'explique l'vnement1 le visage m'explique l'homme1 les traits me rvlent le caractre1 la vie prive me dvoile les motifs souvent cachs de la vie publique4 ,peut-tre ce got pour les portraits tient-il en moi mon imagination plastique et pittoresque1 qui a besoin de se reprsenter fortement la physionomie des choses et des hommes pendant qu'elle lit le rcit des vnements o ces hommes sont en scne dans le livre4 ,c'est possible2 mais j'ai toujours cru que la peinture n'tait pas un dfaut dans ces tableaux crits qu'on appelle la grande histoire4 ,un nom seul ne me peint rien1 ce n'est qu'une abstraction compose de quelques syllabes4 ,j'ai en dgot les historiens abstraits2 ils veillent ma curiosit1 ils ne la satisfont pas4 ,plutarque pensait videmment comme moi1 mais il plaait le portrait aprs l'homme4 ,je n'ai jamais compris pourquoi les historiens franais1 anglais1 italiens1 espagnols1 ont imit ,plutarque en cela2 cela m'a toujours paru bizarre et absurde4 ,car quel est l'objet du portrait historique8 ,c'est videmment d'appeler et de fixer l'attention et l'intrt sur la figure d'un personnage que l'on va voir entrer en scne et agir sous vos yeux4 ,c'est donc1 selon la logique1 le moment o il faut dire au lecteur3 ,voil quel tait ce personnage1 voil d'o il venait1 voil comment il tait sorti de l'obscurit1 voil dans quelles dispositions de famille1 de corps1 d'esprit1 de passion il arrivait pour participer l'vnement4 ,on comprend alors1 ds qu'il apparat1 ds qu'il parle1 ds qu'il agit1 ses premiers mots et ses moindres actes2 on a le pressentiment de sa prsence et de son importance dans le drame1 on le regarde1 on le reconnat1 on s'incorpore1 pour ainsi dire1 d'avance avec lui4 ,c'est donc avant le rle et non aprs la mort du personnage qu'il faut1 selon moi1 le portrait2 ce n'est pas quand il est mort ou retir pour jamais de la scne4 ,ce qu'il faut alors au lecteur1 ce n'est pas le portrait1 c'est le jugement historique et moral sur le rle hroque ou odieux de cet homme1 c'est l'pitaphe lapidaire de son nom4 ,je crois donc que ces historiens antiques ou ces historiens routiniers modernes qui ont imit ,plutarque en plaant le portrait la fin au lieu de le placer au commencement1 se sont tromps de place dans leur systme historique2 je le crois d'autant plus que ce n'est pas ainsi que procde la nature1 cette grande logicienne1 cette grande rhtoricienne de l'cole de ,dieu4 ,quand la nature veut nous intresser un vnement o figure un homme ou une femme quelconque1 que fait-elle8 ,elle commence par nous montrer la place o cet vnement va se passer1 un site1 un paysage1 une ville1 une maison1 un palais1 un temple1 un champ de bataille1 une assemble publique1 un peuple en bullition ou en silence1 ml ou attentif un vnement3 puis elle nous montre un personnage qui arrive sur cette scne pour y figurer au premier plan1 son visage1 son attitude1 sa dmarche1 sa physionomie calme ou convulsive1 son costume mme et jusqu' l'ombre que son corps projette ct ou derrire lui sur la place ou sur la foule au milieu de laquelle il apparat4 ,voil le procd de la nature4 ,d'abord le lieu1 puis l'homme1 puis les accessoires1 les indices de l'vnement qui va se passer4 ,quand la nature a jet ainsi le site et l'homme dans les yeux du spectateur1 et que ces yeux ont eu le temps de bien regarder et de bien se figurer le personnage qui doit parler ou agir1 elle le fait se mouvoir1 elle le fait parler ou agir1 elle le fait commettre des actes de vertu1 de politique1 ou des forfaits d'ambition travers l'vnement qui se droule4 ,on suit le personnage1 on le pressent1 on le devine1 on se passionne pour ou contre lui1 selon qu'on participe soi-mme par l'admiration ou par l'horreur l'hrosme1 au fanatisme1 au crime ou la vertu de l'homme historique2 on vit de sa vie ou l'on meurt de sa mort par l'imagination mue pour ou contre lui2 il disparat1 et l'historien alors reparat lui2 et1 semblable au choeur antique1 cet historien prend la parole1 prononce un jugement moral1 court1 nerveux1 impartial1 favorable ou implacable sur le personnage qu'il vient de reprsenter vos yeux4 ,voil comment procde la nature4 ,le style doit-il procder autrement8 videmment non2 le mode naturel est le mode logique4 ,la nature est le ,quintilien des bons esprits2 faisons comme elle1 et nous serons srs de frapper l'oeil1 de satisfaire l'esprit et de toucher le coeur4 ,,iv ,c'est ainsi que j'ai raisonn1 c'est ainsi que j'ai essay d'crire1 c'est ainsi que j'ai t amen faire beaucoup de portraits et placer ces figures avant l'action1 comme sur la scne on prsente l'acteur avant le rle1 et non pas le rle avant l'acteur1 contre-sens la logique de la nature dont ,plutarque a donn l'exemple aux pdants de l'histoire4 ,ai-je bien ou mal fait d'imiter la nature au lieu d'imiter ,plutarque ou ,rollin8 ,ce n'est pas moi de le dire4 ,encore une fois1 mon livre est plein de dfauts2 mais1 malgr ces dfauts1 c'est de tous les livres historiques publis en ,europe depuis ,jean-,jacques ,rousseau1 dans la fivre d'engouement qui saisit l',europe l'apparition de la ,nouvelle ,hlose1 c'est celui de tous les livres srieux qui a t le plus vite et le plus persvramment dvor par la curiosit publique depuis son apparition2 c'est celui qu'on a accus bien tort d'avoir assez branl les esprits en ,france et en ,europe pour avoir fait une rvolution en ,france et huit ou dix rvolutions en ,europe4 ,j'ai prononc le mot d'engouement tout l'heure1 pour expliquer le succs de la ,nouvelle ,hlose de ,jean-,jacques ,rousseau au moment de son apparition2 mais remarquez qu'on ne peut expliquer par ce mot d'engouement le succs des ,girondins1 car l'engouement ne dure pas vingt ans sans rmission et mme sans dgot contre un livre2 or les ditions de l',histoire des ,girondins se succdent depuis vingt ans sous la presse de ,paris1 de ,londres1 de la ,belgique1 sans que la prodigieuse consommation de ce livre se soit abaisse d'un chiffre ou ralentie d'un jour en ,france et en ,europe4 7,consultez cet gard les libraires47 ,donc le mode de composition et de style que j'ai employ ce livre avait1 au milieu de mille imperfections et de mille insuffisances de talent1 au moins cet intrt d aux portraits mmes que mes mules en histoire me reprochent4 ,j'ajoute encore1 et je dois ajouter1 que1 par un acharnement extrme et injuste1 la faction orlaniste1 la faction dmagogique et le haut parti lgitimiste#b ont fait de concert tout ce qu'ils ont pu pour dcrditer ce livre1 et qu'ils n'y sont pas parvenus2 le mme nombre d'exemplaires leur glisse tous les ans entre les doigts et se rpand dans toutes les bibliothques du globe4 ,cela ne prouve pas que ce livre a du style1 mais cela fait prsumer qu'il a de la vie4 ,la vie aussi est un style2 c'est le coeur des livres3 tant que ce coeur bat1 le livre n'est pas mort1 et il continue faire battre le coeur de ceux qui le lisent des mmes sentiments qui animent l'auteur en l'crivant4 ,j'admets donc que le livre est faiblement crit2 mais son succs prodigieux et