available by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica74 ,,les ,,bases ,,de ,,la ,,morale ,,volutionniste ,,par ,,herbert ,,spencer ,,huiti,,me ,,dition ,,paris ,f,,lix ,,alcan1 ,,diteur ,,ancienne ,,librairie ,,germer ,,bailli,,re ,,et ,cie #ajh1 ,,boulevard ,,saint-,,germain #ajh #aije ,tous droits rservs4 ,,biblioth,,que ,,scientifique ,,internationale ,,publi,e ,,sous ,,la ,,direction ,,de ,m4 ,m4 ,,alglave ,,xxxv ,f,,lix ,,alcan1 ,,diteur ,successeur de ,,germer ,,bailli,,re et ,cie ,,paris4--#ajh1 ,,boulevard ,,saint-,,germain4--,,paris4 ,,biblioth,,que ,,scientifique ,,internationale ,publie sous la direction de ,m4 mile ,,alglave ,beaux volumes in-#h1 la plupart illustrs1 cart4 l'angl41 chaque volume4 #f fr4 ou #i fr4 ,,cent ,,deux ,,volumes ,,parus ,,derniers ,,volumes ,,publi,s3 ,,grosse 7,e474 ,les dbuts de l'art4 ,introduction de ,l4 ,,marillier4 #a vol4 in-#h1 avec #cb gravures dans le texte et #c pl4 hors texte4 #f fr4 ,,grasset 7,j474 ,les maladies de l'orientation et de l'quilibre4 #a vol4 in-#h1 avec gravures4 #f fr4 ,,demeny 7,g474 ,les bases scientifiques de l'ducation physique4 #a vol4 in-#h1 avec #aih gravures4 #b;e dit4 #f fr4 ,,malm,,jac 7,f474 ,l'eau dans l'alimentation4 #a vol4 in-#h1 avec grav4 #f fr4 ,,meunier 7,stan474 ,la gologie gnrale4 #a vol4 in-#h1 avec gravures4 #f fr4 ,,demeny 7,g474 ,mcanisme et ducation des mouvements4 #a vol4 in-#h1 avec #efe gravures4 #b;e dit4 #i fr4 ,,bourdeau 7,l474 ,histoire de l'habillement et de la parure4 #a vol4 in-#h4 #f fr4 ,,mosso 7,a474 ,les exercices physiques et le dveloppement intellectuel4 #a vol4 in-#h4 #f fr4 ,,le ,,dantec4 ,les lois naturelles4 #a vol4 in-#h1 avec gravures4 #f fr4 ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,,autres ,,ouvrages ,,de ,,herbert ,,spencer ,,traduits ,,en ,,fran,,ais ,introduction la science sociale4 #ac;e dit41 #a vol4 in-#h de la ,bibliothque scientifique internationale1 cartonn4 #f fr4 ,les premiers principes1 traduits par ,m4 ,e4 ,cazelles4 #i;e dit41 #a vol4 in-#h de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #aj fr4 ,classification des sciences1 traduit de l'anglais par ,m4 ,f4 ,rhtor4 #a vol4 in-#ah de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #h;e dit4 #b fr4 #ej ,principes de psychologie1 traduits sur la nouvelle dition anglaise par ,th4 ,ribot et ,a4 ,espinas4 #b forts vol4 in-#h de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #bj fr4 ,principes de biologie1 traduits par ,m4 ,cazelles4 #d;e dit41 #b vol4 in-#h de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #bj fr4 ,principes de sociologie1 traduits par ,cazelles et ,gerschell4 #d vol4 in-#h de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #cf fr4 #be ,,on ,,vend ,s,,par,,ment3 ,tome ,i3 ,donnes de la ,sociologie4 #f;e d4 #aj fr4 ,tome ,,ii3 ,inductions de la ,sociologie4--,relations domestiques4 #e;e d4 #g fr4 #ej ,tome ,,iii3 ,institutions crmonielles4--,institutions politiques4 #d;e d4 #ae fr4 ,tome ,,iv3 ,institutions ecclsiastiques4 #b;e d4 #c fr4 #ge ,essais sur le progrs1 traduits par ,m4 ,burdeau4 #a vol4 in-#h de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #e;e dit4 #g fr4 #ej ,essais de politique1 traduits par ,m4 ,burdeau4 #a vol4 in-#h de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #d;e dit4 #g fr4 #ej ,essais scientifiques1 traduits par ,m4 ,burdeau4 #a vol4 in-#h de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #c;e dit4 #g fr4 #ej ,de l'ducation physique1 intellectuelle et morale4 #a vol4 in-#h de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #aa;e dit4 #e fr4 ,le mme1 dition populaire de la ,bibliothque utile1 #aj;e d41 br41 #fj c42 cart4 l'angl4 #a fr4 ,l'individu contre l'tat1 traduit par ,m4 ,gerschell4 #a vol4 in-#ah de la ,bibliothque de philosophie contemporaine4 #f;e dit4 #b fr4 #ej ,,collins 7,howard74 ,la philosophie systmatique de ,herbert ,spencer4 #a vol4 in-#h1 traduit de l'anglais par ,h4 ,,de ,,varigny2 #d;e dition prcde d'une prface de ,herbert ,spencer et mise au courant de ses derniers travaux4 #aijd4 #aj fr4 #hii-jd4--;,coulommiers4 ,imp4 ,,paul ,,brodard4--#i-jd4 ,,pr,,face ,si l'on se reporte au programme du ,systme de philosophie synthtique1 on verra que les chapitres dtachs de l'ensemble pour former le volume actuel#a constituent la premire partie des ,principes de morale qui doivent terminer le systme4 ,comme le second et le troisime volume des ,principes de sociologie ne sont pas encore publis1 l'apparition de l'ouvrage qui en forme la suite logique semblera peut-tre prmature4 ,note #a3 ,ce volume est intitul en anglais ,the data of ethics4 ,j'ai t amen m'carter de l'ordre fix1 par la crainte de ne pouvoir1 si je continuais suivre cet ordre1 excuter l'oeuvre qui est le terme de la srie4 ,des avertissements1 rpts dans ces dernires annes des intervalles plus rapprochs et avec plus de clart1 m'ont appris que je pouvais tre dfinitivement priv de mes forces1--en supposant mme que ma vie se prolonge1--avant d'avoir achev la tche que je m'tais marque moi-mme4 ,cette dernire partie de la tche est celle pour laquelle toutes les parties prcdentes ne sont1 mon avis1 qu'une prparation4 ,remontant l'anne #ahdb1 mon premier essai1--des lettres sur ,la sphre propre du gouvernement1--indiquait vaguement que je concevais l'existence de certains principes gnraux de bien et de mal dans la conduite politique2 depuis cette poque1 mon but final1 poursuivi travers tous les buts prochains que je me suis proposs1 a toujours t de dcouvrir une base scientifique pour les principes du bien et du mal dans la conduite en gnral4 ,manquer ce but1 aprs avoir fait pour y arriver des travaux si considrables1 serait un malheur dont je n'aime pas envisager la possibilit1 et j'ai coeur de le prvenir1 sinon compltement1 du moins en partie4 ,de l l'avance que je prends4 ,bien que cette premire division de l'ouvrage qui termine la ,philosophie synthtique ne puisse1 naturellement1 contenir les conclusions particulires tablir dans l'ouvrage entier1 elle les implique cependant1 de sorte que pour les formuler avec rigueur il suffit de recourir une dduction logique4 ,j'ai surtout coeur d'esquisser cet ouvrage final1 si je ne puis l'achever entirement1 parce qu'il y a un pressant besoin d'tablir sur une base scientifique les rgles de la conduite droite4 ,aujourd'hui que les prescriptions morales perdent l'autorit qu'elles devaient leur prtendue origine sacre1 la scularisation de la morale s'impose4 ,il est peu de dsastres plus redoutables que la dcadence et la mort d'un systme rgulateur devenu insuffisant dsormais1 alors qu'un autre systme plus propre rgler les moeurs n'est pas encore prt le remplacer4 ,la plupart de ceux qui rejettent la croyance commune paraissent admettre que l'on peut impunment se passer de l'action directrice qu'elle exerait et laisser vacant le rle qu'elle jouait4 ,en mme temps1 ceux qui dfendent la croyance commune soutiennent que1 faute de la direction qu'elle donne1 il n'y a plus de direction possible3 les commandements divins1 leur avis1 sont les seules rgles que l'on puisse connatre4 ,ainsi1 entre les partisans de ces deux doctrines opposes1 il y a une ide commune4 ,les uns prtendent que le vide laiss par la disparition du code de morale surnaturelle n'a pas besoin d'tre combl par un code de morale naturelle1 et les autres prtendent qu'il ne serait pas possible de le combler ainsi4 ,les uns et les autres reconnaissent le vide2 les uns le dsirent1 les autres le redoutent4 ,le changement que promet ou menace de produire parmi nous cet tat1 dsir ou craint1 fait de rapides progrs3 ceux qui croient possible et ncessaire de remplir le vide sont donc appels faire quelque chose en conformit avec leur foi4 ,a cette raison spciale je puis en ajouter une autre plus gnrale4 ,il est rsult un grand dommage de l'aspect repoussant ordinairement donn la rgle morale par ceux qui l'exposent1 et l'on peut esprer d'immenses avantages si on la prsente sous l'aspect attrayant qu'elle a lorsqu'elle n'est pas dforme par la superstition et l'asctisme4 ,si un pre1 donnant avec svrit de nombreux ordres1 les uns ncessaires1 les autres inutiles1 aggrave son austre surveillance par une manire d'tre tout fait antipathique2 si ses enfants sont obligs de s'amuser en cachette2 si1 en se dtournant timidement de leurs jeux1 ils ne rencontrent qu'un regard froid ou mme un froncement de sourcils1 fatalement l'autorit de ce pre ne sera pas aime1 sera peut-tre hae1 et l'on ne cherchera qu' s'y soustraire le plus possible4 ,au contraire1 un pre qui1 tout en maintenant avec fermet les dfenses ncessaires pour le bien-tre de ses enfants ou celui d'autres personnes1 non seulement s'abstient de dfenses inutiles1 mais encore donne sa sanction tous leurs plaisirs lgitimes1 pourvoit aux moyens de les leur procurer et regarde avec un sourire d'approbation leurs bats1 un tel pre est presque sr de gagner une influence qui ne sera pas moins efficace dans le temps prsent et le sera en outre d'une manire durable4 ,l'autorit de chacun de ces deux pres est le symbole de l'autorit de la morale comme on l'a faite et de la morale comme elle devrait tre4 ,le dommage ne rsulte pas seulement de cette svrit excessive de la doctrine morale lgue par un pass trop dur4 ,il vient aussi de l'impossibilit d'atteindre son idal4 ,dans une raction violente contre le profond gosme de la vie telle qu'elle se prsente dans des socits barbares1 on a insist sur le devoir de vivre d'une manire toute dsintresse4 ,mais comme l'gosme rampant d'une milice brutale ne pouvait pas tre corrig par la tentative d'imposer au moi une sujtion absolue dans les couvents et les monastres1 de mme il ne fallait pas chercher corriger l'inconduite de la commune humanit1 telle qu'elle est aujourd'hui1 en proclamant le principe d'une abngation laquelle l'homme ne peut arriver4 ,l'effet est plutt de produire un renoncement dsespr toute tentative de rendre la vie meilleure4 ,on cesse tout effort pour atteindre l'impossible et le possible est discrdit en mme temps4 ,par une association avec des rgles qui ne peuvent tre obies1 les rgles qui pourraient l'tre perdent leur autorit4 ,on fera1 je n'en doute pas1 plus d'une objection la thorie de la conduite droite esquisse dans les pages suivantes4 ,des critiques d'une certaine classe1 loin de se rjouir de voir les principes moraux qu'ils justifient autrement concider avec des principes moraux scientifiquement dduits1 seront choqus de cette concidence4 ,au lieu d'avouer une ressemblance essentielle1 ils exagrent des diffrences superficielles4 ,depuis les temps de perscution1 un curieux changement s'est produit dans les dispositions de la prtendue orthodoxie l'gard de la prtendue htrodoxie4 ,autrefois un hrtique1 forc par la torture se rtracter1 satisfaisait l'autorit par une docilit extrieure2 un accord apparent suffisait1 quelle que ft en ralit la profondeur du dsaccord4 ,maintenant qu'un hrtique ne peut plus tre contraint par la force professer la foi ordinaire1 on fait ce que l'on peut pour que sa foi paraisse le plus loigne possible de la foi commune4 ,se spare-t-il du dogme thologique tabli8 ,on le traitera d'athe1 quelle que soit ses yeux l'improprit de ce terme4 ,pense-t-il que l'explication spiritualiste des phnomnes n'est pas fonde8 ,on le rangera parmi les matrialistes1 bien qu'il repousse ce nom avec indignation4 ,de mme1 quelle que petite que soit la diffrence entre la morale naturelle et la morale surnaturelle1 c'est une mode de l'exagrer au point d'y voir un antagonisme fondamental4 ,par l'effet de cette mode1 on isolera probablement de ce volume1 pour les condamner1 des thories qui1 prises en elles-mmes1 peuvent facilement tre prsentes comme profondment mauvaises4 ,pour tre plus clair1 j'ai trait sparment quelques aspects corrlatifs de la conduite et donn des conclusions dont chacune est fausse ds qu'on la spare des autres2 j'ai ainsi fourni de nombreuses occasions d'tre mal compris4 ,les relations de cet ouvrage avec ceux qui le prcdent dans la srie sont de nature rendre ncessaires de frquents renvois4 ,comme il contient en ralit les consquences de principes dj tablis dans chacun d'eux1 il m'a paru impossible de me dispenser de rtablir ces principes4 ,en outre1 les prsentant dans leurs rapports avec diffrentes thories morales1 j'ai t oblig chaque fois de rappeler brivement au lecteur quels ils sont et comment ils sont dduits4 ,de l une foule de rptitions qui paratront peut-tre fastidieuses quelques-uns4 ,je ne puis cependant regretter beaucoup ce rsultat presque invitable2 car c'est seulement par des itrations multiplies que des conceptions trangres peuvent s'imposer des esprits prvenus4 ,,les ,,bases ,,de ,,la ,,morale ,,volutionniste ,,chapitre ,,premier ,,de ,,la ,,conduite ,,en ,g,n,,ral #a4 ,les termes corrlatifs s'impliquent l'un l'autre2 ainsi l'on ne peut penser un pre sans penser un enfant1 un suprieur sans penser un infrieur4 ,un des exemples les plus communs donns l'appui de cette doctrine1 c'est le lien ncessaire qui unit la conception d'un tout celle d'une partie4 ,il est impossible de concevoir l'ide d'un tout sans faire natre aussitt l'ide des parties qui le constituent1 et l'on ne peut pas davantage concevoir l'ide d'une partie sans provoquer aussitt l'ide de quelque tout auquel elle appartient4 ,mais il faut ajouter que l'on ne saurait avoir une ide correcte d'une partie sans avoir aussi une ide correcte du tout correspondant4 ,la connaissance inadquate de l'un de ces termes entrane1 de plusieurs manires1 la connaissance inadquate de l'autre4 ,si l'on pense une partie sans la rapporter au tout1 elle devient elle-mme un tout1 une entit indpendante1 et l'on se fait une ide fausse de ses relations l'existence en gnral4 ,en outre1 on doit apprcier mal la grandeur de la partie par rapport la grandeur du tout1 si l'on se borne reconnatre que celui-ci contient celle-l1 si l'on ne se le reprsente pas exactement dans toute son tendue4 ,enfin on ne peut pas connatre avec prcision la position relative de cette partie et des autres1 moins de connatre le tout dans la distribution de ses parties aussi bien que dans son ensemble4 ,si la partie et le tout1 au lieu de simples relations statiques1 ont des relations dynamiques1 il faut possder une intelligence gnrale du tout pour comprendre la partie4 ,un sauvage qui n'a jamais vu de voiture sera incapable de concevoir l'usage et l'action d'une roue4 ,le disque d'un excentrique1 perc d'une ouverture irrgulire1 n'a1 pour le paysan qui ne sait pas la mcanique1 ni place ni usage dtermins4 ,un mcanicien mme1 s'il n'a jamais vu de piano1 ne comprendra pas1 l'aspect d'une pdale1 quelle en est la fonction ou la valeur relative4 ,c'est surtout lorsqu'il s'agit d'un ensemble organis que la comprhension complte d'une partie implique une grande comprhension du tout4 ,supposez un tre1 qui ne connatrait pas le corps humain1 plac en prsence d'un bras dtach4 ,en admettant mme qu'il ne commt pas l'erreur de le prendre pour un tout au lieu de le regarder comme une partie d'un tout1 il ne pourrait cependant expliquer ni ses rapports avec les autres parties de ce tout1 ni sa structure4 ,il devinerait la rigueur la coopration des os et des muscles2 mais il n'aurait absolument aucune ide de la manire dont le bras contribue aux actions du tout auquel il appartient1 et il ne saurait en aucune faon interprter le rle des nerfs1 ni des vaisseaux qui se ramifient dans ce