de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,notes au lecteur de ce fichier digital3 ,seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,un ,,entretien ,,par ,,mois ,,par ,m4 ,a4 ,,de ,,lamartine ,,tome ,,huiti,,me4 ,,paris ,,on ,s',,abonne ,,chez ,l',,auteur1 ,,rue ,,de ,,la ,,ville ,l',v,,que1 #dc4 #ahei ,l'auteur se rserve le droit de traduction et de reproduction l'tranger4 ,,cours ,,familier ,,de ,,litt,,rature ,,revue ,,mensuelle4 ,,viii ,paris4--,typographie de ,firmin ,didot frres1 fils et ,cie1 rue ,jacob1 #ef4 ,x,l,i,i,ie ,,entretien4 ,,vie ,,et ,,oeuvres ,,du ,,comte ,,de ,,maistre4 7#b;e ,,partie47 ,i ,les ,soires de ,ptersbourg1 sortes de dialogues de ,platon chrtien crits la cour d'un roi des ,scythes1 sont la grande oeuvre du comte de ,maistre4 ,ils furent crits pendant ce qu'il appelle son exil ,ptersbourg1 dans les loisirs d'un ambassadeur sans cour1 loisirs interrompus seulement par quelques dpches sans affaires4 ,c'est dans ces dialogues tous hasards de sa pense que le comte de ,maistre a dvelopp le plus de talent1 d'audace d'esprit et d'originalit souvent trange de style4 ,tantt il procde de ,j4-,j4 ,rousseau2 tantt il essaye de procder de ,voltaire1 mais sans atteindre l'atticisme du sarcasme voltairien2 tantt il ne procde que de lui-mme1 et c'est alors qu'il est le plus admirable d'improvisation et d'jaculation de ses ides4 ,les premires pages affectent videmment la forme du commencement de la profession de foi du vicaire savoyard de ,j4-,j4 ,rousseau4 ,on sent l'homme qui a vu les ,charmettes et convers peut-tre dans sa jeunesse avec madame de ,warens4 ,toutes les fois que l'homme se prpare parler dignement de ,dieu1 il prouve le besoin de se mettre en face de la nature4 ,lisons ensemble ce simple et magnifique prologue des ,soires2 c'est le premier morceau de plume que l'crivain me lut moi-mme1 pour consulter mon got inexpriment1 sous les platanes de ,chambry4 ,je voudrais pouvoir noter de son accent1 comme une musique1 chaque phrase qui rsonne encore mes oreilles aprs tant d'annes4 ,au mois de juillet #ahji1 la fin d'une journe des plus chaudes1 je remontais la ,nva dans une chaloupe avec le conseiller priv de ,t4441 membre du snat de ,saint-,ptersbourg1 et le chevalier de ,b4441 jeune ,franais que les orages de la rvolution de son pays et une foule d'vnements bizarres avaient pouss dans cette capitale4 ,l'estime rciproque1 la conformit de gots et quelques relations prcieuses de services et d'hospitalit avaient form entre nous une liaison intime4 ,l'un et l'autre m'accompagnaient ce jour-l jusqu' la maison de campagne o je passais l't4 ,quoique situe dans l'enceinte de la ville1 elle est cependant assez loigne du centre pour qu'il soit permis de l'appeler campagne1 et mme solitude2 car il s'en faut de beaucoup que toute cette enceinte soit occupe par les btiments1 et1 quoique les vides qui se trouvent dans la partie habite se remplissent vue d'oeil1 il n'est pas possible de prvoir encore si les habitations doivent un jour s'avancer jusqu'aux limites traces par le doigt hardi de ,pierre ,ier4 ,il tait peu prs neuf heures du soir2 le soleil se couchait par un temps superbe2 le faible vent qui nous poussait expira dans la voile que nous vmes badiner4 ,bientt le pavillon qui annonce du haut du palais imprial la prsence du souverain1 tombant immobile le long du mt qui le supporte1 proclama le silence des airs4 ,nos matelots prirent la rame2 nous leur ordonnmes de nous conduire lentement4 ,rien n'est plus rare1 mais rien n'est plus enchanteur qu'une belle nuit d't ,saint-,ptersbourg1 soit que la longueur de l'hiver et la raret de ces nuits leur donnent1 en les rendant plus dsirables1 un charme particulier1 soit que rellement1 comme je le crois1 elles soient plus douces et plus calmes que dans les plus beaux climats4 ,le soleil1 qui1 dans les zones tempres1 se prcipite l'occident et ne laisse aprs lui qu'un crpuscule fugitif1 rase ici lentement une terre dont il semble se dtacher regret4 ,son disque1 environn de vapeurs rougetres1 roule comme un char enflamm sur les sombres forts qui couronnent l'horizon1 et ses rayons1 rflchis par le vitrage des palais1 donnent aux spectateurs l'ide d'un vaste incendie4 ,les grands fleuves ont ordinairement un lit profond et des bords escarps qui leur donnent un aspect sauvage4 ,la ,nva coule pleins bords au sein d'une cit magnifique2 ses eaux limpides touchent le gazon des les qu'elle embrasse1 et dans toute l'tendue de la ville elle est contenue par deux quais de granit aligns perte de vue1 espce de magnificence rpte dans les trois grands canaux qui parcourent la capitale1 et dont il n'est pas possible de trouver ailleurs le modle ni l'imitation4 ,mille chaloupes se croisent et sillonnent l'eau en tous sens4 ,on voit de loin les vaisseaux trangers qui plient leurs voiles et jettent l'ancre2 ils apportent sous le ple les fruits des zones brlantes et toutes les productions de l'univers4 ,les brillants oiseaux d',amrique voguent sur la ,nva avec des bosquets d'orangers2 ils retrouvent en arrivant la noix du cocotier1 l'ananas1 le citron et tous les fruits de leur terre natale4 ,bientt le ,russe opulent s'empare des richesses qu'on lui prsente1 et jette l'or1 sans compter1 l'avide marchand4 ,nous rencontrions de temps en temps d'lgantes chaloupes dont on avait retir les rames1 et qui se laissaient aller doucement au paisible courant de ces belles eaux4 ,les rameurs chantaient un air national1 tandis que leurs matres jouissaient de la beaut du spectacle et du calme de la nuit4 ,prs de nous une longue barque emportait rapidement une noce de riches ngociants4 ,un baldaquin cramoisi1 garni de franges d'or1 couvrait le jeune couple et les parents4 ,une musique russe1 resserre entre deux files de rameurs1 envoyait au loin le son de ses bruyants cornets4 ,cette musique n'appartient qu' la ,russie1 et c'est peut-tre la seule chose particulire un peuple qui ne soit pas ancienne4 ,une foule d'hommes vivants ont connu l'inventeur1 dont le nom rveille constamment dans sa patrie l'ide de l'antique hospitalit1 du luxe lgant et des nobles plaisirs4 ,singulire mlodie6 emblme clatant fait pour occuper l'esprit bien plus que l'oreille4 ,qu'importe l'oeuvre que les instruments sachent ce qu'ils font8 ,vingt ou trente automates agissant ensemble produisent une pense trangre chacun d'eux4 ,le mcanisme aveugle est dans l'individu2 le calcul ingnieux1 l'importante harmonie sont dans le tout4 ,la statue questre de ,pierre ,ier s'lve sur le bord de la ,nva1 l'une des extrmits de l'immense place d',isaac4 ,son visage svre regarde le fleuve et semble encore animer cette navigation1 cre par le gnie du fondateur4 ,tout ce que l'oreille entend1 tout ce que l'oeil contemple sur ce superbe thtre n'existe que par une pense de la tte puissante qui fit sortir d'un marais tant de monuments pompeux4 ,sur ces rives dsoles1 d'o la nature semblait avoir exil la vie1 ,pierre assit sa capitale et se cra des sujets4 ,son bras terrible est encore tendu sur leur postrit qui se presse autour de l'auguste effigie3 on regarde1 et l'on ne sait si cette main de bronze protge ou menace4 mesure que notre chaloupe s'loignait1 le chant des bateliers et le bruit confus de la ville s'teignaient insensiblement4 ,le soleil tait descendu sous l'horizon2 des nuages brillants rpandaient une clart douce1 un demi-jour dor qu'on ne saurait peindre et que je n'ai jamais vu ailleurs4 ,la lumire et les tnbres semblent se mler et comme s'entendre pour former le voile transparent qui couvre alors ces campagnes4 ,si le ,ciel1 dans sa bont1 me rservait un de ces moments si rares dans la vie o le coeur est inond de joie par quelque bonheur extraordinaire et inattendu2 si une femme1 des enfants1 des frres spars de moi depuis longtemps1 et sans espoir de runion1 devaient tout coup tomber dans mes bras1 je voudrais1 oui1 je voudrais que ce ft dans une de ces belles nuits1 sur les rives de la ,nva1 en prsence de ces ,russes hospitaliers4 ,sans nous communiquer nos sensations nous jouissions avec dlice de la beaut du spectacle qui nous entourait1 lorsque le chevalier de ,b4441 rompant brusquement le silence1 s'cria3 ,je voudrais bien voir ici1 sur cette mme barque o nous sommes1 un de ces hommes pervers ns pour le malheur de la socit1 un de ces monstres qui fatiguent la terre44444 --,et qu'en feriez-vous1 s'il vous plat 7ce fut la question de ses deux amis parlant la fois78--,je lui demanderais1 reprit le chevalier1 si cette nuit lui parat aussi belle qu' nous4 ,l'exclamation du chevalier nous avait tirs de notre rverie4 ,bientt son ide originale engagea entre nous la conversation suivante1 dont nous tions fort loigns de prvoir les suites intressantes4 ,,le ,,comte4 ,mon cher chevalier1 les coeurs pervers n'ont jamais de belles nuits ni de beaux jours4 ,ils peuvent s'amuser ou plutt s'tourdir2 jamais ils n'ont de jouissances relles4 ,je ne les crois point susceptibles d'prouver les mmes sensations que nous4 ,au demeurant1 ,dieu veuille les carter de notre barque6 ,,le ,,chevalier4 ,vous croyez donc que les mchants ne sont pas heureux8 ,je voudrais le croire aussi2 cependant j'entends dire chaque jour que tout leur russit4 ,s'il en tait ainsi rellement1 je serais un peu fch que la ,providence et rserv entirement pour un autre monde la punition des mchants et la rcompense des justes2 il me semble qu'un petit -compte de part et d'autre1 ds cette vie mme1 n'aurait rien gt4 ,c'est ce qui me ferait dsirer au moins que les mchants1 comme vous le croyez1 ne fussent pas susceptibles de certaines sensations qui nous ravissent4 ,je vous avoue que je ne vois pas trop clair dans cette question4 ,vous devriez bien me dire ce que vous en pensez1 vous1 messieurs1 qui tes si forts dans ce genre de philosophie4 ,pour moi1 qui1 dans les camps nourri ds mon enfance1 ,laissai toujours aux cieux le soin de leur vengeance1 je vous avoue que je ne suis pas trop inform de quelle manire il plat ,dieu d'exercer sa justice1 quoique1 vous dire vrai1 il me semble1 en rflchissant sur ce qui se passe dans le monde1 que1 s'il punit ds cette vie1 au moins il ne se presse pas4 ,,le ,,comte4 ,pour peu que vous en ayez d'envie1 nous pourrions fort bien consacrer la soire l'examen de cette question1 qui n'est pas difficile en elle-mme1 mais qui a t embrouille par les sophismes de l',orgueil et de sa fille ane l',irrligion4 ,j'ai grand regret ces symposiaques1 dont l'antiquit nous a laiss quelques monuments prcieux4 ,les dames sont aimables sans doute2 il faut vivre avec elles pour ne pas devenir sauvages4 ,les socits nombreuses ont leur prix2 il faut mme savoir s'y prter de bonne grce2 mais1 quand on a satisfait tous les devoirs imposs par l'usage1 je trouve fort bon que les hommes s'assemblent quelquefois pour raisonner1 mme table4 ,je ne sais pourquoi nous n'imitons plus les anciens sur ce point4 ,croyez-vous que l'examen d'une question intressante n'occupt pas le temps d'un repas d'une manire plus utile et plus agrable mme que les discours lgers ou rprhensibles qui animent les ntres8 ,c'tait1 ce qu'il me semble1 une assez belle ide que celle de faire asseoir ,bacchus et ,minerve la mme table pour dfendre l'un d'tre libertin et l'autre d'tre pdante4 ,nous n'avons plus de ,bacchus1 et d'ailleurs notre petite symposie le rejette expressment2 mais nous avons une ,minerve bien meilleure que celle des anciens2 invitons-la prendre le th avec nous3 elle est affable et n'aime pas le bruit2 j'espre qu'elle viendra4 ,vous voyez dj cette petite terrasse supporte par quatre colonnes chinoises au-dessus de l'entre de ma maison4 ,mon cabinet de livres ouvre immdiatement sur cette espce de belvdre1 que vous nommerez1 si vous voulez1 un grand balcon2 c'est l qu'assis dans un fauteuil antique j'attends paisiblement le moment du sommeil4 ,frapp deux fois de la foudre1 comme vous savez1 je n'ai plus de droit ce qu'on appelle vulgairement bonheur2 je vous avoue mme qu'avant de m'tre raffermi par de salutaires rflexions il m'est arriv trop souvent de me demander moi-mme3 ,que me reste-t-il8 ,mais la conscience1 force de me rpondre3 ,moi1 m'a fait rougir de ma faiblesse1 et depuis longtemps je ne suis pas tent de me plaindre4 ,c'est l surtout1 c'est dans mon observatoire que je trouve des moments dlicieux4 ,tantt je me livre de sublimes mditations3 l'tat o elles me conduisent par degrs tient du ravissement2 tantt j'voque1 innocent magicien1 des ombres vnrables qui furent jadis pour moi des divinits terrestres1 et que j'invoque aujourd'hui comme des gnies tutlaires4 ,souvent il me semble qu'elles me font signe2 mais1 lorsque je m'lance vers elles1 de charmants souvenirs me rappellent ce que je possde encore1 et la vie me parat aussi belle que si j'tais encore dans l'ge de l'esprance4 ,lorsque mon coeur oppress me demande du repos1 la lecture vient mon secours4 ,tous mes livres sont l sous ma main2 il m'en faut peu1 car je suis depuis longtemps bien convaincu de la parfaite inutilit d'une foule d'ouvrages qui jouissent encore d'une grande rputation444 7,les trois amis ayant dbarqu et pris place autour de la table th1 la conversation reprit son cours47 ,un pareil prologue n'a pas besoin de commentaire4 ,il semble qu'on entre dans un temple o l',esprit divin va se faire entendre dans la sincrit de la conscience et dans le silence du recueillement4 ,,ii ,la premire question que traite le comte de ,maistre est celle du gouvernement temporel de la ,providence4 ,il tend prouver dans ce dialogue cette contre-vrit1 trop vidente1 que le juste est rcompens par les biens d'ici-bas1 et que le mchant est puni par des maux temporels1 expiation immdiate de ses fautes4 ,si cela tait dmontr1 ce serait un argument terrible contre les rmunrations et les expiations de la vie future4 ,mais l'histoire proteste ici contre le philosophe2 elle n'est pleine que des malheurs des bons et des triomphes des mchants4 ,il faut mme1 pour tre bon1 se dvouer au combat ou au supplice contre les vices puissants de ce monde4 ,c'est le sentiment de cette iniquit qui a fait comprendre l'immortalit1 cette rparation ternelle de l'iniquit d'ici-bas4 ,mais1 le sophisme de ,m4 de ,maistre admis1 il le brode avec un art d'crivain qui rappelle un sophiste de son pays1 ,j4-,j4 ,rousseau4 ,ces deux grands crivains semblent lutter de gnie pour donner1 chacun dans leur systme1 leurs contre-vrits1 l'autorit et l'clat de la vrit4 ,m4 de ,maistre lui-mme exprime en style proverbial cette puissance du sophisme bien crit4 ,les fausses opinions1 dit-il1 ressemblent la fausse monnaie1 qui est frappe d'abord par de grands coupables et dpense ensuite par d'honntes gens qui perptuent le crime sans savoir ce qu'ils font4 ,il tait son insu ici un de ces grands coupables2 jamais homme de bien n'a tant fauss d'ides justes en les exagrant4 ,son sophisme lui1 c'est l'exagration4 ,dans la suite du dialogue le philosophe s'appuie sur ce sophisme de la rtribution temporelle du juste et du mchant par la ,providence pour exalter avec raison le droit de la justice humaine contre les coupables envers l'humanit1 qui violent les lois institutrices de la socit4 ,il cite un merveilleux passage de la lgislation indienne de ,brahma1 qui prouve que la philosophie de la socit est aussi vieille que la socit elle-mme4 ,brahma1 dit le philosophe du ,gange1 cra l'usage des rois le gnie des peines4 ,ce gnie est la justice mme1 le protecteur de tout ce qui est cr4 ,par le respect de ce gnie de la justice et des peines qui la dfendent ou la rtablissent1 tous les tres sensibles1 qu'ils soient mobiles ou immobiles1 sont contenus dans la jouissance lgitime de leur nature et ne s'cartent pas impunment de leur devoir4 ,que le roi donc1 aprs avoir bien considr la loi divine1 inflige justement les peines ceux qui agissent injustement6 ,le chtiment est un gouverneur actif2 il rgit1 il dfend l'humanit2 il veille pendant que les gardes dorment4 ,le sage considre le chtiment comme la perfection de la justice4 ,qu'un roi indolent cesse de punir le mchant1 et le plus fort martyrisera le plus faible4 ,la race entire des hommes est retenue dans l'ordre par la peine1 car l'innocence est rare4 ,il n'y aurait que dsordre et iniquit parmi les hommes si la peine cessait d'tre administre ou si elle l'tait injustement2 mais1 lorsque la peine l'oeil de feu se montre pour anantir le crime1 le peuple est sauv si le juge a l'oeil juste444 etc41 etc4 ,on voit par ce terrible et sublime passage du livre indien qu'il y avait des de ,maistre1 des ,platon1 des ,bossuet en ce temps-l aux bords du ,gange4 ,aussi ,m4 de ,maistre1 que toute antiquit de la sagesse humaine pouvante1 parce qu'il veut que toute sagesse date d'hier1 conteste la date de cette citation et parat l'attribuer un honnte lgiste des temps barbares du moyen ge4 ,cette plaisanterie1 dplace sous sa plume1 rappelle l'opinion risible d'un rudit qui attribue l',iliade un moine de ,bruxelles6 ,un philosophe srieux devait-il1 en sujet si grave1 permettre sa plume de telles facties8 ,,iii ,le second dialogue sur l'hrdit du bien et du mal temporel dans l'humanit cesse d'tre un sophisme1 et devient dans ses pages comme dans la nature une mystrieuse vidence4 ,jamais la doctrine traditionnelle et unanime d'une dgradation originelle de l'homme n'a t sonde d'une main plus ferme4 ,voici quelques-unes de ces inductions qui vous tranent par la main jusqu'au mystre d'une premire chute de l'humanit1 hrditairement dchue dans sa nature4 ,l'essence de toute intelligence est de connatre et d'aimer4 ,les limites de sa science sont celles de sa nature4 ,l'tre immortel n'apprend rien3 il sait par essence tout ce qu'il doit savoir4 ,d'un autre ct1 nul tre intelligent ne peut aimer le mal naturellement ou en vertu de son essence3 il faudrait pour cela que ,dieu l'et cr mauvais1 ce qui est impossible4 ,si donc l'homme est sujet l'ignorance et au mal1 ce ne peut tre qu'en vertu d'une dgradation accidentelle qui ne saurait tre que la suite d'un crime4 ,ce besoin1 cette faim de la science1 qui agite l'homme1 n'est que la tendance naturelle de son tre qui le porte vers son tat primitif et l'avertit de ce qu'il est4 ,il gravite1 si je puis m'exprimer ainsi1 vers les rgions de la lumire4 ,nul castor1 nulle hirondelle1 nulle abeille n'en veulent savoir plus que leurs devanciers4 ,tous les tres sont tranquilles la place qu'ils occupent4 ,tous sont dgrads1 mais ils l'ignorent4 ,l'homme seul en a le sentiment1 et ce sentiment est tout la fois la preuve de sa grandeur et de sa misre1 de ses droits sublimes et de son incroyable dgradation4 ,dans l'tat o il est rduit1 il n'a pas mme le triste bonheur de s'ignorer2 il faut qu'il se contemple sans cesse1 et il ne peut se contempler sans rougir2 sa grandeur mme l'humilie1 puisque ses lumires1 qui l'lvent jusqu' l'ange1 ne servent qu' lui montrer dans lui des penchants abominables qui le dgradent jusqu' la brute4 ,il cherche dans le fond de son tre quelque partie saine sans pouvoir la trouver2 le mal a tout souill1 et l'homme entier n'est qu'une maladie4 ,assemblage inconcevable de deux puissances diffrentes et incompatibles1 centaure monstrueux1 il sent qu'il est le rsultat de quelque forfait inconnu1 de quelque mlange dtestable qui a vici l'homme jusque dans son essence la plus intime4 ,toute intelligence est1 par sa nature mme1 le rsultat1 la fois ternaire et unique1 d'une perception qui apprhende1 d'une raison qui affirme1 et d'une volont qui agit4 ,les deux premires puissances ne sont qu'affaiblies dans l'homme2 mais la troisime est brise1 et1 semblable au serpent du ,tasse1 elle se trane aprs soi1 toute honteuse de sa douloureuse impuissance4 ,c'est dans cette troisime puissance que l'homme se sent bless mort4 ,il ne sait ce qu'il veut2 il veut ce qu'il ne veut pas2 il ne veut pas ce qu'il veut2 il voudrait vouloir4 ,il voit dans lui quelque chose qui n'est pas lui4 ,le sage rsiste et s'crie3 ,qui me dlivrera8 ,l'insens obit1 et il appelle sa lchet bonheur2 mais il ne peut se dfaire de cette autre volont incorruptible dans son essence1 quoiqu'elle ait perdu son empire1 et le remords1 en lui perant le coeur1 ne cesse de lui crier3 ,en faisant ce que tu ne veux pas1 tu consens la loi4 ,qui pourrait croire qu'un tel tre ait pu sortir dans cet tat des mains du ,crateur8 ,cette ide est si rvoltante que la philosophie seule1 j'entends la philosophie paenne1 a devin le pch originel4 ,le vieux ,time1 de ,locres1 ne disait-il pas dj1 srement d'aprs son matre ,pythagore1 que nos vices viennent bien moins de nous-mmes que de nos pres et des lments qui nous constituent8 ,platon ne dit-il pas de mme qu'il faut s'en prendre au gnrateur plus qu'au gnr8 ,et dans un autre endroit n'a-t-il pas ajout que le ,seigneur1 ,dieu des dieux1 voyant que les tres soumis la gnration avaient perdu 7ou dtruit en eux7 le don inestimable1 avait dtermin de les soumettre un traitement propre tout la fois les punir et les rgnrer8 ,cicron ne s'loignait pas du sentiment de ces philosophes et de ces initis qui avaient pens que nous tions dans ce monde pour expier quelques crimes commis dans un autre4 ,il a cit mme et adopt quelque part la comparaison d',aristote1 qui la contemplation de la nature humaine rappelait l'pouvantable supplice d'un malheureux li un cadavre et condamn pourrir avec lui4 ,ailleurs1 il dit expressment que la nature nous a traits en martre plutt qu'en mre1 et que l'esprit divin qui est en nous est comme touff par le penchant qu'elle nous a donn pour tous les vices4 ,et n'est-ce pas une chose singulire qu',ovide ait parl sur l'homme prcisment dans les termes de saint ,paul8 ,le pote rotique a dit3 ,je vois le bien1 je l'aime1 et le mal me sduit2 et l',aptre si lgamment traduit par ,racine a dit3 ,je ne fais pas le bien1 que j'aime1 ,et je fais le mal1 que je hais4 ,,iv ,le christianisme lui-mme est videmment sorti de cette universelle tradition du monde1 car son premier nom fut ,rdemption4 ,les incarnations nombreuses de la thogonie indienne taient elles-mmes des figures de la rdemption4 ,partout l'homme a senti l'instinct d'expier je ne sais quoi3 en se voyant si malheureux1 il est naturel qu'il se soit cru puni4 ,ce dialogue des ,soires rappelle ,pascal1 mais ,pascal raisonnable1 au lieu de ,pascal hallucin par la peur de ,dieu4 ,de ,maistre1 sain de corps et d'esprit1 regarde la destine en face4 ,il rvoque avec raison en doute1 comme ,platon1 comme ,aristote1 comme ,cicron1 comme ,voltaire1 ce dogme1 dmenti par tous les monuments de l'histoire1 d'on ne sait quel progrs indfini1 progrs qui depuis des sicles n'ajoute ni un cheveu l'homme physique1 ni une vertu l'homme moral4 ,l'antiquit1 au contraire1 ce tmoin plus rapproch que nous des origines1 s'accorde reprsenter ses premiers anctres comme des cratures doues de plus de jeunesse1 de plus de force1 de plus de facults4 ,sur ce point1 dit-il1 il n'y a pas de dissonance3 les initis1 les philosophes1 les potes1 l'histoire1 la fable1 l',asie et l',europe n'ont qu'une voix4 ,un tel accord de la raison1 de la ,rvlation et de toutes les traditions humaines1 forme une dmonstration que la bouche seule peut contredire4 ,non-seulement les hommes ont commenc par la science1 mais par une science diffrente de la ntre et suprieure la ntre1 parce qu'elle commenait plus haut1 ce qui la rendait mme trs-dangereuse2 et ceci vous explique pourquoi la science dans son principe fut toujours mystrieuse et renferme dans les temples1 o elle s'teignit enfin lorsque cette flamme ne pouvait plus servir qu' brler4 ,personne ne sait quelle poque remontent1 je ne dis pas les premires bauches de la socit1 mais les grandes institutions1 les connaissances profondes et les monuments les plus magnifiques de l'industrie et de la puissance humaines4 ct du temple de ,saint-,pierre1 ,rome1 je trouve les cloaques de ,tarquin et les constructions cyclopennes4 ,cette poque touche celle des trusques1 dont les arts et la puissance vont se perdre dans l'antiquit1 qu',hsiode appelait grands et illustres1 neuf sicles avant ,jsus-,christ1 qui envoyrent des colonies en ,grce et dans nombre d'les1 plusieurs sicles avant la guerre de ,troie4 ,pythagore1 voyageant en gypte1 six sicles avant notre re1 y apprit la cause de tous les phnomnes de ,vnus4 ,il ne tint mme qu' lui d'y apprendre quelque chose de bien plus curieux1 puisqu'on y savait de toute antiquit que ,mercure1 pour tirer une desse du plus grand embarras1 joua aux checs avec la lune et lui gagna la soixante-douzime partie du jour4 ,je vous avoue mme qu'en lisant le ,banquet des sept ,sages1 dans les oeuvres morales de ,plutarque1 je n'ai pu me dfendre de souponner que les gyptiens connaissaient la vritable forme des orbites plantaires4 ,vous pourrez1 quand il vous plaira1 vous donner le plaisir de vrifier ce texte4 ,julien1 dans l'un de ses discours 7je ne sais plus lequel71 appelle le soleil le dieu aux sept rayons4 ,o avait-il pris cette singulire pithte8 ,certainement elle ne pouvait lui venir que des anciennes traditions asiatiques qu'il avait recueillies dans ses tudes thurgiques1 et les livres sacrs des ,indiens prsentent un bon commentaire de ce texte1 puisqu'on y lit que1 sept jeunes vierges s'tant rassembles pour clbrer la venue de ,crschna1 qui est l',apollon indien1 le dieu apparut tout coup au milieu d'elles et leur proposa de danser2 mais que1 ces vierges s'tant excuses sur ce qu'elles manquaient de danseurs1 le dieu y pourvut en se divisant lui-mme1 de manire que chaque fille eut son ,chrschna4 ,ajoutez que le vritable systme du monde fut parfaitement connu de la plus haute antiquit4 ,songez que les pyramides d'gypte1 rigoureusement orientes1 prcdent toutes les poques certaines de l'histoire2 que les arts sont des frres qui ne peuvent vivre et briller qu'ensemble2 que la nation qui a pu crer des couleurs capables de rsister l'action libre de l'air pendant trente sicles1 soulever une hauteur de six cents pieds des masses qui braveraient toute notre mcanique1 sculpter sur le granit des oiseaux dont un voyageur moderne a pu reconnatre toutes les espces2 que cette nation1 dis-je1 tait ncessairement tout aussi minente dans les autres arts1 et savait mme ncessairement une foule de choses que nous ne savons pas4 ,ici ,m4 de ,maistre tablit1 comme ,j4-,j4 ,rousseau1 qu'aucune parole n'a pu tre invente ni par un homme qui n'aurait pu se faire obir1 ni par plusieurs qui n'auraient pu s'entendre4 ,il considre la parole1 ainsi que nous la considrons nous-mme1 comme un organe aussi divinement et aussi primitivement rvl que la langue qui la profre4 ,v ,l'entretien sur la guerre1 qui suit ces entretiens sur la ,providence et sur l'origine des langues1 sur le spiritualisme1 est la fois son chef-d'oeuvre de style1 et1 selon nous1 son chef-d'oeuvre de sophisme4 ,ce sophisme1 par lequel le philosophe divinise la guerre1 est cependant sem de considrations puissantes et vraies sur la vertu publique du dvouement militaire qui pousse jusqu'au sacrifice de sa vie pour la dfense commune de la patrie4 ,quand il est dans la vrit1 nul crivain ne s'y enfonce plus avant avec un poids d'athlte2 malheureusement il s'enfonce avec la mme force et avec le mme got de l'excs dans l'erreur4 ,ce chapitre en offre d'clatants exemples3 coutez le sublime du vrai ml l'excs du faux4 ,avant ma vingt-quatrime anne1 fait-il dire son interlocuteur1 j'avais vu trois fois l',,enthousiasme ,,du ,,carnage au milieu du sang qu'il fait couler4 ,le spectacle pouvantable du carnage n'endurcit pas le vritable guerrier3 il est humain comme l'pouse est chaste dans les transports de l'amour444 ,les fonctions du soldat sont terribles1 mais il faut qu'elles tiennent une grande loi du monde spirituel444 ,le flau est divin444 le nom de ,dieu est le ,,dieu ,,des ,,arm,,es4 ,observez de plus que cette loi1 dj si terrible1 de la guerre1 n'est cependant qu'un chapitre de la loi gnrale qui pse sur l'univers4 ,dans le vaste domaine de la nature vivante il rgne une violence manifeste1 une espce de rage prescrite qui arme tous les tres in mutua funera4 ,ds que vous sortez du rgne insensible1 vous trouvez le dcret de la mort violente crit sur les frontires mmes de la vie4 ,dj dans le rgne vgtal on commence sentir la loi3 depuis l'immense catalpa jusqu' la plus humble gramine1 combien de plantes meurent1 et combien sont tues6 ,mais1 ds que vous entrez dans le rgne animal1 la loi prend tout coup une pouvantable vidence4 ,une force la fois cache et palpable se montre continuellement occupe mettre dcouvert le principe de la vie par des moyens violents4 ,dans chaque grande division de l'espce animale elle a choisi un certain nombre d'animaux qu'elle a chargs de dvorer les autres4 ,ainsi il y a des insectes de proie1 des reptiles de proie1 des oiseaux de proie1 des poissons de proie et des quadrupdes de proie4 ,il n'y a pas un instant de la dure o l'tre vivant ne soit dvor par un autre4 ,au-dessus de ces nombreuses races d'animaux est plac l'homme1 dont la main destructive n'pargne rien de ce qui vit2 il tue pour se nourrir1 il tue pour se vtir1 il tue pour se parer1 il tue pour attaquer1 il tue pour se dfendre1 il tue pour s'instruire1 il tue pour s'amuser1 il tue pour tuer6 ,roi superbe et terrible1 il a besoin de tout1 et rien ne lui rsiste4 ,il sait combien la tte du requin ou du cachalot lui fournira de barriques d'huile2 son pingle dlie pique sur le carton des muses l'lgant papillon qu'il a saisi au vol sur le sommet du mont ,blanc ou du ,chimborao2 il empaille le crocodile1 il embaume le colibri2 son ordre le serpent sonnettes vient mourir dans la liqueur conservatrice qui doit le montrer intact aux yeux d'une longue suite d'observateurs4 ,le cheval qui porte son matre la chasse du tigre se pavane sous la peau de ce mme animal4 ,l'homme demande tout la fois l'agneau ses entrailles pour faire rsonner une harpe1 la baleine ses fanons pour soutenir le corset de la jeune vierge1 au loup sa dent la plus meurtrire pour polir les ouvrages lgers de l'art1 l'lphant ses dfenses pour faonner le jouet d'un enfant2 ses tables sont couvertes de cadavres6 ,le philosophe peut mme dcouvrir comment le carnage permanent est prvu et ordonn dans le grand tout4 ,mais cette loi s'arrtera-t-elle l'homme8 ,non1 sans doute4 ,cependant quel tre exterminera celui qui les extermine tous8 ,lui6 ,c'est l'homme qui est charg d'gorger l'homme4 ,mais comment pourra-t-il accomplir la loi1 lui qui est un tre moral et misricordieux2 lui qui est n pour aimer2 lui qui pleure sur les autres comme sur lui-mme1 qui trouve du plaisir pleurer1 et qui finit par inventer des fictions pour se faire pleurer2 lui enfin qui il a t dclar qu'on redemandera jusqu' la dernire goutte du sang qu'il aura vers injustement8 ,c'est la guerre qui accomplira le dcret4 ,n'entendez-vous pas la terre qui crie et demande du sang8 ,le sang des animaux ne lui suffit pas1 ni mme celui des coupables vers par le glaive des lois4 ,si la justice humaine les frappait tous1 il n'y aurait point de guerre2 mais elle ne saurait en atteindre qu'un petit nombre1 et souvent mme elle les pargne1 sans se douter que sa froce humanit contribue ncessiter la guerre1 si1 dans le mme temps surtout1 un autre aveuglement1 non moins stupide et non moins funeste1 travaillait teindre l'expiation dans le monde4 ,la terre n'a pas cri en vain3 la guerre s'allume4 ,l'homme1 saisi tout coup d'une fureur divine trangre la haine et la colre1 s'avance sur le champ de bataille sans savoir ce qu'il veut ni mme ce qu'il fait4 ,qu'est-ce donc que cette horrible nigme8 ,rien n'est plus contraire sa nature1 et rien ne lui rpugne moins3 il fait avec enthousiasme ce qu'il a en horreur4 ,n'avez-vous jamais remarqu que1 sur le champ de mort1 l'homme ne dsobit jamais8 ,il pourra bien massacrer ,nerva ou ,henri ,,iv2 mais le plus abominable tyran1 le plus insolent boucher de chair humaine n'entendra jamais l3 ,nous ne voulons plus vous servir4 ,une rvolte sur le champ de bataille1 un accord pour s'embrasser en reniant un tyran1 est un phnomne qui ne se prsente pas ma mmoire4 ,rien ne rsiste1 rien ne peut rsister la force qui trane l'homme au combat2 innocent meurtrier1 instrument passif d'une main redoutable1 il se plonge tte baisse dans l'abme qu'il a creus lui-mme2 il donne1 il reoit la mort sans se douter que c'est lui qui a fait la mort4 ,ainsi s'accomplit sans cesse1 depuis le ciron jusqu' l'homme1 la grande loi de la destruction violente des tres vivants4 ,la terre entire1 continuellement imbibe de sang1 n'est qu'un autel immense o tout ce qui vit doit tre immol sans fin1 sans mesure1 sans relche1 jusqu' la consommation des choses1 jusqu' l'extinction du mal1 jusqu' la mort de la mort4 ,mais l'anathme doit frapper plus directement et plus visiblement sur l'homme3 l'ange exterminateur tourne comme le soleil autour de ce malheureux globe et ne laisse respirer une nation que pour en frapper d'autres4 ,mais lorsque les crimes1 et surtout les crimes d'un certain genre1 se sont accumuls jusqu' un point marqu1 l'ange presse sans mesure son vol infatigable4 ,pareil la torche ardente tourne rapidement1 l'immense vitesse de son mouvement le rend prsent la fois sur tous les points de sa redoutable orbite4 ,il frappe au mme instant tous les peuples de la terre2 d'autres fois1 ministre d'une vengeance prcise et infaillible1 il s'acharne sur certaines nations et les baigne dans le sang4 ,n'attendez pas qu'elles fassent aucun effort pour chapper leur jugement ou pour l'abrger4 ,on croit voir ces grands coupables clairs par leur conscience1 qui demandent le supplice et l'acceptent pour y trouver l'expiation4 ,tant qu'il leur restera du sang1 elles viendront l'offrir1 et bientt une rare jeunesse se fera raconter ces guerres dsolatrices produites par les crimes de ses pres4 ,et il conclut ce magnifique dithyrambe philosophique par ces mots les plus fatalistes qu'aucune plume ait os crire3 ,,la ,,guerre ,,est ,,donc ,,divine1 ,,puisque ,c',,est ,,une ,,loi ,,du ,,monde4 ce titre le meurtre et l'anthropophagie sont donc divins1 car ces monstruosits sont une loi du monde4 ,il n'y a pas un mot dans ce dialogue qui rvle un philosophe vanglique4 ,m4 de ,maistre semble n'avoir lu que la ,bible3 c'tait un prophte de la loi de sang4 ,la loi de grce lui aurait appris1 comme la philosophie vritable1 que la guerre tait1 non pas ncessaire et divine1 comme il le dit1 mais vertueuse et obligatoire quand la perversit humaine fait l'homme constitu en nation un devoir de dfendre sa vie1 sa famille1 sa nation contre ce meurtre en masse4 ,la saine philosophie lui aurait enseign que la guerre est si peu divine que le plus divin progrs de l'humanit est de la temprer et de la diminuer jusqu' sa complte extinction 7si cela devient jamais possible7 chez les hommes4 ,,vi ,aprs avoir ainsi divinis la guerre1 il divinise la force matrielle1 et il l'autorise martyriser toutes les forces intellectuelles qui osent penser autrement que l'tat ne veut qu'on pense4 ,lisez6 et tonnez-vous qu'il y ait eu des martyrs dans un ordre de choses qui sacre ainsi les perscuteurs de toute pense autre que la pense officielle de l'tat4 ,il faut lire ici le texte pour y croire4 ,ce n'est point la science qu'il appartient de conduire les hommes2 il appartient aux prlats1 ,,aux ,,grands ,,officiers ,,de ,l',,tat1 d'tre les dpositaires et les gardiens des vrits1 d'apprendre aux nations ce qui est bien et ce qui est mal1 dans l'ordre moral et spirituel4 ,les autres n'ont pas le droit de raisonner sur ces sortes de matires3 ils ont les sciences physiques pour s'amuser4 ,de quoi pourraient-ils se plaindre8 ,quant celui qui parle ou qui crit pour ter un dogme national au peuple1 il doit tre pendu444 ,pourquoi a-t-on commis l'imprudence d'accorder la parole tout le monde8 ,c'est ce qui nous a perdus64444 ,ah6 si lorsqu'enfin la terre sera raffermie4444 etc41 etc4 ,ici il s'arrte1 comme s'il n'osait achever et rvler au monde la nature des freins et des supplices dont1 lui1 ministre de l'tat1 il baillonnerait et musellerait ceux qui oseraient penser et parler autrement que lui1 philosophe6 ,et il oubliait qu'il crivait ces appels la perscution dans le sein d'un empire et d'un culte grecs1 o le prlat et le souverain auraient eu1 d'aprs ses propres invocations la tyrannie des esprits et des consciences1 le devoir de le supplicier lui-mme comme voleur domestique1 car il ne cessait pas de prcher haute voix l'orthodoxie romaine au milieu de l'hrsie grecque6 ,si c'est l de la philosophie1 c'est la philosophie de la hache1 qui tranche les ttes pour trancher les difficults4 ,cela convenait moins qu' personne un homme qui avait fui son pays pour fuir la perscution d'une autre race de perscuteurs d'opinions6 ,,vii ,un peu plus loin1 dans son ,essai sur les ,sacrifices1 il pousse sa logique sur la saintet de ce qui est utile jusqu' hsiter fltrir l'immolation des femmes indiennes sur le cadavre de leurs maris4 ,lisez encore3 ,je vois d'ailleurs un grand problme rsoudre3 ces sacrifices atroces1 qui nous rvoltent si justement1 ne seraient-ils point bons ou du moins ncessaires dans l',inde8 ,au moyen de cette institution terrible1 la vie d'un poux se trouve sous la garde incorruptible de ses femmes et de tout ce qui s'intresse elles4 ,dans le pays des rvolutions1 des vengeances1 des crimes vils et tnbreux1 qu'arriverait-il si les femmes n'avaient matriellement rien perdre par la mort de leurs poux1 et si elles n'y voyaient que le droit d'en acqurir un autre8 ,croirons-nous que les lgislateurs antiques1 qui furent tous des hommes prodigieux1 n'aient pas eu dans ces contres des raisons particulires et puissantes pour tablir de tels usages8 ,enfin1 lisez l'trange apothose du bourreau4 ,jamais la magnificence du style ne s'est acharne une plus hideuse image3 c'est un dithyrambe de ,shakspeare sur un chafaud4 ,,viii ,de cette prrogative redoutable dont je vous parlais tout l'heure rsulte l'existence ncessaire d'un homme destin infliger aux crimes les chtiments dcerns par la justice humaine2 et cet homme1 en effet1 se trouve partout1 sans qu'il y ait aucun moyen d'expliquer comment2 car la raison ne dcouvre dans la nature de l'homme aucun motif capable de dterminer le choix de cette profession4 ,je vous crois trop accoutums rflchir1 ,messieurs1 pour qu'il ne vous soit pas arriv souvent de mditer sur le bourreau4 ,qu'est-ce donc que cet tre inexplicable1 qui a prfr tous les mtiers agrables1 lucratifs1 honntes et mme honorables1 qui se prsentent en foule la force ou la dextrit humaine1 celui de tourmenter et de mettre mort ses semblables8 ,cette tte1 ce coeur sont-ils faits comme les ntres8 ,ne contiennent-ils rien de particulier et d'tranger notre nature8 ,pour moi1 je n'en sais pas douter4 ,il est fait comme nous extrieurement1 il nat comme nous2 mais c'est un tre extraordinaire1 et1 pour qu'il existe dans la famille humaine1 il faut un dcret particulier1 un fiat de la puissance cratrice4 ,il est cr comme un monde4 ,voyez ce qu'il est dans l'opinion des hommes1 et comprenez1 si vous pouvez1 comment il peut ignorer cette opinion ou l'affronter6 peine l'autorit a-t-elle dsign sa demeure1 peine en a-t-il pris possession1 que les autres habitations reculent jusqu' ce qu'elles ne voient plus la sienne4 ,c'est au milieu de cette solitude et de cette espce de vide form autour de lui qu'il vit seul avec sa femelle et ses petits1 qui lui font connatre la voix de l'homme2 sans eux il n'en connatrait que les gmissements444 ,un signal lugubre est donn2 un ministre abject de la justice vient frapper sa porte et l'avertir qu'on a besoin de lui4 ,il part1 il arrive sur une place publique1 couverte d'une foule presse et palpitante4 ,on lui jette un empoisonneur1 un parricide1 un sacrilge2 il le saisit1 il l'tend1 il le lie sur une croix horizontale2 il lve le bras3 alors il se fait un silence horrible1 et l'on n'entend plus que le cri des os qui clatent sous la barre et les hurlements de la victime4 ,il la dtache1 il la porte sur une roue2 les membres fracasss s'enlacent dans les rayons2 la tte pend2 les cheveux se hrissent1 et la bouche1 ouverte comme une fournaise1 n'envoie plus par intervalles qu'un petit nombre de paroles sanglantes qui appellent la mort4 ,il a fini3 le coeur lui bat1 mais c'est de joie2 il s'applaudit1 il dit dans son coeur3 ,nul ne roue mieux que moi6 ,il descend2 il tend sa main souille de sang1 et la justice y jette de loin quelques pices d'or qu'il emporte travers une double haie d'hommes carts par l'horreur4 ,il se met table1 et il mange2 au lit ensuite1 et il dort4 ,et le lendemain1 en s'veillant1 il songe tout autre chose qu' ce qu'il a fait la veille4 ,est-ce un homme8 ,oui3 ,dieu le reoit dans ses temples et lui permet de prier4 ,il n'est pas criminel2 cependant aucune langue ne consent dire1 par exemple1 qu'il est vertueux1 qu'il est honnte homme1 qu'il est estimable1 etc4 ,nul loge moral ne peut lui convenir1 car tous supposent des rapports avec les hommes1 et il n'en a point4 ,et cependant toute grandeur1 toute puissance1 toute subordination repose sur l'excuteur3 il est l'horreur et le lien de l'association humaine4 tez du monde cet agent incomprhensible2 dans l'instant mme l'ordre fait place au chaos2 les trnes s'abment1 et la socit disparat4 ,dieu est l'auteur de la souverainet1 il l'est donc aussi du chtiment4 ,il a jet notre terre sur ces deux ples2 car ,jhovah est le matre des deux ples1 et sur eux il fait tourner le monde4 ,,ix ,tel est ce livre1 la grande oeuvre philosophique du comte de ,maistre3 un style tonnant de vigueur et de souplesse2 des vues neuves1 profondes1 incommensurables d'tendue sur les lgislations1 sur les dogmes1 sur les mystres1 et quelquefois des plaisanteries dplaces en matire grave2 un grand gnie doubl d'un sophiste1 un ,diderot dclamateur dans un philosophe chrtien et sincre1 un ,platon souvent1 quelquefois un ,diogne4 ,ce livre fit plutt secte que bruit son apparition2 on en jeta et l quelques feuilles au vent1 comme celles de la sibylle4 ,aujourd'hui que nous venons de le relire refroidi par trente ans1 nous y trouvons plus de talent que de philosophie relle2 la pense y est plus hardie que forte1 plus subtile que profonde1 plus brillante que solide4 ,c'est une magnifique curiosit plutt qu'un monument durable de l'esprit humain4 ,l'exagration y fausse tout1 jusqu' la vrit1 qui est la modration de l'esprit4 ,x ,quelque temps aprs les ,soires de ,ptersbourg parut le livre du ,pape4 ,le philosophe avait toujours touch dans ,m4 de ,maistre au thologien4 ,publiciste de la monarchie dans le livre des ,considrations sur la ,france1 il devenait le publiciste de la papaut dans ce dernier livre4 ,aprs avoir flatt la ,france1 laquelle l'auteur s'adresse comme l'arbitre de tous les succs en littrature sacre ou profane1 il tablit nettement la base d'une thocratie4 ,je suis parce que je suis4 ,tout gouvernement est absolu1 et1 du moment o l'on peut lui rsister sous prtexte d'erreur ou d'injustice1 il n'existe plus4 ,tous les souverains agissent comme infaillibles4 ,ce dogme1 qui supprime la fois le raisonnement et la rsistance1 une fois pos1 l'auteur marche en libert vers la tyrannie1 d'un pas plus ferme que ,machiavel4 ,l'glise est une monarchie1 poursuit-il1 sans s'arrter aux conciles 7grand rouage reprsentatif de cette monarchie des mes chrtiennes74 ,bossuet est fulmin ici pour avoir protest avec l'autorit temporelle des rois contre cette infaillibilit absolue des papes4 ,m4 de ,maistre justifie tout la fois la dposition des souverains temporels et leur excommunication par le souverain infaillible4 ,cela attaque le souverain1 dit-il1 mais cela respecte la souverainet4 ,cette distinction subtile le satisfait pleinement4 ,la souverainet est respecte1 en effet1 mais c'est dans celui qui la dpose ou qui la donne1 c'est--dire dans le pape4 ,il dit le dernier mot de la thocratie1 il le justifie avec une dialectique de jurisconsulte et avec une rudition thologique de ,pre de l'glise4 ,les bienfaits de la papaut en matire de moeurs1 de civilisation et de propagation universelle du christianisme1 sont l'objet du second volume4 ,il justifie cette maxime de ,csar3 ,le genre humain est fait pour quelques hommes1 et il l'applique4 ,partout1 dit-il1 le petit nombre conduit le grand nombre4 ,cela est bon1 car1 sous une aristocratie plus ou moins forte1 la souverainet ne l'est plus assez4 ,le sacre des monarques par l'autorit de ,dieu1 l'extinction de la libert civile dans le monde1 l'administration morale par le sacerdoce1 la suppression des schismes par la puissance arme de l'unit dans la main du souverain pontife1 de tristes et loquentes prophties contre l'indpendance de la ,grce moins qu'elle ne reconnaisse l'autorit du pape1 une adjuration aux protestants pour recomposer l'unit en sacrifiant leur libert usurpe par la rvolte contre ,rome1 des imprcations contre toute philosophie non orthodoxe1 une hymne ,rome1 vritable ,te ,deum d'un autre ,ambroise1 compltent ce livre4 ,voici l'hymne du ,tyrte chrtien3 ,,ville ,,ternelle1 tout ce qui devait t'anantir s'est runi contre toi1 et tu es debout6 et1 comme tu fus jadis le centre de l'erreur1 tu es depuis dix-huit sicles le centre de la vrit6 ,la puissance romaine avait fait de toi la citadelle du paganisme1 qui semblait invincible dans la capitale du monde connu4 ,toutes les erreurs de l'univers convergeaient vers toi1 et le premier de tes empereurs1 les rassemblant en un seul point resplendissant1 les consacra toutes dans le ,panthon4 ,le temple de tous les dieux s'leva dans tes murs1 et1 seul de tous ces grands monuments1 il subsiste dans toute son intgrit4 ,toute la puissance des empereurs chrtiens1 tout le zle1 tout l'enthousiasme1 et1 si l'on veut mme1 tout le ressentiment des chrtiens se dchanrent contre les temples4 ,thodose ayant donn le signal1 tous ces magnifiques difices disparurent4 ,en vain les plus sublimes beauts de l'architecture semblaient demander grce pour ces tonnantes constructions2 en vain leur solidit lassait les bras des destructeurs2 pour dtruire les temples d',apame et d',alexandrie il fallut appeler les moyens que la guerre employait dans les siges4 ,mais rien ne peut rsister la proscription gnrale4 ,le ,panthon seul fut prserv4 ,un grand ennemi de la foi1 en rapportant ces faits1 dclare qu'il ignore par quel concours de circonstances heureuses le ,panthon fut conserv jusqu'au moment o1 dans les premires annes du septime sicle1 un souverain pontife le consacra tous les saints4 ,ah6 sans doute il l'ignorait2 mais nous1 comment pourrions-nous l'ignorer8 ,la capitale du paganisme tait destine devenir celle du christianisme1 et le temple qui1 dans cette capitale1 concentrait toutes les forces de l'idoltrie1 devait runir toutes les lumires de la foi4 ,tous les saints la place de tous les dieux6 ,quel sujet intarissable de profondes mditations philosophiques et religieuses6 ,c'est dans le ,panthon que le paganisme est rectifi et ramen au systme primitif1 dont il n'tait qu'une corruption visible4 ,le nom de ,dieu sans doute est exclusif et incommunicable2 cependant il y a plusieurs dieux dans le ciel et sur la terre4 ,il y a des intelligences1 des natures meilleures1 des hommes diviniss4 ,les dieux du christianisme sont les saints4 ,autour de ,dieu se rassemblent tous les dieux1 pour le servir la place et dans l'ordre qui leur sont assigns4 spectacle merveilleux1 digne de celui qui nous l'a prpar1 et fait seulement pour ceux qui savent le contempler6 ,pierre1 avec ses clefs expressives1 clipse celles du vieux ,janus4 ,il est le premier partout1 et tous les saints n'entrent qu' sa suite4 ,le dieu de l'iniquit1 ,plutus1 cde la place au plus grand des thaumaturges1 l'humble ,franois1 dont l'ascendant inou cra la pauvret volontaire1 pour faire quilibre aux crimes de la richesse4 ,le miraculeux ,xavier chasse devant lui le fabuleux conqurant de l',inde4 ,pour se faire suivre par des millions d'hommes il n'appela point son aide l'ivresse et la licence2 il ne s'entoura point de bacchantes impures3 il ne montra qu'une croix2 il ne prcha que la vertu1 la pnitence1 le martyre des sens4 ,jean de ,dieu1 ,jean de ,matha1 ,vincent de ,paul 7que toute langue1 que tout ge les bnissent67 reoivent l'encens qui fumait en l'honneur de l'homicide ,mars1 de la vindicative ,junon4 ,la ,vierge immacule1 la plus excellente de toutes les cratures dans l'ordre de la grce et de la saintet1 discerne entre tous les saints1 comme le soleil entre tous les astres2 la premire de la nature humaine qui pronona le nom de salut2 celle qui connut dans ce monde la flicit des anges et les ravissements du ciel sur la route du tombeau2 celle dont l'ternel bnit les entrailles en soufflant son esprit en elle et lui donnant un fils qui est le miracle de l'univers2 celle qui il fut donn d'enfanter son ,crateur2 qui ne voit que ,dieu au-dessus d'elle et que tous les sicles proclameront heureuse2 la divine ,marie monte sur l'autel de ,vnus pandmique4 ,je vois le ,christ entrer dans le ,panthon1 suivi de ses vanglistes1 de ses aptres1 de ses docteurs1 de ses martyrs1 de ses confesseurs1 comme un roi triomphateur entre1 suivi des grands de son empire1 dans la capitale de son ennemi vaincu et dtruit4 son aspect tous ces dieux-hommes disparaissent devant l'homme-,dieu4 ,il sanctifie le ,panthon par sa prsence et l'inonde de sa majest4 ,c'en est fait3 toutes les vertus ont pris la place de tous les vices4 ,l'erreur aux cent ttes a fui devant l'indivisible vrit3 ,dieu rgne dans le ,panthon1 comme il rgne dans le ciel1 au milieu de tous les saints4 ,quinze sicles avaient pass sur la ville sainte lorsque le gnie chrtien1 jusqu' la fin vainqueur du paganisme1 osa porter le ,panthon dans les airs1 pour n'en faire que la couronne de son temple fameux1 le centre de l'unit catholique1 le chef-d'oeuvre de l'art humain1 et la plus belle demeure terrestre de celui qui a bien voulu demeurer avec nous1 plein d'amour et de vrit4 ,,xi ,voil tout ce livre du ,pape1 oeuvre trs-savante1 quoique trs-dcousue1 infrieure aux ,soires de ,ptersbourg1 et qui cependant produisit plus de gloire l'crivain1 parce qu'elle fut adopte son apparition par les ,chateaubriand1 les ,bonald1 les ,lamennais1 hommes clatants de la restauration thocratique en ,france cette poque4 ,ils adoptrent ,m4 de ,maistre comme un auxiliaire envoy d'en haut leur parti4 ,sans cet esprit de parti1 qui donne non pas la vie1 mais le bruit1 aux ouvrages des hommes1 ce livre n'aurait t que le manifeste de la thocratie2 ils en firent dans leurs journaux le manifeste de l',esprit-,saint4 ,ce livre n'est plus gure lu aujourd'hui que par les lgistes sacrs ou par les rudits du sanctuaire4 ,c'est un arsenal de science ecclsiastique4 ,il en fut de mme de son livre de controverse sur l'glise anglicane1 o il a raison contre ,bossuet et tort contre l'indpendance des nations4 ,dans ses lettres sur l'inquisition espagnole il est plus qu'un trange sophiste3 il fausse l'histoire pour justifier une barbarie4 ,ce n'est pas l un livre1 c'est un pamphlet4 ,le got du paradoxe rendait rtrospectivement cruel en thorie le plus doux et le plus gai des hommes4 ,il ne faut pas badiner avec le sang4 ,,xii partir de ce moment1 le comte de ,maistre ne se retrouve plus que dans le recueil de ses lettres familires1 publies par sa famille4 ,ce n'est plus l l'arsenal de l'esprit de parti2 c'est le portefeuille d'un homme de bien1 d'un homme de coeur1 d'un homme d'esprit4 ,nous ne pouvons rsister au plaisir d'en citer quelques fragments1 et ces fragments ont pour nous un charme plus exquis encore1 parce que nous pouvons y ajouter son accent mu de tendresse et sa physionomie rayonnante de saine gaiet4 ,mon trs-cher enfant1 crit-il1 de ,ptersbourg1 sa fille ,constance1 qu'il n'avait pas vue natre1 et dont il se faisait une charmante image1 justifie par la nature et par l'intelligence1 mon trs-cher enfant1 il faut absolument que j'aie le plaisir de t'crire1 puisque ,dieu ne veut pas encore me donner celui de te voir4 ,peut-tre tu ne sauras pas me lire couramment1 mais tu ne manqueras pas de gens qui t'aideront dchiffrer l'criture de ton vieux papa4 ,ma chre petite ,constance1 comment donc est-il possible que je ne te connaisse point encore1 que tes jolis petits bras ne se soient point jets autour de mon cou1 que les miens ne t'aient point mise sur mes genoux pour t'embrasser mon aise8 ,je ne puis me consoler d'tre si loin de toi2 mais prends bien garde1 mon cher enfant1 d'aimer ton papa comme s'il tait ct de toi4 ,quand mme tu ne me connais pas1 je ne suis pas moins dans ce monde1 et je ne t'aime pas moins que si tu ne m'avais jamais quitt4 ,tu dois me traiter de mme1 ma chre petite1 afin que tu sois tout accoutume m'aimer quand je te verrai1 et que ce soit tout comme si nous ne nous tions jamais perdus de vue4 ,pour moi je pense continuellement toi1 et1 pour y penser avec plus de plaisir1 j'ai fabriqu dans ma tte une petite figure espigle1 qui me semble tre ma ,constance444 ,et son fils1 qu'il se disposait appeler en ,russie pour y commencer sa fortune3 ,il faut que tu me remplaces auprs de ta mre quand je n'y suis pas1 et que tu sois son premier ministre de l'intrieur4 ,ce que tu me dis de ,chambry m'a serr le coeur2 je suis cependant bien aise que tu aies vu par toi-mme l'effet invitable d'un systme dont nous avons eu le bonheur de te sparer entirement4 ,ton me est un papier blanc sur lequel nous n'avons point permis au diable de barbouiller1 de faon que les anges ont pleine libert d'y crire tout ce qu'ils voudront1 pourvu que tu les laisses faire4 ,je te recommande l'application par-dessus tout4 ,si tu m'aimes1 si tu aimes ta mre et tes soeurs1 il faut que tu aimes ta table3 l'un ne peut pas aller sans l'autre4 ,je puis attacher ta fortune la mienne si tu aimes le travail1 autrement tout est perdu4 ,dans le naufrage universel1 tu ne peux aborder que sur une feuille de papier3 c'est ton arche1 prends-y garde4 ,je mets au premier rang une criture belle et aise4 ,l'allemand est une fort bonne chose1 et qui probablement te sera fort utile4 ,ainsi nous nous sommes entendus ce sujet4 ,adieu1 mon cher ,rodolphe4 ,et sa fille ane1 ,adle1 les conseils contraires sans cesse renouvels1 pour la prmunir contre son antipathie inne1 la femme savante1 la femme de lettres1 la femme masculine1 paradoxe de son sexe3 ,tu as probablement lu dans la ,bible1 ma chre ,adle3 ,la femme forte entreprend les ouvrages les plus pnibles1 et ses doigts ont pris le fuseau4 ,mais que diras-tu de ,fnelon1 qui dcide avec toute sa douceur3 ,la femme forte file1 se cache1 obit et se tait8 ,voici une autorit qui ressemble fort peu aux prcdentes1 mais qui a bien son prix cependant3 c'est celle de ,molire1 qui a fait une comdie intitule les ,femmes savantes4 ,crois-tu que ce grand comique1 ce juge infaillible des ridicules1 et trait ce sujet s'il n'avait pas reconnu que le titre de femme savante est en effet un ridicule8 ,le plus grand dfaut pour une femme1 mon cher enfant1 c'est d'tre homme4 ,pour carter jusqu' l'ide de cette prtention dfavorable1 il faut absolument obir ,salomon1 ,fnelon et ,molire3 ce trio est infaillible4 ,garde-toi bien d'envisager les ouvrages de ton sexe du ct de l'utilit matrielle1 qui n'est rien2 ils servent prouver que tu es femme et que tu te tiens pour telle1 et c'est beaucoup4 ,prie ta mre de t'acheter une jolie quenouille et un joli fuseau4 ,il s'acharne cette pense juste des diffrentes fonctions d'esprit des sexes diffrents1 et1 comme toutes les vrits1 il finit par l'exagrer4 ,voltaire a dit1 ce que tu me dis 7car pour moi je n'en sais rien2 jamais je ne l'ai tout lu1 et il y a trente ans que je n'en ai pas lu une ligne71 que les femmes sont capables de faire tout ce que font les hommes1 etc4 ,c'est un compliment fait quelque jolie femme1 ou bien c'est une des cent mille et mille sottises qu'il a dites dans sa vie4 ,la vrit est prcisment le contraire4 ,les femmes n'ont fait aucun chef-d'oeuvre dans aucun genre2 elles n'ont fait ni l',iliade1 ni l'nide1 ni la ,jrusalem dlivre1 ni ,phdre1 ni ,athalie1 ni ,rodogune1 ni le ,misanthrope1 ni ,tartufe1 ni le ,joueur1 ni le ,panthon1 ni l'glise de ,saint-,pierre1 ni la ,vnus de ,mdicis1 ni l',apollon du ,belvdre1 ni le ,perse1 ni le livre des ,principes1 ni le ,discours sur l',histoire universelle1 ni ,tlmaque4 ,elles n'ont invent ni l'algbre1 ni les tlescopes1 ni les lunettes achromatiques1 ni la pompe feu1 ni le mtier bas1 etc42 mais elles font quelque chose de plus grand que tout cela3 c'est sur leurs genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent dans le monde3 un honnte homme et une honnte femme4 ,si une demoiselle s'est laiss bien lever1 si elle est docile1 modeste et pieuse1 elle lve des enfants qui lui ressemblent1 et c'est le plus grand chef-d'oeuvre du monde4 ,si elle ne se marie pas1 son mrite intrinsque1 qui est toujours le mme1 ne laisse pas aussi que d'tre utile autour d'elle d'une manire ou d'une autre4 ,quant la science1 c'est une chose trs-dangereuse pour les femmes3 on ne connat presque pas de femmes savantes qui n'aient t ou malheureuses ou ridicules par la science4 ,elle les expose habituellement au petit danger de dplaire aux hommes et aux femmes 7pas davantage73 aux hommes1 qui ne veulent pas tre gals par les femmes1 et aux femmes1 qui ne veulent pas tre surpasses4 ,la science1 de sa nature1 aime paratre2 car nous sommes tous orgueilleux4 ,or voil le danger2 car la femme ne peut tre savante impunment qu' la charge de cacher ce qu'elle sait avec plus d'attention que l'autre sexe n'en met le montrer4 ,sur ce point1 mon cher enfant1 je ne te crois pas forte2 ta tte est vive1 ton caractre dcid3 je ne te crois pas capable de te mordre les lvres lorsque tu es tente de faire une petite parade littraire4 ,tu ne saurais croire combien je me suis fait d'ennemis jadis pour avoir voulu en savoir plus que nos chers ,allobroges4 ,le chef-d'oeuvre des femmes1 crit-il ailleurs sa seconde fille ,constance1 c'est de comprendre ce qu'crivent les hommes4 ,il y a dans ses oeuvres un volume entier de ces tendresses1 de ces conseils et de ces badinages de coeur et de plume avec ses chres filles1 et ce volume n'a point de paradoxe parce que le sentiment n'en a pas4 ,,xiii ,ainsi s'coulrent ces longues annes d'loignement de sa patrie1 jusqu'au moment o la chute de ,napolon et les traits de #ahae ressuscitrent le ,pimont et l'agrandirent mme contre la ,france par l'incorporation de l'antique rpublique de ,gnes1 annexe par ces traits au ,pimont4 ,la famille du comte de ,maistre l'avait enfin rejoint en ,russie4 ,l'exil tait plus doux1 mais c'tait toujours l'exil4 ,le proslytisme religieux du comte de ,maistre commenait offusquer l'empereur ,alexandre et son gouvernement2 la faveur de l'crivain ultra-catholique baissait la cour4 ,l'ambition naturelle1 qui n'avait jamais cess de lui faire sentir sa valeur comme homme politique1 lui faisait sans cesse tourner ses regards vers ,turin1 pour voir si on ne l'appellerait pas au ministre4 ,la cour de ,turin se souvenait trop de sa conduite compromettante dans l'affaire de ,savary et de ,napolon pour lui confier le maniement trs-dlicat d'une politique qui ne pouvait vivre que de mnagements et de prudence envers la ,france1 l',angleterre et l',autriche4 ,c'tait pour cette cour une dcoration littraire qu'elle ne pouvait ngliger sans honte1 mais ce n'tait pas une force qu'elle pt employer sans dfiance4 ,l'loignement avec un titre honorable tait ce qui convenait au roi de ,sardaigne pour son illustre embarras2 mais la ncessit de complaire la cour de ,russie1 qui se plaignait de l'excs d'activit thologique du comte de ,maistre1 exigeait son rappel ,turin4 ,il fut rappel en #ahag avec le titre de prsident des cours suprmes du royaume et de ministre d'tat sans portefeuille4 ,c'tait l'otium cum dignitate1 le loisir honorifique du vieil ge2 rien ne convenait moins au fond un esprit qui ne vieillissait pas et une ambition de pouvoir que la pit mme ne pouvait totalement amortir4 ,il s'arrta pendant quelques mois dans sa chre ,savoie1 au sein de cette famille d'lite qui lui faisait une cour de tendresse et d'honneur4 ,ces jours de halte furent sans aucun doute les plus doux de toute sa vie2 c'est alors que j'eus le bonheur de le connatre4 ,on le regardait comme un monument que la distance avait grandi et que l'on croyait destin grandir encore dans l'avenir par quelque clatante reconnaissance de la cour de ,turin4 ,il le croyait videmment lui-mme2 sa dception fut l'amertume de ses dernires annes4 son arrive ,turin il sentit1 sans pouvoir se le persuader1 qu'il ne serait plus qu'une illustration honore1 mais importune1 offusquant son propre gouvernement4 ,ses plaintes confidentielles cet gard dans sa correspondance intime sont amres4 ,on y sent une rsignation mal rsigne qui murmure au fond du coeur sous un sourire de convention4 coutez cette plainte dsespre sa confidente chrie1 sa fille ,constance1 laisse derrire lui ,chambry4 ,turin1 septembre #ahag4 ,les visites1 les devoirs de tout genre m'obsdent2 je me tuerais si je ne craignais de te fcher4 ,hlas6 tout est inutile2 le dgot1 la dfiance1 le dcouragement sont entrs dans mon coeur4 ,une voix intrieure me dit une foule de choses que je ne veux pas crire4 ,cependant je ne dis pas que je me refuse rien de ce qui se prsentera naturellement2 mais je suis sans passion1 sans dsir1 sans inspiration1 sans esprance4 ,je ne vois d'ailleurs1 depuis que je suis ici1 aucune claircie dans le lointain1 aucun signe de faveur quelconque2 enfin rien de ce qui peut encourager un grand coeur se jeter dans le torrent des affaires4 ,je n'ai pas encore fait une seule demande1 et1 si j'en fais1 elles seront d'un genre qui ne gnera personne4 ,en rflchissant sur mon inconcevable toile je crois toujours qu'il m'arrivera tout ce que je n'attends pas4 ,son amour-propre du moins1 dfaut de son ambition active1 fut satisfait du rang qu'on lui donna ,turin4 ,il crit ,m4 de ,bonald3 ,vous voulez sans doute que je vous dise un petit mot de moi4 ,ma place 7de rgent de la grande chancellerie7 revient peu prs vice-chancelier1 et me met la tte de la magistrature1 au-dessus des premiers prsidents4 ,quant au titre de ministre d'tat1 joint la dignit de rgent1 il ne suppose pas des fonctions particulires1 ni la direction d'un dpartement4 ,il m'lve seulement assez considrablement dans la hirarchie gnrale1 et donne de plus ma femme une fort belle attitude la cour1 hors de la ligne gnrale4 ,il revient souvent sur ces dignits dans ses lettres et ses diffrentes correspondances4 ,il en tait fier1 comme on voit1 mais nullement satisfait3 il lui fallait la ralit autant que la dignit du pouvoir4 ,son oisivet le consumait autant que son gnie2 il y faisait diversion par une immense correspondance avec tous les esprits suprieurs de l',europe qui sympathisaient avec ses principes en religion ou en monarchie4 ,ne pouvant tre ministre1 il tait devenu oracle4 ,il prophtisait encore aprs la restauration de l',europe accomplie des erreurs et des expiations4 ,le temps ne pouvait manquer de les justifier4 ,ses interlocuteurs ordinaires