by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,note de transcription3 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,les notes de bas de page sont regroupes la fin de chaque chapitre4 ,,isis ,cet ouvrage a t tir dix exemplaires sur papier de ,hollande4 ,comte ,a4 de ,villiers de l',isle-,adam ,,isis ,eritis sicut ,dii4444 ,,le ,,sepher4 ,illustration ,,librairie ,,internationale ,,paris1 ,,place ,,st-,,michel1 #d ,,bruxelles1 ,,rue ,,royale1 #ae ,a ,monsieur ,hyacinthe du ,pontavice de ,heussey1 ,permettez-moi1 ,monsieur et bien cher ami1 de vous offrir cette tude en souvenir des sentiments de sympathie et d'admiration que vous m'avez inspirs4 ,isis est le titre d'un ensemble d'ouvrages qui paratront1 si je dois l'esprer1 de courts intervalles3 c'est la formule collective d'une srie de romans philosophiques2 c'est l',x d'un problme et d'un idal2 c'est le grand inconnu4 ,l'oeuvre se dfinira d'elle-mme1 une fois acheve4 ,croyez1 en attendant1 que je suis heureux d'inscrire votre nom sur sa premire page4 ,a4 de ,villiers de l',isle-,adam4 ,paris1 #b juillet #ahfb4 ,,prol,,gom,,nes ,i4 ,,tullia ,,fabriana ,tout semble annoncer que le sicle actuel est appel voir les luttes les plus ardentes et les plus dcisives qui se soient jamais livres sur les plus grands intrts dont l'homme ait droit de se proccuper ici-bas4 ,dom ,,gu,,ranger4 ,,chapitre ,,premier4 ,italie4 ,il y avait eu soire au palais ,pitti4 ,la duchesse d',esperia1 belle dame de la plus gracieuse distinction1 avait prsent tout ,florence le comte de ,strally-d',anthas4 ,il annonait de dix-huit vingt ans au plus4 ,il voyageait et venait d',allemagne4 ,sa mre tait de l'une des plus illustres maisons d',italie2 on le savait4 ,il se trouvait donc alli aux plus hautes noblesses du pays2 la duchesse tait mme un peu sa cousine2 qu'il ft prsent par elle1 ne souffrait aucune difficult4 ,le prince ,forsiani1 nomm1 depuis la veille1 ambassadeur de ,toscane en ,sicile1 avait paru s'intresser lui4 ,c'tait un vieux courtisan1 fin et froid1 mais solidement estim de tous4 ,dans la mesure de l'indiffrence du monde1 il tait assez aim4 ,le jeune homme1 aprs les respectueuses formules d'usage1 s'tait assis devant une table d'checs1 vis--vis de lord ,seymour1 et le cercle d'amateurs et d'ennuys marquants avait environn cette partie4 ,on dansait dans les autres salons4 ,des demi-paroles furent changes touchant la conduite de ce jeune ,allemand1 qui jouait1 au lieu de danser1 selon son ge4 ,divers courants d'ides remurent bientt1 dans le vague1 autour du prince ,forsiani1 de la duchesse et de ,m4 de ,strally1 dont la belle physionomie fut commente4 ,ce qui fit sensation1 ce fut la prsentation du jeune homme au nonce-lgat 7qui daigna survenir vers les onze heures7 par le duc d',esperia lui-mme4 ,son minence avait t fort gracieuse durant cette crmonie3 on tait recommand1 cela se devinait4--,mais pourquoi l'empressement du duc d',esperia8 ,n'tait-il pas sur l'ge8--,une vieille dame1 petit comit1 s'avisa d'insinuer1 entre un sourire et une glace1 que l'ambassadeur avait divinement connu la comtesse de ,strally1 du temps qu'elle habitait ,florence1 autrefois1--avant son mariage avec le margrave d',anthas4 ,cela se dit1 en italien4 ,une deuxime dame1 galement sur le retour1 jugea naf d'observer que le prince n'tait point mari4 ,ces paroles comportaient une somme d'hsitations si profonde1 que nul ne poursuivit4 ,quant au jeune homme1 il continua la partie1 simplement4 ,rien de significatif ne fut avanc1 comme de raison1 aprs ce peu de mots4 ,dans la soire1 il y eut encore deux fragments d'entretien1 assez dignes de remarque1 pour ce qu'ils devaient sous-entendre4 ,le nonce et la duchesse d',esperia causaient seuls1 d'une voix polie1 depuis une minute3 --,et ,votre minence y est alle8 disait la duchesse4 --,oh6 je suis sr qu',elle n'tait pas au palais1 rpondit le nonce4 ,toutefois1 comme il serait trs utile d'obtenir un auxiliaire de cette valeur1 je laisserai peut-tre un billet1 samedi1 dans le cas d'une nouvelle absence4 --,c'est bien excessif1 monseigneur4 ,un sourire italien glissa faiblement sur les lvres de ,son minence1 qui s'loigna dans un lger salut4 ,le prince ,forsiani revenait4 ,sur un regard indiffrent de la duchesse d',esperia3 --,je pars pour ,naples demain dans la nuit1 rpondit-il d'un air affable1 mais d'une voix presse et trs basse4 ,je prendrai ,wilhelm aux ,casines1 vers neuf heures du soir4 ,l'entrevue est fixe dix heures4 --,fixe6444 ,vous l'avez donc vue1 cette belle invisible8 --,dans le salon ducal1 il y a dix minutes4 ,elle tait seule avec ,son ,altesse royale et l'envoy persan4 ,peu de secondes aprs1 elle accepta ma main jusqu' sa voiture4--,quelques mots ont suffi4 ,plusieurs cavaliers1 de belles personnes brillantes et satisfaites intervinrent4 ,on en resta l1 sur le mystrieux sujet4 ,il y eut de crmonieuses flicitations1 et vers deux heures et demie du matin l'on se spara4 ,le bruit des voitures diminua1 la nuit redevint silencieuse sur ,florence4 ,,chapitre ,,ii4 ,celui qui devait venir4 ,le lendemain1 vers neuf heures du soir1 le prince ,forsiani marchait dans une alle des ,casines4 ,aujourd'hui1 les ,casines sont les ,champs-lyses de ,florence4 ,on y rencontre des statues caches dans de vastes murailles de verdure1 des animaux rares1 de grands arbres taills et des trangers de tous les pays4 ,le chteau des grands-ducs de ,toscane ne date que de #aghg4 ,en #aghh1 poque o nous sommes1 il y avait des dcombres1 des veilleurs arms1 des statues clair-semes1 et des fanaux bariols de rouge et de bleu dans le got vnitien1 allums de distance en distance dans les massifs4 ,d'ailleurs1 grand isolement4 ,le prince ,forsiani marchait dans l'ombre3 une bouffe de brise passa dans les feuilles2 il jeta un regard autour de lui2 certes1 il tait bien seul4 --,enfin6 dit-il avec un soupir1 laissons cela4 ,dans le carrefour de la grande alle1 une lanterne pose sur un amas de pierres claira sa figure4 ,peu d'instants aprs1 un nouvel arrivant1 dont le grand manteau de velours noir se lustrait aux reflets des fallots1 s'approchait de lui4 ,quand l'inconnu fut devant le prince1 il ta sa toque et le salua d'un geste gracieux4 --,bonsoir1 mon cher ,wilhelm6 fit le prince en lui tendant la main4 ,et son manteau cart laissa voir de riches vtements et les belles proportions d'une haute stature4 ,des cordons brillaient sur sa poitrine et se rattachaient au ceinturon de son pe4 ,son visage noble et fier1 que les symptmes de la vieillesse prochaine rehaussaient de gravit1 paraissait empreint de mlancolie4 ,pour ,wilhelm1 c'tait un splendide jeune homme1 ayant de longs cheveux boucls et noirs1 un air de douceur et d'insouciance1 un teint ple et de beaux yeux4 --,bonsoir1 monseigneur6 dit-il1 pardonnez-moi de ne pas tre le premier au rendez-vous1 je devais ma qualit d'tranger de m'garer en chemin4 --,votre bras4 ,ils prirent le milieu de l'alle4 --,notre belle ,gemma vous a-t-elle parl de cette personne laquelle je dois vous prsenter dans une heure8 continua ,forsiani4 --,la duchesse d',esperia m'a dit que ,votre ,altesse pouvait seule444 --,bien4 ,mais voyons6 ,d'aprs ce que vous en avez entendu1 quelle ide vous faites-vous ce sujet8 --,de la marquise ,tullia ,fabriana8 --,oui1 dit le prince4 ,le jeune homme hsita1 et rpondit3 --,je me reprsente une femme dont les actions et les paroles commandent le respect1 et qui1 cependant1 laisse une arrire-pense qui ne satisfait pas4 --,ah6 fit le prince4 ,et il regarda quelque temps ,wilhelm d'un air songeur4 ,il faisait une demi-obscurit1 des tnbres bleues2 les deux promeneurs se voyaient parfaitement sous les arbres4 --,mon cher enfant1 dit-il1 vous arrivez de votre manoir d',allemagne2 vous avez dix-sept ans2 vous savez beaucoup1 et le vieux ,walter est un prcepteur de gnie4 ,vous tes seul au monde4 ,vous vous nommez le comte ,karl-,wilhelm-,ethelbert de ,strally-d',anthas3 vous descendez des ,strally-d',anthas de ,hongrie par votre pre1 et des ,tiepoli de ,venise par votre mre2 deux princes et un doge3 c'est au mieux4 ,vous tes riche du majorat de votre aeul2 vous tes brave2 vous tes fort2 vous tes beau comme un de ces soirs italiens1 par lesquels de belles dames ne ddaignent pas de commettre un joli rve2 vous arrivez en pleine ,italie1 ,florence1 tenter une fortune de puissance et de gloire2 vous avez le bonheur d'tre le cousin1 bien plus1 le protg de la duchesse d',esperia4 ,vous m'tes recommand par le souvenir de votre bonne et sainte mre2 enfin1 vous n'avez qu' vous montrer pour rsumer un ge1 o le commun des hommes n'est pas visible1 ce que cinquante ans de luttes et de labeurs accablants ne peuvent donner4 ,vous avez la jeunesse6 ,vous pouvez tout demander1 tout obtenir1 peut-tre4 ,vous vous y prenez d'assez bonne heure pour monter vite au sommet d'une ambition justifie4 ,eh bien1 moi qui suis prince1 et qui ne parais pas avoir trop me plaindre de ce monde o vous entrez1 je vous eusse dit1 si1 d'aprs une vingtaine de paroles1 je n'avais pas trouv dans votre nature quelque chose de solide et d'inn1 je vous eusse dit3 ,retournez dans votre manoir1 pousez quelque jeune fille vertueuse et simple1 bnissez le ,dieu qui vous a fait ce loisir2 aimez1 rvez1 chantez1 chassez1 dormez1 faites un peu de bien autour de vous1 et surtout n'oubliez pas de secouer la poussire de vos bottes1 sur la frontire1 de crainte d'en empoisonner vos forts1 vos montagnes et votre vie4 ,comprenez-vous8 --,ne voulez-vous pas m'effrayer1 monseigneur8 dit ,wilhelm1 assez interdit de cette conclusion4 ,en admettant que je risque la vie1 je suis seul au monde4 ,il y eut un moment de silence4 --,et puis1 on ne meurt qu'une fois6 ajouta le jeune homme avec insouciance4 --,vous croyez8 dit le prince4 ,a votre ge les mots n'ont qu'un sens vague1 et plus tard1 lorsqu'on en voit la profondeur1 le coeur se serre de stupeur et de dgot4 ,vous ignorez les froides et cruelles bassesses1 les trahisons envenimes et leurs milliers de complications aboutissant l'ennui quotidien2 les amitis envieuses1 haineuses et souriantes2 les trames perfides o l'on perd l'amour et la foi1 souvent l'honneur et la dignit1 sans qu'on sache pourquoi ni comment cela se fait4 ,ah6 vous tes heureux6 ,laissez aux passions le temps de venir1 et vous comprendrez4 ,vous croyez1 vous dont le coeur s'panouit de bienveillance et de bont1 vous pensez qu'on va s'intresser vous8 ,dans le monde1 on ne s'intresse qu' ceux que l'on redoute1 et vous trouverez1 sous les dehors les plus attrayants1 l'indiffrence et la mchancet4 ,songez que vous allez nuire beaucoup de personnes1 par cela mme que vous tes riche1 que vous tes jeune1 que vous tes noble1 c'est--dire par toutes les qualits qui semblent devoir vous faire aimer4 ,au lieu de soleil1 nous avons des lustres2 au lieu de visages1 des masques2 au lieu de sentiments1 des sensations4 ,vous vous attendez des hommes1 des femmes1 des jeunes gens8 ,ceux qui nient les spectres ne connaissent pas le monde4 ,mais passons4 ,vous tes d'toffe rsister2 cela suffit4 ,le vieux courtisan parlait d'une manire si naturelle1 que le jeune homme en tressaillit lgrement4 --,votre ,altesse daignera l'avouer1 du moins3 les deux premiers visages que j'ai rencontrs dmentent passablement le tableau qu'elle vient de me faire des autres2 n'est-ce pas de bon augure pour l'avenir8 --,ne me remerciez pas1 ,wilhelm6 continua ,forsiani4 ,j'ai connu votre mre autrefois1--je vous le dis encore1--et1 ne fut-ce pour votre distinction et votre charmant courage1 je vous aimerais pour elle4 ,vous allez tre mis1 ajouta le prince1 en prsence d'une femme d'un esprit hors ligne et d'une influence exceptionnelle4 ,peu de gens la connaissent2 on en parle peu3 c'est cependant1 j'en suis persuad1 la femme la plus puissante de l',italie1 cette heure4 ,on essaie de la circonvenir1 mais elle cache son me et sa pense avec un inviolable talent4 ,comme elle possde l'intuition des physionomies un degr1 voyez-vous1 mon enfant1 que l'on n'atteint pas1 elle vous dfinira juste et vite4 ,soyez devant elle ce que vous tes2 soyez naf1 soyez simple3 elle est au-dessus des autres3 donc1 elle peut prouver encore un sentiment humain4 ,si vous avez le bonheur d'veiller en elle un mouvement de sympathie1 amiti1 bienveillance1 amour1 n'importe1 vous n'aurez qu' vous laisser un peu conduire les yeux bands1 vous arriverez o bon vous semblera4 ,je lui ai parl de vous4 --,ah6 dit le comte4 ,forsiani le regarda4 --,ce qui m'a surpris1 continua-t-il1 c'est le regard clair et inaccoutum dont elle accompagna sa phrase3 ,amenez-le moi1 et l'attention inusite qu'elle parut prendre ce fait de votre rcente arrive ,florence4 ,elle avait quelque chose de chang dans le son de sa voix4 ,je ne lui connaissais pas cette manire1 et je fus assez tonn de ce brusque intrt pour une chose d'importance secondaire4 ,enfin1 je crois qu'elle dsire vous voir1 et c'est un rare mrite qu'elle vous donne l4 --,est-il possible6 s'cria radieusement ,wilhelm4 ,il avait une question sur les lvres1 mais il n'osa pas interrompre le prince1 qui le devina4 --,elle parat vingt-quatre ans1 ajouta ,forsiani2 elle en a de vingt-six vingt-sept4 ,il est difficile de se figurer une femme plus belle4 ,c'est une blonde1 avec un teint blanc comme cette statue2 des yeux noirs1 d'une expression admirable6 ,vous serez charm de la merveilleuse distinction de ses traits et de la douceur extraordinaire de sa voix4 ,la simplicit de ses paroles vous semblera d'abord trs naturelle et d'un grand laisser-aller2 puis1 en y regardant de prs1 vous verrez quelle exactitude mesure1 quelle sret d'elle-mme elle garde au plus fort de cet apparent laisser-aller4 ,c'est la plus haute supriorit humaine1 mon cher enfant2 l'esprit1 constamment matre de lui1 reste toujours matre des autres4 ,on ne lui a jamais connu ni souponn d'amants4 ,une chose remarquer1 c'est que1 malgr les passions qu'elle doit exciter1 malgr sa rputation intacte1 son me suprieure1 sa grande fortune1 sa noblesse et sa beaut1 nul ne l'a demande en mariage1 je le crois1-- l'exception d'un seul 7qui a t fort poliment loign1 il est vrai72--vous le connaissez1 c'est le gentilhomme anglais qui tenait contre vous hier au soir4 --,lord ,seymour8444 s'cria ,wilhelm4 --,plus bas1 cher ,wilhelm2 il est inutile qu'on nous entende4 ,oui1 lord ,henri ,seymour4 ,que pensez-vous de ce gentilhomme8 --,je me sens moins attir vers lui que vers tout le monde1 je l'avoue1 dit navement le comte4 --,et c'est lui que vous vous tes adress d'abord1 continua le prince444 ,oui1 je crois de certaines fatalits444--,si vous tes le bienvenu chez la marquise ,fabriana1 prenez garde lord ,henri2 c'est un homme projets fins et violents1 malgr sa froideur4 ,il a diverses faons contenues qui m'ont appris du nouveau sur son caractre4 ,je regrette de ne pouvoir abandonner1 pour veiller sur vous1 la mission dont je suis charg1 car je vous aime comme mon enfant1 et je crains qu'il vous arrive malheur4 ,il est heureux que la duchesse ,gemma vous ait donn ses bonnes grces444 c'est une femme d'exprience qui m'avertirait444 ,voici1 dans tous les cas1 l'adresse d'un homme assez inconnu1 qui pourra vous renseigner sur la valeur d'une pe bien manie4 ,vous vous prsenterez de ma part4 ,ils s'arrtrent sous les feuillages1 clairs par un fallot4 ,le prince traa deux lignes ttons sur son genou4 ,wilhelm serra le bout de papier dans son pourpoint4 ,s'il et t donn quelqu'un de pouvoir lire dans son me en ce moment1 il y aurait vu l'tonnement le plus profond des paroles et des manires de ,forsiani4 --,ah6 c'est que vous me trouvez dmasqu1 mon cher comte1 dit en riant le prince1 qui le comprenait4 ,marchons un peu de ce ct1 ajouta-t-il2 voil neuf heures et demie1 et il me reste beaucoup vous dire encore4 --,monseigneur1 que vous tes bon pour moi6 comme je vous aime6 --,allons1 merci6 fit le prince4 ,je vous avoue1 cher enfant1 que je ne serais pas fch de trouver un peu d'amiti sincre avant de mourir4 ,et ils reprirent leur promenade sous les grands arbres4 ,,chapitre ,,iii4 ,promenade nocturne4 --,voici en peu de mots l'histoire de la noblesse assez trange de ,fabriana1 continua le prince4 ,il est bon que vous la connaissiez4 ,tullia ,fabriana descend1 par les femmes1 des ,fabriani vnitiens1 dont sa famille a pris le nom1 et1 par les hommes1 des ,visconti de ,pise1 lesquels ne sont lis d'aucune parent avec ceux de ,milan4 ,les chefs principaux de cette haute maison furent deux jeunes aventuriers1 ,lamberto et ,ubaldo ,visconti1 qui1 par une belle journe de l'an de grce #aaib1 je crois1 s'ennuyant de vivre inconnus1 vinrent1 avec une poigne de paysans1 conqurir peu prs tout le sud de la ,sardaigne4 ,ce n'est gure plus difficile que cela pour les hommes d'nergie de tous les sicles4 ,il y a mme ce sujet une petite histoire3 le pape ,innocent ,,iii1 prtextant des droits dlgus par on ne sait trop qui1 ou revendiquant la conqute et l'autorit de deux sujets dont il se proccupait beaucoup moins la veille1 ou faisant purement et simplement de cet admirable fait d'armes une question de scribes et de douanes1 rclama d'eux la rmission des villes conquises4 ,il y eut hsitation4 ,bref1 les ,visconti refusrent4 ,ce fougueux pontife les excommunia4 ,devant ce fait1 pareille poque1 ils n'avaient que deux partis prendre3 se soumettre1 ou feindre une soumission1 et1 dans ce dernier cas1 revenir en ,italie en tranant leurs petites troupes1 dbarquer sur diffrents points1 marcher la nuit1 cerner le ,trs ,saint ,pre1 l'enlever par surprise1 incendier le ,vatican et en finir en s'instituant et s'affirmant1 de leur chef1 plnipotentiaires des droits de l'glise et souverains d',italie4 ,ils ne risquaient rien1 tant dj mis au ban de la dignit humaine par la bulle qui pesait sur eux4 ,encourir la captivit1 la torture et la mort8 ,de tels soldats ne tiennent pas se laisser prendre vivants6 ,soulever contre eux une demi-douzaine de rois et le clerg d',europe8 ,peut-tre4 ,en regardant de prs l'histoire de ce temps-l1 on se demande s'ils n'auraient pas rencontr plus de partisans que d'ennemis4 ,mais c'est difficile oser1 mme pour les ,henri ,,iv d',allemagne4--,lamberto ,visconti se soumit 7ces hommes d'pe672 ce fut seulement ,grgoire ,,vi qui leva l'excommunication4 ,un ingnieux contrat fut stipul4 ,lamberto pousa une certaine ,gherardesca1 proche parente du pape4 ,ubaldo1 rebelle1 cra le judicat des sept villes1 l-bas1 en ,sardaigne1 et gouverna4 ,cela causa deux partis1 dont le foyer vint se centraliser ,florence1 et voil l'origine peu connue de cette lutte des ,gibelins et des ,guelfes4 ,je vous ai racont cette histoire non seulement pour vous faire apprcier l'excellence de la noblesse de ,tullia ,fabriana1 mais aussi pour vous indiquer1 en passant1 comment les coups de main1 en apparence les plus dvergonds1 deviennent des coups d'tat1 et finissent par s'accepter1 s'enchaner et se mler d'une manire la fois simple et bizarre1 avec la fluctuation gnrale4--,je vous prie1 mon cher enfant1 de ne point conclure de ceci que je ne suis pas chrtien4 ,ces circonstances ne touchent le dogme ternel en aucune manire1 et1 sans vouloir mme sous-entendre les ,alexandre ,,vi1 les ,urbain ,v1 les ,jules ,,ii et le reste1 il y en a1 vous le savez1 de beaucoup moins tolrables dans l'histoire universelle3 une croyance qui1 malgr tant de scandales1 subsiste depuis tant de sicles1 et trouve tous les jours des martyrs1 prouve par cela qu'elle signifie quelque chose2 et cette bande d'escrocs1 loin de servir d'arguments contre elle1 dmontre la solidit de son trne4 ,je racontais avec impartialit2 voil tout4 --,merci1 monseigneur1 dit ,wilhelm4 ,n'tait-ce pas encore un singulier chrtien que ,m4 l'ambassadeur8 --,outre ces deux hommes de guerre1 continua le prince ,forsiani1 notre marquise compte un bon nombre de noms illustres1 inscrits au livre d'or de ,venise et sur les annales d',italie4 ,elle mne une vie de solitude1 reoit peu et voyage quelquefois4 ,elle est seule au monde1 comme vous1 mais depuis sept ou huit ans4 ,sa mre tait une femme trs simple4 ,de son vivant1 je les ai vues sympathiser4 ,la marquise n'en parle jamais1 non plus que de sa famille3 elle semble1 chose assez surprenante1 avoir oubli l'une et l'autre4 ,je sais qu'elle donne une grande part de sa fortune en aumnes3 c'est de la bont2 mais il y a dans sa vie1 peut-tre1 des secrets moins ordinaires4 ,je ne la crois pas incapable de grandes actions4 ,puisse-t-elle1 comme je l'espre1 vous prendre en amiti6 ,dix heures moins un quart sonnrent au palais ,pitti4 --,maintenant1 ,wilhelm1 je vais vous donner quelques conseils pratiques2 vous les prendrez comme paroles d'un homme qui vous aime1 et en qui bien des choses se sont finies4 ,je pars dans cinq ou six heures3 je suis d'un ge o l'on peut douter de revoir ceux que l'on quitte444 ,il est de ncessit que je vous mette un peu sur vos gardes contre l'existence4 ,en deux mots1 voici la manire suivre1 si vous voulez arriver haut et vite1 quoiqu'il advienne1 et si vous voulez rester digne de votre ambition4 ,vous ne ressemblez pas la plupart des jeunes gens de votre ge1 sans cela j'eusse commenc par vous dire3 ,mon cher comte1 je n'ai pas de conseils vous donner4 ,s'il vous reste assez de sant et de conscience1 dans un an d'ici1 pour rflchir sur vous-mme et que j'aie le plaisir de vous retrouver encore1 j'aurai peu de chose vous apprendre4 ,vous aurez acquis1 dans cette anne d'tourdissements1 le regard thorique de l'existence2 mais comme le sens de la vrit sera totalement branl dans votre coeur1 je vous souhaiterai du courage4 ,quant prsent1 bien du bonheur et adieu4 ,j'eusse parl de la sorte4 ,vous1 mon enfant1 je puis vous conseiller4 ,oh6 je comprends la jeunesse et je ne puis trouver fcheux de se dlasser quelquefois1 de se laisser aller jouir de ses vingt ans4 ,on n'a vingt ans que peu de jours2 mais la vie importante est celle dont les actions ne troublent pas notre dignit1 renforcent le sentiment sublime de notre esprance1 nous donnent la srnit intrieure et nous autorisent1 par cela mme1 prendre confiance dans la mort4 ,c'est de cette existence aux luttes difficiles que je dsire vous parler4 ,vous allez avoir affaire des hommes qui s'estiment presque tous capables de changer la face du monde et dont chacun se pense plus que le voisin1 ce qui1 vu de prs1 constitue le plus clair de l'apparente galit universelle4--,si l'on vous trouve jeune1 ne dites rien2 mais pesez le rsultat social et pratique de l'homme qui vous trouvera jeune1 vous serez tonn de voir comme c'est1 presque toujours1 nul ou infime4 ,n'coutez pas tous ces gens qui voient les choses de haut2 ils les voient de si haut1 qu'ils finissent par ne plus rien distinguer4 ,ne vous laissez jamais blouir par leurs affirmations4 ,dcomposez1 en pense1 chacun des termes qui les noncent1 et la plupart du temps vous trouverez l'ensemble niais ou naf4 ,souvent vous entendrez un homme dire cependant une chose profonde1 et vous le verrez divaguer une minute aprs4 ,le dernier venu peut dire des choses profondes6 ,c'est de les unir entre elles qui est difficile4 ,celui qui le fait1 par exemple1 est un homme4 ,si vous avez intrt dans une discussion suites srieuses 7n'en faites jamais d'autres7 ce qu'un tel ou un tel ne parle pas longtemps contre vos ides1 prenez-le par un petit dtail dsagrable de sa conduite ou de sa vie prive3 ne craignez pas d'entrer l-dedans1 sans faon1 en matre2 et faites voir des spectacles inattendus en dilatant cet ennuyeux dtail3 on terrasse des lions avec des riens pareils4 ,je regrette de ne pas faire cette exprience devant vous1 pour vous montrer ce qui en rsulte2 mais ceci n'tant qu'une question de tact1 vous devez comprendre les mille manires gracieuses dont cela s'entoure4 ,si vous tenez ce que votre avis soit accept1 sachez ceci3 qu'avoir raison1 c'est avoir plus raison4 ,quel but vous proposez-vous8 ,amener vos vues8 ,ne commencez donc jamais par blesser autrui d'une dngation absolue de son avis4 ,dites ce qu'il dit1 et si vous avez l'au-del1 faites-le lui voir4 ,il y viendra de lui-mme2 mais il mourra sur la brche plutt que de dmordre que vous avez tort1 si vous commencez par nier ce qu'il dit4 ,ne vous emportez donc jamais6 dans aucune circonstance6 ,si vous n'tes plus matre de vos paroles1 comment le serez-vous des paroles d'autrui8 ,wilhelm coutait toutes ces choses simples avec une grande attention4 ,la nuit s'avanait dans le ciel4 ,le prince continua paisiblement3 --,et puis1 comte1 il faut avoir de la charit1 voyez-vous2 la charit1 c'est le respect du prochain4 ,en respectant l'homme1 mme le plus tomb1 vous en ferez votre chien1 si vous voulez1 tant le sentiment de sa noblesse est lev chez l'homme4 ,pour arriver respecter tout homme ayant agi d'une manire rvoltante1 il n'y a qu' se faire ce dilemme3 ou cet homme avait une raison pour commettre tel acte misrable1 ou il n'en avait pas4 ,s'il n'en avait pas1 c'est un fou qu'il faut plaindre et non juger1 ni mpriser2--s'il en avait une1 il est bien vident que moi1 dou de raison comme lui1 galement homme1 si j'avais t plac dans les mmes conditions et circonstances que lui1 si j'avais t pouss par les mmes mobiles que lui1 j'aurais fait comme lui1 puisqu'il a fait cela d'aprs une raison4 ,ne jugez donc jamais l'homme et respectez-le toujours1 quoi qu'il ait fait4 ,jugez seulement l'action1 parce qu'il faut bien statuer sur quelque chose pour vivre sociable1 et passez outre4 ,essayer de retrouver les mobiles n'est pas possible2 d'ailleurs1 c'est inutile et insondable2 c'est d'un autre monde que le ntre4 ,il faut respecter l'homme parce qu'on est homme et qu'on doit respecter son humanit dans celle d'autrui4 ,quant aux ides d'autrui1 c'est une autre affaire4 ,il ne faut pas tenir l'admiration ou l'indiffrence de ces gens1 dont le blme et l'estime obissent aux mmes mobiles que le flot qui va et vient4 ,est-ce que cela compte8 ,est-ce qu'on s'en occupe8 ,c'est la poussire de la route2 c'est le vent qui passe4 ,laissez dire ces personnes qui ne font que rciter des peu prs toute leur vie1 en s'imaginant qu'on ne peut pas y avoir song comme elles4 ,si vous saviez comme c'est peu de chose1 en rsultat6 ,si vous saviez comme ce qu'elles font est ridicule1 pitoyable et mchant6 ,tenez1 la soire d'hier vous a sembl toute agrable2 votre prsentation au nonce1 toute simple2 les bonts de la duchesse d',esperia1 mon amiti1 toutes naturelles8 ,vous ignorez ce que ces faits ont suscit de penses viles1 de raisonnements abjects1 de demi-mots infmes6444 ,sous le masque de srnit1 vous ne vous figurez pas ce que je lisais de traductions dans ces petits sourires rampant comme des vipres sur les lvres de ces beaux jeunes gens et de ces charmantes femmes6 ,il m'et suffi de prononcer deux ou trois paroles lgantes et mesures pour faire frmir bien des ventails et pour amener le silence et la pleur sur l'insouciante niaiserie de bien de ces figures1 sachant ce que pse leur insouciance2 mais il faut pardonner ceux qui ne savent ce qu'ils font4 ,vous verrez ces galants qui se permettent de railler une noble action1 en croyant se la dfinir1 parce qu'ils en aperoivent un ct leur taille6 ,ils sont prvenants avec les femmes1 ils ont du coeur devant le danger1 et point d'me en face du ciel1 de la conscience et de la cration4--,belles manires1 gants parfums et moustaches fines6--,tas d'ossements que tout cela6 ,prenez deux mois de pauvret froide pour m'valuer ces belles dignits6 ,comme vous les verriez calculer et commettre de ces bassesses incroyables1 sans nom1--pour vivre8 ,pas du tout6 ,ils agiraient par ennui1 fainantise et lchet1 pour se procurer le plus petit plaisir4 ,j'ai vu cela tant de fois6444 ,un homme de bon sens1 qui est seul avec deux bons bras et du coeur1 ne peut manquer exactement de vivre partout2 mais ces philosophes estiment que le travail est une faiblesse4 ,grand bien leur fasse6 ,croyez-vous qu'une centaine de ces hommes de got fassent la monnaie d'un paysan1 qui aime une brave femme1 la bat de temps autre1 lve sa famille1 travaille la terre1 et daigne prier ,dieu8444 ,voil cependant le monde dans toute sa splendeur1 mon cher ,wilhelm6 eh bien6 ne le mprisez pas4 ,vous ne pouvez comprendre les forces d'impulsions gradues vers l'infamie1 les rouages de la bassesse et du crime1 les poussades insensibles qui conduisent l4 ,ce sont des abmes6 ,plaignez et respectez1 malgr tout1 si vous voulez voir dans la vie quelque chose444 de plus que la vie6444 ,en un mot1 ayez cette charit dont je vous parlais tout l'heure4 ,vous m'avez compris1 n'est-ce pas8 --,oh6 cher prince6 ,cela met de la glace sur le coeur6 --,oui1 c'est assez froid2 mais on s'y habitue4 ,voici des conseils pour vous1 maintenant4 ,je vous sais modeste1 je suis sr que vous le serez toujours1 