available by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,notes de transcription3 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise4 ,la formule mv#b doit tre lue comme mv au carr 7le #b en exposant74 ,,la ,,libert ,,et ,,le ,d,,terminisme ,,par ,,alfred ,,fouill,e ,,troisi,,me ,,dition ,,paris ,,ancienne ,,librairie ,,germer-,,baill,,re ,,et ,,cie ,f,,lix ,,alcan1 ,,diteur #ajh1 ,,boulevard ,,saint-,,germain1 #ajh #ahij ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,la ,philosophie de ,platon4 ,ouvrage couronn par l',acadmie des sciences morales et politiques et par l',acadmie franaise1 #b vol4 in-#h4 7,g4 ,baillire74 #af fr4 ,la ,philosophie de ,socrate4 ,ouvrage couronn par l',acadmie des sciences morales et politiques4 #b vol4 in-#h 7,g4 ,baillire47 #af fr4 ,l',ide moderne du droit1 deuxime dition4 #a vol4 in-#h4 7,hachette47 #c fr4 #ej ,la ,science sociale contemporaine4 #a vol4 in-#ah4 7,hachette47 #c fr4 #ej ,histoire gnrale de la philosophie1 quatrime dition4 #a vol4 in-#h4 7,delagrave47 #g fr4 #ej ,critique des systmes de morale contemporains4 #a vol4 in-#h4 7,g4 ,baillire47 #g fr4 #ej ,principes lmentaires de la ,psychologie scientifique4 #a vol4 in-#h4 7,e4 ,belin47 7,en prparation47 ,saint ,cloud4--,imprimerie ,,belin ,,fr,,res ,,pr,,face ,la mthode de conciliation1 dans l'ordre philosophique1 nous parat suprieure la mthode de rfutation1 comme le libralisme dans l'ordre social est suprieur aux voies rpressives4 ,la vrit1 plus large que nos systmes1 accorde une place dans son sein aux choses les plus opposes3 elle ne divise pas1 elle unit pour rgner4 ,notre pense ne pourrait-elle1 son image1 se faire conciliante et librale8 ,mieux vaut complter les doctrines que les rfuter2 mieux vaut accepter des autres et faire accepter de soi le plus possible4 ,reste-t-il1 malgr cela1 en dehors du cercle de nos ides1 quelque grande doctrine qui semble inconciliable avec la ntre et cependant vivace1 par cela mme plausible2 traons encore1 sans nous dcourager1 partir de ce centre qui est notre point de vue personnel1 des rayons de plus en plus grands1 pour voir si nous ne pourrions pas enfin embrasser l'opinion de nos adversaires dans notre doctrine largie4 ,le systme du dterminisme et celui de la libert1 n'ayant pu se dtruire depuis une lutte de tant de sicles1 doivent marquer deux directions de l'esprit en partie lgitimes1 qui1 si elles taient pousses assez loin1 finiraient par converger4 ,c'est cette direction convergente que nous allons essayer de dcouvrir1 d'abord dans la pratique1 o l'accord sera plus facile1 puis dans la thorie4 ,nous ne prtendons pas arriver jusqu'au point final o se rvlerait une concidence parfaite3 la srie des moyens-termes qu'il faudrait intercaler pour obtenir une entire conciliation des vrits1 et par consquent une entire explication des choses1 est probablement infinie2 tout ce qu'on peut faire1 c'est d'ajouter1 s'il est possible1 quelques anneaux de plus la chane des raisons4 99 99 99 99 99 ,en donnant cette nouvelle dition1 nous devons insister sur la mthode et sur la thorie fondamentale du livre4 ,notre mthode consistera complter d'abord et rectifier chacun des systmes adverses1 en largissant les fondements positifs qui sont comme sa base propre d'opration4 ,puis1 nous chercherons les parties communes aux systmes ainsi complts1 consquemment leurs convergences et concidences4 ,enfin1 nous essaierons d'intercaler entre eux des moyens-termes1 qu'ils seront galement forcs d'admettre et par lesquels se produiront de nouvelles harmonies4 ,a cette mthode1 qu'on a mal propos confondue avec d'autres bien diffrentes1 nous ne croyons pas qu'on ait adress aucune objection vraiment srieuse4 ,quant aux moyens-termes entre les systmes1 il en est un1 croyons-nous1 dont l'introduction est d'une haute importance dans le problme qui nous occupe3 c'est l'ide de la libert1 avec le dsir qui en est insparable et l'action directrice qui en rsulte4 ,le livre qu'on va lire a pour but de montrer l'influence de cette ide4 ,il renferme ainsi une partie entirement scientifique et par cela mme1 si nous ne nous trompons1 au-dessus de toute contestation en son ensemble4 ,nous y avons joint des spculations mtaphysiques d'un caractre ncessairement conjectural2 il importe de ne pas les confondre avec les rsultats positifs de notre analyse et de notre synthse4 ,l'action directrice qui appartient l'ide de libert demeure aussi incontestable pour les partisans du dterminisme que pour ses adversaires4 ,d'une part1 si c'est le dterminisme qui1 dans le fond des choses1 est le vrai1 du moins a-t-il besoin de faire une place en son sein l'ide de libert et son efficacit pratique4 ,l'oubli de cet lment essentiel est un vice qui se retrouve dans tous les systmes dterministes et qui les rend incomplets1 inadquats l'observation1 contraires la conscience de l'humanit4 ,il faut donc rectifier le dterminisme par l'introduction de cette donne capitale3 la pense se rflchissant sur soi et se concevant directrice2 car ici la rflexion mme devient une force nouvelle qui s'ajoute aux forces antcdentes4 ,d'autre part1 si c'est la libert qui est le vrai et dernier fond des choses1 encore n'agit-elle qu'en se faisant ide1 qu'en prenant conscience de soi1 qu'en produisant par cela mme un dterminisme de penses et de dsirs1 soumis une pense et un dsir dominateurs3 pense de la libert1 dsir de la libert4 ,nous avons donc l un terrain commun aux deux doctrines1 et un terrain proprement scientifique2 elles peuvent s'y rconcilier alors mme qu'elles demeurent encore divises dans leurs hypothses sur le mystre mtaphysique1 sur le dernier mot de l'existence1 sur le fond absolu du vouloir4 ,ce mystre mtaphysique subsistera toujours au bout de tous nos efforts1 dans la direction du dterminisme comme dans celle de l'indterminisme3 c'est une leon de modestie et de modration galement utile aux thories adverses et qui a1 dans la pratique mme1 son importance morale2 car le doute mtaphysique est1 nos yeux1 une des conditions de la moralit#a4 #a ,voir notre ,critique des systmes de morale1 conclusion4 ,le problme que nous allons aborder n'est pas seulement un problme philosophique2 il est1 par excellence1 le problme philosophique4 ,toutes les autres questions viennent se rattacher celle-l4 ,aussi ne croirons-nous point avoir perdu notre peine en contribuant produire l'accord des esprits1 sinon sur l'essence de l'activit morale1 du moins sur les ides par lesquelles elle se manifeste et sur celle qui constitue sa fin mme1 sa loi1 son moyen de progrs3 l'ide libratrice de la libert4 ,l'importance et la perptuelle actualit du problme nous a t montre1 comme sur le fait1 par la discussion passionne laquelle la premire publication de notre travail donna lieu1 il y a dix ans1 dans le monde philosophique et mme non philosophique4 ,nous avons essay1 dans cette nouvelle dition1 de rectifier ou de complter notre pense et de rpondre1 directement ou indirectement1 toutes les objections srieuses et sincres qui nous ont t adresses4 ,depuis la premire publication de ce livre1 nos ides nous-mme1 sous l'influence d'une recherche incessante1 se sont sur plus d'un point dveloppes et mme modifies2 nous faisons moins de part aujourd'hui1 aux spculations transcendantes et mtaphysiques1 plus de part au point de vue immanent et aux hypothses d'un caractre scientifique4 ,mais les thories fondamentales de ce livre nous paraissent toujours vraies1 et les spculations mtaphysiques elles-mmes1 o se retrouve quelque peu de l'enthousiasme propre la jeunesse1 nous ont sembl contenir des parties trs plausibles1 que nous avons conserves4 ,nous n'avons retranch que ce qui nous paraissait inexact ou erron2 nous avons laiss ce qui nous paraissait vrai1 ou probable1 ou mme simplement possible4 ,notre but a t de condenser ainsi dans notre livre tout ce qu'on peut1 tous les points de vue1 dire en faveur de la libert sans se mettre en contradiction avec la science et avec la logique4 ,nous avons d'ailleurs pris soin de marquer1 mieux que dans la premire dition1 la diffrence du certain et de l'hypothtique1 du vrai et du vraisemblable1 de la science positive et de la mtaphysique4 ,,la ,,libert ,,et ,,le ,d,,terminisme ,,premi,,re ,,partie ,,recherche ,d',,une ,,conciliation ,,pratique ,,et ,,de ,,ses ,,limites ,,chapitre ,,premier ,l',,id,e ,,de ,,libert1 ,,moyen ,,terme ,,pratique ,,entre ,,les ,,doctrines ,,contraires4--,,gen,,se ,,de ,l',,id,e ,,de ,,libert ,i4 ,gense de l'ide de libert4 ,,ii4 ,puissance pratique cre en nous par l'ide de libert et par la persuasion que nous sommes pratiquement libres4--,evolution laquelle le dterminisme est ainsi amen dans la pratique4 ,puisque nous essayons de rapprocher d'abord dans la pratique le dterminisme et la libert1 ou mme1 s'il est possible1 de les faire concider pratiquement dans quelque moyen terme1 nous devons1 selon la mthode que nous avons adopte1 pousser le dterminisme rectifi aussi loin que nous le pourrons dans l'ordre scientifique4 ,nous verrons ainsi jusqu' quel point sa direction vraie le rapproche du systme de la libert4 ,je dis sa direction vraie1 car nous ne devons considrer le dterminisme que dans ce qu'il a de lgitime1 de scientifique et de conforme au tmoignage de l'exprience4 ,le problme est le suivant3--,trouver dans les lois mmes de notre dpendance ce qui supple pratiquement notre indpendance et en produit en nous le sentiment pratique2 produire ainsi au sein mme de la ncessit un progrs vers la libert4 ,ce que le dterminisme renferme de plus solide et de vraiment scientifique1 c'est l'explication des actes sous le rapport de leurs antcdents chronologiques1 de leurs motifs et de leurs mobiles4 ,cette explication n'est peut-tre pas la seule1 elle n'est peut-tre pas l'explication radicale et mtaphysique2 mais1 dans ce qu'elle a de lgitime1 elle doit tre pousse mthodiquement aussi avant qu'il est possible4 ,or1 parmi les motifs conscients de nos actions que nous fait connatre l'exprience intrieure et qui sont objet de science positive1 les dterministes ont oubli le plus important1 c'est--dire l'ide mme de notre libert4 ,quelle qu'en soit la valeur objective et mtaphysique1 l'ide de libert existe incontestablement dans l'esprit de l'homme1 et elle joue un rle considrable dans l'ordre mme de l'exprience1 qui est celui de la science4 ,nous devons donc examiner successivement3 #a la gense psychologique de cette ide dans l'individu et dans l'espce2 #b son action psychologique2 #c l'accord qu'elle peut tablir sur le terrain de la pratique entre le dterminisme et l'indterminisme bien entendus4 ,ce ne sont pas des conjectures mtaphysiques auxquelles nous allons nous livrer2 ce sont des faits scientifiques dont nous voulons entreprendre la constatation et l'analyse4 ,i4--,l'enfant remarque de bonne heure qu'il y a en lui comme autour de lui des changements et des diffrences3 mouvements droite1 mouvements gauche1 action et inaction1 dsir et aversion1 affirmation et ngation4 ,il s'habitue ainsi peu peu concevoir toutes choses sous les formes opposes du oui et du non4 ,il n'a besoin que de la conscience et de la mmoire pour acqurir cette notion3 diversit1 alternative des contraires4 ,or1 c'est l le premier lment empirique de l'ide de libert4 ,l'animal qui ne voit devant lui qu'une seule ligne1 et qui a pour ainsi dire des oeillres de tous cts1 sauf sur une seule direction1 ne peut acqurir l'ide de libert1 qui enveloppe celle de pluralit4 ,l'association des ides est si forte que1 chez l'tre intelligent et dou d'exprience1 un contraire voque immdiatement l'ide de son contraire1 comme un objet clair qui serait insparable de son ombre4 ,notre pense procde par diffrences autant que par ressemblances1 par oppositions autant que par harmonies2 c'est son rythme naturel et comme son oscillation propre3 elle est soumise la loi universelle de l'ondulation4 ,maintenant1 sous quelle forme apparat le contraire de ce qui est actuel et actuellement prsent la conscience8--,sous la forme du possible1 quand il a t lui-mme actuel d'autres moments4 ,si je suis actuellement immobile1 la marche peut m'apparatre comme possible2 le silence actuel me fait songer la possibilit de la parole2 la parole actuelle la possibilit du silence4 ,possibilit1 c'est le second lment scientifique de l'ide de libert4 ,cette possibilit ne reste pas l'tat abstrait et purement logique3 elle prend la forme de puissance active et psychologique2 voici comment4 ,il y a en psychologie un principe capital et sur lequel nous aurons souvent revenir4 ,toute ide1 surtout l'ide d'une action possible1 est une image1 une reprsentation intrieure de l'acte2 or1 la reprsentation d'un acte1 c'est--dire d'un ensemble de mouvements1 en est le premier moment1 le dbut1 et est ainsi elle-mme l'action commence1 le mouvement la fois naissant et rprim4 ,l'ide d'une action possible est donc une tendance relle2 c'est une puissance dj agissante et non une possibilit purement abstraite4 ,si cette ide1 par hypothse1 tait seule1 l'action commence et rpandue par innervation dans l'organisme finirait par mouvoir les membres1 tant qu'elle ne produirait aucune douleur4 ,l'ide se raliserait en se concevant4 ,l'ide des contraires tend donc se raliser1 et c'est prcisment parce qu'il s'agit de contraires que leur conception alternative tend prendre la forme d'un quilibre plus ou moins instable1 comme celui d'une balance4 ,quand je pense marcher1 il y a dans mon cerveau mme quelque chose qui rpond la reprsentation de mes jambes et la reprsentation de leur mouvement1 laquelle1 est elle-mme le commencement de ce mouvement4 ,penser la marche1 c'est marcher dans son imagination2 c'est mme1 la lettre1 marcher par le cerveau1 non par les jambes2 c'est commencer agir et1 pour ainsi dire1 presser dans le cerveau le ressort qui ouvre passage au courant nerveux vers les jambes4 ,c'est aussi1 en consquence1 sentir les premiers mouvements de la marche son dbut crbral4 ,aristote disait3--,s'il n'y avait pas une puissance distincte de l'acte1 je ne pourrais me lever quand je suis assis1 ni m'asseoir quand je suis lev1 car ces deux actes se contredisent4--,malgr le dilemme d',aristote1 je puis marcher en tant assis1 ou1 si l'on prfre1 commencer la marche crbralement4 ,or1 cette marche initiale1 cette marche l'tat naissant m'est familire3 l'exprience m'a appris1 dans mon enfance1 quels sont les mouvements faire pour marcher1 quel est le mode d'innervation crbrale qui aboutit mouvoir mes jambes2 je connais cela comme je connais mes jambes elles-mmes1 bien que je ne puisse le figurer ni l'expliquer4 ,et c'est l1 psychologiquement1 la puissance de marcher4 ,la puissance de mouvement n'est que le mouvement mme l'tat naissant1 l'innervation son degr le plus faible1 le passage d'un courant nerveux peu intense4 ,je l'appelle puissance parce que ce phnomne mental est li1 dans mon exprience et dans mon souvenir1 un phnomne plus complet1 qui est le mouvement de translation succdant au mouvement de vibration ou la simple tension crbrale4 ,quand j'ai dans ma conscience le premier mode1 l'image du second mode s'y associe d'une manire immdiate2 j'attends le second aprs le premier4 ,mais en mme temps il y a dans mon imagination des ides et images antagonistes1 qui maintiennent le mouvement son tat purement initial1 qui le contrebalancent et le refrnent4 ,on a ainsi un mouvement la fois commenc et arrt4 ,c'est ce mouvement que j'appelle mouvement possible1 marche possible4 ,il est dj actuel un certain degr1 et voil pourquoi ce n'est pas une pure possibilit abstraite1 mais une puissance concrte2 d'autre part il est contenu et comme avort1 et voil pourquoi il n'est pas compltement ralis1 actualis3 c'est un mouvement de translation ramen un mouvement molculaire de tension2 la conscience de ce dernier genre de mouvement est la tension intrieure1 la tendance1 l'effort plus ou moins grand4 ,quelle que soit la valeur mtaphysique de la force1 de l'effort1 du nisus de ,leibnitz1 de ,grec3 7l'7energeia d',aristote1 toujours est-il que1 psychologiquement1 la force est la face interne et consciente du mouvement de tension et des mouvements de translation mutuellement contraires4 ,quant la persuasion que nous pouvons1 elle est une simple induction l'avenir de notre exprience passe4 ,je puis marcher1 signifie3 je commence les premires dcharges nerveuses de la marche1 et la suite viendra1 si ces mouvements ne sont pas contraris1 si l'ide de la marche devient prdominante1 si le dsir de la marche l'emporte1 si je veux marcher4 ,en un mot1 la seule conscience de puissance qui se trouve en nous est celle du mouvement commenc et interrompu1 laquelle se ramne l'image plus ou moins concrte d'un mouvement4 ,tout mouvement accompli par nous et centrifuge est accompagn d'un certain tat de conscience qui nous le fait distinguer des mouvements centriptes1 des mouvements reus2 c'est cet tat de conscience qui fait le fond de ce qu'on nomme effort1 tendance1 tension1 et la puissance n'est que la prvision de la suite habituelle ou des effets du mouvement commenc3 or cette prvision est une ide4 ,c'est dans l'ide que rside la puissance aristotlique4 ,dans cette voie1 nous ne trouvons point la libert absolue dont parlent les spiritualistes1 pas mme la puissance mtaphysique dont ils font un intermdiaire entre le pur possible et le pur rel1 et qui contiendrait d'avance plusieurs effets possibles4 ,psychologiquement1 cette puissance n'est que la conscience d'un conflit de reprsentations auxquelles rpond dans le cerveau un conflit de mouvements en sens divers4 ,sans doute le fond mme du mouvement1 de l'effort1 du vouloir1 demeure un mystre1 mais on n'a pas le droit de prtendre1 ds le dbut1 que ce mystre est libert plutt que ncessit1 ni de confondre la conscience du vouloir et du mouvoir avec la conscience d'une libert indpendante1 capable en mme temps et sous les mmes conditions d'effets contraires4 ,si l'arc tendu de ,leibnitz avait conscience de sa tension1 il n'aurait pas pour cela conscience de sa libert1 car il faut1 pour que la flche parte1 la dtente du doigt de l'archer4 ,la puissance des contraires est le ct interne de la composition des forces en mutuel quilibre4 ,ce sentiment d'une puissance active ou1 physiologiquement1 d'un quilibre instable entre deux contraires1 est le troisime lment de l'ide de libert1 dont la diversit et la possibilit abstraite taient les deux premiers lments4 ,l'enfant aime se donner le sentiment du pouvoir des contraires1 qui est une des formes suprieures et un des plaisirs de la vie4 ,il aime se balancer par la pense comme par le corps entre des contraires3 il y a une analogie fondamentale entre le plaisir lev de l'activit oscillante et le plaisir infrieur qu'un enfant prouve sur une escarpolette1 se balanant dans le vide1 allant et revenant comme le pendule d'un extrme l'autre2 c'est une sorte d'ivresse de mouvement alternatif par laquelle1 force de parcourir avec vitesse des points successifs1 il nous semble que nous sommes sur tous les points la fois3 les extrmes se rapprochent et les contraires tendent se confondre en un4 ,il en rsulte un nouveau sentiment1 quatrime lment de l'ide de libert3 c'est le sentiment de l'indpendance par rapport aux contraires mmes1 d'un pouvoir qui1 embrassant les contraires1 les domine et semble n'en plus dpendre4 ,quand le pendule intrieur1 si on peut ainsi parler1 est parvenu l'extrmit de sa course et a ainsi puis son effet dans un sens dtermin1 il tend par cela mme reprendre la direction contraire et se donner dans ce sens nouveau un nouveau sentiment d'activit1 de vie1 de jouissance4 ,ne pas tre born une seule action1 ne pas tre puis dans un seul acte1 retrouver sa puissance entire pour un autre1 c'est videmment avoir1 pour sa force intrieure1 un point d'appui et d'application suprieur aux effets divers qu'elle produit tour tour2 c'est par cela mme avoir une certaine indpendance qui est libre d'obstacles2 voil pourquoi l'ide d'indpendance est un lment de l'ide de libert4 ,et puisque toute ide tend se fortifier et se raliser1 l'ide de l'indpendance dveloppera en nous1 elle aussi1 une tendance la raliser ou du moins en essayer la ralisation4 ,l'enfant se dit chaque instant3 ,si j'essayais le contraire de ce que j'ai fait8 ,et il l'essaye4 ,il aime se donner1 ici encore1 le spectacle de son activit arbitraire et indpendante4 ,on lui dit aujourd'hui de faire une chose et il la fait2 on le lui redira demain et demain il refusera de la faire4 ,on accuse alors l'imperfection et la bizarrerie de la nature humaine4 ,non1 l'enfant fait seulement une exprience psychologique3 il a conu deux faits contraires1 et il veut voir s'il pourra les raliser2 il a fait une chose1 il ne la refait pas1 uniquement pour le plaisir de changer1 c'est--dire d'appliquer la mme puissance aux choses les plus diverses4 ,dans la vie physique1 il se meut en tous sens1 prfrant parfois la ligne droite les lignes les plus capricieuses1 au chemin le plus court1 mais le plus uniforme1 le chemin le plus long et le plus vari3 il aime se sentir physiquement libre1 dgag de toute contrainte matrielle4 ,il en est de mme pour son intelligence3 il pense aux choses les plus opposes1 il pense l'absurde1 pour se mettre au-dessus de l'absurde2 toute ide lui apparaissant avec un caractre particulier et born1 il aime franchir d'un bond les limites de sa pense prsente1 comme il aime franchir l'espace o il tait d'abord renferm4 ,enfin1 dans ses dterminations et dans ses actions1 non moins que dans ses penses1 l'enfant aime faire acte d'indpendance1 parfois d'absolutisme3 si on lui offre deux fruits en lui montrant le plus beau et en lui conseillant de le prendre1 il lui arrivera souvent de prfrer l'autre2 il aime en effet la contradiction2 il veut prouver autrui et se prouver lui-mme qu'il a un certain pouvoir de choisir1 et de sacrifier son intrt son caprice4 ,l'ide de pouvoir ambigu et suprieur aux alternatives se fortifie encore par le double rapport de l'tat prsent avec le pass et avec l'avenir4 ,le souvenir du pass m'apprend que deux contraires ont eu lieu dans des circonstances sensiblement identiques1 comme sont sensiblement identiques deux triangles tracs sur un tableau4 ,l'exprience actuelle ne m'apprend pas sans doute que les deux contraires soient possibles en mme temps 7et c'est un point sur lequel nous reviendrons dans la suite72 mais il ne m'est pas difficile1 par une simple combinaison de notions1 d'imaginer cette possibilit 7relle ou non en elle-mme7 et de m'en former ainsi l'ide1 seule chose dont nous nous occupions en ce moment4 ,j'aurais pu prendre un autre parti si le motif contraire tait devenu le plus fort2 voil le jugement qui nous sert de point de dpart2 faisons abstraction par la pense de cette condition et remplaons-la par cette nouvelle hypothse3 ,les motifs tant les mmes1 j'aurais pu agir autrement2 nous aurons ainsi construit l'ide du pouvoir inconditionnel1 ambigu et libre1 qui constituerait le libre arbitre4 ,il n'est pas indispensable pour cela que l'ide du libre arbitre rponde ds l'origine une ralit4 ,les lois de l'imagination suffisent ici pour expliquer les abstractions et combinaisons d'ides ncessaires4 ,quand j'ai commis1 par exemple1 une action mauvaise sous l'influence d'une passion dominante et que je rentre ensuite en moi-mme1 la passion tant tombe1 le motif raisonnable et dsintress se trouve avoir actuellement l'avantage2 si c'tait recommencer1 il me semble1 non sans raison1 que j'agirais autrement4 ,je compense alors invinciblement le souvenir de mon tat pass par mon tat prsent1 chose d'autant plus facile que la passion d'autrefois n'est plus en moi qu'une image affaiblie2 je me reprsente ainsi l'action raisonnable comme un possible qui aurait pu se raliser1 comme un possible gal l'autre1 gal l'action passionne4 ,au fait1 l'action raisonnable et t possible si j'en avais conu plus fortement la possibilit mme1 si l'ide de ma puissance sur moi et t plus prsente et plus nergique4 ,aurais-je pu sans condition8--,c'est ce que nous aurons plus tard rechercher2 en ce moment1 nous voyons qu'il nous est possible de construire1 par une comparaison avec le pass1 l'ide de puissance inconditionnelle4 ,cette ide d'inconditionnalit est un cinquime et capital lment de l'ide de libert4 ,nous allons la voir se complter par le rapport de notre tat prsent l'avenir4 ,l'avenir1 en effet1 est incertain1 incalculable1 impossible prvoir pour nous4 ,cette incertitude est plus ou moins grande selon les cas4 ,elle est1 dans certaines circonstances1 d'autant plus grande que l'action est moins importante et1 par cela mme plus dnue de motifs conscients capables de la spcifier4 ,par exemple1 dans les occasions o il s'agit de choses indiffrentes1 on ne peut prvoir si je choisirai pile ou face1 si je partirai du pied gauche ou du pied droit1 si je serai debout ou assis4 ,dans ce cas1 en effet1 ce qui doit dterminer telle action plutt que telle autre1 ce qui doit spcifier ma dcision volontaire1 c'est une concidence de causes extrieures1 un hasard1 consquemment un dterminisme que je ne puis prvoir4 ,dans d'autres cas1 au contraire1 l'incertitude de l'avenir est proportionnelle l'importance de la dcision3 c'est qu'alors les motifs conscients et spcifiques sont plus compliqus et plus contraires3 les causes dterminantes de l'action sont intrieures1 elles engagent mon caractre1 mon moi1 ma personnalit tout entire4 ,or1 dans certaines alternatives d'une nature exceptionnelle et1 en quelque sorte1 tragique1 il m'est bien difficile de prvoir si j'aurai la force de prfrer1 par exemple1 la mort mme la violation de ce qui m'apparat comme un devoir4 ,certains cas de conscience sont comme une tempte qui peut faire soulever la vague de mille manires4 ,ici1 l'incertitude de l'avenir porte sur les conditions intrieures d'un acte important2 tout l'heure elle portait sur les antcdents extrieurs d'un acte sans importance4 ,dans les deux cas il y a ou il peut y avoir1 pour nous et pour autrui1 impossibilit de calculer et de prvoir4 ,encore la prvision devient-elle de plus en plus probable quand je connais bien le caractre d'une personne3 je sais que tel de mes amis1 je sais que moi-mme1 nous ne commettrons pas un vol pour nous approprier un million ou un milliard4 ,ces considrations nous amnent devant le problme de ,spinoza3 est-ce l'ignorance des causes de l'acte qui nous donne l'ide de notre libert8--,sous cette forme gnrale et vague1 la proposition de ,spinoza est videmment insoutenable4 ,on lui a rpondu que le pote qui ignore les causes de son inspiration l'attribue un dieu et non sa libert1 que le spirite1 l'illumin1 l'enthousiaste1 se croient conduits par une puissance suprieure eux-mmes1 enfin que le sentiment du libre arbitre crot avec la connaissance mme des motifs de nos actions4 ,mais ces rponses gnrales sont encore moins probantes que la proposition de ,spinoza et reposent sur des confusions4 ,en premier lieu1 ce n'est pas l'ignorance des causes produisant un acte quelconque qui peut engendrer l'ide de libert2 c'est l'ignorance des causes d'une dtermination volontaire et intentionnelle4 ,je ne me crois pas libre quand je souffre sans savoir pourquoi1 ni quand je remue les paupires sans savoir pourquoi1 ni quand je trouve une rime ou un vers sans savoir pourquoi1 ni quand j'ai une vision ou illumination sans savoir pourquoi2 mais c'est qu'en tout cela il ne s'agit pas d'une dcision intentionnelle entre divers partis1 par exemple voter ou s'abstenir de voter4 ,les exemples allgus ne prouvent donc rien4--,mais1 dira-t-on1 quand il s'agit d'une dtermination intentionnelle1 je me crois prcisment d'autant plus libre que j'ai plus dlibr et que je connais mieux les motifs de mon acte4 ,ici encore1 l'analyse psychologique est incomplte4 ,ce n'est pas l'ignorance des motifs conscients de ma dcision qui peut me donner l'ide d'un libre arbitre chappant la prvision2 c'est l'ignorance de la cause qui1 entre divers motifs conscients1 me fait prendre telle dcision dtermine4 ,or1 cette cause n'est pas ncessairement elle-mme un motif conscient3 elle peut tre mon caractre1 ma nature propre1 mes habitudes inconscientes1 mes secrtes inclinations3 elle est ce que ,wundt appelle le facteur personnel1 c'est--dire ma constitution psychologique et physiologique1 ma manire individuelle de ragir4 ,supposez en chimie un ractif extrmement complexe dont vous ne pourriez rduire la composition en formules3 si vous y jetez telles ou telles substances colores1 vous ne pouvez prvoir quelle sera la nuance particulire que produira le mlange4 ,vous savez que telle couleur mle telle autre en telles proportions produit du vert1 du violet1 de l'orang2 mais1 si vous ne savez pas tout ce qui entre dans la composition du liquide o vous mlangerez ces couleurs1 vous ne pourrez par cela mme prdire la couleur complexe qui en rsultera4 ,notre naturel n'est pas une eau claire o les motifs et mobiles se mleraient en gardant chacun sa nuance propre3 il est lui-mme une combinaison que la chimie mentale ne saurait rduire des formules exactement dtermines4 ,on ne rpond donc pas ,spinoza ni ,leibnitz quand on invoque la conscience des motifs dans la dlibration pour soutenir que le sentiment du libre arbitre crot avec la connaissance des causes1 car la connaissance des motifs ne nous donne pas celle de la cause fondamentale et dcisive3 la raction propre de notre caractre4 ,sous les motifs conscients se trouve notre activit inconsciente avec ses tendances et inclinations de toute sorte2 c'est mme dans cette rgion d'inconscience ou1 si l'on prfre1 de conscience gnrale et non spciale1 que nous plaons notre moi1 notre vouloir personnel4 ,ds lors1 quand nous avons compar et pes des motifs au grand jour de la conscience claire1 de la conscience superficielle1 la dtermination finale sort des profondeurs de la conscience obscure4 ,il en rsulte un arrt dans la srie apparente des causes1 une apparente solution de continuit1 comme entre les derniers rayons visibles du spectre et l'obscurit qui les enveloppe4 ,de l vient l'apparence d'un commencement impossible prvoir1 d'un commencement de srie non rattach d'autres sries1 d'un commencement absolu4 ,le conflit des motifs conscients produisait un arrt momentan dans notre volution intrieure et y posait un problme de dynamique mentale2 c'est le triomphe de l'inconscient ou du subconscient qui rsout le problme1 met fin l'arrt et se manifeste par la rsultante de la dcision4 ,ne pouvant avoir la conscience analytique de ce qu'on pourrait appeler notre conscience synthtique1 nous ne saurions nous-mmes calculer et prvoir ce que nous voudrons dans telle circonstance grave3 nous attribuons alors la volition un pouvoir dominant les contraires1 et comme ce pouvoir est prcisment notre conscience obscure et synthtique1 notre moi1 il en rsulte que nous attribuons au moi1--non plus un dieu ou une force trangre1--la raction finale de ce pouvoir fondamental sur les motifs plus ou moins extrieurs par lesquels il est sollicit4 ,quand nous pouvons analyser entirement toutes les causes d'une dcision1 nous ne nous attribuons plus le pouvoir des contraires3 nous disons que nous ne pouvions faire autrement1 que nous avions telle inclination1 telle pense1 telle autre1 que celle-ci a t efface par celle-l1 que tel penchant ou telle habitude avait trop de force acquise pour tre contrebalanc par tel motif1 etc4 ,l'ide du pouvoir des contraires nat de la conscience synthtique et obscure1 et seulement dans les cas qui engagent cette conscience1 non dans ceux o il s'agit d'effets que nous n'attribuons pas notre moi1 notre conscience concrte et totale4 ,ni ,spinoza ni ses adversaires n'ont donc pos la question sur son vrai terrain4 ,nous voyons maintenant qu'une action dtermine doit tre enveloppe 7comme d'autant de cercles concentriques7 par des puissances contenant en apparence les contraires4 ,le premier cercle est form par l'intelligence3 nous exprimentons en nous l'action motrice et efficace des ides1 ainsi que la possibilit de trouver des motifs contraires pour ou contre tout acte1 ce qui nous donne la notion de notre indpendance intellectuelle4 ,puis1 nous avons le sentiment d'un pouvoir encore suprieur aux ides1 les mobiles1 qui forment un second cercle dj plus obscur2 enfin nous avons la conscience vague d'un pouvoir suprieur aux mobiles particuliers comme aux motifs particuliers3 l'individualit1 le caractre personnel1 enfin un dernier cercle1 le plus vaste et le plus obscur tout ensemble1 c'est la conscience mme en sa synthse1 la conscience o viennent se fondre toutes les images1 l'unit 7apparente ou relle7 qui domine tout et dcidera en dernier ressort4 ,l se place la volont1 et de l aussi nous vient l'ide de libert comme puissance suprieure aux dterminations contraires1 aux mobiles connus et aux motifs connus4 ,alors s'accomplit une dernire transformation de l'ide1 qui prend une forme mtaphysique4 ,grce notre facult d'abstraire1 nous pouvons considrer une puissance1 non en tant qu'elle dpend elle-mme d'autre chose1 mais en tant que quelque chose dpend d'elle2 et sous ce rapport abstrait1 relativement aux termes infrieurs1 elle n'est plus dpendante1 mais indpendante2 elle n'est plus consquente1 mais antcdente4 ,les partisans de la ncessit considreront cette indpendance comme un moment tout provisoire de la pense1 comme une simple abstraction par laquelle une chose nous parat seulement antcdente1 bien qu'elle soit en mme temps consquente2 en d'autres termes1 l'indpendance ne sera jamais pour eux qu'une moiti du rel1 tandis que pour les autres elle peut tre un tout2 mais il s'agit en ce moment de montrer la gense de l'ide1 non son objectivit4 ,or nous pouvons concevoir le tout comme expliquant et engendrant les parties1 le complet1 le parfait comme contenant la raison de l'incomplet et du particulier4 ,enfin1 faisant abstraction des limites1 nous arrivons concevoir l'illimit1 l'absolu4 ,c'est d'abord l'ide ngative d'une indpendance absolue1 puis l'ide plus positive1 mais non moins problmatique d'une plnitude de puissance intelligente4--,on verra plus loin1 en tudiant la part de la volont dans ce qu'on nomme la raison1 comment nat et se dveloppe cette ide1 qui n'est autre que celle de la causalit intelligible 7au sens de ,kant7 conue comme pouvant contenir la raison suprme de la causalit sensible4 ,affranchie par hypothse de la loi des antcdents et des consquents qui constitue le dterminisme1 cette causalit purement idale peut apparatre comme l'idale libert4 ,aprs avoir indiqu comment l'ide de libert1 d'abord physique1 puis psychologique1 puis mtaphysique1 nat dans l'individu1 nous pourrions examiner comment elle se transmet dans l'espce par voie d'hrdit4 ,c'est un point sur lequel nous aurons revenir4 ,ds prsent1 il est clair que l'ide d'indpendance et de libert est1 chez l'individu1 une puissance qui tend fortifier le caractre2 elle constitue donc une supriorit dans la lutte pour l'existence et pour le progrs4 ,consquemment1 les lois de la slection naturelle lui assurent le triomphe3 cette ide devient une forme hrditaire de la conscience1 de plus en plus spcifique et caractristique de l'humanit3 elle finit par tre inne1 et nous venons au monde avec l'instinct de la libert1 bien plus1 avec la persuasion de la libert1 comme nous naissons avec l'ide de l'espace ou avec l'instinct de la curiosit#b4 #b ,la gense que nous venons d'indiquer1 dans l'individu et dans l'espce1 nous permet de rpondre une question souvent pose3 ,si l'ide de libert1 dit ,m4 ,naville1 ne procde pas de l'observation de la conscience1 d'o vient-elle8 7,rev4 ph41 ,la physique et la morale1 p4 #bgf47--;,comment ce qui n'est pas libre1 demande ,m4 ,delboeuf1 peut-il avoir l'ide de la libert8--,l'argument est classique2 il n'en est pas plus probant4 ,l'ide d'une indpendance relative est1 comme nous l'avons vu1 un objet d'exprience2 celle d'une indpendance complte est une construction de la pense4 ,les formes sous lesquelles je me reprsente cette indpendance1 formes en partie illusoires et en partie ralisables1 sont aussi des constructions possibles de la pense1 et nous en tudierons plus tard le dveloppement4 ,l'exprience m'apprend1 par exemple1 que deux actions contraires sont ralisables et ont lieu effectivement2 elle ne m'apprend pas qu'elles soient possibles en mme temps1 sans doute2 mais il ne m'est pas difficile d'imaginer cette possibilit simultane par une simple combinaison de notions4 ,ainsi nat l'ide du libre arbitre4 ,,ii4 ,une fois forme1 l'ide de notre libert ne peut manquer d'influer sur notre conduite4 ,c'est cette influence pratique que nous devons maintenant montrer1 en rservant pour la suite l'examen thorique de la question4 #a ,libres ou non1 nous tendons la libert1 l'indpendance absolue dont nous avons l'ide4 #b ,cette tendance1 d'aprs les lois mmes du dterminisme1 doit crer en nous un certain pouvoir proportionn1 ce semble1 son intensit4 #c ,nous ne tardons pas reconnatre l'efficacit pratique de cette tendance2 et mme1 dans une foule de cas1 nous n'apercevons point de limite dtermine et prcise l'extension de notre pouvoir3 il en rsulte une confiance en soi qui va grandissant4 ,nous nous persuadons de plus en plus que nous avons un pouvoir indpendant et une force propre suprieure tous les contraires1 capable de rester la mme quand tout change1 ou de changer quand tout reste le mme4 ,cette croyance est naturelle et universelle1 les dterministes ne le nient pas2 ils contestent seulement qu'elle reprsente la ralit4 ,mais1 encore une fois1 toute ide influant sur nos actes1 le dterminisme doit1 parmi les puissances pratiques dont la psychologie entreprend l'analyse et dont la morale entreprend la discipline1 mettre en ligne de compte l'ide de la libert1 puisque cette ide entrane d'abord une tendance la raliser1 puis une ralisation au moins apparente1 et enfin une conviction au moins subjective de notre propre libert4 ,ds lors le systme dterministe subit un changement considrable au point de vue de la pratique4 ,voyons1 en effet1 les rsultats que va produire1 dans l'application et dans la vie de chaque jour1 l'lment capital que des systmes incomplets avaient exclu de la question1 et dont l'influence pratique1 dj constate par nous chez l'enfant1 se manifestera encore plus chez l'homme4 ,supposons que je sois domin par une violente colre4 ,si je suis persuad que je n'ai aucun pouvoir sur ma passion1 ou si je ne songe pas ce pouvoir1 il est clair que ma colre suivra fatalement son cours4 ,mais voici qu'une ide1 amene par les lois de l'association ou de l'habitude1 prend une puissance nouvelle dans mon esprit et1 de confuse qu'elle tait1 devient distincte3 c'est l'ide 7subjective ou non7 d'une rsistance possible ma colre1 d'un empire que je crois pouvoir exercer1 et que de plus ma raison juge rationnel et bon d'exercer4 ,aussitt cette ide interrompt la fatalit de la passion2 c'est une force nouvelle qui peut1 en s'accroissant1 faire quilibre ma colre4 ,que mon intelligence se fixe sur cette ide qui la sollicite1 qu'elle la rende par l de plus en plus intense1 bientt l'ide de la libert sera devenue une puissance pratique avec laquelle les autres puissances devront compter2 et si1 tort ou raison1 je regarde cette puissance comme absolue en moi1 l'ide de l'absolu devra produire un certain effet dans la balance4 ,elle pourra mme1 comme l'pe de ,brennus1 faire pencher le plateau du ct qui semblait d'abord le plus faible1 en venant s'y ajouter4 ,l'attention et la rflexion 7fatales ou non71 augmentent la force de cette ide avec sa clart4 ,ds que je songe mon pouvoir1 l'ide crot2 ds que l'ide crot1 la tendance de la rflexion s'y applique davantage2 nouvel accroissement de l'ide1 suivi d'un nouvel accroissement de rflexion2 et1 en dfinitive1 multiplication de forces par l'addition successive de tous ces petits accroissements4 ,donc la seule conception de ma libert1 comme d'une puissance venant de moi et capable de contre-balancer ma passion1 pourra en effet dans la pratique parvenir souvent la contre-balancer1 en vertu mme d'un dterminisme compliqu dont nous aurons plus tard tudier thoriquement les lois4 ,brisant la ligne uniforme et fatale de mes penses et de mes sentiments1 elle aura rendu possible un acte qui1 ne considrer que la force intrinsque et naturelle des motifs et des mobiles antrieurs1 n'et pu aucunement se produire sans ce motif nouveau et prpondrant4 ,le dterminisme se rflchit sur soi dans cette ide et s'y retourne en quelque sorte contre soi-mme4 ,en fait1 l'ide de notre libert ne manque jamais de nous apparatre au moment o elle peut nous tre utile dans la pratique1 moins que le paroxysme de la passion n'ait dtruit toute rflexion4 ,cette ide1 toujours prsente en nous sous une forme plus ou moins latente1 redevient manifeste ds que nous sommes en prsence de deux actes possibles1 entre lesquels nous hsitons4 ,par l'association du contraste1 la double possibilit veille ncessairement la notion d'un double pouvoir2 et comme nous nous rappelons avoir dj ralis1 dans d'autres circonstances1 les deux termes de l'alternative prsente ou ceux d'une alternative analogue1 nous sommes ports nous attribuer actuellement et raliser ainsi dans une certaine mesure un double pouvoir1 une libert de choix4 ,c'est l une tendance irrsistible1 que le dterministe subit comme les autres hommes4 ,la notion et la persuasion de notre libert sont donc toujours ou presque toujours parmi les motifs de notre dcision rflchie4 ,oublier cet lment dans ses analyses1 comme l'ont fait les psychologues1 c'tait oublier ce qu'il y a de plus original et de plus essentiel dans l'activit humaine4 ,en outre1 cette ide peut s'affaiblir ou se fortifier4 ,il est des cas1 par exemple1 o l'habitude nous fait rpter un acte sans y associer par contraste la possibilit de faire autrement4 ,un homme peut ainsi devenir l'esclave d'une mauvaise habitude1 comme celle de la colre1 par l'affaiblissement de son ide de libert4 ,mais persuadez cet homme qu'il dpend de lui de s'en corriger2 qu'il est pratiquement libre de se dterminer la suivre ou ne pas la suivre2 que1 s'il la suit1 ce n'est pas par une fatalit absolue1 comme il le croit1 mais par un consentement auquel il ne rflchit pas2 qu'il pourra par consquent reprendre l'empire de soi quand il voudra1 et qu'il est matre de vouloir ou de ne pas vouloir3 cette intime conviction de sa puissance que vous aurez rveille chez lui1 ft-elle subjective en soi1 n'en aura pas moins pour effet une relle puissance4 ,au contraire1 persuadez l'homme vicieux que ses vices sont en tout indpendants de lui et que toute puissance sur soi-mme est chimrique1 vous diminuerez rellement en lui cette puissance2 par cela seul qu'il ne songera pas rsister1 qu'il n'aura aucune confiance en lui-mme et dans sa libert pratique1 il deviendra faible en effet et esclave de la passion4 ,ainsi donc1 autant l'homme veut1 peut1 et devient fort1 quand il se croit pratiquement libre1 puissant et capable de persvrance1 autant il devient faible dans la pratique et mme incapable de vouloir1 quand il ne croit pas disposer de lui-mme1 quand il se considre comme soumis quelque influence extrieure plus puissante que lui4 ,un philosophe ancien conseillait1 pour calmer la colre1 de rciter en soi-mme l'alphabet grec2 le meilleur alphabet1 c'est de se rpter qu'on est pratiquement libre et que1 dans l'homme1 l'alpha et l'omga1 c'est la libert pratique de la volont rflchie ou double ide4 ,l'effet sur les masses n'est pas moins frappant que sur les individus4 ,persuadez une arme qu'il dpend d'elle-mme de vaincre1 qu'elle n'a pour cela qu' vouloir1 que vouloir c'est pouvoir1--cette persuasion ft-elle toute subjective1--il n'en est pas moins vrai que l'ide mme de cette puissance tendra1 si les circonstances ne sont pas absolument dfavorables1 la raliser dans la pratique ou commencer les mmes effets que la ralit4 ,au contraire1 persuadez vos soldats que le courant de la fatalit entrane tout1 que l'effort est inutile et la rsistance impossible1 que leur dfaite est crite dans le livre des destines2 par l vous dtruisez toute nergie de l'intelligence1 vous anantissez tout empire sur la passion1 toute force morale4 ,en dtruisant l'ide mme de libert1 en l'obscurcissant1 en l'effaant pour ainsi dire1 vous arrivez presque au mme rsultat que si vous aviez ananti peu peu la libert4 ,c'est le sophisme paresseux ralis par les ,orientaux4 ,voil des faits que les dterministes ne peuvent nier1 et qu'ils ngligent tort dans leurs analyses psychologiques4 ,en vertu mme de leur thorie sur l'empire des ides1 on arrive conclure que1 pratiquement1 il est bon1 il est ncessaire de fortifier chez les hommes l'ide de la puissance des ides4 ,encore une fois1 faites comprendre aux hommes qu'ils ont un grand pouvoir sur leurs passions1 et vous leur donnerez un certain pouvoir2 plus la persuasion sera forte1 plus l'effet sera grand1 plus l'ide de puissance personnelle triomphera de l'impersonnelle fatalit4 ,sans doute1 cette ide ne saurait nous donner une vritable force pratique quand il s'agit de triompher d'obstacles matriels3 il ne suffit pas de se croire capable de soulever un fardeau pour le soulever en effet1 et la force physique ne se cre pas en nous par la persuasion2 encore y a-t-il des cas o l'nergie morale semble dvelopper et mettre en libert une vritable nergie physique4 ,de mme1 il ne suffit pas de se croire le gnie ncessaire la rsolution d'un problme pour le rsoudre3 mais la confiance d'un homme dans sa force intellectuelle fait du moins qu'il cherche la solution2 et combien de fois se vrifie pratiquement cette parole3 ,cherchez et vous trouverez6 ,il n'en est plus ainsi dans le domaine de la volont2 car il s'agit d'un pouvoir qui1 s'il existait1 oprerait sur lui-mme et se prendrait lui-mme pour objet4 ,ce pouvoir1 nous le considrons comme ne faisant qu'un avec nous2 et ici1 la persuasion que nous possdons une semblable puissance doit tre beaucoup plus efficace dans la pratique4 ,c'est donc un bien de se croire matre de soi2 car cette croyance1 si elle ne nous donne pas une libert mtaphysiquement absolue1--question rserve1--nous donne du moins une nergie pratique dont l'indpendance est toujours perfectible1 sinon parfaite4 ,il ne faut pas pour cela se persuader qu'on est libre de tout faire par n'importe quels moyens et par une libert aveugle2 autant il est bon de croire qu'une certaine libert est au centre de nous-mmes1 autant il est bon de se rappeler que nos moyens sont des conditions et des ncessits qu'il faut bien connatre4 ,il ne suffit pas de s'attribuer n'importe quel pouvoir1 sans autre forme de procs1 pour acqurir magiquement ce pouvoir4 ,autre chose est de se croire libre et de se croiser les bras1--ce qui n'avance rien ou presque rien1--autre chose est de vouloir tre libre et de faire effort pour le devenir4 ,notre but est prcisment de montrer que la libert n'est pas un pouvoir magique ni une chose toute faite1 mais une fin1 une ide qui ne se ralise que progressivement et mthodiquement par le moyen d'un dterminisme rgulier4 ,nous ne dirons donc pas qu'on soit plus libre1 sans autre condition1 mesure qu'on croit plus l'tre4 ,malgr cela1 un certain degr de croyance dans la possibilit de ce qu'on veut et dans celle mme du vouloir est ncessaire pour vouloir4 ,l'ignorant1 l'tourdi1 l'enfant1 le fou1 ne s'attribuent que la libert d'indiffrence ou de caprice2 mais prcisment ils tendent la raliser dans la mesure mme o ils la dsirent et o ils la conoivent4 ,il y a donc une certaine harmonie entre la libert qu'on croit avoir et celle qu'on tend pratiquement acqurir sous l'influence de cette ide mme4 ,plus on se croit libre d'une fausse libert1 moins on l'est de la vraie1 mais plus on se fait une ide vraie de la libert1 plus on russit la faire passer dans la ralit4 ,donc1 tout en concevant les ncessits et les conditions1 il faut placer1 sous une forme ou sous une autre1 quelque libert en soi-mme pour ne pas se rduire l'absolue impuissance4 ,les anciens disaient3 ,audentes ,fortuna juvat2 nous ne croyons plus cette ,fortune du paganisme2 mais ce que les anciens attribuaient une influence extrieure1 c'est en ralit notre intelligence qui le fait2 c'est la foi en une certaine libert des tres intelligents qui nous donne notre puissance d'initiative intelligente3 ,audentes ,libertas juvat4 ,s'il en est ainsi1 dirons-nous aux dterministes1--et cela doit tre selon votre hypothse mme1--vous tendez parler et agir comme tous les autres hommes dans la pratique4 ,vous devez1 aprs avoir pos le dterminisme en thorie1 chercher un moyen pour le concilier avec l'ide de la libert pratique1 sinon de la libert mtaphysique1 et pour fortifier cette ide dans les esprits4 --,soit2 il n'en reste pas moins probable que1 objectivement1 c'est l'ide de libert qui agit1 et non la libert2 il est donc possible qu'un dterminisme suprieur ait simplement pris la place du premier4--,quand ce serait vrai 7et nous aurons plus tard l'examiner71 la contradiction pratique du dterminisme et de la libert serait du moins notablement diminue4 ,a bien compter1 nous avons dj fait les uns vers les autres trois pas de plus2 car nous nous sommes accords admettre3 #a l'ide de libert prsente en nous1 comme un motif d'une nature particulire1 #b la tendance raliser la libert1 comme un mobile insparable du motif1 #c l'efficacit au moins partielle de cette tendance1 qui peut de plus en plus diminuer1 sinon supprimer1 notre dpendance mme4 ,c'est sur le degr prcis de cette efficacit que le dsaccord demeure possible4 ,les uns croiront l'efficacit assez grande pour tre la manifestation d'une libert relle2 les autres n'admettront d'autre effet qu'une augmentation de puissance pratique soumise aux lois gnrales du dterminisme4 ,on a dit que toute notre science consistait driver notre ignorance d'une source plus haute2 de mme les dterministes pourront dire que toute notre libert consiste driver notre dpendance d'une source plus haute4 ,toujours est-il que la hauteur de cette source n'est pas d'avance dtermine pour nous1 et nous concevons le pouvoir de la porter sans cesse plus haut2 nous allons jusqu' nous demander si nous ne pourrions pas tre la source mme4 ,les systmes opposs aboutissent donc cette conclusion3 d'une part1 il serait dsirable de faire descendre en soi tous les attributs du bien1 non seulement la science et la flicit1 mais encore l'indpendance1 la dignit1 la libert mme2 d'autre part1 nous portons dj en nous l'ide de la libert1 et cette ide a dans la pratique des rsultats analogues ceux de la libert mme4 ,nous entrevoyons la possibilit1 par la force mme du dsir1 de raliser1 sinon la libert1 du moins son image la plus fidle4 ,la libert devient ainsi un idal progressivement ralisable4 ,ds lors1 la direction pratique des deux doctrines adverses n'offre plus autant de divergence3 peut-tre mme pourrions-nous la fin leur donner pour but commun le bien accompli avec la plus grande indpendance possible1 qui nous permettrait d'attribuer nous-mmes notre bont1 d'expliquer notre amour du bien comme ,montaigne expliquait son amiti avec la ,botie3 ,je l'aime parce que c'est lui1 parce que c'est moi4 99 99 99 99 99 ,en rsum1 quand je me crois libre1 empiriquement1 j'attribue la force prdominante l'ide mme de ma force4 ,or1 cette force prdominante n'a rien de chimrique dans une foule de cas4 ,il est certain1 d'abord1 que les ides sont des forces2 puis que1 parmi les ides1 se trouve celle mme de la force des ides1 qui peut devenir prvalente et directrice4 ,le pouvoir ainsi produit nous montre le dterminisme se rflchissant sur soi et devenant1 par cette rflexion1 capable de se diriger soi-mme4 ,il y a l un important phnomne soumis des lois trs complexes1 dont les psychologues partisans du libre arbitre1 comme les adversaires du libre arbitre1 ont galement nglig l'analyse2 une grande partie des malentendus si frquents en cette question tient1 comme nous le verrons1 l'oubli de ce phnomne et de ses lois2 l'ide de la force des ides1 devenant elle-mme force entranante1 est comme le foyer et le centre d'un systme astronomique qui entrane avec soi les autres motifs et les autres mobiles dans une trajectoire rsultant de toutes leurs forces combines avec la sienne4 ,une fois conue et comprise comme dsirable1 l'ide de ma puissance sur moi pourra se raliser peu peu1 mais d'une faon rgulire1 par des moyens dtermins4 ,a tout autre motif pratique1 je substituerai le motif de ma puissance possible1 de mon indpendance possible comme tre raisonnable1 de ma libert que je veux essayer de raliser1 et ce motif agira comme tous les autres1 dont il pourra devenir le principe hgmonique4 ,,chapitre ,,deuxi,,me ,,le ,,destin ,,absolu ,,et ,,son ,,identit ,,pratique ,,avec ,,le ,,hasard ,,absolu4--,,premi,,re ,,influence ,,de ,l',,id,e ,,de ,,libert ,le destin absolu1 premire ide d'une libert inconditionnelle4 ,rsultats pratiques de cette ide4 ,critique du sophisme paresseux4--,le hasard absolu4--,rsultats moraux du fatalisme absolu4 ,aprs avoir vu1 d'une manire trs gnrale1 l'influence pratique que doit exercer l'ide de libert1 nous devons suivre cette ide dans toutes ses applications particulires4 ,la premire question qui se prsente nous1 c'est de savoir quel rle elle joue dans l'ide mme du destin admise par les fatalistes absolus4 ,l'ide du destin devait natre une des premires chez les peuples anciens1 la vue de cette nature dont ils subissaient la tyrannie sans avoir pu la soumettre elle-mme1 par la science1 aux lois de la pense4 ,dans leur ignorance des rgles particulires qui relient entre eux les phnomnes1 ils se contentaient de placer l'origine des choses une force unique et universelle4 ,mais cette force qui est pour les autres tres fatalit1 qu'est-elle en soi8--,le matre n'est pour l'esclave une puissance fatale que parce qu'il est en lui-mme une puissance relativement libre4 ,et l'esclave ne l'ignore pas2 si on lui demande quelle est ses yeux la forme la plus parfaite de l'existence1 il rpondra3 la libert4 ,ainsi1 en concevant le suprme destin1 l'humanit des anciens ges ne faisait que concevoir dj1 par une voie indirecte1 je ne sais quel idal de libert suprme4 ,l'ide du destin est l'ide de libert absolue projete au-dessus de nous et dominant la ncessit inflexible qui1 dans le monde1 manifeste sa puissance sans bornes4 ,le jour o l'esclave a compris sa servitude et par l mme la libert qui lui manque1 il possde dj1 avec cette ide intrieure de la libert1 la condition et le premier moyen de sa dlivrance1 mais il ne le voit pas tout d'abord1 et son premier mouvement est de courber la tte sous le joug1 de demeurer inerte sans mme essayer une rsistance qu'il croit inutile4 ,tel est aussi l'effet que produit d'abord sur la volont humaine la vague conception de l'absolu laquelle son intelligence s'est leve2 devant cet infini1 le fini se sent rduit nant et s'abandonne au destin1 qui lui semble une volont d'une toute-puissance irrsistible4 ,ds lors1 par une confirmation de l'influence pratique que nous avons attribue aux ides1 le destin rgne en effet sans obstacle et les choses suivent leur cours sans que la volont humaine1 immobile et neutre1 y change rien4 ,en croyant la fatalit1 l'homme l'a ralise en lui autant qu'elle peut l'tre3 l'ide de son ternel esclavage semble l'avoir rendu jamais esclave4 ,ce n'est l pourtant que le premier moment de l'histoire morale et la premire attitude de la volont humaine devant la volont absolue1 o elle ne reconnat pas tout d'abord un mirage de sa propre volont4 ,le fatalisme primitif1 par son excs mme1 tend se dtruire3 il renferme une contradiction qu'une rflexion un peu attentive ne tarde pas dcouvrir4 ,on sait comment l'esprit subtil des ,grecs avait formul le raisonnement des fatalistes1 qui est la thorie de la complte passivit et l'argument de la paresse3 ,grec3 logos argos4 ,on pourrait l'exprimer ainsi3 ,que tu brises ou non ta chane1 si ta destine est d'tre dlivr1 tu le seras2 si elle est de ne pas tre dlivr1 tu ne le seras pas4 ,il est donc inutile de briser ta chane4--,on commet encore chaque instant des sophismes analogues dans les discussions relatives au libre arbitre4 ,nos progrs successifs1 en cette question1 se rduisent presque aux diffrents moyens de franchir le cercle o le sophisme paresseux veut nous enfermer1 et l'ide mme de libert nous aide le franchir4 ,le premier vice de l'argument est dans une conclusion incomplte4 ,rien ne sert de fuir1 dit-on au soldat musulman4--,mais aussi rien ne sert de rester3 que je n'agisse pas ou que j'agisse1 ce qui doit arriver arrivera toujours4 ,les prmisses aboutissent donc indiffremment deux conclusions contraires2 on ne peut prfrer l'une l'autre que pour des raisons trangres l'argument lui-mme1 telles que le plaisir ou la douleur1 l'attrait du repos ou l'attrait de l'action1 en un mot la passion du moment4 ,si on s'en tient avec rigueur l'argument logique1 aucune conclusion dtermine n'est logiquement possible4 ,c'est que les prmisses1 sous l'apparence de la ncessit1 renferment l'arbitraire4 ,cette dtermination absolue des choses par le destin1 nous qui ne sommes pas le destin nous ne la connaissons pas et ne pouvons mme la prvoir2 nous sommes en dehors d'elle par notre pense comme par notre action4 ,donc1 si les choses sont absolument dtermines en elles-mmes et sans nous1 elles sont absolument indtermines pour nous4 ,que pouvons-nous alors conclure de prmisses vides8 ,tout1 ou plutt rien4 ,s'il y a une conclusion prcise1 elle se tire dans l'absolu1 indpendamment de nous et de notre pense2 et nous ne la connatrons que quand elle sera descendue dans le domaine des faits accomplis4 ,si la ncessit des fatalistes est ainsi en dehors et au-dessus de notre pense1 c'est qu'elle est par hypothse au-dessus de toutes conditions3 ce qu'elle produit1 elle le produit par elle seule1 en dpit de tout le reste4 ,ds lors1 cette ncessit absolue devient pour nous l'absolue contingence2 cette certitude suprme devient suprme incertitude4 ,si je possdais la moindre assurance scientifique relativement une liaison particulire de cause et d'effet1 si par exemple j'tais sr que le mouvement de mes jambes me portera toujours d'un lieu dans un autre1 j'aurais en moi un certain pouvoir d'chapper au destin2 et j'y chapperais en effet1 d'abord par la pense1 qui me rvlerait au moins un des secrets de ce destin1 puis par l'action1 dont je pourrais prvoir les rsultats rguliers et infaillibles4 ,mais1 dans l'hypothse fataliste1 toutes les lois de l'exprience moi connues sont renverses2 la seule loi qui reste est prcisment celle dont les rsultats me sont inconnus4 ,quelle diffrence y a-t-il entre cet absolu destin et un hasard qui serait galement absolu8 ,dans ce second cas comme dans le premier1 l'efficacit des causes est supprime1 et le hasard peut empcher l'effet de se produire4 ,le monde offrirait alors un spectacle si incohrent1 que je ne devrais mme pas compter sur ce que je tiendrais dans la main4 ,tout au plus pourrais-je1 anim d'un dernier espoir1 jeter mes actions comme un enjeu dans ce jeu fantastique du hasard4 ,le destin est l'absolue unit d'une puissance suprme qui se maintiendrait immuable et impntrable travers la multiplicit des choses que notre exprience et notre pense peuvent saisir4 ,le hasard est une multiplicit absolue qui irait changeant et variant sans rgle et sans condition1 qui par cela mme chapperait toutes les prvisions de notre pense4 ,dans le premier cas1 tout driverait d'une libert absolument une et fixe2 dans le second1 tout driverait d'une libert absolument multiple et capricieuse3 dans l'une et l'autre hypothse1 le principe suprme se rduit pour nous une chose inconnue4 ,ainsi le vice intrieur du fatalisme absolu le force se changer en son contraire4 ,nous venons de le voir1 les prmisses du fatalisme absolu ne concluent thoriquement aucune conduite dtermine et particulire2 mais elles n'en renferment pas moins une conclusion gnrale d'une grande importance pratique3 c'est que nous ne pouvons rien1 que nous ne sommes rien1 que tout s'est fait et se fera sans nous4 ,l'ide de l'indtermination logique des effets qu'amnera le destin entrane pour nous l'inertie pratique4 ,un corps inerte et passif est-il en repos1 tant qu'une raison nouvelle n'intervient pas il continue d'tre en repos1 par la raison qu'il y tait dj2 est-il en mouvement1 il continue son mouvement4 ,tel serait l'esprit exclusivement domin par la pense du destin3 il flotterait au gr des influences extrieures ou intrieures4 ,au-dessous de ce motif gnral1 l'impuissance changer le destin1 ceux des motifs particuliers qui sont compatibles avec le premier reprendraient seuls leur empire4 ,or1 il y aurait incompatibilit entre le destin absolu et le motif moral1 si l'on entend par ce dernier un bien qui soit l'oeuvre propre de la volont humaine4 ,les motifs passionns et gostes profiteraient donc seuls de cette abdication morale4 ,ce qui rendrait les motifs passionns plus compatibles que les autres avec l'ide du destin1 c'est que la passion produit son effet dans le moment mme2 elle prend donc la forme non plus d'un destin venir et inconnu1 mais d'un destin prsent et connu4 ,elle nous donne le sentiment d'une possibilit et comme d'une puissance immdiate que le destin mme nous force mettre en oeuvre4 ,ce que je fais est possible et mme ncessaire1 puisque je le fais4 ,le prsent aurait ainsi toute autorit2 l'avenir1 en revanche1 n'en aurait plus4 ,les ides de prvoyance1 de perfectibilit1 de progrs futur1 n'auraient de valeur que si elles s'incorporaient dans la peur ou l'esprance prsente4 ,l'activit humaine serait rduite un minimum1 concentre au point o le destin semble se confondre avec ce que nous faisons1 o ce que nous faisons semble se confondre avec le destin4 ,l'ide d'une puissance exerce sur l'avenir1 puissance qui semble constituer dans la pratique la libert vraie et efficace1 perdrait toute sa valeur au profit d'une sorte de libert prsente trs voisine de la passion1 limite commune du hasard et du destin4 99 99 99 99 99 ,en rsum1 l'tude de cette forme du fatalisme nous donne un premier exemple de l'influence pratique qu'exerce l'ide de libert2 et cette influence nous fait dj entrevoir un moyen de conciliation pratique entre les doctrines adverses4 ,la mme ide qui nerve et abaisse pourra peut-tre1 en se dplaant1 fortifier et relever4 ,c'est1 nous l'avons vu1 sur la notion de libert que le fataliste mme s'appuie2 seulement il la place dans l'absolu et attribue au principe des choses une libert exclusive de la ntre1 une puissance qui est la ngation de notre propre puissance4 ,par l et tant qu'il s'en tient cette conception1 nous avons vu qu'il se dpouille effectivement lui-mme de toute initiative2 lorsque ensuite les vnements extrieurs lui apparaissent comme la manifestation du destin1 il leur confre1 tant qu'il s'en tient cette nouvelle conception1 une puissance absolue sur lui-mme2 enfin1 ce qu'il est en train de faire ou de ne pas faire dans le moment prsent lui apparat comme la manifestation du destin en lui-mme et comme le rsultat d'une puissance immanente lui3 il retrouve alors1 dans ce sentiment actuel du rle qui lui est dvolu1 le faible reste d'une puissance rduite au prsent et qui ne peut que ce qu'elle fait ou plutt ce qu'elle subit4 ,l'ide du fatalisme complet est donc la ralisation de la libert en tout ce qui n'est pas nous-mmes1 et la ralisation en nous de la fatalit1 ou encore d'une sorte de hasard qui nous livre aux circonstances et aux passions prsentes4 ,nous nous rapetissons par l'ide exagre de notre petitesse1 et nous agrandissons ce qui n'est pas nous4 ,par l'influence d'une simple ide1 nous nous mettons nous-mmes dans un tat analogue celui des sujets d'un despote absolu2 nous tremblons la seule pense du monarque invisible qui du fond de son palais gouverne tout4 ,notre seule ressource est de l'oublier1 ou de lui drober furtivement nos actions prsentes1 ou enfin de nous persuader que1 si nous faisons ces actions1 c'est qu'il nous les laisse faire1 lui qui a les yeux sur tout4 ,ce n'est pas sans raison que les peuples les plus fatalistes dans l'ordre religieux sont gnralement les plus esclaves dans l'ordre politique4 ,cette conception thologique d'un destin absolu1 qui finit par se concilier avec la doctrine parallle du hasard absolu1 ne saurait subsister dans l'tat actuel de la science4 ,pour les philosophes et les savants qui admettent qu'une cause premire produit tout par un enchanement rgulier de causes secondes et d'effets1 le gouvernement de l'univers peut bien tre encore une monarchie1 mais c'est dj une monarchie constitutionnelle4 ,le souverain1 s'il y en a un1 agit suivant des lois rgulires et respecte la constitution qu'il a lui-mme tablie4 ,la raison nous fait concevoir le souverain1 et l'exprience nous met au courant de la constitution4 ,c'est ce systme que le fatalisme se rduit tt ou tard1 pour se mettre d'accord avec les faits positifs de l'ordre intellectuel ou de l'ordre moral4 ,il devient alors proprement dterminisme4 ,voyons jusqu'o peut aller l'accord pratique entre le dterminisme et l'ide de libert1 en commenant par les faits les plus extrieurs et les plus aisment conciliables avec les diverses doctrines1 pour nous replier peu peu vers les actes les plus intimes de la conscience1 principes cachs de toute vie morale et sociale4 ,,chapitre ,,troisi,,me ,,jusqu',o ,,peut ,,aller ,,la ,,conciliation ,,du ,d,,terminisme ,,et ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,l',,ordre ,,physique ,,et ,,dans ,l',,ordre ,,social ,i4 ,rapports de l'homme avec la nature extrieure4--,conduite de l'automate spirituel devant la nature4 ,,ii4 ,rapports de l'homme avec la vrit conue par son intelligence4 ,l'automate spirituel pourrait-il chercher le vrai et dlibrer sur le meilleur8 ,,iii4 ,rapports de l'homme avec ses semblables4 ,comment les automates spirituels se conduiraient-ils les uns l'gard des autres8--,valeur des preuves de la libert qu'on prtend tirer des menaces et des prires1 des conseils et des ordres4--,argument du pari4--,arguments tirs de la confiance que nous avons dans la libert de nos semblables4 ,analyse des ides de promesse et de contrat4 ,,iv4 ,l'ordre social dans le dterminisme et dans la doctrine de la libert4 ,le contrat social4 ,valeur des preuves du libre arbitre tires de l'existence des lois sociales et de leur sanction4 ,responsabilit et imputabilit lgales4 ,v4 ,le droit social dans le dterminisme4 ,i4 ,les rapports de notre activit pratique avec le monde extrieur ne semblent pas altrs par le dterminisme4 ,d'abord1 l'ide des objets extrieurs et de leurs lois demeure la mme4 ,le dterministe ne commettra donc plus en face de la nature et de son cours le sophisme paresseux du fatalisme oriental1 car il ne croit pas que les phnomnes sensibles arrivent en dpit des causes1 mais en raison des causes3 c'est la dfinition mme du dterminisme4 ,le sophisme paresseux aboutirait ici la ngation de ce dterminisme2 il signifierait3 ,vous aurez beau accumuler toutes les causes dterminantes1 l'effet pourra ne pas se produire2 supprimez toutes les causes1 il pourra se produire encore4 ,la diffrence entre la doctrine dterministe et l'opinion commune1 c'est que celle-ci1 en prsence du mcanisme fatal des choses1 place un mcanicien la fois intelligent et libre2 tandis que le systme de la ncessit met en prsence deux mcanismes1 l'un inintelligent et insensible1 l'autre intelligent et sensible4 ,mais toutes les relations qui n'impliquent rien de moral demeureront pratiquement les mmes entre les deux termes4 ,la conduite de l'automate spirituel devant la nature ressemblera celle de l'esprit libre2 le premier aura1 dans sa sensibilit et son intelligence1 les mmes moyens d'information et d'action par rapport au monde extrieur4 ,seulement1 chez l'automate intelligent1 l'intelligence sera efficace par elle-mme1 tandis que chez l'tre suppos libre elle sera efficace par autre chose1 je veux dire par une volont capable de s'opposer l'intelligence et de la rendre parfois inefficace4 ,de plus1 il est essentiel1 ici encore1 de rectifier le dterminisme en y introduisant l'ide de libert4 ,l'automate m par des ides a prcisment parmi ses moteurs l'ide de son pouvoir sur soi1 l'ide des effets produits par la rflexion de l'intelligence1 l'ide de l'indpendance qui appartient aux ides mmes par rapport aux impulsions brutales et mcaniques du dehors4 ,pour le dterminisme ainsi rectifi1 l'intelligence qui montre le but se confond avec la puissance qui y porte1 la conscience de la libert avec la conscience de l'efficacit inhrente l'ide de libert1 la dlibration intellectuelle avec l'indcision entre plusieurs ides dont cette ide suprieure embrasse pour ainsi dire en soi la multiplicit2 enfin le jugement du meilleur et la prvalence d'une ide particulire se confondent avec la dtermination4 ,on objecte qu'un automate ne pourrait dlibrer3--,ce qui est conu comme indpendant du moi ne peut tre l'objet d'une dlibration2 nous ne dlibrons pas sur le cours des choses extrieures1 ni mme sur la circulation de notre propre sang1 qui ne dpend pas de notre libert4--,c'est que nos ides sur la circulation du sang n'ont aucune influence directe sur cette circulation2 mais les ides que nous avons1 par exemple1 sur la ncessit de fuir le danger1 sont parmi les causes qui dterminent le mouvement de nos membres2 et mme1 dans l'hypothse dterministe1 nos ides et nos inclinations suffisent produire nos mouvements4 ,l'automate intelligent pourra donc aussi dlibrer1 et ce serait lui opposer tort le sophisme paresseux que de lui dire3 ,vos ides ne vous servent rien1 puisqu'au contraire les ides sont ses ressorts et ont sur lui une puissance dterminante#c4 ,la dlibration est simplement l'instant o les motifs et les mobiles contraires1 conscients ou inconscients1 se balancent dans l'esprit4 ,et parmi ces mobiles1 pour complter psychologiquement le dterminisme1 il faut placer l'ide de libert1 qui prend ici cette forme3 l'ide du pouvoir directeur des ides1 consquemment du pouvoir efficace de la dlibration mme4 #c ,le dterminisme1 dit ,m4 ,secrtan1 supprime la dlibration2 il enlve tout motif pour diffrer l'action et pour se demander3 ,que dois-je faire8444 ,convaincu thoriquement que son action sera conforme la raison la plus forte1 l'homme cherchera-t-il quelle est cette raison8444 ,certain qu'il ne peut penser que ce qu'il pense1 il ne demanderait plus ce qu'il doit penser4 ,il obirait la premire impulsion venue1 sans la discuter4 7,revue philosophique1 fvrier #ahhb1 p4 #ca47--;,cet argument revient dire3 ,si nous sommes convaincus que l'action rsultera de ses causes1--qui sont les raisons et motifs1--ne jugerons-nous pas superflu de modifier les causes pour modifier les effets8 ,les poids entraneront ncessairement le plateau2 donc il ne sert rien d'introduire des poids1 c'est--dire des ides1 dans la balance intrieure4 ,la dlibration exerce une influence ncessaire sur la dtermination2 donc il faut obir la premire impulsion venue1 comme si la dlibration n'avait aucune influence2 en un mot1 la dlibration est utile1 donc elle est inutile4 ,le caprice1 qui se rduit d'ordinaire au dsir de mettre l'essai son pouvoir sur soi1 apparatra dans la conduite de l'automate tout comme dans celle de l'tre libre1 la condition que la mme ide traverse leur intelligence4 ,ils seront1 en prsence d'un pril peu grand1 galement capables de s'adresser cette question3 ,si je restais8444 ,voyons si j'en aurais le pouvoir4 ,c'est une des formes que peut prendre l'influence exerce par l'ide de libert4 ,somme toute1 ils ne seraient pas plus paralyss l'un que l'autre1 et les rsultats seraient analogues2 sauf l'accident imprvu par lequel la volont indiffrente choisirait prcisment le contraire de toutes ses prfrences intellectuelles et de tous ses sentiments4 ,hasard incomprhensible1 et coup sr exceptionnel4 ,,ii4--,nos rapports avec la vrit scientifique subsistent galement dans le dterminisme4 ,un des arguments essentiels des plus rcents partisans du libre arbitre1 c'est que le dterminisme supprime toute recherche possible de la vrit4 ,dans le systme dterministe1 dit-on1 o chacun a toujours ncessairement la seule opinion qu'il puisse avoir1 on ne trouve pas de motif qui puisse l'engager la mettre en question2 au contraire1 dans le systme du libre arbitre1 o chacun est responsable de ses jugements1 le motif de les contrler sans cesse est manifeste3 c'est un motif de conscience#d4 ,en raisonnant de cette manire1 on pourrait dire3 ,tout malade ayant ncessairement le seul tat de sant qu'il puisse avoir1 on ne trouve pas de motif pour l'engager soigner sa sant4--,les indterministes oublient qu'on peut triompher d'une ncessit en lui opposant une autre ncessit1 par exemple d'une fivre qui a t produite ncessairement par ses causes1 en lui opposant des remdes qui la guriront ncessairement1 comme le sulfate de quinine4 ,le motif de contrler nos opinions est aussi manifeste dans l'hypothse du dterminisme que dans toutes les autres3 ce motif1 c'est l'exprience de nos erreurs et de leurs suites4 ,les indterministes raisonnent encore ici comme on croit que raisonnent les soldats de ,mahomet1 qui jugent inutile de fuir parce que1 si leur mort est fatale1 ils mourront quoi qu'ils fassent4 ,cette prtendue application du dterminisme en est au contraire la ngation1 puisqu'elle consiste croire non que les effets sont dtermins par leurs causes1 mais qu'ils sont dtermins indpendamment de leurs causes#e4 #d ,m4 ,secrtan1 ibid41 p4 #ch4 #e ,mme paralogisme chez ,m4 ,renouvier et chez ,m4 ,delboeuf4 ,dans le fond de leur coeur1 dit ce dernier1 et en dpit de leur systme1 nul d'entre les savants ne rduit la science ce rle contemplatif2 aucun n'accepte d'tre en tout un instrument entre les mains de l'imprieuse fatalit2 tous ils ont la prtention d'entrer en lutte avec la nature1 de la soumettre1 de la plier leurs desseins4--,oui1 sans doute1 rpondrons-nous1 de la soumettre par la pense et par la force mme que les ides exercent4 ,s'ils tiennent tous lui arracher le secret de la puissance1 c'est pour la dompter avec ses propres armes2 donc1 par les lois de la pense et en se servant du dterminisme mme pour obtenir un effet dtermin par des moyens dtermins en vue d'un but dtermin4 ,mais n'insistons pas davantage1 continue ,m4 ,delboeuf1 sur l'inconsquence que commet le dterministe quand il reconnat la science une valeur pratique4 7,rev4 ph41 p4 #fji47 ,cette inconsquence est purement imaginaire2 croire au dterminisme1 c'est prcisment croire la valeur pratique1 l'efficacit de la science et des ides1 en nous comme hors de nous4 ,les partisans du libre arbitre1 au contraire1 interposent entre la science et l'action un pouvoir mystrieux et ambigu1 qui seul rend la science pratique1 s'il lui plat4 ,c'est pour eux que la science est purement contemplative1 et non pratique par elle-mme4 ,,iii4--,considrons maintenant les mmes personnages dans leurs rapports avec d'autres tres comme eux4 ,le dterminisme1 dit-on1 rend inutile toute rgle de conduite4 ,mais cette objection1 qui n'est pas mme valable contre le dterminisme ordinaire1 l'est encore moins contre le dterminisme rectifi par l'ide de libert4 ,la pense que mes actes seront dtermins par mes motifs et mes mobiles1 y compris le motif et le mobile de la libert mme1 ne paralyse pas plus l'activit que la pense des lois de la mcanique ne paralyse le constructeur de machines2 croire que les effets rsulteront des causes ne saurait dtourner de poser les causes pour obtenir les effets2 tout au contraire4 ,on a mille fois rpt1 depuis ,aristote1 que les menaces et les prires1 les conseils et les ordres n'auraient plus de sens dans l'hypothse dterministe4 ,on n'adresse pas de prires1 dit-on1 au fleuve qui coule fatalement vers la mer2 on n'adresserait pas non plus de prires l'automate de ,vaucanson4--,assurment2 car le fleuve n'a ni oreilles ni intelligence1 pas plus que l'automate de ,vaucanson4 ,la seule prire que l'ingnieur adresse un fleuve pour l'empcher de dborder1 c'est une digue solide2 mais1 si les eaux des fleuves entendaient et comprenaient ce qu'on leur dit1 il suffirait de leur parler avec l'loquence d',orphe4 ,il est vident que nos paroles ne convaincraient pas un fleuve sourd1 mais elles ne convaincraient pas davantage un homme sourd4 ,les dterministes connaissent1 mieux encore que les autres1 la loi qui veut qu'on proportionne les moyens la fin1 qu'on emploie pour produire un effet les causes appropries et dterminantes3 on convainc une intelligence avec des raisons1 et on persuade une sensibilit avec des sentiments4 ,si on suppose dans l'tre1 outre ces deux facults1 une libert d'indiffrence capable de se dterminer d'une manire imprvue1 on ne sera jamais compltement sr de russir2 si au contraire cette libert n'existe pas1 on en sera sr3 voil toute la diffrence1 qui est ici l'avantage du dterminisme4 ,de plus1 rtablissez dans le dterminisme mme l'ide de libert et son influence pratique1 il est clair que le dterminisme ainsi complt n'exclura nullement les conseils et les ordres2 en effet1 le conseil et l'ordre supposent que l'ide de votre pouvoir sur vous-mme est capable elle-mme d'exercer un pouvoir et de tourner ce pouvoir au profit de ce qu'on vous demande4 ,les deux systmes1 ici encore1 concident donc pratiquement#f4 #f ,les paralogismes prcdents se retrouvent dans ,m4 ,naville3 ,les conseils d'hygine et de rgime supposent2 aussi bien que les directions de la plus haute morale1 l'existence d'une volont raisonnable et libre laquelle on s'adresse4 ,on repare des machines lorsqu'elles ont quelque dfaut2 on ne leur donne pas de conseils4 7,rev4 phil41 #ahgi47--,on ne donne pas de conseils une machine1 encore une fois1 parce qu'elle n'a ni oreilles ni intelligence2 on en donne aux hommes sur leur sant et leur rgime1 parce qu'ils sont intelligents2 mais il est inutile pour cela qu'ils soient libres1 et mme1 si on donne des conseils1 c'est--dire au fond des raisons et1 quand la chose est possible1 des dmonstrations1 c'est que l'on compte sur l'efficacit des ides scientifiques et des motifs d'intrt personnel4 ,c'est prcisment une libert arbitraire qu'il serait inutile de donner des conseils4 ,m4 ,naville oublie dans son objection que les moyens doivent tre en rapport avec les fins3 l'argumentum baculinum est un bon moyen pour les animaux2 l'argumentum logicum est un bon moyen pour l'homme4 ,on a voulu tirer un argument des paris4 ,aucun dterministe1 dit-on1 ne parierait mille francs que je ne lverai pas le bras d'ici un quart d'heure2 je suis donc libre de lever le bras4--,sophisme paresseux4 ,personne ne pariera en effet1 parce que les mille francs1 ou simplement le dsir de la contradiction1 peuvent devenir une raison de lever le bras4 ,le dterministe ne saurait parier que son pari n'agira pas sur vous1 puisqu'il croit au contraire l'influence dterminante du motif le plus fort4--,alors1 dites-vous1 on pourra parier coup sr que l'automate sera dtermin lever le bras par le dsir de gagner le pari4--,non2 car on ne connat pas tous les motifs1 et on n'en peut calculer la force4 ,le pari serait chanceux dans le cas de la ncessit comme dans celui del libert4 ,en outre1 ici encore1 l'ide du pouvoir sur soi intervient dans le dterminisme mme4 ,je sais que je puis rsister votre dsir pour le seul plaisir d'y rsister1 que je puis agir avec une sorte d'arbitraire pour le seul plaisir de montrer mon arbitraire ou1 si l'on veut1 ma libert4 ,vous ne pouvez1 en pariant1 savoir quel sera parmi toutes les ides l'effet de cette ide perturbatrice2 vous ne pouvez calculer l'action de l'ide de libert4 ,il subsiste donc un lment d'incertitude qui rend les paris possibles4 ,les automates pourraient faire entre eux des paris comme les hommes libres2 ce serait l'quivalent de ceux que l'on fait aux jeux de hasard4 ,ces derniers ne supposent aucune libert1 ni dans les ds du joueur1 ni dans sa main1 ni mme dans la force qui meut sa main2 car une machine qui lancerait les ds en l'air remplirait le mme office et pourrait devenir aussi un objet de pari4 ,un rsultat a beau tre ncessaire1 il laisse place aux conjectures quand nous ne connaissons pas toutes les donnes du problme2 il y a alors indtermination1 sinon dans les choses1 du moins dans notre pense4 ,en revanche1 quand nous oprons par la statistique1 sur des masses1 non sur des individus1 le calcul redevient exact et la prvision presque certaine4 ,pourrons-nous repousser galement les preuves du libre arbitre fondes1 non plus sur la ncessit mathmatique1 mais sur la confiance mme que nous avons dans la libert apparente ou relle de nos semblables1 je veux parler de l'argument fond sur les promesses et les contrats8 ,des intelligences dtermines par leurs ides pourraient-elles se lier entre elles par des promesses relatives l'avenir8--,l'automate spirituel ne peut1 dira-t-on1 signer qu'un engagement ainsi conu3 ,mon ide dominante et mon dsir dominant sont aujourd'hui d'accomplir dans un an tel ou tel acte2 et je l'accomplirai effectivement1 moins que dans un an je ne sois domin par une ide et un dsir contraires4 ,voudrait-on signer un pareil engagement8 --,nous le signerions tout aussi volontiers1 rpondront les dterministes1 qu'un contrat qui serait l'oeuvre d'une libert indiffrente et mme d'un libre arbitre4 ,car la libert1 son tour1 devrait introduire dans son trait une clause non moins inquitante3 ,en vertu de ma libert d'indiffrence ou de mon libre arbitre1 je veux aujourd'hui faire telle ou telle chose dans un an2 et je l'excuterai en effet1 moins que1 en vertu de la mme libert d'indiffrence ou du mme libre arbitre1 je ne veuille en ce temps-l le contraire4 ,voil une part laisse au hasard qui vaut bien la part laisse au destin4 ,dans la dtermination future de l'automate se trouve une inconnue1 qui pour nous est indtermine2 et dans la dtermination future d'une libert indiffrente ou du libre arbitre se trouve une inconnue1 qui est indtermine non seulement pour nous1 mais en elle-mme4 ,tant qu'on s'en tient une libert vraiment indiffrente1 il ne semble pas possible de rpondre cette rplique des dterministes4 ,on n'y pourrait rpondre qu'en montrant dans la libert mieux entendue une puissance capable de lier l'avenir au prsent1 de dterminer l'acte venir par l'acte prsent4 ,c'est ce lien1 en effet1 que tout contrat suppose2 plus il est invincible1 c'est--dire plus le prsent est dterminant par rapport l'avenir1 et plus le contrat est sr4 ,la question ainsi modifie1 les dterministes ne pourront-ils trouver1 dans un contrat solennel1 quelque chose qui lie l'avenir au prsent2 et ce lien sera-t-il certain1 ou seulement probable8 --,le lien capable d'enchaner l'avenir1 pourront-ils dire1 c'est le contrat lui-mme1 avec ses motifs1 avec ses clauses1 avec les sanctions extrieures et intrieures qui en suivent l'accomplissement ou la violation2 retomberons-nous dans le sophisme paresseux en dclarant inutiles ce contrat et ces conditions1 qui ne peuvent pas ne pas jouer un grand rle dans la production de l'acte venir8 --,non sans doute1 dira le partisan de la libert2 mais est-il bien vrai que le contrat fait en ce moment soit la cause relle de sa ralisation future8 ,n'est-il pas plutt1 comme cette ralisation1 l'effet et le signe de notre volont libre elle-mme8 --,dans l'hypothse dterministe1 le contrat n'est aussi qu'un effet et un signe1 mais c'est l'effet et le signe de sa prdominance en moi4 --,reste savoir si cette prdominance sera durable8 ,le savez-vous8 --,je le crois4 ,et vous1 savez-vous de science certaine si vous voudrez encore dans un an et toute votre vie ce que vous voulez aujourd'hui8 ,vous le croyez d'une croyance plus ou moins voisine de la certitude1 parfois mme quivalente la certitude dans la pratique1 voil tout4 ,que de serments ternels qui n'ont dur que quelques annes6 ,et pourtant ils taient sincres4 ,que de voeux prononcs pour toute la vie et qui n'ont pu tenir jusqu' la fin6 ,prenez garde de tomber dans l'ide mystique et trop souvent chimrique des thologiens1 qui demandent au religieux l'abdication libre de sa libert pour toute sa vie1 et l'pouse conduite devant l'autel un serment d'esclavage jusqu' sa mort4 ,nos lois ne sont dj que trop empreintes de cette fausse conception qui1 au lieu de demander la dure d'un lien celle des ides et des affections1 la demande la prtendue puissance d'une libert qui s'enchane4 ,voyez d'ailleurs combien ces lois ont peu de confiance dans l'immuable libert1 puisqu'elles l'environnent d'entraves et de menaces sociales1 pour tre plus sres1 en l'enchanant elles-mmes1 de son immutabilit4 ,la vraie thorie moderne des contrats est celle qui les juge tous rsiliables sous certaines conditions dtermines2 et cette thorie est vraie1 parce qu'elle traite les hommes comme des hommes1 non comme des saints1 pour lesquels prcisment les lois seraient inutiles4 ,votre thorie de la libert1 au contraire1 nous a valu toutes les servitudes sociales et religieuses4 ,on est all jusqu' engager non seulement sa libert1 mais celle de ses enfants et des enfants de ses enfants1 au service d'une dynastie4 ,pour nous1 nous demandons la stabilit des contrats et des institutions la nature mme des choses et la force des ides vraies1 non aux rsolutions toujours rvocables du libre arbitre4 ,persuadez-moi en m'clairant et en me donnant des ides justes1 ce sera le meilleur moyen de m'enchaner pour l'avenir4 ,la science est immuable comme son objet1 le vrai et le bien2 c'est sur elle que nous fondons l'ternit de nos promesses et de nos engagements4 ,chercher un point d'appui ailleurs que dans les choses ternelles et dans la pense qui les conoit1 c'est mettre sa confiance dans ce qui ne la mrite pas4 --,vous semblez confondre deux choses3 le sujet qui pense et l'objet pens4 ,rien ne m'assure que la constance qui est dans la vrit se trouvera aussi dans votre pense3 car celle-ci est livre toutes les ncessits1 consquemment tous les hasards des influences extrieures ou intrieures2 elle ne sait pas si elle restera toujours la mme travers le temps et l'espace2 au contraire1 ma volont1 si elle est libre1 peut le savoir4 ,quand je m'engage envers vous par une promesse1 je m'engage aussi envers moi-mme1 et je me promets moi comme vous de rester le mme pendant tout l'intervalle de temps qui sparera la promesse faite de la promesse accomplie4 ,ce temps1 ma volont le domine2 elle le tient sous sa puissance1 avec toute la srie des phnomnes qui peuvent y trouver place4 ,quels que soient les vnements qui suivront ma promesse1 quelque nombreux et divers qu'ils soient1 cette srie intermdiaire d'antcdents ou de consquents ne comptera pour rien2 ma promesse sera l'antcdent immdiat et unique de sa ralisation3 la mme volont qui l'a faite1 l'excutera4 ,la libert1 idale ou relle1 est donc la puissance de vouloir une mme chose des intervalles plus ou moins loigns4 ,ds l'instant prsent elle se fixe elle-mme une limite ou un but dans le temps encore venir2 puis1 demeurant identique pendant tout l'intervalle1 elle manifeste cette identit chacun des points intermdiaires1 en rsistant toutes les causes qui tendraient la faire dvier1 en demeurant indiffrente tout ce qui n'est pas l'action promise4 ,par l'lan qu'elle s'est ainsi imprim et dont elle mesure intrieurement l'nergie1 elle sait qu'elle atteindra le but sans que rien l'en dtourne4 ,si vous rejetez avec raison la libert d'indiffrence1 vous sera-t-il aussi facile de mconnatre cette libert vraie qui se ferait elle-mme sa ncessit et qui1 aprs s'tre donn un ordre1 y obirait partout1 toujours8 ,ne va pas au snat1 dit ,vespasien ,helvidius ,priscus2 et ce dernier rpond3 ,tant que je serai snateur1 il faut que je me rende aux dlibrations4--,vas-y1 mais n'y dis mot4--,ne me demande pas mon avis1 et je me tairai4--,il faut que je te le demande4--,et moi1 il faut que je te dise ce qui parat juste4--,mais si tu parles1 je te ferai prir4--,quand donc t'ai-je dit que je fusse immortel#g8 ,il le faut1 dit ,helvidius2 mais il devrait dire3 il le faut1 parce que je le veux librement4 #g ,arrien1 ,dissertations1 ,,ii1 #ai4 --,ou plutt parce que je le comprends1 rpliqueront les dterministes4 ,nous ne nions pas1 en effet1 comme vous nous en accusez1 la distinction du sujet et de l'objet1 de l'intelligence humaine et de l'immuable vrit2 mais nous croyons que la vrit et la justice peuvent susciter dans la pense qui les conoit une puissance analogue elles-mmes et dont la dure1 proportionne leur vidence1 subsiste malgr tous les obstacles extrieurs4 ,notre automate est un thorme vivant1 et ce thorme est une ide vivante2 n'assimilez pas le mcanisme ou dynamisme de la nature1 si complexe dans ses causes et plus encore dans ses effets1 aux ouvrages grossiers et fragiles de l'art humain4 ,si nos microscopes taient aussi puissants pntrer les dlicatesses du cerveau humain que nos tlescopes sonder les profondeurs du ciel1 qui sait si nous ne dcouvririons pas entre les mouvements astronomiques et les mouvements de la pense une merveilleuse analogie8 ,peut-tre notre cerveau est-il un firmament4 ,les toiles qui sont au-dessus de nos ttes nous envoient1 des extrmits du ciel1 une trane lumineuse qui nous rvle leur prsence2 depuis combien de temps ce rayon tremblant1 qui semble toujours prt s'teindre1 est-il en marche travers l'infini8 ,les sicles passent1 et le foyer mme dont il est parti peut s'obscurcir2 lui1 il continue de vibrer avec une vitesse dont nul obstacle ne peut arrter l'lan4 ,et vous voudriez que les plus lumineuses de nos ides1 celle de la justice1 celle de la vrit1 fussent impuissantes persvrer dans une tte humaine pendant la vie entire8 ,de mme que le rayon de l'toile semble s'tre promis de traverser l'immensit et en effet la traverse1 ainsi le sage se promet lui-mme de traverser en droite ligne1 dans son lan vers le bien1 l'espace entier de la vie et1 s'il le fallait1 l'ternit4 ,aurez-vous moins de confiance dans cet invisible lan de la pense que dans le mouvement de la lumire visible8 ,les grandes ides sont des centres immuables d'attraction autour desquels gravitent toutes nos autres penses et tous nos actes4 ,la seule diffrence entre les divers individus est que1 chez les uns1 c'est encore un chaos o la lumire est diffuse1 o les mouvements semblent drgls2 chez d'autres1 malgr des perturbations passagres1 c'est un petit monde o rgnent dj1 comme dans le grand1 un ordre et une harmonie qui eussent charm ,pythagore4 ,cette harmonie durable1 dont l'homme juste a le sentiment et le spectacle intrieur1 ira se communiquant d'une intelligence une autre1 comme d'une sphre plus claire une rgion plus obscure1 jusqu' ce que tout resplendisse enfin des mmes clarts4 --,je veux bien que ma tte soit un firmament1 pourvu que vous reconnaissiez le libre esprit qui anime et agite la masse de ces mondes1 et qui y ralise les prodiges d'une mcanique plus cleste que celle mme du ciel4 ,mais1 si vous refusez de reconnatre ce foyer inpuisable de la volont consciente et toujours sre d'elle-mme1 vous finissez par placer en dehors de nous1 quoi que vous puissiez dire1 la dernire garantie des contrats ou des promesses2 et quelque probabilit que vous laissiez ces contrats1 vous ne leur laisserez pas une certitude absolue4 ,dans l'hypothse de la libert1 il est vrai1 nous ne sommes pas certains que le contractant accomplira effectivement le contrat3 mais1 s'il ne l'accomplit point1 nous ne dirons pas comme vous qu'il n'a pas pu1 nous dirons qu'il n'a pas voulu4 ,d'aprs vous1 le moyen indispensable peut manquer l'agent2 selon nous1 ce moyen ne manque jamais parce qu'il ne fait qu'un avec l'agent lui-mme4 ,supposez toutes les autres conditions changes1 il y en a une qui1 selon nous1 ne peut l'tre2 et cette condition suffisante par elle seule1 c'est la puissance de vouloir encore ce qu'on a une fois voulu et promis4 --,eussiez-vous raison dans la thorie1 il ne s'agit maintenant que de la pratique4 ,or1 ce point de vue1 nous finissons par admettre tous les deux un moment o la srie des faits venir devient douteuse4 ,pour vous1 la libre puissance de vouloir se bifurque bientt1 et vous n'tes plus certains de la voie que prendra la volont2 vous avez seulement des probabilits considrables4 ,mais ces probabilits subsistent galement dans notre dterminisme1 et c'est d'aprs elles que se guide la pratique1 non d'aprs la nature absolue de la volont4 ,qu'on place le point d'interrogation devant le pouvoir ou devant le vouloir1 les autres lments de la question demeurent pratiquement analogues4 ,il faut toujours faire un acte de confiance en soi ou en autrui2 vous avez confiance dans la volont1 et moi dans l'intelligence2 pour vous comme pour moi1 cette confiance vient en dfinitive de ce que nous avons le sentiment d'une puissance acquise1 d'une habitude contracte1 d'un dveloppement accompli et comme d'une vitesse durable4-- 99 99 99 99 99 ,en dernire analyse1 les deux doctrines adverses constatent galement dans l'homme une puissance consciente de soi1 mais l'expriment de deux faons opposes4 ,d'aprs les partisans de la libert1 puissance exempte de contrainte1 nous aurions directement conscience de ce que nous pouvons1 par exemple tenir une promesse2 d'aprs les partisans de la ncessit ou de la contrainte subie1 nous aurions plutt conscience de ce que nous ne pouvons pas faire1 par exemple manquer cette promesse4 ,il est certain que nous pouvons parfaitement avoir conscience ou connaissance de notre caractre et des incompatibilits qui s'y rapportent3 je sais1 par exemple1 que je ne suis pas capable d'un meurtre1 d'un vol de grand chemin1 etc4 ,je puis savoir de mme qu'un parjure est incompatible avec ma constitution mentale1 mon ducation1 mon milieu social1 etc4 ,malgr la diffrence de forme entre les doctrines sur le fondement des promesses ou des contrats1 nous agissons toujours sous l'ide plus ou moins franchement reconnue d'un pouvoir que nous nous attribuons par rapport l'espace et au temps1 d'une indpendance dont nous dotons notre nature intrieure et notre caractre en face de l'extrieur4 ,cette indpendance1 d'ailleurs1 peut tenir une dpendance par rapport des inclinations suprieures4 ,les uns appellent cette sorte de dlivrance une heureuse ncessit par laquelle triomphe l'ide1 les autres y voient la libert2 et ces deux choses1 dans la pratique1 finissent par nous inspirer une confiance analogue1 sinon identique2 car la confiance suppose une libert dtermine comme une nature dtermine3 en un mot1 elle suppose un caractre4 ,aussi ne pouvons-nous avoir confiance dans un inconnu1 ft-il dou de libre arbitre4 ,si de plus1 dans le dterminisme mme1 on introduit l'ide de libert et son action pratique1 il en rsultera1 pour le dterministe1 la possibilit de contracter sous l'ide mme de sa libert et de son indpendance4 ,les deux doctrines concideront donc pratiquement4 ,,iv4 ,si les hommes1 dans l'hypothse de la ncessit1 sont capables d'engagements1 de promesses1 de contrats et d'une confiance mutuelle toujours limite par quelque dfiance1 il en rsulte qu'ils peuvent vivre en socit et sous des lois civiles ou politiques plus ou moins rgulires4 ,les mobiles sensibles ou intellectuels produiraient le mme effet sur les automates humains que les forces attractives ou centriptes sur les lments matriels1 et les systmes sociaux seraient l'quivalent des systmes cosmiques4 ,l'instinct mme de la conservation concourrait avec les penchants sympathiques pour rapprocher les hommes3 des mcanismes intelligents et sensibles1 outre que les lois mmes de la vie et de l'hrdit les fondent en un organisme social1 auraient bientt compris la ncessit de s'unir contre les prils qui les menacent4 ,de l la socit civile1 qui peut tre considre comme une vaste socit d'assurance contre les risques qu'un homme court de la part de ses semblables4 ,ces risques sont l'objet d'un contrat d'assurance tacite ou explicite1 par lequel les hommes s'engagent unir leurs forces contre le pril commun4 ,l'utilit et l'efficacit de ce contrat tait facile reconnatre1 mme pour les hommes les plus sauvages1 tandis que l'utilit de l'assurance contre les risques venant de la nature se fonde sur de longs calculs mathmatiques et statistiques4 ,l'ide de contrat1 l'ide de socit librement accepte1 l'ide de libert sociale n'est donc nullement interdite au dterminisme mme1 et peut y jouer le rle d'ide directrice4 ,c'est par un nouvel abus du sophisme paresseux qu'on a voulu voir dans l'existence des lois sociales une preuve suffisante du libre arbitre4--,on ne fait pas de lois1 dit ,aristote1 pour les animaux ou pour les automates soumis la ncessit#h4--;,en effet1 les lois resteraient sans action sur des tres sans intelligence2 mais pour les tres intelligents elles sont des causes et des moyens de dtermination1 dont la puissance est plus infaillible encore sans le libre arbitre qu'avec la rsistance possible du libre arbitre4--,les lois servent formuler1 dans les socits modernes1 soit les ncessits de l'organisme social1 soit les conditions du contrat d'assurance mutuelle2 les impts sont la prime d'assurance fournie par chacun pour contribuer l'excution du contrat2 et cette excution par voie de contrainte est ce qu'on nomme la sanction4 #h ,voir ces objections reproduites par ,jouffroy1 ,cours de droit naturel1 t4 ,ier1 et mme par des contemporains1 comme ,,mm4 ,secrtan1 ,delboeuf et ,naville1 etc4 ,les sanctions lgales ont aussi t considres comme des preuves du libre arbitre4 ,c'est que1 dans l'analyse de la pnalit1 on mle d'ordinaire aux ides sociales des ides morales et religieuses qui prsupposent la chose en question1 savoir la libert mme4 ,en jugeant les actes contraires l'ordre social1 on a trop souvent la prtention d'apprcier plus ou moins exactement la part de la libert individuelle1 et on croit que la volont librement mauvaise de l'accus est la seule justification possible de la pnalit4--,mais si1 dans l'hypothse dterministe1 les relations naturelles des choses rendent ncessaire l'emploi de la force contre des individus ncessairement malfaisants1 si elles nous obligent dfendre l'intrt de tous contre les violences de quelques-uns1 est-ce l'homme qu'il faut accuser8 n'est-ce pas plutt la cause1 quelle qu'elle soit1 d'o drive le mal dans l'univers8 ,sans se hasarder dans des considrations mtaphysiques1 les dterministes peuvent justifier la peine au point de vue humain2 et cette justification purement sociale n'a pas besoin de remonter jusqu' l'absolu des choses1 car elle rsulte des rapports sociaux tels qu'ils existent en fait4 ,on fondait autrefois la pnalit sur le principe tout mtaphysique d'expiation1 dont les deux termes1 le libre arbitre et le bien en soi1 sont pour ainsi dire deux absolus4 ,qu'en rsultait-il8--,si d'une part notre libre arbitre est assez absolu pour faire le mal avec le plein pouvoir de faire le bien1 et si d'autre part le bien en soi commande absolument la volont1 on en pouvait conclure la ncessit d'une expiation pour rtablir entre la mauvaise volont et le bien un ordre de dpendance rationnel4 ,de l les expiations divines de l'autre vie2 on allait jusqu' les concevoir ternelles au cas o la mauvaise volont serait ternelle elle-mme1 bien plus1 au cas o elle serait passagre4 ,l'introduction de ces ides thologiques dans les lois sociales ne pouvait produire que les plus fcheux rsultats4 ,les juges humains1 parlant au nom de ,dieu1 croyaient devoir pntrer et dans l'absolu de la volont individuelle1 pour en mesurer la malignit1 et dans l'absolu de la volont divine1 pour en appliquer les justes dcrets2 en outre l'expiation1 et par suite la pnalit1 devant tre proportionnelle au crime1 on tait conduit inventer des varits de peines et des raffinements de supplices4 ,c'est ce qui ne peut manquer d'arriver ds qu'on prtend se substituer la justice absolue de ,dieu et la libert absolue de l'homme4 ,nous comprenons aujourd'hui que1 si ces deux absolus existent1 ils nous sont du moins inaccessibles4 ,nous ne devrions donc plus prtendre1 dans nos lois pnales1 appliquer le principe d'expiation2 car1 si nous n'avions d'autre principe invoquer que l'immoralit absolue de la mauvaise volont et la justice absolue de la peine1 nous serions entirement dsarms envers les coupables#i4 #i ,platon prte ,protagoras ces paroles fort raisonnables3 ,personne ne chtie ceux qui se sont rendus coupables d'injustice par la seule raison qu'ils ont commis une injustice1 moins qu'on ne punisse d'une manire brutale et draisonnable4 ,mais lorsqu'on fait usage de sa raison dans les peines qu'on inflige1 on ne chtie pas cause de la faute passe1 car on ne saurait empcher que ce qui est fait ne soit fait2 mais cause de la faute venir1 afin que le coupable n'y retombe plus et que son chtiment retienne ceux qui en seront tmoins4 ,les vraies raisons de la pnalit sociale sont des raisons3 #a de psychologie et de logique2 #b de sociologie positive1 de dfense et de conservation sociale2 or ces raisons sont admises par les partisans comme par les adversaires du dterminisme4 ,ainsi ,platon n'tait nullement en contradiction avec lui-mme1 lorsqu'il admettait la fois la ngation du libre arbitre et le svre maintien des peines sociales4 ,dans cette hypothse les actes d'injustice1 considrs en eux-mmes1 changent sans doute d'aspect2 mais leurs rapports extrinsques ne changent pas4 ,supposez deux hommes qui voient les mmes objets dans le mme ordre relatif2 seulement l'un voit tout d'une certaine couleur1 l'autre d'une couleur diffrente3 les rapports demeurant les mmes1 ces deux hommes s'entendront parfaitement dans la pratique4 ,platon et ,aristote chtient galement l'injustice3 ,platon prouve de la piti et une sorte d'horreur esthtique1 comme la vue d'un monstre ou d'un fou2 ,aristote prouve de l'indignation contre l'individu1 et une horreur proprement parler morale2 malgr cela1 ils agissent de mme et sont aussi logiques l'un que l'autre4 ,en effet1 les animaux ne sont pas libres1 et cependant l'homme les chtie2 si mme ils sont dangereux et incorrigibles1 nous les condamnons mourir4 ,l'homme vicieux est celui dans lequel les penchants de l'animal l'ont emport sur la raison4 ,pour le ramener l'ordre il faut d'abord1 suivant ,platon1 essayer de l'clairer4 ,si ses yeux sont ferms la lumire1 il faut le chtier2 car la douleur est propre1 soit rveiller la raison endormie1 soit la remplacer par une crainte salutaire3 en chtiant la bte1 on rend l'esprit sa libert4 ,enfin1 si la persuasion et la peur sont galement impuissantes sur l'tre corrompu1 il faut renoncer le gurir3 dans ce cas1 ,platon se dlivre de l'homme dangereux comme d'une bte sauvage2 il le frappe avec un sentiment d'horreur ml de regret et de piti4 ,loin de rendre les lois inutiles1 la ngation du libre arbitre1 ft-elle absolue1 les rend plus ncessaires et plus infaillibles que jamais4 ,si vous clairez l'intelligence ou faites impression sur le coeur1 n'agirez-vous pas infailliblement sur la conduite8 or1 la loi est propre clairer l'intelligence et mouvoir le coeur en montrant la voie ncessaire et la peine ncessaire3 c'est une ide-force qu'une bonne ducation rend irrsistible#aj4 #aj ,voir notre ,philosophie de ,platon1 t4 ,i1 p4 #djg et suiv41 et l'interprtation que nous avons donne de plusieurs passages des ,lois1 qui avaient sembl contradictoires4 ,voir aussi l'analyse tendue de la pnalit dans notre ,science sociale contemporaine1 livre ,v4 ,on objecte que la peine a pour fondement la responsabilit1 qui est nulle dans le dterminisme4 ,mais il faut distinguer entre la responsabilit qui suffit la pnalit sociale1 et la responsabilit mtaphysique ou morale1 dont un tre omniscient pourrait seul tre le juge4 ,une chose contraire la conservation de la socit est accomplie par vous2 vous en avez conscience1 vous en connaissez les rsultats fcheux pour autrui1 et cette connaissance ne suffit pas pour vous en dtourner2 devez-vous alors vous tonner que les autres supplent cette insuffisance par des moyens de dfense1 de contrainte et d'intimidation8 ,c'est vous qu'on s'en prendra1 puisque le mal excut au dehors existe d'abord en vous et dans l'intimit de votre vouloir4 ,quand vous tes malade1 n'est-ce pas vous qu'on administre des remdes souvent trs douloureux8 ,et si votre maladie est dangereuse pour les autres1 le lgislateur va-t-il la laisser suivre son cours1 surtout quand il existe des remdes8 ,il y a1 mme en ce sens1 imputabilit l'individu4 ,en vous punissant1 d'ailleurs1 mon but n'est pas rellement de vous punir1 mais de vous gurir1 s'il est possible1 ou au moins de me dfendre et de vous mettre dans l'impossibilit de nuire aux autres4 ,j'essaie de rtablir l'ordre dans votre intelligence1 dans toutes vos facults1 en vous faisant comprendre votre erreur et la laideur de votre caractre3 qu'avez-vous dire8 ,que vous mritez l'indulgence et la piti8 ,je vous l'accorde2 mais1 malgr cette piti et cause d'elle1 je m'efforce de vous gurir par la souffrance2 sans compter que ma piti l'gard de vos semblables m'entrane galement vous chtier1 si aucun autre moyen ne russit4 ,mme au sein du dtermin1 il y a une distinction possible entre ce qui est imputable en un certain sens l'individu1 consquemment punissable1 et ce qui ne lui est imputable sous aucun rapport4 ,platon mme a su faire cette distinction4 ,par exemple1 l'injustice et l'ignorance simple sont au fond dtermines4 ,mais1 dans l'ignorance1 le mal est extrieur pour ainsi dire l'individu1 puisqu'il est simplement l'impuissance des moyens intellectuels atteindre leur fin2 la fin est ici hors de l'esprit1 et le rapport des facults cette fin est extrinsque4 ,on ne peut donc porter une correction violente dans le sein mme de l'individu2 ce qui ne servirait absolument rien et n'augmenterait pas la puissance naturelle de son esprit4 ,on gurit un boiteux et un difforme par la gymnastique1 non par des corrections4 ,l'injustice1 au contraire1 est pour ,platon1 un trouble intrieur1 qui rsulte d'un renversement d'ordre dans les rapports mutuels des fonctions et dans leur hirarchie1 et qui aboutit un dsordre social4 ,quoique cette maladie morale et sociale soit toujours dtermine et se rduise mme en partie1 selon ,platon1 une certaine espce d'ignorance ou d'infriorit mentale1 la cause ici n'en est pas moins intrinsque2 comment donc la gurir8 ,en agissant par la correction et la douleur sur ces facults mmes qui entrent en lutte4 ,le dsir1 dit ,platon1 contrarie l'opinion du bien1 parce que le plaisir le sduit2 le correcteur vous fait prouver de la peine pour rtablir l'quilibre3 ds lors la crainte de la peine compense l'amour du plaisir1 et l'ordre reparat4 ,c'est comme une rvulsion mdicale4 ,platon vous traite par le fer et le feu1 et ne recule pas devant les moyens violents pour remdier la violence intime de la maladie2 le mal artificiel gurit le mal qui s'tait produit naturellement4 ,c'est la thorie que ,socrate lui-mme expose dans le ,gorgias1 et qu'on retrouve dans la ,rpublique et les ,lois4 ,cette diffrence d'imputabilit entre l'ignorance et l'injustice ne les empche pas1 encore une fois1 d'tre toutes les deux ncessites2 seulement les causes ncessitantes sont tantt intrieures1 tantt extrieures#aa4 #aa ,pourquoi1 demande ,victor ,cousin1 ne punissons-nous pas aussi bien ceux qui agissent sans connaissance de cause1 que ceux qui savent ce qu'ils font8--,remarquons-le d'abord1 l'ignorance n'est pas toujours une excuse aux yeux de nos juges2 par exemple1 l'ignorance de la loi n'est prise que pour une circonstance attnuante3 on veut par l exciter les citoyens se tenir au courant de ce qui les concerne4 ,quant cette ignorance complte qui consiste ne pas mme savoir ce qu'on fait1 agir sans aucune connaissance de cause1 elle enlve en effet la responsabilit lgale1 pour le dterministe comme pour le partisan de la libert4 ,punir un homme pour un acte accompli dans de telles conditions1 serait perdre son temps et ressembler l'enfant qui bat la porte o il s'est heurt2 ce serait en outre choquer et corrompre la raison publique1 en ne distinguant point un dommage inconscient et passager d'un dommage prmdit et tendant se reproduire1 un accident sans porte d'une maladie ou perversion qui atteint le fond mme du caractre4 ,non que la prmditation du mal implique la libert pour le dterministe2 loin de l1 c'est une servitude1 et une servitude bien plus dangereuse pour autrui que celle de l'ignorance pure et simple2 mais le danger mme appelle ici des prcautions appropries4 ,pour des raisons semblables1 la folie se distingue de l'injustice et doit tre traite autrement par le lgislateur4 ,les chtiments ne serviraient rien pour un fou1 et ne l'empcheraient pas de retourner sa manie2 encore se sert-on de corrections envers les fous comme envers les animaux4--,au contraire1 pour cet autre genre de dsordre dans les penchants1 qui pousse au meurtre ou au vol1 la punition peut tre efficace3 on peut corriger l'individu1 soit en l'intimidant1 soit1 ce qui vaudrait mieux encore1 en l'instruisant quand cela est possible4 ,la peine est en mme temps un moyen d'intimidation pour les autres hommes4 ,l'emploi de la force matrielle et de la persuasion intellectuelle comme moyens rpressifs1 et la diffusion de l'instruction dans toutes les classes de la socit comme moyen prventif1 sont donc rationnels dans l'hypothse du dterminisme non moins que dans celle de la libert2 ici encore la conciliation est possible4 ,de plus1 il y a pour le lgislateur et le juge une distinction capitale faire entre les divers actes selon qu'ils ont t accomplis ou non par l'individu sous l'ide de sa libert propre2 que cette libert soit en elle-mme relative ou absolue1 qu'elle se ramne un dterminisme plus profond ou qu'elle rvle un principe plus fondamental encore que le dterminisme1 toujours est-il que l'individu agit tantt sous l'ide qu'il est relativement matre de soi1 capable de rsister la passion actuelle par la rflexion sur soi1 tantt sans aucune ide de libert et par un entranement d'une violence aveugle4 ,or1 ces deux cas ne peuvent tre identiques pour le juge4 ,l'un marque la possession de soi par l'intelligence1 dont est insparable1 pour le dterminisme bien entendu1 une certaine possession de soi effective et proportionnelle la force mme de l'ide4 ,l'autre est un tat dans lequel on ne se possde plus1 dans lequel on est hors de soi4 ,si une action contraire l'ordre social a t accomplie dans le premier tat1 c'est la preuve que ni le motif de l'ordre social ni le motif mme de la libert1 conue comme pure ide directrice1 n'ont t assez forts pour contrebalancer la passion4 ,il importe donc au juge de fortifier #a l'ide de l'ordre social1 #b l'ide mme du pouvoir plus ou moins grand que tout tre intelligent et raisonnable a sur ses passions4 ,il y aura alors un genre particulier de responsabilit individuelle rsultant de ce que non seulement c'est l'individu qui a agi1 mais encore de ce qu'il a agi sous l'ide de sa libert et de sa responsabilit mme4 ,en dfinitive1 la responsabilit sociale dans le dterminisme n'est pas morale au sens chrtien1 mais intellectuelle et physique au sens grec du mot3 c'est simplement le point d'application sur lequel la socit doit agir pour produire l'effet qu'elle cherche4 ,ds que ce point d'application est dans l'individu1 il y a une certaine responsabilit1 encore bien plus s'il est dans l'intelligence1 s'il est dans la rflexion1 s'il est dans cette forme suprme de la rflexion qu'on nomme l'ide de libert4 ,du reste1 la question de la responsabilit n'est plus alors qu'une question d'efficacit relative1 non de lgitimit absolue4 ,ce n'est pas que la pnalit ne soit encore lgitime dans le dterminisme2 mais elle ne l'est que relativement l'intrt majeur de la dfense sociale2 et au fait1 mme dans les autres doctrines1 la pnalit a-t-elle un autre fondement8 ,reste donc savoir si cet intrt majeur de la socit est juste et s'il constitue un vritable droit de conservation ou de dfense2 car on ne peut liminer de la pnalit cette grande ide du droit que prsuppose l'ordre social4 ,le dterminisme et la doctrine de la libert1 d'accord sur la question des faits sociaux et sur celle des intrts sociaux1 pourront-ils s'accorder jusqu'au bout sur la question des droits sociaux8 ,suivons pas pas les deux systmes1 sans rien prjuger2 ne parlons pas encore de droit absolu et mtaphysique1 de moralit absolue et mtaphysique2 ne faisons usage que des lments qui jusqu'ici ont paru communs aux deux doctrines1 et cherchons s'ils pourront nous suffire dans la pratique4 ,v4--,libres ou non1 nous sommes des tres intelligents1 par consquent dous d'exprience et de raison4 ,nous demanderons donc nos lois et leurs sanctions d'tre non seulement efficaces1 mais raisonnables3 il faut que celui mme qui est frapp puisse1 en coutant sa raison au lieu d'couter sa passion1 tre d'accord avec la raison du juge qui le frappe4 ,au rapport d'ingalit entre la force et la faiblesse doit succder ce rapport d'galit1 d'identit mme1 qui existe entre une raison et une autre1 entre une intelligence qui convainc et une intelligence qui est convaincue4 ,sans cela1 les lois des tres intelligents seraient en tout semblables aux lois des tres matriels ou des brutes1 chez qui ne rgne d'autre droit que le droit du plus fort4 ,quelle est donc la raison valable et suffisante qui doit faire accepter tout tre intelligent les lois sociales avec leurs sanctions1 et qui peut appuyer l'action physique sur une conviction intellectuelle8 ,les motifs d'intrt1 gnral ou particulier1 n'impliquent nullement l'ide de libert2 les dterministes peuvent donc faire d'abord appel ces motifs pour montrer que les lois1 rellement efficaces1 sont rationnellement intelligibles4 ,le principe gnral auquel toutes les rgles de la pratique devraient tre conformes1 dit ,stuart ,mill#ab1 le critrium par lequel elles devraient tre prouves1 c'est ce qui tend procurer le bonheur du genre humain1 ou plutt de tous les tres sensibles2 en d'autres termes1 promouvoir le bonheur est le principe fondamental de la tlologie4 ,nous ne sommes point encore obligs d'accorder que le bonheur universel soit1 tous les points de vue et pour l'individu mme1 la fin suprme et le souverain dsirable4 ,mais ce qu'on ne saurait refuser aux dterministes1 c'est que le bonheur du genre humain est une chose rellement dsire et rationnellement dsirable1 au moins pour le genre humain lui-mme1 considr par opposition l'individu4 ,en fait1 les hommes1 quand ils se conoivent comme membres d'une socit et non comme individus1 voient dans le bonheur social une fin dsirable et la dsirent effectivement4 ,supposons que les automates spirituels soient capables d'abstraction et de gnralisation1 et qu'ils puissent abstraire les particularits de leur nature individuelle pour considrer le genre humain auquel ils appartiennent4 ,le dsir du bonheur1 se retrouvant dans chaque individu1 sera attribuable au genre1 et les individus1 divers sous une multitude d'autres rapports1 deviendront semblables sous ce point de vue2 ils seront