dans ses derniers jours taient ,m4 de ,chateaubriand1 ,m4 de ,bonald1 ,m4 de ,lamennais1 plumes irrites alors contre l'esprit moderne1 qui faisaient cho ses colres4 ,leurs lettres1 et surtout les lettres de ,m4 de ,bonald1 sont aussi loquentes et plus senses que celles de son correspondant savoyard4 ,le point d'optique de ,paris tait plus vrai que celui de ,turin pour juger la marche du monde4 ,le comte de ,maistre mourut en prophtisant encore4 ,appel au conseil des ministres pour y dlibrer sur quelque question oiseuse de lgislation rformer3 ,messieurs1 dit-il1 la terre tremble1 et vous voulez btir6 ,quelques jours aprs il n'tait plus1 et la rvolution de #ahba clatait ,turin4 ,il tait mort entour de sa femme1 de ses enfants1 de ses amis2 il s'teignit dans la prire et dans l'esprance4 ,sa vie n'avait t qu'un long acte de foi4 ,son nom fut pour sa famille son plus bel hritage4 ,le monde rcompensa dans son fils et dans ses filles son immense renomme4 ,cette renomme sera-t-elle ternelle8 ,j'incline croire que non1 car il y a trop d'alliage dans la monnaie d'ides qu'il a frappe son coin pour que la valeur n'en baisse pas avec le temps4 ,il y a un mauvais symptme de gloire2 ce mauvais symptme1 c'est l'engouement4 ,pourquoi l'engouement est-il l'apparence et cependant l'oppos de la gloire8 ,c'est que l'engouement n'est que la passion publique et intresse du moment pour un homme ou pour une oeuvre qui servent momentanment cette passion publique4 ,une fois la passion teinte ou morte1 la popularit s'teint ou meurt avec elle4 ,la gloire1 au contraire1 ne s'attache qu'aux vrits permanentes et ne se ratifie que par la postrit4 ,or la postrit ne gote pas les sophistes1 mme les sophistes vertueux4 ,il y a trop de sophiste dans le comte de ,maistre3 dans sa politique il y a trop de passion d'esprit2 dans sa religion il y a trop d'exagration d'ides2 dans ses prophties il y a trop de jactance2 dans son style mme1 le plus rel de ses titres1 il y a encore trop de factie4 ,la vrit ne rit pas1 elle pense4 ,,xiv ,faites abstraction de vos croyances1 quelles qu'elles soient1 et mettez-vous par la pense au point de vue d'un homme de talent ou de gnie qui veut1 aprs une longue clipse d'incrdulit1 restaurer le christianisme dans l'esprit humain4 ,que fera cet homme8 ,il s'efforcera de donner aux dogmes de la religion rvle l'expression la plus admissible par la raison pieuse de l'esprit humain2 il rejettera sur la barbarie des ges de tnbres les actes coupables ou les pratiques regrettables dont l'intolrance et les supplices ont dshonor1 par la main des rois1 des peuples ou des pontifes1 la saintet morale de la religion chrtienne2 il ne rendra pas le culte solidaire de la politique2 il ne fera pas de ,dieu le complice de l'homme2 il ne bravera pas chaque phrase la raison humaine par des dfis de foi ou de servilit d'esprit qui rvoltent l'homme1 qui scandalisent l'intelligence et qui le repoussent par l'excs de superstition dans l'impit4 ,sa foi sera raisonnable et sa raison pieuse4 ,il rapprochera ainsi la foi du sicle et le sicle de la foi4 ,voil videmment l'oeuvre d'un crivain religieux1 utile la cause qu'il veut dfendre4 ,la partie thologique de l'oeuvre de ,m4 de ,maistre1 dans le livre du ,pape1 dans les ,soires1 dans le pangyrique de l',inquisition1 est entirement le contre-pied de ce que nous venons de prsenter comme l'idal d'une thologie moderne et d'un proslytisme efficace du christianisme4 ,il exagre1 il brave1 il dfie1 il invective1 il irrite4 ,son argumentation n'est qu'une perptuelle ironie socratique et quelquefois une factie voltairienne contre tous ceux qu'il semble vouloir insulter plus que convaincre4 ,il va jusqu' l'absurde et jusqu'au supplice1 comme vous l'avez vu dans la diatribe o il demande la potence pour tout homme qui exprimera1 en matire de conscience1 une opinion diffrente de celle des prlats ou des grands officiers de l'tat4 ,que serait un autel entour de potences8 ,est-ce l de la thologie persuasive8 ,n'est-ce pas plutt une provocation toute me indpendante qui veut adorer et non trembler8 ,la ,terreur raisonnait-elle autrement en ,france en promenant de ville en ville l'instrument du supplice sur les ruines des temples dont elle immolait les ministres8 ,m4 de ,maistre est presque partout un terroriste d'ide1 qui verse des flots d'encre au lieu de sang1 mais qui ne dissimule pas ses regrets et son admiration pour les sicles o l'on mlait l'encre des disputes thologiques avec le sang4 ,nous savons bien1 encore une fois1 que ce sont l des plaisanteries2 mais des plaisanteries sanglantes sont-elles leur place dans la bouche d'un homme qui parle au nom d'un ,dieu victime et qui en ferait ainsi un ,dieu bourreau8 ,non1 une pareille thologie ne pourrait persuader que des esclaves4 ,m4 de ,maistre1 en la prsentant au dix-neuvime sicle1 ne pouvait que nuire par son talent la cause qu'adorait sincrement sa foi4 ,cette violence qu'il employait servir les intrts spirituels et temporels de la papaut se retournait contre le plus vnrable et le plus patient des pontifes1 ,pie ,,vii1 arrach de son palais1 dport et emprisonn pour sa foi1 quand ce pape1 aussi sacr par ses malheurs que par sa tiare1 croyait devoir au salut de l'glise des dmarches contraires aux opinions ou aux passions de ,m4 de ,maistre4 ,le publiciste de l'infaillibilit des papes poussait la rvolte jusqu'au sarcasme et jusqu' des voeux de mort contre le pontife reprsentant de l'autorit divine ses yeux4 ,que devenait le double dogme devant la passion8 #i mars #ahjd4 ,il parat qu'on est fort mcontent ,paris4 ,comme le pape y donne des chapelets1 et que tout est mode en ,france1 on a fait ,paris une mode des chapelets2 chaque fille de joie a le sien4 7,ici un mauvais quolibet que nous rougirions de reproduire47 ,on s'y moque aussi joliment du bonhomme1 qui1 en effet1 n'est que cela1 soit dit sa gloire6 ,mais ce n'est pas moins une trs-grande calamit publique qu'un bonhomme dans une place et une poque qui exigeraient un grand homme6 ,quelle leon de respect dans le publiciste du respect6 ,continuez lire ce qu'il crit la mme date4 ,les forfaits d'un ,alexandre ,,vi sont moins rvoltants que cette hideuse apostasie de son faible successeur4 ,l'autre jour le comte ,strogonof me demanda chez lui ce que je pensais du pape4 ,je lui rpondis3 ,monsieur le ,comte1 permettez-moi de marcher reculons pour lui jeter le manteau2 je ne veux pas commettre le crime de ,cham4 ,c'est ce que je pus trouver de plus ministriel2 car1 si ,no entend qu'on nie son ivresse1 il peut s'adresser d'autres qu' moi4 ,et quelques jours de l1 aprs une imprcation contre le cardinal ,gonsalvi1 le ,fnelon de la cour romaine dans ce sicle3 ,je n'ai point de terme1 ajoute-t-il1 pour vous peindre le chagrin que me cause la dmarche du pape4 ,s'il doit l'accomplir1 je lui souhaite de tout mon coeur la mort1 etc41 etc4 ,de telles violences du fidle des fidles sont un triste exemple de la rvolte de l'esprit contre les maximes du systme4 ,nous ne croyons donc pas que les ouvrages thologiques du comte de ,maistre aient fait aucun bien la religion4 ,l'excs ne convertit pas1 il scandalise1 et la rvolte de l'esprit ne soumet pas le coeur4 ,,xv ,quant l'crivain politique1 on ne peut contester dans ses crits un esprit net1 ferme1 original1 distinct de son sicle1 suprieur aux engouements momentans et aux ractions du temps4 ,il pense seul1 il voit loin1 il sent juste1 il exprime puissamment3 c'est un radical monarchique4 ,il ne veut comprendre que les deux points extrmes de l'autorit et de l'obissance1 le pouvoir absolu1 l'obissance sans rplique4 ,l'aristocratie lui plat comme image de la monarchie inne dans la famille2 la dmocratie lui soulve le coeur de mpris comme lment d'abjection ou de rvolte4 ,on dirait qu'il est n d'un autre limon qu'elle4 ,il tient ce prjug un peu dplac et un peu insolent de son sjour ,chambry1 o l'anoblissement d'hier par la fonction ou par la faveur du prince tablit une distance infranchissable entre la noblesse et la bourgeoisie4 ,c'est un publiciste de l'cole des castes2 il tait n pour tre un lgislateur des ,indes2 mais1 ces systmes et ces prjugs prs1 on ne peut lui refuser en politique de la grandeur1 de la profondeur1 de l'horizon1 de la nouveaut dans l'esprit2 il ose comme ,machiavel1 il analyse comme ,montesquieu1 il claire d'un mot comme ,tacite2 il crit autrement1 mais aussi loquemment que ,j4-,j4 ,rousseau4 ,on peut le rfuter1 on ne peut le mpriser2 il force l'admiration mme ses ennemis4 ,il et t le premier des journalistes dans un pays de gouvernement de discussion et de presse libre4 ,il ne lui manque1 en religion et en politique1 qu'une chose3 le srieux1 qui est la dignit des convictions2 il procde trop souvent1 comme le caprice1 par sauts et par bonds4 ,au milieu des plus solennelles discussions il lui chappe une saillie qui amuse1 mais qui discorde avec le sujet4 ,on a peine croire la pleine conviction d'un philosophe ou d'un publiciste qui se dtourne chaque instant de son chemin pour cueillir un bon mot1 et qui s'interrompt d'un dithyrambe par un clat de rire4 ,voil1 selon nous1 les dfauts du grand crivain4 ,mais son vrai triomphe est dans le style4 ,ici il est1 non pas sans gal1 mais sans pareil4 ,solidit1 clat1 proprit1 mouvement1 images1 souplesse1 hardiesse1 originalit1 onction1 brusquerie mme1 il a toutes les qualits de la parole qui sait se faire couter2 et seul peut-tre de son sicle1 mme en y comprenant ,voltaire1 il n'imite rien ni personne2 il est le gentilhomme du ,danube de son temps4 ,ses penses passeront ou sont passes1 mais son style restera la durable admiration de ceux qui lisent pour le plaisir de lire4 ,on dirait que1 comme certaines fontaines de son pays qui ptrifient en un moment ce qu'on jette dans leur bassin1 il a le don de ptrifier en un instant ce qui tombe dans sa pense1 tant ce qui en sort est moul sur nature1 revtu d'une surface imprissable1 immortelle4 ,pour caractriser ce style il faut trois noms3 ,bossuet1 ,voltaire1 ,pascal3 ,bossuet pour l'lvation1 ,voltaire pour le sarcasme1 ,pascal pour la profondeur4 ,malheureusement une ingalit continuelle1 un got plus allobroge que franais1 des saccades frquentes du sublime au quolibet dparent cette belle nature de style4 ,il vise l'effet autant qu' la vrit2 il dlecte trop dans l'esprit cette grimace amusante1 mais subalterne1 du gnie4 ,il veut faire rire1 et il tait cr pour faire penser2 il marche1 en un mot1 entre ,voltaire et ,pascal1 mais plus prs de ,pascal4 ,,xvi ,mais1 si l'crivain a des faiblesses1 l'homme en lui n'avait que des vertus4 ,il les portait toutes sur son beau visage d'inspir1 d'o semblait sortir d'un recueillement sacr un perptuel oracle4 ,jamais je n'oublierai l'impression qu'il faisait sur ses neveux et sur moi quand1 dans l'ombre du crpuscule1 aprs des journes d't passes dans le silence de son cabinet de travail1 il se promenait1 entour de ses charmantes filles1 sous les platanes de la valle de ,servolex1 qui l'avaient vu petit enfant et qui le revoyaient grand vieillard1 revenu du ,caucase aux ,alpes pour se reposer et mourir4 ,il s'arrtait chaque instant1 comme rappel par quelque voix intrieure derrire lui1 et il improvisait des souvenirs1 des plaisanteries ou des sublimits de philosophie qui nous faisaient passer des larmes au fou rire et du fou rire de la jeunesse l'enthousiasme de l'admiration4 ,nous sentions qu'un gnie marchait devant nous4 ,c'tait le premier grand homme que j'eusse encore approch de si prs dans ma vie2 j'tais fier de l'entendre1 et je me recueillais respectueusement pour me souvenir2 je ne prvoyais pas que j'aurais un jour le juger comme philosophe et rendre tmoignage de ses petites faiblesses et de sa haute vertu4 ,pardonnez-moi1 grand esprit qui planez maintenant dans une autre sphre et qui contemplez d'un point de vue plus gnral1 plus permanent1 plus divin et plus vrai1 ce spectacle mobile1 et cependant toujours le mme1 de ce que nous appelons le monde1 et qui n'est qu'une minute dans le temps4 ,quarante annes se sont coules depuis ces soires de ,chambry o vous prophtisiez en famille des volutions d'ides et d'vnements qui devaient renouveler l'univers sur des plans humains que votre gnie un peu trop altier prtait la ,providence2 quarante ans sont passs1 et1 l'exception de nos cheveux qui blanchissent et de nos ides qui ont mri comme des fruits diffrents de saisons diverses1 qu'y a-t-il de si prodigieusement chang autour de nous et autour de votre tombeau dans le monde8 ,ce monde s'agite toujours1 dans la mme anxit1 la poursuite de vrits ou de systmes soi-disant immuables et dfinitifs1 et qui nous chappent toujours1 comme l'horizon qui semble marcher chappe au navigateur qui le poursuit sur la mer4 ,ce ,napolon1 qui avait fait flchir un jour votre foi dans la lgitimit devant sa fortune1 est mort ,sainte-,hlne peu de temps aprs vous4 ,ces ,bourbons1 auxquels vous aviez tant de fois prdit une possession ternelle du trne de ,louis ,,xiv1 relev par la main de ,dieu1 se sont prcipits eux-mmes de ce trne pour avoir eu trop de foi dans des thories semblables aux vtres1 et leur dernier descendant1 sans descendants1 erre exil de ses palais1 comme un hte d'un soir dans l'htellerie de ,venise4 ,d'autres ,bourbons1 qui lui avaient succd sans autre titre qu'une longue et fatale comptition son trne1 sont tombs dans leur usurpation lective comme lui dans son droit hrditaire4 ,la rpublique1 que vous prophtisiez suivie de proscriptions et d'chafauds1 a reparu pour abolir la peine de mort1 les confiscations1 l'esclavage1 et pour convier les classes et les opinions hostiles entre elles ne former qu'un seul peuple solidaire de la mme libert2 elle a pri par sa mansutude1 qui sera un jour son titre quelque future rhabilitation de la libert4 ,l',empire1 tomb en #ahad sous les ruines qu'il avait faites par la guerre1 s'est relev en #ahej1 comme une pense interrompue qui n'a pas achev ce qu'elle avait dire2 il a russi par la paix4 ,les souvenirs de gloire militaire1 qui faisaient sa popularit rtrospective dans l'imagination d'un peuple de soldats1 semblent aujourd'hui le contraindre la guerre3 l',europe s'meut de rpugnance au sang1 dans tous ses cabinets et dans tous ses conseils politiques4 ,cette chre ,savoie1 votre berceau1 ne sait pas de quel ct elle va rouler1 du haut de ses montagnes1 dans la lutte de l',allemagne et de la ,france4 ,votre ,sardaigne va revoir les flottes anglaises4 ,votre ,pimont1 que vous appeliez un grain de sable auquel il tait jamais interdit de grandir par sa nature videmment secondaire1 consume ses forces sans consumer son ambition2 ,turin entrane fatalement l',europe dans sa cause1 qui n'est pas encore celle de la vritable ,italie4 ,votre ,rome1 occupe par une arme de compression1 tremble de la voir remplacer par une arme de rvolution4 ,votre souverain pontife ne sait pas s'il sera demain souverain ou proscrit4 ,les batailles qui vont se livrer autour de lui vont jouer sa couronne terrestre au jeu de la guerre4 ,l',italie secoue son sol pour engloutir ce rgime autrichien que vous dtestiez parce qu'il tait vos yeux trop complaisant pour la rvolution franaise4 ,et qui sait si1 en secouant son sol de l'occupation teutonique1 elle ne secouera pas aussi ce qui tait pour vous le trne des trnes1 le trne temporel des ,papes8444 ,vous le voyez1 toutes vos conjectures sur le renouvellement des religions et du monde ont t trompes4 ,le monde1 plus vieux d'un demi-sicle1 est exactement dans le mme tat o vous l'avez laiss4 ,prophtisez donc1 hommes prsomptueux1 qui osez prendre votre sagesse pour celle de ,dieu2 mais1 si vous voulez prophtiser coup sr1 annoncez au monde de demain le monde peu prs semblable au monde de la veille1 changeant de sicle plutt que de sort1 flottant dans les mmes oscillations entre l'erreur et la vrit1 cherchant sans cesse et ne trouvant jamais l'absolu que dans ses dsirs1 figure qui passe1 comme dit l'criture1 mais qui passe1 hlas6 par les mmes sentiers6 ,le comte de ,maistre fut un de ces hommes qui prsument trop de leur propre infaillibilit et que la ,providence punit dans leur mmoire d'avoir trop empit sur ses mystres4 ,en systme comme en politique il ne sut pas assez douter3 l'excs de la foi mne au fanatisme2 mais1 tel qu'il fut1 on ne pourra s'empcher d'admirer et d'aimer en lui le plus vertueux1 le plus convaincu1 le plus loquent1 le plus original1 le plus aimable des explorateurs d'ides4 ,,lamartine4 ,x,l,i,ve ,,entretien4 ,,examen ,,critique ,,de ,l',,histoire ,,de ,l',,empire1 ,,par ,m4 ,,thiers4 ,i ,voici un grand livre6 le livre du sicle1 peut-tre le livre de la postrit sur notre poque6 ,pourquoi8 ,c'est que ce livre est un des monuments crits les plus vastes qui aient jamais t conus et excuts par une main d'homme2 c'est que ce livre est une histoire1 c'est--dire une des oeuvres de l'esprit dans laquelle l'ouvrier disparat le plus dans l'oeuvre devant l'immense action de l'humanit qu'il raconte2 c'est qu'un tel livre n'est plus l'auteur1 mais le monde1 pendant une de ses priodes d'activit de vingt-cinq ans2 c'est que ce livre est le rcit de la vie d'un de ces grands acteurs arms du drame des sicles1 acteurs ncessaires selon les uns1 funestes selon les autres 7et je suis au nombre des derniers71 mais d'un de ces acteurs1 dans tous les cas1 qui n'a de parallle dans l'univers qu'avec ,alexandre ou ,csar2 c'est que ce livre remue en passant toutes les questions vitales et morales1 de religion1 de philosophie1 de superstition1 de raison1 de despotisme1 de libert1 de monarchie1 de rpublique1 de lgislation1 de politique1 de diplomatie1 de guerre1 de nationalit ou de conqute1 qui agitent l'esprit du temps et qui agiteront l'esprit de l'avenir jusque dans les profondeurs de la conscience des peuples2 c'est que ce livre est crit par une des intelligences non compltes 7il n'y en a point de complte devant l'nigme divine pose par la ,providence1 qui a seule le mot des vnements71 mais par une de ces intelligences les plus lumineuses1 les plus prcises1 les plus studieuses1 les plus universelles1 et1 disons-nous le mot1 en le prenant dans le sens honnte1 les plus correspondantes la moyenne des intelligences1 dont un crivain ait jamais t dou par la nature2 c'est que ce livre1 enfin1 est aussi remarquable par ce qu'il contient que par ce qui lui manque4 ,ce qu'il contient1 c'est le sens commun transcendant des multitudes compris et rendu avec le gnie de la clart4 ,ce qu'il lui manque1 nous le dirons avec la mme franchise et du premier mot1 c'est la philosophie1 c'est la conscience1 c'est la grande politique1 c'est le gnie de la morale publique dominant le gnie de l'ambition1 de la conqute et de la fortune4 ,en un mot1 plus bref et plus rsum aprs rflexion1 l'homme est dans cette histoire1 ,dieu n'y est pas4 ,l'histoire de ,m4 ,thiers est un paysage sans ciel4 ,un tel livre est peut-tre ainsi1 et par ce qu'il contient et par ce qui lui manque1 le monument le plus propre fournir ce ,cours de littrature le texte1 les dveloppements1 les discussions1 les admirations1 les critiques1 les principes et les exemples de nature vous initier ce genre de suprme littrature qu'on appelle l'histoire4 ,,ii ,qu'est-ce que l'histoire8 ,c'est la mmoire du genre humain4 ,c'est aussi la perptuit de l'individualit humaine2 car c'est le fil continu qui relie entre eux le pass1 le prsent1 l'avenir de l'homme1 considr comme unit collective4 ,tant que l'histoire n'est pas invente1 il y a des hommes1 il n'y a pas d'humanit4 ,l'individu est tout1 la race n'est rien2 la mmoire lui manque2 elle ne sait ni d'o elle vient ni o elle va2 elle n'a pas d'hier1 et1 n'ayant point d'hier1 elle ne sait pas si elle aura un demain4 ,brlez toutes les histoires1 vous ferez la nuit dans le monde comme si vous teigniez le soleil3 la mmoire est l'oeil qui voit ce qui fut4 ,c'est aussi l'exprience de la race humaine1 et par l mme c'est une part immense dans la sagesse des nations4 ,effacez l'histoire1 toutes les thories de l'humanit seront neuves2 aucune n'aura t prouve par l'preuve du feu1 qui est l'application2 il faudra recommencer chaque gnration ce travail immense et long de l'exprience des sicles qui nous a dots de tout ce que nous savons sur nous-mmes4 ,c'est aussi toute la politique1 car la politique n'est que le rsum exprimental de l'histoire4 ,c'est enfin toute la moralit de l'espce humaine2 car nulle part les vertus et les crimes1 vertus et crimes longue chance en politique1 ne reoivent une plus lente1 mais une plus infaillible rtribution que dans l'histoire4 ,si l'on vous disait donc que1 de toutes les oeuvres crites de l'esprit humain1 il n'y en aurait qu'une sauver dans un second dluge1 nous dirions3 ,sauvons l'histoire6 c'est autant que sauver l'humanit4 ,on voit quel respect1 et nous disons mme quel fanatisme nous professons pour l'histoire1 et par consquent quelle haute ide nous nous faisons d'un historien4 ,,iii ,or quelles qualits nous paraissent-elles ncessaires avant tout dans l'crivain qui ose saisir cette plume de ,tacite8 ,ces qualits sont immenses1 diverses1 rares rencontrer dans un mme homme4 ,c'est sans doute pourquoi il y a tant de potes1 d'orateurs et d'crivains1 et si peu d'historiens transcendants dans les bibliothques de tous les sicles4 ,il faut d'abord1 pour crire1 tre crivain1 non pas crivain de gnie comme ,tacite1 ou ,machiavel1 ou ,thucydide1 mais crivain suffisant pour que votre pense se transmette1 sinon avec relief1 couleur et vie1 dans la pense de vos lecteurs1 du moins avec cette clart1 cette nettet1 ce bon ordre de composition et de faits qui reprsentent sincrement les hommes et les choses dont vous parlez l'avenir4 ,il faut connatre fond les hommes1 afin de ne pas peindre des fantmes1 mais des ralits4 ,il faut avoir t initi1 soit par la pratique personnelle1 soit par la frquentation intime des hommes d'tat1 aux secrets de la politique1 car c'est de la politique surtout que traite l'histoire4 ,or la politique a toujours deux aspects souvent trs-diffrents3 un aspect extrieur1 sur lequel le vulgaire juge par les apparences2 un aspect intrieur et intime1 sur lequel les hommes d'lite jugent sur les ralits4 ,il faut1 si l'on crit surtout l'histoire des pays de libert1 avoir t ml aux assembles populaires1 avoir mont aux tribunes1 avoir prouv la porte de la parole des ministres1 des orateurs1 des tribuns1 des dmagogues1 sur l'oreille et sur les passions des multitudes2 il faut connatre par quels enthousiasmes1 par quels engouements1 par quels intrts et par quelles intrigues se groupent et se dissolvent1 dans une assemble dlibrante1 les partis qui donnent ou qui retirent la majorit aux gouvernements4 ,et il faut1 si l'on crit de la guerre1 ou l'avoir faite soi-mme1 ou l'avoir tudie jusque dans ses dernires minuties avec les hommes du mtier1 pour dcerner avec justice le blme ou la gloire dans la dfaite ou dans la victoire4 ,ceci est la partie la plus problmatique de l'historien1 car la victoire est souvent plus dans l'arme que dans le gnral2 victoire et hasard sont deux mmes mots dans la langue des batailles4 ,il faut tre philosophe1 ou tout au moins honnte homme1 car toute histoire digne de ce nom doit tre un cours de morale en action4 ,les faits ne sont que des faits1 c'est--dire des brutalits de la fortune1 de la force et du hasard4 ,le sens moral des faits est dans la moralit historique de l'crivain4 ,le mot fameux de ,mirabeau3 ,la petite morale tue la grande1 est le sophisme d'un ambitieux4 ,il n'y a pas deux morales1 parce qu'il n'y a pas deux consciences dans l'homme2 il n'y en a qu'une4 ,cette conscience ne change pas de nature en s'appliquant aux grandes choses de la politique2 elle s'agrandit1 voil tout4 ,au lieu d'embrasser la vie d'un individu1 elle embrasse la vie d'un empire4 ,c'est de la vertu grandes proportions1 mais c'est toujours de la vertu1 et la plus ncessaire des vertus1 puisque c'est la vertu publique4 ,,iv ,il faut enfin que l'historien soit homme d'tat1 diplomate rompu par la thorie1 et s'il se peut par la pratique1 toutes les questions intrieures ou extrieures qui intressent la dignit1 la grandeur honnte et la scurit de son pays2 car1 s'il ne connat pas ces questions1 comment les jugera-t-il bien ou mal servies ou desservies dans les actes diplomatiques1 lgislatifs1 militaires1 des rois1 des empereurs ou des ministres dont il raconte les actes8 ,des vues politiques droites1 tendues et justes1 sont une des qualits indispensables de l'crivain4 ,voil1 selon nous et selon tout le monde1 les conditions si rares et si leves que l'histoire bien faite exige du grand historien4 ,sans cela vous avez un annaliste1 un compilateur d'vnements et de dates1 mais un historien1 non4 ,son histoire ne sera qu'un registre4 ,v ,eh bien6 nous le disons sans faveur comme nous le pensons sans partialit1 ,m4 ,thiers1 par une prdestination heureuse pour son pays et pour lui-mme1 nous parat avoir t dou par la nature d'abord1 par sa vie ensuite1 de la plupart de ces qualits natives ou acquises qui doivent constituer l'historien minent d'une grande page du livre du monde4 ,nous disons d'avance1 avec la mme franchise1 que ces qualits n'existent pas pour nous dans son premier livre de l',histoire de la ,rvolution1 livre superficiel et jeune1 o rien n'est pes1 o rien n'est approfondi1 o rien n'est senti1 o rien n'est peint2 espce d'estampe mal colorie de l'esprit1 des choses1 des hommes de la ,rvolution franaise1 semblable ces portraits de fantaisie que l'on colporte la foule sur nos places publiques1 et qu'on lui donne pour l'image de ses grands capitaines1 de ses grands orateurs ou de ses grands vnements4 ,mais ,m4 ,thiers a prodigieusement grandi depuis ce temps-l4 ,il est de la race de ces hommes qu'il ne faut pas prendre au premier mot1 mais dont il faut attendre le dveloppement intellectuel1 politique et moral1 dveloppement qui ne s'arrte plus en eux qu' la mort2 hommes qui grandiraient toujours en intelligence1 en sagacit1 en talent1 si ,dieu n'avait pas mis leur dveloppement les bornes de leur existence ici-bas4 ,il a eu ensuite toutes les conditions extrieures qui sont ncessaires au rle d'historien3 ministre1 orateur1 chef de parti assistant toutes les pripties du drame de son temps et celles de son propre drame4 ,,vi ,on s'tonnera peut-tre de cette apprciation si leve1 sous notre plume1 d'un esprit dont nous avons t spar1 pendant toute notre vie politique1 par des dissentiments profonds d'opinions ou par des dissensions de situation politique plus irrconciliables encore2 mais deux choses ont toujours domin en nous ces antipathies fugitives d'opinion ou de parti2 ces deux choses sont l'attrait pour la justesse d'esprit et la passion pour le talent4 ,or1 cette justesse d'esprit et ce talent dans la parole et dans l'action1 nous les avons toujours reconnus et aims mme dans nos adversaires4 ,personne1 selon nous1 ne les possde de notre temps un plus haut degr que ,m4 ,thiers4 ,ajoutons1 aux motifs de cet attrait involontaire en nous1 deux qualits galement distinctives de cette riche nature1 qualits par lesquelles ,m4 ,thiers se dessine entre tous ses contemporains4 ,l'une1 c'est la merveilleuse activit d'un esprit dispos1 sans lassitude comme sans effort1 qui le mouvement est aussi ncessaire que l'air qu'il respire1 et qui1 plutt que de ne pas agir1 agirait mme avec la lgret du lige et l'irrflexion de la plume4 ,c'est un esprit grave quand il le faut1 mais jamais lourd4 ,c'est aussi le caractre le plus leste et le plus lastique qui ait jamais rebondi d'un ple l'autre dans la sphre de la pense ou de l'action4 ,la seconde de ces qualits1 c'est la cordialit1 c'est--dire cette ouverture de coeur qui ne sait pas contenir la haine1 et qui laisse vaporer la colre aprs le combat1 comme la fume aprs le feu sur le champ de bataille4 ,prsomptueux peut-tre1 mais jamais pdant2 bien suprieur en cela ces caractres gourms chez qui la satisfaction d'eux-mmes est une hostilit envers tout ce qui prime1 et qui1 ne se sentant pas assez au large dans leur talent rel1 croient ajouter1 par leur orgueil1 ce qui manque leur nature4 ,nous ne voulons pas dire qu'il n'y ait pas une lgitime confiance en soi-mme dans ,m4 ,thiers2 quel est l'homme qui ne s'exagre pas un peu quand il se compare8 mais il y a une bonhomie de supriorit qui est la grce de la prsomption4 ,on la pardonne1 parce qu'elle est nave comme toute grce et qu'elle n'humilie personne en s'exaltant elle-mme4 ,cet attrait pour le talent et cet attrait pour la cordialit de caractre sont les deux aimants qui m'ont toujours attir vers ,m4 ,thiers1 quoiqu' la distance de deux ples qui ne se sont jamais rapprochs4 ,ah6 combien n'ai-je pas regrett souvent1 en l'coutant ou en le lisant1 que les convenances mutuelles et que le respect extrieur pour nos opinions m'empchassent d'admirer de plus prs une si belle intelligence1 et qu'un tel homme vct quatre pas de moi sans que je jouisse satit de son entretien6 ,nous nous croyons donc dans d'excellentes conditions d'impartialit pour tudier avec vous ce livre2 et si le plaisir est dj un jugement anticip1 nous pouvons laisser prjuger d'avance le ntre1 car nous avons lu cinq fois cette histoire depuis la premire page jusqu'au dernier mot1 et n'avons jamais ferm le volume qu'avec ce regret et avec ce dboire qu'on prouve en quittant trop tt le commerce d'un grand esprit4 ,,vii ,cela dit1 voyons d'abord dans quel systme historique ,m4 ,thiers a crit son livre4 ,ce systme1 il l'expose tout entier lui-mme dans un ,,avertissement ,,de ,l',,auteur qu'il a insr dans son douzime volume4 ,on a dit qu'il avait crit cet ,avertissement aprs coup1 dans l'intention mesquine de rabaisser ses rivaux en histoire et de revendiquer pour lui seul le mrite du grand historien1 l'intelligence4 ,nous n'en croyons rien3 la jalousie est une petitesse et une gaucherie4 ,nous n'avons jamais reconnu ni petitesse ni gaucherie dans l'esprit de cet homme d'tat et de cet crivain2 ce ne sont pas l les dfauts que ses ennemis eux-mmes plucheront dans sa rare nature4 ,d'ailleurs ce systme historique1 prconis comme exclusif par ,m4 ,thiers dans cet ,avertissement1 est trop conforme son individualit intellectuelle pour tre en lui une thorie de circonstance4 ,ce systme qui rapporte tout l'intelligence est l'homme mme4 ,tel historien1 telle histoire4 ,il n'y a pas d'oeuvre de l'esprit dans laquelle l'homme se confonde plus avec ce qu'il crit4 ,nous croyons donc le systme historique de ,m4 ,thiers sincre4 ,nous allons le lui laisser exposer lui-mme1 ici1 dans de belles pages1 et nous vous dirons ensuite dans quelle mesure nous l'approuvons1 dans quelle mesure nous le combattons4 ,lisez d'abord l',avertissement4 ,,viii ,je me suis avec confiance1 dit ,m4 ,thiers1 livr aux travaux historiques ds ma jeunesse1 certain que je faisais ce que mon sicle tait particulirement propre faire4 ,j'ai consacr crire l'histoire trente annes de ma vie1 et je dirai que1 mme en venant au milieu des affaires publiques1 je ne me sparais jamais de mon art1 pour ainsi dire4 ,lorsqu'en prsence des trnes chancelants1 au sein d'assembles branles par l'accent de tribuns puissants ou menaces par la multitude1 il me restait un instant pour la rflexion1 je voyais moins tel ou tel individu passager1 portant un nom de notre poque1 que les ternelles figures de tous les lieux et de tous les temps1 qui ,athnes1 ,rome1 ,florence1 avaient agi autrefois comme celles que je voyais se mouvoir sous mes yeux444 ,l'observation assidue des hommes et des vnements1 ou1 comme disent les peintres1 l'observation de la nature1 ne suffit pas2 il faut un certain don pour bien crire l'histoire4 ,quel est-il8 ,est-ce l'esprit1 l'imagination1 la critique1 l'art de composer1 le talent de peindre8 ,je rpondrai qu'il serait bien dsirable d'avoir tous ces dons la fois1 et que toute histoire o se montre une seule de ces qualits rares est une oeuvre apprciable et hautement apprcie des gnrations futures4 ,je dirai qu'il y a1 non pas une1 mais vingt manires d'crire l'histoire1 qu'on peut l'crire comme ,thucydide1 ,xnophon1 ,polybe1 ,tite-,live1 ,salluste1 ,csar1 ,tacite1 ,commines1 ,guichardin1 ,machiavel1 ,saint-,simon1 ,frdric le ,grand1 ,napolon1 et qu'elle est ainsi suprieurement crite1 quoique trs-diversement4 ,je ne demanderais au ,ciel que d'avoir fait comme le moins minent de ces historiens pour tre assur d'avoir bien fait et de laisser aprs moi un souvenir de mon phmre existence4 ,chacun d'eux a sa qualit particulire et saillante3 tel narre avec une abondance qui entrane2 tel autre narre sans suite1 va par saillies et par bonds1 mais1 en passant1 trace en quelques traits des figures qui ne s'effacent jamais de la mmoire des hommes2 tel autre enfin1 moins abondant ou moins habile peindre1 mais plus calme1 plus discret1 pntre d'un oeil auquel rien n'chappe dans la profondeur des vnements humains1 et les claire d'une ternelle clart4 ,de quelque manire qu'ils fassent1 je le rpte1 ils ont bien fait4 ,et pourtant n'y a-t-il pas une qualit essentielle1 prfrable toutes les autres1 qui doit distinguer l'historien1 et qui constitue sa vritable supriorit8 ,je le crois1 et je dis tout de suite que1 dans mon opinion1 cette qualit1 c'est l'intelligence4 ,je prends ici ce mot dans son acception vulgaire1 et1 l'appliquant seulement aux sujets les plus divers1 je vais tcher de me faire entendre4 ,on remarque souvent chez un enfant1 un ouvrier1 un homme d'tat1 quelque chose qu'on ne qualifie pas d'abord du nom d'esprit1 parce que le brillant y manque1 mais qu'on appelle l'intelligence1 parce que celui qui en parat dou saisit sur-le-champ ce qu'on lui dit1 voit1 entend demi-mot2 comprend1 s'il est enfant1 ce qu'on lui enseigne2 s'il est ouvrier1 l'oeuvre qu'on lui donne excuter2 s'il est homme d'tat1 les vnements1 leurs causes1 leurs consquences2 devine les caractres1 leurs penchants1 la conduite qu'il faut en attendre1 et n'est surpris1 embarrass de rien1 quoique souvent afflig de tout4 ,c'est l ce qui s'appelle l'intelligence1 et bientt1 la pratique1 cette simple qualit1 qui ne vise pas l'effet1 est de plus grande utilit dans la vie que tous les dons de l'esprit1 le gnie except1 parce qu'il n'est1 aprs tout1 que l'intelligence elle-mme1 avec l'clat1 la force1 l'tendue1 la promptitude4 ,c'est cette qualit applique aux grands objets de l'histoire qui1 mon avis1 est la qualit essentielle du narrateur1 et qui1 lorsqu'elle existe1 amne bientt sa suite toutes les autres1 pourvu qu'au don de la nature on joigne l'exprience1 ne de la pratique4 ,en effet1 avec ce que je nomme l'intelligence on dmle bien le vrai du faux1 on ne se laisse pas tromper par les vaines traditions ou les faux bruits de l'histoire2 on a de la critique2 on saisit bien le caractre des hommes et des temps1 on n'exagre rien1 on ne fait rien de trop grand ou trop petit1 on donne chaque personnage ses traits vritables2 on carte le fard1 de tous les ornements le plus malsant en histoire1 on peint juste2 on entre dans les secrets ressorts des choses1 on comprend et on fait comprendre comment elles se sont accomplies2 diplomatie1 administration1 guerre1 marine1 on met ces objets si divers la porte de la plupart des esprits1 parce qu'on a su les saisir dans leur gnralit intelligible tous2 et1 quand on est arriv ainsi s'emparer des nombreux lments dont un vaste rcit doit se composer1 l'ordre dans lequel il faut les prsenter1 on le trouve dans l'enchanement mme des vnements2 car celui qui a su saisir le lien mystrieux qui les unit1 la manire dont ils se sont engendrs les uns les autres1 a dcouvert l'ordre de narration le plus beau1 parce que c'est le plus naturel2 et si1 de plus1 il n'est pas de glace devant les grandes scnes de la vie des nations1 il mle fortement le tout ensemble1 le fait succder avec aisance et vivacit2 il laisse au fleuve du temps sa fluidit1 sa puissance1 sa grce mme1 en ne forant aucun de ses mouvements1 en n'altrant aucun de ses heureux contours2 enfin1 dernire et suprme condition1 il est quitable1 parce que rien ne calme1 n'abat les passions comme la connaissance profonde des hommes4 ,je ne dirai pas qu'elle fait tomber toute svrit1 car ce serait un malheur2 mais1 quand on connat l'humanit et ses faiblesses1 quand on sait ce qui la domine et l'entrane1 sans har moins le mal1 sans aimer moins le bien1 on a plus d'indulgence pour l'homme qui s'est laiss aller au mal par les mille entranements de l'me humaine1 et on n'adore pas moins celui qui1 malgr toutes les basses attractions1 a su tenir son coeur au niveau du bon1 du beau et du grand4 ,l'intelligence est donc1 selon moi1 la facult heureuse qui1 en histoire1 enseigne dmler le vrai du faux1 peindre les hommes avec justesse1 claircir les secrets de la politique et de la guerre1 narrer avec un ordre lumineux1 tre quitable enfin1 en un mot tre un vritable narrateur4 ,l'oserai-je dire8 ,presque sans art1 l'esprit clairvoyant que j'imagine n'a qu' cder ce besoin de conter qui souvent s'empare de nous et nous entrane rapporter aux autres les vnements qui nous ont touch et il pourra enfanter des chefs-d'oeuvre444 ,l'intelligence complte des choses en fait sentir la beaut naturelle1 et les fait aimer au point de n'y vouloir rien ajouter1 rien retrancher1 et de chercher exclusivement la perfection de l'art dans leur exacte reproduction444 ,l'histoire1 ajoute-t-il1 c'est le portrait444 ,pour les rendre que faut-il8 ,les comprendre444 ,c'est la profonde intelligence des choses qui conduit cet amour idoltre du vrai que les peintres et les sculpteurs appellent l'amour de la nature4 ,alors on n'y veut rien changer1 parce qu'on ne juge rien au-dessus d'elle4 ,en posie on choisit1 on ne change pas la nature2 en histoire on n'a pas mme le droit de choisir1 on n'a que le droit d'ordonner4 ,si dans la posie il faut tre vrai1 bien plus vrai encore il faut tre en histoire4 ,vous prtendez tre intressant1 dramatique1 profond1 tracer de fiers portraits qui se dtachent de votre rcit comme d'une toile et se gravent dans la mmoire1 ou des scnes qui meuvent2 eh bien6 tenez pour certain que vous ne serez rien de tout ce que vous prtendez tre1 que vos rcits seront forcs1 vos scnes exagres1 et vos portraits de pures acadmies4 ,savez-vous pourquoi8 ,parce que vous vous serez proccup du soin d'tre ou dramatique ou peintre4 ,au contraire1 n'ayez qu'un souci1 celui d'tre exact2 tudiez bien un temps1 les personnages qui le remplissent1 leurs qualits1 leurs vices1 leurs altercations1 les causes qui les divisent1 et puis appliquez-vous les rendre simplement4444 ,si1 pour systmatiser vos rcits1 vous n'avez pas cherch les grouper arbitrairement1 si vous avez bien saisi leur enchanement naturel1 ils auront un entranement irrsistible1 celui d'un fleuve qui coule travers les campagnes4 ,il y a sans doute de grands et petits fleuves1 des bords tristes ou riants1 mesquins ou grandioses4 ,et pourtant1 regardez toutes les heures du jour1 et dites si tout fleuve1 rivire ou ruisseau ne coule pas avec une certaine grce naturelle2 si1 tel moment1 en rencontrant tel coteau1 en s'enfonant l'horizon derrire tel bouquet de bois1 il n'a pas son effet heureux et saisissant8 ,ainsi vous serez1 quelque soit votre sujet1 si aprs une chose vous en faites venir une autre1 avec le mouvement facile1 et tour tour paisible ou prcipit de la nature4 ,maintenant1 aprs une telle profession de foi1 ai-je besoin de dire quelles sont en histoire les conditions du style8 ,j'nonce tout de suite la condition essentielle1 c'est de n'tre jamais ni aperu ni senti4 ,on vient tout rcemment d'exposer aux yeux merveills du public1 parmi les chefs-d'oeuvre de l'industrie du sicle1 des glaces d'une dimension et d'une puret extraordinaires1 devant lesquelles les ,vnitiens du quinzime sicle resteraient confondus1 et travers lesquelles on aperoit1 sans la moindre attnuation de contour ou de couleur1 les innombrables objets que renferme le palais de l',exposition universelle4 ,j'ai entendu des curieux stupfaits1 n'apercevant que le cadre qui entoure ces glaces1 se demander ce que faisait l ce cadre magnifique1 car ils n'avaient pas aperu le verre4 peine avertis de leur erreur1 ils admiraient le prodige de cette glace si pure4 ,si1 en effet1 on voit une glace1 c'est qu'elle a un dfaut1 car son mrite c'est la transparence absolue4 ,et ,m4 ,thiers termine par ce beau rsum cette glorification de l'intelligence en faisant de l'intelligence et de la justice une mme qualit dans l'historien1 ce qui est vrai sans doute pour lui1 mais certes pas pour les autres2 car ,machiavel tait fort intelligent1 mais nul ne lui a donn l'loge d'tre juste4 ,la conscience seule peut tre juste4 ,il ajoute3 ,si j'prouve une sorte de honte la seule ide d'allguer un fait inexact1 je n'en prouve pas moins la seule ide d'une injustice envers les hommes4 ,quand on a t jug soi-mme1 souvent par le premier venu1 qui ne connaissait ni les personnages1 ni les vnements1 ni les questions sur lesquelles il prononait en matre1 on ressent autant de honte que de dgot devenir1 un juge pareil4 ,lorsque des hommes ont vers leur sang pour un pays souvent bien ingrat1 quand d'autres pour ce mme pays ont consum leur vie dans les anxits dvorantes de la politique1 l'ambition ft-elle l'un de leurs mobiles1 prononcer d'un trait de plume sur le mrite de leur sang ou de leurs veilles1 sans connaissance des choses1 sans souci du vrai1 est une sorte d'impit6 ,l'injustice pendant la vie1 soit6 les flatteurs sont l pour faire la contre-partie des dtracteurs1 bien que pour les nobles coeurs les inanits de la flatterie ne contre-balancent pas les amertumes de la calomnie2 mais1 aprs la mort1 la justice au moins1 la justice sans adulation ni dnigrement1 la justice1 sinon pour celui qui l'attendit sans l'obtenir1 au moins pour ses enfants6 ,mais qui peut se flatter en histoire de tenir les balances de la justice d'une main tout fait sre8 ,hlas6 personne1 car ce sont les balances de ,dieu dans la main des hommes6 ,,ix ,cette belle thorie de l'intelligence1 comme qualit premire et fondamentale de l'historien1 est trop sense pour que nous n'en reconnaissions pas la justesse4 ,cependant l'histoire n'est-elle qu'intelligence8 ,m4 ,thiers ne le dit pas1 mais il fait tellement prdominer ce culte de l'intelligence dans sa thorie1 comme l'intelligence prdomine en lui et dans son livre1 que cette qualit absorbe videmment dans son intention toutes les autres4--,raisonnons cependant4 ,c'est l un systme historique excellent pour l'histoire technique4 ,l'histoire technique est incontestablement le penchant de ,m4 ,thiers2 nul ne l'crivit jamais aussi lumineuse que lui4 ,ce genre d'histoire a son mrite quand il ne s'agit pour l'historien que de bien regarder et de bien faire voir les faits2 mais regarder ce n'est ni sentir ni juger3 le regard n'est pas un sentiment1 le regard n'est pas un jugement2 le regard n'est qu'une perception presque indiffrente1 et1 s'il est permis de se servir d'une expression souvent cite depuis que ,m4 ,royer-,collard en a enrichi la langue philosophique3 ,ceci est brutal comme un fait1 nous dirions que le regard participe de la brutalit du fait quand il ne s'lve pas au-dessus du fait pour le sentir dans le coeur et pour le juger dans la conscience4 ,l'intelligence1 facult pour ainsi dire neutre et indiffrente1 qui sufft l'histoire technique1 ne suffit donc nullement la grande histoire4 ,l'histoire technique montre seulement les objets2 la grande histoire les montre1 les vivifie et les caractrise4 ,toutes les histoires techniques de l'univers ne donneront pas un atome de moralit l'espce humaine4 ,pour nous servir de la belle et juste comparaison de ,m4 ,thiers quand il parle du style et qu'il le compare une glace1 glace d'autant plus parfaite1 dit-il1 qu'elle se borne rflchir avec plus de fidlit les objets1 sans les colorier de teintes empruntes sa propre surface1 nous dirons que c'est rabaisser l'intelligence que de l'assimiler un miroir inerte4 ,une glace est l'intelligence de la matire4 ,dans l'ordre matriel1 le miroir doit se borner1 en effet1 rflchir et reproduire avec une fidlit neutre les objets2 mais1 dans l'ordre intellectuel et moral1 le miroir1 qui est l'me vivante de l'homme1 doit non-seulement reproduire1 il doit penser1 il doit sentir1 il doit juger ce qu'il reproduit4 ,ce n'est qu' cette condition que l'historien est un homme1 ce n'est qu' cette condition qu'il fait penser1 sentir1 juger son lecteur4 ,avec l'intelligence seule il est une glace2 avec la pense1 le sentiment1 la conscience1 le jugement1 il est un historien4 ,qu'aurait dit ,tacite1 le plus rellement intelligent des historiens1 parce qu'il est le plus mu1 le plus passionn et le plus vertueux des hommes1 s'il avait lu cette thorie froide de ,m4 ,thiers1 qui conteste l'histoire sa passion1 sa conscience1 son indignation1 son enthousiasme1 et tout ce que ,tacite appelle avec raison l'loquence du rcit8 ,tacite aurait cess d'tre ,tacite1 il aurait bris sa plume1 puisqu'on lui commandait de briser son coeur1 sa conscience1 son jugement sur le monde romain qu'il raconte1 et1 la place du plus loquent et du plus color des historiens1 le monde n'aurait eu qu'un nomenclateur technique1 un miroir inerte1 qui n'aurait pas mme eu le droit de har la tyrannie1 la dmence1 la servilit1 la boue et le sang qu'il aurait rflchis dans sa mtallique et immorale limpidit d'intelligence4 ,ce n'est pas l la pense de ,m4 ,thiers1 nous le savons bien1 mais c'est l o conduirait sa thorie historique de l'intelligence suprieure tout dans le rcit des vnements humains4 ,l'intelligence1 selon nous1 n'est ni suprieure ni infrieure dans l'histoire3 elle est ncessaire2 mais l'motion qui fait sentir1 la pense qui fait rflchir1 et la conscience qui fait juger1 ne sont ni plus ni moins ncessaires que l'intelligence4 ,avec l'intelligence seule vous avez le fait1 que ,m4 ,thiers semble prfrer tout2 avec l'intelligence1 l'motion1 la pense1 la conscience et le talent de bien crire1 vous aurez la grande histoire4 ,polybe d'un ct2 ,tacite de l'autre1 choisissez6 ,le monde a dj choisi4 ,aprs ces observations1 rendues indispensables par l'avertissement historique de ,m4 ,thiers1 entrons largement dans l'exposition1 dans l'admiration et dans la critique de ce magnifique monument du ,consulat et de l',empire4 ,ici1 comme cela se rencontre souvent en littrature1 l'excution est bien suprieure la thorie4 ,c'est le systme qui parle1 tandis que dans l'excution c'est la nature qui agit4 ,la nature1 dans ,m4 ,thiers1 est bien suprieure au systme4 ,il a fait le systme avec sa volont2 il a fait son histoire avec sa nature4 ,x ,cependant il y a dans cette belle nature de ,m4 ,thiers un lment qu'il se vante d'avoir un haut degr1 un lment dont il s'excuse quelquefois avec habilet1 dont il se loue souvent lui-mme avec orgueil2 lment qui est1 selon nous et selon le bon sens1 une bonne condition pour la popularit1 une mauvaise condition pour la grande histoire4 ,cet lment de la nature de ,m4 ,thiers1 c'est l'excs de nationalisme2 c'est une espce de patriotisme littraire qui compte la patrie pour tout et le monde pour peu2 c'est1 en consquence1 un engouement irrflchi de militarisme empanach1 qui1 voyant toujours le droit o est la patrie1 et la patrie travers la fume de tous les champs de bataille1 quelque distance qu'ils soient de nos frontires1 s'enivre non comme un historien1 mais comme un combattant1 de poudre et de gloire1 ne voit plus dans la nation qu'une arme1 et dans le chef d'arme qu'un matre du monde par droit de discipline et de victoire4 ,on a dit de ,buffon qu'il crivait l'histoire naturelle avec des manchettes2 on dirait presque de ,m4 ,thiers qu'il crit l'histoire nationale avec une plume arrache au plumet d'un grenadier4 ,ce n'est plus l l'histoire morale dont nous parlions tout l'heure1 c'est l'histoire populaire1 c'est l'histoire soldatesque1 c'est l'histoire crite sur l'afft d'un canon1 au point de vue de la vanit nationale et non au point de vue de la justice universelle2 c'est1 selon nous1 un point de vue trs-incomplet4 ,si1 quand il s'agit de dfendre ou d'honorer sa patrie1 on ne saurait tre trop national1 il n'en est pas de mme quand il s'agit de la juger4 ,on est solidaire du salut de la patrie1 on n'est pas solidaire de ses fautes1 pas mme de ses vanits1 encore moins de ses crimes4 ,dans l'action on doit combattre jusqu' la mort pour son pays2 dans le jugement historique on ne doit crire que pour le bon droit1 la vrit1 la justice4 ,le patriote a une patrie2 l'historien en a une comme homme1 il n'en a point comme historien4 ,qu'il jouisse avec un lgitime orgueil des exploits de ses compatriotes sur le champ de bataille1 c'est bien2 mais si ces exploits lui blouissent les yeux jusqu' lui faire oublier le droit aussi sacr et la valeur souvent gale des autres peuples1 ce n'est plus de l'histoire1 c'est de l'injustice patriotique et de la jactance nationale4 ,cette faiblesse de ,m4 ,thiers pour tout ce qui porte le nom1 le coeur1 le drapeau franais1 contribuera sans doute la vogue militaire de son livre dans son temps et dans son pays2 mais cette noble faiblesse ne contribuera pas1 dans l'avenir1 l'universalit d'estime que ce livre mrite et qu'il obtiendra sous d'autres rapports4 ,le patriotisme militaire du patriote fera qu'on se dfiera de l'historien4 ,un pareil livre1 pour tre universel et ternel1 doit tre cosmopolite4 ,l'univers n'est ni franais1 ni russe1 ni anglais1 ni espagnol1 ni germain2 il est l'univers4 ,l'historien doit cesser d'tre exclusivement ,franais1 il doit se faire universel comme son sujet4 ,cette mme faiblesse de ,m4 ,thiers pour la gloire militaire de sa patrie1 patrie qu'il ne voit trop souvent que dans ses armes1 a d lui donner de bonne heure une faiblesse enthousiaste pour le chef de ces armes1 ,napolon4 ,ceci peut tre une prvention1 mais ce n'est pas un malheur4 ,tout historien doit aimer son hros2 nous ne reprochons pas ,m4 ,thiers d'aimer ,napolon1 mais de l'aimer aux dpens de la vrit1 de la moralit1 de la libert et de la justice4 ,nous n'aurons que trop souvent1 dans ce commentaire1 montrer combien cet amour pour l'homme du sicle fait pallier ,m4 ,thiers ses fautes1 toutes les fois que ses fautes ne finissent pas par un dsastre4 ,le succs ferme trop souvent les yeux de ,m4 ,thiers sur les fautes ou sur les attentats des heureux4 ,c'est un crivain complice de la fortune2 il ne reconnat le tort que quand le tort est puni par le revers4 ,cependant il y a aussi de grandes et svres justices faites par l'historien dans ce livre2 mais ces justices semblent plutt s'exercer sur l'insuccs que sur l'immoralit des actes4 ,nous allons justifier ce reproche par beaucoup d'exemples4 ,ces observations prliminaires jetes en courant1 lisons et admirons4 ,,xi ,l'histoire commence en #agii4 ,m4 ,thiers1 avec un bonheur qui pourrait s'appeler galement une habilet1 esquive la question dlicate et controverse du #ah brumaire1 cette usurpation main arme de la force sur le droit1 de la violence militaire sur la lgitimit nationale4 ,il suppose son hros absous par le succs1 par le consentement tacite de la ,france1 et par la gloire de son consulat et de son empire1 pour touffer le murmure de la conscience publique sous les acclamations de l'arme4 ,m4 ,thiers se hte de nous prsenter l'attentat accompli et d'craser d'un odieux mpris le gouvernement de la rpublique modre sous la ,directoire4 ,m4 ,thiers1 on le voit1 applaudit lui-mme de l'esprit et du coeur cet heureux attentat du #ah brumaire4 ,nous comprenons ses motifs3 ,m4 ,thiers est1 dans tous ses crits1 dans tous ses discours1 dans toute sa politique1 un rvolutionnaire nominal et un monarchiste trs-dcid4 ,le #ah brumaire devait donc lui plaire1 car c'tait de la dictature prlude de la monarchie4 ,nous ne nions pas la ncessit et la lgitimit de la dictature dans certaines occurrences extrmes de la vie des peuples en rvolution1 mais ici c'tait de la dictature usurpe au lieu de la lgitime dictature donne pour son salut par une nation4 ,c'tait une arme arbitrairement personnifie par un jeune guerrier tirant le sabre du fourreau et disant la nation1 bien ou mal constitue3 ,effacez-vous1 j'entre seul en scne6 ,la ,constitution1 c'est moi6 ,vous vous appelez le droit1 je m'appelle l'audace2 le sabre jugera6 ,mais1 c'est moi qui tiens le sabre6 ,,xii ,qu'un tel acte et qu'un tel langage fussent louables ou seulement innocents dans un jeune gnral qui n'avait reu mandat ni de l'arme ni du peuple1 et qui1 aprs avoir reu son commandement du ,directoire et des pouvoirs constitus1 sduisait les ambitieux et tournait contre le gouvernement la force que le gouvernement lui avait confie pour le dfendre2 qu'un tel acte et un tel langage fussent louables ou innocents1 disons-nous1 c'est ce que nous ne voulons pas discuter ici avec ,m4 ,thiers ni avec la ,france4 ,on pourra dire tant qu'on voudra que ce fut un beau fait1 mais nul ne sera assez dnu de scrupule pour dire que ce fut un acte honnte et lgitime4 ,l'esprit a pu en tre bloui1 mais il n'y a pas une conscience qui n'en ait t trouble et inquite jusqu' la fin de ce forfait heureux4 ,eh bien6 nous ne ferons sur le #ah brumaire qu'une seule observation ,m4 ,thiers2 cette observation est de celles qui lui plaisent3 une observation de fait1 et non de droit4 ,supposez1 lui dirons-nous1 que ,bonaparte1 au lieu de violer1 le sabre la main1 le #ah brumaire1 les pouvoirs1 la reprsentation telle quelle1 la constitution libre de son pays1 pour saisir la dictature consulaire2 supposez que ,bonaparte et attendu que le prestige croissant de ses talents et le mouvement spontan de l'opinion lui eussent confi le gouvernement des conditions de force1 mais de mesure et de limites dans la force1 que serait-il rsult pour la ,france et pour ,bonaparte lui-mme de cette origine lgale et nationale de son pouvoir8 ,il en serait rsult que ,bonaparte1 fortifi et maintenu tout la fois par les conditions constitutionnelles imposes son caractre et son autorit1 aurait t forc de rpondre au pays de ses actes1 au lieu de ne rpondre qu' lui-mme des caprices et des tmrits de son gnie2 il en serait rsult que toute la gloire ncessaire la ,france aurait t acquise et que la gloire folle lui aurait t pargne2 il en serait rsult que ,marengo et ,austerlitz auraient illustr nos armes1 mais que ,moscou1 ,leipsick1 ,waterloo n'auraient pas attrist nos drapeaux et fait envahir notre territoire2 enfin il en serait rsult que la ,france se serait servie d'un grand homme1 au lieu qu'un grand homme se servit jusqu' l'puisement et jusqu' l'asservissement de la ,france4 ,tous les excs1 toutes les ambitions1 toutes les dmences de gloire que ,m4 ,thiers reproche svrement ,napolon dans les annes de dcadence de sa fortune auraient t prvenus ou modrs par cette seule combinaison de l'innocence de son pouvoir4 ,l'honntet de son origine1 un vote au lieu d'un attentat1 une loi au lieu d'une pe au #ah brumaire1 et toute la destine de l',europe1 de la ,france et de l'homme1 tait change4 ,m4 ,thiers voit que nous ne discutons avec lui le #ah brumaire que sur son terrain3 le fait1 et les consquences politiques et militaires du fait4 ,ceci tait ncessaire pour expliquer ,m4 ,thiers que1 si ,napolon1 dont il absout l'ambition au #ah brumaire1 devait se perdre et nous perdre lui-mme plus tard1 c'tait non par faute de gnie1 mais par faute d'un droit4 ,un droit1 c'est une inviolabilit1 mais un droit1 c'est une limite4 ,il limite la fortune1 mais aussi il limite la folie4 ,nous faisons donc un grand reproche moral et politique ,m4 ,thiers d'avoir jet au dbut de son histoire un voile d'amnistie et une pluie de lauriers sur la journe du #ah brumaire4 ,cette faute historique le poursuivra partout dans le cours de son rcit4 ,on a beau ensevelir la conscience dans un drapeau de victoire1 elle n'est pas tue1 et elle se rveille toujours toutes les crises de l'existence du soldat qui lui a port un coup d'pe4 ,,xiii ,m4 ,thiers va de lui-mme au-devant de ce reproche dans cette belle page de son premier livre3 ,c'est1 dit-il1 cette partie de notre histoire contemporaine que je vais raconter aujourd'hui4 ,quinze ans se sont couls depuis que je retraais les annales de notre premire rvolution4 ,ces quinze annes1 je les ai passes au milieu des orages de la vie publique2 j'ai vu s'couler un trne ancien et s'lever un trne nouveau2 j'ai vu la ,rvolution franaise poursuivre son invincible cours4 ,quoique les spectacles auxquels j'ai assist m'aient peu surpris1 je n'ai pas la prtention de croire que l'exprience des hommes et des affaires n'et rien m'apprendre2 j'ai la confiance1 au contraire1 d'avoir beaucoup appris1 et d'tre ainsi plus apte1 peut-tre1 saisir et exposer les grandes choses que nos pres ont faites pendant ces temps hroques4 ,mais je suis certain que l'exprience n'a pas glac en moi les sentiments gnreux de ma jeunesse2 je suis certain d'aimer1 comme je les aimais1 la libert et la gloire de la ,france4 ,la gloire1 oui6 la libert1 non6 car nous dfions un homme sens de concilier l'amour mme trs-modr de la libert avec l'exaltation du despotisme militaire inaugur par la journe de brumaire4 ,que la ,france1 sortie par sa propre force de la sanguinaire anarchie de #agic1 et besoin1 pour constituer l'ordre dans la libert1 de concentrer son gouvernement multiple dans une main d'homme d'tat1 magistrat1 soldat ou dictateur1 nous le reconnaissons comme ,m4 ,thiers2 mais qu'elle et besoin de se dsavouer1 de se mpriser1 de se bafouer elle-mme1 en invoquant contre ses pouvoirs lgaux le coup d'tat d'un soldat1 et de lui livrer sa rvolution et ses principes de #aghi pour ne retrouver qu'une arme et une contre-rvolution sous le sabre1 c'est ce que nous ne reconnatrons jamais4 ,une nation et une rvolution qui s'organisaient enfin d'un ct1 un soldat et une contre-rvolution de l'autre1 telle tait l'option pour la ,france1 la veille de brumaire4 ,m4 ,thiers se prononce pour le soldat1 et il se dclare ami de la libert6 ,qu'il se comprenne lui-mme1 nous n'en doutons pas2 mais qu'il soit compris par l'avenir1 nous en doutons4 videmment il prend ici son parti1 et il jette la rvolution modre1 qui commenait ses sages rsipiscences1 aux pieds d'une raction antilibrale et militaire1 personnifie dans un soldat4 ,ce sera le sens de toute son histoire1 ce n'est pas le ntre2 de l d'invitables dissentiments entre l'esprit de cette histoire et l'esprit de notre commentaire4 ,nous pensons1 nous1 comme ,m4 ,thiers1 que la ,rvolution1 qui avait eu son dbordement de dmagogie et de sang1 devait rentrer dans son lit en se purifiant de toutes ses souillures2 nous pensons comme lui aussi qu'une libert ne peut se fonder qu'en se modrant et en se donnant elle-mme de svres limites2 mais nous pensons que la ,france1 dj corrige par le spectacle et par le repentir de ses excs1 tendait se donner elle-mme ces institutions et ces limites1 et que1 la refouler tout coup jusqu'au del des principes sains de #aghi1 c'tait lui faire perdre en un jour tout le terrain franchi en neuf ans de travail1 et lui prparer pour l'avenir un second accs de rvolution pire que le premier4 ,voil1 selon nous1 le tort du #ah brumaire3 il donnait la ,france une raction au lieu d'une modration1 et un matre au lieu d'une constitution4 ,,xiv ,l'ascendant que le premier consul ,bonaparte prit ds le premier jour de son consulat1 non-seulement titre de vainqueur1 mais titre d'administrateur1 de ngociateur et d'homme d'tat1 sur ses deux fantmes de collgues1 ,sieys et ,roger-,ducos1 est admirablement analys dans le premier livre4 ,on sent que ,m4 ,thiers a disput lui-mme sur une autre scne l'ascendant que la volont1 le talent1 l'loquence donnent certains hommes sur des collgues moins rsolus la supriorit4 ,aucun autre historien ne pouvait pntrer plus avant dans l'esprit de ces triumvirs si ingaux de brumaire4 ,le coup d'oeil d'un homme expriment et habile peut seul sonder le fond de l'ambition et les rticences de l'habilet4 ,il y a l des scnes de haut comique qui donnent au lecteur la comdie de l'ambition sur une scne encore trempe de sang4 ,le premier rle est ,bonaparte1 jouant quelquefois l'indiffrence philosophique et le dgot des grandeurs pour menacer le monde d'une clipse de gnie et de force4 ,on sent l un acteur inn1 form par la nature et ayant devin l'exprience4 ,son gnie et son loquence sont aussi remarquables dans ses intrigues pour un fauteuil de prsident et pour les tactiques d'un cabinet que ses manoeuvres sur un champ de bataille4 ,le monde ne pouvait chapper une telle supriorit1 servie par la fortune et par l'infriorit de tous les hommes avec lesquels il avait se mesurer2 car il faut remarquer que ,bonaparte1 l'intrieur1 n'avait se mesurer qu'avec des hommes gnralement mdiocres1 lasss et uss par la ,rvolution2 l'chafaud1 la mort naturelle1 les proscriptions avaient fauch la ,france4 ,la gnration des hommes politiques de #agii tait dtrempe4 ,mirabeau1 ,vergniaud1 ,cazals1 les monarchistes1 les ,girondins1 les terroristes taient morts4 ,une nation n'a pas deux lites de caractres et de talents en dix ans4 ,m4 ,thiers1 selon nous1 n'a pas assez remarqu cette circonstance4 ,bonaparte paraissait d'autant plus grand cette poque qu'il n'avait se mesurer avec personne4 ,l'chafaud lui avait fait place4 ,le second rle est ,sieys4--,m4 ,thiers1 avec une partialit dont nous ne comprenons pas les motifs1 semble donner ce mtaphysicien tnbreux une sorte d'galit de gnie avec son jeune collgue4 ,le mtaphysicien tnbreux1 tomb de l'glise dans le rgicide1 mont de la ,terreur dans le ,directoire1 et retomb du ,directoire dans le ,consulat1 ne mrite pas tant d'honneur4 ,il avait de l'esprit1 mais un esprit inapplicable aux ralits de la politique2 c'tait ce qu'on appelle dans les affaires et dans les assembles publiques un logicien1 c'est--dire un homme qui vit son aise dans le monde des ides1 sans s'apercevoir que le monde des faits et le monde des ides se heurtent sans cesse et se contredisent ncessairement par la logique brutale des passions et des vnements1 qui n'obit point la logique des coles4 ,il n'tait point loquent2 il vivait depuis douze ans sur une brochure qui n'tait que le lieu commun de la ,rvolution4 ,son prestige tait dans son silence4 ,il avait cd1 jusqu'au vote mort contre l'infortun ,louis ,,xvi1 la terreur que lui inspirait la ,montagne2 il avait donn une tte royale pour sauver la sienne2 il se taisait pour qu'on lui pardonnt de vivre4 ,il passait pour penser1 et il rvait4 ,quand ,sieys avait pressenti la chute du ,directoire il avait ngoci d'avance avec ,bonaparte2 il avait masqu plutt que motiv sa trahison par la prtention de faire adopter au jeune gnral une constitution arbitraire1 complique1 chimrique1 qui n'tait que le jeu d'esprit d'un mtaphysicien dsoeuvr4 ,comment ,m4 ,thiers prend-il au srieux un tel homme8 ,comment semble-t-il le prsenter l'histoire comme un rival dangereux au gnie de la jeunesse1 de la force et du bon sens personnifi dans ,bonaparte8 ,c'est videmment1 selon nous1 un jeu de scne pour intresser le drame4 ,il fallait ici un prtendu antagoniste au premier consul pour donner au guerrier d'gypte le facile honneur des triomphes3 ,m4 ,thiers