en paroles1 au moins1 par cela seul que la modestie est l'orgueil logique4 ,vous tes riche1 tant mieux2 mais ne faites jamais de dettes1 quand mme il s'agirait d'un trne1 par la simple raison que vous pourriez mourir sans vous tre acquitt1 que cela s'oublie1 et que si vous voulez tre sr de vous-mme1 il importe que vous soyez prt mourir toute heure1 tel que le sort vous a fait1 sans rien devoir de plus personne4 ,c'est de la vraie dignit1 cela4-- ,n'hsitez jamais2 agissez toujours devant l'occasion2 faites n'importe quoi1 mais faites quelque chose3 tous les vnements s'entre-valent1 peu prs1 pour celui qui en sait trouver le joint et en extraire la valeur relle3 c'est--dire1 pour celui qui sait dcouvrir le plus grand nombre de rapports possibles de tel vnement avec le but absolu de son existence3 les natures ttonnements n'arrivent rien de solide2 agissez donc toujours devant l'occasion en dployant sur elle toutes les ressources de votre prsence d'esprit4--,ne vous liez jamais avec personne au point de vous livrer en paroles2 jamais6 cela ne mne rien qui vaille1 et cela diminue la volont et le respect de son but1 quand bien mme votre ami serait l'idal des amis4 ,croyez1 mon cher enfant1 qu'il m'a fallu bien souvent l'exprimenter1 pour le croire6 ,parlez de choses indiffrentes1 laissez dire1 et ne craignez pas de rendre service au premier venu1 eussiez-vous t afflig vingt fois de l'avoir fait4--,si vous recevez des avances1 et l'on vous en fera1 du courage6 ,contraignez votre bon coeur6 ,recevez-les froidement2 pas de confidences ni d'expansion d'aucun genre1 ou vous serez moins estim demain4 ,ah6 cela est dur1 votre ge2 je le sais2 mais il faut choisir entre une destine obscure ou glorieuse1 et1 le choix fait1 garder une volont de fer sur laquelle un instant d'oubli ne puisse mordre4 ,un homme qui risque un avenir pour le divertissement de parler une minute1 doute de lui-mme cette minute et par consquent ne mrite pas de russir4 ,le monde est l'homme assez concentr1 assez matre de sa volont et de sa pense1 pour agir sans rpondre aux autres hommes autre chose que oui ou non indiffremment1 toute sa vie4 ,ne craignez pas de vous faire des ennemis1 s'il le faut2--n'a pas d'ennemis qui veut6 ,ils servent beaucoup plus que les amis4 ,les amis ont bien assez de s'occuper d'eux-mmes3 les ennemis s'occupent de vous et vous prparent de quoi exercer votre facult de vaincre les obstacles4 ,les obstacles sont aussi ncessaires que le pain4 ,ne faut-il pas des ennemis celui qui veut vaincre8--,quand vous parlerez1 continuez ne pas sourire ni hausser les sourcils1 enfin garder un visage sans mobilit autant que possible444 7,si je vous dis tout cela1 c'est que je vous voudrais parfait1 mon cher enfant47 ,soyez grave et indiffrent4 ,prononcerait-on les paroles les plus fortes1 les plus humaines1 les plus profondes1 que sembler tenir les imposer serait s'aliner maladroitement l'esprit du monde3 on paratrait vouloir paratre1 ce qui tue4 ,wilhelm tait muet d'attention4 --,ce que je vous dis l vous semble prsent d'une grande simplicit1 n'est-ce pas8 vous ne pouvez savoir ce que me cotent ces conseils4 ,seulement1 ,wilhelm1 sachez que les sages les plus en renom1 prophtes ou demi-dieux1 n'ont boulevers l'univers qu'avec des simplicits de ce genre1 parce que ce sont peu prs les seules exactitudes de la vie et qu'on n'y revient 7chose rellement mystrieuse7 qu'aprs avoir fait le tour de l'existence4 ,ouvrez les quelques livres laisss par les grands hommes1 comme ces ,bibles1 ces ,koran1 etc41 vous y trouverez des ingnuits surprenantes1 des choses que vous vous seriez dites cent fois de vous-mme3 ,aimez-vous les uns les autres6 ,ne faites pas autrui4441 etc4 ,il n'est d'autre ,dieu que ,dieu6 etc4 et mille variantes4 ,vous vous demanderez alors comment1 avec des phrases de cette navet1 des phrases crites dans le fond de toutes les consciences1 on a pu transfigurer les socits humaines et s'riger en prophte ou en ,dieu4 ,le penseur ne s'arrte pas ces paroles2 il les trouve trop simples2 il oublie souvent que la foi n'est pas une conviction1 mais un acte3 l'acte de s'assimiler le plus d'vidences divines possible1 chacun dans le moment et suivant la sphre o il se trouve4 ,ah6 si vous saviez comme une parole1 en apparence banale1 contient de puissances terribles et marche vite6 ,voyez3 cinq parties composent la terre4 ,il y a l dedans plus d'un milliard d'hommes1 tous trs entendus dans leur mtier1 dans leur dtail2 par qui est-ce mani1 remu1 gouvern8 ,par une centaine de personnages d'une intelligence presque toujours bien ordinaire4 ,la plupart d'entre eux se divertissent trs royalement1 je vous assure3 ce sont leurs seuls milieux de grandeur qui les lvent2 ils le savent1 du reste1 et en font bon march intrieurement4 ,tenez3 l'un deux 7c'est de l'histoire moderne71 aprs avoir eu plus de cent quatre-vingts millions d'hommes1--entendez-vous ce chiffre8--en partage1 dix-neuf ans2 aprs avoir t le suzerain d'une douzaine de rois1 aprs avoir gagn victoires sur victoires2 aprs avoir t plus grand que ,csar1 et avoir possd pourpre1 hermines1 sceptres et triples couronnes impriales1 s'en alla tourner la soupe de trois ou quatre moines en qualit de frre convers1 et laver leurs divers ustensiles de mnage1 par humilit4 ,voyez-vous ce guerrier1 ce grand politique1 ce fin lgislateur1 ce matre de l',europe1 enfin1 le voyez-vous retenant son froc de bure et accomplissant gravement son travail8 ,pensez-vous qu'il ne lui fallait pas autant d'intelligence1 alors1 qu'autrefois pour gagner ,tlemcen1 ,rome1 ,pavie1 ,mhlberg1 etc48 et que cela ne valait pas bien ce que faisaient les douze ennuys de ,sutone8 --,oh6 murmura ,wilhelm1 c'est vrai64444 ,c'est effrayant6 --,parce que vous voyez le mot ,,charles et le mot ,,quint1 et que vous perdez l'homme de vue sous ces deux mots prestigieux4 ,cela vous passera4 ,il ne faut jamais oublier le cadavre4 ,cet individu1 comme les autres empereurs ou rois1 ne reprsente cependant que la consquence d'une parole prononce depuis des sicles4 ,vous voyez ce qu'un mot peut produire4 ,un tel ouvre la bouche et articule une ide quelconque pouvant s'appliquer un fait gnral2 cette ide se dcompose1 s'absorbe et s'assimile d'un milliard de diffrentes faons par le milliard de diffrents cerveaux qui ont un milliard de manires diffrentes d'entendre les mots et de voir les choses4 ,chacun l'admire en raison de ce que chacun voit dans son ide 7mise au hasard souvent7 et de ce que chacun peut s'en appliquer d'utile suivant son degr d'intelligence1 relativement aux fonctions qu'il exerce4 ,bref1 d'un commun accord1 l'homme et son ide finissent par devenir miraculeux1 simplement parce que ouvrir la bouche1 principe de l'vnement gnral1 est dj un miracle4 ,plus l'ide est simple1 plus on peut y dpenser de l'intelligence2 plus1 par consquent1 elle provoque de mditations et plus on trouvera de personnes venir sculairement y tasser leur somme d'ingnuits4 ,voil toute l'histoire1 ni plus ni moins1 mon cher comte1 croyez bien cela4 ,cependant1 vous avouerez que s'il n'y avait pas de raison ce que ce grand rve s'accomplt1 s'il n'avait ni loi ni but1 s'il n'y avait rien au fond de toutes choses1 enfin1 ce serait d'une niaiserie bien mystrieuse6444 ,n'en concluez donc pas au mpris de l'humanit1 mais la puissance de la parole humaine4 ,la lune brillait sur les arbres4 ,ses rayons1 travers le feuillage1 clairaient les deux promeneurs4 ,wilhelm pouvait se croire en ,allemagne4 ,il se taisait2 il coutait4 --,quant aux femmes1 ajouta le prince ,forsiani1 je crois inutile de vous faire donner le soleil de plein midi sur une femme du soir1 sur une gracieuse personne sortie dix-huit ans du dortoir1 et qui compte huit ou dix ans de services3 gardez vos rves6 ,ils valent mieux que la ralit4 ,seulement1 comme je ne tiens pas1 en dfinitive1 vous laisser surprendre1 je veux vous mettre en prsence d'une femme pour tout de bon1 d'une femme que j'estime et que j'admire4 ,oui1 je vous avoue que si je ne vivais pas avec le souvenir d'une autre1 souvenir qui remplit mon me--et qui me suffit1--la marquise ,tullia me paratrait la seule femme possible pour un homme suprieur4 ,plus je pense1 plus je trouve qu'il y a en elle quelque chose de trs lev2 et si vous la touchez1 si elle vous admet dans son intimit1 elle vous fera vivre1 dans la haute acception du mot4 ,je l'ai toujours vue ce qu'elle est3 je la connais depuis une dizaine d'annes1 ayant t trs li avec son pre1 le duc ,blial ,fabriano 7lequel est mort empoisonn chez l'un de ses amis1 cause de haines datant de loin dans la famille74 ,a cette poque1 elle tait peu de chose prs ce qu'elle est maintenant4 ,au premier abord1 c'est une femme du monde1 parfaitement lgante4 ,en y regardant de prs1 en faisant bien attention1 car elle ne se livre jamais1 et il faut saisir une nuance pour pressentir cela1 tous ses charmants avantages se dforment jusqu' des proportions tellement indfinissables1 que je veux m'abstenir de qualifier la valeur de son intelligence4 ,vous serez probablement surpris de ce naturel1 et d'un phnomne assez frappant que prsente sa conversation1 c'est le changement d'aspect dont les actions les plus ordinaires semblent se revtir lorsqu'elle en parle4 ,ce que je vais vous dire est peut-tre hasard force d'tre grave et anormal1 mais elle a parfois des paroles qui veillent dans l'esprit on ne sait quelles impressions inconnues4441 je ne veux pas dire oublies4 ,au surplus1 vous verrez4 ,les sentiments humains1 pour cette trange personne1 mon cher enfant1 sont rduits un mcanisme sr et profond qu'elle fait jouer1 en souriant1 avec autant de prcision et de fatalit1 que les coups d'une combinaison d'checs4 ,une fois elle m'a propos un conseil1 je l'ai suivi2 il a vit une guerre4 ,il tait positivement d'une habilet remarquable1 et j'en suis encore me demander comment elle pouvait tre mme de me l'offrir4 ,somme toute1 je n'ai jamais mieux compris que ce soir que je ne savais rien de trs prcis au sujet de ,tullia ,fabriana444 ,vraiment1 lorsqu'on songe1 il y a du tnbreux dans cette femme6444 ajouta le prince1 comme se parlant lui-mme4--7,il y eut un moment de silence sur ce mot47--,mais voil dix heures qui sonnent1 venez4 ,ne la jugez pas sur ce qu'elle vous dira ce soir3 le masque1 vous savez4--,avez-vous des chevaux ici prs8 --,oui1 monseigneur1 dit ,wilhelm1 de l'air d'un homme veill en sursaut4 --,bien1 sans quoi je vous eusse amen dans ma voiture4 ,donnez-moi votre main1--encore6--,souvenez-vous en temps et lieu de ce que je vous ai dit1 et passez-moi ce qu'il y a d'un peu444 suprme444 dans mes petits conseils1 en faveur de ma tendresse pour vous4 --,monseigneur1 je n'oublierai jamais cette soire1 dit le jeune homme2 je suis tellement mu que je ne sais comment parler et vous remercier de tout mon coeur4 --,cher enfant6444 dit le prince1 avec un long regard pensif1 et il murmura bien bas1 dans l'ombre3 ,ah6 belles toiles des nuits de la jeunesse6444 ,amours6444 ,enthousiasmes perdus6 ,voici le printemps1 cependant les feuilles tombent autour de nous autres444 ,pauvre esprance humaine6--,allons6 cheval6444 dit-il tout haut4 --,christian6 appela le comte de ,strally4 --,monsieur le comte8 dit un nouveau personnage en accourant auprs des deux promeneurs4 ,c'tait un vieux domestique4 ,le prince ,forsiani le dvisagea d'un coup d'oeil et parut content de son ensemble4 --,nos chevaux6 bien vite6 dit le comte4 ,quelques minutes aprs1 ils s'arrtaient devant un de ces grands palais prs de l',arno2 les portes s'ouvrirent comme devant des gens attendus1 et ils montrent les degrs de l'immense escalier de marbre444 ,,chapitre ,,iv4 ,premier aspect de ,tullia ,fabriana4 ,le solitaire est entour de tout ce qui agrandit sa raison1 l'lve au-dessus de lui-mme et lui donne le sentiment de l'immortalit1 tandis que l'homme du monde ne vit que d'une vie phmre4 ,le solitaire trouve dans sa retraite une compensation tous les vains plaisirs dont il se prive1 tandis que l'homme du monde croit tout perdu s'il manque de paratre une assemble1 nglige un spectacle4 7,,zimmermann1 la ,solitude47 ,en supposant que la femme dont les allures proccupaient le prince ,forsiani ft morte au moment o il en parlait au comte d',anthas1 voici ce qu'il aurait t possible un observateur de rsumer au sujet de l'existence de cette personne1 s'il et dsir lui consacrer une notice biographique l'usage universel3 ,tullia ,fabriana tait du nombre de ces grands esprits1 types suprieurs1 constitus par la prcoce exprience des vnements1 de la mditation et du monde4 ,ceux-l1 de bonne heure1 avant d'tre aperus1 avant d'tre entrans dans le courant1 se rendent compte de l'existence et1 par consquent1 ont le temps de replier en eux-mmes leurs grandes ailes pour n'en point porter ombrage aux autres4 ,a force de reconstruire et de sonder les faits1 elle s'tait dgote de l'action4 ,certes1 le renom des femmes glorieuses avait d rembrunir son beau front plus d'une fois2 mais1 la rflexion1 satisfaite de l'tat peu dpendant o sa naissance l'avait place1 elle avait pris le parti de vivre dans une concentration goste4 ,l'isolement lui suffisait4 ,elle tait parvenue1 peu peu1 sans apparente rsolution1 voiler sa vie vritable le plus hermtiquement possible4 ,l'isolement6444 ,faveur spciale du destin6 ,privilge dont la prescription est dsormais sans appel6--,a qui est-il donn de pouvoir s'isoler aujourd'hui8 ,les personnes d'une position riche ou d'un rang lev acquirent d'autant plus difficilement ce suprme avantage que par les rapports quotidiens de leur existence elles se trouvent tre le principe1 le point de mire et le pivot des milliers de convoitises et d'intrts individuels qui vont se groupant1 s'enchanant et s'attnuant jusqu'aux derniers degrs de la hirarchie sociale4 ,l'humanit se reprsente en partie autour d'un seul et le cerne avec une vigilance et une opinitret motives par l'ordre des choses4 ,en considrant ces filires d'industries1 de tous les sicles et de tous les pays1 qui vont s'tiqueter et se subdiviser les unes dans les autres jusqu'au point o le relatif ne se distingue plus1 o le dnment1 l'tat parfait et normal1 se dresse de partout avec son cortge de tristesses1 on s'tonne moins de ce que la parole ou le mouvement d'un seul dtermine cette incalculable srie de profits et de prjudices4 ,comme1 d'autre part1 ces profits et ces prjudices sont d'une importance parfois vitale pour ceux qu'ils intressent1 les hommes de recueillement1 de travail et de silence prouvent de grandes difficults viter les insignifiantes dissipations de paroles et les diffusions de soi-mme que le contact d'autrui ne manque jamais d'entraner4 ,grce au miraculeux quilibre de presque toutes les socits d',occident1 quilibre combin sur la rsultante d'un nombre gal de forces organisantes et de forces contraires1 le mouvement de chacun1 depuis le mendiant jusqu'au prince et depuis le berceau jusqu' la tombe1 peut demeurer prvu1 dfini et rgl par les diffrents codes europens4 ,une pareille rflexion suffirait pour dmontrer l'impossibilit d'un isolement durable dans n'importe quelle ville d',europe4 ,il faut vivre avec ses semblables2 et cette immense loi1 comme un filet de rtiaire1 s'enroule autour des personnes prcisment en raison des efforts tents par elles pour s'en dgager4 ,nul ne peut s'abstraire de cette liaison infinie4 ,elle va jusqu' rendre les individus solidaires1 leur insu1 les uns des autres2 et ce qui serait de nature tonner mme le chrtien1--si le chrtien ne gardait pas toujours1 au fond de sa pense1 des pressentiments de solution pour tous les problmes1--c'est qu'on ne bronche pas plus souvent1 ne ft-ce qu' cause des mouvements du prochain1 et qu'on ne tombe pas1 chaque minute1--de par les invitables consquences des moindres actions1 et grce l'imperfection des codes1--sous le coup d'une fltrissante juridiction correctionnelle4 ,il est remarquer1 du reste1 que peu d'hommes chappent toute leur vie une atteinte quelconque de la loi4 ,cette affirmation peut surprendre2 mais dans l'existence la plus retire et la plus pure1 il ne serait peut-tre pas impossible1 l'aide d'un minutieux examen1 de dcouvrir au moins une petite tache lgale1 une trace de dml judiciaire4 ,on n'est pas libre de s'loigner des intrts universels1 si indiffrent qu'on puisse tre1 tout simplement parce qu'on fait partie des intrts universels4 ,la vertu1 la dignit1 le bonheur domestique de chaque particulier ne dpendent-ils pas d'un rien1 d'un dtail1 d'un geste8 ,quel serait l'honnte citadin assez sr de son temprament pour oser affirmer que1 par exemple1 l'excs d'un verre de vin1 risqu dans les conditions les plus attnuantes1 ne le conduira pas aux bagnes par ses consquences8444 ,le chrtien peut dire que cela tendrait prouver que notre libert1 notre dignit et notre bonheur rels1 ne sont pas de ce monde2--en attendant1 il n'est de rellement libres et de rellement seuls que ceux auxquels il a t donn de franchir1 de sommets en sommets1 la hirarchie des ides1 parce que ceux-l n'offrent gure de prise aux souhaits violents et s'inquitent peu des maux ou des joies que leur prsente la terre4 ,ils ne se proccupent pas outre mesure de vivre ou de mourir3 tout se dfinit tranquillement leurs yeux2 ils font le bien1 selon la plus simple acception du terme1 autant qu'il leur est donn de pouvoir le faire1 et ne savent ni har ni condamner4 ,les yeux fixs sur l'idal1 il leur est permis de juger1 parce qu'ils aiment et qu'ils pardonnent4 ,ceux-l puisent1 dans l'infini de cette expansion intrieure1 le principe de l'immortalit4 ,s'ils daignent prendre part l'agitation universelle1 soldats ou penseurs1 aux premiers1 le trne d'or de la loi1 principe des forces brutales de la terre2 aux seconds1 le sceptre de diamant de la parole1 principe des forces motrices du monde4 ,mais1 aussi1 quelques profondes blessures cachent les rayons de leur gloire6 ,sisyphe se conoit-il sans le rocher8444 ,socrate1 sans la cigu8444 ,promthe1 sans le vautour8444 ,l'goste dgot et la permanente indiffrence des autres hommes absorbs par le dtail n'est au fond qu'une sourde envie dirige contre eux3 en creusant les mobiles de ce sentiment on finit par le comprendre et lui faire misricorde3 en est-il moins triste8 et ses consquences pour l'homme hroque en sont-elles moins funestes8444 ,heureux donc1 bienheureux ceux qui peuvent1 tout en planant1 cacher leur grandeur6 ,on ne les crucifie pas4 ,tullia ,fabriana se tenait distance1 ayant tout donner et peu de chose recevoir dans l'assez banal commerce du monde4 ,ne pouvant rompre tout fait avec lui1 par sa position essentiellement mondaine1 elle ne lui laissait voir que ce qu'il est strictement impossible de lui cacher4 ,le reste du temps elle vivait d'elle-mme et de sa pense4 ,dans un entretien1 c'tait une nature pneumatique par laquelle l'esprit des autres personnes tait rapidement retourn1 compris et valu leur insu1 en vertu d'un presque infaillible calcul de riens systmatiss4 ,comme elle savait tout dire1 elle savait gner lorsqu'on essayait de s'aventurer un peu dans sa conscience4 ,le secret de cette habilet consistait dans l'insaisissable difficult de transitions qu'elle laissait prouver entre un point de dpart donn et un courant d'ides plus expansif4 ,sre mthode pour n'tre jamais oblig de froisser personne et de garder les dehors de l'urbanit en conservant1 en soi-mme1 l'indiffrence solitaire4 ,son ge la secondait un peu1 du reste1 dans ces sortes de russites4 ,l'absence d'indcision dans le regard et dans la tenue1 qualit qui gnralement spcialise les femmes de cette saison1 se pressentait si magntiquement dans sa beaut1 que sa vue seule glaait les fadeurs sur les lvres4 ,elle en tait mme arrive un tel point de force intrieure1 que le sourire demi-railleur1 semi-paternel1 que se permettent doucement1 par exemple1 les vieux gentilshommes vis--vis des femmes1--et dont le charme et la grce clairent subitement leurs visages1--s'tait toujours troubl devant la toute simple et toute virile dignit de cette mystrieuse personne4 ,quelques tres sont dous d'un fluide fascinateur dont les esprits diserts et froids ne peuvent se rendre compte et que1 cependant1 ils subissent d'une manire insurmontable1 inexplicable et soudaine4 ,le vulgaire1 qui rit et qui passe1 ne croit pas cette supriorit3 peu lui suffit4 ,il ne relve de cet empire que dans les rares secondes o il se trouve en contact avec l'un des tres qui l'exercent4 ,le vulgaire est alors semblable ces campagnards narquois qui se moquent d'une pile lectrique et changent de visage ds qu'ils ont touch le fil4 ,il est vrai que leur tonnement ne dure qu'une heure et se termine par quelque mot sceptique ou indiffrent4 ,le vulgaire ne connaissait de ,tullia ,fabriana que son nom et ce nom s'entourait d'une aurole de dignit et de respect4 ,il s'manait d'elle un sentiment de considration et de sympathie profondes qui1 s'imposant naturellement tous ceux qui l'approchaient1 tait accept sans secousse ni discussion4 ,la vie est un choix faire3 il ne s'agit que de vouloir grandir en soi-mme pour se sentir vivre4 ,tout est dans la volont1 pour nous6 ,certaines gens1 sous prtexte qu'on doit mourir1 que tout est vanit1 que leurs classiques illusions sont perdues et autres romances1 s'en tiennent ces aperus d'elles-mmes et1 se refusant aux impressions leves1 tranent le boulet d'une existence sans idal4 ,ce sont les premires dupes de leur imprvoyance4 ,un pareil positivisme rapproche de l'instinct4 ,on devient insignifiant pour soi-mme1 et ces armures de salon ne tiennent pas contre deux heures de lutte pratique4 ,il ne faudrait s'tonner de rien1 d'aprs leur devise3 ,celui qui ne s'tonne de rien doit commencer par se trouver bien tonnant lui-mme4 ,encore s'ils taient sincres1 ces philosophes6 mais le premier milieu venu suffit pour les distraire et les frapper de contradiction4 ,encore s'ils en devenaient meilleurs6444 ,mais1 impuissants souffrir seuls1 ils ne se plaisent qu' refroidir la paisible esprance des autres4 ,toute parole contient une force1 et comme ils parlent en prenant peu de souci du scandale contenu dans leurs paroles1 ce scandale1 tant quelque chose1 marche travers les foules et les sicles4 ,ainsi le discours d'un malheureux conviction intermittente1 ainsi la phrase d'un homme qui et peut-tre admir le lendemain1 selon l'humeur du moment1 ce qu'il chargeait la veille de drision1 s'en va dtruire le recueillement d'un bon nombre des condamns mort qui l'entendent1 et qui1 se prenant au srieux1 prennent la parole de ce faux-frre au srieux4 ,et alors la propagande recommence de plus belle6444 ,triste origine du doute4 ,en somme1 la contraction des rictus vnrables d'un million de braves hilares qui1 sous prtexte d'illusions perdues1 passent exprs la dure majeure de leur carrire ne rien voir nulle part1 constitue-t-elle un acte de prsence suffisant pour qu'il leur soit dcern un valable droit de dcision dans les questions profondes8 ,ont-ils bien rellement formul1 par cette grimace arbitraire1 la dernire expression de la philosophie8 ,c'est au moins douteux1 puisque la philosophie les comprend1 au fond de ses dductions infrieures1 et que1 d'aprs eux-mmes1 ils tirent prcisment leur bonne grosse gloire de ce qu'ils ne la comprennent pas4 ,donc1 puisqu'ils sont comme s'ils n'taient pas1--faute d'un peu d'me et de bonne volont1--le penseur ne doit pas en tenir compte4 ,ils sont pareils ces lacs maudits1 ces eaux mortes1 dont les vapeurs tuent les oiseaux du ciel1 si leurs ailes ne sont pas assez puissantes pour les franchir d'un trait4 ,il est assez pnible de s'en apercevoir2 gnralement les cyniques rassis et mrs se rencontrent dans les castes leves qui1-- tort ou raison1--mnent joyeuse vie un peu aux dpens du labeur universel4 ,cela cessera quand la sape de la justice sera parvenue jusqu' eux2 mais cela est1 quant prsent1 et cela fut presque toujours4 ,ces hommes n'ont d'autre valeur que l'impulsion mme qu'ils donnent de par la dispensation de leur fortune4 ,il faut donc leur montrer une certaine dfrence1 cause de cette force dont l'organisation sociale les investit gratuitement1 et avec laquelle ils peuvent nuire4 ,les relations invitables de chaque jour obligent les mes leves frayer avec ces mes restes en chemin1 sous peine de voir leurs plus simples actions en butte toute sorte d'impudents commentaires 7le monde1 prtant ses petitesses ses grandeurs1 ne croit pas au dsintressement du gnie74 ,c'est sans doute pour ce motif que ,tullia ,fabriana recevait parfois le flux brillant de cette socit dont elle ne pouvait dfendre sa vue1 mais dont la conscience collective s'arrtait devant la sienne1 comme la mer devant le rocher4 ,ainsi1 dans les salons de son palais1 sur l',arno1 se rencontraient des princes toscans1 de vieux diplomates au front toujours voil d'une convenable inquitude1 de beaux cavaliers florentins1 attachs aux diverses lgations1 et dont les costumes sombres taient rehausss de cordons1 de pierreries ou de diverses autres marques de distinction2 de jeunes femmes hritires des plus illustres maisons d',italie et les grands artistes du temps4 ,le palais sortait de son ombre sur les quais illumins2 les flots1 diaprs de lueurs1 bruissaient aux souffles embaums de la nuit2 les jardins qui bordaient les pristyles extrieurs tincelaient dans leurs feuillages1 et des couples insoucieux et splendides marchaient sur les pelouses et sous les pais orangers4--,ces soirs-l1 la belle souveraine s'humanisait et se transfigurait3 elle trouvait une parole d'accueil pour chacun de ses htes2 sa beaut orientale s'encadrait dans cet entourage resplendissant et avait cela de particulirement sympathique1 mme pour les femmes1 qu'elle n'excitait aucune mauvaise arrire-pense d'envie ou de haine4 ,la fte passe1 on parlait d'elle dans tout ,florence1 quelque temps1--mais seulement comme d'une patricienne libre et paisible1 dcide garder noblement sa paisible libert4 ,,chapitre ,v4 ,transfiguration4 ,elle marche dans sa beaut1 pareille la nuit des climats sans nuages et des cieux toils4 7,,lord ,,byron1 ,mlodies hbraques47 ,un physionomiste ordinaire ft parvenu1 sans doute1 runir ces donnes au sujet de la marquise ,tullia ,fabriana1 et il et t malais de la dfinir d'une manire plus prcise4 ,sans tre de vole suprieure sous ce rapport1 l'on peut saisir avec facilit les prdispositions et les instincts d'une me d'aprs les lignes au repos de sa forme visible1 dans le son de la voix1 les manires1 les expressions1 etc42--mais lire une ,ide fixe travers les replis de l'extrieur1 connatre la vritable nature et la dominante impulsion d'une ,intelligence1 deviner1 positivement1 le grand mobile cach dans toutes les prcautions du gnie1 cela n'est plus du ressort de l'intuition1 cela dpend de la force de volont du sujet4 ,de quelle valeur taient les observations de ,znon touchant le masque dprim de ,socrate8 ,d'aucune1 en fait4 ,la clairvoyance du physionomiste ne peut rien1 pass telle limite que lui impose la fatalit faciale4 ,le plus puissant analyseur ayant affaire1 par exemple1 une exception humaine1 peut tomber faux sur un dtail et le prendre pour base de l'ensemble1 lorsqu'il ne sera que le rsultat passager de l'influence du milieu sous lequel il l'tudiera4 ,ces sortes d'coles ne sont point rares chez les plus experts4 ,la science de la face humaine tant toute de pressentiment dans ses principes1 reconstruire la vie d'une personne d'aprs la rapide inspection de ses traits1 voir1 l'une aprs l'autre1 ses aptitudes1 ses passions prfres1 dterminer ses possibilits d'avenir1 d'aprs la rsultante probable de tels plis de la bouche dans le sourire1 de telle accentuation des rides1 de telle apprciation de deux choses donnes1 chacun peut faire cela plus ou moins exactement1 son insu4--,pour les observateurs1 il y a des nuances que d'autres1 moins sensibles1 n'aperoivent pas2 ceux-l se rendent compte du prochain d'une faon peu prs sre4 ,aux hommes dous de l'incarnation intuitive1 rien n'chappe4 ,ils se mettent dans autrui et s'y regardent comme dans un miroir2 ils y coutent impersonnellement tomber leurs paroles et touchent juste1 par consquent1 lorsqu'ils parlent4 ,un dernier mot ce sujet4 ,le simple observateur peut savoir tirer pour lui-mme un excellent parti de l'occasion lorsqu'elle se prsente3 c'est ce que la plbe des respectables mortels1 ne voyant jamais qu'un rsultat1 sans en apprcier les causes1 appelle3 jouer de bonheur6 7comme si l'on pouvait longtemps et impunment jouer de bonheur au milieu d'un groupe de socits rgi par trente-deux ,codes674 ,saisir avec sang-froid l'occasion et lui faire rendre ce qu'elle peut donner1 c'est dj marcher conformment la logique du sort1 et c'est remarquable4 ,mais les hommes dont nous voulons parler1 les hommes dous de l'incarnation intuitive1 