membre et se rattachent sparment certains organes du tronc4 ,une thorie de la structure du bras implique une thorie de la structure du corps tout entier4 ,cette vrit vaut non seulement pour les agrgats matriels1 mais encore pour les agrgats immatriels1 les ensembles de mouvements1 de faits1 de penses1 de mots4 ,les mouvements de la lune ne sont bien compris que si l'on tient compte des mouvements du systme solaire tout entier4 ,pour arriver bien charger une arme feu1 il faut connatre les effets qu'elle doit servir produire4 ,un fragment de phrase1 s'il n'est pas inintelligible1 sera mal interprt en l'absence de ce qui manque4 ,retranchez le commencement et la fin1 et le reste d'une dmonstration ne prouve rien4 ,les explications fournies par le demandeur sont souvent trompeuses tant que l'on n'en a pas rapproch celles du dfendeur4 #b4 ,la conduite est un ensemble1 et1 en un sens1 un ensemble organique1 un agrgat d'actions mutuellement lies accomplies par un organisme4 ,la division ou l'aspect de la conduite dont traite la morale est une partie de ce tout organique1 et une partie dont les composantes sont indissolublement unies avec le reste4 ,si l'on s'en rapporte l'opinion commune1 tisonner le feu1 lire un journal1 prendre un repas1 sont des actes o la moralit n'a rien voir4 ,ouvrir la fentre pour arer une chambre1 prendre un manteau quand l'air est froid ne passent pas pour des faits qui aient aucune valeur morale4 ,ce sont l cependant autant de parties de la conduite4 ,la manire de vivre que nous appelons bonne1 celle que nous appelons mauvaise sont comprises dans la manire de vivre en gnral1 avec celle que nous regardons comme indiffrente4 ,le tout dont la morale est une partie est le tout constitu par la thorie de la conduite prise dans son ensemble1 et il faut comprendre ce tout avant d'en comprendre une partie4 ,examinons de plus prs cette proposition4 ,d'abord1 comment dfinirons-nous la conduite8 ,il n'y a pas identit absolue entre les actes qui la composent et l'agrgat des actions1 bien que la diffrence soit faible4 ,des actions comme celles d'un pileptique pendant un accs n'entrent pas dans notre conception de la conduite3 cette conception exclut les actes qui ne tendent aucune fin4 ,en reconnaissant ce qui est ainsi exclu de cette conception1 nous reconnaissons en mme temps tout ce qu'elle contient1 et la dfinition de la conduite laquelle nous aboutissons est celle-ci3 ou l'ensemble des actes adapts une fin1 ou l'adaptation des actes des fins1 suivant que nous considrons la somme des actes toute forme1 ou que nous pensons seulement sa formation4 ,la conduite1 dans la pleine acception du mot1 doit tre prise comme embrassant toutes les adaptations d'actes des fins1 depuis les plus simples jusqu'aux plus complexes1 quelle que soit leur nature spciale1 qu'on les considre d'ailleurs sparment ou dans leur totalit4 ,la conduite en gnral ainsi distingue de n'importe quel tout plus large constitu par des actions en gnral1 voyons maintenant comment on distingue habituellement du reste de la conduite la conduite sur laquelle on porte des jugements moraux4 ,comme nous l'avons dj dit1 une grande partie de la conduite ordinaire est indiffrente4 ,irai-je me promener la cascade aujourd'hui1 ou bien suivrai-je le bord de la mer8 ,les fins sont ici moralement indiffrentes4 ,si je vais la cascade1 passerai-je par le marais ou par le bois8 ,les moyens sont encore moralement indiffrents4 ,a chaque instant1 la plupart de nos actions ne peuvent ainsi tre juges bonnes ou mauvaises par rapport aux fins ou aux moyens4 ,il n'est pas moins clair que la transition des actes indiffrents aux actes bons ou mauvais se fait par degrs4 ,si je suis avec un ami qui connaisse dj le bord de la mer et qui n'ait pas vu la cascade1 le choix entre l'un et l'autre but de promenade n'est dj plus moralement indiffrent2 si1 la cascade choisie comme but de notre excursion1 le chemin travers le marais est trop long pour ses forces1 alors que la route par le bois est plus courte et plus facile1 le choix des moyens cesse aussi d'tre indiffrent4 ,en outre1 si1 en faisant une de ces excursions plutt que l'autre1 je m'expose n'tre pas rentr assez tt pour me trouver un rendez-vous1 si le choix du chemin le plus long a le mme rsultat1 alors que je pourrais revenir temps en prenant la route la plus courte1 la dcision en faveur de l'un ou de l'autre but1 de l'un ou de l'autre moyen acquiert d'une autre manire une valeur morale1 et cette valeur morale enfin sera de plus en plus grande suivant que ce rendez-vous aura ou quelque importance ou une grande importance1 ou une importance capitale pour moi ou pour les autres4 ,ces exemples font ressortir cette vrit qu'une conduite o la moralit n'intervient pas se transforme par des degrs insensibles et de mille manires en une conduite morale ou immorale4 ,mais la conduite que nous devons concevoir scientifiquement avant de pouvoir nous faire une ide scientifique de ces modes de conduite qui sont les objets des jugements moraux1 est immensment plus tendue que celle laquelle nous avons fait allusion4 ,nous n'aurons pas une comprhension complte de la conduite en considrant seulement la conduite des hommes3 nous devons en effet la regarder comme une simple partie de la conduite universelle1 de la conduite telle qu'elle se manifeste chez tous les tres vivants4 ,car celle-ci rentre dans la dfinition que nous avons donne3 des actes adapts des fins4 ,la conduite des animaux suprieurs compare celle de l'homme1 celle des animaux infrieurs compare celle des animaux suprieurs diffrent surtout en ce que l'adaptation des actes aux fins est plus ou moins simple et incomplte4 ,ici comme partout1 nous devons interprter le plus dvelopp par le moins dvelopp4 ,de mme que1 pour bien comprendre la partie de la conduite dont traite la morale1 nous devons tudier la conduite humaine dans son ensemble1 de mme aussi1 pour bien comprendre la conduite humaine dans son ensemble1 il faut l'tudier comme une partie du tout plus vaste que constitue la conduite des tres anims en gnral4 ,et nous ne connatrons mme pas ce tout assez compltement si nous nous bornons considrer la conduite telle qu'elle se manifeste actuellement autour de nous4 ,nous devons faire entrer dans notre conception la conduite moins dveloppe dont cette conduite actuelle est sortie dans la suite des temps4 ,nous devons considrer la conduite observe aujourd'hui chez les cratures de tout ordre comme le dveloppement de la conduite qui a permis la vie d'arriver dans tous les genres la hauteur o nous la voyons4 ,cela revient dire que nous avons d'abord1 pour prparer le terrain1 tudier l'volution de la conduite4 ,,chapitre ,,ii ,l',,volution ,,de ,,la ,,conduite #c4 ,nous sommes trs familiariss aujourd'hui avec l'ide d'une volution de structures travers les types ascendants de l'animalit4 ,nous nous sommes aussi familiariss un haut degr avec cette pense qu'une volution de fonctions s'est produite pari passu en mme temps que l'volution des structures4 ,faisant un pas de plus1 il nous reste concevoir que l'volution de la conduite est corrlative cette volution de structures et de fonctions4 ,il faut distinguer avec prcision ces trois cas4 ,il est clair que les faits tablis par la morphologie compare forment un tout essentiellement indpendant1 bien qu'on ne puisse l'tudier en gnral ou en dtail sans tenir compte des faits qui appartiennent la physiologie compare4 ,il n'est pas moins clair que nous pouvons appliquer exclusivement notre attention cette diffrenciation progressive de fonctions et cette combinaison de fonctions1 qui accompagnent le dveloppement des structures1--que nous pouvons dire des caractres et des connexions des organes seulement ce qu'il faut pour parler de leurs actions spares ou combines4 ,la conduite forme elle-mme un sujet distinct du sujet des fonctions1 moins que celui-ci ne l'est du sujet des structures1 mais assez cependant pour constituer un sujet essentiellement spar4 ,ces fonctions en effet1 qui se combinent dj de diverses manires pour former ce que nous regardons comme des actes corporels particuliers1 sont recombines encore d'un nombre indfini de faons pour former cette coordination d'actes corporels dsigne sous le nom de conduite4 ,nous avons affaire aux fonctions dans le vrai sens du mot1 quand nous les considrons comme des processus qui se dveloppent dans le corps2 et1 sans dpasser les limites de la physiologie1 nous pouvons traiter de leurs combinaisons1 tant que nous les regardons comme des lments du consensus vital4 ,si nous observons comment les poumons arent le sang que le coeur leur envoie1 comment le coeur et les poumons ensemble fournissent du sang ar l'estomac et le rendent ainsi capable de remplir sa tche2 comment ces organes collaborent avec diverses glandes de scrtion ou d'excrtion pour achever la digestion et pour liminer la matire qui a dj servi2 comment enfin tout ce travail a pour effet de maintenir le cerveau en tat de diriger ces actes qui contribuent indirectement la conservation de la vie1 nous ne traitons ainsi que des fonctions4 ,alors mme que nous tudions la manire dont les parties qui agissent directement autour du tronc1--les jambes1 les bras1 les ailes1--font ce qu'elles doivent faire1 nous nous occupons encore des fonctions1 en tant qu'elles sont physiologiques1 aussi longtemps que nous limitons notre examen leurs processus internes1 leurs combinaisons internes4 ,mais nous abordons le sujet de la conduite ds que nous tudions les combinaisons d'actions des organes sensoriels ou moteurs en tant qu'elles se manifestent au dehors4 ,supposons qu'au lieu d'observer les contractions musculaires par lesquelles convergent les axes optiques et s'adaptent les foyers oculaires 7ce qui est du domaine de la physiologie71 qu'au lieu d'observer la coopration des nerfs1 des muscles1 des os1 qui permet de porter la main telle place et de fermer les doigts 7c'est encore du domaine de la physiologie71 nous observions ce fait qu'une arme est saisie par une main que les yeux ont guide4 ,nous passons alors de la pense d'une combinaison de fonctions internes la pense d'une combinaison de mouvements externes4 ,sans doute1 si nous pouvions suivre les processus crbraux qui accompagnent ces mouvements1 nous trouverions une coordination physiologique interne correspondante cette coordination extrieure d'actions4 ,mais cette hypothse s'accorde avec cette affirmation que1 lorsque nous ignorons la combinaison interne et faisons attention seulement la combinaison externe1 nous passons d'une partie de la physiologie une partie de la conduite4 ,on pourrait objecter1 il est vrai1 que la combinaison externe donne comme exemple est trop simple pour tre lgitimement dsigne par le nom de conduite2 mais il suffit de rflchir un moment pour voir qu'elle se lie par d'insensibles gradations ce que nous appelons la conduite4 ,supposons que cette arme soit prise pour parer un coup1 qu'elle serve faire une blessure1 que l'agresseur soit mis en fuite1 que l'affaire fasse du bruit1 arrive la police1 et qu'il s'ensuive tous ces actes varis qui constituent une poursuite judiciaire4 ,evidemment l'adaptation initiale d'un acte une fin1 insparable de tout le reste1 doit tre comprise avec ce reste sous un mme nom gnral1 et nous passons videmment par degrs de cette simple adaptation initiale1 qui n'a pas encore de caractre moral intrinsque1 aux adaptations les plus complexes et celles qui donnent lieu des jugements moraux4 ,ngligeant toute coordination interne1 nous avons donc ici pour sujet l'agrgat de toutes les coordinations externes1 et cet agrgat embrasse non seulement toutes les coordinations formes par des hommes1 les plus simples comme les plus complexes1 mais encore toutes celles que produisent tous les tres infrieurs plus ou moins dvelopps4 #d4 ,nous avons dj implicitement rsolu cette question3 en quoi consiste le progrs dans l'volution de la conduite1 et comment pourrons-nous le suivre depuis les types les plus humbles des cratures vivantes jusqu'aux plus levs8 ,quelques exemples suffiront pour mettre la rponse dans tout son jour4 ,nous avons vu que la conduite se distingue de la totalit des actions en ce qu'elle exclut les actions qui ne tendent pas une fin3 mais dans le cours de l'volution cette distinction se manifeste par degrs4 ,chez les cratures les plus humbles1 la plupart des mouvements accomplis chaque instant ne paraissent pas plus dirigs vers un but dtermin que les mouvements dsordonns d'un pileptique4 ,un infusoire nage au hasard et l1 sans que sa course soit dtermine par la vue d'aucun objet poursuivre ou viter1 et seulement1 selon toute apparence1 sous l'impulsion de diverses actions du milieu o il est plong2 ses actes1 qui ne paraissent aucun degr adapts des fins1 le conduisent tantt au contact de quelque substance nutritive qu'il absorbe1 tantt au contraire dans le voisinage de quelque animal par lequel il est lui-mme absorb et digr4 ,privs des sens dvelopps et de la puissance motrice qui appartiennent aux animaux suprieurs1 quatre-vingt-dix-neuf pour cent de ces animalcules1 qui vivent isolment quelques heures1 disparaissent en servant la nutrition d'autres tres ou sont dtruits par quelque autre cause4 ,leur conduite se compose d'actions si peu adaptes des fins que leur vie continue seulement tant que les accidents du milieu leur sont favorables4 ,mais si1 parmi les cratures aquatiques1 nous en observons une d'un type encore peu lev1 suprieure cependant l'infusoire1 un rotifre par exemple1 nous voyons en mme temps que la taille s'accrot1 que la structure se dveloppe et que le pouvoir de combiner des fonctions s'augmente1 comment il se fait aussi un progrs dans la conduite4 ,nous voyons le rotifre agiter circulairement ses cils1 et attirer pour s'en nourrir les petits animaux qui se meuvent autour de lui2 avec sa queue prhensive1 il se fixe quelque objet appropri2 en repliant ses organes extrieurs et en contractant son corps1 il se soustrait aux dangers qui peuvent de temps autre le menacer4 ,en adaptant mieux ses actions des fins1 il se rend ainsi plus indpendant des faits extrieurs et assure sa conservation pour une plus longue priode4 ,un type suprieur1 comme celui des mollusques1 permet de marquer encore mieux ce contraste4 ,lorsque nous comparons un mollusque infrieur1 comme l'ascidie flottante1 avec un mollusque d'une espce leve1 comme un cphalopode1 nous trouvons encore qu'un plus haut degr de l'volution organique est accompagn d'une conduite plus dveloppe4 ,a la merci de tout animal marin assez gros pour l'avaler1 entrane par les courants qui peuvent au hasard la retenir en pleine mer ou la laisser sec sur le rivage1 l'ascidie n'adapte que fort peu d'actes des fins dtermines1 en comparaison du cphalopode4 ,celui-ci1 au contraire1 tantt rampe sur le rivage1 tantt explore les crevasses des rochers1 tantt nage dans la mer1 tantt attaque un poisson1 tantt se drobe lui-mme dans un nuage de liqueur noire la poursuite d'un animal plus gros et se sert de ses tentacules soit pour se fixer au sol1 soit pour tenir sa proie plus serre2 il choisit1 il combine1 il proportionne ses mouvements de minute en minute1 aussi bien pour chapper aux dangers qui le menacent que pour tirer parti des hasards heureux2 il nous montre enfin toute une varit d'actions qui1 en servant des fins particulires1 servent cette fin gnrale3 assurer la continuit de l'activit4 ,chez les animaux vertbrs1 nous