continu me permet de croire qu'il est1 malgr ses imperfections1 encore vivant et sympathique4 ,note #b3 ,le croira-t-on quand je serai mort et quand on verra1 toutes les pages de ma vie1 mes sacrifices1 mes fidlits d'honoration ses princes exils1 mes partialits de coeur1 mes gards de plume pour ce parti de ma jeunesse2 le croira-t-on que c'est par ce parti1 par ses organes1 par ses courtisans1 que j'ai t le plus insult l'aide de tactiques indignes1 qui livrent un ami dont on n'a rien craindre1 pour flatter1 qui8 des ennemis implacables dont on n'a rien esprer6 c'est--dire les ministres de ,louis-,philippe qui vous ont jets hors du trne et du territoire en #ahcj4 ,vous n'avez pas assez de prvenances pour ces hommes du parti d',orlans1 vous n'avez pas assez de ddain et d'injures pour celui qui1 en #ahcj et depuis1 a souffert pour vous le stoque martyre de l'honneur4 ,v ,un autre caractre qui me frappe en le relisant moi-mme aujourd'hui1 et qui fait1 je n'en doute pas1 une grande partie de son intrt1 c'est que les hommes y sont beaucoup plus en scne que les choses4 ,j'ai personnifi partout les vnements dans les acteurs2 c'est le moyen d'tre toujours intressant1 car les hommes vivent et les choses sont mortes1 les hommes ont un coeur et les choses n'en ont pas1 les choses sont abstraites et les hommes sont rels4 tez du livre une centaine d'hommes principaux qui animent tout de leur me1 qui passionnent tout de leurs passions1 et le livre n'existerait plus4 ,c'est ainsi qu'ayant reprsenter ds le dbut la ,rvolution qui va s'ouvrir1 je choisis un homme1 ,mirabeau1 et je personnifie en lui toute la ,rvolution4 ,sa biographie1 plus romanesque qu'un roman1 attache tout de suite le lecteur1 par toutes les curiosits de l'esprit et par toutes les motions de l'me1 au drame dont ce grand acteur va remuer la scne4 ,,vi ,j'entreprends d'crire l'histoire d'un petit nombre d'hommes qui1 jets par la ,providence au centre du plus grand drame des temps modernes1 rsument en eux les ides1 les passions1 les vertus1 les fautes d'une poque1 et dont la vie et la politique1 formant1 pour ainsi dire1 le noeud de la ,rvolution franaise1 sont tranches du mme coup que les destines de leur pays4 ,cette histoire pleine de sang et de larmes est pleine aussi d'enseignements pour les peuples4 ,jamais peut-tre autant de tragiques vnements ne furent presss dans un espace de temps aussi court2 jamais non plus cette corrlation mystrieuse qui existe entre les actes et leurs consquences ne se droula avec plus de rapidit4 ,jamais les faiblesses n'engendrrent plus vite les fautes1 les fautes les crimes1 les crimes le chtiment4 ,cette justice rmunratoire que ,dieu a place dans nos actes mmes comme une conscience plus sainte que la fatalit des anciens ne se manifesta jamais avec plus d'vidence2 jamais la loi morale ne se rendit elle-mme un plus clatant tmoignage et ne se vengea plus impitoyablement4 ,en sorte que le simple rcit de ces deux annes est le plus lumineux commentaire de toute une grande rvolution1 et que le sang rpandu flots n'y crie pas seulement terreur et piti1 mais leon et exemple aux hommes4 ,c'est dans cet esprit que je veux les raconter4 ,l'impartialit de l'histoire n'est pas celle du miroir qui reflte seulement les objets1 c'est celle du juge qui voit1 qui coute et qui prononce4 ,des annales ne sont pas de l'histoire3 pour qu'elle mrite ce nom1 il lui faut une conscience2 car elle devient plus tard celle du genre humain4 ,le rcit vivifi par l'imagination1 rflchi et jug par la sagesse1 voil l'histoire telle que les anciens l'entendaient1 et telle que je voudrais moi-mme1 si ,dieu daignait guider ma plume1 en laisser un fragment mon pays4 ,,vii ,mirabeau venait de mourir4 ,l'instinct du peuple le portait se presser en foule autour de la maison de son tribun1 comme pour demander encore des inspirations son cercueil2 mais ,mirabeau vivant lui-mme n'en aurait plus eu donner4 ,son gnie avait pli devant celui de la ,rvolution2 entran un prcipice invitable par le char mme qu'il avait lanc1 il se cramponnait en vain la tribune4 ,les derniers mmoires qu'il adressait au roi1 et que l'armoire de fer nous a livrs avec le secret de sa vnalit1 tmoignent de l'affaissement et du dcouragement de son intelligence4 ,ses conseils sont versatiles1 incohrents1 presque purils4 ,tantt il arrtera la ,rvolution avec un grain de sable4 ,tantt il place le salut de la monarchie dans une proclamation de la couronne et dans une crmonie royale propre populariser le roi4 ,tantt il veut acheter les applaudissements des tribunes et croit que la nation lui sera vendue avec eux4 ,la petitesse des moyens de salut contraste avec l'immensit croissante des prils4 ,le dsordre est dans ses ides4 ,on sent qu'il a eu la main force par les passions qu'il a souleves1 et que1 ne pouvant plus les diriger1 il les trahit1 mais sans pouvoir les perdre4 ,ce grand agitateur n'est plus qu'un courtisan effray qui se rfugie sous le trne1 et qui1 balbutiant encore les mots terribles de nation et de libert1 qui sont dans son rle1 a dj contract dans son me toute la petitesse et toute la vanit des penses de cour4 ,le gnie fait piti quand on le voit aux prises avec l'impossible4 ,mirabeau tait le plus fort des hommes de son temps2 mais le plus grand des hommes se dbattant contre un lment en fureur ne parat plus qu'un insens4 ,la chute n'est majestueuse que quand on tombe avec sa vertu4 ,,viii ,lisez son portrait politique la suite de son portrait physique et moral2 l'homme personnifie immdiatement en lui non-seulement la pense1 mais1 hlas6 aussi les passions et les immoralits que toute rvolution fait bouillonner dans toutes ces vastes commotions humaines4 ,ds son entre dans l',assemble nationale1 il la remplit2 il y est lui seul le peuple entier4 ,ses gestes sont des ordres1 ses motions sont des coups d'tat4 ,il se met de niveau avec le trne4 ,la noblesse se sent vaincue par cette force sortie de son sein4 ,le clerg1 qui est peuple1 et qui veut remettre la dmocratie dans l'glise1 lui prte sa force pour faire crouler la double aristocratie de la noblesse et des vques4 ,tout tombe en quelques mois de ce qui avait t bti et ciment par les sicles4 ,mirabeau se reconnat seul au milieu de ces dbris4 ,son rle de tribun cesse4 ,celui de l'homme d'tat commence4 ,il y est plus grand encore que dans le premier4 ,l o tout le monde ttonne1 il touche juste1 il marche droit4 ,la ,rvolution dans sa tte n'est plus une colre1 c'est un plan4 ,la philosophie du dix-huitime sicle1 modre par la prudence du politique1 dcoule toute formule de ses lvres4 ,son loquence1 imprative comme la loi1 n'est plus que le talent de passionner la raison4 ,sa parole allume et claire tout4 ,presque seul ds ce moment1 il a le courage de rester seul4 ,il brave l'envie1 la haine et les murmures1 appuy sur le sentiment de sa supriorit4 ,il congdie avec ddain les passions qui l'ont suivi jusque-l4 ,il ne veut plus d'elles le jour o sa cause n'en a plus besoin2 il ne parle plus aux