seraient capables de crer l'occasion1 de faire natre le milieu dont ils voudraient profiter4 ,les forces runies de l'or et de l'amour tomberaient positivement devant ces individus redoutables et rares1 s'ils tenaient russir dans quelque projet2 mais1 l'ordinaire1 ils ne se soucient vraiment de rien4 ,cette puissance entrane le dgot4 ,si le destin ne leur a point fait d'avances1 ils finissent1 pour la plupart1 dans la gne et dans la tristesse de leur grandeur4 ,ils attendent la mort navement1 ces princes de la race humaine6 ,bien plus1 leur force mme leur est nuisible1 principalement lorsque le ncessaire est en question pour eux4 ,alors1 leur calme faiblit quelquefois1 et ils oprent de tels prodiges de reconstruction1 qu'ils dpassent cent fois le but1 s'emptrent dans leurs ailes sublimes et1 de fait1 sont drouts par la niaiserie des vivants4 ,si donc1 l'un d'entre eux se ft trouv sur le chemin de ,tullia ,fabriana1 c'et t d'un assez vif tonnement pour lui de se sentir dans l'incapacit de la comprendre4 ,pas une contradiction sur ce visage6 ,un regard doux1 gal et assur1 une harmonie de lignes dlicieusement pures2 enfin1 rien de particulier n'aurait justifi pour lui le trouble d'intuition1 le sourd avertissement de l'inconnu1 qu'il et prouv devant elle4 ,rien4--,les formes de la femme se sculptaient d'elles-mmes sur le marbre de ce corps de vierge3 la grce ondoyait dans ses mouvements1 la force courait dans ses membres sains et purs1 la beaut l'enveloppait tout entire de son manteau royal1 mais nulle porte ouverte sur la pense1 nuls vestiges de l'existence444 ,cependant1 s'il et t donn cet homme de considrer plusieurs fois1 et en y dployant sa plus grande attention1 ces yeux calmes et noirs o la volont brillait de sa lueur ternelle1 ils lui auraient tout coup sembl aussi profonds que le ciel6 ,autour d'elle1 quelque chose d'attirant1 d'insolite et de grave et de suite vibr pour lui4 ,une sympathie imprieuse sortait de cette femme1 et ce n'tait point parce qu'elle tait belle6 ,mais ce qui doit rester invisible1 demeure invisible4 ,et quand ,tullia ,fabriana n'et pas refus tout indice de sa vritable nature1 comment reconnatre en une femme place dans un milieu de richesse et de tranquillit1 comment reconnatre un ,gnie aux conceptions vertigineuses1 dou de l'nergie d'un ,promthe ou d'un ,lucifer1 clair1 dans toutes ses profondeurs1 par une science dont l'origine et sembl inexplicable1 arm d'un sang-froid et d'une puissance de dissimulation toute preuve1 muni d'une prcision de coup d'oeil et d'une logique d'action magistrales1 et1 bref1 ayant sans cesse en vue l'accomplissement d'une tche d'un saisissant et universel intrt2 ayant rsolu enfin quelque chose de terrible1 d'immense et d'inconnu8 ,comment admettre une pareille tranget du ,sort1 mme en face de la plus souveraine vidence8 ,amener par surprise une combinaison de paroles devant la plonger dans tel cercle d'ides1 sous le jour desquelles on et dsir la soumettre l'examen2 savoir ce qu'elle signifiait et la pntrer8444 vraiment1 l'excution d'un tel projet n'aurait pas t poursuivie durant cinq minutes vis--vis d'elle4 ,ds le premier instinct d'une inquisition srieuse1 et sans que son charmant laisser-aller en et paru le moindrement chang1 un regard naf et perant1 comme un coup d'pe1 et suffi pour dsaronner l'espoir chimrique d'un amateur4 ,il tait interdit de pratiquer les tnbres de cette intelligence1 car l'action et la pense paraissaient avoir en elle une mme valeur4 ,le scepticisme le plus enjou se serait mouss contre sa volont de diamant4 ,sa causerie n'et pas cess1 pour cela1 d'tre railleuse1 lgre et douce2 mais1 se trahir8444 ,non pas4 ,elle estimait son me comme quelque chose de trop prfrable l'univers entier1 pour la laisser entrevoir de personne1 et ses penses comme trop immuables1 pour tre livres en proie et la discrtion de la versatilit banale du premier venu4 ,son secret sublime tait cach en elle comme l'arche dans le sanctuaire du temple4 ,vaguement flamboyants1 des glaives de lvites l'environnaient sans cesse dans l'ombre des jours et des nuits4 ,malheur celui qui s'en ft approch de trop prs1 mme pour la servir ou la prserver3 et-il t pontife ou roi1 son coeur et dfailli dans sa poitrine2 et nul n'aurait connu la main qui et frapp4 ,,chapitre ,,vi4 tude d'enfance4 ,cette science1 laquelle nous consacrons notre vie1 vaudra-t-elle ce que nous lui sacrifions8444 ,arrivera-t-on une vue plus certaine des destines de l'homme et de ses rapports avec l'infini8444 ,saurons-nous plus clairement la loi de l'origine des tres1 la nature de la conscience1 ce qu'est la vie1 ce qu'est la personnalit8 ,,renan4 ,le #ac dcembre #agfa1 vers minuit1 la comtesse ,anglia-,maria de ,albornozzo ,bruzati1 princesse de ,visconti1 duchesse de ,fabriano1 mit au monde une fille qui reut le nom de ,tullia4 ,le duc ,blial ,fabriano pouvait avoir cinquante-huit ans lorsqu'il pousa la comtesse ,anglia4 ,celle-ci entrait dans sa vingtime anne4 ,le duc tait d'une beaut vnitienne4 ,il avait grand soin de lui-mme et se tenait avec une nettet exemplaire4 ,ses cheveux taient longs et argents2 sa figure1 d'une expression habituellement grave1 n'allait point mal sa stature d'hercule4 ,sa haute lgance de manires1 la spirituelle affabilit de ses attentions1 avaient apprivois la belle colombe1 et c'tait bien rellement plutt sa compagne que sa fille4 ,leur union s'tait dfinie force de dignit et de nuances1 d'une faon trangement belle4 ,le duc tait homme du monde4 ,une partie de sa vie s'tait passe en voyages2 les dangers1 les aventures1 les heures difficiles avaient tremp son exprience1 en sorte que la douce ,anglia l'avait accept moins par devoir que par contentement1 avec une indiffrence amicale et toute chrtienne4 ,c'tait1 en somme1 un coup d'oeil satisfaisant que de la voir appuye son bras4 ,mais ils vivaient un peu dans la solitude et voyaient rarement le monde4 ,le soir o la duchesse enfanta sa petite fille1 toutes les demi-aspirations refoules1 toutes les tristesses des rves jamais teints dans son me1 le peu de compensations obtenues par les pratiques religieuses et par une dvotion chancelante1 elle oublia tout6444 ,la belle petite fille1 aussi1 que ,tullia6 ,bien qu'elle eut les yeux ferms1 elle avait dj comme un sourire sous les doux embrassements de la duchesse ,anglia4 ,enfin1 elle ouvrit ses beaux yeux noirs et les mira dans les yeux tout pareils de sa mre4 ,extases1 souvenirs1 joies clestes d'une mre6 on ne peut vous analyser4 ,l'ternelle nature est cache dans le sourire d'une jeune femme qui contemple paisiblement deux molles petites lvres presser sa mamelle et en accepter la vie6 ,plusieurs mois se passrent4 ,dj le souffle de la beaut caressait et imprgnait d'idal les purs linaments de sa forme2 elle tait candide1 et la lueur de l'me transparaissait en elle comme la lumire au travers d'une lampe d'albtre4 ,ses cheveux taient aussi tnus que ces fils de la ,vierge qui brillent l't dans la campagne1 et aussi soyeusement vermeils que des rayons d'toiles tisss par les fes de la nuit4 ,elle marchait seule dj4 ,et elle devenait plus grande4 ,les jardins du palais1 abandonns depuis longtemps1 taient vastes comme des solitudes3 elle marchait dans les profondes alles1 et elle se perdait sans effroi dans les fourrs de fleurs sauvages1 dans les taillis ombrags de vieux arbres4 ,son enfance fut silencieuse comme le rve1 et elle s'leva dans l'ombre4 ,la particularit d'organisation de ,tullia ,fabriana1 nous voulons parler de l'extraordinaire tendue de ses aptitudes intellectuelles1 se dveloppa dans cette privation et dans cette libert4 ,le caractre de son esprit se dtermina seul1 et ce fut par d'obscures transitions qu'il atteignit les proportions immanentes o le moi s'affirme pour ce qu'il est4 ,l'heure sans nom1 l'heure ternelle o les enfants cessent de regarder vaguement le ciel et la terre1 sonna pour elle dans sa neuvime anne4 ,ce qui rvait confusment dans les yeux de cette petite fille demeura1 ds ce moment1 d'une lueur plus fixe3 on et dit qu'elle prouvait le sens d'elle-mme en s'veillant dans nos tnbres4 ,ce fut vers cet ge qu'elle devint pensive4 ,une intense fivre d'tude vint l'treindre spontanment1 et1 sous la froide assiduit1 sous le calme de sa constance virile et rgulire1 se manifesta la lumineuse originalit de son naturel4 ,elle commena de lire1 d'crire1 de songer444 ,l'univers paraissait revtu pour elle d'un aspect plus inquitant que pour les autres filles de son ge2 mais ses paroles taient rares1 et elle n'adressait point de questions4 ,de sauvages instincts la faisaient fuir les compagnes d'amusements que lui prsentait sa mre4 ,toutefois1 elle se retirait avec des manires si douces et de telles prvenances qu'elle ne blessait jamais4 ,le vieux duc remarquait le regard froid1 le maintien peu bruyant et les prdispositions surprenantes de sa fille4 ,il ne trouva pas propos d'intervertir une pareille nature2 il sentait qu'il l'et tue et que c'et t fini par l6 ,comme c'tait un homme juste devant la pense1 et comme elle ne devait pas mourir de cette manire1 ce qu'il parat1 il ne se refusa pas favoriser le dveloppement de cet esprit4 ,la pense trouvait en elle des organes de prhensions si vastes et si solides1 sa mmoire tait d'une puissance si merveilleuse1 qu'elle parvint1 sans se fatiguer1 vers sa douzime anne1 mener de front plusieurs sciences et plusieurs langages4 ,le dessin1 la sculpture et surtout la grande musique1 taient ses distractions1 et1 bien qu'elle leur donnt peu de temps1 elle s'y montrait de jour en jour d'un talent remarquable4 ,son enfance1 part les facults pntrantes de son gnie1 n'eut pas de ces dtails saillants qui font l'orgueil des familles4 ,sa beaut seule frappait le regard et ncessitait l'attention4 ,mais aucune parole ne rvlait aux personnes la porte de son intelligence1 et si elle s'apercevait de l'admiration que lui attirait son extrieur1 elle en paraissait toujours attriste et assombrie4 ,parfois1 le soir1 lorsqu'elle trouvait sa mre dans la tristesse1 elle s'approchait sans dire un mot1 s'asseyait l'embrasure d'une croise1 et1 voyant le duc se promener silencieusement dans les jardins1 elle prenait une harpe et chantait des strophes du ,dante4 ,aux premires notes1 magistralement enveloppes d'une profonde richesse d'accords1 la duchesse ,anglia devenait attentive et grave2 le duc s'arrtait4 ,une magie tait contenue dans les vibrations de cette voix o les penses infernales et clestes se peignaient avec la violence et le relief des ralits4 ,cependant le visage de la jeune fille semblait impassible1 et ses yeux n'tincelaient pas4 ,et puis1 lorsqu'ils taient encore sous le charme1 elle leur adressait1 avec une soumission naturelle et humble1 un bonsoir et un baiser4 ,l'aumne est une des distractions de la fortune4 ,l'aumne va bien aux enfants riches4 ,cela flatte l'amour-propre des parents et donne du pittoresque aux promenades4 ,pour elle1 lorsque ce mystrieux phnomne de l'aumne lui arrivait1 elle envisageait le pauvre longuement4 ,les instincts de la dpravation sont crits souvent sur les fronts endoloris par la misre2 cependant l'enfant baissait sa belle figure et donnait avec humilit4 ,on et dit qu'elle s'coutait dans la forme humaine injurie recevoir elle-mme l'aumne qu'elle faisait et qu'elle se demandait1 vaguement1 au fond de sa conscience3 ,de quel droit m'est-il donn de faire courber la tte de cet homme ou de cette femme8444 ,pourquoi m'est-il permis de disposer de ce qui leur est ncessaire8444 ,sa prire du matin et du soir en faisait un ange44444 et cependant1 lorsqu'elle tait seule dans l'oratoire1 lorsque sa mre ne priait pas ses cts1 il lui arrivait de s'interrompre tout coup1 de relever le front et de regarder fixement la vnrable image de la madone1 de ,celle qui donne la bonne mort4 ,une fois1--elle avait alors quinze ans1--au milieu de la prire qu'elle prolongeait tous les soirs depuis une anne1 elle s'arrta1 parut trouble444 et s'avana lentement prs d'un crucifix plac auprs de la madone4 ,elle demeura devant lui dans le silence d'un recueillement indfinissable3 puis1 deux larmes1 les deux premires qu'elle versait dans la vie1 coulrent le long de son visage4 ,une grande pleur1 qu'elle conserva toujours depuis1 fut le seul indice du vertige qu'elle prouvait3 quelque temps aprs1 elle quitta l'oratoire et n'y revint plus4 ,sa puissance d'attention se concentrait dans les soires o le duc recevait de vieux amis4 ,elle notait dans sa mmoire les remarques de ces vieux courtisans de l'ancien rgne1 qui avaient grisonn dans la diplomatie europenne1 et qui taient loin d'avoir perdu le fil des divers cabinets politiques o leurs noms avaient figur4 ,bien des vnements furent comments dans ces soires sous la forme de spirituelles causeries2 elle prit de l'intrt1 dans une certaine mesure1 ces cours d'anatomie de l'histoire1 et elle apprit la science des hommes et des femmes l'ge o1 d'ordinaire1 les jeunes filles se livrent des occupations presque puriles4 ,cette soif de s'assimiler le plus possible1 mme les choses d'une apparence trangre son utilit personnelle1 allait si loin1 qu'un soir1 ayant entendu vanter son pre comme la premire lame de l',italie1 elle leva les yeux de dessus la broderie qu'elle tenait par contenance1 et parut le considrer avec attention4 ,le lendemain1 d'un air plaisant et moqueur1 elle lui demanda s'il voulait bien lui montrer ce qu'il savait1 pour la dfatiguer de ses matres si ennuyeux4 ,c'tait par un motif de respect filial qu'elle feignait de s'ennuyer d'tudes1 afin que ses travaux et ses veilles continuelles ne vinssent pas affliger son pre et sa mre1 ou1 tout au moins1 les stupfier4 ,aprs quelques bons mots changs sur la belliqueuse fantaisie1 le duc accepta4 ,elle est de race1 murmura dans sa royale le vieux gentilhomme1--7par plaisanterie1 car il se persuadait que ,tullia1 vers la troisime leon1 se soucierait peu de la chose74 ,a son grand tonnement1 il n'en fut rien1 et il eut bientt l'occasion de s'merveiller de son lve4 ,ils gardaient le secret sur ces combats3 une torche fixe la muraille1 dans l'un des souterrains du palais1 clairait leurs passes d'armes du matin et du soir4 ,c'et t positivement un coup d'oeil fantastique que cette amazone1 mince et nerveuse1 vtue d'un sarreau de velours noir ouat et cuirass comme un plastron de salle et serr par une boucle de diamants la ceinture1 en haut-de-chausses et en sandales1 ses torrents de cheveux d'or emprisonns dans une rsille1 et le treillis d'acier sur le visage1 alors qu'elle se mettait gracieusement en garde1 et saluait1 l'aise1 d'un fleuret lourde poigne d'bne4 ,aprs quatre ans d'exercices1 d'assauts serrs et savants1 sa vitesse avait acquis les allures de la foudre1 et la jolie reine ,marguerite de ,navarre1 peut-tre1 et apprci les brillantes profondeurs du jeu de cette ,clorinde4 ,ces exercices avaient affermi ses formes souples1 et prservrent sa sant de l'accablement du travail4 ,comme les vierges antiques de ,thbes et de ,sparte1 elle avait la modestie1 la beaut et la force4 ,la ,science l'avait baise au front comme une immortelle4 ,un charme de grandeur aimable courait dans ses moindres paroles4 ,jamais elle ne disait que des choses simples1 et les gens devenaient comme nafs devant sa sympathique navet4 ,seulement1 lorsqu'elle franchissait le portail de l'immense appartement que nous allons dcrire1--o1 depuis plus de six annes1 elle s'enfermait huit et dix heures chaque jour1 sans parler des nuits1--l'amnit ingnue de son visage tombait comme un masque3 la mystrieuse et sombre splendeur de sa vraie physionomie apparaissait4 ,elle entrait1 poussait les doubles verrous1 venait lentement s'accouder sur une grande table noire charge de livres1 de manuscrits anciens1 de cartes et d'instruments scientifiques et demeurait immobile4 ,l commenait la vritable vie et le vritable aspect de ,tullia ,fabriana2 l'autre1 c'tait ce que tout le monde en pouvait voir et oublier4 ,,chapitre ,,vii4 ,la bibliothque inconnue4 ,a chaque pas du temps1 l'intelligence humaine ,ouvre1 en l'illuminant1 la nuit du phnomne1 ,saisit plus de rapports1 ,et prenant sur le fait les forces de la vie1 ,ravit la matire1 son joug asservie1 ,des lois et des trsors4 ,l'homme explique le sphinx et la pierre thbaine2 ,il dvoile demi l',afrique au sein d'bne ,sous l'oeil de ses lions2 ,l'aveugle ,destin voit par son exprience3 ,il groupe1 dans les cieux1 autour de sa science1 ,les constellations6444 ,,pontavice ,,de ,,heussey 7,sillons et ,dbris47 ,cette trange bibliothque tait un trsor de livres rares et curieux1 de manuscrits extraordinaires et de documents inconnus4 ,bon nombre d'entre eux portaient des anneaux d'armoiries religieuses3 ils provenaient de clotres d',italie1 de ,sardaigne et d',allemagne4 ,rchapps de l'incendie ou du pillage des couvents1 ils avaient t collectionns1 un un1 avec tude et patience1 par deux savants chapelains morts depuis un sicle4 ,ces deux savants avaient t attachs l'un des anctres du duc ,fabriano3 celui-l s'tait occup toute sa vie de sciences occultes1 de philologie1 de cabale et de toxicologie4 ,il y avait dpens des sommes fabuleuses et y avait fait1 de concert avec les deux chapelains1 de profondes et magnifiques dcouvertes4 ,les crits ignors de ces trois hommes1 disposs et empils avec une scrupuleuse mthode1 remplissaient une grande case d'bne serrure d'or et ressorts secrets4 ,quelques-uns des livres taient annots1 en marge1 par d'obscurs moines du moyen-ge1 et c'tait1 pour la plupart1 des rflexions remarquables par leur prcision rudite4 ,quinze vingt mille volumes aux reliures antiques et riches se pressaient sur les rayons4 ,presque tous rvlaient1 de la part des trois penseurs1 des connaissances tendues en mdecine et en chimie4 ,toutes sortes de curiosits1 de fossiles et d'objets quivoques1 rapports de voyages travers de lointaines contres et rangs a et l1 tmoignaient du soin qu'ils dployaient dans leurs recherches scientifiques4 ,l se rencontraient des ditions presque introuvables4 ,comme antiquits1 il y avait d'abord1 par exemple1 des textes authentiques1 transcrits de l'hbreu samaritain et dont le sens1 rest sans interprtes depuis les mages qui seuls en possdrent la vritable clef1 avait t propos de plusieurs faons dans les remarques crites par les religieux4 ,il y avait aussi des commentaires sur les sciences disparues de l'gypte et sur le culte des idoles1 import d'abord par les races noires1 filles de ,cham1 et remani depuis par les ,ariens venus de la ,bactriane4 ,il y avait encore des mmoires touchant les peuplades convultionnaires du nord de l',afrique d'autrefois1 et des traits de diffrents indianistes sur les rvlations des tres apparus dans les crmonies souterraines de l',inde antique1 avec des citations o se trouvaient relats1 par la main des anciens brahmanes1 des passages en zend et en pelhvi1 tirs d'oeuvres totalement disparues4 ,de poudreux in-folios1 cercls de fer1 contenaient1 d'aprs leurs titres inquitants1 les plus profondes et les plus anciennes hypothses au sujet de la rcente apparition de l'humanit sur le globe4 ,ces archives taient inapprciables et contenaient des secrets tout particuliers4 ,il est de notorit que nous ignorons encore1 aujourd'hui1 les dtails qui ont trait cette question4 ,les peuples dont nous eussions pu tirer des renseignements taient dj dans l'oubli lorsqu'on s'est proccup1 pour la premire fois1 de l'claircir4 ,la chute des nations primitives1 ou1 si l'on prfre1 leur disparition1 suivit de tellement prs leur avnement1 qu'elles n'ont pas eu le temps de nous laisser quelque chose de positif cet gard1 comme on peut s'en convaincre en relisant les histoires de l'esprit humain dans l'antiquit4--,d'autre part1 les lgendes syriaques1 importes par les druides venus d',asie1 les pomes des littratures scandinaves1 ocaniennes et orientales1 ne soulvent videmment pas1 d'une manire suffisante1 l'espce de grand suaire qui couvre les choses dans leur tat primordial4 ,on sait par quels accidents presque toutes les bibliothques des vieux mondes furent perdues4 ,il y avait aussi des recueils de sentences eutychennes1 crites en ancien cophte1 et d'inscriptions collationnes sur des ruines2 des reliquats1 en noirs caractres thiopiens1 aussi anciens que le dluge2 enfin les stances prophtiques des sibylles d'rythre1 de ,cumes et de l',hellespont1 inspires dans le grec de ,pindare1 aussi harmonieux que celui d',homre1 prcdaient les grands volumes de magie4 ,les livres plus rcents taient spars des autres par des instruments de chimie1 d'astrologie et de mdecine4 ,on y et remarqu de nombreux traits de presque toutes les sciences1 les meilleurs volumes d'histoire et de mtaphysique1 ainsi que le rsum de leurs progrs jusqu'aux ges modernes1 les livres sacrs des dix-huit grandes sectes du globe avec des commentaires prcieux2 les traditions des peuples slaves sur l'origine des grandes nationalits europennes1 et ct des mmoires de l',acadmie des sciences physiques de ,florence1 fonde1 comme on sait1 par le cardinal de ,mdicis 7il paratrait que les cardinaux aiment fonder les ,acadmies71 les oeuvres des ,pres de l'glise latine et grecque2 puis1 serrs par des parchemins sculaires1 de ligneux manuscrits en langue chaldenne1 les annales des astres1 l'histoire de la disparition de telles toiles d'autrefois1 des diverses catastrophes clestes ainsi que de leurs signes et de leur influence sur la pense humaine et les destins universels4 ,un moderne1 l'aspect de pareils vestiges1 se dirait simplement1 presque malgr lui3--,nous avons dpass cela4--,le sourire et la plaisanterie semi-respectueux dont il pourrait accompagner sa rflexion1 la nuance de hauteur polie et froide qui percerait dans son allure et son dbit1 trahiraient la conviction de sa supriorit4 ,cela s'explique4 ,les esprits anciens taient1 pour la plupart1 des esprits systmes fixes3 ils avaient la ferveur de leur ide4 ,or1 l'irrsolution est l'essence mme de l'air que respire notre poque4 ,les hommes de croyance immuable font l'effet1 vis--vis de la majorit1 de ,risibles et d',insociables4 ,on les vite avec soin4 ,le sentiment du terme exact est inn aujourd'hui ce point que le nom de ,dieu1 par exemple1 semble tacitement ray des conversations et de la philosophie4 ,on le relgue dans les lexiques1 les prnes et les livres de pit4 ,il est mme devenu de mauvais got de le risquer tout propos comme le faisaient les mousquetaires et les gentilshommes trs chrtiens du grand sicle en ,france4 ,on le laisse tranquille et on ne s'en sert presque plus1--si ce n'est dans le moment d'un danger1 o l'on juge propos de s'en souvenir2--hors de l1 le nom de ,dieu ne s'emploie gure que pour clore avec dignit une dissertation quelconque1--ce qui est dire pour dissimuler une gambade d'indiffrence4 ,ah6 c'est le rgne d'un doute suc avec le lait d'une mamelle artificielle4 ,l'tonnement de vivre saute aux yeux si continuellement1 que la plupart des hommes ne s'en inquitent plus et que les trois quarts des penseurs europens ne savent plus quoi s'en tenir4 ,il s'incarne1 de jour en jour plus avant1 et comme avec un rire silencieux1 dans le drame humain4 ,une espce particulire d'indiffrence1 dont les annales de l'histoire ne font pas mention1 glace1 dans le coeur des individus1 le sentiment du devoir2 cet inexpugnable dgot qui plane au-dessus des fronts1 retient les lans du philosophe1 du savant et de l'artiste d'une telle sorte que1-- part quelques intelligences d'lite1 quelques derniers promoteurs de l'esprit humain1--on n'a plus gure de coeur l'ouvrage4 ,le manque d'humilit et d'esprance a donn pour rsultat l'ennui goste et dvorant4 ,le progrs est devenu d'une vidence et d'une ncessit douteuses3 d'ailleurs1 l'conomie politique1 mise en demeure de formuler une possibilit d'avenir1 sinon satisfaisant1 du moins en rapport avec les instincts de notre conscience1 n'aboutit1 aprs les plus sublimes efforts1 qu' de ridicules tnbres4 ,on n'est plus religieux1 on est timor4 ,plus de jeunesse et plus d'idal4 ,l'inquitude s'installe dans la famille1 dans la justice et dans l'avenir4 ,comme les dieux et comme les rois1 l',art1 l',inspiration et l',amour s'en vont6444 ,les pays se dversent les uns dans les autres et les socits se croisent sans se comprendre et sans tenir se comprendre4 ,riches et pauvres1 travailleurs et dsoeuvrs1 nous sommes emports dans la tristesse par un vent de spulcre1 d'effarement et de malaise4--,la question de ce que la ,mort nous rserve dans la profondeur est passe1 pour la plupart des gens1 l'tat d'oiseuse et d'insignifiante2 la drisoire strilit d'analyse que prsente ou parat prsenter toute hypothse ce sujet1 semble si intuitivement dmontre aujourd'hui1 que les mystiques eux-mmes1 en grand nombre1 se laissent gagner pour la tideur gnrale4 ,en philosophie1 cependant1--bien que l'on maugre en soi de l'impuissance o l'on s'estime1 assez gratuitement peut-tre1 d'acqurir1 de faon ou d'autre 7aprs tant d'checs671 une certitude quelconque de quoi que ce soit1--on ne cesse de rflchir la ,mort1 chacun suivant sa sphre d'ides1 et de s'intresser ce phnomne4 ,on dirait que la ,mort a jet son ombre sur ce sicle4 ,les heures d'enthousiasme pour les diverses branches de l'arbre de la vie1 pour les distractions1 les questions secondaires1 les arts1 les dcouvertes scientifiques1 etc41 sont sonnes4 ,on ne s'meut plus4--,la prvoyance de la nature est grande3 elle prpare ses effets de longue date2 on dirait que l'humanit va tout coup ressentir une totale1 une dfinitive surprise de quelque chose1 et que1 d'instinct1 elle rserve ses forces pour la ressentir4 ,cependant1--penserait le moderne1--de quoi ne serait-il pas improbable1 d'avance1 que nous puissions tre srieusement mus8 ,tout ce que la posie et la mythologie des anciens ont pu rver de colossal et d'trange est dpass par notre ralit4 ,les dieux ne sont plus de notre puissance2 leur tonnerre est devenu notre jouet1 notre coureur et notre esclave4 ,les ailes de l'aigle8 l'empire des nuages8 ,n'avons-nous pas le gaz hydrogne pour nous promener dans les cieux8 ,quel ,pgase pourrait suivre un train-express et jouter d'haleine avec lui8 ,quel ,mercure obirait avec la promptitude d'un tlgraphe lectrique8 ,que devient la ,renomme aux cent trompettes devant les millions de voix infatigables de la presse8 ,quelle figure ,neptune jugerait-il convenable de prendre en face de nos ,lviathans1 de nos mles et de nos chanes sous-marines8444 ,que dirait le rigide ,rhadamante l'aspect de nos grandes villes si bien polices8--,phbus-,apollon8 mais nous l'avons rduit prendre nos ressemblances6 nous l'avons rig notre peintre favori4--,hercule et ses douze travaux nous feraient sourire3 par exemple1 il tua le lion de ,nme1 lui seul2 n'avons-nous pas des personnes qui tuent1 par got1 des cinquantaines de lions1 elles seules8--,quel tonnement marquerait la physionomie d',esculape s'il daignait jeter les yeux sur nos traits d'anatomie1 de physiologie1 de mdecine pratique et de chirurgie8444 ,les muses8--,mais n'avons-nous pas des femmes de lettres1 des cantatrices1 des danseuses et des tragdiennes vis--vis desquelles la comparaison ne serait peut-tre pas leur avantage8--,parlerons-nous d'ros1 de l'anacrontique ros8 ,le pathologiste moderne se trouve en mesure d'accorder mensuellement aux vieillards dissolus la permission de dposer leur modique offrande sur l'htel de ,vnus4 ,et1 quant ,vnus1 nous la croyons sinon vieillie1 du moins surfaite3 la terre a plus de ,vnus relles que l',olympe n'en peut fournir4 ,celui auquel il a t donn de voir1 de plus ou de moins prs1 certaines femmes d',angleterre1 de ,circassie1 d',italie et de ,pologne1--voire mme de ,france1--n'admet gure la supriorit de ,vnus4 ,quant l',empyre1 une feuille de chanvre arabe dans un cigare1 trois pastilles de haschich gyptien sur la langue ou quelques gouttes d'opium brun dans la carafe d'un narguilh1 et nous le voyons aussi bien que les dieux1--mieux peut-tre4 ,d'ailleurs1 qu'avons-nous besoin de nous crer des mirages de mondes illusoires8 ,en avons-nous envie8444 ,nous allons les chercher et nous les dcouvrons en ralit1--tmoins les deux ,amriques1 l',australie et les centaines de mondes de l',ocanie4--,le ,pinde et le ,parnasse inaccessibles supporteront demain les rails de fer1 et l',hippocrne1 fontaine sacre1 fournira d'excellente vapeur4 ,la sagesse de ,minerve battrait passablement la campagne devant la dialectique allemande4 ,pour ce qui est du dieu ,mars1 nous ne voulons pas humilier sa glorieuse massue1 mais nous croyons pouvoir affirmer une chose2 choisissons l',iliade pour sujet1 par exemple3 les ,grecs1 munis de dix ou de douze rois1 de cinquante ou de soixante mille hommes et du secours des dieux1 mirent dix ans prendre ,troie1 encore1 fut-ce nous ne savons quelle ruse