de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,notes au lecteur de ce fichier digital3 ,seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,un ,,entretien ,,par ,,mois ,,par ,m4 ,a4 ,,de ,,lamartine ,,tome ,,quinzi,,me4 ,,paris ,,on ,s',,abonne ,,chez ,l',,auteur1 ,,rue ,,de ,,la ,,ville ,l',v,,que1 #dc4 #ahfc ,l'auteur se rserve le droit de traduction et de reproduction l'tranger4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,revue ,,mensuelle4 ,,xv ,paris4--,typographie3 ,firmin ,didot frres1 imprimeurs de l',institut et de la ,marine1 rue ,jacob1 #ef4 ,l,x,x,x,ve ,,entretien4 ,premier de la huitime anne4 ,,consid,,rations ,,sur ,,un ,,chef-,d',,oeuvre1 ,,ou ,,le ,,danger ,,du ,g,,nie4 ,les ,misrables1 par ,victor ,hugo4 ,,troisi,,me ,,partie4 ,i4 ,suivons en effet le rcit3 ,quand ,valjean1 qui se permet de rver l'assassinat de sa providence dans le bon vque de ,digne1 son sauveur1 s'est enfui par la fentre1 les gendarmes le ramnent4 ,l'vque1 par un mensonge de charit1 le plus petit des mensonges1 mais enfin un mensonge1 dit aux gendarmes qu'il ne lui a rien vol1 que c'est lui-mme1 l'vque1 qui lui a fait don de son argenterie4 ,il va plus loin3 il prend les deux flambeaux d'argent aussi sur la chemine du salon1 et les lui donne encore en lui reprochant d'avoir nglig de les emporter1 par distraction sans doute4 ,valjean les emporte2 vous croyez qu'il est corrig par tant de vertu de l'homme juste8 ,pas du tout2 lisez3 ,jean ,valjean sortit de la ville1 comme s'il s'chappait4 ,il se mit marcher en toute hte dans les champs1 prenant les chemins et les sentiers qui se prsentaient1 sans s'apercevoir qu'il revenait chaque instant sur ses pas4 ,il erra ainsi toute la matine1 n'ayant pas mang1 et n'ayant pas faim4 ,il tait en proie une foule de sensations nouvelles4 ,il se sentait une sorte de colre2 il ne savait contre qui4 ,il n'et pu dire s'il tait touch ou humili4 ,il lui venait par moments un attendrissement trange qu'il combattait et auquel il opposait l'endurcissement de ses vingt dernires annes4 ,cet tat le fatiguait4 ,il voyait avec inquitude s'branler au dedans de lui l'espce de calme affreux que l'injustice de son malheur lui avait donn4 ,il se demandait qu'est-ce qui remplacerait cela4 ,parfois il et vraiment mieux aim tre en prison avec les gendarmes1 et que les choses ne se fussent point passes ainsi2 cela l'et moins agit4 ,bien que la saison ft assez avance1 il y avait encore et l dans les haies quelques fleurs tardives1 dont l'odeur1 qu'il traversait en marchant1 lui rappelait des souvenirs d'enfance4 ,ces souvenirs lui taient presque insupportables1 tant il y avait longtemps qu'ils ne lui taient apparus4 ,des penses inexprimables s'amoncelrent ainsi en lui toute la journe4 ,comme le soleil dclinait au couchant1 allongeant sur le sol l'ombre du moindre caillou1 ,jean ,valjean tait assis derrire un buisson dans une grande plaine rousse absolument dserte4 ,il n'y avait l'horizon que les ,alpes4 ,pas mme le clocher d'un village lointain4 ,jean ,valjean pouvait tre trois lieues de ,d4 ,un sentier qui coupait la plaine passait quelques pas du buisson4 ,au milieu de cette mditation qui n'et pas peu contribu rendre ses haillons effrayants pour quelqu'un qui l'et rencontr1 il entendit un bruit joyeux4 ,il tourna la tte1 et vit venir par le sentier un petit ,savoyard d'une dizaine d'annes qui chantait1 sa vielle au flanc et sa bote marmotte sur le dos4 ,un de ces doux et gais enfants qui vont de pays en pays1 laissant voir leurs genoux par les trous de leur pantalon4 ,tout en chantant1 l'enfant interrompait de temps en temps sa marche et jouait aux osselets avec quelques pices de monnaie qu'il avait dans sa main1 toute sa fortune probablement4 ,parmi cette monnaie1 il y avait une pice de quarante sous4 ,l'enfant s'arrta ct du buisson1 sans voir ,jean ,valjean1 et fit sauter sa poigne de sous1 que jusque-l il avait reue avec assez d'adresse tout entire sur le dos de sa main4 ,cette fois la pice de quarante sous lui chappa1 et vint rouler vers la broussaille jusqu' ,jean ,valjean4 ,jean ,valjean posa le pied dessus4 ,cependant l'enfant avait suivi sa pice du regard1 et l'avait vu4 ,il ne s'tonna point1 et marcha droit l'homme4 ,c'tait un lieu absolument solitaire4 ,aussi loin que le regard pouvait s'tendre1 il n'y avait personne dans la plaine ni dans le sentier4 ,on n'entendait que les petits cris faibles d'une nue d'oiseaux de passage qui traversaient le ciel une hauteur immense4 ,l'enfant tournait le dos au soleil1 qui lui mettait des fils d'or dans les cheveux et qui empourprait d'une lueur sanglante la face sauvage de ,jean ,valjean4 --,monsieur1 dit le petit ,savoyard1 avec cette confiance de l'enfance qui se compose d'ignorance et d'innocence1--ma pice8 --,comment t'appelles-tu8 dit ,jean ,valjean4 --,petit-,gervais1 monsieur4 --,va-t'en1 dit ,jean ,valjean4 --,monsieur1 reprit l'enfant1 rendez-moi ma pice4 ,jean ,valjean baissa la tte et ne rpondit pas4 ,l'enfant recommena3 --,ma pice1 monsieur6 ,l'oeil de ,jean ,valjean resta fix terre4 --,ma pice6 cria l'enfant1 ma pice blanche6 mon argent6 ,il semblait que ,jean ,valjean n'entendt point4 ,l'enfant le prit au collet de sa blouse et le secoua4 ,et en mme temps il faisait effort pour dranger le gros soulier ferr pos sur son trsor4 --,je veux ma pice6 ma pice de quarante sous6 ,l'enfant pleurait4 ,la tte de ,jean ,valjean se releva4 ,il tait toujours assis4 ,ses yeux taient troubles4 ,il considra l'enfant avec une sorte d'tonnement1 puis il tendit la main vers son bton et cria d'une voix terrible3--,qui est l8 --,moi1 monsieur1 rpondit l'enfant4 ,petit-,gervais6 moi6 moi6 rendez-moi mes quarante sous1 s'il vous plat6 tez votre pied1 monsieur1 s'il vous plat6 ,puis1 irrit1 quoique tout petit1 et devenant presque menaant3 --,ah 1 terez-vous votre pied8 tez donc votre pied1 voyons6 --,ah6 c'est encore toi8 dit ,jean ,valjean1 et1 se dressant brusquement tout debout1 le pied toujours sur la pice d'argent1 il ajouta3--,veux-tu bien te sauver6 ,l'enfant effar le regarda1 puis commena trembler de la tte aux pieds1 et1 aprs quelques secondes de stupeur1 il se mit fuir en courant de toutes ses forces sans oser tourner le cou ni jeter un cri4 ,il faut avouer que l'vque avait bien plac son trsor4 ,un mot de plus du pauvre enfant1 et il tait assomm sur place4 ,,ii4 ,et voil l'honnte brigand devant qui la socit coupable doit confesser ses prcautions contre la rcidive6 ,voil le type qui va poser pour l'honnte homme par excellence jusqu'au bout du roman6 ,qu'en pensez-vous8 ,est-ce de ce bloc de vices incorrigibles1 d'instincts ignobles et de brutalits froces que le romancier philosophe doit jamais faire sortir le saint philanthrope1 ptri de toutes les dlicatesses de l'intelligence et de toutes les saintets de la vertu8 ,l'invraisemblance touche ici au paradoxe1 et1 si l'crivain tait moins consomm dans son art1 le livre ici tomberait des mains de tout le monde comme il est tomb des miennes4 ,on dirait3 ,non1 je n'irai pas plus loin2 ce n'est pas l l'homme1 c'est le cauchemar du sclrat1 et1 puisque l'auteur veut en faire le type de la vertu populaire1 qu'il aille tout seul1 je ne le suivrai pas dans ces prcipices du paradoxe4 ,et cependant on relve le livre jet terre1 parce que l'crivain y est encore avec tout son style1 et on va plus loin4 ,on ouvre un autre tiroir2 qu'y trouve-t-on8 ,,ce ,,que ,l',,on ,,faisait ,,paris ,,en #ahag4 ,on prouve un certain dplaisir voir un lionceau1 devenu plus tard un lion1 jeter gratuitement le sarcasme et le rire malsants sur les malheurs et les vieillesses des princes qui protgrent son enfance4 quoi bon ces ridicules posthumes jets en pture au peuple imprial de #ahfb par l'enfant sublime baptis par les ,bourbons d'un autre temps8 quoi bon une page de ,paul-,louis ,courier1 relie par mgarde dans un volume de ,hugo8 ,s'il daignait m'couter1 je lui dirais3 ,dchirez ce chapitre1 il retombe un peu de cette poussire sur votre berceau6 ,ne flattez pas ce peuple vos dpens4 ,vous avez aim les ,bourbons quand ils rentraient1 trs-innocents de la campagne d',espagne1 de la droute de ,russie1 de l'invasion du monde coalis en #ahad1 pour disputer la ,france au partage de la ,pologne2 n'en rougissez pas plus que moi6 ,chaque anne du sicle porte ses ncessits avec sa date3 ,louis ,,xviii et la charte valaient un peu mieux que le comit de salut public et la guillotine en permanence6 ,si le ridicule mordait sur l'acier1 il fallait en garder un peu pour le #ic de l'vque et du terroriste6 ,,iii4 ,de l un autre tiroir s'ouvre1 et celui-l nous ramne plus directement l'action trs-complaisamment tudie des romans populaires4 ,victor ,hugo y choue1 comme il convient un grand tragique d'chouer dans le burlesque4 ,on ne descend pas du troisime ciel dans la guinguette sans y faire un faux pas4 ,est-ce vous1 grand pote lyrique1 d'crire l'pope grotesque de quatre tudiants et de quatre grisettes8 ,laissez faire cela des plumes qui vous sont mille fois infrieures en scnes de champ de bataille et de palais1 mais suprieures en scnes de cabaret et de barrire6 ,balzac1 ce romancier de caractre qui surprend sous sa loupe puissante les gestes et les dialogues des infiniment petits comme des infiniment grands1 qui noue des milliers d'intrigues en une seule intrigue1 qui les dnoue par un fil qui se casse dans son tissu1 et qui serait cent fois plus comique que ,molire s'il avait ce que vous avez1 le style6 ,laissez cela notre ancien ami ,eugne ,sue1 qui a tudi les trivialits de la populace toute sa vie pendant que vous tudiiez les mondes dans les toiles6 ,laissez cela ,paul de ,kock et ces crivains de l'cole des ,bohmes1 qui ont plus de gaiet et d'esprit que vous1 bien qu'ils n'aient pas une plume des ailes transcendantes de votre gnie6--,et flicitez-vous de n'avoir pas su descendre3 ne descend pas qui veut6 ,c'est la punition des hommes sublimes et qui volent1 de ne pas marcher6--,je me trompe1 un seul homme l'a su dans ,falstaff4--,mais cet homme tait ,shakspeare4 ,le ramassis de quolibets1 de calembours1 de vulgarits saugrenues de cette partie carre qui occupe un tiers de volume dans les ,misrables1 ne mrite pas qu'on s'y arrte4--,une seule remarque encore1 c'est que ces huit convives1 mles et femelles 7car on ne peut pas les appeler hommes et femmes71 ont tous les huit des vices incarns dans la dbauche et dans l'gosme le plus rvoltant4 ,les quatre tudiants se jouent des quatre sultanes qu'ils ont sduites parmi les plus jolies filles du peuple1 comme de quatre instruments de plaisir qu'ils brisent aprs les avoir corrompues et rendues mres1 sans se soucier seulement de leur innocence passe et de leur malheur venir4 ,leurs tudes finies1 ils complotent1 comme un tour de gaiet trs-spirituel1 de leur crire un adieu collectif1 de les laisser peu prs ivres chez le restaurateur de barrire1 et de partir ensemble pour leurs provinces respectives1 sans leur donner leur adresse4 ,le tour s'excute2 les quatre jeunes filles1 stupfaites1 restent en gage et deviennent ce que veut la providence des parties carres1 le hasard servi par la dbauche4 ,et je vous donne en quatre aussi deviner ce que cela prouve contre cette socit qui va en payer les frais dans le roman philosophique de ,victor ,hugo4 ,cela prouve que le peuple ne veille pas assez sur ses jolies filles1 et la bourgeoisie sur ses fils3 car il est vident que1 si chacune de ces grisettes avait une gouvernante1 et chacun de ces jeunes dbauchs un gouverneur1 comme le veut ,j4-,j4 ,rousseau dans l'mile1 la socit serait infiniment mieux compose1 qu'on n'irait pas en partie carre dner la barrire1 et que votre fille ne serait pas muette6 ,,iv4 ,au second volume1 une scne d'enfant1 ce privilge du talent de l'crivain1 est dessine avec amour4 ,sur le seuil d'une auberge de campagne1 deux petites filles1 l'une de deux ans1 l'autre de dix-huit mois1 se balancent aux rayons du soleil couchant sur une escarpolette d'anneaux de fer placs sous une charrette2 l'aubergiste1 assis sur sa porte1 les berce avec une ficelle attache sa main1 et les fait crier de joie chaque gmissement mtallique de l'escarpolette improvise4 ,de la chair frache et du fer rouill1 voil encore une antithse4 ,c'est une de ces scnes faites de rien1 mais dcrites avec la minutie savante de ,meissonnier1 et vues avec l'oeil d'une mre1 scnes l'aide desquelles ,hugo grave pour l'ternit dans l'oeil et dans la mmoire de son lecteur une rencontre dont il veut qu'on se souvienne4 ,heureux qui sait peindre6 ,cela prouve qu'il a senti4 ,souvenez-vous de ces vers dlicieux de douleur1 dans lesquels le grand pote pense sa fille et son gendre noys dans la ,seine en se baignant prs de ,rouen2 l'une par imprudence1 l'autre pour ne pas survivre son amour6--,qui peut oublier ces couleurs trempes et dlayes dans des larmes chaudes8 ,ainsi est en prose la scne de devant l'auberge4 ,les deux enfants taient l'aubergiste4 ,une autre femme1 toute jeune encore1 s'avanait ce spectacle1 portant un sac de nuit et un autre enfant4 ,v4 ,victor ,hugo1 sr de son pinceau1 comme ,raphal quand il rencontre une mre virginale et un enfant-,dieu1 ne manque pas de les dcrire4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,l'enfant de cette femme tait un des plus divins tres qu'on pt voir4 ,c'tait une fille de deux trois ans4 ,elle et pu jouter avec les deux autres petites pour la coquetterie de l'ajustement2 elle avait un bavolet de linge fin1 des rubans sa brassire et de la valenciennes son bonnet4 ,le pli de sa jupe releve laissait voir sa cuisse blanche1 potele et ferme4 ,elle tait admirablement rose et bien portante4 ,la belle petite donnait envie de mordre dans les pommes de ses joues4 ,on ne pouvait rien dire de ses yeux1 sinon qu'ils devaient tre trs-grands et qu'ils avaient des cils magnifiques4 ,elle dormait4 ,elle dormait de ce sommeil d'absolue confiance propre son ge4 ,les bras des mres sont faits de tendresse2 les enfants y dorment profondment4 ,quant la mre1 l'aspect en tait pauvre et triste4 ,elle avait la mise d'une ouvrire qui tend redevenir paysanne4 ,elle tait jeune4 tait-elle belle8 peut-tre2 mais avec cette mise il n'y paraissait pas4 ,ses cheveux1 d'o s'chappait une mche blonde1 semblaient fort pais1 mais disparaissaient svrement sous une coiffe de bguine1 laide1 serre1 troite1 et noue au menton4 ,le rire montre les belles dents quand on en a2 mais elle ne riait point4 ,ses yeux ne semblaient pas tre secs depuis trs-longtemps4 ,elle tait ple2 elle avait l'air trs-lasse et un peu malade2 elle regardait sa fille endormie dans ses bras avec cet air particulier d'une mre qui a nourri son enfant4 ,un large mouchoir bleu comme ceux o se mouchent les invalides1 pli en fichu1 masquait lourdement sa taille4 ,elle avait les mains hles et toutes piques de taches de rousseur1 l'index durci et dchiquet par l'aiguille1 une mante brune de laine bourrue1 une robe de toile et de gros souliers4 ,c'tait ,fantine4 ,c'tait ,fantine1 difficile reconnatre4 ,pourtant1 l'examiner attentivement1 elle avait toujours sa beaut4 ,un pli triste1 qui ressemblait un commencement d'ironie1 ridait sa joue droite4 ,quant sa toilette1 cette arienne toilette de mousseline et de rubans qui semblait faite avec de la gaiet1 de la folie et de la musique1 pleine de grelots et parfume de lilas1 elle s'tait vanouie comme ces beaux givres clatants qu'on prend pour des diamants au soleil2 ils fondent et laissent la branche toute noire4 ,dix mois s'taient couls depuis la bonne farce4 ,que s'tait-il pass pendant ces dix mois8 ,on le devine4 ,aprs l'abandon1 la gne4 ,fantine avait tout de suite perdu de vue ,favourite1 ,zphine et ,dahlia2 le lien bris du ct des hommes s'tait dfait du ct des femmes2 on les et bien tonnes1 quinze jours aprs1 si on leur et dit qu'elles taient amies2 cela n'avait plus de raison d'tre4 ,fantine tait reste seule4 ,le pre de son enfant parti1--hlas6 ces ruptures-l sont irrvocables1--elle se trouva absolument isole1 avec l'habitude du travail de moins et le got du plaisir de plus4 ,entrane par sa liaison avec ,tholomys ddaigner le petit mtier qu'elle savait1 elle avait nglig ses dbouchs3 ils s'taient ferms4 ,nulle ressource4 ,fantine savait peine lire et ne savait pas crire2 on lui avait seulement appris dans son enfance signer son nom2 elle avait fait crire par un crivain public une lettre ,tholomys1 puis une seconde1 puis une troisime4 ,tholomys n'avait pas rpondu4 ,de l misre1 ncessit d'abandonner son enfant1 retours de sa pense vers son pays natal1 o cependant elle n'avait d'autre famille que les noms du pays1 les rues et les portes des maisons4 ,elle emportait son enfant1 sa fille1 esprant la nourrir1 l'lever de ses soins1 de ses larmes4 ,l'aubergiste veut bien garder l'enfant de ,fantine en sevrage un prix modr2 l'enfant se nomme ,cosette4 ,fantine la laisse en pleurant1 s'engage payer sa pension1 s'tablit seule dans sa ville natale1 et y cherche de l'ouvrage4 ,hlas6 en vain4--,voil la premire vritable misre du roman4 ,mais la peinture en est charge de couleurs mlodramatiques fausses1 parce que le mlodrame n'a rien de commun avec la nature4 ,au bout de quelques mois1 on demande la pension de ,cosette2 la mre coupe ses cheveux et les vend pour payer un terme1 puis un autre terme4 ,elle n'a vendre que ses deux dents de devant1 elle les fait arracher et reste enlaidie pour rester mre1 etc41 etc43 tout cela entreml de misre mal motive ou mal amene4 ,le roman tourne l'invraisemblance par l'atroce4 ,l'imagination se dfie de l'crivain1 elle se dtourne de ces misres procd et systme1 et par dgot elle ne veut pas croire4 ,la socit1 mme actuelle1 ne renvoie pas l'arracheur de dents une jeune et jolie fille qui porte son enfant au seuil d'un hospice1 et qui1 en acceptant la honte pour elle1 mendie auprs des lois pour l'innocente crature4 ,il faut l'accuser1 oui1 mais non la calomnier4 ,nul ne le sait mieux que moi1 qui ai tant protest1 par mes crits et mes discours1 contre la suppression barbare des tours1 cette institution admirable de dlicatesse1 qui sauve la honte1 au moins la vie aux enfants4 ,la publicit du dpt est un attentat la pudeur1 le dsespoir inscrit perptuit sur l'enfant1 oui2 mais enfin le dpt existe1 la loi ne l'a pas encore os supprimer4 ,,vi4 ,fantine se trane dans la misre et choue la prostitution la plus abjecte1 corrompue par la faim dans sa petite ville natale de ,m444 sur ,m444 ,mais ,valjean se retrouve l sous un nom qui cache son pass3 il a pass dix-neuf ans au bagne1 il s'est vad cinq ou six fois1 enfin il a fini par tenter fortune et par la gagner en inventant je ne sais quel procd nouveau pour conomiser la faon sur le noir de jais4 ,il y a recueilli d'normes bnfices4 ,le pays1 qui y gagne aussi1 ne lui marchande pas la considration montaire qui suit le succs commercial4 ,le roi l'a nomm maire de son pays et chevalier de la ,lgion d'honneur2 il a six cent mille francs de rserve dposs chez le banquier libral1 ,m4 ,laffitte4 ,c'tait un impitoyable honnte homme1 dit ,m4 ,hugo2 il demandait aux hommes de la bonne volont1 aux femmes des moeurs pures1 tous de la probit4 ,il avait divis les ateliers afin de sparer les sexes1 et que les filles et les femmes pussent rester sages4 ,sur ce point il tait inflexible4 ,il s'appelait maintenant le pre ,madeleine2 il employait tout le monde2 il n'exigeait qu'une chose3 ,soyez honnte homme6 soyez honnte fille6 ,vritable ,grandisson du commerce et de l'industrie1 il tait irrprochable1 monotone1 pdant et rogue comme lui3 le type des manufacturiers parvenus et vertueux4 ,dans un autre temps1 ,victor ,hugo lui aurait fait reconqurir un haut rang dans la socit par l'hrosme3 ,valjean se serait vad1 aurait pris les armes1 serait mont de grade en grade dans un rgiment ou sur un vaisseau1 aurait fait tant d'exploits qu'il serait devenu un grand gnral comme ,garibaldi1 un aventurier de libert1 un dictateur de peuple1 renversant1 pour son chef-d'oeuvre1 le sige d'une religion1 et1 pour se distraire1 une demi-douzaine de trnes6 ,mais1 il faut ici le reconnatre ,m4 ,hugo va chercher pour son hros du bagne1 en #ahah1 la considration publique o elle est1 dans une addition bien faite1 dans une fortune acquise sou par sou1 en faisant1 par charit1 travailler une multitude d'ouvriers chastes et probes1 condition que la journe de chacun et de chacune lui rapporterait lui-mme un bon bnfice6 ,voil la vertu du manufacturier ,j4 ,valjean1 la vertu estimable et utile de #ahah6 ,,vii4 ,mais voyons par quel procd de morale trs-peu sociale le digne galrien tait arriv cet otium cum dignitate de maire de sa commune et de ,petit ,manteau bleu de ,m444 sur ,m444 ,c'est ici que la socit est vertement semonce par cet audacieux bandit avant qu'il ait concouru pour le prix ,montyon de son poque1 avant qu'il ait acquis cette vertu dshonore qui n'a de prix que parce qu'elle se cache1 et qui n'a de couronne que parce qu'elle se montre3 ,et fugit ad salices et se cupit ante videri6 ,lisez3 ,il faut bien que la socit regarde ces choses1 puisque c'est elle qui les fait6 ,jean ,valjean tait au bagne un ignorant1 mais ce n'tait pas un imbcile4 ,la lumire naturelle tait allume en lui4 ,le malheur1 qui a aussi sa clart1 augmenta le peu de jour qu'il y avait dans cet esprit4 ,sous le bton1 sous la chane1 au cachot1 la fatigue1 sous l'ardent soleil du bagne1 sur le lit de planches des forats1 il se replia en sa conscience et rflchit4 ,il se constitua tribunal4 ,il commena par se juger lui-mme4 ,il reconnut qu'il n'tait pas un innocent injustement puni4 ,il s'avoua qu'il avait commis une action extrme et blmable2 qu'on ne lui et peut-tre pas refus ce pain1 s'il l'avait demand2 que dans tous les cas il et mieux valu l'attendre1 soit de la piti1 soit du travail2 que ce n'est pas tout fait une raison sans rplique de dire3 ,peut-on attendre quand on a faim8 ,que d'abord il est trs-rare qu'on meure littralement de faim2 ensuite que1 malheureusement ou heureusement1 l'homme est ainsi fait qu'il peut souffrir longtemps et beaucoup1 moralement et physiquement1 sans mourir2 qu'il fallait donc de la patience2 que cela et mieux valu mme pour ces pauvres petits enfants2 que c'tait un acte de folie1 lui1 malheureux homme chtif1 de prendre violemment au collet la socit tout entire et de se figurer qu'on sort de la misre par le vol2 que c'tait1 dans tous les cas1 une mauvaise porte pour sortir de la misre que celle par o l'on entre dans l'infamie2 enfin qu'il avait eu tort4 ,puis il se demanda3 ,s'il tait le seul qui avait eu tort dans sa fatale histoire2 si d'abord ce n'tait pas une chose grave qu'il et1 lui travailleur1 manqu de travail1 lui laborieux1 manqu de pain2 si1 ensuite1 la faute commise et avoue1 le chtiment n'avait pas t froce et outr2 s'il n'y avait pas plus d'abus de la part de la loi dans la peine qu'il n'y avait eu d'abus de la part du coupable dans sa faute2 s'il n'y avait pas excs de poids dans un des plateaux de la balance1 celui o est l'expiation2 si la surcharge de la peine n'tait point l'effacement du dlit1 et n'arrivait pas ce rsultat de retourner la situation1 de remplacer la faute du dlinquant par la faute de la rpression1 de faire du coupable la victime et du dbiteur le crancier1 et de mettre dfinitivement le droit du ct de celui-l mme qui l'avait viol2 si cette peine1 complique des aggravations successives pour les tentatives d'vasion1 ne finissait pas par tre une sorte d'attentat du plus fort sur le plus faible1 un crime de la socit sur l'individu1 un crime qui recommenait tous les jours1 un crime qui durait dix-neuf ans4 ,il se demanda si la socit humaine pouvait avoir le droit de faire galement subir ses membres1 dans un cas son imprvoyance draisonnable1 et dans l'autre cas sa prvoyance impitoyable2 et de saisir jamais un pauvre homme entre un dfaut et un excs1 dfaut de travail1 excs de chtiment2 ,s'il n'tait pas exorbitant que la socit traitt ainsi prcisment ses membres les plus mal dots dans la rpartition des biens que fait le hasard1 et par consquent les plus dignes de mnagements4 ,ces questions faites et rsolues1 il jugea la socit et la condamna4 ,il la condamna sa haine4 ,il la fit responsable du sort qu'il subissait1 et se dit qu'il n'hsiterait peut tre pas lui en demander compte un jour4 ,il se dclara lui-mme qu'il n'y avait pas quilibre entre le dommage qu'il avait caus et le dommage qu'on lui causait2 il conclut enfin que son chtiment n'tait pas1 la vrit1 une injustice1 mais qu' coup sr c'tait une iniquit4 ,la colre peut tre folle et absurde2 on peut tre irrit tort2 on n'est indign que lorsqu'on a raison au fond par quelque ct4 ,jean ,valjean se sentait indign4 ,et puis1 la socit humaine ne lui avait fait que du mal2 jamais il n'avait vu d'elle que ce visage courrouc1 qu'elle appelle sa ,justice et qu'elle montre ceux qu'elle frappe4 ,les hommes ne l'avaient touch que pour le meurtrir4 ,tout contact avec eux lui avait t un coup4 ,jamais1 depuis son enfance1 depuis sa mre1 depuis sa soeur1 jamais il n'avait rencontr une parole amie1 un regard bienveillant4 ,de souffrance en souffrance il arriva peu peu cette conviction que la vie tait une guerre1 que dans cette guerre il tait le vaincu4 ,il n'avait d'autre arme que sa haine4 ,il rsolut de l'aiguiser au bagne et de l'emporter en s'en allant4 ,il y avait ,toulon une cole pour la chiourme1 tenue par les frres ignorantins1 o l'on enseignait le plus ncessaire ceux de ces malheureux qui avaient la bonne volont4 ,il fut du nombre des hommes de bonne volont4 ,il alla l'cole quarante ans1 et apprit lire1 crire1 compter4 ,il sentit que fortifier son intelligence1 c'tait fortifier sa haine4 ,dans de certains cas1 l'instruction et la lumire peuvent servir de rallonge au mal4 ,cela est triste dire3 aprs avoir jug la socit qui avait fait son malheur1 il jugea la providence qui avait fait la socit1 et il la condamna aussi4 ,ainsi1 pendant ces dix-neuf ans de torture et d'esclavage1 cette me monta et tomba en mme temps4 ,il y entra de la lumire d'un ct et des tnbres de l'autre4 ,,viii4 ,jean ,valjean n'tait pas1 on l'a vu1 d'une nature mauvaise4 ,il tait encore bon quand il arriva au bagne4 ,il y condamna la socit et sentit qu'il devenait mchant2 il y condamna la providence et sentit qu'il devenait impie4 ,ici il est difficile de ne pas mditer un instant4 ,la nature humaine se transforme-t-elle ainsi de fond en comble et tout fait8 ,l'homme cr bon par ,dieu peut-il tre fait mchant par l'homme8 ,l'me peut-elle tre refaite tout d'une pice par la destine1 et devenir mauvaise1 la destine tant mauvaise8 ,le coeur peut-il devenir difforme et contracter des laideurs et des infirmits incurables sous la pression d'un malheur disproportionn1 comme la colonne vertbrale sous une vote trop basse8 ,n'y a-t-il pas dans toute me humaine1 n'y avait-il pas dans l'me de ,jean ,valjean en particulier1 une premire tincelle1 un lment divin1 incorruptible dans ce monde1 immortel dans l'autre1 que le bien peut dvelopper1 attiser1 allumer et faire rayonner splendidement1 et que le mal ne peut jamais entirement teindre8 ,questions graves et obscures1 la dernire desquelles tout physiologiste et probablement rpondu non1 et sans hsiter1 s'il et vu ,toulon1 aux heures de repos qui taient pour ,jean ,valjean des heures de rverie1 assis1 les bras croiss1 sur la barre de quelque cabestan1 le bout de sa chane enfonc dans sa poche pour l'empcher de traner1 ce galrien morne1 srieux1 silencieux et pensif1 paria des lois qui regardait l'homme avec colre1 damn de la civilisation qui regardait le ciel avec svrit4 ,certes1 et nous ne voulons pas le dissimuler1 le physiologiste observateur et vu l une misre irrmdiable2 il et plaint peut-tre ce malade du fait de la loi1 mais il n'et pas mme essay de traitement2 il et dtourn le regard des cavernes qu'il aurait entrevues dans cette me2 et1 comme ,dante de la porte de l'enfer1 il et effac de cette existence le mot que le doigt de ,dieu a pourtant crit sur le front de tout homme3 ,esprance6 ,cet tat de son me que nous avons tent d'analyser tait-il aussi parfaitement clair pour ,jean ,valjean que nous avons essay de le rendre pour ceux qui nous lisent8 ,jean ,valjean voyait-il distinctement aprs leur formation1 et avait-il vu distinctement mesure qu'ils se formaient1 tous les lments dont se composait sa misre morale8 ,cet homme rude et illettr s'tait-il bien nettement rendu compte de la succession d'ides par laquelle il tait1 degr degr1 mont et descendu jusqu'aux lugubres aspects qui taient depuis tant d'annes dj l'horizon intrieur de son esprit8 ,avait-il bien conscience de tout ce qui s'tait pass en lui et de tout ce qui s'y remuait8 ,c'est ce que nous n'oserions dire2 c'est mme ce que nous ne croyons pas4 ,il y avait trop d'ignorance dans ce ,jean ,valjean pour que1 mme aprs tant de ce malheur1 il n'y restt pas beaucoup de vague4 ,par moments il ne savait pas mme bien au juste ce qu'il prouvait4 ,jean ,valjean tait dans les tnbres2 il souffrait dans les tnbres2 il hassait dans les tnbres2 on et pu dire qu'il naissait devant lui4 ,il vivait habituellement dans cette ombre1 ttonnant comme un aveugle et comme un rveur4 ,seulement1 par intervalles1 il lui venait tout coup1 de lui-mme et du dehors1 une secousse de colre1 un surcrot de souffrance1 un ple et rapide clair qui illuminait toute son me1 et faisait brusquement apparatre partout autour de lui1 en avant et en arrire1 aux lueurs d'une lumire affreuse1 les hideux prcipices et les sombres perspectives de sa destine4 ,l'clair pass1 la nuit retombait1 et o tait-il8 ,il ne le savait plus4 ,le propre des peines de cette nature1 dans lesquelles domine ce qui est impitoyable1 c'est--dire ce qui est abrutissant1 c'est de transformer peu peu1 par une sorte de transfiguration stupide1 un homme en bte fauve1 quelquefois en bte froce4 ,les tentatives d'vasion de ,jean ,valjean1 successives et obstines1 suffiraient prouver cet trange travail fait par la loi sur l'me humaine4 ,jean ,valjean et renouvel ces tentatives1 si parfaitement inutiles et folles1 autant de fois que l'occasion s'en ft prsente1 sans songer un instant au rsultat1 ni aux expriences dj faites4 ,il s'chappait imptueusement comme le loup qui trouve la cage ouverte4 ,l'instinct lui disait3 ,sauve-toi6 ,le raisonnement lui et dit3 ,reste6 ,mais1 devant une tentation si violente1 le raisonnement avait disparu2 il n'y avait plus que l'instinct4 ,la bte seule agissait4 ,quand il tait repris1 les nouvelles svrits qu'on lui infligeait ne servaient qu' l'effarer davantage4 ,,ix4 ,un dtail que nous ne devons pas omettre1 c'est qu'il tait d'une force physique dont n'approchait pas un des habitants du bagne4 la fatigue1 pour filer un cble1 pour tirer un cabestan1 ,jean ,valjean valait quatre hommes4 ,il soulevait et soutenait parfois d'normes poids sur son dos1 et remplaait dans l'occasion cet instrument qu'on appelle cric et qu'on appelait jadis orgueil1 d'o a pris nom1 soit dit en passant1 la rue ,montorgueil prs des halles de ,paris4 ,ses camarades l'avaient surnomm ,jean-le-,cric4 ,une fois1 comme on rparait le balcon de l'htel de ville de ,toulon1 une des admirables cariatides de ,puget qui soutiennent ce balcon se descella et faillit tomber4 ,jean ,valjean1 qui se trouvait l1 soutint de l'paule la cariatide et donna le temps aux ouvriers d'arriver4 ,sa souplesse dpassait encore sa vigueur4 ,certains forats1 rveurs perptuels d'vasions1 finissent par faire de la force et de l'adresse combines une vritable science4 ,c'est la science des muscles1 toute une statique mystrieuse et quotidiennement pratique par les prisonniers1 ces ternels envieux des mouches et des oiseaux4 ,gravir une verticale1 et trouver des points d'appui l o l'on voit peine une saillie1 tait un jeu pour ,jean ,valjean4 tant donn un angle de mur1 avec la tension de son dos et de ses jarrets1 avec ses coudes et ses talons embots dans les asprits de la pierre1 il se hissait comme magiquement un troisime tage4 ,quelquefois il montait ainsi jusqu'au toit du bagne4 ,il parlait peu4 ,il ne riait pas4 ,il fallait quelque motion extrme pour lui arracher1 une ou deux fois l'an1 ce lugubre rire du forat qui est comme un cho du rire du dmon4 le voir1 il semblait occup regarder continuellement quelque chose de terrible4 ,x4 ,il tait absorb1 en effet4 travers les perceptions maladives d'une nature incomplte et d'une intelligence accable1 il sentait confusment qu'une chose monstrueuse tait sur lui4 ,dans cette pnombre obscure et blafarde o il rampait1 chaque fois qu'il tournait le cou et qu'il essayait d'lever son regard1 il voyait avec une terreur mle de rage s'chafauder1 s'tager et monter perte de vue au-dessus de lui1 avec ses escarpements horribles1 une sorte d'entassement effrayant de choses1 de lois1 de prjugs1 d'hommes et de faits1 dont les contours lui chappaient1 dont la masse l'pouvantait1 et qui n'tait autre chose que cette prodigieuse pyramide que nous appelons la civilisation4 ,il distinguait et l dans cet ensemble fourmillant et difforme1 tantt prs de lui1 tantt loin et sur des plateaux inaccessibles1 quelque groupe1 quelque dtail vivement clair3 ici l'argousin avec son bton1 ici le gendarme et son sabre1 l-bas l'archevque mitr1 tout en haut1 dans une sorte de soleil1 l'empereur couronn et blouissant4 ,il lui semblait que ces splendeurs lointaines1 loin de dissiper sa nuit1 la rendaient plus funbre et plus noire4 ,tout cela1 lois1 prjugs1 faits1 hommes1 choses1 allait et venait au-dessus de lui1 selon le mouvement compliqu et mystrieux que ,dieu imprime la civilisation1 marchant sur lui et l'crasant avec je ne sais quoi de paisible dans la cruaut et d'inexorable dans l'indiffrence4 mes tombes au fond de l'infortune possible1 malheureux hommes perdus au plus bas de ces limbes o l'on ne regarde plus1 les rprouvs de la loi sentent peser de tout son poids sur leur tte cette socit humaine1 si formidable pour qui est dehors1 si effroyable pour qui est dessous4 ,dans cette situation1 ,jean ,valjean songeait1 et quelle pouvait tre la nature de sa rverie8 ,si le grain de mil sous la meule avait des penses1 il penserait sans doute ce que pensait ,jean ,valjean4 ,toutes ces choses1 ralits pleines de spectres1 fantasmagories pleines de ralits1 avaient fini par lui crer une sorte d'tat intrieur presque inexprimable4 ,,xi4 ,par moments1 au milieu de son travail du bagne1 il s'arrtait4 ,il se mettait penser4 ,sa raison1 la fois plus mre et plus trouble qu'autrefois1 se rvoltait4 ,tout ce qui lui tait arriv lui paraissait absurde2 tout ce qui l'entourait lui paraissait impossible4 ,il se disait3 ,c'est un rve4 ,il regardait l'argousin debout quelques pas de lui2 l'argousin lui semblait un fantme2 tout coup le fantme lui donnait un coup de bton4 ,la nature visible existait peine pour lui4 ,il serait presque vrai de dire qu'il n'y avait point pour ,jean ,valjean de soleil1 ni de beaux jours d't1 ni de ciel rayonnant1 ni de fraches aubes d'avril4 ,je ne sais quel jour de soupirail clairait habituellement son me4 ,pour rsumer en terminant ce qui peut tre rsum et traduit en rsultats positifs dans tout ce que nous venons d'indiquer1 nous nous bornerons constater qu'en dix-neuf ans1 ,jean ,valjean1 l'inoffensif mondeur de ,faverolles1 le redoutable galrien de ,toulon1 tait devenu capable1 grce la manire dont le bagne l'avait faonn1 de deux espces de mauvaises actions3 premirement1 d'une mauvaise action rapide1 irrflchie1 pleine d'tourdissement1 toute d'instinct1 sorte de reprsailles pour le mal souffert2 deuximement1 d'une mauvaise action grave1 srieuse1 dbattue en conscience et mdite avec les ides fausses que peut donner un pareil malheur4 ,ses prmditations passaient par les trois phases successives que les natures d'une certaine trempe peuvent seules parcourir1 raisonnement1 volont1 obstination4 ,il avait pour mobile l'indignation habituelle1 l'amertume de l'me1 le profond sentiment des iniquits subies1 la raction1 mme contre les bons1 les innocents et les justes1 s'il y en a4 ,le point de dpart comme le point d'arrive de toutes ses penses tait la haine de la loi humaine2 cette haine qui1 si elle n'est arrte dans son dveloppement par quelque incident providentiel1 devient1 dans un temps donn1 la haine de la socit1 puis la haine du genre humain1 puis la haine de la cration1 et se traduit par un vague et incessant et brutal dsir de nuire1 n'importe qui1 un tre vivant quelconque4--,comme on voit1 ce n'tait pas sans raison que le passe-port qualifiait ,jean ,valjean d'homme trs-dangereux4 ,d'anne en anne1 cette me s'tait dessche de plus en plus1 lentement1 mais fatalement4 coeur sec1 oeil sec4 sa sortie du bagne1 il y avait dix-neuf ans qu'il n'avait vers une larme4 ,,xii4 ,l',,onde ,,et ,l',,ombre4 ,un homme la mer6 ,qu'importe6 le navire ne s'arrte pas4 ,le vent souffle1 ce sombre navire-l a une route qu'il est forc de continuer4 ,il passe4 ,l'homme disparat1 puis reparat1 il plonge et remonte la surface1 il appelle1 il tend les bras1 on ne l'entend pas2 le navire frissonnant sous l'ouragan et tout la manoeuvre1 les matelots et les passagers ne voient mme plus l'homme submerg2 sa misrable tte n'est qu'un point dans l'normit des vagues4 ,il jette des cris dsesprs dans les profondeurs4 ,quel spectre que cette voile qui s'en va6 ,il la regarde1 il la regarde frntiquement4 ,elle s'loigne1 elle blmit1 elle dcrot4 ,il tait l tout l'heure1 il tait de l'quipage1 il allait et venait sur le pont avec les autres1 il avait sa part de respiration et de soleil1 il tait un vivant4 ,maintenant1 que s'est-il donc pass8 ,il a gliss1 il est tomb1 c'est fini4 ,il est dans l'eau monstrueuse4 ,il n'a plus sous les pieds que de la fuite et de l'croulement4 ,les flots dchirs et dchiquets par le vent l'environnent hideusement1 les roulis de l'abme l'emportent1 tous les haillons de l'eau s'agitent autour de sa tte1 une populace de vagues crache sur lui1 de confuses ouvertures le dvorent demi2 chaque fois qu'il enfonce1 il entrevoit des prcipices pleins de nuit2 d'affreuses vgtations inconnues le saisissent1 lui nouent les pieds1 le tirent elles2 il sent qu'il devient abme1 il fait partie de l'cume1 les flots se le jettent de l'un l'autre1 il boit l'amertume1 l'ocan lche s'acharne le noyer1 l'normit joue avec son agonie4 ,il semble que toute cette eau soit de la haine4 ,il lutte pourtant4 ,il essaye de se dfendre1 il essaye de se soutenir1 il fait effort1 il nage4 ,lui1 cette pauvre force tout de suite puise1 il combat l'inpuisable4 ,o donc est le navire8 ,l-bas4 peine visible dans les ples tnbres de l'horizon4 ,les rafales soufflent2 toutes les cumes l'accablent4 ,il lve les yeux et ne voit que les lividits des nuages4 ,il assiste1 agonisant1 l'immense dmence de la mer4 ,il est supplici par cette folie4 ,il entend des bruits trangers l'homme qui semblent venir d'au-del de la terre et d'on ne sait quel dehors effrayant4 ,il y a des oiseaux dans les nues1 de mme qu'il y a des anges au-dessus des dtresses humaines1 mais que peuvent-ils pour lui8 ,cela vole1 chante et plane1 et lui1 il rle4 ,il se sent enseveli la fois par ces deux infinis1 l'ocan et le ciel2 l'un est une tombe1 l'autre est un linceul4 ,la nuit descend1 voil des heures qu'il nage1 ses forces sont bout2 le navire1 cette chose lointaine o il y avait des hommes1 s'est effac2 il est seul dans le formidable gouffre crpusculaire1 il enfonce1 il se roidit1 il se tord2 il sent au-dessous de lui les vagues monstres de l'invisible2 il appelle4 ,il n'y a plus d'hommes4 ,o est ,dieu8 ,il appelle4 ,quelqu'un6 quelqu'un6 ,il appelle toujours4 ,rien l'horizon4 ,rien au ciel4 ,il implore l'tendue1 la vague1 l'algue1 l'cueil2 cela est sourd4 ,il supplie la tempte2 la tempte imperturbable n'obit qu' l'infini4 ,autour de lui l'obscurit1 la brume1 la solitude1 le tumulte orageux et inconscient1 le plissement indfini des eaux farouches4 ,en lui l'horreur de la fatigue4 ,sous lui la chute4 ,pas de point d'appui4 ,il songe aux aventures tnbreuses du cadavre dans l'ombre illimite4 ,le froid sans fond le paralyse4 ,ses mains se crispent et se ferment et prennent du nant4 ,vents1 nues1 tourbillons1 souffles1 toiles inutiles6 ,que faire8 ,le dsespr s'abandonne1 qui est las prend le parti de mourir1 il se laisse faire1 il se laisse aller1 il lche prise1 et le voil qui roule jamais dans les profondeurs lugubres de l'engloutissement4 ,,xiii4 marche implacable des socits humaines6 ,pertes d'hommes et d'mes chemin faisant6 ,ocan o tombe tout ce que laisse tomber la loi6 ,disparition sinistre du secours6 mort morale6 ,la mer1 c'est l'inexorable nuit sociale o la pnalit jette ses damns4 ,la mer1 c'est l'immense misre4 ,l'me1 vau-l'eau dans ce gouffre1 peut devenir un cadavre4 ,qui la ressuscitera8 7,une des plus belles pages de la langue que nous parlons67 ,,xiv4 ,ai-je besoin de noter le sophisme au milieu de ce ple-mle blouissant de vrits et d'erreurs1 o l'homme coupable se croit le droit de conclure la condamnation de cette pauvre socit1 et le droit de har l'homme social parce qu'il ne se sent pas capable d'tre assez libre si la socit ne lui fait pas place pour le droit qu'il rve et pour l'indpendance qu'il convoite8 ,il y aurait un chapitre par mot crire pour rfuter le forat2 ,m4 ,hugo l'a rfut1 mais en l'excutant4 ,l'objection reste dans sa force et surtout dans sa sduction par le talent du raisonnement4 ,la socit baisse la tte devant l'audacieux forat4 ,mais ai-je besoin de noter surtout cette admirable page qui rsume tout dans ce chapitre3 ,un homme la mer8 ,ni ,j4-,j4 ,rousseau1 ni ,lamennais1 n'ont jamais crit de ce style4 ,cette longue image de quatre pages vaut tout un livre4 ,c'est la voix de l'abme6 ,c'est l'agonie du dsespoir sur qui pse un monde1 et qui un pote sublime a donn une langue semblable celle de ,job lui-mme3 la langue du grain de sable pensant perdu dans le monceau des hommes1 des dserts et des eaux4 ,il faut tre pote pour sentir ce chapitre1 mais il faut tre plus que pote pour l'avoir crit4 ,ici et ailleurs1 lorsque ,victor ,hugo dpeint l'homme1 il invente une langue surhumaine pour hurler les lamentations de l'humanit4 ,,xv4 ,revenons ,valjean1 bon citoyen1 bon commerant1 bon magistrat1 et qui commence sentir le prix d'une socit qui lui garantit les fruits du travail1 la libert et la concurrence1 l'inviolabilit des banques1 ces rservoirs et ces dpts du capital2 toutes ces vertus qui la composent tout entire aux yeux de l'industriel enrichi4 ,par une srie de catastrophes et de vicissitudes facilement combines1 ,valjean vertueux finit par connatre1 plaindre et protger ,fantine4 ,elle meurt dans ses bras1 elle lui lgue ,cosette1 cette enfant abandonne par force dans l'auberge des ,thnardier4 ,ceux-ci refusent longtemps de la rendre1 ds qu'ils savent que ,jean ,valjean ou ,m4 ,madeleine dsire la racheter d'eux3 faire chanter la nature1 c'est le chef-d'oeuvre des avares et des sclrats1 c'est la question donne aux coeurs d'une mre et d'un pre4 ,ces ,thnardier sont des demi-coquins1 introduits comme machine drame dans le roman4 ,ils suivent les armes de l',empire1 comme des corbeaux1 pour dpouiller les morts4 ,waterloo1 ils ont fait une riche moisson2 ils ont recrut un vieux colonel de l',empire vanoui1 en lui enlevant ses habits4 ,le colonel s'imagine qu'il leur doit la vie4 ,il le dit son fils plus tard1 et lui fait promettre de sauver un jour ses sauveurs1 s'il vient les dcouvrir jamais4 ,notez ceci dans votre mmoire1 car c'est le deus ex machina de la pice4 ,cela donne lieu des scnes peu vraisemblables1 tires par les cheveux1 mais dramatiques et dignes d'un grand matre de larmes1 par le pathtique des situations et par la navet des amours qui en sont la suite4 ,passez l'invraisemblable ,j4-,j4 ,rousseau ou ,victor ,hugo1 vous n'avez plus que des chefs-d'oeuvre4 ,,xvi4 ,en attendant1 l'envie1 curieuse de sa nature1 commence suspecter la source des richesses de ce philanthrope inconnu et maladroit1 qui1 en effet1 est loin d'tre pure2 car l'argenterie drobe l'vque de gr ou de force1 et la pice de quarante sous arrache par violence au pauvre enfant1 sont deux mauvaises pierres angulaires de cette fortune quivoque4 ,on peut purifier un fleuve son embouchure1 on ne le sanctifie pas sa source4 ,le doigt de la ,providence commence se montrer dans l'ombre sous les traits d'un hasard4 ,un personnage tout fait fantastique1 un agent de la police1 nomm ,javert1 homme droit comme l'clair dans son but1 serpentant comme lui dans ses moyens1 ferme dans son devoir comme la conscience1 ancien garde-chiourme1 chasseur de btes fauves pour en dfendre la socit1 a cru reconnatre dans ,valjean1 qu'on lui a signal1 un ancien forat de sa connaissance ,toulon2 il le dnonce ,paris1 l'autorit protectrice des honntes gens4 ,mais1 au moment o ,javert vient pour s'claircir et s'assurer de lui1 il croit reconnatre son erreur1 et la confesse honntement et franchement au maire ,madeleine1 en lui demandant pardon4 ,ce qui lui fait croire qu'il se trompe et qu'il doit rparation ce brave philanthrope enrichi1 c'est l'arrestation inopine d'un autre forat1 vieux gibier abruti de cour d'assises1 un nomm ,champmathieu1 qui a vol des pommes dans le pays4 ,ce ,champmathieu1 victime d'inexplicables ressemblances de nom et de destines avec ,jean ,valjean1 ne sait se dfendre qu'en rptant satit qu'il est ,champmathieu4 ,cette obstination le fait paratre d'autant plus coupable4 ,on va le juger le surlendemain4 ,fantine meurt dans la nuit2 cette mort jette plus de dsordre encore dans la tte de ,m4 ,madeleine4 ,,xvii4 ,ici s'ouvre une des plus belles angoisses de conscience qu'il ait jamais t donn l'homme de concevoir et d'crire4 ,un crivain digne d'tre le secrtaire de la conscience pouvait seul l'inventer et l'crire4 ,c'est vritablement l'hrosme de la vertu1 le martyre ncessaire1 mais mortel1 de tout ce qui est humain dans l'homme1 contre tout ce qui est divin1 la vrit1 aux dpens de la vie4 ,la question sacre donne l'homme par lui-mme1 l'aveu cote que cote arrach la nature humaine par l'homme lui-mme1 le triomphe de la confession devant ,dieu1 avec la pnitence devant les hommes6 ,c'est sublime6 ,mais comment ce chef-d'oeuvre de vertu humaine est-il rserv un aussi vil sclrat que ce ,valjean8 ,o aurait-il pris cette lumire intrieure parfaite1 cette justesse infaillible1 cette dlicatesse de saintet qui surgissent tout coup en lui1 comme la fleur surgit du fumier1 pour se foudroyer lui-mme1 s'offrir en holocauste pour un misrable fltri d'avance1 et pour s'crier de sang-froid devant le jury1 et devant ,dieu1 et devant ses concitoyens1 dont la considration se change en excration3 ,c'est moi qui suis le forat6 ce forat hautain1 ce forat rcidiviste6 ,relchez cet homme et enchanez-moi4 ,suicide de son honneur1 ,m4 ,madeleine a fait plus difficile et plus beau que le suicide de ,brutus6 ,mais il faut lire cette scne1 crite comme elle est pense1 dans le roman1 ici trois fois vertueux1 de ,victor ,hugo4 ,encore une fois1 lisez4 ,valjean se hte vers la peine comme un autre se hte pour fuir l'chafaud3 il arrive au moment o l'infortun ,champmathieu est convaincu par son idiotisme d'tre ,jean ,valjean4 ,il hsite entrer dans le prtoire1 il regarde le loquet et la porte derrire laquelle est son ternelle infamie2 il recule1 prs de faiblir4 ,qu'est-ce qui m'y oblige8 se dit-il1 mot sublime de caractre1 rpondu dans sa conscience par un mot plus sublime encore3 ,,dieu6 il entre1 il est accueilli par les gards et le respect du prsident1 des jurs1 de l'auditoire4 ,,xviii4 ,lisez1 lisez toutes ces pages1 et surtout celles de son voyage pour