hommes qu'au nom de son gnie4 ,ce titre lui suffit pour tre obi4 ,l'assentiment que trouve la vrit dans les mes est sa puissance4 ,sa force lui revient par le contre-coup4 ,il s'lve entre tous les partis et au-dessus d'eux4 ,tous le dtestent1 parce qu'il les domine2 et tous le convoitent1 parce qu'il peut les perdre ou les servir4 ,il ne se donne aucun1 il ngocie avec tous2 il pose1 impassible sur l'lment tumultueux de cette ,assemble1 les bases de la constitution rforme3 lgislation1 finances1 diplomatie1 guerre1 religion1 conomie politique1 balance des pouvoirs1 il aborde et il tranche toutes les questions1 non en utopiste1 mais en politique4 ,la solution qu'il apporte est toujours la moyenne exacte entre l'idal et la pratique4 ,il met la raison la porte des moeurs1 et les institutions en rapport avec les habitudes4 ,il veut un trne pour appuyer la dmocratie1 il veut la libert dans les chambres1 et la volont de la nation1 une et irrsistible1 dans le gouvernement4 ,le caractre de son gnie1 tant dfini et tant mconnu1 est encore moins l'audace que la justesse4 ,il a sous la majest de l'expression l'infaillibilit du bon sens4 ,ses vices mmes ne peuvent prvaloir sur la nettet et sur la sincrit de son intelligence4 ,au pied de la tribune1 c'est un homme sans pudeur et sans vertu2 la tribune1 c'est un honnte homme4 ,livr ses dportements privs1 marchand par les puissances trangres1 vendu la cour pour satisfaire ses gots dispendieux1 il garde dans ce trafic honteux de son caractre l'incorruptibilit de son gnie4 ,de toutes les forces d'un grand homme sur son sicle1 il ne lui manque que l'honntet4 ,le peuple n'est pas une religion pour lui1 c'est un instrument2 son dieu1 lui1 c'est la gloire2 sa foi1 c'est la postrit2 sa conscience n'est que dans son esprit2 le fanatisme de son ide est tout humain2 le froid matrialisme de son sicle enlve son me le mobile1 la force et le but des choses imprissables4 ,il meurt en disant3 ,enveloppez-moi de parfums et couronnez-moi de fleurs pour entrer dans le sommeil ternel4 ,il est tout du temps2 il n'imprime son oeuvre rien d'infini4 ,,ix ,ici1 je laisse respirer le lecteur et je caractrise l'esprit de la ,rvolution4 ,cette caractrisation est pleine d'erreurs1 elle est lyrique plus que politique4 ,j'y remarque surtout des thories sociales du ,contrat social de ,jean-,jacques ,rousseau2 il faut lire ces pages avec une extrme prcaution de jugement4 ,j'ai lu depuis ce ,contrat social de ,jean-,jacques ,rousseau que je vantais alors sur parole2 j'en ai publi dernirement l'analyse et la critique raisonnes 7,entretiens littraires1 n4 #fe #fg74 ,j'engage mes lecteurs les lire2 on y verra combien j'ai chang d'impression sur ce faux prophte d'une libert anarchique1 d'une libert sans limites1 d'une galit impraticable4 ,l'histoire et l'exprience m'ont mri l'esprit2 ce n'est nullement une rpudiation de principes1 c'est un progrs4 ,la socit libre moins que la socit tyrannique ne peut se fonder sur des mensonges4 ,le ,contrat social de ,jean-,jacques ,rousseau et les ,droits de l'homme de ,la ,fayette1 proclams en #aghi1 sont un catalogue de contre-vrits politiques4 ,ni l'un ni l'autre de ces apologistes des droits de l'homme en socit ne comprenaient la porte de ce qu'ils crivaient2 du moins1 ils n'en prvoyaient pas les consquences4 ,le peuple votait d'enthousiasme1 quoi8 le nant4 ,combien il serait beau aujourd'hui d'crire ces vrais droits de l'homme par la main d'un ,aristote1 d'un ,bacon1 d'un ,montesquieu1 d'un ,mirabeau6 ,car ,mirabeau ne donne jamais dans ces mtaphysiques de ,jean-,jacques ,rousseau2 il les laisse jeter au peuple comme des osselets1 mais il s'en moque toujours les portes fermes4 ,s'il n'avait pas la vertu de la probit politique1 il avait le gnie des ralits4 ,x ,le portrait de ,louis ,,xvi est vrai1 il est respectueux pour le malheur de sa situation4 ,voyez ce dernier trait3 ,dans la situation de ,louis ,,xvi1 et quand on se demande quel est le conseil qui aurait pu le sauver1 on cherche et on ne trouve pas4 ,il y a des circonstances qui enlacent tous les mouvements d'un homme dans un tel pige que1 quelque direction qu'il prenne1 il tombe dans la fatalit de ses fautes ou dans celle de ses vertus4 ,louis ,,xvi en tait l4 ,toute la dpopularisation de la royaut en ,france1 toutes les fautes des administrations prcdentes1 tous les vices des rois1 toutes les hontes des cours1 tous les griefs du peuple1 avaient pour ainsi dire abouti sur sa tte et marqu son front innocent pour l'expiation de plusieurs sicles4 ,les poques de rnovation ont leurs sacrifices4 ,quand elles veulent renouveler une institution qui ne leur va plus1 elles entassent sur l'homme en qui cette institution se personnifie tout l'odieux et toute la condamnation de l'institution elle-mme2 elles font de cet homme une victime qu'elles immolent au temps3 ,louis ,,xvi tait cette victime innocente1 mais charge de toutes les iniquits des trnes1 et qui devait tre immole en chtiment de la royaut4 ,voil le roi4 ,,xi ,on m'a beaucoup reproch le portrait de la reine2 lisez pourtant4 ,quel peintre1 mme madame ,lebrun1 a port plus de grce et plus d'attendrissement sur cette figure8 ,cette jeune reine semblait avoir t cre par la nature pour attirer jamais l'intrt et la piti des sicles sur un de ces drames d'tat qui ne sont pas complets quand les infortunes d'une femme ne les achvent pas4 ,fille de ,marie-,thrse1 elle avait commenc sa vie dans les orages de la monarchie autrichienne4 ,elle tait soeur de ces enfants que l'impratrice tenait par la main quand elle se prsenta en suppliante devant les fidles ,hongrois1 et que ces troupes s'crirent3 ,mourons pour notre roi ,marie-,thrse6 ,sa fille aussi avait le coeur d'un roi4 son arrive en ,france1 sa beaut avait bloui le royaume3 cette beaut tait dans tout son clat4 ,elle tait grande1 lance1 souple3 une vritable fille du ,tyrol4 ,les deux enfants qu'elle avait donns au trne1 loin de la fltrir1 ajoutaient l'impression de sa personne ce caractre de majest maternelle qui sied si bien la mre d'une nation4 ,le pressentiment de ses malheurs1 le souvenir des scnes tragiques de ,versailles1 les inquitudes de chaque jour1 plissaient seulement un peu sa premire fracheur4 ,la dignit naturelle de son port n'enlevait rien la grce de ses mouvements2 son cou1 bien dtach des paules1 avait ces magnifiques inflexions qui donnent tant d'expression aux attitudes4 ,on sentait la femme sous la reine1 la tendresse du coeur sous la majest du port4 ,ses cheveux blond-cendr taient longs et soyeux2 son front haut et un peu bomb venait se joindre aux tempes par ces courbes qui donnent tant de dlicatesse et tant de sensibilit ce sige de la pense ou de l'me chez les femmes2 les yeux de ce bleu clair qui rappelle le ciel du ,nord ou l'eau du ,danube2 le nez aquilin1 les narines bien ouvertes et lgrement renfles1 o les motions palpitaient1 signe du courage2 une bouche grande1 des dents clatantes1 des lvres autrichiennes1 c'est--dire saillantes et dcoupes2 