a choisi ,sieys4 ,il raconte avec la plus amusante priptie de dialogue la lutte ingale entre le fait et le rve1 entre le hros et le logicien4 ,le logicien cde bientt au hros4 ,il s'crie3 ,nous avons un matre qui sait tout faire6 ,il se rsigne un rle effac pourvu qu'il soit lucratif4 ,bonaparte s'empare de tout le gouvernement et relgue avec un respect comique son collgue dans la prparation silencieuse d'une constitution mort-ne4 ,sieys en sortira destitu et consol par une munificence nationale honorifique de la terre de ,crosne1 rcompense de ses silences et compensation de ses chimres4 ,,xv ,l'analyse que ,m4 ,thiers daigne faire de la constitution de ,sieys est pleine de sens politique et d'exprience anticipe1 mais elle est un peu trop tendue2 on n'analyse pas le nant1 on souffle sur le rve1 et tout est dit4 ,cette analyse1 cependant1 a ce mrite d'tre une excellente leon de politique relle en opposition avec la politique gomtrique et scolastique d'un de ces illumins du ,contrat social qui croient pouvoir appliquer les lois de la mcanique aux intrts moraux et aux passions des peuples4 ,bonaparte s'impatienta1 la fin1 de ces purilits savantes2 il jeta dans un moule improvis quelques-uns des lments de la constitution de ,sieys avec quelques lments emprunts aux constitutions existantes1 et il en sortit pour les besoins de la circonstance la ,constitution dite de l'an ,,viii 7#ai dcembre #agii74 ,un snat1 un corps lgislatif1 un tribunat1 un pouvoir excutif des trois consuls1 un conseil d'tat1 mais surtout un homme investi d'une force d'opinion irrsistible pour faire jouer le mcanisme et pour le djouer s'il en tait gn dans son omnipotence1 voil toute la ,constitution de l'an ,,viii4 ,il faut reconnatre qu' ce moment la ,france n'en voulait pas d'autre4 ,elle tait dans une de ces priodes de lassitude qui suivent les grandes convulsions2 alors les nations ne s'inquitent plus comment1 mais par qui elles sont gouvernes4 ,le premier consul se choisit pour nouveaux collgues ,cambacrs et ,lebrun4 ,ce n'taient pas des rivaux possibles1 c'taient des complices assurs4 ,m4 ,thiers affecte de prendre trop au srieux ,cambacrs1 homme en qui le ridicule du caractre s'associait par gale portion avec la sagacit de l'esprit1 excellent un rang secondaire1 dans l'ombre1 mais qui n'aurait jamais exist s'il n'avait t le second d'un grand homme4 ,quant au troisime consul1 ,lebrun1 c'tait un homme de littrature politique et un homme d'affaires administratives d'un pass sans tache et d'une universelle capacit4 ,bien faire sans rien prtendre tait1 tous les rangs et tous les postes1 sa seule ambition4 ,le ,snat avait pour attribution de nommer les membres du pouvoir lgislatif et du tribunat4 ,on remplit le ,corps lgislatif de tous les reprsentants fatigus des ides de l',assemble constituante et peine revenus des terreurs de la ,convention4 ,ces hommes puiss et assouplis ne demandaient que le repos et le silence4 ,il n'y avait plus assez de vie pour qu'il y et jamais des factieux4 ,le ,tribunat fut compos des hommes plus jeunes qui conservaient plutt le dcorum que la passion de la libert4 ,leur opposition1 s'il y en avait1 s'vaporerait en paroles2 mais ces paroles taient sans danger en ,france dans ce moment1 car elles taient sans chos4 ,rien ne rsonnait plus en ,france que le bruit des armes3 c'tait l're des soldats4 ,,xvi ,le premier besoin d'un gouvernement pacificateur au dedans afin d'tre redoutable au dehors tait une amnistie aux partis vaincus1 une ngociation avec les partis encore en armes4 ,on clt la liste des migrs1 on prodigue les radiations et les restitutions de domaines non vendus ceux qui rentrent dans leur patrie4 ,on essaye de traiter avec les chefs vendens2 on sduit les uns1 on dompte les autres3 la ,vende s'teint4 ,m4 ,thiers1 dans une rapide revue de l',europe passe par un esprit juste et fin1 dvoile la scne diplomatique et militaire o son hros va bientt agir4 ,bonaparte1 pour rpondre au voeu du pays1 affecte un dsir de paix qui ne pouvait pas tre dans sa pense1 car il n'tait pas dans son intrt4 ,il crit avec ostentation des lettres conciliantes au roi d',angleterre et l'empereur d',allemagne2 en attendant les rponses1 il organise le systme administratif que nous voyons encore aujourd'hui1 systme plus simple que parfait1 n de lui-mme1 de la destruction des provinces et de la division en dpartements1 oeuvre de l',assemble constituante4 ,enfin il s'tablit aux ,tuileries avec ses deux collgues1 comme pour faire pressentir la monarchie jusque par les murailles4 ,lebrun y entra2 ,cambacrs1 plus prvoyant1 refusa de s'y installer4 ,c'est une faute1 dit-il ,lebrun1 d'aller nous loger aux ,tuileries2 cela ne nous convient pas1 nous4 ,bonaparte voudra bientt y loger seul4 ,mieux vaut n'y pas entrer que d'en sortir6 ,le lendemain de cet acte d'installation pompeuse1 ,bonaparte dit son secrtaire3 ,eh bien6 ,bourrienne1 nous voil donc aux ,tuileries6444 ,maintenant il faut y rester4 ,,xvii ,jusque-l1 l'histoire de ,m4 ,thiers1 quoique intressante et sagement pense1 ne se distingue par aucune qualit de composition ou de style de tout ce qui a t crit sur cette grande poque4 ,le vritable mrite transcendant de cet crivain ne se rvle qu'au point o commencent les grandes affaires1 les grandes ngociations1 les grandes guerres4 ,aucun historien ancien ou moderne n'a si bien expos les affaires1 si bien dml les ngociations1 si bien compris les campagnes4 ,c'est par excellence l'administrateur1 l'ambassadeur1 le tacticien dans l'historien4 ,au feu prs1 qui ne manque pas son me1 mais qui manque un peu son style1 c'est l'historien des batailles4 ,l',angleterre et l',autriche avaient lud les avances de paix faites avec clat par ,bonaparte4 ,c'taient deux fautes1 comme ,m4 ,thiers le remarque avec justesse3 c'tait donner au premier consul le prtexte de soulever la ,france contre une coalition qui se dclarait coalition mort2 c'tait1 de plus1 donner au nouveau chef de la ,france l'occasion de concentrer son pouvoir et de devenir l'idole des armes et l'arbitre des victoires4 ,bonaparte1 avec une adresse instinctive que lui commandait sa situation de consul1 suprieure sa situation de gnral1 profita merveilleusement de l'avantage que lui donnaient les ddains de l',angleterre et les obstinations de l',autriche4 ,il conut un plan de campagne que nous laissons exposer ,m4 ,thiers4 ,la ,france avait deux armes3 celle d',allemagne1 porte1 par la runion des armes du ,rhin et d',helvtie1 #acj1jjj hommes2 celle de ,ligurie1 rduite #dj1jjj au plus4 ,il y avait dans les troupes de ,hollande1 de ,vende et de l'intrieur1 les lments pars1 loigns1 d'une troisime arme2 mais une habilet administrative suprieure pouvait seule la runir temps1 et surtout l'improviste1 sur le point o sa prsence tait ncessaire4 ,le gnral ,bonaparte imagina d'employer ces divers moyens comme il suit4 ,massna1 avec l'arme de ,ligurie1 point augmente1 secourue seulement en vivres et en munitions1 avait ordre de tenir sur l',apennin entre ,gnes et ,nice1 et d'y tenir comme aux ,thermopyles4 ,l'arme d',allemagne1 sous ,moreau1 accrue le plus possible1 devait faire sur tous les bords du ,rhin1 de ,strasbourg ,ble1 de ,ble ,constance1 des dmonstrations trompeuses de passage1 puis marcher rapidement derrire le rideau que forme ce fleuve1 le remonter jusqu' ,schaffhouse1 jeter l quatre ponts la fois1 dboucher en masse sur le flanc du marchal de ,kray1 le surprendre1 le pousser en dsordre sur le haut ,danube1 le gagner de vitesse s'il tait possible1 le couper de la route de ,vienne1 l'envelopper peut-tre1 et lui faire subir l'un de ces dsastres mmorables dont il y a eu dans ce sicle plus d'un exemple4 ,si l'arme de ,moreau n'avait pas ce bonheur1 elle pouvait toutefois pousser ,m4 de ,kray sur ,ulm et ,ratisbonne1 l'obliger ainsi descendre le ,danube1 et l'loigner des ,alpes de manire ce qu'il ne pt jamais y envoyer aucun secours4 ,cela fait1 elle avait ordre de dtacher son aile droite vers la ,suisse1 pour y seconder la prilleuse opration dont le gnral ,bonaparte se rservait l'excution4 ,la troisime arme1 dite de rserve1 dont les lments existaient peine1 devait se former entre ,genve et ,dijon1 et attendre l l'issue des premiers vnements1 prte secourir ,moreau s'il en avait besoin4 ,mais1 si ,moreau avait russi dans une partie au moins de son plan1 cette arme de rserve1 se portant1 sous le gnral ,bonaparte1 ,genve1 de ,genve dans le ,valais1 donnant la main au dtachement tir de l'arme d',allemagne1 passant ensuite le ,saint-,bernard sur les glaces et les neiges1 devait1 parmi prodige plus grand que celui d',annibal1 tomber en ,pimont1 prendre par derrire le baron de ,mlas occup devant ,gnes1 l'envelopper1 lui livrer une bataille dcisive1 et1 si elle la gagnait1 l'obliger mettre bas les armes444 ,cette arme du ,rhin1 poursuit l'historien militaire1 quoique portant1 comme les autres armes de la ,rpublique1 les haillons de la misre1 tait superbe4 ,quelques conscrits lui avaient t envoys1 mais en petit nombre1 tout juste assez pour la rajeunir4 ,elle se composait1 en immense majorit1 de ces vieux soldats qui1 sous les ordres de ,pichegru1 ,klber1 ,hoche et ,moreau1 avaient conquis la ,hollande1 les rives du ,rhin1 franchi plusieurs fois ce fleuve et paru mme sur le ,danube4 ,on n'aurait pu dire sans injustice qu'ils taient plus braves que ceux de l'arme d',italie2 mais ils prsentaient toutes les qualits de troupes accomplies3 ils taient sages1 sobres1 disciplins1 instruits et intrpides4 ,les chefs taient dignes des soldats4 ,la formation de cette arme en divisions dtaches1 compltes en toutes armes et agissant en corps spars1 y avait dvelopp au plus haut point le talent des gnraux divisionnaires4 ,ces divisionnaires avaient des mrites gaux1 mais divers4 ,c'tait ,lecourbe1 le plus habile des officiers de son temps dans la guerre des montagnes1 ,lecourbe dont les chos des ,alpes rptaient le nom glorieux2 c'tait ,richepanse1 qui joignait une bravoure audacieuse une intelligence rare1 et qui rendit bientt ,moreau1 dans les champs de ,hohenlinden1 le plus grand service qu'un lieutenant ait jamais rendu son gnral2 c'tait ,saint-,cyr1 esprit froid1 profond1 caractre peu sociable1 mais dou de toutes les qualits du gnral en chef2 c'tait enfin ce jeune ,ney1 qu'un courage hroque1 dirig par un instinct heureux de la guerre1 avait dj rendu populaire dans toutes les armes de la ,rpublique4 la tte de ces lieutenants tait ,moreau1 esprit lent1 quelquefois indcis1 mais solide1 et dont les indcisions se terminaient en rsolutions sages et fermes quand il tait face face avec le danger4 ,la pratique avait singulirement form et tendu son coup d'oeil militaire4 ,mais1 tandis que son gnie guerrier grandissait chaque jour au milieu des preuves de la guerre1 son caractre civil1 faible1 livr toutes les influences1 avait succomb dj et devait succomber encore aux preuves de la politique1 que les mes fortes et les esprits vraiment levs peuvent seuls surmonter4 ,du reste1 la malheureuse passion de la jalousie n'avait point encore altr la puret de son coeur et corrompu son patriotisme4 ,par son exprience1 son habitude du commandement1 sa haute renomme1 il tait1 aprs le gnral ,bonaparte1 le seul homme capable alors de commander cent mille hommes4 ,on pressent ici le jugement svre que ,m4 ,thiers doit porter plus tard sur le gnral ,moreau1 le vrai rival en talent militaire et en popularit de ,bonaparte4 ,mais1 quelle que soit la faveur que les exploits1 les disgrces de ,moreau inspirent jusque-l pour ce ,scipion de la ,rpublique1 on ne peut contester la justesse et la vigueur du jugement de ,m4 ,thiers sur ce gnral4 ,moreau n'tait qu'un grand homme de guerre1 ,bonaparte tait un grand homme de guerre et un grand homme de gouvernement4 ,moreau mme avait cess1 depuis le #ah brumaire1 d'tre irrprochable aux yeux de la vertu1 de la libert et de la ,rpublique1 car il avait particip activement ce coup d'tat de l'arme contre la patrie civile4 ,de son rival ,bonaparte avait russi se faire un complice2 de l toutes les fatales consquences qui firent descendre ,moreau sans dignit et sans innocence du sommet de l'arme dans les bas fonds des conspirations avec ,georges et ,pichegru sur le banc d'un tribunal1 et enfin dans les rangs de la coalition arme contre sa patrie4 ,la probit se venge en conduisant pas pas d'une faute un crime4 ,,xviii ,il faut lire ici1 sans en retrancher une ligne ou une manoeuvre1 la campagne de ,moreau au del du ,rhin et le sige de ,gnes soutenu par ,massna4 ,par la puissance de l'esprit et par la puissance de l'tude1 de la gographie1 de la tactique1 ,m4 ,thiers comprend tout et fait tout comprendre4 ,il n'y a pas une marche ou une contre-marche dans l'arme de ,moreau en ,allemagne qu'on ne suive du pas avec l'historien4 ,il n'y a pas un coup de fusil sur les remparts de ,gnes qu'on n'entende retentir travers ce demi-sicle4 ,c'est l la magie de la vrit dans l'crivain qui sait la retirer vivante des documents compulss par la patience4 ,il ressuscite pour l'ternit tout ce qu'il raconte4 ,une pareille histoire est l'pope de la vrit4 ,m4 ,thiers1 qui dnigre la posie1 est un grand pote1 d'autant plus grand qu'il fait parler les vnements au lieu de parler lui-mme4 ,il n'y a pas de parole aussi loquente que l'action qui parle4 ,il est regretter toutefois que1 quand il prend la parole lui-mme pour rsumer ou pour rflchir1 la pense soit trop souvent infrieure l'impression1 et que le style1 suffisant pour le rcit1 soit insuffisant pour la majest de l'histoire2 l'vnement y est tout entier1 mais le contre-coup de l'vnement sur l'me n'y est pas assez senti ou du moins pas assez sonore4 ,or le lecteur a souvent besoin que l'crivain lui arrache le mot ou le cri de la circonstance qui gronde dans la poitrine1 mais qui ne peut en sortir faute d'un sublime interprte4 ,c'est ici qu'on regrette un ,tacite1 ce grand lyrique des grands vnements2 mais ds qu'on reprend le rcit avec ,m4 ,thiers on ne regrette plus rien4 ,le passage des ,alpes par ,bonaparte est beau1 mais exagr4 ,on peut reprocher ici ,m4 ,thiers le dfaut contraire celui que nous lui reprochions plus haut1 c'est--dire de rapetisser les impressions4 ,ici il les grandit dessein trs-au-dessus des proportions vraies de l'vnement4 ,on croirait1 lire ce passage des ,alpes par quarante mille hommes et par quelques pices de canon1 dans une saison favorable et sans ennemis pour disputer le chemin1 que ,bonaparte a fray le premier la route aux trente conqurants qui1 depuis ,annibal1 ,csar1 ,charlemagne1 ont franchi les ,alpes avec des armes trois fois plus nombreuses1 des machines de guerre1 de la cavalerie1 et mme des lphants4 ,les ,franais seuls ont gravi1 descendu1 regravi et redescendu neuf fois ce rempart soi-disant inaccessible pendant nos guerres pour le ,milanais1 pour le royaume de ,naples et pour le ,pimont4 ,un passage des ,alpes est devenu1 comme le passage du ,rhin1 une des oprations militaires les plus banales de la grande guerre4 ,m4 ,thiers en a fait un prodige de conception et d'excution1 un vritable pome de stratgie4 ,c'est videmment un pome populaire destin faire des ,alpes franchies sans obstacles un pidestal dans les nuages son hros4 ,quand on lit ce passage des ,alpes dans les ,mmoires des gnraux sans emphase de ,napolon1 et particulirement dans les ,mmoires si exacts de ,marmont1 on cesse de s'extasier sur une marche bien calcule pour couper en deux l'arme autrichienne en ,pimont1 mais qui par elle-mme ne fut qu'une tape dans la neige fondue4 ,mais le tableau1 quoique de fantaisie1 est si pittoresque1 si prcis1 si bien color1 si dramatique de dessin et de dtails1 que1 mme en rvoquant en doute sa vracit1 on ne peut assez admirer sa perspective4 ,ici ,m4 ,thiers a t peintre de paysage plus que peintre d'histoire4 ,comme historien il exagre1 comme peintre il charme4 ,il faut lui pardonner3 c'est le passage des ,alpes peint par ,salvator ,rosa4 ,il n'y manque1 pour fanatiser l'oeil du peuple1 que ce gnral questre franchissant au galop de son cheval aux jarrets tendus la cime des ,alpes1 comme dans le portrait de ,bonaparte par ,david4 ,l'intrt srieux et vraiment historique de la campagne ne commence qu'avec les oprations dans la plaine de l',italie4 ,soit obscurit dans la topographie quand on ne lit pas la carte sous les yeux2 soit confusion dans les marches et contre-marches des ,autrichiens et des ,franais qui prcdent et qui prparent la bataille de ,marengo2 soit incohrence de cette bataille elle-mme1 qui ne fut qu'un hasard et une intempestivit pour le vainqueur1 la campagne et la bataille de ,marengo ne rpondent pas dans le rcit la grandeur des rsultats4 ,malgr la partialit de ,m4 ,thiers pour attribuer aux combinaisons de son hros ce qui fut l'effet de la valeur et de la fortune1 on voit clairement que ,bonaparte fut surpris l o il esprait surprendre2 que la bataille1 compltement perdue le matin1 fut gagne le soir par ,desaix et ,kellerman1 et que la victoire se donna d'elle-mme la fin du jour au lieu d'avoir t conquise par le gnie du gnral4 ,son nom tait si populaire alors qu'il en usurpa peu peu toute la gloire1 et que la ,france la lui concda par habitude2 mais l'histoire vraie ne la lui concdera pas si exclusivement4 ,on voit par les bulletins successifs qu'il crivit lui-mme1 qu'il corrigea aprs coup1 qu'il effaa pour les corriger encore1 tous les efforts qu'il eut faire pour drouter la gloire des noms de ,desaix et de ,kellerman1 afin de la revendiquer toute sur lui-mme4 ,les ,mmoires de ,marmont et de ,bourrienne sont curieux sur ces variations des bulletins du gnral de ,marengo reprenant laborieusement avec la plume ce qu'il avait ce jour-l compromis par l'pe4 ,mais ce qui tait bien lui c'tait la campagne4 ,or la victoire n'tait que le dnoment de la campagne4 ,la gloire de la journe lui sera justement conteste1 la gloire de l'expdition lui appartiendra toujours4 ,,xix ,le retour du premier consul en ,france est dcrit avec l'enthousiasme de la victoire4 ,bonaparte n'y rapportait pas seulement un laurier1 il y rapportait l',italie4 ,avec un art de composition magistral1 ,m4 ,thiers ne s'arrte qu'un instant considrer les effets de la bataille de ,marengo sur l'opinion de la ,france2 il reporte le regard et la pense sur l',allemagne4 ,moreau y accomplit avec moins de promptitude1 mais avec plus de science et de certitude1 le second acte de la campagne de #ahjj4 ,pendant que les triomphes de ,moreau amnent ,paris les ngociateurs de l',autriche pour traiter de la paix la faveur d'une suspension d'armes1 l'historien traverse en esprit la ,mditerrane et nous transporte en gypte1 abandonne son sort par ,bonaparte4 ,de mme que l'historien a vit de juger le #ah brumaire au point de vue du devoir civil et de l'honneur militaire1 de mme il prend ici le dpart furtif de ,bonaparte d',alexandrie pour un fait accompli4 ,il peint seulement de traits profonds la consternation et l'oscillation de l'arme d'gypte le lendemain de l'vasion de son gnral en chef4 ,un historien plus svre aurait discut avec lui-mme et avec ses lecteurs la moralit d'un pareil abandon de ses troupes par celui qui avait mission de les guider et de les sauver4 ,il tait trop vident que ,bonaparte seul pouvait organiser et dfendre sa conqute1 que son dpart laisserait l'expdition la merci des dissensions intestines1 du dcouragement et des ,anglais1 et que ,bonaparte se dchargeait ainsi sur ses compagnons d'armes d'une responsabilit qui pserait dsormais sur le hasard4 ,ces considrations n'chappent pas toutes ,m4 ,thiers lui-mme4 ,sa vive intelligence se colore1 comme on va le voir1 des impressions de l'arme2 mais on va voir aussi qu'il les attnue en jetant sur cet abandon le prtexte complaisant du patriotisme et de la grande ambition4 ,qu'on lise les belles pages suivantes3 ,cette nouvelle causa dans l'arme une surprise douloureuse4 ,on ne voulait d'abord pas y ajouter foi2 le gnral ,duga1 commandant ,rosette1 la fit dmentir1 n'y croyant pas lui-mme et craignant le mauvais effet qu'elle pouvait produire4 ,cependant le doute devint bientt impossible1 et ,klber fut officiellement proclam successeur du gnral ,bonaparte4 ,officiers et soldats furent consterns4 ,il avait fallu l'ascendant qu'exerait sur eux le vainqueur de l',italie pour les entraner sa suite dans des contres lointaines et inconnues2 il fallait tout son ascendant pour les y retenir4 ,c'est une passion que le regret de la patrie1 et qui devient violente quand la distance1 la nouveaut des lieux1 des craintes fondes sur la possibilit du retour viennent l'irriter encore4 ,souvent1 en gypte1 cette passion clatait en murmures1 quelquefois mme en suicides2 mais la prsence du gnral en chef1 son langage1 son activit incessante faisaient vanouir ces noires vapeurs4 ,sachant toujours s'occuper lui-mme et occuper les autres1 il captivait au plus haut point les esprits1 et ne laissait pas natre ou dissipait autour de lui des ennuis qui n'entraient jamais dans son me4 ,on se disait bien quelquefois qu'on ne reverrait plus la ,france1 qu'on ne pourrait plus franchir la ,mditerrane1 maintenant surtout que la flotte avait t dtruite ,aboukir2 mais le gnral ,bonaparte tait l2 avec lui on pouvait aller en tous lieux1 retrouver le chemin de la patrie ou se faire une patrie nouvelle4 ,lui parti1 tout changeait de face4 ,aussi la nouvelle de son dpart fut-elle un coup de foudre4 ,on qualifia ce dpart des expressions les plus injurieuses4 ,on ne s'expliquait pas ce mouvement irrsistible de patriotisme et d'ambition qui1 la nouvelle des dsastres de la ,rpublique1 l'avait entran retourner en ,france4 ,on ne voyait que l'abandon o il laissait la malheureuse arme qui avait eu assez de confiance en son gnie pour le suivre4 ,on se disait qu'il avait donc reconnu l'imprudence de cette entreprise1 l'impossibilit de la faire russir1 puisqu'il s'enfuyait1 abandonnant d'autres ce qui lui semblait dsormais inexcutable4 ,mais se sauver seul1 en laissant au del des mers ceux qu'il avait ainsi compromis1 tait une cruaut1 une lchet mme1 prtendaient certains dtracteurs2 car il en a toujours eu1 et trs-prs de sa personne1 mme aux poques les plus brillantes de sa carrire6 ,klber n'aimait pas le gnral ,bonaparte et supportait son ascendant avec une sorte d'impatience4 ,s'il se contenait en sa prsence1 il s'en ddommageait ailleurs par des propos inconvenants4 ,frondeur et fantasque1 ,klber avait dsir ardemment prendre part l'expdition d'gypte pour sortir de l'tat de disgrce dans lequel on l'avait laiss vivre sous le ,directoire2 et maintenant il en tait aux regrets d'avoir quitt les bords du ,rhin pour ceux du ,nil4 ,il le laissait voir avec une faiblesse indigne de son caractre4 ,cet homme1 si grand dans le danger1 s'abandonnait lui-mme comme aurait pu le faire le dernier des soldats4 ,le commandement en chef ne le consolait pas de la ncessit de rester en gypte1 car il n'aimait pas commander4 ,poussant au dchanement contre le gnral ,bonaparte1 il commit la faute1 qu'on devrait appeler criminelle si des actes hroques ne l'avaient rpare1 de contribuer lui-mme produire dans l'arme un entranement qui fut bientt gnral4 son exemple tout le monde se mit dire qu'on ne pouvait plus rester en gypte et qu'il fallait tout prix revenir en ,france4 ,d'autres sentiments se mlrent cette passion du retour pour altrer l'esprit de l'arme et y faire natre les plus fcheuses dispositions4 ,une vieille rivalit divisait alors et divisa longtemps encore les officiers sortis des armes du ,rhin et d',italie4 ,ils se jalousaient les uns les autres2 ils avaient la prtention de faire la guerre autrement1 et de la faire mieux1 et1 bien que cette rivalit ft contenue par la prsence du gnral ,bonaparte1 elle tait au fond la cause principale de la diversit de leurs jugements4 ,tout ce qui tait venu des armes du ,rhin montrait peu de penchant pour l'expdition d'gypte2 au contraire les officiers originaires de l'arme d',italie1 quoique fort tristes de se voir si loin de la ,france1 taient favorables cette expdition1 parce qu'elle tait l'oeuvre de leur gnral en chef4 ,aprs le dpart de celui-ci toute retenue disparut4 ,on se rangea tumultueusement autour de ,klber1 et on rpta tout haut avec lui ce qui1 du reste1 commenait tre dans toutes les mes1 que la conqute de l'gypte tait une entreprise insense laquelle il fallait renoncer le plus tt possible4 ,cet avis rencontra nanmoins des contradicteurs2 quelques gnraux1 tels que ,lanusse1 ,menou1 ,davoust1 ,desaix surtout1 osrent montrer d'autres sentiments4 ,ds lors on vit deux partis3 l'un s'appela le parti coloniste2 l'autre1 le parti anticoloniste4 ,malheureusement ,desaix tait absent2 il achevait la conqute de la haute gypte1 o il livrait de beaux combats et administrait avec une grande sagesse4 ,son influence ne pouvait donc pas tre oppose celle de ,klber4 ,pour comble de malheur1 il ne devait pas rester en gypte4 ,le gnral ,bonaparte1 voulant l'avoir auprs de sa personne1 avait commis la faute de ne pas le nommer commandant en chef et lui avait laiss l'ordre de revenir trs-prochainement en ,europe4 ,desaix1 dont le nom tait universellement chri et respect dans l'arme1 dont les talents administratifs galaient les talents militaires1 aurait parfaitement gouvern la colonie et se serait garanti de toutes les faiblesses auxquelles se livra ,klber1 du moins pour un moment4 ,cependant ,klber tait le plus populaire des gnraux parmi les soldats4 ,son nom fut accueilli par eux avec une entire confiance1 et les consola un peu de la perte du gnral illustre qui venait de les quitter4 ,,xx ,la rvolte du ,caire1 la bataille d',hliopolis1 la seconde conqute de l'gypte en trente-cinq jours par ,klber1 sont au nombre des plus belles pages historiques qui aient t crites en aucune langue4 ,m4 ,thiers rachte ici1 par une glorieuse justice rendue ,klber1 les partialits de son premier jugement4 ,on ne peut nier cependant1 en tudiant la nature forte1 mais revche1 de ce grand soldat1 que ce ne ft une de ces natures plus propres obir qu' commander1 hommes qui rachtent sans cesse l'obissance par le murmure et qui embarrassent autant qu'ils servent les chefs dont ils sont les instruments4 ,m4 ,thiers1 homme d'action1 dteste ces caractres1 et il a raison2 ce sont quelquefois les moyens1 plus souvent les obstacles des grandes choses4 ,les ministres1 les assembles en sont aussi pleines en ,france que les armes4 ,la ,france est frondeuse1 et le gnie est ncessairement imprieux4 ,l'assassinat de ,klber par un fanatique de religion et de patriotisme livra l'gypte la dcadence et l'anarchie des conseils4 ,desaix succombe ,marengo le mme jour et la mme heure que ,klber succombe au ,caire4 ,m4 ,thiers trouve dans la concidence de destine l'occasion d'un de ces parallles de ,plutarque qui sont le reflet d'un caractre sur l'autre et qui les expliquent tous les deux4 ,ce parallle1 plus rapide que ceux de ,plutarque1 n'interrompt pas l'histoire1 il l'accentue4 ,l'historien1 et c'est un des loges qu'on lui doit1 court travers le sicle avec la rapidit des vnements4 ,klber tait le plus bel homme de l'arme4 ,sa grande taille1 sa noble figure o respirait toute la fiert de son me1 sa bravoure la fois audacieuse et calme1 son intelligence prompte et sre1 en faisaient sur les champs de bataille le plus imposant des capitaines4 ,son esprit tait brillant1 original1 mais inculte4 ,il lisait sans cesse1 et exclusivement1 ,plutarque et ,quinte-,curce2 il y cherchait l'aliment des grandes mes1 l'histoire des hros de l'antiquit4 ,il tait capricieux1 indocile et frondeur4 ,on avait dit de lui qu'il ne voulait ni commander ni obir1 et c'tait vrai4 ,il obit sous le gnral ,bonaparte1 mais en murmurant2 il commanda quelquefois1 mais sous le nom d'autrui1 sous le gnral ,jourdan1 par exemple1 prenant par une sorte d'inspiration le commandement au milieu du feu1 l'exerant en homme de guerre suprieur1 et1 aprs la victoire1 rentrant dans son rle de lieutenant1 qu'il prfrait tout autre4 ,klber tait licencieux dans ses moeurs et son langage1 mais intgre1 dsintress comme on l'tait alors2 car la conqute du monde n'avait pas encore corrompu les caractres4 ,desaix tait presque en tout le contraire4 ,simple1 timide1 mme un peu gauche1 la figure toujours cache sous une ample chevelure1 il n'avait point l'extrieur militaire2 mais1 hroque au feu1 bon avec les soldats1 modeste avec ses camarades1 gnreux avec les vaincus1 il tait ador de l'arme et des peuples conquis par nos armes4 ,son esprit solide et profondment cultiv1 son intelligence de la guerre1 son application ses devoirs1 son dsintressement en faisaient un modle accompli de toutes les vertus guerrires1 et1 tandis que ,klber1 indocile1 insoumis1 ne pouvait supporter aucun commandement1 ,desaix tait obissant comme s'il n'avait pas su commander4 ,sous des dehors sauvages il cachait une me vive et trs-susceptible d'exaltation4 ,quoique lev la svre cole de l'arme du ,rhin1 il s'tait enthousiasm pour les campagnes d',italie1 il avait voulu voir de ses yeux les champs de bataille de ,castiglione1 d',arcole et de ,rivoli4 ,il parcourait ces champs1 thtre d'une immortelle gloire1 lorsqu'il rencontra sans le chercher le gnral en chef de l'arme d',italie et se prit pour lui d'un attachement passionn4 ,quel plus bel hommage que l'amiti d'un tel homme8 ,le gnral ,bonaparte en fut vivement touch4 ,il estimait ,klber pour ses grandes qualits militaires1 mais ne plaait personne1 ni pour les talents1 ni pour le caractre1 ct de ,desaix4 ,il l'aimait d'ailleurs3 entour de compagnons d'armes qui ne lui avaient point encore pardonn son lvation1 tout en affectant pour lui une soumission empresse1 il chrissait dans ,desaix un dvouement pur1 dsintress1 fond sur une admiration profonde4 ,toutefois1 gardant pour lui seul le secret de ses prfrences1 feignant d'ignorer les fautes de ,klber1 il traita pareillement ,klber et ,desaix1 et voulut1 comme on le verra bientt1 confondre dans les mmes honneurs deux hommes que la fortune avait confondus dans une mme destine4 ,glissons sur la triste capitulation de l'arme d'gypte1 sans chef1 sans secours1 sans communications avec la mre patrie3 leon terrible1 mais leon perdue pour ces politiques d'aventures qui rvent des colonies immortelles sans possder les mers1 seules routes et seules garanties de ces colonies4 ,la force de la ,france est sur son territoire2 la dissminer c'est l'anantir4 ,l',algrie le dira trop nos neveux4 ,,xxi ,l'historien est dj rentr en ,france avec l'intrt rel des vnements4 ,ici ce n'est plus le peintre de batailles1 c'est le peintre des caractres1 c'est le diplomate1 c'est l'administrateur1 c'est le lgislateur1 c'est mme le philosophe qui tient la plume tour tour4 ,elle ne faiblit que dans la main du philosophe2 partout ailleurs elle est tenue avec l'aptitude et la sret d'un crivain qui a mani pendant une longue carrire politique toutes les questions de gouvernement1 except la philosophie des gouvernements4 ,les ngociations avec l',autriche1 celles avec la ,prusse2 les premires agaceries diplomatiques de ,bonaparte ,paul ,ier1 empereur de ,russie2 le coup d'oeil sur l'tat intrieur et scandaleux de la cour de ,madrid1 livre un favori1 ,godo1 trac d'une main qui charge les couleurs afin d'attnuer d'avance les torts du cabinet des ,tuileries envers les ,bourbons d',espagne2 les ngociations avec le saint-sige1 prludes de ngociations plus graves pour le ,concordat2 la rupture des confrences par l',autriche1 les prparatifs de guerre repris des deux cts avec une gale vigueur2 le tableau de la prosprit croissante de la ,france en dix mois d'un gouvernement personnifi dans un jeune dictateur2 l'analyse savante et pntrante de la situation des diffrents clergs1 spars en sectes par les serments ou les refus de serments constitutionnels2 la rentre rapide des migrs1 la statistique profondment tudie des partis dans l'opinion et dans les assembles2 les portraits de ,m4 de ,lafayette1 de ,fouch1 de ,m4 de ,talleyrand1 de ,carnot1 de ,berthier1 portraits finis et fermes1 sans minutie comme sans recherche1 o l'on voit que l'historien s'oublie lui-mme pour ne penser qu' son modle1 remplissent ce volume4 ,nous ne citerons de ces portraits que celui de ,m4 de ,talleyrand1 parce qu'il est vrai sans tre achev4 ,m4 de ,talleyrand1 issu de la plus haute extraction1 destin aux armes par sa naissance1 condamn la prtrise par un accident qui l'avait priv de l'usage d'un pied1 n'ayant aucun got pour cette profession impose1 devenu successivement prlat1 homme de cour1 rvolutionnaire1 migr1 puis enfin ministre des affaires trangres du ,directoire1 ,m4 de ,talleyrand avait conserv quelque chose de tous ces tats2 on trouvait en lui de l'vque1 du grand seigneur1 du rvolutionnaire4 ,n'ayant aucune opinion bien arrte1 seulement une modration naturelle qui rpugnait toutes les exagrations2 s'appropriant l'instant mme les ides de ceux auxquels il voulait plaire par got ou par intrt2 s'exprimant dans un langage unique1 particulier cette socit dont ,voltaire avait t l'instituteur2 plein de rparties vives1 poignantes1 qui le rendaient redoutable autant qu'il tait attrayant2 tour tour caressant ou ddaigneux1 dmonstratif ou impntrable1 nonchalant1 digne1 boiteux sans y perdre de sa grce1 personnage enfin des plus singuliers et tel qu'une rvolution seule en peut produire1 il tait le plus sduisant des ngociateurs1 mais en mme temps incapable de diriger comme chef les affaires d'un grand tat2 car1 pour diriger1 il faut de la volont1 des vues et du travail1 et il n'avait aucune de ces choses4 ,sa volont se bornait plaire1 ses vues consistaient en opinions du moment1 son travail tait nul4 ,c'tait1 en un mot1 un ambassadeur accompli1 mais point un ministre dirigeant2 bien entendu qu'on ne prend ici cette expression que dans son acception la plus leve4 ,du reste1 il n'avait pas un autre rle sous le gouvernement consulaire4 ,le premier consul1 qui ne laissait personne le droit d'avoir un avis sur les affaires de guerre ou de diplomatie1 ne l'employait qu' ngocier avec les ministres trangers1 d'aprs ses propres volonts1 ce que ,m4 de ,talleyrand faisait avec un art qu'on ne surpassera jamais4 ,toutefois il avait un mrite moral3 c'tait d'aimer la paix sous un matre qui aimait la guerre1 et de le laisser voir4 ,dou d'un got exquis1 d'un tact sr1 mme d'une paresse utile1 il pouvait rendre de vritables services1 seulement en opposant l'abondance de parole1 de plume et d'action du premier consul1 sa sobrit1 sa parfaite mesure1 et jusqu' son penchant ne rien faire4 ,mais il agissait peu sur ce matre imprieux1 auquel il n'imposait ni par le gnie1 ni par la conviction4 ,aussi n'avait-il pas plus d'empire que ,m4 ,fouch1 peut-tre moins1 tout en tant aussi employ et plus agrable4 ,,xxii ,on voit combien ,m4 ,thiers1 malgr la sobrit de ses couleurs et la brivet de ses contours1 donne dans ses portraits1 non le relief1 mais la vrit des physionomies4 ,cependant son portrait de ,m4 de ,talleyrand1 quoiqu'il l'ait tudi1 dit-on1 de prs1 nous parat ici et ailleurs trac avec trop peu de faveur1 mme de justice4 ,m4 de ,talleyrand dpassait de toute la tte les hommes d'occasion dont le premier consul tait entour4 ,il voyait le sicle nouveau de toute la hauteur de l'ancien sicle2 c'tait l',assemble constituante rapparaissant avec ses aristocraties d'esprit et ses traditions monarchiques dans les conseils d'un jeune dictateur4 ct d'un jeune homme qui connaissait la guerre1 mais qui ignorait la diplomatie1 ,m4 de ,talleyrand tait plus fait pour inspirer que pour servir4 ,la supriorit de ses vues politiques pour la balance et pour l'quilibre du monde aurait prpar l',europe un sicle de paix4 ,la philosophie politique tait la philosophie de la paix4 ,m4 ,thiers1 par ses instincts et par son got pour les armes1 est plus enclin la philosophie de la guerre4 ,bien moins philosophiquement rvolutionnaire en ce point que ,m4 de ,talleyrand1 il sacrifie cette grande figure si peu comprise la figure toute martiale de son hros4 ,m4 de ,talleyrand mprisait les hommes1 cela peut tre vrai2 il les jugeait d'aprs un type personnel qui n'tait ni celui de la vertu publique ni celui du dvouement un parti2 mais1 tout en les mprisant1 il les conseillait sagement1 dans son intrt d'abord1 dans leur intrt ensuite2 ce conseiller souple1 mais sincre1 n'aurait pas empch ,bonaparte d'user de sa fortune1 mais il l'aurait empch d'en abuser4 ,la famille1 l'pouse1 les frres1 les soeurs du premier consul sont peints avec plus de ngligence de pinceau et avec des couleurs de convention qui ne gravent aucune de ces physionomies dans le regard4 ,c'est l que deux ou trois traits de la main de ,tacite auraient burin tous ces visages coloris des reflets de la figure principale4 ,mais1 en gnral1 les hommes et les femmes1 cette partie vivante et intrinsque de l'histoire1 sont la partie faible de ce long rcit4 ,m4 ,thiers est l'historien des vnements2 il les prpare1 il les claire1 il les groupe1 il les accomplit avec un art sans gal2 mais les vnements sous sa main ressemblent un peu trop des abstractions2 l'homme y manque1 et l'homme cependant est l'me de l'vnement4 tez l'homme1 qu'est-ce qu'une chose8 ,le portrait de ,josphine1 quoique trs-nglig de style1 donnera un exemple de la manire de ,m4 ,thiers dans ces tableaux d'intrieur4 ,il dit bien1 il dit juste1 mais il ne grave pas au burin4 ,josphine ,bonaparte1 marie d'abord au comte de ,beauharnais1 puis au jeune gnral qui avait sauv la ,convention au #ac vendmiaire1 et maintenant partageant avec lui une place qui commenait ressembler un trne1 tait crole de naissance1 et avait toutes les grces1 tous les dfauts ordinaires aux femmes de cette origine4 ,bonne1 prodigue et frivole1 point belle1 mais parfaitement lgante1 doue d'un charme infini1 elle savait plaire beaucoup plus que les femmes qui lui taient suprieures en esprit et en beaut4 ,la lgret de sa conduite dpeinte son mari sous de fcheuses couleurs1 lorsqu'il revint d'gypte1 le remplit de colre4 ,il voulut s'loigner d'une pouse qu' tort ou raison il croyait coupable4 ,elle pleura longtemps ses pieds2 ses deux enfants1 ,hortense et ,eugne de ,beauharnais1 trs-chers tous les deux au gnral ,bonaparte1 pleurrent aussi3 il fut vaincu et ramen par une tendresse conjugale qui1 pendant bien des annes1 fut victorieuse chez lui de la politique4 ,il oublia les fautes vraies ou supposes de ,josphine1 et l'aima encore1 mais jamais comme dans les premiers temps de leur union4 ,les prodigalits sans bornes1 les imprudences fcheuses auxquelles chaque jour elle se livrait1 causaient souvent son mari des mouvements d'impatience dont il n'tait pas matre2 mais il pardonnait avec la bont de la puissance heureuse1 et ne savait pas tre irrit longtemps contre une femme qui avait partag les premiers moments de sa grandeur naissante1 et qui1 en venant s'asseoir un jour ct de lui1 semblait avoir amen la fortune avec elle4 ,madame ,bonaparte tait une vritable femme de l'ancien rgime1 dvote1 superstitieuse1 et mme royaliste1 dtestant ce qu'elle appelait les jacobins1 lesquels le lui rendaient bien2 ne recherchant que les gens d'autrefois1 qui1 rentrs en foule1 comme nous l'avons dit1 venaient la visiter le matin4 ,ils l'avaient connue femme d'un homme honorable et assez lev en rang et en dignit militaire1 l'infortun ,beauharnais1 mort sur l'chafaud rvolutionnaire2 ils la trouvaient l'pouse d'un parvenu1 mais d'un parvenu plus puissant qu'aucun prince de l',europe2 ils ne craignaient pas de venir lui demander des faveurs1 tout en affectant de la ddaigner4 ,elle mettait de l'empressement leur faire part de sa puissance1 leur rendre des services4 ,elle s'appliquait mme faire natre chez eux un genre d'illusion auquel ils se prtaient volontiers3 c'est qu'au fond le gnral ,bonaparte n'attendait qu'une occasion favorable pour rappeler les ,bourbons et leur rendre un hritage qui leur appartenait4 ,et1 chose singulire1 cette illusion1 qu'elle se plaisait provoquer chez eux1 elle aurait presque voulu la partager aussi2 car elle et prfr voir son poux sujet des ,bourbons1 mais sujet protecteur de ses rois1 entour des hommages de l'ancienne aristocratie franaise1 le voir monarque couronn par la main de la nation4 ,c'tait une femme d'un coeur trs-faible4 ,bien que lgre1 elle aimait cet homme qui la couvrait de gloire1 elle l'aimait davantage depuis qu'elle en tait moins aime4 ,n'imaginant pas qu'il pt mettre un pied audacieux sur les marches du trne sans tomber aussitt sous le poignard des rpublicains ou des royalistes1 elle voyait confondus dans une ruine commune ses enfants1 son mari1 elle-mme2 mais1 en supposant qu'il parvnt sain et sauf sur ce trne usurp1 une autre crainte assigeait son coeur3 elle n'irait pas s'y asseoir avec lui4 ,si on faisait un jour le gnral ,bonaparte roi ou empereur1 ce serait videmment sous prtexte de donner la ,france un gouvernement stable1 en le rendant hrditaire1 et malheureusement les mdecins ne lui laissaient plus l'esprance d'avoir des enfants4 ,elle se rappelait ce sujet la singulire prdiction d'une femme1 espce de pythonisse alors en vogue1 qui lui avait dit3 ,vous occuperez la premire place du monde1 mais pour peu de temps4 ,elle avait dj entendu les frres du premier consul prononcer le mot fatal de divorce4 ,l'infortune1 que les reines d',europe auraient pu envier1 ne juger de son sort que par l'clat extrieur dont elle tait entoure1 vivait dans les plus affreux soucis4 ,chaque progrs de sa fortune ajoutait des apparences son bonheur et des chagrins sa vie1 et1 si elle parvenait chapper ses peines cuisantes1 c'tait par une lgret de caractre qui la sauvait des proccupations prolonges4 ,l'attachement du gnral ,bonaparte pour elle1 ses brusqueries quand il s'en permettait1 rpares l'instant mme par des mouvements d'une parfaite bont1 finissaient aussi par la rassurer4 ,entrane d'ailleurs1 comme tous les gens de ce temps1 par un tourbillon tourdissant1 elle comptait sur le dieu des rvolutions1 sur le hasard1 et1 aprs de vives agitations1 elle revenait jouir de sa fortune4 ,elle essayait1 en attendant1 de dtourner son mari des ides d'une grandeur exagre1 osait mme lui parler des ,bourbons1 sauf essuyer des orages1 et1 malgr ses gots1 qui auraient d lui faire prfrer ,m4 de ,talleyrand ,m4 ,fouch1 elle avait pris ce dernier en gr1 parce que1 tout jacobin qu'il tait1 disait-elle1 il osait faire entendre la vrit au premier consul1 et1 ses yeux1 faire entendre la vrit au premier consul1 c'tait lui conseiller la conservation de la ,rpublique1 sauf augmenter son pouvoir consulaire4 ,,mm4 de ,talleyrand et ,fouch1 croyant se rendre plus forts en pntrant dans la famille du premier consul1 s'y introduisaient en flattant chaque ct comme il aimait tre flatt4 ,m4 de ,talleyrand cherchait complaire aux frres en disant qu'il fallait imaginer pour le premier consul une autre position que celle qu'il tenait de la ,constitution4 ,m4 ,fouch cherchait complaire madame ,bonaparte en disant que l'on commettait de graves imprudences et qu'on perdrait tout en voulant tout brusquer4 ,cette manire de pntrer dans sa famille1 d'en exciter les agitations en s'y mlant1 dplaisait singulirement au premier consul2 il le tmoignait souvent1 et1 quand il avait quelque communication faire aux siens1 il en chargeait son collgue ,cambacrs1 qui1 avec sa prudence accoutume1 entendait tout1 ne disait rien que ce qu'on lui ordonnait de dire1 et s'acquittait de ce genre de commission avec autant de mnagement que d'exactitude4 ,,xxiii ,deux chefs-d'oeuvre de narration1 l'un diplomatique1 l'autre militaire1 les ngociations de ,lunville et la victoire de ,hohenlinden par ,moreau1 enfin le trait de ,lunville1 remplissent le septime livre1 tour tour d'un conseil de cabinet et d'un champ de bataille4 ,m4 ,thiers parat sa place dans l'un comme dans l'autre2 il juge peut-tre ,moreau avec une autorit militaire qui ne conviendrait qu' ,bonaparte lui-mme1 mais il lui dcerne toute la gloire qui ne peut offusquer celle de son consul4 ,la conjuration de la machine infernale et ses consquences sont un drame d'abord tnbreux1 puis clair de son vritable jour4 ,le premier consul1 cherchant ttons la main qui a voulu le frapper1 souponne au premier moment les rpublicains terroristes1 dcouvre les royalistes1 mais1 feignant de s'y tromper encore1 frappe les jacobins d'une immense proscription4 ,les derniers murmures de la libert de tribune expirante l'inquitent dans le tribunat4 ,il ajourne sa colre1 mais elle couve contre ce vestige de la ,rpublique3 la parole et l'pe sont incompatibles4 ,l'historien1 trs-peu attentif ces agonies du gouvernement libre auquel il a d cependant la principale part de sa renomme1 semble se ranger du ct du silence4 ,ces hommes1 dit-il1 mconnaissant le mouvement gnral des esprits et le besoin du temps1 faisaient peu de sensation4 ,le public tait tout entier au spectacle des travaux immenses qui avaient procur la ,france la victoire et la paix continentale1 et qui devaient lui procurer bientt la paix maritime4 ,la mort de ,paul ,ier1 empereur de ,russie1 est un rcit digne des annales de ,rome4 ,le rgicide par assassinat1 l'assassinat politique dnouant le noeud compliqu de la situation de l',europe1 y sont des scnes d'intrieur et des scnes diplomatiques dans lesquelles le pinceau de l'historien n'a ni trembl ni pli4 ,ce beau rcit n'a pas le mrite de la nouveaut1 car il avait t dj crit par des historiens littraires d'un grand talent1 mais dans ,m4 ,thiers il est plus complet1 et1 au lieu d'tre isol comme un attentat1 il se rattache par ses causes et ses consquences la situation de l',europe tout entire4 ,le coup qui frappe ,paul ,ier au moment o il se rapproche de ,bonaparte coupe l'alliance qui s'ourdissait entre les deux puissances4 ,,xxiv ,m4 ,thiers trouve ici l'occasion de juger le plus grand homme de tribune1 de conseil et de gouvernement en ,angleterre1 ,m4 ,pitt4 ,il le juge non en historien impartial1 mais en patriote franais et en homme de parti4 ,le jugement de ,m4 ,pitt est une des rares prventions d'esprit et une des rares injustices de coeur de ,m4 ,thiers dans cette histoire4 ,il crit le portrait de ,pitt avec la rancune et le dnigrement du jacobinisme anglais1 jacobinisme aristocratique1 reprsent alors par ,shridan et par ,fox4 ,fox et ,shridan taient des orateurs d'opposition briguant une popularit patriotique aux dpens du patriotisme vritable4 ,bonaparte1 par l'inflexible bon sens de son esprit et par la vigueur toute militaire de son caractre1 n'tait pas de nature estimer ces esprits contradicteurs et embarrassants1 capables de tout contester1 incapables de rien affirmer1 tels que ,shridan1 ,tierney1 ,fox et les autres adversaires de ,m4 ,pitt2 mais1 comme ces orateurs dnigraient loquemment ,m4 ,pitt dans leurs harangues1 affectant de prconiser la paix quand le salut de leur pays commandait la guerre d',annibal ,m4 ,pitt1 ministre1 ,bonaparte feignait1 de son ct1 d'admirer ces orateurs d'opposition et de rapetisser dans ,m4 ,pitt le seul vritable grand homme qui pt lui tre oppos en ,europe4 ,m4 ,thiers1 juge lger1 superficiel et injuste cette fois1 prend ici au mot les boutades de son hros contre ,m4 ,pitt et son feint enthousiasme pour ,m4 ,fox4 ,il semble se complaire contempler les embarras1 la dcadence politique1 les revers et la mort de cet orateur accompli1 de ce patriote dsintress et de ce ministre sans rival1 qui runit en lui seul1 pendant la plus forte tempte du monde europen1 l'loquence1 la vertu civique et la vigueur indomptable du grand politique dans un pays de libert4 ,nul cependant plus que ,m4 ,thiers n'avait pu mesurer1 pendant sa longue vie parlementaire1 oratoire et ministrielle1 les qualits presque inconciliables que dut exercer ,m4 ,pitt pour gouverner un pays libre depuis son adolescence jusqu' sa mort4 ,ce jugement de ,m4 ,pitt est1 selon nous1 une des rares mais grandes dfaillances d'esprit politique dans le livre de ,m4 ,thiers4 ,ce patriotisme peut tre populaire1 mais il n'est pas historique4 ,que peut reprocher ,m4 ,thiers ,m4 ,pitt1 si ce n'est que ,m4 ,pitt n'est pas ,franais8 coutez cependant en quels termes ,m4 ,thiers ravale ce grand gnie et ce grand caractre4 ,tout cela1 dit-il en dpeignant le prtendu puisement de l',angleterre 7qui n'avait jamais t plus prospre1 plus nationale et plus envahissante en ,europe et en ,asie71 tout cela1 dit-il1 tait d l'enttement de ,m4 ,pitt et au gnie du gnral ,bonaparte4 ,la vieille fortune de ,m4 ,pitt allait1 comme celle de ,m4 ,thugut1 flchir devant la fortune naissante du gnral ,bonaparte4 ,m4 ,pitt avait eu la plus brillante destine de son sicle1 aprs celle du grand ,frdric4 ,il avait quarante-trois ans seulement1 et il comptait dj dix-sept ans de domination1 et d'une domination peu prs absolue dans un pays libre4 ,mais sa fortune tait vieille1 et celle du gnral ,bonaparte tait jeune au contraire2 elle naissait peine4 ,les fortunes se succdent dans l'histoire du monde comme les tres dans l'univers2 elles ont leur jeunesse1 leur dcrpitude et leur mort4 ,la fortune bien autrement prodigieuse du gnral ,bonaparte devait un jour succomber1 mais en attendant elle devait voir succomber sous son ascendant celle du plus grand ministre de l',angleterre44444 ,m4 ,pitt n'avait prvu ni la paix d',amiens1 ni sa courte dure444444 ,c'est l',anglais qui a le plus ha la ,france44444 ,il reculait devant une situation plus forte que son courage4 ,son toile venait de plir devant une toile naissante4 ,telles sont les mesquines prventions de ,m4 ,thiers dans ce jugement de l'administration et du gnie du ministre anglais1 quand le gnie de ce ministre se trouve en opposition aux vues trs-antibritanniques du premier consul4 ,plus tard cependant1 il faut le constater1 l'historien de #ahjf semble se repentir de son dnigrement de #ahja4 ,les pages que ,m4 ,thiers consacre la mort de ,m4 ,pitt rachtent les pages qu'il a consacres sa politique4 ,il y a l un tableau du ministre orateur et ngociateur avec les partis dans un gouvernement d'assemble souveraine qui n'a jamais pu tre crit avant nos temps reprsentatifs1 et qui ne pouvait tre crit que par un ministre tribun ayant mani lui-mme les hommes1 les choses1 les passions et les factions de cette nature complique de gouvernement4 ,on dira peut-tre1 en lisant ces pages1 que l'historien a pens lui-mme en traant le portrait du ministre reprsentatif et du chef de parti dans les assembles4 ,nous ne l'en blmons pas2 il est permis l'homme qui a consum la meilleure part de sa vie exceller la tribune et dominer au conseil1 grouper ou djouer les factions1 remuer les passions politiques qui sont les vents de sa voile2 il est permis1 disons-nous1 un tel homme de se contempler dans les autres1 ou de chercher en lui-mme le secret des mobiles qui ont dirig1 servi ou perdu les empires4 ,je ne puis rsister au plaisir de citer ces deux belles pages2 elles sont au nombre de celles qui font le plus sentir et le plus penser parmi les innombrables repos de ce livre1 repos toujours courts1 o ,m4 ,thiers ne s'arrte que pour respirer2 mais1 tout en respirant1 il pense4 ,pour jouir de toute sa gloire1 dit-il1 ,napolon n'aurait eu qu' passer le dtroit1 et couter ce qu'on y disait de lui1 de son gnie1 de sa fortune6 ,tristes vicissitudes de ce monde6 ce que ,m4 ,pitt essuyait cette poque1 ,napolon devait l'essuyer plus tard1 et avec une grandeur d'injustice et de passion proportionne la grandeur de son gnie et de sa destine4 ,vingt-cinq ans de luttes parlementaires1 luttes dvorantes qui usent l'me et le corps1 avaient ruin la sant de ,m4 ,pitt4 ,une maladie hrditaire1 que le travail1 les fatigues et ses derniers chagrins avaient rendue mortelle1 venait de causer sa fin prmature1 le #bc janvier #ahjf4 ,il tait mort l'ge de quarante-sept ans1 aprs avoir gouvern son pays1 pendant plus de vingt annes1 avec autant de pouvoir qu'on en peut exercer dans une monarchie absolue2 et cependant il vivait dans un pays libre1 il ne jouissait pas de la faveur de son roi1 il avait conqurir les suffrages de l'assemble la plus indpendante de la terre6 ,si on admire ces ministres qui1 dans les monarchies absolues1 savent enchaner longtemps la faiblesse du prince1 l'instabilit de la cour1 et rgner au nom de leur matre sur un pays asservi1 quelle admiration ne doit-on pas prouver pour un homme dont la puissance1 tablie sur une nation libre1 a dur vingt annes6 ,les cours sont bien capricieuses sans doute3 elles ne le sont pas plus que les grandes assembles dlibrantes4 ,tous les caprices de l'opinion1 excits par les mille stimulants de la presse quotidienne1 et rflchis dans un parlement o ils prennent l'autorit de la souverainet nationale1 composent cette volont mobile1 tour tour servile ou despotique1 qu'il est ncessaire de captiver pour rgner soi-mme sur cette foule de ttes qui prtendent rgner6 ,il faut1 pour y dominer1 outre cet art de la flatterie1 qui procure des succs dans les cours1 cet art si diffrent de la parole1 quelquefois vulgaire1 quelquefois sublime1 qui est indispensable pour se faire couter des hommes runis2 il faut encore1 ce qui n'est pas un art1 ce qui est un don1 ce caractre avec lequel on parvient braver et contenir les passions souleves4 ,toutes ces qualits naturelles ou acquises1 ,m4 ,pitt les possda au plus haut degr4 ,jamais1 dans les temps modernes1 on ne trouva un plus habile conducteur d'assemble4 ,expos pendant un quart de sicle la vhmence entranante de ,m4 ,fox1 aux sarcasmes poignants de ,m4 ,shridan1 il se tint debout avec un imperturbable sang-froid1 parla constamment avec justesse1 propos1 sobrit1 et1 quand la voix retentissante de ses adversaires venait se joindre la voix plus puissante encore des vnements2 quand la ,rvolution franaise1 dconcertant sans cesse les hommes d'tat1 les gnraux les plus expriments de l',europe1 jetait au milieu de sa marche ou ,fleurus1 ou ,zurich1 ou ,marengo1 il sut toujours contenir par la fermet1 par la convenance de ses rponses1 les esprits mus du parlement britannique4 ,et c'est en cela surtout que ,m4 ,pitt fut remarquable2 car il n'eut1 comme nous l'avons dit ailleurs1 ni le gnie organisateur1 ni les lumires profondes de l'homme d'tat4 l'exception de quelques institutions financires d'un mrite contest1 il ne cra rien en ,angleterre2 il se trompa souvent sur les forces relatives de l',europe1 sur la marche des vnements2 mais il joignit aux talents d'un grand orateur politique l'amour ardent de son pays1 la haine passionne de la ,rvolution franaise4 ,il faut au gnie des passions pour qu'il ait de la puissance4 ,reprsentant en ,angleterre1 non pas de l'aristocratie nobiliaire1 mais de l'aristocratie commerciale1 qui lui prodigua ses trsors par la voie des emprunts1 il rsista la grandeur de la ,france et la contagion des dsordres dmagogiques avec une persvrance inbranlable1 et maintint l'ordre de son pays sans en diminuer la libert4 ,il le laissa charg de dettes1 il est vrai1 mais tranquille possesseur des mers et des ,indes4 ,il usa et abusa des forces de l',angleterre1 mais elle tait le second pays de la terre quand il mourut1 et le premier huit ans aprs sa mort4 ,et quoi seraient bonnes les forces des nations1 sinon essayer de dominer les unes sur les autres8 ,les vastes dominations sont dans les desseins de la ,providence4 ,ce qu'un homme de gnie est une nation1 une grande nation l'est l'humanit4 ,les grandes nations civilisent1 clairent le monde1 et le font marcher plus rapidement dans toutes les voies2 seulement il faut leur conseiller d'unir la force la prudence1 qui fait russir la force1 et la justice1 qui l'honore4 ,m4 ,pitt1 si heureux pendant dix-huit ans1 fut malheureux dans les derniers jours de sa vie4 ,nous fmes vengs1 nous ,franais1 de ce cruel ennemi1 car il put nous croire victorieux pour jamais1 il put douter de l'excellence de sa politique et trembler pour l'avenir de sa patrie4 ,c'tait l'un de ses plus mdiocres successeurs1 lord ,castlereagh1 qui devait jouir de nos dsastres4 ,au milieu des accusations les plus diverses1 les plus violentes1 ,m4 ,pitt eut la bonne fortune de ne point voir son intgrit attaque4 ,il vcut de ses moluments1 qui taient considrables1 et1 sans qu'il ft pauvre1 passa pour l'tre4 ,lorsqu'on annona sa mort1 l'un des membres de la vieille majorit ministrielle proposa de payer ses dettes4 ,cette proposition1 prsente au parlement et accueillie avec respect1 fut combattue par ses anciens amis1 devenus ses ennemis1 et notamment par ,m4 ,windham1 qui avait t si longtemps son collgue au ministre4 ,son antagoniste1 ,m4 ,fox1 refusa d'y adhrer1 mais avec douleur4 ,j'honore1 s'cria-t-il avec un accent qui remua l'assemble des ,communes1 j'honore mon illustre adversaire1 et je regarde comme la gloire de ma vie d'avoir t quelquefois appel son rival2 mais j'ai combattu vingt ans sa politique1 et que dirait de moi la gnration prsente si elle me voyait accueillir une proposition dont on veut faire le dernier et le plus clatant hommage cette politique1 que j'ai crue1 que je crois encore funeste pour l',angleterre8 ,tout le monde comprit le vote de ,m4 ,fox et applaudit la noblesse de son langage4 ,quelques jours aprs1 la proposition ayant pris un autre caractre1 le parlement vota1 l'unanimit1 #ej1jjj livres sterling 7#a1bej1jjj fr47 pour payer les dettes de ,m4 ,pitt4 ,on dcida qu'il serait enseveli ,westminster4 ,arrtons-nous l un instant1 avant de reprendre cette route immense o ,m4 ,thiers conduit son lecteur par le fil des vnements avec une clart de vue1 une sret de marche et une universalit de science historique qui entranent sans cesse sans jamais lasser4 ,ce livre1 c'est l'univers pendant un quart de sicle4 ,celui qui l'a bien lu sait le monde1 celui qui a os l'entreprendre et qui a russi l'crire est plus qu'un crivain2 c'est la plume qui court et qui grave1 arrache l'aile du temps1 pour terniser le temps lui-mme4 ,le ,concordat et la mort du duc d',enghien nous attendent4--,respirons4 ,,lamartine4 7,la suite au mois prochain47 ,x,l,ve ,,entretien4 ,,examen ,,critique ,,de ,l',,histoire ,,de ,l',,empire1 ,,par ,m4 ,,thiers4 7#b;e ,,partie47 ,i l'exception du pouvoir civil emport la pointe de l'pe au #ah brumaire par un gnral qui mettait la victoire au-dessus de la loi et qui rduisait tous les droits au droit de la force1 nous avons admir jusqu'ici la savante exposition et la profonde sagacit d'esprit de ,m4 ,thiers4 ,nous allons regret nous sparer de son sens historique dans deux graves circonstances trs-bien racontes1 mais mal juges par lui1 selon nous3 le ,concordat de #ahja et la mort du duc d',enghien4 ,plus nous louons ce travail unique sur les vnements de notre temps par l'crivain qui semble avoir t aussi providentiellement prdestin les crire que ,bonaparte fut prdestin les accomplir1 plus nous devons prmunir avec sollicitude l'opinion contre les dfauts de sens et contre les dfauts de sensibilit qui font tache1 et qui pourraient faire loi un jour dans ce magnifique fonds d'histoire2 vicier l'esprit1 c'est une faute de logique2 mais endurcir le coeur1 c'est pire qu'une faute chez un historien4 ,nous allons donc discuter en quelques mots1 avec nos lecteurs1 ces deux chapitres de l'histoire de ,m4 ,thiers1 afin de rtablir1 autant qu'il est en nous1 les vrais principes de la raison moderne en matire de culte et les vrais sentiments du coeur humain en fait de mort politique4 ,il n'est pas ncessaire de dire avec quelle mesure nous discuterons ces deux faux actes du premier ,consul1 ces deux faux jugements de son historien4 ,la vrit n'a pas besoin de la violence des paroles4 ,,ii ,m4 ,thiers commence son douzime livre par une exposition raisonne1 trs-bien raisonne dans quelques pages1 trs-mal raisonne dans quelques autres pages1 de la situation de la religion en ,france en #ahja4 ,le premier ,consul1 dit-il1 aurait voulu que le jour anniversaire du #ah brumaire1 consacr clbrer la rconciliation de la ,france avec l',europe1 pt l'tre aussi clbrer la rconciliation de la ,france avec l'glise4 ,il avait fait les plus grands efforts pour que les ngociations avec le saint-sige fussent termines en temps utile1 et que les crmonies religieuses vinssent se mler aux ftes populaires4 ,mais il est encore moins facile de traiter avec les puissances spirituelles qu'avec les puissances temporelles1 car les batailles gagnes n'y suffisent pas1 et c'est l'honneur de la pense humaine de ne pouvoir tre vaincue que par la force accompagne de la persuasion4 ,c'est ce difficile travail de la persuasion jointe la force que le vainqueur de ,rivoli et de ,marengo avait entrepris auprs de l'glise romaine pour la rconcilier avec la ,rpublique franaise4 ,la ,rvolution1 comme nous l'avons dj dit bien des fois1 avait dpass le but en beaucoup de choses2 la ramener en arrire1 quant ces choses seulement1 et pas plus en de qu'au del du but1 tait une raction lgitime1 salutaire1 que le premier ,consul avait entreprise1 et qu'alors il rendait admirable par la sagesse et l'habilet des moyens qu'il y employait4 ,la religion tait videmment une des choses l'gard desquelles la ,rvolution avait dpass toutes les bornes justes et raisonnables2 nulle part il n'y avait autant rparer4 ,il avait exist sous l'ancienne monarchie un clerg puissant1 en possession d'une grande partie du sol1 ne supportant aucune des charges publiques1 faisant seulement1 quand il lui plaisait1 des dons volontaires au trsor royal1 constitu en pouvoir politique1 et formant l'un des trois ordres qui1 dans les tats gnraux1 exprimaient les volonts nationales4 ,la ,rvolution avait emport le clerg avec sa fortune1 son influence et ses privilges2 elle l'avait emport avec la noblesse1 les parlements et le trne lui-mme4 ,un clerg propritaire et constitu en pouvoir politique pouvait convenir dans la socit du moyen ge1 tre utile alors la civilisation2 mais il tait inadmissible au dix-huitime sicle4 ,l',assemble constituante avait bien fait de mettre la place un clerg vou uniquement aux fonctions du culte1 tranger aux dlibrations de l'tat1 salari au lieu d'tre propritaire2 mais c'tait exiger beaucoup du saint-sige que de lui demander l'approbation de tels changements4 ,si on voulait russir1 il fallait s'en tenir l1 et ne pas lui fournir un prtexte lgitime de dire qu'on attaquait la religion elle-mme dans ce qu'elle avait d'immuable et de sacr4 notre tour de raisonner4 ,,iii ,sous le ,directoire la proscription avait cess1 les diffrents clergs professaient librement chacun leur foi1 et1 se faisant une libre concurrence par la persuasion dans l'esprit des populations chrtiennes1 taient galement inviolables dans l'exercice purement spirituel de leur ministre4 ,il n'y avait plus1 en un mot1 ni perscution1 ni faveur1 ni religion d'tat3 vritable condition de la libert des mes dans l'impartial et inviolable exercice de leur loi religieuse1 indpendante de la loi politique2 situation sous laquelle nous voyons fleurir dans le vaste continent amricain1 comme en ,irlande1 en ,orient1 en ,hollande1 en ,helvtie1 la religion d'autant plus sainte qu'elle est moins humaine4 ,rgulariser cette situation en ,france par des lois protectrices de cette inviolabilit des consciences2 mnager la