arriver temps3 chemin de croix des justes6 ,mais1 encore une fois1 pourquoi cette saintet dans ce sclrat de nature et dans ce sournois de vertu1 ce ,jean ,valjean8 ,est-ce que vous ne pouviez pas rserver un homme clair d'en haut et franchement vertueux ce rle impossible dans un bandit1 qui ne sait pas mme le nom de conscience2 qui ne fait que ruminer1 assassiner1 voler1 parader1 gagner de l'argent et afficher l'hypocrisie de la probit utile8 ,est-ce qu'un paradoxe de plus tait indispensable pour donner l'apparence du sophisme la vertu mme8 ,comme cela et t plus beau1 si cela pouvait tre plus vrai6 ,mais l'incrdulit poursuit le lecteur comme un remords1 mme en admirant6 ,et cependant lisez1 encore une fois lisez6 ,c'est un chapitre de la mort de ,socrate1 quelque chose d'hroque4 ,,xix4 ,c'tait lui1 en effet4 ,la lampe du greffier clairait son visage4 ,il tenait son chapeau la main1 il n'y avait aucun dsordre dans ses vtements1 sa redingote tait boutonne avec soin4 ,il tait trs-ple1 et il tremblait lgrement4 ,ses cheveux1 gris encore au moment de son arrive ,arras1 tait maintenant tout fait blancs4 ,ils avaient blanchi depuis une heure qu'il tait l4 ,toutes les ttes se dressrent4 ,la sensation fut indescriptible4 ,il y eut dans l'auditoire un instant d'hsitation4 ,la voix avait t si poignante1 l'homme qui tait l paraissait si calme1 qu'au premier abord on ne comprit pas4 ,on se demanda qui avait cri4 ,on ne pouvait croire que ce ft cet homme qui et jet ce cri effrayant4 ,cette indcision ne dura que quelques secondes4 ,avant mme que le prsident et l'avocat gnral eussent pu dire un mot1 avant que les gendarmes et les huissiers eussent pu faire un geste1 l'homme que tous appelaient encore en ce moment ,m4 ,madeleine s'tait avanc vers les tmoins ,cochepaille1 ,brevet et ,chenildieu4 --,vous ne me reconnaissez pas8 dit-il4 ,tous trois demeurrent interdits et indiqurent par un signe de tte qu'ils ne le connaissaient point4 ,cochepaille intimid fit le salut militaire4 ,m4 ,madeleine se tourna vers les jurs et vers la cour1 et dit d'une voix douce3 --,messieurs les jurs1 faites relcher l'accus4 ,monsieur le prsident1 faites-moi arrter4 ,l'homme que vous cherchez1 ce n'est pas lui1 c'est moi4 ,je suis ,jean ,valjean4 ,pas une bouche ne respirait4 la premire commotion de l'tonnement avait succd un silence de spulcre4 ,on sentait dans la salle cette espce de terreur religieuse qui saisit la foule lorsque quelque chose de grand s'accomplit4 ,cependant le visage du prsident s'tait empreint de sympathie et de tristesse2 il avait chang un signe rapide avec l'avocat gnral et quelques paroles voix basse avec les conseillers assesseurs4 ,il s'adressa au public et demanda avec un accent qui fut compris de tous3 --,y a-t-il un mdecin ici8 ,l'avocat gnral prit la parole3 ,messieurs les jurs1 l'incident si trange et si inattendu qui trouble l'audience ne nous inspire1 ainsi qu' vous1 qu'un sentiment que nous n'avons pas besoin d'exprimer4 ,vous connaissez tous1 au moins de rputation1 l'honorable ,m4 ,madeleine1 maire de ,m4-sur-,m4 ,s'il y a un mdecin dans l'auditoire1 nous nous joignons ,m4 le prsident pour le prier de vouloir bien assister monsieur ,madeleine et le reconduire sa demeure4 ,m4 ,madeleine ne laissa point achever l'avocat gnral4 ,il l'interrompit d'un accent plein de mansutude et d'autorit4 ,voici les paroles qu'il pronona2 les voici littralement1 telles qu'elles furent crites immdiatement aprs l'audience par un des tmoins de cette scne1 telles qu'elles sont encore dans l'oreille de ceux qui les ont entendues1 il y a prs de quarante ans aujourd'hui3 --,je vous remercie1 monsieur l'avocat gnral1 mais je ne suis pas fou4 ,vous allez voir4 ,vous tiez sur le point de commettre une grande erreur2 lchez cet homme2 j'accomplis un devoir1 je suis ce malheureux condamn4 ,je suis le seul qui voie clair ici1 et je vous dis la vrit4 ,ce que je fais en ce moment1 ,dieu1 qui est l-haut1 le regarde1 et cela suffit4 ,vous pouvez me prendre1 puisque me voil4 ,j'avais pourtant fait de mon mieux4 ,je me suis cach sous un nom2 je suis devenu riche1 je suis devenu maire2 j'ai voulu rentrer parmi les honntes gens4 ,il parat que cela ne se peut pas4 ,enfin1 il y a bien des choses que je ne puis pas dire1 je ne vais pas vous raconter ma vie1 un jour on saura4 ,j'ai vol monseigneur l'vque1 cela est vrai2 j'ai vol ,petit-,gervais1 cela est vrai4 ,on a eu raison de vous dire que ,jean ,valjean tait un malheureux trs-mchant3 toute la faute n'est peut-tre pas lui4 coutez1 messieurs les juges1 un homme aussi abaiss que moi n'a pas de remontrance faire la ,providence ni de conseils donner la socit2 mais1 voyez-vous1 l'infamie d'o j'avais essay de sortir est une chose nuisible4 ,les galres font le galrien4 ,recueillez cela1 si vous voulez4 ,avant le bagne1 j'tais un pauvre paysan1 trs-peu intelligent1 un espce d'idiot2 le bagne m'a chang4 ,j'tais stupide1 je suis devenu mchant2 j'tais bche1 je suis devenu tison4 ,plus tard l'indulgence et la bont m'ont sauv1 comme la svrit m'avait perdu4 ,mais1 pardon1 vous ne pouvez pas comprendre ce que je dis l4 ,vous trouverez chez moi1 dans les cendres de la chemine1 la pice de quarante sous que j'ai vole il y a sept ans ,petit-,gervais4 ,je n'ai plus rien ajouter4 ,prenez-moi4 ,mon ,dieu6 monsieur l'avocat gnral remue la tte1 vous dites3 ,m4 ,madeleine est devenu fou2 vous ne me croyez pas6 ,voil qui est affligeant4 ,n'allez point condamner cet homme1 au moins6 ,quoi6 ceux-ci ne me reconnaissent pas6 ,je voudrais que ,javert ft ici2 il me reconnatrait1 lui6 ,rien ne pourrait rendre ce qu'il y avait de mlancolie bienveillante et sombre dans l'accent qui accompagnait ces paroles4 ,il se tourna vers les trois forats3 --,eh bien1 je vous reconnais1 moi6 ,brevet6 vous rappelez-vous8444 ,il s'interrompit1 hsita un moment1 et dit3 --,te rappelles-tu ces bretelles en tricot damier que tu avais au bagne8 ,brevet eut comme une secousse de surprise et le regarda de la tte aux pieds d'un air effray4 ,lui continua3 --,chenildieu1 qui te surnommais toi-mme ,je-nie-,dieu1 tu as toute l'paule droite brle profondment1 parce que tu t'es couch un jour l'paule sur un rchaud plein de braise1 pour effacer les trois lettres ,t4 ,f4 ,p41 qu'on y voit toujours cependant4 ,rponds1 est-ce vrai8 --,c'est vrai1 dit ,chenildieu4 ,il s'adressa ,cochepaille3 --,cochepaille1 tu as prs de la saigne du bras gauche une date grave en lettres bleues avec de la poudre brle4 ,cette date1 c'est celle du dbarquement de l'empereur ,cannes1 #a;er mars #ahae4 ,relve ta manche4 ,cochepaille releva sa manche1 tous les regards se penchrent autour de lui sur son bras nu4 ,un gendarme approcha une lampe2 la date y tait4 ,le malheureux homme se tourna vers l'auditoire et vers les juges avec un sourire dont ceux qui l'ont vu sont encore navrs lorsqu'ils y songent4 ,c'tait le sourire du triomphe1 c'tait aussi le sourire du dsespoir4 --,vous voyez bien1 dit-il1 que je suis ,jean ,valjean4 ,il n'y avait plus dans cette enceinte ni juges1 ni accusateur1 ni gendarmes2 il n'y avait que des yeux fixes et des coeurs mus4 ,personne ne se rappelait le rle que chacun pouvait avoir jouer2 l'avocat gnral oubliait qu'il tait l pour requrir1 le prsident qu'il tait l pour prsider1 le dfenseur qu'il tait l pour dfendre4 ,chose frappante1 aucune question ne fut faite1 aucune autorit n'intervint4 ,le propre des spectacles sublimes1 c'est de prendre toutes les mes et de faire de tous les tmoins des spectateurs4 ,aucun peut-tre ne se rendait compte de ce qu'il prouvait2 aucun1 sans doute1 ne se disait qu'il voyait resplendir l une grande lumire2 tous intrieurement se sentaient blouis4 ,il tait vident qu'on avait sous les yeux ,jean ,valjean4 ,cela rayonnait4 ,l'apparition de cet homme avait suffi pour remplir de clart cette aventure si obscure le moment d'auparavant4 ,sans qu'il ft besoin d'aucune explication dsormais1 toute cette foule1 comme par une sorte de rvlation lectrique1 comprit tout de suite et d'un seul coup d'oeil cette simple et magnifique histoire d'un homme qui se livrait pour qu'un autre homme ne ft pas condamn sa place4 ,les dtails1 les hsitations1 les petites rsistances possibles1 se perdirent dans ce vaste fait lumineux4 ,impression qui passa vite1 mais qui dans l'instant fut irrsistible4 --,je ne veux pas dranger davantage l'audience1 reprit ,jean ,valjean4 ,je m'en vais1 puisqu'on ne m'arrte pas4 ,j'ai plusieurs choses faire4 ,monsieur l'avocat gnral sait qui je suis1 il sait o je vais1 il me fera arrter quand il voudra4 ,il se dirigea vers la porte de sortie4 ,pas une voix ne s'leva1 pas un bras ne s'tendit pour l'empcher4 ,tous s'cartrent4 ,il avait en ce moment ce je ne sais quoi de divin qui fait que les multitudes reculent et se rangent devant un homme4 ,il traversa la foule pas lents4 ,on n'a jamais su qui ouvrit la porte1 mais il est certain que la porte se trouva ouverte lorsqu'il y parvint4 ,arriv l1 il se retourna et dit3 --,monsieur l'avocat gnral1 je reste votre disposition4 ,puis il s'adressa l'auditoire3 --,vous tous1 tous ceux qui sont ici1 vous me trouvez digne de piti1 n'est-ce pas8 ,mon ,dieu6 quand je pense ce que j'ai t sur le point de faire1 je me trouve digne d'envie4 ,cependant j'aurais mieux aim que tout ceci n'arrivt pas4 ,il sortit1 et la porte se referma comme elle avait t ouverte1 car ceux qui font de certaines choses souveraines sont toujours srs d'tre servis par quelqu'un dans la foule4 ,moins d'une heure aprs1 le verdict du jury dchargeait de toute accusation le nomm ,champmathieu2 et ,champmathieu1 mis en libert immdiatement1 s'en allait stupfait1 croyant tous les hommes fous et ne comprenant rien cette vision4 ,javert ressaisit ,valjean au chevet du lit de ,fantine2 elle meurt d'tonnement et d'effroi1 on la jette la fosse commune4 ,,xx4 ,et la socit est responsable de cette catastrophe du forat et de la fille publique3 double matire indignation prsente au peuple2 ,double erreur4 ,car1 premirement1 comment supposer qu'un brave homme1 condamn pour une vtille1 devenu un manufacturier opulent1 le bienfaiteur d'une province entire1 magistrat ador de sa ville adoptive1 soit renvoy pour sa vie aux galres1 sans discernement1 sans justice et sans grce1 par la socit du dix-neuvime sicle8 ,et1 secondement1 o pouvait mourir une fille publique1 ne sans pre ni mre1 dbauche de moeurs d'abord1 de misre ensuite2 o pouvait-elle mieux mourir que dans un hospice1 providentiellement recueillie par la bienfaisance1 et dans la couche prpare par de saintes filles sous les ailes de la religion8 ,,xxi4 ,ces deux indignations amres auxquelles le grand crivain fait appel sont donc absolument sans motif4 ,s'il s'agit de ,valjean le riche1 saint industriel1 le monde n'est pas fait ainsi4 ,on l'aurait rhabilit avec l'honneur1 ou bien il aurait t toucher loisir ses #gjj1jjj fr4 chez ,m4 ,laffitte1 et se serait abrit l'tranger dans un vallon du ,mexique ou dans un canton de la ,suisse4 ,s'il s'agit de ,fantine1 quel tait donc l'asile plus misricordieux et plus appropri la situation o la socit pt prparer une meilleure mort une fille sans asile8 ,pourquoi fanatiser le peuple1 en style admirable1 pour des misres ou invitables ou impossibles1 quand il n'y a malheureusement que trop de fautes et de misres relles offrir la piti des lecteurs8 ,dbauche de larmes qu'on verse par la magie de l'crivain1 et qu'on se reproche d'avoir verses en rentrant de sang-froid dans le rel6 ,,xxii4 ,ici vous fermez le troisime tiroir1 et l'auteur en ouvre un autre propos d'une certaine famille ,thnardier dont il a besoin pour changer les dcorations de son drame4 ,c'est le tiroir pique1 c'est la bataille de ,waterloo3 qu'a-t-elle faire dans cette pope de petites misres d'un forat et de quatre filles dans le bourbier du bagne ou des mauvais lieux de ,paris3 moins que ce ne soit pour exciter la piti sur ces quatre-vingt mille malheureux soldats de vingt ans1 hier heureux laboureurs1 arrachs leur famille par un conqurant1 pour les pousser sur quatre lieues de carnage8 ,mais alors ce n'est pas le conqurant qu'il faut plaindre1 ce sont les peuples6 ,ce n'est pas sur le hros coupable de la seconde invasion qu'il faut appeler l'intrt au nom de la gloire d'un homme1 c'est sur la nation dont il creuse la fosse arrose de sang innocent dans cette plaine sinistre de ,waterloo4 ,le prtexte ce rcit historique et pique de ,waterloo est tout bonnement ce ,thnardier1 le rdeur nocturne du cimetire d'arme qui dpouille de ses bagues1 de sa montre d'or et de sa bourse un officier de cuirassiers bless1 et qui1 l'ayant ainsi rveill de sa lthargie1 se fait passer pour un sergent de l'arme ramassant les blesss1 et se sauve en laissant l'officier pntr d'une aveugle reconnaissance4 ,de ce dtail de la fortune de ,thnardier1 ,hugo s'lve vol d'aigle dans le champ de bataille imprial du sicle1 et il crit une bataille de ,waterloo qui efface1 selon moi1 tout ce qu'on a1 jusqu'ici1 crit de lyrique sur ce champ de mort4 ,,xxiii4 ,il est impossible ici de rien citer1 il faut tout lire1 ou plutt s'abandonner ces accs de verve historique1 pique1 tragique1 qu'il plat l'auteur de se donner propos de ,waterloo1 et le suivre bon gr mal gr travers les pripties de ces innombrables peintures de combat4 ,depuis ,jules ,romain dans les batailles de ,constantin1 jusqu' ,lebrun dans les batailles d',alexandre1 aucun peintre de batailles n'gale ici le pote des batailles de ,napolon4 ,les batailles d',achille1 dans ,homre1 n'ont pas plus de verve4 ,c'est le triomphe de la langue franaise mene au feu3 infanterie1 cavalerie1 artillerie1 incendie1 assauts1 carnage1 tout roule1 tout avance1 tout recule1 tout tourbillonne1 tout s'abat1 comme dans ces trombes terrestres o les nues1 entrechoques par des vents contraires1 finissent par vomir la grle qui couche terre les maisons1 et qui emporte avec les feuilles les membres des arbres4 ,on sort de cette lecture ivre et ananti comme un enfant qui s'essouffle suivre un gant4 ,c'est superbe6 ,mais qu'est-ce que ce cadre mesquin pour ce tableau8 ,qu'est-ce que ce forat et cette grisette ct de ce pan du monde qui s'croule8 ,ni plan1 ni convenances1 ni proportions1 dans ce hors-d'oeuvre qui emporte le roman tout entier1 comme un coup de canon emporte la bourre4 ,et puis1 il faut le dire1 tout cela finit par un paradoxe de got qui fait faire une moue de rpugnance cette salet de style1 comme si l'on avait march sur une immondice6 ,l'ide souffre le paradoxe1 le got ne le souffre pas4 ,pourquoi8 ,parce que tout homme trouve en lui le discernement prompt et sr qui fait admettre ou rejeter une pense fausse1 surtout en matire sociale1 et que tout homme porte en lui le got qui fait discerner le propre et le sale dans la langue comme dans la nature4 ,les mots ont leur odeur2 or voici comment ,victor ,hugo1 tromp lui-mme par son enthousiasme pour le neuf1 s'gare jusqu' prendre l'ignoble pour le sublime4 ,,xxiv4 la fin de la bataille de ,waterloo1 un brave gnral forme un dernier carr rsistant de la garde impriale pour barrer le chemin aux ,anglais et donner l'arme et l'empereur le temps d'atteindre ,charleroi4 ,les ,anglais1 srs de la victoire1 entourent ce carr d'artillerie et sont prts y faire brche coups de canon1 s'il s'obstine encore4 ,mais1 avant de foudroyer ces hros1 ils leur offrent les conditions honorables des champs de bataille civiliss4 ,un officier anglais1 parlementaire1 s'avance et crie au bataillon3 --,braves ,franais1 vous avez assez fait pour la gloire1 la fortune a dcid2 rendez-vous pour sauver l'humanit un meurtre inutile6 ,le gnral1 c'tait ,cambronne1 ne rpond pas1 et son geste dit3 ,tirez6 ,les ,anglais insistent4 ,point de rponse4 ,la mche est sur les pices2 les ,anglais hsitent encore4 --,rendez-vous6 lui crie-t-on de nouveau4 --,la garde meurt et ne se rend pas6 rpond le gnral4 ,qu'il l'ait dit ou non dans cette forme1 peu importe4 ,c'est le mot de l'hrosme dans une telle circonstance2 il ne peut pas ne l'avoir pas dit1 puisque son attitude mme et celle de tout ce bataillon des morituri le disent avec lui1 avant lui1 comme lui6 ,il n'y a pas deux mots pour exprimer cela3 c'est le mot du capitaine de vaisseau clouant au mt son pavillon qu'il ne veut point amener2 c'est le mot le plus sublime de toute une guerre franaise1 l'hritage que l'arme mourante lgue l'arme qui renatra de son sang4 ,eh bien6 parce que le mot est digne1 noble1 mmorable1 parce qu'il exprime hroquement1 quoique simplement1 le qu'il mourt de ,corneille1 parce qu'il mrite d'tre inscrit en lettres d'or sur les tendards de la patrie1 ,victor ,hugo1 qui croit avoir trouv mieux dans la langue canaille du peuple1 substitue cette belle langue militaire un mot de faubourg1 un mot plus abject1 et plus qu'un mot de faubourg1 un mot de latrines qui rpond par une brutalit laconique1 par une bestiale rplique1 une proposition gnreuse faite en bons termes ces braves mourants1 et il en fait le plus beau mot 7textuel7 qu'un ,franais ait jamais dit1 et il s'extasie sur le gnie populaire de ce mot4 ,dire ce mot et mourir ensuite1 s'crie-t-il1 quoi de plus beau8 ,mourir sans l'avoir dit1 disons-nous notre tour1 mourir en montrant la dignit de la mort1 et en se gardant bien de souiller la sublimit de son coeur par la turpitude de son expression4 ,,xxv4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,l'homme qui a gagn la bataille de ,waterloo1 ce n'est pas ,napolon en droute1 ce n'est pas ,wellington pliant quatre heures1 dsespr cinq1 ce n'est pas ,blcher1 qui ne s'est point battu2 l'homme qui a gagn la bataille de ,waterloo1 c'est ,cambronne4 ,foudroyer d'un tel mot le tonnerre qui vous tue1 c'est vaincre4 ,faire cette rponse la catastrophe1 dire cela au destin1 donner cette base au lion futur1 jeter cette rplique la pluie de la nuit1 au mur tratre de ,hougoumont1 au chemin creux d',ohain1 au retard de ,grouchy1 l'arrive de ,blcher1 tre l'ironie dans le spulcre1 faire en sorte de rester debout aprs qu'on sera tomb1 noyer dans deux syllabes la coalition europenne1 offrir aux rois ces latrines dj connues des ,csars1 faire du dernier des mots le premier en y mlant l'clair de la ,france1 clore insolemment ,waterloo par le mardi gras1 complter ,lonidas par ,rabelais1 rsumer cette victoire dans une parole suprme impossible prononcer1 perdre le terrain et garder l'histoire1 aprs ce carnage avoir pour soi les rieurs1 c'est immense4 ,c'est l'insulte la foudre4 ,cela atteint la grandeur eschylienne4 ,le mot de ,cambronne fait l'effet d'une fracture4 ,c'est la fracture d'une poitrine par le ddain2 c'est le trop-plein de l'agonie qui fait explosion4 ,qui a vaincu8 est-ce ,wellington8 ,non4 ,sans ,blcher il tait perdu4 ,est-ce ,blcher8 ,non4 ,si ,wellington n'et pas commenc1 ,blcher n'aurait pu finir4 ,ce ,cambronne1 ce passant de la dernire heure1 ce soldat ignor1 cet infiniment petit de la guerre1 sent qu'il y a l un mensonge dans une catastrophe1 redoublement poignant2 et1 au moment o il en clate de rage1 on lui offre cette drision1 la vie6 ,comment ne pas bondir6 ,ils sont l1 tous les rois de l',europe1 les gnraux heureux1 les ,jupiters tonnants1 ils ont cent mille soldats victorieux1 et1 derrire les cent mille1 un million2 leurs canons1 mches allumes1 sont bants2 ils ont sous leurs talons la garde impriale et la grande arme2 ils viennent d'craser ,napolon1 et il ne reste plus que ,cambronne2 il n'y a plus pour protester que ce ver de terre4 ,il protestera4 ,alors il cherche un mot comme on cherche une pe4 ,il lui vient de l'cume1 et cette cume1 c'est le mot4 ,devant cette victoire prodigieuse et mdiocre1 devant cette victoire sans victorieux1 ce dsespr se redresse2 il en subit l'normit1 mais il en constate le nant2 et il fait plus que cracher sur elle2 et1 sous l'accablement du nombre1 de la force et de la matire1 il trouve l'me une expression1 l'excrment4 ,nous le rptons1 dire cela1 faire cela1 trouver cela1 c'est tre le vainqueur4 ,l'esprit des grands jours entra dans cet homme inconnu cette minute fatale4 ,cambronne trouve le mot de ,waterloo comme ,rouget de l',isle trouve la ,marseillaise1 par visitation du souffle d'en haut4 ,un effluve de l'ouragan divin se dtache et vient passer travers les hommes1 et ils tressaillent1 et l'un chante le chant suprme1 et l'autre pousse le cri terrible4 ,cette parole du ddain titanique1 ,cambronne ne la jette pas seulement l',europe au nom de l'empire1 ce serait peu2 il la jette au pass au nom de la rvolution4 ,on l'entend1 et l'on reconnat dans ,cambronne la vieille me des gants4 ,il semble que c'est ,danton qui parle ou ,klber qui rugit4 ,,xxvi4 ,ce n'est pas l de la critique littraire seulement2 nous n'en faisons pas3 ce livre a bien une autre porte que des phrases4 ,c'est de la critique philosophique1 sociale1 morale1 historique2 c'est le soulvement du coeur franais contre l'ignobilit du mot qu'on lui prte4 ,ce mot est une adulation la trivialit de la multitude hbte de rage1 qui1 faute de trouver une parole1 jette l'excrment au visage du destin2 c'est de la dmagogie grammaticale qui1 voulant que tout lui ressemble1 enlve au soldat et au peuple une rplique immortelle1 pour lui substituer ce qui n'a de nom dans aucune langue1 une bestialit muette cherchant une injure sur ses lvres1 et n'y trouvant qu'un sale idiotisme dans le coeur de tant de hros6 ,mieux valait mourir en silence6 ,nous n'aimons pas davantage ces chicanes la victoire1 qui rapetissent les vainqueurs en rapetissant les vaincus4 ,il serait temps d'en finir1 ou bien de changer rsolument l'histoire1 et d'crire1 l'exemple du pre ,loriquet ou des libraux de #ahae3 ,waterloo1 grande victoire gagne par ,napolon sur les ,anglais et sur les ,prussiens dans les plaines de ,belgique4 ,cela serait plus simple1 et tout aussi vrai que ces hymnes au gnie fatigu de ,napolon2 et1 comme l'histoire n'est souvent qu'une vrit convenue1 cela finirait tout1 et tout serait dit6 ,,xxvii4 ,quant nous1 nous persistons croire que #ahae fut le dsastre immrit d'une arme vaillante et sublime1 que ,napolon commanda mal ce jour-l des manoeuvres tardives1 et abandonna au hasard du reste de la journe sa fortune1 c'est--dire la moiti du gnie d'un conqurant4 ,nous laissons ,m4 ,hugo1 ,m4 ,thiers1 ,m4 ,quinet1 ,m4 ,charras1 mcher et remcher cette journe1 revanche des vaincus au jeu des batailles1 et nous disons3 ,il est plus beau d'accepter une dfaite et de s'en relever1 que de se rvolter sans cesse contre la triste vrit1 surtout devant sa capitale conquise1 son empereur ,sainte-,hlne1 son pays ranonn1 et de soutenir au monde qu'on a march de victoire en victoire1 de ,madrid ,toulon1 de ,moscou au ,rhin1 de ,leipsik ,mayence1 de ,waterloo ,paris1 la suite d'un homme infaillible qui n'a pas fait un faux pas dans sa vie4 ,la franchise a sa noblesse1 et l'histoire a ses leons4 ,,lamartine4 7,la suite au mois prochain47 ,l,x,x,x,v,ie ,,entretien4 ,,consid,,rations ,,sur ,,un ,,chef-,d',,oeuvre1 ,,ou ,,le ,,danger ,,du ,g,,nie4 ,les ,misrables1 par ,victor ,hugo4 ,,quatri,,me ,,partie4 ,i4 ,revenons ,jean ,valjean4 ,il avait cach vite dans la fort de ,montfermeil les #gjj1jjj francs dposs chez ,m4 ,laffitte2 puis il tait revenu se laisser arrter par l'agent de police ,javert1 et condamner mort4 mort6 entendez-vous bien8 ,d'abord cinq ans pour un morceau de pain1 condamnation impossible1 pour un morceau de pain origine de tout1 vol bonne intention chez le boulanger de son village2 ensuite mort aprs dix-neuf ans de sa peine accomplie6 ,quelle socit6 et combien il est ais l'auteur d'avoir raison contre elle6 ,heureusement1 le roi commue la peine sanglante contre une condamnation perptuit au bagne4 ,jean ,valjean ne veut pas s'y soustraire1 apparemment1 sans accumuler l'indignation du peuple contre une telle justice4 ,quoi qu'il en soit1 il s'vade encore en accomplissant un acte de sauvetage sur un vaisseau de guerre2 puis1 se laissant en apparence tomber la mer et nageant entre deux eaux1 il disparat de nouveau4 ,on le croit noy6 pas du tout2 il n'est que dguis1 et reparat1 pour tenir parole ,fantine1 l'auberge des ,thnardier1 ,montfermeil4 ,il commence par aller visiter son trsor enfoui sous l'arbre1 et par lui emprunter un bon viatique1 jusqu'au moment de lui faire une visite dfinitive4 ,en revenant1 il trouve la pauvre petite ,cosette1 fille de ,fantine1 que l'htesse impitoyable1 la ,thnardier1 a envoye chercher de l'eau dans un seau plus grand qu'elle1 la fontaine du bois1 dans la nuit4 ,la pauvre petite enfant plie et succombe4 ,valjean se montre propos1 porte le seau de l'enfant1 et rentre l'auberge des ,thnardier4 ,c'est un chef-d'oeuvre de compassion enfantine4 ,il contemple ,cosette2 la description de l'enfant souffreteuse et grelottante est d'une vrit et d'une sensibilit qui n'appartiennent qu'au grand pote des petits enfants1 ,victor ,hugo4 ,c'est l sa note de prdilection2 pote toujours1 pre avant tout1 c'est sa nature4 ,valjean contemple avec une piti quivoque les tortures de celle-l1 ,cendrillon battue en cet infme foyer1 ct des caresses des deux enfants chris de l'htesse4 ,il risque plusieurs fois de se trahir en montrant plus de richesses qu'il ne convient une redingote rpe comme la sienne4 ,n'importe1 il achte la petite1 quinze cents francs1 des mains de ses htes2 s'enfuit vers ,paris avec l'enfant1 et va se cacher dans une maison rprouve1 dans les terrains vagues d'un faubourg1 prs du march aux chevaux4 ,il s'y attache de plus en plus cette pauvre enfant4 ,une vieille femme1 faonne toute servitude1 faisait le mnage et allumait le feu4 ,cosette se dveloppait de corps et d'me1 sous les yeux de ce pre inconnu1 mais aussi tendre qu'une femme4 ,victor ,hugo lui prte sa tendresse pour les enfants4 ,ici le romanesque du roman commence4 ,ce romanesque1 qui sort des vnements arbitrairement invents pour les besoins du drame1 est la partie faible du roman4 ,toutes les fois que l'auteur a besoin d'un personnage1 il l'appelle du fond du nant1 comme dans les contes de fes ou comme dans les contes de ,voltaire1 et le personnage obit contre toute vraisemblance au signe de l'crivain4 ,ces fantasmagories s'animent1 disparaissent1 reparaissent1 comme si le monde n'tait peupl que des sept huit comparses de ,valjean4 ,cela dtruirait l'intrt comme cela dtruit la vraisemblance1 si l'admirable don de peindre du pote ne ressaisissait pas l'instant son lecteur par l'admiration et l'enthousiasme1 et ne lui faisait en quelques pages oublier le chemin pour le but4 ,,ii4 ,les poursuites patientes1 constantes1 consciencieuses de l'honnte agent de police ,javert ne discontinuaient pas4 ,valjean y chappe avec sa pupille par des prodiges d'adresse et de force musculaire1 dignes d'un forat de ,m4 d',arlincourt4 ,je demande pardon du rapprochement4 ,du ridicule au sublime il n'y a qu'un pas1 dit ,napolon2 ,victor ,hugo ne le franchit jamais1 mais dans cette partie du drame il le ctoie sans cesse4 ,glissons vite ici4 ,valjean1 prs d'tre atteint1 franchit de hautes murailles avec ,cosette attache par une corde1 et tombe dans le jardin d'un couvent de femmes4 ,un vieux jardinier qui le rencontre1 un de ses amis1 le cache avec ,cosette dans sa hutte2 puis ,valjean invente une histoire pour faire recevoir et lever ,cosette par ces nonnes2 puis il se fait sortir du couvent dans une bire pour tromper la police1 enfin enterrer sur la foi d'un ivrogne charg de le rveiller4 ,tout cela s'excute souhait1 comme des tours de funambule chez ,franconi4 ,mais cela n'est pas digne du talent si lev de l'auteur4 ,contes et veilles pour amuser le peuple4 ,vient ensuite une dissertation savante1 avec dates et notes1 sur la nature1 l'origine d'un couvent de filles1 dissertation tantt difiante1 tantt burlesque1 intitule ,picpus4 ,cet talage de science sur des riens ressemble trop au verbiage des faiseurs de tours de gobelets cherchant distraire le public pendant qu'ils prparent l'escamotage4 ,ce rcit de couvent ne contient gure moins d'un demi-volume4 ,,iii4 ,pendant ce temps1 ,cosette enferme grandit et embellit l'ombre du couvent1 et ,valjean jardine avec son ami4 ,il sort enfin de cet asile quand ,cosette a fini son ducation1 et il dterre une maison isole de la rue de ,babylone1 au fond d'un jardin4 ,il prend une gouvernante pour ,cosette2 il va tous les jours1 la mme heure1 sous un costume de militaire retir1 se promener ou s'asseoir dans la mme alle du ,luxembourg1 comme s'il et cherch se faire remarquer4 ,on ne fait pas attention au bonhomme2 mais un tudiant1 nomm ,marius1 et qui n'est1 dit-on1 que ,m4 ,victor ,hugo adolescent lui-mme1 ne voit pas briller impunment ce diamant de fille dans ce dsert4 ,les deux enfants se voient1 se perdent1 se retrouvent1 s'prennent de la plus candide et de la plus pure inclination muette l'un pour l'autre4 ,on voit germer le vrai roman de ,daphnis et ,chlo qui se rencontrent sur le boulevard des ,invalides1 ,paris4 ,que s'ensuivra-t-il8 ,nous allons voir4 ,mais1 en attendant encore1 l'auteur fait une digression politique de quelques centaines de pages1 trs-loquentes1 mais trs-oiseuses1 sur la rvolution de #ahcj1 sur ,louis-,philippe d',orlans1 roi de rechange1 sur la ,fayette qui voudrait aller plus loin1 mais qui n'ose pas1 sur les jeunes tudiants1 enfants de ,branger1 qui voudraient chanter la ,marseillaise1 mais qui ,casimir ,delavigne a mis dans la bouche la ,parisienne4 ,puis un trs-bel loge du roi1 qui a le mrite au moins de ne pas illgitimer ,louis-,philippe4 ,m4 ,victor ,hugo1 qui a reu de lui la pairie1 veut payer noblement sa mmoire le prix de sa reconnaissance4 ,cela est bien4 ,en rsum1 dit-il1 mlant en lui une vraie facult cratrice de civilisation on ne sait quel esprit de procdure et de chicane1 fondateur et procureur d'une dynastie1 quelque chose de ,charlemagne et quelque chose d'un avou4 ,nous l'avons connu aussi2 nous l'avons beaucoup estim1 peu aim2 nous ne lui devons rien2 nous pourrions le peindre impartialement1 la justice ne manquerait pas au portrait4 ,mais nous avons t tmoin de sa chute1 chute qui fut la fois sa faute et celle de son parlement4 ,on pourrait nous supposer la joie maligne de la rpublique surgissant contre un trne croul4 ,cela serait faux1 quoique vraisemblable2 nous avions prvu son croulement1 mais avec plus d'effroi que de dsir4 ,la base tait mauvaise1 un jour pouvait saper ce qu'un jour avait fond2 ce jour tait venu1 nous ne l'avons point ht4 ,quand nous avons prononc le premier le mot rpublique1 il n'y avait plus un roi sur le trne aux ,tuileries4 ,la rpublique1 seule1 tait assez forte pour imprimer la rvolution cette halte aprs la victoire1 qu'on appelle sang-froid1 modration1 droit de tous4 ,les rvolutions qui n'ont pas de halte s'appellent anarchie1 anarchie spoliatrice et sanguinaire4 ,plutt cent rois6 plutt cent rpubliques6 ,la premire ncessit de l'homme en socit1 c'est l'ordre conserv ou rtabli2 l'idal ne vient qu'aprs4 ,chez ,victor ,hugo1 l'idal marche avant tout2 voil pourquoi nous sommes1 en politique1 moins hardi et moins pote que lui4 ,,iv4 ,il y a l de belles pages admirablement formules sur le socialisme chaos et sur le socialisme organis2 qu'on nous permette de les citer4 ,tous les problmes que les socialistes se proposent peuvent tre ramens deux problmes principaux3 ,premier problme3 ,produire la richesse4 ,deuxime problme3 ,la rpartir4 ,le premier problme contient la question du travail2 ,le deuxime contient la question du salaire4 ,dans le premier problme il s'agit de l'emploi des forces2 ,dans le second1 de la distribution des jouissances4 ,du bon emploi des forces rsulte la puissance publique2 ,de la bonne distribution des jouissances rsulte le bonheur individuel4 ,par bonne distribution1 il faut entendre non distribution gale1 mais distribution quitable4 ,la premire galit1 c'est l'quit4 ,de ces deux choses combines1 puissance publique au dehors1 bonheur individuel au dedans1 rsulte la prosprit sociale4 ,prosprit sociale1 cela veut dire l'homme heureux1 le citoyen libre1 la nation grande4 ,v4 ,l',angleterre rsout le premier de ces deux problmes4 ,elle cre admirablement la richesse2 elle la rpartit mal4 ,cette solution qui n'est complte que d'un ct la mne fatalement ces deux extrmes3 opulence monstrueuse1 misre monstrueuse4 ,toutes les jouissances quelques-uns1 toutes les privations aux autres1 c'est--dire au peuple2 le privilge1 l'exception1 le monopole1 la fodalit1 naissant du travail mme4 ,situation fausse et dangereuse qui assoit la puissance publique sur la misre prive1 qui enracine la grandeur de l'tat dans les souffrances de l'individu4 ,grandeur mal compose o se combinent tous les lments matriels et dans laquelle n'entre aucun lment moral4 ,le communisme et la loi agraire croient rsoudre le deuxime problme4 ,ils se trompent4 ,leur rpartition tue la production4 ,le partage gal abolit l'mulation et par consquent le travail4 ,c'est une rpartition faite par le boucher1 qui tue ce qu'il partage4 ,il est donc impossible de s'arrter ces prtendues solutions4 ,tuer la richesse1 ce n'est pas la rpartir4 ,les deux problmes veulent tre rsolus ensemble pour tre bien rsolus4 ,les deux solutions veulent tre combines et n'en faire qu'une4 ,ne rsolvez que le premier des deux problmes1 vous serez ,venise1 vous serez l',angleterre4 ,vous aurez comme ,venise une puissance artificielle1 ou comme l',angleterre une puissance matrielle2 vous serez le mauvais riche4 ,vous prirez par une voie de fait1 comme est morte ,venise1 ou par une banqueroute1 comme tombera l',angleterre4 ,et le monde vous laissera mourir et tomber1 parce que le monde laisse tomber et mourir tout ce qui n'est que l'gosme1 tout ce qui ne reprsente pas pour le genre humain une vertu ou une ide4 ,il est bien entendu ici que par ces mots1 ,venise1 l',angleterre1 nous dsignons non des peuples1 mais des constructions sociales2 les oligarchies superposes aux nations1 et non les nations elles-mmes4 ,les nations ont toujours notre respect et notre sympathie4 ,venise1 peuple1 renatra4 ,l',angleterre1 aristocratie1 tombera2 mais l',angleterre1 nation1 est immortelle4 ,cela dit1 nous poursuivons4 ,,vi4 ,rsolvez les deux problmes1 encouragez le riche et protgez le pauvre1 supprimez la misre1 mettez un terme l'exploitation injuste du faible par le fort1 mettez un frein la jalousie inique de celui qui est en route contre celui qui est arriv1 ajustez mathmatiquement et fraternellement le salaire au travail1 mlez l'enseignement gratuit et obligatoire la croissance de l'enfance et faites de la science la base de la virilit1 dveloppez les intelligences tout en occupant les bras1 soyez la fois un peuple puissant et une famille d'hommes heureux1 dmocratisez la proprit1 non en l'abolissant1 mais en l'universalisant1 de faon que tout citoyen sans exception soit propritaire1 chose plus facile qu'on ne croit2 en deux mots1 sachez produire la richesse et sachez la rpartir1 et vous aurez tout ensemble la grandeur matrielle et la grandeur morale2 et vous serez dignes de vous appeler la ,france4 ,voil1 en dehors et au-dessus de quelques sectes qui s'garaient1 ce que disait le socialisme2 voil ce qu'il cherchait dans les faits1 voil ce qu'il cherchait dans les esprits4 ,,vii4 ,jusque-l tout est bien1 et plus loin c'est l'hymne de l'idal1 c'est--dire un chaos qui recommence6 ,voyez ce que devient le roi coupable du trne de #ahcj sous le pinceau mme de son pangyriste2 ce ,trajan de la bourgeoisie est prsent en tyran l'idal de la jeunesse franaise4 ,de tnbreux amoncellements couvraient l'horizon4 ,une ombre trange1 gagnant de proche en proche1 s'tendait peu peu sur les hommes1 sur les choses1 sur les ides2 ombre qui venait des colres et des systmes4 ,tout ce qui avait t htivement touff remuait et fermentait4 ,parfois la conscience de l'honnte homme reprenait sa respiration1 tant il y avait de malaise dans cet air o les sophismes se mlaient aux vrits4 ,les esprits tremblaient dans l'anxit sociale comme les feuilles l'approche de l'orage4 ,la tension lectrique tait telle qu' de certains instants le premier venu1 un inconnu1 clairait4 ,puis l'obscurit crpusculaire retombait4 ,par intervalles1 de profonds et sourds grondements pouvaient faire juger de la quantit de foudre qu'il y avait dans la nue4 ,vingt mois peine s'taient couls depuis la rvolution de juillet1 l'anne #ahcb s'tait ouverte avec un aspect d'imminence et de menace4 ,la dtresse du peuple1 les travailleurs sans pain1 le dernier des ,conds disparu dans les tnbres1 ,bruxelles chassant les ,nassau comme ,paris les ,bourbons1 la ,belgique s'offrant un prince franais et donne un prince anglais1 la haine russe de ,nicolas1 derrire nous deux dmons du midi1 ,ferdinand en ,espagne1 ,miguel en ,portugal1 la terre tremblant en ,italie1 ,metternich tendant la main sur ,bologne1 la ,france brusquant l',autriche ,ancne1 au nord on ne sait quel sinistre bruit de marteau reclouant la ,pologne dans son cercueil1 dans toute l',europe des regards irrits guettant la ,france2 l',angleterre1 allie suspecte1 prte pousser ce qui pencherait et se jeter sur ce qui tomberait2 la pairie s'abritant derrire ,beccaria pour refuser quatre ttes la loi1 les fleurs de lis ratures sur la voiture du roi1 la croix arrache de ,notre-,dame1 la ,fayette amoindri1 ,laffitte ruin1 ,benjamin ,constant mort dans l'indigence1 ,casimir ,prier mort dans l'puisement du pouvoir2 la maladie politique et la maladie sociale se dclarant la fois dans les deux capitales du royaume1 l'une la ville de la pense1 l'autre la ville du travail2 ,paris la guerre civile1 ,lyon la guerre servile2 dans les deux cits la mme lueur de fournaise2 une pourpre de cratre au front du peuple2 le midi fanatis1 l'ouest troubl1 la duchesse de ,berry dans la ,vende1 les complots1 les conspirations1 les soulvements1 le cholra1 ajoutaient la sombre rumeur des ides le sombre tumulte des vnements4 ,,viii4 ,tout cela mne ce que l'auteur nomme l'pope de la rue ,saint-,denis1 c'est--dire aux barricades4 ,ces jeunes rveurs sont ses hros3 quels hros1 grand ,dieu6 ni ide arrte1 ni moyens praticables1 ni but avou et avouable1 ni gouvernement fonder6 ,une fantaisie hroque d'tudiants dsoeuvrs qui embauchent des vagabonds pour faire des cadavres dans la rue4 ,des enfants qui s'amusent avec des fusils pour jouets1 et qui s'offrent eux-mmes pour victimes1 victimes ennuyes de vin1 au ,teutats de l'idal6 ,on complote table1 une fille gauche1 un espion droite1 le verre la main4 ,voil4 ,,ix4 ,le beau et doux ,marius1 qui a perdu son idal lui1 l'idal de son coeur1 ,cosette1 depuis quelques jours1 parce que le jaloux tuteur ,valjean l'a enfouie dans la maison de la rue ,plumet1 et qui conspire aussi sans savoir pourquoi1 parce que le temps lui dure1 comme dit la romance2 le beau ,marius rencontre la petite ponine1 une des deux filles des ,thnardier1 tombe de l'opprobre dans la misre1 mais qui le guette1 le suit et l'aime son insu4 ,il leva les yeux1 et reconnut cette malheureuse enfant qui tait venue un matin chez lui1 l'ane des filles ,thnardier1 ponine2 il savait maintenant comment elle se nommait4 ,chose trange1 elle tait appauvrie et embellie1 deux pas qu'il ne semblait point qu'elle pt faire4 ,elle avait accompli un double progrs1 vers la lumire et vers la dtresse4 ,elle tait pieds nus et en haillons comme le jour o elle tait entre si rsolument dans sa chambre2 seulement ses haillons avaient deux mois de plus2 les trous taient plus larges1 les guenilles plus sordides4 ,c'tait cette mme voix enroue1 ce mme front terni et rid par le hle1 ce mme regard libre1 gar et vacillant4 ,elle avait de plus qu'autrefois dans la physionomie ce je ne sais quoi d'effray et de lamentable que la prison traverse ajoute la misre4 ,elle avait des brins de paille et de foin dans les cheveux1 non comme ,ophlia pour tre devenue folle la contagion de la folie d',hamlet1 mais parce qu'elle avait couch dans quelque grenier d'curie4 ,et avec tout cela elle tait belle4 ,quel astre vous tes1 jeunesse6 ,que vous tes heureux en rencontre1 ,hugo6 votre place1 j'adorerais le hasard3 il vous sert bien6 ,qui donc attendait l cette petite vagabonde1 cette crevisse de ruisseau8 ,elle dcouvre ,marius1 pour lui faire plaisir et mriter quelque chose de lui en le servant contre elle-mme 7charmante et dlicate inconsquence du coeur71 elle lui dcouvre la maison cache de la rue ,plumet qu'habite ,cosette4 ,arrive l1 ponine1 qui s'attend un baiser1 s'arrte4 ,marius fouille dans sa poche4 ,il ne possdait au monde que ses cinq francs3 il les prend et les met dans la main d'ponine4 ,elle ouvre les doigts et laisse tomber la pice terre1 et1 le regardant d'un air sombre3 ,je ne veux pas de votre argent6 dit-elle4 ,j'ai oubli un refus pareil en crivant un jour ,graziella4 ,ce n'est pas de l'art1 c'est de la nature2 mais choisir ce trait est d'un suprme artiste4 ,x4 ,ici1 hlas6 trop tard1 commence pour moi le vrai pome de cette oeuvre1 pome souvent loquent1 souvent paradoxal1 mais qui devient innocemment passionn et descriptif la fin de ce quatrime volume4 ,nous ne connaissons rien de plus parfait et de plus rel dans aucune langue ancienne ou moderne4 ,il semble que les annes de solitude ont apport au pote1 dans son le1 la seule note qui manquait ses concerts avant cette heure1 la note paisible1 amoureuse1 sympathique1 celle qui fait rendre au coeur humain les vibrations les plus intimes1 celle de ,charlotte sous la main de ,goethe1 celle de ,bernardin de ,saint-,pierre dans ,paul et ,virginie1 celle de ,ren dans ,chateaubriand4 ,mais ,goethe a exagr la note2 ,chateaubriand y mle trop de lamentations mlancoliques2 ,bernardin de ,saint-,pierre1 quoique parfait et modeste1 a t oblig d'aller chercher la source des larmes dans les les de l'ocan ,indien1 et d'emprunter leur motion aux plus grandes tragdies de la nature3 les tonnerres1 les temptes1 les naufrages1 agents de ce drame qui n'avait eu jusqu' lui aucun modle dans l'antiquit4 ,victor ,hugo1 au contraire1 n'a eu besoin que de son me1 d'ouvrir les yeux autour de lui1 au milieu de nous1 de dcrire une maison dserte et un jardinet inculte dans un de nos faubourgs les plus reculs1 et d'y placer deux tres qui se sont entrevus1 deux innocents1 deux sauvages de la grande ville1 ,cosette et ,marius2 et1 avec ces simples personnages1 il a fait1 en racontant leurs entrevues et leurs entretiens1 le plus ravissant tableau d'amour qu'il ait jamais crit4 ,ici1 il faudrait tout citer1 ou plutt tout lire4 ,relisez seulement la description du jardin au clair de la lune4 ,,xi4 ,,la ,,maison ,,secret4 ,vers le milieu du sicle dernier1 un prsident mortier au parlement de ,paris1 ayant une matresse et s'en cachant1 car cette poque les grands seigneurs montraient leurs matresses et les bourgeois les cachaient1 fit construire une petite maison faubourg ,saint-,germain1 dans la rue dserte de ,blomet1 qu'on nomme aujourd'hui rue ,plumet1 non loin de l'endroit qu'on appelait alors le ,combat des ,animaux4 ,cette maison se composait d'un pavillon un seul tage2 deux salles au rez-de-chausse1 deux chambres au premier1 en bas une cuisine1 en haut un boudoir1 sous le toit un grenier1 le tout prcd d'un jardin avec large grille donnant sur la rue4 ,ce jardin avait environ un arpent4 ,c'tait l tout ce que les passants pouvaient entrevoir2 mais en arrire du pavillon il y avait une cour troite et au fond de la cour un logis bas de deux pices sur caves1 espce d'en-cas destin dissimuler au besoin un enfant et une nourrice4 ,ce logis communiquait1 par derrire1 par une porte masque et ouvrant secret1 avec un long couloir troit1 pav1 sinueux1 ciel ouvert1 bord de deux hautes murailles1 lequel1 cach avec un art prodigieux et comme perdu entre les cltures des jardins et les cultures dont il suivait tous les angles et tous les dtours1 allait aboutir une autre porte galement secret1 qui s'ouvrait un demi-quart de lieue de l1 presque dans un autre quartier1 l'extrmit solitaire de la rue de ,babylone4 ,m4 le prsident s'introduisait par l1 si bien que ceux-l mme qui l'eussent pi et suivi et qui eussent observ que ,m4 le prsident se rendait tous les jours mystrieusement quelque part1 n'eussent pu se douter qu'aller rue de ,babylone1 c'tait aller rue ,blomet4 ,grce d'habiles achats de terrains1 l'ingnieux magistrat avait pu faire faire ce travail de voirie secrte chez lui1 sur sa propre terre1 et par consquent sans contrle4 ,plus tard il avait revendu par petites parcelles pour jardins et cultures les lots de terre riverains du corridor1 et les propritaires de ces lots de terre croyaient des deux cts avoir devant les yeux un mur mitoyen1 et ne souponnaient pas mme l'existence de ce long ruban de pav serpentant entre deux murailles parmi leurs plates-bandes et leurs vergers4 ,les oiseaux seuls voyaient cette curiosit4 ,il est probable que les fauvettes et les msanges du sicle dernier avaient fort jas sur le compte de ,m4 le prsident4 ,le pavillon1 bti en pierre dans le got ,mansard1 lambriss et meubl dans le got ,watteau1 rocaille au dedans1 perruque au dehors1 mur d'une triple haie de fleurs1 avait quelque chose de discret1 de coquet et de solennel comme il sied un caprice de l'amour et de la magistrature4 ,cette maison et ce couloir1 qui ont disparu aujourd'hui1 existaient encore il y a une quinzaine d'annes4 ,en #ic1 un chaudronnier avait achet la maison pour la dmolir2 mais n'ayant pu en payer le prix1 la nation le mit en faillite4 ,de sorte que ce fut la maison qui dmolit le chaudronnier4 ,depuis1 la maison resta inhabite1 et tomba lentement en ruine1 comme toute demeure laquelle la prsence de l'homme ne communique plus la vie4 ,elle tait reste meuble de ses vieux meubles et toujours vendre ou louer1 et les dix ou douze personnes qui passent par an rue ,plumet en taient averties par un criteau jaune et illisible accroch la grille du jardin depuis #ahaj4 ,vers la fin de la restauration1 ces mmes passants purent remarquer que l'criteau avait disparu1 et que1 mme1 les volets du premier tage taient ouverts4 ,la maison en effet tait occupe4 ,les fentres avaient de petits rideaux1 signe qu'il y avait une femme4 ,au mois d'octobre #ahbi1 un homme d'un certain ge s'tait prsent et avait lou la maison telle qu'elle tait1 y compris1 bien entendu1 l'arrire-corps de logis et le couloir qui allait aboutir la rue de ,babylone4 ,il avait fait rtablir les ouvertures secret des deux portes de ce passage4 ,la maison1 nous venons de le dire1 tait encore peu prs meuble des vieux ameublements du prsident2 le nouveau locataire avait ordonn quelques rparations1 ajout et l ce qui manquait1 remis des pavs la cour1 des briques aux carrelages1 des marches l'escalier1 des feuilles aux parquets et des vitres aux croises1 et enfin tait venu s'installer avec une jeune fille et une servante ge1 sans bruit1 plutt comme quelqu'un qui se glisse que comme quelqu'un qui entre chez soi4 ,les voisins n'en jasrent point1 par la raison qu'il n'y avait pas de voisins4 ,ce locataire peu effet tait ,jean ,valjean1 la jeune fille tait ,cosette4 ,la servante tait une fille appele ,toussaint que ,jean ,valjean avait sauve de l'hpital et de la misre et qui tait vieille1 provinciale et bgue1 trois qualits qui avaient dtermin ,jean ,valjean la prendre avec lui4 ,il avait lou la maison sous le nom de ,m4 ,fauchelevent1 rentier4 ,dans tout ce qui a t racont plus haut1 le lecteur a sans doute moins tard encore que ,thnardier reconnatre ,jean ,valjean4 ,pourquoi ,jean ,valjean avait-il quitt le couvent du ,petit-,picpus8 ,que s'tait-il pass8 ,il ne s'tait rien pass4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,il dcouvrit la maison de