,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,parerga ,,et ,,paralipomena ,,aphorismes ,,sur ,,la ,,sagesse ,,dans ,,la ,,vie ,,arthur ,,schopenhauer ,,traduit ,,en ,,fran,,ais ,,pour ,,la ,,premi,,re ,,fois ,par ,j4-,a4 ,,cantacuz,,ne ,le bonheur n'est pas chose aise3 il est trs difficile de le trouver en nous1 et impossible de le trouver ailleurs4 ,,chamfort4 ,,troisi,,me ,,dition ,,paris ,f,,lix ,,alcan1 ,,diteur #ahhg ,,table ,,des ,,mati,,res ,,introduction ,,chapitre ,ier4--,division fondamentale4 ,,chapitre ,,ii4--,de ce que l'on est4 ,i4--,la sant de l'esprit et du corps4 ,,ii4--,la beaut4 ,,iii4--,la douleur et l'ennui4--,l'intelligence4 ,,chapitre ,,iii4--,de ce que l'on a4 ,,chapitre ,,iv4--,de ce que l'on reprsente4 ,i4--,de l'opinion d'autrui4 ,,ii4--,le rang4 ,,iii4--,l'honneur4 ,,iv4--,la gloire4 ,,chapitre ,v4--,parnses et maximes4 ,i4--,maximes gnrales4 ,,ii4--,concernant notre conduite envers nous mme4 ,,iii4--,concernant notre conduite envers les autres4 ,,iv4--,concernant notre conduite en face de la marche du monde et en face du sort4 ,,chapitre ,,vi4--,de la diffrence des ges de la vie4 ,,introduction ,je prends ici la notion de la sagesse dans la vie dans son acception immanente1 c'est--dire que j'entends par l l'art de rendre la vie aussi agrable et aussi heureuse que possible4 ,cette tude pourrait s'appeler galement l',eudmonologie2 ce serait donc un trait de la vie heureuse4 ,celle-ci pourrait son tour tre dfinie une existence qui1 considre au point de vue purement extrieur ou plutt 7comme il s'agit ici d'une apprciation subjective7 qui1 aprs froide et mre rflexion1 est prfrable la non-existence4 ,la vie heureuse1 ainsi dfinie1 nous attacherait elle par elle-mme et pas seulement par la crainte de la mort2 il en rsulterait en outre que nous dsirerions la voir durer indfiniment4 ,si la vie humaine correspond ou peut seulement correspondre la notion d'une pareille existence1 c'est l une question laquelle on sait que j'ai rpondu par la ngative dans ma ,philosophie2 l'eudmonologie1 au contraire1 prsuppose une rponse affirmative4 ,celle-ci1 en effet1 repose sur cette erreur inne que j'ai combattue au commencement du chapitre ,,xlix1 vol4 ,,ii1 de mon grand ouvrage#a4 ,par consquent1 pour pouvoir nanmoins traiter la question1 j'ai d m'loigner entirement du point de vue lev1 mtaphysique et moral auquel conduit ma vritable philosophie4 ,tous les dveloppements qui vont suivre sont donc fonds1 dans une certaine mesure1 sur un accommodement1 en ce sens qu'ils se placent au point de vue habituel1 empirique et en conservent l'erreur4 ,leur valeur aussi ne peut tre que conditionnelle1 du moment que le mot d'eudmonologie n'est lui-mme qu'un euphmisme4 ,ils n'ont en outre aucune prtention tre complets1 soit parce que le thme est inpuisable1 soit parce que j'aurais d rpter ce que d'autres ont dj dit4 ,je ne me rappelle que le livre de ,cardan3 ,de utilitate ex adversis capienda1 ouvrage digne d'tre lu1 qui traite de la mme matire que les prsents aphorismes2 il pourra servir complter ce que j'offre ici4 ,aristote1 il est vrai1 a intercal une courte eudmonologie dans le chapitre ,v du livre ,i de sa ,rhtorique2 mais il n'a produit qu'une uvre bien maigre4 ,je n'ai pas eu recours ces devanciers2 compiler n'est pas mon fait2 d'autant moins l'ai-je fait que l'on perd par l cette unit de vue qui est l'me des uvres de cette espce4 ,en somme1 certainement les sages de tous les temps ont toujours dit la mme chose1 et les sots1 c'est--dire l'incommensurable majorit de tous les temps1 ont toujours fait la mme chose1 savoir le contraire1 et il en sera toujours ainsi4 ,aussi ,voltaire dit-il3 ,nous laisserons ce monde-ci aussi sot et aussi mchant que nous l'avons trouv en y arrivant4 ,,aphorismes ,,sur ,,la ,,sagesse ,,dans ,,la ,,vie ,,chapitre ,,premier ,,division ,,fondamentale ,aristote 7,morale ,nicomaque1 ,i1 #h7 a divis les biens de la vie humaine en trois classes1 les biens extrieurs1 ceux de l'me et ceux du corps4 ,ne conservant que la division en trois1 je dis que ce qui diffrencie le sort des mortels peut tre ramen trois conditions fondamentales4 ,ce sont3 #a ,ce qu'on est3 donc la personnalit1 dans son sens le plus tendu4 ,par consquent1 on comprend ici la sant1 la force1 la beaut1 le temprament1 le caractre moral1 l'intelligence et son dveloppement4 #b ,ce qu'on a3 donc proprit et avoir de toute nature4 #c ,ce qu'on reprsente3 on sait que par cette expression l'on entend la manire dont les autres se reprsentent un individu1 par consquent ce qu'il est dans leur reprsentation4 ,cela consiste donc dans leur opinion son gard et se divise en honneur1 rang et gloire4 ,les diffrences de la premire catgorie dont nous avons nous occuper sont celles que la nature elle-mme a tablies entre les hommes2 d'o l'on peut dj infrer que leur influence sur le bonheur ou le malheur sera plus essentielle et plus pntrante que celle des diffrences provenant des rgles humaines et que nous avons mentionnes sous les deux rubriques suivantes4 ,les vrais avantages personnels1 tels qu'un grand esprit ou un grand cur1 sont par rapport tous les avantages du rang1 de la naissance1 mme royale1 de la richesse et autres1 ce que les rois vritables sont aux rois de thtre4 ,dj ,mtrodore1 le premier lve d'picure1 avait intitul un chapitre3 #8 7,les causes qui viennent de nous contribuent plus au bonheur que celles qui naissent des choses4--,cf4 ,clment d',alex41 ,strom41 ,,ii1 #ba1 p4 #cfb dans l'dition de ,wurtzbourg des ,opp4 polem47 ,et1 sans contredit1 pour le bien-tre de l'individu1 mme pour toute sa manire d'tre1 le principal est videmment ce qui se trouve ou se produit en lui4 ,c'est l1 en effet1 que rside immdiatement son bien-tre ou son malaise2 c'est sous cette forme1 en dfinitive1 que se manifeste tout d'abord le rsultat de sa sensibilit1 de sa volont et de sa pense2 tout ce qui se trouve en dehors n'a qu'une influence indirecte4 ,aussi les mmes circonstances1 les mmes vnements extrieurs1 affectent-ils chaque individu tout diffremment1 et1 quoique placs dans un mme milieu1 chacun vit dans un monde diffrent4 ,car il n'a directement affaire que de ses propres perceptions1 de ses propres sensations et des mouvements de sa propre volont3 les choses extrieures n'ont d'influence sur lui qu'en tant qu'elles dterminent ces phnomnes intrieurs4 ,le monde dans lequel chacun vit dpend de la faon de le concevoir1 laquelle diffre pour chaque tte2 selon la nature des intelligences1 il paratra pauvre1 insipide et plat1 ou riche1 intressant et important4 ,pendant que tel1 par exemple1 porte envie tel autre pour les aventures intressantes qui lui sont arrives pendant sa vie1 il devrait plutt lui envier le don de conception qui a prt ces vnements l'importance qu'ils ont dans sa description1 car le mme vnement qui se prsente d'une faon si intressante dans la tte d'un homme d'esprit1 n'offrirait plus1 conu par un cerveau plat et banal1 qu'une scne insipide de la vie de tous les jours4 ,ceci se manifeste au plus haut degr dans plusieurs posies de ,gthe et de ,byron1 dont le fond repose videmment sur une donne relle2 un sot1 en les lisant1 est capable d'envier au pote l'agrable aventure1 au lieu de lui envier la puissante imagination qui1 d'un vnement passablement ordinaire1 a su faire quelque chose d'aussi grand et d'aussi beau4 ,pareillement1 le mlancolique verra une scne de tragdie l o le sanguin ne voit qu'un conflit intressant1 et le flegmatique un fait insignifiant4 ,tout cela vient de ce que toute ralit1 c'est--dire toute actualit remplie se compose de deux moitis1 le sujet et l'objet1 mais aussi ncessairement et aussi troitement unies que l'oxygne et l'hydrogne dans l'eau4 moiti objective identique1 la subjective tant diffrente1 ou rciproquement1 la ralit actuelle sera tout autre2 la plus belle et la meilleure moiti objective1 quand la subjective est obtuse1 de mauvaise qualit1 ne fournira jamais qu'une mchante ralit et actualit1 semblable une belle contre vue par un mauvais temps ou rflchie par une mauvaise chambre obscure4 ,pour parler plus vulgairement1 chacun est fourr dans sa conscience comme dans sa peau et ne vit immdiatement qu'en elle2 aussi y a-t-il peu de secours lui apporter du dehors4 la scne1 tel joue les princes1 tel les conseillers1 tel autre les laquais1 ou les soldats ou les gnraux1 et ainsi de suite4 ,mais ces diffrences n'existent qu' l'extrieur2 l'intrieur1 comme noyau du personnage1 le mme tre est fourr chez tous1 savoir un pauvre comdien avec ses misres et ses soucis4 ,dans la vie1 il en est de mme4 ,les diffrences de rang et de richesses donnent chacun son rle jouer1 auquel ne correspond nullement une diffrence intrieure de bonheur et de bien-tre2 ici aussi est log dans chacun le mme pauvre hre1 avec ses soucis et ses misres1 qui peuvent diffrer chez chacun pour ce qui est du fond1 mais qui1 pour ce qui est de la forme1 c'est--dire par rapport l'tre propre1 sont peu prs les mmes chez tous2 il y a certes des diffrences de degr1 mais elles ne dpendent pas du tout de la condition ou de la richesse1 c'est--dire du rle4 ,comme tout ce qui se passe1 tout ce qui existe pour l'homme ne se passe et n'existe immdiatement que dans sa conscience2 c'est videmment la qualit de la conscience qui sera le prochainement essentiel1 et dans la plupart des cas tout dpendra de celle-l bien plus que des images qui s'y reprsentent4 ,toute splendeur1 toutes jouissances sont pauvres1 rflchies dans la conscience terne d'un bent1 en regard de la conscience d'un ,cervants1 lorsque1 dans une prison incommode1 il crivait son ,don ,quijote4 ,la moiti objective de l'actualit et de la ralit est entre les mains du sort et1 par suite1 changeante2 la moiti subjective1 c'est nous-mmes1 elle est par consquent immuable dans sa partie essentielle4 ,aussi1 malgr tous les changements extrieurs1 la vie de chaque homme porte-t-elle d'un bout l'autre le mme caractre2 on peut la comparer une suite de variations sur un mme thme4 ,personne ne peut sortir de son individualit4 ,il en est de l'homme comme de l'animal2 celui-ci1 quelles que soient les conditions dans lesquelles on le place1 demeure confin dans le cercle troit que la nature a irrvocablement trac autour de son tre1 ce qui explique pourquoi1 par exemple1 tous nos efforts pour faire le bonheur d'un animal que nous aimons doivent se maintenir forcment dans des limites trs restreintes1 prcisment cause de ces bornes de son tre et de sa conscience2 pareillement1 l'individualit de l'homme a fix par avance la mesure de son bonheur possible4 ,ce sont spcialement les limites de ses forces intellectuelles qui ont dtermin une fois pour toutes son aptitude aux jouissances leves4 ,si elles sont troites1 tous les efforts extrieurs1 tout ce que les hommes ou la fortune feront pour lui1 tout cela sera impuissant le transporter par del la mesure du bonheur et du bien-tre humain ordinaire1 demi animal3 il devra se contenter des jouissances sensuelles1 d'une vie intime et gaie dans sa famille1 d'une socit de bas aloi ou de passe-temps vulgaires4 ,l'instruction mme1 quoiqu'elle ait une certaine action1 ne saurait en somme largir de beaucoup ce cercle1 car les jouissances les plus leves1 les plus varies et les plus durables sont celles de l'esprit1 quelque fausse que puisse tre pendant la jeunesse notre opinion cet gard2 et ces jouissances dpendent surtout de la force intellectuelle4 ,il est donc facile de voir clairement combien notre bonheur dpend de ce que nous sommes1 de notre individualit1 tandis qu'on ne tient compte le plus souvent que de ce que nous avons ou de ce que nous reprsentons4 ,mais le sort peut s'amliorer2 en outre1 celui qui possde la richesse intrieure ne lui demandera pas grand'chose2 mais un bent restera bent1 un lourdaud restera lourdaud1 jusqu' sa fin1 ft-il en paradis et entour de houris4 ,gthe dit3 ,volk und ,knecht und ,ueberwinder1 ,sie gestehn1 zu jeder ,zeit1 ,hchstes ,glck der ,erdenkinder ,sei nur die ,persnlichkeit4 7,peuple et laquais et conqurant1--en tout temps reconnaissent--que le suprme bien des fils de la terre--est seulement la personnalit4 ,gthe1 ,divan ,or4 ,occ41 ,,zulecka74 ,que le subjectif soit incomparablement plus essentiel notre bonheur et nos jouissances que l'objectif1 cela se confirme en tout1 par la faim1 qui est le meilleur cuisinier1 jusqu'au vieillard regardant avec indiffrence la desse que le jeune homme idoltre1 et tout au sommet1 nous trouvons la vie de l'homme de gnie et du saint4 ,la sant par-dessus tout l'emporte tellement sur les biens extrieurs qu'en vrit un mendiant bien portant est plus heureux qu'un roi malade4 ,un temprament calme et enjou1 provenant d'une sant parfaite et d'une heureuse organisation1 une raison lucide1 vive1 pntrante et concevant juste1 une volont modre et douce1 et comme rsultat une bonne conscience1 voil des avantages que nul rang1 nulle richesse ne sauraient remplacer4 ,ce qu'un homme est en soi-mme1 ce qui l'accompagne dans la solitude et ce que nul ne saurait lui donner ni lui prendre1 est videmment plus essentiel pour lui que tout ce qu'il peut possder ou ce qu'il peut tre aux yeux d'autrui4 ,un homme d'esprit1 dans la solitude la plus absolue1 trouve dans ses propres penses et dans sa propre fantaisie de quoi se divertir agrablement1 tandis que l'tre born aura beau varier sans cesse les ftes1 les spectacles1 les promenades et les amusements1 il ne parviendra pas carter l'ennui qui le torture4 ,un bon caractre1 modr et doux1 pourra tre content dans l'indigence1 pendant que toutes les richesses ne sauraient satisfaire un caractre avide1 envieux et mchant4 ,quant l'homme dou en permanence d'une individualit extraordinaire1 intellectuellement suprieure1 celui-l alors peut se passer de la plupart de ces jouissances auxquelles le monde aspire gnralement2 bien plus1 elles ne sont pour lui qu'un drangement et un fardeau4 ,horace dit en parlant de lui-mme3 ,gemmas1 marmor1 ebur1 ,tyrrhena sigilla1 tabellas1 ,argentum1 vestes ,gaetulo murice tinctas1 ,sunt qui habeant1 est qui non curat habere4 7,il en est qui n'ont ni pierres prcieuses1 ni marbre1 ni ivoire1 ni statuettes tyrrhniennes1 ni tableaux1 ni argent1 ni robes teintes de pourpre gatulienne2 il en est un qui ne se soucie pas d'en avoir4--,horace1 ,ep4 ,,ii1 ,l4 ,,ii1 vers #ahj et suiv47 ,et ,socrate1 la vue d'objets de luxe exposs pour la vente1 s'criait3 ,combien il y a de choses dont je n'ai pas besoin6 ,ainsi1 la condition premire et la plus essentielle pour le bonheur de la vie1 c'est ce que nous sommes1 c'est notre personnalit2 quand ce ne serait dj que parce qu'elle agit constamment et en toutes circonstances1 cela suffirait l'expliquer1 mais en outre1 elle n'est pas soumise la chance comme les biens des deux autres catgories1 et ne peut pas nous tre ravie4 ,en ce sens1 sa valeur peut passer pour absolue1 par opposition la valeur seulement relative des deux autres4 ,il en rsulte que l'homme est bien moins susceptible d'tre modifi par le monde extrieur qu'on ne le suppose volontiers4 ,seul le temps1 dans son pouvoir souverain1 exerce galement ici son droit2 les qualits physiques et intellectuelles succombent insensiblement sous ses atteintes2 le caractre moral seul lui demeure inaccessible4 ,sous ce rapport1 les biens des deux dernires catgories auraient un avantage sur ceux de la premire1 comme tant de ceux que le temps n'emporte pas directement4 ,un second avantage serait que1 tant placs en dehors de nous1 ils sont accessibles de leur nature1 et que chacun a pour le moins la possibilit de les acqurir1 tandis que ce qui est en nous1 le subjectif1 est soustrait notre pouvoir tabli jure divino1 il se maintient invariable pendant toute la vie4 ,aussi les vers suivants contiennent-ils une inexorable vrit3 ,wie an dem ,tag1 der dich der ,welt verliehen1 ,die ,sonne stand zum ,grusze der ,planeten1 ,bist alsobald und fort und fort gedichen1 ,nach dem ,gesetz1 wonach du angetreten4 ,so muszt du seyn1 dir kannst du nicht entfliehen1 ,so sagten schon ,svbillen1 so ,propheten2 ,und keine ,zeit und keine ,macht zerstckelt ,geprgte ,form1 die lebend sien entwickelt4 7,gthe47 7,comme1 dans le jour qui t'a donn au monde1 le soleil tait l pour saluer les plantes1 tu as aussi grandi sans cesse1 d'aprs la loi selon laquelle tu as commenc4 ,telle est ta destine2 tu ne peux t'chapper toi-mme2 ainsi parlaient dj les sibylles2 ainsi les prophtes2 aucun temps1 aucune puissance ne brise la forme empreinte qui se dveloppe dans le cours de la vie4--,posies1 trad4 ,porchat1 vol4 ,i1 p4 #cab47 ,tout ce que nous pouvons faire cet gard1 c'est d'employer cette personnalit1 telle qu'elle nous a t donne1 notre plus grand profit2 par suite1 ne poursuivre que les aspirations qui lui correspondent1 ne rechercher que le dveloppement qui lui est appropri en vitant tout autre1 ne choisir1 par consquent1 que l'tat1 l'occupation1 le genre de vie qui lui conviennent4 ,un homme herculen1 dou d'une force musculaire extraordinaire1 astreint par des circonstances extrieures s'adonner une occupation sdentaire1 un travail manuel1 mticuleux et pnible1 ou bien encore l'tude et des travaux de tte1 occupations rclamant des forces toutes diffrentes1 non dveloppes chez lui et laissant prcisment sans emploi les forces par lesquelles il se distingue1 un tel homme se sentira malheureux toute sa vie2 bien plus malheureux encore sera celui chez lequel les forces intellectuelles l'emportent de beaucoup et qui est oblig de les laisser sans dveloppement et sans emploi pour s'occuper d'une affaire vulgaire qui n'en rclame pas1 ou bien encore et surtout d'un travail corporel pour lequel sa force physique n'est pas suffisante4 ,ici toutefois1 principalement pendant la jeunesse1 il faut viter recueil de la prsomption et ne pas s'attribuer un excs de forces que l'on n'a pas4 ,de la prpondrance bien tablie de notre premire catgorie sur les deux autres1 il rsulte encore qu'il est plus sage de travailler conserver sa sant et dvelopper ses facults qu' acqurir des richesses1 ce qu'il ne faut pas interprter en ce sens qu'il faille ngliger l'acquisition du ncessaire et du convenable4 ,mais la richesse proprement dite1 c'est--dire un grand superflu1 contribue peu notre bonheur2 aussi beaucoup de riches se sentent-ils malheureux1 parce qu'ils sont dpourvus de culture relle de l'esprit1 de connaissances et1 par suite1 de tout intrt objectif qui pourrait les rendre aptes une occupation intellectuelle4 ,car ce que la richesse peut fournir au del1 de la satisfaction des besoins rels et naturels a une minime influence sur notre vritable bien-tre2 celui-ci est plutt troubl par les nombreux et invitables soucis qu'amne aprs soi la conservation d'une grande fortune4 ,cependant les hommes sont mille fois plus occups acqurir la richesse que la culture intellectuelle1 quoique certainement ce qu'on est contribue bien plus notre bonheur que ce qu'on a4 ,combien n'en voyons-nous pas1 diligents comme des fourmis et occups du matin au soir accrotre une richesse dj acquise6 ,ils ne connaissent rien par del l'troit horizon qui renferme les moyens d'y parvenir2 leur esprit est vide et par suite inaccessible toute autre occupation4 ,les jouissances les plus leves1 les jouissances intellectuelles sont inabordables pour eux2 c'est en vain qu'ils cherchent les remplacer par des jouissances fugitives1 sensuelles1 promptes1 mais coteuses acqurir1 qu'ils se permettent entre temps4 ,au terme de leur vie1 ils se trouvent avoir comme rsultat1 quand la fortune leur a t favorable1 un gros monceau d'argent devant eux1 qu'ils laissent alors leurs hritiers le soin d'augmenter ou aussi de dissiper4 ,une pareille existence1 bien que mene avec apparence trs srieuse et trs importante1 est donc tout aussi insense que telle autre qui arborerait carrment pour symbole une marotte4 ,ainsi1 l'essentiel pour le bonheur de la vie1 c'est ce que l'on a en soi-mme4 ,c'est uniquement parce que la dose en est d'ordinaire si petite que la plupart de ceux qui sont sortis dj victorieux de la lutte contre le besoin se sentent au fond tout aussi malheureux que ceux qui sont encore dans la mle4 ,le vide de leur intrieur1 l'insipidit de leur intelligence1 la pauvret de leur esprit les poussent rechercher la compagnie1 mais une compagnie compose de leurs pareils1 car similis simili gaudet4 ,alors commence en commun la chasse au passe-temps et l'amusement1 qu'ils cherchent d'abord dans les jouissances sensuelles1 dans les plaisirs de toute espce et finalement dans la dbauche4 ,la source de cette funeste dissipation1 qui1 en un temps souvent incroyablement court1 fait dpenser de gros hritages tant de fils de famille entrs riches dans la vie1 n'est autre en vrit que l'ennui rsultant de cette pauvret et de ce vide de l'esprit que nous venons de dpeindre4 ,un jeune homme ainsi lanc dans le monde1 riche en dehors1 mais pauvre en dedans1 s'efforce vainement de remplacer la richesse intrieure par l'extrieure2 il veut tout recevoir du dehors1 semblable ces vieillards qui cherchent puiser de nouvelles forces dans l'haleine des jeunes filles4 ,de cette faon1 la pauvret intrieure a fini par amener aussi la pauvret extrieure4 ,je n'ai pas besoin de relever l'importance des deux autres catgories de biens de la vie humaine1 car la fortune est aujourd'hui trop universellement apprcie pour avoir besoin d'tre recommande4 ,la troisime catgorie est mme d'une nature trs thre1 compare la seconde1 vu qu'elle ne consiste que dans l'opinion des autres4 ,toutefois chacun est tenu d'aspirer l'honneur1 c'est--dire un bon renom2 un rang1 ne peuvent y aspirer1 uniquement1 que ceux qui servent l'tat1 et1 pour ce qui est de la gloire1 il n'y en a qu'infiniment peu qui puissent y prtendre4 ,l'honneur est considr comme un bien inapprciable1 et la gloire comme la chose la plus exquise que l'homme puisse acqurir2 c'est la ,toison d'or des lus2 par contre1 les sots seuls prfreront le rang la richesse4 ,la seconde et la troisime catgorie ont en outre l'une sur l'autre ce qu'on appelle une action rciproque2 aussi l'adage de ,ptrone3 ,habes1 habeberis est-il vrai1 et1 en sens inverse1 la bonne opinion d'autrui1 sous toutes ses formes1 nous aide souvent acqurir la richesse4 ,,chapitre ,,ii ,,de ,,ce ,,que ,l',,on ,,est ,nous avons dj reconnu d'une manire gnrale que ce que l'on est contribue plus au bonheur que ce que l'on a ou ce que l'on reprsente4 ,le principal est toujours ce qu'un homme est1 par consquent ce qu'il possde en lui-mme2 car son individualit l'accompagne en tout temps et en tout lieu et teinte de sa nuance tous les vnements de sa vie4 ,en toute chose et toute occasion1 ce qui l'affecte tout d'abord1 c'est lui-mme4 ,ceci est vrai dj pour les jouissances matrielles1 et1 plus forte raison1 pour celles de l'me4 ,aussi l'expression anglaise3 ,to enjoy one's self1 est-elle trs bien trouve2 on ne dit pas en anglais3 ,paris lui plat1 on dit3 ,il se plat ,paris 7,he enjoys himself at ,paris74 ,i4--,la sant de l'esprit et du corps4 ,mais1 si l'individualit est de mauvaise qualit1 toutes les jouissances seront comme un vin exquis dans une bouche imprgne de fiel4 ,ainsi donc1 dans la bonne comme dans la mauvaise fortune1 et sauf l'ventualit de quelque grand malheur1 ce qui arrive un homme dans sa vie est de moindre importance que la manire dont il le sent1 c'est--dire la nature et le degr de sa sensibilit sous tous les rapports4 ,ce que nous avons en nous-mmes et par nous-mmes1 en un mot la personnalit et sa valeur1 voil le seul facteur immdiat de notre bonheur et de notre bien-tre4 ,tous les autres agissent indirectement2 aussi leur action peut-elle tre annule1 mais celle de la personnalit jamais4 ,de l vient que l'envie la plus irrconciliable et en mme temps la plus soigneusement dissimule est celle qui a pour objet les avantages personnels4 ,en outre1 la qualit de la conscience est la seule chose permanente et persistante2 l'individualit agit constamment1 continuellement1 et1 plus ou moins1 tout instant2 toutes les autres conditions n'influent que temporairement1 occasionnellement1 passagrement1 et peuvent aussi changer ou disparatre4 ,aristote dit3 1 7,la nature est ternelle1 non les choses4 ,mor4 ,eudme1 ,,vii1 #b74 ,c'est pourquoi nous supportons avec plus de rsignation un malheur dont la cause est tout extrieure que celui dont nous sommes nous-mmes coupables2 car le destin peut changer1 mais notre propre qualit est immuable4 ,par suite1 les biens subjectifs1 tels qu'un caractre noble1 une tte capable1 une humeur gaie1 un corps bien organis et en parfaite sant1 ou1 d'une manire gnrale1 mens sana in corpore sano 7,juvnal1 sat4 ,x1 #cef71 voil les biens suprmes et les plus importants pour notre bonheur2 aussi devrions-nous nous appliquer bien plus leur dveloppement et leur conservation qu' la possession des biens extrieurs et de l'honneur extrieur4 ,mais ce qui1 par-dessus tout1 contribue le plus directement notre bonheur1 c'est une humeur enjoue1 car cette bonne qualit trouve tout de suite sa rcompense en elle-mme4 ,en effet1 celui qui est gai a toujours motif de l'tre par cela mme qu'il l'est4 ,rien ne peut remplacer aussi compltement tous les autres biens que cette qualit1 pendant qu'elle-mme ne peut tre remplace par rien4 ,qu'un homme soit jeune1 beau1 riche et considr2 pour pouvoir juger de son bonheur1 la question sera de savoir si1 en outre1 il est gai2 en revanche1 est-il gai1 alors peu importe qu'il soit jeune ou vieux1 bien fait ou bossu1 pauvre ou riche2 il est heureux4 ,dans ma premire jeunesse1 j'ai lu un jour dans un vieux livre la phrase suivante3 ,qui rit beaucoup est heureux et qui pleure beaucoup est malheureux2 la remarque est bien niaise2 mais1 cause de sa vrit si simple1 je n'ai pu l'oublier1 quoiqu'elle soit le superlatif d'un truism 7en anglais1 vrit triviale74 ,aussi devons-nous1 toutes les fois qu'elle se prsente1 ouvrir la gaiet portes et fentres1 car elle n'arrive jamais contre-temps1 au lieu d'hsiter1 comme nous le faisons souvent1 l'admettre1 voulant nous rendre compte d'abord si nous avons bien1 tous gards1 sujet d'tre contents1 ou encore de peur qu'elle ne nous drange de mditations srieuses ou de graves proccupations2 et cependant il est bien incertain que celles-ci puissent amliorer notre condition1 tandis que la gaiet est un bnfice immdiat4 ,elle seule est1 pour ainsi dire1 l'argent comptant du bonheur2 tout le reste n'en est que le billet de banque2 car seule elle nous donne le bonheur dans un prsent immdiat2 aussi est-elle le bien suprme pour des tres dont la ralit a la forme d'une actualit indivisible entre deux temps infinis4 ,nous devrions donc aspirer avant tout acqurir et conserver ce bien4 ,il est certain d'ailleurs que rien ne contribue moins la gaiet que la richesse et que rien n'y contribue davantage que la sant3 c'est dans les classes infrieures1 parmi les travailleurs et particulirement parmi les travailleurs de la terre1 que l'on trouve les visages gais et contents2 chez les riches et les grands dominent les figures chagrines4 ,nous devrions1 par consquent1 nous attacher avant tout conserver cet tat parfait de sant dont la gaiet apparat comme la floraison4 ,pour cela1 on sait qu'il faut fuir tous excs et toutes dbauches1 viter toute motion violente et pnible1 ainsi que toute contention d'esprit excessive ou trop prolonge2 il faut encore prendre1 chaque jour1 deux heures au moins d'exercice rapide au grand air1 des bains frquents d'eau froide1 et d'autres mesures dittiques de mme genre4 ,point de sant si l'on ne se donne tous les jours suffisamment de mouvement2 toutes les fonctions de la vie1 pour s'effectuer convenablement1 demandent le mouvement des organes dans lesquels elles s'accomplissent et de l'ensemble du corps4 ,aristote a dit avec raison3 7,la vie est dans le mouvement74 ,la vie consiste essentiellement dans le mouvement4 l'intrieur de tout l'organisme rgne un mouvement incessant et rapide3 le cur1 dans son double mouvement si compliqu de systole et de diastole1 bat imptueusement et infatigablement2 #bh pulsations lui suffisent pour envoyer la masse entire du sang dans le torrent de la grande et de la petite circulation2 le poumon pompe sans discontinuer comme une machine vapeur2 les entrailles se contractent sans cesse d'un mouvement pristaltique2 toutes les glandes absorbent et scrtent sans interruption2 le cerveau lui-mme a un double mouvement pour chaque battement du cur et pour chaque aspiration du poumon4 ,si1 comme il arrive dans le genre de vie entirement sdentaire de tant d'individus1 le mouvement extrieur manque presque totalement1 il en rsulte une disproportion criante et pernicieuse entre le repos externe et le tumulte interne4 ,car ce perptuel mouvement l'intrieur demande mme tre aid quelque peu par celui de l'extrieur2 cet tat disproportionn est analogue celui o nous sommes tenus de ne rien laisser paratre au dehors pendant qu'une motion quelconque nous1 fait bouillonner intrieurement4 ,les arbres mme1 pour prosprer1 ont besoin d'tre agits par le vent4 ,c'est l une rgle absolue que l'on peut noncer de la manire la plus concise en latin3 ,omnis motus1 quo celerior1 eo magis motus 7,plus il est acclr1 plus tout mouvement est mouvement74 ,pour bien nous rendre compte combien notre bonheur dpend d'une disposition gaie et celle-ci de l'tat de sant1 nous n'avons qu' comparer l'impression que produisent sur nous les mmes circonstances extrieures ou les mmes vnements pendant les jours de sant et de vigueur1 avec celle qui est produite lorsqu'un tat de maladie nous dispose tre maussade et inquiet4 ,ce n'est pas ce que sont objectivement et en ralit les choses1 c'est ce qu'elles sont pour nous1 dans notre perception1 qui nous rend heureux ou malheureux4 ,c'est ce qu'nonce bien cette sentence d'pictte3 1 4 7,ce qui meut les hommes1 ce ne sont pas les choses1 mais l'opinion sur les choses74 ,en thse gnrale1 les neuf diximes de notre bonheur reposent exclusivement sur la sant4 ,avec elle1 tout devient source de plaisir2 sans elle1 au contraire1 nous ne saurions goter un bien extrieur1 de quelque nature qu'il soit2 mme les autres biens subjectifs1 tels que les qualits de l'intelligence1 du cur1 du caractre1 sont amoindris et gts par l'tat de maladie4 ,aussi n'est-ce pas sans raison que nous nous informons mutuellement de l'tat de notre sant et que nous nous souhaitons rciproquement de nous bien porter1 car c'est bien l en ralit ce qu'il y a de plus essentiellement important pour le bonheur humain4 ,il s'ensuit donc qu'il est de la plus insigne folie de sacrifier sa sant quoi que ce soit1 richesse1 carrire1 tudes1 gloire1 et surtout la volupt et aux jouissances fugitives4 ,au contraire1 tout doit cder le pas la sant4 ,quelque grande que soit l'influence de la sant sur cette gaiet si essentielle notre bonheur1 nanmoins celle-ci ne dpend pas uniquement de la premire1 car1 avec une sant parfaite1 on peut avoir un temprament mlancolique et une disposition prdominante la tristesse4 ,la cause en rside certainement dans la constitution originaire1 par consquent immuable de l'organisme1 et plus spcialement dans le rapport plus ou moins normal de la sensibilit l'irritabilit et la reproductivit4 ,une prpondrance anormale de la sensibilit produira l'ingalit d'humeur1 une gaiet priodiquement exagre et une prdominance de la mlancolie4 ,comme le gnie est dtermin par un excs de la force nerveuse1 c'est--dire de la sensibilit1 ,aristote a observ avec raison que tous les hommes illustres et minents sont mlancoliques3 1 1 1 1 1 4 7,probl4 #cj1 #a47 ,c'est ce passage que ,cicron a eu sans doute en vue dans ce rapport tant cit3 ,aristoteles ait1 omnes ingeniosos melancholicos esse4 7,tusc4 ,i1 #cc7 ,shakspeare a trs plaisamment dpeint cette grande diversit du temprament gnral3 ,nature has fram'd strange fellows in her time3 ,some that will evermore peep through their eyes1 ,and laugh1 like parrots1 at a bag-piper2 ,and others of such vinegar aspect1 ,that they'll not show their teeth in way of smile1 ,tough ,nestor swear the jest he laughable4 7,merch4 of ,ven4 ,scne ,i47 7,la nature s'amuse parfois former de drles de corps4 ,il y en a qui sont perptuellement faire leurs petits yeux et qui vont rire comme un perroquet devant un simple joueur de cornemuse2 et d'autres qui ont une telle physionomie de vinaigre qu'ils ne dcouvriraient pas leurs dents1 mme pour sourire1 quand bien mme le grave ,nestor jurerait qu'il vient d'entendre une plaisanterie dsopilante74--7,trad4 franaise de ,montgut47 ,c'est cette mme diversit que ,platon dsigne par les mots de 7d'humeur difficile7 et 7d'humeur facile74 ,elle peut se ramener la susceptibilit1 trs diffrente chez les individus diffrents1 pour les impressions agrables ou dsagrables1 par suite de laquelle tel rit encore de ce qui met tel autre presque au dsespoir4 ,et mme la susceptibilit pour les impressions agrables est d'ordinaire d'autant moindre que celle pour les impressions dsagrables est plus forte1 et vice versa4 chances gales de russite ou d'insuccs pour une affaire1 le se fchera ou se chagrinera de l'insuccs et ne se rjouira pas de la russite2 l' au contraire ne sera ni fch ni chagrin par le mauvais succs1 et se rjouira du bon4 ,si1 neuf fois sur dix1 le russit dans ses projets1 il ne se rjouira pas au sujet des neuf fois o il a russi1 mais il se fchera pour le dixime qui a chou2 dans le cas inverse1 l' sera consol et rjoui par cet unique succs4 ,mais il n'est pas facile de trouver un mal sans compensation aucune2 aussi arrive-t-il que les 1 c'est--dire les caractres sombres et inquiets1 auront1 la vrit1 supporter en somme plus de malheurs et de souffrances imaginaires1 mais1 en revanche1 moins de rels que les caractres gais et insouciants1 car celui qui voit tout en noir1 qui apprhende toujours le pire et qui1 par suite1 prend ses mesures en consquence1 n'aura pas des mcomptes aussi frquents que celui qui prte toutes choses des couleurs et des perspectives riantes4--,nanmoins1 quand une affection morbide du systme nerveux ou de l'appareil digestif vient prter la main une inne1 alors celle-ci peut atteindre ce haut degr o un malaise permanent produit le dgot de la vie1 d'o rsulte le penchant au suicide4 ,celui-ci peut alors tre provoqu par les plus minimes contrarits2 un degr suprieur du mal1 il n'est mme plus besoin de motif1 la seule permanence du malaise suffit pour y dterminer4 ,le suicide s'accomplit alors avec une rflexion si froide et une si inflexible rsolution que le malade ce stade1 plac dj d'ordinaire sous surveillance1 l'esprit constamment fix sur cette ide1 profite du premier moment o la surveillance se sera relche pour recourir1 sans hsitation1 sans lutte et sans effroi1 ce moyen de soulagement pour lui si naturel en ce moment et si bien veau4 ,esquirol a dcrit trs au long cet tat dans son ,trait des maladies mentales4 ,il est certain que l'homme le mieux portant1 peut-tre mme le plus gai1 pourra aussi1 le cas chant1 se dterminer au suicide2 cela arrivera quand l'intensit des souffrances ou d'un malheur prochain et invitable sera plus forte que les terreurs de la mort4 ,il n'y a de diffrence que dans la puissance plus ou moins grande du motif dterminant1 laquelle est en rapport inverse avec la 4 ,plus celle-ci est grande1 plus le motif pourra tre petit1 jusqu' devenir mme nul2 plus1 au contraire1 l'1 ainsi que la sant qui en est la base1 est grande1 plus il devra tre grave4 ,il y aura donc des degrs innombrables entre ces deux cas extrmes de suicide1 entre celui provoqu purement par une recrudescence maladive de la inne1 et celui de l'homme bien portant et gai provenant de causes tout objectives4 ,,ii4--,la beaut4 ,la beaut est analogue en partie la sant4 ,cette qualit subjective1 bien que ne contribuant qu'indirectement au bonheur par l'impression qu'elle produit sur les autres1 a nanmoins une grande importance1 mme pour le sexe masculin4 ,la beaut est une lettre ouverte de recommandation1 qui nous gagne les curs l'avance2 c'est elle surtout que s'appliquent ces vers d',homre3 ' 1 ' 1 ' 4 7,il4 ,,iii1 #fe47 7,il ne faut pas ddaigner les dons glorieux des immortels1 que seuls ils peuvent donner et que personne ne peut accepter ou refuser son gr74 ,,iii4--,la douleur et l'ennui4--,l'intelligence4 ,un simple coup d'il nous fait dcouvrir deux ennemis du bonheur humain3 ce sont la douleur et l'ennui4 ,en outre1 nous pouvons observer que1 dans la mesure o nous russissons nous loigner de l'un1 nous nous rapprochons de l'autre1 et rciproquement2 de faon que notre vie reprsente en ralit une oscillation plus ou moins forte entre les deux4 ,cela provient du double antagonisme dans lequel chacun des deux se trouve envers l'autre1 un antagonisme extrieur ou objectif et un antagonisme intrieur ou subjectif4 ,en effet1 extrieurement1 le besoin et la privation engendrent la douleur2 en revanche1 l'aise et l'abondance font natre l'ennui4 ,c'est pourquoi nous voyons la classe infrieure du peuple luttant incessamment contre le besoin1 donc contre la douleur1 et par contre la classe riche et leve dans une lutte permanente1 souvent dsespre1 contre l'ennui4 ,intrieurement1 ou subjectivement1 l'antagonisme se fonde sur ce que dans tout individu la facilit tre impressionn par l'un de ces maux est en rapport inverse avec celle d'tre impressionn par l'autre2 car cette susceptibilit est dtermine par la mesure des forces intellectuelles4 ,en effet1 un esprit obtus est toujours accompagn d'impressions obtuses et d'un manque d'irritabilit1 ce qui rend l'individu peu accessible aux douleurs et aux chagrins de toute espce et de tout degr2 mais cette mme qualit obtuse de l'intelligence produit1 d'autre part1 ce vide intrieur qui se peint sur tant de visages et qui se trahit par une attention toujours en veil sur tous les vnements1 mme les plus insignifiants1 du monde extrieur2 c'est ce vide qui est la vritable source de l'ennui et celui qui en souffre aspire avec avidit des excitations extrieures1 afin de parvenir mettre en mouvement son esprit et son cur par n'importe quel moyen4 ,aussi n'est-il pas difficile dans le choix des moyens2 on le voit assez la piteuse mesquinerie des distractions auxquelles se livrent les hommes1 au genre de socits et de conversations qu'ils recherchent1 non moins qu'au grand nombre de flneurs et de badauds qui courent le monde4 ,c'est principalement ce vide intrieur qui les pousse la poursuite de toute espce de runions1 de divertissements1 de plaisirs et de luxe1 poursuite qui conduit tant de gens la dissipation et finalement la misre4 ,rien ne met plus srement en garde contre ces garements que la richesse intrieure1 la richesse de l'esprit car celui-ci laisse d'autant moins de place l'ennui qu'il approche davantage de la supriorit4 ,l'activit incessante des penses1 leur jeu toujours renouvel en prsence des manifestations diverses du monde interne et externe1 la puissance et la capacit de combinaisons toujours varies1 placent une tte minente1 sauf les moments de fatigue1 tout fait en dehors de la porte de l'ennui4 ,mais1 d'autre part1 une intelligence suprieure a pour condition immdiate une sensibilit plus vive1 et pour racine une plus grande imptuosit de la volont et1 par suite1 de la passion2 de l'union de ces deux conditions rsulte alors une intensit plus considrable de toutes les motions et une sensibilit exagre pour les douleurs morales et mme pour les douleurs physiques1 comme aussi une plus grande impatience en face de tout obstacle1 d'un simple drangement mme4 ,ce qui contribue encore puissamment tous ces effets1 c'est la vivacit produite par la force de l'imagination4 ,ce que nous venons de dire s'applique1 toute proportion garde1 tous les degrs intermdiaires qui comblent le vaste intervalle compris entre l'imbcile le plus obtus et le plus grand gnie4 ,par suite1 objectivement aussi bien que subjectivement1 tout tre se trouve d'autant plus rapproch de l'une des sources de malheurs humains qu'il est plus loign de l'autre4 ,son penchant naturel le portera donc1 sous ce rapport1 accommoder aussi bien que possible l'objectif avec le subjectif1 c'est--dire se prmunir du mieux qu'il pourra contre celle des sources de souffrances qui l'affecte le plus facilement4 ,l'homme intelligent aspirera avant tout fuir toute douleur1 toute tracasserie et trouver le repos et les loisirs2 il recherchera donc une vie tranquille1 modeste1 abrite autant que possible contre les importuns2 aprs avoir entretenu pendant quelque temps des relations avec ce que l'on appelle les hommes1 il prfrera une existence retire1 et1 si c'est un esprit tout fait suprieur1 il choisira la solitude4 ,car plus un homme possde en lui-mme1 moins il a besoin du monde extrieur et moins les autres peuvent lui tre utiles4 ,aussi la supriorit de l'intelligence conduit-elle l'insociabilit4 ,ah6 si la qualit de la socit pouvait tre remplace par la quantit1 cela vaudrait alors la peine de vivre mme dans le grand monde3 mais1 hlas6 cent fous mis en un tas ne font pas encore un homme raisonnable4--,l'individu plac l'extrme oppos1 ds que le besoin lui donne le temps de reprendre haleine1 cherchera tout prix des passe-temps et de la socit2 il s'accommodera de tout1 ne fuyant rien que lui-mme4 ,c'est dans la solitude1 l o chacun est rduit ses propres ressources1 que se montre ce qu'il a par lui-mme2 l1 l'imbcile1 sous la pourpre1 soupire cras par le fardeau ternel de sa misrable individualit1 pendant que l'homme hautement dou1 peuple et anime de ses penses la contre la plus dserte4 ,snque 7p4 #i7 a dit avec raison3 omnis stultitia laborat fastidio sui 7,la sottise se dplat elle-mme72 de mme ,jsus1 fils de ,sirach3 ,la vie du fou est pire que la mort4 ,aussi voit-on en somme que tout individu est d'autant plus sociable qu'il est plus pauvre d'esprit et1 en gnral1 plus vulgaire4 ,car dans le monde on n'a gure le choix qu'entre l'isolement et la communaut4 ,on prtend que les ngres sont de tous les hommes les plus sociables1 comme ils en sont aussi sans contredit les plus arrirs intellectuellement2 des rapports envoys de l',amrique du ,nord et publis par des journaux franais 7,le ,commerce1 #ai oct4 #ahcg7 racontent que les ngres1 sans distinction de libres ou d'esclaves1 se runissent en grand nombre dans le local le plus troit1 car ils ne sauraient voir leurs faces noires et camardes assez souvent rptes4 ,de mme que le cerveau apparat comme tant le parasite ou le pensionnaire de l'organisme entier1 de mme les loisirs acquis par chacun1 en lui donnant la libre jouissance de sa conscience et de son individualit1 sont ce titre le fruit et le revenu de toute son existence1 qui1 pour le reste1 n'est que peine et labeur4 ,mais voyons un peu ce que produisent les loisirs de la plupart des hommes6 ,ennui et maussaderie1 toutes les fois qu'il ne se trouve pas des jouissances sensuelles ou des niaiseries pour les remplir4 ,ce qui dmontre bien que ces loisirs-l n'ont aucune valeur1 c'est la manire dont on les occupe2 ils ne sont la lettre que le ozio lungo d'uomini ignoranti dont parle l',arioste4 ,l'homme ordinaire ne se proccupe que de passer le temps1 l'homme de talent que de l'employer4 ,la raison pour laquelle les ttes bornes sont tellement exposes l'ennui1 c'est que leur intellect n'est absolument pas autre chose que l'intermdiaire des motifs pour leur volont4 ,si1 un moment donn1 il n'y a pas de motifs saisir1 alors la volont se repose et l'intellect chme1 car la premire1 pas plus que l'autre1 ne peut entrer en activit par sa propre impulsion2 le rsultat est une effroyable stagnation de toutes les forces dans l'individu entier1--l'ennui4 ,pour le combattre1 on insinue sournoisement la volont des motifs petits1 provisoires1 choisis indiffremment1 afin de la stimuler et de mettre par l galement en activit l'intellect qui doit les saisir3 ces motifs sont donc par rapport aux motifs rels et naturels ce que le papier-monnaie est par rapport l'argent1 puisque leur valeur n'est que conventionnelle4 ,de tels motifs sont les jeux de cartes ou autres1 invents prcisment dans le but que nous venons d'indiquer4 leur dfaut1 l'homme born se mettra tambouriner sur les vitres ou tapoter avec tout ce qui lui tombe sous la main4 ,le cigare lui aussi fournit volontiers de quoi suppler aux penses4 ,c'est pourquoi dans tous les pays les jeux de cartes sont arrivs tre l'occupation principale dans toute socit2 ceci donne la mesure de ce que valent ces runions et constitue la banqueroute dclare de toute pense4 ,n'ayant pas d'ides changer1 on change des cartes et l'on cherche se soutirer mutuellement des florins4 pitoyable espce6 ,toutefois1 pour ne pas tre injuste mme ici1 je ne veux pas omettre l'argument qu'on peut invoquer pour justifier le jeu de cartes3 on peut dire qu'il est une prparation la vie du monde et des affaires1 en ce sens que l'on y apprend profiter avec sagesse des circonstances immuables1 tablies par le hasard 7les cartes71 pour en tirer tout le parti possible2 dans ce but1 l'on s'habitue garder sa contenance en faisant bonne mine en mauvais jeu4 ,mais1 par l mme1 d'autre part les jeux de cartes exercent une influence dmoralisatrice4 ,en effet1 l'esprit du jeu consiste soutirer autrui ce qu'il possde1 par n'importe quel tour ou n'importe quelle ruse4 ,mais l'habitude de procder ainsi1 contracte au jeu1 s'enracine1 empite sur la vie pratique1 et l'on arrive insensiblement procder de mme quand il s'agit du tien et du mien1 et considrer comme permis tout avantage que l'on a actuellement en main1 ds qu'on peut le faire lgalement1 ,la vie ordinaire en fournit des preuves chaque jour4 ,puisque les loisirs sont1 ainsi que nous l'avons dit1 la fleur ou plutt le fruit de l'existence de chacun1 en ce que1 seuls1 ils le mettent en possession de son moi propre1 nous devons estimer heureux ceux-l qui1 en se gagnant1 gagnent quelque chose qui ait du prix1 pendant que les loisirs ne rapportent la plupart des hommes qu'un drle dont il n'y a rien faire1 qui s'ennuie prir et qui est charge lui-mme4 ,flicitons-nous donc1 mes frres1 d'tre des enfants non d'esclaves1 mais de mres libres4 7p4 aux ,galath41 #d1 #ca47 ,en outre1 de mme que ce pays-l est le plus heureux qui a le moins1 ou n'a pas du tout besoin d'importation1 de mme est heureux l'homme qui suffit sa richesse intrieure et qui pour son amusement ne demande que peu1 ou mme rien1 au monde extrieur1 attendu que pareille importation est chre1 assujettissante1 dangereuse2 elle expose des dsagrments et1 en dfinitive1 n'est toujours qu'un mauvais succdan pour les productions du sol propre4 ,car nous ne devons1 aucun gard1 attendre grand'chose d'autrui1 et du dehors en gnral4 ,ce qu'un individu peut tre pour un autre est chose trs troitement limite2 chacun finit par rester seul1 et qui est seul8 devient alors la grande question4 ,gthe a dit ce sujet1 parlant d'une manire gnrale1 qu'en toutes choses chacun en dfinitive est rduit soi-mme 7,posie et vrit1 vol4 ,,iii74 ,oliver ,goldsmith dit galement3 ,still to ourselves in ev'ry place consign'd1 ,our own felicity we make or find4 7,the traveller1 v4 #dca et suiv47 7,cependant1 en tout lieu1 rduits nous-mmes1 c'est nous qui faisons ou trouvons notre propre bonheur47 ,chacun doit donc tre et fournir soi-mme ce qu'il y a de meilleur et de plus important4 ,plus il en sera ainsi1 plus1 par suite1 l'individu trouvera en lui-mme les sources de ses plaisirs1 et plus il sera heureux4 ,c'est donc avec raison qu',aristote a dit3 7,mor4 ,eud41 ,,vii1 #b7 7,le bonheur appartient ceux qui se suffisent eux-mmes74 ,en effet1 toutes les sources extrieures du bonheur et du plaisir sont1 de leur nature1 minemment incertaines1 quivoques1 fugitives1 alatoires1 partant sujettes s'arrter facilement mme dans les circonstances les plus favorables1 et c'est mme invitable1 attendu que nous ne pouvons pas les avoir toujours sous la main4 ,bien plus1 avec l'ge1 presque toutes tarissent fatalement2 car alors amour1 badinage1 plaisir des voyages et de l'quitation1 aptitude figurer dans le monde1 tout cela nous abandonne2 la mort nous enlve jusqu'aux amis et parents4 ,c'est ce moment1 plus que jamais1 qu'il est important de savoir ce qu'on a par soi-mme4 ,il n'y a que cela1 on effet1 qui rsistera le plus longtemps4 ,cependant1 tout ge1 sans distinction1 cela est et demeure la source vraie et la seule permanente du bonheur4 ,car il n'y a pas beaucoup gagner dans ce monde3 la misre et la douleur le remplissent1 et1 quant ceux qui leur ont chapp1 l'ennui est l qui les guette de tous les coins4 ,en outre1 c'est d'ordinaire la perversit qui y gouverne et la sottise qui y parle haut4 ,le destin est cruel1 et les hommes sont pitoyables4 ,dans un monde ainsi fait1 celui qui a beaucoup en lui-mme est pareil une chambre d'arbre de ,nol1 claire1 chaude1 gaie1 au milieu des neiges et des glaces d'une nuit de dcembre4 ,par consquent1 avoir une individualit riche et suprieure et surtout beaucoup d'intelligence constitue indubitablement sur terre le sort le plus heureux1 quelque diffrent qu'il puisse tre du sort le plus brillant4 ,aussi que de sagesse dans cette opinion mise sur ,descartes par la reine ,christine de ,sude1 ge alors de dix-neuf ans peine3 ,m4 ,descartes est le plus heureux de tous les mortels1 et sa condition me semble digne d'envie 7,vie de ,desc41 par ,baillet1 l4 ,,vii1 ch4 #aj74 ,descartes vivait cette poque depuis vingt ans en ,hollande1 dans la plus profonde solitude1 et la reine ne le connaissait que par ce qu'on lui en avait racont et pour avoir lu un seul de ses ouvrages4 ,il faut seulement1 et c'tait prcisment le cas chez ,descartes1 que les circonstances extrieures soient assez favorables pour permettre de se possder et d'tre content de soi-mme2 c'est pourquoi l',ecclsiaste 7#g1 #ab7 disait dj3 ,la sagesse est bonne avec un patrimoine et nous aide nous rjouir de la vue du soleil4 ,l'homme qui1 par une faveur de la nature et du destin1 ce sort a t accord1 veillera avec un soin jaloux ce que la source intrieure de son bonheur lui demeure toujours accessible2 il faut pour cela indpendance et loisirs4 ,il les acquerra donc volontiers par la modration et l'pargne2 et d'autant plus facilement qu'il n'en est pas rduit1 comme les autres hommes1 aux sources extrieures des jouissances4 ,c'est pourquoi la perspective des fonctions1 de l'or1 de la faveur1 et l'approbation du monde ne l'induiront pas renoncer lui-mme pour s'accommoder aux vues mesquines ou au mauvais got des hommes4 ,le cas chant1 il fera comme ,horace dans son ptre ,mcne 7livre ,i1 p4 #g74 ,c'est une grande folie que de perdre l'intrieur pour gagner l'extrieur1 en d'autres termes1 de livrer1 en totalit ou en partie1 son repos1 son loisir et son indpendance contre l'clat1 le sang1 la pompe1 les titres et les honneurs4 ,gthe l'a fait cependant4 ,quant moi1 mon gnie m'a entran nergiquement dans la voie oppose4 ,cette vrit1 examine ici1 que la source principale du bonheur humain vient de l'intrieur1 se trouve confirme par la juste remarque d',aristote dans sa ,morale ,nicomaque 7,i1 #g2 et ,,vii1 #ac1 #ad72 il dit que toute jouissance suppose une activit1 par consquent l'emploi d'une force1 et ne peut exister sans elle4 ,cette doctrine aristotlicienne de faire consister le bonheur de l'homme dans le libre exercice de ses facults saillantes est reproduite galement par ,stobe dans son ,expos de la morale pripatticienne 7,ecl4 th4 ,,ii1 ch4 #g72 en voici un passage3 ' 1 ' 7,le bonheur consiste exercer ses facults par des travaux capables de rsultat72 il explique aussi que dsigne toute facult hors ligne4 ,or la destination primitive des forces dont la nature a muni l'homme1 c'est la lutte contre la ncessit qui l'opprime de toutes parts4 ,quand la lutte fait trve un moment1 les forces sans emploi deviennent un fardeau pour lui2 il doit alors jouer avec elles1 c'est--dire les employer sans but2 sinon il s'expose l'autre source des malheurs humains1 l'ennui4 ,aussi est-ce l'ennui qui torture les grands et les riches avant tous autres1 et ,lucrce a fait de leur misre un tableau dont on a chaque jour1 dans les grandes villes1 l'occasion de reconnatre la frappante vrit3 ,exit spe foras magnis ex dibus ille1 ,esse domi quem pertsum est1 subitaque reventat2 ,quippe foris nihilo melius qui sentiat esse ,currit1 agens mannos1 ad villam prcipitanter1 ,auxilium tectis quasi ferre ardentibus instans3 ,oscitat exemplo1 tetigit quum limina vill2 ,aut abit in somnum gravis1 atque oblivia qurit2 ,aut etiam properana urbem petit1 atque revisit4 7,l4 ,,iii1 v4 #ajgc et suiv474 7,celui-ci quitte son riche palais pour se drober l'ennui2 mais il y rentre un moment aprs1 ne se trouvant pas plus heureux ailleurs4 ,cet autre se sauve toute bride dans ses terres1 on dirait qu'il court teindre un incendie2 mais1 peine en a-t-il touch les limites1 qu'il y trouve l'ennui2 il succombe au sommeil et cherche s'oublier lui-mme3 dans un moment1 vous allez le voir regagner la ville avec la mme promptitude47 7,traduction de ,la ,grange1 #ahba47 ,chez ces messieurs1 tant qu'ils sont jeunes1 les forces musculaires et gnitales doivent faire les frais4 ,mais plus tard il ne reste plus que les forces intellectuelles2 en leur absence ou dfaut de dveloppement ou de matriaux approvisionns pour servir leur activit1 la misre est grande4 ,la volont tant la seule force inpuisable1 on cherche alors la stimuler en excitant les passions2 on recourt1 par exemple1 aux gros jeux de hasard1 ce vice dgradant en vrit4--,du reste1 tout individu dsuvr choisira1 selon la nature des forces prdominantes en lui1 un amusement qui les occupe1 tel que le jeu de boule ou d'checs1 la chasse ou la peinture1 les courses de chevaux ou la musique1 les jeux de cartes ou la posie1 l'hraldique ou la philosophie1 etc4 ,nous pouvons mme traiter cette matire avec mthode1 en nous reportant la racine des trois forces physiologiques fondamentales3 nous avons donc les tudier ici dans leur jeu sans but2 elles se prsentent alors nous comme la source de trois espces de jouissances possibles1 parmi lesquelles chaque homme choisira celles1 qui lui sont proportionnes selon que l'une ou l'autre de ces forces prdomine en lui4 ,ainsi nous trouvons1 premirement1 les jouissances de la force reproductive3 elles consistent dans le manger1 le boire1 la digestion1 le repos et le sommeil4 ,il existe des peuples entiers qui l'on attribue de faire glorieusement de ces jouissances des plaisirs nationaux4 ,secondement1 les jouissances de l'irritabilit3 ce sont les voyages1 la lutte1 le saut1 la danse1 l'escrime1 l'quitation et les jeux athltiques de toute espce1 comme aussi la chasse1 voire mme les combats et la guerre4 ,troisimement1 les jouissances de la sensibilit3 telles que contempler1 penser1 sentir1 faire de la posie1 de l'art plastique1 de la musique1 tudier1 lire1 mditer1 inventer1 philosopher1 etc4 ,il y aurait faire bien des observations sur la valeur1 le degr et la dure de ces diffrentes espces de jouissances2 nous en abandonnons le soin au lecteur4 ,mais tout le monde comprendra que notre plaisir1 motiv constamment par l'emploi de nos forces propres1 comme aussi notre bonheur1 rsultat du retour frquent de ce plaisir1 seront d'autant plus grands que la force productrice est de plus noble espce4 ,personne ne pourra nier non plus que le premier rang1 sous ce rapport1 revient la sensibilit1 dont la prdominance dcide tablit la distinction entre l'homme et les autres espces animales2 les deux autres forces physiologiques fondamentales1 qui existent dans l'animal au mme degr ou un degr plus nergique mme que chez l'homme1 ne viennent qu'en seconde ligne4 la sensibilit appartiennent nos forces intellectuelles4 ,c'est pourquoi sa prdominance nous rend aptes goter les jouissances qui rsident dans l'entendement1 ce qu'on appelle les plaisirs de l'esprit2 ces plaisirs sont d'autant plus grands que la prdominance est plus accentue#b4 ,l'homme normal1 l'homme ordinaire ne peut prendre un vif intrt une chose que si elle excite sa volont1 donc si elle lui offre un intrt personnel4 ,or toute excitation persistante de la volont est1 pour le moins1 d'une nature mixte1 par consquent combine avec de la-douleur4 ,les jeux de cartes1 cette occupation habituelle de la bonne socit dans tous les pays#c1 sont un moyen d'exciter intentionnellement la volont1 et cela par des intrts tellement minimes qu'ils ne peuvent occasionner que des douleurs momentanes et lgres1 non pas de ces douleurs permanentes et srieuses2 tellement qu'on peut les considrer comme de simples chatouillements de la volont4 ,l'homme dou des forces intellectuelles prdominantes1 au contraire1 est capable de s'intresser vivement aux choses par la voie de l'intelligence pure1 sans immixtion aucune du vouloir2 il en prouve le besoin mme4 ,cet intrt le transporte alors dans une rgion laquelle la douleur est essentiellement trangre1 pour ainsi dire1 dans l'atmosphre des dieux la vie facile1 4 ,pendant qu'ainsi l'existence du reste des hommes s'coule dans l'engourdissement1 et que leurs rves et leurs aspirations sont dirigs vers les intrts mesquins du bien-tre personnel avec leurs misres de toute sorte2 pendant qu'un ennui insupportable les saisit ds qu'ils ne sont plus occups poursuivre ces projets et qu'ils restent rduits eux-mmes2 pendant que l'ardeur sauvage de la passion peut seule remuer cette masse inerte2 l'homme1 au contraire1 dot de facults intellectuelles prpondrantes1 possde une existence riche en penses1 toujours anime et toujours importante2 des objets dignes et intressants l'occupent ds qu'il a le loisir de s'y adonner1 et il porte en lui une source des plus nobles jouissances4 ,l'impulsion extrieure lui est fournie par les uvres de la nature et par l'aspect de l'activit humaine1 et1 en outre1 par les productions si varies des esprits minents de tous les temps et de tous les pays1 productions que lui seul peut rellement goter en entier1 car lui seul est capable de les comprendre et de les sentir entirement4 ,c'est donc pour lui1 en ralit1 que ceux-ci ont vcu2 c'est donc lui1 en fait1 qu'ils se sont adresss2 tandis que les autres1 comme des auditeurs d'occasion1 ne comprennent que par-ci par-l et demi seulement4 ,il est certain que par l mme l'homme suprieur acquiert un besoin de plus que les autres hommes1 le besoin d'apprendre1 de voir1 d'tudier1 de mditer1 d'exercer2 le besoin aussi1 par consquent1 d'avoir des loisirs disponibles4 ,or1 ainsi que ,voltaire l'a observ justement1 comme il n'est de vrais plaisirs qu'avec de vrais besoins1 ce besoin de l'homme intelligent est prcisment la condition qui met sa porte des jouissances dont l'accs demeure