suivons galement ce progrs de la conduite paralllement au progrs des structures et des fonctions4 ,un poisson errant et l la recherche de quelque chose manger1 capable de dcouvrir sa proie par l'odorat ou la vue1 mais seulement une faible distance1 et chaque instant forc de fuir l'approche redoutable de quelque poisson plus gros1 ce poisson adapte des fins des actes relativement peu nombreux et trs simples2 par une consquence naturelle1 la dure de sa vie est fort courte4 ,il y en a si peu qui survivent la maturit1 que1 pour compenser la destruction des petits non encore clos1 du menu fretin et des individus demi dvelopps1 une morue doit frayer un million d'oeufs1 et1 sur ce grand nombre d'oeufs1 deux autres morues peuvent parvenir l'ge de frayer leur tour4 ,au contraire1 un mammifre d'un degr lev dans l'chelle de l'volution1 comme un lphant1 adapte beaucoup mieux leurs fins mme ces actes gnraux qui lui sont communs avec ce poisson4 ,par la vue1 aussi bien1 probablement1 que par l'odorat1 il dcouvre sa nourriture une distance relativement fort grande2 et si1 de temps autre1 il lui faut fuir1 il le fait avec beaucoup plus de rapidit que le poisson4 ,mais la principale diffrence consiste en ce qu'il y a encore ici d'autres groupes d'adaptations4 ,ainsi certains actes se combinent pour faciliter la nutrition3 par exemple1 il brise des branches charges de fruits pour s'en nourrir1 il fait un choix de tiges comestibles parmi le grand nombre de celles qui s'offrent lui2 en cas de danger1 il peut non seulement fuir1 mais encore1 s'il le faut1 se dfendre ou mme attaquer le premier1 et il se sert alors simultanment de ses dfenses1 de sa trompe et de ses pieds pesants4 ,en outre1 nous voyons des actes secondaires et varis s'adapter des fins secondaires2 ainsi il va chercher la fracheur dans une rivire et se sert de sa trompe pour s'arroser1 ou bien il emploie une baguette pour chasser les mouches qui s'attachent son dos1 ou encore il sait faire entendre des sortes de cris d'alarme pour avertir le troupeau1 et conformer lui-mme ses actes ces cris s'ils sont pousss par d'autres lphants4 ,evidemment1 l'effet d'une conduite si dveloppe est d'assurer l'quilibre des actions organiques pendant des priodes beaucoup plus longues4 ,si nous tudions maintenant la manire d'agir du plus lev parmi les mammifres1 de l'homme1 nous ne trouvons pas seulement des adaptations de moyens fins plus nombreuses et plus exactes que chez les mammifres ordinaires1 nous faisons encore la mme remarque en comparant les races humaines suprieures aux races humaines infrieures4 ,prenons une des fins les plus importantes1 nous la verrons bien plus compltement atteinte par l'homme civilis que par le sauvage1 et nous y verrons concourir un nombre relativement plus grand d'actes secondaires4 ,s'agit-il de la nutrition8 ,la nourriture est obtenue plus rgulirement par rapport l'apptit2 elle est de meilleure qualit1 plus propre1 plus varie1 mieux prpare4 ,s'agit-il du vtement8 ,les caractres de la fabrication et de la forme des articles qui servent l'habillement1 et leur adaptation aux besoins sont de jour en jour1 d'heure en heure1 amliors4 ,s'agit-il des habitations8 ,entre les huttes de terre et de branchages habites par les sauvages les plus arrirs et la maison de l'homme civilis1 il y a autant de diffrence extrieure que dans le nombre et la valeur des adaptations de moyens fins que supposent respectivement ces deux genres de constructions4 ,si nous comparons les occupations ordinaires du sauvage avec les occupations ordinaires de l'homme civilis1--par exemple les affaires du commerant qui supposent des transactions multiples et complexes s'tendant de longues priodes1 les professions librales1 prpares par des tudes laborieuses et chaque jour assujetties aux soucis les plus varis1 ou les discussions1 les agitations politiques employes tantt soutenir telle mesure et tantt combattre telle autre1--nous rencontrons non seulement des sries d'adaptations de moyens fins qui dpassent infiniment en varit et en complexit celles des races infrieures1 mais des sries qui n'ont pas d'analogues dans ces races4 ,la dure de la vie1 qui constitue la fin suprme1 s'accrot paralllement cette plus grande laboration de la vie produite par la poursuite de fins plus nombreuses4 ,mais il est ncessaire de complter cette conception d'une volution de la conduite4 ,nous avons montr qu'elle consiste en une adaptation des actes aux fins1 telle que la vie se trouve prolonge4 ,cette adaptation augmente encore le total de la vie4 ,en repassant en effet les exemples donns plus haut1 on verra que la longueur de la vie n'est point1 par elle-mme1 la mesure de l'volution de la conduite3 il faut encore tenir compte de la quantit de vie4 ,par sa constitution1 une hutre peut se contenter de la nourriture diffuse contenue dans l'eau de mer qu'elle absorbe2 protge par son caille peu prs contre tous les dangers1 elle est capable de vivre plus longtemps qu'une sche1 expose malgr ses facults suprieures de nombreux hasards2 mais aussi la somme d'activits vitales dans un intervalle donn est bien moindre pour l'hutre que pour la sche4 ,de mme un ver1 ordinairement cach la plupart de ses ennemis par la terre sous laquelle il se fait un chemin et qui lui fournit assez pour sa pauvre subsistance1 peut arriver vivre plus longtemps que ses parents annels1 les insectes2 mais l'un de ceux-ci1 durant son existence de larve ou d'insecte parfait1 exprimente un plus grand nombre de ces changements qui constituent la vie4 ,il n'en est pas autrement quand nous comparons dans le genre humain les races les plus dveloppes aux moins dveloppes4 ,la diffrence entre les annes que peuvent vivre un sauvage et un homme civilis ne permet pas d'apprcier exactement combien la vie diffre chez l'un et chez l'autre1 si l'on considre le total de la vie comme un agrgat de penses1 de sensations et d'actes4 ,aussi1 pour estimer la vie1 nous en multiplierons la longueur par la largeur1 et nous dirons que l'augmentation vitale qui accompagne l'volution de la conduite rsulte de l'accroissement de ces deux facteurs4 ,les adaptations plus multiples et plus varies de moyens fins1 par lesquelles les cratures plus dveloppes satisfont des besoins plus nombreux1 ajoutent toutes quelque chose aux activits exerces dans le mme temps1 et contribuent chacune rendre plus longue la priode pendant laquelle se continuent ces activits simultanes4 ,toute volution ultrieure de la conduite augmente l'agrgat des actions1 en mme temps qu'elle contribue l'tendre dans la dure4 #e4 ,passons maintenant un autre aspect des phnomnes1 un aspect distinct de celui que nous avons tudi1 mais ncessairement associ avec lui4 ,nous n'avons considr jusqu' prsent que les adaptations de moyens fins qui ont pour dernier rsultat de complter la vie individuelle4 ,considrons les adaptations qui ont pour fin la vie de l'espce4 ,si chaque gnration subsiste1 c'est parce que des gnrations antrieures ont veill la conservation des jeunes4 ,plus l'volution de la conduite qui sert la dfense de la vie individuelle est dveloppe et suppose une haute organisation1 plus la conduite relative l'levage des petits doit tre elle-mme dveloppe4 ,a travers les degrs ascendants du rgne animal1 ce second genre de conduite prsente des progrs successifs gaux ceux que nous avons observs dans le premier4 ,en bas1 o les structures et les fonctions sont peu dveloppes et le pouvoir d'adapter des actes des fins encore faible1 il n'y a pas1 proprement parler1 de conduite pour assurer la conservation de l'espce4 ,la conduite pour le maintien de la race1 comme la conduite pour le maintien de l'individu1 sort par degrs de ce qui ne peut tre appel une conduite4 ,les actions adaptes une fin sont prcdes d'actions qui ne tendent aucune fin4 ,les protozoaires se divisent et se subdivisent1 par suite de changements physiques sur lesquels ils n'ont aucun contrle1 ou1 d'autres fois1 aprs un intervalle de repos1 se brisent en petites parties qui se dveloppent sparment pour former autant d'individus nouveaux4 ,dans ce cas1 pas plus que dans le prcdent1 il n'y a pas de conduite4 ,un peu plus haut1 le progrs consiste en ce qu'il se forme1 certains moments1 dans le corps de l'animal1 des cellules germes et des cellules de sperme qui sont projetes l'occasion dans l'eau environnante et abandonnes leur sort3 une sur cent mille peut-tre arrive maturit4 ,ici encore1 nous voyons le dveloppement et la dispersion des nouveaux tres se faire sans que les parents s'en occupent4 ,les espces immdiatement suprieures1 comme les poissons1 qui choisissent les endroits favorables pour y dposer leurs oeufs1 les crustacs d'un genre lev1 qui charrient des masses d'oeufs jusqu' ce qu'ils soient clos1 font voir des adaptations de moyens fins que nous pouvons dsigner du nom de conduite2 mais c'est encore une conduite du genre le plus simple4 ,lorsque1 comme dans une certaine espce de poissons1 le mle veille sur les oeufs et en loigne les intrus1 c'est une nouvelle adaptation de moyens fins1 et l'on peut employer plus rsolument dans ce cas le mot de conduite4 ,si nous passons des cratures bien suprieures1 comme les oiseaux1 qui btissent des nids1 couvent leurs oeufs1 nourrissent leurs petits pendant de longues priodes et les assistent encore quand ils sont capables de voler2 ou comme les mammifres1 qui allaitent un certain temps leurs petits1 et continuent ensuite leur apporter de la nourriture ou les protger pendant qu'ils prennent eux-mmes leur nourriture1 jusqu' ce qu'ils soient capables de se suffire eux-mmes1 nous voyons comment la conduite qui a pour but la conservation de l'espce se dveloppe pas pas avec celle qui sert la conservation de l'individu4 ,cette organisation suprieure qui rend celle-ci possible rend galement possible celle-l4 ,l'humanit marque dans ce genre un grand progrs4 ,compar avec les animaux1 le sauvage1 suprieur dj dans la conduite qui se rapporte sa propre conservation1 est suprieur aussi dans la conduite qui a pour fin la conservation de sa race4 ,il pourvoit en effet un plus grand nombre de besoins de l'enfant2 les soins des parents durent plus longtemps et s'tendent apprendre aux enfants les arts1 leur donner les habitudes qui les prparent l'existence qu'ils doivent mener4 ,la conduite de cet ordre1 aussi bien que celle de l'autre1 se dveloppe encore davantage sous nos yeux1 quand nous nous levons du sauvage l'homme civilis4 ,l'adaptation des moyens des fins dans l'ducation des enfants est plus complte2 les fins atteindre sont plus nombreuses1 les moyens plus varis1 et l'emploi en est plus efficace2 la protection1 la surveillance se continuent aussi pendant une bien plus grande partie de la vie4 ,en suivant l'volution de la conduite1 de manire nous faire une ide exacte de la conduite en gnral1 nous devons donc reconnatre la dpendance mutuelle de ces deux genres4 ,a parler gnralement1 l'un ne peut se dvelopper sans que l'autre se dveloppe1 et ils doivent parvenir simultanment l'un et l'autre au plus haut degr de leur volution4 #f4 ,cependant1 on se tromperait en affirmant que l'volution de la conduite devient complte1 lorsqu'elle atteint une adaptation parfaite de moyens fins pour conserver la vie individuelle et lever les enfants1 ou plutt je dirais que ces deux premiers genres de conduite ne peuvent pas arriver leur forme la plus haute1 sans qu'un troisime genre de conduite1 qu'il nous reste nommer1 atteigne lui-mme sa forme la plus leve4 ,les cratures innombrables et de toute espce qui remplissent la terre ne peuvent vivre entirement trangres les unes aux autres2 elles sont plus ou moins en prsence les unes des autres1 se heurtent les unes contre les autres4 ,dans une grande proportion1 les adaptations de moyens fins dont nous avons parl sont les composantes de cette lutte pour l'existence engage la fois entre les membres d'une mme espce et les membres d'espces diffrentes2 et1 le plus souvent1 une heureuse adaptation faite par une crature implique une adaptation manque par un tre de la mme espce ou d'une espce diffrente4 ,pour que le carnivore vive1 il faut que des herbivores meurent1 et1 pour lever ses petits1 il doit priver de leurs parents les petits d'animaux plus faibles4 ,le faucon et sa couve ne subsistent que par le meurtre de beaucoup de petits oiseaux2 ces petits oiseaux leur tour ne peuvent multiplier1 et leur progniture ne peut se nourrir que par le sacrifice de vers et de larves innombrables4 ,la comptition entre membres de la mme espce a des rsultats analogues1 bien que moins frappants4 ,le plus fort s'empare souvent par la violence de la proie qu'un plus faible a attrape4 ,usurpant leur profit exclusif certains territoires de chasse1 les plus froces relguent les autres animaux de leur espce en des lieux moins favorables4 ,chez les herbivores1 les choses se passent de la mme manire2 les plus forts s'assurent la meilleure nourriture1 tandis que les plus faibles1 moins bien nourris1 succombent directement d'inanition ou indirectement par l'inhabilet fuir leurs ennemis qui rsulte de ce dfaut mme d'alimentation4 ,cela revient dire que1 chez ceux dont la vie se passe lutter1 aucun des deux genres de conduite dtermins plus haut ne peut arriver un complet dveloppement4 ,mme chez les animaux qui ont peu craindre de la part d'ennemis ou de comptiteurs1 comme les lions ou les tigres1 il y a fatalement encore quelques dfauts d'adaptation des moyens aux fins dans la dernire partie de leur vie4 ,la mort par la faim qui rsulte de l'impuissance saisir sa proie est une preuve que la conduite n'atteint pas son idal4 ,de cette conduite imparfaitement dveloppe1 nous passons par antithse la conduite parvenue la perfection4 ,en considrant ces adaptations d'actes des fins1 qui restent toujours incompltes1 parce qu'elles ne peuvent tre faites par une crature sans qu'une autre crature soit empche de les faire1 nous nous levons la pense d'adaptations telles que toutes les cratures pourraient les faire sans empcher les autres cratures de les faire galement4 ,voil ncessairement le caractre distinctif de la conduite la plus dveloppe4 ,aussi longtemps en effet que la conduite se composera d'adaptations d'actes fins1 possibles pour les uns la condition seulement que les autres ne puissent faire les mmes adaptations1 il y aura toujours place pour des modifications par lesquelles la conduite atteindrait une phase o cette ncessit serait vite et qui augmenterait la somme de la vie4 ,de l'abstrait passons au concret4 ,nous reconnaissons que l'homme est l'tre dont la conduite est le plus dveloppe2 recherchons quelles conditions sa conduite1 sous les trois aspects de son volution1 atteint sa limite4 ,d'abord1 tant que la vie n'est entretenue que par le pillage1 comme celle de certains sauvages1 les adaptations de moyens fins ne peuvent atteindre en aucun genre le plus haut degr de la conduite4 ,la vie individuelle1 mal dfendue d'heure en heure1 est prmaturment interrompue2 l'ducation des enfants fait souvent tout fait dfaut1 ou elle est incomplte si elle ne manque pas entirement2 de plus1 la conservation de l'individu et celle de la race ne sont assures1 dans la mesure o elles le sont1 que par la destruction d'autres tres1 d'une autre espce ou de la mme4 ,dans les socits formes par la composition et la recomposition des hordes primitives1 la conduite reste imparfaitement dveloppe dans la mesure o se perptuent les luttes entre les groupes et les luttes entre les