la rue ,plumet et s'y blottit4 ,il tait dsormais en possession du nom d',ultime ,fauchelevent444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,,xii4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,du reste1 proprement parler1 il vivait rue ,plumet et il y avait arrang son existence de la faon que voici3 ,cosette avec la servante occupait le pavillon2 elle avait la grande chambre coucher aux trumeaux peints1 le boudoir aux baguettes dores1 le salon du prsident meubl de tapisseries et de vastes fauteuils2 elle avait le jardin4 ,jean ,valjean avait fait mettre dans la chambre de ,cosette un lit baldaquin d'ancien damas trois couleurs1 et un vieux et beau tapis de ,perse achet rue du ,figuier-,saint-,paul chez la mre ,gaucher1 et1 pour corriger la svrit de ces vieilleries magnifiques1 il avait amalgam ce bric--brac tous les petits meubles gais et gracieux des jeunes filles1 l'tagre1 la bibliothque et les livres dors1 la papeterie1 le buvard1 la table ouvrage incruste de nacre1 le ncessaire de vermeil1 la toilette en porcelaine du ,japon4 ,de longs rideaux de damas fond rouge trois couleurs1 pareils au lit1 pendaient aux fentres du premier tage4 ,au rez-de-chausse1 des rideaux de tapisserie4 ,tout l'hiver la petite maison de ,cosette tait chauffe du haut en bas4 ,lui1 il habitait l'espce de loge de portier qui tait dans la cour du fond1 avec un matelas sur un lit de sangle1 une table de bois blanc1 deux chaises de paille1 un pot l'eau de faence1 quelques bouquins sur une planche1 sa chre valise dans un coin1 jamais de feu4 ,il dnait avec ,cosette1 et il y avait un pain bis pour lui sur la table4 ,il avait dit ,toussaint lorsqu'elle tait entre3--,c'est mademoiselle qui est la matresse de la maison4--,et vous1 mo-onsieur8 avait rpliqu ,toussaint stupfaite4--,moi1 je suis bien mieux que le matre1 je suis le pre4 ,cosette au couvent avait t dresse au mnage et rglait la dpense1 qui tait fort modeste4 ,tous les jours ,jean ,valjean prenait le bras de ,cosette et la menait promener4 ,il la conduisait au ,luxembourg1 dans l'alle la moins frquente1 et tous les dimanches la messe1 toujours ,saint-,jacques-du-,haut-,pas1 parce que c'tait fort loin4 ,comme c'est un quartier trs-pauvre1 il y faisait beaucoup l'aumne1 et les malheureux l'entouraient dans l'glise1 ce qui lui avait valu l'ptre des ,thnardier3 ,au monsieur bienfaisant de l'glise ,saint-,jacques-du-,haut-,pas4 ,il menait volontiers ,cosette visiter les indigents et les malades4 ,aucun tranger n'entrait dans la maison de la rue ,plumet4 ,toussaint apportait les provisions1 et ,jean ,valjean allait lui-mme chercher l'eau une prise d'eau qui tait tout proche sur le boulevard4 ,on mettait le bois et le vin dans une espce de renfoncement demi-souterrain tapiss de rocailles qui avoisinait la porte de la rue de ,babylone et qui autrefois avait servi de grotte ,m4 le prsident2 car1 au temps des ,folies et des ,petites-,maisons1 il n'y avait pas d'amour sans grotte444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,ni ,jean ,valjean1 ni ,cosette1 ni ,toussaint1 n'entraient et ne sortaient jamais que par la porte de la rue de ,babylone4 moins de les apercevoir par la grille du jardin1 il tait difficile de deviner qu'ils demeuraient rue ,plumet4 ,cette grille restait toujours ferme4 ,jean ,valjean avait laiss le jardin inculte1 afin qu'il n'attirt pas l'attention4 ,en cela il se trompait peut-tre4 ,,xiii4 ,ce jardin ainsi livr lui-mme depuis plus d'un demi-sicle tait devenu extraordinaire et charmant4 ,les passants d'il y a quarante ans s'arrtaient dans cette rue pour le contempler1 sans se douter des secrets qu'il drobait derrire ses paisseurs fraches et vertes4 ,plus d'un songeur cette poque a laiss bien des fois ses yeux et sa pense pntrer indiscrtement travers les barreaux de l'antique grille cadenasse1 tordue1 branlante1 scelle deux piliers verdis et moussus1 bizarrement couronne d'un fronton d'arabesques indchiffrables4 ,il y avait un banc de pierre dans un coin1 une ou deux statues moisies1 quelques treillages dclous par le temps pourrissant sur le mur2 du reste plus d'alles ni de gazon2 du chiendent partout4 ,le jardinage tait parti1 et la nature tait revenue4 ,les mauvaises herbes abondaient1 aventure admirable pour un pauvre coin de terre4 ,la fte des girofles y tait splendide4 ,,xiv4 ,rien dans ce jardin ne contrariait l'effort sacr des choses vers la vie2 la croissance vnrable tait l chez elle4 ,les arbres s'taient baisss vers les ronces1 les ronces taient montes vers les arbres1 la plante avait grimp1 la branche avait flchi1 ce qui rampe sur la terre avait t trouver ce qui s'panouit dans l'air1 ce qui flotte au vent s'tait pench vers ce qui trane dans la mousse2 troncs1 rameaux1 feuilles1 fibres1 touffes1 vrilles1 sarments1 pines1 s'taient mls1 traverss1 maris1 confondus2 la vgtation1 dans un embrassement troit et profond1 avait clbr et accompli l1 sous l'oeil satisfait du ,crateur1 en cet enclos de trois cents pieds carrs1 le saint mystre de la fraternit humaine4 ,ce jardin n'tait plus un jardin1 c'tait une broussaille colossale2 c'est--dire quelque chose qui est impntrable comme une fort1 peupl comme une ville1 frissonnant comme un nid1 sombre comme une cathdrale1 odorant comme un bouquet1 solitaire comme une tombe1 vivant comme une foule4 ,,xv4 ,en floral1 cet norme buisson1 libre derrire sa grille et dans ses quatre murs1 entrait en rut dans le sourd travail de la germination universelle1 tressaillait au soleil levant presque comme une bte qui aspire les effluves de l'amour cosmique et qui sent la sve d'avril monter et bouillir dans ses veines1 et1 secouant au vent sa prodigieuse chevelure verte1 semait sur la terre humide1 sur les statues frustes1 sur le perron croulant du pavillon et jusque sur le pav de la rue dserte1 les fleurs en toiles1 la rose en perles1 la fcondit1 la beaut1 la vie1 la joie1 les parfums4 midi mille papillons blancs s'y rfugiaient1 et c'tait un spectacle divin de voir l tourbillonner en flocons dans l'ombre cette neige vivante de l't4 ,l1 dans ces gaies tnbres de la verdure1 une foule de voix innocentes parlaient doucement l'me1 et ce que les gazouillements avaient oubli de dire1 les bourdonnements le compltaient4 ,le soir une vapeur de rverie se dgageait du jardin et l'enveloppait2 un linceul de brume1 une tristesse cleste et calme1 le couvraient2 l'odeur si enivrante des chvrefeuilles et des liserons en sortait de toute part comme un poison exquis et subtil2 on entendait les derniers appels des grimpereaux et des bergeronnettes s'assoupissant sous les branchages2 on y sentait cette intimit sacre de l'oiseau et de l'arbre4 ,le jour1 les ailes rjouissent les feuilles2 la nuit1 les feuilles protgent les ailes4 ,,xvi4 ,l'hiver1 la broussaille tait noire1 mouille1 hrisse1 grelottante1 et laissait un peu voir la maison4 ,on apercevait1 au lieu de fleurs dans les rameaux et de rose dans les fleurs1 les longs rubans d'argent des limaces sur le froid et pais tapis des feuilles jaunes2 mais de toute faon1 sous tout aspect1 en toute saison1 printemps1 hiver1 t1 automne1 ce petit enclos respirait la mlancolie1 la contemplation1 la solitude1 la libert1 l'absence de l'homme1 la prsence de ,dieu2 et la vieille grille rouille avait l'air de dire3--,ce jardin est moi6 ,le pav de ,paris avait beau tre l tout autour1 les htels classiques et splendides de la rue de ,varenne deux pas1 le dme des ,invalides tout prs1 la ,chambre des dputs pas loin2 les carrosses de la rue de ,bourgogne et de la rue ,saint-,dominique avaient beau rouler fastueusement dans le voisinage2 les omnibus jaunes1 bruns1 blancs1 rouges1 avaient beau se croiser dans le carrefour prochain3 le dsert tait rue ,plumet2 et la mort des anciens propritaires1 une rvolution qui avait pass1 l'croulement des antiques fortunes1 l'absence1 l'oubli1 quarante ans d'abandon et de viduit1 avaient suffi pour ramener dans ce lieu privilgi les fougres1 les bouillons-blancs1 les cigus1 les achilles1 les hautes herbes1 les grandes plantes gaufres aux larges feuilles de drap vert ple1 les lzards1 les scarabes1 les insectes inquiets et rapides2 pour faire sortir des profondeurs de la terre et reparatre entre ces quatre murs je ne sais quelle grandeur sauvage et farouche2 et pour que la nature1 qui dconcerte les arrangements mesquins de l'homme et qui se rpand toujours tout entire l o elle se rpand1 aussi bien dans la fourmi que dans l'aigle1 en vnt s'panouir dans un mchant petit jardin parisien avec autant de rudesse et de majest que dans une fort vierge du nouveau monde4 ,,xvii4 ,rien n'est petit en effet2 quiconque est sujet aux pntrations profondes de la nature le sait4 ,bien qu'aucune satisfaction absolue ne soit donne la philosophie1 pas plus de circonscrire la cause que de limiter l'effet1 le contemplateur tombe dans des extases sans fond cause de toutes ces dcompositions de forces aboutissant l'unit4 ,tout travaille tout4 ,l'algbre s'applique aux nuages2 l'irradiation de l'astre profite la rose2 aucun penseur n'oserait dire que le parfum de l'aubpine est inutile aux constellations4 ,qui donc peut calculer le trajet d'une molcule8 que savons-nous si des crations de mondes ne sont point dtermines par des chutes de grains de sable8 qui donc connat les flux et les reflux de l'infiniment grand et de l'infiniment petit1 le retentissement des causes dans les prcipices de l'tre1 et les avalanches de la cration8 ,un ciron importe2 le petit est grand1 le grand est petit2 tout est en quilibre dans la ncessit2 effrayante vision pour l'esprit4 ,il y a entre les tres et les choses des relations de prodige2 dans cet inpuisable ensemble1 de soleil puceron1 on ne se mprise pas2 on a besoin les uns des autres4 ,la lumire n'emporte pas dans l'azur les parfums terrestres sans savoir ce qu'elle en fait2 la nuit fait des distributions d'essence stellaire aux fleurs endormies4 ,tous les oiseaux qui volent ont la patte le fil de l'infini4 ,la germination se complique de l'closion d'un mtore1 du coup de bec de l'hirondelle brisant l'oeuf1 et elle mne de front la naissance d'un ver de terre et l'avnement de ,socrate4 ,o finit le tlescope1 le microscope commence4 ,lequel des deux a la vue plus grande8 ,choisissez4 ,une moisissure est une pliade de fleurs2 une nbuleuse est une fourmilire d'toiles4 ,mme promiscuit1 et plus inoue encore1 des choses de l'intelligence et des faits de la substance4 ,les lments et les principes se mlent1 se combinent1 s'pousent1 se multiplient les uns par les autres1 au point de faire aboutir le monde matriel et le monde moral la mme clart4 ,le phnomne est en perptuel repli sur lui-mme4 ,dans les vastes changes cosmiques1 la vie universelle va et vient en quantits inconnues1 roulant tout dans l'invisible mystre des effluves1 employant tout1 ne perdant pas un rve de pas un sommeil1 semant un animalcule ici1 miettant un astre l1 oscillant et serpentant1 faisant de la lumire une force et de la pense un lment1 dissmine et indivisible1 dissolvant tout1 except ce point gomtrique1 le moi2 ramenant tout l'me atome2 panouissant tout en ,dieu2 enchevtrant1 depuis la plus haute jusqu' la plus basse1 toutes les activits dans l'obscurit d'un mcanisme vertigineux1 rattachant le vol d'un insecte au mouvement de la terre1 subordonnant1 qui sait8 ne ft-ce que par l'identit de la loi1 l'volution de la comte dans le firmament au tournoiement de l'infusoire dans la goutte d'eau4 ,machine faite d'esprit4 ,engrenage norme dont le premier moteur est le moucheron et dont la dernire roue est le zodiaque4 ,,xviii4 ,marius passe et repasse devant le grillage de la maisonnette indique par ponine3 ,cosette le regarde4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,on a tant abus du regard dans les romans d'amour qu'on a fini par le dconsidrer4 ,c'est peine si l'on ose dire maintenant que deux tres se sont aims parce qu'ils se sont regards4 ,c'est pourtant comme cela qu'on s'aime et uniquement comme cela4 ,le reste n'est que le reste1 et vient aprs4 ,rien n'est plus rel que ces grandes secousses que deux mes se donnent en changeant cette tincelle4 cette certaine heure o ,cosette eut sans le savoir ce regard qui troubla ,marius1 ,marius ne se douta pas que lui aussi eut un regard qui troubla ,cosette6 ,il lui fit le mme mal ou le mme bien4 ,depuis longtemps dj elle le voyait et elle l'examinait comme les filles examinent et voient1 en regardant ailleurs4 ,marius trouvait encore ,cosette laide que dj ,cosette trouvait ,marius beau4 ,mais1 comme il ne prenait point garde elle1 ce jeune homme lui tait bien gal4 ,cependant elle ne pouvait s'empcher de se dire qu'il avait de beaux cheveux1 de beaux yeux1 de belles dents1 un charmant son de voix1 quand elle l'entendait causer avec ses camarades1 qu'il marchait en se tenant mal1 si l'on veut1 mais avec une grce lui1 qui ne paraissait pas bte du tout1 que toute sa personne tait noble1 douce1 simple et fire1 et qu'enfin il avait l'air pauvre1 mais qu'il avait bon air4 ,le jour o leurs yeux se rencontrrent et se dirent enfin brusquement ces premires choses obscures et ineffables que le regard balbutie1 ,cosette ne comprit pas d'abord4 ,elle rentra pensive la maison de la rue de l',ouest o ,jean ,valjean1 selon son habitude1 tait venu passer six semaines4 ,le lendemain1 en s'veillant1 elle songea ce jeune homme inconnu1 si longtemps indiffrent et glac1 qui semblait maintenant faire attention elle1 et il ne lui sembla pas le moins du monde que cette attention lui ft agrable4 ,elle avait plutt un peu de colre contre ce beau ddaigneux4 ,un fond de guerre remua en elle4 ,il lui sembla1 et elle en prouvait une joie encore tout enfantine1 qu'elle allait enfin se venger4 ,,xix4 ,se sachant belle1 elle sentait bien1 quoique d'une faon indistincte1 qu'elle avait une arme4 ,les femmes jouent avec leur beaut comme les enfants avec leur couteau4 ,elles s'y blessent4 ,on se rappelle les hsitations de ,marius1 ses palpitations1 ses terreurs4 ,il restait sur son banc et n'approchait pas4 ,ce qui dpitait ,cosette4 ,un jour elle dit ,jean ,valjean3 --,pre1 promenons-nous donc un peu de ce ct-l4 ,voyant que ,marius ne venait point elle1 elle alla lui4 ,en pareil cas1 toute femme ressemble ,mahomet4 ,et puis1 chose bizarre1 le premier symptme de l'amour vrai chez un jeune homme1 c'est la timidit3 chez une jeune fille1 c'est la hardiesse4 ,ceci tonne1 et rien n'est plus simple pourtant4 ,ce sont les deux sexes qui tendent se rapprocher et qui prennent les qualits l'un de l'autre4 ,ce jour-l1 le regard de ,cosette rendit ,marius fou1 le regard de ,marius rendit ,cosette tremblante4 ,marius s'en alla confiant1 et ,cosette inquite4 partir de ce jour1 ils s'adorrent4 ,,xx4 ,la premire chose que ,cosette prouva1 ce fut une tristesse confuse et profonde4 ,il lui sembla que1 du jour au lendemain1 son me tait devenue noire4 ,elle ne la reconnaissait plus4 ,la blancheur de l'me des jeunes filles1 qui se compose de froideur et de gaiet1 ressemble la neige4 ,elle fond l'amour1 qui est son soleil4 ,cosette ne savait pas ce que c'tait que l'amour4 ,elle n'avait jamais entendu prononcer ce mot dans le sens terrestre44444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,elle aimait avec d'autant plus de passion qu'elle aimait avec ignorance4 ,elle ne savait pas si cela est bon ou mauvais1 utile ou dangereux1 ncessaire ou mortel1 ternel ou passager1 permis ou prohib2 elle aimait4 ,on l'et bien tonne si on lui et dit3 ,vous ne dormez pas8 mais c'est dfendu6 ,vous ne mangez pas8 mais c'est fort mal6 ,vous avez des oppressions et des battements de coeur8 mais cela ne se fait pas6 ,vous rougissez et vous plissez quand un certain tre vtu de noir parat au bout d'une certaine alle verte8 mais c'est abominable6 ,elle n'et pas compris1 et et rpondu3 ,comment peut-il y avoir de ma faute dans une chose o je ne puis rien et o je ne sais rien8 ,,xxi4 ,il se trouva que l'amour qui se prsenta tait prcisment celui qui convenait le mieux l'tat de son me4 ,c'tait une sorte d'adoration distance1 une contemplation muette1 la dification d'un inconnu4 ,c'tait l'apparition de l'adolescence l'adolescence1 le rve devenu roman et rest rve1 le fantme souhait enfin ralis et fait chair1 mais n'ayant pas encore de nom1 ni de tort1 ni de tache1 ni d'exigence1 ni de dfaut2 en un mot1 l'amant lointain et demeur dans l'idal1 une chimre ayant une forme4 ,toute rencontre plus palpable et plus proche et cette premire poque effarouch ,cosette1 encore demi plonge dans la brume grossissante du clotre4 ,elle avait toutes les peurs des enfants et toutes les peurs des religieuses mles4 ,l'esprit du couvent1 dont elle s'tait pntre pendant cinq ans1 s'vaporait encore lentement de toute sa personne et faisait tout trembler autour d'elle4 ,dans cette situation1 ce n'tait pas un amant qu'il lui fallait1 ce n'tait pas mme un amoureux1 c'tait une vision4 ,elle se mit adorer ,marius comme quelque chose de charmant1 de lumineux et d'impossible4 ,comme l'extrme navet touche l'extrme coquetterie1 elle lui souriait1 tout franchement4 ,elle attendait tous les jours l'heure de la promenade avec impatience1 elle y trouvait ,marius1 se sentait indiciblement heureuse1 et croyait sincrement exprimer toute sa pense en disant ,jean ,valjean3 --,quel dlicieux jardin que le ,luxembourg6 ,marius et ,cosette taient dans la nuit l'un pour l'autre4 ,ils ne se parlaient pas1 ils ne se saluaient pas1 ils ne se connaissaient pas2 ils se voyaient2 et1 comme les astres dans le ciel que des millions de lieues sparent1 ils vivaient de se regarder4 ,c'est ainsi que ,cosette devenait peu peu une femme et se dveloppait1 belle et amoureuse1 avec la conscience de sa beaut et l'ignorance de son amour4444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,,xxii4 ,ce bonheur sans conscience de lui-mme est interrompu par la jalousie paternelle de ,jean ,valjean1 qui craint une embche de libertinage pour sa fille2 il change de domicile et de promenade4 ,une horrible apparition de la chane des galriens1 sur la route des ,gobelins1 le ramne au souvenir de sa condition et pouvante ,cosette4 ,cette apparition1 trs-habile comme comparaison1 est trs-mlodramatique et trs-exagre comme tableau4 ,la socit y joue un rle gratuitement odieux4 ,on dirait une horde de sauvages vainqueurs1 menant une autre horde au bcher4 ,on dtruit l'effet de ce qu'on exagre3 c'est le fleuve qui rejette son cume sur ses bords1 pour que l'eau ne soit pas trouble2 qui peut accuser le fleuve de purifier l'cume8 ,nous surtout1 qui voulons supprimer la peine irrparable de mort en matire civile1 et qui avons eu l'audace de la supprimer mme en politique1 nous n'aimons pas la peine corruptrice des bagnes1 et nous avons1 dans nos nombreux discours sur ce sujet1 rclam un pnitentiaire colonial avec une lgislation spciale1 et des prisons lointaines et gradues1 pour donner la scurit la socit innocente1 contre les btes froces de la mnagerie humaine2 mais1 la prison pnitentiaire coloniale n'existant pas encore1 il faut bien reconnatre la socit le droit sacr de se dfendre en attendant et de se sparer de ce qui la menace en la souillant4 ,,xxiii4 ,interruption encore de plusieurs pisodes qui doivent converger plus tard dans le dnoment4 ,il y en a un vritablement touchant1 comme une lgende de ,juif-,errant de la science1 c'est celui du vieil homme de lettres1 amant passionn des livres1 et dvor par eux1 qui mange sou sou son mince patrimoine pour s'en procurer1 qui finit par les vendre un un pour vivre1 et qui1 lorsqu'il a vendu le dernier1 meurt lui-mme dsespr de sa passion du livre1 d'abord rsigne1 puis change en fureur6 ,c'est l en effet une de ces misres innommes dont la socit n'est nullement coupable4 ,peut-elle extirper les manies individuelles1 elle qui ne peut extirper les passions8 ,,xxiv4 ,cosette revient la maison de la rue ,plumet4 ,cosette dcouvre dans un pavillon abandonn du jardin1 sous une pierre apporte par l'inconnu1 un cahier de penses crites par une main anonyme1 dont quelques-unes sont divines4 ,c'est l'alphabet de l'amour1 qu'on lui fait peler pour la premire fois4 ,dieu1 c'est la plnitude du ciel2 l'amour1 c'est la plnitude de l'homme6 ,vous regardez une toile pour deux motifs3 parce qu'elle est lumineuse et parce qu'elle est impntrable4 ,vous avez auprs de vous un plus doux rayonnement et un plus grand mystre3 la femme6 ,ce que l'amour commence ici-bas ne peut tre achev que par ,dieu6 ,si l'amour s'teignait1 le soleil s'teindrait6 ,oh6 aimer6 avoir perdu la trace de ce qu'on aime6 ,ne pas savoir l'adresse de son me6 etc4 ,,xxv4 ,ce livret de sainte ,thrse de l'amour profane respire le feu et le communique l'me de ,cosette4 ,elle vient au jardin le lendemain l'heure tnbreuse1 pas muets1 sans savoir qu'elle y vient2 elle caresse de la main la grosse pierre1 comme pour la remercier4 ,une ombre apparat derrire elle1 ombre l'astre amoureux des amoureux1 la lune4 ,elle tressaille3 c'est lui6 c'est ,marius6 ,,xxvi4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,cosette1 en reculant1 rencontra un arbre et s'y adossa4 ,sans cet arbre1 elle ft tombe4 ,alors elle entendit sa voix1 cette voix qu'elle n'avait vraiment jamais entendue1 qui s'levait peine au-dessus du frmissement des feuilles et qui murmurait3 --,pardonnez-moi1 je suis l4 ,j'ai le coeur gonfl1 je ne pouvais pas vivre comme j'tais1 je suis venu4 ,avez-vous lu ce que j'avais mis l1 sur ce banc8 me reconnaissez-vous un peu8 n'ayez pas peur de moi4 ,voil du temps dj1 vous rappelez-vous le jour o vous m'avez regard8 c'tait dans le ,luxembourg1 prs du ,gladiateur4 ,et le jour o vous avez pass devant moi8 c'tait le #af juin et le #b juillet4 ,il va y avoir un an4 ,depuis bien longtemps je ne vous ai plus vue4 ,j'ai demand la loueuse de chaises1 elle m'a dit qu'elle ne vous voyait plus4 ,vous demeuriez rue de l',ouest1 au troisime sur le devant1 dans une maison neuve2 vous voyez que je sais6 ,je vous suivais1 moi4 ,qu'est-ce que j'avais faire8 ,et puis vous avez disparu4 ,j'ai cru vous voir passer une fois que je lisais les journaux sous les arcades de l',odon4 ,j'ai couru4 ,mais non4 ,c'tait une personne qui avait un chapeau comme vous4 ,la nuit1 je viens ici4 ,ne craignez pas1 personne ne me voit4 ,je viens regarder vos fentres de prs4 ,je marche bien doucement pour que vous n'entendiez pas1 car vous auriez peut-tre peur4 ,l'autre soir j'tais derrire vous1 vous vous tes retourne1 je me suis enfui4 ,une fois je vous ai entendue chanter4 ,j'tais heureux4 ,est-ce que cela vous fait quelque chose que je vous entende chanter travers le volet8 cela ne peut rien vous faire4 ,non1 n'est-ce pas8 ,voyez-vous1 vous tes mon ange1 laissez-moi venir un peu2 je crois que je vais mourir4 ,si vous saviez6 je vous adore1 moi6 ,pardonnez-moi1 je vous parle1 je ne sais pas ce que je vous dis1 je vous fche peut-tre1 est-ce que je vous fche8 -- ma mre6 dit-elle4 ,et elle s'affaissa sur elle-mme comme si elle se mourait4 ,il la prit1 elle tombait1 il la prit dans ses bras1 il la serra troitement sans avoir conscience de ce qu'il faisait4 ,il la soutenait tout chancelant4 ,il tait comme s'il avait la tte pleine de fume2 des clairs lui passaient entre les cils2 ses ides s'vanouissaient2 il lui semblait qu'il accomplissait un acte religieux et qu'il commettait une profanation4 ,du reste1 il n'avait pas le moindre dsir de cette femme ravissante dont il sentait la forme contre sa poitrine4 ,il tait perdu d'amour4 ,elle lui prit la main et la posa sur son coeur4 ,il sentit le papier qui y tait1 il balbutia3 --,vous m'aimez donc8 ,elle rpondit d'une voix si basse que ce n'tait plus qu'un souffle qu'on entendait peine3 --,tais-toi6 tu le sais6 ,et elle cacha sa tte rouge dans le sein du jeune homme superbe et enivr4 ,il tomba sur le banc1 elle prs de lui4 ,ils n'avaient plus de paroles4 ,les toiles commenaient rayonner4 ,comment se fit-il que leurs lvres se rencontrrent8 ,comment se fait-il que l'oiseau chante1 que la neige fonde1 que la rose s'ouvre1 que mai s'panouisse1 que l'aube blanchisse derrire les arbres noirs au sommet frissonnant des collines8 ,un baiser1 et ce fut tout4 ,tous deux tressaillirent1 et ils se regardrent dans l'ombre avec des yeux clatants4 ,ils ne sentaient ni la nuit frache1 ni la pierre froide1 ni la terre humide1 ni l'herbe mouille2 ils se regardaient et ils avaient le coeur plein de penses4 ,ils s'taient pris les mains sans savoir4 ,elle ne lui demandait pas1 elle n'y songeait pas mme1 par o il tait entr et comment il avait pntr dans le jardin4 ,cela lui paraissait si simple qu'il ft l6 ,,xxvii4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,par intervalles1 ,cosette bgayait une parole4 ,son me tremblait ses lvres comme une goutte de rose une fleur4 ,peu peu ils se parlrent4 ,l'panchement succda au silence1 qui est la plnitude4 ,la nuit tait sereine et splendide au-dessus de leur tte4 ,ces deux tres1 purs comme des esprits1 se dirent tout1 leurs songes1 leurs ivresses1 leurs extases1 leurs chimres1 leurs dfaillances1 comme ils s'taient adors de loin1 comme ils s'taient souhaits1 leur dsespoir quand ils avaient cess de s'apercevoir4 ,ils se confirent dans une intimit idale1 que rien dj ne pouvait plus accrotre1 ce qu'ils avaient de plus cach et de plus mystrieux4 ,ils se racontrent1 avec une foi candide dans leurs illusions1 tout ce que l'amour1 la jeunesse et ce reste d'enfance qu'ils avaient1 leur mettaient dans la pense4 ,ces deux coeurs se versrent l'un dans l'autre1 de sorte qu'au bout d'une heure c'tait le jeune homme qui avait l'me de la jeune fille et la jeune fille qui avait l'me du jeune homme4 ,ils se pntrrent1 ils s'enchantrent1 ils s'blouirent4 ,,xxviii4 ,quand ils eurent fini1 quand ils se furent tout dit1 elle posa sa tte sur son paule et lui demanda3 --,comment vous appelez-vous8 --,je m'appelle ,marius1 dit-il4 ,et vous8 --,je m'appelle ,cosette4 ,,xxix4 ,autre interruption qui nous ramne aux ,thnardier1 maintenant tablis ,paris sous le faux nom de ,jondrette1 et dont les nombreux enfants1 changs1 prts1 rendus1 ne savent plus gure qui ils appartiennent4 ,la mre a quelques scrupules4--,mais c'est mal1 dit-elle son mari1 de vendre ainsi ses enfants4 --,jean-,jacques ,rousseau a fait mieux1 rpond ,thnardier4 pigramme amre du philosophe pre de l'le de ,guernesey1 contre la philosophie sans me de ,jean-,jacques ,rousseau4 ,le premier quelquefois est un sophiste d'esprit2 mais le second est un sophiste de coeur6 ,on arrte dans son repaire la femme qui a achet les deux derniers petits enfants de la ,thnardier4 ,un petit vagabond1 nomm ,gavroche1 les recueille1 les couche dans le ventre de terre cuite de l'lphant de la ,bastille2 c'est une larme dans la boue1 mais la larme est chaude4 ,,xxx4 ,l'histoire des enfants perdus1 soit dans la fort1 mangeant des mres1 soit dans les rues d'une grande capitale1 et recueillis par la piti d'un vagabond dans son nid d'un soir1 dans un monument en charpente d'gypte ou de ,paris1 est toujours une des misres les plus apitoyantes de l'humanit4 ,ce petit protecteur indiffrent et gai des pauvres enfants est le type de la lgret stoque de l'enfant de ,paris1 dont ,m4 ,hugo fait un idal1 idal froce1 ou compatissant par insouciance1 qui caresse ou qui mord sans rflexion1 cume lgre flottant sur la mer agite des capitales1 qui n'a ni famille1 ni coles1 ni profession1 ni respect1 et dont toute la moralit consiste dans quelques chansons obscnes ou avines4 ,c'est un pauvre idal de peuple prsenter l'admiration de nos artisans1 la moelle peut-tre de la population franaise4 ,,xxxi4 ,le gamin de ,paris n'eut qu'un beau jour3 celui o1 du balcon de l',htel-de-,ville1 au milieu de la tempte qui tourbillonnait mes pieds1 menaant de tout engloutir1 je l'voquai du fond du dsordre et j'en fis la garde mobile de #ahdh1 une arme de hros1 les ,marseillais de l'ordre6 ,hros qui sauvrent ,paris et l',europe gratuitement1 par l'instinct de la bravoure et de la socit1 et que la socit sauve a rcompenss par un indigne oubli de leurs services6 ,voil l'enfant de ,paris1 quand on sait faire appel son feu cach dans la fange4 ,quant celui que nous peint le roman des ,misrables1 ce n'est que le lazzarone spirituel d'une populace hbte1 riant de tout et de lui-mme2 c'est le petit ,gavroche1 cachant les petits ,thnardier dans le ventre de l'lphant1 sa demeure4 ,mais1 malgr l'tranget de cette invention du pote1 cela touche1 parce que cela est bon3 ces pauvres enfants de la ,thnardier1 sans feu1 sans pain et sans asile1 rappellent ces couves de petits chiens qu'on voit dans la cage des lions1 rchauffs par la gueule du monstre4 ,,xxxii4 ,un dixime tiroir contient une dissertation sur l'argot et presque un loge de cette langue infme4 ,passons1 c'est un trange caprice4 ,que peut-il y avoir louer dans ce patois du crime1 qui n'a t invent que comme un masque pour cacher le visage des sclrats1 de mme que le masque des assassins cache leurs visages1 et qu'on ne peut apprendre que pour parler bas1 devant l'honnte homme1 des forfaits commettre ou cacher8 ,dbauche de science qu'il faut pardonner l'rudition capricieuse de ,balzac1 d',eugne ,sue1 de ,victor ,hugo4 ,seulement un bel hymne l'avenir termine ce chapitre4 ,on y reconnat le gnie du bien idalisant son type4 ,il n'a d'autre dfaut que d'tre indfini1 et par consquent vague et enivrant4 ,,xxxiii4 ,en matire de lgislation1 on ne chante pas le progrs1 on le calcule4 ,c'est la mcanique cleste de ,laplace1 mais la mcanique applique4 ,une aspiration suffit au coeur2 mais l'conomie politique1 cette astronomie des forces humaines1 il faut le chiffre4 ,les aspirations de mille passagers sur le vaisseau social ne conduiront pas le navire au port2 il faut qu'un seul monte sur le pont et presse l'auteur pour donner la route4 ,victor ,hugo ne la donne pas6 ,,lamartine4 7,la suite au mois prochain47 ,l,x,x,x,v,i,ie ,,entretien4 ,,consid,,rations ,,sur ,,un ,,chef-,d',,oeuvre1 ,,ou ,,le ,,danger ,,du ,g,,nie4 ,les ,misrables1 par ,victor ,hugo4 ,,cinqui,,me ,,partie4 ,i4 ,le onzime tiroir1 plein la fois de choses prcieuses et de rebuts1 nous ramne l'idylle de la rue ,plumet1 ce chef-d'oeuvre que dsormais les yeux ne quittent plus qu'avec regret4 ,aimer remplace presque penser4 ,l'amour est un ardent oubli de tout le reste2 ils vivaient dans une minute d'or4 ,c'est peine si ,marius songeait que ,cosette avait un pre4 ,il y avait dans sa tte l'effacement et l'blouissement4 ,de quoi donc parlaient-ils1 ces amants8 ,on l'a vu3 des fleurs1 des hirondelles1 du soleil couchant1 du lever de la lune1 de toutes les choses importantes4 ,ils s'taient dit tout1 except tout4 ,le tout des amoureux1 c'est le rien4 ,mais le pre1 les ralits1 ce bouge1 ces bandits1 cette aventure1 quoi bon8 et tait-il bien sr que ce cauchemar et exist8 ,on tait deux1 on s'adorait1 il n'y avait que cela4 ,toute autre chose n'tait pas4 ,il est probable que cet vanouissement de l'enfer derrire nous est inhrent l'arrive au paradis4 ,est-ce qu'on a vu des dmons8 est-ce qu'il y en a8 est-ce qu'on a trembl8 est-ce qu'on a souffert8 ,on n'en sait plus rien4 ,une nue rose est l-dessus4 ,donc ces deux tres vivaient ainsi1 trs-haut1 avec toute l'invraisemblance qui est dans la nature2 ni au nadir1 ni au znith1 entre l'homme et le sraphin1 au-dessus de la fange1 au-dessous de l'ther1 dans le nuage2 peine os et chair1 me et extase de la tte aux pieds2 dj trop sublims pour marcher terre1 encore trop chargs d'humanit pour disparatre dans le bleu1 en suspension comme des atomes qui attendent le prcipit2 en apparence hors du destin2 ignorant cette ornire1 hier1 aujourd'hui1 demain2 merveills1 pms1 flottants2 par moments1 assez allgs pour la fuite dans l'infini2 presque prts l'envolement ternel4 ,ils dormaient veills dans ce bercement4 lthargie splendide du rel accabl d'idal6 ,quelquefois1 si belle que ft ,cosette1 ,marius fermait les yeux devant elle4 ,les yeux ferms1 c'est la meilleure manire de regarder l'me4 ,marius et ,cosette ne se demandaient pas o cela les conduirait4 ,ils se regardaient comme arrivs4 ,c'est une trange prtention des hommes de vouloir que l'amour conduise quelque part44444444 ,,ii4 ,une autre digression1 mais qui tient au sujet1 nous entrane chez le grand-pre de ,marius1 ancien migr de quatre-vingts ans1 dont l'intrieur est bien peint1 mais un peu trop en caricature4 ,c'est le dfaut de l'crivain1 de trop rire du pass et de se moquer des aeux4 ,cela fait peine4 ,hlas6 chaque sicle vit de ses ides3 ils avaient les leurs1 nous avons les ntres2 dans cinquante ans ne serons-nous pas des aeux8 ,celui-l avait rpudi et chass impitoyablement1 en apparence1 ,marius1 son petit-fils1 de chez lui1 parce que ,marius tait de son ge et farci du libralisme bonapartiste du ,constitutionnel de #ahae4 ,un beau jour ,marius1 sans prparation1 vaincu par l'amour1 vient brusquement demander au vieillard de permettre son mariage avec ,cosette4 ,le vieillard croit que son petit-fils rve1 et le renvoie avec sa maldiction et son rve4 ,le dsespoir le prcipite dans les barricades de je ne sais plus quelle anne du rgne de #ahcj4 ,il se souvient qu'il a l une douzaine d'tudiants1 ses amis1 qui ont fantaisie de se battre pour quoi que ce soit1 qui n'est ni la monarchie lgitime1 ni la royaut d'occasion de #ahcj1 ni la rpublique proprement dite1 forme dfinie de gouvernement1 mais un je ne sais quoi1 qui s'appelle tantt la dmocratie1 tantt l'idal1 en ralit le drapeau rouge4 ,une voix l'appelle dans la nuit1 c'est celle d'ponine2 elle lui dit que ses amis l'attendent la barricade4 ,il y va mourir3 puisqu'il ne peut vivre avec ,cosette1 autant mourir pour le drapeau rouge6 ,cet pisode est intitul l'pope de la rue ,saint-,denis4 pope tragi-burlesque o il se dpense autant d'hrosme qu'au sige de ,troie1 et o l'auteur ramne la porte d'un cabaret douze ou quinze personnages tombs des nues dans ce trou de six pieds1 parmi lesquels ,valjean1 qui ne sait non plus que faire et qui tire quelques coups de fusil1 s'amusant tuer des hommes2 douze ou quinze gamins de ,paris et autant d'tudiants buvant dans une salle basse1 prorant et se battant tour tour1 ,marius en tte1 pour l'honneur du drapeau rouge4 ,,iii4 ,cette longue pice tiroir est trop minutieusement tudie pour le roman et mme pour l'histoire4 ,gavroche assaisonne de calembours les coups de feu4 ,il y a beaucoup de ,don ,quichote dans ces hros1 quelques bacheliers de ,salamanque1 et pas mal de ,gil ,blas4 ,marius1 devenu tout coup philosophe radical1 joue d'inspiration un hymne la guerre civile4 ,on ne peut pas discuter avec ,marius3 il a un tourbillon dans la tte1 une amante perdue dans le coeur1 un baril de poudre sous la main dans la barricade1 la mche au poing pour faire sauter vainqueurs et vaincus si la victoire hsite4 ponine reoit un coup de feu qui tait destin ,marius4 ,elle meurt en lui avouant son amour4 ,gavroche1 le gamin de ,paris1 meurt en brave et en chantant un refrain contre les gendarmes4 ,un billet de ,cosette1 retrouv sur la poitrine d'ponine1 apprend ,marius qu'elle loge avec son pre deux pas de l1 rue de l',homme-,arm1 n #g4 ,tout ce ple-mle de grisettes1 de filles perdues1 de vieillards dsesprs1 d'tudiants goguenards1 de philosophes radicaux1 de braves rveurs1 de hros sans cause1 est d'un mouvement dsordonn qui peint bien l'imagination populaire un jour de rvolution4 ,marius succombe la fin1 le dernier1 dans son foss de feu2 on l'emporte au cabaret4 ,valjean le reconnat et le fait disparatre1 par un trou dans le pav1 sous les solitudes des gouts de ,paris4 ,en mme temps il sauve la vie ,javert1 son perscuteur et son prisonnier4 ,,iv4 ,ici un tiroir1 bien plus vaste et bien plus tranger au roman ou l'pope que les autres1 forme sous les pas du lecteur comme une trappe et le conduit1 pendant je ne sais combien de pages1 jusqu' la ,seine4 ,l'architecte des gouts de ,paris n'en ferait pas un plan plus dtaill1 et on peut dire plus hors d'oeuvre4 ,c'est un voyage travers la boue1 o le lecteur s'embourbe avec l'architecte4 ,cela dure1 pendant des pages et des pages1 la manire de ,mercier1 dans son ,tableau de ,paris4 ,valjean trouve l'embouchure tous les personnages dont le roman a besoin pour se dnouer3 ,javert1 qui l'a suivi1 invisible1 et qui croit tenir en lui un assassin emportant un cadavre accusateur la rivire2 ,thnardier1 qui erre aussi dans ces parages et qui lui en donne la clef2 ,marius1 vanoui sur ses paules1 qu'il couche sur la plage et qu'il rapporte ensuite son grand-pre1 sans se faire connatre4 ,l'honnte agent de police ,javert1 combattu entre sa reconnaissance pour ,valjean1 par qui il a t sauv1 et le remords de son mtier qui crie en lui1 se dbarrasse de lui-mme en se jetant dans la ,seine et en se noyant pour se tirer d'embarras4 ,cet gout1 ces rencontres1 ces complications1 ces dnoments1 ressemblent infiniment trop au boulevard du ,crime4 ,le roman finit en mlodrame souterrain4 ,c'est du ,pixercourt1 mais toujours crit par le gnie du grand crivain qui1 comme sa lanterne sourde1 le suit partout4 ,enfin le grand-pre pardonne ,marius expirant1 le fait soigner1 le marie inopinment ce qu'il aime1 dbite l'pithalame table avec ,valjean1 tonn de ce jargon dmocratique dans une bouche de bonne compagnie4 ,on s'pouse1 on reoit les #gcj1jjj francs de ,valjean pour dot1 on est heureux2 mais ,valjean1 honnte homme un peu tard1 finit par confesser tout bas son gendre ,marius qu'il n'est qu'un forat et qu'il lui a fait pouser une aventurire4 ,il meurt ensuite dans son bouge de solitaire1 et l'on est parfaitement heureux chez ,marius4 ,v4 ,voil toute l'histoire1 mais ce n'est pas tout le livre4 ,si c'tait vous ou moi qui eussions crit cette histoire1 on n'en dirait rien1 ou bien on en dirait peu de chose4 ,pourquoi8 ,parce que cette histoire1 avec ses situations bizarres et ses tiroirs plus longs que le bras1 ne serait pas releve par ce qui relve tout3 la magie unique du style1 la verve adolescente de l'crivain1 l'incroyable souplesse de ce gnie infatigable qui va1 de trapze en trapze1 tantt cent pieds au-dessus de notre tte1 tantt cent pieds au-dessous du pav1 sans donner un moment signe de lassitude1 et nous entranant toujours o il veut1 mme dans l'incroyable4 ,mais c'est ,hugo qui crit3 il y a plus1 c'est ,hugo qui pense2 il y a plus encore1 c'est ,hugo qui songe4 ,chez lui1 le cauchemar mme a du gnie6 ,et de temps en temps1 comme dans l',idylle de la rue ,plumet1 c'est ,hugo qui pense et qui aime2 la rue ,plumet est un den aussi dlicieux que celui de ,milton4 ,,vi4 ,,aurore4 ,en ce moment-l1 ,cosette se rveillait4 ,sa chambre tait troite1 propre1 discrte1 avec une longue croise au levant sur l'arrire-cour de la maison4 ,cosette ne savait rien de ce qui se passait dans ,paris4 ,elle n'tait point l la veille et elle tait dj rentre dans sa chambre quand ,toussaint avait dit3--,il parat qu'il y a du train4 ,cosette avait dormi peu d'heures1 mais bien4 ,elle avait eu de doux rves1 ce qui tenait peut-tre un peu ce que son petit lit tait trs-blanc4 ,quelqu'un qui tait ,marius lui tait apparu dans de la lumire4 ,elle se rveilla avec du soleil dans les yeux1 ce qui d'abord lui fit l'effet de la continuation du songe4 ,sa premire pense sortant de ce rve fut riante4 ,cosette se sentit toute rassure4 ,elle traversait1 comme ,jean ,valjean quelques heures auparavant1 cette raction de l'me qui ne veut absolument pas du malheur4 ,elle se mit esprer de toutes ses forces sans savoir pourquoi4 ,puis un serrement de coeur lui vint3--,voil trois jours qu'elle n'avait vu ,marius4 ,mais elle se dit qu'il devait avoir reu sa lettre1 qu'il savait o elle tait1 et qu'il avait tant d'esprit1 qu'il trouverait moyen d'arriver jusqu' elle4--,et cela certainement aujourd'hui1 et peut-tre ce matin mme4--,il faisait grand jour1 mais le rayon de lumire tait trs-horizontal2 elle pensa qu'il tait de trs-bonne heure1 qu'il fallait se lever pourtant pour recevoir ,marius4 ,elle sentait qu'elle ne pouvait vivre sans ,marius1 et que par consquent cela suffisait1 et que ,marius viendrait4 ,aucune objection n'tait recevable4 ,tout cela tait certain4 ,c'tait dj assez monstrueux d'avoir souffert trois jours4 ,marius absent trois jours1 c'tait horrible au bon ,dieu4 ,maintenant cette cruelle taquinerie d'en haut tait une preuve traverse3 ,marius allait arriver1 et apporterait une bonne nouvelle4 ,ainsi est faite la jeunesse2 elle essuie vite ses yeux2 elle trouve la douleur inutile et ne l'accepte pas4 ,la jeunesse est le sourire de l'avenir devant un inconnu qui est lui-mme4 ,il lui est naturel d'tre heureuse4 ,il semble que sa respiration soit faite d'esprance4 ,du reste1 ,cosette ne pouvait parvenir se rappeler ce que ,marius lui avait dit au sujet de cette absence qui ne devait durer qu'un jour1 et quelle explication il lui en avait donne4 ,tout le monde a remarqu avec quelle adresse une monnaie qu'on laisse tomber terre court se cacher1 et quel art elle a de se rendre introuvable4 ,il y a des penses qui nous jouent le mme tour2 elles se blottissent dans un coin de notre cerveau2 c'est fini2 elles sont perdues2 impossible de remettre la mmoire dessus4 ,cosette se dpitait quelque peu du petit effort inutile que faisait son souvenir4 ,elle se disait que c'tait bien mal elle et bien coupable d'avoir oubli des paroles prononces par ,marius4 ,elle sortit du lit et fit les deux ablutions de l'me et du corps1 sa prire et sa toilette4 ,on peut la rigueur introduire le lecteur dans une chambre nuptiale1 non dans une chambre virginale4 ,le vers l'oserait peine1 la prose ne le doit pas4 ,,vii4 ,c'est l'intrieur d'une fleur encore close1 c'est une blancheur dans l'ombre1 c'est la cellule intime d'un lis ferm qui ne doit pas tre regard par l'homme tant qu'il n'a pas t regard par le soleil4 ,la femme en bouton est sacre4 ,ce lit innocent qui se dcouvre1 cette adorable demi-nudit qui a peur d'elle-mme1 ce pied blanc qui se rfugie dans une pantoufle1 cette gorge qui se voile devant un miroir comme si ce miroir tait une prunelle1 cette chemise qui se hte de remonter et de cacher l'paule pour un meuble qui craque ou pour une voiture qui passe1 ces cordons nous1 ces agrafes accroches1 ces lacets tirs1 ces tressaillements1 ces frissons de froid et de pudeur1 cet effarouchement exquis de tous les mouvements1 cette inquitude presque aile l o rien n'est craindre1 les phases successives du vtement aussi charmantes que les nuages de l'aurore1 il ne sied pas que tout cela soit racont1 et c'est dj trop de l'indiquer4 ,l'oeil de l'homme doit tre plus religieux encore devant le lever d'une jeune fille que devant le lever d'une toile4 ,la possibilit d'atteindre doit tourner en augmentation de respect4 ,le duvet de la pche1 la cendre de la prune1 le cristal radi de la neige1 l'aile du papillon poudre de plumes1 sont des choses grossires auprs de cette chastet qui ne sait pas mme qu'elle est chaste4 ,la jeune fille n'est qu'une lueur de rve et n'est pas encore une statue4 ,son alcve est cache dans la partie sombre de l'idal2 l'indiscret toucher du regard brutalise cette vague pnombre4 ,ici1 contempler1 c'est profaner4 ,nous ne montrerons donc rien de tout ce suave petit remue-mnage du rveil de ,cosette4 ,un conte d',orient dit que la rose avait t faite par ,dieu blanche1 mais qu',adam l'ayant regarde au moment o elle s'entrouvrait1 elle eut honte et devint rose4 ,nous sommes de ceux qui se sentent interdits devant les jeunes filles et les fleurs1 les trouvant vnrables4 ,,viii4 ,cosette s'habilla bien vite1 se peigna1 se coiffa1 ce qui tait fort simple en ce temps-l1 o les femmes n'enflaient pas leurs boucles et leurs bandeaux avec des coussinets et des tonnelets1 et ne mettaient point de crinolines dans leurs cheveux4 ,puis elle ouvrit la fentre et promena ses yeux partout autour d'elle1 esprant dcouvrir quelque peu de la rue1 un angle de maison1 un coin de pav1 et pouvoir guetter l ,marius4 ,mais on ne voyait rien du dehors4 ,l'arrire-cour tait enveloppe de murs assez hauts1 et n'avait pour chappe que quelques jardins4 ,cosette dclara ces jardins hideux2 pour la premire fois de sa vie elle trouva des fleurs laides4 ,le moindre bout de ruisseau du carrefour et t bien mieux son affaire4 ,elle prit le parti de regarder le ciel1 comme si elle pensait que ,marius pouvait aussi venir de l4 ,subitement1 elle fondit en larmes4 ,non que ce ft mobilit d'me2 mais des esprances coupes d'accablement1 c'tait sa situation4 ,elle sentit confusment on ne sait quoi d'horrible4 ,les choses passent dans l'air en effet4 ,elle se dit qu'elle n'tait sre de rien1 que se perdre de vue1 c'tait se perdre2 et l'ide que ,marius pourrait bien lui revenir du ciel1 lui apparut1 non plus charmante1 mais lugubre4 ,puis1 tels sont ces nuages3 le calme lui revint1 et l'espoir1 et une sorte de sourire inconscient1 mais confiant en ,dieu4 ,tout le monde tait encore couch dans la maison4 ,un silence provincial rgnait4 ,aucun volet n'tait pouss4 ,la loge du portier tait ferme4 ,toussaint n'tait pas leve1 et ,cosette pensa tout naturellement que son pre dormait4 ,il fallait qu'elle et bien souffert1 et qu'elle souffrt bien encore1 car elle se disait que son pre avait t mchant2 mais elle comptait sur ,marius4 ,l'clipse d'une telle lumire tait dcidment impossible4 ,par instants elle entendait une certaine distance des espces de secousses sourdes1 et elle disait3--,c'est singulier qu'on ouvre et qu'on ferme les portes cochres de si bonne heure6--,c'taient les coups de canon qui battaient la barricade4 ,,ix4 ,il y avait1 quelques pieds au-dessous de la croise de ,cosette1 dans la vieille corniche toute noire du mur1 un nid de martinets2 l'encorbellement de ce nid faisait un peu saillie au-del de la corniche1 si bien que d'en haut on pouvait voir le dedans de ce petit paradis4 ,la mre y tait1 ouvrant ses ailes en ventail sur sa couve2 le pre voletait1 s'en allait1 puis revenait1 rapportant dans son bec de la nourriture et des baisers4 ,le jour levant dorait cette chose heureuse1 la grande loi ,multipliez tait l souriante et auguste1 et ce doux mystre s'panouissait dans la gloire du matin4 ,cosette1 les cheveux dans le soleil1 l'me dans les chimres1 claire par l'amour au dedans et par l'aurore au dehors1 se pencha comme machinalement1 et1 sans presque oser s'avouer qu'elle pensait en mme temps ,marius1 se mit regarder ces oiseaux1 cette famille1 ce mle et cette femelle1 cette mre et ces petits1 avec le profond trouble qu'un nid donne une vierge4 ,x4 ,mais ce qui fait de ce livre un livre souvent dangereux pour le peuple1 dont il aspire videmment tre le code1 c'est la partie dogmatique1 c'est l'erreur de l'conomiste ct de la charit du philosophe2 en un mot1 c'est l'excs d'idal1 ou soi-disant tel1 vers partout plein bord1 et vers qui8 la misre immrite et quelquefois trs-mrite des classes infrieures1 ngliges1 oublies1 suspectes1 souvent coupables1 la misre de la partie souffrante de la socit2 idal faux1 qui1 en se prsentant ces misres dplorables1 immrites ou mrites1 de l'humanit manuellement laborieuse1 prsente ses yeux la socit comme une martre sans entrailles1 qu'il faut har et logiquement dtruire de fond en comble pour faire place la socit de ,dieu4 ,voil le monstre 7nous disons ce mot monstre dans son sens antique1 c'est--dire prodige71 voil le livre que nous avons essay d'analyser ici1 en le condamnant quelquefois et en l'admirant presque toujours4 ,c'est le romantisme introduit dans la politique4 ,pour un crivain raliste par excellence1 le rel y manque souvent4 ,or1 bien que l'idal doive planer toujours un peu plus haut que la ligne de l'horizon