transition entre le clerg de l'tat violemment dpossd et le clerg des fidles rtribu par les fidles au moyen d'indemnits viagres comme celles qui sont quitablement dues toute dpossession soudaine2 tablir la paix par la libert1 c'tait l la pense du sicle1 le voeu de la raison1 l'honneur de la religion vritable4 ,si le premier ,consul avait eu l'ombre de philosophie dans sa politique1 c'tait l le seul concordat qu'il y et faire entre ,rome et lui4 ,ce concordat tait en deux articles4 ,comme puissance temporelle1 je vous reconnais et je respecte votre souverainet en tant que vos sujets eux-mmes la reconnaissent2 comme puissance spirituelle1 les catholiques franais vous reconnatront d'eux-mmes librement1 sans aucune intervention de l'tat dans le domaine de la conscience4 ,l'tat est humain1 la foi est divine2 ils ne peuvent se toucher sans s'altrer dans leur nature entirement distincte4 ,l'me des fidles vous appartient1 la police des cultes seule est de mon ressort1 parce que la police extrieure des cultes est chose temporelle et qu'elle touche la socit civile2 mais ces rglements purement civils ne s'immiscent en rien dans les dogmes purement spirituels4 ,c'tait videmment cette lgislation rationnelle des cultes que la raison1 la philosophie et la ,rvolution avaient aspir depuis plusieurs sicles1 et c'est encore cela qu'elles aspirent1 comme la libert de ,dieu dans les mes et comme la libert des mes dans l'tat4 ,jamais le pouvoir civil et l'autorit religieuse ne concluront un pacte appel concordat sans qu'il y ait quelque chose de ,dieu concd au pouvoir civil1 quelque chose de la sainte libert des mes concd au pouvoir spirituel4 ,religion d'tat veut dire partout oppression de ,dieu ou oppression de l'homme3 ou le citoyen possde le prtre1 ce qui est un sacrilge1 ou le prtre possde le citoyen1 ce qui est une simonie4 ,il n'y a pas de doute que1 quand le premier ,consul discutait huis clos cette question vitale pour la ,rvolution avec ses conseillers d'tat1 il professait comme eux les principes que nous venons d'exposer sur les concordats4 ,bien que ses instincts fussent1 dit-on1 vaguement religieux comme ceux des hommes qui ont plus d'infini que les autres dans une plus grande me1 il ne professait jusque-l aucun dogme1 ou plutt il avait dcrt publiquement au ,caire1 en exaltant l'islamisme1 qu'il les professait tous4 ,ce respect gal affichait assez une gale indiffrence1 pour ne pas dire un gal ddain4 ,mais le premier ,consul1 prcisment parce qu'il n'tait pas assez religieux1 voulait avoir extrieurement sous la main une religion politique4 ,il est bien plus commode1 en effet1 un chef d'tat1 dans un temps d'oscillation des croyances1 de rgir un seul culte que d'en rgir plusieurs2 il est plus simple aussi de faire alliance avec un seul pontife et avec un seul clerg1 pour lui emprunter et pour lui prter force1 que de flotter sur plusieurs religions qui1 toutes occupes de lutter entre elles1 ne prsentent aucun point d'appui solide une royaut ou une dictature4 ,au point de vue purement humain1 cela est incontestable2 au point de vue divin1 cela n'est rien moins que religieux4 ,le premier ,consul1 dans cette ngociation dont ,m4 ,thiers lui fait gloire comme s'il et t inspir dans son oeuvre de ,charlemagne par l'esprit mme du christianisme1 n'avait donc nullement la religion du chrtien2 il avait la religion de l'homme d'tat4 ,c'est cette religion de l'homme d'tat que ,m4 ,thiers professe dix fois lui-mme avec un esprit plus hautain que juste dans le rcit et dans la discussion du ,concordat4 ,il le raconte et il le discute1 qu'il nous permette de le lui dire1 non pas comme ,bossuet ou ,fnelon l'auraient fait1 mais comme ,machiavel l'aurait racont et discut4 ,ces pages sont des chapitres du livre du ,prince2 elles enseignent aux fondateurs de dynasties nouvelles comment1 pour caresser les habitudes d'esprit d'un peuple1 ces princes doivent1 sous le masque d'une religion qu'ils ne professent pas eux-mmes de coeur1 se jouer de la religion vritable1 insparable de sincrit et de foi1 en rendant au peuple une religion d'tat avec ses privilges et ses appareils exclusifs comme un spectacle pour les yeux au lieu d'un aliment de l'me4 coutez plutt ,m4 ,thiers lui-mme sur ce sujet1 et remarquez de combien de contradictions inaperues son sophisme historique se compose sous l'apparente justesse des paroles4 ,jamais1 selon nous1 la religion de l'homme d'tat ne se montra plus ddaigneuse de la religion des fidles4 ,les prtendus chrtiens qui se dclarent satisfaits de pareilles thories religieuses ne sont pas exigeants en profession de foi ni mme en politesses de paroles envers la divinit des cultes4 coutez ,m4 ,thiers4 ,,iv ,il faut une croyance religieuse1 il faut un culte toute association humaine4 ,l'homme1 jet au milieu de cet univers1 sans savoir d'o il vient1 o il va1 pourquoi il souffre1 pourquoi mme il existe1 quelle rcompense ou quelle peine recevront les longues agitations de sa vie3 assig des contradictions de ses semblables1 qui lui disent1 les uns qu'il y a un ,dieu1 auteur profond et consquent de toutes choses1 les autres qu'il n'y en a pas2 ceux-ci1 qu'il y a un bien1 un mal1 qui doivent servir de rgle sa conduite2 ceux-l1 qu'il n'y a ni bien ni mal1 que ce sont l les inventions intresses des grands de la terre2 l'homme1 au milieu de ces contradictions1 prouve le besoin imprieux1 irrsistible1 de se faire sur tous ces objets une croyance arrte4 ,vraie ou fausse1 sublime ou ridicule1 il s'en fait une4 ,partout1 en tout temps1 en tout pays1 dans l'antiquit comme dans les temps modernes1 dans les pays civiliss comme dans les pays sauvages1 on le trouve au pied des autels1 les uns vnrables1 les autres ignobles ou sanguinaires4 ,quand une croyance tablie ne rgne pas1 mille sectes1 acharnes la dispute1 comme en ,amrique1 mille superstitions honteuses1 comme en ,chine1 agitent ou dgradent l'esprit humain4 ,ou bien1 si1 comme en ,france en #ic1 une commotion passagre a emport l'antique religion du pays1 l'homme1 l'instant mme o il avait fait voeu de ne plus rien croire1 se dment aprs quelques jours1 et le culte insens de la desse ,raison1 inaugur ct de l'chafaud1 vient prouver que ce voeu tait aussi vain qu'il tait impie4 en juger donc par sa conduite ordinaire et constante1 l'homme a besoin d'une croyance religieuse4 ,ds lors1 que peut-on souhaiter de mieux une socit civilise qu'une religion nationale1 fonde sur les vrais sentiments du coeur humain1 conforme aux rgles d'une morale pure1 consacre par le temps1 et qui1 sans intolrance et sans perscution1 runisse1 sinon l'universalit1 au moins la grande majorit des citoyens1 au pied d'un autel antique et respect8 ,une telle croyance1 on ne saurait l'inventer quand elle n'existe pas depuis des sicles4 ,les philosophes1 mme les plus sublimes1 peuvent crer une philosophie1 agiter par leur science le sicle qu'ils honorent3 ils font penser1 ils ne font pas croire4 ,un guerrier couvert de gloire peut fonder un empire1 il ne saurait fonder une religion4 ,que1 dans les temps anciens1 des sages1 des hros1 s'attribuant des relations avec le ciel1 aient pu soumettre l'esprit des peuples et lui imposer une croyance1 cela s'est vu4 ,mais1 dans les temps modernes1 le crateur d'une religion serait tenu pour un imposteur2 et1 entour de terreur comme ,robespierre1 ou de gloire comme le jeune ,bonaparte1 il aboutirait uniquement au ridicule4 ,on n'avait rien inventer en #ahjj4 ,cette croyance pure1 morale1 antique1 existait2 c'tait la vieille religion du ,christ1 ouvrage de ,dieu suivant les uns1 ouvrage des hommes suivant les autres1 mais1 suivant tous1 oeuvre profonde d'un rformateur sublime2 rformateur comment pendant dix-huit sicles par les conciles1 vastes assembles des esprits minents de chaque poque1 occupes discuter1 sous le titre d'hrsies1 tous les systmes de philosophie1 adoptant successivement sur chacun des grands problmes de la destine de l'homme les opinions les plus plausibles1 les plus sociales1 les adoptant1 pour ainsi dire1 la majorit du genre humain2 arrivant enfin produire ce corps de doctrine invariable1 souvent attaqu1 toujours triomphant1 qu'on appelle unit catholique1 et au pied duquel sont venus se soumettre les plus beaux gnies6 ,elle existait1 cette religion1 qui avait rang sous son empire tous les peuples civiliss1 form leurs moeurs1 inspir leurs chants1 fourni le sujet de leurs posies1 de leurs tableaux1 de leurs statues1 empreint sa trace dans tous leurs souvenirs nationaux1 marqu de son signe leurs drapeaux tour tour vaincus ou victorieux6 ,elle avait disparu un moment dans une grande tempte de l'esprit humain2 mais1 la tempte passe1 le besoin de croire revenu1 elle s'tait retrouve au fond des mes1 comme la croyance naturelle et indispensable de la ,france et de l',europe4 ,quoi de plus indiqu1 de plus ncessaire en #ahjj que de relever cet autel de saint ,louis1 de ,charlemagne et de ,clovis1 un instant renvers8 ,le gnral ,bonaparte1 qui et t ridicule s'il avait voulu se faire prophte ou rvlateur1 tait dans le vrai rle que lui assignait la ,providence1 en relevant de ses mains victorieuses cet autel vnrable1 en y ramenant par son exemple les populations quelque temps gares4 ,et il ne fallait pas moins que sa gloire pour une telle oeuvre6 ,de grands gnies1 non pas seulement parmi les philosophes1 mais parmi les rois1 ,voltaire et ,frdric1 avaient dvers le mpris sur la religion catholique et donn le signal des railleries pendant cinquante annes4 ,le gnral ,bonaparte1 qui avait autant d'esprit que ,voltaire1 plus de gloire que ,frdric1 pouvait seul1 par son exemple et ses respects1 faire tomber les railleries du dernier sicle4 ,sur ce sujet1 il ne s'tait pas lev le moindre doute dans sa pense4 ,ce double motif de rtablir l'ordre dans l'tat et la famille1 et de satisfaire au besoin moral des mes1 lui avait inspir la ferme rsolution de remettre la religion catholique sur son ancien pied1 sauf les attributions politiques1 qu'il regardait comme incompatibles avec l'tat prsent de la socit franaise4 ,est-il besoin1 avec des motifs tels que ceux qui le dirigeaient1 de chercher s'il agissait par une inspiration de la foi religieuse1 ou bien par politique ou par ambition8 ,il agissait par sagesse1 c'est--dire par suite d'une profonde connaissance de la nature humaine1 cela suffit4 ,le reste est un mystre1 que la curiosit1 toujours naturelle quand il s'agit d'un grand homme1 peut chercher pntrer1 mais qui importe peu4 ,il faut dire cependant1 cet gard1 que la constitution morale du gnral ,bonaparte le portait aux ides religieuses4 ,une intelligence suprieure est saisie1 proportion de sa supriorit mme1 des beauts de la cration4 ,c'est l'intelligence qui dcouvre l'intelligence dans l'univers1 et un grand esprit est plus capable qu'un petit de voir ,dieu travers ses oeuvres4 ,le gnral ,bonaparte controversait volontiers sur les questions philosophiques et religieuses avec ,monge1 ,lagrange1 ,laplace1 savants qu'il honorait et qu'il aimait1 et les embarrassait souvent1 dans leur incrdulit1 par la nettet1 la vigueur originale de ses arguments4 cela il faut ajouter encore que1 nourri dans un pays inculte et religieux1 sous les yeux d'une mre pieuse1 la vue du vieil autel catholique veillait chez lui les souvenirs de l'enfance1 toujours si puissants sur une imagination sensible et grande4 ,quant l'ambition1 que certains dtracteurs ont voulu donner comme unique motif de sa conduite en cette circonstance1 il n'en avait pas d'autre alors que de faire le bien en toutes choses1 et sans doute1 s'il voyait comme rcompense de ce bien accompli une augmentation de pouvoir1 il faut le lui pardonner4 ,c'est la plus noble1 la plus lgitime ambition1 que celle qui cherche fonder son empire sur la satisfaction des vrais besoins des peuples4 ,v ,nous citons ces pages parce qu'elles sont trs-belles d'expression et de sentiment1 les plus belles peut-tre que l'historien politique ait crites dans sa vie2 mais1 en admirant la haute porte de ces vues d'homme d'administration et de ce style d'homme de discipline civile1 peut-on se dissimuler la simonie des ides 7si on tolre cette expression7 qui clate dans la pense8 ,s'il s'agissait pour le premier ,consul de fltrir l'impit1 ce parricide moral de l'humanit2 de relever le sentiment religieux1 cette pit filiale de l'esprit humain dans l'me du peuple2 de faire respecter1 honorer1 vnrer sous toutes ses formes sincres les cultes libres qui sont les actes volontaires et spontans de cette pit du coeur humain1 et qui1 en rappelant sans cesse l'homme sa source et sa fin1 sont sa filiation divine1 sa noblesse entre les cratures1 sa conscience1 sa morale1 sa vertu1 sa consolation1 son esprance1 rien ne serait plus plausible que l'argumentation de ,m4 ,thiers dans ce prambule au ,concordat4 ,mais s'il s'agissait simplement pour le premier ,consul de donner au peuple une religion d'tat qu'il ne professait lui-mme ni d'esprit ni de coeur2 de faire1 au nom de cette religion d'tat1 toute politique ses yeux et nullement religieuse1 une alliance exclusive avec le souverain pontife de cette religion pour lui assurer les mes de ses peuples1 la charge par le souverain pontife de lui assurer lui-mme leur obissance au nom du ,dieu dont il est le ministre1 il est impossible de conserver du respect devant les loges prodigus par ,m4 ,thiers une pareille ngociation1 et de ne pas rougir pour les hommes d'un pareil commerce1 o un souverain vend et livre la foi de son peuple en change d'un droit divin de gouvernement qu'on lui concde2 aucune plume sincre ne peut appeler ici religion ce qui est politique1 conviction ce qui est feinte1 et vertu ce qui est trafic4 ,or l'historien1 dans ses propres phrases la louange de cet acte1 rvle la nature vraie de cet acte chaque mot4 ,qu'est-ce1 en effet1 que cette dclaration d'gale estime ou d'gal ddain pour les religions ncessaires1 selon ,m4 ,thiers1 l'homme8 ,vraie ou fausse1 sublime ou ridicule1 il en faut une4 ,qu'est-ce que cette dclaration de la ncessit de maintenir par la force des gouvernements l'unit des religions tablies8 ,quand une croyance tablie ne rgne pas1 mille superstitions s'tablissent1 mille sectes acharnes la dispute1 comme en ,amrique1 etc4 ,ds lors que peut-on souhaiter de mieux qu'une religion nationale8 ,remarquez que l'historien ne dit pas une religion vraie ou une religion divine2 il dgrade hardiment dans cette expression la religion 7institution divine ou rien7 jusqu'au rang de simple institution nationale4 ,il substitue la nation ,dieu et la loi de police des cultes la conscience1 sige unique de la foi4 ,qu'est-ce enfin que cette ambition qu'il faut pardonner au premier ,consul1 puisque1 dit l'historien1 c'est la plus noble et la plus lgitime des ambitions que celle qui cherche fonder son empire sur la satisfaction des vrais besoins du peuple8 ,or1 les vrais besoins du peuple qui venait d'accomplir la plus grande transformation des temps modernes1 pour tablir la libert des consciences et l'galit des croyances personnelles devant les lois et devant ,dieu2 ces vrais besoins des peuples taient-ils de reconstituer aussitt aprs1 au lieu de la religion volontaire et d'autant plus efficace qu'elle est plus volontaire1 une religion d'tat garantie un souverain de la foi par un souverain des armes1 investie de privilges dont chacun tait une limite la libert des autres cultes8 ,ces vrais besoins des peuples taient-ils de remettre ,dieu dans la loi1 le prtre1 magistrat de la foi1 dans la dpendance du magistrat civil1 le magistrat civil dans la dpendance du prtre1 le fidle dans le citoyen1 le citoyen dans le fidle1 une partie de la religion dans la loi1 une autre partie hors la loi1 et de rebtir ainsi1 au profit1 non de la religion des peuples1 mais l'usage et au profit de la souverainet civile1 cette ,babel de foi et de loi1 de ,dieu et de l'homme1 de servitude et de rvolte1 de tolrance de l'erreur et d'intolrance de la vrit1 qu'on appelle un concordat8 ,nous le laissons dire ceux qui ont la religion de la foi1 et non la religion d'tat1 dans le coeur4 ,cette prtendue religion de la raison d'tat est1 selon nous1 la drision de la pit sincre2 l'histoire de ,m4 ,thiers pervertirait ici la morale ternelle1 si on n'en signalait pas le sophisme et le danger aux hommes4 ,cela dit sur le principe mme de ce ,concordat de #ahja1 nous ne taririons pas en loges sur la belle tude diplomatique dans laquelle ,m4 ,thiers1 aid sans doute par les innombrables documents de nos archives1 a droul1 clair1 simplifi1 dramatis1 pour les esprits les plus minutieux1 cette longue et pineuse ngociation4 ,si toutes les ngociations entre les tats taient compulses et crites ainsi par un crivain aussi rudit1 la diplomatie1 exhume de ses cartons par une main cratrice1 serait elle seule la plus complte et la plus lumineuse des histoires4 ,l'rudition recevrait la vie par la main du talent4 ,ce genre d'histoire par les documents bien retrouvs1 bien exposs1 bien discuts1 se rvle ici pour la premire fois au monde4 ,c'est une nouveaut et une cration2 cette nouveaut et cette cration porteront le nom de ,m4 ,thiers4 ,,vi ,le treizime livre n'offre rien l'imagination et la pense que ces lieux communs de toutes les annales1 ces dtails d'administration qui1 en temps calmes1 servent de transition d'un vnement l'autre4 ,m4 ,thiers y excelle parce qu'il approfondit jusqu'aux minuties4 ,c'est en creusant qu'on trouve l'intrt au fond de l'histoire3 celui qui voit tout s'intresse tout4 ,on ne peut reprendre dans ce rcit de quelques mois de paix que deux ou trois jugements qui manquent de justesse parce qu'ils manquent d'impartialit4 ,ainsi ,m4 ,thiers1 passionn pour son hros1 veut lui donner la fois1 contre sa nature1 les honneurs du libralisme et les honneurs du despotisme4 ,il affecte de croire que le premier ,consul tait un partisan et un admirateur de ,m4 ,fox1 l'orateur d'opposition par excellence1 venu ,paris pour admirer de plus prs la dictature4 ,c'est mconnatre la fois le gnie du premier ,consul et le gnie de ,m4 ,fox4 ,m4 ,thiers ici fait tort1 selon nous1 au bon sens gouvernemental de son hros1 comme il fait tort la sincrit de ,m4 ,fox4 ,que pouvait-il y avoir de commun entre un jeune soldat qui venait d'touffer la dernire tincelle de libert reprsentative dans son pays1 et qui mditait dj la suppression du ,tribunat1 comme il avait accompli l'asservissement par l'pe du ,corps lgislatif1 et le tribun aristocratique et quelquefois dmagogique de l',angleterre1 qui avait inocul par tous ses discours les doctrines et mme les anarchies de la ,rvolution franaise son pays8 ,que pouvait-il y avoir de sincre dans ces politesses de fausse admiration entre l'homme d'tat de l'ordre excessif1 du pouvoir absolu1 et entre l'orateur de la libert sans limite1 de la souverainet des clubs1 de l'anarchie dsarme ou mme arme contre la monarchie8 ,l'homme du #ah brumaire ne pouvait ni estimer politiquement ni aimer ,m4 ,fox1 homme de #agib4 ,il pouvait le flatter et le grandir par ses flatteries officielles1 pour grandir en lui un principe loquent d'opposition et de dsordre en ,angleterre4 ,c'est ce qu'il faisait ,paris1 en affectant l'estime pour un gnie de parole dont il mprisait au fond les doctrines4 ,le vritable homme d'tat de l',angleterre1 aux yeux du premier ,consul1 c'tait ,m4 ,pitt2 mais il ne lui convenait pas de le dire1 parce que ,m4 ,pitt tait1 pour l',angleterre libre1 l'homme de salut2 ,m4 ,fox n'tait que l'homme de bruit4 ,l'historien du premier ,consul a trop de perspicacit pour s'y tromper4 ,il nous semble donc ici faire pour son hros prcisment ce que son hros faisait pour ,m4 ,fox3 il ne le juge pas1 il le flatte4 ,la prtendue admiration du premier ,consul pour l'agitateur anglais serait de la candeur par trop nave si elle n'tait pas de la diplomatie par trop raffine4 ,ici ,m4 ,thiers se souvient trop1 en crivant ces pages1 de ce sophisme de situation qui a tu en quinze ans le gouvernement des ,bourbons par sa plume2 il confond dans le premier ,consul le got hroque du despotisme et le got populaire de la libert1 afin de lui donner1 selon les besoins de l'opposition1 qui vit de sophismes1 la popularit du dictateur et la popularit du libral de #ahcj3 hermaphrodisme politique ncessaire la mmoire du hros avec lequel on voulait faire une double guerre aux ,bourbons4 ,mais ce n'est plus l de l'histoire1 c'est de la tactique2 cette tactique peut tre profitable ceux qui l'emploient la tribune ou dans le journalisme1 elle est dplace dans le rcit4 ,il n'y eut jamais1 en ralit1 deux esprits plus antipathiques en matire de gouvernement que l'esprit droit1 ferme1 absolu du premier ,consul1 et l'esprit oratoire1 contradictoire et ambulatoire du chef de l'opposition britannique1 ,m4 ,fox2 l'un fait pour absorber nergiquement tous les droits et toutes les volonts dans le droit et dans la volont d'un seul2 l'autre cr pour dbattre loquemment1 mais vainement1 le pour et le contre1 pour saper tous les gouvernements et pour voir des ennemis dans tous les ministres du pouvoir4 ,parler de l'admiration sincre de ces deux hommes l'un pour l'autre c'est les mal comprendre ou c'est les dfigurer4 ,conserver la fidlit des caractres1 laisser chacun son vice et sa vertu propre1 c'est la loi de l'histoire comme c'est la loi du drame4 ,l'histoire1 autrement1 manque de vrit1 et le drame manque de vraisemblance4 ,,vii ,on voit percer ds ce temps-l l'opposition civile dans quelques snateurs rests fidles1 malgr ses excs et ses revers1 l'esprit philosophique qui avait couv la rvolution de #aghi2 ceux-l voulaient au moins en sauver les vrits du naufrage de tant d'illusions et du sang de #agic4 ,c'est contre ce petit nombre d'mes libres et stoques1 quoique modres1 que le premier ,consul clate en impatience et qu'il invente le mot d'idologues1 comme l'injure la plus expressive qu'on puisse adresser des hommes qui font abstraction de l'exprience en matire de gouvernement4 ,l'opposition militaire1 qui commence aussi poindre1 se groupe et se personnifie autour de ,moreau1 le seul rival de gloire qu'on puisse lever en face du premier ,consul4 ,m4 ,thiers1 juste cette fois1 et juste parce qu'il est svre1 caractrise vigoureusement cette tendance de la mdiocrit jalouse se crer des idoles plus grandes que nature pour les opposer aux vritables supriorits intellectuelles de leur temps4 ,moreau1 dit-il1 depuis la campagne d',autriche1 dont il devait le succs1 du moins en partie1 au premier ,consul1 qui lui avait donn commander la plus belle arme de la ,france1 ,moreau passait pour le second gnral de la ,rpublique4 ,au fond1 personne ne se trompait sur sa valeur3 on savait bien que c'tait un esprit mdiocre1 incapable de grandes combinaisons et entirement dpourvu de gnie politique2 mais on s'appuyait sur ses qualits relles de gnral sage1 prudent et vigoureux1 pour en faire un capitaine suprieur et capable de tenir tte au vainqueur de l',italie et de l'gypte4 ,les partis ont un merveilleux instinct pour dcouvrir les faiblesses des hommes minents4 ,ils les flattent ou les offensent tour tour1 jusqu' ce qu'ils aient trouv l'issue par laquelle ils peuvent pntrer dans leur coeur1 pour y introduire leur poison4 ,c'est ainsi que l'historien nous prpare de loin au grand procs politique dans lequel ,moreau descendit de sa gloire au rang de complice de ,georges et de ,pichegru1 et plus tard au rang de transfuge combattant contre sa patrie pour se venger d'un juste exil4 ,,viii ,la cration d'une rpublique lombarde en ,italie1 cration prcaire1 mais bien moins nuisible la ,france que l'agrandissement si dangereux du ,pimont1 voisin la fois rvolutionnaire1 militaire et monarchique1 fut sagement mais vainement combattue par ,m4 de ,talleyrand4 ,ce ministre n'y voyait qu'un principe d'agitation perptuelle1 menaante pour toute paix durable avec l',allemagne4 ,cette rpublique provisoire rvle la diplomatie inquite et irrsolue du premier ,consul4 ,m4 de ,talleyrand voit plus loin et plus juste4 ,bonaparte1 initi par ce grand homme d'tat la diplomatie europenne1 prend de son ministre la science des traditions1 mais ne suit en rien ses conseils longue vue4 ,on voit1 ds ce moment1 qu'il ne veut de paix que juste ce qu'il en faut pour prparer d'autres guerres1 et que son vritable ministre des affaires trangres sera le hasard des batailles4 ,pendant qu'il institue une rpublique ,milan1 il cherchait une monarchie absolue en ,france4 ,il inaugurait pompeusement le culte d'tat1 il caressait ,m4 de ,chateaubriand1 dont le livre potique1 le ,gnie du ,christianisme1 devanait ou servait si bien ses desseins de restauration catholique sous un second ,charlemagne1 ligu1 non de foi1 mais de politique1 avec la papaut4 ,m4 ,thiers apprcie ce livre1 qui fut le programme de la monarchie1 en une vive et juste image4 ,le ,gnie du ,christianisme1 dit-il1 comme toutes les oeuvres remarquables1 fort lou1 fort attaqu1 produisait une impression profonde parce qu'il exprimait un sentiment vrai et trs-gnral alors dans la socit franaise3 c'tait ce regret singulier1 indfinissable1 de ce qui n'est plus1 de ce qu'on a ddaign ou dtruit quand on l'avait1 de ce qu'on dsire avec tristesse quand on l'a perdu4 ,tel est le coeur humain6 ,ce qui est le fatigue ou l'oppresse2 ce qui a cess d'tre acquiert tout coup un attrait puissant4 ,les coutumes sociales et religieuses de l'ancien temps1 odieuses en #aghi1 parce qu'elles taient alors dans toute leur force1 et que de plus elles taient quelquefois oppressives1 maintenant que le dix-huitime sicle1 chang vers sa fin en un torrent imptueux1 les avait emportes dans son cours dvastateur1 revenaient au souvenir d'une gnration agite1 et touchaient son coeur dispos aux motions par quinze ans de spectacles tragiques4 ,l'oeuvre du jeune crivain1 empreinte de ce sentiment profond1 remuait fortement les esprits1 et avait t accueillie avec une faveur marque par l'homme qui alors dispensait toutes les gloires4 ,si elle ne dcelait pas le got pur1 la foi simple et solide des crivains du sicle de ,louis ,,xiv1 elle peignait avec charme les vieilles moeurs religieuses qui n'taient plus4 ,sans doute on y pouvait blmer l'abus d'une belle imagination2 mais aprs ,virgile1 mais aprs ,horace1 il est rest dans la mmoire des hommes une place pour l'ingnieux ,ovide1 pour le brillant ,lucain1 et1 seul peut-tre parmi les livres de ce temps1 le ,gnie du ,christianisme vivra1 fortement li qu'il est une poque mmorable2 il vivra1 comme ces frises sculptes sur le marbre d'un difice vivent avec le monument qui les porte4 ,,ix ,en mme temps que le premier ,consul rtablissait la plus monarchique des institutions humaines1 le catholicisme1 il prparait la monarchie ses lments naturels et traditionnels1 une noblesse et une aristocratie militaire4 ,son rappel des migrs tait une prface une cour2 son institution de l'ordre de la ,lgion d'honneur1 sacrifice la vanit qui fonde la vertu civique sur une distinction extrieure purile en elle-mme1 comme un ruban sur un habit1 prparait les mes aux faveurs d'un souverain2 il prenait ainsi le privilge de dcerner seul l'estime publique4 ,l'historien approuve ces concessions aux faiblesses humaines dans une page trop significative de ses propres penses pour ne pas la citer4 ,quant la manire de classer les hommes dans la socit1 il disait ceux qui ne voulaient aucune distinction3 ,pourquoi donc avez-vous cr les fusils et les sabres d'honneur8 ,c'est une distinction que celle-l1 et assez ridiculement invente1 car on ne porte pas un fusil ou un sabre d'honneur sa poitrine1 et en ce genre les hommes aiment ce qui s'aperoit de loin4 ,le premier ,consul avait observ un fait singulier1 et il le faisait volontiers remarquer ceux avec lesquels il avait l'habitude de s'entretenir4 ,depuis que la ,france1 objet des gards et des empressements de l',europe1 tait remplie des ministres de toutes les puissances1 ou d'trangers de distinction qui venaient la visiter1 il tait frapp de la curiosit avec laquelle le peuple et mme des gens au-dessus du peuple suivaient ces trangers1 et taient avides de voir leurs riches uniformes et leurs brillantes dcorations4 ,il y avait souvent foule dans la cour des ,tuileries pour assister leur arrive et leur dpart4 ,voyez1 disait-il1 ces vaines futilits que les esprits forts ddaignent tant6 ,le peuple n'est pas de leur avis3 il aime ces cordons de toutes couleurs1 comme il aime les pompes religieuses4 ,les philosophes dmocrates appellent cela vanit1 idoltrie4 ,idoltrie1 vanit1 soit4 ,mais cette idoltrie1 cette vanit sont des faiblesses communes tout le genre humain1 et de l'une et de l'autre on peut faire sortir de grandes vertus4 ,avec ces hochets tant ddaigns1 on fait des hros6 l'une comme l'autre de ces prtendues faiblesses1 il faut des signes extrieurs3 il faut un culte au sentiment religieux2 il faut des distinctions visibles au noble sentiment de la gloire4 ,ici la vrit ne manque pas au tableau1 mais la rflexion manque l'historien4 ,l'oeuvre du vritable homme d'tat n'est pas de caresser les vanits de notre nature1 mais de les transformer en vertu publique4 ,il ne faut pas donner aux vices de l'humanit leurs institutions1 il faut corriger ces vices par des institutions suprieures4 ,les complaisances pour les purilits de l'homme ne sont pas du gnie1 elles sont une corruption officielle et elles perptuent son enfance4 ,le dfaut de cette histoire est de prendre trop souvent l'expdient pour droit et l'habilet pour principe de gouvernement4 ,x ,m4 ,thiers1 crivain videmment monarchique sous un costume rvolutionnaire1 s'lve franchement ici au-dessus des scrupules de la lgalit et des timidits de la conscience pour absoudre l'ambition du trne dans le premier ,consul1 et pour ne reconnatre d'autre lgitimit du pouvoir que la lgitimit du gnie4 ,nous ne le blmons pas trop svrement de cette audace d'esprit que ,machiavel1 ,bossuet1 ,mirabeau et ,danton ont affiche avant lui2 historiquement cette thorie tranche tout2 elle semble lever l'crivain la hauteur de la ,providence1 qui cre le droit des supriorits dans les hommes prdestins aux grandes choses1 et qui semble donner les masses subalternes en proprit ses lus2 mais1 moralement1 cette thorie contient tous les prils et tous les crimes2 car1 si vous reconnaissez le gnie pour droit et l'ambition heureuse pour titre1 quel est l'homme orgueilleux qui ne se croira pas du gnie1 et quel est le sclrat qui ne se sentira pas l'ambition de tout oser et de tout prendre8 ,le ciel a cr la vertu pour contenir ces audaces dans les limites du devoir1 et les hommes ont invent les lois pour contenir ces ambitions dans les prescriptions de la volont gnrale4 ,mais ces discussions sont vaines quand il s'agit d'un homme qui avait accompli dj au #ah brumaire le renversement main arme de la ,constitution2 il avait autant le droit de fonder une dynastie que celui de dtruire une rpublique4 ,le gnral ,bonaparte1 dit ici son historien trop complaisant la fortune1 souhaitait le suprme pouvoir1 c'tait naturel et excusable4 ,en faisant le bien1 il avait obi son gnie2 en le faisant1 il en avait espr le prix4 ,il n'y avait l rien de coupable1 d'autant plus que1 dans sa conviction et dans la vrit1 pour achever ce bien1 il fallait longtemps encore un chef tout-puissant4 ,dans un pays qui ne pouvait pas se passer d'une autorit forte et cratrice1 il tait lgitime de prtendre au pouvoir suprme1 quand on tait le plus grand homme de son sicle et l'un des plus grands hommes de l'humanit4 ,washington1 au milieu d'une socit dmocratique1 rpublicaine1 exclusivement commerciale1 et pour longtemps pacifique1 ,washington avait eu raison de montrer peu d'ambition4 ,dans une socit rpublicaine par accident1 monarchique par nature1 entoure d'ennemis1 ds lors militaire1 ne pouvant se gouverner et se dfendre sans unit d'action1 le gnral ,bonaparte avait raison d'aspirer au pouvoir suprme1 n'importe sous quel titre4 ,son tort1 ce n'est pas d'avoir pris la dictature1 alors ncessaire2 c'est de ne l'avoir pas toujours employe comme dans les premires annes de sa carrire4 ,on voit ici la thorie visage dcouvert3 avoir du gnie1 faire le bien et demander le prix du bien qu'on a fait pour soi-mme2 mais demander le prix du bien qu'on a fait ou qu'on veut faire pour soi-mme1 qu'est-ce autre chose que l'gosme1 c'est--dire un vice au lieu d'une vertu8 ,quel danger n'y a-t-il pas dans de telles thories sous la plume d'un crivain sduisant d'audace d'esprit1 au milieu d'une nation en oscillation perptuelle de pouvoirs8 ,quel danger surtout dans une nation militaire1 o chaque gnral peut tre tent du trne sans avoir le gnie de s'y maintenir8 ,et comment ,m4 ,thiers pourra-t-il se plaindre d'avoir subir comme citoyen les doctrines qu'il aura encourages comme moraliste8 ,patere legem quam fecisti6 ,,xi ,en reprenant son rle d'historien1 ,m4 ,thiers raconte ensuite1 avec la verve d'un ,molire politique1 les rles divers jous par le premier ,consul1 par sa femme1 par ses frres1 par ses soeurs1 par le snat1 par le conseil d'tat1 par ,fouch1 par ,cambacrs1 ses confidents1 chargs de risquer les indiscrtions et de subir les dsaveux pour se faire offrir sous un nom ou sous un autre le titre du pouvoir monarchique dont il avait dj la ralit4 ,l'histoire ici touche la comdie d'intrigue1 et ,beaumarchais y serait plus convenable que ,tacite4 ,enfin1 aprs mille manoeuvres de ses confidents contraris par ce qui restait de dcorum rpublicain dans les diffrents corps reprsentatifs1 la douce violence est opre1 et1 aprs avoir deux fois repouss la couronne comme ,csar au ,cirque1 le gnral ,bonaparte passe du titre de premier ,consul au titre de ,consul vie1 et du titre de consul vie la prochaine proclamation de l'empire hrditaire4 ,ici le gnral ,bonaparte n'a point d'effort illgitime faire pour franchir ces degrs successifs qui mnent d'une magistrature rpublicaine vie au pouvoir suprme2 il n'a qu' se laisser glisser sur la mobilit et sur la versatilit de la ,france1 plie d'avance tous ses dsirs4 ,,xii ,de trs-belles et trs-profondes tudes de droit public allemand et helvtique remplissent cet intervalle du ,consulat vie l',empire dans l'histoire de ,m4 ,thiers4 ,on ne peut leur reprocher que leur tendue et leur rudition excessives4 ,les diplomates y trouveront des monuments de diplomatie savante1 admirablement scruts et clairs d'un jour qui ne laisse rien dans l'ombre2 mais la masse des lecteurs superficiels1 qui s'attache exclusivement aux vnements et aux hommes1 laisseront ces riches tudes aux rudits4 ,ce n'est plus l'histoire1 c'est le catchisme du droit des gens2 entre ,grotius et ,tacite il y a la diffrence d'un trait un rcit4 ,m4 ,thiers fait trop souvent un trait de son histoire2 nous qui avons du loisir nous ne nous en plaignons pas2 mais la postrit a peu de temps consacrer au pass2 elle lit vite et peu3 ,m4 ,thiers ne pense pas assez elle4 ,,xiii ,l'intervention franaise s'accomplit en quelques jours par le gnral ,ney1 en ,suisse2 la mdiation impose main arme aux cantons sert de prtexte l',angleterre pour refuser l'vacuation de ,malte1 conformment au trait d',amiens4 ,la ,france exige1 l',angleterre rcrimine sur ses envahissements2 le premier ,consul clate en paroles foudroyantes1 quoique calcules1 dans une audience de l'ambassadeur britannique4 ,la paix d',amiens est rompue1 la guerre commence4 ,l'historien1 dans une courte et impartiale discussion1 attribue l',angleterre les causes de la rupture4 ,on ne peut mconnatre ici la justesse de ses rflexions4 ,la responsabilit de la longue priode de guerre qui suit la courte paix d',amiens psera sur la ,grande-,bretagne plus que sur le gnral ,bonaparte4 ,si la premire loi de l'histoire est d'tre vridique1 la premire loi de la critique est d'tre arbitre entre les vnements et l'historien4 ,les passions nationales de l',angleterre et les rivalits de popularit parlementaire entre les orateurs et les ministres prcipitrent la rupture d'une paix qui pouvait consoler plusieurs annes le monde4 ,cette poque ressemble beaucoup celle o les orateurs athniens du parti de ,dmosthne jetrent1 par leurs dclamations contre ,alexandre de ,macdoine1 la ,grce et l',asie dans les mains d',alexandre4 ,le gnral ,bonaparte fut l',alexandre du parlement britannique en #ahjc4 ,,xiv ,les dix-septime et dix-huitime livres sont des chefs-d'oeuvre entre tant de chefs-d'oeuvre2 c'est le gnie et l'impatience du hros passs tout entiers dans son historien pour prparer contre l',angleterre1 et au besoin contre ses allis sur le continent1 une guerre aux proportions d'une lutte entre deux mondes1 le monde maritime et le monde continental4 ,c'est par le monde maritime que ces prparatifs commencent4 ,ces deux livres sont l'histoire navale du monde moderne1 depuis l',armada de ,philippe ,,ii4 ,tout le drame est transport sur les mers2 ce drame est un des plus beaux1 des plus divers1 des plus passionns qui se soient jamais jous entre les lments et les hommes4 ,les tudes qu'a d faire l'historien pour l'crire1 ou que les hommes spciaux de la marine ont d faire pour lui en fournir les lments1 sont immenses4 ,ce seul travail1 depuis la rupture de la paix d',amiens jusqu' la bataille de ,trafalgar1 serait de lui seul un monument historique digne de rester jamais dans les archives de l',europe4 ,la cration des flottilles de bateaux plats pour transporter travers le dtroit l'invasion franaise en ,angleterre1 la concentration de deux mille btiments de guerre ou de transports ,boulogne1 taples1 ,wimereux1 ,ambleteuse2 une arme d'lite de cent soixante mille hommes camps comme une menace permanente au bord de ces rades1 en vue de leur conqute1 les revues1 les exercices1 les combats partiels des chaloupes canonnires contre les brlots anglais1 donns comme un spectacle l'arme dans ce cirque maritime pour entretenir son ardeur2 les ngociations avec l',autriche1 la ,hollande1 la ,russie1 la ,prusse1 l',espagne1 pour faire concourir ces puissances ce plan de la haine du monde contre la domination britannique des mers2 les lchets de l',espagne1 les rticences de la ,russie1 les temporisations de l',autriche1 les marchandages intresss et les trahisons de la ,prusse1 mls tout ce mouvement des flottes et des armes sur le littoral2 de grandes fautes diplomatiques commises par le premier ,consul au milieu de ces prodiges d'activit militaire2 la pire de ces fautes1 la confiance obstine dans ce cabinet de ,berlin1 aussi peu sr pour l',allemagne qu'il dmembre que pour la ,france qu'il trompe ou pour l',angleterre qu'il trahit1 tout cela forme du dix-septime livre de ,m4 ,thiers1 intitul ,camp de ,boulogne1 une des scnes dignes de celles o le fils de ,philippe ralliait ses auxiliaires et endormait ses ennemis au moment o il tait camp sur la ,propontide1 avant de passer1 avec toute sa fortune et toute son esprance1 en ,asie4 ,nous ne louerons jamais assez le peintre1 le marin1 le stratge1 le diplomate1 qui a trac ce magnifique tableau d'histoire4 ,,xv ,cependant l',angleterre commence trembler2 ,m4 ,pitt sort de sa retraite au cri du pril public1 et retrempe l'me de son pays dans la sienne4 ,le ministre anglais1 qui tient dans sa main les brandons vivants de la guerre civile et des complots extrmes dans le ,venden ,georges ,cadoudal1 dans ,pichegru1 et dans un certain nombre de jeunes migrs impatients de remuer leur patrie1 ft-ce avec la lame de leurs poignards1 lance en ,france ces conjurs du dsespoir4 ,ils ne se proposent pas l'assassinat1 mais l'enlvement main arme et par surprise du premier ,consul4 ,on s'entendra ensuite sur le gouvernement qui doit lui succder4 ,ces conjurs dbarquent en ,france1 entrent furtivement ,paris1 y ourdissent leur trame1 cherchent s'associer un homme dont le nom militaire soit un entranement certain pour l'arme4 ,cet homme1 le gnral ,moreau1 a la faiblesse de se laisser glisser1 comme un conspirateur vulgaire1 sur la pente de cette intrigue2 il confre avec le gnral ,pichegru1 la faveur des tnbres1 sur le boulevard et dans la maison d'un des conjurs4 ,on discute l'attentat froidement1 on ne s'entend pas sur les consquences3 ,moreau veut le pouvoir pour lui seul1 ,pichegru et ,georges pour les ,bourbons4 ,le premier ,consul1 averti par cette sourde rumeur qui est comme l'cho anticip des grands dangers1 ttonne sans pouvoir saisir4 la fin1 ,georges1 ,pichegru1 ,moreau1 les ,polignac sont arrts2 on cherche les preuves et les tmoins de leur complot4 ,ce n'est pas assez pour rassurer le premier ,consul1 il veut porter la main plus loin4 ,le fils du prince de ,cond1 le duc d',enghien1 jeune prince de grande race militaire et de haute esprance1 se trouve sa porte1 quoique sur un territoire tranger et inviolable2 il le fait arrter1 conduire ,paris1 juger par une commission1 fusiller dans le foss de ,vincennes1 les pieds sur sa tombe4 ,nous avons crit nous-mme cette tragdie historique d'aprs les tmoignages les plus irrcusables2 d'autres tmoignages surgissent tous les jours des ,mmoires posthumes des confidents du gouvernement consulaire2 ces ,mmoires laissent peu de doute sur les vrais motifs du meurtre1 motifs trs-diffrents de ceux que prte trop complaisamment ,m4 ,thiers au premier ,consul4 ,les complaisances envers les attentats de cette nature sont des torts envers la saintet de l'histoire2 excuser n'est pas absoudre1 mais c'est attnuer l'indignation1 la seule justice du coeur humain qui reste pour compensation de leur sang aux victimes4 ,les motifs du premier ,consul sont rvls par lui-mme dans une allocution son conseil d'tat du #c germinal1 allocution rapporte en ces termes par le conseiller d'tat ,miot1 tmoin du discours et ami de la famille ,bonaparte4 ,on verra1 dit le premier ,consul dans cet accs d'loquente colre1 quels mnagements peut mriter une famille444 7,la famille des ,bourbons1 dont l'ombre lui fermait encore l'accs du trne sur lequel il mditait de s'asseoir bientt aprs cet vnement47 ,que la ,france ne s'y trompe pas1 elle n'aura ni paix ni repos jusqu'au moment o le dernier des individus de la famille des ,bourbons sera extermin4 ,j'en ai fait saisir un ,ettenheim1 et on me parle aujourd'hui de droit d'asile1 de violation de territoire6 ,quelle trange badauderie6 ,c'est bien peu me connatre3 ce n'est pas de l'eau qui coule dans mes veines1 c'est du sang6 ,j'ai fait juger et excuter promptement le duc d',enghien pour viter de tenter les migrs qui se trouvent ici4 ,il le fallait surtout1 ajoute le conseiller d'tat ,miot1 confident de ,joseph ,bonaparte et admis indirectement ce titre dans les demi-confidences de son frre1 il le fallait pour satisfaire et tranquilliser les restes des jacobins et les rgicides membres de son gouvernement2 ils voulaient un gage irrvocable donn la ,rvolution par l'homme auquel ils allaient dcerner l'empire4 ,la colre fut sans doute pour quelque chose dans l'vnement de ,vincennes1 la politique y fut pour beaucoup plus2 c'est ce qui rend ce meurtre de sang-froid plus impardonnable l'histoire4 ,,xvi ,le rcit du jugement nocturne de ,vincennes par ,m4 ,thiers est tellement dpourvu de cette juste svrit et de cette pathtique sensibilit qu'au lieu de s'apitoyer sur la victime c'est sur les excuteurs du meurtre qu'il semble seulement s'attendrir4 ,ces malheureux juges6 dit-il1 affligs de leur rle plus qu'on ne peut dire1 prononcrent la mort4 ,ce n'tait pas une machination ourdie1 ajoute l'historien1 comme on l'a dit1 pour surprendre un crime au premier ,consul2 c'tait un accident1 un pur accident qui avait t au prince infortun la seule chance de sauver sa vie1 et au premier ,consul une heureuse occasion de sauver une tache sa gloire6 ,et aprs cette rflexion attnuante il attribue l'excution nocturne et prcipite une prolongation de sommeil du conseiller d'tat ,ral2 comme si quelqu'un dormait parmi les confidents et les excuteurs du drame pendant que le premier ,consul veillait lui-mme la ,malmaison1 attendant l'accomplissement de l'acte le plus terrible et le plus htif de sa vie1 et pendant qu'une telle victime tait sous le feu des juges6444 ,nous ne saurions trop blmer ce rcit1 aussi infidle qu'insensible1 de l'acte le plus tragique de l'me de ,napolon4 ,le style en est aussi dfectueux et aussi vulgaire que les circonstances en sont altres et dcolores2 l'me et le talent ont failli la fois l'crivain dans ces pages4 ,ce n'est pas ainsi que sentait ,tacite1 ce n'est pas ainsi qu'il crivait4 ,notre admiration pour les belles parties de ce livre est la garantie de notre impartialit pour ses dfaillances de style1 de vertu et de sentiment2 mais le coeur souffre autant que la vrit en lisant ces pages4 ,elles sont refaire pour l'honneur du livre4 ,,xvii ,le spectacle de la lchet de l',europe indigne1 mais muette1 aprs cet attentat au droit des gens1 l'humanit et l'innocence1 est reproduit avec beaucoup plus de talent par ,m4 ,thiers1 dans le livre suivant intitul l',empire4 ,il rentre ici dans son domaine3 crivain lumineux1 mais non pathtique4 ,ici cependant l'inconsquence du grand historien tonne l'esprit2 il fait une magnifique analyse de l'tat de l'opinion en ,france aprs le meurtre du duc d',enghien2 il flatte ou il raille les impulsions rvolutionnaires qui ont pouss la ,france jusqu' la ,rpublique de #agic2 il se dclare1 avec une grande fermet d'esprit1 homme monarchique dans un pays dont tout le pass est monarchique1 et qui se gouverne par ses habitudes plus que par sa raison4 ,la consquence d'une telle foi dans la monarchie tait donc de louer franchement aussi le premier ,consul1 favoris par une raction si naturelle en ,france1 d'avoir l'audace de son ambition et de la nature des choses en rtablissant en lui la monarchie4 ,on ne sait par quelle timidit de logique ou par quel revirement d'esprit ,m4 ,thiers se dment tout coup au moment de conclure2 que dis-je8 il conclut contre la cause monarchique qu'il vient d'exposer avec tant de force2 il s'arrte entre les deux partis1 c'est--dire dans l'impossible2 il prend la moiti des deux vrits1 c'est--dire un mensonge2 il emprunte la rpublique le pouvoir absolu et la monarchie le pouvoir temporaire1 et il tablit comme prfrable la rpublique ou la monarchie1 quoi8 la dictature6 ,il semble1 lui1 homme de si lucide intelligence1 ne pas s'apercevoir seulement que la dictature c'est la rpublique sans la libert et la monarchie sans stabilit1 c'est--dire deux inconsquences dans une4 coutons-le1 mais ne cherchons pas le comprendre1 ou plutt comprenons qu'il n'ose pas dire ici toute sa pense1 et que1 voulant mnager en sa personne le renom d'crivain rvolutionnaire et le renom d'homme d'tat monarchique1 il accorde un peu aux rpublicains1 un peu aux royalistes1 pour conserver dans les deux partis la popularit de ses jeunes opinions et la popularit de ses ides mres dans son ge plus avanc4 ,ainsi la ,rvolution1 dit-il1 dans ce retour rapide sur elle-mme1 devait venir la face du ciel confesser ses erreurs1 l'une aprs l'autre1 et se donner d'clatants dmentis6 ,distinguons cependant3 lorsqu'elle avait voulu l'abolition du rgime fodal1 l'galit devant la loi1 l'uniformit de la justice1 de l'administration et de l'impt1 l'intervention rgulire de la nation dans le gouvernement de l'tat1 elle ne s'tait point trompe2 elle n'avait aucun dmenti se donner1 et elle ne s'en est donn aucun4 ,lorsqu'elle avait1 au contraire1 voulu une galit barbare et chimrique1 l'absence de toute hirarchie sociale1 la prsence continuelle et tumultueuse de la multitude dans le gouvernement1 la rpublique dans une monarchie de douze sicles1 l'abolition de tout culte1 elle avait t folle et coupable1 et elle devait venir faire1 en prsence de l'univers1 la confession de ses garements4 ,mais qu'importent quelques erreurs passagres1 ct des vrits immortelles qu'au prix de son sang elle a lgues au genre humain6 ,ses erreurs mmes contenaient encore d'utiles et graves leons1 donnes au monde avec une incomparable grandeur4 ,toutefois1 si1 dans ce retour la monarchie1 la ,france obissait aux lois immuables de la socit humaine1 elle allait vite1 trop vite peut-tre1 comme il est d'usage dans les rvolutions4 ,une dictature1 sous le titre de ,protecteur1 avait suffi ,cromwell4 ,la dictature1 sous la forme de consulat perptuel1 avec un pouvoir tendu comme son gnie1 durable comme sa vie1 aurait d suffire au gnral ,bonaparte pour accomplir tout le bien qu'il mditait1 pour reconstruire cette ancienne socit dtruite1 pour la transmettre1 aprs l'avoir rorganise1 ou ses hritiers s'il devait en avoir1 ou ceux qui1 plus heureux1 taient destins profiter un jour de ses oeuvres4 ,il tait1 en effet1 arrt dans les desseins de la ,providence que la ,rvolution1 poursuivant son retour sur elle-mme1 irait plus loin que le rtablissement de la forme monarchique1 et irait jusqu'au rtablissement de l'ancienne dynastie elle-mme4 ,pour accomplir sa noble tche1 la dictature1 notre avis1 sous la forme du consulat vie1 suffisait donc au gnral ,bonaparte1 et1 en le crant monarque hrditaire1 on tentait quelque chose qui n'tait ni le meilleur pour sa grandeur morale1 ni le plus sr pour la grandeur de la ,france4 ,non que le droit manqut ceux qui voulaient avec un soldat faire un roi ou un empereur3 la nation pouvait incontestablement transporter qui elle voulait1 et un soldat sublime plus qu' tout autre1 le sceptre de ,charlemagne et de ,louis ,,xiv4 ,mais ce soldat1 dans sa position naturelle et simple de premier magistrat de la ,rpublique franaise1 n'avait point d'gal sur la terre1 mme sur les trnes les plus levs4 ,en devenant monarque hrditaire1 il allait tre mis en comparaison avec les rois1 petits ou grands1 et constitu leur infrieur en un point1 celui du sang4 ,ne ft-ce qu'aux yeux du prjug1 il allait tre au-dessous d'eux en quelque chose4 ,accueilli dans leur compagnie1 et flatt1 car il tait craint1 il serait en secret ddaign par les plus chtifs4 ,mais1 ce qui est plus grave encore1 que ne tenterait-il pas1 devenu roi ou empereur1 pour devenir roi des rois1 chef d'une dynastie de monarques relevant de son trne nouveau6 ,que d'entreprises gigantesques auxquelles succomberait peut-tre la fortune de la ,france6 ,que de stimulants pour une ambition dj trop excite1 et qui ne pouvait prir que par ses propres excs6 ,si donc1 notre avis du moins1 l'institution du consulat vie avait t un acte sage et politique1 le complment indispensable d'une dictature devenue ncessaire1 le rtablissement de la monarchie sur la tte de ,napolon ,bonaparte1 tait non pas une usurpation 7mot emprunt la langue de l'migration71 mais un acte de vanit de la part de celui qui s'y prtait avec trop d'ardeur1 et d'imprudente avidit de la part des nouveaux convertis1 presss de dvorer ce rgne d'un moment4 ,cependant1 s'il ne s'agissait que de donner une leon aux hommes1 nous en convenons1 la leon tait plus instructive et plus profonde1 plus digne de celles que la ,providence adresse aux nations1 quand elle tait donne par ce soldat hroque1 par ces rpublicains rcemment convertis la monarchie1 presss les uns et les autres de se vtir de pourpre1 sur les dbris d'une rpublique de dix annes1 laquelle ils avaient prt mille serments4 ,malheureusement la ,france1 qui avait pay de son sang leur dlire rpublicain1 tait expose payer de sa grandeur leur nouveau zle monarchique2 car c'est pour qu'il y et des rois franais en ,westphalie1 ,naples1 en ,espagne1 que la ,france a perdu le ,rhin et les ,alpes4 ,ainsi1 en toutes choses1 la ,france tait destine servir d'enseignement l'univers3 grand malheur et grande gloire pour une nation6 ,,xviii ,ces rflexions sont au commencement d'un rvolutionnaire1 au milieu d'un royaliste1 la fin d'un philosophe2 mais ni au commencement1 ni au milieu1 ni la fin1 elles ne sont d'un homme d'tat1 tel qu'on a droit de se figurer ,m4 ,thiers4 ,que voulait-il donc que ft le gnral ,bonaparte1 absous dj par lui du #ah brumaire8 ,qu'il rtrogradt8 ,c'tait rentrer dans la ,rvolution1 et1 selon ,m4 ,thiers1 dans l'anarchie4 ,qu'il s'arrtt sur la route du pouvoir monarchique1 et qu'aprs en avoir pris la souverainet il en cartt tout ce qu'elle a de bon1 c'est--dire l'hrdit1 ce hasard1 il est vrai1 mais ce hasard qui coupe la route aux rvolutions8 videmment ici ,m4 ,thiers1 homme monarchique1 fait aux rpublicains une concession de principe qui va jusqu' une concession de bon sens4 ,une fois absous du #ah brumaire1 ,bonaparte1 s'il n'et pas fond la monarchie hrditaire avec l'empire1 tait deux fois illogique et deux fois criminel1 car en renversant la rpublique il avait fait un crime d'tat contre la libert et contre la souverainet nationale1 et en ne fondant pas la dynastie hrditaire il aurait fait un crime d'tat contre la monarchie4 ,aussi n'hsita-t-il pas1 et c'est en cela seulement que nous admirons la logique de son ambition et la fermet de son intelligence4 ,entre l'innocence d'un grand citoyen qui s'abstient de toute convoitise violente de domination sur son pays et la fondation d'un trne1 il n'y avait pour lui que timidit et inconsquence4 ,le titre et l'institution du consulat vie n'taient qu'une demi-rpublique1 une demi-ambition1 un demi-caractre1 un demi-crime1 une demi-vertu4 ,or1 dans le bien comme dans le mal1 il n'y a de grand que ce qui est entier1 et ,bonaparte n'tait pas un demi-homme2 mais1 nous le disons avec regret1 ici ,m4 ,thiers se montre un demi-politique4 ,le consulat n'tait qu'un degr provisoire qui laissait attendre ou une anarchie en redescendant1 ou une monarchie en montant2 s'arrter au milieu de ce degr ce n'tait pas fonder1 c'tait attendre4 ,les peuples ne s'attachent qu' ce qui se dclare permanent2 car1 comme ils sont eux-mmes un tre permanent1 ils veulent1 autant qu'ils le peuvent1 dans leur institution la permanence3 tout le monde se serait promptement dtach de ,bonaparte s'il ft rest consul vie4 ,il connut mieux que ,m4 ,thiers la nature humaine en osant l'empire et en rinstituant l'hrdit4 ,,xix ,une fois ceci discut1 cette partie de l'histoire dans laquelle ,m4 ,thiers peint les volutions des diffrents corps constitus pour se prter aux desseins secrets du matre1 pour le devancer ou pour revenir sur leurs pas au signe souvent nigmatique de sa physionomie1 n'est que l'histoire des bassesses des peuples1 gales1 hlas6 aux bassesses des cours4 ,tous ces tyrannicides de la ,convention luttaient d'empressement et de complaisance offrir un soldat absolu la couronne teinte du sang de ,louis ,,xvi4 ,m4 ,thiers ici ne peint pas d'un mot1 comme ,tacite1 mais il produit par un autre procd le mme effet que l'historien romain3 il dcompose si bien les diffrents mobiles de toutes ces abjections de caractre et de toutes ces apostasies de principes1 dans les rpublicains assouplis de la ,convention1 qu'il rassasie son lecteur d'indignation1 de dgot et de mpris1 ce supplice de l'histoire4 ,qu'importe le procd1 pourvu que l'effet soit produit8 ,tacite n'a qu'un mot1 ,m4 ,thiers a cent pages2 mais de ces cent pages rsulte dans l'me le mot de ,tacite3 le mpris dlay grande eau se retrouve au fond du vase et la moralit n'a rien perdu4 ,,xx ,une cour suit un monarque2 celle du nouvel empereur se presse confusment autour de son trne4 ,m4 ,thiers s'en console en disant3 ,mais ces institutions 7les cours7 taient loin de mriter le mpris qu'on a souvent affich pour elles2 elles composaient une rpublique aristocratique dtourne de son but par une main puissante1 convertie temporairement en monarchie absolue1 et destine plus tard redevenir monarchie constitutionnelle1 fortement aristocratique1 il est vrai1 mais fonde sur la base de l'galit4 ,comprenne qui pourra cette rpublique devenue en mme temps monarchie absolue1 cette monarchie absolue destine redevenir monarchie constitutionnelle1 cette aristocratie et cette galit se dmentant par leurs seuls noms l'une et l'autre6 ,on n'y comprend en ralit qu'une chose3 c'est que l'historien1 qui veut rester la fois rvolutionnaire et monarchique1 en dpit de la contradiction des deux rles1 cherche excuser maintenant la fondation de l'empire comme il a cherch excuser le renversement de la rpublique et l'institution dictatoriale du consulat vie4 ,dans cet effort d'esprit la raison faiblit comme la langue1 et il tombe1 pour cacher l'inconsquence1 dans des subtilits de dfinitions qui rappellent les subtilits des sophistes grecs ou des sophistes de l'cole dans le moyen ge4 ,voil le malheur des historiens qui n'ont pas assez perdu la mmoire des partis auxquels ils ont appartenu dans leur vie politique3 pour ne pas fausser leur situation ils sont forcs de fausser leur logique4 ,il faut se dtacher de terre quand on veut crire la vrit sur les hommes2 la philosophie de l'histoire est la hauteur des observatoires d'o l'on contemple les astres4 ,m4 ,thiers y monte quand il veut2 pourquoi pas toujours8 ,,xxi ,le procs du gnral ,moreau1 justement impliqu1 au moins comme confident1 dans la conspiration de ,pichegru1 de ,georges et des royalistes1 se mle ici l'avnement du premier ,consul l'empire2 ,m4 ,thiers donne ce procs l'intrt d'un grand drame2 il y est aussi juste qu'loquent3 juste envers ,bonaparte1 qui avait le droit de svir contre un rival devenu un conjur2 juste envers ,moreau1 qui avait failli la patrie1 la reconnaissance et lui-mme2 juste envers la magistrature du pays1 qui montre dans ce jugement des caractres dignes de ,rome4 ,moreau1 dit l'historien1 avait retrouv une vritable prsence d'esprit1 peu prs comme il lui arrivait la guerre quand le danger tait pressant2 il avait mme fait de nobles rponses1 singulirement applaudies par l'auditoire4 ,pichegru tait un tratre1 lui avait dit le prsident1 et mme dnonc par vous sous le ,directoire4 ,comment pouviez-vous songer vous rconcilier avec lui1 et le ramener en ,france8--,dans un temps1 avait rpondu ,moreau1 dans un temps o l'arme de ,cond remplissait les salons de ,paris et ceux du premier ,consul1 je pouvais bien m'occuper de rendre la ,france le conqurant de la ,hollande4 ce sujet on lui demandait pourquoi1 sous le ,directoire1 il avait dnonc ,pichegru si tard1 et on semblait lever des soupons jusque sur sa vie passe4 ,j'avais coup court1 rpondait-il1 aux entrevues de ,pichegru et du prince de ,cond sur la frontire1 en mettant par les victoires de mon arme quatre-vingts lieues de distance entre ce prince et le ,rhin4 ,le danger pass1 j'avais laiss un conseil de guerre le soin d'examiner les papiers trouvs et de les envoyer au gouvernement s'il le jugeait utile4 ,moreau1 interrog sur la nature du complot auquel on lui avait propos de s'associer1 persistait soutenir qu'il l'avait repouss4 ,oui1 lui disait-on1 vous avez repouss la proposition de replacer les ,bourbons sur le trne1 mais vous avez consenti vous servir de ,pichegru et de ,georges pour le renversement du gouvernement consulaire1 et dans l'esprance de recevoir la dictature de leurs mains4--,on me prte l1 rpondait ,moreau1 un projet ridicule1 celui de me servir des royalistes pour devenir dictateur1 et de croire que s'ils taient victorieux1 ils me remettraient le pouvoir4 ,j'ai fait dix ans la guerre1 et pendant ces dix ans je n'ai pas1 que je sache1 fait de choses ridicules4 ,ce noble retour sur sa vie passe avait t couvert d'applaudissements4 ,mais tous les tmoins n'taient pas dans le secret des royalistes2 tous n'taient pas prpars revenir sur leurs premires dpositions1 et il restait un nomm ,roland1 autrefois employ dans l'arme1 qui rptait avec douleur1 mais avec une persistance que rien ne pouvait branler1 ce qu'il avait avanc ds le premier jour4 ,il disait qu'intermdiaire entre ,pichegru et ,moreau1 celui-ci l'avait charg de dclarer qu'il ne voulait pas de ,bourbons2 mais que1 si on le dlivrait des consuls1 il userait du pouvoir qui lui serait immanquablement dfr pour sauver les conspirateurs et reporter ,pichegru au fate des honneurs4 ,d'autres confirmaient encore l'assertion de ,roland4 ,bouvet de ,lozier1 cet officier de ,georges1 chapp un suicide pour lancer une accusation terrible contre ,moreau1 ne la pouvait rtracter1 et la rptait1 tout en s'efforant de l'attnuer4 ,dans cette accusation1 fournie par crit1 il n'avait nonc que des choses qu'il tenait de ,georges lui-mme4 ,celui-ci rpondait que ,bouvet avait mal entendu1 mal compris1 et par consquent fait un rapport inexact4 ,mais il restait cette entrevue de nuit la ,madeleine1 dans laquelle ,moreau1 ,pichegru1 ,georges s'taient trouvs ensemble1 circonstance inconciliable avec un simple projet de ramener ,pichegru en ,france4 ,pourquoi se trouver de nuit un rendez-vous avec le chef des conspirateurs1 avec un homme qu'on ne pouvait rencontrer innocemment quand on n'tait pas royaliste8 ,ici les dpositions taient si prcises1 si concordantes1 si nombreuses1 qu'avec la meilleure volont du monde les royalistes ne pouvaient pas revenir sur ce qu'ils avaient dclar1 et que1 lorsqu'ils le tentaient1 ils taient confondus l'instant mme4 ,moreau1 cette fois1 tait accabl1 et l'intrt de l'auditoire avait fini par diminuer sensiblement4 ,toutefois1 de maladroits reproches du prsident sur sa fortune avaient un peu rveill cet intrt prt s'teindre4 ,vous tes au moins coupable de non-rvlation1 lui avait dit le prsident2 et1 bien que vous prtendiez qu'un homme comme vous ne saurait faire le mtier de dnonciateur1 vous deviez d'abord obir la loi1 qui ordonne tout citoyen1 quel qu'il soit1 de dnoncer les complots dont il acquiert la connaissance4 ,vous le deviez en outre un gouvernement qui vous a combl de biens4 ,n'avez-vous pas de riches appointements1 un htel1 des terres8 ,le reproche tait peu digne1 adress l'un des gnraux les plus dsintresss du temps4 ,monsieur le ,prsident1 avait rpondu ,moreau1 ne mettez pas en balance mes services et ma fortune3 il n'y a pas de comparaison possible entre de telles choses4 ,j'ai #dj1jjj francs d'appointements1 une maison1 une terre qui valent #c ou #djj1jjj francs1 je ne sais4 ,j'aurais #ej millions aujourd'hui si j'avais us de la victoire comme beaucoup d'autres4 ,rastadt1 ,biberach1 ,engen1 ,moesskirch1 ,hohenlinden1 ces beaux souvenirs mis ct d'un peu d'argent1 avaient soulev l'auditoire et provoqu des applaudissements que l'invraisemblance de la dfense commenait rendre fort rares4 ,moreau est demi absous2 il faiblit comme tout caractre sous le poids d'une faute3 il n'y a de force en pareil cas que dans l'innocence2 il crit une lettre soumise et expiatoire son rival triomphant4 ,bonaparte1 mcontent d'une condamnation trop douce pour un crime d'tat1 se hte de l'loigner de la ,france et lui achte ses biens pour lui faciliter l'exil ternel4 ,moreau ne rentre en ,europe que pour y combattre son ennemi1 mais en mme temps sa patrie2 une complicit ambitieuse dans une conjuration d'aventuriers le mne fatalement une complicit avec les rois ligus contre la ,france4 ,gnie militaire d'une grande porte1 politique nul1 caractre faible1 incapable de porter sa gloire1 ,m4 ,thiers le juge svrement1 mais avec justice2 c'est un des portraits les plus vrais et le plus vigoureusement historique de son tableau4 ,moreau1 jusque-l1 avait t flatt par les historiens de parti2 ici il est rduit aux proportions de la vrit et de la nature4 ,,xxii ,de mme que ,napolon avait voulu jeter sur la premire anne du ,consulat le prestige de la victoire de ,marengo1 de