jamais interdit aux autres2 pour ceux-ci1 les beauts de la nature et de l'art1 les uvres intellectuelles de toute espce1 mme lorsqu'ils s'en entourent1 ne sont au fond que ce que sont des courtisanes pour un vieillard4 ,un tre ainsi privilgi1 ct de sa vie personnelle1 vit d'une seconde existence1 d'une existence intellectuelle qui arrive par degrs tre son vritable but1 l'autre n'tant plus considre que comme moyen2 pour le reste des hommes1 c'est leur existence mme1 insipide1 creuse et dsole1 qui doit leur servir de but4 ,la vie intellectuelle sera l'occupation principale de l'homme suprieur2 augmentant sans cesse son trsor de jugement et de connaissance1 elle acquiert aussi constamment une liaison et une gradation1 une unit et une perfection de plus en plus prononces1 comme une uvre d'art envoie de formation4 ,en revanche1 quel pnible contraste fait avec celle-ci la vie des autres1 purement pratique1 dirige uniquement vers le bien-tre personnel1 n'ayant d'accroissement possible qu'en longueur1 sans pouvoir gagner en profondeur1 et destine nanmoins leur servir de but pour elle-mme1 pendant que pour l'autre elle est un simple moyen4 ,notre vie pratique1 relle1 ds que les passions ne l'agitent pas1 est ennuyeuse et fade2 quand elles l'agitent1 elle devient bientt douloureuse2 c'est pourquoi ceux-l seuls sont heureux qui ont reu en partage une somme d'intellect excdant la mesure que rclam le service de leur volont4 ,c'est ainsi que1 ct de leur vie effective1 ils peuvent vivre d'une vie intellectuelle qui les occupe et les divertit sans douleur et cependant avec vivacit4 ,le simple loisir1 c'est--dire un intellect non occup au service de la volont1 ne suffit pas2 il faut pour cela un excdant positif de force qui seul nous rend apte une occupation purement spirituelle et non attache au service de la volont4 ,au contraire1 otium sine litteris mors est et hominis vivi sepultura 7,snque1 ,ep4 #hb7 7,le repos sans l'tude est une espce de mort qui met un homme tout vivant au tombeau74 ,dans la mesure de cet excdant1 la vie intellectuelle existant ct de la vie relle prsentera d'innombrables gradations1 depuis les travaux du collectionneur dcrivant les insectes1 les oiseaux1 les minraux1 les monnaies1 etc41 jusqu'aux plus hautes productions de la posie et de la philosophie4 ,cette vie intellectuelle protge non seulement contre l'ennui1 mais encore contre ses pernicieuses consquences4 ,elle abrite en effet contre la mauvaise compagnie et contre les nombreux dangers1 les malheurs1 les pertes et les dissipations auxquels on s'expose en cherchant son bonheur tout entier dans la vie relle4 ,pour parler de moi1 par exemple1 ma philosophie ne m'a rien rapport1 mais elle m'a beaucoup pargn4 ,l'homme normal au contraire est limit1 pour les plaisirs de la vie1 aux choses extrieures1 telles que la richesse1 le rang1 la famille1 les amis1 la socit1 etc42 c'est l-dessus qu'il fonde le bonheur de sa vie2 aussi ce bonheur s'croule-t-il quand il les perd ou qu'il y rencontre des dceptions4 ,pour dsigner cet tat de l'individu1 nous pouvons dire que son centre de gravit tombe en dehors de lui4 ,c'est pour cela que ses souhaits et ses caprices sont toujours changeants3 quand ses moyens le lui permettent1 il achtera tantt des villas1 tantt des chevaux1 ou bien il donnera des ftes1 puis il entreprendra des voyages1 mais surtout il mnera un train fastueux1 tout cela prcisment parce qu'il cherche n'importe o une satisfaction venant du dehors2 tel l'homme puis espre trouver dans des consomms et dans des drogues de pharmacie la sant et la vigueur dont la vraie source est la force vitale propre4 ,pour ne pas passer immdiatement l'extrme oppos1 prenons maintenant un homme dou d'une puissance intellectuelle qui1 sans tre minente1 dpasse toutefois la mesure ordinaire et strictement suffisante4 ,nous verrons cet homme1 quand les sources extrieures de plaisirs viennent tarir ou ne le satisfont plus1 cultiver en amateur quelque branche des beaux-arts1 ou bien quelque science1 telle que la botanique1 la minralogie1 la physique1 l'astronomie1 l'histoire1 etc41 et y trouver un grand fonds de jouissance et de rcration4 ce titre1 nous pouvons dire que son centre de gravit tombe dj en partie en lui4 ,mais le simple dilettantisme dans l'art est encore bien loign de la facult cratrice2 d'autre part1 les sciences ne dpassent pas les rapports des phnomnes entre eux1 elles ne peuvent pas absorber l'homme tout entier1 combler tout son tre1 ni par consquent s'entrelacer si troitement dans le tissu de son existence qu'il en devienne incapable de prendre intrt tout le reste4 ,ceci demeure rserv exclusivement la suprme minence intellectuelle1 celle qu'on appelle communment le gnie2 elle seule prend pour thme1 entirement et absolument1 l'existence et l'essence des choses2 aprs quoi elle tend1 selon sa direction individuelle1 exprimer ses profondes conceptions1 par l'art1 la posie ou la philosophie4 ,ce n'est que pour un homme de cette trempe que l'occupation permanente avec soi-mme1 avec ses penses et1 ses uvres est un besoin irrsistible2 pour lui1 la solitude est la bienvenue1 le loisir est le bien suprme2 pour le reste1 il peut s'en passer1 et1 quand il le possde1 il lui est mme souvent charge4 ,de cet homme-l seul nous pouvons dire que son centre de gravit tombe tout entier en dedans de lui-mme4 ,ceci nous explique en mme temps comment il se fait que ces hommes d'une espce aussi rare ne portent pas leurs amis1 leur famille1 au bien public1 cet intrt intime et sans borne dont beaucoup d'entre les autres sont capables1 car ils peuvent en dfinitive se passer de tout1 pourvu qu'ils se possdent eux-mmes4 ,il existe donc en eux un lment isolant en plus1 dont l'action est d'autant plus nergique que les autres hommes ne peuvent pas les satisfaire pleinement2 aussi ne sauraient-ils voir dans ces autres tout fait des gaux1 et mme1 sentant constamment la dissemblance de leur nature en tout et partout1 ils s'habituent insensiblement errer parmi les autres humains comme des tres d'une espce diffrente1 et se servir1 quand leurs mditations se portent sur eux1 de la troisime au lieu de la premire personne du pluriel4 ,considr ce point de vue1 l'homme le plus heureux sera donc celui que la nature a richement dot sous le rapport intellectuel1 tellement ce qui est en nous a plus d'importance que ce qui est en dehors2 ceci1 c'est--dire l'objectif1 de quelque faon qu'il agisse1 n'agit jamais que par l'intermdiaire de l'autre1 c'est--dire du subjectif2 l'action de l'objectif est donc secondaire4 ,c'est ce qu'expriment les beaux vers suivants3 1 ' ' 4 7,lucien1 ,anthol41 ,i1 #fg47 7,la richesse de l'me est la seule richesse2 les autres biens sont fconds en douleurs74--7,trad4 ,e4 ,talbot4 #ab;e pigr47 ,un homme riche ainsi l'intrieur ne demande au monde extrieur qu'un don ngatif1 savoir du loisir pour pouvoir perfectionner et dvelopper les facults de son esprit et pour pouvoir jouir de ses richesses intrieures2 il rclame donc uniquement la libert de pouvoir1 pendant toute sa vie1 tous les jours et toute heure1 tre lui-mme4 ,pour l'homme appel imprimer la trace de son esprit sur l'humanit entire1 il n'existe qu'un seul bonheur et un seul malheur2 c'est de pouvoir perfectionner ses talents1 et complter ses uvres1--ou bien d'en tre empch4 ,tout le reste pour lui est insignifiant4 ,c'est pourquoi nous voyons les grands esprits de tous les temps attacher le plus grand prix au loisir2 car1 tant vaut l'homme1 tant vaut le loisir4 7,le bonheur est dans le loisir71 dit ,aristote 7,mor4 ,nic41 ,x1 #g74 ,diogne ,larce 7,,ii1 #e1 #ca7 rapporte aussi que 1 7,socrate vantait le loisir comme tant la plus belle des richesses74 ,c'est encore ce qu'entend ,aristote 7,mor4 ,nic41 ,x1 #g1 #h1 #i7 quand il dclare que la vie la plus belle est celle du philosophe4 ,il dit pareillement dans la ,politique 7,,iv1 #aa73 ' 7exercer librement son talent1 voil le vrai bonheur74 ,gthe aussi dit dans ,wilhelm ,meister3 ,wer mit einem ,talent1 zu einem ,talent geboren ist1 findet in dem selben sein schoenstes ,daseyn 7,celui qui est n avec un talent1 pour un talent1 trouve en celui-l la plus belle existence74 ,mais possder du loisir n'est pas seulement en dehors de la destine ordinaire mais aussi de la nature ordinaire de l'homme1 car sa destination naturelle est d'employer son temps acqurir le ncessaire pour son existence et pour celle de sa famille4 ,il est l'enfant de la misre2 il n'est pas une intelligence libre4 ,aussi le loisir arrive bientt tre un fardeau1 puis une torture1 pour l'homme ordinaire1 ds qu'il ne peut pas le remplir par des moyens artificiels et fictifs de toute espce1 par le jeu1 par des passe-temps ou par des dadas de toute forme4 ,par l mme1 le loisir entrane aussi pour lui des dangers1 car on a dit avec raison3 difficilis in otio quies4 ,d'autre part1 cependant1 une intelligence dpassant de beaucoup la mesure normale est galement un phnomne anormal1 par suite contre nature4 ,lorsque toutefois elle est donne1 l'homme qui en est dou1 pour trouver le bonheur1 a prcisment besoin de ce loisir qui1 pour les autres1 est tantt importun et tantt funeste2 quant lui1 sans loisir1 il ne sera qu'un ,pgase sous le joug2 en un mot1 il sera malheureux4 ,si cependant ces deux anomalies1 l'une extrieure et l'autre intrieure1 se rencontrent runies1 leur union produit un cas de suprme bonheur1 car l'homme ainsi favoris mnera alors une vie d'un ordre suprieur1 la vie d'un tre soustrait aux deux sources opposes de la souffrance humaine3 le besoin et l'ennui2 il est affranchi galement et du soin pnible de se dmener pour subvenir son existence et de l'incapacit supporter le loisir 7c'est--dire l'existence libre proprement dite72 autrement1 l'homme ne peut chapper ces deux maux que par le fait qu'ils se neutralisent et s'annulent rciproquement4 l'encontre de tout ce qui prcde1 il nous faut considrer d'autre part que1 par suite d'une activit prpondrante des nerfs1 les grandes facults intellectuelles produisent une surexcitation de la facult de sentir la douleur sous toutes ses formes2 qu'en outre le temprament passionn qui en est la condition1 ainsi que la vivacit et la perfection plus grandes de toute perception1 qui en sont insparables1 donnent aux motions produites par l une violence incomparablement plus forte2 or l'on sait qu'il y a bien plus d'motions douloureuses qu'il n'y en a d'agrables2 enfin1 il faut aussi nous rappeler que les hautes facults intellectuelles font de celui qui les possde un homme tranger aux autres hommes et leurs agitations1 vu que plus il possde en lui-mme1 moins il peut trouver en eux4 ,mille objets auxquels ceux-ci prennent un plaisir infini lui semblent insipides et rpugnants4 ,peut-tre1 de cette faon1 la loi de compensation qui rgne partout domine-t-elle galement ici4 ,n'a-t-on pas prtendu bien souvent et non sans quelque apparence de raison1 qu'au fond l'homme le plus born d'esprit tait le plus heureux8 ,quoi qu'il en soit1 personne ne lui enviera ce bonheur4 ,je ne veux pas anticiper sur le lecteur pour la solution dfinitive de cette controverse1 d'autant plus que ,sophocle mme a mis l-dessus deux jugements diamtralement opposs3 4 7,le savoir est de beaucoup la portion la plus considrable du bonheur47--7,antig41 #acbh47 ,une autre fois1 il dit3 4 7,la vie du sage n'est pas la plus agrable74--7,ajax1 #eej47 ,les philosophes de l',ancien ,testament ne s'entendent pas davantage entre eux2 ,jsus1 fils de ,sirah1 a dit3 4 7,la vie du fou est pire que la mort71 7#bb1ab74 ,l',ecclsiaste au contraire 7#a1 #ah73 1 4 7,o il y beaucoup de sagesse1 il y a beaucoup de douleurs47 ,en attendant1 je tiens mentionner ici que ce que l'on dsigne plus particulirement par un mot exclusivement propre la langue allemande1 celui de ,philister 7bourgeois1 picier1 philistin71 c'est prcisment l'homme qui1 par suite de la mesure troite et strictement suffisante de ses forces intellectuelles1 n'a pas de besoins spirituels3 cette expression appartient la vie d'tudiants et a t employe plus tard dans une acception plus leve1 mais analogue encore son sens primitif1 pour qualifier celui qui est l'oppos d'un fils des ,muses 7c'est--dire un homme qui est prosaque74 ,celui-ci1 en effet1 est et demeure le 7l'homme vulgaire74 ,me plaant un point de vue encore plus lev1 je voudrais dfinir les philistins en disant que ce sont des gens constamment occups1 et cela le plus srieusement du monde1 d'une ralit qui n'en est pas une4 ,mais cette dfinition d'une nature dj transcendantale ne serait pas en harmonie avec le point de vue populaire auquel je me suis plac1 dans cette dissertation2 elle pourrait1 par consquent1 ne pas tre comprise par tous les lecteurs4 ,la premire1 au contraire1 admet plus facilement un commentaire spcifique et dsigne suffisamment l'essence et la racine de toutes les proprits caractristiques du philistin4 ,c'est donc1 ainsi que nous l'avons dit1 un homme sans besoins spirituels4 ,de l dcoulent plusieurs consquences3 la premire1 par rapport lui-mme1 c'est qu'il n'aura jamais de jouissances spirituelles1 d'aprs la maxime dj cite qu'il n'est de vrais plaisirs qu'avec de vrais besoins4 ,aucune aspiration acqurir des connaissances et du jugement pour ces choses en elles-mmes n'anime son existence2 aucune aspiration non plus aux plaisirs esthtiques1 car ces deux aspirations sont troitement unies4 ,quand la mode ou quelque autre contrainte lui impose de ces jouissances1 il s'en acquitte aussi brivement que possible1 comme un galrien s'acquitte de son travail forc4 ,les seuls plaisirs pour lui sont les sensuels2 c'est sur eux qu'il se rattrape4 ,manger des hutres1 avaler du vin de ,champagne1 voil pour lui le suprme de l'existence2 se procurer tout ce qui contribue au bien-tre matriel1 voil le but de sa vie4 ,trop heureux quand ce but l'occupe suffisamment6 ,car1 si ces biens lui ont dj t octroys par avance1 il devient immdiatement la proie de l'ennui2 pour le chasser1 il essaye de tout ce qu'on peut imaginer3 bals1 thtres1 socits1 jeux de cartes1 jeux de hasard1 chevaux1 femmes1 vin1 voyages1 etc4 ,et cependant tout cela ne suffit pas quand l'absence de besoins intellectuels rend impossibles les plaisirs intellectuels4 ,aussi un srieux morne et sec1 approchant celui de l'animal1 est-il propre au philistin et le caractrise-t-il4 ,rien ne le rjouit1 rien ne l'meut1 rien n'veille son intrt4 ,les jouissances matrielles sont vite puises2 la socit1 compose de philistins comme lui1 devient bientt ennuyeuse2 le jeu de cartes finit par le fatiguer4 ,il lui reste la rigueur les jouissances de la vanit sa faon3 elles consisteront surpasser les autres en richesse1 en rang1 en influence ou en pouvoir1 ce qui lui vaut alors leur estime2 ou bien encore il cherchera frayer au moins avec ceux qui brillent par ces avantages et se chauffer au reflet de leur clat 7en anglais1 cela s'appelle un snob74 ,la deuxime consquence rsultant de la proprit fondamentale que nous avons reconnue au philistin1 c'est que1 par rapport aux autres1 comme il est priv de besoins intellectuels1 et comme il est born aux besoins matriels1 il recherchera les hommes qui pourront satisfaire ces derniers et non pas ceux qui pourraient subvenir aux premiers4 ,aussi n'est-ce rien moins que de hautes qualits intellectuelles qu'il leur demande2 bien au contraire1 quand il les rencontre1 elles excitent son antipathie1 voire mme sa haine1 car il n'prouve en leur prsence qu'un sentiment importun d'infriorit et une envie sourde1 secrte1 qu'il cache avec le plus grand soin1 qu'il cherche se dissimuler lui-mme1 mais qui par l justement grandit parfois jusqu' une rage muette4 ,ce n'est pas sur les facults de l'esprit qu'il songe jamais mesurer son estime ou sa considration2 il les rserve exclusivement au rang et la richesse1 au pouvoir et l'influence1 qui passent ses yeux pour les seules qualits vraies1 les seules o il aspirerait exceller4 ,tout cela drive de ce que le philistin est un homme priv de besoins intellectuels4 ,son extrme souffrance vient de ce que les idalits ne lui apportent aucune rcration et que1 pour chapper l'ennui1 il doit toujours recourir aux ralits4 ,or celles-ci1 d'une part1 sont bientt puises1 et alors1 au lieu de divertir1 elles fatiguent2 d'autre part1 elles entranent aprs elles des dsastres de toute espce1 tandis que les idalits sont inpuisables et1 en elles-mmes1 innocentes4 ,dans toute cette dissertation sur les conditions personnelles qui contribuent notre bonheur1 j'ai eu en vue les qualits physiques et principalement les qualits intellectuelles4 ,c'est dans mon ,mmoire sur le fondement de la morale 7 #bb7 que j'ai expos comment la perfection morale1 son tour1 influe directement sur le bonheur3 c'est cet ouvrage que je renvoie le lecteur#d4 ,,chapitre ,,iii ,,de ,,ce ,,que ,l',,on ,a picure1 le grand docteur en flicit1 a admirablement et judicieusement divis les besoins humains en trois classes4 ,premirement1 les besoins naturels et ncessaires3 ce sont ceux qui1 non satisfaits1 produisent la douleur2 ils ne comprennent donc que le victus et l'amictus 7nourriture et vtement74 ,ils sont faciles satisfaire4--,secondement1 les besoins naturels mais non ncessaires3 c'est le besoin de la satisfaction sexuelle1 quoique picure ne l'nonce pas dans le rapport de ,larce 7du reste1 je reproduis ici1 en gnral1 toute cette doctrine lgrement modifie et corrige74 ,ce besoin est dj plus difficile satisfaire4--,troisimement1 ceux qui ne sont ni naturels ni ncessaires3 ce sont les besoins du luxe1 de l'abondance1 du faste et de l'clat2 leur nombre est infini et leur satisfaction trs difficile 7voy4 ,diog4 ,larce1 l4 ,x1 ch4 #bg1 #adi et #abg2--;,cicron1 ,de fin41 ,i1#ac74 ,la limite de nos dsirs raisonnables se rapportant la fortune est difficile1 sinon impossible dterminer4 ,car le contentement de chacun cet gard ne repose pas sur une quantit absolue1 mais relative1 savoir sur le rapport entre ses souhaits et sa fortune2 aussi cette dernire1 considre en elle-mme1 est-elle aussi dpourvue de sens que le numrateur d'une fraction sans dnominateur4 ,l'absence des biens auxquels un homme n'a jamais song aspirer ne peut nullement le priver1 il sera parfaitement satisfait sans ces biens1 tandis que tel autre qui possde cent fois plus que le premier se sentira malheureux1 parce qu'il lui manque un seul objet qu'il convoite4 ,chacun a aussi1 l'gard des biens qu'il lui est permis d'atteindre1 un horizon propre1 et ses prtentions ne vont que jusqu'aux limites de cet horizon4 ,lorsqu'un objet1 situ en dedans de ces limites1 se prsente lui de telle faon qu'il puisse tre certain de l'atteindre1 il se sentira heureux2 il se sentira malheureux1 au contraire1 si1 des obstacles survenant1 cette perspective lui est enleve4 ,ce qui est plac au del n'a aucune action sur lui4 ,c'est pourquoi la grande fortune du riche ne trouble pas le pauvre1 et c'est pour cela aussi1 d'autre part1 que toutes les richesses qu'il possde dj ne consolent pas le riche quand il est du dans une attente 7,la richesse est comme l'eau sale3 plus on en boit1 plus elle altre2 il en est de mme aussi de la gloire74 ,ce fait qu'aprs la perte de la richesse ou de l'aisance1 et aussitt la premire douleur surmonte1 notre humeur habituelle ne diffrera pas beaucoup de celle qui nous tait propre auparavant1 s'explique par l que1 le facteur de notre avoir ayant t diminu par le sort1 nous rduisons aussitt aprs1 de nous-mmes1 considrablement le facteur de nos prtentions4 ,c'est l ce qu'il y a de proprement douloureux dans un malheur2 cette opration une fois accomplie1 la douleur devient de moins en moins sensible et finit par disparatre2 la blessure se cicatrise4 ,dans l'ordre inverse1 en prsence d'un vnement heureux1 la charge qui comprime nos prtentions remonte et leur permet de se dilater3 c'est en cela que consiste le plaisir4 ,mais celui-ci galement ne dure que le temps ncessaire pour que cette opration s'achve2 nous nous habituons l'chelle ainsi augmente des prtentions1 et nous devenons indiffrents la possession correspondante de richesses4 ,c'est l ce qu'exprime un passage d',homre 7,od41 ,,xviii1 #acj-acg7 dont voici les deux derniers vers3 3 ' 1 4 7,tel est l'esprit des hommes terrestres1 semblables aux jours changeants qu'amne le ,pre des hommes et des dieux47--7,tr4 ,leconte de ,lisle47 ,la source de nos mcontentements est dans nos efforts toujours renouvels pour lever le facteur des prtentions pendant que l'autre facteur s'y oppose par son immobilit4 ,il ne faut pas s'tonner de voir1 dans l'espce humaine pauvre et remplie de besoins1 la richesse plus hautement et plus sincrement prise1 vnre mme1 que toute autre chose2 le pouvoir lui-mme n'est considr que parce qu'il conduit la fortune2 il ne faut pas tre surpris non plus de voir les hommes passer ct ou par-dessus toute autre considration quand il s'agit d'acqurir des richesses1 de voir par exemple les professeurs de philosophie faire bon march de la philosophie pour gagner de l'argent4 ,on reproche frquemment aux hommes de tourner leurs vux principalement vers l'argent et de l'aimer plus que tout au monde4 ,pourtant il est bien naturel1 presque invitable d'aimer ce qui1 pareil un prote infatigable1 est prt tout instant prendre la forme de l'objet actuel de nos souhaits si mobiles ou de nos besoins si divers4 ,tout autre bien1 en effet1 ne peut satisfaire qu'un seul dsir1 qu'un seul besoin3 les aliments ne valent que pour celui qui a faim1 le vin pour le bien portant1 les mdicaments pour le malade1 une fourrure pendant l'hiver1 les femmes pour la jeunesse1 etc4 ,toutes ces choses ne sont donc que 1 c'est--dire relativement bonnes4 ,l'argent seul est le bon absolu1 car il ne pourvoit pas uniquement un seul besoin in concreto1 mais au besoin en gnral1 in abstracto4 ,la fortune dont on dispose doit tre considre comme un rempart contre le grand nombre des maux et des malheurs possibles1 et non comme une permission et encore moins comme une obligation d'avoir se procurer les plaisirs du monde4 ,les gens qui1 sans avoir de fortune patrimoniale1 arrivent par leurs talents1 quels qu'ils soient1 en position de gagner beaucoup d'argent1 tombent presque toujours dans cette illusion de croire que leur talent est un capital stable et que l'argent que leur rapporte ce talent est par consquent l'intrt dudit capital4 ,aussi ne rservent-ils rien de ce qu'ils gagnent pour en constituer un capital demeure1 mais ils dpensent dans la mme mesure qu'ils acquirent4 ,il s'ensuit qu'ils tombent d'ordinaire dans la pauvret1 lorsque leurs gains s'arrtent ou cessent compltement2 en effet1 leur talent lui-mme1 passager de sa nature comme l'est par exemple le talent pour presque tous les beaux-arts1 s'puise1 ou bien encore les circonstances spciales ou les conjonctures qui le rendaient productif ont disparu4 ,des artisans peuvent la rigueur mener cette existence1 car les capacits exiges pour leur mtier ne se perdent pas facilement ou peuvent tre supples par le travail de leurs ouvriers2 de plus1 leurs produits sont des objets de ncessit dont l'coulement est toujours assur2 un proverbe allemand dit avec raison3 ,ein ,handwerk hat einen goldenen ,boden1 c'est--dire un bon mtier vaut de l'or4 ,il n'en est pas de mme des artistes et des virtuosi de toute espce4 ,c'est justement pour cela qu'on les paye si cher1 mais aussi et par la mme raison devraient-ils placer en capital l'argent qu'ils gagnent2 dans leur prsomption1 ils le considrent comme n'en tant que les intrts et courent ainsi leur perte4 ,en revanche1 les gens qui possdent une fortune patrimoniale savent trs bien1 ds le principe1 distinguer entre un capital et des intrts4 ,aussi la plupart chercheront placer srement leur capital1 ne l'entameront en aucun cas et rserveront mme1 si possible1 un huitime au moins sur les intrts1 pour obvier une crise ventuelle4 ,ils se maintiennent ainsi le plus souvent dans l'aisance4 ,rien de tout ce que nous venons de dire ne s'applique aux commerants2 pour eux1 l'argent est en lui-mme l'instrument du gain1 l'outil professionnel pour ainsi dire3 d'o il suit que1 mme alors qu'ils l'ont acquis par leur propre travail1 ils chercheront dans son emploi les moyens de le conserver ou de l'augmenter4 ,aussi la richesse est habituelle dans cette classe plus que dans aucune autre4 ,en gnral1 on trouvera que1 d'ordinaire1 ceux qui se sont dj collets avec la vraie misre et le besoin1 les redoutent incomparablement moins et sont plus enclins la dissipation que ceux qui ne connaissent ces maux que par ou-dire4 la premire catgorie appartiennent tous ceux qui1 par n'importe quel coup de fortune ou par des talents spciaux quelconques1 ont pass rapidement de la pauvret l'aisance2 l'autre1 ceux qui sont ns avec de la fortune et qui l'ont conserve4 ,tous ceux-ci s'inquitent plus de l'avenir que les premiers et sont plus conomes4 ,on pourrait en conclure que le besoin n'est pas une aussi mauvaise chose qu'il parat l'tre1 vu de loin4 ,cependant la vritable raison doit tre plutt la suivante3 c'est que pour l'homme n avec une fortune patrimoniale la richesse apparat comme quelque chose d'indispensable1 comme l'lment de la seule existence possible1 au mme titre que l'air2 aussi la soignera-t-il comme sa propre vie et sera-t-il gnralement rang1 prvoyant et conome4 ,au contraire1 pour celui qui ds sa naissance a vcu dans la pauvret1 c'est celle-ci qui semblera la condition naturelle2 la richesse1 qui1 par n'importe quelle voie1 pourra lui choir plus tard1 lui paratra un superflu1 bon seulement pour en jouir et la gaspiller2 il se dit que1 lorsqu'elle aura disparu de nouveau1 il saura se tirer d'affaire sans elle tout comme auparavant1 et que1 de plus1 il sera dlivr d'un souci4 ,c'est le cas de dire avec ,shakespeare3 ,the adage must be verified1 ,that beggars mounted run their horse to death4 7,henry ,,vi1 ,p4 #c1 ,a4 #a47 7,il faut que le proverbe se vrifie3 ,le mendiant cheval fait galoper sa bte mort47 ,ajoutons encore que ces gens-l possdent non pas tant dans leur tte que dans le cur une ferme et excessive confiance d'une part dans leur chance et d'autre part dans leurs propres ressources1 qui les ont dj aids se tirer du besoin et de l'indigence2 ils ne considrent pas la misre1 ainsi que le font les riches de naissance1 comme un abme sans fond1 mais comme un bas-fond qu'il leur suffit de frapper du pied pour remonter la surface4 ,c'est par cette mme particularit humaine qu'on peut expliquer comment des femmes1 pauvres avant leur mariage1 sont trs souvent plus exigeantes et plus dpensires que celles qui ont fourni une grosse dot2 en effet1 la plupart du temps1 les filles riches n'apportent pas seulement de la fortune1 mais aussi plus de zle1 pour ainsi dire plus d'instinct hrditaire la conserver que les pauvres4 ,toutefois ceux qui voudraient soutenir la thse contraire trouveront une autorit dans la premire satire de l',arioste2 en revanche1 le docteur ,johnson se range mon avis3 ,a woman of fortune being used to the handling of money1 spends it judiciously3 but a woman who gets the command of money for the first time upon her marriage1 has such a gust in spending it1 that she throws it away with great profusion 7voir ,boswell1 ,life of ,johnson1 vol4 ,,iii1 p4 #aii1 dit4 #ahba7 7,une femme riche1 tant habitue manier de l'argent1 le dpense judicieusement2 mais celle qui par son mariage se trouve place pour la premire fois la tte d'une fortune1 trouve tant de got dpenser qu'elle jette l'argent avec une grande profusion74 ,je conseillerais1 en tout cas1 qui pouse une fille pauvre1 de lui lguer non pas un capital1 mais une simple rente1 et surtout de veiller ce que la fortune des enfants ne tombe pas entre ses mains4 ,je ne crois nullement faire quelque chose qui soit indigne de ma plume en recommandant ici le soin de conserver sa fortune1 gagne ou hrite2 car c'est un avantage inapprciable de possder tout acquise une fortune1 quand elle ne suffirait mme qu' permettre de vivre aisment1 seul et sans famille1 dans une vritable indpendance1 c'est--dire sans avoir besoin de travailler2 c'est l ce qui constitue l'immunit qui exempte des misres et des tourments attachs la vie humaine2 c'est l'mancipation de la corve gnrale qui est le destin propre des enfants de la terre4 ,ce n'est que par cette faveur du sort que nous sommes vraiment homme n libre2 cette seule condition1 on est rellement sui juris1 matre de son temps et de ses forces1 et l'on dira chaque matin3 ,la journe m'appartient4 ,aussi1 entre celui qui a mille cus de rente et celui qui en a cent mille1 la diffrence est-elle infiniment moindre qu'entre le premier et celui qui n'a rien4 ,mais la fortune patrimoniale atteint sa plus haute valeur lorsqu'elle choit celui qui1 dou de forces intellectuelles suprieures1 poursuit des dessins dont la ralisation ne s'accommode pas un travail pour vivre3 plac dans ces conditions1 cet homme est doublement dot par le sort2 il peut maintenant vivre tout son gnie1 et il payera au centuple sa dette envers l'humanit en produisant ce que nul autre ne pourrait produire et en crant ce qui constituera le bien et en mme temps l'honneur de la communaut humaine4 ,tel autre1 plac dans une situation aussi favorise1 mritera bien de l'humanit par ses uvres philanthropiques4 ,quant celui qui1 possdant un patrimoine1 ne produit rien de semblable1 dans quelque mesure que ce soit1 ft-ce titre d'essai1 ou qui par des tudes srieuses ne se cre pas au moins la possibilit de faire progresser une science1 celui-l n'est qu'un fainant mprisable4 ,il ne sera pas heureux non plus1 car le fait d'tre affranchi du besoin le transporte l'autre ple de la misre humaine1 l'ennui1 qui le torture tellement qu'il serait bien plus heureux si le besoin lui avait impos une occupation4 ,cet ennui le fera se jeter facilement dans des extravagances qui lui raviront cette fortune dont il n'tait pas digne4 ,en ralit1 une foule de gens ne sont dans l'indigence que pour avoir dpens leur argent pendant qu'ils en avaient1 afin de procurer un soulagement momentan l'ennui qui les oppressait4 ,les choses se passent tout autrement quand le but qu'on poursuit est de s'lever haut dans le service de l'tat2 quand il s'agit1 par consquent1 d'acqurir de la faveur1 des amis1 des relations1 au moyen desquels on puisse monter de degr en degr et arriver peut-tre un jour aux postes les plus levs3 en pareil cas1 il vaut mieux1 au fond1 tre venu au monde sans la moindre fortune4 ,pour un individu surtout qui n'est pas de la noblesse et qui a quelque talent1 tre un pauvre gueux constitue un avantage rel et une recommandation4 ,car ce que chacun recherche et aime avant tout1 non seulement dans la simple conversation1 mais encore1 a fortiori dans le service public1 c'est l'infriorit de l'autre4 ,or il n'y a qu'un gueux qui soit convaincu et pntr de son infriorit profonde1 entire1 indiscutable1 omnilatrale1 de sa totale insignifiance et de sa nullit1 au degr voulu par la circonstance4 ,un gueux seul s'incline assez souvent et assez longtemps1 et sait courber son chine en rvrences de #ij degrs bien compts3 lui seul endure tout avec le sourire aux lvres1 seul il reconnat que les mrites n'ont aucune valeur2 seul il vante comme chefs-d'uvre1 publiquement1 haute voix ou en gros caractres d'impression1 les inepties littraires de ses suprieurs ou des hommes influents en gnral2 seul il s'entend mendier2 par suite1 lui seul peut tre initi temps1 c'est--dire ds sa jeunesse1 cette vrit cache que ,gthe nous a dvoile en ces termes3 ,ueber's ,niedertrchlige ,niemand sich beklage3 ,deim es ist das ,mchtige1 ,wos raan dir auch sage4 7,w4 ,o41 ,divan47 7,que nul ne se plaigne de la bassesse1 car c'est la puissance1 quoi que l'on vous dise47--7,trad4 ,porchat47 ,celui-l1 au contraire1 qui tient de ses parents une fortune suffisante pour vivre sera d'ordinaire rcalcitrant2 il est habitu marcher tte leve2 il n'a pas appris tous ces tours de souplesse2 peut-tre mme s'avise-t-il de se prvaloir de certains talents qu'il possde et dont il devrait plutt comprendre l'insuffisance en lace de ce qui se passe avec le mdiocre et rampant#e2 il est capable aussi de remarquer l'infriorit de ceux qui sont placs au-dessus de lui1 et enfin1 quand les choses en arrivent tre indignes1 il devient rtif et ombrageux4 ,on ne se pousse pas avec cela dans le monde1 et il pourra lui arriver finalement de dire avec cet impudent ,voltaire3 ,nous n'avons que deux jours vivre2 ce n'est pas la peine de les passer ramper sous des coquins mprisables4 ,malheureusement1 soit dit en passant1 coquin mprisable est un attribut pour lequel il existe diantrement de sujets dans ce monde4 ,nous pouvons donc voir que ce que dit ,juvnal3 ,haud facile emergunt1 quorum virtutibus obstat ,res angusta domi4 7,sat4 ,,ii1 v4 #afd47 7,difficilement le mrite se fait jour1 quand il est aux prises avec le besoin47--7,trad4 d4 ,dubochet47 s'applique plutt la carrire des gens minents qu' celle des gens du monde4 ,parmi les choses que l'on possde1 je n'ai pas compt femme et enfants1 car on est plutt possd par eux4 ,on pourrait avec plus de raison y comprendre les amis2 mais ici galement le propritaire doit1 dans la mme mesure1 tre aussi la proprit de l'autre4 ,,chapitre ,,iv ,,de ,,ce ,,que ,l',,on ,,repr,,sente ,i4--,de l'opinion d'autrui4 ,ce que nous reprsentons1 ou1 en d'autres termes1 notre existence dans l'opinion d'autrui1 est1 par suite d'une faiblesse particulire de notre nature1 gnralement beaucoup trop pris1 bien que la moindre rflexion puisse nous apprendre qu'en soi cela est de nulle importance pour notre bonheur4 ,aussi a-t-on peine s'expliquer la grande satisfaction intrieure qu'prouve tout homme des qu'il aperoit une marque de l'opinion favorable des autres et ds qu'on flatte sa vanit1 n'importe comment4 ,aussi infailliblement que le chat se met filer quand on lui caresse le dos1 aussi srement on voit une douce extase se peindre sur la figure de l'homme qu'on loue1 surtout quand la louange porte sur le domaine de ses prtentions1 et quand mme elle serait un mensonge palpable4 ,les marques de l'approbation des autres le consolent souvent d'un malheur rel ou de la parcimonie avec laquelle coulent pour lui les deux sources principales de bonheur dont nous avons trait jusqu'ici4 ,rciproquement1 il est tonnant de voir combien il est infailliblement chagrin1 et bien des fois douloureusement affect par toute lsion de son ambition1 en quelque sens1 quelque degr ou sous quelque rapport que ce soit1 par tout ddain1 par toute ngligence1 par le moindre manque d'gards4 ,en tant que servant de base au sentiment de l'honneur1 cette proprit peut avoir une influence salutaire sur la bonne conduite de beaucoup de gens1 en guise de succdan de leur moralit2 mais quant son action sur le bonheur rel de l'homme et surtout sur le repos de l'me et sur l'indpendance1 ces deux conditions si ncessaires au bonheur1 elle est plutt perturbatrice et nuisible que favorable4 ,c'est pourquoi1 notre point de vue1 il est prudent de lui poser des limites et1 par de sages rflexions et une juste apprciation de la valeur des biens1 de modrer cette grande susceptibilit l'gard de l'opinion d'autrui1 aussi bien pour le cas o on la caresse que pour celui o on la froisse1 car les deux tiennent au mme fil4 ,autrement1 nous restons esclaves de l'opinion et du sentiment des autres3 ,sic leve1 sic parvum est1 animum quod laudis avarum ,subruit ac reficit4 7,tellement ce qui abat ou rconforte une me avide de louange peut tre frivole et petit47 ,par consquent1 une juste apprciation de la valeur de ce que l'on est en soi-mme et par soi-mme1 compare ce qu'on est seulement aux yeux d'autrui1 contribuera beaucoup notre bonheur4 ,le premier terme de la comparaison comprend tout ce qui remplit le temps de notre propre existence1 le contenu intime de celle-ci et1 partant1 tous les biens que nous avons examins dans les chapitres intituls ,de ce que l'on est et ,de ce que l'on a4 ,car le lieu o se trouve la sphre d'action de tout cela1 c'est la propre conscience de l'homme4 ,au contraire1 le lieu de tout ce que nous sommes pour les autres1 c'est la conscience d'autrui2 c'est la figure sous laquelle nous y apparaissons1 ainsi que les notions qui s'y rfrent#f4 ,or ce sont l des choses qui1 directement1 n'existent pas du tout pour nous2 tout cela n'existe qu'indirectement1 c'est--dire qu'autant qu'il dtermine la conduite des autres envers nous4 ,et ceci mme n'entre rellement en considration qu'autant que cela influe sur ce qui pourrait modifier ce que nous sommes en et par nous-mmes4 part cela1 ce qui se passe dans une conscience trangre nous est1 ce titre1 parfaitement indiffrent1 et1 notre tour1 nous y deviendrons indiffrent mesure que nous connatrons suffisamment la superficialit et la futilit des penses1 les bornes troites des notions1 la petitesse des sentiments1 l'absurdit des opinions et le nombre considrable d'erreurs que l'on rencontre dans la plupart des cervelles2 mesure aussi que nous apprendrons par exprience avec quel mpris l'on parle1 l'occasion1 de chacun de nous1 ds qu'on ne nous craint pas ou quand on croit que nous ne le saurons pas2 mais surtout quand nous aurons entendu une fois avec quel ddain une demi-douzaine d'imbciles parlent de l'homme le plus distingu4 ,nous comprendrons alors qu'attribuer une haute valeur l'opinion des hommes1 c'est leur faire trop d'honneur4 ,en tout cas1 c'est tre rduit une misrable ressource que de ne pas trouver le bonheur dans les classes de biens dont nous avons dj parl et de devoir le chercher dans cette troisime1 autrement dit1 dans ce qu'on est non dans la ralit1 mais dans l'imagination d'autrui4 ,en thse gnrale1 c'est notre nature animale qui est la base de notre tre1 et par consquent aussi de notre bonheur4 ,l'essentiel pour le bien-tre1 c'est donc la sant et ensuite les moyens ncessaires notre entretien1 et par consquent une existence libre de soucis4 ,l'honneur1 l'clat1 la grandeur1 la gloire1 quelque valeur qu'on leur attribue1 ne peuvent entrer en concurrence avec ces biens essentiels ni les remplacer2 bien au contraire1 le cas chant1 on n'hsiterait pas un instant les changer contre les autres4 ,il sera donc trs utile pour notre bonheur1 de connatre temps ce fait si simple que chacun vit d'abord et effectivement dans sa propre peau et non dans l'opinion des autres1 et qu'alors naturellement notre condition relle et personnelle1 telle qu'elle est dtermine par la sant1 le temprament1 les facults intellectuelles1 le revenu1 la femme1 les enfants1 le logement1 etc41 est cent fois plus importante pour notre bonheur que ce qu'il plat aux autres de faire de nous4 ,l'illusion contraire rend malheureux4 ,s'crier avec emphase3 ,l'honneur passe avant la vie1 c'est dire en ralit3 ,la vie et la sant ne sont rien2 ce que les autres pensent de nous1 voil l'affaire4 ,tout au plus cette maxime peut-elle tre considre comme une hyperbole au fond de laquelle se trouve cette prosaque vrit que1 pour avancer et se maintenir parmi les hommes1 l'honneur1 c'est--dire leur opinion notre gard1 est souvent d'une utilit indispensable3 je reviendrai plus loin sur ce sujet4 ,lorsqu'on voit1 au contraire1 comment presque tout ce que les hommes poursuivent pendant leur vie entire1 au prix d'efforts incessants1 de mille dangers et de mille amertumes1 a pour dernier objet de les lever dans l'opinion1 car non seulement les emplois1 les titres et les cordons1 mais encore la richesse et mme la science#g et les arts sont1 au fond1 recherchs principalement dans ce seul but1 lorsqu'on voit que le rsultat dfinitif auquel on travaille arriver est d'obtenir plus de respect de la part des autres1 tout cela ne prouve1 hlas6 que la grandeur de la folie humaine4 ,attacher beaucoup trop de valeur l'opinion est une superstition universellement dominante2 qu'elle ait ses racines dans notre nature mme1 ou qu'elle ait suivi la naissance des socits et de la civilisation1 il est certain qu'elle exerce en tout cas sur toute notre conduite une influence dmesure et hostile notre bonheur4 ,cette influence1 nous pouvons la poursuivre depuis le point o elle se montre sous la forme d'une dfrence anxieuse et servile pour le qu'en-dira-t-on jusqu' celui o elle plonge le poignard de ,virginius dans le sein de sa fille1 ou bien o elle entrane l'homme sacrifier sa gloire posthume son repos1 sa fortune1 sa sant et jusqu' sa vie4 ,ce prjug offre1 il est vrai1 celui qui est appel rgner sur les hommes ou en gnral les guider1 une ressource commode2 aussi le prcepte d'avoir tenir en veil ou stimuler le sentiment de l'honneur occupe-t-il une place principale dans toutes les branches de l'art de dresser les hommes2 mais1 l'gard du bonheur propre de l'individu1 et c'est l ce qui nous occupe ici1 il en est tout autrement1 et nous devons au contraire le dissuader d'attacher trop de prix l'opinion des autres4 ,si1 nanmoins1 ainsi que nous l'apprend l'exprience1 le fait se prsente chaque jour2 si ce que la plupart des gens estiment le plus est prcisment l'opinion d'autrui leur gard1 et s'ils s'en proccupent plus que de ce qui1 se passant dans leur propre conscience1 existe immdiatement pour eux2 si donc1 par un renversement de l'ordre naturel1 c'est l'opinion qui leur semble tre la partie relle de leur existence1 l'autre ne leur paraissant en tre que la partie idale2 s'ils font de ce qui est driv et secondaire l'objet principal1 et si l'image de leur tre dans la tte des autres leur tient plus cur que leur tre lui-mme2 cette apprciation directe de ce qui1 directement1 n'existe pour personne1 constitue cette folie laquelle on a donn le nom de vanit1 vanitas1 pour indiquer par l le vide et le chimrique de cette tendance4 ,on peut facilement comprendre aussi1 par ce que nous avons dit plus haut1 qu'elle appartient cette catgorie d'erreurs qui consistent oublier le but pour les moyens1 comme l'avarice4 ,en effet1 le prix que nous mettons l'opinion et notre constante proccupation cet gard dpassent presque toute porte raisonnable1 tellement que cette proccupation peut tre considre comme une espce de manie rpandue gnralement1 ou plutt inne4 ,dans tout ce que nous faisons comme dans tout ce que nous nous abstenons de faire1 nous considrons l'opinion des autres avant toute chose presque1 et c'est de ce souci qu'aprs un examen plus approfondi nous verrons natre environ la moiti des tourments et des angoisses que nous ayons jamais prouvs4 ,car c'est cette proccupation que nous retrouvons au fond de tout notre amour-propre1 si souvent ls1 parce qu'il est si maladivement susceptible1 au fond de toutes nos vanits et de toutes nos prtentions1 comme au fond de notre somptuosit et de notre ostentation4 ,sans cette proccupation1 sans cette rage1 le luxe ne serait pas le dixime de ce qu'il est4 ,sur elle repose tout notre orgueil1 point d'honneur et puntiglio1 de quelque espce qu'il soit et quelque sphre qu'il appartienne1--et que de victimes ne rclame-t-elle pas souvent6 ,elle se montre dj dans l'enfant1 puis chaque ge de la vie2 mais elle atteint toute sa force dans l'ge avanc1 parce qu' ce moment l'aptitude aux jouissances sensuelles ayant tari1 vanit et orgueil n'ont plus partager l'empire qu'avec l'avarice4 ,cette fureur s'observe le plus distinctement dans les ,franais1 chez lesquels elle rgne endmiquement et se manifeste souvent par l'ambition la plus sotte1 par la vanit nationale la plus ridicule et la fanfaronnade la plus honte2 mais leurs prtentions s'annulent par l mme1 car elles les livrent la rise des autres nations et ont fait un sobriquet du nom de grande nation#h4 ,pour expliquer plus clairement tout ce que nous avons expos jusqu'ici sur la dmence qu'il y a se proccuper dmesurment de l'opinion d'autrui1 je veux rapporter un exemple bien frappant de cette folie enracine dans la nature humaine2 cet exemple est favoris d'un effet de lumire rsultant de la rencontre de circonstances propices et d'un caractre appropri2 cela nous permettra de bien valuer la force de ce bizarre moteur des actions humaines4 ,c'est le passage suivant du rapport dtaill publi par le ,times du #ca mars #ahdf1 sur l'excution rcente du nomm ,thomas ,wix1 un ouvrier qui avait assassin son patron par vengeance3 ,dans la matine du jour fix pour l'excution1 le rvrend chapelain de la prison se rendit auprs de lui4 ,mais ,wix1 quoique trs calme1 n'coutait pas ses exhortations2 sa seule proccupation tait de russir montrer un courage extrme en prsence de la foule qui allait assister sa honteuse fin4 ,et il y est parvenu4 ,arriv dans le prau qu'il avait traverser pour atteindre le gibet lev tout contre la prison1 il s'cria3 ,eh bien1 comme disait le ,dr ,dodd1 je vais connatre bientt le grand mystre6--,quoique ayant les bras attachs1 il monta sans aide l'chelle de la potence2 arriv au sommet1 il fit droite et gauche des saints aux spectateurs1 et la multitude rassemble y rpondit1 en rcompense1 par des acclamations formidables1 etc4 ,avoir la mort1 sous sa forme la plus effrayante1 devant les yeux avec l'ternit derrire elle1 et ne se proccuper uniquement que de l'effet que l'on produira sur la masse des badauds accourus et de l'opinion qu'on laissera aprs soi dans leurs ttes1 n'est-ce pas l un chantillon unique d'ambition8 ,lecomte qui1 dans la mme anne1 fut guillotin ,paris pour tentative de rgicide1 regrettait principalement1 pendant son procs1 de ne pouvoir se prsenter vtu convenablement devant la ,chambre des pairs1 et mme1 au moment de l'excution1 son grand chagrin tait qu'on ne lui et pas permis de se raser avant4 ,il en tait de mme jadis2 c'est ce que nous pouvons voir dans l'introduction 7dclaration7 dont ,mateo ,aleman fait prcder son clbre roman ,guzman d',alfarache1 o il rapporte que beaucoup de criminels gars drobent leurs dernires heures au soin du salut de leur me1 auquel ils devraient les employer exclusivement1 pour terminer et apprendre par cur un petit sermon qu'ils voudraient dbiter du haut du gibet4 ,nous pouvons retrouver notre propre image dans des traits pareils2 car ce sont les exemples de taille colossale qui fournissent les explications les plus videntes en toute matire4 ,pour nous tous1 le plus souvent1 nos proccupations1 nos chagrins1 les soucis rongeurs1 nos colres1 nos inquitudes1 nos efforts1 etc41 ont en vue presque entirement l'opinion des autres et sont aussi1 absurdes que ceux des pauvres diables cits plus haut4 ,l'envie et la haine partent galement1 en grande partie1 de la mme racine4 ,rien videmment ne contribuerait davantage notre bonheur1 compos principalement de calme d'esprit et de contentement1 que de limiter la puissance de ce mobile1 de l'abaissera un degr que la raison puisse justifier 7au #a_/ej par exemple7 et d'arracher ainsi de nos chairs cette pine qui les dchire4 ,nanmoins la chose est bien difficile2 nous avons affaire ici un travers naturel et inn3 ,etiam sapientibus cupido glori novissima exuitur1 dit ,tacite 7,hist4 ,,iv1 #f7 7,la passion de la gloire est la dernire dont les sages mmes se dpouillent2 trad4 dition ,dubochet1 ,paris2 #ahej74 ,le seul moyen de nous dlivrer de cette folie universelle1 serait de la reconnatre distinctement pour une folie1 et1 cet effet1 de nous rendre bien clairement compte quel point la plupart des opinions1 dans les ttes des hommes1 sont le plus souvent fausses1 de travers1 errones et absurdes2 combien l'opinion des autres a peu d'influence relle sur nous dans la plupart des cas et des choses2 combien en gnral elle est mchante1 tellement qu'il n'est personne qui ne tombt malade de colre s'il entendait sur quel ton on parle et tout ce qu'on dit de lui2 combien enfin l'honneur lui-mme n'a1 proprement parler1 qu'une valeur indirecte et non immdiate1 etc4 ,si nous pouvions russir oprer la gurison de cette folie gnrale1 nous gagnerions infiniment en calme d'esprit et en contentement1 et nous acquerrions en mme temps une contenance plus ferme et plus sre1 une allure beaucoup plus dgage et plus naturelle4 ,l'influence toute bienfaisante d'une vie retire sur notre tranquillit d'me et sur notre satisfaction1 provient en grande partie de ce qu'elle nous soustrait l'obligation de vivre constamment sous les regards des autres et1 par suite1 nous enlve la proccupation incessante de leur opinion possible3 ce qui a pour effet de nous rendre nous-mmes4 ,de cette faon1 nous chapperons galement beaucoup de malheurs rels dont la cause unique est cette aspiration purement idale ou1 plus correctement dit1 cette dplorable folie2 il nous restera aussi la facult de donner plus de soin aux biens rels que nous pourrons goter alors sans en tre distrait4 ,mais1 1 nous l'avons dj dit4 ,cette folie de notre nature1 que nous venons de dcrire1 pousse trois rejetons principaux3 l'ambition1 la vanit et l'orgueil4 ,entre ces deux derniers1 la diffrence consiste en ce que l'orgueil est la conviction dj fermement acquise de notre propre haute valeur sous tous les rapports2 la vanit1 au contraire1 est le dsir de faire natre cette conviction chez les autres et1 d'ordinaire1 avec le secret espoir de pouvoir par la suite nous l'approprier aussi4 ,ainsi l'orgueil est la haute estime de soi-mme1 procdant de l'intrieur1 donc directe2 la vanit1 au contraire1 est la tendance l'acqurir du dehors1 donc indirectement4 ,c'est pourquoi la vanit rend causeur2 l'orgueil1 taciturne4 ,mais le vaniteux devrait savoir que la haute opinion d'autrui1 laquelle il aspire1 s'obtient beaucoup plus vite et plus srement en gardant un silence continu qu'en parlant1 quand on aurait les plus belles choses du monde dire4 ,n'est pas orgueilleux qui veut2 tout au plus peut affecter l'orgueil qui veut2 mais ce dernier sortira bientt de son rle1 comme de tout rle emprunt4 ,car ce qui rend rellement orgueilleux1 c'est uniquement la ferme1 l'intime1 l'inbranlable conviction de mrites suprieurs et d'une valeur part4 ,cette conviction peut tre errone1 ou bien reposer sur des mrites simplement extrieurs et conventionnels2 peu importe l'orgueil1 pourvu qu'elle soit relle et srieuse4 ,puisque l'orgueil a sa racine dans la conviction1 il sera1 comme toute notion1 en dehors de notre volont libre4 ,son pire ennemi1 je veux dire son plus grand obstacle1 est la vanit qui brigue l'approbation d'autrui pour fonder ensuite sur celle-ci la propre haute opinion de soi-mme1 tandis que l'orgueil suppose une opinion dj fermement assise4 ,quoique l'orgueil soit gnralement blm et dcri1 je suis nanmoins tent1 de croire que cela vient principalement de ceux qui n'ont rien dont ils puissent s'enorgueillir4 ,vu l'impudence et la stupide arrogance de la plupart des hommes1 tout tre qui possde des mrites quelconques fera trs bien de les mettre en vue lui-mme1 afin de ne pas les laisser tomber dans un oubli complet2 car celui qui1 bnvolement1 ne cherche pas s'en prvaloir et se conduit avec les gens comme s'il tait en tout leur semblable1 ne tardera pas tre en toute sincrit considr par eux comme de leurs gaux4 ,je voudrais recommander d'en agir ainsi ceux-l surtout dont les mrites sont de l'ordre le plus lev1 des mrites rels1 par consquent purement personnels1 attendu que ceux-ci ne peuvent pas1 comme les dcorations et les titres1 tre rappels tout instant la mmoire par une impression des sens2 autrement1 ils verront trop souvent se raliser le sus ,minervam 7le pourceau qui en remontre ,minerve74 ,un excellent proverbe arabe dit3 ,plaisante avec l'esclave1 il te montrera bientt le derrire4 ,la maxime d',horace3 ,sume superbiam qusitam meritis 7,conserve le noble orgueil qui revient au mrite7 n'est pas non plus ddaigner4 ,la modestie est bien une vertu invente principalement l'usage des coquins1 car elle exige que chacun parle de soi comme s'il en tait un3 cela tablit une galit de niveau admirable et produit la mme apparence que s'il n'y avait en gnral que des coquins4 ,cependant l'orgueil au meilleur march1 c'est l'orgueil national4 ,il trahit chez celui qui en est atteint l'absence de qualits individuelles dont il puisse tre fier1 car1 sans cela1 il n'aurait pas recours celles qu'il partage avec tant de millions d'individus4 ,quiconque possde des mrites personnels distingus reconnatra1 au contraire1 plus clairement les dfauts de sa propre nation1 puisqu'il l'a toujours prsente la vue4 ,mais tout piteux imbcile1 qui n'a rien au monde dont il puisse s'enorgueillir1 se rejette sur cette dernire ressource1 d'tre fier de la nation laquelle il se trouve appartenir par hasard2 c'est l-dessus qu'il se rattrape1 et1 dans sa gratitude1 il est prt dfendre 7du poing et du pied7 tous les dfauts et toutes les sottises propres cette nation4 ,ainsi1 sur cinquante ,anglais1 par exemple1 on en trouvera peine un seul qui lve la voix pour vous approuver quand vous parlerez avec un juste mpris du bigotisme stupide et dgradant de sa nation2 mais ce seul individu sera certainement un homme de tte4 ,les ,allemands n'ont pas l'orgueil national#i et prouvent ainsi cette honntet dont ils ont la rputation2 en revanche1 c'est tout le contraire que prouvent ceux d'entre les ,allemands qui professent et affectent ridiculement cet orgueil1 comme le font principalement les deutschen ,brder et les dmocrates1 qui flattent le peuple afin de le sduire4 ,on prtend bien que les ,allemands auraient invent la poudre2 mais je ne suis pas de cet avis4 ,lichtenberg pose aussi la question suivante3 ,pourquoi un homme qui n'est pas un ,allemand se fera-t-il rarement passer pour tel8 et pourquoi1 quand il veut se faire passer pour quelque chose1 se fera-t-il passer d'ordinaire pour ,franais ou ,anglais8 ,au reste1 l'individualit1 dans tout homme1 est chose autrement importante que la nationalit et mrite mille fois plus que cette dernire d'tre prise en considration4 ,honntement1 on ne pourra jamais dire grand bien d'un caractre national1 puisque national veut dire qu'il appartient une foule4 ,c'est plutt la petitesse d'esprit1 la draison et la perversit de l'espce humaine qui seules ressortent dans chaque pays1 sous une forme diffrente1 et c'est celle-ci que l'on appelle le caractre national4 ,dgot de l'un1 nous en louons un autre1 jusqu'au moment o celui-ci nous inspire le mme sentiment4 ,chaque nation se moque de l'autre1 et toutes ont raison4 ,la matire de ce chapitre peut tre classe1 nous l'avons dit1 en honneur1 rang et gloire4 ,,ii4--,le rang4 ,quant au rang1 quelque important qu'il paraisse aux yeux de la foule et des philistins1 et quelque grande que puisse tre son utilit comme rouage dans la machine de l'tat1 nous en aurons fini avec lui en peu de mots1 pour atteindre notre but4 ,c'est une valeur de convention1 ou1 plus correctement1 une valeur simule2 son action a pour rsultat une considration simule1 et le tout est une comdie pour la foule4 ,les dcorations sont des lettres de change tires sur l'opinion publique2 leur valeur repose sur le crdit du tireur4 ,en attendant1 et sans parler de tout l'argent qu'elles pargnent l'tat en remplaant les rcompenses pcuniaires1 elles n'en sont pas moins une institution des plus heureuses1 suppos que leur distribution se fasse avec discernement et quit4 ,en effet1 la foule a des yeux et des oreilles1 mais elle n'a gure davantage2 elle a surtout infiniment peu de jugement1 et sa mmoire mme est courte4 ,certains mrites sont tout fait hors de la porte de sa comprhension2 il y en a d'autres qu'elle comprend et acclame leur apparition1 mais qu'elle a bien vite fait d'oublier4 ,cela tant1 je trouve tout fait convenable1 partout et toujours1 de crier la foule1 par l'organe d'une croix ou d'une toile3 ,cet homme que vous voyez n'est pas de vos pareils2 il a des mrites6 ,cependant1 par une distribution injuste1 draisonnable ou excessive1 les dcorations perdent leur prix2 aussi un prince devrait-il apporter autant de circonspection en accorder qu'un commerant signer des lettres de change4 ,l'inscription3 ,pour le mrite1 sur une croix1 est un plonasme2 toute dcoration devrait tre pour le mrite1 a va sans dire#aj4 ,,iii4--,l'honneur4 ,la discussion de l'honneur sera beaucoup plus difficile et plus longue que celle du rang4 ,avant tout1 nous aurons le dfinir4 ,si cet effet je disais3 ,l'honneur est la conscience extrieure1 et la conscience est l'honneur intrieur1 cette dfinition pourrait peut-tre plaire quelques-uns2 mais ce serait l une explication brillante plutt que nette et bien fonde4 ,aussi dirai-je3 ,l'honneur est1 objectivement1 l'opinion qu'ont les autres de notre valeur1 et1 subjectivement1 la crainte que nous inspire cette opinion4 ,en cette dernire qualit1 il a souvent une action trs salutaire1 quoique nullement fonde en morale pure1 sur l'homme d'honneur4 ,la racine et l'origine de ce sentiment de l'honneur et de la honte1 inhrent tout homme qui n'est pas encore entirement corrompu1 et le motif de la haute valeur attribue l'honneur1 vont tre exposs dans les considrations qui suivent4 ,l'homme ne peut1 lui seul1 que trs peu de chose3 il est un ,robinson abandonn2 ce n'est qu'en communaut avec les autres qu'il est et peut beaucoup4 ,il se rend compte de cette condition ds l'instant o sa conscience commence tant soit peu se dvelopper1 et aussitt s'veille en lui le dsir d'tre compt comme un membre utile de la socit1 capable de concourir pro parte virili l'action commune1 et ayant droit ainsi participer aux avantages de la communaut humaine4 ,il y russit en s'acquittant d'abord de ce qu'on exige et attend de tout homme en toute position1 et ensuite de ce qu'on exige et attend de lui dans la position spciale qu'il occupe4 ,mais il reconnat tout aussi vite que ce qui importe1 ce n'est pas d'tre un homme de cette trempe dans sa propre opinion1 mais dans celle des autres4 ,voil l'origine de l'ardeur avec laquelle il brigue l'opinion favorable d'autrui et du prix lev qu'il y attache4 ,ces deux tendances se manifestent avec la spontanit d'un sentiment inn1 que l'on appelle le sentiment de l'honneur et1 dans certaines circonstances1 le sentiment de la pudeur 7verecundia74 ,c'est l le sentiment qui lui chasse le sang aux joues ds qu'il se croit menac de perdre dans l'opinion des autres1 bien qu'il se sache innocent1 et alors mme que la faute dvoile n'est qu'une infraction relative1 c'est--dire ne concerne qu'une obligation bnvolement assume4 ,d'autre part1 rien ne fortifie davantage en lui le courage de vivre que la certitude acquise ou renouvele de la bonne opinion des hommes1 car elle lui assure la protection et le secours des forces runies de l'ensemble qui constitue un rempart infiniment plus puissant contre les maux de la vie que ses seules forces4 ,des relations diverses1 dans lesquelles un homme peut se trouver avec d'autres individus