au-dessus du rel1 dans les oeuvres des esprits suprieurs qui veulent faire avancer le monde social1 afin qu'il y ait toujours un mieux moral pos devant les hommes pour les faire marcher ,dieu2 cet idal ne doit jamais tre tellement spar du rel1 c'est--dire des conditions bornes de la nature dans l'imparfaite humanit1 qu'il sorte entirement de l'ordre rel et qu'il devienne rve au lieu de rester pense4 ,,xi4 ,lisez le charmant rcit des deux enfants dlivrs du ventre de l'lphant1 et1 aprs la mort de leur protecteur1 le petit ,gavroche1 retrouvant la ,providence au bord d'un bassin du ,luxembourg4 ,l'auteur n'oublie personne4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,il y avait en ce moment-l mme dans le jardin du ,luxembourg1--car le regard du drame doit tre prsent partout1--deux enfants qui se tenaient par la main4 ,l'un pouvait avoir sept ans1 l'autre cinq4 ,la pluie les ayant mouills1 ils marchaient dans les alles du ct du soleil2 l'an conduisait le petit2 ils taient en haillons et ples2 ils avaient un air d'oiseaux fauves4 ,le plus petit disait3--,j'ai bien faim6 ,l'an1 dj un peu protecteur1 conduisait son frre de la main gauche et avait une baguette dans sa main droite4 ,ils taient seuls dans le jardin2 le jardin tait dsert1 les grilles tant fermes par mesure de police cause de l'insurrection4 ,les troupes qui y avaient bivouaqu en taient sorties pour le besoin du combat4 ,comment ces enfants taient-ils l8 ,peut-tre s'taient-ils vads de quelque corps de garde entre-bill2 peut-tre aux environs1 la barrire d',enfer1 ou sur l'esplanade de l',observatoire1 ou dans le carrefour voisin domin par le fronton o on lit3 ,invenerunt parvulum pannis involutum1 y avait-il quelque baraque de saltimbanques dont ils s'taient enfuis2 peut-tre avaient-ils1 la veille au soir1 tromp l'oeil des inspecteurs du jardin l'heure de la clture1 et avaient-ils pass la nuit dans quelqu'une de ces gurites o on lit les journaux4 ,le fait est qu'ils taient errants et qu'ils semblaient libres4 tre errant et sembler libre1 c'est tre perdu4 ,ces pauvres petits taient perdus en effet4 ,ces deux enfants taient ceux-l mme dont ,gavroche avait t en peine1 et que le lecteur se rappelle4 ,enfants des ,thnardier1 en location chez la ,magnon1 attribus ,m4 ,gillenormand1 et maintenant feuilles tombes de toutes ces branches sans racines1 et roules sur la terre par le vent4 ,leurs vtements1 propres du temps de la ,magnon et qui lui servaient de prospectus vis--vis de ,m4 ,gillenormand1 taient devenus guenilles4 ,ces tres appartenaient dsormais la statistique des enfants abandonns que la police constate1 ramasse1 gare et retrouve sur le pav de ,paris4 ,il fallait le trouble d'un tel jour pour que ces petits misrables fussent dans ce jardin4 ,si les surveillants les eussent aperus1 ils eussent chass ces haillons4 ,les petits pauvres n'entrent pas dans les jardins publics2 pourtant on devrait songer que1 comme enfants1 ils ont droit aux fleurs4 ,ceux-ci taient l1 grce aux grilles fermes4 ,ils taient en contravention4 ,ils s'taient glisss dans le jardin1 et ils y taient rests4 ,les grilles fermes ne donnent pas cong aux inspecteurs1 la surveillance est cense continuer1 mais elle s'amollit et se repose2 et les inspecteurs1 mus1 eux aussi1 par l'anxit publique1 et plus occups du dehors que du dedans1 ne regardaient plus le jardin1 et n'avaient pas vu les deux dlinquants4 ,,xii4 ,il avait plu la veille1 et mme un peu le matin4 ,mais en juin les ondes ne comptent pas4 ,c'est peine si l'on s'aperoit1 une heure aprs un orage1 que cette belle journe blonde a pleur4 ,la terre en t est aussi vite sche que la joue d'un enfant4 cet instant du solstice1 la lumire du plein midi est1 pour ainsi dire1 poignante4 ,elle prend tout4 ,elle s'applique et se superpose la terre avec une sorte de succion4 ,on dirait que le soleil a soif4 ,une averse est un verre d'eau2 une pluie est tout de suite bue4 ,le matin tout ruisselait1 l'aprs-midi tout poudroie4 ,rien n'est admirable comme une verdure dbarbouille par la pluie et essuye par le rayon2 c'est de la fracheur chaude4 ,les jardins et les prairies1 ayant de l'eau dans leurs racines et du soleil dans leurs fleurs1 deviennent des cassolettes d'encens et fument de tous leurs parfums la fois4 ,tout rit1 chante et s'offre4 ,on se sent doucement ivre4 ,le printemps est un paradis provisoire2 le soleil aide faire patienter l'homme4 ,,xiii4 ,il y a des tres qui n'en demandent pas davantage2 vivants qui1 ayant l'azur du ciel1 disent3 ,c'est assez6 songeurs absorbs dans le prodige1 puisant dans l'idoltrie de la nature l'indiffrence du bien et du mal1 contemplateurs du cosmos radieusement distraits de l'homme1 qui ne comprennent pas qu'on s'occupe de la faim de ceux-ci1 de la soif de ceux-l1 de la nudit du pauvre en hiver1 de la courbure lymphatique d'une petite pine dorsale1 du grabat1 du grenier1 du cachot1 et des haillons des jeunes filles grelottantes1 quand on peut rver sous les arbres2 esprits paisibles et terribles1 impitoyablement satisfaits4 ,chose trange1 l'infini leur suffit4 ,ce grand besoin de l'homme1 le fini1 qui admet l'embrassement1 ils l'ignorent4 ,le fini1 qui admet le progrs1 le travail sublime1 ils n'y songent pas4 ,l'indfini1 qui nat de la combinaison humaine et divine de l'infini et du fini1 leur chappe4 ,pourvu qu'ils soient face face avec l'immensit1 ils sourient4 ,jamais la joie1 toujours l'extase4 ,s'abmer1 voil leur vie4 ,l'histoire de l'humanit pour eux n'est qu'un plan parcellaire2 ,tout n'y est pas2 le vrai ,tout reste en dehors2 quoi bon s'occuper de ce dtail1 l'homme8 ,l'homme souffre1 c'est possible2 mais regardez donc ,aldbaran qui se lve6 ,la mre n'a plus de lait1 le nouveau-n se meurt1 je n'en sais rien1 mais considrez donc cette rosace merveilleuse que fait une rondelle de l'aubier du sapin examine au microscope6 comparez-moi la plus belle maline cela6 ,ces penseurs oublient d'aimer4 ,le zodiaque russit sur eux au point de les empcher de voir l'enfant qui pleure4 ,dieu leur clipse l'me4 ,c'est l une famille d'esprits1 la fois petits et grands4 ,horace en tait1 ,goethe en tait1 la ,fontaine peut-tre2 magnifiques gostes de l'infini1 spectateurs tranquilles de la douleur1 qui ne voient pas ,nron s'il fait beau1 auxquels le soleil cache le bcher1 qui regarderaient guillotiner en y cherchant un effet de lumire1 qui n'entendent ni le cri1 ni le sanglot1 ni le rle1 ni le tocsin1 pour qui tout est bien1 puisqu'il y a le mois de mai2 qui1 tant qu'il y aura des nuages de pourpre et d'or au-dessus de leur tte1 se dclarent contents1 et qui sont dtermins tre heureux jusqu' puisement du rayonnement des astres et du chant des oiseaux4 ,ce sont de radieux tnbreux4 ,ils ne se doutent pas qu'ils sont plaindre4 ,certes ils le sont4 ,qui ne pleure pas ne voit pas4 ,il faut les admirer et les plaindre1 comme on plaindrait et comme on admirerait un tre la fois nuit et jour qui n'aurait pas d'yeux sous les sourcils et qui aurait un astre au milieu du front4 ,,xiv4 ,l'indiffrence de ces penseurs1 c'est l1 selon quelques-uns1 une philosophie suprieure4 ,soit2 mais dans cette supriorit il y a de l'infirmit4 ,on peut tre immortel et boiteux2 tmoin ,vulcain4 ,on peut tre plus qu'homme et moins qu'homme4 ,l'incomplet immense est dans la nature4 ,qui sait si le soleil n'est pas un aveugle8 ,mais alors1 quoi6 qui se fier8 ,solem quis dicere falsum audeat8 ,ainsi de certains gnies eux-mmes1 de certains ,trs-,hauts humains1 des hommes-astres1 pourraient se tromper8 ,ce qui est l-haut1 au fate1 au sommet1 au znith1 ce qui envoie sur la terre tant de clart1 verrait peu1 verrait mal1 ne verrait pas8 ,cela n'est-il pas dsesprant8 ,mais qu'y a-t-il donc au-dessus du soleil8 ,le dieu4 ,,xv4 ,le #f juin #ahcb1 vers onze heures du matin1 le ,luxembourg1 solitaire et dpeupl1 tait charmant4 ,les quinconces et les parterres s'envoyaient dans la lumire des baumes et des blouissements4 ,les branches1 folles la clart de midi1 semblaient chercher s'embrasser4 ,il y avait dans les sycomores un tintamarre de fauvettes1 les passereaux triomphaient1 les pique-bois grimpaient le long des marronniers en donnant de petits coups de bec dans les trous de l'corce4 ,les plates-bandes acceptaient la royaut lgitime des lis2 le plus auguste des parfums1 c'est celui qui sort de la blancheur4 ,on respirait l'odeur poivre des oeillets4 ,les vieilles corneilles de ,marie de ,mdicis taient amoureuses dans les grands arbres4 ,le soleil dorait1 empourprait et allumait les tulipes1 qui ne sont autre chose que toutes les varits de la flamme1 faites fleurs4 ,tout autour des bancs de tulipes tourbillonnaient les abeilles1 tincelles de ces fleurs-flammes4 ,tout tait grce et gaiet1 mme la pluie prochaine2 cette rcidive1 dont les muguets et les chvrefeuilles devaient profiter1 n'avait rien d'inquitant2 les hirondelles faisaient la charmante menace de voler bas4 ,qui tait l aspirait bonheur2 la vie sentait bon2 toute cette nature exhalait la candeur1 le secours1 l'assistance1 la paternit1 la caresse1 l'aurore4 ,les penses qui tombaient du ciel taient douces comme une petite main d'enfant qu'on baise4 ,les statues sous les arbres1 nues et blanches1 avaient des robes d'ombre troues de lumire2 ces desses taient toutes dguenilles de soleil1 il leur pendait des rayons de tous les cts4 ,autour du grand bassin1 la terre tait dj sche au point d'tre brle4 ,il faisait assez de vent pour soulever et l de petites meutes de poussire4 ,quelques feuilles jaunes1 restes du dernier automne1 se poursuivaient joyeusement1 et semblaient gaminer4 ,l'abondance de la clart avait on ne sait quoi de rassurant4 ,vie1 sve1 chaleur1 effluves1 dbordaient2 on sentait sous la cration l'normit de la source2 dans tous ces souffles pntrs d'amour1 dans ce va-et-vient de rverbrations et de reflets1 dans cette prodigieuse dpense de rayons1 dans ce versement indfini d'or fluide1 on sentait la prodigalit de l'inpuisable2 et derrire cette splendeur comme derrire un rideau de flamme1 on entrevoyait ,dieu1 ce millionnaire d'toiles4 ,grce au sable1 il n'y avait pas une tache de boue2 grce la pluie1 il n'y avait pas un grain de cendre4 ,les bouquets venaient de se laver2 tous les velours1 tous les satins1 tous les vernis1 tous les ors1 qui sortent de la terre sous forme de fleurs1 taient irrprochables4 ,cette magnificence tait propre4 ,le grand silence de la nature heureuse emplissait le jardin4 ,silence cleste compatible avec mille musiques1 roucoulements de nids1 bourdonnements d'essaims1 palpitations du vent4 ,toute l'harmonie de la saison s'accomplissait dans un gracieux ensemble2 les entres et les sorties du printemps avaient lieu dans l'ordre voulu2 les lilas finissaient1 les jasmins commenaient2 quelques fleurs taient attardes1 quelques insectes en avance2 l'avant-garde des papillons rouges de juin fraternisait avec l'arrire-garde des papillons blancs de mai4 ,les platanes faisaient peau neuve4 ,la brise creusait des ondulations dans l'normit magnifique des marronniers4 ,c'tait splendide4 ,un vtran de la caserne voisine qui regardait travers la grille disait3--,voil le printemps au port d'armes et en grande tenue4 ,toute la nature djeunait2 la cration tait table2 c'tait l'heure2 la grande nappe bleue tait mise au ciel et la grande nappe verte sur la terre2 le soleil clairait giorno4 ,dieu servait le repas universel4 ,chaque tre avait sa pture ou sa pte4 ,le ramier trouvait du chnevis1 le pinson trouvait du millet1 le chardonneret trouvait du mouron1 le rouge-gorge trouvait des vers1 l'abeille trouvait des fleurs1 la mouche trouvait des infusoires1 les verdiers trouvaient des mouches4 ,on se mangeait bien un peu les uns les autres1 ce qui est le mystre du mal ml au bien2 mais pas une bte n'avait l'estomac vide4 ,,xvi4 ,les deux petits abandonns taient parvenus prs du grand bassin1 et1 un peu troubls par cette grande lumire1 ils tchaient de se cacher1 instinct du pauvre et du faible devant la magnificence1 mme impersonnelle2 et ils se tenaient derrire la baraque des cygnes4 et l1 par intervalles1 quand le vent donnait1 on entendait confusment des cris1 une rumeur1 des espces de rles tumultueux1 qui taient des fusillades1 et des frappements sourds1 qui taient des coups de canon4 ,il y avait de la fume au-dessus des toits du ct des halles4 ,une cloche1 qui avait l'air d'appeler1 sonnait au loin4 ,ces enfants ne semblaient pas percevoir ces bruits4 ,le petit rptait de temps en temps demi-voix3--,j'ai faim4 ,,xvii4 ,presque au mme instant que les deux enfants1 un autre couple s'approchait du grand bassin4 ,c'tait un bonhomme de cinquante ans qui menait par la main un bonhomme de six ans4 ,sans doute le pre avec son fils4 ,le bonhomme de six ans tenait une grosse brioche4 cette poque1 de certaines maisons riveraines1 rue ,madame et rue d',enfer1 avaient une clef du ,luxembourg dont jouissaient les locataires quand les grilles taient fermes1 tolrance supprime depuis4 ,ce pre et ce fils sortaient sans doute d'une de ces maisons-l4 ,les deux petits pauvres regardrent venir ce monsieur1 et se cachrent un peu plus4 ,celui-ci tait un bourgeois2 le mme peut-tre qu'un jour ,marius1 travers sa fivre d'amour1 avait entendu1 prs de ce mme grand bassin1 conseillant son fils d'viter les excs4 ,il avait l'air affable et altier1 et une bouche qui1 ne se fermant pas1 souriait toujours4 ,ce sourire mcanique1 produit par trop de mchoire et trop peu de peau1 montre les dents plutt que l'me4 ,l'enfant1 avec sa brioche mordue qu'il n'achevait pas1 semblait grav4 ,l'enfant tait vtu en garde national cause de l'meute1 et le pre tait rest habill en bourgeois cause de la prudence4 ,,xviii4 ,le pre et le fils s'taient arrts prs du bassin o s'battaient les deux cygnes4 ,ce bourgeois paraissait avoir pour les cygnes une admiration spciale4 ,il leur ressemblait en ce sens qu'il marchait comme eux4 ,pour l'instant les cygnes nageaient1 ce qui est leur talent principal1 et ils taient superbes4 ,si les deux petits pauvres eussent cout1 et eussent t d'ge comprendre1 ils eussent pu recueillir les paroles d'un homme grave4 ,le pre disait au fils3 --,le sage vit content de peu4 ,regarde-moi1 mon fils4 ,je n'aime pas le faste4 ,jamais on ne me voit avec des habits chamarrs d'or et de pierreries2 je laisse ce faux clat aux mes mal organises4 ,ici les cris profonds qui venaient du ct des halles clatrent avec un redoublement de cloche et de rumeurs4 --,qu'est-ce que c'est que cela8 demanda l'enfant4 ,le pre rpondit3 --,ce sont des saturnales4 ,tout coup1 il aperut les deux petits dguenills1 immobiles derrire la maisonnette verte des cygnes4 --,voil le commencement1 dit-il4 ,et aprs un silence il ajouta3 --,l'anarchie entre dans ce jardin4 ,cependant le fils mordit la brioche1 la recracha1 et brusquement se mit pleurer4 --,pourquoi pleures-tu8 demanda le pre4 --,je n'ai plus faim1 dit l'enfant4 ,le sourire du pre s'accentua4 --,on n'a pas besoin de faim pour manger un gteau4 --,mon gteau m'ennuie4 ,il est rassis4 --,tu n'en veux plus8 --,non4 ,le pre lui montra les cygnes4 --,jette-le ces palmipdes4 ,l'enfant hsita4 ,on ne veut plus de son gteau2 ce n'est pas une raison pour le donner4 ,le pre poursuivit3 --,sois humain4 ,il faut avoir piti des animaux4 ,et1 prenant son fils le gteau1 il le jeta dans le bassin4 ,le gteau tomba assez prs du bord4 ,les cygnes taient loin1 au centre du bassin1 et occups quelque proie4 ,ils n'avaient vu ni le bourgeois ni la brioche4 ,le bourgeois1 sentant que le gteau risquait de se perdre1 et mu de ce naufrage inutile1 se livra une agitation tlgraphique qui finit par attirer l'attention des cygnes4 ,ils aperurent quelque chose qui surnageait1 virrent de bord comme des navires qu'ils sont1 et se dirigrent vers la brioche lentement1 avec la majest bate qui convient des btes blanches4 --,les cygnes comprennent les signes1 dit le bourgeois1 heureux d'avoir de l'esprit4 ,,xix4 ,en ce moment le tumulte lointain de la ville eut encore un grossissement subit4 ,cette fois ce fut sinistre4 ,il y a des bouffes de vent qui parlent plus distinctement que d'autres4 ,celle qui soufflait en cet instant-l apporta nettement des roulements de tambour1 des clameurs1 des feux de peloton1 et les rpliques lugubres du tocsin et du canon4 ,ceci concida avec un nuage noir qui cacha brusquement le soleil4 ,les cygnes n'taient pas encore arrivs la brioche4 --,rentrons1 dit le pre1 on attaque les ,tuileries4 ,il ressaisit la main de son fils4 ,puis il continua3 --,des ,tuileries au ,luxembourg1 il n'y a que la distance qui spare la royaut de la pairie2 ce n'est pas loin4 ,les coups de fusil vont pleuvoir4 ,il regarda le nuage4 --,et peut-tre aussi la pluie elle-mme va pleuvoir2 le ciel s'en mle2 la branche cadette est condamne4 ,rentrons vite6 --,je voudrais voir les cygnes manger la brioche1 dit l'enfant4 ,le pre rpondit3 --,ce serait une imprudence4 ,et il emmena son petit bourgeois4 ,le fils1 regrettant les cygnes1 tourna la tte vers le bassin jusqu' ce qu'un coude des quinconces le lui et cach4 ,,xx4 ,cependant1 en mme temps que les cygnes1 les deux petits errants s'taient approchs de la brioche4 ,elle flottait sur l'eau4 ,le plus petit regardait le gteau1 le plus grand regardait le bourgeois qui s'en allait4 ,le pre et le fils entrrent dans le labyrinthe d'alles qui mne au grand escalier du massif d'arbres du ct de la rue ,madame4 ,ds qu'ils ne furent plus en vue1 l'an se coucha vivement plat ventre sur le rebord arrondi du bassin1 et1 s'y cramponnant de la main gauche1 pench sur l'eau1 presque prt y tomber1 tendit avec sa main droite sa baguette vers le gteau4 ,les cygnes1 voyant l'ennemi1 se htrent et en se htant firent un effet de poitrail utile au petit pcheur2 l'eau devant les cygnes reflua1 et l'une de ces molles ondulations concentriques poussa doucement la brioche vers la baguette de l'enfant4 ,comme les cygnes arrivaient1 la baguette toucha le gteau4 ,l'enfant donna un coup vif1 ramena la brioche1 effraya les cygnes1 saisit le gteau1 et se redressa4 ,le gteau tait mouill2 mais ils avaient faim et soif4 ,l'an fit deux parts de la brioche1 une grosse et une petite1 prit la petite pour lui1 donna la grosse son petit frre1 et lui dit3 --,colle-toi a dans le fusil4 ,nous ngligeons ici quelques dfauts de conception et de got dans l'oeuvre d'art de ,victor ,hugo1 et nous disons en nous rsumant3 ,le livre est dangereux1 parce que le danger suprme en fait de sociabilit1 l'excs sduisant l'idal1 le pervertit4 ,il passionne l'homme peu intelligent pour l'impossible3 la plus terrible et la plus meurtrire des passions donner aux masses1 c'est la passion de l'impossible6 ,presque tout est impossible dans les aspirations des ,misrables1 et la premire de ces impossibilits1 c'est l'extinction de toutes nos misres4 ,ne trompez pas l'homme1 vous le rendriez fou2 et quand1 de la folie sacre de votre idal1 vous le laisseriez retomber sur l'aridit et la nudit de ses misres1 vous le rendriez fou furieux4 ,vous l'avez senti vous-mme en excusant et en exaltant d'avance1 dans l'loge de la ,terreur1 la frnsie de ses mcomptes en #agic4 ,votre conventionnel1 ,marat1 ,danton1 ,robespierre1 les hommes du ,comit de salut public1 ne sont plus vos yeux que des aptres tout prix de l'idal6 ,vous tes dans l'erreur3 ils ont t des rvolts contre la nature4 ,furieux de trouver la nature en opposition avec leur systme platonique de socit1 ils ont perdu la tte et ils ont fait le coup d'tat contre la nature4 ,pour avoir voulu tre des dieux ils sont devenus des radicaux1 et pour avoir voulu tre des radicaux ils sont devenus des exterminateurs4 ,enfants des extermins1 brlez donc votre encens l'ange exterminateur6 ,le faux idal devient facilement froce4 ,c'est la pente de cette critique radicale contre la socit4 ,qui est-ce qui cause les plus terribles temptes sur l',ocan8 ce sont ses limites2 il veut les franchir1 son poids s'y oppose1 et il se fond en cume en tentant follement de draciner l'cueil4 ,,xxi4 ,il y a une puissance divine contre laquelle l'humanit1 dans la personne de ses plus grands hommes1 s'est insurge dans tous les sicles1 pour franchir aussi les limites prescrites sa destine mortelle par son ,crateur1 et qui1 comme l',ocan1 l'a toujours fait retomber en poussires et en cumes retentissantes dans son lit4 ,niez cette puissance1 c'est la folie2 reconnaissez-la en l'adorant1 c'est la sagesse4 ,cette puissance mystrieuse1 invincible1 souveraine1 que les hommes refusent orgueilleusement d'avouer1 voulez-vous que je la rvle mon tour8 ,elle n'a qu'un nom1 mystrieux et sans rplique comme elle3 ,c',,est ,,la ,,force ,,des ,,choses4 ,,xxii4 ,qu'est-ce que la force des choses8 ,c'est l'ensemble1 c'est le compos de toutes les lois absolues dont le ,crateur de ce pauvre embryon de ,dieu1 nomm l'homme1 a form sa courte et imparfaite crature1 en le jetant1 on ne sait pour quelle fin 7chtiment1 expiation1 germination1 mais1 en tout cas1 misre71 sur ce petit globe misrable lui-mme1 compos d'un clair de temps1 d'un atome d'espace1 d'un nombre infinitsimal de jours1 d'un clair de vie et d'une nuit de mort6 ,trouvez-moi donc la place1 la dure1 les lments d'une humanit parfaite dans cet abrg de brivet1 d'imperfections et de souffrances inhrentes notre condition fatale6 ,rvez donc l'den de vos songes avec ce chaos d'infirmits organiques6 ,faites donc des dieux avec cette parcelle d'intelligence emprisonne dans cette pince de boue1 comme l'tincelle de la lampe du mineur dans son cachot qu'il n'agrandit que pour voir plus de nuit autour de son tre6 ,voil la ,,force ,,des ,,choses de notre organisation4 ,humanit1 ton vrai nom est ,misre6 ,n'est-ce pas misre que de natre l'heure et dans les conditions qu'on n'a ni dlibres1 ni choisies1 pour subir tous les maux inhrents l'organisation imparfaite et prissable de cette crature appele l'homme8 sans que toutes les utopies1 rvolutions1 progrs1 puissent retrancher un nerf ou ajouter un cheveu ce mcanisme de notre corps8 ,n'est-ce pas misre que d'y natre et d'y vgter forcment1 dpendant de tous par l'enfance et par la vieillesse1 ces deux maladies organiques de l'homme1 qui lui prennent les deux tiers de sa vie8 ,n'est-ce pas misre que vouloir et ne pas pouvoir8 ,n'est-ce pas misre que de natre forcment dans telle patrie ou dans telle autre1 soumis des lois qu'on n'a pas faites et contre lesquelles on ne peut que protester8 ,n'est-ce pas misre que d'tre class d'avance dans telle ou telle catgorie suprieure1 moyenne ou subalterne1 parmi cette horde humaine jete dans un monde tout fait1 o les uns s'appellent grands1 les autres petits1 sans qu'aucune galit y soit possible1 si ce n'est l'galit du cercueil qui n'a que six pieds pour les uns comme pour les autres8 ,n'est-ce pas misre que d'aspirer follement une galit impossible des conditions1 galit tellement impraticable que1 si l'utopiste la crait un instant1 tout mouvement1 et par consquent tout ce que l'auteur appelle le progrs1 s'arrterait l'instant1 car le grand ressort de l'horloge humaine1 le dsir1 serait l'instant bris8 ,n'est-ce pas misre que la brivet o mne la longue dure de l'existence 7car tout ce qui finit par la mort est court1 la mort n'a point d'ge2 la pense de celui qui meurt1 c'est un songe78 ,n'est-ce pas misre que ces infirmits1 ces maladies invitables qui nous privent1 nous vivants1 d'un de ces sens si borns dont la nature nous a si parcimonieusement dous en naissant1 comme conditions ncessaires notre existence8 ,demandez aux grabats de nos hpitaux le secret de la panace universelle6 ,demandez l'impotent de marcher1 l'aveugle de voir1 au muet de parler1 au vieillard de rajeunir6 ,et les misres morales1 demandez-en le terme ces myriades de douleurs qui poignent l'homme depuis qu'il a la puissance de sentir1 c'est--dire de souffrir6 ,misre de l'tre aimant qui s'attache et se dchire en emportant un morceau de son coeur chaque dchirement d'un autre coeur6 ,misre de la femme qui adhre l'homme comme la chair aux os6 ,misre de l'poux qui voit scher sur son sein la compagne dans laquelle il a mis toutes ses complaisances6 ,misre de la mre qui voit son fruit d'amour se fltrir sous sa mamelle pleine de lait qu'elle rpand terre parce que la bouche mourante se dtourne de la coupe d'amour6 ,misre des fils qui se voient enlever1 comme la racine nourricire de l'arbre1 le pre fort1 la mre jeune1 qui les ont engendrs6 ,misres du corps qui ont plus de noms que l'anne n'a de jours6 ,misres de la condition sociale1 qui n'ont de remdes pour l'un qu'en les dplaant pour l'autre6 ,misres d'un mtier horrible1 et cependant ncessaire1 pour ces milliers d'hommes mourant de faim1 de froid1 de nudit1 de dfaillance1 si le mineur1 pour gagner sa vie et celle de ses petits1 ne s'enfermait pas1 son pic la main1 dans ces labyrinthes souterrains de la mine pour en rapporter le soir le morceau de pain pour sa famille1 le calorique ptrifi pour les autres6 ,misres du laboureur qui amollit le sol de ses sueurs1 qui le sme par la pluie1 qui le moissonne sous les feux de la canicule6 ,misres du pasteur qui engraisse l'agneau et qui le dpouille de sa laine1 qui y attache son coeur et qui vend au boucher la gnisse qui a donn son lait sa famille6 ,misres du boucher qui l'assomme sans haine et qui en dpce les chairs palpitantes pour en vendre le coeur ce carnivore universel qui ne peut vivre sans dvorer1 et que la nature condamne par talion tre dvor son tour par le plus vil des reptiles6 ,misres de l'esprit condamn au doute et qui ne peut vivre que de foi6 ,misres du crime qui se frappe lui-mme1 dont le remords est le bourreau1 et qui peut tuer des milliers de victimes1 mais qui ne peut tuer son propre supplice1 le remords6 ,misre du vice qui se punit lui-mme en se satisfaisant6 ,misre de la vertu qui se sent honnie1 perscute sur la terre1 et qui n'a pour rcompense que la calomnie1 et pour consolation que la voix faible et lointaine de la conscience1 qui lui parle bas1 comme une voix qu'on discerne peine1 et qui lui dit les secrets de ,dieu6 ,misre de l'me1 qui vit d'esprances et qui est oblige de passer par les tnbres de l'existence et par l'ombre du tombeau1 entre l'incertitude et le dsespoir6 ,misre de l'esprance elle-mme1 qui se btit1 comme ,victor ,hugo1 des palais de dlices et de justice pour l'humanit1 et qui1 en avanant dans la vie1 voit s'crouler1 comme la pierre du cercueil1 ses propres rves6 ,enfin1 tant et tant de misres1 que la seule et la plus dfinitive vertu que l'homme ait pu inventer pour l'homme ici-bas1 c'est la compassion rciproque1 l'assistance mutuelle1 la piti active1 la charit de main et de coeur1 et que1 sans cette vertu1 personnifie dans une femme d'abngation1 appele soeur de ceux qui n'ont pas de frres1 ce monde infernal serait inhabitable pour tant de misres6 ,,xxiii4 ,on a relgu un enfer ailleurs3 c'est une des plus inutiles superfluits2 n'y en avait-il pas assez autour de nous et en nous8 ,disons la vrit crment ceux qui1 avec un pareil monde et pour un pareil monde1 ont cr une potique fantasmagorie d'un progrs indfini o ils font marcher l'homme1 comme dans une aube ternelle1 de perfection en perfection1 jusqu' des flicits et des immortalits terrestres videmment incompatibles avec sa nature4 ,perfection est le mot d'un autre monde2 vicissitude est le nom de celui-ci4 ,ils ne le savent pas1 mais ils l'attestent par la frnsie mme de ces illusions qu'ils donnent aux masses en les prouvant d'abord4 ,le matrialisme1 cette maladie du dernier sicle1 est1 leur insu1 au fond de toutes ces illusions de la chair1 except chez ,victor ,hugo1 trop divin pour se matrialiser4 ,lisez ses doctrines lyriques sur le progrs4 ,,xxiv4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,le progrs est le mode de l'homme4 ,la vie gnrale du genre humain s'appelle le ,progrs2 le pas collectif du genre humain s'appelle le ,progrs4 ,le ,progrs marche2 il fait le grand voyage humain et terrestre vers le cleste et le divin2 il a ses haltes o il rallie le troupeau attard2 il a ses stations o il mdite1 en prsence de quelque ,chanaan splendide dvoilant tout coup son horizon2 il a ses nuits o il dort1 et c'est une des poignantes anxits du penseur de voir l'ombre sur l'me humaine1 et de tter dans les tnbres1 sans pouvoir le rveiller1 le ,progrs endormi4 --,dieu est peut-tre mort1 disait un jour celui qui crit ces lignes ,grard de ,nerval1 confondant le ,progrs avec ,dieu1 et prenant l'interruption du mouvement pour la mort de l'tre4 ,qui dsespre a tort4 ,le ,progrs se rveille infailliblement1 et1 en somme1 on pourrait dire qu'il marche1 mme endormi1 car il a grandi4 ,quand on le revoit debout1 on le retrouve plus haut4 tre toujours paisible1 cela ne dpend pas plus du ,progrs que du fleuve2 n'y levez point de barrage1 n'y jetez point de rocher2 l'obstacle fait cumer l'eau et bouillonner l'humanit4 ,de l des troubles2 mais1 aprs ces troubles1 on reconnat qu'il y a du chemin de fait4 ,jusqu' ce que l'ordre1 qui n'est autre chose que la paix universelle1 soit tabli1 jusqu' ce que l'harmonie et l'unit rgnent1 le ,progrs aura pour tapes les rvolutions4 ,qu'est-ce donc que le ,progrs8 ,nous venons de le dire4 ,la vie permanente des peuples4 ,or il arrive quelquefois que la vie momentane des individus fait rsistance la vie ternelle du genre humain4 ,avouons-le sans amertume1 l'individu a son intrt distinct1 et peut sans forfaiture stipuler pour cet intrt et le dfendre2 le prsent a sa quantit excusable d'gosme2 la vie momentane a son droit1 et n'est pas tenue de se sacrifier sans cesse l'avenir4 ,la gnration qui a actuellement son tour de passage sur la terre n'est pas force de l'abrger pour les gnrations1 ses gales aprs tout1 qui auront leur tour plus tard4--,j'existe1 murmure ce quelqu'un qui se nomme ,tous4 ,je suis jeune et je suis amoureux1 je suis vieux et je veux me reposer1 je suis pre de famille1 je travaille1 je prospre1 je fais de bonnes affaires1 j'ai des maisons louer1 j'ai de l'argent sur l'tat1 je suis heureux1 j'ai femme et enfants1 j'aime tout cela1 je dsire vivre1 laissez-moi tranquille4--,de l1 de certaines heures1 un froid profond sur les magnanimes avant-gardes du genre humain4 ,l'utopie d'ailleurs1 convenons-en1 sort de sa sphre radieuse en faisant la guerre4 ,elle1 la vrit de demain1 elle emprunte son procd1 la bataille1 au mensonge d'hier4 ,elle1 l'avenir1 elle agit comme le pass4 ,elle1 l'ide pure1 elle devient voie de fait4 ,elle complique son hrosme d'une violence dont il est juste qu'elle rponde1 violence d'occasion et d'expdient1 contraire aux principes1 et dont elle est fatalement punie4 ,l'utopie insurrection combat1 le vieux code militaire au poing2 elle fusille les espions2 elle excute les tratres1 elle supprime des tres vivants et les jette dans les tnbres inconnues4 ,elle se sert de la mort1 chose grave4 ,il semble que l'utopie n'ait plus de foi dans le rayonnement1 sa force irrsistible et incorruptible4 ,elle frappe avec le glaive4 ,or aucun glaive n'est simple4 ,toute pe a deux tranchants2 qui blesse avec l'un se blesse l'autre4 ,,xxv4 ,cette rserve faite1 et faite en toute svrit1 il nous est impossible de ne pas admirer1 qu'ils russissent ou non1 les glorieux combattants de l'avenir1 les confesseurs de l'utopie4 ,mme quand ils avortent1 ils sont vnrables1 et c'est peut-tre dans l'insuccs qu'ils ont le plus de majest4 ,la victoire1 quand elle est selon le progrs1 mrite l'applaudissement des peuples2 mais une dfaite hroque mrite leur attendrissement4 ,l'une est magnifique1 l'autre est sublime4 ,pour nous1 qui prfrons le martyre au succs1 ,john ,brown est plus grand que ,washington1 et ,piascane est plus grand que ,garibaldi4 ,il faut bien que quelqu'un soit pour les vaincus4 ,on est injuste pour ces grands essayeurs de l'avenir quand ils avortent4 ,on accuse les rvolutionnaires de semer l'effroi4 ,toute barricade semble attentat4 ,on incrimine leurs thories1 on suspecte leur but1 on redoute leur arrire-pense1 on dnonce leur conscience4 ,on leur reproche d'lever1 d'chafauder et d'entasser contre le fait social rgnant un monceau de misres1 de douleurs1 d'iniquits1 de griefs1 de dsespoirs1 et d'arracher des bas-fonds des blocs de tnbres pour s'y crneler et y combattre4 ,on leur crie3 ,vous dpavez l'enfer6 ,ils pourraient rpondre3 ,c'est pour cela que notre barricade est faite de bonnes intentions4 ,le mieux1 certes1 c'est la solution pacifique4 ,en somme1 convenons-en1 lorsqu'on voit le pav1 on songe l'ours1 et c'est une bonne volont dont la socit s'inquite4 ,mais il dpend de la socit de se sauver elle-mme2 c'est sa propre bonne volont que nous faisons appel4 ,aucun remde violent n'est ncessaire4 tudier le mal l'amiable1 le constater1 puis le gurir3 c'est cela que nous la convions4 ,quoiqu'il en soit1 mme tombs1 surtout tombs1 ils sont augustes1 ces hommes qui1 sur tous les points de l'univers1 l'oeil fix sur la ,france1 luttent pour la grande oeuvre avec la logique inflexible de l'idal2 ils donnent leur vie en pur don pour le ,progrs2 ils accomplissent la volont de la ,providence2 ils font un acte religieux4 l'heure dite1 avec autant de dsintressement qu'un acteur qui arrive sa rplique1 obissant au scnario divin1 ils entrent dans le tombeau4 ,et ce combat sans esprance1 et cette disparition stoque1 ils l'acceptent pour amener ses splendides et suprmes consquences universelles le magnifique mouvement humain irrsistiblement commenc le #ad juillet #aghi2 ces soldats sont des prtres4 ,la rvolution franaise est un geste de ,dieu4 ,,xxvi4 ,du reste1 il y a1 et il convient d'ajouter cette distinction aux distinctions dj indiques dans un autre chapitre1 il y a les insurrections acceptes qui s'appellent rvolutions2 il y a les rvolutions refuses qui s'appellent meutes4 ,une insurrection qui clate1 c'est une ide qui passe son examen devant le peuple4 ,si le peuple laisse tomber sa boule noire1 l'ide est fruit sec2 l'insurrection est chauffoure4 ,l'entre en guerre toute sommation et chaque fois que l'utopie le dsire n'est pas le fait des peuples4 ,les nations n'ont pas toujours et toute heure le temprament des hros et des martyrs4 ,elles sont positives4 priori1 l'insurrection leur rpugne3 premirement1 parce qu'elle a souvent pour rsultat une catastrophe2 deuximement1 parce qu'elle a toujours pour point de dpart une abstraction4 ,car1 et ceci est beau1 c'est toujours pour l'idal1 et pour l'idal seul1 que se dvouent ceux qui se dvouent4 ,une insurrection est un enthousiasme4 ,l'enthousiasme peut se mettre en colre2 de l les prises d'armes4 ,mais toute insurrection qui couche en joue un gouvernement ou un rgime vise plus haut4 ,ainsi1 par exemple1 insistons-y1 ce que combattaient les chefs de l'insurrection de #ahcb1 et en particulier les jeunes enthousiastes de la rue de la ,chanvrerie1 ce n'tait pas prcisment ,louis-,philippe4 ,la plupart1 causant coeur ouvert1 rendaient justice aux qualits de ce roi mitoyen la monarchie et la rvolution2 aucun ne le hassait4 ,mais ils attaquaient la branche cadette du droit divin dans ,louis-,philippe comme ils en avaient attaqu la branche ane dans ,charles ,x2 et ce qu'ils voulaient renverser en renversant la royaut en ,france1 nous l'avons expliqu1 c'tait l'usurpation de l'homme sur l'homme et du privilge sur le droit dans l'univers entier4 ,paris sans roi a pour contre-coup le monde sans despotes4 ,ils raisonnaient de la sorte4 ,leur but tait lointain sans doute1 vague peut-tre et reculant devant l'effort2 mais grand4 ,,xxvii4 ,cela est ainsi4 ,et l'on se sacrifie pour ces visions1 qui1 pour les sacrifis1 sont des illusions presque toujours1 mais des illusions auxquelles1 en somme1 toute la certitude humaine est mle4 ,l'insurg potise et dore l'insurrection4 ,on se jette dans ces choses tragiques en se grisant de ce que l'on va faire4 ,qui sait8 on russira peut-tre4 ,on est le petit nombre1 on a contre soi toute une arme2 mais on dfend le droit1 la loi naturelle1 la souverainet de chacun sur soi-mme qui n'a pas d'abdication possible1 la justice1 la vrit1 et au besoin on meurt comme les trois cents ,spartiates4 ,on ne songe pas ,don ,quichote1 mais ,lonidas4 ,et l'on va devant soi1 et1 une fois engag1 on ne recule plus1 et l'on se prcipite tte baisse1 ayant pour esprance une victoire inoue1 la rvolution complte1 le progrs remis en libert1 l'agrandissement du genre humain1 la dlivrance universelle1 et pour pis aller les ,thermopyles4 ,ces passes d'armes pour le progrs chouent souvent1 et nous venons de dire pourquoi4 ,la foule est rtive l'entranement des paladins4 ,les lourdes masses1 les multitudes1 fragiles cause de leur pesanteur mme1 craignent les aventures2 et il y a de l'aventure dans l'idal4 ,d'ailleurs1 qu'on ne l'oublie pas1 les intrts sont l1 peu amis de l'idal et du sentimental4 ,quelquefois l'estomac paralyse le coeur4 ,la grandeur et la beaut de la ,france1 c'est qu'elle prend moins de ventre que les autres peuples2 elle se noue plus aisment la corde aux reins4 ,elle est la premire veille1 la dernire endormie4 ,elle va en avant4 ,elle est chercheuse4 ,cela tient ce qu'elle est artiste4 ,l'idal n'est autre chose que le point culminant de la logique1 de mme que le beau n'est autre chose que la cime du vrai4 ,les peuples artistes sont aussi les peuples consquents4 ,aimer la beaut1 c'est voir la lumire4 ,c'est ce qui fait que le flambeau de l',europe1 c'est--dire de la civilisation1 a t port d'abord par la ,grce1 qui l'a pass l',italie1 qui l'a pass la ,france4 ,divins peuples claireurs6 ,vita lampada tradunt4 ,chose admirable1 la posie d'un peuple est l'lment de son progrs4 ,la quantit de civilisation se mesure la quantit d'imagination4 ,seulement un peuple civilisateur doit rester un peuple mle4 ,corinthe1 oui2 ,sybaris1 non4 ,qui s'effmine s'abtardit4 ,il ne faut tre ni dilettante ni virtuose1 mais il faut tre artiste4 ,en matire de civilisation1 il ne faut pas raffiner1 mais il faut sublimer4 cette condition1 on donne au genre humain le patron de l'idal4 ,l'idal moderne a son type dans l'art1 et son moyen dans la science4 ,c'est par la science qu'on ralisera cette vision auguste des potes3 le beau social4 ,on refera l'den par ,a ,b4 ,au point o la civilisation est parvenue1 l'exact est un lment ncessaire du splendide1 et le sentiment artiste est non-seulement servi1 mais complt par l'organe scientifique2 le rve doit calculer4 ,l'art1 qui est le conqurant1 doit avoir pour point d'appui la science1 qui est le marcheur4 ,la solidit de la monture importe4 ,l'esprit moderne1 c'est le gnie de la ,grce ayant pour vhicule le gnie de l',inde3 ,alexandre sur l'lphant4 ,les races ptrifies dans le dogme ou dmoralises par le lucre sont impropres la conduite de la civilisation4 ,la gnuflexion devant l'idole ou devant l'cu atrophie le muscle qui marche et la volont qui va4 ,l'absorption hiratique ou marchande amoindrit le rayonnement d'un peuple1 abaisse son horizon en abaissant son niveau1 et lui retire cette intelligence la fois humaine et divine du but universel1 qui fait les nations missionnaires4 ,babylone n'a pas d'idal2 ,carthage n'a pas d'idal4 ,athnes et ,rome ont et gardent1 mme travers toute l'paisseur nocturne des sicles1 des auroles de civilisation4 ,,xxviii4 ,la ,france est de la mme qualit de peuple que la ,grce et l',italie4 ,elle est athnienne par le beau et romaine par le grand4 ,en outre elle est bonne4 ,elle se donne4 ,elle est plus souvent que les autres peuples en humeur de dvouement et de sacrifice4 ,seulement cette humeur la prend et la quitte4 ,et c'est l le grand pril pour ceux qui courent quand elle ne veut que marcher1 ou qui marchent quand elle veut s'arrter4 ,la ,france a ses rechutes de matrialisme1 et1 de certains instants1 les ides qui obstruent ce cerveau sublime n'ont plus rien qui rappelle la grandeur franaise et sont de la dimension d'un ,missouri ou d'une ,caroline du ,sud4 ,qu'y faire8 ,la gante joue la naine2 l'immense ,france a ses fantaisies de petitesse4 ,voil tout4 cela rien dire4 ,les peuples comme les astres ont le droit d'clipse4 ,et tout est bien1 pourvu que la lumire revienne et que l'clipse ne dgnre pas en nuit4 ,aube et rsurrection sont synonymes4 ,la rapparition de la lumire est identique la persistance du moi4 ,constatons ces faits avec calme4 ,la mort sur la barricade1 ou la tombe dans l'exil1 c'est pour le dvouement un en-cas acceptable4 ,le vrai nom de dvouement1 c'est dsintressement4 ,que les abandonns se laissent abandonner1 que les exils se laissent exiler1 et bornons-nous supplier les grands peuples de ne pas reculer trop loin1 quand ils reculent4 ,il ne faut pas1 sous prtexte de retour la raison1 aller trop avant dans la descente4 ,la matire existe1 la minute existe1 les intrts existent1 le ventre existe2 mais il ne faut pas que le ventre soit la seule sagesse4 ,la vie momentane a son droit1 nous l'admettons1 mais la vie permanente a le sien4 ,hlas6 tre mont1 cela n'empche pas de tomber4 ,on voit ceci dans l'histoire plus souvent qu'on ne voudrait3 une nation est illustre2 elle gote l'idal1 puis elle mord dans la fange1 et elle trouve cela bon2 et si on lui demande d'o vient qu'elle abandonne ,socrate pour ,falstaff1 elle rpond3 ,c'est que j'aime les hommes d'tat4 ,un mot encore avant de rentrer dans la mle4 ,,xxix4 ,une bataille comme celle que nous racontons en ce moment n'est autre chose qu'une convulsion vers l'idal4 ,le progrs entrav est maladif1 et il a de ces tragiques pilepsies4 ,cette maladie du progrs1 la guerre civile1 nous avons d la rencontrer sur notre passage4 ,c'est l une des phases fatales1 la fois acte et entr'acte1 de ce drame dont le pivot est un damn social1 et dont le titre vritable est3 le ,progrs4 ,le ,progrs6 ,ce cri que nous jetons souvent est toute notre pense2 et1 au point de ce drame o nous sommes1 l'ide qu'il contient ayant encore plus d'une preuve subir1 il nous est permis peut-tre1 sinon d'en soulever le voile1 du moins d'en laisser transparatre nettement la lueur4 ,le livre que le lecteur a sous les yeux en ce moment1 c'est d'un bout l'autre1 dans son ensemble et dans ses dtails1 quelles que soient les intermittences1 les exceptions ou les dfaillances1 la marche du mal au bien1 de l'injuste au juste1 du faux au vrai1 de la nuit au jour1 de l'apptit la conscience1 de la pourriture la vie1 de la bestialit au devoir1 de l'enfer au ciel1 du nant ,dieu4 ,point de dpart3 la matire2 point d'arrive3 l'me4 ,l'hydre au commencement1 l'ange la fin4 ,,xxx4 ,ces pages sont trs-belles1 mais1 de quelque mot qu'on se serve1 de quelques phrases qu'on les pare1 il n'y a1 il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais que deux philosophies sociales ici-bas3 ,la philosophie sociale des jouissances matrielles multiplier et faire convoiter de bonne foi tous les hommes2 ,la philosophie sociale du spiritualisme et de la rsignation pieuse l'ordre douloureux de la nature1 ce dcret absolu du ,crateur1 ce fait accompli1 et tristement accompli1 du destin2 l'imperfection1 la douleur1 le travail et la mort1 pour mriter un autre sort dans le monde ascendant et invisible dont la terre est la tnbreuse avenue4 ,l'preuve ici1 la rcompense ailleurs4 ,entre ces deux philosophies sociales1 il n'y a pas de milieu3 ou il faut rver avec les utopistes actuels1 ces ,titans de l'absurde1 des rves tels que j'aimerais mieux croire la quadrature du cercle et aux hallucinations apocalyptiques de ,patmos qu' la rhabilitation de la chair par ,saint-,simon1 ou la mer de lait sucr1 ou l'accroissement physique de l'homme par l'allongement de la colonne vertbrale1 c'est--dire par l'ignoble partie innommable du buste humain2 ou bien1 faut-il le dire1 l'immense et universelle flicit de l'tre deux pieds sans plumes1 de mon sublime ami ,victor ,hugo1 qui1 lui du moins1 est hardiment spiritualiste et philosophiquement chrtien4 ,non1 quel est le but de tout cela8 ,la jouissance3 un peu plus de chair1 un peu plus d'apptits1 un peu plus de moyens d'y satisfaire2 un peu plus de vie1 on ne sait pas comment3 car1 si nous vivions indfiniment sans maladie et sans mort1 que deviendraient les innombrables gnrations qui demandent ,dieu de natre leur tour1 et qui1 trouvant la place prise1 rentreraient dans le nant avant d'tre nes8 ,et o serait la justice1 pour ceux qui1 tant ns et tant morts avant l're de nos utopistes immortels1 n'auraient pas bnfici de notre perfectibilit indfinie8 victimes innombrables aussi du fait accompli6 arrivs trop tard6 irrmdiables ,tant pis du banquet ternel6 ,quelle justice du ,crateur ou de la nature pour les gnrations1 plus nombreuses que le sable de la mer1 qui sont nes1 qui ont brout1 qui sont mortes entre soixante-dix et quatre-vingts ans1 temps lgal accord aux hommes favoriss du temps1 comme dit ,job1 qui s'y connaissait dj3 ,l'homme vit peu1 et sa vie est remplie de beaucoup de misres6 ,et quelle ternit que ce nombre indfini d'annes ajout nos courtes annes par ces philosophes de la chair et de la vie1 occups se partager quitablement et dvorer en commun cette ration exactement gale de nectar inpuisable ou d'ambroisie nourrissante6 ,jouissance purement matrielle1 et par consquent bientt savoure1 fond de cette philosophie la ,condorcet1 qui m'ennuie seulement d'y penser1 et qui ennuierait de sa fastidieuse monotonie ses propres inventeurs4 ,car la jouissance matrielle est borne comme la matire4 ,ils n'y ont pas pens2 les morceaux ont le mme got leur banquet de ,platon1 de ,j4-,j4 ,rousseau1 de ,condorcet1 de ,valjean1 etc4 ,rve pour rve1 j'aime mieux rver l'inconnu que de goter la soupe de ces bienheureux du monde perfectible jusqu' satit du repas de l'avenir6 ,,xxxi4 ,l'autre philosophie sociale est celle qui1 reconnaissant aussi dans la cration nigmatique telle quelle1 un mystrieux fait accompli1 s'y rsigne comme une justice inexplique1 puisqu'elle est fatale1 ce qui veut dire divine3 semblable1 j'en conviens1 au prisonnier des tnbres1 qui1 aprs avoir fait le tour de son troit cachot1 et convaincu qu'il n'y a aucune issue que par le suicide1 vasion de la destine humaine1 s'y assoit la place assigne par la ,providence1 y livre son corps sa condition de souffrance et de corruption1 sans murmure et sans regret1 et y cherche la nourriture de son me1 qu'il sent immortelle1 dans la conformit du dessein de ,dieu son matre1 dans le sacrifice de son bonheur celui de ses semblables1 dans la vertu1 ce supplment de bonheur qui vaut mieux que lui1 et dans la sainte certitude d'un destin suprieur quand cette vote de son cachot s'croulera sur son corps mortel pour lui laisser voir du fond du cercueil le vrai jour de ,dieu6 ,,xxxii4 ,entre ces deux philosophies1 qui peut hsiter8 ,ce n'est ni vous1 ni moi1 ni ,victor ,hugo lui-mme2 car1 il faut tre juste1 il est presque partout1 dans ce livre1 spiritualiste comme le gnie1 cette transcendance de l'esprit4 ,entre ces deux philosophies qui jurent et se font antithse comme l'onde opaque et l'aube ternelle1 il y a un conciliateur cependant3 c'est le bon sens6 ,c'est le bon sens qui dit3 ,si la nature ou si la ,,force ,,des ,,choses1 ce qui est le mme mot1 condamne tout le genre humain1 riches et pauvres1 puissants ou impuissants1 exploitateurs ou exploits1 travailleurs de la main ou travailleurs de l'esprit 7car tout le monde travaille ou souffre selon ses facults71 si la force des choses1 ce ,,fait ,,accompli1 les condamne tous par leur nature borne1 par l'imperfection de leurs organes1 par leurs conditions ncessairement diverses1 par leurs misres peu prs gales1 les condamne1 dis-je1 un ttonnement ternel1 des souffrances modres chez les heureux1 intolrables chez les mal partags du sort1 vivre en