mme il voulait jeter le prestige de la descente en ,angleterre sur les premiers mois de l',empire4 ,les tentatives toutes avortes pour runir les escadres franaises1 espagnoles1 hollandaises1 dans la ,manche1 afin de protger le passage de ses bateaux plats d'un bord l'autre2 des revues impriales de l'arme de terre et des flottilles passes sur les hauteurs et dans les eaux de ,boulogne2 des distributions solennelles de dcorations l'arme1 des ngociations avec le pape pour amener ce pontife ,paris et pour obtenir de sa faiblesse le couronnement du nouveau ,charlemagne2 le spectacle de la raction religieuse qui prcipite les vieillards1 les femmes1 les enfants1 les populations des campagnes au pied du vicaire vnr du ,christ2 la crmonie du sacre renouvele des antiques monarchies et des antiques sacerdoces2 toute cette audacieuse amende honorable du pouvoir1 des soldats1 et du peuple de la ,rvolution au pass1 tout ce changement de dcoration vue sur le thtre du monde enfin1 sont admirablement reproduits par l'historien2 la rflexion seule manque au peintre1 ici comme partout4 ,m4 ,thiers1 qui tout l'heure blmait l'ambition de l'empire hrditaire dans son hros1 l'approuve quand le succs a couronn son audace4 ,il se borne faire honneur la ,rvolution de la journe la plus contre-rvolutionnaire de nos fastes4 ,telle fut1 dit-il1 cette auguste crmonie1 par laquelle se consommait le retour de la ,france aux principes monarchiques4 ,ce n'tait pas un des moindres triomphes de notre ,rvolution1 que de voir ce soldat sorti de son propre sein1 sacr par le pape1 qui avait quitt tout exprs la capitale du monde chrtien4 ,c'est ce titre surtout que de pareilles pompes sont dignes d'attirer l'attention de l'histoire4 ,si la modration des dsirs1 venant s'asseoir sur ce trne avec le gnie1 avait mnag la ,france une libert suffisante1 et born propos le cours d'entreprises hroques1 cette crmonie et consacr pour jamais1 c'est--dire pour quelques sicles1 la nouvelle dynastie4 ,on voit que l'empire est dj pardonn l'empereur par l'historien qui le condamnait tout l'heure2 on voit qu'un peu de modration dans les dsirs1 conseille un gnie sans bornes et sans repos1 est la seule condition que ,m4 ,thiers impose ce conqurant d'un trne4 ,il en sera de mme dans toute cette histoire3 quelle que soit l'ambition accomplie1 ,m4 ,thiers ne demande son hros que de s'arrter dans son nouveau triomphe1 sans paratre s'apercevoir que son hros n'a obtenu ce nouveau triomphe que par l'insatiabilit de grandeur que ,m4 ,thiers encourage dans l'avenir par l'approbation qu'il donne trop complaisamment au pass4 ,une telle complaisance de l'historien pour l'ambition satisfaite est une complicit du moraliste avec le caractre de son hros4 ,nous ne saurions trop le rpter3 le rcit est admirable1 mais un rcit doit faire penser4 ,pour qu'un tel livre ft parfait1 il faudrait que le rcit ft crit par ,m4 ,thiers et que la moralit du rcit ft crite par ,bossuet4 ,,xxiii ,le vingt et unime livre est une accumulation d'intrt historique press dans l'espace d'une demi-anne par les vnements comme sous la plume de l'crivain3 cration du royaume d',italie1 second couronnement ,milan2 coalition europenne contre l'ambition du nouveau ,csar2 ngociation entre la ,russie1 l',angleterre et l',autriche2 anxit de ,napolon attendant en vain la concentration de ses flottes sous l'amiral ,villeneuve2 sa fureur quand il voit tous ses plans djous par ,villeneuve1 qui a fait voile pour ,cadix au lieu de se diriger sur la ,manche2 le renversement subit de toutes les penses et de tous les efforts de volont de ,napolon1 au moment de l'excution si longtemps et si laborieusement prpare2 l'improvisation non moins subite de son plan d'invasion en ,allemagne2 la marche de son arme en six colonnes1 des bords de l',ocan aux sources du ,danube1 marche sans parallle dans l'histoire par l'ordre1 la prcision1 l'arrive au but marqu heure fixe2 l'investissement de l'arme autrichienne dans ,ulm2 la reddition de toute l'arme du gnral ,mack2 quatre-vingt mille ennemis anantis en vingt jours2 pendant ce triomphe sur le continent1 le plus grand revers maritime dont le monde moderne ait t tmoin dans la bataille navale de ,trafalgar2 toutes les penses d'invasion de l',angleterre par ,napolon englouties avec nos vaisseaux sous le canon de ,nelson2 description vivante de ce combat naval2 mort de ,nelson1 qui paye de sa vie tant de gloire2 marche sur ,vienne entre le ,danube et les ,alpes2 bataille d',austerlitz livre aux ,russes2 aptitude unique de l'historien pour exposer homme homme l'organisation des armes1 et pour suivre pas pas les plans et les marches d'une campagne2 feu de l'me du gnral transvas dans l'me de l'crivain2 scnes pittoresques du champ de bataille dcrit sans autre clat que la topographie exacte et que l'clat svre des armes sur la terre ou sur la neige des plaines ou des coteaux4 ,lisez ceci3 ,ds quatre heures du matin ,napolon avait quitt sa tente pour juger par ses propres yeux si les ,russes commettaient la faute laquelle il les avait si adroitement encourags4 ,il descendit jusqu'au village de ,puntowitz1 situ au bord du ruisseau qui sparait les deux armes1 et aperut les feux presque teints des ,russes sur les hauteurs de ,pratzen4 ,un bruit trs-sensible de canons et de chevaux indiquait une marche de gauche droite1 vers les tangs1 l mme o il souhaitait que les ,russes marchassent4 ,sa joie fut vive en trouvant sa prvoyance si bien justifie2 il revint se placer sur le terrain lev o il avait bivouaqu1 et d'o il embrassait toute l'tendue de ce champ de bataille4 ,ses marchaux taient cheval ct de lui4 ,le jour commenait luire4 ,un brouillard d'hiver couvrait au loin la campagne1 et ne laissait apercevoir que les parties les plus saillantes du terrain1 lesquelles apparaissaient sur ce brouillard comme des les sur une mer4 ,les divers corps de l'arme franaise taient en mouvement1 et descendaient de la position qu'ils avaient occupe pendant la nuit1 pour traverser le ruisseau qui les sparait des ,russes4 ,mais ils s'arrtaient dans les fonds1 o ils taient cachs par la brume et retenus par les ordres de l',empereur jusqu'au moment opportun pour l'attaque4 ,le choc des quatre-vingt-deux escadrons russes et autrichiens et les manoeuvres de notre propre cavalerie s'ouvrant devant cette masse et se refermant pour la charger en dtail2 les combats corps corps de chacun de nos bataillons contre les bataillons ennemis2 la dtonation de notre artillerie entr'ouvrant de ses boulets la glace des tangs sur lesquels l'infanterie russe s'est accumule pour mourir de deux morts2 les deux souverains de ,russie et d',autriche fuyant la fin du jour du champ de bataille1 aux cris de ,vive l',empereur6 qui les poursuit dans les tnbres2 la peinture du champ de carnage2 l'entrevue humilie de l'empereur d',autriche avec ,napolon1 le lendemain1 pour traiter d'une suspension d'armes1 ce sont l des rcits qui dureront autant que l'histoire4 ,d'autres en ont donn des fragments d'une grande prcision et d'un style peut-tre suprieur comme couleur1 mais aucun ne les a placs leur jour et leur place dans ce vaste et magnifique ensemble qui donne chacun de ces vnements1 militaires ou civils1 sa place1 sa proportion1 sa valeur historique et sa signification dans la destine du monde4 ,tous ont fait des pisodes1 ,m4 ,thiers seul a fait le pome2 ce pome1 quoique crit dans la prose la plus nue et souvent la plus vulgaire1 s'lve quelquefois1 non par les mots1 mais par la composition1 la plus haute posie2 c'est bien mieux que la posie des paroles1 c'est la posie des faits2 cette posie des faits1 la meilleure de toutes1 rsulte de la composition et non des phrases4 ,m4 ,thiers n'est pas le premier des potes historiques de cette poque1 mais il est le premier des compositeurs4 ,lisez ces quelques lignes jetes aprs le rcit si anim de la bataille d',austerlitz sur l'entrevue des deux empereurs2 voyez comme le style se dtend1 ainsi que l'me1 le lendemain des vnements qui ont tendu l'esprit jusqu'au dlire de la victoire ou jusqu'au dsespoir de la dfaite6 ,pour ceux qui ont1 comme moi1 connu l'empereur ,franois ,,ii1 vritable figure de deuil le lendemain d'une dfaite1 et le front de marbre de ,napolon1 rayonnant d'une supriorit sans dfiance et sans orgueil1 le tableau a plus de physionomie encore que pour les lecteurs qui viendront aprs nous4 ,l'empereur ,franois partit donc pour ,nasiedlowitz1 village situ moiti chemin du chteau d',austerlitz1 et l1 prs du moulin de ,paleny1 entre ,nasiedlowitz et ,urschitz1 au milieu des avant-postes franais et autrichiens1 il trouva ,napolon qui l'attendait devant un feu de bivouac allum par ses soldats4 ,napolon avait eu la politesse d'arriver le premier4 ,il vint au-devant de l'empereur ,franois1 le reut au bas de sa voiture et l'embrassa4 ,le monarque autrichien1 rassur par l'accueil de son tout-puissant ennemi1 eut avec lui un long entretien4 ,les principaux officiers des deux armes se tenaient l'cart et regardaient avec une vive curiosit ce spectacle extraordinaire du successeur des ,csars vaincu et demandant la paix au soldat couronn que la rvolution franaise avait port au fate des grandeurs humaines4 ,napolon s'excusa auprs de l'empereur ,franois de le recevoir en pareil lieu4 ,ce sont l1 lui dit-il1 les palais que ,votre ,majest me force d'habiter depuis trois mois4--,ce sjour vous russit assez1 lui rpliqua le monarque autrichien1 pour que vous n'ayez pas le droit de m'en vouloir4 ,l'entretien se porta ensuite sur l'ensemble de la situation1 ,napolon soutenant qu'il avait t entran la guerre malgr lui1 dans le moment o il s'y attendait le moins et lorsqu'il tait exclusivement occup de l',angleterre2 l'empereur d',autriche affirmant qu'il n'avait t amen prendre les armes que par les projets de la ,france l'gard de l',italie4 ,napolon dclara qu'aux conditions dj indiques ,m4 de ,giulay1 et qu'il se dispensa d'noncer de nouveau1 il tait prt signer la paix4 ,l'empereur ,franois1 sans s'expliquer ce sujet1 voulut savoir quoi ,napolon tait dispos par rapport l'arme russe4 ,napolon demanda d'abord que l'empereur ,franois spart sa cause de celle de l'empereur ,alexandre1 que l'arme russe se retirt par journes d'tape des tats autrichiens1 et il promit de lui accorder un armistice cette condition4 ,quant la paix avec la ,russie1 il ajouta qu'on la rglerait plus tard1 car cette paix le regardait seul4 ,croyez-moi1 dit ,napolon l'empereur ,franois1 ne confondez pas votre cause avec celle de l'empereur ,alexandre4 ,la ,russie seule peut aujourd'hui faire en ,europe une guerre de fantaisie4 ,vaincue1 elle se retire dans ses dserts1 et vous1 vous payez avec vos provinces les frais de la guerre4 ,,xxiv ,le trait de ,presbourg1 la ,prusse dconcerte dans ses duplicits habituelles1 la possession de toute l',italie concde ,napolon1 sont les fruits de cette bataille4 ,il rentre en ,france au bruit des acclamations de l'arme et du peuple4 ,l',angleterre est sauve1 mais le continent est asservi4 ,comme l'ordinaire encore1 l'historien applaudit et tmoigne seulement quelques craintes timides sur les excs de victoire et de puissance venir1 comme chacune des priodes civiles ou guerrires de son hros3 rflexion vide1 tardive ou prmature1 selon nous1 la fin d'un si beau rcit2 car1 s'il a applaudi au dix-huit brumaire1 pourquoi rpugne-t-il au consulat8 ,s'il a applaudi au consulat vie1 pourquoi s'tonne-t-il de l'empire8 ,s'il a maintenant applaudi l'empire1 pourquoi s'tonne-t-il du despotisme europen8 ,toutes ces choses qu'il blme sont les consquences ncessaires de celles qu'il a loues4 ,quand vous n'avez pas arrt l'illgalit de l'ambition au premier pas1 pourquoi voulez-vous qu'elle s'arrte au second8 pourquoi au troisime8 pourquoi au quatrime8 ,c'est jouer mal propos le philosophe ou c'est bien peu connatre les hommes4 ,le mouvement ascendant et perptuel tout prix tait le lot et le caractre de l'homme qui n'asservissait la ,france qu' la condition de l'blouir4 ,napolon tait un de ces hommes qui ne s'arrtent que quand ils tombent4 ,arrtons-nous cet apoge de sa gloire1 qui n'est pas encore l'apoge du mouvement historique de ,m4 ,thiers1 et achevons dans le prochain entretien la lecture d'un livre o l'on blme quelquefois1 mais o l'on marche toujours sans lassitude d'admiration en admiration pour le tableau et pour le peintre1 et1 bien que le livre soit long1 l'admiration est toujours courte4 ,,lamartine4 ,x,l,v,ie ,,entretien ,,examen ,,critique ,,de ,l',,histoire ,,de ,l',,empire1 ,,par ,m4 ,,thiers4 7#c;e ,,partie47 ,i ,nous voil enfin dans le vritable lment de cette histoire3 la guerre6 ,m4 ,thiers est le grand historien militaire de ce sicle et de tous les sicles4 ,son livre sera le manuel des grands capitaines4 ,on l'a compar ,polybe2 nous ne lui faisons pas cette injure3 il y a dix ,polybe en lui4 ,la guerre est tout la fois pour ,m4 ,thiers ce qu'elle est en ralit dans nos tats modernes1 le suprme effort de civilisation d'un peuple pour se transformer en arme et pour se transporter en ordre et en force sur ses champs de bataille4 ,nos armes ne sont plus des hordes comme aux poques de dbordement des barbares2 nos armes sont des armes1 c'est--dire des corps de nations organiss pour combattre4 ,cette socit des camps a des lois sociales plus troites1 plus promptes1 plus absolues1 plus draconiennes que les lois de la socit civile4 ,cette lgislation spciale s'appelle discipline2 les hommes qui composent nos armes sont extraits par diffrents modes1 coercitifs ou volontaires1 de la population jeune du pays2 ces hommes reoivent une modique solde pour enlever toute excuse au pillage1 cet abus de la force dans le pays ami1 cette strilisation des ressources dans les pays conquis2 ces hommes reoivent des armes de diffrente nature1 selon les corps distincts dans lesquels ils sont enrls2 ces hommes reoivent une ducation militaire conforme aux diffrents usages que le gnral se propose de faire de leurs armes distinctes dans la proportion numrique de ces diffrentes armes pendant ses campagnes3 infanterie1 cavalerie1 artillerie1 gnie1 baonnettes1 fusils1 canons de campagne1 canons de sige1 passages des ponts1 transports militaires1 ambulances ou hpitaux suivant l'arme4 ,l'esprit recule d'tonnement et d'admiration devant la puissance d'organisation et devant l'immensit des dtails que comporte ce nom d'arme3 recrutement des soldats1 habillement1 armement1 logement1 nourriture de ces masses d'hommes2 solde1 instruction1 chevaux1 canons1 distribution de ces soldats dans les cadres1 nomination et hirarchie des sous-officiers et des officiers1 gnie du gnral1 hrosme collectif de ses bataillons1 o chaque combattant est souvent dsintress de la cause et o tous meurent au besoin pour la victoire2 c'est l un de ces phnomnes tellement compliqus de la civilisation antique ou moderne qu'un historien militaire doit commencer par l'approfondir dans ses plus minutieux dtails avant d'en prsenter l'ensemble sur les champs de bataille l'esprit de la postrit4 ,c'est l ce qu'a fait avec une inimitable perfection d'analyse ,m4 ,thiers dans cette histoire1 histoire unique sous ce point de vue4 ,on l'en a blm1 nous l'en louons1 et la postrit le louera avec nous de ce laborieux travail de dcomposition et de composition des armes modernes4 ,ce travail est tel que1 si1 dans cinq ou six sicles1 un homme d'tat ou un homme de guerre venir veut se rendre compte1 sans erreur et sans effort1 de la formation d'une arme au dix-neuvime sicle1 il n'aura qu' ouvrir l',histoire du ,consulat et de l',empire1 et l'arme moderne lui apparatra tout entire1 recrute1 vtue1 arme1 monte1 hirarchise1 discipline1 commande1 vivant et combattant1 comme ces modles d'anatomie que l'on dvoile dans les muses pour dcouvrir aux initis de la science les mystres de la structure humaine4 ,,ii ,historien administratif1 historien diplomatique1 historien militaire surtout1 voil les trois mrites inapprciables de ,m4 ,thiers2 l'historien pathtique manque1 il est vrai2 cependant les scnes de la guerre lui inspirent quelquefois un hrosme de style et une motion de pinceau qui rendent merveilleusement les impressions non individuelles1 mais collectives1 du champ de bataille4 ,il pense avec le gnral1 il discute avec le conseil de guerre1 il vole disposer les troupes avec l'officier d'tat-major1 il charge avec ,lannes ou ,murat les carrs de l'infanterie1 il meurt avec le bless1 il pousse avec l'arme triomphante le cri de victoire3 ,vive l',empereur6 ,la fume des batteries l'enivre1 et il communique son ivresse l'homme de guerre2 c'est le ,shakspeare du soldat6 ,on l'a raill quelquefois de cette personnalit militaire qui lui fait confondre son rle d'crivain avec le rle du grand capitaine dont il raconte ou dont il critique les exploits2 pourquoi l'accuser de ce qui fait un de ses premiers mrites3 s'identifier avec le gnie des batailles8 ,c'est par l qu'il passionne pour le mtier qu'il comprend si bien4 ,nous n'approuvons pas tous ces jugements1 nous ne ratifions pas tous ces plans personnels qu'il expose souvent avec trop de jactance en opposition avec les plans de ,moreau1 de ,massna1 de ,jourdan1 de ,soult1 de ,bonaparte2 mais il est impossible de nier que cette vive et vaste intelligence s'adaptait la guerre aussi bien et mieux peut-tre qu' la paix1 et que1 si la destine1 au lieu de le pousser la tribune1 au ministre1 la froide table de l'historien1 l'avait pouss sur les champs de bataille1 l',europe aurait compt un grand gnral de plus dans ses fastes4 ,l'esprit universel peut tout2 la fortune avare et aveugle ne nous donne qu'un rle quand la nature nous a faonn souvent pour tous les rles la fois2 voil pourquoi il est si cruel pour les riches natures de mourir sans avoir1 comme elles disent1 accompli leur destine4 ,,iii ,suivons maintenant ,m4 ,thiers dans cette srie immense de campagnes qui vont se presser et se drouler sous sa plume3 le voil sur son terrain4 ,napolon rentr ,paris1 les ngociations de #ahjf1 pour convertir en trait de paix les conventions sommaires de ,presbourg1 s'ouvrent4 ,ce trait contient des germes nouveaux de guerre3 l',autriche est dpouille2 la ,russie1 humilie et impatiente de venger sa malheureuse apparition sur le champ de bataille d',austerlitz1 se rfugie dans un isolement plein de rancunes2 elle impute sa dfaite la lchet de l',allemagne1 mais elle ne peut consentir sans amertume laisser triompher impunment ,napolon du continent4 ,la ,prusse1 infidle tous ses allis la fois1 accepte la dpouille de l',angleterre dans le ,hanovre1 se rjouit de l'abaissement de l',autriche1 s'allie ostensiblement avec ,napolon par terreur1 et ngocie dj secrtement avec la ,russie une coalition ambigu comme sa situation4 ,jamais les manoeuvres tnbreuses de cette cour punique n'ont t mieux claires que par ,m4 ,thiers4 ,son livre fera dans l'avenir cette puissance plus de tort que la bataille d',ina2 la bataille d',ina ne lui a enlev que des territoires1 le livre de ,m4 ,thiers lui enlve l'estime du monde4 ,,iv ,cependant ,napolon se hte de profiter de la stupeur d',austerlitz pour expulser les ,bourbons de ,naples2 son frre ,joseph est lev au trne des ,deux-,siciles4 ,m4 ,pitt1 l',annibal anglais1 meurt au moment o il renoue les fils d'une coalition dans sa main4 ,m4 ,fox1 dclamateur de la paix1 lui succde pour dclamer la guerre4 ,le jugement de ,m4 ,thiers sur cet loquent orateur d'opposition et sur ce faible ministre est de nouveau partial et faux comme un jugement populaire2 ce jugement ne sera pas celui de l'histoire3 ,m4 ,fox n'a laiss que du talent1 la faveur aveugle de son pays2 la postrit juge les hommes d'tat par leurs actes et non par leurs discours4 ,si ,m4 ,fox avait t un homme d'tat tel que ,m4 ,thiers s'efforce en vain de le dpeindre1 ,m4 ,fox aurait renouvel trs-facilement alors la paix d',amiens entre l',angleterre et la ,france2 mais1 obstacle la guerre pendant que son pays devait la soutenir1 et impuissant pour la paix au moment o la paix tait possible et honorable1 ,m4 ,fox n'osa pas professer comme ministre les principes pacifiques qu'il avait professs comme chef de parti4 ,il mourut bientt aprs son grand rival ,pitt2 il laissait une mmoire1 mais il laissa peu de regrets4 ,l'apprciation de ce caractre par ,m4 ,thiers ici n'est pas de l'histoire d'homme d'tat1 c'est du pangyrique d'orateur4 ,il importe la jeunesse actuelle de la prmunir contre cette partialit de l'historien4 ,la gloire de ,m4 ,fox ne fut jamais qu'une vogue de popularit parlementaire1 un ,wilkes aristocrate1 voil tout4 ,v ,cette faute de ,m4 ,fox ouvre ,napolon la carrire libre sur le continent pour une ambition qui devient sans limite4 ,il rve l'empire d',occident2 il couronne son second frre ,louis roi de ,hollande2 son beau-frre ,murat reoit le duch de ,berg2 des principauts sont donnes tous les princes et toutes les princesses de sa famille2 ses gnraux reoivent des titres1 des dotations1 des souverainets2 il partage les dpouilles d',austerlitz entre sa cour2 il rtrcit ou il largit son gr les tats des princes allemands2 il cre la ,confdration du ,rhin1 dont il se dclare le chef3 grande pense qui lui cre un parti franais en ,allemagne1 et qui mine l',autriche par les mains de ses propres feudataires4 ,pendant ces crations des lments d'un empire d',occident1 il appuie sa politique d'intimidation de l',allemagne par une arme de cinq cent mille vtrans1 lgions franaises qui savent les routes de la ,germanie4 ,la ,prusse1 subissant la peine de ses triples intrigues dvoiles1 se croit menace dans son existence2 elle arme hors de propos1 comme elle avait dsarm hors de l'honneur allemand4 ,la ,russie1 prte signer une alliance avec ,napolon1 hsite et retire sa main en voyant l'attitude hostile de la ,prusse4 ,tout se prpare la guerre sans qu'on puisse l'imputer personne1 si ce n'est aux hsitations de ,m4 ,fox et aux agitations toujours intempestives de la ,prusse4 ,napolon avait dj #agj1jjj hommes cantonns en ,allemagne sous ses meilleurs lieutenants2 en vingt jours le reste est organis et en route pour recevoir ou pour porter le premier coup la ,prusse4 ,l',autriche est neutre par reprsailles de la neutralit de la cour de ,berlin pendant la campagne d',austerlitz4 ,la ,russie est trop loin pour arriver temps sur le champ de manoeuvre4 ,l',angleterre1 justement irrite de l'acceptation du ,hanovre1 sa dpouille1 par la cour de ,berlin1 regarde sans intrt la lutte4 ,l'arme de ,napolon est mue de ses rcents triomphes1 des insultes des ,prussiens1 de l'impatience de sonder enfin sur le champ de bataille cette prestigieuse renomme de la tactique et de l'invincibilit des troupes et des gnraux du grand ,frdric4 ,divise en sept corps d'arme et commande par des lieutenants assouplis la main du matre1 ,marmont1 ,bernadotte1 ,davout1 ,soult1 ,lannes1 ,ney1 ,augereau1 ,oudinot1 ,murat1 elle prsentait deux cent mille combattants aguerris1 attendant ,wurzbourg la prsence de ,napolon4 ,le plan de la campagne conu par ,napolon loisir et pertinemment expos par ,m4 ,thiers est la plus lumineuse prface de la bataille4 ,le vieux duc de ,brunswick est trop illustre par son titre d'lve du grand ,frdric pour qu'on puisse donner un autre gnralissime l'arme prussienne2 il est trop surann nanmoins1 et trop discrdit par son invasion malheureuse de la ,france et par sa retraite de ,champagne en #agib1 pour inspirer la confiance l'arme prussienne2 cette arme de #ahj1jjj hommes mollit sous sa main4 ,la cour de ,prusse1 enthousiasme par la beaut et le patriotisme de sa reine1 porte plus de jactance que de solidit dans l'arme2 les plans de campagne s'y forment et s'y brisent en un instant2 on consume le temps en conseils de guerre2 on finit par diviser l'arme en deux corps pour satisfaire aux exigences de deux gnraux4 ,pendant ces hsitations ,napolon s'avance1 avec l'unit de direction et la rapidit de marche d'un commandement absolu1 travers la ,franconie et la ,saxe2 les avant-gardes s'entre-choquent2 le prince ,louis de ,prusse1 le plus chevaleresque des partisans de la guerre la cour de son frre1 tombe mort sous le sabre d'un sous-officier franais2 le duc de ,brunswick replie l'arme sur ,naumbourg1 laissant #ej1jjj hommes sous le prince de ,hohenlohe1 ,ina2 ,napolon arrive avec ses masses en vue de la ville4 ,la description de la valle d',ina et des hauteurs tages o campe l'arme prussienne est un vritable modle de topographie militaire2 la nuit qui prcde la bataille n'est pas moins solennellement dcrite4 ,la journe du #ac s'tait coule2 une obscurit profonde enveloppait le champ de bataille4 ,napolon avait plac sa tente au centre d'un carr form par sa garde1 et n'avait laiss allumer que quelques feux2 mais l'arme prussienne avait allum tous les siens4 ,on voyait les feux du prince de ,hohenlohe sur toute l'tendue des plateaux1 et au fond de l'horizon droite1 sur les hauteurs de ,naumbourg1 que surmontait le vieux chteau d',eckartsberg1 ceux de l'arme du duc de ,brunswick1 devenu tout coup visible pour ,napolon4 ,il pensa que1 loin de se retirer1 toutes les forces prussiennes venaient prendre part la bataille4 ,il envoya sur-le-champ de nouveaux ordres aux marchaux ,davout et ,bernadotte4 ,il prescrivit au marchal ,davout de bien garder le pont de ,naumbourg1 et mme de le franchir1 s'il tait possible1 pour tomber sur les derrires des ,prussiens1 pendant qu'on les combattrait de front4 ,il ordonna au marchal ,bernadotte1 qui tait plac en intermdiaire1 de concourir au mouvement projet1 soit en se joignant au marchal ,davout s'il tait prs de celui-ci1 soit en se jetant directement sur le flanc des ,prussiens s'il avait dj pris ,dornbourg une position plus rapproche d',ina4 ,enfin il enjoignit ,murat d'arriver le plus tt qu'il pourrait avec sa cavalerie4 ,voyez le rveil6 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,napolon1 debout avant le jour1 donnait ses dernires instructions ses lieutenants et faisait prendre les armes ses soldats4 ,la nuit tait froide1 la campagne couverte au loin d'un brouillard pais1 comme celui qui enveloppa pendant quelques heures le champ de bataille d',austerlitz4 ,escort par des hommes portant des torches1 ,napolon parcourut le front des troupes1 parla aux officiers et aux soldats1 leur expliqua la position des deux armes1 leur dmontra que les ,prussiens taient aussi compromis que les ,autrichiens l'anne prcdente2 que1 vaincus dans cette journe1 ils seraient coups de l',elbe et de l',oder1 spars des ,russes1 et rduits livrer aux ,franais la monarchie prussienne tout entire2 que1 dans une telle situation1 le corps franais qui se laisserait battre ferait chouer les plus vastes desseins et se dshonorerait jamais4 ,il les engagea fort se tenir en garde contre la cavalerie prussienne1 et la recevoir en carr avec leur fermet ordinaire4 ,les cris3 ,en avant6 ,vive l',empereur6 accueillirent partout ses paroles4 ,quoique le brouillard ft pais1 travers son paisseur mme1 les avant-postes ennemis aperurent la lueur des torches1 entendirent les cris de joie de nos soldats1 et allrent donner l'alarme au gnral ,tauenzien4 ,l'espace que ,napolon cherchait d'abord conqurir pour y dployer son arme encore demi cache derrire les montagnes est balay avant dix heures du matin4 ,les manoeuvres alors se dveloppent1 les charges se croisent1 les pripties de la mle se nouent et se dnouent sur mille champs de carnage la fois4 ,l'arme prussienne1 accule aux monticules derrire ,ina1 les gravit en retraite1 puis1 charge par la cavalerie irrsistible de ,murat1 se prcipite en droute comme une avalanche sur la route de la ,thuringe4 ,lisez cette droute1 crite avec la fougue1 la poudre et le sang de la bataille elle-mme4 ,l'historien dont la vive imagination a ressuscit sur les lieux ces deux armes n'est plus historien2 il est combattant1 soldat1 gnral1 peintre de bataille4 ,des soixante-dix mille ,prussiens qui avaient paru sur ce champ de bataille1 il n'y avait pas un seul corps qui ft entier1 pas un seul qui se retirt en ordre4 ,sur les cent mille ,franais composant les corps des marchaux ,soult1 ,lannes1 ,augereau1 ,ney1 ,murat1 et la garde1 cinquante mille au plus avaient combattu et suffi pour culbuter l'arme prussienne4 ,la plus grande partie de cette arme1 frappe d'une sorte de vertige1 jetant ses armes1 ne connaissant plus ni drapeau ni officiers1 courait sur toutes les routes de la ,thuringe4 ,environ douze mille ,prussiens et ,saxons1 morts ou blesss1 environ quatre mille ,franais1 morts ou blesss aussi1 couvraient la campagne d',ina ,weimar4 ,on voyait1 tendus sur la terre et en nombre plus qu'ordinaire1 une quantit d'officiers prussiens qui avaient noblement pay de leur vie leurs folles passions4 ,quinze mille prisonniers1 deux cents pices de canon taient aux mains de nos soldats1 ivres de joie4 ,les obus des ,prussiens avaient mis en feu la ville d',ina1 et1 des plateaux o l'on avait combattu1 on voyait des colonnes de flammes s'lever du sein de l'obscurit4 ,les obus des ,franais sillonnaient la ville de ,weimar et la menaaient d'un sort semblable4 ,les cris des fugitifs qui la traversaient en courant1 le bruit de la cavalerie de ,murat qui en parcourait les rues au galop1 sabrant sans piti tout ce qui n'tait pas assez prompt jeter ses armes1 avaient rempli d'effroi cette charmante cit1 noble asile des lettres1 et thtre paisible du plus beau commerce d'esprit qui ft alors au monde6 ,weimar comme ,ina1 une partie des habitants avaient fui4 ,les vainqueurs1 disposant en matres de ces villes presque abandonnes1 tablissaient leurs magasins et leurs hpitaux dans les glises et les lieux publics4 ,napolon1 revenu ,ina1 s'occupait1 suivant son usage1 de faire ramasser les blesss1 et entendait les cris de ,vive l',empereur6 se mler aux gmissements des mourants4 ,scnes terribles1 dont l'aspect serait intolrable si le gnie1 si l'hrosme dploys n'en rachetaient l'horreur1 et si la gloire1 cette lumire qui embellit tout1 ne venait les envelopper de ses rayons blouissants6 ,le duc de ,brunswick et le vieux ,mollendorf1 son rival1 se runissent quelques lieues pour forcer le passage dfendu par le corps isol de ,davout4 ,davout ne combat pas en lieutenant de ,napolon1 mais en lieutenant de ,lonidas ces ,thermopyles4 ,il rsiste cent mille hommes avec vingt mille1 pour donner ,napolon le temps d'accourir une seconde victoire4 ,cette victoire emporte tout4 ,le duc de ,brunswick1 en voyant l'opinitre rsistance des ,franais1 prouvait un secret dsespoir et croyait toucher la catastrophe dont le pressentiment assigeait depuis un mois son me attriste4 ,ce vieux guerrier1 hsitant dans le conseil1 jamais au feu1 veut se mettre lui-mme la tte des grenadiers prussiens et les conduire l'assaut de ,hassenhausen1 en suivant un pli de terrain qui se trouve ct de la chausse1 et par lequel on peut parvenir plus srement au village4 ,tandis qu'il les exhorte et leur montre le chemin1 un biscaen l'atteint au visage et lui fait une blessure mortelle4 ,on l'emmne1 aprs avoir jet un mouchoir sur sa figure1 pour que l'arme ne reconnaisse pas l'illustre bless4 cette nouvelle1 une noble fureur s'empare de l'tat-major prussien4 ,le respectable ,mollendorf ne veut pas survivre cette journe2 il s'avance1 et il est son tour mortellement frapp4 ,le roi1 les princes se portent au danger comme les derniers des soldats4 ,le roi a un cheval tu sans quitter le feu4 ,la droute suprme est peinte comme les deux batailles2 la monarchie prussienne est anantie dans son arme4 ,napolon1 rest ,ina1 hsite croire ce second et complet triomphe de sa fortune4 ,davout aurait mrit dans l'antiquit le nom de ,prussique1 comme ,scipion celui d',africain4 ,la campagne est ,napolon1 la victoire est ,davout2 l'historien ici est juste4 ,ce gnral gale et souvent surpasse son matre2 il ne lui manque que le commandement suprme1 qui attribue la gloire celui pour qui meurent ou triomphent ses lieutenants4 ,m4 ,thiers rtablit partout dans le reste de cette histoire l'quilibre et mme la supriorit frquente du gnie des campagnes en faveur de ,davoust4 ,,vi ,on marche sur ,berlin4 ,une anecdote heureusement place interrompt ici la svrit du rcit pique4 ,aprs avoir laiss prendre un peu d'avance ses corps d'arme1 ,napolon partit1 le #bd octobre1 pour se rendre ,potsdam4 ,faisant la route cheval1 il fut surpris par un orage violent1 bien que le temps n'et cess d'tre fort beau depuis le commencement de la campagne4 ,ce n'tait pas sa coutume de s'arrter pour un tel motif2 cependant on lui offrit de s'abriter dans une maison situe au milieu des bois et appartenant un officier des chasses de la cour de ,saxe4 ,il accepta cette offre4 ,quelques femmes qui1 d'aprs leur langage et leurs vtements1 paraissaient tre des personnes d'un rang lev1 reurent autour d'un grand feu ce groupe d'officiers franais que1 par crainte autant que par politesse1 on se serait bien gard de mal accueillir4 ,elles semblaient ignorer quel tait le principal de ces officiers1 autour duquel les autres se rangeaient avec respect1 lorsque l'une d'elles1 jeune encore1 saisie d'une vive motion1 s'cria3 ,voil l',empereur6--,comment me connaissez-vous8 lui dit schement ,napolon4--,sire1 lui rpondit-elle1 je me trouvais avec ,votre ,majest en gypte4--,et que faisiez-vous en gypte8--,j'tais l'pouse d'un officier qui est mort votre service4 ,j'ai depuis demand une pension pour moi et pour mon fils1 mais j'tais trangre1 je n'ai pu l'obtenir1 et je suis venue chez la matresse de cette demeure1 qui a bien voulu m'accueillir et me confier l'ducation de ses enfants4 ,le visage d'abord svre de ,napolon1 mcontent d'tre reconnu1 s'tait tout coup adouci4 ,eh bien1 madame1 lui dit-il1 vous aurez une pension1 et quant votre fils1 je me charge de son ducation4 ,le soir mme il voulut revtir de sa signature l'une et l'autre de ces rsolutions1 et dit en souriant3 ,je n'avais jamais eu d'aventure dans une fort1 la suite d'un orage2 en voil une et des meilleures4 ,il arriva le #be octobre au soir ,potsdam4 ,aussitt il se mit visiter la retraite du grand capitaine1 du grand roi1 qui s'appelait le philosophe de ,sans-,souci1 et avec quelque raison1 car il sembla porter le poids de l'pe et du sceptre avec une indiffrence railleuse1 se moquant de toutes les cours de l',europe1 on oserait mme ajouter de ses peuples1 s'il n'avait mis tant de soin les bien gouverner4 ,napolon parcourut le grand et le petit palais de ,potsdam1 se fit montrer les oeuvres de ,frdric1 toutes charges des notes de ,voltaire1 chercha dans sa bibliothque reconnatre de quelles lectures se nourrissait ce grand esprit1 puis alla voir dans l'glise de ,potsdam le modeste rduit o repose le fondateur de la ,prusse4 ,on conservait ,potsdam l'pe de ,frdric1 sa ceinture1 son cordon de l',aigle-,noir4 ,napolon les saisit en s'criant3 ,voil un beau prsent pour les ,invalides1 surtout pour ceux qui ont fait partie de l'arme de ,hanovre4 ,ils seront heureux1 sans doute1 quand ils verront en notre pouvoir l'pe de celui qui les vainquit ,rosbach6 ,napolon1 s'emparant avec tant de respect de ces prcieuses reliques1 n'offensait assurment ni ,frdric ni la nation prussienne2 mais combien est extraordinaire1 digne de mditation1 l'enchanement mystrieux qui lie1 confond1 spare ou rapproche les choses de ce monde6 ,frdric et ,napolon se rencontraient ici d'une manire bien trange6 ,ce roi philosophe1 qui1 sans qu'il s'en doutt1 s'tait fait1 du haut du trne1 l'un des promoteurs de la ,rvolution franaise1 couch maintenant dans son cercueil1 recevait la visite du gnral de cette ,rvolution1 devenu empereur1 conqurant de ,berlin et de ,potsdam6 ,le vainqueur de ,rosbach recevait la visite du vainqueur d',ina4 ,quel spectacle6 ,,vii ,le style1 dans cette anecdote familire et dans cette rflexion philosophique1 n'est pas la hauteur de l'vnement2 mais la rflexion est si sense qu'on oublie l'insuffisance du style4 ,la ,rvolution1 en effet1 rebroussant sa route de ,paris ,berlin1 semblait venir remonter ,berlin une de ses sources2 mais ce prtendu reflux de la ,rvolution sur ,berlin n'tait qu'une illusion2 un esprit aussi net que celui de ,m4 ,thiers1 quand il est dsintress1 devait le comprendre4 ,ce n'tait pas la ,rvolution qui entrait avec les armes franaises ,potsdam1 c'tait la contre-rvolution4 ,napolon n'tait pas le soldat de la ,rvolution1 il en tait la raction personnifie dans un grand soldat2 entre la ,rvolution et lui il y avait la diffrence du sabre l'ide1 mais c'est la faiblesse de situation ou de jugement de ,m4 ,thiers de confondre toujours le missionnaire arm du despotisme avec le missionnaire de la libert4 ,cela peut tre un ingnieux paradoxe au service de ceux qui veulent glorifier la fois la ,france sous deux formes3 la force et l'ide2 mais cela ne sera jamais une vrit historique4 ,il ne faut pas laisser ce sophisme nos neveux4 ,,viii ,en un mois la monarchie prussienne avait cess d'exister avec son arme2 prodigieuse faiblesse des tats purement militaires6 ,m4 ,thiers en rsume parfaitement la raison4 ,quant aux ,prussiens1 si on veut avoir le secret de cette droute inoue1 aprs laquelle les armes et les places se rendaient la sommation de quelques hussards ou de quelques compagnies d'infanterie lgre1 on le trouvera dans la dmoralisation qui suit ordinairement une prsomption folle4 ,aprs avoir ni1 non pas les victoires des ,franais1 qui n'taient pas niables1 mais leur supriorit militaire1 les ,prussiens en furent tellement saisis1 la premire rencontre1 qu'ils ne crurent plus la rsistance possible et s'enfuirent en jetant leurs armes4 ,ils furent atterrs1 et l',europe le fut avec eux4 ,elle frmit tout entire aprs ,ina1 plus encore qu'aprs ,austerlitz1 car aprs ,austerlitz la confiance dans l'arme prussienne restait du moins aux ennemis de la ,france4 ,aprs ,ina1 le continent entier semblait appartenir l'arme franaise4 ,les soldats du grand ,frdric avaient t la dernire ressource de l'envie3 ces soldats vaincus1 il ne restait l'envie que cette autre ressource1 la seule1 hlas6 qui ne lui manque jamais1 de prdire les fautes d'un gnie dsormais irrsistible1 de prtendre qu' de tels succs aucune raison humaine ne pourrait tenir2 et il est malheureusement vrai que le gnie1 aprs avoir dsespr l'envie par ses succs1 se charge lui-mme de la consoler par ses fautes4 ,,ix ,matre de la monarchie prussienne1 sr de l'immobilit de la ,russie1 de la tolrance force de l',autriche1 de la complaisance de l',espagne1 de l'obissance de la ,hollande1 ,napolon rve ,berlin le blocus du continent contre l',angleterre1 qu'il veut touffer dans son le par l'coulement refoul de ses produits sur ses manufactures4 ,impuissant la guerre des boulets contre elle1 il lui dclare la guerre de l'argent1 la ruine commerciale au lieu de la dvastation par les armes2 pense gigantesque qui aurait exig pour tre accomplie la possession inconteste du continent tout entier1 et qui1 pour tuer le commerce d'une le1 tuait d'abord le commerce du continent lui-mme4 ,c'tait une violence contre la nature des choses qui ne pouvait1 comme toutes les violences de cette nature1 aboutir qu' l'impuissance et la ruine de la ,france4 ,x ,la campagne de #ahjg en ,pologne contre les restes des ,prussiens et contre les ,russes est une tude d'un vif intrt pour les militaires1 tude trop savante et trop dtaille peut-tre pour le commun des lecteurs4 ,c'est un manuel d'tat-major plus qu'un livre de bibliothque4 ,mais la bataille d',eylau1 qui termine ce vingt-cinquime livre1 le relve la hauteur de l'pope4 ,l'historien ici est surtout grand paysagiste4 ,depuis qu'on avait dbouch sur ,eylau le pays se montrait uni et dcouvert4 ,la petite ville d',eylau1 situe sur une lgre minence et surmonte d'une flche gothique1 tait le seul point saillant du terrain4 droite de l'glise1 le sol1 s'abaissant quelque peu1 prsentait un cimetire4 ,en face il se relevait sensiblement1 et1 sur ce relvement marqu de quelques mamelons1 on apercevait les ,russes en masse profonde4 ,plusieurs lacs1 pourvus d'eau au printemps1 desschs en t1 gels en hiver1 actuellement effacs par la neige1 ne se distinguaient en aucune manire du reste de la plaine4 peine quelques granges runies en hameaux1 et des lignes de barrire servant parquer le btail1 formaient-elles un point d'appui ou un obstacle sur ce morne champ de bataille4 ,un ciel gris1 fondant par intervalles en une neige paisse ajoutait sa tristesse celle des lieux1 tristesse qui saisit les yeux et les coeurs ds que la naissance du jour1 trs-tardive en cette saison1 eut rendu les objets visibles4 ,les ,russes taient rangs sur deux lignes fort rapproches l'une de l'autre1 leur front couvert par trois cents bouches feu1 qui avaient t disposes sur les parties saillantes du terrain4 ,en arrire1 deux colonnes serres1 appuyant comme deux arcs-boutants cette double ligne de bataille1 semblaient destines la soutenir et l'empcher de plier sous le choc des ,franais4 ,une forte rserve d'artillerie tait place quelque distance4 ,la cavalerie se trouvait partie en arrire1 partie sur les ailes4 ,les ,cosaques1 ordinairement disperss1 tenaient cette fois au corps mme de l'arme4 ,il tait vident qu' l'nergie1 la dextrit des ,franais1 les ,russes avaient voulu1 sur ce terrain dcouvert1 opposer une masse compacte1 dfendue sur son front par une nombreuse artillerie1 fortement taye par derrire1 une vritable muraille enfin1 lanant une pluie de feu4 ,napolon1 cheval ds la pointe du jour1 s'tait tabli de sa personne dans le cimetire la droite d',eylau4 ,l1 protg peine par quelques arbres1 il voyait parfaitement la position des ,russes1 lesquels1 dj en bataille1 avaient ouvert le feu par une canonnade qui devenait chaque instant plus vive4 ,on pouvait prvoir que le canon serait l'arme de cette journe terrible4 ,,xi ,l'immense carnage de ce champ de bataille disput aux frimas1 aux extrmits de la ,sarmatie1 entre l'arme franaise puise de sang et l'arme russe brillant de se venger de la dfaite d',austerlitz1 est une des scnes les plus tragiques dont l'histoire puisse consterner l'humanit4 ,le corps d'arme d',augereau reste presque tout entier dans la neige1 cras par les batteries russes4 ,le reste de cette arme se replie en ordre sur le cimetire d',eylau1 comme pour se grouper et pour mourir autour de son empereur4 ,tout coup1 dit l'historien1 la neige1 ayant cess de tomber1 permit d'apercevoir ce douloureux spectacle4 ,sur six ou sept mille combattants1 quatre mille environ1 morts ou blesss1 jonchaient la terre4 ,augereau1 atteint lui-mme d'une blessure1 plus touch au reste du dsastre de son corps d'arme que du pril1 fut port dans le cimetire d',eylau1 aux pieds de ,napolon1 auquel il se plaignit1 non sans amertume1 de n'avoir pas t secouru temps2 une morne tristesse rgnait sur les visages dans l'tat-major imprial4 ,napolon1 calme et ferme1 imposant aux autres l'impassibilit qu'il s'imposait lui-mme1 adressa quelques paroles de consolation ,augereau1 puis il le renvoya sur les derrires1 et prit ses mesures pour rparer le dommage4 ,lanant d'abord les chasseurs de sa garde1 et quelques escadrons de dragons qui taient sa porte1 pour ramener la cavalerie ennemie1 il fit appeler ,murat1 et lui ordonna de tenter un effort dcisif sur la ligne d'infanterie qui formait le centre de l'arme russe1 et qui1 profitant du dsastre d',augereau1 commenait se porter en avant4 ,au premier ordre1 ,murat tait accouru au galop4--,eh bien1 lui dit ,napolon1 nous laisseras-tu dvorer par ces gens-l8 ,alors il prescrivit cet hroque chef de sa cavalerie de runir les chasseurs1 les dragons1 les cuirassiers1 et de se jeter sur les ,russes avec quatre-vingts escadrons1 pour essayer tout ce que pouvait l'lan d'une pareille masse d'hommes cheval1 chargeant avec fureur une infanterie rpute inbranlable4 ,la cavalerie de la garde fut porte en avant1 prte joindre son choc celui de la cavalerie de l'arme4 ,le moment tait critique1 car si l'infanterie russe n'tait pas arrte1 elle allait aborder le cimetire1 centre de la position1 et ,napolon n'avait pour le dfendre que les six bataillons pied de la garde impriale4 ,murat part au galop1 runit ses escadrons1 puis les fait passer entre le cimetire et ,rothenen1 travers ce mme dbouch par lequel le corps d',augereau avait dj march une destruction presque certaine4 ,les dragons du gnral ,grouchy chargent les premiers1 pour dblayer le terrain et en carter la cavalerie ennemie4 ,ce brave officier1 renvers sous son cheval1 se relve1 se met la tte de sa seconde brigade1 et russit disperser les groupes de cavaliers qui prcdaient l'infanterie russe4 ,mais pour renverser celle-ci1 il ne faut pas moins que les gros escadrons vtus de fer du gnral d',hautpoul4 ,cet officier1 qui se distinguait par une habilet consomme dans l'art de manier une cavalerie nombreuse1 se prsente avec vingt-quatre escadrons de cuirassiers1 que suit toute la masse des dragons4 ,ces cuirassiers1 rangs sur plusieurs lignes1 s'branlent et se prcipitent sur les baonnettes russes4 ,les premires lignes1 arrtes par le feu1 ne pntrent pas1 et1 se repliant droite et gauche1 viennent se reformer derrire celles qui les suivent1 pour charger de nouveau4 ,enfin1 l'une d'elles1 lance avec plus de violence1 renverse sur un point l'infanterie ennemie1 et y ouvre une brche travers laquelle cuirassiers et dragons pntrent l'envi les uns des autres4 ,comme un fleuve qui a commenc percer une digue l'emporte bientt tout entire1 la masse de nos escadrons1 ayant une fois entam l'infanterie des ,russes1 achve en peu d'instants de renverser leur premire ligne4 ,nos cavaliers se dispersent alors pour sabrer4 ,une affreuse mle s'engage entre eux et les fantassins russes4 ,ils vont1 viennent1 et frappent de tous cts ces fantassins opinitres4 ,tandis que la premire ligne d'infanterie est ainsi culbute et hache1 la seconde se replie un bois1 qui se voyait au fond du champ de bataille4 ,il restait l une dernire rserve d'artillerie4 ,les ,russes la mettent en batterie et tirent confusment sur leurs soldats et sur les ntres1 s'inquitant peu de mitrailler amis et ennemis1 pourvu qu'ils se dbarrassent de nos redoutables cavaliers4 ,le gnral d',hautpoul est frapp mort par un biscaen4 ,pendant que notre cavalerie est ainsi aux prises avec la seconde ligne de l'infanterie russe1 quelques parties de la premire se relvent et l pour tirer encore4 cette vue1 les grenadiers cheval de la garde1 conduits par le gnral ,lepic1 l'un des hros de l'arme1 s'lancent leur tour pour seconder les efforts de ,murat4 ,ils partent au galop1 chargent les groupes d'infanterie qu'ils aperoivent debout1 et1 parcourant le terrain en tous sens1 compltent la destruction du centre de l'arme russe1 dont les dbris achvent de s'enfuir vers les bouquets de bois qui lui ont servi d'asile4 ,durant cette scne de confusion1 un tronon dtach de cette vaste ligne d'infanterie s'tait avanc jusqu'au cimetire mme4 ,la garde se prcipite et sauve son empereur2 le champ de bataille1 la fin de cette courte journe d'hiver1 reste indivis entre les vivants et les morts4 ,soixante mille cadavres ou blesss jonchent la neige2 les ,russes se retirent un peu plus loin dans la nuit1 plutt pour attirer ,napolon que pour lui cder la victoire2 la victoire n'est personne cette fois qu' la mort4 ,jamais victoire ne fut plus prs d'une dfaite4 ,napolon ressaisit la victoire sur le ,nimen1 l't suivant4 ,la bataille savante de ,friedland lui rend son ascendant sur le jeune empereur de ,russie1 ,alexandre4 ,l'entrevue de ,tilsitt entre ce jeune prince et ,napolon est raconte avec complaisance et avec charme par ,m4 ,thiers4 ,la diplomatie se mle l'adulation des deux cts2 on se sacrifie l',angleterre1 on se partage en secret le monde europen2 le gnie grec dans l'empereur ,alexandre et le gnie italien dans l'empereur ,napolon luttent de souplesse et de sduction aprs avoir lutt d'hrosme4 ,la ,turquie est impolitiquement livre par ,napolon l'ambition moscovite1 la ,sude lui est offerte en hommage4 ,l'alliance est scelle par ces promesses mutuelles2 la ,prusse presque entire est abandonne par son dernier alli ,alexandre au vainqueur d',ina2 elle a mrit son sort par la duplicit de sa diplomatie depuis qu'elle existe2 mais ,napolon traite avec ddain son hroque et belle reine1 que la fortune amne en larmes ,tilsitt4 ,il ne discute plus1 il impose la ,russie1 devenue sa complice1 et la ,prusse vaincue1 des traits qui lui livrent le continent tout entier1 l'exception de ce qui reste l',autriche4 ,m4 ,thiers blme ici avec raison son hros d'avoir fait trop ou trop peu pour la ,prusse2 il tait plus logique et plus sr1 selon nous1 de l'effacer tout entire de la carte de l',allemagne et de la ,pologne que de la laisser1 mcontente et infidle1 couver d'implacables ressentiments4 ,gnie audacieux et sr dans la guerre1 gnie hsitant et timide dans les congrs1 ,napolon1 ici comme partout1 n'a que des demi-rsultats aprs de compltes victoires4 ,la diplomatie manquait compltement sa nature4 ,,xii peine rentr en ,france il se repent de n'avoir ni ananti la ,prusse ni reconstitu la ,pologne2 il se fie l'alliance ambitieuse du jeune empereur de ,russie1 l'alliance humilie de la ,prusse1 l'alliance mal dsarme de l',autriche2 ses penses grandissent vers le ,midi plus que sa base dans le ,nord2 il laisse l'lite de ses forces de la ,vistule au ,rhin et il forme des armes quivoques destines ventuellement contre l',espagne et le ,portugal4 ,il lui faut des trnes pour toutes les ambitions de sa famille2 il veut que tout le midi du continent appartienne une seule dynastie compose d'une confdration de couronnes3 le monde bourbonien doit devenir le monde napolonien4 ,ce n'est plus de la diplomatie raisonne d'un homme d'tat1 c'est le songe d'un favori de la fortune4 ,l'homme habile qu'il a charg d'clairer et de modrer ses ngociations1 ,m4 de ,talleyrand1 cherche en vain l'clairer2 il s'irrite contre la raison1 il fait des traits avec l',espagne et il les brise le lendemain4 ,l'historien1 ici domin par la puissance de la vrit1 renonce enfin flatter son hros2 il se contente de le peindre1 il le donne en spectacle et on peut dire mme en scandale la justice de l'histoire4 ,le rcit des embches dresses en ,espagne au malheureux roi ,charles ,,iv et ses fils1 l'astuce avec laquelle ,napolon attire cette cour ,bayonne et o il dtrne le pre par le fils1 le fils par le pre1 est d'une implacable svrit4 ,la conscience reprend ses droits2 c'est un des crimes historiques les plus fortement burins par un crivain contre un matre du monde4 ,la tragdie ne suffit pas ici pour fournir les couleurs au tableau1 la comdie lui en prte2 ,molire1 ,beaumarchais1 ,machiavel1 ,tacite semblent forcs de se runir dans ces tnbreuses journes de ,bayonne pour peindre un rle o l'intrigue1 l'hypocrisie1 la violence et la trahison surpassent ,alexandre ,,vi1 ,tartufe et ,csar dans un mme acte diplomatique4 ,m4 ,thiers n'a manqu ici aucun des rigoureux devoirs du moraliste4 ,le jugement est d'autant plus convainquant pour le lecteur qu'au lieu d'tre crit en phrases il est crit en actes4 ,m4 ,thiers le rsume cependant lui-mme en une rflexion courte1 mais expressive4 ,napolon fut entran ainsi1 dit-il1 de la ruse la fourberie2 il ajoute son nom la seconde des deux taches qui ternissent sa gloire 7,vincennes et ,bayonne74 ,il lui restait pour l'absoudre le bien faire l',espagne et par l',espagne la ,france4 7,comme si on pouvait jamais s'absoudre du sang innocent et du larcin d'un peuple par les avantages rsultant d'un attentat et d'une perfidie67 ,la ,providence1 poursuit ,m4 ,thiers1 ne lui rservait pas mme ce moyen de se laver d'une perfidie indigne de son caractre4 ,mais ne devanons pas la justice des temps2 les rcits qui vont suivre montreront bientt cette justice redoutable sortant des vnements eux-mmes et punissant le gnie qui n'est pas plus dispens que la mdiocrit elle-mme de loyaut et de bon sens6 ,,xiii ,l'expression ici mme est encore faible dans sa justice1 car la mdiocrit serait plutt une excuse de la dloyaut que le gnie2 le gnie n'est pas une excuse1 il est une aggravation de tous les crimes2 car le gnie est une lumire et une force2 il lui est moins permis de s'aveugler et de faiblir qu' la mdiocrit1 qui est une obscurit et une faiblesse4 ,il faut chaque instant dans cette histoire redresser le sens moral qui est dans l'intention de la phrase et qui trbuche sous le mot2 on sent qu'il en cote trop l'crivain de faire justice tout entire1 et qu'il rserve toujours une indulgence la victoire et une amnistie au bonheur4 ,quoi qu'il en soit1 ce huitime volume de ,m4 ,thiers restera dans toutes les langues le plus beau volume de l'histoire moderne d',espagne et de ,france4 ,l'indignation rendit un peuple en dcadence l'nergie qui retrempe les nationalits1 et la victoire du droit national qui fait triompher l'me et le sol d'un peuple des embches des diplomates et des armes des conqurants4 ,,xiv ,rien n'tait si impolitique que cette diversion inutile et insense des forces de la ,france en ,espagne et en ,portugal pour asseoir un frre et un lieutenant de ,napolon ,madrid et ,lisbonne1 pendant que la ,russie1 l',autriche1 la ,prusse humilie se concertaient sourdement en ,allemagne pour recouvrer ce que les campagnes incompltes d',austerlitz1 d',ina1 d',eylau1 de ,friedland leur avaient ravi4 ,m4 ,thiers le dmontre avec une irrfragable autorit de chiffres dans la savante dcomposition des armes de ,napolon transportes avec d'immenses dperditions de forces et de finances du ,nord au ,midi1 et du ,midi au ,nord4 ,pendant que le ,portugal et l',espagne dvorent ces quatre cent mille ,franais livrs des lieutenants sans autorit et sans unit dans ces conqutes1 l',autriche arme1 la ,prusse gmit1 la ,russie exige l'accomplissement des concessions ambitieuses au prix desquelles l'empereur ,alexandre a sign le trait de ,tilsitt2 cet empereur veut la ,turquie en retour de l',espagne accorde son alli ,napolon4 ,celui-ci recule devant la grandeur de la concession2 il espre sduire et retenir une seconde fois ,alexandre par les blandices de l'ambition excite et non satisfaite2 il court ,erfurt1 il s'y rencontre avec ,alexandre1 il y ngocie lui-mme au milieu de la gloire et des ftes2 il accorde quelques satisfactions d'amour-propre1 de vanit1 de situation son jeune antagoniste2 il espre l'avoir riv sa politique2 il n'a fait que l'humilier et le dpopulariser en ,russie4 ,il revient en ,espagne2 sa prsence n'y produit qu'une seconde impulsion de ses armes vers ,madrid4 ,il en est rappel aussi soudainement qu'il y avait couru par l'explosion des prparatifs de l',autriche4 ,l'ambigut des prparatifs de la ,russie accrot ses mesures et les prcipite2 l'lite de ses troupes1 rappele d',espagne et remplace l par de nouvelles leves1 traverse de nouveau la ,france et le ,rhin4 ,il renouvelle ,ratisbonne et ,eckmhl les manoeuvres moins triomphantes qui prcdrent ,austerlitz4 ,l'arme autrichienne de l'archiduc ,charles1 coupe et trononne par ces manoeuvres1 est force de s'abriter sur la rive gauche du ,danube et de dcouvrir ,vienne4 ,il y entre2 il tente le passage du ,danube en face de l'archiduc ,charles et livre la bataille d',essling4 ,ici ,m4 ,thiers rentre dans sa nature2 il manoeuvre1 il dcrit en tacticien1 il combat avec une supriorit de lumire1 de feu1 qui ne laisse ni une pense des gnraux1 ni un gnral1 ni un soldat1 ni une goutte de sang1 ni un accident du fleuve ou du terrain dans l'ombre2 c'est une inondation de clart sur quatre cent mille combattants sortant des tnbres de la nuit pour s'entre-choquer au bord du ,danube4 ,la bataille commence1 interrompue1 reprise trois fois avec un courage indomptable1 mais avec une imprvoyance fatale1 est trois fois suspendue par la crue des eaux du ,danube et par la rupture des ponts4 ,tout autre gnral que celui qui n'avait pas de juge y aurait laiss sa rputation et compromis sa tte4 ,combattre avec la moiti de son arme pendant que l'autre moiti risque d'tre coupe du champ de bataille avant de l'atteindre1 et compromettre ainsi les deux moitis la fois1 est une opration qui ne peut tre excuse que par la toute-puissance4 ,si ,mack ou le prince ,charles avaient commis une telle tmrit1 et que cette tmrit et t punie par la perte de vingt mille hommes laisss1 en se retirant1 sur le champ de bataille1 de quel blme implacable et mrit les historiens n'auraient-ils pas stigmatis une telle faute8 ,ils appellent victoire dans ,napolon ce qu'ils auraient appel dsastre dans ses rivaux4 ,ses plus braves gnraux restent sur le champ de carnage2 la nuit seule couvre le repliement des troupes aventures et ingales vers le bord du fleuve2 les boulets des ,autrichiens les crasent au hasard dans l'obscurit4 ,on n'entend au milieu de la canonnade que ce cri des officiers3 ,serrez les rangs6 ,il n'y a plus1 en effet1 que cette manoeuvre excuter jusqu' la nuit1 car il est impossible1 soit d'loigner l'ennemi1 soit de le fuir par le pont qui conduit l'le de ,lobau4 ,cette retraite par une seule issue ne peut s'oprer qu' la faveur de l'obscurit1 et dans le mois de mai il faut attendre plusieurs heures encore les tnbres salutaires qui doivent favoriser notre dpart4 ,napolon n'avait cess1 pendant la journe1 de se tenir dans l'angle que dcrivait notre ligne d',aspern ,essling1 d',essling au fleuve1 et o passaient tant de boulets4 ,on l'avait press plusieurs fois de mettre l'abri une vie de laquelle dpendait la vie de tous4 ,il ne l'avait pas voulu tant qu'il avait pu craindre une nouvelle attaque4 ,maintenant que l'ennemi1 puis1 se bornait une canonnade1 il rsolut de reconnatre de ses yeux l'le de ,lobau1 d'y choisir le meilleur emplacement pour l'arme1 d'y faire en un mot toutes les dispositions de retraite4 ,certain de la possession d',essling1 que les dbris de la division ,boudet et les fusiliers occupaient1 il fit demander ,massna s'il pouvait compter sur la possession d',aspern1 car1 tant que ces deux points d'appui nous restaient1 la retraite de l'arme tait assure4 ,l'officier d'tat-major ,csar de ,laville1 envoy ,massna1 le trouva assis sur des dcombres1 harass de fatigue1 les yeux enflamms1 mais toujours plein de la mme nergie4 ,il lui transmit son message1 et ,massna1 se levant1 lui rpondit avec un accent extraordinaire3 ,allez dire l',empereur que je tiendrai deux heures1 six1 vingt-quatre s'il le faut1 tant que cela sera ncessaire au salut de l'arme4 ,napolon1 tranquillis pour ces deux points1 se dirigea sur-le-champ vers l'le de ,lobau1 en faisant dire ,massna1 ,bessires1 ,berthier1 de le venir joindre ds qu'ils pourraient quitter le poste confi leur garde1 afin de concerter la retraite qui devait s'oprer dans la nuit4 ,il courut au petit bras1 lequel coulait entre la rive gauche et l'le de ,lobau4 ,ce petit bras tait devenu lui-mme une grande rivire1 et des moulins lancs par l'ennemi avaient plusieurs fois mis en pril le pont qui servait le traverser4 ,l'aspect de ses bords avait de quoi navrer le coeur4 ,de longues files de blesss1 les uns se tranant comme ils pouvaient1 les autres placs sur les bras des soldats1 ou dposs terre en attendant qu'on les transportt dans l'le de ,lobau1 des cavaliers dmonts jetant leurs cuirasses pour marcher plus aisment1 une foule de chevaux blesss se portant instinctivement vers le fleuve pour se dsaltrer dans ses eaux et s'embarrassant dans les cordages du pont jusqu' devenir un danger1 des centaines de voitures d'artillerie moiti brises1 une indicible confusion et de douloureux gmissements1 telle tait la scne qui s'offrait et qui saisit ,napolon4 ,il descendit de cheval1 prit de l'eau dans ses mains pour se rafrachir le visage1 et puis1 apercevant une litire faite de branches d'arbres1 sur laquelle gisait ,lannes qu'on venait d'amputer1 il courut lui1 le serra dans ses bras1 lui exprima l'esprance de le conserver1 et le trouva1 quoique toujours hroque1 vivement affect de se voir arrt sitt dans cette carrire de gloire4 ,vous allez perdre1 lui dit ,lannes1 celui qui fut votre meilleur ami et votre fidle compagnon d'armes4 ,vivez1 et sauvez l'arme6 ,la malveillance1 qui commenait se dchaner contre ,napolon1 et qu'il n'avait1 hlas6 que trop provoque1 rpandit alors le bruit de prtendus reproches que ,lannes lui aurait adresss en mourant4 ,il n'en fut rien cependant4 ,lannes reut avec une sorte de satisfaction convulsive les treintes de son matre1 et exprima sa douleur sans y mler aucune parole amre4 ,il n'en tait pas besoin3 un seul de ses regards rappelant ce qu'il avait dit tant de fois sur le danger de guerres incessantes1 le spectacle de ses deux jambes brises1 la mort d'un autre hros d',italie1 ,saint-,hilaire1 frapp dans la journe1 l'horrible hcatombe de quarante cinquante mille hommes couchs terre1 n'taient-ce pas l autant de reproches assez cruels1 assez faciles comprendre8 ,napolon1 aprs avoir serr ,lannes dans ses bras1 et se disant certainement lui-mme ce que le hros mourant ne lui avait pas dit1 car le gnie qui a commis des fautes est son juge le plus svre1 ,napolon remonta cheval et voulut profiter de ce qui lui restait de jour pour visiter l'le de ,lobau et arrter ses dispositions de retraite4 ,aprs avoir parcouru l'le dans tous les sens1 avoir examin de ses propres yeux les divers bras du ,danube1 qui1 changs en vritables bras de mer1 roulaient les dbris des rives suprieures1 il acquit la conviction que l'arme trouverait dans l'le de ,lobau un camp retranch o elle serait inexpugnable et o elle pourrait s'abriter deux ou trois jours1 en attendant que le pont sur le grand bras du ,danube ft rtabli4 ,l'esprit de l'arme tait surpris1 troubl1 abattu4 ,alexandre eut le mme accident aprs la mme imprudence au passage de l',indus1 mais ses historiens n'inscrivirent pas son dsastre au nombre de ses victoires4 ,essling compte parmi les victoires de ,napolon4 ,m4 ,thiers lui confirme ce nom3 c'est une flatterie4 ,l'arme franaise ne fut jamais plus hroque1 mais son chef y fut vaincu par sa propre imprvoyance4 ,,xv ,le conseil de guerre tenu pendant la nuit au milieu de l'le de ,lobau1 refuge incertain1 la lueur des clairs des batteries autrichiennes et sous la pluie des boulets ennemis1 est une page pique sous la plume de l'historien4 ,le marchal ,massna s'y tait transport ds qu'il avait cru pouvoir confier la garde d',aspern ses lieutenants4 ,le marchal ,bessires1 le major gnral ,berthier1 quelques chefs de corps1 le marchal ,davout1 venu en bateau de la rive droite1 taient runis ce rendez-vous assign au bord du ,danube1 au milieu des dbris de cette sinistre journe4 ,l on tint un conseil de guerre4 ,napolon n'avait pas pour habitude d'assembler de ces sortes de conseils1 dans lesquels un esprit incertain cherche1 sans les trouver1 des rsolutions qu'il ne sait pas prendre lui-mme4 ,cette fois il avait besoin1 non pas de demander un avis ses lieutenants1 mais de leur en donner un1 de les remplir de sa pense1 de relever l'me de ceux qui taient branls1 et il est certain que1 quoique leur courage de soldat ft inbranlable1 leur esprit n'embrassait pas assez les difficults et les ressources de la situation pour n'tre pas quelques degrs surpris1 troubl1 abattu4 ,le caractre qui fait supporter les revers est plus rare que l'hrosme qui fait braver la mort4 ,napolon1 calme1 confiant1 car il voyait dans ce qui tait arriv un pur accident qui n'avait rien d'irrparable1 provoqua les officiers prsents dire leur avis4 ,en coutant les discours tenus devant lui1 il put se convaincre que ces deux journes avaient produit une forte impression1 et que quelques-uns de ses lieutenants taient partisans de la rsolution de repasser tout de suite1 non-seulement le petit bras1 afin de se retirer dans l'le de ,lobau1 mais aussi le grand bras1 afin de se runir le plus tt possible au reste de l'arme1 au risque de perdre tous les canons1 tous les chevaux de l'artillerie et de la cavalerie1 douze ou quinze mille blesss1 enfin l'honneur des armes4 peine une telle pense s'tait-elle laiss entrevoir que ,napolon1 prenant la parole avec l'autorit qui lui appartenait et avec la confiance1 non pas feinte1 mais sincre1 que lui inspirait l'tendue de ses ressources1 exposa ainsi la situation4 ,la journe avait t rude1 disait-il1 mais elle ne pouvait pas tre considre comme une dfaite1 puisqu'on avait conserv le champ de bataille1 et c'tait une merveille de se retirer sains et saufs aprs une pareille lutte1 soutenue avec un immense fleuve dos1 et avec ses ponts dtruits4 ,quant aux blesss et aux morts1 la perte tait grande1 plus grande qu'aucune de celles que nous avions essuyes dans nos longues guerres1 mais celle de l'ennemi avait d tre d'un tiers plus forte4 ,,xvi ,quelques semaines aprs1 la bataille de ,wagram1 rptition identique1 mais plus heureuse1 de la bataille d',essling sur le mme champ de bataille1 rpara ce revers par un triomphe chrement conquis4 ,napolon se hte alors1 comme son ordinaire1 de saisir dans un trait les fruits de la campagne au moment o il tait impuissant la poursuivre plus avant4 ,l',autriche1 qui cde toujours pour revenir toujours sur ce qu'elle a cd1 ne marchande ni les concessions ni l'honneur4 ,napolon songeait dj lui demander la plus personnelle de ses concessions3 une pouse impriale du sang des ,csars d',allemagne pour s'apparenter au pass1 ce prestige des monarchies4 ,il prmditait la rpudiation de ,josphine2 elle ne pouvait lui donner rien de ce qui lui manquait dsormais pour l'empire d',occident3 ni une filiation royale pour ses descendants1 ni une perptuit de son nom sur le trne4 ,le trente-septime livre1 o ,m4 ,thiers raconte ce divorce1 jette l'intrt d'un drame de famille au milieu du drame militaire qui embrase l',europe4 ,le coeur humain ne perd jamais ses droits dans l'histoire3 quand l'intrt descend de la tte dans le coeur1 l'historien mle heureusement quelques larmes de femmes tout ce sang qui n'excite qu'une piti abstraite dans l'me des lecteurs4 ,m4 ,thiers a montr dans ces pages qu'il pouvait attendrir au besoin2 son style1 trs-souvent technique1 s'lve jusqu'au diapason de la fibre du coeur humain1 qui se dchire sous la pourpre avec les mmes gmissements que sous la bure4 ,les scnes de ,fontainebleau1 entre ,napolon1 ,josphine et ses enfants1 ont des accents domestiques qui se mlent1 avec un pathtique contraste1 la solennit des ngociations et des victoires4 ,l'crivain monte et descend avec le sujet1 jamais au-dessus1 il est vrai1 mais toujours au niveau de l'vnement public ou familier qu'il retrace4 ,,xvii ,la dplorable guerre d',espagne occupe avec un bien ple intrt tout le douzime volume de cette histoire2 on assiste avec tristesse et sans aucune esprance cette obstination meurtrire d'une mauvaise et fausse pense1 qui1 pour donner satisfaction l'orgueil d'un homme1 sacrifie un million d'hommes dans des guerres et dans des assassinats d'un peuple par un autre peuple4 ,napolon y perd une une les renommes de ses lieutenants1 ses finances et ses armes4 ,m4 ,thiers1 ici aussi svre que le destin1 prend en piti l'homme politique et commence douter du gnie au spectacle de tant de dmence4 ,mais ce gnie en dmence se rvle tout coup de bien plus vastes proportions par l'expdition de ,russie en #ahaa4 ,m4 ,thiers1 qui cherche ici la raison dans la folie1 croit trouver les motifs de cette invasion inverse du ,nord par le ,midi dans l'inobservation du systme de blocus continental par la ,russie4 ,nous croyons qu'il se trompe2 l'objet aurait t trop disproportionn l'action4 ,ce n'tait pas un intrt conomique1 c'tait un orgueil qui pouvait seul jeter ainsi la moiti d'un continent contre l'autre3 le rve de l'empire d',occident partag entre ,alexandre et ,napolon tait devenu le rve de l'empire napolonien unique4 l'exception de la guerre d',espagne1 lpre systmatique qui rongeait la force militaire de la ,france1 le moment tait assez bien choisi par ,napolon pour accomplir ce rve4 ,la ,prusse tait asservie2 l',autriche avait donn ,napolon dans sa fille1 la jeune impratrice ,marie-,louise1 un gage de dfrence et d'alliance qui paraissait irrvocable2 l',italie tait un auxiliaire1 frmissant1 mais obissant1 de son trsor et de son recrutement2 l',allemagne tait une confdration arme ses ordres2 il pouvait entraner toutes ces puissances dans une coalition apparente contre la ,russie4 ,cette coalition de l',allemagne contre la ,russie tait un suicide1 puisque l',allemagne allait ainsi anantir le seul appui indpendant qu'elle pouvait esprer de retrouver un jour contre l'omnipotence de son oppresseur ,napolon2 mais il tait si fort des souvenirs d',austerlitz1 d',ina1 de ,wagram1 qu'il pouvait tout commander l',allemagne1 mme le suicide4 ,,xviii ,le rcit des prparatifs et de la campagne de ,russie rend ici l'historien de l',empire toutes les qualits spcialement techniques et militaires de son style2 il rassemble une une1 de toutes les parties de l'empire1 de la ,hollande1 de l',italie1 de l',allemagne1 de la ,pologne1 l'innombrable multitude d'hommes1 de chevaux1 de canons1 de bagages1 dont se compose la plus vaste arme d'invasion qui ait jamais foul du mme pas le sol de l',europe1 et il la conduit tape par tape jusqu'au bord du ,nimen4 ,le passage de ce fleuve sous les yeux de ,napolon1 et la revue en action de cette arme sur le fleuve et sur les deux rives du fleuve1 est un chant d',homre4 ,le sujet emporte l'crivain1 si ennemi de la vaine imagination1 jusqu' la posie4 coutez6 ,le #bc juin1 aprs avoir couch1 au milieu de la fort de ,wilkowisk1 dans une petite ferme1 et entour de deux cent mille soldats1 ,napolon dboucha de la fort avec cette arme superbe1 et vint se ranger au-dessus de ,kowno1 en face du fleuve qu'il s'agissait de franchir4 ,la rive que nous occupions dominait partout la rive oppose1 le temps tait parfaitement beau1 et on voyait le ,nimen1 coulant de notre droite notre gauche1 s'enfoncer paisiblement au couchant4 ,rien n'annonait la prsence de l'ennemi1 si ce n'est quelques troupes de ,cosaques qui couraient comme des oiseaux sauvages le long des rives du fleuve1 et quelques granges incendies dont la fume s'levait dans les airs4 ,le gnral ,haxo1 aprs une soigneuse reconnaissance1 avait dcouvert une lieue et demie au-dessus de ,kowno1 vers un endroit appel ,ponimon1 un point o le ,nimen1 formant un contour trs-prononc1 offrait de grandes facilits pour le passage4 ,grce ce mouvement demi-circulaire du fleuve autour de la rive oppose1 cette rive se prsentait nous comme une plaine entoure de tous cts par nos troupes1 domine par notre artillerie1 et offrant un point de dbarquement des plus commodes1 sous la protection de cinq six cents bouches feu4 ,napolon1 ayant emprunt le manteau d'un lancier polonais1 alla1 sous les coups de pistolet de quelques tirailleurs de cavalerie1 reconnatre les lieux en compagnie du gnral ,haxo1 et1 les ayant trouvs aussi favorables que le disait ce gnral1 ordonna l'tablissement des ponts pour la nuit mme4 ,le gnral bl1 qui avait fait arriver ses quipages de bateaux1 eut ordre de jeter trois ponts1 avec le concours de la division ,morand1 la premire du marchal ,davout4 onze heures du soir1 en effet1 le #bc juin #ahab1 les voltigeurs de la division ,morand se jetrent dans quelques barques1 traversrent le ,nimen1 large en cet endroit de soixante quatre-vingts toises1 prirent possession sans coup frir de la rive droite1 et aidrent les pontonniers fixer les amarres auxquelles devaient tre attachs les bateaux4 la fin de la nuit1 trois ponts1 situs cent toises l'un de l'autre1 se trouvrent solidement tablis1 et la cavalerie lgre put passer sur l'autre bord4 ,le #bd juin au matin1 ce qui1 dans ce pays et en cette saison1 pouvait signifier trois heures1 le soleil se leva radieux et vint clairer de ses feux une scne magnifique4 ,on avait lu aux troupes1 qui taient pleines d'ardeur1 une proclamation courte et nergique1 conue dans les termes suivants3 ,soldats1 la seconde guerre de ,pologne est commence4444 ,ainsi le sort en tait jet6 ,napolon marchait vers l'intrieur de la ,russie la tte de quatre cent mille soldats1 suivis de deux cent mille autres4 ,admirez ici l'entranement des caractres6 ,ce mme homme1 deux annes auparavant revenu d',autriche1 ayant rflchi un instant la leon d',essling1 avait song rendre la paix au monde et son empire1 donner son trne la stabilit de l'hrdit1 son caractre l'apparence des gots de famille1 et dans cette pense avait contract un mariage avec l',autriche1 la cour la plus vieille1 la plus constante dans ses desseins4 ,il voulait apaiser les haines1 vacuer l',allemagne1 et porter en ,espagne toutes ses forces1 pour y contraindre l',angleterre la paix1 et avec l',angleterre le monde1 qui n'attendait que le signal de celle-ci pour se soumettre4 ,telles taient ses penses en #ahaj1 et1 cherchant de bonne foi les raliser1 il imaginait le blocus continental qui devait contraindre l',angleterre la paix par la souffrance commerciale1 s'efforait de soumettre la ,hollande ce systme1 et1 celle-ci rsistant1 il l'enlevait son propre frre1 la runissait son empire1 et donnait l',europe1 qu'il aurait voulu calmer1 l'motion d'un grand royaume runi la ,france par simple dcret4 ,puis1 trouvant le systme du blocus incomplet1 il prenait pour le complter les villes hansatiques1 ,brme1 ,hambourg1 ,lubeck1 et1 comme si le lion n'avait pu se reposer qu'en dvorant de nouvelles proies1 il y ajoutait le ,valais1 ,florence1 ,rome1 et trouvait tonnant que quelque part on pt s'offusquer de telles entreprises4 ,pendant ce temps1 il avait lanc sur ,lisbonne son principal lieutenant1 ,massna1 pour aller porter l'arme anglaise le coup mortel2 et1 jugeant au frmissement du continent qu'il fallait garder des forces imposantes au ,nord1 il formait une vaste runion de troupes sur l',elbe1 ne consacrait plus ds lors l',espagne que des forces insuffisantes1 laissait ,massna sans secours perdre une partie de sa gloire1 permettait que d'un lieu inconnu1 ,torrs-,vdras1 surgt une esprance pour l',europe exaspre1 qu'il s'levt un capitaine fatal pour lui et pour nous2 puis1 n'admettant pas que la ,russie1 enhardie par les distances1 pt opposer quelques objections ses vues1 il reportait brusquement ses penses1 ses forces1 son gnie1 au ,nord1 pour y fixer la guerre par un de ces grands coups auxquels il avait habitu le monde et beaucoup trop habitu son me2 abandonnant ainsi le certain1 qu'il aurait pu atteindre sur le ,tage1 pour l'incertain1 qu'il allait chercher entre le ,dniper et la ,dwina6 ,voil ce qui tait advenu des desseins de ce ,csar rvant un instant d'tre ,auguste6 ,et en ce moment il s'avanait au ,nord1 laissant derrire lui la ,france puise et dgote d'une gloire sanglante1 les mes pieuses blesses de sa tyrannie religieuse1 les mes indpendantes1 de sa tyrannie politique2 l',europe enfin1 rvolte du joug tranger qu'il faisait peser sur elle1 et menait avec lui une arme o fermentait sourdement la plupart de ces sentiments1 o s'entendaient toutes les langues1 et qui n'avait pour lien que son gnie et sa prosprit jusque-l invariable6 ,qu'arriverait-il1 ces distances1 de ce prodigieux artifice d'une arme de six cent mille soldats de toutes les nations1 suivant une toile1 si cette toile qu'ils suivaient venait tout coup plir8 ,l'univers1 pour notre malheur1 l'a su de manire ne jamais l'oublier2 mais il faut1 pour son instruction1 lui apprendre1 par le dtail mme des vnements1 ce qu'il n'a su que par le bruit d'une chute pouvantable4 ,nous allons nous engager dans ce douloureux et hroque rcit4 ,la gloire1 nous la trouverons chaque pas2 le bonheur1 hlas6 il faut y renoncer au del du ,nimen6 ,,xix ,la gloire pour les soldats et les gnraux1 oui6 ,mais la gloire pour le chef qui conoit et qui excute la perte de sept cent mille hommes pour une cause absurde1 et par une poursuite insense d'un but qu'il ne peut ni atteindre ni conserver1 est-ce l le mot dont un crivain philosophe doit dcorer la folie meurtrire d'un conqurant8 ,mais1 si la politique de l'historien est faible1 le rcit est magique4 ,la marche de ces sept cent mille hommes travers la ,russie la poursuite d'une bataille qui fuit toujours devant eux2 les tronons d'arme laisss chaque station et chaque combat partiel sur cette longue route2 la victoire ruineuse de la ,moskowa2 l'entre ,moscou2 l'incendie de cette capitale qui ne laisse qu'un monceau de cendres la conqute2 l'hsitation de la marche au del ou du retour qui rend les deux partis galement funestes2 le retour travers les frimas2 le passage de la ,brzina2 les convulsions hroques et suprmes de l'arme anantie2 la dispersion de cette multitude dans les glaces de la ,pologne2 le bilan sinistre de l'historien ,koenigsberg1 qui rduit une poigne d'hommes expirant dans les hpitaux les dbris de ces corps qui couvraient quelques mois avant les routes et les steppes de la ,pologne2 cette ncrologie de la gloire est cette fois pour l'histoire la plus loquente des rtributions4 ,le chiffre implacable est sa vengeance2 ce chiffre lui donne le courage d'numrer les fautes de ,napolon dans cette campagne qui ne fut qu'un enchanement de fautes2 et cependant l'historien hsite encore1 la dernire ligne1 prononcer le jugement dfinitif sur cet attentat contre l'humanit4 ,il faut laisser1 dit-il1 celui qui se trompe si dsastreusement1 sa grandeur1 qui ajoute encore la grandeur de la leon1 et qui1 pour les victimes1 laisse au moins le ddommagement de la gloire4 ,non6 il faut laisser la grandeur aux grandes actions mme malheureuses1 accomplies ou tentes pour un grand but2 mais la grandeur aux mmorables et cruelles folies des hommes1 il faut montrer qu'elle n'est que petitesse devant ,dieu et devant la postrit4 ,nous cherchons en vain le ddommagement des victimes de cette dmence dans la fausse gloire de celui qui a sem leurs six cent mille cadavres du ,rhin la ,moskowa6 ,l'histoire1 pour tre vraiment nationale1 ne doit pas toujours excuser1 elle doit savoir maudire4 ,la maldiction est la seule justice qui reste aux victimes contre les auteurs de ces dsastres de l'humanit2 amollir cette justice1 c'est dsarmer la conscience des peuples et encourager les conqurants futurs tout oser devant des historiens qui pardonnent tout4 ,,xx ,mais soyons juste nous-mme envers l'historien2 ce mot n'est qu'une faiblesse de sa partialit pour la guerre4 dater de ce retour lamentable de ,napolon ,paris1 o il entre seul avec le fantme de son arme ensevelie1 ,m4 ,thiers devient sinon svre1 du moins exigeant envers son hros4 ,les dsastres et l'vacuation de l',espagne2 la campagne de ,saxe1 dernire treinte des bras qui veulent retenir en vain le monde tout entier quand chacune de ses conqutes lui chappe2 les faux retours de gloire ,dresde1 ,lutzen1 ,bautzen2 les ngociations de mauvaise foi avec l',autriche1 ngociations aussi exigeantes aprs les revers qu'aprs les victoires2 le tombeau de la dernire arme franaise ,leipsick2 la retraite sur le ,rhin2 le second retour de ,napolon sans arme ,paris1 pour demander le dernier soldat la terre qui lui a donn en trois ans trois armes de six cent mille soldats jouer et perdre1 sont les dernires scnes de ce magnifique drame entre un homme et l'univers4 ,arrtons-nous ici1 et voyons si l'crivain aura la constance de conduire son hros jusqu' ,waterloo1 o il tombe enfin dans le sang de ses derniers compagnons d'armes pour ne plus se relever que dans l'imagination sans mmoire des peuples4 ,nous le suivrons jusqu'o il voudra aller1 car l'historien1 pendant ces quinze volumes1 est aussi entranant que le hros4 ,,xxi ,telle est cette histoire2 malgr le petit nombre de dfaillances de pense ou de style1 nous n'en connaissons aucune qui ait fourni d'une si forte haleine une si longue course travers un si long temps4 ,c'est le panorama militaire du globe2 seulement l'ternelle fume du canon y voile trop tous les autres horizons de la civilisation moderne2 c'est l'histoire des armes plutt que celle des peuples4 ,on nous dira3 ,c'est que les peuples n'taient que des armes pendant le rgne de ,napolon par le fer4 ,administrer et se combattre1 c'est tout le sens de cet immense rcit4 ,aussi ce livre sera-t-il jamais le manuel des administrateurs et des militaires2 les philosophes1 les politiques1 les hommes de pense1 les hommes de libert1 les hommes de religion1 les hommes d'humanit1 les hommes de bien criront leur tour cette histoire en se plaant un autre point de vue que le champ de bataille1 au point de vue du bien ou du mal fait au genre humain par ce hros de l'arme et par ce hros du despotisme4 ,mais1 tel que le prjug populaire et tel que le fanatisme militaire veulent le considrer historiquement aujourd'hui1 ce grand homme du fait1 et non de l'ide1 ne pouvait rencontrer un historien plus accompli que ,m4 ,thiers2 la naissance1 le caractre1 l'opinion1 le talent de ,m4 ,thiers ont t1 selon nous1 une des bonnes fortunes de ,napolon4 ,on dirait que la ,providence a mis la main dans ce hasard3 le hros a t fait pour l'historien1 et l'historien a t fait pour le hros2 de la plume l'pe ils se ressemblent4 ,sans ,napolon ,m4 ,thiers n'aurait pas pu crire ce livre aussi suprieur son ,histoire de la ,rvolution que l'homme fait dans ,m4 ,thiers est suprieur au jeune homme qui essaye la plume avant de comprendre son sujet4 ,sans ,m4 ,thiers ,napolon existerait dans toute sa fantasmagorie gigantesque de lgende populaire1 mais il n'existerait pas historiquement dans toute la grandeur relle de ses proportions colossales comme administrateur1 comme gnral et comme despote4 ,m4 ,thiers a reconstruit ,napolon1 non avec des fables1 mais avec des ralits2 voil son oeuvre3 on ne la surpassera pas4 ,,xxii ,le gnie la fois sductible1 prcis et technique de ,m4 ,thiers tait minemment propre1 on pourrait dire prdestin1 ce grand ouvrage de sa vie d'crivain4 ,quel autre que lui pouvait avoir cette patience facile1 quoique obstine au travail1 de rechercher dans cet ocan de documents financiers1 administratifs1 diplomatiques1 surtout militaires1 qu'il fallait runir et compulser pour prsenter des tats de situation de cet immense empire1 depuis le dernier centime peru sur le dernier contribuable de ,hollande1 de ,prusse1 d',espagne1 d',italie1 de ,france1 jusqu'au dernier soldat recrut directement ou auxiliairement par tout le continent1 des bords du ,tage aux bords de l',elbe ou aux embouchures de l',escaut8 ,quel autre que lui pouvait entrer pertinemment dans l'exposition et dans l'analyse intelligente de ces ngociations1 jusque-l tnbreuses1 du ,concordat avec la cour de ,rome2 du droit ecclsiastique avec le concile de ,paris1 du droit allemand avec les princes mdiatiss de la ,confdration du ,rhin1 des traits de ,tilsitt1 de ,presbourg1 des confrences de ,dresde1 des perfidies diplomatiques de ,bayonne1 des ultimatum aussitt retirs qu'avancs du congrs de ,dresde8 ,quel autre que lui pouvait passer en revue1 sur toutes les routes de l'empire1 ces innombrables bandes de conscrits qui allaient1 du dpt du bataillon de marche au bataillon de guerre1 former1 d'tape en tape1 ces prodigieux rassemblements d'hommes qu'on appelait l'arme de ,boulogne1 l'arme d',austerlitz1 l'arme de ,wagram1 l'arme d',ina1 l'arme d',espagne1 l'arme de ,moscou8 ,quel autre que lui pouvait tablir les plans de campagne1 tudier sur les cartes et sur les lieux la topographie des champs de bataille1 faire mouvoir les masses au doigt mme du gnral en chef1 porter l'oeil et le jour sur les innombrables accidents de la lutte1 dbrouiller la mle1 donner la raison secrte de la victoire ou de la droute8 ,puis1 quand la fume est abattue1 compter1 chiffres en mains1 les fuyards1 les blesss1 les morts1 et ramener ces tronons mutils de ces grands corps pour en recomposer1 par le recrutement1 des armes nouvelles8 ,il fallait pour ce travail surhumain le gnie administratif1 le coup d'oeil du gographe2 l'amour du chiffre1 cet lment constructif de toute chose numrique2 la passion de la vrit matrielle2 l'intelligence des dtails1 sans lesquels il n'existe pas d'ensemble2 l'habitude des ngociations1 qui fait comprendre la pense voile sous les dpches2 l'instinct militaire1 qui fait manoeuvrer tort ou droit les masses2 le got de l'hrosme1 qui anime l'historien du feu de la gloire2 l'ordre dans l'esprit1 qui fait qu'on ne s'gare jamais et qu'on n'gare pas un soldat dans cette dperdition de millions d'hommes2 enfin le mouvement de l'esprit1 qui se plonge lui-mme avec vertige dans le tourbillon des vnements1 des campagnes1 des batailles1 des victoires ou des dfaites qu'on retrace en courant la postrit4 ,toutes ces qualits1 si rares dans un mme esprit1 ,m4 ,thiers les runissait un degr prodigieux dans un mme homme2 voil pourquoi il a fait seul et seul il pouvait faire l'histoire de ,napolon et de ses armes4 ce drame universel il fallait un crivain universel4 ,tu es ille vir6 ,,xxiii ,nous entendons d'ici l'objection3 ,l'homme universel nous le voyons bien1 nous dit-on2 mais l'crivain o est-il8 ,or qu'est-ce qu'une histoire o l'crivain manque8 ,le style n'est-il pas la forme des choses crites8 ,ces choses sont-elles rellement crites quand elles ne sont ni peintes1 ni senties1 ni rflchies1 et quand le narrateur fidle n'est pas en mme temps le suprme artiste8 ,l'intelligence suffit-elle tout1 comme le prtend ,m4 ,thiers dans sa thorie contre le style1 et le gnie d'crire est-il donc inutile au gnie de raconter8 ,ici nous pourrions1 si nous le voulions bien1 tirer une vigoureuse reprsaille de cette thorie de l'intelligence sans l'art et sans le gnie1 thorie expose par ,m4 ,thiers dans son septime volume1 thorie dans laquelle on a voulu voir une allusion dpressive contre les essais d'histoire que nous avons bauchs nous-mme dans le livre des ,girondins2 mais loin de nous une si mesquine satisfaction de petitesse littraire6 ,en prsence de si grandes choses1 o s'effacent les individualits1 tre juste1 voil la seule vengeance des grandes mes4 ,eh bien6 est-il juste de nier le style dans l',histoire du ,consulat et de l',empire8 ,non2 ce qui est juste1 c'est de reconnatre que ,m4 ,thiers1 tant dou par la nature sous le rapport de l'intelligence1 de la justesse1 de la dlicatesse du coup d'oeil1 de l'aptitude tout1 de l'esprit1 n'a pas t dou au mme degr de la facult d'exprimer1 en crivant1 sa pense2 ce qui est juste1 c'est d'avouer que ,m4 ,thiers n'a ni le style athnien de ,thucydide1 ni le style romain de ,tacite1 ni le style biblique de ,bossuet1 ni le style italien de ,machiavel1 ni le style franais de ,montesquieu1 et que1 quand on vient de lire une page de bronze historique de ces suprmes artistes de la plume1 on croit descendre un peu trop l'chelle de l'art d'crire en lisant les pages de l',histoire du ,consulat et de l',empire4 ,nous l'avouons1 et cependant nous l'avouons par une condescendance de notre esprit plutt que nous ne le sentons en lisant ce livre4 ,pourquoi donc ne sentons-nous jamais1 ou presque jamais1 cette lecture1 la prtendue insuffisance de l'crivain sous l'insuffisance quelquefois relle du style8 ,pourquoi8 ,c'est que1 sous ce dnment apparent de style1 il y a mieux que le style lui-mme1 il y a la chose1 il y a le fait1 il y a l'objet2 il y a plus encore1 il y a l'impression4 ,n'est-ce pas dire qu'il y a un style8 ,car1 le style1 qu'est-ce autre chose que le moyen de communiquer l'objet l'oeil de l'esprit8 ,m4 ,thiers a donc en ralit un style3 son style1 c'est le nu4 ,nudit d'expression1 nudit d'ornement1 nudit de son1 nudit de forme1 nudit de prtention1 nudit de couleurs1 hlas6 et trop souvent nudit de grandiose dans la pense4 ,c'est l le style de ,m4 ,thiers2 ce n'est pas l le style qui fait penser1 mais c'est le style qui fait voir4 ,pensez aprs par vous-mme si vous pouvez2 ,m4 ,thiers ne pense pas pour vous3 il expose1 il dcrit1 il raconte2 or1 exposer lucidement1 dcrire fidlement1 raconter intarissablement1 n'est-ce pas au fond tout l'historien8 ,et pendant que cet historien sans style1 selon vous1 expose1 dcrit1 raconte avec ce prestige de curiosit toujours excite et toujours satisfaite1 qui est la magie de ce talent1 qui est plus que le talent1 car il le fait oublier par le lecteur1 sentez-vous qu'il manque quelque chose l'historien8 ,non4 ,eh bien6 puisque vous ne sentez pas qu'il lui manque quelque chose1 c'est qu'il ne lui manque rien1 en effet1 pour reproduire en vous l'histoire2 c'est qu' force de vrit il a trouv le moyen de se passer du style4 ,n'est-ce pas le chef-d'oeuvre de l'ouvrier de faire oublier l'outil8 ,se passer de style1 n'est-ce pas mille fois plus artiste que d'avoir un style8 ,,xxiv ,ce n'est donc pas dans cette prtendue absence de style chez ,m4 ,thiers que nous ferions porter la vritable critique qui psera sur cette belle histoire2 c'est sur l'absence de philosophie politique qui marque et qui attriste ce long rcit4 ,il n'est pas permis un magnifique rcit en seize volumes de remuer le monde de fond en comble1 pendant vingt ans de convulsions et de catastrophes1 sans en faire jaillir autre chose que de la fume de canon1 des cliquetis de baonnettes1 des clairs livides de gloire soldatesque4 ,non1 cela n'est pas permis1 cela n'est pas humain1 cela n'est pas mme vrai4 ,le monde a un sens1 car il est l'oeuvre de ,dieu1 le suprme ,penseur des choses mortelles et immortelles2 celui qui ne dcouvre pas ce sens divin dans le spectacle des choses humaines n'est pas seulement un aveugle1 il est un impie3 ,coeli enarrant gloriam ,dei6 les cieux racontent la gloire de ,dieu2 mais la terre aussi et ses grands vnements racontent la gloire de ,dieu dans les choses humaines4 ,o est-elle cette gloire de ,dieu8 o est-il ce tmoignage de sa providence8 o est-elle cette moralit des vnements8 o est-elle cette leon aux peuples1 aux rois1 aux soldats1 aux conqurants1 au gnie qui gouverne les nations1 dans l'histoire de ,napolon pas ,m4 ,thiers8 ,nulle part2 un paen d',athnes ou un fataliste de ,stamboul aurait crit ainsi l'histoire de l'empereur et de l'empire franais4 ,,xxv ,toute la philosophie morale et politique de ,m4 ,thiers1 rsume la fin de ses livres les plus sanglants et les plus cadavreux1 sur des plaines changes en spulcres pour la gloire d'un homme2 toute cette philosophie et toute cette morale se bornent un lger avertissement1 timidement adress son hros1 de se modrer un peu dans l'excs de son ambition et de craindre les retours de fortune1 ces vengeances voiles de la destine4 ,toutes ses plus grandes accusations sont des accusations de tmrit1 jamais ou presque jamais des accusations de svices contre l'humanit ou contre la ,divinit4 ,le hros n'coute pas2 son historien rtrospectif chante son nouveau triomphe dans un bulletin et marche en avant1 tantt au meurtre du duc d',enghien1 surpris dans l'inviolable asile de la terre trangre2 tantt l'enlvement du pape1 chez qui les gendarmes entrent nuitamment par les fentres2 tantt la trahison de ,bayonne1 o l',espagne1 prise au pige dans la personne de ses rois1 se venge par l'extermination de quatre cent mille ,franais2 tantt l'incendie de ,moscou2 tantt au cirque de ,leipsick2 tantt au dernier soupir de l'arme ,mayence1 tantt1 enfin1 la double invasion de la ,france par le reflux des peuples1 et l'expiation de ,sainte-,hlne4 ,mais de chaque scne de ce grand drame il ne sort de la bouche de l'historien qu'un lger blme pour ce hros emport trop loin par son gnie1 et toujours ce mot de gnie appliqu aux plus ruineuses folies du monde1 et toujours ce mot de gloire jet comme une amnistie de la justice sur les plus lugubres catastrophes de l'humanit6 ,voil notre seul grief contre cette histoire3 elle raconte admirablement1 elle juge insuffisamment2 elle n'est pas rtributrice1 elle est adulatrice4 ,,xxvi ,quand on l'a bien lue1 comme je l'ai fait cinq ou six fois avec un intrt toujours palpitant1 on se demande quel autre fruit que cet intrt lui-mme on a recueilli de cette lecture4 ,un nouveau sens politique ou moral est-il n en vous8 ,sentez-vous cette dification consciencieuse1 cet quilibre intrieur1 cette justice satisfaite du bien et du mal qu'une aussi longue histoire doit laisser dans l'me comme la conclusion historique de tant d'vnements et de tant de beaux rcits8 ,aimez-vous plus la justice8 ,plaignez-vous plus l'humanit8 ,gotez-vous plus la libert compatible avec l'ordre des socits humaines8 ,avez-vous plus de piti pour les vaincus8 plus de haine contre les oppresseurs8 plus de mpris pour les manoeuvres de la fausse diplomatie qui prennent les peuples au filet des ambitieux sans foi8 ,dtestez-vous plus les trompeurs ou les tueurs d'hommes8 ,les peuples qui auront lu cette histoire seront-ils plus disposs dfendre leurs institutions lgitimes contre les usurpations du gnie arm ou contre les sductions de la gloire coupable8 ,en un mot1 ce qu'on appelle vertu publique se sera-t-il accru d'un atome dans votre me et dans l'me des gnrations venir8 ,hlas6 non4 ,il y aura bien un certain petit blme de l'excs1 un certain petit refrain de prudence recommand au gnie qui s'emporte1 la gloire qui s'enivre1 mais c'est tout2 la conscience de l'historien ne va pas plus haut ni plus loin que ce mot3 modration6 ,or qu'est-ce que la modration dans l'injuste8 ,la prudence des mauvais desseins1 la circonspection de l'ambitieux4 ,est-ce assez pour qu'un aussi grand historien de l'ambition et de la gloire que ,m4 ,thiers mrite le nom de juge8 ,encore une fois1 non2 son histoire est sans vertu1 bien qu'elle ne soit pas sans honntet1 mais honntet bourgeoise et timide qui semble craindre d'aborder corps corps une si grande ombre6 ,,xxvii ,cependant il ressort pour nous trois choses d'une vritable valeur de cette histoire dans l'me des lecteurs capables de la bien lire4 ,ces trois choses sont3 un fort sentiment de gouvernement1 une puissante science de l'administration1 une haute glorification de la guerre quand elle est juste2 ces trois choses sont trois ncessits1 et1 nous ne craignons pas de le dire1 trois vertus des civilisations nationales chez les peuples modernes4 ,m4 ,thiers possde ces trois vertus de l'homme d'tat et de l'historien un degr trs-rare chez ce qu'on appelle les hommes de la tribune2 il fait plus qu'en avoir la foi1 il en a l'intelligence1 il en a l'audace2 il les confesse hardiment et firement devant un sicle qui les oublie trop souvent1 et il les rhabilite avec une grande vidence de conviction4 ,ce sont l les trois mrites de cette histoire1 que nous ne saurions sous ce rapport trop louer4 ,ce sentiment du gouvernement est la premire des qualits de l'homme d'tat1 comme il est le premier devoir de l'historien politique4 ,nous avouons que nous avons cet gard la mme foi que ,m4 ,thiers1 et quand nous l'avons combattu autrefois1 comme orateur ou comme chef de parti1 dans les luttes parlementaires o la mle des vnements nous avait jets face face la mme poque1 c'est qu'il oubliait dans l'opposition ce respect de l'unit et de la force du gouvernement qu'il est permis de conqurir1 mais qu'il ne faut jamais saper dans son pays4 ,qu'est-ce1 en effet1 qu'un gouvernement dans l'acception mtaphysique de ce grand mot8 ,le gouvernement est la force des intrts gnraux de la socit relis ensemble pour le salut des socits contre la rvolte et l'anarchie des intrts particuliers qui cherchent sans cesse prvaloir contre la communaut2 en d'autres termes1 le gouvernement1 c'est tous2 les factions1 c'est l'individualit4 ,nous sommes1 comme ,m4 ,thiers1 pour tous contre quelques-uns2 le sentiment du gouvernement est nos yeux une des formes les plus saintes1 non-seulement du bon sens1 mais de la vertu publique4 ,l'administration1 c'est la mthode du gouvernement1 c'est cette syntaxe des lois1 c'est ce mcanisme admirable des rouages intrieurs l'aide desquels la volont et l'action du pouvoir se transmettent avec rgularit de la tte aux membres1 pour imprimer chaque chose parse ou chaque individu isol l'unit et la force de l'ensemble4 ,enfin la guerre1 quand elle est juste et ncessaire1 c'est l'hrosme collectif des nations1 c'est ce dvouement surnaturel jusqu' la mort1 dvouement qui lve1 par le devoir et par l'enthousiasme de la patrie1 un peuple au-dessus du vil intrt de propre conservation pour lui faire donner la mort sans crime ou la recevoir sans peur1 dans l'intrt de cette communaut civile dont il tait membre et dont il se fait le soldat4 ,qui n'estimerait pas ces trois vertus sociales1 ces trois instincts organisateurs1 administrateurs et dfenseurs des peuples1 sans lesquels il n'y a pas de peuples1 il n'y a que des hordes ou des individualits8 ,nous ne reprochons donc pas ,m4 ,thiers de les avoir et de les manifester un degr si minent dans son ,histoire du ,consulat et de l',empire2 nous comprenons mme que l'excs de ces trois vertus gouvernementales dans l'historien l'ait rendu plus indulgent que svre et juste envers son hros au #ah brumaire1 au consulat de dix ans1 au consulat vie1 l'usurpation de l'empire4 ,nous savons1 comme lui1 que1 quand le gouvernement est tomb dans la rue chez un peuple1 le premier droit et souvent le premier devoir d'un grand citoyen est d'en relever un1 ft-ce dans sa personne6 ,nous savons que ces saintes audaces qui portent un grand citoyen s'emparer du gouvernement1 pour sauver le peuple de lui-mme1 sont des coups d'tat de la ncessit absous par le salut public4 ,nous-mme nous en avons fait un1 de ces coups d'tat de salut public1 dans une heure d'croulement universel de toutes les institutions existantes1 et nous n'en avons pas le moindre remords devant ,dieu ni devant les hommes4 ,la socit est au premier venu quand ce premier venu se dvoue elle et non lui-mme2 voil la loi de la conscience quand il n'y a plus que la conscience pour loi4 ,,xxviii ,mais la socit nationale tait-elle sans gouvernement la veille du #ah brumaire1 quand un gnral heureux et populaire vint renverser violemment le gouvernement directorial1 avec les armes mmes et avec l'autorit emprunte que le ,directoire lui avait remis dans les mains8 ,c'est l une de ces questions que l'histoire1 trop rcente et trop partiale pour le vainqueur1 n'a pas encore tudie et sur laquelle nous ne partageons nullement les opinions de l'auteur du ,consulat4 ,n'tait-ce donc pas sous le gouvernement de la rpublique modre et concentre du ,directoire que les chafauds avaient disparu1 que les proscriptions avaient cess1 que la libert des consciences avait t rendue au peuple avec le libre exercice des cultes1 que les confiscations avaient t abolies1 que les migrs dsarms rentraient en masse sous des amnisties tacites dans la patrie8 ,n'tait-ce pas sous le ,directoire que la raction organique et spontane contre les excs et les anarchies de la dmagogie se constituait progressivement par la seule action de la raison publique et promettait la ,france d'purer les principes de #hi des dmences et des crimes de #ic8 ,n'tait-ce pas sous le ,directoire que le territoire de la ,rpublique avait refoul les armes de la premire coalition bien au del du ,rhin1 des ,alpes et de l',helvtie2 que ,moreau1 ,massna1 ,hoche1 ,macdonald1 ,napolon lui-mme avaient fait ces immortelles campagnes d',allemagne1 de ,suisse1 d',italie1 d'gypte1 dont les noms de ces gnraux rapportaient la gloire1 mais dont le gouvernement directorial avait organis les plans1 les moyens1 les armes1 les finances1 le mrite8 ,il n'y avait donc rien de plus injuste que d'accuser cette bauche encore incomplte de gouvernement des forfaits1 des tyrannies1 des impuissances et des dcadences de la patrie4 ,c'tait la ,rvolution revenant sur ses pas1 relevant ses dbris et cherchant se fixer au point prcis o la libert rgulire peut se constituer en gouvernement1 entre la raison et l'abus1 entre la licence et la tyrannie2 le ,directoire tait la rsipiscence de la nation par elle-mme4 ,surprendre la nation dans cette rsipiscence salutaire et progressive pour la ramener par la violence au despotisme militaire en lui faisant gagner quelques batailles1 mais en lui faisant perdre tout le terrain gagn par la raison publique1 est-ce l un acte qu'un historien libral doive amnistier et glorifier en conscience8 ,nous ne l'avons jamais pens4 ,nul ne sait ce qu'il serait advenu de la ,france si le ,directoire ou si les autres gouvernements nationaux que la ,france libre allait se donner sous d'autres formes n'avaient pas t sabrs par le gnral revenu du ,caire ,paris2 mais1 s'il est douteux que ces gouvernements eussent fait passer en triomphe la ,france de ,rome et de ,madrid ,vienne1 ,berlin1 ,moscou1 par toutes les capitales de l',europe1 il est douteux aussi que ces gouvernements eussent ananti sous les pieds des soldats tous les fruits si chrement achets de la rvolution de #aghi1 et qu'ils eussent ramen deux fois sur leurs pas les invasions trangres au coeur de ,paris4 ,rien n'est donc moins prouv en politique et en histoire que la ncessit et que le bienfait du coup d'tat du gnral ,bonaparte au #ah brumaire4 ,dans tous les cas ce coup d'tat tait-il innocent8 ,nul dans sa conscience n'osera l'innocenter que par son succs2 mais le succs n'est que l'amnistie de l'audace1 il n'en est pas la justification4 ,un homme de conscience devait le sentir1 un historien devait le dire2 ,m4 ,thiers ne le dit pas4 ,ce qu'il dit et ce qu'il prouve admirablement1 c'est le gnie gouvernemental1 administratif et militaire de son hros4 ,nous convenons qu' cet gard il nous a convaincu nous-mme4 ,s'il y a un droit divin dans la supriorit d'esprit et de caractre d'un homme de gnie1 ,napolon1 dans cette histoire1 apparat1 plus que partout ailleurs1 marqu de ce signe du commandement4 ,les ,mmoires si injustement contests1 mais si vrais et si informs du marchal ,marmont2 les correspondances rcemment publies de ,napolon avec son frre ,joseph et avec le vice-roi d',italie1 ,eugne2 les sances du conseil d'tat2 les conversations diplomatiques de ,napolon1 rapportes et lucides par ,m4 ,thiers1 donnent de ce grand homme une mesure qui s'agrandit chaque publication4 ,cet homme1 ,toscan d'origine comme ,machiavel et comme ,mirabeau1 avait vritablement sa racine dans le tuf antique et romain4 ,il n'avait pas eu besoin d'apprendre1 il avait invent la haute ambition2 c'tait un despote inn3 il portait en lui le gouvernement4 ,jamais1 dans un temps d'anarchie et d'illusions philosophiques sur la constitution des socits civiles2 jamais le nant des systmes et l'infaillibilit de la nature1 en matire de pouvoir1 ne s'taient incarns plus fortement que dans ce jeune homme4 ,dieu semblait lui avoir rvl les lois qui font que tous obissent et qu'un seul commande2 il n'avait pas seulement l'instinct monarchique1 il tait la monarchie lui tout seul1 inhabile obir1 incapable d'autre chose que de commander4 ,le commandement tant ncessaire aux peuples comme aux armes1 nous ne nions pas que ce gnie du commandement1 qui fait qu'un homme monte par sa vertu spcifique au sommet de ses semblables1 ne ft un titre de supriorit rel dans ,napolon4 ,m4 ,thiers1 qui parat dou lui-mme un haut degr de cet instinct du gouvernement et de ce ddain souvent si juste des thories1 ,m4 ,thiers apprcie et fait apprcier cette capacit de gouvernement au-dessus de tous les historiens dans son hros2 il fait du gnie une lgitimit2 il l'lve souvent jusqu'au rang de vertu1 quelquefois au-dessus de la vertu mme2 il semble lui reconnatre le droit de mpriser les hommes et d'abuser d'eux1 parce qu'il les domine4 ,encore une fois1 nous comprenons cette insolence de la supriorit d'esprit envers la nature humaine dans un crivain qui a le droit de s'estimer trs-haut lui-mme sous ce rapport2 nous comprenons ce culte du gnie et de la force sous la plume de l'historien de la force et du gnie4 ,il y a mme de beaux cts dans cette mle indulgence1 qui fait beaucoup pardonner qui a beaucoup gouvern dans un temps o le gouvernement semblait ananti en ,europe4 ,c'est une grande et salutaire leon de la ncessit et de la saintet du gouvernement donn au peuple2 c'est la rhabilitation de l'autorit par l'histoire2 l'autorit est la force excutive de la loi morale2 mais il faut la recevoir et non la prendre cette autorit1 et quand on l'a reue1 il faut l'employer au bien de ses semblables et non la gloire troite de son propre nom4 ,c'est cet gosme de gloire qui remplit d'une seule autorit1 d'une seule personnalit1 d'un seul gnie1 d'un seul intrt les seize volumes de cette gigantesque histoire de ,napolon4 ,cet homme est grand comme le monde1 mais enfin ce n'est qu'un homme2 il ne doit pas nous cacher le monde4 ,cet gosme au fond qui semble tout remplir est un grand vide1 car c'est le vide de tout droit et de toute vertu dans les choses humaines4 ,ce vide on l'prouve en fermant ce beau livre2 je ne sais quelle tristesse vous saisit comme aprs une ivresse de gloire2 on est bloui1 on n'est pas clair intrieurement de cette saine lumire qui satisfait la conscience4 ,aprs tant d'vnements1 aprs tant de bruit1 aprs tant de mouvement1 aprs tant de gnie1 aprs tant de cadavres et tant de ce que l'crivain appelle gloire1 on se demande3 ,l'humanit a-t-elle grandi8 ,non1 elle parat plus petite2 mais un homme parat plus vaste6 ,triste grandeur6 ,qu'est-ce qu'un homme qui a rapetiss l'humanit tout en immolant des millions d'hommes sa seule personnalit8 ,selon ,m4 ,thiers1 c'est un grand homme2 selon nous1 c'est une grande figure1 puisqu'il n'a rien grandi que lui-mme4 gosme1 c'est le dernier mot de cette histoire2 dvouement1 c'est le dernier mot de la vraie grandeur4 ,que ,m4 ,thiers y pense3 il est encore temps de donner une moralit son chef-d'oeuvre4--,il n'a pas fini4 ,,lamartine4 ,,nota4 ,par une erreur de pagination dans la copie du manuscrit1 on a plac les considrations sur la campagne d'gypte aprs ,marengo au lieu de les placer aprs ,campo-,formio1 anachronisme qui sera corrig par une rectification de la pagination dans le prochain ,entretien4 ,x,l,v,i,ie ,,entretien4 ,,litt,,rature ,,latine4 ,,horace4 7#are ,,partie7 ,i ,amusons-nous un peu2 voici un homme de plaisir qui fait de son gnie un amusement3 c'est ,horace4 ,les peuples ont leurs saisons comme la terre2 le peuple romain1 peu littraire et peu potique de sa nature1 a eu une saison productive trs-courte1 mais dans cette saison trs-courte ce peuple semble avoir concentr en quelques annes la vie et les oeuvres des trois plus beaux gnies de la latinit1 ,cicron1 ,horace et ,virgile4 ,ces trois hommes se touchaient par le temps4 ,cicron1 dont nous venons de vous entretenir1 avait vu natre ,horace2 ,horace avait vu natre et avait entendu chanter ,virgile2 ,virgile1 ,horace1 ,cicron ne forment qu'un seul groupe qui semble se tenir par la main4 ,avant ces trois hommes de lettres incomparables il n'y a presque rien de digne d'attention dans la littrature latine1 except ,lucrce2 aprs eux il n'y a plus rien2 aussi la dcadence commence4 ,les chelons manquent dans cette littrature2 le sicle littraire d',auguste est un sommet entour de vide4 ,il est bien remarquable que cette saison productive du peuple romain en littrature se trouve prcisment place au moment de son histoire o la libert tombe1 o la tyrannie s'lve2 on dirait que la dcadence politique concide exactement avec l'closion du gnie littraire4 ,ne serait-ce pas que l'esprit des ,romains1 exclusivement absorb jusque-l par le rude exercice de la libert1 qui est un travail1 par le jeu des factions populaires1 par les guerres civiles1 n'avait ni le loisir ni le got des choses d'esprit1 mais qu'au moment o des hommes comme ,csar et ,auguste font taire le snat1 les tribuns1 la place publique1 sous leur clatante servitude1 les esprits se dtendent des affaires politiques et se prcipitent avec une nergie impatiente de repos dans l'occupation et dans la gloire des lettres8 ,ce moment se rencontre prcisment la fin de ,csar et au commencement du rgne d',auguste3 plus tt l'nergie de l'esprit romain tait distraite par la lutte entre la rpublique et l'usurpation2 plus tard il n'y avait plus d'nergie2 la servitude prolonge avait tout nivel et tout nerv1 dans les lettres comme dans la politique4 ,tacite seul devait tre le dernier des ,romains4 ,il fallait quatorze sicles pour que le gnie latin1 aprs avoir chang de lieu1 de religion et de langue1 se retrouvt ,rome1 ,florence et ,ferrare1 sous les ,mdicis1 dans le ,dante1 dans ,ptrarque1 dans le ,tasse1 dans l',arioste1 ces quatre grands ressusciteurs de l',italie4 ,,ii ,j'ai dit tout l'heure3 ,amusons-nous un peu avec le plus charmant pote de ce triumvirat d'hommes de lettres romains compos de ,cicron1 d',horace et de ,virgile2 c'est qu'en effet la socit d',horace est une des socits d'esprit les plus aimables que l'on puisse rencontrer dans tous les sicles de l'antiquit ou des temps modernes4 ,il a vcu pour son plaisir1 il a crit pour son plaisir2 lisons-le pour notre plaisir2 c'est l'homme de l'agrment4 ,grce aux patients travaux que les anciens1 les modernes1 et surtout un savant franais de nos jours1 ,walckenaer1 ont consacrs l'interprtation de ses oeuvres et la confrontation de ses vers avec sa vie1 ,horace est pour nous un homme d'hier ou d'aujourd'hui4 ,nous le connaissons vers par vers et jour par jour comme s'il tait des ntres2 nous avons vcu dans sa familiarit1 quant moi1 qui me suis assis vingt fois1 son livre la main1 sur les dcombres de sa petite mtairie d',ustica1 dans sa valle de la ,digentia1 toute semblable la valle de ,saint-,point1 quelquefois sous les oliviers tremps de l'cume de l',anio1 sur les votes recouvertes de gazon de son cellier de ,tibur1 il me semble qu',horace a t un des amis de ma jeunesse1 non pas prcisment un de ces amis srieux1 chris ou estims1 dont le souvenir fait monter la religion au coeur et les larmes aux yeux2 non1 mais un de ces amis lgers1 insoucieux du lendemain1 amoureux de toute ombre qui passe1 convives de tout festin sous le lambris ou sous le feuillage1 amis qu'on se repent d'aimer parce qu'on ne les estime pas jusqu'au coeur1 mais qui peuvent se passer d'estime tant il y a d'attrait dans leur nature1 de grce dans leur faiblesse1 et1 si l'on osait le dire1 tant il y a d'innocence dans leur corruption4 ,cependant dirai-je ici toute ma pense8 ,les ,franais aiment trop ,horace 7je le comprends1 car ,horace est certainement l'esprit le plus franais de toute l'antiquit74 ,il y a en lui beaucoup du ,saint-vremond douteur1 beaucoup du ,la ,fontaine licencieux1 beaucoup du ,montaigne cynique1 beaucoup du ,voltaire plus lger que la plume1 beaucoup de la bulle de savon qui brille et qui flotte1 qui se balance et qui se colore1 qui clate et qui s'vanouit sans laisser d'autre trace de son existence qu'une goutte d'eau parfume qui vous tombe d'en haut sur le front4 ,horace est plus ,gaulois que ,romain2 mais cette prdilection des ,franais pour ,horace1 comme pour l'ingnieux corrupteur de la morale et de l'me qu'ils appellent le bon ,la ,fontaine1 m'a toujours fait une certaine peine au coeur4 ,c'est une prdilection fonde sur une communaut de vices1 sur le vice des vices1 la lgret qui se joue de tout4 ,chaque fois que j'ai rencontr un homme1 comme on en rencontre beaucoup1 dont ,la ,fontaine est le catchisme et dont ,horace est le manuel1 je me suis dfi et loign de cet homme2 je me suis dit3 ,ou cet homme n'a pas assez de srieux dans l'esprit pour comprendre que l'agrment n'est pas le fond de la vie1 ou cet homme n'a pas assez d'aversion pour ce qui est moralement dprav dans l'art des lettres4 ,c'est vous dire assez que les amis d',horace ou de ,la ,fontaine ne sont pas mes amis4 ,horace et ,la ,fontaine sont de charmants tableaux de cabinet par le dessin1 la touche1 la couleur1 mais ce sont des tableaux licencieux en face desquels on ne doit conduire ni sa femme1 ni sa soeur1 ni son fils4 ,on les regarde1 on sourit1 on rougit1 et on passe4 ,malgr la svrit de ce jugement1 vous allez voir que je rends une grande justice ,horace et votre ,la ,fontaine1 bien que je place votre ,la ,fontaine une immense distance d',horace3 l'un est un homme1 l'autre n'est qu'un enfant2 l'un est pote comme ,pindare1 ,alce et ,anacron2 l'autre ne l'est qu'un peu plus qu'sope4 ,ils ne se ressemblent que par leurs mauvais cts1 le ct immoral et le ct licencieux4 ,mais1 pour bien comprendre ,horace1 ce ,la ,fontaine lyrique des ,latins1 il faut d'abord vous raconter sa vie dans les plus intimes dtails1 car les oeuvres d',horace et sa vie c'est une mme chose4 ,il s'est crit lui-mme1 ses vers sont lui2 voil pourquoi1 tout en le msestimant quelquefois1 on le relira toujours3 qu'y a-t-il dans l'homme de plus intressant que l'homme8 ,les oeuvres d',horace1 odes1 podes1 ptres1 satires1 amours1 amiti1 panchements du coeur dans la solitude1 ce sont les ,confessions de ,j4-,j4 ,rousseau en vers dlicieux comme les murmures du vent doux de la vie travers les fibres de l'me4 coutez donc cette vie4 ,,iii ,horace tait n ,venusia1 en ,apulie1 contre de l',italie que nous appelons aujourd'hui les ,calabres4 ,sa petite ville natale1 expose un tide soleil d',orient1 tait couche sur une pente tachete d'oliviers1 de cyprs et de myrtes4 ,la route de ,naples et de ,rome serpentait en bas ct d'un torrent souvent sec4 ,cette contre avait t jadis la ,grande ,grce1 site de colonies grecques visites et civilises par ,pythagore4 ,les habitants1 plus dous d'imagination que les ,romains1 s'y ressouvenaient de leur origine4 ,le gnie riche1 lger et naturellement loquent d',horace1 est en effet ce qu'il y a de plus attique dans les crivains romains3 l'eau pure de la source se reconnat jusque dans l'gout4 ,ce pays avait t primitivement habit par les ,samnites1 conquis et annex par les ,romains4 ,c'est une branche allonge des montagnes des ,abruzzes1 si riches en paysages4 ,la source limpide de ,blandusie1 splendidior vitro1 s'panchait non loin de ,venouse4 ,horace1 qui y trempait ses pieds enfant1 devait la chanter un jour comme une des plus riantes images de sa mmoire4 ,l',aufide mugissant et perfide tait un torrent qui cumait au fond de la valle de ,venouse2 ,horace lui a donn la clbrit d'un fleuve3 les grands hommes sont la bonne fortune des lieux o ils jouent dans leur berceau1 les potes surtout sont l'illustration de leur paysage4 ,,iv ,le pre d',horace s'appelait ,flaccus2 il avait ajout ce nom celui de ,quintus ,horatius4 ,on prsume que ce second nom d',horatius tait le nom de la famille romaine dont le ,samnite ,flaccus avait t autrefois l'esclave4 l'poque o naquit le pote son fils ,horatius ,flaccus tait affranchi1 c'est--dire libre et entr dans les rangs de la bourgeoisie romaine4 ,il y occupait mme un emploi officiel et lucratif1 quivalant la fois celui de percepteur des contributions1 d'agent de change et de banquier1 trois charges qui alors comme de nos jours donnent l'opulence4 ,ce pre du jeune ,horace tait un homme qui ne vivait que pour son fils2 il lui servait de mre par sa tendresse et par sa vigilance4 ,horace ne parle pas de sa mre1 morte sans doute pendant qu'il tait en bas ge1 esclave peut-tre avant l'affranchissement de la famille2 mais il tmoigne pour ce modle des pres toute la tendresse et toute la reconnaissance qu'une mre laisse ordinairement dans la mmoire et dans le coeur de l'enfant4 ,la fortune avait suffisamment second les travaux du banquier percepteur des tributs de ,venouse2 il aspirait plus illustrer son fils qu' l'enrichir2 il se contentait de son aisance appele par les ,romains la mdiocrit dore4 ,puisqu'il avait de quoi donner son fils unique l'ducation des fils des meilleures familles de ,rome1 il avait assez2 d'ailleurs il s'tait fait lui-mme le premier instituteur de son enfant2 il l'accompagnait aux coles1 il tudiait avec lui1 il ne s'en rapportait personne du soin de veiller sur les pas et sur l'innocence des moeurs de son fils2 une mre chrtienne n'aurait pas de plus scrupuleuses sollicitudes sur la puret d'un enfant4 ,les moeurs dpraves de la ,grande ,grce et de ,rome rendaient ces inquitudes plus naturelles et plus obligatoires dans ces climats vicieux que dans nos contres plus pures2 c'est grce ces surveillances assidues que le jeune ,horace1 enfant d'une beaut prcoce1 dut la puret et la fracheur prolonge de son me4 ,un certain ,flavius1 matre d'cole ,venouse1 fut le premier matre d',horace2 cet homme excellait dans sa profession1 mais le pre d',horace ne se contentait pas pour son fils d'une ducation de ,samnite dans une bourgade de ,calabre4 ,il quitta sa chre patrie pour aller chercher ,rome des coles suprieures et des matres plus illustres dans les lettres et dans la philosophie4 ,lisez dans les odes et dans les satires d',horace lui-mme le tmoignage touchant de ces soins paternels4 ,on voit battre dans chaque vers le coeur d'un fils digne d'avoir un tel pre4 ,revenons moi1 ,mcne6 moi qui ne suis que le fils d'un affranchi1 et que tous dnigrent parce que j'ai aujourd'hui la gloire de m'asseoir dans votre familiarit1 votre table1 oubliant qu'autrefois tribun des soldats 7colonel7 je commandais une lgion romaine444 ,quel bonheur pour moi d'avoir pu vous plaire1 vous qui savez si bien discerner l'honnte homme du vil coquin1 et qui mesurez le mrite non sur le vain prestige de la naissance1 mais sur la noblesse des sentiments4 ,pourtant1 sachez-le bien1 si1 quelques dfauts prs1 qui ne sont que des taches sur un beau corps1 mon naturel est vertueux1 mes inclinations droites1 mon me innocente et pure 7qu'on me passe pour cette fois les louanges que je me donne72 si avec raison on ne peut rien me reprocher de bas1 rien de sordide1 rien de honteux2 si enfin je suis cher mes amis1 c'est mon excellent pre que je le dois4 ,lui1 propritaire d'un trs-petit domaine1 il ne voulut pas m'envoyer l'cole de ,flavius1 o des enfants1 ns d'honorables centurions1 se rendaient1 cassette et tableau suspendus au bras gauche1 payant huit ides chaque anne le modique salaire des leons4 ,il me conduisit ,rome pour que j'y reusse l'ducation rserve aux fils des chevaliers et des snateurs4 mes habits1 aux esclaves qui me suivaient en traversant la ville1 on et cru qu'un riche patrimoine fournissait tant de dpenses4 ,mon pre fit plus1 il fut pour moi un gouverneur vigilant1 incorruptible2 il ne me perdait point de vue1 m'accompagnait chez mes professeurs1 et non-seulement il sut me garantir de toute action capable de fltrir en moi la premire fleur de la vertu1 mais le soupon mme du vice n'approcha jamais de moi4 ,il ne craignit pas qu'on lui reprocht un jour de n'avoir fait tant de dpenses que pour que je fusse un crieur public1 ou1 ce qu'il avait t lui-mme1 un collecteur d'impts faibles appointements4 ,si tel avait t le rsultat de ses soins1 je ne m'en serais pas plaint2 mais1 puisqu'il en a t autrement1 il a droit plus de louanges1 et je lui dois plus de reconnaissance4 ,comment pourrais-je donc ne pas me fliciter d'avoir eu un tel pre8 ,comment1 ainsi que tant d'autres1 me dfendrais-je en disant que1 si je ne suis pas n de parents illustres1 ce n'est pas ma faute8 ,mes sentiments sont tout autres et me dictent un autre langage4 ,oui1 je le dclare1 si la nature nous reprenait les annes qui se sont coules depuis notre naissance1 et que chacun1 selon les caprices de son orgueil1 ft libre de se choisir d'autres parents que ceux qu'il avait1 je laisserais le vulgaire s'emparer des noms illustres qui ont brill au milieu des faisceaux et dans les chaises curules1 et moi1 duss-je passer aux yeux de tous pour un insens1 je resterais satisfait des parents que m'avaient accords la bont des dieux4 ,v ,le jeune ,horace tudiait ainsi ,rome seize ans1 pendant l'croulement de ,rome4 ,c'tait le temps o ,csar prludait la conqute de la souverainet romaine par la conqute des ,gaules2 c'tait le temps o ,cicron s'efforait de soutenir par sa parole l'ancienne constitution rpublicaine que ,pompe n'avait pu soutenir par son pe4 ,le pre d',horace1 pour soustraire son fils aux tumultes de ,rome1 le conduisit1 pour achever ses tudes1 en ,grce4 ,athnes tait alors pour les jeunes ,romains la ville universitaire du monde latin1 ce qu',oxford ou ,cambridge sont aujourd'hui pour l',angleterre4 ,toute la jeunesse aristocratique de ,rome y passait quelques annes1 occupe entendre les cours de philosophie1 de posie1 d'loquence1 de la bouche des plus clbres pdagogues4 ,les uns s'y livraient l'tude1 les autres la licence de leur ge4 ,c'tait l aussi que se formaient entre ces jeunes gens de diverses conditions sociales ces liaisons de l'adolescence qui devenaient ensuite ,rome les amitis1 les patronages1 les clientles de l'ge mr4 ,cette rsidence ,athnes1 ville de luxe1 de plaisir1 de folie1 tait trs-onreuse aux parents4 ,on voit par les lettres de ,cicron que cette dpense ne s'levait pas moins de quinze vingt mille francs de notre monnaie4 ,le pre d',horace ne comptait pas ce que lui cotait le mrite futur de son fils2 il voulait tout prix l'lever par tous les noviciats au niveau de l'aristocratie lettre de ,rome4 ,le souvenir de son propre esclavage mme et de sa condition d'affranchi lui faisait sentir plus qu' un autre la passion de la supriorit sociale4 ,le jeune ,horace se lia ,athnes avec le fils de ,cicron2 ce jeune homme se contentait de porter le nom de son pre1 trop sr apparemment de ne pouvoir le grandir2 il y contracta aussi amiti avec le jeune ,bibulus et avec le fils de ,messala1 tous les deux partisans de ,pompe et par consquent ennemis naturels de ,csar4 cet ge nos amitis font nos opinions2 il ne faut pas s'tonner si ,horace1 dans la socit du fils de ,cicron1 de ,bibulus et de ,messala1 s'attacha bientt aprs la cause de ,brutus et de ,cassius1 contre la tyrannie du dictateur de ,rome4 ,une lettre du fils de ,cicron un nomm ,tiron1 affranchi de son pre1 nous donne une ide de la vie que ces jeunes ,romains menaient ,athnes4 ,ils tenaient plus souvent la coupe du buveur que le livre du disciple4 ,vous saurez que je vis dans la plus intime liaison avec ,cratippus1 et qu'il me traite moins comme un disciple que comme un fils4 ,plus je l'entends parler1 plus je suis charm de la douceur de ses entretiens4 ,je passe des jours entiers avec lui et quelquefois une partie des nuits1 car je l'engage le plus souvent que je puis souper4 ,il vient frquemment me surprendre table1 et1 mettant de ct la svrit philosophique1 il est avec nous d'une humeur charmante4444 ,que vous dirai-je de ,bruttius8 ,il possde l'art de mler des questions de littrature aux conversations les plus enjoues et d'assaisonner la philosophie de beaucoup d'agrments4 ,j'ai commenc aussi dclamer en grec sous ,cassius2 mais1 pour le latin1 je m'exerce plus volontiers avec ,bruttius4 ,je ne vois pas moins familirement les gens de lettres qui sont venus avec ,cratippus4 picrate1 l'homme le plus considr dans ,athnes1 ,lonidas et plusieurs personnes du mme rang passent une partie de leur temps avec moi4 ,voil quels sont peu prs mes amusements et mes occupations4 l'gard de ,gorgias1 il m'tait assurment fort utile pour m'exercer la dclamation1 mais j'ai obi aux ordres de mon pre1 qui a voulu que je cessasse de le voir4 ,on sait d'ailleurs que ce ,gorgias tait un corrupteur de la jeunesse1 redout des parents4 ,le fils de ,cicron1 son cole1 tait devenu un ivrogne qui ne dut plus plus tard la faveur d',auguste qu' son nom4 ,,vi picure1 ,platon1 ,znon se disputaient l'intelligence de cette jeunesse2 les picuriens taient les matrialistes du temps1 les stociens taient les spiritualistes1 les platoniciens taient les illumins1 les acadmiciens taient les sceptiques4 ,horace1 cette poque1 penchait par imagination vers les sceptiques1 par vertu vers les stociens2 les derniers rpublicains taient stociens2 c'est par vertu qu'ils voulaient mourir pour conserver l'ancienne libert romaine1 mre des vertus4 ,brutus1 qu'on se peint comme un froce et fanatique meurtrier1 n'tait que le plus aristocrate1 le plus lgant et le plus lettr des stociens aristocrates4 ,caton tait le chef de cette cole ,rome2 les ennemis et les assassins de ,csar n'taient que des philosophes qui avaient chang le livre contre le poignard2 ,horace brlait alors de rpublicanisme par amour pour l'idal antique des honntes gens4 ,aussi1 ds qu'il eut termin ses tudes ,athnes et qu'il y eut appris par les lettres de ,cicron son fils le meurtre de ,csar et la renaissance de la libert1 ,horace s'enflamma d'ardeur pour cette renaissance de la rpublique1 et il s'attacha corps et me la cause de ,brutus4 ,la jeunesse studieuse d',athnes1 la lecture de ces lettres de ,cicron1 approbatives du meurtre du tyran1 proclama ,brutus et ,cassius les hros du sicle1 promena leurs bustes dans les rues1 et les plaa ct des statues des librateurs d',athnes1 ,harmodius et ,aristogiton4 ,,vii ,quelques jours aprs1 ,brutus1 loign de ,rome par un exil dguis sous un gouvernement de ,macdoine1 passa par ,athnes2 il fut reu comme un vengeur divin de la libert romaine2 il y connut ,horace dans la socit des jeunes ,bibulus1 ,cicron1 ,messala1 ses amis4 ,il y distingua ce fils d'affranchi dj clbre par son talent potique1 il l'enflamma aisment pour sa cause1 qui tait aux yeux d',horace la cause mme de la gloire1 du patriotisme1 de la philosophie1 de la vertu stoque4 ,brutus emmena avec lui le jeune pote en ,macdoine avec les fils de ,caton1 de ,cicron1 de ,messala et de plusieurs autres4 ,ces jeunes gens formrent autour de ,brutus la lgion sacre des derniers ,romains4 ,brutus en fit les capitaines de l'arme qu'il formait alors pour rsister aux partisans de ,csar4 ,horace avait vingt-deux ans et le feu de cet ge2 il se distingua dans les premires campagnes de ,brutus et de ,cassius contre les villes de ,macdoine qui regrettaient le joug de ,csar4 ,,viii ,cassius le nomma1 pour ses exploits1 tribun des soldats2 c'tait un grade minent dans l'arme romaine1 quivalant au grade de colonel ou de gnral de brigade dans nos camps4 ,ce grade donnait droit au commandement d'une lgion1 corps de six mille hommes de toutes armes4 ,horace commanda1 en effet1 une lgion sous les ordres de ,cassius1 et il la commanda avec honneur4 ,on ne peut croire qu'un vieux gnral aussi consomm que ,cassius ait lev un lche un tel commandement dans son arme2 la lchet1 dont se vante plus tard ,horace dans ses vers railleurs contre lui-mme1 n'tait donc en ralit qu'une plaisanterie ou une flatterie ,auguste2 il voulait persuader par l ce prince1 neveu de ,csar1 que tous ceux qui avaient combattu jadis contre lui taient indignes de porter une pe et un bouclier4 ,il l'honorait par adulation d'un vice qu'il n'avait pas2 il sacrifiait son caractre sa fortune4 ,la vrit c'est qu'il avait hroquement command et combattu contre ,csar1 et qu'il ne voulait plus combattre