alatoire1 baroque et inavouable1 qu'ils durent leur succs2 eh bien6 quand mme ,achille1 ,agamemnon1 ,ulysse1 ,ajax1 fils de ,tlamon ou d'un autre1 peu importe1 se seraient joints1 pour la dfendre1 ,pris1 ,hector1 ,priam1 etc41 et quand mme ils y eussent t commands par tous les dieux1 le dieu ,mars en tte1--un dtachement d'artillerie dbarqu par les paquebots vapeur de la ,mditerrane1 muni d'une douzaine de fuses la congrve qui portent prs de deux lieues et battent en brche cette distance1 d'autant de mortiers bombes et de canons rays1 l'aurait prise en dix minutes4--,positivement1 les dieux ne sont plus de force avec nous sur aucune espce de terrain4 ,les ,titans commencent prendre le dessus2 les chanes du vieux ,promthe1 ptrifi sur son rocher de ,scythie1 se sont rouilles et le bec de l'aigle s'est recourb de vieillesse4 ,ne serait-il pas permis1 d'aprs tout ceci1 d'infrer que1 si peu que soient les hommes1 les dieux valent moins encore8444--,que ,jupiter1 par exemple1 s'avise de revenir jouer ,amphitryon ou de faire des miracles1 on le traduira simplement l'une des polices correctionnelles de l',europe1 et1 s'il prtendait nous chapper1 il y aurait extradition instantane sur tout le globe1 que nous manions comme une pomme dsormais4 ,nous sommes un peu matres chez nous1 aujourd'hui2 et nous avons des haches et des tonnerres que doivent craindre les divinits1 sans que cela paraisse4 ,voil1 certes1 le raisonnement qui et sommeill dans le sourire et dans la plaisanterie du moderne dont nous avons parl et les raisons de supriorit qu'il et t en son pouvoir d'allguer pour lgitimer son ddain ou son indiffrence vis--vis des ouvrages des anciens4 ,le fait est que ces raisons1 malgr le ton affect1 paraissent prsenter1 au premier abord1 un front si imposant et si sombre1 qu'elles s'emparent de l'esprit avec l'autorit de l'vidence4--,elles peuvent mener loin6444 ,d'o vient1 cependant1 l'impossibilit que nous prouvons de ne pas hsiter devant notre gloire1 nos travaux et notre divinit de frache date8 ,nous la trouvons lourde1 cette divinit6 ,suivant l'expression consacre par le vulgaire1 nous devons avoir l'air de parvenus1 pour les dieux1 tant nous nous tenons gauchement4 ,bref1 c'est peut-tre le manque d'habitude1 mais il nous serait dur d'tre des dieux4 ,on ne sait quel instinct vient nous railler au plus fort de notre confiance dans l'avenir4 ,les prodiges qui nous environnent1 les dcouvertes#a de notre labeur perptuel1 tout en nous donnant un sentiment terrible et incontestable 7par qui nous serait-il contest84447 de notre valeur1 veillent en nous on ne sait quelle conviction dsespre444 une tristesse irrmdiable1 infinie6 ,le vide nous enveloppe obstinment3 nous ne pouvons1 en mtaphysique1 en n'acceptant que la ,raison1 mettre la main sur le troisime terme de la dualit 7si tant est qu'il y ait logiquement dualit71 pas plus que sur l'activit vivante1 en mdecine4 ,cela nous chappe et la question parat devoir se reculer toujours1 sans tre jamais rsolue1 comme ces mirages dans les dserts4 ,la nouvelle mtaphysique matrielle1--nous parlons des plus rcentes donnes venues d',allemagne1--s'annonce de manire continuer l'tat de doute o nous sommes plongs2--un sentiment profond1 et qui parat indestructible1 de la vanit de notre condition lutte sans cesse1 en nous1 contre l'estime de notre tche2 ce n'est plus3 que sommes-nous8 qu'il faut dire2 c'est3 qui sommes-nous8 ,toutefois1 propos de cette question de l'tre et du nant1 disparus et formuls tous deux la fois dans on ne sait quel ternel devenir1 la thorie de l'idalisme hglien semble sans appel2 l',antinomie qui affirme l'identit de l'opposition la plus abstraite et la dmontre1 dans son en-soi1 en reconstruisant logiquement la ,nature1 l',humanit1 la ,pense1--en forant1 pour ainsi dire1 l',apparatre expliquer le motif de son explosion1--en mettant la ,raison humaine de pair avec l',esprit du monde1 enfin1 cette antinomie n'a pas t suffisamment branle4 ,hlas6 est-ce que nous serions le ,devenir de ,dieu8 ,quelle fatigue6 ,oh6 pourquoi l'ide de notre insuffisance intrieure domine-t-elle le pressentiment de notre immense destine6444 ,pourquoi ne saurions-nous1 quand nous osons nous regarder en face1 nous rsigner n'tre que plus que des dieux6444 ,si le progrs1 le processus indfini1 donne le bien-tre1 et1 trouvant sa justification dans la ncessit1 est l'unique raison de l'existence1 d'o vient cette lassitude 7nous ne disons pas cette ngation71 ce malaise presque universel1 ce peu d'enthousiasme pour lui8444 ,l'on n'avancera pas que ce mouvement correspond son abstraction et contient le premier terme d'une dtermination ultrieure3--cette ncessit ne nous parat pas ncessaire4 ,d'o vient cette raction instinctive de notre conscience1 qui fait que1 tout en reconnaissant demi l'vidence du ,progrs#b1 tout en nous laissant aller quelquefois l'admiration devant l'ide de ses profondeurs futures1 nous le dplorons souvent et nous regardons les faits spontans de la conscience passe1 les croyances1 rputes aujourd'hui absurdes1 avec tristesse et sympathie8444--,d'o vient1 disons-nous1 cet tat mixte1 extraordinaire1 que nous sentons peser autour de nous depuis longtemps et dont la formule1 en abstraction1 serait capable de faire douter de la ,raison humaine1 de sanctionner logiquement le quia absurdum des mystiques8 ,il est difficile de rpondre cela d'une manire satisfaisante2 d'ailleurs1 ne serait-il pas permis d'ajouter qu'un soulvement1 une oscillation aux ples1 une saccade volcanique1 un de ces tremblements qui sont les accidents priodiques du globe1 la condition sine qua non et le rgime de la plante 7rvolutions que la gologie dcouvre par milliers71 qu'un accident de cette nature1 enfin1 sans parler de l'hypothse dsormais trs prsentable d'un choc1 suffirait pour que tout notre progrs court grand risque d'aller rejoindre1 son rang1 les civilisations assyriennes1 les empires des vieux mondes et la science des mages hiroglyphytes1 dans la suprme nuit de l'ternit8 ,note #a3 ,par exemple1 il serait permis de rappeler1 entre tant d'autres1 la dcouverte de la force vitale centralise dans tel noeud de notre molle1 tel mode d'activit de la pense localis dans telle couche de pulpe crbrale de manire que l'on te ou que l'on remet1 volont1 la facult de discerner1 de vouloir1 de souffrir1 etc41 dans le cerveau d'un animal en enlevant ou en replaant telle tranche de sa cervelle1 comme cela se pratique aujourd'hui dans nos ,acadmies de mdecine2 la dcouverte plus ancienne de l'indpendance de l'irritabilit2--la dcouverte de l'identit des mtaux solliens et des ntres dcouverte obtenue1 comme on le sait1 par l'analyse chimique des rayons saisis dans la chambre obscure2--la dcouverte de la sensibilit de l'aimant par laquelle le geste de l'tre vivant se trouve en contact immdiat1 cette fois1 avec la physique2 la dcouverte de la reproduction des espces par les forces cratrices de la nature c'est--dire par les principes mtalliques et anims contenus dans un globule de sang1 lequel1 jet dans un vase rempli d'eau prpare1 y fait germer des centaines d'animaux qui s'y dveloppent1 deviennent propres notre alimentation et sont pourvus d'organes aussi parfaitement embots que ceux obtenus par la gnration ovarienne2 la dcouverte de ,neptune dans le ciel dcouverte qui est venue confirmer jamais l'astronomie1 comme la dcouverte de l',amrique vint confirmer la science physique2 la dcouverte de la fusion des os d'un organisme dans un autre grce laquelle1 en chirurgie1 on peut substituer1 maintenant1 l'os d'un animal l'os humain d'une si parfaite manire1 que1 au bout de quelque temps1 le premier remplace absolument le second2--etc41 etc4 ,note #b3 ,si l'on voulait analyser attentivement chaque branche scientifique du progrs1 l'ide de son importance et son aspect gnral se modifieraient peut-tre beaucoup dans les esprits1 et mme dans les esprits de ses plus dtermins partisans4 ,sans tablir une thorie de compensations 7laquelle1 d'ailleurs1 ne saurait jamais tre rigoureusement exacte1 car pour connatre une poque1 il faudrait n'tre que de cette poque71 il serait facile1 en s'en tenant son sicle1 de trouver des contradictions dans la plupart des dcouvertes qu'il prsente4 ,soit une science3 prenons celle qui lutte contre la souffrance physique et contre la mort1 et qui souvent surseoit l'une et l'autre1--la mdecine4 ,il est certain que dans les temps modernes les dcouvertes physiologiques prennent1 l'insu du vulgaire1 des proportions inattendues et capables1 au plus haut point1 de surprendre l'intrt des penseurs4 ,jamais la prcision dans l'art de gurir ne fut mieux obtenue et ne fut plus gnralise1 et personne n'ignore que nos pharmacies sont richement dotes de tout ce qui peut allger le fardeau de nos maladies4 ,en rsultat1 l'on affirme que la dure de la vie moyenne augmente dans plusieurs pays et l'on va jusqu' fournir des chiffres de cinq1 six et sept annes444 ,cependant1 ce principe tant pos que les statisticiens ne peuvent offrir de chiffres exacts que depuis un sicle1 sur quelle base solide ou mme acceptable peut se fonder une certitude quelconque de cette hausse apparente d'existence1--surtout lorsqu'on mentionne des intervalles d'oscillations durant ce sicle8444--,comment concilier ces chiffres avec les totaux obtenus par les statistiques de la misre en ,europe1 totaux dont la progression annuelle s'lve d'une manire sensible8--,comment1 enfin1 accorder cette amlioration de la dure moyenne de l'existence1 dans nos pays1 avec les immenses quantits d'alcools1 de boissons et d'aliments falsifis1 avec les habitations exigus et mal ares1 avec la grande ngligence de l'hygine1 etc41 etc48444 ,mais nous devons carter ces objections qui ne portent pas sur la ralit du problme pos dans toutes les consciences4 ,la philosophie1 n'ayant point de raisons d'tat1 n'est que sincre dans ce qu'elle affirme et n'admet gure ces faons d'apprcier ou plutt de jauger la vie humaine4 ,la dure1 ce n'est pas la vie2 c'en est une qualit4 ,sous ce mot1 la vie humaine1 nous avons l'ide d'action et de pense4 ,ce qui fait vivre l'homme1 ce sont les liens et les rapports qui l'unissent ce qui l'entoure2 plus ces liens se fortifient1 plus la vie se ralise dans l'homme4 ,or1 quels sont les affections1 les rapports spontans et naturels qui lui appartiennent8 ,rves ou ralits1 nous ne voyons pas plus de quatre lments de la vie1 lments d'o les plaisirs1 les passions1 les devoirs1 drivaient depuis six mille ans2 ce furent la famille1 l'amour1 la conscience et l'idal4 ,puisque ce sont les lments naturels de la vie1 reste savoir s'ils se renforcent dans les pays civiliss3 dans le cas d'affirmative1 nous pourrons avancer que la vie moyenne est en progrs4 ,mais nous voyons d'ici le sourire du lecteur1 tant le rsultat de l'analyse lui est connu par avance4 ,il est inutile de l'crire4 ,les types de la famille sont suffisamment bafous1 chaque soir1 dans un millier de thtres1 devant une centaine de millions d'mes1 en ,europe1 pour qu'on soit difi sur la valeur attribue cette parole par la majorit4--,l'amour est devenu quelque peu la posie de l'hygine2 l'idal se dfinirait1 pour le plus grand nombre1 la foi dans le prsent4 ,pour ce qui concerne la conscience et la morale publiques1 il suffit d'ouvrir l'un des ,codes4 ,prenons celui de ,france1 par exemple4 ,il compte environ quatre-vingt mille lois4 ,nous demandons simplement ce que pourraient bien tre la conscience et la morale publiques dans un pays de trente-huit quarante millions d'mes1 lorsqu'il faut quatre-vingt mille lois1 un millier de tribunaux toujours exubrants d'affaires1 cinq ou six cent mille baonnettes et quarante ou cinquante mille hommes de police pour les y maintenir8444 ,la dure de la vie moyenne augmente8444 ,en le supposant1 il faut avouer que cette augmentation cote cher4 ,l'homme a voulu s'affranchir de vieux prjugs2 il dsirait purer son idal1 devenir libre1 enfin1--suivant son indfinissable expression4--,le voil servi souhait3 il n'y a plus que l'artificiel4 ,les crimes aussi diminuent2--mais les vices augmentent et l'homme arrive toujours perdre en profondeur ce qu'il gagne en surface4 ,revenons la mdecine4 ,en face d'une question dcisive1--soit celle du sang humain1 par exemple1--la science parat se troubler4 ,or1 en dfinissant les divers modes de manifestation1 les nombreuses varits de symptmes sous lesquels apparat son affaiblissement1 par le terme vague et gnral1 la chlorose1 on trouve1--suivant l'estimation de praticiens clairs et d'aprs le recensement des maladies modernes1--on trouve que c'est par millions que les chloroses se comptent en ,europe2 ce qui induirait penser1 quoi qu'en puissent dire les zlateurs d'une statistique errone et embryonnaire1 que les forces de constitution dcroissent dans les gnrations humaines en raison du dveloppement intellectuel des socits4 ,l'on objectera que le remde suit le mal6 ,on mentionnera1 par exemple1 la dcouverte du traitement des chloroses par le fer4 ,les docteurs dsintresss rpondront au sujet de l'efficacit du fer4 ,sur deux sujets choisis et traits dans des conditions identiques par le fer 7prsent sous toute formule1 lactate1 iodure1 citrate1 etc41 peu importe71 le rsultat sera la mort de l'un et la gurison de l'autre1 sans qu'il soit humainement possible de dterminer la raison de cette diffrence4 ,ce qui chappe dans l'exprimentation mdicale est de mme nature que ce qui chappe en mtaphysique1 et ce qu'on appelle lments1 forces1 principes1 ne rpond pas ce titre2 mots inexacts1 et rien de plus6 ,des lments8444 ,d'o vient1 alors1 qu'ayant tous les lments du sang humain1 on n'en puisse distiller une goutte8444 ,d'o vient qu'il soit permis de mlanger indfiniment de l'acide nitrique1 du graphite1 de l'eau1 etc41 sans obtenir de la chair avec cette composition8444 ,d'o vient qu'on puisse manier les phosphates de magnsie1 de chaux et de soude en les combinant avec le reste des lments laisss par la dcomposition de toutes les parties du squelette sans arriver fabriquer de l'os avec ces moyens8 ,qu'est-ce que des principes impuissants qui ont besoin d'autre chose que d'eux-mmes1 ce qu'il parat1 pour produire leurs consquences8 ,tout cela nous rappelle une parole bien connue de l'un des plus illustres et des plus profonds docteurs de ces derniers temps2 sur le lit de mort1 il formulait ainsi sa conclusion triviale et suprme3 ,tenez-vous la tte frache1 les pieds chauds1 le ventre libre1 et moquez-vous des mdecins4 ,plaisanterie de moribond1 d'accord2 mais y a-t-il beaucoup de mdecins qui n'en diraient pas autant8 ,il est remarquer d'ailleurs que ceux qui doutent d'une science sont presque toujours ceux qui paraissent avoir fait de cette science le but de leur carrire4 ,au total1 ce que la mdecine aurait dcouvert de plus nouveau et de plus clair1 c'est qu'un rgime sobre et rgl1 des aliments sains1 de l'exercice1 un air pur1 le calme des moeurs et un bon temprament peuvent conduire la centaine4 ,malheureusement1 cette excellente maxime1--que nos premiers parents ont cru devoir nous lguer1--tout en demeurant l'axiome fondamental et la conclusion dfinitive de la science1 est devenue trs difficile mettre en pratique pour les cinq siximes des individus4 ,les populations croissantes1 les difficults conomiques1 l'organisation trange des mtiers1 des moyens d'existence et le genre de vie moderne excluent et mettent hors de porte pour des millions d'mes jusqu' la possibilit de pratiquer une hygine sortable4 ,condamns subir plus frquemment que les anciens les plus tristes maladies1 nous arrivons peu peu un systme universel de gurisons et de drogues qui rendra les gnrations dbiles1 appauvrira la vitalit humaine et enfin htera l'apparition d'un second terme dans la progression de la dure4 ,qui peut dire1 en effet1 que la statistique de la vie ne se balance pas sur deux termes8 ,sur une progression ascendante et descendante1 comme toute chose1 et que nous ne marchons pas vers ce premier terme d'une priode de diminution8 ,il est videmment certain 7pour ceux qui1 rduisant d'un coup d'oeil toutes les petites aberrations arbitraires leur dnominateur commun1 savent que d'un mot dvoy de son acception relle1 peut partir une irradiation indfinie de sottises71 il est1 disons-nous1 certain que1 tant tenu compte de la hausse naturelle des populations1 la mortalit suit avec sa fidlit ordinaire et ponctuelle la progression des dnombrements1 tout comme autrefois4 ,le nombre et la varit des maladies augmentent en germes cachs1 l'homme se crant des habitudes1 consquences des autres branches du progrs1 et l'explosion d'une dbcle imminente ne doit1 certes1 pas tre considre comme absolument impossible4 ,non seulement les anciens nous surpassrent1 de l'aveu des modernes1 dans leurs thories hyginiques et dans leurs applications de ces thories1 mais1 dans l'art de gurir leurs maladies1 l'exprience parat dmontrer qu'ils russissaient dans la mme proportion que nous4 ,il ne faut pas omettre1 d'ailleurs1 que mme de nos jours les anachortes perdus dans les ,thbades1 les empiriques et les jongleurs de l',orient1 les derviches de la ,haute-gypte1 etc41 ont aussi leurs manires extra-scientifiques de gurir les plus horribles maux qui aient jamais afflig notre espce1 et cela d'une faon bien autrement rapide et radicale que ne gurissent les mdecins d',europe4 ,il va sans dire que nous ne pouvons entrer ici dans les moindres dveloppements1 et qu'il ne nous est mme pas permis d'indiquer d'une faon sommaire l'tat d'une seule question actuelle4 ,nous avons le regret d'tre oblig de passer vite1 et nous n'avons d'autre prtention1 dans ces notes1 que celle de formuler grands traits un point de vue possible4 ,la mdecine est lie la chimie d'une telle sorte qu'on pourrait avancer que l'une est en face de l'autre4 ,prenons un dtail de cette nouvelle science3 nous sommes arrivs en chimie rsumer le mystre1--ou du moins l'une de ses parties les plus abstraites1 sur l'hydrogne3 on est peu prs certain1 aujourd'hui1 que le poids atomique de tous les corps n'est qu'un multiple exact du sien4 ,or1 qu'est-ce que l'hydrogne8444 ,une qualit6--,toujours des qualits2 jamais de principes6 ,c'est la devise et la justification du progrs indfini6444 s'crient les cent ou deux cents millions d'hommes qui peuplent chaque jour1 du matin au soir1 les trois cent mille cafs de l',europe et qui ont la bont1 aprs avoir rumin synthtiquement une masse indigeste de gazettes1 de donner humblement le ton l',esprit humain4--,il suffit d'affirmer ce qu'ils disent pour en voir l'incertitude4 ,dans tout cela1 certes1 il y a une chose fort belle et fort mystrieuse3 c'est le srieux de l'humanit crant une logique en toute chose1 sans savoir pourquoi1 ni comment2 mais1 comme le disaient dernirement des astronomes en proie au saisissement de nous ne savons plus quelle alerte cleste3 ,est-ce bien avoir raison que de n'avoir pas le temps d'avoir raison8 ,ah6 nous nous amusons dans les tnbres reculer d'insignifiantes dcimales2 nous croyons comprendre un phnomne parce que nous le nommons suivant telle condition de notre langage1 comme si c'tait l son vrai nom6 ,les choses restent aussi caches qu'autrefois et l'on n'y voit rellement clair nulle part dans ce sicle de lumires2 tmoin ces deux savants qui1 stupfaits d'une question de physique1 se disaient l'un l'autre 7et quelques-uns peuvent avoir entendu citer le fait en #ahfa1 par un minent rationaliste1 aux cours de chimie du ,collge de ,france1--au front de la plante et de l'humanit scientifique73--,l'absurde lui-mme n'est peut-tre pas impossible4 ,voil donc le cri suprme que la raison est contrainte1 chaque instant1 de pousser aujourd'hui1 aprs six mille ans de labeurs et de rves1 ce qui ne laisse pas que d'engendrer certaines rflexions au sujet de l'authenticit du progrs4 ,ajoutons1 en passant1 que nous avons bien peu de spectacles capables de lutter en splendeur avec ,babylone1 ,memphis1 ,tyr1 ,jrusalem1 ,ninive1 ,sardes1 ,thbes1 ,ecbatane1 etc41 etc41 et que1 sous le rapport de l'esthtique1 les modernes le cdent aux anciens4 ,d'autre part1 la massue du vieux ,can se dguise1 mais la flche1 l'pe ou le canon s'entre-valent2 les engins de meurtre s'universalisant1 la supriorit disparat3 le progrs devient compensation4 ,nous marchons l'abolition des guerres6 disent les agrandisseurs de l'horizon intellectuel4--,il faut avouer qu'on ne s'en aperoit pas beaucoup jusqu' prsent4 ,l'homme ne se nourrit pas seulement de pain3 qu'est devenu l'idal8 ,nous ne le trouvons plus nulle part1 mme dans les cieux4 ,pareils au ,jupiter olympien1 les penseurs ne daignent rien voir4--,eh6 loin de nous l'ide absurde de nier lourdement le progrs3 ,l'homme qui mit un pied devant l'autre cra le progrs4 ,mais que le progrs puisse sortir d'un cercle excessivement restreint1 ou dmontrer autre chose que notre dpendance indfinie et notre ignorance finale1 c'est ce qu'il est permis de rvoquer en doute4 ,on fait trop bon march de la science des anciens2 on s'imagine volontiers une grande diffrence entre leur niveau philosophique et le ntre4 ,reste savoir si le calme au sujet de l'ide de ,dieu est un progrs1 ce que personne ne pourrait dmontrer d'une manire trs nette4 ,l'immensit leur tait aussi bien inconnue qu'elle est inconnue pour nous autres6 et1 en se rappelant le moindre dtail d'astronomie1 on s'aperoit qu'ils s'occupaient1 avec mthode et ferveur1 de la grande question4--,par exemple1 il y a deux mille ans1--pour citer un fait entre mille1--l'observateur d',alexandrie1 ayant invent la sphre armillaire moderne et fix1 par peu prs1 l'obliquit de l'cliptique1 obtenait pour l'arc du mridien compris entre les tropiques une expression o la science actuelle prcise peine une inexactitude peu prs insignifiante4 ,en vrit1 les pas que nous avons faits dans presque toutes les sciences pourraient se reprsenter par les deux petites virgules de diffrence entre un calcul de vingt sicles et le ntre4 ,il y a quatre mille deux cents ans1 les ,chaldens trouvaient leur triple zaros lunaire aprs des calculs ncessairement assez compliqus4 ,les ,juifs taient fort au courant de la priode de nos annes1 qu'on prtend avoir t dcouverte par nous ne savons plus quel moine scythe ou lapon en l'an #ejj de notre re3 il suffit de jeter les yeux sur leurs livres pour le voir4--,il y a trois mille ans1 les ,chinois remarquaient la mobilit de l'cliptique en observant l'aiguille d'un cadran solaire1 et l'invention de ce cadran se perd dans la nuit de l'histoire4 ,il y a deux mille deux cents ans1 les ,babyloniens en dcouvraient encore d'ingnieuses varits4 ,la dcouverte des prcessions quinoxiales date de deux mille trois cents ans2 sans le prtendu hasard qui nous a fait dcouvrir l'optique1 il y a cinq sicles 7laquelle remonte trois mille ans d'aprs les traits d'optique de ,ptolme71 et1 par suite1 la science des rfractions de la lumire1 nous ne saurions pas grand'chose de plus que les anciens en astronomie4 ,et que savons-nous1 malgr cela8 ,nous connaissons quelques millions d'toiles ainsi qu'une partie des phnomnes de leurs volutions varies3 les enfants d'aujourd'hui1 plus analystes que les petits ptres chaldens1 peuvent1 en divisant une seconde au degr sur le parcours d'un rayon1 savoir la distance qui nous spare de chacune d'elles1 et peser la substance dont elles sont composes en calculant la force d'attraction les unes des autres4--,cette affirmation que tout le systme solaire1--que l',univers1 comme on dit1--ne pse pas seulement un sextillion de livres 7s'il est vrai que deux et deux fassent quatre71 pourrait mme1 selon nous1 veiller un sourire dont le scepticisme convenu ne serait pas tout fait exempt d'horreur4 ,oui6 nous avons analys le faisceau d'angles lumineux qu'un rayon parcourant prs de cent mille lieues par seconde vient projeter sur notre oeil aprs avoir franchi1 durant au moins dix ans1 les vastes abmes de l'ther et les dix mille kilogs d'atmosphre dont l'oeil humain supporte la pression1 et nous avons perfectionn nos lentilles1 invent les polariscopes1 rapproch un peu le ciel3 ce qui revient dire1 au fond1 que nous jouissons1 grce nos puissants instruments obtenus par tant de travaux1 de sang et de veilles1 d'une vue un peu meilleure que celle de ces ,allemands qui1 au dire de la science1 distinguaient l'oeil un des satellites de ,jupiter1 les anneaux de ,saturne1 et qui marquaient1 un crayon la main1 des distances de nbuleuses4 ,le tlescope est peut-tre comme la bquille de nos yeux affaiblis et malades6 ,qui sait jusqu'o les premiers hommes voyaient naturellement8 ,que le monde soit g de six mille ans1 ou d'autant de milliards de sicles1 tout cela se vaut sous la rflexion3 il faut toujours en venir au commencement1 c'est--dire au non-sens1 au mystre1 l'immmorial1 l'absurde4 ,les donnes que nous avons aujourd'hui dans le dtail du ciel1 ou dans ses lois gnrales1 seront renverses demain1 peut-tre1 par d'autres donnes et d'autres lois1--et voil tout notre substratum4 ,dj des critiques s'lvent et d'une manire trs suffisamment spcieuse pour tre digne d'attention4 ,cependant1 bien que la plupart des astronomes regardent le firmament comme l'anatomiste regarde un cadavre1 il n'en est pas moins rest superbement inconnu4 ,mais on dirait que le public n'a plus le temps de penser lui6 ,a peine ressentons-nous quelquefois son vertige divin6 ,les ,chaldens concevaient la grandeur des rapports qui peuvent nous unir son silence4 ,imaginations de pasteurs grossiers6 dit-on4 ,mais toute ralit suppose une imagination antrieure qui l'a pense4--,o commence1 o finit l'imagination8 ,ce qu'elle voit1 est ou n'est pas3 si ce n'est pas1 comment se fait-il qu'elle puisse le voir8444 ,si c'est au contraire1 qu'est-ce que la ralit d'un corps peut ajouter de plus la sienne1 pour nous1 puisque tout finit par disparatre pour nous8 ,ah6 les enfants de la ,chalde1 errant sur les montagnes au milieu du vent nocturne1 la ressentaient bien1 cette posie qui est la conscience de la nature1 et ils avaient bien raison d'attacher1 d'un regard de foi dpassant les progrs futurs1 leurs obscures destines au cours lumineux d'une toile1 et de crer ainsi1 dans tout l'infini de leur pense1 un rapport irrvocable de leur humilit sa sublimit4 ,,chapitre ,,viii4 ,isis4 ,cherchez1 et vous trouverez4 ,en vrit1 en vrit1 je vous le dis3 ,celui qui veut conserver sa vie la perdra2 celui qui veut la donner la retrouvera4 7,j,,sus-,,christ47 ,a vingt ans et demi1 ,tullia ,fabriana se trouva seule au monde4 ,cette tendance de son esprit aux profonds recueillements1 tendance qui1 au dire des physiologistes1 accompagne presque toujours1 chez la femme1 une complexion dispose la strilit1 s'tait dj si aggrave en elle1 que ses sens1 rests neufs1 ne la sollicitrent pas4 ,les plus attrayantes distractions lui parurent d'assez peu de valeur1 ses travaux ayant suffi pour la blaser d'avance des plaisirs1 des triomphes et des amours4 ,le plus sombre ddain commena d'emplir son coeur2 malgr son indiffrence1 elle pensa que1 tant belle1 il pouvait lui arriver d'tre aime2 et comme elle ne tenait pas plus ressentir les bonheurs de l'amour partag qu' causer les tristesses de l'amour solitaire1 elle se trouva une exception humaine4 ,alors1 elle se dcida pour un loignement1 elle s'isola1 sans se retirer tout fait1 sans cesser de faire le plus de bien possible autour d'elle avec la plus large part de son immense fortune1 et n'accepta du dehors que le respect de son nom4 ,dans le recueillement de sa retraite1 elle rva magnifiquement sur elle-mme et sur le monde et s'abandonna tout entire aux sublimes attirances de la ,pense4 ,jeter un coup d'oeil dsillusionn et rapide au fond de son effrayante science1 la rsumer au point de vue de la nature et de l'histoire1 arriver lier1 par sries de rapports1 les perspectives et les fins particulires de toutes ces observations jusqu' la question philosophique1 cela fut l'oeuvre de quelques mois pour sa redoutable intelligence4 ,un soir1 dtermine penser par elle-mme1 elle ferma ses lourds volumes de mtaphysique et s'accouda1 comme toujours1 sur sa table d'tudes4--,sphinx6444 toi1 le plus ancien des dieux6444 murmura la belle vierge promthenne1 je sais que ton royaume est semblable des steppes arides et qu'il faut longtemps marcher dans le dsert pour arriver jusqu' toi4 ,l'ardente abstraction ne saurait m'effrayer2 j'essaierai4 ,les prtres1 dans les temples d'gypte1 plaaient1 auprs de ton image1 la statue voile d',isis1 la figure de la ,cration2 sur le socle1 ils avaient inscrit ces paroles3 ,je suis ce qui est1 ce qui fut1 ce qui sera3 personne n'a soulev le voile qui me couvre4 ,sous la transparence du voile1 dont les couleurs clatantes suffisaient aux yeux de la foule1 les initis pouvaient seuls pressentir la forme de l'nigme de pierre1 et1 par intervalles1 