mme identiques et gaux les uns aux autres dans cette abstraction d'tres dsirant le bonheur4 ,de mme1 en gomtrie1 tous les triangles1 diffrents par une multitude de proprits1 sont identiques dans cette abstraction de figures termines par trois lignes droites2 et ce qui dcoule ncessairement de ce caractre abstrait1 tant applicable l'un1 est applicable l'autre4 ,si1 par exemple1 il en dcoule la consquence que les trois angles vaudront deux droits1 on pourra dire que tous les triangles sont gaux devant la loi des deux angles droits4 ,c'est qu'on les considre seulement comme figures planes et rectilignes trois angles1 et qu'on suppose cart tout ce qui pourrait empcher ou neutraliser les consquences de cette hypothse4 ,admettons donc que les automates spirituels se considrent abstractivement comme une collection d'tres qui tendent au bonheur suivant des lois ncessaires2 ils pourront tirer les consquences de cette notion indpendamment de toutes les considrations trangres4 ,le problme social sera alors pour eux le suivant3--,le bonheur collectif et l'ordre collectif tant supposs la fin la plus dsirable pour une collection d'tres intelligents et sensibles1 par quels moyens atteindre cette fin1 par quelles causes ou conditions produire ncessairement l'effet dsir8--,c'est l un problme de statique et de mcanique sociale1 que peuvent tenter de rsoudre l'observation exprimentale et la dduction rationnelle1 tout comme une question de ce genre3--tant donn un systme de points matriels1 anims de mouvements dsordonns1 comment leur imprimer une direction parallle ou les faire graviter vers un point unique8 #ab ,logique1 ,,ii1 #eei4 ,en cherchant la solution de ce problme1 on ne tardera pas reconnatre que le but dsir1 c'est--dire le bonheur de tous1 ne pouvant tre immdiatement ni entirement atteint1 doit se traduire dans la ralit prsente par le bonheur du plus grand nombre ou le bonheur gnral1 qui ne peut tre la satisfaction simultane de tous les individus4 ,en outre1 le bonheur gnral ne peut produire1 dans chaque individu1 la satisfaction complte et simultane de tous ses dsirs2 sous ce rapport aussi1 une minorit de dsirs doit tre prsentement subordonne la majorit1 comme une minorit d'individus la majorit4 ,la puissance du levier social rencontrera donc toujours une rsistance4 ,la jurisprudence et la politique consisteront dans les moyens les plus propres diminuer progressivement cette rsistance1 et rduire le plus possible la quantit de sacrifice ou d'abngation ncessaire au bonheur gnral4 ,il existe deux grands moyens d'action capables de concourir la fin propose3 l'action collective ou autorit1 et l'action individuelle ou libert1 au sens purement civil et politique4 ,cela revient dire que les conditions les plus efficaces du bonheur gnral sont tantt dans le mcanisme collectif1 tantt dans le mcanisme individuel4 ,arrivez-vous reconnatre que ce dernier1 quand on le laisse agir par ses propres ressorts1 donne les meilleurs rsultats1 pourvu que les ressorts dominants soient une intelligence instruite et une sensibilit sympathique2 vous en conclurez que la part de la contrainte collective doit diminuer de plus en plus1 mesure qu'augmente l'instruction et l'ducation des individus2 aux motifs de contrainte extrieure et physique vous prfrerez les motifs de contrainte intrieure et intellectuelle1 comme plus efficaces en thorie et en pratique3 votre jurisprudence et votre politique seront alors librales4 ,ce libralisme ne sera pas fond sur le respect d'un libre arbitre absolu1 conu comme inviolable tant qu'il ne viole pas l'gale libert d'autrui2 il sera fond sur un simple rapport de causes effet et de moyens fin4 ,les rgles de la jurisprudence et de la politique ne feront que formuler ce qui est le plus logique et le plus utile au point de vue social4 ,abandonner les automates individuels leurs ressorts intrieurs1 sous la condition lgalement exigible qu'ils s'instruisent1 tel sera1 dans cette hypothse1 l'intrt bien entendu des gouvernants et des gouverns4 ,l'intrt d'un horloger n'est-il pas que ses horloges n'aient point toujours besoin d'tre remontes1 et qu'une fois montes elles marchent seules1 en s'accordant avec les autres le plus longtemps possible8 ,dans la socit telle que les dterministes la conoivent1 les horloges elles-mmes1 c'est--dire les citoyens1 peuvent parvenir comprendre cet intrt collectif2 elles confieront alors aux plus justes d'entre elles le soin de rgler et de gouverner les autres2 mais1 quoique gouvernants et gouverns soient horloges1 les consquences politiques ne changeront pas pour cela1 et le ressort intellectuel devra toujours tre prfr aux autres par les gouvernants1 comme le plus solide et le plus durable4 ,si par exemple l'conomie politique dmontre que le moyen le plus efficace de la richesse sociale est la libert conomique1 il sera toujours prfrable que la production1 la distribution et la consommation soient abandonnes le plus possible au libre jeu des intelligences individuelles4 ,les lgislateurs1 reprsentants de la collection sociale1 devront rechercher1 en gnralisant cette mthode1 quelle est pour la collection la fin la plus dsirable de toutes2 puis le moyen le plus prs de cette fin1 par cela mme le plus dsirable aprs elle1 et ainsi de suite en redescendant l'chelle des moyens et des fins4 ,par l la science sociale sera construite4 ,supposons maintenant que1 grce au progrs des lumires1 le bonheur gnral et la justice soient reconnus par les individus mmes comme la fin la plus dsirable1 ils ne pourront pas ne pas la dsirer2 et si en outre ils connaissent les meilleurs moyens d'y atteindre1 on les verra ncessairement raliser dans leur conduite l'ordre de moyens et de fins dtermin par la science4 ,on pourra mme prdire leurs actions et les divers intermdiaires par o ils passeront1 comme on prdit la marche d'un mobile quand on connat le point de dpart1 le point d'arrive1 la direction et l'intensit de la force dominante4 ,cette conformit parfaite des dsirs individuels avec l'intrt de tous n'tant qu'un idal1 il y aura toujours des dsaccords partiels1 des crimes et dlits4 ,mais la conduite de la socit1 en rprimant ces dlits1 sera logique1 parce qu'elle sera conforme la vraie mthode pour atteindre le bonheur2 et c'est1 comme on le voit1 dans cette logique que les dterministes peuvent placer la justice sociale ou le droit social1 qui deviennent ainsi un intrt majeur ou un objet majeur de dsir4 ,l'individu1 contraint d'obir la loi et puni pour y avoir dsobi1 comprendra que la socit agit rationnellement son gard2 et tant qu'il se considrera lui-mme abstractivement1 comme appartenant au genre humain1 il trouvera son chtiment rationnel4 ,c'est l l'espce de droit compatible avec le dterminisme4 ,on peut mme aller plus loin et rapprocher encore la conception dterministe de la conception contraire en introduisant dans le problme l'ide de libert2 car alors le droit sera cette ide mme reconnue comme un type directeur d'action pour la socit1 comme un idal raliser de plus en plus dans son sein par le progrs du libralisme civil et politique#ac4 #ac ,a cette transformation du droit par l'introduction de l'ide de libert nous avons consacr un ouvrage entier3 l',ide moderne du droit1 #b;e dition4 ,mais1 dira-t-on1 l'homme n'est pas seulement une unit abstraite de la collection sociale3 il a un moi et une individualit propre4 ,si d'une part1 comme appartenant au genre1 il dsire le bonheur gnral et la libert gnrale1 d'autre part1 comme individu1 il dsire son bonheur et sa libert individuelle4 ,les actes contraires aux lois1 illogiques au premier point de vue1 peuvent donc redevenir logiques un point de vue diffrent4 ,lequel des deux intrts1 laquelle des deux liberts1 laquelle des deux logiques doit cder l'autre8 de quel ct est le droit dfinitif8 ,est-ce du ct de la socit1 parce qu'elle est la plus forte8 ,mais cette force n'est point un droit vritable2 car1 si l'individu russit tre plus fort que la socit1 le droit passera de son ct4 ,le droit appartient-il la socit parce qu'elle est le nombre8 ,mais le nombre1 considr seul1 n'est qu'une force1 une quantit plus grande qu'une autre4--,prcisment3 une quantit suprieure de bien est un bien plus grand et un droit4--,mais par l vous reconnaissez que ce qui donne du prix au nombre1 c'est ce dont il est form2 ce qui rend la quantit prcieuse1 c'est la qualit de ses lments4 ,qu'y a-t-il donc dans l'individu de prcieux qui se retrouve dans les autres1 qui se retrouve dans la socit tout entire1 et qui constitue le droit8 ,qu'y a-t-il1 en un mot1 qui nous impose ce que nous appelons un devoir de respect1 et cette ide mme peut-elle se comprendre dans le dterminisme8 ,toutes ces questions demeurent insolubles si on ne descend pas du point de vue social1 trop purement utilitaire et eudmonique1 au point de vue moral et individuel4 ,les rapports sociaux ne sont compltement justifiables que par les rapports moraux1 comme la lgalit par la lgitimit4 ,le problme recule donc de la sphre extrieure dans le monde intime de la conscience1 o nous devons chercher les derniers fondements des droits ou des devoirs sociaux1 et en gnral de toute la vie pratique4 ,nous verrons si1 dans ce domaine1 peut subsister jusqu'au bout l'quivalence du dterminisme et de la libert4 ,,chapitre ,,quatri,,me ,,recherche ,d',,une ,,conciliation ,,du ,d,,terminisme ,,et ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,l',,ordre ,,moral4 ,,limites ,,de ,,cette ,,conciliation ,i4 ,possibilit d'un accord sur les sries de moyens et de fins secondaires par lesquels peut tre atteinte la fin morale4 ,,ii4 ,jusqu' quel point la conception de la fin suprme ou du bien est-elle modifie par les diffrentes manires de concevoir la volont8 ,,iii4 ,la morale idale1 une fois construite1 peut-elle tre ralise par la volont dans l'hypothse dterministe8 ,selon la doctrine la plus rpandue1 la ngation du libre arbitre serait la ngation de toute morale4 ,cependant les plus illustres reprsentants du dterminisme ont t en mme temps les moralistes les plus austres1 depuis ,socrate1 ,platon1 les ,stociens et les ,alexandrins1 jusqu'aux calvinistes et aux jansnistes4 ,dire1 avec ,jouffroy et les clectiques1 que c'est l l'invitable contradiction de la pense et du coeur1 de la spculation et de la moralit1 c'est admettre une raison peu valable quand il s'agit des plus puissants logiciens de la philosophie ou de la thologie4 ,il est plus probable que1 dans la sphre de la moralit comme dans les autres1 les doctrines rivales ont des points communs et peuvent se concilier en une certaine mesure4 ,essayons de pousser cette conciliation aussi loin qu'il est possible1 afin de circonscrire de plus en plus la question par ces oprations successives1 l'exemple des tacticiens qui1 par une srie de cercles parallles et concentriques1 enveloppent peu peu la place au centre de laquelle ils veulent pntrer4 ,i4--,supposons que les dterministes et les partisans de la libert soient d'accord sur l'ordre des choses dsirables ou des fins1 pourront-ils s'accorder sur les moyens qui y conduisent8--,rien1 ce semble1 n'empche cet accord4 ,voici1 par hypothse1 une fin dsire1 le soulagement de la misre1 et une volont qui la dsire2 il s'agit de s'entendre sur la srie intermdiaire de moyens par laquelle la volont pourra atteindre sa fin1 sur la ligne que devra suivre le mobile donn1 dans des circonstances donnes1 pour parvenir au but4 ,on ne se demande pas quelle est la nature absolue de la volont qui dsire1 ni la valeur absolue de la fin dsire3 la volont peut tre libre et se donner elle-mme l'impulsion1 ou au contraire l'avoir reue d'ailleurs2 la fin peut ne pas tre dsirable1 ou ne pas tre la plus dsirable4 ,mais1 ces questions une fois rserves1 rien n'empche les doctrines adverses de dterminer scientifiquement et pratiquement les intermdiaires4 ,pour les dterminer scientifiquement1 on regardera la fin propose 7par exemple la diminution de la misre7 comme un effet dont il faut dcouvrir les conditions ou causes4 ,cette dtermination sera ici demande plusieurs sciences particulires1 principalement la psychologie et l'conomie politique4 ,on leur empruntera les thormes dans lesquels1 de certaines causes et conditions1 elles dduisent comme effet et consquence la diminution de la misre2 puis on distinguera1 parmi ces conditions1 celles qui sont en notre pouvoir et ralisables pour nous3 par exemple tel genre d'instruction et d'ducation1 telle espce de charit prive ou publique1 telles institutions conomiques1 telles ou telles socits de secours1 etc4 ,les thormes des diverses sciences1 groups dans l'ordre le plus convenable pour la ralisation de l'objet particulier qu'on se propose1 deviendront des moyens ou des rgles pratiques2 et la runion de ces rgles1 indpendantes des systmes sur le libre arbitre1 ressemblera aux cartes qui1 rsumant les travaux de la science1 indiquent par quelle voie on va d'un point un autre de la terre1 quel que soit d'ailleurs le systme de locomotion4 ,on peut mieux comprendre1 maintenant1 pourquoi nous avons trouv les partisans du libre arbitre d'accord avec ceux de la ncessit dans toutes les questions qui ne roulent pas sur la nature absolue de la volont active1 et sur la valeur absolue des fins poursuivies par elle4 ,l'un et l'autre systme1 en effet1 admet que des causes spciales et dtermines sont ncessaires pour produire un effet spcial2 vouloir la fin ne suffit pas3 il faut encore vouloir les moyens appropris1 et pour cela les connatre4 ,or1 c'est l vraiment le domaine du dterminisme1 o les partisans de la volont libre sont eux-mmes obligs de descendre2 car1 quelque inconditionne que soit d'aprs eux la volont dans l'acte du vouloir1 elle est toujours conditionne dans l'accomplissement de ce qu'elle a voulu4 ,la srie intermdiaire des conditions thoriques1 qui1 un autre point de vue1 sont des moyens pratiques1 sera donc toujours dtermine1 et dtermine de la mme manire dans les divers systmes4 ,les philosophes1 aprs s'tre reprsent diffremment la cause initiale1 la poseront une fois pour toutes sous le nom de volont libre ou de dsir ncessaire1 sans la faire de nouveau intervenir dans le dtail des vnements4 ,de mme les thories mtaphysiques sur la cause du monde ne changent rien la conception scientifique du monde lui-mme1 tant qu'on ne fait pas intervenir de nouveau et miraculeusement1 comme un ,deus ex machina1 la ,providence ou la ,nature4 ,,ii4--,passons des moyens la fin morale1 et cherchons jusqu' quel point la conception du bien est modifie par les diffrentes manires de concevoir la volont1 c'est--dire la cause initiale d'o part tout le mouvement intrieur4 ,les partisans et les adversaires de la libert entendent galement par fin un bien conu et dsir qui exerce sur nos actes une influence1 dterminante ou non dterminante4 ,les uns et les autres peuvent galement concevoir une fin qui serait intelligible et dsirable pour elle-mme et non pour autre chose1 une fin vraiment finale2 le bien ou le meilleur1 ,grec3 to agathon1 to ariston4 ,ce superlatif est comme la limite1 idale ou relle1 de la courbe dcrite par notre raison et notre dsir2 nous appelons cette limite la perfection2 elle peut tre admise ou rejete indpendamment des diverses opinions sur notre libre arbitre4 ,on objectera l'exemple de ,spinoza3 c'est son fatalisme1 dit-on1 qui semble l'avoir conduit nier la distinction du bien et du mal4 ,si tout est ncessaire1 si chaque chose est ce qu'elle peut tre1 n'est-il pas draisonnable de se reprsenter sa place une chose meilleure8 n'est-ce pas substituer les caprices de l'imagination aux lois ternelles des choses1 et mettre au-dessus d'une ralit ncessaire la chimre d'un idal impossible8 ,mais dire qu'une chose est ncessaire quant l'existence1 ce n'est pas la qualifier quant au bien2 car il reste toujours savoir si la ncessit de cette chose est la ncessit d'un bien ou d'un mal4 ,schelling prtend que ce qu'il peut y avoir d'immoral dans ,spinoza ne vient pas de son panthisme1 mais de son fatalisme2 le contraire pourrait aussi se soutenir4 ,si en effet tout est ,dieu et que ,dieu soit la perfection1 il en rsulte que tout est ou la perfection ou la consquence de la perfection2--optimisme absolu qui justifie et divinise la douleur1 la haine1 la guerre1 les diverses formes du mal4 ,tout est bien dans un pareil monde1 parce qu'on trouve en toutes choses non plus simplement la ncessit1 mais la ncessit d'une nature divine et parfaite4 ,l'immoralit du systme consiste alors tout diviniser plutt qu' tout ncessiter4 ,la ncessit des choses1 simple rapport de principe consquence ou de cause effet1 ressemble l'identit logique des choses avec elles-mmes1 qui ne nous apprend pas leur valeur intrinsque4 ,si par une chose identique elle-mme j'entends un grand malheur1 ce sera l'identit d'une chose mauvaise avec elle-mme2 si j'entends un grand bonheur1 ce sera l'identit d'une chose bonne avec elle-mme4 ,supposons encore que j'ajoute deux choses deux autres choses3 cela fera ncessairement quatre2 si ce sont deux maux que j'ajoute deux maux1 j'aurai quatre maux2 si ce sont des biens1 j'aurai des biens4 ,l'universelle ncessit ne constitue donc pas par elle-mme et par elle seule l'universelle perfection1 moins qu'on ne pose en principe1 comme ,spinoza1 que tout ce qui est ,dieu1 et consquemment que toute ncessit est divine4 --,mais1 dit-on1 dans l'hypothse ncessitaire1 une chose1 tant tout ce qu'elle peut tre1 est tout ce qu'elle doit tre4--,on peut rpondre que1 si une chose est tout ce qu'elle peut tre1 c'est tantt par puissance1 tantt par impuissance2 or1 dans le premier cas1 il reste savoir si sa puissance est bonne et bienfaisante2 dans le second1 l'impuissance de cette chose tre meilleure que ce qu'elle est1 au moment o elle l'est1 n'implique pas qu'elle soit la meilleure absolument4 ,il peut y avoir des choses meilleures qu'elles dans un autre genre2 il peut y en avoir de meilleures dans le mme genre4 ,enfin1 elle-mme peut tre meilleure un autre moment2 elle peut l'avoir t dans le pass1 elle peut l'tre dans l'avenir4 ,bien plus1 cette amlioration future rsultera souvent de ce qu'un tre1 tout en tant ce qu'il peut au moment actuel1 s'aperoit qu'il n'est pas ce que sa pense conoit de plus parfait4 ,quand il se compare avec un idal1 bien qu'il ne soit pas et ne puisse pas tre conforme cet idal au moment mme de la comparaison1 il ne s'en juge pas moins imparfait par rapport lui4 ,si de plus il conoit un perfectionnement comme possible dans l'avenir1 quoique impossible dans le moment mme1 dira-t-on qu'il perd son temps concevoir un idal chimrique8 ,quand j'prouve une douleur dont je conois le remde1 ce remde n'est pas possible dans le moment mme1 car il serait contradictoire de dire qu'au mme instant je sois malade et guri2 en rsulte-t-il que je conoive et dsire en vain la gurison future8 ,nous nous retrouvons ici en prsence de l'argument paresseux1 qui est le fond cach de tant d'objections aux dterministes4 ,si de plus l'ide mme du progrs contribue le rendre possible1 si l'ide de la dlivrance contribue dlivrer1 si l'ide de libert sert susciter un pouvoir qui nous amliore1 l'introduction de cette ide dans le dterminisme mme le rapprochera encore de la doctrine contraire4 ,le spinozisme1 appliqu l'histoire1 doit tre jug d'aprs les principes prcdents4 liminez tout panthisme1 et ne conservez que le dterminisme2 telle chose1 dites-vous1 ne pouvait arriver autrement4--,soit2 elle n'est pas pour cela bonne en elle-mme2 de plus1 elle aurait pu arriver autrement si telle condition et t change4--,hypothse sans valeur1 puisqu'en fait elle ne s'est pas ralise4--,sans valeur pour le pass1 oui2 pour l'avenir1 c'est une autre question4 ,le dterministe ne rcriminera pas sur le pass1 assurment2 nos anctres ont fait ce qu'ils ont pu et su faire2 qu'ils reposent en paix3 nos plaintes ne changeraient rien ce qui n'est plus4 ,mais nous1 les vivants1 la ncessit mme nous a amens concevoir et dsirer un idal meilleur2 et si cette ide-force est assez claire1 si ce dsir est assez dominant1 nous nous rapprocherons ncessairement de l'objet conu et dsir4 ,n'avons nous pas toujours le droit de formuler en ces termes la comparaison du rel avec l'idal3 ,relativement au bien idal1 il n'est pas bon que nous soyons ce que nous sommes1 et il est bon que nous soyons autrement8 ,qu'on ne s'tonne donc plus de voir ,spinoza tracer des rgles de conduite3 ces rgles sont des descriptions de l'idal qui s'adressent l'intelligence2 si ces descriptions sont assez claires et assez belles pour nous mouvoir1 nous serons ports ncessairement dans la direction que ,spinoza nous indique4 ,un sage voit et suit ncessairement le meilleur chemin1 il nous le montre ncessairement1 nous le voyons ncessairement notre tour et nous le suivons ncessairement2 cet invitable adverbe ne nous empche pas de dclarer qu'il est bon de voir1 de suivre et de montrer aux autres le bon chemin4 ,on le voit1 le dterminisme n'exclut pas la notion de progrs2 seulement le progrs y est conu sous l'ide de ncessit1 au lieu d'tre conu sous l'ide de libert4 ,si on entend par science morale la science des conditions ncessaires du progrs pour l'individu et la socit1 on comprendra que ,spinoza ait pu crire une morale1 une thique4 ,est-ce dire que la morale ne soit en rien modifie8 ,nous ne le prtendons pas4 ,tout ce que nous avons le droit de conclure en ce moment1 c'est que la ngation de notre libre arbitre ne supprime pas l'ide d'un bien en soi1 ni d'un bien plus ou moins grand dans les choses1 ni d'un bien plus ou moins grand en nous-mmes1 ni d'un agrandissement possible de ce bien sous l'influence des ides et des dsirs4 ,en un mot1 il y a1 dans l'hypothse dterministe1 du bien et de la perfection1 il y a du perfectionnement et du progrs4 99 99 99 99 99 ,cette ide du bien est encore trs indtermine1 vide d'un contenu prcis4 ,une nouvelle question se prsente donc3 si les dterministes peuvent concevoir un bien et une perfection1 terme et fin du progrs1 peuvent-ils concevoir la nature ou le contenu de ce bien de la mme manire que les partisans du libre arbitre8 ,l'idal picurien1 le bonheur1 se conoit indpendamment des systmes sur la libert2 nous pouvons donc placer en premier lieu1 parmi les doctrines ouvertes au dterminisme1 celle d',epicure sur le souverain bien4 ,les ides de perfection sensible1 de dsir satisfait1 de joie ou de flicit1 n'ont rien d'incompatible avec l'ide d'une ncessit fondamentale4 ,les dterministes peuvent aussi s'lever plus haut et placer l'idal1 non dans le bonheur personnel1 mais dans le bonheur universel4 ,c'est la doctrine adopte par l'cole anglaise4 ,on peut tre dterministe et juger que le bonheur de tous est un bien prfrable en soi au bonheur individuel1 et un idal plus satisfaisant pour la raison en gnral4 ,car il ne s'agit encore1 ne l'oublions pas1 que du bien en soi1 et non du bien pour nous2 nous ne faisons qu'une spculation dsintresse sur l'idal1 indpendamment du rapport qu'il peut avoir avec notre propre conduite4 ,la notion encore vague de bonheur a besoin elle-mme d'tre complte4 ,a la perfection sensible ajoutons la perfection intellectuelle2 au bonheur1 la science et l'intelligence3 c'est l'lment socratique et stoque4 ,ici encore1 rien d'incompatible avec le dterminisme4 ,de mme pour la puissance1 si on entend par l l'absence de tout obstacle la satisfaction de l'intelligence et du dsir1 la science et au bonheur4 ,mais cette puissance attribue l'idal du bien sera-t-elle une puissance de ncessit ou de libert8--,il semble1 au premier abord1 que ceux qui admettent dans l'homme la libert pourront seuls la transporter dans le souverain bien comme un de ses attributs les plus essentiels3 ils feront ainsi consister le bien1 non plus tre intelligent1 heureux et puissant de n'importe quelle manire1 mais tre le libre auteur de son intelligence et de sa flicit2 au contraire1 la perfection de puissance que les dterministes ajoutent la perfection d'intelligence et de flicit1 semble ne pouvoir tre qu'une puissance ncessaire sans relle dignit morale2 leur idal parat toujours un bien neutre et impersonnel1 plutt qu'une bont vivante et personnelle qui supposerait la volont librement bonne2 il semble qu'on mle en vain la puissance1 l'intelligence et le bonheur3 ces attributs runis ne sont pas encore la bont4 ,cette objection suppose que la conception du souverain bien et de sa nature est toute subordonne celle de la nature humaine2 en d'autres termes1 que la notion de l'idal et mme du divin dpend entirement de la notion du rel et de l'humain4 ,de ce point de vue1 on dit aux dterministes3 ,vous ne mettez pas dans l'homme la libert1 donc vous ne devez pas la mettre dans le bien4--,mais1 pouvons-nous rpondre1 la conclusion n'est pas invitable4 ,de ce qu'on n'attribue pas l'homme l'ternit ou l'immensit1 s'ensuit-il qu'on n'ait pas le droit de l'attribuer la perfection1 idale ou relle8 ,est-il dfendu de dire3 l'ternit1 l'immensit serait chose trs belle et trs bonne2 par malheur1 nous ne la possdons pas4 ,sans lever si haut notre ambition1 ce serait aussi chose trs belle et trs utile de pouvoir parcourir dix mille lieues en une seconde2 en fait1 nous n'avons pas ce pouvoir4 ,y a-t-il des tres qui le possdent8 ,nous l'ignorons2 peut-tre dans quelque toile ces tres privilgis existent2 peut-tre sur la terre mme quelque dcouverte de la science accomplira un jour le miracle4 ,de mme1 les dterministes1 parce qu'ils n'admettent point en nous la libert1 ne sont pas rduits l'exclure de partout1 tous ses degrs1 sous toutes ses formes1 non seulement comme ralit1 mais mme comme ide3 ils ne perdent pas le droit de prononcer jamais ce mot4 ,les dterministes1 il est vrai1 ont eux-mmes partag cette erreur2 c'est prcisment pour la dtruire que nous crivons ce livre4 ,nier que la libert existe en nous1 ce n'est pas nier que l'ide de libert existe et agisse dans notre pense4 ,une telle ngation est impossible2 les dterministes et leurs adversaires ont tous galement cette ide1 comme ils ont tous celle de ncessit3 ce sont deux notions corrlatives et par cela mme insparables2 il est donc permis aux dterministes comme leurs adversaires de chercher s'il faut placer la libert idale parmi les attributs idaux du souverain bien4 ,l'ide de libert1 considre en elle-mme1 ne peut avoir que trois sortes de contenu1 dont aucun n'est inintelligible pour les dterministes4 ,en premier lieu1 si la libert dsigne un tat de conscience1 les ncessitaires peuvent constater cet tat subjectivement sans en admettre pour cela la valeur objective4 ,en second lieu1 si l'ide de libert est une combinaison de notions due l'entendement discursif1 elle peut tre pour les ncessitaires un objet d'analyse1 de dfinition et de description4 ,enfin1 si l'ide de libert est une donne de la raison1 telle que l'entendent les rationalistes1 les ncessitaires peuvent en tudier les lments intelligibles et mtaphysiques4 ,dans ce dernier cas la libert serait1 au moins en partie1 un noumne1 une ide rationnelle1 que les ncessitaires pourraient apprcier en elle-mme sans en affirmer ou nier la ralisation dans l'homme4 ,les philosophes qui ne s'accordent pas sur ce que nous trouvons dans notre conscience comme ralis en nous1 pourraient s'accorder sur ce que notre pense conoit ou construit comme suprieur nous4 ,l'habitude de se figurer la libert comme une notion toute de sens intime1 est une des causes qui ont retard les tentatives de rapprochement4 ,mais l'hypothse platonicienne et aristotlique d'une puissance indpendante1 quelle qu'en soit la valeur1 est concevable pour les partisans et les adversaires de la ncessit4 ,nous avons donc le droit de leur poser tous la question suivante3--,cette puissance indpendante 7,grec3 autarkeia71 qui1 par hypothse1 aurait en elle-mme la raison de ses actes1 et que les dterministes conoivent comme le contraire idal de leur systme sur la ralit1 aurait-elle en soi quelque chose de bon et serait-elle un signe de perfection8 ,prfreriez-vous1 si vous pouviez tre le bien mme1 ,grec3 to agathon1 que les conditions du bien vous fussent trangres1 ou qu'elles fussent vous-mme8 ,la ncessit de conditions trangres1 qui pourraient empcher ou retarder le bien1 serait assurment un reste de dpendance2 il vaudrait mieux qu'il ft lui-mme sa propre condition4 ,possible ou non1 cette possession par le bien de toutes les conditions du bien est donc une chose que vous concevez comme bonne3--,grec3 ,hikanon tagathon8 dit ,platon4 ,ce n'est pas tout4 ,dans un bien qui ne verrait pas la raison de sa bont en dehors de lui-mme1 mais qui serait bon par lui-mme1 on peut supposer1 avec la vraie libert1 une sorte de dignit1 ,grec3 semnots1 ,grec3 axima1 et comme de mrite infini4 ,ce mrite ne supposerait1 il est vrai1 aucun effort2 car nous sommes dans le pur idal4 ,mais l'absence d'effort n'entrane peut-tre pas l'absence de dignit2 elle n'empcherait pas la suprme convenance entre une volont parfaitement bonne et une volont parfaitement heureuse4 ,on peut prtendre avec les platoniciens et les pripatticiens que cette batitude idale serait mrite1 dans le sens le plus lev de ce mot4 ,les dterministes et les partisans de la libert pourront s'accorder aussi1 sans doute1 sur cette autre hypothse3--,le bien serait plus grand si sa puissance tait assez indpendante pour tre expansive1 pour communiquer le bien aux autres tres1 ,grec3 aneu phthonou1 et avec le bien l'intelligence1 la puissance1 le bonheur4 ,cette expansion serait la marque d'une plus haute intelligence1 capable de rsoudre un plus difficile problme1 d'une puissance moins limite1 d'un bonheur centupl par le bonheur d'autrui4 ,un bien expansif1 tel que nous venons de l'imaginer avec ,platon et le christianisme1 serait suppos capable de se donner et de se communiquer4 ,si ce don fait par la bont tait indpendant de toute autre chose que de la bont mme1 le croyant pourrait trouver celle-ci plus aimable2 il lui en saurait plus de gr1 il ne ferait pas remonter sa reconnaissance au-dessus d'elle et comme par-dessus sa tte4 ,serait-ce alors forcer le sens des mots que de l'appeler une bont librement aimante1 comme celle que rvait l'trangre de ,mantine8 ,bien plus1 si une pareille bont pouvait exister1 on trouverait dsirable de lui rendre un amour analogue au sien1 indpendant aussi de toute autre chose que la bont4 ,on la trouverait meilleure si sa puissance communiquait le bien d'autres tres avec les caractres qu'elle possde elle-mme1 je veux dire avec les caractres d'une bont consciente1 indpendante1 libre et aimante4 ,le triomphe du bien1 sans cesser de nous paratre infaillible et certain1 prendrait alors pour moyen de cette heureuse certitude l'indpendance mme et la libert intrinsque de tous les tres4 ,voil ce qui1 selon les platoniciens1 serait le meilleur et le plus aimable1 ,grec3 to ariston2 c'est une pure conception de la pense qui enveloppe peut-tre de secrtes contradictions2 c'est une construction dans l'idal2 mais1 dt cette construction s'crouler comme une vision fugitive peine entrevue au plus profond du ciel intelligible1 elle nous aurait cependant montr ce que l'homme a rv de plus beau et de meilleur1 ce dont nous voudrions l'existence1 ce que nous voudrions tre nous-mmes1 si l'homme pouvait tre un dieu8 ,aprs tout1 l'idal de la moralit ne saurait tre plac trop haut2 ,platon a raison de croire qu'il ne saurait tre trop divin4 ,la vraie morale est celle qui1 sans mconnatre les conditions de la vie humaine1 nous propose comme modle une vie qu'on peut appeler divine1 ,grec3 bion theion4 ,c'est la mtaphysique proprement dite qu'il appartient de chercher si le plus haut idal moral et social est ternellement ralis dans une existence suprieure la nature1 si1 comme le croit ,platon1 le divin existe en un ,dieu2 mais le dsaccord des doctrines sur cette question d'objectivit et de ralit transcendante ne rend pas impossible tout accord sur ce que la perfection devrait tre1 autant que nous pouvons la concevoir4 ,si ,dieu n'existe pas1 quel ,dieu faut-il inventer8--,nous l'avons vu1 le suprme intelligible et le suprme aimable de ,platon serait la suprme indpendance1 l'absolue spontanit1 l'action ayant en elle-mme sa raison explicative1 la puissance dgage et affranchie de tout lien1 ou1 dans le sens grec du mot1 la suprme libert4 99 99 99 99 99 ,maintenant1 est-il bon que l'idal du souverain bien soit ralis en tant qu'il est ralisable8--,proposition analytique1 qui pourrait s'exprimer encore de cette manire3 le meilleur sous tous les rapports est-il aussi le meilleur raliser8 ,le sujet une fois pos1 on ne peut refuser l'attribut4 ,la mme vrit s'exprime en d'autres termes1 lorsqu'on dit3 le meilleur doit tre ralis4 ,au cas o le superlatif absolu ne serait pas ralisable1 le superlatif relatif devrait toujours tre ralis2 donc1 en dernire analyse1 le meilleur possible1 absolu ou relatif1 doit tre ralis4 ,le mot doit exprime que1 parmi les biens qui ne sont pas et peuvent tre1 le meilleur a un caractre qui ne se retrouve point dans tous les autres1 et qui consiste prcisment en ce qu'il est le meilleur1 par consquent superlatif et dernier4 ,considr par rapport l'intelligence et au dsir1 c'est ce qu'il y a de plus intelligible et de plus dsirable2 considr par rapport la puissance1 ce qui est le plus intelligible et le plus aimable est aussi le meilleur raliser1 et c'est surtout ce rapport l'activit objective que le mot doit exprime4 ,ce mot n'avait pas au fond d'autre sens dans la mtaphysique ancienne4 ,on a dit cependant que doit et devoir n'avaient aucune espce de sens dans toute hypothse autre que le libre arbitre4 ,mais n'avons-nous pas le droit d'employer ces termes1 comme le firent ,socrate et ,platon1 abstraction faite de l'arbitre humain8 ,par l nous exprimons une suprme harmonie1 un rapport de dignit idale1 de vrit1 de beaut1 et en dernire analyse de bont intrinsque4 ,entre l'idal du meilleur et la ralit du meilleur1 n'y a-t-il pas pour la pense et le dsir une convenance immdiate1 qui rsulte d'une comparaison des deux termes1 indpendamment de la considration des autres choses possibles et de toute autre comparaison8 ,le bien idal a en lui une valeur suprme1 un titre et un droit idal l'existence4 ,les deux notions de bont parfaite et de ralit parfaite sont idalement unies dans notre esprit par une sorte d'affinit et d'attraction1 qui fait que l'une nous semble incomplte sans l'autre4 ,c'est ce que nous voulons dire par ces mots3 le bien doit tre rel1 et la ralit doit tre bonne4 ,au fond1 cela revient dire3 il est bon que le bien soit4 ,cette affirmation se produit d'abord en prsence du bien qui existe rellement3 ce bien est et il doit tre2 la premire proposition n'empche pas la seconde4 ,de mme1 en prsence du bien qui n'est pas1 nous disons3 ce bien n'est pas1 mais doit tre4 ,nous jugerions encore de mme en prsence du bien qui non seulement ne serait pas1 mais ne pourrait pas tre3 ce bien devrait exister1 quoiqu'il ne pt exister4--,paroles perdues1 rpondra-t-on4--,pas entirement perdues2 car elles expriment la juste rvolte de l'intelligence concevant l'idal contre la brutalit du fait4 ,n'avons-nous pas toujours le droit de corriger la ralit1 au moins dans notre pense1 en la comparant l'idal8 ,d'ailleurs1 la pense de ce qui devrait tre1 en opposition avec ce qui est1 constitue dj pour l'idal une ralisation2 qu'il ait au moins celle-l1 s'il n'en peut avoir d'autre4 ,puisqu'il est bon que le bien soit1 il est bon qu'il soit dans notre pense et dans notre parole1 alors mme qu'il ne pourrait tre ailleurs2 notre parole du moins ne sera pas perdue4 ,si1 au lieu de cette impossibilit qui nous choque1 nous concevons au contraire quelque possibilit du bien1 nous aurons encore plus raison de dire que le bien doit tre4 ,si nous concevons1 non une simple possibilit1 mais une certitude1 nous ne nous bornerons pas dire qu'en fait le bien sera1 mais nous affirmerons toujours qu'il doit tre1 et nous le dclarerons digne de l'existence qui lui est assure4 ,enfin1 si nous ajoutons la ncessit la certitude1 nous ne perdrons pas alors1 ainsi qu'on le croit d'ordinaire1 le droit de dire que le bien1 qui sera ncessairement1 doit exister2 peut-tre mme est-ce parce qu'il doit exister qu'il sera ncessairement4 ,en un mot1 la convenance entre le bien et l'tre est une question de droit idal qui ne dpend pas des questions de fait2 la conception de la ncessit a rapport aux faits et aux conditions de l'existence1 la causalit1 non la finalit intelligente2 elle embrasse une sphre que notre raison peut dpasser et dpasse effectivement en concevant son idal problmatique4 ,victor ,cousin et ,jouffroy feront cette objection3--,on ne dit pas que #b et #b doivent faire #d1 mais qu'ils font ncessairement #d2 on ne dit pas que les rayons d'un cercle doivent tre gaux1 mais que ncessairement ils sont ou seront gaux2 il en serait de mme des vrits morales si leur ralisation tait aussi ncessaire que celle des vrits gomtriques4--,la conclusion dpasse les prmisses4 ,parce qu'il y a des choses ncessaires dont on ne dit point qu'elles doivent tre1 mais seulement qu'elles sont1 il n'en rsulte pas qu'il en soit de mme pour toutes les choses ncessaires4 ,le mot doit indique un rapport de convenance entre le bien dsirable et l'existence1 rapport qui ne se trouve pas dans celui de #b #d4 ,la quantit pure nous est par elle-mme indiffrente1 et ne vaut que par son contenu4 ,nous l'avons dj dit1 il est bon que #b biens et #b biens fassent #d biens2 mais nous ne trouvons pas bon que #b maux et #b maux fassent #d maux2 il serait peut-tre mme bon1 dans ce cas1 que le mal ne ft pas multipli par la loi des nombres4 ,pourtant1 mme dans cette proposition abstraite1 #b et #b font #d1 un examen attentif dcouvre autre chose que la quantit indiffrente4 ,cette proposition nonce un raisonnement lmentaire dans lequel la pense1 pour rester d'accord avec elle-mme1 aprs avoir pos #b #b1 pose #d4 ,or1 il y a quelque chose de bon et de satisfaisant dans l'accord de la pense avec elle-mme2 il existe1 sous ce rapport1 une convenance entre #b #b et #d4 ,nous pouvons donc dire que #b et #b doivent faire #d1 ou que cela est conforme l'ordre de notre intelligence et la permanence dsirable de notre pense4 ,cette convenance intrinsque se montre encore plus dans les vrits gomtriques1 qui expriment l'ordre et l'harmonie des formes1 par consquent la beaut lmentaire2 en ce sens les rayons du cercle doivent tre gaux4 ,si le mot doit n'a pas encore ici toute son nergie1 c'est qu'il n'exprime qu'un rapport entre un bien trs secondaire 7la rgularit gomtrique7 et l'existence2 mais le mme terme a une valeur infiniment plus grande quand il s'agit du souverain bien idal et des moyens d'y atteindre4 ,en ce cas1 nous disons que le bien idal et ses moyens doivent tre1 qu'ils doivent tre ncessairement si la ncessit vaut mieux1 le plus librement possible si la libert vaut mieux4 ,au contraire1 toutes les fois que la relation d'une chose avec le souverain dsirable est nulle1 ou plutt que nous ne l'apercevons point1 cette chose est indiffrente4 ,une autre raison empche d'assimiler entirement les vrits logiques et gomtriques aux vrits pratiques4 ,c'est que1 dans les premires1 il n'y a jamais opposition entre ce qui doit tre et ce qui est3 il n'y a point de cas o #b et #b fassent #e2 au contraire1 il y a des cas o la connaissance1 l'amour1 le bonheur1 l'indpendance1 ne sont pas raliss4 ,dans ces cas si nombreux1 la distinction du bien en tant qu'il doit tre et en tant qu'il est1 devient plus prcise2 car nous saisissons mieux les choses par contraste1 et l'idal s'affirme plus nettement dans son antithse avec la ralit4 ,nous ne pouvons donc concder ,victor ,cousin et ,jouffroy que la notion d'une convenance quelconque entre le bien et l'tre1 ou d'une harmonie qui doit exister entre eux1 soit le privilge exclusif des doctrines qui admettent le libre arbitre4 ,dans l'abstrait et dans la pure spculation sur le souverain bien1 les dterministes peuvent s'accorder avec leurs adversaires4 ,ils peuvent mme supposer l'union du bien avec l'tre comme produite par l'indpendance du bien1 laquelle rien ne ferait obstacle4 ,ce qui s'exprimera ainsi3--,non seulement le bien doit tre1 mais il doit tre avec une parfaite indpendance1 il doit tre par lui-mme1 il doit avoir pour attribut la spontanit1 l'absence de passivit et de contrainte1 la libert4 ,si les tres ne peuvent tre indpendants au point d'exister par eux-mmes1 du moins serait-il dsirable qu'ils fussent assez indpendants pour se rendre bons par eux-mmes1 une fois qu'ils ont l'existence et qu'ils ont acquis l'intelligence du plus grand bien et du plus grand bonheur4 ,cette indpendance1 ralise ou non quelque part1 serait la libert4 ,nous arrivons ainsi nous demander les rapports qui existeraient entre le bien idal et des tres libres1 s'il existait des tres de ce genre4 ,nous ne posons la libert que comme une ide1 sans examiner si elle est ralise en nous-mmes4 ,aussi le dterminisme pourra-t-il se mettre d'accord avec les autres doctrines sur ce problme encore spculatif3--,quelles modifications la notion de libert apporte-t-elle dans l'ide du bien ralisable1 et quelle forme prend le bien idal pour des tres qui1 tort ou raison1 se croient libres8 ,les dterministes et leurs adversaires pourront ainsi rechercher en commun la dfinition subjective des ides directrices de la conduite1 des notions morales1 en rservant la question d'objectivit4 ,on arrivera de part et d'autre une combinaison des mmes ides1 des mmes lments1 et pour ainsi dire des mmes couleurs lmentaires4 ,par exemple1 combinez l'ide de libert avec l'hypothse d'un bien idal qui apparatrait comme souverainement intelligible et aimable1 sans nous ncessiter et nous contraindre2 vous aurez l'ide d'une convenance absolue entre deux termes1 le bien idal et la libert des tres1 dont l'un n'exercerait point sur l'autre une contrainte physique3 c'est l'ide traditionnelle de l'obligation morale4 ,il ne s'agit pas encore de savoir si nous sommes1 nous1 rellement libres et obligs2 nous ne faisons qu'tudier le rapport de deux ides1 nous construisons hypothtiquement la notion du devoir comme un gomtre construirait la notion du triangle4 ,puis1 de mme qu'on peut se demander3 le triangle est-il bon1 a-t-il des proprits belles et bonnes8 on peut aussi se demander3 le devoir1 s'il existait1 serait-il une chose belle et bonne8 ,un bien idal qui obligerait les tres moralement1 vaudrait-il mieux qu'un bien qui les contraindrait physiquement8 ,la bonne volont ou la libert bonne vaudrait-elle mieux qu'un bien ncessaire8 la responsabilit1 que l'irresponsabilit8 ,la satisfaction morale serait-elle prfrable au sentiment d'un bonheur passivement reu1 sorte de bonne fortune1 ,grec3 eutuchia8 ,en un mot1 les composs des notions de libert indpendante et de bien sont-ils plus beaux1 meilleurs1 plus aimables et plus dsirables que les composs des notions de ncessit dpendante et de bien8 ,nous aurons construit ainsi d'un commun accord une morale idale et problmatique1 celle qui1 si elle tait possible1 serait la meilleure et devrait tre ralise4 ,nous aurons en mme temps construit le droit idal2 nous pourrons soutenir que1 si elle existait1 la volont capable d'agir par elle-mme en vue du bien universel serait pour toute autre volont ce qu'il y a de plus sacr et de plus inviolable2 l'ordre de la libert deviendrait celui du droit et de la justice#ad4 ,enfin1 cet ordre nous apparatrait aussi comme celui de la solidarit et de l'amour2 et nous reconnatrions que ce qu'il y aurait de plus beau et de meilleur1 c'est un ensemble de volonts se donnant les unes aux autres1 et ralisant ainsi le bien universel1 qui n'est au fond que l'idal de la socit universelle1 l'idal social par excellence4 ,tel est1 semble-t-il1 le plus haut idal que puisse concevoir la pense1 quand elle fait en quelque sorte de l'art pour l'art2 comment refuser d'admettre que la morale la plus belle1 si elle tait possible1 serait la morale de la volont individuelle se dvouant au bien de l'univers1 ou la morale de la bonne volont1 qui est la volont universellement aimante4 #ad ,voir notre ,ide moderne du droit1 #b;e dit41 livre ,,iii4 ,reste savoir si1 en effet1 cette morale est possible1 ou si la ralisation libre du souverain idal de la socit n'est qu'une utopie abstraite4 ,il est bon que le bien universel1 qui idalement doit tre en nous et par nous1 puisse rellement tre en nous et par nous4 ,mais avons-nous en nous-mmes ce pouvoir dont nous avons besoin8--,question de fait1 question tout humaine et pratique1 laquelle il est invitable de revenir4 ,nous avons considr le but de la moralit en faisant abstraction de la puissance initiale1 qui est le moi2 mais ce but final lui-mme nous parat offrir un lment d'indpendance et de dignit qui rclame1 dans la puissance initiale1 quelque moyen capable de le raliser4 ,les ncessitaires nous renfermeront-ils ici dans un cercle d'o nous ne puissions sortir2 ou nous est-il permis d'esprer1 sur ce point encore1 quelque conciliation1 au moins pratique1 entre les partisans et les adversaires de la libert8 ,,iii4--,les dterministes et les non-dterministes reconnaissent galement que la ralisation de l'idal est possible en nous dans une certaine mesure et par le moyen de ce que l'ancienne psychologie nommait nos facults4 ,personne1 en effet1 ne soutient que les ides de bien1 de perfectionnement1 de progrs1 expriment des choses absolument impossibles et sans exemple2 car la moindre observation de notre nature montre qu'elle est capable d'amlioration et capable d'agir pour une ide universelle4 ,personne non plus ne soutient que la ralisation de l'idal universel nous soit possible sans aucune condition1 d'une manire immdiate et absolue1 ce qui reviendrait dire que nous sommes de pures divinits1 de pures liberts sans mlange de ncessit4 ,posons donc en commun ce principe1 que la ralisation du meilleur est pour nous possible sous de certaines conditions4 ,quant ces conditions1 il en est sur lesquelles tout le monde est d'accord4 ,pour que le bien universel se ralise ncessairement en nous1 disent les dterministes1 il est ncessaire que notre intelligence le conoive2 et cette condition n'est pas moins ncessaire1 selon les partisans du libre arbitre1 pour que le bien soit produit librement4 ,en second lieu1 pour raliser le bien de tous1 ncessairement ou librement1 il faut que l'ide du meilleur et de la socit universelle ne reste pas abstraite et froide1 mais se change en un sentiment capable de nous mouvoir4 ,outre la pense et le dsir du bien universel1 les partisans de la ncessit et ceux de la libert admettent une troisime condition1 dont ils se reprsentent diffremment la nature1 mais qu'ils peuvent galement appeler dtermination de l'agent3 c'est le facteur personnel4 ,les ncessitaires n'attribuent pas cette dtermination une puissance diffrente au fond du dsir1 mais un degr suprieur d'intensit dans tel ou tel dsir1 ou un degr suprieur d'adaptation notre caractre4 ,pour les partisans de la libert1 au contraire1 ce surplus de force1 qui se manifeste par une dtermination en un sens prcis1 provient d'une puissance spciale1 distincte du dsir et du caractre mme4 ,il n'en est pas moins vrai que1 dans les deux cas1 il y a dtermination1 soit par le dsir et le caractre1 soit par la volont4 ,dans l'hypothse de la libert1 le prcepte moral peut se formuler ainsi3--,il est bon de se dterminer au bien universel de la socit idale1 en ajoutant la pense et au dsir de ce bien le complment d'une puissance libre4--,dans l'hypothse de la ncessit1 le prcepte prend cette forme3--,il est bon de connatre et de dsirer le bien universel avec une intensit capable de dominer tout le reste et de produire la dtermination2 voil le meilleur1 ce qui doit tre en nous1 et consquemment aussi ce que nous devons tre4 --,mais pouvons-nous tre ce que nous devons8 demandera-t-on aux dterministes4--,nous le pouvons1 rpondront-ils1 si nous comprenons et dsirons le meilleur4--,et si nous ne le comprenons pas ou ne le dsirons pas8--,alors nous ne le ferons pas2 mais il en est de mme dans l'hypothse de la libert3 point de dtermination libre au bien universel sans la pense et le dsir de ce bien4--,ce sont l seulement deux des conditions1 mais qui ne suffisent pas1 qui n'expliquent pas tout1 qui peut-tre mme sont des effets et non des causes4--,pour nous1 elles sont les seules causes1 voil la diffrence4--,cette diffrence est grave2 nous considrons1 nous1 l'intelligence et le dsir comme n'tant pas le moi1 mais une action du dehors sur le moi2 ds lors une chose qui dpend de notre intelligence et de notre dsir ne dpend pas du moi3 elle peut encore se raliser1 elle peut tre1 mais ce n'est pas nous qui pouvons la raliser2 de mme1 elle doit tre1 mais ce n'est pas nous qui devons la faire4--,c'est que1 sous la pense et le dsir1 vous supposez toujours un troisime personnage1 le moi libre1 qui est en question4 ,pour nous1 le moi tant le dsir mme1 qui enveloppe la pense1 ce qui dpend du dsir dpend du moi4--,mais le dsir lui-mme1 consquemment le moi1 dpend de conditions extrieures1 qui leur tour dpendent d'autres conditions1 et ainsi de suite4 ,dire que nos actions dpendent de nos dsirs1 c'est dire qu'elles dpendent1 en fait1 non de notre indpendance1 mais de notre dpendance mme4 ,donc1 quelque belle que puisse encore tre la morale dans votre hypothse dterministe1 les conditions de son accomplissement ne sauraient tre en nous que si elles y ont t mises du dehors4 ,a vous de les mettre en moi1 en persuadant ma raison et en touchant mon coeur2 un autre de les mettre en vous4 ,nous nous renverrons ainsi la tche les uns aux autres1 et avec la tche le devoir2 notre activit pratique sera1 sinon dtruite1 du moins diminue4-- ,telle est donc la difficult laquelle semble aboutir actuellement le problme3 le suprme idal de la socit universelle1 qui offrirait chez l'individu1 outre son caractre intelligible et dsirable1 un caractre d'indpendance et de spontanit seul vraiment moral1 devrait tre ralis la fois en nous et par nous1 en vue de tous2 mais1 dans l'hypothse ncessitaire1 il semble que cette ralisation peut avoir lieu en nous1 non dfinitivement par nous2 elle peut tre produite par une action des hommes ou des choses sur notre intelligence et notre dsir1 non par une action dont il y aurait en nous-mmes quelque cause initiale et indpendante4 ,d'accord sur la fin suprme de la morale et de la sociologie1 et aussi sur les moyens intermdiaires1 les deux systmes semblent enfin se sparer sur la puissance initiale1 qui dans un cas nous est suppose propre et dans l'autre trangre4 ,ils admettent en commun tout ce qui1 dans la science morale et dans la pratique morale1 n'est pas la moralit mme en son principe2 car la moralit essentielle1 en son idal1 ne serait pas seulement connaissance reue et bonheur reu par ncessit3 elle serait don libre de soi tous4 ,de l l'objection classique aux dterministes3--,le danger de votre systme1 dans la pratique1 est un sentiment d'irresponsabilit personnelle qui1 tant qu'il dure1 semble paralyser l'me entire4 ,pour toutes nos fautes nous avons une excuse3 la force des choses dont nous subissons l'empire4 ,la volont1 dans le dterminisme exclusif1 ressemble un corps qui conserverait tous ses organes1 mais dont le coeur ne battrait plus sans le secours d'une impulsion trangre4 ,les thormes de la science morale subsistent1 il est vrai2 mais le moteur de la vie vraiment morale semble avoir disparu4 ,tout est l'oeuvre de la nature1 comme pour les thologiens tout est l'oeuvre de la grce1 et rien ne parat tre l'oeuvre de notre personnalit4 ,si nous en restions ce point1 la conciliation des doctrines pourrait en effet sembler une construction encore trop extrieure1 qui aurait pour centre1 ici une force vive1 l l'inertie et l'impuissance4 ,l'accord dans l'ordre des relations physiques1 dans l'ordre des relations sociales1 et mme dans l'ordre des relations psychologiques1 n'est pas l'accord complet dans l'ordre fondamental de la moralit la plus intime4 ,nous ne pouvons donc obtenir encore1 en l'tat actuel de la question et avec le dterminisme non rectifi1 une conciliation vraiment et compltement pratique2 car ceux qui sont persuads de leur entire dpendance ne seront pas les mmes dans la pratique morale que ceux qui s'attribuent une certaine indpendance4 ,ici1 la question pratique et morale devient spculative et mtaphysique4 ,c'est une transformation du problme laquelle il tait impossible d'chapper4 ,la morale1 en effet1 n'est pas simplement une science indpendante de la pratique1 ou une pratique indpendante de la science4 ,elle ne peut tre assimile1 par exemple1 la gomtrie ou l'arpentage4 ,le gomtre thoricien ne se soucie pas de l'application2 et d'autre part1 pour appliquer les vrits gomtriques1 nous n'avons pas besoin d'tre assurs que l'tendue est objective2 ici les vrits relatives sont suffisantes4 ,au contraire1 dans l'acte moral1 il n'est pas indiffrent que notre indpendance et notre responsabilit soit relle ou apparente1 que le devoir soit subjectif ou objectif4 ,la pratique de l'arpentage ne change pas quand on considre l'espace comme une illusion2 mais l'art de la vertu demeure-t-il le mme pour celui qui ne s'attribue point une indpendance quelconque8 ,pourvu que1 par l'arpentage1 nous parvenions modifier les apparences1 nous nous inquitons peu de savoir ce qui est au del4 ,au contraire1 quand nous faisons l'ide de la socit universelle le sacrifice de notre plaisir1 de notre intrt1 de notre vie mme1 nous accordons cette ide1 semble-t-il1 ne ft-ce que par hypothse1 une valeur suprieure2 nous ne voulons plus seulement modifier une apparence1 mais nous sacrifions des biens rels un bien idal que nous traitons comme s'il reprsentait plus ou moins symboliquement la ralit et la loi du monde4 ,par cela mme nous accordons l'idal une certaine valeur objective2 car1 si nous le considrions comme tant certainement sous tous les rapports une pure illusion1 l'ide mme du bien moral et du dvouement l'universel deviendrait chimrique en son dernier fond4 ,ainsi la morale proprement dite est par sa nature1 comme la mtaphysique1 une recherche hypothtique de la loi suprme du monde1 au moins dans les grandes alternatives de la vie qui ont quelque chose de dcisif et parfois de tragique#ae4 ,nous ne pouvons rester moiti chemin dans la question de la libert et de la fatalit3 cette question est le point de concidence entre la pratique et la thorie1 parce qu'elle est proprement la question morale1 portant sur la loi suprme et la nature ultime de l'acte moral1 de l'acte dsintress4 ,par consquent1 pour obtenir une conciliation complte des systmes dans la pratique morale1--mais dans celle-l seule et seulement dans la question prcise de la moralit intrinsque des actions1--nous sommes obligs de porter aussi loin que nous le pourrons la conciliation thorique1 en cherchant jusqu' quel point1 sous l'ide de la libert1 peut se manifester une libert relle ou du moins un progrs vers cette libert4 #ae ,voir1 sur ce point1 notre ,critique des systmes de morale contemporains4 ,,deuxi,,me ,,partie ,,recherche ,d',,une ,,conciliation ,,th,,orique ,,et ,,de ,,ses ,,limites ,,livre ,,premier ,,examen ,,critique ,,de ,l',,ind,,terminisme ,,et ,,du ,d,,terminisme ,,chapitre ,,premier ,,avons-,,nous ,,conscience ,,de ,l',,activit ,,et ,,de ,,la ,,libert ,i4 ,avons-nous conscience de l'action1 dans son contraste avec la passion4 ,,ii4 ,avons-nous conscience de la puissance1 dans son contraste avec les actes particuliers4 ,,iii4 ,avons-nous conscience du moi1 comme centre commun de l'action et de la puissance4 ,la libert tant gnralement considre comme la puissance de se dterminer soi-mme une action1 les lments de cette ide1 sur lesquels il faut chercher s'entendre pralablement1 sont l'action1 la puissance1 et le centre commun d'o elles drivent1 le moi4 ,cherchons d'abord si tout se rduit dans la conscience des sensations qui se suivent1 ou si nous avons encore conscience de notre vouloir et de notre action dans son contraste avec la passivit4 ,i4--,on s'accorde reconnatre aujourd'hui que nos sensations sont toutes des sensations de mouvement1 et que celles-ci se ramnent des sries de sensations musculaires qui1 leur tour1 supposent l'effort musculaire4 ,c'est par une srie d'efforts que nous mesurons la quantit extensive4 ,en mme temps nos sensations ont une quantit intensive1 c'est--dire un degr d'nergie1 que nous apprcions1 semble-t-il1 par la raction de notre nergie crbrale et musculaire4 ,action extrieure et raction intrieure se retrouvent dans le phnomne fondamental qui est le type des phnomnes crbraux1 l'action rflexe4 ,enfin les sensations ont des qualits spcifiques par lesquelles elles diffrent les unes des autres2 penser1 c'est percevoir des diffrences1 et cette discrimination est1 selon ,bain1 la proprit primordiale de l'intelligence4 ,si l'on met le plaisir ou la peine hors de compte1 nous pouvons proprement appeler l'effet produit par le sentiment des diffrences un choc1 un tressaillement1 une surprise4 ,bain croit cette ide de choc ou de surprise entirement irrductible2 videmment elle est encore une expression de l'action rflexe1 et il n'est pas difficile d'y apercevoir deux lments3 action subie et raction4 ,la diffrence de notre activit et de notre passivit1 diffrence qui est au fond de l'action rflexe1 serait donc implique dans la perception de toutes les autres4 ,compltement passif et sans aucun pouvoir de ragir1 je ne subirais aucun choc1 ou tout au moins je ne percevrais pas le choc subi4 ,quant la notion de surprise1 elle indique en outre une raction intellectuelle du dedans sur le dehors1 une vritable rflexion de la conscience1 que ,bain introduit jusque dans le phnomne le plus primitif et le plus spontan4 ,lorsqu'un objet matriel en choque un autre1 ce dernier1 en raison de son lasticit1 tend reprendre sa forme primitive2 quelque chose d'analogue se retrouve dans la conscience4 ,j'tais dans l'obscurit1 et la continuit des tnbres n'excitait de ma part aucune raction1 ou tout au moins n'en excitait qu'une galement continue et uniforme2 de l quilibre du cerveau et tat neutre de la conscience4 ,une lumire subite1 en rompant l'quilibre1 provoque mon tonnement2 or1 tout tonnement suppose un contraste entre ce qui tait attendu et ce qui arrive4 ,si le diffrent et le discontinu m'tonnent1 c'est que j'attendais la continuation de ce qui existait d'abord1 c'est--dire de mon tat antrieur et de mon action antrieure1 dirige en tel sens et vers tel objet4 ,je saisis la discontinuit et la diffrence dans la continuit et l'identit au moins apparente de ma conscience4 ,tout l'heure1 au milieu des tnbres1 je sentais1 pensais1 agissais2 l'effet passif produit en moi par la nuit avait fini par tre annul1 et j'tais comme seul2 quand la lumire apparat tout coup1 elle et moi nous sommes deux2 et c'est cette dualit1 action et passion1 qui veille ma surprise4 ,aux mots d'action et de passion1 on peut substituer ceux de volontaire et d'involontaire1 ou plutt de dsir et de non dsir2 ils exprimeront peut-tre mieux encore la vrit des choses3 je n'ai point dsir cette lumire qui jette une discontinuit soudaine dans la continuit de ma tendance antrieure4 ,le contraste du dsir et du non dsir1 qui a son fond primitif dans le contraste du plaisir et de la peine1 est1 semble-t-il1 ce qui donne le branle nos facults intellectuelles4 ,bain finit par dire3 ,l'activit entre comme partie composante dans chacune de nos sensations1 et elle leur donne le caractre de composs1 tandis qu'elle-mme est une proprit simple et lmentaire#af4 #af ,emotions and ,will1 p4 #big4 ,le mieux serait d'admettre en nous1 la racine de tous les phnomnes de conscience1 la discrimination plus ou moins vague des deux directions centripte et centrifuge impliques jusque dans le rflexe1 et auxquelles correspondent les nerfs affrents ou effrents4 ,jusque dans le simple choc1 l'action et la raction semblent insparables1 et1 si toutes nos sensations se ramnent des chocs nerveux1 la conscience doit distinguer l'action exerce sur nous de notre raction propre4 ,ce contraste semble seul expliquer celui du moi et du non-moi4 ,stuart ,mill ramne1 comme on sait1 la matire et l'esprit des possibilits ou potentialits permanentes2 mais1 abstraites de leur vritable origine1 qui est la conscience de l'action et de la raction enveloppe dans le rflexe1 les possibilits logiques ne peuvent plus suffire distinguer le moi du non-moi4 ,d'o vient que nous sparons certains tats de conscience de tous les autres pour les runir sous le nom de sensations et les rapporter la matire8 ,pourquoi ne rapportons-nous pas les volitions la matire1 les sons ou les odeurs l'esprit8--,simple affaire de classification et de gnralisation1 dit ,stuart ,mill2 nous rangeons dans une mme classe ce qui offre des caractres communs4--,oui1 mais quel est ce caractre diffrentiel qui nous fait distinguer en quelque sorte le mien et le tien dans notre commerce avec l'extrieur8 ,quelle est comme la marque de fabrique par laquelle nous reconnaissons nos produits au milieu des produits trangers8 ,dans beaucoup de cas1 nous voyons une pense ou une motion succder invariablement une sensation1 ou une sensation succder invariablement une volition2 et cependant1 nous ne rapportons pas une mme cause les sensations et les penses1 ou les motions et les volitions4 ,la dernire rponse de ,mill est que le corps est une cause inconnue de sensations1 tandis que l'esprit est un rcipient ou percevant inconnu de sensations4--,mais1 si les deux termes sont galement inconnus1 comment puis-je les distinguer l'un de l'autre8 ,ce n'est pas par ce qu'ils ont d'inconnu que je discerne le mien et le non-mien1 mais par ce qu'ils ont de connu4 ,il faut donc bien qu'il y ait dans la conscience mme une certaine marque qui tablisse la distinction du mouvement reu et du mouvement effectu4 ,bain fournit une meilleure rponse en disant que le contraste du sujet et de l'objet vient du contraste entre l'activit et la sensation passive2 mais1 vrai dire1 c'est l'lment moteur qu'il et fallu mettre en lumire4 ,dans cette question1 d'ailleurs1 ,bain parat en progrs sur ,mill2 et ce dernier le reconnaissait lui-mme#ag4 ,spencer1 dans ses ,premiers principes#ah1 fonde aussi la distinction du moi et du non-moi sur celle du volontaire et de l'involontaire1 laquelle on est toujours oblig de revenir1 semble-t-il1 comme un lment ultime impliqu dans tous les faits de conscience4 ,on pourrait l'appeler encore la distinction du mouvant et du m1 du mouvement imprim et de la sensation1 de la contractilit et de la rceptivit4 #ag ,ceux qui ont tudi1 dit-il1 les crits des psychologues associationnistes ont vu1 avec dfaveur1 que dans leurs expositions analytiques il y avait une absence presque totale d'lments actifs ou de spontanit appartenant l'esprit lui-mme444 ,cette apparence de passivit absolue a contribu aliner de la thorie de l'association de bons esprits qui l'avaient rellement tudie 7tels que ,coleridge7444 ,en ,france1 on a souvent cit le progrs qui se fit de ,condillac ,laromiguire3 le premier faisant d'un phnomne passif1 la sensation1 la base de son systme2 le second y substituant un phnomne actif1 l'attention4 ,la thorie de ,m4 ,bain est dans le mme rapport avec la thorie de ,hartley que celle de ,laromiguire avec celle de ,condillac4 7,dissertations et discussions1 t4 ,,iii1 #aig-aeb1 article ,bain74 #ah ,premiers principes1 p4 #afb4 ,nous voyons donc ici les doctrines aboutir un point commun1 et les diverses coles reconnatre galement d'une manire vague la prsence en nous d'une certaine activit2 seulement la nature de cette activit demeure inconnue et peut s'interprter de manires diffrentes4 ,on n'a nullement le droit de l'identifier immdiatement avec la libert4 ,si1 en effet1 nous avons conscience d'agir1 c'est selon des lois4 ,la plus lmentaire de ces lois est celle de l'action rflexe1 o nous avons vu qu'apparat tout d'abord la conscience obscure de l'activit1 de la raction centrifuge1 en contraste avec la passivit1 avec l'impression centripte4 ,mais quelle libert peut-on trouver dans l'action rflexe8 ,tout au plus peut-on dire qu'elle contient1 avec l'activit1 le premier et lointain germe de toute ide de libert4 ,la conscience de vouloir n'est encore ici que la conscience de mouvoir1 et on peut mme se demander si elle ne renferme pas quelque illusion1 s'il y a une relle diffrence1 autre que celle de direction1 entre les mouvements centriptes et les mouvements centrifuges4 ,,ii4--,nous venons de chercher dans la conscience le premier lment dynamique ncessaire la libert1 si elle existe3 l'action motrice distincte de la passion1 le vouloir et le mouvoir distinct du ptir3 un second lment serait la puissance1 suprieure l'acte particulier1 o elle ne s'puiserait pas4 ,si nous avions conscience de notre libert1 nous devrions avoir conscience a priori1 avant de faire une chose et en la faisant1 de notre pouvoir de la faire4 ,il est mme beaucoup de psychologues qui ajoutent le pouvoir de ne pas la faire2 mais c'est l une question qu'il n'est pas temps encore d'examiner4 ,le simple pouvoir de faire est dj matire des discussions d'une extrme difficult et dans lesquelles nous devons successivement entendre le pour et le contre4 ,avons-nous une autre conscience que celle de nos tats prsents8 ,la conscience1 rpond ,stuart ,mill#ai1 m'apprend ce que je fais ou ce que je sens1 non ce dont je suis capable4 ,ceux1 au contraire1 qui admettent une conscience de la puissance rpliquent3--,comment distinguer ce que je fais de ce que je sens ou subis1 si je vois seulement la chose faite1 l'tat de choses ralis1 sans aucun lien avec une puissance dont il drive8 ,est mien ce que je puis1 ce dont je suis la condition suffisante et immdiate2 mme pour savoir que je fais une chose1 ne faut-il point savoir que je la puis8 ,est tranger moi1 passif pour moi1 ce dont je vois en moi l'actuelle ralit sans en voir en moi la puissance1 ce que je ne puis pas raliser et qui pourtant se ralise4--,mill objecte alors qu'on a seulement conscience du rel2--on lui rpond que la puissance active est elle-mme une ralit1 un pouvoir rel1 un pouvoir qui est1 mais qui n'est encore que pouvoir4 ,stuart ,mill ajoute qu'il est contradictoire de dire3--,j'ai prsentement conscience de ce qui n'est pas prsentement1 de ce qui sera3 ,la conscience n'est pas prophtique2 nous avons conscience de ce qui est1 non de ce qui sera ou de ce qui peut tre4--,a quoi on rplique3--,vous raisonnez comme si ,j'ai conscience de ce que je puis signifiait ,j'ai conscience du fait mme que je puis accomplir et qui cependant n'existe pas2 mais nous1 partisans de la puissance1 nous accordons fort bien qu'on n'a pas conscience de ce qui sera comme d'une chose dj prsente2 selon nous1 on n'en a pas moins conscience de ce qui actuellement nous autorise dire qu'une chose sera ou peut tre3 il faut bien qu'il y ait dans la conscience prsente quelque chose qui nous permette de concevoir l'avenir4--,cette chose1 rpond ,stuart ,mill1 est une simple conclusion du pass3 ,nous ne savons jamais que nous sommes capables de faire une chose qu'aprs l'avoir faite1 ou qu'aprs avoir fait quelque chose d'gal ou de semblable4--,oui1 rplique-t-on de nouveau1 quand il s'agit d'excuter ce que nous avons voulu4 ,la possibilit de cette excution1 en effet1 n'ayant point pour condition unique la volont1 est subordonne une hypothse3 nous supposons que les conditions sont gales et semblables1 comme notre volont elle-mme est gale et semblable2 et alors1 tout tant semblable1 nous affirmons semblablement4 ,quand1 par exemple1 je me crois capable de mouvoir mon bras1 je sais que ma volont1 premire condition1 demeure la mme1 et je suppose que toutes les autres conditions sont les mmes aussi1 d'o je conclus le mme rsultat1 savoir le mme mouvement que d'ordinaire4 ,mais ces dductions ou inductions semblent prsupposer toujours l'ide de possibilit1 dont elles ne sont qu'une extension au dehors4 ,nos jugements sur les choses qui peuvent tre1 sont toujours drivs et dtourns2 le jugement je puis est la vritable origine de toutes les ides de possibilit4 #ai ,philosophie de ,hamilton1 p4 #eea4 ,telle est la thse des partisans de la puissance active1 qui s'inspirent plus ou moins de la mtaphysique pripatticienne et leibnizienne4 coutons jusqu'au bout leurs spculations4--,quand je dclare1 disent-ils1 que je puis quelque chose1 je ne suis pas1 assurment1 dans un tat d'inaction1 car1 si je n'agissais pas1 je ne jugerais point que je puis2 et d'ailleurs ce jugement est dj lui-mme une action2 mais1 d'autre part1 la dtermination prsente n'est pas la seule chose que j'affirme1 puisque alors il n'y aurait aucune diffrence entre je puis et je fais1 entre je puis tre dans tel tat et je suis dans tel tat4 ,si je puis n'est pas adquat ce qui est1 il l'est encore moins ce qui n'est pas4 ,je puis faire une chose n'a point simplement ce sens3 je ne la fais pas2 car1 si vous analysez cette dernire proposition1 vous n'en dduirez jamais la proposition suivante3 je puis faire la chose que je ne fais pas4 ,je puis affirme un lien entre ce qui est et ce qui n'est pas2 il faut donc que1 dans ce que je suis1 soit contenu d'une certaine manire ce que je ne suis pas4 ,or1 ce que je ne suis pas n'est point contenu dans ce que je suis comme fait1 comme tat1 comme sensation ou sentiment1 comme action2 car alors tout serait dj sous tous les rapports1 le changement ne serait qu'une apparence et pas mme une apparence1 puisque l'apparence est encore un changement4 ,nous retomberions ainsi dans l'latisme1 fond sur ce principe qu'il n'y a point de milieu entre ce qui est et ce qui n'est pas4 ,dire que tout est fait ou tat actuel1 que tout se rsout en sensations ou sentiments prsents1 c'est revenir sans le savoir l'antique doctrine des ,elates et des ,mgariques1 auxquels ,aristote rpondait3 ,si tout existe en fait et en acte1 lorsque je suis assis1 je ne puis me lever2 lorsque je suis lev1 je ne puis m'asseoir4 ,il doit donc y avoir un moyen terme entre ce que le positivisme appelle les faits qui sont et les faits qui ne sont pas1 c'est--dire les faits qui ne sont pas des faits2 ce moyen terme semble suprieur aux faits2 il coexiste avec le premier et avec le second1 mais il dpasse le premier et le second4 ,quand je me dtermine m'asseoir1 cette dtermination n'puise pas mon pouvoir dterminant2 voil pourquoi je dis que je puis me dterminer tre debout4 ,ce pouvoir n'est pas une abstraction ni un extrait2 c'est lui plutt qui extrait de lui-mme telle ou telle manifestation particulire4 ,si je puis n'tait qu'une abstraction1 la vrit des choses serait tout entire dans je suis ceci et je ne suis pas cela2 entre les deux1 plus d'intermdiaire4 ,le pouvoir a donc sa ralit2 mais cette ralit n'est pas du mme genre que celle des faits4 ,le fait est tout entier dans ce qu'il est prsentement1 il est soumis cette loi d'exclusion qui fait que les parties du temps sont en dehors les unes des autres comme celles de l'espace4 ,un fait ne peut empiter sur le pass ou sur l'avenir2 il est enferm dans des bornes prcises ou fixes1 et pour lui point de milieu entre demeurer tel qu'il est ou cesser d'tre3 y a-t-il le moindre changement1 ce n'est plus le mme fait1 ce n'est plus le mme tat4 ,sa dfinition1 dirait ,platon1 ne renferme que le mme1 et non point l'autre4 ,le fait d'tre assis1 par exemple1 tant purement et simplement ce qu'il est1 tout son tre est puis dans ce qu'il est2 il y a quation entre ce qu'il est et ce qu'il peut tre4 ,mais cette quation ne saurait exister en toutes choses sans rduire toutes choses l'inertie et l'immutabilit absolue4 ,nous sommes ainsi amens la conception d'un pouvoir qui est rel en lui-mme1 non pas seulement dans ses effets et ses manifestations4 ,selon le phnomnisme de ,m4 ,taine1 une chose est relle quand toutes les conditions sont donnes2 elle est simplement possible quand toutes les conditions1 moins une1 sont donnes4 ,mais le mme philosophe dit ailleurs que l'absence d'une condition entrane l'impossibilit1 puisque la chose ne se produira jamais en l'absence de la condition finale4 ,par l se trouvent identifis1 ce semble1 le possible et l'impossible4 ,c'est ce qui doit arriver quand on n'admet que des faits sans aucune puissance qui les relie4 ,de deux choses l'une3 ou bien un fait n'est rien de plus que l'ensemble des conditions donnes1 ou il est quelque chose de plus4 ,dans la premire hypothse1 si toutes les conditions de toutes choses sont donnes1 tous les faits sont dj1 et aucun changement n'aura lieu2 si toutes les conditions ne sont pas donnes1 rien n'est1 et rien ne sera2 car l'existence des choses aurait besoin de certaines conditions qui ne sont pas donnes dans cette totalit des conditions en dehors de laquelle il n'y a rien4 ,il faut donc passer la seconde hypothse1 et dire que les conditions prsentes suffisent pour amener les faits absents2 ds lors1 les faits sont autre chose que l'ensemble de leurs conditions2 en d'autres termes1 l'ensemble des faits actuels renferme les faits venir en tant que possibilits et non en tant que faits4 ,il faut par consquent admettre autre chose que de simples faits2 il faut admettre dans la condition du rel un principe de diffrence qui fait que1 sans cesser d'tre elle-mme1 elle donne naissance autre chose qu'elle4 ,qu'on appelle comme on voudra cette particularit1 cette chose qui1 par elle-mme1 fait exister une autre chose1 c'est l ce que nous entendons par puissance active4 ,vous tes donc obligs d'admettre la racine des choses un lien entre ce qui est et ce qui n'est pas1 un principe d'union grce auquel ce qui est peut donner ce qui n'est pas4 ,c'est dans la conscience de notre activit que nous croyons1 nous1 trouver le type de ce pouvoir qui dpasse ses tats prsents par ses tats possibles1 de ce dynamisme suprieur au mcanisme qu'il anime4 ,les ides de possibilit1 de condition1 de raison suffisante1 ne sont nos yeux que les expressions indirectes et neutres d'un sentiment vif et d'une ide toute personnelle son origine4 ,substituer cette conscience du moi des notions abstraites1 c'est laisser la proie pour l'ombre2 la possibilit n'est1 en dfinitive1 qu'une puissance4 ,ainsi spculent les mtaphysiciens partisans de la puissance aristotlique ou de la force leibnizienne4 ,leurs spculations roulent sur un usage transcendant des catgories de possibilit et de ralit1 sur lesquelles nous reviendrons propos de la contingence des actions4 ,au point de vue mtaphysique1 il est sans doute plausible d'admettre une diffrence entre la cause et les effets1 sans quoi les effets se confondraient avec la cause2 il y a dans la cause une raison de changement1 de nouveaut1 une sorte de fcondit que nous nous reprsentons sous le nom de puissance4 ,mais1 sans s'abmer dans un mystre mtaphysique commun toutes les doctrines1 il faut revenir au ct psychologique du problme1 qui fait le vritable objet de la question prsente3 o prenons-nous l'ide de puissance1 et en quoi consiste rellement la puissance dont nous croyons avoir conscience8 ,or1 ce point de vue vraiment intrieur1 il nous semble que les psychologues de l'cole spiritualiste n'ont pas trouv plus que ,stuart ,mill lui-mme le vritable moyen terme entre la possibilit abstraite et le fait rel4 ,nous avons dj vu#bj ce qu'il y a d'artificiel dans le dilemme aristotlique3 ,ou je suis actuellement assis ou je suis actuellement lev1 et point d'autre milieu s'il n'y a pas de puissance3--ce dilemme laisse chapper dans son abstraction un intermdiaire concret et vivant3 cet intermdiaire1 selon nous1 est l'ide1 avec la force qui lui est inhrente et dont nous avons essay de faire comprendre la nature4 ,quand je suis immobile1 je puis avoir l'ide de marcher2 cette ide est une image2 cette image implique un ensemble de mouvements crbraux et un certain tat du systme nerveux2 cet ensemble de mouvements et cet tat nerveux est prcisment le dbut des mouvements de la marche1 le premier stade de l'innervation qui1 si elle acqurait un certain degr d'intensit1 aboutirait mouvoir mes jambes4 ,l'image mme de mes jambes existe dans mon imagination quand je pense marcher4 ,je puis marcher1 signifie3--,je commence l'innervation aboutissant la marche4 ,puissance1 au point de vue psychologique1 c'est la conscience d'un conflit de reprsentations auquel rpond dans le cerveau un conflit de mouvements en sens divers4 ,la puissance des contraires1 avons-nous dit1 est le ct interne de la composition des forces en quilibre mutuel et instable4 ,la conscience de la puissance se ramne donc la conscience du mouvement imprim1 c'est--dire du changement1 et du changement selon une loi4 ,l encore la conscience de la libert nous chappe4 ,quant au mystre que nous trouvons sous le mouvement et le changement mme1 c'est celui du temps et du devenir4 #bj ,premire partie1 chap4 premier4 ,,iii4--,outre les ides d'action et de puissance1 l'ide de libert enveloppe celle du moi1 conu comme cause amenant la puissance l'acte4 ,mais avons-nous conscience du moi comme d'une ralit vraiment indpendante et active8 ,l est le grand problme4 ,bain1 dans sa critique de la libert conue comme dtermination de soi par soi-mme1 nie l'existence d'une rgion spare qui serait le moi1 et dit qu'il ne reste rien en nous1 pas plus que dans un morceau de quartz1 aprs l'numration complte ou exhaustive de toutes les qualits4 ,mme doctrine chez ,spencer1 qui voit dans l'illusion du moi spar la raison de l'illusion du libre arbitre4--,cherchons d'abord les difficults que soulve cette doctrine purement phnomniste#ba4 ,l'numration exhaustive1 peut-on dire1 ne suffit que pour les choses purement numriques et numrables2 mme alors1 elle prsuppose une qualification1 et le nombre ne sert que de cadre extrieur aux qualits spcifies4 ,maintenant1 mettez sur une mme ligne tous mes vnements passs1 prsents1 venir1 et supposons la qualification complte4 ,douleur plaisir pense autre plaisir dsir4441 est-il bien sr que ce soit l le tout de moi-mme8 ,il faut au moins1 comme pour les nombres1 ajouter ce qui relie ce tout en une synthse2 et le lien n'est plus ici entre des quantits discontinues1 mais entre des vnements continus4 ,en outre1 je ne relie pas seulement les faits entre eux2 mais je les relie tous un terme suprieur et enveloppant1 quoique non vraiment spar1 qui est ma conscience mme et que j'appelle moi4 ,il faut donc ajouter notre liste ce caractre remarquable qui fait que chaque terme est pens et pens comme mien1 qu'il est ou me parat mien4 ,nous avons alors3 douleur et attribution moi plaisir et attribution moi1 etc4 ,ce n'est pas encore tout2 car1 dans la trame de ce qu'on appelle mes vnements1 il y a des choses que je ne considre pas comme miennes de la mme faon que les autres3 il y a des choses dont1 tort ou raison1 je crois voir en moi la condition ou suffisante ou principale et que j'attribue mon activit1 d'autres que je subis et que j'attribue des conditions non contenues dans la srie des choses miennes4 ,si on ne tient pas compte de tout cela1 l'exhaustion ne sera pas complte4 ,or1 tout cela n'est plus une simple numration1 ni mme une simple qualification1 mais une attribution1 une relation toute particulire des termes multiples et changeants un terme qui s'apparat lui-mme comme permanent4--,il nous suffira1 direz-vous1 d'ajouter chaque fait la proprit d'apparatre comme mien1 d'avoir pour consquent uniforme l'ide d'un moi1 et l'exhaustion sera alors complte3 la liste ainsi acheve sera l'quivalent de ce qu'on appelle la personne et pourra lui tre substitue4--,oui1 rpondront les partisans de l'objectivit du moi1 mais c'est peut-tre comme on substitue un cercle des polygones d'un nombre indfini de cts1 qui donnent l'approximation indfinie du cercle sans donner jamais le cercle lui-mme4 ,dans la pratique de la vie et dans le langage1 la srie des vnements miens est le substitut du moi3 il n'est pas certain qu'elle soit adquate au moi lui-mme4 ,ce que nous dsignons par moi1 c'est la raison1 quelle qu'elle soit1 de la synthse finale1 la cause de cette constante rduction l'unit4 ,il y a quelque chose qui fait que tous mes lments sont lis entre eux1 et lis l'ide de moi-mme2 et c'est ce quelque chose1 esprit ou cerveau1 dont les vnements intrieurs semblent le substitut4 #ba ,emotions and ,will1 p4 #eji4 ,les partisans de l'objectivit du moi1 pour continuer de soutenir ce qu'il y a de plausible dans leur thse1 pourraient aussi relever une confusion que l'on commet souvent dans les discussions relatives au moi4 ,l'ide du moi peut dsigner soit l'ide rflchie1 soit le sentiment spontan de notre existence4 ,or l'ide rflchie du moi n'est qu'une manifestation distincte et contraste de notre existence1 de notre pense2 cette connaissance analytique que nous avons de notre existence est drive2 le sentiment spontan1 au contraire1 la conscience immdiate de l'tre1 de la sensation1 de la pense1 ne semble plus une rsultante tardive des sensations1 mais un lment immdiat et toujours prsent chaque sensation1 sous une forme implicite1 lment sans lequel la sensation ne serait pas sentie1 ne serait pas consciente4 ,l'ide rflchie du moi est le produit d'une laboration longue et complexe1 elle est en grande partie factice et compose2 en outre1 le moi peut considrer un grand nombre de qualits avant de se considrer lui-mme abstraitement1 et de se poser dans la rflexion en face du non-moi2 ce n'est pas dire que1 ds l'origine1 le sentiment confus de l'existence individuelle et de l'activit centrale n'ait pas t prsent nous dans sa continuit1 alors mme que nous ne le traduisions pas sous les formes discontinues de la pense abstraite et gnrale1 ou du langage et de ses catgories artificielles4 ,si toutes nos penses finissent par se ranger aux deux ples du sujet et de l'objet1 c'est sans doute que1 ds le commencement1 elles offraient cette orientation naturelle2 les particules aimantes1 qui finissent par se disposer en ordre aux deux extrmits de l'aimant1 n'en ont-elles pas ds le premier instant subi l'influence8 ,les oppositions ncessaires la conscience analytique et rflchie ne sont point galement indispensables pour la conscience synthtique et spontane4 ,bien plus1 nous concevons une limite o les oppositions expireraient et o la pense serait immdiatement prsente elle-mme1 se pensant en mme temps qu'elle pense le reste4 ,la pense s'vanouit-elle1 comme le croit ,hamilton1 dans cette unit fondamentale du sujet et de l'objet8 ,peut-tre1 mais peut-tre aussi est-ce l qu'elle se constitue3 cette unit serait alors la pense mme4-- ,dans cette argumentation1 les partisans du moi mlent les hypothses mtaphysiques l'observation psychologique1 et concluent trop prcipitamment de l'existence d'un vinculum celle d'un vinculum substantiale qui dpasse l'exprience4 ,il y a pourtant dans leur thse une chose qu'on peut retenir3 c'est que1 dans tout acte de connaissance et de conscience1 on ne doit pas exclure le sujet et mconnatre l'originalit de cette notion4 ,le sujet ne peut se connatre que dans ses sensations et dans ses modifications1 non part1 cela est vrai2 il ne se saisit pas comme un tre qui n'aurait aucune manire d'tre2 mais d'autre part il ne peut concevoir ses manires d'tre comme dtaches4 ,la multiplicit qui est dans notre conscience n'est pas une multiplicit physique1 comme celle d'un agrgat dont les parties peuvent subsister chacune en elle-mme1 d'un morceau de quartz2 c'est une relation d'un autre genre1 qui ne peut se confondre avec celle de juxtaposition1 de simple coexistence physique1 de succession numrique2 voil pourquoi nous la posons part comme tant la relation originale de la conscience ce qu'elle saisit1 l'aspect subjectif impliqu mme par l'aspect objectif4 ,plus on montre l'impossibilit de mettre d'un ct le sujet et d'un autre ct ses manires d'tre1 plus on lve au-dessus de toute relation numrique et mcanique la relation incomprhensible de la conscience ses manires d'tre4 ,aussi l'cole anglaise a-t-elle reconnu elle-mme qu'il y a l quelque chose de spcial1 d'irrductible aux phnomnes purement extrieurs et mcaniques4 ,stuart ,mill finit par dire3 ,le lien ou la loi inexplicable1 l'union organique qui rattache la conscience prsente la conscience passe qu'elle nous rappelle1 est la plus grande approximation que nous puissions atteindre d'une conception positive de soi4 ,je crois d'une manire indubitable qu'il y a quelque chose de rel dans ce lien1 rel comme les sensations elles-mmes1 et qui n'est pas un pur produit des lois de la pense sans aucun fait qui lui corresponde4 ,a ce titre1 j'attribue une ralit au moi1-- mon propre esprit1--en dehors de l'existence relle des possibilits permanentes1 la seule que j'attribue la matire3 et c'est en vertu d'une induction fonde sur mon exprience de ce moi que j'attribue la mme ralit aux autres moi ou esprits4--,nous sommes forcs de reconnatre que chaque partie de la srie est attache aux autres parties par un lien qui leur est commun toutes1 qui n'est que la chane des sentiments eux-mmes3 et comme ce qui est le mme dans le premier et dans le second1 dans le second et dans le troisime1 dans le troisime et dans le quatrime1 et ainsi de suite1 doit tre le mme dans le premier et dans le cinquime1 cet lment commun est un lment permanent4 ,mais aprs cela1 nous ne pouvons plus rien affirmer de l'esprit que les tats de conscience4 ,les sentiments ou les faits de conscience qui lui appartiennent ou qui lui ont appartenu1 et son pouvoir d'en avoir encore1 voil tout ce qu'on peut affirmer du soi1--les seuls attributs possibles1 sauf la permanence1 que nous pourrons lui reconnatre#bb4 ,spencer1 lui1 s'aventure plus loin3 ,comment la conscience peut-elle se rsoudre compltement 7selon ,hume7 en impressions et en ides1 quand une impression implique ncessairement l'existence de quelque chose d'impressionn8 ,ou bien encore1 comment le sceptique1 qui a dcompos sa conscience en impressions et en ides1 peut-il expliquer qu'il les regarde comme ses impressions et ses ides#bc8 ,spencer1 il est vrai1 revient dans sa ,psychologie l'objection du moi spar1 et fonde mme l'illusion du libre arbitre sur l'illusion de cette sparation4 ,il donne au problme la forme du dilemme suivant3 ,ou le moi qui est suppos dterminer et vouloir l'action est un certain tat de conscience1 simple ou compos1 ou il ne l'est pas4 ,s'il n'est pas un certain tat de conscience1 il est quelque chose dont nous sommes inconscients1 quelque chose donc qui nous est inconnu1 quelque chose dont l'existence n'a et ne peut avoir pour nous aucune vidence1 quelque chose donc qu'il est absurde de supposer existant4 ,si le moi est un certain tat de conscience1 alors1 comme il est toujours prsent1 il ne peut tre chaque moment autre chose que l'tat de conscience prsent chaque moment444 ,ainsi1 il est assez naturel que le sujet des changements psychologiques dise qu'il veut l'action1 vu que1 considr au point de vue psychologique1 il n'est en ce moment rien de plus que l'tat de conscience compos par lequel l'action existe#bd4 ,ce dilemme est ingnieux1 mais pas assez pour ne point laisser chapper la vraie question4 ,en ce qui concerne le premier terme du dilemme1 le sujet fond inconnu et inconscient1 il n'est pas de tout point absurde d'en supposer l'existence4 ,les ,kantiens pourront1 en effet1 appuyer cette hypothse sur le principe de causalit1 et ,spencer vient lui-mme de dire1 en termes trop substantialistes qu'il est difficile de se figurer des impressions sans quelque chose d'impressionn4 ,c'est prcisment par l que ,kant aboutissait son moi-noumne1 son moi-transcendant1 lequel d'ailleurs peut n'tre1 au fond1 que l'organisme mme ou la loi inconnue qui en relie tous les phnomnes en un tout organique4 ,il et fallu discuter cette hypothse4 ,quant au second terme du dilemme1 le moi conscient1 en admettant que nous ne soyons chaque instant rien autre chose que l'tat de conscience prsent il reste toujours savoir ce qui est contenu dans cet tat de conscience2 or1 l'expression mme que ,spencer emploie implique un tat et une conscience2 l'tat est particulier et passager1 les partisans du moi demanderont s'il n'est pas l'tat d'une conscience gnrale et durable1 comme la conscience de la force absolue dont ,spencer lui-mme nous gratifie4 ,outre les tats de conscience1 il y a au moins la loi qui les relie1 et cette loi a elle-mme un fondement dans quelque ralit2 les partisans du moi pourront donc encore demander si cette ralit n'est pas prcisment la conscience mme1 le moi conscient4 ,enfin1 que la conscience soit une simple forme ou le fond mme de l'tre1 toujours est-il qu'elle est la condition sine qua non de la pense et de la sensation mme3 elle est un lment sui generis1 d'une incontestable originalit4 ,qu'on rduise tout en nous la sensation1 peu importe1 car la sensation enveloppe cette chose elle-mme la fois si trange et si familire3 une conscience1 un sujet immdiatement prsent lui-mme1 une pense qui1 en pensant autre chose1 se pense elle-mme plus ou moins confusment4 ,l'existence de la pense et de la conscience est l'infranchissable limite du mcanisme purement gomtrique4 ,au reste1 ,spencer lui-mme1 dont la doctrine n'est pas toujours bien consistante1 conclut sa psychologie en disant que1 si tout ce qui est dans le sujet pensant ne peut tre pens qu'en termes d'objets1 d'autre part les termes d'objets ne peuvent tre saisis qu'en termes de sujet4 ,m4 ,taine1 son tour1 reconnat l'antriorit logique du subjectif sur l'objectif1 du mental sur le mcanique1 puisqu'en dfinitive nous ne connaissons rien que dans et par la conscience1 dans et par le sujet qui se pense en pensant toutes choses4-- #bb ,philosophie de ,hamilton1 tr4 ,cazelles1 p4 #bej1 #beb4 #bc ,premiers principes1 p4 #fh4 #bd p4 #edd4 ,voil ce qu'on peut dire de plus plausible en faveur de l'existence du moi4 ,il est incontestable que1 comme sujet pensant1 le moi est impossible nier1 et c'est ce qu'on peut retenir de l'argumentation prcdente2 mais il n'en rsulte point immdiatement1 comme le voudraient les spiritualistes1 que le moi soit ni vraiment individuel1 ni simple1 ni identique1 ni indpendant de l'organisme1 ni libre4 ,sans doute la conscience est une donne immdiate1 sans laquelle aucune autre chose ne peut tre donne pour nous2 je ne sens rien si je ne sens pas ce que j'appelle mon existence1 je ne pense rien si je ne pense pas ma pense2 mais d'abord cette existence et cette pense sont-elles dans la ralit aussi individuelles qu'elles le paraissent8 ,que d'autres explications possibles6 ,on pourrait supposer1 par exemple1 que c'est de l'existence en gnral que j'ai conscience1 ou plutt de l'existence universelle1 que ,schopenhauer appelait la ,volont universelle4 ,l'individualit commencerait avec les formes1 qui supposent la multiplicit des sensations et un cerveau capable de les concentrer en soi2 alors seulement la pense deviendrait individuelle2 la conscience prendrait1 elle aussi1 une forme individuelle1 une forme de moi distinct4 ,qui nous assure que c'est l autre chose qu'une forme1 lie la manire dont le cerveau concentre les sensations et les penses8 ,de mme que notre tre1 considr objectivement1 est insparable de l'tre de l'univers1 pourquoi notre pense serait-elle autre chose qu'une concentration1 en un certain point du temps1 de la pense rpandue partout dans l'univers8--,voil l'hypothse panthiste et moniste4 ,or1 ce n'est pas en consultant notre conscience que nous pourrons en vrifier la fausset ou la ralit4 ,descartes aura beau dire je pense1 donc je suis1 la pense et l'existence sont coup sr certaines1 mais le je ou moi1 certain aussi comme forme de la pense et de l'existence1 est-il certain comme fond absolu1 durable1 distinct1 comme monde spar1 comme microcosme8 ,l-dessus1 la conscience m'apprend comment je me pense subjectivement1 non comment je suis objectivement4 ,aussi1 ce qu'il y a de certain dans le je pense1 c'est le penser1 ce n'est pas le je4 ,le vrai et seul vident principe est le suivant3 la pense est2 il y a de la pense1 il y a de l'tre1 il y a de la conscience4 ,quant moi1 ce mot ne dsigne que la conscience mme de la pense sans m'en rvler l'individualit vritable1 d'autant plus que toute pense a un objet et un objet multiple1 et que1 par consquent1 la multiplicit s'impose la conscience autant que l'unit4 ,si le moi parat un et simple1 ce peut fort bien tre1 comme le dit ,kant1 parce qu'il est la plus pauvre des reprsentations1 la pense vide de tout contenu4 ,par moi ou cette chose qui pense1 on ne se reprsente rien de plus qu'un sujet transcendantal de la pense x2 ce sujet ne peut tre connu que par les penses qui sont ses prdicats1 et en dehors d'elles nous n'en avons pas le moindre concept4 ,la conscience n'est pas une reprsentation qui distingue un objet particulier1 mais une forme de la reprsentation en gnral1 en tant qu'elle mrite le nom de connaissance#be4 ,le fond qui est sous cette forme1 le rel1 le concret1 le vivant1 c'est le sentir1 le penser1 le jouir1 le souffrir1 le dsirer2 c'est la conscience avec la multitude de ses tats2 mais nous ne savons toujours pas si elle est vraiment et objectivement individuelle4 #be ,raison pure1 t4 ,,ii1 p4 #ac4 ,mme incertitude sur l'identit ou la non-identit du moi4 ,l encore le pour et le contre peuvent tre soutenus par des arguments qui ne semblent dcisifs ni d'un ct ni de l'autre4 ,on ne prouve pas que le moi soit de tout point illusoire et que la conscience spontane soit sans fond propre1 quand on rappelle les incontestables dviations et les erreurs dont l'ide rflchie du moi est susceptible4 ,en premier lieu1 dit-on1 certains matriaux trangers peuvent s'introduire dans l'ide que nous avons de nous-mmes2 une srie d'vnements imaginaires s'insre alors dans la srie des vnements rels1 et nous nous attribuons ce que nous n'avons pas fait#bf4--,soit1 rpondent les partisans du moi identique2 mais sur quel point alors porte exactement l'erreur8 ,est-ce sur le moi et sur la volont1 ou au contraire sur tout ce qui n'est pas le moi ni son action8 ,balzac croit avoir donn son ami un cheval qu'il avait l'intention de lui offrir1 et qu'il ne lui a pas donn rellement2 l'erreur porte sur la ralisation effective et matrielle de la chose dans le monde externe1 sur la part du non-moi3 ,balzac a rellement dsir et voulu faire ce don1 il l'a rellement fait dans son imagination1 et il a assist d'avance la scne dont il tait le principal acteur4 ,de mme pour les songes et les hallucinations2 ce qui leur manque1 c'est la ralit extrieure dans le non-moi1 nullement la ralit intrieure dans la conscience4 ,dans d'autres cas1 inverses des prcdents1 nous attribuons autrui des vnements qui appartiennent au moi4 ,au milieu d'un monologue mental1 une apostrophe1 une rponse jaillit1 une sorte de personnage intrieur surgit et nous parle la deuxime personne3--,rentre en toi-mme1 ,octave1 et cesse de te plaindre4--,supposez que ces apostrophes1 ces rponses1 tout en demeurant mentales1 soient tout fait imprvues et involontaires1 que le malade ne puisse les provoquer son choix1 qu'il les subisse1 qu'il en soit obsd2 supposez enfin que ces discours soient bien lis1 indiquent une intention4441 il sera tent de les attribuer un interlocuteur invisible#bg4 ,les partisans du moi identique rpondent ,m4 ,taine qu'il est oblig d'introduire ici la distinction du volontaire et de l'involontaire1 pour expliquer l'alination d'une partie de nos penses1 de nos sentiments1 de nos actes4 ,ce que nous subissons doit nous paratre tranger2 or1 nous pouvons devenir en quelque sorte passifs de nous-mmes2 des choses d'abord volontaires deviennent involontaires par l'habitude3 il s'tablit alors une lutte de nous avec nous-mmes1 du moins de la volition prsente avec les effets accumuls des volitions passes1 ou1 physiologiquement1 de la voie nouvelle que tente de suivre la dcharge nerveuse avec les canaux dj tracs qui s'opposent ce nouveau cours4 ,il y a toujours en nous une alination partielle de nous-mmes2 pour que cette alination s'exagre jusqu' l'hallucination1 il suffit que les conditions organiques viennent ajouter leur tyrannie celle qui rsulte dj de nos ides et de nos passions acquises4 ,les vibrations maladives du cerveau produisent alors des sensations fortes1 rellement imprvues et non voulues4 ,d'aprs les rgles ordinaires de l'attribution aux causes1 nous attribuons ce que nous prouvons des causes diffrentes de nous-mmes1 et vrai dire nous n'avons pas tort2 notre seule erreur1 c'est de projeter une trop grande distance les causes trangres notre volont4 ,elles sont en nous et dans notre cerveau2 notre induction les place plus loin dans le monde extrieur2 ici encore l'erreur porte1 vrai dire1 sur l'extriorit4 ,si le moi se trompe1 c'est dans le partage des modes relatifs entre les deux termes1 moi et non-moi4 ,les associations1 tant acquises1 peuvent tre dfaites1 mme les plus importantes4 ,par exemple l'association du sentiment de notre existence propre avec notre nom propre peut tre dtruite2 ,pierre se donne le nom de ,paul2 il peut mme confondre l'histoire de ,paul avec la sienne4 ,mais notre histoire1 vrai dire1 n'est pas encore tout fait nous-mmes2 c'est notre manifestation travers le temps4 ,notre histoire est surtout celle de nos relations avec autrui et avec les choses extrieures2 elle a surtout pour objet nos affaires trangres1 dont nos affaires intrieures elles-mmes ne sont jamais isoles4 ,tout cela peut donc la rigueur s'oublier1 se confondre1 s'aliner4 ,dans ce cas encore1 l'oubli et l'erreur portent seulement sur nos relations multiples1 qui ne sont pas le moi lui-mme1 rel ou formel4 ,l'oubli1 du reste1 semble tre toujours momentan1 l'erreur toujours rparable2 la maladie a toujours un remde1 connu ou inconnu4 ,la nature opre souvent la gurison par ses propres ressources1 dfaut de l'art4 ,tmoin cette dame amricaine qui1 au sortir d'un long sommeil1 se rveilla sans aucun souvenir apparent1 fit de nouveau connaissance avec ceux qui l'entouraient1 apprit de nouveau crire1 puis1 aprs un autre sommeil prolong1 retrouva au rveil le souvenir de sa premire priode en perdant celui de la seconde4 ,on en a conclu qu'il y avait dans le mme tre deux personnes morales1 deux moi qui se sont succd priodiquement pendant plus de quatre annes4 ,c'est aller un peu trop vite4 ,on nous dit que cette dame1 quand elle est dans son ancien tat1 a une belle criture1 et dans son second une pauvre criture maladroite2 l'criture n'est pas le moi ni la volont4 ,on ajoute qu'elle ne reconnat pas dans une priode les personnes qu'elle n'a vues que dans la priode prcdente2 les autres personnes ne sont pas le moi4 ,on ne nous dit pas si son caractre tait sensiblement modifi3 la chose aurait valu la peine d'un examen1 car ici nous approchons du moi2 mais enfin1 supposons un complet oubli1 une vraie table rase3 ce n'est encore l qu'une perte apparente de soi-mme1 puisque en fait tous les souvenirs qui semblaient jamais perdus ont t retrouvs4 ,donc le premier moi1 rel ou formel1 subsistait toujours1 et il est inutile de faire intervenir un second moi1 un second personnage1 l o le premier suffit4 ,quand la chaleur employe faire fondre la glace devient latente1 puis1 aprs la fusion1 redevient sensible1 nous ne croyons pas ncessaire de supposer deux chaleurs4 ,ce cas maladif exceptionnel a son analogue dans l'alternative de la veille et du sommeil1 qui ne scinde pas pour cela vritablement notre conscience en deux4 ,bien plus1 pendant la veille mme1 il a son analogue dans les faits les plus simples d'oubli4 ,l'oubli est un sommeil partiel1 comme le sommeil est un oubli partiel4 ,par exemple1 je vais de mon bureau ma bibliothque pour chercher un livre2 en chemin j'oublie de quel livre il s'agit et fais d'inutiles efforts pour m'en souvenir3 est-ce dire que je sois scind en deux1 que je sois devenu une autre personne1 qu'il y ait en moi-mme deux moi1 l'un qui pensait tout l'heure ce livre1 l'autre qui n'y pense plus8 ,je reviens mon bureau pour me remettre dans le mme courant d'ides1 et un instant aprs le souvenir me revient2 est-ce le premier moi qui a pris la place du second8 ,l'cheveau des associations est toujours plus ou moins extrieur ma volont1 de mme que l'cheveau de fil la main qui le dbrouille4 ,ce que j'entends par moi est quelque chose qui me parat suprieur ce que j'oublie comme ce dont je me souviens4 ,supposons qu'au lieu d'oublier un seul fait1 j'oublie toute une srie de faits1 toute une priode de mon histoire1 et mme toute mon histoire3 je ne deviendrai pas ncessairement pour cela un autre individu4 ,la solution de continuit produite dans la connaissance analytique de moi-mme pourrait n'tre pas absolue et ne pas m'atteindre en moi-mme2 les perceptions sourdes dont parle ,leibniz continueraient manifester le mme individu4 #bf ,voir ,m4 ,taine1 l',intelligence1 ,,ii1 p4 #aia4 #bg ,voir ,taine1 l',intelligence1 ,,ii1 p4 #aii4 ,telle est la discussion laquelle peuvent donner lieu les maladies de la mmoire et de la conscience1 sous lesquelles on peut toujours supposer la persistance de notre identit personnelle1 lie elle-mme la persistance du cerveau4 ,mais1 ni d'un ct ni de l'autre1 aucun argument n'est dcisif relativement la ralit absolue des choses4 ,si les matrialistes ne peuvent entirement dmontrer la non-identit absolue du moi1 encore bien moins les spiritualistes peuvent-ils dmontrer ou vrifier son identit absolue4 ,la mmoire ft-elle toujours l'abri des altrations et des maladies1 des erreurs mmes sur le pass1 elle ne constituerait pas pour cela une preuve suffisante de notre identit4 ,en effet1 nous ne saisissons pas directement le pass en lui-mme2 nous ne pouvons le saisir que dans le prsent4 ,ds lors1 en nous supposant rduits cette preuve1 nous pouvons toujours nous demander si1 dans l'intervalle du pass au prsent1 nous n'avons point chang en notre fond1 quoique identiques dans la forme de la pense4 ,d'autant plus que1 matriellement1 la mmoire est lie une innervation du cerveau1 dont les parties sont changeantes4 ,une boule lastique qui en choque une autre en droite ligne1 dit ,kant1 lui communique tout son mouvement1 par consquent tout son tat1 si l'on ne considre que les positions dans l'espace4 ,or1 admettez1 par analogie avec ces boules1 des substances dont l'une transmettrait l'autre ses reprsentations avec la conscience qui les accompagne1 la dernire substance aurait conscience de tous les tats qui se seraient succd avant elle comme des siens propres1 puisque ces tats seraient passs en elle avec la conscience qui les accompagne1 et pourtant elle n'aurait pas t la mme personne dans tous ces tats4 ,le souvenir1 en effet1 comme renouvellement d'une reprsentation particulire1 est un phnomne qui peut se transmettre et se reproduire de la mme faon que les autres phnomnes4 ,seule1 la reconnaissance immdiate d'un moi absolu dpasserait la sphre des phnomnes2 mais elle prsupposerait un moyen de se reconnatre qui ft indpendant du temps lui-mme4 ,la conscience de l'identit dans diffrents temps impliquerait la conscience de quelque principe qui1 dans un mme temps1 dpasserait le temps et fonderait par l l'identit venir4 ,aussi1 ,maine de ,biran et ses disciples ont-ils t amens soutenir que nous nous saisissons nous-mmes en dehors du temps et1 comme dit ,spinoza1 sub specie terni4 ,mais1 outre que cette conscience de l'ternel ou de l'intemporel1 qui serait la conscience et l'intuition du noumne1 est ce qu'il y a de plus problmatique1 elle ne serait toujours1 ft-elle certaine1 qu'une conscience non individuelle1 une conscience de ce qui est suprieur au moi1 de ce qui est vous autant que moi1 une conscience de l'universel4 ,le moi ne serait plus absorb dans ses organes1 mais il le serait dans l'unit absolue de la raison4 ,la volont dont nous aurions ainsi la vague conscience serait de nouveau la volont universelle de ,schopenhauer ou la substance ternelle de ,spinoza4 ,a l'objection de ,kant1 tire de la communication du mouvement et1 en dernire analyse1 de la communication du changement ou des manires d'tre1 on ne pourrait rpondre qu'en montrant dans la conscience quelque chose d'absolument incommunicable2 et pour trouver ce je ne sais quoi d'incommunicable1 il ne suffirait pas de comparer le moi en diffrents temps1 il faudrait pouvoir reconnatre1 non seulement dans un seul et mme instant1 mais mme indpendamment de toute dure1 ce qui le rend incommunicable et impntrable4 ,or1 ds qu'on s'lve au-dessus du temps comme de l'espace1 l'tre est1 au contraire1 ncessairement pens comme communicable1 pntrable1 ouvert de toutes parts1 en un mot universel4 ,l'individuation1 cette hauteur1 se perd dans un profond mystre1 et on ne peut plus comprendre tous les esprits que dans un seul esprit4 ,d'autre part1 si de cette rgion problmatique des noumnes nous redescendons dans le monde du temps et de l'exprience1 le moi ne nous offre plus qu'une impntrabilit de fait et en quelque sorte matrielle1 qu'une incommunicabilit relative qui peut n'tre pas dfinitive4 ,en effet1 il y a ncessairement communication1 d'une manire quelconque1 entre les tres1 puisqu'en fait et dans l'exprience nous nous communiquons des changements1 des modifications1 nous agissons et ptissons les uns par rapport aux autres4 ,contre ce fait 7pas plus que contre la ralit du mouvement7 ne peuvent prvaloir les spculations des mtaphysiciens sur l'incommunicabilit entre les substances1 ou1 si les substances sont rellement incommunicables1 le fait de la communication rciproque prouve prcisment que nous ne sommes point des substances4 ,l'histoire naturelle et la psychologie des animaux nous montrent la fusion de plusieurs tres en un seul1 dou probablement de quelque conscience centrale4 ,l'insecte coup en deux tronons qui continuent de sentir nous rvle la division possible d'une conscience encore l'tat de dispersion4 ,la communication mutuelle des sensations entre les deux soeurs jumelles soudes par le tronc1 est un fait physiologique qui nous ouvre des perspectives sur la possibilit de fondre deux cerveaux1 deux vies1 peut-tre deux consciences en une seule#bh4 ,actuellement1 les moi sont impntrables2 mais l'impossibilit de les fondre peut tenir l'impossibilit de fondre les cerveaux4 ,si nous pouvions greffer un centre crbral sur un autre1 rien ne prouve que nous ne ferions pas entrer des sensations1 auparavant isoles1 dans une conscience commune1 comme un son entre dans un accord qui a pour nous son unit1 sa forme individuelle4 ,sans doute1 nous n'arrivons pas comprendre ce mystre3 ne faire plus qu'un avec une autre conscience1 se fondre en autrui1 et pourtant c'est ce que rve et semble poursuivre l'amour4 ,qui sait si ce rve n'est pas l'expression de ce que fait continuellement la nature1 et si l'alchimie universelle n'opre pas la transmutation des sensations par la centralisation progressive des organismes8 ,ce moi dont nous voudrions faire quelque chose d'absolu1--qui pourtant doit bien tre driv de quelque faon et de quelque faon relatif1 s'il n'est pas l',absolu mme1 s'il n'est pas ,dieu1--ce moi que ,descartes voulait tablir au rang de premier principe1 plus nous le cherchons1 plus nous le voyons s'vanouir1 soit dans les phnomnes dont il semble l'harmonie concrte1 soit dans l'tre universel qui n'est plus ma pense1 mais la pense ou l'action partout prsente4 #bh ,voir1 sur ce point et sur le caractre de la conscience1 notre chapitre relatif la conscience sociale dans la ,science sociale contemporaine4 ,ds lors1 que devient la conscience de notre indpendance en tant que moi1 de notre libert individuelle8 ,cette conscience de la libert supposerait que nous nous voyons absolument indpendants3 #a de notre corps2 #b de l'univers2 #c du principe mme de l'univers4 ,eh bien1 nous aurons beau contempler notre conscience et rpter avec ,descartes3 cogito1 cogito1 nous ne verrons pas par l notre relle indpendance par rapport notre organisme4 ,ce qui peut tre conu sparment1 dit ,descartes1 peut aussi exister sparment4 ,kant a montr l'impossibilit de ce passage d'une distinction intellectuelle1 subjective1 une sparation relle1 objective4 ,dire que je distingue ma propre existence1 comme tre pensant1 des autres choses qui sont hors de moi1 et dont mon corps fait aussi partie1 c'est l une proposition simplement analytique2 car les autres choses sont prcisment celles que je conois comme distinctes de moi4 ,mais cette conscience de moi-mme est-elle possible sans les choses hors de moi1 par lesquelles les reprsentations me sont donnes1 et par consquent puis-je exister simplement comme tre pensant1 sans tre homme et uni un corps8 ,c'est ce que je ne sais point du tout par l#bi4 #bi ,raison pure1 ,,ii1 p4 #aa4 ,je sais encore bien moins1 par la connaissance de ma conscience1 si je puis exister indpendamment de la totalit des tres1 de l'univers avec lequel mes organes me mettent en communication4 ,il faudrait1 pour le savoir1 que j'eusse mesur l'action de toutes les causes extrieures1 et que je pusse montrer un rsidu inexplicable par ces causes1 explicable par moi4 ,j'aurais besoin1 pour rsoudre ce problme1 de la science universelle4 ,la prtendue conscience de la libert serait donc identique la science de l'univers4 ,quant savoir si je puis exister sans un principe suprieur moi comme l'univers mme1 en un mot si je suis l'absolu1 c'est ce que l'inspection de ma conscience ne m'apprendra jamais4 ,et pourtant1 pour avoir conscience de ma substantialit propre1 il ne faudrait rien moins qu'avoir conscience de ce que les scolastiques appelaient mon asit1 mon existence par moi seul#cj4 ,on dfinit la substance ce qui est vritablement en soi-mme et non dans autre chose comme une simple qualit4 ,mais ce qui est en soi-mme1 ,spinoza l'a bien compris1 c'est ce qui est par soi-mme1 ce qui est cause de soi-mme1 ce qui est indpendant ou absolu4 ,on a beaucoup critiqu cette dfinition de ,spinoza2 mais1 en dfinitive1 l'tre qui ne contient en lui-mme rien d'absolu1 et qui n'est qu'un ensemble de relations et de dpendances1 a-t-il le droit de dire qu'il existe individuellement et en lui-mme8 ,que peut-il montrer1 comme titre l'existence1 qui lui appartienne8 ,a-t-il un droit de proprit vritable faire valoir dans le domaine infini de l'tre8 ne pourrait-on pas montrer toujours que1 s'il possde quelque chose la surface1 le sol lui-mme et le fonds ne lui appartiennent point8 ,il est de par toutes les autres choses et non de par lui-mme2 en consquence1 il est en tout1 plutt qu'en lui-mme4 ,il n'est pas plus pour soi que par soi et en soi4 ,ce sont l trois choses insparables4 ,la conscience de la vraie substantialit1 la conscience de l'absolu1 voil ce qui pourrait constituer une vraie conscience de notre indpendance personnelle1 de notre libert1 voyant en soi1 a priori1 la raison et la cause de tout ce qu'elle veut1 de tout ce qu'elle est4 ,si on le mconnat1 c'est qu'on partage une erreur commune presque tous les philosophes3 la confusion du ncessaire et de l'absolu1 laquelle se rduit la confusion de la ncessit et de la libert4 ,entend-on par substance la dernire ncessit de notre tre1 ce qui nous impose nos manires d'tre fondamentales1 notre caractre personnel8--,alors1 relativement nous1 la substance devient quelque chose de passif1 reu du dehors4 ,or1 ce n'est plus notre activit1 notre volont1 mais notre nature4 ,cherchons en nous cette ncessit dernire1 nous ne la trouverons pas4 ,notre nature nous a t donne1 impose3 c'est la part du physique4 ,notre nature se rduit aux conditions extrieures de notre activit1 au milieu o elle agit1 aux ncessits qu'elle subit1 aux dpendances et aux relations o elle est engage4 ,en croyant nous chercher nous-mmes dans cette substance prtendue qui serait notre ncessit1 nous cherchons autre chose4 ,la substance ainsi entendue est1 comme toute ncessit1 impersonnelle4 ,j'ajoute qu'elle est physique2 c'est notre corps4 ,et1 comme notre corps n'est qu'un dtail du grand monde1 notre substance est universelle3 notre vrai support est le monde entier4 ,enfin1 si le monde entier se ramne quelque ncessit primitive et universelle1 notre substance finit par se confondre avec cette unit ncessaire1 avec cette loi universelle1 avec ce fatum suprme1 qu'on a si faussement appel ,dieu4 ,dans cette premire voie1 notre substance fuit donc en quelque sorte devant nous4 ,loin d'tre le moi1 la personne1 elle est le non-moi1 l'impersonnel4 ,de sorte qu'on aboutit par l cette consquence3 notre tre1 c'est l'tre d'autrui et de tous4 ,en d'autres termes1 nous n'existons pas rellement4 ,telle serait1 dans cette hypothse1 la substance objective1 inconnue1 l',x de l'quation universelle1 le noumne insaisissable4 #cj ,les spiritualistes1 avons-nous dit ailleurs 7,critique des systmes de morale1 p4 #bhg71 distinguent entre la cration complte de soi-mme1 qui est l'existence absolue1 et la cration de ses actes1 qu'on nomme libert2 ils supposent donc que nous avons reu l'tre ncessairement1 mais que nous donnons l'tre librement nos volitions4 ,selon nous1 si on examinait la chose avec plus d'attention1 on reconnatrait qu'elle est contradictoire4 ,s'il y a en moi une nature toute faite que j'ai reue1 une existence dont je ne suis pas la cause1 il y a par cela mme en moi un fond dtermin1 ncessit1 impntrable ma conscience parce qu'il n'est pas le rsultat de mon action consciente4 ,ds lors1 je pourrai toujours me demander si l'action qui parat venir de ma conscience ne vient pas de ce fond inconscient1 si je ne suis pas en ralit1 comme dit ,plotin1 esclave de mon essence1 c'est--dire de la nature propre et de l'existence que j'ai reues de mon crateur4 ,par consquent1 pour tre certain d'tre libre1 il faudrait que je fusse entirement l'auteur de moi-mme1 de mon tre comme de mes manires d'tre et que j'en eusse l'entire conscience a priori4 ,en d'autres termes1 il faudrait que j'eusse l'existence absolue comme la conscience absolue1 il faudrait que je fusse ,dieu4 ,si les spiritualistes veulent bien approfondir la notion de la vraie libert1 ils verront qu'elle aboutit cette consquence1 qui1 pour n'en avoir point encore t ouvertement dduite1 n'en est pas moins ncessaire444 ,qu'il y ait en nous une existence reue d'ailleurs et par cela mme inconsciente1 la volont1 qui ne sera plus qu'une dtermination superficielle de cette existence1 ne pourra plus tre consciente et sre de sa libert1 c'est--dire de son indpendance par rapport tous les autres tres de l'univers4 ,c'est1 au contraire1 dans une volont se suffisant elle seule1 dans une libert absolue que la vraie substance pourrait rsider4 ,mais dans ce second sens1 le plus qu'on pt accorder l'homme1 ce serait simplement une vague conscience de la force ou volont universelle qui agit en nous comme dans les autres2 cette prtendue conscience de l'universel n'est sans doute qu'une pure ide4 ,en tout cas1 nous perdons notre moi par ce second ct comme par l'autre4 ,si nous avions ainsi conscience de quelque libert1 ce ne serait pas de notre libert