contre ,auguste4 ,la fortune avait dcid1 il tait devenu picurien1 il ne voulait pas se roidir contre la fortune4 ,ces vers d',horace sur sa prtendue fuite et sur son bouclier jet la bataille de ,philippes sont une turpitude1 mais ne sont pas une lchet4 ,,ix ,horace mlait1 ds cette poque1 la posie la guerre2 mais c'tait une posie courte1 lgre1 factieuse1 telle qu'elle convenait aux camps4 ,son talent1 sa gaiet1 sa figure faisaient de lui l'idole des jeunes compagnons de ,brutus2 les historiens font un charmant portrait de ce gnral enjou1 qui riait de tout1 mme de la mort4 ,sa taille tait petite1 mais robuste2 ses traits taient fins et gracieux2 son teint avait la dlicatesse et le coloris d'un teint de femme2 ses cheveux noirs1 flottant en boucles naturelles sur un front trs-ombrag1 ses yeux grands et bien ouverts annonaient l'audace sans insolence4 ,ses paupires1 un peu malades ds sa jeunesse1 taient bordes de larmes frquentes et colores de pourpre par une lgre inflammation organique4 ,tel tait ,horace cet ge2 un peu plus tard la mollesse de son temprament1 et peut-tre de ses moeurs1 chargrent d'un peu d'embonpoint ses membres dispos4 ,c'est le temprament et la stature ordinaire des potes de plaisir1 de raillerie et de bonne humeur2 c'est sous cette forme un peu obse1 dans ces grands yeux fleur de tte et dans cette bouche souriante que la verve satirique1 soldatesque ou picurienne1 de ,branger et de ,dsaugiers1 ces ,horaces du couplet1 s'est complue s'incarner de nos jours4 ,le temprament ne fait pas le talent1 mais il en signale la nature4 ,le feu de la gaiet ne consume pas comme le feu du gnie4 ,les veilles maigrissent1 la table engraisse4 ,virgile tait maigre1 ,horace tait gras4 ,brutus aussi tait maigre et ple4 ,csar jugeait comme nous de ces diffrents caractres attribus aux diffrents tempraments des hommes de son temps4 ,ce ne sont pas ceux-l que je crains1 disait-il en parlant de ses ennemis au teint fleuri comme le visage d',horace4 ,x ,cassius et ,brutus1 longtemps heureux dans leur campagne1 en ,grce et en ,asie1 avec ,horace1 donnrent le temps ,antoine1 ,lpide et ,octave1 hritiers de ,csar1 de former le triumvirat en ,italie contre les meurtriers du dictateur4 ,ils commencrent par immoler de concert tout ce qui leur tait suspect de regretter la libert4 ,cicron fut jug digne de la mort2 il la reut en hros et en philosophe1 certain de la vengeance du ciel et de la terre4 ,les triumvirs transportrent ensuite leurs armes runies en ,macdoine4 ,j'ai visit moi-mme ce champ de bataille de ,philippes o ,brutus et ,cassius s'taient camps autour d'un mamelon de terre et de rocher qui ressemble une citadelle naturelle1 entre les montagnes de la haute ,macdoine et la valle de l',hbre1 qui roula les membres d',orphe1 l',horace divin4 ,la veille de la bataille1 ces deux chefs de l'migration romaine se firent l'un l'autre le serment de ne pas survivre la dfaite1 si le sort des armes faisait dfaut la justice de leur cause4 ,octave et ,antoine furent vainqueurs2 le gnie de ,csar assassin combattait avec eux contre ses meurtriers4 ,cassius et ,brutus se tinrent parole2 ils se percrent de leur pe4 ,c'est de ce champ de bataille de ,philippes que s'lvera ternellement contre les victoires iniques ce dernier cri de ,brutus3 ,vertu1 tu n'es qu'un nom6 ,ce mot indign de ,brutus contre la partialit de la ,providence en faveur des mchants prouve que ,brutus n'tait pas encore assez philosophe4 ,s'il avait tudi plus profondment la nature des choses1 il aurait compris pourquoi le succs est presque toujours ici-bas du ct des mauvaises causes3 c'est que le nombre fait le succs1 et que1 le plus grand nombre des hommes tant ignorant ou pervers1 il est toujours facile aux mchants de trouver des complices et d'craser la justice1 la vrit ou la vertu sous le nombre4 ,voil pourquoi le triomphe d',antoine sur ,caton pouvait consterner ,brutus1 mais ne devait pas l'tonner4 ,c'est prcisment parce qu'elle succombe que la vertu n'est pas un nom1 mais la plus sainte des choses humaines4 ,brutus avait mal raisonn en assassinant ,csar2 il raisonnait aussi mal en se tuant lui-mme2 c'tait un sophiste loquent et courageux1 mais qui poussait toujours son sophisme jusqu'au sang4 ,,xi ,le jeune ,horace1 son compagnon d'armes1 son pote et son ami1 aprs avoir bien combattu1 raisonna plus juste2 il ne s'obstina pas vouloir pour lui seul une libert chimrique et une froce vertu4 ,les ,romains pervertis ou corrompus n'en voulaient plus pour eux-mmes4 ,pendant que ,brutus se plongeait son pe dans le corps1 ,horace jeta la sienne1 ainsi que son bouclier1 pour s'loigner plus lgrement du champ de carnage2 le pote ,alce1 son modle1 en avait fait autant dans une circonstance semblable4 ,l'esprance est aussi une posie comme le dsespoir4 ,horace tait jeune2 il tournait depuis quelque temps la philosophie facile et accommodante d'picure4 ,pourquoi mourir1 puisqu'une vie longue et douce s'ouvrait encore devant lui8 ,d'ailleurs il est probable que son pre chri vivait encore1 et que la pense de consoler ce tendre auteur de ses jours lui parut un devoir plus sacr et plus vertueux que celui de mourir pour des regrets4 ,mais1 si ,horace ne fut point fanatique dans cette occasion1 il ne fut point lche2 il n'imita pas ses camarades et ses amis qui firent dfection la rpublique en passant au service d',antoine et d',octave2 il n'alla pas s'embarquer sur la flotte de ,mutius1 amiral de ,brutus1 pour grossir les rangs du fils de ,pompe en ,espagne4 ,il alla vraisemblablement rejoindre son pre ,athnes ou ,venouse4 ,l'amnistie gnrale proclame par ,octave et ,antoine le couvrit contre la vengeance des triumvirs2 il ne voulut pas1 par honneur1 servir leur cause dans leurs camps ni dans leurs charges civiles2 il renona aux armes et rentra dans la vie prive1 ddaigneux de gloire1 affam de plaisir1 d'amour et de posie4 ,voil la vrit toujours indulgente4 ,,xii ,son pre venait de mourir dans ses bras1 amrement pleur et toujours honor comme un dieu tutlaire par son fils4 ,ce pre avait consum la plus grande partie de sa fortune dans l'ducation1 dans les voyages1 dans l'avancement militaire de son enfant4 ,il ne laissa en mourant ,horace qu'un patrimoine trs-modique1 peine suffisant l'existence d'un jeune homme lgant ,rome4 ,les emprunts forcs des triumvirs1 qu'il lui fallut payer comme fils d'affranchi1 s'levrent au tiers de la valeur de ce patrimoine2 les biens d',horace furent dcims comme la mtairie de ,virgile1 aux environs de ,mantoue1 confisque par un centurion d',octave4 ,ce patrimoine consistait dans la petite ferme d',ustica1 en ,sabine1 au pied du mont ,soracte1 dme blouissant de la campagne de ,rome1 et dans un plus petit domaine d'agrment ,tibur1 dont il a tant immortalis le site et la paix4 ,ces modiques domaines1 augments sans doute de quelques milliers de sesterces accumuls par son pre et soustraits la dprdation des triumvirs1 taient loin de suffire un jeune homme de vingt-quatre ans qui ne voulait pas alors flatter les vainqueurs2 il restait fidle la rpublique autant qu'on pouvait l'tre en vivant sous la loi des hritiers de ,csar2 il composait des satires mordantes dans lesquelles les vices et les ridicules des vainqueurs ou de leurs amis taient livrs la malignit du peuple romain4 ,on lui livrait ces noms obscurs1 la condition sans doute de ne pas toucher aux grands noms du parti d',octave4 ,c'est ces rancunes politiques du jeune tribun des soldats de ,brutus contre ses vainqueurs qu'il faut attribuer le got d',horace pour la satire personnelle au dbut de sa vie potique1 car la nature de son temprament1 de son ge et de son gnie1 le portait plutt la posie gracieuse et anacrontique4 ,il tait jeune1 il tait beau de visage1 il tait paresseux et bienveillant de caractre1 il tait ami de la table et de ce que les ,romains appelaient alors les amours1 c'est--dire les licences des yeux et du coeur2 ses malignits de plume dans ses premires satires n'taient donc que des ressentiments de rpublicanisme amnisti et des cajoleries consolantes au parti vaincu avec lui ,philippes4 ,de plus il tait pauvre1 il avait le got du luxe et du plaisir2 il lui fallait grossir 7il l'avoue lui-mme7 son modique revenu par le prix de ses vers2 le public de ,rome1 comme celui de ,paris1 achetait avec plus de faveur les livres d'opposition que les livres dicts par les triumvirs2 l'ami de ,mcne et d',auguste commena donc par tre le pote badin de l'opposition rpublicaine4 ,n'avons-nous pas vu de nos jours les trois potes horatiens de la ,france et de l',allemagne1 ,branger1 ,heine et ,musset1 commencer de mme et assaisonner du sel de l'esprit d'opposition1 et quelquefois d'un sel trs-cre1 les libertinages de verve1 d'esprit ou de coeur de la posie de jeunesse1 de table ou de vin8 ,quand on destine ses vers la popularit contemporaine on se condamne lui donner ce montant2 quand on les destine la postrit il faut mpriser ces malignits et ces personnalits contemporaines4 ,rien ne survit du temps que ce qui n'est pas du temps1 c'est--dire la beaut propre au genre de posie qu'on possde3 les allusions sont la fausse monnaie de la gloire1 l'avenir ne la reoit pas4 ,,xiii ,cependant ,horace s'leva au-dessus du temps et de lui-mme dans un suprme adieu lyrique la libert de sa patrie2 il osa la publier en ce temps-l1 au moment o il allait lui-mme se dcourager de la rpublique4 ,c'est dans l'pode seizime du premier livre des podes4 ,voil dj la seconde gnration1 s'crie le pote1 que dvorent nos guerres civiles2 ,rome prit par les mains mmes de ses enfants444 ,un seul salut reste aux hommes de coeur1 pareils aux ,phocens abandonnant leur cit aprs l'avoir maudite4 ,fuyez ,rome1 allez o vous porteront vos pas ou le souffle des vents1 mais jurons de ne jamais revenir sur nos pas444 ,oui1 partons1 ,romains1 ou du moins ce qui reste d'hommes vertueux parmi nous6 ,que le reste1 docile troupeau sans courage et sans espoir1 s'endorme auprs de ses foyers excrs2 nous1 hommes de coeur1 laissons aux femmes les regrets de la patrie et volons au del des mers d',italie4444 ,suit une description sduisante de cette terre imaginaire o tous les dons de la terre et du ciel les consoleront de l'ingrate patrie4 ,on croit lire les descriptions fabuleuses du ,champ d',asile1 sous le ciel d',amrique1 vers lequel les derniers gnraux de ,bonaparte1 en #ahaf1 appelaient leurs soldats laboureurs par toutes les images de la fcondit de la terre et de la srnit des cieux4 ,branger leur prtait sa lyre1 comme ,horace prta ce jour-l la sienne aux derniers rpublicains de ,rome4 ,,xiv ,ce fut son chant du cygne pour la rpublique4 ,il se crut quitte envers elle aprs l'avoir dfendue en ,macdoine et regrette dans ses vers ,rome4 ,il ne pouvait pas la ressusciter avec sa lyre3 il n'tait pas lui seul un peuple2 il prit son parti de l'abdication gnrale de ,rome1 et ne pensa plus qu' vivre pour lui-mme1 d'amiti1 de posie1 de solitude1 de bonne chre et d'amour4 ,malgr l'exemple de son pre1 il ne songea pas se donner une pouse honnte et des enfants4 ,ce sont les chanes douces de la vie2 il ne voulut pas mme porter le poids d'une tendresse srieuse ou d'une famille lever4 ,un mle gosme fut sa seule loi4 ,il s'attacha successivement et tour tour cette classe quivoque des femmes romaines qu'on appelait les courtisanes4 ,ces femmes n'avaient aucune analogie avec les victimes du libertinage qu'on appelle ainsi de nos jours4 ,l',inde1 la ,grce et ,rome leur reconnaissaient un rang social1 infrieur aux femmes chastes lgitimement maries et mres de famille 7matrones71 mais suprieur aux femmes de dbauche perdues dans la fange de la population des faubourgs4 ,les courtisanes telles que ,phryn1 ,las1 ,athnes1 taient en gnral de jeunes esclaves grecques ou syriennes affranchies dans leur enfance pour leur extrme beaut4 ,on leur donnait une ducation beaucoup plus soigne qu'aux femmes libres2 les arts dans lesquels on les perfectionnait1 tels que la musique1 la dclamation1 la danse1 la posie1 taient des moyens de sduction2 elles taient les seules lettres de leur sexe2 elles recevaient seules librement les hommes de tout ge dans leurs cercles2 elles y charmaient mme les sages comme ,pricls1 ,socrate1 ,caton1 par l'agrment de leur conversation2 elles rappelaient compltement1 aux moeurs prs1 ce qu'on a appel de nos jours1 ,londres et ,paris1 les femmes de lettres1 les matresses de maison1 centre de runions lgantes dans les capitales de l',europe4 ,elles s'attachaient par des liens fugitifs1 tantt d'intrt1 tantt d'amour1 des hommes de toute condition et de tout ge1 aux uns pour leur opulence1 aux autres pour leur beaut4 ,ces liaisons taient tolres2 bien que licencieuses1 on les excusait dans la jeunesse1 dans l'ge mr on les condamnait2 c'tait un scandale1 mais non un crime1 dans une civilisation qui n'imposait qu'aux mres de famille la vertu de la chastet1 cette dignit de la femme4 ,telles furent les jeunes trangres dans la socit desquelles ,horace chercha vingt-cinq ans la libert1 la clbrit1 l'amour1 seuls devoirs et seules vertus d'picure4 ,ses odes sont pleines de leurs noms2 ses passions ou ses dgots1 lgers comme lui1 leur donnaient tour tour la vogue de son attachement ou l'infamie de ses injures4 ,recherch par elles pour sa jeunesse1 rcompens pour son talent1 redout pour ses pigrammes1 il tait le modle et l'envie des jeunes dbauchs de ,rome1 une espce d',alcibiade latin1 un ,voltaire dans sa jeunesse1 l'poque o ,voltaire1 tourdi1 satiriste et libertin1 vivait dans la socit des ,vendme1 des ,ninon de l',enclos1 des ,chaulieu et des abbs ,courtin1 ces picuriens du ,temple ,paris4 ,c'est l'poque o il aima d'un amour plus srieux la belle ,syrienne ,nre1 peine arrive ,rome et encore nave comme l'innocence1 jete au milieu des embches de la corruption4 ,les deux odes qu'il lui a adresses1 et que nous retrouverons tout l'heure1 respirent cette sorte de respect que l'innocence imprime mme au vice amoureux4 ,c'est cette mme ,nre qui devint plus tard l'objet des chants plus tendres et plus mlancoliques du pote ,tibulle4 ,le grand historien ,salluste1 clbre la mme poque par ses dbauches1 par ses richesses et par les magnifiques jardins qu'il avait plants pour le peuple sur une des collines de ,rome1 inspira ,horace une satire acerbe4 ,salluste tait un historien admirable1 mais un homme justement mpris4 ,horace n'tait que l'excuteur du mpris public4 ,odes1 ptres1 satires1 podes1 toute sa posie dans ses premires annes n'est que le calendrier anecdotique des amours et des scandales clbres de ,rome4 ,mais l'esprit et la grce du pote donnaient l'immortalit ces aventures du jour4 ,,xv ,octave cependant tait devenu ,auguste2 l'inverse des hommes ordinaires1 que la bonne fortune pervertit1 le bonheur avait amlior le petit-neveu de ,csar3 en rgnant il tait devenu digne de rgner4 ,il cherchait consoler le monde romain de sa libert perdue par la gloire des lettres3 la familiarit des potes1 qu'il recherchait1 le groupe clatant d'hommes de gnie dont la fortune avait dot son poque1 blouissaient et charmaient l',italie4 ,auguste tait un ,mdicis anticip1 un pre de famille des lettres1 plus qu'un prince2 rien en lui ne rappelait le tyran2 il ne voulait tre que l'ami couronn de tous les ,romains2 sa cour n'tait que la premire maison de ,rome2 l'amiti1 l'galit1 la familiarit y formaient la seule tiquette4 ,horace ne pouvait s'empcher d'admirer de loin cette douceur qui rappelait celle de ,csar2 il se laissait allcher involontairement par tant d'attraits d'esprit qui lui dguisaient le pouvoir suprme2 un hasard l'en rapprocha tout coup4 ,virgile1 le pote divin de ,mantoue1 tait venu ,rome revendiquer1 par l'entremise de ,mcne1 sa petite mtairie paternelle dont la guerre civile l'avait dpouill4 ,mcne avait prsent ,virgile ,auguste4 ,auguste avait got1 comme ,rome tout entire1 les posies incomparables du pote alors pastoral de ,mantoue4 ,on lui avait rendu son petit domaine2 on l'avait enchan ,rome et la cour par d'autres bienfaits4 ,horace et ,virgile s'aimaient sans aucune jalousie l'un de l'autre2 leur gnie tait gal1 mais si divers qu'ils ne pouvaient se comparer4 ,virgile1 dans la vie prive1 n'tait qu'un homme simple1 presque naf1 sans grce dans sa personne1 sans piquant dans la conversation1 sans -propos dans ses vers4 ,horace tait l'homme d'esprit par excellence2 il traitait ,virgile en dieu des vers quand il le lisait2 il le traitait en grand enfant quand il causait avec lui2 leur amiti tait cimente par ces contrastes mmes dans leur caractre4 ,cependant ,virgile1 fils d'un potier de campagne dans les marais de ,mantoue1 n'avait jamais t1 comme ,horace1 ami de ,brutus et tribun militaire d'une lgion de ,cassius2 il n'prouvait pas cette rpugnance de l'honneur vaincu se rapprocher du vainqueur puissant2 il tait flatt au contraire de vivre en familier de cour dans les palais de ,mcne et d',auguste4 ,rien n'indique qu'il se soit jamais ml la politique de son temps2 il n'tait pas soldat1 il n'tait pas citoyen de ,rome1 il ne savait pas parler1 il tait timide comme un pasteur des bords du lac de ,garde1 il n'avait d'autre ambition que d'imiter ,thocrite et ,homre1 le premier dans ses glogues1 le second dans son ,iliade4 ,les dlicatesses qui retenaient son ami ,horace loin des puissants du jour lui chappaient4 ,il parlait sans cesse ,mcne d',horace et ,horace de ,mcne2 il voulait rejoindre ses deux amis4 ,horace1 qui avait contre ,mcne les prventions d'un ennemi politique1 mais qui tait las de son opposition sans esprance1 finit par se laisser sduire4 ,il raconte lui-mme dans une de ses satires comment le rapprochement eut lieu4 ,que l'on conteste mes droits l'honneur de mon grade militaire1 dit-il1 on le peut1 et il est possible qu'on ait raison2 mais il n'en est pas de mme de notre amiti1 ,mcne2 cette amiti1 on ne l'obtient pas en la briguant2 vous ne l'accordez qu'avec prcaution et ceux qui en sont dignes4 ,dira-t-on que je la dois au hasard de la fortune8 ,non4 ,ce ne fut point le hasard qui m'offrit vous4 ,un jour ,virgile1 l'excellent ,virgile1 vous parla de moi2 ,varius en fit autant2 tous deux vous dirent ce que j'tais4 ,je parus devant vous2 je bgayai timidement quelques paroles1 car le respect ne me permit pas d'en dire davantage4 ,je ne me vantai point d'tre n d'un pre illustre ni de parcourir mes domaines sur un coursier de ,saturium2 je vous ai dit1 ,mcne1 ce que j'tais4 ,suivant votre usage1 vous me rpondtes brivement4 ,je me retirai4 ,neuf mois s'coulent2 vous me rappelez1 et vous me dclarez qu'il faut que je compte au nombre de vos amis4 ,je m'en suis enorgueilli1 et avec juste raison1 puisque j'avais su plaire celui qui sait apprcier l'homme par l'intgrit de sa vie et la puret de son coeur1 et non par l'clat de sa naissance4 ,de ce jour ,mcne et ,horace devinrent insparables4 ,horace avait besoin d'un patron1 ,mcne d'un ami2 ces deux hommes1 d'autant d'esprit l'un que l'autre1 se compltaient pour leur flicit commune4 ,mcne prsenta ,horace ,auguste1 ,auguste gota ,horace autant et plus qu'il n'avait got ,virgile4 ,horace tait un homme universel1 un homme de bonne compagnie1 un dlicieux convive de cour4 ,ces trois hommes1 ,auguste1 ,mcne1 ,horace1 formrent un triumvirat d'esprit bien diffrent du triumvirat sanglant d',octave1 d',antoine et de ,lpide4 ,auguste tait un ambitieux du repos2 ,mcne1 son ami1 un voluptueux sans ambition1 n'ayant pas mme voulu tre snateur pour rester le confident dsintress d',auguste2 ,horace1 un picurien modr1 heureux de plaire aux matres de l'empire1 mais fier de mpriser leurs faveurs4 ,cette triple liaison fit longtemps le bonheur de ces trois hommes4 ,virgile se joignait quelquefois ce triumvirat2 il accompagnait ,horace et ,mcne dans leur voyage d't sur les belles ctes de ,tarente2 mais sa mauvaise sant et la rserve de ses moeurs l'gard des courtisanes 7quoique moins pures qu'on ne les reprsente sous d'autres rapports7 le rendaient un convive moins agrable dans les festins et un pote moins recherch des femmes de cette cour4 ,,xvi ,ce fut cette poque qu',horace1 qui voulait conserver sa libert tout en augmentant ses moyens de jouissance1 acheta1 sans doute avec le secours de ,mcne1 une de ces charges de finances appele la charge de scribe du trsor4 ,cette charge parat avoir t tout fait semblable celle d'agent de change de nos jours2 on y ngociait les effets1 sur lesquels on prlevait un certain courtage2 on n'y tait assujetti du reste aucun travail assidu et aucune rsidence oblige1 sincure romaine merveilleusement approprie un paresseux indpendant qui voulait vivre dans l'aisance4 ,mcne lui fit prsent vers le mme temps d'une petite villa ,tibur1 voisine de sa magnifique villa des ,cascatelles2 il avait ainsi toute heure son ami sa porte2 de la terrasse de ,mcne ,tibur on pouvait appeler ,horace aux heures du souper ou de la conversation2 la maison du pote et le palais du ministre n'taient spars que par le ravin sonore o bondit encore l',anio4 ,,xvii partir de ce moment ,horace n'crivit plus ni satire personnelle1 ni invectives1 ni pigrammes2 il craignit sans doute de compromettre dans ses querelles personnelles ses illustres patrons4 ,sa posie1 plus lyrique1 plus lgante1 quoique aussi voluptueuse1 prit la douce gravit ou la gracieuse familiarit des matres du monde avec lesquels il vivait si familirement4 ,il gagna beaucoup dans ce commerce avec ,mcne et la cour d',auguste4 ,il y avait de l',artin dans ses premiers vers1 il n'y eut que du ,pindare et de l',anacron dans les derniers4 ,la posie lgre est un fruit des cours1 parce qu'elle est l'lgance de l'esprit et l'aristocratie des langues2 on le voit sous ,pricls ,athnes1 sous ,auguste ,rome1 sous les ,mdicis ,florence1 sous ,louis ,,xiv en ,france1 sous ,charles ,,ii en ,angleterre4 ,la libert populaire est une vertu1 mais ce n'est pas une muse2 le peuple juge trs-bien de l'loquence et trs-mal de la posie4 ,avant ses empereurs ,rome avait ses plus sublimes orateurs et pas un de ses vrais potes4 chacun sa part des dons de l'esprit3 au peuple la force1 la grce aux cours4 ,,xviii ,auguste et ,mcne laissaient1 quoique regret1 sa libert ,horace2 il employait cette libert aux soins et l'habitation de son domaine paternel d',ustica4 ,rien n'est plus attachant que le tableau de ces sjours rustiques des hommes ou des potes clbres dans le patrimoine de leurs pres3 ,virgile ,mantoue1 ,horace ,ustica1 le ,tasse ,sorrente1 ,ptrarque ,vaucluse1 ,machiavel ,montpulciano1 ,montesquieu ,labrde1 ,boileau ,auteuil1 ,rousseau aux ,charmettes ou ,montmorency1 ,pope ,twitenham2 on y possde l'homme naturel dans la nudit de tout rle thtral2 plus le costume est dpouill1 plus l'homme clate4 ,suivons donc ,horace ,ustica1 et d'abord voyons ce que c'tait que le pays dans lequel ce domaine tait situ4 ,quand on est ,tibur1 aujourd'hui ,tivoli1 deux heures de ,rome1 au sommet de la colline1 tout prs du temple gracieux de la sybille et des ruines de la villa de ,mcne1 on voit sa droite les groupes de montagnes de ce qu'on appelle la ,sabine2 la ,sabine est une espce d',auvergne ou de ,savoie romaine4 ,d'innombrables collines y encaissent d'innombrables valles2 chacune de ces valles tortueuses est arrose par un ruisseau et ombrage sur ses flancs par des bouquets de chnes ou de caroubiers1 ou par des pturages4 ,le jour1 ces collines semblent arides et calcines par le soleil romain2 le soir1 le jeu de l'ombre qui grandit et de la lumire qui se retire les revt d'une apparence de fertilit qui caresse agrablement le regard2 on dirait aussi qu'elles se meuvent dans le lointain bleutre de l'horizon comme des vagues sombres de la haute mer au souffle d'un vent du soir4 ,par-dessus toutes ces cimes grises1 noires1 azures1 mobiles1 plane le dme neigeux du mont ,soracte1 qui semble le pre ou le berger de tout ce troupeau de collines4 ,c'est ce mont qu',horace appelait aussi ,lucrtile4 ,on ne pntrait et on ne pntre encore dans ces valles pastorales que par des sentiers de mules tracs dans le lit dessch des torrents4 ,c'est l1 quatre ou cinq heures de marche de ,tibur et sur les flancs un peu dfrichs d'une de ces collines1 qu'on voyait blanchir1 entre les oliviers1 les vignes1 les petits champs de bl et les prs en pente1 le hameau d',ustica1 compos de sept ou huit maisons de paysans sabins4 ,la mtairie d',horace dominait d'un toit un peu plus lev ce modeste hameau2 ,horace tait voisin de deux bourgades1 ,varia et ,mandela2 la petite rivire ,digentia arrosait ce sauvage canton4 ,la maisonnette du pote regardait le soleil levant2 elle en tait gaye son rveil4 ,l'air en tait sain et vif2 quelques chnes verts y donnaient de l'ombre du haut des rochers2 une eau courante murmurait dans le verger et dans les cours2 le petit temple de ,vacuna1 semblable une glise de village de nos jours1 y faisait perspective du ct du couchant2 on y voyait les paysans de la ,sabine monter et descendre en portant leurs offrandes la desse ou en y tranant des victimes couronnes de verdure4 ,le ,poussin a merveilleusement compris et rendu ces paysages d',ustica2 c'est le vrai peintre de la ,sabine2 il y passait ses ts pour y retremper ses pinceaux dans les grandes ombres noires1 dans le ciel bleu1 dans les lacs dormants de ces montagnes classiques4 ,je les ai beaucoup explores moi-mme au matin de ma vie4 ,combien de fois n'en ai-je pas reconnu les ressemblances dans les groupes plissants des montagnes du ,beaujolais et du ,vivarais1 du haut des rochers de ,saint-,point1 cet ,ustica de mes beaux jours1 hlas6 aujourd'hui en deuil6 ,,xix ,horace1 quand on le lit bien1 ne nous laisse ignorer aucun de ces dtails du paysage et du domaine utile d',ustica4 ,huit esclaves1 hommes1 femmes ou enfants1 suffisaient sous ses lois la culture et l'exploitation rurale de sa petite ferme4 ,les plerins d',horace1 aussi nombreux et aussi fervents que ceux qui visitaient jadis le temple agreste de ,vacuna1 ont retrouv les vestiges mmes de sa maison de matre au milieu d'une vigne appele aujourd'hui les vignes de ,saint-,pierre2 une petite chapelle chrtienne recouvre en partie ces restes de la maison du pote picurien2 les tuyaux en plomb qui conduisaient dans le jardin les eaux de la source domestique rampent encore sous le sol2 on y lit encore les noms de ,tiberius et de ,claudius1 manufacturiers qui fondaient ,rome ces conduits des eaux4 ,on a recompos pice pice tout le paysage2 il diffre trs-peu de celui que dcrit ,horace lui-mme4 ,voil la rivire ,digentia1 aujourd'hui ,licenza2 elle sort d'une source tombant du rocher flots abondants et purs qui ont creus le marbre avant de couler en rivire4 ,on l'appelait la ,fontaine d',horace dans le moyen ge1 maintenant ,fonte bella4 ,voil le bouquet de chnes verts sous le rocher protgeant la maison et le verger contre les vents du nord2 voil les boeufs et les moutons paissant1 sur les flancs du coteau1 l'herbe saine et touffue comme du temps du matre2 voil les oliviers1 les vignes rampantes produisant la mme huile parfume et le mme vin un peu pre2 voil la bourgade de ,mandela au fond de la valle1 qui n'a chang que de nom2 voil le temple de ,vacuna croul1 mais que les inscriptions de ses dbris attestent2 voil enfin la mosaque du salon d',horace1 retrouve intacte sous le sillon en #ahcd4 ,deux chapiteaux et deux tronons de colonnes doriques viennent d'tre exhums des dcombres2 ils prouvent qu'une certaine lgance attique avait pntr avec l'ami de ,mcne jusque dans ces cantons reculs4 ,le temple de ,vacuna a prt ses pierres une petite glise de la ,vierge4 ,la mme population qui peuplait du temps d',horace ce hameau et ces deux bourgades de la ,sabine les peuple encore de nos jours2 la rivire ,digentia court avec la mme quantit d'eau et les mmes murmures2 ses flots se perdent quatre heures de l dans le fougueux ,anio1 sous les arcades du palais de ,mcne ,tibur4 ,le temps ne change pas autant les choses sur la terre qu'on le croit2 il ne change gure que les noms2 deux mille ans1 c'est un battement d'ailes dans son vol2 si ,horace renaissait1 il connatrait tout1 except sa langue et ses dieux4 ,,xx ,c'tait l la demeure d't d',horace2 au printemps il rsidait ,tibur1 en hiver ,rome2 il y jouissait du rang et des distractions rservs la classe des chevaliers romains1 noblesse militaire qui avait ses insignes et ses privilges au thtre et dans les crmonies publiques4 ,on ignore si ce rang lev de chevalier romain lui avait t dcern par ,auguste1 ou s'il le tenait 7ce qui est plus vraisemblable7 de son grade de tribun des soldats1 gnral de brigade dans l'arme de ,brutus4 ,le revenu du domaine d',ustica ne pouvait pas tre considrable3 on sait ce que rend de nos jours une mtairie exploite par huit paysans2 mais il y vivait1 sans avoir besoin d'argent1 des produits en nature du domaine3 les troupeaux1 les fruits1 les lgumes1 le vin et l'huile de la mtairie4 ,son rgime tait si sobre qu'il se contentait1 comme moi1 d'une nourriture vgtale1 et que la laitue1 la courge1 les gteaux ptris de farine et de crme taient le seul luxe de sa table4 ,quant au vin1 il le chantait1 mais il ne le buvait pas depuis longtemps2 l'eau limpide de la source1 rafrachie par la neige du mont ,lucrtile1 tait sa seule boisson4 ,sa sant1 devenue de bonne heure trs-dlicate1 ne lui permettait d'excs qu'en posie4 ,l'amour seul n'avait pas lass ses sens ni son me4 ,aprs avoir puis ,rome ce got immoral et immodr des courtisanes1 nous verrons bientt dans ses odes qu'il avait cherch s'attacher par un lien plus durable une jeune et belle esclave affranchie1 digne d'un attachement srieux4 ,c'est pendant un des sjours qu'elle faisait frquemment ,ustica prs de lui qu',horace1 ivre de libert et de solitude1 crivait ces lignes dlicieuses1 manuel de l'amour des champs rest dans la mmoire de tous les adorateurs de la vie cache2 il regardait1 en crivant ses vers1 sa maison1 son jardin1 son verger1 sa rigole et la valle de la ,licenza assourdie du gazouillement de ses eaux4 ,voil bien ce qui tait de tous temps dans mes rves6 dit-il3 un domaine rustique d'une tendue aussi borne que mes dsirs1 une source d'eau vive auprs de la maison1 un toit ombrag par un petit bocage4 ,la bont des dieux m'a accord plus et mieux encore6 ,qu'ils soient bnis6 ,je ne leur demande plus rien2 conservez-moi seulement1 dieux6 les dons que vous m'avez faits4 ,puis1 aprs avoir fait contraster dans des vers ironiques le tracas des affaires et mme de la faveur d',auguste et de ,mcne ,rome avec ce doux isolement et cette heureuse obscurit de sa mtairie d',ustica3 champ6 s'crie-t-il1 quand te reverrai-je enfin8 ,quand me sera-t-il donn1 tantt en relisant les livres des anciens1 tantt en m'assoupissant dans de faciles sommeils1 tantt en m'abandonnant la molle paresse des heures qui ne doivent rien la vie1 de prolonger les doux oublis d'une existence autrefois si agite6 ,quand verrai-je sur ma table la fve chre ,pythagore et mes lgumes assaisonns d'un lard apptissant6 dlicieux dclin des jours1 repas divin1 o1 en prsence des dieux de mon humble foyer1 je me restaure avec mes amis1 au milieu d'heureux serviteurs auxquels je fais distribuer les mets de la mme table mesure qu'on les dessert1 et dont la rustique joie me rjouit moi-mme644444 ,aprs que chacun de nous a bu sa soif1 l'entretien se ravive2 nous causons1 non pas sur nos voisins pour en mdire1 ni sur les proprits pour les envier1 ni sur le talent plus ou moins merveilleux du danseur ,lepos2 nous nous entretenons sur des sujets qui nous intressent davantage1 et qu'il n'est pas sage d'ignorer3 si le bonheur de l'homme consiste dans la richesse ou dans la vertu2 si le mobile de la vritable amiti est l'intrt ou l'estime1 etc444 ,puis le pote1 pour diversifier l'entretien1 introduit dans le dialogue son voisin ,cervius1 qui a l'habitude de conter les vieux apologues populaires2 ,cervius1 propos des richesses de leur autre voisin1 un certain ,abellius1 le propritaire du plus vaste domaine de la valle d',ustica1 rcite en vers inimitables1 mme par ,la ,fontaine1 la fable du ,rat de ville et du ,rat des champs4 ,lisez cette fable dans ,horace et lisez-la dans ,la ,fontaine2 vous verrez la diffrence de concision et d'expression des deux langues1 la latine ou la gauloise4 ,relisez-la un autre point de vue2 vous verrez la distance entre le pote des enfants et le pote des sages4 ,cette distance est confesse par le superstitieux admirateur de ,la ,fontaine lui-mme1 ,m4 ,walckenaer4 ,quand on lit un conte original de l',arioste ct de l'imitation de ce conte par ,la ,fontaine1 on prouve la mme dception3 on ne peut juger de la diffrence des mtaux qu'en les pesant dans la mme balance ou qu'en les faisant sonner sur la mme table de marbre2 ,horace pse et sonne l'or dans cette fable2 ,la ,fontaine pse et sonne la plume d'un imitateur plus naf que puissant4 ,,xxi ,tout1 dans cette solitude1 tait occasion de vers3 un arbre qui s'croulait ct de lui sous un coup de vent et qui menaait sa tte1 un loup qui lui apparaissait au carrefour d'un bois1 une fontaine qui lui versait la fracheur dans son cristal1 le sommeil l'ombre dans son murmure2 il jetait son impression fugitive dans le moule gracieux et poli de la strophe1 et il n'y pensait plus2 ce n'est qu'aprs sa mort qu'on retrouva et qu'on recueillit le plus grand nombre de ses petites pices4 ,il lui suffisait du plaisir de les crire et d'en amuser un souper de ,mcne ou d',auguste quand il retrouvait ses puissants amis ,rome4 ,sa douce et commode philosophie1 qui n'tait que la nonchalance de l'esprit et le chatouillement du coeur1 se retrouvait dans presque toutes ses odes1 comme dans celle-ci1 adresse un de ses jeunes htes la campagne3 ,tu vois comme le mont ,soracte commence blanchir sous la haute neige2 les bras des arbres dpouills de feuilles flchissent sous le poids du givre et des frimas1 et les fleuves1 saisis par l'pre gele1 ont suspendu leur cours4 ,cher ami1 dsarme l'hiver en prodiguant le bois ton foyer1 et que ton amphore sabine te verse plus libralement un vin de quatre ans6 ,abandonne aux dieux tout le reste4 ,quand il leur plaira d'enchaner les vents qui se combattent sur la mer cumante1 les cyprs et les ormes sculaires cesseront de plier sous leurs coups4 ,du lendemain garde-toi de prendre trop de souci1 et jouis la hte du jour que le destin te prte4 ,si jeune encore et si loin de la grondeuse vieillesse1 ne ddaigne pas les danses et les amours2 montre-toi sans honte au champ de ,mars ou dans ces promenades publiques o l'on entend1 aux heures convenues1 les doux chuchotements des mystrieux entretiens2 pie cet clat de rire foltre qui trahit l'asile o la jeune fille s'est cache dans ses jeux1 et ravis-lui1 aprs une feinte lutte1 son bracelet ou son anneau4 ,,xxii ,tout portait l'me d',horace1 en ce temps-l1 la srnit1 l'insouciance des affaires publiques et aux plaisirs de la ville ou des champs4 ,auguste gouvernait si doucement qu'on ne sentait pas sa main ou qu'on ne la sentait que par ses bienfaits4 ,il voulait allcher ,rome la monarchie paternelle4 ,horace1 maintenant ralli1 clbrait quelquefois ses exploits en vers pindariques2 il passait de l'lgie l'ode comme le musicien consomm d'une corde l'autre sur le mme instrument4 ,il avait entirement oubli ,brutus1 ,caton1 ,cicron3 la libert orageuse ne valait pas1 selon lui1 la peine qu'on la pleurt2 d'ailleurs les hommes pouvaient bien trahir la cause trahie par les dieux4 ,il ne s'occupait que de son plaisir et de sa sant4 ,le mdecin d',auguste l'envoyait tantt passer l't aux bains froids de la ,sabine1 tantt aux bains chauds de la ,campanie2 on voit par ses ptres que l'hydrothrapie tait invente ,rome comme ,paris ds ce temps-l4 ,il fit aussi quelques rares voyages en ,calabre pour y visiter le berceau de son enfance et le tombeau de son pre4 ,il revient avec dlices dans plusieurs de ses compositions sur ces flots de ,tarente et sur cette fontaine de ,blandusie qui avaient pour lui la saveur des premiers souvenirs4 ,,xxiii ,la mort prcoce du grand ,virgile1 qu',horace aimait et clbrait sans envie dans toutes les circonstances1 jeta une ombre sur l'me d',horace4 ,virgile vivait plus encore que son ami dans la familiarit d',auguste2 aprs cette mort ,auguste voulut rapprocher encore plus intimement ,horace de lui2 il lui offrit l'emploi de secrtaire de son cabinet4 ,jusqu'ici1 crit ,auguste ,mcne dans une lettre cite par ,sutone1 je n'ai eu besoin de personne pour les lettres que j'crivais mes amis2 mais actuellement que je flchis sous la multiplicit des affaires et sous le poids de l'ge1 je dsire vous enlever ,horace2 qu'il vienne donc changer votre table hospitalire et ouverte tous1 contre une table frugalement royale2 il nous aidera crire nos lettres4 ,mcne tait magnifique1 ,auguste conome et sobre4 ,un simple particulier dans l'aisance1 dit ,sutone1 trouverait peine digne de lui le mobilier1 les lits1 les tables d',auguste4 ,il ne mangeait que du pain bis1 de petits poissons1 des fromages battus du lait de ses vaches1 des figues vertes des deux saisons2 il ne buvait qu'un vin ordinaire tremp d'eau4 ,les repas qu'il donnait ses amis taient de la plus extrme simplicit2 il les gayait seulement pour ses convives d'un peu de musique4 ,horace1 inform par ,mcne de ce dsir d',auguste1 qui et t pour tout autre un ordre1 s'excusa sur sa mauvaise sant1 prfrant son indpendance une fortune tardive et inutile son bonheur4 ,auguste insista vivement dans un billet direct au pote4 ,vantez-vous1 lui dit-il dans ce billet1 d'un grand crdit sur moi comme si vous tiez de ma maison2 vous en avez bien le droit1 car il n'a pas dpendu de moi que cela ne se ralist2 c'est la dlicatesse seule de votre sant qui y a mis obstacle4 ,notre ami ,septimus pourra vous dire que je suis loin de vous oublier1 et1 si vous avez t assez fier pour ngliger mon amiti1 mon intention n'est pas de vous rendre la pareille et de faire le fier comme vous4 ,cependant ,horace publiait en ce moment le premier volume 7rouleau7 de ses oeuvres4 ,ce volume choisi tait trs-court4 ,auguste1 aprs l'avoir appel par badinage un petit homme1 un dlicat1 un dbauch de paresse1 lui dit3 ,dionysius m'a remis de votre part votre petit volume1 et j'excuse son exigut en me rappelant celle de votre personne3 vous ne voulez pas que vos livres soient plus grands que vous6 ,mais1 si la taille vous manque1 l'embonpoint ne vous manque pas4 ,ne donnez1 si vous voulez1 vos volumes que la hauteur d'une petite amphore1 mais que leur rotondit1 je vous prie1 ressemble celle de votre ceinture6 ,ces plaisanteries entre le pote et l'empereur rappellent tout fait celles des ,mdicis avec les grands potes ou les grands artistes de leur temps4 ,louis ,,xiv levait quelquefois ,racine1 ,molire et ,boileau sa prsence1 mais jamais sa familiarit2 il avait la grandeur d',auguste1 il n'avait pas son esprit2 il laissait toujours la majest du trne entre le gnie et lui2 il semblait craindre que1 s'il descendait de sa hauteur1 on s'apert que le niveau tait chang entre ces grands hommes et lui4 ,auguste fut plus charm dans ce volume par les ptres que par les odes4 ,il aimait le naturel de prfrence au sublime4 ,sachez1 crivit-il l'auteur1 que je suis bless de ce qu'aucune de ces ptres ne me soit adresse4 ,avez-vous peur que la postrit ne sache que vous tiez mon ami8 ,horace ne tarda pas adresser l'empereur une ptre du sein de ses pnates d',ustica4 ,on y admire cette fable du ,cheval1 du ,cerf et de l',homme1 galement1 mais trs-infrieurement versifie par ,la ,fontaine1 et ce vers sublime de sens et de force3 ,serviet ternum qui parvo nesciet uti2 ,il sera ternellement esclave celui qui n'a pas su vivre de peu4 ,les offres d',auguste et le danger de la cour1 laquelle il venait d'chapper1 rendirent plus frquents et plus longs ses sjours dans sa mtairie de la ,sabine2 il la dcrit avec un charme toujours nouveau4 ,cher ,quintius1 crit-il un de ses amis de ,rome1 pour vous dire en dtail la nature et la position de mon domaine1 je n'attendrai pas que vous me demandiez si par ses moissons il nourrit son matre1 s'il l'enrichit par ses fruits1 par ses olives ou par ses vignes entrelaces aux ormeaux4 ,une valle profonde1 qui entrecoupe une chane de montagnes1 reoit droite les rayons du soleil son lever et se colore des clarts vaporeuses de son char qui fuit4 ,la temprature vous enchanterait4 ,les buissons mmes sont chargs de prunes et de cornouilles2 le chne et l'yeuse prodiguent aux troupeaux leurs glands nourrissants1 au matre un pais ombrage3 on se croit transport dans la verte ,tarente4 ,une source assez abondante pour former un ruisseau et lui donner son nom coule1 aussi frache1 aussi limpide que l',hbre qui baigne la ,thrace2 son eau est salutaire la tte1 salutaire l'estomac4 ,telle est l'agrable et dlicieuse retraite qui protge votre ami contre les influences malignes de septembre4 ,les peintres de la ,rome actuelle s'y retirent encore aujourd'hui pour fuir les fivres de la campagne romaine4 ,,xxiv ,c'est l qu',horace se prta aux dsirs de ses amis lettrs1 les ,pisons1 en crivant ces ptres1 plus didactiques qu'agrables1 qu'on a appeles son ,art potique4 ,c'est un cours de littrature abrg et rsum en vers froids1 secs1 d'une admirable concision1 mais d'une pnible lecture4 ,la grce et la mollesse1 caractre des crits d',horace1 ne pouvaient avoir leur place dans un sujet didactique2 les prceptes dnus de descriptions et d'pisodes n'appartiennent pas la posie1 mais la pdagogie4 ,boileau1 quoique copiste d',horace1 a trait le mme sujet dans son ,art potique avec une grande supriorit sur le pote romain1 bien que ,boileau ft infiniment moins pote que l'ami de ,mcne2 mais ,horace ne prtendait qu' faire une bauche1 ,boileau faisait un pome4 ,en ce genre les ,gorgiques de ,virgile sont le chef-d'oeuvre immortel des anciens et des modernes1 parce que le spectacle de la nature et les travaux des champs sont un sujet bien plus susceptible de description et de sentiment que les leons de rhtorique et de prosodie donnes en vers boiteux par ,horace et par ,boileau4 ,virgile1 fils d'un potier de ,mantoue et n parmi les pasteurs et les laboureurs des collines du lac de ,garde1 composait des souvenirs de son enfance des tableaux vivants dans son me1 tableaux qui vivront autant que la nature2 sa supriorit didactique ne vient pas seulement du pote1 elle vient du sujet4 ,,xxv ,cependant il y a un soir pour la vie des hommes heureux comme pour la vie des hommes obscurs2 celle d',auguste touchait son dclin2 ce dclin de son bonheur se rvlait par la mort de ,drusus1 qui il destinait le trne et qui promettait de rendre la libert aux ,romains4 ,par cette mort1 ,tibre1 redout d',auguste1 devenait son successeur naturel2 le sombre gnie de ,tibre attristait d'avance ,auguste et ,rome4 ,on sentait dans le silence de cet hritier la prmditation de la tyrannie4 ,le peuple romain ne mritait peut-tre pas mieux de ses matres3 pourquoi avait-il livr sa libert ,csar1 ,auguste1 aux lgions8 ,quand un peuple abdique par lchet ou par blouissement entre les mains des soldats1 il n'a plus le droit de se plaindre de la servitude2 celle de ,csar tait brillante1 celle d',auguste tait douce1 celle de ,tibre pouvait tre sinistre2 c'est la condition de l'hrdit du pouvoir absolu4 ,au mme moment ,auguste perdait dans ,mcne la sret des conseils et les dlices d'une longue amiti4 ,horace allait perdre en lui le charme d'une familiarit aussi aimable que toute-puissante4 ,la fivre minait depuis trois ans ,mcne4 ,en se sentant mourir il lgua ,auguste son ami ,horace comme la meilleure partie de ses biens terrestres4 ,souvenez-vous d',horace autant que de moi-mme6 crit-il dans son testament4 ,horace1 bris de douleur par la mort de ,mcne1 tomba malade ,rome le #bg novembre1 et mourut d'amiti comme il en avait vcu4 ,belle mort pour un homme si aimant et si aimable4 l'exemple de ,mcne il institua1 par un testament verbal1 ,auguste pour son hritier universel4 ,sa maison de ,rome1 son petit domaine de la ,sabine1 sa villa de ,tibur devinrent des biens de la famille impriale4 ,on voit par l qu'il avait rellement concentr tout son coeur dans son attachement ,mcne et ,auguste4 ,sans pouse et sans enfants1 il devait dsirer que ses champs et ses huit esclaves tombassent dans le domaine d'un matre aussi doux que puissant4 ,auguste1 doublement afflig de ces deux brches son coeur1 suivit pied ses funrailles et le fit ensevelir aux ,esquilies1 l'ombre du tombeau de ,mcne4 ,horace n'avait pas encore soixante ans2 le peuple le pleura2 son charme tait l'amabilit1 cette vertu du temprament qui fait aimer toutes les autres4 ,son vritable monument fut le recueil de ses oeuvres1 qui se rpandit ,rome et dans tout l'empire1 par les soins d',auguste1 avec une prodigieuse profusion4 ,son incurie et sa modestie avaient nglig de rassembler ses oeuvres fugitives pendant sa vie4 ,il tenait peu la gloire pourvu qu'il ft heureux4 ,il devint immortel malgr lui2 le charme lui conquit le monde et ce charme dure encore4 ,l'immortalit comme la vie est un don2 ce don de l'immortalit1 il le dut au don de plaire2 ce don de plaire1 il le dut au naturel1 cette grce involontaire de l'esprit4 ,ce don suprme du naturel ne s'acquiert pas2 il est dans le temprament de l'homme plus que dans son talent3 c'est la facilit de la force4 ,,xxvi ,une immense renomme1 renomme la fois littraire1 aristocratique et populaire1 s'attacha la mmoire de ce pote de la cour1 du plaisir et de la solitude1 aprs sa mort4 ,on fit des plerinages d'amiti et de posie aux lieux que son sjour avait pour ainsi dire consacrs4 ,l'historien romain ,sutone raconte que1 de son temps1 c'est--dire sous l'empereur ,trajan1 on montrait encore avec vnration1 prs du petit bois de chnes verts de ,tibur 7,tivoli71 la petite maison de plaisance qu',horace avait habite4 ,sa maison d',ustica dans la ,sabine1 sa chre fontaine de ,blandusie1 prs de la petite villa napolitaine de ,venouse1 le lieu de sa naissance1 aujourd'hui ,palazzo1 restrent ternellement l'objet du mme plerinage et du mme culte de la mmoire4 ,l'homme illustre1 surtout l'homme aim1 laisse comme le cygne une plume de ses ailes et une harmonie de son chant suprme aux lieux o il s'est abattu4 ,on se plat retrouver son me dans leurs sites favoris2 l'me doucement philosophique d',horace est ,ustica1 ce recueillement de sa vie rurale entre deux montagnes de la ,sabine2 l'me voluptueuse et potique d',horace est ,tibur1 ce dlassement passager de la cour et des plaisirs de ,rome1 l'ombre de la villa de ,mcne1 qui la couvrait de son amiti3 l'amiti1 en effet1 fut sa vritable muse2 c'est par excellence le pote de l'amiti1 parce que l'amiti est une passion douce et tempre qui chauffe l'me sans la consumer comme l'amour4 ,soigneux de sa sant morale aprs quelques dbauches de jeunesse1 il s'tait mis au rgime des sentiments qui n'ont point de lie4 ,il tait sobre dans ses passions comme sa table2 glisser sur la vie sans trop appuyer tait sa devise comme celle de ,fontenelle et de ,saint-vremond4 ,le mot qui rsume le mieux le nom d',horace est amabilit2 il n'est pas grand1 il n'est pas sublime1 il n'est pas passionn1 il n'est pas srieux1 il est mme rarement tendre1 mais il est aimable2 et la postrit1 qui le rcompense bon droit de lui plaire1 l'admettra jamais au premier rang des hommes de bonne compagnie4 ,c'est ce caractre d'homme aimable1 de charmant convive et d'hte de bonne compagnie qui lui conserve une place de choix dans nos bibliothques4 ,les jeunes gens en font peu d'estime1 mais les hommes d'un certain ge l'adorent4 ,voltaire1 quatre-vingt-trois ans1 adressa l'ombre d',horace une de ses plus juvniles ptres2 il ne manqua ces vers que l'accompagnement du murmure des ,cascatelles de ,tivoli1 qui mouillaient de leur cume les tablettes du pote latin quand il crivait d'une main si lgre ses propres ptres badines ,mcne4 coutez ,voltaire2 vous croiriez entendre ,horace encore4 ,,xxvii ,je t'cris aujourd'hui1 voluptueux ,horace1 toi qui respiras la mollesse et la grce1 ,qui1 facile en tes vers et gai dans tes discours1 ,chantas les doux loisirs1 les vins et les amours1 ,et qui connus si bien cette sagesse aimable ,que n'eut point de ,quinaut le rival intraitable4 ,je suis un peu fch1 pour ,virgile et pour toi1 ,que1 tous deux ns ,romains1 vous flattiez tant un roi2 ,mon ,frdric1 du moins1 n roi trs-lgitime1 ,ne dut point ses grandeurs aux bassesses du crime4 ,ton matre tait un fourbe1 un tranquille assassin2 ,pour voler son tuteur il lui pera le sein2 ,il trahit ,cicron1 pre de la patrie2 ,amant incestueux de sa fille ,julie1 ,de son rival ,ovide il proscrivit les vers ,et fit transir sa muse au milieu des dserts4 ,je sais que prudemment le politique ,octave ,payait l'encens flatteur d'un plus adroit esclave2 ,frdric exigeait des soins moins complaisants4 ,nous soupions avec lui sans avilir l'encens2 ,de son got dlicat la finesse agrable ,faisait1 sans nous gner1 les honneurs de sa table4 ,nul roi ne fut jamais si fertile en bons mots ,contre les prjugs1 les fripons et les sots4 ,maupertuis gta tout2 l'orgueil philosophique ,aigrit de nos beaux jours la douceur pacifique2 ,le plaisir s'envola3 je partis avec lui6 ,je cherchai la retraite2 on disait que l'ennui ,de ce repos trompeur est l'insipide frre4 ,oui1 la retraite pse qui n'en sait rien faire2 ,mais l'esprit qui s'occupe y gote un vrai bonheur4 ,tibur valait pour toi la cour de l'empereur2 ,tibur1 dont tu nous fais l'agrable peinture1 ,surpassa les jardins vants par picure4 ,je crois ,ferney plus beau2 les regards tonns1 ,sur cent vallons fleuris doucement promens1 ,de la mer de ,genve admirent l'tendue1 ,et les ,alpes1 au loin s'levant dans la nue1 ,d'un large amphithtre embrassent les coteaux ,o le pampre en festons rit parmi les ormeaux4 ,l quatre tats divers arrtent ma pense3 ,je vois de ma terrasse1 l'querre trace1 ,l'indigent ,savoyard1 utile en ses travaux1 ,qui vient couper mes bls pour payer ses impts1 ,et du bord de mon lac tes rives du ,tibre ,je te dis1 mais tout bas3 ,heureux un peuple libre6 ,je suis libre en secret dans mon obscurit4 ,ma retraite et mon ge ont fait ma sret4 ,je fais un peu de bien1 c'est mon plus bel ouvrage6 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,tes vers en tout pays sont cits d'ge en ge2 ,j'ai vcu plus que toi1 mes vers dureront moins2 ,mais au bord du tombeau je mettrai tous mes soins suivre les leons de ta philosophie1 mpriser la mort en savourant la vie1 lire tes crits pleins de grce et de sens1 ,comme on boit d'un vin vieux qui rajeunit les sens4 ,avec toi l'on apprend souffrir l'indigence1 jouir sagement d'une honnte opulence1 vivre avec soi-mme1 servir ses amis1 se moquer un peu de ses sots ennemis1 sortir d'une vie1 ou triste ou fortune4 ,en rendant grce aux dieux de nous l'avoir donne4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,profitons bien du temps1 ce sont l tes maximes3 ,cher ,horace1 plains-moi de les tracer en rimes2 ,la rime est ncessaire nos jargons nouveaux1 ,enfants demi-polis des ,normands et des ,goths2 ,elle flatte l'oreille1 et souvent la csure ,plat je ne sais comment en rompant la mesure2 ,des beaux vers pleins de sens le lecteur est charm2 ,corneille1 ,despraux et ,racine ont rim2 ,mais j'apprends qu'aujourd'hui ,melpomne propose ,d'abaisser son cothurne et de chanter en prose6 ,voil ce que pensait d',horace l'homme qui1 dans ses derniers jours1 lui ressemblait le plus1 et qui1 aprs avoir dtendu son me1 sa vie et son style1 crivait ,ferney des familiarits d'esprit dignes de ,tibur4 ,seulement le vieillard de ,ferney n'avait pas le droit d'accuser trop ,virgile et ,horace de leurs complaisances envers ,auguste1 lui qui avait t le complaisant de ,frdric1 le plus spirituel1 mais le plus pervers des rois2 lui qui excusait dans ,catherine de ,russie jusqu'au meurtre prmdit d'un poux pour affranchir ses moeurs dpraves et pour rgner la place d'un fils au nom des prtoriens de la ,russie et au mpris des lois de l'empire4 ,frdric1 ,catherine ,,ii1 ,octave1 devenu ,auguste1 avaient peu s'envier en fait d'immoralit et d'ambition1 sinon de crimes2 mais ,auguste1 repentant et vieilli1 faisait depuis longtemps oublier ,octave quand ,horace1 entran par ,mcne1 consentit non l'absoudre1 mais lui pardonner4 ,il y eut faiblesse peut-tre1 mais nulle bassesse intresse dans l'amiti tardive d',horace pour le matre du monde2 il ne lui demanda jamais rien que son indpendance et son toit de paysan ais dans son domaine des montagnes de la ,sabine4 ,voltaire1 cet gard1 il faut en convenir1 fut aussi dsintress dans ses cajoleries ,frdric et ,catherine qu',horace4 ,il fit sa fortune par les produits de son talent1 par les souscriptions la ,henriade en ,angleterre et par quelques entreprises heureuses dans les vivres de l'arme1 sous les auspices des fournisseurs les frres ,paris2 puis il se retira1 non dans sa mdiocrit comme ,horace1 mais dans son opulence rurale1 pour vivre magnifiquement et pour penser librement au bord d'un lac plus beau que les cascades d',horace ,tibur4 ,voltaire1 dans ses dernires annes1 fut aussi spirituel dans ses vers familiers qu',horace2 mais1 quoiqu'il ft plus grand que le solitaire de ,tibur1 il ne fut jamais aussi gracieux ni aussi aimable4 ,l'amabilit1 voil le gnie qui prside la vie comme la posie de l'ami de ,mcne4 ,l'amabilit peut se dfinir le don d'aimer et d'tre aim2 ce don se rvle dans les oeuvres d'un crivain comme dans son caractre2 il n'est pas le gnie1 mais il est le charme1 cette qualit indfinissable qui est le gnie de l'agrment2 le don de plaire1 ce don de plaire qu'on n'a jamais pu dfinir parce qu'il est divin1 est bien rarement compatible avec l'austrit de l'esprit1 du caractre et des oeuvres d'un homme4 ,mais il semble avoir t donn aux hommes fragiles1 prcisment pour leur faire pardonner un peu de la fragilit humaine4 ,ce sont des hommes de grce3 il n'y a de grce que dans ce qui plie4 ,d'ailleurs on prouve en secret un certain plaisir leur pardonner ce qu'on ne peut approuver en eux2 l'indulgence n'est pas seulement une vertu1 c'est un plaisir2 c'est ce plaisir qu'on prouve lire et aimer ,horace comme lire et aimer ce grand enfant trs-vicieux qu'on appelle chez nous ,la ,fontaine4 ,il y a de l'ternelle jeunesse dans ,horace comme il y a de l'ternelle enfance dans ,la ,fontaine2 seulement j'aime mieux l'ternelle jeunesse de l'un que l'ternelle enfance de l'autre4 ,la jeunesse d',horace devint maturit en vieillissant3 il vcut voluptueux et mourut philosophe2 ,la ,fontaine mourut aussi enfant qu'il avait vcu4 ,telle est la vie d',horace en prose2 nous allons la retrouver dans ses oeuvres2 chacun de ses vers est une empreinte de sa vie2 il semait sa route de ses feuilles et de ses fleurs2 comme une canphore dans les processions antiques1 on le suit la trace de ses parfums4 ,x,l,v,i,i,ie ,,entretien ,,litt,,rature ,,latine4 ,,horace4 7#b;e ,,partie47 ,i ,maintenant que nous connaissons parfaitement la vie et le caractre de cet homme aimable et flexible qui fut ,horace1 voyons ses oeuvres2 c'est encore sa vie1 car il n'a point fait une oeuvre d'art proprement dite2 il s'est crit lui-mme au courant de ses jours et au courant de ses amours1 de ses amitis1 de ses penses1 de ses rveries4 ,c'est un ,montaigne latin en vers1 mais plus aimable et plus charmant que ,montaigne4 ,ses oeuvres ne sont que ses tablettes retrouves aprs lui dans sa maison de ,tibur ou dans la mmoire des jeunes ,romains et des jeunes ,romaines4 ,ses odes ne sont que ses billets du matin ou du soir ses amis et ses amies de ,rome et de ,naples4 ,tout est de circonstance dans son gnie2 il ne s'est jamais plac dans la chaire de l'homme de lettres ou sur le trpied du pote pour dire3 coutez-moi1 je vais raisonner ou je vais chanter4 ,il s'est mis table ,rome2 il s'est assis l'ombre de son buisson de lauriers ,ustica1 au pied de ses oliviers ,tibur1 au bord de sa source de ,blandusie ,venouse2 et si un souffle d'air a frmi mlodieusement dans l'arbre1 si un gazouillement de la source a mu son oreille1 si un flacon du falerne cumeux a rpandu l'ivresse la fin du festin d'amis1 si les cheveux dnous de la jeune ,napolitaine ,leucotho ont eu un pli gracieux sur ses paules ou exhal un parfum de ,syrie dans l'air1 il a crit1 le jour mme ou le lendemain1 en deux ou trois strophes ngliges1 mais accomplies1 son impression du moment1 sans autre ambition que de perptuer son plaisir4 ,toutes les images qui ont pass devant ce miroir de son imagination vive et tendre s'y sont fixes comme1 dans un courant limpide1 les rameaux1 les fleurs1 les colombes du bord4 ,c'est la vie prise au vol2 voil pourquoi tout vit et tout vole encore dans ces pages fugitives du pote romain4 ,quand nous disons du pote romain1 nous nous trompons3 ,horace n'tait ,romain que par le sjour qu'il faisait ,rome3 d'origine et de gnie comme de caractre il tait ,grec4 ,la rectitude1 l'austrit1 la pesanteur1 la scheresse d'imagination des ,latins n'ont aucun rapport avec la flexibilit1 la libert1 la suavit1 l'apparent dcousu et la lgret badine du style attique transport tout chaud dans la langue de ,cicron et de ,lucrce par ce jeune homme de ,venouse1 ville de la grande ,grce4 ,on retrouve partout en lui1 non pas la froide ,sabine1 non pas le dur ,latium1 mais l',arcadie2 sa strophe a des souplesses et des chutes harmonieuses qui taient trangres jusque-l la prosodie latine4 ,quant l'imagination1 elle y dborde2 le ,romain en tait sobre1 parce qu'il en tait pauvre4 ,rustique et guerrire1 la famille de ,romulus n'avait pas ces abandons1 ces nonchalances et ces lgances de la ,sicile1 de la ,calabre ou de l',attique4 ,horace tait un nourrisson de l',hymte2 c'est une des raisons qui le firent tant goter ,rome ses premiers vers3 il y tait nouveau4 ,,ii ,un second caractre de sa posie1 c'est qu'elle ne drive pas1 comme la grande posie1 de l'enthousiasme1 mais du badinage4 ,nous ne donnons pas cela comme une qualit1 mais comme une infriorit du gnie potique d',horace4 ,ce gnie mme1 quand il a abord les grands sujets religieux1 philosophiques1 patriotiques1 est quelquefois lev1 mais jamais compltement srieux4 ,ce n'est ni l'accent mu et pieux de ,david1 ni l'accent rvlateur d',orphe1 ni l'accent hroque d',alce1 ni l'accent majestueux de ,pindare2 il n'avait de foi bien profonde ni dans la divinit1 ni dans la vertu1 ni dans la patrie1 ni dans la libert4 ,il en parle quelquefois admirablement1 mais sans conviction2 on sent que ce n'est pas sa foi1 mais son thme2 c'est un musicien accompli1 qui excute bien la note leve1 mais qui ne l'invente pas2 ce titre il tait incapable de composer des hymnes pour les temples ou des chants populaires pour les lgions4 ,ce feu sacr1 emprunt d'autres1 jetait par moment quelques flammes dans ses strophes1 mais il ne brlait pas dans son sein4 ,s'il et t stocien1 comme ,brutus et ,caton1 il aurait eu la langue d',orphe2 mais il tait picurien1 il ne pouvait avoir que la langue des ,grces4 ,cette indiffrence fondamentale sur les dieux1 sur les vertus stoques1 sur les formes politiques1 fait partie de son charme2 il est lger comme un coeur vide de fortes convictions2 il joue autour des fibres les plus molles du coeur1 il ne les brise jamais4 ,comment en aurait-il t autrement de l'homme qui1 aprs avoir combattu avec ,caton et ,brutus pour le maintien de la rpublique1 soupait gaiement avec ,mcne et avec ,auguste8 content de tout pourvu que la transition ft dcente1 que l'amiti ft douce et que le falerne ft frais4 ,,iii ,ce n'est donc pas du srieux qu'il faut chercher dans ,horace1 c'est de l'agrment2 il n'est srieux que quand il s'agit de son bonheur1 il n'est sage que quand il conseille de le chercher dans la retraite1 dans la mdiocrit et dans l'amiti4 ,c'est donc un pote semi-srieux1 comme disent les ,italiens de nos jours2 ne vous attendez pas autre chose1 vous seriez tromps2 aussi ne l'ouvrez qu' un certain ge et dans les heures oisives o votre me1 libre de grandes passions et vide de hauts enthousiasmes1 cherche se bercer elle-mme sur les vagues apaises de la vie1 en un mot1 quand vous voulez vous amuser avec des vers comme avec des osselets4 ,il y a des heures pour cela dans la vie3 c'est le pote de ces heures2 il ne calmera pas un de vos chagrins1 mais il enchantera une de vos oisivets4 ,je le conseille aux hommes rassasis du monde qui ont pass les deux premiers tiers de leur existence4 ,plus tt ce serait un mauvais signe que de s'y plaire2 une si molle indiffrence ne sied pas la jeunesse4 ,,iv ,maintenant que vous tes bien avertis1 feuilletons ensemble ce manuel des hommes de plaisir et des hommes de got1 semel decipiendum4 ,il va sans dire que je choisirai dans ce recueil d',horace1 et que je m'arrterai dans mes citations devant tout ce qui ferait monter la rougeur au front de l'innocence4 ,ce qui offense la pudeur n'est jamais beau3 le cynisme est la laideur de l'esprit2 il n'y en a pas beaucoup dans ,horace3 sa dlicatesse le dfendait contre ce vice de la langue latine2 mais la religion d'picure ne commandait pas les heureuses chastets de la religion qui combat les sens comme des corrupteurs de l'me4 ,v ,reportons-nous au temps o ,horace1 vingt-quatre ans1 revient de l'arme de ,brutus ,rome1 et1 ne voulant pas servir ,octave comme un transfuge1 consume sa vie et son talent dans le commerce des jeunes dbauchs et des belles courtisanes1 ces femmes de lettres et de plaisir de son temps1 femmes dont les ,olympia dans la ,rome papale et les ,ninon de l',enclos dans le ,paris de ,louis ,,xiv rappelaient sans doute l'quivoque existence4 ,le jeune tribun des lgions vaincues1 amnisti par ,octave1 dpense largement son loisir et le peu de fortune que les confiscations lui ont laisse du patrimoine paternel2 il abandonne toutes les penses de libert1 de vertu1 de stocisme qu'il avait puises dans les entretiens de ,caton et de ,brutus4 ,sa vie est le commentaire de ces paroles dcourages de ,brutus mourant3 ,vertu1 tu n'es qu'un nom6 ,il professe la vanit de la politique et de la philosophie2 une seule chose est relle3 ,,jouir ,,de ,,la ,,vie4 ,salomon dit quelque chose de semblable en ,orient3 ,vanit des vanits6 except de vivre avec ce qu'on aime l'ombre de son figuier4 ,une fois ce parti pris1 l'excellente ducation d',horace et l'atticisme de ses gots potiques lui font trouver le plaisir fade et la licence nausabonde s'il ne les assaisonne de grce littraire et de posie raffine2 il saisit au vol toutes1 les circonstances de sa vie picurienne dans ses odes amoureuses et tous les scandales du jour dans ses vers satiriques1 pour les fixer par quelques petits chefs-d'oeuvre qui courent la ville et qui donnent de la clbrit son nom4 ,ses odes1 ce sont ses amours2 ses satires1 ce sont ses anecdotes2 ses ptres1 ce sont ses amitis4 ,heureuse la femme qui lui plat1 malheur celles qui le trahissent1 bonheur immortel ses amis6 ,son livre est l'cho de son coeur et l'cho de son temps4 ,nous avons eu en ,france1 la fin de ,louis ,,xiv et sous la ,rgence1 une socit spirituelle1 licencieuse et potique1 tout fait semblable la socit que frquentait ,horace en ce temps-l3 c'tait celle o chantait ,chaulieu1 o versifiait ,lafare1 o naissait ,voltaire1 ce qu'on appelait la socit du ,temple1 parce qu'elle se