ils le surchargeaient encore de plis diaprs et mystrieux pour mettre de plus en plus le regard des hommes dans l'impuissance de la profaner4 ,mais les sicles ont pass sur le voile tomb en poussire2 je franchirai l'enceinte sacre et j'essaierai de regarder le problme fixement4 ,au moment d'entrer dans le royaume de la mditation solitaire1 la jeune femme se surprit dtourner la tte et jeter1 pour la premire fois1 sur le rve de la vie1 des regards de douceur4 ,oui1 pour la premire fois1 elle aurait voulu croire1 aimer1 oublier6444--,bientt1 ddaigneuse et grave1 elle rsista fermement et tendit toutes les puissances de son esprit vers les plus vertigineux sommets de l',idal4 ,les jours et les nuits se passrent4 ,satan1 d'aprs le pome symbolique1 ayant forc les portes de l'enfer1 regarda les tnbres et s'lana dans leurs profondeurs la recherche de l'den4 ,ses ailes battaient dans le vide que ses regards exploraient4 ,ainsi l'me qui1 venant d'chapper son cachot#c par la conscience de l'identit#d1 se prcipite dans le mystre de l'tre#e pour y trouver la cause et la raison des dterminations ultrieures1 ralise cette conception4 ,que de systmes1 anantis sitt que parus1 flamboyrent devant cet esprit6 ,les jours et les nuits se passrent4 ,chose bien remarquable6 ,des considrations rsultant d'un point de vue assez loign de celui o se placent1 d'habitude1 la plupart des femmes1 l'induisirent ne pas oublier l'extriorit de sa personne1 malgr ses terribles tudes1--enfin ne pas se ngliger physiquement4 ,elle se dcida pour un genre de vie soutenu par une mthode dont elle avait tudi les secrets et qui lui conserva sa magnifique pleur de roses blanches et la fracheur de son beau sang4 ,l'on sait que les climats italiens et1 en gnral1 presque tous ceux des contres mridionales1 favorisent et mme imposent hyginiquement l'abstinence2 ainsi la sobrit avec laquelle vivent les gens du peuple1 en ,italie1 et leur privation constante d'aliments fortifiants ne nuisent pas leur nature2 grce la nourrissante atmosphre qu'ils respirent1 ils se portent aussi bien que ceux du ,nord4 ,comme ,fabriana tenait maintenir son esprit dans le merveilleux tat de sant lucide o il tait1 non seulement l'ide de plaisirs gastrosophiques l'et modrment transporte1 mais1 seconde par le climat de ,florence1 elle devait adopter un rgime d'une svrit dont sa constitution de marbre ne pouvait se trouver que fort bien4 ,elle ne buvait jamais que de l'eau froide et dore par quelques gouttes d'lixir2 la nuit1 lorsqu'elle avait bien faim1 elle se suffisait avec un peu de pain2 quelquefois des glaces1 des oranges et du th2 rarement elle dsirait des choses plus succulentes4 ,cet asctisme lui vita les temps perdus et les ennuis de la maladie2 et elle se trouvait toujours repose4 ,elle se levait1 se baignait aux jardins1 s'enveloppait d'un peplum1 vtement dans lequel elle se trouvait plus l'aise et plus rapidement habille2 elle venait ensuite dans la bibliothque1 s'tendait sur un sofa1 pensait de longues heures sans quitter son attitude accoude sur les coussins1--except pour feuilleter de temps autre un livre de philosophie ou de mathmatiques et parcourir un passage4 ,elle ne prononait jamais une parole3 ses yeux demi ferms ne brillaient pas2 un signe d'admiration1 de crainte ou d'esprance ne la fit jamais tressaillir2--seulement des gouttes de sueur perlaient sur ses tempes1 roulaient jusque parfois sur ses cils1 comme des pleurs sublimes1 et1 pareille la grande ,isis1 elle s'essuyait alors avec le voile4 ,les jours et les nuits se passrent4 ,cependant le soleil tait radieux sur les campagnes2 les enfants s'aimaient dans les forts1 la nature tait paisible2 le printemps de sa jeunesse lui disait1 dans la voix de ses brises venues du ciel1 dans le parfum de ses fleurs gonfles de sve1 le chant mlancolique des anciens3 ,cinthie1 les jours et les nuits s'coulent2 tu oublies de vivre2 ne veux-tu pas faire comme les enfants1 puisque tu es jeune et que tu es belle8 ,ses veilles se prolongeaient quelquefois jusqu'au matin et toujours dans ce profond mutisme1 dans cette intensit d'abstraction que ne venait trahir nul signe extrieur1 et qui1 depuis deux annes d'identit1 tait devenu quelque chose d'effrayant2 ses sommeils devaient tre videmment une continuation de fatigue4 ,jusqu'o cette femme avait-elle plong8 tait-il possible d'admettre1 vis--vis d'une pareille nergie1 qu'elle rvait au hasard en se laissant blouir par tous les mirages de l'objectivit8 ,non6 non6 la grande solitaire1 la pense brve et robuste1 devait savoir ce qu'elle faisait4 ,l'immmorial mystre qui fait1 selon nous1 le fond du monde1 ne pouvait pas avoir chapp sa conscience ni son esprit2 peut-tre que1 parvenue sa hauteur1 elle cherchait un point de dpart plus satisfaisant que la ,ncessit#f4 ,un incident qui pouvait devenir trs grave et trs malheureux pour son existence1 et que nous ne devons rapporter qu' cause du caractre purement potique dont il s'enveloppa1 survint dans son existence vers la fin de la troisime anne4 ,une nuit1 ,tullia ,fabriana1 renferme et isole dans sa pense1 comme toujours1 tait assise devant sa table3 la lampe de fer1 place auprs d'elle1 laissait dans l'obscurit les profondeurs de l'appartement1 mais clairait en plein cette physionomie tranquille dont les regards tout intrieurs paraissaient contempler des firmaments inconnus4 ,oh6 le monde visible6 la chose qui trouble1 malgr sa contingence insignifiante6 ,il faisait une nuit malsaine1 lourde et gonfle d'orage4 ,pareils de lointains hurlements pousss de ce ct par la plante1 les convulsions de l'lectricit se prolongeaient dans les montagnes4 ,le ciel avait des teintes d'or1 de jais et de bistre2 des nuages immenses arrivaient en toute hte2 la jeune femme pouvait entendre ces coups sourds1 loigns et confus dont le murmure1 emport par le vent pluvieux et tide1 entrait par les croises ouvertes4 ,on et dit que la nature extrieure voulait la prvenir l'oreille de l'attention fixe sur elle quelque part4 ,elle se leva tout coup4 ,c'tait le premier geste de sa mditation6 ,ses yeux profonds et noirs brillrent comme deux flammes4 ,son visage tait ple comme la mort4 ,il y avait dans la grande bibliothque une sphre cleste de dimensions colossales2 elle se trouvait place en face d'une vaste fentre vitraux toute grande ouverte4 ,la nuit incendie par les clats de la foudre faisait1 avec une vie merveilleuse1 tinceler comme des astres vritables les innombrables toiles d'or et d'argent incrustes sur l'norme boule bleue4 ,une spirale aux degrs de velours entourait cette sphre2 au sommet1 sur une plate-forme troite1 taient jets deux ou trois coussins et des instruments d'astronomie taient pars sur ces coussins4 ,la lampe brlait sur la table4 ,tullia ,fabriana1--sans doute l'orage l'avait indispose un moment1--porta la main son front4 ,a voir l'expression fixe de ses regards1 il devenait prsumable que le ciel1 la terre et la nuit taient loin de sa pense1 et qu'elle ne savait ni n'entendait rien de ce qui se passait autour d'elle4 ,elle s'approcha de la sphre pas lents1 monta les degrs1 et jetant les compas sur le tapis1 elle chancela4 ,sa tunique1 dsagrafe comme un manteau1 glissa le long de son corps2 ses cheveux drouls autour d'elle l'envelopprent1 et1 aux lueurs de la nuit1 ils ressemblaient des rayons4 ,elle apparut1 blanche et lumineuse1 sans remarquer la profondeur de l'orage et des tnbres1 sans prendre garde l'espace brutal et noir6444 ,elle apparut1 comme la desse de ces nuits d'horreur1 o ceux qui cherchent ne trouvent pas4 ,mais quoi songeait-elle8 ,a quels tonnements son esprit pouvait-il s'abandonner pour la premire fois8 ,la foudre entra1 comme par hasard1 avec un hideux clair1 par la fentre ouverte1 dans l'appartement1 l'instant mme4 ,le fluide la jeta vanouie sur la sphre de porphyre4 ,elle resta renverse sur le dos1 les membres tendus1 les cheveux flottants1 les yeux ferms1 au milieu de la monstrueuse commotion du tonnerre4 ,par un de ces effets1 un de ces absurdes et heureux prodiges que la foudre commet quelquefois1 elle ne fut pas blesse4 ,aucun mal4 ,la secousse ayant t seulement d'une grande violence1 elle resta plusieurs heures sans mouvement1 comme accable4 ,a part cette fatigue1 l'lectricit ne lui laissa aucun souvenir de sa visite4 ,lorsqu'elle revint elle1 il faisait grand jour2 le temps tait superbe2 la bonne odeur de l'herbe aprs l'orage embaumait les airs2 elle s'accouda1 rva quelques instants1 puis se leva et descendit sur le tapis4 ,une fois vtue1 elle alla vers la fentre1 regarda les arbres1 le ciel1 les fleurs1 l'espace immense4 --,cinq heures de perdues6444 dit-elle avec beaucoup de douceur4 ,ce fut tout1 et quelques minutes aprs1 elle parut avoir oubli le terrible incident qui tait venu la troubler cause de l'imprudence qu'elle avait faite de laisser les fentres ouvertes pendant les nuits d'orage4 ,quelques jours aprs1 elle changea tout d'un coup sa manire de vivre4 ,elle passa les journes seule1 cheval1 courir dans les valles1 et ne s'en retournant au palais que le soir4 ,depuis cette nuit extraordinaire1 ses traits avaient pris l'expression d'une tranquillit de statue3 on et dit que ce n'tait point la fatigue qui l'avait fait se lever en sursaut1 et que ce n'tait pas l'orage qui l'avait plie6444 ,elle paraissait simplement suivre1 depuis son rveil1 les immenses enchanements d'une pense unique4 ,un jour1 elle revint dans la bibliothque4 ,elle ouvrit l'un des volumes de magie1 et aprs de longues heures1 ayant align quelques chiffres sur la marge avec son crayon3--,c'est bien6--dit-elle voix basse1 et elle ajouta sourdement3--,j'attendrai4 ,les jours et les nuits se passrent4 ,elle ne perdait pas de vue le monde2 le monde ne pouvait la troubler4 ,elle assistait assez volontiers aux soires et aux bals4 ,elle y tenait son rang superbe4 ,elle causait1 sans ennui1 de choses et de dtails usuels et souriait gracieusement au milieu de rparties enjoues4 ,certes ses brillantes amies et ses danseurs ne se doutaient gure que leurs compliments et leurs paroles tombaient dans son me profonde1 comme en hiver les sons de cloche des hameaux tombent1 emports par les rafales nocturnes et lointaines1 dans la dsolation de l'espace444 ,a cette soudaine vellit de distractions1 il et t possible de penser que1 dfaillante comme les autres devant le ,problme1 elle avait intrieurement renonc franchir le passage4 ,mais elle avait un double aspect3 son regard fixe1 son immobilit dans la solitude1 et1 dans le monde1 cette simplicit1 cette insoucieuse lgance de paroles1 tmoignaient par leur ensemble qu'elle avait une raison pour agir de la sorte et que son ide tait passe dans la sphre de l'action4 ,le gnie ne se paye pas d'un dcouragement1 et c'est pour cette raison qu'il est le gnie4 ,il est pareil au soldat frapp dans l'emportement de la mle1 qui1 ne s'apercevant pas de son sang perdu1 continue marcher sur l'ennemi et ne s'arrte qu'au moment o il remarque la mort1 c'est--dire son devoir termin4 ,la pense de ,tullia ,fabriana ne devait pas avoir bronch dans les abmes2 il tait clair que1 pareille au plongeur de la ballade1 elle rapportait la coupe d'or quelque roi inconnu4--,maintenant1 c'tait pass6444 ,la lutte tait finie2 l'ange tait vaincu4 ,les sueurs mortuaires de l'angoisse1 la vaste pouvante du dsespoir1 la sublime extase de la vie ternelle1 tout cela formait1 au fond de son me1 un sombre amas de souvenirs4 ,elle tait comme un voyageur qui revient des pays inconnus4 ,son front grave avait la beaut de la nuit3 c'tait la reine du vertige et des tnbres4 ,la terre1 ses climats et ses races devaient lui apparatre comme sur une toile aux rapides et fantastiques visions4 ,peut-tre avait-elle dcouvert1 au sommet de quelque loi stupfiante1 le vivant panorama des formes du ,devenir2 peut-tre que l'abstraction1 force de splendeurs1 avait pris pour elle les proportions de la suprme posie4 ,en toute certitude1 une pareille me ne devait pas tre dupe de son ombre1 et si elle avait pos quelque point1 si elle s'en tait tenue quelque chose1 c'est qu'il l'avait fallu4 ,ce ne pouvait pas tre pour le seul plaisir de suivre des ides au vol qu'elle s'tait dtermine ctoyer1 chaque heure du jour et de la nuit depuis trois annes1 la folie1 le delirium tremens1 les fivres d'hallucination1 etc41 et tout le cortge de la ,pense4 ,elle tait parvenue cette hauteur o les sensations se prolongent intrieurement jusqu' s'vanouir d'elles-mmes2 c'taient comme des rapprochements familiers de ses actions prsentes avec des souvenirs confus444 ,des avertissements lui venaient de toute part1 de l',impersonnel1 silencieusement4 ,ces phnomnes se posaient devant sa pense comme devant un miroir impassible3 une obscurit imprvue pesait sur ses moindres actions2 il lui semblait qu'elle distinguait1 sans efforts1 le point o les profondeurs de la vie banale vont s'enchaner aux rves d'un monde invisible1 de sorte que les dtails de chaque jour1 devenus dfinis1 avaient une signification lointaine pour son me44444 ,elle avait vingt-quatre ans4 ,elle avait voyag1 compar1 mdit sur les lois sociales1 appris les dtails des grandes causes2 dater du jour o elle avait parl seule1 sa volont parut avoir pris possession d'une ide fixe4 ,elle se remit voir le monde1 le voir d'une manire suivie et calcule3 trois annes se passrent1 et ces trois ans aprs1 vingt-sept ans1 celui qui et pntr dans sa vie intime1 et t surpris d'y reconnatre un ct nouveau et fort singulier4--,une fois1 dans le temps1 une circonstance dont l'origine obscure semblait se rattacher des questions peu importantes pour elle1 l'avait implique au milieu d'une vaste et royale intrigue dont elle avait accept le rle le plus difficile et qu'elle avait mene bien4 ,elle en avait profit1 par prsence d'esprit1 pour s'approprier d'inestimables secrets4 ,outre sa fortune dont l'origine tait suffisamment reconnue et dfinie1 elle avait dans sa mmoire une autre fortune et un grand pouvoir4 ,en sondant plus loin1 on et dcouvert une chose merveilleuse3 c'est que1 force d'habilet pratique1 de relations leves et de science du dtail1 elle avait fini trs rapidement1 sans tre remarque1 par dominer1 sans bruit et comme en se jouant1 presque tous les hommes de valeur disposant d'une force matrielle en ,italie4 ,cette puissance cache s'tendait jusqu'aux tats romains4 ,du fond de son palais1 elle exerait sur les divers actes des gouvernements la suprmatie qu'elle s'tait acquise en vue d'un but indfinissable4 ,elle s'tait dtermin elle-mme1 sans aucun doute1 des rsultats venir1--mais la profondeur en chappait ses plus subtiles cratures4 ,ceux qui la servaient en vertu d'obligations tacites ou d'esprances intresses taient loin de se douter de leur nombre4 ,bien plus6 en politique1 elle passait1 aux yeux les plus clairvoyants1 pour une femme indiffrente ou de porte ordinaire2 car1 par un trait de dissimulation magistrale1 elle parvenait laisser croire qu'on agissait de soi-mme4 ,elle crivait peu cependant1 et voici pourquoi ses lettres taient plus compromettantes pour celui qui les recevait que pour elle4 ,elle rptait mot pour mot d'abord la demande qu'on lui faisait1 ce qui spcifiait clairement et sans ambiguts possibles1 le sens exact de la rponse2 maintenant1 #a si la question n'tait point pose dans des termes suffisamment prcis pour pouvoir1 au besoin1 devenir une arme entre des mains expertes1 elle rpondait d'une faon vague et brve2 #b si elle jugeait qu'on s'tait livr elle1 elle renvoyait purement et simplement la lettre1 avec un oui ou un non au verso1 de telle sorte qu'on ne pouvait montrer la rponse sans la demande4 ,elle restait ainsi toujours libre et sre d'elle-mme4 ,cette mthode avait ceci de rellement trs fort1 qu'elle dconcertait les soupons de ceux qui pouvaient la croire d'une certaine envergure de desseins1 puisqu'elle leur rendait leurs armes2 mais on ne songeait pas cette consquence3 ,elle vitait par l ces divers commentaires auxquels est expose la conduite d'une femme dont on redoute l'influence1 parce que1 n'ayant qu' se louer d'elle1 on n'tait pas press d'en faire parade1 cela supposant infriorit4 ,peu de bruit se faisait donc en diplomatie autour de son nom4 ,les mailles solidement tnues de ce rseau dont elle enveloppait1 dans l'obscurit1 une bonne partie des arrts de la politique impriale ou romaine1 aboutissaient son doigt par un suprme anneau qu'elle mouvait de temps autre4 ,bien que1 dans ses voyages1 elle ne part qu' de longs intervalles aux grandes rceptions des nonciatures1 aux soires officielles des consulats ou plutt des prfectures d',autriche et aux bals flamboyants des ambassades de ,france1 d',angleterre et d',espagne2 bien que l'accueil dont on l'y acceptt n'et jamais donn lieu de souponner des liens de plus intime dfrence que celle due son rang ou ses prestiges personnels1 elle aurait presque infailliblement prdit le jour o tel dcret serait sign par un pontife1 un parlement1 une reine ou un empereur4 ,que se proposait-elle d'atteindre8444 ,que voulait-elle amener8444 ,que lui importaient ces manoeuvres1 elle1 dont les habitudes et les gots tranges mettaient l'existence en dehors de toute lutte sociale8444 ,a elle qui ne ressentait aucun dsir d'augmenter sa position ni d'tre utile celui-ci ou celui-l8444 ,aucune patriotique illusion8444 ,a quoi bon cette trame permanente1 souterraine1 qu'elle tissait froidement depuis trois ou quatre annes8444 ,c'tait impntrable4 ,toujours est-il que son plan1 quel qu'il ft1 restait1 cause de ces manires d'agir1 envelopp de tnbres et d'inattention4 ,c'tait donc chez cette femme extraordinaire qu'taient venus ce soir-l le prince ,forsiani et son jeune ami le comte ,wilhelm4 ,ils attendaient dans un salon4 ,note #c3 ,le moi4--,voyez ,,fichte1 la ,logique4--,voir aussi ,trait des ,sensations1 par l'abb ,,de ,,condillac1 et ,l,,lut1 ,physiologie de la ,pense4 ,note #d3 ,voir ,,schelling1 ,idalisme transcendantal1 et ne pas tenir compte de ses notes 7dans l',apprciation des ,o,euvres de ,m4 ,cousin7 au sujet de ,h,,gel1 notes dans lesquelles se trouve cette proposition3 ,ce qui est est le primitif2 son tre n'est que l'ultrieur1 etc41--attendu que ceci n'est d'aucune ncessit1 ne se prouve point et ne se pense pas plus que la proposition de ,h,,gel4 ,note #e3 ,voir ,h,,gel1 logique1 la ,science de l'tre4 ,l'identit de l'tre et du nant1 considrs dans leur en soi vide et indtermin4 ,les personnes qui ne sauraient pas l'allemand peuvent consulter la belle traduction de ,m4 ,v,,ra1 l'un des monuments philosophiques de ce sicle4 ,note #f3 ,ceci soit dit sous le critrium hglien1 et avec une rserve dont l'explication devra tre donne dans le second volume de cet ouvrage4 ,,chapitre ,,ix4 ,la prsentation4 ,almanzor1 voiturez-nous ici les commodits de la conversation4 7,,moli,,re1 les ,prcieuses47 ,la marquise entra4 ,le salon donnait sur les jardins4 ,devant les grandes croises entr'ouvertes1 les draperies remuaient lgrement4 ,des dalles blanches tenaient lieu de tapis ou de parquet4 ,les housses de gaze argente noues au bout des torsades enveloppaient les lustres du plafond4 et l de lourdes chaises d'bne sculpt1 tendues en velours noir1 et un sofa pareil1 prs d'une fentre4 ,sur les boiseries de couleur sombre se dtachaient1 dans leurs cadres d'or1 de magnifiques peintures du ,guide et du ,titien4 ,une torchre pleine de bougies1 place derrire une vasque de marbre d'o s'chappaient de grosses gerbes de fleurs naturelles1 clairait l'appartement4 ,la haute chemine aux candlabres teints1 supportait une grande pendule en bronze de ,florence3 des panneaux armoris indiquaient des portes sur d'autres salons du palais4 ,les deux gentilshommes taient debout vis--vis d'un tableau4 ,tullia ,fabriana les salua d'un mouvement de tte1 demi-souriante4 ,le prince1 avec une ngligence amicale1 d'un tact et d'un got parfaitement mesurs1 s'inclina2 ,wilhelm s'inclina aussi1 mais troubl comme par un blouissement4 ,la marquise1 avec un signe d'approcher1 vint auprs de la fentre4 ,le prince ,forsiani prit le jeune homme par la main3 --,madame la marquise1 dit-il1 j'ai l'honneur de vous prsenter le comte de ,strally-d',anthas4 ,tous deux prirent place devant la jeune femme4 ,elle s'tait appuye1 en s'adossant1 les mains moiti jointes3 son coude reposait sur l'un des bras du sofa4 --,monseigneur1 ne me disiez-vous pas1 hier au soir1 que vous deviez nous quitter cette nuit mme8 demanda-t-elle4 --,oui1 madame3 et1 si quelques soins vous inquitaient prs de la cour de ,naples1 serais-je assez heureux d'y veiller votre place8 --,la reine m'a fait l'honneur de m'crire la semaine passe1 et deux lignes1 ajoutes par lord ,acton1 exprimaient d'assez vives instances au sujet d'une rponse immdiate4 ,plusieurs difficults ne m'ont point permis de le satisfaire avant ce soir4 ,je dsire simplement offrir ,sa ,majest mes regrets de ne pouvoir lui tre utile dans les circonstances dont elle me parle1--et1 puisque vous me laissez disposer de votre complaisance444 ,le prince ,forsiani s'inclina4 --,mon absence ne sera pas longue1 je l'espre1 ajouta-t-il4 ,pendant que ,fabriana parlait1 ,wilhelm tait devenu la proie d'un phnomne d'une froide horreur4 ,cette voix1 ce timbre de contralto velout ne lui tait pas inconnu1 cela tait certain4 ,mais--et l'intensit du sentiment avait pris en lui les proportions d'une ralit vidente--il lui semblait que 'avait t bien loin1 dans l'impalpable pass1 au milieu de pays frapps d'un silence sans chos1 silence terrible1 dans des ges oublis dont il ne pouvait concevoir la date1 que 'avait t dans ce nant qu'il avait entendu la voix4 ,il se rappela les singulires confidences du prince dans les ,casines et il eut assez d'empire sur lui-mme pour demeurer d'un visage gal4 ,cette hallucination ne dura qu'un instant4 ,j'ai rv1 pensa-t-il2 et il ne s'en inquita pas davantage4 ,on causa de choses de hasard pendant quelques minutes1 puis cela fut ramen aux affaires du temps4 ,sur une allusion que parut avancer le prince ,forsiani au sujet de la paix ou de la guerre1 la marquise le regarda3 --,votre ,excellence me pardonnera1 dit-elle3 je ne dsire connatre aucun dtail1 mais je pensais que l'ambassade avait en vue des motifs d'un ordre diffrent4 --,ces motifs touchent aux intrts les plus graves1 rpliqua ,forsiani4 ,la question des finances de ,naples est trs obscure3 les valeurs1 sans doute cause des excessives dpenses de la cour1 sont tombes dans un discrdit si fcheux aujourd'hui1 que1--un juif ais1 par exemple1 s'il savait acheter d'une certaine faon1 pourrait s'installer1 demain peut-tre1 sur le trne de ,gonzalve de ,cordoue4 ,cela raliserait une miniature assez triste de ces banquiers de l'ancienne ,rome qui trafiquaient de la puissance impriale4 ,voil cependant le rsultat vers lequel nous allons4 --,ah8 dit ,tullia ,fabriana1 toujours impassible4 --,je le crois1 ajouta le prince4 ,en vrit1 ces questions finissent par dominer toutes les autres2 les peuples menacent1 l'avenir s'assombrit4 --,c'est vrai1 dit la marquise1 et il me vient une amusante ide4 ,si1 par miracle1 et toute pavoise1 une flotte lui arrivait du ciel1--un peu comme cette manne suprme que les ,hbreux avaient si grand soin de recueillir autrefois1--pensez-vous que le roi ,ferdinand la refuserait8 ,ce fut le tour du prince ,forsiani de regarder ,fabriana4 --,la rsignation aux coups du ciel est une vertu royale1 belle dame1 rpondit-il4 --,la rsignation6444 ,d'aprs vos paroles1 serait-il bien surprenant que ,sa ,majest sicilienne ft mise mme1 bientt peut-tre1 de la pratiquer fort srieusement8 ,est-il dfendu de supposer l'existence de ceux qui savent acheter les choses avec de l'acier1 du fer et du plomb1 dfaut de mtal plus prcieux8 ,et elle se mit rire4 --,les ,lamberto ,visconti se font rares1 ,madame3 de tels exemples sont devenus si difficiles suivre6444 ,jouer sur un coup de ds son existence contre l'avantage d'tre roi1 n'est plus une chose si attrayante4 --,croyez-vous1 ,monsieur de ,strally8444 demanda la marquise en souriant4 --,madame1 rpondit ,wilhelm1 j'estime que se trouver seulement mme de risquer cette partie est une prcieuse faveur du destin4 --,est-ce que vous seriez attrist de votre sort si1 l'ayant essaye1 vous aviez perdu8 --,non1 madame4 --,que vous disais-je1 prince8 ,la voix douce de ,wilhelm1 le naturel de sa tenue accomplie1 excluaient de ses rponses toute ide d'ostentation4 ,c'tait un grand seigneur2 il parlait simplement4 ,le trouble et l'motion ardente qu'il comprimait ne pouvaient transparatre1 et pour ,fabriana seule1 que d'une manire intuitive et voile4 ,le diplomate1 connaissant le monde1 se demandait avec inquitude3 ,lui serait-il absolument indiffrent8 ,mais il ne s'arrta pas cette ide4 ,a ce moment1 une charmante jeune fille1 vtue d'un costume grec1 entra1 posa sur une table un plateau de vermeil charg de liqueurs la neige et se retira sans bruit4 --,acceptez-vous8444 dit gracieusement ,fabriana4 ,on refusa par un mouvement de la main4 --,ainsi1 continua-t-elle1 vous pensez1 ,monseigneur1 que1 par exemple1 notre cher tyran1 ,m4 de ,habsbourg1 interviendrait si le juif dont vous parliez se trouvait bien lev8 --,les rois ne sont-ils pas tenus de prendre de l'intrt les uns pour les autres8 rpondit le prince1 assez surpris de cette insistance4 --,oh6 je suis de l'avis de tout le monde l-dessus6444 --,permettez1 c'est n'en pas avoir1 marquise4 --,mais c'est avoir celui de tout le monde1 dit-elle4 ,forsiani regarda ,wilhelm1 auquel chappa1 comme il tait un peu jeune et qu'il ne faisait qu'admirer en ce moment1 une partie de cette puissante rponse4 --,madame1 il y aurait encore1 sans aucun doute1 bon nombre de ,majests choques du sans-gne de cet habile homme1 fit-il1 ne sachant pas o elle voulait en venir4 --,supposons1 si cela vous est gal1 quelqu'un de moins hbraque1 je crois pouvoir vous affirmer que les bien-aims cousins du roi seraient alors distraits1 comme le roi de ,france ,louis ,,xiv et son ministre furent distraits quand le seigneur ,olivier se mit protger l',angleterre et le roi ,charles de ,stuart4 ,combien y et-il de ,majests choques du sans-gne de ce brillant personnage8444 ,vous voyez1 il suffit de prendre son temps4 ,supposons mieux3 voici ,m4 d',anthas2 l'ide lui vient tout naturellement d'tre roi de ,naples4 ,qui s'opposerait la russite d'un pareil projet men d'une manire convenable8 ,le prince ,forsiani fut un instant sans rpondre4 --,m4 de ,strally-d',anthas est un peu jeune1 dit-il enfin1 comme en acceptant la plaisanterie4 --,voulez-vous1 dit-elle en s'adossant et avec une ngligence enjoue1 voulez-vous que je vous conte une petite histoire8--,un prince 7un prince comme ,m4 de ,strally pourrait facilement le devenir3 une terre en ,italie suffirait71 le prince ,carlos1 en ,espagne1 avait dix-sept ans1 juste l'ge de ,m4 le comte1 et peu prs l'ge d',alexandre quand celui-ci se mettait1 par forme de distractions1 dfaire les armes des grands rois de l',asie et conqurir le monde4 ,vous ne me direz pas1 je le pense1 que le prince tait infant8 ,sa mre1 une ,farnse1 lui avait donn ,parme1 quinze ans1 pour l'habituer4 ,un matin1 il s'veille avec la pense dont nous parlons3 tre roi des ,deux-,siciles4 ,il en fait part ,m4 le duc de ,mortemart1 l'un de ses amis4 ,m4 le duc lui rpond1 naturellement1 que son pre en sera trs enchant4 ,de fil en aiguille1 on arrive se trouver dans les veines du sang des ,captiens et des ,bourbons1 etc41 etc42-- plaindre le sort de ce malheureux tat de ,naples1 en butte aux factions qui le divisent4442-- vouloir relever ce grand peuple444 ,enfin1 il part1 emmenant quelques centaines d'hommes sa suite4 ,il dbarque1 bat les ,impriaux ,bitonte comme un ange2 se saisit1 l'improviste1 du sceptre et du trne1 se fait couronner roi par le pape ,clment ,,xii1 et reoit l'investiture du royaume par le congrs d',aix1 avant que personne ait eu le temps de se remettre4 ,vous avez vu cela1 prince4 ,vous tiez attach l'ambassade romaine1 je crois1 et vous connaissiez intimement son futur ministre1 ,tannuci4 ,et lorsque l',autriche voulut reprendre son bien de la veille1 vous vous souvenez de la dfaite essuye ,velletri8 ,quel enthousiasme pour le jeune roi6 ,femmes1 petits paysans1 que sais-je6 tout cela prenait les armes et se faisait tuer4 ,ce sont des faits4 ,voil comment le prince ,carlos de ,parme devint ,charles ,,iii de ,sicile4 ,cependant1 l',angleterre avait1 ce qu'elle a toujours1 un intrt s'installer dans le golfe napolitain1 position militaire et industrielle qu'elle occupera1 certes1 avant peu d'annes2--cependant le clerg italien1 le gouvernement du ,saint-,pre1 avait des raisons passablement solides pour ngocier avec le peuple une de ces transactions dlicates qui ont pour consquences d'augmenter le ,livre de plusieurs millions 7dception dont je ne pense pas que ,charles ,,iii l'ait ddommag suffisamment par la suite72--et cependant ,naples appartenait1 depuis ,charles-,quint1 la maison d',autriche4 ,il y avait donc1 il me semble1 d'assez graves intrts1 reprsents par trois des cabinets diplomatiques les plus experts de l',europe1 pour s'opposer ce rapt merveilleux4 ,eh bien1 non3 un enfant se dit3 ,voil une petite couronne qui m'irait bien1 et vous voyez le fini1 la nettet et la perfection de la droute de ces trois puissances3 ,rome1 l',autriche et l',angleterre4 ,je trouverais de tels faits d'armes1 excuts par de tout jeunes gens1 chaque feuillet de l'histoire4 ,tenez1 vous parliez tout l'heure de ,gonzalve de ,cordoue1 le plus grand capitaine des armes espagnoles1 un vice-roi1 un vtran de ruse et de gloire1 un guerrier des ,croisades1 un gnral invincible6444 ,on lui dpche un enfant de dix-neuf vingt ans1 et ce petit jeune homme1--sans exprience1 comme on dit1--remporte1 en fait1 sur le vieux matre1 trois accablantes victoires coup sur coup4 ,vous voyez que la jeunesse n'est pas impossible en ces occasions1 prince4 ,je suis donc autorise penser que1 devant cet empire d',autriche fait de morceaux1 un tel1 d'une certaine naissance et d'une certaine valeur dans la mesure de l'ambition1 pourrait1 du soir au lendemain1--mon ,dieu6444 faire valoir ses droits1 comme on dit en termes honntes1 ou comme peuvent le dire les chefs de toutes les dynasties444 ,mais quoi bon parler de cela8444 dit ,tullia ,fabriana changeant de ton subitement3 les rois sont des enfants terribles trs occups de toucher tout3 voyez comme ,m4 de ,strally est un jeune homme silencieux et sage6 --,cela prouve1 rpondit le prince1 qu'un duc de ,mortemart est quelque chose aussi4444 ,selon vous1 marquise1 l'usurpation pleine et entire du royaume de ,naples serait donc chose srieusement permise et faisable8 --,tout est faisable1 et vous savez bien1 cher prince1 que1 en politique1 bien des choses sont permises1 except de ne pas russir4 ,mais arrtons-nous1 je vous en prie1 nous aurions l'air de conspirer1 ce qui finirait par assombrir la conversation1 ajouta la belle souriante4 ,dix heures sonnrent cette glise qui date du temps de ,charlemagne1 ,santa-,maria della ,trinita4 --,chre marquise1 au revoir6 dit le prince en se levant4 --,vous me quittez8 --,une visite force au gouverneur du ,vecchio444 ,d'aprs nos dernires paroles1 ne faut-il pas que je prvienne la forteresse de se bien tenir8 --,ah6 si c'est pour le bien de l'tat1 je vous pardonne1 rpondit ,fabriana4 ,bonsoir et bon voyage4 ,on se leva4 --,qui sait8444 continua-t-elle1 vous me reverrez peut-tre ,naples bientt2 l'air y est trs pur4--,au revoir donc1 cher prince4 ,et elle lui tendit la main4 ,le prince1 amicalement1 lui baisa le bout des doigts4 --,je reois demain1 dit-elle en se retournant tout aimable vers ,wilhelm4 ,j'espre vous voir dans la soire1 monsieur le ,comte4 --,votre ,grce est mille fois bonne pour moi1 rpondit le jeune homme en s'inclinant4 ,fabriana reste seule revint s'asseoir sa place4 ,son visage avait pris une expression soucieuse et sombre3 on n'et pas reconnu la femme de tout l'heure en face de cette soudaine transformation4 ,au bout d'une minute1 elle murmura sourdement quelques mots sans suite4441 puis elle se leva et sortit du salon4 ,le prince et ,wilhelm descendirent4 ,une fois en selle3 --,vous pouvez continuer de vous tenir ainsi demain1 dit ,forsiani2 mais soyez matre de vous comme ce soir4 ,pas de folies1 mon cher enfant6444--pas encore1 du moins1 ajouta-t-il avec un sourire4 --,soyez tranquille1 monseigneur1 rpondit ,wilhelm4 ,ils prirent un temps de galop4 ,arrivs au quai de la ,trinit3 --,au revoir1 ,wilhelm1 dit l'ambassadeur2 si vous avez besoin de votre vieil ami1 vous m'crirez ,naples4 ,le jeune homme se pencha vers le prince et l'embrassa d'un mouvement spontan4 --,allons1 courage6 ajouta le prince ,forsiani d'une voix un peu mue2 sans vous en douter1 le plus difficile est fait4 ,courage et au revoir6444 ,vous voil dans la vie6 ,marchez4 ,il lui pressa fortement la main et partit vers la via ,larga4 ,le jeune homme demeura seul1 une minute1 rveur et immobile4 ,le ciel tait bleu1 les toiles brillaient1 les orangers embaumaient1 la nuit tait sereine et tide4 --,je suis jeune1 dit-il2 et il passa la main sur son front4 ,une srnade lointaine parvint jusqu' lui4 --,o mon ,dieu6 dit-il avec l'accent d'une tristesse nave et profonde1 pourquoi n'aimerais-je pas1 moi qui suis seul sur la terre8444 ,oh6 comme cette femme est belle6 ,comme je l'aime dj1 comme je l'aime en mourir6444 ,quelques instants aprs1 il piqua des deux et prit la route oppose1 vers ,san-,lorenzo4 ,,chapitre ,x4 ,le palais enchant4 ,le palais ,fabriani tait un labyrinthe superbe dont les mandres cachaient un ordre savant4 ,les grands architectes florentins du ,x,ve sicle y avaient dpens un soin et une magnificence de plans extrmes4 ,la marquise n'y avait rien chang1--ou que fort peu de choses4 ,les secrets intrieurs de ce palais dataient de deux cents ans et1 seule1 dans ce monde1 elle en tenait le fil d',ariane4 ,comme il tait situ sur des terrains levs1 loin des autres palais1 on ne pouvait1 d'aucun difice1 plonger la vue par dessus les murs du parc et des jardins4 ,ces murs avaient de trente trente-cinq pieds de hauteur1 et trois ou trois et demi d'paisseur4 ,des lierres normes1 des fleurs et de la mousse les couvraient presque entirement4 ,la grille de la longue avenue se fermait par des battants en fer massif4 ,les grands arbres taient bien touffus et serrs dans les alles4 ,il y avait des statues antiques1 une fontaine au mince filet d'argent reu dans une urne d'albtre2 des cygnes dans un bassin entour de cyprs et bord de marches en marbre blanc2 des buissons de roses d'gypte1 des milliers de fleurs d',asie et d',europe1 de larges feuilles tombes sur le gazon1 des lvriers tendus et gracieux4 ,et puis le grand silence4 ,le parc1 au milieu1 tait comme une vaste nappe d'herbe maille o jouaient des chevreuils et des gazelles4 ,on ne sait quoi d'oriental manait1 au soleil1 de ces parfums et de ces ombrages2 un charme mystrieux et profond courait dans l'air de cette solitude4 ,les jardins de ,circ devaient tre pareils4 ,ce silence de grandeur enveloppait le palais depuis bien des annes4 ,il n'en sortait jamais1 part ses nuits de ftes2 nuits rares4--,la porte intrieure de ces jardins tait condamne2 on n'y pouvait descendre que par le balcon de ,tullia4 ,le personnel occupait l'autre faade1 celle qui1 situe au del des cours intrieures1 donnait sur ,florence4 ,la marquise s'tait rserv exclusivement toute la faade qui avait vue sur les jardins2 except les jours de rception1 les domestiques n'entraient pas dans cette partie du palais2 ,xoryl suffisait ,fabriana4 ,xoryl tait cette jolie enfant au costume grec1 entrevue dans la soire4 ,c'tait une fille d',athnes autrefois abandonne1 douze ou treize ans1 par une famille inconnue et triste1 aux hasards des rues4 ,tullia l'avait aperue un jour1 en voyage1 sur le grand chemin3 l'enfant jouait au milieu des ruines4 ,la marquise parut examiner avec une attention soudaine et singulire les traits de cette petite fille1 et1 la prenant dans sa voiture1 elle l'avait simplement ramene avec elle en ,italie4 ,laissant crotre dans son palais cette fleur de misre1 celle-ci tait devenue charmante4 ,pendant les fivres gagnes au changement de climats et d'existence1 ,fabriana l'avait veille elle-mme avec mille soins1 et si la belle ,xoryl n'tait pas sous terre1 elle le devait sa matresse4 ,on la faisait lever et instruire durant les premires annes3 jamais la marquise ne lui avait adress une parole de reproche ou d'impatience3--et l'enfant se trouvait heureuse dans son esclavage tranquille6 ,elle se laissait vivre sans rien aimer que ,fabriana et se serait sacrifie de bon coeur s'il l'et fallu4 ,ce n'tait point son amie1 ce n'tait pas sa servante3 c'tait sa protge4 ,a peine avait-elle s'occuper d'une tche lgre que la douceur de sa matresse lui rendait facile et aimable4 ,n'tait-ce pas un plaisir de lui tre de quelque utilit8444 ,prdispose1 par les traits de sa figure1 aux habitudes solitaires1 ,xoryl tait silencieuse et avait le got de l'isolement4 ,elle se plaisait rver dans sa chambre1 tendue sur le tapis1 accoude sur un coussin1 et suivant du regard1 travers les longs cils noirs de ses paupires1 la fume d'un narguilh1 comme les sultanes des srails4 ,elle aimait rver aux golfes de la ,grce1 aux temples des dieux des vieux ges1 et ses verdoyantes montagnes paennes4 ,humble1 elle se souvenait encore de son pays1 bien que son pays n'et eu pour son enfance qu'une amre hospitalit1 et comme sa pense1 cause de l'air o respirait ,tullia ,fabriana1 s'tait leve aussi1 tranquillement1 elle ne se rappelait son pays que pour se souvenir de la beaut de son ciel1 de sa pauvret fire1 des ruines qui avaient accueilli son enfance1 de la gloire des guerriers morts dans les temps anciens et de la libert perdue4 ,ainsi vivait ,xoryl1 fidle et taciturne4 ,parfois on lui donnait des perles1 des diamants ou des bracelets de sequins1 en lui disant dans le doux langage d',athnes et aprs un baiser sur le front3 --,tu es libre de me quitter1 ,xoryl2 te souviendras-tu de moi quand tu seras dans ton pays8 ,ce quoi ,xoryl souriait1 sans rpondre1 en la regardant navement avec des yeux humides4 ,le fez de cachemire noir dont le gland d'or ondulait sur son paule jetait1 avec le reste du costume d',orient1 comme un charme natal sur sa jolie physionomie4 ,elle paraissait recevoir l'ombre et la lumire de la beaut de ,fabriana lorsqu'elle se tenait devant elle2 et puis elle s'en allait avec ce qu'on lui avait donn4 ,cette jeune fille suffisait donc ,fabriana quand elle voulait se maintenir dans une profonde et absolue retraite2 et voici par quels simples dtails elle tait parvenue dominer compltement cette retraite et se reconnatre dans l'immense palais4 ,les grands escaliers d'honneur qui menaient aux trois diffrents tages du palais se scindaient sur le palier du premier tage1 grce une cloison coulisses cercle de lames de bronze qui se dployait volont et se barrait en dedans4 ,les autres escaliers de service1 conduisant aux tages de cette faade des jardins1 avaient t murs4 ,les colonnades du rez-de-chausse qui bordait les jardins taient combles1 dans leurs intervalles1 par des caisses d'orangers1 derrire lesquels il n'y avait qu'une paisse muraille recouverte en marbre et sans fentres4 ,le dernier tage paraissait tre compos de chambres pour les gens4 ,il n'en tait rien4 ,ses croises taient celles d'un troit corridor sans issues4 ,derrire le mur du corridor se trouvaient les chambres relles donnant sur les cours intrieures4 ,personne n'habitait ces chambres4 ,impossible de parvenir sur les toits de cette faade4 ,une longue solution de continuit les sparait des autres terrasses4 ,ils taient forms de tuiles disposes en angles et sans aucune espce de bords ni de point d'appui4 ,ainsi1 la cloison des escaliers une fois tire1 la faade entire1 avec ses trois tages donnant sur les jardins1 tait isole de l'extrieur et de l'intrieur4 ,c'tait comme une thbade soudaine4 ,a moins de pntrer dans une des chambres ou dans l'un des salons du premier tage1 en enfonant les cercles d'airain de la cloison1 il et t radicalement chimrique de prtendre savoir ce qui s'y passait1 puisqu'on ne pouvait pntrer dans les tages suprieurs sans passer par le premier4 ,mais dans l'tendue entire de ce premier tage toutes les portes des appartements tendaient un cordon en fil d'acier1 cach dans la boiserie1 de telle sorte que la porte la plus loigne1 ouverte subitement par un visiteur1 et fait tomber sourdement un coup de timbre dans la chambre de ,xoryl4 ,cette chambre se trouvait deux pices de distance de la chambre coucher de la marchesa4 ,si1 aprs dfense expresse d'entrer dans ces appartements1 et les targettes dans leurs crous1 un laquais1 un intendant1 un majordome1 ou n'importe quel personnage diurne ou nocturne1 se ft curieusement avis d'y survenir et de forcer les portes 7soit pour voler1 pier1 enlever1 violenter ou assassiner1--quel autre dessein possible871 la jolie enfant et tendu la main vers deux boulons d'acier cachs dans la muraille1 et1 sans se dranger autrement1 et prcipit l'intrus dans une oubliette de soixante pieds 7oubliette qui tait prcisment1 en partie1 le contenu des murs sans fentres du rez-de-chausse71 et-il t l'autre extrmit de la faade4 ,une bande d'une douzaine d'individus n'aurait pas ncessit plus de frais1 car le parquet s'entr'ouvrait tout coup dans une tendue de plusieurs mtres sous toutes les portes la fois4 ,les ameublements taient rangs exprs d'une certaine manire pour viter un dsordre4 ,la chose1 en soi1 jetait une ombre de mort et de saisissement sur l'asiatique splendeur de ces longues draperies lames1 des dorures1 des glaces et des tableaux1 des lustres et des statues qui dcoraient les grandes pices somptueuses4 ,les constructions sur triple rang de solives soudes de fer apparaissaient brusquement1 sous les lustres1 dans les parois de l'ouverture2 une fois tomb l1 c'tait fini1 ,tullia ne tenant pas ce que le secret ft connu4 ,oblige de choisir entre un coup de haute et basse justice1 et l'imprudente ventualit d'un manque de russite dans ce qu'elle avait rsolu d'accomplir 7ce qu'elle et effectivement risqu1 outre sa scurit personnelle1 en laissant partir vivants les curieux7 elle s'en tait remise la fatalit3 ,tu frapperas et tu rempliras comme ceci ma volont1 avait-elle dit ,xoryl un certain soir4 ,et1 la prenant par la main1 elle l'avait guide1 aux lueurs d'un flambeau1 dans les dtours de ces cachots perdus2 elle l'avait fait descendre au plus profond des souterrains1 et l1 sombre et attriste1 lui avait appris ce qu'elle aurait faire dans l'occasion4 ,c'tait simple4 ,des flches trempes dans des poisons foudroyants444 la nuit444 une porte masque444 les jardins444 l'une des caisses de chaux dont il y avait une grande rserve sous les dalles4441 etc41 eussent fait disparatre tout jamais les traces de celui ou de ceux qui se seraient prsents4 ,xoryl avait inclin son aimable tte brune en murmurant d'une voix excessivement sourde la formule d',orient3 ,entendre1 c'est obir4 ,c'est bien1 lui avait dit ,tullia ,fabriana1 non sans un regard qui tait all lire les penses dans l'me de l'enfant1 et qui en tait revenu satisfait4 ,xoryl et donc parachev consciencieusement ce travail sans mme rveiller ,tullia si elle se ft trouve endormie en ce moment4 ,le meurtre ainsi que l'anantissement des victimes n'et pas dur le chant du rossignol dans les feuilles4 ,les phases du drame taient prvues une minute prs4 ,l'cho n'en et mme pas pntr au travers de ces tentures de velours noir broches d'or1 dont les pans toffs se massaient de chaque ct des portes intrieures4 ,l'excution termine1 l'enfant et fait jouer de nouveau les ressorts puissants1 et les parquets relevs fussent venus rejoindre les incisions des dalles ou des tapis1 et s'y adapter d'une manire invisible4 ,d'ailleurs1 si le survenant et paru d'une certaine caste1 on pouvait le laisser mort dans les jardins4 ,la hauteur des fentres aurait justifi les fractures occasionnes par sa chute dans l'oubliette1 etc4 ,un accident que personne n'avait le droit d'approfondir rpondait toute question4 ,a l'autre extrmit du parc se trouvait un pavillon adoss la grande muraille1 et l'on pouvait1 par ce pavillon1 entrer ou sortir l'insu gnral4 ,il donnait sur la campagne des bords de l',arno1 presque toujours dserte en cet endroit4 ,une lunette permettait d'en explorer les environs et de prendre son temps si l'on n'estimait pas comme tout fait indispensable que ces entres ou sorties fussent remarques4 ,tullia ,fabriana1 force1 non pour elle seulement 7s'il ne ce ft agi que d'elle1 sans doute n'et-elle pas pris tant de mesures71 de lutter contre les instincts de toute espce de personnes1 prenait trs au srieux les prcautions qui devaient la dfendre et assurer le succs de ce qu'elle avait charg sa volont de raliser tt ou tard4 ,les passants n'ont d'autre joie dans cette vie1 peu d'exceptions prs1 que d'essayer de nuire aux tres suprieurs et que d'outrager indiffremment dans leurs discours ceux dont ils croient remarquer les imperfections4 ,aussi1 par respect pour la forme humaine1 elle tchait1 le plus possible1 de leur pargner la peine de cette mchancet son endroit4 ,ses procds lui constituaient un talisman plus sr que l'anneau du mage lydien4 ,ils atteignaient dans la minutie1 comme on va le voir1 des proportions vertigineuses de lucidit et de profondeur4 ,c'tait fort et clair comme de l'algbre4 ,il n'y a de vraies mesures que celles qui sont totalement prises1 c'est--dire que celles qui sont juste la hauteur de ceux contre qui elles sont prises4 ,fabriana1 sachant les consquences et les dsastres virtuellement contenus dans le sourire d'un valet qui croit voir quelque chose de louche1 et qui est aux aguets pour profiter d'un oubli1 concevait trs bien la faiblesse humaine1 la pardonnait et lui trouvait mille motifs excusables1 mais ne cherchait pas en tre la victime4 ,un escalier de pierre conduisait intrieurement la plate-forme des murs qui entouraient les jardins4 ,la nuit1 deux normes chiens de montagne1 deux molosses dresss ce mange1 rdaient sur cette plate-forme et eussent dgot ceux qui1 d'aventure1 pour tel ou tel motif1 auraient jug convenable d'y appliquer des chelles4 ,leurs aboiements eussent prvenu1 d'ailleurs1 de la tentative3 sur un coup de cloche de ,xoryl1 une demi-douzaine de ngres gigantesques1 arms jusqu'aux dents1 se fussent rus1 sans bruit1 dans les alentours4 ,et puis1 de la fentre de ,xoryl1 le regard embrassait le sommet des murailles4 ,la charmante sauvage avait le regard d'un aigle et tirait divinement juste2 sans avoir besoin d'appeler les ngres1 elle et dmasqu une lampe aux reflets projets qui1 en tournant sur son support1 et illumin circulairement la plate-forme comme un clair4 ,saisissant alors une petite carabine 7une arme bijou1 crosse d'bne incruste d'ornements et d'arabesques prcieuses1 un miracle de prcision1 dont la marquise lui avait fait prsent671 elle et immdiatement fait feu sur la premire tte malveillante qui et paru4 ,le couvert1 la coupe et la vaisselle particulires de ,fabriana taient d'or1 et ,xoryl les essuyait avec attention1 avec des linges trs fins1 aprs les domestiques4 ,les deux cuisiniers taient depuis de longues annes dans le palais1 et ils achetaient eux-mmes avec le plus grand discernement ce qui tait ncessaire4 ,aucun aide1 except les jours de rception4 ,il n'y avait qu'un seul matre d'htel1 vieillard fort tranquille et trs attach au palais2 il avait servi le duc ,fabriano1 pre de la marchesa1 lequel tait mort empoisonn1 comme on le sait4 ,le vieillard avait la charge du sommelier1 mort depuis peu de temps4 ,seul1 avec l'un de ses ngres1 il avait le droit de parler ,xoryl1 et l'avertissait de tout ce qui venait de l'extrieur4 ,il dressait le matin et le soir une magnifique table incruste de lames d'ivoire et de nacre1 dans un vestibule du rez-de-chausse des cours intrieures4 ,les cuisiniers lui apportaient1 l'un aprs l'autre1 ce qu'il fallait1 et il avait ordre de ne jamais quitter le vestibule quand il avait commenc sa besogne et de ne laisser entrer aucun domestique1 sous quelque prtexte que ce ft4 ,une fois la table dispose1 il attendait la sonnette de ,xoryl1 et1 pressant alors un ressort adapt quatre chanons de bronze1 la table s'enlevait d'elle-mme sans bruit1 dans les rainures2 le parquet du salon suprieur s'cartait et laissait passer4 ,a l'aide de ces prcautions1 il et t fort difficile de mler de l'opium ou d'autres poisons dans le vin ou les aliments4 ,xoryl avait coutume1 par surcrot de prudence1 d'prouver l'apptit des deux molosses avant que ,tullia se ft mise table2 on le savait1 et cela tait un avantage de plus4 ,il faut se souvenir qu'il ne saurait y avoir rien de petit dans l'ensemble d'un plan sublime2 que chaque dtail tire sa valeur de la conception gnrale et qu'un esprit rellement profond revt les choses de moindre apparence de leur vritable point de vue4 ,en lisant l'histoire des conspirations tombes avec les ttes des conspirateurs1 on se sent tonn de voir1 non pas comment elles sont tombes 7cela n'est d'aucune importance1 si ce n'est dans les coles pour exercer la mmoire des jeunes et aimables enfants71 mais pourquoi elles sont tombes4 ,en dcouvrant le vritable motif de leur croulement dans le vide1 un esprit penseur en reste positivement interdit4 ,c'est dans l'oubli d'un misrable dtail que la grande ,fatalit#g va prcisment se rfugier tout entire6444 ,est-il donc possible que les plus intrpides gnies de la rvolte1 dont le regard embrassait1 sans se troubler1 les dveloppements d'une machination formidable1 se rsignaient relever de cet odieux dicton du vulgaire3 ,on ne peut pas tout prvoir8 ,c'est pour cela que ,tullia ,fabriana tenait compte des riens1 cause de la grande ,fatalit4 ,pour elle1 comme elle ne s'tait asservie aucune habitude1 comme elle avait pli1 de bonne heure1 son corps la faim1 aux veilles1 au froid et la fatigue1 les privations lui taient naturelles1 et ces choses pousses mme des proportions effrayantes1 se seraient mousses contre sa beaut1 comme cela glissait sur la constitution de fer d'un ,sergius4 ,elle ne tenait1 sans doute1 cette beaut1 rellement merveilleuse du reste1 que comme une arme de plus2--et l'on sait qu'en ,italie1 et particulirement en ,toscane1 la beaut des femmes dure communment beaucoup plus d'annes que dans les autres pays4 ,chose reconnue1 ce qu'il parat1 mais assez bizarre6 les plus belles femmes de la ,toscane ne sont pas celles qui ont vingt ans1 mais celles qui ont souvent dpass le double4 ,cette circonstance1 soit dit en passant1 ne pouvait pas tre dfavorable ses projets4 ,les notes concises et les formules ignores que les trois chercheurs d'alchimie avaient laisses dans le laboratoire1 lui avaient aplani les difficults de la science des poisons4 ,elle tait consomme1 comme ,locusta1 dans l'art des prparations qui foudroient1 mais sans laisser de traces4 ,les plus tranges poisons florentins et indiens lui taient d'un maniement familier1 et souvent elle avait consacr de longues heures les tudier et en approfondir la puissance4 ,retrouver les compositions subtiles et pntrantes l'aide desquelles la seule manation d'un papier est mortelle1 ne lui avait pas t difficile4 ,elle en avait dont les effets taient assez lents pour que le soupon ne vnt pas1 et qui ne devaient frapper qu' trois ou quatre sommeils d'intervalle1 par exemple4 ,l'emploi des lettres comme moyen ne laisse pas que d'tre essentiellement difficile1 cause des soins et de l'exactitude qu'exige la prparation d'abord1 ensuite cause des prcautions prises par les souverains et les pontifes pour chapper ces sortes d'attentats4 ,cependant n'y a-t-il pas toujours de ces lettres que les princes prennent souci de lire6444 ,il ne s'agirait que de trouver deux premires lignes les saisissant dans l'-propos de leur plus intime souhait du moment1 chose que l'habitude des cours1 la science du monde1 l'observation1 etc41 facilite beaucoup dans un certain rang social4 ,il ne lui et t gure malais de dessiner les armoiries de telle ambassade ou de tel consulat1 de fondre un cachet1 bref1 de faire parvenir une lettre de telle manire qu'en supposant mme1 par impossible1 la non-russite de la chose1 il aurait t impntrable de savoir d'o elle venait444 ,maintenant1 par exemple1 en supposant deux ou trois mots dans un passage d'importance1 crits d'une manire difficile lire1 ncessitant l'approche des yeux2 une phrase dont le sens serait douteux et d'un grand intrt4441 de telle sorte que celui qui coute soit port saisir1 dans une inadvertance1 le papier entre les mains du secrtaire1 pour contrler lui-mme la question et justifier de la supriorit de ses propres yeux4441 etc41 etc42 une lettre1 enfin1 contenant des paroles meilleures pour le foyer allum que pour les archives4441--nous disons lettre1 nous pourrions aussi bien songer une fleur1 un ventail1 un mouchoir4--,on se souvient de la dernire partie du moyen ge en ,italie4 ,il tait donc possible d'affirmer que1 grce sa position exceptionnelle1 ,tullia ,fabriana tenait1 sous mille formes1 la vie et la mort de presque toutes les ttes couronnes de l',europe dans le creux de sa belle main4 ,la mort1 sous un loup de velours blanc ou sous un loup de satin rose1 n'est-elle pas toujours la mort6 ,cela ne faisait pas pour elle l'ombre d'un doute4 ,il y avait1 dans la chambre coucher de la marquise1 quelque chose de spcial4 ,une porte admirablement soude tournait sur elle-mme avec un pan de mur et laissait dcouvert des marches de pierre4 ,cela conduisait un profond souterrain4 ,ce souterrain n'avait par lui-mme aucune issue4 ,il pntrait sous le palais dans toute l'tendue de la faade4 ,il n'y avait l que des tonneaux de fer1 peints en couleur de bois et rangs les uns ct des autres4 ,cela ressemblait une grande cave4 ,seulement un tube de plomb reliait ces tonneaux les uns avec les autres et remontait1 en spirales de serpent1 travers les pierres4 ,fabriana seule pouvait savoir o sa terrifiante extrmit se retrouvait4 ,a l'entre de ce souterrain1 la troisime marche1 il y avait une autre porte invisible ferme galement d'un pan de mur qui se mouvait lorsqu'on pesait sur un bouton d'acier couleur de pierre et cach parmi la mousse4 ,dans ce second souterrain se trouvaient une torche1 un miroir1 une caisse de dguisements et leurs papiers de sret1 d'excellents pistolets doubles1 accompagns de deux pes de voyage et de deux yatagans empoisonns4 ,deux bourses d'or ml de diamants taient jetes sur la caisse4 ,dans le cas d'une surprise1 d'une arrestation par une escorte 7chose qui paraissait situe au del des prvisions normales1 mais qu'elle tait prte recevoir71 elle et pris ,xoryl entre ses bras1 de peur que1 ne connaissant pas les rampes dangereuses1 la petite ft tombe l comme dans un prcipice et se ft tue4 ,une fois descendues1 le mur en se refermant sur elles tait assez pais et assez parfaitement joint pour que le son ou tout autre indice ne ft pas venu les trahir4 ,d'ailleurs1 il y avait la premire porte trouver avant que de parvenir celle-l4 ,les profondeurs du souterrain s'enroulaient sur elles-mmes2 c'tait d'un abord aussi difficile que les hypoges ou les srapums de l'gypte4 ,elles se fussent dguises en attendant la nuit4 ,cela s'ouvrait1 par une porte cache et pareille aux autres1 sur l',arno2 une barque suspendue l'entre1 au-dessus du fleuve1 n'avait besoin que d'un balancement accompagn d'un coup de yatagan dans les cordages pour tre mise flot4 ,elles fussent parties force de rames4 ,fabriana savait o trouver1 une lieue de l1 des chevaux africains4 ,une fois en selle1 elles eussent gagn ,venise ou ,gnes2 la marquise y avait deux villas de plaisance1 et de sret4 ,l'essentiel avait t d'atteindre ce but1 d'tre inabordable1 invisible et imprenable1 bon ou malgr tout le monde1 elle et sa conduite1 quand elle l'et voulu1 en pleine ,florence et au grand soleil4 ,cependant le palais ressemblait aux autres palais2 part la grandeur et la beaut de l'architecture1 il ne prsentait rien de particulier4 ,les laquais affairs et les intendants circulaient dans les cours et dans les appartements extrieurs4 ,seulement1 il y avait peu de bruit4 ,le palais avait pour caractre distinctif un certain silence4 ,les visites taient trs souvent et trs agrablement reues2 la conversation y tait d'une libert engageante2 on et dit que les portes s'ouvraient toutes seules et que la ngligence tait mme pousse l'excs4 ,a la moindre inquitude1 cependant1 le train des choses y et instantanment chang d'aspect et se ft dform jusqu'au terrible4 ,en trois secondes1 il et pris l'allure d'un tat de sige avec une prcision et une intensit de dploiement de toutes ses forces la fois qui eussent broy1 sans tumulte ni dsordre1 ceux qui se fussent trouvs1 avec une fcheuse intention1 dans les rouages de ces pierres vivantes4 ,la ,fatalit y et obi mcaniquement1 d'une trs horrible manire4 ,c'et t comme dans les contes arabes3 disparition6 ,l'clat de rire y et t ananti avec les rieurs dans des tnbres subites1 si1 par hasard1 il y et eu de bons vivants parmi les victimes dans cette sombre minute6 ,aprs l'clair tout fut rentr dans la tranquillit habituelle1 tout1 jusqu'au sourire de la ple enchanteresse4 ,de cet tat de choses1 il rsultait donc ceci3 que la marquise ,fabriana pouvait faire peu prs ce qu'elle voulait chez elle1 sans tre ni vue1 ni pie1 ni souponne1 ni commente2 qu'elle n'tait1 autant qu'il est possible1 la merci de personne1 et qu'elle pouvait s'estimer l'abri de ces incertitudes perptuelles d'tre trouble dans sa solitude4 ,nous ajouterons