commun sur le mme globe1 aspirant une meilleure rpartition de ce qu'on appelle mal et de ce qu'on appelle bien2 il faut1 de toute ncessit1 ou qu'ils s'entretuent ou qu'ils s'entr'aident4 ,s'ils s'entretuent1 la mme dose de mal1 multiplie au centuple pour les survivants par le mal de la haine et par l'impossibilit de la rpartition1 se retrouvera entre eux le lendemain du cataclysme4 ,s'ils s'entr'aident1 ils seront toujours misrables par la force des choses naturelles1 mais ils apporteront leurs misres tous les adoucissements que leur triste organisation comporte1 et que l'assistance mutuelle nous commande au nom de la conscience et de ,dieu4 ,,xxxiii4 ,la socit1 tout imparfaite qu'elle est1 parce qu'elle est l'expression d'un tre imparfait1 est le grand fait accompli des sicles4 ,il faut le reconnatre ou s'appeler ,titan2 tout remettre en question1 comme les utopistes2 se constituer en tat de rvolte radicale contre la forme de l'humanit tout entire1 c'est--dire en tat de dmence et de frnsie contre la ,,force ,,des ,,choses1 cette souverainet absolue de ,dieu4 ,que la socit1 sans cesse pntre de l'esprit divin1 qui est un esprit de paix et non de guerre1 s'interroge sans cesse elle-mme pour savoir ce qu'elle peut introduire d'amliorations pratiques dans ses formes et dans ses lois sans faire crouler l'difice1 qu'elle s'appelle tour tour oligarchie1 aristocratie1 monarchie1 dmocratie1 rpublique1 selon que la force des choses1 la tradition1 l'innovation1 lui indique dans quelle rgion de la hirarchie humaine se trouve le plus de droit1 de force conservatrice1 d'autorit ncessaire1 de lumire lgislative1 de responsabilit et de passion du bien gnral4 ,c'est l'acte mme de la vie sociale2 c'est la pulsation du pouls1 c'est le battement du coeur de l'humanit2 ce sont quelquefois les changements d'attitude1 debout ou assis1 des peuples en rvolution2 c'est la ,,force ,,des ,,choses en lgislation4 ,mais qu'on fasse esprer aux peuples1 fanatiss d'esprances1 le renversement leur profit des ingalits organiques cres par la ,,force ,,des ,,choses1 et maintenues par la nature elle-mme sous peine de mort2 qu'on leur persuade que les deux bases fondamentales de toute socit non barbare1 la proprit et la famille1 ces deux constitutions de ,dieu et non de l'homme1 peuvent tre dplaces par le radicalisme sans que tout s'croule la fois sur la tte des radicaux comme des conservateurs1 c'est l le rve1 c'est l la dmence1 c'est l le sacrilge1 c'est le drapeau rouge ou le drapeau noir de la philosophie sociale6 ,tout ce qu'il y a de raison1 de bon sens1 de lumire dans l'intelligence humaine1 doit se rallier et protester contre ces doctrines qui seraient le suicide de l'humanit4 ,on peut y pousser son sicle de deux manires3 soit par la violence et par le levier de la loi agraire1 comme ,catilina ,rome et ,babeuf ,paris2 soit par l'excs des tendances galitaires et par la magie sductrice d'un idal plus beau que nature1 comme ,victor ,hugo et les utopistes4 ,malgr ses protestations sincres et courageuses contre toute coercition violente ses fins1 la seule magie de son loquence1 les seuls mirages de ses promesses1 la seule sduction de ses songes dors1 font de son livre un livre malsain de fait4 ,il est trop beau pour tre innocent4 ,il ne sait pas dire la socit humaine d'assez rudes vrits2 il lui masque la face impassible de la ,,force ,,des ,,choses2 il la soulve contre le fait accompli2 il la flatte plus qu'il ne l'claire2 il donne tort partout la socit contre la misre1 contre la ncessit1 contre le crime2 il lui reproche ses impuissances4 ,les utopistes sont souvent plus craindre que les sclrats eux-mmes1 parce qu'on ne s'en dfie pas et qu'on aime ses flatteurs4 ,platon1 ,fnelon1 ,morus1 ont peut-tre fait verser autant de sang que ,catilina4 ,que ,victor ,hugo prenne garde ce ct de son gnie6 et qu'avant d'noncer sa thorie du progrs sans limites1 il tudie profondment la ,,force ,,des ,,choses1 la loi de la nature1 incommutable comme la nature elle-mme4 ,nous sommes tous des misrables1 et nous ne serons jamais des dieux6 ,mais1 pour temprer nos misres et pour dsarmer l'utopie1 le ciel nous a laiss un divin intermdiaire1 l'assistance mutuelle1 cette charit de tous pour tous4 ,que la socit l'introduise en plus forte dose dans ses lois1 chaque misre sociale qui se rvle4 ,la charit lgale est le trait de paix entre nous4 ,,xxxiv4 ,on me demandait un jour1 en #ahdh1 au moment o les thories de partage galitaire jetaient le plus de trouble dans les imaginations3 --,comment cela finira-t-il8 --,cela finira1 rpondis-je mes interlocuteurs alarms1 par quatre lois que le temps comporte et que la raison publique avoue3 ,une loi qui donne son droit politique chacune des classes sociales par une part proportionnelle au suffrage2 ,une loi qui assure1 non le droit au travail1 mais le droit de vivre tout homme que le ciel envoie sur la terre pour y vivre4 ,le dernier mot d'une socit bien faite ne peut pas tre la mort6 ,une loi qui supprime la peine de mort1 quand la socit aura rendu cette suppression sans danger pour elle1 par un systme organis de colonisation pnale qui spare l'cume de l'eau sur un cueil de l',ocan lointain1 qui spare le criminel de la socit autant que le tranchant de la hache spare la tte du tronc sur l'chafaud2 ,enfin une loi qui constitue srieusement la libert d'adorer ,dieu selon sa raison ou sa tradition1 c'est--dire la libert du ciel4 ,ces quatre lois accomplies1 tout rentrera de soi-mme dans l'ordre1 jusqu' ce que de nouveaux besoins physiques1 intellectuels ou moraux1 constats1 demandent la socit de nouvelles satisfactions lgitimes4 ,chaque rvolution est un pas vers le vrai2 si elle veut en faire dix1 elle tombe dans la fausse utopie et dans l'impossible4 ,il lui faut attendre une autre occasion pendant des annes ou des sicles2 c'est recommencer6 ,mais on ne trouve pas toujours des occasions aussi innocentes et des populations aussi raisonnables qu'en #ahdh4 ,la rvolution de #ahdh fut en majorit la rvolution des hommes d'tat1 et la ralit accepte1 servie et dfendue par l',assemble constituante1 la raison et le courage de la ,france4 ,l'autre rvolution1 celle de #ahdi1 fut la rvolution des utopistes1 menaant la proprit de subversion et la ,france de la terreur4 ,prenez garde aux colres de la proprit et l'effroi lgitime de la terreur4 ,votre conventionnel est une mauvaise enseigne sur vos bonnes penses4 ,effacez l'enseigne du sang1 et chantez ,cosette1 cette idylle1 la plus accomplie de la langue1 qui fait oublier la tragdie6 ,en rsum1 les ,misrables sont un sublime talent1 une honnte intention1 et un livre trs-dangereux de deux manires3 ,non-seulement parce qu'il fait trop craindre aux heureux1 mais parce qu'il fait trop esprer aux malheureux4 ,,lamartine4 ,l,x,x,x,v,i,i,ie ,,entretien4 ,,de ,,la ,,litt,,rature ,,de ,l',,me4 ,,journal ,,intime ,d',,une ,,jeune ,,personne4 ,mlle de ,gurin4 ,i4 ,toute me est une scne1 sur laquelle la vie1 obscure ou publique1 joue des drames qui arrachent le sourire ou les larmes aux spectateurs ou aux acteurs des vnements dont se compose notre existence4 ,l'vnement n'est rien3 l'impression est tout4 ,que l'vnement soit une chute d'un trne dans le cachot1 ou qu'il soit une pense de jeune fille1 close sur son oreiller l'heure de son rveil1 dans la solitude d'une chambre haute la campagne1 et se rsumant en un soupir ou en une prire ruisselante de pleurs au pied de son lit1 peu importe3 l'motion est la mme dans le coeur qui l'prouve et dans le coeur de celui qui s'associe par la lecture la force de ce sentiment4 ,,ii4 ,interrogez-vous bien4 ,de tous les livres que vous avez lus dans votre vie3 ,imitation de ,jsus-,christ1 ,confessions de saint ,augustin1 ,confessions de ,j4-,j4 ,rousseau1 correspondances des mes effeuilles page page et recomposes la fin de la vie1 confidences par confidences1 sans songer que la main du public les dcachtera un jour2 ,lettres de ,cicron1 ,lettres de ,pline le ,jeune1 ,lettres de ,svign1 ce grand sicle crit jour jour par ses reflets intimes sur l'esprit d'une femme2 ,lettres de ,voltaire lui-mme1 ces lambeaux d'une passion acharne la destruction d'une ide2 ,lettres de ,mirabeau1 ces flammes chappes du volcan d'un coeur pour en incendier un autre1 etc41 etc42 demandez-vous sincrement lequel de tous ces livres a pntr le plus profondment dans votre coeur1 lequel cohabite le plus habituellement avec vous dans la solitude de vos jours avancs1 lequel est devenu votre ami le plus quotidien dans vos angoisses1 avec lequel vous aimez le mieux vivre1 avec lequel vous aimez le mieux mourir4 ,les plus touchantes catastrophes de l'histoire3 le meurtre de ,csar1 le supplice de ,charles ,ier1 le cachot du ,temple1 la mort si calme de ,louis ,,xvi1 priant pour son peuple gar2 aucune de ces scnes a-t-elle jamais retenti plus profondment dans votre coeur que la chute d'une larme secrte d'une pauvre me inconnue qui dit ,dieu ses douleurs intimes1 sans dire au monde son nom8 ,la confidence est le sceau de la vrit3 et que l'on confie ,dieu1 soi-mme1 quelque amiti obscure1 sans penser qu'aucun regard1 aucune oreille interpose n'en drobera rien pour le redire au monde1 a un caractre d'intimit et de sincrit qui en centuple le prix4 ,on n'a pas mme besoin de connatre le nom de ce mystrieux confident4 ,voyez le plus beau des livres chrtiens1 l',imitation3 on n'a pas su encore le nom de l'crivain1 on ne le saura jamais2 c'est l'homme sans nom causant avec lui-mme et avec ce personnage divin qu'il appelle la ,grce4 ,l'anonyme1 ici1 est la contre-preuve de la sincrit3 s'il croyait moins ,dieu1 il songerait aux hommes1 et il aurait laiss lire son nom1 comme le peintre1 sous quelque pierre ou sur quelque feuille du premier plan4 ,le lecteur1 indpendamment de ce qu'on lui dit1 aime tre pris pour confident par l'ami qui chante ou qui parle3 avoir un secret en commun avec cette me1 c'est vivre deux1 c'est une espce d'amour qui s'enivre de ce qu'on lui dit l'oreille et de ce qu'il rpond confidentiellement lui-mme la confidence connue ou inconnue4 ,un livre qui est en mme temps un secret1 une intimit de l'me1 a donc deux mrites qui le rendent doublement cher ceux qui le lisent3 premirement1 il est un beau livre2 secondement1 il est un secret4 ,le livre admirable dont nous allons vous parler est du nombre infiniment petit de ces secrets de la littrature qui ont t chuchots bien bas entre le berceau1 le lit et l'autel2 il est plein de mystre et de larmes1 il en fait couler4 ,c'est la littrature de l'me1 coutez-la soupirer4 ,,iii4 ,mais1 d'abord1 tudions la scne o cette me d'lite fut jete en naissant1 et le site obscur qui servit de cadre sa courte vie4 ,dans cette rgion de la vieille ,france situe entre le midi et l'ouest1 derrire le ,prigord1 prs de la ,charente1 non loin de l',ocan1 s'tend un pays d'habitudes1 de traditions1 de pauvres cultures1 de familles incrustes comme le grs dans la terre1 nobles par consentement commun1 parce que le chteau n'est que la premire masure du village1 et que tout le monde y vient1 comme chez soi1 chercher ce qui lui manque3 bonne amiti1 vieilles ides1 semailles1 aliments1 soins1 outils1 conseils1 mdicaments4 ,l s'lve le chteau du ,cayla1 capitale d'un domaine de deux ou trois mille livres de rente4 ,c'est l'opulence de la contre2 cela suffit pour vivre dans l'aisance relative1 en y surajoutant le produit en nature du petit jardin1 du champ rserv1 de la vigne1 du moulin1 du verger en pente1 qui donnent le bl de l'anne1 les pommes de terre1 le mas1 les chtaignes conserves1 les noix casses par les matres et les serviteurs pendant les veilles d'hiver1 sur la table solide de la cuisine2 le vin1 les lgumes1 les fruits1 cueillis par la servante et les enfants1 et soigneusement encaisss et visits dans le fruitier2 tout ce qui est strictement ncessaire1 en un mot1 pour vivre largement et pour donner libralement aux malades1 aux infirmes1 aux pauvres du village1 aux mendiants errants et rguliers des villages voisins4 ,,iv4 ,le chteau du ,cayla tait de pre en fils possd et habit par la famille de ,m4 de ,gurin1 dont la jeune femme tait ne dans le bourg de ,cahuzac4 ,mademoiselle de ,cahuzac1 d'une maison assez riche pour le pays1 avait apport en dot ,m4 de ,gurin quelques petites terres1 et1 aprs la mort de ses grands-parents1 une assez grande maison meuble dans la petite ville de ,cahuzac4 ,cette alliance donnait aux ,gurin une aisance et une parent plus larges dans le rayon du ,cayla4 ,le chteau du ,cayla se composait d'une cour1 autrefois pave1 et dont les eaux des curies avaient dfonc les larges dalles4 ,les fumiers des chevaux1 des vaches et des moutons1 entasss immmorialement aux portes1 tapissaient les murailles de ces btiments1 et servaient partout de clture4 ,les cuisines ouvraient1 par un perron lev de quelques marches1 sur ce vaste cloaque2 quelques sureaux et quelques houx1 dont la forte racine ne craint pas le sol des bergeries1 croissaient dans les angles des murs4 ,les portes1 ou les barrires claire-voie1 taient sans cesse ouvertes1 et permettaient nuit et jour aux passants de monter les degrs de pierre pour venir demander le morceau de pain1 le coup d'eau puiser au seau suspendu derrire la porte1 et aux paysans du hameau d',andillac de vivre pour ainsi dire en commun avec les habitants de la maison4 ,v4 ,une chemine cintre trs-lev1 large tuyau1 au sommet duquel on voyait le jour1 chanes noircies par la fume et la suie1 chenet unique1 qui portait jour et nuit un arbre tout entier1 brlant par un bout1 formait son sommet une couronne ou plutt une corbeille d'acier1 polie par les mains des bergers4 ,deux bancs en pierre1 incrusts demi dans la muraille1 servaient de siges aux domestiques et aux htes4 ,quelques grosses chaises et fauteuils de noyer1 entre la table de cuisine et la chemine1 se prtaient aux matres de la maison1 quand ils venaient s'asseoir en commun avec les gens1 soit pour prendre le repas banal dans l'cuelle de lourde faence1 soit pour leur faire la prire1 soit pour causer des travaux du jour ou du lendemain4 ,une batterie de cuisine1 compose de bassins de cuivre luisant comme l'or1 de vastes soupires grossirement peintes1 et de grands plateaux mettre le poisson quand on pchait tous les trois ans l'tang du moulin1 compltaient cet ameublement1 objet d'admiration et d'envie pour toutes les mnagres du village4 ,,vi4 ,on sortait de la cuisine par un long corridor enfum qui conduisait la salle manger1 o la nappe n'tait gure mise que les jours de crmonie et quand on avait des htes la maison2 les autres jours1 on prenait les repas avec les domestiques1 qui dnaient debout ou l'extrmit de la nappe crue4 ,au-del de la salle manger1 on montait par un escalier tournant de quelques marches dans la chambre qui servait de salon la famille1 et dont une grande fentre cintre ouvrait sur les jardins1 en plein midi1 un peu plus leve que le ct des cuisines4 ,du salon on passait dans la chambre conjugale1 o couchait ,m4 de ,gurin le pre1 ouvrant aussi sur le jardin4 ,on reconnaissait un papier encore propre sur les murs1 quelques meubles lgants et aux rideaux du vaste lit colonnes1 les rparations que le matre de la maison avait fait faire l'poque de son mariage pour y recevoir sa charmante femme2 hlas6 elle y tait morte jeune encore1 son quatrime enfant1 et entre le lit et la chemine un portrait d'un peintre ambulant y avait laiss sa douce et mlancolique image4 ,le pre et les enfants1 chaque anniversaire du mariage ou de la mort1 ornaient ce cadre unique1 et pour ainsi dire vivant1 de branches de myrte1 d'immortelles1 et de quelques grappes de houx tresses en couronnes4 ,m4 de ,gurin habitait seul cette chambre sanctifie par son souvenir2 un prie-,dieu en noyer1 recouvert de tapisserie sous les genoux et sous les coudes par madame de ,gurin1 gisait devant son portrait et servait maintenant ,m4 de ,gurin et aux enfants pour prier en se remmorant leur pouse et leur mre4 ,une table couverte de poussire1 et des fauteuils surchargs de livres et de papiers1 entouraient la chambre4 ,on voyait que le pre de famille ne s'tablissait pas d'une manire permanente dans le domicile o la mort tait venue lui ravir la meilleure moiti de lui-mme1 mais qu'il se tenait prt partir aussitt qu'il plairait ,dieu1 et que ses enfants1 dont il tait tout la fois le pre et la mre1 pourraient se passer de lui2 son vrai sjour tait au cimetire d',andillac1 o il allait entendre la messe tous les matins1 les genoux sur la pierre de sa femme4 ,,vii4 ,le salon dans lequel il passait la soire avec ses enfants1 et quelquefois avec ses htes1 ses parents1 ou ceux de sa femme1 et le vieux cur d',andillac1 conservait aussi quelques traces d'lgance de l'ancienne cour3 une chemine antique1 une glace1 une pendule1 un canap1 des fauteuils et des chaises de tapisserie4 ,une large fentre1 presque toujours ouverte sur les jardins1 le soleil qui y entrait par les beaux jours1 la vue assez tendue des carrs de lgumes encercls d'arbres fruits1 plus loin les cimes grles1 mais vertes1 des vergers1 puis les prs en pente1 puis le ruisseau1 l'cluse1 le moulin1 puis enfin les collines1 qui fermaient la valle d'un rideau de cultures1 de champs et de chtaigniers1 y rpandaient plus de jour1 de lointain et de gaiet que dans le reste de la demeure2 la famille y passait une partie du jour4 ,il y avait des livres sur la chemine et sur la table jeu du milieu3 on n'y jouait jamais1 mais on y lisait beaucoup4 ,la nature des ouvrages rappelait les occupations srieuses du pre1 du fils1 et surtout de la fille ane1 mademoiselle ,eugnie de ,gurin1 qui remplaait la mre par ncessit1 par vertu et par got1 auprs de son frre ,maurice et de sa plus jeune soeur4 ,c'taient presque tous des livres de dvotion ou d'histoire1 et et l quelques romans choisis de ,walter ,scott1 le barde posthume des ,stuarts1 auteur justement ador des lgitimistes franais4 ,,viii4 ,m4 de ,gurin1 migr ds son enfance et rentr tout jeune de l'migration1 en avait rapport au ,cayla cette foi antique et robuste de caste et de famille1 qui tait plus enfonce dans son coeur que les fondements de son ancien manoir dans le rocher d',andillac4 ,en continuant de monter l'escalier sombre et spirale du ,cayla1 on rencontrait et l de petits paliers de quelques marches dtaches du grand escalier1 qui formaient un angle rentrant sous une porte en rosace1 donnant entre quelques sries de petits appartements1 et enfin1 trs-haut1 aux chambres des domestiques4 ,le premier de ces repos ouvrait sur trois chambres1 au-dessus du salon1 qu'habitaient mademoiselle ,eugnie de ,gurin et sa petite soeur4 ,la chambre de mademoiselle de ,gurin tait un peu plus orne que celle d'une servante2 le lit tait sans rideaux1 cependant une petite table sans tapis tait entre les deux fentres2 des livres pareils ceux du salon1 et quelques feuilles de papier moiti crites d'une fine criture1 taient pars et l sur la table et sur les fauteuils4 ,deux ou trois petits cadres de portraits1 clous contre les murailles1 attestaient ses amitis ou ses prfrences en hommes ou en femmes4 ,des ouvrages de contemplation et le livre des livres pour les mes qui aiment s'entretenir avec ,dieu1 le livre qui s'appelle d'abord ,consolations1 l',imitation1 tait en permanence sur la table de nuit1 comme une fleur sche et effeuille dont on a respir mille fois tous les parfums1 mais qu'on garde pour les respirer encore4 ,un crucifix en ivoire1 hritage de sa mre1 reposait sur la chemine2 un chapelet1 rarement oisif1 tait enroul autour du cou et pendait jusqu'aux pieds du ,christ4 ,on voyait qu'en rentrant de la petite glise d',andillac on l'avait dpos l le matin pour le reprendre le soir1 l'heure o le soleil baissant fait sentir le besoin de prier4 ,,ix4 ,voil ,je chteau pour le dedans4 ,quant son aspect contempl du dehors1 rien n'annonait ni prtention ni orgueil dans le style ou dans la construction du ,cayla2 il ne se distinguait des grosses fermes du pays que par un porche moiti dmoli avanant sur le perron1 par les deux rainures d'un pont-levis sur le milieu desquelles le marteau symbolique de #agic avait effac les vieilles armoiries de la famille des ,gurin1 et par un large pan de toit qui recouvrait le principal corps de btiment entre les constructions ingales et successives des derniers sicles4 ,x4 ,tel apparaissait le chteau du ,cayla1 vieux nid dmantel1 qu'habitaient encore les jeunes rejetons de l'ancienne famille1 heureux et riches tant qu'ils ne le quittaient pas1 pauvres et rduits aux dernires conditions de la socit aussitt qu'ils en sortaient pour chercher dans le monde leur ancienne place4 ,ce monde n'tait plus fait leur mesure4 ,les filles n'avaient point de dot2 le fils1 aucun moyen d'ducation ni d'avancement4 ,il fallait vivre l1 ou s'abaisser aux plus vulgaires occupations de la vie pour vgter ailleurs4 ,on conoit quelle mlancolie incurable devait tre le fond des penses de ces quatre ou cinq solitaires1 riches de pass1 dnus d'avenir2 condamns languir dans ce petit domaine1 ou tre submergs par la loi de la socit en sortant4 ,les filles pouvaient attendre un hasard heureux de mariage sans dot1 avec quelque gentilhomme veuf ou surann des environs1 ou se vouer gnreusement au clibat pour laisser leur frre leur petite fortune aprs la mort de leurs parents4 ,c'est le parti que mademoiselle ,eugnie de ,gurin prit de bonne heure1 martyre obscure de deux abngations volontaires1 l'une pour remplacer l'pouse morte dans la maison et dans le coeur de son pre1 l'autre pour remplacer la mre absente auprs de son frre enfant4 ,voil quelle tait la vie habituelle des habitants du ,cayla1 avec les modifications que l'ge1 les circonstances1 les petits vnements intrieurs apportaient dans ces habitudes4 ,,xi4 ,le pre de ,m4 de ,gurin avait migr tout jeune1 mais son extrme jeunesse mme avait empch que la petite fortune de la famille ne ft confisque4 ,il tait rentr inaperu1 et non dnonc par les bons paysans d',andillac1 peu de temps avant son mariage4 ,il avait rapport dans le domaine paternel les sentiments d'affection pour les ,bourbons1 et surtout les sentiments religieux dont il avait trouv le germe dans sa famille et les habitudes parmi ses camarades d'migration4 ,chez lui1 ces affections et ces habitudes taient sincres2 il en avait conserv l'exercice pratique sous l'influence de sa famille son retour4 ,cette religion pratique1 son seul refuge aprs la mort prcoce de sa femme1 avait redoubl en lui par l'isolement de son coeur4 ,ses enfants ici-bas1 et ,dieu au ciel avec l'ombre de sa femme comme rayonnement attractif autour de l'tre infini1 taient devenus sa seule pense4 ,d'un caractre tendre1 d'une humeur trs-douce1 d'une abngation complte en ce qui ne concernait que lui1 il s'tait consacr exclusivement1 par devoir et par affection1 l'ducation de ses chers enfants4 ,sa fille ane1 ,eugnie de ,gurin1 avait t naturellement sa premire lve2 il lui avait appris tout ce qu'il savait3 l'adoration de sa mre absente1 le culte quotidien de sa mmoire l'glise et au cimetire d',andillac1 les soins assidus des pauvres1 des vieillards1 des enfants orphelins dans les maisons du voisinage4 ,la lecture1 l'criture1 un peu de latin pour qu'elle pt suivre plus tard les tudes domestiques de son jeune frre1 l'intelligence et le got des livres classiques franais qui taient le fond de la bibliothque de la vieille maison1 quelques-uns des modernes1 tels que ,chateaubriand et ,lamennais1 qui venaient de revernir le catholicisme1 enfin un petit nombre de livres tout fait nouveaux1 venus de ,paris par des amis qui les prtaient au ,cayla3 voil l'ducation de mademoiselle de ,gurin1 ducation toute passe d'abord par l'me du pre1 comme l'eau suspecte filtre par le crible4 ,quand le pre trouvait dans ces volumes certains passages qui pouvaient tre dangereux l'imagination d'une jeune personne1 il lui suffisait d'y mettre une marque pour en interdire la lecture2 l'pe de l'ange exterminateur n'aurait pas t plus sre d'tre obie2 la jeune fille s'arrtait et passait aux pages non interdites4 ,mais cette ducation1 dont le pre remettait avec confiance les rnes dans les mains de sa fille1 finit par produire dans mademoiselle de ,gurin une puissance de rflexion et de puret qui l'gala son insu aux plus hautes personnalits littraires de son sicle4 ,ne d'elle-mme1 elle grandit la hauteur d'elle-mme et elle devint insensiblement1 comme nous allons la voir1 une femme phnomnale1 qui ne se mesurait plus qu' sa propre taille1 et sous l'oeil de son pre1 et sous la mesure de ,dieu4 ,et1 chose tonnante1 son style1 abandonn lui-mme1 et qui n'avait de juge et de critique que son me1 ne resta comme forme au-dessous de rien1 pendant que1 comme fond1 ce style tait au niveau de tout4 ,,xii4 ,laissons-la parler tout haut et toute seule maintenant1 dans cette petite chambre d'une campagne obscure o elle avait concentr sa vie2 laissons-la causer avec elle-mme1 avec son pauvre pre1 pre si digne d'elle1 avec son frre devenu son fils1 sur qui toutes ses penses avaient fini par converger comme sur le but unique de sa vie4 ,le bonheur a voulu que1 par une srie de heureux hasards et de fidle affection 7celle de ,m4 d',aurevilly1 un crivain qui ne peut tre caractris que par lui-mme1 parce qu'il ne ressemble personne71 le hasard et le bonheur ont voulu que ce journal et ces lettres n'aient pas pri dans les cendres du ,cayla2 mais que des mains pieuses les aient recueillies le lendemain de sa mort pour difier tout un sicle1 et1 aprs ,m4 de ,sainte-,beuve1 moi1 qui vais essayer d'inspirer mes lecteurs la passion de les lire comme une ,imitation de ,jsus-,christ en action1 le plus beau des livres modernes dans la plus tendre des mes et dans le plus confidentiel des styles4 ,style1 non1 car qui dit style dit travail3 ici ce n'est point travail1 c'est closion naturelle de la pense4 ,,xiii4 ,cela commence le #ae novembre #ahae par une lettre son frre1 que les tudes classiques ont enlev enfin au toit du ,cayla1 et qui achve ses tudes au sminaire de ,cahuzac4 ,puisque tu le veux1 mon cher ,maurice1 je vais donc continuer ce petit journal que tu aimais tant2 mais1 comme le papier me manque1 je me sers d'un papier cousu4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,pauvre fille6 qui n'a pas mme les feuilles blanches ncessaires l'expansion de son coeur pour elle et pour un enfant de quatorze ans6 ,elle lui annonce la mort d'un bon ami de la famille ,gaillac4 ,de pauvres femmes disaient1 en allant son agonie3--,celui-l n'aurait pas d mourir4--,et elles priaient en pleurant pour sa bonne mort4 ,voil qui donne esprer pour son me3 des vertus qui nous font pleurer des hommes doivent nous faire aimer de ,dieu6 ,,xiv4 ,le #ag novembre4 ,mimi#a m'a crit4 ,cette chre ,mimi me dit de charmantes et douces choses sur notre sparation1 sur son retour1 sur son ennui1 car elle s'ennuie loin de moi comme je m'ennuie sans elle4 tout moment1 je vois1 je sens qu'elle me manque1 surtout la nuit o j'ai l'habitude de l'entendre respirer mon oreille4 ,ce petit bruit me porte sommeil4 ,ne pas l'entendre me fait penser tristement4 ,je pense la mort1 qui fait aussi tout taire autour de nous1 qui sera aussi une absence4 ,note #a3 ,on appelait quelquefois ainsi dans la famille l'autre soeur1 ,mimi1 ,mimin ou ,marie4 ,ces ides de la nuit me viennent un peu de celles du jour4 ,on ne parle que de maladies1 que de morts2 la cloche d',andillac n'a sonn que des glas ces jours-ci4 ,c'est la fivre maligne qui fait ses ravages comme tous les ans4 ,nous pleurons tous une jeune femme de mon ge1 la plus belle1 la plus vertueuse de la paroisse1 enleve en quelques jours4 ,elle laisse un tout petit enfant qui ttait4 ,pauvre petit6 ,c'tait ,marianne de ,gaillard4 ,dimanche dernier j'allai encore serrer la main une agonisante de dix-huit ans4 ,elle me reconnut1 la pauvre jeune fille1 me dit un mot et se remit prier ,dieu4 ,je voulais lui parler1 je ne sus que lui dire2 les mourants parlent mieux que nous4 ,on l'enterrait lundi4 ,que de rflexions faire sur ces tombes fraches6 ,oh6 mon ,dieu6 que l'on s'en va vite de ce monde6 ,le soir1 quand je suis seule1 toutes ces figures de mort me reviennent4 ,je n'ai pas peur1 mais mes penses prennent toutes le deuil1 et le monde me parat aussi triste qu'un tombeau4 ,je t'ai dit cependant que tes lettres m'avaient fait plaisir4 ,oh6 c'est bien vrai2 mon coeur n'est pas muet au milieu de ces agonies1 et ne sent que plus vivement tout ce qui lui porte vie4 ,ta lettre donc m'a donn une lueur de joie1 je me trompe1 un vritable bonheur1 par les bonnes choses dont elle est remplie4 ,enfin ton avenir commence poindre2 je te vois un tat1 une position sociale1 un point d'appui la vie matrielle4 ,dieu soit lou6 c'est ce que je dsirais le plus en ce monde et pour toi et pour moi1 car mon avenir s'attache au tien1 ils sont frres4 ,j'ai fait de beaux rves ce sujet1 je te les dirai peut-tre4 ,pour le moment1 adieu2 il faut que j'crive ,mimi4 ,,xv4 ,le #ah novembre4 ,je suis furieuse contre la chatte grise4 ,cette mchante bte vient de m'enlever un petit pigeon que je rchauffais au coin du feu4 ,il commenait revivre1 le pauvre animal2 je voulais le priver1 il m'aurait aime1 et voil tout cela croqu par un chat6 ,que de mcomptes dans la vie6 ,cet vnement et tous ceux du jour se sont passs la cuisine2 c'est l que je fais demeure toute la matine et une partie du soir depuis que je suis sans ,mimi4 ,il faut surveiller la cuisinire2 papa quelquefois descend1 et je lui lis prs du fourneau ou au coin du feu quelques morceaux des ,antiquits de l'glise anglo-saxonne4 ,ce gros livre tonnait ,pierril4 ,qu de mouts aqui ddins6#b ,cet enfant est tout fait drle4 ,un soir il me demanda si l'me tait immortelle2 puis aprs1 ce que c'tait qu'un philosophe4 ,nous tions aux grandes questions1 comme tu vois4 ,sur ma rponse que c'tait quelqu'un de sage et de savant3 ,donc1 ,mademoiselle1 vous tes philosophe4 ,ce fut dit avec un air de navet et de franchise qui aurait pu flatter ,socrate1 mais qui me fit tant rire que mon srieux de catchiste s'en alla pour la soire4 ,note #b3 ,en patois du pays3 ,que de mots l-dedans6 ,cet enfant nous a quitts un de ces jours1 son grand regret2 il tait terme le jour de la ,saint-,brice4 ,le voil avec son petit cochon cherchant des truffes4 ,s'il vient par ici1 j'irai le joindre pour lui demander s'il me trouve toujours l'air philosophe4 ,avec qui croirais-tu que j'tais ce matin au coin du feu de la cuisine8 ,avec ,platon3 je n'osais pas le dire1 mais il m'est tomb sous les yeux1 et j'ai voulu faire sa connaissance4 ,je n'en suis qu'aux premires pages4 ,il me semble admirable1 ce ,platon3 mais je lui trouve une singulire ide1 c'est de placer la sant avant la beaut dans la nomenclature des biens que ,dieu nous fait4 ,s'il et consult une femme1 ,platon n'aurait pas crit cela3 tu le penses bien8 ,je le pense aussi1 et cependant1 me souvenant que je suis philosophe1 je suis un peu de son avis4 ,quand on est au lit bien malade1 on ferait volontiers le sacrifice de son teint ou de ses beaux yeux pour rattraper la sant et jouir du soleil4 ,il suffit d'ailleurs d'un peu de pit dans le coeur1 d'un peu d'amour de ,dieu pour renoncer bien vite ces idoltries1 car une jolie femme s'adore4 ,quand j'tais enfant1 j'aurais voulu tre belle3 je ne rvais que beaut1 parce que1 me disais-je1 maman m'aurait aime davantage4 ,grce ,dieu1 cet enfantillage a pass1 et je n'envie d'autre beaut que celle de l'me4 ,peut-tre mme en cela suis-je enfant comme autrefois3 je voudrais ressembler aux anges4 ,cela peut dplaire ,dieu3 c'est aussi pour en tre aime davantage4 ,que de choses me viennent1 s'il ne fallait pas te quitter6 ,mais mon chapelet1 il faut que je le dise1 la nuit est l3 j'aime finir le jour en prires4 ,le #bj novembre4 ,j'aime la neige3 cette blanche vue a quelque chose de cleste4 ,la boue1 la terre nue1 me dplaisent1 m'attristent2 aujourd'hui je n'aperois que la trace des chemins et les pieds des petits oiseaux4 ,tout lgrement qu'ils se posent1 ils laissent leurs petites traces qui font mille figures sur la neige4 ,c'est joli voir1 ces petites pattes rouges comme des crayons de corail qui les dessinent4 ,l'hiver a donc aussi ses jolies choses1 ses agrments4 ,on en trouve partout quand on y sait voir4 ,dieu rpandit partout la grce et la beaut4 ,il faut que j'aille voir ce qu'il y a d'aimable au coin du feu de la cuisine1 des bluettes si je veux4 ,ceci n'est qu'un petit bonjour que je dis la neige et toi1 au saut du lit4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,,xvi4 ,elle reprend deux jours aprs3 sa petite soeur ,mimi est toujours absente4 ,je n'ai rien mis ici hier2 mieux vaut du blanc que des nullits4 ,j'tais lasse1 j'avais sommeil2 aujourd'hui c'est mieux4 ,j'ai vu tomber et disparatre la neige2 du temps que je faisais moi-mme mon dner1 un beau soleil s'est lev2 plus de neige prsent2 le noir1 le laid1 reparaissent4 ,que verrai-je demain matin8 ,qui sait8 ,la face du monde change si promptement6 ,j'ai pass ma soire la cuisine444 ,walter ,scott a t nglig aujourd'hui4 ,il est dix heures1 je vais dormir4 ,,xvii4 ,le lendemain1 le pre et la petite soeur toujours absents1 elle crit pour elle seule4 ,le #ba novembre4 ,la journe a commenc radieuse3 un soleil d't1 un air doux qui invitait la promenade4 ,tout me disait d'y aller1 mais je n'ai fait que deux pas dehors et me suis arrte l'curie des moutons pour voir un agneau blanc qui venait de natre4 ,j'aime voir ces petites btes qui font remercier ,dieu de tant de douces cratures dont il nous environne4 ,puis ,pierril est venu2 je l'ai fait djeuner et ai caus quelque temps avec lui1 sans m'ennuyer du tout de cette conversation4 ,de combien d'assembles on n'en dit pas autant6 ,le vent souffle1 toutes nos portes et fentres gmissent2 c'est quasi triste l'heure qu'il est dans ma solitude3 toute la maison est endormie2 on s'est lev de bonne heure pour faire du pain4 ,aussi ai-je t fort occupe toute la matine aux deux dners4 ,ensuite1 du repos2 j'ai crit ,antoinette4 ,c'est bien insignifiant1 tout cela3 autant vaudrait du papier blanc que ce que j'cris2 mais1 quand ce ne serait qu'une goutte d'encre d'ici1 tu aurais plaisir de la voir2 voil pourquoi j'en fais des mots4 ,je ne sais pourquoi1 la nuit dernire1 je n'ai vu en songe dfiler que des cercueils4 ,je voudrais cette nuit un sommeil moins sombre4 ,je vais prier ,dieu de me le donner4 ,le #bd novembre1 elle reprend son rcit4 ,on voit combien la pense de son frre la possde4 ,trois jours de lacune1 mon cher ami4 ,c'est bien long pour moi1 qui aime si peu le vide2 mais le temps m'a manqu pour m'asseoir4 ,je n'ai fait que passer dans ma chambrette depuis samedi2 prsent seulement je m'arrte1 et c'est pour crire ,mimi bien au long et deux mots ici4 ,peut-tre ce soir ajouterai-je quelque chose1 s'il en survient4 ,pour le moment tout est au calme1 le dehors et le dedans1 l'me et la maison3 tat heureux1 mais qui laisse peu dire1 comme les rgnes pacifiques4 ,une lettre de ,paul a commenc ma journe4 ,il m'invite aller ,alby1 je ne lui promets pas2 il faudrait sortir pour cela1 et je deviens sdentaire4 ,volontiers1 je ferais voeu de clture au ,cayla4 ,nul lieu au monde ne me plat comme le chez moi4 ,oh6 le dlicieux chez moi6 ,que je te plains1 pauvre exil1 d'en tre si loin1 de ne voir les tiens qu'en pense1 de ne pouvoir nous dire ni bonjour ni bonsoir1 de vivre tranger1 sans demeure toi dans ce monde1 ayant pre1 frre1 soeurs1 en un endroit6 ,tout cela est triste1 et cependant je ne puis pas dsirer autre chose pour toi4 ,nous ne pouvons pas t'avoir2 mais j'espre te revoir1 et cela me console4 ,mille fois je pense cette arrive1 et je prvois d'avance combien nous serons heureux4 ,,xviii4 ,le #be1 la nuit est superbe2 c'est un des vnements de cette solitude4 ,voyez comme elle en jouit3 ,je regarde par ma fentre avant de me coucher1 pour voir quel temps il fait et pour en jouir un moment1 s'il est beau4 ,ce soir1 j'ai regard plus qu' l'ordinaire1 tant c'tait ravissant1 cette belle nuit6 ,sans la crainte du rhume1 j'y serais encore4 ,je pensais ,dieu qui a fait notre prison si radieuse2 je pensais aux saints qui ont toutes ces belles toiles sous leurs pieds2 je pensais toi qui les regardais peut-tre comme moi4 ,cela me tiendrait aisment toute la nuit2 cependant il faut fermer la fentre ce beau dehors et cligner les yeux sous des rideaux6 ran m'a apport ce soir deux lettres de ,louise4 ,elles sont charmantes1 ravissantes d'esprit1 d'me1 de coeur1 et tout cela pour moi6 ,je ne sais pourquoi je ne suis pas transporte1 ivre d'amiti4 ,dieu sait pourtant si je l'aime4 ,voil ma journe jusqu' la dernire heure4 ,il ne me reste que la prire du soir et le sommeil attendre4 ,je ne sais s'il viendra1 il est loin4 ,il est possible que ,mimi vienne demain4 pareille heure1 je l'aurai2 elle sera l1 ou plutt nous reposerons sur le mme oreiller1 elle me parlant de ,gaillac1 et moi du ,cayla4 ,,xix4 ,le #bh1 sa soeur retrouve1 elle va avec elle l'glise du village faire ses dvotions4 ,avant le jour1 crit-elle1 j'avais les doigts dans les cendres1 cherchant du feu pour allumer la chandelle4 ,je n'en trouvais pas et allais retrouver mon lit1 lorsqu'un petit charbon que j'ai rencontr du bout du doigt m'a fait voir du feu3 voil ma lampe allume4 ,vite la toilette1 la prire1 et nous voil avec ,mimi dans le chemin de ,cahuzac4 ,ce pauvre chemin1 je l'ai fait longtemps seule1 et que j'tais aise de le faire quatre pieds aujourd'hui6 ,le temps n'tait pas beau4 ,puis une rflexion nave et digne de ,tibulle ou de ,virgile4 ,suave mari magno444 ,oh6 qu'il est doux1 lorsque la pluie petit bruit tombe des cieux1 d'tre au coin de son feu1 tenir des pincettes1 faire des bluettes6 ,c'tait mon passe-temps tout l'heure2 je l'aime fort3 les bluettes sont si jolies6 ce sont les fleurs de chemine4 ,vraiment il se passe de charmantes choses sur la cendre1 et1 quand je ne suis pas occupe1 je m'amuse voir la fantasmagorie du foyer4 ,ce sont mille petites figures de braise qui vont1 qui viennent1 grandissent1 changent1 disparaissent1 tantt anges1 dmons cornus1 enfants1 vieilles1 papillons1 chiens1 moineaux3 on voit de tout sous les tisons4 ,je me souviens d'une figure portant un air de souffrance cleste qui me peignait une me en purgatoire4 ,j'en fus frappe1 et aurais voulu avoir un peintre auprs de moi4 ,jamais vision plus parfaite4 ,remarque les tisons1 et tu conviendras qu'il y a de belles choses1 et qu' moins d'tre aveugle1 on ne peut pas s'ennuyer auprs du feu4 coute surtout ce petit sifflement qui sort parfois de dessous la braise comme une voix qui chante4 ,rien n'est plus doux et plus pur1 on dirait que c'est quelque tout petit esprit de feu qui chante4 ,voil1 mon ami1 mes soires et leurs agrments2 ajoute le sommeil1 qui n'est pas le moindre4 ,quelle mlancolie dans ce dernier mot d'appel au sommeil1 qui comble tous les vides et qui calme toutes les douleurs6 ,,xx4 ,le #a;er dcembre1 elle crit son frre3 ,c'est de la mme encre dont je viens de t'crire que je t'cris encore2 la mme goutte tombant moiti ,paris1 moiti ici1 te vient marquer diverses choses1 ici des tendresses1 l-bas des fcheries2 car je t'envoie toujours tout ce qui me traverse l'me4 ,quand tu liras tout cela1 mon ami1 souviens-toi que c'est crit le #a;er dcembre1 jour de pluie1 d'obscurit1 d'ennui1 o le soleil ne s'est pas montr1 o je n'ai vu que des corbeaux4 ,le #c dcembre1 un seul mot4444 ,il est sept heures1 j'entends le ruisseau et j'aperois une belle toile qui se lve sur ,mrin3 tu n'as pas oubli ce hameau8 ,le #e dcembre4 ,papa est parti ce matin pour ,gaillac2 nous voil seules chtelaines1 ,mimi et moi1 jusqu' demain et matresses absolues4 ,cette rgence ne me va pas mal et me plat assez pour un jour1 mais pas davantage4 ,les longs rgnes sont ennuyeux4 ,c'est assez pour moi de commander ,trilby et d'obtenir qu'elle vienne quand je l'appelle ou que je lui demande la patte4 ,hier1 fcheux accident pour ,trilbette4 ,comme elle dormait tranquille sous la chemine de la cuisine1 une courge qui schait lui est tombe dessus4 ,le coup l'a tourdie1 la pauvre bte est venue nous au plus vite nous porter ses douleurs4 ,une caresse l'a gurie4 ,il tait nuit4 ,un coup de marteau se fait entendre1 tout le monde accourt la porte4 ,qui est l8 ,c'tait ,jean de ,persac1 notre ancien mtayer1 et que je n'avais pas vu depuis longtemps4 ,il a t le bienvenu et a eu en entrant place au plat et la bouteille4 ,puis nous l'avons fait jaser sur son pays d' prsent1 sur ses enfants et sa femme4 ,j'aime fort ces conversations et ces revoirs4 ,ces figures d'autrefois font plaisir1 il semble qu'elles ramnent la jeunesse4 ,le #f dcembre4 ,je fis promettre ,jean de repasser ici ce soir2 je le reverrai1 et puis je veux lui donner une lettre pour ,gabrielle3 c'est un de leurs mtayers4 ,bri ne sera pas fche de ce souvenir inattendu2 je lui aurais crit par la poste1 et lui pargne ainsi huit sous qu'elle donnera de plus aux pauvres4 ,voil donc une bonne oeuvre que je fais faire4 ,au reste1 c'est un jour de bonnes actions aujourd'hui2 je viens de ,cahuzac et1 comme chaque fois1 merveilleusement dispose bien faire2 faire mal ce jour-l me semble impossible4 ,puis1 c'est un calme trange6 ,remarque comme ces jours-l mon me a l'air tranquille4 ,elle l'est en effet1 car je ne dissimule pas avec toi et laisse tomber sur le papier tout ce qui me vient1 mme des larmes4 ,quand mon bulletin se prolonge1 c'est marque que je suis au mieux4 ,grande abondance alors d'affection et de choses dire1 de celles qui se font dans l'me4 ,celles du dehors1 souvent ce n'est pas la peine d'en parler1 moins qu'elles n'aillent retentir au dedans comme le marteau qui frappe la porte4 ,alors on en parle1 toute petite que soit la chose4 ,une nouvelle1 un bruit de vent1 un oiseau1 un rien1 me vont au coeur par moments et me feraient crire des pages4 ,si je voulais parler de ce que je dois faire demain6 ,mais il vaut mieux en ceci des prires que des paroles4 ,en parlant ,dieu1 il viendra1 et toi1 tu es si loin6 ,tu ne m'entends pas1 d'ailleurs1 et le temps que je te donne n'ira pas au ciel4 ,presque tout ce qu'on fait pour la crature est perdu1 moins que la charit ne s'y mle4 ,c'est comme le sel qui prserve affections et actions de la corruption de la vie4 ,voici papa4 ,le #g dcembre4 ,la soire s'est passe hier causer de ,gaillac1 des uns1 des autres1 de mille choses de la petite ville4 ,j'aime peu les nouvelles1 mais celles des amis font toujours plaisir1 et on les coute avec plus d'intrt que celles du monde et de l'ennuyeuse politique4 ,rien ne me fait aussi tt biller qu'un journal4 ,il n'en tait pas de mme autrefois1 mais les gots changent et le coeur se dprend chaque jour de quelque chose4 ,le temps1 l'exprience aussi1 dsabusent4 ,en avanant dans la vie1 on se place enfin comme il faut pour juger de ses affections et les connatre sous leur vritable point de vue4 ,j'ai toutes les miennes sous les yeux4 ,je vois d'abord des poupes1 des joujoux1 des oiseaux1 des papillons que j'aimais1 belles et innocentes affections d'enfance4 ,puis la lecture1 les conversations1 un peu la parure1 les rves1 les beaux rves6444 ,mais je ne veux pas me confesser4 ,il est dimanche1 je suis seule de retour de la premire messe de ,lentin1 et je jouis dans ma chambrette du plus doux calme du monde1 en union avec ,dieu4 ,le bonheur de la matine me pntre1 s'coule en mon me et me transforme en quelque chose que je ne puis dire4 ,je te laisse1 il faut me taire4 ,le #h dcembre4 ,je ne lis jamais aucun livre de pit que je n'y trouve des choses admirables et comme faites pour moi4 ,en voici3 ,ceux qui esprent au ,seigneur verront leurs forces se renouveler de jour en jour4 ,quand ils croiront tre bout et n'en pouvoir plus1 tout d'un coup ils pousseront des ailes semblables celles d'un aigle2 ils courront et ne se lasseront point1 ils marcheront et ils seront infatigables4 ,marchez donc1 me pieuse1 marchez1 et1 quand vous croirez n'en pouvoir plus1 redoublez votre ardeur et votre courage1 car le ,seigneur vous soutiendra4 ,que de fois on a besoin de ce soutien6 ,dis1 me faible1 chancelante1 dfaillante1 que deviendrions-nous sans le secours divin8 ,c'est de ,bossuet1 ces paroles4 ,je n'ai gure ouvert d'autre livre aujourd'hui2 le temps s'est pass tout autres choses qu' la lecture1 de ces choses qui ne sont rien1 qui n'ont pas de nom et qui pourtant vous prennent tous les moments4 ,bonsoir1 mon ami4 ,le #e1 elle raconte des visites faites avec sa soeurs aux malades du pays4 ,,xxi4 ,le #aj dcembre4 ,givre1 brouillards1 air glac1 c'est tout ce que je vois aujourd'hui4 ,aussi je ne sortirai pas et vais me recoquiller au coin du feu avec mon ouvrage et mon livre4 ,c'est tantt l'un1 tantt l'autre2 cette variation me distrait4 ,cependant j'aimerais lire toute la journe2 mais il me faut faire autre chose1 et le devoir passe avant le plaisir4 ,j'appelle plaisir la lecture1 qui n'est nullement essentielle pour moi4 ,voil une puce1 une puce en hiver6 ,c'est un cadeau de ,trilby4 ,c'est aussi de toute saison les insectes qui nous dvorent morts et vivants4 ,les moins nombreux encore sont-ils ceux que l'on voit2 nos dents1 notre peau1 tout notre corps1 dit-on1 en est plein4 ,pauvre corps humain1 faut-il que notre me soit l-dedans6 ,aussi ne s'y plat-elle gure1 ds qu'elle vient considrer o elle est4 ,oh6 le beau moment o elle en sort1 o elle jouit de la vie1 du ciel1 de ,dieu1 de l'autre monde6 ,son tonnement1 je pense1 est semblable celui du poussin sortant de sa coquille1 s'il avait une me4 ,un pauvre aujourd'hui est pass1 puis un tout petit enfant4--,est-ce la peine d'en parler8 ,,xxii4 ,le #be dcembre4 ,voil ,nol1 belle fte1 celle que j'aime le plus1 qui me porte autant de joie qu'aux bergers de ,bethlhem4 ,vraiment1 toute l'me chante la belle venue de ,dieu1 qui s'annonce de tous cts par des cantiques et par le joli carillon4 ,rien ,paris ne donne l'ide de ce que c'est que ,nol4 ,vous n'avez mme pas la messe de minuit4 ,nous y allmes tous1 papa en tte1 par une nuit ravissante4 ,jamais plus beau ciel que celui de minuit1 si bien que papa sortait de temps en temps la tte de dessous son manteau pour regarder en haut4 ,la terre tait blanche de givre1 mais nous n'avions pas froid2 l'air d'ailleurs tait rchauff devant nous par des fagots d'allumettes que nos domestiques portaient pour nous clairer4 ,c'tait charmant1 je t'assure1 et je t'aurais voulu voir l cheminant comme nous vers l'glise1 dans ces chemins bords de petits buissons blancs comme s'ils taient fleuris4 ,le givre fait de belles fleurs4 ,nous en vmes un brin si joli que nous en voulions faire un bouquet au saint ,sacrement1 mais il fondit dans nos mains3 toute fleur dure peu4 ,je regrettai fort mon bouquet3 c'tait triste de le voir fondre et diminuer goutte goutte4 ,je couchai au presbytre2 la bonne soeur du cur me retint1 me prpara un excellent rveillon de lait chaud4 ,papa et ,mimi vinrent se chauffer ici1 au grand feu de la bche de ,nol4 ,depuis il est venu du froid1 du brouillard1 toutes choses qui assombrissent le ciel et l'me4 ,aujourd'hui que voil le soleil1 je reprends vie et m'panouis comme la pimprenelle1 cette jolie petite fleur qui ne s'ouvre qu'au soleil4 ,voil donc mes dernires penses1 car je n'crirai plus rien de cette anne2 dans quelques heures c'en sera fait1 nous commencerons l'an prochain4 ,oh6 que le temps passe vite6 ,hlas6 hlas6 ne dirait-on pas que je le regrette8 ,mon ,dieu6 non1 je ne regrette pas le temps1 ni rien de ce qu'il nous emporte2 ce n'est pas la peine de jeter ses affections au torrent4 ,mais les jours vides1 