runissait au ,temple chez les princes et chez les prieurs de ,vendme1 ces ,mcnes corrompus du sicle1 et dont l'abb de ,chaulieu tait vritablement l',horace4 ,la socit d',horace1 d',ovide1 de ,catulle1 de ,tibulle1 de ,virgile1 jeune et voluptueux quoique peu aimable1 tait le ,temple ,rome4 ,l'incurie politique1 l'impit religieuse1 l'amour lger1 la plaisanterie badine1 la licence1 la grce1 la posie1 la table1 taient les dlices et les clbrits des deux poques2 il y avait plus de talent dans cette socit du ,temple de ,rome1 plus de dbauche dans celle de ,paris2 ,horace et ,virgile naissaient dans la premire1 ,voltaire dans la seconde2 d',horace ,lafare1 de ,virgile ,voltaire1 on peut mesurer la distance1 mais dans les moeurs et dans les plaisirs parfaite analogie4 ,les temps se rptent plus qu'on ne croit2 le monde tourne1 mais ne change pas4 ,,vi ,c'est un grand malheur que les premiers diteurs d',horace1 au commencement de l'imprimerie1 aient divis ses oeuvres par genres1 odes1 podes1 satires1 ptres1 au lieu de les diviser par dates1 car il ne les crivit pas par genres1 mais par dates3 aujourd'hui une ode1 demain une ptre1 le jour suivant une pode1 puis une satire1 puis un billet en vers1 selon qu'il tait en veine d'amour1 de morale1 de malice1 de philosophie ou d'amiti4 ,on aurait ainsi l'intelligence bien plus complte de ce charmant improvisateur de chefs-d'oeuvre1 le journal de son me dans le journal de ses annes2 la circonstance1 l'aventure1 l'ge donneraient la pice de posie l'accent4 ,c'est une ide que nous recommandons ,m4 ,didot pour achever l'illustration d',horace dont il donne en ce moment une dition elzvirienne avec des paysages gravs dignes de ,claude ,lorrain4 ,ces paysages la loupe font revivre ,ustica1 ,tibur1 ,venusia1 ,blandusie1 tous ces sites o sont ns ces vers immortels4 ,ces odes1 distribues selon leurs dates et selon les circonstances qui les ont inspires1 feraient revivre l'homme tout entier dans le pote4 ,rien n'est impossible la science et la patience de tels diteurs2 ils vivent ,rome autant qu' ,paris2 ,m4 ,walckenaer1 par ses recherches et ses dcouvertes1 a facilit une telle oeuvre aux ,didot4 ,quel plaisir de savoir pourquoi le pote s'est courrouc contre ,glycre1 ou s'est rconcili avec ,lydie1 ou s'est attendri sur ,virgile1 ou s'est rapproch d',auguste1 ou s'est fondu en larmes sur la maladie de ,mcne1 et quel intrt double s'attacherait ainsi un livre dont chaque phrase de l'diteur expliquerait un vers du pote6 ,toutes les ditions d',horace tomberaient devant celle-l4 ,mais il faudrait y conserver prcieusement la gographie et les paysages des lieux habits1 clbrs1 terniss par les vers d',horace1 dont la posie est enrichie et vivifie dans l'dition portative de ,m4 ,didot2 ces vues en miniature sont la nature elle-mme vue travers le microscope2 l'atmosphre mme est peinte3 on croirait voir dans ces petits tableaux l'encre de ,chine une ,italie exhume travers la distance et la brume des sicles4 ,jamais le lointain des lieux et des temps ne fut plus merveilleusement rapproch de l'oeil et de l'imagination2 on porte l',italie d',horace dans sa main4 ,vicovaro2 le torrent de la ,digentia qui cume encore sous les chnes dissmins au fond de la valle d',ustica2 le site parsem de dbris de briques de la maison rurale du pote2 ,rocca-,giovanni qui s'lve avec ses ruines de forteresse fodale comme une sentinelle l'ouverture de la valle2 la plaine de ,mandla fumante et l au soleil2 des feux d'herbes sches allums et oublis par les bergers2 la grotte des nymphes au bord de laquelle rve le pote endormi dont on voit danser les songes sous la figure des femmes qu'il aima2 la fontaine de ,blandusie en ,calabre1 qui a chang tant de fois de nom depuis ,horace1 et laquelle un vers du lyrique rend ternellement son premier nom2 la barque pleine de musique et pavoise de voiles qui portait ,mcne1 ,horace et leurs amis pendant le voyage de ,brindes2 la treille de ,tibur entre deux colonnes l'ombre desquelles le nonchalant ami de ,mcne crit une strophe entre deux sommeils2 l'entretien du matre d',ustica avec son mtayer1 au milieu de ses troupeaux de chvres2 ,horace1 ses tablettes sur ses genoux dans sa bibliothque de ,tibur1 crivant au milieu de ses rouleaux de livres grecs les prceptes de son ptre aux ,pisons1 chacun de ces tableaux est une vocation vivante d'un pass de deux mille ans1 mais auquel ces deux mille ans n'ont enlev ni un rocher1 ni une source1 ni un arbre aux paysages1 ni un vers au gnie aimable du pote4 ,c'est dans cette dition vritablement lapidaire que nous feuilletterons avec vous les pages tant feuilletes du sage et voluptueux solitaire de ,tibur4 ,honneur aux ,didot futurs1 bonheur aux potes qui les auront pour illustrateurs6 ,,vii ,la premire ode qui nous allche en feuilletant ces billets en vers1 c'est une ode l'amiti dans la personne de ,virgile4 ,vous savez que ,virgile1 simple paysan dpouill de son petit champ en ,lombardie par les prtoriens d',octave1 n'avait contre ,auguste aucune des animosits politiques que le dcorum d'un officier de ,brutus devait garder contre le vainqueur de la rpublique4 ,virgile1 introduit dans la maison d',auguste et pntr de reconnaissance pour son bienfaiteur1 avait voulu rconcilier le pote et le neveu2 les deux potes1 admis familirement chez ,auguste et chez ,mcne1 n'y formrent bientt qu'une libre et douce domesticit du gnie3 ,horace amusait le matre du monde2 ,virgile1 moins aimable1 l'enthousiasmait4 ,ces deux amis1 incapables de jalousie1 ne rivalisaient que d'affection l'un pour l'autre2 ,horace ne pensait qu' jouir de la vie1 ,virgile qu' survivre la vie dans l'immortalit d'un grand pome4 ,ses travaux cependant avaient altr sa sant naturellement maladive2 il prouvait le besoin de changer l'air pais de ,rome contre l'air vital et lger d',athnes2 il voulait surtout voir de ses yeux1 avant de les dcrire1 les mers et les rivages d',ilion3 ,campos ubi ,troia fuit6 ,il partait pour la ,grce4 coutez ce chant du dpart que lui adresse ,horace1 son ami1 demeur attach par son indolence et par son bonheur champtre au rivage4 ,jamais une tendresse de mre pour un enfant malade et partant ne coula plus demi-voix du coeur sur ses lvres4 ,les vers pleurent et prient en chantant2 on sent que tout badine dans ,horace1 except l'amiti1 qui est srieuse4 ,il s'adresse au vaisseau qui va emporter son ami2 le mtre plaintif et tombant ajoute l'attendrissement des paroles2 comme tous les potes1 ,horace tait un musicien accompli des mots4 ,ainsi que la desse toute-puissante de ,chypre 7,vnus71 que les frres d',hlne1 sereines et favorables constellations1 prsident ta course2 que le pre et le matre des vents les enchane tous1 except celui qui souffle de l',italie1 vaisseau qui nous redois notre cher ,virgile confi par nous tes voiles6 ,porte-le en sret1 je t'en adjure1 aux rivages de l',attique1 et garde-moi en lui la moiti de ma propre vie6 ,on voit que le coeur seul1 le coeur inquiet et bris en deux parts1 parle dans cette invocation touchante la planche fragile qui rpond ,horace de son ami4 ,mais tout coup1 le coeur de l'ami satisfait1 le pote reparat1 et1 par un retour bien naturel vers les dangers maudits de la navigation et vers les perfidies des flots1 il s'lance1 avec un apparent oubli de son sujet1 dans une imprcation sublime contre le premier qui1 en inventant cet art funeste1 exposa la vie des hommes aux prils qui le font trembler pour son ami4 ,celui-l avait du bois de chne et un triple airain autour du coeur1 qui confia le premier au froce ,ocan une planche fragile1 sans craindre ni le fougueux vent d',afrique s'entrechoquant avec les aquilons1 ni les mornes et pluvieuses ,hyades1 ni les convulsions du ,notus1 ce dominateur irrsistible de l',adriatique1 soit qu'il veuille enfler ou aplanir ses vagues6 ,sous quelle forme redoutait-il donc le trpas celui qui vit d'un oeil impassible les monstres de l'abme nageant sur les flots de la mer1 les mers s'enfler de courroux et les cueils sinistres de l',acrocraunie 7rochers de l'pire fameux par mille naufrages78 ,la philosophie succde tout coup1 et par un retour bien motiv aussi1 l'imprcation2 l'ode1 devenue pensive de passionne qu'elle tait1 rflchit gravement sur la criminelle audace des hommes qui luttent avec les forces de la nature suprieure l'humanit4 ,c'est donc en vain que les dieux1 dans leur prvoyance1 ont spar les terres des terres par l'insociable ,ocan1 si1 malgr leurs ordres1 des nefs impies tentent de traverser ses dtroits inviolables leurs sacrilges6 ,la race humaine1 qui veut tout surmonter par son audace1 se prcipite dans l'impossible2 la race intrpide de ,japet1 ,promthe1 par un coupable larcin1 ravit le feu du ciel pour l'apporter la terre4 ,aprs ce sacrilge du feu enlev aux demeures clestes1 les flaux vengeurs1 de nouvelles fivres et des maigreurs dcharnes1 furent infligs la terre2 la mort1 jusque-l tardive1 prcipita ses pas contre les vivants3 c'est ainsi que1 sur des ailes refuses l'homme par les dieux1 ,ddale osa tenter le vide des airs1 le bras d',hercule fora les portes de l',achron4 ,rien n'est impossible aux hardis mortels2 notre dmence aspire aux astres mmes1 et jamais nos crimes ne permettront ,jupiter de dposer ses foudres vengeresses6 ,les trois tons de l'ode1 la prire1 la colre1 la philosophie1 se combinent1 comme on le voit1 d'un seul jet dans cette ode4 ,le pote invoque1 il maudit1 il condamne2 le vers1 de femme dans l'invocation pour son ami1 devient viril et de flamme dans l'imprcation contre l'inventeur de la navigation2 puis il devient calme1 svre et religieux dans les considrations sur la sacrilge audace humaine4 ,l'ode est en trois bonds1 comme celle de ,pindare1 son mule2 mais dans chacun de ces trois bonds1 en apparence dsordonns1 il avance vers son but3 mouvoir1 attendrir1 effrayer sur la vie de ,virgile expos ces prils des mers4 ,c'est ainsi que procde la nature potique1 qui vole et ne rampe pas comme la prose2 c'est ainsi que les prophtes et les potes grecs procdent4 ,les ,latins1 avant ,horace1 ignoraient ce beau dsordre de l'enthousiasme qui n'est que l'ordre suprme de l'inspiration2 celui qui voit tout1 abrge tout6 ,,viii coutez-en une autre d'un accent plus doux3 il s'agit d'inviter un de ses amis1 ,sextius1 faire trve aux soucis1 ces frimas de l'me1 et jouir des rares moments de plaisir que le destin permet aux mortels de glaner ici-bas4 ,voyez par quel gracieux prlude descriptif ,horace prpare ,sextius ses conseils de sage jouissance de ses amis3 ,l'pre hiver se dtend la douce vicissitude du retour du printemps et des vents tides du midi2 les cabestans tranent la mer les navires longtemps sec sous le sable du rivage2 le troupeau ne se rjouit plus de la chaleur de son table ni le laboureur de la flamme de son foyer2 les prairies ne blanchissent plus des givres du matin2 ,cythre1 la clart de la lune suspendue dans l'ther1 recommence mener ses choeurs de nymphes qui se tiennent par la main et de grces pudiques2 elles frappent la terre en mesure dans leurs rondes1 d'un pied cadenc1 tandis que le divin forgeron rallume la flamme dans les noirs ateliers des ,cyclopes4 ,c'est l'heure de ceindre1 d'enlacer nos cheveux ou le myrte vert ou les fleurs nouvelles que la terre attidie fait clore4 ,puis1 tout coup1 passant sans transition de ces images de toutes les choses renaissantes qui convient les sens jouir la pense de la mort qui commande aux vivants de se hter de vivre3 ,la ple ,mort1 s'crie-t-il dans un vers d'un accent aussi funbre qu'inattendu1 la ple ,mort secoue d'un pied indiffrent la porte de la cabane du pauvre ou des tours des palais des rois2 l1 heureux ,sextius1 la brivet de la vie nous interdit de concevoir les longues esprances4 ,dj pse sur toi la sombre nuit des ,mnes et s'avance sur tes pas l'ombre des vides demeures de ,pluton1 o1 une fois entr1 tu ne pourras plus tirer au sort la royaut des festins1 ni admirer les grces de ce tendre enfant ,lycidas 7sans doute son fils7 que toute la jeunesse romaine envie1 et qui1 bientt1 fera palpiter le coeur mu des jeunes vierges4 ,et l'ode est finie1 comme elle est commence1 par une image de flicits1 entre lesquelles une sombre image de la brivet de la vie1 comme un cyprs noir entre deux arbustes verts et roses couverts de la blanche neige des fleurs du myrte ou des ples roses des premiers glantiers fleuris4 ,,ix ,de telles odes n'taient videmment pas nes de la rude terre de ,rome1 mais de la terre lgre et embaume des les de l'archipel grec4 ,horace en importait le premier1 dans la littrature romaine1 les brivets1 les dlicatesses et les parfums2 il y importait le premier aussi la forme acheve et cisele du vers grec forg sur l'enclume sonore d',anacron4 ,si vous lisez cela en latin1 chacun de ces vers est une flche empenne pointe de diamant tombe du carquois d'un ,amour ou d'une ,diane des bois sacrs de ,castalie4 ,vous ne pourriez pas dplacer un mot ni mettre une mesure longue ou brve dans la strophe sans produire un faux ton dans cette musique de l'oreille et de l'me4 ,le moule de l'me d',horace tait si parfait que toute pense qui en sortait en vers avait la forme et le poli d'une statuette de ,phidias en marbre de ,paros4 ,la gloire du sicle d',auguste et de ,mcne fut moins d'avoir produit un improvisateur comme ,horace que d'avoir senti la perfection d'une telle langue4 ,feuilletons encore4 ,en voici une qui n'est qu'un mot l'oreille de ,leucono1 une des femmes de sa socit lgre1 qui devait aller consulter1 comme certaines femmes superstitieuses d'aujourd'hui1 les diseuses de bonne aventure de ,rome4 ,ces sorcires taient en gnral des femmes de ,syrie ou des ,babyloniennes exploitant la crdulit des jeunes ,romaines4 ,toi1 ne tente pas de dcouvrir1 ,leucono6 ce qu'il est interdit de prvoir et coupable de sonder1 quel terme a fix le ciel tes jours ou aux miens6 ,ne le demande pas aux combinaisons du hasard des ds babyloniens2 tout ce qui doit en tre rsigne-toi6 ,soit que le ciel nous destine de nombreuses saisons1 soit que cet hiver temptueux1 qui puise en ce moment contre ses cueils la fureur des flots de la mer tyrrhnienne1 doive tre pour nous le dernier de nos hivers1 sois en paix2 clarifie tes vins1 et au court espace de temps qui nous est mesur mesure tes courtes esprances4 ,pendant que nous parlons le temps jaloux a dj fui4 ,cueille le jour prsent pour en jouir1 et ne te fie que le moins possible au jour qui doit lui succder6 ,x ,celle-ci n'est qu'une apostrophe involontaire et patriotique d'un homme de bien et de plaisir1 qui voit son pays se lancer dans de nouvelles guerres civiles4 ,elle n'a pas de date2 c'est sans doute le moment o les lgions d',auguste allaient chercher les lgions du fils de ,pompe pour jouer au jeu des batailles le dernier sort de ,rome4 ,il personnifie dans cette ode ,rome dans un vaisseau qui porte les ,romains1 image neuve et belle alors1 devenue banale et use aujourd'hui dans tous les discours de nos mauvais orateurs et de nos vulgaires publicistes3 le temps use les images comme il use tout4 ,,la ,r,,publique4 vaisseau6 de nouvelles vagues vont donc te lancer de nouveau dans les hautes mers6 ,ah6 que fais-tu8 ,cramponne-toi de toutes tes ancres au port6 ,ne vois-tu pas tes flancs nus de rames1 ton mt chancelant rompu par le vent d',afrique8 ,n'entends-tu pas gmir tes antennes8 ,priv des cbles qui relient tes planches1 pourras-tu rsister l'assaut redoubl des lames8 ,plus de voiles1 dchires dj par tant de temptes2 plus de dieu qu'il te reste invoquer sous les prils qui psent sur toi6 ,bien que tu sois construit d'un pin de ,bithynie1 et que1 noble fils de la fort1 tu te glorifies d'une origine et d'un nom illustre1 les dcorations peintes sur ta proue ne rassurent pas le pilote6 ,hte-toi de rflchir1 si tu ne veux pas redevenir bientt le jouet des vents6 toi 7patrie76 si rcemment encore le souci et la douleur de mon me6 toi maintenant le regret et la terreur constante de ma vie1 que les dieux te gardent des cueils cumants des ,cyclades6 ,il est impossible de ne pas sentir une me patriotique dans ces accents du coeur chapps l'inquitude d'un vaincu rsign de la rpublique1 mais d'un vaincu toujours proccup du sort de sa patrie4 ,horace en demandait le salut tous les pilotes4 ,le pote1 dsarm par la clmence d',auguste et par l'amiti de ,mcne1 tait encore citoyen4 ,,xi ,on retrouve les mmes sentiments voils sous une allusion transparente dans la belle ode pindarique o ,horace prophtise par la bouche de ,nre sur la ruine imminente de ,troie2 dans ,troie menace il est impossible de ne pas reconnatre ,rome dclinant vers la servitude4 ,si vous pouviez lire l'ode en latin1 vous sentiriez la mlancolie et la gravit sinistre jusque dans le mtre des vers2 ce sont des voix de poitrine qui gmissent en chantant4 ,quand l'hte perfide de ,mnlas tranait aprs lui1 de mers en mers1 sur des vaisseaux construits des pins du mont ,ida1 ,hlne ravie l'hospitalit de son poux1 ,nre imposa aux flots un calme funeste pour chanter au ravisseur les secrets menaants de l'avenir4 ,tu conduis1 sur un vaisseau de mauvais augure1 ton palais1 celle que la ,grce en armes bientt te viendra redemander1 aprs avoir conjur la rupture de tes noces adultres et l'anantissement du royaume antique de ,priam6 ,et1 franchissant tout coup les temps1 il se transporte en pense au milieu de cette prophtie dj accomplie1 il jette les cris d'horreur et de piti d'un champ de bataille4 ,oh6 quelle sueur mortelle aux flancs des coursiers et au front des hommes6 ,quelles innombrables funrailles tu prpares la race de ,dardanus6 ,ne vois-tu pas ,pallas s'armer dj de son casque1 de son bouclier1 de ses chars de guerre1 de sa fureur dans les combats8 ,c'est vainement que1 fier de la faveur de ,vnus1 tu peigneras ta chevelure et tu cadenceras les chants corrupteurs et les lches accords qui sduisent l'oreille des femmes2 c'est vainement que tu te rfugieras dans les dlices de ta couche contre les pesants javelots1 contre les flches dards aigus des ,crtois1 le fracas de la mle et le cheval rapide d',ajax4 ,un jour1 tardif peut-tre1 mais un jour tu traneras dans la poussire et dans le sang tes cheveux adultres6 ,l une terrible et saisissante description prophtique de tous les ennuis qui poursuivent le criminel2 puis ce vers plus terrible qui ptille comme l'incendie d'une ville prise d'assaut dans la nuit3 ,la flamme des ,grecs dvore dj les toits des palais d',ilion6 ,rome ne pouvait se mconnatre dans ,ilion menace des flammes4 ,quiconque a lu cette ode vraiment pindarique ne peut refuser ,horace les ailes de ,pindare1 si le voluptueux ,romain avait voulu livrer plus souvent ses ailes lgres au souffle du lyrisme politique ou du lyrisme sacr4 ,sa corde1 ordinairement molle et tendre1 devenait d'airain quand il voulait parler la patrie1 au lieu de roucouler pour ses amours ou de badiner pour ses amis4 ,,xii ,lisons encore4 ,voici une invitation ,mcne pour le convier venir boire1 l'humble table du pote1 un vin grossier de ,sabine1 cachet par lui dans une amphore grecque le jour o ,mcne1 guri d'une maladie dangereuse1 avait t acclam par le peuple en reparaissant au ,cirque4 ,horace1 avec le coeur d'un ami et avec le bon got d'un homme de cour1 rappelle ainsi ,mcne un honneur public dans une familiarit prive4 ,voil une anecdote de sa vie de laboureur ,ustica1 dont il fait la commmoration son voisin ,fuscus1 et dont il profite pour faire une dclaration de constance celle qu'il aime3 c'tait alors ,lalag4 ,un jour que1 dans les bois de la ,sabine1 je m'garais sans armes hors de mes sentiers ordinaires jusqu'au fond des forts1 distrait de tout autre souci que de clbrer dans mes vers ma chre ,lalag1 un loup m'apparat et s'enfuit loin de moi4 ,mais quel loup6 ,jamais un monstre pareil ne sortit des forts de la belliqueuse ,apulie ni des dserts arides d',afrique o le royaume de ,juba enfante des lions6 ,tout coup1 comme si tout ramenait sa pense errante celle qu'il aime3 ,placez-moi1 s'crie-t-il1 dans ces contres septentrionales o jamais l'haleine d'un t ne vivifie dans les champs engourdis un arbuste printanier1 o les frimas et les nues psent ternellement sur les flancs de la terre2 placez-moi sous le char du soleil trop rapproch1 o ne s'lve aucune habitation humaine3 j'aimerai toujours ,lalag au doux sourire1 ,lalag au doux parler6 ,d'autres odes de ce genre ne sont qu'une lgre caresse en vers quelque charmante enfant qui a attir en passant ses regards2 telle est ce sourire potique la jeune ,chlo4 ,tu me fuis1 ,chlo1 pareille au jeune faon qui cherche travers les montagnes escarpes sa mre inquite1 et que le frmissement des feuilles et l'ombre de la fort font bondir d'effroi3 soit qu'un frisson du rameau froisse les mobiles feuillages1 soit que les verts lzards cartent le buisson1 le coeur lui bat et ses genoux tremblent4 ,suis-je donc un tigre ou un lion de ,gtulie qui te poursuit pour te broyer8 ,cesse enfin de suivre ainsi pas pas ta mre1 toi dj mre pour tre aime d'un poux4 ,ailleurs c'est une larme verse dans le sein de ,virgile sur le sort d'un ami commun1 ,quinctilius4 ,chacun de ces vers est rest une pitaphe sur le tombeau des hommes de bien enlevs l'amiti4 ,plus loin ce sont des voeux modrs du pote1 adresss ses dieux le jour o il leur consacre un autel4 ,pour moi1 dit-il aprs avoir parl de toute l'opulence qu'il ne dsire pas1 les olives de mon verger1 la chicore1 les mauves lgres suffisent mes repas1 fils de ,latone2 mes voeux se bornent jouir en paix du peu que je possde1 me bien porter1 conserver mon me tout entire1 ne pas traner une misrable vieillesse1 et jouer encore jusqu' la mort avec la lyre6 ,plus loin le ton change2 c'est une invocation martiale la ,fortune en faveur d',auguste et des ,romains qui vont combattre en ,asie les ,parthes4 ,rien ne surpasse1 dans la posie grecque1 l'nergie descriptive de ces jeux de la ,fortune qui joue avec les trnes1 qui lve et abaisse son caprice les heureux4 ,puis le vulgaire1 dit-il1 et la parjure courtisane 7la ,fortune7 se retirent en arrire de celui qu'elle a abandonn2 et1 quand les tonneaux sont vids avec la lie1 les faux amis s'enfuient1 bien dcids ne pas s'associer au joug du malheur pour en partager le poids6444 ,fortune6 reforge sur une nouvelle enclume le tranchant des armes de ,rome contre ses ennemis6 ,mais1 plus sensible au beau qu'au patriotisme1 le voil qui chante l'hroque suicide de la reine d'gypte1 ,cloptre1 se rfugiant dans la mort1 aprs sa flotte dtruite1 contre la vengeance des ,romains4 ,mais elle ne s'effraye pas1 comme une faible femme1 d'une pe nue1 elle ne cherche pas sur ses vaisseaux des rivages inconnus pour y abriter sa peur2 elle a le courage de rentrer d'un front serein dans son palais en deuil1 de manier sans plir de venimeux reptiles et d'en faire couler le poison mortel dans ses veines4 ,rendue plus fire par la certitude d'une mort volontaire et dlibre1 elle ravit nos vaisseaux victorieux l'orgueil d'emmener une reine suprieure sa destine au char des triomphateurs ,rome6 ,,xiii ,les conseils d'une mle vertu s'allient dans ces odes aux grces de dcentes faiblesses4 ,quelle ode philosophique moderne gale en srnit et en flexibilit de posie l'ode ,dlius8 ,souviens-toi de conserver une me toujours impassible dans les circonstances pnibles de ta vie1 de mme que de la conserver inaccessible l'enflure et l'orgueil de la prosprit1 ,dlius qui dois mourir6 ,qui dois mourir1 soit que tous tes jours se soient couls dans la tristesse1 soit que tu aies pass tes jours de ftes mollement tendu sur l'herbe des prairies solitaires1 rconfort et assoupi par le nectar d'un falerne vieilli dans tes celliers6 ,l o le pin lanc et le peuplier l'corce blanche aiment entrelacer leur ombre propice sous leurs rameaux1 l o la source vive et murmurante s'efforce de creuser un lit oblique ses eaux lgrement agites sur sa pente4 ,l fais apporter les vins1 les parfums1 les roses1 hlas6 trop courtes de vie1 tandis que ta fortune1 ta jeunesse et les fils noirs sur le fuseau des trois soeurs 7les ,parques7 le permettent encore4 ,il faudra les laisser1 ces vastes et dlicieux jardins1 ce palais1 cette maison des champs baigne par les eaux jaunissantes du ,tibre6 ,il faudra les laisser1 et ces richesses1 leves jusqu'au comble de l'opulence1 deviendront la proie d'un hritier4 ,que tu sois riche ou n de la race antique d',inachus1 ou pauvre et issu d'une famille obscure qui supporte le poids du jour1 tu mourras victime dvoue au dieu qui ne pardonne pas4 ,nous sommes tous chasss vers le mme but par la mort2 plus tt ou plus tard1 notre sort est agit dans la mme urne2 il en sortira1 ce jour qui nous condamne entrer tous dans la barque de notre ternel exil6 ,la mlancolie de l'avenir1 cette ombre qui sert relever les courtes flicits du prsent1 fut-elle jamais plus inextricablement mle aux images de la volupt et de l'opulence8 ,la philosophie sortit-elle jamais plus inattendue et plus funbre du plaisir1 comme le serpent de ,cloptre de son panier de fleurs8 ,,xiv ,la petite ode ,posthumus est une rptition de la mme tristesse exprime en vers qui semblent fuir d'eux-mmes le temps dont ces vers retracent la fuite insensible4 ,posthumus6 ,posthumus6 les annes glissent en nous entranant1 etc41 etc4 ,et aprs une numration loquente de la vanit de nos prires et de nos efforts pour ralentir cette fuite du temps qui nous rapproche de la mort3 ,il faut quitter cette terre1 cette maison1 cette pouse chrie2 et1 de tous ces arbres que tu plantas avec tant d'amour1 aucun autre que le cyprs funbre ne suivra hors de ton enclos son matre d'un jour6 ,sa philosophie1 commode et modeste1 clate dans la plupart de ces odes en vers demi-voix qui ont le charme de son caractre2 les images dans lesquelles il symbolise cette modration des voeux de l'homme1 pour que ces voeux ne soient pas plus vastes que la vie humaine qui les trompe tous1 sont restes immortelles et proverbiales chez tous les potes venus aprs lui4 ,lisez3 ,c'est le calme qu'implore le matelot surpris dans la vaste mer ge quand de noires nues recouvrent la lune1 et qu'aucun de ses astres conducteurs de sa route ne brille plus ses yeux dans le firmament1 etc4 ,il vit heureux de peu celui qui1 sur sa table frugale1 se contente de voir briller la salire de ses aeux2 celui que ni la crainte de perdre1 ni la cupidit de gagner1 n'empchent de jouir de sommeils lgers6444 ,le coeur satisfait d'un prsent born ddaigne de se troubler pour ce qui doit suivre2 il tempre l'amertume des soucis par le sourire de l'insouciance4 ,nul ne peut se dire heureux par tous les aspects de sa destine4 ,quant moi1 j'ai reu pour ma part un petit domaine champtre1 un lger souffle de la muse attique et le don de mpriser le vulgaire envieux6 ,ce dernier vers1 inattendu dans une ode pleine de riantes images et de douce sagesse1 sonne comme un ressentiment cach au fond du coeur contre la mchancet de ses ennemis2 c'est une flche sous les fleurs qui retentit au fond du carquois4 ,ce mpris du vulgaire faisait partie de l'indiffrence1 cette philosophie d',horace4 ,une haine endormie1 mais immortelle1 subsiste entre le vulgaire et l'homme de gnie4 ,c'tait son orgueil aussi lui1 et cet orgueil tait assez fond1 sur l'avilissement de son sicle1 dans un soldat retir de ,brutus qui avait vu s'agenouiller sa patrie sous trois tyrans1 et qui1 ne pouvant plus l'estimer1 s'en vengeait par le ddain1 cette supriorit du regard4 ,ce ddain1 il l'exprime comme il le sent1 avec l'audace d'un homme qui n'espre rien de la multitude3 ,je hais le profane vulgaire1 et je l'carte4 ,cela ne l'empche pas de chanter la vertu civique pour elle-mme dans les strophes les plus mles qui aient jamais t crites la gloire de l'hrosme civil4 7,ode ,,iii du ,i,i,ie livre47 ,l'homme juste et rsolu dans son dessein1 ni la fureur d'un peuple qui lui ordonne le crime1 ni le visage imprieux d'un tyran1 ni la tempte qui amoncelle les flots troubls de la mer ,adriatique1 ni la grande main de ,jupiter lui-mme tenant la foudre1 ne le font chanceler sur la base solide de sa fermet4 ,que l'univers bris s'croule6 ses dbris l'craseront sans l'intimider1 etc41 etc4 ,il s'lve dans cette ode stoque et vertueuse la hauteur d',orphe2 l'expression rpond l'me1 le style est d'airain1 il brave la foudre4 ,certes il y avait de la vertu et de l'hrosme civique dans l'homme qui les sentait avec un tel accent6 ,puis tout coup1 la dernire strophe de l'ode1 il renverse le trpied comme indigne de s'y asseoir1 et il revient ses amours et ses badinages4 ,mais de tels sujets1 dit-il1 ne sient pas une pense enjoue comme la mienne4 ,o vas-tu t'garer1 muse foltre8 ,ta voix attnuerait la grandeur des choses que tu oserais clbrer ainsi4 ,,xv ,il revient dans l'ode familire suivante lui-mme1 et dit comment il devint favori de la muse lgre3 ,sur les rives du ,vulturne1 qui poursuit son cours au del de l',apulie o je suis n1 un jour que1 fatigu par mes jeux et vaincu par le sommeil1 des colombes prophtiques me parsemrent d'un feuillage printanier2 ce prodige tonna ceux qui habitent le nid d'aigle escarp du village d',achrontie1 les prcipices boiss de ,brantium1 et ceux qui labourent les gras territoires de l'obscur ,frente1 merveills de ce que je sommeillais l'abri des ours et des morsures des noires vipres1 sans autre dfense que les rameaux de myrte et de laurier1 enfant qui les dieux seuls pouvaient inspirer tant de confiance6 ,ce souvenir l'exalte et lui fait rcapituler1 avec une pieuse reconnaissance1 toutes les protections miraculeuses des dieux sur sa vie4 ,je suis votre protg1 ,muses6 vous tes mes protectrices1 soit quand je gravis les rocs escarps de ma ,sabine1 soit que la froide temprature de ,prneste1 ou les hauteurs de ,tibur1 ou les vagues onduleuses qui baignent ,baa1 m'appellent dans leurs divers sjours2 ainsi de vos fontaines et de vos mlodieux murmures3 c'est par vous et pour vous que la dfaite et la droute de ,philippes m'ont laiss vivant6 par vous que la chute inopine d'un arbre sur mon passage ne m'a pas cras6 par vous que je ne fus pas englouti sur les cueils du cap ,palinure par les mers de ,sicile6444 ,grce vous je naviguerai avec confiance sur les flots inconstants du ,bosphore2 grce vous j'affronterai sans crainte les sables brlants des plages de ,syrie444444 ,quand ,csar ramne dans nos villes ses lgions fatigues de vaincre1 lui-mme aspirant clore ses exploits par la paix1 c'est vous qui le dlassez dans l'antre des ,muses1 c'est vous qui lui soufflez des conseils de douceur et qui vous honorez de les lui avoir souffls4444 ,la force brutale s'croule sous sa propre masse4 ,la terre elle-mme frmit des monstres qu'elle a ports1 etc41 etc4 ,qui ne reconnat dans cette allusion aux conseils de douceur donns ,csar par les ,muses les conseils de clmence qu',horace lui-mme donnait ,auguste en faveur des vaincus de la rpublique8 ,le pote justifiait ses propres yeux son ralliement au matre du monde par les salutaires inspirations qu'il lui insinuait en si beaux vers4 ,,xvi ,de cette ode politique il s'lve jusqu'au ciel dans une ode religieuse adresse aux ,romains pour les menacer de l'expiation de l'impit du sicle4 ,libre de moeurs et de philosophie1 ,horace tait sincrement crdule et pieux envers les divinits nationales de son temps et de son culte2 il voulait jouir1 mais non blasphmer4 ,cette ode est grave comme un grondement de la colre des dieux dans la poitrine du pote4 ,dans l'ode suivante1 une des plus dcemment amoureuses de toutes ses posies lgres1 il redescend avec la souplesse d'un dieu dans les prairies de l',anio1 pour y placer un dialogue digne de ,thocrite entre deux amants2 c'est lui-mme qu'il met en scne avec ,lydie1 car nul autre que lui ne pouvait soutenir en vers avec ,lydie un si gracieux dialogue4 ,,horace4 ,tant que j'tais agr de toi et qu'aucun autre jeune adorateur prfr n'entourait de ses bras ton cou d'ivoire1 je vivais plus heureux que le roi des rois 7le roi des ,perses76 ,,lydie4 ,tant que tu n'as pas brl pour une autre1 et que ,lydie ne l'a pas cd ,chlo dans ton coeur1 ,lydie1 renomme par ton amour pour elle1 a vcu plus heureuse et plus fire qu',ilia1 la mre du fondateur de la race romaine4 ,,horace4 ,chlo me possde tout entier maintenant1 elle qui sait si habilement mler les doux accords de sa voix ceux de la lyre1 elle pour laquelle je n'hsiterais pas mourir si les destins consentaient1 ce prix1 pargner la sienne4 ,,lydie4 ,calas brle pour moi et moi pour lui d'une flamme mutuelle2 ,calas1 fils d',ornytus de ,thurium1 ,calas pour qui je consentirais mourir deux fois si les dieux ce prix consentaient pargner la vie de ce bel enfant4 ,,horace4 ,quoi1 cependant1 si nos premires tendresses venaient renatre1 si elles ramenaient nos deux coeurs sous le mme joug8 si la blonde ,chlo tait carte de ma mmoire et que ma porte se rouvrt pour cette ,lydie que j'ai contriste par mon abandon8 ,,lydie4 ,quoique ,calas soit plus beau qu'un astre du ciel1 toi plus lger que la feuille et plus perfide que la mer d',adria1 avec toi j'aimerais vivre1 avec toi je voudrais mourir4 ,a-t-on jamais chant l'influence d'un premier sentiment et le retour des coeurs sur leurs traces en pareilles strophes8 ,l'homme qui les chantait ainsi tait-il un dbauch ou un vritable amant8 ,que tous ceux qui ont aim le disent2 si le pote leur a arrach leur secret1 c'est qu'il l'avait dans sa propre mmoire4 ,on conoit qu'une seule ode de ce genre1 rpandue ,rome dans sa premire fleur1 ait attir sur ce jeune inconnu l'amour de toutes les ,lydies et l'enthousiasme de tous les ,calas de ,rome4 ,depuis deux mille ans que nous chantons dans toutes nos langues1 nous n'avons pas retrouv la note du dialogue d',horace et de ,lydie4 ,on ne s'arrterait pas si on arrachait1 pour les faire admirer l'esprit et au coeur1 toutes les feuilles de ce jardin des roses romaines1 comme les ,persans appellent ces recueils de sagesse1 de posie et d'amour4 ,un seul pote dans le monde1 c'est ,hafiz en ,perse1 peut rivaliser de perfection avec le pote latin2 mais ,hafiz est la fois plus lyrique1 plus voluptueux1 plus dlicat et plus coloriste dans ses odes1 parce qu',hafiz est l',orient et qu',horace est l',occident4 ,hafiz est amoureux comme ,salomon2 il prend ses images et ses couleurs dans la voluptueuse ,arabie2 ,horace ne les prend que dans ses modles grecs2 ,hafiz est un inspir de l'amour et de la divinit2 ,horace1 tout parfait qu'il soit de style1 n'est qu'un littrateur accompli de ,rome2 le premier1 original comme la nature2 le second1 acadmique comme la cour d',auguste4 ,,xvii ,le livre des podes ne diffre des odes que par le titre2 c'est le mme gnie d'expression1 d'images et d'harmonie2 gnie tantt s'levant jusqu'aux astres1 tantt abaiss avec une grce incomparable jusqu'aux dtails domestiques de la vie champtre2 en cela gal ,virgile1 c'est--dire la perfection4 ,je ne vous citerai que l'pode ,mcne1 reste dans l'oreille de tous les sages et de tous les heureux3 c'est la batitude des champs4 ,admirez comme cette batitude est la mme pour tous ceux qui ont le bonheur d'avoir un toit ou un verger eux sous un ciel clment4 ,heureux celui qui1 loin des affaires publiques et libre de toute cupidit de l'or1 laboure les champs de ses pres avec ses boeufs qu'il a levs6444 ,tantt il fait grimper en les enlaant aux rameaux les jeunes pousses de la vigne1 et1 retranchant avec sa serpette les pampres gourmands1 il pargne et il greffe ceux qui doivent porter les grappes2 tantt sur les flancs d'un vallon ferm il regarde avec complaisance ses troupeaux qui le parcourent en le remplissant de leurs mugissements2 tantt il ptrit le miel de ses ruches dans ses amphores purifies avec soin2 et1 quand l'automne fcond commence lever au-dessus des champs sa tte couronne de fruits mrs1 quelle joie pour lui de rcolter ces poires greffes de sa main1 et ces grappes de raisin teintes de leur pourpre1 pour vous en porter en hommage les prmices1 vous1 dieu des jardins1 et toi1 dieu des forts qui veilles sur la borne des hritages6 ,s'il lui plat de s'tendre tantt sous un vieux chne1 tantt sur un moelleux gazon1 les eaux profondes du fleuve roulent sous ses yeux entre leurs rives leves1 les oiseaux gazouillent dans les branches1 les sources rpandent1 en murmurant1 leurs eaux courantes et l'invitent par leur bruit monotone de lgers assoupissements2 mais quand la saison d'hiver ramne les pluies1 les foudres et les neiges dans le ciel1 il pousse1 aux aboiements de sa meute de chiens1 les froces sangliers dans les toiles qu'il leur a tendues1 ou bien1 sur des baguettes invisibles1 il tend le filet larges mailles aux grives gourmandes qui viennent s'y abattre2 il prend au lacet le livre peureux ou la grue voyageuse1 proie envie de son foyer4 ,qui n'oublierait dans ces dlassements les soucis importuns des passions8 ,que si une chaste pouse1 semblable nos femmes sabines ou la compagne brunie par le soleil de nos habitants de l',apulie1 partage avec nous ces travaux domestiques et soigne les enfants qu'elle a nourris1 qu'elle construise de bois sec notre cher foyer pour le retour de son mari fatigu1 qu'elle enferme dans le parc d'osier son joyeux troupeau pour tancher de leur lait les mamelles gonfles de ses chvres et de ses brebis1 et que1 tirant du tonneau odorant un vin de l'anne adouci par le miel1 elle assaisonne pour la table des mets qu'elle n'a pas achets prix d'or2444 pour moi1 ni les hutres du lac ,lucrin1 ni les turbots1 ni les sarges que les temptes chassent d',orient vers nos rivages1 ni la poule d',afrique1 ni le faisan d',ionie ne flatteront jamais autant mon palais1 en flattant ma gourmandise1 que l'olive cueillie et choisie sur les plus grosses branches de mes propres arbres1 que l'oseille qui aime les prs1 que la mauve salutaire au corps appesanti par la maladie4 ,quel plaisir1 au milieu de ces simples mets gots lentement sur sa table1 de voir ses brebis rassasies rentrer1 ses boeufs hter le pas vers la maison1 traner d'un cou languissant sous le joug1 le soc renvers1 et un groupe de serviteurs ns dans la maison se presser autour de la flamme clatante du foyer6 ,que manque-t-il ce tableau du bonheur facile d'un paysan d',ustica1 si ce n'est le contraste tacite avec l'opulence inquite de ,mcne8 ,le pote mettait ainsi en action ses prceptes de modration et de mdiocrit son ami4 ,mcne1 en les lisant1 enviait ,horace1 car le laboureur de ,sabine1 c'tait videmment ,horace lui-mme2 il ne lui manquait que la chaste pouse et les enfants1 ces deux mes du foyer1 ces richesses du pauvre2 mais nous avons vu qu',horace1 dans l't de sa vie1 ne les avait pas mrites2 il avait prfr le plaisir au bonheur3 son isolement l'en punissait4 ,,xviii ,ngligeons ses satires1 assaisonnes cependant du sel attique le plus savoureux1 et dont les satires de ,boileau1 traductions dpayses de ,rome ,paris1 nous donnent une ide presque latine4 ,ce n'est plus l'me d',horace1 ni sa voluptueuse bonhomie qui clatent dans ses satires3 c'est son esprit4 ,l'esprit n'est que la partie fugitive de l'homme2 il s'vapore avec les moeurs1 les vices1 les ridicules des temps et des lieux pour lesquels on a crit4 ,quand on ne peut plus mettre le nom du vicieux sur le vice1 la malignit publique teinte enlve les trois quarts de l'intrt la satire2 il n'en reste que quelques traits gnraux1 quelques imprcations loquentes comme dans ,juvnal ,rome et dans ,gilbert ,paris4 ,il faut s'en consoler3 nous ne perdons que des gratignures de plume et des dialogues tincelants de verve en les passant sous silence2 allons vite aux ptres1 o l'me d',horace se retrouve1 plus encore que dans les odes1 avec son talent4 ,l'ode1 c'est le pote2 l'ptre1 c'est l'homme3 c'est l surtout qu',horace est ,horace4 ,les discours en vers de ,voltaire sont ce qui ressemble le plus1 dans nos littratures modernes1 aux ptres du pote latin3 une morale prodigue de prceptes merveilleusement aligns dans ces vers faciles1 et des retours personnels sur sa propre vie prive qui font le charme des confidences potiques4 ,voyez comme il commence sa troisime ptre ,mcne1 avant de se laisser glisser1 comme sur une pente1 des considrations contre l'ambition1 l'orgueil et le luxe3 ,je vous ai promis de n'tre que cinq jours jouir de ma libert la campagne1 et voil que je vous ai manqu de parole pendant tout le mois d'aot6444 ,quand l'hiver fera tinceler sa neige sur les hauteurs d',albano1 alors ton pote descendra vers la mer1 et1 renferm avec ses livres1 il se donnera les aises de la vie2 toi1 mon ami tutlaire6 il te reverra1 si ton coeur t'y porte1 quand les tides vents du printemps souffleront1 au retour de la premire hirondelle4 ,par une transition glissante et naturelle il passe de l la dlicatesse de ,mcne1 qui n'importune pas son ami de dons et de faveurs difficiles refuser2 puis il intercale1 en vers laconiques et pittoresques1 une moquerie douce contre ceux qui aspirent une fortune disproportionne leurs dsirs4 ,c'est un de ces apologues que ,m4 ,walckenaer trouve1 avec raison1 suprieur l'apologue de mme nature versifi par ,la ,fontaine2 le voici3 ,d'aventure1 par une troite fente un mulot fluet s'tait gliss dans un vaisseau charg de froment2 et1 aprs s'tre largement repu1 il s'efforait1 de toute la tension de son corps1 d'en ressortir4 ,une belette lui cria de loin3 ,veux-tu sortir de l3 attends que tu maigrisses2 maigre tu es entr1 maigre tu sortiras6--,veut-on m'appliquer moi le sens de cet apologue8 ,je suis prt me dpouiller de tous mes biens4 ,le loisir1 la libert6 ce n'est pas moi qui changerai ces vrais biens contre les trsors de l',arabie6 ,essaye6 tu verras si je ne renoncerai pas de bonne grce tout ce que je tiens de toi6 ,la mme passion natale de la libert et de la campagne se retrouve dans ce billet crit1 dit-il1 au pied des ruines du vieux temple de ,vacuna1 dans sa chre ,sabine1 en se promenant aux environs de sa mtairie de ,vacuna3 ,salut6 au nom d'un amateur des champs1 ,fuscus1 notre ami1 amateur du sjour des villes6 ,en cela seul nous diffrons du tout au tout1 dans le reste jumeaux en got et en amiti4 ,comme ces deux pigeons clbres dans l'apologue1 tu gardes le nid2 mais je prfre les riants rves des ruisseaux1 les roches tapisses de vieille mousse1 les vastes forts4 ,de quoi me plains-tu8 ,je vis1 je me sens roi aussitt que j'ai perdu de vue ces choses que vous apprciez d'un commun accord comme la suprme flicit2 comme l'esclave dgot du pontife1 je dtourne la lvre des libations3 je prfre le pain sec tous les gteaux de miel de l'offrande4 ,si on dsire vivre de la vie naturelle1 si on veut choisir un site convenable pour btir sa demeure1 en connaissez-vous un plus appropri que l'heureuse retraite que j'ai choisie8 ,y en a-t-il une o les hivers soient plus attidis1 o des vents plus doux ou plus frais tour tour temprent mieux les ardeurs de la canicule et l'pre morsure du lion1 quand il reoit perpendiculairement les brlures d'un soleil vertical8 ,en est-il une o les soucis envieux agitent moins les sommeils8 ,l'herbe des champs sous les roses y parfume-t-elle et y brille-t-elle moins l'aurore que les perles de ,libye8 ,l'eau vive1 qui dans nos villes s'efforce de briser dans sa rapidit ses conduits de plomb1 est-elle plus limpide que celle qui tremble et murmure ici entre ses rives inclines8 ,vous levez des ranges de colonnes de marbre2 n'est-ce pas pour y enclore des bosquets8 ,vous admirez cette villa2 pourquoi8 ,n'est-ce pas parce que l'oeil1 du haut des terrasses1 y embrasse un vaste horizon champtre8 ,chassez la nature coups de fourche1 elle revient vous envahir malgr vous6 ,l'ptre finit1 comme la prcdente1 par l'apologue du cheval et du cerf1 versifi par ,horace1 et chez nous par ,la ,fontaine4 ,mais cet apologue1 vol par les deux potes sope1 et par sope lui-mme au fabuliste indien1 ,lakman1 finit1 dans ,horace1 par un vers lapidaire qui contient avec une nergie sublime le proverbe ternel de la modration des dsirs3 ,serviet ternum qui parvo nesciet uti2 ,il sera ternellement esclave celui qui ne sait pas se contenter de peu4 ,le petit billet suivant son ami ,bullatius1 pour le dtourner de longs voyages1 est un vritable jet d'eau de proverbes jaillissant en vers d'une seule gerbe1 plus sonores et plus tincelants que le cristal4 ,vous croyez1 en le lisant1 marcher sur un pav de mosaque1 o chaque pierre est un blouissement des yeux4 ,c'est l que je voudrais vivre dans l'oubli de tous6 c'est l que je voudrais contempler du rivage la mer en fureur6444 ,modre ton imagination2 et ,rhodes et ,mitylne ne te seront pas plus ncessaires qu'un manteau dans la canicule1 qu'une tunique lgre par le vent de neige1 que le coin du feu dans le mois d'aot4 ,pendant que tu le peux1 et que la ,fortune conserve un visage souriant1 reviens ,rome444 ,quelle que soit la divinit qui tire pour toi de l'urne une heure acceptable1 prends-la d'une main reconnaissante2 ne remets pas les plaisirs prsents une autre anne6 ,ils changent de ciel1 et non d'me1 ceux qui naviguent au del des mers2 ce que tu vas chercher si loin1 le bonheur1 est ici3 il est mme ,ulubria4 ,,xix ,celui-l n'est jamais pauvre qui ne manque pas des choses ncessaires la vie1 continue-t-il dans la petite lettre en vers ,iccius4 ,si ton corps est sain1 si tes flancs respirent librement1 si tes pieds sont l'aise1 toutes les richesses des rois ne t'achteront rien de mieux4 ,une ptre charmante son jardinier d',ustica1 qui a servi de modle celle de ,boileau au jardinier d',auteuil1 est pleine d'un charme vraiment rural4 ,on y sent le repos savour de l'homme dgot par l'ge des plaisirs corrupteurs de la ville4 ,il te faut1 dit-il1 retourner des glbes de steppes qui n'ont pas encore subi la charrue1 panser les boeufs dlis du joug1 et remplir la crche de feuilles arraches aux arbres4 ,toujours de l'ouvrage2 de loisir1 jamais6 ,le ruisseau ajoute encore la peine qui pse ta paresse3 si les pluies tombent1 il te faut1 par des digues sans cesse releves1 endiguer ses ondes1 pour prserver de l'inondation le pr qu'il dsaltre1 etc41 etc4 ,et moi1 l'homme qui se parait nagure ,rome de toges fines et lgres1 et dont les cheveux luisants embaumaient d'essences2 l'homme clbre1 tu le sais1 pour avoir t prfr tous par l'avide courtisane ,glycre2 l'homme qui s'humectait du matin au soir du cristal liquide du vin de ,falerne1 il ne se dlecte maintenant que d'un court repos1 d'un sommeil sans couche dans l'herbe auprs du ruisseau4 ,je ne rougis pas d'avoir t jeune1 mais je rougirais de l'tre toujours4 ,rien subir ici que le sourire de mes voisins1 quand ils me voient remuer des mottes de terre ou pierrer mon champ4 ,tu prfrerais vivre avec mes serviteurs de la ville8 ,mon porteur de litire la ville t'envie le soin de mes vergers et de mes troupeaux et la bche de mon potager4 ,c'est ainsi que le boeuf paresseux et lourd demande la selle et la bride d'un coursier1 et que le cheval de main soupire aprs la charrue4 ,que chacun fasse son mtier6 c'est mon avis4 ,,xx ,il revient sans cesse1 dans des vers aussi souples que gracieux1 aux images rurales qui possdent sa pense4 ,souvenez-vous de ,voltaire saluant le lac ,lman du haut de la terrasse de ,ferney3 vous retrouverez dans ce salut potique la belle description d',horace ,quinctius4 ,vous me demandez quelques dtails sur ma mtairie1 aimable ,quinctius4 ,a-t-elle des champs assez pour nourrir son matre8 des oliviers aux baies fcondes pour l'enrichir8 ,a-t-elle des vergers1 des prairies1 des vignes suspendues l'ormeau8 ,je vais vous dcrire au long l'assiette et la nature de mon bien4 ,imaginez une chane de collines que spare une ombreuse valle4 ,le soleil en naissant regarde d'abord le versant de la droite2 gauche l'astre fugitif abaisse son char derrire leurs pentes vaporeuses4 ,la temprature est admirable4 ,que diriez-vous en voyant sur la ronce innocente rougir la prune et la cornouille8 ,partout le chne et l'yeuse prodiguent leurs fruits au troupeau1 leur ombre l'heureux possesseur4 ,on croirait tre aux portes de la ville de ,tarente4 ,la source qui l'arrose a la gloire de donner son nom un ruisseau dont l',hbre aux champs de la ,thrace envierait la fracheur et la puret6 ,son onde est bonne aux cerveaux fatigus1 bonne aux estomacs dbiles4 ,voil les douces retraites1 disons mieux1 les demeures enchantes qui prservent votre ami des influences de l'automne4 ,voil comment il ajuste son propre portrait dans ce cadre rustique de sa vie l'ge o la sagesse l'y confine4 ,ces vers sont adresss1 par badinage1 son recueil de vers lyriques3 ,quand un tide soleil d't vous fera lire loisir1 devant un cercle nombreux d'auditeurs1 vous direz1 mon livre6 que moi1 simple affranchi sans fortune1 j'ai os dployer hors de mon petit nid des ailes plus vastes3 cet aveu1 en retranchant ma noblesse1 ajoutera mon mrite4 ,vous ajouterez que j'ai eu le bonheur d'tre aim1 tant dans les camps que dans la ville1 de ce que ,rome a de plus lev et de plus aimable4 ,vous direz de plus1 si on vous interroge1 que j'tais un homme de petite taille1 chauve avant l'ge1 trs-amoureux des rayons du soleil1 prompt m'irriter1 plus prompt m'adoucir2 et si quelqu'un veut savoir mon ge1 vous direz que je comptais quatre fois dix ans1 surchargs de quatre ans1 l'anne o ,lollius eut pour collgue au consulat ,lpide4 ,le soleil n'est pas encore lev1 ajoute-t-il dans l'ptre ,auguste1 que je suis debout1 demandant mes tablettes1 mes roseaux pour crire1 et mes portefeuilles6 ,aprs la bataille de ,philippes1 qui me dpouilla tout honteux de mes ailes d'esprance1 de mes dieux lares et de mes patrimoines paternels1 la pauvret imprieuse et entreprenante me fit tenter d'crire des vers2 mais1 maintenant que je possde tout ce que je puis dsirer1 si je continuais versifier encore1 y aurait-il assez d'ellbore pour gurir ma folie1 si au lieu de dormir je persvrais aligner des strophes8 ,les annes1 en s'en allant1 nous emportent toutes quelque chose de nous-mme4 ,elles m'ont1 dis-je1 ravi les joies1 les amours1 les festins1 les plaisirs du jeu1 et maintenant elles se prparent m'enlever mme la posie4 ,qu'y faire8 ,,xxi ,cette ptre d',horace est un pome propos de tout1 mille fois suprieur aux ptres de ,boileau ,louis ,,xiv ou aux ptres de ,voltaire ,frdric4 ,elle rappellerait plutt un chant de ,childe-,harold de lord ,byron1 glanant sur la surface de tout ce qui se prsente son imagination1 mais ne glanant que des roses et du rire l o ,byron glane des cyprs et des larmes4 ,le bon sens exquis jouant avec la sagesse est le caractre de cette ptre1 la plus belle de toutes les posies qui portent ce nom4 ,c'est ce dcousu de la conversation en vers qui est le caractre et la grce de ce genre de composition4 ,entre une ptre d',horace et une lettre de madame de ,svign il n'y a de diffrence que de la prose aux vers4 ,,xxii ,auguste1 arriv au suprme repos d'un pouvoir incontest sur l'univers1 se dlectait de ces vers d',horace4 ,ils taient dsormais pour lui des brevets d'immortalit2 il avait l'esprit de pressentir celle du fils de l'affranchi1 gale celle du neveu de ,csar4 ,auguste1 accabl d'affaires1 vieillissant1 condamn par la dlicatesse de sa sant une sobrit pythagoricienne1 ne faisait qu'un lger repas au milieu du jour2 aprs ce frugal repas il s'tendait sur un lit de repos1 en silence1 les deux mains sur ses yeux1 et se dlassait entendre tantt les vers1 tantt les conversations de ,mcne et d',horace4 ,souvent mme il donnait son pote favori le sujet des odes1 des satires1 des ptres qu',horace lui rapportait aprs les avoir composes loisir4 ,les soupers de ,frdric avec ,voltaire et ses amis ,sans-,souci1 ce ,tibur soldatesque de la ,prusse1 donnaient une ide assez exacte des soupers d',auguste1 o ,mcne1 ,pollion1 ,virgile et ,tibulle soupaient avec le matre du monde4 ,le seul vrai matre1 l1 c'tait la libert amicale des convives4 ,c'est une de ces runions que nous devons cette magnifique divagation d',horace4 ,il descendit des tons infiniment plus familiers dans une autre ptre intitule le ,voyage ,brindes1 crite peu prs dans le mme temps1 et que les diteurs ont insre tort parmi les satires4 ,c'est un ,tniers dans une galerie de paysagistes classiques4 ,horace a voulu prouver dans ce badinage qu'il savait jouer avec le pinceau comme avec la lyre4 ,ce voyage en vers familiers est surtout intressant par la ressemblance1 encore aujourd'hui parfaite1 entre les moeurs des hommes du peuple des bourgades d',italie et les moeurs de ce mme peuple de nos jours4 ,c'est une page d'histoire des scnes populaires qui vous transporte ,albano1 ,terracine1 ,fondi1 dans les ,abruzzes1 et jusque dans les tavernes de la ,calabre1 en excellente compagnie de la cour d',auguste4 ,cette socit1 runie pour un voyage de plaisir1 se composait d',horace1 de ,mcne1 d',hliodore1 littrateur grec de la plus haute renomme ,rome1 et de quelques hommes de got de la maison de ,mcne4 ,lisons3 chaque vers est une pierre milliaire de la voie ,appienne qui mne de ,rome en ,apulie4 ,c'est la gographie badine d'un pote2 il est croire que ,mcne et ses amis avaient charg ,horace de rdiger en plaisanterie leur itinraire pour perptuer les accidents et les charmes du voyage2 de plus1 ce voyage avait un charme tout particulier pour ,horace1 puisqu'il le conduisait aux lieux1 toujours chers1 o il avait pass son enfance1 sous la tutelle d'un pre chri4 ,il ne faut pas chercher de la posie2 c'est crit au crayon sur le genou1 en notes o le vers s'amuse ressembler la prose4 ,,xxiii ,sortis de ,rome1 la grande ,aricia nous offre une halte mesquine 7aujourd'hui c'est encore l',aricia1 fameuse par ses chnes gigantesques1 au pied desquels on trouve toujours assis un peintre1 un amant ou un pote72 de l nous arrivons au march d',appius 7sorte de march de ,poissy de ,rome74 coutez comment une htellerie romaine est dcrite dans ce tumultueux rendez-vous des bouviers et des marins fournisseurs de ,rome3 ,fourmilire de marins et de cabaretiers fripons1 l'eau y est insalubre2 je prfrai faire jener mon estomac dbile1 et j'assistai1 sans y prendre part1 au repas de mes compagnons de route4 ,dj la nuit tombante commenait dployer l'ombre sur les campagnes et semer les campagnes du firmament de ses toiles4 ,rixe entre nos jeunes esclaves avec les matelots1 et des matelots contre nos jeunes serviteurs3--,aborde ici4--,tu entasses trois cents personnes dans la barque2 hol6 c'est assez6--,pendant que l'on recueille le prix du passage et que l'on attelle les mules1 une longue heure s'coule2 les cousins bourdonnants et les grenouilles marcageuses cartent le sommeil2 les mariniers et les passagers1 ivres de mauvais vin1 chantent l'envi leur matresse absente1 jusqu'au moment o le voyageur fatigu et le batelier paresseux attache une borne le cou de la mule1 la laisse patre1 et ronfle tendu sur le dos4 ,les voyageurs1 couchs dans la barque sur le canal des marais ,pontins1 croient avancer et sont immobiles2 l'un d'eux se rveille l'aube du jour et saute terre1 s'arme d'une baguette de saule1 et en caresse les paules des bateliers et de la mule assoupis4 la quatrime heure on dbarque un moment prs de la fontaine ,ferrione1 pour se laver le visage et les mains dans son onde pure4 ,bientt on arrive ,anxur 7aujourd'hui ,terracine71 assise sur ses rochers blouissants4 7,ils sont jaunis et dors aujourd'hui par tant de soleils de plus47 ,l on est rejoint par ,coccius1 charg d'une importante mission par ,auguste1 puis par un autre ami de ,mcne1 ,fontius ,capito1 homme accompli ad unguem1 dit le pote4 ,on arrive ,fondi 7encore aujourd'hui sale bourgade dans le plus riant paysage d'orangers de la cte72 on quitte ,fondi en riant de l'importance et du costume officiel de ses magistrats municipaux4 ,on s'arrte ,mamurra 7,formies7 pour loger chez ,coccius et pour souper chez ,murna4 ,coccius et ,murna1 leurs compagnons de voyage1 possdaient des maisons de campagne dans ce beau site de la ,campanie2 ils durent entrevoir ,formies1 chez ,varron1 cette belle ,terentia1 sa soeur1 qui devint plus tard la femme de ,mcne4 ,varron1 frre de ,trentia1 subit la mort quelques annes aprs1 pour avoir conspir contre ,auguste4 ,plotius1 ,varus1 ,virgile1 hommes de la mme socit1 les rejoignent encore au del des marais de ,minturnes4 ,un mot d',horace trahit sa tendresse pour son mule1 le doux ,virgile4 ,le monde1 dit-il1 n'eut jamais d'me plus candide4 ,capoue ils retrouvent leurs mules1 qui portaient les bagages2 l ils quittent la route de ,naples pour s'engouffrer dans les gorges de l',apulie4 ,la premire halte1 avant ,bnvent1 est gaye par un dialogue1 digne d',aristophane le ,cynique1 entre deux des convives qui s'accablent d'ironies4 ,l'un reproche l'autre sa laideur1 l'autre sa beaut2 le premier avait t esclave1 le second1 favori suspect d',octave4 ,dans les hautes montagnes d',apulie on couche dans une mtairie3 ,horace se plaint de la fume du bois vert d'olivier1 qui blesse ses yeux dbiles4 ,une jeune ,apulienne1 d'une beaut grecque1 y charme ses songes4 ,on ne reconnat pas ici son bon got attique dans la lubricit des images3 le got pur est dans l'me pure4 ,ni ,horace dans un petit nombre de vers de ses innombrables vers1 ni ,j4-,j4 ,rousseau dans ses ,confessions dgotantes dates de ,lyon1 ne savent se prserver du cynisme1 cette ftidit de l'me qui infecte jusqu' l'imagination4 ,ce vice de l'expression1 frquent dans ,j4-,j4 ,rousseau1 rare dans ,horace1 devrait-il tre respect dans leurs ditions8 ,laisse-t-on des immondices sur la voie publique8 ,la salubrit morale doit-elle tre plus tolrante que la salubrit municipale8 ,enfin1 dit-il1 j'arrive ,brindes1 terme de mon voyage et de mes vers4 ,l'itinraire est gai comme un souper d'amis au bord de la mer1 exact comme une carte de gographie4 ,un jeune littrateur1 ,m4 ,desjardins1 a trouv encore aujourd'hui son chemin de ,rome l',adriatique1 le voyage d',horace la main4 ,les amis se sparent ,brindes2 ,horace alla seul1 ou peut-tre avec ,virgile1 visiter sa chre fontaine de ,blandusie et les ruines de la maison de son pre ,venusia4 ,l il se souvint de son heureuse enfance1 et il versa des larmes de tendresse sur tous ces souvenirs vivants1 qu'il voulait revoir une dernire fois4 ,c'tait1 malgr tout son esprit1 ce que nous appelons un homme de bon coeur4 ,,xxiv ,tel est l'homme1 telle est la vie1 telles sont les oeuvres de ce philosophe du bonheur et de ce pote du loisir4 ,maintenant qu'en pensons-nous8 ,le voici3 ,est-ce un de ces potes confident du coeur1 consolateur de l'me1 conseiller des mauvais jours1 que les hommes de tous les ges peuvent emporter avec eux dans l'exil1 dans l'amour1 dans le recueillement de la solitude1 dans la douleur des ternelles sparations1 dans l'intimit religieuse de leur conversation voix basse avec le ciel1 pour oublier la patrie1 pour nourrir les chastes tendresses1 pour s'envelopper du mystre des penses infinies1 pour donner des larmes sympathiques leurs yeux1 pour prter des prires leurs invocations secrtes1 pour verser en eux dans des vers sacrs la foi et l'esprance des runions ternelles8 ,non2 ces accents suprieurs1 qui sont l'immortelle posie de ,pindare1 d',homre1 de ,virgile1 de ,ptrarque1 de ,racine1 de ,david1 et de quelques lyriques spiritualistes de nos jours1 que je nommerai peu parce qu'ils vivent et chantent encore au milieu de nous1 ces sublimits de la posie divine ou humaine ne sont pas la porte de la main badine et picurienne d',horace4 ,ne cherchez pas l une larme sur ses cordes3 c'est le pote du sourire1 c'est l'ami des heureux4 ,mais si vous tes seulement un homme de bon sens et de got exquis1 un amateur des dlicatesses de l'esprit et des grces de la posie2 si vous ne sentez plus dans votre coeur ou si votre nature tempre n'a jamais senti les brlures sacres ni les stigmates toujours saignants des fortes passions3 amour1 dvouement1 religion1 soif de l'infini2 si une flicit facile et constante vous a servi souhait dans les diffrents ges de votre vie2 si vous avez pass l'ge des temptes1 l'quinoxe de cette vie2 si vous tes dtromp des hommes et de leurs vains efforts pour se retourner sur leur lit de chimres2 si vous avez vu dix rvolutions et cent batailles soulever pendant soixante ans la poussire des places publiques et des champs de mort sans rien changer dans le sort des peuples que le nom de leur servitude et de leurs dceptions2 si vous avez vu les prtendus sages de la veille dclars fous le lendemain1 et les philosophies et les systmes qui avaient fanatis les pres devenir la drision de leurs fils2 si la pense humaine1 toujours active et toujours trompe1 vous a attrist d'abord par ce perptuel enfantement du nant2 si1 aprs avoir pleur sur ce tonneau retentissant des ,danades qu'on appelle ,vrit1 vous avez fini par en rire2 si1 sans chercher plus longtemps cette impntrable moquerie du destin qui pousse le genre humain ttons de la vie la mort1 vous avez pris le parti de douter de tout1 de laisser son secret la ,providence1 qui1 dcidment1 ne veut le dire aucun mortel1 aucun peuple et aucun sicle2 si vous vous laissez glisser ainsi sur la pente1 comme l'eau de l',anio qui glisse en gazouillant sous le verger d',horace2 si vous n'avez ni femme ni enfant qui doublent et qui perptuent pour vous les soucis de la vie2 si votre coeur1 un peu rtrci par cet gosme qui se replie uniquement sur lui-mme1 a besoin d'amusement plus que de sentiment2 si vous possdez cet ,hoc erat in votis1 ce voeu d',horace1 un joli domaine aux champs pour l't1 une maison chaude l'hiver1 tapisse de bons vieux livres 7nunc veterum libri72 si votre fortune est suffisante pour votre bien-tre born2 si vous avez pour amis quelques amis puissants1 amis eux-mmes des matres du monde1 avec lesquels vous soupez gaiement en regardant combattre ,pompe et mourir ,cicron pour cette vertu que ,brutus appelle un vain nom en mourant lui-mme2 enfin1 si vous n'avez pas grand souci des dieux1 et si les toiles vous semblent trop haut pour lever vos courtes mains vers les choses clestes2 oh6 alors1 ,horace est le pote qui vous a t prpar de toute ternit pour ami2 c'est le pote de la bonne humeur1 c'est l'ami des heureux1 c'est le philosophe des insouciants1 c'est le plus charmant causeur de cette socit immortelle qui commence ,anacron1 qui passe par l',arioste en ,italie1 par ,pope en ,angleterre1 par ,boileau1 par ,saint-vremond1 par ,voltaire1 par ,branger en ,france1 et qui1 suprieure en posie et en dlicatesse exquise tous ces gnies de l'agrment1 vous laissera peu de choses dans le coeur1 mais des paroles sans nombre de sagesse lgre et de volupt intellectuelle dans la mmoire4 ,attendez la saison d'hiver o un livre est une socit toujours bienvenue au coin du feu2 attendez surtout la saison d't1 o un compagnon est agrable pour rpercuter en vous les douces sensations du soleil1 de l'ombre des bois1 des eaux1 de la montagne1 de la mer2 achetez cette dlicieuse miniature d',horace illustre par les ,didot2 asseyez-vous la lisire de vos bois au bord du ruisseau1 sous les saules o les oiseaux gazouillent l'envi de l'onde1 et lisez1 et prenez les heures comme elles viennent1 et dites1 comme ,horace3 ,carpe diem1 saisissez le jour1 tout est pour le mieux1 pourvu qu'on ait les pieds au soleil et la tte l'ombre6 ,ce pote est votre homme2 ce n'est pas le mien4 ,,lamartine4 ,,fin ,,du ,,tome ,,huiti,,me4