que ces prcautions1 les et-on remarques en partie1 n'eussent jamais sembl que toutes naturelles de la part de deux femmes vivant seules1 retires et exposes4 ,la situation isole du palais aurait suffi pour les justifier4 ,note #g3 ,fatalit est pris ici dans le sens de concordance fcheuse1 de forces de circonstances1 et non sous un autre point de vue4 ,,chapitre ,,xi4 ,aventures chevaleresques4 ,vous les reconnatrez par leurs fruits4 ,c'tait par cette petite porte du pavillon que ,tullia ,fabriana sortait souvent1 de nuit1 vtue en cavalier1 l'pe la hanche et le masque sur le front4 ,toujours seule4 ,sous ses vtements elle portait une cuirasse d'acier d'une lgret sans pareille3 c'tait l'ouvrage de l'un des vieux artistes du ,x,v,ie sicle qui russissaient une fois un chef-d'oeuvre d'armurerie et de ciselure4 ,l'un de ces inconnus1 qui trempaient des dentelles damasquines1 avait galement travaill la fine et puissante cotte de mailles qui l'emprisonnait depuis les pieds jusqu' la gorge4 ,ses gantelets taient trams avec un dur filet d'airain merveilleusement cach sous la soie4 ,son feutre1 d'o s'chappaient de fausses boucles de cheveux noirs1 avait1 l'intrieur1 une visire en treillis d'acier qui se relevait et s'abaissait suivant son bon plaisir4 ,elle ne semblait nullement gne dans ce costume2 elle marchait vite1 le manteau rejet sur l'paule1 comme un chevalier4 ,les rares passants1 malgr son allure modeste1 s'cartaient presque toujours de son chemin1 sans savoir pourquoi4 ,que signifiaient ces ajustements8 tait-ce l'amour des aventures8 ,mais non3 elle n'tait point femme commettre de ces folies4 ,les cris familiers des oiseaux de la ,mort lui disaient3 ,belle dame1 voici le glas de minuit4 ,c'est l'heure o nous avons heurt nos ailes contre vos vitraux2 nous connaissons votre lampe4 ,les rues se font dsertes1 l'pe se brise dans l'embuscade3 c'est le noir danger qui guette1 avec nos yeux1 dans la solitude endormie4 ,femme1 tu deviens tmraire1 toi si prudente1 si profonde et si sage toujours4 ,retourne6 et c'est un conseil de vieillard2 nous nous intressons toi4 ,elle marchait et s'avanait1 tranquille1 au milieu des ruelles1 dans les faubourgs quivoques et tnbreux4 ,ah6 c'est qu'elle prouvait parfois le grand vertige d'elle-mme2 elle le sentait bien3 ce qui lui restait d'humain pouvait la quitter chaque instant2 elle ne tenait presque plus la terre1 et elle n'existait pas en vrit4 ,or il fallait qu'elle se souvnt de son corps1 puisqu'elle avait dit3 ,j'attendrai4 ,c'est pourquoi1 par une raction ncessaire1 elle venait se retremper dans le spectacle de quelques souffrances1 pour ne pas oublier qu'elle existait4 ,le costume lui avait paru plus commode masculin que fminin dans cette circonstance1 motif qui l'avait dtermine le choisir4 ,elle montait bien des rampes dgotantes1 elle trouvait bon nombre d'horribles tableaux2 peine son mouchoir imprgn de sels odorants la prservait-il des atmosphres suffocantes et pestifres4 ,elle donnait son or et sa science1 non point parce que c'tait une bonne action1 mais parce que autant faire cela que le reste1 et qu'elle en avait l'occasion4 ,elle connaissait trop1 sans aucun doute1 l'irrmdiable immensit des douleurs1 pour penser une minute que1 ft-elle apparue des millions d'tres dans la seule ,europe1 cela et signifi grand'chose4 ,aussi la question du bien qu'elle faisait n'tait que trs accessoire pour elle4 ,de pareilles fantaisies auraient t dplaces probablement1 si elles eussent t dictes par ce seul mobile d'un ordre infrieur4 ,l'immense oubli de tout1 de son rang1 de sa position1 des conventions du vtement fminin1 des causeries et des salutations auxquelles se livrent avec dignit les personnes de distinction1 pour tuer le temps1 enveloppait ces dmarches4 ,une aurole d'ternit l'clairait dans toutes ces faons tranges4 ,souvent elle passait la nuit comme cela1 au risque d'tre assassine1 et s'en revenait au point du jour sans avoir t son masque1 sans avoir dit son nom1 sans avoir laiss mouiller ses gants4 ,la comprendra qui pourra6 --,c'est bien6 disait-elle1 et elle sortait4 ,la femme de ,can l'et comprise4--,elle manquait de cette sensibilit que les personnes aux paroles charitables aiment trouver dans la femme4 ,froide1 elle pouvait tre d'une tristesse infinie en elle-mme2 mais ces enfants malades1--par exemple1--qui lui tendaient leurs petits bras1 avec des inflexions de voix suppliantes1 n'mouvaient pas beaucoup ce sombre coeur inaccessible4 ,les personnes mentionnes se seraient mues1 quitte discourir deux heures aprs sur la nature humaine1 en voyant les pauvres enfants guris soit martyriser quelque animal1 soit injurier quelque malheureux1 soit faire acte de mchancet foncire1 lche1 opinitre1 sans but ni motif2--bref manquer de charit pour tout ce qui souffre comme ils souffraient4 ,le discours et dur quelques demi-heures1 perte de temps qu'elle vitait en n'tant pas strilement impressionne4 ,elle agissait dans la mesure des forces dont elle disposait3 si peu que ce ft1 c'tait ce qui lui tait bien permis de faire4 tait-ce donc sa faute si les douleurs mmes ne pouvaient troubler son me8 ,elle avait accept de remplir ce mtier mystrieux dans ,florence1 malgr les deux asiles qu'elle avait encore tablis en ,toscane sous un autre nom que le sien4 ,elle semblait s'tre cr le passe-temps original de supprimer quelque chose1 ne ft-ce qu'un rien1 dans l'universel malheur6 ,sa constance1 ce sujet1 ne se dcourageait et ne se dgotait jamais dans l'occasion4 ,c'tait une faon d'attendre ce qu'elle attendait4 ,sa main ne tremblait pas plus en tenant le scalpel que le livre ou que l'pe1 et il lui paraissait sans doute aussi naturel d'crire1 auprs d'un grabat1 la formule des drogues tranges qui soulagent les tourments et retardent l'agonie1 que d'crire une ode en vers saphiques sur l'inconstance des passions4 ,en ceci1 ,tullia ,fabriana ne cessait pas d'tre grande et impassible4 ,il ne lui avait fallu qu'une rflexion pour la dcider ces risques et prils de dguisements2 c'est qu'elle devait faire ce que bon lui semblait1 sans relever de personne4 ,la premire fois que1 devant la glace1 en s'habillant1 les mailles d'acier avaient brill sur ses membres blancs et souples1 elle avait eu un sourire de tristesse4 ,la seconde fois1 elle n'y avait pas mme fait attention4 ,elle s'tait vue force d'agir elle-mme sans doute parce qu'elle ne tenait pas tre connue1 et que1 lorsqu'elle consentait l'action1 elle devait aimer faire toute chose1 si peu que ce ft1 aussi exactement bien qu'il lui tait permis4 ,la science colossale1 tourdissante1 extra-terrestre1 l'intuitive habilet de sa main et son froid regard de gnie ne pouvaient se remplacer3 quelques lignes crites la hte sur ses genoux1 des plaies refermes et des membres sauvs1 la fltrissure et la dsolation de beaucoup d'existences conjures par un moment de sa bonne volont et de son courage1 taient prfrables l'insuffisance de quelque argent et valaient une autre occupation4 ,d'ailleurs la concentration perptuelle de ses penses en elle-mme lui permettait de travailler n'importe o1 en faisant n'importe quoi1 tout aussi bien que dans son palais4 ,une ou deux paroles dites avec sa voix absolue et tranquille1 donnaient plus de force et calmaient davantage1 touchaient plus juste enfin 7vu sa scurit d'valuation intellectuelle de ceux qu'elle approchait71 que n'eussent fait1 par exemple1 les exhortations de ceux qui ont toujours la manie d'tre dans le vrai4 ,soit dit en passant1 les coeurs sensibles1 les coeurs simples et sans dtours1 ne sont souvent bons qu' faire souffrir ceux auxquels ils s'intressent2 avec le meilleur vouloir1 ils sont gnralement la cause des plus grands embarras4 ,au total1 elle pouvait1 en tant que femme1 estimer que son action tait une espce de devoir1 et elle remplissait ce devoir stoquement4 ,souvent1 lorsqu'elle rentrait le matin1 l'heure o la clart des lampes se ternit1 o le ciel se couvre de teintes mortuaires1 o les lassitudes de l'esprit et les dgots du coeur ne laissent que le vide1 le vide immense et pesant dans le dcouragement de la pense1 cette heure o la plupart des personnes1 enfin1 comprennent la possibilit de l'ternel nant1--oui1 souvent1 il lui arrivait d'entendre les dernires mesures des danses finales qui bruissaient1 touffes1 travers les stores et les grands orangers des autres palais4 ,mais elle ne perdait pas le temps se rappeler1 alors1 ces heures de rves noirs et de stupeurs profondes qu'elle venait de quitter4 ,elle ne tenait pas comparer les agonies affoles et les cris sans nom1 les hurlements et les soifs puriles de vengeance1 enfin les concerts varis que prsente aux amateurs la rpugnante ,misre1 quand elle n'est pas silencieuse1 c'est--dire plus lugubre encore1 elle ne tenait pas comparer1 disons-nous1 toutes ces plaintes avec les bouffes de joie harmonieuse et insouciante4 ,elle ne jugeait pas1 ayant d'autres penses4 ,elle prodiguait ses forces et ses secours1 parce que cela lui convenait4 ,ce que faisaient les brillants lus des ftes nocturnes et ce qu'elle avait pass la nuit accomplir s'entre-valait pour elle6 ,chacun avait rempli son devoir et son temps d'une manire quelconque et selon sa prfrence4 ,trois fois1 depuis cinq ou six ans qu'elle risquait cette promenade1 lorsqu'elle tait ,florence1 dans les intervalles de ses voyages lointains1 trois fois on avait attaqu ,tullia ,fabriana4 ,la premire fois1 elle avait tenu1 sans appeler1 contre de pauvres gens1 et grce sa flamboyante manire de tenir une pe1 on s'tait enfui aprs quelques coups de pointe dont trois assaillants taient rests sur le pav4 ,la seconde1 elle jeta une poigne de florins et leur dit de sa voix calme3 --,c'est parce que je ne me soucie pas de vous tuer4 ,et1 entr'ouvrant son manteau1 la marquise laissa voir les pistolets1 tout arms1 de son ceinturon4 ,la troisime1 elle se vit cerne subitement4 ,il tait deux heures de la nuit4 ,c'tait au sortir d'un bouge o elle venait de sauver de la maladie et de la faim deux familles moribondes4 ,elle abaissa prcipitamment sa visire1 fit feu deux fois et mit l'pe la main4 ,comme elle avait affaire une meute d'ivrognes pauvres1 qui se ruaient en aveugles sur elle1 toute dfense tait paralyse et impossible4 ,on sauta sur ses bras4 ,elle se dgagea une seconde fois par un mouvement terrible2 mais1 se voyant dsarme1 elle eut un sourire amer sous son casque4 ,un stylet vint se briser la pointe sur sa cuirasse2 un autre l'et aveugle sans sa visire3 malgr les coups de poing d'une prcision et d'une force tranges dont elle dfona1 pendant quelques secondes1 un certain nombre de trognes et de poitrines1 elle comprit de suite qu'on allait finir par l'touffer ou l'trangler4 ,dans le fort de cette lutte1 et voyant luire les grands couteaux1 elle portait dj une bague empoisonne ses lvres pour ne pas tomber vivante leur merci1 lorsqu'un des personnages cria un nom inconnu et qu'elle n'entendit mme pas4 ,a ce seul mot1 tous s'cartrent4 ,on changea quelques paroles voix basse3 leur effet fut tonnant4 ,ceux qui l'entouraient s'agenouillrent devant elle et lui demandrent pardon4 ,elle ne rpondit rien2 mais1 debout au milieu des groupes hideux clairs par la lanterne d'un ex-voto1 elle remit son pe dans sa gane et s'en alla lentement4 ,depuis1 on ne l'inquita plus4 ,dans les ruelles les plus dsertes et les plus sombres1 un appel de sa voix et suffi pour la dfendre2 mais elle n'aurait pas appel4 ,tacitement les pauvres s'entendaient pour le reconnatre et ne pas lui faire de mal4 ,ils se dfendaient de la suivre par respect2 d'ailleurs un cheval tout sell l'attendait au point du jour un tel endroit1 et un temps de galop et distanc les espions de tout genre3 on ne la questionnait jamais444 ,,chapitre ,,xii4 ,fiat nox4 ,heureux qui vit et meurt sans femme et sans enfants6444 7,csar-,auguste74 ,le lendemain de la prsentation du comte de ,strally1 vers huit heures du soir1 ,tullia ,fabriana tait dans son palais1 dans un appartement spacieux et retir4 ,c'tait celui qu'elle prfrait2 elle y passait la plus grande partie de son temps ,florence2 jamais autre crature que ,xoryl n'y avait pntr4 ,ce salon circulaire prsentait un aspect d'extraordinaires splendeurs4 ,huit grandes statues en basalte noir1 arraches aux valles tumulaires d'thiopie1 et dont les ttes navement sculptes1 exprimaient un supplice intrieur1 supportaient ensemble1 avec leurs seize bras tendus et crisps1 la fresque du plafond reprsentant ,isis voile dans la nuit pleine d'toiles4 ,les tentures taient remplaces par des surcharges de draperies en velours fauve1 aux reflets dors4 ,une profusion de peaux de lions et de tigres du ,levant cachaient compltement le parquet4 ,une croise unique1 vitrail prcieux1 tait ouverte sur les jardins4 ,des cordons1 tresss de ganses et de filigranes d'or1 y retenaient1 demi-tendue1 une natte en paille brune devant prserver du soleil sans trop d'obscurit4 ,prs de la balustrade il y avait deux caisses de nacre remplies de toutes les fleurs rares des climats les plus lointains4 ,des faisceaux d'armes anciennes taient appliqus dans les draperies4 ,au milieu de la chambre1 sur une table d'bne1 resplendissaient un vase florentin en or1 une aiguire pleine de fruits et deux coupes d'mail d'une haute antiquit4 ,un sphinx1 de longueur colossale1 galement en lave durcie et noire et faisant comme le pendant de ces cariatides1 tait plac dans une scante tire gauche de la croise2 son dos norme tait creus et combl de peaux de martre et d'hermine4 ,sur ce magnifique lit de repos1 ,fabriana s'tait indolemment tendue ce soir-l4 ,prs d'elle1 une veilleuse bleue1 leve sur un trpied d'or et allume nuit et jour dans une petite urne de cristal1 brlait une huile odorante4 ,autant qu'il tait permis d'en juger1 la marquise tait d'une taille grande et svelte4 ,elle tait vtue1 cause de la chaleur touffante1 d'un nuage de batiste en forme de peignoir chancr de la poitrine et dcouvrant ses paules quelque peu4 ,des gouttelettes de sueur se diamantaient sur sa chair ferme et neigeuse4 ,cette trame transparente et molle qui enveloppait son corps laissait deviner les plnitudes de la statue de ,clomnes4 ,sa tte1 sur laquelle tombait le rayon de la veilleuse1 tait d'une carnation trs blanche4 ,les masses lourdes et dores de ses cheveux se partageaient sur son beau front mat et retombaient en flocons de boucles radieuses derrire sa tte1 inondant son col et son dos4 ,ses yeux1 dont les prunelles aux lueurs noyes tincelaient comme deux pierreries noires1 regardaient vaguement le groupe effroyable enchan autour d'elle4 ,elle avait des sourcils d'une impassibilit intelligente4 ,le nez trac avec une svre finesse de dessin1 tait droit2 l'air de son visage tait sduisant3 ses narines dlies bougeaient1 roses et diaphanes1 chaque soulvement de sa poitrine4 ,la vie circulait avec une saine volupt dans cette belle dame tendue4 ,sa bouche1 parfaite1 tait d'un rouge vif1 pourpre1 et comme velout par les plis de sa belle peau3 ses dents lactes mordaient lgrement sa lvre infrieure4 ,hier1 le sourire temprait l'expression royalement ddaigneuse de cette bouche1 aujourd'hui rien ne souriait dans sa physionomie4 ,l'un de ses bras tait recourb sur son front dans une attitude abandonne2 entre deux doigts de la main qui pendait sur ce front1 elle tenait une bouture de fleur indienne1 sorte de brunelle aux parfums excessifs1 qu'elle remuait1 et dont elle touchait gracieusement son visage de temps autre4 ,son autre bras1 moul par quelque divin statuaire1 tombait de la manche aux dentelles flottantes et pendait jusque sur les fourrures4 ,a l'un des doigts menus de cette main1 elle avait un anneau d'or constell de grosses meraudes3 cet anneau formait sa seule parure2 elle ne le quittait jamais1 mme le long du sommeil1 pour des raisons particulires4 ,ses pieds nus jouaient dans de blanches mules de velours festonnes de broderies moresques4 ,elle rvait ainsi1 perdue au milieu de sa beaut1 ressortant1 toute suavement couche1 du fond sombre qui l'entourait1 et1 certes1 la voir si presque positivement exempte des soucis possibles1 on n'et pas devin de quelle nature tait l'effrayant rve1 le rve inou6 qui vivait dans son me inexplore4 ,elle regardait depuis longtemps les torses dmesurs sur lesquels miroitait la lumire de la veilleuse4 ,la soire au dehors1 s'obscurcissait4 ,souvent1 dans la campagne1 un rayon de lune treignant des ruines est une vocation4 ,les pierres vtues de mousses et de souvenirs1 paraissent avoir vu tant d'histoires et d'vnements oublis6 ,les lgendes s'veillent1 les bois et les bruyres se peuplent de visions et de murmures444 des formes se promnent dans le silence4 ,pareille au savant qui reconstruisait les fossiles de la nuit du monde avec un fragment de leurs dfenses1 l'me recre alors les temples1 les manoirs et les palais avec les dbris d'une colonne1 et la mditation touchant le vaste songe de l'existence1 la grande mlancolie du ,devenir enveloppe invinciblement l'esprit4 ,ici1 dans ce salon1 l'entourage des cariatides semblait en exclure la sauvage majest4 ,il leur manquait l'immensit1 le spectacle de l'espace embras par le simoun4 ,ils paraissaient n'tre plus environns de la solitude des sicles444 mais ils portaient avec eux tout cela pour ,fabriana4 ,son me supplait aux dserts pour ces ruines4 ,a sa volont1 la chambre devenait profonde2 sous son regard1 les murailles se reculaient et se faisaient lointaines4 ,ces colosses noirs1 arrachs aux tombeaux des rois d',abyssinie et d'gypte1 rveillaient en elle des faits anciens4 ,on et dit souvent que leurs yeux avaient l'air d'changer avec ses yeux une pense sans nom1 sans limites1 sans esprance1 glace comme eux1 triste de leur tristesse4 ,longtemps ils n'avaient eu que le plerin des bords du ,nil qui jeter de loin en loin une de ces rflexions que gardait leur silence et que leur aspect inspirait4 ,a quels souverains les aeux de ,fabriana les avaient-ils achets8444 ,elle ne savait pas4 ,seulement elle aimait ces fronts douloureux parce qu'ils symbolisaient sans doute quelque chose pour elle4 ,elle abaissa ses paupires et1 comme en proie aux concentrations de l'esprit sur un seul point de vue1 elle murmura ce seul mot3 --,j'essaierai4 ,quelques instants se passrent4 --,au reste1 ajouta la superbe songeuse1 n'est-ce pas la seule ralit qui vaille la peine que je vive pour elle1 maintenant8444 ,son regard se souleva de nouveau vers les vieilles pierres noires figure humaine qui semblaient tre pour quelque chose dans le fond de sa pense1 et elle continua de se parler d'une voix calme et pure1 bien que trs basse et peine distincte3 --,essayons de rappeler les choses et les fantmes1 puisque je vais vivre6444--,oui1 le soir1 lorsque dans les flots plombs du ,nil s'assourdissait le bruit des rames de la barque impriale1 quand l'air s'imprgnait des senteurs exhales par les immenses floraisons que les esclaves nubiens plantaient autour de la valle des tombeaux1--et que sur les hautes pyramides argentes par les nuits orientales brillaient1 comme des phares du dsert1 les inscriptions des mages d',osiris2--lorsque les caravanes charges de myrrhe1 de gomme1 de camphre et d'or1 et venues de la ,bactriane ou de la ,perse1 passaient confusment1 au loin1 dans l'tendue1 avec leurs torches1 leurs lphants1 leurs richesses et leurs esclaves2 lorsque1-- travers un mirage de sables1 de verdures et d'toiles1--le vent s'embaumait dans le feuillage des cdres et des palmiers2 quand les phnix immortels volaient sur les spulcres des pharaons2 enfin1 lorsque le monde fut riche une fois dans sa vie1 souvent1 ds la tombe de la nuit1 souvent la belle reine de l',heptanomide antique aimait s'attarder sur le fleuve4 ,alors depuis les piliers d',hercule jusqu'aux steppes borales1 le monde1 avec ses peuples1 ses rois et son mystre1 en venait cette femme6444 ,son nom formulait toutes ces images4 ,elle resta une minute sans parler et s'accouda sur le sphinx4 --,c'tait1 je crois1 la dernire enfant de cette dynastie trois fois sculaire des ,ptolmes ,lagides4 ,elle descendait du soldat macdonien jet l par la funbre indiffrence d',alexandre4 ,les excs avaient attnu en elle la puret des lignes de cette beaut grecque transmise sa race par le soldat4 ,cependant1 grce aux philtres balsamiques et aux essences dangereuses que lui distillaient les prtres1 elle conservait sa pleur ambre et solaire4 ,ah6 c'tait la grande insensible4 ,elle s'accoudait au fond de la cange sur sa panthre favorite2 les roseaux bruissaient1 obstrus par les alligators et les hippopotames4 ,elle reposait1 vtue de son astrale nudit1 sur des toffes dont les secrets du tissu n'ont pas t retrouvs1 et qui taient les prsents des satrapes d',asie ,mineure4 ,comme le monarque assyrien1 elle devait prouver1 huit cents ans d'intervalle1 que la mort n'tait pour elle qu'une esclave comme les autres4 ,le triumvir d',actium ne devait pas orner son triomphe de cette vivante6 ,toute lasse d'avoir lascivement tudi dans les salles souterraines de ses palais ce que ses esclaves pouvaient supporter de tourments sans mourir1 elle rflchissait4 ,a ses pieds1 jouait l'une de ses filles naves leves pour la servir d'une certaine faon et dont elle s'accommodait4 ,les vertiges des blouissantes et profondes nuits entouraient cette reine1 fille des terreurs1 du silence et de la volupt6 ,elle se perdait1 inblouie de sa propre majest1 dans quelque rve que nul ne sondera jamais444 ,c'tait sublime4 ,tullia ,fabriana courba la tte1 et aprs une seconde3 --,o pass6444 dit-elle comme un murmure4 ,ces paroles avaient rendu la chambre fantastique4 --,vous tes fidles et vous gardez les secrets malgr les annes sans nombre1 statues aux bouches de pierre6444 ,mais lorsque vous souteniez les traves o les restes de ces rois des vieux mondes reposaient embaums prs du ,nil1 sans doute l'avez-vous vue passer ainsi1 la grande reine6 ,elle les regarda et reprit sa rverie4 --,o belle et sombre amie1 je ne connaissais pas ton histoire1 et cependant1 lorsque j'entendis prononcer ton nom pour la premire fois1 je me souviens d'avoir tressailli1 moi qui ne sais plus tressaillir4 ,mon me tait dj rvolte d'tre force de vivre dans ces sicles d'humiliation6 ,ds ma jeunesse1 en considrant l'humanit1 je compris les larmes de ,xercs et1 comme les vieillards1 je ne vivais dj que du pass1 ce spectacle ayant creus dans mon coeur les rides que l'ge seul refusait mon front4 ,mon me n'est pas de ces temps amers6 ,vous le savez1 ,esprits1 vous qui tes attentifs ceux qui vous parlent sans tonnement1 vous savez qu'aux rcits de toute cette histoire il m'a sembl--plus d'une fois--que ma mmoire1 abme tout coup dans les domaines profonds du rve1 prouvait d'inconcevables souvenirs4 ,depuis cette heure1 continua-t-elle aprs un silence1 depuis cette heure o j'ai fix mon avenir1 je tiens compte1 malgr moi1 de la sourde hsitation de ma conscience1 et j'essaie vainement de combler de longs intervalles4 ,mes jours se soudent mes jours comme les anneaux d'une chane que je suis oblige de porter et qui m'accable sous son poids4 ,il me semble que depuis longtemps mon me s'est brusquement arrte au milieu de je ne sais quelle route immense1 et la terre me parat lugubre comme une prison4 ,ah6 c'est cela1 c'est cela surtout qui m'interdit6 ,je souffre de vivre1 n'ayant plus rien tirer de la terre444 et ne pouvant cependant pas m'en dtacher4 ,elle ferma les yeux pendant un moment de silence4 ,,chapitre ,,xiii4 ,tnbres4 ,le flambeau n'claire pas sa base4 7,proverbe arabe47 ,sombre1 elle continua3 --,je pourrais m'en dtacher6 ,n'ai-je pas ce talisman de libert1 cet anneau qui contient pour moi la nuit o personne ne travaille plus6 ,et1 s'interrompant1 elle fit bouger un ressort de sa bague3 une meraude se drangea1 laissant voir quelques grains d'une poudre brune dans le chaton4 --,mais les spectacles les plus contraires ne peuvent ni me distraire ni me troubler2 je n'ai pas besoin de l'anneau2 je suis parvenue1 force de lutte1 l'identit de moi-mme4 ,pour l'empire du ciel1 je ne saurais oublier la suprme tristesse de vivre ni descendre de la sphre o j'ai atteint4 ,les sympathies et les aversions des gens passent1 indiffrentes1 devant ma solitude4 ,j'ai commenc mourir depuis longtemps2 l'horizon est assombri2 mon coeur est une grande mlancolie glace3 il me semble que je ne change plus4 ,je ne frmis pas de ce que je n'aime rien1 et c'est parce que je ne tiens rien que je suis au-dessus de la plupart des souffrances4 ,je ne sais pas me satisfaire de ce qui dure peu2 je n'ai point d'enthousiasme pour ce qui finit2 je n'aime pas le bruit du vent dans les forts2 je n'aime pas l',ocan ni les astres de la nuit2 je ne tiens gure une beaut qui doit s'annuler d'elle-mme et qui est la merci du moment qui passe2 rien1 dsormais1 de terrestre1 ne me captivera4 ,en prononant ces paroles1 ,tullia ,fabriana s'tait leve et avait allum un candlabre4 ,elle marcha vers un angle de la chambre1 en face d'elle1 et souleva la tenture qui masquait cet angle4 ,une des lames de cdre glissa dans la boiserie2 la marquise prit un livre dans cette case1 et1 posant le candlabre sur la table1 elle vint reprendre son attitude sur le sphinx4 ,elle ouvrit le volume et feuilleta les pages4 ,c'taient environ cent feuilles de parchemin relies entre deux plaques d'un mtal noir et solide2 l'agrafe des fermoirs tait enrichie de pierres prcieuses2 c'tait un manuscrit1 bien que l'galit des caractres semblt d'une perfection typographique4 ,l'criture tait prcise1 fine et serre2 pas une rature4 ,les deux tiers seulement du livre taient remplis4 --,cependant1 continua-t-elle1 malgr le peu d'intrt que je leur accorde1 il faut que je me souvienne de bien des choses1 car si le secret des commencements ne m'est pas inconnu1 si je suis au fait du mystre1 si la ,ncessit s'est rvle elle-mme en moi1 je n'en reste pas moins la victime et je dois lutter contre elle jusqu' mon dernier soupir4 ,elle commena de lire silencieusement4 ,voici ce qui tait crit sur la page3 ,note #aab;e3 ,retour de cette exploration en ,bessarabie4 ,je venais de ,kilia4 ,je rapportais sous ma cuirasse la bande de chiffres stellaires classe au rayon de l',hermtique entre les signes cabires et les tables d'leusis1 titre #ba4 ,en route1 les bohmiens1 sous la tente desquels j'avais dormi1 m'expliqurent des secrets de leur science augurale4 ,une des filles de cette tribu me fit prsent de l'amulette d'asbeste qui claire les prcipices et les cavernes1 sans tre enflamme4 ,le mince rouleau de mon ceinturon renfermait un riche herbier4 ,ces femmes1 qui parlent voix basse dans le dsert1 en avaient cueilli1 elles-mmes1 et dessch les fleurs prcieuses2 je connaissais la vertu de chacune de ces plantes4 ,un soir1 le troisime depuis cette rencontre1 comme je les quittais1 l'enfant qui s'tait dfaite pour moi de sa pierre magique et laquelle j'avais donn un collier d'or1 m'accompagna quelques instants4 ,elle conduisait mon cheval2 il faisait sombre4 --,tu es silencieux comme le sable1 me dit-elle avec un son de voix familier2 moi1 je lis l'avenir1 comme toutes celles qui marchent sans avoir de pays3 donne-moi ta main1 tu verras4 ,cette phrase me fit sourire2 j'tai l'un de mes gants1 et1 cause de l'obscurit1 je tins1 au-dessus de la main ouverte que je lui prsentai1 l'amulette qui claire les abmes4 ,au premier symptme de saisissement qui parut sur ses traits--7sans doute la vue du signe d',isis au sommet du mont de ,saturne ainsi que des puissances constelles qui couvrent le doigt d',herms et toute la percussion de ma main71--j'tendis cette main vers elle4 ,les paupires de l'enfant battirent2 elle roula endormie sur l'herbe2 je rendis les rnes et je disparus dans les tnbres4 ,tullia ,fabriana s'arrta2 puis elle murmura vaguement3 --,ce voyage m'a fait connatre une plaine de bataille dont j'aurai peut-tre me souvenir un jour4 ,elle reprit sa lecture4 ,quelque temps aprs 7j'ignore sous quels parallles des frontires d',asie je me trouvais lorsque ceci m'arriva71 j'avais pass les montagnes et j'tais1 par une claire nuit d',orient1 dans une profonde et silencieuse fort4 ,a travers les branches1 je regardais par moments la ,croix du ,sud1 afin de continuer mon chemin vers la ,perse ou la ,syrie4 ,et1 perdue dans la pense1 j'observais un point fixe de la ,notion laquelle j'tais dj parvenue4 ,je mditais sur la correspondance de l',universel1 du ,particulier et de l',individuel avec l',identit1 la ,diffrence et la ,raison d'tre1 antrieurement prsupposes et reconstitues en moi par l',esprit4 ,j'tais plonge dans l',abstraction visionnaire1 et1 saisie par l',immensit1 je ne m'aperus pas de ce qui me menaait4 ,le cheval1 effray brusquement soit par la voix lointaine d'un tigre1 soit d'un bruissement d'cailles sous l'herbe1 s'tait emport1 et1 tte baisse1 dans les vertiges