et qui mettent ceux-ci dans le cas de lui accorder de la confiance1 par consquent d'avoir1 comme on dit1 bonne opinion de lui1 naissent plusieurs espces d'honneur4 ,les principales de ces relations sont le mien et le tien1 les devoirs auxquels on s'oblige1 enfin le rapport sexuel1 auxquelles correspondent l'honneur bourgeois1 l'honneur de la fonction et l'honneur sexuel1 dont chacun prsente encore des sous-genres4 ,l'honneur bourgeois#aa possde la sphre la plus tendue3 il consiste dans la prsupposition que nous respecterons absolument les droits de chacun et que1 par consquent1 nous n'emploierons jamais1 notre avantage1 des moyens injustes ou illicites4 ,il est la condition de la participation tout commerce pacifique avec les hommes4 ,il suffit1 pour le perdre1 d'une seule action qui lui soit fortement et manifestement contraire2 comme consquence1 toute peine criminelle nous le ravit galement1 la seule condition que la peine ait t juste4 ,l'honneur repose cependant toujours1 en dernire analyse1 sur la conviction de l'immutabilit du caractre moral1 en vertu de laquelle une seule mauvaise action garantit une qualit identique de moralit pour toutes les actions ultrieures1 ds que des circonstances semblables se prsenteront encore3 c'est ce qu'indique aussi l'expression anglaise character1 qui signifie renom1 rputation1 honneur4 ,voil pourquoi aussi la perte de l'honneur est irrparable1 moins qu'elle ne soit due une calomnie ou de fausses apparences4 ,aussi y a-t-il des lois contre la calomnie1 les libelles et contre les injures galement2 car l'injure1 la simple insulte1 est une calomnie sommaire1 sans indication de motifs3 en grec1 on pourrait trs bien rendre cette pense ainsi3 ,e 7,l'injure est une calomnie abrge72 cette maxime ne se trouve cependant exprime nulle part4 ,il est de fait que celui qui injurie n'a rien de rel ni de vrai produire contre l'autre1 sans quoi il l'noncerait comme prmisses et abandonnerait tranquillement1 ceux qui l'coutent1 le soin de tirer la conclusion2 mais au contraire1 il donne la conclusion et reste devoir les prmisses2 il compte sur la supposition dans l'esprit des auditeurs qu'il procde ainsi pour abrger seulement4 ,l'honneur bourgeois tire1 il est vrai1 son nom de la classe bourgeoise1 mais son autorit s'tend sur toutes les classes indistinctement1 sans en excepter mme les plus leves3 nul ne peut s'en passer2 c'est une affaire des plus srieuses1 que l'on doit bien se garder de prendre la lgre4 ,quiconque viole la foi et la loi demeure jamais un homme sans foi ni loi1 quoi qu'il fasse et quoi qu'il puisse tre2 les fruits amers que la perte de l'honneur apporte avec soi ne tarderont pas se produire4 ,l'honneur a1 dans un certain sens1 un caractre ngatif1 par opposition la gloire dont le caractre est positif1 car l'honneur n'est pas cette opinion qui porte sur certaines qualits spciales1 n'appartenant qu' un seul individu2 mais c'est celle qui porte sur des qualits d'ordinaire prsupposes1 que cet individu est tenu de possder galement4 ,l'honneur se contente donc d'attester que ce sujet ne fait pas exception1 tant que la gloire affirme qu'il en est une4 ,la gloire doit donc s'acqurir2 l'honneur au contraire n'a besoin que de ne pas se perdre4 ,par consquent absence de gloire1 c'est de l'obscurit1 du ngatif2 absence d'honneur1 c'est de la honte1 du positif4 ,mais il ne faut pas confondre cette condition ngative avec la passivit2 tout au contraire1 l'honneur a un caractre tout actif4 ,en effet1 il procde uniquement de son sujet3 il est fond sur la propre conduite de celui-ci et non sur les actions d'autrui ou sur des faits extrieurs2 il est donc ' 7une qualit intrieure74 ,nous verrons bientt que c'est l une marque distinctive entre le vritable honneur et l'honneur chevaleresque ou faux honneur4 ,du dehors1 il n'y a d'attaque possible contre l'honneur que par la calomnie2 le seul moyen de dfense1 c'est une rfutation accompagne de la publicit ncessaire pour dmasquer le calomniateur4 ,le respect que l'on accorde l'ge semble reposer sur ce que l'honneur des jeunes gens1 quoique admis par supposition1 n'est pas encore mis l'preuve et par consquent n'existe proprement parler qu' crdit1 tandis que pour les hommes plus gs on a pu constater dans le cours de leur vie si par leur conduite ils ont su garder leur honneur4 ,car ni les annes par elles-mmes1--les animaux atteignant eux aussi un ge avanc et souvent plus avanc que l'homme1--ni l'exprience non plus comme simple connaissance plus intime de la marche de ce monde1 ne justifient suffisamment le respect des plus jeunes pour les plus gs1 respect que l'on exige pourtant universellement2 la simple faiblesse snile donnerait droit au mnagement plutt qu' la considration4 ,il est remarquable nanmoins qu'il y a dans l'homme un certain respect inn1 rellement instinctif1 pour les cheveux blancs4 ,les rides1 signe bien plus certain de la vieillesse1 ne l'inspirent nullement4 ,on n'a jamais fait mention de rides respectables2 l'on dit toujours3 de vnrables cheveux blancs4 ,l'honneur n'a qu'une valeur indirecte4 ,car1 ainsi que je l'ai dvelopp au commencement de ce chapitre1 l'opinion des autres notre gard ne peut avoir de valeur pour nous qu'en tant qu'elle dtermine ou peut dterminer ventuellement leur conduite envers nous4 ,il est vrai que c'est ce qui arrive toujours aussi longtemps que nous vivons avec les hommes ou parmi eux4 ,en effet1 comme dans l'tat de civilisation c'est la socit seule que nous devons notre sret et notre avoir1 comme en outre nous avons1 dans toute entreprise1 besoin des autres1 et qu'il nous faut avoir leur confiance pour qu'ils entrent en relation avec nous1 leur opinion sera d'un grand prix nos yeux2 mais ce prix sera toujours indirect1 et je ne saurais admettre qu'elle puisse avoir une valeur directe4 ,c'est aussi l'avis de ,cicron 7,fin41 ,,iii1 #ag73 ,de bona autem fama ,chrysippus quidem et ,diogenes1 detracta utilitate1 ne digitum quidem1 ejus causa1 porrigendum esse dicebant4 ,quibus ego vehementer assentior 7,quant la bonne renomme1 ,chrysippe et ,diogne disaient que1 si l'on retranchait l'utilit qui en revient1 elle ne vaudrait pas la peine qu'on remut pour elle le bout du doigt1 et pour moi je suis fort de leur sentiment74 ,helvetius aussi1 dans son chef-d'uvre ,de l'esprit 7disc4 ,,iii1 chap4 #ac71 dveloppe longuement cette vrit et arrive la conclusion suivante3 ,nous n'aimons pas l'estime pour l'estime1 mais uniquement pour les avantages qu'elle procure4 ,or1 le moyen ne pouvant valoir plus que la fin1 cette maxime pompeuse3 ,l'honneur avant la vie1 ne sera jamais1 comme nous l'avons dj dit1 qu'une hyperbole4 ,voil pour ce qui concerne l'honneur bourgeois4 99 99 99 99 99 ,l'honneur de la fonction1 c'est l'opinion gnrale qu'un homme revtu d'un emploi possde effectivement toutes les qualits requises et s'acquitte ponctuellement et en toutes circonstances des obligations de sa charge4 ,plus1 dans l'tat1 la sphre d'action d'un homme est importante et tendue1 plus le poste qu'il occupe est lev et influent1 et plus grande doit tre aussi l'opinion que l'on a des qualits intellectuelles et morales qui l'en rendent digne2 par consquent1 le degr d'honneur qu'on lui accorde et qui se manifeste par des titres1 par des dcorations1 etc41 devra s'lever1 et l'humilit dans la conduite des autres envers lui s'accentuer progressivement4 ,c'est la position d'un homme qui dtermine constamment1 mesur la mme chelle1 le degr particulier d'honneur qui lui est d2 ce degr peut nanmoins tre modifi par la facilit plus ou moins grande des masses comprendre l'importance de cette position4 ,mais on attribuera toujours plus d'honneur celui qui a des obligations toutes spciales remplir1 comme celles d'une fonction1 par exemple1 qu'au simple bourgeois dont l'honneur repose principalement sur des qualits ngatives4 ,l'honneur de la fonction exige1 en outre1 que celui qui occupe une charge la fasse respecter1 cause de ses collgues et de ses successeurs2 pour y parvenir1 il doit1 comme nous l'avons dit1 s'acquitter ponctuellement de ses devoirs2 mais1 de plus1 il ne doit laisser impunie aucune attaque contre le poste ou contre lui-mme1 en tant que fonctionnaire3 il ne permettra donc jamais qu'on vienne dire qu'il ne remplit pas scrupuleusement les devoirs de sa fonction1 ou que celle-ci n'est d'aucune utilit pour le pays2 il devra1 au contraire1 en faisant chtier le coupable par les tribunaux1 prouver que ces attaques taient injustes4 ,comme sous-ordres de cet honneur1 nous trouvons celui de l'employ1 du mdecin1 de l'avocat1 de tout professeur public1 de tout gradu mme1 bref1 de quiconque1 en vertu d'une dclaration officielle1 a t proclam capable de quelque travail intellectuel et qui1 par l mme1 s'est oblig l'excuter2 en un mot1 l'honneur en cette qualit mme de tous ceux que l'on peut comprendre sous la dsignation d'engags publics4 ,dans cette catgorie il faut donc mettre aussi le vritable honneur militaire1 qui consiste en ce que tout homme qui s'est engag dfendre la patrie commune possde rellement les qualits voulues1 ainsi avant tout le courage1 la bravoure et la force1 et qu'il est rsolument prt la dfendre jusqu' la mort et n'abandonner aucun prix le drapeau auquel il a prt serment4 ,j'ai donn ici l'honneur de la fonction une signification trs large1 car1 dans l'acception ordinaire1 cette expression dsigne le respect d par les citoyens la fonction elle-mme4 99 99 99 99 99 ,l'honneur sexuel me semble demander tre examin de plus prs1 et les principes en doivent tre recherchs jusqu' sa racine2 cela viendra confirmer en mme temps que tout honneur repose1 en dfinitive1 sur des considrations d'utilit4 ,envisag dans sa nature1 l'honneur sexuel se divise en honneur des femmes et honneur des hommes1 et constitue1 des deux parts1 un esprit de corps bien entendu4 ,le premier est de beaucoup le plus important des deux1 car1 dans la vie des femmes1 le rapport sexuel est l'affaire principale4 ,ainsi donc1 l'honneur fminin est1 quand on parle d'une fille1 l'opinion gnrale qu'elle ne s'est donne aucun homme1 et1 pour une femme marie1 qu'elle ne s'est donne qu' celui auquel elle est unie par mariage4 ,l'importance de cette opinion se fonde sur les considrations suivantes4 ,le sexe fminin rclame et attend du sexe masculin absolument tout1 tout ce qu'il dsire et tout ce qui lui est ncessaire2 le sexe masculin ne demande l'autre1 avant tout et directement1 qu'une unique chose4 ,il a donc fallu s'arranger de telle faon que le sexe masculin ne pt obtenir cette unique chose qu' la charge de prendre soin de tout1 et par-dessus le march aussi des enfants natre2 c'est sur cet arrangement que repose le bien-tre de tout le sexe fminin4 ,pour que l'arrangement puisse s'excuter1 il faut ncessairement que toutes les femmes tiennent ferme ensemble et montrent de l'esprit de corps4 ,elles se prsentent alors comme un seul tout1 en rangs serrs1 devant la masse entire du sexe masculin1 comme devant un ennemi commun qui1 ayant1 de par la nature et en vertu de la prpondrance de ses forces physiques et intellectuelles1 la possession de tous les biens terrestres1 doit tre vaincu et conquis1 afin d'arriver1 par sa possession1 possder en mme temps les biens terrestres4 ,dans ce but1 la maxime d'honneur de tout le sexe fminin est que toute cohabitation en dehors du mariage sera absolument interdite aux hommes1 afin que chacun de ceux-ci soit contraint au mariage comme une espce de capitulation et qu'ainsi toutes les femmes soient pourvues4 ,ce rsultat ne peut tre obtenu en entier que par l'observation rigoureuse de la maxime ci-dessus2 aussi le sexe fminin tout entier veille-t-il avec un vritable esprit de corps ce que tous ses membres l'excutent fidlement4 ,en consquence1 toute fille qui1 par le concubinage1 se rend coupable de trahison envers son sexe1 est repousse par le corps entier et note d'infamie1 car le bien-tre de la communaut pricliterait si le procd se gnralisait2 on dit alors3 ,elle a perdu son honneur4 ,aucune femme ne doit plus la frquenter2 on l'vite comme une pestifre4 ,le mme sort attend la femme adultre1 parce qu'elle a viol la capitulation consentie par le mari1 et qu'un tel exemple rebute les hommes de conclure de ces conventions1 alors que cependant le salut de toutes les femmes en dpend4 ,mais1 de plus1 comme une pareille action comprend une tromperie et un grossier manquement de parole1 la femme adultre perd non seulement l'honneur sexuel1 mais encore l'honneur bourgeois4 ,c'est pourquoi l'on peut bien dire1 comme pour l'excuser3 une fille tombe2 on ne dira jamais3 une femme tombe2 le sducteur peut rendre l'honneur la premire par le mariage1 mais jamais l'adultre sa complice1 aprs divorce4 ,aprs cet expos si clair1 on reconnatra que la base du principe de l'honneur fminin est un esprit de corps salutaire1 ncessaire mme1 mais nanmoins bien calcul et fond sur l'intrt2 on pourra bien lui attribuer la plus haute importance dans la vie de la femme1 on pourra lui accorder une grande valeur relative1 mais jamais une valeur absolue1 dpassant celle de la vie avec ses destines2 on n'admettra jamais1 non plus1 que cette valeur aille jusqu' devoir tre paye au prix mme de l'existence4 ,on ne pourra donc approuver ni ,lucrce ni ,virginius1 avec leur exaltation dgnrant en farces tragiques4 ,la priptie1 dans le drame d',emilia ,galotti#ab1 pour la mme raison a quelque chose de tellement rvoltant que l'on sort du spectacle1 tout fait mal dispos4 ,en revanche1 et en dpit de l'honneur sexuel1 on ne peut s'empcher de sympathiser avec la ,clrchen dans ,egmont4 ,cette faon de pousser l'extrme le principe de l'honneur fminin appartient1 comme tant d'autres1 l'oubli de la fin pour les moyens2 on attribue l'honneur sexuel1 par de telles exagrations1 une valeur absolue1 alors que1 plus que tout autre honneur1 il n'en a qu'une relative2 on est mme port dire qu'elle est purement conventionnelle quand on lit ,thomasius1 ,de concubinatu2 on y voit que1 jusqu' la rformation de ,luther1 dans presque tous les pays et de tout temps1 le concubinage a t un tat permis et reconnu par la loi1 et o la concubine ne cessait pas d'tre honorable3 sans parler de la ,mylitta de ,babylone 7voy4 ,hrodote1 ,i1 #aii71 etc4 ,il est aussi telles convenances sociales qui rendent impossible la formalit extrieure du mariage1 surtout dans les pays catholiques o le divorce n'existe pas2 mais1 dans tous les pays1 cet obstacle existe pour les souverains2 mon avis cependant1 entretenir une matresse est1 de leur part1 une action bien plus morale qu'un mariage morganatique2 les enfants issus de semblables unions peuvent lever des prtentions dans le cas o la descendance lgitime viendrait s'teindre1 d'o rsulte la possibilit1 bien que trs loigne1 d'une guerre civile4 ,au surplus1 le mariage morganatique1 c'est--dire conclu en dpit de toutes les convenances extrieures1 est1 en dfinitive1 une concession faite aux femmes et aux prtres1 deux classes auxquelles il faut se garder1 autant qu'on le peut1 de concder quelque chose4 ,considrons encore que tout homme1 dans son pays1 peut pouser la femme de son choix2 il en est un seul qui ce droit naturel est ravi2 ce pauvre homme1 c'est le souverain4 ,sa main appartient au pays2 on ne l'accorde qu'en vue de la raison d'tat1 c'est--dire de l'intrt de la nation4 ,et cependant ce prince est homme2 il aimerait aussi suivre une fois le penchant de son cur4 ,il est injuste et ingrat autant que bourgeoisement vulgaire de dfendre ou de reprocher au souverain de vivre avec sa matresse1 bien entendu aussi longtemps qu'il ne lui accorde aucune influence sur les affaires4 ,de son ct aussi1 cette matresse1 par rapport l'honneur sexuel1 est pour ainsi dire une femme exceptionnelle1 en dehors de la rgle commune2 elle ne s'est donne qu' un seul homme2 elle l'aime1 elle en est aime1 et il ne pourra jamais la prendre pour femme4 ,ce qui prouve surtout que le principe de l'honneur fminin n'a pas une origine purement naturelle1 ce sont les nombreux et sanglants sacrifices qu'on lui apporte par l'infanticide et par le suicide des mres4 ,une fille qui se donne illgitimement viole1 il est vrai1 sa foi envers son sexe entier2 mais cette foi n'a t qu'accepte tacitement1 elle n'a pas t jure4 ,et comme1 dans la plupart des cas1 c'est son propre intrt qui en souffre le plus directement1 sa folie est alors infiniment plus grande que sa dpravation4 ,l'honneur sexuel des hommes est provoqu par celui des femmes1 titre d'esprit de corps oppos2 tout homme qui se soumet au mariage1 c'est--dire cette capitulation si avantageuse pour la partie adverse1 contracte l'obligation de veiller dsormais ce qu'on respecte la capitulation1 afin que ce pacte lui-mme ne vienne perdre de sa solidit si l'on prenait l'habitude de ne le garder que ngligemment2 il ne faut pas que les hommes1 aprs avoir tout livr1 arrivent ne pas mme tre assurs de l'unique chose qu'ils ont stipule en retour2 savoir la possession exclusive de l'pouse4 ,l'honneur du mari exige alors qu'il venge l'adultre de sa femme1 et le punisse au moins par la sparation4 ,s'il le supporte1 bien qu'il en ait connaissance1 la communaut masculine le couvre de honte2 mais celle-ci n'est1 beaucoup prs1 pas aussi pntrante que celle de la femme qui a perdu son honneur sexuel4 ,elle est1 tout au plus1 une levioris not macula 7une souillure de moindre importance71 car les relations sexuelles sont une affaire secondaire pour l'homme1 vu la multiplicit et l'importance de ses autres relations4 ,les deux grands potes dramatiques des temps modernes ont chacun pris deux fois pour sujet cet honneur masculin3 ,shakespeare dans ,othello et le ,conte d'une nuit d'hiver et ,calderon dans ,el medico de su honora 7,le mdecin de son honneur7 et dans ,a secreto agravio secreta venganza 7 outrage secret1 secrte vengeance74 ,du reste1 cet honneur ne demande que le chtiment de la femme et non celui de l'amant2 la punition de ce dernier n'est que opus supererogationis 7par-dessus le march7 ce qui confirme bien que son origine est dans l'esprit de corps des maris4 ,l'honneur1 tel que je l'ai considr jusqu'ici dans ses genres et dans ses principes1 se trouve rgner gnralement chez tous les peuples et toutes les poques1 quoiqu'on puisse dcouvrir quelques modifications locales et temporaires des principes de l'honneur fminin4 ,mais il existe un genre d'honneur entirement diffrent de celui qui a cours gnralement et partout1 dont ni les ,grecs ni les ,romains n'avaient la moindre ide1 pas plus que les ,chinois1 les ,hindous ni les mahomtans jusqu'aujourd'hui encore4 ,en effet1 il est n au moyen ge et ne s'est acclimat que dans l',europe chrtienne2 ici mme1 il n'a pntr que dans une fraction minime de la population1 savoir1 parmi les classes suprieures de la socit et parmi leurs mules4 ,c'est l'honneur chevaleresque ou le point d'honneur4 ,sa base diffre totalement de celle de l'honneur dont nous avons trait jusqu'ici2 sur quelques points1 elle en est mme l'oppos1 puisque l'un fait l'homme honorable1 et l'autre1 par contre1 l'homme d'honneur4 ,je vais donc exposer ici1 sparment1 leurs principes1 sous forme de code ou miroir de l'honneur chevaleresque4 #a ,l'honneur ne consiste pas dans l'opinion d'autrui sur notre mrite1 mais uniquement dans les manifestations de cette opinion2 peu importe que l'opinion manifeste existe rellement ou non1 et encore moins qu'elle soit1 ou non1 fonde4 ,par consquent1 le monde peut avoir la pire opinion sur notre compte cause de notre conduite2 il peut nous mpriser tant que bon lui semble2 cela ne nuit en rien notre honneur1 aussi longtemps que personne ne se permet de le dire haute voix4 ,mais1 l'inverse1 si mme nos qualits et nos actions foraient tout le monde nous estimer hautement 7car cela ne dpend pas de son libre arbitre71 il suffira d'un seul individu--ft-ce le plus mchant ou le plus bte--qui nonce son ddain notre gard1 et voil du coup notre honneur endommag1 perdu mme jamais1 si nous ne le rparons4 ,un fait qui dmontre surabondamment qu'il ne s'agit nullement de l'opinion elle-mme1 mais uniquement de sa manifestation extrieure1 c'est que les paroles offensantes peuvent tre retires1 qu'au besoin on peut en demander le pardon1 et alors elles sont comme si elles n'avaient jamais t prononces2 la question de savoir si l'opinion qui les avait provoques a chang en mme temps et pourquoi elle se serait modifie ne fait rien l'affaire2 on n'annule que la manifestation1 et alors tout est en rgle4 ,le rsultat que l'on a en vue n'est donc pas de mriter le respect1 mais de l'extorquer4 #b ,l'honneur d'un homme ne dpend pas de ce qu'il fait1 mais de ce qu'on lui fait1 de ce qui lui arrive4 ,nous avons tudi plus haut l'honneur qui rgne partout2 ses principes nous ont dmontr qu'il dpend exclusivement de ce qu'un homme dit ou fait lui-mme2 en revanche1 l'honneur chevaleresque rsulte de ce qu'un autre dit ou fait4 ,il est donc plac dans la main1 ou simplement suspendu au bout de la langue du premier venu3 pour peu que celui-ci y porte la main1 l'honneur est1 tout instant1 en danger de se perdre pour toujours1 moins que l'offens ne le reprenne par la violence4 ,nous parlerons tout l'heure des formalits accomplir pour le remettre en place4 ,toutefois cette procdure ne peut tre suivie qu'au pril de la vie1 de la libert1 de la fortune et du repos de l'me4 ,la conduite d'un homme ft-elle la plus honorable et la plus noble1 son me la plus pure et sa tte la plus minente1 tout cela n'empchera pas que son honneur ne puisse tre perdu1 sitt qu'il plaira un individu quelconque de l'injurier2 et1 sous la seule rserve de n'avoir pas encore viol les prceptes de l'honneur en question1 cet individu pourra tre le plus vil coquin1 la brute la plus stupide1 un fainant1 un joueur1 un homme perdu de dettes1 bref un tre qui n'est pas digne que l'autre le regarde4 ,c'est mme d'ordinaire une crature de cette espce qu'il plaira d'insulter1 car ,snque 7,de constantia1 #aa7 ajustement observ que ut quisque contemptissimus et ludibrio est1 ita solutissim lingu est 7,plus un homme est mpris1 plus il sert de jouet1 plus sa langue est sans frein72 et c'est contre l'homme minent que nous avons dcrit plus haut qu'un tre vil s'acharnera de prfrence1 parce que les contraires se hassent et que l'aspect de qualits suprieures veille habituellement une sourde rage dans l'me des misrables2 c'est pourquoi ,gthe dit3 ,was ,klagst du ber ,feinde8 ,sollten ,solche je worden ,freunde1 ,denen das ,wesen1 wie du bist1 ,im ,stillen ein ewiger ,vorwurf ist8 7,pourquoi te plaindre de tes ennemis8 ,pourraient-ils jamais tre tes amis1 des hommes pour lesquels une nature comme la tienne est1 en secret1 un reproche ternel87--7,trad4 ,porchat1 vol4 ,i1 p4 #efd47 ,on voit combien les gens de cette espce doivent de reconnaissance au principe de l'honneur qui les met de niveau avec ceux qui leur sont suprieurs tous gards4 ,qu'un pareil individu lance une injure1 c'est--dire attribue l'autre quelque vilaine qualit2 si celui-ci n'efface pas bien vite l'insulte avec du sang1 elle passera1 provisoirement1 pour un jugement objectivement vrai et fond1 pour un dcret ayant force de loi2 l'affirmation pourra mme rester jamais vraie et valable4 ,en d'autres termes1 l'insult reste 7aux yeux de tous les hommes d'honneur7 ce que l'insulteur 7ft-il le dernier des hommes7 a dit qu'il tait1 car il a empoch l'affront 7c'est l le terminus technicus74 ,ds lors1 les hommes d'honneur le mpriseront profondment2 ils le fuiront comme s'il avait la peste2 ils refuseront1 par exemple1 hautement et publiquement d'aller dans une socit o on le reoit1 etc4 ,je crois pouvoir avec certitude faire remonter au moyen ge l'origine de ce louable sentiment4 ,en effet1 ,c4 ,w4 de ,wachter 7vid4 ,beitrge zur deutschen ,geschichte1 besonders des deutschen ,strafrechts1 #ahde7 nous apprend que jusqu'au ,x,ve sicle1 dans les procs criminels1 ce n'tait pas au dnonciateur prouver la culpabilit1 c'tait au dnonc prouver son innocence4 ,cette preuve pouvait se faire par le serment de purgation1 pour lequel il lui fallait des assistants 7consacramentales7 qui jurassent tre convaincus qu'il tait incapable d'un parjure4 ,s'il ne pouvait pas trouver d'assistants1 ou si l'accusateur les rcusait1 alors intervenait le jugement de ,dieu1 qui consistait d'ordinaire dans le duel4 ,car le dnonc devenait alors un insult et devait se purger de l'insulte4 ,voil donc l'origine de cette notion de l'insulte et de toute cette procdure telle qu'elle est pratique encore aujourd'hui parmi les hommes d'honneur1 sauf le serment4 ,cela nous explique aussi la profonde indignation oblige qui saisit les hommes d'honneur quand ils s'entendent accuser de mensonge1 ainsi que la vengeance sanglante qu'ils en tirent2 ce qui semble d'autant plus trange que le mensonge est une chose de tous les jours4 ,en ,angleterre surtout1 le fait s'est lev la hauteur d'une superstition profondment enracine 7quiconque menace de mort celui qui l'accuse de mensonge devrait1 en ralit1 n'avoir jamais menti de sa vie74 ,dans ces procs criminels du moyen ge1 il y avait une procdure plus sommaire encore2 elle consistait en ce que l'accus rpliquait l'accusateur3 ,tu en as menti2 aprs quoi1 on en appelait immdiatement au jugement de ,dieu3 de l drive1 dans le code de l'honneur chevaleresque1 l'obligation d'avoir sur l'heure en appeler aux armes1 quand on vous a adress le reproche d'avoir menti4 ,voil pour ce qui concerne l'injure4 ,mais il existe quelque chose de pire que l'injure1 quelque chose de tellement horrible que je dois demander pardon aux hommes d'honneur d'oser seulement le mentionner dans ce code de l'honneur chevaleresque2 je n'ignore pas que1 rien que d'y penser1 ils auront la chair de poule1 et que leurs cheveux se dresseront sur leurs ttes1 car cette chose est le ,summum malum1 de tous les maux le plus grand sur terre1 plus redoutable que la mort et la damnation4 ,il peut arriver1 en effet1 horribile dictu1 il peut arriver qu'un individu applique un autre une claque ou un coup4 ,c'est l une pouvantable catastrophe2 elle amne une mort si complte de l'honneur que1 si l'on peut la rigueur gurir par de simples saignes toutes les autres lsions de l'honneur1 celle-ci1 pour sa gurison radicale1 exige que l'on tue compltement4 #c ,l'honneur ne s'inquite pas de ce que peut tre l'homme en soi et par soi1 ni de la question de savoir si la condition morale d'un tre ne peut pas se modifier quelque jour1 et autres semblables pdanteries d'cole4 ,lorsque l'honneur a t endommag ou perdu pour un moment1 il peut tre promptement et entirement rtabli1 mais la condition qu'on s'y prenne au plus vite2 cette unique panace1 c'est le duel4 ,si1 toutefois1 l'auteur du dommage n'appartient pas aux classes sociales qui professent le code de l'honneur chevaleresque1 ou s'il a viol ce code en quelque occasion1 il y a1 surtout quand le dommage a t caus par des voies de fait1 mais alors mme qu'il ne l'a t que par des paroles1 il y a1 disons-nous1 une opration infaillible entreprendre3 c'est1 si l'on est arm1 de lui passer sur-le-champ ou encore1 la rigueur1 une heure aprs1 son arme au travers du corps2 de cette faon1 l'honneur est rtabli4 ,mais parfois l'on veut viter cette opration1 parce que l'on apprhende les dsagrments qui en pourraient rsulter2 alors si l'on n'est pas bien sr que l'offenseur se soumette aux lois de l'honneur chevaleresque1 on a recours un remde palliatif qui s'appelle l'avantage4 ,celui-ci consiste1 lorsque l'adversaire a t grossier1 l'tre notablement plus que lui2 si pour cela les injures ne suffisent pas1 on a recours aux coups3 et mme ici il y a encore un climax1 une gradation dans le traitement de l'honneur3 on gurit les soufflets par des coups de bton1 ceux-ci par des coups de fouet de chasse2 contre ces derniers mmes1 il y a des gens qui recommandent1 comme d'une efficacit prouve1 de cracher au visage4 ,mais1 dans le cas o l'on n'arrive pas temps avec ces remdes-l1 il faut sans faute procder aux oprations sanglantes4 ,cette mthode de traitement palliatif se base1 au fond1 sur la maxime suivante3 #d ,de mme qu'tre insult est une honte1 de mme insulter est un honneur4 ,ainsi1 que la vrit1 le droit et la raison soient du ct de mon adversaire1 mais que je l'injurie2 aussitt il n'a plus qu' aller au diable avec tous ses mrites2 le droit et l'honneur sont de mon ct1 et lui1 par contre1 a provisoirement perdu l'honneur1 jusqu' ce qu'il le rtablisse2 par le droit et la raison1 croyez-vous8 non pas1 par le pistolet ou l'pe4 ,donc1 au point de vue de l'honneur1 la grossiret est une qualit qui supple ou domine toutes les autres2 le plus grossier a toujours raison3 quid multa8 ,quelque btise1 quelque inconvenance1 quelque infamie qu'on ait pu commettre1 une grossiret leur enlve ce caractre et les lgitime sance tenante4 ,que dans une discussion1 ou dans une simple conversation1 un autre dploie une connaissance plus exacte de la question1 un amour plus svre de la vrit1 un jugement plus sain1 plus de raison1 en un mot qu'il mette en lumire des mrites intellectuels qui nous mettent dans l'ombre1 nous n'en pouvons pas moins effacer d'un coup toutes ces supriorits1 voiler notre indigence d'esprit et tre suprieur notre tour en devenant grossier et offensant4 ,car une grossiret terrasse tout argument et clipse tout esprit4 ,si donc notre adversaire ne se met pas aussi de la partie et ne rplique pas par une grossiret encore plus grande1 auquel cas nous en arrivons au noble assaut pour l'avantage1 c'est nous qui sommes victorieux1 et l'honneur est de notre ct3 vrit1 instruction1 jugement1 intelligence1 esprit1 tout cela doit plier bagage et fuir devant la divine grossiret4 ,aussi les hommes d'honneur1 ds que quelqu'un met une opinion diffrente de la leur ou dploie plus de raison qu'ils n'en peuvent mettre en campagne1 feront-ils mine immdiatement d'enfourcher ce cheval de combat2 lorsque1 dans une controverse1 ils manquent d'arguments vous opposer1 ils chercheront quelque grossiret1 ce qui fait le mme office et est plus facile trouver3 aprs quoi ils s'en vont triomphants4 ,aprs ce que nous venons d'exposer1 n'a-t-on pas raison de dire que le principe de l'honneur ennoblit le ton de la socit8 ,la maxime dont nous venons de nous occuper repose son tour sur la suivante1 qui est proprement dire le fondement et l'me du prsent code4 #e ,la cour suprme de justice1 celle devant laquelle1 dans tous les diffrends touchant l'honneur1 on peut en appeler de toute autre instance1 c'est la force physique1 c'est--dire l'animalit4 ,car toute grossiret est vrai dire un appel l'animalit1 en ce sens qu'elle prononce l'incomptence de la lutte des forces intellectuelles ou du droit moral1 et qu'elle la remplace par celle des forces physiques2 dans l'espce homme1 que ,franklin dfinit a toolmaking animal 7un animal qui confectionne des outils71 cette lutte s'effectue par le duel1 au moyen d'armes spcialement confectionnes dans ce but1 et elle amne une dcision sans appel4 ,cette maxime fondamentale est dsigne1 comme on sait1 par l'expression droit de la force1 qui implique une ironie1 comme en allemand le mot ,aberwitz 7absurdit71 qui indique une espce de ,witz 7esprit7 qui est loin d'tre du ,witz2 dans ce mme ordre d'ides1 l'honneur chevaleresque devrait s'appeler l'honneur de la force4 #f ,en traitant de l'honneur bourgeois1 nous l'avons trouv trs scrupuleux sur les chapitres du tien et du mien1 des obligations contractes et de la parole donne2 en revanche1 le prsent code professe sur tous ces points les principes les plus noblement libraux4 ,en effet1 il est une seule parole laquelle on ne doit pas manquer3 c'est la parole d'honneur1 c'est--dire la parole aprs laquelle on a dit3 sur l'honneur1 d'o rsulte la prsomption que l'on peut manquer toute autre parole4 ,mais dans le cas mme o l'on aurait viol sa parole d'honneur1 l'honneur peut au besoin tre sauv au moyen de la panace en question1 le duel3 nous sommes tenus de nous battre avec ceux qui soutiennent que nous avons donn notre parole d'honneur4 ,en outre1 il n'existe qu'une seule dette qu'il faille payer sans faute3 c'est la dette de jeu1 qui1 pour ce motif1 s'appelle une dette d'honneur4 ,quant aux autres dettes1 on en flouerait juifs et chrtiens1 que cela ne nuirait en rien l'honneur chevaleresque#ac4 ,tout esprit de bonne foi reconnatra premire vue que ce code trange1 barbare et ridicule de l'honneur ne saurait avoir sa source dans l'essence de la nature humaine ou dans une manire sense d'envisager les rapports des hommes entre eux4 ,c'est ce que confirme aussi le domaine trs limit de son autorit3 ce domaine1 qui ne date que du moyen ge1 se borne l',europe1 et ici mme il n'embrasse que la noblesse1 la classe militaire et leurs mules4 ,car ni les ,grecs1 ni les ,romains1 ni les populations minemment civilises de l',asie1 dans l'antiquit pas plus que dans les temps modernes1 n'ont su et ne savent le premier mot de cet honneur-l et de ses principes4 ,tous ces peuples ne connaissent que ce que nous avons appel l'honneur bourgeois4 ,chez eux1 l'homme n'a d'autre valeur que celle que lui donne sa conduite entire1 et non celle que lui donne ce qu'il plat une mauvaise langue de dire sur son compte4 ,chez tous ces peuples1 ce que dit ou fait un individu peut bien anantir son propre honneur1 mais jamais celui d'un autre4 ,un coup1 chez tous ces peuples1 n'est pas autre chose qu'un coup1 tel que tout cheval ou tout ne en peut appliquer1 et de plus dangereux encore3 un coup pourra1 l'occasion1 veiller la colre ou porter s'en venger sur l'heure1 mais il n'a rien de commun arec l'honneur4 ,ces nations ne tiennent pas des livres o l'on passe en compte les coups ou les injures1 ainsi que les satisfactions que l'on a eu soin1 ou qu'on a nglig d'en tirer4 ,pour la bravoure et le mpris de la vie1 elles ne le cdent en rien celles de l',europe chrtienne4 ,les ,grecs et les ,romains taient certes des hros accomplis1 mais ils ignoraient entirement le point d'honneur4 ,le duel n'tait pas chez eux l'affaire des classes nobles1 mais celle de vils gladiateurs1 d'esclaves abandonns et de criminels condamns1 que l'on excitait se battre1 en les faisant alterner avec des btes froces1 pour l'amusement du peuple4 l'introduction du christianisme1 les jeux de gladiateurs furent abolis1 mais leur place et en plein christianisme on a institu le duel par l'intermdiaire du jugement de ,dieu4 ,si les premiers taient un sacrifice cruel offert la curiosit publique1 le duel en est un tout aussi cruel1 au prjug gnral1 sacrifice o l'on n'immole pas des criminels1 des esclaves ou des prisonniers1 mais des hommes libres et des nobles4 ,une foule de traits que l'histoire nous a conservs prouvent que les anciens ignoraient absolument ce prjug4 ,lorsque1 par exemple1 un chef teuton provoqua ,marius en duel1 ce hros lui fit rpondre que1 s'il tait las de la vie1 il n'avait qu' se pendre1 lui proposant toutefois un gladiateur mrite avec lequel il pourrait batailler son aise 7,freinsh41 ,suppl4 in ,liv41 l4 ,,lxviii1 c4 #ab74 ,nous lisons dans ,plutarque 7,thm41 #aa7 qu',eurybiade1 commandant de la flotte1 dans une discussion avec ,thmistocle1 aurait lev la canne pour le frapper2 nous ne voyons pas que celui-ci ait tir son pe1 mais qu'il dit3 1 7,frappe1 mais coute74 ,quelle indignation le lecteur homme d'honneur ne doit-il pas prouver en ne trouvant pas dans ,plutarque la mention que le corps des officiers athniens aurait immdiatement dclar ne plus vouloir servir sous ce ,thmistocle6 ,aussi un crivain franais de nos jours dit-il avec raison3 ,si quelqu'un s'avisait de dire que ,dmosthne fut un homme d'honneur1 on sourirait de piti444 ,cicron n'tait pas un homme d'honneur non plus 7,soires littraires1 par ,c4 ,durand1 ,rouen1 #ahbh1 vol4 ,,ii1 p4 #cjj74 ,de plus1 le passage de ,platon 7,de leg41 ,,ix1 les #f dernires pages1 ainsi que ,,xi1 p4 #aca1 dit4 ,bipont7 sur les 1 c'est--dire les voies de fait1 prouve assez qu'en cette matire les anciens ne souponnaient mme pas ce sentiment du point d'honneur chevaleresque4 ,socrate1 la suite de ses nombreuses disputes1 a t souvent en butte des coups1 ce qu'il supportait avec calme2 un jour1 ayant reu un coup de pied1 il l'accepta sans se fcher et dit quelqu'un qui s'en tonnait3 ,si un ne m'avait frapp1 irais-je porter plainte8 7,diog4 ,larce1 ,,ii1 #ba47 ,une autre fois1 comme quelqu'un lui disait3 ,cet homme vous invective2 ne vous injurie-t-il pas8 il lui rpondit3 ,non1 car ce qu'il dit ne s'applique pas moi4 7,ibid41 #cf47--,stobe 7,florileg41 d4 ,gaisford1 vol4 ,i1 p4 #cbg-ccj7 nous a conserv un long passage de ,musonius qui permet de se rendre compte de la manire dont les anciens envisageaient les injures3 ils ne connaissaient d'autre satisfaction obtenir que par la voie des tribunaux1 et les sages ddaignaient mme celle-ci4 ,on peut voir dans le ,gorgias de ,platon 7p4 #hf1 d4 ,bip47 qu'en effet c'tait l l'unique rparation exige pour un soufflet2 nous y trouvons aussi 7p4 #acc7 rapporte l'opinion de ,socrate4 ,cela ressort encore de ce que raconte ,aulu-,gelle 7,,xx1 #a7 d'un certain ,lucius ,veratius qui s'amusait1 par espiglerie et sans motif aucun1 donner un soufflet aux citoyens romains qu'il rencontrait dans la rue2 pour viter de longues formalits1 il se faisait accompagner1 cet effet1 d'un esclave porteur d'un sac de monnaie de cuivre et charg de payer1 sance tenante1 au passant tonn l'amende lgale de #be as4 ,crats1 le clbre philosophe cynique1 avait reu du musicien ,nicodrome un si vigoureux soufflet que son visage en tait tumfi et ecchymos2 alors il s'attacha au front une planchette avec cette inscription3 7,nicodrome a fait cela71 ce qui couvrit ce joueur de flte d'une honte extrme pour s'tre livr une pareille brutalit 7,d4 ,larce1 ,,vi1 #hi7 contre un homme que tout ,athnes rvrait l'gal d'un dieu-lare 7,apul41 ,flor41 p4 #abf1 d4 ,bip474 ,nous avons1 ce sujet1 une lettre de ,diogne de ,sinope1 adresse ,mlesippe1 dans laquelle1 aprs lui avoir racont qu'il a t battu par des ,athniens ivres1 il ajoute que cela ne lui fait absolument rien 7,nota ,casaub4 ad ,d4 ,larte1 ,,vi1 #cc74 ,snque1 dans le livre ,de constantia sapientis1 depuis le chapitre ,x et jusqu' la fin1 traite en dtail de contumelia 7de l'outrage71 pour tablir que le sage le mprise4 ,au chapitre ,,xiv1 il dit3 ,at sapiens colaphis percussus1 quid faciet8 ,quod ,cato1 cum illi os percussum esset3 non excanduit1 non vindicavit injuriam3 nec remisit quidem1 sed factam negavit 7,mais le sage qui reoit un soufflet1 que fera-t-il8 ,ce que fit ,caton quand il fut frapp au visage2 il ne prit pas feu1 il ne vengea pas son injure1 il ne la pardonna mme pas1 mais il nia qu'elle et t commise74 ,oui1 vous criez-vous1 mais c'taient des sages6 ,et vous1 vous tes des fous8--,d'accord4 ,nous voyons donc que tout ce principe de l'honneur chevaleresque tait inconnu aux anciens prcisment parce qu'ils envisageaient1 de tout point1 les choses sous leur aspect naturel1 sans prventions et sans se laisser berner par de sinistres et impies sornettes de ce genre4 ,aussi1 dans un coup au visage1 ne voyaient-ils rien autre que ce qu'il est en ralit1 un petit prjudice physique1 tandis que pour les modernes il est une catastrophe et un thme tragdies1 comme1 par exemple1 dans le ,cid de ,corneille et dans un drame allemand plus rcent1 intitul ,la force des circonstances1 mais qui devrait s'appeler plutt ,la force du prjug4 ,mais si1 un jour1 un soufflet est donn dans l',assemble nationale ,paris1 alors l',europe entire en retentit4 ,les rminiscences classiques ainsi que les exemples de l'antiquit1 rapports plus haut1 doivent avoir tout fait mal dispos les hommes d'honneur2 nous leur recommandons1 comme antidote1 de lire dans ,jacques le ,fataliste1 ce chef-d'uvre de ,diderot1 l'histoire de ,monsieur ,desglands#ad2 ils y trouveront un type hors ligne d'honneur chevaleresque moderne qui pourra les dlecter et les difier plaisir4 ,de tout ce qui prcde1 il rsulte des preuves suffisantes que le principe de l'honneur chevaleresque n'est pas un principe primitif1 bas sur la nature propre de l'homme2 il est artificiel1 et son origine est facile dcouvrir4 ,c'est l'enfant de ces sicles o les poings taient plus exercs que les ttes1 et o les prtres tenaient la raison enchane1 de ce moyen ge enfin tant vant1 et de sa chevalerie4 ,en ce temps1 en effet1 le bon ,dieu n'avait pas la seule mission de veiller sur nous2 il devait aussi juger pour nous4 ,aussi les causes judiciaires dlicates se dcidaient par ,ordalies ou jugements de ,dieu1 qui consistaient1 peu d'exceptions prs1 dans les combats singuliers1 non seulement entre chevaliers1 mais mme entre bourgeois1 ainsi que le prouve un joli passage dans le ,henry ,,vi de ,shakespeare 7#b;e partie1 acte #b1 sc4 #c74 ,le combat singulier ou jugement de ,dieu tait une instance suprieure laquelle on pouvait en appeler de toute sentence judiciaire4 ,de cette faon1 au lieu de la raison1 c'tait la force et l'adresse physiques1 autrement dit la nature animale1 que l'on rigeait en tribunal1 et ce n'tait pas ce qu'un homme avait fait1 mais ce qui lui tait arriv1 qui dcidait s'il avait tort ou raison1 exactement comme procde le principe d'honneur chevaleresque aujourd'hui encore en vigueur4 ,si l'on conservait encore des doutes sur cette origine du duel et de ses formalits1 on n'aurait1 pour les lever entirement1 qu' lire l'excellent ouvrage de ,j4-,g4 ,mellingen1 ,the history of duelling1 #ahdi4 ,de nos jours encore1 parmi les gens qui rglent leur vie sur ces prceptes1--on sait que1 d'ordinaire1 ce ne sont prcisment ni les plus instruits ni les plus raisonnables1--il en est pour qui l'issue du duel reprsente effectivement la sentence divine dans le diffrend qui a amen le combat2 c'est l videmment une opinion ne d'une longue transmission hrditaire et traditionnelle4 ,abstraction faite de son origine1 le principe d'honneur chevaleresque a pour but immdiat de se faire accorder1 par la menace de la force physique1 les tmoignages extrieurs de l'estime que l'on croit trop difficile ou superflu d'acqurir rellement4 ,c'est peu prs comme si quelqu'un chauffait avec sa main la boule d'un thermomtre et voulait prouver1 par l'ascension de la colonne de mercure1 que sa chambre est bien chauffe4 considrer la chose de plus prs1 en voici le principe3 de mme que l'honneur bourgeois1 ayant en vue les rapports pacifiques des hommes entre eux1 consiste dans l'opinion que nous mritons pleine confiance1 parce que nous respectons scrupuleusement les droits de chacun1 de mme l'honneur chevaleresque consiste dans l'opinion que nous sommes craindre1 comme tant dcid dfendre nos propres droits outrance4 ,la maxime qu'il vaut mieux inspirer la crainte que la confiance ne serait pas si fausse1 vu le peu de fond que l'on peut faire de la justice des hommes1 si nous vivions dans l'tat de nature o chacun doit par soi-mme garder sa personne et dfendre ses droits4 ,mais elle ne trouve plus d'application dans notre poque de civilisation1 o l'tat a pris sur lui la protection de la personne et de la proprit2 elle n'est plus l que comme ces chteaux et ces donjons de l'poque du droit manuaire1 inutiles et abandonns1 au milieu de campagnes bien cultives1 de chausses animes1 voire mme de voies ferres4 ,l'honneur chevaleresque1 par l mme qu'il professe la maxime prcdente1 s'est rejet ncessairement sur ces prjudices la personne que l'tat ne punit que lgrement1 ou ne punit pas du tout1 en vertu du principe3 ,de minimis lex non curat1 ces dlits ne causant qu'un dommage insignifiant1 et n'tant mme parfois que de simples taquineries4 ,pour maintenir son domaine dans une sphre trs leve1 il a attribu la personne une valeur dont l'exagration est hors de toute proportion avec la nature1 la condition et la destine de l'homme2 il pousse cette valeur jusqu' faire de l'individu quelque chose de sacr1 et1 trouvant tout fait insuffisantes les peines prononces par l'tat contre les petites offenses la personne1 il prend sur lui de les punir lui-mme1 par des punitions toujours corporelles et mme par la mort de l'offenseur4 ,il y a videmment1 au fond1 l'orgueil le plus dmesur et l'outrecuidance la plus rvoltante oublier la nature relle de l'homme et prtendre le revtir d'une inviolabilit et d'une irrprochabilit absolues4 ,mais tout homme dcide maintenir de semblables principes par la violence et qui professe la maxime3 ,qui m'insulte ou me frappe doit prir1 mrite pour cela seul d'tre expuls de tout pays#ae4 ,il est vrai qu'on met en avant toute sorte de prtextes pour farder cet orgueil incommensurable4 ,de deux hommes intrpides1 dit-on1 aucun ne cdera2 dans la plus lgre collision1 ils en viendraient aux injures1 puis aux coups et enfin au meurtre3 il est donc prfrable1 par gard pour les convenances1 de franchir les degrs intermdiaires et de recourir immdiatement aux armes4 ,les dtails de la procdure ont t formuls alors en un systme d'un pdantisme rigide1 ayant ses lois et ses rgles et qui est bien la force la plus lugubre du monde2 on peut y voir1 sans contredit1 le panthon glorieux de la folie4 ,mais le point de dpart mme est faux2 dans les choses de minime importance 7les affaires graves restant toujours dfres la dcision des tribunaux71 de deux hommes intrpides il y en a toujours un qui cde1 savoir le plus sage3 quand il ne s'agit que d'opinions1 on ne s'en occupera mme pas4 ,nous en trouvons la preuve dans le peuple1 ou1 pour mieux dire1 dans toutes les nombreuses classes sociales qui n'admettent pas le principe de l'honneur chevaleresque2 ici1 les diffrends suivent leur cours naturel1 et cependant l'homicide y est cent fois moins frquent que dans la fraction minime1 #a_/ajjj peine1 qui s'y soumet3 les rixes mmes sont rares4 ,on prtend1 en outre1 que ce principe1 avec ses duels1 est un pilier qui maintient le bon ton et les belles manires dans la socit2 qu'il est un rempart qui met l'abri des clats de la brutalit et de la grossiret4 ,cependant1 ,athnes1 ,corinthe1 ,rome1 il y avait de la bonne et mme de la trs bonne socit1 des manires lgantes et du bon ton1 sans qu'il et t ncessaire d'y implanter l'honneur chevaleresque en guise de croquemitaine4 ,il est vrai de dire aussi que les femmes ne rgnaient pas dans la socit antique comme chez nous4 ,outre le caractre frivole et puril que prend ainsi l'entretien1 puisqu'on en bannit tout sujet de conversation nourrie et srieuse1 la prsence des femmes dans notre socit contribue certainement pour une grande part encore accorder au courage personnel le pas sur toute autre qualit1 tandis qu'en ralit il n'est qu'un mrite2 trs subordonn1 une simple vertu de sous-lieutenant1 dans laquelle les animaux mmes nous sont suprieurs2 en effet1 ne dit-on pas3 courageux comme un lion8 ,mais il y a plus3 au rebours de l'assertion prcdemment rapporte1 le principe de l'honneur chevaleresque est souvent le refuge assur de la malhonntet et de la mchancet dans les affaires graves1 et en mme temps1 dans les petites1 un asile de l'insolence1 de l'impudence et de la grossiret1 pour la bonne raison que personne ne se soucie de risquer sa vie en voulant les chtier4 ,en tmoignage1 nous voyons le duel dans toute sa fleuraison et pratiqu avec le srieux le plus sanguinaire chez cette nation prcisment qui1 dans ses relations politiques et financires1 a montr un manque d'honntet relle3 c'est ceux qui en ont fait l'preuve qu'il faut demander de quelle nature sont les relations prives avec les individus de cette nation2 et1 pour ce qui est de leur urbanit et de leur culture sociale1 elles ont de longue date une clbrit comme modles ngatifs4 ,tous ces motifs qu'on allgue sont donc mal fonds4 ,on pourrait affirmer avec plus de raison que1 de mme que le chien gronde quand on le gronde et caresse quand on le caresse1 de mme il est dans la nature de l'homme de rendre hostilit pour hostilit et d'tre exaspr et irrit par les manifestations du ddain ou de la haine4 ,cicron l'a dj dit3 ,habet quemdam aculeum contumelia1 quem pali prudentes ac viri boni difficillime possunt 7,toute injure a un aiguillon dont les prudents et les sages mme supportent difficilement la piqre71 et en effet nulle part au monde 7si nous en exceptons quelques sectes pieuses7 on ne supporte avec calme des injures1 ou1 plus forte raison1 des coups4 ,nanmoins1 la nature ne nous enseigne rien qui aille au del d'une reprsaille quivalente l'offense2 elle ne nous apprend pas punir de mort celui qui nous accuserait de mensonge1 de btise ou de lchet4 ,la vieille maxime germanique3 un soufflet par un stylet1 est une superstition chevaleresque rvoltante4 ,en tout cas1 c'est la colre qu'il appartient de rendre ou de venger les offenses1 et non pas l'honneur ou au devoir1 auxquels le principe de l'honneur chevaleresque en impose l'obligation4 ,il est trs certain plutt qu'un reproche n'offense que dans la mesure o il porte2 ce qui le prouve1 c'est que la moindre allusion1 frappant juste1 blesse beaucoup plus profondment que l'accusation la plus grave quand elle n'est pas fonde4 ,par consquent1 quiconque a la conscience assure de n'avoir pas mrit un reproche peut le ddaigner et le ddaignera4 ,le principe de l'honneur lui demande1 au contraire1 de montrer une susceptibilit qu'il n'prouve pas et de venger dans le sang des offenses qui ne le blessent nullement4 ,c'est tout de mme avoir une bien mince opinion de sa propre valeur que de chercher touffer toute parole qui tendrait la mettre en doute4 ,la vritable estime de soi donnera le calme et le mpris rel des injures2 son dfaut1 la prudence et la bonne ducation nous commandent de sauver l'apparence et de dissimuler notre colre4 ,si en outre nous parvenons nous dpouiller de cette superstition du principe d'honneur chevaleresque1 si personne n'admettait plus qu'une insulte fut capable d'enlever ou de restituer quoi que ce soit l'honneur2 si l'on tait convaincu qu'un tort1 une brutalit ou une grossiret ne sauraient tre justifis l'instant par l'empressement qu'on mettrait en donner satisfaction1 c'est--dire se battre1 alors tout le monde arriverait bientt comprendre que1 lorsqu'il s'agit d'invectives et d'injures1 c'est le vaincu qui sort vainqueur d'un tel combat1 et que1 comme dit ,vincenzo ,monti1 il en est des injures comme des processions d'glise qui reviennent toujours leur point de dpart4 ,il ne suffirait plus alors1 comme actuellement1 de dbiter une grossiret pour mettre le droit de son ct2 le jugement et la raison auraient alors une bien autre autorit1 pendant qu'aujourd'hui ils doivent1 avant de parler1 voir s'ils ne heurtent pas en quoi que ce soit l'opinion des esprits borns et des imbciles qu'irrite et alarme dj leur seule apparition2 sans quoi l'intelligence peut se trouver dans le cas de jouer1 sur un coup de ds1 la tte o elle rside contre le cerveau plat o loge la stupidit4 ,alors la supriorit intellectuelle occuperait rellement dans la socit la primaut qui lui est due et que l'on donne aujourd'hui1 bien que d'une manire dguise1 la supriorit physique et au courage la hussarde2 il y aurait aussi1 pour les hommes minents1 un motif de moins pour fuir la socit1 comme ils le font actuellement4 ,un tel revirement donnerait naissance au vritable bon ton et fonderait la vritable bonne socit1 dans la forme o1 sans doute1 elle a exist ,athnes1 ,corinthe et ,rome4 qui voudrait en connatre un chantillon1 je recommande de lire le ,banquet de ,xnophon4 ,le dernier argument la dfense du code chevaleresque sera indubitablement ainsi conu3 ,allons donc6 mais alors un homme pourrait bien1 ,dieu nous garde6 donner un coup un autre homme6 quoi je pourrais rpondre1 sans phrases1 que le cas s'est prsent bien assez souvent dans ces #iii_/ajjj de la socit chez qui ce code n'est pas admis1 sans qu'un seul individu en soit mort1 tandis que1 chez ceux qui en suivent les prceptes1 chaque coup1 dans la rgle1 devient une affaire mortelle4 ,mais je veux examiner la question plus en dtail4 ,je me suis bien souvent donn de la peine pour trouver dans la nature animale ou intellectuelle de l'homme quelque raison valable ou seulement plausible1 fonde non sur de simples faons de parler1 mais sur des notions distinctes1 qui puisse justifier cette conviction1 enracine dans une portion de l'espce humaine1 qu'un coup est une chose horrible3 toutes mes recherches ont t vaines4 ,un coup n'est et ne sera jamais qu'un petit mal physique que tout homme peut occasionner un autre1 sans rien prouver par l1 sinon qu'il est plus fort ou plus adroit1 ou que l'autre n'tait pas sur ses gardes4 ,l'analyse ne fournit rien au del4 ,en outre1 je vois ce mme chevalier pour qui un coup reu de la main d'un homme semble de tous les maux le plus grand1 recevoir un coup dix fois plus violent de son cheval et assurer1 en tranant la jambe et dissimulant sa douleur1 que ce n'est rien4 ,alors j'ai suppos que cela tenait la main de l'homme4 ,cependant je vois notre chevalier1 dans un combat1 recevoir de la main d'un homme des coups d'estoc et de taille et assurer encore que ce sont des bagatelles qui ne valent pas la peine d'en parler4 ,plus tard1 j'apprends mme que des coups de plat de lame ne sont beaucoup prs pas aussi terribles que des coups de bton1 tellement que tout rcemment encore les lves des coles militaires taient passibles des premiers et jamais des autres4 ,mais il y a plus3 une rception de chevalier1 le coup de plat de lame est un trs grand honneur4 ,et voil que j'ai puis tous mes motifs psychologiques et moraux1 et il ne me reste plus considrer la chose que comme une ancienne superstition1 profondment enracine1 comme un nouvel exemple1 cte de tant d'autres1 de tout ce qu'on peut en faire accroire aux hommes4 ,c'est ce que prouve encore ce fait bien connu1 qu'en ,chine les coups de canne sont une punition civile1 trs frquemment employe mme l'gard des fonctionnaires de tous les degrs2 ce qui dmontre que1 l-bas1 la nature humaine1 mme chez les gens les plus civiliss1 ne parle pas comme chez nous#af4 ,en outre1 un examen impartial de la nature humaine nous apprend que frapper est aussi naturel l'homme que mordre l'est aux animaux carnassiers et donner des coups de tte aux btes cornes2 l'homme est proprement parler un animal frappeur4 ,aussi sommes-nous rvolts quand parfois nous apprenons qu'un homme en a mordu un autre2 par contre1 donner ou recevoir des coups est chez l'homme un effet aussi naturel que frquent4 ,on comprend facilement que les gens d'une ducation suprieure cherchent se soustraire de pareils effets1 en dominant rciproquement leur penchant naturel4 ,mais il y a vraiment de la cruaut faire accroire une nation entire1 ou mme seulement une classe d'individus1 que recevoir un coup est un malheur pouvantable1 qui doit tre suivi de meurtre et d'homicide4 ,il y a trop de maux rels en ce monde pour qu'il soit permis d'augmenter leur nombre et d'en crer d'imaginaires qui en amnent de trop rels leur suite2 c'est ce que fait cependant ce sot et mchant prjug4 ,comme consquence1 je ne puis que dsapprouver les gouvernements et les corps lgislatifs qui lui viennent en aide en travaillant avec ardeur faire abolir1 pour le civil comme pour le militaire1 les punitions corporelles4 ,ils croient agir en cela dans l'intrt de l'humanit1 quand1 tout au contraire1 ils travaillent ainsi consolider cet garement dnatur et funeste auquel tant de victimes ont dj t sacrifies4 ,pour toutes fautes1 sauf les plus graves1 infliger des coups est la punition qui1 chez l'homme1 se prsente la premire l'esprit2 c'est donc la plus naturelle2 qui ne se soumet pas la raison se soumettra aux coups4 ,punir par une bastonnade modre celui qu'on ne peut atteindre dans sa fortune1 quand il n'en1 a pas1 ni dans sa libert1 quand on a besoin de ses services1 est un acte aussi juste que naturel4 ,aussi n'apporte-t-on aucune bonne raison rencontre2 on se contente d'invoquer la dignit de l'homme1 faon de parler qui ne s'appuie pas sur quelque notion claire1 mais toujours et encore sur le fatal prjug dont nous parlions plus haut4 ,un fait rcent des plus comiques vient confirmer cet tat de choses3 plusieurs tats viennent de remplacer1 dans l'arme1 les coups de canne par les coups de latte2 ces derniers1 tout comme les autres1 produisent indubitablement une douleur physique et sont censs nanmoins n'tre ni infamants ni dshonorants4 ,en stimulant ainsi le prjug qui nous occupe1 on encourage en mme temps le principe de l'honneur chevaleresque et du mme coup le duel1 pendant que d'autre part on s'efforce ou plutt on prtend s'efforcer d'abolir le duel par des lois#ah4 ,aussi voyons-nous ce fragment du droit du plus fort1 transport travers les temps1 du moyen ge jusque dans le ,x,i,xe sicle1 s'taler aujourd'hui encore scandaleusement au grand jour2 il est temps enfin de l'en expulser honteusement4 ,aujourd'hui1 quand il est interdit d'exciter mthodiquement des chiens ou des coqs se battre les uns contre les autres 7en ,angleterre1 au moins1 ces combats sont punis71 il nous est donn de voir des cratures humaines1 excites contre leur gr1 des combats mort3 c'est ce ridicule prjug1 ce principe absurde de l'honneur chevaleresque1 ce sont ses stupides reprsentants et ses champions qui1 pour la premire misre venue1 imposent aux hommes l'obligation de se battre entre eux comme des gladiateurs4 ,je propose nos puristes allemands de remplacer le mot ,durll1 driv probablement1 non pas du latin duellum1 mais de l'espagnol duelo1 peine1 plainte1 grief1 par le mot de ,rittersetze 7combat de chevaliers1 comme on dit3 combats de coqs ou de bull-dogs74 ,on a1 certes1 ample matire rire de voir les allures pdantes avec lesquelles on accomplit toutes ces folies4 ,il n'en est pas moins rvoltant que ce principe1 avec son code absurde1 constitue un tat dans l'tat1 qui1 ne reconnaissant d'autre droit que celui du plus fort1 tyrannise les classes sociales qui sont sous sa domination1 en tablissant un tribunal permanent de la ,sainte-,wehme2 chacun peut tre cit par chacun comparatre2 les motifs de la citation1 faciles trouver1 font l'office de sbires du tribunal1 et la sentence prononce la peine de mort contre les deux parties4 ,c'est1 naturellement1 le repaire du fond duquel l'tre le plus mprisable1 la seule condition d'appartenir aux classes soumises aux lois de l'honneur chevaleresque1 pourra menacer1 voire mme tuer les hommes les plus nobles et les meilleurs1 qui sont prcisment ceux qu'il hait ncessairement4 ,puisqu'aujourd'hui la justice et la police ont gagn peu prs assez d'autorit pour qu'un coquin ne puisse plus nous arrter sur les grands chemins pour nous crier3 ,la bourse ou la vie6 il serait temps que le bon sens prt assez d'autorit1 lui