le tour du visage ovale1 la physionomie mobile1 expressive1 passionne2 sur l'ensemble de ces traits1 cet clat qui ne se peut dcrire1 qui jaillit du regard1 de l'ombre1 des reflets du visage1 qui l'enveloppe d'un rayonnement semblable la vapeur chaude et colore o nagent les objets frapps du soleil3 dernire expression de la beaut qui lui donne l'idal1 qui la rend vivante et qui la change en attrait4 ,avec tous ces charmes1 une me altre d'attachement1 un coeur facile mouvoir1 mais ne demandant qu' se fixer2 un sourire pensif et intelligent qui n'avait rien de banal2 des intimits1 des prfrences1 parce qu'elle se sentait digne d'amitis4 ,voil ,marie-,antoinette comme femme4 ,c'tait assez pour faire la flicit d'un homme et l'ornement d'une cour4 ,pour inspirer un roi indcis et pour faire le salut d'un tat dans des circonstances difficiles1 il fallait plus3 il fallait le gnie du gouvernement2 la reine ne l'avait pas4 ,rien n'avait pu la prparer au maniement des forces dsordonnes qui s'agitaient autour d'elle2 le malheur ne lui avait pas donn le temps de la rflexion4 ,accueillie avec enivrement par une cour orgueilleuse et une nation ardente1 elle avait d croire l'ternit de ces sentiments4 ,elle s'tait endormie dans les dissipations de ,trianon4 ,elle avait entendu les premiers bouillonnements de la tempte sans croire au danger2 elle s'tait fie l'amour qu'elle inspirait et qu'elle se sentait dans le coeur4 ,la cour tait devenue exigeante1 la nation hostile4 ,instrument des intrigues de la cour sur le coeur du roi1 elle avait d'abord favoris1 puis combattu toutes les rformes qui pouvaient prvenir ou ajourner les crises4 ,sa politique n'tait que de l'engouement1 son systme n'tait que son abandon alternatif tous ceux qui lui promettaient le salut du roi4 ,,xii ,tout cela est parfaitement indulgent quoique parfaitement historique2 ce qui suit l'est galement3 ,on en vint la redouter dans le parti de la ,rvolution4 ,on est prompt calomnier ce qu'on craint4 ,on la peignait dans d'odieux pamphlets sous les traits d'une ,messaline2 les bruits les plus infmes circulaient2 les anecdotes les plus controuves furent rpandues4 ,le coeur d'une femme1 ft-elle reine1 a droit l'inviolabilit2 ses sentiments ne deviennent de l'histoire que quand ils clatent en publicit4 ,voil ce qui fit clater contre moi un cri de profanation de l'image de la reine qui retentit encore4 ,j'avais deux torts1 en effet1 que je ne cherche point excuser3 le premier1 c'tait de porter1 quoique dans une intention trs-innocente et mme trs-attnuante1 le jour non pas de l'vidence1 mais de la conjecture sur l'intrieur d'une femme qui ne doit compte qu' ,dieu et son mari de la nature de ses intimits et de ses prdilections1 intimits et prdilections que l'historien doit toujours prsumer irrprochables2 le second1 c'tait de m'tre servi du mot pudeur au lieu du mot convenance dans la dernire phrase de ce paragraphe4 ,je l'avais mis trs-innocemment2 il caractrisait dans ma pense les accusations que je ne voulais pas rappeler4 ,mais1 l'histoire tant mes yeux toujours un peu monumentale1 toutes les fois qu'il se prsente ma plume de ces mots signifiant la mme chose1 je choisis de prfrence le mot le plus classique1 le mot tymologie latine4 ,j'avais fait l ce que je fais toujours1 j'avais pris le mot latin pudeur au lieu du mot moderne rserve ou convenance4 ,on affecta de croire que j'avais voulu par ce mot donner un caractre d'impudicit la conduite de la reine4 ,rien n'tait plus loin de ma pense4 ,je changeai le mot ds que je m'aperus de sa mauvaise interprtation la seconde dition2 mais il tait trop tard pour la susceptibilit des royalistes du parti de la reine4 ,je ne les accuse pas mon tour d'avoir pris un lapsus de plume pour une profanation sacrilge4 ,je reconnais que j'avais t1 non pas coupable1 mais tmraire et malheureux dans ce regard jet sur l'intrieur de cette jeune reine4 ,rien n'autorise lui imputer un tort de conduite dans ses devoirs d'pouse1 de mre et d'amie4 ,mais1 quant son influence versatile et selon moi funeste sur les conseils de son mari1 je persiste1 sur la foi de ses amis eux-mmes1 unanimes dplorer son influence en ce sens1 lui attribuer bien involontairement les consquences les plus tragiques de ces conseils contradictoires donns au roi4 ,ce n'tait pas sa faute1 sans doute1 mais ce fut son malheur2 sa tte charmante mais sans exprience n'avait rien du gnie viril de gouvernement que demandait une telle poque4 ,qu'on lise sans exception tous les mmoires de ses plus intimes courtisans de ,versailles ou de ,trianon1 publis avant et depuis les ,girondins1 on se convaincra qu' cet gard ils sont tous plus svres mme que l'histoire sur l'action politique de la reine2 et qu'on lise dans les ,girondins les pages du cinquime volume consacres par moi aux malheurs et au supplice de cette princesse1 dont l'apothose1 juste alors1 eut pour pidestal un cachot et un chafaud1 certes on ne m'accusera plus d'avoir voulu ternir cette sublime ascension de la victime4 ,j'en ai pour preuve l'indulgente justice et la constante faveur de jugement que sa fille dvoue1 madame la duchesse d',angoulme1 en ,france comme dans l'exil1 conserva jusqu' sa mort mon nom4 ,sous la svrit peut-tre exagre de l'historien de sa mre1 cette princesse se plut reconnatre le coeur toujours mu et toujours respectueux du peintre des malheurs de sa maison royale1 le ,van ,dyck de ces autres ,stuarts4 ,j'en suis rest reconnaissant jusqu' ce jour aussi1 et cependant il faut ajouter que madame la duchesse d',angoulme ne connaissait de moi que mes ouvrages et mon refus de servir une autre royaut que la sienne aprs #ahcj4 ,elle ne se souvenait pas du jeune royaliste inconnu de #ahae qui gardait la porte de son palais ou qui escortait cheval la fuite nocturne de son oncle sur la route de la ,belgique2 mais elle lisait dans les ,girondins le #aj aot1 la tour du ,temple1 le #ba janvier1 le cachot de la ,conciergerie1 le martyre royal de sa mre disculpe et sanctifie par les larmes de l',europe1 et le peintre qui avait dvers tant d'horreur sur ces supplices1 tant de piti sur ces victimes1 ne lui apparaissait pas comme un sacrilge1 mais comme un vengeur4 ,cependant1 je le rpte1 moins indulgent que cette princesse envers moi-mme1 je me reproche amrement d'avoir employ une expression malheureuse1 quoique promptement efface1 en parlant d'une reine enivre de jeunesse1 de beaut1 de puissance1 d'adulations1 et qui devait tre plus tard l'ternelle victime et l'ternel remords de la ,rvolution4 ,,xiii ,aprs ce portrait de la cour1 viennent ceux de l',assemble3 on les a lus2 ,robespierre vient le dernier4 ,on a vu que je me reproche justement aussi d'avoir donn en apparence1 comme artiste1 trop de vernis ce portrait4 ,qu'on en lise cependant le dbut3 on y sent d'avance l'inflexibilit du jugement dfinitif4 ,dans l'ombre encore1 et derrire les chefs de l',assemble nationale1 un homme presque inconnu commenait se mouvoir1 agit d'une pense inquite qui semblait lui