membres des mmes groupes2 or ces deux traits sont ncessairement associs1 car la nature1 qui pousse aux guerres internationales1 porte galement aux attaques d'individu individu4 ,la limite de l'volution ne peut donc tre atteinte par la conduite que dans les socits tout fait paisibles4 ,cette adaptation parfaite de moyens fins pour la conservation de la vie individuelle et l'ducation de nouveaux individus1 laquelle chacun peut atteindre sans empcher les autres d'en faire autant1 constitue1 dans sa vritable dfinition1 un genre de conduite dont on ne peut approcher que si les guerres diminuent ou cessent tout fait4 ,mais nous avons encore une lacune combler1 car il y a un dernier progrs dont nous n'avons pas encore parl4 ,outre que chacun peut agir de telle sorte qu'il parvienne ses fins sans empcher les autres de parvenir aux leurs1 les membres d'une socit peuvent s'entr'aider atteindre leur but4 ,si des citoyens unis se rendent plus facile les uns aux autres l'adaptation des moyens aux fins1--soit indirectement par une coopration industrielle1 soit directement par une assistance volontaire1--leur conduite s'lve un degr plus haut encore d'volution1 puisque tout ce qui facilite pour chacun l'adaptation des actes aux fins augmente la somme des adaptations faites et sert rendre plus complte la vie de tous4 #g4 ,le lecteur qui se rappellera certains passages des ,premiers principes1 des ,principes de biologie et des ,principes de psychologie reconnatra dans les passages qui prcdent1 sous une autre forme1 le mode de gnralisation dj adopt dans ces ouvrages4 ,on se souviendra particulirement de cette proposition que la vie est la combinaison dfinie de changements htrognes1 la fois simultans et successifs1 en correspondance avec des coexistences et des squences extrieures2 et surtout de cette formule abrge et plus nette d'aprs laquelle la vie est l'adaptation continuelle de relations internes des relations externes4 ,la diffrence dans la manire de prsenter ici les faits par rapport la manire dont nous les prsentions autrefois consiste surtout en ceci que nous ignorons la partie intrieure de la correspondance pour nous attacher exclusivement cette partie extrieure constitue par les actions visibles4 ,mais l'une et l'autre partie sont en harmonie1 et le lecteur qui dsirerait se prparer lui-mme bien comprendre le sujet de ce livre au point de vue de l'volution ferait bien d'ajouter1 l'aspect plus spcial que nous allons considrer1 les aspects que nous avons dj dcrits4 ,cette remarque faite en passant1 je reviens l'importante proposition tablie dans les deux chapitres prcdents et qui a t1 je pense1 pleinement justifie4 ,guids par cette vrit que la conduite dont traite la morale est une partie de la conduite en gnral1 et qu'il faut bien comprendre ce que c'est que la conduite en gnral pour comprendre spcialement ce que c'est que cette partie2 guids aussi par cette autre vrit que1 pour comprendre la conduite en gnral1 nous devions comprendre l'volution de la conduite1 nous avons t amens reconnatre que la morale a pour sujet propre la forme que revt la conduite universelle dans les dernires tapes de son volution4 ,nous avons aussi conclu que ces dernires tapes dans l'volution de la conduite sont celles que parcourt le type le plus lev de l'tre1 lorsqu'il est forc1 par l'accroissement du nombre1 vivre de plus en plus en prsence de ses semblables4 ,nous sommes ainsi arrivs ce corollaire que la conduite obtient une sanction morale mesure que les activits1 devenant de moins en moins militantes et de plus en plus industrielles1 sont telles qu'elles ne ncessitent plus ni injustice ni opposition mutuelles1 mais consistent en cooprations1 en aides rciproques1 et se dveloppent par cela mme4 ,ces consquences de l'hypothse de l'volution1 il nous reste voir qu'elles s'accordent avec les ides morales directrices auxquelles les hommes se sont levs par d'autres voies4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,bonne ,,et ,,la ,,mauvaise ,,conduite #h4 ,en comparant les sens qu'il a dans diffrents cas et en observant ce que ces sens ont de commun1 nous parvenons dterminer la signification essentielle d'un mot4 ,cette signification1 pour un mot qui est diversement appliqu1 peut aussi tre connue en comparant l'une avec l'autre celles de ses applications qui diffrent le plus entre elles4 ,cherchons de cette manire ce que signifient les mots bon et mauvais4 ,dans quel cas donnons-nous l'pithte de bon un couteau1 un fusil1 une maison8 ,quelles circonstances d'autre part nous conduisent traiter de mauvais un parapluie ou une paire de bottes8 ,les caractres attribus ici par les mots bon et mauvais ne sont pas des caractres intrinsques2 car1 en dehors des besoins de l'homme1 ces objets n'ont ni mrites ni dmrites4 ,nous les appelons bons ou mauvais suivant qu'ils sont plus ou moins propres nous permettre d'atteindre des fins dtermines4 ,le bon couteau est un couteau qui coupe2 le bon fusil1 un fusil qui porte loin et juste2 la bonne maison1 une maison qui procure convenablement l'abri1 le confort1 les commodits qu'on y cherche4 ,rciproquement1 le mal que l'on trouve dans le parapluie ou la paire de bottes se rapporte l'insuffisance au moins apparente de ces objets pour atteindre certaines fins1 comme de nous protger de la pluie ou de garantir efficacement nos pieds4 ,il en est de mme si nous passons des objets inanims aux actions inanimes4 ,nous appelons mauvaise la journe o une tempte nous empche de satisfaire quelque dsir4 ,une bonne saison est l'expression employe lorsque le temps a favoris la production de riches moissons4 ,si1 des choses et des actions o la vie ne se manifeste pas1 nous passons aux tres vivants1 nous voyons encore que ces mots1 dans leur application courante1 se rapportent l'utilit4 ,dire d'un chien d'arrt ou d'un chien courant1 d'un mouton ou d'un boeuf1 qu'ils sont bons ou mauvais1 s'entend1 dans certains cas1 de leur aptitude atteindre certaines fins pour lesquelles les hommes les emploient1 et1 dans d'autres cas1 de la qualit de leur chair en tant qu'elle sert soutenir la vie humaine4 ,les actions des hommes considres comme moralement indiffrentes1 nous les classons aussi en bonnes ou mauvaises suivant qu'elles russissent ou qu'elles chouent4 ,un saut est bon1 abstraction faite d'une fin plus loigne1 lorsqu'il atteint exactement le but immdiat que l'on se propose en sautant2 et au billard1 un coup est bon1 suivant le langage ordinaire1 lorsque les mouvements sont tout fait ce qu'ils doivent tre pour le succs d'une partie4 ,au contraire1 une promenade o l'on s'gare1 une prononciation qui n'est pas distincte sont mauvaises1 parce que les actes ne sont pas adapts aux fins comme ils doivent l'tre4 ,en constatant ainsi le sens des mots bon et mauvais quand on les emploie dans d'autres cas1 nous comprendrons plus facilement leur signification quand on s'en sert pour caractriser la conduite sous son aspect moral4 ,ici encore1 l'observation nous apprend qu'on les applique suivant que les adaptations de moyens fins sont ou ne sont pas efficaces4 ,cette vrit est quelque peu dguise4 ,les relations sociales sont en effet si enchevtres que les actions humaines affectent souvent simultanment le bien-tre de l'individu1 de ses descendants et de ses concitoyens4 ,il en rsulte de la confusion dans le jugement des actions comme bonnes ou mauvaises2 car des actions propres faire atteindre des fins d'un certain ordre peuvent empcher des fins d'un autre ordre d'tre atteintes4 ,nanmoins1 quand nous dmlons les trois ordres de fins et considrons chacune d'elles sparment1 nous reconnaissons clairement que la conduite par laquelle on atteint chaque genre de fin est bonne et que celle qui nous empche de l'atteindre est relativement mauvaise4 ,prenons d'abord le premier groupe d'adaptations1 celles qui servent la conservation de la vie individuelle4 ,en rservant l'approbation ou la dsapprobation relativement au but qu'il se propose ultrieurement1 on dit qu'un homme qui se bat fait une bonne dfense1 si sa dfense est en effet de nature assurer son salut2 les jugements touchant les autres aspects de sa conduite restant les mmes1 le mme homme s'attire un verdict dfavorable si1 en ne considrant que ses actes immdiats1 on les juge inefficaces4 ,la bont attribue un homme d'affaires1 comme tel1 se mesure l'activit et la capacit avec lesquelles il sait acheter et vendre son avantage1 et ces qualits n'empchent pas la duret avec les subalternes1 une duret que l'on condamne4 ,un homme qui prte frquemment de l'argent un ami1 lequel gaspille chaque fois ce qu'on lui a prt1 se conduit d'une manire louable la considrer en elle-mme2 cependant1 s'il va jusqu' s'exposer la ruine1 il est blmable pour avoir port si loin le dvouement4 ,il en est de mme des jugements exprims chaque instant sur les actes des personnes de notre connaissance1 quand leur sant1 leur bien-tre est en jeu4 ,vous n'auriez pas d faire cela1 dit-on celui qui traverse une rue encombre de voitures4 ,vous auriez d changer d'habits1 celui qui a pris froid la pluie4 ,vous avez bien fait de prendre un reu4--,vous avez eu tort de placer votre argent sans prendre conseil4 ,ce sont l des apprciations trs ordinaires4 ,toutes ces expressions d'approbation ou de dsapprobation impliquent cette affirmation tacite que1 toutes choses gales d'ailleurs1 la conduite est bonne ou mauvaise suivant que les actes spciaux qui la composent1 bien ou mal appropris des fins spciales1 peuvent conduire ou non la fin gnrale de la conservation de l'individu4 ,ces jugements moraux que nous portons sur les actes qui concernent l'individu sont ordinairement exprims sans beaucoup de force1 en partie parce que les inspirations de nos inclinations personnelles1 gnralement assez fortes1 n'ont pas besoin d'tre fortifies par des considrations morales1 en partie parce que les inspirations de nos inclinations sociales1 moins fortes et souvent peu coutes1 en ont besoin2 de l un contraste4 ,en passant cette seconde classe d'adaptations d'actes des fins qui servent l'levage des enfants1 nous ne trouvons plus aucune obscurit dans l'application qu'on leur fait des mots bon et mauvais1 suivant qu'elles sont efficaces ou non4 ,les expressions3 bien lever ou mal lever1 qu'elles se rapportent la nourriture1 ou la qualit et la quantit des vtements1 ou aux soins que les enfants rclament chaque instant1 indiquent implicitement que l'on reconnat1 comme des fins spciales que l'on doit atteindre1 le dveloppement des fonctions vitales1 en vue d'une fin gnrale1 la continuation de la vie et de la croissance4 ,une bonne mre1 dira-t-on1 est celle qui1 tout en veillant tous les besoins physiques de ses enfants1 leur donne aussi une direction propre leur assurer la sant mentale2 un mauvais pre est celui qui ne pourvoit pas aux ncessits de la vie pour sa famille1 ou qui1 de quelque autre manire1 nuit au dveloppement physique et mental de ses enfants4 ,de mme pour l'ducation qui leur est donne ou prpare4 ,on affirme qu'elle est bonne ou mauvaise 7souvent il est vrai la lgre7 suivant que les mthodes en sont appropries aux besoins physiques et psychiques1 de manire assurer la vie des enfants pour le prsent tout en les prparant vivre compltement et longtemps quand ils auront grandi4 ,mais l'application des mots bon et mauvais est plus nergique quand il s'agit de cette troisime division de la conduite comprenant les actes par lesquels les hommes influent les uns sur les autres4 ,dans la dfense de leur propre vie et l'ducation de leurs enfants1 les hommes1 en adaptant leurs actes des fins1 peuvent si bien s'opposer des adaptations pareilles chez les autres hommes qu'il faudra toujours imposer des bornes aux empitements possibles2 les dommages causs par ces conflits entre actions servant de part et d'autre la conservation de l'individu sont si graves1 qu'il faut ici des dfenses premptoires4 ,de l ce fait que les qualifications de bon et mauvais sont plus spcialement appliques chez nous aux actes qui favorisent la vie complte des autres ou qui lui font obstacle4 ,le mot bont1 pris sparment1 suggre avant tout l'ide de la conduite d'un homme qui aide un malade recouvrer la sant1 qui fournit des malheureux les moyens de subsister1 qui dfend ceux qui sont injustement attaqus dans leur personne1 leur proprit1 ou leur rputation1 ou qui assure son concours quiconque promet d'amliorer la condition de ses semblables4 ,au contraire1 le mot mchancet fait penser la conduite d'un homme qui passe sa vie entraver la vie des autres1 soit en les maltraitant1 soit en dtruisant ce qui leur appartient1 soit en les trompant1 ou en les calomniant4 ,ainsi les actes sont toujours appels bons ou mauvais1 suivant qu'ils sont bien ou mal appropris des fins1 et toutes les inconsquences qui peuvent se rencontrer dans l'usage que nous faisons des mots viennent de l'inconsquence des fins4 ,mais l'tude de la conduite en gnral et de l'volution de la conduite nous a prpars concder ces interprtations4 ,les raisonnements exposs plus haut font voir que la conduite laquelle convient la qualification de bonne est la conduite relativement la plus dveloppe1 et que la qualification de mauvaise s'applique celle qui est relativement la moins dveloppe4 ,nous avons dit que l'volution1 tendant toujours la conservation de l'individu1 atteint sa limite lorsque la vie individuelle est la plus grande possible1 en longueur et en largeur2 nous voyons maintenant1 en laissant de ct les autres fins1 qu'on appelle bonne la conduite par laquelle cette conservation de soi est favorise1 et mauvaise la conduite qui tend la destruction de l'individu4 ,nous avons montr aussi qu' l'accroissement du pouvoir de conserver la vie individuelle1--qui est le fruit de l'volution1--correspond un accroissement du pouvoir de perptuer l'espce par l'levage des enfants1 et que1 dans cette direction1 l'volution atteint sa limite lorsque le nombre ncessaire d'enfants amens l'ge mr est capable d'une vie complte en plnitude et en dure4 ,a ce second point de vue1 on dit que la conduite des parents est bonne ou mauvaise suivant qu'elle se rapproche ou s'carte de ce rsultat idal4 ,le raisonnement montre encore que l'tablissement d'un tat social rend possible et rclame une forme de conduite telle que la vie soit complte pour chacun et les enfants de chacun1 non seulement sans priver les autres du mme avantage1 mais encore en favorisant leur dveloppement4 ,nous avons trouv enfin que c'est l la forme de conduite que l'on regarde essentiellement comme bonne4 ,en outre1 de mme que l'volution nous a paru devenir la plus haute possible lorsque la conduite assure simultanment la plus grande somme de vie l'individu1 ses enfants et aux autres hommes1 nous voyons ici que la conduite appele bonne se perfectionne et devient la conduite considre comme la meilleure quand elle permet d'atteindre ces trois classes de fins dans le mme temps4 #i4 ,ces jugements sur la conduite impliquent-ils quelque postulat8 ,avons-nous besoin d'une hypothse pour appeler bons les actes qui favorisent la vie de l'individu ou de ses semblables1 et mauvais ceux qui tendent directement ou indirectement la mort de celui qui les accomplit ou des autres8 ,oui1 nous avons fait une hypothse d'une extrme importance2 une hypothse qui est ncessaire pour toute apprciation morale4 ,la question poser nettement et rsoudre avant d'aborder une discussion morale quelconque est une question trs controverse de notre