aussi1 pour que le premier coquin venu ne puisse plus1 au milieu de notre existence la plus paisible1 nous troubler en nous criant3 ,l'honneur ou la vie6 ,il faut enfin dlivrer les classes suprieures du poids qui les accable2 il faut nous affranchir tous de cette angoisse de savoir que nous pouvons1 tout instant1 tre appels payer de notre vie la brutalit1 la grossiret1 la btise ou la mchancet de tel individu qui il aura plu de les dchaner contre nous4 ,il est criant1 il est honteux de voir deux jeunes cervels sans exprience1 tenus d'expier dans leur sang leur moindre querelle4 ,voici un fait qui prouve quelle hauteur s'est leve la tyrannie de cet tat dans l'tat et o en est arriv le pouvoir de ce prjug3 on a vu souvent des gens se tuer de dsespoir pour n'avoir pu rtablir leur honneur chevaleresque offens1 soit parce que l'offenseur tait de trop haute ou de trop basse condition1 soit pour toute autre cause de disproportion qui rendait le duel impossible2 une telle mort n'est-elle pas tragi-comique8 ,tout ce qui est faux et absurde se rvle finalement par l que1 arriv son dveloppement parfait1 il porte comme fleur une contradiction2 pareillement1 dans le cas prsent1 la contradiction s'panouit sous la forme de la plus criante antinomie2 en effet1 le duel est dfendu l'officier1 et nanmoins celui-ci est puni de destitution lorsque1 le cas chant1 il refuse de se battre4 ,puisque j'y suis1 je veux aller plus loin avec mon franc-parler4 ,examine avec soin et sans prtention1 cette grande diffrence1 que l'on fait sonner si haut1 entre tuer son adversaire dans un combat au grand jour et armes gales ou par embche1 est fonde simplement sur ce que1 comme nous l'avons dit1 cet tat dans l'tat ne reconnat d'autre droit que celui du plus fort et en a fait la base de son code aprs l'avoir lev la hauteur d'un jugement de ,dieu4 ,ce qu'on appelle en effet un combat loyal ne prouve pas autre chose1 si ce n'est qu'on est le plus fort ou le plus adroit4 ,la justification que l'on cherche dans la publicit du duel prsuppose donc que le droit du plus fort est rellement un droit4 ,mais1 en ralit1 la circonstance que mon adversaire sait mal se dfendre me donne bien la possibilit1 mais non le droit de le tuer2 ce droit1 ou autrement dit ma justification morale1 ne peut dcouler que des motifs que j'ai de lui arracher la vie4 ,admettons maintenant que ces motifs existent et soient suffisants2 alors il n'y a plus aucune raison de se proccuper qui de nous deux manie le mieux le pistolet ou l'pe1 alors il est indiffrent que je le tue de telle ou telle faon1 par devant ou par derrire4 ,car1 moralement parlant1 le droit du plus fort n'a pas plus de poids que le droit du plus rus1 et c'est ce dernier dont on fait usage quand on tue dans un guet-apens3 ici1 le droit du poing vaut exactement le droit de la tte4 ,remarquons1 en outre1 que dans le duel mme on pratique les deux droits1 car toute feinte1 dans l'escrime1 est une ruse4 ,si je me tiens pour moralement autoris arracher la vie un homme1 c'est une sottise de m'en rapporter encore la chance s'il sait manier les armes mieux que moi1 car1 dans ce cas1 c'est lui au contraire qui1 aprs m'avoir offens1 me tuera par-dessus le march4 ,rousseau est d'avis qu'il faut venger une offense non par un duel1 mais par l'assassinat2 il met cette opinion1 avec beaucoup de prcautions1 dans la #ba;e note1 si mystrieusement conue1 du ,i,ve livre de l'mile#ai4 ,mais il est encore si fortement imbu du prjug chevaleresque1 qu'il considre le reproche de mensonge comme justifiant dj l'assassinat1 tandis qu'il devrait savoir que tout homme a mrit ce reproche d'innombrables fois1 et lui tout le premier et au plus haut degr4 ,il est vident que ce prjug1 qui autorise tuer l'offenseur la condition que le combat se fasse au grand jour et armes gales1 considre le droit de la force comme tant rellement un droit1 et le duel comme un jugement de ,dieu4 ,l',italien1 au moins1 qui1 enflamm de colre1 fond sans faons coups de couteau sur l'homme qui l'a offens1 agit d'une manire logique et naturelle3 il est plus rus1 mais pas plus mchant que le duelliste4 ,si l'on voulait m'opposer que ce qui me justifie de tuer mon adversaire en duel1 c'est que de son ct il s'efforce d'en faire autant1 je rpondrais qu'en le provoquant je l'ai mis dans le cas de lgitime dfense4 ,se mettre ainsi mutuellement et intentionnellement dans le cas de lgitime dfense ne signifie rien autre1 au fond1 que chercher un prtexte plausible pour le meurtre4 ,on pourrait trouver plutt une justification dans la maxime3 ,volenti non fit injuria 7,on ne fait pas tort qui consent71 puisque c'est d'un commun accord que l'on risque sa vie2 mais cela on peut rpliquer que volens n'est pas exact2 car la tyrannie du principe d'honneur chevaleresque et de son code absurde est l'alguazil qui a tran les deux champions1 ou l'un des deux au moins1 jusque devant ce tribunal sanguinaire de la ,sainte-,wehme4 99 99 99 99 99 ,je me suis tendu longuement sur l'honneur chevaleresque2 mais je l'ai fait dans une bonne intention et parce que la philosophie est l',hercule qui seul peut combattre les monstres moraux et intellectuels sur terre4 ,deux choses principalement distinguent l'tat de la socit moderne de celui de la socit antique1 et cela au dtriment de la premire1 qui elles prtent une teinte srieuse1 sombre1 sinistre1 qui ne voilait pas l'antiquit1 ce qui fait que celle-ci apparat1 candide et sereine1 comme le matin de la vie4 ,ce sont3 le principe de l'honneur chevaleresque et le mal vnrien1 par nobile fratrum6 eux deux ils ont empoisonn de la vie4 ,de fait1 l'influence de la maladie vnrienne est beaucoup plus tendue qu'il ne semble au premier abord1 en ce que cette influence n'est pas seulement physique1 mais aussi morale4 ,depuis que le carquois de l'amour porte ainsi des flches empoisonnes1 il s'est introduit dans la relation mutuelle des sexes un lment htrogne1 hostile1 je dirais diabolique1 qui fait qu'elle est imprgne d'une sombre et craintive mfiance2 les effets indirects d'une telle altration dans le fondement de toute communaut humaine se font sentir galement1 des degrs divers1 dans toutes les autres relations sociales2 mais leur analyse dtaille m'entranerait trop loin4 ,analogue1 bien que d'une toute autre nature1 est l'influence du principe de l'honneur chevaleresque1 cette force srieuse qui rend la socit moderne raide1 morne et inquite1 puisque toute parole fugitive y est scrute et rumine4 ,mais ce n'est pas tout6 ,ce principe est un minotaure universel auquel il faut sacrifier annuellement un grand nombre de fils de nobles maisons1 pris non dans un seul tat1 comme pour le monstre antique1 mais dans tous les pays de l',europe4 ,aussi est-il temps enfin d'attaquer courageusement la ,chimre corps corps1 comme je viens de le faire4 ,puisse le ,x,i,xe sicle exterminer ces deux monstres des temps modernes6 ,nous ne dsesprons pas de voir les mdecins y arriver1 pour l'un1 au moyen de la prophylactique4 ,mais c'est la philosophie qu'il appartient d'anantir la ,chimre en redressant les ides2 les gouvernements n'ont pu y russir par le maniement des lois1 et du reste le raisonnement philosophique seul peut attaquer le mal dans sa racine4 ,jusque-l1 si les gouvernements veulent srieusement abolir le duel et si le mince succs de leurs efforts ne tient qu' leur impuissance1 je viens leur proposer une loi dont je garantis l'efficacit et qui ne rclame ni oprations sanglantes1 ni chafauds1 ni potences1 ni prisons perptuelles4 ,c'est au contraire un petit1 tout petit remde homopathique des plus faciles2 le voici3 ,quiconque enverra ou acceptera un cartel recevra la chinoise1 en plein jour1 devant le corps de garde1 douze coups de bton de la main du caporal2 les porteurs du cartel ainsi que les seconds en recevront chacun six4 ,pour les suites ventuelles des duels accomplis1 on suivra la procdure criminelle ordinaire4 ,quelque chevalier m'objectera peut-tre qu'aprs avoir subi une pareille punition maint homme d'honneur sera capable de se brler la cervelle2 cela je rponds3 ,il vaut mieux qu'un tel fou se tue lui-mme que de tuer un autre homme4 ,mais je sais trs bien qu'au fond les gouvernements ne poursuivent pas srieusement l'abolition des duels4 ,les appointements des employs civils1 mais surtout ceux des officiers 7sauf les grades levs71 sont bien infrieurs la valeur1 de ce qu'ils produisent4 ,on leur solde la diffrence en honneur4 ,celui-ci est reprsent par des titres et des dcorations1 et1 dans une acception plus large1 par l'honneur de la fonction en gnral4 ,or1 pour cet honneur1 le duel est un excellent cheval de main dont le dressage commence dj dans les universits4 ,c'est de leur sang que les victimes payent le dficit des appointements4 ,pour ne rien omettre1 mentionnons encore ici l'honneur national4 ,c'est l'honneur de tout un peuple considr comme membre de la communaut des peuples4 ,cette communaut ne reconnaissant d'autre forum que celui de la force1 et chaque membre ayant par consquent sauvegarder soi-mme ses droits1 l'honneur d'une nation ne consiste pas seulement dans l'opinion bien tablie qu'elle mrite confiance 7le crdit71 mais encore qu'elle est assez forte pour qu'on la craigne2 aussi une nation ne doit-elle laisser impunie aucune atteinte ses droits4 ,l'honneur national combine donc le point d'honneur bourgeois avec celui de l'honneur chevaleresque4 ,,iv4--,la gloire4 ,dans ce qu'on reprsente1 il nous reste examiner en dernier lieu la gloire4 ,honneur et gloire sont jumeaux1 mais la faon des ,dioscures dont l'un1 ,pollux1 tait immortel1 et dont l'autre1 ,castor1 tait mortel3 l'honneur est le frre mortel de l'immortelle gloire4 ,il est vident que ceci ne doit s'entendre que de la gloire la plus haute1 de la gloire vraie et de bon aloi1 car il y a certes maintes espces phmres de gloire4 ,en outre1 l'honneur ne s'applique qu' des qualits que le monde exige de tous ceux qui se trouvent dans des conditions pareilles1 la gloire qu' des qualits qu'on ne peut exiger de personne2 l'honneur ne se rapporte qu' des mrites que chacun peut s'attribuer publiquement1 la gloire qu' des mrites que nul ne peut s'attribuer soi-mme4 ,pendant que l'honneur ne va pas au del des limites o nous sommes personnellement connus1 la gloire1 l'inverse1 prcde dans son vol la connaissance de l'individu et la porte sa suite aussi loin qu'elle parviendra elle-mme4 ,chacun peut prtendre l'honneur2 la gloire1 les exceptions seules1 car elle ne s'acquiert que par des productions exceptionnelles4 ,ces productions peuvent tre des actes ou des uvres3 de l deux routes pour aller la gloire4 ,une grande me par-dessus tout nous ouvre la voie des actes2 un grand esprit nous rend capable de suivre celle des uvres4 ,chacune des deux a ses avantages et ses inconvnients propres4 ,la diffrence capitale1 c'est que les actions passent1 les uvres demeurent4 ,l'action la plus noble n'a toujours qu'une influence temporaire2 l'uvre de gnie par contre subsiste et agit1 bienfaisante et levant l'me1 travers tous les ges4 ,des actions1 il ne reste que le souvenir qui devient toujours de plus en plus faible1 dfigur et indiffrent2 il est mme destin s'effacer graduellement en entier1 si l'histoire ne le recueille pour le transmettre1 ptrifi1 la postrit4 ,les uvres1 en revanche1 sont immortelles par elles-mmes1 et les ouvrages crits surtout peuvent vivre travers tous les temps4 ,le nom et le souvenir d',alexandre le ,grand sont seuls vivants aujourd'hui2 mais ,platon et ,aristote1 ,homre et ,horace sont eux-mmes prsents2 ils vivent et agissent directement4 ,les ,vdas1 avec leurs ,upanischades1 sont l devant nous2 mais1 de toutes les actions accomplies de leur temps1 pas la moindre notion n'est parvenue jusqu' nous#bj4 ,un autre dsavantage des actions1 c'est qu'elles dpendent de l'occasion qui1 avant tout1 doit leur donner la possibilit de se produire3 d'o il rsulte que leur gloire ne se rgle pas uniquement sur leur valeur intrinsque1 mais encore sur les circonstances qui leur prtent l'importance et l'clat4 ,elle dpend1 en outre1 lorsque1 comme la guerre1 les actions sont purement personnelles1 du tmoignage d'un petit nombre de tmoins oculaires2 or il peut se faire qu'il n'y ait pas eu de tmoins1 ou que ceux-ci parfois soient injustes ou prvenus4 ,d'autre part1 les actions1 tant quelque chose de pratique1 ont l'avantage d'tre la porte de la facult de jugement de tous les hommes2 aussi leur rend-on immdiatement justice ds que les donnes sont exactement fournies1 moins toutefois que les motifs n'en puissent tre nettement connus ou justement apprcis que plus tard1 car1 pour bien comprendre une action1 il faut en connatre le motif4 ,pour les uvres1 c'est l'inverse2 leur production ne dpend pas de l'occasion1 mais uniquement de leur auteur1 et elles restent ce qu'elles sont en elles-mmes et par elles-mmes1 aussi longtemps qu'elles durent4 ,ici1 en revanche1 la difficult consiste dans la facult de les juger1 et la difficult est d'autant plus grande que les uvres1 sont d'une qualit plus leve3 souvent1 il y a manque de juges comptents2 souvent aussi1 ce sont les juges impartiaux et honntes qui font dfaut4 ,de plus1 ce n'est pas une unique instance qui dcide de leur gloire2 il y a toujours lieu appel4 ,en effet1 si1 comme nous l'avons dit1 la mmoire des actions arrive seule la postrit et telle que les contemporains l'ont transmise1 les uvres au contraire y arrivent elles-mmes et telles qu'elles sont1 sauf les fragments disparus3 ici donc1 plus de possibilit de dnaturer les donnes1 et1 si mme leur apparition le milieu a pu exercer quelque influence nuisible1 celle-ci disparat plus tard4 ,pour mieux dire mme1 c'est le temps qui produit1 un un1 le petit nombre de juges vraiment comptents1 appels1 comme des tres exceptionnels qu'ils sont1 en juger de plus exceptionnels encore3 ils dposent successivement dans l'urne leurs votes significatifs1 et par l s'tablit1 aprs des sicles parfois1 un jugement pleinement fond et que la suite des temps ne peut plus infirmer4 ,on le voit1 la gloire des uvres est assure1 infaillible4 ,il faut un concours de circonstances extrieures et un hasard pour que l'auteur arrive1 de son vivant1 la gloire2 le cas sera d'autant plus rare que le genre des uvres est plus lev et plus difficile4 ,aussi ,snque a-t-il dit 7,ep4 #gi71 dans un langage incomparable1 que la gloire suit aussi infailliblement le mrite que l'ombre suit le corps1 bien qu'elle marche1 comme l'ombre1 tantt devant1 tantt derrire4 ,aprs avoir dvelopp cette pense1 il ajoute3 ,etiamsi omnibus tecum viventibus silentium livor indixerit1 venient qui sine offensa1 sine gratia1 judicent 7,quand nos contemporains se tairaient de nous par envie1 il en viendra d'autres qui1 sans faveur et sans passions1 nous rendront justice72 ce passage nous montre en mme temps que l'art d'touffer mchamment les mrites par le silence et par une feinte ignorance1 dans le but de cacher au public ce qui est bon1 au profit de ce qui est mauvais1 tait dj pratiqu par la canaille de l'poque o vivait ,snque1 comme il l'est par la canaille de la ntre1 et qu'aux uns1 comme aux autres1 c'est l'envie qui leur clt la bouche4 ,d'ordinaire1 la gloire est d'autant plus tardive qu'elle sera plus durable1 car tout ce qui est exquis mrit lentement4 ,la gloire appele devenir ternelle est comme le chne qui crot lentement de sa semence2 la gloire facile1 phmre1 ressemble aux plantes annuelles1 htives2 quant la fausse gloire1 elle est comme ces mauvaises herbes qui poussent vue d'il et qu'on se hte d'extirper4 ,cela tient ce que plus un homme appartient la postrit1 autrement dit l'humanit entire en gnral1 plus il est tranger son poque2 car ce qu'il cre n'est pas destin spcialement celle-ci comme telle1 mais comme tant une partie de l'humanit collective2 aussi1 de pareilles uvres n'tant pas teintes de la couleur locale de leur temps1 il arrive souvent que l'poque contemporaine les laisse passer inaperues4 ,ce que celle-ci apprcie1 ce sont plutt ces uvres qui traitent des choses fugitives du jour ou qui servent le caprice du moment2 celles-l lui appartiennent en entier1 elles vivent et meurent avec elle4 ,aussi l'histoire de l'art et de la littrature nous apprend gnralement que les plus hautes productions de l'esprit humain ont1 de rgle1 t accueillies avec dfaveur et sont restes ddaignes jusqu'au jour o des esprits levs1 attirs par elles1 ont reconnu leur valeur et leur ont assign une considration qu'elles ont conserve ds lors4 ,en dernire analyse1 tout cela repose sur ce que chacun ne peut rellement comprendre et apprcier que ce qui lui est homogne4 ,or l'homogne pour l'homme born1 c'est ce qui est born2 pour le trivial1 c'est le trivial2 pour l'esprit diffus1 c'est le diffus1 et pour l'insens l'absurde2 ce que chacun prfre1 ce sont ses propres uvres1 comme tant entirement de la mme nature4 ,dj le vieil ,epicharme1 le pote fabuleux1 chantait ainsi3 1 1 1 1 1 1 4 ,ce qu'il faut traduire1 afin que cela ne soit perdu pour personne#ba3 ,il n'est pas tonnant que je parle dans mon sens1 et ceux qui se plaisent eux-mmes croient qu'ils sont remplis de mrites louables2 de mme rien ne semble plus beau au chien que le chien1 au buf que le buf1 l'ne que l'ne et au cochon que le cochon4 ,le bras le plus vigoureux lui-mme1 quand il lance un corps lger1 ne peut lui communiquer assez de mouvement pour voler loin et frapper fort2 le corps retombera inerte et tout prs1 parce que l'objet1 manquant de masse matrielle propre1 ne peut admettre la force extrieure2 tel sera aussi le sort des grandes et belles penses1 des chefs-d'uvre du gnie1 quand1 pour les admettre1 il ne se rencontre que de petits cerveaux1 des ttes faibles ou de travers4 ,c'est l ce que les sages de tous les temps ont sans cesse dplor tout d'une voix4 ,jsus1 fils de ,sirach1 par exemple1 dit3 ,qui parle un fou parle un endormi4 ,quand il a fini de parler1 l'autre demande3 ,qu'est-ce qu'il y a8--,dans ,hamlet3 ,a knavish speech sleeps in a fools ear 7,un discours fripon dort dans l'oreille d'un sot74--,gthe1 son tour3 ,das glcklichste ,wort es wird verbhnt1 ,wenn der ,hrer ein ,schiefohr ist4 7,le mot le plus heureux est dprci quand l'auditeur a l'oreille de travers47 ,et le mme3 ,du wirkest nicht1 ,alles bleibt so stumpf1 ,sei guter ,dinge6 ,der ,stein im ,sumpf ,macht keine ,ringe4 7,tu ne peux agir1 tout demeure inerte3 ne te dsole pas6 ,le caillou jet dans un bourbier ne fait pas de ronds47 ,voici maintenant ,lichtenberg3 ,quand une tte et un livre en se heurtant rendent un son creux1 cela vient-il toujours du livre8 ,le mme dit ailleurs3 ,de tels ouvrages sont des miroirs2 quand un singe s'y mire1 ils ne peuvent rflchir les traits d'un aptre4 ,rapportons encore la belle et touchante plainte du vieux papa ,gellert2 elle le mrite bien3 ,dass oft die allerbesten ,gaben ,die wenigsten ,bewundrer haben1 ,und dass der grsste ,theil der ,welt ,das ,schlechte fr das ,gute hlt2 ,dies ,uebel sieht man alle ,tage4 ,iedoch1 wie wehrt man dieser ,pest8 ,ich zweifle1 dass sich diese ,plage ,aus unsrer ,welt verdrngen lsst4 ,ein einzig ,mittel ist auf ,erden1 ,allein es ist unendlich schwer3 ,die ,narren mssen weise werden2 ,und seht6 sie werden's nimmermehr4 ,nie kennen sie den ,werth der ,dinge4 ,ihr ,auge schliesst1 nicht ihr ,verstand3 ,sie loben ewig das ,geringe1 ,weil sie das ,gute nie gekannt4 7,que de fois les meilleures qualits trouvent le moins d'admirateurs1 et que de fois la plupart du monde prend le mauvais pour le bon6 ,c'est l un mal que l'on voit tous les jours4 ,mais comment viter cette peste8 ,je doute que cette calamit puisse tre chasse de ce monde4 ,il n'est qu'un seul moyen sur terre1 mais il est infiniment difficile3 c'est que les fous deviennent sages4 ,mais quoi6 ils ne le deviendront jamais4 ,ils ne connaissent pas la valeur des choses2 c'est par la vue1 ce n'est pas par la raison qu'ils jugent4 ,ils louent constamment ce qui est petit1 car ils n'ont jamais connu ce qui est bon47 cette incapacit intellectuelle des hommes qui fait1 comme le dit ,gthe1 qu'il est moins rare de voir natre une uvre minente que de la voir reconnue et apprcie1 vient s'ajouter encore leur perversit morale se manifestant par l'envie4 ,car par la gloire qu'on acquiert1 il y a un homme de plus qui s'lve au-dessus de ceux de son espce2 ceux-ci sont donc rabaisss d'autant1 de manire que tout mrite extraordinaire obtient sa gloire aux dpens de ceux qui n'ont pas de mrites3 ,wenn wir ,andern ,ehre gehen1 ,mssen wir uns selbst entadeln4 7,gthe1 ,divan1 ,o4 ,o47 7,quand nous rendons honneur aux autres1 nous devons nous dprcier nous-mmes47 ,voil qui explique pourquoi1 ds qu'apparat une uvre suprieure dans n'importe quel genre1 toutes les nombreuses mdiocrits s'allient et se conjurent pour l'empcher de se faire connatre1 et pour l'touffer si c'est possible4 ,leur mot d'ordre tacite est3 ,a bas le mrite4 ,ceux-l mmes qui ont eux aussi des mrites et qui sont dj en possession de la gloire qui leur en revient ne voient pas volontiers poindre une gloire nouvelle dont l'clat diminuerait d'autant l'clat de la leur4 ,gthe lui-mme a dit3 ,htt' ich gezandert zu werden1 ,bis man mir's ,leben gegnnt1 ,ich wre noch nient auf ,erden1 ,wie ihr begreifen ,knnt1 ,wenn ihr sent wie sie sich geberden1 ,die1 um etwas zu scheinen1 ,mich gerne nchten verneinen4 7,si j'avais attendu pour natre que l'on m'accordt la vie1 je ne serais pas encore de ce monde1 comme vous pouvez le comprendre en voyant comment se dmnent ceux-l qui1 pour paratre quelque chose1 me renieraient volontiers47 ,ainsi donc1 pendant que l'honneur trouve le plus souvent des juges quitables1 pendant que l'envie ne l'attaque pas et qu'on l'accorde mme tout homme par avance1 crdit1 la gloire1 d'autre part1 doit tre conquise de haute lutte1 en dpit de l'envie1 et c'est un tribunal de juges dcidment dfavorables qui dcerne la palme4 ,nous pouvons et nous voulons partager l'honneur avec chacun1 mais la gloire acquise par un autre diminue la ntre ou nous en rend la conqute plus pnible4 ,en outre1 la difficult d'arriver la gloire par des uvres est en raison inverse du nombre d'individus dont se compose le public de ces uvres1 et cela pour des motifs faciles saisir4 ,aussi la peine est-elle plus grande pour les uvres dont le but est d'instruire que pour celles qui ne se proposent que d'amuser4 ,c'est pour les ouvrages de philosophie que la difficult est la plus grande1 parce que l'enseignement qu'ils promettent1 douteux d'une part1 sans profit matriel de l'autre1 s'adresse1 pour commencer1 un public compos exclusivement de concurrents4 ,il ressort de ce que nous venons de dire sur les difficults pour arriver la gloire1 que le monde verrait natre peu ou point d'uvres immortelles1 si ceux qui en peuvent produire ne le faisaient pas pour l'amour mme de ces uvres1 pour leur propre satisfaction1 et s'ils avaient besoin pour cela du stimulant de la gloire4 ,bien plus1 quiconque doit produire le bon et le vrai et fuir le mauvais bravera l'opinion des masses et de leurs organes2 donc il les mprisera4 ,aussi a-t-on trs justement fait observer1 ,osorio 7,de gloria7 entre autres1 que la gloire fuit devant ceux qui la cherchent et suit ceux qui la ngligent1 parce que les premiers s'accommodent au got de leurs contemporains1 tandis que les autres l'affrontent4 ,autant il est difficile d'acqurir la gloire1 autant est-il facile de la conserver4 ,en cela aussi elle est en opposition avec l'honneur4 ,celui-ci s'accorde chacun1 mme crdit1 et l'on n'a plus qu' le garder4 ,mais l est la tche1 car une seule action indigne le fait perdre irrvocablement4 ,au contraire1 la gloire ne peut rellement jamais tre perdue1 car l'action ou l'uvre qui l'ont amene demeure jamais accomplie1 et la gloire en reste l'auteur1 quand mme l'ancienne il n'en ajouterait plus de nouvelle4 ,si nanmoins elle s'teint1 si l'auteur lui survit1 c'est qu'elle tait fausse1 c'est--dire qu'il ne l'avait pas mrite2 elle venait d'une valuation exagre et momentane du mrite2 c'tait une gloire dans le genre de celle de ,hegel et que ,lichtenberg dcrit en disant qu'elle avait t proclame son de trompette par une coterie d'amis et de disciples et rpercute par l'cho des cerveaux creux2 mais comme la postrit sourira quand1 un jour1 frappant la porte de ces cages mots bariols1 de ces charmants nids d'une mode envole1 de ces demeures de conventions expires1 elle trouvera tout1 tout absolument vide1 et pas une pense pour rpondre avec confiance3 ,,entrez6 ,en dfinitive1 la gloire se fonde sur ce qu'un homme est en comparaison des autres4 ,elle est donc par essence quelque chose de relatif et ne peut avoir aussi qu'une valeur relative4 ,elle disparatrait totalement si les autres devenaient ce que l'homme clbre est dj4 ,une chose ne peut avoir de valeur absolue que si elle garde son prix en toute circonstance2 dans le cas prsent1 ce qui aura une valeur absolue1 ce sera donc ce qu'un homme est directement et par lui-mme3 c'est l par consquent ce qui constituera ncessairement la valeur et la flicit d'un grand cur et d'un grand esprit4 ,ce qu'il y a de prcieux1 ce n'est donc pas la gloire1 mais c'est de la mriter4 ,les conditions qui en rendent digne sont1 pour ainsi dire1 la substance2 la gloire n'est que l'accident2 cette dernire agit sur l'homme clbre comme symptme extrieur qui vient confirmer ses yeux la haute opinion qu'il a de lui-mme2 on pourrait dire que1 semblable la lumire qui ne devient visible que rflchie par un corps1 toute supriorit n'acquiert la pleine conscience d'elle-mme que par la gloire4 ,mais le symptme mme n'est pas infaillible1 vu qu'il existe de la gloire sans mrite et du mrite sans gloire4 ,lessing dit ce sujet d'une faon charmante3 ,il y a des hommes clbres1 il y en a qui mritent de l'tre4 ,ce serait en vrit une bien misrable existence que celle dont la valeur ou la dprciation dpendraient de ce qu'elle parat aux yeux des autres1 et telle serait la vie du hros et du gnie si le prix de leur existence consistait dans la gloire1 c'est--dire dans l'approbation d'autrui4 ,tout tre vit et existe avant tout pour son propre compte1 par consquent principalement en soi et par soi4 ,ce qu'un homme est1 n'importe comment1 il l'est tout d'abord et par-dessus tout en soi2 si1 considre ainsi1 la valeur en est minime1 c'est qu'elle l'est aussi1 considre en gnral4 ,l'image au contraire de notre tre1 tel qu'il se rflchit dans les ttes des autres hommes1 est quelque chose de secondaire1 de driv1 d'ventuel1 ne se rapportant que fort indirectement l'original4 ,en outre1 les ttes des masses sont un local trop misrable pour que notre vrai bonheur y puisse trouver sa place4 ,on ne peut y rencontrer qu'un bonheur chimrique4 ,quelle socit mlange ne voit-on pas runie dans ce temple de la gloire universelle6 ,capitaines1 ministres1 charlatans1 escamoteurs1 danseurs1 chanteurs1 millionnaires et juifs3 oui1 les mrites de tous ces gens-l y sont bien plus sincrement apprcis1 y trouvent bien plus d'estime sentie que les mrites intellectuels1 surtout ceux d'ordre suprieur1 qui n'obtiennent de la grande majorit qu'une estime sur parole4 ,au point de vue eudmonologique1 la gloire n'est donc que le morceau le plus rare et le plus savoureux servi notre orgueil et notre vanit4 ,mais on trouve surabondamment d'orgueil et de vanit chez la plupart des hommes1 bien qu'on les dissimule2 peut-tre mme rencontre-t-on ces deux conditions au plus haut degr chez ceux qui possdent n'importe quel titre des droits la gloire et qui le plus souvent doivent porter bien longtemps dans leur me la conscience incertaine de leur haute valeur1 avant d'avoir l'occasion de la mettre l'preuve et ensuite de la faire reconnatre3 jusqu'alors1 ils ont le sentiment de subir une secrte injustice#bb4 ,en gnral1 et comme nous l'avons dit au commencement de ce chapitre1 le prix attach l'opinion est tout fait disproportionn et draisonnable1 ce point que ,hobbes a pu dire1 en termes trs nergiques1 mais trs justement3 ,toute jouissance de l'me1 toute satisfaction vient de l que1 se comparant aux autres1 on puisse avoir une haute opinion de soi-mme4 7,de cive1 ,i1 #e47 ,ainsi s'explique le grand prix que l'on attache la gloire1 et les sacrifices que l'on fait dans le seul espoir d'y arriver un jour3 ,fame is the spur1 that the clear spirit doth raise 7,that lust infirmity of noble minds7 ,to scorn delights and live laborious days4 7,la renomme est l'peron qui pousse les esprits minents dernire faiblesse des nobles mes ddaigner les plaisirs et consacrer leur vie au travail47 ,et ailleurs il dit3 how hard it is to climb ,the hights were ,fame's proud temple shines1 afar 7,qu'il est dur de grimper aux sommets o brille au loin le temple de la ,renomme47 ,c'est pourquoi aussi la plus vaniteuse de toutes les calions a toujours la bouche le mot gloire et considre celle-ci comme le mobile principal des grandes actions et des grandes uvres4 ,seulement1 comme la gloire n'est incontestablement que le simple cho1 l'image1 l'ombre1 le symptme du mrite1 et comme en tout cas ce qu'on admire doit avoir plus de valeur que l'admiration1 il s'ensuit que ce qui rend vraiment heureux ne rside pas dans la gloire1 mais dans ce qui nous l'attire1 dans le mrite mme1 ou1 pour parler plus exactement1 dans le caractre et les facults qui fondent le mrite soit dans l'ordre moral soit dans l'ordre intellectuel4 ,car ce qu'un homme peut tre de meilleur1 c'est ncessairement pour lui-mme qu'il doit l'tre2 ce qui se rflchit de son tre dans la tte des autres1 ce qu'il vaut dans leur opinion n'est qu'accessoire et d'un intrt subordonn pour lui4 ,par consquent1 celui qui ne fait que mriter la gloire1 quand mme il ne l'obtient pas1 possde amplement la chose principale et a de quoi se consoler de ce qui lui manque4 ,ce qui rend un homme digne d'envie1 ce n'est pas d'tre tenu pour grand par ce public si incapable de juger et souvent si aveugle1 c'est d'tre grand2 le suprme bonheur non plus n'est pas de voir son nom aller la postrit1 mais de produire des penses qui mritent d'tre recueillies et mdites dans tous les sicles4 ,c'est l ce qui ne peut lui tre enlev1 ' 2 le reste est ' 4 ,quand1 au contraire1 l'admiration mme est l'objet principal1 c'est que le sujet n'en est pas digne4 ,tel est en effet le cas pour la fausse gloire1 c'est--dire la gloire non mrite4 ,celui qui la possde doit s'en contenter pour tout aliment1 puisqu'il n'a pas les qualits dont cette gloire ne doit tre que le symptme1 le simple reflet4 ,mais il se dgotera souvent de cette gloire mme3 il arrive un moment o1 en dpit de l'illusion sur son propre compte que la vanit lui procure1 il sera pris de vertige sur ces hauteurs qu'il n'est pas fait pour habiter1 ou bien il s'veille en lui un vague soupon de n'tre que du cuivre dor2 il est saisi de la crainte d'tre dvoil et humili comme il le mrite1 surtout alors qu'il peut lire dj sur le front des sages le jugement de la postrit4 ,il ressemble un homme possdant un hritage en vertu d'un faux testament4 ,le retentissement de la gloire vraie1 de celle qui vivra travers les ges futurs1 n'arrive jamais aux oreilles de celui qui en est l'objet1 et pourtant on le tient pour heureux4 ,c'est que ce sont les hautes facults auxquelles il doit sa gloire1 c'est le loisir de les dvelopper1 c'est--dire d'agir en conformit de sa nature1 c'est d'avoir pu ne s'occuper que des sujets qu'il aimait ou qui l'amusaient1 c'est l ce qui l'a rendu heureux2 ce n'est aussi que dans ces conditions que se produisent les uvres qui iront la gloire4 ,c'est donc sa grande me1 c'est la richesse de son intelligence1 dont l'empreinte dans ses uvres force l'admiration des temps venir1 qui sont la base de son bonheur2 ce sont encore ses penses dont la mditation fera l'tude et les dlices des plus nobles esprits travers d'innombrables sicles4 ,avoir mrit la gloire1 voil ce qui en fait la valeur comme aussi la propre rcompense4 ,que des travaux appels la gloire ternelle l'aient parfois obtenue dj des contemporains1 c'est l un fait d des circonstances fortuites et qui n'a pas grande importance4 ,car les hommes manquent d'ordinaire de jugement propre1 et surtout ils n'ont pas les facults voulues pour apprcier les productions d'un ordre lev et difficile2 aussi suivent-ils toujours sur ces matires l'autorit d'autrui1 et la gloire suprme est accorde de pure confiance par quatre-vingt-dix-neuf admirateurs sur cent4 ,c'est pourquoi l'approbation des contemporains1 quelque nombreuses que soient leurs voix1 n'a que peu de prix pour le penseur2 il n'y distingue toujours que l'cho de quelques voix peu nombreuses qui ne sont elles-mmes parfois qu'un effet du moment4 ,un virtuose se sentirait-il bien flatt par les applaudissements approbatifs de son public s'il apprenait que1 sauf un ou deux individus1 l'auditoire est compos en entier de sourds qui1 pour dissimuler mutuellement leur infirmit1 applaudissent bruyamment ds qu'ils voient remuer les mains du seul qui entend8 ,que serait-ce donc s'il apprenait aussi que ces chefs de claque ont souvent t achets pour procurer le plus clatant succs au plus misrable racleur6 ,ceci nous explique pourquoi la gloire contemporaine subit si rarement la mtamorphose en gloire immortelle2 d',alembert rend la mme pense dans sa magnifique description du temple de la gloire littraire3 ,l'intrieur du temple n'est habit que par des morts qui n'y taient pas de leur vivant1 et par quelques vivants que l'on met la porte1 pour la plupart1 ds qu'ils sont morts4 ,pour le dire en passant1 lever un monument un homme de son vivant1 c'est dclarer que pour ce qui le concerne on ne se fie pas la postrit4 ,quand malgr tout un homme arrive pendant sa vie une gloire que les gnrations futures confirmeront1 ce ne sera jamais que dans un ge avanc3 il y a bien quelques exceptions cette rgle pour les artistes et les potes1 mais il y en a beaucoup moins pour les philosophes4 ,les portraits d'hommes clbres pour leurs uvres1 peints gnralement une poque o leur clbrit tait dj tablie1 confirment la rgle prcdente2 ils nous les reprsentent d'ordinaire vieux et tout blancs1 les philosophes nommment4 ,au point de vue eudmonologique1 toutefois1 la chose est parfaitement justifie4 ,avoir gloire et jeunesse la fois1 c'est trop pour un mortel4 ,notre existence est si pauvre que ses biens doivent tre rpartis avec plus de mnagement4 ,la jeunesse a bien assez de richesse propre2 elle peut s'en contenter4 ,c'est dans la vieillesse1 quand jouissances et plaisirs sont morts1 comme les arbres pendant l'hiver1 que l'arbre de la gloire vient bourgeonner propos1 comme une verdure d'hiver2 on peut encore comparer la gloire ces poires tardives qui se dveloppent pendant l't1 mais qu'on ne mange qu'en hiver4 ,il n'y a pas de plus belle consolation pour le vieillard que de voir toute la force de ses jeunes annes s'incorporer dans des uvres qui ne vieilliront pas comme sa jeunesse4 ,examinons maintenant de plus prs la route qui conduit la gloire par les sciences1 celles-ci tant la branche le plus notre porte2 nous pourrons tablir leur gard la rgle suivante4 ,la supriorit intellectuelle dont tmoigne la gloire scientifique se manifeste toujours par une combinaison neuve de certaines donnes4 ,ces dernires peuvent tre d'espces trs diverses1 mais la gloire attache leur combinaison sera d'autant plus grande et plus tendue qu'elles-mmes seront plus gnralement connues et plus accessibles chacun4 ,si ces donnes sont1 par exemple1 des chiffres1 des courbes1 une question spciale de physique1 de zoologie1 de botanique ou d'anatomie1 des passages corrompus d'auteurs anciens1 des inscriptions demi effaces ou dont l'alphabet nous manque1 ou des points obscurs d'histoire1 dans tous ces cas la gloire qu'on acquerra les combiner judicieusement ne s'tendra gure plus loin que la connaissance mme de ces donnes et par consquent ne dpassera pas le cercle d'un petit nombre d'hommes qui vivent d'ordinaire dans la retraite et sont jaloux de la gloire dans leur profession spciale4 ,si1 au contraire1 les donnes sont de celles que tout le monde connat1 si ce sont par exemple des facults essentielles et universelles de l'esprit ou du cur humain1 ou bien des forces naturelles dont l'action se passe constamment sous nos yeux1 ou bien encore la marche1 familire tous1 de la nature en gnral1 alors la gloire de les avoir mises on plus grande lumire par une combinaison neuve1 importante et vidente1 se rpandra avec le temps dans le sein de l'humanit civilise presque tout entire4 ,car1 si les donnes sont accessibles chacun1 leur combinaison gnralement le sera aussi4 ,nanmoins la gloire sera toujours en rapport avec la difficult surmonter4 ,en effet1 plus les hommes qui les donnes sont connues seront nombreux1 plus il sera difficile de les combiner d'une manire neuve et juste la fois1 puisqu'une infinit d'esprits s'y seront dj essays et auront puis les combinaisons possibles4 ,en revanche1 les donnes inaccessibles au grand public1 et dont la connaissance ne s'acquiert que par des voies longues et laborieuses1 admettront encore le plus souvent des combinaisons nouvelles2 quand on les aborde avec une raison droite et un jugement sain1 on peut aisment avoir la chance d'arriver une combinaison neuve et juste4 ,mais la gloire ainsi obtenue aura1 peu de chose prs1 pour limite le cercle mme de la connaissance de ces donnes4 ,car la solution des problmes de cette nature exige1 la vrit1 beaucoup de travail et d'tude2 d'autre part1 les donnes pour les problmes de la premire espce1 o la gloire acqurir est prcisment la plus leve et la plus vaste1 sont connues de tout le monde et sans effort2 mais1 s'il faut peu de travail pour les connatre1 il faudra d'autant plus de talent1 de gnie mme pour les combiner4 ,or il n'y a pas de travail qui1 pour la valeur propre ou pour celle qu'on lui attribue1 puisse soutenir la comparaison avec le talent ou le gnie4 ,il rsulte de l que ceux qui se savent dous d'une raison solide et d'un jugement droit1 sans avoir pourtant le sentiment de possder une intelligence hors ligne1 ne doivent pas reculer devant les longues tudes et les recherches laborieuses2 ils pourront s'lever par l au-dessus des hommes la porte desquels se trouvent les donnes universellement connues1 et atteindre des rgions cartes1 accessibles seulement l'activit du savant4 ,car ici le nombre des concurrents est infiniment moindre1 et un esprit quelque peu suprieur trouvera bientt l'occasion d'une combinaison neuve et juste2 le mrite de sa dcouverte pourra mme s'appuyer en mme temps sur la difficult d'arriver la connaissance des donnes4 ,mais la multitude ne percevra que de loin le bruit des applaudissements que ces travaux vaudront leur auteur de la part de ses confrres en science1 seuls connaisseurs en la matire4 ,en poursuivant jusqu' son terme la route ici indique1 on peut mme dterminer le point o les donnes1 par leur extrme difficult d'acquisition1 suffisent elles seules1 en dehors de toute combinaison1 pour fonder une gloire4 ,tels sont les voyages dans les pays trs loigns et peu visits2 on devient clbre par ce qu'on a vu1 non par ce qu'on a pens4 ,ce systme a encore ce grand avantage qu'il est plus facile de communiquer aux autres les choses qu'on a vues que celles qu'on a penses1 de mme que le public comprend plus aisment les premires que les secondes2 on trouve aussi de cette faon plus de lecteurs4 ,car1 ainsi qu',asmus l'a dj dit3 ,wenn jemand eine ,reise thut1 ,so kann er was erzhlen4 7,aprs un grand voyage1 on a bien des choses raconter47 ,mais il en rsulte aussi que1 lorsqu'on fait la connaissance personnelle d'hommes clbres de cette espce1 on se rappelle souvent l'observation d',horace3 ,clum1 non animum1 mutant1 qui trans mare currunt4 7,ep4 ,i1 #aa1 t4 #bg47 7,c'est changer de climat1 ce n'est pas changer d'humeur1 que de courir au del des mers47 ,en ce qui concerne maintenant l'homme dou de hautes facults1 celui qui seul peut oser aborder la solution de ces grands et difficiles problmes traitant des choses gnrales et universelles1 celui-l fera bien d'une part d'largir le plus possible son horizon1 mais d'autre part il devra l'tendre galement dans toutes les directions1 sans s'garer trop profondment dans quelqu'une de ces rgions plus spciales1 connues seulement de peu d'individus2 en d'autres mots1 sans pntrer trop avant dans les dtails spciaux d'une seule science1 et bien moins encore faire de la micrologie1 dans quelque branche que ce soit4 ,car il n'a pas besoin de s'adonner aux choses difficilement accessibles pour chapper la foule des concurrents2 ce qui est la porte de tous lui fournira prcisment matire des combinaisons neuves1 importantes et vraies4 ,mais1 par l mme1 son mrite pourra tre apprci par tous ceux qui connaissent les donnes1 et c'est la plus grande partie du genre humain4 ,voil la raison de l'immense diffrence entre la gloire rserve aux potes et aux philosophes et celle accessible aux physiciens1 chimistes1 anatomistes1 minralogues1 zoologues1 philologues1 historiens et autres4 ,,chapitre ,v ,,par,n,,ses ,,et ,,maximes ,ici moins que partout j'ai la prtention d'tre complet2 sans quoi j'aurais rpter les nombreuses1 et en partie excellentes1 rgles de la vie donnes par les penseurs de tous les temps1 depuis ,theognis et le pseudo-,salomon#bc jusqu' ,la ,rochefoucauld2 je ne pourrais pas viter non plus beaucoup de lieux communs des plus rebattus4 ,j'ai renonc aussi presque entirement tout ordre systmatique4 ,que le lecteur s'en console1 car en pareilles matires un trait complet et systmatique et t infailliblement ennuyeux4 ,je n'ai consign que ce qui m'est venu tout d'abord l'esprit1 ce qui m'a sembl digne d'tre communiqu et ce qui1 autant que je me le rappelais1 n'avait pas encore t dit1 pas aussi compltement du moins et pas sous cette mme forme2 je ne fais donc que glaner dans ce vaste champ o d'autres ont rcolt avant moi4 ,toutefois pour apporter un peu de suite dans cette grande varit d'opinions et de conseils relatifs mon sujet1 je les classerai en maximes gnrales et en maximes concernant notre conduite envers nous-mmes1 puis envers les autres et enfin en face de la marche des choses et du sort en ce monde4 ,i4--,maximes gnrales4 #a ,je considre comme la rgle suprme de toute sagesse dans la vie la proposition nonce par ,aristote dans sa ,morale ,nicomaque 7,,vii1 #ab73 1 ce qui peut se traduire ainsi3 ,le sage poursuit l'absence de douleur et non le plaisir4 ,la vrit de cette sentence repose sur ce que tout plaisir et tout bonheur sont de nature ngative1 la douleur par contre de nature positive4 ,j'ai dvelopp et prouv cette thse dans mon ouvrage principal1 vol4 ,i1 #eh4 ,je veux cependant l'expliquer encore par un fait d'observation journalire4 ,quand notre corps tout entier est sain et intact1 sauf une petite place blesse ou douloureuse1 la conscience cesse de percevoir la sant du tout2 l'attention se dirige tout entire sur la douleur de la partie lse1 et le plaisir1 dtermin par le sentiment total de l'existence1 s'efface4 ,de mme1 quand toutes nos affaires marchent notre gr1 sauf une seule qui va rencontre1 c'est celle-ci1 ft-elle de minime importance1 qui nous trotte constamment par la cervelle1 c'est sur elle que se reporte toujours notre pense et rarement sur les autres choses1 plus importantes1 qui marchent notre souhait4 ,dans les deux cas1 c'est la volont qui est lse1 la premire fois telle qu'elle s'objective dans l'organisme1 la seconde fois dans les efforts de l'homme2 nous voyons1 dans les deux cas1 que sa satisfaction n'agit jamais que ngativement1 et que1 par consquent1 elle n'est pas prouve directement du tout2 c'est tout au plus par voie rflexe qu'elle arrive la conscience4 ,ce qu'il y a de positif au contraire1 c'est l'empchement de la volont1 lequel se manifeste directement aussi4 ,tout plaisir consiste supprimer cet empchement1 s'en affranchir1 et ne saurait tre1 par consquent1 que de courte dure4 ,voil donc sur quoi repose l'excellente rgle d',aristote rapporte ci-dessus1 d'avoir diriger notre attention non sur les jouissances et les agrments de la vie1 mais sur les moyens d'chapper autant qu'il est possible aux maux innombrables dont elle est seme4 ,si cette voie n'tait pas la vraie1 l'aphorisme de ,voltaire3 ,le bonheur n'est qu'un rve et la douleur est relle1 serait aussi faux qu'il est juste en ralit4 ,aussi1 quand on veut arrter le bilan de sa vie au point de vue eudmonologique1 il ne faut pas tablir son compte d'aprs les plaisirs qu'on a gots1 mais d'aprs les maux auxquels on s'en soustrait4 ,bien plus1 l'eudmonologie1 c'est--dire un trait de la vie heureuse1 doit commencer par nous enseigner que son nom mme est un euphmisme1 et que par vivre heureux il faut entendre seulement moins malheureux1 en un mot1 supportablement4 ,et1 de fait1 la vie n'est pas l pour qu'on en jouisse1 mais pour qu'on subisse1 pour qu'on s'en acquitte2 c'est ce qu'indiquent aussi bien des expressions telles que1 en latin3 degere vitam1 vitam defungi2 en italien3 si scampa cori2 en allemand3 man muss suchen1 durch zukommen1 er wird schon durch die ,welt kommen1 et autres semblables4 ,oui1 c'est une consolation1 dans la vieillesse1 que d'avoir derrire soi le labeur de la vie4 ,l'homme le plus heureux est donc celui qui parcourt sa vie sans douleurs trop grandes1 soit au moral soit au physique1 et non pas celui qui a eu pour sa part les joies les plus1 vives ou les jouissances les plus fortes4 ,vouloir mesurer sur celles-ci le bonheur d'une existence1 c'est recourir une fausse chelle4 ,car les plaisirs sont et restent ngatifs2 croire qu'ils rendent heureux est une illusion que l'envie entretient et par laquelle elle se punit elle-mme4 ,les douleurs au contraire sont senties positivement1 c'est leur absence qui est l'chelle du bonheur de la vie4 ,si1 un tat libre de douleur vient s'ajouter encore l'absence de l'ennui1 alors on atteint le bonheur sur terre dans ce qu'il a d'essentiel1 car le reste n'est plus que chimre4 ,il suit de l qu'il ne faut jamais acheter de plaisirs au prix de douleurs1 ni mme de leur menace seule1 vu que ce serait payer du ngatif et du chimrique avec du positif et du rel4 ,en revanche1 il y a bnfice sacrifier des plaisirs pour viter des douleurs4 ,dans l'un et l'autre cas1 il est indiffrent que les douleurs suivent ou prcdent les plaisirs4 ,il n'y a vraiment pas de folie plus grande que de vouloir transformer ce thtre de misres en un lieu de plaisance1 et de poursuivre des jouissances et des joies au lieu de chercher viter la plus grande somme possible de douleurs4 ,que de gens cependant tombent dans cette folie6 ,l'erreur est infiniment moindre chez celui qui1 d'un il trop sombre1 considre ce monde comme une espce d'enfer et n'est occup qu' s'y procurer un logis l'preuve des flammes4 ,le fou court aprs les plaisirs de la vie et trouve la dception2 le sage vite les maux4 ,si malgr ces efforts il n'y parvient pas1 la faute en est alors au destin et non sa folie4 ,mais pour peu qu'il y russisse1 il ne sera pas du1 car les maux qu'il aura carts sont des plus rels4 ,dans le cas mme o le dtour fait pour leur chapper et t trop grand et o il aurait sacrifi inutilement des plaisirs1 il n'a rien perdu en ralit3 car ces derniers sont chimriques1 et se dsoler de leur perte serait petit ou plutt ridicule4 ,pour avoir mconnu cette vrit la faveur de l'optimisme1 on a ouvert la source de bien des calamits4 ,en effet1 dans les moments o nous sommes libres de souffrances1 des dsirs inquiets font briller nos yeux les chimres d'un bonheur qui n'a pas d'existence relle et nous induisent les poursuivre3 par l nous attirons la douleur qui est incontestablement relle4 ,alors nous nous lamentons sur cet tat exempt de douleurs que nous avons perdu et qui se trouve maintenant derrire nous comme un ,paradis que nous avons laiss chapper plaisir1 et nous voudrions vainement rendre non-avenu ce qui est avenu4 ,il semble ainsi qu'un mchant dmon soit constamment occup1 par les mirages trompeurs de nos dsirs1 nous arracher cet tat exempt de souffrances1 qui est le bonheur suprme et rel4 ,le jeune homme s'imagine que ce monde qu'il n'a pas encore vu est l pour tre got1 qu'il est le sige d'un bonheur positif qui n'chappe qu' ceux qui n'ont pas l'adresse de s'en emparer4 ,il est fortifi dans sa croyance par les romans et les posies1 et par cette hypocrisie qui mne le monde1 partout et toujours1 par les apparences extrieures4 ,je reviendrai tout l'heure l-dessus4 ,dsormais1 sa vie est une chasse au bonheur positif1 mene avec plus ou moins de prudence2 et ce bonheur positif est1 ce titre1 cens compos de plaisirs positifs4 ,quant aux dangers auxquels on s'expose1 eh bien1 il faut en prendre son parti4 ,cette chasse entrane la poursuite d'un gibier qui n'existe en aucune faon1 et finit d'ordinaire par conduire au malheur bien rel et bien positif4 ,douleurs1 souffrances1 maladies1 pertes1 soucis1 pauvret1 dshonneur et mille autres peines1 voil sous quelles formes se prsente le rsultat4 ,le dsabusement arrive trop tard4 ,si au contraire on obit la rgle ici expose1 si l'on tablit le plan de sa vie en vue d'viter les souffrances1 c'est--dire d'carter le besoin1 la maladie et toute autre peine1 alors le but est rel2 on pourra obtenir quelque chose1 et d'autant plus que le plan aura t moins drang par la poursuite de cette chimre du bonheur positif4 ,ceci s'accorde avec ce que ,gthe1 dans les affinits lectives1 fait dire ,mittler1 qui est toujours occup du bonheur des autres3 ,celui qui veut s'affranchir d'un mal sait toujours ce qu'il veut2 celui qui cherche mieux qu'il n'a est aussi aveugle qu'un cataract4 ,ce qui rappelle ce bel adage franais3 le mieux est l'ennemi du bien4 ,c'est de l galement que l'on peut dduire l'ide fondamentale du cynisme1 tel que je l'ai expose dans mon grand ouvrage1 tome ,,ii1 chap4 #af4 ,qu'est-ce en effet qui portait les cyniques rejeter toutes jouissances1 si ce n'est la pense des douleurs dont elles s'accompagnent de prs ou de loin8 viter celles-ci leur semblait autrement important que se procurer les premires4 ,profondment pntrs et convaincus de la condition ngative de tout plaisir et positive de toute souffrance1 ils faisaient tout pour chapper aux maux1 et pour cela jugeaient ncessaire de repousser entirement et intentionnellement les jouissances qu'ils considraient comme des piges tendus pour nous livrer la douleur4 ,certes nous naissons tous en ,arcadie1 comme dit ,schiller1 c'est--dire nous abordons la vie pleins de prtentions au bonheur1 au plaisir1 et nous entretenons le fol espoir d'y arriver4 ,mais1 rgle gnrale1 arrive bientt le destin1 qui nous empoigne rudement et nous apprend que rien n'est nous1 que tout est lui1 en ce qu'il a un droit incontest non seulement sur tout ce que nous possdons et acqurons1 sur femme et enfants1 mais mme sur nos bras et nos jambes1 sur nos yeux et nos oreilles1 et jusque sur ce nez que nous portons au milieu du visage4 ,en tout cas1 il ne se passe pas longtemps1 et l'exprience vient nous faire comprendre que bonheur et plaisir sont une ,fata ,morgana qui1 visible de loin seulement1 disparat quand on s'en approche1 mais qu'en revanche souffrance et douleur ont de la ralit1 qu'elles se prsentent immdiatement et par elles-mmes1 sans prter l'illusion ni l'attente4 ,si la leon porte ses fruits1 alors nous cessons de courir aprs le bonheur et le plaisir1 et nous nous attachons plutt fermer1 autant que possible1 tout accs la douleur et la souffrance4 ,nous reconnaissons aussi que ce que le monde peut nous offrir de mieux1 c'est une existence sans peine1 tranquille1 supportable1 et c'est une telle vie que nous bornons nos exigences1 afin d'en pouvoir jouir plus srement4 ,car1 pour ne pas devenir trs malheureux1 le moyen le plus certain est de ne pas demander tre trs heureux4 ,c'est ce qu'a reconnu ,merck1 l'ami de jeunesse de ,gthe1 quand il a crit3 ,cette vilaine prtention la flicit1 surtout dans la mesure o nous la rvons1 gte tout ici-bas4 ,celui qui peut s'en affranchir et ne demande que ce qu'il a devant soi1 celui-l pourra se faire jour travers la mle4 7,corresp4 de ,merck47 ,il est donc prudent d'abaisser une chelle trs modeste ses prtentions aux plaisirs1 aux richesses1 au rang1 aux honneurs1 etc41 car ce sont elles qui nous attirent les plus grandes infortunes2 c'est cette lutte pour le bonheur1 pour la splendeur et les jouissances4 ,mais une telle conduite est dj sage et avise par l seul qu'il est trs facile d'tre extrmement malheureux et qu'il est1 non pas difficile1 mais tout fait impossible1 d'tre trs heureux4 ,le chantre de la sagesse a dit avec raison3 ,auream quisquis mediocritatem ,diligit1 tutus caret obsoleti ,sordibus tecti1 caret invidenda ,sobrius aula4 ,svius ventis agitatur ingens ,pinus3 et cels graviore casu ,decidunt turres3 feriuntque summos ,fulgura montes4 7,horace1 l4 ,,ii1 od4 #aj47 7,celui qui aime la mdiocrit1 plus prcieuse que l'or1 ne cherche pas le repos sous le misrable toit d'une chaumire1 et1 sobre en ses dsirs1 fuit les palais que l'on envie4 ,le chne altier est plus souvent battu par l'orage2 les hautes tours s'croulent avec plus de fracas1 et c'est la cime des monts que va frapper la foudre47 ,quiconque1 s'tant pntr des enseignements de ma philosophie1 sait que toute notre existence est une chose qui devrait plutt ne pas tre et que la suprme sagesse consiste la nier et la repousser1 celui-l ne fondera de grandes esprances sur aucune chose ni sur aucune situation1 ne poursuivra avec emportement rien au monde et n'lvera de grandes plaintes au sujet d'aucun mcompte1 mais il reconnatra la vrit de ce que dit ,platon 7,rp41 ,x1 #fjd73 7,rien des choses humaines n'est digne d'un grand empressement71 et cette autre vrit du pote persan3 ,as-tu perdu l'empire du monde8 ,ne t'en afflige point2 ce n'est rien4 ,as-tu conquis l'empire du monde8 ,ne t'en3 rjouis pas2 ce n'est rien4 ,douleurs et flicits1 tout passe1 ,passe ct du monde1 ce n'est rien4 7,anwari ,soheili47 7,voir l'pigraphe du ,gulistan de ,sardi1 traduit en allemand par ,graf47 ,ce qui augmente particulirement la difficult de se pntrer de vues aussi sages1 c'est cette hypocrisie du monde dont j'ai parl plus haut1 et rien ne serait utile comme de la dvoiler de bonne heure la jeunesse4 ,les magnificences sont pour la plupart de pures apparences1 comme des dcors de thtre1 et l'essence de la chose manque4 ,ainsi des vaisseaux pavoises et fleuris1 des coups de canon1 des illuminations1 des timbales et des trompettes1 des cris d'allgresse1 etc41 tout cela est l'enseigne1 l'indication1 l'hiroglyphe de la joie2 mais le plus souvent la joie n'y est pas3 elle seule s'est excuse de venir la fte4 ,l o rellement elle se prsente1 l elle arrive d'ordinaire sans se faire inviter ni annoncer1 elle vient d'elle-mme et sans faons1 s'introduisant en silence1 souvent pour les motifs les plus insignifiants et les plus futiles1 dans les occasions les plus journalires1 parfois mme dans des circonstances qui ne sont rien moins que brillantes ou glorieuses4 ,comme l'or en ,australie1 elle se trouve parpille1 et l1 selon le caprice du hasard1 sans rgle ni loi1 le plus souvent en poudre fine1 trs rarement en grosses masses4 ,mais aussi1 dans toutes ces manifestations dont nous avons parl1 le seul but est de faire accroire aux autres que la joie est de la fte2 l'intention1 c'est de produire l'illusion dans la tte d'autrui4 ,comme de la joie1 ainsi de la tristesse4 ,de quelle allure mlancolique s'avance ce long et lent convoi6 ,la file des voitures est interminable4 ,mais regardez un peu l'intrieur3 elles sont toutes vides1 et le dfunt n'est1 en ralit1 conduit au cimetire que par tous les cochers de la ville4 ,parlante image de l'amiti et de la considration en ce monde6 ,voil ce que j'appelle la fausset1 l'inanit et l'hypocrisie de la conduite humaine4 ,nous en avons encore un exemple dans les rceptions solennelles avec les nombreux invits en habits de fte2 ceux-ci sont l'enseigne de la noble et haute socit3 mais1 sa place1 c'est la peine1 la contrainte et l'ennui qui sont venus3 car o il y a beaucoup de convives il y a beaucoup de racaille1 eussent-ils tous des crachats sur la poitrine4 ,en effet1 la vritable bonne socit est partout et ncessairement trs restreinte4 ,en gnral1 ces ftes et ces rjouissances portent toujours en elles quelque chose qui sonne creux ou1 pour mieux dire1 qui sonne faux1 prcisment parce qu'elles contrastent avec la misre et l'indigence de notre existence1 et que toute opposition fait mieux ressortir la vrit4 ,mais1 vu du dehors1 tout a fait de l'effet2 et c'est l le but4 ,chamfort dit d'une manire charmante3 ,la socit1 les cercles1 les salons1 ce qu'on appelle le monde est une pice misrable1 un mauvais opra1 sans intrt1 qui se soutient un peu par les machines1 les costumes et les dcorations4 ,les acadmies et les chaires de philosophie sont galement l'enseigne1 le simulacre extrieur de la sagesse2 mais elle aussi s'abstient le plus souvent d'tre de la fte1 et c'est ailleurs qu'on la trouverait4 ,les sonneries de cloches1 les vtements sacerdotaux1 le maintien pieux1 les simagres1 sont l'enseigne1 le faux semblant de la dvotion1 et ainsi de suite4 ,c'est ainsi que presque toutes choses en ce monde peuvent tre dites des noisettes creuses2 le noyau est rare par lui-mme1 et plus rarement encore est-il log dans la coque4 ,il faut le chercher toute autre part1 et on ne le rencontre d'ordinaire que par un hasard4 #b ,quand on veut valuer la condition d'un homme au point de vue de sa flicit1 ce n'est pas de ce qui le divertit1 mais de ce qui l'attriste qu'on doit s'informer2 car1 plus ce qui l'afflige sera insignifiant en soi1 plus l'homme sera heureux2 il faut un certain tat de bien-tre pour tre sensible des bagatelles2 dans le malheur1 on ne les sent pas du tout4 #c ,il faut se garder d'asseoir la flicit de sa vie sur une base large en levant de nombreuses prtentions au bonheur3 tabli sur un tel fondement1 il croule plus facilement1 car il donne infailliblement alors naissance plus de dsastres4 ,l'difice du bonheur se comporte donc sous ce rapport au rebours de tous les autres1 qui sont d'autant plus solides que leur base est plus large4 ,placer ses prtentions le plus bas possible1 en proportion de ses ressources de toute espce1 voil la voie la plus sre pour viter de grands malheurs4 ,c'est en gnral une folie des plus grandes et des plus rpandues que de prendre1 de quelque faon que ce soit1 de vastes dispositions pour sa vie4 ,car d'abord1 pour le faire1 on compte sur une vie d'homme pleine et entire1 laquelle cependant arrivent peu de gens4 ,en outre1 quand mme on vivrait une existence