interdire le silence et le repos2 il tentait en toute occasion la parole1 et s'attaquait indiffremment tous les orateurs1 mme ,mirabeau4 ,prcipit de la tribune1 il y remontait le lendemain2 humili par les sarcasmes1 touff par les murmures1 dsavou par tous les partis1 disparaissant entre les grands athltes qui fixaient l'attention publique1 il tait sans cesse vaincu1 jamais lass4 ,on et dit qu'un gnie intime et prophtique lui rvlait d'avance la vanit de tous ces talents1 la toute-puissance de la volont et de la patience1 et qu'une voix entendue de lui seul lui disait3 ,ces hommes qui te mprisent t'appartiennent2 tous les dtours de cette ,rvolution qui ne veut pas te voir viendront aboutir toi1 car tu t'es plac sur sa route comme l'invitable excs auquel aboutit toute impulsion6 ,cet homme1 c'tait ,robespierre4 ,il y a des abmes qu'on n'ose pas sonder et des caractres qu'on ne veut pas approfondir1 de peur d'y trouver trop de tnbres et trop d'horreur2 mais l'histoire1 qui a l'oeil impassible du temps1 ne doit pas s'arrter ces terreurs2 elle doit comprendre ce qu'elle se charge de raconter4 ,ici je ne m'excuse pas1 je me justifie4 ,l'accusation d'avoir flatt ,robespierre est la calomnie qui a le plus contrist mon coeur4 ,m'accusera-t-on aussi d'avoir flatt le club des ,jacobins1 levier de ,robespierre8 ,qu'on lise4 ,,xiv ,le club dominant tait celui des ,jacobins2 ce club tait la centralisation de l'anarchie2 aussitt qu'une volont puissante et passionne remue une nation1 cette volont commune rapproche les hommes1 l'individualisme cesse et l'association lgale ou illgale organise la passion publique4 ,de toutes les passions du peuple1 celle qu'on y flattait le plus1 c'tait la haine2 on le rendait ombrageux pour l'asservir4 ,convaincu que tout conspirait contre lui1 roi1 reine1 cour1 ministres1 le peuple se jetait avec dsespoir entre les bras de ses dfenseurs2 le plus loquent ses yeux tait celui qui manifestait le plus de crainte2 il avait soif de dnonciations1 on les lui prodiguait4 ,c'tait ainsi que ,barnave1 les ,lameth1 puis ,danton1 ,brissot1 ,camille ,desmoulins1 ,ption1 ,robespierre1 avaient conquis leur autorit sur le peuple2 ces noms avaient mont avec sa colre2 ils entretenaient cette colre pour rester leur sommet4 ,la reprsentation nationale n'avait que les lois1 le club avait le peuple1 la sdition et mme l'arme4 ,hlas6 tout tait aveugle alors1 except la ,rvolution elle-mme 7c'est--dire la rforme et la reconstitution civile1 moins ses abus1 ses erreurs et ses vices74 ,si chacun des partis ou des hommes mls ds le premier jour ces grands vnements et pris leur vertu au lieu de leur passion pour rgle de leurs actes1 tous ces dsastres1 qui les crasrent1 eussent t sauvs eux et leur patrie4 ,si le roi et t ferme et intelligent1 si le clerg et t dsintress des choses temporelles1 si l'aristocratie et t juste1 si le peuple et t modr1 si ,mirabeau et t intgre1 si ,la ,fayette et t dcid1 si ,robespierre et t humain1 la ,rvolution se serait droule1 majestueuse et calme comme une pense divine1 sur la ,france et de l sur l',europe2 elle se serait installe comme une philosophie dans les faits1 dans les lois1 dans les cultes4 ,il devait en tre autrement4 ,la pense la plus sainte1 la plus juste et la plus pieuse1 quand elle passe par l'imparfaite humanit1 n'en sort qu'en lambeaux et en sang4 ,ceux mme qui l'ont conue ne la reconnaissent plus et la dsavouent4 ,mais il n'est pas donn au crime lui-mme de dgrader la vrit2 elle survit tout1 mme ses victimes4 ,le sang qui souille les hommes ne tache pas l'ide1 et1 malgr les gosmes qui l'avilissent1 les lchets qui l'entravent1 les forfaits qui la dshonorent1 la ,rvolution souille se purifie1 se reconnat1 triomphe et triomphera4 ,le seul devoir de l'crivain honnte tait donc de dfinir cette ,rvolution1 de ne point la laisser confondre comme on le fait tous les jours1 aujourd'hui plus que jamais1 avec les excs1 les iniquits1 les spoliations1 les chafauds qui la souillrent4 ,c'est ce que l',histoire des ,girondins fait1 on le reconnatra toutes ses pages4 ,ce livre est mon tmoin4 ,il a quelques faux principes2 il n'a pas une excuse pour une goutte de sang1 aucun dmagogue n'y est flatt4 ,,xv ,les portraits de ,camille ,desmoulins1 de ,marat et autres sont des stigmates4 ,voyez comment ce singe et ce tigre de la ,terreur y sont peints2 et cependant1 si l'opinion publique a eu quelque faiblesse1 mme parmi les crivains royalistes de ce temps1 c'est pour ,camille ,desmoulins1 cet enfant gt de la faveur publique4 ,les ,discours de la ,lanterne aux ,parisiens1 transforms plus tard dans les ,rvolutions de ,france et de ,brabant1 taient l'oeuvre de ,camille ,desmoulins4 ,ce jeune tudiant1 qui s'tait improvis publiciste1 sur une chaise du jardin du ,palais-,royal1 aux premiers mouvements populaires du mois de juillet #aghi1 avait conserv dans son style1 souvent admirable1 quelque chose de son premier rle4 ,c'tait le gnie sarcastique de ,voltaire descendu du salon sur les trteaux4 ,nul ne personnifiait mieux en lui la foule que ,camille ,desmoulins4 ,c'tait la foule avec ses mouvements inattendus et tumultueux1 sa mobilit1 son inconsquence1 ses fureurs interrompues par le rire ou soudainement changes en attendrissement et en piti pour les victimes mmes qu'elle immolait4 ,un homme la fois si ardent et si lger1 trivial et si inspir1 si indcis entre le sang et les larmes1 si prt lapider ce qu'il venait de difier dans son enthousiasme1 devait avoir sur un peuple en rvolution d'autant plus d'empire qu'il lui ressemblait davantage4 ,son rle1 c'tait sa nature4 ,il n'tait pas seulement le singe du peuple1 il tait le peuple lui-mme4 ,son journal1 colport le soir dans les lieux publics et cri avec des sarcasmes dans les rues1 n'a pas t balay avec ces immondices du jour4 ,il est rest et il restera comme une ,satyre ,menippe trempe de sang4 ,c'est le refrain populaire qui menait le peuple aux plus grands mouvements1 et qui s'teignait souvent dans le sifflement de la corde de la lanterne ou dans le coup de hache de la guillotine4 ,camille ,desmoulins tait l'enfant cruel de la ,rvolution4 ,marat en tait la rage2 il avait les soubresauts de la brute dans la pense1 et les grincements dans le style4 ,son journal1 l',ami du peuple1 suait le sang chaque ligne4 ,,xvi ,l'accusation d'avoir prsent le parti tour tour ambitieux et faible des ,girondins pour un parti idal de la ,rvolution n'est pas moins errone4 ,voyez leur entre en scne1 en #agia1 aprs la proclamation de la constitution3 ,l',assemble tait presse de ressaisir la passion publique1 qu'un attendrissement passager lui enlevait4 ,elle rougissait dj de sa modration d'un jour1 et cherchait semer de nouveaux ombrages entre le trne et la nation4 ,un parti nombreux dans son sein voulait pousser les choses leurs consquences et tendre la situation jusqu' ce qu'elle se rompt4 ,ce parti avait besoin pour cela d'agitation2 le calme ne convenait pas ses desseins4 ,il avait des ambitions au-dessus de ses