temps3 ,la vie vaut-elle la peine de vivre8 ,adopterons-nous la thorie pessimiste8 ,adopterons-nous la thorie optimiste8 ,ou1 aprs avoir pes les arguments des pessimistes et ceux des optimistes1 conclurons-nous que la balance est en faveur d'un optimisme mitig8 ,de la rponse cette question dpend absolument toute dcision relativement la bont ou la mchancet de la conduite4 ,pour ceux qui regardent la vie non comme un avantage1 mais comme un malheur1 il faut blmer plutt que louer la conduite qui la prolonge2 si la fin d'une existence odieuse est dsirable1 on doit applaudir ce qui htera cette fin et condamner les actions qui favoriseraient sa dure pour l'individu ou pour les autres4 ,d'un autre ct1 ceux qui embrassent l'optimisme1 ou qui1 sans tre tout fait optimistes1 soutiennent cependant que le bien dans cette vie l'emporte sur le mal1 porteront des jugements tout opposs2 d'aprs eux1 on doit approuver une conduite qui favorise la vie de l'individu et des autres et dsapprouver celle qui lui nuit ou la met en danger4 ,la dernire question est donc de savoir si l'volution a t une faute1 et surtout l'volution qui perfectionne l'adaptation des actes des fins dans les degrs ascendants de l'organisation4 ,si l'on soutient qu'il aurait mieux valu qu'il n'y et pas d'tres anims quelconques1 et que plus tt ils cesseront d'exister mieux cela vaudra1 on aura un ordre dtermin de conclusions relativement la conduite4 ,si l'on soutient1 au contraire1 que la balance est en faveur des tres anims1 bien plus1 si l'on prtend que cette balance leur sera de plus en plus favorable dans l'avenir1 les conclusions tirer seront d'un ordre tout diffrent4 ,si mme on allguait que la valeur de la vie ne doit pas tre apprcie par son caractre intrinsque1 mais bien par ses consquences extrinsques1--par certains rsultats supposs au del de cette vie1--nous arriverions des conclusions du mme ordre que dans le cas prcdent1 mais sous une autre forme4 ,en effet la foi dans cette dernire hypothse peut bien condamner un attentat volontaire une vie misrable1 mais elle ne peut pas approuver une prolongation gratuite d'une telle vie4 ,la thorie pessimiste fait blmer une lgislation qui tend accrotre la longvit1 tandis que la thorie optimiste la fait hautement apprcier4 ,eh bien1 ces opinions irrconciliables ont-elles quelque chose de commun8 ,les hommes pouvant tre diviss en deux coles adverses sur cette question essentielle1 il faut rechercher s'il n'y a rien que les deux thories radicalement opposes accordent l'une et l'autre4 ,dans la proposition optimiste1 que l'on affirme tacitement lorsque l'on emploie les mots bon et mauvais avec leur sens ordinaire1 et dans la proposition pessimiste qui1 si elle est faite ouvertement1 implique l'emploi des mmes mots avec un sens inverse du sens ordinaire1 un examen attentif ne dcouvre-t-il pas une autre proposition cache sous celles-l1 une proposition qu'elles renferment l'une et l'autre1 et qui peut tre affirme avec plus de certitude1 une proposition universellement reconnue8 #aj4 ,oui1 il y a un postulat que les pessimistes et les optimistes admettent galement4 ,leurs arguments de part et d'autre supposent comme vident de soi-mme que la vie est bonne ou mauvaise suivant qu'elle apporte ou n'apporte pas un surplus de sensations agrables4 ,le pessimiste dclare qu'il condamne la vie parce qu'elle aboutit plus de peine que de plaisir4 ,l'optimiste dfend la vie dans cette croyance qu'elle apporte plus de plaisir que de peine4 ,l'un et l'autre prennent pour critrium la nature de la vie au point de vue de la sensibilit4 ,ils accordent que la question de savoir si la vie est une manire d'tre bonne ou mauvaise revient celle-ci3 ,la conscience1 dans ses oscillations1 se maintient-elle au-dessus du point d'indiffrence dans une sensation de plaisir ou tombe-t-elle au-dessous1 dans la peine8 ,leurs thories opposes supposent galement que la conduite doit tendre la prservation de l'individu1 de la famille et de la socit1 dans l'hypothse seulement o la vie apporterait plus de bonheur que de misre4 ,la diffrence du point de vue ne peut changer ce verdict4 ,le pessimiste soutient que les maux prdominent dans la vie et l'optimiste prtend que ce sont les plaisirs2 mais l'un et l'autre admettent que les peines actuelles doivent tre compenses par des plaisirs futurs et qu'ainsi la vie1 justifie ou non dans ses rsultats immdiats1 est justifie par ces derniers rsultats4 ,l'hypothse implique dans ces deux jugements reste donc la mme4 ,on se dcide encore en comparant la somme des plaisirs celle des peines4 ,les uns et les autres jugent qu'il faut maudire l'existence1 si1 au surplus de misres actuelles1 doit s'ajouter un surplus de misres dans l'avenir1 et qu'il faut la bnir au contraire si1 en admettant que le mal surpasse le bien aujourd'hui1 on suppose que le bien l'emportera un jour sur le mal4 ,il faut donc reconnatre qu'en appelant bonne la conduite qui sert la conservation de la vie1 mauvaise celle qui l'arrte ou la dtruit1 en supposant ainsi qu'on doit bnir la vie et non la maudire1 nous affirmons ncessairement que la conduite est bonne ou mauvaise selon que la somme de ses effets est agrable ou pnible4 ,pour expliquer autrement le sens des mots bon et mauvais1 il n'y a qu'une seule thorie possible1 celle d'aprs laquelle les hommes auraient t crs afin d'tre pour eux-mmes des sources de misres1 et seraient tenus de continuer vivre pour que leur crateur ait la satisfaction de contempler leurs souffrances4 ,c'est l une thorie que personne ne soutient ouvertement1 et qui n'est clairement formule nulle part2 cependant il y a beaucoup d'hommes qui l'acceptent sous une forme dguise4 ,les religions infrieures sont toutes pntres de cette croyance qu'une vie de douleur est agrable aux dieux4 ,ces dieux sont des anctres sanguinaires diviniss1 et il est naturel de croire qu'ils aiment les supplices2 de leur vivant1 ils trouvaient leurs dlices torturer les autres tres1 et l'on suppose que c'est leur procurer les mmes dlices que les faire assister des tortures4 ,ces conceptions subsistent longtemps4 ,il n'est pas ncessaire de rappeler les fakirs indiens qui se suspendent des crochets de fer1 ou les derviches orientaux qui se font eux-mmes des blessures1 pour montrer que1 dans des socits dj fort dveloppes1 on peut encore trouver des hommes regardant la douleur volontaire comme un moyen de s'assurer la faveur divine4 ,sans nous tendre sur les jenes et les mortifications1 nous savons bien qu'il y a eu1 et qu'il y a encore chez les chrtiens1 cette croyance que le ,dieu auquel ,jepht1 pour se le rendre propice1 sacrifie sa fille1 peut tre rendu propice en effet par les peines que l'on s'inflige soi-mme4 ,cette autre ide1--consquence de la premire1--qu'on offense ,dieu en se procurant du plaisir1 a subsist longtemps et conserve encore aujourd'hui beaucoup de partisans2 si elle n'est pas un dogme formel1 elle constitue cependant une croyance dont les effets sont assez visibles4 ,sans doute1 de pareilles croyances se sont affaiblies de nos jours4 ,le plaisir que des dieux froces taient supposs prendre la vue des tortures s'est1 dans une grande mesure1 transform2 c'est aujourd'hui la satisfaction d'une divinit qui aimerait voir les hommes se mortifier eux-mmes pour assurer leur bonheur futur4 ,il est clair que les adeptes d'une thorie si profondment modifie ne rentrent pas dans la classe des hommes dont nous nous occupons maintenant4 ,bornons-nous cette classe3 supposons que le sauvage immolant des victimes un dieu cannibale ait parmi les hommes civiliss des descendants convaincus que le genre humain est n pour souffrir et qu'il est de son devoir de continuer vivre dans la misre pour le plus grand plaisir de son crateur3 nous serons bien forcs de reconnatre que la race des adorateurs du diable n'est pas encore teinte4 ,laissons de ct les gens de cette sorte1 s'il y en a2 leur croyance est au-dessus ou au-dessous de tout raisonnement4 ,tous les autres doivent soutenir1 ouvertement ou tacitement1 que la raison dernire pour continuer de vivre est uniquement de goter plus de sensations agrables que de sensations pnibles1 et que cette supposition seule permet d'appeler bons ou mauvais les actes qui favorisent ou contrarient le dveloppement de la vie4 ,nous sommes ici ramens ces premires significations des mots bon et mauvais1 que nous avions laisses pour considrer les secondes4 ,car1 en nous rappelant que nous appelons bonnes et mauvaises les choses qui produisent immdiatement des sensations agrables et dsagrables1 et aussi ces sensations elles-mmes1--un bon vin1 un bon apptit1 une mauvaise odeur1 un mauvais mal de tte1--nous voyons que ces sens directement relatifs aux plaisirs et aux peines s'accordent avec les sens qui se rapportent indirectement aux plaisirs et aux peines4 ,si nous appelons bon l'tat de plaisir lui-mme1 comme un bon rire2 si nous appelons bonne la cause prochaine d'un tat de plaisir1 comme une bonne musique2 si nous appelons bon tout agent qui de prs ou de loin nous conduit un tat agrable1 comme un bon magasin1 un bon matre2 si nous appelons bon1 en le considrant en lui-mme1 tout acte si bien adapt sa fin qu'il favorise la conservation de l'individu et assure ce surplus de plaisir qui rend la conservation de soi dsirable2 si nous appelons bon tout genre de conduite qui aide les autres vivre1 et cela dans la croyance que la vie comporte plus de bonheur que de misre3 il est alors impossible de nier que1--en tenant compte de ces effets immdiats ou loigns pour une personne quelconque1--ce qui est bon ne se confonde universellement avec ce qui procure du plaisir4 #aa4 ,diverses influences morales1 thologiques et politiques conduisent les hommes se dguiser eux-mmes cette vrit4 ,dans ce cas le plus gnral de tous1 comme en certains cas plus particuliers1 les hommes sont bientt si proccups des moyens d'atteindre une fin1 qu'ils en viennent prendre ces moyens pour la fin elle-mme4 ,l'argent1 par exemple1 qui est un moyen de pourvoir ses besoins1 un malheureux le regarde comme la seule chose que l'on doive s'efforcer de se procurer1 et il ne songe pas satisfaire ses besoins4 ,exactement de la mme manire1 la conduite juge prfrable1 parce qu'elle conduit le mieux au bonheur1 a fini par tre regarde comme prfrable en elle-mme1--non seulement en tant que fin prochaine 7ce qu'elle doit tre71 mais aussi en tant que fin dernire1-- l'exclusion de la fin dernire vritable4 ,cependant un examen attentif amne bien vite reconnatre la vraie fin dernire4 ,le malheureux dont nous parlions1 si nous le forons s'expliquer1 est oblig de reconnatre la valeur de l'argent pour obtenir les choses dsirables4 ,de mme1 pour le moraliste qui regarde telle conduite comme bonne en elle-mme et telle autre comme mauvaise3 une fois pouss dans ses derniers retranchements1 il est oblig de se rabattre sur les effets agrables ou pnibles de ces deux genres de conduite4--,pour le prouver1 il suffit de remarquer qu'il nous serait impossible de les juger comme nous le faisons1 si leurs effets taient inverses4 ,supposons qu'une blessure ou un coup produise une sensation agrable et entrane sa suite un accroissement de nos facults d'agir ou de jouir3 nous ferions-nous d'une attaque l'ide que nous en avons maintenant8 ,ou bien supposez qu'une mutilation volontaire1 comme une amputation de la main1 soit la fois agrable en elle-mme et favorable au progrs par lequel on assure son propre bien-tre et celui des siens3 estimerions-nous1 comme prsent1 qu'il faut condamner ce dommage qu'un homme peut se faire subir lui-mme8 ,supposez encore qu'en vidant la poche d'un homme on lui procure des motions agrables1 on aille au-devant de ses dsirs3 le vol serait-il mis au nombre des crimes1 comme le veulent toutes les lois et le code moral8 ,dans ces cas extrmes1 personne ne peut nier que nous appelons certaines actions mauvaises uniquement parce qu'elles sont des causes de peine1 immdiate ou loigne1 et qu'elles ne seraient pas ainsi qualifies si elles procuraient du plaisir4 ,en examinant nos conceptions sous leur aspect oppos1 ce fait gnral force lui-mme notre attention avec une gale clart4 ,imaginez qu'en soignant un malade on ne fasse qu'augmenter ses souffrances1 que l'adoption d'un orphelin soit ncessairement pour lui une source de misres1 que l'assistance donne dans un embarras d'argent un homme qui s'adresse vous tourne son dsavantage1 que ce soit enfin le moyen d'empcher un homme de faire son chemin dans le monde que de lui inspirer un noble caractre3 que dirions-nous de ces actes classs maintenant parmi les actes dignes d'loges8 ,ne devrions-nous pas au contraire les ranger parmi ceux qu'il faut blmer8 ,en employant comme pierres de touche ces formes les plus accuses de la bonne et de la mauvaise conduite1 on met facilement ce point hors de doute3 que nos ides de la bont et de la mchancet des actes viennent de la certitude ou de la probabilit avec laquelle nous les croyons capables de produire1 ici ou l1 des plaisirs ou des peines4 ,cette vrit nous apparat avec la mme clart si nous examinons les rgles des diffrentes coles morales1 car l'analyse nous montre que chacune de ces rgles tire son autorit de cette rgle suprme4 ,les systmes de morale peuvent tre distingus en gros suivant qu'ils prennent pour ides cardinales3 #a le caractre de l'agent2 #b la nature de ses motifs2 #c la qualit de ses actes2 et #d leurs rsultats4 ,chacun de ces faits peut tre caractris comme bon ou mauvais2 ceux qui n'apprcient pas un mode de conduite d'aprs ses effets sur le bonheur l'apprcient par la bont ou la mchancet suppose de l'agent1 de ses motifs ou de ses actes4 ,la perfection de l'agent est prise comme pierre de touche pour juger sa conduite4 ,en dehors de l'agent1 nous prenons son sentiment considr comme moral1 et1 en dehors du sentiment1 nous avons l'action considre comme vertueuse4 ,les distinctions ainsi indiques sont aussi peu dfinies que les mots qui les expriment sont d'un usage invariable2 mais elles correspondent cependant des doctrines en partie diffrentes les unes des autres4 ,nous pouvons les examiner avec soin1 et sparment1 pour montrer que leurs critriums de la bont sont drivs4 #ab4 ,il est trange qu'une notion aussi abstraite que celle de perfection ou d'un certain achvement idal de la nature ait jamais pu tre choisie comme point de dpart pour le dveloppement d'un systme de morale4 ,elle a t accepte cependant d'une manire gnrale par ,platon et avec plus de prcision par ,jonathan ,edwards4 ,perfection est synonyme de bont au plus haut degr4 ,dfinir la bonne conduite par le mot de perfection1 c'est donc indirectement la dfinir par elle-mme4 ,il en rsulte naturellement que l'ide de perfection1 comme celle de bont1 ne peut tre forme que par la considration des fins4 ,nous disons d'un objet inanim1 d'un outil par exemple1 qu'il est imparfait quand il manque d'une partie ncessaire pour exercer une action efficace1 ou lorsque quelqu'une de ses parties est conforme de manire l'empcher de servir de la faon la plus convenable l'usage auquel il est destin4 ,on parle de la perfection d'une montre quand elle marque exactement les heures1 quelque simple qu'elle soit2 et on la dclare imparfaite1 quelle que soit d'ailleurs la richesse de ses ornements1 si elle ne marque pas bien les heures4 ,nous disons bien que les choses sont imparfaites quand nous y dcouvrons quelque dfaut1 mme s'il ne les empche pas de rendre de bons services2 mais