aussi longue1 elle ne se trouverait pas moins tre trop courte pour les plans conus2 leur excution rclame toujours plus de temps qu'on ne supposait2 ils sont de plus exposs1 comme toutes choses humaines1 tant d'checs et tant d'obstacles de toute nature1 qu'on peut rarement les mener jusqu' leur terme4 ,finalement1 alors mme qu'on a russi tout obtenir1 on s'aperoit qu'on a nglig de tenir compte des modifications que le temps produit en nous-mmes2 on n'a pas rflchi que1 ni pour crer ni pour jouir1 nos facults ne restent invariables dans la vie entire4 ,il en rsulte que nous travaillons souvent acqurir des choses qui1 une fois obtenues1 ne se trouvent plus tre notre taille2 il arrive encore que nous employons aux travaux prparatoires d'un ouvrage1 des annes qui1 dans l'entre-temps1 nous enlvent insensiblement les forces ncessaires son achvement4 ,de mme1 des richesses acquises au prix de longues fatigues et de nombreux dangers ne peuvent souvent plus nous servir1 et nous nous trouvons avoir travaill pour les autres2 il en rsulte encore que nous ne sommes plus en tat d'occuper un poste enfin obtenu aprs l'avoir poursuivi et ambitionn pendant de longues annes4 ,les choses sont arrives trop tard pour nous1 ou1 l'inverse1 c'est nous qui arrivons trop tard pour les choses1 alors surtout qu'il s'agit d'uvres ou de productions2 le got de l'poque a chang2 une nouvelle gnration a grandi qui ne prend aucun intrt ces matires2 ou bien d'autres nous ont devancs par des chemins plus courts1 et ainsi de suite4 ,tout ce que nous avons expos dans ce paragraphe #c1 ,horace l'a eu en vue dans les vers suivants3 ,quid ternis minorem ,consiliis animum fatigas8 7,l4 ,,ii1 ,ode #aa1 v4 #aa et #ab47 7,pourquoi fatiguer d'ternels projets un esprit dbile87 ,cette mprise si commune est dtermine par l'invitable illusion d'optique des yeux de l'esprit1 qui nous fait apparatre la vie comme infinie ou comme trs courte1 selon que nous la voyons de l'entre ou du terme de notre carrire4 ,cette illusion a cependant son bon ct2 sans elle1 nous produirions difficilement quelque chose de grand4 ,mais il nous arrive en gnral dans la vie ce qui arrive au voyageur3 mesure qu'il avance1 les objets prennent des formes diffrentes de celles qu'ils montraient de loin et ils se modifient pour ainsi dire mesure qu'on s'en rapproche4 ,il en advient ainsi principalement de nos dsirs4 ,nous trouvons souvent autre chose1 parfois mme mieux que ce que nous cherchions2 souvent aussi ce que nous cherchons1 nous le trouvons par une toute autre voie que celle vainement suivie jusque-l4 ,d'autres fois1 l o nous pensions trouver un plaisir1 un bonheur1 une joie1 c'est1 leur place1 un enseignement1 une explication1 une connaissance1 c'est--dire un bien durable et rel en place d'un bien passager et trompeur1 qui s'offre nous4 ,c'est cette pense qui court1 comme une base fondamentale1 travers tout le livre de ,wilhelm ,meister2 c'est un roman intellectuel et par cela mme d'une qualit suprieure tous les autres1 mme ceux de ,walter ,scott1 qui ne sont tous que des uvres morales1 c'est--dire qui n'envisagent la nature humaine que par le ct de la volont6 ,dans ,la flte enchante1 hiroglyphe grotesque1 mais expressif et significatif1 nous trouvons galement cette mme pense fondamentale symbolise en grands et gros traits comme ceux des dcorations de thtre2 la symbolisation serait mme parfaite si1 au dnouement1 ,tamino1 ramen par le dsir de possder ,tamina1 au lieu de celle-ci1 ne demandait et n'obtenait que l'initiation dans le temple de la ,sagesse2 en revanche1 ,papagno1 l'oppos ncessaire de ,tamino1 obtiendra sa ,papagna4 ,les hommes suprieurs et nobles saisissent vite cet enseignement du destin et s'y prtent avec soumission et reconnaissance3 ils comprennent que dans ce monde on peut bien trouver l'instruction1 mais non le bonheur2 ils s'habituent changer des esprances contre des connaissances2 ils s'en contentent et disent finalement avec ,ptrarque3 ,altro diletto1 che'mparar non provo4 ,ils peuvent mme en arriver ne plus suivre leurs dsirs et leurs aspirations qu'en apparence pour ainsi dire et comme un badinage1 tandis qu'en ralit et dans le srieux de leur for intrieur ils n'attendent que de l'instruction2 ce qui les revt alors d'une teinte mditative1 gniale et leve4 ,dans ce sens1 on peut dire1 aussi qu'il en est de nous comme des alchimistes1 qui1 pendant qu'ils ne cherchaient que de l'or1 ont trouv la poudre canon1 la porcelaine1 des mdicaments et jusqu' des lois naturelles4 ,,ii4--,concernant notre conduite envers nous-mmes4 #d ,le manuvre qui aide lever un difice1 n'en connat pas le plan d'ensemble1 ou ne l'a pas toujours sous les yeux2 telle est aussi la position de l'homme1 pendant qu'il est occup dvider un un les jours et les heures de son existence1 par rapport l'ensemble de sa vie et au caractre total de celle-ci4 ,plus ce caractre est digne1 considrable1 significatif et individuel1 plus il est ncessaire et bienfaisant pour l'individu de jeter de temps en temps un regard sur le plan rduit de sa vie4 ,il est vrai que pour cela il lui faut avoir fait dj un premier pas dans le 7connais-toi toi-mme73 il doit donc savoir ce qu'il veut rellement1 principalement et avant tout2 il doit connatre ce qui est essentiel son bonheur1 et ce qui ne vient qu'en seconde1 puis en troisime ligne2 il faut qu'il se rende compte1 en gros1 de sa vocation1 de son rle et de ses rapports avec le monde4 ,si tout cela est important et lev1 alors l'aspect du plan rduit de sa vie le fortifiera1 le soutiendra1 relvera plus que toute autre chose2 cet examen l'encouragera au travail et le dtournera des sentiers qui pourraient l'garer4 ,le voyageur1 alors seulement qu'il arrive sur une minence1 embrasse d'un coup d'il et reconnat l'ensemble du chemin parcouru1 avec ses dtours et ses courbes2 de mme aussi1 ce n'est qu'au terme d'une priode de notre existence1 parfois de la vie entire1 que nous reconnaissons la vritable connexion de nos actions1 de nos uvres et de nos productions1 leur liaison prcise1 leur enchanement et leur valeur4 ,en effet tant que nous sommes plongs dans notre activit1 nous n'agissons que selon les proprits inbranlables de notre caractre1 sous l'influence des motifs et dans la mesure de nos facults1 c'est--dire par une ncessit absolue2 nous ne faisons un moment donn que ce qui ce moment-l nous semble juste et convenable4 ,la suite seule nous permet d'apprcier le rsultat1 et le regard jet en arrire sur l'ensemble nous montre seul le comment et le par quoi4 ,aussi1 au moment o nous accomplissons les plus grandes actions1 o nous crons des uvres immortelles1 nous n'avons pas la conscience de leur vraie nature3 elles ne nous semblent que ce qu'il y a de plus appropri notre but prsent et de mieux correspondant nos intentions2 nous n'avons d'autre impression que d'avoir fait prcisment ce qu'il fallait faire actuellement2 ce n'est que plus tard1 de l'ensemble et de son enchanement1 que notre caractre et nos facults ressortent en pleine lumire2 par les dtails1 nous voyons alors comment nous avons pris la seule route vraie parmi tant de chemins dtourns1 comme par inspiration et guids par notre gnie4 ,tout ce que nous venons de dire est vrai en thorie comme en pratique et s'applique galement aux faits inverses1 c'est--dire au mauvais et au faux4 #e ,un point important pour la sagesse dans la vie1 c'est la proportion dans laquelle nous consacrons une part de notre attention au prsent et l'autre l'avenir1 afin que l'un ne nous gte pas l'autre4 ,il y a beaucoup de gens qui vivent trop dans le prsent3 ce sont les frivoles2 d'autres1 trop dans l'avenir3 ce sont les craintifs et les inquiets4 ,on garde rarement la juste mesure4 ,ces hommes qui1 mus par leurs dsirs et leurs esprances1 vivent uniquement dans l'avenir1 les yeux toujours dirigs en avant1 qui courent avec impatience au-devant des choses futures1 car1 pensent-ils1 celles-l vont leur apporter tout l'heure le vrai bonheur1 mais qui1 en attendant1 laissent fuir le prsent qu'ils ngligent sans en jouir1 ressemblent ces nes1 en ,italie1 qui l'on fait presser le pas au moyen d'une botte de foin attache par un bton devant leur tte3 ils voient la botte toujours tout prs devant eux et ont toujours l'espoir de l'atteindre4 ,de tels hommes en effet s'abusent eux-mmes sur toute leur existence en ne vivant perptuellement qu'ad interim1 jusqu' leur mort4 ,aussi1 au lieu de nous occuper sans cesse exclusivement de plans et de soins d'avenir1 ou de nous livrer1 l'inverse1 aux regrets du pass1 nous devrions ne jamais oublier que le prsent seul est rel1 que seul il est certain1 et qu'au contraire l'avenir se prsente presque toujours autre que nous ne le pensions et que le pass lui aussi a t diffrent2 ce qui fait que1 en somme1 avenir et pass ont tous deux bien moins d'importance qu'il ne nous semble4 ,car le lointain1 qui rapetisse les objets pour l'il1 les surgrossit pour la pense4 ,le prsent seul est vrai et effectif2 il est le temps rellement rempli1 et c'est sur lui que repose exclusivement notre existence4 ,aussi doit-il toujours mriter nos yeux un accueil de bienvenue2 nous devrions goter1 avec la pleine conscience de sa valeur1 toute heure supportable et libre de contrarits ou de douleurs actuelles1 c'est--dire ne pas la troubler par des visages qu'attristent des esprances dues dans le pass ou des apprhensions pour l'avenir4 ,quoi de plus insens que de repousser une bonne heure prsente ou de se la gter mchamment par inquitude de l'avenir ou par chagrin du pass6 ,donnons son temps au souci1 voire mme au repentir2 ensuite1 quant aux faits accomplis1 il faut se dire3 1 4 7,donnons1 bien qu' regret1 tout ce qui est pass l'oubli2 il est ncessaire d'touffer la colre dans notre sein47 ,quant l'avenir3 3 4 7,tout cela repose sur les genoux des dieux47 ,en revanche1 quant au prsent1 il faut penser comme ,snque3 ,singulas dies1 singulas vitas puta 7,chaque jour sparment est une vie spare71 et se rendre ce seul temps rel aussi agrable que possible4 ,les seuls maux futurs qui doivent avec raison nous alarmer sont ceux dont l'arrive et le moment d'arrive sont certains4 ,mais il y en a bien peu qui soient dans ce cas1 car les maux sont ou simplement possibles1 tout au plus vraisemblables1 ou bien ils sont certains1 mais c'est l'poque de leur arrive qui est douteuse4 ,si l'on se proccupe des deux espces de malheurs1 on n'a plus un seul moment de repos4 ,par consquent1 afin de ne pas perdre la tranquillit de notre vie pour des maux dont l'existence ou l'poque sont indcises1 il faut nous habituer envisager les uns comme ne devant jamais arriver1 les autres comme ne devant srement pas arriver de sitt4 ,mais plus la peur nous laisse de repos1 plus nous sommes agiles par les dsirs1 les convoitises et les prtentions4 ,la chanson si connue de ,gthe3 ,ich hab' mein ,sach auf nichts gestellt 7,j'ai plac mon souhait dans rien71 signifie1 au fond1 qu'alors seulement qu'il a t vinc de toutes ses prtentions et rduit l'existence telle qu'elle est1 nue et dpouille1 l'homme peut acqurir ce calme de l'esprit qui est la base du bonheur humain1 car ce calme est indispensable pour jouir du prsent et par suite de la vie entire4 ,c'est cet effet galement que nous devrions toujours nous rappeler que le jour d'aujourd'hui ne vient qu'une seule fois et plus jamais4 ,mais nous nous imaginons qu'il reviendra demain3 cependant demain est un autre jour qui lui aussi n'arrive qu'une fois4 ,nous oublions que chaque jour est une portion intgrante1 donc irrparable1 de la vie1 et nous le considrons comme contenu dans la vie de la mme manire que les individus sont contenus dans la notion de l'ensemble ,nous apprcierions et nous goterions aussi bien mieux le prsent1 si1 dans les jours de bien-tre et de sant1 nous reconnaissions quel point1 pendant la maladie ou l'affliction1 le souvenir nous reprsente comme infiniment enviable chaque heure libre de douleurs ou de privations2 c'est comme un paradis perdu1 comme un ami mconnu4 ,mais1 au contraire1 nous vivons nos beaux jours sans leur accorder d'attention1 et alors seulement que les mauvais arrivent1 nous voudrions rappeler les autres4 ,nous laissons passer ct de nous1 sans en jouir et sans leur accorder un sourire1 mille heures sereines et agrables1 et plus tard1 aux temps sombres1 nous reportons vers elles nos vaines aspirations4 ,au lieu d'agir ainsi1 nous devrions rendre hommage toute actualit supportable1 mme la plus banale1 que nous laissons fuir avec tant d'indiffrence1 que nous repoussons mme impatiemment2 nous devrions toujours nous rappeler que ce prsent se prcipite en ce mme instant dans cette apothose du pass1 o dsormais1 rayonnant de la lumire de l'imprissabilit1 il est conserv par la mmoire1 pour se reprsenter nos yeux comme l'objet de notre plus ardente aspiration1 alors que1 surtout aux heures mauvaises1 le souvenir vient lever le rideau4 #f ,se restreindre rend heureux4 ,plus notre cercle de vision1 d'action et de contact est troit1 plus nous sommes heureux2 plus il est vaste1 plus nous nous trouvons tourments ou inquits4 ,car1 en mme temps que lui1 grandissent et se multiplient les peines1 les dsirs et les alarmes4 ,c'est mme pour ce motif que les aveugles ne sont pas aussi malheureux que nous pourrions le croire a priori2 on peut en juger au calme doux1 presque enjou de leurs traits4 ,cette rgle nous explique aussi en partie pourquoi la seconde moiti de notre vie est plus triste que la premire4 ,en effet1 dans le cours de l'existence1 l'horizon de nos vues et de nos relations va s'largissant4 ,dans l'enfance1 il est born l'entourage le plus proche et aux relations les plus troites2 dans l'adolescence1 il s'tend considrablement2 dans l'ge viril1 il embrasse tout le cours de notre vie et s'tend souvent mme jusqu'aux relations les plus loignes1 jusqu'aux tats et aux peuples2 dans la vieillesse1 il embrasse les gnrations futures4 ,toute limitation au contraire1 mme dans les choses de l'esprit1 profite notre bonheur4 ,car moins il y a d'excitation de la volont1 moins il y aura de souffrance2 or nous savons que la souffrance est positive et le bonheur simplement ngatif4 ,la limitation du cercle d'action enlve la volont les occasions extrieures d'excitation2 la limitation de l'esprit1 les occasions intrieures4 ,cette dernire a seulement l'inconvnient d'ouvrir l'accs l'ennui qui devient la source indirecte d'innombrables souffrances1 parce qu'on recourt tous les moyens pour le chasser2 on essaye des distractions1 des runions1 du luxe1 du jeu1 de la boisson1 et de mille autres choses2 de l dommages1 ruine et malheurs de toute sorte4 ,difficilis in otio quies4 ,pour montrer en revanche combien la limitation extrieure est bienfaisante pour le bonheur humain1 autant que quelque chose peut l'tre1 combien elle lui est mme ncessaire1 nous n'avons qu' rappeler que le seul genre de pome qui entreprenne de peindre des gens heureux1 l'idylle1 les reprsente toujours placs essentiellement dans une condition et un entourage des plus limits4 ,ce mme sentiment produit aussi le plaisir que nous trouvons ce qu'on appelle des tableaux de genre4 ,en consquence1 nous trouverons du bonheur dans la plus grande simplicit possible de nos relations et mme dans l'uniformit du genre de vie1 tant que cette uniformit n'engendrera pas l'ennui3 c'est cette condition que nous porterons plus lgrement la vie et son fardeau insparable2 l'existence s'coulera1 comme un ruisseau1 sans vagues et sans tourbillons4 #g ,ce qui importe1 en dernire instance1 notre bonheur ou notre malheur1 c'est ce qui remplit et occupe la conscience4 ,tout travail purement intellectuel apportera1 au total1 plus de ressources l'esprit capable de s'y livrer1 que la vie relle avec ses alternatives constantes de russites et d'insuccs1 avec ses secousses et ses tourments4 ,il est vrai que cela exige dj des dispositions d'esprit prpondrantes4 ,il faut remarquer en outre que1 d'une part1 l'activit extrieure de la vie nous distrait et nous dtourne de l'tude et enlve l'esprit la tranquillit et le recueillement rclams1 et que1 d'autre part1 l'occupation continue de l'esprit rend plus ou moins incapable de se mler au train et au tumulte de la vie relle2 il est donc sage de suspendre une telle occupation lorsque des circonstances quelconques ncessitent une activit pratique et nergique4 #h ,pour vivre avec prudence parfaite et pour retirer de sa propre exprience tous les enseignements qu'elle contient1 il est ncessaire de se reporter souvent en arrire par la pense et de rcapituler ce qu'on a vu1 fait1 appris et senti en mme temps dans la vie2 il faut aussi comparer son jugement d'autrefois avec son opinion actuelle1 ses projets et ses aspirations avec leur rsultat et avec la satisfaction que ce rsultat nous a donne4 ,l'exprience nous sert ainsi de professeur particulier qui vient nous donner des rptitions prives4 ,on peut aussi la considrer comme le texte1 la rflexion et les connaissances en tant le commentaire4 ,beaucoup de rflexion et de connaissances avec peu d'exprience ressemble ces ditions dont les pages prsentent deux lignes de texte et quarante de commentaire4 ,beaucoup d'exprience accompagne de peu de rflexion et d'instruction rappelle ces ditions de ,deux-,ponts qui n'ont pas de notes et laissent bien des passages incompris dans le texte4 ,c'est ces prceptes que se rapporte la maxime de ,pythagore1 d'avoir passer en revue avant de s'endormir le soir1 ce qu'on a fait dans la journe4 ,l'homme qui s'en va vivant dans le tumulte des affaires ou des plaisirs sans jamais ruminer son pass et qui se contente de dvider l'cheveau de sa vie1 perd toute raison claire2 son esprit devient un chaos1 et dans ses penses pntre une certaine confusion dont tmoigne sa conversation abrupte1 fragmentaire et pour ainsi dire hache menu4 ,cet tat sera d'autant plus prononc que l'agitation extrieure1 la somme des impressions sera plus grande et l'activit intrieure de l'esprit moindre4 ,observons ici qu'aprs un laps de temps1 quand les relations et les circonstances qui agissaient sur nous ont disparu1 nous ne pouvons plus faire revenir et revivre la disposition et la sensation produites alors en nous2 mais ce que nous pouvons bien nous rappeler1 ce sont nos manifestations cette occasion4 ,or celles-ci sont le rsultat1 l'expression et la mesure de celles-l4 ,aussi la mmoire ou le papier devraient-ils soigneusement conserver les traces des poques importantes de notre vie4 ,tenir son journal est trs utile pour cela4 #i ,se suffire soi-mme1 tre tout en tout pour soi1 et pouvoir dire3 ,omnia mea mecum porto1 voil certainement pour notre bonheur la condition la plus favorable2 aussi ne saurait-on assez rpter la maxime d',aristote3 7,le bonheur est ceux qui se suffisent eux-mmes4 ,mor4 ,eud41 #g1 #b47 ,c'est au fond la mme pense1 rendue d'une manire charmante1 qu'exprime la sentence de ,chamfort mise en tte de ce trait4 ,car1 d'une part1 il ne faut compter avec quelque assurance que sur soi-mme2 d'autre part1 les fatigues et les inconvnients1 le danger et les peines que la socit apporte avec elle1 sont innombrables et invitables4 ,il n'y a pas de voie qui nous loigne plus du bonheur que la vie en grand1 la vie des noces et festins1 celle que les ,anglais appellent le high life1 car1 en cherchant transformer notre misrable existence en une succession de joies1 de plaisirs et de jouissances1 l'on ne peut manquer de trouver le dsabusement1 sans compter les mensonges rciproques que l'on se dbite dans ce monde-l et qui en sont l'accompagnement oblig#bd4 ,et tout d'abord toute socit exige ncessairement un accommodement rciproque1 un temprament3 aussi1 plus elle est nombreuse1 plus elle devient fade4 ,on ne peut tre vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul2 qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas la libert1 car on n'est libre qu'tant seul4 ,toute socit a pour compagne insparable la contrainte et rclame des sacrifices qui cotent d'autant plus cher que la propre individualit est plus marquante4 ,par consquent1 chacun fuira1 supportera ou chrira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi4 ,car c'est l que le mesquin sent toute sa mesquinerie et le grand esprit toute sa grandeur2 bref1 chacun s'y pse sa vraie valeur4 ,en outre un homme est d'autant plus essentiellement et ncessairement isol1 qu'il occupe un rang plus lev dans le nobiliaire de la nature4 ,c'est alors une vritable jouissance pour un tel homme1 que l'isolement physique soit en rapport avec son isolement intellectuel3 si cela ne peut pas tre1 le frquent entourage d'tres htrognes le trouble2 il lui devient mme funeste1 car il lui drobe son moi et n'a rien lui offrir en compensation4 ,de plus1 pendant que la nature a mis la plus grande dissemblance1 au moral comme l'intellectuel1 entre les hommes1 la socit1 n'en tenant aucun compte1 les fait tous gaux1 ou plutt1 cette ingalit naturelle1 elle substitue les distinctions et les degrs artificiels de la condition et du rang qui vont souvent diamtralement l'encontre de cette liste par rang telle que l'a tablie la nature4 ,ceux que la nature a placs bas se trouvent trs bien de cet arrangement social1 mais le petit nombre de ceux qu'elle a placs haut n'ont pas leur compte2 aussi se drobent-ils d'ordinaire la socit3 d'o il rsulte que le vulgaire y domine ds qu'elle devient nombreuse4 ,ce qui dgote de la socit les grands esprits1 c'est l'galit des droits et des prtentions qui en drivent1 en regard de l'ingalit des facults et des productions 7sociales7 des autres4 ,la soi-disant bonne socit apprcie les mrites de toute espce1 sauf les mrites intellectuels2 ceux-ci y sont mme de la contrebande4 ,elle impose le devoir de tmoigner une patience sans bornes pour toute sottise1 toute folie1 toute absurdit1 pour toute stupidit2 les mrites personnels1 au contraire1 sont tenus de mendier leur pardon ou de se cacher1 car la supriorit intellectuelle1 sans aucun concours de la volont1 blesse par sa seule existence4 ,en outre1 cette prtendue bonne socit n'a pas seulement l'inconvnient de nous mettre en contact avec des gens que nous ne pouvons ni approuver ni aimer1 mais encore elle ne nous permet pas d'tre nous-mmes1 d'tre tel qu'il convient notre nature2 elle nous oblige plutt1 afin de nous mettre au diapason des autres1 nous ratatiner pour ainsi dire1 voire mme nous difformer4 ,des discours spirituels ou des saillies ne sont de mise que dans une socit spirituelle2 dans la socit ordinaire1 ils sont tout bonnement dtests1 car pour plaire dans celle-ci il faut absolument tre plat et born4 ,dans de pareilles runions1 on doit1 avec une pnible abngation de soi-mme1 abandonner les trois quarts de sa personnalit pour s'assimiler aux autres4 ,il est vrai qu'en retour on gagne ces autres2 mais plus on a de valeur propre1 plus on verra qu'ici le gain ne couvre pas la perte et que le march aboutit notre dtriment1 car les gens sont d'ordinaire insolvables1 c'est--dire qu'ils n'ont rien dans leur commerce qui puisse nous indemniser de l'ennui1 des fatigues et des dsagrments qu'ils procurent ni du sacrifice de soi-mme qu'ils imposent3 d'o il rsulte que presque toute socit est de telle qualit que celui qui la troque contre la solitude fait un bon march4 cela vient encore s'ajouter que la socit1 en vue de suppler la supriorit vritable1 c'est--dire l'intellectuelle qu'elle ne supporte pas et qui est rare1 a adopt sans motifs une supriorit fausse1 conventionnelle1 base sur des lois arbitraires1 se propageant par tradition parmi les classes leves et1 en mme temps1 variant comme un mot d'ordre2 c'est celle que l'on appelle le bon ton1 fashionableness4 ,toutefois1 quand il arrive que cette espce de supriorit entre en collision avec la vritable1 la faiblesse de la premire ne tarde pas se montrer4 ,en outre1 quand le bon ton arrive1 le bon sens se retire#be4 ,en thse gnrale1 on ne peut tre l'unisson parfait qu'avec soi-mme2 on ne peut pas l'tre avec son ami1 on ne peut pas l'tre avec la femme aime1 car les diffrences de l'individualit et de l'humeur produisent toujours une dissonnance1 quelque faible qu'elle soit4 ,aussi la paix du cur vritable et profonde et la parfaite tranquillit de l'esprit1 ces biens suprmes sur terre aprs la sant1 ne se trouvent que dans la solitude et1 pour tre permanents1 que dans la retraite absolue4 ,quand alors le moi est grand et riche1 on gote la condition la plus heureuse qui soit trouver en ce pauvre bas monde4 ,oui1 disons-le ouvertement3 quelque troitement que l'amiti1 l'amour et le mariage unissent les humains1 on ne veut1 entirement et de bonne foi1 de bien qu' soi seul1 ou tout au plus encore son enfant4 ,moins on aura besoin1 par suite de conditions objectives ou subjectives1 de se mettre en contact avec les hommes1 mieux on s'en trouvera4 ,la solitude1 le dsert permettent d'embrasser d'un seul regard tous ses maux1 sinon de les prouver d'un seul coup2 la socit1 au contraire1 est insidieuse2 elle cache des maux immenses1 souvent irrparables1 derrire une apparence de passe-temps1 de causeries1 d'amusements de socit et autres semblables4 ,une tude importante pour les hommes serait d'apprendre de bonne heure supporter la solitude1 cette source de flicit et de tranquillit intellectuelle4 ,de tout ce que nous venons d'exposer il rsulte que celui-l est le mieux partag qui n'a compt que sur lui-mme et qui peut en tout tre tout lui-mme4 ,cicron a dit3 ,nemo potest non beatissimus esse1 qui est totus aptus ex sese1 quique in se uno ponit omnia 7,parad4 ,,ii7 7,celui qui ne relve que de lui-mme et met en lui tous ses biens doit ncessairement tre le plus heureux des hommes74 ,en outre1 plus l'homme a en soi1 moins les autres peuvent lui tre de quelque chose4 ,c'est ce certain sentiment1 de pouvoir se suffire entirement1 qui empche l'homme de valeur et riche l'intrieur d'apporter la vie en commun les grands sacrifices qu'elle exige et bien moins encore de la rechercher au prix d'une notable abngation de soi-mme4 ,c'est le sentiment oppos qui rend les hommes ordinaires si sociables et si accommodants2 il leur est1 en effet1 plus facile de supporter les autres qu'eux-mmes4 ,notons encore ici que ce qui a une valeur relle n'est pas apprci dans le monde1 et que ce qui est apprci n'a pas de valeur4 ,nous en trouvons la preuve et le rsultat dans la vie retire de tout homme de mrite et de distinction4 ,il s'ensuit que ce sera pour l'homme minent faire acte positif de sagesse que de restreindre1 s'il le faut1 ses besoins1 rien que pour pouvoir garder ou tendre sa libert1 et de se contenter du moins possible pour sa personne1 quand le contact avec les hommes est invitable4 ,ce qui d'autre part rend encore les hommes sociables1 c'est qu'ils sont incapables de supporter la solitude et de se supporter eux-mmes quand ils sont seuls4 ,c'est leur vide intrieur et leur fatigue d'eux-mmes qui les poussent chercher la socit1 courir les pays trangers et entreprendre des voyages4 ,leur esprit1 manquant du ressort ncessaire pour s'imprimer du mouvement propre1 cherche l'accrotre par le vin1 et beaucoup d'entre eux finissent ainsi par devenir des ivrognes4 ,c'est dans ce mme but qu'ils ont besoin de l'excitation continue venant du dehors et notamment de celle produite par des tres de leur espce1 car c'est la plus nergique de toutes4 ,a dfaut de cette irritation extrieure1 leur esprit s'affaisse sous son propre poids et tombe dans une lthargie crasante#bf4 ,on pourrait dire galement que chacun d'eux n'est qu'une petite fraction de l'ide de l'humanit1 ayant besoin d'tre additionn de beaucoup de ses semblables pour constituer en quelque sorte une conscience humaine entire2 par contre1 celui qui est un homme complet1 un homme par excellence1 celui-l n'est pas une fraction2 il reprsente une unit entire et se suffit par consquent lui-mme4 ,on peut1 dans ce sens1 comparer la socit ordinaire cet orchestre russe compos exclusivement de cors et dans lequel chaque instrument n'a qu'une note2 ce n'est que par leur concidence exacte que l'harmonie musicale se produit4 ,en effet1 l'esprit de la plupart des gens est monotone comme ce cor qui n'met lui aussi qu'un son3 ils semblent rellement n'avoir jamais qu'un seul et mme sujet de pense1 et tre incapables d'en avoir un autre4 ,ceci explique donc la fois comment il se fait qu'ils soient si ennuyeux et si sociables1 et pourquoi ils vont le plus volontiers par troupeau3 ,the gregariousness of mankind4 ,c'est la monotonie de leur propre tre qui est insupportable chacun d'entre eux3 ,omnis stultitia laborat fastidio sui 7,toute sottise est accable par le dgot d'elle-mme74 ,ce n'est que runis et par leur runion qu'ils sont quelque chose1 tout comme ces sonneurs de cor4 ,l'homme intelligent au contraire est comparable un virtuose qui excute son concert lui seul1 ou bien encore un piano4 ,pareil ce dernier1 qui est lui tout seul un petit orchestre1 il est un petit monde1 et ce que les autres ne sont que par une action d'ensemble1 lui l'offre dans l'unit d'une seule conscience4 ,ainsi que le piano1 il n'est pas une partie de la symphonie1 il est fait pour le solo et pour la solitude2 quand il doit prendre part au concert avec les autres1 cela ne peut tre que comme voix principale avec accompagnement1 encore comme le piano1 ou pour donner le ton dans la musique vocale1 toujours comme le piano4 ,celui qui aime de temps en temps aller dans le monde1 pourra tirer de la comparaison prcdente cette rgle que ce qui manque en qualit aux gens avec lesquels il est en relation1 doit tre suppl jusqu' un certain point par la quantit4 ,le commerce d'un seul homme intelligent pourrait lui suffire2 mais1 s'il ne trouve que de la marchandise de qualit ordinaire1 il sera bon d'en avoir foison1 pour que la varit et l'action combines produisent quelque effet1 par analogie avec l'orchestre de cors russes1 dj mentionn3 et que le ,ciel lui accorde la patience qu'il lui faudra6 ,c'est encore ce vide intrieur et cette nullit des gens qu'il faut attribuer ce fait que1 lorsque des hommes d'une toffe meilleure se groupent en vue d'un but noble et idal1 le rsultat sera presque toujours le suivant3 il se trouvera quelques membres de ce plebs de l'humanit qui1 pareil la vermine1 pullule et envahit toute chose en tout lieu1 toujours prt s'emparer de tout indistinctement pour soulager son ennui ou d'autres fois son indigence1--il s'en trouvera1 dis-je1 qui s'insinueront dans l'assemble ou s'y introduiront force d'importunit1 et alors ou bien ils dtruiront bientt toute l'uvre1 ou bien ils la modifieront au point que l'issue en sera peu prs l'oppos du but primitif4 ,on peut encore envisager la sociabilit chez les hommes comme un moyen de se rchauffer rciproquement l'esprit1 analogue la manire dont ils se chauffent mutuellement le corps quand1 par les grands froids1 ils s'entassent et se pressent les uns contre les autres4 ,mais qui possde en soi-mme beaucoup de calorique intellectuel n'a pas besoin de pareils entassements4 ,on trouvera dans le #b;e volume de ce recueil1 au chapitre final1 un apologue imagin par moi ce sujet#bg4 ,la consquence de tout cela c'est que la sociabilit de chacun est en raison inverse de sa valeur intellectuelle2 dire de quelqu'un3 ,il est trs insociable1 signifie peu de chose prs3 ,c'est un homme dou de hautes facults4 ,la solitude offre l'homme intellectuellement haut plac un double avantage3 le premier1 d'tre avec soi-mme1 et le second de n'tre pas avec les autres4 ,on apprciera hautement ce dernier si l'on rflchit tout ce que le commerce du monde apporte avec soi de contrainte1 de peine et mme de dangers4 ,tout notre mal vient de ne pouvoir tre seuls1 a dit ,la ,bruyre4 ,la sociabilit appartient aux penchants dangereux et pernicieux1 car elle nous met en contact avec des tres qui en grande majorit sont moralement mauvais et intellectuellement borns ou dtraqus4 ,l'homme insociable est celui qui n'a pas besoin de tous ces gens-l4 ,avoir suffisamment en soi pour pouvoir se passer de socit est dj un grand bonheur1 par l mme que presque tous nos maux drivent du monde1 et que la tranquillit d'esprit qui1 aprs la sant1 forme l'lment le plus essentiel de notre bonheur1 y est mise en pril et ne peut exister sans de longs moments de solitude4 ,les philosophes cyniques renoncrent aux biens de toute espce pour jouir du bonheur que donne le calme intellectuel3 renoncer la socit en vue d'arriver au mme rsultat1 c'est choisir le moyen le plus sage4 ,bernardin de ,saint-,pierre dit avec raison et d'une faon charmante3 ,la dite des aliments nous rend la sant du corps1 et celle des hommes la tranquillit de l'me4 ,aussi celui qui s'est fait de bonne heure la solitude et qui elle est devenue chre a-t-il acquis une mine d'or4 ,mais cela n'est pas donn chacun4 ,car de mme que c'est la misre qui1 d'abord1 rapproche les hommes1 de mme plus tard1 le besoin cart1 c'est l'ennui qui les rassemble4 ,sans ces deux motifs1 chacun resterait probablement l'cart1 quand ce ne serait dj que parce que dans la solitude seule le milieu qui nous entoure correspond cette importance exclusive1 cette qualit de crature unique que chacun possde ses propres yeux1 mais que le train tumultueux du monde rduit rien1 vu que chaque pas lui donne un douloureux dmenti4 ,en ce sens1 la solitude est mme l'tat naturel de chacun2 elle le replace1 nouvel ,adam1 dans sa condition primitive de bonheur1 dans l'tat appropri sa nature4 ,oui6 mais ,adam n'avait ni pre ni mre6 ,c'est pourquoi1 d'un autre ct1 la solitude n'est pas naturelle l'homme1 puisqu' son arrive au monde il ne se trouve pas seul1 mais au milieu de parents1 de frres et de surs1 autrement dit au sein d'une vie en commun4 ,par consquent1 l'amour de la solitude ne peut pas exister comme penchant primitif2 il doit natre comme un rsultat de l'exprience et de la rflexion et se produire toujours en rapport avec le dveloppement de la force intellectuelle propre et en proportion des progrs de l'ge3 d'o il suit qu'en somme l'instinct social de chaque individu sera dans le rapport inverse de son ge4 ,le petit enfant pousse des cris de frayeur et se lamente ds qu'on le laisse seul1 ne ft-ce qu'un moment4 ,pour les jeunes garons1 devoir rester seuls est une svre pnitence4 ,les adolescents se runissent volontiers entre eux2 il n'y a que ceux dous d'une nature plus noble et d'un esprit plus lev qui recherchent dj parfois la solitude2 nanmoins passer toute une journe seuls leur est encore difficile4 ,pour l'homme fait1 c'est chose facile2 il peut rester longtemps isol1 et d'autant plus longtemps qu'il avance davantage dans la vie4 ,quant au vieillard1 unique survivant de gnrations disparues1 mort d'une part aux jouissances de la vie1 d'autre part lev au-dessus d'elles1 la solitude est son vritable lment4 ,mais1 dans chaque individu considr sparment1 les progrs du penchant la retraite et l'isolement seront toujours en raison directe de sa valeur intellectuelle4 ,car1 ainsi que nous l'avons dj dit1 ce n'est pas l un penchant purement naturel1 provoqu directement par la ncessit2 c'est plutt seulement l'effet de l'exprience acquise et mdite2 on y arrive surtout aprs s'tre bien convaincu de la misrable condition morale et intellectuelle de la plupart des hommes1 et ce qu'il y a de pire dans cette condition c'est que les imperfections morales de l'individu conspirent avec ses imperfections intellectuelles et s'entr'aident mutuellement2 il se produit alors les phnomnes les plus repoussants qui rendent rpugnant1 et mme insupportable1 le commerce de la grande majorit des hommes4 ,et voil comment1 bien qu'il y ait tant de mauvaises choses en ce monde1 la socit en est encore la pire3 ,voltaire lui-mme1 ,franais sociable1 a t amen dire3 ,la terre est couverte de gens qui ne mritent pas qu'on leur parle4 ,le tendre ,ptrarque1 qui a si vivement et avec tant de constance aim la solitude1 en donne le mme motif3 ,cereato ho sempre solitaria vita 7,le rive il sanno1 e le campagne1 e i boschi71 ,per fuggir quest'ingegni storli e loschi ,che la strada del ciel' hanno smarita4 7,j'ai toujours recherch une vie solitaire les rivages1 et les campagnes1 et les bois le savent1 pour fuir ces esprits difformes et myopes1 qui ont perdu la route du ciel74 ,il donne les mmes motifs dans son beau livre ,de vita solitaria1 qui semble avoir servi de modle ,zimmermann pour son clbre ouvrage intitul ,de la solitude4 ,chamfort1 avec sa manire sarcastique1 exprime prcisment cette origine secondaire et indirecte de l'insociabilit1 quand il dit3 ,on dit quelquefois d'un homme qui vit seul3 ,il n'aime pas la socit4 ,c'est souvent comme si l'on disait d'un homme qu'il n'aime pas la promenade1 sous le prtexte qu'il ne se promne pas volontiers le soir dans ta fort de ,bondy4 ,saadi1 dans le ,gulistan1 s'exprime dans le mme sens3 ,depuis ce moment1 prenant cong du monde1 nous avons suivi le chemin de l'isolement2 car la scurit est dans la solitude4 ,anglus ,silesius1 me douce et chrtienne1 dit la mme chose dans son langage part et tout mystique3 ,hrode est un ennemi1 ,joseph est la raison qui ,dieu rvle en songe 7en esprit7 le danger3 ,le monde est ,bethlem1 l'gypte la solitude3 ,fuis1 mon finie6 fuis1 ou tu meurs de douleur4 ,voici galement comment s'exprime ,jordan ,bruno3 ,tanli nomini1 che in terra hanno voluto gustare vita celeste1 dissero con una voce3 ecce elongavi fugiens et mansi in solitudine4 7,tous ceux qui ont voulu goter sur terre la vie cleste1 ont dit d'une voix3 ,voici que je me suis loign en courant et je suis rest dans la solitude74 ,saadi1 le ,persan1 en parlant de lui-mme1 dit encore dans le ,gulistan3 ,fatigu de mes amis ,damas1 je me retirai dans le dsert auprs de ,jrusalem1 pour rechercher la socit des animaux4 ,bref1 tous ceux que ,promthe avait faonns de la meilleure argile ont parl dans le mme sens4 ,quelles jouissances peuvent en effet trouver ces tres privilgis dans le commerce de cratures avec lesquelles ils ne peuvent avoir de relations pour tablir une vie en commun que par l'intermdiaire de la plus basse et la plus vile part de leur propre nature1 c'est--dire par tout ce qu'il y a dans celle-ci de banal1 de trivial et de vulgaire8 ,ces tres ordinaires ne peuvent s'lever la hauteur des premiers1 n'ont d'autre ressource comme ils n'auront d'autre tche que de les abaisser leur propre niveau4 ce point de vue1 c'est un sentiment aristocratique qui nourrit le penchant l'isolement et la solitude4 ,tous les gueux sont d'un sociable faire piti3 en revanche1 cela seul on voit qu'un homme est de plus noble qualit1 quand il ne trouve aucun agrment aux autres1 quand il prfre de plus en plus la solitude leur socit et qu'il acquiert insensiblement1 avec l'ge1 la conviction que sauf de rares exceptions il n'y a de choix dans le monde qu'entre la solitude et la vulgarit4 ,cette maxime1 quelque dure qu'elle semble1 a t exprime par ,anglus ,silesius lui-mme1 malgr toute sa charit et sa tendresse chrtiennes3 ,la solitude est pnible3 cependant ne sois pas vulgaire1 ,et tu pourras partout tre dans un dsert4 ,pour ce qui concerne notamment les esprits minents1 il est bien naturel que ces vritables ducateurs de tout le genre humain prouvent aussi peu d'inclination se mettre en communication frquente avec les autres1 qu'en peut ressentir le pdagogue se mler aux jeux bruyants de la troupe d'enfants qui l'entourent4 ,car1 ns pour guider les autres hommes vers la vrit sur l'ocan de leurs erreurs1 pour les retirer de l'abme de leur grossiret et de leur vulgarit1 pour les lever vers la lumire de la civilisation et du perfectionnement1 ils doivent1 il est vrai1 vivre parmi ceux-l1 mais sans leur appartenir rellement2 ils se sentent1 par consquent1 ds leur jeunesse1 des cratures sensiblement diffrentes2 mais la conviction bien distincte cet gard ne leur arrive qu'insensiblement1 mesure qu'ils avancent en ge2 alors ils ont soin d'ajouter la distance physique la distance intellectuelle qui les spare du reste des hommes1 et ils veillent ce que personne1 moins d'tre soi-mme plus ou moins un affranchi de la vulgarit gnrale1 ne les approche de trop prs4 ,il ressort de tout cela que l'amour de la solitude n'apparat pas directement et l'tat d'instinct primitif1 mais qu'il se dveloppe indirectement1 particulirement dans les esprits distingus1 et progressivement1 non sans avoir surmonter l'instinct naturel de la sociabilit1 et mme combattre1 l'occasion1 quelque suggestion mphistophlique3 ,hor' auf1 mit deinem ,gram zu spielen1 ,der1 wie ein ,geier1 dir am ,leben frisst3 ,die schllechteste ,gesellachaft lsst dich fhlen ,dass du ein ,mensch mit ,menschen bist4 7,cesse du jouer avec ton chagrin1 qui1 pareil un vautour1 te ronge l'existence3 la pire compagnie te fait sentir que tu es un homme avec des hommes47 ,la solitude est le lot de tous les esprits suprieurs2 il leur arrivera parfois de s'en attrister1 mais ils la choisiront toujours comme le moindre de deux maux4 ,avec les progrs de l'ge nanmoins1 le sapere aude devient cet gard de plus en plus facile et naturel2 vers la soixantaine1 le penchant la solitude arrive tre tout fait naturel1 presque instinctif4 ,en effet1 tout se runit alors pour le favoriser4 ,les ressorts qui poussent le plus nergiquement la sociabilit1 savoir l'amour des femmes et l'instinct sexuel1 n'agissent plus ce moment2 la disparition du sexe fait mme naitre chez le vieillard une certaine capacit de se suffire soi-mme1 qui peu peu absorbe totalement l'instinct social4 ,on est revenu de mille dceptions et de mille folies2 la vie d'action a cess d'ordinaire2 on n'a plus rien attendre1 plus de plans ni de projets former2 la gnration laquelle on appartient rellement n'existe plus2 entour d'une race trangre1 on se trouve dj objectivement et essentiellement isol4 ,avec cela1 le vol du temps s'est acclr1 et l'on voudrait l'employer encore intellectuellement4 ,car ce moment1 pourvu que la tte ait conserv ses forces1 les tudes de toute sorte sont rendues plus faciles et plus intressantes que jamais par la grande somme de connaissances et d'exprience acquise1 par la mditation progressivement plus approfondie de toute pense1 ainsi que par la grande aptitude pour l'exercice de toutes les facults intellectuelles4 ,on voit clair dans maintes choses qui autrefois taient comme plonges dans un brouillard2 on obtient des rsultats1 et l'on sent entirement sa supriorit4 la suite d'une longue exprience1 on a cess d'attendre grand-chose des hommes1 puisque1 tout prendre1 ils ne gagnent pas tre connus de plus prs2 on sait plutt que1 sauf quelques rares bonnes chances1 on ne rencontrera de la nature humaine que des exemplaires trs dfectueux et auxquels il vaut mieux ne pas toucher4 ,on n'est plus expos aux illusions ordinaires1 on voit bien vite ce que chaque homme vaut1 et l'on n'prouvera que rarement le dsir d'entrer en rapport plus intime avec lui4 ,enfin1 lorsque surtout on reconnat dans la solitude une amie de jeunesse1 l'habitude de l'isolement et du commerce avec soi-mme s'est implante1 et c'est alors une seconde nature4 ,aussi l'amour de la solitude1 cette qualit qu'il fallait jusque-l conqurir par une lutte contre l'instinct de sociabilit1 est dsormais naturel et simple2 on est son aise dans la solitude comme le poisson dans l'eau4 ,aussi tout homme suprieur1 ayant une individualit qui ne ressemble pas aux autres1 et qui par consquent occupe une place unique1 se sentira soulag dans sa vieillesse par cette position entirement isole1 quoiqu'il ait pu s'en trouver accabl pendant sa jeunesse4 ,certainement1 chacun ne possdera sa part de ce privilge rel de l'ge que dans la mesure de ses forces intellectuelles2 c'est donc l'esprit minent qui l'acquerra avant tous les autres1 mais1 un degr moindre1 chacun y arrivera4 ,il n'y a que les natures les plus pauvres et les plus vulgaires qui seront1 dans la vieillesse1 aussi sociables qu'autrefois3 elles sont alors charge cette socit1 avec laquelle elles ne cadrent plus2 et tout au plus arriveront-elles tre tolres1 au lieu d'tre recherches comme jadis4 ,on peut encore trouver un ct tlologique ce rapport inverse dont nous venons de parler1 entre le nombre des annes et le degr de sociabilit4 ,plus l'homme est jeune1 plus il a encore apprendre dans toutes les directions2 or la nature ne lui a rserv que l'enseignement mutuel que chacun reoit dans le commerce de ses semblables et qui fait qu'on pourrait appeler la socit humaine une grande maison d'ducation bell-lancastrienne1 vu que les livres et les coles sont des institutions artificielles1 bien loignes du plan de la nature4 ,il est donc trs utile pour l'homme de frquenter l'institution naturelle d'ducation d'autant plus assidment qu'il est plus jeune4 ,nihil est ab omni parte beatum1 dit ,horace1 et ,point de lotus sans tige1 dit un proverbe indien2 de mme1 la solitude1 ct de tant d'avantages1 a aussi ses lgers inconvnients et ses petites incommodits1 mais qui sont minimes en regard de ceux de la socit1 tel point que l'homme qui a une valeur propre trouvera toujours plus facile de se passer des autres que d'entretenir des relations avec eux4 ,parmi ces inconvnients1 il en est un dont on ne se rend pas aussi facilement compte que des autres2 c'est le suivant3 de mme qu' force de garder constamment la chambre notre corps devient tellement sensible toute impression extrieure que le moindre petit air frais l'affecte maladivement1 de mme notre humeur devient tellement sensible par la solitude et l'isolement prolongs1 que nous nous sentons inquit1 afflig ou bless par les vnements les plus insignifiants1 par un mot1 par une simple mine mme1 tandis que celui qui est constamment dans le tumulte ne fait pas seulement attention ces bagatelles4 ,il peut se trouver tel homme qui1 notamment dans sa jeunesse1 et quelque souvent que sa juste aversion de ses semblables l'ait fait dj fuir dans la solitude1 ne saurait la longue en supporter le vide2 je lui conseille de s'habituer emporter avec soi1 dans la socit1 une partie de sa solitude2 qu'il apprenne tre seul jusqu' un certain point mme dans le monde1 par consquent ne pas communiquer de suite aux autres ce qu'il pense2 d'autre part1 ne pas attacher trop de valeur ce qu'ils disent1 mais plutt ne pas en attendre grand'chose au moral comme l'intellectuel1 et par suite fortifier en soi cette indiffrence l'gard de leurs opinions qui est le plus sr moyen de pratiquer constamment une louable tolrance4 ,de cette faon1 bien que parmi eux il ne soit pas entirement dans leur socit1 il aura vis--vis d'eux une attitude plus purement objective1 ce qui le protgera contre un contact trop intime avec le monde1 et par l contre toute souillure1 plus forte raison contre toute lsion4 ,il existe une description dramatique remarquable d'une pareille socit entoure de barrires ou de retranchements1 dans la comdie ,el cafe1 o sea la ,comedi nueva de ,moratin2 on la trouve dans le caractre de don ,pedro1 surtout aux scnes #b et #c du ,ier acte4 ,dans cet ordre d'ides1 nous pouvons aussi comparer la socit un feu auquel le sage se chauffe1 mais sans y porter la main1 comme le fou qui1 aprs s'tre brl1 fuit dans la froide solitude et gmit de ce que le feu brle4 #aj ,l'envie est naturelle l'homme1 et cependant elle est un vice et un malheur tout la fois#bh4 ,nous devons donc la considrer comme une ennemie de notre bonheur et chercher l'touffer comme un mchant dmon4 ,snque nous le commande par ces belles paroles3 ,nostra nos sine comparatione delectent3 nunquam erit felix quem torquebit felicior 7,de ira1 ,,iii1 #cj7 7,jouissons de ce que nous avons sans faire de comparaison2 il n'y aura jamais de bonheur pour celui que tourmente un bonheur plus grand74 ,et ailleurs3 ,quum adspexeris quot te antecedant1 cogita quot sequantur 7,ep4 #ae7 7,au lieu de regarder combien de personnes il y a au-dessus de vous1 songez combien il y en a au-dessous72 il nous faut donc considrer plus souvent ceux dont la condition est pire que ceux dont elle semble meilleure que la ntre4 ,quand des malheurs rels nous frappent1 la consolation la plus efficace1 quoique drive de la mme source que l'envie1 sera la vue de souffrances plus grandes que les ntres1 et ct de cela la frquentation des personnes qui se trouvent dans notre cas1 de nos compagnons de malheur4 ,voil pour le ct actif de l'envie4 ,pour le ct passif1 il y a observer que nulle haine n'est aussi implacable que l'envie2 aussi1 au lieu d'tre sans cesse occup avec ardeur exciter celle-ci1 ferions-nous mieux de nous refuser cette jouissance1 comme bien d'autres plaisirs1 vu ses funestes consquences4 ,il existe trois aristocraties3 #a celle de la naissance et du rang1 #b celle de l'argent1 #c celle de l'esprit4 ,cette dernire est en ralit la plus distingue et se fait aussi reconnatre pour telle1 pourvu qu'on lui en laisse le temps3 ,frdric le ,grand n'a-t-il pas dit lui-mme3 ,les mes privilgies rangent l'gal des souverains8 ,il adressait ces paroles son marchal de la cour1 qui se trouvait choqu de ce que ,voltaire tait appel prendre place une table rserve uniquement aux souverains et aux princes du sang1 pendant que ministres et gnraux dnaient celle du marchal4 ,chacune de ces aristocraties est entoure d'une arme spciale d'envieux1 secrtement aigris contre chacun de ses membres1 et occups1 lorsqu'ils croient n'avoir pas le redouter1 lui faire entendre de mille manires3 ,tu n'es rien de plus que nous4 ,mais ces efforts trahissent prcisment leur conviction du contraire4 ,la conduite tenir par les envis1 consiste conserver distance tous ceux qui composent ces bandes et viter tout contact avec eux1 de faon en rester spars par un large abme2 quand la chose n'est pas faisable1 ils doivent supporter avec un calme extrme les efforts de l'envie1 dont la source se trouvera ainsi tarie4 ,c'est ce que nous voyons aussi appliquer constamment4 ,en revanche1 les membres de l'une des aristocraties s'entendront d'ordinaire fort bien et sans prouver d'envie avec les personnes faisant partie de chacune des deux autres1 et cela parce que chacun met dans la balance son mrite comme quivalent de celui des autres4 #aa ,il faut mrement et plusieurs reprises mditer un projet avant de le mettre en uvre1 et mme1 aprs l'avoir pes scrupuleusement1 faut-il encore faire la part de l'insuffisance de toute science humaine2 vu les bornes de nos connaissances1 il peut toujours y avoir encore des circonstances qu'il a t impossible de scruter ou de prvoir et qui pourraient venir fausser le rsultat de toute notre spculation4 ,cette rflexion mettra toujours un poids dans le plateau ngatif de la balance et nous portera1 dans les affaires importantes1 ne rien mouvoir sans ncessit3 ,quieta non movere4 ,mais1 une fois la dcision prise et la main mise l'uvre1 quand tout peut suivre son cours et que nous n'avons plus qu' attendre l'issue1 il ne faut plus se tourmenter par des rflexions ritres sur ce qui est fait et par des inquitudes toujours renaissantes sur le danger possible3 il faut au contraire se dcharger entirement l'esprit de cette affaire1 clore tout ce compartiment de la pense et se tranquilliser par la conviction d'avoir tout pes mrement en son temps4 ,c'est ce que conseille aussi de faire ce proverbe italien3 ,legala pene1 e poi lascia la andare 7,sangle ferme1 puis laisse courir74 ,si1 malgr tout1 l'issue tourne mal1 c'est que toutes choses humaines sont soumises la chance et l'erreur4 ,socrate1 le plus sage des hommes1 avait besoin d'un dmon tutlaire pour voir le vrai1 ou au moins viter les faux pas dans ses propres affaires personnelles2 cela ne prouve-t-il pas que la raison humaine n'y suffit point8 ,aussi cette sentence1 attribue un pape1 que nous sommes nous-mmes1 en partie au moins1 coupables des malheurs qui nous frappent1 n'est pas vraie sans rserve et toujours1 quoiqu'elle le soit dans la plupart des cas4 ,c'est ce sentiment qui semble faire que les hommes cachent autant que possible leur malheur et qu'ils cherchent1 aussi bien qu'ils y peuvent russir1 se composer une mine satisfaite4 ,ils craignent qu'on ne conclue du malheur la culpabilit4 #ab ,en prsence d'un vnement malheureux1 dj accompli1 auquel par consquent on ne peut rien changer1 il ne faut pas s'abandonner mme la pense qu'il pourrait en tre autrement1 et encore moins rflchir ce qui aurait pu le dtourner2 car c'est l ce qui porte la gradation de la douleur jusqu'au point o elle devient insupportable et fait de l'homme un 8 ,faisons plutt comme le roi ,david1 qui assigeait sans relche ,jhovah de ses prires et de ses supplications pendant la maladie de son fils et qui1 ds que celui-ci fut mort1 fit une pirouette en claquant des doigts et n'y pensa plus du tout4 ,celui qui n'est pas assez lger d'esprit pour se conduire de mme1 doit se rfugier sur le terrain du fatalisme et se pntrer de cette haute vrit que tout ce qui arrive1 arrive ngligemment1 donc invitablement4 ,toutefois cette rgle n'a de valeur que dans un sens4 ,elle est valable pour nous soulager et nous calmer immdiatement dans un cas de malheur2 mais lorsque1 ainsi qu'il arrive le plus souvent1 la faute en est1 au moins en partie1 notre propre ngligence ou notre propre tmrit1 alors la mditation rpte et douloureuse des moyens qui auraient pu prvenir le funeste vnement est une mortification salutaire1 propre nous servir de leon et d'amendement pour l'avenir4 ,surtout ne faut-il pas chercher excuser1 colorer1 ou amoindrir ses propres yeux les fautes dont on est videmment coupable2 il faut se les avouer et se les reprsenter dans toute leur tendue1 afin de pouvoir prendre la ferme dcision de les viter l'avenir4 ,il est vrai qu'on se procure ainsi le trs douloureux sentiment du mcontentement de soi-mme1 mais 7l'homme non puni ne s'instruit pas74 #ac ,en tout ce qui concerne notre bonheur ou notre malheur1 il faut tenir la bride notre fantaisie3 ainsi1 avant tout1 ne pas btir des chteaux en l'air2 ils nous cotent trop cher1 car il nous faut1 immdiatement aprs1 les dmolir1 avec force soupirs4 ,mais nous devons nous garder bien plus encore de nous donner des angoisses de cur en nous reprsentant vivement des malheurs qui ne sont que possibles4 ,car1 si ceux-ci taient compltement imaginaires ou du moins pris dans une ventualit trs loigne1 nous saurions immdiatement1 notre rveil d'un pareil songe1 que tout cela n'tait qu'illusion2 par consquent1 nous nous sentirions d'autant plus rjouis par la ralit qui se trouve tre meilleure1 et nous en retirerions peut-tre un avertissement contre des accidents fort loigns1 quoique possibles4 ,seulement notre fantaisie ne joue pas facilement avec de pareilles images2 elle ne btit gure1 par pur amusement1 que des perspectives riantes4 ,l'toffe de ses rves sombres1 ce sont des malheurs qui1 bien qu'loigns1 nous menacent effectivement dans une certaine mesure2 voil les objets qu'elle grossit1 dont elle rapproche la possibilit en de de la vrit1 et qu'elle peint des couleurs les plus effrayantes4 ,au rveil1 nous ne pouvons pas secouer un semblable rve comme nous le faisons d'un songe agrable1 car ce dernier est dmenti sans dlai par la ralit1 et ne laisse tout au plus aprs soi qu'un faible espoir de ralisation4 ,en revanche1 quand nous nous abandonnons des ides noires 7blue devils71 nous rapprochons des images qui ne s'loignent plus aussi facilement3 car la possibilit de l'vnement1 d'une manire gnrale1 est avre1 et nous ne sommes pas toujours en tat d'en mesurer exactement le degr2 elle se transforme alors bien vite en probabilit1 et nous voil ainsi en proie l'anxit4 ,c'est pourquoi nous ne devons considrer ce qui intresse notre bonheur ou notre malheur qu'avec les yeux de la raison et du jugement2 il faut d'abord rflchir schement et froidement1 puis aprs n'oprer purement qu'avec des notions et in abstracto4 ,l'imagination doit rester hors de jeu1 car elle ne sait pas juger2 elle ne peut que prsenter aux yeux des images qui meuvent l'me gratuitement et souvent trs douloureusement4 ,c'est le soir que cette rgle devrait tre le plus strictement observe4 ,car1 si l'obscurit nous rend peureux et nous fait voir partout des figures effrayantes1 l'indcision des ides1 qui lui est analogue1 produit le mme rsultat2 en effet1 l'incertitude engendre le manque de scurit3 par l1 les objets de notre mditation1 quand ils concernent nos propres intrts1 prennent facilement1 le soir1 une apparence menaante et deviennent des pouvantails2 ce moment1 la fatigue a revtu l'esprit et le jugement d'une obscurit subjective1 l'intellect est affaiss et 7troubl7 et ne peut rien examiner fond4 ,ceci arrive le plus souvent la nuit1 au lit2 l'esprit tant entirement dtendu1 le jugement n'a plus sa pleine puissance d'action1 mais l'imagination est encore active4 ,la nuit prte alors tout tre et toute chose sa teinte noire4 ,aussi nos penses1 au moment de nous endormir ou au moment o nous nous rveillons pendant la nuit1 nous font-elles voir les objets aussi dfigurs et aussi dnaturs qu'en rve2 nous les verrons d'autant plus noirs et plus terrifiants qu'ils touchent de plus prs des circonstances personnelles4 ,le matin1 ces pouvantails disparaissent1 tout comme les songes3 c'est ce que signifie ce proverbe espagnol3 ,noche tinta1 blanco el dia 7,la nuit est colore1 blanc est le jour74 ,mais ds le soir1 sitt la bougie allume1 la raison1 la raison aussi bien que l'il1 voit moins clair que pendant le jour2 aussi ce moment n'est-il pas favorable aux mditations sur des sujets srieux et principalement sur des sujets dsagrables4 ,c'est le matin qui est l'heure favorable pour cela1 comme1 en gnral1 pour tout travail1 sans exception1 travail d'esprit ou travail physique4 ,car le matin1 c'est la jeunesse du jour3 tout y est gai1 frais et facile2 nous nous sentons vigoureux et nous disposons de toutes nos facults4 ,il ne faut pas l'abrger en se levant lard1 ni le gaspiller en occupations ou en conversations vulgaires2 au contraire1 il faut le considrer comme la quintessence de la vie et1 pour ainsi dire1 comme quelque chose de sacr4 ,en revanche1 le soir est la vieillesse du jour3 nous sommes abattus1 bavards et tourdis4 ,chaque journe est une petite vie1 chaque rveil et chaque lever une petite naissance1 chaque frais matin une petite jeunesse1 et chaque coucher avec sa nuit de sommeil une petite mort4 ,mais1 d'une manire gnrale1 l'tat de la sant1 le sommeil1 la nourriture1 la temprature1 l'tat du temps1 les milieux1 et bien d'autres conditions extrieures influent considrablement sur notre disposition1 et celle-ci son tour sur nos penses4 ,de l vient que notre manire d'envisager les choses1 de mme que notre aptitude produire quelque uvre1 est tel point subordonne au temps et mme au lieu4 ,gthe