inutiles1 perdus pour le ciel1 voil ce qui fait regretter et retourner l'oeil sur la vie4 ,mon cher ami1 o serai-je pareil jour1 pareille heure1 pareil instant l'an prochain8 ,sera-ce ici1 ailleurs1 l-bas ou l-haut8 ,dieu le sait1 et je suis l la porte de l'avenir1 me rsignant tout ce qui peut en sortir4 ,demain je prierai pour que tu sois heureux1 pour papa1 pour ,mimi1 pour ran1 pour tous ceux que j'aime4 ,c'est le jour des trennes1 je vais prendre les miennes au ciel4 ,je tire tout de l1 car vraiment1 sur la terre1 je trouve bien peu de choses mon got4 ,plus j'y demeure1 moins je m'y plais2 aussi je vois sans peine venir les ans1 qui sont autant de pas vers l'autre monde4 ,ce n'est aucune peine ni chagrin qui me fait penser de la sorte1 ne le crois pas1 je te le dirais2 c'est le mal du pays qui prend toute me qui se met penser au ciel4 ,l'heure sonne1 c'est la dernire que j'entendrai en t'crivant2 je la voudrais sans fin comme tout ce qui fait plaisir4 ,que d'heures sont sorties de cette vieille pendule1 ce cher meuble qui a vu passer tant de nous sans s'en aller jamais1 comme une sorte d'ternit6 ,je l'aime1 parce qu'elle a sonn toutes les heures de ma vie1 les plus belles quand je ne l'coutais pas4 ,je me rappelle quand j'avais mon berceau ses pieds1 et que je m'amusais voir courir cette aiguille4 ,le temps amuse alors1 j'avais quatre ans4 ,on lit de jolies choses la chambre2 ma lampe s'teint1 je te quitte4 ,ainsi finit mon anne auprs d'une lampe mourante4 ,quelle inimitable mlancolie6 et combien est ple la tristesse artificielle des crivains de profession ct de ce reflet touchant de l'me souffrante qui se replie en gmissant sur elle-mme1 qui se voit vivre inutile1 et qui se sent mourir sans avoir aim6 ,,xxiii4 ,mais continuons4 ,nol passe1 le jour de l'an renouvelle tout1 except le coeur3 le carnaval marche1 finit2 voil le mardi gras1 avec ses grelots de folie1 qui passe aussi en chantant4 ,voyez la jeune et sainte solitaire4 ,le #b mars4 ,ce n'est pas la peine de parler d'aujourd'hui3 rien n'est venu1 rien n'a boug1 rien ne s'est fait dans notre solitude4 ,mon petit oiseau seul sautillait dans sa cage en gazouillant au soleil2 je l'ai regard souvent1 n'ayant rien de plus joli voir dans ma chambre4 ,je n'en suis pas sortie2 tout mon temps s'est pass coudre un peu1 lire1 puis rflchir4 ,la belle chose que la pense6 et quels plaisirs elle nous donne quand elle s'lve en haut6 ,c'est sa direction naturelle qu'elle reprend sitt qu'elle est dgage des objets terrestres4 ,entre le ciel et nous il y a une mystrieuse attraction3 ,dieu nous veut et nous voulons ,dieu4 ,je ne sais quel oiseau vole sur ma tte1 je l'entends sans presque le voir1 il est nuit4 ,ce n'est pas le temps des oiseaux nocturnes4 ,voil qui me dtourne et brouille le fil que je dvidais4 ,comme il faut peu6 ,cette petite apparition me fait quitter ma chambre1 non pas de peur2 je vais dire ,mimi de venir voir cet oiseau4 ,le #c mars4 ,qu'tait-ce que cet oiseau d'hier au soir8 ,il a disparu comme une vision ds que j'ai apport la chandelle4 ,on m'a ri au nez1 disant que je l'avais vu dans ma tte4 ,cependant c'tait bien de mes yeux que je l'avais vu2 je l'ai regard plus de cinq minutes4 ,le #e mars4 ,tout chantait ce matin pendant que je faisais la prire1 mon pinson1 mon pauvre linot4 ,c'tait comme au printemps1 et ce soir voil des nuages1 du froid1 du sombre1 l'hiver encore1 le triste hiver4 ,je ne l'aime gure2 mais toute saison est bonne1 puisque ,dieu les a faites4 ,que le givre1 le vent1 la neige1 le brouillard1 le sombre1 que tout temps soit donc le bienvenu6 ,n'y a-t-il pas du mal se plaindre quand on est chaudement prs de son feu1 tandis que tant de pauvres gens sont transis dehors8 ,un mendiant a trouv midi ses dlices dans une assiette de soupe chaude qu'on lui a servie sur la porte1 se passant fort bien de soleil4 ,je puis donc bien m'en passer4 ,c'est qu'il faut quelque chose d'agrable aujourd'hui que partout on s'amuse1 et nous voulions faire notre mardi gras au soleil en plein air1 en promenades4 ,il a fallu se borner celle du hameau1 o tout le monde voulait nous fter4 ,nous avons dit merci sans rien prendre4 ,,xxiv4 ,puis voyez ce qu'est pour la vieille maison sculaire la position d'un de ces pauvres ustensiles que nous ne connaissons pas mme dans nos villes3 une plaque de foyer au fond de la chemine de cuisine6 ,que c'est touchant pour tous ceux qui en vivent et qui s'y rchauffent1 et qui esprent s'y rchauffer jusqu' leur dernier jour4 ,lisez ceci3 c'est homrique ou biblique comme le trpied de ,nausicaa ou comme le foyer de ,jacob6 ,le #g mars4 ,aujourd'hui on a plac un tre nouveau la cuisine4 ,je viens d'y poser les pieds1 et je marque ici cette sorte de conscration du foyer dont la pierre ne gardera point de trace4 ,c'est un vnement ici que ce foyer1 comme peu prs un nouvel autel dans une glise4 ,chacun va le voir et se promet de passer de douces heures et une longue vie devant ce foyer de la maison 7car il est tous1 matres et valets71 mais qui sait8444 ,moi peut-tre1 je le quitterai la premire3 ma mre s'en alla bientt6 ,on dit que je lui ressemble4 ,le #h mars4 ,j'ai fait cette nuit un grand songe4 ,l',ocan passait sous nos fentres4 ,je le voyais1 j'entendais ses vagues roulant comme des tonnerres1 car c'tait pendant une tempte que j'avais la vue de la mer1 et j'avais peur4 ,un ormeau qui s'est lev avec un oiseau chantant dessus m'a dtourne de la frayeur4 ,j'ai cout l'oiseau3 plus d',ocan et plus de songe4 ,,xxv4 ,le printemps approche1 l'me triste se rassrne2 pluie ou vent1 chaud ou froid1 voil la temprature de ces mes qui n'ont pas d'autre vnement que l'influence du ciel sur elles4 ,le #i mars4 ,la journe a commenc douce et belle2 point de pluie ni de vent4 ,mon oiseau chantait toute la matine1 et moi aussi1 car j'tais contente et je pressentais quelque bonheur pour aujourd'hui4 ,le voil1 mon ami1 c'est une de tes lettres4 ,oh6 s'il m'en venait ainsi tous les jours6 ,il faut que j'crive ,louise4 ,du temps que j'crivais1 les nuages1 le vent1 sont revenus4 ,rien n'est plus variable que le ciel et notre me4 ,bonsoir4 ,le #aj mars4 ,oh6 le beau rayon de lune qui vient de tomber sur l'vangile que je lisais6 ,,xxvi4 ,le #aa mars4 ,aujourd'hui1 cinq heures du matin1 il y a eu cinquante-sept ans que notre pre vint au monde4 ,nous sommes alls1 lui1 ,mimi et moi1 l'glise en nous levant1 clbrer cet anniversaire et entendre la messe4 ,prier ,dieu1 c'est la seule faon de clbrer toute chose en ce monde4 ,aussi ai-je beaucoup pri en ce jour o vint au monde le plus tendre1 le plus aimant1 le meilleur des pres4 ,que ,dieu nous le conserve et ajoute ses annes tant d'annes que je ne les voie pas finir6 ,mon ,dieu6 non1 je ne voudrais pas mourir la dernire2 aller au ciel avant tous serait mon bonheur4 ,pourquoi parler de mort un jour de naissance8 c'est que la vie et la mort sont soeurs et naissent ensemble comme deux jumelles4 ,demain je ne serai pas ici4 ,je t'aurai quitte1 ma chre chambrette2 papa m'emmne ,caylus4 ,ce voyage m'amuse peu2 je n'aime pas m'en aller1 changer de lieu1 ni de ciel1 ni de vie1 et tout cela change en voyage4 ,adieu1 mon confident1 tu vas m'attendre dans mon bureau4 ,qui sait quand nous nous reverrons8 je dis dans huit jours1 mais qui compte au sr dans ce monde8 ,il y a neuf ans que je demeurai un mois ,caylus4 ,ce n'est pas sans quelque plaisir que je reverrai cet endroit1 ma cousine1 sa fille1 et le bon chevalier qui m'aimait tant6 ,on prtend qu'il m'aime encore4 ,je vais le savoir4 ,c'est possible qu'il soit le mme2 lui me trouvera bien change depuis dix ans4 ,dix ans1 c'est un sicle pour une femme4 ,alors nous aurons mme ge1 car le brave homme a ses quatre-vingts ans passs4 ,,xxvii4 ,le #ab mars4 ,c'tait pour moi une vritable peine de m'en aller2 papa l'a su et m'a laisse4 ,il me dit hier au soir3 ,fais comme tu voudras4 ,je voulais demeurer et me sentais toute triste en pensant que ce soir je serais loin d'ici1 loin de ,mimi1 loin de mon feu1 loin de ma chambrette1 loin de mes livres1 loin de ,trilby1 loin de mon oiseau3 tout1 jusqu'aux moindres choses1 se prsente quand on s'en va1 et vous entoure si bien qu'on n'en peut sortir4 ,voil ce qui m'arrive chaque fois qu'il est question de voyage3 j'appelle voyage une sortie de huit jours4 ,comme la colombe1 j'aime chaque soir revenir mon nid4 ,nul endroit ne me fait envie4 ,,xxviii4 ,le #ag1 elle entend siffler dans la valle au milieu du jour4 ,j'coute le berger qui siffle dans le vallon4 ,c'est l'expression la plus gaie qui puisse passer sur les lvres de l'homme4 ,ce sifflement marque un sans-souci1 un bien-tre1 un je suis content qui fait plaisir4 ,ces pauvres gens6 il leur faut bien quelque chose3 ils ont la gaiet4 ,deux petits enfants font aussi en chantant leur fagot de branches parmi les moutons4 ,ils s'interrompent de temps en temps pour rire ou pour jouer1 car tout cela leur chappe4 ,j'aimerais les voir faire et couter le merle qui chante dans la haie du ruisseau2 mais je veux lire4 ,c'est ,massillon que je lis depuis que nous sommes en carme4 ,j'admire son discours de vendredi sur la ,prire1 qui est vraiment un cantique4 ,le #ah mars4 ,le berger m'a annonc ce matin l'arrive des bergeronnettes4 ,une a suivi le troupeau toute la journe3 c'est de bon augure1 nous aurons bientt des fleurs4 ,on croit aussi que ces oiseaux portent bonheur aux troupeaux4 ,les bergers les vnrent comme une sorte de gnie et se gardent d'en tuer aucune4 ,si ce malheur arrivait1 le plus beau mouton du troupeau prirait4 ,je voudrais que cette nave crdulit prservt de mme tant d'autres petits oiseaux que nos paysans font prir inhumainement4 ,,xxix4 ,le printemps est tout fait revenu4 ,la pauvre fille s'en rjouit comme le brin d'herbe1 sans savoir pourquoi1 si ce n'est que la lumire est pure1 et le vent tide4 ,lisez3 ,j'ai failli avoir un chagrin aujourd'hui4 ,comme j'entrais dans ma chambre1 je vis mon petit linot sous la griffe de la chatte4 ,je l'ai sauv en effrayant la chatte qui a lch prise4 ,l'oiseau n'a eu que peur1 puis il s'est trouv si content qu'il s'est mis chanter de toutes ses forces1 comme pour me remercier et m'assurer que la frayeur ne lui avait pas t la voix4 ,un bouvier qui passe dans le chemin des ,cordes chante aussi1 menant sa charrette1 mais un air si insouciant1 si mou1 que j'aime mieux le gazouillement du linot4 ,quand je suis seule ici1 je me plais couter ce qui remue au dehors1 j'ouvre l'oreille tout bruit3 un chant de poule1 les branches tombant1 un bourdonnement de mouche1 quoi que ce soit m'intresse et me donne penser4 ,que de fois je me prends considrer1 suivre des yeux de tout petits insectes que j'aperois dans les feuillets d'un livre1 ou sur les briques1 ou sur la table6 ,je ne sais pas leur nom1 mais nous sommes en connaissance comme des passants qui se considrent le long du chemin4 ,nous nous perdons de vue1 puis nous nous rencontrons par hasard1 et la rencontre me fait plaisir2 mais les petites btes me fuient1 car elles ont peur de moi1 quoique je ne leur aie jamais fait mal4 ,c'est qu'apparemment je suis bien effrayante pour elles4 ,en serait-il de mme au paradis8 ,il n'est pas dit qu've y fit jamais peur rien4 ,ce n'est qu'aprs le pch que la frayeur s'est mise entre les cratures4 ,il faut que j'crive ,philibert4 ,,xxx4 ,le commencement d'avril recommence les choses1 mais la vie morale est si pleine qu'elle n'ennuie jamais4 ,voyez4 ,le #a;er avril4 ,voil donc un mois de pass1 moiti triste1 moiti beau1 comme peu prs toute la vie4 ,ce mois de mars a quelques lueurs de printemps qui sont bien douces1 c'est le premier qui voit des fleurs1 quelques pimprenelles qui s'ouvrent un peu au soleil1 des violettes dans les bois sous les feuilles mortes1 qui les prservent des geles blanches4 ,les petits enfants s'en amusent et les appellent fleurs de mars4 ,ce nom est trs-bien donn4 ,on en fait scher pour faire de la tisane4 ,cette fleur est bonne et douce pour les rhumes1 et1 comme la vertu cache1 son parfum la dcle4 ,on a vu aujourd'hui des hirondelles1 joyeuse annonce du printemps4 ,,xxxi4 ,le #b avril4 ,mon me s'en va tout aujourd'hui du ciel sur une tombe1 car il y a seize ans que ma mre mourut minuit4 ,ce triste anniversaire est consacr au deuil et la prire4 ,je l'ai pass devant ,dieu en regrets et en esprances2 tout en pleurant1 je lve les yeux et vois le ciel o ma mre est heureuse sans doute1 car elle a tant souffert6 ,sa maladie fut longue et son me patiente4 ,je ne me souviens pas qu'il lui soit chapp une plainte1 qu'elle ait cri tant soit peu sous la douleur qui la dchirait3 nulle chrtienne n'a mieux souffert4 ,on voyait qu'elle l'avait appris devant la croix4 ,il lui serait venu de sourire sur son lit de mort comme un martyr sur son chevalet4 ,son visage ne perdit jamais sa srnit1 et jusque dans son agonie elle semblait penser une fte4 ,cela m'tonnait1 moi qui la voyais tant souffrir1 moi qui pleurais au moindre mal1 et qui ne savais pas ce que c'est que la rsignation dans les peines4 ,aussi1 quand on me disait qu'elle s'en allait mourir1 je la regardais1 et son air content me faisait croire qu'elle ne mourrait pas4 ,elle mourut cependant le #b avril minuit1 l'heure o je m'tais endormie au pied de son lit4 ,sa douce mort ne m'veilla pas2 jamais me ne sortit plus tranquillement de ce monde4 ,ce fut mon pre444 ,mon ,dieu6 j'entends le prtre1 je vois les cierges allums1 une figure ple1 en pleurs2 je fus emmene dans une autre chambre4 ,le #c avril4 neuf heures du matin ma mre fut mise au tombeau4 ,,xxxii4 ,et plus loin3 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,je demande mon me ce qu'elle a vu aujourd'hui1 ce qu'elle a appris1 ce qu'elle a aim1 car chaque jour elle aime quelque chose4 ,ce matin j'ai vu un beau ciel1 le marronnier verdoyant1 et entendu chanter les petits oiseaux4 ,je les coutais sous le grand chne1 prs du ,toul dont on nettoyait le bassin4 ,ces jolis chants et ce lavage de fontaine me donnaient penser diversement3 les oiseaux me faisaient plaisir1 et1 en voyant s'en aller toute bourbeuse cette eau si pure auparavant1 je regrettais qu'on l'et trouble1 et me figurais notre me quand quelque chose la remue2 la plus belle mme se dcharme quand on en touche le fond1 car au fond de toute me humaine il y a un peu de limon4 ,voil bien la peine de prendre de l'encre pour crire de ces inutilits6 ,cette me aimante pie toute chose pour l'aimer4 ,le #ae1 elle entend le premier rossignol4 ,le #ae avril4 mon rveil1 j'ai entendu le rossignol1 mais rien qu'un soupir1 un signe de voix4 ,j'ai cout longtemps sans jamais entendre autre chose4 ,le charmant musicien arrivait peine et n'a fait que s'annoncer4 ,c'tait comme le premier coup d'archet d'un grand concert4 ,tout chante ou va chanter4 ,et quelques pages plus loin1 propos d'un enfant de deux ans1 qui la mort a enlev sa mre3 ,le coeur apprend s'affliger comme il apprend aimer1 en grandissant4 ,,xxxiii4 ,les plus minutieux dtails du mnage lui sont posie et sentiment4 ,nous avons dit que le repas au ,cayla se prenait souvent la cuisine4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,il faut que je note en passant un excellent souper que nous venons de faire1 papa1 ,mimi et moi1 au coin du feu de la cuisine1 avec de la soupe des domestiques1 des pommes de terre bouillies et un gteau que je fis hier au four du pain2 nous n'avions pour serviteurs que nos chiens1 ,lion1 ,wolf et ,trilby1 qui lchaient les miettes4 ,tous nos gens sont l'glise4 ,ce repas au coin du feu1 parmi chiens et chats1 ce couvert mis sur les bches1 est chose charmante4 ,il n'y manquait que le chant du grillon et toi1 pour complter le charme4 ,est-ce assez bavard aujourd'hui8 ,maintenant je vais couter la ,vialarette1 qui revient de ,cordes3 encore un plaisir4 ,le #be avril4 ,me voici devant un charmant bouquet de lilas que je viens de prendre sur la terrasse4 ,ma chambrette en est embaume2 j'y suis comme dans un bouquetier1 tant je respire de parfums6 ,le #bf avril4 ,je ne sais quoi m'ta de sur les fleurs hier matin2 depuis j'en ai vu d'autres dans le chemin de ,cahuzac1 tout bord d'aubpines4 ,c'est plaisir de trotter dans ces parfums1 et d'entendre les petits oiseaux qui chantent par ci par l dans les haies4 ,rien n'est charmant comme ces courses du matin au printemps1 et je ne regrette pas de me lever de bonne heure pour me donner ce plaisir4 ,bientt je me lverai cinq heures4 ,je me rgle sur le soleil1 et nous nous levons ensemble4 ,l'hiver1 il est paresseux3 je le suis et ne sors du lit qu' sept heures4 ,encore parfois le jour me semble long4 ,cela m'arrive lorsque le ciel est nbuleux1 que je suis triste et que j'attends un peu de soleil ou quelque chose de rayonnant dans mon me2 alors le temps est long4 ,mon ,dieu6 trouver un jour long1 tandis que la vie tout entire n'est rien6 ,c'est que l'ennui s'est pos sur moi1 qu'il y demeure1 et que tout ce qui prend de la dure met de l'ternit dans le temps4 ,l'ennui du printemps dans une me de jeune fille clate aussi dans les lignes suivantes3 ,le #bh avril4 ,quand tout le monde est occup et que je ne suis pas ncessaire1 je fais retraite et viens ici toute heure pour crire1 lire ou prier4 ,j'y mets aussi ce qui se passe dans l'me et dans la maison1 et de la sorte nous retrouverons jour par jour tout le pass4 ,pour moi ce n'est rien1 ce qui passe1 et je ne l'crirais pas2 mais je me dis3--,maurice sera bien aise de voir ce que nous faisions pendant qu'il tait loin et de rentrer ainsi dans la vie de famille1--et je le marque pour toi4 ,,xxxiv4 ,examinons les causes caches de cet ennui1 que la rsignation pieuse de la jeune fille empchait seule de se convertir en dsespoir3 le malheur a sa paix et sa gaiet dans l'me qui s'est jete tout entire au ,dieu des peines et des esprances ternelles4 ,mademoiselle de ,gurin avait vingt-huit ans2 elle n'tait pas jolie1 selon le vulgaire1 bien que les yeux1 o se reflte le gnie1 la bouche1 o s'panouit la bont1 le contour harmonieux et dlicat du visage1 qui encadre le caractre1 les cheveux1 grce de la figure1 la taille svelte et souple1 qui fait ressortir les formes du corps1 la vivacit de la dmarche1 qui transporte la personne avec la rapidit de la pense1 fissent de cet ensemble un aspect trs-agrable1 plus que suffisant au bonheur d'un poux4 ,mais l'absence complte et volontaire de fortune ne lui laissait pas l'illusion d'tre recherche1 et l'espce de langueur dsintresse d'amour qui suit ces circonstances l'avait dtache de toutes ces esprances1 sinon de tous ces dsirs4 ,elle pouvait aimer2 il parat mme que la prfrence qui l'entranait son insu vers un jeune ami de son frre se serait facilement change en un sentiment dont cet ami tait bien digne4 ,ce got avait mu son coeur1 mais le doigt sur la bouche du silence et de la puret virginale de cette me n'avait rien laiss clater1 mme en elle-mme4 ,l'amour1 pensait-elle1 n'est pas fait pour moi2 je ne dois pas mme y songer4 ,ce songe ferait le malheur de deux tres2 jetons tous mes songes ,dieu4 ,elle avait pour son pre un amour filial plein de confiance1 de piti pour son isolement1 de reconnaissance pour tous les sacrifices qu'il s'imposait en faveur de ses enfants2 pour sa soeur ,mimi une affection vraiment maternelle qui aimait se tromper soi-mme1 en lui persuadant que cette jeune soeur tait sa fille4 ,,xxxv4 ,mais le plus fort attachement1 aprs son attachement pour son pre1 tait le sentiment passionn qui liait son me son frre an1 ,maurice de ,gurin4 ,elle l'avait lev1 elle avait t tmoin de ses progrs dans ses premires tudes2 elle avait conu de lui une de ces grandes ides qui montrent un grand homme dans un enfant des parents trop prvenus en faveur de leur sang4 ,ces illusions taient devenues des esprances4 ,elle ne trouvait rien sur la terre de suprieur ce qu'il mritait4 ,elle avait transvas toute son ambition dans la sienne1 son gnie dans celui qu'elle lui supposait4 ,,xxxvi4 ,elle se trompait2 nous avons lu avec attention et intrt les deux volumes d'essais et de correspondance de ce frre mort jeune1 et dont ses amis ont imprim les oeuvres1 sans doute par respect pour sa soeur4 ,il n'y a1 selon nous1 rien de suprieur1 rien mme de digne d'une srieuse attention dans tout cela4 ,quelques lettres o l'on retrouve un peu de l'me de sa soeur1 et un ,essai intitul le ,centaure1 dclamation de rhtorique qui ne mrite pas le bruit qu'on en a fait1 et qui est tombe vite de ce pidestal de complaisance dans le juste oubli qui lui tait d3 voil tout1 quant au prodigieux talent qu'on attribuait ce jeune homme4 ,nous ne savons pas ce qu'il serait devenu si ,dieu l'avait laiss vivre jusqu' pleine maturit d'esprit4 ,il a t fauch dans sa verdeur4 ,mais sa jeunesse avait t trs-intressante par ce contraste entre sa naissance et sa condition ,paris4 ,,xxxvii4 peine tait-il sorti du sminaire de ,cahuzac qu'il fut lanc ,paris1 sans fortune1 sans protecteur1 pour faire ce qu'on appelle son chemin travers la vie4 ,ce chemin fut hriss d'obstacles et de ronces4 ,il fut oblig1 pour vivre1 de donner des leons vulgaires des enfants plus jeunes que lui2 puis1 les lves manquant1 il fut contraint de briguer un emploi de rptiteur mal rtribu dans un collge1 et il y vgta ainsi quelques annes1 lui1 l'idole de son pre1 et le favori ador de sa soeur1 dans un chteau de gentilhomme1 apparent avec tout ce que sa province comptait de familles nobles ou distingues6 ,on conoit combien d'amertume devait faire bouillonner dans cette me le souvenir de cette premire condition et le contraste avec cet humble mtier de rptiteur de collge dont le salaire tait peine une chambre haute dans un quartier de ,paris1 et un morceau de pain tremp de fiel4 ,sa soeur ne le perdait pas de vue2 elle souffrait tout ce qu'il souffrait1 elle esprait quand il dsesprait1 elle rvait pour lui l'impossible4 ,ces esprances le sauvrent pourtant4 ,les ,gurin avaient l'le de ,france une parent coloniale avec laquelle ils entretenaient une correspondance4 ,cette famille vint en ,france4 ,une jeune fille1 belle comme une crole et d'une dot suffisante1 l'y suivit2 mademoiselle de ,gurin rva la rhabilitation de son frre par un mariage4 ,ce mariage fut conclu2 il fit quelque temps le bonheur de son frre4 ,mais ce temps fut court2 le malheur lui avait abrg la vie2 la poitrine tait atteinte4 ,on le fit venir au ,cayla1 il y arriva mourant2 il s'y teignit dans les bras de son pre1 de sa soeur et de sa jeune femme4 ,ds lors toute la terre s'vanouit1 pour mademoiselle de ,gurin4 ,,xxxviii4 ,c'est l que nous la retrouvons1 vieillie seulement de deux annes1 mais en ralit vieillie de mille esprances ensevelies avant elle4 ,il ne lui restait que son pre consoler1 un tout jeune frre bon1 aimable1 un peu tourdi1 et sa soeur ,mimi cultiver4 ,quant elle1 elle tait morte ce bas monde2 mais le monde suprieur1 le monde cleste1 celui o tout est ternel1 lui apparaissait plus visible que jamais4 ,elle vivait davantage d'immortalit6 ,,xxxix4 ,maintenant donc que nous la connaissons fond et que les murs du vieux donjon de son cher ,cayla sont transparents pour nous1 relisons ses notes1 ses reliques pistolaires1 avant et aprs l'vnement qui l'a prive de ce frre1 et introduisons-nous le soir1 au coin du feu1 entre son pre et elle4 ,les confidences de l'esprance et de la jeunesse1 pleines d'illusions1 sont moins touchantes que celles de la dernire heure4 ,la moiti de ces confidences s'tend sur la terre1 l'autre moiti regarde dj le ciel4 ,,xl4 ,sans date4 ,m'y revoici ce cher ,cayla6 ,oh6 que ce fut un beau moment que le revoir de la famille1 de papa1 de ,mimi1 d'rembert 7ran71 qui m'embrassaient si tendrement et me faisaient sentir si profond tout le bonheur d'tre ainsi aime6 ,le #ag1 elle a repris sa vie dcourage1 mais sensible toujours au bonheur d'autrui4 ,le #ah avril4 ,qui aurait devin ce qui vient de m'arriver aujourd'hui8 ,j'en suis surprise1 occupe1 bien aise4 ,je remercie1 et regarde cent fois ma belle fortune3 les posies croles1 moi adresses par un pote de l'le de ,france4 ,demain j'en parlerai4 ,il est trop tard prsent1 mais je n'ai pu dormir sans marquer ici cet vnement de ma journe et de ma vie4 ,le #ai avril4 ,me voici la fentre1 coutant un choeur de rossignols qui chantent dans la ,moulinasse d'une faon ravissante4 ,oh6 le beau tableau6 ,oh6 le beau concert1 que je quitte pour aller porter l'aumne ,annette la boiteuse6 ,,xli4 ,le #bb avril4 ,mimi m'a quitte pour quinze jours2 elle est 9999991 et je la plains au milieu de cette paennerie1 elle si sainte et bonne chrtienne6 ,comme me disait ,louise une fois1 elle me fait l'effet d'une bonne me dans l'enfer2 mais nous l'en sortirons ds que le temps donn aux convenances sera pass4 ,de mon ct1 il me tarde2 je m'ennuie de ma solitude1 tant j'ai l'habitude d'tre deux4 ,papa est aux champs presque tout le jour1 ran la chasse3 pour toute compagnie1 il me reste ,trilby et mes poulets qui font du bruit comme des lutins2 ils m'occupent sans me dsennuyer1 parce que l'ennui est le fond et le centre de mon me aujourd'hui4 ,ce que j'aime le plus est peu capable de me distraire4 ,j'ai voulu lire1 crire1 prier1 tout cela n'a dur qu'un moment2 la prire mme me lasse4 ,c'est triste1 mon ,dieu6 ,par bonheur1 je me suis souvenue de ce mot de ,fnelon3 ,si ,dieu vous ennuie1 dites-lui qu'il vous ennuie4 ,le #bc avril4 ,je viens de passer la nuit t'crire4 ,le jour a remplac la chandelle1 ce n'est pas la peine d'aller au lit4 ,oh6 si papa le savait6 ,le #bd avril4 ,comme elle a pass vite1 cette nuit passe t'crire6 l'aurore a paru que je me croyais minuit2 il tait trois heures pourtant1 et j'avais vu passer bien des toiles1 car de ma table je vois le ciel1 et de temps en temps je le regarde et le consulte2 et il me semble qu'un ange me dicte4 ,d'o me peuvent venir1 en effet1 que d'en haut tant de choses tendres1 leves1 douces1 vraies1 pures1 dont mon coeur s'emplit quand je te parle6 ,oui1 ,dieu me les donne1 et je te les envoie4 ,puisse ma lettre te faire du bien6 ,elle t'arrivera mardi2 je l'ai crite la nuit pour la faire jeter la poste le matin1 et gagner un jour4 ,j'tais si presse de te venir distraire et fortifier dans cet tat de faiblesse et d'ennui o je te vois6 ,mais je ne le vois pas1 je l'augure d'aprs tes lettres1 et quelques mots de ,flicit4 ,plt ,dieu que je pusse le voir et savoir ce qui te tourmente6 alors je saurais sur quoi mettre le baume1 tandis que je le pose au hasard4 ,oh6 que je voudrais de tes lettres6 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,quelquefois je pense que ce n'est rien que ma tristesse1 qu'un peu de cette humeur noire que nous avons dans la famille1 et qui rend si triste quand il s'en rpand dans le coeur6 ,mon me est naturellement aimante1 et la prire1 qu'est-ce autre chose que l'amour1 un amour qui se rpand de l'me au dehors comme l'eau sort de la fontaine8444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,au moment o j'cris1 tonnerre1 vents1 clairs1 tremblement du chteau1 torrents de pluie comme un dluge4 ,j'coute tout cela de ma fentre inonde1 et je n'y puis crire comme chaque soir4 ,c'est bien dommage1 car c'est un charmant pupitre1 sur ce tertre du jardin si vert1 si joli1 si frais1 tout parfum d'acacias4 ,,xlii4 ,le #bh mai4 ,notre ciel d'aujourd'hui est ple et languissant comme un beau visage aprs la fivre4 ,cet tat de langueur a bien des charmes1 et ce mlange de verdure et de dbris1 de fleurs qui s'ouvrent sur des fleurs tombes1 d'oiseaux qui chantent et de petits torrents qui coulent1 cet air d'orage et cet air de mai1 font quelque chose de chiffonn1 de triste1 de riant que j'aime4 ,mais c'est l',ascension aujourd'hui2 laissons la terre et le ciel de la terre1 montons plus haut que notre demeure1 et suivons ,jsus-,christ o il est entr4 ,cette fte est bien belle2 c'est la fte des mes dtaches1 libres1 clestes1 qui se plaisent1 au-del du visible1 o ,dieu les attire4 ,le #bi mai4 ,jamais orage plus long1 il dure encore1 depuis trois jours le tonnerre et la pluie vont leur train4 ,tous les arbres s'inclinent sous ce dluge2 c'est piti de leur voir cet air languissant et dfait dans le beau triomphe de mai4 ,nous disions cela ce soir1 la fentre de la salle1 en voyant les peupliers du ,pontet penchant leur tte tout tristement1 comme quelqu'un qui plie sous l'adversit4 ,je les plaignais ou peu s'en faut2 il me semble que tout ce qui parat souffrir a une me4 ,le #cj mai4 ,toujours1 toujours la pluie4 ,c'est un temps faire de la musique ou de la posie4 ,tout le monde bille en comptant les heures qui jamais ne finissent4 ,c'est un jour ternel pour papa surtout qui aime tant le dehors et ses distractions4 ,le voil comme en prison1 feuilletant de temps en temps une vieille histoire de l',acadmie de ,berlin1 porte-sommeil1 assoupissante lecture6 ,juge6 je suis tombe sur la thologie de l'tre6 ,vite1 j'ai ferm le livre1 et j'ai cru voir un puits sans eau4 ,le vide obscur m'a toujours fait peur4 ,,xliii4 ,les douleurs1 ce chapelet de la vie1 continuent s'grener sur le ,cayla4 ,le #ab juin1 meurt la bonne grand'mre1 venue l pour y mourir4 ,jour de deuil1 crit ,eugnie4 ,le #ag juin4 ,jour de deuil4 ,nous avons perdu ma grand'mre4 ,ce matin1 papa est venu de bonne heure dans ma chambre1 s'est approch de mon lit et m'a pris la main qu'il a serre en me disant3 --,lve-toi4 --,pourquoi8 ,il m'a serr la main encore4 --,lve-toi4 --,il y a quelque chose1 dites8 --,ma mre444 ,j'ai compris2 je l'avais laisse mourante4 ,,xliv4 ,le #a;er aot4 ,ce soir ma tourterelle est morte1 je ne sais de quoi1 car elle chantait encore ces jours-ci4 ,pauvre petite bte6 voil des regrets qu'elle me donne4 ,je l'aimais1 elle tait blanche1 et chaque matin c'tait la premire voix que j'entendais sous ma fentre1 tant l'hiver que l't4 tait-ce plainte ou joie8 je ne sais1 mais ces chants me faisaient plaisir entendre2 voil un plaisir de moins4 ,ainsi1 chaque jour1 perdons-nous quelque jouissance4 ,je veux mettre ma colombe sous un rosier de la terrasse2 il me semble qu'elle sera bien l1 et que son me 7si me il y a7 reposera doucement dans ce nid sous les fleurs4 ,je crois assez l'me des btes1 et je voudrais mme qu'il y et un petit paradis pour les bonnes et les douces1 comme les tourterelles1 les chiens1 les agneaux4 ,mais que faire des loups et autres mchantes espces8 ,les damner8 cela m'embarrasse4 ,l'enfer ne punit que l'injustice1 et quelle injustice commet le loup qui mange l'agneau8 ,il en a besoin2 ce besoin1 qui ne justifie pas l'homme1 justifie la bte1 qui n'a pas reu de loi suprieure l'instinct4 ,en suivant son instinct1 elle est bonne ou mauvaise par rapport nous seulement2 il n'y a pas vouloir1 c'est--dire choix1 dans les actions animales1 et par consquent ni bien ni mal1 ni paradis ni enfer4 ,je regrette cependant le paradis1 et qu'il n'y ait pas des colombes au ciel4 ,mon ,dieu6 qu'est-ce que je dis l8 aurons-nous besoin de rien d'ici-bas1 l-haut1 pour tre heureux8 ,,xlv4 ,le temps change1 mais pas le coeur2 lisez son voyage ,cahuzac4 ,le #bi juin4 ,beau ciel1 beau soleil1 beau jour4 ,c'est de quoi se rjouir1 car le beau temps est rare prsent1 et je le sens comme un bienfait4 ,c'en est bien un1 qu'une belle nature1 un air pur1 un ciel radieux1 petites images du sjour cleste1 et qui font penser ,dieu4 ,j'irai ce soir ,cahuzac1 mon cher plerinage4 ,en attendant1 je vais m'occuper de mon me et voir o elle en est dans ses rapports avec ,dieu depuis huit jours4 ,cette revue claire1 instruit et avance merveilleusement le coeur dans la connaissance de ,dieu et de soi-mme4 ,n'y avait-il pas un philosophe qui ordonnait cet exercice trois fois le jour ses disciples8 ,et ses disciples le faisaient4 ,je le veux faire aussi1 l'cole de ,jsus1 pour apprendre devenir sage1 d'une sagesse chrtienne4 ,le #cj juin4 ,je passai la journe d'hier ,cahuzac1 et quelques heures seule dans la maison de notre grand'mre4 ,je me mis d'abord genoux sur un prie-,dieu o elle priait1 puis je parcourus sa chambre1 je regardai ses chaises1 son fauteuil1 ses meubles drangs comme quand on dloge2 je vis son lit vide2 je passai partout o elle avait pass1 et je me souvins de ces lignes de ,bossuet3 ,dans un moment on passera o j'tais1 et l'on ne m'y trouvera plus4 ,voil sa chambre1 voil son lit1 dira-t-on1 et de tout cela il ne restera plus que mon tombeau o l'on dira que je suis1 et je n'y serai pas4 ,oh6 quelle ide de notre nant dans cette absence mme de la tombe1 dans la dispersion si prompte de notre poussire dans les souterrains de la mort6 ,demain1 je change et vais ,cahuzac pour des rparations la maison qui me tiendront quelques jours4 ,ce seront des jours uniques2 aussi je veux les marquer et prendre mon journal4 ,je vais crire ,antoinette1 mon amie l'ange4 ,,xlvi4 ,le #a;er septembre elle y est1 ,cahuzac1 pour dmeubler la maison vide de sa grand'mre4 coutons-la respirer toute seule4 ,le #a;er septembre4 ,m'y voici1 ,cahuzac1 dans une autre chambrette1 accoude sur une petite table o j'cris4 ,il me faut partout des tables et du papier1 parce que partout mes penses me suivent et se veulent rpandre en un endroit1 pour toi1 mon ami4 ,j'ai parfois l'ide que tu y trouveras quelque charme1 et cette ide me sourit et me fait continuer4 ,papa me viendra voir cette aprs-midi2 cela me rjouit4 ,,xlvii4 ,le #a;er dcembre4 ,je pense la tombe qui s'ouvre ce matin ,gaillac pour engloutir ces restes humains jusqu' ce que ,dieu les ravive4 ,c'est notre sort tous1 il faut tre jet en terre et pourrir dans les sillons de la mort avant d'arriver la floraison2 mais1 alors1 que nous serons heureux de vivre et mme d'avoir vcu6 ,l'immortalit nous fera sentir le prix de la vie et tout ce que nous devons ,dieu pour nous avoir tirs du nant4 ,c'est un bienfait auquel nous ne pensons gure et dont nous jouissons sans presque nous en soucier1 car la vie souvent ne fait aucun plaisir4 ,mais qu'importe pour le chrtien8 travers larmes ou ftes1 il marche toujours vers le ciel2 son but est l1 ce qu'il rencontre ne peut gure l'en dtourner4 ,crois-tu que1 si je courais vers toi1 une fleur sur mon chemin ou une pine au pied m'arrtassent8 ,me voici au soir d'une journe remplie de mille penses et choses diverses dont je me rends compte au coin du feu de ma chambre1 la clart d'une petite lampe1 ma seule compagne de nuit4 ,sans le malheur arriv ,gaillac1 j'aurais ,mimi ct de moi1 et nous causerions1 et je lui dirais1 elle1 ce que je dis mal ici ce confident muet4 ,le #b dcembre4 ,rien d'intressant1 que la venue d'un petit chien qui doit remplacer ,lion au troupeau4 ,il est beau et fort caressant1 je l'aime2 et je lui cherche un nom4 ,ce serait ,polydore1 en souvenir du chien de ,la ,chnaie2 mais1 pour un chien de berger1 c'est un nom de luxe3 mieux vaut ,bataille1 pour le combattant du troupeau4 ,l'air est doux ce matin1 les oiseaux chantent comme au printemps1 et un peu de soleil visite ma chambrette4 ,je l'aime ainsi et m'y plais comme aux plus beaux endroits du monde1 toute solitaire qu'elle est4 ,c'est que j'en fais ce que je veux1 un salon1 une glise1 une acadmie4 ,j'y suis quand je veux avec ,lamartine1 ,chateaubriand1 ,fnelon3 une foule d'esprits m'entoure2 ensuite ce sont des saints1 sainte ,thrse1 saint ,louis1 patron de mon amie ,louise1 et une petite image de l',annonciation o je contemple un doux mystre et les plus pures cratures de ,dieu1 l'ange et la ,vierge4 ,voil de quoi me plaire ici et murer ma porte tout ce qui se voit ailleurs4444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,,xlviii4 ,arrtons-nous un moment ici1 o ses dernires joies finissent1 et demandons nos lecteurs s'ils ont trouv ailleurs ces ouvertures sur l'me humaine qui laissent mieux voir au fond d'un coeur4 ,et quel coeur6 et quelle admirable imagination6 et quelle beaut dans la simplicit des vnements1 toujours les mmes6 et quelle varit dans la monotonie6 ,mais est-ce que l'vnement1 quelque semblable qu'il soit lui-mme1 est jamais monotone8 ,est-ce que l'eau du fleuve pur1 qui coule la mme en se renouvelant toujours1 ennuie jamais l'oeil qui la voit couler en refltant les scnes de son rivage8 ,la monotonie n'est pas dans la nature1 elle est un nom2 l'me doue d'une vie ternelle donne la vie tout ce qui l'impressionne2 sa candeur n'est pas le nant1 sa candeur est sa sincrit2 plus elle s'observe1 plus elle se peint elle-mme2 plus elle se passionne et plus elle nous intresse4 ,allons encore quelques pas dans cette belle vie1 et voyons-la finir comme elle a commenc3 dans la douce candeur de la douleur confiante1 comme dans la nave joie de la fleur qui vient d'clore pour jouir1 aimer1 souffrir1 et embaumer ce qui la foule aux pieds sans la cueillir et sans la voir4 ,,xlix4 ,il nous reste de bien belles pages feuilleter encore dans cette ,imitation familire de l'ange solitaire du foyer4 ,cette littrature de l'me a des pages qu'aucune autre littrature n'galera jamais4 ,,lamartine4 ,l,x,x,x,i,xe ,,entretien4 ,,de ,,la ,,litt,,rature ,,de ,l',,me4 ,,journal ,,intime ,d',,une ,,jeune ,,personne4 ,mlle de ,gurin4 7,deuxime partie47 ,i4 ,il y a une littrature extrieure et publique1 il y a une littrature intrieure et prive4 ,celle-l est aussi suprieure l'autre que l'me est au-dessus du corps4 ,c'est d'elle que nous continuons de vous entretenir aujourd'hui en feuilletant jusqu' la fin cette correspondance et ce journal intime de cet ange terrestre qu'on appelait ,eugnie de ,gurin1 ce saint ,augustin des femmes1 seulement un saint ,augustin sans pch1 dont les larmes ne furent point de l'expiation1 mais des effusions du coeur1 effusions tantt d'enthousiasme pour ,dieu1 tantt de piti pour ses cratures1 tantt d'admiration pour la nature1 et qui ne vcut comme la fleur de l'herbe des champs que pour verser sa douce odeur sous les pieds de son pre1 de son frre et de ses amis4 ,,ii4 ,quand son premier amour de famille ici-bas1 son frre ,maurice1 fut mort entre ses bras au ,cayla1 et qu'elle-mme fut morte aprs son pre1 on retrouva dans ses papiers ces dernires notes de son journal adresses ce cher mort ,maurice1 et on les recueillit pour notre dification intellectuelle comme des reliques que la flamme aurait profanes4 ,en voici2 lisez encore4 ,elle est retire dans sa petite chambre3 elle sourit1 et elle lui dit ou plutt elle se dit elle-mme3 ,le #ab mars #ahcf4 ,j'admirais tout l'heure un petit paysage de ma chambrette qu'enluminait le soleil levant4 ,que c'tait joli6 ,jamais je n'ai vu de plus bel effet de lumire sur le papier1 travers des arbres en peinture4 ,c'tait diaphane1 transparent2 c'tait dommage pour mes yeux1 ce devait tre vu par un peintre4 ,mais ,dieu ne fait-il pas le beau pour tout le monde8 ,tous nos oiseaux chantaient ce matin1 pendant que je faisais ma prire4 ,cet accompagnement me plat1 quoiqu'il me distraie un peu4 ,je m'arrte pour couter2 puis je reprends1 pensant que les oiseaux et moi nous faisons nos cantiques ,dieu1 et que ces petites cratures chantent peut-tre mieux que moi4 ,mais le charme de la prire1 le charme de l'entretien avec ,dieu1 ils ne le gotent pas1 il faut avoir une me pour le sentir4 ,j'ai ce bonheur que n'ont pas les oiseaux4 ,il n'est que neuf heures et j'ai dj pass par l'heureux et par le triste4 ,comme il faut peu de temps pour cela6 ,l'heureux1 c'est le soleil1 l'air doux1 le chant des oiseaux1 bonheurs moi2 puis une lettre de ,mimi1 qui est ,gaillac1 o elle me parle de ,mme ,vialar1 qui t'a vu1 et d'autres choses riantes4 ,mais voil que j'apprends parmi tout cela le dpart de ,m4 ,bories1 de ce bon et excellent pre de mon me4 ,oh6 que je le regrette6 quelle perte je vais faire en perdant ce bon guide de ma conscience1 de mon coeur1 de mon esprit1 de tout moi-mme que ,dieu lui avait confi et que je lui laissais avec tant d'abandon6 ,je suis triste d'une tristesse intrieure qui fait pleurer l'me4 ,mon ,dieu1 dans mon dsert1 qui avoir recours8 qui me soutiendra dans mes dfaillances spirituelles8 qui me mnera au grand sacrifice8 ,c'est en ceci surtout que je regrette ,m4 ,bories4 ,il connat ce que ,dieu m'a mis au coeur1 j'avais besoin de sa force pour le suivre4 ,toi1 tu me comprendras6 ,,iii4 ,elle quitte cette douce contemplation pour une peine utile4 coutez3 ,en allant ,cahuzac1 j'ai voulu voir une pauvre femme malade qui demeure au-del de la ,vre4 ,c'est la femme de la complainte du ,rosier que je t'ai conte1 je crois4 ,mon ,dieu1 quelle misre6 ,en entrant1 j'ai vu un grabat d'o s'est leve une tte de mort ou peu prs4 ,cependant elle m'a connue4 ,j'ai voulu m'approcher pour lui parler1 et j'ai vu de l'eau1 une bourbe auprs de ce lit1 des ordures dlayes par la pluie qui tombe de ce pauvre toit1 et par une fontaine qui filtre sous ce pauvre lit4 ,c'tait une infection1 une misre1 des haillons pourris1 des poux3 vivre l6 pauvre crature6 ,elle tait sans feu1 sans pain1 sans eau pour boire1 couche sur du chanvre et des pommes de terre qu'elle tenait l pour les prserver de la gele4 ,une femme1 qui nous suivait1 l'a dloge du fumier1 une autre a apport des fagots2 nous avons fait du feu1 nous l'avons assise sur un slou1 et1 comme j'tais fatigue1 je me suis mise auprs d'elle sur le fagot qui restait4 ,je lui parlais du bon ,dieu2 rien n'est plus ais que d'tre entendu des pauvres1 des malheureux1 des dlaisss du monde1 quand on leur parle du ciel4 ,c'est que leur coeur n'a rien qui les empche d'entendre4 ,aussi1 qu'il est ais de les consoler1 de les rsigner la mort6 ,l'ineffable paix de leur me fait envie4 ,notre malade est heureuse1 et rien n'est plus tonnant que de trouver le bonheur chez une telle crature1 dans une pareille demeure4 ,c'est pire cent fois qu'une table cochon4 ,je ne vis pas o poser mon chle sans le salir1 et1 comme il m'embarrassait sur les paules1 je le jetai sur les branches d'un saule qui se trouve devant la porte4 ,,iv4 ,le #ad mars4 ,un joli enfant vient la visiter4 ,aprs avoir donn au petit ,antoine tout ce qu'il a voulu1 je lui ai demand une boucle de ses cheveux1 lui offrant une des miennes4 ,il m'a regarde1 un peu surpris3 ,non1 m'a-t-il dit1 les miennes sont plus jolies4 ,il avait raison2 des cheveux de trente ans sont bien laids auprs de ses boucles blondes4 ,je n'ai donc rien obtenu qu'un baiser4 ,ils sont doux1 les baisers d'enfant3 il me semble qu'un lis s'est pos sur ma joue4444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,v4 ,aujourd'hui tout mon temps s'est pass en occupations1 en affairages2 ni lecture1 ni criture2 journe matrielle4 prsent1 seule1 en repos dans ma chambrette1 je lirais1 j'crirais beaucoup1 je ne sais sur quoi1 mais j'crirais4 ,je me sens la veine ouverte4 ,ce serait un beau moment de posie1 et je regrette de n'en avoir aucune en train4 ,en commencer8 ,non1 c'est trop tard1 la nuit est faite pour dormir1 moins qu'on ne soit ,philomle2 et puis1 quand je commencerais quelque chose1 demain peut-tre je le laisserais aux rats4 ,la rflexion me plonge vite au fond de toute chose1 et je vois le nant dans tout1 si ,dieu ne s'y trouve pas4 ,,vi4 ,le #bj mars4 ,une petite lacune4 ,je saute du #ad au #bj4 ,je trouve si peu de chose dire de mes jours1 qui se ressemblent souvent comme des gouttes d'eau1 que je n'en dis rien4 ,ce n'est pas vraiment la peine d'employer l'encre et le temps cela1 et je ferais mieux peut-tre de m'occuper d'autre chose4 ,mais aussi j'ai besoin d'crire et d'un confident toute heure4 ,je parle quand je veux ce petit cahier2 je lui dis tout1 penses1 peines1 plaisirs1 motions1 tout enfin1 hormis ce qui ne peut se dire qu' ,dieu1 et encore j'ai regret de ce que je laisse au fond du coeur4 ,mais cela1 je ferais mal1 je crois1 de le produire1 et la conscience se met entre la plume et mon papier4 ,alors je me tais4 ,si ceci t'tonne1 mon ami1 avec la vie que tu me connais1 souviens-toi que ,marie l'gyptienne tait fort tourmente dans la solitude4 ,il y a des esprits malins rpandus dans l'air4 ,aujourd'hui1 et depuis mme assez longtemps1 je suis calme1 paix de tte et de coeur1 tat de grce dont je bnis ,dieu4 ,ma fentre est ouverte2 comme il fait calme6 tous les petits bruits du dehors me viennent2 j'aime celui du ruisseau4 ,adieu1 j'entends une horloge prsent1 et la pendule qui lui rpond4 ,ce tintement des heures dans le lointain et dans la salle prend dans la nuit quelque chose de mystrieux4 ,je pense aux trappistes qui se rveillent pour prier1 aux malades qui comptent en souffrant toutes les heures1 aux affligs qui pleurent1 aux morts qui dorment glacs dans leur lit4 ,oh6 que la nuit fait venir des penses graves6 ,,vii4 ,les soucis actifs de sa maison la submergent en l'absence de son pre2 elle emploie et nourrit quarante ouvriers des champs4 ,le #bb mars4 ,hier s'est pass sans que j'aie pu te rien dire1 force d'occupations1 de ces trains de mnage1 de ces courants d'affaires qui emportent tous mes moments et tout moi-mme1 hormis le coeur qui monte dessus et s'en va du ct qu'il aime4 ,c'est tantt ici1 tantt l1 ,paris1 ,alby o est ,mimi1 aux montagnes1 au ciel quelquefois1 ou dans une glise1 enfin o je veux2 car je suis libre parmi mes entraves et je sens la vrit de ce que dit l',imitation1 qu'on peut passer comme sans soins travers les soins de la vie4 ,mais ces soins-l psent l'me1 ils la fatiguent1 l'ennuient souvent1 et c'est alors qu'elle aspire la solitude4 ,oh6 le bienheureux tat o l'on peut s'occuper uniquement de la seule chose ncessaire1 o1 du moins1 les soins matriels n'occupent que lgrement et ne prennent pas la grande partie du jour6 ,voil que pour quarante bcheurs1 ou menuisiers1 ou je ne sais quoi1 il m'a fallu rester tout le long du jour la cuisine1 les mains aux fourneaux et dans les oulos4 ,oh6 que j'aurais bien mieux aim tre ici1 avec un livre ou une plume6 ,je t'aurais crit1 je t'aurais dit combien tes envois me sont agrables1 et je ne sais quoi ensuite2 ce serait plus joli que des plats de soupe4 ,mais pourquoi se plaindre et perdre ainsi le mrite d'une contrarit8 ,faisons ma soupe de bonne grce2 les saints souriaient tout1 et l'on dit que sainte ,catherine de ,sienne faisait avec grande joie la cuisine4 ,le #aa avril4 ,je suis mille choses qui remplissent tous mes moments de devoirs ou d'occupations4 ,ceci n'est qu'un dlassement1 un temps de reste que je te donne quand je puis1 la nuit1 le matin1 toute heure1 car toute heure on peut causer quand c'est avec le coeur que l'on parle4 ,une mouche1 un bruit de porte1 une pense qui vient1 que sais-je8 tant de choses qu'on voit1 qu'on touche1 qu'on sent1 feraient crire des volumes4 ,je lisais hier au soir ,bernardin1 au premier volume des tudes1 qu'il commence par un fraisier1 ce fraisier qu'il dcrit avec tant de charme1 tant d'esprit1 tant de coeur1 qui ferait1 dit-il1 crire des volumes sans fin1 dont l'tude suffirait pour remplir la vie du plus savant naturaliste par les rapports de cette plante avec tous les rgnes de la nature4 ,mon ami1 je suis ce fraisier en rapport avec la terre1 avec l'air1 avec le ciel1 avec les oiseaux1 avec tant de choses visibles et invisibles que je n'aurais jamais fini si je me mettais me dcrire1 sans compter ce qui vit aux replis du coeur1 comme ces insectes qui logent dans l'paisseur d'une feuille4 ,de tout cela1 mon ami1 quel volume6 ,voil sous ma plume une petite bte qui chemine1 pas plus grosse qu'un point sur un i4 ,qui sait o elle va8 de quoi elle vit8 et si elle n'a pas quelque chagrin au coeur8 qui sait si elle ne cherche pas quelque ,paris o elle a un frre8 elle va bien vite4 ,je m'arrte sur son chemin3 la voil hors de la page2 comme elle est loin6 je la vois peine1 je ne la vois plus4 ,bon voyage1 petite crature1 que ,dieu te conduise o tu veux aller6 ,nous reverrons-nous8 ,t'ai-je fait peur8 ,je suis si grande tes yeux sans doute6 mais peut-tre par cela mme je t'chappe comme une immensit4 ,ma petite bte me mnerait loin1 je m'arrte cette pense3 qu'ainsi je suis1 aux yeux de ,dieu1 petite et infiniment petite crature qu'il aime4 ,tous les soirs je lis quelque ,harmonie de ,lamartine2 j'en apprends des morceaux par coeur1 et cette tude me charme et fait jaillir je ne sais quoi de mon me1 qui me transporte loin du livre qui tombe1 loin de ceux qui parlent auprs de moi2 je me trouve o sont ces esprits qui balancent les astres sur nos ttes1 et qui vivent de feu comme nous vivons d'air444 ,,viii4 ,son pre l'interroge quelquefois sur ses occupations solitaires dans sa chambre3 elle lui lit pour le contenter quelques passages insignifiants de ses notes1 mais elle lui drobe tout ce qui pourrait l'affliger4 ,elle l'avoue son frre qui n'est pas responsable de ce qui lui manque dans la vie4 ,voyez3 ,sans date4 ,le rossignol chante1 le ciel est beau1 choses toutes neuves dans ce printemps tardif4 ,j'ai rflchi aprs avoir cout le rossignol2 j'ai calcul le nombre des minutes de mon existence4 ,c'est effrayant1 #afh millions et quelques mille6 ,dj tant de temps dans ma vie6 ,j'en comprends mieux toute la rapidit1 maintenant que je la mesure par parcelles4 ,le ,tarn n'accumule pas plus vite les grains de sable sur ses bords4 ,mon ,dieu1 qu'avons-nous fait de ces instants que vous devez aussi compter un jour8 ,s'en trouvera-t-il qui comptent pour la vie ternelle8 s'en trouvera-t-il beaucoup1 s'en trouvera-t-il un seul8 ,si observaveris1 ,domine1 ,domine1 quis sustinebit8 ,elle avoue une seconde fois qu'elle cache des pages l'oeil de son pre de peur de l'affliger4 ,il n'est pas bon qu'il les voie et qu'il connaisse autre chose de moi que le ct calme et serein4 ,une fille doit tre si douce son pre6 ,nous devons leur tre peu prs ce que les anges sont ,dieu6 ,un jour aprs1 elle crit3 ,le #e mai #ahcg4 ,pluie1 vent froid1 ciel d'hiver1 le rossignol1 qui de temps en temps chante sous des feuilles mortes1 c'est triste au mois de mai4 ,aussi suis-je triste en moi1 malgr moi4 ,je ne voudrais pas que mon me prt tant de part l'tat de l'air et des saisons1 que1 comme une fleur1 elle s'panouisse ou se ferme au froid ou au soleil4 ,je ne le comprends pas1 mais il en est ainsi tant qu'elle est enferme dans ce pauvre vase du corps4 ,pour me distraire1 j'ai feuillet ,lamartine1 le cher pote4 ,j'aime l'hymne au rossignol et bien d'autres de ces ,harmonies1 mais que c'est loin de l'effet que me faisaient ses ,mditations6 ,c'taient des ravissements1 des extases2 j'avais seize ans3 que c'tait beau6 ,le temps change bien des choses4 ,le grand pote ne me fait plus vibrer le coeur1 il ne m'a pas mme pu distraire aujourd'hui4 ,hlas1 c'taient les seize ans qui taient beaux6 ,,ix4 ,ailleurs1 elle raconte l'ameublement de sa chambre1 ses livres1 son christ1 son chapelet1 ses gravures1 ses tableaux4 ,pourquoi ,m4 de ,ruder1 cet mule mystique du mystique ,scheffer1 n'avait-il pas alors conu1 dessin et peint cette ardente et touchante image du ,christ priant sa dernire prire pour les hommes dans le bois des ,oliviers8 ,certes1 ,m4 de ,ruder et t son ,lamartine en peinture2 un habile burin lui aurait rendu cette figure qui n'a besoin ni de couleurs1 ni de tons1 ni de nuances pour passionner le regard4 ,la pense est tout dans le dessin6 ,le coloris n'est que le vtement de l'ide4 ,la foudre est dans la main2 c'est elle qui frappe6 ici elle a incrust du premier coup le ,sauveur des hommes dans l'me et dans les yeux de l'humanit6 ,il est nuit1 mais une de ces nuits lumineuses sur les collines de ,jude2 les disciples de ce sage1 qui voit sa mort pour le lendemain dans la colre des grands et dans l'indiffrence du peuple de ,jrusalem1 reposent endormis et peine visibles1 tendus sur les racines des noirs oliviers2 le ,christ les fuit comme des compagnons qui commencent douter et dans l'esprit de qui la trahison s'insinue pour branler la foi chancelante4 ,il tourne les paules la fort sacre pour chercher du regard le ciel du ct o la lune en illumine l'avenue4 ,ses rayons1 qui attirent et qui enflamment les vapeurs humides de la nuit1 forment un nimbe orageux1 confus1 clatant1 au-dessus des oliviers1 autour de la tte de l'agonisant4 ,il tombe genoux devant un gros fragment de rocher qui supporte ses coudes et ses deux mains jointes pour supplier son ,pre cleste4 ,ses mains jointes sont tellement loquentes par la pression des doigts contre les doigts et par les veines travers lesquelles on voit circuler le sang brlant de se rpandre pour l'homme1 son frre1 que1 lors mme qu'on ne verrait ni le corps1 ni les jambes1 ni le buste1 ni la tte divine1 mais que ces mains seules sortiraient de l'ombre1 le tableau aurait suffisamment parl au coeur2 on aurait pleur1 on aurait compris que ces deux mains tendues par l'enthousiasme de l'agonie triomphante taient assez fortes pour arracher l'aiguillon la mort et le salut de l'humanit au ciel4--,la passion de ces mains est gale l'objet4 ,mais la tte renverse en arrire les dpasse encore6 ,c'est une tte de ,christ que la peinture n'avait pas encore invente1 mme sous le pinceau de ,scheffer2 un ,guido ,reni son bon temps1 mais un ,guido ,reni avec l'nergie de ,michel-,ange6 ,les traits sont beaux comme l'homme qu'on a rv1 mais jamais vu1--l',antinos mystique4--,son regard perce la nuit et porte son ,pre toutes les supplications de la terre2 le vent de la misricorde1 qui souffle lui1 fait onduler sa barbe et ses cheveux comme la sainte ferveur de l'invocation2 le corps s'affaisse sous la force dpense de la prire1 ses pieds crisps prient comme ses mains1 ses genoux demi renverss cherchent en vain leur aplomb parmi les dalles concasses1 effondres1 souleves sur le sol par le rcent tremblement de terre2 toute la nature1 quoique maintenant sereine et attentive1 est dans l'expectative de sa prochaine convulsion4 ,le spectateur ne sait pas ce qu'il prouve1 mais il prouve quelque chose qu'il n'a jamais prouv1--la sparation de lui-mme en deux parts3 l'une qui s'unit la prire divine1 l'autre qui voudrait souffrir avec son grand prtre et qui ne peut que l'admirer4 ,voil le tableau du peintre1 qui cette fois n'a pas t un peintre1 mais un transfigurateur religieux4 ,toutes les fois que je me retrouve en face de ce tableau1 je pense ,mlle de ,gurin qui a transfigur aussi la parole intime1 le ,verbe intrieur de l'homme1 et je me dis3--,oh6 si elle l'avait vu6--,c'est l le ,christ qu'elle et inspir6 ,n'en parlons plus1 elle n'est plus l2 mais sa chre me y est tout entire4 ,x4 ,reprenons ses confidences1 elle4 ,il ne nous manque au ,cayla que toi1 crit-elle ce frre chri dans ces notes qu'il n'a jamais lues1 cher membre que le corps rclame4 ,quand t'aurons nous8 ,rien ne parat s'arranger pour cela4 ,ainsi1 nous passerons la vie sans nous voir4 ,c'est triste1 mais rsignons-nous tout ce que ,dieu veut ou permet4 ,j'aime beaucoup la ,providence qui mne si bien toutes choses et nous dispense de nous inquiter des vnements de ce monde4 ,un jour nous saurons tout2 un jour je saurai pourquoi nous sommes spars1 nous deux qui voudrions tre ensemble4 ,rapprochons-nous1 mon ami1 rapprochons-nous de coeur et de pense en nous crivant l'un l'autre4 ,cette communication est bien douce1 ces panchements soulagent1 purifient mme l'me comme une eau courante emporte son limon4 ,,xi4 ,le #i mai4 ,une journe passe tendre une lessive laisse peu dire4 ,c'est cependant assez joli que d'tendre du linge blanc sur l'herbe ou de le voir flotter sur des cordes4 ,on est1 si l'on veut1 la ,nausicaa d',homre ou une de ces princesses de la ,bible qui lavaient les tuniques de leurs frres4 ,nous avons un lavoir1 que tu n'as pas vu1 la ,moulinasse1 assez grand et plein d'eau1 qui embellit cet enfoncement et attire les oiseaux qui aiment le frais pour chanter4 ,notre ,cayla est bien chang et change tous les jours4 ,tu ne verras plus le blanc pigeonnier de la cte1 ni la petite porte de la terrasse1 ni le corridor et le fenestroun o nous mesurions notre taille quand nous tions petits4 ,tout cela est disparu et fait place de grandes croises1 de grands salons4 ,c'est plus joli1 ces choses nouvelles1 mais pourquoi est-ce que je regrette les vieilles et replace de coeur les portes tes1 les pierres tombes8 ,mes pieds mme ne se font pas ces marches neuves1 ils vont suivant leur coutume et font des faux pas o ils n'ont pas pass tout petits4 ,quel sera le premier cercueil qui sortira par ces portes neuves8 ,soit nouvelles ou anciennes1 toutes ont leurs dimensions pour cela1 comme tout nid a son ouverture4 ,voil qui dsenchante cette demeure d'un jour et fait lever les yeux vers cette habitation qui n'est pas btie de main d'homme4 ,et un peu plus bas3 ,un chagrin3 nous avons ,trilby malade1 si malade que la pauvre bte en mourra4 ,je l'aime1 ma petite chienne1 si gentille4 ,je me souviens aussi que tu l'aimais et la caressais1 l'appelant coquine4 ,tout plein de souvenirs s'attachent ,trilbette et me la font regretter4 ,petites et grandes affections1 tout nous quitte et meurt son tour4 ,notre coeur est comme un arbre entour de feuilles mortes4 ,ce frre tombe malade ,paris2--elle l'apprend2 elle lui crit sans oser lui envoyer la lettre1 de crainte de froisser la nouvelle pouse4 ,le #bh mai4 ,voil ma journe3 ce matin la messe1 crire ,louise1 lire un peu1 et puis dans ma chambrette4 ,oh6 je ne dis pas tout ce que j'y fais4 ,j'ai des fleurs dans un gobelet2 j'en ai longtemps regard deux dont l'une penchait sur l'autre qui lui ouvrait son calice4 ,c'tait doux considrer1 et se reprsenter l'panchement de l'amiti dans ces deux petites fleurettes4 ,ce sont des stellaires1 petites fleurs blanches longue tige1 des plus gracieuses de nos champs4 ,on les trouve le long des haies1 parmi le gazon4 ,il y en a dans le chemin du moulin1 l'abri d'un tertre tout parsem de leurs petites ttes blanches4 ,c'est ma fleur de prdilection4 ,j'en ai mis devant notre image de la ,vierge4 ,je voudrais qu'elles y fussent quand tu viendras1 et te faire voir les deux fleurs amies4 ,douce image1 qui des deux cts est charmante1 quand je pense qu'une soeur est fleur de dessous6 ,je crois1 mon ami1 que tu ne diras pas non4 ,cher ,maurice1 nous allons nous voir1 nous entendre6 ,ces cinq ans d'absence vont se retrouver dans nos entretiens1 nos causeries1 nos dires de tout instant4 ,,xii4 ,de sombres pressentiments l'obsdent2 elle ne les confie qu'au papier4 ,aprs un trop court sjour au ,cayla1 ,maurice est reparti1 mieux1 mais pas guri4 ,le journal reprend3 ,le #bf janvier #ahch4 ,je rentre pour la premire fois dans cette chambrette o tu tais encore ce matin4 ,que la chambre d'un absent est triste6 ,on le voit partout sans le trouver nulle part4 ,voil tes souliers sous le lit1 ta table toute garnie1 le miroir suspendu au clou1 les livres que tu lisais hier au soir avant de t'endormir1 et moi qui t'embrassais1 te touchais1 te voyais4 ,qu'est-ce que ce monde o tout disparat8 ,maurice1 mon cher ,maurice1 oh6 que j'ai besoin de toi et de ,dieu6 ,aussi1 en te quittant1 suis-je alle l'glise o l'on peut prier et pleurer son aise4 ,comment fais-tu1 toi qui ne pries pas1 quand tu es triste1 quand tu as le coeur bris8 ,pour moi1 je sens que j'ai besoin d'une consolation surhumaine1 qu'il faut ,dieu pour ami quand ce qu'on aime fait souffrir4 ,que s'est-il pass aujourd'hui pour l'crire8 ,rien que ton dpart2 je n'ai vu que toi s'en allant1 que cette croix o nous nous sommes quitts4 ,quand le roi serait venu1 je ne m'en soucierais pas4 ,,xiii4 ,le #c fvrier4 ,j'ai commenc ma journe par me garnir une quenouille bien ronde1 bien bombe1 bien coquette avec son noeud de ruban4 ,l1 je vais filer avec un petit fuseau4 ,il faut varier travail et distractions2 lasse du bas1 je prends l'aiguille1 puis la quenouille1 puis un livre4 ,ainsi le temps passe et nous emporte sur sa croupe4 ran vient d'arriver4 ,il me tardait de le voir1 de savoir quel jour tu tais parti de ,gaillac4 ,c'est donc vendredi1 le mme jour que d'ici4 ,ce fut un vendredi aussi que tu partis pour la ,bretagne4 ,ce jour n'est pas heureux2 maman mourut un vendredi1 et d'autres vnements tristes que j'ai remarqus4 ,je ne sais si l'on doit croire cette fatalit des jours4 ,,xiv4 ,un passage de ,bossuet1 qui atteignait la mlancolie par la grandeur1 surtout dans ses vieux jours1 la frappe et se grave dans sa mmoire3 ,en effet1 ne parat-il pas un certain rapport entre les langes et les draps de la spulture8 ,on enveloppe presque de mme faon ceux qui naissent et ceux qui sont morts3 un berceau a quelque ide d'un spulcre1 et c'est la marque de notre mortalit qu'on nous ensevelisse en naissant4 ,,xv4 ,le #ad fvrier4 ,papa est mieux3 il a eu la fivre1 peu dormi4 ,nous lui avons cd notre chambre qui est plus chaude1 et j'ai pris ton lit4 ,il y a bien longtemps que je n'avais dormi l2 depuis1 je crois que j'emportai de la tapisserie la main de l'homme qui allait dfaire un nid qui s'y trouve peint4 ,je lui prtais du moins cette mauvaise intention qui me mettait en colre chaque rveil1 et que je punis enfin par un acte de rigueur dont je fus punie mon tour4 ,on me gronda d'avoir dchir le pauvre homme1 sans couter qu'il tait mchant4 ,qui le voyait que moi8 ,pour bien se conduire avec les enfants1 il faut prendre leurs yeux et leur coeur1 voir et sentir leur porte et les juger l-dessus4 ,on pargnerait bien des larmes qui coulent pour de fausses leons4 ,pauvres petits enfants1 comme je souffre quand je les vois malheureux1 tracasss1 contraris6 ,te souviens-tu du ,pater que je disais dans mon coeur pour que papa ne te grondt pas la leon8 ,la mme compassion me reste1 avec cette diffrence que je prie ,dieu de faire que les parents soient raisonnables4 ,si j'avais un enfant lever1 comme je le ferais doucement1 gaiement1 avec tous les soins qu'on donne une dlicate petite fleur6 ,puis je leur parlerais du bon ,dieu avec des mots d'amour2 je leur dirais qu'il les aime encore plus que moi1 qu'il me donne tout ce que je leur donne1 et1 de plus1 l'air1 le soleil et les fleurs2 qu'il a fait le ciel et tant de belles toiles4 ,ces toiles1 je me souviens comme elles me donnaient une belle ide de ,dieu1 comme je me levais souvent quand on m'avait couche1 pour les regarder la petite fentre donnant aux pieds de mon lit1 chez nos cousines1 ,gaillac4 ,on m'y surprit1 et plus ne vis les beaux luminaires4 ,la fentre fut cloue1 car je l'ouvrais et m'y suspendais1 au risque de me jeter dans la rue4 ,cela prouve que les enfants ont le sentiment du beau1 et que par les oeuvres de ,dieu il est facile de leur inspirer la foi et l'amour4 prsent1 je te dirai qu'en ouvrant la fentre1 ce matin1 j'ai entendu chanter un merle qui chantait l-haut sur ,golse plein gosier4 ,cela fait plaisir1 ce chant de printemps parmi les corbeaux1 comme une rose dans la neige4 ,mimi est au hameau1 papa sa chambre1 ran ,gaillac1 et moi avec toi4 ,cela se fait souvent4 ,,xvi4 ,la saison change4 ,le #a;er mars4 ,je me sens porte aux larmes2 cependant je ne suis pas malheureuse4 ,d'o cela vient-il donc8 ,de ce que1 apparemment1 notre me s'ennuie sur la terre1 pauvre exile6444 ,voil ,mimi en prire2 je vais faire comme elle et dire ,dieu que je m'ennuie4 ,oh6 moi1 que deviendrais-je sans la prire1 sans la foi1 la pense du ciel1 sans cette piti de la femme qui se tourne en amour1 en amour divin8 ,j'tais perdue et sans bonheur sur la terre4 ,tu peux m'en croire1 je n'en ai trouv encore en rien1 en aucune chose humaine1 pas mme en toi4 ,le #ae mars4 ,une lettre1 mais pas de toi6 ,c'est d',euphrasie qui me donne des nouvelles de ,lili1 tristes nouvelles qui me font craindre de perdre cette pauvre amie4 ,je vais ,cahuzac en faire part ma tante4 ,,xvii4 ,la ,vialarette1 une bonne servante volontaire du hameau1 vient mourir4 coutez3 ,le #af mars4 ,la ,vialarette ne te portera plus des marrons et des chauds de ,cordes2 la pauvre fille6 elle est morte la nuit dernire4 ,je la regrette pour ses qualits1 sa fidlit1 son attachement pour nous4 tions-nous malades8 elle tait l2 fallait-il un service8 elle tait prte1 et puis d'une discrtion1 d'une sret6 du petit nombre de personnes qui l'on peut confier un secret4 ,c'tait le sublime de sa condition1 ce me semble1 que cette religion du secret que l'ducation ne lui avait pas apprise4 ,je lui aurais tout confi4 ,l'enterrement tait pnible voir2 mais j'ai voulu accompagner jusque-l celle qui n'a ni frre ni soeur1 celle qui a suivi sur ce cimetire tous ceux des ntres qu'elle a vus mourir1 celle qui a fait tant de pas pour nous1 hlas6 pareil jour1 samedi4 ,enfin j'ai voulu lui donner cette marque d'affection et l'accompagner de mes prires jusqu'au bord de l'autre monde4 ,j'ai entendu la messe ct de son cercueil4 ,il fut un temps o cela m'aurait effraye2 prsent1 je ne sais pas comment je trouve tout naturel de mourir2 cercueils1 morts1 tombes1 cimetires1 ne me donnent que des sentiments de foi1 ne font que reporter mon me l-haut4 ,la chose qui m'a le plus frappe1 'a t d'entendre la bire tombant dans la fosse3 sourd et lugubre bruit1 le dernier de l'homme4 ,oh6 qu'il est pntrant1 comme il va loin dans l'me qui l'coute6 ,mais tous ne l'coutent pas2 les fossoyeurs avaient l'air de voir cela comme un arbre qui tombe2 le petit ,cotive et d'autres enfants regardaient l-dedans comme dans un foss o il y aurait des fleurs1 l'air curieux et tonn4 ,mon ,dieu6 mon ,dieu6 quelle indiffrence entoure la tombe6 ,que les saints ont raison de mourir avant l'heure1 de faire leurs propres obsques en se retirant du monde6 ,est-ce la peine d'y demeurer8 ,non1 ce n'est pas la peine1 si ce n'tait quelques mes chres qui ,dieu veut qu'on tienne compagnie dans la vie4 ,voil papa qui vient de me visiter dans ma chambre et m'a laiss en s'en allant deux baisers sur le front4 ,comment laisser ces tendres pres8 ,,xviii4 ,elle raconte qu'elle va se chauffer au soleil1 pendant l'office des morts1 dans le cimetire du hameau4 ,le #g avril4 ,d'o diriez-vous que je viens1 ma chre ,marie8 ,oh6 vous ne devineriez pas2 de me chauffer au soleil dans un cimetire4 ,lugubre foyer si l'on veut1 mais o l'on se trouve au milieu de sa parent4 ,l1 j'tais avec mon grand-pre1 des oncles1 des aeux1 une foule de morts aims4 ,il n'y manquait que ma mre qui1 hlas6 repose un peu loin d'ici4 ,mais pourquoi me trouvais-je l8 ,me croyez-vous amante des tombeaux8 ,pas plus qu'une autre1 ma chre4 ,c'est que je suis alle me confesser ce matin3 et comme il y avait du monde1 et que j'avais froid l'glise1 je suis sortie et me suis assise au soleil dans le cimetire2 et l les rflexions sont venues1 et les penses vers l'autre monde1 et le compte qu'on rend ,dieu4 ,le bon livre d'examen qu'une tombe6 ,comme on y lit des vrits1 comme on y trouve des lumires1 comme les illusions1 les rves de la vie s'y dissipent1 et tous les enchantements6 ,au sortir de l1 le monde est jug1 on y tient moins4 ,le pied sur une tombe1 on tient moins la terre4 7,,lamartine7 ,il n'est pas de danseuse qui ne quittt sa robe de bal et sa guirlande de fleurs1 pas de jeune fille qui n'oublit sa beaut1 personne qui ne revnt meilleur de cette terre des morts4 ,,xix4 ,ainsi cela se poursuit parmi tous les vnements de la vie1 petits ou grands1 tristes ou gais2 c'est la vicissitude ternelle1 mais la vicissitude interprte1 sentie1 comprise par une me intelligente de ce qu'elle souffre et joyeuse de ce qu'elle cueille en passant sur le bord du chemin4 ,lisez cette note d'un de ses beaux jours o elle se promne avec son pre et son petit chien lgu par ,lili1 une de ses amies qu'elle a rcemment ensevelie3 ,le #c mai4 ,depuis ce matin1 rien de joli que la naissance d'un agneau et ce cahier qui commence au chant du rossignol1 devant deux vases de fleurs qui embaument ma chambrette4 ,c'est un charme d'crire dans ces parfums1 d'y prier1 d'y penser1 d'y laisser aller l'me4 ,je suis fatigue d'criture1 deux grandes lettres m'ont bris la main4 ,aussi ne mettrai-je pas grand'chose ici2 mais je veux marquer un beau jour1 calme1 doux et frais1 une vraie matine de printemps4 ,tout chante et fleurit4 ,nous venons de la promenade1 papa1 moi et mon chien1 le joli chien de ,lili3 chre petite bte6 il ne me quitte jamais3 quand je m'assieds1 il vient sur mes genoux2 si je marche1 il suit mes pas4 ,on dirait qu'il me comprend1 qu'il sait que je remplace sa matresse4 ,nous avons rapport des fleurs blanches1 violettes1 bleues1 qui nous font un bouquet charmant4 ,j'en ai dtach deux pour envoyer ,e9999991 dans une lettre3 ce sont des dames de onze heures2 apparemment ce nom leur vient de ce qu'elles s'ouvrent alors1 comme font d'autres d'autres heures1 charmantes horloges des champs1 horloges de fleurs qui marquent de si belles heures4 ,qui sait si les oiseaux les consultent1 s'ils ne rglent pas sur des fleurs leur coucher1 leur repas1 leurs rendez-vous8 ,pourquoi pas8 tout s'harmonise dans la nature2 des rapports secrets unissent l'aigle et le brin d'herbe1 les anges et nous dans l'ordre de l'intelligence4 ,j'aurai un nid sous ma fentre2 une tourterelle vient de chanter sur l'acacia o il y avait un nid l'an dernier4 ,c'est peut-tre la mme4 ,cet endroit lui a convenu1 et1 en bonne mre1 elle y replace son berceau4 ,rien ne me fait du bien comme d'crire1 parce qu'alors je m'oublie4 ,la prire me fait le mme effet de calme1 et mme mieux1 en ce qu'il entre quelque chose de suave dans l'me4 ,,xx4 ,le #ab mai4 ,depuis cinq jours je n'ai pas crit ici2 dans ce temps il est venu des feuilles1 des fleurs1 des roses4 ,en voil une sous mon front1 qui m'embaume1 la premire du printemps4 ,j'aime marquer le jour de cette belle venue4 ,qui sait les printemps que je retrouve ainsi dans des livres1 sur une feuille de rose o je date le jour et l'an8 ,une de ces feuilles s'en fut l'le de ,france1 o elle fit bien plaisir ce pauvre ,philibert4 ,hlas6 elle aura disparu comme lui6 ,quoique je le regrette1 ce n'est pas cela1 mais je ne sais quoi qui m'attriste1 me tient dans la langueur aujourd'hui4 ,pauvre me1 pauvre me1 qu'as-tu donc8 que te faut-il8 ,o est ton remde8 ,tout verdit1 tout fleurit1 tout chante1 tout l'air est embaum comme s'il sortait d'une fleur4 ,oh6 c'est si beau6 allons dehors4 ,non1 je serais seule et la belle solitude ne vaut rien4 ve le fit voir dans den4 ,que faire donc8 ,lire1 crire1 prier1 prendre une corbeille de sable sur la tte1 comme ce solitaire1 et marcher4 ,oui1 le travail1 le travail6 occuper le corps qui nuit l'me4 ,je suis demeure trop tranquille aujourd'hui1 ce qui fait mal1 ce qui donne le temps de croupir un certain ennui qui est en moi4 ,pourquoi est-ce que je m'ennuie8 ,est-ce que je n'ai pas tout ce qu'il me faut1 tout ce que j'aime1 hormis toi8 ,quelquefois je pense que c'est la pense du couvent qui fait cela1 qui m'attire et m'attriste4 ,j'envie le bonheur d'une sainte ,thrse1 de sainte ,paule ,bethlem4 ,si je pouvais me trouver dans quelque sainte solitude6444 ,le monde n'est pas mon endroit2 mon avenir serait fait alors1 et je ne sais ce qu'il sera4 ,,xxi4 ,on l'invite dans les environs assister la fonte d'une cloche4 ,les rflexions que cela lui suggre se rapprochent du dithyrambe de ,schiller4 ,cela finit par une rflexion triste et vraie comme tout ce qui est triste4 ,je ne suis pas en train d'crire2 il fait un vent qui souffle tout emporter1 mme les ides4 ,sans cela1 je dirais tout ce qui m'est venu prs de ce fourneau1 en penses religieuses1 gaies1 tristes2 ce que j'ai coul d'annes1 de sicles1 de baptmes1 de glas1 de noces1 d'incendies1 avec cette cloche4 ,quand elle finira1 qui sait tout ce qui aura fini dans ,andillac et dans le monde8 ,l'ge des cloches prend des sicles1 du temps sans fin1 moins d'un malheur ou d'une rvolution4 ,ainsi1 tous tant que nous tions l1 nous ne la verrons pas refondre4 ,cela seul est solennel3 ne plus voir ce qu'on voit4 ,il y a l quelque chose qui fait qu'on y attache fort les yeux1 quand ce ne serait qu'un brin d'herbe4 ,quel instinct de notre immortalit dans ces paroles6 ,,xxii4 ,elle aime les fleurs et voudrait apprendre la botanique pour avoir une langue de plus1 afin de mieux adorer et louer le crateur du cdre et de l'hysope6--,maurice1 tu me l'apprendras2 ce serait bien facile avec une ,flore4 ,mais quand seras-tu ici au printemps8 ,tu n'y viens que tard2 ce n'est pas lorsque l'hiver a fauch toute la beaut de la nature 7suivant l'expression de notre ami1 saint ,franois de ,sales7 qu'on peut se mettre botaniser3 plus de fleurs alors1 et ce sont les fleurs qui m'intressent parce qu'elles sont si jolies sur ces tapis verts4 ,j'aimerais de connatre leur famille1 leurs gots1 quels papillons elles aiment1 les gouttes de rose qu'il leur faut1 leurs proprits pour m'en servir au besoin4 ,les fleurs servent aux malades4 ,dieu fait ses dons tant de fins6 ,tout est plein pour nous d'une merveilleuse bont2 vois la rose qui1 aprs avoir donn du miel l'abeille1 un baume l'air1 nous offre encore une eau si douce pour les yeux malades4 ,je me souviens de t'en avoir mis des compresses quand tu tais petit4 ,nous faisons tous les ans des fioles de cette eau qu'on vient nous demander4 ,,xxiii4 ,un autre jour la gaiet des champs la saisit4 ,le #d juin4 ,flageolet1 hautbois1 grosse caisse1 rossignols1 tourterelles1 loriots1 merles1 pinsons1 belle et grotesque symphonie du moment4 ,c'est1 en l'honneur de la fte votive1 la bruyante musique d',andillac qui retentit jusqu'ici et se mle celle des oiseaux4 ,au moins ne manquons-nous pas de concerts dans nos champs2 tu aimes ceux de ,paris sans pouvoir y aller toujours1 et moi1 sans y aller1 je m'y trouve4 ,c'est de tous cts1 de tous les arbres1 des voix d'oiseaux1 et mon charmant musicien1 le rossignol de l'autre soir1 chantant encore prs du noyer du jardin4 ,ce sont pour moi des charmes1 des plaisirs que je ne puis dire4 ,aussi quelqu'un me disait3 ,vous tes heureusement ne pour habiter la campagne4 ,c'est vrai1 je le sens1 et que mon tre s'harmonise avec les fleurs1 les oiseaux1 les bois1 l'air1 le ciel1 tout ce qui vit dehors1 grandes ou gracieuses oeuvres de ,dieu4 ,,xxiv4 ,et voyez maintenant comme elle aime les btes6 ,insens qui ne les comprend pas6 ,lisez les lignes suivantes1 et jugez combien la pit bien entendue et bien sentie s'tend tout1 depuis l'toile incommensurable jusqu'au pauvre petit chien qui n'a que ses deux pattes laisser sa matresse4 ,j'ai toujours reproch au christianisme son insensibilit pour les animaux1 comme si ce qui aime tant n'avait point de coeur1 comme si ce qui pense1 calcule et combine1 n'avait point sa part d'intelligence4 ,encore une fois lisez ceci4 ,vous avez raison de dire que je suis heureusement ne pour habiter la campagne4 ,c'est mon endroit2 je souffrirais bien plus ailleurs2 je reconnais en ceci un soin de la ,providence1 qui fait tout avec amour pour ses cratures1 qui ne fait pas natre la violette dans les rues4 ,vous me voyez bien appuye sur ma fentre1 contemplant tout ce vallon de verdure o chante le rossignol2 puis je vais soigner mes poulets1 coudre1 filer1 broder dans la grande salle avec ,marie4 ,ainsi1 d'une chose l'autre1 le jour passe1 et nous arrivons au soir sans ennui4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,un chagrin4 ,mon cher petit chien1 mon joli ,bijou est malade1 si malade que je crains qu'il n'en meure4 ,pauvre bte6 comme il est oppress1 comme il gmit1 me lche les mains et me dit3 ,soulagez-moi6 ,je ne sais que lui faire1 il ne prend rien que quelques gouttes de sirop de gomme qu'il lche sur mes doigts2 c'est ainsi que je le nourris1 moiti sucre1 moiti caresses4 ,hlas6 que sert d'aimer8 je ne le sauverai pas4 ,cela me ferait pleurer1 si je ne renvoyais mes larmes4 ,pleurer une bte1 c'est bte1 mais le coeur n'a pas d'esprit ni trop d'amour-propre souvent4 ,puis mon ,bijou est si joli1 si gracieux1 si gentil1 si prcieux1 me venant de ,lili6 ,un chien1 c'est si riant1 si caressant1 si tendre1 si nous6 ,je crois que je pleurerai1 mais ce sera ici dans ma chambrette o se passent mes secrets4 ,une de mes amies demandait une fois des prires pour son chien malade2 je me moquai d'elle et trouvai sa dvotion mal place4 ,aujourd'hui j'en ferais comme elle1 je ne trouve pas cette prire si trange3 tant le coeur change l'esprit6 ,je n'aimais pas ,bijou alors2 ma conscience ne s'offusque pas d'intresser le bon ,dieu la conservation d'une bte4 ,y a-t-il rien d'indigne dans ses cratures1 et ne peut-on pas lui demander la vie de celles que nous aimons8 ,je suis porte le croire et qu'on peut1 except le mal1 tout demander ,dieu1 au bon ,dieu4 ,ce nom familier1 ce nom populaire de la ,divinit m'inspire toute sorte de confiance4 ,qu'attendre d'un tre inaccessible1 si loin1 si loin de l'homme qu'on ne peut pas l'aimer en l'adorant8 et le coeur1 cependant1 veut aimer ce qu'il adore et adorer ce qu'il aime2 ce qui s'est fait quand ,dieu s'est fait chair1 quand il a habit parmi nous4 ,de cette condescendance infinie nous est venue notre foi confiante4 ,il faut que je retourne auprs de mon pauvre ,bijou qui1 certes1 m'a mene assez loin4 ,le #a;er juillet4 ,il est mort1 mon cher petit chien4 ,je suis triste et n'ai gure envie d'crire4 ,le #b juillet4 ,je viens de faire mettre ,bijou dans la garenne des buis1 parmi les fleurs et les oiseaux4 ,l je planterai un rosier qui s'appellera le rosier du ,chien4 ,j'ai gard les deux petites pattes de devant si souvent poses sur ma main1 sur mes pieds1 sur mes genoux4 ,qu'il tait gentil1 gracieux dans ses poses de repos ou de caresses6 ,le matin1 il venait au pied du lit me lcher les pieds en me levant1 puis il allait en faire autant papa4 ,nous tions ses deux prfrs4 ,tout cela me revient prsent4 ,les objets passs vont au coeur2 papa le regrette autant que moi4 ,il aurait donn1 disait-il1 dix moutons pour ce cher joli petit chien4 ,hlas6 il faut que tout nous quitte1 ou tout quitter4 ,,xxv4 ,et comme elle dcrit les scnes de la vie rustique6 ,je retourne la salle loin de papa2 j'crivais ceci au chant des jeunes poulets qui piquent l'herbe sous ma fentre1 au bruit joyeux des moissonneurs qui sont dans les chnevires4 ,heureuses gens qui suent et qui chantent6 ,les gracieuses choses qui se voient dans les champs et que je viens de voir6 ,un beau champ de bl plein de moissonneurs et de gerbes1 et1 parmi ces gerbes1 une seule debout faisant ombre deux petits enfants1 et leur grand'mre les faisant djeuner avec du lait6 ,rien ne monte ma chambre ce soir que le chant des cigales4 ,ce soir1 au crpuscule1 j'cris d'une main frache1 revenant de laver ma robe au ruisseau6 ,c'est joli de laver1 de voir passer des poissons1 des flots1 des brins d'herbe1 des feuilles1 des fleurs tombes1 de suivre cela et je ne sais quoi au fil de l'eau4 ,il vient tant de choses la laveuse qui sait voir dans le courant de ce ruisseau6 ,c'est la baignoire des oiseaux1 le miroir du ciel1 l'image de la vie1 un chemin courant6 etc41 etc4 ,,xxvi4 4444444444444444444444444444444444444444 44444444444444444444444444 ,que survient-il donc8 rien que le bruit des flaux tombant en cadence sur l'aire4 ,cette cadence1 accompagne du chant des coqs et des cigales1 fait quelque chose d'infiniment rustique que j'aime6444 ,et plus loin444 ,en entrant dans ma chambrette ce soir dix heures1 je suis frappe de la blanche lumire de la lune qui se lve ronde derrire un groupe de chnes aux ,mrix2 la voil plus haut1 plus haut1 toujours plus haut1 chaque fois que je regarde4 ,elle va plus vite dans le ciel que ma plume sur ce papier1 mais je puis la suivre des yeux2 merveilleuse facult de voir1 si leve1 si tendue1 si jouissante6 ,on jouit du ciel quand on veut2 la nuit mme1 de sur mon chevet1 j'aperois1 par la fente d'un contrevent1 une petite toile qui s'encadre l vers les onze heures et me rayonne assez longtemps pour que je m'endorme avant qu'elle soit passe2 je l'appelle aussi l'toile du sommeil1 et je l'aime4 ,la pourrai-je voir ,paris8 ,je pense que mes nuits et mes jours seront changs1 et je n'y puis penser sans peine4 ,me tirer d'ici1 c'est tirer ,paule de sa grotte2 il faut bien que ce soit pour toi que je quitte mon dsert1 toi pour qui ,dieu sait que j'irais au bout du monde4 ,adieu au clair de la lune1 au chant des grillons1 au glouglou du ruisseau2 j'avais de plus le rossignol nagure2 mais toujours quelque charme manque nos charmes4 prsent1 plus rien qu' ,dieu1 ma prire et le sommeil4 ,le #i aot4 ,dirais-tu ce qui me fait souffrir prsent en moi8 ,c'est cette petite reine ,jeanne ,gray1 dcapite si jeune1 si douce1 si charmante1 qui je pense4 ,le #aj aot4 ,une compagne dans ma chambrette1 une perdrix blesse l'aile1 mais bien leste encore1 bien vive1 bien gentille2 elle se coule comme un rat dans tous les coins de sa prison et se prive1 s'accoutume me voir1 si bien qu'elle mange et boit mes cts4 ,je voudrais la porter ,charles4 ,un peu de malaise m'a fait jeter sur ton lit1 ce lit o tu as couch six mois dans la fivre1 o je t'ai vu si ple1 dfait1 mourant1 d'o le bon ,dieu t'a tir par prodige4 ,tout cela s'est mis avec moi sur ce lit2 j'ai vu1 revu1 pens1 bni2 puis un petit sommeil et un rve444 ,,xxvii4 ,qu'on ne s'tonne pas me voir tant citer2 je suis sans cesse tent de laisser aller ma plume1 mais qu'crirait-elle qui valt ce que nous lisons ainsi ensemble8 ,si on me disait3 ,parlez sur l',imitation1 je prendrais ce livre presque divin et le lirais1 car rien de ce que je pourrais dire ne vaudrait un de ces versets pleins de suc4--,il en est ainsi des pages de mademoiselle de ,gurin2 tez quelques superstitions fminines et quelques petitesses enfantines de dvotion qui ne scandalisent pas1 mais qui humilient l'intelligence et qui tiennent l'ducation1 l'habitude1 au sjour1 la frquentation de quelques ecclsiastiques1 tels que l'abb de ,lamennais et ses disciples1 tout est naf1 sublime1 divin sous sa plume2 on ne peut rien dire d'elle qui ne soit mille fois dpass par les jaculations solitaires de cette me4 ,excusez-moi donc3 le modle que j'ai sous les yeux tue le commentaire1 contentez-vous d'admirer4 ,,xxviii4 ,il faut lire1 quand ,maurice se marie1 son extase de reconnaissance sur les cadeaux de noces venus des ,indes1 que sa belle-soeur lui envoie4--,voil pourtant ce qui nous arrive de ,gaillac par le messager2 j'ajoute encore que ton frre me rapporte une perdrix qu'il a tue et deux pauvres cailles blesses444 ,les souffrants sont pour moi et l'ont toujours t2 tant enfant1 je m'emparais de tous les petits poulets blesss2 faire du bien1 soulager1 est la moelle du coeur d'une femme4 ,suivons cette veine de gaiet au mariage de son frre4 ,le #bj aot1 #aj heures du soir4 ,c'est trop joli1 ce que je vois1 pour ne pas te le dire3 nos demoiselles1 l-bas1 le long du ruisseau1 chantant1 riant1 se montrant et l sous des touffes d'arbres comme des nymphes de nuit1 la clart d'un feu d'allumettes que fait ,jeannot1 leur fanal courant3 c'est la pche aux crevisses1 plaisir qu'rembert a voulu donner ces jeunes filles que tout amuse4 ,j'ai mieux aim tre ici les voir faire et te le dire4 ,je les entends rire et toujours rire2 cet ge est une joie permanente4 ,pour moi1 j'ai besoin de repos1 de me coucher au lieu d'errer sur le frais gazon d'un ruisseau4 ,adieu1 ,maurice2 nous avons bien parl de toi en montrant les cadeaux de noce4 ,je ne voudrais pas te quitter1 mais de force4 ,il y aurait de quoi passer la nuit ici dcrire ce qui se voit1 s'entend1 dans ma dlicieuse chambrette1 ce qui vient m'y visiter1 de petits insectes1 noirs comme la nuit1 de petits papillons mouchets1 taillads1 volant comme des fous autour de ma lampe4 ,en voil un qui brle1 en voil un qui part1 en voil un qui vient1 qui revient1 et sur la table quelque chose comme un grain de poussire qui marche4 ,que d'habitants dans ce peu d'espace6 ,un mot1 un regard chacun1 une question sur leur famille1 leur vie1 leur contre1 nous mnerait l'infini2 il vaut mieux faire ma prire ici devant ma fentre1 devant l'infinit du ciel4 ,,xxix4 ,le #bb aot4 ,mme et ,m4 de ,faramond1 une lettre de ,louise1 hier une d',antoinette1 plaisir et bonheur4 ,demain1 je pars avec ces demoiselles4 ,adieu1 cahier2 mais je le prendrai peut-tre pour me trouver avec toi4 ,le #be aot4 ,oh6 les vieux chteaux1 avec leurs grandes salles1 leurs meubles antiques1 leurs larges fentres d'o l'on voit tout le ciel1 les portraits de belles dames et de grands seigneurs1 cela fait je ne sais quel plaisir voir1 s'y voir errant de chambre en chambre4 ,oh6 j'aime les vieux chteaux1 et je me complais depuis un jour dans cette jouissance4 ,c'est de ,montels que je t'cris1 dans une chambre carte o j'ai1 par bonheur1 trouv de l'encre2 j'avais oubli d'en prendre1 et c'tait grande privation de ne pouvoir rien tracer de tout ce qui se peint en moi dans cette demeure de mon got4 ,je m'y plairais toujours1 d'autant qu' chaque endroit ce sont des souvenirs d'enfance1 et tu sais comme ce pass fait plaisir4 ,j'avais neuf ans quand je vins ,montels4 ,en arrivant j'ai reconnu l'glise sous son grand ormeau o j'allais sauter l'ombre1 puis la grande cour et puis la petite avec son puits1 la porte vitres du salon1 et1 dans ce salon1 les grandes belles dames que j'aimais tant voir2 une ct d'un capucin en mditation qui fait contraste1 chose que je n'avais pas tant remarque qu' prsent4 ,dans l'enfance1 les effets de rflexion touchent peu4 ,nous sortons1 nous courons4 ,,xxx4 ,elle va ,paris2 elle assiste tout2 elle soulage tout4--,avant de retourner au ,cayla rejoindre son pre1 elle va passer quelques semaines en ,nivernais chez une charmante amie digne d'elle1 jeune1 belle1 lettre1 ,mme de ,maistre4 ,elle se lie d'amiti avec cette compagne dont l'me aimante et mystique a de l'analogie avec la sienne4 ,description de journes de joie et d'ennui dans son vieux chteau du ,berry et de quelques courses jusqu'aux neiges de l',auvergne4 ,effusions intimes par-ci par-l1 qui rappellent l'me son nid comme le chalumeau du berger rappelle au bercail le troupeau dispers4 cette poque percent et l quelques mots qui font entrevoir un got naissant1 mais cach1 pour un ami de son frre1 ,m4 d',aurevilly1 homme de mme race1 qui lui donne de temps en temps des nouvelles de son frre et qu'elle semble aimer par reconnaissance4 ,mais la piti1 tout aimable qu'elle est1 n'est pas de l'amour6 ,il semble que ,m4 d',aurevilly avait le coeur engag ailleurs4 ,on ne sait rien cet gard1 tout flotte dans la pnombre1 tout s'vanouit dans le silence et peut-tre dans les larmes4--,pauvre coeur1 n'auras-tu pas trop de poids8--,oh6 le mot6 encore un mot de sainte ,thrse4 ,ou souffrir ou mourir6 ,xavier de ,maistre est ,paris1 je l'ai vu1 je lui cris1 je l'aime4 ,qui n'et pas aim le vieillard de quatre-vingt-cinq ans1 dont l'me avait la nave jeunesse de vingt-cinq ans8 ,,xxxi4 ,le #bg avril #ahci4 ,il fut un temps1 il y a quelques armes1 o la pense d'crire un pote1 un grand nom1 m'aurait ravie4 ,si1 quand je lisais ,prascovie ou le ,lpreux1 l'espoir d'en voir l'auteur ou de lui parler m'tait venu1 j'en aurais eu des enthousiasmes de bonheur4 jeunesse6 ,et maintenant j'ai vu1 crit et parl sans motion1 de sang-froid et sans plaisir1 ou que bien peu1 celui de la curiosit#c1 le moindre1 le dernier dans l'chelle des sensations4 ,curiosit encore1 il faut le dire1 un peu dcharme1 tonne seulement de ne voir rien d'tonnant4 ,un grand homme ressemble tant aux autres hommes6 ,aurais-je cru cela1 et qu'un ,lamartine1 un de ,maistre1 n'eussent pas quelque chose de plus qu'humain4 ,j'avais cru ainsi dans ma navet au ,cayla1 mais ,paris m'a t cette illusion et bien d'autres4 ,voil le mal de voir et de vivre1 c'est de laisser toutes les plus jolies choses derrire4 ,note #c3 ,erreur 7,ms47 ,,xxxii4 ,la pense de l'tat de son frre devenu sa propre pense la suit toujours4 ,on assiste par ce journal cette permanence du sentiment4 ,le #bb mai4 ,si jamais tu lis ceci1 mon ami1 tu auras l'ide d'une affection permanente1 ce quelque chose pour quelqu'un qui vous occupe au coucher1 au lever1 dans le jour et toujours1 qui fait tristesse ou joie1 mobile et centre de l'me4--,en lisant un livre de gologie1 j'ai rencontr un lphant fossile dcouvert dans la ,laponie1 et une pirogue dterre dans l'le des ,cygnes1 en creusant les fondations du pont des ,invalides4 ,me voil sur l'lphant1 me voil dans la pirogue1 faisant le tour des mers du ,nord et de l'le des ,cygnes1 voyant ces lieux du temps de ces choses3 la ,laponie chaude1 verdoyante et peuple1 non de nains1 mais d'hommes beaux et grands1 de femmes s'en allant en promenade sur un lphant1 dans ces forts1 sous ces monts ptrifis aujourd'hui2 et l'le des ,cygnes1 blanche de fleurs1 et de leur duvet1 oh6 que je la trouve belle6 ,et ses habitants1 qui sont-ils8 que font-ils dans ce coin du globe8 ,descendant comme nous de l'exil d'den1 connaissent-ils sa naissance1 sa vie1 sa chute1 sa lamentable et merveilleuse histoire2 cette ve pour laquelle il a perdu le ciel1 tant de malheur et de bonheur ensemble1 tant d'esprances dans la foi1 tant de larmes sur leurs enfants1 tant et tant de choses que nous savons1 que savait peut-tre avant nous ce peuple dont il ne reste qu'une planche8 ,naufrages de l'humanit que ,dieu seul connat1 dont il a cach les dbris dans les profondeurs de la terre1 comme pour les drober notre curiosit6 ,s'il en laisse voir quelque chose1 c'est pour nous apprendre que ce globe est un abme de malheurs1 et que ce qu'on gagne remuer ses entrailles1 c'est d'y dcouvrir plus de cimetires4 ,la mort est au fond de tout1 et on creuse toujours comme qui cherche l'immortalit6 ,,lamartine4 7,la suite au prochain entretien47 ,x,ce ,,entretien4 ,,de ,,la ,,litt,,rature ,,de ,l',,me4 ,,journal ,,intime ,d',,une ,,jeune ,,personne ,mlle de ,gurin4 7,,troisi,,me ,,partie47 ,i4 ,et son frre mourut1 en effet1 quelques semaines aprs ces lignes1 au ,cayla1 le vendredi #ai juillet #ahci4 ,elle continue lui crire dans l'autre vie4 ,car1 dit-elle1 en m'empruntant ces deux vers3 444,o l'ternit rside ,on retrouve jusqu'au pass6 ,oh6 que nous avons pri ce matin sur ta tombe6 moi1 ta femme1 ton pre et tes soeurs6 ,souvenir de l'enfance du mort4 ,le #d aot4 pareil jour vint au monde un frre que je devais bien aimer1 bien pleurer1 hlas6 ce qui va souvent ensemble4 ,j'ai vu son cercueil dans la mme chambre1 la mme place o1 toute petite1 je me souviens d'avoir vu son berceau1 quand on m'amena de ,gaillac1 o j'tais1 pour son baptme4 ,ce baptme fut pompeux1 plein de fte1 plus qu'aucun autre de nous1 marqu de distinction4 ,je jouai beaucoup et je repartis le lendemain1 aimant fort ce petit enfant qui venait de natre4 ,j'avais cinq ans4 ,deux ans aprs je revins1 lui portant une robe que je lui avais faite4 ,je lui mis sa robe et le menai par la main le long de la garenne du nord1 o il fit quelques pas tout seul1 les premiers1 ce que j'allai annoncer en grande joie ma mre3 ,maurice1 ,maurice a march seul6 ,souvenir qui me vient tout mouill de larmes4 ,le #f aot4 ,journe de prires et de pieuse consolation3 plerinage de ton ami1 le saint abb de ,rivires1 ,andillac1 o il a dit la messe1 o il est venu prier avec tes soeurs prs de ta tombe4 ,oh6 que cela m'a touche2 que j'ai bni dans mon coeur ce pieux ami agenouill sur tes restes1 dont l'me1 par-del ce monde1 soulageait la tienne souffrante1 si elle souffre6 ,maurice1 je te crois au ciel4 ,oh6 j'ai cette confiance1 que tes sentiments religieux me donnent1 que la misricorde de ,dieu m'inspire4 ,dieu si bon1 si compatissant1 si aimant1 si ,pre1 n'aurait-il pas eu piti et tendresse pour un fils revenu lui8 ,oh6 il y a trois ans qui m'affligent2 je voudrais les effacer de mes larmes4 ,mon ,dieu1 tant de supplications ont t faites6 ,mon ,dieu1 vous les avez entendues1 vous les aurez exauces4 mon me1 pourquoi es-tu triste et pourquoi me troubles-tu8 ,le #ac aot4 ,besoin d'crire1 besoin de penser1 besoin d'tre seule1 non pas seule1 avec ,dieu et toi4 ,je me trouve isole au milieu de tous4 solitude vivante1 que tu seras longue6 ,le #ag aot4 ,commenc lire les ,saints ,dsirs de la mort1 lecture de mon got4 ,mon me vit dans un cercueil4 ,oh6 oui1 enterre1 ensevelie en toi1 mon ami2 de mme que je vivais en ta vie1 je suis morte en ta mort4 ,morte tout bonheur1 toute esprance ici-bas4 ,j'avais tout mis en toi1 comme une mre en son fils2 j'tais moins soeur que mre4 ,te souviens-tu que je me comparais ,monique pleurant sur ,augustin1 quand nous parlions de mes afflictions pour ton me1 cette chre me dans l'erreur8 ,que j'ai demand ,dieu son salut1 pri1 suppli6 ,un saint prtre me dit3 ,votre frre reviendra4 ,oh6 il est revenu1 et puis il m'a quitte pour le ciel1 pour le ciel1 j'espre4 ,il y a eu des signes vidents de grce1 de misricorde dans cette mort4 ,mon ,dieu1 j'ai plus vous bnir qu' me plaindre4 ,vous en avez fait un lu par les souffrances qui rachtent1 par l'acceptation et la rsignation qui mritent1 par la foi qui sanctifie4 ,oh6 oui1 cette foi lui tait revenue vive et profonde2 cela s'est vu dans des actes religieux1 des prires1 des lectures1 et dans ce baiser la croix fait avec tant d'me et d'amour un peu avant de mourir6 ,oh6 moi qui le voyais faire1 qui le regardais tant dans ses dernires actions1 j'ai dit1 mon ,dieu1 j'ai dit qu'il s'en allait en paradis4 ,ainsi finissent ceux qui s'en vont dans la vie meilleure4 ,maurice1 mon ami1 qu'est ce que le ciel1 ce lieu des amis8 ,jamais ne me donneras-tu signe de l8 ,ne t'entendrai-je pas1 comme on dit que quelquefois on entend les morts8 ,oh6 si tu le pouvais1 s'il existe quelque communication entre ce monde et l'autre1 reviens6 ,je n'aurai pas peur un soir de voir une apparition1 quelque chose de toi moi qui tions si unis4 ,toi au ciel et moi sur la terre1 oh6 que la mort nous spare6 ,j'cris ceci la chambrette1 cette chambrette tant aime o nous avons tant caus ensemble1 rien que nous deux4 ,voil ta place et l la mienne4 ,ici tait ton portefeuille si plein de secrets de coeur et d'intelligence1 si plein de toi et de choses qui ont dcid de ta vie4 ,je le crois1 je crois que les vnements ont influ sur ton existence4 ,si tu tais demeur ici1 tu ne serais pas mort4 ,mort6 terrible et unique pense de ta soeur4 ,le #bj aot4 ,hier alle ,cahuzac entendre la messe pour toi en union de celle que le prince de ,hohenlohe offrait en ,allemagne pour demander ,dieu ta gurison1 hlas6 demande trop tard4 ,quinze jours aprs ta mort1 la rponse est venue m'apporter douleurs au lieu d'esprance4 ,que de regrets de n'avoir pas pens plus tt ce moyen de salut1 qui en a sauv tant d'autres6 ,c'est sur des faits bien tablis que j'avais eu recours au saint thaumaturge1 et je croyais tant au miracle6 ,mon ,dieu1 j'y crois encore1 j'y crois en pleurant4 ,maurice1 un torrent de tristesse m'a pass sur l'me aujourd'hui4 ,chaque jour agrandit ta perte1 agrandit mon coeur pour les regrets4 ,seule dans le bois avec mon pre1 nous nous sommes assis l'ombre1 parlant de toi4 ,je regardais l'endroit o tu vins t'asseoir il y a deux ans1 le premier jour1 je crois1 o tu fis quelques pas dehors4 ,oh6 quel souvenir de maladie et de gurison6 ,je suis triste la mort4 ,je voudrais te voir4 ,je prie ,dieu tout moment de me faire cette grce4 ,ce ciel1 ce ciel des mes1 est-il si loin de nous1 le ciel du temps de celui de l'ternit8 profondeur6 mystres de l'autre vie qui nous spare6 ,moi qui tais si en peine sur lui1 qui cherchais tant tout savoir1 o qu'il soit maintenant1 c'est fini4 ,je le suis dans les trois demeures1 je m'arrte aux dlices1 je passe aux souffrances1 aux gouffres de feu4 ,mon ,dieu1 mon ,dieu1 non6 ,que mon frre ne soit pas l1 qu'il n'y soit pas6 ,il n'y est pas2 son me1 l'me de ,maurice parmi les