nous le faisons parce que ce dfaut implique une fabrication infrieure1 ou une usure1 et par suite cette dgradation qui dclent ordinairement dans la pratique l'impossibilit d'tre vraiment utile2 le plus souvent en effet l'absence d'imperfections minimes s'associe avec l'absence d'imperfections plus graves4 ,appliqu aux tres vivants1 le mot perfection a le mme sens4 ,l'ide d'une forme parfaite1 s'il s'agit d'un cheval de race1 est drive par gnralisation des traits qui chez les chevaux de race accompagnent habituellement la facult d'atteindre la plus grande vitesse2 l'ide de constitution parfaite pour un cheval de race se rapporte aussi la force qui lui permet de conserver cette vitesse le plus longtemps possible4 ,il en est de mme des hommes1 les considrer comme tres physiques3 nous n'avons d'autre critrium de la perfection que la facult complte pour chaque organe de remplir ses fonctions particulires4 ,notre conception d'un quilibre parfait des parties internes et d'une parfaite proportion des parties externes se forme de cette manire2 il est facile de s'en convaincre3 par exemple nous reconnaissons l'imperfection d'un viscre1 comme les poumons1 le coeur ou le foie1 ce seul caractre qu'il est incapable de rpondre entirement aux exigences des activits organiques2 de mme l'ide de la grandeur insuffisante ou de la grandeur excessive d'un membre drive d'expriences accumules relativement cette proportion des membres qui favorise au plus haut degr l'accomplissement des actions ncessaires4 ,nous n'avons pas d'autre moyen de mesurer la perfection quand il s'agit de la nature mentale4 ,si l'on parle d'une imperfection de la mmoire1 du jugement1 du caractre1 on entend par l une inaptitude satisfaire aux besoins de la vie4 ,imaginer un parfait quilibre des facults intellectuelles et des motions1 c'est imaginer entre elles cette harmonie qui assure l'entier accomplissement de tous les devoirs suivant les exigences de chaque cas4 ,aussi la perfection d'un homme considr comme agent veut dire qu'il est constitu de manire effectuer une complte adaptation des actes aux fins de tout genre4 ,or1 comme nous l'avons montr plus haut1 la complte adaptation des actes aux fins est la fois ce qui assure et ce qui constitue la vie son plus haut degr de dveloppement1 aussi bien en largeur qu'en longueur4 ,d'un autre ct1 ce qui justifie tout acte destin accrotre la vie1 c'est que nous recueillons de la vie plus de bonheur que de misre4 ,il rsulte de ces deux propositions que l'aptitude procurer le bonheur est le dernier critrium de la perfection dans la nature humaine4 ,pour en tre pleinement convaincu1 il suffit de considrer combien serait trange la proposition contraire4 ,supposez un instant que tout progrs vers la perfection implique un accroissement de misre pour l'individu1 ou pour les autres1 ou pour l'un et les autres la fois2 puis essayez de mettre en regard cette affirmation que le progrs vers la perfection signifie vritablement un progrs vers ce qui assure un plus grand bonheur6 #ac4 ,passons maintenant1 de la thorie de ceux qui font de l'excellence de l'tre leur principe1 la thorie de ceux qui prennent pour rgle le caractre vertueux de l'action4 ,je ne fais pas allusion ici aux moralistes qui1 aprs avoir dcid exprimentalement ou rationnellement1 par induction ou par dduction1 que des actes d'un certain genre ont le caractre que nous dsignons par le mot vertueux1 soutiennent que de pareils actes doivent tre accomplis sans gard pour leurs consquences immdiates3 ceux-l sont amplement justifis4 ,je parle de ceux qui s'imaginent concevoir la vertu comme une fin non drive d'une autre fin1 et qui soutiennent que l'ide de vertu ne peut se ramener des ides plus simples4 ,il semble que telle soit la doctrine propose par ,aristote4 ,je dis3 semble1 car il s'en faut que les diffrents traits de cette doctrine s'accordent les uns avec les autres4 ,aristote reconnaissait que le bonheur est la fin suprme des efforts de l'homme1 et on pourrait croire premire vue qu'il ne doit point passer pour le type de ceux qui font de la vertu la fin suprme4 ,cependant il se range lui-mme dans cette catgorie1 en cherchant dfinir le bonheur par la vertu1 au lieu de dfinir la vertu par le bonheur4 ,l'imparfaite distinction des mots et des choses1 qui caractrise gnralement la philosophie grecque1 en est peut-tre la cause4 ,dans les esprits primitifs1 le nom et l'objet nomm sont associs de telle sorte que l'un est regard comme une partie de l'autre4 ,c'est au point que le seul fait de connatre le nom d'un sauvage parat ce sauvage entraner la possession d'une partie de son tre et donner par suite le pouvoir de lui faire du mal volont4 ,cette croyance une connexion relle entre le mot et la chose se continue aux degrs infrieurs du progrs1 et persiste longtemps dans cette hypothse tacite que le sens des mots est intrinsque4 ,elle pntre dans les dialogues de ,platon1 et l'on peut en suivre la trace mme dans les oeuvres d',aristote3 il ne serait pas facile de comprendre autrement pourquoi il aurait si imparfaitement spar l'ide abstraite de bonheur des formes particulires du bonheur4 ,tant que le divorce des mots comme symboles et des choses comme symbolises n'est pas complet1 il doit naturellement tre difficile de donner aux mots abstraits une signification assez abstraite4 ,a l'poque des premiers dveloppements du langage1 un nom ne peut tre spar1 dans la pense1 de l'objet concret auquel il s'applique3 cela donne prsumer que1 pendant la formation successive de plus hauts degrs de noms abstraits1 il a fallu rsister contre la tendance d'interprter chaque mot plus abstrait au moyen de quelques-uns des noms moins abstraits auxquels on le substituait4 ,de l1 je pense1 ce fait qu',aristote regarde le bonheur comme associ un certain ordre d'activits humaines1 plutt qu' tous les ordres runis de ces activits4 ,au lieu d'enfermer dans le bonheur la sensation agrable lie des actions qui constituent surtout l'tre vivant1 actions communes1 dit-il1 l'homme et au vgtal2 au lieu d'y comprendre ces tats mentaux que produit l'exercice de la perception externe1 et qui1 d'aprs lui1 sont communs l'homme et l'animal en gnral1 il les exclut de l'ide qu'il se fait du bonheur1 pour y comprendre seulement les modes de conscience qui accompagnent la vie rationnelle4 ,il affirme que la tche propre de l'homme consiste dans l'exercice actif des facults mentales conformment la raison2 et il conclut que le suprme bien de l'homme consiste remplir cette tche avec excellence ou avec vertu3 par l1 il arrivera au bonheur4 ,il trouve une confirmation de sa thorie dans le fait qu'elle concorde avec des thories prcdemment exposes4 ,notre doctrine1 dit-il1 s'accorde exactement avec celles qui font consister le bonheur dans la vertu2 car selon nous il consiste dans l'action de la vertu1 c'est--dire non seulement dans la possession1 mais encore dans la pratique4 ,la croyance ainsi exprime que la vertu peut tre dfinie d'une autre manire que par le bonheur--autrement cela reviendrait dire que le bonheur doit tre obtenu par des actions conduisant au bonheur--se ramne la thorie platonicienne d'un bien idal ou absolu d'o les biens particuliers et relatifs empruntent leur caractre de bont4 ,un argument analogue celui qu',aristote emploie contre la conception du bien propose par ,platon peut servir galement contre sa propre conception de la vertu4 ,qu'il s'agisse du bien ou de la vertu1 il ne faut pas employer le singulier1 mais le pluriel3 dans la classification mme d',aristote1 la vertu1 au singulier quand il en parlait en gnral1 se transforme en vertus4 ,les vertus qu'il distingue alors doivent tre ainsi nommes1 grce quelque caractre commun1 intrinsque ou extrinsque4 ,nous pouvons classer ensemble certaines choses1 pour deux motifs3 #a parce qu'elles sont toutes faites de la mme manire chez des tres qui prsentent d'ailleurs en eux quelque particularit1 par exemple lorsque nous runissons les animaux vertbrs parce qu'ils ont tous une colonne vertbrale2--#b cause de quelque trait commun dans leurs relations extrieures1 par exemple lorsque nous groupons1 sous le nom commun d'outils1 les scies1 les couteaux1 les marteaux1 les herses1 etc4 ,les vertus sont-elles classes comme telles cause de quelque communaut de nature intrinsque8 ,il doit alors y avoir un trait commun retrouver dans toutes les vertus cardinales distingues par ,aristote3 le courage1 la temprance1 la libralit1 la magnanimit1 la magnificence1 la douceur1 l'amabilit ou l'amiti1 la franchise1 la justice4 ,quel est donc le trait commun la magnificence et la douceur8 et1 si l'on peut dmler un pareil trait commun1 est-ce aussi le trait qui constitue essentiellement la franchise8 ,notre rponse doit tre ngative4 ,les vertus ne sont donc pas classes comme telles cause d'une communaut intrinsque de caractre4 ,il faut donc qu'elles le soient cause de quelque chose d'extrinsque1 et ce quelque chose ne peut tre que le bonheur1 lequel consiste1 suivant ,aristote1 dans la pratique de ces vertus4 ,elles sont unies par leur relation commune ce rsultat2 mais elles ne le sont point dans leur nature intrieure4 ,peut-tre rendrons-nous cette induction plus claire en la prsentant en ces termes3 ,si la vertu est primordiale et indpendante1 on ne peut donner aucune raison pour expliquer la correspondance qui doit exister entre la conduite vertueuse et la conduite procurant le plaisir1 pleinement et dans tous ses effets1 l'auteur ou aux autres1 ou l'un et aux autres la fois4 ,or1 s'il n'y a pas l une correspondance ncessaire1 on pourra concevoir que la conduite classe comme vertueuse soit capable de causer de la peine dans ses rsultats dfinitifs4 ,pour montrer la consquence d'une pareille conception1 prenons deux vertus considres comme des vertus par excellence chez les anciens et chez les modernes3 le courage et la chastet4 ,par hypothse1 nous devons donc concevoir le courage1 dploy pour la dfense de l'individu aussi bien que pour la dfense du pays1 non seulement comme entranant des maux accidentels1 mais encore comme tant une cause ncessaire de misres pour l'individu et pour l',etat2 l'absence de courage au contraire1 par une consquence lgitime1 amnerait le bien-tre de l'individu et de la socit4 ,de mme1 par hypothse1 nous devons concevoir les relations sexuelles irrgulires comme directement et indirectement avantageuses3 l'adultre amnerait avec lui l'harmonie domestique et l'ducation attentive des enfants2 les relations conjugales1 au contraire1 produiraient le dsaccord entre le mari et la femme en proportion de leur dure1 et auraient pour rsultats les souffrances1 les maladies1 la mort des enfants4 ,a moins d'affirmer que le courage et la chastet pourraient encore tre regards comme des vertus malgr cette suite de maux1 il faut bien admettre que la conception de la vertu ne peut tre spare de la conception d'une conduite procurant le bonheur4 ,si cela est vrai de toutes les vertus1 quelles que soient d'ailleurs leurs diffrences1 c'est qu'elles doivent d'tre classes comme des vertus leur proprit de donner le bonheur4 #ad4 ,en passant de ces doctrines morales1 pour lesquelles la perfection de nature ou le caractre vertueux de l'action fournissent le principe de jugement1 celles qui prennent pour critrium la rectitude de l'intention1 nous nous rapprochons de la thorie de l'intuition morale1 et nous pouvons lgitimement traiter de ces doctrines en critiquant cette thorie4 ,par thorie de l'intuition1 j'entends ici non pas celle qui regarde comme produits par l'hrdit ou des expriences prolonges les sentiments d'amour ou d'aversion que nous inspirent certains genres d'actes1 mais bien la thorie d'aprs laquelle ces sentiments nous viennent de ,dieu lui-mme1 indpendamment des rsultats expriments par nous ou par nos anctres4 ,il y a donc1 dit ,hutcheson1 comme chacun peut s'en convaincre par une srieuse attention et par la rflexion1 un penchant naturel et immdiat approuver certaines affections et certains actes qui leur rpondent2 ,hutcheson admettait1 avec ses contemporains1 la cration spciale de l'homme et de tous les autres tres2 il considrait donc ce sens naturel d'une excellence immdiate comme un guide d'origine surnaturelle4 ,il dit bien que les sentiments et les actions dont nous reconnaissons ainsi intuitivement la bont s'accordent tous en un caractre gnral1 celui de tendre au bonheur des autres2 mais il est oblig d'y voir l'effet d'une harmonie prtablie4 ,nanmoins on peut tablir que l'aptitude procurer le bonheur1 reprsente ici comme un trait accidentel des actes qui obtiennent cette approbation morale inne1 est rellement la pierre de touche qui rvle le caractre moral de cette approbation4 ,les intuitionnistes mettent leur confiance dans ces verdicts de la conscience1 uniquement parce qu'ils aperoivent1 d'une manire au moins confuse1 sinon distincte1 que ces verdicts s'accordent avec les indications de ce critrium suprme4 ,en voici la preuve4 ,par hypothse1 on apprcie donc la gravit d'un meurtre grce une intuition morale que l'esprit humain doit sa constitution originelle4 ,d'aprs cette hypothse1 il ne faudrait pas admettre que ce sentiment de la culpabilit naisse1 de prs ni de loin1 de la conscience que le meurtre implique1 directement ou indirectement1 une diminution du bonheur4 ,si vous demandez un partisan de cette doctrine d'opposer son intuition celle d'un ,figien qui regarde le meurtre comme un acte honorable et n'a pas de repos avant d'avoir massacr quelques individus2 si vous lui demandez comment on justifiera l'intuition de l'homme civilis par opposition celle du sauvage1 il n'aura qu'un seul moyen de le faire1 c'est de montrer comment1 en se conformant l'une1 on arrive au bien-tre1 tandis que l'autre produit seulement des souffrances particulires ou gnrales4 ,demandez-lui pourquoi son sens moral1 lui enseignant qu'il est mal de drober le bien d'autrui1 doit tre obi plutt que le sens moral d'un ,turcoman qui prouve combien le vol lui parat mritoire en faisant des plerinages et en portant des offrandes aux tombeaux de voleurs fameux3 l'intuitionniste est rduit reconnatre que1--du moins dans des conditions comme celles o nous vivons1 sinon dans celles o le ,turcoman est plac1--le mpris du droit de proprit chez les autres non seulement cause une misre immdiate1 mais encore implique un tat social qui ne saurait comporter aucun bonheur4 ,demandez-lui encore de justifier le sentiment de rpugnance que le mensonge lui inspire1 en opposition avec le sentiment d'un gyptien qui s'estime pour son adresse mentir1 qui croit mme trs beau de tromper sans autre but que le plaisir de tromper3 l'intuitionniste ne le fera qu'en montrant la prosprit sociale favorise par une entire confiance mutuelle et la dsorganisation sociale lie la dfiance universelle2 or ces consquences conduisent respectivement1 de toute ncessit1 des sentiments agrables ou des sentiments dsagrables4 ,il faut donc bien conclure que l'intuitionniste n'ignore pas1 ne peut pas ignorer que le bien et le mal drivent en dernire analyse du plaisir et de la peine4 ,admettons qu'il soit guid1 et bien guid1 par les dcisions de sa conscience sur le caractre des actes humains3 s'il a pleine confiance dans ces dcisions1 c'est parce qu'il aperoit1 d'une manire vague1 mais positive1 qu'en s'y conformant il assure son propre bien-tre et celui des autres1 et qu'en les mprisant il s'expose1 lui et les autres1 toutes sortes de maux4 ,demandez-lui