individuelle1 mais de la libert1 de l'unit absolue1 suprieure notre individualit propre4 ,en ce cas1 je serais libre l o prcisment je ne serais plus moi4 ,en tant que moi1 en tant qu'tre distinct et dtermin1 je suis dtermin dans mon action comme dans mon tre1 je suis pris au rseau du dterminisme universel4 ,la libert1 si elle existe1 n'est plus que le mens agitat molem4 ,de mme donc que mon moi se perd dans la substance des mtaphysiciens conue comme ncessit fondamentale1 il se perd aussi1 semble-t-il1 dans la substance conue comme libert fondamentale4 ,si la ncessit n'est pas moi1 l'absolu d'autre part n'est pas moi1 ou du moins il n'est pas ce qu'il y a d'individuel et de proprement mien en moi-mme4 ,en dernire analyse1 la conscience hypothtique de la libert se rduit ou bien la vague conscience d'une existence absolue et universelle1 d'une volont absolue qui ne serait pas vraiment notre volont individuelle1 ou bien une ide d'absolu1 une ide de libert1 qui est pour le moi un idal1 et non encore une ralit prsente au moi4 ,que la libert1 l'absolu1 soit la ralit mme1 on peut le prtendre2 mais ma libert1 mon indpendance absolue est certainement une ide4 ,je n'ai pas conscience d'tre libre1 moi2 j'ai seulement conscience de penser la libert1 de l'aimer et d'y tendre4 ,cette ide mme de libert1 nous l'avons vu#ca1 se produit tout naturellement sans exiger aucun effet de notre part1 car elle provient de ce que nous ne faisons pas une analyse complte ni un complet calcul4 ,par un phnomne singulier1 l'ide si utile de notre puissance volontaire provient de notre impuissance intellectuelle et de notre repos intellectuel4 ,les divers possibles nous paraissent alors concider dans la perspective intrieure1 et cette apparence mme les rapproche pratiquement4 ,dans une immense alle d'arbres1 les arbres lointains semblent se toucher1 parce que nous demeurons en repos sans aller vrifier jusqu'au bout2 que serait-ce s'il n'y avait point de bout8 #ca ,voir livre premier1 chap4 premier4 ,la conscience de l'indpendance peut donc avoir pour fond rel l'inconscience de la dpendance#cb4 #cb ,voir notre ,critique des systmes de morale 7ibid471 o nous avons trait cette question avec dtail4 ,soit un motif dtermin3 il est clair que je puis ne pas le suivre1--si j'en suis un autre2 mais cet autre son tour1 je puis ne pas le suivre4 ,j'acquiers ainsi l'ide de mon indpendance gnrale par rapport chaque motif particulier1 et je finis mme par me persuader que1 si je vide la volont de tout motif1 il restera encore une puissance indpendante1 une volont pure et absolue analogue la pense pure d',aristote4 ,il me semble mme alors que je ralise en moi cette volont et que j'en ai le sentiment ou la conscience4 ,mais1 quand j'ai le sentiment de n'tre pas ncessit dans un acte1 ce peut tre prcisment parce que la ncessit y est entire4 ,en effet1 pour sentir une ncessit et une contrainte1 c'est--dire au fond un obstacle1 il y faut rsister en quelque mesure et par cela n'tre pas compltement entran2 mais1 si la ncessit se confond avec mon action mme1 ou plutt avec mon vouloir1 je n'ai plus que le sentiment d'une spontanit entire4 ,il ne faut pas se figurer toujours la ncessit sous la forme anthropomorphique d'une contrainte matrielle1 comme celle d'un bras contraint par un autre bras2 elle peut tre la volont mme et le moi2 elle peut tre tellement dgage de rsistances extrieures que toute ide de contrainte disparaisse et que la ncessit immanente se voie elle-mme spontanit4 ,puisque tous les points de vue la conscience de la libert individuelle demeure insaisissable1 le vrai problme de la libert est bien celui que nous avons pos plusieurs reprises3--,jusqu' quel point et par quels moyens l'ide de la libert est-elle ralisable au sein mme du dterminisme8--,c'est ce problme qu'aboutissent ncessairement tous les systmes mtaphysiques1 et c'est sous cette forme seule qu'on peut esprer un rapprochement pratique de ces systmes4 ,le problme de la libert individuelle n'est autre que celui de l'individuation3 on ne peut esprer le rsoudre thoriquement et mtaphysiquement avec certitude2 il ne prend de forme scientifique que sous la formule suivante3 ,jusqu' quel point et par quelle srie de moyens-termes pouvons-nous nous individualiser8 et aussi1 dans l'ordre moral3 ,jusqu' quel point pouvons-nous nous universaliser8--,c'est donc une question de limite dplacer1 une question exprimentale d'volution et de progrs4 ,,chapitre ,,deuxi,,me ,l',,ind,,terminisme ,,psychologique4--,,la ,,libert ,d',,indiff,,rence ,i4 ,l'indtermination partielle dans la sensibilit et dans l'intelligence4 quilibre artificiel et prvalence artificielle des ides4 ,,ii4 ,l'indtermination dans la volont4 ,critique de ,reid4 ,,iii4 ,comment la dtermination succde l'indtermination4--,peut-on choisir avec rflexion entre deux choses indiffrentes1 et o finit la part de la libert dans ce choix8 ,expriences psychologiques4 ,analyse des faits de caprice et d'obstination4 ,on a espr prouver psychologiquement l'existence d'une libert individuelle par l'examen des cas o nous choisissons entre des choses quivalentes et indiffrentes4 ,rien de plus loign1 au premier abord1 que le dterminisme mcanique et cette libert d'indiffrence ou d'quilibre4 ,on ne tarde pourtant pas dcouvrir entre ces doctrines une foule de points communs qui peuvent en prparer le rapprochement dans une notion plus scientifique4 ,tout d'abord1 elles ont galement pour fond des ides d'quilibre et de mouvement1 des ides mcaniques2 et elles ne semblent gure1 l'une et l'autre1 s'lever au-dessus des considrations de forces ou de quantits4 ,la libert d'quilibre serait plus physique que morale2 car le problme moral1 que du reste nous ne voulons pas poser encore1 ne se pose jamais dans l'indiffrence4 ,de mme que les mathmaticiens rduisent ce qu'on appelle jeux de hasard des jeux de ncessit mathmatique1 de mme1 peut-tre1 cette sorte de jeu et de hasard intrieur qui semble constituer la libert d'indiffrence s'explique-t-il par les rgles gnrales du mcanisme1 auxquelles il paraissait d'abord faire exception4 ,i4--,le mcanisme et la libert d'indiffrence s'accordent reconnatre dans la sensibilit1 dans l'intelligence1 dans l'activit1 des cas d'indtermination et de statique mentale qui se ramnent des tats d'quilibre4 ,mais1 l'un et l'autre systme le reconnaissent aussi1 cette indiffrence intrieure1 dans nos diverses facults1 n'est jamais que partielle3 le repos absolu serait pour nous la mort4 ,la sensibilit semble parfois dans un tat de complte indiffrence2 mais1 avec un peu d'attention1 on y dcouvre toujours quelque sentiment confus1 qui enveloppe un effort plus ou moins pnible ou un dploiement plus ou moins agrable d'activit4 ,je puis d'ailleurs1 en faisant attention quelque objet1 soustraire ma rflexion1 sinon mon tre tout entier1 ces petits changements qui surviennent dans ma sensibilit4 ,c'est alors que celle-ci parat indiffrente2 mais cette indiffrence n'est pas absolue3 car je prends intrt et plaisir diriger ma pense dans ce calme mme des sens1 comme une barque sur des eaux endormies et indiffrentes4 ,en l'absence de tous les autres plaisirs1 celui-l reste2 il ressemble au sillon que la barque produit sa suite sur la surface qu'elle traverse3 tout autre flot a disparu1 mais celui-l suffirait encore pour faire tressaillir la masse des eaux et y entretenir un mouvement perptuel4 99 99 99 99 99 ,l'indtermination absolue de l'intelligence ne serait que la possibilit abstraite de penser4 ,ce n'est pas dans cette torpeur de l'intelligence qu'il faut chercher la place et le domaine de la libert4 ,si celle-ci peut s'exercer dans l'indiffrence du jugement1 il ne s'agit alors que d'une indiffrence sur certains points1 qui ne doit pas exclure1 mais plutt favoriser l'action dtermine de l'esprit sur d'autres points4 ,l'indiffrence partielle de l'entendement peut tre produite en premier lieu par l'ignorance2 car1 l'gard de ce qu'elle ignore entirement1 mon intelligence ne saurait tre qu'indiffrente et en repos4 ,la seconde cause d'indtermination dans le jugement est le doute4 ,en effet1 le doute est un quilibre produit par l'quivalence en quantit et en qualit des raisons pour l'affirmative et des raisons pour la ngative4 ,ces raisons1 considres en elles-mmes et dans la ralit concrte des choses1 ne sont jamais parfaitement quivalentes1 et c'est ce que ,leibniz soutiendrait bon droit2 mais1 ,leibniz ne l'a pas assez remarqu1 elles peuvent tre quivalentes pour notre intelligence imparfaite1 qui ne connat jamais tous les termes de la question4 ,par exemple1 si je sais qu'une urne o je dois puiser contient cinq boules blanches et cinq boules noires1 sans connatre rien de plus1 il y aura quilibre parfait dans mon intelligence entre le pour et le contre4 ,pourtant1 cet quilibre n'existe pas dans la ralit4 ,les boules ne sont pas toutes gale distance de ma main2 il en est qui sont au fond de l'urne1 et d'autres par dessus2 il y a aussi dans le mcanisme de mon bras quelque chose qui le fera dvier droite plutt qu' gauche4 ,si je connaissais tous les lments concrets de la question1 l'quilibre serait rompu et le doute disparatrait de mon esprit4 ,c'est donc l'ignorance1 en dfinitive1 qui produit le doute1 et cette seconde cause d'indtermination intellectuelle se ramne la premire4 ,l'ignorance1 nous obligeant ngliger certaines choses qui existent dans la ralit sans exister dans notre pense1 est une sorte d'abstraction naturelle et force4 ,d'autre part1 l'abstraction logique pourrait tre appele une ignorance artificielle par laquelle nous rendons notre intelligence indtermine sur certains points pour pouvoir la dterminer sur d'autres points4 ,c'est l un troisime moyen de produire l'indiffrence4 ,l'artifice de l'abstraction1 en effet1 ne nous sert pas seulement dans les questions thoriques2 nous le mettons aussi en usage dans les problmes pratiques1 quand nous dlibrons sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire4 ,nous pouvons alors1 par l'abstraction1 introduire momentanment l'quilibre entre des ides qui ne sont rellement pas quivalentes4 ,entre deux partis1 dont l'un au premier abord prvaut dans mon jugement1 je puis rtablir artificiellement l'quilibre1 en faisant abstraction des diffrences de valeur pour ne considrer que les ressemblances1 en dtournant mon attention de certains points pour la fixer sur d'autres4 ,l'attention ressemble alors au balancier dont on se sert pour maintenir un quilibre instable3 suivant qu'on le penche droite ou gauche1 on tablit la compensation et l'indiffrence entre des forces diffrentes4 ,cet art de l'quilibre nous est familier tous2 l'enfant l'emploie de bonne heure instinctivement1 et l'homme finit par y montrer une adresse vraiment merveilleuse4 ,nous pouvons aller plus loin encore1 et faire en sorte que le parti infrieur paraisse non seulement gal1 mais suprieur l'autre4 ,nous faisons1 par l'abstraction1 rentrer dans une sorte de nuit ce qui pourrait assurer la supriorit un parti1 et nous ne projetons la lumire que sur les cts par o l'infriorit se montre4 ,les ruses des sophistes pour faire triompher la mauvaise cause1 nous les employons au sein mme de notre conscience1 dans cette sorte d'assemble dlibrante que forment nos ides4 ,nous pouvons aussi1 comme les rhteurs et les sophistes1 compenser la valeur d'une raison trs forte par un grand nombre de raisons faibles4 ,la premire prvaudrait sur chacune des raisons opposes prise part2 mais elle peut tre quilibre ou surpasse par leur ensemble4 ,parfois encore1 comme l'a fait voir ,leibniz1 la victoire que nous n'aurions pas obtenue en gros1 nous l'obtenons en dtail1 par un groupement habile des questions et des raisons qui fait que1 dans chaque groupe1 le pour doit l'emporter4 ,cet artifice rappelle l'adresse des politiques et les moyens dont ils se servent1 dans les pays de suffrage1 pour obtenir une majorit plus apparente que relle1 en groupant les lecteurs dans des circonscriptions habilement distribues4 ,le langage1 qui n'est qu'un procd particulier d'abstraction et d'analyse1 est aussi un moyen puissant pour produire artificiellement l'quivalence ou la prvalence des ides4 ,quelque diffrents que soient en eux-mmes le devoir et l'intrt1 les mots de devoir et d'intrt peuvent tre considrs comme indiffrents1 et nous sommes1 par rapport ces mots1 dans un tat d'quilibre relatif4 ,il en est de mme des propositions verbales1 quand on les compare entre elles4 ,il est bon en soi de faire son devoir1 il est bon pour moi de suivre mon intrt2--voil des propositions trs diffrentes pour le sens1 mais qui deviendront presque indiffrentes si on dbite les mots sans faire attention aux ides4 ,l'ide vraie d'un devoir aurait pu l'emporter sur ma passion prsente2 mais si je n'oppose cette passion que le mot mme de devoir et la pense vague qu'il enferme1 ne pourrai-je pas parvenir1 non seulement quilibrer les chances entre les diverses raisons1 mais mme faire prvaloir dans mon jugement la raison la moins bonne8 ,leibniz remarque que souvent1 en pensant ,dieu1 la vertu1 la flicit1 nous raisonnons en paroles1 presque sans avoir l'objet mme dans l'esprit2 nous dbitons les mots comme des perroquets1 et nos raisonnements sont une espce de psittacisme qui ne fournit rien pour le prsent la conscience morale4 ,les mots peuvent donc tre pour l'intelligence un moyen de se soustraire tout la fois l'action du sensible et celle de l'intelligible4 ,par les mots1 l'esprit devient comme indpendant des choses mmes et de leurs diffrences relles2 par eux il peut se mouvoir facilement en tous sens et porter son attention sur ce qui lui plat4 ,produit de l'ignorance naturelle ou de l'abstraction artificielle1 l'indiffrence qu'offre parfois la pense s'accorde avec le dterminisme aussi bien qu'avec la doctrine contraire4 ,si le dsaccord a lieu1 ce sera plutt dans l'explication des tats d'indiffrence ou d'quilibre que peut offrir la volont et des moyens par lesquels elle en sort4 ,,ii4--,les mobiles et les motifs qui influent sur notre activit ne sont autre chose que les dterminations de notre sensibilit et de notre intelligence4 ,reid et les clectiques ont reprsent la volont comme une sorte de puissance neutre qui demeurerait par elle-mme indiffrente aux diffrences survenues dans le sentiment ou dans la pense1 et qui ne subirait de leur part aucune action relle1 aucune dtermination1 ni totale ni partielle4 ,des motifs1 dit ,reid1 ne sont ni causes ni agents2 ils supposent une cause efficiente1 et sans elle ne peuvent rien produire444 ,un motif est galement incapable d'action et de passion1 parce qu'il n'est pas une chose qui existe1 mais une chose qui est conue2 c'est ce que les scolastiques appelaient un tre de raison1 ens rationis4 ,les motifs peuvent donc influer sur l'action1 mais ils n'agissent pas#cc4 ,un motif1 dit ,reid1 n'est qu'une chose conue2 mais d'abord une chose conue est en mme temps une chose sentie1 parce que nous prenons toujours un intrt quelconque nos ides4 ,en outre1 un motif est une relle action exerce sur nous et par nous4 ,la peur1 par exemple1 est-elle donc un tre de raison qui ne peut agir8 ,ce n'est sans doute pas la peur prise abstraitement qui agit1 semblable aux ,eumnides et aux ,gorgones2 mais c'est l'objet terrible qui agit sur nous et qui par cela mme modifie notre activit1 en provoquant une raction dont la force est d'autant plus grande que l'action extrieure a t elle-mme plus forte4 ,il y a dans tout motif1 dans toute ide1 un commencement d'action et mme de mouvement qui tend persister et s'accrotre1 comme un lan qui nous serait imprim ou que nous nous imprimerions4 ,toute ide est dj une force2 notre activit n'est donc ici nullement indiffrente4 #cc ,reid1 trad4 ,jouffroy4 t4 ,,ii1 #bab4 ,reid se contredit lui-mme en disant que les motifs peuvent influencer notre action et nous pousser agir1 mais qu'ils n'agissent pas1 comme si influencer n'tait pas agir4 ,hamilton montre bien ce paralogisme de ,reid3 ,si les motifs poussent agir1 dit-il1 ils doivent cooprer l'action en produisant un certain effet sur l'agent4 ,mais ,hamilton commet un paralogisme son tour lorsqu'il ajoute3 ,cela ne change rien au raisonnement de dire 7avec les ncessitaires7 que les motifs dterminent l'homme agir1 ou de dire 7avec ,reid7 qu'ils le dterminent se dterminer agir#cd4--;,cela change quelque chose1 au contraire4 ,dans le premier cas1 l'action du motif est seule et suffit seule produire l'effet final1 par exemple la fuite du danger4 ,dans le second cas1 il y a place pour une autre action1 qui peut-tre sera elle-mme fatale1 mais qui peut-tre aussi sera libre4 ,autre chose est de dire simplement que la colre me dtermine1 et autre chose de dire qu'elle me dtermine me dterminer2 car il restera savoir si la fatalit ne cesse pas l o cesse la premire dtermination1 produite par l'objet1 et si la libert ne commence pas l o commence la seconde1 qui vient de moi-mme4 ,il n'y aurait qu'une contradiction apparente dans ces mots3 ,la peur m'a dtermin fatalement me dterminer librement entre le courage ou la fuite4 ,nous ne prtendons pas que cette dtermination libre existe2 mais ,hamilton n'en prouve pas l'impossibilit1 et l'action du dehors n'est pas incompatible avec notre action personnelle4 ,reid et ,hamilton ne mettent1 l'un et l'autre1 qu'un facteur l o il y en a peut-tre deux4 #cd ,notes ,reid1 p4 #fjh de l'dition anglaise4 ,ainsi1 les motifs tant l'action de causes relles et motrices1 on ne peut pas se reprsenter notre activit comme capable de demeurer absolument indiffrente sous cette action4 ,tous les changements qui se produisent dans le sentiment et la pense produisent eux-mmes des changements dans l'activit2 ce qui semble alors s'accomplir dans trois facults diffrentes est au fond la mme action motrice tendant persvrer et crotre1 tendant devenir complte1 objective et extrieure1 d'incomplte et de subjective qu'elle tait d'abord4 ,si donc les motifs peuvent donner lieu des faits d'indiffrence dans l'activit1 ce ne sera jamais une indiffrence totale qui pntrerait dans le fond mme de la volont1 mais seulement cette indiffrence partielle produite par l'quilibre de plusieurs forces4 ,examinons ces cas d'quilibre et de statique4 ,,iii4--,les motifs donnent lieu des effets statiques ou mcaniques1 parce qu'ils enveloppent de la force4 ,on demandera peut-tre comment se mesure cette force des motifs2 on dira avec ,jouffroy qu'il n'y a point de commune mesure entre une ide et une passion1 ou entre telle ide et telle autre4--,c'est oublier que toute ide est aussi un sentiment2 c'est oublier surtout que les motifs et les mobiles sont des actions suivies de raction4 ,l o se trouve l'action se trouve aussi l'intensit1 la force4 ,c'est donc dans l'action qu'est la commune mesure3 nous mesurons l'intensit des motifs l'intensit de l'action que notre caractre1 notre moi1 est oblig de dployer pour leur rsister1 en d'autres termes1 l'effort4 ,il se passe alors quelque chose d'analogue ce que nous faisons en soupesant un objet1 quand nous apprcions le poids par l'effort que cet objet exige pour tre soulev4 ,si les instruments de prcision manquent pour les forces spirituelles1 les lois gnrales de la combinaison des forces n'en sont pas moins ici applicables4 ,remarquons d'ailleurs que les forces mentales sont elles-mmes le type d'aprs lequel nous nous figurons les autres2 nous n'avons aprs tout conscience que de la force intrieure1--effort1 tendance1 dsir1--et c'est par analogie avec elle que nous nous reprsentons la nature intime des autres forces4 ,deux tendances contraires et d'gale intensit peuvent produire un quilibre relatif dans notre activit2 quilibre toujours fort instable1 et qui devrait se reprsenter matriellement par une oscillation plutt que par le repos4 ,il nous est impossible1 en effet1 d'avoir l'esprit galement fix sur deux objets la fois1 par exemple le pril prsent et le regret venir d'une action lche4 ,de ces deux ides1 il en est toujours une qui domine quelque peu et tend s'clairer tandis que l'autre s'obscurcit4 ,la rflexion mme qui nous avertit de l'ide actuellement dominante fait surgir son tour l'ide domine1 en vertu de l'habituelle association des contraires1 qui1 dans la dlibration entre des contraires1 est ncessairement en jeu4 ,la tendance tout l'heure matresse est alors peu peu contrebalance4 ,de l1 comme nous l'avons dj remarqu1 une oscillation analogue celle du pendule4 ,la force constante de la pesanteur1 qui excite le pendule rentrer dans sa position normale1 peut tre aussi compare la tendance constante qui incline l'esprit vers le bonheur en gnral3 le dsir inn du bonheur n'est-il pas comme la gravitation naturelle des volonts vers leur centre8 ,les impulsions particulires droite ou gauche sont analogues aux tendances tour tour prdominantes4 ,la rsistance que l'air oppose aux mouvements du pendule et qui peu peu les ralentit1 a pour analogue la diminution progressive d'intensit que produisent dans nos tendances rivales1 soit l'habitude1 soit la fatigue et l'ennui4 ,enfin1 le point fixe auquel est attach le pendule pourrait tre compar l'unit1 relle ou apparente1 de notre moi4 ,l'oscillation de l'activit a pour consquence finale1 soit le repos1 soit le mouvement dans une direction dtermine4 ,souvent nous ne savons pas pourquoi l'indtermination primitive a eu pour rsultat telle dtermination plutt que telle autre4 ,cependant il y a toujours une raison qui explique le fait2 mais cette raison n'est pas une ide conue par l'esprit1 un motif conscient1 et c'est pour cela mme que le rsultat est mcanique4 ,l'absence de motif ne prouve pas qu'alors je sois libre3 au contraire1 la libert disparat avec le motif mme1 qui fait place des influences involontaires4 ,je veux prendre une guine pour acquitter une dette1 et j'tends le bras vers les guines qui sont sous mes yeux3 l il y a motif1 et il peut y avoir libert4 ,ma main saisit telle guine et non pas telle autre3 l il n'y a plus de motif et1 contrairement l'opinion de ,reid1 il n'y a plus de libert4 ,le rsultat ne cesse pas d'avoir une cause2 mais cette cause est dans les organes et dans les circonstances extrieures4 ,aussi je m'attribue la dtermination initiale1 qui tait de choisir une guine quelconque1 et non le choix final de telle guine4 ,la preuve en est que1 si la guine se trouve tre fausse1 je dcline toute responsabilit4 ,et en effet1 les guines se confondaient pour mon esprit1 grce ma facult d'abstraire1 et formaient une pluralit de termes identiques2 ce n'est donc pas sur telle guine particulire1 mais sur la guine en gnral qu'a port ma dtermination volontaire4 ,or1 il n'y avait pas indiffrence de ma volont l'gard de la guine en gnral1 conue comme moyen de payer ma dette4 ,la guine en gnral n'est pas une chose indtermine et indiffrente3 elle offre des caractres prcis1 parmi lesquels se trouve la possibilit de servir au payement d'une dette1 et c'est par rapport ces caractres dtermins que je me suis dtermin moi-mme1 en laissant les autres caractres dans le vague4 ,mais1 comme je vis dans un monde o on n'acquitte pas ses dettes avec la guine en gnral1 il faut bien que l'action aboutisse une guine particulire4 ,ma volont laisse alors des causes trangres le soin de dterminer ce que j'avais laiss dans l'indtermination2 le problme est ainsi rsolu par des causes qui ne sont plus moi2 j'abdique partir d'un certain point1 et me confie des forces extrieures2 je donne l'impulsion initiale en laissant au milieu o elle se propage le soin de l'achever4 ,ma main est comme le cheval auquel on a donn un coup d'peron1 et qui va ensuite par lui-mme1 un peu plus gauche ou un peu plus droite1 selon les circonstances4 ,la portion indtermine des choses auxquelles je me dtermine est donc la limite que je pose la sphre d'action de ma volont2 je veux telles et telles choses jusqu' cette limite o doit commencer1 avec mon abstention1 l'action de l'extrieur4 ,je puis d'ailleurs tendre plus ou moins la sphre de mon action propre2 je puis me dterminer prendre telle guine dans le tas qui est droite1 et une guine telle effigie1 et une guine neuve1 etc4 ,mais1 comme il m'est impossible de passer en revue l'infinit des caractres inhrents une guine concrte et relle1 il y aura toujours quelque abstraction dans mon ide1 et la sphre de ma dtermination sera enveloppe d'une sphre indtermine4 ,a vrai dire1 le hasard est ncessit1 et la part que mon action laisse l'indtermination pour moi1 c'est la part qu'elle laisse la dtermination par autre chose que moi4 ,aussi mon action est d'autant plus libre et personnelle qu'elle est plus caractrise dans tous ses dtails1 plus dtermine1 plus diffrencie1 moins abstraite et moins vague4 ,plus la vue est perante1 plus augmente le nombre de points dtermins qu'elle embrasse2 de mme1 plus ma volont est indpendante1 plus s'accrot le nombre de points dtermins auxquels s'applique son action4 ,pour la volont distraite1 quelques points dtermins flottent dans un gouffre d'indtermination2 elle s'en contente1 s'y attache1 et flotte bientt elle-mme au gr des circonstances extrieures4 ,quand la volont est attentive1 intense et rflchie1 une foule de choses se diffrencient et se dterminent sous son action2 le vague et l'indiffrence reculent devant elle2 elle ne laisse rien la fortune1 c'est--dire la ncessit extrieure1 de tout ce qu'elle peut lui enlever par son initiative intelligente4 ,reid1 donnant lui-mme l'exemple de l'inattention et d'un jugement port sur des ides trop indtermines1 a confondu ces deux contraires3 action propre et action extrieure4 ,la libert d'indiffrence n'est que le pouvoir de donner lieu des faits de ncessit mcanique1 et de faire accomplir en quelque sorte la plus grande partie de sa besogne par des causes trangres dcores du nom de hasard4 ,aussi exprime-t-on souvent la chose en disant3 ,je suis libre de remuer mon bras au hasard4 ,c'est ce qui fait l'infriorit de la libert d'indiffrence1 essentiellement mle d'instinct et de fatalit4 99 99 99 99 99 ,on objectera qu'on peut choisir1 non plus au hasard1 mais avec rflexion1 entre des choses qu'on sait indiffrentes1 et que l'action ici n'est plus machinale4 ,si je dois ranger trois cubes gaux sur une ligne1 disait ,clarke1 je serai libre de les ranger avec un choix rflchi entre des positions indiffrentes4--,sans doute2 mais ce qui sera libre1 ce sera seulement de vouloir les ranger2 quant aux raisons qui vous feront mettre tel cube le premier plutt que le second1 si elles n'existent pas dans votre pense1 elles existeront ailleurs1 dans un concours de circonstances fortuites ou fatales4 ,je fais en ce moment l'exprience dont parle ,clarke2 seulement1 pour diminuer le plus possible la part des causes trangres1 je la fais dans mon imagination4 ,je me figure les trois cubes2 puis j'en considre un en particulier1 et je lui donne diverses positions ct des deux autres4 ,voici la srie de ces positions telles qu'elles me sont venues l'esprit3 #a gauche1 milieu1 droite2 #b gauche1 milieu1 droite2 #c milieu1 droite1 gauche2 #d gauche1 droite1 milieu4--,en y rflchissant1 je me rappelle les causes de ce rsultat1 dont j'ai eu une vague conscience4 ,si j'ai d'abord reproduit deux fois la mme combinaison1 c'est que mon premier mouvement a t de me rpter en vertu d'une vitesse acquise ou d'une habitude l'tat naissant2 j'ai mis ainsi une sorte de symtrie dans mes combinaisons1 et comme un rythme rgulier4 ,c'est l1 remarquons-le1 l'origine de tous les rythmes3 si on a chant une mesure compose d'une noire et de deux croches1 on rpte instinctivement une seconde mesure semblable la premire1 parce que la volont1 ou en gnral1 la force tend se maintenir et se reproduire2 ensuite on tend encore reprendre l'ensemble des deux mesures1 ce qui donne naissance la priode carre1 type des phrases musicales4 ,dans la combinaison des cubes1 j'avais commenc une sorte de priode carre4 ,aprs les deux premires combinaisons symtriques1 je me suis aperu de cette symtrie1 et j'ai voulu en rompre l'ordre1 pour montrer qu'elle ne m'enchanait pas4 ,mais1 en ne voulant suivre aucun ordre1 j'en ai encore suivi un instinctivement3 j'avais pris deux fois de suite pour premier terme la gauche2 j'ai pris ensuite le milieu1 qui se trouve tre le second terme2 c'tait la combinaison la plus voisine de la premire4 ,aprs avoir dit3 milieu1 j'ai ajout3 droite1 rentrant ainsi par habitude dans les deux premires combinaisons dont je voulais sortir1 et alors j'ai d prendre ncessairement pour troisime terme3 gauche4 ,enfin1 la quatrime exprience1 j'ai dit3 gauche1 droite1 milieu4 ,comme le dernier mot de l'exprience prcdente tait gauche1 je l'ai rpt instinctivement2 c'tait ce qu'il y avait de plus voisin et de plus simple4 ,me sentant alors ramen dans les deux premires combinaisons dont j'avais voulu sortir1 je me suis tir d'affaire en intervertissant les deux derniers termes et en mettant3 droite1 milieu1 la place de3 milieu1 droite4 ,j'ai donc suivi un ordre continuel1 et il y a eu des dterminations dans cette apparente indtermination4 ,le cours de mon activit tendait toujours prendre la voie la plus voisine et la plus facile2 cette voie tant celle de la rptition1 je me serais toujours rpt moi-mme comme le pendule rpte ses oscillations1 si je n'avais pas eu le dsir d'introduire des diffrences et des changements brusques pour prouver mon pouvoir arbitraire4 ,un mobile matriel qui tend rpter son mouvement le rpte en effet1 parce que c'est la voie la plus facile et la plus voisine1 et que du reste il n'a point l'ide d'autre chose2 si j'ai pu1 moi1 prendre des voies diverses1 c'est que j'en avais l'ide1 et que mon but tait prcisment de raliser une diversit de changements4 ,ces changements n'ont pourtant pas t aussi brusques que je le voulais1 et j'ai suivi spontanment la loi de continuit4 ,ma volont ne s'est point manifeste par un dsordre inexplicable1 mais par un ordre intelligible4 ,revenant l'exemple prcdent1 je me demande pourquoi1 dans la premire combinaison des cubes1 j'ai suivi l'ordre3 gauche1 milieu1 droite1 plutt que3 droite1 milieu1 gauche4 ,en comparant ces deux reprsentations1 je m'aperois que la seconde exige un peu plus d'effort que la premire2 mon regard intrieur1 aprs avoir parcouru rapidement la ligne de gauche droite1 prouve une certaine rsistance en revenant de droite gauche1 comme quand on remonte un courant au lieu de le descendre4 ,cela doit tre l'effet d'une habitude que je ne m'explique pas tout d'abord4 ,voici1 aprs rflexion1 ce qui m'en parat tre la cause3 nous sommes habitus lire de gauche droite1 et ce mouvement nous est devenu trs familier4 ,en voulant parcourir la ligne des cubes en sens oppos1 je suis comme quelqu'un qui essayerait de lire rebours4 ,cependant l'effort est ici minime1 parce que les trois cubes sont similaires4 ,de mme1 le lecteur aura peu d'effort faire pour lire rebours la formule suivante3 a a a2 il lui en faudra davantage pour lire rebours le mot toi1 qui devient i o t4 ,pour peler rebours a a a1 je n'ai qu' rpter trois fois le mme effort2 pour lire iot1 j'ai trois efforts diffrents faire4 ,de plus1 quand nous lisons1 c'est l'oeil gauche qui commence4 ,ma volont a donc toujours suivi la loi de la moindre action ou d'conomie4 ,si je frappe la table de lgers coups1 plus ou moins rapides1 je retombe toujours malgr moi dans la symtrie et je finis par produire des rythmes carrs de tambour4 ,cet ordre symtrique reparat ds que je ne suis plus attentif au dsordre arbitraire que je veux raliser1 et qui1 au moment o je le veux1 ne m'est point indiffrent4 ,l'indiffrence1 l o elle se trouve1 fait immdiatement reprendre le dessus aux instincts et aux habitudes4 ,dans tout cela je cherche vainement cette libert d'quilibre qui se dterminerait sans aucune raison entre deux termes quipollents4 ,les expriences pourront varier avec les individus et leurs habitudes1 elles pourront offrir des dtails inexpliqus et l'apparence d'un caprice absolu1 mais elles n'en dmontreront pas rellement l'existence4 ,il m'est impossible d'instituer une exprience telle qu'on puisse calculer exactement toutes les causes connues ou non connues1 calcul qui permettrait seul d'affirmer un parfait quilibre suivi d'une action dtermine4 ,l'hypothse de ,buridan est irralisable4 ,voici pourtant une des expriences qui s'en rapprocheraient le plus4 ,soient deux points aussi voisins l'un de l'autre qu'il est possible1 de manire pouvoir tre aperus d'un mme regard3 ,je tiens ma plume au-dessus de la page1 un pouce environ de ces points1 et autant que possible la mme distance des deux4 ,il s'agit de savoir si je poserai ma plume sur le point droite ou sur le point gauche1 ce qui actuellement m'est fort gal4 ,tant que je regarde la fois les deux points1 et que j'en maintiens les deux ides en balance pour qu'elles aient la mme intensit1 je me sens suspendu et en quilibre4 ,je ne puis rompre cet quilibre que de deux manires4 ,premirement1 je me rsous aller vers n'importe quel point1 et pour cela tendre la plume au hasard sans prvoir de quel ct elle se trouvera pousse4 ,par l je fais abstraction de la diffrence des deux points1 qui se confondent pour moi1 et il n'y a plus alors en prsence que deux termes2 ou repos1 ou mouvement vers un point indtermin4 ,j'abandonne ensuite aux causes extrieures le soin de dterminer ce que j'avais laiss dans l'indtermination et de porter ma main droite ou gauche4--,voici la deuxime manire de rompre l'quilibre4 ,la dtermination prcise du point1 au lieu de suivre le mouvement de ma main1 peut tre faite par moi d'avance1 c'est--dire que je puis la faire par la pense4 ,mais alors il se produit la mme chose que tout l'heure1 idalement et non plus physiquement4 ,tant que je maintiens les deux ides sous un acte d'intelligence unique1 et comme sous un unique regard intrieur1 je me sens encore en suspens2 ma volont ne se pose pour ainsi dire sur aucun des deux points1 mais plutt sur les deux la fois4 ,pour sortir de l il faut que je brise l'unit concrte de ma conception1 et que je fasse abstraction d'un point pour faire attention l'autre4 ,je puis alors passer successivement de la premire ide la seconde1 et je produis comme un mouvement d'oscillation2 aprs quoi1 quand je me dcide agir1 cette impulsion venant se surajouter l'ide qui se trouve alors plus intense comme objet de mon attention1 la rsultante est une dcision dans ce sens4 ,les deux ides n'taient donc plus en quilibre1 et il y a eu une cause pour le choix final de l'une plutt que de l'autre4 ,on remarquera qu'il est physiquement impossible ou trs difficile1 selon les physiologistes1 de considrer la fois1 en les distinguant1 deux points situs une distance apprciable2 la mme difficult se retrouve quand il s'agit de penser distinctement deux choses la fois1 et il est probable que le parfait quilibre des deux images ou des deux ides ne saurait durer plus d'un instant sans faire place une oscillation4 ,l'hypothse de l'indiffrence n'en est que moins admissible1 et tout porte croire que cette indiffrence n'existe plus au moment de la dtermination4 ,la seule ressource des partisans de l'indiffrence1 c'est de replacer le mme problme plus haut4--,soit1 diront-ils2 une fois prise la dcision d'agir1 il y a eu une raison d'aller vers tel point plutt que vers tel autre2 mais pourquoi vous tes-vous dcid marquer un des points1 physiquement avec votre plume1 idalement avec votre pense1 plutt que de vous abstenir8--,je rponds qu'une induction lgitime nous permet d'assimiler ces deux nouveaux termes1 abstention ou action vers un point1 aux deux termes prcdents3 action vers le point droite1 ou action vers le point gauche4 ,il n'est pas croire que ma volont1 changeant tout d'un coup de mthode dans ce dveloppement continu1 en vienne se dterminer sans raison2 d'autant plus qu'agir ou ne pas agir sont rarement des choses indiffrentes4 ,en fait1 la raison pour laquelle j'ai agi tout l'heure n'est pas difficile trouver3 je voulais faire une exprience et vrifier l'exactitude de votre thorie4 ,je m'tais donc prdtermin agir1 et la seule question tait de savoir de quel ct je me dirigerais4 ,cette analyse nous a dcouvert le procd dont se sert la volont pour dterminer sa direction finale3 l'abstraction1 qui remplace deux ides gales par une ide dominante4 ,s'agit-il pour la volont de faire de deux choses l'une1 de prendre une dtermination entre deux partis1 pour cela la volont abstrait par la pense l'un des termes2 car elle ne pourrait agir d'une manire une et exclusive sous deux penses quivalentes en intensit et en intrt4 ,la loi du paralllogramme des forces s'applique aussi la mcanique intellectuelle4 ,pour changer sa direction1 la volont doit donc abstraire l'une des deux forces en faisant attention l'autre4 ,mais cette attention suppose une tendance persistante en un sens plutt que dans l'autre1 de sorte que ce qui a lieu dans la pense exprime une dtermination antrieure de l'activit4 ,nous nous retrouvons donc toujours en prsence d'une activit dtermine1 soit qu'elle se dtermine elle-mme primitivement1 ou qu'autre chose la dtermine4 99 99 99 99 99 ,les partisans de la libert d'indiffrence1 laissant de ct les cas o la volont se rsoudrait sans raison1 nous objecteront peut-tre ceux o elle parat se rsoudre contre toute raison4 ,vous me donnez choisir entre vingt francs et quarante1 je puis choisir vingt francs4--,oui1 pour affirmer votre pouvoir mme de choisir4 ,votre acte n'est donc pas sans motif ni sans mobile3 le motif est l'ide mme que vous avez de votre puissance1 le mobile est le dsir de raliser cette ide4 ,l'ide de notre puissance sur nous-mmes1 dont nous avons montr toute l'importance1 est encore le moyen-terme qui concilie1 dans cette question1 la libert d'quilibre et le mcanisme4 ,les partisans de l'indiffrence et leurs adversaires comprennent mal le problme en n'y introduisant comme motifs que des raisons objectives plus ou moins extrinsques1 qu'ils comparent entre elles 7vingt francs et quarante francs72 il y a toujours en outre une raison intrinsque dont ils font abstraction1 savoir l'ide mme de ma puissance4 ,n'arrive-t-il pas tout le monde de choisir le moins raisonnable1 et jusqu' l'absurde1 uniquement pour faire l'essai et pour se donner le spectacle de sa puissance intrieure8 ,cet acte1 qui serait compltement draisonnable et inintelligible ne considrer que les raisons extrinsques et objectives1 redevient raisonnable et intelligible par une raison subjective que je me suis faite moi-mme4 ,les faits de caprice ou d'obstination invoqus par les partisans de l'indiffrence sont donc rels1 mais mal interprts4 ,l'indtermination dont on veut les faire prcder est toujours elle-mme incomplte et partielle2 allez plus loin et plus haut1 vous trouverez des motifs dtermins1 ne ft-ce que le motif d'prouver votre libre puissance4 99 99 99 99 99 ,en dfinitive la libert d'indiffrence1 trangre l'ordre moral1 semble n'tre que la facult de faire incompltement une action en abandonnant le reste aux faits de hasard ou de ncessit4 ,cette facult est d'ailleurs prcieuse1 car nous ne pouvons pas toujours accomplir toute la besogne1 ce qui exigerait une analyse sans fin4 ,appliquant alors le principe conomique de la division du travail1 la volont partage son oeuvre avec la ncessit extrieure1 laquelle elle donne mandat pour lui venir en aide4 ,les partisans de la libert d'quilibre ou d'indiffrence ont eu tort de chercher la vraie libert dans cette sphre physique trangre la morale4 ,plus ils croyaient s'carter de leurs adversaires en opposant au destin une sorte de hasard intrieur1 plus ils se rapprochaient de la rgion du mcanisme1 o l'quilibre et le mouvement de nos tendances subissent toutes les conditions de la quantit4 ,le mcanisme mental peut excuter les mouvements les plus varis et en apparence les plus arbitraires2 mais c'est toujours sous l'influence d'une ide directrice et explicative1 ne ft-ce que l'ide mme de la libert d'indiffrence1 illusoire au fond1 et cependant ralisable jusqu' un certain point dans ses applications pratiques4 ,,chapitre ,,troisi,,me ,,la ,,libert ,d',,indiff,,rence ,,et ,,le ,,libre ,,arbitre ,,dans ,l',,ind,,terminisme ,,spiritualiste ,i4 ,quatre manires diffrentes de se reprsenter le rapport des motifs la volition4 ,,ii4 ,examen des efforts du spiritualisme pour distinguer le libre arbitre de la libert d'indiffrence4--,avons-nous conscience du libre arbitre1 soit comme fait1 soit comme condition suprieure aux faits4--,artifice du clinamen infinitsimal qu'on pourrait imaginer4 ,son insuffisance4 ,i4--,la libert d'indiffrence tant devenue insoutenable1 tout l'effort des partisans du libre arbitre consiste distinguer ce dernier de la libert d'indiffrence1 c'est--dire de l'arbitraire1 qui est lui-mme ou moralement indiffrent ou immoral4 chapper l'indiffrentisme sans admettre le dterminisme1 tel est le but de tous les arguments psychologiques proposs soit par l'clectisme spiritualiste1 soit par le criticisme phnomniste4 ,le problme psychologique du libre arbitre1 en effet1 est tout entier dans la manire dont on se reprsente le rapport des motifs la volition4 ,les motifs peuvent tre conus de quatre faons diffrentes4 ,pour l'indterminisme spiritualiste1 ce sont de simples objets de contemplation entre lesquels se dtermine son gr une volont indtermine en soi et rsidant dans une substance spirituelle4--,pour l'indterminisme phnomniste 7qui rejette les substances et les noumnes de ,kant tout en croyant garder son criticisme71 les motifs sont eux-mmes des produits volontaires et mme des crations spontanes2 ce sont des phnomnes qui1 commenant absolument et en dehors de toute substance1 se produisent et se meuvent par eux-mmes3 les motifs sont alors automotifs4--,pour le dterminisme matrialiste1 les motifs sont1 dans la conscience1 d'inactifs symboles des forces profondes et seules actives qui1 dans le cerveau1 ont pour rsultat le mouvement final3 les faits de conscience ne sont alors ni contemplatifs ni automotifs2 ils sont de simples reflets1 comme la lumire d'une locomotive qui n'influe en rien sur son mouvement4 ,c'est l'hypothse de ,maudsley1 de ,tyndall1 de ,huxley1 de tous ceux qui considrent la conscience comme un simple piphnomne1 au-dessous duquel les phnomnes crbraux suivent leur cours de la mme manire que si la pense n'existait pas4 ,la pense n'est alors qu'un appareil enregistreur4--,il y a1 selon nous1 une quatrime hypothse1 celle des ides-forces1 d'aprs laquelle les motifs conscients1 enveloppant des tendances motrices1 ne sont ni purement rflecteurs comme dans le mcanisme1 ni purement contemplatifs comme dans la libert d'indiffrence1 ni crateurs d'eux-mmes et automotifs comme dans l'hypothse des commencements absolus1 mais ragissants et dirigeants4 ,par l1 nous verrons plus loin qu'on chappe tout ensemble3 #a l'indiffrence qui est cache sous le libre arbitre du spiritualisme2 #b aux commencements absolus et aux gnrations spontanes de phnomnes2 #c au mcanisme inerte et la torpeur du matrialisme fataliste4 ,il faut assurer la fois rgularit et flexibilit indfinie1 action de la pense sur soi et sur le dehors2 pour cela1 on ne peut admettre ni une machine brute1 comme dans le matrialisme exclusif1 ni une machine miraculeuse1 comme dans le criticisme phnomniste1 ni une entit vide1 comme dans le spiritualisme2 nous voulons la vie avec son activit1 avec ses lois1 mais aussi avec son idal1 qui1 nous le montrerons1 peut devenir le facteur de sa propre ralisation4 ,cette dernire solution nous semble la seule compatible avec la science au point de vue psychologique4 ,quant au point de vue mtaphysique1 il demeure part4 ,en ce moment1 nous nous tiendrons dans le domaine de la pure psychologie2 nous ferons voir la ncessaire volution qui1 de la libert d'indiffrence1 entrane la pense la libert cratrice de motifs1 puis de celle-ci1 simple apparence provisoire1 au dterminisme mcaniste1 lequel la fin a besoin d'tre complt par un dterminisme dynamiste et vivant1 synthse du naturalisme et de l'idalisme4 ,nous n'apercevons pas pour le psychologue de position possible en dehors de ces quatre hypothses1 auxquelles toutes les autres conceptions psychologiques viennent logiquement se rduire4 ,la grande objection des partisans du libre arbitre aux dterministes est3--,vous paralysez la volont2 et la grande objection des dterministes aux partisans du libre arbitre est3--,vous paralysez l'intelligence4--,nous verrons qu'on peut maintenir ensemble au point de vue psychologique l'intelligence et la volont1 la science et l'action4 ,au moyen de cette conception synthtique1 on vitera la fois l'argument per absurdum oppos par le dterminisme au libre arbitre1 et l'argument paresseux qui fait le fond de toutes les objections au dterminisme4 ,,ii4--,commenons par examiner l'argumentation de l'clectisme spiritualiste4 ,elle consiste soutenir que le libre arbitre n'est point le pouvoir de se dterminer sans motifs1 mais qu'il est le pouvoir de se dterminer entre plusieurs motifs1 par exemple entre l'ide de l'intrt prsent ou celle de l'intrt durable4 ,les motifs sont comme des conseillers intimes prononant de beaux discours devant une ,majest qui se dtermine ensuite selon son bon plaisir4--,a quoi l'on peut rpondre3--,ou bien cette dtermination elle-mme a un motif qui la dtermine1 et alors il y a dterminisme2 ou elle n'en a pas1 et en ce cas elle est rellement indiffrente2 ou enfin elle en a un1 mais elle lui est contraire1 et alors elle est pis qu'indiffrente3 elle est irrationnelle4 ,le comble de l'indiffrence et de l'irrationalit en effet1 c'est d'agir non seulement sans motifs1 mais contre ses motifs2 or1 c'est prcisment ce qui caractrise le libre arbitre du spiritualisme classique et clectique4 ,on en a propos une bonne formule en caractrisant les motifs comme de simples objets de contemplation1 de reprsentation1 entre lesquels la volont se dcide par un effort propre#ce2 tel le promeneur choisit entre deux rues dont chacune est claire4 ,ce sont des ides-spectacles1 qui n'exercent qu'une action platonique1 comme les toiles brillant sur nos ttes1 comme les astres qui ne ncessitent pas4--,mais1 en croyant par l sauver la libert1 on fait ce qui est le plus propre la compromettre1 et on donne la main sans le savoir aux purs mcanistes4 ,en effet1 on rduit comme eux les ides de simples reflets2 l'action reste donc expliquer tout entire3 on n'a plus alors de refuge que dans une volont indiffrente1 qu'on place entre deux ides comme entre deux fanaux4 ,aussi les matrialistes ont-ils le droit de dire3--,votre volont indtermine est un mythe1 et vos motifs abstraits sont des symboles2 le vrai fond1 c'est le dsir1 face subjective des mouvements crbraux3 et ces dsirs ne sont plus des motifs dilettantes3 ils ne se contentent mme pas d'incliner1 comme dit ,leibnitz1 ils ncessitent4 ,votre volont prtendue est une aiguille d'horloge mue par des ressorts qui sont les dsirs1 tout autour d'un cadran lumineux dont les ides sont les heures4 ,l'intelligence vous apprend simplement quelle heure marque votre volont1 ou1 pour parler plus clairement1 votre organisme3 la conscience n'est que la mesure et le symbole des forces crbrales4 #ce ,m4 ,janet1 ,morale4--,voir notre apprciation dtaille dans notre ,critique des systmes du morale3 ,la morale spiritualiste4 ,la vrit est qu'il n'y a pas d'ides contemplatives1 sinon les ides trs abstraites et indiffrentes1 qui se rduisent elles-mmes des mots et un psittacisme1 quand on ne les remplit pas d'images concrtes et par cela mme de sentiments4 ,tout motif pratique est en mme temps un mobile1 par cela mme une tendance1 laquelle rpond une tension du cerveau4 ,s'il en est ainsi1 que devient le libre arbitre de la philosophie traditionnelle8 ,on dfinit ordinairement ce libre arbitre la facult de se dterminer avec la conscience et la certitude qu'on pourrait rellement se dterminer d'une autre manire4 ,jusqu' quel point cette possibilit des contraires est-elle effectivement vrifiable dans la conscience8 ,on fait appel au sens commun et la conscience universelle pour soutenir qu'au moment mme o nous voulons une chose1 nous pourrions vouloir exactement le contraire4 ,mais ce qui fait du sens commun un tmoin fort suspect1 c'est qu'on l'amne facilement se contredire lui-mme sur ce point4 ,demandez au premier venu si1 toutes les circonstances tant les mmes1 il aurait pu agir autrement qu'il n'a fait3 sa rponse sera d'abord affirmative1 surtout s'il s'agit d'une action qu'il regrette d'avoir commise4 ,mais1 avec un peu d'attention1 vous dcouvrirez qu'au lieu de se supposer exactement le mme dans les mmes circonstances1 il projette son prsent dans le pass1 il se suppose dans les mmes circonstances avec les ides ou les sentiments qu'il a aujourd'hui2 en disant3 ,j'aurais pu faire le contraire1 il sous-entend3 si j'avais pens ce qu'aujourd'hui je pense4--,maintenant1 changez son centre de perspective1 et dites-lui3 ,si vous tiez aujourd'hui exactement dans les mmes dispositions qu'autrefois1 sans l'exprience des choses que vous avez1 avec les mmes prjugs et les mmes passions1 feriez-vous la mme chose qu'autrefois8--,sa rponse la plus spontane sera3 ,si c'tait refaire dans les mmes circonstances et avec le mme tat d'esprit1 je le referais4 ,c'est que1 tout l'heure1 il projetait son prsent dans son pass1 et maintenant il projette son pass dans son prsent4 ,ce simple changement de point de vue l'amne se contredire4 ,comment se fier ce bon sens tant de fois invoqu par les cossais et par les clectiques8 ,vous parviendrez difficilement faire concevoir au bon sens deux cas absolument indiscernables2 mais1 si vous y arrivez1 vous le verrez hsiter entre la croyance la libert1 qui lui semble impliquer la possibilit des contraires1 et la croyance aux causes1 qui rend incomprhensible la production d'effets diffrents par une cause absolument identique4 ,plaons-nous donc sur le vrai terrain de la question1 c'est--dire dans le moment prsent4 ,quand nous nous dterminons1 avons-nous la conscience que nous pourrions vouloir en ralit le contraire8--,lorsque la chose n'est pas logiquement contradictoire et qu'elle tombe sous ma puissance physique1 je pourrais agir autrement si je voulais1 et je pourrais vouloir si4448 ,l commence la difficult4 ,assurment je pourrais vouloir le contraire1 si je pensais et sentais autrement2 en ce cas1 la condition de la volont autre serait dans d'autres ides et d'autres sentiments1 c'est--dire dans une diffrence de direction et d'intensit de l'activit antcdente4 ,mais aurais-je pu vouloir autrement si le cours de mon activit et si ma passivit eussent t absolument identiques8 ,en ce cas1 la condition serait dans la volont mme3 j'aurais pu vouloir autrement si j'avais voulu1 et j'aurais pu le vouloir4 ,ce qui revient rpter deux fois3 j'aurais pu vouloir autrement4 ,on admet donc alors une possibilit inconditionnelle4 ,or1 cette possibilit est d'abord invrifiable comme fait dans l'ordre des phnomnes1 dans l'ordre du temps2 car1 pour la vrifier et la voir en action1 il faudrait faire en un mme instant deux choses contraires2 ou1 s'il y a une diffrence de temps1 il faudrait que1 sans aucune autre diffrence1 nous fissions deux actes diffrents4 ,cette seconde exprience est irralisable1 et quand nous faisons successivement des choses opposes1 sans autre diffrence apparente que celle du temps1 un peu plus d'attention dcouvre d'autres diffrences4 ,au second instant1 nous avons en plus le souvenir du premier2 et ce souvenir de ce que nous avons fait est une raison de ne pas le refaire quand nous avons l'intention de montrer prcisment notre pouvoir de raliser les contraires4 ,aussi1 nous l'avons vu1 les expriences dans lesquelles on lve ou on abaisse le bras1 et tous les faits de ce genre1 impliquent une vritable diversit d'un moment l'autre4 ,nous ne pouvons donc raliser comme fait observable le pouvoir idal que nous nous attribuons4 ,la moindre diffrence dans les conditions suffit pour expliquer la diffrence des actes1 comme le moindre cart de deux lignes qui concidaient d'abord suffit pour produire un angle et une divergence indfinie4 ,or nous ne sommes jamais absolument identiques dans deux moments diffrents2 et d'autre part1 en un seul et mme instant1 nous ne pouvons vouloir deux actes contraires la fois4 ,si donc nous affirmons qu'au mme instant nous pourrions vouloir le contraire1 c'est ou une simple croyance ou une conscience de quelque chose qui n'est pas un fait proprement dit4 ,dira-t-on que cette chose est une condition premire1 commune aux deux actes diffrents1 comme le sommet de l'angle est commun aux deux lignes divergentes8--,ce qu'il y a de commun aux deux actes1 c'est1 semble-t-il1 d'tre penss comme possibles pour la volont2 il faut mme1 pour que cette condition soit vraiment commune1 qu'ils soient penss comme galement possibles sous tous les rapports2 bien plus1 il faudrait qu'ils fussent penss en mme temps4 ,mais la pense simultane de deux choses galement possibles est irralisable4 ,a chaque moment notre pense est plus sur un des cts de l'angle que sur l'autre4 ,dans l'instant o je pense l'un des possibles1 cette pense est dj un commencement d'excution qui constitue un surplus actuel en sa faveur2 et nous avons vu que1 dans les cas d'quilibre1 ce surplus peut suffire motiver la direction finale de la volont4 ,nous n'avons donc pas mme conscience de penser au mme instant deux possibles gaux1 plus forte raison de le pouvoir au mme instant4 ,d'ailleurs on a dj vu ce qu'il faut penser de la prtendue conscience de notre puissance#cf4 #cf ,voir ,ire partie1 chap4 ,ier1 et ,i,ie partie1 chap4 ,ier4 ,essayons de diminuer la difficult pour la mieux rsoudre4--,les psychologues1 pourrons-nous dire1 mettent ordinairement en prsence de la volont des partis extrmes et lui demandent si elle pourrait choisir l'un ou l'autre1 par exemple1 faire du bien un ami ou le tuer4 ,par l ils tablissent entre les choses un hiatus1 une solution de continuit1 qui obligerait la volont faire un saut norme4 ,mais peut-tre au contraire la volont1 tout en demeurant libre1 pourrait-elle respecter la grande loi de la nature3 natura non facit saltus4 ,si vous m'offrez le choix entre deux choses trop opposes1 le choix me sera impossible2 je serai oblig pralablement de les rapprocher dans une ide commune1 de trouver un moyen terme qui les relie et diminue leurs diffrences3 j'abstrairai les contrastes pour considrer les choses sous quelque rapport commun4 ,cette mthode semble un moyen de rtablir la continuit dans les choses4 ,la volont commence par placer les objets trop distants l'un ct de l'autre1 comme si elle se sentait incapable de faire un bond subit et de passer d'un extrme l'autre sans parcourir les intermdiaires4 ,eh bien1 une fois les deux objets rapprochs1 ne peut-elle passer de l'un l'autre par une dviation infiniment petite8 ,un point qui se meut s'carte infiniment peu de sa premire position1 puis infiniment peu de sa seconde2 et ces carts diffrentiels finissent pourtant par produire un cart sensible4 ,deux positions successives semblent la fois indiffrentes et diffrentes1 comme deux points contigus semblent se confondre tout en se distinguant4 ,la volont n'aurait-elle point aussi un pouvoir de dvier1 une libert de choix entre des choses peu diffrentes8 ,ne pourrait-elle suivre ou la ligne droite ou une courbe qui s'en carte d'abord trs peu pour s'en loigner ensuite de plus en plus8 ,je ne puis me mettre en opposition absolue avec le bien que j'aime2 mais ne puis-je lui faire une lgre opposition et comme une lgre infidlit8 ,dans les cas o j'ai le choix entre plusieurs partis presque semblables1 mais dont l'un me semble un peu meilleur que l'autre1 ne puis-je choisir le moins bon comme plus agrable1 et prfrer ainsi un lger gosme un lger dsintressement8 ,on pourrait1 dans cette hypothse1 comparer le bien un ministre parlementaire qui propose une mesure au pouvoir dlibratif3 dans les cas graves1 le ministre fait de la mesure propose une question de cabinet1 et un refus amnerait sa retraite dfinitive2 une assemble fidle sera incapable de cette opposition extrme1 mais elle pourra user de son libre arbitre sur les questions de dtail et y montrer plus ou moins de bonne volont4 ,dans l'ordre moral les questions de dtail ont leur importance par le rsultat qu'elles peuvent produire en s'accumulant4 ,si un grand nombre de fois j'ai prfr un lger acte de dsintressement un lger acte d'gosme1 j'accumule en moi une force d'affection qui1 exerce d'abord dans les petites choses1 pourra se manifester dans les grandes4 ,l'amiti et l'amour vivent de petits soins1 qui pourront rendre capable de grands dvouements4 ,d'autre part1 de petits actes d'gosme accumuls pourront rendre incapable de telle ou telle bonne action4 ,cette conception rpond assurment une mthode souvent suivie par l'homme2 elle semble fournir un artifice pour sauver la continuit dans la discontinuit mme4 ,nous pourrions alors faire1 sinon le contraire de ce que nous faisons1 du moins une chose trs peu diffrente de notre action1 mais capable en se continuant de produire la longue un cart considrable2 on pourrait mme dire en gnral que le contraire est toujours possible1 mais par intermdiaires et par mthode4 ,aprs tout1 la loi de continuit est la loi de l'action mme3 pour passer d'un lieu un lieu diffrent1 il faut en un certain sens rendre les deux points extrmes indiffrents1 ce qui se fait en franchissant d'abord des points infiniment peu diffrents et en multipliant infiniment la mme action4 ,ce mystre du mouvement continu1 qu'il faut bien accepter sans le comprendre1 a peut-tre son analogue dans tous les changements en gnral1 et en particulier dans les changements volontaires4--,telle est l'hypothse qu'on pourrait proposer pour venir au secours du libre arbitre4 ,mais la difficult1 pour tre ainsi ramene des proportions infinitsimales1 n'est cependant pas supprime4 ,l'explication que nous venons d'imaginer rappelle1 par plusieurs points1 la thorie picurienne du clinamen3 la raison veut que l'atome se meuve en ligne droite parce qu'il n'y a aucune raison pour dvier d'un ct plutt que de l'autre2 mais ,epicure1 ayant besoin d'une lgre dviation1 la suppose infiniment petite3 cet cart est du reste dclar sans raison1 et attribu une spontanit qui ressemble fort au hasard et qui en prend mme le nom4 ,le hasard serait aussi1 dans l'hypothse prcdente1 le caractre de la dviation libre par laquelle nous nous carterions progressivement du bien4 ,mais voici ce qu'on peut objecter4 ,si nous dvions ainsi sans nous en apercevoir1 notre acte sera une erreur involontaire2 si nous nous apercevons de l'cart1 mais qu'il nous semble trs petit ou infiniment petit1 la faute sera elle-mme insignifiante2 enfin1 mme dans ces limites1 l'acte de libre arbitre prfrant le moins au plus sera toujours inintelligible4 ,quelque petite que soit la diffrence entre la premire position et la seconde1 il y aura toujours sur quelque point contrarit absolue entre les deux actions qu'on suppose possibles3 une petite diffrence est une contrarit resserre dans d'troites limites1 mais qui subsiste dans ces limites2 et c'est sur cette contrarit que doit porter le choix4 ,on en reviendra donc toujours se demander comment le libre arbitre peut opter entre des contraires1 et entre des contraires ingaux4 ,cette dcision de la volont demeurera une bizarrerie1 moins qu'on ne l'explique par un mobile goste1 ce qui replacera le sentiment du plus grand bien ou son apparence du ct o aura pench le libre arbitre4 ,enfin1 dans les dcisions vraiment morales il y a ordinairement une alternative tranche1 souvent violente1 par exemple entre une trahison ou la mort1 entre une lchet ou une souffrance1 entre un oui et un non sans milieu4 ,l'artifice d'un clinamen infinitsimal serait donc ici strile4 99 99 99 99 99 ,en rsum1 la puissance de vouloir le contraire de ce qu'on fait1 sans autre condition que de le vouloir1 demeure tous les points de vue problmatique pour la conscience et incomprhensible pour la raison4 ,la facult de choisir1 dont l'existence en nous semble si vidente la conscience spontane1 recule et fuit devant la conscience rflchie4 ,la libert de choix ou libre arbitre revient finalement cette libert d'indtermination que la conscience rflchie ne peut parvenir prendre sur le fait4 ,le choix1 d'ailleurs1 ne suppose-t-il pas deux partis8 ,si je choisis toujours celui auquel je suis port par une inclination plus forte1 le pouvoir de choisir n'ajoute rien la force antrieure de l'inclination et n'est1 dans le calcul1 qu'un terme superflu3 la prvalence de l'inclination la plus forte est toujours relle en fait1 et le pouvoir de faire le contraire demeure toujours virtuel4 ,nous nous attribuons idalement ce pouvoir1 mais nous ne pouvons jamais nous en servir2 or une puissance qu'on a sous la condition de ne jamais s'en servir en fait1 ressemble fort de l'impuissance4--,d'autre part1 si on dit que je puis choisir l'objet de l'inclination la plus faible1 cela revient dire que je puis vouloir1 non seulement sans raison1 mais mme contre toute raison4 ,en opposant l'inclination la plus forte la force de ma volont1 j'ai d1 avant de la dominer1 la contrebalancer d'abord jusqu' un parfait quilibre2 pourquoi donc cet quilibre1 une fois tabli1 s'est-il rsolu en une action plutt qu'en une autre8 ,voil qui suppose toujours une dtermination arbitraire4 ,le choix du libre arbitre1 pour s'opposer la rsultante dynamique des inclinations et au jugement de prfrence purement intellectuel1 implique donc une volont qui1 par rapport aux inclinations et aux ides1 serait indtermine1 ft-ce un seul instant1 et qui sortirait de cette indtermination sans mobile sensible et sans motif intellectuel1 par un acte absolument incomprhensible4 ,le libre arbitre des spiritualistes ne peut se distinguer de la libert d'indiffrence#cg4 #cg ,comparez ce que nous avons dit sur le mme sujet dans notre ,ide moderne du droit1 livre ,,iv1 et dans notre ,critique des systmes de morale contemporains4 ,,chapitre ,,quatri,,me ,,la ,,libert ,d',,indiff,,rence ,,et ,,le ,,libre ,,arbitre ,,dans ,l',,ind,,terminisme ,,ph,,nom,,niste ,i4 ,cercle vicieux de l'indterminisme phnomniste4 ,,ii4 ,synthse et analyse artificielles dans l'indterminisme phnomniste4 ,,iii4 ,consquences psychologiques4--,l'indterminisme de la pense et du jugement dans la dlibration4--,prtendue impossibilit de la certitude dans le dterminisme4 ,pour chapper ces inconvnients1 un nouvel clectisme1 qui se donne le nom de criticisme phnomniste1 s'est efforc de juxtaposer le phnomnisme de ,hume1 les lois priori de ,kant et le libre arbitre sans lois du spiritualisme4 ,dans la question qui nous occupe1 il a propos des arguments en partie emprunts ,descartes1 en partie nouveaux4 ,la mthode de ce criticisme rduit aux phnomnes consiste1 comme nous le verrons1 soit reporter la difficult plus haut1 soit la rpandre sur tous les points1 soit enfin la voiler par le moyen d'une fusion systmatique entre les ides4 ,nous avons examiner si ce n'est pas l simplement dplacer ou dguiser l'indiffrence en croyant la supprimer4 ,i4 ,cercle vicieux de l'indterminisme phnomniste4--,jules ,lequier commence par dclarer qu'il rejette absolument la libert d'indiffrence4 ,si la libert des rsolutions humaines est relle1 dit-il1 la libert s'applique au dernier jugement qui motive l'acte libre1 et non pas seulement l'acte proprement dit d'une volont2 car il n'y a pas de volont indiffrente en matire d'actes rflchis444 ,il faut que l'essence de la libert remonte jusque-l#ch4 ,ainsi1 c'est bien en faisant remonter la difficult que ,lequier espre la rsoudre4 ,m4 ,renouvier1 son tour1 admet que la volont suit le dernier jugement1 que la volont est conforme au motif sous la reprsentation duquel se produit l'acte#ci2 mais il nie le caractre de ncessit des jugements qui s'enchanent dans une dlibration4 ,si l'acte n'est pas ncessaire444 c'est que le dernier jugement n'est pas non plus ncessaire444 ,en un mot1 dans une vraie dlibration o tout l'homme est en exercice1 les jugements sont aussi des actions4--,admettons qu'un motif est toujours voulu1 c'est--dire voqu maintenant parmi d'autres motifs galement possibles2 et l'argumentation du dterminisme est l'instant renverse4 #ch ,voyez les fragments de ,lequier dans ,m4 ,renouvier1 ,essais de critique gnrale 7,psychologie71 t4 ,,ii1 p4 #daa4 #ci ,voir la rponse de ,m4 ,renouvier nos objections contenues dans l',ide moderne du droit 7,critique phil41 #ahgi1 n #ca74 ,a l'instant nous semble un peu rapide3 suffit-il de reculer la difficult pour qu'elle soit l'instant supprime8 ,on songe ici involontairement au raisonnement indien3--,qui soutient la terre dans l'espace8--,une tortue4--,mais qui soutient la tortue8444 ,les motifs expliquent la volont1 mais qui explique les motifs8 ,de deux choses l'une3 ou ces motifs auxquels la rsolution se conforme toujours sont les rsultats de lois mentales ncessaires1 et alors la rsolution mme tombe sous ces lois2 ou ils sont le rsultat d'une dtermination de la volont2 dans ce second cas1 ils deviennent des actions comme d'autres1 puisque les jugements sont aussi des actions2 on peut donc leur appliquer le mme raisonnement4 tant donn un certain ensemble de motifs et de mobiles1 qui expriment l'tat de l'agent un moment donn1 vous reconnaissez qu'il n'en peut sortir qu'une seule action#dj2 de mme1 ajouterons-nous1 il n'en peut sortir qu'un seul motif nouveau1 puisque le motif est lui-mme une action4 ,si on le nie1 au cercle vicieux s'ajoute une contradiction4 #dj ,id41 p4 #adh4--;,ibid41 p4 #aai4--;,essais de psych41 ,,ii1 ibid41 p4 #ga4 ,les motifs sont comme les cts d'un paralllogramme de forces1 l'action en est la diagonale2 on nous concde que la diagonale est la rsultante ncessaire des cts1 mais on soutient que les cts eux-mmes peuvent tre libres et modifier spontanment leur direction4 ,soit2 mais avez-vous montr que les cts ne sont point eux-mmes des diagonales et des rsultantes d'un paralllogramme cach plus profondment1 par cela mme invisible8 ,pour sortir de ce cercle1 il ne suffit pas de recourir l'image de l'vocation1 qui prcisment ne reprsente qu'une fiction de l'esprit4 ,la volont1 nous dit-on1 se conforme toujours ses motifs1 mais elle a le pouvoir d'appeler1 d'voquer ces motifs mmes2 elle n'est donc pas indiffrente1 puisqu'elle agit selon ses motifs2 et elle est libre1 puisqu'elle se donne elle-mme ses motifs4 ,le philosophe qui croit srieusement la libert444 prendra la volont pour le nom donn la proprit qu'a l'homme de crer1 de faire sortir en certains cas1 des mmes prcdents donns1 un fait ou le contraire de ce fait1 ambigument1 sans prvision possible1 mme imaginable2 enfin de dlibrer de manire confrer ses motifs1 ceux qu'il possde1 ceux qu'il repousse1 ceux qu'il voque1 des puissances ingales1 imprvisibles444 ,voil ce qu'on doit croire quand on croit la libert#da4 ,nous doutons que la foi vienne de cette manire4 ,on ne peut1 en effet1 sortir de ce dilemme3--,si la volont a un motif pour appeler tel motif et non tel autre1 ou pour le repousser1 ou pour le maintenir1 c'est le motif antcdent qui explique les motifs subsquents1 et ainsi de suite jusqu' ce que la succession des motifs et jugements1 qui est la dlibration1 aboutisse l'action finale4 ,si au contraire la volont voque sans motif un motif plutt qu'un autre1 nous voil revenus la libert d'indiffrence1 avec cette aggravation qu'elle s'applique aux jugements mmes1 aux phnomnes intellectuels et passionnels1 la raison et aux passions1 c'est--dire aux choses les moins indiffrentes qu'il y ait au monde4 ,c'est la raison qui1 aprs avoir suivi une srie de raisons1 se met tout d'un coup dvier2 c'est la passion qui1 aprs avoir suivi une ligne de passions1 se met tout d'un coup1 pour ainsi dire1 drailler3 au lieu du clinamen de la volont1 on a le clinamen de la raison et de la passion4 ,or1 s'il est difficile d'admettre une volont irrationnelle1 que sera-ce quand il faudra admettre une raison irrationnelle8 ,la premire hypothse violait simplement le principe de causalit2 la seconde violera le principe de contradiction4 ,au lieu de supprimer l'indiffrence1 l'indterminisme phnomniste la place au fond de la raison mme et de la passion4 ,le libre arbitre est la passion mme1 mais une passion qui se fait4 ,les motifs automotifs1 ainsi que les passions1 se mettent en mouvement par une puissance absolue et commencent absolument sans driver ni d'un noumne1 ni d'une substance1 ni d'une loi4 ,cette puissance de s'voquer eux-mmes qui appartient aux motifs et aux mobiles1 de simples phnomnes1 est une vocation magique encore plus tonnante que celle de ,robert le ,diable2 ici1 en effet1 ce sont les motifs qui s'appellent et se rpondent du fond de leur non-tre antrieur#db4 #da ,critique phil41 #be septembre #ahgc1 p4 #abd4 #db ,m4 ,lachelier a avanc1 lui aussi1 que dans la nature1 hors de nous comme en nous1 la production des ides est libre dans le sens le plus rigoureux du mot1 puisque chaque ide est1 en elle-mme1 absolument indpendante de celle qui la prcde1 et nat de rien1 comme un monde4 7,l'induction1 page #aji47 ,sans doute1 ,m4 ,lachelier ne se plaait qu'au point de vue des causes finales3 il considrait seulement les formes nouvelles que prend un mcanisme toujours soumis aux mmes lois de causalit4 ,supposez un kalidoscope que l'on tourne3 les images qui se succdent seront chacune1 en ce sens1 une cration formelle1 une forme indpendante de celle qui la prcde2 pourtant ce seront toujours les mmes lois mcaniques et gomtriques qui produiront ces formes changeantes4 ,telle semble cette libert que ,m4 ,lachelier reprsente1 non sans exagration1 comme un monde n de rien et absolument indpendant1 comme une libert au sens le plus rigoureux du mot2 si c'est l une libert1 ce ne peut tre1 selon nous1 qu'au sens le plus large4 ,bien plus tonnante est la libert dont parle ,m4 ,renouvier3 c'est une cration d'ides sous le rapport de la causalit mme et non pas seulement de la finalit4 ,j'avais en moi tels et tels motifs ou passions en conflit3 tout coup jaillit spontanment un nouveau motif1 une nouvelle passion1 une image de kalidoscope non seulement nouvelle en sa forme1 mais indpendante en son origine du mouvement qui fait tourner le kalidoscope1 des lois gomtriques de ses images4 ,,ii4 ,synthse et analyse artificielles dans l'indterminisme phnomniste4--,une difficult recule n'est pas une difficult rsolue4 ,l'indterminisme phnomniste1 il est vrai1 ne se borne pas reculer la difficult3 il l'enlve du point prcis o l'on aurait pu la saisir et la rpand sur l'ensemble des phnomnes internes en disant que la volont libre est dj dans tous les motifs et mobiles#dc4 ,c'est ce qu'il appelle une synthse naturelle1 par opposition l'analyse artificielle des indiffrentistes et des dterministes1 qui1 l'en croire1 brisent galement l'unit humaine4--,parler ainsi1 rpondrons-nous1 c'est confondre l'analyse factice et fausse des cossais ou des clectiques1 qui aboutit des facults1 avec l'analyse naturelle et scientifique des dterministes1 qui aboutit des lois4 ,dire avec les cossais que l'intelligence conseille la volont1 c'est sans doute personnifier des abstractions2 mais montrer1 avec les dterministes1 que les lois de la succession des dsirs et ides sont identiques aux lois de la succession des actes et mouvements1 ce n'est pas briser l'homme en facults4 ,la direction suivie par un mobile a beau tre une3 le mcanicien n'en a pas moins le droit de dcomposer les forces composantes qui l'entranent2 on ne l'accusera pas pour cela de sparer et de personnifier des forces insparables4 ,vous refusez de considrer part les lments et les lois d'une volition1 sous prtexte que c'est le tout qui est libre2 mais on aura toujours le droit d'opposer l'analyse cet artifice de synthse4 ,cette fusion trop voisine d'une confusion ne fait que dguiser la difficult en mlant les termes du problme4 ,supposons1 pour prendre un exemple sensible1 qu'il y ait dans un vase une couche d'eau et au-dessus une couche de vin plus lgre qui surnage3 un chimiste conclut1 aprs analyse1 que le vin ne peut provenir de l'eau1 ayant une composition et des proprits diffrentes1 pas plus qu'un vrai libre arbitre ne peut venir de la passion ou de la raison4 ,son contradicteur1 aussitt1 agite le vase et mle intimement pour les yeux les deux liqueurs3 de cette apparente synthse1 aura-t-il bien le droit de conclure que le vin est dj dans chaque particule d'eau et en est insparable1 comme le libre arbitre serait dj dans les motifs8 #dc ,contestons qu'au del des impressions reues et passives il se pose jamais1 dans la dlibration proprement dite1 un motif o ce qu'on appelle volont n'entre dj comme lment4 7,renouvier1 ,essais1 ibid41 p4 #ga47 ,c'est donc tort que les criticistes infidles ,kant croient trouver dans le dterminisme1 soutenu par ,kant lui-mme1 des personnifications mythologiques4 ,selon eux1 la thorie de la libert d'indiffrence et la thorie des dterministes s'accorderaient admettre une volont nue et spare du jugement1 avec cette seule distinction que1 pour les indiffrentistes1 la volont peut rsister aux motifs1 pour les dterministes1 elle ne peut que leur obir4 ,l une volont rebelle1 ici une volont docile2 mais1 dans les deux cas1 une volont spare de l'intelligence et des sentiments1 une volont part1 une volont au fond indiffrente4 ,ces deux doctrines s'accordent1 dans le fond1 donner la volont comme indiffrente de sa nature2 seulement l'indiffrence est active ici 7pour les partisans de la libert indiffrente7 et l passive 7pour les dterministes qui attribuent toute l'activit aux motifs7#dd444 ,nous avons vu l'indiffrentisme imaginer une volont spare du jugement1 spare de l'homme raisonnable1 hors-d'oeuvre de la conscience rflchie1 impulsion gratuite1 pouvoir insaisissable1 cause absolue et chimrique introduite dans l'ordre de la rflexion et de la dlibration4 ,mais1 chose trange6 le dterminisme s'appuie sur une fiction pareille4 ,seulement1 au lieu de faire la volont se mouvoir d'elle-mme1 il suppose qu'elle est l pour cder des mouvements communiqus1 semblable une balance dont les plateaux444 j'omets le dtail d'une comparaison consacre#de4--,on pourrait rpondre que cette fiction est tout entire de la faon des criticistes et n'appartient nullement aux dterministes4 ,oui1 sans doute1 les partisans de la libert d'indiffrence admettent une volont nue et spare1 qui peut rsister aux motifs2 mais les dterministes1 eux1 n'admettent aucune volont nue2 ils admettent1 tort ou raison1 une volont nulle1 ce qui est bien diffrent4 ,ils nient qu'il existe1 en dehors de l'intelligence1 de la sensibilit et de la motilit1 en dehors des phnomnes intellectuels ou sensibles et de leurs lois1 une facult spare1 du nom de volont1 qui aurait une puissance propre4 ,o a-t-on vu le dterminisme imaginer une volont diffrente de la passion et de l'ide1 qui serait l uniquement pour leur cder1 qui n'aurait d'autre charge que de n'en pas avoir1 simple sincure1 simple passivit8 ,c'est l un fantme qu'on cre pour l'exorciser ensuite1 ou plutt on prte aux dterministes prcisment la doctrine de leurs adversaires4 ,il ne s'agit pas de savoir si la volont est passive ou active3 il s'agit de savoir si nous avons ou non une volont1 une puissance libre diffrente des phnomnes intellectuels et des phnomnes sensibles4 ,il ne s'agit pas de savoir1 par exemple1 si les revenants sont actifs ou passifs1 mais s'ils existent4 ,qu'on appelle la thorie des facults une dichotomie artificielle1 une mythologie1 rien de mieux2 mais qu'on attribue cette thorie ceux mmes qui l'ont renverse1 c'est l une sorte de contre-sens historique4 ,la thorie des facults n'est nullement implique dans la comparaison de la balance2 cette comparaison est exacte et scientifique comme expression du paralllogramme des forces2 seulement1 dans le dterminisme1 le plateau n'est pas une volont inerte2 il est le caractre1 le cerveau sur lequel psent les inclinations dominantes3 la volont n'est que le nom abstrait donn la rsultante finale des forces inhrentes au cerveau et des forces inhrentes aux mobiles4 ,comment voir dans cette comparaison un homme purement passif1 recevant l'impulsion d'un homme purement actif#df8 #dd ,m4 ,renouvier1 id41 p4 #ga4 #de ,m4 ,renouvier1 ,essais1 p4 #fh4 #df ,en gnral1 nous trouvons lgitime en philosophie l'emploi de la comparaison scientifique2 si elle ne constitue pas1 comme on a dit1 une double raison parce qu'elle montre une double vrit1 du moins peut-elle tre une raison1 pour ce motif bien simple que toute raison est elle-mme une comparaison4 ,la mtaphore 7le mot l'indique7 ressemble l'induction1 qui transporte d'un objet l'autre une relation semblable4 ,aussi les anciens appelaient-ils les figures expressives les lumires des penses1 lumina sententiarum4 ,la science elle-mme1 qui n'atteint que les relations des choses1 est un tissu de comparaisons1 une mtaphore perptuelle et rgle4 ,c'est ce qui fait que certaines images scientifiques1 comme celle de la balance1 ont fini par tre consacres1 et que les images mythologiques1 comme celles de l'vocation1 sont inadmissibles4 ,cette dichotomie des deux hommes est au contraire le propre de toute thorie du libre arbitre1 et non pas seulement de la thorie indiffrentiste4 ,c'est prcisment le criticisme phnomniste qui oppose la vraie synthse scientifique une division arbitraire et mme une sparation absolue entre la volont et les autres faits intrieurs4 ,il admet tout le premier deux hommes ou1 ce qui revient au mme1 deux sries de phnomnes absolument irrductibles qui se dveloppent dans l'homme et le coupent en deux tronons3 #a une srie de phnomnes soumis aux lois du dterminisme2 #b des phnomnes non soumis ces lois et se produisant spontanment1 de manire introduire en nous la discontinuit4 ,o y a-t-il une dualit1 une dichotomie plus radicale qu'entre le ncessaire et le libre1 entre l'homme ncessit et l'homme libre8 ,or ces deux hommes1 selon le criticisme phnomniste1 sont en nous3 l'homme prsent peut se dtacher de l'homme pass1 au moins sur quelques points rservs la nouveaut absolue1 aux commencements absolus2 il peut dire3 ,toi et moi1 nous sommes deux2 ce n'est pas seulement une dualit1 mais une pluralit indfinie qu'on place ainsi en nous3 il y a en effet non pas deux1 mais plusieurs commencements absolus2 et1 comme sous ces commencements le criticisme phnomniste n'admet point la permanence d'une substance quelconque1 il en rsulte qu'il n'y a plus seulement un changement en moi1 mais une vicissitude 7au sens de ,kant7#dg1 un perptuel devenir1 une suite continue ou plutt discontinue de morts et de naissances1 enfin une srie de petites crations1 qui brisent pour ainsi dire le moi en autant de fragments#dh4 ,l'analyse des criticistes est donc aussi peu scientifique que leur synthse3 loin de montrer1 comme ils l'espraient1 l'identit de l'indiffrentisme avec le dterminisme1 ils mettent en pleine lumire l'identit de l'indiffrentisme avec le libre arbitre4 ,c'est ce que va rendre encore plus vident l'examen des consquences psychologiques et morales qui dcoulent de leur thorie4 #dg ,on peut 7remarque ,kant7 dire1 au risque d'employer une expression en apparence quelque peu paradoxale1 que seul le permanent1 la substance change1 et que le variable n'prouve pas de changement1 mais une vicissitude1 puisque certaines dterminations cessent et que d'autres commencent4 7,raison pure1 trad4 ,barni1 ,i1 #bdh47 #dh ,jules ,lequier1 dans ,m4 ,renouvier1 ,essais1 ib41 p4 #cgg4 ,,iii4 ,consquences psychologiques4--,l'indterminisme de la pense4--,la premire question que soulve le criticisme phnomniste est celle des rapports de la pense et du libre arbitre4 ,le jugement1 acte essentiel de la pense1 peut-il tre le produit d'un libre arbitre chappant d'une part aux lois ncessaires de l'association des ides1 de l'autre aux lois ncessaires des sentiments et des dsirs8 ,le dterminisme1 dit-on1 nous enlve le moyen de reconnatre la vrit4 ,si toutes nos opinions1 si toutes nos reprsentations intrieures sont galement ncessaires1 dit ,m4 ,secrtan1 quoi reconnatre celles qui sont vraies8 ,vous ne pouvez sortir de vous-mme pour comparer vos reprsentations avec les objets reprsents3 le critrium objectif vous manque2 il est vrai qu'il nous manque aussi nous-mmes1 partisans du libre arbitre2 mais en revanche nous en avons un quivalent3 ,c'est le concert des esprits1 obtenu par le sincre effort de chacun d'eux pour tendre et pour ordonner le champ de ses reprsentations4 ,cet accord s'obtient par la vrification1 c'est--dire par la concordance des rsultats d'une mthode avec ceux d'une autre1 se reproduisant dans chaque esprit#di4 #di ,revue philosophique1 janv4 #ahhb1 page #ch4 ,si tout est ncessaire1 avait dit dj ,m4 ,renouvier avec ,jules ,lequier1 l'erreur est ncessaire aussi bien que la vrit1 et leurs titres sont pareils1 cela prs du nombre des hommes qui tiennent pour l'une ou pour l'autre1 et qui demain peut changer4 ,le faux est donc vrai1 comme ncessaire1 et le vrai peut devenir faux444 ,il suit de l que la ncessit n'accorde point de moyens pour discerner le vrai du faux2 chacun de nous pense et juge comme il doit penser et juger#ej4--,nie-t-on la libert1 dit son tour ,m4 ,delboeuf1 il n'y a plus de bien ni de mal1 de vrit ni d'erreur1 partant plus de science2 tout ce qui est fait et tout ce qui est pass est indiffremment lgitime2 l'opinion qui se pose comme le champion de la libert vaut tout autant que celle qui la combat444 ,le fataliste est ainsi forc de nier la science en mme temps qu'il nie la libert#ea4 #ej ,renouvier1 ,essais de critique gnrale 7psychologie71 t4 ,,ii1 p4 #eh et #cdc4 #ea ,revue philosophique1 nov4 #ahha1 p4 #eai4 ,faire avancer la science1 a dit encore ,m4 ,secrtan1 c'est amener l'uniformit des reprsentations4 ,maintenant1 comment les opinions divergentes pourraient-elles se modifier et se rapprocher si chacune d'elles tait ncessaire8 ,comment puis-je proposer quelqu'un de changer d'avis1 s'il est vrai que chacun de nous ne puisse penser que ce qu'il pense8--,remarquons en passant ce nouvel exemple du ,grec3 logos argos dont la philosophie ne parvient pas se dlivrer4 ,c'est comme si l'on disait3--,a quoi bon rapprocher des yeux de quelqu'un un objet cubique qu'il prend de loin pour une sphre1 s'il est vrai que chacun de nous ne puisse voir que ce qu'il voit8--,dans une leon de ,m4 ,penjon1 publie par la ,critique philosophique du #aj mars #ahhc1 on lit3 ,il n'y a rien objecter celui qui tient tout pour ncessaire3 il vous dirait que vous ne pouvez pas ne pas lui adresser vos critiques et qu'il ne peut pas vous rpliquer lui-mme autrement qu'il ne fait4 ,l'auteur met ainsi au compte des dterministes un paralogisme qui est tout entier de l'invention des indterministes4 ,ce que nous disons de l'espce1 continue ,m4 ,secrtan1 et de la science objective1 universelle1 il faut le dire galement de l'esprit individuel et des croyances personnelles444 ,quoi qu'il en soit du dterminisme pris en lui-mme1 la croyance au dterminisme intellectuel briserait videmment le nerf de l'esprit4 ,les fatalistes du systme ne sont point d'accord avec eux-mmes1 et ils le savent4 ,ils oublient leur philosophie et se dirigent suivant la doctrine oppose dans leur cabinet d'tude et dans la discussion savante1 aussi bien que dans les affaires et dans la socit4 7,revue philosophique1 janvier #ahhb1 p4 #cg47 ,m4 ,victor ,egger1 dans un travail sur la certitude scientifique1 publi par les ,annales de la facult de ,bordeaux1 dit son tour en s'inspirant de ,m4 ,renouvier3 ,la pense et le sentiment runis facilitent l'oeuvre de la libert2 mais1 sans la libert1 il n'est point de certitude scientifique4 7,p4 #i47--,m4 ,brochard dit dans sa thse sur l',erreur3 ,l'homme n'est capable de science que parce qu'il est libre2 c'est aussi parce qu'il est libre qu'il est sujet l'erreur4 7,p4 #dg47--,m4 ,renouvier et ,jules ,lequier avaient dit3 ,la thse de la ncessit1 si elle est admise1 interdit d'aspirer la possession d'un critre de la certitude4 ,les adversaires du dterminisme ne songent pas que nos opinions1 fussent-elles ncessaires pour nous au moment mme o nous les avons1 ont toujours un double contrle2 les faits mmes et les lois de la logique1 en d'autres termes les ncessits du dehors et les ncessits fondamentales du dedans4 ,si j'ai prdit une clipse pour telle heure et que l'clipse n'ait pas lieu1 j'aurai beau me dire que mon erreur a t produite par des causes ncessaires1 je n'en reconnatrai pas moins que c'tait la ncessit d'une erreur1 non d'une vrit4 ,de plus1 si je vrifie mes calculs et que j'y dcouvre1 par exemple1 une faute d'addition1 j'y reconnatrai fort bien une violation des ncessits fondamentales de la pense1 quoique cette violation ait t amene par des ncessits accidentelles3 distraction1 confusion1 fatigue crbrale1 etc4 ,une erreur ncessite1 rpte-t-on1 n'est pas une erreur2 par exemple1 si les anciens devaient fatalement juger la terre immobile1 rien ne nous autorise croire que1 de leur temps1 elle ne l'tait pas3 car pourquoi les lois de la nature changeraient-elles moins que celles de la pense#eb8 ,avec ce raisonnement1 on pourrait croire aussi que le bton qui me paraissait ncessairement courb dans l'eau l'tait en effet et s'est redress dans l'intervalle1 car pourquoi les lois de la nature changeraient-elles moins que celles de la perception8 ,mais nous ne savons pas o on a vu que les lois de la pense soient changeantes pour le dterministe4 ,n'est-ce pas au contraire le partisan du libre arbitre qui introduit le caprice dans la pense et dans la science8 ,serons-nous plus assurs que la terre tait immobile du temps des anciens1 si c'est librement qu'il l'ont crue mobile8 ,ne connaissons-nous pas et les vraies lois qui font ncessairement tourner la terre1 et les vraies lois qui produisent ncessairement l'apparence du mouvement solaire1 et les vraies lois qui ont rendu ncessaire la dcouverte de cette illusion8 ,l'indterminisme dans la pense est le renversement de la pense mme4 ,si une volont indiffrente est inintelligible1 une pense indiffrente est franchement absurde#ec4 #eb ,m4 ,delboeuf1 page #faa4 #ec ,m4 ,delboeuf appelle jugements rcurrents ceux qui peuvent tre eux-mmes leur propre objet1 par exemple3 ,il n'y a pas de rgle sans exception4 ,parmi les jugements rcurrents1 selon ,m4 ,delboeuf1 quelques-uns peuvent tre vrais1 d'autres n'ont pas de sens1 d'autres sont ncessairement faux4 ,dans cette dernire catgorie rentre ce jugement qu'il n'y a pas de rgle sans exception1 car ce jugement est lui-mme une rgle et ce titre devrait tre sujet exception4 ,ceci pos1 ,m4 ,delboeuf prtend que la proposition l'esprit n'est pas libre forme1 elle aussi1 un jugement rcurrent ncessairement faux4 ,car1 lorsque l'esprit affirme le contraire1 il n'est encore en cela que l'cho de la fatalit4 ,la fataliste est ainsi forc de nier la science en mme temps que la libert4 7,revue philosophique1 dc4 #ahgf et nov4 #ahha47 ,ce nouvel expdient logique ne nous semble pas plus heureux que les autres1 car il n'y a aucune contradiction dire3 ,l'esprit est ncessit1 tantt se croire libre sous certaines conditions1 tantt se reconnatre ncessit4--,mais1 quand l'esprit affirme sa libert1 il n'est encore1 dit ,m4 ,delboeuf1 que l'cho de la fatalit4 ,soit2 de ce que tous les tats subjectifs sont soumis des lois ncessaires1 peut-on en conclure qu'ils soient tous galement conformes la ralit objective et qu'il n'y ait plus de science8 ,fatalit n'est pas ncessairement vrit4 ,le dormeur dort fatalement1 et l'homme veill est fatalement veill2 il n'en rsulte pas que tous les deux se vaillent au point de vue de l'adaptation des ides aux objets extrieurs4 ,une hallucination ncessaire et une vision ncessairement exacte ne sont pas pour cela scientifiquement quivalentes4 ,m4 ,delboeuf aurait donc pu laisser ,jules ,lequier et ,m4 ,renouvier leur argument logique en faveur du libre arbitre qui est un pur paralogisme3 ,si tout est ncessaire1 les erreurs aussi sont ncessaires1 invitables et indiscernibles4 ,ainsi1 de ce que le myope ne voit pas les toiles que voit l'homme dou de bons yeux1 il en rsulte que leurs deux tats sont1 comme dit ,m4 ,renouvier1 indiscernibles4 ,la distinction du vrai et du faux manque de fondement1 continue ,m4 ,renouvier1 puisque l'affirmation du faux est aussi ncessaire que celle du vrai4 ,par exemple1 deux photographies dont l'une est ressemblante et dont l'autre ne l'est pas se valent1 puisque l'une et l'autre sont l'oeuvre des mmes lois ncessaires de l'optique4 ,l'affirmation que tout est ncessaire1 conclut ,m4 ,renouvier d'aprs ,jules ,lequier 7et on reconnat l le jugement rcurrent de ,m4 ,delboeuf71 est elle-mme impossible1 n'y ayant point de moyen de la distinguer de sa contradictoire1 en tant que donne par la ncessit4 ,bien plus1 le critrium tout extrieur du consentement des intelligences1 que revendiquent les partisans du libre arbitre1 est au contraire la lgitime proprit des partisans du dterminisme intellectuel4 ,c'est prcisment parce que nos diverses intelligences sont soumises aux mmes lois1 c'est--dire aux mmes ncessits intrieures de la logique et aux mmes ncessits extrieures de l'exprience1 qu'on peut contrler une intelligence par une autre1 les calculs ou les observations d'un astronome par celles d'un autre astronome1 comme la pese d'une balance par celle d'une autre balance4 ,si au contraire les balances sont libres1 comment se fier leurs peses et comment les contrler entre elles8 ,mille baromtres construits sur le mme plan s'accordent marquer #aj degrs au-dessus de zro1 j'en conclus la fois que la temprature est en effet de #aj degrs et que tous les baromtres doivent tre justes4 ,il est douteux qu'un physicien prfrt s'en rapporter des baromtres dous de libre arbitre4 ,voici deux miroirs dont l'un reproduit exactement l'objet et dont l'autre le dforme2 sont-ils de mme valeur1 comme la vrit et l'erreur dont parle ,m4 ,delboeuf1 sous prtexte qu'ils sont galement ncessits l'un reproduire l'objet1 l'autre ne pas le reproduire8 ,toutes les horloges sont-elles galement bien rgles parce qu'aucune ne se rgle librement1 et ,m4 ,delboeuf se dfie-t-il de sa montre marquant midi parce qu'elle n'est pas libre8 ,la vrit est une harmonie3 un piano n'a pas besoin d'tre libre pour qu'on juge s'il est d'accord2 tout au contraire4 ,de mme pour l'esprit4 ,si les accords ou reprsentations de mon esprit dpendent de ma volont1 si je puis me reprsenter rouge ce qui est bleu1 gal dix ce qui est gal cinq1 c'est alors que tout critrium sera enlev la science4 ,le jour o il suffirait un astronome d'un acte de libre arbitre pour voir une nouvelle toile au bout de sa lunette1 l'astronomie n'existerait plus4 ,les partisans du libre arbitre frappent donc sur eux-mmes en croyant frapper sur leurs adversaires2 l'arme jete en l'air retombe sur eux4 ,l'intrt de la science1 disons mieux1 les ncessits de la science impliquent1 quoi qu'en disent ,,mm4 ,secrtan1 ,renouvier et ,delboeuf1 le dterminisme dans les objets et le dterminisme dans les penses4 ,supposons que nous sommes dans le dsert4 ,vous croyez voir une oasis2 moi1 plac une certaine distance de vous1 je ne la vois pas4 ,en fait1 il y a ou il n'y a pas une oasis relle2 les partisans du libre arbitre et ceux du dterminisme l'admettent galement2 mais la question est de savoir comment1 dans chacune des deux hypothses1 on pourra tablir une distinction de valeur entre les opinions4 ,selon le dterminisme1 moi qui ne vois pas l'oasis et vous qui la voyez1 nous sommes actuellement ncessits tous deux1 moi ne pas voir1 vous voir4 ,faut-il en conclure que nous n'ayons aucun moyen de discerner le vrai du faux8--,tant que nous en demeurerons l et que nous nous croiserons les bras1 la distinction sera sans doute impossible2 mais1 dans l'hypothse du libre arbitre1 elle sera tout aussi impossible4 ,il ne suffira pas que vous disiez3--,j'affirme librement l'oasis1 il me plat qu'elle soit--1 pour que la distinction du vrai et du faux devienne possible2 on distinguera simplement par l ce qui me plat et ce qui ne me plat pas4 ,jusqu'ici1 nous sommes donc au mme point4 ,maintenant1 de deux choses l'une3 ou la chose en litige est vrifiable1 ou elle ne l'est pas4 ,si elle est vrifiable1 nous marcherons tous les deux vers l'oasis que vous croyez voir2 le dterministe n'est pas plus paralys que le partisan du libre arbitre4 ,en arrivant devant une oasis relle1 la mme ncessit qui m'empchait tout l'heure de la voir me dterminera maintenant la voir2 nous aurons donc corrig une ncessit par une autre2 si voir ou ne pas voir dpendait de notre libre arbitre1 c'est alors que nous serions impuissants distinguer le rel de l'imaginaire4 ,supposons maintenant que toute vrification soit impossible2 ici encore1 l'hypothse se subdivise4 ,ou bien1 en l'absence de vrification sensible1 il y a des raisons soit logiques1 soit scientifiques1 soit mtaphysiques1 soit morales et sociales1 pour tablir des degrs de probabilit2 ou bien il n'y en a pas4 ,dans le premier cas1 vous pouvez1 par exemple1 me faire observer que vous n'tes pas au mme point que moi1 que mes yeux sont moins bons1 qu'il y a une vapeur entre moi et l'oasis1 que j'ai un intrt prendre un autre chemin1 tandis que vous tes parfaitement dsintress1 etc4 ,vous pouvez ainsi arriver me convaincre que les probabilits sont pour le chemin que vous voulez prendre4 ,ces probabilits me dtermineront prendre ce chemin1 moins que mon dsir ou mon intrt ne l'emportent sur mon intelligence4 ,n'y a-t-il1 au contraire1 aucun moyen d'tablir des probabilits1 ni intellectuelles ni d'aucune sorte8 ,en ce cas1 toutes raisons ayant disparu1 nous serons rduits une sorte de pari1 un jeu de hasard4 ,mais qui empche un dterministe de jouer et de parier tout comme un autre8 ,si nous sommes libres1 nos paris contraires seront libres2 et1 faute de vrification possible1 on ne pourra discerner quelle dcision est ou n'est pas conforme l'objet4 ,si nous sommes dtermins1 nos deux dcisions seront galement dtermines1 et1 en l'absence de vrification possible ou d'apprciation possible des probabilits1 on ne pourra non plus discerner leur conformit ou leur non-conformit l'objet4 ,on ne pourra ici se dcider que pour des raisons subjectives tous les points de vue4 ,donc1 en somme1 l o la distinction du vrai et du faux est possible1 c'est prcisment par le dterminisme intellectuel qu'elle se produit1 et l o elle est impossible pour le dterminisme1 elle l'est encore bien plus pour le libre arbitre2 jouer pile ou face sur une affirmation ou une ngation1 ce n'est pas s'clairer sur ce qui tait obscur2 dans les cas mmes o l'on prend invitablement une dcision pratique1 cette dcision1 soit libre1 soit dtermine par nos penchants1 n'empche pas les jugements contraires d'tre aussi indiscernables qu'auparavant sous le rapport de l'objectivit4 ,le criticisme phnomniste reprsente toujours1 suivant la mthode ancienne1 l'homme dtermin comme un homme passif et inerte3 c'est l'argument paresseux appliqu l'intelligence4 ,on oublie que1 si l'intelligence est un miroir1 elle n'est pas un miroir immobile et impuissant3 c'est un miroir tournant sans cesse1 qui1 prsentant ses diverses faces aux choses1 reflte des tableaux divers et peut ainsi contrler l'un par l'autre2 bien plus1 les objets eux-mmes tournent autour de l'intelligence et lui offrent ainsi successivement leurs diffrentes faces1 ce qui fournit un nouveau moyen de distinction4 ,outre ce premier paralogisme1 on en fait un second en prtendant que l'esprit humain1 dans l'hypothse dterministe1 est une intelligence pure uniquement dtermine par des raisons qui lui apparaissent1 et qui elles-mmes s'expliquent uniquement par l'objet inconnu2 si bien que1 quand les pures intelligences se contredisent1 il n'y aurait plus de distinction possible tablir entre elles4--,mais1 peut rpondre le dterministe1 nos opinions ont des raisons dterminantes ou antcdentes qui ne sont pas toujours des raisons intellectuelles et logiques1 ni toujours logiquement valables4 ,donc1 de ce que toute opinion est explicable par des raisons1 il ne s'ensuit pas que1 pour le dterminisme1 toutes soient galement fondes en raison4 ,il peut y avoir des raisons de draisonner comme des raisons de bien raisonner4 ,le vrai et le faux1 dites-vous1 ont des titres gaux parce qu'ils sont galement ncessaires4 ,c'est une manire d'tre dans le vrai que de suivre une loi ncessaire en affirmant le faux des autres hommes#ed4--,mais un fou est ncessairement fou1 un esprit sain est ncessairement sain1 et la folie est en harmonie avec l'ensemble des lois de l'univers puisque certaines rencontres de ces lois la produisent2 en rsulte-t-il que la folie soit en harmonie avec les objets sur lesquels le fou porte des jugements faux8 ,de ce que la folie est vraie1 comme compatible avec le grand tout1 mal propos appel l'universelle vrit1 il n'en rsulte pas que les opinions du fou soient vraies comme harmoniques avec les objets particuliers auxquels elles s'appliquent1 ni qu'il fasse jour quand le fou le dclare en plein minuit4 #ed ,m4 ,renouvier1 ,essais1 id41 ,,iii1 #cjb4 ,on objectera qu'il y a des questions insolubles o chacun se croit sage1 sans qu'on puisse distinguer les vrais sages des fous4--,sans doute2 mais1 en ce cas1 le libre arbitre n'est-il pas tout aussi impuissant que le dterminisme faire la distinction8 ,il ne peut que servir accrotre l'embarras1 car chacun se jugera librement sage1 et cela au moment mme o il sera le plus fou4 ,c'est encore le dterminisme qui peut fournir ici ou un critrium ou un succdan de critrium4 ,supposez1 par exemple1 qu'il s'agisse du vote d'une chambre de dputs relativement une mesure dont les effets futurs sont actuellement invrifiables et mme1 par hypothse1 impossibles prvoir4 ,en l'absence de toute certitude et mme de toute probabilit tire de l'objet1 je pourrai encore me faire une probabilit tire des motifs et mobiles qui ont dtermin le vote4 ,je penserai que les dputs qui ont le plus de chance d'avoir raison sont ceux qui ont le moins cd aux raisons subjectives1 aux passions de parti1 aux ambitions personnelles1 aux intrigues corruptrices1 etc4 ,j'liminerai autant que possible tout le subjectif1 toutes les questions de personnalit1 pour avoir une probabilit objective1 la plus impersonnelle possible4 ,je pourrai dire3--,ce vote doit tre absurde1 parce qu'il a t une oeuvre de passion1 de lgret1 de haine1 de corruption4 ,le critrium1 en ce cas1 est justement l'oppos de la mthode subjective que le criticisme phnomniste prfre la mthode objective4 ,si l'on vient me dire que les dputs se sont fait librement leurs motifs et mobiles de vote1 ma dfiance ne fera que s'accrotre1 tout comme si l'on m'apprenait qu'ils ont vot la courte paille4 ,donc1 mme au point de vue interne1 est plus probable ce qui est plus dgag des penchants subjectifs et des commencements absolus subjectifs4 ,donc encore1 nous ne saurions admettre que l'incertitude produite par les rsultats contradictoires des jugements humains ne se peut lever qu'en reconnaissant que la certitude est un tat psychique1 rsultat d'un acte libre1 en une conscience responsable1 et non point l'effet d'une ncessit qui se contredit en ses diffrents produits#ee4--,oui1 la certitude1 la croyance est un tat psychique1 mais l'hypothse du libre arbitre n'est nullement la seule possible pour expliquer cet tat psychique4 ,on oublie les passions1 les instincts1 les sentiments1 les perceptions confuses1 les mille causes grandes ou petites qui peuvent incliner le jugement1 produire ou achever la croyance1 alors mme qu'il n'y aurait pas le moindre libre arbitre4 ,les criticistes font une numration incomplte des hypothses possibles4 ,de ce qu'un objet n'est pas blanc1 a-t-on immdiatement le droit d'en conclure qu'il soit noir8 ,il peut tre rouge1 vert1 etc4 ,de mme1 de ce que la croyance n'est pas l'oeuvre d'une ncessit purement logique ni d'une action ncessaire de la chose en soi ou de l'objet sur la pure pense1 il n'en rsulte pas immdiatement que la croyance soit libre2 elle peut tre l'oeuvre d'une ncessit passionnelle1 sentimentale2 elle peut rsulter du caractre1 des habitudes1 de l'ducation1 etc4#ef4 ,mais c'est alors1 rpte-t-on1 que toutes les croyances seront indiscernables en tant que ncessaires4--,le fussent-elles sous ce rapport1 elles ne le seraient pas pour cela sous tous les autres rapports4 ,les effets sont indiscernables en tant qu'ils ont tous des causes2 il n'en rsulte pas qu'ils soient indiscernables par ailleurs et qu'une maladie ncessaire soit indiscernable d'une sant ncessaire4 ,mme en l'absence de toute vrification possible1 nous avons vu que la mthode de discernement entre le vrai et le faux consiste calculer1 autant que faire se peut1 la part du passionnel et du subjectif pour l'liminer du problme1 comme un astronome limine de ses calculs l'quation personnelle4 ,on peut ainsi dans la conscience mme tablir une hirarchie1 subordonner une ncessit une autre moins individuelle1 mesurer plus ou moins exactement des degrs de probabilit1 comparer une croyance avec l'ensemble des vrits acquises et confirmes1 continuer rationnellement le mouvement commenc1 etc4 ,donc les criticistes phnomnistes1 en passant de l'analogie d'un seul caractre des jugements1 le mode de gnration dans la conscience1 l'identit de valeur pour la conscience1 passent sans l'ombre d'une preuve d'un rapport un autre tout diffrent4 #ee ,m4 ,renouvier1 ,critique philosophique1 #ahhc1 id4 #ef ,m4 ,v4 ,egger1 remarquant que1 dans l'induction scientifique1 nous affirmons au del de ce que peut atteindre la dmonstration complte1 en conclut que la certitude n'est obtenue qu' l'aide d'une force irrationnelle1 qui achve ce que la raison a commenc4 ,jusque-l1 l'opinion peut se soutenir1 quoiqu'il n'y ait rien d'irrationnel admettre que1 si j'ai vrifi la loi de ,mariotte pour #b1 #c1 #e1 #f1 #g atmosphres1 elle ne doit pas cesser brusquement dans l'intervalle de #b atmosphres #c ou de #d #e4 ,admettons pourtant une force irrationnelle2 pourquoi ne serait-ce pas simplement la vitesse acquise1 comme quand on dpasse le but en s'lanant avec nergie8 pourquoi ne serait-ce pas le besoin de conclure1 de prendre un parti1 etc48 ou plutt1 au lieu d'une force irrationnelle1 pourquoi ne serait-ce pas une application rationnelle soit de la loi de continuit1 soit de la loi d'conomie1 etc48 ,m4 ,egger1 lui1 conclut la libert4 ,l'esprit se rsout1 dit-il1 ngliger les dernires objections qu'il conoit encore3 il ne veut plus les considrer4--,soit2 mais se rsout-il librement8 ,veut-il librement8 ,c'est ce qu'il faudrait dmontrer4 ,la certitude en matire de science inductive1 ajoute ,m4 ,egger1 n'est jamais que la limite prconue et pradopte de la probabilit croissante4 ,dfinition ingnieuse1 mais d'o ne rsulte pas que1 pour passer cette limite1 qui n'est point donne objectivement1 la seule force objective et psychique soit un acte de libre arbitre4 ,dans toute cette discussion1 on ne sort pas du ,grec3 logos argos qui prtend nous rduire l'inertie intellectuelle4 ,m4 ,egger rpond que les mobiles1 comme le besoin de repos et l'amour de l'ordre1 seraient insuffisants asseoir l'esprit dans la certitude1 tandis que la libert peut seule anantir l'objection en n'y pensant plus4 ,le procd est trop expditif4 ,il ne suffit pas un gnral de fermer les yeux devant une arme d'adversaires pour l'anantir4 ,la foi seule1 et surtout la foi aveugle1 se cache la tte1 comme l'autruche dans le sable1 pour ne pas voir ce qui la menace2 qu'on appelle cette mthode foi1 nous y consentons2 mais nous ne pouvons voir l la certitude scientifique4 ,on peut maintenant apprcier le syllogisme que ,m4 ,renouvier nous a oppos nous-mme et par lequel il a espr acculer le dterminisme l'impuissance4 ,la distinction du vrai et du faux1 dans la conscience1 est impossible1 dit-il1 en tant qu'on regarde des jugements contradictoires entre eux comme imposs par la ncessit4--,aprs les explications qui prcdent1 nous avons le droit de nier cette majeure1 o on prend pour accord ce qui est en question4 ,de ce que les jugements sont tous galement les effets ncessaires de leurs antcdents1 il n'en rsulte point que1 dans la conscience1 on ne puisse comparer un jugement avec un autre ou avec un ensemble de jugements1 et tablir ainsi1 dans la conscience mme1 d'autres rapports aboutissant une distinction de valeur4 ,la conclusion n'est donc point contenue dans les prmisses3 le second rapport1 qui est celui du sujet l'objet1 ne se dduit pas du premier1 qui est simplement le mode subjectif de formation des jugements4 ,conclure ainsi sans moyen terme de l'un l'autre1 ce peut tre un acte de libre arbitre2 mais la conclusion est inadmissible pour qui veut tre logiquement ncessit4 ,du reste1 de cette majeure qui affirme prcisment la chose dmontrer1 ,m4 ,renouvier passe commodment la conclusion3 ,or1 dit-il1 la distinction du vrai et du faux1 relativement un objet externe1 est impossible autrement qu'au moyen de la distinction comme vrais ou faux des jugements contradictoires entre eux1 dans la conscience4 ,donc la distinction du vrai et du faux1 relativement un objet externe1 est impossible dans la conscience en tant qu'on regarde les jugements contradictoires entre eux comme imposs par la ncessit4--,remarquons la gnralit de la conclusion2 ,m4 ,renouvier ne fait ici aucune distinction entre les vrits scientifiques ou les vrits philosophiques2 il parle d'un objet externe1 ce qui peut signifier ou un objet de nos sens ou1 plus universellement1 un objet quelconque extrieur au sujet4 ,et en effet1 si la majeure est exacte1 elle doit s'appliquer tout4 ,et c'est prcisment parce qu'elle prouve trop qu'elle ne prouve rien4 ,il y a plus4 ,on peut retourner le syllogisme tout entier contre les criticistes eux-mmes4 ,non seulement le dterminisme ne supprime pas dans la conscience tout moyen de discerner l'objectif du subjectif2 mais c'est l'hypothse mme du libre arbitre dans les jugements qui supprime ce moyen4--,la distinction du vrai et du faux1 dans la conscience1 peut-on dire1 est impossible en tant qu'on regarde des jugements contradictoires entre eux comme voqus indpendamment de leurs antcdents par le libre arbitre de chacun1 sans prvision mme imaginable4 ,donc la distinction du vrai et du faux1 relativement un objet externe1 est impossible1 dans la conscience1 en tant qu'on regarde des jugements contradictoires entre eux comme galement produits par le libre arbitre4 ,cela est vrai pour les objets externes proprement dits3 par exemple1 pour l'accord d'un instrument par l'accordeur muni d'oreilles et de libert1 dont parle ,m4 ,renouvier4 ,si un accordeur juge1 par un acte du libre arbitre1 de la consonnance ou de la dissonance1 ce n'est pas lui que nous confierons le soin d'accorder un piano2 nous prfrons celui dont les oreilles et le jugement sont ncessits4 ,cela est vrai aussi pour les objets invrifiables de la mtaphysique3 en tant qu'invrifiables1 gaux en probabilit intellectuelle et affirms par un acte de libre arbitre1 ils sont parfaitement indiscernables comme vrais ou faux dans la conscience4 ,votre affirmation ne porte plus alors sur ce qui est1 mais sur ce que vous voulez librement ou ncessairement 7car le problme subsiste toujours72 vous voulez une chose ou vous en voulez une autre1 voil tout#eg4 #eg ,l'indterminisme phnomniste retombe donc sous toutes les objections qu'il adresse ,clarke4 ,il lui objecte qu'une volont indiffrente dtache l'acte de tout motif et par suite de tout facteur intelligible 7,critiq4 philos41 #be sept4 #ahgi1 p4 #abc72 mais ,clarke1 en revanche1 pourrait rpondre3--,selon vous1 la volont dtache un motif de tout motif1 un jugement de tous les autres1 ce qui est encore moins intelligible4--,vous mettez un intervalle incomprhensible et une solution de continuit entre le dernier jugement et les volitions6 7,critiq4 philos41 id41 p4 #aah47--;,et vous1 un intervalle encore plus incomprhensible entre un jugement et un jugement conscutif sur les mmes objets4--,ds que la volont1 principe indiffrent1 produit des actes dtermins1 c'est au hasard qu'elle les dtermine4--,c'est aussi au hasard que vous dterminez vos jugements4--,ds que l'homme agit diffremment dans les cas o son jugement est identique1 ou identiquement dans ceux o son jugement varie1 l'homme n'est plus un tre raisonnable4--,est-il un tre raisonnable quand il juge diffremment avec des donnes et des passions identiques ou identiquement avec des donnes et passions diffrentes8 ,ce que l'homme ne peut nier1 selon vous1 c'est seulement la vrit de ce qu'en mme temps il juge vrai2 mais vous admettez qu'il peut nier la vrit de ce qu' l'instant prcdent il a jug vrai4 ,un tel pouvoir serait prcisment ce qu'on est convenu d'appeler inconsquence et draison4 ,un homme qui a perdu la raison ne nie pas et n'affirme pas en mme temps2 seulement1 aprs avoir affirm qu'il fait jour1 il cre et fait sortir de prcdents identiques cette ngation3 il fait nuit4 ,les moments successifs de son raisonnement ne sont pas plus enchans que ne le sont1 selon vous1 les moments successifs d'une dlibration2 il appelle tour tour la reprsentation du jour et celle de la nuit4 ,a chaque instant1 il est d'accord avec soi2 il ne se contredit que d'un instant l'autre2 la folie est une raison discontinue4 ,bref1 vous reprochez aux partisans de la libert indiffrente que1 le jugement rendu1 la volont reste1 qui1 trangre tous ces motifs et cause non cause1 peut aussi bien casser ce jugement que l'excuter1 et agir d'elle-mme sans raison et contre la raison 7p4 #fd72 mais vous1 vous admettez que1 le jugement rendu1 la volont peut aussi bien1 cause non cause1 maintenir ce jugement ou le changer en son contraire1 et juger ainsi arbitrairement sans raison et contre la raison4 ,rpondre que la volont se cre un motif de juger et de vouloir diffrent avec des motifs prcdents identiques et que par consquent elle ne juge ou ne veut jamais sans motif1 c'est doubler la difficult au lieu de la rsoudre2 car alors de motifs identiques sort non seulement une volition diffrente1 mais encore un motif et un jugement diffrent1 comme si d'une majeure et d'une mineure identiques sortait tout d'un coup une conclusion diffrente4 ,c'est l'arbitraire install non seulement en pleine volont1 mais en pleine intelligence1 l o prcisment sont le plus invitables toutes les lois soit de la crbration inconsciente1 soit de la pense consciente4 ,,iv4 ,l'attribution au moi dans le criticisme phnomniste4--,l'attribution au moi1 psychologique ou morale1 est encore plus inexplicable dans la doctrine des commencements absolus que dans l'indiffrentisme4 ,l'attribution1 nous le verrons plus loin#eh1 suppose un lien entre moi et mes actes2 elle suppose l'unit et la continuit du moi4 ,or1 dans le criticisme phnomniste1 il y a des commencements encore plus absolus que dans l'indiffrentisme4 ,comment les attribuer au moi1 avec lequel ils ne sont pas lis8 ,ce sont des commencements absolus en moi1 admettons-le2 mais supposons des commencements absolus 7rels ou apparents7 dont je serais simplement le thtre1 par exemple une sensation imprvue2 en quoi se distingueront-ils des commencements absolus dont je serais la cause8 ,puis-je mme dire que moi j'en suis la cause8 ,moi1 c'est le groupe de phnomnes et de lois#ei2 or les phnomnes commenant absolument n'ont leur cause ni dans les autres phnomnes antrieurs ou simultans1 ni dans les lois2 ils ont leur cause en eux-mmes ou1 si l'on prfre1 ils sont eux-mmes causes4 #eh ,voir ,i,i,ie partie4 #ei ,renouvier1 ,essais1 id41 p4 #cfj4 ,aussi l'attribution la conscience est-elle impossible1 et il n'y a point1 selon le criticisme phnomniste1 conscience de la libert4 ,mais alors s'lve une nouvelle et insurmontable difficult3 si la libert est purement phnomnale et non1 comme dans ,kant1 noumnale1 on ne voit plus pourquoi elle n'aurait pas conscience de soi4 ,comment se fait-il qu'un commencement absolu de la conscience ne se saisisse lui-mme ni comme commencement ni comme absolu8 ,dira-t-on que la libert consiste prcisment dans la discontinuit1 dans la rupture1 dans l'hiatus et le vide entre des sries de phnomnes8--,en ce cas1 il sera effectivement facile de comprendre qu'on n'ait point conscience d'une discontinuit1 d'un vide2 mais1 que ce vide puisse constituer le libre arbitre1 c'est ce qui sera plus difficile saisir4 ,dans tous les cas1 si le groupe de phnomnes et de lois s'attribue les phnomnes qui jaillissent au beau milieu des phnomnes prexistants1 c'est par pure hypothse4 ,un ,grec aurait pu tout aussi bien attribuer ces commencements absolus soit la ,fortune1 soit la ,destine4 ,un chrtien les attribuera vraisemblablement tantt son ange gardien1 tantt un dmon tentateur4 ,en effet1 l'apparition d'un motif ou d'un mobile nouveau dans la conscience est une vritable suggestion2 de plus1 elle est imprvisible pour moi tout comme pour autrui1 car1 si je pouvais prvoir srement ce que je vais vouloir1 il n'y aurait plus commencement absolu et libert imprvisible4 ,l'ide ou le sentiment automotifs qui font subitement leur apparition ont donc tous les caractres de choses trangres3 comme je ne puis voir leur raison en moi et dans mes tats antcdents1 comme aussi le criticisme phnomniste m'affirme que cette raison n'est pas dans mon cerveau et dans mon organisme1 je puis parfaitement supposer un ange ou un dmon qui m'inspire4 ,la faim1 l'occasion1 l'herbe tendre et1 je pense1 ,quelque diable aussi me poussant4 ,jules ,lequier1 dans les perspectives de sa mmoire1 qu'il prolongeait des perspectives supposes de sa vie future1 s'apparut lui-mme1 nous dit-il1 multipli en une suite de personnages divers1 dont le dernier1 s'il se tournait vers eux un jour1 un moment suprme1 en leur demandant pourquoi ils avaient agi de la sorte1 pourquoi ils s'taient arrts telle pense1 les entendrait de proche en proche en appeler sans fin les uns aux autres4--,mais1 peut-on rpondre1 prenons la srie en sens inverse1 et substituons au dterminisme une srie de commencements absolus2 ne verrons-nous pas se produire la mme perspective8 ,l'homme de chaque instant pass ne pourra-t-il pas rejeter la faute sur l'homme de l'instant suivant1 sur l'homme nouveau sorti de l'homme ancien par un commencement absolu1 et le long de cette nouvelle perspective n'entendrons-nous pas les personnages successifs1 qu'aucun lien certain ne rattachait l'un l'autre1 en appeler aussi sans fin les uns aux autres8 ,tant il est vrai que1 dans tous les systmes1 le problme de l'individuation et de la responsabilit offre des difficults analogues3 il faut un lien entre le moi d'aujourd'hui et celui d'hier1 et cependant il faut que ce lien soit d'une flexibilit indfinie pour permettre un continuel renouvellement dans une continuelle identit4 ,si le lien parat trop rigide dans le dterminisme ordinaire1 en revanche il est supprim dans un libre arbitre qui fait de la vie morale une suite d'pisodes4 ,v4 ,les limites