talents1 ardentes comme sa jeunesse1 impatientes comme sa soif de situation4 ,l',assemble constituante1 compose d'hommes mrs1 assis dans l'tat1 classs dans la hirarchie sociale1 n'avait eu que l'ambition des ides de la libert et de la gloire2 l',assemble nouvelle avait celle du bruit1 de la fortune et du pouvoir4 ,forme d'hommes obscurs1 pauvres et inconnus1 elle aspirait conqurir tout ce qui lui manquait4 ,ce dernier parti1 dont ,brissot tait le publiciste1 ,ption la popularit1 ,vergniaud le gnie1 les ,girondins le corps1 entrait en scne avec l'audace et l'unit d'une conjuration4 ,c'tait une bourgeoisie triomphante1 envieuse1 remuante1 loquente1 l'aristocratie du talent1 voulant conqurir et exploiter elle seule la libert1 le pouvoir et le peuple4 ,l',assemble se composait par portions ingales de trois lments3 les constitutionnels1 parti de la libert et de la monarchie modre2 les ,girondins1 parti du mouvement continu jusqu' ce que la ,rvolution tombt dans leurs mains2 les ,jacobins1 parti du peuple et d'une impitoyable utopie4 ,le premier1 transaction et transition2 le second1 audace et intrigue2 le troisime1 fanatisme et dvouement4 ,de ces deux derniers partis1 le plus hostile au roi n'tait pas le parti jacobin4 ,l'aristocratie et le clerg dtruits1 ce parti ne rpugnait pas au trne2 il avait un haut degr l'instinct de l'unit du pouvoir4 ,ce n'est pas lui qui demanda le premier la guerre et qui pronona le premier le mot de rpublique2 mais il pronona le premier et souvent le mot dictature2 le mot rpublique appartient ,brissot et aux ,girondins4 ,si les ,girondins1 leur avnement l',assemble1 s'taient joints au parti constitutionnel pour sauver la constitution en la modrant1 et la ,rvolution en ne la poussant pas la guerre1 ils auraient sauv leur parti et maintenu le trne4 ,l'honntet1 qui manquait leur chef1 manqua leur conduite3 l'intrigue les entrana4 ,ils se firent les agitateurs d'une assemble dont ils pouvaient tre les hommes d'tat4 ,ils n'avaient pas la foi la rpublique1 ils en simulrent la conviction4 ,en rvolution1 les rles sincres sont les seuls rles habiles4 ,il est beau de mourir victime de sa foi1 il est triste de mourir dupe de son ambition4 ,est-ce l un apologiste ou un juge8 ,parlerais-je aujourd'hui plus svrement8 ,,xvii ,en ce qui concerne cette date la constitution civile du clerg1 sorte de concordat populaire1 aussi illogique et aussi oppressif qu'un concordat royal1 je n'ai rien rtracter de mon jugement2 ce fut une des grandes fautes de la ,rvolution2 en matire de conscience1 son salut et son devoir taient dans un peuple libre et dans une glise libre1 se mouvant librement et respectueusement dans deux sphres indpendantes1 la sphre civique et la sphre religieuse4 ,bien que je ne me dissimule rien des difficults de cette sparation des deux autorits1 elle triomphera un jour2 la religion en sera plus pure et plus efficace1 plus morale1 la conscience plus fire d'elle-mme1 l'tat plus irresponsable des fureurs ou des perscutions des pouvoirs humains4 ,le portrait de ,vergniaud se dessine dans la question de l'migration4 ,le droit de tout faire1 except ce qui attente la patrie1 est son principe2 il est aussi celui du bon sens4 ,seulement la confiscation des biens de l'migr1 droit qui punit les enfants et la famille de la faute d'un pre1 dont ils sont innocents et pour lequel ils sont frapps dans leur existence1 est un faux principe en quit comme en politique4 ,,xviii ,vergniaud1 n ,limoges et avocat ,bordeaux1 n'avait alors que trente-trois ans4 ,le mouvement l'avait saisi et emport tout jeune4 ,ses traits majestueux et calmes annonaient le sentiment de sa puissance4 ,aucune tension ne les contractait4 ,la facilit1 cette grce du gnie1 assouplissait tout en lui1 talent1 caractre1 attitude4 ,une certaine nonchalance annonait qu'il s'oubliait aisment lui-mme1 sr de se retrouver avec toute sa force au moment o il aurait besoin de se recueillir4 ,son front tait serein1 son regard assur1 sa bouche grave et un peu triste2 les penses svres de l'antiquit se fondaient dans sa physionomie avec les sourires et l'insouciance de la premire jeunesse4 ,on l'aimait familirement au pied de la tribune4 ,on s'tonnait de l'admirer et de le respecter ds qu'il y montait4 ,son premier regard1 son premier mot mettait une distance entre l'homme et l'orateur4 ,c'tait un instrument d'enthousiasme qui ne prenait sa valeur et sa place que dans l'inspiration4 ,cette inspiration1 servie par une voix grave et par une locution intarissable1 s'tait nourrie des plus purs souvenirs de la tribune antique4 ,sa phrase avait les images et l'harmonie des plus beaux vers4 ,s'il n'avait pas t l'orateur d'une dmocratie1 il en et t le philosophe et le pote4 ,son gnie tout populaire lui dfendait de descendre au langage du peuple1 mme en le flattant4 ,il n'avait que des passions nobles comme son langage4 ,il adorait la ,rvolution comme une philosophie sublime qui devait ennoblir la nation tout entire sans faire d'autres victimes que les prjugs et les tyrannies4 ,il avait des doctrines et point de haines1 des soifs de gloire et point d'ambitions4 ,le pouvoir mme lui semblait quelque chose de trop rel1 de trop vulgaire pour y prtendre4 ,il le ddaignait pour lui-mme1 et ne le briguait que pour ses ides4 ,la gloire et la postrit taient les deux seuls buts de sa pense4 ,il ne montait la tribune que pour les voir de plus haut2 plus tard il ne vit qu'elles du haut de l'chafaud1 et il s'lana dans l'avenir1 jeune1 beau1 immortel dans la mmoire de la ,france1 avec tout son enthousiasme et quelques taches dj laves dans son gnreux sang4 ,tel tait l'homme que la nature avait donn aux ,girondins pour chef4 ,il ne daigna pas l'tre1 bien qu'il et l'me et les vues d'un homme d'tat2 trop insouciant pour un chef de parti1 trop grand pour tre le second de personne4 ,il fut ,vergniaud4 ,plus glorieux qu'utile ses amis1 il ne voulut pas les conduire2 il les immortalisa4 ,,xix ,en relisant aujourd'hui le jugement que je portais alors sur l',assemble constituante sa dernire sance1 j'y trouve plusieurs loges plus lyriques que justes1 et que je ne ratifierais pas de sang-froid aujourd'hui4 ,voici le texte1 voici les corrections3 ,l',assemble constituante avait abdiqu dans une tempte4 ,cette ,assemble avait t la plus imposante runion d'hommes qui et jamais reprsent non pas la ,france1 mais le genre humain4 ,ce fut en effet le concile oecumnique de la raison et de la philosophie modernes4 ,la nature semblait avoir cr exprs1 et les diffrents ordres de la socit avoir mis en rserve pour cette oeuvre1 les gnies1 les caractres et mme les vices les plus propres donner ce foyer des lumires du temps la grandeur1 l'clat et le mouvement d'un incendie destin consumer les dbris d'une vieille socit1 et en clairer une nouvelle4 ,il y avait des sages comme ,bailly et ,mounier1 des penseurs comme ,sieys1 des factieux comme ,barnave1 des hommes d'tat comme ,talleyrand1 des hommes poques comme ,mirabeau1 des hommes principes comme ,robespierre4 ,chaque cause y tait personnifie par ce qu'un parti avait de plus haut ou de plus tranch4 ,les victimes aussi y taient illustres4 ,cazals1 ,malouet1 ,maury1 faisaient retentir en clats de douleur et d'loquence les chutes successives du trne1 de l'aristocratie et du clerg4 ,ce foyer actif de la pense d'un sicle fut nourri1 pendant toute sa dure1 par le vent des plus continuels orages politiques4 ,pendant qu'on dlibrait dedans1 le peuple agissait dehors et frappait aux portes4 ,ces vingt-six mois de conseils ne furent qu'une sdition non interrompue4 peine une institution s'tait-elle croule la tribune1 que la nation la dblayait pour faire place l'institution nouvelle4 ,la colre du peuple n'tait que son impatience des obstacles1 son dlire n'tait que sa raison passionne4 ,jusque dans ses fureurs1 c'tait toujours une vrit qui l'agitait4 ,les tribuns ne l'aveuglaient qu'en l'blouissant4 ,ce fut le caractre unique de cette ,assemble1 que cette passion pour un idal qu'elle se sentait invinciblement pousse accomplir4 ,acte de foi perptuel dans la raison et dans la justice2 sainte fureur du bien qui la possdait et qui la faisait se dvouer elle-mme son oeuvre1 comme ce statuaire qui1 voyant le feu du fourneau o il fondait son bronze prt s'teindre1 jeta ses meubles1 le lit de ses enfants1 et enfin jusqu' sa maison dans le foyer1 consentant prir pour que son oeuvre ne prt pas4 ,c'est pour cela que la rvolution qu'a faite l',assemble constituante est devenue une date de l'esprit humain1 et non pas seulement un vnement de l'histoire d'un peuple4 ,les hommes de cette ,assemble n'taient pas des ,franais1 c'taient des hommes universels4 ,on les mconnat et on les rapetisse quand on n'y voit que des prtres1 des aristocrates1 des plbiens1 des sujets fidles1 des factieux ou des dmagogues4 ,ils taient et ils se sentaient eux-mmes mieux que cela3 des ouvriers de ,dieu1 appels par lui restaurer la raison sociale de l'humanit1 et rasseoir le droit et la justice par tout l'univers4 ,aucun d'eux1 except les opposants la rvolution1 ne renfermait sa pense dans les limites de la ,france4 ,la dclaration des droits de l'homme le prouve4 ,c'tait le dcalogue du genre humain dans toutes les langues4 ,la ,rvolution moderne appelait les ,gentils comme les ,juifs au partage de la lumire et au rgne de la fraternit4 ,,xx ,aussi n'y eut-il pas un de ses aptres qui ne proclamt la paix entre les peuples4 ,mirabeau1 ,la ,fayette1 ,robespierre lui-mme1 effacrent la guerre du symbole qu'ils prsentaient la nation4 ,ce furent les factieux et les ambitieux qui la demandrent plus tard2 ce ne furent pas les grands rvolutionnaires4 ,quand la guerre clata1 la ,rvolution avait dgnr4 ,l',assemble constituante se serait bien garde de placer aux frontires de la ,france les bornes de ses vrits et de renfermer l'me sympathique de la ,rvolution franaise dans un troit patriotisme4 ,la patrie de ses dogmes tait le globe4 ,la ,france n'tait que l'atelier o elle travaillait pour tous les peuples4 ,respectueuse et indiffrente la question des territoires nationaux1 ds son premier mot elle s'interdit les conqutes4 ,elle ne se rservait que la proprit1 ou plutt l'invention des vrits gnrales qu'elle mettait en lumire4 ,universelle comme l'humanit1 elle n'eut pas l'gosme de s'isoler4 ,elle voulut donner et non drober4 ,elle voulut se rpandre par le droit et non par la force4 ,essentiellement spiritualiste1 elle n'affecta d'autre empire pour la ,france que l'empire volontaire de l'imitation sur l'esprit humain4 ,son oeuvre tait prodigieuse1 ses moyens nuls2 tout ce que l'enthousiasme lui inspire1 l',assemble l'entreprend et l'achve1 sans roi1 sans chef militaire1 sans dictateur1 sans arme1 sans autre force que la conviction4 ,seule au milieu d'un peuple tonn1 d'une arme dissoute1 d'une aristocratie migre1 d'un clerg dpouill1 d'une cour hostile1 d'une ville sditieuse1 de l',europe en armes1 elle fit ce qu'elle avait rsolu3 tant la volont est la vritable puissance d'un peuple1 tant la vrit est l'irrsistible auxiliaire des hommes qui s'agitent pour elle6 ,si jamais l'inspiration fut visible dans le prophte ou dans le lgislateur antique1 on peut dire que l',assemble constituante eut deux annes d'inspiration continue4 ,la ,france fut l'inspire de la civilisation4 ,je dis aujourd'hui3 ,cet hymne dpasse en admiration la porte de l',assemble constituante4 ,le mot d'homme principe1 qui s'applique ,robespierre1 est un scandale de mot qui peut faire douter de mes principes moi-mme4 ,est-ce que le fanatisme est une lumire8 est-ce que le sophisme est une vrit8 est-ce que le sang est un apostolat8 ,il est vrai qu' ce moment ,robespierre n'en avait pas encore vers1 et qu'il avait plaid au contraire contre la peine de mort4 ,c'est ce qui m'excuse de l'avoir qualifi ainsi ce moment de la ,rvolution o il tait encore loquent4 ,mais1 comme la vie tout entire d'un homme le rsume toutes les dates de sa vie dans la qualification qu'un historien lui donne1 ma plume a t tourdie1 sinon coupable1 en donnant alors ,robespierre une qualification double interprtation1 capable de fausser l'esprit de la jeunesse sur ce ,marius civil1 sur ce proscripteur-bourreau de la ,rvolution4 ,je m'en repens1 et je l'efface4 ,,xxi ,de la situation dgrade du roi au moment o la constitution de #agia tait proclame1 o sa puissance n'existait plus1 et o sa responsabilit pesait tous les jours sur sa tte1 j'en conclus qu'il et mieux valu alors pour le roi dgrad et pour la nation exigeante proclamer une rpublique ou une dictature de la nation qui aurait laiss le roi l'cart et en rserve pendant les essais d'application des principes populaires nouveaux4 ,je le crois encore1 ,louis ,,xvi eut tort d'accepter une couronne qui n'tait plus qu'une hache suspendue sur sa tte par les factions prtes se servir de lui1 le dshonorer1 puis le frapper4 ,la nation eut tort de ne pas retirer elle le pouvoir tout entier1 puisqu'elle en rejetait la responsabilit sur un fantme de roi444 ,le roi et sa famille n'auraient pas pri1 la nation n'aurait eu accuser qu'elle-mme de ses convulsions1 la rpublique constitutionnelle se serait tablie sans #aj aot1 sans massacres de septembre1 sans #ba janvier1 sans terreur2 ou bien la ,france1 convaincue de l'impuissance de la rpublique1 aurait rappel un trne conserv intact ,louis ,,xvi et sa malheureuse famille1 la charge de maintenir les lois civiles sagement rformes en #aghi4 ,ce que j'ai dit l dans le septime livre des ,girondins1 je le redis vingt ans de distance1 aprs deux restaurations1 une monarchie schismatique de #ahcj1 une rpublique de salut commun1 qui n'a ni vers une goutte de sang1 ni proscrit1 ni spoli personne1 et aprs une restauration dynastique d'une monarchie napolonienne qu'il ne m'appartient ni de caractriser ici1 ni de louer1 ni d'accuser de mon point de vue d'historien1 puisque mon point de vue est celui de la seconde rpublique4 ,mais je dirai toujours qu'une franche rpublique sans proscripteurs et sans proscrits vaut