d'indiquer un jugement du sens moral dclarant bon un genre d'actes qui doit entraner un excs de peine1 en tenant compte de tous ses effets1 soit dans cette vie1 soit1 par hypothse1 dans la vie future3 vous verrez qu'il est incapable d'en citer un seul4 ,voil bien la preuve qu'au fond de toutes ces intuitions sur la bont et la mchancet des actes se cache cette hypothse fondamentale3 les actes sont bons ou mauvais suivant que la somme de leurs effets augmente le bonheur des hommes ou augmente leur misre4 #ae4 ,il est curieux de voir combien le culte rendu par les sauvages aux dmons a survcu1 sous divers dguisements1 chez les hommes civiliss4 ,ce culte dmoniaque a engendr l'asctisme qui1 sous diffrentes formes et diffrents degrs1 jouit d'une si grande faveur aujourd'hui encore1 et exerce une influence si marque sur des hommes1 affranchis en apparence1 non-seulement des superstitions primitives1 mais encore des superstitions plus dveloppes4 ,ces manires de comprendre la vie et la conduite1 inventes par des hommes qui cherchaient1 en se torturant eux-mmes1 se rendre favorables leurs anctres diviniss1 inspirent encore de notre temps les thories morales de beaucoup de personnes1 mme de personnes qui ont rompu depuis bien des annes avec la thologie du pass et se croient entirement soustraites son influence4 ,dans les crits d'un auteur qui rejette les dogmes chrtiens aussi bien que la religion juive d'o ces dogmes procdent1 vous trouverez le rcit d'une conqute1 qui a cot la vie dix mille hommes1 fait avec une sympathie toute semblable la joie dont les livres hbraques saluent la destruction des ennemis accomplie au nom de ,dieu4 ,d'autres fois l'loge du despotisme se joint des considrations sur la force d'un ,etat o les volonts des esclaves ou des citoyens sont soumises aux volonts de matres ou de tribuns1 et ce sentiment nous rappelle la vie orientale dpeinte dans les rcits de la ,bible4 ,avec ce culte de l'homme fort1 avec cette facilit justifier tout ce que la force entreprend pour satisfaire son ambition1 avec cette sympathie pour une forme de socit o la suprmatie d'une minorit est sans limite1 o la vertu du grand nombre consiste dans l'obissance1 il est tout naturel de rpudier la thorie morale d'aprs laquelle la plus grande somme de bonheur1 sous une forme ou sous une autre1 est la fin de la conduite humaine2 il est tout naturel d'adopter cette philosophie utilitaire dsigne sous le nom mprisant de philosophie de porc4 ,alors1 pour montrer comment doit s'entendre la philosophie ainsi surnomme1 on nous dit que ce n'est pas le bonheur1 mais la batitude qui est la vritable fin de l'homme4 ,evidemment on suppose ainsi que la batitude n'est pas un genre de bonheur4 ,mais cette hypothse provoque une question3 ,quel mode de sentiment est-elle donc8 ,si c'est un tat de conscience quelconque1 il faut ncessairement qu'il soit pnible1 indiffrent ou agrable4 ,si la batitude ne fait prouver aucune motion d'aucun genre celui qui l'a acquise1 c'est exactement comme s'il ne l'avait point acquise2 et1 si elle lui fait prouver une motion1 cette motion doit tre pnible ou agrable4 ,chacune de ces possibilits peut tre conue de deux manires4 ,le mot batitude peut d'abord dsigner un tat particulier de conscience1 parmi tous ceux qui se succdent en nous3 nous avons alors chercher si cet tat est agrable1 indiffrent ou pnible4 ,dans un second sens1 le mot batitude ne s'appliquerait pas un tat particulier de la conscience1 mais caractriserait l'agrgat de ses tats2 par hypothse1 cet agrgat peut tre constitu de telle sorte ou que le plaisir y prdomine1 ou que la peine l'emporte1 ou que les plaisirs et les peines s'y compensent exactement4 ,nous allons examiner successivement ces deux interprtations possibles du mot batitude4 ,bienheureux les misricordieux6--,bienheureux les pacifiques6--,bienheureux celui qui a piti du pauvre6 ,ce sont l autant d'expressions que nous pouvons prendre bon droit comme propres faire connatre le sens du mot batitude4 ,que devons-nous donc penser de celui qui est bienheureux en accomplissant un acte de misricorde8 ,son tat mental est-il agrable8 ,alors il faut abandonner l'hypothse1 car la batitude devient une forme du bonheur4 ,son tat est-il indiffrent ou pnible8 ,il faut alors que l'homme bienheureux dont on parle soit assez exempt de sympathie pour que le fait de soulager la peine d'un autre1 ou de l'affranchir de la crainte de la peine1 le laisse absolument froid ou mme lui cause une motion dsagrable4 ,de mme1 si un homme1 bienheureux pour avoir rtabli la paix1 n'en ressent aucune joie comme rcompense1 c'est que la vue des hommes s'attaquant injustement les uns les autres ne l'afflige pas du tout1 ou lui cause mme un plaisir qui se change en peine lorsqu'il prvient ces injustices4 ,de mme encore1 appeler bienheureux celui qui a compassion du pauvre1 si ce n'est pas lui attribuer un sentiment agrable1 c'est dire que sa compassion pour le pauvre ne lui procure aucun sentiment ou lui fait prouver un sentiment dsagrable4 ,si donc la batitude est un mode particulier de conscience d'une dure dtermine produit la suite de tout genre d'actions bienfaisantes1 ceux qui refusent d'y voir un plaisir ou un lment de bonheur avouent eux-mmes que le bien-tre des autres ou ne les meut en aucune manire1 ou leur dplat4 ,dans un autre sens1 la batitude1 comme nous l'avons dit1 consiste dans la totalit des sentiments prouvs durant sa vie par l'homme occup des actes que ce mot dsigne4 ,on peut faire alors trois hypothses3 excs de plaisir1 excs de peine1 ou galit de l'un et de l'autre4 ,si les tats agrables l'emportent1 la vie bienheureuse ne se distingue plus d'une autre vie agrable que par la quantit relative ou la qualit des plaisirs2 c'est une vie qui a pour fin un bonheur d'un certain genre et d'un certain degr3 il faut alors renoncer soutenir que la batitude n'est pas une forme du bonheur4 ,si au contraire1 dans la vie bienheureuse1 les plaisirs et les peines s'quilibrent exactement et produisent ainsi comme rsultante un tat d'indiffrence1 ou si la somme des peines l'emporte sur celle des plaisirs1 cette vie possde le caractre que les pessimistes attribuent la vie en gnral et pour lequel ils la maudissent4 ,l'anantissement1 disent-ils1 est prfrable4 ,en effet1 si l'indiffrence est le terme de la vie bienheureuse1 l'anantissement fait atteindre ce but une fois pour toutes2 et1 si un excs de maux est le seul rsultat de cette forme la plus haute de la vie1 de la vie bnie1 c'est assurment une raison de plus pour souhaiter la fin de toute existence en gnral4 ,on nous opposera peut-tre cette rponse3 ,supposez agrable l'tat particulier de conscience accompagnant la conduite appele bienheureuse2 on peut soutenir que la pratique de cette conduite et la recherche du plaisir qui s'y attache entranent cependant1 par l'abngation de soi-mme1 par la persistance de l'effort et peut-tre par quelque douleur physique qui en est la suite1 une souffrance suprieure ce plaisir mme4 ,on affirmerait1 malgr cela1 que la batitude1 ainsi caractrise par l'excs d'un ensemble de peines sur un ensemble de plaisirs1 doit tre poursuivie comme une fin prfrable au bonheur qui consiste dans un excs des plaisirs sur les peines4 ,cette conception de la batitude peut se dfendre1 s'il s'agit d'un seul individu ou de quelques-uns2 mais elle devient insoutenable ds qu'on l'tend tous les hommes4 ,pour le comprendre1 il suffit de chercher la raison qui fait supporter ces peines suprieures aux plaisirs4 ,si la batitude est un tat idal offert galement tous les hommes1 si les sacrifices que chacun s'impose dans la poursuite de cet idal ont pour but d'aider les autres atteindre le mme idal1 il en rsulte que chacun doit parvenir cet tat de batitude1 rempli d'ailleurs de peines1 pour permettre aux autres d'arriver aussi cet tat la fois bienheureux et pnible3 la conscience bienheureuse se formerait donc par la contemplation de la conscience de tous dans une condition de souffrance4 ,peut-on admettre cette consquence8 videmment non4 ,mais1 en rejetant une pareille thorie1 on accorde implicitement que si l'homme accepte la souffrance dans l'accomplissement des actes constituant la vie appele bienheureuse1 ce n'est pas avec l'intention d'imposer aux autres les peines de la batitude1 mais bien pour leur procurer des plaisirs4 ,par suite le plaisir1 sous une forme ou une autre1 est tacitement reconnu comme la fin suprme4 ,en rsum1 la condition ncessaire l'existence de la batitude est un accroissement de bonheur1 positif ou ngatif1 dans une conscience ou dans une autre4 ,elle n'a plus aucun sens si les actions dites bnies peuvent tre prsentes comme une cause de diminution de bonheur aussi bien pour les autres que pour celui qui les accomplit4 #af4 ,pour achever de rendre claire l'argumentation expose dans ce chapitre1 nous allons en rappeler les diffrentes parties4 ,ce qu'on a tudi1 dans le chapitre prcdent1 comme la conduite parvenue au dernier degr de l'volution1 reparat dans celui-ci sous le nom de bonne conduite4 ,le but idal que nous avons d'abord d assigner l'volution naturelle de la conduite nous donne maintenant la rgle idale de la conduite considre au point de vue moral4 ,les actes adapts des fins1 qui constituent tous les instants la vie manifeste au dehors sont de mieux en mieux adapts leurs fins1 mesure que l'volution fait des progrs2 ils finissent par rendre complte1 en longueur et en largeur1 la vie de chaque individu1 en mme temps qu'ils contribuent efficacement l'levage des jeunes4 ,puis1 ce double rsultat est atteint sans empcher les autres individus d'y parvenir aussi1 et mme de manire les y aider4 ,ici1 on affirme sous ces trois aspects la bont de cette conduite4 ,toutes choses gales d'ailleurs1 nous appelons bons les actes bien appropris notre conservation2 bons1 les actes bien appropris l'ducation d'enfants capables d'une vie complte2 bons1 les actes qui favorisent le dveloppement de la vie de nos semblables4 ,juger bonne la conduite qui favorise pour l'individu et pour ses semblables le dveloppement de la vie1 c'est admettre que l'existence de l'tre anim est dsirable4 ,un pessimiste ne peut1 sans se contredire1 appeler bonne une conduite qui sert assurer la vie3 pour l'appeler ainsi1 il devrait en effet1 sous une forme ou sous une autre1 adopter l'optimisme4 ,nous avons vu toutefois que les pessimistes et les optimistes s'accordent au moins sur ce postulat3 que la vie est digne d'tre bnie ou maudite suivant que la rsultante en est agrable ou pnible pour la conscience4 ,puisque les pessimistes1 dclars ou secrets1 et les optimistes de toutes sortes constituent1 pris ensemble1 l'humanit tout entire1 il en rsulte que ce postulat est universellement accept4 ,d'o il suit que1 si nous pouvons appeler bonne la conduite favorable au dveloppement de la vie1 nous le pouvons la condition seulement de sous-entendre qu'elle procure en dfinitive plus de plaisirs que de peines4 ,cette vrit--que la conduite est juge bonne ou mauvaise suivant que la somme de ses effets1 pour l'individu1 pour les autres1 ou pour l'un et les autres la fois1 est agrable ou pnible1--un examen attentif nous a montr qu'elle tait implique dans tous les jugements ordinaires sur la conduite3 la preuve en est qu'en renversant l'emploi des mots on arrive des absurdits4 ,nous avons constat en outre que toutes les autres rgles de conduite que l'on a pu imaginer tirent leur autorit de ce principe4 ,qu'on prenne comme terme de nos efforts la perfection1 la vertu des actes1 ou la droiture du motif1 peu importe3 pour dfinir la perfection1 la vertu ou la droiture1 il faut toujours revenir1 comme ide fondamentale1 au bonheur prouv sous une forme ou sous une autre1 un moment ou un autre1 par une personne ou par une autre4 ,on ne peut pas davantage se faire de la batitude une ide intelligible1 sans la concevoir comme impliquant une tendance de la conscience1 individuelle ou gnrale1 un plus haut degr de bonheur1 soit par la diminution des peines1 soit par l'accroissement des plaisirs4 ,ceux mmes qui jugent la conduite au point de vue religieux plutt qu'au point de vue moral ne pensent pas autrement4 ,les hommes qui cherchent se rendre ,dieu propice1 soit en s'infligeant des peines eux-mmes1 soit en se privant de plaisirs pour viter de l'offenser1 agissent ainsi pour chapper des peines futures plus grandes1 ou obtenir la fin de plus grands plaisirs4 ,si1 par des souffrances positives ou ngatives en cette vie1 ils s'attendaient augmenter plus tard leurs souffrances1 ils ne se conduiraient pas comme ils le font4 ,ce qu'ils appellent leur devoir1 ils cesseraient de le regarder comme tel si son accomplissement leur promettait un malheur ternel au lieu d'un ternel bonheur4 ,bien plus1 s'il y a des gens capables de croire les hommes crs pour tre malheureux1 et obligs de continuer une vie misrable pour la seule satisfaction de celui qui les a crs1 de pareils croyants sont obligs eux-mmes de suivre la mme rgle dans leurs jugements2 car le plaisir de leur dieu diabolique est la fin qu'ils doivent se proposer4 ,aucune cole ne peut donc viter de prendre pour dernier terme de l'effort moral un tat dsirable de sentiment1 quelque nom d'ailleurs qu'on lui donne3 rcompense1 jouissance ou bonheur4 ,le plaisir1 de quelque nature qu'il soit1 quelque moment que ce soit1 et pour n'importe quel tre ou quels tres1 voil l'lment essentiel de toute conception de moralit4 ,c'est une forme aussi ncessaire de l'intuition morale que l'espace est une forme ncessaire de l'intuition intellectuelle4 ,,chapitre ,,iv ,,des ,,mani,,res ,,de ,,juger ,,la ,,conduite #ag4 ,le dveloppement de l'ide de causation suppose le dveloppement d'un si grand nombre d'autres ides qu'il est la mesure la plus exacte du progrs intellectuel4 ,avant de se frayer une route1 il faut que la pense et le langage soient assez avancs dj pour concevoir et exprimer les proprits ou les attributs des objets1 indpendamment des objets eux-mmes3 il n'en est pas encore ainsi aux degrs infrieurs de l'intelligence humaine4 ,de plus1 pour acqurir mme la plus simple notion de cause1 il faut d'abord avoir group un grand nombre de cas semblables dans une gnralisation unique2 et1 mesure que nous nous levons1 des ides de causes de plus en plus hautes supposent des ides gnrales de plus en plus larges4 ,ensuite1 comme il faut avoir runi dans son esprit des causes concrtes de divers genres avant de pouvoir en faire sortir la notion gnrale de cause conue comme distincte des causes particulires1 cette opration suppose un nouveau progrs de la facult d'abstraire4 ,tout ce travail implique en mme temps la reconnaissance de relations constantes entre les phnomnes1 et cette reconnaissance fait natre des ides d'uniformit de squence et de coexistence1 l'ide d'une loi naturelle4 ,pour que ces progrs soient possibles et srs1 il faut que l'usage des mesures donne une forme nettement dfinie aux perceptions et aux penses qui en rsultent2 cet usage familiarise l'esprit avec les notions d'exacte correspondance1 de vrit1 de certitude4 ,enfin la causation n'est conue comme ncessaire et universelle que lorsque la science1 en se dveloppant1 a rassembl des exemples de relations quantitatives1 prvues et vrifies1 entre une foule toujours plus grande de phnomnes4 ,aussi1 bien que toutes ces conceptions cardinales s'aident l'une l'autre dans leurs progrs respectifs1 le dveloppement de l'ide de causation dpend d'une manire plus spciale du