intrieures de la libert et de la solidarit4--,une dernire difficult psychologique et morale1 c'est celle des limites1 conditions et variations intrieures de la libert4 ,quelques auteurs ont admis la fois le libre arbitre et la solidarit1 qui n'est qu'un autre nom du dterminisme2 ils sont alls jusqu' croire3 #a que le libre arbitre est lui-mme solidaire2 #b que1 tout en s'exerant dans le monde phnomnal et non dans le monde noumnal1 il a des manifestations phnomnales dtermines par les lois de la nature1 comme la libert noumnale de ,kant2 enfin qu'il y a des degrs et une simple virtualit dans le libre arbitre#fj4 ,ces assertions ne sont pas faciles concilier4 ,aussi ,m4 ,renouvier lui-mme les rejette2 mais n'aboutit-il pas son tour l'antinomie du libre arbitre insolidaire et de la solidarit#fa8 ,pour lui1 la puissance des contraires1 dt-elle ne se prsenter qu'une fois rellement et dans la vie d'un seul homme1 cette puissance-l passant l'acte serait toujours un absolu sui generis1 chappant toute solidarit en tant qu'elle s'exerce4 ,mais il ajoute que1 si le libre arbitre est inconditionnel1 il a cependant des conditions d'existence qui doivent tre donnes et des conditions d'exercice qui sont les lments1 les mobiles et les moyens4--,que reste-t-il alors en propre cet absolu sui generis1 qu'on nous reprsentait tout l'heure comme pouvant lui-mme au moins se donner ses mobiles et motifs8 ,ce rsultat semble d'ailleurs invitable quand1 avec le criticisme phnomniste1 on cherche une libert inconditionnelle dans les phnomnes1 qui sont par essence conditionns4 #fj ,voir la ,solidarit morale1 par ,m4 ,marion4--,cf4 ,m4 ,secrtan1 loc4 cit4 #fa ,id41 #ad oct4 #ahhj1 p4 #afi1 #agb4 ,on a beau rpondre que l'acte libre est seulement celui qui n'est pas entirement prdtermin1 entirement solidaire1 et que le fait du commencement absolu1 de l'insolidarit1 est ici resserr dans d'troites limites2 les limites qui entourent un mystre ne font rien son normit intrinsque2 une petite cration spontane sur un petit point de l'univers1 un petit fiat lux ou un petit fiat motus est aussi incomprhensible que la cration du monde entier2 donnez-moi ce pouvoir dans des limites aussi troites que vous voudrez1 et je referai le monde mieux qu',archimde avec son point d'appui4 ,de plus1 nous demanderons de nouveau comment il peut y avoir des limites un commencement absolu1 une relation limitant l'absolu8 ,le criticisme phnomniste croit avoir supprim le noumne en le plongeant dans le phnomne2 il n'a fait que le mler son contraire2 au lieu d'un seul noumne au-dessus du monde1 on a une multitude de petits noumnes dans le monde1 autant que d'actes libres et de commencements premiers3 c'est une poussire de noumnes au lieu d'un lingot4 ,le criticisme phnomniste rejette la chose en soi1 mais il admet ce qui est beaucoup plus trange3 des phnomnes en soi et par soi4 ,il veut revenir ,hume en gardant ,kant2 et alors1 au lieu de placer dans l'difice le phnomne au rez-de-chausse et le noumne l'tage suprieur1 il loge les deux contradictoires1 aux prises l'un avec l'autre1 sur le mme plan3 il fait commencer absolument des relations1 il fait jaillir des phnomnes par soi1 et il croit diminuer la difficult 7pour ne pas dire la contradiction7 en ajoutant3--,cela ne se passe que sur un tout petit point1 dans d'troites limites3 c'est un petit commencement premier2 son exigut le rend plus portatif que l'absolu absolument absolu du noumne4--,au choix1 nous aimerions mieux ce dernier qu'une philosophie d'hiatus1 qui cherche vainement se maintenir entre le phnomnisme exclusif de ,hume et le phnomnisme surmont du noumne de ,kant4 parpiller la difficult1 ce n'est pas la rsoudre3 c'est simplement la multiplier4 ,,chapitre ,,cinqui,,me ,l',,ind,,terminisme ,m,,canique ,i4 ,hypothse d'une direction du mouvement dans l'espace sans cration de force4 ,,ii4 ,hypothse d'un quilibre et d'une bifurcation d'intgrales4 ,,iii4 ,hypothse d'une rupture d'quilibre par une force infiniment petite4 ,,iv4 ,hypothse d'un emploi du temps laissant place l'indtermination4 ,il s'est produit notre poque1 parmi les moralistes qui se rattachent au spiritualisme ou au criticisme1 une sorte de raction antiscientifique dans l'intrt de la morale1 dont nous venons de voir des exemples4 ,les uns s'efforcent de montrer 7chose facile7 que la science ne sait pas tout et en concluent qu'ils ont le droit de remplir les lacunes de la science par l'affirmation d'un libre arbitre qui chappe aux lois scientifiques4 ,o la science se tait1 ils se croient autoriss parler comme bon leur semble et admettre des miracles4 ,d'autres s'efforcent de tourner la science mme au profit du libre arbitre2 ce qui s'accommode le moins de ce pouvoir miraculeux1 c'est la logique et la mcanique2 or ce sont prcisment ces deux sciences qu'on a essay de mettre sous la dpendance du libre arbitre3 montrer que sans son secours elles ne sauraient subsister et t un chef-d'oeuvre de tactique4 ,l'entreprise tait sduisante et a sduit en effet plus d'un esprit4 ,ainsi s'introduisent1 dans une question toute psychologique et morale1 de vritables expdients logiques et mcaniques qui ont pour but de sauver le libre arbitre2 ce sont1 dans tous les sens du mot1 des arguments ex machina4 ,il y a dans cette question de la libert1 comme dans celle de l'existence de ,dieu1 toute une niche de sophismes1 comme dirait ,kant1 et il suffit1 pour la faire s'envoler1 d'agiter un peu les broussailles logiques ou mathmatiques derrire lesquelles ils se cachent4 ,nous avons dj examin les expdients logiques tirs de la prtendue impossibilit d'tablir la vrit scientifique ou mtaphysique si tout est dtermin ncessairement4 ,restent les expdients mcaniques4 ,on peut en compter jusqu' cinq en faveur du libre arbitre1 par lesquels on espre rendre son action compatible avec la conservation de l'nergie3 #a direction possible des mouvements de translation par une force trangre au mouvement2 #b transformation possible du mouvement molculaire en mouvement de translation1 et rupture possible d'quilibre par une action infiniment petite ou mme nulle2 #c emploi du temps au profit de la libert4 ,les deux premiers expdients reviennent des manires de diriger le mouvement dans l'espace2 le dernier est une manire de le gouverner dans le temps4 ,i4 ,la direction possible des mouvements de translation par une force suprieure est1 comme on sait1 l'hypothse cartsienne1 que ,leibnitz a rfute et qu'a reprise ,cournot4 ,cette thse peut donner lieu deux sortes d'objections1 les unes tires de ses consquences1 les autres tires de ses principes4 ,on connat d'abord l'objection per absurdum propose par ,leibnitz4 ,qui nous empcherait1 demandait-il ,descartes1 de sauter jusqu' la lune8--,mais on peut contester cette conclusion de ,leibnitz sur le pouvoir que nous confrerait le clinamen1 et dire que ce pouvoir n'est pas ncessairement indfini4 ,on pourrait imaginer un certain quantum d'nergie la disposition des tres libres2 on serait incapable1 il est vrai1 d'expliquer pourquoi une nergie toute spirituelle et soustraite aux lois de la matire a des bornes4 ,mais1 une fois admise1 cette nergie directrice des mouvements n'aurait pas un caractre aussi perturbateur que ,leibnitz le suppose1 car il faut tenir compte de ce que les mouvements se neutralisent distance4 ,une direction nouvelle du mouvement pourrait tre neutralise une certaine distance de son point de dpart et ne rien changer ni la somme totale des forces et des mouvements1 ni mme peut-tre la direction totale de l'ensemble4 ,le poisson qui se meut dans la mer droite ou gauche n'empche pas la mer de se soulever et de s'abaisser selon une loi rgulire2 il y a compensation des petits effets les uns par les autres quand on considre la masse4 ,il n'est donc pas entirement dmontr que le pouvoir de diriger un mouvement dans des conditions dtermines et dans une sphre dtermine1 comme celle de nos organes1 nous donne ncessairement le pouvoir de tout faire et de sauter jusqu' la lune4 ,notre action transitive1 en un mot1 pourrait tre relle1 tout en tant limite4--,voil ce qu'on pourra objecter ,leibnitz4 ,pourtant1 il faut le reconnatre1 les mouvements se tiennent toujours et sont solidaires4 ,le petit saut du poisson dans l'eau tient de loin aux mouvements du soleil et des toiles2 la moindre direction nouvelle1 quelque limite qu'elle ft1 changerait la formule mathmatique de l'univers4 ,si un seul homme ne pouvait sauter jusqu' la lune et encore moins changer le centre de gravit du globe1 tous les hommes et tous les animaux runis1 en les supposant dous du pouvoir imagin par ,descartes1 seraient peut-tre capables la longue de modifier plus ou moins le centre de gravit terrestre et la dure du jour stellaire4 ,telles sont les consquences auxquelles aboutissent logiquement ceux qui admettent le pouvoir directeur2 mais1 quelque improbables que soient ces consquences1 elles ne suffisent pourtant pas rfuter la thorie4 ,c'est donc sur les principes mmes de cette thorie qu'il faut porter l'examen4 ,ses partisans prtendent admettre la fois le principe de la conservation de l'nergie et un pouvoir directeur du mouvement1 qui1 selon eux1 n'impliquerait aucune cration de force4 ,nous n'avons donc pas examiner maintenant le thorme de la conservation de l'nergie ni les vraies raisons sur lesquelles il se fonde2 la seule question en ce moment est de savoir si ce thorme1 une fois admis1 est compatible avec le pouvoir de diriger le mouvement4 ,m4 ,delboeuf et ,m4 ,tannery sont pour la ngative2 ,m4 ,naville et d'autres sont pour l'affirmative4 ,il nous semble que1 pour modifier mcaniquement la direction d'un mouvement et la rsultante d'un paralllogramme de forces1 il faut de toute ncessit ou dtruire un des mouvements composants1 ou introduire et crer un mouvement nouveau4 ,or1 comment crer ou annuler du mouvement sans crer ou annuler de la force vive1 par consquent sans faire varier la somme d'nergie qu'on supposait constante8 ,l'indtermination dans la direction du mouvement est contraire au principe de l'galit entre l'action et la raction1 qui entrane comme consquences3 #a la conservation du mouvement du centre de gravit1 #b la constance de la quantit du mouvement1 #c le principe des aires#fb4 ,pour admettre avec ,epicure et ,descartes la possibilit d'un clinamen1 il faut donc modifier les thses fondamentales de la mcanique sur la conservation de l'nergie et attribuer l'homme une cration de force motrice4 #fb ,voir ,m4 ,tannery1 ,la thorie de la connaissance mathmatique 7,revue phil41 #ahgi1 t4 ,,ii1 #dhb74 ,voir aussi l'tude de ,m4 ,delboeuf3 ,dterminisme et libert1 #a;er article1 #ahfb4 ,pour chapper cette consquence1 ,m4 ,naville se rfugie dans une srie d'hypothses et d'analogies2 son but est de montrer1 contrairement au principe de la mcanique moderne1 que toute cause modificatrice d'un mouvement n'est pas ncessairement un mouvement antrieur1 ce qui rendrait impossible l'action directrice et libre de la volont4 ,la cause modificatrice du mouvement1 selon lui1 peut tre une force qui agisse sans l'aide d'un mouvement antcdent et comme du sein de l'immobilit1 de manire n'augmenter et ne diminuer en rien1 par cette action1 la somme du mouvement dans l'univers4 ,malheureusement1 les raisons sur lesquelles ,m4 ,naville s'appuie pour dmontrer cette possibilit sont empruntes1 comme nous allons le voir1 de simples fictions mathmatiques4 ,il assimile la volont une force qui agit sur le mouvement par sa prsence seule1 non par le mouvement4 ,mme dans la nature1 dit-il1 l'explication des phnomnes du mouvement suppose la double base du mouvement et des obstacles qui le modifient2 et les obstacles sont la rsistance oppose par des corps1 l'tat de repos relatif1 aux mouvements des autres corps444 ,il rsulte de l qu'en physique ce n'est pas seulement le mouvement qui est force1 mais aussi la prsence des corps4 ,or la prsence des corps peut tre conue comme une force qui change la direction du mouvement sans en changer la quantit4 ,supposons en effet un systme de corps en mouvement1 et plaons-y par la pense un corps considr comme primitivement immobile2 la direction des mouvements du systme sera change sans altration dans la quantit4 ,il va sans dire qu'il s'agit ici d'une conception purement thorique1 puisqu'un corps ne peut pas tre introduit sans que son introduction soit un mouvement2 mais1 en supposant l'apparition spontane d'un corps dans un systme donn1 ou sa cration proprement dite1 ce corps changerait la direction des mouvements antcdents et non leur quantit#fc4 ,le corps immobile imagin par ,m4 ,naville est videmment une pure fiction gomtrique2 dans la ralit1 tout corps est un systme de mouvements1 soit visibles1 soit invisibles4 ,ce qui fait que la prsence d'un corps modifie le mouvement des autres corps1 c'est qu'il est lui-mme un ensemble de mouvements4 ,il ne rsiste au mouvement que par son mouvement propre et non par son immobilit1 qui est toute relative et rvle un mouvement en sens contraire4 ,nous ne savons si un corps vraiment et absolument immobile ne serait pas indiffrent tout mouvement1 et n'opposerait pas une rsistance nulle au mobile qui l'entranerait4 ,comment donc arguer d'une fiction mathmatique1 d'une mtaphore mathmatique1 pour dmontrer la possibilit d'une action psychologique qui serait celle d'un pur esprit modifiant le mouvement par sa seule prsence1 semblable aux anges que le moyen ge prposait au mouvement des astres8 ,pour dmontrer la possibilit d'une chose1 il faut1 selon le prcepte de ,kant1 s'appuyer sur des ralits1 non sur fictions abstraites ni sur des symboles gomtriques4 #fc ,ibid41 p4 #bhj4 ,d'ailleurs1 admettons qu'un mouvement puisse tre produit par un changement n'ayant lieu que dans le temps et non dans l'espace2 la difficult serait recule sans tre rsolue4 ,le dterminisme1 en effet1 s'applique aussi bien au temps qu' l'espace4 ,nos ides se suivent dans le temps selon des lois1 ainsi que nos dsirs4 ,de plus1 toute ide est en fait accompagne d'un mouvement1 est une action rfrne4 ,m4 ,naville admet lui-mme que tout phnomne psychique a des conditions physiologiques et se traduit dans le cerveau2 or cette assertion est en contradiction avec les hypothses de ,m4 ,naville et de ,m4 ,renouvier sur une force qui produirait la direction du mouvement sans un autre mouvement antcdent4 ,concevoir dans notre pense la direction nouvelle d'un mouvement1 concevoir un clinamen1 c'est dj produire un autre mouvement1 c'est mme commencer dj la neutralisation du mouvement antrieur par un mouvement en sens contraire2 c'est commencer le clinamen4 ,l'ide du mouvement nouveau est comme une main qui s'appuierait lgrement sur une boule en train de rouler et qui serait toute prte la ramener en arrire4 ,tant que la main s'appuie lgrement1 elle ne produit qu'une rsistance insuffisante arrter la boule3 c'est l'ide2 une rsistance plus forte est le dsir4 ,quand la main se serre1 saisit la boule et la ramne en arrire1 quand l'ide prsentement dominante contrebalance l'impulsion antrieure1 c'est la volont4 ,pour modifier un mouvement sans un autre mouvement1 il faudrait donc le modifier sans y penser1 sans avoir l'ide du mouvement voulu1 lequel est dj une image1 consquemment un systme de mouvements crbraux1 premier stade du mouvement final4 ,,ii4 ,la thse de ,m4 ,naville prsuppose celle de ,m4 ,boussinesq4 ,en effet1 changer la direction d'un mouvement sans mouvement antcdent et par l'intervention d'une force suprieure ne serait chose possible que s'il y avait un moment d'quilibre et d'indtermination4 ,il faut pralablement que la balance soit en quilibre et que l'ensemble de forces qui agissent sur elle aboutisse cet quilibre1 cette bifurcation de voies qui fait que la balance peut galement s'incliner droite et gauche4 ,,mm4 ,bertrand1 du ,bois-,reymond1 et plus rcemment ,m4 ,delboeuf ont rpondu avec raison qu'il n'y a pas dans la ralit d'indtermination vraie1 et que les diffrentielles sont des abstractions4 ,mathmatiquement1 un cne peut se tenir sur sa pointe2 physiquement1 non1 parce qu'il y a toujours d'un ct ou de l'autre quelque diffrence qui rompt l'quilibre4 ,la volont est comme ce cne4 ,d'ailleurs1 si l'quilibre tait parfait1 et si l'tre tait rellement en quilibre entre une intgrale singulire et une intgrale gnrale comme entre deux bottes de foin1 il ne se produirait rien1 car il n'y aurait pas de raison pour qu'un contraire se ralist plutt que l'autre4 ,ce serait donc une force suprieure qui romprait dans la ralit le prtendu quilibre de l'abstraction4 ,,iii4--,dira-t-on que la force mcanique qui rompt l'quilibre peut tre infiniment petite et mme gale zro8--,c'est l'hypothse de ,cournot et de ,m4 de ,saint-,venant1 que ,m4 ,renouvier a reproduite4 ,selon cette hypothse1 la loi de la conservation de l'nergie dtermine bien la quantit de mouvement molculaire qui peut rsulter d'un mouvement de translation1 ou inversement la quantit de force actuelle qui peut rsulter d'une quantit donne de force potentielle2 mais elle ne dtermine pas la transformation d'une des deux sortes de mouvement dans l'autre4 ,la question du dterminisme absolu1 dit ,m4 ,renouvier1 est toute de savoir comment ou par quelles forces s'oprent les dtentes par lesquelles des forces de tension passent l'tat de forces vives1 actuelles1 sensibles1 accomplissant un travail mcanique444 ,il resterait comprendre comment une dtente1 qui est de l'ordre mcanique1 pourrait s'effectuer ainsi indpendamment de toute force dfinie mcaniquement ou1 en d'autres termes1 sans introduction d'aucun mouvement nouveau dans le systme des mouvements donns4 ,la question se rduit donc maintenant ce seul point4 ,elle se rsout1 croyons-nous1 de la manire la plus simple44444 ,la question se rsout par la mthode des limites4 ,ds que la moindre force suffit pour rompre un tat d'quilibre parfait ou mathmatique et mettre en libert1 pour ainsi dire1 une quantit quelconque de force vive et accomplir un travail aussi grand qu'on peut l'imaginer#fd1 il s'ensuit que le rapport de la force causant la rupture la force dploye par l'effet de la rupture peut tre suppos aussi petit qu'on le veut1 descendre au-dessous d'une quantit assigne1 quelque petite qu'elle soit4 ,on peut donc affirmer1 passant la limite1 que la dtente est possible sans qu'aucune force sensible1 aucun mouvement sensible s'introduise dans le systme mcanique4 ,donc enfin le principe de la conservation de la force mcanique peut tre maintenu sans que l'on renonce considrer la force psychique comme la cause du passage de certaines forces de tension de l'organisme des forces actuelles#fe4 #fd ,par exemple produire une avalanche et craser un village par un petit mouvement du doigt qui dtache une boule de neige4 #fe ,critique philosophique1 #ag oct4 #ahgh4 ,du ,bois-,reymond et ,m4 ,delboeuf ont fait justice de cet expdient des limites appliqu par ,cournot et ,m4 de ,saint-,venant la question de la libert4 ,de quoi s'agit-il en effet8 ,d'expliquer mcaniquement par la mthode des limites une rupture d'quilibre produite par une cause mentale4 ,or1 mcaniquement1 une force aussi petite qu'on veut n'est pas une force nulle4 ,ce serait trop commode1 et on pourrait ainsi produire tous les effets possibles par une cause approprie aussi petite que possible1 c'est--dire nulle4 ,si l'infiniment petit galait le nul1 on pourrait produire l'avalanche non seulement par un mouvement aussi petit que possible et nul1 mais mme par un vouloir aussi petit que possible et nul4 ,en se croisant les bras ou en dormant un somme1 on pourrait dcrocher la lune et les toiles4 ,c'est avec la mme rigueur mathmatique que le ,pre ,gratry dmontrait la cration3 ,zro multipli par l'infini gale une quantit quelconque2 le nant multipli par ,dieu gale un objet quelconque4 ,en poussant plus loin l'artifice mathmatique1 on pourrait mme se contenter1 dans certains problmes1 d'un multiplicateur gal au nant1 ce qui dispenserait de ,dieu4 ,mais toutes ces spculations sont illusoires4 ,il est essentiel1 au dcrochement et la dtente1 comme le remarque du ,bois-,reymond1 que la force qui dcroche et la force dcroche soient indpendantes l'une de l'autre2 il est donc inexact de dire d'une manire absolue que leur rapport tend la limite zro4 ,loin de pouvoir descendre zro1 la force dterminante ne peut pas descendre au-dessous d'un quantum dtermin#ff4 ,une impulsion dterminante gale zro rsoudrait du mme coup1 si elle tait jamais admissible1 l'nigme de l'origine du mouvement1 car une impulsion gale zro n'a jamais manqu4 ,on a beau rpondre que ceci n'est pas juste1 que le dcrochement suppose des forces accumules dont la distribution n'est due mcaniquement qu' des mouvements antrieurs1 qu'il est donc inapplicable une matire uniformment rpartie dans laquelle le mouvement n'aurait pas encore commenc#fg2 nous ne tenons pas au mot de dcrochement2 remplaons-le par le mot plus exact de rupture d'quilibre1 l'argument des limites1 emprunt par ,m4 ,renouvier ,cournot et ,m4 de ,saint-,venant1 pourra se reproduire4 ,la chiquenaude de ,descartes1 qui suffit introduire le mouvement dans l'univers et rompre l'quilibre de la matire uniformment rpartie1 des forces agissant en sens oppos1 peut tre aussi petite qu'on voudra2 elle peut donc tre nulle4 ,si on dit que l'quilibre est une neutralisation de mouvements qui prsuppose le mouvement1 on a raison2 mais1 si un excdent infiniment petit et nul suffit rompre la neutralisation mutuelle des mouvements1 il n'y a pas plus de difficult admettre qu'une action quelconque infiniment petite et nulle suffirait produire un premier mouvement4 ,et alors un ,dieu nul suffira pour le produire par une action nulle4 ,au reste1 ,m4 ,renouvier admet lui-mme des commencements absolus1 des espces de crations ex nihilo per nihilum1 avec un dieu nul4 ,ds lors1 pour produire les ruptures soudaines d'quilibre dans notre organisme1 pourquoi ne suffirait-il pas d'un commencement absolu qui permettrait de supposer un libre arbitre infiniment petit ou un libre arbitre nul8 #ff--,mais1 dit ,m4 ,renouvier1 nous nous appuyons sur ce que la dtente des nerfs ou dcrochement nerveux peut tre produite par une force mcanique aussi petite qu'on veut1 pour conclure1 passant la limite1 qu'elle peut tre conue comme n'exigeant aucune force mcanique1 si d'ailleurs on peut lui supposer une cause d'un autre genre1 une cause mentale4 ,nous rpondons3--,c'est dplacer la question ou plutt c'est la fuir4 ,la mthode des limites n'a pas pour but de substituer une cause approprie une cause trangre1 mais d'expliquer comment la cause approprie peut tre diminue indfiniment1 sans cependant tre vraiment nulle4 ,je puis1 dites-vous1 produire une avalanche avec une boule de neige infiniment petite1 ou mme nulle1 si d'ailleurs il y a une autre cause1 par exemple un petit mouvement de mon pied4--,a la bonne heure6 ,et maintenant1 vous allez pouvoir aussi employer un mouvement de pied infiniment petit et mme nul1 condition1 d'ailleurs1 d'y substituer un petit mouvement de doigt1--et celui-ci un autre4 ,c'est une prestidigitation et une fuite4 ,mais1 de ce que les mouvements peuvent se substituer indfiniment l'un l'autre1 il n'en rsulte pas que1 passant encore la limite1 vous puissiez substituer tout mouvement1 quel qu'il soit1 pour rompre l'quilibre1 une cause d'un autre genre qui ne serait plus un mouvement4 ,c'est l un nouvel escamotage4 ,il s'agit1 en effet1 de savoir si une chose est mcaniquement comprhensible et vous faites intervenir une cause non mcanique2 quoi alors sert votre argument mcanique8 ,supposez-vous que votre cause mentale produit son effet dans le mcanisme nerveux par une action qui elle-mme n'est en rien mcanique et qui n'est pas un quantum quelconque de force mcanique ou de mouvement2 alors vous n'avez pas besoin de nous faire illusion en invoquant l'artifice mcanique des limites3 dites simplement que le fiat intrieur de la volont suffit1 comme celui de ,dieu1 et ne mettez plus en avant une prtendue explication mcanique de la possibilit du libre arbitre1 mais avouez que son action sur l'organisme est mcaniquement exceptionnelle et incomprhensible1 car elle suppose une cration de mouvement4 ,produire un dcrochement1 une avalanche nerveuse par une force mcanique trs grande ou infiniment petite1 c'est toujours le mme miracle mcanique1 puisque la force mcanique infiniment petite ne peut tre pose comme mcaniquement nulle4 #fg ,m4 ,renouvier1 ,id41 #bg mai #ahhb4 ,en ralit1 l'hypothse de ,m4 ,renouvier et de ,cournot est un miracle dguis sous des formules mathmatiques2 elle revient dire que les mouvements du corps se conforment nos volitions comme si nos volitions agissaient mcaniquement1 bien qu'elles n'agissent pas mcaniquement1 disons plus1 bien qu'elles n'agissent rellement d'aucune manire concevable4 ,en effet1 ,m4 ,renouvier n'admet pas plus que ,leibnitz et les cartsiens l'action transitive de l'esprit sur le mcanisme corporel3 avec la science moderne1 il ne reconnat entre les phnomnes de l'esprit et ceux du corps qu'une correspondance1 une harmonie1 un ordre1 comme disait ,leibnitz#fh4 ,rien de mieux2 mais il se prsente pour lui une difficult toute particulire dans la question de l'efficacit du libre vouloir sur le mouvement4 ,rien n'est plus curieux que la position critique o ,m4 ,renouvier se trouve rduit4 ,un peu de rflexion nous la fera comprendre4 #fh ,crit4 phil41 #h aot #ahgh4 ,cf4 ,essais de critique gnrale1 #c;e essai3 ,le fait universel de la communication causale des tres est identique l'harmonie des phnomnes dans le temps2 elle est l'un des aspects et l'un des noms de l'ordre du monde4 ,le libre arbitre consiste1 pour ,m4 ,renouvier1 dans le pouvoir de produire un commencement absolu1 chappant toute prdtermination et consquemment toute prvision1 mme la prescience divine#fi4 ,il en rsulte que la srie des tats de l'esprit1 particulirement des volitions libres1 ne saurait tre prtablie1 et en cela ,m4 ,renouvier s'carte de ,leibnitz4 ,d'autre part1 il faut que la srie des mouvements ne soit pas davantage prtablie1 puisque certains de ces mouvements seront l'effet de volitions encore indtermines4 ,mais1 en mme temps1 il faut qu'il y ait une correspondance1 une harmonie dtermine entre les changements intrieurs et les mouvements extrieurs4 ,c'est donc cette harmonie seule que ,m4 ,renouvier retient du systme de ,leibnitz2 avec ,leibnitz et ,hume1 contre ,maine de ,biran1 il dit que la volont n'est pas cause transitive du mouvement corporel1 cause vraiment motrice1 et que cependant elle a pour compagnon constant et pour ombre fidle le mouvement corporel4--,c'est fort bien1 mais nous demanderons comment1 dans son systme1 peut s'expliquer cette constance8 ,il aboutit cette merveille d'une volont qui meut sans mouvoir1 d'un commencement absolu dans l'ordre mental qui s'accompagne d'un commencement absolu dans la direction des mouvements physiques1 sans que1 d'une part1 l'ordre mental ait une action mcanique sur l'ordre physique et sans que1 d'autre part1 il y ait aucune prdtermination ni dans la premire srie ni dans la seconde4 ,c'est comme si1 le soleil se mettant tout coup changer de route par un clinamen imprvisible1 la terre se mettait aussi changer de route de la mme manire1 sans qu'il y et ni aucune action mcanique du soleil sur la terre1 ni aucune prdtermination de leurs mouvements par un dterminisme universel4 ,pour oprer ce prodige il n'y a d'autre expdient que celui des limites mathmatiques1 par lequel on essaye de nous persuader qu'une action mcaniquement nulle peut produire un quantum mcanique d'effet4 ,c'est toujours la cause occasionnelle2 seulement il n'y a pas de ,dieu pour pousser en nous le corps l'occasion de la volont3 celle-ci change1 et le corps change point nomm4 ,le coup de pouce que je donne ma montre fait mouvoir une aiguille sur une autre montre situe loin de moi1 par exemple dans ,sirius1 sans que ma montre agisse mcaniquement sur l'autre et sans qu'un horloger habile ait mis des ressorts qui produisent dans les deux1 au moment convenable1 les mmes effets prvus4 ,c'est le miracle lev sa seconde puissance qui nous est ici prsent comme une solution toute simple4 ,c'est mme plus qu'un miracle1 et on frise la contradiction2 il y a ici1 en effet1 deux commencements absolus qui sont cependant relatifs l'un l'autre1 deux hiatus qui sont cependant lis par une loi de continuit et d'harmonie#gj4 #fi ,le problme du libre arbitre se rduit savoir si1 parmi tous les tats psychiques1 il y en a qui mriteraient le nom d'actes purs1 en ce sens que l'arrt de la conscience en une certaine reprsentation de prfrence toute autre ne se trouverait pas entirement prdtermin par les tats antcdents et par les circonstances4 ,de tels actes1 s'ils existent1 tant suivis d'effets organiques et physiques conformment la loi de correspondance1 on peut dire qu'ils donnent lieu des faits de commencement absolu1 soit que la somme des forces mcaniques demeure ou non constante1 attendu qu'en tout cas il se produit des mouvements sensibles qui sans cela eussent t retenus ou se fussent produits diffremment1 et qui1 entranant une suite indfinie de consquences1 modifient plus ou moins la marche des choses4 7,crit4 phil41 #ag oct4 #ahgh1 p4 #ahf47 #gj ,admettons nanmoins ces commencements absolus de direction nouvelle dans le corps et ces commencements absolus de volitions nouvelles dans l'esprit1 il resterait demander ce qu'ils peuvent offrir de moral4 ,une volition et un changement correspondant sortent tout d'un coup du nant par une cration du moi1 sans lien rel avec mon caractre1 avec mon moi2 comment les qualifier1 sinon comme effets agrables ou dsagrables1 utiles ou nuisibles1 semblables aux boules enflammes qui sortent inopinment d'une pice d'artifice1 et qui tantt sont inoffensives1 tantt peuvent incendier8 ,c'est l un genre de libert encore plus impossible qualifier moralement que la libert d'indiffrence4 ,le clinamen d',epicure n'est pas plus moral que la libert d'quilibre de ,reid ou de ,clarke 7,voir ,i,i,ie partie47 ,ceci nous amne laisser les considrations mathmatiques1 pour embrasser le problme dans toute sa gnralit philosophique4 ,il s'agit alors de savoir si des faits commenant absolument1 comme doivent tre les faits du libre arbitre1 pourront se trouver en correspondance1 en harmonie avec des phnomnes extrieurs1 et cela sans que cette harmonie ait t prtablie ou soit1 d'une manire quelconque1 prdtermine4 ,la rponse est toujours la mme que tout l'heure4 ,qu'on tourne et retourne la question1 un systme phnomniste qui admet le libre arbitre ne peut1 encore une fois1 expliquer l'action imprvisible de ce libre arbitre sur les mouvements du corps ni par une force transitive et occulte 7que tout le monde aujourd'hui rejette7 ni par une loi d'harmonie1 seule hypothse qui reste ouverte aux philosophes4 ,comment1 en effet1 expliquer au point de vue scientifique la correspondance des volitions et des mouvements par une loi d'harmonie1 quand on professe que cette loi admet en son sein des hiatus et n'est pas un dterminisme embrassant tous les termes mettre en consensus4 ,comment les deux horloges1 l'une libre1 l'autre soumise au dterminisme1 peuvent-elles se trouver d'accord8 ,peu importe que la seconde1 comme nous le supposions tout l'heure1 soit dans une toile loigne ou soit tout prs de moi dans mon cerveau2 la difficult est la mme4 ,l'acte du libre arbitre1 sur le petit point o il a lieu1 chappe toute prvision mme divine1 toute loi qui le prdterminerait entirement2 il a lieu dans les interstices des lois constantes2 c'est un trou fait au rseau du dterminisme1 nec regione loci certa nec tempore certo2 c'est la rupture imprvue d'une chane phnomnale4 ,comment alors cette rupture peut-elle concider prcisment avec le droulement sans rupture d'une autre chane phnomnale8 ,en un mot1 comment l'exception la loi peut-elle se trouver d'accord avec le cours rgulier de la loi sur les autres points8 comment le discontinu peut-il tre en harmonie continue avec la continuit8 ,un musicien qui improvise une fantaisie peut-il se trouver d'accord avec tous les autres musiciens de l'orchestre qui suivent rgulirement la partition8 ,on rpond3--,il y a prcisment une loi de la nature qui fait que1 quand je veux mouvoir mon bras1 il se meut au moment mme2--mais une loi de la nature n'est telle que si elle embrasse et lie les deux termes harmoniques4 ,or1 ici1 l'un des deux termes n'est pas li2 le second seul est li4 ,une loi ne peut pas rgir un commencement absolu d'une part et un mouvement relatif de l'autre3 le commencement absolu1 en tant que tel1 lui chappe ncessairement2 par cela mme1 elle ne peut mettre le mouvement relatif en relation constante avec le libre arbitre absolu1 inconstant et imprvisible4 ,de plus1 une loi de la nature n'est pas une chose isole3 elle se rattache toutes les autres lois1 elle n'en est qu'une application2 vrai dire1 il n'y a qu'une seule loi dont la formule embrasse toutes les lois drives et tous les phnomnes soumis des lois4 ,une loi isole est une abstraction tout comme la force transitive2 une loi dormitive n'est pas plus intelligible qu'une force dormitive2 l'intelligibilit consiste dans une harmonie universelle4 ,ds que vous imaginez un phnomne commenant par soi absolument1 sans loi qui dtermine son commencement1 vous ne pouvez plus parler d'harmonie ni de correspondance1 c'est--dire au fond de dterminisme4 ,l'exception ne saurait tre en harmonie avec la loi1 moins d'tre purement apparente4 ,comme d'autre part vous rejetez avec raison la force transitive et y substituez la loi1 il ne vous reste plus d'explication possible4 ,voil pourquoi nous donnons un tel fait le nom de miracle1 et effectivement il est plus facile de concevoir la rsurrection de ,lazare 7en vertu peut-tre de lois et de rapports suprieurs aux rapports connus et habituels7 que de concevoir une relation harmonique dtermine entre un commencement absolu non dtermin et un mouvement relatif dtermin#ga4 #ga ,il est absurde1 nous a rpondu ,m4 ,renouvier1 de traiter de miracle un rapport1 suppos rel1 en correspondance d'une ide 7le libre arbitre7 qui m'est ce point naturelle et qui en est l'affirmation constante4--,mais1 #a le caractre naturel et populaire d'une croyance ne l'empche pas toujours d'tre illusoire et d'impliquer pour le savant un vrai miracle 7ex43 la croyance au hasard1 la chance1 aux mauvais prsages1 aux sorts1 aux talismans1 l'efficacit des prires pour le beau temps1 etc472 #b ,m4 ,renouvier dfinit lui-mme le miracle un fait suppos qui ne s'explique point parce qu'il est en opposition avec les lois connues ou ordinaires de la nature4 7,id41 p4 #cig47 ,or1 le fait du libre arbitre1 tel que ,m4 ,renouvier l'admet1 est prcisment un fait suppos1 inexplicable et en opposition non seulement avec les lois connues ou ordinaires de la nature1 mais encore avec l'ide mme de loi1 puisqu'il consiste chapper aux lois sur un point1 quelque minime qu'il soit2 de plus1 le libre arbitre est en opposition avec la loi mme de la pense1 qui veut une raison et une condition particulire pour tout fait particulier4 ,si enfin on songe qu'il s'agit d'un fait commenant absolument1 d'un fait de cration spontane1 le mot de miracle paratra encore bien insuffisant pour caractriser une telle supposition dans un systme phnomniste4--,mais1 ajoute ,m4 ,renouvier1 il n'est pas d'une argumentation srieuse de prtendre que le libre arbitre chapperait aux lois scientifiques1 alors que ses partisans le tiennent certainement pour conditionn par toutes sortes de faits et de lois de la nature1 en son exercice4--,encore est-il que les partisans du libre arbitre ne le tiennent pas pour totalement conditionn en lui-mme1 au point prcis o il existe2 donc1 en ce petit point1 qui est tout dans la question1 le libre arbitre n'est pas conditionn par les lois de la nature2 il y a la fois dans nos volitions quelque chose d'absolument dtermin et quelque chose d'absolument indtermin4 ,la quantit du miracle ne fait rien l'affaire2 un miracle microscopique1 un miracle bnin est aussi grand qu'un gros4 ,de mme1 si l'on disait3 ,j'admets la continuit1 puisque j'admets de tout petits vides entours d'un grand plein1 serait-ce une argumentation srieuse ou un faux fuyant8 ,quand un problme porte sur un point1 il ne faut pas se jeter ct3 l o le libre arbitre existerait comme commencement inconditionn1 ft-il un atome imperceptible conditionn par tout le reste de l'univers1 il serait lui-mme un univers indpendant1 un tout dans le tout1 un miracle dans la nature4--,m4 ,vallier1 dans sa thse sur l',intention morale1 admet aussi une intervention de la libert dans le cours des phnomnes2 mais il dit1 lui1 avec une louable franchise3 ,il ne faut pas se le dissimuler1 cette intervention est absurde4 7,p4 #ei47 ,et il ajoute que ce n'est pas une raison pour n'y point croire4--,tertullien aurait mme dit que c'est une raison pour y croire4 ,a la bonne heure6 il ne faut faire illusion ni au lecteur ni soi-mme4 ,essayerez-vous de mettre en relation deux commencements absolus au lieu d'un1--l'un qui serait un vouloir commenant absolument1 l'autre un mouvement commenant absolument2 il vous sera toujours impossible d'tablir une relation entre eux1 une loi4 ,donc1 au lieu d'un simple mystre1 on se heurte une fois de plus la contradiction de l'absolu relatif4--,mais il est illogique1 rpond-on1 d'appeler contradiction une chose qui se passe tous les jours4--,ce n'est pas dans la chose qui se passe tous les jours qu'est la contradiction2 c'est dans l'explication qu'on en donne et dans la loi par laquelle on veut rattacher ensemble des commencements premiers qui1 par dfinition1 ne peuvent tre attachs4 ,une loi entre deux exceptions ou une loi entre une exception et des lois1 voil les deux formules entre lesquelles vous avez le choix1 et toutes les deux1 bien examines1 sont inadmissibles4 ,l'difice de la causalit universelle1 de l'universelle lgislation s'croule aussi bien tout entier ds qu'on y fait une petite brche que quand on en fait une norme2 la premire est pour nous moins visible2 voil son seul avantage1 ou plutt son inconvnient4 ,enfin1 puisque le phnomnisme criticiste veut prendre de ,leibnitz l'harmonie sans la prdtermination 7ce qui revient dire le dterminisme sans la dtermination71 et puisque d'autre part il remplace les forces par de simples lois entre les phnomnes1 pourquoi s'arrte-t-il en si beau chemin8 pourquoi ne rejette-t-il pas1 avec ,hume1 outre la causalit transitive1 la causalit immanente8 ,celle-ci n'est pas plus admissible que l'autre dans un phnomnisme o il n'y a que des phnomnes et des lois4 ,l'objection de ,leibnitz et de ,hume contre l'action l'extrieur1 on peut l'tendre l'action d'un moment de la vie psychique sur le moment suivant1 d'une reprsentation sur la reprsentation suivante1 et dire que la causalit volontaire est un phnomne subjectif1 illusoire1 comme le prtendu effort de ,maine de ,biran4 ,il y aura au dedans de nous une srie de phnomnes lis par des lois1 tout comme au dehors2 le libre arbitre1 aussi bien que la force1 deviendra un mot1 un symbole2 il y aura rellement sensations et harmonie1 sensations et raison3 voil tout4 ,action et passion1 cause et effet1 redeviendront des expressions toutes relatives et subjectives2 il n'y aura de vrai que principe et consquence1 antcdent et subsquent1 en un mot dterminisme4 ,toute ide de causalit supra-phnomnale tant carte1 un phnomne causa sui est un monstrum mtaphysique et logique4 ,ainsi se rvle nous ce qu'il y a d'intenable1 d'inconsquent dans la position d'un criticisme qui veut conserver de ,kant le phnomnisme sans les noumnes1 et qui se flatte de ne pas retomber alors dans le phnomnisme pur et simple de ,hume1 dans le phnomnisme sans priori1 sans causalit1 sans libert1 sans distinction de vie ternelle et de vie temporelle1 sans impratif catgorique4 ,cette position moyenne et provisoire est un fait de transition curieux1 qui se produit mme actuellement chez quelques philosophes anglais1 comme ,hogdson et ,watson4 ,a nos yeux1 ce nouvel clectisme n'est pas viable3 on ne peut rester suspendu entre le vrai phnomnisme et l'admission d'un noumne quelconque3 dans un sens ou dans l'autre il faut aller jusqu'au bout4 ,et si l'on opte pour un principe inconnaissable suprieur la science1 au moins ne faudrait-il pas le disperser dans le domaine mme de la science#gb4 #gb ,m4 ,renouvier demande spirituellement qu'on lui prsente cette personne3 la ,science4 ,et nous ne songeons nullement la lui prsenter1 car elle n'est pas faite2 mais on peut lui prsenter le principe de la science1 ou plutt ce principe est dj prsent tous les esprits3 c'est celui des lois4 ,c'est en pensant ce principe que chacun devient la raison impersonnelle en personne4 ,quand on dit qu'une hypothse est contraire la gomtrie ou la physique1 cela signifie simplement qu'elle est contraire aux lois de la gomtrie et de la physique reconnues par tous les savants2 cela ne veut pas dire qu'on fasse de la gomtrie une personne4 ,quand on dit qu'une hypothse est contraire la science1 cela signifie plus gnralement qu'elle est contraire au principe mme de la science1 qui est que tout phnomne a des lois et peut tre pens1 c'est--dire conditionn4 ,au-dessus des phnomnes1 des lois et de la science1 on peut sans doute et on doit peut-tre supposer un mystre2 mais1 si l'on rpand pour ainsi dire au milieu mme des phnomnes la monnaie du mystre1 alors on a autant de miracles4 ,le miracle1 c'est du mystre en gros sous2 ce n'est pas seulement de la cration ternelle ou continue1 c'est de la cration intermittente2 c'est l'intervention de ,dieu1 des anges ou du libre arbitre au beau milieu du cours des choses2 multiplier ainsi les mystres et les crations prter necessitatem1 voil prcisment ce que nous appelons une raction contre l'esprit de la science4 ,or la pense ne remontera pas le courant1 parce que ce courant constitue la pense mme1 la possibilit de la pense4 ,au reste1 nous reviendrons sur le principe de causalit dans un chapitre ultrieur4 ,,iv4 ,aprs les expdients mcaniques tirs d'un changement de direction qu'on prtend compatible avec la permanence de l'nergie1 il ne reste plus qu'un artifice employer3 c'est de faire porter le pouvoir du libre arbitre sur le temps et non plus directement sur les dterminations de l'espace4 ,dj ,m4 ,naville avait eu recours ce moyen4 ,la transformation de la force de tension en force de translation1 la dtente et pour ainsi dire le coup de pistolet intrieur tir par le libre arbitre peut avoir lieu1 selon ,m4 ,naville1 des moments divers4 ,la puissance de l'action l'extrieur1 comme la poudre de l'arme feu1 peut tre dpense ou tenue en rserve sans changement dans sa quantit4 ,en raison de l'indiffrence dynamique du temps1 un mouvement molculaire peut tre transform en un mouvement externe apprciable1 un moment ou l'autre1 sans que sa quantit soit change4 ,une bougie renferme une certaine quantit de lumire possible3 je l'teins1 sa combustion s'arrte et sa puissance d'clairer demeure la mme2 le fait qu'elle brle un moment ou l'autre est indiffrent sous le rapport de la quantit4 ,de mme1 en admettant que tous les mouvements externes de l'organisme humain soient des transformations d'un mouvement molculaire interne1 l'ide que la volont peut actualiser un moment ou l'autre le pouvoir de l'organisme n'est contredite en rien par la thorie de la constance de la force#gc4 ,m4 ,tannery est galement port nous attribuer le pouvoir de disposer du temps2 mais1 plus fidle aux mathmatiques que ,m4 ,naville1 il reconnat que ce pouvoir est incompatible avec la thse de constance de l'nergie et avec les hypothses fondamentales de la mcanique1 qui veulent que les forces d'un systme varient avec la distance seule et non avec le temps#gd4 ,la supposition de ,m4 ,naville a t reproduite par ,m4 ,delboeuf1 qui l'a crue nouvelle4 ,m4 ,delboeuf a intitul son essai trs intressant3 ,la libert dmontre par la mcanique4 ,nous tiendrions donc enfin la dmonstration qui coupera court aux discussions sculaires4 ,la grande machine du monde1 qui semblait devoir craser la libert sous ses roues1 l'aura sauve4 ,m4 ,delboeuf admet le principe mcanique de la conservation de l'nergie1 et il se flatte cependant de concilier la libert avec ce principe4 ,les tentatives malheureuses de ses devanciers1 qu'il rfute excellemment1 ne lui inspirent aucun doute sur la possibilit de mettre les intgrales et les diffrentielles au service de la libert morale4 ,toutefois1 comme il nous prmunit lui-mme spirituellement contre cette pense que des intgrales ne sauraient mentir1 il encourage par cela mme les profanes regarder en face1 non sans quelque dfiance1 les quations d'o va enfin sortir victorieux le libre arbitre4 ,si ces quations se trouvent vraies1 non seulement c'est le libre arbitre de l'homme qui sera dmontr1 mais c'est aussi celui du poisson ou de l'infusoire dans l'eau1 de l'oiseau dans l'air1 du simple ver de terre qui1 aprs s'tre dirig vers la droite1 se tourne subitement vers la gauche4 ,le problme prend la simplicit d'un problme de gomtrie4 ,on dcrit une ligne droite1 puis on lve la main et on trace plus loin un arc de cercle1 et la libert est dmontre4 ,ou encore on commence un cercle1 et on s'chappe tout d'un coup par la tangente2 voil une dmonstration de la libert par la tangente au cercle4 ,c'est peu prs de la mme manire que ,reid dmontrait la libert en levant et abaissant le bras1 en dfiant son adversaire de lui dire s'il partira du pied droit ou du pied gauche pour sa promenade matinale4 ,pourquoi faut-il que les solutions trop faciles soient prcisment les plus difficiles admettre8 #gc ,revue phil41 #ahgi1 ,i1 #bhd4 #gd ,on sait que le principe de la conservation de l'nergie se dmontre par le calcul et en dehors de l'exprience1 pour tous les cas du mouvement de points matriels libres1 sous l'influence de leurs forces attractives et rpulsives1 dont les intensits ne dpendent que de leurs distances4 7,voir ,helmholtz47 ,nous concderons gnreusement au savant psychologue et mathmaticien toutes les prmisses dont il part4 ,nous ne ferons actuellement porter nos doutes que sur la conformit des consquences aux principes4 ,peut-on admettre la fois la permanence de l'nergie1 et un certain indterminisme1 dans le temps1 des mouvements accomplis par les tres vivants1 oiseaux1 poissons ou hommes8 ,l est toute la question4 99 99 99 99 99 ,m4 ,delboeuf commence par admettre que1 si la loi de la conservation de l'nergie est vraie1 il ne peut exister des forces capables de modifier soit leur propre intensit1 soit leur direction1 soit leur point d'application4 ,c'est le temps seul qui1 selon lui1 sera le dieu sauveur4 ,toute action sur les forces naturelles se rduit en dernire analyse conduire vers la droite un mobile qui s'en allait vers la gauche4 ,ou l'homme a ce pouvoir1 ou il n'est pas libre4 ,ce rsultat1 comment peut-il l'atteindre sans compromettre la loi de la conservation de l'nergie8 ,en disposant du temps#ge4--,les tres libres auraient la facult de retarder ou d'avancer la transformation en force vive des forces de tension dont ils sont le support#gf4 ,si1 par exemple1 injuri par quelqu'un1 j'ai le pouvoir de remettre demain le mouvement de mon bras qui aurait produit un soufflet1 il est clair qu'on ne pourra prvoir si je donnerai ou ne donnerai pas le soufflet au moment o l'on m'injurie4 ,si les tres libres disposent en cette manire du temps1 toute prvision en ce qui les concerne devient impossible1 et1 par consquent1 nul ne peut prvoir tout l'avenir4 ,voici un tas de poudre3 que vous l'enflammiez aujourd'hui ou demain1 la grandeur de l'effet mcanique est la mme2 mais aujourd'hui l'explosion produira un travail utile2 demain elle causera des morts par centaines4 ,c'est que1 dans l'intervalle1 le temps a march1 entranant avec lui tout ce qui est susceptible de changement4 ,notre volont aurait ainsi le pouvoir de suspendre ou de prcipiter le temps1 non sans doute le temps abstrait1 mais le temps rel1 comme ,josu arrta le soleil2 ,o temps1 suspends ton vol4 ,n'y a-t-il point l un miracle aussi improbable que ceux de la ,bible8 #ge ,p4 #dhj4 #gf ,p4 #fah4 ,la vraie question est de savoir1 non pas si l'explosion du tas de poudre de ,m4 ,delboeuf ou la combustion de la bougie de ,m4 ,naville est mcaniquement quivalente aux forces de tension1 quel que soit le temps o l'explosion et la combustion se produiront1 mais si je puis mon gr1 moi1 laisser s'oprer aujourd'hui ou remettre demain l'explosion de la colre dans mon cerveau1 la transformation de mes forces de tension en force vive2 et cela1 sans qu'il y ait modification dans l'intensit1 la direction ou le point d'application des forces1 consquemment sans cration ou annihilation de force4 ,or1 ce que ,,mm4 ,naville et ,delboeuf croient possible1 nous le croyons impossible1 du moins en vertu des principes admis par ,,mm4 ,delboeuf et ,naville4 ,en effet1 dans les phnomnes mcaniques de la ralit concrte1 ce ne sont pas seulement l'intensit1 la direction et le point d'application des forces qui sont dtermins2 c'est aussi le temps4 ,si un certain nombre de forces composantes sont donnes1 la rsultante est donne un point dtermin du temps comme de l'espace4 ,la rsultante ne peut pas dire3 ,je ne suis pas prte1 attendez4 ,quand je mets le feu la poudre1 le mouvement expansif des gaz ne peut pas remettre ses effets au lendemain4 ,si vous pressez la dtente d'un fusil1 la balle vous dira-t-elle3 ,le changement de temps ne supposant pas un changement dans la quantit ou dans la direction des forces1 je ne partirai que dans un quart d'heure8 ,la flche que vous voulez lancer1 laissant l'arc se dtendre1 vous dira-t-elle3 ,repassez plus tard2 d'ici l1 je me reposerai8 ,autant dire que1 la majeure et la mineure tant donnes1 la conclusion peut se reposer pendant huit jours et choisir son moment pour sortir des prmisses en disant1 comme les toiles ,dieu3 ,me voil6 ,il ne suffit pas d'un veto abstrait ou d'un fiat abstrait pour suspendre ou pour produire la transformation des forces de tension en forces vives4 ,il faut pour cela opposer une force une autre et introduire une nouvelle composante4 ,nous ne saurions donc admettre la proposition de ,m4 ,delboeuf3 ,la suspension d'action1 qui en soi n'est rien1 ne peut tre l'effet d'un mouvement molculaire1 qui en soi est quelque chose#gg4 ,ainsi1 ,nron menace de torture et de mort un philosophe stocien s'il ne rvle pas le nom d'un de ses complices2 le silence1 la suspension d'action et de parole n'est rien6 ,simple affaire de temps2 ,latranus choisira son moment parmi les moments indiffrents de la dure4 ,et cette suspension1 qui n'est rien1 ne pourra tre l'effet d'un mouvement molculaire1 qui est quelque chose6--,il nous semble au contraire qu'il faudra1 pendant la torture1 une dpense norme de mouvement molculaire pour produire ce rsultat en apparence ngatif3 le silence4 ,si l'on pouvait appliquer un thermomtre au cerveau de l'homme qui se tait en face de la mort1 il est croire qu'il marquerait une notable lvation de temprature4 ,en effet1 pour suspendre la rsultante actuelle d'une composition de forces actuellement donnes1 il faut que je les neutralise par une autre force1 car1 en vertu du principe d'actualit1 quand les conditions d'une chose sont runies1 la chose est4 ,donc il faut1 ou que je cre de la force1 ou que je modifie l'intensit des forces existantes1 ce qui serait encore crer de la force1 ou que je modifie la direction et l'application des forces1 ce qui est impossible selon ,m4 ,delboeuf1 ou enfin que ma rsistance aux forces qui me poussaient dans une direction soit elle-mme une consquence de la direction gnrale et prexistante des forces1 y compris mon caractre1 mes ides1 mes motifs et mes mobiles4 ,pour tre libre1 rpte ,m4 ,delboeuf1 il suffit que l'individu ait la facult de suspendre son action1 c'est--dire de ne pas rpondre immdiatement l'excitation qui le sollicite1 et de retarder le moment o il dploiera la force qui est en lui emmagasine l'tat de tension4 ,par ce retard1 il n'engendre videmment pas de force2 il laisse seulement l'univers marcher dans l'intervalle et se disposer autrement#gh4 ,rien que cela6 ,en d'autres termes1 il se soustrait l'ensemble des forces de l'univers qui auraient abouti lui faire accomplir tel mouvement2 il ne rpond pas actuellement l'excitation qui sollicite actuellement tel effet dtermin2 et1 pour produire dans le monde un tel hiatus1 on croit qu'il n'y a pas besoin d'engendrer de la force6 ,il faut seulement se mettre part de l'univers et lui dire3 ,marche6 moi1 je reste immobile#gi4 #gg ,p4 #fce4 #gh ,ibid4 #gi ,le repos1 dit encore ,m4 ,delboeuf1 n'exige coup sr aucune dpense de force locomotrice4 ,oui1 mais la force se dpense d'une autre manire4 ,quand je ne marche pas1 je ne me fatigue pas marcher4 ,non2 mais vous vous fatiguez penser1 peut-tre vouloir2 si par exemple vous restez assis en face d'un ennemi qui vous menace1 vous vous fatiguez plus rester en apparence immobile qu' marcher4 ,en aucun cas l'inaction n'est complte et n'est un rien4 ,si le principe de la conservation de l'nergie est vrai1 on peut appliquer au changement de temps ce que ,m4 ,delboeuf dit lui-mme contre le changement de direction imagin par ,descartes4--,pour passer d'une trajectoire l'autre1 dit ,m4 ,delboeuf1 il est clair qu'il faudrait1 au moment o le mobile est pouss sur la voie de droite1 contrecarrer son action par une impulsion dirige d'une certaine faon et ayant une certaine intensit4 ,le principe de la composition des forces nous donne et cette direction et cette intensit4 ,il faut1 pour faire passer le mobile de droite gauche1 introduire une force gale la rsultante de la vitesse tangentielle qu'on veut lui donner1 et d'une vitesse tangentielle gale et de signe contraire celle qu'il a prise4 ,la prtendue action du principe directeur admis par ,descartes1 par ,m4 ,naville1 par ,m4 ,boussinesq 7que ,m4 ,renouvier approuve71 a donc eu pour rsultat de dtruire cette rsultante4 ,en d'autres termes1 la somme de l'nergie universelle n'est pas la mme dans un cas et dans l'autre#hj4--;,ce mme argument peut se retourner contre ,m4 ,delboeuf4 ,s'il tombe dans un prcipice1 il est clair qu'il ne pourra remettre demain la continuation de sa chute sans crer une force capable de contrebalancer la pesanteur ou sans anantir la force de la pesanteur4 ,de mme1 si l'abme o quelqu'un roule est celui dont parlent les moralistes quand ils parlent du vice et des passions de toute sorte1 un changement de temps impliquera une dpense de force et1 pour tre libre1 une cration ou une annihilation de force4 #hj ,p4 #dgg4 ,m4 ,delboeuf lui-mme1 dans des considrations ingnieuses et suggestives sur le temps1 rend sa propre thorie impossible et contradictoire4 ,le passage d'une forme de la force une autre forme1 dit-il1 ne se fait pas sans qu'il y ait une rsistance dtruite4 ,et c'est l'ensemble de rsistances dtruites qui constitue le temps444 ,nulle transformation ne se fait sans peine1 donc1 ajouterons-nous1 sans dpense de force4 ,le temps1 continue ,m4 ,delboeuf non sans profondeur1 c'est la srie des rsistances brises4 ,si rien ne rsistait au changement1 il n'y aurait pas de temps4 ,tout ce qui doit tre serait immdiatement#ha4--;,ds lors1 comment admettre qu'une suspension d'action ou une suspension de temps ne soit rien et qu'on puisse disposer du temps1 c'est--dire de la srie des rsistances1 sans disposer de la quantit1 de la direction ou du point d'application des forces#hb8 #ha ,p4 #fbb4 #hb ,la destruction de la rsistance dont il est ici question1 dit ,m4 ,delboeuf1 ne rclame l'intervention d'aucune autre force que le temps4 7,p4 #ecd47--,le temps est-il donc un personnage rel1 un ,saturne vritable8 ,c'est l raliser une abstraction4 ,de plus1 s'il n'y a besoin d'aucune autre force que le temps pour briser une rsistance1 quoi bon notre volont1 notre libert8 ,nous n'aurons1 la lettre1 qu' laisser faire le temps4 ,mais1 si effectivement le temps aplanit bien des obstacles1 ce n'est pas par lui-mme1 c'est par la combinaison des mouvements dont il n'est que la forme et l'ordre de succession4--,la chute d'un corps1 mme dans le vide1 objecte ,m4 ,delboeuf1 demande du temps2 il y a donc des rsistances dtruites4--,o est ce vide absolu8 ,o est l'endroit de l'univers sans matire8 ,en outre1 ce qui dtruit les rsistances la chute d'un corps n'est pas le temps seul1 mais bien le corps lui-mme2 c'est un mouvement qui se compose avec d'autres mouvements et qui1 pour cela1 a besoin du temps comme de l'espace4 ,une srie de rsistances brises n'est pas une force destructive de rsistance1 et on s'tonne que1 pour ,m4 ,delboeuf1 le temps puisse tre la fois force et srie4 ,aprs avoir ainsi essay de dmontrer que l'homme peut disposer du temps sans modifier la quantit d'nergie universelle et que1 consquemment1 la libert est possible1 ,m4 ,delboeuf entreprend ensuite de dmontrer sa ralit4 ,pour cela il suffit1 l'en croire1 de dmontrer qu'il existe des mouvements discontinus1 c'est--dire dont le caractre et les proprits gnrales ne sont pas identiques en chaque point4 ,tel serait un arc de courbe continu par sa tangente4 ,le principe dont part ,m4 ,delboeuf est celui de ,laplace 7et de ,leibnitz73 ,laplace disait ceci3--tant donnes les forces dont la nature 7non libre7 est anime et la situation respective des tres qui la composent1 une intelligence suffisamment vaste connatrait l'avenir et le pass aussi bien que le prsent4--,je vais plus loin3 ,je dis que cette intelligence n'aurait besoin1 si la nature est un mcanisme1 que de considrer pendant un temps fini1 si court qu'il soit1 la marche d'une portion de matire1 aussi petite que l'on voudra1 pour recrer par la pense la nature entire dans son pass et dans son avenir4 ,m4 ,delboeuf soutient1 en de belles pages1 qu'une goutte d'eau 7comme la monade de ,leibnitz7 reflte l'univers3 la considration d'une seule de ses parties constitutives pendant un temps fini donne la forme intgrale du globe terrestre1 dont elle suppose l'attraction2 la terre donne le systme solaire1 le systme solaire donne le monde entier1 et le monde prsent est gros de l'avenir comme du pass#hc4 ,de ce principe ,m4 ,delboeuf croit pouvoir tirer cette consquence importante1 que la trajectoire d'aucun des points d'un systme soumis un ensemble de forces initiales et constantes 7c'est l'hypothse du mcanisme universel7 ne peut se composer de parties de lignes d'quations diffrentes1 ou en un mot ne peut tre discontinue4 ,si1 dans une certaine tendue finie1 cette trajectoire est rellement et objectivement une ellipse1 ou un cercle1 ou une parabole1 ou une droite1 on peut tre certain que la figure entire est une ellipse1 ou un cercle1 ou une parabole1 ou une droite4 ,m4 ,delboeuf appuie sa dmonstration1 au fond1 sur le principe de raison suffisante4 ,ce point mobile que l'on considre dcrit pendant un temps une ligne dtermine2 les forces qui le dterminent se font donc quilibre d'une certaine faon1 et sa trajectoire est la rsultante de cette action2 or1 o serait la raison suffisante1 la cause d'un changement quelconque qui viendrait affecter la trajectoire aprs ce temps fini#hd8 ,si donc le changement d'un arc de cercle rel en relle ligne droite se produit1 s'il y a des mouvements discontinus en vrit et en ralit1 ce sera1 selon ,m4 ,delboeuf1 la preuve qu'une cause diffrente des causes initiales de l'univers est intervenue1 et cette cause sera 7disons plutt pourra tre7 la libert4 #hc ,ici encore1 il y aurait bien des doutes lever4 ,est-il certain que la rsultante suffise toujours rvler les forces composantes8 #bj peut tre le produit de #aj #aj1 de #e #ae1 de #ah #b2 qui me dira laquelle de ces solutions est celle de la ralit8 ,peut-tre y a-t-il plusieurs combinaisons possibles dont le monde actuel est le rsultat possible4--,toutefois1 nous savons qu'il faut se dfier des spculations sur les possibles et sur les indtermins2 probablement1 la ralit concrte n'admet pas plusieurs formules possibles ni des indterminations2 tout cela est un rsultat de notre ignorance et de nos abstractions mathmatiques4 #hd ,m4 ,delboeuf oublie ici l'efficacit dont il a plus haut dot le temps4 ,il ne resterait donc plus1 pour dmontrer mcaniquement la ralit du libre arbitre1 qu' dmontrer la ralit des mouvements discontinus4 ,ici1 ,m4 ,delboeuf prend son crayon1 et ce crayon va rsoudre le problme sur lequel se sont consums les mtaphysiciens4 ,voici3 ,je prends mon crayon1 je trace une ligne droite1 je m'arrte2 puis un peu plus loin je dcris un arc de cercle4 ,ce trac1 il est de toute impossibilit de l'attribuer aux seules forces initiales qui ont dirig ses premiers linaments4 ,seule1 la libert l'explique4 ,m4 ,delboeuf remet mme spirituellement la dmonstration de la libert un personnage plus modeste qu'un gomtre2 il n'a pas besoin d'un homme2 un animal lui suffit1 par exemple le clbre hanneton de ,toppffer4 ,le hanneton1 parvenu l'extrmit du bec de la plume1 trempe sa tarire dans l'encre4 ,vite un feuillet blanc2 c'est l'instant de la plus grande attente444 ,voici d'admirables dessins444 une srie de points1 un travail d'une dlicatesse merveilleuse4 ,d'autres fois1 changeant d'ide1 il se dtourne1 puis1 changeant d'ide1 il revient1 c'est une ,s6444 ,ce hanneton en remontre aux philosophes2 on appellerait volontiers cette preuve la dmonstration du libre arbitre par le hanneton de ,toppffer4 ,malheureusement1 on pourrait charger de ce rle un hanneton en papier ou un simple duvet d'oiseau dont l'extrmit serait trempe dans l'encre1 et dmontrer par l que le hanneton de papier ou le duvet est libre4 ,en effet1 que le vent vienne souffler en diverses directions1 et nous aurons de nouveau des arabesques merveilleuses1 des mouvements discontinus 7en apparence71 ici un point1 l une ligne1 plus loin mme une ,s1 aussi belle que celle qui faisait l'admiration de ,toppffer2 bien plus1 notre duvet rebroussera chemin brusquement et fera des angles1 que sais-je8 ,ces mouvements ne paratront pas contenus dans l'quation primitive des forces initiales dont se compose l'univers2 ils seront libres4 ,m4 ,delboeuf nous rpondra que1 dans le cas du hanneton vivant1 la discontinuit de la trajectoire est relle2 dans le cas du hanneton de papier imagin par nous1 elle est apparente4 ,mais comment le sait-il8 ,comment peut-il distinguer sur le papier une trajectoire absolument continue au point de vue de l'univers et une trajectoire absolument discontinue ou en dehors de la formule universelle8 ,dans le cas du hanneton de papier1 selon ,m4 ,delboeuf1 la seule inspection d'une partie de ce hanneton permettrait l'intelligence dont parle ,laplace de prdire les mouvements que l'objet va oprer sous l'influence du vent2 dans le cas du hanneton vritable1 cette intelligence ne pourrait dduire sa trajectoire des forces combines du hanneton1 du vent1 de la terre1 du soleil et de l'univers4--,mais c'est l prcisment ce qu'il faudrait dmontrer1 et ce que ,m4 ,delboeuf ne dmontre pas4 ,si complique et irrgulire que soit une ligne en apparence1 elle peut toujours rentrer dans une quation non moins complique4 ,si le crayon de ,m4 ,delboeuf ou si la tarire de l'animal parat dcrire d'abord une droite1 puis un arc de cercle1 ce peut tre une apparence1 et ,m4 ,delboeuf reconnat lui-mme que sa dmonstration est schmatique1 mais1 ajoute-t-il1 elle n'est pas moins probante4 ,c'est ce que nous ne saurions admettre3 la dmonstration scientifique1 ici1 ne prouve qu'une discontinuit apparente1 et ,m4 ,delboeuf s'est engag nous dmontrer une discontinuit relle4 ,le schmatisme n'est pas plus dmonstratif dans une pareille question qu'une mtaphore potique4 ,une pierre roule de la montagne1 et elle trace dans l'espace une certaine courbe1 poursuit ,m4 ,delboeuf1 mais cette courbe n'est continue que dans la supposition o les forces qui dtachent la pierre sont les mmes forces qui ont form la montagne4 ,or il n'en est plus ainsi quand vous modifiez librement cette forme en tant un simple caillou#he4--;,encore un coup1 c'est prcisment cette libert qu'il faudrait dmontrer1 et nous tournons toujours dans un cercle vicieux4 ,l'intelligence universelle de ,laplace aurait pu1 dans la pierre dtache1 lire ma prsence sous le rocher1 parce que la pierre et moi nous sommes solidaires dans la gravitation universelle2 elle aurait pu lire aussi ma crainte d'tre bless par la pierre et le mouvement de mon bton pour l'carter de ma tte1 parce que les forces de mon cerveau et celles de la pierre sont solidaires4 ,bien plus1 elle aurait pu lire tout cela mme dans la pierre en repos4 ,on connat l'histoire plus ou moins authentique de ce prfet ignorant qui1 ayant reu du gouvernement des boulets de canon1 se plaignit1 sur le conseil d'un malin employ1 de ce que le ministre avait oubli de joindre aux boulets les trajectoires4 ,en fait1 les trajectoires taient dj d'avance dans les boulets1 et l',intelligence universelle de ,laplace ou de ,leibnitz les y aurait aperues4 ,m4 ,delboeuf reconnat que la bille d'un billard1 tant que la libert humaine n'intervient pas1 donne les autres billes1 les bandes du billard1 le billard entier1 la terre et les toiles4 ,mais1 dit-il1 la discontinuit se manifeste au moment o un joueur pousse une bille4 ,et si c'est le vent1 ici encore1 qui la pousse1 comment distinguerez-vous la trajectoire continue de la trajectoire discontinue1 moins que vous ne soyez l',intelligence universelle8 #he ,p4 #fhd4 ,il est vrai que ,m4 ,delboeuf nous rpondra3 ,le billard est lui-mme l'oeuvre de la libert4 ,une machine parfaite ralise des mouvements discontinus1 par exemple celui du piston dans la machine vapeur4 ,si1 tirant de ce fait un argument contre la libert1 un partisan du dterminisme444 venait nous opposer l'un ou l'autre de ces ingnieux appareils construits par des mains humaines1 nous sommes en droit de lui rpondre3 ,la libert a pass par l4--,mais supposez1 dans une montagne1 un cirque ou un trou peu prs rectangulaire ayant la forme d'un billard1 et des cailloux arrondis qui y roulent et s'y choquent2 la libert aura-t-elle pass par l8 ,encore une fois1 comment dmontrerez-vous que le mouvement1 ici1 est continu1 et que1 dans le billard1 quand c'est vous qui jouez1 le mme mouvement est discontinu8 ,si la constitution matrielle des billes1 dit ,m4 ,delboeuf1 rvle la prsence d'un joueur une place dtermine1 elle n'indique cependant pas1 pour le cas o ce joueur aurait la facult de choisir son moment pour intervenir1 quel sera ce moment#hf4--,oui1 mais la question est encore de savoir si cette facult de choisir le moment est relle2 nous aurons beau regarder le billard1 les boules1 la main du joueur3 nous n'en pourrons rien savoir4 ,si la quantit d'nergie est constante dans l'univers1 le cerveau du joueur est dans un certain tat dtermin de tension et de chaleur2 il a telles ides dtermines1 il aura tel moment tels motifs d'agir1 et il ne pourra suspendre son action que par un dploiement de force1 non par une simple disposition platonique du temps4 ,tout cela est donc crit dans la bille1 si les principes poss par ,m4 ,delboeuf sont vrais4 #hf ,p4 #fce4 ,nous ne saurions1 ds lors1 adhrer la conclusion trop confiante de ,m4 ,delboeuf3 il est maintenant tabli que ce simple dessin3 une ligne droite1 une lacune1 une courbe1--je pourrais dire plus simplement encore une courbe et sa tangente1--ne peut maner d'un systme de forces initiales ayant agi dans son intgrit ds l'origine du trac4 ,on est donc forc d'admettre l'existence d'un principe de discontinuit1 d'un principe libre4 ,m4 ,delboeuf a tout au plus dmontr que1 s'il y avait des tres libres1 il y aurait des mouvements discontinus2 il n'a mme pas dmontr que1 s'il y avait des mouvements discontinus1 il y aurait ncessairement des tres libres#hg2 encore moins ses raisonnements et son crayon ont-ils pu dmontrer qu'il existe en fait ou des mouvements discontinus1 ou des tres libres4 ,quant la manire dont se concilierait cette libert avec la conservation de l'nergie1 par l'intermdiaire du temps1 elle nous semble contradictoire4 ,on peut rejeter le principe de la conservation de l'nergie1 soit2 mais1 si on l'admet1 le temps est dtermin autant que l'intensit1 la direction et le point d'application des forces2 quand deux et trois sont prsents1 cinq ne peut tre ni absent1 ni en retard2 il n'a point choisir son heure3 il est1 lui aussi1 immdiatement prsent4 #hg ,l'hypothse de forces variant brusquement avec la distance suffirait en effet expliquer ces mouvements discontinus4 ,donnons un exemple3 un point matriel1 attir par un centre fixe en raison inverse du carr des distances1 dcrit une section conique4 ,qu'un suppose la loi d'attraction vraie seulement au del d'une certaine distance1 tandis qu'en de l'action serait nulle2 si les conditions initiales du mouvement sont telles que le point mobile arrive se rapprocher du centre fixe jusqu' la distance donne1 partir de ce moment il quittera la section conique pour suivre la tangente1 puis1 lorsqu'il sera revenu la mme distance1 il quittera la tangente pour se mouvoir encore sur une conique4 7,m4 ,,tannery1 ,lettre la ,revue philosophique1 au sujet de notre tude sur le mcanisme et la libert1 #ahhc4--;,cf4 dc4 #ahhc47 ,en gnral1 et pour conclure1 il nous semble que chercher la dmonstration de la libert dans la mcanique1 c'est poursuivre l'impossible et qu'il faut1 dans cette question1 s'lever au point de vue psychologique et mtaphysique4 ,les mathmatiques1 d'ailleurs1 ne s'appliquent qu'aux rapports extrieurs des choses1 sans nous en rvler l'intrieur4 ,elles ressemblent ces bouliers dont on se sert pour apprendre le calcul aux enfants3 ceux-ci se bornent compter les boules1 sans se proccuper de savoir si elles sont noires ou blanches1 si elles sont en bois ou en fer4 ,tous les arguments mcaniques que nous avons passs en revue sont donc une srie de paralogismes4 ,on ne trouverait d'ailleurs dans cette voie que la libert d'indiffrence1 c'est--dire le hasard1 c'est--dire au fond la ncessit4 ,ce n'est pas en remuant le bras droite ou gauche1 ni en dessinant des arabesques fantastiques1 qu'on peut dmontrer l'existence ou la non-existence d'un pouvoir tout moral4 ,ce n'est pas plus la mcanique qu' la logique et aux intrts de la science qu'il faut demander la preuve de ce qui serait1 par dfinition mme1 un miracle au point de vue de la mcanique comme de la logique3 le libre arbitre4 ,enfin1 une considration gnrale sur laquelle nous avons dj insist condamne d'avance la strilit tout effort pour produire des changements dans l'espace par l'action d'une pure ide2 c'est que toute ide1 en fait1 est accompagne d'un mouvement et est une action refrne1 un mouvement suspendu et maintenu l'tat molculaire3 toute ide est en mme temps une force4 ,,chapitre ,,sixi,,me ,l',,ind,,terminisme ,m,,taphysique ,,dans ,l',,ordre ,,du ,,temps ,i4 ,la contingence des futurs et sa prtendue vrification par les attentes gales dans les jeux de hasard4 ,,ii4 ,la contingence des futurs et sa prtendue vrification par les lois de la statistique4 ,,iii4 ,critique de l'ide de contingence des possibles4 ,i4--,,la ,,contingence ,,des ,,futurs ,,dans ,,les ,,jeux ,,de ,,hasard ,on a soutenu que la loi de causalit empirique1 fondement de la science proprement dite1 trouve une limite dans quelque indtermination antrieure1 dans quelque contingence radicale et rebelle aux prises de la science4 ,sur cette contingence s'appuie l'indterminisme mtaphysique dans l'ordre du temps4 ,pour tablir objectivement l'indtermination des possibles et des futurs contingents1 on a essay de montrer1 par l'observation et le calcul1 que les actions humaines offrent la science un lment d'indtermination4 ,presque tous les mathmaticiens1 avec ,laplace1 ,buckle et ,stuart ,mill1 ont vu dans le calcul des probabilits et dans la statistique un argument1 soit dductif1 soit inductif1 en faveur du dterminisme2 quelques-uns cependant ont essay1 comme ,qutelet1 de rserver1 ct de ce dterminisme1 une place possible la libert et la contingence2 enfin1 d'autres ont pouss le paradoxe jusqu' vouloir faire du calcul des chances une probabilit en faveur de la contingence des futurs1 et mme une sorte de vrification exprimentale du libre arbitre3 en nous faisant tirer au sort dans les loteries1 on s'est flatt de mettre la libert en exprience autant que faire se peut#hh4--,les possibles que l'ignorance fait gaux devant l'attente1 a-t-on dit1 sont vrifis gaux par le fait#hi4--;,examinons s'il est vrai1 comme on le soutient1 que les lois des chances et des grands nombres ne soient pas compatibles avec le dterminisme1 et qu'elles soient au contraire favorables la libert ou la contingence4 #hh ,m4 ,renouvier1 ,psych41 ,,ii1 #aje1 #id et #ie2 ,logique1 ,,ii1 #chd-chf4 #hi ,id41 ,logique1 #chf4 ,ce qui a ici donn lieu aux paradoxes et aux paralogismes1 c'est la manire ambigu et mme inexacte dont ,laplace a pos le principe du calcul des probabilits4 ,ce principe n'est point facile bien tablir1 comme le prouvent les exemples de ,laplace mme1 de ,stuart ,mill et de ,cournot4 ,la thorie des hasards1 dit ,laplace1 consiste rduire tous les vnements du mme genre un certain nombre de cas galement possibles1 c'est--dire tels que nous soyons galement indcis sur leur existence1 et dterminer le nombre de cas favorables l'vnement dont on cherche la probabilit4 ,cette dfinition ambigu1 qui semble identifier l'gale possibilit objective de deux choses avec notre gale incertitude devant ces deux choses1 est une confusion au moins dans les mots4 ,supposons que je sois en prsence de deux urnes contenant des boules noires et blanches et que j'ignore galement1 moi1 la proportion des boules noires contenues dans la premire urne1 et la proportion des boules noires contenues dans la seconde1 il n'en rsultera pas que les chances de sorties pour les noires soient objectivement gales dans les deux urnes en vertu de mon gale ignorance2 car la premire urne peut se trouver contenir #a noire seulement sur #ajj1 et l'autre #ii noires sur #ajj4 ,il faut donc que notre gale indcision ne soit pas seulement fonde sur l'ignorance subjective1 mais sur des raisons objectives d'galit1 soit posteriori1 soit priori4 ,sans cela1 on tombe sous les objections d',auguste ,comte et sous la dfinition humoristique du calcul des chances3 un calcul qui consiste regarder l'impossible comme probable et le ncessaire comme incertain4 ,aux yeux du dterminisme1 tout est certain pour qui connatrait toutes les causes2 quand donc ,laplace dit que les possibilits respectives des vnements tendent se dvelopper1 entendons simplement que les rapports respectifs certains des vnements tendent se dvelopper1 ou plutt sont forcs de se dvelopper et de se manifester la longue1 pour la raison bien simple que ces rapports sont constants et durables parmi d'autres moins constants4 ,si de plus c'est un rapport d'galit et d'quilibre qui existe1 il se manifestera un quilibre1 que nous l'ayons attendu ou non4 ,tout revient donc chercher les raisons objectives qui nous permettent1 dans certains cas1 d'tablir un rapport d'galit entre des possibles4 ,c'est ici que nous retrouvons en prsence les deux hypothses de la contingence et de la ncessit4 ,les partisans de la causalit contingente disent3--,vous cherchez un fondement objectif l'galit des possibles2 il est tout trouv3 ce fondement est l'ambigut des futurs1 l'indtermination des futurs1 qui va se vrifier dans l'indterminisme de la volont4 ,je tire des boules dans une urne o il y a #ajj blanches et #ajj noires1 je les tire tantt un moment1 tantt un autre1 selon ma libert imprdtermine2 tout est alors dtermin1 sauf le temps de l'extraction#ij1 lequel dpend de mon libre arbitre4 ,les lments du calcul sont en consquence3 #a l'galit des chances pour tirer une boule blanche ou une noire 7toutes choses gales d'ailleurs71 puisqu'il y a #ajj blanches et #ajj noires2 #b l'galit des chances pour faire l'extraction un moment ou un autre1 si le moment ne dpend que de ma libert indtermine4 ,or1 ces principes poss1 il se trouve qu'en fait les chances pour un moment ou pour l'autre se compensent1 comme si les extractions taient en chaque moment galement possibles2 donc elles le sont en fait2 donc les divers temps d'extraction sont galement possibles pour ma volont2 donc il est probable que je suis cause libre4 ,l'homme est alors une source premire et instantane d'actes variables sous des prcdents identiques#ia4 #ij ,m4 ,renouvier1 ,id41 #ig4 #ia ,ibid4 ,dans la nature entire1 et non pas seulement dans l'homme1 on s'est demand s'il n'y avait pas galement place pour une contingence analogue des effets4 ,et la question est logique2 si l'homme est libre1 le germe de la libert doit se retrouver chez tous les tres vivants1 peut-tre mme1 comme le croyait ,epicure1 jusque dans le pouvoir de clinamen qui appartient l'atome4 7,voir1 dans la ,morale d',epicure de ,m4 ,guyau1 le chapitre sur la contingence47--,est-on bien sr1 a-t-on demand1 qu'il soit possible1 mme pour une intelligence universelle1 de prdire tous les mouvements de la queue d'un chien8 7,m4 ,renouvier1 ,essais de psychologie1 ,,ii1 p4 #d47 ,une chose inquite la lecture de ce raisonnement1 qui nous fait gagner la loterie ce gros lot3 la libert4 ,un mannequin m par une girouette qui tourne tous les vents1 et dont le mcanisme serait dispos pour faire sortir et tomber de l'urne une seule boule la fois1 nous apparatrait aussi comme une source premire et instantane d'actes variables sous des prcdents identiques1 tranchons le mot1 comme un crateur d'actes libres4 ,sans faire appel un tel mcanisme1 je puis moi-mme rendre dtermin le seul lment du problme qui restait indtermin 7le moment de l'extraction71 sans que change pourtant ce rsultat qui vous semblait contingent4 ,convenons1 par exemple1 que je tirerai une boule tous les matins au premier chant du coq1 ou1 si le coq semble lui-mme suspect de libre arbitre1 je tirerai la boule toutes les fois qu'une pierre roulera d'un roc voisin o les boulements sont trs frquents4 ,mon libre arbitre sera ainsi1 autant que possible1 limin1 et cependant le rsultat sera le mme4 ,c'est qu' vrai dire tout est dtermin1 mme dans les cas de libre arbitre apparent1 et1 puisqu'on met les dterministes au dfi d'expliquer cette dtermination dans les jeux de hasard1 essayons d'en rendre compte par le raisonnement et par l'exprience4 ,il y a ici une loi intressante et mconnue1 au moyen de laquelle on peut montrer que la poursuite de l'indtermination par la volont produit prcisment une dtermination relle4 ,quand je tire des boules dans une urne1 par cela mme que je veux tirer au hasard1 j'avance la main tantt plus droite1 tantt plus gauche1 j'puise dans les deux sens les principales positions possibles grosso modo1 et en voulant agir d'une manire indtermine1 je dtermine une balance de positions possibles4 ,de mme encore1 dans une loterie o le temps seul est dtermin1 j'essaye de varier les instants et par cela mme je saute d'un intervalle l'autre1 d'un nombre a l'autre1 entre deux limites plus ou moins distantes1 de manire produire un balancement de nombres4 ,en ayant l'air ici de laisser le temps indtermin et en le variant dans cette intention1 je l'ai encore en ralit dtermin3 j'ai voulu et dtermin une bipartition des intervalles de temps en longueurs plus grandes et en longueurs plus petites1 mais entre des limites dtermines2 j'ai voulu et dtermin un quilibre1 une galit1 une compensation#ib4 #ib ,voici une exprience que nous avons faite3 nous avons essay d'crire au hasard des sries de chiffres pris indiffremment parmi les #aj chiffres #j1 #a1 #b1 #c1 #d1 #e1 #f1 #g1 #h1 #i4 ,en additionnant par groupes de dix les chiffres ainsi sortis1 nous avons obtenu pour chaque groupe de dix chiffres des valeurs plus ou moins voisines de #de1 qui est prcisment la somme des #aj chiffres de la numration4 ,ex43 #a1 #f1 #e1 #d1 #h1 #i1 #g1 #c1 #b1 #j 7total #de72 #a1 #d1 #f1 #h1 #b1 #i1 #a1 #d1 #e1 #g 7 #dg72 #i1 #c1 #e1 #f1 #g1 #i1 #a1 #j1 #b1 #d 7 #df72 #e1 #f1 #g1 #i1 #h1 #j1 #c1 #d1 #a1 #f 7 #di72 #h1 #i1 #j1 #f1 #a1 #c1 #e1 #f1 #h1 #i 7 #ee72 #g1 #h1 #g1 #j1 #i1 #a1 #c1 #a1 #j1 #b 7 #ch74 ,ces totaux successifs3 #de1 #dg1 #df1 #di1 #ee1 #ch1 ont pour moyenne #df4 ,en additionnant deux groupes la fois formant vingt chiffres1 nous obtenions plus rgulirement encore des valeurs voisines de la somme #ij4 ,pourquoi ces rsultats8 ,parce que1 pour agir d'une manire indtermine en apparence1 nous avions inconsciemment dtermin ce premier point3--,je varierai les chiffres4--,ce qui entrane cette seconde dtermination3--,je les crirai tous4--,ce qui entrane cette troisime dtermination3--,j'crirai des chiffres ayant pour total #de1 puisque l'ordre des chiffres dans l'addition n'influe pas sur la somme4 ,si bien qu'en voulant laisser un point indtermin1 je l'avais prcisment dtermin4 ,par l1 j'tais rentr dans les conditions entrevues par le gomtre ,lambert et par ,cournot1 qui ont remarqu que1 dans le rapport de la circonfrence au diamtre1 les totaux de chaque dizaine de chiffres diffrent peu de #de1 comme si les chiffres taient amens successivement1 par un tirage au sort1 dans une urne les renfermant en proportions gales4 ,nous avons expriment sur plusieurs quotients de nombres quelconques1 et nous avons remarqu une rgularit analogue4 ,par exemple1 la division de #ade par #ba donne #f1 plus la fraction dcimale priodique #i1 #j1 #d1 #g1 #f1 #a1 #i1 #j1 #d1 #g 7 #dg72 #f1 #a1 #i1 #j1 #d1 #g1 #f1 #a1 #i1 #j 7 #dc72 #d1 #g1 #f1 #a1 #i1 #j1 #d1 #g1 #f1 #a 7 #de72 etc42 les trois premires dizaines ont exactement pour moyenne #de4 ,d'autres fractions non priodiques ont la mme moyenne approximative2 d'autres ont une moyenne suprieure ou infrieure1 mais toujours rgulire2 par exemple #iah divis par #dba amne une fraction qui1 de #aj chiffres en #aj chiffres1 donne pour totaux des nombres voisins de #cg4 ,cela tient des lois inconnues qui tantt amnent tous les chiffres1 tantt en excluent certains4 ,concluons en proposant cette importante loi psychologique3--,la prtendue indtermination est une dtermination d'quilibre et d'quivalence1 c'est--dire d'galit et de bipartition2 donc1 tout est dtermin jusque dans la volont en apparence indiffrente1 qui ne fait que ne pas se rendre compte de ce qu'elle veut dterminment4 ,plus nous prtendons varier nos volitions pour en montrer l'indterminisme1 plus nous dterminons le milieu et les points d'application1 plus nous enserrons notre volont mme dans les lois de ce milieu et de ces points d'application2 et ces lois finissent par devenir de plus en plus manifestes4 ,en voulant agir sans rythme et sans symtrie1 nous dterminons un rythme et une symtrie4--,on voit combien il est faux de prtendre que l'hypothse du dterminisme ne peut rendre compte de la rpartition symtrique1 de l'gale possibilit1 de l'gale attente qui se manifestent dans les jeux de hasard ou dans les tirages au sort1 et que d'ailleurs les mathmaticiens ont mal expliques#ic4 #ic ,en quoi1 pourrait-on demander aux adversaires du dterminisme1 le rapport d'galit1 le rapport de #ajj #ajj par exemple1 serait-il incompatible avec la ncessit et la certitude8 ,est-ce qu'il est dfendu la ncessit de produire des effets qui s'quilibrent1 comme la puissance et la rsistance d'un levier8 ,est-ce qu'il n'y a pas des effets de neutralisation mutuelle jusque dans les rayons lumineux8 ,rien de plus compatible avec le dterminisme que l'galit4 ,quand on joue pile ou face 7et vous pourriez confier une machine le soin de jeter les pices en l'air1 comme aux machines dont on se sert aujourd'hui dans les grandes loteries71 il est thoriquement certain que la relation d'quilibre et d'galit s'tablira la longue1 et1 dans le cas particulier1 il est pratiquement logique1 eu gard non seulement notre ignorance subjective du cas particulier1 mais encore et surtout notre connaissance objective du rapport gnral et constant1 d'agir en nous rglant sur cette relation d'galit qui est la seule chose connue4 ,nous pourrons nous tromper pour un1 deux1 trois cas1 non pour dix mille4 ,ce sont au contraire les partisans de la contingence qui ne peuvent rendre compte de l'attente gale rpondant des possibilits gales 7comme celle d'extraire une boule blanche et celle d'extraire une noire74 ,voyons comment ils essayent1 eux1 de fonder le calcul des probabilits4--,puisque1 disent-ils1 la loi des grands nombres1 qui suppose des possibilits gales1 s'applique aux probabilits des phnomnes soumis la volont dans les tirages au sort1 nous pouvons croire probablement que les phnomnes de cette classe ne sont pas en gnral prdtermins#id4--;,c'est l un paralogisme essentiel3 de ce que les phnomnes ne sont pas prdtermins en un seul sens1 mais en deux sens entre lesquels ils se rpartissent1 on conclut indment qu'ils ne sont prdtermins en aucun sens4 ,mais prenons un exemple concret4 ,de ce que les pluies qui tombent sur une ligne de partage des eaux ne sont pas prdtermines tomber en une seule direction et sur un seul versant1 mais dtermines en deux sens et sur deux versants entre lesquels il est possible qu'elles se partagent galement1 il n'en rsulte pas que les pluies ne soient prdtermines tomber en aucun sens1 et que chaque goutte soit libre de choisir entre le versant de l',ocan ou le versant de la ,mditerrane4 ,il est au contraire ncessaire3 #a que les gouttes tombent2 #b qu'elles tombent sur un versant ou sur l'autre2 #c que la moiti tombe sur le premier versant et l'autre moiti sur le second si la configuration du sol et la position des nuages entranent cette rpartition gale2 #d que celui qui connat cette configuration du terrain et des nuages1 mais qui ne connat pas dans le dtail la trajectoire des gouttes particulires1 attende une chute galement rpartie droite ou gauche2 #e que cette attente de possibilits gales se vrifie sur les grands nombres par deux fleuves de grosseur sensiblement gale1 mais dirigs sur des versants opposs4 ,si au contraire les gouttes d'eau taient libres ou le nuage libre1 c'est alors que nous ne pourrions plus savoir si le nuage lancera ses eaux vers l',ocan ou vers la ,mditerrane2 par consquent1 nous aurions beau connatre l'galit matrielle des deux pentes et la rpartition gale des nuages qui les dominent1 nous ne pourrions pas conclure une gale rpartition des gouttes d'eau#ie4 #id ,voir1 par exemple1 ,renouvier1 ibid41 p4 #if4 #ie ,le premier paralogisme auquel nous venons de rpondre pourrait tre invoqu et l'a t de fait en faveur des miracles divins1 tout comme pour le miracle intrieur du libre arbitre4 ,j'admets1--dit ,joseph de ,maistre pour justifier les prires en faveur de la pluie1--que dans chaque anne il doive tomber dans chaque pays prcisment la mme quantit d'eau3 ce sera la loi invariable2 mais la distribution de cette eau sera1 s'il est permis de s'exprimer ainsi1 la partie flexible de la loi4 ,ainsi1 vous voyez qu'avec vos lois invariables nous pourrons fort bien encore avoir des inondations et des scheresses1 des pluies gnrales pour le monde1 et des pluies d'exception pour ceux qui ont su les demander444 ,dj1 dans les temps anciens1 certains raisonneurs embarrassaient aussi les croyants de leur poque en leur demandant pourquoi ,jupiter s'amusait foudroyer les rochers du ,caucase et les forts inhabites de la ,germanie444 ,mais le tonnerre1 quoiqu'il tue1 n'est cependant point tabli pour tuer2 et nous demandons prcisment ,dieu qu'il daigne1 dans sa bont1 envoyer ses foudres sur les rochers et sur les dserts1 ce qui suffit sans doute l'accomplissement des lois physiques4 ,l'auteur d'un ,essai sur les lois du hasard1 ,m4 de ,courcy1 dit que tout au moins ,dieu peut nous envoyer une pense qui nous dtourne de l'endroit o va tomber soit la foudre1 soit une pierre4 ,que le lieu et l'instant o tombe la pierre1 dit-il1 soient prcisment le lieu et l'instant o passait un homme qui la reoit et en est cras1 voil certainement une concidence fortuite1 laquelle on ne peut ni assigner ni mme comprendre aucune cause767444 ,sans violer les lois naturelles1 sans les interrompre1 ,dieu ne pourra-t-il pas m'inspirer la pense de ralentir librement mes pas ou d'en changer la direction8 ,et1 si la prire de ma mre n'est venue veiller sa sollicitude qu'au moment o j'tais arrt dj sur le lieu menac1 ne pourra-t-il pas influencer ma volont toujours libre1 de manire que je m'loigne avant la catastrophe8 ,ainsi toutes les lois seront observes3 celles de la nature physique ne recevront aucune atteinte2 ma libert sera entire1 et c'est par un acte libre que je me serai loign si propos4 ,dieu aura seulement influenc ma volont sans l'asservir1 de la manire propre sa providence4 ,on a demand avec raison ,m4 de ,courcy1 assureur mrite1 s'il ne devrait pas1 en assurant quelqu'un contre les accidents1 mettre comme clause principale de la police d'assurances l'obligation de prier1 puisque les hommes religieux sont moins exposs aux accidents que les impies4 ,nous lui demanderons notre tour si ce ne serait pas un bon calcul pour une compagnie d'assurances de faire dire des prires pour ses assurs3 ce serait tout profit pour ces derniers comme pour la compagnie4 ,peut-tre alors la statistique constaterait-elle une diffrence difiante entre la proportion des accidents ou de la mortalit dans les compagnies religieuses et dans les compagnies non religieuses4--,on le voit1 avec de petites exceptions1 de petits interstices dans les lois de la nature comme ceux de ,m4 ,renouvier1 ou mme avec de simples petites ambiguts1 comme celles qui existent dans les bifurcations d'intgrales de ,m4 ,boussinesq1 on peut assurer l'intervention miraculeuse de ,dieu un domaine fort respectable et concilier 7en apparence7 la contingence avec la mcanique elle-mme4 ,non seulement la prdtermination n'exclut pas la rpartition gale en deux sens1 mais c'est l'imprdtermination qui l'exclut4 ,les partisans du libre arbitre et de la contingence ne se tirent ici d'affaire que par un second paralogisme4 ,l'intervention de l'indtermin et de l'imprvoyable1 prtendent-ils1 ne peut avoir que des effets qui se dtruisent mutuellement et s'galisent#if2 donc l'indtermination fonde seule les attentes gales4--,ptition de principe4 ,pourquoi les effets contingents et indtermins du libre arbitre seraient-ils prcisment dtermins selon un rapport d'galit8 ,pourquoi la compensation serait-elle la loi constante1 la dtermination constante de ce que vous dclarez indtermin8 pourquoi l'quivalence ou la neutralisation mutuelle serait-elle la loi prvoyable d'un libre arbitre qui agit en divers sens imprvoyables8 ,si je suis absolument libre de remuer mon bras droite ou gauche1 pouvez-vous savoir si je le porterai librement autant de fois gauche qu' droite8--,oui1 dites-vous1 puisque vous n'avez pas de raisons pour un ct plutt que pour l'autre4--,mais l'absence de raisons n'entrane pas l'galit de raisons1 et la confusion des deux choses est inadmissible4 ,si1 en fait1 quand je remue mon bras au hasard et mcaniquement1 je finis par le remuer autant de fois droite qu' gauche1 ce n'est pas parce qu'il n'y a point de raisons1 c'est au contraire parce qu'il y a juste autant de raisons ncessaires pour que le courant oscille tantt droite1 tantt gauche1 de manire montrer ainsi sur les grands nombres et les moyennes la rgularit mcanique 7et non libre7 d'un pendule ou d'une balance4 ,le balancement n'est pas l'absence de loi1 c'est une loi rythmique aussi dtermine que le retour priodique de la terre au mme point de son orbite4 ,est-ce que le rapport n'est pas un rapport dtermin8 ,de quel droit en fait-on l'expression de l'indterminisme#ig8 #if ,m4 ,renouvier1 ,crit4 phil41 #e aot #ahhj1 p4 #cf4 #ig ,on insiste et on dit3--,l'galit est1 sinon la loi des faits supposs libres1 au moins celle de notre attente devant les actes libres4--,parler ainsi1 c'est revenir l'erreur de ,laplace1 qui confond l'attente dans l'ignorance avec l'attente fonde sur l'galit connue des chances2 la loi de notre attente1 devant des actes de libre arbitre1 n'est pas #a_/b2 elle est x4 ,si1 en fait1 notre attente est #a_/b1 c'est prcisment parce que nous liminons toute hypothse de libert subjective pour considrer seulement les rapports objectifs des chances1 qui nous apparaissent dans ce cas aboutir un rapport ncessaire d'galit4 ,ce rapport d'galit1 loin de se fonder sur la prsence de la libert1 se fonde au contraire sur son absence4 ,s'il y avait rellement libre arbitre1 il pourrait y avoir un point1 ne ft-ce qu'un seul1 un point absolument indtermin1 sans loi1 qui suffirait contre-balancer toutes les autres lois1 les frapper d'inexactitude1 et qui en particulier permettrait1 toutes choses tant gales d'ailleurs1 de produire cependant des effets non gaux en nombre1 par exemple des mouvements gauche plus nombreux que les mouvements droite1 en dpit de l'quilibre des muscles et de l'quilibre des courants crbraux4 ,oui sans doute1 le tout1 dans cette affaire1 est de comprendre n'importe comment la neutralisation des causes qui n'entrent pas dans le calcul du probable2 il ne faut rien de plus au mathmaticien et il n'a le droit de rien demander au del4 ,mais prcisment le libre arbitre sans loi peut empcher la loi de neutralisation des causes4 ,,ii4--,,la ,,contingence ,,des ,,futurs ,,et ,,sa ,,pr,,tendue ,v,,rification ,,par ,,les ,,lois ,,de ,,la ,,statistique ,dans la statistique1 nous n'avons plus affaire des possibilits gales1 mais des possibilits ingales1 ou plutt des rapports respectifs certains d'ingalit1 une proportion constante entre deux sries de faits1 par exemple la srie des mariages et celle des non-mariages1 la srie des suicides et celle des morts involontaires1 la srie des naufrages et celle des traverses sans naufrage1 etc4 ,examinons successivement le problme au point de vue de la dduction et celui de l'induction4 ,certains dterministes1 comme ,lange1 ont voulu conclure dductivement la dtermination des actes particuliers du seul fait que leur moyenne est dtermine2 certains partisans du libre arbitre1 au contraire1 ont voulu dduire l'indtermination relle et absolue des actes particuliers de ce fait qu'ils restent toujours indtermins en une certaine mesure relativement aux moyennes statistiques4 ,ces deux opinions dpassent galement les prmisses dont elles partent1 et1 en tant que dductions1 elles ne peuvent tre prouves ni l'une ni l'autre4 #a ,d'une seule moyenne et mme de plusieurs1 tant qu'on reste dans la rgion des moyennes1 on ne peut arriver dductivement un cas particulier4 #b ,d'autre part1 de ce que les gnralits mathmatiques ne peuvent s'tendre jusqu'aux actions individuelles1 il n'en rsulte nullement que ces actions soient libres en elles-mmes3 elles peuvent tre simplement la rsultante particulire d'une composition de lois naturelles1 dont la statistique ne mesure que les effets gnraux et moyens4 ,sur le premier point1 ,qutelet a donc raison de dire3--,la loi des grands nombres1 ne rgissant que le collectif1 ne dtermine pas chaque acte en particulier2 toutes les applications qu'on voudrait en faire un homme en particulier seraient essentiellement fausses1 de mme que si l'on prtendait dterminer l'poque laquelle une personne doit mourir en faisant usage des tables de mortalit4 ,on ne peut1 en effet1 appliquer un individu dtermin1 ni mme de petits nombres1 la loi statistique qui1 par dfinition est celle des grands nombres4 ,les lois statistiques ne font que formuler la rsultante d'une foule de lois naturelles qui sont les vraies lois dterminantes des phnomnes3 on ne meurt pas en vertu des lois de mortalit1 mais en vertu des lois naturelles de l'organisme1 dont les tables de mortalit enregistrent les rsultantes moyennes4 ,mais1 ce premier point accord1 il n'est pas moins faux de conclure la relle indtermination des cas particuliers4 ,par exemple1 si vous ne pouvez prdire la mort de tel individu par les tables de mortalit1 vous n'avez pas le droit d'en dduire que cette mort n'est point dtermine par un concours ou une composition de lois ncessaires1 et que l'individu meurt librement4 ,sans doute la loi des grands nombres1 n'est qu'approximative1 et mme1 en gnral1 toutes les lois de la nature sont approximatives pour nous en tant qu'invrifiables dans leurs derniers dtails2 dductivement il reste donc dans le dtail une place possible la contingence4 ,c'est ce qui a fait dire ,zeller3--,la science a seulement pour objet les lois gnrales1 et la contingence peut ne porter que sur les faits particuliers4--,mais1 inductivement1 cette contingence est une hypothse gratuite4 ,on pourrait1 par des raisonnements comme ceux de ,zeller et de ,m4 ,renouvier1 laisser place jusque dans la loi d',archimde l'action des anges et des dmons1 car on ne peut vrifier la loi dans le menu dtail1 et1 outre que toute loi est gnrale1 elle semble toujours approximative4 ,n'est-il pas cependant plus logique et plus probable d'expliquer les carts apparents d'une loi dans les faits particuliers par sa composition avec une autre loi1 comme on explique la dclinaison d'une pierre qui tombe par la rencontre d'un obstacle#ih8 ,on ne peut prdire le temps que d'une manire approximative l'aide des tables statistiques2 mais1 si on connaissait mieux toutes les lois particulires qui sont la trame de la statistique1 on pourrait prdire tel orage pour tel jour1 telle heure4 ,la statistique est une sorte d'artifice indirect1 par cela mme insuffisant1 pour enserrer les choses dans des lois sans connatre ces lois2 mais l o la statistique s'arrte1 elle montre elle-mme le chemin l'induction4 #ih ,toute constatation exprimentale1 a dit excellemment ,m4 ,boutroux1 se rduit en dfinitive resserrer la valeur de l'lment mesurable des phnomnes entre des limites aussi rapproches que possible4 ,jamais on n'atteint le point prcis o le phnomne commence et finit rellement444 ,ainsi nous ne voyons en quelque sorte que les contenants des choses1 non les choses elles-mmes4 ,mais ,m4 ,boutroux ajoute3--,nous ne savons pas si les choses occupent dans leurs contenants une place assignable4 ,a supposer que les phnomnes fussent indtermins1 mais dans une certaine mesure seulement1 laquelle pourrait dpasser invinciblement la porte de nos grossiers moyens d'valuation1 les apparences n'en seraient pas moins exactement telles que nous les voyons4 ,on prte donc aux choses une dtermination purement hypothtique1 sinon inintelligible1 quand on prend au pied de la lettre le principe suivant lequel tel phnomne est li tel autre phnomne 7p4 #bh74--;,il nous semble que l'ingnieux mtaphysicien se place ici au contre-pied de la vrit1 et qu'on pourrait lui dire3--,c'est prcisment votre hypothse de l'indtermination qui est3 #a inintelligible1 #b purement hypothtique1 #c contraire toute induction4 ,en effet1 si je puis1 mme exprimentalement1 resserrer la valeur de l'lment prtendu indtermin entre des limites aussi rapproches qu'il est possible1 c'est le cas de passer la limite en disant que l'indtermination suppose est comme si elle n'existait pas2 de mme1 si je vrifie une loi de physique entre des limites indfiniment rapproches1 il ne me viendra jamais l'esprit de supposer qu'en allant plus loin la loi cesse1 moins qu'elle ne se compose avec une autre loi4 ,voyons donc quelles sont les inductions les plus lgitimes sur la nature relle de ce rsidu qui demeure dductivement en dehors des moyennes statistiques8 #a ,par conomie d'hypothses1 toutes choses gales d'ailleurs1 il est lgitime de supposer dans ce rsidu la continuation de l'empire des lois1 loin d'y admettre avec ,m4 ,renouvier l'absence de lois4 ,en effet1 supposer le libre arbitre l o les autres lois peuvent suffire l'explication1 c'est faire une hypothse scientifiquement gratuite1 comme si1 aprs avoir expliqu les geles d'avril par les causes ordinaires1 on s'obstinait maintenir par surcrot l'influence de la lune4 #b ,par analogie1 les cas de libert et les cas sans libert sont assimilables4 ,les aberrations de mmoire releves dans la suscription des lettres ne peuvent pas plus tre prvues dans le dtail individuel que les suicides1 quoiqu'elles soient aussi rgulires en moyenne2 il n'en rsulte pas que les erreurs de suscription soient volontaires4 ,de mme1 l'impossibilit de prvoir les suicides dans le dtail n'autorise pas les croire libres4 #c ,l'induction en faveur du dterminisme crot en probabilit mesure qu'on resserre le libre arbitre dans un plus troit espace3 si ce resserrement peut tre pouss aussi loin qu'on veut1 l'induction deviendra de plus en plus voisine de la certitude4--,supposons1 dit ,m4 ,renouvier1 des boules prenant leur couleur elles-mmes dans une urne2 peu importe qu'elles l'aient d'avance ou la prennent au moment de l'extraction1 pourvu que la proportion du noir et du blanc subsiste4--,sans doute2 mais d'abord1 si les boules prenaient rellement elles-mmes leur couleur1 la proportion pourrait-elle subsister8 ,si le libre arbitre tait rel et agissant1 il y aurait1 ici encore1 un point indtermin1 sans loi1 qui suffirait peut-tre contrebalancer toutes les autres lois1 et vous ne pourriez plus1 par exemple1 imposer certainement priori aux boules d'une urne cette loi de proportion3--,sur mille tirages1 vous serez dans la proportion de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf blanches et une noire4--,de plus1 pour nous rapprocher des ralits particulires1 il faut compliquer les donnes3 supposons donc une urne o soient des boules de sept couleurs4 ,la statistique m'apprend1 je suppose1 qu'il sort effectivement de l'urne #fj boules sur #ajj2 vous dites alors3--,pourvu qu'il sorte #fj blanches1 part ncessaire du dterminisme1 les #dj boules restantes sont libres d'tre bleues1 jaunes1 rouges1 etc4--,par malheur1 une seconde loi de statistique m'apprend qu'il sort #cj rouges sur #dj boules non blanches4--,mais alors il y a #aj boules qui peuvent choisir entre le vert1 le jaune1 etc4--,une troisime loi statistique m'apprend qu'il sort #f boules vertes sur #aj boules non blanches et non rouges4--,alors1 il y a quatre boules qui peuvent choisir entre le jaune et le bleu4--,la statistique m'apprend qu'il sort #c boules bleues sur les boules qui ne sont ni jaunes1 ni vertes1 ni rouges1 ni blanches444 ,et ainsi de suite4 ,les lois statistiques vont ainsi s'entrecroisant et tablissant des proportions de plus en plus dtermines4 ,elles ne pourront jamais1 sans doute1 comme les lois naturelles dont elles ne sont que l'enveloppe1 aboutir une dduction individuelle2 mais n'a-t-on pas le droit d'induire que1 si nous connaissions toutes ces lois naturelles1 nous les verrions produire par leur entrecroisement les faits particuliers1 rsidu de la statistique8 ,est-il probable que1 toutes les proportions des diverses couleurs tant dtermines1 les boules demeurent libres d'changer indiffremment leurs rles et de se dire entre elles3 ,passez-moi la couleur rouge1 vous aurez la couleur verte3 pourvu qu'on trouve le compte final1 nous pouvons nous passer l'une l'autre nos couleurs4--,enfin1 le dterminisme statistique1 quoique ne portant pas sur les derniers dtails des choses1 acquiert une valeur nouvelle quand il vient s'ajouter au dterminisme plus interne des lois sociologiques1 psychologiques1 biologiques1 physico-chimiques1 mcaniques4 ,la libert que les indterministes maintiennent alors dans les dtails rappelle trop la libert laisse aux femmes par l'dit humoristique d'un prince d',orient3--,art4 ,i4 ,toutes les femmes sont libres de sortir travers la ville4 ,art4 ,,ii4 ,elles ne pourront sortir que voiles4 ,art4 ,,iii4 ,quiconque aura fabriqu ou vendu des voiles sera puni de mort4--,pour parler srieusement1 la lgislation de la nature est en elle-mme aussi rigide que celle des souverains absolus1 et sa rigidit a des rsultats trop souvent tragiques4 ,prenons un exemple4 ,supposons qu'il y ait un naufrage sur mille personnes qui s'embarquent2 il faut1 si nous sommes mille nous embarquer1 que l'un de nous fasse naufrage1 non pas directement en vertu des lois statistiques1 mais en vertu des lois dont la statistique compte et classe les effets4 ,qui dcidera dans ce cas de la victime tributaire8 ,le concours des circonstances particulires1 l'intersection des sries de lois que prsuppose la statistique4 ,si donc je connaissais mieux le dtail des circonstances1 je pourrais savoir que c'est moi qui suis l'un sur mille1 parce que je m'embarque sur une mer plus dangereuse1 par un mauvais temps1 sur un mauvais navire1 dans telle circonstance fcheuse1 etc4 ,plus j'aurais de tables de statistiques varies ma disposition1 de manire y faire rentrer toutes les circonstances particulires1 plus1 par ce moyen indirect1 je pourrais me rapprocher1 sans y atteindre1 d'une prvision portant sur le particulier4 ,pareillement il faut qu'il y ait1 je suppose1 un assassin par jalousie sur cent mille jaloux2 voici donc dj1 pour les jaloux1 la libert de ne pas assassiner resserre dans les limites du nombre #iii1iii4 ,maintenant1 il faut aussi1 je suppose1 qu'il y ait six cents jaloux sur mille amoureux1 et deux cents jaloux jusqu' la fureur1 quatre jusqu' la folie1 etc41 etc4 ,nous resserrons de plus en plus le libre arbitre par une sorte de compression indfinie4 ,l'induction rend probable1 par analogie avec l'autre exemple1 que celui qui se trouvera dans des circonstances spciales de temprament1 d'ducation1 d'entranement1 etc41 sera la victime prdestine au minotaure du crime4 ,quelle diffrence1 en effet1 pourrait-on tablir entre les deux cas1 sinon artificiellement et tout hypothtiquement1 quoique le naufrage soit involontaire et l'assassinat voulu8 ,en combinant directement des lois naturelles avec des lois naturelles1 on pourrait probablement1 sur les mille individus1 en liminer neuf cent quatre-vingt-dix1 et les dix restants pourraient dire3--,l'un de nous sera assassin4--,on pourrait encore pousser plus loin le calcul des circonstances1 en liminer huit4 ,alors se poserait pour les deux restants le dilemme tragique3--,il faut que l'un de nous tue4--,avec un peu plus de connaissance des causes1 l'un des deux pourrait enfin s'crier3 ,celui qui doit tuer1 c'est moi4--,l'induction et l'analogie n'amnent nullement croire que cet homme tuerait ou ne tuerait pas en vertu du libre arbitre4 ,seulement1 il lui resterait dans la pense mme de l'avenir une dernire ressource1 et la raction de l'ide sur le fait pourrait l'empcher de commettre le meurtre4 ,les ractions de l'intelligence1 en effet1 et toutes les autres1 demeurent toujours possibles4--,les moyennes1 comme le dit ,qutelet1 s'altrent avec le temps2 or cette altration1 quand les causes physiques restent les mmes1 ne peut tre due qu' l'action perturbatrice de l'homme#ii4--,seulement on n'en peut conclure1 avec ,qutelet1 que les ractions individuelles soient dues l'exercice d'un libre arbitre4 ,pourquoi ne seraient-elles pas aussi bien et mieux encore l'effet du progrs intellectuel1 de l'adoucissement des moeurs1 de l'volution sociale8 ,c'est par le perfectionnement de ses ides et de ses sentiments que l'homme matrise les causes1 modifie leurs effets et cherche se rapprocher d'un tat meilleur4 ,les ides sont des forces directrices1 perturbatrices1 correctrices2 on ne peut donc conclure1 comme on prtend le faire1 de la seule variabilit1 de la seule individualit la libert#ajj4 ,le nouveau peut tre li l'ancien par un rapport qui exclue la possibilit des contraires4 ,la varit des effets n'est pas l'ambigut des causes4 ,en un mot1 loin d'exclure le devenir1 le dterminisme est la loi du devenir4 ,causalit est fcondit sans doute1 non strilit1 mais c'est une fcondit selon des lois4 ,notre espoir de progrs n'est donc pas un espoir en dehors du dterminisme1 mais en dedans et par le moyen du dterminisme mme4 #ii ,physique sociale1 t4 ,ier1 #ah4 #ajj ,est-il un homme dont le caractre soit rellement invariable8 ,est-il une nation dont l'histoire entire soit l'expression d'une seule et mme ide8444 ,ainsi la variabilit se retrouve jusque dans les profondeurs les plus recules de la nature humaine4 7,m4 ,boutroux1 id41 #ach1 #adb47 ,en rsum1 on ne peut pas faire de la statistique une preuve apodictique du dterminisme1 comme l'ont prtendu certains savants trop presss de conclure3 la statistique se borne compter le nombre de fois qu'un mme dessin revient dans la tapisserie des vnements2 elle ne nous dcouvre pas directement les fils mmes et les lois du tissage4 ,mais elle permet d'induire de la constance des dessins la constance des lois qui les amnent4 ,en outre1 la connaissance directe et progressive de ces lois naturelles rend de plus en plus invraisemblable le libre arbitre attribu aux derniers lments qu'elles rgissent4 ,par les lois de la statistique et leur entrecroisement1 le libre arbitre est resserr dans un domaine indfiniment dcroissant1 et le dterminisme devient d'autant plus tendu qu'on pousse plus loin l'analyse4 ,,iii4--,,critique ,,de ,l',,id,e ,,de ,,contingence ,,des ,,possibles ,le libre arbitre1 qui est l'indterminisme dans le temps1 ne peut se reprsenter que comme une sorte de puissance double effet qui enveloppe en elle-mme des contraires contingents2 et alors on aboutit toutes les difficults mtaphysiques que nous avons passes en revue4 ,aussi sommes-nous amen conclure que l'opposition des contraires galement possibles au mme instant est une reprsentation toute logique1 qui rsulte d'abstractions et de combinaisons imaginaires4 ,cette reprsentation se produit tout naturellement sans exiger aucun effort de notre part1 car elle provient de ce que nous ne faisons pas une analyse complte ni un complet calcul3 elle provient de notre impuissance et de notre repos intellectuel4 ,les divers possibles nous paraissent alors concider dans la perspective intrieure1 la pense mme de leur concidence tend effectivement les rapprocher4 ,dans une immense alle d'arbres1 les arbres lointains semblent se toucher1 parce que nous demeurons en repos sans aller vrifier jusqu'au bout2 que serait-ce s'il n'y avait point de bout8--,aussi la conscience n'a-t-elle pu nous apprendre ni si nous sommes des causes libres1 ni s'il existe une relle puissance enveloppant des possibles1 une relle contingence dans les causes1 par cela mme une relle indtermination des effets futurs4 ,passons donc du point de vue subjectif au point de vue des faits objectifs4 ,pour tablir vritablement la possibilit absolue et inconditionnelle ou contingence des contraires1 il faudrait une science absolue des choses et de leurs rapports3 telle n'est pas1 videmment1 notre connaissance logique et discursive#aja4 ,une conception est pour nous logiquement possible lorsqu'elle ne se contredit point2 mais cette conception1 selon la remarque de ,kant1 peut nanmoins tre rellement vaine1 si la ralit objective de la synthse par laquelle le concept est produit n'est pas elle-mme dmontre2 or1 cette dmonstration repose toujours sur des principes de l'exprience possible1 et non sur le principe de l'analyse ou principe de contradiction#ajb4 ,au reste1 si l'on ne peut priori tablir la possibilit absolue d'une chose par un simple enchanement de concepts1 on ne peut pas davantage en tablir priori et de la mme manire l'impossibilit absolue1 moins que la chose ne soit absolument contradictoire4 ,il en rsulte qu'il y a toujours quelque chose de hasardeux dans les spculations logiques sur la possibilit ou l'impossibilit des choses4 ,il est possible abstraitement que la fin du monde arrive demain1 et1 en gnral1 il n'est pas d'extravagance qui ne soit possible par une combinaison de notions incompltes4 ,la possibilit1 abstraction faite de la ralit concrte1 n'est que la pure forme de l'identit avec soi4 ,mais prcisment1 comme l'a dit ,hgel1 dans tout contenu rel1 dans toute existence concrte1--par exemple dans l'objet qui de noir devient blanc1--une dtermination ou qualit particulire peut tre considre comme une opposition dtermine et1 en consquence1 comme impliquant une certaine contrarit4 ,ce qui est est1 disait ,parmnide1 tu ne sortiras jamais de cette pense2 mais cet axiome est strile et il faut bien que la ralit1 elle1 sorte de cette pense3 sans cela1 ce qui est actuellement serait toujours1 et le changement1 qui suppose une opposition1 serait impossible4 ,jamais un objet blanc ne pourrait devenir noir s'il tait rduit en quelque sorte dire pendant toute l'ternit3 ,ce qui est est2 je suis blanc1 donc je suis blanc2 ce qui sort de l'identit logique tant impossible1 je ne puis sortir de l'identit du blanc avec le blanc pour devenir noir4--,hegel n'avait pas tort de dire que la philosophie doit liminer toute recherche qui a pour objet d'tablir abstraitement et en l'air que telle ou telle chose est possible ou1 comme l'on dit1 pensable3 c'est l-dessus que la scolastique s'est consume#ajc4 ,plus on est ignorant1 moins on embrasse les rapports dtermins de l'objet que l'on considre1 et plus on est port par cela mme se perdre dans toute espce de possibilits vides4 ,la pense doit donc s'lever au-dessus de ces catgories logiques de possible ou d'impossible4 ,tout au moins ne peuvent-elles fournir qu'une reprsentation fallacieuse de la vraie libert morale4 #aja ,que l'on nous montre priori1 a dit ,m4 ,janet 7,trait de philos41 p4 #cah71 en quoi ce que nous appelons le possible est impossible4--,mais1 d'abord1 on peut encore bien moins dmontrer priori que ce que nous appelons possible est rellement possible4 ,il ne suffit pas de dire3 dmontrez-moi priori que ce que nous appelons la possibilit d'une chute de la lune sur la terre est impossible pour montrer que cette chute est possible effectivement4 ,de plus1 priori1 on peut raisonner ainsi3--,au possible manque quelque chose pour tre rel1 sans quoi il serait dj rel2 donc le possible1 sans cette condition1 est impossible4 ,et cette condition elle-mme1 elle a d avoir sa condition de ralit1 car sans cela elle et t aussi immdiatement relle et non pas simplement possible2 elle tait donc vraiment impossible sans cette condition1 et ainsi de suite4 ,on peut ainsi soutenir priori que ce que nous appelons possible1 comme tel1 est identique l'impossible1 et qu'il n'y a de vrit que dans la ralit4 ,on ne sortira pas de ce labyrinthe par des spculations abstraites sur le possible et l'impossible4 #ajb ,raison pure1 t4 ,,ii1 p4 #bif4 #ajc ,voir ,hegel1 ,logique1 #adc4 ,revenons maintenant au point de vue exprimental et non plus logique2 que deviendra l'ide de possibilit ou1 plus proprement1 de puissance8--,elle paratra bien moins exprimer la libert morale de dcision que la puissance excutive ou la libert physique1 au sens le plus gnral de ce mot4 ,en effet1 nous ne pouvons gure nous reprsenter la puissance que comme s'appliquant une rsistance1 selon la dfinition mme des forces mcaniques2 mais alors la puissance de deux contraires apparat comme un surplus ou une quantit suprieure de puissance par rapport deux rsistances de directions opposes4 ,lever et abaisser le bras sont galement possibles parce que les rsistances que je rencontre1 soit en levant1 soit en abaissant le bras1 