mieux pour un peuple en rvolution qu'une fausse monarchie enchane et assassine par les factions de #agia4 ,lisez ici l'explication de ma pense historique4 ,elle est hardie1 mais je la crois plus vraie en #agia que la timide circonspection des ,girondins4 ,s'il y et eu dans l',assemble constituante plus d'hommes d'tat que de philosophes1 elle aurait senti qu'un tat intermdiaire tait impossible sous la tutelle d'un roi demi dtrn4 ,on ne remet pas aux vaincus la garde et l'administration des conqutes4 ,agir comme elle agit1 c'tait pousser fatalement le roi ou la trahison ou l'chafaud4 ,un parti absolu est le seul parti sr dans les grandes crises4 ,le gnie est de savoir prendre ces partis extrmes leur minute4 ,disons-le hardiment1 l'histoire distance le dira un jour comme nous3 il vint un moment o l',assemble constituante avait le droit de choisir entre la monarchie et la rpublique1 et o elle devait choisir la rpublique4 ,l taient le salut de la ,rvolution et sa lgitimit4 ,en manquant de rsolution elle manqua de prudence4 ,mais1 dit-on avec ,barnave1 la ,france est monarchique par sa gographie comme par son caractre1 et le dbat s'lve l'instant dans les esprits entre la monarchie et la rpublique4 ,entendons-nous3 ,la gographie n'est d'aucun parti3 ,rome et ,carthage n'avaient point de frontires1 ,gnes et ,venise n'avaient point de territoires4 ,ce n'est pas le sol qui dtermine la nature des constitutions des peuples1 c'est le temps4 ,l'objection gographique de ,barnave est tombe un an aprs1 devant les prodiges de la ,france en #agib4 ,elle a montr si une rpublique manquait d'unit et de centralisation pour dfendre une nationalit continentale4 ,les flots et les montagnes sont les frontires des faibles2 les hommes sont les frontires des peuples4 ,,xxii ,laissons donc la gographie6 ,ce ne sont pas les gomtres qui crivent les constitutions sociales1 ce sont les hommes d'tat4 ,or les nations ont deux grands instincts qui leur rvlent la forme qu'elles ont prendre1 selon l'heure de la vie nationale laquelle elles sont parvenues3 l'instinct de leur conservation et l'instinct de leur croissance4 ,agir ou se reposer1 marcher ou s'asseoir1 sont deux actes entirement diffrents1 qui ncessitent chez l'homme des attitudes entirement diverses4 ,il en est de mme pour les nations4 ,la monarchie ou la rpublique correspondent exactement chez un peuple aux ncessits de ces deux tats opposs3 le repos ou l'action4 ,nous entendons ici ces deux mots de repos et d'action dans leur acception la plus absolue2 car il y a aussi repos dans les rpubliques et action sous les monarchies4 ,s'agit-il de se conserver1 de se reproduire1 de se dvelopper dans cette espce de vgtation lente et insensible que les peuples ont comme les grands vgtaux2 s'agit-il de se maintenir en harmonie avec le milieu europen1 de garder ses lois et ses moeurs1 de prserver ses traditions1 de perptuer les opinions et les cultes1 de garantir les proprits et le bien-tre1 de prvenir les troubles1 les agitations1 les factions3 la monarchie est videmment plus propre cette fonction qu'aucun autre tat de socit4 ,elle protge en bas la scurit qu'elle veut pour elle-mme en haut4 ,elle est l'ordre par gosme et par essence4 ,l'ordre est sa vie1 la tradition est son dogme1 la nation est son hritage1 la religion est son allie1 les aristocraties sont ses barrires contre les invasions du peuple4 ,il faut qu'elle conserve tout cela ou qu'elle prisse4 ,c'est le gouvernement de la prudence1 parce que c'est celui de la plus grande responsabilit4 ,un empire est l'enjeu du monarque4 ,le trne est partout un gage d'immobilit4 ,quand on est plac si haut1 on craint tout branlement1 car on n'a qu' perdre ou qu' tomber4 ,quand une nation a donc sa place sur un territoire suffisant1 ses lois consenties1 ses intrts fixs1 ses croyances consacres1 son culte en vigueur1 ses classes sociales gradues1 son administration organise1 elle est monarchique1 en dpit des mers1 des fleuves1 des montagnes4 ,elle abdique1 et elle charge la monarchie de prvoir1 de vouloir et d'agir pour elle4 ,c'est le plus parfait des gouvernements pour cette fonction4 ,il s'appelle des deux noms de la socit elle-mme3 unit et hrdit4 ,,xxiii ,un peuple1 au contraire1 est-il une de ces poques o il faut agir dans toute l'intensit de ses forces pour oprer en lui ou en dehors de lui une de ces transformations organiques qui sont aussi ncessaires aux peuples que le courant est ncessaire aux fleuves1 ou que l'explosion est ncessaire aux forces comprimes1 la rpublique est la forme oblige et fatale d'une nation un pareil moment4 une action soudaine1 irrsistible1 convulsive du corps social1 il faut les bras et la volont de tous4 ,le peuple devient foule1 et se porte sans ordre au danger4 ,lui seul peut suffire la crise4 ,quel autre bras que celui du peuple tout entier pourrait remuer ce qu'il a remuer8 dplacer ce qu'il veut dtruire8 installer ce qu'il veut fonder8 ,la monarchie y briserait mille fois son sceptre4 ,il faut un levier capable de soulever trente millions de volonts4 ,ce levier1 la nation seule le possde4 ,elle est elle-mme la force motrice1 le point d'appui et le levier4 ,on ne peut pas demander alors la loi d'agir contre la loi1 la tradition d'agir contre la tradition1 l'ordre tabli d'agir contre l'ordre tabli4 ,ce serait demander la force la faiblesse et le suicide la vie4 ,et d'ailleurs on demanderait en vain au pouvoir monarchique d'accomplir ces changements1 o souvent tout prit1 et le roi avant tout le monde4 ,une telle action est le contre-sens de la monarchie3 comment le voudrait-elle8 ,demander un roi de dtruire l'empire d'une religion qui le sacre1 de dpouiller de ses richesses un clerg qui les possde au mme titre divin auquel lui-mme possde le royaume1 d'abaisser une aristocratie qui est le degr lev de son trne1 de bouleverser des hirarchies sociales dont il est le couronnement1 de saper des lois dont il est la plus haute1 ce serait demander aux votes d'un difice d'en saper le fondement4 ,le roi ne le pourrait ni ne le voudrait4 ,en renversant ainsi tout ce qui lui sert d'appui1 il sent qu'il porterait sur le vide4 ,il jouerait son trne et sa dynastie4 ,il est responsable par sa race4 ,il est prudent par nature et temporisateur par ncessit4 ,il faut qu'il complaise1 qu'il mnage1 qu'il patiente1 qu'il transige avec tous les intrts constitus4 ,il est le roi du culte1 de l'aristocratie1 des lois1 des moeurs1 des abus et des erreurs de l'empire4 ,les vices mmes de la constitution font souvent partie de sa force4 ,les menacer1 c'est se perdre4 ,il peut les har1 il ne peut les attaquer4 de semblables crises la rpublique seule peut suffire4 ,les nations le sentent et s'y prcipitent comme au salut4 ,la volont publique devient le gouvernement4 ,elle carte les timides1 elle cherche les audacieux2 elle appelle tout le monde l'oeuvre1 elle essaye1 elle emploie1 elle rejette toutes les forces1 tous les dvouements1 tous les hrosmes4 ,c'est la foule au gouvernail4 ,,lamartine4