dit3 ,nehmt die gute ,stimmung wahr1 ,denn sie kommt so selten4 7,saisissez la bonne disposition1 car elle arrive si rarement47 ,ce n'est pas seulement pour des conceptions objectives et pour des penses originales qu'il nous faut attendre si et quand il leur plat de ,venir1 mais mme la mditation approfondie d'une affaire personnelle ne russit jamais une heure fixe d'avance et au moment o nous voulons nous y livrer2 elle aussi choisit elle-mme son temps1 et ce n'est qu'alors que le fil convenable d'ides se dveloppe spontanment1 et que nous pouvons le suivre avec une entire efficacit4 ,pour mieux refrner la fantaisie1 ainsi que nous le recommandons1 il ne faut pas lui permettre d'voquer et de colorer vivement des torts1 des dommages1 des pertes1 des offenses1 des humiliations1 des vexations1 etc41 subis dans le pass1 car par l nous agitons de nouveau l'indignation1 la colre1 et tant d'autres odieuses passions1 ds longtemps assoupies1 qui reviennent salir notre me4 ,suivant une belle comparaison du no-platonicien ,proclus1 ainsi qu'on rencontre dans chaque ville1 ct des nobles et des gens distingus1 la populace de toute sorte 771 ainsi dans tout homme1 mme le plus noble et le plus lev1 se trouve l'lment bas et vulgaire de la nature humaine1 on pourrait dire1 par moments1 de la nature bestiale4 ,cette populace ne doit pas tre excite au tumulte2 il ne faut pas lui permettre non plus de se montrer aux fentres1 car la vue en est fort laide4 ,or ces productions de la fantaisie1 dont nous parlions tout l'heure1 ce sont les dmagogues parmi cette populace4 ,ajoutons que la moindre contrarit1 qu'elle provienne des hommes ou des choses1 si nous nous occupons constamment la ruminer et nous la dpeindre sous des couleurs voyantes et une chelle grossie1 peut grandir jusqu' devenir un monstre qui nous mette hors de nous4 ,il faut au contraire prendre trs prosaquement et trs froidement tout ce qui est dsagrable1 afin de s'en tourmenter le moins possible4 ,de mme que de petits objets1 tenus tout prs devant l'il1 diminuent le champ de la vision et cachent le monde1 de mme les hommes et les choses de notre entourage le plus prochain1 quand ils seraient les plus insignifiants et les plus indiffrents1 occuperont souvent notre attention et nos penses au del de toute convenance1 et carteront des penses et des affaires importantes4 ,il faut ragir contre cette tendance4 #ad la vue de biens que nous ne possdons pas1 nous nous disons trs volontiers3 ,ah6 si cela m'appartenait6 et c'est cette pense qui nous rend la privation sensible4 ,au lieu de cela1 nous devrions souvent nous demander3 ,comment serait-ce si cela ne m'appartenait pas8 ,j'entends par l que nous devrions parfois nous efforcer de nous reprsenter les biens que nous possdons comme ils nous apparatraient aprs les avoir perdus2 et je parle ici des biens de toute espce3 richesse1 sant1 amis1 maitresse1 pouse1 enfant1 cheval et chien2 car ce n'est le plus souvent que la perte des choses qui nous en enseigne la valeur4 ,au contraire1 la mthode que nous recommandons ici aura pour premier rsultat de faire que leur possession nous rendra immdiatement plus heureux qu'auparavant1 et en second lieu elle fera que nous nous prcautionnerons par tous les moyens contre leur perte3 ainsi nous ne risquerons pas notre avoir1 nous n'irriterons pas nos amis1 nous n'exposerons pas la tentation la fidlit de notre femme1 nous soignerons la sant de nos enfants1 et ainsi de suite4 ,nous cherchons souvent gayer la teinte morne du prsent par des spculations sur des possibilits de chances favorables1 et nous imaginons toute sorte d'esprances chimriques dont chacune est grosse de dceptions2 aussi celles-ci ne manquent pas d'arriver ds que celles-l sont venues se briser contre la dure ralit4 ,il vaudrait mieux choisir les mauvaises chances pour thmes de nos spculations2 cela nous porterait prendre des dispositions l'effet de les carter et nous procurerait parfois d'agrables surprises quand ces chances ne se raliseraient pas4 ,n'est-on pas bien plus gai au sortir de quelque transe8 ,il est mme salutaire de nous reprsenter l'esprit certains grands malheurs qui peuvent ventuellement venir nous frapper2 cela nous aide supporter plus facilement des maux moins graves lorsqu'ils viennent effectivement nous accabler1 car nous nous consolons alors par un retour de pense sur ces malheurs considrables qui ne se sont pas raliss4 ,mais il faut avoir soin1 tout en pratiquant cette rgle1 de ne pas ngliger la prcdente4 #ae ,les vnements et les affaires qui nous concernent se produisent et se succdent isolment1 sans ordre et sans rapport mutuel1 en contraste frappant les uns avec les autres et sans autre lien que de se rapporter nous2 il en rsulte que les penses et les soins ncessaires devront tre tout aussi nettement spars1 afin de correspondre aux intrts qui les ont provoqus4 ,en consquence1 quand nous entreprenons une chose1 il faut en finir avec elle1 en faisant abstraction de toute autre affaire1 afin d'accomplir1 de goter ou de subir chaque chose en son temps1 sans souci de tout le reste2 nous devons avoir1 pour ainsi dire1 des compartiments pour nos penses1 et n'en ouvrir qu'un seul pendant que tous les autres restent ferms4 ,nous y trouvons cet avantage de ne pas gter tout petit plaisir actuel et de ne pas perdre tout repos par la proccupation de quelque lourd souci2 nous y gagnons encore cela qu'une pense n'en chasse pas une autre1 que le soin d'une affaire importante n'en fait pas ngliger beaucoup de petites1 etc4 ,mais surtout l'homme capable de penses nobles et leves ne doit pas laisser son esprit s'absorber par des affaires personnelles et se proccuper de soins bas au point de fermer l'accs ses hautes mditations1 car ce serait vraiment propter vitam1 vivendi perdere causas 7pour vivre1 perdre les causes de la vie74 ,il est indubitable que pour faire excuter notre esprit toutes ces manuvres et contre-manuvres1 il nous faut1 comme en bien d'autres circonstances1 exercer une contrainte sur nous-mmes2 toutefois nous devrions en puiser la force dans cette rflexion que l'homme subit du monde extrieur de nombreuses et puissantes contraintes auxquelles nulle existence ne peut se soustraire1 mais qu'un petit effort exerc sur soi-mme et appliqu au bon endroit peut obvier souvent une grande pression extrieure2 de mme1 une petite dcoupure dans le cercle1 voisine du centre1 correspond une ouverture parfois centuple la priphrie4 ,rien ne nous soustrait mieux la contrainte du dehors que la contrainte de nous-mmes3 voil la signification de cette sentence de ,snque3 ,si tibi vis omnia subjicere1 te subjice rationi 7,ep4 #cg7 7,si vous voulez que toutes choses vous soient soumises1 soumettez-vous d'abord la raison74 ,en outre1 cette contrainte sur nous-mmes1 nous l'avons toujours en notre puissance1 et dans un cas extrme1 ou bien lorsqu'elle porte sur notre point le plus sensible1 nous avons la facult de la relcher un peu1 tandis que la pression extrieure est pour nous sans gards1 sans mnagement et sans piti4 ,c'est pourquoi il est sage de prvenir celle-ci par l'autre4 #af ,borner ses dsirs1 refrner ses convoitises1 matriser sa colre1 se rappelant sans cesse que chaque individu ne peut jamais atteindre qu'une partie infiniment petite de ce qui est dsirable et qu'en revanche des maux sans nombre doivent frapper chacun2 en un mot1 7abstinere et sustinere1 s'abstenir et se soutenir71 voil la rgle sans l'observation de laquelle ni richesse ni pouvoir ne pourront nous empcher de sentir notre misrable condition4 ,horace dit ce sujet3 ,inter cuncta leges1 et percontabere doctos ,qua ratione queas traducere leniter vum2 ,ne te semper inops agitet vexetque cupido1 ,ne pavor et verum mediocriter utilium spes4 7,cependant1 lis et cause avec les doctes2 cherche ainsi mener doucement ta vie2 sans quoi1 le dsir t'agite et te blesse en te laissant toujours pauvre1 sans crainte et sans l'esprance des choses mdiocrement utiles47--7,traduction ,l4 de ,lisle1 ,ep4 ,i1 #ah1 vers #if-ii47 #ag 7,la vie est dans le mouvement71 a dit ,arislole avec raison3 de mme que notre vie physique consiste uniquement dans et par un mouvement incessant1 de mme notre vie intrieure1 intellectuelle demande une occupation constante1 une occupation avec n'importe quoi1 par l'action ou par la pense2 c'est ce que prouve dj cette manie des gens dsuvrs1 et qui ne pensent rien1 de se mettre immdiatement tambouriner avec leurs doigts ou avec le premier objet venu4 ,c'est que l'agitation est l'essence de notre existence2 une inaction complte devient bien vite insupportable1 car elle engendre le plus horrible ennui4 ,c'est en rglant cet instinct qu'on peut le satisfaire mthodiquement et avec plus de fruit4 ,l'activit est indispensable au bonheur2 il faut que l'homme agisse1 fasse quelque chose si cela lui est possible ou apprenne au moins quelque chose2 ses forces demandent leur emploi1 et lui-mme ne demande qu' leur voir produire un rsultat quelconque4 ,sous ce rapport1 sa plus grande satisfaction consiste faire1 confectionner quelque chose1 panier ou livre2 mais ce qui donne du bonheur immdiat1 c'est de voir jour par jour crotre son uvre sous ses mains et de la voir arriver sa perfection4 ,une uvre d'art1 un crit ou mme un simple ouvrage manuel produisent tout cet effet2 bien entendu que plus la nature du travail est noble1 plus la jouissance est leve4 ,les plus heureux cet gard sont les hommes hautement dous qui se sentent capables de produire les uvres les plus importantes1 les plus vastes et les plus fortement raisonnes4 ,cela rpand sur toute leur existence un intrt d'ordre suprieur et lui communique un assaisonnement qui fait dfaut aux autres2 aussi la vie de ceux-ci est-elle insipide auprs de la leur4 ,en effet1 pour les hommes minents1 la vie et le monde1 ct de l'intrt commun1 matriel1 en ont encore un autre plus lev1 un intrt formel1 en ce qu'ils contiennent l'toile de leurs uvres1 et c'est rassembler ces matriaux qu'ils s'occupent activement pendant le cours de leur existence1 ds que leur part des misres terrestres leur donne un moment de rpit4 ,leur intellect est aussi1 jusqu' un certain point1 double3 une partie est pour les affaires ordinaires 7objets de la volont7 et ressemble celui de tout le monde2 l'autre est pour la conception purement objective des choses4 ,ils vivent ainsi d'une vie double1 spectateurs et acteurs la fois1 pendant que le reste n'est qu'acteurs4 ,cependant il faut que tout homme s'occupe quelque chose1 dans la mesure de ses facults4 ,on peut constater l'influence pernicieuse de l'absence d'activit rgulire1 d'un travail quel qu'il soit1 pendant les voyages d'agrment de longue dure1 o de temps en temps on se sent assez malheureux1 par la seule raison que1 priv de toute occupation relle1 on se trouve pour ainsi dire arrach son lment naturel4 ,prendre de la peine et lutter contre les rsistances est un besoin pour l'homme1 comme de creuser pour la taupe4 ,l'immobilit qu'amnerait la satisfaction complte d'une jouissance permanente lui serait insupportable4 ,vaincre des obstacles est la plnitude de la jouissance dans l'existence humaine1 que ces obstacles soient d'une nature matrielle comme dans l'action et l'exercice1 ou d'une nature spirituelle comme dans l'tude et les recherches3 c'est la lutte et la victoire qui rendent l'homme heureux4 ,si l'occasion lui en manque1 il se la cre comme il peut3 selon que son individualit le comporte1 il chassera ou jouera au bilboquet1 ou1 pouss par le penchant inconscient de sa nature1 il suscitera des querelles1 ourdira des intrigues1 machinera des tromperies ou n'importe quelle autre vilenie1 rien que pour mettre un terme l'tat d'immobilit qu'il ne peut supporter4 ,difficilis in otio quies 7,le calme est difficile dans l'inaction74 #ah ,ce ne sont pas les images de la fantaisie mais des notions nettement conues qu'il faut prendre pour guide de ses travaux4 ,le contraire arrive le plus souvent4 ,en bien examinant1 on trouve que ce qui1 dans nos dterminations1 vient en dernire instance rendre l'arrt dcisif1 ce ne sont pas ordinairement des notions et des jugements1 mais c'est une image de la fantaisie qui les reprsente et s'y substitue4 ,je ne sais plus dans quel roman de ,voltaire ou de ,diderot la vertu apparat toujours au hros plac comme l',hercule adolescent au carrefour de la vie1 sous les traits de son vieux gouverneur tenant de la main gauche sa tabatire1 de la droite une prise de tabac et moralisant2 le vice1 en revanche1 sous ceux de la femme de chambre de sa mre4 ,c'est particulirement pendant la jeunesse que le but de notre bonheur se fixe sous la forme de certaines images qui planent devant nous et qui persistent souvent pendant la moiti1 quelquefois mme pendant la totalit de la vie4 ,ce sont l de vrais lutins qui nous harclent2 peine atteints1 ils s'vanouissent1 et l'exprience vient nous apprendre qu'ils ne tiennent rien de ce qu'ils promettaient4 ,de ce genre sont les scnes particulires de la vie domestique1 civile1 sociale ou rurale1 les images de l'habitation et de notre entourage1 les insignes honorifiques1 les tmoignages du respect1 etc41 etc42 chaque fou a sa marotte#bi2 l'image de la bien-aime en est une aussi4 ,il est bien naturel qu'il en soi ainsi2 car ce que l'on voit1 tant l'immdiat1 agit aussi plus immdiatement sur notre volont que la notion1 la pense abstraite1 qui ne donne que le gnral sans le particulier2 or c'est ce dernier qui contient prcisment la ralit3 la notion ne peut donc agir que mdialement sur la volont4 ,et cependant il n'y a que la notion qui tienne parole3 aussi est-ce un tmoignage de culture intellectuelle que de mettre en elle seule toute sa foi4 ,par moments1 le besoin se fera certainement sentir d'expliquer ou de paraphraser au moyen de quelques images1 seulement cum granosalis4 #ai ,la rgle prcdente rentre dans cette autre maxime plus gnrale1 qu'il faut toujours matriser l'impression de tout ce qui est prsent et visible4 ,cela1 en regard de la simple pense1 de la connaissance pure1 est incomparablement plus nergique1 non en vertu de sa matire et de sa valeur1 qui sont souvent trs insignifiantes1 mais en vertu de sa forme1 c'est--dire de la visibilit et de la prsence directe1 qui pntre l'esprit dont elle trouble le repos ou branle les desseins4 ,car ce qui est prsent1 ce qui est visible1 pouvant facilement tre embrass d'un regard1 agit toujours d'un seul coup et avec toute sa puissance2 par contre1 les penses et les raisons1 devant tre mdites pice pice1 demandent du temps et de la tranquillit et ne peuvent donc tre tout moment et entirement prsentes l'esprit4 ,c'est pour cela qu'une chose agrable 4 laquelle la rflexion nous a fait renoncer nous charme encore par sa vue2 de mme1 une opinion dont nous connaissons cependant l'entire incomptence nous blesse2 une offense nous irrite2 bien que nous sachions qu'elle ne mrite que le mpris2 de mme encore1 dix raisons contre l'existence d'un danger sont renverses par la fausse apparence de sa prsence relle1 etc4 ,dans toutes ces circonstances1 c'est la draison originelle de notre tre qui prvaut4 ,les femmes sont frquemment sujettes de pareilles impressions1 et peu d'hommes ont une raison assez prpondrante pour n'avoir pas souffrir de leurs effets4 ,lorsque nous ne pouvons pas les matriser entirement par la pense seule1 ce que nous avons de mieux faire alors est de neutraliser une impression par l'impression contraire3 par exemple1 l'impression d'une offense par des visites chez les gens qui nous estiment1 l'impression d'un danger qui nous menace par la vue relle des moyens propres l'carter4 ,un ,italien1 dont ,leibnitz nous raconte l'histoire 7,nouv4 ,essais1 liv4 ,i1 ch4 ,,ii1 #aa71 russit mme rsister aux douleurs de la torture3 pour cela1 par une rsolution prise d'avance1 il imposa son imagination de ne pas perdre de vue un seul instant l'image de la potence laquelle l'aurait fait condamner un aveu2 aussi criait-il de temps en temps3 ,io ti vedo1 paroles qu'il expliqua plus tard comme se rapportant au gibet4 ,pour la mme raison1 quand tous autour de nous sont d'une opinion diffrente de la ntre et se conduisent en consquence1 il est trs difficile de ne pas se laisser branler1 quand mme on serait convaincu qu'ils sont dans l'erreur4 ,pour un roi fugitif1 poursuivi et voyageant srieusement incognito1 le crmonial de subordination que son compagnon et confident observera quand ils sont entre quatre yeux doit tre un cordial presque indispensable pour que l'infortun n'arrive pas douter de sa propre existence4 #bj ,aprs avoir fait ressortir1 ds le #b;e chapitre1 la haute valeur de la sant comme condition premire et la plus importante de notre bonheur1 je veux indiquer ici quelques rgles trs gnrales de conduite1 pour la fortifier et la conserver4 ,pour s'endurcir1 il faut1 tant qu'on est en bonne sant1 soumettre le corps dans son ensemble1 comme dans chacune de ses parties1 beaucoup d'effort et de fatigue1 et s'habituer rsister tout ce qui peut l'affecter1 quelque rudement que ce soit4 ,ds qu'il se manifeste1 au contraire1 un tat morbide soit du tout1 soit d'une partie1 on devra recourir immdiatement au procd contraire1 c'est--dire mnager et soigner de toute faon le corps ou sa partie malade3 car ce qui est souffrant et affaibli n'est pas susceptible d'endurcissement4 ,les muscles se fortifient2 les nerfs1 au contraire1 s'affaiblissent par un fort usage4 ,il convient donc d'exercer les premiers par tous les efforts convenables et d'pargner au contraire tout effort aux seconds2 par consquent1 gardons nos yeux contre toute lumire trop vive1 surtout quand elle est rflchie1 contre tout effort pendant le demi-jour1 contre la fatigue de regarder longtemps de trop petits objets2 prservons nos oreilles galement des bruits trop forts1 mais surtout vitons notre cerveau toute contention force1 trop soutenue ou intempestive2 consquemment1 il faut le laisser reposer pendant la digestion1 car ce moment cette mme force vitale qui1 dans le cerveau1 forme les penses1 travaille de tous ses efforts dans l'estomac et les intestins1 prparer le chyme et le chyle2 il doit galement reposer pendant et aprs un travail musculaire considrable4 ,car1 pour les nerfs moteurs1 comme pour les nerfs sensitifs1 les choses se passent de la mme manire1 et1 de mme que la douleur ressentie dans un membre ls a son vritable sige dans le cerveau1 de mme ce ne sont pas les bras et les jambes qui se meurent et travaillent1 mais le cerveau1 c'est--dire cette portion du cerveau qui1 par l'intermdiaire de la moelle allonge et de la moelle pinire1 excite les nerfs de ces membres et les fait ainsi se mouvoir4 ,par suite aussi1 la fatigue que nous prouvons dans les jambes ou les bras a son sige rel dans le cerveau2 c'est pourquoi les membres dont le mouvement est soumis la volont1 c'est--dire part du cerveau1 sont les seuls qui se fatiguent1 tandis que ceux dont le travail est involontaire1 comme le cur1 par exemple1 sont infatigables4 videmment alors1 c'est nuire au cerveau que d'exiger de lui de l'activit musculaire nergique et de la tension d'esprit1 que ce soit simultanment ou mme seulement aprs un trop court intervalle4 ,ceci n'est nullement en contradiction avec le fait qu'au dbut d'une promenade1 ou en gnral pendant de courtes marches1 on prouve une activit renforce de l'esprit2 car dans ce dernier cas il n'y a pas encore de fatigue des parties respectives du cerveau1 et d'autre part cette lgre activit musculaire1 en acclrant la respiration1 porte le sang artriel1 mieux oxygn aussi1 monter vers le cerveau4 ,mais il faut surtout donner au cerveau la pleine mesure de sommeil ncessaire sa rfection1 car le sommeil est pour l'ensemble de l'homme ce que le remontage est la pendule 7,voy4 ,le monde comme ,volont et comme ,repr41 vol4 ,,ii74 ,cette mesure devra tre d'autant plus grande que le cerveau sera plus dvelopp et plus actif2 cependant l'outrepasser serait un pur gaspillage de temps1 car le sommeil perd alors en intensit ce qu'il gagne en extension 7,voy4 ,le monde c4 ,v4 et c4 ,r41 vol4 ,,ii7#cj4 ,en gnral1 pntrons-nous bien de ce fait que notre penser n'est autre chose que la fonction organique du cerveau1 et partant se comporte1 pour ce qui regarde la fatigue et le repos1 d'une manire analogue celle de toute autre activit organique4 ,un effort excessif fatigue le cerveau comme il fatigue les yeux4 ,on a dit avec raison3 ,le cerveau pense comme l'estomac digre4 ,l'ide d'une me immatrielle1 simple1 essentiellement et constamment pensante1 partant infatigable1 qui ne serait l que comme loge en quartier dans le cerveau et n'aurait besoin de rien au monde1 a certainement pouss plus d'un homme une conduite insense qui a mouss ses forces intellectuelles2 ,frdric le ,grand1 par exemple1 n'a-t-il pas essay une fois de se dshabituer totalement du sommeil8 ,les professeurs de philosophie devraient bien ne pas encourager une pareille illusion1 nuisible mme en pratique1 par leur philosophie orthodoxe de vieilles femmes 7,katechismusgerechtseynwollende ,rocken-,philosophie74 ,il faut apprendre considrer les forces intellectuelles comme tant absolument des fonctions physiologiques1 afin de savoir les manier1 les mnager ou les fatiguer en consquence2 on doit se rappeler que toute souffrance1 toute incommodit1 tout dsordre dans une partie quelconque du corps1 affecte l'esprit4 ,pour bien se pntrer de cette vrit1 il faut lire ,cabanis3 ,des rapports du physique et du moral de l'homme4 ,c'est pour avoir nglig de suivre ce conseil que bien des grands esprits et bien des grands savants sont tombs1 sur leurs vieux jours1 dans l'imbcillit1 dans l'enfance et jusque dans la folie4 ,si1 par exemple1 de clbres potes anglais de notre sicle1 tels que ,walter ,scott1 ,wordsworth1 ,southey et plusieurs autres1 arrivs la vieillesse et mme ds leur soixantaine sont devenus intellectuellement obtus et incapables1 mme imbciles1 il faut sans doute l'attribuer ce que1 sduits par des honoraires levs1 ils ont tous exerc la littrature comme un mtier1 en crivant pour de l'argent4 ,ce mtier entrane une fatigue contre nature3 quiconque attelle son ,pgase au joug et pousse sa ,muse du fouet aura l'expier de la mme manire que celui qui a rendu ,vnus un culte forc4 ,je souponne que ,kant lui-mme1 dans un ge avanc1 devenu dj clbre1 s'est livr un travail excessif et a provoqu par l cette seconde enfance dans laquelle il a vcu ses quatre dernires annes4 ,chaque mois de l'anne a une influence spciale et directe1 c'est--dire indpendante des conditions mtorologiques1 sur notre sant1 sur l'tat gnral de notre corps1 et mme sur l'tat de notre esprit4 ,,iii4--,concernant notre conduite envers les autres4 #ba ,pour se pousser travers le monde1 il est utile d'emporter avec soi une ample provision de circonspection et d'indulgence2 la premire nous garantit contre les prjudices et les pertes1 la seconde nous met l'abri de disputes et de querelles4 ,qui est appel vivre parmi les hommes ne doit repousser d'une manire absolue aucune individualit1 du moment qu'elle est dj dtermine et donne par la nature1 l'individualit ft-elle la plus mchante1 la plus pitoyable ou la plus ridicule4 ,il doit plutt l'accepter comme tant quelque chose d'immuable et qui1 en vertu d'un principe ternel et mtaphysique1 doit tre telle qu'elle est2 au pis-aller1 il devra se dire3 ,il faut bien qu'il y en ait de cette espce-l aussi4 ,s'il prend la chose autrement1 il commet une injustice et provoque l'autre un combat la vie et la mort4 ,car nul ne peut modifier son individualit propre1 c'est--dire son caractre moral1 ses facults intellectuelles1 son temprament1 sa physionomie1 etc4 ,si donc nous condamnons son tre sans rserve1 il ne lui restera plus qu' combattre en nous un ennemi mortel1 du moment o nous ne voulons lui reconnatre le droit d'exister qu' la condition de devenir un autre que celui qu'il est immuablement4 ,c'est pourquoi1 quand on veut vivre parmi les hommes1 il faut laisser chacun exister et l'accepter avec l'individualit1 quelle qu'elle soit1 qui lui a t dpartie2 il faut se proccuper uniquement de l'utiliser autant que sa qualit et son organisation le permettent1 mais sans esprer la modifier et sans la condamner purement et simplement telle qu'elle est4 ,voil la vraie signification de ce dicton3 ,vivre et laisser vivre4 ,toutefois la tche est moins facile qu'elle n'est quitable1 et heureux celui qui il est donn de pouvoir jamais viter certaines individualits6 ,en attendant1 pour apprendre supporter les hommes1 il est bon d'exercer sa patience sur les objets inanims qui1 en vertu d'une ncessit mcanique ou de toute autre ncessit physique1 contrarient obstinment notre action2 nous avons pour cela des occasions journalires4 ,on apprend ensuite reporter sur les hommes1 la patience ainsi acquise1 et l'on se fait cette pense qu'eux aussi1 toutes les fois qu'ils nous sont un obstacle1 le sont forcment1 en vertu d'une ncessit naturelle aussi rigoureuse que celle avec laquelle agissent les objets inanims2 que1 par consquent1 il est aussi insens de s'indigner de leur conduite que d'une pierre qui vient rouler sous nos pieds4 l'gard de maint individu1 le plus sage est de se dire3 ,je ne le changerai pas1 je veux donc l'utiliser4 #bb ,il est surprenant de voir quel point se manifeste dans la conversation l'homognit ou l'htrognit d'esprit et de caractre entre les hommes2 elle devient sensible la moindre occasion4 ,entre deux personnes de natures essentiellement dissemblables qui causeront sur les sujets les plus indiffrents1 les plus trangers1 chaque phrase de l'une dplaira plus ou moins l'autre1 un mot parfois ira jusqu' la mettre en colre4 ,quand elles se ressemblent au contraire1 elles sentent de suite et en tout un certain accord qui1 lorsque l'homognit est trs marque1 se fond en une harmonie parfaite et peut aller jusqu' l'unisson4 ,ainsi s'explique premirement pourquoi les individus trs ordinaires sont tellement sociables et trouvent si facilement partout de l'excellente socit1 ce qu'ils appellent d'aimables1 bonnes et braves gens4 ,c'est l'inverse pour les hommes qui ne sont pas ordinaires1 et ils seront d'autant moins sociables qu'ils sont plus distingus2 tellement que parfois1 dans leur isolement1 ils peuvent prouver une vritable joie avoir dcouvert chez un autre une libre quelconque1 si mince qu'elle puisse tre1 de la mme nature que la leur4 ,car chacun ne peut tre un autre homme que ce que celui-ci est au premier4 ,comme l'aigle1 les esprits rellement suprieurs errent sur la hauteur1 solitaires4 ,cela explique1 en second lieu1 comment les hommes de mme disposition se trouvent si vite runis1 comme s'ils s'attiraient magntiquement3 les mes surs se saluent de loin4 ,on pourra remarquer cela le plus frquemment chez les gens sentiments bas ou de faible intelligence2 mais c'est seulement parce que ceux-ci s'appellent lgion1 tandis que les bons et les nobles sont et s'appellent les natures rares4 ,c'est ainsi qu'il se fera1 par exemple1 que dans quelque vaste association1 fonde en vue de rsultats effectifs1 deux fieffs coquins se reconnaissent mutuellement aussi vite que s'ils portaient une cocarde et se rapprochent aussitt pour forger quelque abus ou quelque trahison4 ,de mme1 supposons1 per impossibile1 une socit nombreuse compose entirement d'hommes intelligents et spirituels1 sauf deux imbciles qui en feraient partie aussi2 ces deux se sentiront sympathiquement attirs l'un vers l'autre1 et bientt chacun des deux se rjouira dans son cur d'avoir enfin rencontr au moins un homme raisonnable4 ,il est vraiment remarquable de voir de ses yeux comment deux tres1 principalement parmi ceux qui sont arrirs au moral et l'intellectuel1 se reconnaissent premire vue1 tendent ardemment se rapprocher1 se saluent avec amour et joie1 et courent l'un au-devant de l'autre comme d'anciennes connaissances2 cela est si frappant que l'on est tent d'admettre1 selon la doctrine bouddhique de la mtempsycose1 qu'ils taient dj lis d'amiti dans une vie antrieure4 ,cependant il est un fait qui1 mme dans le cas de grande harmonie1 maintient les hommes loigns les uns des autres et qui va jusqu' faire natre entre eux une dissonnance passagre3 c'est la diffrence de la disposition du moment qui est presque toujours autre chez chacun1 selon sa situation momentane1 l'occupation1 le milieu1 l'tat de son corps1 le courant actuel de ses penses1 etc4 ,c'est l ce qui produit des dissonnances parmi les individualits qui s'accordent le mieux4 ,travailler sans relche corriger ce qui fait natre ces troubles et tablir l'galit de la temprature ambiante1 serait l'effet d'une suprme culture intellectuelle4 ,on aura la mesure de ce que peut produire pour la socit l'galit de sentiments1 par ce fait que les membres d'une runion1 mme trs nombreuse1 seront ports se communiquer rciproquement leurs ides1 prendre sincrement part l'intrt et au sentiment gnral1 ds que quelque chose d'extrieur1 un danger1 une esprance1 une nouvelle1 la vue d'une chose extraordinaire1 un spectacle1 de la musique1 ou n'importe quoi1 vient les impressionner tous au mme instant et de la mme manire4 ,car ces motifs subjuguent tous les intrts particuliers et font naitre de la sorte l'unit parfaite de disposition4 dfaut d'une pareille influence objective1 on a recours d'ordinaire quelque ressource subjective1 et c'est alors la bouteille qui est appele habituellement procurer une disposition1 commune la compagnie4 ,le th et le caf sont galement employs cet effet4 ,mais ce mme dsaccord qu'amne si facilement dans toute runion la diversit d'humeur momentane donne aussi l'explication partielle de ce phnomne que chacun apparat comme idalis1 parfois mme transfigur dans le souvenir1 quand celui-ci n'est plus sous l'empire de cette influence passagrement perturbatrice ou de toute autre semblable4 ,la mmoire agit la manire de la lentille convergente dans la chambre obscure3 elle rduit toutes les dimensions et produit de la sorte une image bien plus belle que l'original4 ,chaque absence nous procure partiellement l'avantage d'tre vus sous cet aspect4 ,car bien que1 pour achever son uvre1 le souvenir idalisateur demande un temps considrable1 nanmoins son travail commence immdiatement4 ,c'est pourquoi mme il est sage de ne se montrer ses connaissances et ses bons amis qu' de longs intervalles2 on remarquera1 en se revoyant1 que le souvenir a dj travaill4 #bc ,nul ne peut voir par-dessus soi4 ,je veux dire par l qu'on ne peut voir en autrui plus que ce qu'on est soi-mme1 car chacun ne peut saisir et comprendre un autre que dans la mesure de sa propre intelligence4 ,si celle-ci est de la plus basse espce1 tous les dons intellectuels les plus levs ne l'impressionneront nullement1 et il n'apercevra dans cet homme si hautement dou que ce qu'il y a de plus bas dans l'individualit1 savoir toutes les faiblesses et tous les dfauts de temprament et de caractre4 ,voil de quoi le grand homme sera compos aux yeux de l'autre4 ,les facults intellectuelles minentes de l'un existent aussi peu pour le second que les couleurs pour les aveugles4 ,c'est que tous les esprits sont invisibles pour qui n'a pas soi-mme d'esprit3 et toute valuation est le produit de la valeur de l'estim par la sphre d'apprciation de l'estimateur4 ,il rsulte de l que lorsqu'on cause avec quelqu'un on se met toujours son niveau1 puisque tout ce qu'on a au del disparat1 et mme l'abngation de soi qu'exige ce nivellement reste parfaitement mconnue4 ,si donc on rflchit combien la plupart des hommes ont de sentiments et de facults de bas tage1 en un mot combien ils sont communs1 on verra qu'il est impossible de parler avec eux sans devenir soi-mme commun pendant cet intervalle 7par analogie avec la rpartition de l'lectricit72 on saisira alors la signification propre et la vrit de cette expression allemande3 sich gemein machen 7se mettre de pair compagnon71 et l'on cherchera viter toute compagnie avec laquelle on ne peut communiquer que moyennant la partie honteuse#cb de sa propre nature4 ,on comprendra galement qu'en prsence d'imbciles et de fous il n'y a qu'une seule manire de montrer qu'on a de la raison3 c'est de ne pas parler avec eux4 ,mais il est vrai qu'alors1 en socit1 maint homme pourra se trouver dans la situation d'un danseur1 entrant dans un bal o il n'y aurait que des perclus2 avec qui dansera-t-il8 #bd ,j'accorde toute ma considration1 comme un lu sur cent individus1 celui qui tant inoccup1 parce qu'il attend quelque chose1 ne se met pas immdiatement frapper ou tapoter en mesure avec tout ce qui lui tombe sous la main1 avec sa canne1 son couteau1 sa fourchette ou avec tout autre objet4 ,il est probable que cet homme-l pense quelque chose4 ,on reconnat la mine de la plupart des gens que chez eux la vue remplace entirement le penser2 ils cherchent s'assurer de leur existence en faisant du bruit1 moins qu'ils n'aient un cigare sous la main1 ce qui leur rend le mme service4 ,c'est pour la mme raison qu'ils sont constamment tout yeux1 tout oreilles pour tout ce qui se passe autour d'eux4 #be ,la ,rochefoucauld a trs justement observ qu'il est difficile de beaucoup estimer un homme et de l'aimer beaucoup la fois#cc4 ,nous aurions donc le choix entre briguer l'amour ou l'estime des gens4 ,leur amour est toujours intress1 bien qu' des titres divers4 ,de plus1 les conditions auxquelles on l'acquiert ne sont pas toujours faites pour nous en rendre fiers4 ,avant tout1 on se fera aimer dans la mesure dans laquelle on baissera ses prtentions trouver de l'esprit et du cur chez les autres1 mais cela srieusement1 sans dissimulation1 et non en vertu de cette indulgence qui prend sa source dans le mpris4 ,pour complter les prmisses qui aideront tirer la conclusion1 rappelons encore cette sentence si vraie d',helvtius3 ,le degr d'esprit ncessaire pour nous plaire est une mesure assez exacte du degr d'esprit que nous avons4 ,c'est tout le contraire quand il s'agit de l'estime des gens3 on ne la leur arrache qu' leur corps dfendant2 aussi la cachent-ils le plus souvent4 ,c'est pourquoi elle nous procure une bien plus grande satisfaction intrieure2 elle est en proportion avec notre valeur1 ce qui n'est pas vrai directement de l'amour des gens1 car celui-ci est subjectif et l'estime objective4 ,mais l'amour nous est certainement plus utile4 #bf ,la plupart des hommes sont tellement personnels qu'au fond rien n'a d'intrt leurs yeux qu'eux-mmes et exclusivement eux4 ,il en rsulte que1 quoi que ce soit dont on parle1 ils pensent aussitt eux-mmes1 et que tout ce qui1 par hasard et du plus loin que ce soit1 se rapporte quelque chose qui les touche1 attire et captive tellement toute leur attention qu'ils n'ont plus la libert de saisir la partie objective de l'entretien2 de mme1 il n'y a pas de raisons valables pour eux ds qu'elles contrarient leur intrt ou leur vanit4 ,aussi sont-ils si facilement distraits1 si facilement blesss1 offenss ou affligs que1 lors mme qu'on cause avec eux1 un point de vue objectif1 sur n'importe quelle matire1 on ne saurait assez se garder de tout ce qui pourrait1 dans le discours1 avoir un rapport possible1 peut-tre fcheux avec le prcieux et dlicat moi que l'on a devant soi2 rien que ce moi ne les intresse1 et1 pendant qu'ils n'ont ni sens ni sentiment pour ce qu'il y a de vrai et de remarquable1 ou de beau1 de tin1 de spirituel dans les paroles d'autrui1 ils possdent la plus exquise sensibilit pour tout ce qui1 du plus loin et le plus indirectement1 peut toucher leur mesquine vanit ou se rapporter dsavantageusement1 en quelque faon que ce soit1 leur inapprciable moi4 ,ils ressemblent1 dans leur susceptibilit1 ces roquets auxquels on est si facilement expos1 par mgarde1 marcher sur la patte et dont il faut subir ensuite les piailleries2 ou bien encore un malade couvert de plaies et de meurtrissures et qu'il faut viter soigneusement de toucher4 ,il y en a chez qui la chose est pousse si loin1 qu'ils ressentent exactement comme une offense l'esprit et le jugement que l'on montre1 ou qu'on ne dissimule pas suffisamment1 en causant avec eux2 ils s'en cachent1 il est vrai1 au premier moment1 mais ensuite celui qui n'a pas assez d'exprience rflchira et se creusera vainement la cervelle pour savoir par quoi il a pu s'attirer leur rancune et leur haine4 ,mais il est tout aussi facile de les flatter et de les gagner4 ,par suite1 leur sentence est1 d'ordinaire1 achete3 elle n'est qu'un arrt en faveur de leur parti ou de leur classe et non un jugement objectif et impartial4 ,cela vient de ce que chez eux la volont surpasse de beaucoup l'intelligence1 et de ce que leur faible intellect est entirement soumis au service de la volont dont il ne peut s'affranchir un seul moment4 ,cette pitoyable subjectivit des hommes1 qui les fait tout rapporter eux et revenir1 de tout point de dpart1 immdiatement et en droite ligne vers leur personne1 est surabondamment prouve par l'astrologie1 qui rapporte la marche des grands corps de l'univers au chtif moi et qui trouve une corrlation entre les comtes au ciel et les querelles et les gueuseries sur la terre4 ,mais cela s'est toujours pass ainsi1 mme dans les temps les plus reculs 7voir par exemple ,stobe4 ,eclog41 l4 ,i1 ch4 #bb1 #i1 p4 #dgh74 #bg ,il ne faut pas dsesprer chaque absurdit qui se dit en public ou dans la socit1 qui s'imprime dans les livres et qui est bien accueillie ou du moins n'est pas rfute2 il ne faut pas croire non plus que cela restera acquis jamais4 ,sachons1 pour notre consolation1 que plus tard et insensiblement la chose sera rumine1 lucide1 mdite1 pese1 discute et le plus souvent juge justement la fin1 en sorte que1 aprs un laps de temps variable en raison de la difficult de la matire1 presque tout le monde finira par comprendre ce que l'esprit lucide avait vu de prime abord4 ,il est certain que dans l'entre-temps il faut prendre patience4 ,car un homme d'un jugement juste parmi des gens qui sont dans l'erreur ressemble celui dont la montre va juste dans une ville dont toutes les horloges sont mal rgles4 ,lui seul sait l'heure exacte1 mais quoi bon8 ,tout le monde se rgle sur les horloges publiques qui indiquent une heure fausse1 ceux-l mme qui savent que la montre du premier donne seule l'heure vraie4 #bh ,les hommes ressemblent aux enfants qui prennent de mauvaises manires ds qu'on les gte2 aussi ne faut-il tre trop indulgent ni trop aimable envers personne4 ,de mme qu'ordinairement on ne perdra pas un ami pour lui avoir refus un prt1 mais plutt pour le lui avoir accord1 de mme ne le perdra-t-on pas par une attitude hautaine et un peu de ngligence1 mais plutt par un excs d'amabilit et de prvenance3 il devient alors arrogant1 insupportable1 et la rupture ne tarde pas se produire4 ,c'est surtout l'ide qu'on a besoin d'eux que les hommes ne peuvent absolument pas supporter2 elle est toujours suivie invitablement d'arrogance et de prsomption4 ,chez quelques gens1 cette ide nat dj par cela seul qu'on est en relations ou bien qu'on cause souvent ou familirement avec eux3 ils s'imaginent aussitt qu'il faut bien leur passer quelque chose et ils chercheront tendre les bornes de la politesse4 ,c'est pourquoi il y a si peu d'individus qu'on puisse frquenter un peu plus intimement2 surtout faut-il se garder de toute familiarit avec des natures de bas tage4 ,que si1 par malheur1 un individu de cette espce s'imagine que j'ai beaucoup plus besoin de lui qu'il n'a besoin de moi1 alors il prouvera soudain un sentiment comme si je lui avais vol quelque chose3 il cherchera se venger et rentrer dans sa proprit4 ,n'avoir jamais et d'aucune faon besoin des autres et le leur faire voir1 voil absolument la seule manire de maintenir sa supriorit dans les relations4 ,en consquence1 il est sage de leur faire sentir tous1 homme ou femme1 qu'on peut trs bien se passer d'eux2 cela fortifie l'amiti3 il est mme utile de laisser s'introduire parfois1 dans notre attitude l'gard de la plupart d'entre eux1 une parcelle de ddain2 ils n'en attacheront que plus de prix notre amiti4 ,chi non istima1 vien stimato 7,qui n'estime pas est estim71 dit finement un proverbe italien4 ,mais1 si quelqu'un a rellement une grande valeur nos yeux1 il faut le lui dissimuler comme si c'tait un crime4 ,cela n'est pas prcisment rjouissant1 mais en revanche c'est vrai4 ,c'est peine si les chiens supportent le trop de bienveillance1 bien moins encore les hommes4 #bi ,les gens d'une espce plus noble et dous de facults plus leves trahissent1 principalement dans leur jeunesse1 un manque surprenant de connaissance des hommes et de savoir-faire2 ils se laissent ainsi facilement tromper ou garer2 tandis que les natures infrieures savent bien mieux et bien plus vite se tirer d'affaire dans le monde2 cela vient de ce que1 dfaut d'exprience1 l'on doit juger a priori et qu'en gnral aucune exprience ne vaut l'a priori4 ,chez les gens de calibre ordinaire1 cet a priori leur est fourni par leur propre moi1 tandis qu'il ne l'est pas ceux de nature noble et distingue1 car c'est par l prcisment que ceux-ci diffrent des autres4 ,en valuant donc les penses et les actes des hommes ordinaires d'aprs les leurs propres1 le calcul se trouve tre faux4 ,mais mme alors qu'un tel homme aura appris enfin a posteriori1 c'est--dire par les leons d'autrui et par sa propre exprience1 ce qu'il y a attendre des hommes2 mme alors qu'il aura compris que les cinq siximes d'entre eux sont ainsi faits1 au moral comme l'intellectuel1 que celui qui n'est pas forc par les circonstances d'tre en relation avec eux fait mieux de les viter ds l'abord et de se tenir autant que possible hors de leur contact1 mme alors cet homme ne pourra1 malgr tout1 avoir une connaissance suffisante de leur petitesse et de leur mesquinerie2 il aura durant toute sa vie tendre et complter cette notion2 mais jusqu'alors il fera encore bien des faux calculs son dtriment4 ,en outre1 bien que pntr des enseignements reus1 il lui arrivera encore parfois1 se trouvant dans une socit de gens qu'il ne connat pas encore1 d'tre merveill en les voyant tous paratre1 dans leurs discours et dans leurs manires1 entirement raisonnables1 loyaux1 sincres1 honntes et vertueux1 et peut-tre bien aussi intelligents et spirituels4 ,mais que cela ne l'gare pas2 cela provient tout simplement de ce que la nature ne fait pas comme les mchants potes1 qui1 lorsqu'ils ont prsenter un coquin ou un fou1 s'y prennent si lourdement et avec une intention si accentue que l'on voit paratre pour ainsi dire derrire chacun de ces personnages l'auteur dsavouant constamment leur caractre et leurs discours et disant haute voix et en manire d'avertissement3 ,celui-ci est un coquin1 cet autre un fou2 n'ajoutez pas foi ce qu'il dit4 ,la nature au contraire s'y prend la faon de ,shakespeare et de ,gthe3 dans leurs ouvrages1 chaque personnage1 ft-il le diable lui-mme1 tant qu'il est en scne1 parle comme il a raison de parler2 il est conu d'une manire si objectivement relle qu'il nous attire et nous force prendre part ses intrts2 pareil aux crations de la nature1 il est le dveloppement d'un principe intrieur en vertu duquel ses discours et ses actes apparaissent comme naturels et par consquent comme ncessaires4 ,celui qui croit que dans le monde les diables ne vont jamais sans cornes et les fous sans grelots sera toujours leur proie ou leur jouet4 ,ajoutons encore tout cela que1 dans leurs relations1 les gens font comme la lune et les bossus1 c'est--dire qu'ils ne nous montrent jamais qu'une face2 ils ont mme un talent inn pour transformer leur visage1 par une mimique habile1 en un masque reprsentent trs exactement ce qu'ils devraient tre en ralit2 ce masque1 dcoup exclusivement la mesure de leur individualit1 s'adapte et s'ajuste si bien que l'illusion est complte4 ,chacun se l'applique toutes les fois qu'il s'agit de se faire bien venir4 ,il ne faut pas plus s'y lier qu'a un masque de toile cire1 et rappelons-nous cet excellent proverbe italien3 ,non si tristo cane1 che non meni la coda 7,il n'est si mchant chien qui ne remue la queue74 ,gardons-nous bien1 en tout cas1 de nous faire une opinion trs favorable d'un homme dont nous venons de faire la connaissance2 nous serions ordinairement dus notre confusion1 peut-tre mme notre dtriment4 ,encore une observation digne d'tre note3 c'est prcisment dans les petites choses1 o il ne songe pas soigner sa contenance1 que l'homme dvoile son caractre2 c'est dans des actions insignifiantes1 quelquefois dans de simples manires1 que l'on peut facilement observer cet gosme illimit1 sans gard pour personne1 qui ne se dmentira pas non plus ensuite dans les grandes choses1 mais qui se dissimulera4 ,que de semblables occasions ne soient pas perdues pour nous6 ,quand un individu se conduit sans aucune discrtion dans les petits incidents journaliers1 dans les petites affaires de la vie1 auxquelles s'applique le3 ,de minimis lex non curat 7,la loi ne s'occupe pas des affaires minimes71 quand il ne recherche dans ces occasions que son intrt ou ses aises au dtriment d'autrui1 ou s'approprie ce qui est l pour servir tous1 etc41 cet individu1 soyez-en bien convaincu1 n'a pas dans le cur le sentiment du juste2 il sera un gredin tout aussi bien dans les grandes circonstances1 toutes les fois que la loi ou la force ne lui lieront pas les bras2 ne permettez pas cet homme de franchir votre seuil4 ,oui1 je l'affirme1 qui viole sans scrupule les rglements de son club violera galement les lois de l'tat ds qu'il pourra le faire sans danger#cd4 ,quand un homme avec qui nous sommes en rapports plus ou moins troits nous fait quelque chose qui nous dplat ou nous fche1 nous n'avons qu' nous demander s'il a ou non assez de prix nos yeux pour que nous acceptions de sa part1 une seconde fois et reprises toujours plus frquentes1 un traitement semblable1 voire mme un peu plus accentu 7pardonner et oublier signifient jeter par la fentre des expriences chrement acquises74 ,dans le cas affirmatif1 tout est dit2 car parler simplement ne servirait de rien3 il faut alors laisser passer la chose1 avec ou sans admonition2 mais nous devrons nous rappeler que1 de cette faon1 nous nous en attirons bnvolement la rptition4 ,dans la seconde alternative1 il nous faut1 sur-le-champ et jamais1 rompre avec le cher ami1 ou1 si c'est un serviteur1 le congdier4 ,car il fera1 le cas chant1 invitablement et exactement la mme chose1 ou quelque chose d'entirement analogue1 quand mme en ce moment il nous jurerait le contraire1 bien haut et bien sincrement4 ,on peut tout oublier1 tout1 except soi-mme1 except son propre tre4 ,en effet1 le caractre est absolument incorrigible1 parce que toutes les actions humaines partent d'un principe intime1 en vertu duquel un homme doit toujours agir de mme dans les mmes circonstances et ne peut pas agir autrement4 ,lisez mon mmoire couronn sur la prtendue libert de la volont#ce et chassez toute illusion4 ,se rconcilier avec un ami avec lequel on avait rompu est donc une faiblesse que l'on aura expier alors que celui-ci1 la premire occasion recommencera faire exactement ce qui avait amen la rupture1 et mme avec un peu plus d'assurance1 car il a la secrte conscience de nous tre indispensable4 ,ceci s'applique galement aux domestiques congdis que l'on reprend son service4 ,nous devons tout aussi peu1 et pour les mmes motifs1 nous attendre voir un homme se comporter de la mme manire qu'une fois prcdente1 quand les circonstances ont chang4 ,au contraire1 la disposition et la conduite des hommes changent tout aussi vite que leur intrt3 les intentions qui les meuvent mettent leurs lettres de change si courte vue1 qu'il faudrait avoir soi-mme la vue plus courte encore pour ne pas les laisser protester4 ,supposons maintenant que nous voulions savoir comment agira une personne dans une situation o nous avons l'intention de la placer2 pour cela1 il ne faudra pas compter sur ses promesses et ses protestations4 ,car1 en admettant mme qu'elle parle sincrement1 elle n'en parle pas moins d'une chose qu'elle ignore4 ,c'est donc par l'apprciation des circonstances dans lesquelles elle va se trouver1 et de leur conflit avec son caractre1 que nous aurons nous rendre compte de son attitude4 ,en thse gnrale1 pour acqurir la comprhension nette1 approfondie et si ncessaire de la vritable et triste condition des hommes1 il est minemment instructif d'employer1 comme commentaire leurs menes et leur conduite sur le terrain de la vie pratique1 leurs menes et leur conduite dans le domaine littraire1 et vice versa4 ,cela est trs utile pour ne se tromper ni sur soi ni sur eux4 ,mais1 dans le cours de cette tude1 aucun trait de grande infamie ou sottise1 que nous rencontrions soit dans la vie soit en littrature1 ne devra nous devenir matire nous attrister ou irriter2 il devra servir uniquement nous instruire comme nous offrant un trait complmentaire du caractre de l'espce humaine1 qu'il sera bon de ne pas oublier4 ,de cette faon1 nous envisagerons la chose comme le minralogiste considre un spcimen bien caractris d'un minral1 qui lui serait tomb entre les mains4 ,il y a des exceptions1 il y en a mme d'incomprhensiblement grandes1 et les diffrences entre les individualits sont immenses2 mais1 pris en bloc1 on l'a dit ds longtemps1 le monde est mauvais2 les sauvages s'entre-dvorent et les civiliss s'entre-trompent1 et voil ce qu'on appelle le cours du monde4 ,les tats1 avec leurs ingnieux mcanismes dirigs contre le dehors et le dedans et avec leurs voies de contrainte1 que sont-ils donc1 sinon des mesures tablies pour mettre des bornes l'iniquit illimite des hommes8 ,ne voyons-nous pas1 dans l'histoire entire1 chaque roi1 ds qu'il est solidement assis et que son pays jouit de quelque prosprit1 en profiter pour tomber avec son arme1 comme avec une bande de brigands1 sur les tats voisins8 ,toutes les guerres ne sont-elles pas1 au fond1 des actes de brigandage8 ,dans l'antiquit recule comme aussi pendant une partie du moyen ge1 les vaincus devenaient les esclaves des vainqueurs1 ce qui1 au fond1 revient dire qu'ils devaient travailler pour ceux-ci2 mais ceux qui payent des contributions de guerre doivent en faire autant1 c'est--dire qu'ils livrent le produit de leur travail antrieur4 ,dans toutes les guerres1 il ne s'agit que de voler1 a crit ,voltaire2 et que les ,allemands se le tiennent pour dit4 #cj ,aucun caractre n'est tel qu'on puisse l'abandonner lui-mme et le laisser aller entirement2 il a besoin d'tre guid par des notions et des maximes4 ,mais si1 poussant la chose l'extrme1 on voulait faire du caractre non pas le rsultat de la nature inne1 mais uniquement le produit d'une dlibration raisonne1 par consquent un caractre entirement acquis et artificiel1 on verrait bientt se vrifier la sentence latine3 ,naturam expelles furca1 tamen usque recurret 7,chassez le naturel1 il revient au galop74 ,en effet1 on pourra trs bien comprendre1 dcouvrir mme et formuler admirablement une rgle de conduite envers les autres1 et nanmoins1 dans la vie relle1 on pchera ds l'abord contre elle4 ,toutefois1 il ne faut pas pour cela perdre courage et croire qu'il soit impossible de diriger sa conduite dans la vie sociale par des rgles et des maximes abstraites1 et qu'il vaille mieux1 par consquent1 se laisser aller tout bonnement4 ,car il en est de celles-ci comme de toutes les instructions et directions pratiques2 comprendre la rgle est une chose1 et apprendre l'appliquer une autre4 ,la premire s'acquiert d'un seul coup par l'intelligence1 la seconde peu peu par l'exercice4 ,on montre l'lve les touches d'un instrument1 les parades et les attaques au fleuret2 il se trompe immdiatement1 malgr la meilleure volont1 et s'imagine alors que se rappeler ces leons dans la rapidit de la lecture musicale1 ou dans l'ardeur du combat1 est chose presque impossible4 ,et cependant1 petit petit1 force de trbucher1 de tomber et de se relever1 l'exercice finit par les lui apprendre2 il en est de mme pour les rgles de grammaire1 quand on apprend lire et crire en latin4 ,ce n'est pas autrement que le rustre devient courtisan2 le cerveau brl1 un homme du monde distingu2 l'homme ouvert1 taciturne2 le noble1 sarcastique4 ,nanmoins cette ducation de soi-mme1 obtenue ainsi par une longue habitude1 agira toujours comme un effort venant de l'extrieur1 auquel la nature ne cesse jamais de s'opposer1 et malgr lequel elle arrive parfois clater inopinment4 ,car toute conduite ayant pour mobile des maximes abstraites se rapporte une conduite mue par le penchant primitif et inn1 comme un mcanisme fait de main d'homme1 une montre1 par exemple1 o la forme et le mouvement sont imposs une matire qui leur est trangre1 se rapporte un organisme vivant1 o forme et matire se pntrent mutuellement et ne font qu'un4 ,ce rapport entre le caractre acquis et le caractre naturel confirme la pense nonce par l'empereur ,napolon3 ,tout ce qui n'est pas naturel est imparfait4 ,ceci est vrai en tout et pour tous1 au physique comme au moral2 et la seule exception que je me rappelle cette rgle1 c'est l'aventurine naturelle1 qui ne vaut pas l'artificielle4 ,aussi1 gardons-nous de toute affectation4 ,elle provoque toujours le mpris3 d'abord elle est une tromperie1 et comme telle une lchet1 car elle repose sur la peur2 ensuite elle implique condamnation de soi-mme par soi-mme1 puisqu'on veut paratre ce qu'on n'est pas et qu'on estime tre meilleur que ce que l'on est4 ,le fait d'affecter une qualit1 de s'en vanter1 est un aveu qu'on ne la possde pas4 ,que des gens se vantent de quoi que ce soit1 courage ou instruction1 intelligence ou esprit1 succs auprs des femmes ou richesses1 ou noblesse1 et l'on pourra en conclure que c'est prcisment sur ce chapitre-l qu'il leur manque quelque chose2 car celui qui possde rellement et compltement une qualit ne songe pas l'taler et l'affecter2 il est parfaitement tranquille sous ce rapport4 ,c'est ce que veut dire ce proverbe espagnol3 ,herradura que chacolotea clavo le falta 7,a ferrure qui sonne il manque un clou74 ,il ne faut certainement pas1 nous l'avons dj dit1 lcher entirement les rnes et se montrer en entier tel qu'on est2 car le ct mauvais et bestial de notre nature est considrable et a besoin d'tre voil2 mais cela ne lgitime que l'acte ngatif1 la dissimulation1 mais nullement le positif1 la simulation4 ,il faut savoir aussi que l'on reconnat l'affectation dans un individu avant mme d'apercevoir clairement ce qu'il affecte au juste4 ,enfin1 cela ne peut pas durer la longue1 et le masque finira par tomber un jour4 ,nemo potest personam diu ferre2 ficta cito in naturam suam recidunt 7,snque1 ,de clem41 l4 ,i1 c4 #a7 7,personne ne peut longtemps porter le masque1 tout ce qui est dguis reprend bientt sa nature74 #ca ,de mme qu'on porte le poids de son propre corps sans le sentir1 comme on le sentirait de tout corps tranger qu'on voudrait mouvoir1 de mme on ne remarque que les dfauts et les vices des autres1 et non les siens4 ,mais en revanche chacun possde en autrui un miroir dans lequel il peut voir distinctement ses propres vices1 ses dfauts1 ses manires grossires et rpugnantes4 ,mais il fait d'ordinaire comme le chien qui aboie contre le miroir1 parce qu'il ne sait pas que c'est lui-mme qu'il y aperoit et qu'il s'imagine voir un autre chien4 ,qui critique les autres travaille son propre amendement4 ,ceux-l donc qui ont une tendance habituelle soumettre tacitement dans leur for intrieur les manires des hommes1 et en gnral tout ce qu'ils font ou ne font pas1 une critique attentive et svre1 ceux-l travaillent ainsi se corriger et se perfectionner eux-mmes3 car ils auront assez d'quit1 ou du moins assez d'orgueil et de vanit pour viter ce qu'ils ont tant de fois et si rigoureusement blm4 ,c'est l'inverse qui est vrai pour les tolrants1 savoir3 ,hanc veniam damus petimusque vicissim 7,nous accordons et rclamons le pardon tour tour74 ,l'vangile moralise admirablement sur ceux qui voient la paille dans l'il du voisin et ne voient pas la poutre dans le leur2 mais la nature de l'il ne lui permet de regarder qu'au dehors1 il ne peut pas se voir lui-mme2 c'est pourquoi remarquer et blmer les dfauts des autres est un moyen propre nous faire sentir les ntres4 ,il nous faut un miroir pour nous corriger4 ,cette rgle est bonne galement quand il s'agit du style et de la manire d'crire2 celui qui en ces matires admire toute nouvelle folie1 au lieu de la blmer1 finira par l'imiter4 ,de l vient qu'en ,allemagne ces sortes de folies se propagent si vite4 ,les ,allemands sont trs tolrants3 on s'en aperoit4 ,hanc veniam damus petimusque vicissim1 voil leur devise4 #cb ,l'homme de noble espce1 pendant sa jeunesse1 croit que les relations essentielles et dcisives1 celles qui crent les liens vritables entre les hommes1 sont de nature idale1 c'est--dire fondes sur la conformit de caractre1 de tournure d'esprit1 de got1 d'intelligence1 etc42 mais il s'aperoit plus tard que ce sont les relles1 c'est--dire celles qui reposent sur quelque intrt matriel4 ,ce sont celles-ci qui forment la base de tous les rapports1 et la majorit des hommes ignore totalement qu'il en existe d'autres4 ,par consquent1 chacun est choisi en raison de sa fonction1 de sa profession1 de sa nation ou de sa famille1 en gnral donc suivant la position et le rle attribus pour la convention2 c'est d'aprs cela qu'on assortit les gens et qu'on les classe comme articles de fabrique4 ,par contre1 ce qu'un homme est en soi et pour soi1 comme homme1 en vertu de ses qualits propres1 n'est pris en considration que selon le bon plaisir1 par exception2 chacun met ces choses de ct ds que cela lui convient mieux1 et l'ignore sans plus de faon4 ,plus un homme a de valeur personnelle1 moins ce classement pourra lui convenir2 aussi cherchera-t-il s'y soustraire4 ,remarquons cependant que cette manire de procder est base sur ce que dans ce monde1 o la misre et l'indigence rgnent1 les ressources qui servent les carter sont la chose essentielle et ncessairement prdominante4 #cc ,de mme que le papier-monnaie circule en place d'argent1 de mme1 au lieu de l'estime et de l'amiti vritables1 ce sont leurs dmonstrations et leurs allures imites le plus naturellement possible qui ont cours dans le monde4 ,on pourrait1 il est vrai1 se demander s'il y a vraiment des gens qui mritent l'estime et l'amiti sincres4 ,quoi qu'il en soit1 j'ai plus de confiance dans un brave chien1 quand il remue la queue1 que dans toutes ces dmonstrations et ces faons4 ,la vraie1 la sincre amiti prsuppose que l'un prend une part nergique1 purement objective et tout fait dsintresse au bonheur et au malheur de l'autre1 et cette participation suppose son tour une vritable identification