sont toutes deux infrieures la puissance dont je dispose4 ,les possibilits de contraires sont donc1 ici encore1 de simples relations et1 qui plus est1 des relations mcaniques4 ,en somme1 nous appelons jusqu'ici possible soit ce qui n'implique pas logiquement contradiction1 soit ce qui n'offre mcaniquement qu'une rsistance infrieure une puissance donne2 dans les deux cas nous n'avons qu'une reprsentation logique ou mcanique1 inadquate sans doute la ralit mtaphysique et encore plus l'ordre vraiment moral4 ,si on laisse de ct les spculations thoriques sur la possibilit ou l'impossibilit absolue1 soit dans l'ordre logique soit dans l'ordre mcanique1 on remarquera que1 pratiquement et psychologiquement1 le contraire d'un acte peut nous devenir possible sous la condition d'y penser suffisamment1 de manire susciter en nous l'motion2 et il devient d'autant plus possible que nous y pensons davantage4 ,or1 dans toute question morale1 le contraire de l'acte se prsente toujours la pense3 nous ne manquons jamais avec rflexion notre devoir sans penser au devoir1 sans apercevoir dans cette pense mme une puissance susceptible d'un accroissement indfini1 sans avoir conscience que notre nature est capable1--quoique non inconditionnellement et au mme instant1--d'un acte infiniment suprieur celui que nous accomplissons4 99 99 99 99 99 ,passons du point de vue du la causalit celui de la finalit4 ,a ce point de vue1 les possibilits diverses paraissent s'accrotre pour nous mesure que la fin poursuivie est moins immdiate et moins prochaine4 ,c'est l un rsultat du pouvoir d'abstraction et de construction qui appartient l'intelligence4 ,dans la fatalit de la passion1 le moment prsent est tout1 le moyen et la fin sont alors contigus4 ,entre la ralit de l'antcdent actuel1 comme la fureur1 et la ncessit de sa consquence immdiate1 comme un acte de violence1 le possible n'a point de place4 ,dans la rflexion applique aux biens sensibles1 c'est--dire dans le calcul de l'intrt1 la fin recule au loin dans le temps3 par l elle laisse place diverses sries de moyens possibles1 diverses lignes de conduite plus ou moins directes4 ,cependant le nombre des sries ou des possibles est encore limit1 et le choix ne s'exerce que dans un cercle restreint4 ,dans l'acte moral1 qui aspire dpasser le dterminisme1 la fin entrevue consiste en un idal de libert universelle1 d'unit par l'amour4 ,dans cette sphre illimite et indtermine il est naturel que l'esprit s'attribue une plus grande libert de mouvements4 ,l peut s'exercer en quelque sorte la spculation l'infini1 par cela mme un certain dsintressement4 ,toutefois1 mme ces divers points de vue de la finalit1 le possible et l'impossible offrent toujours un caractre relatif et subjectif1 qui empche de les considrer comme l'expression absolue des choses4 ,ils sont seulement l'expression de notre libert intellectuelle1 c'est--dire de notre pouvoir de construire l'idal et d'imaginer des possibilits idales4 ,ces possibilits1 sans doute1 peuvent devenir pratiquement objet de dsir1 ces ides peuvent devenir des forces directrices2 mais il n'en rsulte nullement que les contraires nous soient possibles au mme instant4 ,le champ de la contingence abstraite recule en mme temps que va plus avant notre connaissance de la ralit concrte4 ,les possibles semblent donc dpendre de la ralit1 et non la ralit des possibles4 ,l'acte produit la puissance4 99 99 99 99 99 ,s'ensuit-il1 comme le soutient un dterminisme exclusif1 que toute ralit soit ncessaire absolument et primitivement8 ,aprs avoir subordonn le possible et le contingent au rel1 devons-nous subordonner le rel lui-mme au ncessaire8--,c'est ce qui nous reste examiner4 ,,chapitre ,,septi,,me ,,le ,,principe ,,du ,d,,terminisme ,,et ,,sa ,,limite ,,dans ,l',,id,e ,,de ,,libert ,i4 ,principe du dterminisme intellectualiste et mcaniste4--,l'intelligibilit universelle et ses conditions3 universalit des lois1 permanence de la quantit de matire phnomnale1 rciprocit universelle des phnomnes4--,rduction de ces trois principes celui de la causalit phnomnale4--,comment un mme principe1 selon ,kant1 rend la fois possible l'intellection dans le sujet pensant1 l'intelligibilit dans l'objet pens4--,insuffisance de ce principe pour expliquer la ralit du sujet et celle de l'objet4 ,,ii4 ,principe du dterminisme dynamiste4--,l'quivalence mcanique n'exclut pas le progrs intrieur et psychique4--,ide de la causalit efficiente4--,que la notion de temps n'est plus aussi intimement lie cette ide4--,comment nous tendons la dpasser en nous levant du successif au simultan et du simultan au permanent4 ,,iii4 ,limite du dterminisme4--,valeur relative et symbolique du dterminisme4--,l'ide de libert suprieure au temps4--,dfinition de cette ide4--,son caractre problmatique4--,son identit avec celle d'absolu4 ,i4--,l'intelligence a des fonctions analytiques et des fonctions synthtiques2 les premires sont soumises au principe d'identit4 ,on a voulu faire de la ncessit logique1 fonde sur ce principe d'identit1 la suprme explication des choses#ajd4 ,mais cette ncessit n'offre1 selon la remarque de ,leibnitz1 qu'un caractre relatif et hypothtique3 car la ncessit pour une chose d'tre identique ce qu'elle est ne nous apprend pas ce qu'elle est1 et prsuppose la chose elle-mme4 ,le principe d'identit1 le syllogisme mme1 qui semblait d'abord ce qu'il y a de plus inconditionnel1 est donc la forme du conditionnel et de l'hypothtique3 suppos qu'une chose soit1 elle est4 ,comme1 en fait1 toutes choses ne sont pas identiques sous tous les rapports1 comme il existe des diffrences1 des oppositions mme dans la nature et dans l'esprit1 il reste toujours savoir quel est le lien qui unit en un ensemble harmonieux les choses les plus diffrentes4 ,ce lien1 tant une synthse1 ne pourra tre exprim par un axiome analytique1 ni par un syllogisme1 mais par des principes synthtiques4 #ajd ,voir ,m4 ,taine1 l',intelligence1 t4 ,,ii4 ,on sait de quelle manire ,kant a dtermin ces principes1 qui sont les conditions de l'universelle intelligibilit4 ,l'objet de la pense ou de l'intellection1 c'est une synthse des phnomnes dans l'espace et surtout dans le temps4 ,or le temps a trois formes principales3 permanence1 succession et simultanit4 ,de l les trois relations fondamentales qui seules peuvent rduire en un systme unique les phnomnes1 pour en faire un objet de pense et par l les rendre intelligibles4 ,le premier principe rgulateur qui sert tablir l'universelle synthse des phnomnes1 consquemment l'universelle intelligibilit1 est la permanence de la force et de la quantit de matire phnomnale4 ,ce principe est prsent par ,kant non comme loi empirique1 mais comme condition de la pense scientifique4 ,nos sensations1 en tant que telles1 sont dans une vicissitude indfinie2 si l'on n'admettait que cette vicissitude sans la rapporter quelque chose de permanent1 l'existence phnomnale commenant et finissant sans cesse n'offrirait aucune quantit1 aucune dure mesurable4 ,il n'y aurait pas mme de vrai changement ni de phnomne perceptible la conscience1 car le vrai changement est une manire d'exister qui succde une autre manire d'exister dans le mme objet de conscience4 ,l'tre permanent en quantit seul change1 malgr l'apparence de paradoxe1 dit ,kant2 car les manires d'tre qui naissent ou prissent dans l'tre n'prouvent pas1 elles1 un changement vritable3 elles prouvent seulement une vicissitude4 ,voil pourquoi tout commencement est pens comme relatif quelque chose de permanent en quantit dans l'espace et dans le temps4 ,un commencement absolu qui ne se rattacherait aucune chose prexistante et augmenterait la quantit d'existence1 serait un monde part des autres1 part de la pense4--,n'est-ce pas le mme raisonnement que nous reconnaissons dans les ,premiers principes de ,spencer8 ,cette universelle relation des phnomnes avec le substantiel1 entendu d'ailleurs en un sens qui n'a rien de mtaphysique#aje1 n'est encore selon ,kant1 et aussi selon ,spencer1 qu'une unit insuffisante pour la pense1 pour l'intellection4 ,il faut de plus que les phnomnes soient unis entre eux1 non pas seulement avec leur matire permanente en quantit2 il faut que leur succession soit soumise un principe synthtique4 ,autrement1 il n'y aurait dans l'esprit qu'un jeu de reprsentations sans lien et sans objet intelligible4 ,l'exprience n'est donc possible que dans la supposition suivante3 tout vnement est prcd de quelque autre vnement qu'il suit d'aprs une loi dtermine4 ,c'est l le principe de la causalit purement phnomnale1 de la succession rgulire1 de la loi1--principe o il est facile de reconnatre la base du dterminisme4 #aje ,il ne s'agit nullement1 en effet1 de la substance des mtaphysiciens1 mais de celle des physiciens et des mcaniciens1 qui se rduit une quantit permanente de matire et de force motrice4 ,aprs avoir1 au moyen de la loi ou succession uniforme d'antcdents et de consquents1 fait la synthse de la diversit dans des temps successifs1 nous devons1 pour unifier entirement la connaissance1 faire la synthse de la diversit dans le mme temps4 ,cette synthse est la relation de simultanit et de rciprocit universelle4 ,la place d'une chose dans le temps et dans l'espace doit pouvoir tre assigne par rapport celle de toutes les autres1 et les sries de successions doivent former un systme de simultanits4 ,il doit y avoir quelque chose par quoi ,a dtermine ,b sa place dans le temps1 et rciproquement ,b ,a4 ,par consquent1 selon ,kant1 tout objet doit comprendre en soi la loi qui assigne certaines dterminations leur place dans d'autres objets2 et ceux-ci1 leur tour1 doivent assigner certaines dterminations leur place dans le premier4 ,par l les choses sont en une rciprocit universelle4 ,le consensus des choses fait que chacune influe sur toutes1 et toutes sur chacune4 ,c'est la rciprocit du dterminisme entre tous les tres4 ,alors seulement l'intelligence a vraiment pour objet un univers intelligible1 c'est--dire un tout li et dtermin en toutes ses parties4 ,on reconnat dans cette doctrine de ,kant les trois lois que ,leibnitz avait dj imposes au monde3 principe de la persistance de la force1 principe de la raison suffisante1 principe de l'harmonie prtablie4 ,a vrai dire1 ,kant aurait d ramener ces trois lois une seule3 la loi de causalit phnomnale4 ,en effet1 rciprocit des causes1 c'est toujours causalit universelle2 quant la substance matrielle et phnomnale1 nous ne la concevons que comme l'ensemble des choses qui se conditionnent dans l'espace et dans le temps selon la loi de causalit3 c'est la totalit phnomnale et causale4 ,kant n'en a pas moins le mrite d'avoir montr dans les lois du monde un organisme o les parties et le tout s'impliquent mutuellement1 et1 dans cet organisme1 l'expression de la pense mme ou les conditions de sa possibilit1 c'est--dire de son unit consciente4 ,ces conditions produisent un double rsultat4 ,en mme temps qu'elles rendent la pense possible pour le sujet pensant1 elles la rendent aussi objective1 c'est--dire qu'elles lui donnent une porte1 une valeur1 une vrit4 ,a quelles conditions1 en effet1 se demande ,kant1 devons-nous considrer le rapport des phnomnes et leur liaison comme ayant lieu dans la ralit1 non pas seulement dans nos reprsentations#ajf8 ,les reprsentations ne sont toujours que des reprsentations1 c'est--dire des dterminations intrieures de l'esprit dans tel ou tel rapport de temps4 ,d'o vient donc que nous faisons de ces reprsentations un objet1 ou qu'indpendamment de leur ralit subjective comme modifications1 nous leur attribuons encore je ne sais quelle ralit objective8 ,la valeur objective ne peut consister dans le rapport avec une autre reprsentation2 car autrement reviendrait la question3 comment cette reprsentation sort-elle d'elle-mme et acquiert-elle une valeur objective1 outre cette valeur subjective qui lui est propre comme dtermination ou tat de l'esprit8--,si nous cherchons quelle proprit nouvelle le rapport un objet donne nos reprsentations1 et quelle importance elles en retirent1 nous trouvons qu'il ne fait que rendre ncessaire une certaine liaison des reprsentations et la soumettre une rgle4 ,rciproquement1 par cela seul qu'un certain ordre de nos reprsentations est ncessaire sous le rapport du temps1 elles ont une valeur objective444 comme si une rgle servant de principe nous forait garder cet ordre de perceptions plutt qu'un autre4 ,cette contrainte est proprement ce qui rend enfin possible la reprsentation d'une succession dans l'objet1 et non plus seulement dans notre imagination4 ,en premier lieu1 je ne puis intervertir une srie de choses objectives1 comme les diverses positions d'un bateau sur un fleuve1--en mettant avant ce qui vient aprs4 ,en second lieu1 tant pos l'tat antrieur1 l'vnement dtermin arrive immanquablement et ncessairement#ajg4 #ajf ,critique de la raison pure1 p4 #bag1 #bah4 ,tr4 ,tissot4 #ajg ,critique de la raison pure1 p4 #cbb4 ,ainsi donc1 si le lien tabli entre les sensations n'tait qu'un lien momentan1 nous ne pourrions vraiment objectiver3 nous retomberions encore dans la confusion primitive o le subjectif et l'objectif sont indiscernables1 o il n'y a point de pense ni de vrit2 voil pourquoi ,kant admet un ordre de succession invariable4 ,de plus1 il ajoute la constance la ncessit2 les choses1 pour tre vraies1 doivent tre tellement lies par un dterminisme universel que nous n'en puissions concevoir la place change2 seul un tel ordre de choses1 par sa ncessit1 s'opposera au dsordre de nos sensations ou l'arbitraire de notre imagination1 et acquerra ainsi une valeur objective1 une vrit4 ,poussant sa thse jusqu'au bout1 ,kant construit ainsi un dterminisme absolu et universel1 o chaque chose est dtermine dans le temps et dans l'espace par tout ce qui la prcde et par tout ce qui l'accompagne1 en mme temps qu'elle dtermine pour sa part toutes les autres choses4 ,il ne se contente pas1 comme l'cole anglaise1 d'une constance de fait1 lien trop fragile et trop superficiel ses yeux3 il veut une ncessit intrinsque1 une loi universelle1 qui est le principe de causalit phnomnale4 ,ce principe est la condition commune de toute intelligence et de toute intelligibilit4 ,si la doctrine de ,kant s'arrtait ce premier point de vue1 qui est le dterminisme intellectualiste1 on pourrait se poser cette question3--,faisons-nous nous-mmes partie de ce dterminisme universel1 ou sommes-nous en dehors8 ,si nous en faisons partie1 tout tant ncessaire1 tout est rellement insparable2 nous n'avons rien en nous qui puisse rellement se sparer de quoi que ce soit2 on ne voit donc plus comment distinguer d'une manire relle le subjectif de l'objectif3 cette distinction n'aura qu'une vrit abstraite1 non une ralit concrte4 ,la ncessit1 en effet1 s'appliquant tout1 ne peut s'opposer rien1 et il n'y a plus rellement qu'un seul tre1 dans lequel tout est indissoluble4 ,si nos sensations offrent une apparence de dsordre et d'arbitraire1 qui fonde la distinction purement formelle du sujet et de l'objet1 ce n'est l qu'une apparence1 que la rflexion doit dtruire2 et la rflexion1 au lieu de fournir une distinction relle du moi et du non-moi1 finira par la refuser4 ,dans l'universelle ncessit tout est un au fond1 le divers n'est qu' la surface4 ,aussi le point de vue du dterminisme intellectualiste1 quand il est exclusif1 aboutit un systme de choses indissoluble o le moi1 le sujet1 n'est vraiment qu'une forme4 ,et l'objet1 son tour1 c'est--dire le monde de la science1 est-il autre chose qu'une forme8 ,les lois scientifiques sont les rapports des choses dans l'espace et dans le temps2 par leur ncessit1 elles constituent la vrit logique du monde ou son intelligibilit1 mais non sa vivante ralit4 ,le dterminisme intellectualiste exprime l'ordre dans lequel s'enchanent tous les anneaux des choses1 il peut servir dcouvrir les dessins que forme cette chane enroule et noue de mille manires2 mais avec quoi est-elle faite8--,une telle question dpasse le domaine du dterminisme4 ,la ncessit est donc simplement l'ordre logique et mathmatique des relations qui unissent les phnomnes dans le temps et dans l'espace4 ,c'est ce que rendra vident une considration plus approfondie de cet ordre ncessaire4 ,pour mriter vraiment son nom et pour tre une vritable unit1 l'ordre universel doit tre tel que chacun des rapports dont il est l'ensemble puisse tre connu par le moyen de tous les autres4 ,en mathmatiques1 on trouve le quatrime membre d'une proportion par le moyen des trois autres membres donns4 ,les rapports des quantits entre elles peuvent tre dtermins d'avance par les lois des proportions ou de l'analogie mathmatique1 et cette analogie est une formule nonant l'galit de deux rapports de quantit 7par exemple3 #b_/d #c_/f74 ,comme il ne s'agit alors que de quantits1 la connaissance de trois termes permet de dduire effectivement le quatrime ou de le construire d'aprs les rgles d'une synthse mathmatique3 par exemple l'galit du rapport de #d #h et du rapport de #c x me permet de construire le quatrime terme1 #f1 d'aprs la loi de formation des quantits extensives4 ,de mme nous pourrions1 selon la remarque de ,kant1 construire et dterminer priori la quantit intensive de la sensation produite par la lumire solaire1 en ajoutant environ deux cent mille fois elle-mme celle de la lune#ajh4 ,le dterminisme universel1 lui aussi1 au point de vue de la relation1 unit toutes choses par un raisonnement analogique2 seulement ce genre d'analogie n'nonce plus1 comme en mathmatiques1 l'galit de deux rapports de quantit1 mais celle de deux rapports de qualit1 par exemple lumire et chaleur4 ,ds lors1 trois membres tant donns1 je ne puis plus dduire le quatrime membre lui-mme1 mais seulement un rapport ce quatrime1 savoir un rapport de temps1 un mode de liaison et une place dans le temps3 par exemple la concomitance entre la lumire d'une bougie et sa chaleur4 ,seule la sensation peut m'apprendre posteriori ce que ce quatrime terme est en fait2 je ne puis avoir priori qu'une rgle pour le chercher dans l'exprience et un signe auquel on peut le reconnatre4 ,voil pour quelle raison la ncessit porte seulement sur les relations et sur les phnomnes1 non sur les choses elles-mmes3 on ne saurait montrer priori pourquoi1 une chose ,a tant pose1 par exemple des vibrations sonores1 il est ncessaire qu'il en rsulte une chose ,b toute diffrente en qualit1 par exemple la sensation de la note ut1 et comment il serait contradictoire que l'effet ne rsultt point de la cause1 laquelle il n'est pas identique4 #ajh ,il ne s'agit1 bien entendu1 que de la quantit1 et non de la qualit particulire qui peut appartenir la sensation4 ,mme sous sa forme mcanique1 qui est plus concrte1 la ncessit n'est encore1 pourrait-on dire1 que la limite commune de l'action rciproque par laquelle les tres se conditionnent mutuellement2 elle n'est1 dans ce monde1 que la mise en rapport et le conflit des forces1 ainsi que des mouvements qui en drivent4 ,son type sensible1 c'est le choc2 ses lois typiques dans le monde sensible1 ce sont les lois du choc4 ,mais1 si le choc se retrouve partout dans les objets de notre exprience sensible1 il n'est jamais que le plus gnral des phnomnes physiques et ne peut tre rig en dernier mot de toutes choses4 ,il ne rend mme pas compte de la sensation de choc qui lui correspond4 ,le physique et le mental s'accompagnent sans qu'on puisse les dduire l'un de l'autre4 ,ajoutons que la proposition qui veut que toute causalit soit purement ncessaire devient antinomique si on la prend dans son universalit4 ,cette proposition tait que rien n'arrive sans une raison suffisante et dtermine priori2 or1 en remontant la srie1 on n'aboutit rien qui suffise1 on a une srie de raisons insuffisantes2 rien de rel ne se trouve vraiment dtermin priori3 la place de chaque terme dans l'espace et dans le temps se trouve seule dtermine par son antcdent4 ,l'explication de la ralit devrait partir d'une donne relle qui s'expliqut d'elle-mme2 mais ici l'explication1 qui n'est qu'une mise en ordre et en quation de ralits inconnues1 recule et fuit1 comme dirait ,pascal1 d'une fuite ternelle4 ,ds lors il n'y a plus aucune ncessit rellement primordiale3 les choses n'tant conditionnantes qu'aprs avoir t conditionnes1 il n'existe qu'une ncessit de rapports1 subie de la part d'autrui et drive1 non une ncessit en soi et pour soi#aji4 ,pourquoi donc les choses se succdent-elles ainsi sans commencement et sans fin8--,on ne peut plus rpondre d'une manire intelligible cette question par une raison de ncessit2 d'autre part1 le dterminisme exclusif ne peut invoquer une causalit suprieure et absolue4 ,il ne peut donc rpondre que par le fait mme2 et encore le fait est invrifiable dans sa totalit4 ,on arrive ainsi cette consquence3 s'il n'y a rien que de ncessaire1 rien n'est dfinitivement et foncirement ncessaire4 ,le dterminisme universel et exclusif1 conu en vue de l'unit intelligible1 ne peut atteindre ni l'unit ni l'universalit2 l'explication qu'il donne est toujours inacheve4 ,la pense cherchait quelque chose de fixe o elle pt se tenir en quilibre et elle croyait le trouver dans la ncessit2 mais cette ncessit1 avec sa srie de commencements sans commencement1 entrane la pense dans un mouvement sans fin4 #aji ,voir notre ,philosophie de ,platon1 t4 ,,ii1 p4 #ibc1 #fce4 99 99 99 99 99 ,en rsum1 la ncessit1 moyen en vue de l'unit1 ne saurait suffire elle seule pour achever l'entire unit de la pense4 ,si la ncessit a une valeur scientifiquement incontestable quand on en fait une partie de la ralit et une condition de la science1 elle n'a plus mtaphysiquement la mme valeur quand on en veut faire le tout de la ralit4 ,le dterminisme1 qu'il soit priori comme chez ,kant ou posteriori comme chez ,stuart ,mill1 est un formalisme intellectualiste4 ,ce formalisme est invitable et vrai sans doute1 mais il ne rend pas compte de la ralit4 ,nous avons vu qu'il absorbe notre ralit comme sujets individuels dans le grand tout1 dont nous ne sommes plus qu'une des formes4 ,ce tout lui-mme1 cet objet1 il n'en prsente encore que la forme et le plan ncessaire1 non le fond vivant et agissant4 ,ds lors1 il n'y a plus de tous cts que des rapports sans termes4 ,leibnitz n'avait donc pas tort de dire que le dterminisme logique1 mathmatique et mcanique de ,descartes est la face extrieure de la ralit1 dont la face intrieure doit tre plus ou moins analogue ce que nous trouvons en nous-mmes4 ,la conscience1 en effet1 ne semble plus tre un extrieur1 mais un intrieur1 et le seul que nous connaissions2 du moins doit-elle nous placer un point de vue plus central1 d'o le mcanisme nous apparat comme externe4 ,en somme1 peut-on dire1 c'est avec nos sensations ou nos pr-sensations que nous sommes obligs de construire et d'imaginer le monde mcanique lui-mme1 et c'est avec notre intelligence que nous concevons ses lois4 ,tout dpend donc de notre conscience mme et de sa constitution4 ,on voit que ,kant a eu raison de faire remonter le principe du dterminisme jusqu'aux conditions de la conscience4 ,seulement1 dans la conscience1 il a surtout considr la pense et le dterminisme intellectuel2 or l'intellectualisme est1 tout comme le mcanisme1 un aspect de surface4 ,kant s'en est trop tenu un priori intellectuel1 des formes constitutives de la pense1 des cadres logiques4 ,le mcanisme et l'intellectualisme se ramnent en dfinitive de la sensibilit et de l'activit4 ,ce qui est priori pour la conscience1 ce n'est pas le penser1 c'est le sentir et l'agir4 ,les principes universels de ,kant ne sont que l'extension au dehors de notre constitution intime4 ,faonn par le macrocosme1 le microcosme en ragissant exprime le grand monde1 et mme le reconstruit en soi son tour4 ,,ii4--,a ce point de vue intrieur de la sensibilit et de la volont ou1 en gnral des faits de conscience concrets1 cherchons ce que vont devenir les formules de l'identit logique ou de l'quivalence mcanique1 o nous avons reconnu les thses fondamentales du dterminisme extrieur4--,il y a dans notre vivante conscience1 ct de l'identique1 du changement et du progrs4 ,peut-on nier qu'aux divers degrs de l'volution physique aient rpondu1 dans l'volution mentale1 soit des sentiments nouveaux1 soit des ides nouvelles1 soit des volitions nouvelles8 ,l'identit mcanique1 mathmatique et logique1 est donc rellement compatible avec une perptuelle nouveaut dans l'ordre mental4 ,vous combinez diffremment des rayons de lumire1 et au lieu d'avoir la sensation du blanc1 j'ai la sensation du rouge2 il n'y a l1 dites-vous1 qu'une autre direction du mouvement2--objectivement1 peut-tre2 subjectivement1 non4 ,la sensation nouvelle est1 dans ma conscience1 une chose qu'on ne saurait dclarer identique aux autres sensations4 ,qu'importe que l'tre en qui naissent des sentiments1 des penses1 des volitions nouvelles1 pse toujours le mme poids dans une balance8 ,s'il n'y a aucune cration mcanique1 comme aussi aucune annihilation1 il y a une rnovation mentale ou morale4 ,c'est l encore1 sans doute1 la production d'une forme nouvelle1 non d'une existence telle que les mtaphysiciens l'entendent2 mais1 si cette forme est un plaisir qui n'existait pas auparavant1 une joie1 un bonheur1 et un bonheur plus ou moins durable1 n'est-ce pas une chose suffisamment relle1 quoique vous l'appeliez une forme8 ,en tout cas elle est plus relle que les formes logiques1 mathmatiques ou mcaniques4 ,tout l'heure je souffrais ou j'tais indiffrent1 maintenant je jouis3 les deux tats peuvent tre quivalents pour la balance et pour la mcanique2 soutiendra-t-on qu'ils sont quivalents pour moi ou pour ma conscience8 ,et si1 par hypothse1 cette joie tait la premire qu'un tre vivant et prouve d'une manire distincte1 ne marquerait-elle pas1 dans le vieil univers1 l'apparition d'un bien qui1 lui seul1 serait comme un univers nouveau8 ,de mme1 une pense nouvelle dans la conscience n'est-elle pas un nouveau monde1 alors que1 dans la balance de la nature physique1 elle ne produirait pas la moindre oscillation1 le moindre drangement l'ternel quilibre des plateaux8 ,et si vous supposez que dans la conscience ces grandes nouveauts peuvent se produire1--sentiment et pense1--peut-tre surgira-t-il par leur intermdiaire une nouveaut suprieure encore1 un monde plus beau et meilleur1 une ralisation progressive de la libert idale4 ,par l sans doute nous n'entendons pas une libert capable de bouleverser ce que ,goethe appelait le budget de la nature3 celle-ci1 en additionnant ses units de force mcanique1 trouvera toujours le mme compte2 mais que de richesses nouvelles sur le livre des ides1 des sentiments et des volonts6 ,simple changement de forme1 rptez-vous4 ,si ce ne sont l que des apparences et des modifications superficielles1 o placer alors le fond et les choses mmes8 ,les vraies ralits ne sont-elles pas ce dont j'ai ou pourrais avoir conscience8 ,l'identit pour la balance n'est1 aprs tout1 que l'identit d'un phnomne4 ,bien plus1 la foi la balance suppose elle-mme l'unit des forces de gravitation1 qui suppose son tour que la quantit d'nergie reste la mme2 et ce dernier principe1 on ne peut plus lui assigner une origine uniquement extrieure4 ,c'est l'identit de la conscience qu'il en faut revenir4 ,mais qu'est-ce alors que la persistance dont on parle1 sinon l'expression de ce fait3 nous avons conscience d'une multitude de ralits nouvelles qui ont pour caractre commun et persistant que nous en avons conscience8 ,somme toute1 si c'est la conscience que l'on consulte1 elle se voit changeante en mme temps qu'identique1 et l'expression de la ralit pour elle n'est pas permanence1 mais volution2 elle ne connat pas ce substratum immobile et mort dont quelques-uns ont voulu faire la substance durable et l'unique ralit4 ,la ralit pour elle1 c'est ce qu'elle est2 or1 elle est volution1 elle est progrs4 ,il faut donc que l'identit des lois mcaniques laisse place quelque chose de nouveau dans l'ordre esthtique des sentiments1 dans l'ordre intellectuel des ides1 dans l'ordre moral et social des volitions4 ,cette nouveaut ne sera vraiment une quivalence que dans la srie mcanique2 elle pourra tre une prvalence ou un profit dans la srie des tats de conscience4 ,on a beau vouloir ramener entirement le nouveau l'ancien1 le nouveau est un fait indniable pour la conscience et dans la conscience2 or le nouveau suppose une certaine fcondit capable d'un changement rgulier1 d'une volution qui peut devenir progrs4 ,peut-tre le stable mme n'est-il que la condition du progressif4 ,parmnide1 aprs avoir crit un livre sur l'tre1 en a crit un autre sur l'apparence4 ,l'apparence est nouvelle1 cela suffit4 ,il faut donc dans l'tre mme un principe d'apparence nouvelle et de changement4 ,c'est ce principe qu'on a exprim sous le nom plus ou moins symbolique de la force intrieure1 de l'activit1 de la ,grec3 dunamis4 ,a ce point de vue dynamiste et psychique1 le principe de causalit prend un sens nouveau et moins formel1 dont ,kant ne s'est pas assez occup3 ce n'est plus la simple loi de succession et d'ordre entre les antcdents et les consquents1 c'est l'activit efficace de la cause proprement dite4 ,ce n'est plus la simple projection au dehors de notre intelligence sous forme d'universelle intelligibilit1 c'est la projection au dehors de notre volont mme1 de notre pouvoir d'agir ou de ragir1 de dsirer1 de faire effort1 projection qui a lieu sous la forme d'universelle causalit efficiente#aaj4 ,par l1 nous sortons dj du domaine purement scientifique pour entrer dans le domaine mtaphysique3 nous franchissons les lois pour essayer de nous reprsenter les causes4 #aaj ,nous verrons1 dans le livre suivant1 comment a lieu cette projection4 ,sommes-nous ainsi dlivrs du dterminisme8--,non2 car la fcondit et le progrs n'excluent pas une loi de dtermination qui en relie les degrs4 ,le dterminisme1 en devenant dynamiste1 est seulement plus concret1 plus vivant et moins superficiel4 ,de plus1 sous cette forme1 il aboutit nous faire concevoir quelque chose qui le dpasserait2 de l'ide des causes relatives il va nous lever la conception problmatique d'une cause absolue1 suprieure peut-tre au temps mme et ses parties successives4 ,c'est ce mouvement ascendant que nous devons maintenant faire comprendre4 99 99 99 99 99 ,le dterminisme1 sous sa forme mcaniste et intellectualiste1 nous a paru exprimer1 en dernire analyse1 un ordre de choses dans le temps2 or1 l'introduction du temps ne semble plus un lment aussi essentiel quand on se place1 comme nous le faisons maintenant1 au point de vue de la causalit efficiente et vraiment active4 ,lorsque j'attribue un fait l'action d'une cause1 cette attribution est primitivement indpendante de toute considration de temps3 il n'y a pas encore d'avant ni d'aprs1 de succession ni de simultanit2 il y a simplement1 pour parler comme ,malebranche1 l'agent et l'agi1 le voulant et le voulu1 la cause indpendante et l'effet dpendant4 ,l'enfant place derrire tout ce qu'il voit une volont1 d'abord prochaine et immdiate1 puis plus ou moins lointaine4 ,la feuille que le vent pousse est pour lui anime4 ,puis il s'aperoit que la cause n'est pas l1 mais dans le vent2 il conoit alors le vent comme un tre anim4 ,plus tard1 il reculera encore la cause agissante1 mais1 ce qu'il placera toujours comme l'extrmit de cette perspective de plus en plus lointaine1 ce sera quelque volont4 ,a l'origine1 il semble que le temps n'existe pas encore pour lui3 il n'en a qu'un sentiment vague et il en confond presque toutes les parties4 ,avenir1 pass1 prsent1 sont trois points de vue qui s'entremlent dans sa pense et qu'il prend assez souvent l'un pour l'autre4 ,mme confusion des temps chez les peuples primitifs3 les vnements1 pour eux1 se raccourcissent ou s'allongent1 se concentrent ou se rpandent1 passent de l'avenir mme au prsent et du prsent au pass1 ou suivent l'ordre inverse1 comme si tout procdait de causes suprieures l'histoire et au temps4 ,c'est que le temps est un ordre de dterminations et de conditions2 il exprime moins l'activit ou la libert idale de la cause que les conditions rellement subies par elle et les ncessits qui lui viennent du dehors4 ,le premier lan de la volont ne semble point connatre le temps3 l'exprience seule nous apprend compter avec cette srie de moyens et d'intermdiaires qui spare le vouloir initial de l'effet final4 ,alors seulement se dveloppe et s'organise l'ide de succession4 ,comme le dit ,kant1 la succession des effets tient seulement ce que la cause ne peut oprer en un clin d'oeil son effet tout entier#aaa4 ,la succession a donc son origine non dans la vraie et positive puissance de la cause1 mais dans son impuissance ou dans les rsistances qu'elle rencontre2 non dans ce qui la fait vraiment cause1 mais dans ce qui lui fait subir la limitation des autres causes1 dans ce qui la rend effet par rapport elles3 elle n'exprime pas la libert1 mais la ncessit4 ,en un mot1 la succession est certainement la loi des effets1 mais elle n'est peut-tre pas la loi d'une cause digne de ce nom4 #aaa ,critique de la ,raison pure1 ,i1 #bbf4 ,il est vrai que1 si les effets ont une loi1 la cause1 indirectement et partiellement1 devra subir cette loi1 moins qu'elle ne la fasse elle-mme4 ,encore ne pourra-t-elle la faire que pour les choses qui lui seront absolument intrieures3 ds qu'elle agira sur des objets trangers1 elle devra subir la loi qui prside la gnration des effets4 ,la loi de succession et son dterminisme rsultent donc de ce que la cause exerce son action au sein d'une multiplicit d'autres causes4 ,pour agir dans cette sphre1 la cause est soumise un certain ordre2 car1 l o se trouve la multiplicit se trouvent aussi les lments de l'ordre3 la multiplicit a besoin de l'ordre1 et l'ordre son tour suppose la multiplicit4 ,la forme la plus gnrale de cette multiplicit est le temps1 et l'ordre qui y est introduit consiste1 nous l'avons dit1 dans les rapports mmes du temps3 succession1 simultanit1 permanence4 ,nous allons de nouveau les examiner et les interprter au point de vue de leur porte dynamique et mtaphysique4 ,nous complterons ainsi la thorie de ,kant4 ,quel est notre procd pour trouver les causes empiriques d'un phnomne1 c'est--dire les phnomnes antcdents8 ,c'est la succession1 car nous faisons se suivre les choses de diverses manires pour voir ce qui se produira4 ,mais ce que nous cherchons au del de la succession1 c'est la simultanit2 par une mthode d'abstraction et d'limination1 nous dgageons le simultan du successif4 ,nous disons par exemple3 la nuit succde le jour quand le soleil est prsent1 donc le soleil et le jour sont rellement simultans1 donc c'est le soleil qui doit contenir la condition ou les conditions principales du jour4 ,de mme que les polygones inscrits dans le cercle sont un moyen de dcouvrir l'aire du cercle1 parce qu'ils permettent d'liminer progressivement toutes les valeurs qui ne sont pas cette aire mme1 ainsi la succession est un moyen d'arriver par limination la simultanit1 bien que l'une ne soit pas l'autre1 ou plutt prcisment parce que l'une n'est pas l'autre4 ,si ensuite nous transportons dans la simultanit mme une succession idale1 c'est par un lan de l'imagination analogue celui qui fait transporter dans le cercle les cts infiniment petits du polygone3 vrai dire1 ces cts n'y subsistent pas1 ou n'y subsistent qu'minemment et sous une tout autre forme4 ,ainsi la dure ne semble plus exister que d'une manire minente dans le rapport vraiment dynamique de la cause avec l'effet4 ,toutes les successions physiques manifestent et annoncent extrieurement l'action intime et mtaphysique des causes2 mais cette action n'est peut-tre pas elle-mme une succession dans le temps1 quoiqu'elle doive rendre possible le temps et en envelopper le premier germe4 ,la rciprocit dans la succession est le moyen pratique par lequel nous arrivons dcouvrir la simultanit objective4 ,quand je regarde la terre1 puis la lune1 et que1 recommenant dans un autre ordre1 je me retrouve toujours en prsence des mmes termes1 je distingue fort bien le changement produit par ma volont et la nature constante des sensations qui lui sont imposes4 ,il n'en serait pas de mme si je suivais un bateau descendant un fleuve3 je ne pourrais intervertir ses positions successives4 ,la simultanit de la terre et de la lune est alors l'hypothse la plus naturelle que je puisse faire pour concilier les sries contraires de mes sensations2 et je sens trs bien que ce qu'il y a eu de contraire vient de moi1 que ce sont les mouvements voulus par moi qui ont chang1 non pas les choses elles-mmes4 ,supposer que la lune et la terre s'anantissent et renaissent au gr de ma volont1 ce serait substituer l'hypothse la plus complique l'hypothse la plus simple1 ce serait dpenser plus de travail pour arriver au mme rsultat1 ce serait violer la loi de la moindre dpense ou de la moindre action4 ,la ligne la plus droite que puisse suivre la volont1 en demeurant le plus identique possible elle-mme1 c'est d'expliquer les changements produits dans l'intuition sensible par les changements qu'elle-mme a voulus1 et1 au contraire1 d'expliquer la partie constante ou pour ainsi dire rsistante par l'action constante de forces trangres sur elle-mme4 ,quant l'action de ces forces les unes sur les autres1 c'est une conception ultrieure laquelle on arrive trs tard1 quand on y arrive2 car le dterminisme rciproque et universel dcrit par ,kant n'a point t conu1 ce semble1 par tous les esprits2 c'est une construction de la pense qui n'est invitable que pour toute pense rflchie et assez consciente de soi1 et ,kant a eu le tort d'y mettre trop d' priori4 ,de mme que la succession et surtout la rciprocit de succession sont un moyen de dcouvrir la simultanit1 celle-ci1 son tour1 n'est qu'un moyen pour nous de rattacher les choses au permanent4 ,mais1 si nous remontons ainsi de la succession la simultanit et de la simultanit la permanence1 c'est que le permanent nous semble plus voisin de l'indpendant4 ,commencement1 c'est dpendance et relation2 commencement et cause absolue sont donc en ce sens incompatibles1 et tout commencement1 au point de vue dynamique1 nous parat dpendre du permanent4 ,ainsi la marche de l'esprit consiste s'lever de plus en plus au-dessus de la succession dans le temps par la rduction du successif au simultan1 du simultan au permanent1 du permanent l'indpendant4 ,cette marche nous semble plus voisine de la ralit vivante et concrte que la construction trop abstraite de ,kant1 dont nous ne nions pas d'ailleurs la valeur relative4 ,,iii4--,arriv ce point1 il est naturel de se demander1 avec ,kant lui-mme1 si le dterminisme dans le temps1 mcaniste ou dynamiste1 ne serait pas un cadre o nous sommes obligs de ranger les sries d'effets1 un procd intrieur de figuration et de coordination analogue aux monogrammes des mathmatiques1 en un mot1 le principe de ce que ,kant appelait le schmatisme de l'entendement1 art cach dans les profondeurs de l'esprit et dont il est difficile de surprendre les secrets#aab4 ,la succession rgulire et constante de choses diverses dans le temps peut tre seulement le schme ou le procd reprsentatif de ce que serait la vraie causalit active2 de mme1 la persistance dans le temps peut tre la reprsentation de ce que serait la vraie substance2 de mme encore la simultanit des phnomnes dans le temps1 selon une rgle gnrale1 peut reprsenter l'action rciproque des causes4 ,toutes ces reprsentations et tous les schmes en gnral ne sont que des dterminations du temps d'aprs des rgles4 ,et ces rgles1 dit ,kant1 ont pour objet la srie du temps1 qui rpond la quantit2 la matire du temps1 qui rpond la qualit2 l'ordre du temps1 qui rpond la relation2 enfin l'ensemble du temps1 qui rpond aux modes de la possibilit1 de l'actualit et de la ncessit4 ,le temps1 dans cette doctrine1 est l'intermdiaire la fois sensible et intellectuel par lequel devient possible l'application de la pense aux phnomnes1 consquemment la rduction de leur diversit l'unit4 #aab ,la notion de cause mtaphysique est1 selon ,kant1 un concept pur1 que nous appliquons aux intuitions sensibles4 ,mais1 pour qu'il soit possible d'appliquer le concept l'intuition1 il faut une certaine homognit entre ces deux termes4 ,or1 cette homognit n'existe pas tout d'abord4 ,la pense est donc oblige de chercher un moyen terme qui soit homogne tout la fois avec le concept pur et avec les phnomnes1 qui soit en mme temps sensible et intellectuel4 ,c'est ce terme moyen1 produit d'une sorte d'imagination transcendantale1 que ,kant appelle le schme2 ce n'est pas une image proprement dite1 mais c'est la condition au moyen de laquelle seulement les images deviennent possibles2 c'est le procd gnral que doit employer l'imagination pour ramener l'unit la varit donne dans l'intuition sensible4 ,la quantit pure1 par exemple1 n'est pas le nombre1 car elle est continue et le nombre est discret2 et pourtant1 quand nous voulons nous reprsenter la quantit1 nous sommes obligs d'employer le nombre1 c'est--dire l'addition successive1 une par une1 des choses de mme espce4 ,le nombre est la figuration pure ou le schme de la quantit4 ,le schme est si prs de la chose que nous le confondons avec la chose mme2 pourtant il n'est dj plus cette chose1 il en commence la reprsentation et en est le plus pur symbole4 ,comme il la reprsente dans autre chose qu'elle-mme1 il l'altre et la contredit4 ,les mathmaticiens1 et surtout ,leibnitz1 avaient bien compris cette imperfection de nos procds de reprsentation inadquats aux choses2 on sait par quel artifice de mthode ,leibnitz s'effora de rendre le nombre discret adquat la quantit concrte3 il complta le nombre par l'ide d'infinit1 qui semble le contredire1 et arriva ainsi une expression exacte ou1 si on veut1 un schmatisme parfait de la quantit4 ,ce qui est vrai indpendamment des spculations sur les schmes1 c'est que le dterminisme1 en dfinitive1 est un symbolisme4 ,la ncessit est une pense dtermine1 lie1 ayant une constitution qui s'impose elle en mme temps qu' son objet2 c'est une pense mlange de passivit et dpendante1 mais il ne faut pas prendre les verres qui encadrent et protgent une lumire pour la lumire mme4 ,le temps exprime la condition que rencontre une cause qui1 oblige d'agir sur l'extrieur1 perd en partie son activit au moment mme o elle la manifeste4 ,l'espace mme semble n'tre qu'un mode du temps1 le mode de la simultanit ou de la coexistence4 ,nous arrivons donc par ce nouvel ordre de considrations la mme conclusion que tout l'heure3--,le symbolisme du temps et de l'espace ne saurait tre toute la vrit1 et surtout toute la ralit4 ,on est oblig1 sans doute1 d'admettre la ncessit comme loi des effets ou des moyens1 c'est--dire d'admettre que les effets sont dtermins par la cause1 que les moyens sont dtermins par la fin1 quand il y a une fin2 mais cette conception des effets et des moyens comme conditionns ou ncessits1 chacun par rapport aux autres et tous par rapport la cause1 ne porte pas sur la cause mtaphysique1 qui demeure x4 ,aussi le vrai fatalisme n'est-il pas celui qui soumet les effets empiriques la ncessit1 mais celui qui1 par une conception toute mtaphysique1 soumet la ncessit les causes elles-mmes1 ou plutt la cause4 99 99 99 99 99 ,les mtaphysiciens peuvent donc poser au dterminisme une limite au moins idale4 ,ils s'appuient sur ce principe mme que toutes les ralits purement partielles et visibles sont ncessaires d'une ncessit hypothtique3 telle chose devra suivre si telle autre chose s'est dj produite4 ,toutes ces choses se conditionnent les unes les autres1 et chacune n'existe qu'autant qu'une autre existe dj2 suppos que cette autre n'existt point1 elle n'existerait pas non plus4 ,mais la ralit dernire et radicale1 ,x1 s'il y en a une1 est conue comme diffrente de ces ralits partielles3 c'est elle qui doit en faire le lien et l'unit1 c'est elle qui doit les produire en se communiquant toutes4 ,l'unification produite par la ncessit n'atteint1 comme la science1 que les formes des choses2 elle n'est donc1 tout comme la possibilit1 qu'un rapport entre des termes dj donns1 et ces termes1 nous pouvons les concevoir donns par un terme suprieur qui1 en tant qu'indpendant1 serait libre4 ,en ce cas1 le caractre propre de la ralit fondamentale serait l'indpendance1 sans laquelle n'existeraient ni ces dpendances qu'on nomme possibilits1 ni ces dpendances qu'on nomme ncessits ou impossibilits4 ,d'une part1 les possibilits et les ncessits drivent des ralits2 d'autre part1 on ne peut pas montrer priori de contradiction entre la ralit ultime et la libert2 l'activit et le progrs ne semblent mme possibles qu'au moyen d'un principe suprieur tout ensemble ce qui est actuellement dtermin par autre chose ou ce qui est actuellement indtermin4 ,si ce principe n'tait adquat qu' ce qui est dtermin1 il s'y tiendrait jamais1 et tout serait immobile2 s'il s'puisait tout entier dans l'indtermination1 il serait encore jamais immobile dans cet abme insaisissable4--,c'est par cette suite de raisonnements que le mtaphysicien est amen lever1 au-dessus de l'existence dtermine et de l'existence indtermine1 un principe dterminant qui les relie et les domine4 ,ce pouvoir n'est plus proprement ncessit1 c'est--dire purement dtermin2 il n'est plus indiffrence arbitraire1 c'est--dire purement indtermin3 il doit tre conu comme quelque chose d'indpendant qui se dtermine4 ,ainsi se construit l'ide problmatique1 de libert absolue4 ,la notion de libert1 ainsi conue1 ne peut rentrer dans une dfinition trop troite2 car la vraie libert idale consiste prcisment dans une puissance hypothtiquement dlivre de toute limite1 et qu'on ne saurait consquemment restreindre telle ou telle application particulire4 ,la libert1 sous ses divers aspects1 est identique l'indpendance1 soit dans l'ordre physique1 soit dans l'ordre intellectuel1 soit dans l'ordre moral4 ,on peut donc dire1 d'une manire gnrale1 que la libert serait le pouvoir de causer ses propres dterminations1 avec la conscience et la certitude de sa relle indpendance par rapport toute cause trangre4 ,ce n'est l du reste qu'une explication1 et non une dfinition logique4 ,en premier lieu1 l'indpendance entrane l'absolu4 ,jusque dans le langage vulgaire1 libre1 indpendant et absolu 7ab solutus7 sont synonymes4 ,en effet1 l'absolu1 qui ne peut tre d'ailleurs conu que d'une manire ngative et dtourne1 ne saurait tre reprsent comme ncessit3 car1 s'il tait ncessit par quelque chose d'autre que lui1 il serait relatif un pouvoir suprieur2 s'il tait ncessit par lui-mme1 il serait une cause ayant dans sa nature propre une relation ncessaire avec son effet4 ,en second lieu1 l'indpendance dans l'ordre de la causalit semble entraner encore l'infinit ou l'indpendance dans l'ordre de la quantit1 car les relations dans l'espace et dans le temps seraient des dpendances4 ,en troisime lieu1 une entire libert ou indpendance entranerait sans doute l'absence de limites dans l'ordre de la qualit1 ou la perfection4 ,l'ide de la libert pure1 ainsi dveloppe1 n'est autre chose que la catgorie de l'idal et du divin4 ,la complte indpendance ou la libert1 en tant que telle1 serait une chose rellement inexplicable et incomprhensible pour nous2 expliquer1 c'est montrer comment une chose dpend d'une autre qui en est la cause ou la raison1 et on ne peut montrer de quoi dpendrait une indpendance complte par hypothse4 ,ce n'est pas dire pourtant que la libert soit pour nous de tout point inconcevable4 ,on peut en effet1 en s'aidant de l'exprience1 concevoir une chose de deux manires1 soit comme chose qui dpend d'une autre1 soit comme chose dont une autre dpend4 ,par abstraction1 nous pensons la suprme indpendance comme ce dont tout le reste dpendrait4 ,sans doute cette pense enveloppe encore une relation1 comme toute pense humaine2 mais ce n'est pas la relation de l'indpendance aux autres choses1 c'est celle des autres choses l'indpendance4 ,ce qui rduit la libert absolue au rle d'ide problmatique1 c'est qu'on peut toujours retourner contre la ralit et la libert de l'absolu sa manifestation4 ,si1 en dfinitive1 tout est ncessaire dans les phnomnes1 le principe quelconque de la ncessit ne se manifeste que par cette ncessit mme3 la ralit absolue est-elle donc astreinte ne poser que des relations1 ne s'incarner que dans la relativit8 ,telle est la suprme antinomie entre la conception d'une libert absolue et l'exprience certaine du relatif4 ,c'est ce qui fait que la libert absolue demeure pour nous une pure ide1 dont on peut montrer l'influence rgulatrice sur notre pense et sur notre conduite1 mais nullement la valeur constitutive et objective4 ,on peut cependant essayer une solution1 au moins approximative1 de cette grande antinomie entre la libert et la ncessit4 ,et ici s'ouvrent deux voies4 ,l'une aboutit la conception thorique et l'affirmation pratique d'une libert transcendante1 qui existerait dans un monde intemporel dont le monde temporel est la manifestation sous les formes du dterminisme4 ,c'est la voie que ,kant a suivie4 ,l'autre voie aboutit rapprocher le dterminisme et la libert dans l'ordre temporel1 par la conception d'une certaine libert immanente au dterminisme mme1 sous la forme de l'ide1 du dsir et de la volition morale4 ,c'est la voie que nous essaierons de suivre1 aprs avoir montr d'abord ce qu'il y a d'insuffisant dans la thorie de ,kant4 ,,chapitre ,,huiti,,me ,l',,ind,,terminisme ,m,,taphysique ,,dans ,,le ,,monde ,,intemporel ,i4 ,la libert dans le monde intemporel1 selon ,kant4 ,,ii4 ,critique de la libert intemporelle et transcendante admise par ,kant et ,schopenhauer4 ,,iii4 ,conclusion4 ,ncessit d'une synthse de la libert et du dterminisme dans l'ordre immanent4 ,i4--,le grand ennemi de la libert1 aux yeux de ,kant1 c'est le temps3 toute sa doctrine a pour but de nous en affranchir4 ,dans l'ordre du temps1 ce sont les antcdents des actions qui les dterminent2 or le nom mme d'antcdent indique une chose passe qui n'est plus en notre pouvoir1 et dont nous ne pouvons plus changer les effets#aac4 ,seul1 en quelque sorte1 le phnomne antcdent l'aurait pu2 mais il est dj pass tout jamais4 ,on pourrait rendre sensible la pense de ,kant en disant que le prsent est comme un testament que le mort seul pourrait changer1 mais qu'il ne peut changer parce qu'il est mort4 #aac ,raison pratique1 p4 #bif4 ,a ce point de vue du temps et de son ordre rgulier1 si nous pouvions pntrer l'me d'un homme1 telle qu'elle se rvle par des actes internes ou externes1 connatre tous ses mobiles1 mme les plus lgers1 et tenir compte en mme temps de toutes les influences extrieures1 nous pourrions calculer la conduite future de cet homme avec autant de certitude qu'une clipse de lune ou de soleil#aad4 #aad ,raison pratique1 p4 #bhi4 ,c'est que1 empiriquement1 toutes les actions et passions sont lies selon les rgles de l'exprience4 ,il en rsulte une srie ou trame continue de phnomnes1 qui est l'histoire ou la biographie de l'individu4 ,de cette srie1 liminez la part des circonstances et des objets extrieurs1 ne laissez que les mobiles et les motifs moraux3 ce reste reprsentera le caractre propre de l'individu1 la part non plus des objets extrieurs1 mais du sujet mme1 ou les principes subjectifs de son arbitre#aae4 ,c'est ce que ,kant appelle le caractre empirique1 qui seul tombe sous l'observation4 #aae ,raison pure1 p4 #bdi4 ,mais1 une fois qu'on a expliqu les actions par le caractre empirique pralablement donn1 tout n'est pas expliqu encore4 ,il reste savoir ce qui donne ce caractre1 ce qui le produit1 en un mot sa vraie cause4 ,la vie d'un homme peut tre considre comme un seul et mme phnomne total1 dont le caractre empirique est la rgle ou la loi4 ,d'o vient donc cette rgle1 cette loi qui imprime une unit de direction tous les phnomnes1 et qui a pour consquence un degr plus ou moins grand de bont ou de mchancet1 une plus ou moins grande intensit dans l'inclination au bien8 ,ce terme suprieur1 cette vraie cause de notre caractre1 ce n'est point dans la srie des phnomnes qu'il faut la chercher4 ,le caractre empirique1 comme tout ce qui se manifeste dans le temps1 n'est qu'une reprsentation de ce que la chose est en soi4 ,l'homme1 tel qu'il apparat aux autres et tel qu'il s'apparat dans le sens intime1 n'est que le phnomne de lui-mme#aaf4 ,sa ralit absolue1 c'est son caractre intelligible1 qui n'est soumis aucune condition de temps1 et dans lequel ne nat ni ne passe aucune action#aag4 #aaf ,erscheinung seiner selbst4--,raison pratique1 p4 #aag4 #aag ,raison pure1 p4 #cci4 ,comme cause intelligible1 l'homme peut commencer spontanment et de lui-mme ses effets dans le monde sensible1 sans que l'action commence en lui4 ,aussi n'est-il pas soumis la loi de toutes les dterminations de temps1 la loi ncessaire de tout ce qui change et se meut4 ,dans cette sphre1 il est conu libre de toute influence sensible et de toute dtermination phnomnale#aah4 #aah ,et comme rien n'arrive en lui en tant qu'il est noumne1 comme il n'y a en lui aucun changement qui exige une dtermination dynamique de temps1 et par consquent aucune dpendance par rapport des phnomnes comme causes1 cet tre actif1 en tant qu'affranchi dans ses actions de toute ncessit naturelle telle qu'elle se prsente dans le monde sensible1 est indpendant et libre2 on dirait trs bien de lui qu'il commence de lui-mme et spontanment ses effets dans le monde sensible1 sans que l'action commence en lui444 ,ainsi donc1 libert et nature1 chacune dans son sens complet1 se trouvent en mme temps et sans contradiction dans les mmes actions1 suivant qu'on les compare avec leur cause intelligible ou avec leur condition sensible4 7,raison pure1 p4 #bdj47 ,quand nous avons expliqu un mensonge par toutes les conditions antcdentes1 cette explication nous empche-t-elle de blmer le menteur8 ,non1 rpond ,kant4 ,nous attribuons donc la raison un pouvoir indpendant de la sensibilit et transcendant1 pouvoir dont elle aurait pu faire usage et dont elle n'a point fait usage4 ,mais il ne faut pas entendre par l que la raison aurait pu dans le temps1 aprs toutes ses actions antrieures et dans les mmes circonstances1 produire exactement le phnomne contraire1 par la dcision particulire d'une libert d'indiffrence4 ,si tel homme n'avait pas menti tel moment1 il n'aurait pas fait telle chose auparavant1 ni telle autre chose2 toute la srie de ses actions phnomnales et tout son caractre empirique auraient t changs2 ce changement dans la direction visible ou dans la rgle de la conduite empirique supposerait un autre caractre intelligible3 l'homme n'aurait donc pu ne pas mentir qu'en ayant un autre caractre intelligible4 ,mais prcisment1 rien n'empche de croire1 ajoute ,kant1 qu'il aurait pu avoir cet autre caractre2 car le caractre intelligible est indpendant de la srie totale des phnomnes1 qu'il produit selon une rgle et dans une direction dont il est l'auteur4 ,en d'autres termes1 chaque action1 considre par rapport aux antcdents chronologiques1 n'aurait jamais pu tre autrement2 mais1 par rapport son antcdent mtaphysique1 la puissance intelligible de l'tre raisonnable1 elle aurait toujours pu tre autrement1 parce que l'tre raisonnable aurait toujours pu1 comme chose en soi et dans le monde intelligible1 dterminer autrement la totalit de la srie empirique1 en se donnant lui-mme un caractre moral diffrent#aai4 #aai ,le blme se fonde sur une loi de la raison dans laquelle on regarde cette raison comme une cause qui1 sans aucun gard aux autres conditions empiriques1 a pu et d dterminer autrement le fait de la volont4 ,et l'on n'envisage pas mme la causalit de la raison comme un simple concours1 mais comme complte1 parfaite en elle-mme1 quoique les mobiles sensibles1 loin de lui avoir t favorables1 lui aient t contraires4 ,l'action de l'homme est attribue son caractre intelligible2 au moment o il ment1 il a compltement tort3 par consquent la raison1 sans gard toutes les conditions empiriques du fait1 tait parfaitement libre1 et ce fait doit tre entirement attribu sa ngligence444 ,la raison est prsente1 et la mme1 toutes les actions de l'homme1 dans tous les temps1 dans toutes les circonstances de temps1 sans tomber dans un tat nouveau qui n'aurait pas d'abord t le sien2 elle y est dterminante1 mais non dterminable4 ,on ne peut donc pas demander pourquoi la raison ne s'est pas dtermine autrement1 mais seulement pourquoi elle n'a pas dtermin autrement les phnomnes par sa causalit4 ,mais cela pas de rponse possible2 car un autre caractre intelligible aurait donn un autre caractre empirique2 et quand nous disons1 sans gard la vie qu'il a mene jusqu' ce temps1 que l'agent aurait cependant pu viter de mentir1 cela signifie seulement que le mensonge est immdiatement soumis la puissance de la raison1 et que la raison1 dans sa causalit1 n'est soumise aucune condition du phnomne ni du cours du temps2 la diffrence du temps constitue la vrit une diffrence principale des phnomnes entre eux1 puisqu'ils ne sont pas des choses1 par consquent non plus des causes en eux-mmes1 mais elle ne peut faire aucune diffrence de l'action par rapport la raison4 7,raison pure1 p4 #bdj47 ,notre vie entire ne fait que drouler dans sa varit ce que notre caractre intelligible enveloppe dans son unit4 ,tels nous nous faisons dans l'ordre intemporel de la ralit absolue1 tels nous apparaissons dans le temps1 image mobile de l'immobile libert4 ,tels nous nous faisons1 avons-nous dit1 et non pas3 tels nous nous sommes faits4 ,on ne peut dire en effet que nous soyons aujourd'hui les esclaves du caractre que nous nous sommes donn dans le pass1 car pour la libert intelligible il n'y a point de pass4 ,la libert est toujours actuelle1 sans tre proprement parler ni prsente1 ni passe1 ni venir4 ,dire3--,j'agis aujourd'hui et j'agirai demain en vertu du caractre que je me suis donn dans le pass1--ce serait transporter la fatalit du temps1 avec son ordre successif1 dans la ralit intelligible4 ,la libert tant pour ainsi dire1 dans la pense de ,kant1 omniprsente et simultane toutes nos actions1 il faut dire plutt3--,j'agis en vertu du caractre que je me donne librement1--sans entendre par l un acte de libert qui descendrait prsentement dans la srie phnomnale4 ,de mme encore1 nous ne devons pas croire l'avenir prdtermin par le prsent1 sinon dans l'ordre chronologique2 considrer l'ordre mtaphysique1 l'avenir sera dans le temps ce que je le dtermine tre du haut de ma volont intemporelle4 ,c'est dans cette indpendance de la volont raisonnable par rapport au temps que ,kant voit le fondement et la justification du repentir4 ,que signifie ce sentiment douloureux produit par la condamnation de nous-mmes8 ,au point de vue de la pure exprience1 il est pratiquement vide1 en ce sens qu'il ne peut empcher ce qui a t fait de l'avoir t4 ,mais le repentir1 comme douleur1 est parfaitement lgitime2 car la raison1 quand il s'agit de la loi intelligible1 de la loi morale1 ne reconnat aucune distinction de temps4 ,elle ne demande qu'une chose3 le fait nous appartient-il comme action8 et1 dans ce cas1 que cette action soit depuis longtemps passe1 la raison y lie toujours moralement le mme sentiment4 ,voil l'explication de cette actualit perptuelle qui s'attache nos actes1 mme les plus lointains2 en vain le cours du temps semble les avoir emports et effacs3 la volont raisonnable les retient jamais sous son regard1 elle les juge comme ses oeuvres imprissables1 et si ce sont des oeuvres de lchet ou d'gosme1 elle ne peut voir sans douleur le mal enfant par elle3 qu'il soit pass1 prsent1 venir1 qu'importe8 c'est le mal#abj4 #abj ,raison pratique1 p4 #bhi4 ,la vie sensible a donc1 relativement la conscience intelligible de l'existence1 ou la libert1 l'unit absolue d'un phnomne qui1 en tant simplement qu'il contient des phnomnes d'intention morale1 ne doit pas tre jug d'aprs la ncessit physique1 sous laquelle il rentre comme phnomne1 mais d'aprs l'absolue spontanit de la libert444 ,tout ce qui est un effet de la volont de l'homme 7comme sont certainement toutes les actions faites avec intention71 a pour principe une causalit libre1 qui1 ds la premire jeunesse1 exprime son caractre par des phnomnes 7par des actions7 qui lui sont propres4 ,ceux-ci1 cause de l'uniformit de leur conduite1 forment un enchanement naturel1 mais cet enchanement ne rend pas ncessaire la mchancet de la volont2 il est au contraire la consquence du choix volontaire de mauvais principes devenus immuables1 et1 par consquent1 il n'en est que plus coupable et plus digne de punition4 ,le caractre intelligible semble donc tre1 dans la pense de ,kant1 une sorte d'lan libre vers le bien1 lan d'une intensit plus ou moins grande1 que la volont raisonnable s'imprimerait elle-mme par un acte suprieur au temps4 ,de l une certaine force morale1 une certaine nergie morale qui est ma volont telle qu'elle se fait1 et qui par consquent est moi-mme4 ,cette force1 une en soi1 est d'ailleurs soumise la ncessit de ne produire ses effets que dans la diversit du temps2 elle se rfracte alors dans ce milieu selon la varit des forces concomitantes1 se divise1 se multiplie1 s'tale en une image qui est le spectre d'elle-mme3 c'est le caractre empirique4 ,la rsultante finale de ce concours entre la cause libre et les influences extrieures est la vie sensible en sa totalit4 ,tel le rayon de lumire unique son origine1 en traversant un milieu ingal1 se colore de mille nuances et s'panouit en un cne1 dont les parties sont multiples comme celles du temps ou de l'espace4 ,une fois le rayon donn avec le milieu1 on pourra calculer le cne et toutes ses parties1 mais encore faut-il que ce rayon soit donn2 dans l'ordre intelligible1 il se donne lui-mme1 il se fait lui-mme plus ou moins brillant et plus ou moins ardent4 99 99 99 99 99 ,ici une question se prsente4 ,une fois donn le caractre empirique1 ou le degr visible d'amour pour le bien et de courage dans le bien1 tout se dduit de cette force et des forces physiques concomitantes2 mais le caractre empirique pourrait-il lui-mme se dduire des forces physiques antcdentes1 ou rsulte-t-il seulement de l'intervention imprvue et imprvisible du moi libre1 se manifestant partir de la naissance jusqu' la mort8 ,en d'autres termes1 tant donn l'tat physique de l'univers tel moment1 pourrait-on en dduire tous ses tats ultrieurs1 y compris les actions des volonts libres1 qui ne semblent pas encore exister dans le temps ou ne s'y manifestent pas encore8 ,si la chose est impossible1 l'unit mcanique de l'univers est brise3 un commencement absolu a lieu mme dans la srie empirique1 l'ensemble des choses phnomnales subit une addition qu'aucun calcul n'aurait pu dduire de la somme antcdente4 ,la difficult premire reparat alors1 simplement recule1 non rsolue4 ,aussi ,kant n'admet point ce commencement imprvu1 produit par l'intervention de la libert un moment prcis du temps et de l'histoire du monde4 ,mon caractre empirique est1 selon lui1 une simple continuation de la srie physique antcdente4--,mais alors1 comment peut-il tre en mme temps l'oeuvre de ma libert8 ,supprimons celle-ci1 l'ensemble des causes antcdentes et produit le mme caractre empirique4 ,a quoi bon ce personnage toujours absent1 sans lequel tout se passe et s'explique8--,kant et rpondu sans doute3 ,vous parlez comme si le temps tait une ralit1 et vous en appliquez les lois la libert transcendante4 ,la substance intelligible du moi1 o la libert rside1 ne commence pas notre naissance1 ne tombe pas du ciel ou du nant un point dtermin de la dure4 ,toutes les substances existent au-dessus du temps et1 sous ce rapport1 coexistent4 ,nous tions donc ou sommes dj prsents1 quoique non temporellement1 l'ensemble des choses1 avant notre apparition sous une forme humaine4 ,dans la ralit intelligible1 il y a un ordre intemporel des choses en soi dont la succession chronologique est l'image1 il y a une coexistence des choses en soi dont la simultanit chronologique est l'image1 il y a une action rciproque des choses en soi dont l'harmonie chronologique est l'image4 ,le monde intelligible de ,kant rappelle celui de ,platon2 mais les ides1 ici1 sont des tres en soi1 des causes1 des raisons1 des liberts4 ,l'ensemble de ces liberts1 avec leur volution idale1 avec leur idale coexistence1 avec leur idale rciprocit1 se projette dans le temps et dans l'espace2 et la mutuelle influence des liberts intelligibles se traduit par la dtermination rciproque de tous les phnomnes visibles1 dans le pass1 dans le prsent1 dans l'avenir4 ,c'est aussi quelque chose d'analogue l'harmonie prtablie de ,leibnitz4 ,avant mon apparition sous la forme humaine1 tout conspirait produire le caractre empirique qui devait exactement correspondre mon caractre intelligible3 c'est que nous tous1 les volonts libres1 qui semblons tre les effets1 nous sommes rellement les causes1 et l'ordre du temps ne fait que se conformer l'ordre intemporel du monde intelligible1 qui lui est suprieur4 ,la complte connaissance d'un tat mcanique et psychique de l'univers permettrait donc de calculer tous les autres1 parce que l'ensemble des phnomnes rsulte non pas d'une partie des causes intelligibles1 mais de toutes ces causes1 y compris moi-mme1 sans considration de temps4 ,par une conception analogue1 ,leibnitz voyait en chaque chose la reprsentation ou le miroir de l'univers1 et il attribuait l'intelligence divine la solution ternelle de ce problme3 tant donn l'tat prsent d'un tre1 calculer le pass1 le prsent et l'avenir de tous les autres4 ,en un mot1 il n'y a prdtermination que dans la srie des antcdents chronologiques4 ,dans leur rapport avec leurs causes1 les effets ne sont plus prdtermins1 mot emprunt la langue du temps2 ils sont dtermins par leurs causes dterminantes1 dont je fais partie4 ,ainsi1 nous nous sommes tous entendus ou plutt nous nous entendons tous entre nous1 au-dessus du temps et derrire la scne1 pour produire l'univers que le temps droule sur la scne4 ,mais1 si les rapports que j'ai avec l'ensemble de l'univers ne dtruisent point ma libert selon ,kant1 mes rapports avec ,dieu ne la dtruiront-ils pas8--,ils la dtruiraient en effet1 rpond ,kant1 si on admettait le temps et l'espace comme des conditions de la ralit en soi2 non1 si on y voit seulement des conditions subjectives de notre sensibilit propre4 ,le temps et l'espace sont-ils1 comme le veut le vulgaire1 des conditions priori de la ralit mme et de la chose en soi2 ,dieu alors ne peut plus crer de ralits que sous ces conditions1 et par consquent il les subit dans son acte crateur2 que devient son indpendance8 ,il faut alors tre logique comme ,spinoza1 qui fait du temps et de l'espace des attributs de ,dieu mme4 ,mais le ,dieu de ,spinoza ne cre pas des tres en soi1 mais seulement des tres en lui1 c'est--dire des manires d'tre2 il ne cre pas des noumnes1 mais seulement des phnomnes4 ,a vrai dire1 il ne cre rien1 il ne fait que se dployer dans la srie de ses modes selon l'invincible fatalit de sa nature gomtrique1 et il produit directement1 immdiatement le mcanisme des phnomnes1 sans laisser aucune place la libert d'tres qui ne seraient ni lui ni ces phnomnes4 ,pour sauver la libert il faut1 selon ,kant1 dire que ,dieu ne produit pas les phnomnes1 mais cre les tres en soi1 c'est--dire les causes dont ces phnomnes sont les effets et les actions2 et il cre des causes libres4 ,mais pour cela1 il faut que ,dieu leur donne une existence suprieure au temps2 car1 s'il tait oblig1 pour crer des tres1 de les crer infrieurs au temps1 il ne pourrait plus par cela mme crer qu'une srie de phnomnes fatals4 ,l'ordre des ralits intemporelles1 au contraire1 pourra tre un ordre de liberts2 et alors seulement ,dieu aura produit un monde vraiment digne de ce nom1 un monde de ralits et non d'apparences1 de vie vritable et non de fantasmagorie4 ,pour la mme raison1 les difficults relatives la prescience divine semblent ,kant leves en partie3 car le rapport de l'tre ternel avec des tres intemporels ne peut plus s'appeler ni prescience ni prdtermination1 mots encore emprunts la langue du temps4 ,c'est un rapport mystrieux1 dont on peut dire au moins1 selon ,kant1 qu'il ne dtruit pas la libert1 quand mme on n'en pourrait dire autre chose#aba4 #aba ,raison pratique1 p4 #bie4 ,s'il est possible 7en regardant l'existence dans le temps comme une condition qui ne s'applique qu'aux phnomnes1 et ne s'applique pas aux choses en soi71 d'affirmer la libert malgr le mcanisme naturel des actions considres comme phnomnes1 cette circonstance que les tres agissants sont des cratures ne peut apporter ici le moindre changement1 puisque la cration concerne leur existence intelligible1 mais non leur existence sensible1 et que1 par consquent1 elle ne peut tre regarde comme la cause dterminante des phnomnes4 ,il en serait tout autrement si les tres du monde existaient dans le temps comme choses en soi1 car alors le crateur de la substance serait en mme temps l'auteur de tout le mcanisme de cette substance4 ,pour toutes ces raisons1 ,kant soustrait au temps la libert3 que l'aveugle ,saturne dvore ses enfants et se nourrisse de la matire brute1 la libre intelligence n'a rien craindre1 car le temps1 loin d'tre le pre de l'intelligence1 n'en est que le produit1 ou plutt l'ombre et le fantme4 ,par l ,kant ne prtend pas expliquer la libert1 ou dire comment elle est possible2 car nous ne pouvons dterminer priori1 par de simples concepts1 la possibilit d'aucun principe rel et d'aucune causalit4 ,il ne veut pas non plus prouver la ralit de la libert2 car nous ne pouvons jamais conclure de l'exprience quelque chose qui ne doit pas tre conu suivant les lois de l'exprience4 ,la libert transcendante et intelligible n'est pas impossible ni contradictoire1 elle n'implique pas1 et elle pourrait subsister avec le mcanisme de la nature3 voil1 selon ,kant1 tout ce que la thorie permet de conclure4 ,si nous affirmons la libert comme relle1 ce ne peut tre1 selon ,kant1 que pour des raisons pratiques4 ,en acceptant le fait du devoir 7factum71 nous acceptons sa condition1 la libert4 ,ainsi1 c'est le devoir qui nous ouvre les portes du monde intelligible3 si nous y entrons1 c'est seulement par un acte de volont morale4 ,,ii4--,telle est1 autant que nous avons pu la repenser1 la pense de ,kant4 ,elle a trop de grandeur et mme de beaut pour ne pas avoir sa part de vrit4 ,pourtant on ne peut s'empcher de croire que ,kant1 tout en se dfendant de montrer la possibilit de la libert1 a fait une construction mtaphysique qui n'est pas sans analogie avec les subtiles spculations des thologiens du moyen ge4 ,la premire objection qu'on peut faire1 c'est qu'on ne sait pas1 en dfinitive1 ce qu'est dans ce systme la libert4 ,kant dsigne par ce mot deux choses distinctes et1 quel que soit le sens qu'on prfre1 la difficult du problme subsiste4 ,tantt la libert dsigne la causalit de la chose en soi1 du noumne1 c'est--dire le pouvoir1 indpendant du mcanisme physique1 par lequel la chose en soi produit ses manifestations4 ,elle est alors la puissance d'agir tantt bien1 tantt mal2 elle est l'existence transcendante du sujet1 le fond absolu et substantiel du moi1 soit qu'il se soumette au devoir1 soit qu'il prfre les biens sensibles4 ,en ce sens1 la libert est faillible et1 en fait1 a pch2 aussi ,kant dit-il que l'origine du pch radical est dans le noumne1 dans la cause en soi#abb4 ,tel est le sens ordinaire de la libert dans la ,critique de la raison pure4 #abb ,c'est l'interprtation d'un trs pntrant critique1 ,m4 ,darlu1 et nous la croyons vraie4 7,voir ,religion dans les limites de la raison1 art4 #cf47 ,dans la ,critique de la raison pratique1 au contraire1 et surtout dans la ,mtaphysique des moeurs1 la libert dsigne non plus l'activit transcendante du sujet1 qui peut tre morale ou non1 mais la moralit effective ou tout au moins la moralit idale4 ,la libert est en effet1 au sens positif1 la dtermination de l'activit par la loi du devoir4 ,elle n'est donc plus seulement la dtermination de l'action par l'homme en soi sous la loi du devoir1 tantt en conformit1 tantt en opposition avec cette loi4 ,elle est en somme la raison mme1 la raison pure pratique3 ,libert et loi pratique absolue sont des concepts corrlatifs2 je ne cherche pas ici si ce sont des choses rellement distinctes1 ou si plutt une loi absolue n'est pas entirement identique la conscience d'une raison pure pratique et celle-ci au concept positif de la libert#abc4 ,mme thorie dans la ,doctrine du droit1 avec cette consquence que la libert exclut la possibilit de violer la loi morale1 parce que cette possibilit est une impuissance#abd4 #abc ,raison pratique1 p4 #agb4 ,la raison seule tant absolument spontane1 est libre2 car l'indpendance par rapport aux causes dterminantes du monde sensible1 indpendance que doit toujours s'attribuer la raison1 est la libert4 7,r4 p41 #ajh47 ,s'il n'y avait rien de plus1 si je n'appartenais qu'au monde intelligible1 toutes mes actions seraient toujours conformes l'autonomie de la volont2 mais comme je me vois en mme temps membre du monde sensible1 je dis seulement qu'elles doivent tre conformes ce principe4 7,ibid41 p4 #aaa47 ,l'homme1 comme membre d'un monde intelligible veut ncessairement ce qu'il doit moralement1 ncessit rationnelle et morale qui1 selon ,kant1 est la libert mme2 et l'homme ne distingue le devoir du vouloir qu'autant qu'il se considre comme faisant partie du monde sensible4 7,ibid41 p4 #aab47 #abd ,introd4 tr4 ,barni1 p4 #ch4 ,ainsi la causalit de la raison pure ne peut tre rationnellement dtermine que par un principe d'action indpendant de toute condition sensible4 ,et cependant1 elle a t en fait dtermine par un principe d'action dpendant du monde sensible1 puisqu'elle a pch et pche encore4 ,la libert est donc1 pour ,kant1 tantt ce qui permet au moi-noumne de bien faire en lui permettant aussi de mal faire1 tantt l'immdiate et certaine actualit de la loi morale4 ,kant n'a point concili ces deux notions antinomiques1 qui aboutissent1 l'une la possibilit de pcher1 l'autre l'impossibilit de pcher4 99 99 99 99 99 ,l'antinomie va reparatre et dvelopper ses consquences dans les deux thories kantiennes de l'obligation et de la responsabilit4 ,l'obligation tient1 selon ,kant1 ce que la libert intemporelle est cependant astreinte la condition d'agir dans le temps et d'y agir selon une loi universelle4--,mais d'abord1 demanderons-nous1 comment la libert peut-elle tre ncessite agir dans le monde du temps8 ,puis1 comment peut-elle tre oblige dans ce monde8 ,en tant que vraiment libres au sein du noumne1 nous ne pouvons avoir d'obligation relativement la totalit des phnomnes1 car il n'y a rien qui puisse obliger une libert absolue1 et d'ailleurs il n'existe aucune raison pour qu'une libert absolue fasse le mal4 ,nous ne pouvons donc tre obligs que par rapport l'ensemble de nos phnomnes1 de notre caractre empirique4 ,mais prcisment ce qui spcifie notre caractre1 ce qui dtermine l'ensemble particulier de nos phnomnes1 c'est le tout1 c'est une ncessit universelle1 et nous ne pouvons tre obligs par rapport cette ncessit3 nous ne pouvons tre que prdestins par la puissance d'o sort le tout4 ,donc1 notre libert individuelle dans le monde intelligible est prdestination et ncessit4 ,nous ne pourrions tre libres que d'une libert universelle2 nous ne pourrions tre obligs que par rapport l'univers1 que comme crateurs de l'univers1 que comme ,dieu2 par malheur1 ,kant nous dit que l'obligation n'a plus de sens pour ,dieu1 pas plus que le pch4 ,on ne voit donc nulle part sur quelle libert fonder une obligation quelconque ni par rapport quoi la fonder4 ,la responsabilit n'est pas plus intelligible que l'obligation si on accepte l'ide de la libert noumnale4 ,le pch de notre moi-noumne1 en effet1 ne peut tre produit par les conditions seules de son existence phnomnale1 qui ne dpendent pas de lui2 ce pch doit donc tre produit encore par un mauvais vouloir transcendant1 non explicable par les conditions de l'existence phnomnale4 ,mais ce mauvais vouloir est1 en somme1 absolument inexplicable pour nous1 pour nous qui sommes cependant les auteurs responsables de ce pch4 ,ds lors1 cet acte de libert morale n'est toujours qu'un acte de libert d'indiffrence transport au sein de l'absolu3 c'est un hasard noumnal1 qui pourrait bien recouvrir un destin noumnal4 ,en d'autres termes1 pourquoi le moi-noumne n'est-il pas immdiatement saint et ternellement pur8 ,comment la raison peut-elle1 par exemple1 ainsi que le soutient ,kant1 se rsoudre un mensonge8 ,comment peut-elle montrer de la ngligence8 ,comment1 avec sa porte universelle1 peut-elle produire des actions sans maximes universalisables8 ,comment1 en un mot1 la raison peut-elle ne pas tre absolument raisonnable1 puisqu'elle n'a pas de raisons1 mais des draisons pour vouloir tre autre chose8--,il faut videmment supposer ici1 comme condition du pch et du devoir dont il est la violation1 un noumne imparfait1 car ,kant nous a formellement dit qu'il n'y a pas de devoir pour ,dieu2 mais en quoi peut consister l'imperfection d'un noumne et la diffrence du cr avec le crateur8 ,en ce que le noumne1--mme intemporel1 mme cr par ,dieu en dehors du temps et comme tre en soi1--est cependant soumis de certaines conditions1 sinon de temps et d'espace1 du moins de multiplicit1 d'action rciproque1 de causalit transitive et de passivit4 ,donc1 il n'est tel noumne qu' condition d'tre dj engag dans le phnomne2 il n'est telle libert1 tel moi libre1 qu' la condition d'tre envelopp de ncessits4 ,kant lui-mme vient de nous dire que ,dieu ne cre pas les tres dans le temps1 sans quoi1 d'une part1 son acte subirait la condition du temps1 et d'autre part1 les tres eux-mmes ne seraient plus des tres en soi1 mais des phnomnes2 or1 on peut appliquer son propre argument aux autres conditions de multiplicit1 d'action rciproque et de passivit qu'il admet4 ,si c'est ,dieu qui subit ces conditions1 ,dieu n'est plus libre et vraiment crateur2 si ce sont ses cratures1 elles ne sont plus libres ni vraiment des tres en soi4 ,on ne peut donc pas leur imputer la faute si elles tombent dans le phnomne et dans le mal4 ,c'est la volont absolue et universelle1 et non le moi individuel qui a commis la faute de dchoir1 au lieu de rester dans son insondable abme3 elle est seule responsable de cette faute4 ,toutes les difficults reparaissent ainsi avec les deux sens de la libert entre lesquels nous avons vu flotter la pense de ,kant3 #a causalit du noumne1 pouvant tre morale ou immorale2 #b moralit4 ,ou ces deux sens sont au fond identiques1--ce qui supprime le pch du noumne1--ou ils sont diffrents1 ce qui supprime la libert et la responsabilit du noumne4 ,entre le noumne pur et le phnomne1 entre l'ternel et le temporel1 nous voyons toujours un hiatus infranchissable4 ,l'intemporel doit tre tellement libre que le phnomne y disparaisse1 et le phnomne est toujours tellement ncessit que le noumne y disparat4 ,admettons cependant le pch radical et la responsabilit du moi-noumne1 une nouvelle difficult se prsente3 comment l'homme rel peut-il connatre ce pch accompli dans un monde inconnaissable8 ,on rpondra peut-tre3--,parce que l'homme rel1 par sa raison pure1 a conscience de la loi morale1 sous laquelle le noumne doit produire tel phnomne#abe2 en d'autres termes1 nous trouvons que les phnomnes ne rpondent pas en nous la loi idale par nous conue4--,soit1 mais comment savons-nous que c'est notre faute nous1 le rsultat de notre causalit noumnale1 qui prcisment est pour nous inconnaissable8 ,d'une part1 dans le monde phnomnal1 notre action est explique par la totalit des phnomnes1 par l'univers2 d'autre part la causalit noumnale1 qui a produit notre action1 nous chappe2 comment donc1 encore une fois1 connatre un pch accompli dans un monde inconnaissable par une cause inconnue que rien ne prouve tre nous1 plutt que la cause universelle8--,nous ne pouvons vraiment savoir s'il existe des tres responsables et si nous sommes du nombre4 ,nous savons qu'il y a des tres sans raison et des tres dous de raison1 voil tout4 ,chez ces derniers1 la raison lvera sans doute son idal au-dessus du fait1 elle souffrira de se voir mconnue1 elle jugera et condamnera le mal1 et cela sans se proccuper de savoir si ce mal est prsent1 pass ou venir2 mais elle ne s'attribuera pas elle-mme1 dans la conscience1 la cause du dsaccord entre l'idal et la ralit4 ,je ne me connais pas comme moi en soi1 comme cause en soi2 je ne connais donc pas ma responsabilit1 et1 si je l'accepte pratiquement en acceptant pour moi la loi du devoir1 cette acceptation1 en tant que personnelle1 est tout hypothtique4 ,le moi que je connais est dtermin1 le moi que je ne connais pas est seul libre2 ds lors1 plus de marque pour distinguer1 dans la srie de mes actions1 ce qui est l'oeuvre de ma libert1 de mon moi transcendantal1 et ce qui provient des causes trangres4 ,comment1 en effet1 discerner le mal que j'ai fait avec une intention libre1 de celui que j'ai fait sans intention8 ,la vritable intention doit appartenir au caractre intelligible et ce caractre intelligible ne peut tre connu de nous444--,la moralit propre des actions 7le mrite et le dmrite71 celle mme de notre propre conduite1 nous est donc profondment cache1 avoue ,kant4 ,nos imputations ne peuvent se rapporter qu'au caractre empirique4--,mais prcisment le caractre empirique n'est pas responsable2 nos imputations tombent donc faux4--,personne ne peut faire la juste part de la libert1 celle de la simple nature1 celle du temprament involontairement mauvais ou bon 7merito fortun71 ni par consquent juger avec une parfaite justice#abf4--,nous ne devons point sans doute prtendre faire la juste part2 mais comment1 dans une srie tout entire dtermine1 faire pratiquement une part quelconque la libert et distinguer les actes de responsabilit morale d'avec les actes sans responsabilit morale8 ,quand nous nous croyons bons ou mchants1 quand nous nous croyons responsables1 en fait nous n'en savons rien4 ,nous ne devrions donc prouver qu'un remords platonique et gnral1 non personnel1 sans rien juger de notre responsabilit propre1 car nous ne voyons pas plus clair dans notre conscience individuelle que dans celle d'autrui4 #abe ,m4 ,darlu4 #abf ,raison pure1 p4 #bea1 note4 99 99 99 99 99 ,le problme de la responsabilit personnelle aboutit1 comme on le voit1 la question de savoir si nous avons ou non conscience de notre libert1 et c'est en agissant que nous aurions besoin de sentir notre pouvoir libre et responsable2 mais l'examen de notre conscience est impuissant nous rvler ce pouvoir1 car1 selon ,kant lui-mme1 la conscience ne saisit que des phnomnes1 tout comme les sens4 ,l'homme1 dit-il1 d'aprs la connaissance qu'il a de lui-mme par le sentiment intrieur1 ne peut se flatter de se connatre tel qu'il est en soi2 car1 comme il ne se produit pas lui-mme1 et que le concept qu'il a de lui-mme n'est pas priori1 mais qu'il le reoit de l'exprience ou du sens intime1 il est clair qu'il ne connat sa nature que comme phnomne1 c'est--dire par la manire dont sa conscience est affecte#abg4 ,voil prcisment le point capital2 si je suis libre1 je dois connatre priori ce que je produis moi-mme4 ,qu'est-ce qu'une libert qui ne sait pas ce qu'elle fait et qui est oblige d'attendre que l'exprience le lui apprenne comme du dehors8 ,selon ,kant1 je me dtermine d'une manire absolue dans le noumne2 ma vie phnomnale ne sera que le visible reflet de cette dtermination dans les eaux mobiles du temps2 et nanmoins je suis oblig1 comme ,narcisse1 de me pencher sur ce miroir1 pour savoir si ma dtermination est belle ou laide6 ,est-ce donc bien l mon moi1 et cet acte aveugle est-il un acte libre8 ,au-dessus1 continue ,kant1 de cette collection de purs phnomnes que l'homme trouve en son propre sujet1 il doit ncessairement admettre quelque autre chose qui leur sert de fondement1 c'est--dire son moi1 quelle que puisse tre sa nature intime4--,pourquoi dois-je admettre cette autre chose qui est moi1 et qui ne devrait pas paratre autre ou trangre ma conscience8 ,c'est l un moi de raison1 un moi inconnu et transcendant1 qui est bien loin de la vraie libert4 #abg ,raison pratique1 p4 #ajf4 ,dans les lignes qui suivent1 il est vrai1 ,kant semble nous rendre une certaine conscience de notre activit propre3 ,toutes les reprsentations1 dit-il1 que nous recevons passivement 7comme celles des sens7 ne nous font connatre les objets que comme ils nous affectent1 ce qui ne nous apprend pas du tout ce qu'ils peuvent tre en soi2 par consquent1 par cette espce de reprsentations1 quelque attention que leur donne et quelque clart qu'y ajoute l'entendement1 nous ne pouvons arriver qu' la connaissance des phnomnes1 jamais celle des choses en soi4 ,ds qu'on fait cette distinction 7et il suffit pour cela de remarquer la diffrence des reprsentations qui nous viennent du dehors1 o nous sommes passifs1 et de celles que nous produisons de nous-mmes1 o nous montrons notre activit71 il s'ensuit ncessairement qu'on doit admettre derrire les phnomnes quelque chose encore qui n'est pas phnomne1 c'est--dire les choses en soi2 quoiqu'il faille bien avouer que nous ne pouvons les connatre que par la manire dont elles nous affectent1 et non pas comme elles sont#abh4 ,toute cette doctrine est fort obscure2 si nous avons conscience1 d'une manire quelconque1 de reprsentations que nous produisons nous-mmes par notre activit1 nous les connaissons dans leur cause1 priori2 nous pouvons donc les connatre telles qu'elles sont en elles-mmes1 et nous pouvons ainsi avoir une conscience de notre libert par le dedans1 non par le dehors1 une conscience active et non passive de notre activit4 ,seulement1 cette activit n'est plus1 chez ,kant1 que celle de la raison4 ,nous voil donc revenus la libert purement rationnelle1 consquemment impeccable4 ,quant la conscience que j'ai de moi-mme comme tre individuel agissant dans le temps1 loin de me rvler ma libert1 elle n'est possible elle-mme1 selon ,kant1 que sous la condition de la ncessit empirique4 ,c'est donc bien la raison universelle1 et elle seule1 que ,kant accorde la spontanit absolue4 ,ds lors1 on cherche vainement dans sa doctrine la part du moi et de la conscience vritable1 non de celle qui se verrait passivement affecte1 mais de celle qui1 en agissant1 se verrait agir4 ,nous demeurons toujours en prsence de deux mondes1 l'un intelligible et intemporel1 celui de la raison1 l'autre sensible et temporel1 celui des phnomnes2 mais nous n'avons aucun moyen terme entre la libert universelle du premier et la ncessit universelle du second3 les deux sont galement impersonnelles4 #abh ,raison pratique1 p4 #aje4 99 99 99 99 99 ,toutes les considrations prcdentes peuvent se rsumer en une objection fondamentale4 ,kant1 pour sauver la libert1 a cru qu'il suffisait de l'lever au-dessus du temps1 et il nous en a donn ce motif un peu trop lmentaire que1 le pass n'tant point en notre pouvoir et le prsent dpendant du pass1 rien de ce qui est dans le temps ne se trouve en notre pouvoir4--,mais1 comme nous croyons l'avoir montr1 le temps n'est pas l'unique ennemi de la libert3 l o subsistent la pluralit des individus1 leur causalit rciproque1 la relation d'agent et de patient1 le dterminisme mutuel demeure#abi4 ,dans le monde intemporel subsiste tout l'ordre temporel1 toutes les choses relatives et ncessaires1 mais rduites pour nous l'tat d'ombres mtaphysiques4 ,l'ombre de notre moi1 place par une loi inexplicable devant l'ombre des fruits dfendus1 commet avec une ombre de responsabilit un pch inexplicable2 et il en rsulte qu'elle prouve dans la vie temporelle des souffrances qui1 elles1 ne sont pas des ombres de souffrance4 ,la mtaphysique transcendante se borne projeter le monde immanent dans une sorte de vide lysen3 elle concentre le temps dans l'ternit1 mais elle ne change rien aux relations vritables des choses1 ni leurs lois ncessaires4 ,l'antinomie que nous avons signale entre les deux conceptions de la libert s'y retrouve son maximum3 si la libert y est raison et moralit1 elle est toujours ncessit2 si elle est libre arbitre1 elle est toujours hasard4 ,ces deux sens du mot restent d'ailleurs galement insoutenables et inconciliables2 ni pch ni impossibilit de pcher ne se comprennent4 ,la libert personnelle vient donc finalement1 dans le monde prtendu intelligible1 se confondre avec la ncessit universelle d'o drive le torrent des choses4 #abi ,voir notre ,critique des systmes de morale1 conclusion3 ,ce qui n'est pas en notre pouvoir1 c'est ce qui n'est pas nous et n'est pas un effet de notre action propre2 la question de temps ne fait rien l'affaire4 ,la logique et la gomtrie sont en dehors du temps1 elles n'en sont que plus ncessaires4 ,fussions-nous dans la vie ternelle1 si nous n'y sommes pas seuls1 si nous sommes en relation avec d'autres volonts1 s'il y a causalit rciproque1 cette causalit ft-elle extemporelle1 sans avant et sans aprs1 il y aura toujours dtermination mutuelle1 il y aura dterminisme4 ,que l'agneau soit mang par le loup en plusieurs temps ou en dehors du temps1 peu importe1 s'il est mang et si la relation de loup agneau subsiste minemment4 ,une charge en douze temps que je subis dans la dure n'est pas plus ncessitante qu'une charge en un seul temps ou mme intemporelle que je subirais dans un univers suprieur la dure3 il y aurait toujours violence exerce et violence subie1 volonts en prsence1 volonts en lutte4 ,ce n'est pas le temps qui est le pre de la guerre3 c'est la pluralit et la distinction des individus444 ,kant1 en supprimant tout d'un coup le temps et l'espace1 n'avance pas la question d'un seul pas4 ,on pourrait le comparer aux astronomes qui imaginaient un ciel de cristal pour soutenir les astres et en laisser passer la lumire1 et qui taient obligs d'ajouter un second ciel de cristal au premier1 un troisime au second4 ,toute l'volution du monde immobilise et cristallise dans le septime ciel1 que ,kant appelle le monde intelligible1 n'en perd pas pour cela un seul de ses caractres1 une seule de ses antinomies1 une seule de ses ncessits brutales3 la vie ternelle elle-mme n'est donc pas un refuge pour la libert4 ,kant n'a fait que substituer la servitude mobile et changeante du temps une servitude ternelle et immuable1 une sorte de damnation de la libert4 ,en effet1 en nous enlevant le temps1 ,kant nous a prcisment enlev le seul espoir positif et pratique de dlivrance ou de progrs4 ,si nous avons un caractre intelligible qui1 une fois pour toutes1 se fait bon ou mchant en dehors de la dure1 tout notre progrs apparent ne consistera plus qu' analyser et drouler en ce monde sensible la synthse du monde intelligible4 ,notre destine1 nous la dictons en dehors du temps1 et le temps ne fait que tourner les pages du livre en les pelant1 sans y pouvoir changer un mot4 99 99 99 99 99 ,veut-on voir comme en une image agrandie les dfauts et le caractre trop mythique de la libert extemporelle1 c'est dans ,schopenhauer qu'il faut la considrer4 ,les oprations drivent de la nature mme de l'tre3 operari sequitur esse1 disaient les scolastiques2 ,schopenhauer le rpte aprs eux4--,la conduite d'un homme1 son operari1 est dtermine extrieurement par les motifs1 intrieurement par son caractre1 et cela d'une faon ncessaire2 chacun de ses actes est donc un vnement ncessaire2 mais c'est dans son tre1 dans son esse1 que se retrouve la libert4 ,il pourrait tre autre2 et tout ce en quoi il est coupable ou mritant1 c'est d'tre ce qu'il est444 ,dans la ralit des choses1 chaque homme le sait bien1 l'acte contraire celui qu'il a fait tait possible1 et il aurait eu lieu1 si seulement lui1 il avait t autre qu'il n'est#acj4 ,ainsi nous sommes libres dans l'ternit d'tre ou de ne pas tre1 de choisir un caractre bon ou un caractre mchant1 courageux ou lche4 ,mais1 d'autre part1 nous ne pouvons connatre a priori le caractre choisi par nous4 ,nous n'apprenons1 dit ,schopenhauer1 nous connatre nous-mmes et les autres1 que par exprience2 nous n'avons pas de notre caractre une notion a priori4 ,pourtant1 demanderons-nous de nouveau1 pour qu'un choix soit vraiment libre1 ne faut-il pas qu'on ait conscience a priori et du pouvoir de choisir et des raisons de choisir8 ,si je prends sans le savoir une mauvaise nature au lieu d'une bonne1 mon erreur est involontaire1 non libre4 ,c'est une sorte de colin-maillard transport dans la vie intemporelle1 o chacun poursuit un caractre et une destine qu'il saisit sans les voir1 comme dans le mythe de ,platon4 ,aussi1 en dernire analyse1 la responsabilit et la libert finissent1 selon ,schopenhauer1 par ne porter ni sur l'operari ni sur l'esse1 mais sur une troisime chose1 le fieri1 c'est--dire sur le devenir1 sur le fait d'avoir prfr l'existence et son devenir la non-existence et son immobilit4--,si tu es1 tu seras bte brute1 et si tu es bte brute1 tu agiras en bte brute1 mais tu peux ne pas devenir1 ne point passer de l'tre intelligible l'existence sensible4--,cette nouvelle distinction de l'esse et du fieri ne nous avance pas plus que celle de l'esse et de l'operari2 car1 l'tre ne rvlant sa nature que par ses oprations1 en voulant ternellement devenir tel tre1 je ne sais pas ce que je veux devenir1 homme1 ange ou bte2 le fieri ne m'est donc pas plus imputable que le reste4 ,j'en suis toujours rduit par del le temps tirer un billet de loterie dans une urne o je ne vois rien1 moins qu'on ne dise que la faute primitive est de vouloir tirer un lot quelconque1 de vouloir devenir n'importe quel tre1 au lieu de rester dans le non-tre4 ,mais cette incomprhensible et aveugle dtermination devenir1 sans savoir ce qu'on devient ou deviendra1 ne fonde pas une responsabilit plus relle que toutes les autres4 ,la doctrine de ,schopenhauer place notre responsabilit l o personne ne l'a jamais place1 dans le fait de l'existence4 ,on pourrait1 du reste1 poser ,schopenhauer une question pralable3--,comment sait-il ce qu'il nous apprend8 ,ce ne peut tre ni a posteriori1 puisque sa libert est antrieure l'exprience1 ni a priori1 puisqu'elle est inconsciente et qu'elle ne devient intelligente que quand elle a un cerveau4 #acj ,fondement de la morale1 p4 #hd4 ,une autre objection consiste demander comment nous pouvons nous donner un caractre individuel en dehors du temps et de l'espace1 alors que1 selon ,schopenhauer1 la distinction des individus1 l'individuation1 n'est fonde que sur le temps et l'espace4 ,schopenhauer distingue vainement ici l'individualit1 qui aurait sa racine dans le monde intelligible1 et l'individuation1 ou projection de l'individualit dans la lanterne magique du monde sensible4 ,si le caractre appartient vraiment au monde intelligible1 c'est--dire au monde de l'ternit et de l'unit1 comment peut-il tre rellement individuel1 et d'o peut provenir cette ternelle distinction des individus8 ,si elle vient de ,dieu1 je ne suis plus libre2 si elle vient de moi1 c'est moi qui suis mon crateur2 bien plus1 un monisme consquent 7par exemple celui de ,hartmann7 ne peut plus distinguer de moi ni de non-moi dans le domaine de l'ternelle unit3 je suis donc le crateur de tous les autres tres1 sans m'en douter4 ,par cela mme que le monisme doit supprimer l'individualit dans la sphre de la libert absolue ou de la volont absolue1 il est oblig de supprimer aussi tout l'intellectuel1 comme trompeur et illusoire4 ,ds lors1 par une limination progressive1 ,schopenhauer aboutit placer le fond prtendu libre et moral de l'homme dans une absolue indtermination1 laquelle tendait dj le noumne de ,kant4 ,en premier lieu1 la volont et le moral de l'homme ne peut tre pour ,schopenhauer la dtermination claire par des motifs1 car ces motifs sont intellectuels1 donc plus ou moins matriels et crbraux4 ,la volont absolue ne peut tre non plus simplement le dsir1 la tendance vivre1 jouir1 la dtermination une fin3 le dsir n'est point l'absolu1 car il enveloppe une vidente relativit4 ,s'il nous parat plus voisin du fond des choses1 c'est simplement parce qu'il est chronologiquement antrieur l'intelligence dveloppe1 parce qu'il est plus gnral parmi les tres que l'intelligence mme1 laquelle il sert comme de matire2 mais suffit-il qu'une chose soit la matire d'une autre et son antcdent pour avoir le droit d'tre rige en absolu8 ,de plus1 le dsir lui-mme1 par la fin qu'il suppose1 enveloppe encore plus ou moins implicitement de la pense1 car comment dsirer s'il n'y a pas un objet dsir et une conscience plus ou moins obscure de cet objet8 ,enfin la volont radicale n'est pas non plus ce que les physiciens appellent la force1 et c'est au contraire la force1 nous dit ,schopenhauer1 qui doit se ramener la volont4 ,et en effet1 au point de vue scientifique1 la force n'est qu'un symbole abstrait du mouvement2 au point de vue psychologique et mtaphysique1 elle n'est qu'une forme de nos sensations de pression et de tact1 c'est--dire la chose la plus relative du monde4 ,mais que reste-t-il alors dans la volont aprs cette limination successive des motifs1 des dsirs1 des fins conues ou senties1 des forces dployes1 etc48 ,il ne reste qu'une ide vague et gnrale d'activit4 ,peut-on mme dire que cette ide reste8 ,toute activit nous connue est dtermine1 saisissable la conscience et par cela mme l'intelligence1 d'autant plus active et forte qu'elle se connat mieux et qu'elle est plus pntre de lumire4 ,la prtendue libert de ,schopenhauer est la nuit absolue4 ,aussi ,schopenhauer conclut son trait par le mot de ,malebranche3 ,la libert est un mystre2 si bien que l'action libre1 au lieu d'tre faite en connaissance de cause1 est ce qu'il y a de plus mystrieux1 de plus inconnu et de plus inconnaissable4 ,la libert ainsi entendue1 ,schopenhauer lui donne lui-mme son nom vritable3 ,x4 ,et telle est en effet la seule libert qu'on puisse concevoir1 ou plutt cesser de concevoir1 quand on veut la mettre toute hors du temps et la rduire un noumne4 ,,iii4--,en somme1 une hypothse ne se justifie qu'en tant qu'elle explique des faits4 ,l'hypothse d'un dieu et d'une providence1 par exemple1 ne se justifie qu'en tant qu'elle prtend expliquer l'existence du monde et sa conservation4 ,si elle ne l'explique pas1 elle est inutile2 il en est ainsi de toute autre hypothse4 ,une hypothse ne doit pas tre en quelque sorte une superposition la ralit1 mais une explication de cette ralit4 ,or1 l'hypothse de la libert intemporelle et individuelle tout ensemble est la traduction de la difficult mme en termes nouveaux et incomprhensibles4 ,nous n'avons donc pas le droit de dire immdiatement3 ,la libert est un mystre2 il faut dire3 ,il y a au fond des choses un mystre1 et nous ne savons pas s'il faut l'appeler libert plutt que de tout autre nom4 ,le mystre porte sur ce fond innommable de la ralit2 quant la libert1 elle est pour nous un idal1 et nous ne savons pas si elle fait le fond de la ralit mme4 ,le vrai problme est donc de chercher1 un point de vue immanent1 comment nous pouvons nous rapprocher de cet idal1 comment le progrs est possible dans la sphre du temps1 et possible par cette ide mme de libert4 ,dans cette recherche1 l'accord peut exister entre les diverses doctrines1 et sur le point de dpart et sur le but atteindre4 ,les dterministes eux-mmes1 nous l'avons vu1 doivent se ranger parmi les partisans1 sinon de la libert dj ralise1 du moins de l'indpendance idale sous toutes ses formes1 de la libert idale en tant qu'elle est ralisable2 comme ,pythagore1 qui ne se croyait pas sage1 mais ami de la sagesse1 ils ne se croiront pas libres1 mais du moins amis de la libert4 ,la vraie libert tant pour tous le but atteindre1 les dterministes pourront lui appliquer ce qu'on a dit de l'den3 elle est devant nous1 et non pas derrire nous2 nous n'en venons pas1 mais nous y allons1 et peut tre nous est-il permis de nous en rapprocher sans cesse4 ,c'est l1 dans le dterminisme1 le commencement d'une volution dont nous avons dj mesur l'importance et les limites dans la pratique4 ,le moment est venu de la poursuivre dans l'ordre thorique et d'en dterminer aussi la limite ce point de vue4 ,nous ne pouvons nous arrter moiti chemin dans une voie o le dterminisme lui-mme commence entrer de nos jours1 et o la ncessit semble se diriger dans le sens de la libert idale4 ,nous avons reconnu que1 quand nous croyons l'idal de la libert dj ralis en nous partiellement et ralisable progressivement1 cette croyance nous confre sur nous-mmes un pouvoir pratique1 une libert d'action apparente que les dterministes eux-mmes peuvent admettre4 ,mais1 de cette nouvelle position o nous avons amen le dterminisme1 l'homme aspire encore quelque chose de plus lev2 partis de la libert apparente1 ne pourrions-nous nous rapprocher de la libert relle8 ,nous avons pouss la conciliation des doctrines jusqu' un centre intrieur sur la nature duquel le dsaccord demeure possible3 tout se passe comme si1 dans ce centre1 tait en germe une relle libert1 et cependant ce n'en est peut-tre que le semblant4 ,tel est le doute final4 ,ce doute n'intresse-t-il que la spculation1 et pouvons-nous1 mme dans la pratique1 laisser le problme irrsolu8--,beaucoup d'hommes1 sans doute1 agissent sous l'ide de la libert et de leur libert sans se demander s'il y a l autre chose qu'une simple ide et une simple apparence de ralisation4 ,leur pratique semble alors indpendante de la thorie2 mais c'est qu'en ralit les deux choses demeurent leurs yeux confondues dans une synthse spontane et obscure4 ,pour eux1 l'ide est la chose1 et ils n'en demandent pas davantage4 ,mais1 pour quiconque rflchit et en vient par la rflexion sparer le subjectif et l'objectif1 l'incertitude de la solution1 tant qu'elle subsiste1 exerce une influence sur la pratique mme4 ,du moins l'exerce-t-elle dans l'ordre moral1 car1 sous toutes les autres formes pratiques1 l'ide de libert et la croyance sa ralit en nous quivalent de fait la libert relle4 ,mais1 en morale1 si nous doutons de notre libert objective1 surtout si nous la nions1 nous diminuons par cela mme notre nergie morale1 nous subissons1 au lieu d'une influence excitatrice de l'ide1 l'influence paralysante de l'ide sur l'action1 qui a t plus haut analyse4 ,il y a assurment une morale pour ainsi dire impersonnelle et thorique dont nous avons reconnu la possibilit dans les coles dterministes4 ,cette morale toute ncessitaire se concilie avec l'autre tant qu'on n'est pas arriv l'acte mme de la moralit1 la dtermination morale ou aux faits qui en sont la plus immdiate expression3 sentiment d'obligation et de responsabilit1 remords ou satisfaction intrieure2 mais le ct proprement moral de ces faits subit une vidente altration dans le dterminisme traditionnel et exclusif4 ,c'est que non seulement on n'y admet pas la libert1 mais l'ide mme de libert en est absente4 ,il en rsulte dans les choses comme un notable changement de couleur1 produit par l'absence d'une de ces couleurs lmentaires auxquelles nous avons compar les lments de nos notions morales2 non seulement se trouve supprime la ralit des faits moraux1 mais nous n'en retrouvons plus l'apparence exacte en nous4 ,ce sont des nuances toutes nouvelles1 auxquelles on donne par analogie le mme nom qu'aux anciennes4 ,ce n'est pas l1 encore une fois1 la dernire position que le dterminisme peut et doit prendre4 ,parmi les lments du problme il doit rtablir3 #a l'ide de la libert comme fin concevable et dsirable1 #b l'ide de notre libert comme apparente ralisation de cet idal en nous-mme4 ,en fait1 aprs avoir conu ce que ,stuart ,mill appelle le pouvoir de modifier notre caractre si nous le voulons1 nous concevons tous1 au moins comme idal1 un pouvoir que ,stuart ,mill ne nous accorde pas1 celui de vouloir modifier notre caractre#aca4 ,nous concevons une puissance sur nous-mmes qui ne serait pas seulement intermdiaire1 comme dit ,mill1 mais premire et radicale4 ,cette ide1 chimrique ou non1 nous l'avons tous2 tous nous dsirons la raliser1 tous nous la reconnaissons doue d'une certaine efficacit1 tous de certaines heures nous croyons la voir ralise en nous4 ,cette illusion1 si c'en est une1 ne peut tre dtruite que par les plus subtils raisonnements2 encore ces raisonnements ne dtruisent-ils pas l'apparence intrieure1 mais seulement la croyance la valeur objective de cette apparence4 ,nous ressemblons alors un homme que l'on convaincrait d'tre en proie une hallucination1 mais qui1 tout en reconnaissant la fausset des apparences1 n'en continuerait pas moins les voir4 ,il ne pourrait pas exclure ces apparences de sa propre psychologie sous prtexte qu'elles sont sans objet2 il devrait1 au contraire1 en tudier avec soin la nature1 l'influence1 les combinaisons diverses avec les autres apparences plus vridiques4 ,si mme il reconnaissait qu'il y a dans ses illusions quelque chose de bon1 il se demanderait s'il n'y a pas aussi en elles quelque chose de vrai et si on ne pourrait pas1 tout au moins1 les rendre plus vraies l'avenir3 la perception et la mmoire ne sont-elles pas elles-mmes1 en dfinitive1 des hallucinations vraies8 #aca ,la volont de modifier notre caractre est un rsultat non de nos propres efforts1 mais de circonstances que nous ne pouvons empcher2 si nous l'avons1 elle ne peut venir en nous que de causes extrieures4 7,logique1 t4 ,,ii1 p4 #dbd47 ,on ne voit gure alors comment ,stuart ,mill croit pouvoir ajouter3 ,nous sommes moralement obligs de travailler au perfectionnement de notre caractre4 ,a la vrit nous ne le ferons que si nous venons dsirer de nous perfectionner4 ,et il se trouve en dernire analyse que ce dsir ne dpend pas de nous4 ,en d'autres termes1 devant une table vide1 j'aurais la facult et mme l'obligation de faire un excellent festin1 si elle tait pleine2 mais d'autres que moi peuvent seuls la remplir4 ,notre puissance n'est telle que quand on ne remonte pas assez haut1 et elle finit par se rsoudre en une relle impuissance4 ,recommenons donc cette sorte de voyage la recherche de la libert qui rsume le progrs de la pense mme et de la volont humaine4 ,il importe de dterminer avec prcision l'tendue et la valeur thoriques de cette efficacit pratique qui appartient l'ide et la persuasion de notre libert4 ,ce pouvoir confr par l'ide1 dj rel comme pouvoir1 peut-il tre aussi rel comme pouvoir libre1 et jusqu' quel point8 ,c'est l une dernire question que le dterminisme mme doit s'adresser1 une dernire position qu'il doit prendre4 ,plus ambitieux que ,pyrrhus1 aprs avoir conquis la terre1 il faut que l'homme s'essaie y faire descendre le ciel mme avec la libert idale4 ,,livre ,,deuxi,,me ,,recherche ,d',,une ,,synth,,se ,,th,,orique ,,chapitre ,,premier ,,force ,,efficace ,,de ,l',,id,e ,,de ,,libert ,,selon ,,la ,,th,,orie ,,des ,,id,,es-,,forces ,i4 ,notion synthtique de la libert psychologique4--,recherche de la notion o pourraient concider1 dans ce qu'ils ont de positif1 le systme de la dtermination et celui de l'indiffrence4 ,,ii4 ,idal mtaphysique de l'acte libre4--,l'acte libre doit avoir la libert et pour fin et pour cause4--,mcanisme et organisme de la libert1 que nous cherchons raliser4 ,,iii4 ,l'volution vers la libert et ses trois moments4--,evolution ncessaire pour arriver produire des actes ayant comme fin l'ide de libert4 ,,iv4 ,l'ide-force de libert comme complment du naturalisme4--,objections et rponses4--,l'ide de libert1 quivalent et substitut de la libert dans l'ordre logique1 mathmatique et mcanique4 ,v4 ,l'ide-force de libert comme complment de l'idalisme4--,introduction d'un nouvel lment dans les thories de ,leibnitz et de ,kant4 ,,vi4 ,l'ide de libert et l'ide de l'avenir4--,influence des ides du temps et de l'avenir sur le dterminisme4 ,raction de l'ide sur le fait et de la prvision sur l'action4 ,i4 ,notion synthtique de la libert psychologique4--,nous entendons par libert1 on s'en souvient1 l'indpendance sous toutes ses formes et tous ses degrs4 ,des analyses que nous avons faites prcdemment il rsulte que1 dans l'ide ordinaire de la libert1 il y a de l'impossible et du possible4 ,la libert d'indiffrence est impossible3 le libre arbitre1 qui s'y ramne1 est impossible en tant que puissance de vouloir au mme instant1 dans les mmes conditions1 deux choses contraires3 une telle puissance n'est conue que par l'abstraction des relles conditions de la volont4 ,et cette abstraction1 on s'en souvient1 s'opre en quelque sorte toute seule par le seul effet de l'ignorance4 ,il en rsulte une illusion1 d'ailleurs partiellement utile dans la pratique par la raction qu'elle produit2 car la raction de l'ide sur le fait a une si grande force de ralisation que1 mme sous ces deux formes infrieures et paradoxales de l'indiffrentisme et du libre arbitre1 je puis encore raliser approximativement la libert4 ,ce qui n'est pas illusoire et faux dans l'ide de libert1 c'est d'abord le ct ngatif de cette ide1 qui est l'indpendance de l'tre intelligent l'gard du dehors2 puis le fond positif de l'ide1 qui est la plnitude de la puissance et notamment de la puissance intelligente ou consciente4 ,cette puissance n'a rien d'illusoire4 ,l'ide de libert1 dans son fond le plus empirique1 renferme donc tout au moins un lment indniable et vrai3 l'ide de la force des ides1 de quelque manire qu'on conoive cette force4 ,n'y et-il rien de plus1 ce serait dj quelque chose1 et l'ide de libert ne ressemblerait pas l'utopie du mouvement perptuel4 ,mais ce n'est pas l tout ce que renferme cette notion4 ,parmi ces ides-forces qui ont une incontestable puissance1 il y en a deux dominantes en nous3 celle du moi et celle de l'universel4 ,l'indpendance du moi1 voil dj une notion plus concrte de la libert4 ,et cette indpendance mme1 nous le verrons1 ne se manifeste jamais mieux que quand le moi agit pour un motif universel4 ,de l drive la notion de libert suprieure et morale1 qui manifeste l'indpendance du moi par rapport aux limites de sa propre individualit borne4 ,cette libert est la condition du vrai dsintressement et de l'amour d'autrui4 ,en abstrayant ainsi toutes les dpendances1 toutes les limites1 nous finissons par concevoir1 d'une conception indirecte1 une indpendance absolue1 une cause qui serait indpendante sous tous les rapports3 c'est ce que les mtaphysiciens appellent l'absolu4 ,c'est l1 nos yeux1 la forme tout idale de la libert1 conue au point de vue mtaphysique#acb4 #acb ,voir plus haut1 sur l'idal de libert mtaphysique et d'indpendance absolue1 chap4 ,,vii1 #c4 ,on le voit1 vouloir renfermer la libert dans les bornes d'une dfinition troite1 c'est en contredire la notion mme1 qui exclut prcisment toutes les bornes4 ,cependant1 nous ne pouvons ici considrer la libert la fois sous tous ses aspects4 ,nous serons donc oblig de procder dialectiquement1 comme et dit ,platon1 ou1 pour parler le langage moderne1 d'tablir un processus et une volution qui nous fasse passer d'un degr l'autre1 d'une forme d'indpendance une autre suprieure et plus complte4 ,il est naturel1 au dbut de notre recherche1 de considrer d'abord la libert psychologique1 la libert du moi4 ,nous n'entendons point par cette libert psychologique une dtermination qu'on ne saurait trop comment qualifier1 qui aurait lieu abstraction faite de toute apprciation des choses1 de toute considration des buts offerts1 une dtermination de libre arbitre sans motif et sans mobile1 en un mot sans raison4 ,la libert humaine nous semble1 son premier degr1 le pouvoir de faire quilibre aux raisons tires de la nature intrinsque des choses par une raison tire de l'ide que le moi a de son indpendance4 ,si la valeur intrinsque des choses1 telle que mon intelligence la conoit1 dterminait seule mon action1 cette valeur des choses tant impersonnelle et conue en vertu de lois impersonnelles1 je n'aurais aucune libert2 mais1 si je trouve dans la conscience mme de mon individualit 7relle ou formelle71 du sujet qui est moi1 un motif et un mobile capable de contre-balancer les raisons qui procdent des objets1 il y aura une certaine attribution de l'acte moi-mme et non plus seulement au non-moi4 ,la libert est donc1 sous cette premire forme1 le sujet se posant en face de l'objet comme une force capable de rsister avec la conscience de sa rsistance2 c'est le moi trouvant dans le moi une raison d'agir qu'il se fait lui-mme au lieu de la recevoir du dehors4 ,nous admettons toujours une raison d'agir1 mais elle est tantt dans la conscience du sujet1 tantt dans la perception des objets4 ,nous avons vu le fort et le faible des deux thories relatives la libert3 il faut maintenant essayer de les concilier dans une notion plus large et plus comprhensive de la libert psychologique4 ,selon le dterminisme1 nous nous dterminons pour tels ou tels motifs2 et ces motifs sont des penses actuelles qui1 tant donne notre constitution psychologique1 devaient ncessairement amener notre dtermination4 ,ds lors1 l'ide de notre libert ne serait plus qu'une forme vide s'appliquant indiffremment tous nos actes2 le contenu positif de ces actes serait dtermin rellement et exclusivement par les motifs actuels et par toute la srie d'tats de conscience antcdents4--,selon la doctrine vulgaire de la libert d'indiffrence1 au contraire1 nous nous dterminons parce que nous le voulons2 ce qui revient dire que nous nous dterminons ainsi parce que nous nous dterminons nous dterminer ainsi4 ,c'est l un acte absolu et indpendant de tout le reste4 ,comment alors expliquer le contenu positif et dtermin de ses effets8 ,comment cette suprme indiffrence a-t-elle pu aboutir telles et telles diffrences1 par exemple un acte de pardon ou un acte de vengeance8--,voil les notions contraires de la libert que se font les dterministes et les indterministes4 ,maintenant1 il y a deux manires de concilier des notions4 ,on peut les combiner dans ce qu'elles ont de positif pour arriver une troisime ide1 distincte et une1 qui en est la synthse2 c'est l1 ce semble1 la vraie mthode4 ,on peut aussi juxtaposer simplement les notions contraires et1 pour viter la contradiction1 en liminer les caractres spcifiques ou diffrentiels2 mais on n'arrive ainsi qu' une identit vide et sans contenu dtermin1 ou1 si on laisse subsister la moindre diffrence1 l'opposition clate bientt au sein mme de l'apparente conciliation et rclame en vain une conciliation nouvelle#acc4 ,l'abstrait1 et consquemment l'incomplet1 voil le dfaut ordinaire des systmes relatifs la libert4 ,nous nous dterminons pour tels ou tels motifs2 mais alors les motifs sont tout sans la volont1 et le mot nous nous dterminons n'a plus de sens4 ,nous nous dterminons pour nous dterminer1 nous voulons pour vouloir2 mais alors la volont demeure abstraite et sans motif1 comme une forme sans contenu4 ,toutes ces doctrines1 aprs avoir bris la vivante unit du vouloir1 s'efforcent vainement de la reconstruire4 ,nous devons d'abord rtablir la ralit psychologique des faits1 avant de passer aux considrations mtaphysiques4 #acc ,voir1 sur notre mthode1 l',introduction notre ,histoire de la philosophie1 #d;e dition4 ,en premier lieu1 relativement au motif de nos actes1 l'observation intrieure