rprouvs6444 ,horrible crainte1 non6 ,mais au purgatoire o l'on souffre1 o s'expient les faiblesses du coeur1 les doutes de l'me1 les demi-volonts au mal4 ,peut-tre mon frre est l qui souffre et nous appelle dans les gmissements comme il faisait dans les souffrances du corps3 ,soulagez-moi1 vous qui m'aimez4 ,oui1 mon ami1 par la prire4 ,je vais prier2 je l'ai tant fait et le ferai toujours4 ,des prires1 oh6 des prires pour les morts1 c'est la rose du purgatoire4 ,sophie m'a crit1 cette ,sophie1 amie de ,marie1 qui m'aime en elle et vient me consoler4 ,mais rien d'humain ne console4 ,je voudrais aller en ,afrique porter ma vie quelqu'un1 m'employer au salut des ,arabes dans l'tablissement de ,mme ,vialar4 ,mes jours ne me sembleraient pas vides1 inutiles comme ils sont4 ,cette ide de clotre qui s'en tait alle1 qui s'tait retire devant toi1 me revient4 ,le rosier1 le petit rosier des ,coques1 a fleuri4 ,que de tristesses1 de craintes1 de souvenirs panouis avec ces fleurs1 renferms dans ce vase donn par ,marie1 emport dans notre voyage1 avec nous dans la voiture de ,tours ,bordeaux1 de l ici6 ,ce rosier te faisait plaisir2 tu te plaisais le voir1 penser d'o il venait4 ,je voyais cela et comme taient jolis ces petits boutons et cette petite verdure4 ,le #bb aot4 ,mis au doigt la bague antique que tu avais prise et mise ici il y a deux ans1 cette bague qui nous avait tant de fois fait rire quand je te disais3 ,et la bague8 ,oh6 qu'elle m'est triste voir et que je l'aime6 ,mon ami1 tout m'est relique de toi4 ,la mort nous revtira de toute chose4 ,consolante parole que je viens de mditer1 qui me revt le coeur d'esprance1 ce pauvre coeur dpouill4 ,comme j'aime ses lettres1 ces lettres qui ne viennent pas6 ,mon ,dieu1 recevez ce que j'en souffre et toutes les douleurs de cette affection4 ,voil que cette me m'attriste1 que son salut m'inquite1 que je souffrirais le martyre pour lui mriter le ciel4 ,exaucez1 mon ,dieu1 mes prires3 clairez1 attirez1 touchez cette me si faite pour vous connatre et vous servir6 ,oh6 quelle douleur de voir s'garer de si belles intelligences1 de si nobles cratures1 des tres forms avec tant de faveur1 o ,dieu semble avoir mis toutes ses complaisances comme en des fils bien-aims1 les mieux faits son image6 ,ah6 qu'ils sont plaindre6 que mon me souvent les pleure avec ,jsus venu pour les sauver6 ,je voudrais le salut de tous1 que tous profitent de la rdemption qui s'tend tout le genre humain4 ,mais le coeur a ses lus1 et pour ceux-l on a cent fois plus de dsirs et de crainte4 ,cela n'est pas dfendu4 ,jsus1 n'aviez-vous pas votre ,jean bien-aim1 dont les aptres disaient que1 par amour1 vous feriez qu'il ne mourrait pas8 ,faites qu'ils vivent toujours1 ceux que j'aime1 qu'ils vivent de la vie ternelle6 ,oh6 c'est pour cela1 pas pour ici que je les aime4 peine1 hlas6 si l'on s'y voit4 ,je n'ai fait que l'apercevoir2 mais l'me reste dans l'me4 ,le #be aot4 ,tristesse et communion2 pleur en ,dieu2 crit ton ami2 lu ,pascal1 l'tonnant penseur4 ,j'ai recueilli cette pense sur l'amour de ,dieu1 qu'on aime sans le connatre3 ,le coeur a ses raisons que la raison ne comprend pas4 ,bien souvent j'ai senti cela4 ,,ii4 ,et comme elle dsire que toute la nature en convulsion s'associe par un mouvement dsordonn la convulsion de sa douleur6 ,le #bf aot4 ,quelques gouttes de pluie sur la terre ardente4 ,peut-tre orage ce soir1 ramass par ces vapeurs4 ,qu'il tonne1 qu'il passe des torrents d'eau et de vent6 je voudrais du bruit1 des secousses1 tout ce qui n'est pas ce calme affaissant4--,si j'crivais sa vie1 cette vie si jeune1 si riche1 si rare1 si rattache tant d'vnements1 tant d'intrts1 tant de coeurs6 peu de vies semblables4 ,le #bg aot4 ,je ne sais1 sans mon pre1 j'irais peut-tre joindre les soeurs de ,saint-,joseph1 ,alger4 ,au moins ma vie serait utile4 ,qu'en faire prsent8 ,je l'avais mise en toi1 pauvre frre6 ,tu me disais de ne pas te quitter4 ,en effet1 je suis bien demeure prs de toi pour te voir mourir4 ,un ecce homo1 l'homme de douleur1 tous les autres derrire celui-l4 ,souffrances de ,jsus1 saints dsirs de la mort1 uniques penses et mditations4 crit ,louise comme ,marie2 il fait bon crire celle-l4 ,et lui1 pourquoi ne pas crire1 ton frre8 ,serait-il mort aussi8 ,mon ,dieu1 que le silence m'effraye prsent6 pardonnez-moi tout ce qui me fait peur4 ,l'me qui vous est unie1 qu'a-t-elle craindre8 ,ne vous aimerais-je pas1 mon ,dieu1 unique et vritable et ternel amour8 ,il me semble que je vous aime1 comme disait le timide ,pierre1 mais pas comme ,jean1 qui s'endormait sur votre coeur4 ,divin repos qui me manque6 ,que vais-je chercher dans les cratures8 ,me faire un oreiller d'une poitrine humaine1 hlas6 j'ai vu comme la mort nous l'te4 ,plutt m'appuyer1 ,jsus1 sur votre couronne d'pines4 ,le #bh aot4 ,saint ,augustin aujourd'hui1 ce saint qui pleurait si tendrement son ami et d'avoir aim ,dieu si tard4 ,que je n'aie pas ces deux regrets3 oh6 que je n'aie pas cette douleur deux tranchants1 qui me fendrait l'me la mort6 ,mourir sans amour1 c'est mourir en enfer4 ,amour divin1 seul vritable4 ,les autres ne sont que des ombres4 ,accablement1 poids de douleurs2 essayons de soulever ce mont de tristesse4 ,que faire8 ,oh6 que l'me est ignorante6 ,il faut s'attacher ,dieu1 celui qui soulve et le vaisseau et la mer4 ,pauvre nacelle que je suis sur un ocan de larmes6 ,,iii4 ,la srnit revient avec la lumire et revient seule4 ,le #cj aot4 ,qu'il faisait bon ce matin dans la vigne1 cette vigne aux raisins chasselas que tu aimais6 ,en m'y voyant1 en mettant le pied o tu l'avais mis1 la tristesse m'a rempli l'me4 ,je me suis assise l'ombre d'un cerisier1 et l1 pensant au pass1 j'ai pleur4 ,tout tait vert1 frais1 dor de soleil1 admirable voir4 ,ces approches d'automne sont belles1 la temprature adoucie1 le ciel plus nuag1 des teintes de deuil qui commencent4 ,tout cela1 je l'aime1 je m'en savoure l'oeil1 m'en pntre jusqu'au coeur1 qui tourne aux larmes4 ,vu seule1 c'est si triste6 ,toi1 tu vois le ciel6 ,oh6 je ne te plains pas4 ,l'me doit goter d'ineffables ravissements444 ,le plus grand malheur de la vie1 c'est d'en rompre les relations4 ,je voulais envoyer mon ami les deux grenades du grenadier dont il a travaill le pied quelques jours avant sa mort4 ,ce fut son dernier mouvement sur la terre6 ,,iv4 ,le #f octobre4 l'heure qu'il est1 midi1 premier dimanche d'octobre1 j'tais ,paris1 j'tais dans ses bras1 place ,notre-,dame-des-,victoires4 ,un an pass1 mon ,dieu6--,que je fus frappe de sa maigreur1 de sa toux1 moi qui l'avais rv mort dans la route6--,nous allmes ensemble ,saint-,sulpice la messe1 une heure4 ,aujourd'hui ,lentin1 dans la pluie1 les poignants souvenirs et la solitude444 ,mais1 mon me1 apaise-toi avec ton ,dieu que tu as reu dans cette petite glise4 ,c'est ton frre1 ton ami1 le bien-aim souverain que tu ne verras pas mourir1 qui ne te manquera jamais ni en cette vie ni en l'autre4 ,consolons-nous dans cette esprance1 et qu'en ,dieu on retrouve tout ce qu'on a perdu4 ,si je pouvais m'en aller en haut2 si je trouvais dans ma poitrine ce souffle qui vient le dernier1 ce souffle des mourants qui porte l'me au ciel1 oh6 je n'aurais pas beaucoup de regrets la vie4 ,mais la vie1 c'est une preuve1 et la mienne est-elle assez longue2 ai-je assez souffert8 ,quand on se porte au ,calvaire1 on voit ce que cote le ciel4 ,oh6 bien des larmes1 des dchirements1 des pines1 du fiel et du vinaigre4 ,ai-je got de tout cela8 ,mon ,dieu1 tez-moi la plainte1 soutenez-moi dans le silence et la rsignation au pied de la ,croix1 avec ,marie et les femmes qui vous aimrent4 ,le #ai octobre4 ,trois mois aujourd'hui de cette mort1 de cette sparation4 ,oh6 la douloureuse date1 que nanmoins je veux crire chaque fois qu'elle reviendra4 ,il y a pour moi une si attachante tristesse dans ce retour du #ai1 que je ne puis le voir sans le marquer dans ma vie1 puisque je note ma vie4 ,eh6 qu'y mettrais-je maintenant1 si je n'y mettais mes larmes1 mes souvenirs1 mes regrets de ce que j'ai le plus aim8 ,c'est tout ce qui vous viendra1 vous qui voulez que je continue ces cahiers1 mon tous les jours au ,cayla4 ,j'allais cesser de le faire1 il y avait trop d'amertume lui parler dans la tombe2 mais puisque vous tes l1 frre vivant1 et avez plaisir de m'entendre1 je continue ma causerie intime2 je rattache vous ce qui restait l1 tomb bris par la mort4 ,j'crirai pour vous comme j'crivais pour lui4 ,vous tes mon frre d'adoption1 mon frre de coeur4 ,il y a l-dedans illusion et ralit1 consolation et tristesse3 ,maurice partout4 ,c'est donc aujourd'hui #ai octobre que je date pour vous et que je marque ce jour comme une poque dans ma vie1 ma vie d'isolement1 de solitude1 d'inconnue qui s'en va vers quelqu'un du monde1 vers vous ,paris1 comme peu prs1 je vous l'ai dit1 je crois1 si ,eustoquie1 de son dsert de ,bethlem1 et crit quelque lgant chevalier romain4 ,le contraste est piquant1 mais ne m'tonne pas4 ,quelqu'un1 une femme1 me disait qu' ma place elle serait bien embarrasse pour vous crire4 ,moi1 je ne comprends pas pourquoi je le serais4 ,rien ne me gne avec vous1 en vrit1 pas plus qu'avec ,maurice2 vous m'tes lui au coeur et l'intelligence4 ,c'est ce point de vue que se met notre intimit4 ,v4 ,elle continue d'crire ,m4 d',aurevilly qu'aimait son frre et dont elle a fait son frre d'adoption4 videmment elle l'et aim1 elle l'aima peut-tre en mmoire de celui qu'elle avait perdu4 ,l'amour est comme toutes les passions1 il a des retours inattendus4 ,le #bj octobre4 ,la belle matine d'automne6 ,un air transparent1 un lever du jour radieusement calme1 des nuages en monceaux1 du nord au midi1 des nuages d'un clat1 d'une couleur molle et vive1 du coton d'or sur un ciel bleu4 ,c'tait beau1 c'tait beau6 ,je regrettais d'tre seule le voir4 ,j'ai pens notre peintre et ami1 ,m4 ,augier1 lui qui sent si bien et prend sitt le beau dans son me d'artiste4 ,et puis ,maurice1 et puis vous1 je vous aurais voulu voir tous sous mon ciel du ,cayla2 mais devons-nous nous rencontrer jamais plus sur la terre8 ,en allant au ,posadou1 j'ai voulu prendre une fleur trs-jolie4 ,je l'ai laisse pour le retour1 et j'ai pass par un autre chemin4 ,adieu ma fleur4 ,quand j'y reviendrais1 o serait-elle8 ,une autre fois je ne laisserai pas mes fleurs en chemin4 ,que de fois cependant cela n'arrive-t-il pas dans la vie8 ,dimanche aujourd'hui4 ,revu ,andillac cette tombe toute verdoyante d'herbe4 ,comme c'est venu vite1 ces plantes6 ,comme la vie se hte sur la mort1 et que c'est triste notre vue6 ,que ce serait dsolant1 sans la foi qui nous dit que nous devons renatre1 sortir de ces cimetires o nous semblons disparus6 ,le #ba octobre4 ,tonnerre1 orage1 tempte au dehors1 mais calme au dedans1 ce calme d'une mer morte1 qui a sa souffrance aussi bien que l'agitation4 ,le repos n'est bon qu'en ,dieu1 ce repos des mes saintes qui1 avant la mort1 sont sorties de la vie4 ,heureux dgagement6 ,je meurs d'envie de tout ce qui est cleste3 c'est qu'ici-bas tout est vil et porte un poids de terre4 ,le #a;er novembre4 ,quel anniversaire6 ,j'tais ,paris1 assise seule dans le salon devant une table1 pensant1 comme prsent1 cette fte des saints4 ,il vint1 ,maurice1 me trouver1 causer un peu d'me et de coeur1 et me donna un cahier de papier avec un ,je veux que tu m'crives l ton tous les jours ,paris4 ,oh6 pauvre ami6 je l'ai bien crit1 mais il ne l'a pas lu6 ,il a t enlev si subitement1 si rapidement1 avant d'avoir le temps de rien faire1 ce jeune homme n pour tant de choses1 ce semblait4 ,mais ,dieu en a dispos autrement que nous ne pensions4 ,il est de belles mes dont nous ne devons voir ici que les apparences1 et dont l'entire ralisation s'achve ailleurs1 dans l'autre vie4 ,ce monde n'est qu'un lieu de transition1 comme les saints l'ont cru1 comme l'me qui pressent le quelque autre part le croit aussi4 ,eh6 quel bonheur que tout ne soit pas ici6 ,impossible1 impossible6 ,si nous finissions la tombe1 le bon ,dieu serait mchant1 oui1 mchant1 de crer pour quelques jours des cratures malheureuses3 horrible penser4 ,rien que les larmes font croire l'immortalit4 ,maurice a fini son temps de souffrance1 j'espre1 et aujourd'hui je le vois tout moment parmi les bienheureux2 je me dis qu'il doit y tre1 qu'il plaint ceux qu'il voit sur la terre1 qu'il me dsire o il est1 comme il me dsirait ,paris4 ,ah6 mon ,dieu1 ceci me rappelle que nous tions ensemble pareil jour l'an dernier2 que j'avais un frre1 un ami que je ne puis plus ni voir ni entendre4 ,plus de rapports aprs tant d'intimit6 ,c'est en ceci que la mort est dsolante4 ,pour le retrouver1 cet tre aim et tant uni au coeur1 il faut plonger dans la tombe et dans l'ternit4 ,qui n'a pas ,dieu avec soi en cet effroi1 que devenir8 ,que devenez-vous1 vous1 ami tant atterr par sa mort1 quand votre douleur se tourne vers l'autre monde8 ,oh6 la foi ne vous manque pas1 sans doute3 mais avez-vous une foi consolante1 la foi pieuse8 ,pensant que trop que vous ne l'avez pas1 je me prends vous plaindre amrement4 ,les sollicitudes que j'avais cet gard pour son me de frre1 se sont toutes portes sur la vtre1 presque aussi chre4 ,je ne puis pas dire quel degr je l'aimais1 ni auquel je l'aime3 c'est quelque chose qui monte vers l'infini1 vers ,dieu4 ,l je m'arrte2 cette pense s'attache un million de penses mortes et vives1 mais surtout mortes2 mon mmorandum1 commenc pour lui1 continu pour vous au mme jour1 dat de quelque joie l'an dernier et maintenant tout de larmes4 ,mon pauvre ,maurice1 j'ai t dlaisse en une terre o il y a larmes continuelles et continuelles angoisses4 ,le jour des ,morts4 ,voil les feuilles sans sve ,qui tombent sur le gazon2 ,voil le vent qui s'lve ,et gmit dans le vallon4 444444444444444444444444 ,c'est la saison o tout tombe1 ,aux coups redoubls des vents3 ,un vent qui vient de la tombe ,moissonne aussi les vivants4 7,,lamartine47 ,il y a peu d'annes nous disions cela2 nous rcitions ces vers1 ,maurice et moi1 errant sur des feuilles sches1 le jour des ,morts4 ,mon ,dieu1 le voil tomb lui aussi1 lui si jeune1 le dernier n de la famille1 que je comptais bien laisser en ce monde1 entour d'enfants qui m'auraient pleure comme leur mre6 ,au lieu de cela1 c'est moi qui pleure2 c'est moi qui vois une tombe1 o est renferm tout ce que j'ai eu d'esprance1 de bonheur en affection humaine4 ,oh6 que cela dpend de toutes choses et porte l'me afflige loin de cette vie1 vers le lieu o n'est pas la mort6 ,pri1 pleur1 crit1 rien autre chose aujourd'hui4 terrible fte des morts6 ,,vi4 ,son amiti ambigu pour ,m4 d',aurevilly se rvle en toute occasion et en toute circonstance4 ,le #f novembre4 ,je n'ai pas crit hier et n'crirai pas de suite4 ,que feriez-vous de trois cent soixante-six de mes jours presque uniformes1 voir1 un an durant1 passer des flots pareils8 ,la diversion fait l'intrt des yeux et de l'esprit1 car nous ne nous plaisons qu'en curiosit4 ,o il n'y a pas de nouveau1 on s'ennuie4 ,il y a eu tels jours d'immobilit o j'ai souhait la foudre4 ,que serait donc pour vous mon calme perptuel8 car1 except ce qui me vient du coeur ou monte la tte1 rien ne fait mouvement dans ma vie4 ,dans ce moment1 je rentre d'une petite promenade au soleil1 et rien ne bouge autour de moi1 que quelques mouches qui bourdonnent l'air chaud4 ,seule au grand monastre dsert4 ,ce profond et complet isolement me fait vivre une heure comme ont vcu des annes les ermites1 hommes et femmes1 ces mes retires du monde4 ,sans soins matriels1 sans parole qu'intrieure1 sans sentiments que d'intelligence1 sans vie que celle de l'me3 il y a dans ce dgagement une libert pleine de jouissances1 un bonheur inconnu1 que je crois bien que pour faire durer on puisse aller cacher cent lieues du dsert4 ,aussi en tait-il qui quittaient la cour pour cela1 comme saint ,arsne et tant d'autres qui1 ayant got des deux1 ne voulurent pas retourner au monde4 ,c'est que le monde occupe encore la vie1 mais ne la remplit pas4 ,le #ab novembre4 ,il fut un temps o je dcrivais avec charme les moindres petites choses4 ,quatre pas dehors1 une course au soleil travers champs ou dans les bois1 me laissaient beaucoup dire4 ,est-ce parce que je disais ,lui1 et que le coeur fournit abondamment8 ,je ne sais1 mais1 n'ayant plus le plaisir de lui faire plaisir1 ce que je vois n'offre pas l'intrt que j'y trouvais jadis4 ,cependant rien au dehors n'est chang1 c'est donc moi au dedans4 ,tout me devient d'une mme couleur triste1 toutes mes penses tournent la mort4 ,ni envie ni pouvoir d'crire4 ,qu'crirais-je d'ailleurs qui vous ft bon1 vous qui je voudrais tant de bien1 qui il est difficile d'en faire8 ,trouv dans un livre une feuille de rose fltrie1 qui sait depuis quand8 ,je me le demande en revenant sur les printemps passs1 sur les jours et les lieux o cette rose a fleuri2 mais rien ne revient de ces choses perdues4 ,ce n'est pas un malheur d'tre une fleur sans date4 ,tout ce qui prend mystre a du charme4 ,cette feuille dans ce livre m'intresse plus qu'elle n'et pu faire sur sa rose et son rosier4 ,j'en ai quitt de lire4 ,pour peu qu'on ait l'me rflchissante1 il y a de quoi s'arrter chaque instant et se mettre penser sur ce qui se prsente dans la vie4 ,le #ad novembre4 ,revenue encore ma solitude complte4 ,mon pre est all chercher quelques livres dans une bibliothque voisine4 ,je ne sais ce qu'il apportera4 ,j'ai demand ,notre-,dame de ,paris1 que jusqu'ici je n'avais pas voulu lire4 ,pourquoi le lirai-je prsent8 ,c'est que je me sens le coeur assez mort pour que rien ne lui puisse nuire2 qu'on dit qu'il y a des beauts l-dedans que j'ai envie de connatre1 et qu'un homme de ,dieu qui a du crdit sur moi m'a dit que je pouvais faire cette lecture1 et que le mal est annul par la faon de le voir4 ,le diable mme1 quand il dplat1 que peut-il8 ,le rencontrer n'est pas le prendre4 ,peut-tre serait-il mieux de rester dans l'ignorance de tout livre et de toute chose2 mais je ne me soucie pas non plus de savoir4 ,ce n'est pas pour m'instruire1 c'est pour m'lever que je lis2 tout m'est chelle pour le ciel1 mme ce petit cahier que j'attache une pense cleste4 ,dieu le connat4 ,quand ,dieu ne verrait pas tout1 je lui ferais tout voir4 ,je ne saurais me passer de l'approbation divine en ma vie et mes affections1 mais peu m'enquiers de celle des hommes1 encore moins des femmes4 ,le #ae novembre4 ,mon ,dieu1 mon ,dieu1 quel jour6 le jour de son mariage4 pareille heure1 un an pass1 nous tions l',abbaye-aux-,bois1 lui1 vous1 moi1 moi ct de lui4 ,je viens d'une glise aussi1 et d'auprs de lui sur sa tombe4 ,le #af novembre4 ,plus rien mis hier aprs ces lignes4 ,il est des sentiments qui dpassent toute expression4 ,dieu sait dans quel abme j'tais plonge et accable des souvenances de noces4 ,c'tait lui et sa belle fiance agenouills devant l'autel1 le ,pre ,buquet les bnissant et leur parlant d'avenir1 la foule assistante1 le chant de l'orgue1 cette qute pour les pauvres o j'avais quelque embarras1 la signature la sacristie1 tant de tmoins de ce brillant contrat avec la mort4--,la rencontre dehors d'un char funbre2 le djeuner ct de vous o vous me disiez3 ,que votre frre est beau6 o nous parlmes tant de sa vie2--la soire1 le bal o je dansai pour la premire et dernire fois4 ,je dois ,maurice des choses uniques4 ,le plaisir de lui voir l'air content1 d'tre sa fte1 et au fond de cette joie des serrements de coeur1 et cette horrible vision des cercueils autour du salon1--poss sur ces tabourets longs et draps franges d'argent4 ,oh6 que je fus glace au sortir de leur chambre1 en toilette avec des fleurs pour le bal1 que cela me vnt6 ,j'en fermai les yeux4 ,journe1 soire si diversement mmorables1 date de tant de douleurs1 je n'en puis ter mon me4 ,je m'enfonce en toutes ces choses1 et quand je songe tout ce que j'avais mis de bonheur dans un tre qui n'est plus maintenant qu'en souvenir1 j'en prouve une innarrable tristesse1 et j'en apprends ne faire fond sur aucune vie ni sur rien4 ,il y a un cercueil entre le monde et moi2 c'est fini du peu qui m'y pouvait plaire4 ,j'ai des liens de coeur1 plus aucun de bonheur1 de fte4 ,maurice et moi nous nous tenions intrieurement par des rubans roses4 ,tout m'tait riant en lui1 tout me plaisait1 jusqu'aux peines3 mon ,dieu6 mon ,dieu6 avoir perdu cela6 que voulez-vous que j'aime prsent8 ,le #ag novembre4 ,belle journe radieuse1 chaleureuse1 un plein air de soleil4 ,cela ravive1 fait du bien1 tant sentir qu' jouir1 qu' admirer4 ,quoiqu' prsent je m'informe beaucoup moins de l'tat du ciel qu'hlas6 il y a quelques mois1 du temps du malade1 je vois avec plaisir un beau jour1 la seule jolie chose voir la campagne en novembre4 ,ah6 hier au soir1 belle surprise aussi de votre lettre4 ,je ne l'attendais pas sitt1 ni presque si aimable1 quoique ce ne soit pas surprenant2 mais toute distinction qui me touche me surprend toujours un peu4 ,je ne sais quoi cela tient4 ,puis j'ai trouv dans cette lettre des choses qui m'ont afflige1 de ces chagrins chrtiens de l'me pour une pauvre me de frre1 pour quelqu'un qui dit3 ,je ne prie pas4 ,dieu sait l-dessus ce que je pense1 ce que je souffre4 ,j'ai l'intrt de la vie future de ceux que j'aime1 et qui n'y croient pas1 tant en croyance et tant coeur1 que1 pour le leur procurer1 je souffrirais avec joie le martyre4 ,ceci n'est pas une exagration1 mais bien pris dans toute la raison et le sentiment de la foi4--rembert1 ,marie qui arrivent6 ,le #bh novembre4 ,laiss enferm depuis quinze jours4 ,que de choses dans cette lacune qui ne seront nulle part1 pas mme ici6444 ,repris pour noter une lettre de ,marie1 ma belle amie1 qui tremble de me croire malade4 ,hlas6 non1 je ne souffre pas dans mon corps4 ,oh6 que je trouve inutile d'crire6 ,,vii4 ,mille retours de sentiments consols1 graves1 dcourags1 revenant en arrire1 courant en avant1 emports1 stagnants1 soulevs1 affaisss tour tour1 signalent cette priode de sa vie4 ,le #aj dcembre4 ,enfin pourrai-je crire8 ,que de fois j'ai pris la plume depuis huit jours1 et la plume m'est tombe des doigts sans rien faire6 ,il y a eu tant de tristesse dans mon me1 tant de secousses dans mon tre6 ,dieu6 je semblais toucher ma fin1 une sorte d'anantissement moral4 ,que cet tat est terrible6 ,rien n'apaise1 rien ne soutient3 travail1 repos1 livres1 hommes1 tout est dgot4 ,on voudrait mourir4 ,dans cette lutte1 l'me sans foi serait perdue1 oh6 perdue1 si ,dieu ne se montre2 mais il ne manque pas1 mais quelque chose d'inattendu vient d'en haut4 ,,viii4 #ahdj sonne et la rembrunit encore1 les ,notes courent comme des pas de la vie entrans sur une pente incline4 ,ce monde n'a rien pour elle1 elle s'habitue en sortir4 ,je trouve une lettre de ma chre ,marie 7,mme de ,maistre7 sur mon chevet1 mon rveil ce matin4 ,aurore d'un beau jour1 tant en moi qu'au dehors2 soleil au ciel et dans mon me3 ,dieu soit bni de ces douces lueurs qui ravivent parmi les angoisses6 ,je sais bien que c'est recommencer1 mais on s'est repos un moment et on marche avec plus de force ensuite4 ,la vie est longue1 il faut de temps en temps quelques cordiaux pour la course3 il m'en vient du ciel1 il m'en vient de la terre1 je les prends tous1 tous me sont bons1 c'est ,dieu qui les donne1 qui donne la vie la rose6 ,les lectures pieuses1 la prire1 la mditation fortifient2 les paroles d'amiti aussi soutiennent4 ,j'en ai besoin3 nous avons un ct du coeur qui s'appuie sur ce qu'on aime2 l'amiti1 c'est quelque chose qui se tient bras bras4 ,comme ,marie me donne le sien tendrement1 et que je me trouve bien l6 ,ainsi nous irons jusqu' la mort3 ,dieu nous a unies4 ,,ix4 ,vient ensuite un long rcit de l'agonie et de la mort de son frre1 touchant comme une passion de l'amiti2 nous le retranchons1 car il faudrait le lire tout entier4 ,c'est l'amour qui grave les sentiments par les plus menus dtails4 ,elle s'interrompt pour couter au mois d'avril chanter une grive3 ,triste date du #b avril6 ,la vie est toute coupe de douleurs4 ,les oiseaux n'ont pas de chagrin sans doute1 du moins la grive qui chante tout aujourd'hui sous ma fentre4 ,joyeuse petite bte6 ,je me suis mise l'couter bien des fois1 prendre plaisir ces sifflements1 gazouillements et salutations au printemps4 ,ces chants doux et rjouissants sous un genvrier1 montant avec l'air dans ma chambrette1 sont d'un effet que je ne puis dire4 ,valentino n'en approche pas pour le charme3 ,valentino o j'entendais pourtant quatre-vingts musiciens et du ,beethoven4 ,prfrer cela une pauvre petite grive1 dcidment je suis une sauvage6 ,x4 ,un retour sur elle-mme3 ,mon me pourtant n'a rien qui lui pse1 rien qui lui donne un remords4 ,j'ai vcu heureusement loin du monde1 dans l'ignorance de presque tout ce qui porte au mal ou le dveloppe en nous4 l'ge o les impressions sont si vives1 je n'en ai eu que de pieuses4 ,j'ai vcu comme dans un monastre2 aussi ma vie doit tre incomplte du ct du monde4 ,ce que je sais sous ce rapport me vient presque d'instinct1 d'inspiration1 comme la posie1 et m'a suffi pour paratre convenablement partout4 ,un certain tact m'avertit1 me donne le sens des choses et des airs d'habitude l o je me trouve le plus souvent trangre444 ,le #bj avril1 retour de jeunesse aussi3 son oiseau favori est revenu chanter sur le genvrier1 sous sa fentre4 ,oh6 c'tait bien un rossignol que j'ai entendu ce matin4 ,c'tait vers l'aurore et sur un rveil1 en sorte que j'ai cru avoir rv2 mais je viens d'entendre encore1 mon musicien est arriv4 ,je note cela tous les ans1 la venue du rossignol et de la premire fleur4 ,ce sont des poques la campagne et dans ma vie4 ,l'ouverture du printemps si admirablement belle est ainsi marque1 et le retard ou l'avancement des saisons4 ,mes charmants calendriers ne s'y trompent pas1 ils annoncent au juste les beaux jours1 le soleil1 la verdure4 ,quand j'entends le rossignol ou que je vois une hirondelle1 je me dis3 ,l'hiver a pris fin1 avec un plaisir indicible4 ,il y a pour moi renaissance hors de la froidure1 des brouillards1 du ciel terne1 de toute cette nature morte4 ,je reverdis comme un brin d'herbe1 mme moralement4 ,la pense reparat et toutes ses fleurs4 ,puis le chagrin revient accumul sur lui-mme3 on pressent la mort4 ,plusieurs jours depuis cette nuit de chants et d'orages4 ,comme le temps occupe peu d'espace6 ,une fois pass1 ce n'est rien4 ,dans ce peu d'espace on pourrait faire entrer un sicle4 ,je n'y vois rien1 quoi qu'il soit venu dans l'histoire de ma vie1 parce que tout reste au dedans1 que je n'ai plus d'intrt rien raconter1 ni moi ni autre chose4 ,tout meurt1 je meurs tout4 ,je meurs d'une lente agonie morale1 tat d'indicible souffrance4--,va1 pauvre cahier1 dans l'oubli avec ces objets qui s'vanouissent6 ,je n'crirai plus ici que je ne reprenne vie1 que ,dieu ne me ressuscite de ce tombeau o j'ai l'me ensevelie4 ,maurice1 mon ami6 il n'en tait pas ainsi de moi quand je l'avais4 ,penser lui me relevait au plus fort d'un abattement2 l'avoir en ce monde me suffisait4 ,avec ,maurice1 je ne me serais pas ennuye entre deux montagnes4 ,la nature immortelle prvaut encore un moment4 ,entre autres beaux effets du vent la campagne1 il n'en est pas qui soient beaux comme la vue d'un champ de bl tout agit1 bouillonnant1 ondulant sous ces grands souffles qui passent en abaissant et soulevant si vite les pis par monceaux4 ,il s'en fait1 par le mouvement1 comme de grosses boules vertes roulant par milliers l'une sur l'autre avec une grce infinie4 ,j'ai pass une demi-heure contempler cela et me figurer la mer1 surface verte et bondissante4 ,oh6 que je voudrais rellement voir la mer1 ce grand miroir de ,dieu1 o se refltent tant de merveilles6 ,,xi4 ,le #a;er juillet4 ,j'entends la premire cigale2 quel plaisir6 ,je reois un charmant billet de ,m4 de ,sainte-,beuve1 cet homme exquis dont je reois l'criture vivante4 ,m4 de ,sainte-,beuve avait rendu son frre ,maurice une justice qui et t bien plus juste si elle s'tait adresse la soeur6 ,le frre1 trop lou1 ne faisait que dclamer ce que la soeur sentait et soupirait demi-voix4 ,,xii4 ,la chambre s'gaye de deux nouveaux htes4 ,le #bh juillet4 ,deux petits oiseaux1 deux compagnons de ma chambrette1 les bienvenus1 qui chanteront quand j'crirai1 me feront musique et accompagnement comme les pianos qui jouaient ct de ,mme de ,stal quand elle crivait4 ,le son est inspirateur2 je le comprends par ceux de la campagne1 si lgers1 si ariens1 si vagues1 si au hasard1 et d'un si grand effet sur l'me4 ,que doit-ce tre d'une harmonie de science et de gnie1 sur qui comprend cela1 sur qui a reu une organisation musicale1 dveloppe par l'tude et la connaissance de l'art8 ,rien au monde n'est plus puissant sur l'me1 plus pntrant4 ,je le comprends1 mais ne le sens pas4 ,dans ma profonde ignorance1 j'couterais avec autant de plaisir un grillon qu'un violon4 ,les instruments n'agissent pas sur moi ou bien peu4 ,il faut que j'y comprenne comme un air simple2 mais les grands concerts1 mais les opras1 mais les morceaux tant vants1 langue inconnue6 ,quand je dis opras1 je n'en ai jamais ou1 seulement entendu des ouvertures sur les pianos4 ,parmi les fruits dfendus de ce paradis de ,paris1 il est deux choses dont j'ai eu envie de goter3 l',opra et ,mlle ,rachel1 surtout ,mlle ,rachel1 qui dit si bien ,racine1 dit-on4 ,ce doit tre si beau6 ,,xiii4 mesure que le chagrin lui retire sa vie1 elle cherche videmment la retenir instinctivement par quelques riantes images1 rminiscences impuissantes de la jeunesse4 ,la prire me dsaccable1 une conversation1 le grand air1 les promenades dans les bois et les champs4 ,ce soir1 je me suis bien trouve d'un repos sur la paille1 au vent frais1 regarder les batteurs de bl1 joyeuses gens qui toujours chantent4 ,c'tait joli de voir tomber les flaux en cadence et les pis qui dansent1 des femmes1 des enfants1 sparant la paille en monceaux1 et le van qui tourne et vanne le grain qui se trie et tombe pur comme le froment de ,dieu4 ,ces paisibles et riantes scnes font plaisir et plus de bien l'me que tous les livres de ,m4 ,hugo1 quoique ,m4 ,hugo soit un puissant crivain1 mais il ne me plat pas toujours4 ,je n'ai pas lu encore sa ,notre-,dame1 avec l'envie de la lire4 ,il est de ces dsirs qu'on garde en soi4 ,le lendemain1 autre scne4 ,sans date4 ,huit jours de visites1 de monde1 de bruit1 quelques conversations aimables1 un pisode en ma solitude4 ,c'est la saison o l'on vient nous voir1 cette fois-ci c'tait en foule des allons la campagne1 et la campagne est envahie1 le ,cayla peupl1 bruyant1 gai de jeunesse1 la table entoure de convives inattendus1 l'improvis dispense de crmonie4 ,mais nous n'en faisons pas1 et qui vient nous voir ne doit s'attendre qu'au gracieux accueil1 le meilleur qu'il nous soit possible dans la plus simple expression de forme4 ,ainsi nos salons tout blancs1 sans glace ni trace de luxe aucun2 la salle manger avec un buffet et des chaises1 deux fentres donnant sur le bois du nord2 l'autre salon ct avec un grand et large canap2 au milieu une table ronde1 des chaises de paille1 un vieux fauteuil en tapisserie o s'asseyait mon frre1 deux portes vitres sur la terrasse2 cette terrasse sur un vallon vert o coule le ruisseau6 ,quel mobilier du ,cayla6 ,,xiv4 ,un autre devoir de famille la rappelle ,paris3 lisez ses apprts de voyage4 ,le #aa novembre4 ,la lune se lve l'horizon o j'ai si souvent regard3 le vent souffle ma fentre comme je l'ai si souvent entendu2 je vois ma chambrette1 ma table1 mes livres1 mes critures1 la tapisserie et les saintes images1 tout ce que j'ai vu si souvent et que je ne verrai plus bientt4 ,je pars4 ,oh6 que je regrette tout ce que je laisse ici1 et surtout mon pre1 et ma soeur1 et mon frre6 ,qui sait quand je les reverrai8 qui sait si je les reverrai jamais8 ,on court tant de dangers en voyage6 ,cette route de ,paris est si triste pour moi6 ,il me semble que le malheur est au bout4 ,lequel maintenant8 ,je l'ignore4 ,elle confie son pre1 sa cage d'oiseaux1 son chien sa soeur3 rien n'est oubli4 ,elle part enfin4 ,tableau de sa dsolation extrme quand elle se trouve seule dans une auberge sur la route1 remplie d'indiffrents4 ,oh6 que les solitaires ont le coeur vulnrable1 accoutums qu'ils sont peu de rapports avec le monde1 mais des relations qu'ils aiment et dont ils sont aims6 ,les vraies douleurs1 comme le vrai attachement1 sont au dsert4 ,,xv4 ,elle passe quelques heureux jours en ,berry1 au chteau de ,saint-,martin1 chez son amie1 ,mme de ,maistre4 ,saint-,martin4 ,lire1 crire1 que faire dans ma chambre si bien dispose pour toutes choses de mon got8 ,un bon feu1 des livres1 une table avec encre1 plume et papier1 moyens et attraits4 crivons4 ,mais quoi8 ,eh6 ce petit ,journal qui continuera ma pense et ma vie1 cette vie maintenant hors de son cours ordinaire1 comme si notre ruisseau se trouvait transport sur les bords de la ,loire1 cette ,loire1 ce pays que je ne devais jamais voir1 tant j'en tais ne loin4 ,mais ,dieu m'a porte ici4 ,je ne puis m'empcher de voir la ,providence claire comme un plein jour dans certain vnements de la vie1 non qu'elle ne soit en tous1 mais plus ou moins manifeste4 ,avec un peu plus de got pour crire j'aurais pu laisser ici un long mmorandum de mon sjour ,saint-,martin1 si beau1 si grand dans son parc et ses belles eaux4 ,j'ai vu peu de lieux aussi distingus1 aussi remarquables de nature et d'art4 ,on voit que ,lentre a pass par l4 ,je vais partir avec les souvenirs les plus agrables et les plus doux1 tant du dedans que du dehors3 famille charmante o je suis adopte1 o j'ai reu les tmoignages les plus touchants d'affection1 affection si vraie puisqu'elle est dsintresse4 ,que leur revient-il de m'aimer8 ,rien que d'tre aims leur tour et de se faire bnir devant ,dieu4 ,oh6 que cela me serait doux si je ne pensais pas ,maurice1 qui je dois ce bonheur dont je jouis aprs sa mort6 ,j'ai voulu voir sa chambre2 je ne fais pas un pas1 la chapelle1 dans le jardin1 au salon1 qu'il n'ait fait aussi4 ,hlas6 nous ne faisons que passer sur le pas des morts4 ,dernier dcembre4 ,mon ,dieu1 que le temps est quelque chose de triste1 soit qu'il s'en aille ou qu'il vienne6 et que le saint a raison qui a dit3 ,jetons nos coeurs l'ternit6 ,,xvi4 ,elle rentra au ,cayla1 vit mourir son pre1 et1 n'tant plus retenue par un amour ni par un devoir1 elle mourut4 ,ses amis recueillirent ce ,journal et une partie de sa correspondance2 c'tait peu prs toute sa vie4 ,rien n'tait mort d'elle que son apparence4 ,toute sa vie morale tait sauve avec ces reliques crites4 ,et maintenant1 on vous les a donnes1 les voil1 qu'en pensez-vous8 ,quant moi1 j'en pense ce que les pieux cnobites du quatorzime sicle pensrent de l',imitation1 c'est qu'il y a des secrets dont ,dieu est le confident2 j'en pense ce que les femmes du dix-septime sicle pensrent de la correspondance de ,mme de ,svign1 ce livre des cours1 je veux dire que ce volume du ,journal de ,mlle de ,gurin m'a paru une des plus touchantes rvlations de l'me humaine dans nos deux sicles3 le dix-huitime1 avec ses existences calmes1 puissantes1 recueillies dans la solitude de leurs chteaux1 moiti rurales1 moiti aristocratiques1 au fond de leurs provinces2 le dix-neuvime1 avec ses orages1 ses renversements1 ses dpouillements1 ses honorables et glorieuses misres1 demandant aux lettres ce que la fodalit ne lui donnait plus3 le gentilhomme sans pe et sans perons enseignant les petits enfants pour un morceau de pain dans les mansardes d'un collge de la capitale1 et mourant jeune de misre aprs avoir cot au dvouement d'une soeur accomplie sa dot1 son mariage1 son bonheur2 et cette soeur1 la fois souffrante et heureuse de ce sacrifice1 vivant isole dans les ruines du chteau paternel1 dveloppant son gnie natal et confidentiel dans des soliloques avec elle-mme ou avec son ,dieu1 et mourant de tristesse quand son frre et son pre lui manquent3 ,walter ,scott seul aurait pu peindre une existence aussi romanesque dans quelque masure d'cosse1 quand les fidles adorateurs des ,stuarts sont vaincus1 mais non rallis la rvolution triomphante4 ,,xvii4 ,mais il y a dans l'me de ,mlle de ,gurin un principe de vie et d'immortalit qui n'existe pas dans les hrones de ,walter ,scott3 c'est le mysticisme catholique exalt1 qui donne la vie1 la saintet1 l'motion sacre du martyre la jeune chtelaine du ,cayla1 et la posie profonde du coeur1 qui lve ses confidences la hauteur des crivains asctiques les plus loquents2 c'est l'huile onctueuse de cette lampe que le dieu du pass s'est allume lui-mme dans les ruines de son sanctuaire dmoli4 ,que l'on croie ou que l'on ne croie pas la lettre les symboles de sa foi1 on doit reconnatre qu'ils impriment tout ce qu'elle sent1 tout ce qu'elle pense1 tout ce qu'elle crit1 un caractre de surnaturel et de sincrit qui en fait le charme4 ,sans doute il y a l1 comme dans le livre de l',imitation qui touche exclusivement au cnobitisme monacal1 quelques signes de superstition qu'on regrette d'y voir2 c'est trop puril ou trop pre4 ,on voudrait que la raison humaine temprt davantage ces pieuses crdulits du couvent2 mais1 mesure qu'elle avance dans la vie1 cette foi1 au lieu de s'isoler et de s'aigrir1 s'adoucit visiblement4 ,le contact avec le monde1 qui pntre dans sa solitude avec son frre et les amis de son frre1 leur doute1 leur changement d'opinion1 mme quand ils habitent avec ce froce esprit1 l'abb de ,lamennais1 qui avait des fanatismes loquents pour toutes les causes et qui ne permettait le doute personne1 parce qu'il ne permettait de douter de rien pendant qu'il affirmait lui-mme1 gnie de l'expression1 n pour tre le prophte de toutes les perscutions comme saint ,paul1 ou pour le christianisme ou contre lui2 tout cela avait videmment agi sur ,mlle de ,gurin4 ,son imagination tait reste pieuse1 sa raison tait devenue tolrante2 elle n'avait gard de ses premires doctrines que l'amour qui les sanctifie toutes4 ,c'tait l'imagination de saint ,jean qui ne savait qu'un mot1 aimer6 ,,xviii4 ,et comme elle aimait6 ,d'abord sa mre1 puis son pre1 puis ce frre ,maurice1 dans l'me duquel elle se transvase1 puis les amis de ce frre1 dans lesquels elle voit encore et toujours lui1 puis enfin1 si l'on en croit des signes non quivoques de sa plume1 cet admirateur de son frre1 ce jeune homme original1 d'un autre temps1 ce chevaleresque paladin de style qui confond la plume avec l'pe1 et qui aime le combat contre son sicle1 parce que le sicle est nombreux comme une foule et que lui est seul comme l'antagonisme courageux1 ,m4 d',aurevilly6 ,son sentiment innom pour ,m4 d',aurevilly est un reflet prolong de son sentiment pour son frre1 une aurore borale de l'amiti fraternelle qui se confond avec l'aurore d'un second amour4 ,mais il parat que cet amour tait n trop tard et que l'objet n'tait pas libre de l'accepter4 ,elle mourut donc de deux sentiments tromps1 l'un par la mort1 l'autre par la mort du coeur dans lequel elle et aim verser le sien4 ,fatale destine de femme6 ,,xix4 ,mais comme sa belle imagination s'enrichit de toutes ces misres de sa vie6 ,y en eut-il jamais une plus belle et plus pittoresque1 et surtout plus sensible8 ,saint ,augustin1 ce bel esprit du christianisme1 except dans les passages qui peignent sa conversion1 ce drame intrieur de sa vie1 vise plus briller qu' convaincre2 il veut blouir plus qu'mouvoir2 d'ailleurs son livre est crit pour le public4 ,montaigne est un charmant gnie1 mais il crit pour s'amuser lui-mme et pour amuser ses lecteurs4 ,sainte ,thrse chante plus qu'elle n'crit3 c'est le ,pindare des femmes2 elle est sincre1 mais elle est illumine2 c'est le mtore de l'amour pour l'idal chrtien3 un ,dieu-homme expirant sur la croix6 ,j4-,j4 ,rousseau a des pages merveilleuses de description1 d'rotisme et de contemplation de la nature dans ses ,confessions2 mais ce sont des pages d'imagination chauffe1 ce n'est pas un livre fait pour nourrir des mes4 ,on doit en boire une gorge et cacher la coupe ses enfants1 de peur qu'ils n'en boivent le poison4 ,il y a de l'intimit charmante dans les scnes des ,charmettes1 de ,chambry1 mais c'est de l'intimit suspecte3 on ne laisse pas le livre sous la main des innocents4 ,il en sort du plaisir1 mais aucune vertu4 ,,xx4 ,mais vous qui vivez la campagne1 soit dans le chteau dmantel de vos pres1 non loin de l'glise du village et des pauvres du hameau1 soit dans la maison modeste1 chteau nivel de l'honnte bourgeoisie du dix-neuvime sicle1 levant l des fils1 des filles1 des soeurs tages par rang d'ge dans la vie1 qui vous demandent des livres la fois intressants et sains1 o respirent dans un style enchanteur toutes les vertus que vous cherchez nourrir dans votre jeune tribu2 vous qui1 aprs une existence laborieuse1 vous tes retirs moiti de la vie active dans le verger de vos pres pour y soigner les plantes naissantes destines vous remplacer sur la terre1 et qui voulez les saturer de bonne heure de ce bon air vital plein des dlicieuses senteurs de l'air2 enfin vous qui1 dj vieillis et dsintresss de votre propre existence prte finir1 voulez cependant jeter un dernier regard consolant sur les pripties intrieures de ceux qui traversent les sentiers que vous avez traverss1 afin d'y retrouver vos propres traces et de vous dire3 ,voil ce que j'ai prouv1 pens1 senti1 pri dans mes moments de tristesse ou de consolation ici-bas2 voil la moisson en gerbes odorantes que j'emporte l'autre vie2 mettez part1 ou plutt gardez jour et nuit sur votre chemine1 comme un calendrier du coeur1 non pas ce livre confus o l'on a entass ple-mle les oeuvres du frre et de la soeur pour que le gnie de l'une fit passer sur la mdiocrit de l'autre1 mais le volume de ,mlle de ,gurin1 cette sainte ,thrse de la famille1 qui n'a crit que pour elle seule1 et dont une amiti longtemps distraite n'a recueilli que bien tard les chefs-d'oeuvre involontaires qu'elle oublia de brler au dernier moment4 ,tout y est de cette vie et tout y est de la vie future2 deux mondes entiers1 le monde naturel et le monde surnaturel s'y droulent par pages1 notes1 lettres1 effusions secrtes1 dans ce style qui n'est pas du talent1 mais qui est la nature6 ,,xxi4 ,voulez-vous connatre1 travers les murs1 la vie recueillie de ces pauvres manoirs qui ont gard loin du monde les oublis du nouveau sicle1 comme les coquillages des mers de l',ouest gardent entre leurs cailles1 concasses par le flux et reflux de l'lment des temptes1 les animalcules rejets par les flots et endormis sur quelques grves isoles de vos rivages8 ,lisez d'un bout l'autre ,mlle de ,gurin3 c'est un ,walter ,scott sdentaire qui fait partie du monument et qui vous le dcrit sans y penser4 ,elle n'en a pas seulement la vue1 elle en a l'intelligence et le got1 elle en fait partie1 elle en est le centre4 ,nulle part1 pas mme dans ,chateaubriand1 ce prophte du pass1 la noblesse indigente de ces manoirs nobles n'est si clairement dcrite4 ,on y voit le paysage extrieur1 les collines lointaines1 le ruisseau au bas1 le moulin au bruit monotone1 les champs verts ou jaunes de la moisson1 remontant vers la maison1 les vergers plus haut1 le jardin avec ses arbres grles et ses carrs de lgumes entours de bordures de buis on d'oeillets1 le perron enfin1 o quelques figuiers empaills l'hiver et quelques grenadiers en caisse talent contre les murs leurs larges feuilles lapidaires ou fleurissent pour embaumer le seuil4 ,lisez encore ,mlle de ,gurin1 si vous voulez connatre les habitants de ces antiques demeures4 ,voil le pre revenant de ses champs pour l'heure des repas1 et embrassant ses enfants qui l'attendent pour prendre avec lui le dner frugal sur la table de la cuisine1 au milieu de cinq ou six serviteurs respectueux quoique familiers4 ,on bnit le pain haute voix1 pour que la reconnaissance prcde le bienfait4 ,le cidre ou le vin du pays coule modrment dans le verre des hommes2 les femmes ou les filles ne boivent que l'eau puise dans une tasse de cuivre au seau de la porte4 ,aprs le repas1 on cause un moment1 puis le pre rentre dans sa chambre1 les filles au salon1 les fils courent leurs jeux dans les prairies ou dans le ruisseau du moulin avec les petits paysans de leur ge1 et reviennent le soir chargs du poisson de l'tang ou de la tonte des peupliers4 ,la plus ge des jeunes personnes s'enferme seule dans sa petite chambre pour lire1 tudier1 crire1 prier solitaire4 ,mais qui crira-t-elle8 elle-mme2 elle note simplement ses impressions de la journe sans penser qu'un autre oeil que le sien sondera jamais ces doux mystres4 ,les notes se multiplient1 les morts surviennent1 les douleurs enseignent les rsignations1 la religion console1 les tendresses de famille s'exaltent et se concentrent dans l'excellent et malheureux pre1 puis tout se dcolore except la pit1 et tout meurt4 ,,xxii4 ,mais d'o vient ce style simple1 pur et expressif comme l'motion elle-mme8 il vient comme il est venu ,mme de ,svign1 ,gerson2 il vient1 sans art1 du coeur cout seul par la jeune fille qui s'crit elle-mme devant le miroir de ses penses4 ,nous avons vu souvent de grands peintres faire leur propre portrait en se contemplant devant une glace3 mais la peinture ne peut rendre l'image du peintre que dans une seule expression1 une seule attitude1 tandis que la plume peint la nature morale dans toute sa mobilit1 dans les mille motions secrtes que la vie donne ceux qui pensent1 qui sentent1 qui jouissent1 qui souffrent1 qui pleurent ou qui prient4 ,quelle diffrence6 ,le portrait par la peinture1 c'est un seul jour2 le portrait par la plume1 c'est la vie entire6 ,mlle de ,gurin1 c'est l'enfance et la maturit1 la solitude et le monde1 la vitalit et la mort1 et aprs la mort l'esprance immortelle qui ressuscite tout6 ,son livre est le voile pudique de l'me1 lev en prsence de son ,crateur par la sainte impudeur de la confession4 ,cela devait tre brl3 un heureux oubli de la mourante a tout laiss1 l'amiti difie a tout trahi4 ,prtez l'oreille et coutez ces mystres de l'me4 ,rien ne vous scandalisera2 c'tait une femme1 mais c'tait une sainte6 ,vous vous sanctifierez en la lisant4 ,quant au style1 aprs ce que nous vous avons si abondamment cit1 nous n'avons rien vous dire4 ,c'est la nature elle-mme6 ,figurez-vous tout ce qu'il y a de naf dans l'enfant1 d'aimant dans la jeune vierge1 de tendre dans la fille1 de dvou dans la soeur1 d'affectueux dans l'amie1 de religieux dans le sentiment1 de pittoresque dans le coup d'oeil1 de dlicat dans la perception1 de nouveau dans le sens des choses morales et des paysages1 sortant sans prtention1 sans tude et sans effort1 pendant vingt ans1 d'une me qui s'oublie elle-mme pour se rvler son ,dieu1 et qui trouve des accents1 des images1 des soupirs1 des hymnes1 comme l'clair trouve son chemin dans les nuages1 et comme l'abeille trouve son parfum dans les bouquets du printemps sur l'ocan de fleurs de la prairie3 voil ce style6 ,ce n'est pas une forme de l'art1 c'est une manation de la vie qui monte l'me et qui l'enivre de charme et de saintet1 d'un charme et d'une saintet tellement fondus ensemble qu'on ne peut pas discerner ce qui est amour divin de ce qui serait amour terrestre1 ce qui serait dlire de ce qui est dification1 et qu'en fermant un moment le livre pour le rouvrir bientt aprs une autre note1 on ne peut en dtacher ni son coeur ni son imagination3 oui1 voil ce style6 ,mille fois au-dessus de l'admiration1 ce qu'il provoque1 c'est l'tonnement d'abord1 puis c'est l'amiti4 ,il est impossible de lire ,mlle de ,gurin sans se dire soi-mme3 ,c'est mon amie6 ,son me est de mme famille que la mienne1 et1 puisque ,dieu m'a permis de la connatre dans cette confidence1 cette me ne me quittera plus jusqu' mon dernier jour4 ,,lamartine4