de l'ami avec son ami4 ,l'gosme de la nature humaine est tellement oppos ce sentiment que l'amiti vraie fait partie de ces choses dont on ignore1 comme du grand serpent de mer1 si elles appartiennent la fable ou si elles existent en quelque lieu4 ,cependant il se rencontre parfois entre les hommes certaines relations qui1 bien que reposant essentiellement sur des motifs secrtement gostes et de natures diffrentes1 sont additionnes nanmoins d'un grain de cette amiti vritable et sincre1 ce qui suffit leur donner un tel cachet de noblesse qu'elles peuvent1 en ce monde des imperfections1 porter avec quelque droit le nom d'amiti4 ,elles s'lvent haut au-dessus des liaisons de tous les jours2 celles-ci sont vrai dire de telle nature que nous n'adresserions plus la parole la plupart de nos bonnes connaissances1 si nous entendions comment elles parlent de nous en notre absence4 ct des cas o l'on a besoin de secours srieux et de sacrifices considrables1 la meilleure occasion pour prouver la sincrit d'un ami1 c'est le moment o vous lui annoncez un malheur qui vient de vous frapper4 ,vous verrez alors se peindre sur ses traits une affliction vraie1 profonde et sans mlange1 ou au contraire1 par son calme imperturbable1 par un trait se dessinant fugitivement1 il confirmera la maxime de ,la ,rochefoucauld3 ,dans l'adversit de nos meilleurs amis1 nous trouvons toujours#cf quelque chose qui ne nous dplat pas4 ,ceux qu'on appelle habituellement des amis peuvent peine1 dans ces occasions1 rprimer le petit frmissement1 le lger sourire de la satisfaction4 ,il y a peu de choses qui mettent les gens aussi srement en bonne humeur que le rcit de quelque calamit dont on a t rcemment frapp1 ou encore l'aveu sincre qu'on leur fait de quelque faiblesse personnelle4 ,c'est vraiment caractristique4 ,l'loignement et la longue absence nuisent toute amiti1 quoiqu'on ne l'avoue pas volontiers4 ,les gens que nous ne voyons pas seraient-ils nos plus chers amis1 insensiblement avec la marche du temps s'vaporent jusqu' l'tat de notions abstraites1 ce qui fait que notre intrt pour eux devient de plus en plus une affaire de raison1 pour ainsi dire de tradition2 le sentiment vif et profond demeure rserv ceux que nous avons sous les yeux1 mme quand ceux-l ne seraient que des animaux que nous aimons4 ,tellement la nature humaine est guide par les sens4 ,ici encore1 ,gthe a raison de dire3 ,die ,gegenwart ist eine mchtige ,gttin4 7,tasso1 acte #d1 sc4 #d47 7,le prsent est une puissante divinit47 ,les amis de la maison sont ordinairement bien nomms de ce nom1 car ils sont plus attachs la maison qu'au matre2 ils ressemblent aux chats plus qu'aux chiens4 ,les amis se disent sincres2 ce sont les ennemis qui le sont2 aussi devrait-on1 pour apprendre se connatre soi-mme1 prendre leur blme comme on prendrait une mdecine amre4 ,comment peut-on prtendre que les amis sont rares1 dans le besoin8 ,mais c'est le contraire4 peine a-t-on fait amiti avec un homme1 que le voil aussitt dans le besoin et qu'il vous emprunte de l'argent4 #cd ,comme il faut tre novice pour croire que montrer de l'esprit et de la raison est un moyen de se faire bien venir dans la socit6 ,bien au contraire1 cela veille chez la plupart des gens un sentiment de haine et de rancune1 d'autant plus amer que celui qui l'prouve n'est pas autoris en dclarer le motif2 bien plus1 il se le dissimule lui-mme4 ,voici en dtail comment cela se passe3 de deux interlocuteurs1 ds que l'un remarque et constate une grande supriorit chez l'autre1 il en conclut tacitement1 et sans en avoir la conscience bien exacte1 que cet autre remarque et constate au mme degr l'infriorit et l'esprit born du premier4 ,cette opposition excite sa haine1 sa rancune1 sa rage la plus amre4 ,aussi ,gracian dit-il avec raison3 ,para ser bien quisto1 el unico medio vestirse la piel del mas simple de los brutos 7,pour tre bien tranquille1 le seul moyen est de revtir la peau du plus simple des animaux74 ,mettre au jour de l'esprit et du jugement1 n'est-ce pas une manire dtourne de reprocher aux autres leur incapacit et leur btise8 ,une nature vulgaire se rvolte l'aspect d'une nature oppose2 le fauteur secret de la rvolte1 c'est l'envie4 ,car satisfaire sa vanit est1 ainsi qu'on peut le voir tout moment1 une jouissance qui1 chez les hommes1 passe avant toute autre1 mais qui n'est possible qu'en vertu d'une comparaison entre eux-mmes et les autres4 ,mais il n'est pas de mrites dont ils soient plus fiers que de ceux de l'intelligence1 vu que c'est sur ceux-l que se fonde leur supriorit l'gard des animaux4 ,il est donc de la plus grande tmrit de leur montrer une supriorit intellectuelle marque1 surtout devant tmoins4 ,cela provoque leur vengeance1 et d'ordinaire ils chercheront l'exercer par des injures1 car ils passent ainsi du domaine de l'intelligence celui de la volont1 sur lequel nous sommes tous gaux4 ,si donc la position et la richesse peuvent toujours compter sur la considration dans la socit1 les qualits intellectuelles ne doivent nullement s'y attendre2 ce qui peut leur arriver de plus heureux1 c'est qu'on n'y fasse pas attention2 mais1 autrement1 on les envisage comme une espce d'impertinence1 ou comme un bien que son propritaire a acquis par des voies illicites et dont il a l'audace de se targuer2 aussi chacun se propose-t-il en silence de lui infliger ultrieurement quelque humiliation ce sujet1 et l'on n'attend pour cela qu'une occasion favorable4 ,c'est peine si1 par une attitude des plus humbles1 on russira arracher le pardon de sa supriorit d'esprit1 comme on arrache une aumne4 ,saadi dit dans le ,gulistan3 ,sachez qu'il se trouve chez l'homme irraisonnable cent fois plus d'aversion pour le raisonnable que celui-ci n'en ressent pour le premier4 ,par contre1 l'infriorit intellectuelle quivaut un vritable titre de recommandation4 ,car le sentiment bienfaisant de la supriorit est pour l'esprit ce que la chaleur est pour le corps2 chacun se rapproche de l'individu qui lui procure cette sensation1 par le mme instinct qui le pousse s'approcher du pole ou aller se mettre au soleil4 ,or il n'y a pour cela uniquement que l'tre dcidment infrieur1 en facults intellectuelles pour les hommes1 en beaut pour les femmes4 ,il faut avouer que1 pour laisser paratre de l'infriorit non simule1 en prsence de bien des gens1 il faut en possder une dose respectable4 ,en revanche1 voyez avec quelle cordiale amabilit une jeune fille mdiocrement jolie va la rencontre de celle qui est foncirement laide4 ,le sexe masculin n'attache pas grande valeur aux avantages physiques1 bien que l'on prfre se trouver ct d'un plus petit que d'un plus grand que soi4 ,en consquence1 parmi les hommes1 ce sont les btes et les ignorants qui sont agrs et recherchs partout2 parmi les femmes1 les laides2 on leur fait immdiatement la rputation d'avoir un cur excellent1 vu que chacun a besoin d'un prtexte pour justifier sa sympathie1 ses yeux et ceux des autres4 ,pour la mme raison1 toute supriorit d'esprit a la proprit d'isoler3 on la fuit1 on la hait1 et pour avoir un prtexte on prte celui qui la possde des dfauts de toute sorte#cg4 ,la beaut produit exactement le mme effet parmi les femmes2 les jeunes filles1 quand elles sont trs belles1 ne trouvent pas d'amies1 pas mme de compagnes4 ,qu'elles ne s'avisent pas de se prsenter quelque part pour une place de demoiselle de compagnie2 ds qu'elles paratront1 le visage de la dame chez qui elles esprent entrer s'assombrira2 car1 soit pour son propre compte1 soit pour celui de ses filles1 elle n'a nullement besoin d'une jolie figure pour doublure4 ,il en est tout autrement1 en revanche1 quand il s'agit des avantages du rang1 car ceux-ci n'agissent pas1 comme les mrites personnels1 par effet de contraste et de relief1 mais par voie de rflexion1 comme les couleurs environnantes quand elles se rflchissent sur le visage4 #ce ,la paresse1 l'gosme et la vanit ont trs souvent la plus grande part dans la confiance que nous montrons autrui3 paresse1 lorsque1 pour ne pas examiner1 soigner1 faire par nous-mmes1 nous prfrons nous confier un autre2 gosme1 lorsque le besoin de parler de nos affaires nous porte lui en faire quelque confidence2 vanit1 quand ces affaires sont de nature nous en rendre glorieux4 ,mais nous n'en exigeons pas moins que l'on apprcie notre confiance4 ,nous ne devrions jamais1 au contraire1 tre irrits par la mfiance1 car elle renferme un compliment l'adresse de la probit1 et c'est l'aveu sincre de son extrme raret qui fait qu'elle appartient ces choses dont on met l'existence en doute4 #cf ,j'ai expos dans ma ,morale l'une des bases de la politesse1 cette vertu cardinale chez les ,chinois2 l'autre est la suivante4 ,la politesse repose sur une convention tacite de ne pas remarquer les uns chez les autres la misre morale et intellectuelle de la condition humaine1 et de ne pas se la reprocher mutuellement2 d'o il rsulte1 au bnfice des deux parties1 qu'elle apparat moins facilement4 ,politesse est prudence2 impolitesse est donc niaiserie3 se faire1 par sa grossiret1 des ennemis1 sans ncessit et de gaiet de cur1 c'est de la dmence2 c'est comme si l'on mettait le feu sa maison4 ,car la politesse est1 comme les jetons1 une monnaie notoirement fausse3 l'pargner prouve de la draison2 en user avec libralit1 de la raison4 ,toutes les nations terminent leurs lettres par cette formule3 ,votre trs humble serviteur1 ,your most obedient servant1 ,suo devotissimo servo4 ,les ,allemands seuls suppriment le ,diener 7serviteur71 car ce n'est pas vrai1 disent-ils4 ,celui1 au contraire1 qui pousse la politesse jusqu'au sacrifice d'intrts rels1 ressemble un homme qui donnerait des pices d'or en place de jetons4 ,de mme que la cire1 dure et cassante de sa nature1 devient moyennant un peu de chaleur si mallable qu'elle prend toutes les formes qu'il plaira de lui donner1 on peut1 par un peu de politesse et d'amabilit1 rendre souples et complaisants jusqu' des hommes revches et hostiles4 ,la politesse est donc l'homme ce que la chaleur est la cire4 ,il est vrai de dire qu'elle est une rude tche1 en ce sens qu'elle nous impose des tmoignages de considration pour tous1 alors que la plupart n'en mritent aucune2 en outre1 elle exige que nous feignions le plus vif intrt1 quand nous devons nous sentir heureux de ne leur en porter nullement4 ,allier la politesse la dignit est un coup de matre4 ,les offenses1 consistant toujours au fond dans des manifestations de manque de considration1 ne nous mettraient pas si facilement hors de nous si1 d'une part1 nous ne nourrissions pas une opinion trs exagre de notre haute valeur et de notre dignit1 ce qui est de l'orgueil dmesur1 et si1 d'autre part1 nous nous tions bien rendu compte de ce que d'ordinaire1 au fond de son cur1 chacun croit et pense l'gard des autres4 ,quel criant contraste pourtant entre la susceptibilit de la plupart des gens pour la plus lgre allusion critique dirige contre eux et ce qu'ils auraient entendre s'ils pouvaient surprendre ce que disent d'eux leurs connaissances6 ,nous ferions mieux de toujours nous souvenir que la politesse n'est qu'un masque ricaneur2 de cette faon1 nous ne nous mettrions pas pousser des cris de paon1 toutes les fois que le masque se drange un peu ou qu'il est dpos pour un instant4 ,quand un individu devient ouvertement grossier1 c'est comme s'il se dpouillait de ses vtements et se prsentait in puris naturalibus4 ,il faut avouer qu'il se montre fort laid ainsi1 comme la plupart des gens dans cet tat4 #cg ,il ne faut jamais prendre modle sur un autre pour ce qu'on veut faire ou ne pas faire1 car les situations1 les circonstances1 les relations ne sont jamais les mmes et parce que la diffrence de caractre donne aussi une tout autre teinte l'action2 c'est pourquoi duo cum faciunt idem1 non est idem 7quand deux hommes font la mme chose1 ce n'est pas la mme chose74 ,il faut1 aprs mre rflexion1 aprs mditation srieuse1 agir conformment son propre caractre4 ,l'originalit est donc indispensable mme dans la vie pratique2 sans elle1 ce qu'on fait ne s'accorde pas avec ce qu'on est4 #ch ,ne combattez l'opinion de personne2 songez que1 si l'on voulait dissuader les gens de toutes les absurdits auxquelles ils croient1 on n'en aurait pas fini1 quand on atteindrait l'ge de ,mathusalem4 ,abstenons-nous aussi1 dans la conversation1 de toute observation critique1 ft-elle faite dans la meilleure intention1 car blesser les gens est facile1 les corriger difficile1 sinon impossible4 ,quand les absurdits d'une conversation que nous sommes dans le cas d'couter commencent nous mettre en colre1 il faut nous imaginer que nous assistons une scne de comdie entre deux fous3 ,probatum est4 ,l'homme n pour instruire le monde sur les sujets les plus importants et les plus srieux peut parler de sa chance quand il s'en tire sain et sauf4 #ci ,celui qui veut que son opinion trouve crdit doit l'noncer froidement et sans passion4 ,car tout emportement procde de la volont2 c'est donc celle-ci et non la connaissance1 qui est froide de sa nature1 que l'on attribuerait le jugement mis4 ,en effet1 la volont tant le principe radical dans l'homme1 et la connaissance n'tant que secondaire et venue accessoirement1 on considrera plutt le jugement comme n de la volont excite que l'excitation de la volont comme produite par le jugement4 #dj ,il ne faut pas se laisser aller se louer soi-mme1 alors mme qu'on en aurait tout le droit4 ,car la vanit est chose si commune1 le mrite au contraire si rare1 que toutes les fois que nous semblons nous louer1 quelque indirectement que ce soit1 chacun pariera cent contre un que ce qui a parl par notre bouche c'est la vanit1 parce qu'elle n'a pas assez de raison pour comprendre le ridicule de la vanterie4 ,nanmoins1 ,bacon de ,verulam pourrait bien n'avoir pas tout fait tort quand il prtend que le semper aliquid hret 7il en reste toujours quelque chose7 n'est pas vrai uniquement de la calomnie1 mais aussi de la louange de soi-mme1 et quand il la recommande doses modres#ch4 #da ,quand vous souponnez quelqu'un de mentir1 feignez la crdulit2 alors il devient effront1 ment plus fort1 et on le dmasque4 ,si vous remarquez au contraire qu'une vrit qu'il voudrait dissimuler lui chappe en partie1 faites l'incrdule1 afin que1 provoqu par la contradiction1 il fasse avancer toute la rserve4 #db ,considrons toutes nos affaires personnelles comme des secrets2 au del de ce que les bonnes connaissances voient de leurs propres yeux1 il faut leur rester entirement inconnu4 ,car ce qu'elles sauraient touchant les choses les plus innocentes peut1 en temps et lieu1 nous tre funeste4 ,en gnral1 il vaut mieux manifester sa raison par tout ce que l'on tait que par ce qu'on dit4 ,effet de prudence dans le premier cas1 de vanit dans le second4 ,les occasions de se taire et celles de parler se prsentent en nombre gal1 mais nous prfrons souvent la fugitive satisfaction que procurent les dernires au profit durable que nous tirons des premires4 ,on devrait se refuser jusqu' ce soulagement de cur que l'on prouve se parler parfois haute voix soi-mme1 ce qui arrive facilement aux personnes vives1 pour n'en pas prendre l'habitude2 car1 par l1 la pense devient tel point l'me et la sur de la parole1 qu'insensiblement nous arrivons parler aussi avec les autres comme si nous pensions tout haut2 et cependant la prudence commande d'entretenir un large foss toujours ouvert entre la pense et la parole4 ,il nous semble parfois que les autres ne peuvent absolument pas croire une chose qui nous concerne1 tandis qu'ils ne songent nullement en douter2 s'il nous arrive cependant d'veiller ce doute en eux1 alors en effet ils ne pourront plus y ajouter foi4 ,mais nous ne nous trahissons uniquement que dans l'ide qu'il est impossible qu'on ne le remarque pas2 c'est ainsi aussi que nous nous prcipitons en bas d'une hauteur par l'effet d'un vertige1 c'est--dire de cette pense qu'il n'est pas possible de rester solidement cette place et que l'angoisse d'y rester est si poignante qu'il vaut mieux l'abrger3 cette illusion s'appelle vertige4 ,d'autre part1 il faut savoir que les gens1 mme ceux qui ne trahissent d'ailleurs qu'une mdiocre perspicacit1 sont d'excellents algbristes quand il s'agit des affaires personnelles des autres2 dans ces matires1 une seule quantit tant donne1 ils rsolvent les problmes les plus compliqus4 ,si1 par exemple1 on leur raconte une histoire passe en supprimant tous les noms et toutes les autres indications sur les personnes1 il faut se garder d'introduire dans la narration le moindre dtail positif et spcial1 tel que la localit1 ou la date1 ou le nom d'un personnage secondaire1 ou quoi que ce soit qui aurait avec l'affaire la connexion la plus loigne1 car ils y trouvent aussitt une grandeur donne positivement1 l'aide de laquelle leur perspicacit algbrique dduit tout le reste4 ,l'exaltation de la curiosit est telle dans ces cas1 qu'avec son secours la volont met les perons aux flancs de l'intellect1 qui1 pouss de la sorte1 arrive aux rsultats les plus lointains4 ,car1 autant les hommes ont peu d'aptitude et de curiosit pour les vrits gnrales1 autant ils sont avides des vrits individuelles4 ,voil pourquoi le silence a t si instamment recommand par tous les docteurs en sagesse avec les arguments les plus divers l'appui4 ,je n'ai donc pas besoin d'en dire davantage et me contenterai de rapporter quelques maximes arabes trs nergiques et peu connues3 ,ce que ton ennemi ne doit pas apprendre1 ne le dis pas ton ami4--,faut que je garde mon secret1 il est mon prisonnier2 ds que je le lche1 c'est moi qui deviens son prisonnier4--,a l'arbre du silence pend son fruit1 la tranquillit4 #dc ,point d'argent mieux plac que celui dont nous nous sommes laiss voler1 car il nous a immdiatement servi acheter de la prudence4 #dd ,ne gardons d'animosit contre personne1 autant que possible2 contentons-nous de bien noter les procds de chacun1 et souvenons-nous-en1 pour fixer par l la valeur de chacun au moins en ce qui nous concerne1 et pour rgler en consquence notre attitude et notre conduite envers les gens2 soyons toujours bien convaincus que le caractre ne change jamais3 oublier un vilain trait1 c'est jeter par la fentre de l'argent pniblement acquis4 ,mais1 en suivant ma recommandation1 on sera protg contre la folle confiance et contre la folle amiti4 ,ni aimer ni har comprend la moiti de toute sagesse2 ne rien dire et ne rien croire1 voil l'autre moiti4 ,il est vrai qu'on tournera volontiers le dos un monde qui rend ncessaires des rgles comme celles-l et comme les suivantes4 #de ,montrer de la colre ou de la haine dans ses paroles ou dans ses traits est inutile1 est dangereux1 imprudent1 ridicule1 vulgaire4 ,on ne doit donc tmoigner de colre ou de haine que par des actes4 ,la seconde manire russira d'autant plus srement qu'on se sera mieux gard de la premire4 ,les animaux sang froid sont les seuls venimeux4 #df ,parler sans accent3 cette vieille rgle des gens du monde enseigne qu'il faut laisser l'intelligence des autres le soin de dmler ce que vous avez dit2 leur comprhension est lente1 et1 avant qu'elle ait achev1 vous tes loin4 ,au contraire1 parler avec accent signifie s'adresser au sentiment1 et alors tout est renvers4 ,il est telles gens qui l'on peut1 avec un geste poli et un ton amical1 dire en ralit des sottises sans danger immdiat4 ,,iv4--,concernant notre conduite en face de la marche du monde et en face du sort4 #dg ,quelque forme que revte l'existence humaine1 les lments en sont toujours semblables2 aussi les conditions essentielles en restent-elles les mmes1 qu'on vive dans une cabane ou la cour1 au couvent1 ou l'arme4 ,malgr leur varit1 les vnements1 les aventures1 les accidents heureux ou malheureux de la vie rappellent les articles de confiseur2 les figures sont nombreuses et varies1 il y en a de contournes et de bigarres2 mais le tout est ptri de la mme pte1 et les incidents arrivs l'un ressemblent ceux survenus l'autre bien plus que celui-ci ne s'en doute les entendre raconter4 ,les vnements de notre vie ressemblent encore aux images du kalidoscope3 chaque tour1 nous en voyons d'autres1 tandis qu'en ralit c'est toujours la mme chose que nous avons devant les yeux4 #dh ,trois puissances dominent le monde1 a dit trs justement un ancien3 1 1 prudence1 force et fortune4 ,cette dernire1 selon moi1 est la plus influente4 ,car le cours de la vie peut tre compar la marche d'un navire4 ,le sort1 la 1 la secunda aut adversa fortuna1 remplit le rle du vent qui rapidement nous pousse au loin en avant ou en arrire1 pendant que nos propres efforts et nos peines ne sont que d'un faible secours4 ,leur office est celui des rames2 quand celles-ci1 aprs bien des heures d'un long travail1 nous ont fait avancer d'un bout de chemin1 voil subitement un coup de vent qui nous rejette d'autant en arrire4 ,le vent1 au contraire1 est-il favorable1 il nous pousse si bien que nous pouvons nous passer de rames4 ,un proverbe espagnol exprime avec une nergie incomparable cette puissance de la fortune3 ,da ventura a tu hijo1 y echa lo en el mar 7,donne ton fils du bonheur1 et jette-le la mer7#ci4 ,mais le hasard est une puissance maligne1 laquelle il faut se fier le moins possible4 ,et cependant quel est1 entre tous les dispensateurs de biens1 le seul qui1 lorsqu'il donne1 nous indique en mme temps1 ne pas s'y tromper1 que nous n'avons nul droit de prtendre ses dons1 que nous devons en rendre grces non notre mrite1 mais sa seule bont et sa faveur1 et qu' cause de cela prcisment nous pouvons nourrir la rjouissante esprance de recevoir avec humilit bien d'autres dons encore1 tout aussi peu mrits8 ,c'est le hasard3 lui1 qui entend cet art rgalien de faire comprendre que1 oppos sa faveur et sa grce1 tout mrite est sans force et sans valeur4 ,lorsqu'on jette les yeux en arrire sur le chemin de la vie1 et lorsque1 embrassant dans l'ensemble son cours tortueux et perfide comme le labyrinthe1 on aperoit tant de bonheurs manqus1 tant de malheurs attirs1 on est amen facilement exagrer les reproches qu'on s'adresse soi-mme4 ,car la marche de notre existence n'est pas uniquement notre propre uvre2 elle est le produit de deux facteurs1 savoir la srie des vnements et la srie de nos dcisions1 qui sans cesse se croisent et se modifient rciproquement4 ,en outre1 notre horizon1 pour les deux facteurs1 est toujours trs limit1 vu que nous ne pouvons prdire nos rsolutions longtemps l'avance1 et1 encore moins1 prvoir les vnements2 dans les deux sries1 il n'y a que celles du moment1 qui nous soient bien connues4 ,c'est pourquoi1 aussi longtemps que notre but est encore loign1 nous ne pouvons mme pas gouverner droit sur lui2 tout au plus pouvons-nous nous diriger approximativement et par des probabilits2 il nous faut donc souvent louvoyer4 ,en effet1 tout ce qui est en notre pouvoir1 c'est de nous dcider chaque fois selon les circonstances prsentes1 avec l'espoir de tomber assez juste pour que cela nous rapproche du but principal4 ,en ce sens1 les vnements et nos rsolutions importantes sont comparables deux forces agissant dans des directions diffrentes1 et dont la diagonale reprsente la marche de notre vie4 ,trence a dit3 ,in vita est hominum quasi cum ludas tesseris3 si illud quod maxime opus est jactu1 non cadit1 illud1 quod cecidit forte1 id arte ut corrigas 7,il en est de la vie humaine comme d'une partie de ds2 si l'on n'obtient pas le d dont on a besoin1 il faut savoir tirer parti de celui que le sort a amen72 c'est une espce de trictrac que ,trence doit avoir eu en vue dans ce passage4 ,nous pouvons dire en moins de mots3 ,le sort mle les cartes1 et nous1 nous jouons4 ,mais1 pour exprimer ce que j'entends ici1 la meilleure comparaison est la suivante4 ,les choses se passent dans la vie comme au jeu d'checs3 nous combinons un plan2 mais celui-ci reste subordonn ce qu'il plaira de faire1 dans la partie d'checs l'adversaire1 dans la vie au sort4 ,les modifications que notre plan subit la suite sont1 le plus souvent1 si considrables que c'est peine si dans l'excution il est encore reconnaissable quelques traits fondamentaux4 ,au reste1 dans la marche de notre existence1 il y a quelque chose qui est plac plus haut que tout cela4 ,il est1 en effet1 d'une vrit banale et trop souvent confirme1 que nous sommes frquemment plus fous que nous ne le croyons2 en revanche1 avoir t plus sage qu'on ne le supposait soi-mme1 voil une dcouverte que font ceux-l seuls qui se sont trouvs dans ce cas1 et1 mme alors1 longtemps aprs seulement4 ,il y a en nous quelque chose de plus avis que la tte4 ,nous agissons1 en effet1 dans les grands moments1 dans les pas importants de la vie1 moins par une connaissance exacte de ce qu'il convient de faire que par une impulsion intrieure2 on dirait un instinct venant du plus profond de notre tre1 et ensuite nous critiquons notre conduite en vertu de notions prcises1 mais la fois mesquines1 acquises1 voire mme empruntes1 d'aprs des rgles gnrales1 ou selon l'exemple de ce que d'autres ont fait1 et ainsi de suite1 sans peser assez qu'une chose ne convient pas tous2 de cette manire1 nous devenons facilement injustes envers nous-mmes4 ,mais la fin dmontre qui a eu raison1 et seule une vieillesse que l'on atteint sans encombre autorise juger la question1 tant par rapport au monde extrieur que par rapport soi-mme4 ,peut-tre cette impulsion intrieure est-elle guide1 sans que nous nous en apercevions1 par des songes prophtiques1 oublis au rveil1 qui donnent ainsi prcisment notre vie ce ton toujours galement cadenc1 cette unit dramatique que ne pourrait lui prter la conscience crbrale si souvent chancelante1 abuse et si facilement variable2 c'est l peut-tre ce qui fait1 par exemple1 que l'homme appel produire de grandes uvres dans une branche spciale en a1 ds sa jeunesse1 le sentiment intime et secret1 et travaille en vue de ce rsultat1 comme l'abeille la construction de sa ruche4 ,mais pour chaque homme1 ce qui le pousse1 c'est ce que ,balthazar ,gracian appelle la gran sindresis1 c'est--dire le soin instinctif et nergique de soi-mme1 sans lequel l'tre prit4 ,agir en vertu de principes abstraits est difficile1 et ne russit qu'aprs un long apprentissage et1 mme alors1 pas toujours2 souvent aussi1 ces principes sont insuffisants4 ,en revanche1 chacun possde certains principes inns et concrets1 logs dans son sang et dans sa chair1 car ils sont le rsultat de tout son penser1 de son sentir et de son vouloir4 ,la plupart du temps1 il ne les connat pas in abstracto1 et ce n'est qu'en portant ses regards sur sa vie passe qu'il s'aperoit leur avoir obi sans cesse et avoir t men par ces principes comme par un fil invisible4 ,selon leur qualit1 ils le conduiront son bonheur ou son malheur4 #di ,on devrait ne jamais perdre de vue l'action qu'exerce le temps ni la mobilit des choses2 par consquent1 dans tout ce qui arrive actuellement1 il faudrait voquer de suite l'image du contraire3 ainsi1 dans le bonheur1 se reprsenter vivement l'infortune2 dans l'amiti1 l'inimiti2 par le beau temps1 la mauvaise saison2 dans l'amour1 la haine2 dans la confiance et l'panchement1 la trahison et le repentir2 et l'inverse galement4 ,nous trouverions l une source intarissable de sagesse pour ce monde1 car nous serions toujours prudents et nous ne nous laisserions pas abuser si facilement4 ,du reste1 dans la plupart des cas1 nous n'aurions fait ainsi qu'anticiper sur l'action du temps4 ,il n'est peut-tre aucune notion pour laquelle l'exprience soit aussi indispensable que pour la juste apprciation de l'inconstance et de la vicissitude des choses4 ,comme chaque situation1 pour le temps de sa dure1 existe ncessairement et par consquent de plein droit1 il semble que chaque anne1 chaque mois1 chaque jour va enfin conserver ce plein droit pour l'ternit4 ,mais rien ne le conserve1 ce droit d'actualit1 et le changement seul est la chose immuable4 ,l'homme prudent est celui que n'abuse pas la stabilit apparente et qui prvoit1 en outre1 la direction dans laquelle s'oprera le prochain changement#dj4 ,ce qui fait que les hommes considrent ordinairement l'tat prcaire des choses ou la direction de leur cours comme ne devant jamais changer1 c'est que1 tout en ayant les effets sous les yeux1 ils ne saisissent pas les causes2 or ce sont celles-ci qui portent en elles le germe des futurs changements2 l'effet1 qui seul existe leurs yeux1 ne contient rien de semblable4 ,ils s'attachent au rsultat1 et quant ces causes qu'ils ignorent1 ils supposent que1 ayant pu produire l'effet1 elles seront aussi capables de le maintenir4 ,ils ont en cela cet avantage que1 lorsqu'ils se trompent1 c'est toujours uni sono1 d'une seule voix2 aussi la calamit que cette erreur attire sur leur tte est toujours gnrale1 tandis que le penseur1 quand il se trompe1 reste1 en outre1 isol4 ,pour le dire en passant1 ceci confirme mon assertion que l'erreur provient toujours d'une conclusion d'effet cause 7voy4 ,le monde comme ,v4 et ,r41 vol4 ,i74 ,toutefois il ne convient qu'en thorie d'anticiper sur le temps en prvoyant son effet1 et non pas pratiquement2 ce qui veut dire qu'il ne faut pas empiter sur l'avenir en demandant avant le temps ce qui ne peut venir qu'avec le temps4 ,quiconque s'avise de le faire prouvera qu'il n'est pas d'usurier pire et plus intraitable que le temps1 et que1 lorsqu'on lui demande des avances de payement1 il exige de plus lourds intrts que n'importe quel juif4 ,par exemple1 on peut1 au moyen de chaux vive et de chaleur1 pousser la vgtation d'un arbre au point de lui faire porter en quelques jours ses feuilles1 ses fleurs et ses fruits2 mais il dprit ensuite4 ,quand l'adolescent veut exercer ds prsent1 mme pendant peu de jours1 la puissance gnitale de l'homme fait1 et accomplir dix-neuf ans ce qui lui sera facile trente1 le temps lui en fera bien l'avance1 mais une partie de la force de ses annes venir1 peut-tre une partie mme de sa vie1 servira d'intrt4 ,il est des maladies que l'on ne peut gurir convenablement et radicalement qu'en leur laissant suivre leur cours naturel2 elles disparaissent alors d'elles-mmes1 sans laisser de traces4 ,mais si l'on demande se rtablir immdiatement1 tout de suite1 alors encore le temps devra faire l'avance2 la maladie sera carte1 mais l'intrt sera reprsent par un affaiblissement et des maux chroniques pour toute la vie4 ,lorsque1 en temps de guerre ou de troubles1 on veut trouver de l'argent bien vite1 tout de suite1 on est oblig de vendre au tiers de leur valeur1 et peut-tre moins encore1 des immeubles ou des papiers de l'tat1 dont on obtiendrait le prix intgral si on laissait faire le temps1 c'est--dire si l'on attendait quelques annes2 mais on l'oblige des avances4 ,ou bien encore on a besoin d'une certaine somme pour faire un long voyage3 on pourrait ramasser l'argent ncessaire en un ou deux ans en pargnant sur ses revenus4 ,mais on ne veut pas attendre3 on emprunte ou bien on prend sur son capital2 en d'autres mots1 le temps est appel faire une avance4 ,ici1 l'intrt sera le dsordre faisant irruption dans les finances1 et un dficit permanent et croissant dont on ne peut plus se dbarrasser4 ,c'est l donc l'usure pratique par le temps1 et tous ceux qui ne peuvent pas attendre seront ses victimes4 ,il n'est pas d'entreprise plus coteuse que de vouloir prcipiter le cours mesur du temps4 ,gardons-nous bien aussi de lui devoir des intrts4 #ej ,entre les cerveaux communs et les ttes senses1 il y a une diffrence caractristique et qui se produit frquemment dans la vie ordinaire3 c'est que les premiers1 quand ils rflchissent un danger possible dont ils veulent apprcier la grandeur1 ne cherchent et ne considrent que ce qui peut tre arriv dj de semblable2 tandis que les secondes pensent par elles-mmes ce qui pourrait arriver1 se rappelant le proverbe espagnol qui dit3 ,lo que no acaece en un ano1 acaece en un rato 7,ce qui n'arrive pas en un an arrive en un instant74 ,du reste1 la diffrence dont je parle est toute naturelle2 car1 pour embrasser du regard ce qui peut arriver1 il faut du jugement1 et1 pour voir ce qui est arriv1 les sens suffisent4 ,sacrifions aux esprits malins6 voil quelle doit tre notre maxime4 ,ce qui veut dire qu'il ne faut pas reculer devant certains frais de soins1 de temps1 de drangement1 d'embarras1 d'argent ou de privations1 quand on peut ainsi fermer l'accs l'ventualit d'un malheur et faire que plus l'accident peut tre grave1 plus la possibilit en devienne faible1 loigne et invraisemblable4 ,l'exemple le plus frappant l'appui de cette rgle1 c'est la prime d'assurance4 ,celle-ci est un sacrifice public et gnral sur l'autel des esprits malins4 #ea ,nul vnement ne doit nous faire clater en grands clats de joie ni de lamentations1 en partie cause de la versatilit de toutes choses qui peut tout moment modifier la situation1 et en partie cause de la facilit de notre jugement se tromper sur ce qui nous est salutaire ou prjudiciable2 ainsi il est arriv chacun1 au moins une fois dans sa vie1 de gmir sur ce qui s'est trouv plus tard tre tout ce qu'il y avait de plus heureux pour lui1 ou d'tre ravi de ce qui est devenu la source de ses plus grandes souffrances4 ,le sentiment que nous recommandons ici1 ,shakespeare l'a exprim dans les beaux vers suivants3 ,i have felt so many quirks of joy and grief ,that the first face of neither1 on the start1 ,can woman me unto it4 7,j'ai prouv tant de secousses de joie et de douleur que le premier aspect et le choc imprvu de l'une ou de l'autre ne peuvent plus me faire descendre la faiblesse d'une femme47--7,tout est bien444 ,acte #c1 sc4 #b47 ,l'homme1 surtout1 qui reste calme dans les revers1 prouve qu'il sait combien les maux possibles dans la vie sont immenses et multiples1 et qu'il ne considre le malheur qui survient en ce moment que comme une petite partie de ce qui pourrait arriver3 c'est l le sentiment stoque1 qui porte ne jamais tre conditionis human oblitus 7oublieux de la condition humaine71 mais se rappeler sans cesse la triste et dplorable destine gnrale de l'existence humaine1 ainsi que le nombre infini de souffrances auxquelles elle est expose4 ,pour aviver ce sentiment1 il n'y a qu' jeter partout un regard autour de soi3 en tout lieu1 on aura bientt sous les yeux cette lutte1 ces trpignements1 ces tourments pour une misrable existence1 nue et insignifiante4 ,alors on rabattra de ses prtentions1 on saura s'accommoder l'imperfection de toutes choses et de toutes conditions1 et l'on verra venir les dsastres pour apprendre les viter ou les supporter4 ,car les revers1 grands ou petits1 sont l'lment de notre vie4 ,voil ce qu'on devrait toujours avoir prsent l'esprit1 sans pour cela1 en vrai 1 se lamenter et se contorsionner avec ,beresford cause des miseries of human life1 et encore moins in pulicis morsu ,deum invocare 7invoquer ,dieu pour une morsure de puce72 il faut1 en 1 pousser si loin la prudence prvenir et carter les malheurs1 qu'ils viennent des hommes ou des choses1 et se perfectionner si bien dans cet art1 que1 pareil un fin renard1 on vite bien gentiment tout accident 7il n'est le plus souvent qu'une maladresse dguise71 petit ou grand4 ,la raison principale pour laquelle un vnement malheureux est moins lourd porter quand nous l'avons considr l'avance comme possible et que nous en avons pris notre parti1 comme on dit1 cette raison doit tre la suivante3 lorsque nous pensons avec calme un malheur avant qu'il se produise1 comme une simple possibilit1 nous en apercevons l'tendue clairement et de tous les cts1 et nous en avons alors la notion comme de quelque chose de fini et de facile embrasser d'un regard2 de faon que1 lorsqu'il arrive effectivement1 il ne peut pas agir avec plus de poids qu'il n'en a en ralit4 ,si1 au contraire1 nous n'avons pas pris ces prcautions1 si nous sommes frapps sans prparation1 l'esprit effray ne peut1 au premier abord1 mesurer exactement son tendue1 et1 ne pouvant le voir d'un seul regard1 il est port le considrer comme incommensurable1 ou1 au moins1 comme beaucoup plus grand qu'il ne l'est vraiment4 ,c'est ainsi que l'obscurit et l'incertitude grossissent tout danger4 ,ajoutons que certainement1 en considrant ainsi l'avance un malheur comme possible1 nous avons mdit en mme temps sur les motifs que nous aurons de nous en consoler et sur les moyens d'y remdier1 ou pour le moins nous nous sommes familiariss avec sa vue4 ,mais rien ne nous fera supporter avec plus de calme les malheurs1 que de bien nous convaincre de la vrit que j'ai fermement tablie1 en remontant leurs principes premiers1 dans mon ouvrage couronn sur le ,libre arbitre2 je l'ai nonce en ces termes3 ,tout ce qui arrive1 du plus grand au plus petit1 arrive ncessairement4 ,car l'homme sait bien vite se rsigner ce qui est invitablement ncessaire1 et la connaissance du prcepte ci-dessus lui fait envisager tous les vnements1 mme ceux qu'amnent les hasards les plus tranges1 comme aussi ncessaires que ceux qui drivent des lois les mieux connues et se conforment aux prvisions les plus exactes4 ,je renvoie donc le lecteur ce que j'ai dit 7voyez ,le monde comme volont et comme reprsentation7 sur l'influence calmante qu'exerce la notion de l'invitable et du ncessaire4 ,tout homme qui s'en sera pntr commencera par faire bravement ce qu'il peut faire1 puis souffrira bravement ce qu'il doit souffrir4 ,nous pouvons considrer les petits accidents qui viennent nous vexer toute heure1 comme destins nous tenir en haleine1 afin que la force ncessaire pour supporter les grands malheurs ne se relche pas dans les jours heureux4 ,quant aux tracasseries journalires1 aux petits frottements dans les rapports entre les hommes1 aux chocs insignifiants1 aux inconvenances1 aux caquets et autres choses semblables1 il faut tre cuirass leur gard1 c'est--dire non seulement ne pas les prendre cur et les ruminer1 mais ne pus mme les ressentir2 ne nous laissons pas toucher par tout cela1 repoussons-le du pied comme les cailloux qui gisent sur la route1 et n'en faisons jamais un objet intime de rflexion et de mditation4 #eb ,le plus souvent1 ce sont simplement leurs propres sottises que les gens appellent communment le sort4 ,on ne peut donc assez se pntrer de ce beau passage d',homre 7,il41 ,,xxiii1 #cac et suiv47 o il recommande la 1 c'est--dire une sage circonspection4 ,car1 si l'on n'expie ses fautes que dans l'autre monde1 c'est dj dans celui-ci qu'on paye ses sottises1 bien que de temps autre celles-ci trouvent grce1 l'occasion4 ,ce n'est pas le temprament violent1 c'est la prudence qui fait paratre terrible et menaant3 tellement le cerveau de l'homme est une arme plus redoutable que la griffe du lion4 ,l'homme du monde parfait serait celui que l'indcision ne ferait jamais rester court et que rien non plus ne ferait se presser4 #ec ,le courage est1 aprs la prudence1 une condition essentielle notre bonheur4 ,certainement on ne peut se donner ni l'une ni l'autre de ces qualits2 on hrite la premire de son pre et la seconde de sa mre2 cependant1 par une rsolution bien prise et par de l'exercice1 on parvient augmenter la part qu'on en possde4 ,dans ce monde o le sort est d'airain1 il faut avoir un caractre d'airain1 cuirass contre la destine et arm contre les hommes4 ,car toute cette vie n'est qu'un combat2 chaque pas nous est disput1 et ,voltaire dit avec raison3 ,on ne russit dans ce monde qu' la pointe de l'pe1 et on meurt les armes la main4 ,aussi est-ce d'une me lche1 ds que les nuages s'amoncellent ou se montrent seulement l'horizon1 de se laisser abattre1 de perdre courage et de gmir4 ,que notre devise soit plutt3 ,tu ne cede malis sed contra audentior ito4 7,ne cde pas l'adversit1 mais marche hardiment contre elle47 ,tant qu'il n'y a encore que du doute sur l'issue d'une chose dangereuse1 tant qu'il reste une possibilit pour que le rsultat soit favorable1 ne faiblissez pas1 ne songez qu' la rsistance2 de mme qu'il ne faut pas dsesprer du beau temps1 aussi longtemps qu'il reste encore au ciel un petit coin bleu4 ,il faut mme en arriver pouvoir dire3 ,si fractus illabatur orbis ,impavidum ferient ruin4 7,si le monde s'croulait bris1 ses ruines le frapperaient sans l'effrayer47 ,ni l'existence tout entire1 ni plus forte raison ses biens1 ne mritent en dfinitive tant de lche terreur et tant d'angoisses3 ,quocirca vivite fortes1 ,fortiaque adversis opponite pectora rebus4 7,c'est pourquoi vivez vertueux et opposez un cur ferme l'adversit74 ,cependant un excs est possible3 le courage peut dgnrer en tmrit4 ,pourtant la poltronnerie1 dans une certaine mesure1 est mme ncessaire la conservation de notre existence sur la terre2 la lchet n'est que l'excs de cette mesure4 ,c'est ce que ,bacon de ,verulam a si bien expos dans son explication tymologique du terror ,panicus1 explication qui laisse loin derrire elle celle qui nous a t conserve1 due ,plutarque 7,de ,iside et ,osir41 ch4 #ad74 ,bacon la fait driver de ,pan1 personnifiant la nature2 puis il ajoute3 ,la nature a mis le sentiment de la crainte et de la terreur dans tout ce qui est vivant pour garder la vie et son essence1 et pour viter et chasser les dangers4 ,cependant cette mme nature ne sait pas garder la mesure3 aux craintes salutaires elle en mle toujours de vaines et de superflues3 tellement que nous trouverions 7si nous pouvions voir l'intrieur7 tous les tres1 surtout les cratures humaines1 remplis de terreurs paniques4 ,au reste1 ce qui caractrise la terreur panique1 c'est qu'elle ne se rend pas compte distinctement de ses motifs2 elle les prsuppose plus qu'elle ne les connat1 et1 au besoin1 elle donne la peur elle-mme pour motif la peur4 ,,chapitre ,,vi ,,de ,,la ,,diff,,rence ,,des ,,ges ,,de ,,la ,,vie ,voltaire a dit admirablement3 ,qui n'a pas l'esprit de son ge ,de son ge a tout le malheur4 ,il nous faut donc1 pour clore ces considrations eudmonologiques1 jeter un coup d'il sur les modifications que l'ge apporte en nous4 ,dans tout le cours de notre vie1 nous ne possdons que le prsent et rien au del4 ,la seule diffrence1 c'est1 en premier lieu1 qu'au commencement nous voyons un long avenir devant nous1 et vers la fin un long pass derrire nous2 en second lieu1 que notre temprament1 mais jamais notre caractre1 parcourt une srie de modifications connues1 qui donnent chacune une teinte diffrente au prsent4 ,j'ai expos dans mon grand ouvrage 7vol4 ,,ii1 ch4 #ca7 comment et pourquoi1 dans l'enfance1 nous sommes beaucoup plus ports vers la connaissance que vers la volont4 ,c'est l-dessus prcisment que repose cette flicit du premier quart de la vie qui nous le fait apparatre ensuite derrire nous comme un paradis perdu4 ,nous n'avons1 pendant l'enfance1 que des relations peu nombreuses et des besoins limits1 par suite1 peu d'excitation de la volont3 la plus grande part de notre tre est employe connatre4 ,l'intellect1 comme le cerveau1 qui sept ans atteint toute sa grosseur1 se dveloppe de bonne heure1 bien qu'il ne mrisse que plus tard1 et tudie cette existence encore nouvelle o tout1 absolument tout est revtu du vernis brillant que lui prte le charme de la nouveaut4 ,de l vient que nos annes d'enfance sont une posie non interrompue4 ,car l'essence de la posie1 comme de tous les arts1 est de percevoir dans chaque chose isole l'ide platonique1 c'est--dire l'essentiel1 ce qui est commun toute l'espce2 chaque objet nous apparat ainsi comme reprsentant tout son genre1 et un cas en vaut mille4 ,quoiqu'il semble que dans les scnes de notre jeune ge nous ne soyons occups que de l'objet ou de l'vnement actuel et encore en tant seulement que notre volont du moment y est intresse1 au fond cependant il n'en est pas ainsi4 ,en effet1 la vie1 avec toute son importance1 s'offre nous si neuve encore1 si frache1 avec des impressions si peu mousses par leur retour frquent1 que1 avec toutes nos allures enfantines1 nous nous occupons1 en silence et sans intention distincte1 saisir dans les scnes et les vnements isols1 l'essence mme de la vie1 les types fondamentaux de ses formes et de ses images4 ,nous voyons1 comme l'exprime ,spinoza1 tous les objets et toutes les personnes sub specie ternitatis4 ,plus nous sommes jeunes1 plus chaque chose isolment reprsente pour nous son genre tout entier4 ,cet effet va diminuant graduellement1 d'anne en anne3 et c'est l ce qui dtermine la diffrence si considrable d'impression que produisent sur nous les objets dans la jeunesse ou dans l'ge avanc4 ,les expriences et les connaissances acquises pendant l'enfance et la premire jeunesse deviennent ensuite les types constants et les rubriques de toutes les expriences et connaissances ultrieures1 pour ainsi dire les catgories sous lesquelles nous ajoutons1 sans en avoir toujours la conscience exacte1 tout ce que nous rencontrons plus tard4 ,ainsi se forme1 ds nos annes d'enfance1 le fondement solide de notre manire1 superficielle ou profonde1 d'envisager le monde2 elle se dveloppe et se complte par la suite1 mais ne change plus dans ses points principaux4 ,c'est donc en vertu de cette manire de voir1 purement objective1 par consquent potique1 essentielle l'enfance1 o elle est soutenue par le fait que la volont est encore bien loin de se manifester avec toute son nergie1 que l'enfant s'occupe beaucoup plus connatre qu' vouloir4 ,de l ce regard srieux1 contemplatif de certains enfants1 dont ,raphal a tir si heureusement parti pour ses anges1 surtout dans sa ,madone sixtine4 ,c'est pourquoi galement les annes d'enfance sont si heureuses que leur souvenir est toujours ml d'un douloureux regret4 ,pendant que d'une part nous nous consacrons ainsi1 avec tout notre srieux1 la connaissance intuitive des choses1 d'autre part l'ducation s'occupe nous procurer des notions4 ,mais les notions ne nous donnent pas l'essence propre des choses2 celle-ci1 qui constitue le fond et le vritable contenu de toutes nos connaissances1 repose principalement sur la comprhension intuitive du monde4 ,mais cette dernire ne peut tre acquise que par nous-mmes et ne saurait d'aucune manire nous tre enseigne4 ,d'o il rsulte que notre valeur intellectuelle1 tout comme notre valeur morale1 n'entre pas du dehors dans nous1 mais sort du plus profond de notre propre tre1 et toute la science pdagogique d'un ,pestalozzi ne parviendra jamais faire d'un imbcile n un penseur3 non1 mille fois non6 imbcile il est n1 il doit mourir imbcile4 ,cette comprhension contemplative du monde extrieur nouvellement offert notre vue explique aussi pourquoi tout ce qu'on a vu et appris pendant l'enfance se grave si fortement dans la mmoire4 ,en effet1 nous nous y sommes occups exclusivement1 rien ne nous en a distraits1 et nous avons considr les choses que nous voyions comme uniques de leur espce1 bien plus1 comme les seules existantes4 ,plus tard1 le nombre considrable des choses alors connues nous enlve le courage et la patience4 ,si l'on veut bien se rappeler ici ce que j'ai expos dans le deuxime volume de mon grand ouvrage1 savoir3 que l'existence objective de toutes choses1 c'est--dire dans la reprsentation pure1 est toujours agrable1 taudis que leur existence subjective1 est dans le vouloir1 est fortement mlange de douleur et de chagrin1 alors on admettra bien1 comme expression rsume de la chose1 la proposition suivante3 ,toutes les choses sont belles la vue et affreuses dans leur tre 7herrlich zu seh'n1 aber schrecklich zu seyn74 ,il rsulte de tout ce qui prcde que1 pendant l'enfance1 les objets nous sont connus bien plus par le ct de la vue1 c'est--dire de la reprsentation1 de l'objectivit1 que par celui de l'tre1 qui est en mme temps celui de la volont4 ,comme le premier est le ct rjouissant des choses et que leur ct subjectif et effrayant nous est encore inconnu1 le jeune intellect prend toutes les images que la ralit et l'art lui prsentent pour autant d'tres heureux3 il s'imagine qu'autant elles sont belles voir1 autant et plus elles le sont tre4 ,aussi la vie lui apparat comme un den3 c'est l cette ,arcadie o tous nous sommes ns4 ,il en rsulte1 un peu plus tard1 la soif de la vie relle1 le besoin pressant d'agir et de souffrir1 nous poussant irrsistiblement dans le tumulte du monde4 ,ici1 nous apprenons connatre l'autre face des choses1 celle de l'tre1 c'est--dire de la volont1 que tout vient croiser chaque pas4 ,alors s'approche peu peu la grande dsillusion2 quand elle est arrive1 on dit3 ,l'ge des illusions est pass#da1 et tout de mme elle avance toujours davantage et devient de plus en plus complte4 ,ainsi1 nous pouvons dire que pendant l'enfance la vie se prsente comme une dcoration de thtre vue de loin1 pendant la vieillesse1 comme la mme1 vue de prs4 ,voici encore un sentiment1 qui vient contribuer au bonheur de l'enfance3 ainsi qu'au commencement du printemps tout feuillage a la mme couleur et presque la mme forme1 ainsi1 dans la premire enfance1 nous nous ressemblons tous1 et nous nous accordons parfaitement4 ,ce n'est qu'avec la pubert que commence la divergence qui va toujours augmentant1 comme celle des rayons d'un cercle4 ,ce qui trouble1 ce qui rend malheureuses les annes de jeunesse1 le reste de cette premire moiti de la vie si prfrable la seconde1 c'est la chasse au bonheur1 entreprise dans la ferme supposition qu'on peut le rencontrer dans l'existence4 ,c'est l la source de l'esprance toujours due1 qui engendre son tour le mcontentement4 ,les images trompeuses d'un vague rve de bonheur flottent devant nos yeux sous des formes capricieusement choisies1 et nous cherchons vainement leur type original4 ,aussi sommes-nous pendant la jeunesse presque toujours mcontents de notre tat et de notre entourage1 quels qu'ils soient1 car c'est eux que nous attribuons ce qui revient partout l'inanit et la misre de la vie humaine1 avec lesquelles nous faisons connaissance pour la premire fois en ce moment1 aprs nous tre attendus bien autre chose4 ,on gagnerait beaucoup enlever de bonne heure1 par des enseignements convenables1 cette illusion propre la jeunesse qu'il y a grand'chose trouver dans le monde4 ,mais au contraire il arrive que la vie se fait connatre nous par la posie avant de se rvler par la ralit4 l'aurore de notre jeunesse1 les scnes que l'art nous dpeint s'talent brillantes nos yeux1 et nous voil tourments du dsir de les voir ralises1 de saisir l'arc-en-ciel4 ,le jeune homme attend sa vie sous la forme d'un roman intressant4 ,ainsi nat cette illusion que j'ai dcrite dans le deuxime volume de mon ouvrage dj cit4 ,car ce qui prte leur charme toutes ces images1 c'est que prcisment elles ne sont que des images et non des ralits1 et qu'en les contemplant nous nous trouvons dans l'tat de calme et de contentement parfait de la connaissance pure4 ,se raliser signifie tre rempli par le vouloir1 et celui-ci amne infailliblement des douleurs4 ,ici encore1 je dois renvoyer le lecteur que le sujet intresse au deuxime volume de mon livre4 ,si donc le caractre de la premire moiti de la vie est une aspiration inassouvie au bonheur1 celui de la seconde moiti est l'apprhension du malheur4 ,car ce moment on a reconnu plus ou moins nettement que tout bonheur est chimrique1 toute souffrance1 au contraire1 relle4 ,alors les hommes1 ceux-l du moins dont le jugement est sens1 au lieu d'aspirer aux jouissances1 ne cherchent plus qu'une condition affranchie de douleur et de trouble#db4 ,lorsque1 dans mes annes de jeunesse1 j'entendais sonner ma porte1 j'tais tout joyeux1 car je me disais3 ,ah6 enfin6 ,plus tard1 dans la mme situation1 mon impression tait plutt voisine de la frayeur2 je pensais3 ,hlas6 dj6 ,les tres distingus et bien dous1 ceux qui1 par l mme1 n'appartiennent pas entirement au reste des hommes et se trouvent plus ou moins isols1 en proportion de leurs mrites1 prouvent aussi l'gard de la socit humaine ces deux sentiments opposs3 dans leur jeunesse1 c'est frquemment celui d'en tre dlaisss2 dans l'ge mr1 celui d'en tre dlivrs4 ,le premier1 qui est pnible1 provient de leur ignorance2 le second1 agrable1 de leur connaissance du monde4 ,cela fait que la seconde moiti de la vie1 comme la seconde partie d'une priode musicale1 a moins de fougue et plus de tranquillit que la premire2 ce qui vient de ce que la jeunesse s'imagine monts et merveilles au sujet du bonheur et des jouissances que l'on peut rencontrer sur terre1 la seule difficult consistant les atteindre1 tandis que la vieillesse sait qu'il n'y a rien y trouver3 calme cet gard1 elle gote tout prsent supportable et prend plaisir mme aux petites choses4 ,ce que l'homme mr a gagn par l'exprience de la vie1 ce qui fait qu'il voit le monde autrement que l'adolescent et le jeune homme1 c'est avant tout l'absence de prvention4 ,lui1 le premier1 commence voir les choses simplement et les prendre pour ce qu'elles sont2 tandis que1 aux yeux du jeune homme et de l'adolescent1 une illusion compose de rveries cres d'elles-mmes1 de prjugs transmis et de fantaisies tranges1 voilait ou dformait le monde vritable4 ,la premire tche que l'exprience trouve accomplir est de nous dlivrer des chimres et des notions fausses accumules pendant la jeunesse4 ,en garantir les jeunes gens serait certainement la meilleure ducation leur donner1 bien qu'elle soit simplement ngative2 mais c'est l une bien difficile affaire4 ,il faudrait1 dans ce but1 commencer par maintenir l'horizon de l'enfant aussi troit que possible1 ne lui procurer dans ses limites que des notions claires et justes et ne l'largir que graduellement1 aprs qu'il aurait la connaissance bien exacte de tout ce qui y est situ1 et ayant toujours soin qu'il n'y reste rien d'obscur1 rien qu'il n'aurait compris qu' demi ou de travers4 ,il en rsulterait que ses notions sur les choses et sur les relations humaines1 bien que restreintes encore et trs simples1 seraient nanmoins distinctes et vraies1 de manire n'avoir plus besoin que d'extension et non de redressement2 on continuerait ainsi jusqu' ce que l'enfant ft devenu jeune homme4 ,cette mthode exige surtout qu'on ne permette pas la lecture de romans2 on les remplacera par des biographies convenablement choisies1 comme par exemple celle de ,franklin1 ou l'histoire d',antoine ,reiser par ,moritz1 et autres semblables4 ,tant que nous sommes jeunes1 nous nous imaginons que les vnements et les personnages importants et de consquence feront leur apparition dans notre existence avec tambour et trompette2 dans l'ge mr1 un regard rtrospectif nous montre qu'ils s'y sont tous glisss sans bruit1 par la porte drobe et presque inaperus4 ,on peut aussi1 au point de vue qui nous occupe1 comparer la vie une toffe brode dont chacun ne verrait1 dans la premire moiti de son existence1 que l'endroit1 et1 dans la seconde1 que l'envers2 ce dernier ct est moins beau1 mais plus instructif1 car il permet de reconnatre l'enchanement des fils4 ,la supriorit intellectuelle mme la plus grande ne fera valoir pleinement son autorit dans la conversation qu'aprs la quarantime anne4 ,car la maturit propre l'ge et les fruits de l'exprience peuvent bien tre surpasss de beaucoup1 mais jamais remplacs par l'intelligence2 ces conditions fournissent1 mme l'homme le plus ordinaire1 un contrepoids opposer la force du plus grand esprit1 tant que celui-ci est encore jeune4 ,je ne parle ici que de la personnalit1 non des uvres4 ,aucun homme quelque peu suprieur1 aucun de ceux qui n'appartiennent pas cette majorit des cinq-siximes des humains si strictement dote par la nature1 ne pourra s'affranchir d'une certaine teinte de mlancolie quand il a dpass la quarantaine4 ,car1 ainsi qu'il tait naturel1 il avait jug les autres d'aprs lui et a t dsabus2 il a compris qu'ils sont bien arrirs par rapport lui soit par la tte1 soit par le cur1 le plus souvent mme par les deux1 et qu'ils ne pourront jamais balancer leur compte2 aussi vite-t-il volontiers tout commerce avec eux1 comme1 du reste1 tout homme aimera ou hara la solitude1 c'est--dire sa propre socit1 en proportion de sa valeur intrieure4 ,kant traite aussi de ce genre de misanthropie dans sa ,critique de la raison1 vers la fin de la note gnrale1 au #bi de la premire partie4 ,c'est un mauvais symptme1 au moral comme l'intellectuel1 pour un jeune homme1 de se retrouver facilement au milieu des menes humaines1 d'y tre bientt son aise et d'y pntrer comme prpar l'avance2 cela annonce de la vulgarit4 ,par contre1 une attitude dcontenance1 hsitante1 maladroite et contre-sens est1 en pareille circonstance1 l'indice d'une nature de noble espce4 ,la srnit et le courage que l'on apporte vivre pendant la jeunesse tiennent aussi en partie ce que1 gravissant la colline1 nous ne voyons pas la mort1 situe au pied de l'autre versant4 ,le sommet une fois franchi1 nous voyons de nos yeux la mort1 que nous ne connaissions jusque-l que par ou-dire1 et1 comme ce moment les forces vitales commencent baisser1 notre courage faiblit en mme temps2 un srieux morne chasse alors la ptulance juvnile et s'imprime sur nos traits4 ,tant que nous sommes jeunes1 nous croyons la vie sans fin1 quoi qu'on nous puisse dire1 et nous usons du temps l'avenant4 ,plus nous vieillissons1 plus nous en devenons conomes4 ,car1 dans l'ge avanc1 chaque jour de la vie qui s'coule produit en nous le sentiment qu'prouve un condamn chaque pas qui le rapproche de l'chafaud4 ,considre du point de vue de la jeunesse1 la vie est un avenir infiniment long2 de celui de la vieillesse1 un pass trs court1 tellement qu'au dbut elle s'offre nos yeux comme les objets vus par le petit bout de la lunette1 et la fin comme vus par le gros bout4 ,il faut avoir vieilli1 c'est--dire avoir vcu longuement1 pour reconnatre combien la vie est courte4 ,plus on avance en ge1 plus les choses humaines1 toutes tant qu'elles sont1 nous paraissent minimes2 la vie1 qui pendant la jeunesse tait l1 devant nous1 ferme et comme immobile1 nous semble maintenant une fuite rapide d'apparitions phmres1 et le nant de tout ici-bas apparat4 ,le temps lui-mme1 pendant la jeunesse1 marche d'un pas plus lent2 aussi le premier quart de notre vie est non seulement le plus heureux1 mais aussi le plus long2 il laisse donc beaucoup plus de souvenirs1 et chaque homme pourrait1 l'occasion1 raconter de ce premier quart plus d'vnements que des deux suivants4 ,au printemps de la vie1 comme au printemps de l'anne1 les journes finissent mme par devenir d'une longueur accablante4 l'automne de la vie comme l'automne de l'anne1 elles sont courtes1 mais sereines et plus constantes4 ,pourquoi1 dans la vieillesse1 la vie qu'on a derrire soi parat-elle si brve8 ,c'est parce que nous la tenons pour aussi courte que le souvenir que nous en avons4 ,en effet1 tout ce qu'il y a eu d'insignifiant et une grande partie de ce qu'il y a eu de pnible ont chapp notre mmoire2 il y est donc rest