nous a montr que les systmes adverses sont galement incomplets4--,je puis vouloir pour vouloir1 disent les partisans de la libert indiffrente4--,oui1 leur avons-nous rpondu2 mais vous avez alors un motif intrieur1 qui est d'exercer la puissance mme que vous concevez4--,alors1 disent leur tour les dterministes1 je veux pour une raison1 et en vue de quelque chose8--,oui2 seulement cette raison1 ce quelque chose que vous avez en vue comme idal1 est le vouloir mme et le vouloir libre4--,en ce cas1 ma volition est dtermine par le motif1 et je ne suis pas libre4--,votre volition est dtermine par le motif1 et comme ce motif est prcisment d'tre libre1 la question que vous ne devez pas prjuger est de savoir si vous ne ralisez pas effectivement1 dans quelque mesure1 une certaine libert en vous-mmes4 ,reconnaissez tout au moins que la question doit tre mieux pose qu'elle ne l'a t4 ,voici donc1 relativement au motif de nos actions1 les deux extrmes et la notion synthtique1 fournie par l'exprience intrieure1 qui les concilie dans ce qu'ils ont de positif4--,je ne puis vouloir pour vouloir et sans raison1 disait ,leibnitz4--,je puis vouloir sans raison et pour vouloir1 disait ,reid4--,la vrit psychologique est que je puis vouloir pour la raison de vouloir1 et alors je veux tout la fois pour une raison et sans raison3 pour une raison subjective 7l'ide de ma puissance71 et sans raison objective 7tire de la nature des choses que je veux1 ou des fins externes74 ,dans ce cas1 nous expliquons notre acte en disant3 ,parce que je veux4 ,cette expression ne dsigne pas seulement l'agent ou la volont1 mais aussi un objet de pense ou un motif que la volont se pose elle-mme3 ce n'est donc pas1 comme on le croit1 une tautologie4 ,lorsque la volont1 entre deux biens1 choisit un bien moindre ou gal parce qu'elle le veut1 ce mot est pris dans un sens original1 et sert rendre raison du choix ainsi fait3 il ne dsigne plus la volont en gnral1 mais la volont se prenant elle-mme spcialement pour motif et pour fin1 par un acte de rflexion4 ,quand nous prfrons le plus grand bien extrieur1 mille francs plutt qu'un franc1 nous croyons inutile d'ajouter que nous le voulons pour vouloir3 la valeur du motif extrinsque suffit alors pour expliquer la dtermination de la volont2 mais1 dans le choix d'un moindre bien ou d'un bien gal1 si on nous interroge sur le motif1 nous donnons pour raison3 parce que je veux4 ,la volont devient alors pour elle-mme un vrai motif1 car elle s'objective et se pose en face d'elle-mme3 ,sit pro ratione voluntas4--,reid n'a vu que le ct extrinsque des choses2 il n'a pas vu la raison intrinsque qui dtruit en nous l'indiffrence3 savoir l'ide de l'indpendance mme1 laquelle nous sommes loin d'tre indiffrents4 ,d'autre part1 les dterministes ont nglig tort l'ide de la volont libre parmi les motifs de dtermination4 ,la mme insuffisance des doctrines opposes se retrouve propos du mobile de nos dterminations1 qui n'est que le motif par nous senti et dsir4 ,ici encore les faits psychologiques semblent avoir t mal analyss4 ,selon les dterministes1 non seulement il n'y a point d'acte sans raison ou sans motif1 mais encore la raison d'agir ne peut tre que quelque bien senti ou reprsent3 on ne peut vouloir que pour un bien1 et tout motif devient ainsi un mobile4--,je puis vouloir pour vouloir et sans mobile1 disent au contraire les partisans de la libert d'indiffrence4--,mais1 rpondrons-nous aux deux systmes adverses1 si la volont libre est elle-mme un bien1 les contraires ne sont plus aussi inconciliables3 je puis vouloir pour le bien de vouloir4 ,ici encore les partis dissidents font tort abstraction de l'ide de libert2 celle-ci nous apparat toujours1 ses degrs diffrents1 comme l'ide d'un bien ralisable dans le moi2 et consquemment1 de mme qu'elle est un motif1 elle est un mobile4 --,ce n'est pas un bien1 objectera-t-on1 de lever le bras ou de l'abaisser2 et cependant je lve librement le bras pour le lever1 je l'abaisse librement pour l'abaisser4--,analyse incomplte4 ,quand vous faites ces mouvements avec rflexion1 vous les faites pour montrer aux autres votre libert1 ou pour vous la montrer vous-mme2 et cette sorte de triomphe que vous remportez sur le simple possible en le rendant actuel est assurment un bien1 dont vous avez la notion plus ou moins confuse et le sentiment plus ou moins vif3 il y a ici un mobile1 ne ft-ce que le plaisir d'agir1 de se mouvoir1 de se sentir matre de ses mouvements1 de se sentir vivre4 ,de mme1 vous me proposez le choix entre deux biens extrieurs1 l'un beaucoup plus grand que l'autre1 et je choisis le moindre3 ma dtermination est-elle sans mobile8 ,non4 ,je veux vous prouver ou me prouver moi-mme que je ne suis pas esclave d'une influence extrieure1 je veux affirmer et1 en une certaine mesure1 raliser ma personnalit1 mon moi1 ma libert et ma dignit1 en prfrant le moindre bien au plus grand4 ,cette affirmation et ralisation de ma puissance personnelle est un bien mes yeux1 et je prfre ma libert aux choses extrieures4 ,les dterministes ont donc raison3 quoi que je fasse1 je ne puis vouloir qu'un bien2 mais ce bien peut tre prcisment la libert4 ,en concevant la libert1 je la conois comme bonne1 je l'aime1 et je suis excit ainsi la raliser2 l'tre raisonnable1 qui se crait tout l'heure lui-mme un motif par la conception de la libert1 se cre aussi un mobile et une fin3 le moi trouve en lui-mme une raison de vouloir et un intrt vouloir4 ,que cette ide et ce dsir de la libert aillent croissant par l'attention et la rflexion1 ils produiront des effets en analogie avec eux-mmes1 indpendants de la valeur des autres motifs ou des autres mobiles4 ,voil1 ce semble1 la ralit psychologique4 ,le grand tort du dterminisme est donc de n'avoir pas vu que1 si l'homme veut toujours en vue d'un bien1 il peut vouloir en vue d'un bien qui soit sa volont mme4 ,cette conception de la volont libre comme bonne en soi se mle tous nos actes rflchis2 elle constitue un motif et un mobile inhrent au moi1 et dont l'intervention modifie tous les autres motifs et tous les autres mobiles empreints de passivit extrieure4 ,c'est proprement la part du moi et de son ide dans l'acte accompli2 aussi est-ce l ce que le moi croit pouvoir s'attribuer lui-mme4 ,en rsum1 l'ide du vouloir qui semble la plus synthtique et la plus conforme l'exprience psychologique est la suivante3 nous voulons pour telles ou telles raisons1 pour tels ou tels biens1 et de plus1 et surtout1 pour la raison et le bien de vouloir4 ,,ii4 ,idal mtaphysique de l'acte libre4--,c'est l aussi ce qui rpond le mieux1 ce semble1 la notion mtaphysique de la vraie libert individuelle4 ,d'une part1 en effet1 pour tre entirement libre1 la volont ne doit pas1 en se portant vers tels et tels objets1 s'y porter exclusivement pour eux2 elle ne doit pas s'absorber dans la matire sur laquelle elle s'exerce3 il faut qu'elle veuille encore avec le but d'tre libre1 avec le but de vouloir librement4 ,d'autre part1 elle ne peut vouloir vide1 dans une indiffrence qui exclurait tout contenu dtermin4 ,la ralit concrte1 c'est de vouloir librement telle chose #a pour vouloir cette chose-l et non une autre1 #b pour la vouloir librement et non d'une autre manire4 ,la libert individuelle doit donc remplir deux conditions pour raliser son idal3 elle doit donner son acte la forme de la libert1 non une forme tout extrieure1 mais1 s'il est possible1 cette forme relle et constitutive qu',aristote appelait l'essence2 en mme temps elle doit donner cet acte1 de forme libre1 un contenu dtermin4 ,la forme essentielle de la libert du moi c'est de vouloir pour vouloir1 de se dterminer par soi-mme pour se dterminer par soi-mme4 ,vouloir ainsi pour vouloir1 d'aprs nos explications prcdentes1 n'est pas une identit vide pose par l'entendement1 au moyen de laquelle on se dispenserait de toute explication en rpondant la question par la question mme4 ,le premier vouloir n'est pas la mme chose que le second2 ce sont deux lments la fois identiques et diffrents1 dont l'unit concrte forme un tout1 parce que le premier a sa raison dans le second et le second sa raison dans le premier4 ,comment ce cercle peut-il se produire sans constituer un cercle vicieux8--,c'est que1 quand je veux pour vouloir1 le premier terme est le vouloir actuel1 et le second un vouloir possible1 raison finale et idale du premier4 ,si ces deux vouloirs pouvaient se suffire l'un l'autre indpendamment de tout le reste1 il en rsulterait que l'acte libre1 compos de deux vouloirs insparables1 la fois identiques dans leur forme et diffrents parce que l'un est moyen1 l'autre fin1 subsisterait dans leur unit ou plutt serait lui-mme cette unit4 ,en ce qui concerne le premier point1 il n'y a pas de difficult admettre que le vouloir libre devienne une fin pour notre activit prsente4 ,la libert est indpendance2 de plus1 en son sens le plus positif et au plus haut degr de son volution1 nous verrons qu'elle se confond avec la volont de l'universel1 avec la moralit4 ,on conoit donc trs bien la possibilit de se proposer soi-mme comme raison finale un acte libre1--sinon un acte libre abstrait1 notion sans contenu1 du moins un acte libre particulier1 envelopp dans un ensemble de circonstances donnes4 ,je veux faire telle chose et non telle autre1 et je veux la faire librement2 c'est--dire que je veux1 tout en la faisant1 tre indpendant de ce que je fais1 ne pas y puiser une puissance qui me parat contenir en elle des choses opposes4 ,en fait1 c'est l l'ide dont nous nous proposons chaque instant la ralisation dans la pratique3 nous voulons1 par exemple1 faire un acte de dsintressement pour le faire et aussi pour manifester1 pour raliser notre libert1 qui est en mme temps notre indpendance individuelle et notre volontaire union l'universel2 nous ne voulons pas tre libres sans agir et sans faire passer notre libert dans un acte particulier1 ni accomplir un acte particulier sans y mettre notre libert4 ,la libert se trouve donc toujours dans l'ide de l'acte propos et en est la forme essentielle3 nous agissons en vue de la libert4 ,bien plus1 pour que le contenu dtermin de l'acte libre ne soit pas en contradiction avec la forme essentielle1 nous voulons imprimer cette forme tous les lments dont l'acte se compose1 et consquemment cet ensemble de circonstances o nous nous trouvons engags4 ,or1 pour ne pas tre dtermin par ces circonstances1 il faut les connatre1 sinon dans leur nature intime1 du moins dans leur rapport avec moi4 ,si je ne les connaissais pas et qu'elles me dterminassent mon insu1 il se trouverait dans l'acte accompli des choses dont je ne verrais pas la raison en moi-mme4 ,voil pourquoi je pntre par la rflexion dans les moindres dtails de l'acte 7tel que l'exercice d'une fonction moi confie7 et du milieu o il se produit1 loin de m'y mouvoir sans y porter la lumire4 ,ce que je connais1 je l'ai1 dans une certaine mesure1 ramen moi et mis sous ma dpendance2 ce que je connais1 je le tiens4 ,aussi1 plus mon vouloir est libre1 plus il est raisonn1 rflchi1 et par suite concret4 ,mon premier vouloir se subdivise en autant de vouloirs particuliers qu'il y a de conditions remplir pour que l'acte produit soit1 et ait la forme de la libert4 ,et tous ces vouloirs ont leur raison dans la fin atteindre1 c'est--dire dans l'acte libre idal dont ils sont les moyens2 comme d'autre part l'acte libre1 qui ne sera que le dernier de ces vouloirs1 aura son principe dans les vouloirs antcdents dont il doit tre la consquence4 ,une fois que toutes les conditions seront ainsi dtermines1 je saurai compltement ce que je veux1 je pourrai vouloir toutes ces choses connues de moi1 et me vouloir moi-mme avec ma libert dans ces choses ou plutt au-dessus de ces choses4 ,l'acte concret que je veux est comme une ligne parcourir1 dont il faudrait dterminer tous les points par la pense afin de les vouloir tous4 ,c'est l un idal impossible raliser entirement4 ,dans la pratique on se contente de dterminer le plus grand nombre de points possible1 comme quand on divise une ligne en un grand nombre de parties2 puis1 ces points de repre dtermins1 on se meut de l'un l'autre par un mouvement continu1 en laissant les intervalles dans l'indtermination et l'indiffrence4 ,voil pourquoi la libert doit tre en raison inverse et non en raison directe de l'indtermination4 ,plus mon vouloir sera dtermin et concret1 plus sa ralisation d'un point l'autre paratra ncessaire1 et plus cependant il pourra tre raisonnable et libre1 au vrai sens de ce mot4 ,d'aprs ce qui prcde1 c'est tout d'abord dans un mcanisme que l'acte idal de libert doit se raliser4 ,l'acte libre1 que nous nous proposons comme fin1 a besoin en effet d'une srie d'actions lies par la loi mcanique des conditions suffisantes2 car l'effet que la libert veut produire doit tre sous sa dpendance absolue1 et consquemment soumis des conditions qui le rendront ncessaire4 ,sans cette ncessit des effets1 il n'y aurait plus de certitude pour la libert intelligente3 en attirant elle un anneau de la chane des choses pour atteindre un autre anneau plus ou moins loign1 la volont ne serait point sre de ne pas voir la chane se briser entre ses mains1 et les anneaux dtachs se perdre dans le vide4 ,la libert doit donc raliser un mcanisme d'effets soumis la ncessit1 c'est--dire cette loi mcanique des effets que l'on confond trop souvent avec la notion mtaphysique de cause efficiente4 ,dans tout mcanisme apparat une direction principale1 dtermine par le point de dpart et par le point d'arrive4 ,au sein de la conscience l'ide directrice sera celle mme de la libert4 ,cette ide sera d'abord la force impulsive qui domine et meut tout le systme1 car toute ide a une intensit et une force proportionnelle cette intensit4 ,en outre1 l'ide de libert imprimera aux autres forces une direction vers elle-mme2 c'est elle-mme qu'elle prendra pour but dernier1 tout en se ralisant dans un systme concret d'actions intermdiaires4 ,en consquence1 elle devra se maintenir d'un bout l'autre de la ligne suivie1 comme un mobile prsent chaque point parcouru et qui conserve toujours sa tendance au mouvement4 ,bien plus1 le rsultat dynamique obtenu par l'ide de libert ne sera pas seulement la conservation d'elle-mme1 mais son accroissement4 ,chaque mouvement intrieur tant rflchi sur ce moteur qui ramne tout lui et ayant en outre pour effet de diminuer progressivement les forces opposantes1 quelles qu'elles soient1 la force principale1 c'est--dire l'ide de libert1 accrotra sans cesse son effet de tout ce qu'auront perdu les autres forces4 ,elle aura ainsi russi agir en vue d'elle-mme sur elle-mme1 et produire la rflexion du mouvement sur le moteur4 ,un mcanisme circulaire est prcisment ce qui constitue un organisme4 ,on sait que1 selon la formule de ,kant1 l'organisme est un systme dont toutes les parties sont tour tour cause et effet2 il se rsume dans une rciprocit principale3 celle de la force dominante et des forces auxiliaires1 de la vie et des organes4 ,la vie produit les organes1 qui leur tour produisent1 maintiennent1 accroissent la vie4 ,mais1 dans les organismes infrieurs1 la vie s'ignore et ignore les moyens qu'elle emploie3 elle est instinctive4 ,au contraire1 la vie suprieure1 que tend crer l'ide de libert1 serait une vie consciente d'elle-mme et de ses moyens1 transparente pour elle-mme dans tous ses organes1 se voyant fonctionner et voyant se ramener elle toutes les autres fonctions mentales4 ,pour cela l'ide de libert doit tre prsente1 comme fin et comme cause1 tous ses organes intrieurs ou psychiques2 et de plus elle doit tre son organe elle-mme4 ,,iii4 ,l'volution vers la libert et ses trois moments4--,la volont ne peut raliser l'idal de l'acte libre sans passer par trois moments dont l'volution constitue un vritable progrs4 ,si1 par hypothse1 nous considrons le moi avant qu'il ait produit aucun acte sous l'ide de libert 7comme chez les enfants71 nous le trouvons dtermin principalement par le dehors et par ce qui ne vient pas de lui-mme2 il est tout entier esclave de la conformation du cerveau4 ,c'est l le premier moment1 o les dterminations du moi intelligent sont poses par des forces trangres1--hrdit1 milieu1 excitations du dehors1--plutt qu'il ne les pose et ne les affirme lui-mme en sa conscience4 ,son activit ne s'est exerce encore que par des ractions purement rflexes 7non rflchies71 en raison compose des actions de l'extrieur et des forces emmagasines dans le systme nerveux4 ,ces ractions rflexes taient comme la traduction exacte du dehors par le dedans1 du physique par le mental4 ,ce n'tait pas cependant une complte fatalit1 c'est--dire une complte passivit1 puisqu'il y avait dj raction et conscience confuse de ragir2 mais cette raction tait moins individuelle que due l'espce2 de plus1 elle tait analogue l'lasticit des corps4 ,aussi est-elle reste soumise aux lois de la pure dynamique1 jusqu' ce que la force qui ragissait sous forme simplement rflexe se ft dveloppe par l'action mme1 ft arrive une conscience rflchie1 se ft pose dans son unit en face de la multiplicit extrieure4 ,tout le travail de la volont pendant l'enfance consiste se ressaisir par une rflexion progressive1 dans le chaos des sensations disparates1 qu'elle rduit peu peu l'unit formelle d'une mme conscience4 ,nous arrivons au second moment1 que l'analyse spare du premier1 mais qui peut se confondre avec lui dans le dveloppement continu et synthtique de la nature humaine4 ,le moi1 aspirant la libert idale1 c'est--dire l'affirmation de soi par des actes propres1 travaille dtruire en lui ces dterminations qui n'y ont pas t poses par lui-mme4 ,notre volont imparfaite semble d'abord contenir tout plutt que soi3 le cerveau1 rsultat de l'hrdit dans la famille et dans l'espce1 est tout entier sous la dpendance du dehors2 pour que la volont s'affirme1 il faut donc qu'elle commence par nier le reste1 en un certain sens1 c'est--dire par rsister aux impulsions immdiates du dehors1 et cela au moyen d'une raction individuelle4 ,quand nous nous saisissons par la conscience1 nous nous trouvons mis en mouvement ou modifis dans notre mouvement par mille moteurs divers et trangers4 ,avant donc de faire effort pour nous imprimer un lan qui vienne entirement de nous-mmes1 il faut d'abord que nous arrtions tous les autres mouvements et fassions en nous le repos4 ,au point de vue physiologique1 ce second stade de la volont1 tout prparatoire1 est ce qu'on a nomm le pouvoir d'inhibition ou d'arrt2 il se manifeste par un quilibre des impulsions nerveuses en divers sens4 ,c'est comme un phnomne d'interfrence4 ,c'est aussi le second moment de l'volution psychologique1 qui enveloppe une sorte de dialectique vivante2 c'est le moment de la ngation1 par o doit passer ce moi que ,platon dfinissait un moteur qui se meut lui-mme4 ,le moi se fait alors immobile relativement au dehors2 c'est--dire que1 parmi toutes les dterminations possibles1 il n'en regarde aucune comme capable d'absorber ou d'puiser son ide de libert en le contraignant telle ou telle action4 ,cette situation du moi l'gard des choses extrieures1 sous l'ide de libert1 est celle de l'indpendance et mme de la sparation2 il tend en effet se sparer de tous ses mobiles1 de toutes ses inclinations1 de toutes ses habitudes3 il conoit tout cela comme incapable de produire un acte tel qu'il se le reprsente1 c'est--dire un acte vraiment libre4 ,ds lors1 tout devient petit et presque indiffrent devant cette ide d'une entire indpendance4 ,sous ce rapport1 le moi en suspens et en quilibre est indtermin2 mais1 nous l'avons vu dj1 c'est une indtermination partielle dont il est lui-mme l'auteur au moyen de sa pense4 ,par cet arrt1 par cet quilibre1 le moi est dtermin se dterminer soi-mme4 ,il arrive ce troisime et dcisif moment o la ncessit intelligente1 rflchie sur soi1 doit s'efforcer de se dpasser et de se contredire1 par une sorte de mtamorphose psychologique qui est l'apparition de l'tre moral4 ,il y a l un passage que l'intelligence aspire franchir1 comme si la ncessit1 aprs l'avoir conduite jusqu' ce point1 lui montrant au del de l'obstacle la terre promise de la libert idale1 la chargeait d'achever l'oeuvre commence4 ,en fait1 quand nous agissons sous l'ide de libert1 nous nous efforons de raliser le mcanisme automoteur prcdemment dcrit1 qui a la libert pour fin directrice4 ,l'ide de libert montre sa valeur1 comme le mouvement1 en marchant4 ,en prenant la libert pour but nous ne poursuivons pas un idal de tout point chimrique et illusoire3 l'acte que nous nous proposons d'accomplir librement1 nous l'accomplissons comme s'il tait libre en une certaine faon et soumis notre pouvoir4 ,nous ralisons donc tout au moins le contenu de cet acte4 ,si on peut nous contester le succs complet1 c'est relativement ce principe de libert que nous lui attribuons1 cette forme essentielle 7au sens aristotlique du mot7 que nous aurions voulu aussi lui donner4 ,la contestation ne peut plus porter1 vrai dire1 que sur le degr de notre succs dans cette tentative d'affranchissement et dans cette volution progressive2 mais on ne saurait nier les effets rels de ce coefficient nglig par tous les dterministes4 ,rtablissons-le donc d'abord dans le dterminisme naturaliste1 puis dans le dterminisme idaliste4 ,des faits1 disent les naturalistes1 tout s'explique par des faits4 ,mais l'ide de libert est aussi un fait qui doit produire comme les autres un rsultat original4--,des ides1 disent les idalistes1 tout s'explique par des ides4 ,mais la libert est aussi une ide1 qui doit avoir sa part dans la gnration des choses par les ides mmes4--,les systmes arrivent donc par diverses voies poser une ide-force ou une force-ide4 ,nous devons examiner successivement ces deux points de vue4 ,,iv4 ,l'ide-force comme complment du naturalisme4--,les plus rcentes observations de l'cole empirique et naturaliste s'accordent avec les spculations des idalistes sur l'identit fondamentale de la pense et de l'action4 ,selon ,,mm4 ,bain et ,spencer1 et aussi selon ,mller1 l'ide d'un objet absent et la perception d'un objet prsent sont des actes qui ne diffrent pas en nature1 mais seulement en degr2 l'ide1 en gnral1 est le commencement d'une action4 ,le phnomne fondamental du mcanisme nerveux est l'acte rflexe2 par consquent1 c'est une transmission de mouvement4 ,le mouvement communiqu aux centres crbraux se restitue ncessairement au dehors et se transmet sous une forme ou sous l'autre4 ,toute pense suppose une rception et une transmission de mouvement1 par consquent une continuation de mouvement1 une tendance1 une force motrice au sens mcanique#acd4 #acd ,nous trouvons la thorie des ides-forces de plus en plus confirme par les travaux des physiologistes et psychologues contemporains4 ,selon les remarques ajoutes par ,m4 ,taine sa dernire dition de l',intelligence1 quand l'image devient trs lumineuse1 elle se change en impulsion motrice2 on peut donc supposer que1 s'il y a dans l'corce crbrale des points o l'image devient plus lumineuse1 ces points se rencontrent l o les extrmits terminales de l'appareil intellectuel s'abouchent avec les extrmits initiales de l'appareil moteur444 ,d'innombrables courants intellectuels cheminent ainsi dans notre intelligence et notre cerveau1 sans que nous en ayons conscience1 et ordinairement ils n'apparaissent la conscience qu'au moment o1 devenant moteurs1 ils entrent dans un autre lit4 7,l'intelligence1 #c;e dit41 ,i1 #dhb47 ,le substratum physique de l'esprit1 disent ,carpenter et ,laycock1 n'est pas seulement les nerfs effrents avec leurs centres1 ce sont aussi les nerfs affrents1 ce sont les processus sensori-moteurs4--,il doit y avoir un lment moteur aussi bien qu'un lment sensoriel dans le substratum anatomique dont la faible dcharge correspond ce que nous appelons penser un objet4 ,cette notion peut paratre singulire4 ,quoi de commun1 dira-t-on1 entre un mouvement et une ide1 l'un tant un processus physique1 l'autre un processus mental8 ,je le rpte1 le mouvement entre comme lment non dans les ides1 mais dans le substratum anatomique des ides4 7,huglings ,jackson1 ,clinical and physiological researches on the nervous system3 ,i1 on the localisation of movement in the brain1 p4 #ah1 et sq47 ,pour la thorie des centres psycho-moteurs1 qui sont comme les centres des ides-forces1 voir les travaux de ,ferrier1 de ,bastian1 de ,maudsley et les pages substantielles de ,m4 ,ribot1 dans la ,revue philosophique de juillet #ahhb4 ,la tendance qu'a l'ide d'une action la produire montre que l'ide est dj l'action elle-mme sous une forme plus faible4 ,au souvenir de quelque action nergique1 par exemple d'un combat1 il nous est trs difficile de nous empcher de rpter partiellement cette action4 ,une sorte de courant caus par l'motion se prcipite dans les mmes voies et s'empare des mmes muscles1 au point de leur imposer une rptition relle4 ,un enfant ne peut rendre compte d'une scne laquelle il a pris part qu'en la reproduisant avec tous les dtails4 ,remarquons en passant que c'est ce qui donne naissance au langage d'action2 c'est aussi ce qui le rend si facilement intelligible pour les enfants eux-mmes3 nous interprtons rapidement les signes parce qu'ils sont le commencement des actes qu'ils reprsentent4--,en pensant des mots ou une phrase1 on sent une sorte d'impulsion et de mouvement se communiquer la langue et aux autres organes de l'articulation1 qui sont alors sensiblement excits4 ,l'articulation1 dit ,m4 ,bain1 est la seule diffrence qu'il y ait entre la reprsentation purement intellectuelle d'une ide et son expression vocale444 ,penser1 c'est se retenir de parler ou d'agir4 ,nous sentons chaque instant combien il est facile de convertir nos ides en paroles2 il suffit d'y ajouter une force mcanique presque insensible1 de faire entendre un faible chuchotement4 ,il y a des gens qui sont si peu matres de leurs organes qu'ils articulent ou murmurent toutes leurs penses2 il en est d'autres qui1 dans certains moments d'excitation1 ne peuvent s'empcher de se parler eux-mmes4 ,l'ide seule du billement le provoque3 le frein qui accompagne ordinairement les ides d'action et qui les empche de se traduire en mouvements1 est trop faible dans ce cas2 en consquence l'ide devient elle seule l'expression complte de la ralit4 ,ce frein rsulte du mcanisme des forces3 les mouvements commencs dans le cerveau tendent se rpandre et se raliser dans les muscles1 mais ils rencontrent des mouvements dj raliss qui peuvent les contenir1 ou d'autres courants nerveux qui les neutralisent4 ,les ondes produites par une pierre dans l'eau vont plus ou moins loin et sont neutralises plus ou moins vite1 selon la force du choc initial2 de mme il est en nous des tendances et des mouvements qui ne rayonnent pas jusqu' la sphre visible de l'activit extrieure1 mais qui n'en sont pas moins dj l'action elle-mme et le mouvement lui-mme au premier degr4 ,si l'ide peut exercer une action jusque sur des mouvements de nature rflexe1 de manire les exciter ou les modrer1 on comprend combien elle doit tre plus puissante sur les mouvements qui dpendent immdiatement d'elle-mme4 ,et parmi ces ides1 qui tendent se raliser1 s'exprimer par des actes1 nous savons qu'il faut placer au premier rang l'ide de libert1 dont l'action est tantt modratrice1 tantt excitatrice4 ,cette ide est un ressort dont l'action a t nglige par l'cole physiologique et naturaliste4 ,le tort de cette cole1 en gnral1 c'est le peu d'importance qu'elle accorde la conscience et aux ides4 ,nous avons vu qu'elle en fait de simples reflets d'un mouvement accompli sans elles1 de simples phnomnes lumineux sans action et sans relle influence4 ,les choses se passent dans le cerveau tantt avec conscience1 tantt sans conscience1 et dans le premier cas elles se passent comme si la conscience mme n'existait pas3 le courant suit l'arc nerveux de la mme manire1 soit qu'il y ait conscience au centre1 soit qu'il y ait inconscience4 ,ce rle effac1 ou plutt cette absence de toute action efficace attribue aux ides1 nous parat une exagration des naturalistes contemporains1 que nous avons dj signale#ace4 ,leur erreur est de croire que les actes1 connus ou non de nous1 demeurent toujours les mmes1 semblables au fleuve qui coule de la mme manire1 soit qu'on regarde ou qu'on ne regarde pas les flots qui se suivent4 #ace ,voir principalement ,maudsley1 ,herzen1 ,m4 ,taine et ,m4 ,ribot4--,cf4 p4 #aji4 ,sans doute il y a des combinaisons d'ides qui ne tendent pas se raliser parce qu'elles n'enveloppent en elles-mmes aucune tendance capable de satisfaire l'tre qui les conoit2 parfois mme elles enveloppent une tendance rpulsive plutt qu'attractive4 ,l'ide d'imbcillit1 par exemple1 ou celle de fatalit1 n'incline pas sa ralisation4 ,encore ne faudrait-il pas qu'une intelligence ft tout envahie et absorbe par des ides de ce genre1 car alors elles tendraient s'exprimer tantt par une sorte de fascination1 tantt par une passivit inerte1 etc4 ,une reprsentation dominante et exclusive1 ft-elle chimrique ou terrible1 exerce dj par elle-mme une fascination qui peut susciter les mouvements lmentaires correspondants4 ,une ide n'est oisive et inactive que dans deux cas3 #a quand elle est contrebalance et refrne par d'autres2 #b quand1 tant seule1 elle est tout fait abstraite ou tout fait impossible4 ,si je conois1 par exemple1 la ngation de toutes mes conditions d'existence1 cette ide purement ngative et irreprsentable n'entrane d'autres mouvements lmentaires que ceux des mots qui l'expriment4 ,si la libert n'tait qu'une ide de ce genre1 elle n'agirait pas4 ,mais1 dans l'ide d'indpendance1 surtout par rapport aux mobiles sensibles et l'gosme1 dans l'ide d'une possession de soi par soi-mme1 dans l'ide d'une expansion vers l'universel1 dans l'ide de perfectibilit et de progrs1 il y a des lments intelligibles et dsirables1 consquemment excitateurs et moteurs4 ,c'est donc1 de la part des naturalistes1 une inconsquence que de mconnatre1 en ce sens1 la force des ides et surtout de l'idal de la libert4 99 99 99 99 99 ,cherchons maintenant jusqu'o peut aller l'efficacit finale de l'ide de libert tant qu'on s'en tient au point de vue exclusif du dterminisme naturaliste4 ,si ce point de vue exprimait le fond des choses1 les dterministes auraient le droit de dire3--,nous avions sans doute nglig un chiffre dans nos calculs et vous avez raison de le rtablir2 mais nous n'aurons dsormais qu' mesurer la valeur de l'ide de libert2 aprs l'avoir calcule une fois pour toutes1 nous commencerons nos tables des motifs par ce premier facteur invariable1 aprs lequel nous crirons1 comme nous le faisions auparavant1 les motifs variables4 ,la loi de nos actions sera trouve4 ,on peut rpondre1 d'abord1 que l'ide de libert n'est pas un facteur d'une valeur constante4--,cette ide1 quoique toujours prsente plus ou moins implicitement toute action rflchie et dlibre1 n'est pas toujours galement dveloppe1 claire et intense3 il y a donc des intermittences et des degrs dans notre conception rflchie de la libert4 --,mais1 dira-t-on1 constante ou variable1 sa force ne modifie pas la rsultante du mcanisme interne3 elle s'ajoute toujours aux motifs antrieurement dominants1 tantt gostes1 tantt dsintresss1 et se borne en acclrer l'action4--,cela n'est vrai que quand nous agissons sans penser au contraire de notre acte2 dans ce cas1 l'ide de notre puissance accrot en effet notre confiance et acclre notre mouvement4 ,mais1 quand il s'agit d'une chose o le bon et le mauvais se mlent1 l'association des ides par contraste nous fait concevoir toujours le parti oppos2 et ce parti nous apparat1 lui aussi1 comme un mlange de bon et de mauvais4 ,si nous n'avions aucune ide de notre libert possible1 nous accepterions simplement et passivement l'tat prsent de nos tendances1 sans concevoir la possibilit de rendre dominante la tendance actuellement la plus faible2 mais il n'en est pas ainsi1 et l'ide de libert1 loin d'acclrer la tendance dominante1 la retarde ordinairement en faveur de la plus faible4 ,c'est quelque chose d'analogue ce qui se passe quand nous sommes tmoins d'une lutte entre deux adversaires dont l'un est plus fort que l'autre3 nous sommes inclins prendre parti pour le plus faible afin de rtablir l'galit2 au besoin1 nous lui portons secours4 ,et pourquoi voulons-nous rtablir l'galit8 ,pour laisser libre jeu une puissance suprieure1 par exemple celle de l'intelligence1 plus intime1 plus personnelle que la force physique1 quoique en mme temps plus impersonnelle par son objet4 ,mais1 devant une trop grande ingalit d'intelligence1 nous sommes encore ports rtablir l'galit1 comme pour donner place de nouveau une puissance suprieure1 comme pour en appeler d'un tribunal provisoire un jugement sans appel4 ,nous voulons moins la victoire du plus intelligent que du meilleur1 et moins celle du meilleur en lui-mme que de celui qui serait meilleur par lui-mme ou librement aimant4 ,le moi1 avec son idal d'indpendance personnelle et de volontaire impersonnalit1 est la grande force dcisive que1 dans cette lutte1 nous voudrions voir donner4 ,quand il s'agit d'une lutte intrieure dans notre conscience1 la mme tendance intervenir pour le plus faible se produit3 l'ide mme de notre libert surgit et se rserve le dernier mot1 au lieu de laisser la dcision des puissances infrieures4 ,cette ide tend donc quilibrer les motifs et les rendre par l indiffrents devant elle1 plutt qu' se prcipiter du ct de la force dominante4 ,au lieu d'acclrer1 elle suspend d'abord1 elle arrte2 elle produit1 avec ce que les physiologistes appellent l'inhibition son plus haut degr1 ce que les moralistes appellent la possession de soi3 le moi1 au lieu d'tre absorb par les tendances particulires et les objets extrieurs1 se recueille dans la rflexion et se pose4 ,le moi ft-il toujours une simple ide1 cette ide devient1 au point de vue mme du naturalisme1 une puissance capable en fait de contrebalancer les autres1 elle est une ide-force4 ,en outre1 ce n'est pas une puissance fixe1 mais quelque chose d'analogue ces variables des mathmaticiens qui tendent vers une limite plus grande que toute quantit donne4 ,l'ide de la libert1 en effet1 est l'ide d'une force capable de se multiplier elle-mme par la rflexion1 d'une force variable et virtuellement indfinie4 ,tels deux miroirs se renvoient l'un l'autre une mme image2 et l'ide de la libert1 au lieu de s'affaiblir dans cette rflexion du sujet moi sur l'objet moi1 va grandissant4 ,le dterminisme mcaniste parle toujours des ides comme de valeurs stables1 comme d'units fixes2 mais il faut admettre des ides dont la valeur et la force impulsive soient capables de s'accrotre1 et qui deviennent multiples de soi par la rflexion4 ,le cerveau1 disent eux-mmes les physiologistes1 est un organe multiplicateur et condensateur4 ,ainsi se produit un phnomne mental de haute importance1 qui rsulte du pouvoir que nous avons de rflchir sur notre moi3 du moment o nous rflchissons1 il y a le moi actuel donn notre rflexion1 et le moi possible1 qui1 en se concevant1 peut se raliser diffrent du moi donn4 ,de l deux termes et une multiplication possible de l'un par l'autre4 ,une seconde rflexion peut multiplier encore la puissance de l'ide par elle-mme4 ,nous avons ainsi un multiplicateur qui s'lve des puissances successives4 ,l'ide de libert est prcisment l'ide de cette multiplication toujours possible1 de cette variabilit sans limites prcises4 ,les symboles arithmtiques sont1 du reste1 bien loin de suffire l'explication de tout ce que contiennent les faits de libert apparente ou relle3 aux considrations de quantit doivent se joindre celles de qualit4 ,les faits physiques eux-mmes ne trouvent pas leur unique explication dans des variations de quantit purement mathmatiques et mcaniques2 il existe des combinaisons o le tout est autre chose que la somme numrique de ses lments3 ce sont les combinaisons chimiques4 ,de mme1 dans l'esprit1 se produisent ces faits que l'cole naturaliste appelle une sorte de chimie mentale1 comme quand les sensations lmentaires des sept couleurs engendrent1 par leur synthse1 une sensation toute diffrente en qualit1 celle du blanc4 ,les naturalistes seront donc forcs de reconnatre que l'ide de libert1 en s'ajoutant un motif1 n'en doit pas modifier simplement l'intensit quantitative1 mais encore la qualit spcifique et surtout la qualit morale4 ,si1 par exemple1 je conois un tort fait autrui comme pouvant tre libre1 ce n'est pas seulement un tort plus grand que je conois1 mais un mal d'un nouveau genre et pour ainsi dire d'une tout autre couleur1 l'injustice volontaire4 ,de mme1 le bonheur d'autrui produit par le sacrifice de mon intrt devient1 en se combinant avec l'ide de libert1 cette merveille idale qui ne ressemble aucun autre objet3 la libre bont4 ,le bien conu sous l'ide de libert cesse donc d'tre neutre et impersonnel pour apparatre comme bien moral1 en mme temps que le mal apparat comme mal moral4 ,ou plutt1 auparavant1 nous ne concevions que le plaisir ou la douleur2 le bien comme tel1 ou la moralit1 n'a pu tre conu que grce l'ide1 vraie ou fausse1 de libert4 ,celle-ci introduit donc des motifs tout nouveaux et sui generis1 c'est--dire les motifs moraux1 impliquant un certain degr de croyance la libert3 ce que je veux1 c'est un bien libre1 une relle bont4 ,or1 la persuasion de ma libert me permet d'agir en vue de cette relle bont1 et c'est l une volution intrieure d'o peut sortir progressivement un monde nouveau4 ,quand mme ces hautes notions morales ne seraient qu'un idal1 la seule conception de cet idal n'en introduit pas moins en nous une lumire toute nouvelle4 ,si nous agissons sous la pense et le dsir de la libre bont1 n'aurons-nous pas lieu de croire avec ,platon qu'on peut devenir1 en une certaine mesure1 semblable l'objet de sa contemplation et1 qui plus est1 de son action8 ,j'ai une arme dans les mains2 vous prtendez que c'est une ombre et non une ralit2 mais1 puisque avec cette arme je triomphe des forces ennemies1 comment ne finirais-je pas par me demander si c'est simplement une ombre1 ou au moins si l'ombre ne prend pas corps8 99 99 99 99 99 ,est-ce dire que nous prtendions1 sans sortir du point de vue mme auquel se placent les naturalistes1 introduire dans le dterminisme une libert radicalement diffrente de ce dterminisme mme8--,non2 nous voulons seulement1 ce premier point de vue1 qui n'est pas le dernier et le plus haut1 largir le dterminisme et l'orienter vers la libert idale4 ,nous voulons montrer que l'tre intelligent1 si dtermin qu'il soit1 n'attend point que les choses se fassent ou ne se fassent pas3 le croire1 c'est l un faux dterminisme4 ,le vrai dterminisme n'est pas fait passivement1 il se fait lui-mme1 il se modifie lui-mme par lui-mme4 ,le but que nous nous proposons dans ce livre1 c'est de rendre le dterminisme aussi large1 aussi ouvert1 aussi infini1 consquemment aussi flexible et vivant1 aussi modifiable1 aussi variable et progressif que cela est compatible avec un ordre intelligible1 avec une continuit sans hiatus1 avec une loi sans exception1 qui est pourtant une loi de vie et non d'inertie4 ,pour cela le dterminisme ne doit pas tre rduit exclusivement aux lois mcaniques1 car ces lois sont une enveloppe trop extrieure2 il ne doit pas tre rduit aux lois physiques et physiologiques1 qui n'puisent pas tout2 au moins faut-il y ajouter les lois psychiques1 et principalement celles de la pense2 puis1 aprs avoir ainsi gal le dterminisme tout ce que nous pouvons connatre1 il est encore permis de se demander si tout est pour nous connaissable4 ,on laisse ainsi subsister l'x problmatique au fond des choses4 ,tout dterminisme qui s'arrte moiti chemin est un dterminisme paresseux2 d'autre part1 les objections adresses un dterminisme incomplet sont des objections paresseuses4 ,le dterminisme naturaliste et mcaniste est de ceux qui s'arrtent moiti chemin4 ,il voit les choses du dehors1 il voit simplement le rseau qui les enserre1 et encore il ne se rend pas un compte exact de la nature des mailles4 ,ces mailles1 en effet1 ne sont pas purement mcaniques et physiques1 elles sont encore psychiques4 ,de plus1 dans le domaine psychique1 il y a un facteur capital qui intervient1 la conscience de soi1 dont l'ide n'est qu'une forme suprieure4 ,rpter que la conscience est simplement un reflet1 c'est dogmatiser1 c'est faire de la mtaphysique matrialiste4 ,a vrai dire1 nous ne savons pas si la conscience1 au lieu de reflter le dehors1 ne nous rvle point prcisment le dedans de l'tre et la vraie cause active1 dont les lois mcaniques1 physiologiques1 sociologiques1 statistiques1 ne sont que les expressions et traductions diverses4 ,la conception des ides ou1 plus gnralement des tats de conscience comme simples empreintes des choses extrieures1 est un reste du prjug vulgaire1 qui prend au srieux la mtaphore contenue dans l'tymologie mme du mot ide4 ,c'est en mme temps un reste de substantialisme3 on trouve que l'tat mental1 l'tat de conscience1 l'ide au sens large du mot1 a besoin d'un substratum1 et il en rsulte que la conscience peut recouvrir un fond substantiel1 soumis une ncessit absolue4 ,c'est l une pure hypothse matrialiste4 ,nous ne savons pas ce qu'est le fond de la conscience3 nous n'avons donc pas le droit de traiter d'illusoire l'action que la conscience1 par la rflexion1 croit exercer sur elle-mme1 l'action que l'ide croit exercer sur sa propre ralisation4 ,la possibilit de l'idalisme subsiste toujours ct et au-dessus du naturalisme4 ,si l'ide de libert1 par sa seule action efficiente et mcanique1 ne suffit pas changer absolument et objectivement la nature des choses1 si elle ne donne pas tout d'un coup une entire libert morale un tre qui1 par hypothse1 serait exclusivement soumis aux lois physiques1 il n'en est pas moins vrai que cette ide1 entre le mcanisme et la libert1 offre un moyen terme ncessaire4 ,c'est l ce que nous pouvons conclure de toutes les considrations qui prcdent1 et par l se produit une premire rencontre des doctrines4 ,en effet1 supposons que la libert existe2 elle n'existera qu' la condition d'avoir conscience d'elle-mme1 et elle n'aura conscience d'elle-mme qu' la condition de devenir l'ide d'elle-mme4 ,or1 toute ide tant une force capable de produire le mouvement1 la libert devra toucher par l au mcanisme4 ,d'autre part1 si c'est le mcanisme qui existe tout d'abord et qui1 dans les systmes particuliers de mouvements et de forces appels individus intelligents1 arrive concevoir l'ide de la libert1 le mcanisme pourra1 en se conformant cette ide1 se rapprocher progressivement de la libert idale4 ,l'ide de la libert est donc bien un terrain commun et en quelque sorte neutre1 o peut se prparer un rapprochement entre les opinions opposes4 ,si la libert n'existe pas1 le mcanisme que nous avons dcrit sera ce qui peut le mieux la suppler dans l'ordre mcanique4 ,si elle existe1 elle devra1 pour agir dans l'ordre mcanique1 raliser prcisment ce mcanisme4 ,nous avons donc1 soit le substitut1 soit l'instrument de la libert4 ,ce substitut ou cet instrument pourrait tre appel1 par simple analogie1 l'quivalent de la libert au sein du mcanisme4 ,la chaleur1 l'lectricit1 le magntisme ont leur quivalent mcanique1 qui exprime la quantit de mouvement dans laquelle ils doivent se transformer pour produire tel ou tel effet4 ,la libert1 devant produire ses effets dans l'ordre mcanique1 a dans cet ordre un autre genre d'quivalent1 moins sous le rapport de la quantit que sous le rapport de la qualit3 la notion de libert est un quivalent logique et intellectuel de la libert1 et la force impulsive inhrente cette ide en est1 si on peut parler ainsi1 une sorte d'quivalent mcanique4 ,seulement1 il ne faut pas oublier l'extrme variabilit de cette force susceptible d'accroissement et de diminution4 ,nous ne voulons d'ailleurs indiquer ici que des analogies4 ,nous avons dj rappel comment ,leibnitz s'est efforc de rendre les quantits discontinues adquates la quantit continue3 par le rapport constant des variables1 il dcouvre le rapport de leurs limites idales2 on substitue ainsi aux choses des sries indfinies dont elles sont la limite4 ,ces sries pourraient s'appeler des substituts mathmatiques2 elles sont1 en d'autres termes1 un moyen d'approximation indfinie4 ,de mme1 nous avons cherch au sein du dterminisme mcanique un moyen d'approximation indfinie par rapport la libert idale1 ou son substitut mathmatique1 mcanique et logique tout la fois4 ,c'est l'ide de libert qui nous permet d'intercaler une srie indfinie de moyens termes entre le mcanisme physique et la parfaite libert morale4 tant donn un systme de forces1 quelque grand qu'il soit1 l'ide de libert1 toujours prsente en moi1 me fait concevoir une force encore suprieure2 et si je mets cette ide l'essai1 je puis russir4 ,j'arrive donc concevoir une srie de forces de plus en plus grandes4 ,sans doute aucune de ces forces ne doit tre considre comme adquate la libert parfaite2 mais1 pour cette raison mme1 je puis toujours dpasser la force prsente par ma pense2 je puis toujours1 grce l'ide de libert1 passer d'une force une autre plus grande2 je n'aurai donc qu' continuer ce mouvement pour obtenir le degr de force ncessaire chaque action4 ,j'obtiens par l non une puissance infinie1 mais une puissance pratiquement indfinie1 qui en est le symbole mathmatique et le substitut mcanique4 ,v4 ,l'ide-force de libert comme complment de l'idalisme4--,si1 du point de vue naturaliste1 nous passons au point de vue idaliste1 l'ide de libert nous apparatra encore comme un moyen de rectification et de conciliation progressive4 ,la thorie platonicienne des ides prendrait un sens plausible si1 au lieu de ne considrer les ides que dans un monde intelligible o on les suppose ternellement ralises1 on les faisait descendre et agir au sein du monde sensible1 par une influence observable et dterminable4 ,au lieu d'une dialectique purement formelle et logique1 on aurait ainsi une dialectique vivante et relle1 comme celle dont ,hegel voulait tablir les lois et dont il n'a crit que le roman fantastique4 ,leibnitz1 en introduisant dans l'idalisme platonicien des conceptions plus ralistes et mme mcanistes1 essaie d'expliquer la production des choses par une sorte de mcanisme mtaphysique1 par une mathmatique ternelle4 ,dans ses spculations aventureuses et cependant profondes1 il s'efforce de montrer comment du vrai mtaphysique1 ou des possibilits idales1 procde le vrai physique1 c'est--dire les ralits actuelles4 ,la possibilit ou l'essence implique un effort vers l'existence3 chaque possible1 en vertu d'une loi vivante1 tend devenir rel1 et il serait rel s'il ne rencontrait pas quelque obstacle qui le rend impossible1 soit provisoirement1 soit dfinitivement1 auquel cas il n'est rellement pas possible4 ,tous les possibles ne peuvent se raliser la fois3 il en est qui s'excluent et se contredisent2 de l une sorte de lutte entre des prtentions rivales4 ,ces prtentions ne peuvent toutes tre satisfaites1 mais il en rsulte toujours1 dans la ralit1 la combinaison par laquelle peut exister le plus grand nombre de choses#acf4 ,on voit que c'est le paralllogramme des forces transport dans le principe d'o drive l'univers4 ,cette volution des possibles qui sont en mme temps des puissances1 des forces1 des causes de mouvement1 explique tout1 selon ,leibnitz1 par une dialectique idale et relle4 ,le mcanisme intelligible1 d'ailleurs1 n'exclut pas dans le principe des choses la libert1 dont il est l'instrument4 #acf ,omne possibile exigit existere1 et proinde existeret1 nisi aliud impediret1 quod etiam existere exigit et priori incompatibile est2 unde sequitur semper eam existere rerum combinationem qua existunt quam plurima4 7,de verit4 primis1 ,erdm41 p4 #ii47 ,omnia possibilia pari jure ad essentiam 7l4 existentiam7 tendere pro quantitate essenti1 seu realitatis1 vel pro gradu perfectionis quem involvunt4--,et ut possibilitas est principium essenti1 ita perfectio seu essenti gradus 7per quem plurima sunt compossibilia7 principium est existenti4 ,ex his jam mirifice intelligitur quomodo1 in ipsa originatione rerum1 mathesis qudam divina seu mecanismus metaphysicus exerceatur4 7,de rerum originat4 rad41 ,erdm41 p4 #adh47--,tous les possibles prtendent l'existence dans l'entendement de ,dieu proportion de leur perfection4 ,le rsultat de toutes ces tendances doit tre le monde actuel le plus parfait qui soit possible4 7,dutens1 ,,ii1 ,,ii1 p4 #cf47 ,feignons1 dit ,thophile1 qu'il y ait des tres possibles1 ,a1 ,b1 ,c1 ,d1 ,e1 ,f1 ,g1 galement parfaits et prtendant l'existence1 dont il y a d'incompatibles ,a avec ,b1 et ,b avec ,d1 et ,g avec ,c4 ,je dis qu'on pourrait les faire exister deux ensemble de quinze faons3 ,,ac1 ,,ad1 etc42 ou bien trois ensemble1 des manires suivantes3 ,,acd1 ,,ace1 etc42 ou bien quatre ensemble de cette seule suite3 ,,acde1 laquelle sera choisie parmi toutes les autres1 parce que par l on obtient le plus qu'on peut2 et1 par consquent1 ces quatre ,a1 ,c1 ,d1 ,e1 existeront prfrablement aux autres1 ,b1 ,f1 ,g4 ,donc1 s'il y avait quelque puissance dans les choses possibles pour se mettre en existence et pour se faire jour travers les autres1 alors ces quatre l'emporteraient incontestablement2 car1 dans ce combat1 la ncessit mme ferait le meilleur choix possible1 comme nous voyons dans les machines1 o la nature choisit toujours le parti le plus avantageux pour faire descendre le centre de gravit de toute la masse autant qu'il se peut4--,mais les choses possibles1 n'ayant point d'existence1 n'ont point de puissance pour se faire exister1 et par consquent il faut chercher le choix et la cause de leur existence dans un tre dont l'existence est dj fixe et1 par consquent1 ncessaire d'elle-mme4 ,si cette lutte des possibles imagine par ,leibnitz dans l'activit primordiale est une pure hypothse1 elle devient la vrit dans notre activit intelligente4 ,il n'y a pas en nous de dialectique purement formelle comme celle des mtaphysiciens1 car toute dialectique de la pense enveloppe une mcanique qui aboutit l'action et au mouvement2 aussi notre pense est-elle toujours accompagne de quelque action4 ,l'ide directrice de toutes les autres1 celle de libert1 ne saurait donc rester abstraite4 ,la libert1 pour parler le langage de ,leibnitz1 est un possible qui doit1 lui aussi1 prtendre et tendre l'existence en nous1 par une sorte de prtention idale et de tendance relle ou active4 ,la conception de cette puissance suprieure ne saurait rester en nous l'tat d'une simple possibilit logique2 elle s'accompagne ncessairement de quelque tendance l'action1 elle commence sa ralisation et ne se conoit qu'en se ralisant dj3 car1 selon la parole d',aristote1 savoir c'est faire1 et faire c'est savoir4 ,l'intelligence est comme l'me de la libert1 disait ,leibnitz4 ,seulement1 mesurant encore mal la puissance des ides1 ,leibnitz ne voit toujours dans cette intelligence1 dans cette conscience1 qu'une rflexion par laquelle le dveloppement interne de l'me devient pour l'me un spectacle4 ,il ne pousse pas jusqu'au bout l'analyse1 il ne s'aperoit pas que le spectateur mme va transformer le drame4 ,l'introduction du spectateur1 au lieu de laisser passivement le drame se dvelopper suivant son plan primitif1 y entre comme lment1 fait partie du plan et du drame mme4 ,il n'y a pas1 comme dans nos thtres1 l'acteur qui joue son rle1 et un spectateur passif2 c'est l'acteur mme qui est spectateur4 ,et quand il devient spectateur1 il ne joue plus de la mme manire qu'auparavant4 ,le spectacle modifie donc le drame2 la contemplation modifie l'objet contempl4 ,c'est une vision qui agit sur la chose vue1 c'est un miroir qui transforme les objets2 bien plus1 ce vivant miroir arrive produire lui-mme toute une srie d'objets qui1 sans lui1 n'eussent pas exist4 99 99 99 99 99 ,dans l'idalisme de ,kant1 non moins que dans celui de ,leibnitz1 l'ide de libert pourra tre introduite comme un moyen terme entre le phnomne et le noumne4 ,l'ide de libert tant en mme temps une puissance1 par cette ide l'homme est en possession actuelle de sa raison1 qui descend alors1 en quelque sorte1 dans la srie des phnomnes2 par cette ide la raison est en mme temps nature4 ,il n'y a pas d'un ct le sensus sans l'intellectus1 et de l'autre l'intellectus sans le sensus3 les deux mondes1 intelligible et sensible1 semblent concider dans la conscience que l'tre raisonnable a de lui-mme et de son pouvoir1 dans son ide active de l'activit mme4 ,tout1 dans le mensonge1 est expliqu et dtermin par les antcdents du menteur1--dit ,kant2 mais dans ces antcdents mmes1 ajouterons-nous1 il faut compter l'ide de la libert et l'action motrice de cette ide1 dont l'intervention peut suspendre ou faire dvier le cours antrieur des causes naturelles4 ,pour prdire les actions par leurs conditions phnomnales1 il faut donc aussi calculer l'intensit de cette ide4 ,si le tort des naturalistes est de ne pas voir que1 parmi les forces naturelles1 se trouve l'ide de libert1 le vrai tort des idalistes n'est pas de croire la puissance des ides1 mais au contraire de n'y pas croire encore suffisamment4 ,en refusant l'ide de libert la puissance de produire un effet de plus en plus conforme elle-mme1 de se raliser au moins partiellement et progressivement comme les autres ides1 ils s'arrtent moiti chemin dans leur idalisme4 ,kant a admirablement dfini la volont en l'appelant3 la proprit d'tre cause par ses ides de la ralit des objets de ces ides mmes4 ,dans cette dfinition1 il semble avoir en vue la puissance dterminante des ides1 qui ralisent leurs objets dans la conduite4 ,allons jusqu'au bout de cette dfinition et nous pourrons dire aux idalistes3--,puisque j'ai1 selon vous1 la proprit de produire par mes ides les objets de ces ides1 je dois avoir la proprit de produire1 par l'ide subjective de ma puissance libre1 la ralit au moins partielle de cette puissance mme4 ,donc1 du dterminisme la libert tend surgir2 donc1 de votre point de dpart subjectif il n'est pas absolument impossible de passer un effet objectif2 donc1 de ce que vous appelez la raison sort la volont1 et c'est surtout en ce sens qu'on peut parler avec ,kant d'une raison pratique par elle-mme4 ,,vi4 ,l'ide-force de libert et l'ide de l'avenir4--,nous avons vu que le problme du libre arbitre vient se concentrer peu peu dans la considration du temps4 ,les uns cherchent au libre arbitre un refuge dans le temps mme2 les autres1 comme ,kant1 placent au contraire la libert hors du temps4 ,nous savons ce qu'il y a de hasardeux dans cette dernire ressource4 ,quant au refuge du temps pour le libre arbitre1 on peut le considrer au point de vue mcanique et au point de vue psychologique4 ,nous avons montr combien il est peu sr au point de vue mcanique4 ,dans les questions mcaniques1 le temps est ce qu'il y a de plus dpendant2 on le traite comme une pure consquence qui est donne et fixe quand les principes sont donns3 le temps d'une clipse1 par exemple1 n'offre aucun lment de variation4 ,on considre donc le temps en son abstraction comme sans efficace par lui-mme1 comme une pure forme1 dirait ,kant1 et cette forme est par excellence celle du dterminisme4 ,il n'en est pas de mme de la distance1 parce que1 l'espace tant plein1 la distance rpond un nombre plus ou moins grand de forces1 une quantit plus ou moins grande de matire3 si l'espace est plein1 le temps1 en un certain sens1 est vide1 la quantit de matire et de force n'y croissant point4 ,supposez un glacier absolument immobile3 un kilomtre carr de glace contiendra plus de matire et plus de force qu'un mtre carr2 mais une anne1 pour ce glacier immobile par hypothse1 ne contiendra rien de plus qu'un jour3 des donnes identiques en des temps diffrents sont toujours des donnes identiques1 et la diffrence du temps est objectivement indiffrente4 ,l'accroissement du temps n'est une expression et une premire image du progrs que pour l'esprit qui le calcule1 et il ne devient un progrs rel que s'il recouvre un progrs de l'activit1 de l'intelligence1 de la sensibilit4 ,chercher le libre arbitre dans le temps1 au point de vue mcanique--et cela1 en voulant garder le principe de la conservation de la force1--c'est donc prcisment1 comme nous l'avons fait voir1 chercher le libre arbitre dans le domaine de la plus grande dtermination et de la plus grande passivit4 ,mais il n'en est plus de mme au point de vue psychologique4 ,l'ide du temps1 ici1 peut commencer nous affranchir2 elle peut produire dans le dterminisme mme ce que nous avons appel une premire approximation de la libert4 ,la supriorit du dterminisme humain sur les pures machines 7auxquelles voudraient l'assimiler des thories grossirement mcanistes71 consiste prcisment en ce que l'intelligence conoit le temps4 ,il y a donc un problme trs intressant de psychologie3--,quelle influence l'ide de temps exerce-t-elle dans le dterminisme de nos actions8--,elle y peut produire des phnomnes de suspension et de direction nouvelle1 comme si nous disposions du temps en une certaine mesure par l'ide mme que nous avons d'un tel pouvoir4 ,et c'est l une confirmation nouvelle de notre doctrine sur la force efficace des ides4 ,quand1 dans l'emportement tout mcanique de la passion1 surgit l'ide de l'avenir1 cette ide produit un phnomne d'arrt4 ,ce qui distingue l'action purement rflexe de l'action plus ou moins volontaire1 c'est la conscience1 et la conscience suppose un certain temps intercal entre l'excitation et la dcharge4 ,eh bien1 placez dans cette conscience l'ide du temps mme1 et vous avez une complication de la plus haute importance4 ,l'tre conscient vivra par anticipation dans l'avenir1 et il y aura comme une raction de l'avenir anticip sur le prsent1--raction soumise des lois dtermines et qui pourtant nous rapproche d'un idal de libert4 ,cette approximation est d'autant plus grande que nous faisons entrer un espace de temps plus vaste dans notre calcul4 ,que sera-ce si j'essaie1 tant bien que mal1 de concevoir les choses sub specie terni8 ,ce sera alors l'ide de ce qu'il y a de plus durable qui tendra se raliser dans ma conduite3 je m'efforcerai1 comme si j'tais la providence1 d'agir pour l'ternit1 et aussi pour l'immensit1 pour l'universalit des tres4 ,je me dsintresserai de mon moi1 peut-tre prissable1 pour considrer la dure infinie des sicles1 l'intrt permanent de l'humanit1 l'intrt ternel du monde1 tel que je me le figure symboliquement dans ma pense4 ,l'action toute mcanique sans considration de temps1 c'est la passion pure2 l'action avec considration de temps limit1 c'est l'intrt proprement dit2 l'action sub specie terni1 ou universi1 c'est le dsintressement et la moralit idale2 c'est en mme temps la plus grande approximation possible de la libert au sein du dterminisme4 ,l'ide du temps et de l'ternit est donc un lment capital du problme psychologique2 dans cette sorte de tempte intrieure qui est la passion1 elle produit le mme effet qu'une large main qui1 au moment o les vagues se soulvent et vont tout submerger1 les aplanirait en les refoulant et les ferait s'tendre1 quilibres1 apaises1 sur un espace indfini4 ,concluons qu'au point de vue psychologique1 c'est par l'ide du temps que nous disposons du temps et semblons le suspendre1 ce n'est pas par une sorte de miracle mcanique1 comme celui que quelques philosophes ont propos4 ,l'ide permet d'asservir le mcanisme1 mais comme ,bacon veut que nous asservissions la nature3 parendo4 ,pour produire un effet mcanique sans une action mcanique1 nous avons vu qu'il faudrait produire cet effet sans y penser1 sans se le reprsenter dans sa pense1 et consquemment sans l'avoir dj commenc par cette pense4 ,nous ne pourrions chapper tout fait au mcanisme que par une ide qui n'aurait absolument plus rien ni de mcanique ni de sensible1 une ,grec3 nosis aneu phantasias1 une pense sans manifestation crbrale1 comme celle que s'attribuent un peu gnreusement les spiritualistes4 ,du moins y a-t-il des ides qui se rapprochent de ce pur idal1 sans l'atteindre1 et parmi lesquelles nous placerions volontiers l'ide de l'ternit4 ,c'est en agissant sous l'influence de ces ides que nous tendons le plus directement vers notre idal de libert4 ,l'ide de ce qui serait hors du temps agit alors dans le temps mme4 ,de l encore une thorie synthtique1 o peuvent se rencontrer les adorateurs du temps et les adorateurs de l'ternit4 99 99 99 99 99 ,il rsulte des considrations qui prcdent que1 loin d'exclure la raction de l'ide sur le fait venir1 le dterminisme tel que nous l'avons rectifi prsuppose cette raction4 ,et il faut la concevoir comme capable d'une nergie et d'une flexibilit dont les bornes nous sont inconnues4 ,le possible et le probable ont beau n'tre au fond que des ides1 auxquelles rpondent primitivement dans les objets des rapports rels et certains1 ces ides ragissent secondairement sur la ncessit aveugle4 ,l'idale indtermination de l'avenir pntre dans le dterminisme mme sous cette forme d'ide1 et d'ide directrice4 ,est-ce l une indtermination absolue8--,si nous pouvions tenir compte de tout ce qui agit dans l'me d'un homme1 disait ,kant1 nous pourrions calculer sa conduite future4 ,on a essay1 dans cette question1 de retourner contre ,kant le principe mme dont il est parti1 savoir que les phnomnes1 ou cela seul qui est objet de reprsentation1 tombent sous le dterminisme4 ,et qu'est-ce qui est objet de reprsentation8 ,des faits2 or1 selon certains no-kantiens ou criticistes1 les faits ne peuvent tre que ce qui est accompli dj2 le pass1 selon eux1 est donc seul soumis aux lois ncessaires4 ,il serait contradictoire1 ajoutent-ils1 de nous dire que l'avenir peut nous tre reprsent et plus videmment encore de dire qu'il peut nous tre prsent3--,cet avenir prtendu n'est qu'un pass dcor du nom de futur4 ,l'avenir ne peut donc tre dtermin#acg4--;,dans ce pass1 a-t-on dit encore1 qui a t et qui est1 avec le prsent1 la seule ralit acheve ou s'achevant1 il y a sans doute une ncessit2 mais le futur est encore dans le nant2 on ne peut pas dire qu'il soit ncessit1 car il n'est pas#ach4 ,nous ne saurions admettre ce raisonnement4 ,le dterminisme ne porte pas seulement sur les phnomnes et sur les faits accomplis1 mais sur leurs lois de succession4 ,or1 si le phnomne est pass1 la loi peut et doit tre toujours prsente4 ,ce n'est donc pas seulement le pass qui est soumis aux lois ncessaires2 par cela mme que nous concevons des lois et encore mieux des lois ncessaires1 ces lois sont indpendantes du temps et des termes mmes qu'elles relient4 ,donc encore1 si nous nous reprsentons ou prsentons l'avenir1 ce n'est pas seulement en nous reprsentant des phnomnes passs1 mais en concevant des rapports prsents et futurs2 il n'y a l rien de contradictoire4 ,l'avenir n'est pas un simple pass dcor du nom de futur3 c'est le pass1 plus une loi qui est toujours actuelle4 ,donc enfin l'avenir peut tre dtermin4--,d'ailleurs1 l'argument qu'on vient de lire prouverait trop et s'appliquerait mme aux lois physiques et astronomiques2 on ne pourrait plus prdire une clipse1 pour cette raison qu'elle est un pass dcor du nom de futur ou qu'une clipse venir ne peut tre ncessite puisqu'elle n'est pas4 ,la vraie question n'est point de savoir si les phnomnes futurs peuvent tre prsents1 mais si leur loi et leurs conditions ou causes peuvent tre prsentes et relier les divers moments de la dure4 #acg ,expressions de ,m4 ,burdeau dans un compte-rendu consacr ,m4 ,renouvier4 #ach ,m4 ,penjon1 dans la ,critique philosophique du #aj mars #ahhc4 ,loin de croire ainsi qu'il soit impossible et mme contradictoire de se reprsenter l'avenir dans la pense1 nous croyons que c'est seulement en nous reprsentant notre avenir qu'il nous est possible1 nous1 de le faire exister par nous4 ,laplace1 supposant une intelligence universelle1 capable de soumettre toutes les forces de la nature l'analyse mathmatique1 lui faisait rsoudre ce problme dj indiqu par ,leibnitz et ,kant3--tant donn l'tat prsent du monde1 en dduire le pass et le futur4--,peut-tre1 remarquerons-nous d'abord1 un tel calcul est-il de fait impossible au sens mathmatique1 si les phnomnes et les tres constituent une multiplicit infinie en tous sens1 qui ne se laisserait pas mettre en quation rgulire3 l'infinit actuelle chappe peut-tre au calcul mme de ,leibnitz4 ,a cause de cela mme1 elle peut devenir pour nous un espoir de dlivrance1 sinon une raison de libert immdiate3 il semble que l'infinit se concilie mieux avec la flexibilit1 avec la variabilit1 avec le progrs4 ,si les combinaisons possibles des choses sont en quantit infinie1 au lieu d'tre bornes tels ou tels effets monotones1 nous pouvons mieux esprer1 du sein de cette infinit1 l'avnement progressif d'un monde nouveau1 surtout quand nous arrivons concevoir cette infinit et agir sous cette ide directrice4 ,en un mot1 l'infinit dans le dterminisme et dans la pense1 c'est la fcondit dans le dterminisme mme4 ,supposons cependant possible le calcul de ,laplace1 il y a un second problme qui rentre dans la question gnrale de l'influence des ides3 c'est de savoir si l'individu ne pourrait pas faire lui-mme1 non pour un autre1 mais pour soi1 le calcul de la conduite venir4 ,il ne s'agit plus ici d'un monde qui m'est pour ainsi dire extrieur et tranger1 et qui va son chemin sans se douter que je dtermine en ce moment priori la trajectoire qu'il va suivre2 il s'agit de cet individu qui est en moi1 qui est moi-mme1 et dont je veux prdire toutes les dmarches venir#aci4 ,supposons-nous donc capables de faire ce calcul avec toute la comptence requise1 comme l'intelligence universelle dont parlent ,laplace et du ,bois-,reymond4 #aci ,sous cette forme le problme nous a t pos jadis nous-mme1 comme application immdiate de notre thorie sur la libert et le dterminisme1 par notre ancien lve ,m4 mile ,boirac4 ,cette vue entire de l'avenir1 a dit un partisan du fatalisme1 serait le plus cruel des supplices#adj1 parce que nous nous sentirions aussi impuissants agir qu' modifier le cours des astres2 si l'esprit dou de cette prescience1 prophte clairvoyant1 ne savait d'avance combien seraient vains les voeux qu'on pourrait former1 il en formerait un seul1 celui de perdre toute sa science de l'avenir4 ,il aimerait mieux recommencer vivre dans un monde comme le ntre1 o l'immense majorit des hommes ne pensent pas1 o la foule inconsciente semble avoir compris la profondeur du conseil donn ,faust par son conseiller railleur3 traverser le monde sans rien approfondir4--,selon nous1 il y a dans ce dcouragement un fatalisme excessif1 o se glisse encore un souvenir du ,grec3 logos argos4 ,l'analyse du problme n'est pas pousse assez loin4 ,soit ma conduite venir compltement dtermine ou tout au moins partiellement dtermine dans toutes ses circonstances importantes2 me voil en possession du trac de la trajectoire que je vais dcrire1 et il s'agit de savoir si l'avenir vrifiera ma prvision4 ,mais voici ce qui va se produire1 en vertu mme de la rflexion de la conscience sur soi4 ,si tout ce qui arrive dans le prsent a une cause dans le pass1 tout ce qui arrive dans le prsent est aussi une cause pour l'avenir3 ces deux propositions rciproques sont le fondement mme du dterminisme4 ,par suite1 outre les causes qui constituent mon tat prsent et dont j'ai calcul les effets1 il y a une autre cause qui doit aussi exercer son influence sur l'avenir3 savoir le rsultat de mon calcul ou ma prvision elle-mme1 qui1 tant comme une exprience anticipe1 a pour modifier la conduite la mme proprit qu'aurait l'exprience4 ,l'avenir1 en tant qu'il est pens et produit par moi-mme1 est donc un avenir modifiable pour moi-mme4 ,en d'autres termes1 connatre l'avenir1 c'est connatre tous les effets des causes actuellement ou prochainement agissantes2 mais1 parmi ces causes1 une des principales1 une de celles qui peuvent et doivent modifier les effets de toutes les autres1 c'est prcisment la connaissance mme et l'ide de tous ces effets1 ou de l'avenir2 ds lors1 il ne faut plus poser comme entirement dtermin indpendamment de ma connaissance ce qui n'est dtermin en partie que par cette connaissance4 ,quoi qu'il fasse1 l'tre pensant ne peut se considrer lui-mme comme un mcanisme inerte et passif4 ,la prvision n'est pas une simple prescience contemplative qui verrait d'avance s'couler sans elle le fleuve des choses3 elle modifie et produit en partie ce qu'elle prvoit2 elle est pour ainsi dire une prmotion4 #adj ,le docteur ,le ,bon1 ,l'homme et les socits1 ,i1 #dee4 ,aussi nous concevons-nous plutt dans l'avenir sous la forme de la libert1 tandis que nous arrivons par la rflexion et l'analyse dterminer pourquoi nous avons agi de telle manire dans le pass4 ,avoir conscience d'un futur possible1 c'est avoir conscience de la premire et essentielle condition de sa ralit1 puisque cette condition est ma pense mme2 il n'est donc pas tonnant que je me voie libre en une certaine mesure de commencer la ralisation de l'avenir1 puisque effectivement je tiens le premier anneau et n'ai qu' tirer vers moi les autres4 ,l'intelligence est la fois le pouvoir de lier et celui de dlier3 en pensant les choses du dehors1 nous les lions1 et la science mme consiste dans cette liaison2 en les pensant du dedans et en nous1 en nous pensant nous-mmes1 nous pouvons nous dlier en une certaine mesure par rapport l'extrieur1 mais en nous reliant toujours quelque motif intrieur ou suprieur4 ,l'ide de l'avenir indtermin tend ainsi dterminer dans le cours des choses1 par une sorte d'interfrence1 une certaine indtermination partielle et relative1 ou plutt un certain quilibre4 ,cet quilibre peut amener la partielle dpendance des choses par rapport notre pense agissante1 non plus seulement voyante ou expectante4 ,c'est dans cette mesure que nous pouvons dire comme le ,dieu de ,bossuet3--,je ne pense pas les choses venir uniquement parce qu'elles seront1 mais elles seront en partie parce que je les pense4 ,,chapitre ,,deuxi,,me ,,puissance ,,efficace ,,du ,d,,sir ,,de ,,la ,,libert4--,i4 ,,libert ,,et ,s,,lection ,,naturelle4--,,ii4 ,,libert ,,et ,,finalit ,,immanente ,i4 ,libert et slection naturelle4 ,application des thories de ,lamarck et de ,darwin4 ,,ii4 ,libert et finalit4 ,substitution du dterminisme des causes finales au dterminisme des causes efficientes4 ,organisme produit par le dsir de libert4 ,,iii4 ,caractre relatif du mcanisme et de la finalit4--,leur impuissance exprimer le fond de l'activit universelle4--,flicit et libert4 ,i4--,,libert ,,et ,s,,lection ,,naturelle4 ,les thories de ,lamarck et de ,darwin1 sur le jeu des fonctions physiologiques et sur les lois fondamentales de l'organisation1 nous semblent propres rpandre quelque lumire sur cette fonction suprieure que nous tendons raliser en nous3 la libert1 qui serait la vie sa plus haute puissance4 ,selon ,lamarck1 la tendance la fonction cre l'organe quand elle s'exerce dans un milieu qui en fournit les lments4 ,platon disait potiquement que le dsir fait crotre les ailes de l'me2 ,lamarck et ,darwin diraient presque1 en un sens scientifique1 que le dsir de voler1 joint aux matriaux ncessaires1 est ce qui donna aux oiseaux leurs ailes4 ,les circonstances dveloppent chez l'animal un besoin par l'obstacle mme qu'elles opposent une fonction2 le besoin n'est donc que la fonction tendant s'affranchir des obstacles4 ,par l la fonction tend s'accrotre en intensit et se perfectionner sous le rapport de la qualit1 pour s'approprier au milieu tout en le soumettant sa dpendance4 ,il en rsulte une srie d'actions et de ractions1 par lesquelles se transforment la fois et la fonction et ce milieu le plus immdiat qui constitue l'organe4 ,la tendance la fonction1 force suprieure1 agit sur les forces infrieures1 et se sert de leur rsistance mme comme d'un moyen1 semblable l'architecte qui tourne les obstacles au profit de son oeuvre en les faisant entrer dans son plan4 ,le rudiment de la fonction agit sur le rudiment de l'organe1 qui ragit son tour sur la fonction2 et de ces actes rpts naissent des habitudes1 c'est--dire un accroissement des puissances par la diminution des rsistances4 ,par l'hrdit se transmettront ensuite et les tendances instinctives et des organes plus dociles leur action2 les gnrations successives1 en perfectionnant la machine organise1 aplaniront peu peu les obstacles devant le dsir1 qui trouvera son service des instruments plus parfaits4 ,l'existence d'un besoin prouve physiologiquement l'existence au moins rudimentaire d'un organe qui1 en se dveloppant1 pourrait le satisfaire2 et d'autre part1 la tendance satisfaire le besoin dveloppe l'organe mme4 ,on ne dsire pas ce qu'on ne fait pas dj quelque degr2 s'il est vrai de dire qu'il n'y a aucun dsir de l'inconnu1 c'est que la connaissance est dj l'action4 ,l'action1 en se rvlant elle-mme1 est aussi la rvlation d'une puissance capable de progrs2 c'est une ouverture sur un horizon dont on ne voit pas les bornes4 ,aussi ,platon disait-il encore1 dans sa posie mtaphysique1 que le dsir est fils de la richesse et de la pauvret4 ,l'tre qui constamment dsire des ailes et en porte le premier germe transmettra ce germe avec ce dsir ceux qui le suivront1 et un jour viendra peut-tre o1 grce aux efforts accumuls des gnrations1 les derniers venus verront devant eux s'ouvrir l'espace4 ,les mmes lois se retrouvent dans la vie intrieure4 ,si notre dsir dominant est celui de la libert1 c'est que dj peut-tre nous portons en nous un moyen quelconque de libration progressive4 ,ce moyen1 cet organe est l'intelligence mme1 me de la libert1 et la tendance la fonction suffit pour le produire au jour4 ,ici en effet la tendance agit dans un milieu plus voisin d'elle-mme4 ,entre le dsir de voler et les ailes1 quelle distance et que de moyens termes franchir6 ,cependant ils ont t franchis4 ,mais les organes de la volont tendant la libert sont ce qu'il y a de plus voisin d'elle3 la pense1 le sentiment1 l'action2 bien plus1 la libert complte et idale serait elle-mme son organe1 elle serait la fonction exerce sans intermdiaire1 l'action qui pour se poser n'aurait besoin que de soi1 la puissance qui se rendrait actuelle elle-mme3 ce serait l'aile toujours dploye qui plane au-dessus de toutes choses4 ,les lois physiologiques et psychologiques aboutissent donc une mme induction2 l'ide de la libert1 qui en est aussi le dsir1 doit peu peu s'approprier et s'adapter tous les penchants de l'tre sensible et raisonnable4 ,s'il est une tendance qui ait exist toujours dans l'humanit1 c'est la tendance accomplir cette suprme fonction de la vie psychique3 croire qu'elle ne peut se satisfaire en aucune faon1 ce serait croire que l'humanit1 ou la pense consciente1 a travaill en vain1 quand la nature mme1 ou la pense obscure1 est plus ou moins parvenue produire ce que cherchait son instinct la fois aveugle et infaillible4 ,ici intervient le matre des matres1 le temps1 qui agit en accumulant1 en thsaurisant1 sous la forme de l'hrdit et de la slection naturelle4 ,l'tre qui1 grce quelque circonstance heureuse1 se trouve avoir un avantage matriel ou intellectuel sur les autres tend transmettre sa supriorit de gnration en gnration2 or1 l'ide de libert est une supriorit intellectuelle et morale4 ,l'tre qui s'abandonne passivement et auquel fait dfaut ce que les physiologistes appellent la raction personnelle1 ce que les psychologues appellent la volont1 cet tre manque de rsistance et tend s'effacer dans la lutte pour la vie4 ,au contraire1 un organisme assez perfectionn pour arriver se diriger lui-mme1 ne ft-ce que par la seule ide de sa direction possible1 un organisme qui russit ragir par la seule pense d'une raction possible et dsirable1 un tel organisme est suprieur aux autres comme l'intelligence est suprieure l'instinct de la brute4 ,il ressemble un banquier qui trouverait moyen d'augmenter son trsor par des ides intrieures et par un dsir intrieur1 portant ainsi en lui-mme une mine d'or inpuisable4 ,l'tre qui parvient dire moi1 poser son moi sous forme de raction et d'action en face des choses1 marque donc un progrs dans l'volution de la nature4 ,ce progrs1 il le transmet par hrdit1 et la slection assure le triomphe aux volonts les plus nergiques1 soit chez les individus1 soit chez les peuples4 ,c'est pour cette raison que les nations trop fatalistes finissent par s'immobiliser et par disparatre2 les nations individualistes1 au contraire1 qui sont aussi les nations librales et qui favorisent le dveloppement de la volont personnelle1 ont de plus en plus devant elles l'avenir4 ,c'est la condition1 pourtant1 que leur individualisme n'exclue pas l'esprit de communaut et de libre association1 l'ide et l'instinct de l'universel1 forme suprieure de libert4 ,de ces lois darwiniennes rsulte une transmission hrditaire et un progrs de l'ide de libert travers les ges4 ,l'ide de libert est la forme hrditaire de la conscience humaine1 le dsir de la libert est l'instinct humain par excellence4 ,,ii4--,,libert ,,et ,,finalit ,,immanente ,si nous passons du point de vue exprimental au point de vue mtaphysique1 nous aboutissons des conclusions analogues4 ,mettons-nous1 pour un instant1 au centre de perspective que prfrent ceux qui voient sous le mouvement le dsir et1 sous la cause mcanique1 une certaine finalit en action4 ,selon ,aristote1 ,leibnitz et ,kant1 la srie mcanique des conditions efficientes1 prise en sens inverse1 peut devenir une srie de moyens1 quand un tre dou d'intelligence ou de dsir tend une fin4 ,le tout1 en se concevant lui-mme1 dtermine alors l'existence des parties qui doivent le produire comme effet1 ou au moins l'achever1 le perfectionner2 ce qui ne semblait du dehors qu'un pur mcanisme apparat alors comme tant par dedans un organisme4 ,et c'est en cela que consiste la vie4 ,les mouvements de l'tre vivant1 outre qu'ils sont drivs du pass1 semblent en mme temps les anticipations de l'avenir4 ,la rsultante y est une attente1 l'impulsion une attraction2 en d'autres termes1 les mouvements sont psychologiquement des tendances1 et1 leur objet tant des biens sentis ou pressentis1 ces tendances ne peuvent tre1 selon la pense d',aristote1 que des dsirs#ada4 ,ce serait donc quelque chose d'analogue l'apptit qui serait le principe interne et le fond psychologique du mouvement4 ,l'apptit est ce qui produit et anime tout organisme2 il est la vie mme4 ,mais la loi de l'apptit est d'aller au plus grand bien rel ou apparent2 il tend la jouissance et au bonheur4 ,la certitude de cette dtermination au plus grand bien constitue donc encore un dterminisme1 suprieur sans doute au dterminisme purement mcanique1 et qui pourtant nous prsente les mmes choses dans un ordre contraire4 ,toutefois1 ce changement de point de vue peut entraner d'importantes consquences4 ,en premier lieu1 la tendance des moyens la fin ne semble plus offrir un caractre de contrainte brutale1 mais de spontanit intime qui n'en demeure pas moins une certitude et une dtermination2 les moyens semblent se disposer d'eux-mmes en vue de la fin1 du moins dans la finalit interne1 qui est la vraie et qui caractrise les tres vivants4 ,le dsir ne subit de contrainte vritable que de la part des obstacles qui le contrarient2 mais en lui-mme1 dans ce qu'il a de positif1 on peut supposer qu'il part d'une mystrieuse spontanit1 d'une volont plus ou moins affranchie et dj en possession d'un certain bien1 dont elle jouit librement1 dont elle veut continuer de jouir4 ,ce qui1 selon les partisans de la finalit vivante1 nous empche souvent de comprendre et d'admettre cette spontanit dans l'lan des moyens vers la fin1 c'est la confusion vulgaire de la finalit externe avec la finalit interne et immanente4 ,nous ne devons pas juger la nature vivante1 qui travaille par le dedans et est ouvrire de son propre progrs1 comme nous jugeons les oeuvres que l'homme travaille et perfectionne par le dehors4 ,selon ,aristote1 selon ,leibnitz et surtout ,kant1 c'est l une erreur de l'imagination vulgaire et un des plus grands obstacles la conception de la libert1 parce qu'elle en supprime la premire condition1 c'est--dire la spontanit radicale4 ,nous nous figurons des substances inertes1 mal propos nommes causes1 et une fin qui agit sur elles extrieurement ou mcaniquement4 ,nous ne pouvons plus alors concevoir qu'un mcanisme externe1 incompatible avec la spontanit1 quand il faudrait concevoir un mcanisme automoteur1 consquemment un dynamisme1 consquemment encore une volution spontane1 quoique certaine et infaillible1 de l pense et du dsir4 ,il importe donc1 nous disent ,aristote et ,leibnitz1 de ne pas retomber dans la conception mme d'o l'on voudrait sortir1 celle du mcanisme extrieur1 et de ne pas raisonner sur la surface concave ou mentale des choses1 qui est tourne vers le centre1 comme s'il s'agissait encore de la surface convexe et physique1 qui s'offre l'action de tous les autres tres4 ,les lois mcaniques et extrieures tant une fois reconnues comme la traduction et l'effet au dehors de lois intrieures et psychiques1 on n'a plus le droit de se figurer des substances inertes en repos1 puis des causes actives en mouvement qui viennent pousser les substances inertes et leur donner la chiquenaude dont se moquait ,pascal4--,telle est1 si nous ne nous trompons1 la pense qu'on retrouve obscurment exprime dans l'harmonie prtablie de ,leibnitz4 ,malheureusement1 l'exemple des horloges1 que ,leibnitz rptait comme plus populaire1 figurait tout le contraire de sa pense et substituait dans l'tre organis l'harmonie par le dehors l'harmonie par le dedans4 ,leibnitz rendait bien mieux sa propre ide quand il comparait l'univers1 o tout vit et vibre1 un choeur de musiciens3 dans ce choeur1 chacun fait sa partie en tchant de s'accorder avec tous les autres1 mais sans exercer sur eux aucune action proprement matrielle et impulsive2 il agit par la seule influence d'une communaut de sentiment ou d'obscure pense1 par le seul attrait d'un bien commun et d'une commune existence1 par le seul pressentiment d'un commun idal et d'un progrs vers cet idal4 ,si les monades n'ont point de fentres sur le dehors1 c'est qu'elles s'accordent1 se peroivent et en un certain sens se pntrent par le dedans2 le bien et l'tre1 dont la jouissance plus ou moins complte est comme centre partout et comme circonfrence nulle part1 n'est le moteur de leur activit que parce qu'il en est le mobile2 il n'est pas en dehors d'elles3 en lui elles existent1 vivent et se meuvent4 ,le dehors et l'tendue ne sont que des relations et des symboles de l'imagination3 tout1 au fond1 est interne1 consquemment vivant1 sentant1 agissant et spontan4--,nul n'a mieux dvelopp la pense de ,leibnitz que ,schelling3 il a essay de montrer comment1 dans la nature et dans l'art1 ce que nous appelons les moyens s'organisent d'eux-mmes en vue de leur fin4 ,dans la nature vivante1 comme dans le gnie artistique1 l'ide directrice1 qui est en ralit dsir organisateur1 fait surgir en elle ou autour d'elle1 sans mme le savoir1 des forces auxiliaires dont elle devient la dominante4 ,dans le germe anim1 avec la vie s'veille et se sent l'apptit2 puis les organes propres satisfaire cet apptit semblent se disposer d'eux-mmes et se coordonner en vue du rsultat final4 ,l'tre anim dsire-t-il se mouvoir dans l'espace2 aussitt1 comme l'a dit ,m4 ,ravaisson1 de tous ses organes mergent des mouvements lmentaires qui rpondent d'eux-mmes son appel4 ,ces mouvements1 tout mcaniques pour le physicien1 sont pour le psychologue des dsirs plus ou moins psychiques4 ,l'tre vivant dsire-t-il changer et se mouvoir dans le temps2 les changements auxiliaires1 penses et tendances secondaires1 convergent encore au but propos4 ,chaque dsir de l'tre vivant est comme l'astre central qui1 en se mouvant1 entrane avec lui tous ses satellites4 ,dans l'inspiration du gnie1 mme attraction de l'ide et du sentiment dominateurs sur les ides et sentiments secondaires4 ,l'artiste aspire la ralisation d'un idal3 aussitt1 par un travail dont il n'a pas mme conscience1 les ides et les sentiments se groupent pour former comme un organisme plus ou moins conforme au type conu et dsir2 les mots eux-mmes suivent les ides et s'y approprient1 de telle sorte que l'organisme principal se produit et s'achve par le concours d'une multitude indfinie d'organismes secondaires4 #ada ,aristote1 ,de anim1 ,,iii1 x3 ,grec3 ,h kinsis orexis tis estin h energeia ,les considrations mtaphysiques de ce genre1 sur le rle du dsir dans l'univers1 peuvent sans doute tre contestes3 on peut se demander jusqu' quel point il est lgitime d'tendre au dehors ce que l'tre intelligent aperoit en lui-mme4 ,mais1 que la finalit existe ou n'existe pas sous une forme quelconque dans le monde extrieur1 toujours est-il que le dsir existe en nous1--dsir conscient qui1 sous le nom de volont1 tend une fin prconue ou pressentie3 nous ralisons en nous la finalit4 ,or1 puisque le dsir est le grand ressort de notre vie psychologique1 le dsir de la libert devra exercer aussi son influence1 selon cette loi d'attraction intrieure qui est propre aux idaux conus par la pense et pressentis par la sensibilit4 ,de plus1 quand le dsir de la libert acquiert une nergie inaccoutume1 nous devrons voir vraiment ici les moyens se disposer en vue de la fin et la srie mcanique se changer en une srie organique4 99 99 99 99 99 ,comment se reprsenter1 dans ce cas1 le type que tend raliser cette sorte d'organisation intrieure qui n'est pas sans analogie avec l'inspiration artistique8 ,la vraie libert1 identique au fond l'activit sans limites1 est une chose sans forme sensible1 qui n'offre point par elle-mme de prise l'imagination1 comme en offre le type d'une oeuvre de la nature ou d'une oeuvre de l'art4 ,pour se conformer ce qui est prcisment sans forme1 toutes les formes sensibles1 toutes les reprsentations de biens matriels et de jouissances brutales devront donc tendre s'affaiblir et s'vanouir2 toute sensation grossire1 toute image trop vive qui pourrait opposer ses contours dfinis au type idal de la libert absolue reculera peu peu1 pour se confondre dans une perspective lointaine avec les autres objets des sens4 ,le premier effet du dsir de la libert sera ainsi une action rpulsive par rapport tous les dsirs sensibles3 les ralits matrielles1 se dispersant pour ainsi dire l'apparition de cette lumire suprieure que ,platon appelait intelligible1 sembleront des ombres prtes rentrer dans la nuit4 ,la reprsentation des objets matriels1 qui ne sont aprs tout que des mouvements1 est un mouvement elle-mme2 le dsir de la libert devra donc d'abord tendre une sorte de repos4 ,ce qui tait1 au point de vue mcanique1 une neutralisation mutuelle des courants nerveux1 devient1 au point de vue de la conscience1 un quilibre des dsirs infrieurs sous l'influence d'un dsir suprieur4 ,ne nous reprsentons pas ce repos comme le calme de l'inertie2 c'est plutt le calme de la force3 c'est le moi prenant possession de lui-mme4 ,l'aspiration l'indpendance et la libert intelligible1 qui n'offre point l'agitation propre aux passions sensibles1 produira peu peu l'apaisement des dsirs brutaux et des apptits1 loin de produire en nous le trouble4 ,du reste1 cet apaisement moral n'est pas instantan2 il se manifeste1 comme dans une masse agite1 par des ondulations de moins en moins irrgulires1 qui se produisent la fin d'une manire gale et dans tous les sens autour du centre2 et ici1 le centre est l'ide du moi ou de la volont personnelle4 ,en mme temps qu'une influence rpulsive sur les parties infrieures de notre tre1 le dsir de la libert exerce une influence attractive sur toutes les parties de ce monde intelligible que chacun de nous porte dans son intelligence4 ,les ides du bien1 du dsintressement1 d'universelle raison1 d'universel amour1 d'un rgne universel des liberts1 se prsentent notre pense comme les naturels organes de cette libert mme que nous dsirons4 ,par eux il semble que nous vivrons le plus en nous1 et aussi le plus dans les autres4 ,rendus nous-mmes et tout ensemble ravis nous-mmes1 quelque chose se produit en notre esprit qui rappelle l'inspiration de l'art3 nous inventons1 nous suscitons un ordre de perfections nouvelles2 par une fcondit dont le secret intrieur nous chappe1 nous crons dans notre pense un nouvel univers1 un monde idal4 ,selon ,kant et ,schelling1 l'invention serait libre dans la nature vivante comme dans l'art4 ,elle l'est en effet1 peut-on dire1 en ce sens que1 sans rien produire de nouveau au point de vue mcanique1 elle cre sans cesse du nouveau au point de vue mental4 ,le mcanisme est toujours le mme1 les organismes sont toujours diffrents et en progrs2 les conditions lmentaires de l'existence se suivent dans l'espace et dans le temps selon les mmes lois de la ncessit mcanique1 mais dans la pense et dans le sentiment s'organisent les ides et les dsirs1 que transforme sans cesse un progrs ncessaire par le dehors et spontan par le dedans3 le mcanisme1 vrai dire1 n'avance pas2 l'organisation1 la vie1 la pense1 avance toujours4 ,le caractre de libert1 c'est--dire au fond de progressivit et d'affranchissement1 dans cette volution1 doit tre attribu surtout ce qu'on pourrait appeler l'invention morale1 qui conoit et ralise des types nouveaux de beaut morale4 ,cette invention1 dont tous sont capables1 peut s'exalter chez quelques-uns jusqu'au gnie1 et ces derniers sont comme les potes du bien4 ,pourtant1 on ne saurait encore reconnatre dans cette libert purement tlologique et esthtique1 dans cette finalit immanente dont se sont contents beaucoup de philosophes allemands1 une libert vraie et absolue3 c'est encore un dterminisme des dsirs parallle au dterminisme des mouvements4 ,la libert est ici une libert d'invention1 puis d'excution1 plutt que de volition4 ,nous sommes libres1 ce1 point de vue1 ou nous nous croyons libres1 quand notre type idal et notre dsir sont tout-puissants sur les moyens de les raliser et quand ils les produisent ncessairement2 il n'y a pas de diffrence essentielle entr cette libert artistique et la libert physique4 ,mon dsir de mouvoir mes membres dtermine sans doute en eux tous les mouvements qui doivent le raliser1 et je me trouve alors physiquement libre1 mais mon dsir1 lui1 est-il libre8 ,non1 car il n'a pas en lui-mme le vrai principe des mouvements qu'il communique2 il est la face interne d'un mouvement dj commenc4 ,je dsire raliser un idal de beaut1 et ce dsir exerce une influence ncessitante sur tous les moyens de sa ralisation1 mais c'est toujours l une sorte de libert naturelle1 non morale1 mme quand il s'agit d'une beaut morale raliser2 car mon dsir ne semble pas alors d'une autre nature que le fond interne de tous les mouvements qui agitent l'univers2 il est la conscience d'un ensemble de mouvements convergents1 concentre en un cerveau4 ,aussi1 par cet ordre d'ides1 arrive-t-on conclure avec ,hegel que la libert est la conscience de la ncessit mme#adb4 #adb ,au point de vue de la finalit1 ce qu'on appelle notre libert est prcisment la conscience de la ncessit en vertu de laquelle une fin conue par notre esprit dtermine1 dans la srie de nos actions1 l'existence des moyens qui doivent leur tour dterminer la sienne4 7,j4 ,lachelier1 ,du principe de l'induction1 #aaa47 ,cette sorte de libert tlologique et esthtique n'en est pas moins1 selon nous1 un moyen terme entre la ncessit mcanique et l'idal de la vraie libert morale4 ,de plus1 pour complter la conception de la libert ce point de vue de la finalit immanente1 notre thorie des ides-forces permet encore d'introduire un moyen terme nouveau4 ,nous avons vu1 en effet1 que la libert peut se prendre pour fin elle-mme2 or1 si on admet que la fin dtermine ncessairement l'existence des moyens qui doivent dterminer la sienne1 on arrivera dire que la libert1 en devenant la fin du dsir1 tend dterminer l'existence des moyens propres dterminer son existence mme4 ,on aura ainsi1 par un mouvement circulaire1 une ncessit descendante1 qui a pour principe l'ide de la libert1 puis une ncessit en quelque sorte remontante1 qui tend raliser la libert4 ,un doute lgitime restera toujours sur le rsultat final2 mais nous obtiendrons1 ici encore1 par ce mouvement circulaire1 une approximation indfinie4 ,l'quivalent progressif de la libert dans l'ordre des dsirs1 ou1 s'il est permis de le dire1 son quivalent tlologique et esthtique1 c'est donc le dsir de la libert4 ,,iii4 ,,caract,,re ,,relatif ,,du ,m,,canisme ,,et ,,de ,,la ,,finalit4 ,dans le mcanisme et la finalit1 ces deux grands domaines du dterminisme1 nous avons rtabli successivement l'ide et le dsir de la libert2 si maintenant nous poussons plus loin l'analyse mtaphysique1 le mcanisme et la finalit nous apparatront comme deux aspects des choses entirement relatifs la nature de notre intelligence discursive1 que ,platon appelait ,grec3 dianoia4 ,il importe de mettre cette relativit en lumire1 puisqu'elle a pour consquence de limiter les affirmations du dterminisme et d'ouvrir la libert une perspective plus tendue4 ,en ce qui concerne la srie mcanique des choses dans le temps et dans l'espace1 nous avons reconnu dj qu'elle est une reprsentation successive1 un mouvement de la pense qui ne s'explique pas par lui-mme et parat appeler un principe suprieur2 car enfin1 pourquoi le mouvement et la succession#adc8 ,il faut bien qu'il y ait quelque chose de donn et d'immdiat1 condition de tout le reste1--que ce soit matire1 esprit1 ou ni l'un ni l'autre4 ,pour les partisans d'un mcanisme absolu et exclusif1 ce sont les parties qui expliquent le tout1 mais comment expliquer les parties mmes8 ,pour les partisans des causes finales1 d'autre part1 c'est l'ide du tout qui explique les parties2 mais comment expliquer et faire agir cette ide mme8 ,dans la ralit dernire1 il n'y a probablement ni succession mcanique ni succession tlologique1 mais immdiation3 le principe du tout1 des parties et de leur volution est immdiatement donn4 ,pour notre entendement1 dit ,kant1 un tout rel de la nature est le rsultat du concours entre les forces motrices des parties1 tandis que1 pour un entendement intuitif1 intellectus archetypus 7terme emprunt par ,kant aux ,platoniciens71 ce serait le tout#add qui serait donn par lui-mme et dterminerait les parties4 ,si donc1 au lieu de concevoir le tout dpendant des parties1 comme le fait notre entendement discursif1 nous voulons1 selon l'ide d'une intelligence intuitive1 nous reprsenter les parties comme dpendantes du tout1 et quant leurs formes et quant leurs rapports1 cela ne nous est possible1 encore d'aprs la nature de notre entendement1 qu'autant que nous considrons non le tout lui-mme comme dterminant les parties 7ce qui impliquerait1 eu gard l'entendement discursif71 mais l'ide d'un tout comme la raison de sa possibilit et de la liaison de ses parties4 ,or1 dans ce cas1 le tout serait un effet dont une ide serait regarde comme la cause2 il serait une fin par consquent#ade4 ,mais ce mode de reprsentation discursive1 qui fait le fond des systmes cause-finaliers1 ne peut tre lui-mme la vrit absolue2 c'est un expdient qui repose toujours sur des considrations mcaniques de temps et de quantit4 ,concevoir la fin comme une ide qui est la cause d'une srie d'effets1 c'est revenir au ,dmiurge du ,time1 qui travaille mcaniquement la matire tout en contemplant l'idal2 en d'autres termes1 on change la prtendue fin en cause efficiente et mcanique1 on lui fait prcder chronologiquement ses effets1 et on retombe dans le mcanisme mme d'o on avait voulu sortir4 #adc ,voir le dernier chapitre du livre prcdent4 #add ,il vaudrait mieux dire1 selon nous1 le principe du tout4 #ade ,critique du jugement1 #gg4 ,c'est prcisment ce qui rend si inintelligible la libert du spiritualisme traditionnel4 ,les spiritualistes se reprsentent d'abord une cause efficiente et neutre par elle-mme1 la volont1 puis des motifs ou ides qui semblent agir sur elle par impulsion1 comme des moteurs trangers4 ,l'imagination fait tous les frais de cette conception inexacte et contradictoire1 qui n'est qu'un machinisme de fantaisie3 la finalit1 ici1 est du mcanisme rebours4 ,d'autre part1 quand l'entendement discursif veut se reprsenter un mode d'action autre que l'impulsion mcanique1 un mode plus conforme la nature d'une cause qui1 par hypothse1 serait premire et mtaphysique1 il est toujours tent de substituer l'impulsion l'attraction1 laquelle n'est elle-mme qu'un aveu d'ignorance3 il imagine alors une cause finale comme une beaut qui1 du sein de son repos1 meut les choses par son attrait4 ,cette conception d',aristote qui semble d'abord plus compatible avec la spontanit1 n'est cependant encore qu'une reprsentation incomplte et mtaphorique4 ,la vrit est que le fond impntrable des choses est au-dessus de toutes ces combinaisons d'une pense humaine4 ,ce qui en nous parat le plus s'en rapprocher1 c'est la jouissance immdiate de l'existence et de l'action1 dont le bonheur serait l'idal achvement4 ,il y a un point o nous sentons immdiatement notre existence1 o la vie en s'exerant jouit d'elle-mme4 ,l il n'y a plus1 semble-t-il1 une simple impulsion mcanique exerce par l'extrieur3 c'est un dedans et non un dehors1 c'est le ct psychique1 non mcanique4 ,d'autre part1 il n'y a pas l non plus une conception abstraite d'un bien venir1 d'une fin proprement dite3 il y a possession concrte et sans intermdiaire d'une existence qui se sent prcisment agir1 il y a bonheur lmentaire4 ,c'est quelque chose d'analogue1 peut-tre1 ,grec3 7l'7energeia ,grec3 7l'7 entelecheia d',aristote4 ,la rsistance ce bien-tre immdiatement inhrent l'tre et la vie1 voil sans doute ce qui produit l'effort2 quand l'effort est conscient de ses moyens de satisfaction et les conoit d'avance1 il devient tendance une fin4 ,l'effort intrieur1 son tour1 se manifeste par le mouvement extrieur4 ,le mouvement ne serait ainsi que la surface de l'effort1 qui lui-mme ne serait que le bien-tre lmentaire luttant pour se maintenir4 ,or1 l o il y a tre et bien-tre immdiat1 il doit y avoir quelque chose de ce que nous nommons affranchissement des obstacles1 dlivrance1 activit en possession de soi1 libert4 ,le bien-tre lmentaire peut tre appel une libert lmentaire2 le bonheur parfait serait parfaite libert3 il impliquerait une existence ou une activit vraiment absolue1 ab soluta1 c'est--dire ne rencontrant au dehors de soi rien qui pt lui faire obstacle4 ,nous ne nous dissimulons pas le caractre hypothtique de ces spculations sur le fond des choses4 ,sous ce rapport comme sous tous les autres1 l'ide de libert est essentiellement problmatique1 ainsi que celle de l'absolu avec laquelle elle vient toujours se confondre2 mais elle n'en est pas moins le foyer idal vers lequel semblent converger nos deux conceptions du mcanisme extrieur et du dsir intrieur4 ,ces deux perspectives diffrentes tendent vers un mme centre1 qui serait le bien-tre immdiat1 non plus une srie mdiate de dplacements dans l'espace ou de moyens chelonns dans le temps en vue d'une fin prconue4 ,devant ces questions1 le mtaphysicien se trouve dans le mme embarras que le physicien auquel on demande si le mouvement a lieu par choc au contact ou par action distance3 ces deux modes de communication du mouvement sont galement incomprhensibles1 et il est probable qu'ils sont galement faux4 ,de mme1 le mtaphysicien n'a que deux manires de se figurer l'action3 tantt il se la figure comme un mcanisme qu'on pousse en quelque sorte par derrire2 alors toute activit devient extrieure et le fond universel est inerte1--mystre incomprhensible2 tantt il se figure l'action comme une recherche de fins ou un attrait1 et alors toute activit redevient intrieure sans qu'on puisse concevoir d'action extrieure2--autre mystre1 o s'est perdue la pense de ,leibnitz4 ,pourtant1 l'homme croit entrevoir au plus profond de lui-mme l'immdiat2 est-ce illusion8 ,la joie du moins n'est pas illusoire1 et il semble bien que la joie1 la jouissance1 le bien-tre suppose une possession actuelle1 immdiate1 de l'tre par l'tre1 de l'action par l'action1 de la vie par la vie1 de la pense par la pense4 ,c'est ainsi que le mtaphysicien arrive pressentir1 par des conceptions minemment problmatiques1 une sorte de libert comme condition de toute flicit4 ,si ce n'est point l la ralit actuelle1 c'est du moins l'idal que nous arrivons nous proposer1 dsirer1 raliser progressivement par le dsir mme que nous en avons4 ,le terme du dsir1 n'est-ce pas en effet d'tre affranchi du dsir mme1 c'est--dire de l'effort1 pour jouir librement de la flicit8 ,et d'autre part1 n'avons-nous pas vu que le dsir1 qui se retrouve au fond de l'ide1 tend raliser son objet en le concevant8 ,,chapitre ,,troisi,,me ,r,,le ,,de ,l',,id,e ,,et ,,du ,d,,sir ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,,la ,,formation ,,de ,,la ,,connaissance4--,,th,,orie ,,de ,,la ,,projection ,,du ,,moi ,i4 ,les fonctions intellectuelles1 au point de vue subjectif4--,en tendant l'universalit1 elles tendent satisfaire le dsir de libert4--,abstraction1 gnralisation1 affirmation1 induction et croyance4 ,,ii4 ,explication du passage l'objectif1 puis du passage l'universel1 par un dveloppement du dsir et du vouloir4--,projection du moi4 ,la tendance du dsir sa propre satisfaction1 et cette satisfaction totale de l'tre qui supposerait la libert1 fait le fond de toute notre vie mentale4 ,cette tendance organise le dterminisme mme en vue de la libert4 ,suivons-la donc dans les diverses manifestations de la vie mentale3 la connaissance1 l'art1 l'amour1 enfin la moralit4 ,nous allons d'abord montrer le rle du dsir de la libert dans la formation de la connaissance4 ,i4--,penser1 selon nous1 n'est autre chose que sentir1 dsirer1 vouloir1 mouvoir1 avec le sentiment de son action et des bornes qu'elle rencontre4 ,supposez un courant qui se sentirait et se verrait lui-mme marcher1 par une conscience permanente de son action ou par une sorte de transparence intrieure1 et qui en mme temps aurait la conscience de ses propres limites ou de ses propres rives1 vous aurez l'image du dsir devenu intelligence4 ,en se concentrant dans une direction dtermine1 la force consciente renferme sa raction dans des limites3 l'abstraction n'est que la conscience de cette direction exclusive du dsir4 ,quant la gnralisation1 la chose laquelle elle correspond1 par exemple la couleur en gnral1 ne peut se reprsenter comme objet et matriellement4 ,rien de moins gnral que le mot couleur1 abstrait parmi les sons et extrait de leur nombre2 rien aussi de moins gnral que l'image du bleu ou du blanc1 extraite et abstraite parmi les autres2 mais ce qui est gnral et relativement illimit1 c'est moi qui abstrais1 et j'ai d'autant mieux conscience de mon pouvoir indfini que je rduis une plus grande simplicit l'objet de ma reprsentation4 ,plus je vide cet objet et le dpouille1 plus j'ajoute la plnitude de mon pouvoir intellectuel4 ,quoi de plus vide en soi que le mot couleur8 ,c'est le son cou et le son leur1 voil tout4 ,j'applique ce mot l'image du blanc1 du bleu1 du rouge3 que lui importe8 il n'est que ce que je le fais1 et je le fais mobile1 changeant1 passif2 je le traiterai merci sans qu'il rsiste1 et ma puissance gagnera tout ce que je lui aurai enlev4 ,avec son aide je passerai aisment d'une couleur l'autre1 d'autant plus lger que mon bagage sera moins lourd4 ,il n'en serait pas de mme si je voulais appliquer l'image du bleu celle du rouge3 la premire1 ayant encore trop de choses qui lui appartiennent en propre1 me rsisterait comme par une force oppose la mienne4 ,aussi je tche de ne retenir des sensations et des images que ce qui est strictement ncessaire pour empcher ma pense d'tre compltement subjective2 je les dpouille le plus possible1 je les appauvris1 je les efface3 en les diminuant1 je diminue l'action de l'extrieur sur moi ou ma passivit au profit de mon activit1 et plus je me dbarrasse ainsi des entraves1 plus le champ est libre pour ma pense4 ,la gnralit que je crois voir alors dans l'objet est simplement la libert intellectuelle que je me suis donne moi-mme4 ,un boulet de mille kilogrammes1 auquel je suis attach par une chane1 exclut toute gnralit en me retenant un point fixe2 un boulet de vingt kilogrammes est en quelque sorte plus gnral1 parce que je puis le traner avec moi en divers lieux1 non sans effort2 un boulet d'un kilogramme est bien plus gnral encore1 et plus encore celui de quelques centigrammes4 ,a vrai dire1 ce n'est pas le poids que je trane qui est gnral1 c'est ma puissance de me mouvoir2 le poids est au contraire une limite l'extension de cette puissance4 ,voil pourquoi je m'allge autant qu'il est possible1 changeant les sensations en images1 les images en mots1 les mots en chiffres ou en lettres2 je ne retiens que la quantit de contre-poids ncessaire pour maintenir en quilibre ma pense4 ,l'lan par lequel je tends persvrer dans une direction quelconque1 maintenir et continuer mon action intelligente diffre-t-il de ce qu'on appelle l'affirmation8 ,ds que j'agis avec le sentiment ou la conscience de mon acte et des modifications qu'il subit1 on peut dire dj que j'affirme2 car mon action1 en mme temps qu'elle est faite et sentie1 est pour moi affirme4 ,nous ne franchissons pas encore le subjectif3 ce point de vue1 affirmer et agir avec la conscience de son acte sont mme chose4 ,en fait1 toute action passe aux organes et devient mouvement2 les limites apparaissent alors avec la rsistance1 dans le sentiment complexe de l'effort4 ,moins mon exprience est grande1 c'est--dire moins j'ai senti d'obstacles1 et plus j'ai le sentiment de ma primitive nergie1 de mon rservoir de force4 ,aussi ma volont va-t-elle de l'avant avec audace et presque toujours trop vite2 elle anticipe1 elle induit1 elle croit1 en se fondant sur le sentiment de sa propre activit et de sa vitesse acquise4 ,c'est ce qui fait que l'enfant et le jeune homme croient en eux-mmes et1 d'une manire drive1 croient dans la persistance des autres choses encore peu nombreuses qu'ils connaissent4 ,les logiciens attribuent d'ordinaire la force de l'induction la multiplicit des expriences2 mais il faut ici distinguer le point de vue objectif du point de vue subjectif4 ,autre chose est l'nergie subjective de l'acte par lequel nous induisons1 autre chose la valeur objective de cet acte ou sa conformit avec les objets extrieurs2 nous n'en sommes encore qu'au premier point de vue1 et alors la force de notre lan dans l'induction ou dans l'affirmation n'est nullement proportionnelle au nombre des expriences4 ,une seule exprience suffit pour me faire induire4 ,je me vois capable alors de continuer ma volont et je me crois capable d'en continuer l'excution1 parce que je ne suppose encore aucun changement dans les causes qui concourent cette excution4 ,la volont et le dsir ressemblent la force d'un courant1 la croyance inductive ressemble sa vitesse4 ,l'une engendre l'autre3 croire1 au fond1 c'est sentir sa puissance de vouloir et son dsir d'agir1 c'est en faire la fois l'exertion et l'assertion1 c'est avoir la conscience d'une certaine activit intrieure qui ne se manque pas elle-mme et se traduit par le mouvement4 ,aussi la croyance accompagne l'action et peut prcder en ce sens l'exprience extrieure4 ,quant la rptition des expriences1 elle fortifie et surtout justifie la croyance en un cours particulier de choses1 en une certaine rsultante de mouvements2 elle nous instruit sur les limites extrieures de notre volont et nous en trace pour ainsi dire le dessin4 ,l'exprience dtermine et endigue le courant du vouloir primitif1 qui ne demandait qu' s'pandre indfiniment et qui garde la conscience permanente de son effort4 ,quand notre volont ne rencontrd aucune raison de douter1 en d'autres termes quand elle se meut dans une voie sans rencontrer d'obstacle1 cette facult d'exercer sans chec sa puissance rpond ce que ,descartes nomme l'vidence1 qu'il n'a point dfinie suffisamment4 ,l'vidence1 aprs tout1 se rduit pour nous notre nergie ou conviction intrieure4 ,je suis certain de telle chose1 ou telle chose est vidente1 quivaut dire3 ,je veux et me meus librement dans cette direction1 je marche dans une voie entirement libre4 ,traduire en paroles ses penses et convictions1 c'est simplement traduire ses actions et ses mouvements2 et il semble que toutes nos dmonstrations finissent par se rduire celle de ,diogne1 qui affirmait le mouvement en marchant4 ,les choses videntes sont les voies dans lesquelles je n'ai jamais trouv d'obstacle2 quand j'ajoute que je n'en trouverai jamais dans l'avenir1 je n'affirme point une chose que je sais 7mot qui conviendrait seulement une immdiate et parfaite conscience71 mais j'affirme une chose que je crois et induis1 c'est--dire un mouvement que je continue1 une direction dans laquelle je persvre4 ,le savoir a un fond pratique dont il est la formule4 ,ce fond pratique n'est pas le libre arbitre1 la volont indiffrente qui choisirait entre des affirmations contraires2 mais il est le dsir1 l'action1 le vouloir tel que nous l'avons dfini plus haut1 comme tendance radicale dpasser toutes bornes4 ,quand nous prononons un jugement sur des choses qui ne dpendent pas de nous1 plus sera grande dans leur ralisation la part des antcdents extrieurs1 plus nous serons exposs aux checs et aux erreurs de toutes sortes4 ,une proposition certaine est donc celle qui porte sur des choses que nous pouvons raliser2 or les choses que nous pouvons raliser sont celles qui dpendent le plus de nous1 ou mme exclusivement de nous1 par consquent les choses les plus dpendantes de notre volont4 ,je dsire1 je veux est la chose la plus certaine1 parce qu'elle exprime simplement ma volont mme1 mon dsir dominant et sa direction intrieure4 ,le soleil est chaud1 exprimera une chose certaine1 s'il dpend de moi de me mettre en prsence du soleil par une srie de mouvements et de dterminer occasionnellement la sensation de chaleur2 mais1 comme ici tout n'est pas dtermin par mon dsir1 la part de l'incertitude se montre3 il faut que l'action et les mouvements du soleil achvent mon action et mes mouvements propres1 il faut que le soleil d'hier reparaisse demain1 il faut que j'y croie pralablement avant de dire le soleil est chaud4 ,si tout pouvait dpendre de moi1 je tiendrais pour ainsi dire ma disposition la vrit des choses avec leur ralit2 mais les jugements que je porte sur l'extrieur sont toujours conditionnels au point de vue objectif1 parce qu'ils n'ont pas leur condition unique dans ma subjectivit4 ,nanmoins il dpend de moi1 en augmentant la part de mon action propre1 d'augmenter aussi ma certitude2 plus j'agis et me meus1 plus je sais1 et ,aristote avait raison de dire3 ,savoir1 c'est faire4 ,on peut dire encore3--,savoir de science absolue1 ce serait tre idalement libre2 car je n'aurais le droit d'affirmer absolument que ce qui dpendrait absolument de ma libert4 ,l se trouverait le seul vritable priori1 puisque la libert serait antrieure ses actes et ne dpendrait que d'elle-mme4 ,c'est l un type pour nous irralisable1 et pourtant1 ainsi entendue1 l'idale libert est au bout du dterminisme mme1 qui est le propre domaine de la science4 ,,ii4--,maintenant1 comment passons-nous l'objectif1 l'affirmation d'autres tres1 d'autres causes1 et mme de l'universelle existence1 des causes8 ,ce passage1 objet de tant de controverses1 a lieu1 selon nous1 en vertu d'un dploiement du dsir et de l'activit volontaire1 o se retrouve la tendance la libert1 et l'indpendance4 ,la volont1 en s'exerant1 a conscience de choses voulues par elle ou1 si l'on prfre1 dsires par elle1 et d'autres choses qu'elle n'a pas voulues ou dsires4 ,si1 par exemple1 j'prouve une douleur1 ma volont a conscience d'une limite son dveloppement1 et d'une limite qu'elle n'a pas voulue4 ,voici donc1 sur la premire partie de la ligne que ma volont suit1 des modifications avec la volont1 ou actions2 sur la seconde1 des modifications sans la volont1 ou passions1 et mme des passions douloureuses4 ,l'excution n'est point adquate la volition et au dsir3 ce qui avait t voulu se trouve en fait empch et limit4 ,mais la volont ne s'arrtera pas la limite que rencontre ainsi son excution2 elle la franchira par une loi de conservation analogue celle de la vitesse acquise1 et cette loi prend ici la forme d'un lan spontan4 ,par l la volont se projettera elle-mme en quelque sorte sur les modifications autres que ce qu'elle avait voulu ou dsir4 ,il en rsulte une sorte de systme quatre termes1 ainsi conus3 d'un ct une volont restant la mme et produisant toujours les mmes modifications agrables1 dsires par elles2 de l'autre ct la mme volont se prolongeant avec d'autres modifications dsagrables3 ,,premier ,,moment ,mme vouloir o mme dsir4 ,mmes modifications1 agrables4 ,,deuxi,,me ,,moment ,mme vouloir4 ,autres modifications1 dsagrables4 ,la volont ne s'arrtera pas ce systme comme s'il tait suffisant et satisfaisant4 ,en effet1 c'est une loi du dsir1 comme de toute force1 de tendre naturellement maintenir son identit et sa direction4 ,or1 dans ce systme1 il y a une sorte de contradiction3 la mme volont consciente1 aprs avoir coexist avec les mmes modifications1 voit1 tout en restant la mme1 se produire d'autres modifications2 ce qui lui donne la conscience du mme et de l'autre4 ,en fait1 le contraste de ces modifications1--plaisir d'abord1 puis douleur1--est complet2 et je ne vois pas l'antcdent de ce changement dans ma volont demeure la mme4 ,ma volont sentante et mouvante1 qui tend1 comme toute force1 se rtablir avec la moindre altration possible1 continue alors se concevoir3 dans l'chec que lui fait subir l'obstacle1 elle le franchit en se plaant derrire l'obstacle mme par la pense et par l'association des ides4 ,seulement1 elle est oblige de changer en quelque sorte le signe positif en signe ngatif1 le signe moi en signe non-moi1 l'identit en diffrence4 ,elle tait d'ailleurs en possession pralable de ces signes1 car1 avant mme de s'objectiver1 elle avait acquis dj le sentiment de la diffrence dans la diffrence de ses modifications3 il lui suffit maintenant de combiner les notions de diffrence1 de modification et de volont pour concevoir1 derrire les modifications diffrentes1 une volont diffrente4 ,l'enfant ne tarde pas projeter ainsi un autre moi derrire les modifications qui lui sont contraires1 construire en se ddoublant d'autres volonts opposes la sienne2 il prolonge le vouloir au del du pouvoir et ramne le passif l'actif4 ,c'est le seul moyen de rtablir l'harmonie dans le systme dont nous avons donn le tableau4 ,ce systme devient alors le suivant3 ,,premier ,,moment ,mme volont ou mme dsir4 ,mmes modifications4 ,,deuxi,,me ,,moment ,mme volont4 ,autres modifications 7ce qui produit dans la conscience la distinction du mme et de l'autre74 ,,solution ,,et ,,troisi,,me ,,moment ,autres modifications4 ,autre volont4 ,ce troisime moment est l'application de la distinction du mme et de l'autre1 et le rtablissement de la volont sentante et motrice avec la moindre altration possible4 ,ainsi s'opre le