de son lan1 il m'entranait avec sa course furieuse au milieu de dangers invisibles1 je ne sais quelle mort imminente4 ,un instant1 la nuit me tenta4 ,la dent des btes fauves ou les noeuds des serpents me sduisaient aussi bien que telle autre maladie4 ,la mort ne me surprenait pas2 ici ou ailleurs1 peu m'importait4 ,a cette heure-ci plutt qu' celle-l1 sous l'ocan1 sous les feuilles ou sous terre1 cela m'tait devenu indiffrent4 ,s'il me restait un dsir1 c'tait de reconstruire tout fait les choses avant de les quitter1 mais je n'y tenais mme pas1 sachant que je contenais dj virtuellement leur explication absolue4 ,cependant j'avais dit aux ,esprits que j'attendrais1 je ne voulus pas accepter la mort4 ,je me recueillis immdiatement dans la ,science du ,feu1 et je calculai mes forces d'enchantement4 ,ayant autour de moi1 dans l'ther1 les vertus de la chastet1 ayant les six jours de jene derrire mes paroles1 ayant endur la soif pendant ces six jours et m'tant baigne la nuit prcdente1 ma main traa dans l'air1 tout hasard1 les signes convenus1 depuis les temps1 entre les vivants et les morts4 ,le cheval s'arrta1 dcrivit un cercle et s'abattit au milieu d'une clairire immense et lumineuse4 ,je me croisai les bras1 debout et les yeux fixs sur la nuit2 je prononai1 en chantant1 les grandes paroles de l',incantation1 certaine que j'allais tre tire de pril par quelque chose d'inattendu4 ,en effet1 au-devant de moi1 dans le lointain1 je vis apparatre un vaste lphant2 il accourait4 ,quand il fut arriv tout prs de moi1 je lui montrai le ,sud4 ,il me prit par le milieu de mon corps1 m'enleva du sol et me posa doucement sur son dos4 ,des lianes et des feuilles paisses y taient assujetties1 c'tait un lit de repos4 ,pendant que j'examinais cela1 je sentis qu'on me touchait l'paule2 c'tait mon cimeterre qu'il avait ramass et qu'il me tendait4 ,je me couchai et m'ajustai1 pour ne pas tomber1 avec les longues lianes qui pendaient sur ses flancs3 une fois bien attache1 je m'endormis1 tant fatigue1 aprs avoir marqu dans ma mmoire le point de la ,notion o j'tais reste avant cet incident4 ,a mon rveil1 le soleil tait au znith2 des palmiers1 une ville d',orient s'levaient dans la solitude1 l'horizon4 ,j'tais en ,turquie d',asie1 c'tait ,bagdad4 ,je dnouai les lianes autour de mes membres et de mes reins2 il me reprit comme la veille 7je dis la veille1 mais je ne sais pas le temps que dura mon sommeil3 deux ou trois jours peut-tre7 et me posa doucement terre4 ,je lui fis signe qu'il pouvait me quitter2 il disparut1 me laissant aux portes de ,bagdad4 ,le shimiel soufflait ardemment2 je fis quelques pas1 et je m'tendis auprs d'une fontaine2 une femme d',armnie me donna boire4 ,le soir mme1 je me retrouvai dans le palais du scheik ,ismal1 prs des bazars2 nous causmes de cette souverainet du pachalik de ,bagdad1 qui est dj presque indpendante du gouvernement de la ,porte-,sublime4 ,je lui parlai aussi de l',europe3 ,ben-,ismal fut plein de distinction et d'amabilit4 ,tullia ,fabriana ferma le livre4 --,a quoi bon8 dit-elle2 est-ce que je puis m'oublier8444 ,elle se leva1 replaa le sombre journal dans la case secrte1 la tenture retomba4 ,la marquise revint vers le sphinx2 elle resta debout cette fois1 la tte penche1 les paupires baisses4 videmment1 bien que sa figure n'exprimt rien1 son me s'tait rembrunie jusqu'au terrible3 elle songeait4 ,,chapitre ,,xiv4 ,l'ternel fminin4 ,l'eau qui danse1 la pomme qui chante et le petit oiseau qui dit tout4 ,,perrault4 --,maintenant1 dit-elle1 vers quel but prcis et absolu doivent tendre le dploiement de ma volont1 l'expansion de mes forces et les dterminations de mon esprit8 ,je sais que le triomphe des vastes desseins ne dpend pas de ce qu'ils peuvent prsenter de stable et d'lev2 le rve doit s'incarner dans l'excution1 dans le mcanisme froid de l'accomplissement1 et ce sont les rsultats qui lui assignent sa valeur2 l'idal n'a d'autre juge que lui-mme4 ,chacun regarde un idal2 chacun doit tout faire1 tout braver1 tout sacrifier pour l'accomplir2 mais1 en soi-mme1 il ne faut pas tenir l'accomplir4 ,tous les rves s'entre-valent2 la russite pose la diffrence extrieure2 mais si le pass n'est rien1 qu'est-ce donc que ce qui se passe8 ,c'est tre dans l'incapacit que de se dfinir sur une seule pense4 ,je sais le but1 et1 quant l'excution1 je ne dois pas1 jusqu' prsent1 me reprocher de ngligences4 ,j'ai march1 suivant les lois de la ncessit1 vers sa complte ralisation4 ,qu'est-ce que j'espre8444 ,qui me jugera parmi ceux qui respirent8 ,quelle bouche peut1 sous le soleil1 profrer contre moi un anathme terrible8 ,ah6 le convive nocturne n'est pas venu souper avec moi dans ,emmas2 il n'a point laiss tomber sur mon front ses formules de misricorde2 il ne s'est pas transfigur devant mes yeux sur les collines de ,sion6 ,et cependant1 ,fils de l',homme1 et moi aussi j'ai bu l'eau du torrent6 ,les vivants ont jet leurs ombres sur celle qui parle toute seule dans les tnbres4 ,comme vous1 j'ai regard doucement les souffrants et les faibles2 comme vous1 ,emmanuel1 je fus tente sur la montagne4 ,vous savez par quels actes et quels recueillements j'ai sanctifi1 moi aussi1 le jour du ,sabbat2 vous savez si1 comme vous1 j'ai prvu toutes choses1 autant qu'il m'a t possible1 pour que tout ft accompli4 ,sa voix tait comme un souffle guttural d'une limpide et harmonieuse galit3 elle mlait plusieurs langages sans y faire attention4 ,elle parlait si bas qu'il et t impossible de distinguer un mot quelques pas du sphinx4 ,elle ne paraissait pas mue1 seulement l'clat de ses yeux s'tait perdu en dedans jusqu' rendre leur expression atone4 --,ce n'tait pas un homme1--un homme ayant cinq six mille ans de croyances dans les veines et qui1 se supposant penser seul1 n'accepterait la ,force que pour se distraire8444--,inutile4 ,cela me fatiguerait de le faire massacrer dans les souterrains coups de hache par mes ,faces de plomb1 le soir d'un ,couronnement4 ,c'tait un enfant que je dsirais3 des yeux fiers1 un sang riche1 un front pur1 une conscience1 oui1 c'tait cela4 ,esprits1 dit-elle1 vous le savez4 ,lorsque cette pense me vint que je pouvais tre utile1 j'allais devancer l',heure et quitter ce monde o jusqu'alors m'avait seulement retenue l'esprance de m'intresser quelque chose4 ,j'avais press la sphre des rves extrieurs1 et ses deux ples1 glacs ou torrides1 me semblaient striles4 ,nul aimant ne m'attirait2 la tranquillit de ceux dont le mouvement passe inaperu d'eux-mmes et qui1 remplissant le mtier qui leur donne le pain1 demeurent peu prs satisfaits d'tre venus1--ah6 cette tranquillit1 je ne pouvais la ressentir4 ,mes regards ne s'arrtaient que par intervalles1 et refroidis1 sur les formes d'une nature qui ne me touchait plus4 ,la pense unique et fixe du suicide s'tait roule et enlace autour de moi1 comme un serpent autour d'un marbre4 ,rien ne me semblait valoir la peine d'une palpitation2 je ne voyais que l'impassible ,devenir4 ,les insectes que j'crasais1 sans le savoir1 en marchant1 les sueurs funbres et les souffrances de mes pareils1 que cotait la condition o je suis lie1 les tres dont la mort1 les privations ou les travaux taient fatalement ncessaires mon souffle inutile1 excitaient en moi trop peu d'enthousiasme pour que je ne dusse pas me faire justice en les quittant4 ,cependant1 vous le savez1 par une concession suprme1 je ne dsesprais pas d'une sensation en rapport avec mon esprit et pouvant l'intresser dans la profondeur de son souverain dsenchantement4 ,esprits6 je vous l'avais demande2 mais comme ce pouvait tre une faveur444 ,une draperie fut carte par un bras blanc3 c'tait ,xoryl4 ,elle s'approcha de ,tullia ,fabriana et lui tendit une patre d'mail4 --,voici deux lettres1 dit-elle4 ,l'armoirie violette est apporte par le secrtaire du nonce-lgat3 7,regrets et contrarits de son minence1 etc47 ,le billet scell d'un cachet noir1 par un laquais en livre de deuil4 ,la marquise prit les deux lettres4 ,l'enfant se retira4 ,tullia ,fabriana regarda le cachet noir avec une certaine attention4 ,elle parcourut l'autre lettre1 qu'elle laissa tomber1 et elle continua3 --444 dangereuse1 pour moi-mme1 puisque ce devait tre une limite d'un instant1 je m'tais abstenue d'employer1 de ma propre autorit1 les signes qui gnent la ,nature et dont les effets ne se suspendent plus4 ,je vous avais soumis ce vague1 cet unique et dernier dsir en vous assignant un terme partir duquel je devais cesser d'attendre son accomplissement4 ,si1 dans le dlai marqu1 cette sensation ne m'tait pas accorde1 je devais penser qu'il importait peu que ce dernier pan du voile ft arrach pour moi1 ici4 ,vous le savez3 en tant que revtue de l'organisme de la srie humaine1 je relve de toutes ces lois qui1 parties des rapports infinis1 viennent s'entrecroiser autour de ma volont1 et j'avais fix un jour pour en finir avec elles absolument4 ,donc1 ce soir1 seule1 renferme dans le tonnant incendie de ce palais1 j'allais boire la poussire de mon anneau4 ,que le vent disperst les atomes insaisissables de mon corps1 que l'ombre reut les lignes de ma forme1 que mon esprit rentrt dans l'anantissement divin de son unit1 telles taient1 pour moi1 les dcisions dictes par la vritable sagesse4 ,mais1 ,esprits1 vous avez bien voulu satisfaire le dsir de celle qui vous parle1 et vous avez envoy celui qu'elle attendait4 ,je ne le cherchais pas1 je ne voulais pas le chercher6 ,ne devait-il pas venir de lui-mme et son heure6 ,ah6 l',enfant6444 je me suis plue parsemer son chemin1 d'avance1 des choses les plus attrayantes pour les enfants1 tant sre qu'il viendrait tt ou tard1 selon les pressentiments anciens6 ,je vous remercie1 ,esprits sublimes1 qui prsidez aux dterminations de toute virtualit1 je vous remercie de m'avoir choisi vous-mmes et amen cette aimable crature la veille du jour prescrit6 ,je vous flicite et je suis bien aise de sa beaut2 mais son me est neuve et profonde2 elle ne demande que de s'emplir et que de vivre6 ,quels trsors d'ingnuits clestes doit possder cette intelligence toute gracieuse6 ,tout ce qu'elle voit se couvre d'un prisme de rayons et d'insouciance2 elle est pareille l'une de ces forts vierges de l',idal1 o le premier voyageur1 ds son premier pas et sa premire chanson1 est accueilli par les concerts enchants de ses brises1 de ses fleurs et de ses oiseaux1 sortis des mille chos de ses taillis1 de ses fleuves et de ses profondeurs harmonieuses4 ,que va-t-il arriver maintenant8 ,puissances qui vous intressez au mouvement de ce systme dtermin du ciel1 cause des souffrances qu'il signifie6 ,je ne pense pas l'ignorer4 ,il arrivera d'abord que cet enfant me verra par ses yeux et selon lui2 je ne serai en ralit que l'occasion du dploiement de sa pense2 il se crera un tre ineffable et indicible mon sujet1 et ce fantme par de toutes les notions vives qui lui sont propres1 de la beaut absolue1 sera le mdiateur qu'il prendra pour moi4 ,ce qu'il aimera ce ne sera point moi1 telle que je suis1 mais cette personne de sa pense que je lui paratrai4 ,sans doute1 il m'accordera mille qualits et mille charmes trangers dont je serais peu satisfaite si je les avais2 de sorte que1 en croyant me possder1 il ne me touchera mme pas rellement4 ,ainsi est la loi des tres dont le regard mental ne dpasse pas la sphre des possibilits1 des formes et des esprances2 ils ne peuvent sortir d'eux-mmes dans leurs amours mystrieux4 ,effacer ce rapport de manire ce que nous puissions nous joindre tels que nous sommes1 dans l',esprit1 voil quelle est la solution de la premire face du problme4 ,pour cela1 je dois devenir rellement sa vision2 il aimera mon reflet2 il faudra que j'anime ce reflet en m'y ralisant impersonnellement1 en brisant les barreaux de sa prison1 en remplissant de nouveau son sablier avec le mien4 ,je dois tre morte pour lui d'abord1 et me survivre selon lui4 ,si j'essayais de lui dvoiler la vrit1 je passerais paralllement ct de lui jamais1 parce que cette vrit1 modifie l'instant par son esprit1 ne serait plus ce qu'elle doit tre4 ,il ne la comprendrait que selon tel cercle1 et alors il aurait raison de ne pas l'aimer4 ,elle l'attristerait1 parce qu'elle ne lui paratrait pas en rapport avec la vision qu'il conoit1 avec l'idal qu'il nomme de mon nom6 ,il faut donc que je veille pour dformer1 par des transitions obscures1 cette vision jusqu' la ralit4 ,il faut que son idal soit agrandi par un ensemble de rflexions nouvelles pour se trouver au point de vue o je suis4 ,alors il lui sera donn de voir celle qui l'attire4 ,si j'avais eu du temps perdre1 j'eusse presque regrett de ne pouvoir aimer4 ,n'est-ce rien1 d'ailleurs1 que de prserver le plus longtemps possible cette belle vie1 toute jeune1 des ennuis amoindrissants8 ,n'est-ce rien que de considrer la plus noble chose de ce monde s'mouvoir1 admirer1 s'tonner1 rver1 palpiter1 pour une image1 pour un enchantement1 pour une chose qui brille et qui ravit ceux qui ne voient pas encore8 ,c'est dit4 ,je m'efforcerai de vivre un instant4 ,pardonnez1 vous qui ne daignez pas vivre1 si j'ose faire d'avance en lui la preuve de la mission que je me suis assigne4 ,qu'ai-je prfrer si ce n'est de rendre cet enfant le plus idalement satisfait de tous ceux qui sont et seront sur ce grain de boue teinte8 ,a lui1 donc1 sceptres1 hochets et couronnes glorieuses6 ,a lui puissance1 amour1 jeunesse et tressaillements perdus6 ,a lui la plus large part au soleil des vivants6 ,a moi la contemplation paisible de toutes les beauts qu'il verra1--qu'il se crera1 dans ces choses1 puisque je consens regarder la vie par ses yeux pendant quelques moments6 ,alors1 quand ce premier et invitable cercle de la ,forme sera pass1 quand je serai sre de l'avoir fait monter les degrs du monde surnaturel et que les paroles que je prononcerai1 n'ayant pour lui d'autre sens que le sens de leur expression1 ne se changeront pas de mille manires dans son esprit1 alors1--les temps seront venus de l',action6--,son trne1 assis sur la lutte souterraine que je soutiendrai1 couvrira l',italie1 et1 de l444 ce ne sera point la premire fois que l',italie s'tendra sur le globe4 ,un jour peut-tre1 grce cette femme qui passera inconnue444--,est-ce que la nature n'est pas qui veut la prendre8444 ,qu'est-ce que l'impossible8 ,oui1 souvent mes regards ont pntr les sicles1 les climats et les ges2 j'ai vu les pages de l',avenir2 j'ai compris les temps fatidiques1 entrevus par les ,scaldes inspirs qui chantaient dans les montagnes de la ,scandinavie2 leurs chants1 inscrits et conservs en runes1 dans les sagas du ,nord1 parlent de guerriers assis parmi les ,ases1 dans le ,valhalla divin4 ,ne sont-ce pas les hommes se baignant dans la gloire et dans la sve du monde1 au milieu des torrents qui refltent les soleils1 et rafrachissant leurs fronts immortels durant les fauves nuits o chante la tempte1 aux souffles de l',,informe ,,dieu8 ,elle baissa la tte et rva profondment4 ,neuf heures sonnrent dans le lointain4 --,je n'hsite pas1 dit-elle4 ,et elle ajouta3 --,vous1 rappelez-vous4 ,elle attendait1 silencieuse et concentre depuis quelques minutes2 ses paupires taient closes1 mais elle ne dormait pas4 --,il vient4441 dit-elle encore4 ,et1 aprs un silence1 elle murmura des lvres seulement3 --,le voici4 ,,chapitre ,,xv4 ,cras ingens iterabimus quor4 --,monsieur le comte de ,strally-d',anthas6 vint annoncer ,xoryl demi-voix4 ,la veilleuse teinte1 elle posa une lampe sur la table4 ,wilhelm se prsenta sur le seuil3 elle sortit1 la draperie retomba4 ,l'lgance est une force4 ,il portait1 suivant les modes admirables de ce temps1 un costume de velours noir brod la ceinture de fines passementeries d'or et une pe choisie4 ,la plume blanche de sa toque tait fixe par une pierre prcieuse2 ses gants et ses bottines laissaient deviner des mains et des pieds de race4 ,ses cheveux noirs se disposaient bien sur son front4 ,il avait des yeux expressifs1 d'un bleu fonc1 tout brillants de vie2 une me s'y peignait dj leve et un esprit pntrant4 ,son nez droit lui donnait l'angle facial des types romains2 ses dents et la blancheur de sa peau ressortaient par le duvet noir qui luisait sur sa lvre suprieure4 ,il avait les sourcils noirs et bien arqus4 ,il tait bien fait2 sa haute taille1 la souplesse de ses mouvements annonaient une vigueur dveloppe et des muscles d'athlte4 ,comme pour adoucir la svre beaut de son visage1 son sourire tait d'une modestie et d'une timidit d'enfant4 ,ceci tait une chose auguste3 les hommes d'une grande valeur se voilent quelquefois de ce sourire charitable2 alors c'est d'une force accablante1 et cette humilit constate mieux1 pour les esprits clairvoyants1 ce que nous appellerions volontiers la puissance d'horizon1 que les arrogances possibles4 ,enfin le comte ,wilhelm semblait n'avoir aucune pense qui ne ft bonne et ingnue4 ,autrefois un pareil enfant reprsentait la plus haute affirmation de la dignit humaine4 ,il fallait des sicles pour arriver produire son individualit4 ,c'tait une rsultante des hauts faits et de l'intgre probit d'une srie d'aeux dont la glorieuse histoire et les vertus domestiques s'voquaient son nom4 ,c'tait un encouragement vivant la persvrance1 une mulation donne aux familles4 ,aujourd'hui les organisations financires sous lesquelles apparat toujours le phnomne providentiel du premier occupant1 phnomne incontrlable1 malgr son illgalit1 puisqu'il se pose de force comme principe de tout droit jusqu' prsent2 aujourd'hui1 disons-nous1 le dclassement des personnes et le culte de l'excellence progressive ont dtruit1 dans la plupart des endroits1 et finiront par dtruire compltement cette grandeur sociale4 ,mais nous avons mieux4 ,il nous est permis de saluer1 dans ce sicle1 une jeunesse reconnue presque universellement pour la droiture de ses moeurs1 la franchise de sa tenue1 la noblesse de ses oeuvres4 ,quel triomphe pour les familles qu'une gnration de si haute esprance6 ,dieu en soit lou1 la sant qui rgne dans les amours d'aujourd'hui promet des virilits admirables2 ce sera sans doute comme les pousses de ces vgtations luxuriantes des tropiques4 ,le jeune homme1 un peu dconcert du demi-jour rpandu par la lampe et de l'ameublement du salon1 fit quelques pas vers ,tullia ,fabriana4 --,madame la marquise1 dit-il1 je me suis constamment rappel1 depuis hier1 la permission que vous avez daign m'accorder444 ,et il s'inclina4 ,elle lui tendit trs gracieusement1 du bout des doigts1 la fleur baiser4 --,asseyez-vous1 comte2 vous voyez1 je suis seule4 ,il s'avana l'un des coussins doubles1 de forme et d'ornements arabes1 puis il la regarda4 --,le prince a d partir cette nuit1 continua la marquise1 mais il vous reste une belle amie1 la duchesse d',esperia4 ,c'est une bien aimable personne1 n'est-ce pas1 monsieur8 ,son attitude abandonne et son accent tranquille avaient mu le jeune homme1 mais il voulut paratre froid1 de peur de dplaire4 --,ne lui dois-je pas de vous voir1 madame8 rpondit-il4 ,elle abaissa lentement son regard sur lui2 ce fut une dcision4 ,la nuit dernire a compt pour des annes1 pensa-t-elle2 ce n'est pas seulement la fivre qui anime ces yeux plus calmes3 voici la trace dj laisse par les premiers rves de la passion qui ne peut s'teindre que sous un religieux mpris2--c'est bien4 ,son me planait au milieu de ses penses comme un aigle dans les tnbres2 mais1 sre d'amener d'une faon biensante l'instant qu'elle dsirait1 elle jugea trs inutile de le diffrer4 --,on donnait ce soir un opra de ,cimarosa2 vous m'avez sacrifi cette merveilleuse musique8 --,je vous entends parler1 madame1 dit-il d'une voix un peu tremblante4 ,les affinits de la voix et de la pense dont elle savait distinguer les transitions par un magntisme intuitif lui rvlaient la fivreuse et nave comdie o s'efforait le comte1 et1 ne s'en affligeant pas1 elle lui pardonna par sympathie cette innocence de compliments et leur transparente politesse4 ,le jeune homme paraissait1 en style du monde1 lui faire la cour2 mais sa voix1 son insu1 exprimait la profonde motion qu'il prouvait4 --tes-vous musicien1 monsieur le comte8444 dit-elle4 --,souvent1 rpondit ,wilhelm avec un sentiment de mlancolie1 souvent1 aprs une journe de chasse et de fatigue1 lorsque je m'en revenais tard et que j'tais seul dans les montagnes1 je chantais pour abrger le chemin4 ,le jeune homme ne s'aperut pas de la bizarrerie de sa rponse4 --,eh bien1 dit ,tullia ,fabriana1 lorsque vous tes entr1 je regardais cette harpe444 7,il se retourna et aperut tout prs de lui une grande harpe noire qu'il s'tonna de ne pas avoir remarque en s'asseyant47--,c'est un instrument admirable2 mais je suis un peu fatigue2 chantez une petite chose allemande1 voulez-vous8 ,ces quelques mots dtaills par des inflexions d'une froideur enchanteresse produisirent sur ,wilhelm un effet qui se traduisit par un blouissement et une pleur4 ,la marquise se leva2 elle s'approcha de la fentre dans ses vtements blancs et soutenant d'un bras les flocons de batiste sur sa poitrine4 ,les belles boucles de cheveux dors se soulevaient peine au vent tide2 on entendait le murmure des feuilles paisses et parfumes2 pas un chant de rossignol4 ,un coup de cloche1 annonant la prire et le sommeil1 tinta1 dans le lointain1 au monastre de ,san-,marco4 --,quelle tranquillit dans le ciel6444 dit-elle doucement2 et1 aprs un instant de silence3 ,une nuit de printemps6444 ,savez-vous quelque chose sur la nuit1 monsieur le comte8 --,en voici une1 madame4 ,et il chanta3 ,la nuit au brillant mystre ,entr'ouvre ses crins bleus3 ,autant de fleurs sur la terre ,que d'toiles dans les cieux4 ,on voit ses ombres dormantes ,s'clairer tous moments ,autant par les fleurs charmantes ,que par les astres charmants4 ,moi1 ma nuit au sombre voile ,n'a pour charme et pour clart1 ,qu'une fleur et qu'une toile3 ,mon amour et ta beaut6 ,c'tait une mlodie lente et douce2 mais quelque chose de tout fait inattendu en altra la simplicit4 ,aux premiers accents1 un profond murmure courut autour des cordes de la harpe2 elle s'mouvait en vibrations insensibles1 et1 tout coup1 le sens de la romance lui sembla se dformer en une signification inconnue2 son chant creusait un tourbillon autour de lui4 ,les singulires paroles qu'ils venaient d'changer1 la sombre richesse qui les entourait1 les formes noires que ,wilhelm distinguait vaguement au plafond sans pouvoir s'expliquer ce que c'tait1 la lividit que sa main dgante avait prise en s'appuyant au bord de la table d'bne1 la tte norme du sphinx1 encadre de bandelettes de pierre et dont les yeux immobiles s'attachaient sur lui1 les attraits de cette femme qui le transportait d'amour1 et qui1 avec les seules et profondes harmonies de sa voix1 lui bouleversait frntiquement le coeur1 tout cela ne formait-il pas l'ensemble de quelque magnifique rve oriental comme l'une de ces fictions cres par la lecture des sourates du ,koran1 o le prophte parle de pavillons et de pris mystrieuses8444 ,il frmit1 et ses yeux se fermrent la dernire strophe4 ,quelques moments aprs1 en rouvrant les yeux1 ses regards tombrent sur la lampe4 ,ils se fixrent sur sa lumire reflte par les vases d'or avec un pnible sentiment de solitude4 ,que s'tait-il donc pass8 ,pareil ce ,simbad des lgendes de l',asie1 le jeune homme tait transport dans les pays du prestige1 des rves1 des merveilles et des pressentiments4 ,l'immense chambre ressemblait celle o la reine ,cloptre laissait entrer ceux qu'elle remarquait2 derrire la porte veillait peut-tre silencieusement le grand bourreau nubien aux muscles de bronze et la hache dangereuse4 ,les parfums des charmeresses antiques1 un arome riche et subtil1 une senteur de baumes1 de styrax et de roses1 l'tourdissaient4 ,et une ,vision1 fulgurante de relief et de profondeur1 s'leva devant ses yeux3 ,il lui sembla que le palais tait devenu trs ancien2 des lierres couvraient son front foudroy2 ses faades en ruines taient caches par la mousse2 cependant le vieil tre de pierre rappelait encore sa forme2 il avait celle d'un homme couch1 les membres tendus1 sur une montagne4 ,en proie aux dsolations lointaines1 la ,nuit se chargeait maintenant de l'ensevelir dans son linceul2 le ,ciel1 drap mortuaire1 parsem des grands pleurs de feu qui roulent incessamment sur sa face1 tait jet sur sa solitude2 pour lui aussi1 le ,nant btissait1 dans l'imprative ternit1 son vague mausole d'oubli4 ,et le vieux palais ressemblait l'un de ces gants dont la barbe et les cheveux poussaient dans le tombeau4 ,mais s'il se dressait sombre et dvast1 les jardins resplendissaient au clair de lune6 ,les arbres et les fleurs taient d'une ferique beaut2 au loin1 dans l'tang profond1 ,tullia ,fabriana se baignait au milieu des eaux de cristal4 ,c'tait bien elle2 ses longs cheveux taient drouls sur son dos nacr1 les rayons filtrs travers les cyprs miroitaient sur elle toute2 et elle semblait1 de temps autre1 syrne fastueuse des heures noires1 se ployer1 avec des mouvements dlicieux1 dans une vapeur de diamants4 ,les cygnes1 attirs par sa blancheur1 venaient polir leurs ailes contre ses flancs et ses bras2 il se vit1 lui-mme1 ple et les yeux ferms1 nageant auprs de la marquise1 et mettant le pied sur les marches de marbre1 pour sortir avec elle de l'tang4 ,et la ,vision continua4 ,ils marchaient maintenant ensemble dans les alles4 ,les immenses lilas balanaient1 au-dessus de leurs ttes1 leurs grosses touffes humides et assombries2 l'air tait embaum par les vastes ombrages des charmilles4 ,ils marchaient1 entrelacs1 sous les regards dors des toiles2 les lvriers et les chevreuils rveills venaient jouer autour d'eux leurs pieds2 leur nudit se dtachait sous les feuilles comme celle d'un couple de marbres antiques4--,on et dit que deux statues du jardin profitaient des tnbres pour revivre4--,leurs lvres se touchaient parfois sans bruit1 dans l'ombre1 et sans parler ils s'entendaient4 ,et en effeuillant des roses blanches sur les paules de la grande enchanteresse1 il lui disait3 --,ton amour est un ciel dont je ne doute pas3 un baiser de toi1 c'est l'infini6444 ,et elle ne rpondait pas1 mais elle lui faisait lentement signe de regarder ce qui se passait4 ,et leurs corps s'attnuaient jusqu'au fantme2 une sourde oscillation agitait les profondeurs mtalliques de la nature2 le relief de toutes choses s'effaait graduellement1 comme lorsqu'on meurt2 la ,vision devint ombre et fluide1 et tout disparut dans l'empire du ,nirvanah4 ,le comte ,wilhelm passa la main sur son front et se retourna vers la croise4 ,l'obscurit de la nuit s'tait approfondie au dehors2 pas un bruissement de feuilles dans les jardins1 pas un souffle d'air ne venait dans l'appartement par la croise toute grande ouverte4 ,il essaya1 sans se rendre compte de son mouvement1 de regarder le ciel2 il n'y en avait plus4 ,la nuit s'tait faite noire1 et c'tait un silence extraordinaire1 un silence d'abstraction1 dans lequel les dernires vibrations de la harpe se mouraient faiblement1 harmonieusement444 ,ce fut alors qu'il oublia un peu d'aimer pour rflchir son insu1 et qu'il osa regarder en face de lui4 ,depuis la vote leve de l'appartement jusqu' ses pieds1 l'atmosphre s'tait partage en deux zones absolument disparates4 ,la lumire de la lampe l'clairait lui et toute la partie o il se trouvait2 et il apparaissait comme dans une effusion rayonnante4 ,la partie o devait tre ,tullia ,fabriana roulait des reflux d'ombres2 c'taient des vagues d'obscurit1 lourdes et surtout comme lointaines4 ,il ne voyait ni le sphinx ni la femme4 ,il fit un pas2 il aperut les cariatides1 et il lui sembla voir remuer leurs yeux terribles6 ,malgr son front lisible et son sourire jeune1 il lui sembla que ce n'tait pas d'hier qu'il prouvait le sentiment vertigineux de la vie1 et qu'il avait magnifiquement souffert autrefois1 dans un pass4 ,alors1 avec un geste perdu et comme cartant une draperie de tnbres1 il entra1 chancelant1 dans les vastes ombres4 ,et il vit s'lever1 avec lenteur1 devant lui1 dans ces mmes ombres1 comme un autre geste envelopp de voiles2 il eut l'impression de deux bras qui se joignaient1--oh6 douloureusement6--autour de son cou4 ,une forme aux blancheurs radieuses attirait son front vers elle4441 et ce fut l'essaim des ples joies infinies1 le tremblement des rves divins1 le supplice444 ,ce soir-l le comte de ,strally-d',anthas s'anuita chez la marquise ,tullia ,fabriana4 ,,table ,pages4 ,italie #aa ,celui qui devait venir #ag ,promenade nocturne #ca ,premier aspect de ,tullia ,fabriana #eg ,transfiguration #gc tude d'enfance #ha ,la bibliothque inconnue #ie ,isis #abi ,la prsentation #aec ,le palais enchant #aga ,aventures chevaleresques #aii ,fiat nox #bac ,tnbres #bbg ,l'ternel fminin #bcg ,cras ingens iterabimus quor #bea ,,des ,,presses ,,de ,,math4 ,,thone1 ,,imprimeur-,,diteur1 #ac1 ,,rue ,,st-,,jean-,,baptiste1 ,,li,,ge4