bien peu de chose4 ,car1 de mme que notre intellect en gnral est trs imparfait1 de mme notre mmoire l'est aussi3 il faut que nous exercions nos connaissances1 et que nous ruminions notre pass2 sans quoi les deux disparaissent dans l'abme de l'oubli4 ,mais nous ne revenons pas volontiers par la pense sur les choses insignifiantes1 ni d'ordinaire sur les choses dsagrables1 ce qui serait pourtant indispensable pour les garder dans la mmoire4 ,or les choses insignifiantes deviennent toujours plus nombreuses2 car bien des faits qui au premier abord nous semblaient importants perdent tout intrt mesure qu'ils se rptent2 les retours1 au commencement1 ne sont que frquents1 mais par la suite ils deviennent innombrables4 ,aussi nous rappelons-nous mieux nos jeunes annes que celles qui ont suivi4 ,plus nous vivons longtemps1 moins il y a d'vnements qui vous semblent assez graves ou assez significatifs pour mriter d'tre rumins1 ce qui est l'unique moyen d'en garder le souvenir2 peine ont-ils pass1 nous les oublions4 ,et voil pourquoi le temps fuit1 laissant de moins en moins de traces derrire soi4 ,mais nous ne revenons pas volontiers non plus sur les choses dsagrables1 alors surtout qu'elles blessent notre vanit2 et c'est le cas le plus frquent1 car peu de dsagrments nous arrivent sans notre faute4 ,nous oublions donc galement beaucoup de choses pnibles4 ,c'est par l'limination de ces deux catgories d'vnements que notre mmoire devient si courte1 et elle le devient1 proportion1 d'autant plus que l'toffe en est plus longue4 ,de mme que les objets situs sur le rivage deviennent de plus en plus petits1 vagues et indistincts mesure que notre barque s'en loigne1 ainsi s'effacent les annes coules1 avec nos aventures et nos actions4 ,il arrive aussi que la mmoire et l'imagination nous retracent une scne de notre vie1 ds longtemps disparue1 avec tant de vivacit qu'elle nous semble dater de la veille et nous apparat tout proche de nous4 ,cet effet rsulte de ce qu'il nous est impossible de nous reprsenter en mme temps le long espace de temps qui s'est coul entre alors et prsent1 et que nous ne pouvons pas l'embrasser du regard en un seul tableau2 de plus1 les vnements accomplis dans cet intervalle sont oublis en grande partie1 et il ne nous en reste plus qu'une connaissance gnrale1 in abstracto1 une simple notion et non une image4 ,alors ce pass lointain et isol se prsente si rapproch qu'il semble que c'tait hier2 le temps intermdiaire a disparu1 et notre vie entire nous parat d'une brivet incomprhensible4 ,parfois mme1 dans la vieillesse1 ce long pass que nous avons derrire nous1 et par suite notre ge mme1 peut un certain moment nous sembler fabuleux3 ce qui rsulte principalement de ce que nous voyons toujours devant nous le mme prsent immobile4 ,en dfinitive1 tous ces phnomnes intrieurs sont fonds sur ce que ce n'est pas notre tre par lui-mme1 mais seulement son image visible1 qui existe sous la forme du temps1 et sur ce que le prsent est le point de contact entre le monde extrieur et nous1 entre l'objet et le sujet4 ,on peut encore se demander pourquoi1 dans la jeunesse1 la vie parat s'tendre devant nous perte de vue4 ,c'est d'abord parce qu'il nous faut la place pour y loger les esprances illimites dont nous la peuplons et pour la ralisation desquelles ,mathusalem serait mort trop jeune2 ensuite1 parce que nous prenons pour chelle de sa mesure le petit nombre d'annes que nous avons dj derrire nous2 mais leur souvenir est riche en matriaux et long1 par consquent1 car la nouveaut a donn de l'importance tous les vnements2 aussi nous y revenons volontiers par la pense1 nous les voquons souvent dans notre mmoire et finissons par les y fixer4 ,il nous semble parfois que nous dsirons ardemment nous retrouver dans tel lieu loign1 tandis que nous ne regrettons1 en ralit1 que le temps que nous y avons pass quand nous tions plus jeunes et plus frais4 ,et voil comment le temps nous abuse sous le masque de l'espace4 ,allons l'endroit tant dsir1 et nous nous rendrons compte de l'illusion4 ,il existe deux voies pour atteindre un ge trs avanc1 toutefois la condition sine qua non de possder une constitution intacte2 pour l'expliquer1 prenons l'exemple de deux lampes qui brlent3 l'une brlera longtemps1 parce que1 avec peu d'huile1 elle a une mche trs mince2 l'autre1 parce que1 avec une forte mche1 elle a aussi beaucoup d'huile3 l'huile1 c'est la force vitale1 la mche en est l'emploi appliqu n'importe quel usage4 ,sous le rapport de la force vitale1 nous pouvons nous comparer1 jusqu' notre trente-sixime anne1 ceux qui vivent des intrts d'un capital2 ce qu'on dpense aujourd'hui se trouve remplac demain4 partir de l1 nous sommes semblables un rentier qui commence entamer son capital4 ,au dbut1 la chose n'est pas sensible3 la plus grande partie de la dpense se remplace encore d'elle-mme1 et le minime dficit qui en rsulte passe inaperu4 ,peu peu1 il grossit1 il devient apparent1 et son accroissement lui-mme s'accrot chaque jour2 il nous envahit toujours davantage2 chaque aujourd'hui est plus pauvre que chaque hier2 et nul espoir d'arrt4 ,comme la chute des corps1 la perte s'acclre rapidement1 jusqu' disparition totale4 ,le cas le plus triste est celui o tous deux1 forces vitales et fortune1 celle-ci non plus comme terme de comparaison1 mais en ralit1 sont en voie de fondre simultanment2 aussi l'amour de la richesse augmente avec l'ge4 ,en revanche1 dans nos premires annes1 jusqu' notre majorit et un peu au del1 nous sommes1 sous le rapport de la force vitale1 semblables ceux qui1 sur les intrts1 ajoutent encore quelque chose au capital3 non seulement ce qu'on dpense se renouvelle tout seul1 mais le capital lui-mme augmente4 ,ceci arrive aussi parfois pour l'argent1 grce aux soins prvoyants d'un tuteur1 honnte homme4 ,o jeunesse fortune6 ,o triste vieillesse6 ,il faut1 malgr tout cela1 mnager les forces de la jeunesse4 ,aristote observe 7,politique1 liv4 der41 ch4 #e7dc que1 parmi les vainqueurs aux jeux ,olympiques1 il ne s'en est trouv que deux ou trois qui1 vainqueurs une premire fois comme jeunes gens1 aient triomph encore comme hommes faits1 parce que les efforts prmaturs qu'exigent les exercices prparatoires puisent tellement les forces1 qu'elles font dfaut plus tard1 dans l'ge viril4 ,ce qui est vrai de la force musculaire l'est encore davantage de la force nerveuse dont les productions intellectuelles ne sont toutes que les manifestations3 voil pourquoi les ingenia prcocia1 les enfants prodiges1 ces fruits d'une ducation en serre chaude1 qui tonnent dans leur bas ge1 deviennent plus tard des ttes parfaitement ordinaires4 ,il est mme fort possible qu'un excs d'application prcoce et force l'tude des langues anciennes soit la cause qui a fait tomber plus tard tant de savants dans un tat de paralysie et d'enfance intellectuelle4 ,j'ai remarqu que le caractre chez la plupart des hommes semble tre plus particulirement adapt un des ges de la vie1 de manire que c'est cet ge-l qu'ils se prsentent sous leur jour le plus favorable4 ,les uns sont d'aimables jeunes gens1 et puis c'est fini2 d'autres1 dans leur maturit1 sont des hommes nergiques et actifs auxquels l'ge1 en avanant1 enlve toute valeur2 d'autres enfin se prsentent le plus avantageusement dans la vieillesse1 pendant laquelle ils sont plus doux1 parce qu'ils ont plus d'exprience et plus de calme3 c'est le cas le plus frquent chez les ,franais4 ,cela doit provenir de ce que le caractre lui-mme a quelque chose de juvnile1 de viril ou de snile1 en harmonie avec l'ge correspondant1 ou amend par cet ge4 ,de mme1 que sur un navire nous ne nous rendons compte de sa marche que parce que nous voyons les objets situs sur la rive s'loigner l'arrire et par suite devenir plus petits1 de mme nous ne nous apercevons que nous devenons vieux1 et toujours plus vieux1 qu' ce que des gens d'un ge toujours plus avanc nous semblent jeunes4 ,nous avons dj examin plus haut comment et pourquoi1 mesure qu'on vieillit1 tout ce qu'on a vu1 toutes les actions et tous les vnements de la vie laissent dans l'esprit des traces de moins en moins nombreuses4 ,ainsi considre1 la jeunesse est le seul ge o nous vivions avec entire conscience2 la vieillesse n'a qu'une demi-conscience de la vie4 ,avec les progrs de l'ge1 cette conscience diminue graduellement2 les objets passent rapidement devant nous sans l'aire d'impression1 semblables ces produits de l'art qui ne nous frappent plus quand nous les avons souvent vus2 on fait la besogne que l'on a faire1 et l'on ne sait mme plus ensuite si on l'a faite4 ,pendant que la vie devient de plus en plus inconsciente1 pendant qu'elle marche grands pas vers l'inconscience complte1 par l mme la fuite du temps s'acclre4 ,durant l'enfance1 la nouveaut des choses et des vnements fait que tout s'imprime dans notre conscience2 aussi les jours sont-ils d'une longueur perte de vue4 ,il nous en arrive de mme1 et pour la mme cause1 en voyage1 o un mois nous parat plus long que quatre la maison4 ,malgr cette nouveaut1 le temps1 qui nous semble plus long1 nous devient1 dans l'enfance comme en voyage1 en ralit souvent plus long que dans la vieillesse ou la maison4 ,mais insensiblement l'intellect s'mousse tellement par la longue habitude des mmes perceptions1 que de plus en plus tout finit par glisser sur lui sans l'impressionner1 ce qui fait que les jours deviennent toujours plus insignifiants et consquemment toujours plus courts2 les heures de l'enfant sont plus longues que les journes du vieillard4 ,nous voyons donc que le temps de la vie a un mouvement acclr comme celui d'une sphre roulant sur un plan inclin2 et1 de mme que sur un disque tournant chaque point court d'autant plus vite qu'il est plus loign du centre1 de mme1 pour chacun et proportionnellement sa distance du commencement de sa vie1 le temps s'coule plus vite et toujours plus vite4 ,on peut donc admettre que la longueur de l'anne1 telle que l'value notre disposition du moment1 est en rapport inverse du quotient de l'anne divis par l'ge2 quand1 par exemple1 l'anne est le cinquime de l'ge1 elle parat dix fois plus longue que lorsqu'elle n'en est que le cinquantime4 ,cette diffrence dans la rapidit du temps a l'influence la plus dcisive sur toute notre manire d'tre chaque ge de la vie4 ,elle fait d'abord que l'enfance1 quoique n'embrassant que quinze ans peine1 est pourtant la priode la plus longue de l'existence1 et par consquent aussi la plus riche en souvenirs2 ensuite elle fait que1 dans tout le cours de la vie1 nous sommes soumis l'ennui dans le rapport inverse de notre ge4 ,les enfants ont constamment besoin de passer le temps1 que ce soit par les jeux ou par le travail2 si le passe-temps s'arrte1 ils sont aussitt pris d'un formidable ennui4 ,les adolescents y sont encore fortement exposs et redoutent beaucoup les heures inoccupes4 ,dans l'ge viril1 l'ennui disparat de plus en plus3 et pour les vieillards le temps est toujours trop court et les jours volent avec la rapidit de la flche4 ,bien entendu1 je parle d'hommes et non de brutes vieillies4 ,l'acclration dans la marche du temps supprime donc le plus souvent l'ennui dans un ge plus avanc2 d'autre part1 les passions1 avec leurs tourments1 commencent se taire2 il en rsulte qu'en somme1 et pourvu que la sant soit en bon tat1 le fardeau de la vie est1 en ralit1 plus lger que pendant la jeunesse3 aussi appelle-t-on l'intervalle qui prcde l'apparition de la dbilit et des infirmits de la vieillesse3 les meilleures annes4 ,peut tre le sont-elles en effet au point de vue de notre agrment2 mais en revanche les annes de jeunesse1 o tout fait impression1 o chaque chose entre dans la conscience1 conservent l'avantage d'tre la saison fertilisante de l'esprit1 le printemps qui dtermine les bourgeons4 ,les vrits profondes1 en effet1 ne s'acquirent que par l'intuition et non par la spculation1 c'est--dire que leur premire perception est immdiate et provoque par l'impression momentane3 elle ne peut donc se produire que tant que l'impression est forte1 vive et profonde4 ,tout dpend donc1 sous ce rapport1 de l'emploi des jeunes annes4 ,plus tard1 nous pouvons agir davantage sur les autres1 mme sur le monde entier1 car nous sommes nous-mmes achevs et complets1 et nous n'appartenons plus l'impression2 mais le monde agit moins sur nous4 ,ces annes-ci sont donc l'poque de l'action et de la production2 les premires sont celles de la comprhension et de la connaissance intuitives4 ,dans la jeunesse1 c'est la contemplation2 dans l'ge mr1 la rflexion qui domine2 l'une est le temps de la posie1 l'autre plutt celui de la philosophie4 ,dans la pratique galement1 c'est par la perception et son impression que l'on se dtermine pendant la jeunesse2 plus tard1 c'est par la rflexion4 ,cela tient en partie ce que dans l'ge mr les images se sont prsentes et groupes autour des notions en nombre suffisant pour leur donner de l'importance1 du poids et de la valeur1 ainsi que pour modrer en mme temps1 par l'habitude1 l'impression des perceptions4 ,par contre1 l'impression de tout ce qui est visible1 donc du ct extrieur des choses1 est tellement prpondrante pendant la jeunesse1 surtout dans les ttes vives et riches d'imagination1 que les jeunes gens considrent le monde comme un tableau2 ils se proccupent principalement de la figure et de l'effet qu'ils y font1 bien plus que de la disposition intrieure qu'il veille en eux4 ,cela se voit dj la vanit de leur personne et leur coquetterie4 ,la plus grande nergie et la plus haute tension des forces intellectuelles se manifestent indubitablement pendant la jeunesse et jusqu' la trente-cinquime anne au plus tard3 partir de l1 elles dcroissent1 quoique insensiblement4 ,nanmoins l'ge suivant et mme la vieillesse ne sont pas sans compensations intellectuelles4 ,c'est ce moment que l'exprience et l'instruction ont acquis toute leur richesse3 on a eu le temps et l'occasion de considrer les choses sous toutes leurs faces et de les mditer2 on les a rapproches les unes des autres1 et l'on a dcouvert les points par o elles se touchent1 les parties par o elles se joignent2 c'est maintenant1 par consquent1 qu'on les saisit bien et dans leur enchanement complet4 ,tout s'est clairci4 ,c'est pourquoi l'on sait plus fond les choses mme que l'on savait dj dans la jeunesse1 car pour chaque notion on a plus de donnes4 ,ce que l'on croyait savoir quand on tait jeune1 on le sait rellement dans l'ge mr2 en outre1 on sait effectivement davantage et l'on possde des connaissances raisonnes dans toutes les directions et1 par l mme1 solidement enchanes1 tandis que dans la jeunesse notre savoir est dfectueux et fragmentaire4 ,l'homme parvenu un ge bien avanc aura seul une ide complte et juste de la vie1 parce qu'il l'embrasse du regard dans son ensemble et dans son cours naturel1 et surtout parce qu'il ne la voit plus1 comme les autres1 uniquement du ct de rentre1 mais aussi du ct de la sortie2 ainsi plac1 il on reconnat pleinement le nant1 pendant que les autres sont encore le jouet de cette illusion constante que c'est maintenant que ce qu'il y a de vraiment bon va arriver4 ,en revanche1 pendant la jeunesse1 il y a plus de conception2 il s'ensuit que l'on est en tat de produire davantage avec le peu que l'on connat2 dans l'ge mr1 il y a plus de jugement1 de pntration et de fond4 ,c'est dj pendant la jeunesse que l'on recueille les matriaux de ses notions propres1 de ses vues originales et fondamentales1 c'est--dire de tout ce qu'un esprit privilgi est destin donner en cadeau au monde2 mais ce n'est que bien des annes plus lard qu'il devient matre de son sujet4 ,on trouvera1 la plupart du temps1 que les grands crivains n'ont livr leurs chefs-d'uvre que vers leur cinquantime anne4 ,mais la jeunesse n'en reste pas moins la racine de l'arbre de la connaissance1 bien que ce soit la couronne de l'arbre qui porte les fruits4 ,mais de mme que chaque poque1 mme la plus pitoyable1 se croit plus sage que toutes celles qui l'ont prcde1 de mme chaque ge l'homme se croit suprieure ce qu'il tait auparavant2 tous les deux font souvent erreur4 ,pendant les annes de la croissance physique1 o nous grandissons galement en forces intellectuelles et en connaissances1 l'aujourd'hui s'habitue regarder l'hier avec ddain4 ,cette habitude s'enracine et persvre mme alors que le dclin des forces intellectuelles a commenc et que l'aujourd'hui devrait plutt regarder l'hier avec considration3 on dprcie trop ce moment les productions et les jugements de ses jeunes annes4 ,il est remarquer surtout que1 quoique la tte1 l'intellect soit tout aussi inn1 quant ses proprits fondamentales1 que le caractre ou le cur1 nanmoins l'intelligence ne demeure pas aussi invariable que le caractre3 elle est soumise bien des modifications qui1 en bloc1 se produisent mme rgulirement1 car elles proviennent de ce que d'une part sa base est physique et d'autre part son toffe empirique4 ,cela tant1 sa force propre a une croissance continue jusqu' son point culminant1 et ensuite sa dcroissance continue jusqu' l'imbcillit4 ,mais1 d'autre part1 l'toffe aussi sur laquelle s'exerce toute cette force et qui l'entretient en activit1 c'est--dire le contenu des penses et du savoir1 l'exprience1 les connaissances1 l'exercice du jugement et sa perfection qui en rsulte1 toute cette matire est une quantit qui crot constamment jusqu'au moment o1 la faiblesse dfinitive survenant1 l'intellect laisse tout chapper4 ,cette condition de l'homme d'tre compos d'une partie absolument variable 7le caractre7 et d'une autre 7l'intellect7 qui varie rgulirement et dans deux directions opposes1 explique la diversit de l'aspect sous lequel il se manifeste et de sa valeur aux diffrents ges de sa vie4 ,dans un sens plus large1 on peut dire aussi que les quarante premires annes de l'existence fournissent le texte1 et les trente suivantes le commentaire1 qui seul nous en fait alors bien comprendre le sens vrai et la suite1 la morale1 et toutes les subtilits4 ,mais1 particulirement vers son terme1 la vie rappelle la fin d'un bal masqu1 quand on retire les masques4 ,on voit ce moment quels taient rellement ceux avec lesquels on a t en contact pendant sa vie4 ,en effet1 les caractres se sont montrs au jour1 les actions ont port leurs fruits1 les uvres ont trouv leur juste apprciation1 et toutes les fantasmagories se sont vanouies4 ,car il a fallu le temps pour tout cela4 ,mais ce qu'il y a de plus trange1 c'est qu'on ne connat et comprend bien et soi-mme1 et son but1 et ses aspirations1 surtout en ce qui concerne les rapports avec le monde et les hommes1 que vers la fin de la vie4 ,souvent1 mais pas toujours1 on aura se classer plus bas que ce qu'on supposait nagure2 mais parfois aussi on s'accordera une place suprieure3 en ce dernier cas1 cela provient de ce que l'on n'avait pas une connaissance suffisante de la bassesse du monde1 et le but de la vie se trouvait ainsi plac trop haut4 ,on apprend connatre1 peu de chose prs1 tout ce que chacun vaut4 ,on a coutume d'appeler la jeunesse le temps heureux1 et la vieillesse le temps triste de la vie4 ,cela serait vrai si les passions rendaient heureux4 ,mais ce sont elles qui ballottent la jeunesse de et de l1 tout en lui donnant peu de joies et beaucoup de prfrences4 ,elles n'agitent plus l'ge froid1 qui revt bientt une teinte contemplative3 car la connaissance devient libre et prend la haute main4 ,or la connaissance est1 par elle-mme1 exempte de douleur2 par consquent1 plus elle prdominera dans la conscience1 plus celle-ci sera heureuse4 ,on n'a qu' rflchir que toute jouissance est de nature ngative et la douleur positive1 pour comprendre que les passions ne sauraient rendre heureux et que l'ge n'est pas plaindre parce que quelques jouissances lui sont interdites2 toute jouissance n'est que l'apaisement d'un besoin1 et l'on n'est pas plus malheureux de perdre la jouissance en mme temps que le besoin1 qu'on n l'est de ne pouvoir plus manger aprs avoir dn1 ou de devoir veiller aprs une pleine nuit de sommeil4 ,platon 7dans son introduction la ,rpublique7 a bien autrement raison d'estimer la vieillesse heureuse d'tre dlivre de l'instinct sexuel qui jusque-l nous troublait sans relche4 ,on pourrait presque soutenir que les fantaisies diverses et incessantes qu'engendre l'instinct sexuel1 ainsi que les motions qui en rsultent1 entretiennent dans l'homme une bnigne et constante dmence1 aussi longtemps qu'il est sous l'influence de cet instinct ou de ce diable dont il est sans cesse possd1 au point de ne devenir entirement raisonnable qu'aprs s'en tre dlivr4 ,toutefois il est positif que1 en gnral et abstraction faite de toutes les circonstances et conditions individuelles1 un air de mlancolie et de tristesse est propre la jeunesse1 et une certaine srnit la vieillesse2 et cela seulement parce que le jeune homme est encore le serviteur1 non le corvable de ce dmon qui lui accorde difficilement une heure de libert et qui est aussi l'auteur1 direct ou indirect1 de presque toutes les calamits qui frappent ou menacent l'homme4 ,l'ge mr a la srnit de celui qui1 dlivr de fers longtemps ports1 jouit dsormais de la libert de ses mouvements4 ,d'autre part cependant1 on pourrait dire que1 le penchant sexuel une fois teint1 le vritable noyau de la vie est consum1 et qu'il ne reste plus que l'enveloppe1 ou que la vie ressemble une comdie dont la reprsentation1 commence par des hommes vivants1 s'achverait par des automates revtus des mmes costumes4 ,quoi qu'il en soit1 la jeunesse est le moment de l'agitation1 l'ge mr celui du repos3 cela suffit pour juger de leurs plaisirs respectifs4 ,l'enfant tend avidement les mains dans l'espace1 aprs tous ces objets1 si bariols et si divers1 qu'il voit devant lui2 tout cela l'excite1 car son sensorium est encore si frais et si jeune4 ,il en est de mme1 mais avec plus d'nergie1 pour le jeune homme4 ,lui aussi est excit par le monde aux couleurs voyantes et aux figures multiples3 et son imagination lui attache aussitt plus de valeur que le monde s'en peut offrir4 ,aussi la jeunesse est-elle pleine d'exigences et d'aspirations dans le vague1 qui lui enlvent ce repos sans lequel il n'est pas de bonheur4 ,avec l'ge1 tout cela se calme1 soit parce que le sang s'est refroidi et que l'excitabilit du sensorium a diminu1 soit parce que l'exprience1 en nous difiant sur la valeur des choses et sur le contenu des jouissances1 nous a affranchis peu peu des illusions1 des chimres et des prjugs qui voilaient et dformaient jusque-l l'aspect libre et net des choses1 de faon que nous les connaissons maintenant toutes plus justement et plus clairement2 nous les prenons pour ce qu'elles sont1 et nous acqurons plus ou moins la conviction du nant de tout sur terre4 ,c'est mme ce qui donne presque tous les vieillards1 mme ceux d'une intelligence fort ordinaire1 une certaine teinte de sagesse qui les distingue des plus jeunes qu'eux4 ,mais tout cela produit principalement le calme intellectuel qui est un lment important1 je dirais mme la condition et l'essence du bonheur4 ,tandis que le jeune homme croit qu'il pourrait conqurir en ce monde ,dieu sait quelles merveilles s'il savait seulement o les trouver1 le vieillard est pntr de la maxime de l',ecclsiaste3 ,tout est vanit1 et il sait bien maintenant que toutes les noix sont creuses1 quelque dores qu'elles puissent tre4 ,ce n'est que dans un ge avanc que l'homme arrive entirement au nil admirari d',horace1 c'est--dire la conviction directe1 sincre et ferme1 de la vanit de toutes choses et de l'inanit de toutes pompes en ce monde4 ,plus de chimres6 ,il ne se berce plus de l'illusion qu'il rside quelque part1 palais ou chaumire1 une flicit spciale1 plus grande que celle dont il jouit lui-mme partout1 et en ce qu'il y a d'essentiel toutes les fois qu'il est libre de toute douleur physique ou morale4 ,il n'y a plus de distinction ses yeux entre le grand et le petit1 entre le noble et le vil1 mesurs l'chelle d'ici-bas4 ,cela donne au vieillard un calme d'esprit particulier qui lui permet de regarder en souriant les vains prestiges de ce monde4 ,il est compltement dsabus2 il sait que la vie humaine1 quoi qu'on fasse pour l'accoutrer et l'attifer1 ne tarde pas se montrer1 dans toute sa misre1 travers ces oripeaux de foire2 il sait que1 quoi qu'on fasse pour la peindre et l'orner1 elle est1 en somme1 toujours la mme chose1 c'est--dire une existence dont il faut estimer la valeur relle par l'absence des douleurs et non par la prsence des plaisirs et encore moins du faste 7,horace1 l4 ,i1 p4 #ab1 v4 #a-d74 ,le trait fondamental et caractristique de la vieillesse est le dsabusement2 plus de ces illusions qui donnaient la vie son charme et l'activit leur aiguillon2 on a reconnu le nant et la vanit de toutes les magnificences de ce monde1 surtout de la pompe1 de la splendeur et de l'clat des grandeurs2 on a prouv l'infimit de ce qu'il y a au fond de presque toutes ces choses que l'on dsire et de ces jouissances auxquelles on aspire1 et l'on est arriv ainsi peu peu se convaincre de la pauvret et du vide de l'existence4 ,ce n'est qu' soixante ans que l'on comprend bien le premier verset de l',ecclsiaste4 ,mais c'est l ce qui donne aussi la vieillesse une certaine teinte morose4 ,on croit communment que la maladie et l'ennui sont le lot de l'ge4 ,la premire ne lui est pas essentielle1 surtout quand on a la perspective d'atteindre une vieillesse trs avance1 car crescente vita1 crescit sanitas et morbus4 ,et1 quant l'ennui1 j'ai dmontr plus haut pourquoi la vieillesse a moins la redouter que la jeunesse3 l'ennui n'est pas non plus le compagnon oblig de la solitude1 vers laquelle effectivement l'ge nous pousse1 pour des motifs faciles saisir3 il n'accompagne que ceux qui n'ont connu que les jouissances des sens et les plaisirs de la socit1 et qui ont laiss leur esprit sans l'enrichir et leurs facults sans les dvelopper4 ,il est vrai que dans un ge avanc les forces intellectuelles dclinent aussi2 mais1 l o il y en a eu beaucoup1 il en restera toujours assez pour combattre l'ennui4 ,en outre1 ainsi que nous l'avons montr1 la raison gagne en vigueur par l'exprience1 les connaissances1 l'exercice et la rflexion2 le jugement devient plus pntrant1 et l'enchanement des ides devient clair2 on acquiert de plus en plus en toutes matires des vues d'ensemble sur les choses3 la combinaison toujours varie des connaissances que l'on possde dj1 les acquisitions nouvelles qui viennent l'occasion s'y ajouter1 favorisent dans toutes les directions les progrs continus de notre dveloppement intellectuel1 dans lequel l'esprit trouve la fois son occupation1 son apaisement et sa rcompense4 ,tout cela compense jusqu' un certain point l'affaiblissement intellectuel dont nous parlions4 ,nous savons de plus que dans la vieillesse le temps court plus rapidement2 il neutralise ainsi l'ennui4 ,quant l'affaiblissement des forces physiques1 il n'est pas trs nuisible1 sauf le cas o l'on a besoin de ces forces pour la profession que l'on exerce4 ,la pauvret pendant la vieillesse est un grand malheur4 ,si on l'a carte et si l'on a conserv sa sant1 la vieillesse peut tre une partie trs supportable de la vie4 ,l'aisance et la scurit sont ses principaux besoins3 c'est pourquoi l'on aime alors l'argent plus que jamais1 car il supple les forces qui manquent4 ,abandonn de ,vnus1 on cherchera volontiers s'gayer chez ,bacchus4 ,le besoin de voir1 de voyager1 d'apprendre est remplac par celui d'enseigner et de parler4 ,c'est un bonheur pour le vieillard d'avoir conserv l'amour de l'tude1 ou de la musique1 ou du thtre et en gnral la facult d'tre impressionn jusqu' un certain degr par les choses extrieures2 cela arrive pour quelques-uns jusque dans l'ge le plus avanc4 ,ce que l'homme a par soi-moi ne lui profite jamais mieux que dans la vieillesse4 ,mais il est vrai de dire que la plupart des individus1 ayant t de tout temps obtus d'esprit1 deviennent de plus en plus des automates mesure qu'ils avancent dans la vie3 ils pensent1 ils disent1 ils font toujours la mme chose1 et aucune impression extrieure ne peut changer le cours de leurs ides ou leur faire produire quelque chose de nouveau4 ,parler de semblables vieillards1 c'est crire sur le sable3 l'impression s'efface presque instantanment4 ,une vieillesse de cette nature n'est plus alors sans doute que le caput mortuum de la vie4 ,la nature semble avoir voulu symboliser l'avnement de cette seconde enfance par une troisime dentition qui se dclare dans quelques rares cas chez des vieillards4 ,l'affaissement progressif de toutes les forces mesure qu'on vieillit est certes une bien triste chose1 mais ncessaire et mme bienfaisante2 autrement1 la mort1 dont il est le prlude1 deviendrait trop pnible4 ,aussi l'avantage principal que procure un ge trs avanc est l'euthanasie#dd1 c'est--dire la mort minemment facile1 sans maladie qui la prcde1 sans convulsions qui l'accompagnent1 une mort o l'on ne se sent pas mourir4 ,j'en ai donn une description dans le deuxime volume de mon ouvrage1 au chapitre #da4 ,car1 quelque longtemps que l'on vive1 l'on ne possde rien au del du prsent indivisible2 mais le souvenir perd1 chaque jour1 par l'oubli plus qu'il ne s'enrichit par l'accroissement#de4 ,la diffrence fondamentale entre la jeunesse et la vieillesse reste toujours celle-ci3 que la premire a la vie1 la seconde la mort en perspective2 que1 par consquent1 l'une possde un pass court avec un long avenir1 et l'autre l'inverse4 ,sans doute1 le vieillard n'a plus que la mort devant soi2 mais le jeune a la vie2 et il s'agit maintenant de savoir laquelle des deux perspectives offre le plus d'inconvnients1 et si1 tout prendre1 la vie n'est pas prfrable avoir derrire que devant soi2 l',ecclsiaste n'a-t-il pas dj dit3 ,le jour de la mort est meilleur que le jour de la naissance 7#g1 #b78 ,en tout cas1 demander vivre longtemps est un souhait tmraire4 ,car quien larga vida vive mucho mal vide 7qui vit longtemps voit beaucoup de mal71 dit un proverbe espagnol4 ,ce n'est pas1 comme le prtendait l'astrologie1 les existences individuelles1 mais bien la marche de la vie de l'homme en gnral1 qui se trouve inscrite dans les plantes2 en ce sens que1 dans leur ordre1 elles correspondent chacune un ge1 et que la vie est gouverne tour de rle par chacune d'entre elles4--,,mercure rgit la dixime anne4 ,comme cette plante1 l'homme se meut avec rapidit et facilit dans une orbite trs restreinte2 la moindre vtille est pour lui une cause de perturbation2 mais il apprend beaucoup et aisment1 sous la direction du dieu de la ruse et de l'loquence4--,avec la vingtime anne commence le rgne de ,v,,nus3 l'amour et les femmes le possdent entirement4--,dans la trentime anne1 c'est ,,mars qui domine3 cet ge1 l'homme est violent1 fort1 audacieux1 belliqueux et fier4--,a quarante ans1 ce sont les quatre petites plantes qui gouvernent3 le champ de sa vie augmente3 il est frugi1 c'est--dire qu'il se consacre l'utile1 de par la vertu de ,c,r,s2 il a son foyer domestique1 de par ,,vesta2 il a appris ce qu'il a besoin de savoir1 par l'influence de ,,pallas1 et1 pareille ,,junon1 l'pouse rgne en matresse dans la maison#df4--;,dans la cinquantime anne domine ,,jupiter3 l'homme a dj survcu la plupart de ses contemporains1 et il se sent suprieur la gnration actuelle4 ,tout en possdant la pleine jouissance de ses forces1 il est riche d'exprience et de connaissances3 il a 7dans la mesure de son individualit et de sa position7 de l'autorit sur tous ceux qui l'entourent4 ,il n'entend plus se laisser ordonner1 il veut commander son tour4 ,c'est maintenant que1 dans sa sphre1 il est le plus apte tre guide et dominateur4 ,ainsi culmine ,,jupiter et1 comme lui1 l'homme de cinquante ans4--,mais ensuite1 dans la soixantime anne1 arrive ,,saturne et1 avec lui1 la lourdeur1 la lenteur et la tnacit du ,,plomb3 ,but old folks1 many feign as they were dead2 ,unwieldy1 slow1 heavy and pale as lead4 7,mais beaucoup de vieillards ont l'air d'tre dj morts2 ils sont ples1 lents1 lourds et inertes comme le plomb47--7,shakespeare1 ,romo et ,juliette1 acte #b1 sc4 #e47 --,enfin vient ,,uranus3 c'est le moment d'aller au ciel1 comme on dit4--,je ne puis tenir compte ici de ,,neptune 7ainsi l'a-t-on nomm par irrflexion71 du moment que je ne puis pas l'appeler de son vrai nom1 qui est ,,ros4 ,sans quoi j'aurais voulu montrer comment le commencement se relie la fin1 et de quelle manire nommment ,,ros est en connexion mystrieuse avec la ,mort1 connexion en vertu de laquelle l',,orcus ou l',,amenth,s des gyptiens 7d'aprs ,plutarque1 de ,iside et ,osir41 ch4 #bi7 est le 1 par consquent non seulement ,,celui ,,qui ,,prend1 mais aussi ,,celui ,,qui ,,donne2 j'aurais montr comment la ,mort est le grand rservoir de la vie4 ,c'est bien de l1 oui de l1 c'est de l',orcus que tout vient1 et c'est l qu'a dj t tout ce qui a vie en ce moment3 si seulement nous tions capables de comprendre le tour de passe-passe par lequel cela se pratique6 alors tout serait clair4 ,,notes #a3 ,schopenhauer entend par son grand ouvrage son trait intitul3 ,die ,welt als ,wille und ,vorstellung 7,le monde comme volont et reprsentation74 #b3 ,la nature va s'levant constamment1 depuis l'action mcanique et chimique du rgne inorganique jusqu'au rgne vgtal avec ses sourdes jouissances de soi-mme2 d'ici au rgne animal avec lequel se lve l'aurore de l'intelligence et de la conscience2 puis1 partir de ces faibles commencements1 montant degr degr1 toujours plus haut1 pour arriver enfin1 par un dernier et suprme effort1 l'homme1 dans l'intellect duquel elle atteint alors le point culminant et le but de ses crations1 donnant ainsi ce qu'elle peut produire de plus parfait et de plus difficile4 ,toutefois1 mme dans l'espce humaine1 l'entendement prsente encore des gradations nombreuses et sensibles1 et il parvient trs rarement jusqu'au degr le plus lev1 jusqu' l'intelligence rellement minente4 ,celle-ci est donc1 dans son sens le plus troit et le plus rigoureux1 le produit le plus difficile1 le produit suprme de la nature2 et1 par suite1 elle est ce que le monde peut offrir de plus rare et de plus prcieux4 ,c'est dans une telle intelligence qu'apparat la connaissance la plus lucide et que le monde se reflte1 par consquent1 plus clairement et plus compltement que partout ailleurs4 ,aussi l'tre qui en est dou possde-t-il ce qu'il y a de plus noble et de plus exquis sur terre1 une source de jouissances auprs desquelles toutes les autres sont minimes1 tellement qu'il n'a rien demander au monde extrieur que du loisir afin de jouir sans trouble de son bien1 et d'achever la taille de son diamant4 ,car tous les autres plaisirs non intellectuels sont de basse nature2 ils ont tous en vue des mouvements de la volont tels que des souhaits1 des esprances1 des craintes1 des dsirs raliss1 quelle qu'en soit la nature2 tout cela ne peut s'accomplir sans douleurs1 et1 en outre1 le but une fois atteint1 on rencontre d'ordinaire plus ou moins de dceptions2 tandis que par les jouissances intellectuelles1 la vrit devient de plus en plus claire4 ,dans le domaine de l'intelligence ne rgne aucune douleur6 tout y est connaissance4 ,mais les plaisirs intellectuels ne sont accessibles l'homme que par la voie et dans la mesure de sa propre intelligence4 ,car tout l'esprit1 qui est au monde1 est inutile celui qui n'en a point4 ,toutefois il y a un dsavantage qui ne manque jamais d'accompagner ce privilge3 c'est que1 dans toute la nature1 la facilit tre impressionn par la douleur augmente en mme temps que s'lve le degr d'intelligence et que1 par consquent1 elle arrivera son sommet dans l'intelligence la plus leve4 7,note de ,schopenhauer47 #c3 ,la vulgarit consiste au fond en ceci que le vouloir l'emporte totalement1 dans la conscience1 sur l'entendement2 par quoi les choses en arrivent un tel degr que l'entendement n'apparat que pour le service de la volont3 quand ce service ne rclame pas d'intelligence1 quand il n'existe de motifs ni petits ni grands1 l'entendement cesse compltement et il survient une vacuit absolue de penses4 ,or le vouloir dpourvu d'entendement est ce qu'il y a de plus bas2 toute souche le possde et le manifeste quand ce ne serait que lorsqu'elle tombe4 ,c'est donc cet tat qui constitue la vulgarit4 ,ici1 les organes des sens et la minime activit intellectuelle1 ncessaires l'apprhension de leurs donnes1 restent seuls en action2 il en rsulte que l'homme vulgaire reste toujours ouvert toutes les impressions et peroit instantanment tout ce qui se passe autour de lui1 au point que le son le plus lger1 toute circonstance quelque insignifiante qu'elle soit1 veille aussitt son attention1 tout comme chez les animaux4 ,tout cela devient apparent sur son visage et dans tout son extrieur1 et c'est de l que vient l'apparence vulgaire1 apparence dont l'impression est d'autant plus repoussante que1 comme c'est le cas le plus frquent1 la volont1 qui occupe elle seule alors la conscience1 est basse1 goste et mchante4 7,note de ,schopenhauer47 #d3 ,le fondement de la morale1 traduit par ,m4 ,burdeau1 in #ah 7,bibliothque de philosophie contemporaine74 #e3 ,en franais dans l'original4 #f3 ,les classes les plus leves1 dans leur clat1 leur splendeur et leur faste1 dans leur magnificence et leur ostentation de toute nature1 peuvent se dire3 ,notre bonheur est plac entirement en dehors de nous2 son lieu1 ce sont les ttes des autres4 7,note de ,schopenhauer47 #g3 ,scire tuum nihil est1 nisi te scire hoc sciat alter 7,ton savoir n'est rien1 si tu ne sais pas que les autres le savent47 7,note de l'auteur47 #h3 ,en franais1 dans l'original4 #i3 ,je trouve dans la traduction roumaine des ,aphorismes par ,t4 ,maioresco 7voy4 ,convorbirile ,literare1 #aj;e anne1 page #acj2 ,jassy1 #ahgf7 une note relative ce passage et rappelant que ,schopenhauer a publi ses ,aphorismes en #ahea4 ,j'ai cru de mon devoir de la mentionner ici1 car cette date a une haute importance3 elle dgage l'impartialit du philosophe allemand que les passages concernant la vanit franaise et le bigotisme anglais auraient pu compromettre quelque peu aux yeux des lecteurs4 ,c'est ce titre que j'ai voulu donner aussi la date dont il est question1 rappele1 avec une intention si manifeste1 par ,m4 ,maioresco4 7,note du trad47 #aj3 ,en franais dans l'original4 #aa3 ,schopenhauer va justifier cette qualification quelques lignes plus bas4 7,note du trad47 #ab3 ,de ,w4 ,lessing4 7,note du trad47 #ac3 ,un manuscrit de ,schopenhauer1 intitul ,adversaria1 contient le premier projet de cette dissertation1 sous le titre3 ,esquisse d'une dissertation sur l'honneur4 ,l'loquence et l'lvation de penses et de sentiment m'ont engag donner ici la traduction de ce passage3 ,voil donc ce code6 ,et voil l'effet trange et grotesque que produisent1 quand on les ramne des notions prcises et qu'on les nonce clairement1 ces principes auxquels obissent aujourd'hui encore1 dans l',europe chrtienne1 tous ceux qui appartiennent la soi-disant bonne socit et au soi-disant bon ton4 ,il en est mme beaucoup de ceux qui ces principes ont t inoculs ds leur tendre jeunesse1 par la parole et par l'exemple1 qui y croient plus fermement encore qu' leur catchisme2 qui leur portent la vnration la plus profonde et la plus sincre2 qui sont prts1 tout moment1 leur sacrifier leur bonheur1 leur repos1 leur sant et leur vie2 qui sont convaincus que leur racine est dans la nature humaine1 qu'ils sont inns1 qu'ils existent a priori et sont placs au-dessus de tout examen4 ,je suis loin de vouloir porter atteinte leur cur2 mais je dois dclarer que cela ne tmoigne pas en faveur de leur intelligence4 ,ainsi ces principes devraient-ils1 moins qu' toute autre1 convenir cette classe sociale destine reprsenter l'intelligence1 devenir le sel de la terre1 et qui se prpare en consquence pour cette haute mission2 je veux parler de la jeunesse acadmique1 qui1 en ,allemagne1 hlas6 obit ces prceptes plus que toute autre classe4 ,je ne viens pas appeler ici l'attention des jeunes tudiants sur les consquences funestes ou immorales de ces maximes2 on doit l'avoir dj souvent fait4 ,je me bornerai donc leur dire ce qui suit3 ,vous1 dont la jeunesse a t nourrie de la langue et de la sagesse de l',hellade et du ,latium1 vous1 dont on a eu le soin inapprciable d'clairer de bonne heure la jeune intelligence des rayons lumineux mans des sages et des nobles de la belle antiquit1 quoi1 c'est vous qui voulez dbuter dans la vie en prenant pour rgle de conduite ce code de la draison et de la brutalit8 ,voyez-le1 ce code1 quand on le ramne1 ainsi que je l'ai fait ici1 des notions claires1 comme il est tendu1 l1 vos yeux1 dans sa pitoyable nullit2 faites-en la pierre de touche1 non de votre cur1 mais de votre raison4 ,si celle-ci ne le rejette pas1 alors votre tte n'en pas apte cultiver un champ o les qualits indispensables sont une force nergique de jugement qui rompe facilement les liens du prjug1 et une raison clairvoyante qui sache distinguer nettement le vrai du faux l mme o la diffrence est profondment cache et non pas1 comme ici1 o elle est palpable2 s'il en est ainsi1 mes bons amis1 cherchez quelque autre moyen honnte de vous tirer d'affaire dans le monde1 faites-vous soldats1 ou apprenez quelque mtier1 car tout mtier est d'or4 #ad3 ,voici comment ,schopenhauer rsume cette histoire3 ,deux hommes d'honneur1 dont l'un s'appelait ,desglands1 courtisaient la mme femme3 ils sont assis table ct l'un de l'autre et vis--vis de la dame1 dont ,desglands cherche fixer l'attention par les discours les plus anims2 pendant ce temps1 les yeux de la personne aime cherchent constamment le rival de ,desglands1 et elle ne lui prte lui-mme qu'une oreille distraite4 ,la jalousie provoque chez ,desglands1 qui tient la main un uf la coque1 une contraction spasmodique2 l'uf clate1 et son contenu jaillit au visage du rival4 ,celui-ci fait un geste de la main2 mais ,desglands la saisit et lui dit l'oreille3 ,je le tiens pour reu4 ,il se fait un profond silence4 ,le lendemain ,desglands parat la joue droite couverte d'un grand rond de taffetas noir4 ,le duel eut lieu1 et le rival de ,desglands fut grivement1 mais non mortellement bless4 ,desglands diminua alors son taffetas noir de quelques lignes4 ,aprs gurison du rivai1 second duel2 ,desglands le saigna de nouveau et rtrcit encore son empltre4 ,ainsi cinq six fois de suite3 aprs chaque duel1 ,desglands diminuait le rond de taffetas1 jusqu' la mort du rival4 #ae3 ,l'honneur chevaleresque est l'enfant de l'orgueil et de la folie 7la vrit oppose ces prceptes se trouve nettement exprime dans la comdie ,el principe constante par ces mots3 ,esa es la herencia de ,adan#af74 ,il est frappant que cet extrme orgueil ne se rencontre qu'au sein de cette religion qui impose ses adhrents l'extrme humilit2 ni les poques antrieures2 ni les autres parties du monde ne connaissent ce principe de l'honneur chevaleresque4 ,cependant ce n'est pas la religion qu'il faut en attribuer la cause1 mais au rgime fodal sous l'empire duquel tout noble se considrait comme un petit souverain2 il ne reconnaissait aucun juge parmi les hommes1 qui ft plac au-dessus de lui2 il apprenait attribuer sa personne une inviolabilit et une saintet absolues2 c'est pourquoi tout attentat contre cette personne1 un coup1 une injure1 lui semblait un crime mritant la mort4 ,aussi le principe de l'honneur et le duel n'taient-ils l'origine qu'une affaire concernant les nobles2 elle s'tendit plus tard aux officiers1 auxquels s'adjoignirent ensuite parfois1 mais jamais d'une manire constante1 les autres classes plus leves1 dans le but de ne pas tre dprcies4 ,les ordalies1 quoiqu'elles aient donn naissance aux duels1 ne sont pas l'origine du principe de l'honneur2 elles n'en sont que la consquence et l'application3 quiconque ne reconnat aucun homme le droit de le juger en appelle au ,juge divin4--,les ordalies elles-mmes n'appartiennent pas exclusivement au christianisme2 on les retrouve frquemment dans le brahmanisme1 bien que le plus souvent aux poques recules2 cependant il en existe encore des vestiges aujourd'hui4 7,note de l'auteur47 #af3 ,le sens propre de ces mots est que la misre est le lot des fils d',adam4 7,trad47 #ag3 ,vingt ou trente coups de canne sur le derrire1 c'est1 pour ainsi dire1 le pain quotidien des ,chinois4 ,c'est une correction paternelle du mandarin1 laquelle n'a rien d'infamant1 et qu'ils reoivent avec actions de grces4 7,lettres difiantes et curieuses1 d4 #ahai1 vol4 ,,xi1 p4 #ded47 7,citation de l'auteur74 #ah3 ,voici1 selon moi1 quel est le vritable motif pour lequel les gouvernements ne s'efforcent qu'en apparence de proscrire les duels1 chose bien facile1 surtout dans les universits1 et d'o vient qu'ils prtendent ne pouvoir russir3 l'tat n'est pas en mesure de payer les services de ses officiers et de ses employs civils leur valeur entire en argent2 aussi fait-il consister l'autre moiti de leurs moluments en honneur1 reprsent par des titres1 des uniformes et des dcorations4 ,pour maintenir ce prix idal de leurs services un cours lev1 il faut1 pur tous les moyens1 entretenir1 aviver et mme exalter quelque peu le sentiment de l'honneur2 comme cet effet l'honneur bourgeois ne suffit pas1 pour la simple raison qu'il est la proprit commune de tout le monde1 on appelle au secours l'honneur chevaleresque que l'on stimule1 comme nous l'avons montr4 ,en ,angleterre1 o les gages des militaires et des civils sont beaucoup plus forts que sur le continent1 on n'a pus besoin d'un pareil expdient2 aussi1 depuis une vingtaine d'annes surtout1 le duel y est-il presque compltement aboli2 et1 dans les rares occasions o il s'en produit encore1 on s'en moque comme d'une folie1 ,il est certain que la grande ,anti-duelling ,society1 qui compte parmi ses membres1 une foule de lords1 d'amiraux et de gnraux1 a beaucoup contribu ce rsultat1 et le ,moloch doit se passer de victimes4--7,note de l'auteur47 #ai3 ,voici cette fameuse note1 laquelle ,schopenhauer fait allusion3 ,un soufflet et un dmenti reus et endurs ont des effets civils que nul sage ne peut prvenir et dont nul tribunal ne peut venger l'offens4 ,l'insuffisance des lois lui rend donc en cela son indpendance2 il est alors seul magistrat1 seul juge entre l'offenseur et lui3 il est seul interprte et ministre de la loi naturelle2 il se doit justice et peut seul se la rendre1 et il n'y a sur la terre nul gouvernement assez insens pour le punir de se l'tre faite en pareil cas4 ,je ne dis pas qu'il doive s'aller battre1 c'est une extravagance2 je dis qu'il se doit justice et qu'il en est le seul dispensateur4 ,sans tant de vains dits contre les duels1 si j'tais souverain1 je rponds qu'il n'y aurait jamais ni soufflet ni dmenti donn dans mes tats1 et cela par un moyen fort simple dont les tribunaux ne se mleront point4 ,quoi qu'il en soit1 mile sait en pareil cas la justice qu'il se doit lui-mme1 et l'exemple qu'il doit la sret des gens d'honneur4 ,il ne dpend pas de l'homme le plus ferme d'empcher qu'on ne l'insulte1 mais il dpend de lui d'empcher qu'on ne se vante longtemps de l'avoir insult4 #bj3 ,aussi est-ce faire un mauvais compliment lorsque1 ainsi qu'il est de mode aujourd'hui1 croyant faire honneur des uvres1 on les intitule des actes4 ,car les uvres sont1 par leur essence1 d'une espce suprieure4 ,un acte n'est toujours qu'une action base sur un motif1 par consquent1 quelque chose d'isol1 de transitoire1 et appartenant cet lment gnral et primitif du monde1 la volont4 ,une grande et belle uvre est une chose durable1 car son importance est universelle1 et elle procde de l'intelligence1 de cette intelligence innocente1 pure1 qui s'lve comme un parfum au-dessus de ce bas monde de la volont4 ,parmi les avantages de la gloire des actions1 il y a aussi celui de se produire ordinairement d'un coup avec un grand clat1 si grand parfois que l',europe entire en retentit1 tandis que la gloire des uvres n'arrive que lentement et insensiblement faible1 d'abord1 puis de plus en plus forte1 et n'atteint souvent toute sa puissance qu'aprs un sicle2 mais alors elle reste pendant des milliers d'annes1 parce que les uvres restent aussi4 ,l'autre gloire1 la premire explosion passe1 s'affaiblit graduellement1 est de moins en moins connue et finit par ne plus exister que dans l'histoire l'tat de fantme4--7,note de l'auteur47 #ba3 ,pour comprendre le sens de ces mots de ,schopenhauer1 le lecteur franais a besoin de savoir que le philosophe pessimiste1 dans son profond ddain des ignorants1 ne traduit jamais les citations latines1 et ne traduit les grecques qu'en latin2 c'est donc une exception qu'il fait ici pour le fabuleux ,epicharme4--7,trad47 #bb3 ,comme notre plus grand plaisir consiste en ce qu'on nous admire1 mais comme les autres ne consentent que trs difficilement nous admirer mme alors que l'admiration serait pleinement justifie1 il en rsulte que celui-l est le plus heureux qui1 n'importe comment1 est arriv s'admirer sincrement soi-mme4 ,seulement il ne doit pas se laisser garer par les autres4--7,note de l'auteur47 #bc3 ,l',ecclsiaste2 trad4 #bd3 ,ainsi que notre corps est envelopp dans ses vtements1 ainsi notre esprit est revtu de mensonges4 ,nos paroles1 nos actions1 tout notre tre est menteur1 et ce n'est qu' travers cette enveloppe que l'on peut deviner parfois notre pense vraie1 comme travers les vtements les formes du corps4 7,note de l'auteur47 #be3 ,en franais dans le texte4 7,note du traducteur47 #bf3 ,tout le monde sait qu'on allge les maux en les supportant en commun3 parmi ces maux1 les hommes semblent compter l'ennui1 et c'est pourquoi ils se groupent1 afin de s'ennuyer en commun4 ,de mme que l'amour de la vie n'est au fond que la peur de la mort1 de mme l'instinct social des hommes n'est pas un sentiment direct1 c'est--dire ne repose pas sur l'amour de la socit1 mais sur la crainte de la solitude1 car ce n'est pas tant la bienheureuse prsence des autres que l'on cherche2 on fuit plutt l'aridit et la dsolation de l'isolement1 ainsi que la monotonie de la propre conscience2 pour chapper la solitude1 toute compagnie est bonne1 mme la mauvaise1 et l'on se soumet volontiers la fatigue et la contrainte que toute socit apporte ncessairement avec soi4--,mais quand le dgot de tout cela a pris le dessus1 quand1 comme consquence1 on s'est fait la solitude et l'on s'est endurci contre l'impression premire qu'elle produit1 de manire ne plus en prouver ces effets que nous avons retracs plus haut1 alors on peut1 tout l'aise1 rester toujours seul2 on ne soupirera plus aprs le monde1 prcisment parce que ce n'est pas l un besoin direct et parce qu'on s'est accoutum dsormais aux proprits bienfaisantes de la solitude4 7,note de ,schopenhauer47 #bg3 ,voici l'apologue mentionn ci-dessus3 ,par une froide journe d'hiver1 un troupeau de porcs-pics s'tait mis en groupe serr pour se garantir mutuellement contre la gele par leur propre chaleur4 ,mais tout aussitt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants1 ce qui les fit s'loigner les uns des autres4 ,quand le besoin de se chauffer les eut rapprochs de nouveau1 le mme inconvnient se renouvela1 de faon qu'ils taient ballotts de et de l entre les deux souffrances1 jusqu' ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable4 ,ainsi1 le besoin de socit1 n du vide et de la monotonie de leur propre intrieur1 pousse les hommes les uns vers les autres2 mais leurs nombreuses qualits repoussantes et leurs insupportables dfauts les dispersent de nouveau4 ,la distance moyenne qu'ils finissent par dcouvrir et laquelle la vie en commun devient possible1 c'est la politesse et les belles manires4 ,en ,angleterre1 on crie celui qui ne se tient pas cette distance3 ,keep your distance6--,par ce moyen1 le besoin de chauffage mutuel n'est1 la vrit1 satisfait qu' moiti1 mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants4--,celui-l cependant qui possde beaucoup de calorique propre prfre rester en dehors de la socit pour n'prouver ni ne causer de peine4 7,note du traducteur47 #bh3 ,envie1 dans les hommes1 montre combien ils se sentent malheureux1 et la constante attention qu'ils portent tout ce que font ou ne font pas les autres montre combien ils s'ennuient4--7,note de l'auteur74 #bi3 ,en franais dans le texte4 #cj3 ,le sommeil est une petite portion de mort que nous empruntons anticipando et par le moyen de laquelle nous regagnons et renouvelons la vie puise dans l'espace d'un jour4 ,le sommeil est un emprunt fait la mort#ca4 ,le sommeil emprunte la mort pour entretenir la vie4 ,ou bien1 il est l'intrt pay provisoirement la mort1 qui elle-mme est le payement intgrai du capital4 ,le remboursement total est exig dans un dlai d'autant plus long que l'intrt est plus lev et se paye plus rgulirement4 7,note de l'auteur47 #ca3 ,en franais dans le texte #cb3 ,en franais dans le texte4 #cc3 ,voici le texte de la maxime laquelle ,schopenhauer fait allusion3 ,il est difficile d'aimer ceux que nous n'estimons point2 mais il ne l'est pas moins d'aimer ceux que nous estimons beaucoup plus que nous4 7,la ,roch41 dit4 de la ,bibl4 nationale1 p4 #ga1 #cjc47 #cd3 ,si dans les hommes1 tels qu'ils sont pour la plupart1 le bon dpassait le mauvais1 il serait plus sage de se fier leur justice1 leur quit1 leur fidlit1 leur affection ou leur charit qu' leur crainte2 mats1 comme c'est tout l'inverse1 c'est l'inverse qui est le plus sage4 7,note de l'auteur47 #ce3 ,ce mmoire1 traduit en franais1 a reu pour titre3 ,essai sur le libre arbitre4 #a vol4 in-#ah4 ,germer ,baillire et ,cie4 ,paris4 #cf3 ,schopenhauer force la note2 car ,la ,rochefoucauld a dit3 nous trouvons souvent444 7,note du traducteur47 #cg3 ,pour faire son chemin dans le monde1 amitis et camaraderie sont1 entre tous1 le moyen le plus puissant4 ,or les grandes capacits donnent de la fiert2 on est peu fait alors flatter ceux qui n'en ont gure et devant lesquels1 cause de cela mme1 il faut dissimuler et renier ses hautes qualits4 ,la conscience de n'avoir que des moyens borns agit l'inverse2 elle s'accorde parfaitement avec l'humilit1 l'affabilit1 la complaisance1 et le respect de ce qui est mauvais2 elle aide1 par consquent1 se faire des amis et des protecteurs4 ,ceci ne s'applique pas seulement aux fonctions de l'tat1 mais aussi aux places honorifiques1 aux dignits1 et mme la gloire dans le monde savant2 ce qui fait que1 par exemple1 dans les acadmies1 la bonne et brave mdiocrit occupe toujours la haute place1 et que les gens de mrite n'y entrent que tard ou pas du tout3 il en est de mme en toute chose4 #ch3 ,voy4 ,de augmentis scientiarum1 ,lud4 ,batav41 #afde1 l4 ,,viii1 ch4 #b1 p4 #fdd et suiv4 #ci3 ,je ne puis rsister la tentation de citer le proverbe analogue1 populaire en ,roumanie3 ,fa-me1 mam1 cu noroc 7,donne-moi1 mre1 du bonheur71 ,si arunc-me in foc 7,et jette-moi au feu74 7,le trad47 #dj3 ,le hasard a un si grand rle dans toutes les choses humaines1 que lorsque nous cherchons obvier par des sacrifices immdiats quelque danger qui nous menace de loin1 celui-ci disparat souvent par un tour imprvu que prennent les vnements1 et non seulement les sacrifices faits restent perdus1 mais le changement qu'ils ont amen devient lui-mme dsavantageux en prsence du nouvel tat des choses4 ,aussi avec nos mesures ne devons-nous pas pntrer trop avant dans l'avenir2 il faut compter aussi sur les hasard et affronter hardiment plus d'un danger1 en se fondant sur l'espoir de le voir s'loigner1 comme tant de sombres nues d'orage4 #da3 ,en franais dans le texte4 #db3 ,dans l'ge mr1 on s'entend mieux se garder contre le malheur1 dans la jeunesse le supporter4 7,note de l'auteur47 #dc3 ,il y a erreur3 ce n'est pas au chapitre #e1 mais au chapitre #h1 que se trouve l'observation cite par ,schopenhauer4 7,le trad47 #dd3 ,la vie humaine1 proprement parler1 ne peut tre dite ni longue ni courte1 car1 au fond1 elle est l'chelle avec laquelle nous mesurons toutes les autres longueurs de temps4--,l',oupanischad du ,vda 7vol4 #b7 donne #ajj ans pour la dure naturelle de la vie1 et avec raison1 mon avis2 car j'ai remarqu que ceux-l seulement qui dpassent #ij ans finissent par l'euthanasie1 c'est--dire qu'ils meurent sans maladie1 sans apoplexie1 sans convulsion1 sans rle1 quelquefois mme sans plir1 le plus souvent assis1 principalement aprs leur repas3 il serait plus exact de dire qu'ils ne meurent pas1 ils cessent de vivre seulement4 tout autre ge antrieur celui-l1 on ne meurt que de maladie1 donc prmaturment4--,dans l',ancien ,testament 7,ps4 #ij1 #aj71 la dure de la vie humaine est value #gj1 au plus #hj ans2 et1 chose plus importante1 ,hrodote 7,i1 #cb1 et ,,iii1 #bb7 en dit autant4 ,mais c'est faux et ce n'est que le rsultat d'une manire grossire et superficielle d'interprter l'exprience journalire4 ,car1 si la dure naturelle de la vie tait de #gj-hj ans1 les hommes entre #gj et #hj ans devraient mourir de vieillesse2 ce qui n'est pas du tout3 ils meurent de maladies1 comme leurs cadets2 or la maladie1 tant essentiellement une anomalie1 n'est pas la fin naturelle4 ,ce n'est qu'entre #ij et #ajj ans qu'il devient normal de mourir de vieillesse1 sans maladie1 sans lutte1 sans rle1 sans convulsions1 parfois sans plir1 en un mot d'euthanasie4--,sur ce point aussi1 l',oupanischad a donc raison en fixant #ajj ans la dure naturelle de la vie4 7,note de ,schopenhauer47 #de3 ,j'ai cru devoir mettre en italiques et entre crochets ces quelques lignes1 parce qu'elles ne se rapportent en aucune faon ce qui prcde immdiatement2 le lecteur a pu remarquer que le mme cas s'est prsent plusieurs fois dj dans le cours du volume1 notamment au chapitre #e4 ,cela s'explique trs facilement si l'on admet que ce sont l des intercalations plus ou moins heureusement pratiques par ,m4 ,frauenstaedt 7diteur des ditions postrieures la #are71 qui ,schopenhauer a lgu ses manuscrits et ses nombreuses notices4 ,je suis1 d'autant plus port croire mon explication la vraie1 que des personnes autorises1 entre autres ,m4 de ,gr444ch1 m'ont affirm que la #are dition ne contient aucune de ces incohrences ni de ces trop frquentes redites1 dans des termes presque identiques1 que l'on peut galement constater4 ,pour ma part1 malheureusement1 je n'ai eu sous les yeux1 comme texte pour la traduction1 que les #b;e et #c;e ditions4 7,note du traducteur47 #df3 ,environ #fb plantes tlescopiques ont encore t dcouvertes depuis2 mais c'est l une innovation dont je ne veux pas entendre parler4 ,aussi j'en use leur gard comme les professeurs de philosophie en ont us vis--vis de moi3 je n'en veux rien savoir1 car elles discrditent la marchandise que j'ai en boutique4 7,note de l'auteur47