ddoublement qui permet la volont de se maintenir d'accord avec soi tout en s'opposant soi2 de sorte que1 par un phnomne singulier d'optique intrieure1 la volont consciente ne se divise que pour maintenir son unit2 elle ne conoit une volont autre que pour pouvoir le plus possible se concevoir la mme4 ,telle est1 semble-t-il1 exprime en formules ncessairement abstraites1 la construction psychologique de l'objectivit au sein mme du subjectif2 et c'est1 notre avis1 le seul mode d'objectivit qui soit possible1 puisqu'en fait nous ne pouvons rellement sortir de nous-mmes et de notre conscience4 ,encore une fois1 quand ma volont en exertion motrice vient se heurter un obstacle1 outre qu'elle tend le surmonter rellement1 elle tend encore le surmonter idalement1 en se prolongeant par la pense au del des bornes o expire son action effective2 le vide que le dsir trouvait la limite de son action relle1 il le comble avec une volont idale qu'il s'oppose et qui pourtant1 en dernire analyse1 est encore lui-mme multipli par soi4 ,car1 aprs tout1 quand moi je vous conois1 je suis oblig de vous construire1 et de vous construire avec moi-mme3 vous me donnez ou m'imposez certaines modifications et sensations que je ressens1 je vous prte mon moi en vous crant pour ainsi dire mon image et ma ressemblance#adf4 #adf ,ce n'est donc pas1 comme l'a soutenu ,clifford1 en vous rejetant de ma conscience que je vous conois 7comme jet72 c'est au contraire en prolongeant ma conscience jusqu'en vous4 ,objets et jets ne sont toujours que le sujet prolong et projet4--,il n'y a pas l non plus une loi ncessaire priori1 une forme comme celle de ,kant1 ni une application d'un principe universel de la raison1 comme dans ,victor ,cousin4 ,notre thorie nous semble plus scientifique1 parce qu'elle s'appuie sur la persistance de l'action et du mouvement commenc1 laquelle devient1 dans la conscience1 une tendance la libert et l'indpendance4 ,d'aprs ce qui prcde1 la conception d'un autre moi1 d'une autre existence1 d'une autre volont1 comme celle que l'enfant place dans sa mre ou dans son pre et jusque dans l'objet matriel qui lui a fait mal1 semble tre une simple thse1 la plus lmentaire de toutes4 ,la volont et le dsir1--comme la nature1 dont le dsir ou quelque chose d'analogue semble aussi faire le fond1--agit par les voies les plus simples1 c'est--dire les plus faciles1 les plus agrables et1 en ce sens1 les plus indpendantes et les plus libres4 --,mais1 dira-t-on1 je n'ai encore en face de moi qu'une seconde volont 7pouvoir de sensibilit et de motricit71 une seconde cause1 et l'tat d'hypothse4 ,comment en venir concevoir une infinit de causes1 de mouvements et mme de sensations plus ou moins affaiblies dans ce non-moi qui1 au premier abord1 est un8--,il faut pour cela se placer soi-mme dans chaque tre1 et1 s'y tant plac1 rpter de quelque manire en lui et pour lui l'acte de discrimination que nous avons accompli pour nous-mmes4 ,non seulement notre volont1 en se concevant double1 suit la loi de la moindre action1 mais encore elle fait suivre cette loi la volont extrieure1 la force extrieure qu'elle suppose et se reprsente3 elle la fait se diviser l'infini4 ,je rpte la mme hypothse d'une volont autre que la mienne1 d'une tendance diffrente de la mienne1 toutes les fois que ma volont subit une modification passive et reoit le mouvement au lieu de le transmettre3 il y a en moi une certaine sensation quand je transmets le mouvement et une sensation diffrente quand je le reois2 j'accole la premire la seconde4 ,ainsi j'acquiers la notion d'une pluralit de causes et de forces motrices4 ,les objets extrieurs servent simplement de miroir et1 par un jeu de rflexion1 en arrtant ma volont m'en renvoient l'image1 qui ensuite se multiplie l'infini dans une perspective sans fond4 ,aprs avoir conu une pluralit de causes et d'existences1 je n'ai donc qu' continuer le mouvement commenc pour en concevoir une infinit4 ,nous avons dj vu comment nous gnralisons et induisons1 c'est--dire comment nous levons d'une certaine manire les choses l'infini4 ,objectiver1 c'est supposer une autre volont2 quand j'ai accompli une fois et mille fois cet acte1 j'ai conscience d'une tendance identique l'accomplir encore4 ,en objectivant cette tendance1 cette puissance indfinie qui est en moi et qui demeure indpendante1 je suppose une possibilit indfinie de causes ou de volonts et j'arrive1 par l'abstraction des limites1 une supposition universelle1 une totalit de causes pour la totalit des effets4--,ce n'est toujours1 direz-vous1 qu'une hypothse4--,je l'accorde2 le principe de causalit mtaphysique 7qu'on pourrait aussi bien appeler causalit psychique1 pour le distinguer du principe des conditions ou lois scientifiques71 n'est rellement que la premire et la plus lmentaire1 par cela mme aussi la plus gnrale des hypothses1 qui permet notre volont de se maintenir le plus intacte1 en concevant un monde de volonts et de forces4 ,c'est mme mieux qu'une hypothse intellectuelle3 c'est une thse sans raisonnement1 une position naturelle2 ou plutt c'est une marche naturelle1 une continuation d'action qui se ramne une continuation de dsir4 ,en dfinitive1 avez-vous vraiment conscience de l'universalit des causes efficientes1 de manire admettre cette universalit par une ncessit immdiate8 ,non2 vous posez idalement d'autres volonts1 et vous partez de l pour marcher en tous sens2 votre succs vous fait alors croire une action du dehors1 quoiqu'il vienne d'un lan intrieur et d'une raction du dedans4 ,c'est le dsir d'indpendance et d'indtermination qui nous fait prcisment dterminer toutes choses par la pense1 dans la mesure compatible avec le maximum d'indpendance et le minimum d'effort4 ,les disciples de ,victor ,cousin nous objecteront que l'universel ne saurait procder de notre causalit particulire1 de notre moi1 de notre volont individuelle4--,pourtant il faut bien que nous portions en nous de quelque manire ce qu'on nomme l'universel2 il faut que nous trouvions ainsi en nous le pouvoir de nous dpasser4 ,pour ,victor ,cousin1 ce pouvoir tait une facult particulire1 la raison1 mais une facult n'explique rien2 mme dans la doctrine de ,cousin1 nous ne pouvons pas avoir deux mes1 et il faut bien qu'en dfinitive volont et raison s'identifient dans la conscience4 ,la raison1 sans la sensation et la volont1 est une pure abstraction1 comme l'objet mme qu'on lui donne1 qui serait je ne sais quel infini indtermin2 la raison n'est vivante et concrte que dans le vouloir et le dsir4 ,quant aux ides d'individualit et d'universalit1 elles semblent toutes relatives3 la conscience proprement dite les domine4 ,l je vois ce qu'il y a de plus individuel1 puisque ma volont est moi-mme2 mais l aussi je trouve la source de l'universel1 parce que ma volont tend prcisment franchir toute borne et raliser un mouvement perptuel3 elle est une marche perptuelle en avant1 une induction perptuelle4 ,ce que j'appelle moi1 qu'il soit rel ou formel1 n'est-ce pas une force emmagasine qui parat ne se faire jamais dfaut elle-mme et dpasse toujours ses manifestations prsentes dans le temps ou dans l'espace8 ,qui dit force et puissance motrice1 nous l'avons vu1 dit quelque chose de virtuellement gnral1 non d'une gnralit abstraite1 mais en ce sens que ce qui est agissant et mouvant aspire dpasser ses bornes4 ,cette puissance de vouloir et de mouvoir1 les physiciens pourront la comparer l'expansion indfinie des gaz1 qui tend franchir toute sphre limite4 ,outre la perception prsente1 comme le disait ,leibnitz1 nous avons encore une tendance passer d'une perception aux autres1 et cette tendance est l'apptition4 ,physiologiquement1 nous ne pouvons pas ne point restituer le mouvement reu1 au moyen du mouvement par nous transmis4 ,nos oprations intellectuelles1 principalement la gnralisation et l'induction1 nous les avons vues s'expliquer par cette raction que le sensualisme a eu le tort de ne pas assez tudier2 or1 ce pouvoir de ragir1 une fois admis1 parat suffire pour expliquer tout ensemble la volont et la raison4 ,l'objet conu par la conscience et l'objet conu par ce qu'on nomme la raison ne diffrent pas en espce1 mais en degr3 dans les deux cas1 en effet1 il s'agit d'une puissance que nous concevons comme plus ou moins indpendante par rapport son milieu4 ,ce qu'on appelle perfection ou infinit n'est qu'une puissance suppose sans obstacle4 ,perfection de l'intelligence signifie puissance absolue de penser2 et absolu veut dire indpendant des obstacles ou1 en dfinitive1 libre4 ,de mme pour les autres perfections4 ,toutes les fois que nous croyons 7illusion ou ralit7 avoir conscience d'un vouloir libre et jouissant de son objet1 nous avons le sentiment d'une perfection en nous1 de quelque chose de complet1 d'achev en son genre2 nous n'avons besoin que de gnraliser1 de multiplier pour ainsi dire la notion par elle-mme1 pour imaginer une perfection idale1 parfaitement parfaite en tout genre1 qui nous parat alors supposer une libert infiniment libre3 c'est simplement notre ide de libert se multipliant et s'levant une nouvelle puissance4 ,on a vu tout l'heure comment notre volont s'objective1 consquemment se double et se multiplie1 par le pouvoir qu'elle a de franchir ses bornes actuelles2 la mme tendance en avant lui permet de s'objectiver sous une forme absolue et de concevoir1 en abstrayant tout obstacle1 une activit dgage de passivit1 un vouloir adquat ce qu'il produit1 un dsir immdiatement satisfait et jouissant de son objet4 ,la personne-,dieu1 comme les autres personnes1 est ainsi une projection de notre propre personnalit2 mais1 tandis que notre construction des autres personnes humaines est vrifie par l'exprience1 vrifie par leur rponse mme notre action1 la personne-,dieu demeure une construction idale1 sans vrification possible4 ,c'est lui-mme1 en sa puret1 que le moi conoit en concevant l'absolu2 ce n'est sans doute pas lui-mme dans son tat prsent1 mais dans sa tendance et dans ce qu'il veut tre2 car nous sommes essentiellement1 semble-t-il1 dsir tendant la complte satisfaction1 volont tendant la complte libert1 et non seulement au bonheur personnel1 mais encore au bonheur universel4 99 99 99 99 99 ,en rsum1 ce que nous avons de plus intime1 je veux dire la conscience1 est aussi ce qui nous permet de pntrer dans l'extrieur4 ,c'est de ce centre que nous pouvons rayonner2 c'est par ce qu'il a de plus essentiel que le sujet qui veut et dsire peut s'objectiver2 c'est par ce qu'il a de plus personnel qu'il peut pntrer dans l'impersonnel ou l'admettre en lui-mme4 ,cette pntrabilit de ce qui nous est le plus propre et de ce qui semble sous un autre rapport le plus impntrable1 est le fait dernier que ne peut gure analyser la pense logique4 ,a ce point semble s'vanouir cette apparence d'individualit ferme qui semblait d'abord essentielle la conscience et qui en ralit ne lui est pas essentielle1 puisqu'en fait nous concevons autrui1 nous concevons mme l'univers4 ,le monisme fondamental se laisse entrevoir au fond de la volont consciente2 le principe de la causalit universelle1 en son sens mtaphysique1 n'en est que la formule abstraite1 et l'ide de cause par excellence est identique celle de libert4 ,cette ide est ce qu'on peut appeler avec ,kant l'idal problmatique de la raison2 mais si un tel idal est problmatique en lui-mme1 dans son existence transcendante1 il a du moins une premire ralisation dans notre pense et dans notre dsir4 ,,chapitre ,,quatri,,me ,r,,le ,,de ,l',,id,e ,,et ,,du ,d,,sir ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,,le ,,sentiment ,,du ,,beau ,i4 ,le sentiment du beau4 ,caractre dsintress du jugement et du sentiment esthtiques4 ,,ii4 ,apparence de la libert dans la beaut mme4--,thories de ,plotin et de ,kant4 ,,iii4 ,la grce comme symbole de la libert4--,insuffisance du point de vue esthtique pour tablir la ralit de la libert4 ,i4--,le jugement et le sentiment esthtiques semblent essentiellement dsintresss1 et ,kant a mme cru pouvoir dire qu'en ce sens ils sont libres4 ,n'entendons pas par l une libert d'indiffrence et d'indtermination1 qui serait incompatible avec la relle dtermination de notre esprit en face du beau2 le sentiment esthtique n'est libre qu'en ce sens qu'il parat indpendant de toute contrainte mcanique et de tout intrt sensible2 en cela il ressemble au sentiment moral4 ,quand une chose affecte agrablement mes sens1 elle ne me laisse pas dsintress3 elle excite ncessairement en moi un effort pour la possder ou possder des objets de mme nature1 pour continuer ou renouveler mon plaisir3 de l nat l'apptit1 ce mouvement de notre sensibilit qui nous porte vers l'agrable4 ,il n'en est pas ainsi1 selon ,kant1 devant la beaut3 en sa prsence1 je tends me dlivrer de tout apptit1 de toute contrainte sensible4 ,je tends aussi tre libre de tout calcul d'utilit personnelle et mme d'utilit gnrale3 en jugeant cette seconde sorte d'utilit1 j'attacherais encore un intrt l'existence matrielle de l'objet1 ma volont1 serait encore lie dans ses sentiments et dans ses jugements1 et ceux-ci envelopperaient1 avec cette finalit1 une certaine ncessit4 ,enfin1 d'aprs ,kant1 en prsence du beau1 la volont semble se dgager non seulement de la ncessit mcanique et tlologique1 mais mme de cette ncessit morale qu'on se fait soi-mme en se liant au bien par une finalit volontaire4 ,le sentiment esthtique est le seul o la volont se maintienne1 comme en une rgion intermdiaire1 libre des ncessits matrielles sans s'tre encore lie par des ncessits morales4 ,voil pourquoi1 selon ,kant et ,schiller1--dont ,spencer a reproduit la pense1--le plaisir du beau serait une sorte de jeu suprieur3 on agit pour agir1 on pense pour penser1 on sent pour sentir1 on se meut pour se mouvoir2 en un mot1 on exerce ses facults sans autre but que d'en sentir le jeu facile1 le dveloppement harmonieux1 la vie dbordante et sans obstacles1 l'exercice en pleine libert4 ,dans cette thorie1 ,kant et ,schiller ont certainement exagr le caractre contemplatif et1 en quelque sorte1 platonique de notre amour pour le beau4 ,le sentiment esthtique a pour caractre d'intresser notre tre tout entier1 les sens et l'intelligence aussi bien que la volont1 en un mot toutes les fonctions de la vie4 ,on peut cependant accorder ,kant que le sentiment du beau1 au milieu mme du plaisir sensible1 est un commencement de dsintressement intellectuel et volontaire1 une sorte de libration par rapport aux besoins et aux dsirs infrieurs4 ,c'est ce qui fait la moralit de ce sentiment1 quoique en lui-mme il n'ait pas pour objet quelque chose de moral4 ,,ii4--,pour produire en nous ce sentiment complexe1 qui est une des formes de la flicit1 la beaut mme doit avoir en elle quelque image de ces trois choses en dehors desquelles la pense ne peut rien concevoir3 la ncessit mcanique1 la finalit1 la libert idale4 ,selon l'cole platonicienne et surtout ,plotin1 la beaut offre d'abord une matire1 c'est--dire une diversit soumise aux lois de la ncessit mcanique1 puis une forme qui domine la matire et l'organise1 comme la vie organise le corps qu'elle anime4 ,aussi1 dans toute beaut sensible1 l'tre vivant1 sentant et conscient1 reconnat quelque chose d'intime et de sympathique sa propre nature3 il semble qu'il se retrouve dans les objets extrieurs et prenne par l conscience de tout ce qu'il contenait4 ,les harmonies que font les voix1 dit ,plotin1 donnent l'intelligence le sentiment des harmonies qui sont en elle3 lorsqu'elle entend ces harmonies au dehors1 la beaut du dedans lui devient plus sensible4 ,quand les sens aperoivent dans un objet la forme qui enchane1 unit et matrise une substance sans forme et par consquent d'une nature contraire la sienne1 alors l'esprit1 runissant ces lments simples1 les rapproche1 les compare la forme indivisible qu'il porte en lui-mme1 et prononce leur accord1 leur affinit1 leur sympathie avec ce type intrieur#adg4--,kant admet galement que la beaut1 outre sa matire1 suppose une forme contemple par nous2 de plus1 pour tre vraiment et objectivement belle1 il faut que cette forme paraisse indpendante de celui qui juge ou des autres individus4 ,il faut en outre qu'elle soit considre indpendamment3 #a de toute la causalit mcanique qui sert la produire2 #b de tout rapport avec une fin extrieure ou intrieure4 ,en effet1 la causalit mcanique est ncessit2 or la beaut vraie1 la beaut vivante disparat pour nous quand nous ne voyons plus dans un objet qu'une machine mue par des ressorts1 qui pourrait tre dmonte sous nos yeux4 ,quant la finalit extrieure ou utilit1 elle imprime encore l'objet un caractre de ncessit4 ,la finalit intrieure elle-mme1 ou la perfection1 a encore quelque chose de ncessaire3 pour juger de la perfection d'une chose1 il faut que j'aie pralablement l'ide de ce que doit tre cette chose1 et que je compare ensuite ce qu'elle est avec ce qu'elle doit tre1 sa ralit sensible avec sa ncessit intelligible4 ,par exemple1 sachant ce que doit tre un octogone1 je dclare parfaite gomtriquement toute figure qui1 dans son ordre intrieur1 me parat remplir les conditions exiges par la dfinition mme2 au contraire1 selon ,kant1 dans la forme que je juge belle il y a bien une concordance des parties entre elles et avec le tout1 mais cette concordance ne semble pas avoir t dtermine par la conception raisonne et abstraite de la chose mme3 elle n'offre pas un caractre rflchi et intentionnel1 mais un caractre en apparence spontan et inspir4 ,aussi1 quoique la forme de la finalit se trouve dans l'objet beau et que tout y semble la rflexion organis en vue d'une fin1 cette fin1 nanmoins1 ne semble pas avoir t conue abstraitement1 pour tre ensuite ralise3 elle semble avoir t atteinte par une spontanit de la nature et1 dans les oeuvres d'art1 par une vive inspiration1 o ,schelling voit la synthse de la volont aveugle et de la volont rflchie4 ,la beaut pure1--la seule proprement belle et sans mlange d'lments trangers1--ne paraissant soumise aucune condition mcanique ou tlologique1 exprime donc quelque chose qui semble chapper tout ensemble la ncessit physique et la ncessit finale3 voil pourquoi ,kant l'appelle la beaut libre4 ,toute beaut qui1 au contraire1 dpend de certaines conditions imposes d'avance1 soit par la nature physique ou logique1 soit par la destination finale de la chose en qui elle rside1 est une beaut lie et comme attache autre chose qu'elle-mme4 #adg ,plotin1 ,ennades1 ,i1 ,,vi1 #c4 ,dans cette thorie1 ,kant a sans doute exagr le caractre libre de la beaut1 en voulant l'lever trop compltement au-dessus de toute finalit1 comme il a lev le sentiment du beau au-dessus de tout dsir4 ,le beau n'est rellement spar ni de l'agrable ni du bon4 ,dans son esthtique comme dans sa morale1 ,kant est trop formaliste2 ce qui fait le fond de la vraie beaut1 c'est la vie1 et la vie n'est pas une pure forme o se jouerait l'intelligence3 elle est avant tout sensibilit et volont4 ,ce n'est pas dire qu'il n'y ait point dans la beaut vritable une certaine apparence de libert2 mais1 pour bien comprendre en quoi cette libert consiste1 il faut considrer l'lment le plus caractristique du beau1 qui1 selon nous1 est la grce4 ,,iii4--,au point de vue mcanique1 la grce suppose le mouvement facilement accompli et facilement peru1 les lignes flexibles1 continues1 arrondies1 sans secousse et sans rudesse1 la plus grande exertion de force avec le moins de perte et de dpense possible4 ,au point de vue physiologique1 elle exclut tout ce qui sent l'effort1 le labeur de la rflexion1 la sujtion de la volont2 elle exige l'aisance naturelle1 le plus grand effet avec les moindres moyens1 en un mot1 l'inspiration en apparence spontane qui trouve sans chercher4 ,la grce est la surabondance d'une activit qui a plus qu'il ne lui est ncessaire pour raliser un mouvement ou pour atteindre une fin1 et qui semble vouloir se rpandre au del de toutes limites4 ,il y a par cela mme dans la grce une image de l'infini et de l'absolu1 et c'est ce qui fait qu'on la nomme divine4 ,au point de vue moral1 la libert tant le principe de la libralit1 la grce est un don1 et un don dsintress3 le gracieux est gratuit4 ,enfin la gratuit1 la surabondance et la fcondit cratrice tant le propre de l'amour1 la grce est aimante ou parat aimer1 selon la pense de ,schelling2 et c'est l ce qui la rend aimable#adh4 ,kant disait que la beaut est la reprsentation symbolique de la moralit2 on peut dire plus particulirement de la grce qu'elle est1 au point de vue moral1 le symbole de la bont aimante4 #adh ,voir sur ce sujet ,m4 ,ravaisson1 ,la philosophie en ,france4 ,la grce1 que les anciens appelaient ,grec3 charis et qu'ils ne sparaient point de l'amour1 est ce qui1 au sein mme d'un mcanisme rellement ncessaire et d'un organisme o les parties dpendent rellement du tout1 exprime et fait entrevoir1 comme dans un songe1 un principe affranchi de toute ncessit matrielle ou formelle3 la grce est1 selon nous1 l'expression esthtique de l'idale libert4 ,nous retrouvons ainsi1 avec l'cole platonicienne1 le bien dans le beau3 le bien donne aux choses aimes les grces1 et ce qui les aime les amours4 ,ce n'est pas par elle seule que la forme belle a le pouvoir d'exciter l'amour3 tandis que le regard de l'intelligence embrasse cette forme1 la volont en franchit les limites et place derrire la forme1 comme le fond dont elle drive1 une volont vivante1 qui aspire agir1 s'panouir1 aimer4 ,la beaut et surtout la grce1 plus belle encore que la beaut1 nous invite donc dj concevoir un principe d'action et de dtermination spontane qui serait suprieur aux fatalits mcaniques2 elle est l'intermdiaire entre le monde matriel et le monde moral4 ,elle parat figurer la libert idale de la volont au moment o celle-ci jouirait d'elle-mme1 avant de s'imposer une loi et une rgle ncessaire1 une limite et un sacrifice3 par cela mme la beaut est une expression de la vie heureuse1 de la flicit4 ,lorsque plus tard1 par un dernier effort1 la libert semble s'tre leve au-dessus de toute limite et de tout sacrifice1 dans la plnitude et l'infinit de l'amour d'autrui1 elle runit en soi la sublimit morale et la grce morale4 ,s'il y a grce et beaut dans l'expansion spontane de l'innocence1 il y a grce et sublimit dans le dsintressement sans effort de la charit4 99 99 99 99 99 ,le dterminisme scientifique et mcanique1 en dtruisant l'illusion de la libert1 tend dtruire le charme moral du beau et enlve la beaut de son prix4 ,cependant1 une fois complt par l'ide de libert et par le dsir qu'elle excite1 le dterminisme moral peut suffire la rigueur dans le domaine de l'esthtique4 ,si l'art1 qui est surtout de nature contemplative1 nous fait pressentir une lointaine libert dont la grce est comme un rayon1 il ne saurait la montrer dans son foyer mme1 ni fournir une raison suffisante pour nous faire affirmer son existence4 ,,chapitre ,,cinqui,,me ,l',,id,e ,,et ,,le ,d,,sir ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,l',,amour ,d',,autrui ,i4 ,idal de l'amour4--#a ,le sujet aimant nous apparat comme devant tre dou de volont et mme de volont libre4 #b ,l'objet aim nous apparat comme devant tre dou de volont libre4 ,conclusion3 l'amour idal serait une union de liberts4 ,,ii4 ,ralit de l'amour4--,l'amour rel1 en nous1 est d'abord un amour ncessaire2 mais nous concevons et dsirons un amour libre1 et nous agissons sous cette ide1 dont la ralisation absolue demeure invrifiable4 ,ncessit de passer au point de vue moral4 ,il est quelque chose de moins contemplatif que l'art1 c'est l'amour d'autrui1 quelle que soit la forme qu'il prenne4 levons-nous donc ce nouveau point de vue4 ,illusoire ou vraie1 l'ide de libert fait-elle le fond de ce que nous nous reprsentons comme un amour dsintress8 ,i4--,l'amour rel est d'abord un amour ncessaire4 ,il est l'harmonie des sensibilits1 la sympathie dont parle l'cole anglaise4 ,dans cette sorte de contre-coup que les joies ou les peines d'autrui trouvent en nous-mmes1 la part de la passivit et de la fatalit est dominante2 aussi la sympathie1 sous son air de dsintressement1 cache-t-elle encore une sorte d'intrt largi4 ,deux cours qui battent malgr eux d'un mme battement sympathisent1 ils n'aiment pas encore4 ,cependant1 comme le plaisir ou la douleur rsultent d'un vouloir satisfait ou contrari1 l'union des sensibilits semble annoncer dj une union gnrale et naturelle des volonts4 ,supprimez ce commencement de volont ou d'activit dans le plaisir mme1 et vous rduirez la sympathie un accord de sensations brutes4 ,l'harmonie des intelligences est la prparation de l'amour1 elle n'est pas encore l'amour mme2 mais dj l'union des dsirs et des volonts y est plus vidente4 ,penser en commun la vrit1 c'est la vouloir en commun1 c'est aimer un mme objet qui sera entre les volonts un trait d'union4 ,ce qui constitue essentiellement l'amour1 c'est l'union des volonts2 non pas seulement leur union avec un objet conu et poursuivi en commun1 mais leur union entre elles1 qui fait qu'elles se veulent mutuellement4 ,aimer quelqu'un1 c'est le vouloir1 lui1 et non autre chose4 ,maintenant1 jusqu' quel point cette ide de l'amour est-elle compatible avec la notion de fatalit8 ,pour rpondre cette question1 examinons successivement le sujet et l'objet de l'amour4 ,en premier lieu1 les coles fatalistes ne peuvent concevoir1 semble-t-il1 que cette image incomplte de l'amour qu',auguste ,comte nommait l'altruisme4 ,l'gosme est une inclination fatale vers le moi comme centre1 l'altruisme est une inclination fatale vers autrui comme centre2 mais l'altruisme1 au fond et absolument1 n'est pas plus dsintress que l'gosme1 auquel l'cole anglaise le ramne4 ,qu'importe qu'un mouvement soit un mouvement d'expansion ou de concentration1 s'il exprime toujours la ncessit d'un dsir cherchant se satisfaire8 ,deux corps qui s'attirent ne s'aiment pas plus que deux corps qui se repoussent4 ,c'est pour cela que nous ne pouvons confondre l'amour avec le besoin4 ,si je n'aime que par besoin et que ce dont j'ai besoin1 je n'aime que moi-mme2 mon prtendu amour est gosme1 mon dsintressement est intrt4 ,pour que je vous aime1 vous1 et non pas moi1 il faut que je n'aie pas absolument besoin de vous1 que je ne sois pas pouss fatalement vers vous par un intrt comme celui que je prends ma nourriture et ma sant4 ,quel gr pourriez-vous me savoir pour cette affection prtendue8 ,aurais-je le droit de dire que je suis un tre aimant1 que je vous aime1 que je vous donne mon affection8 ,le don qu'arrache la ncessit est un don qu'on se fait soi-mme2 et s'il en tait toujours ainsi2 loin d'tre aimants1 nous ne pourrions jamais aimer4 ,si l'amour vrai existe1 il ne peut commencer qu'avec le consentement de la volont et l o cesse la fatalit du besoin2 il doit se montrer avec la libert d'une nature qui donne parce qu'elle est riche1 et non parce qu'elle est pauvre4 ,si le dsir est fils de la ,pauvret et de la ,richesse1 l'amour en sa puret idale est la ,richesse mme#adi4 ,dans le fait1 l'tre le meilleur en soi et qui a le moins besoin d'autrui est cependant le meilleur pour les autres2 c'est celui qui donne le plus et qui demande le moins4 ,en nous1 mesure que le besoin et le dsir diminuent1 l'amour semble grandir2 avec le progrs vers la libert crot la libralit4 ,le besoin n'est donc que le point de dpart et la condition premire dont l'amour aspire se dgager de plus en plus comme d'un obstacle4 ,l'enfant n'aime d'abord sa mre que par besoin2 mais dj1 avec son premier sourire1 semble se rvler le premier don d'un amour dsintress1 la premire grce d'une me volontairement bonne4 ,c'est ce qui fait la beaut et le charme du sourire1 aurore de l'intelligence1 de la volont et de l'amour2 c'est ce qui en fait aussi l'irrsistible puissance4 ,le sourire est le symbole de l'idale et parfaite bont1 souverainement libre de tout besoin et par cela mme souverainement librale1 qui1 pour appeler toutes choses l'existence et la vie1 n'aurait qu' laisser entrevoir travers l'infini sa grce radieuse4 ,tel1 selon ,platon et ,plotin1 le ,bien en soi engendre l'univers par son rayonnement1 ,dieu cre le monde par son ternel sourire4 #adi ,voir notre ,philosophie de ,platon1 t4 ,,ii1 page #ege4 ,ce don de l'amour qui nous parat volontaire1 nous aimons nous-mmes le faire1 et si de plus nous parvenons nous le faire rendre1 nous nous jugeons ainsi tout la fois auteurs de l'amour donn et de l'amour rendu4 ,par l nous nous sentons plus actifs1 par l aussi plus heureux4 ,crer l'amour en soi et hors de soi1 c'est crer ce qui seul a une valeur infinie et un prix inestimable3 l'amour volontaire4 99 99 99 99 99 ,la volont1 en effet1 est ce qui rend l'objet vraiment aimable1 comme elle rend le sujet aimant2 la libert1 seule capable d'aimer par elle-mme ou1 en un mot1 d'aimer1--car aime-t-on vritablement si on n'aime pas par soi-mme8--parat aussi seule digne d'tre aime pour soi4 ,ce n'est donc pas le bien en gnral1 comme l'a cru ,platon1 que j'aime en vous1 c'est la bont personnelle que je vous attribue4 ,la thorie platonicienne aboutit des consquences que ,pascal a exprimes sous cette forme originale3 ,un homme qui se met la fentre pour voir les passants1 si je passe par l1 puis-je dire qu'il s'est mis l pour me voir8 ,non1 car il ne pense pas moi en particulier4 ,mais celui qui aime une personne cause de sa beaut1 l'aime-t-il8 ,non1 car la petite vrole1 qui tera la beaut sans tuer la personne1 fera qu'il ne l'aimera plus4 ,et si on m'aime pour mon jugement1 pour ma mmoire1 m'aime-t-on1 moi8 ,non1 car je puis perdre ces qualits sans me perdre1 moi4 ,o donc est ce moi1 s'il n'est ni dans le corps ni dans l'me8 ,et comment aimer le corps ou l'me1 sinon pour ces qualits1 qui ne sont point ce qui fait le moi1 puisqu'elles sont prissables8 ,car aimerait-on la substance de l'me d'une personne abstraitement1 et quelques qualits qui y fussent8 ,cela ne se peut1 et serait injuste4 ,on n'aime donc jamais personne1 mais seulement des qualits4 ,quoi qu'en dise ,pascal avec ,platon1 l'amour s'adresse toujours non des qualits gnrales1 mais des individus1 ou des choses qu'on individualise et qu'on personnifie1 ft-ce par une simple illusion d'optique4 ,la parole de ,montaigne est le contre-pied de la pense de ,pascal3 ,si l'on m'et demand pourquoi je l'aimais1 j'aurais rpondu3--,parce que c'tait lui2--et si on lui et demand pourquoi il m'aimait1 il aurait rpondu3--,parce que c'tait moi4 ,et en effet1 l'amour suppose dans son objet l'lment personnel1 la forme de l'individualit3 quand vous aurez numr et analys scientifiquement toutes les qualits de la personne aime1 vous aurez numr les conditions rationnelles de l'amour1 mais vous n'aurez pas montr la cause relle et concrte1 l'unit synthtique du caractre1 la vie individuelle suprieure toutes les abstractions logiques4 ,o ,pascal est dans le vrai1 c'est quand il dit3 si je n'aime une personne que pour sa beaut physique1 je n'aime pas cette personne4--,fragile amour que celui qu'emporterait une maladie6 ,la beaut extrieure n'est aimable que par la beaut intrieure qu'elle me laisse entrevoir4 ,sous l'enveloppe matrielle1 mon esprit cherche l'esprit2 sduit surtout par le regard1 o plus qu'ailleurs la pense brille et se fait visible1 il monte comme dans un rayon de lumire vers l'invisible foyer qui l'attire4 ,mais1 dans l'esprit mme1 est-ce la mmoire1 est-ce au jugement1 est-ce la pure intelligence que s'attache mon amour8 ,non1 dit ,pascal1 et il a encore raison4 ,ces qualits1 il est aussi des maladies qui les enlvent4 ,votre mobile amour disparatra-t-il donc avec elles8 n'est-il pas all plus loin et plus haut se fixer dans quelque centre indestructible o rien ne lui semble plus pouvoir l'atteindre8 ,ce centre1 qui n'est pas la pure intelligence1 n'est pas non plus la pure puissance2 car cette dernire1 par elle-mme1 peut aussi bien tre terrible qu'aimable4 ,mme quand elle s'unit l'intelligence1 quand elle est ordre et harmonie1 la puissance semble encore une manifestation extrieure de quelque principe plus intime et plus profond4 ,quel est donc enfin ce principe dans lequel seul pourrait se reposer l'amour8 ,platon l'appelle le bien2 mais ce n'est pas encore assez dire3 pour qu'en aimant le bien en vous1 je vous aime1 il faut que ce bien puisse vous tre attribu et qu'en dfinitive il soit vous2 il faut donc qu' tort ou raison il m'apparaisse comme un bien volontaire et conscient1 comme un bien qui se veut lui-mme1 et qui ne se veut pas seulement pour soi1 mais pour les autres et pour moi4 ,ce que j'aime en vous1 c'est la volont consciente du bien1 dont le vrai nom est la bont4 ,l je place la personne1 l je crois deviner l'unit vivante o le bien devient vous-mme et o vous-mme devenez le bien4 ,je ne pourrais aimer en vous une libert indiffrente1 abstraction faite du bien1 une volont indtermine ou une pure puissance2 je ne pourrais non plus aimer en vous un bien abstrait et neutre1 passif et fatal1 non voulu par vous1 non accept par vous1 un bien qui ne me semblerait pas vous-mme4 ,c'est donc rellement la volont du bien ou le bien voulu qui est pour nous aimable4 ,mais la volont du bien1 o s'unissent les deux termes dans une vivante unit1 qu'est-ce autre chose que l'amour mme8 ,donc1 en dernire analyse1 ce qui est aimable1 c'est ce qui est aimant4 ,ce que mon amour cherche par-del l'organisme visible et1 dans la conscience mme1 par-del la pure puissance1 par-del la pure intelligence1 c'est le foyer d'amour o le bien1 s'unissant la volont1 devient bont4 ,moi aussi je veux tre voulu par cette bont1 pour le bien que je puis avoir en moi-mme2 je veux tre aim d'elle comme je la veux et comme je l'aime4 ,je veux qu'elle soit non seulement volont du bien1 mais volont de mon bien4 ,dans cet change de l'amour1 je n'aperois plus1 mme l o elle pourrait subsister1 la fatalit physique1 ni la ncessit logique ou mathmatique1 encore moins une libert d'indiffrence et d'indtermination2 l'amour1 s'il est ralis quelque part en sa vrit1 doit tre ce qu'il y a la fois de moins indiffrent et de plus libre4 ,aussi la volont du bien1 l o je crois l'apercevoir1 m'inspire la plus parfaite certitude1 comme si elle tait la plus sre des dterminations2 et cependant1 c'est ce qui me semble le plus loign de la fatalit physique ou logique4 ,si je suis certain de celui qui m'aime1 c'est que je crois sa libert trop matresse de soi pour tre dtourne par des accidents extrieurs4 ,j'aime1 je suis aim2 c'est pour la bont que j'aime1 et c'est pour ma bont que je suis aim2 ds lors1 emport dans un monde idal1 je ne songe plus ni la matire1 ni l'espace1 ni la mort1 et je me repose avec bonheur dans l'ternit de l'amour4 ,ainsi le vritable amour1 considr dans son type intelligible1 ne peut s'adresser qu' des personnes1 et de plus1 c'est la libert relle ou apparente de la personne qui fait nos yeux tout le prix de l'amour2 en aimant1 nous dsirons tre aim1 et dans ce retour de bienveillance de la part d'un tre que nous supposons libre1 mais nullement indiffrent et indtermin1 nous croyons voir comme une grce qu'il nous fait4 ,aussi la premire et la plus prcieuse des qualits chez l'tre aim1 c'est qu'il nous aime4 ,que ne pardonne-t-on pas celui qui est aimant8 ,une foule de petits dfauts1 qui choqueraient dans un inconnu1 peuvent sembler charmants dans la personne aime et aimante4 ,pourtant1 si on n'aimait dans cette personne que les qualits abstraites et l'esthtique1 non la bonne volont1 ces dfauts devraient sembler aussi laids chez elle que chez d'autres4 ,quand mme quelqu'un que nous aimons perdrait toutes ses qualits1 en conservant cette seule qualit de nous aimer1 ne l'aimerions-nous pas encore8 ,peut-tre mme l'aimerions-nous davantage1 parce que nous esprerions le ramener au bien2 car on semble aimer davantage quelqu'un lorsqu'il a besoin de vous1 et l'amour1 cette source de vie surabondante1 prfre donner que recevoir4 ,enfin un tre incorrigible1 mais qui vous aimerait1 serait encore aimable1 au moins pour vous4 ,telle une mre aime le fils qui lui cause de la tristesse et mme du dsespoir4 ,il n'est point de laideur matrielle ni mme morale que ne transfigure le sourire divin de l'amour4 ,donc1 non seulement je puis aimer un tre qui veut le bien1 mais encore qui l'a voulu1 qui le voudra peut-tre1 et mme ne le veut pas1 surtout s'il m'aime4 ,mon amour cherche l'amour et1 encore une fois1 non pas tant un amour qui veuille le bien en gnral qu'un amour qui me veuille1 moi4 ,ce n'est point l mes yeux de l'gosme3 c'est la conviction du prix inestimable qui appartient l'amour et qui lui vient principalement du don de soi-mme4 ,nous pressentons vaguement que le vrai fond de l'tre1 c'est la volont aimante1 et que ce qui est le plus nous-mmes est aussi ce que nous pouvons le plus donner autrui4 ,pascal a beau dire qu'il serait injuste d'aimer la personne1 quelques qualits qui y fussent1 l'tre aimant a toujours quelque chose d'aimable2 et s'il m'aime1 moi1 c'est surtout pour moi qu'il est aimable4 ,c'est en ne l'aimant pas que je serais injuste1 non en l'aimant1 car toute grce appelle gratitude4 ,supprimez cet idal de la libert dans l'amour1 ramenez-le une ncessit brute1 une fatalit matrielle ou intellectuelle1 vous aurez dtruit l'objet de l'affection4 ,ce qui est fatal en vous1 c'est ce qui est produit par autre chose que vous-mme1 c'est ce qui est vraiment autre que vous4 ,si je n'aime en vous que ces choses trangres1 je ne vous aime pas vous-mme2 pour que ma volont vous veuille1 il faut qu'elle veuille votre volont2 il faut de plus que votre volont soit vraiment la vtre1 comme ma volont est la mienne4 ,quelle reconnaissance aurais-je pour un automate dont l'amour serait la rsultante d'un mcanisme1 et mme pour un automate spirituel8 ,il aurait beau me suivre partout et graviter autour de moi1 je ne lui en saurais aucun gr et je ne le payerais d'aucun retour4 ,je pourrais encore moins l'aimer le premier1 faire vers lui les premiers pas4 ,dans cette machine1 rien1 absolument rien ne m'attirerait4 ,elle pourrait avoir toutes les qualits gomtriques1 mcaniques1 physiques2 il lui manquerait toujours la vie1 l'activit1 une personnalit plus ou moins bauche1 un moi enfin1 de quelque nature qu'il soit1 auquel mon amour puisse se prendre1 et dont il puisse recevoir un retour qui ne lui semble pas purement fatal4 ,quand l'objet de mon affection n'est pas une personne doue de raison et de volont1 il faut au moins qu'il soit mes yeux un individu4 ,j'aime dans l'animal une personnalit encore incomplte1 mais qui fait effort pour se dvelopper1 une personnalit demi virtuelle1 demi relle4 ,le chien que j'aime et qui m'aime n'est pas un automate2 en l'aimant1 je lui fais une sorte de grce consciente1 quoique non arbitraire1 puisque ses qualits motivent mon affection2 et en m'aimant1 il me semble qu'il me fait aussi une grce1 quelque trange que la chose paraisse4 ,il y a en lui spontanit et un commencement d'indpendance2 il sait qu'il m'aime et il veut m'aimer1--science et volont qui n'ont pas besoin de se formuler nettement pour tre relles4 ,de mme1 dans la plante1 je vois une individualit qui fait effort pour se dvelopper1 une bauche de l'animal1 qui est lui-mme une bauche de l'homme4 ,je m'intresse cet tre qui veut vivre1 qui veut agir1 qui semble chercher sentir et penser1 qui parat mme quelquefois sensible4 ,je l'aime parce qu'il est lui1 parce qu'il possde un moi en germe1 et je ne saurais demeurer compltement indiffrent son sort4 ,s'il dpendait de moi de le faire arriver cette vie plus complte1 cette sensibilit1 cette pense1 ce bien qu'il dsire d'un dsir vague et inconscient1 je le ferais4 ,c'est donc encore la volont du bien que j'aime en lui4 ,quand j'ai donn mes soins la plante et que je l'ai aide dans son dveloppement1 quand elle a ensuite prodigu ses fruits et ses fleurs comme un retour mes soins1 je l'aime vritablement4 ,que les esprits superficiels sourient1 je crois voir dans les fleurs qu'elle m'a donnes une certaine grce qu'elle m'a faite4 ,un matrialisme exclusif aura beau dire3 fatalit1 pur choc d'atomes1 pur automate1 il doit y avoir l autre chose que la ncessit brute2 il y a l au moins ce principe inexpliqu1 la vie1 qui enveloppe dans ses puissances une pense et une volont2 il y a l une dialectique en action1 un enfantement laborieux qui semble vouloir produire la personnalit4 ,aussi j'aime la fleur d'un rel amour2 le pote qui lui prte une me1 la femme qui s'prend comme le pote pour une fleur1 ont1 aprs tout1 une ide plus vraie de la vie universelle que le partisan du mcanisme exclusif1 qui la croit semblable aux rouages inertes d'une machine4 ,que le savant combine ses molcules et place l'une droite1 l'autre gauche1 la nature intime de ces molcules lui sera toujours inconnue2 qu'il dmontre ses thormes1 la partie vraiment dmonstrative de sa science ne roulera toujours que sur des rapports extrieurs et se jouera autour des choses2 c'est lui1 s'il croit avoir tout expliqu et trouv le dernier mot de la vie1 c'est lui1 dis-je1 et non au pote1 qu'on pourra demander3--,qu'est-ce que cela prouve8 ,si donc la sympathie humaine peut s'tendre tous les tres1 c'est que tous les tres nous semblent des volonts1 au moins en puissance1 enveloppant quelque chose d'indfini1 des forces grosses de la vie1 de la pense et de l'amour4--,mysticisme1 dira-t-on4 ,qu'importe8 ,l'humanit tout entire est mystique ce compte4 ,est-ce que le sentiment universel1 dont la vraie posie n'est que l'expression sublime1 a jamais vu en toutes choses des thormes ou des automates8 ,de mme1 ce que le croyant aime en son ,dieu1 ce n'est pas seulement une collection abstraite de qualits et de perfections4 ,tant qu'il conoit ,dieu de cette manire1 comme une abstraction idale ou comme une formule1 il ne l'aime pas2 ou1 s'il l'aime1 c'est qu'il conoit la perfection comme une virtualit ralisable et en voie de ralisation dans le monde3 le panthiste aimera le ,dieu qui se dveloppe dans le temps et dans l'espace vers l'idal inaccessible2 il aimera le ,dieu vivant1 qui sera pour lui l'univers4 ,quand cet amour de l'homme pour le divin atteint-il son plus haut degr8 ,n'est-ce pas lorsqu'il se reprsente son ,dieu comme la libert souveraine et souverainement aimante1 qui lui a donn l'tre sans y tre force1 et qui se donne perptuellement tous8 ,c'est le bien volontaire1 en un mot1 que nous aimons toujours2 ce qui ne veut pas dire le bien arbitraire1 agissant avec indiffrence1 sans raison intelligible et bonne pour prendre un parti plutt qu'un autre4 ,le bien en soi1 dont ,platon lve l'ide au-dessus de tout1 doit tre conscient et libre1 bon pour soi et par soi1 bon aussi pour les autres4 ,platon l'a entrevu2 mais le terme de ,bien qu'il employait1 ,grec3 to agathon1 n'indiquait pas assez le ct personnel de la perfection morale1 dont le vrai nom est bont4 ,la bont est ce qui concentre en soi le plus de choses et ce qui en rpand le plus au dehors3 une bont acheve serait la libert mme4 ,l'acte de bont ou de dsintressement libre1 idal moral que l'homme se propose et qui est le suprme aimable1 ,grec3 prton philon offre ce double caractre d'individualit et d'universalit3 il est la fois ce qu'il y a de plus personnel1 puisqu'il vient du moi1 et de plus impersonnel1 puisqu'il est le don de soi autrui4 ,on croit que ce qui constitue le plus essentiellement un tre est aussi le plus incommunicable aux autres2 et nanmoins1 nous l'avons vu1 en aimant quelqu'un1 c'est lui-mme que nous voulons3 notre affection1 franchissant tout ce qui est extrieur et tranger1 sans s'arrter mme l'intelligence1 va jusqu' cette volont personnelle qui est proprement le moi4 ,en vous aimant1 c'est quelque chose de moi que je donne1 c'est moi-mme que je voudrais donner tout entier1 et c'est aussi vous-mme que je veux4 ,je sens qu'il est des obstacles1 matriels et mme intellectuels1 qui empchent mon individualit de se confondre avec une autre individualit1 et pourtant c'est l ce que je voudrais4 ,je ne dis pas que je voudrais cesser d'tre moi pour devenir une autre personne1 ou qu'elle cesst d'tre soi pour devenir moi2 mais je voudrais tre moi et elle tout ensemble1 je voudrais tre deux et un3 en un mot1 me donner tout entier et me retrouver tout entier4 ,est-ce l une illusion de l'amour1 un voeu chimrique contre lequel doivent jamais prvaloir les lois de l'impntrabilit physique1 ou de la pluralit mathmatique1 ou de l'opposition logique8 ,quelle vaine chose alors que l'amour6 ,comme il serait faux de dire qu'on aime6 ,car1 encore une fois1 on n'aime que si on donne1 et on ne donne vritablement que si on donne une chose qui ne vous est pas trangre1 une chose qui vous appartient rellement2 on ne donne donc que si on donne quelque chose de soi et1 en dernire analyse1 que si on se donne soi-mme4 ,tout don de choses extrieures au moi ne suffit ni l'aimant ni l'aim4 ,mme quand je donne un objet extrieur1 encore faut-il que j'aie fait son gard quelque acte de bonne volont qui vienne de moi2 et vrai dire1 c'est cet acte que je donne4 ,l'objet qui passe de ma main dans la vtre n'en est que le signe matriel et le visible symbole2 il perdrait tout son prix s'il ne reprsentait pas ma volont intime et un don de moi-mme4 ,si vous me rendez froidement le mme objet1 sans y rien mettre de votre coeur1 nous sommes quittes sans doute1 selon l'expression vulgaire2 mais cela veut dire que nous restons part l'un de l'autre1 chacun dans son moi1 sans aucune union affectueuse4 ,si nous nous tions aims vritablement1 nous ne serions jamais quittes3 la dette de l'amour ne s'acquitte pas1 elle se paye avec de l'amour et par l ne fait que s'accrotre encore4 ,aussi le vritable amour est-il un don qui ne pourra jamais se reprendre1 parce qu'il ne le voudra jamais4 ,donner n'est pas prter2 donner enveloppe en son ide quelque chose d'absolu3 l'amour vrai ne peut donc tre conu que sous l'ide de l'ternit4 ,quelle profanation du nom sacr de l'amour1 si l'on disait quelqu'un3 je vous aime pour une anne1 pour un jour1 pour une heure6 ,peut-on la fois se donner et se retenir1 en marquant d'avance le terme o ce don prtendu gratuit rclamera sa dette intresse8 gosme qui se pare des couleurs du dsintressement1 esclavage qui usurpe le rang de la libert4 ,non1 aimer1--s'il y a quelque chose de tel en ce monde1--c'est faire effort pour s'affranchir du temps et pour crer un ordre moral suprieur la vicissitude des choses matrielles4 ,si donc le vritable dsintressement est la porte de l'homme qui le conoit et qui y aspire1 il doit constituer la suprme libert3 aimer1 selon la pense profonde d'un pote arabe1 c'est mourir la vie goste pour vivre de la vie universelle1 qui est seule vraiment libre4 ,c'est un bien que la mort mette un terme aux ncessits de la vie1 ,et cependant la vie tremble devant la mort2 ,c'est ainsi qu'un coeur tremble devant l'amour1 ,comme s'il avait devant lui la menace de la mort3 ,car o s'veille l'amour1 meurt ,le moi1 ce sombre despote2 ,tu le laisses expirer dans la nuit1 ,et libre tu respires dans la lumire du matin#aej4 #aej ,dschelaleddin1 cit par ,hegel1 la fin de la ,philosophie de l'esprit4 ,,ii4--,l'amour dsintress que nous venons de dcrire n'est peut-tre qu'un haut idal dont l'actuelle ralisation est impossible vrifier4 ,toutefois1 l'amour existe au moins en ide1 et est-ce l un mode si mprisable d'existence8 ,faut-il rpter que l'ide n'est pas quelque chose de mort et de strile8 ,elle est un motif1 mieux que cela1 une action dj relle d'un tre intelligent1 une dmarche1 un mouvement4 ,l'ide de l'amour dsintress ne se contente pas d'un rle passif3 ambitieuse1 elle voudrait tre tout dans l'homme et mme dans l'univers4 ,nous pensons qu'il serait meilleur d'aimer conformment l'idal que nous concevons1 et nous aspirons aimer de cette manire2 par cela mme nous nous dirigeons dj en quelque faon vers l'idal4 ,en concevant l'amour dsintress1 le pur gosme a honte de soi1 il se revt d'autres couleurs1 il n'est plus le mme qu'auparavant3 il s'est embelli de la pense de ce qu'il dsire4 ,ce n'est encore1 sans doute1 qu'une transformation extrieure2 mais le progrs ne s'arrte pas l4 ,il nous arrive d'agir rellement sous l'ide de l'amour d'autrui3 il y a des tres qui se dvouent ou semblent se dvouer2 il y a de nobles actions que nous n'oserions traiter d'gostes1 et qui1 quand nous en sommes l'objet1 nous inspirent une vive reconnaissance2 il y a donc des actes conformes1 au moins en apparence1 l'idal de l'amour4 ,on peut se demander1 il est vrai1 si ces actions qui semblent dsintresses ne sont pas toujours des modifications de l'gosme4 ,le mme objet peut tre envisag sous deux aspects contraires3 comme dit ,jean-,paul1 la mer est sublime ou ridicule selon ce que le spectateur lui oppose dans son esprit4 ,vous pouvez croire que le dsintressement est la forme la plus raffine de l'gosme1 ou au contraire que l'gosme renferme en lui un germe de dsintressement qui s'ignore#aea4 ,de l rsulte pour le philosophe cette alternative3 ou placer au fond de l'gosme le dsintressement1--ou placer au fond du dsintressement l'gosme4 ,nous voil amens devant la grande question mtaphysique1 qui porte non seulement sur des faits1 mais encore sur l'essence mme de notre volont4 ,et on ne pourra la rsoudre entirement par la seule analyse psychologique4 ,une telle analyse ne saurait tablir la certitude du dsintressement2 car1 tres imparfaits que nous sommes1 nous pouvons et devons toujours nous dfier de nous-mmes et nous dire3--,suis-je bien sr d'aimer8 suis-je bien sr d'tre aussi compltement dsintress que je voudrais l'tre8--,nous demeurerons donc toujours en face de ce doute final3--,peut-tre mon dsintressement est-il encore un intrt inconscient4 ,doute salutaire d'ailleurs1 car il oblige la volont agir sans cesse1 aller toujours plus loin et plus haut4 ,se trouvant toujours infrieure l'ide qu'elle porte en soi1 elle fait effort pour l'galer et tend ainsi se dvelopper d'une manire indfinie4 #aea ,voir1 sur ce sujet1 notre ,critique des systmes de morale contemporains4 ,en mme temps que le problme est mtaphysique1 il est moral2 on peut mme dire qu'il est1 par excellence1 le problme moral4 ,aussi est-ce au point de vue de la moralit que nous devons enfin nous placer pour chercher si l'amour idal est ralisable4 ,dans l'ordre moral1 aimer n'est plus seulement une joie et un bonheur1 c'est une ncessit sans laquelle il n'y aurait ni vraie justice1 ni vraie fraternit4 ,la question1 ici1 prend donc un caractre plus imprieux et appelle une solution plus pratique4 ,,chapitre ,,sixi,,me ,,part ,,de ,l',,id,e ,,de ,,libert ,,dans ,,la ,,conception ,,de ,,la ,,moralit1 ,,construction ,,des ,,id,,es ,,directrices ,,de ,,la ,,morale ,i4 ,introduction de l'ide de libert dans l'idal moral4--,la libert comme fond de l'idal moral ou fin de la moralit4 ,identit de la libert et du dsintressement4 ,conciliation du platonisme1 du christianisme et du kantisme4 ,,ii4 ,la libert comme forme de la moralit et condition ncessaire pour la ralisation de l'idal moral4 ,,iii4 ,construction des ides directrices de la morale4 ,substitution de l'idal persuasif l'impratif catgorique4 ,i4--,essayons d'abord de construire l'idal moral comme nous avons construit celui de l'amour dsintress1 sans nous demander si la ralit rpond l'ide4 ,nous avons vu comment ,socrate1 ,platon1 les ,stociens1 les ,alexandrins1 accordrent l'amour du bien une puissance irrsistible4 ,on retrouve une thorie analogue dans les spculations des thologiens sur la grce1 sur l'amour de ,dieu inspir par ,dieu mme4 ,c'est la forme suprieure du dterminisme4 ,dans cette forme1 comme dans toutes les autres1 nous avons dj rtabli l'ide de la libert#aeb4 ,ds lors1 au lieu de prendre pour idal moral un bien abstrait1 plutt vrai et beau que bon1 ,grec3 to agathen1 l'homme aspire raliser un bien actif et personnel1 une bont vraiment libre4 #aeb ,voir la premire partie1 chap4 ,,iv4 ,la tendance des moralistes modernes est1 en effet1 de considrer la libert comme faisant partie de la fin suprme1 comme exprimant non pas la forme du bien1 mais le fond mme du bien et ce qu'il renferme de meilleur4 ,c'est ce que les stociens avaient dj entrevu2 c'est ce que le christianisme a enseign plus ou moins explicitement4 ,avec ,kant1 dans la conception de la moralit idale1 le rle de l'ide de libert devient dominant4 ,mais ,kant a fait de la libert une forme plus ngative que positive1 et de la loi morale une loi galement trop ngative et trop formelle3 ,kant est formaliste l'excs#aec4 ,l'universalit de la loi est une catgorie rationnelle laquelle on n'arrive qu'aprs des abstractions successives4 ,a vrai dire1 ce n'est pas l'universel qui est le premier objet de la volont morale1 mais plutt la personnalit3 le problme moral se pose vritablement en posant face face deux moi1 deux volonts1 la ntre et celle d'autrui4 ,il ne s'agit pas d'une loi abstraite1 mais de personnes vivantes1 et vrai dire d'individualits que nous nous figurons libres4 ,sans doute1 comme nous le verrons tout l'heure1 la conduite d'une personne l'gard d'une autre peut renfermer virtuellement et en germe une loi d'universalit3 la maxime de cette conduite1 abstraite des deux termes individuels1 peut devenir une loi universelle2 il importe cependant de ne pas confondre la consquence avec le principe4 ,dire tout d'abord que le bien est l'universel1 ce serait se contenter d'un cadre vide et d'une considration toute formelle de quantit4 ,kant a beau nous affirmer ensuite que le cadre enveloppe quelque chose de rel et mme la ralit suprme1 comment le savoir8 ,si nous le croyons1 c'est que nous avons rempli pralablement ce cadre par quelque ide plus concrte et plus vivante4 ,l'universalit n'a de valeur que par ce qu'elle contient4 #aec ,voir la critique de la thorie ,kantienne dans nos ,systmes de morale contemporains4 ,quel est donc ce contenu de la moralit8 ,est-ce un bien renferm en soi ou est-ce un bien qui soit bon pour tous8 ,est-ce l'universalit de l'gosme ou est-ce l'universalit de l'amour8 ,pour rpondre1 il faut examiner tout ce qu'implique la libert1 car1 nous l'avons vu1 l'idal est libert2 c'est de l que nous devons partir dans notre dduction4 ,la libert apparat d'abord comme l'indpendance l'gard de ceci et de cela1 comme un pouvoir de choisir entre n'importe quels objets1 comme une indtermination relativement tels et tels motifs dtermins4 ,de l le ct ngatif de la libert1 qu'on a cherch riger en absolu sous le nom de libre arbitre4 ,mais ce n'est l1 videmment1 qu'un moyen pour la volont de s'opposer tout le reste1 de se replier sur elle-mme et d'emmagasiner sa force propre1 afin de ne pas dpendre purement et simplement des motifs extrieurs4 ,on ne saurait admettre que l'idal de la libert consiste dans cette indpendance toute ngative et dans cette sorte d'indterminisme qui se mettrait au-dessus des raisons4 ,la vraie libert agit selon des raisons4 ,l'indpendance positive1 et non pas seulement ngative1 doit elle-mme avoir un contenu positif4 ,elle ne doit tre indtermine que par rapport tels ou tels motifs infrieurs et extrieurs2 mais1 en elle-mme1 elle doit tre la dtermination par un motif suprieur et intrieur3 elle doit porter en soi1 avoir sa raison d'tre1 sa propre lumire4 ,l'unique question est donc de savoir comment la volont se dlivre des mobiles asservissants1 pour se dterminer par ceux qui sont conformes sa direction normale4 ,or1 la volont peut tre dtermine par une ide plus ou moins troite ou large4 ,par exemple1 elle peut cder l'impulsion du moment prsent ou embrasser l'avenir1 et on a toujours considr comme plus libre la volont qui sait se matriser dans le prsent en vue du bien futur3 su compos4 ,la volont peut mme1 nous l'avons vu1 agir en une certaine mesure sous l'ide de l'ternit1 c'est--dire avec l'intention d'atteindre un bien qui ne soit pas born tel ou tel temps3 elle peut se proposer1 par exemple1 une affection ternelle1 soit qu'en fait la nature mme des choses comporte1 soit qu'elle ne comporte pas la ralisation de ce haut idal4 ,tous les philosophes ont regard comme un affranchissement pour la volont de s'lever au-dessus des considrations de temps4 ,parmi les dimensions mmes du temps1 il en est une dont nous essayons principalement de nous affranchir par la pense et par la volont3 c'est le pass4 ,nous tendons ne pas rpter simplement ce qui a t1 ne pas dpendre entirement de ce que nous avons fait1 trouver dans l'ide mme de l'avenir une force de raction contre le pass1 en un mot1 raliser un vritable progrs qui ne soit pas une simple imitation de soi-mme4 ,a dfaut d'une cration ex nihilo1 nous tentons une cration par l'ide4 ,en un mot1 nous ne voulons pas tre puiss par ce qui fut et par ce qui est1 nous voulons dominer le temps coul pour faire exister le temps futur4 ,c'est l encore pour nous une des figurations de la libert2 il est mme des philosophes qui ont vu la libert tout entire dans ce pouvoir de rompre en quelque sorte avec le pass4 ,quelle que soit la mesure dans laquelle nous pouvons raliser cette ide1 toujours est-il que1 dans les occasions o il faut prendre l'initiative1 elle devient une de nos ides directrices4 ,nous tendons nous affranchir des considrations de lieu comme des considrations de temps4 ,tout en agissant sur un certain point de l'tendue1 l'homme peut cependant se proposer une action qui soit indpendante des bornes de l'espace et qui s'tende au monde entier3 il peut vouloir1 selon la parole stoque1 se faire citoyen du monde1 civis totius mundi4 ,nous concevons l'immensit de l'univers1 donc nous pouvons agir sous cette ide et la faire entrer parmi les ides directrices de nos actes3 c'est l encore une sorte de libration que l'humanit a toujours rve sous des formes plus ou moins symboliques4 ,outre les bornes du temps et de l'espace1 nous tendons dpasser les bornes plus concrtes et plus relles de notre propre corps et des corps qui nous entourent4 ,la matire1 avec son dterminisme mcanique1 a toujours sembl un obstacle l'idale libert4 ,quoiqu'il ne faille pas se figurer un bouleversement possible des lois mcaniques du monde1 on peut cependant concevoir qu'un dterminisme encore infrieur et extrieur soit subordonn un dterminisme plus intime et plus vivant4 ,c'est dj une libration que de s'affranchir d'une ncessit par une autre qui surpasse la premire3 un tre dtermin par ses mobiles intrieurs sera toujours considr comme plus libre qu'une machine dtermine par des ressorts extrieurs2 et de mme1 un tre intelligent dtermin par des ides1 par des motifs rflchis1 sera toujours considr comme plus libre que la brute dtermine par ses apptits instinctifs4 ,agir pour une fin consciente1 quelque explicable d'ailleurs que soit un tel acte par ses raisons1 c'est tre plus libre que d'agir aveuglment et mcaniquement4 ,aussi l'humanit entire a-t-elle vu dans la recherche des fins une forme de libert4 ,parmi les fins elles-mmes1 celles qui ont toujours paru les plus conformes la libert idale1 ce sont les fins intellectuelles1 les ides1 et parmi ces fins1 les plus universelles4 ,d'abord1 l'ide la plus large et la plus universelle correspond au plus grand nombre possible de dterminations particulires3 elle les rsume en quelque sorte1 comme un symbole algbrique1 grce sa gnralit suprieure1 rsume une bien plus grande quantit de choses ou de rapports qu'une formule arithmtique4 ,agir en vue d'une loi universelle1 comme le veut ,kant1 c'est donc certainement faire preuve d'une libert plus grande et d'une activit moins borne que d'agir uniquement pour le particulier1 sous l'immdiate influence de la sensation4 ,toutefois1 ne l'oublions point1 ce n'est pas comme pure forme que vaut alors la loi1 c'est comme exprimant le fond la fois le plus vaste et le plus concret possible1 qui n'est autre que la totalit des individus auxquels la loi est applicable4 ,agir pour tous les individus1 voil la vritable libert2 car1 c'est celle qui implique la plus grande indpendance par rapport toutes les bornes de l'espace1 du temps1 du corps et de l'individualit mme4 ,comme1 d'ailleurs1 nous ne pouvons pas directement atteindre tous les individus1 la question se particularise de fait entre plusieurs individus ou entre plusieurs groupes3 humanit1 patrie1 famille4 ,le plus souvent1 c'est une relation entre deux personnes1 ou entre une personne et un groupe4 ,mais1 quelque particuliers que soient les termes de la relation1 l'tre intelligent peut agir la fois selon les particularits et indpendamment de ces particularits2 il tient compte des circonstances1 et cependant il se propose un bien universel qui n'est pas tout entier dpendant de ces circonstances4 ,pour qu'une telle action soit possible1 il faut qu'en une certaine faon nous puissions franchir la sphre de notre individualit propre1 de notre moi goste4 ,or1 on l'a vu1 nous la franchissons d'abord par la pense1 puisqu'en fait nous arrivons concevoir autrui4 ,il y a donc dans notre monade des fentres sur le dehors1 malgr le mot de ,leibnitz4 ,en second lieu1 notre existence n'est pas plus spare du tout que notre pense4 ,il y a en nous-mmes quelque chose qui ne semble pas uniquement born nous-mmes et dont les mtaphysiciens ont propos des formules symboliques sous le nom d'essence universelle1 d'tre prsent chacun et tous4 ,peut-tre comprendra-t-on que la contradiction entre le moi et le tous n'est qu'apparente1 si on rflchit qu'en fait nous coexistons3 nous ne sommes pas des atomes spars par un vide1 puisque nous communiquons ensemble4 ,l'gosme mtaphysique1 consistant croire que je suis le seul tre et la seule conscience qui existe1 est aussi absurde qu'il est logiquement irrfutable4 ,enfin1 en troisime lieu1 si nous avons des points communs par notre pense et par notre tre1 il n'est pas irrationnel d'admettre que ma volont radicale touche aussi par son centre votre volont radicale1 et qu'il y a une union possible des volonts4 ,ds lors1 l'gosme moral n'est pas une ncessit dmontre4 ,la plus grande approximation de la libert serait prcisment l'acte oppos l'gosme1 l'acte qui1 tout en sortant du fond mme de notre individualit1 aurait pour fin l'universalit des individus et dpasserait ainsi infiniment par son objet les bornes de notre individuation proprement dite4 ,cet idal1 il convient de lui donner le nom que la philosophie moderne a adopt3 libert morale4 ,l'ide d'une telle libert1 en se concevant elle-mme avec une force de plus en plus grande1 peut devenir rellement suprieure n'importe quelle force particulire et dterminante1 n'importe quoi autre motif ou mobile moins profond1 parce qu'elle est la rflexion de la conscience portant tout ensemble sur le fond du moi et sur le fond de tous1 en un mot sur ce qu'il y a de plus personnel et de plus impersonnel4 ,par rapport une telle ide1 quelque incomplte d'ailleurs qu'elle demeure chez l'homme1 tout peut prendre pratiquement une valeur infrieure1 tout peut s'anantir en quelque sorte comme le fini devant l'infini4 ,le progrs de cette ide et du sentiment qui l'accompagne1 c'est le progrs de la moralit1 qui est identique au progrs de la libert4 ,la libert ne se ralise donc que dans la dtermination par l'ide d'un bien de plus en plus universel2 la libert est le dsintressement4 ,mais1 qu'est-ce que se dsintresser1--si on veut appeler la chose d'un nom encore plus positif et plus vivant1--sinon aimer8 ,nous l'avons vu1 en effet1 tant que la volont est renferme dans la sphre du moi1 tant qu'elle reste goste quelque degr1 tant qu'elle n'aime pas1 son activit est dpendante de certaines limites1 et cette dpendance ne peut s'expliquer que par la domination des penchants sensibles et des besoins matriels sur la volont4 ,celle-ci1 en sa libert idale1 n'aurait pas plus de raison pour tre goste et jalouse que le dieu de ,platon3 ,grec3 agath de oudeis peri oudenos egginetai psthonos4 ,aussi1 loin d'tre envieuse1 une volont entirement libre voudrait le bien d'autrui1 et par consquent serait tout aimante4 ,la pleine libert et la pleine libralit du vouloir1 si elle tait possible quelque part1 voil le fond de l'infinit relle1 de l'infinit morale1 dont l'infinit mathmatique ou mme mtaphysique n'est que l'image4 ,ainsi conu1 l'idal de la libert n'est plus une ide neutre2 c'est ce que ,platon appelait l'universelle essence1 et par l il n'entendait point une abstraction1 mais l'unit fondamentale des tres1 insparable de la varit vivante des tres4 ,l'objet idal qu'une volont vraiment libre prendrait pour fin de ses actes1 encore une fois1 c'est tous les tres dans leur unit4 ,ds lors1 nous pouvons dire que la libert est l'amour d'autrui s'tendant tous4 ,et l'amour de quoi dans autrui8 ,l'amour de cette mme volont1 capable son tour de dsintressement1 d'amour1 de libert4 ,ainsi1 le vrai fond qui peut remplir la notion trop vide de l'universel1 c'est une certaine union des personnes qui n'est autre que l'union de l'amour4 ,kant a trop partag l'opinion selon laquelle l'amour d'autrui est un sentiment tout fatal1 une inclination qui n'enveloppe rien de proprement moral ou de volontaire1 une inclination purement passionnelle ou pathologique4 ,aussi la morale1 selon lui1 ne peut nous ordonner d'aimer nos semblables1 d'aimer le bien mme1 mais seulement d'agir comme si nous aimions2 la justice extrieure est seule1 pour ,kant1 un devoir catgorique1 et la charit ne devient un objet de vraie obligation que dans sa manifestation extrieure1 non dans son intime foyer4--,aime ,dieu par-dessus tout et ton prochain comme toi-mme4--,ce prcepte1 dit ,kant1 exige1 titre d'ordre1 du respect pour une loi qui commande l'amour et qui ne laisse pas notre choix le soin d'en faire ou de n'en pas faire notre principe de conduite4 ,mais l'amour de ,dieu est impossible comme inclination1 comme amour pathologique1 car ,dieu n'est pas un objet des sens4 ,quant l'amour des hommes1 il est sans doute possible ce point de vue1 mais il ne peut tre ordonn1 car il n'est au pouvoir d'aucun homme d'aimer quelqu'un par ordre4 ,dans ce noyau de toutes les lois il ne peut donc tre question que de l'amour pratique#aed4 ,kant ne semble pas avoir saisi dans toute son tendue l'idal de la fraternit morale4 ,les dsirs1 dit-il1 et les inclinations1 reposent sur des causes physiques#aee2 mais l'amour n'est-il conu par nous1 en son ide1 que comme une inclination ncessaire et un dsir8--,nous l'ayons vu1 si l'amour idal exclut l'indiffrence et cette libert d'indtermination que ,descartes appelait le plus bas degr de la libert1 il n'exclut pas cette libert suprieure qui consisterait se dterminer soi-mme1 quoique non indiffremment3 loin de l1 la libre union des volonts constituerait1 au-dessus du rapport des sensibilits1 au-dessus du rapport des intelligences1 la vraie et seule ralisation de cet idal qu'on appelle l'amour4 #aed ,raison pratique1 p4 #bfc4 #aee ,ibid41 p4 #bfe4 ,telle est aussi la vritable universalit2 entendue en un sens plus que logique et plus que quantitatif1 l'universalit est la perfection de la libert mme2 la libert ne pourrait tre parfaite que si elle tait universellement ralise chez tous les tres4 ,voil pourquoi je ne m'estime pas vraiment et compltement libre tant que les autres ne le sont pas1 tant qu'il reste une servitude devant moi3 ,pour que je sois parfaitement libre1 il faut que tous le soient4 ,et de mme1 pour que je sois parfaitement heureux1 il faut que tous le soient4 ,c'est en ce sens que ma libert personnelle est universelle4 ,en d'autres termes1 il y aurait identit des liberts de tous dans la parfaite libert d'un seul4 ,c'est dire encore que la plnitude de la libert serait l'amour pleinement satisfait4 ,on arrive la mme consquence1 si on considre quelle est la nature du dterminisme4 ,le dterminisme est une rciprocit d'action entre tous les tres1 qui fait que l'un dpend de l'autre et est solidaire de l'autre2 le dterminisme est donc universel4 ,par cela mme1 un entier affranchissement du dterminisme ne serait pas seulement une libert borne un individu2 car1 en vertu du dterminisme universellement rciproque1 une libert tout ensemble isole et complte est chose impossible4 ,la libration de l'une est donc lie celle des autres4 ,un seul tre ne peut entirement se dlivrer du dterminisme1 tous les tres la fois pourraient s'en dlivrer4 ,la libert idale1 qui est comme la limite commune laquelle tendent toutes les librations partielles1 apparat ainsi de nouveau comme une libert universelle1 consquemment comme une fraternit universelle4 ,concluons4 ,l'amour tant la fin que la moralit se propose et le fond du bien moral1--dont l'universalit des prceptes n'est que la forme logique1--on peut dire que la libert1 au sens positif du mot et non plus au sens ngatif1 fait le fond mme du bien1 car elle se ralise dans l'amour et ne fait qu'un avec l'amour mme4 ,la libert n'est donc pas seulement la forme de la moralit1 elle en est l'essence1 elle est la moralit mme4 ,,ii4--,maintenant1 la fin tant pose1--fraternit universelle et libert universelle1--par quel moyen cette fin pourra-t-elle tre atteinte8 ,la mthode morale1 comme la mthode de la science et comme celle de l'art1 tend l'unit4 ,mais notre science1 on s'en souvient1 ne russit qu' unir les choses par des lois tout extrieures dans le temps et dans l'espace1 lois dont le mouvement est la ralisation visible3 la science n'obtient ainsi qu'une identit de squences ou de concomitances entre des choses qui demeurent absolument diverses4 ,quant la mthode de l'art naturel1 que nous plaons au fond des choses par une conception de finalit en grande partie subjective1 elle produit l'organisation avec la vie1 et semble relier une varit de moyens une fin intrieure plus ou moins pressentie2 c'est donc un lien suprieur au prcdent1 qui donne la varit1 sans la dtruire1 la forme de l'individualit4 ,cependant les individus1 une fois poss l'un en face de l'autre1 forment encore comme autant de mondes distincts4 ,l'unit vraie et parfaite est si peu ralise par le dterminisme intrieur de la vie1--comme par le dterminisme extrieur du mouvement1--que l'histoire de la vie est celle d'un combat dans lequel le plus fort l'emporte sur les autres et subsiste leurs dpens4 ,la lutte pour la vie et la slection naturelle assurent le triomphe l'organisme qui a ralis intrieurement la plus grande somme de dsirs et de puissances prenant la forme de la spontanit4 ,ce mode de slection se poursuit jusque dans les socits humaines1 tant qu'on demeure au point de vue de l'utilit4 ,les lois de la science utilitaire par excellence1 de l'conomie politique1 nous montrent la mme lutte pour la vie que l'histoire naturelle4 ,il se produit des antagonismes naturels entre l'accroissement de la population et les subsistances1 selon la loi de ,malthus2 des antagonismes entre la rente du sol et le travail1 selon la loi de ,ricardo2 des antagonismes entre le travail du pass ou la violence du pass1 emmagasins dans le capital1 et le travail prsent1 rduit parfois l'alternative de1 l'asservissement ou de la faim4 ,les harmonies conomiques1 opposes par ,bastiat aux contradictions conomiques de ,proudhon1 sont des harmonies idales1 que la justice humaine peut seule raliser1 mais que la mcanique et la vie ne sauraient raliser par elles-mmes4 ,la mcanique naturelle ne connat que les lois gnrales1 les genres et les espces2 elle ne connat pas les individus1 qu'elle sacrifie son fonctionnement rgulier et aveugle4 ,quant la vie1 elle subordonne1 elle aussi1 les membres au corps1 et les membres du corps social au corps lui-mme4 ,pouvons-nous donc nous contenter des lois de la causalit mcanique ou de la finalit sensible1 et nous abandonner leur jeu fatal pour raliser entirement l'idal de la fraternit8--,que ces lois prparent le rapprochement des tres intelligents et sentants1 qu'elles ralisent mme ce rapprochement sur un nombre croissant de points1 c'est ce qui est incontestable2 mais il est certain aussi que1 ni dans le prsent ni dans l'avenir1 une complte rconciliation des intrts n'est possible par cette voie entre les hommes4 ,il y aura toujours des circonstances o se posera ce problme3--,mon bonheur et le bonheur d'autrui tant contraires1 comment agir8 comment trouver dans les lois de l'intrt une raison dterminante du dsintressement8 ,socrate aura beau rpter que nous ne devons jamais mettre notre bonheur en opposition avec celui des autres1 parce qu'en ralit tous les biens ne font qu'un dans le bien suprme1 et que bien pour moi1 bien pour vous1 bien en soi1 sont dans le fond une seule et mme chose4--,on pourra toujours rpondre que cette unit est un simple idal3 au point de vue de la ralit prsente elle est fausse2 au point de vue de la ralit future1 elle est invrifiable par l'exprience et indmontrable par la raison4 ,a quels principes1 en effet1 quelles lois essayerez-vous d'emprunter cette dmonstration8 ,est-ce aux lois du mcanisme physique8 ,dmontrez donc1 apodictiquement1 que la srie de ncessits mcaniques qui aboutirait mon propre bonheur et celle qui aboutirait au vtre finissent par se rencontrer au mme point4 ,dmontrez que le mcanisme de la nature ne peut satisfaire mon intrt final que si j'identifie mon intrt avec le vtre4 ,dmontrez par exemple que1 si j'ai le choix entre la mort et une trahison1 le mcanisme de la nature fait de la mort mon plus grand intrt4 ,pour cela1 il faudrait prouver mcaniquement l'immortalit de mon mcanisme et son harmonie finale avec le vtre1 ce qui est chimrique4 ,nous ne connaissons pas tous les lments et toutes les lois de la nature3 nous ne savons pas en dfinitive si la machine du monde peut fonctionner sans craser les uns entre ses rouages au profit des autres4 ,aussi le fatalisme purement matrialiste et mcaniste ne pourra-t-il jamais considrer l'acte de dsintressement que comme une sublime folie1 comme une manire de satisfaire sa nature plus rare1 mais peut-tre moins sense que celle du vulgaire4 ,puisque vous ne pouvez dmontrer par la causalit mcanique l'identit des bonheurs1 invoquerez-vous l'ordre des causes finales8 ,assurment1 au point de vue spculatif1 l'unit de tous les biens dans le bien est le suprme dsirable2 mais1 pour qu'une chose reste pratiquement le suprme dsirable1 encore faut-il qu'elle soit possible2 or nous ignorons si cette unit de tous les biens dans le bien est ralisable1 et plus forte raison si elle est relle4 ,le certain1 c'est mon intrt2 l'incertain1 c'est l'identit finale de mon intrt avec le vtre4 ,si cette identit se trouve tre chimrique1 le vrai dsirable sera mon bonheur personnel4 ,sans doute mon bonheur pourra encore avoir pour condition le vtre2 mais ce sera par la prdominance en moi des penchants mtaphysiques et rationnels1 ou des penchants sympathiques et sociaux1 ou des penchants esthtiques4 ,en satisfaisant votre profit ma nature de logicien et d'artiste1 je n'aurai pas fait un acte de rel dsintressement ou de relle moralit4 ,ainsi1 entre la srie de moyens qui a pour fin mon bonheur et la srie de moyens qui a pour fin le vtre1 il reste un intervalle et une solution de continuit2 comme leur concidence finale m'est inconnue et qu'elles sont actuellement divergentes1 le seul moyen de les faire concider ds prsent serait un acte vraiment gratuit et dsintress4 ,vous ne dmontrerez jamais que vous et moi et tous les autres nous sommes un2 je ne puis donc tre uni vous que par moi-mme#aef4 ,il faut pour cela que l'ordre des termes soit renvers et que je puisse dire3 votre bien devient mon bien parce que je le veux1 et non pas3 je veux votre bien parce qu'il est mon bien4 ,en d'autres termes1 il faut que ce qui change votre bien en mon bien soit l'initiative de ma volont libre1 et non la consquence d'un rapport ncessaire1 soit de causalit mcanique1 soit de finalit sensible4 ,je ne puis confondre mon bien avec le vtre que par un acte d'amour qui n'est ni forc ni purement logique1 mais inspir par l'ide mme de la libert comme fond de la moralit4 ,dans cet acte1 c'est une ide suprieure au dterminisme qui tend se raliser et1 en une certaine mesure1 se ralise4 ,l'amour1 on le voit1 ne peut avoir d'autre moyen que l'amour mme2 la libert1 en tant qu'essentiellement identique l'amour volontaire1 est donc elle-mme son moyen comme sa fin4 ,les conditions diverses de la libert sont des degrs divers de la libert4 ,c'est en commenant aimer qu'on devient capable d'aimer davantage2 c'est par une premire dlivrance qu'on devient capable de se dlivrer entirement2 c'est le bien dj accompli qui est l'instrument du bien accomplir4 ,tout ce qui nous lve au-dessus du moi1 tout ce qui nous en dtache quelque degr1 tout ce qui nous dsintresse1 depuis la simple pense d'autrui et du bien d'autrui jusqu' la volont effective du bien d'autrui1 est un moyen de la libert morale4 #aef ,voir notre ,ide moderne du droit1 #b;e dition1 livre ,,ii4 ,ds lors1 la morale se trouve tout entire suspendue la possibilit d'un dsintressement progressif1 c'est--dire d'un dgagement de la libert au sein du dterminisme mme4 ,elle suppose que la libert n'est pas en essentielle opposition avec la nature1 que le vrai dsintressement n'est pas impossible raliser de plus en plus1 que l'gosme n'est pas l'unique fond de l'activit et l'essence de la volont mme4 ,en un mot1 une certaine libert en puissance1 comme pouvoir de dsintressement graduel1 voil la condition et le moyen ncessaire pour raliser un idal vritablement moral4 ,,iii4--,l'union idale de tous les tres1 qui rclame un lien suprieur au mcanisme des forces et des intrts1 prend pour notre esprit deux formes principales1 selon qu'elle est plus ou moins complte4 ,nous voudrions d'abord tre gaux1 puis nous voudrions tre frres4 ,la nature ignore l'galit3 elle est fonde tout entire sur le rapport du plus au moins1 de la supriorit l'infriorit4 ,le mouvement suppose l'excs d'une force sur une autre4 ,la vie suppose aussi la domination d'une force centrale sur les autres1 dont cette force se sert instinctivement comme d'organes pour elle-mme4 ,dans le mcanisme brut1 tyrannie absolue2 dans l'organisme vivant1 monarchie plus ou moins constitutionnelle2 nulle part la nature n'est rpublicaine4 ,nos intelligences sont ingales2 nos bonheurs ne sont gaux et quivalents qu' un point de vue abstrait2 dans la ralit concrte1 il y aura toujours cette ingalit norme1 que votre bonheur est le vtre et non pas le mien4 ,pour tablir entre nous le rapport d'gal gal1 il faut donc que je vous conoive1 ainsi que moi1 par rapport une mme fin idale1 sous l'ide de libert4 ,c'est seulement dans cette ide et par cette ide que la substitution de ma personne la vtre est possible et que je puis dire3 ,ne fais pas un autre ce que tu ne voudrais pas qu'il te fit4 ,cette rciprocit des volonts1 conues comme tendant au mme idal de libert1 constitue la justice1 dont la proportion mathmatique n'est que le symbole abstrait3 je veux relativement vous ce que vous voulez relativement moi4 ,en dehors de cette idale galit des liberts1 le droit n'est plus qu'une force majeure1 un intrt majeur1 une sagesse majeure1 toujours un rapport de supriorit1 jamais un rapport d'galit#aeg4 #aeg ,voir la ,science sociale contemporaine1 livres ,,iv et ,,vi4 ,mais l'galit du droit est encore un rapport trop extrieur entre les hommes3 elle laisse subsister une certaine opposition des individualits1 elle ne ralise ou ne protge que la libert individuelle4 ,l'acte de fraternit1 au contraire1 tend raliser la libert universelle4 ,par cet acte1 s'il tait possible1 je voudrais tre un avec vous2 je ne me contenterais plus de poser votre libert gale la mienne2 je les unirais toutes deux en les subordonnant1 sans les dtruire1 un troisime terme qui est leur commun idal3 la socit universelle des liberts1 au sein de laquelle disparatraient tout antagonisme1 tout gosme1 toute servitude4 ,il y a d'ailleurs de la fraternit dans le droit mme et de l'amour dans le respect2 mais le droit n'est qu'un commencement d'union par l'galit3 la fraternit seule pourrait consommer l'unit morale de tous les tres4 99 99 99 99 99 ,de ce point de vue suprieur apparaissent sous un jour nouveau les principes de la morale1 dont le dernier fondement devient la notion de libre fraternit4 ,la traduction en langage rflchi du vouloir spontan qui est notre fonction essentielle et notre direction normale serait la formule suivante3--,je veux la libre union de tous les tres1 l'universelle bont et l'universel bonheur4 ,quand notre volont arrive1 par la rflexion1 la conscience claire d'elle-mme et de sa direction normale1 la formule qui exprime le mieux cet tat est la suivante3--,l'universelle bont devant tre une union libre1 je veux la vouloir librement4 ,c'est l ce qu'on dsigne1 en termes plus ou moins impropres1 sous les noms d'obligation morale ou de loi morale2 mais1 par cette loi1 il ne faut pas entendre une ncessit impose du dehors3 c'est une ncessit que nous nous imposons1 expression dtourne d'une libert qui se prendrait elle-mme pour objet4 ,on caractrise donc mal la moralit en disant que nous sommes obligs2 il faudrait dire que nous nous obligeons4 ,nous ne trouvons pas une loi toute faite1 nous nous en faisons une nous-mmes4 ,kant1 tout en enseignant l'autonomie de la volont1 ou plutt de la raison1 ne parat pas donner une exacte notion du bien moral quand il l'appelle l'impratif catgorique et qu'il lui prte un caractre de ncessit rationnelle4 ,une loi qui n'apparatrait que comme imprative1 sans rien de plus1 ne serait encore qu'une rgle ngative et limitative de la libert1 un joug propre lui imposer une mesure et des bornes1 propre raliser un ordre mathmatique et logique plutt qu'un ordre vraiment moral4 ,le ct par lequel la perfection idale se manifeste comme rgle ou loi ne rpond pas notre ide d'une vraie infinit1 qui pntrerait en toutes choses sans les limiter et sans tre limite par elles4 ,pour que je conoive et accepte sans rserve un bien idalement infini1 il faut qu'il m'apparaisse non seulement comme impratif1 mais comme persuasif3 le bien doit tre pour moi non seulement suprme loi ou justice1 mais suprme amour ou charit4 ,si je ne voyais rien de positivement bon et d'aimable dans le bien dont je fais mon idal1 si je n'y voyais pas le rgne universel de la bont libre1 je n'y verrais rien non plus de respectable4 ,respecter1 c'est encore aimer2 commander1 c'est encore persuader4 ,ce qu'on n'aime absolument pas1 ce en quoi on ne trouve pas l'attrait de quelque bont positive et personnelle1 de quelque libre amour1 le respecte-t-on8 ,et ce qui1 tout en commandant1 ne persuade point1 ne demeure-t-il pas extrieur1 tranger1 comme une ncessit gnante et inintelligible8 ,a vrai dire1 il n'y aurait qu'un commandement catgorique et sans rplique possible1 c'est celui qu'un amour vraiment libre se ferait lui-mme1 l'appel de l'objet aim4 ,nous sommes nous-mmes le pouvoir lgislatif1 et c'est par un libre suffrage que nous changeons l'idal en loi4 ,une obligation morale doit donc tre d'abord rige librement en obligation2 c'est l son essence1 mconnue d'ordinaire et transforme en ncessit4 ,l'idale bont doit se faire aimer librement des tres bons3 elle n'est pas simplement la limite morale qui dfend mon intrt d'aller plus loin2 elle est l'illimit qui m'invite franchir toutes limites1 y compris celles du moi1 par mon intelligence1 par ma volont et mon amour#aeh4 #aeh ,voir la ,philosophie de ,platon1 tudes platoniciennes1 ,,ii1 #fab4 ,la libre adhsion cette idale socit d'tres libres1 gaux et frres1 qui pourrait seule fonder ce qu'on nomme l'obligation morale1 fonderait aussi la seule sanction vraiment morale4 ,si le bien en soi1 comme dit ,platon1 n'tait pas bon pour nous1 et nous laissait en dehors de lui-mme1 comment rpondrait-il notre ide d'infinit8 ,il y a l une contradiction que nous ne pouvons lever qu'en nous reprsentant et en dsirant un triomphe final du bien dans l'univers4 ,sans cet accomplissement1 qui n'est que la bont et la fraternit victorieuses de toutes les limites1 la loi1 rgle intellectuelle et restrictive1 resterait trangre nous-mmes1 autre que nous1 semblable ce sublime terrible dont parle ,kant4 ,elle se poserait en face de nous1 s'opposerait nous1 et nous limiterait pour jamais par un sacrifice sans compensation4 ,de notre ct1 nous pourrions nous poser en face d'elle1 nous opposer mme elle1 comme une puissance capable d'arrter la sienne4 ,ce ne serait plus l le bien vraiment idal et complet1 mme pour la raison1 qui conoit quelque chose au-del1 franchit ces limites et va l'infini4 ,dans la socit idale des tres il faudrait qu'il y et partout amour et retour1 rponse l'amour par l'amour mme4 ,alors l'universelle bont produirait l'universel bonheur4 ,ainsi conu1 le bien suprme devient pour moi non l'impratif1 mais le persuasif4 ,toute puissance qui triomphe en me limitant et malgr moi1 se limite par l elle-mme1 car cette victoire de ncessit suppose rsistance dans l'objet et effort dans le sujet3 c'est encore le domaine de la limitation mutuelle des forces4 ,mais la vraie et dfinitive victoire serait consentie1 voulue par le vaincu lui-mme4 ,alors1 il y aurait libert pure des deux cts3 la libert de l'un1 loin d'empcher la parfaite libert de l'autre1 la rclamerait au contraire4 ,supposez ralise une socit d'tres vraiment libres et aimants1 les amours se limiteront-ils1 se dtruiront-ils8 ,non1 la grandeur de l'un appellera la grandeur de l'autre4 ,ce seront deux termes d'autant plus rels et distincts qu'ils seront plus unis1 deux puissances qui agiront dans le mme sens1 d'autant plus harmonieuses que chacune sera plus forte1 plus libre1 plus relle en son individualit4 ,on aura mieux le droit de dire alors qu'elles sont deux1 puisque chacune se manifeste par une activit plus nergique2 et d'autre part on aura mieux le droit de dire qu'elles ne sont qu'un1 puisqu'elles se confondent en s'aimant4 ,tel serait le vrai rgne de la libert1 qui chapperait aux oppositions ou aux antinomies de la matire et de son mcanisme4 ,nous voyons maintenant comment pourrait tre atteinte cette parfaite unit que poursuivent galement la science1 l'art et la morale4 ,platon l'a dit3 ,la seule chose qui lie tout le reste1 c'est le bien2 mais le bien idal1 pour tre le vrai bien1 devrait se raliser en tous les tres par amour et libert4 99 99 99 99 99 ,la thorie qui rtablit ainsi la libert dans le bien idal et dans l'amour de ce bien est le complment naturel des doctrines de ,socrate1 de ,platon1 d',aristote et du christianisme sur l'attrait du ,bien suprme4 ,selon ,platon1 c'est la rminiscence et l'amour du divin qui fait natre les ailes de l'me2 selon ,aristote1 c'est l'amour du divin qui meut le monde entier3 le divin attire lui toutes choses par persuasion#aei4 ,de mme1 selon le christianisme primitif1 l'attrait du bien est la vraie grce morale3 cette grce1 au lieu de dtruire tout d'abord ma libert1 me fait au contraire dsirer d'tre libre1 parce que je conois l'absolue libert comme un caractre du bien et que je tends raliser en moi un bien digne de ce nom4 ,si1 lorsque j'aime1 le bien faisait tout sans moi1 je ne serais plus rien1 pas mme un pur effet ou un pur instrument1 car il n'y a pas de pur instrument3 tout moyen est aussi un agent1 et toute passion est une action4 ,le bien doit donc tre dterminant en ce sens qu'il propose le but de l'acte2 mais mon activit doit tre aussi dterminante pour sa part1 en ce qu'elle produit l'acte lui-mme4 ,tel serait1 en effet1 le rgne de la bont universelle et de la fraternit rciproque4 ,si cet idal tait jamais ralis1 il y aurait partout comme un appel de l'amour et une rponse de l'amour3 la rponse serait partout sre1 certaine1 infaillible2 l'appel ayant lieu partout1 il serait certain que la rponse aurait lieu4 ,mais cette certitude ne reposerait pas sur un seul des termes2 ce ne serait pas l'appel de l'un qui ferait compltement et absolument la rponse de l'autre1 car alors il ne ferait que se rpondre lui-mme ou1 pour mieux dire1 il n'y aurait que lui4 ,son appel n'aurait pas de sens2 il serait un appel dans le vide1 un appel rien4 ,donc1 l'infaillible certitude de la rponse n'enlverait pas celle-ci sa valeur propre et son initiative4 ,l'impuissance de rpondre produite par les ncessits extrieures ayant disparu1 il serait certain que la rponse de l'amour aurait lieu4 ,cela serait certain non parce que cela serait forc1 ou par une ncessit logique1 mais parce que cela serait raisonnable et bon4 ,l'tre aimant qui appellerait serait bon1 la rponse de l'autre tre serait bonne3 ces deux biens1 ainsi mis comme en prsence l'un de l'autre1 se rpondraient l'un l'autre par une certitude de bont4 ,de ce que vous pouvez aimer1 on ne saurait logiquement conclure que vous voudrez et aimerez en effet2 car la conclusion dpasserait les prmisses4 ,on ne peut pas non plus l'affirmer en vertu d'une coaction physique qui vous laisserait tout passif1 car alors le second terme s'absorberait dans le premier4 ,si pourtant nous croyons que l'amour1 au cas o il serait dgag de tout obstacle1 rpondrait aussitt l'amour1 cette croyance n'a plus son fondement que dans la bont de l'amour mme1 que dans la libert suppose parfaite chez tous les tres4 #aei ,v4 ,ravaisson1 ,rapport sur la philosophie au dix-neuvime sicle1 conclusion4 ,ainsi1 tous les points de vue1 semblent concider l'amour de la parfaite libert et la libert mme4 ,entre l'ide de la libert et la libert1 entre le dsir de la libert et la libert1 une diffrence subsistait toujours1 mais l'amour moral ne peut s'accommoder de cette diffrence3 la libert est le fond1 la forme et la condition de la charit vraie4 ,ou l'amour moral est une illusion1 ou il est une ralit2 et1 dans ce dernier cas1 croire la ralit de son amour1 c'est s'attribuer un pouvoir de libert4 ,cette croyance implicite la prsence d'un germe de libert au sein mme du dterminisme1 nous la retrouvons au fond de tout acte moral1 de tout acte de justice et principalement de tout acte de fraternit4 ,,chapitre ,,septi,,me ,,les ,,antinomies ,,de ,,la ,,responsabilit4--,,la ,,libert ,,est-,,elle ,,conciliable ,,avec ,,le ,d,,terminisme8 #a ,,dans ,,la ,r,,alisation ,,du ,,bien ,,id,,al2 #b ,,dans ,,la ,r,,alisation ,,du ,,mal ,i4 ,,les ,,antinomies ,,de ,,la ,,responsabilit4--,de l'imputabilit ou attribution des actes au moi4--,ncessit d'un lien entre le moi et ses actes4 ,absence de ce lien dans l'indterminisme4--,ncessit d'un lien entre le moi et la cause universelle4--,l'idal moral doit tre suprieur aux ides d'indterminisme et de dterminisme4 ,,ii4 ,,la ,,libert ,,est-,,elle ,,conciliable ,,avec ,,le ,d,,terminisme ,,dans ,,la ,r,,alisation ,,du ,,bien ,,id,,al4--,pour qu'il y ait libert dans l'amour du bien1 est-il ncessaire qu'il y ait un rel indterminisme dans la volont4--,la multiplicit des objets de vouloir contraires augmente-t-elle ou diminue-t-elle par le progrs de la libert4--,comment la puissance du plus fonde la puissance du moins et en dtruit en mme temps l'exercice4--,comparaison entre l'impossibilit d'une action par manque de puissance et son impossibilit par excs de puissance4 ,dterminisme moral de ,socrate et de ,platon4--,la science du souverain bien1 admise par eux1 n'est qu'un idal4--,part de l'opinion et de l'amour dans l'accomplissement du bien4--,conclusion3 la dtermination morale et la libert4 ,,iii4 ,,la ,,libert ,,est-,,elle ,,conciliable ,,avec ,,le ,d,,terminisme ,,dans ,,la ,r,,alisation ,,du ,,mal ,,moral4 ,examen de la doctrine qui admet la fois la libert dans le bien et l'absence de libert dans le mal4--,raisons en faveur de cette doctrine4--,ses consquences3 suppression du mal absolu1 de la haine1 du dmrite absolu1 de la punition expiatoire1 de la damnation4 ,raisons dfavorables la doctrine prcdente3 excuse qu'elle fournit l'individu pour ses propres fautes4 ,conclusion3 nature relative de nos ides sur l'individualit et l'universel4--,rgles pratiques qui en drivent4 ,i4--,,les ,,antinomies ,,de ,,la ,,responsabilit ,,morale4 ,la responsabilit est l'attribution des actes au moi1 attribution non plus seulement logique1 mais morale4 ,d'une part1 dans l'hypothse de la ncessit il n'y a pas de vrai moi1 pas de relle individualit2 l'attribution des actes un moi responsable semble donc incompatible avec la thse des ncessitaires4 ,d'autre part1 elle n'est pas moins incompatible avec l'antithse de la libert d'indtermination ou du libre arbitre4 ,d'abord1 l'tat d'indiffrence est chimrique1 surtout en face de cette suprme alternative3 dvouement ou gosme1 bien ou mal4 ,tout pour moi ou tout pour les autres1 tre tout ou n'tre rien3 voil la terrible question dont ,hamlet n'apercevait qu'un faible symbole quand il s'interrogeait avec inquitude sur la vie et sur la mort4 ,qu'est-ce que la vie physique ou la mort physique devant le problme moral qui se pose au sein des consciences8 ,mais1 quand mme la libert d'indiffrence serait possible1 elle ne produirait pas une suffisante attribution au moi4 ,en effet1 si chaque moi est en lui-mme une volont indiffrente1 en quoi se distinguera-t-il des autres moi1 volonts galement indiffrentes1 de manire devenir le sujet d'un attribut propre8 ,toute distinction est une dtermination2 quelle distinction dtermine peut-il y avoir entre une chose indtermine et une autre qui l'est galement1 entre un x et un x8 ,l'attribution au moi responsable1 cette sorte d'individuation morale1 ne commencera qu'avec les dterminations diffrentes qui sortiront de ces volonts indiffrentes4 ,mais1 si ces dterminations sont elles-mmes arbitraires1 si elles sont un hasard inexplicable qui peut tre suivi d'autres hasards galement inexplicables1 qu'y aura-t-il dans cette suite incohrente de dterminations qui puisse constituer une individualit distincte des autres et moralement responsable de son choix personnel8 ,l'ide mme du choix1 qui est l'acte essentiel d'un moi libre et responsable1 apparat comme incompatible tout ensemble avec les notions opposes de volont indtermine et de volont dtermine4 ,d'une part1 il est vrai1 pour nous reprsenter le choix1 nous sommes obligs de nous figurer deux choses possibles la volont individuelle qui se dtermine2 car si1 en dernire analyse1 nous affirmons qu'une seule ligne de conduite est possible1 le choix volontaire semblera simplement une slection dynamique par le triomphe de l'inclination la plus forte1 ou une slection intellectuelle par la prvalence de l'ide du plus grand bien2 et comme les ides elles-mmes correspondent des forces1 le thorme du paralllogramme des forces sera l'unique et suffisante explication du phnomne4--,mais1 d'autre part1 supposons deux choses galement possibles1 et une volont qui se dtermine pour l'une plutt que pour l'autre indpendamment des inclinations et des ides1 ou contrairement aux inclinations et aux ides4 ,pour avoir la part du choix et de la responsabilit il faudra1 semble-t-il1 mettre de ct tout ce qui pourrait s'expliquer par l'influence de ces inclinations et de ces ides2 il faudra supposer qu'une chose contraire est possible par le choix d'une puissance suprieure1 qui n'est plus ni l'intelligence1 ni la sensibilit1 et qui constitue le moi ou la personne4 ,mais alors ce choix a lieu dans une sorte de rgion obscure o les divers possibles1 perdant leur spcification sensible et intellectuelle1 deviennent indiffrents1 neutres et mme impersonnels4 ,les dterminations imprvues qui sortent ensuite de cette indtermination peuvent-elles bien s'appeler choix8 ,l'ide de choix ou d'arbitre n'enveloppe-t-elle pas celle de comparaison intellectuelle et de conformit finale au rsultat de cette comparaison8 ,si la fatalit n'est pas un choix1 le hasard n'en est pas un1 et le passage de deux contraires possibles un acte dtermin apparat comme un coup de hasard ds qu'on abstrait les raisons tires des inclinations et des ides4 ,choisir indiffremment1 choisir arbitrairement1 choisir autrement que selon ses motifs1 ses mobiles et son caractre1 c'est choisir sans choix4 ,la thse et l'antithse semblent ici quivalentes au fond et galement inadmissibles4 ,un dvouement arbitraire ne se comprend pas plus qu'un dvouement mcanique4 ,ainsi1 quand nous voulons dfinir le choix personnel1 d'o rsulte la responsabilit1 nous trouvons que la puissance d'un seul contraire et celle de plusieurs contraires sont des notions inadquates4 ,c'est qu' vrai dire l'imputabilit suppose un lien de mon action avec moi-mme1 et il n'y a point de lien1 semble-t-il1 entre une chose dtermine et une chose indtermine2 or1 la libert d'indiffrence et le libre arbitre laissent bien subsister des consquents dtermins1 qui sont les effets apprciables de la volont1 et ils admettent mme des antcdents dtermins1 qui sont les motifs de la volont2 mais ces antcdents ne se lie pas telle action plutt que telle autre4 ,ds lors l'action qui se produit1 considre dans son principe1 n'est plus relie rien2 la libert arbitraire et pour ainsi dire ambigu laquelle on la relie aurait pu tout aussi bien produire le contraire4 ,le lien semble1 par une de ses extrmits1 attach au vide2 c'est--dire qu'au fond1 il n'est point attach4 ,nous arrivons ainsi cette antinomie nouvelle3 l'action lie de toutes parts ne parat plus action1 mais passion1 et n'est plus imputable2 d'autre part1 si l'un des bouts n'est pas li1 l'action1 par ce ct-l1 abstraction faite de tout le reste1 n'est pas plus ceci que cela et parat s'vanouir dans l'indtermination4 ,aussi ,leibnitz disait-il1 en donnant d'ailleurs une forme trop logique sa pense psychologique1 qu'il doit toujours y avoir un lien de l'attribut1 ft-il le plus accidentel en apparence1 avec le sujet auquel il appartient4 ,appartenir1 c'est tre la proprit1 le propre d'un sujet2 l'acte libre ne fait pas partie de l'essence1 et pourtant il doit tre1 sous quelque rapport1 propre l'tre qui l'accomplit2 sans cela je ne pourrais dire que mon acte est mien4 ,dans toute proposition affirmative vritable1--ncessaire ou contingente1 universelle ou singulire1--la notion du prdicat est comprise en quelque faon dans celle du sujet3 prdicatum inest subjecto2 ou bien je ne sais ce que c'est que la vrit#afj4 ,serait-il vrai1 par exemple1 que j'accomplis tel voyage1 si ce voyage tait un accident entirement dtach de ma personne8 ,l'action ne me serait pas plus imputable et attribuable1 moi1 que le mouvement d'un corps n'est attribuable l'espace o il se meut et avec lequel il n'a qu'un rapport accidentel1 extrinsque1 passager4 ,de plus1 quand je passerais d'une action l'autre1 ou plutt1 quand en moi une action succderait l'autre1 comme en un rceptacle indiffrent1 on n'aurait aucune raison de dire que c'est le mme moi1 et non un autre moi1 qui fait l'action#afa4 #afj ,leibnitz1 ,lettre ,arnauld1 du #ad juillet4 #afa ,il faut donc qu'il y ait une raison priori1 indpendante de mon exprience1 qui fasse qu'on dit vritablement que c'est moi qui ai t ,paris1 et que c'est encore moi1 et non un autre1 qui suis maintenant en ,allemagne2 et par consquent il faut que la notion du moi lie ou comprenne ces diffrents tats4 ,autrement on pourrait dire que ce n'est pas le mme individu1 quoiqu'il paraisse l'tre4 ,et en effet1 quelques philosophes qui n'ont pas assez connu la nature de la substance et des tres invisibles ou tres per se1 ont cru que rien ne demeurait vritablement le mme4 ,et c'est pour cela entre autres que je juge que les corps ne seraient pas des substances s'il n'y avait en eux que l'tendue4 7,,leibnitz1 ,lettre ,arnauld47 ,je demeure d'accord1 continue ,leibnitz1 que la collection des vnements1 quoiqu'elle soit certaine1 n'est pas ncessaire1 et qu'il m'est libre de faire ou de ne pas faire ce voyage2 car1 quoiqu'il soit enferm dans ma notion que je le ferai1 il y est enferm aussi que je le ferai librement4 ,et il n'y a rien en moi de tout ce qui peut se concevoir sub ratione generalitatis seu essenti1 seu notionis specific sive incomplet1 dont on puisse tirer que je le ferai ncessairement2 au lieu que de ce que je suis homme1 on peut conclure que je suis capable de penser2 et par consquent1 si je ne fais pas ce voyage1 cela ne combattra aucune vrit ternelle ou ncessaire4 ,cependant1 puisqu'il est certain que je le ferai1 il faut bien qu'il y ait quelque connexion entre moi qui suis le sujet1 et l'excution du voyage1 qui est le prdicat1 semper enim notio prdicati inest subjecto in propositione vera4 ,il y aurait donc une fausset si je ne le faisais pas1 qui dtruirait ma notion individuelle ou complte4 99 99 99 99 99 ,outre la ncessit de quelque relation qui unisse mes actes moi-mme comme cause pour fonder l'imputabilit1 il faut aussi admettre une relation qui les unisse au tout4 ,ce lien est plus indispensable encore dans l'hypothse thiste3 c'est le problme des rapports de la libert responsable avec la cause omnipotente et avec la providence des thologiens ou des spiritualistes4 ,il est clair que ceux-ci n'ont jamais pu trouver une chane ininterrompue capable de relier les deux termes1 c'est--dire la diversit des personnes libres et l'unit fconde de la cause premire d'o ils les font sortir4 ,mais ce qu'on peut dire1 c'est que1 dans n'importe quel systme1 on doit admettre un lien quelconque entre les tres et l'tre4 ,pour le moraliste1 ce lien ne doit pas tre une fatalit qui dtruirait de fait le second terme en lui enlevant1 avec l'activit et l'imputabilit1 toute existence propre3 si d'ailleurs la cause premire faisait tout1 elle ne ferait rien4 ,mais d'autre part1 l'indtermination du libre arbitre suspendu entre les possibles dtacherait entirement le second terme du premier et supprimerait toute liaison avec l'univers4 ,ici encore1 il faudrait une relation capable de fonder la certitude et la vrit mtaphysique sans dtruire l'imputabilit morale4 ,c'est pour cela que ,leibnitz dclarait ncessaire un lien entre la cause universelle et le moi1 comme entre le moi et ses actions imputables2 mais ,leibnitz s'est reprsent ce lien d'une manire trop intellectuelle3 il semble considrer l'individualit1 et aussi l'univers1 comme une notion logique qui se dveloppe en ses consquences4 ,c'est un lien plus que logique sans doute1 plus mme qu'intellectuel1 qui serait ici ncessaire pour fonder l'unit d'un monde vraiment moral4 99 99 99 99 99 ,nous venons de voir que l'acte imputable1 considr dans son rapport avec la cause individuelle et la cause universelle1 exclut galement la ncessit et la libert d'indiffrence ou mme le libre arbitre4 ,considrez-le maintenant dans son rapport avec sa fin1 il vous apparatra de nouveau comme devant tre suprieur ces deux contraires4 ,ce que nous blmons ou louons moralement dans un acte et ce qui fonde nos yeux la responsabilit morale1 c'est l'intention4 ,or l'intention est la fin poursuivie1 et la fin est tout la fois une ide et un sentiment1 un motif et un mobile4 ,si cette fin agit avec une ncessit mcanique1 elle est moins une fin qu'une cause qui vous pousse par derrire1 et il n'y a pas de responsabilit4 ,d'autre part1 supprimez toute raison intentionnelle1 faites sortir l'action comme un coup de foudre d'une nuit impntrable1 et vous pourrez encore constater que cet accident1 sans but comme sans loi1 vous est utile ou nuisible1 mais vous ne pourrez plus lui donner aucune qualification morale4 ,je suis devant vous1 vous m'tes parfaitement indiffrent1 je ne vous aime ni ne vous dteste1 je suis aussi indtermin par rapport au bien et au mal1 soit que je puisse choisir sans raison 7libert d'indiffrence7 ou choisir contre les raisons 7libre arbitre72 et voil que1 tout d'un coup1 de ma complte indtermination jaillit cette dtermination trange3 vous tuer4 ,je ne le fais pas par une intention goste1 ce qui serait une raison et une fin2 ni pour me donner moi-mme une motion nouvelle et bizarre1 ce qui serait une raison2 ni pour me donner le spectacle de ma libert ou de mon arbitraire1 ce qui serait encore une raison4 ,non2 alors que j'aurais pu faire aussi bien mille autres choses indiffrentes1 ou une autre chose que je jugeais et sentais meilleure dans ma dlibration1 je tire du nant cette action imprvue et que personne n'aurait pu prvoir4 ,assurment1 c'est l pour vous chose fcheuse2 mais qu'y a-t-il dans mon action de moral ou d'immoral que vous puissiez m'imputer8 ,on me traitera de fou1 non d'homme mchant2 encore le fou agit-il sous l'influence des passions dominantes1 ou sous des impulsions physiques qui expliquent ses actes4 ,quant moi1 je serai un vivant mystre1 insondable et irresponsable comme les dcrets de ,jhovah1 et pourquoi pas adorable comme eux8 ,de mme1 si1 au lieu d'tre dans un tat d'indiffrence absolue votre gard1 je suis en parfait quilibre entre mon affection pour vous et ma haine pour vous1 et si de cette mutuelle neutralisation des mobiles sort1 sans intention et sans fin dterminable1 un acte de violence1 cet acte incomprhensible1 considr en lui-mme1 aura-t-il moins de valeur morale qu'un acte de bont absolument arbitraire8 ,malheureux hasard6 pourrez-vous dire2 et non pas3 ,mchant homme6 ,si nous louons un individu1 c'est pour avoir l'ide dominante du bien1 l'amour dominant du bien1 le plaisir dominant du bien1 en un mot la dtermination au bien comme fin4 ,quand un acte a t accompli1 nous demandons tout d'abord1 pour pouvoir le juger1 quels en ont t les motifs1 les intentions1 et quel tait le caractre de l'individu2 s'il n'y a pas d'explication1 notre jugement d'imputabilit n'a plus de prise4 ,un homme agissant sans motifs1 ou contre ses motifs1 ou faisant sortir du nant ses motifs par un commencement absolu1 chappe l'apprciation morale1 comme une valeur indtermine chappe l'apprciation mathmatique4 ,tous ses actes se valent en eux-mmes et ne se distinguent que par leurs consquences agrables ou dsagrables2 chacun d'eux est absolu1 il se suffit1 il se refuse votre jugement1 il vous impose le silence4 ,les jugements sociaux s'vanouiraient avec les jugements moraux1 s'ils s'adressaient ce terme indterminable3 la volont arbitraire1 ou encore l'intelligence arbitraire se crant des motifs imprvus et faisant jaillir en quelque sorte des volitions sans source intrieure4 ,vivant en bonne amiti avec un homme de ce genre1 vous ne pourriez jamais savoir s'il ne se livrera pas1 dans les effusions mmes de l'amiti1 aux plus surprenantes et aux plus dangereuses fantaisies1 s'il ne se crera pas lui-mme des motifs et des mobiles imprvus et imprvisibles1 soit qu'il exerce sa toute-puissance sur la dcision1 soit qu'il l'exerce sur la dlibration3 il serait exactement dans le mme cas que ces maniaques qui raisonnent1 parlent et agissent comme tout le monde1 sauf prouver de temps en temps des accs imprvus de folie furieuse3 ils vous feront des promesses1 signeront des contrats1 vous donneront mille preuves d'amiti et de sagesse1 mais vous ferez bien d'tre toujours sur vos gardes et de ne compter sur rien4 ,croit-on les fous plus responsables que les sages parce qu'ils peuvent agir sans motifs ou contre leurs motifs1 ou encore se fabriquer des motifs inattendus8 ,le droit1 qui est comme la garantie sociale de la responsabilit individuelle1 ne saurait se fonder sur le respect d'une pareille puissance1 plus propre justifier la crainte et les moyens de dfense lgitime que tout autre sentiment son gard4 ,l'ducation de la famille et les lois de l'tat n'auraient pour but que de faire reculer le plus loin possible cette puissance fantasque et redoutable1 afin de lui substituer une volont rgulire ou une intelligence rgulire1 qui se manifestt par des dterminations rationnelles et consquemment imputables4 ,a celui qui possderait cette libert arbitraire1 on conseillerait de la laisser dormir dans le coin le plus recul de son tre1 et de ne jamais s'en servir4 99 99 99 99 99 ,d'une part1 donc1 il n'y a de moral et d'imputable au moi dans l'action que ce qui semble indpendant de la puissance intrinsque des motifs ou des penchants2 d'autre part1 ce qui est indpendant de la puissance des motifs semble une puissance qui chappe en soi toute qualification morale et toute imputabilit4 ,ce qui vient de mon caractre et de ma nature dtermine parat venir d'une ncessit que je subis2 et ce qui n'est pas li mon caractre1 parat un accident ou un hasard sans moralit4 ,toutes les difficults qui prcdent viennent donc se rsumer1 en dernire analyse1 dans cette alternative vraiment terrible pour la pense3--,un acte ne pourrait tre vraiment moral qu'en tant qu'il serait libre et consquemment absolu en lui-mme3 sic volo2 voil1 ce qu'il semble1 la condition de la responsabilit personnelle2 eh bien1 s'il est absolu1 son caractre moral semble aussitt s'vanouir1 et on ne voit pas comment serait responsable une volont qui peut dire3 ,je veux ce que je veux1 je suis ce que je suis4 ,la moralit semble une relation1 une loi1 un rapport incompatible avec l'acte de volont absolue4 ,mtaphysiquement1 la question de la responsabilit morale vient se confondre avec cette question3--,quel est le fond de l'individualit8 ,quel est son lien de causalit et son lien de finalit avec l'universel1 avec le principe absolu d'o tout drive8--,le passage volontaire du moi au non-moi1 de l'gosme au dsintressement1 de l'individu l'universel1 postulat d'un ordre vraiment moral1 a son analogue dans le passage du subjectif l'objectif que prsuppose l'ordre intellectuel4 ,la connaissance suppose que1 demeurant en nous-mmes1 nous sortons cependant de nous-mmes par la pense2 l'impossibilit d'expliquer ce passage l'objectif et l'universel ne saurait en justifier la ngation#afb4 ,l'action transitive d'une force sur une autre suppose encore un passage analogue1 parfaitement inexplicable1 et dont nanmoins le mouvement nous offre la visible ralisation4 ,le dterminisme1 admettant que ce qui a lieu dans une chose est dtermin par ce qui a lieu dans une autre et mme dans toutes les autres1 suppose un passage quelconque de l'une aux autres2 il n'chappe donc pas la difficult et fait le mme postulat sous une autre forme4 ,enfin1 le passage de la cause radicale et universelle1--qu'elle soit transcendante ou immanente1-- tous les effets qui composent le monde1 semble rclamer le mme pouvoir de se communiquer1 de se donner sans se perdre4 #afb ,voir plus haut1 mme livre1 ch4 ,,iii4 ,sans prtendre rsoudre entirement des antinomies qui tiennent la relativit de nos notions sur le fond mme de l'activit individuelle1 nous devons cependant chercher jusqu' quel point le dterminisme et la libert peuvent1 sans contradiction1 tre conus comme conciliables1 d'abord dans la ralisation du bien1 puis dans celle du mal4 ,dans l'ordre moral comme dans l'ordre mtaphysique1 peut-on admettre un lien qui enchane et unisse sans confondre8 ,peut-on viter la fois ce qui n'est que dtermin et ce qui n'est qu'indtermin1 pour subordonner ces deux choses la notion plus comprhensive d'un pouvoir dterminant et1 en ce sens1 responsable1 qui1 dans son idal1 serait dgag des relations et fins infrieures1 mais poserait volontairement les relations et fins suprieures8 ,,ii4--,,le ,d,,terminisme ,,et ,,ta ,,libert ,,sont-,,ils ,,conciliables ,,dans ,,la ,r,,alisation ,,du ,,bien ,,moral4 ,tant que l'tre n'a pas de raison pour ne point rpondre cette sorte d'appel que lui adresse le bien idal1 la rponse affirmative de la volont est certaine4 ,cette certitude empche-t-elle3 #a la libert1 #b la responsabilit8 ,en un mot1 pour qu'il y ait indpendance et imputabilit du bien1 est-il ncessaire qu'il y ait au fond de la volont un indterminisme rel et absolu8 ,i4 ,selon nous1 il y a deux sortes de certitudes1 l'une fonde sur l'effet calculable de la contrainte extrieure ou de la ncessit proprement dite2 l'autre fonde sur l'effet attendu de la spontanit intrieure en l'absence de raisons capables de s'opposer au dveloppement de cette spontanit4 ,dans ce dernier cas on pourrait compter sur la libert1 sans qu'elle ft cependant ncessite par rien4 ,la libert1 idal d'indpendance et de dtermination par soi1 n'est une indtermination que relativement certaines ncessits infrieures2 en elle-mme elle comporte1 mesure qu'elle se ralise1 une plus grande certitude et une plus grande unit de direction4 ,le progrs de la moralit est un progrs dans l'indpendance de la volont l'gard des antcdents particuliers1 parce que la dpendance de la volont l'gard de l'ide du tout s'accrot3 par cela mme diminue le libre arbitre comme pouvoir de choisir indterminable4 ,la doctrine vulgaire du libre arbitre prend pour l'essentiel de la libert ce qui n'en est que l'accidentel1 savoir la multiplicit des objets de vouloir rellement possibles2 elle croit que1 plus on peut vouloir de choses opposes1 plus on est libre2 mais c'est l une illusion d'optique4 ,si le sage ajoute la force de sa volont en l'exerant1 en la perfectionnant1 il ajoute aussi son unit et sa certitude2 il a tout la fois plus de libert et plus de dtermination au bien4 ,les partisans de l'indterminisme nous feront l'objection suivante3--,le sage ne peut1 il est vrai1 exercer son libre arbitre que dans la rgion du bien1 mais1 parce qu'il ne saurait retomber dans les rgions infrieures1 il n'en rsulte pas que1 la hauteur o il se tient1 il n'ait pas une plus grande libert des contraires4 ,si les crimes sont exclus de son choix1 il reste1 dans le domaine des bonnes actions1 un champ assez large pour son libre arbitre4 ,au lieu de s'exercer entre des contraires trs opposs l'un l'autre1 dvouement ou trahison1 sincrit ou parjure1 le choix s'exercera entre des degrs ou des nuances du bien4 ,en un mot1 le nombre des objets de choix s'accrotra1 bien que parmi ces objets ceux de l'ordre infrieur aient disparu4 ,a mesure que l'intelligence s'agrandit1 elle connat plus de choses et plus de diffrences entre les choses2 ce qui se confondait en un point1 s'allonge en une ligne dont les diverses parties sont discernables4 ,il doit en rsulter une sphre d'action plus large pour la libert de choix entre les contraires1 bien que cette libert se soit enlev elle-mme le pouvoir de choisir certains actes infrieurs4-- ,nous rpondrons que cette conception du libre arbitre confond la connaissance d'un grand nombre d'objets avec la connaissance de leur valeur4 ,le progrs intellectuel me fait connatre1 il est vrai1 plus de choses2 mais1 en mme temps1 il me les fait ramener de plus en plus l'unit du bien4 ,les points plus nombreux que ma vue embrasse sont loin d'avoir tous la mme valeur3 connaissant plus de choses diffrentes et contraires intellectuellement1 je connais moins de choses indiffrentes par rapport au bien2 je vois mieux ce qui est comparativement meilleur et superlativement le meilleur4 ,or1 le superlatif implique la notion d'unit3 dans une grande multiplicit d'objets1 le meilleur ne peut pas tre lui-mme multiple1 il est un4 ,ds lors1 mesure que mon pouvoir libre augmente d'intensit1 le nombre d'objets que je puis effectivement vouloir diminue2 lorsque la libert sera son maximum1 il n'y aura plus qu'un seul objet de vouloir possible1 et consquemment il n'y aura plus de libre arbitre proprement dit4 ,choisir1 c'est ramener les choses une unit suprieure1 c'est prendre une chose entre plusieurs1 c'est de plusieurs en faire une4 ,au point o il n'y a plus qu'une chose1 toute nouvelle rduction l'unit est impossible1 prcisment parce que la puissance de rduire l'unit y a atteint son maximum et son point de repos4 ,de cette manire1 l'impuissance rsulterait de la puissance mme1 et la dtermination augmenterait avec l'intensit de l'action4 ,par exemple1 il m'est impossible de vouloir la mort d'un de mes amis2 mais cette impossibilit tient un accroissement1 non une diminution de ma puissance4 ,au lieu de chercher la libert idale dans le pouvoir de faire plusieurs choses1 qui est le libre arbitre traditionnel1 il faudrait appeler libre celui qui se rend lui-mme impossible le contraire de ce qu'il fait4 ,la vraie libert consiste avoir assez de puissance pour pouvoir tout faire1 assez d'intelligence et assez d'amour pour ne pouvoir faire qu'une chose3 la meilleure4 ,si les obstacles qui nous empchent de voir distinctement le bien disparaissent1 notre spontanit1 admise par hypothse1 se dirigera vers le bien en droite ligne2 les lignes autres que la ligne droite ne rsultent donc point de la spontanit1 mais d'une contrainte produite par des obstacles intrieurs ou extrieurs4 ,de mme1 quand un mobile matriel dvie de la ligne droite1 cette dviation est la rsultante de deux causes1 d'abord de son mouvement propre1 spontan peut-tre1 puis d'une action trangre4 ,on voit que la puissance du plus fonde et dtruit tout ensemble la puissance du moins4 ,en un sens1 celui qui peut faire mieux est capable aussi de faire moins bien1 comme celui qui peut soulever un lourd fardeau peut en soulever un moindre2 la puissance du plus fonde donc la puissance du moins4 ,mais en mme temps elle la dtruit2 car1 en fait1 la puissance de faire mieux1 une fois tout obstacle disparu1 se ralisera seule1 et l'acte infrieur demeurera une simple possibilit4 ,en effet1 il n'y aura1 par hypothse1 aucune raison pour que celui qui peut faire le meilleur fasse le moins bon1 et il y aura au contraire une raison pour faire le meilleur1 savoir le bien mme3 c'est donc certainement le meilleur qui sera ralis4 ,a ce nouveau point de vue1 le moins deviendra impossible1 et la puissance du moins sera annule4 ,mais autre chose est l'impuissance relle qui drive de ce qu'on ne peut atteindre un but1 et autre chose l'impossibilit rationnelle qui drive de ce qu'on peut le dpasser2 l'une vient d'un manque de force1 l'autre d'un excdent de force4 ,a vrai dire1 la premire seule est une impuissance1 la seconde est une puissance suprieure2 c'est par une relle impuissance que je ne puis voir les toiles trop loignes de moi1 ou que je ne puis rsoudre un problme trop difficile2 c'est par une puissance suprieure que je ne puis faire telle action vile ou ridicule4 ,l l'objet dpasse ma puissance1 ici c'est ma puissance qui dpasse l'objet4 ,dans le premier cas1 je subis videmment une ncessit2 pourquoi1 dans le second cas1 cette puissance qui domine un objet infrieur ne serait-elle pas la libert mme1 conciliable avec la dtermination certaine8 ,a coup sr1 si c'est l une ncessit1 ce ne sera plus une ncessit du mme genre que l'autre1 physique ou logique2 ce sera une ncessit morale qui viendra de ce que la puissance du bien et de l'amour1 n'ayant rien qui la neutralise1 passe par elle-mme l'acte1 avec une certitude qu'elle produit elle-mme et qu'elle ne subit pas4 ,c'est l cette certitude de bont dont nous avons parl dj1 et que l'on confond tort avec la ncessit4 ,entre l'impossibilit d'une action par manque de puissance et son impossibilit par excs de puissance1 il y a encore une diffrence essentielle4 ,quand le moins existe1 le plus n'existe pas par cela mme1 car il n'est aucunement contenu dans le moins2 mais celui qui ralise le plus1 ou le meilleur1 ralise d'une certaine manire le moins1 parce que le moins est contenu dans le plus4 ,ce qu'il y a de positif dans le degr infrieur d'une chose1 ne disparat pas dans le degr suprieur1 mais1 selon les expressions de l'cole platonicienne1 y subsiste minemment4 ,cela est clair d'abord dans le domaine de la quantit4 ,si je ralise cent1 je ralise cinquante2 mais je le ralise deux fois et non une seule2 au lieu de le raliser part et exclusivement1 je l'enveloppe dans un surplus4 ,si je fais cent pas dans l'espace1 j'en fais par cela mme d'abord cinquante1 puis cinquante en outre4 ,ici la puissance du moins devient palpable1 parce qu'elle se ralise part1 et qu'elle est un des moments de l'action totale3 j'ai fait un certain moment cinquante pas1 ni plus ni moins1 avant d'achever la somme des cent pas que je voulais faire4 ,mais si1 ma puissance augmentant1 je puis d'un seul bond franchir les cent pas qui me sont proposs1 le nombre cinquante ne sera qu'un moment fugitif et insaisissable de l'action intgrale4 ,pourtant1 comme on ne peut occuper la fois plusieurs points1 la ralisation1 spare de la moiti existera encore avant la ralisation du tout4 ,supposez enfin qu'en un instant indivisible je pusse franchir un espace divisible3 les lments du tout ne seraient plus spars2 ils n'en existeraient pas moins dans le tout1 distincts pour l'intelligence quoique indivisibles dans le temps4 ,passez maintenant de la quantit l'intensit et la force proprement dite3 les diffrents degrs de la faiblesse1 qui n'est qu'une force limite1 ne trouvent-ils pas leur ralisation positive1 quoique non exclusive et ngative1 dans la force suprieure qui a sa limite plus loin1 et bien mieux encore dans la force suprme qui1 par hypothse1 n'aurait pas de limite8 ,enfin l'amour d'un bien suprieur ne renferme-t-il pas tout ce qu'aurait de rel l'amour d'un bien infrieur8 ,si je vous aime assez pour sauver votre vie par la mienne1 vous direz que je ne puis pas me contenter de vous donner un faible secours1 voisin de l'indiffrence1 que je suis incapable d'assister presque passif au malheur qui vous menace4 ,mais est-ce l impuissance en moi2 ou plutt mon amour d'autrui1 par cela mme qu'il ralise la plnitude du dvouement1 ne ralise-t-il pas tout ce qui se trouverait dans un dvouement infrieur et partiel8 ,vous pouvez bien alors me mettre au dfi d'prouver pour vous un amour faible et vulgaire2 mais vrai dire1 en vous donnant le tout1 je vous donne la partie2 dans ma libralit qui ne s'arrte pas aux limites d'une demi-affection1 ne reconnatrez-vous pas la surabondance d'un pouvoir indpendant que j'ai le droit d'appeler libert8 ,on dit qu'un jour ,apollon dfia ,jupiter au jeu de l'arc4 ,faisant placer le but une grande distance1 il l'atteignit du premier coup avec une merveilleuse adresse2 puis il passa son arc ,jupiter4 ,les dieux sourirent1 pensant que pour ,jupiter mme la victoire allait tre difficile4 ,mais le ,pre du monde1 se levant1 fit un pas3 et ce pas gigantesque l'avait port bien au del du but4 ,eh quoi6 comment veux-tu que je lance une flche contre un but si rapproch8 ,un seul pas me suffit pour l'atteindre4 99 99 99 99 99 ,dans le dterminisme moral1 tel que ,socrate et ,platon l'ont entendu1 on explique la direction vers le bien1 direction la fois dtermine et libre1 par des considrations qui ne sont pas sans analogie avec celles que nous proposions tout l'heure1 mais qui1 comme celles de ,leibnitz1 sont trop purement intellectuelles#afc4 ,selon ,socrate et ,platon1 l'action se mesure la puissance1 la puissance la science1 et on vaut par ce qu'on sait4 ,seulement1 l'acte1 la puissance1 la science et le bien mme peuvent tre ambigus1 ou de double usage1 quand ils se trouvent parmi les genres infrieurs de la dialectique1 non dans le genre suprme ou dans la suprme fin4 ,s'il est des sciences et des arts dont on peut faire un mauvais usage1 c'est que les biens qui en sont l'objet peuvent tre subordonns un bien suprieur1 rel ou imaginaire4 ,mais quand on est parvenu1 dans l'chelle dialectique des moyens et des fins1 jusqu'au sommet o rside la connaissance du bien suprme1 on voit s'vanouir cette duplicit et cette ambigut qui1 sur les degrs infrieurs1 permettait un double usage1 tantt bon1 tantt mauvais4--,pourtant1 dira-t-on1 l'homme injuste prfre par la volont son bien propre au souverain bien qu'il connat4--,c'est qu'alors1 rpond ,socrate1 il juge son bien propre meilleur que le souverain bien1 c'est--dire que ce qu'il y a de meilleur3 donc1 ou il ignore que le souverain bien est ce qu'il y a de meilleur1 et alors vous lui attribuez faussement la science du souverain bien2 ou il sait que c'est vraiment l le meilleur1 et alors il ne peut rien penser ni faire de meilleur4 ,la srie des biens1 des connaissances1 des puissances et des actes1 forme un angle dont les cts demeurent doubles1 jusqu' ce qu'on soit parvenu ce sommet o la connaissance une du souverain bien1 qui est un1 ne laisse plus qu'une seule manire d'agir4 #afc ,voir notre travail sur le ,second ,hippias de ,platon4 ,telle est la doctrine de ,socrate4 ,ce dernier a le mrite d'avoir conu plus fortement que tout autre l'idal du bien universel comme tant la parfaite unit de tous les biens sans restriction1 y compris mon bien mme1 et il ajoute avec raison que celui pour qui ce bien universel serait un objet de science absolue ne pourrait pas ne pas l'aimer1 ne pas le vouloir4 ,mais il oublie que1 en fait1 le souverain bien n'est jamais pour nous qu'une ide1 dont la ralit ne peut tre un objet de science4 ,j'entrevois la grandeur et la beaut de cette ide1 et s'il n'y avait pas d'autres raisons pour entrer en balance1 je n'hsiterais point la suivre2 mais souvent il faut sacrifier ce qui est certain ce qui me semble incertain1 la ralit prsente une conception qui ne sera peut-tre jamais ralise1 le moi un idal mystrieux1 qui n'est peut-tre qu'une cration de ma pense4 ,c'est alors que le moi se pose1 avec son bien individuel1 en face du bien universel1 et il doute4 ,cette unit de la pense et de l'tre1 de l'idal et du rel1 que ,socrate et ,platon affirmaient avec une si noble nergie1 c'est prcisment ce qu'on est rduit aimer et vouloir sans le voir4 ,en vain la raison affirme que cette unit des biens dans l'absolu est ncessaire et qu'elle doit tre4 ,elle doit tre1 oui2 mais sera-t-elle8--,voil le doute suprme que la pense de l'homme peut toujours lever sur le triomphe final de son objet dans la ralit4 ,les vrits rductibles quelque chose de fini et de dtermin1 que ma pense circonscrit et embrasse par voie de dduction1 ne laissent aucune prise au doute2 mais les vrits relatives au triomphe du bien dans le temps indfini ou la ralit actuelle du bien dans quelque existence infinie1 sont des inductions transcendantes o il y a toujours du mystre4 ,pour notre logique1 le fini seul est un objet mesurable et dterminable de tout point4 ,par consquent1 dans cette ide de ,socrate et de ,platon3 unit des biens au sein du bien universel1 il y a une part l'opinion1 la ,grec3 doxa1 en mme temps qu' la science1 ,grec3 7l'7epistm4 ,c'est ce que ,socrate et ,platon n'ont pas vu4 ,ils mprisent la croyance et ne s'aperoivent pas que1 logiquement infrieure la science1 elle peut lui tre moralement suprieure1 comme expression de notre caractre personnel4 ,dans la croyance1 en effet1 il y a quelque chose qui vient de notre moi1 de notre individualit mme3 l'entendement n'est plus seul1 la sensibilit et la volont interviennent4 ,quand ce grand dilemme se pose3 le bien idal sera-t-il ou ne sera-t-il pas8--il faut que ma volont et mon dsir joignent leur action celle de l'intelligence4 ,l'idal semble dire chacun de nous3--,ta raison me conoit et croit m'entrevoir en mme temps que la nature me cache et me voile2 y a-t-il en toi assez d'amour du bien pour venir vers moi sans tre sr de m'atteindre8--,une bonne action est toujours un acte d'amour et une spculation rationnellement risque2 c'est une adhsion au bien idal toute diffrente de celle qui nous est arrache par un axiome de gomtrie3 elle semble accorde par nous plutt qu'impose par son objet4 ,nous ne disons pas3 ,je sais que mon bien est dans le bien universel2 nous disons3 je crois4 ,parfois nous ajoutons3 ,je crois de toutes les forces de mon me2 expression profonde dans sa simplicit4 ,je ne crois pas un axiome de gomtrie de toutes mes forces1 mais plutt par la force des choses3 je subis la vrit gomtrique1 il semble que je fais en partie ma croyance au bien4 ,si donc les ,socratiques disent3 ,ce que vous croyez le vrai bien1 vous l'accomplissez2 on peut leur rpondre qu'il faut dj aimer et vouloir le vrai bien pour y croire4 ,il n'en rsulte pas que cette part de l'opinion et de l'amour dans le bien soit une part de libre arbitre proprement dit1 comme l'ont soutenu les criticistes franais et des cartsiens plus ou moins fidles ,descartes4 ,s'il y a indtermination partielle dans l'intelligence de celui qui croit1 parce que l'objet de sa croyance n'est pas objet de science positive1 il n'y a pas pour cela indtermination dans sa volont4 99 99 99 99 99 ,mais d'autre part1 cette dtermination intrieure n'est pas absolument inconciliable avec une certaine libert4 ,une volont qui va certainement et infailliblement l'universel1 une volont qui aime universellement1 est libre en ce sens qu'elle ne dpend plus du moi goste3 dsintresse1 elle est aussi dlivre4 ,si1 par hypothse1 le fond des choses est prcisment la tendance un vouloir universel1 il en rsultera que1 quand nous voulons et aimons universellement1 nous manifestons notre radicale unit avec cette volont qui est la racine commune de toute existence4 ,c'est l une supposition mtaphysique1 coup sr2 mais prcisment nous sommes dans la rgion des hypothses1 non de la science comme l'entendait ,socrate1 et on peut dire que l'acte de moralit est lui-mme une hypothse en action1 la plus gnreuse de toutes parce qu'elle est la plus alatoire#afd4 #afd ,voir notre ,critique des systmes de morale1 dernier livre4 ,concluons que la dtermination morale et la libert1 au vrai sens du mot1 sont conciliables dans la moralit et dans l'amour de l'individu pour l'universel4 ,l'idal de la libert est absolument identique l'idal de la moralit4 ,cet idal sera-t-il jamais pleinement ralis dans une action humaine1 c'est un problme2 mais1 ce qui est incontestable1 c'est que nous pouvons nous rapprocher de cet idal1 et que le progrs moral consiste dans ce rapprochement mme4 ,,ii4--,la libert ainsi entendue est parfaitement compatible avec l'imputabilit du bien1--nous ne parlons pas encore du mal4 ,quand l'ide de l'universel1 l'ide du tout1 l'ide du principe qui agit ternellement au fond de tous les tres1 devient mon ide directrice1 mon ide-force1 mon moteur1 je ne vois pas pourquoi vous ne m'appelleriez pas bon1 moi1 dis-je1 et pourquoi vous me refuseriez la dose d'imputabilit1 de responsabilit1 de dignit laquelle j'ai raisonnablement droit4 ,sans doute1 tout en faisant la part de mon moi1 je ne dois pas la faire trop grande1 ni exclusive1 ni prendre tout pour moi4 ,car1 prcisment1 mon activit personnelle se trouve ici1 par hypothse1 unifie avec l'activit universelle3 on peut donc dire que c'est l'ide du tout ou1 si l'on prfre1 l'action du tout qui se manifeste en moi2 je suis lui1 il est moi dans l'acte de moralit pure 7je ne sais si quelqu'un aura l'orgueil de prtendre l'avoir ralis74 ,rver une libert plus grande que celle-l1 c'est demander le moins en croyant demander le plus3 c'est vouloir mettre un moi absolument individuel la place du principe universel qui se dploie rellement en vous comme en moi2 c'est s'riger en une sorte de petit dieu1 s'attribuant son acte de bont par un fiat absolu et absolument inexplicable4 ,aussi1 quoique les symboles religieux ne soient pas des raisons philosophiques1 on peut pourtant reconnatre1 jusque dans des mystres souvent absurdes1 le vague pressentiment d'une ide vraie au point de vue psychologique ou mtaphysique4 ,or1 toutes les religions1 ou peu prs1 en louant l'homme de bien1 ont mis une restriction l'imputabilit absolue et individuelle qu'il pourrait rclamer2 toutes ont vu l un orgueil insoutenable1 un rel gosme au moment mme o on se prtend dsintress4 ,toutes ont fait1 avec ,platon1 dans la bont du sage ou du saint1 #a la part des heureuses circonstances extrieures1 de la chance1 de la fortune1,grec3 tuch2 #b la part d'une action intrieure qui1 tout en tant l'action de l'individu1 n'est cependant pas exclusivement son acte1 mais est encore attribue l'influence d'un principe universel1 immanent l'univers3 qu'on l'appelle l',unit1 le ,tout-un1 le grand ,tout1 la ,raison universelle1 la ,volont universelle1 le ,noumne1 ,dieu1 ou de tout autre nom4 ,c'est ce qu'on retrouve symbolis jusque dans le dogme choquant de la grce2--si ce dogme est choquant1 ce n'est point parce qu'il attribue le bon vouloir de l'individu un bon vouloir qui lui serait tout ensemble suprieur et intrieur2 c'est parce qu'on reprsente ce bon vouloir lui-mme comme je ne sais quoi d'arbitraire1 comme une lection1 comme un libre arbitre4 ,d'o une double inconsquence3 #a on veut viter l'arbitraire de la volont humaine1 et on ne fait que le dplacer en le transportant en ,dieu2 #b cette lection arbitraire1 qui de plus n'est que l'lection d'un petit nombre d'lus1 se trouve tre une limitation de la bont chez un tre auquel on attribue une bont illimite3 contradiction manifeste qu'aucune subtilit thologique ne pourra lever4 ,tout cela vient de ce qu'on prte au bien idal une existence transcendante et une ralisation ternelle1 ce qui rend inexplicable l'imperfection manifeste du monde4 ,supposez au contraire une volont du bien immanente l'univers1 mais non absolument ralise et satisfaite1 une volont en action et en progrs dans le monde1 vous pourrez admettre que l'homme est libre quand il agit et veut dans le sens de la volont radicale1 dans le sens universel2 alors1 en vertu du monisme essentiel1 ce qu'il veut est son vouloir et est1 en mme temps1 le vouloir universel2 pour parler mythologiquement1 sa libert est grce4 ,il mrite donc d'tre lou et aim1 sans pourtant avoir le droit de prtendre un mrite absolu et exclusivement individuel4 ,c'est l sans doute1 encore une fois1 une supposition mtaphysique2 mais1 c'est aussi la traduction exacte1 croyons-nous1 de la pense directrice des actes moraux4 ,ainsi comprise en un sens suprieur1 la libert redevient la conscience de la ncessit morale suprme1 non d'une ncessit extrieure et mcanique1 mais d'un vouloir immanent1 intelligible dans son volution et cependant spontan en sa source4 ,cette conception est comme le rsidu de tous les grands systmes mtaphysiques1 de toutes les grandes religions et de toutes les grandes doctrines morales2 c'est la figuration en langage humain du dernier et impntrable fond des choses4 ,si l'univers n'est pas un ensemble de petits cailloux inertes qui se choquent mcaniquement1 s'il y a au-dessous ou au-dessus de la multiplicit infinie une unit quelconque1 ,x1 la seule formule symbolique qui semble pouvoir nous donner une valeur approche de cet ,x1 c'est l'identit finale de la vraie libert d'un seul avec la vraie libert de tous1 l'unit finale des volonts dans une volont universelle1 en un mot1 l'amour universalis4 ,cette formule est en mme temps une conciliation approximative 7peut-il y en avoir d'autres pour nous87 de la libert morale et de la ncessit morale4 ,,iii4--,,la ,,libert ,,est-,,elle ,,conciliable ,,avec ,,le ,d,,terminisme ,,dans ,,la ,r,,alisation ,,du ,,mal ,,moral ,le doute sur la rconciliation finale de tous les biens1 y compris mon bien propre1 dans un bien universel1 tel est le terme de la spculation intellectuelle4 ,pratiquement1 ce doute qui est dans la pense se rsout en une dcision de fait1 en une affirmation ou en une ngation symbolisant ma croyance4 ,si je prfre le moi et la certitude du bien prsent l'ide problmatique du bien universel1 je retire l'idal le concours de ma volont1 et au lieu de dire3 ,l'univers avant moi1 je dis3 ,moi avant l'univers4--,le doute de l'intelligence rsolu par la volont en une ngation pratique1 est ce qu'on nomme le mal moral4 ,y a-t-il l un mal complet8 ,non4 ,aprs tout1 en voulant mon bien et mon bonheur1 je veux encore quelque chose de bon4 ,le moi que j'affirme et que je prfre1 il a aussi sa valeur2 il a mme1 peut-tre1 une valeur inestimable2 il ralise dj en partie l'ide d'absolu1 et l'action goste est un effort pour la raliser davantage3 je veux me suffire moi-mme1 trouver tout mon bien en moi-mme2 je veux tre comme un dieu4 ,c'est encore une certaine perfection que je veux4 ,il y a donc quelque chose de raisonnable et de bon dans l'acte mme de celui qui affirme son moi et le prfre tout le reste1 car il prfre le certain l'incertain1 et ce qu'il s'efforce de raliser ainsi1 c'est toujours l'ide de libert1 mais sous sa forme immdiate1 individuelle et passagre4 ,il ferme1 pour ainsi dire1 la main sur la portion d'tre et de jouissance puise au grand ocan1 et qui1 comme l'eau1 va s'chapper entre ses doigts4 ,maintenant se prsente la plus grande difficult que renferme la mtaphysique des moeurs4 ,quand un homme ralise le moins bon et s'y arrte1 n'est-ce pas qu'il n'a pu raliser le mieux1 ni aller plus loin8 ,et cette impuissance n'est plus l'expression dtourne d'un excs de puissance1 comme lorsque nous disions3 celui qui peut le mieux1 peut physiquement et logiquement le moins bon1 mais est incapable moralement de l'accomplir et1 en fait1 ne l'accomplit jamais4 ,celui qui a rellement fait le mal1 n'a-t-il pas d tre dans la relle impuissance de bien faire8 ,c'est cette considration qui donne lieu une dernire forme du dterminisme1 qu'on pourrait appeler le dterminisme du mal4 ,on aurait tort de confondre ce systme avec ceux qui ne laissent aucune place possible la libert ni pour le bien1 ni pour le mal1 au sein de la ncessit universelle4 ,cherchons d'abord les raisons favorables1 puis les raisons dfavorables ce dterminisme du mal4 ,on peut dire que le mal1 contraire du bien1 doit tre aussi le contraire de la libert3 il doit venir d'un obstacle interpos entre la libert et son but1 entre l'amour et son objet4 ,nous attribuons le bien l'amour1 et nous plaons dans cet amour la vraie libert2 mais en quoi est-il ncessaire de donner pour pendant l'amour la haine1 au mrite le dmrite1 l'admiration pour les bons la colre contre les mchants8 ,qu'est-ce que la haine1 sinon un amour contrari1 un amour trahi et tromp1 semblable ces ,grecs qui1 selon ,platon1 prenaient le fantme d',hlne pour l',hlne vritable8 ,la haine est une maladie o nous subissons quelque fatalit et dont le paroxysme est une folie furieuse2 l'amour1 cette sant1 cette sagesse de l'me1 est seul vraiment libre4 ,une force1 considre en soi1 a telle direction1 et pourtant elle dvie2 si c'est sa force propre qui explique sa direction normale1 c'est une force trangre qui la fait dvier4 ,pareillement1 la haine peut tre la dviation fatale d'un amour libre en lui-mme1 qui1 si l'obstacle venait disparatre1 manifesterait de nouveau sa libert4 ,en quoi consisterait la vritable mchancet8 ,a vouloir le mal uniquement pour le mal et en tant que mal2 or1 encore une fois1 le mal n'est tel que relativement un bien suprieur1 et on ne peut rien vouloir qui soit un mal absolu4 ,le mal n'est voulu que comme moyen de quelque bien1 qui est sur le moment mme l'objet d'un dsir dominant4 ,la mchancet d'autrui1 par une illusion d'optique1 nous semble libre2 nous accusons alors la personne1 nous la hassons2 mais1 loin d'tre hassable1 le vrai moi est essentiellement aimable1 parce qu'il est essentiellement volont et sans doute1 par cela mme1 volont du bien4 ,si vous alliez au fond de ce coeur qui vous semble mriter la haine1 vous y verriez1 avec la vie1 palpiter encore la bonne volont4 ,votre haine se changerait alors en piti1 parce qu'au lieu d'une volont la fois libre et mauvaise1 comme celle que vous imaginiez1 vous ne trouveriez qu'une volont malade1 entrave1 esclave1 et pourtant amoureuse de la libert2 dans votre haine aveugle1 vous confondiez le prisonnier avec la prison4 ,la piti mme n'est plus assez l'gard de celui qui tout l'heure vous paraissait la fois haineux et hassable2 vous lui devez l'amour4 ,aimez ceux qui vous hassent4 ,voil le vrai prcepte4 ,mais pourriez-vous les aimer s'ils n'avaient rien en eux d'aimable8 et seraient-ils aimables s'ils n'taient pas aimants1 loin d'tre ces hommes haineux que vous vous tiez d'abord reprsents8 ,au lieu de les accuser1 prenez-vous-en plutt vous-mme et dites3--,je ne suis pas encore assez bon ni assez aimant1 puisque je ne suis pas encore assez aim4 ,dans cette doctrine1 avec la ralit de la mchancet et de la haine semble disparatre la ralit du dmrite1 c'est--dire de cette libert responsable attribue au mal1 qui produit l'indignation4 ,il n'y a plus dmrite positif1 mais seulement absence de mrite dans la mesure mme o la volont est restreinte et asservie4 ,cela n'empche pas le mrite inhrent au bien de subsister1 puisque1 par hypothse1 le bien est toujours libre et que la bonne volont appelle un retour de la bonne volont4 ,dire que l'homme vertueux mrite1 c'est dire que la bonne volont lui veut du bien en retour du bien qu'il a voulu4 ,le mrite n'est pas ce rapport abstrait qu'imagine une morale vulgaire2 c'est un rapport de volont volont1 de personne personne1 un rapport de reconnaissance et consquemment d'amour moral1 qui consiste en ce que celui qui aime doit tre aim4 ,le bonheur1 prix de l'amour1 doit en tre la satisfaction2 or1 l'amour n'est satisfait que s'il produit chez les autres un amour gal lui-mme2 l'amour ne peut donc se payer qu'avec de l'amour3 voil le prix qu'il mrite4 ,cette conception du mrite ne fait que reproduire l'ide d'o dcoule toute la morale de la libert3 c'est qu'une libert place1 par hypothse1 en face d'une autre libert1 une bonne volont place en face d'une bonne volont1 l'aimera certainement1 et nanmoins librement4 ,quant au dmrite1 peut-on admettre la doctrine qui en fait une sorte de droit la malveillance et au malheur8 ,le bien appelle le bien2 mais le mal1 ce bien infrieur1 appelle aussi le bien4 ,si la bonne volont est ncessaire l'gard des meilleurs1 elle est encore plus ncessaire l'gard des moins bons4 ,le dmrite est donc la ncessit d'un bien1 et non d'un mal1 pour l'homme vicieux2 ou1 si le mal est alors ncessaire1 ce n'est que comme moyen d'un bien1 dfaut d'un moyen meilleur4 ,tel1 dit ,platon1 le mdecin cause parfois de la douleur au malade en vue de sa gurison4 ,mais le mal n'appelle pas pour compensation le mal1 selon la loi barbare du talion que l'humanit prte encore ,dieu mme sous le nom d'expiation ou de vengeance divine4 ,il n'y a pas d'expiation1 ni mme de punition proprement dite2 on ne neutralise pas le mal en ajoutant un second mal au premier1 mais on triomphe du mal force de bien4 ,toute douleur inflige1 toute rpression qui n'est pas un bienfait et un acte de bonne volont1 devient blmable4 ,la force ne peut tre employe que comme moyen de dfense personnelle2 croire un ,dieu qui emploie la force1 lui qui ne devrait pas avoir besoin de se dfendre1 c'est se faire une idole l'image de l'homme4 ,avec la ralit de la mauvaise volont disparat toute possibilit de damnation4 ,celui qui prouverait vritablement1 comme l'imaginent les thologiens1 la haine de ,dieu et ferait librement le mal pour le mal1 celui-l1 tant que durerait cet tat1 semblerait raliser la conception thologique du dam2 et si1 par une hypothse absurde1 une volont libre dans le mal s'obstinait ternellement vouloir le mal1 elle raliserait le ,satan de la ,bible4 ,mais1 peut-on dire aux thologiens1 pour que votre ,dieu soit possible1 faut-il donc que ,satan le soit8 faut-il que ,dieu mme1 pour tre libre1 puisse tre son choix ,satan ou ,dieu8 faut-il enfin que nous1 pour tre libres1 nous puissions tre aussi1 notre choix1 divins ou sataniques8 ,l'attribution de la libert au mal1 que vous donnez pour pendant la libert du bien1 est un reste de ce long culte des contraires et de ce dualisme qui produisit ,ormudz et ,ahrimane1 ,dieu et ,satan1 la bonne volont ternelle et la mauvaise volont ternelle4 ,de nos jours1 ,satan dtrn doit emporter dans sa chute toutes les conceptions de haine1 de mchancet libre1 de dmrite positif1 de vengeance1 d'expiation1 de damnation4 ,vous tenez conserver ,dieu1 soit2 mais vous ne devez pas tenir l'existence d'un ennemi qui s'opposerait sa bont4 ,vous voulez que l'amour subsiste avec toute sa libert1 sa beaut1 sa dignit1 son mrite1 sa rcompense d'amour2 mais1 si la haine ou la malice libre n'est qu'une apparence1 regretterez-vous de voir se changer votre colre en piti8 ,tels sont les arguments favorables la doctrine qui admet tout ensemble la libert dans le bien et l'absence de libert dans le mal4 ,la preuve que cette doctrine est vraie en grande partie1 c'est qu'elle est celle que nous devons appliquer au jugement des autres3 n'est-ce pas ce point de vue lev que les grandes mes se sont toujours places pour apprcier les actions d'autrui8 ,voici maintenant la contre-partie de cette doctrine4 99 99 99 99 99 ,si l'indulgence est lgitime envers nos semblables1 elle est dangereuse l'gard de nous-mmes4 ,le juste1 quand il s'agit de peser ses propres actions1 change entirement de poids et de mesure1 et semble raisonner d'aprs des principes absolument contraires aux prcdents3 le bien qu'il a fait1 il refuse de se l'attribuer1 et il s'attribue le mal4 ,s'il a bien fait1 l'en croire1 il n'a aucun mrite1 il n'a fait que suivre une heureuse inspiration1 un lan de la nature ou un lan de la grce4 ,comme il s'accuse1 au contraire1 quand il a mal fait6 ,avec quelle nergie il rclame sa part de libert et de responsabilit6 ,il ne veut pas tre irresponsable du mal1 il en appelle sur sa tte toutes les consquences1 il veut le remords1 il veut l'expiation4 ,c'est un sentiment que nous avons tous prouv aprs avoir mal agi3 nous ne voulons pas que l'on nous excuse1 nous ne voulons pas que l'on nous plaigne en nous disant que nous n'avons point t libres et que nous n'aurions pu agir autrement4 ,n'avoir pas assez aim6 voil ce que nous nous reprochons avec une indicible amertume1 comme s'il avait dpendu de nous d'aimer davantage4 ,nous ne pouvons pas nous pardonner1 et nous nous condamnons en quelque sorte nous-mmes un ternel remords1 que nous diminuerons indfiniment force d'amour sans cependant l'effacer jamais4 ,sans doute nous ne nous attribuons pas alors une libert d'indiffrence proprement dite3 nous ne croyons pas que nous aurions pu agir autrement si nous n'avions prouv que le mme degr d'amour2 mais nous nous persuadons que ce degr aurait pu tre suprieur1 nous raisonnons comme si l'amour tait une force indfiniment et librement expansible1 une puissance spontane qui1 en limitant son acte1 peut placer la limite plus ou moins loin1 au prix d'un effort plus ou moins grand1 mais toujours possible4 ,l'amour1 ce point de vue1 serait responsable de ses propres dfaillances1 provoques sans doute1 mais non imposes par les fatalits extrieures4 ,jusqu' quel point ces sentiments naturels et instinctifs seraient-ils justifiables dans l'hypothse d'un dterminisme absolu8--,nous l'avons dj fait voir1 le remords n'est pas dtruit entirement par l'hypothse du dterminisme1 et les paradoxes de ,spinoza1 qui condamne ce sentiment1 sont des exagrations mme dans sa thorie fataliste4 ,le remords1 en effet1 est toujours utile pour nous faire prendre conscience du dsordre o notre me s'est trouve3 les maladies morales se distinguent des autres en ce qu'on les gurit d'autant mieux qu'on les connat plus et qu'on en souffre davantage4 ,en outre1 quand on rtablit dans la question l'lment nglig par les fatalistes1--la persuasion de la libert1--on obtient une combinaison d'ides plus voisine encore de la ralit mme4 ,un homme a-t-il mal agi avec la persuasion qu'il aurait pu bien agir1 il ne saurait trop dplorer un tel genre de maladie1 qui offre toutes les apparences de la malice proprement dite ou du mal moral4 ,le dterminisme peut mme aller plus loin encore4 ,l'ide de la libert tendant raliser son objet1 et la persuasion engendrant la force1 celui qui a fait le mal en se croyant libre de faire le bien avait rellement dans la main le premier anneau d'une srie d'actes opposs ceux qu'il a choisis3 c'est l une raison de plus pour qu'il dplore son acte4 ,mais le dterminisme1 arriv ce point1 semble parvenu l'extrme limite qu'il peut atteindre4 ,ses adversaires lui objecteront que celui qui a mal fait avait les moyens de bien faire1 except un cependant1 dont l'absence a tout fait manquer4 ,or1 ajouteront-ils1 ce moyen dpendait-il1 oui ou non1 de l'agent moral8 ,s'il en dpendait1 celui qui a mal fait avait tous les moyens de bien faire4 ,s'il n'en dpendait pas1 l'impossibilit de faire autrement tait en soi complte1 malgr la prsence de toutes les autres conditions secondaires4 ,bien plus1 cette impossibilit subsiste et subsistera tant que quelque heureux retour de la fortune n'aura pas rtabli la volont gare dans une direction meilleure4 ,peu importe1 disaient les stociens1 qu'un chien se noie au fond de l'eau ou prs de la surface1 s'il se noie2 et ils en concluaient l'galit de tous les vices4 ,de mme1 que celui qui est dans le mal soit prs du bien ou en soit loin1 toujours est-il que1 selon le dterminisme du mal1 il ne pouvait pas faire le bien et n'est absolument pas responsable de sa faute4 ,sans doute il vaut mieux tre prs du bord et le savoir1 car cette pense mme peut augmenter le courage et la force de celui qui se noie2 mais si1 en dernire analyse1 son effort est impuissant en vertu de quelque condition qui ne dpende pas de lui1 il n'y a point de responsabilit vraie1 et le remords n'est plus que le regret de l'invitable4 ,or1 s'il est conforme la charit socratique et vanglique de dgager le plus possible la responsabilit des autres1 est-il conforme la moralit personnelle de dgager sa propre responsabilit et d'admettre une doctrine qui semble1 en dfinitive1 nous dclarer innocents dans les actes o nous nous croyons coupables8 ,le dterminisme vient donc se heurter de nouveau contre le sentiment1 vrai ou faux1 de la responsabilit morale3 il ne suffit pas1 semble-t-il1 que nous soyons responsables en aimant le bien1 il faudrait aussi que nous fussions responsables en n'aimant pas assez le bien4 ,si le positif de l'amour vient de nous et si les obstacles l'amour viennent du dehors1 il faudrait pourtant que la mesure tablie entre les deux ft en quelque faon notre oeuvre1 et que l'obstacle pt tre plus ou moins recul par nous4 99 99 99 99 99 ,la raison de toutes ces antinomies relatives la responsabilit du bien et du mal1 c'est que nous ignorons la nature dernire de l'individualit1 et consquemment sa vraie puissance4 ,si l'individualit est un simple phnomne1 nous ignorons assurment la nature de ce phnomne et1 en gnral1 du phnomne2 nous ignorons pourquoi et comment il y a plusieurs phnomnes1 plusieurs tres au moins apparents1 au lieu de l'unit1 pourquoi il y a changement au lieu de l'immobilit4 ,a plus forte raison1 si l'individualit a un fond original et substantiel1 si la distinction des tres a une valeur plus qu'illusoire1 nous ignorons ce qui individualise l'tre1 jusqu' quel point chacun s'oppose tous1 sans cependant se sparer de tous1 enfin quelles sont les limites de notre puissance morale3 ,quid nequeas1 quid non4 ,de l deux conceptions rivales de la libert3 l'une qui en fait un attribut de l'individuel1 l'autre qui en fait un attribut de l'universel4 ,toutes deux ont leurs raisons et probablement leur vrit relative4 ,d'une part1 si nous sommes libres1 c'est1 semble-t-il1 en tant que notre action individuelle ne s'abme pas dans celle de l'univers et que1 relativement au tout1 nous conservons une certaine indpendance qui constitue notre tre propre4 ,d'autre part1 la science nous montre tellement dpendants de l'univers1 que notre libert se trouve la fin solidaire de la libert des autres et que1 pour tre relle1 elle impliquerait l'universelle libert4 ,de cette antinomie1 laquelle se ramnent toutes celles qui concernent la responsabilit1 on peut conclure que la vraie libert n'est probablement ni un attribut de la seule individualit ni un attribut de la seule totalit1 mais un pouvoir qui1 s'il existe1 a sa racine au del de chacun et de tous dans quelque principe commun de l'individualit et de l'universalit4 ,or1 un tel principe est pour nous ce qu'il y a de plus indterminable4 ,a tous les points de vue1 la nature de l'individualit et son rapport l'universel restent donc indtermins pour la pense humaine4 ,s'il y a l un sujet de modestie intellectuelle1 il y a aussi un sujet de confiance morale4 ,en effet1 c'est le rapport seul de l'individuel l'universel qui1 s'il tait connu comme ncessaire1 nous riverait dfinitivement un dterminisme inflexible2 puisque1 au contraire1 ce rapport reste indtermin pour notre pense1 il rend concevable1 par voie dtourne1 une certaine spontanit radicale du moi individuel4 ,nous ne pouvons savoir si cette spontanit existe rellement1 ni comment elle existe1 mais enfin nous la concevons comme possible ou1 si l'on prfre1 comme non impossible4 ,ds lors1 le dterminisme voit de nouveau se poser devant lui la limite idale et problmatique que nous lui avons mainte fois assigne2 sous sa forme dernire1 qui est la fatalit du mal1 il aboutit au mme point d'interrogation que sous ses autres formes4 ,notre ignorance invincible du rapport entre l'individuel et l'universel fonde thoriquement la valeur pratique de l'ide de libert1 en nous empchant de considrer cette ide comme certainement illusoire et comme dguisant une fatalit certaine4 ,les doctrines adverses se trouvent alors rconcilies la fois dans l'ignorance mtaphysique du fond dernier des choses et dans la connaissance des effets pratiques produits par l'ide de libert4 ,si nous ne comprenons pas comment le dernier fond des tres pourrait tre une spontanit radicale1 nous ne comprenons pas davantage comment il serait une ncessit radicale1 car qu'est-ce que la ncessit1 sinon un rapport1 et comment un rapport peut-il tre je ne sais quoi de dernier et d'absolu8 ,nous ne pouvons donc savoir s'il ne reste point1 au del de tout ce qui est1 un idal non ralis et cependant ralisable1 un principe de devenir et de progrs1 une sorte de fond auquel la ralit actuelle peut puiser ce qui deviendra la ralit future4 ,le temps mme1 nous l'avons vu1 ne se conoit pas dans l'hypothse d'une pure rptition1 d'une pure identit1 strile comme l'tre de ,parmnide4 ,si l'individu n'est pas une pure apparence1 s'il touche par quelque point au fond mme de la ralit1 si enfin ce fond est plus riche que ses formes actuelles1 s'il peut donner plus que la ralit n'a encore pris1 peut-tre l'individu n'est-il pas incapable de contribuer modifier pour sa part l'tat de l'univers1 tel que cet tat rsulte des phnomnes antcdents2 peut-tre en s'appuyant sur l'ide mme de libert1 l'individu n'est-il pas incapable de prendre un lan pour aller au bien idal1 par cela mme pour sortir du mal rel2 peut-tre ainsi l'individualit consciente renferme-t-elle une spontanit radicale1 quoique rgle en son volution1 qui chapperait en sa source tous les calculs fonds uniquement sur le dterminisme mcanique4 ,peut-tre mme1 si l'infinit existe en toutes choses1 le calcul est-il par essence impuissant saisir autre chose que des limites plus ou moins artificiellement dtermines au sein de ce qui est rellement illimit et indterminable4 ,nous ne savons donc pas ce qui nous est dfinitivement possible ou impossible1 ni ce qui aurait t possible ou impossible dans telle circonstance donne4 ,quand on s'lve jusqu' cette ide d'une puissance radicale enveloppant l'infini1--ide par rapport laquelle les autres deviennent comme des asymptotes incapables d'atteindre ce dont elles se rapprochent1--on ne s'tonne plus des fluctuations perptuelles de nos jugements humains sur la responsabilit du bien et du mal et sur le pouvoir des contraires4 ,si nous nous attribuons l'honneur du bien accompli par nous1 c'est1 semble-t-il1 en tant que nous nous concevons1 par notre fond1 identiques l'tre universel1 identiques au tout dont nous sommes les membres4 ,si nous nous attribuons le dshonneur du mal accompli par nous1 c'est en tant que nous nous concevons comme une partie plus ou moins distincte du tout1 comme une individualit plus ou moins diffrente des autres et divise d'avec l'universel4 ,nous plaons en nous deux moi1 l'un individuel1 l'autre universel1 l'un qui constitue tel homme en tel temps et en tel lieu1 l'autre qui embrasse l'univers dans tous les temps et dans tous les lieux3 c'est tantt l'un1 tantt l'autre que nous rapportons le mrite ou le dmrite d'une action4 ,le rapport cach de l'un et du multiple1 de l'universel et de l'individuel1 est ce qui a suscit tous les symboles mtaphysiques et tous les dogmes religieux4 ,symboles et dogmes ne sont point des solutions3 ils ne sont que la traduction de la difficult en formules nouvelles1 les unes abstraites1 les autres sensibles et mythiques4 ,a vrai dire1 notre notion de l'individualit est toujours relative et inadquate3 elle se relie ncessairement celle d'universalit4 ,il y a donc prsomption pour l'homme vouloir marquer exactement dans sa pense la part qui revient l'individu1 vouloir ainsi exercer une sorte de justice distributive4 ,nous ne pouvons juger absolument ni les autres personnes1 ni notre propre personne1 car nous ne pouvons ni descendre dans la conscience d'autrui1 ni mme descendre jusqu'au dernier fond de notre propre conscience pour mesurer notre force de volont4 ,pourquoi donc tant discuter sur le moi et le toi1 sur le mien et le tien1 sur mon mrite ou votre mrite8 ,c'est l une sorte d'gosme quand il s'agit de nous1 une sorte d'orgueil quand il s'agit des autres4 99 99 99 99 99 ,scientifiquement et pratiquement1 nous sommes obligs1 dans un problme insondable pour la mtaphysique1 de substituer la ralit inconnaissable les ides et leur force1 qui sont connaissables1 mais qui n'en sont1 pour ainsi dire1 que des quivalents indfiniment extensibles4 ,traduits dans le langage des ides-forces1 la responsabilit morale et le remords ont un sens intelligible4 ,la responsabilit apparat comme une ide qui tend se raliser elle-mme3 elle est l'idal conu1 dsir1 aim1 qui s'attribue une force efficace et qui1 en consquence1 n'accepte pas sa propre dfaillance pratique comme absolument et dfinitivement ncessaire1 cette dfaillance ft-elle explicable par des ncessits physiques et mentales1 d'ailleurs relatives4 ,le jugement moral est une sorte de ngation jete par l'ide au fait1 un non que la pense de l'idal oppose toute ralit qui la contredit4 ,c'est ce point de vue qu'il devient vrai de dire1 avec ,kant1 que la considration du temps perd sa valeur pour celui qui juge moralement une action4 ,quand nous concevons l'universel1 le tout1 notre pense tend devenir indpendante du temps3 cette indpendance est un des fondements du repentir4 ,on se souvient de ce que dit ,kant ce sujet4 ,le repentir1 ne pouvant empcher ce qui a t fait de l'avoir t1 est pratiquement vide1 et cependant il est moralement lgitime1 car la pense1 quand il s'agit du bien universel et idal1 ne demande qu'une chose3 le fait nous appartient-il comme action8 et1 dans ce cas1 que cette action soit depuis longtemps passe1 il n'importe2 la raison y lie toujours moralement la mme douleur4--,nous irons plus loin encore que ,kant et nous dirons3--,quand la pense se place au point de vue universel et tend ainsi dpasser la sphre du temps1 elle n'a mme pas besoin de se demander si le fait nous appartient comme action1 ni si nous aurions pu1 nous1 faire le contraire2 elle ne s'arrte pas la question d'individualit ni mme de libert individuelle2 elle laisse de ct les spculations sur le possible et l'impossible4 ,elle condamne le fait comme contraire l'idal1 quel que soit celui qui l'a accompli et quelque ncessit qu'il ait cd1 parce qu'elle s'attribue elle-mme la suprmatie et l'indpendance3 c'est cette indpendance de la pense1 mme devant le fait fatal1 qui commence la libert pratique4 ,la pense est un germe de libert1 en ce sens qu'elle conoit l'universel amour au milieu mme de la mle qui entrechoque les gosmes individuels1 et que cette ide1 n'tant pas sans force efficace1 tend nous rendre indpendants de fait et nous faire rgler nos actions conformment elle-mme4 ,la question des individualits disparat cette hauteur3 que ce soit vous ou moi qui fassiez mal1 qu'importe8--,j'ai mal votre poitrine1 j'ai mal votre conscience4 ,j'accepte jusqu' un certain point la solidarit du mal fait par vous1 comme j'accepte la responsabilit du mal que j'ai fait1 et cela1 malgr les ncessits apparentes ou relles auxquelles nous avons cd3 le mal ncessaire est toujours le mal1 le mal pass est toujours actuel1 le mal individuel est toujours universel4 ,le sentiment de responsabilit et de solidarit n'en prend pas moins une vivacit suprieure quand c'est en moi et par moi que s'est produit le mal moral4 ,alors1 c'est le mme sujet intelligent qui conoit l'idal et qui se voit rellement en contradiction avec cet idal4 ,de plus1 il se demande s'il n'aurait pas pu1 par l'intermdiaire de l'ide et de l'amour1 trouver en soi un moyen de raliser le mieux4 ,la force de l'ide devient ainsi force de rsistance1 rvolte contre soi-mme2 et l'effort contre soi1 n'est-ce pas la suprme douleur8 ,maintenant1 si1 au lieu d'avoir prsente l'esprit une action passe1 vous avez prsente l'esprit une action venir1 l'antinomie est moins loigne de sa solution1 au moins dans l'ordre scientifique et pratique4 ,en effet1 ce n'est plus une chose inutile et vide que de songer l'avenir et de s'y attribuer la responsabilit du mal comme du bien1 car ici la pense de ma responsabilit dans le mal peut empcher le mal d'tre fait4 ,cette ide n'est pas pratiquement illusoire1 puisqu'elle agit4 ,elle ne l'est pas non plus scientifiquement1 puisque la force des ides et de l'amour est pour nous incalculable1 progressive1 indfiniment susceptible d'accroissement4 ,enfin1 au point de vue mtaphysique1 ne pouvant savoir ce qu'est notre individualit et son rapport avec l'universel1 nous avons le droit d'admettre qu'il n'existe pas une antinomie insoluble entre la ralit fondamentale et cette responsabilit que nous prenons1 que nous voulons avoir1 que nous nous imposons2 c'est un fardeau que nous mettons sur nos paules1 toujours glorieux alors mme que nous succombons parfois sous le faix4 ,de l drivent pour nous1 en quelque sorte1 trois rgles de conduite morale et intellectuelle qui rsument tout ce qui prcde4 #a ,il faut pratiquement agir comme si nous tions responsables du bien et aussi du mal4 #b ,il faut scientifiquement soutenir que cette ide de notre responsabilit tend se raliser elle-mme4 #c ,il faut mtaphysiquement soutenir qu'il n'y a pas contradiction dmontre entre cette ide active de notre responsabilit morale et la ralit dernire1 o notre individualit s'unit toutes les autres individualits1 et o nous devenons1 pour notre part1 solidaires du monde entier4 ,c'est parce que nous sommes un avec l'univers et cependant distincts des autres que nous pouvons tre responsables dans notre volont radicale4 ,l'ide de libert est l'expression connaissable de l'inconnaissable fondement du moi1 du toi et du tous4 ,cette ide1 jointe l'impossibilit d'en dmontrer thoriquement la contradiction avec le rel1 sert de fondement notre libert pratique1 par la force qu'elle dveloppe en nous et qui modifie la direction primitive du dterminisme4 ,les antinomies spculatives auxquelles donne lieu la notion de responsabilit expriment notre ignorance du rapport qui relie l'individu l'universel4 ,notre pense1 sa manire1 s'lve au-dessus de cette opposition1 puisqu'elle conoit la fois l'individu et l'univers2 notre volont doit aussi la dpasser et1 dans le jugement moral comme dans l'acte moral1 elle doit1 en une certaine mesure1 faire abstraction des personnes2 elle doit se dsintresser de la question des individualits et des imputabilits1 non par ddain de l'individu1 mais1 au contraire1 par respect de l'individualit et par conscience des limites imposes notre science4 ,pour nous en tenir ce qui est certain1 condamnons et repoussons le mal partout o il se manifeste1 mais surtout en nous1 o il devient plus prsent1 plus immdiat1 o il devient nous-mme2 aimons le bien partout o il se montre1 mais surtout chez les autres1 o il est un bien vivant et un objet d'amour personnel4 ,,conclusion ,i4 ,mouvement de la philosophie moderne en ,allemagne1 en ,angleterre et en ,france4 ,,ii4 ,rsum de la mthode suivie pour la recherche d'une conciliation4 ,moyens-termes scientifiques intercals entre les doctrines adverses4 ,,iii4 ,inductions mtaphysiques4--,problme final et ncessit de le rsoudre moralement par l'action4 ,i4--,l'accord progressif des doctrines doit se faire moins par la destruction des systmes que par leur superposition en un plus vaste difice1 dont les diverses assises se soutiennent au lieu de se nuire4 ,ces diverses assises ne sont1 en somme1 que nos propres puissances intrieures projetes l'origine des choses3 intelligence1 sensibilit1 volont4 ,les systmes mtaphysiques ont beau chercher connatre ce qui est rellement et indpendamment de nous1 nous ne pouvons nous reprsenter ce qui est que d'aprs ce que nous sommes4 ,de l la philosophie de l'intelligence1 la philosophie de la sensibilit1 la philosophie de la volont1 l'une intellectualiste1 l'autre esthtique au sens tymologique du mot1 l'autre morale4 ,la premire assise de l'difice philosophique est forme par tout ce que le matrialisme contient de positif sur les conditions ncessaires des choses1 que ,socrate et ,platon appelaient ,grec3 mchanai aitiai anankaiai4 ,la liaison mcanique des phnomnes1 d'o rsulte la stabilit de l'univers1 est l'objet mme de l'intelligence ou de la science4 ,nous ne connaissons et comprenons que ce que nous expliquons par la logique applique la quantit et au mouvement1 c'est--dire par la mathmatique universelle et le mcanisme universel4 ,mais n'y a-t-il rien de plus8 ,c'est ce que soutiennent les purs matrialistes4 ,pour eux1 l'explication de l'univers est toute simple3 c'est comme un vaste jeu de ds ou de dominos qui1 en s'ajustant par leurs bouts similaires1 selon des combinaisons mathmatiques1 forment des dessins de toute sorte4 ,il reste savoir ce que sont en eux-mmes les ds1 les molcules1 les atomes4 ,ce jeu de surfaces satisfait l'intelligence abstraite1 mais il n'explique mme pas le fait de sentir1 la simple sensation4 ,or1 il faut bien qu'il y ait sous l'intellectuel du sensible proprement dit1 sous le formel du rel4 ,et cette ralit1 nous ne pouvons la comprendre que par analogie avec ce que nous appelons sentir1 dsirer4 ,de l la tendance placer dans les choses1 comme face interne et vraiment psychique1 non plus physique1 quelque chose d'analogue nos sensations1 nos plaisirs1 nos douleurs1 nos dsirs4 ,le mouvement est un dsir1 disaient ,aristote et ,platon4 ,la seconde assise de la construction philosophique1 c'est donc le sensible1 dont le mcanique ou1 ce qui revient au mme1 l'intellectuel pur n'est que le dehors4 ,cette assise fut ajoute par ,socrate1 ,platon1 ,aristote1 mais ils ne purent s'empcher de se figurer encore le sensible sous forme intellectuelle1 comme tendance une fin plus ou moins entrevue par une intelligence1 comme finalit proprement dite4 ,s'appuyant sur ce que le plaisir1 fond de la sensation1 semble la conscience d'une harmonie1 ils ont cru que l'harmonie tait un concours de moyens vers une fin4 ,cette finalit n'tait1 nous l'avons fait voir1 que du mcanisme retourn1--conception encore plus subjective que le mcanisme pur4 ,c'tait une sorte d'art humain plac dans les choses et ajout la science4 ,mais1 quelque contestable que soit le mode de reprsentation finaliste et esthtique1 quand on le transporte ainsi dans l'univers1 ce qui demeure incontestable1 c'est qu'on ne peut pas faire du rel avec du logique pur ou du mcanique pur1 parce qu'alors il n'y aurait plus que des rapports abstraits sans termes concrets2 et le concret1 c'est ce que nous saisissons en le sentant4 ,il n'y a pas d'autre moyen pour nous d'entrer en possession du rel que de sentir3 c'est ce que ,kant a parfaitement montr1 et c'est ce que les anciens ou1 parmi les modernes1 les cartsiens avaient trop oubli4 ,une fois rtablie la sensation au dedans du rel1 que l'intelligence parcourt du dehors1 il reste encore un point de vue qui parat suprieur aux prcdents3 c'est celui de l'activit primitive1 de la volont radicale1 fond de nos ides de cause1 d'inconditionnel1 d'absolu1 de libert4 ,c'est vers ce point de vue que tend s'lever la morale proprement dite1 car la morale a pour objet la volont mme et le but le plus haut que la volont puisse poursuivre4 ,les anciens1 cependant1 firent toujours rentrer la morale dans la science ou dans l'art1 sans assigner la moralit une sphre qui lui ft absolument propre4 ,l'thique tait pour eux la science du bien ou l'art du bien2 et par ce bien1 nous l'avons vu1 ils entendaient quelque chose d'impersonnel ou de neutre1 qui tait la vrit1 l'utilit1 la beaut1 sans tre encore proprement la bont4 ,or1 la vrit n'est que la ncessit logique2 l'utilit n'est que la ncessit en quelque sorte sensible1 vitale et1 si l'on veut1 finale4 ,quant la beaut et la grce1 elles ne font encore qu'veiller l'ide d'un principe suprieur la ncessit et dominant l'organisme visible4 ,la vraie libert idale1 qui serait l'absolu mme1 et la vraie moralit idale1 qui ne serait plus un bien abstrait1 mais une bont vivante1 furent cependant entrevues par ,platon et par les ,alexandrins1 comme par l',inde1 par la ,perse1 par la ,jude4 ,avec le christianisme1 elle s'leva au rang d'une ide directrice et rnovatrice4 ,ce principe1 obscurci et mutil par la thologie romaine1 rtabli dans l'ordre social par la ,france1 propos par elle comme idal au monde sous les noms de libert1 d'galit et de fraternit1 semble enfin arriver de nos jours la conscience de lui-mme dans l'ordre philosophique4 ,kant et ses successeurs ont tous conu la philosophie comme l'explication des choses un triple point de vue1 celui de la connaissance1 celui de la sensibilit et celui de la volont4 ,le mcanisme universel1 tel que ,descartes l'avait reprsent1 tel que ,leibnitz l'avait accept comme loi de la connaissance scientifique1 fut l'objet propre de la ,critique de la raison pure3 l'organisation vivante et les lois internes du dsir furent celui de la ,critique du jugement tlologique et esthtique2 enfin1 ,kant ajouta ces deux premiers objets l'idal nouveau d'une moralit qui serait vraiment elle-mme sa raison1 sans recevoir sa loi ni des ncessits logiques et mcaniques1 ni des ncessits sensibles et esthtiques4 ,par l1 au lieu de subordonner la volont l'utile1 l'agrable1 ou mme un bien abstrait1 ,kant voulut faire procder le bien rel de la volont mme1 qui1 tant autonome1 serait enfin libre4 ,mais ,kant fit encore de la libert un principe trop abstrait1 la raison universelle2 il fit de la loi une catgorie trop abstraite1 trop logique1 trop formelle1 celle de l'universalit2 il rejeta au second rang l'amour ou la charit1 dont il semblait encore confondre l'ide typique avec le dsir et le sentiment fatal4 ,malgr son formalisme excessif1 il n'en a pas moins fait voir que l'idale libert doit tre introduite au sommet de la philosophie comme une notion part1 dont la logique et l'art1 la pense et le sentiment ne sauraient remplir entirement le contenu1 et qui symbolise pour nous le suprme principe de l'action4 ,aprs ,kant1 la philosophie allemande maintint la fois ces trois catgories de la ncessit1 de la finalit immanente et de la libert idale4 ,dj ,leibnitz1 avec ,platon et ,aristote1 avait remarqu que les causes efficientes et les causes finales1 les mouvements et les apptitions sont la mme srie prise en deux sens inverses2 l'cole de ,kant n'eut qu' dvelopper cette conception pour rduire en un seul systme l'universelle logique et l'art universel de la nature1 o elle vit la double expression d'un principe un et inconditionnel4 ,hegel lui-mme maintint la libert idale au troisime moment de l'volution mtaphysique1 mais seulement comme l'unit finale du grand ,tout4 ,schelling1 dans sa dernire philosophie1 et aprs lui ,schopenhauer1 placrent au-dessus du logique et au-dessus du sensible la volont comme principe des choses4 ,en cette volont ,schopenhauer reconnut la libert noumnale1 o son pessimisme voudrait nous faire rentrer par l'anantissement de toute existence matrielle et intellectuelle4 ,enfin les disciples de ,schopenhauer ont donn la volont supra-consciente le nom de l',inconscient1 et ils en ont fait driver le mcanisme et la finalit universelle1 avec la perspective d'une dlivrance finale par le nirvna4 ,en ,france1 l'cole sensualiste1 tout entire absorbe dans le mcanisme des sensations1 succda ,maine de ,biran1 qui rtablit dans l'homme et dans la nature le dynamisme de la vie1 mais sous la forme douteuse de la force motrice4 ,maine de ,biran rva1 lui aussi1 au-dessus de la logique et de l'art1 une sphre de libert idale1 dont il n'eut qu'un sentiment trop mystique4 ,l'influence de ses ides1 d'abord mutiles par ,victor ,cousin1 reparut ensuite3 plus d'un philosophe franais s'est accord avec ,maine de ,biran et avec la philosophie allemande pour supposer1 au-dessus du mcanisme logique et de la ralit sensible1 une rgion de libert qui serait en mme temps celle de l'amour compris en son vrai sens4 ,par l1 tout en s'inspirant de la philosophie vanglique et de la philosophie germanique1 la philosophie franaise ne faisait pourtant que revenir la tradition cartsienne4 ,descartes1 en effet1 avait dj lev au-dessus du mcanisme matriel une pense qui1 elle-mme1 lui semblait subordonne la libert4 ,descartes avait mme fait consister cette libert dans une volont indtermine et indterminable4 ,la subordination de la pense la volont1 selon lui1 existait non seulement dans l'homme1 mais en ,dieu mme4 ,pascal1 son tour1 admit trois ordres3 l'un o tout est mouvement1 l'autre o tout est pense1 l'autre o rgne la charit4 ,enfin l'ide non plus mystique1 mais pratique1 de la libert individuelle1 avec celle du droit qui s'y rattache1 puis l'ide de fraternit universelle1 avec celle d'association qui en drive1 devinrent les conceptions dominantes de la philosophie franaise au dix-huitime sicle1 de la ,rvolution franaise et des coles politiques de notre poque qui ont dvelopp les principes de la ,rvolution4 ,c'est aux ,franais que ,kant et ,fichte empruntrent1 en grande partie1 leur mtaphysique du droit et leur philosophie de la libert dans l'ordre social4 ,si on songe de plus l'influence jadis exerce par ,descartes sur ,leibnitz1 on reconnatra que la ,france n'avait qu' conserver et dvelopper1 dans l'ordre philosophique1 sa propre tradition1 pour s'accorder sur plus d'un point capital avec les coles allemandes4 ,on peut ajouter que l'ide directrice de la ,france1 tant celle de libert et par cela mme de fraternit1 est l'ide directrice de l'humanit mme3 notre ide nationale est prcisment l'ide humaine#afe4 ,la philosophie allemande1 au contraire1 s'en est tenue de prfrence1 dans le domaine social et politique1 aux catgories de la ncessit logique et mcanique1 de la science et de la force4 ,abandonnant la sphre mystique de la religion la libert idale et intelligible1 elle a cherch surtout son modle pratique dans le mcanisme de la matire ou dans les lois de l'organisme vivant4 ,l'unit qu'elle semble aujourd'hui poursuivre dans l'ordre social est celle qui subordonne les moyens aux fins comme les effets aux causes1 les parties au tout1 l'individu l'tat1 les tats faibles aux tats forts1 les races prtendues infrieures aux races suprieures3 la science et l'art y priment la morale4 ,si un peuple vaut surtout par son ide directrice1 et si l'ide de libert ou de fraternit est la vraie puissance laquelle appartient l'avenir1 quelles que soient1 dans le prsent1 les apparences contraires1 ce n'est pas l',allemagne1 c'est la ,france qu'appartiendra sans doute la plus haute victoire4 #afe ,c'est ce que nous avons essay de mettre en lumire dans notre ,ide moderne du droit4 ,l',angleterre1 dans l'ordre philosophique1 a surtout tudi jusqu'ici le mcanisme des phnomnes ou des sensations4 ,cependant1 ses plus rcents philosophes admettent1 sous l'enveloppe extrieure des choses1 un dynamisme interne1 dont la forme exprimentale est l'nergie musculaire2 c'est l une conception qui n'est pas sans analogie avec la doctrine de ,biran4 ,en mme temps1 les penseurs anglais qui s'lvent des vues systmatiques reprsentent l'universelle volution1 la fois mcanique par l'extrieur et psychique par l'intrieur1 comme le symbole d'une ralit absolue et inconditionnelle1 qui est pour nous l',inconnaissable4 ,il n'est pas difficile de reconnatre dans ce principe le noumne de ,kant4 ,tel est1 selon ,m4 ,spencer1 l'indestructible fondement des spculations qui se retrouvent dans toutes les philosophies et dans toutes les religions4 ,le nom que ,m4 ,spencer donne la ralit persistante et ternelle1 c'est la ,force1--non la force nous connue1 mais la force inconnue et inconnaissable4 ,il n'y a pas grande diffrence entre cette ,force universelle et la ,volont universelle de ,schopenhauer2 comme1 de plus1 elle est absolue et inconditionne1 tout en tant conditionnante1 on pourrait lui donner sans inconvnient1 avec la philosophie allemande1 le nom galement symbolique de libert1 qui exprime simplement en langage humain l'antithse de l'activit primitive avec le conditionn et le ncessit4 ,mais les ,anglais n'aiment pas ce mot1 du moins en mtaphysique et en morale4 ,dans leur physique des moeurs1 ils ne font mme pas figurer la libert comme idal1 comme puissance de dsintressement et de vouloir universel4 ,a l'exemple des ,anciens1 ils ramnent la morale tout entire la science ou l'art1 sans se demander si elle n'exprimerait pas1 au moins symboliquement1 quelque idal suprieur4 ,il en rsulte que1 dans l'ordre social1 la libert demeure pour eux un moyen1 non une fin3 elle n'a de valeur que comme le plus utile instrument du bien-tre individuel ou collectif4 ,c'est au fond l'ide de l'utile qui est pour eux1 dans la pratique1 l'ide directrice4 ,malgr leur libralisme si sincre1 ils ne comprennent gure l'idal moral d'une libert absolument dsintresse1 qui serait par elle-mme sacre et aimable4 ,la notion de la moralit proprement dite disparat leurs yeux comme principe part et original2 l'thique n'est plus qu'une science ou un art analogue aux autres1 simple extension de la physiologie1 de l'hygine et de la sociologie4 ,le dfaut commun des divers systmes mtaphysiques dont nous venons de faire l'esquisse rapide1 c'est1 si nous ne nous trompons1 le vide ou l'hiatus qu'ils laissent subsister entre la ralit et l'idal1 entre le relatif et l'absolu1 entre le phnomne et le noumne1 entre le connaissable et l'inconnaissable4 ,la rgion de l'idal demeure1 soit un domaine mystique et transcendant1 livr aux rves de la foi1 soit une nuit impntrable dont ne peut nous venir rien d'utile pour la connaissance ou pour l'action4 ,la libert intelligible des ,allemands est aussi oisive que les dieux d',epicure2 elle n'est que la totalit de l'univers ou l'unit dont le tout drive1 et on ne voit pas comment elle peut descendre dans l'homme4 ,de mme1 l'inconnaissable et l'inconditionnel des ,anglais est un ,x dont il n'y a plus s'occuper1 mme en morale1 une fois qu'on l'a plac1 nigme insoluble1 au commencement du livre de la science4 ,le dterminisme rgne1 exclusivement et sans restriction1 sur la pratique comme sur la thorie4 ,seule1 la philosophie franaise de nos jours s'efforce de maintenir1 surtout en morale1 une libert plus pratique et moins transcendante1 mais elle la reprsente sous la forme antiscientifique du libre arbitre4 ,de l1 entre la morale et la science1 une opposition inconciliable4 ,un problme se pose donc notre poque3 ne pourrait-on conserver la libert1 au moins comme idal1 dans la thorie1 et donner cet idal un rle actif1 humain1 individuel1 de manire rconcilier1 sur le plus vaste terrain possible1 le dterminisme et la libert8--,c'est pour contribuer cette conciliation progressive que nous avons cherch1 dans le livre qu'on vient de lire1 rapprocher peu peu les systmes adverses4 ,,ii4--,toutes les doctrines mtaphysiques relatives la nature de l'activit aboutissent galement quelque notion ultime et incomprhensible laquelle elles subordonnent le reste4 ,si on abstrait ce que les notions dernires des systmes ont de diffrent1 on aura peut-tre un rsidu commun4 ,or1 dans la question qui nous occupe1 les lments ultimes des systmes nous ont paru tre la notion d'une activit indtermine1 celle d'une activit dtermine et celle d'une activit dterminante2 en d'autres termes1 l'indiffrence1 la ncessit1 la libert4 ,mais l'indtermin n'est qu'une notion secondaire1 qui suppose une notion suprieure3 nous l'avons vu1 une cause n'est indtermine que par rapport aux causes trangres1 ou par rapport aux effets qu'elle produit1 en ce sens qu'elle n'est pas dtermine par eux2 elle n'est pas pour cela en elle-mme indtermination absolue4 ,le systme de l'indiffrence a donc pour rsidu l'ide d'une puissance qui ne serait pas dtermine1 mais dterminerait ses propres actes1 c'est--dire1 au fond1 l'ide de l'indpendance1 de la libert4 ,quant au systme de la ncessit1 il faut savoir d'abord s'il s'agit une ncessit relative et empirique1 ou d'une ncessit absolue et mtaphysique4 ,rien n'empche1 nous l'avons vu1 d'admettre la ncessit comme loi des effets ou des moyens1 c'est--dire d'admettre que les effets sont dtermins par une cause suprieure1 et que les moyens sont dtermins par la fin3 cette conception des effets et des moyens comme conditionns ou ncessits1 chacun par rapport aux autres et tous par rapport une cause suprieure1 n'exclut pas la possibilit de la libert dans la cause mme4 ,bien plus1 si par hypothse la cause est libre1 il faudra prcisment que cette dpendance complte existe dans les effets4 ,le vrai fatalisme est celui qui soutient que le dernier mot des choses n'est pas seulement une ncessit relative1 laquelle pourrait dpendre encore de quelque libert radicale1 mais une ncessit absolue et radicale elle-mme4 ,or1 ce principe suprme dont les fatalistes font la loi et l'unit de l'univers1 est une puissance ncessitante1 dterminante1 sorte de destin qui nous offre encore pour rsidu un je ne sais quoi dont dpend tout le reste4 ,ainsi1 la ncessit ne peut exclure toute libert que si elle s'rige en absolu1 et elle ne peut s'riger en absolu que si elle se confond pour nous avec l'indpendance4 ,en un mot1 le dtermin et le non-dtermin semblent avoir pour principe le dterminant4 ,une ide plus ou moins vague d'indpendance et de libert1 ide problmatique d'ailleurs et comme parabolique1 se trouve tre ainsi l'lment dernier des systmes4 ,on devait s'y attendre1 puisque cette ide est le produit dernier de notre pense mme3 le principe de causalit mtaphysique n'en est que l'expression abstraite4 ,l'ide de libert1 comme elle nous a paru tre au fond de ce qu'on nomme la raison1 nous a paru tre aussi au fond de la conscience4 ,a ce point de vue1 elle est dj moins abstraite et moins ngative3 elle est ce que nous dsignons par le mot moi1 marque de notre personnalit en face des choses extrieures1 en face de l'univers4 ,par une intuition naturelle ou par une illusion naturelle1 nous nous reprsentons notre activit propre sous l'ide de libert3 il nous semble qu'il y a en nous une indpendance individuelle qui consiste1 non pas exclure toute dpendance sous quelque rapport que ce soit1 mais s'affranchir progressivement de toutes les dpendances2 c'est une puissance indfinie1 sinon infinie1 qui nous semble pouvoir surmonter successivement tous les obstacles4 ,cette ide de libert1 o concident la raison et la conscience mal propos spares par tant de psychologues1 est-elle finalement dmentie ou vrifie par l'observation et par les lois de la nature1 soit physiques1 soit psychologiques8--,telle est la question fondamentale o se concentre tout le dbat entre les systmes adverses4 ,nous avons rtabli d'abord1 dans le domaine mme des faits psychologiques1 un lment essentiel dont l'oubli rendait suspects d'erreur tous les raisonnements des dterministes3 l'influence exerce par l'ide mme de la libert4 ,cette ide1 entre la libert et la ncessit1 est videmment un intermdiaire4 ,quelle qu'en soit la valeur objective1 qu'on y voie le plus sublime produit de la ncessit ou l'obscure conscience d'une libert relle1 il est incontestable que cette ide existe et agit dans tous les esprits3 elle offre donc aux dterministes et leurs adversaires un terrain commun o ils peuvent dj se rencontrer4 ,et ce terrain est celui des faits ou de l'exprience1 de ce qu'on appelle la connaissance positive1 qui exprime les relations vrifiables des choses1 non leur essence absolue4 ,dans cette sphre de l'exprience1 la notion de libert nous a paru en premier lieu une ide-force1 qui produit son effet sur le mcanisme mme de nos actes1 selon la loi de causalit empirique4 ,cette loi1--qui est plutt la loi des effets que celle des causes1--est un rapport de dtermination universelle et rciproque1 qui fait que la dtermination d'une chose dpend de la dtermination de toutes les autres4 ,dans le dterminisme universel1 il n'y a aucun vide1 aucune solution de continuit1 rien de fluide3 tout est solide1 plein1 rsistant4 ,enserrs dans ce monde1 nous sommes attachs de toutes parts comme par les clous de la ncessit2 nous ne paraissons pas seulement emprisonns1 mais comprims et crass entre les murs de notre prison2 nous ne pouvons faire un mouvement que si notre prison mme1 c'est--dire l'univers entier1 se meut avec nous et nous entrane avec le reste4 ,a cette condition seulement tout est un1 parce que tout se tient2 cette condition seulement le monde peut devenir l'objet d'une pense une4 ,il semble donc que la pense1 avec l'universel dterminisme1 ait impos aux choses la loi tyrannique de la fatalit4 ,tel est le premier moment de la dialectique4 ,pourtant1 malgr la prison qui m'crase1 je trouve une force de rsistance dans l'ide mme de libert4 ,quand j'agis sous cette ide1 avec la persuasion que les murs de ma prison peuvent reculer et me permettre un mouvement1 ils reculent en effet4 ,il est vrai que je les retrouve plus loin1 mais1 l encore1 ils semblent de nouveau tre mobiles et cder la force de l'ide4 ,cette ide de libert fait donc reculer devant elle les obstacles1 et on ne saurait d'avance indiquer1 dans l'exprience1 une limite intrieure que je ne puisse franchir par la raction de l'ide sur cette limite mme4 ,bien plus1 quand j'accomplis certains actes1 je me figure que les murs de la prison intrieure tombent et que l'espace s'ouvre devant moi4 --,illusion1 diront les dterministes2 les murs existent encore4--,peut-tre1 mais il en est de cette question comme du problme relatif l'infinit du monde4 ,quelqu'un pourrait soutenir que1 si j'allais assez loin1 je rencontrerais les murailles du monde2 mais si1 en fait1 je ne les rencontre jamais1 les choses se passent pratiquement comme si ces bornes n'existaient pas4 ,par l nous obtenons une libert relative qui peut se concilier avec le dterminisme relatif4 ,n'est-ce encore simplement qu'une ncessit prenant la forme de la libert1 ou est-ce la libert prenant la forme de la ncessit8--,question qui concerne l'absolu des choses1 et qui doit tre rserve jusqu'au moment des spculations mtaphysiques4 ,tant que1 dans l'ordre mme de la pratique1 il ne deviendra pas ncessaire de prendre un parti sur la nature absolue des objets1 nous pourrons admettre d'un commun accord une certaine libert de fait due l'ide mme de la libert4 ,en d'autres termes1 le dterminisme intellectuel se change invitablement en une sorte de libert intellectuelle sous l'ide directrice de libert#aff4 #aff ,voir p4 #bba et suiv4 ,la libert nous a paru1 en second lieu1 un objet de dsir1 consquemment une fin directrice dont l'influence s'exerce sur nos actes1 les rgle1 y introduit l'harmonie4 ,a ce point de vue1 nous avons obtenu une sorte de libert sensible et esthtique3 l'volution de nos dsirs prend1 elle aussi1 la forme de la libert quand nous dsirons la libert mme4 ,ici l'indpendance psychologique compatible avec le dterminisme se rapproche davantage d'une libert vraie1 parce que le dynamisme intrieur des dsirs et des sentiments enveloppe une plus vidente spontanit que le mcanisme extrieur4 ,la dtermination mcanique n'est que le prolongement du pass2 la dtermination finaliste a lieu par l'ide et le dsir d'une fin venir4 ,il ne faut pas croire pour cela1 ni qu'elle fasse clater le mcanisme par une rupture intrieure1 ni qu'elle se dveloppe en dehors4 ,non1 elle se dveloppe du dedans mme3 l'apptition se rvle peu peu comme le fond du mcanisme devenu conscient de son propre ressort et de sa propre direction4 ,la finalit est la sensibilit et l'activit rflchies sur elles-mmes par l'intermdiaire de l'intelligence2 elle est la pense et le dsir d'un tat venir1 qui1 ainsi1 devient2 mais cette pense et ce dsir d'un tat futur sont actuels2 ils sont produits eux-mmes par la conscience de l'tat prsent1 qui1 son tour1 sort du pass4 ,il n'en est pas moins vrai qu'il y a un progrs du point de vue mcaniste au point de vue finaliste4 ,dans le dterminisme exclusivement mcaniste et matrialiste1 chaque phnomne est l'expression ncessaire de tous les faits extrieurs ou mouvements qui ont t1 rien de plus2 dans le dterminisme finaliste1 le phnomne est l'expression d'un certain principe intrieur toujours prsent1 qui a fait tre le pass et produira l'avenir par la conscience mme qu'il acquiert de soi4 ,le pass1 en tant que srie de phnomnes mcaniques1 n'est plus alors l'expression adquate du principe qui l'a produit1 et l'avenir n'est plus simplement la reproduction mcanique du pass3 il y a1 dans l'avenir et dans le prsent mme1 quelque chose de plus que dans les phnomnes extrieurs et mouvements du pass2 il y a un fond interne qui ne s'est pas puis dans les formes antcdentes et qui enveloppe1 non un pass toujours rpt1 mais un avenir vraiment venir1 consquemment progressif4 ,quoi qu'il en soit de la finalit hors de nous1 il demeure incontestable que1 dans notre conscience au moins1 le dsir de la libert ralise une sorte de finalit immanente1 suprieure au mcanisme brut comme la vie est suprieure ses propres organes#afg4 ,en troisime lieu1 la libert nous a paru un objet d'amour moral4 ,ici1 le sujet et l'objet ne semblent plus spars par une aussi grande distance qu'aux autres moments de l'volution intrieure4 ,l'ide abstraite de libert semblait trop loigne d'une libert relle2 le dsir actif de la libert1 quoique plus voisin1 semblait encore loin de son objet2 dans l'amour de la libert1 le sujet et l'objet tendent se confondre4 ,en tudiant la notion morale de l'amour dsintress et universel1 nous avons trouv que l'amour d'autrui ne serait rel qu'autant qu'il serait libre4 ,maintenant1 l'amour vrai1 le vrai dsintressement est-il rel en nous8 ,on ne peut le dmontrer4 ,mais coup sr1 si le dterminisme subsiste encore dans notre amour du bien universel1 du moins y a-t-il pris tellement la forme de la libert que nous pouvons peine distinguer cette forme du fond mme#afh4 #afg ,v4 p4 #beb et suiv4 #afh ,voir p4 #bha et suiv4 ,considre dans ce triple rle1 l'ide de libert nous a fourni une mthode d'approximation indfinie vers la libert relle4 ,et cette mthode peut tre accepte mme par les partisans de la ncessit4 ,nous y avons trouv quelque chose d'analogue1 en son genre1 la mthode infinitsimale de ,leibnitz1 qui fournit aux mathmaticiens une approximation indfinie1 parce qu'elle permet de diminuer indfiniment1 au-dessous de toute quantit donne1 la diffrence de la variable et de sa limite4 ,la vraie et complte libert envelopperait quelque chose d'absolu1 et l'absolu1 tant inexplicable1 ne peut tre l'objet d'une connaissance proprement dite4 ,donc1 la libert ft-elle certaine1 on ne pourrait l'expliquer en elle-mme1 mais seulement dans ses effets4 ,d'autre part1 si ces effets sont explicables1 c'est que1 tant dtermins les uns par les autres et par leur cause suprieure1 ils forment un mcanisme ou un organisme1 dont on peut dterminer les ressorts ou les fonctions2 ils forment consquemment un dterminisme4 ,c'est ce point de vue que nous avons essay une explication scientifique des formes communes de la libert et du dterminisme4 ,cette explication remplit une lacune considrable dans les deux systmes adverses4 ,la doctrine de la ncessit1 en effet1 avait besoin de se complter en montrant comment le dterminisme arrive prendre l'apparence de la libert2 la doctrine de la libert1 son tour1 devait se complter en montrant comment la libert prend l'apparence du dterminisme3 par l les deux systmes devaient aller au-devant l'un de l'autre4 ,rsumons en un tableau les diffrents degrs que nous avons parcourus dans cette conciliation progressive1 opre sur le domaine de la science proprement dite4 ,i4 ,point de dpart mtaphysique 7et invrifiable7 des doctrines ncessitaires3 ,ncessit absolue au fond des choses4 ,,ii4 ,dveloppement scientifique du dterminisme1 dans le domaine de la ncessit relative4 #a ,dterminisme mcaniste et intellectualiste1 fond sur l'influence ncessitante des ides et des mouvements qui y correspondent4 7,dmocrite1 ,hobbes1 ,spinoza1 ,leibnitz1 etc47 #b ,dterminisme finaliste1 fond sur l'influence ncessitante des dsirs4 7,platon1 les stociens1 ,leibnitz1 etc47 #c ,dterminisme moral1 fond sur l'influence ncessitante de l'amour du bien4 7,socrate1 ,platon1 les stociens1 ,leibnitz1 ,spinoza47 ,point culminant atteint jusqu'ici par le dterminisme dans son dveloppement historique3 ,la ncessit morale1 telle que l'ont admise les platoniciens1 les stociens1 les spinozistes1 les thologiens de la grce4 ,,iii4--,progrs nouveaux que nous avons fait faire au dterminisme1 et nouveaux moyens-termes que nous y avons introduits3 #a ,rectification du dterminisme mcaniste et intellectualiste par l'introduction de l'ide de libert et de son influence4--,l'ide de libert est l'quivalent de la libert dans l'ordre mcanique4 #b ,rectification du dterminisme finaliste par le dsir de la libert4--,le dsir de la libert est l'quivalent de la libert dans l'ordre tlologique et esthtique4 #c ,rectification du dterminisme moral par l'amour de la libert4--,l'amour de la libert est l'quivalent de la libert dans l'ordre moral4 ,point culminant vers lequel nous avons dirig le dterminisme3 ,idal d'une libert vraiment morale1 qui serait pour l'individu un pouvoir absolu de se dterminer d'une manire dsintresse en vue de l'universel4 ,la libert morale serait ainsi identique l'amour moral4 ,cette srie1 reprise en sens inverse1 reprsente les rectifications successives que nous avons introduites dans la doctrine qui admet tout d'abord1 au fond de l'tre1 la libert4 ,i4 ,point de dpart mtaphysique 7et invrifiable7 des partisans de la libert3 ,libert absolue en elle-mme et absolument dterminante4 ,,ii4 ,dveloppement scientifique du systme et transformations que nous lui avons fait subir3 #a ,libert se dterminant par l'amour de la libert universelle4 ,elle prend alors la forme du dterminisme moral1 tel que nous l'avons rectifi en introduisant la libert parmi les objets d'amour4 #b ,libert se dterminant par le dsir de la libert4 ,elle produit intrieurement un organisme de moyens en vue d'une fin2 c'est l'quivalent de la ncessit tlologique1 telle que nous l'avons rectifie en introduisant la libert parmi les objets de dsir4 #c ,libert se dterminant par l'ide de la libert4 ,elle produit intrieurement un mcanisme d'ides et de mouvements4 ,ce mcanisme quivaut la ncessit physique et intellectuelle1 telle que nous l'avons rectifie en introduisant parmi les ides et les forces l'ide-force de libert4 ,,iii4 ,effets de la libert3 #a ,actes d'amour1 ayant la forme du dterminisme moral non rectifi1 tel que l'ont soutenu ,socrate1 ,platon1 etc4 #b ,dsirs1 ayant la forme du dterminisme tlologique ordinaire4 #c ,ides1 ayant la forme du dterminisme mcaniste ou intellectualiste ordinaire4 ,terme final auquel doit tendre la doctrine de la libert pour se rconcilier avec la science3--,dterminisme universel des phnomnes1 objet de la science4 ,grce l'intercalation de ces moyens-termes successifs1 on voit que les deux systmes adverses concident dans toute la partie vraiment scientifique qui s'tend entre ces deux extrmes3 ncessit absolue et libert absolue4 ,,iii4--,si maintenant nous nous levons au point de vue mtaphysique1 quelles sont les conclusions qui semblent ressortir de la prcdente analyse8 ,a ce point de vue suprieur1 le dterminisme mcanique1 le dterminisme physiologique et le dterminisme sociologique apparaissent comme les simples formes ou les enveloppes d'une volution qui doit avoir un principe plus intime4 ,ne voir que ces formes externes du dterminisme1 c'est se mettre dans l'impossibilit d'expliquer tout le contenu de l'action mentale et morale1 car la conscience est1 en elle-mme1 plus que mcanique1 plus que physiologique1 plus que sociologique4 ,il faut tout au moins1 comme nous l'avons fait1 s'lever un dterminisme idaliste ou1 si l'on prfre1 idel3 il faut accorder une certaine force efficace aux ides1 non plus seulement ces relations changeantes dans le temps et dans l'espace que nous appelons mouvements4 ,dans ce dterminisme idel1 l'ide du moi passible1 en prenant conscience de soi par une rflexion progressive1 tend de plus en plus profondment son influence3 elle rend le moi actuel de plus en plus indpendant de ce monde dont il fut d'abord une expression particulire et une rsultante#afi4 ,ncessaire d'abord sous tous les rapports1 la dtermination humaine parat alors s'affranchir l'gard des ncessits mcaniques1 physiologiques1 sociales1 pour se rattacher des ncessits suprieures1 qui elles-mmes sont plus voisines d'un idal de libert et de moralit4 ,ainsi se ralise un indterminisme relatif1 compatible avec le dterminisme3 le tissu des choses offre la flexibilit de la vie intrieure1 non plus la rigidit d'une machine o les rouages sont tous extrieurs4 ,le dterminisme s'assouplit indfiniment2 il s'amincit en une relation d'ides ides1 encore dtermine sans doute1 mais pourtant subtile et fluide3 c'est d'abord la relation de l'ide du moi donn l'ide du moi possible1 puis la relation de ces deux ides celle de l'universel4 ,vue du dehors1 cette relation tout intellectuelle apparat comme une solution de continuit3 elle semble produire une dchirure dans le tissu matriel de l'action1 en tant que ce tissu est considr mcaniquement comme une nergie qui se conserve 7mv#b71 ou physiologiquement comme une quantit de force nerveuse qui circule1 ou sociologiquement comme une rencontre particulire de lois gnrales et sociales4 ,mais au dedans1 l'harmonie subsiste entre toutes les formes de l'existence3 tout est rgulier et concordant2 seulement1 le grand ressort est devenu intellectuel au lieu de rester physique4 #afi ,voir plus haut1 p4 #bch4 ,ce dterminisme des ides1 son tour1 quelque profond qu'il soit1 n'est pas encore1 pour le mtaphysicien1 adquat au fond de la ralit1 parce que l'ide est encore une forme de la conscience4 ,cette forme doit recouvrir quelque chose de plus fondamental qu'elle-mme2 elle suppose une nergie primitive1 dont nous avons l'obscur sentiment dans le dsir et dans le vouloir4 ,le fond de la conscience1 le psychique1 voil ce qui est vraiment irrductible au mcanisme physique1 physiologique1 sociologique4 ,l'ide de libert1 c'est prcisment la rflexion de la conscience sur soi par laquelle elle se conoit comme dpassant1 en son fond1 toutes ses formes particulires4 ,ds lors la question mtaphysique vient se concentrer sur ce point3--,est-ce dans le conscient et le mental qu'il faut placer l'action et la ralit1 dont les forces mcaniques et physiologiques seraient elles-mmes des drivs et des manifestations infrieures2 ou faut-il1 au contraire1 faire du mental une pure fantasmagorie1 un reflet1 une ombre du physique8 ,tout change videmment selon l'orientation qu'on donne au courant des phnomnes et leur dterminisme3 les uns placent l'origine de ce courant dans le matriel et le mcanique1 les autres la placent dans le mental4 ,en ce dernier cas1 le ple prtendu ngatif devient le ple positif4 ,les deux systmes diversement orients concident par le milieu2 mais la divergence se produit quand il s'agit de savoir si c'est le mcanique qui est positif et le mental ngatif1 ou si c'est le contraire4 99 99 99 99 99 ,selon nous1 dans ce dernier problme1 l'avantage reste au mental4 ,en premier lieu1 sans le mental nous ne concevrions mme pas le physique1 dont la reprsentation est faite d'tats de conscience4 ,en second lieu1 le dterminisme mental lui-mme1 a sa limite dans la conscience1 dont il ne parvient pas expliquer le fond et dont il explique seulement les formes ou les relations extrieures4 ,en troisime lieu1 une limite analogue et toute mentale s'impose la science de la nature1 qui n'atteint que les phnomnes et leurs rapports1 non l'tre et l'action4 ,cette limite apparat d'abord dans l'ordre de la causalit4 ,prcisment parce que les liens de cause effet tablis par la science ont un caractre de ncessit1 ils expriment non l'absolu1 mais des relations1 et ils sont eux-mmes relatifs2 les lois ncessaires de la science sont les lois ncessaires de ce qu'on a justement appel la relativit de notre connaissance2 les modernes confondent tort ce que les anciens avaient soin de sparer1 le ncessaire et l'absolu3 le ncessaire est le dterminisme mme1 l'absolu en est la limite idale4 ,si donc nous dclarons tout ncessaire et relatif dans notre connaissance1 c'est que nous concevons par antithse une ralit qui ne serait plus ni relative1 ni dtermine1 mais absolue et dterminante dans l'ordre de la causalit3 cette ralit serait la vraie cause1 qui ne peut se concevoir sans une forme physique et qui ne ferait qu'un avec la libert#agj4 ,de mme1 dans l'ordre de la finalit1 les ncessits sont encore relatives3 nous les subordonnons l'ide d'une ralit qui suffirait au reste et se suffirait elle-mme3 ce serait la fin absolue1 identique encore la libert#aga4 ,enfin1 dans l'ordre moral1 la vraie moralit serait la puissance 7plus que physique7 de se dterminer en vue de l'universel1 d'une manire dsintresse1 avec la conscience de son indpendance par rapport toute cause trangre4 ,la pense aboutit donc par toutes les voies un mme idal2 elle impose une mme limite toutes les formes du dterminisme1 et l'au del qu'elle conoit1 elle ne peut se le reprsenter que comme l'affranchissement de cette activit mentale qui semble faire le fond de toute conscience4 ,a ces divers points de vue1 le moral est suprieur au physique4 #agj ,voir p4 #bha et suiv4 #aga ,voir p4 #bfa et suiv4 ,ce n'est pas tout4 ,puisque l'idal moral peut tre ainsi conu par la ralit1 puisque de plus cet idal1 en se concevant lui-mme1 se ralise progressivement et pntre en nous1 le mtaphysicien peut en induire qu'il n'est pas une pure chimre4 ,la ralit n'est pas en contradiction absolue avec une libert progressive3 elle enveloppe une puissance de libert1 c'est--dire d'union consciente avec le tout et d'affranchissement moral4 ,le vrai vouloir1 ds qu'il n'est plus empch1 entrav par les fatalits du dehors1 se manifeste comme dsir d'union1 d'quilibre1 de paix1 ou1 si l'on veut1 d'amour mutuel et de mutuel bonheur4 ,par cela mme1 c'est un bon vouloir1 ou tout au moins c'en est le germe4 ,si un matrialisme brut et un fatalisme absolu au fond des choses taient pour le mtaphysicien vrit dmontre1 la perspective ouverte par l'ide de libert deviendrait illusoire en tant qu'indfinie et illimite2 il ne resterait que la perspective d'un dterminisme de plus en plus mobile1 automoteur par la conscience de soi-mme1 sorte d'image et de substitut de la libert4 ,mais le matrialisme absolu n'est pas dmontr2 la simple possibilit d'une libert suprieure1 le simple peut-tre1 suffit dj rendre la personne humaine sacre pour soi1 sacre pour autrui1 jusqu'au jour problmatique o le matrialisme aura prouv qu'il connat le fond absolu des choses1 qu'il est la science absolue#agb4 ,si une telle science est impossible1 il reste permis de croire que le fond des choses est une activit tendant vers la libert1 vers l'amour1 vers le bonheur4 ,le mtaphysicien ne peut se reprsenter cette activit sous les formes passives de la matire extrieure2 il ne peut non plus concevoir la libert laquelle elle tend comme une chose qu'on trouverait toute faite et toute dtermine2 il est donc oblig de se reprsenter la volont comme un principe vivant qui se fait et se dtermine lui-mme par la pense1 par le dsir1 par l'amour1 et qui est tout entier dans l'action3 ,au commencement1 dit ,goethe1 tait l'action4 #agb ,voir notre ,ide moderne du droit1 livre ,,iv4 99 99 99 99 99 ,nous arrivons au vrai et dernier problme mtaphysique4 ,nous avons montr que1 par le progrs de la liaison des faits entre eux1 puis des faits avec les ides1 puis des ides entre elles1 puis des ides particulires avec l'ide de l'univers et de son unit1 l'homme pouvait raliser une libert croissante2 mais l'unit de l'univers1 fin du vouloir1 est-elle ds prsent une ralit8 est-elle un principe transcendant antrieur l'volution mme du monde et qui la rgle1 qui la dtermine d'avance1 qui produit par cela mme une prdtermination1 une prdestination universelle1 comme la providence des thologiens8 ,ou1 au contraire1 l'unit de l'univers est-elle seulement un idal1 c'est--dire le rsultat imparfait encore et progressivement ralisable des destines individuelles8 ,en un mot1 la volont universelle est-elle dj faite1 ou se fait-elle8 et1 si elle n'est pas faite1 est-il certain qu'elle se fera8 ,selon nous1 l'unit du monde est un idal1 et un idal problmatique4 ,raliser la libert absolue hors de la nature1 dans une divinit transcendante1 c'est dplacer le problme sans le rsoudre1 c'est doubler l'tre1 comme ,platon1 pour l'expliquer1 et c'est aussi doubler la difficult4 ,bien plus1 c'est1 semble-t-il1 la rendre insoluble par les termes mmes3 car1 si la libert absolue tait dj ralise quelque part1 elle le serait partout et en tout1 elle n'aurait plus rien faire3 une libert absolue1 relle et parfaite la fois1 ne pourrait trouver ni en soi ni hors de soi aucune borne son action1 son entier panouissement#agc4 ,la catgorie de l'existence relle ne semble donc point convenir l'ide de la libert3 celle-ci ne peut tre conue par nous1 en sa perfection1 que sous la catgorie de l'idal1 en son imperfection1 que sous celle du devenir4 ,autant est inintelligible une bonne volont parfaite et parfaitement puissante1 qui cependant n'arrive pas raliser ce qu'elle veut1 autant il est plausible d'admettre au fond de la nature une bonne volont soumise au temps1 et qui ne peut raliser que progressivement ce quoi elle aspire4 #agc ,voir notre ,critique des systmes de morale contemporains1 liv4 ,,vii4 ,puisque l'unit du monde n'est qu'un idal1 il n'est pas certain que cet idal soit jamais ralis4 ,il y a1 aux yeux de l'homme1 possibilit de progrs pour les tres qui composent le monde1 parce que la ralit actuelle ne lui parat pas adquate toute la ralit possible1 ni la ralit que lui-mme conoit2 mais il n'y a pas certitude de progrs4 ,le sort du monde est donc incertain pour l'homme2 celui-ci ne saurait assigner d'avance jusqu' la fin la courbe de la destine universelle1 d'autant que cette courbe est rellement sans fin et que l'infinit chappe ses calculs4--,cette incertitude existe-t-elle non seulement pour l'homme1 mais pour n'importe quelle intelligence1 ft-ce l'intelligence universelle8--,peut-tre1 si l'intelligence n'embrasse pas tout1 n'puise pas l'infinit et vient1 en quelque sorte1 se heurter un fond inconnaissable qui la dpassera toujours4--,mais ce fond1 en admettant qu'il existe1 est-il lui-mme indtermin ou dtermin8--,comment rpondre1 puisque l'intelligence ne saisit que la dtermination et conoit l'indtermin par une voie toute ngative1 indirecte1 btarde1 comme une sorte de ngation d'elle-mme8 ,un tel problme est insoluble en vertu mme des lois de l'intelligence1 et l'intelligence ne le pose que pour se poser une limite elle-mme4 ,cette limite hypothtique est pratiquement utile1 parce qu'elle laisse concevoir1 au del du rel1 une possibilit problmatique qui peut tre une possibilit de progrs indfini4 ,dans cette incertitude1 soit relative nous1 soit absolue1 nous n'avons que deux partis prendre3 nous contenter du rel ou essayer de raliser l'idal1 nos risques et prils1 avec l'espoir que la nature pourra fournir autant et plus que notre pense peut concevoir4 ,dans cette dernire hypothse1 le monde serait une vaste socit1 une rpublique universelle en voie de formation4 ,au dbut1 guerre universelle des forces1 fatalit brutale1 mle infinie des tres s'entrechoquant sans se connatre1 par une sorte de malentendu et d'aveuglement2 puis organisation progressive1 qui permet le dgagement des consciences et par cela mme des volonts2 union progressive des tres se reconnaissant peu peu pour frres4 ,la mauvaise volont serait transitoire et natrait1 soit des ncessits mcaniques1 soit de l'ignorance intellectuelle2 la bonne volont1 au contraire1 serait permanente1 radicale1 normale1 et viendrait du fond mme de l'tre4 ,la dgager en soi1 ce serait s'affranchir du passager et de l'individuel au profit du permanent et de l'universel4 ,ce serait devenir vraiment libre et par cela mme ce serait devenir aimant4 ,la lutte pour la vie est la formule de la nature1 l'union pour la vie est la formule de l'idal1 mais l'une n'est peut-tre que le premier moment d'une volution dont l'autre est le dernier4 ,je suis au milieu de ncessits sans nombre3 mais enfin1 si par quelque ct je suis1 c'est sans doute que1 par ce ct1 je domine les ncessits extrieures4 ,je ressemble un homme qui1 au milieu des flots qui le ballottent1 parvient cependant lever la tte au-dessus des vagues2 s'il surnage1 il vit2 s'il est englouti1 il est mort4 ,je surnage par l'ide et le dsir de l'universelle libert4 99 99 99 99 99 ,le problme relatif la nature absolue de l'tre1--libert ou ncessit1--n'intresserait que la spculation mtaphysique si la science et l'art pouvaient absorber en eux toute la morale4 ,la science positive1 en effet1 se rduit la science relative3 si donc elle tait tout1 parler de libert serait chose absurde4 ,quant la pratique1 positive1 lorsqu'elle n'a pour objet que l'utile1 elle nous laisse encore en pleine relativit1 et la libert absolue est ici ce qu'il y a de plus inutile4 ,c'est seulement dans l'ordre moral que le doute spculatif relativement la nature dernire de l'activit devient un objet de trouble et d'inquitude3 car1 en vertu mme de notre thorie sur l'influence des ides1 la pratique morale devra changer selon l'ide spculative de la libert morale4 ,quand1 pour constituer la science1 l'esprit a li les choses par une relation ncessaire1 le monde semble achev et tout y parat rduit l'unit2 mais1 ds que la question morale se pose et que notre intrt se trouve en formelle contradiction avec l'intrt d'autrui1 cette apparente unit du monde de la science se divise1 se dissout1 laisse apercevoir un abme entre les intrts individuels4 ,l'unit physique n'empche pas la division morale de subsister1 la combinaison mcanique des molcules est encore une collision de forces1 le concert organique des tres vivants est encore une lutte pour la vie4 ,une dernire unit manque au systme de l'univers3 c'est celle que les tres seuls pourraient produire en s'unissant l'un l'autre et en identifiant leur intrt personnel avec le bien universel#agd4 ,dans tout problme vraiment moral1 l o l'utilitarisme cesse de fournir la solution de l'antinomie entre notre bonheur et le bonheur de tous1 nous sommes mis en demeure de prendre parti pour l'unit physique ou pour l'unit morale du monde1 pour le rgne de la force ou pour le rgne du droit et de la fraternit1 qui serait aussi le rgne de la libert4 ,il faut agir alors comme si la libert tait ralisable ou comme si elle tait irralisable2 il faut faire une affirmation ou une ngation pratique et symbolique de la libert4 #agd ,voir plus haut1 p4 #cjj et suiv4 ,pour que l'affirmation pratique de la libert ft elle-mme conforme ce que son objet exige1 il faudrait qu'elle ft libre4 ,l'affirmation certaine de la libert1 en effet1 supposerait une conscience certaine de la libert2 cette conscience1 son tour1 n'existerait que dans un acte certain de dsintressement ou de vraie charit1 seule ralisation complte de la libert vritable4 ,la charit ne peut se prouver que par ses oeuvres1 la libert ne peut se prouver que par l'action1 o elle se ralise en se concevant1 o elle se conoit en se ralisant4 ,toute dmonstration purement logique irait contre son objet en voulant faire dpendre l'indpendance de quelque autre chose1 en voulant rendre ncessaire la libert4 ,et de mme1 si on voulait dmontrer par quelle ncessit j'aime autrui1 on aurait dmontr par quelle ncessit je n'aime pas4 ,les clarts de la logique abstraite ou de la mcanique1 tournes vers le dehors1 seraient ici des obscurits4 ,l'amour dsintress1 s'il existe1 ne pourra se voir et s'affirmer lui-mme qu'en se voulant et en se crant lui-mme4 ,prends garde1 ,psych trop curieuse6 la lampe que tes mains tiennent1 alimente par les choses extrieures1 n'a qu'une flamme propre clairer l'extrieur3 devant elle l'amour s'vanouit2 si tu veux voir l'amour1 regarde dans ton coeur4 ,aussi1 tant que notre volont n'aime pas1 tant qu'elle n'existe que pour elle-mme1 elle peut douter d'elle-mme1 par une sorte de faiblesse apparente qui contient peut-tre le secret de sa force morale2 en voulant se poser seule1 dans un isolement goste1 il semble que la libert arrive se dtruire3 c'est peut-tre qu'elle est1 par essence1 universelle4 ,mais notre confiance crot dans notre libert quand elle devient ncessaire pour les autres1 ncessaire pour le dvouement1 ncessaire pour l'amour4 ,c'est alors1 c'est en se donnant autrui1 que la libert se trouve le mieux elle-mme4 ,par une tonnante union des contraires dans la sphre morale1 le seul acte o je pourrais vraiment prendre possession de ma personnalit1 ce serait celui o je me rendrais le plus impersonnel2 l'acte o je serais le plus libre1 ce serait celui o je m'attacherais autrui3 c'est seulement si je puis renoncer moi-mme que je serai enfin moi-mme4 ,l'individualit la plus haute serait1 ainsi la plus haute universalit1 et la suprme exaltation des personnes serait la suprme union des personnes4 ,par l'acte moral de dvouement1 nous travaillons cette union progressive1 cette pntration mutuelle des volonts1 cette sorte de rpublique o tous seraient libres1 gaux et frres4 ,avons-nous la certitude que notre dvouement ne sera pas vain8 ,avons-nous mme la certitude que notre dsintressement est rel1 ou rellement libre8 ,non2 cependant nous agissons1 et cette action dans l'incertitude est peut-tre elle-mme une forme suprieure du dsintressement4 ,la plus problmatique des ides spculatives1 celle de libert1 vient se confondre avec l'acte le plus pratique de la moralit4 ,o cesse la science doit commencer la mtaphysique1 et surtout cette mtaphysique en action1 plus profonde peut-tre que la mtaphysique abstraite1 cette posie de la vie1 plus inspire peut-tre que la science3 vertu1 dvouement1 amour d'autrui4 99 99 99 99 99 ,en dfinitive1 plus les coles positivistes et utilitaires de notre poque nous montrent dans toutes les actions la part de l'instinctif gosme1 mme sous les formes suprieures de l'altruisme1 plus clate le contraste de la ralit mieux connue avec l'idal vraiment moral que l'humanit s'obstine poursuivre4 ,cet idal existe tout au moins dans l'intelligence1 et nous avons maintenant le droit de dire que1 de l1 il peut passer dans les actes4 ,le philosophe antique qui fut le plus pris du monde des ides1 ,platon1 n'avait donc pas tort d'opposer la ,ncessit l',intelligence1 et de croire qu'on devient peu peu semblable l'idal que l'on contemple4 ,promthe semble fix pour jamais au dur rocher de la matire3 les liens de la ,ncessit l'enveloppent de toutes parts2 il regarde autour de lui et ne voit rien qui puisse faire tomber ses chanes2 sa premire pense est une pense de dcouragement1 ses premires paroles sont des plaintes3 ther immense1 vents l'aile rapide1 sources des fleuves1 innombrables ondulations des flots de la mer1 voyez comment les dieux traitent un dieu6 ,il semble que le jour qui doit terminer ce supplice ne se lvera jamais4--,pourtant1 dans ce corps captif une pense habite qui ne connat point de bornes1 qui soumet toutes choses1 mme l'avenir1 ses propres lois1 qui pntre les secrets de la ncessit mme1 qui domine le temps1 l'espace et le nombre1 sjour de servitude1 et qui entrevoit l'infini1 sphre de libert4 ,l'ide de libert est l'tincelle inextinguible ravie au foyer des dieux4 ,a cette ide rpond un dsir que rien de born ne peut satisfaire2 mais ce dsir insatiable1 qui l'ait le supplice de ,promthe1 prpare aussi sa dlivrance3 le dieu esclave porte dj la libert dans sa pense et dans son coeur4 ,la ncessit1 du jour o elle a t comprise par l'intelligence1 commence tre vaincue3 savoir comment les liens sont nous1 c'est savoir aussi comment on peut les dnouer4 ,l'un aprs l'autre1 en effet1 ,promthe les dnoue3 par la science1 par les arts1 il semble rendre ses chanes plus flexibles et recouvrer peu peu la libert de ses mouvements4 ,nanmoins1 ses liens ont beau devenir de plus en plus tnus et presque invisibles1 il les retrouve par la rflexion1 il les retrouve toujours4 ,en mme temps qu'il s'y voit envelopp1 il y voit aussi tous les autres hommes3 il voit s'agiter1 il voit souffrir ceux qui ont reu le feu du ciel2 il entend autour de lui non pas seulement les gmissements de la nature1 mais ceux de l'humanit1 ocan dont les plaintes rpondent aux siennes2 il s'oublie en entendant la voix de ses frres2 en apercevant les chanes o ils se dbattent1 il ne voit plus celles dont il est lui-mme entour2 sa pense et son coeur volent vers eux3 il voudrait les secourir4 ,un dernier et inflexible lien le retient encore2 un infranchissable obstacle le spare de ceux qu'il voudrait sauver par son propre sacrifice4 ,pourtant1 la merveille que la pense et le dsir cherchaient en vain1 un suprme lan de l'amour parat l'avoir accomplie3 en voulant faire tomber les chanes de ses frres1 ,promthe a fait tomber les siennes2 il est prs d'eux1 il est eux1 il est en eux3 autant qu'il est possible l'homme1 il est libre4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,,pr,,face ,,premi,,re ,,partie ,,recherche ,d',,une ,,conciliation ,,pratique ,,et ,,de ,,ses ,,limites ,,chapitre ,,premier ,l',,id,e ,,de ,,libert1 ,,moyen ,,terme ,,pratique ,,entre ,,les ,,doctrines ,,contraires4--,,gen,,se ,,de ,l',,id,e ,,de ,,libert ,i4 ,gense de l'ide de libert4 ,,ii4 ,puissance pratique cre en nous par l'ide de libert et par la persuasion que nous sommes pratiquement libres4--,evolution laquelle le dterminisme est ainsi amen dans la pratique4 #a ,,chapitre ,,deuxi,,me ,,le ,,destin ,,absolu ,,et ,,son ,,identit ,,pratique ,,avec ,,le ,,hasard ,,absolu4--,,premi,,re ,,influence ,,de ,l',,id,e ,,de ,,libert ,le destin absolu1 premire ide d'une libert inconditionnelle4 ,rsultats pratiques de cette ide4 ,critique du sophisme paresseux4--,le hasard absolu4--,rsultats moraux du fatalisme absolu4 #ai ,,chapitre ,,troisi,,me ,,jusqu',o ,,peut ,,aller ,,la ,,conciliation ,,du ,d,,terminisme ,,et ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,l',,ordre ,,physique ,,et ,,dans ,l',,ordre ,,social ,i4 ,rapports de l'homme avec la nature extrieure4--,conduite de l'automate spirituel devant la nature4 ,,ii4 ,rapports de l'homme avec la vrit conue par son intelligence4 ,l'automate spirituel pourrait-il chercher le vrai et dlibrer sur le meilleur8 ,,iii4 ,rapports de l'homme avec ses semblables4 ,comment les automates spirituels se conduiraient-ils les uns l'gard des autres8--,valeur des preuves de la libert qu'on prtend tirer des menaces et des prires1 des conseils et des ordres4--,argument du pari4--,arguments tirs de la confiance que nous avons dans la libert de nos semblables4 ,analyse des ides de promesse et de contrat4 ,,iv4 ,l'ordre social dans le dterminisme et dans la doctrine de la libert4 ,le contrat social4 ,valeur des preuves du libre arbitre tires de l'existence des lois sociales et de leur sanction4 ,responsabilit et imputabilit lgales4 ,v4 ,le droit social dans le dterminisme4 #bd ,,chapitre ,,quatri,,me ,,recherche ,d',,une ,,conciliation ,,du ,d,,terminisme ,,et ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,l',,ordre ,,moral4 ,,limites ,,de ,,cette ,,conciliation ,i4 ,possibilit d'un accord sur les sries de moyens et de fins secondaires par lesquels peut tre atteinte la fin morale4 ,,ii4 ,jusqu' quel point la conception de la fin suprme ou du bien est-elle modifie par les diffrentes manires de concevoir la volont8 ,,iii4 ,la morale idale1 une fois construite1 peut-elle tre ralise par la volont dans l'hypothse dterministe8 #dg ,,deuxi,,me ,,partie ,,recherche ,d',,une ,,conciliation ,,th,,orique ,,et ,,de ,,ses ,,limites ,,livre ,,premier ,examen critique de l'indterminisme et du dterminisme4 ,,chapitre ,,premier ,,avons-,,nous ,,conscience ,,de ,l',,activit ,,et ,,de ,,la ,,libert ,i4 ,avons-nous conscience de l'action1 dans son contraste avec la passion4 ,,ii4 ,avons-nous conscience de la puissance1 dans son contraste avec les actes particuliers4 ,,iii4 ,avons-nous conscience du moi1 comme centre commun de l'action et de la puissance4 #fg ,,chapitre ,,deuxi,,me ,l',,ind,,terminisme ,,psychologique4--,,la ,,libert ,d',,indiff,,rence ,i4 ,l'indtermination partielle dans la sensibilit et dans l'intelligence4 quilibre artificiel et prvalence artificielle des ides4 ,,ii4 ,l'indtermination dans la volont4 ,critique de ,reid4 ,,iii4 ,comment la dtermination succde l'indtermination4--,peut-on choisir avec rflexion entre deux choses indiffrentes1 et o finit la part de la libert dans ce choix8 ,expriences psychologiques4 ,analyse des faits de caprice et d'obstination4 #ic ,,chapitre ,,troisi,,me ,,la ,,libert ,d',,indiff,,rence ,,et ,,le ,,libre ,,arbitre ,,dans ,l',,ind,,terminisme ,,spiritualiste ,i4 ,quatre manires diffrentes de se reprsenter le rapport des motifs la volition4 ,,ii4 ,examen des efforts du spiritualisme pour distinguer le libre arbitre de la libert d'indiffrence4--,avons-nous conscience du libre arbitre1 soit comme fait1 soit comme condition suprieure aux faits4--,artifice du clinamen infinitsimal qu'on pourrait imaginer4 ,son insuffisance4 #ajg ,,chapitre ,,quatri,,me ,,la ,,libert ,d',,indiff,,rence ,,et ,,le ,,libre ,,arbitre ,,dans ,l',,ind,,terminisme ,,ph,,nom,,niste ,i4 ,cercle vicieux de l'indterminisme phnomniste4 ,,ii4 ,synthse et analyse artificielles dans l'indterminisme phnomniste4 ,,iii4 ,consquences psychologiques4--,l'indterminisme de la pense et du jugement dans la dlibration4--,prtendue impossibilit de la certitude dans le dterminisme4 #aag ,,chapitre ,,cinqui,,me ,l',,ind,,terminisme ,m,,canique ,i4 ,hypothse d'une direction du mouvement dans l'espace sans cration de force4 ,,ii4 ,hypothse d'un quilibre et d'une bifurcation d'intgrales4 ,,iii4 ,hypothse d'une rupture d'quilibre par une force infiniment petite4 ,,iv4 ,hypothse d'un emploi du temps laissant place l'indtermination4 #ach ,,chapitre ,,sixi,,me ,l',,ind,,terminisme ,m,,taphysique ,,dans ,l',,ordre ,,du ,,temps ,i4 ,la contingence des futurs et sa prtendue vrification par les attentes gales dans les jeux de hasard4 ,,ii4 ,la contingence des futurs et sa prtendue vrification par les lois de la statistique4 ,,iii4 ,critique de l'ide de contingence des possibles4 #afc ,,chapitre ,,septi,,me ,,le ,,principe ,,du ,d,,terminisme ,,et ,,sa ,,limite ,,dans ,l',,id,e ,,de ,,libert ,i4 ,principe du dterminisme intellectualiste et mcaniste4--,l'intelligibilit universelle et ses conditions3 universalit des lois1 permanence de la quantit de matire phnomnale1 rciprocit universelle des phnomnes4--,rduction de ces trois principes celui de la causalit phnomnale4--,comment un mme principe1 selon ,kant1 rend la fois possible l'intellection dans le sujet pensant1 l'intelligibilit dans l'objet pens4--,insuffisance de ce principe pour expliquer la ralit du sujet et celle de l'objet4 ,,ii4 ,principe du dterminisme dynamiste4--,l'quivalence mcanique n'exclut pas le progrs intrieur et psychique4--,ide de la causalit efficiente4--,que la notion de temps n'est plus aussi intimement lie cette ide4--,comment nous tendons la dpasser en nous levant du successif au simultan et du simultan au permanent4 ,,iii4 ,limite du dterminisme4--,valeur relative et symbolique du dterminisme4--,l'ide de libert suprieure au temps4--,dfinition de cette ide4--,son caractre problmatique4--,son identit avec celle d'absolu4 #aha ,,chapitre ,,huiti,,me ,l',,ind,,terminisme ,m,,taphysique ,,dans ,,le ,,monde ,,intemporel ,i4 ,la libert dans le monde intemporel1 selon ,kant4 ,,ii4 ,critique de la libert intemporelle et transcendante admise par ,kant et ,schopenhauer4 ,,iii4 ,conclusion4 ,ncessit d'une synthse de la libert et du dterminisme dans l'ordre immanent4 #aii ,,livre ,,deuxi,,me ,recherche d'une synthse thorique4 ,,chapitre ,,premier ,,force ,,efficace ,,de ,l',,id,e ,,de ,,libert ,,selon ,,la ,,th,,orie ,,des ,,id,,es-,,forces ,i4 ,notion synthtique de la libert psychologique4--,recherche de la notion o pourraient concider1 dans ce qu'ils ont de positif1 le systme de la dtermination et celui de l'indiffrence4 ,,ii4 ,idal mtaphysique de l'acte libre4--,l'acte libre doit avoir la libert et pour fin et pour cause4--,mcanisme et organisme de la libert1 que nous cherchons raliser4 ,,iii4 ,l'volution vers la libert et ses trois moments4--,evolution ncessaire pour arriver produire des actes ayant comme fin l'ide de libert4 ,,iv4 ,l'ide-force de libert comme complment du naturalisme4--,objections et rponses4--,l'ide de libert1 quivalent et substitut de la libert dans l'ordre logique1 mathmatique et mcanique4 ,v4 ,l'ide-force de libert comme complment de l'idalisme4--,introduction d'un nouvel lment dans les thories de ,leibnitz et de ,kant4 ,,vi4 ,l'ide de libert et l'ide de l'avenir4--,influence des ides du temps et de l'avenir sur le dterminisme4 ,raction de l'ide sur le fait et de la prvision sur l'action4 #bba ,,chapitre ,,deuxi,,me ,,puissance ,,efficace ,,du ,d,,sir ,,de ,,la ,,libert4--,i4 ,,libert ,,et ,s,,lection ,,naturelle4--,,ii4 ,,libert ,,et ,,finalit ,,immanente ,i4 ,libert et slection naturelle4 ,application des thories de ,lamarck et de ,darwin4 ,,ii4 ,libert et finalit4 ,substitution du dterminisme des causes finales au dterminisme des causes efficientes4 ,organisme produit par le dsir de libert4 ,,iii4 ,caractre relatif du mcanisme et de la finalit4--,leur impuissance exprimer le fond de l'activit universelle4--,flicit et libert4 #beb ,,chapitre ,,troisi,,me ,r,,le ,,de ,l',,id,e ,,et ,,du ,d,,sir ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,,la ,,formation ,,de ,,la ,,connaissance4--,,th,,orie ,,de ,,la ,,projection ,,du ,,moi ,i4 ,les fonctions intellectuelles1 au point de vue subjectif4--,en tendant l'universalit1 elles tendent satisfaire le dsir de libert4 ,abstraction1 gnralisation1 affirmation1 induction et croyance4 ,,ii4 ,explication du passage l'objectif1 puis du passage l'universel1 par un dveloppement du dsir et du vouloir4--,thorie de la projection du moi4 #bfe ,,chapitre ,,quatri,,me ,r,,le ,,de ,l',,id,e ,,et ,,du ,d,,sir ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,,le ,,sentiment ,,du ,,beau ,i4 ,le sentiment du beau4 ,caractre dsintress du jugement et du sentiment esthtiques4 ,,ii4 ,apparence de la libert dans la beaut mme4--,thories de ,plotin et de ,kant4 ,,iii4 ,la grce comme symbole de la libert4--,insuffisance du point de vue esthtique pour tablir la ralit de la libert4 #bgf ,,chapitre ,,cinqui,,me ,l',,id,e ,,et ,,le ,d,,sir ,,de ,,la ,,libert ,,dans ,l',,amour ,d',,autrui ,i4 ,idal de l'amour4--#a ,le sujet aimant nous apparat comme devant tre dou de volont et mme de volont libre4 #b ,l'objet aim nous apparat comme devant tre dou de volont libre4 ,conclusion3 l'amour idal serait une union de liberts4 ,,ii4 ,ralit de l'amour4--,l'amour rel1 en nous1 est d'abord un amour ncessaire2 mais nous concevons et dsirons un amour libre1 et nous agissons sous cette ide1 dont la ralisation absolue demeure invrifiable4 ,ncessit de passer au point de vue moral4 #bha ,,chapitre ,,sixi,,me ,,part ,,de ,l',,id,e ,,de ,,libert ,,dans ,,la ,,conception ,,de ,,la ,,moralit2 ,,construction ,,des ,,id,,es ,,directrices ,,de ,,la ,,morale ,i4 ,introduction de l'ide de libert dans l'idal moral4 ,la libert comme fond de l'idal moral ou fin de la moralit4 ,identit de la libert et du dsintressement4 ,conciliation du platonisme1 du christianisme et du kantisme4 ,,ii4 ,la libert comme forme de la moralit et condition ncessaire pour la ralisation de l'idal moral4 ,,iii4 ,construction des ides directrices de la morale4 ,substitution de l'idal persuasif l'impratif catgorique4 #bic ,,chapitre ,,septi,,me ,,les ,,antinomies ,,de ,,la ,,responsabilit4--,,la ,,libert ,,est-,,elle ,,conciliable ,,avec ,,le ,d,,terminisme8 #a ,,dans ,,la ,r,,alisation ,,du ,,bien ,,id,,al2 #b ,,dans ,,la ,r,,alisation ,,du ,,mal ,i4 ,les antinomies de la responsabilit4--,de l'imputabilit ou attribution des actes au moi4--,ncessit d'un lien entre le moi et ses actes4 ,absence de ce lien dans l'indterminisme4--,ncessit d'un lien entre le moi et la cause universelle4--,l'idal moral doit tre suprieur aux ides d'indterminisme et de dterminisme4 ,,ii4 ,la libert est-elle conciliable avec le dterminisme dans la ralisation du bien idal8--,pour qu'il y ait libert dans l'amour du bien1 est-il ncessaire qu'il y ait un rel indterminisme dans la volont4--,l multiplicit des objets de vouloir contraires augmente-t-elle ou diminue-t-elle par le progrs de la libert4--,comment la puissance du plus fonde la puissance du moins et en dtruit en mme temps l'exercice4--,comparaison entre l'impossibilit d'une action par manque de puissance et son impossibilit par excs de puissance4 ,dterminisme moral de ,socrate et de ,platon4--,la science du souverain bien1 admisepar eux1 n'est qu'un idal4--,part de l'opinion et l'amour dans l'accomplissement du bien4--,conclusion4--,la dtermination morale et la libert4 ,,iii4 ,la libert est-elle conciliable avec le dterminisme dans la ralisation du mal moral4 ,examen de la doctrine qui admet la fois la libert dans le bien et l'absence de libert dans le mal4--,raisons en faveur de cette doctrine4--,ses consquences3 suppression du mal absolu1 de la haine1 du dmrite absolu1 de l punition expiatoire1 de la damnation4 ,raisons dfavorables la doctrine prcdente3 excuse qu'elle fournit l'individu pour ses propres fautes4 ,conclusion3 nature relative de nos ides sur l'individualit et l'universel4--,rgles pratiques qui en drivent4 #cjj ,,conclusion ,i4 ,mouvement de la philosophie moderne en ,allemagne1 en ,angleterre et en ,france4 ,,ii4 ,rsum de la mthode suivie pour la recherche d'une conciliation4 ,moyens-termes scientifiques intercals entre les doctrines adverses4 ,,iii4 ,inductions mtaphysiques4--,problme final et ncessit de le rsoudre moralement par l'action4 #cch