dveloppement de toutes les autres3 il est donc la meilleure mesure du dveloppement intellectuel en gnral4 ,cette ide de la causation1 par suite de sa dpendance mme1 se dveloppe avec une extrme lenteur3 un exemple suffit pour le rendre vident4 ,on s'tonne d'entendre un sauvage1 tomb dans un prcipice1 attribuer sa chute la mchancet de quelque diable2 on sourit de l'ide toute semblable de cet ancien ,grec1 dont une desse1 disait-il1 avait sauv la vie en dlaant la courroie du casque par lequel son ennemi le tranait dj4 ,mais tous les jours1 sans manifester d'tonnement1 nous entendons dire1 aux uns qu'ils ont t sauvs d'un naufrage par une intervention divine1 aux autres qu'ils ont providentiellement manqu un train qui a draill un peu plus loin1 ou qu'ils ont chapp par miracle la chute d'une chemine4 ,ces gens-l ne reconnaissent pas plus1 en pareils cas1 la causation physique que les sauvages ou les hommes demi civiliss4 ,le ,veddah1 qui se reproche1 quand sa flche a manqu un gibier1 d'avoir mal fait son invocation l'esprit d'un anctre1 et le prtre chrtien1 qui prie pour un malade dans l'esprance de voir le cours de la maladie suspendu1 ces deux hommes ne diffrent qu'au point de vue de l'agent dont ils attendent une assistance surnaturelle1 auquel ils demandent de changer l'ordre des phnomnes2 mais1 l'un et l'autre1 ils mconnaissent galement les relations ncessaires des causes et des effets4 ,on trouve des exemples de ce manque de foi dans la causation mme chez ceux dont l'ducation a t le plus propre dvelopper cette foi1 mme chez des hommes de science4 ,alors que1 depuis une gnration dj1 les savants admettent tous la thorie des actions lentes en gologie1 ils sont rests en biologie partisans de la thorie des cataclysmes2 dans la gense de la crote terrestre1 ils n'admettent que des actions naturelles1 et ils attribuent des actions surnaturelles la gense des organismes la surface de la terre4 ,bien plus1 parmi les naturalistes convaincus que les tres vivants en gnral se sont dvelopps sous l'action et la raction de forces partout agissantes1 il en est qui font une exception pour l'homme2 ou bien1 s'ils admettent que le corps humain a t soumis l'volution comme celui des autres animaux1 ils soutiennent que son esprit n'est pas le rsultat de cette volution et qu'il a t l'objet d'une cration spciale4 ,si la causation universelle et ncessaire commence aujourd'hui seulement tre pleinement accepte par ceux dont les travaux la rendent chaque jour plus claire1 il faut s'attendre la voir en gnral trs imparfaitement reconnue par les autres hommes1 par ceux dont la culture n'a pas t dirige de manire imprimer cette notion dans leur esprit2 il faut surtout s'attendre la leur voir reconnatre bien moins encore dans ces classes de phnomnes o la complexit des faits rend la causation bien plus difficile suivre qu'autre part3 les phnomnes psychiques1 sociaux et moraux4 ,pourquoi ces rflexions1 qui semblent si peu leur place dans ce livre8 ,le voici4 ,en tudiant les divers systmes de morale1 je suis trs frapp de reconnatre qu'ils se caractrisent tous1 soit par l'absence complte de l'ide de causation1 soit par une application insuffisante de cette ide4 ,thologiques1 politiques1 intuitionnistes ou utilitaires1 ils ont tous1 sinon au mme degr1 chacun du moins dans une large mesure1 les dfauts qui rsultent de cette lacune4--,nous allons les tudier dans l'ordre o nous venons de les numrer4 #ah4 ,l'cole morale que l'on doit considrer comme reprsentant aujourd'hui encore la doctrine la plus ancienne1 c'est l'cole qui ne reconnat d'autre rgle de conduite que la prtendue volont de ,dieu4 ,elle prend naissance chez les sauvages1 dont le seul frein1 aprs la peur de leurs semblables1 est la crainte que leur inspire l'esprit de quelque anctre3 pour eux la notion d'un devoir moral1 distincte de la notion de prudence sociale1 est l'effet de cette crainte4 ,la doctrine morale et la doctrine religieuse sont encore runies et ne diffrent aucun degr4 ,cette forme primitive de la doctrine morale1--modifie seulement par la suppression d'une infinit d'agents surnaturels de second ordre et le dveloppement d'un agent surnaturel unique1--subsiste avec beaucoup de force mme de notre temps4 ,les symboles religieux1 orthodoxes ou non1 donnent tous un corps cette croyance que le bien et le mal sont dtermins exclusivement par un ordre de ,dieu4 ,cette supposition tacite a pass des systmes thologiques aux systmes de morale2 ou plutt disons que les systmes de morale1 encore peu distincts des systmes thologiques qui les accompagnaient aux premires phases de leur dveloppement1 ont particip cette hypothse4 ,nous la trouvons dans les oeuvres des stociens comme dans les livres de certains moralistes chrtiens4 ,parmi les derniers1 je citerai les ,essais sur les principes de la moralit de ,jonathan ,dymond1 un quaker qui fait de l'autorit divine le seul fondement du devoir1 et de sa volont rvle le seul principe suprme de la distinction du bien et du mal4 ,cette thorie n'est pas admise seulement par des crivains d'une secte aussi peu philosophique4 ,elle l'est aussi par des crivains de sectes toutes diffrentes4 ,ils affirment que1 si l'on ne croit pas en ,dieu1 l'on n'a plus de guide moral3 cela revient dire que les vrits de l'ordre moral n'ont d'autre origine que la volont de ,dieu1 qu'elle soit d'ailleurs rvle dans des livres sacrs ou dans la conscience4 ,quand on l'examine de prs1 on voit bientt que cette doctrine conduit la ngation de la morale4 ,en effet1 dans l'hypothse o la distinction du bien et du mal n'aurait d'autre fondement que la volont de ,dieu1 rvle ou connue intuitivement1 les actes que nous jugeons mauvais ne pourraient tre jugs tels1 si nous ne connaissions pas cette volont de ,dieu dont on parle4 ,or1 si les hommes ne savaient pas que de tels actes sont mauvais comme contraires la volont de ,dieu1 ils ne se rendraient pas coupables de dsobissance en les commettant2 et1 s'ils n'avaient pas d'autre raison de les trouver mauvais1 ils pourraient alors les commettre indiffremment comme les actes que nous jugeons aujourd'hui vertueux3 le rsultat1 en pratique1 serait le mme de toutes manires4 ,tant qu'il s'agit de questions temporelles1 il n'y aurait aucune diffrence entre ces deux sortes d'actes4 ,en effet1 dire que1 dans les affaires de la vie1 on s'expose quelque mal en continuant de faire les actes appels mauvais1 en cessant d'accomplir les actes appels bons1 ce serait avouer que ces actes produisent par eux-mmes certaines consquences fcheuses ou utiles1 c'est--dire reconnatre une autre source des rgles morales que la volont divine rvle ou suppose1 et admettre qu'elles peuvent tre tablies par une induction fonde sur l'observation des consquences de ces actes4 ,je ne vois aucun moyen d'chapper cette conclusion4 ,il faut admettre ou nier que les actes appels bons et les actes appels mauvais conduisent naturellement1 les uns au bien-tre1 les autres au malheur4 ,l'admet-on8 ,on reconnat alors que l'exprience suffit pour apprcier la valeur de la conduite1 et l'on doit1 par suite1 renoncer la doctrine qui place l'origine des jugements moraux dans les seuls ordres de ,dieu4 ,nie-t-on1 au contraire1 que les actes classs comme bons ou mauvais diffrent par leurs effets8 ,on affirme alors tacitement que les affaires humaines iraient tout aussi bien si l'on ignorait cette distinction1 et la prtendue ncessit des commandements de ,dieu s'vanouit4 ,nous sentons ici combien manque la notion de cause4 ,admettre que telles ou telles actions sont rendues respectivement bonnes ou mauvaises par une simple injonction de la divinit cela revient croire que telles ou telles actions n'ont pas dans la nature des choses tels ou tels genres d'effets4 ,c'est la preuve que l'on n'a pas conscience de la causation ou qu'on l'ignore entirement4 #ai4 ,a la suite de ,platon et d',aristote1 qui font des lois de l',etat les sources du bien et du mal1 la suite de ,hobbes1 d'aprs lequel il n'y a ni justice ni injustice jusqu' ce qu'un pouvoir coercitif soit rgulirement constitu pour dicter et sanctionner des commandements1 un grand nombre de penseurs modernes soutiennent que la loi seule est le principe de la distinction du bien et du mal dans la conduite4 ,cette doctrine implique que l'obligation morale a sa source dans les actes d'un ,parlement et peut tre change dans un sens ou dans l'autre par les majorits4 ,ses partisans tournent en ridicule l'hypothse des droits naturels de l'homme et prtendent que les droits sont exclusivement le rsultat d'une convention3 par une consquence rigoureuse1 les devoirs eux-mmes ne peuvent pas tre autre chose4 ,avant de rechercher si cette thorie s'accorde avec des vrits tablies ailleurs1 voyons jusqu' quel point elle est consquente avec elle-mme4 ,aprs avoir soutenu que les droits et les devoirs drivent d'arrangements sociaux1 ,hobbes continue en ces termes3 ,si aucun contrat n'a prcd1 aucun droit n'a t transfr1 et tout homme a droit toute chose2 par consquent1 aucune action ne peut tre injuste4 ,mais1 s'il y a un contrat1 alors il est injuste de le rompre1 et la seule dfinition de l',,injustice est de dire qu'elle est le fait de ne pas se conformer au contrat4 ,tout ce qui n'est pas injuste est juste4444 ,il faut donc1 avant de pouvoir employer les mots de juste et d'injuste1 qu'il y ait une puissance coercitive1 pour contraindre galement tous les hommes observer leurs contrats1 par la crainte de quelque chtiment plus sensible que le profit esprer de la violation de ces contrats#b4 ,note #b3 ,lviathan1 ch4 ,,xv4 ,dans ce passage1 les propositions essentielles sont celles-ci3 la justice consiste dans l'observation d'un contrat2 l'observation d'un contrat implique un pouvoir qui l'impose3 il ne peut y avoir de place pour le juste et l'injuste1 moins que les hommes ne soient contraints observer leurs contrats4 ,mais cela revient dire que les hommes ne peuvent observer leurs contrats sans y tre forcs4 ,accordons que la justice consiste dans l'observation d'un contrat4 ,supposons maintenant qu'il soit observ volontairement3 c'est un acte de justice4 ,en pareil cas1 cependant1 c'est un acte de justice accompli sans aucune contrainte3 ce qui est contraire l'hypothse4 ,on ne conoit qu'une seule rplique1 c'est que l'observation volontaire d'un contrat est impossible3 n'est-ce pas une absurdit8 ,faites cette rplique et vous pourrez alors dfendre la doctrine qui fonde la distinction du bien et du mal sur l'tablissement d'une souverainet4 ,refusez de la faire1 et cette doctrine est renverse4 ,des inconsquences du systme considr en lui-mme1 passons ses inconsquences extrieures4 ,hobbes cherche justifier sa thorie d'une autorit civile absolue1 prise comme source des rgles de conduite1 par les maux rsultant de la guerre chronique d'homme homme qui devait exister en l'absence de toute socit2 suivant lui1 la vie est meilleure sous n'importe quel gouvernement que dans l'tat de nature4 ,admettez1 si vous voulez1 avec cette thorie toute gratuite1 que les hommes ont sacrifi leurs liberts un pouvoir absolu quelconque1 dans l'espoir de voir leur bien-tre s'accrotre2 ou croyez1 avec la thorie rationnelle1 fonde sur une induction1 qu'un tat de subordination politique s'est tabli par degrs1 grce l'exprience de l'accroissement de bien-tre qui en rsultait3 dans un systme comme dans l'autre1 il est galement vident que les actes de pouvoir absolu n'ont de valeur et d'autorit qu'autant qu'ils servent la fin pour laquelle on l'a tabli4 ,les ncessits qui ont fait crer le gouvernement lui prescrivent elles-mmes ce qu'il doit faire4 ,si ses actes ne rpondent pas ces ncessits1 ils perdent toute valeur4 ,en vertu de l'hypothse mme1 l'autorit de la loi est une autorit drive1 et ne peut jamais s'lever au-dessus des principes dont elle drive4 ,si la fin suprme est le bien gnral1 ou le bien-tre1 ou l'utilit1 et si les ordres du gouvernement se justifient comme autant de moyens d'arriver cette fin suprme1 alors ces ordres tirent toute leur autorit de la valeur qu'ils ont par rapport cette fin4 ,s'ils sont justes1 c'est uniquement comme expression de l'autorit primordiale1 et ils sont mauvais quand ils ne la reprsentent pas4 ,c'est dire que la loi ne peut rendre la conduite bonne ou mauvaise2 ces caractres sont dtermins en dfinitive par ses effets1 suivant qu'elle favorise ou ne favorise pas le dveloppement des citoyens4 ,les inconsquences des thories de ,hobbes et de ses disciples deviennent encore plus manifestes1 quand on passe des abstractions la ralit concrte4 ,ces philosophes reconnaissent1 comme tout le monde1 que1 si la scurit n'est pas suffisante pour que chacun se livre sans crainte ses affaires1 il n'y a ni bonheur1 ni prosprit1 soit pour l'individu soit pour l'ensemble des citoyens2 ils admettent qu'il faut prendre des mesures pour prvenir les meurtres1 les agressions de toutes sortes1 etc41 et ils prtendent que tel ou tel systme pnal est le meilleur moyen d'arriver ce rsultat4 ,ils soutiennent ainsi1 pour les maux comme pour les remdes1 que telles et telles causes1 en vertu de la nature des choses1 produisent tels ou tels effets4 ,ils dclarent certaine priori cette vrit que les hommes ne chercheront pas amasser du bien s'ils ne peuvent compter avec beaucoup de vraisemblance en retirer des avantages2 que1 par suite1--dans un pays o le vol ne serait pas puni ou dans lequel un matre rapace s'emparerait de tout ce que ses sujets ne pourraient cacher1--la production dpasserait peine le niveau des consommations immdiates1 et qu'il n'y aurait ncessairement aucune accumulation de capitaux1 comme il en faut pour tout dveloppement social et pour l'accroissement du bien-tre4 ,comment n'aperoivent-ils pas1 en raisonnant ainsi1 l'affirmation qu'ils acceptent implicitement8 ,a savoir qu'il est indispensable de dduire les rgles relatives la conduite des conditions ncessaires au complet dveloppement de la vie dans l'tat social4 ,ils dclarent donc1 sans s'en douter1 que l'autorit de la loi est drive et non primitive4 ,un partisan de cette doctrine dira peut-tre qu'il faut distinguer un certain nombre d'obligations morales comme autant de rgles cardinales ayant une base plus profonde que la lgislation1 et que celle-ci ne cre pas1 mais se borne confirmer4 ,si1 aprs un tel aveu1 il continuait rclamer1 pour de moindres droits seulement et de moindres devoirs1 une origine lgislative1 nous devrions en conclure que certaines manires d'agir tendent1 d'aprs la nature des choses1 produire certains genres d'effets1 mais qu'en mme temps certaines autres manires d'agir ne tendent pas1 d'aprs la nature des choses1 produire certains genres d'effets4 ,les premires auraient naturellement de bonnes ou de mauvaises consquences2 mais on pourrait le nier des secondes4 ,il faut accepter cette distinction1 pour avoir le droit de prtendre que les actes de la dernire classe doivent la loi leur caractre moral2 en effet1 si ces actes ont quelque tendance intrinsque produire des effets fcheux ou avantageux1 c'est cette tendance qui les fait commander ou interdire par la loi4 ,dire que c'est ce commandement ou cette interdiction qui les rend bons ou mauvais1 c'est dclarer qu'ils n'ont en eux-mmes aucune tendance produire des effets avantageux ou funestes4 ,ici encore1 nous sommes donc en face d'une doctrine o la conscience de la causation fait dfaut4 ,une conscience parfaite de la causation oblige croire que dans la socit1 tous les actes1 du plus srieux au plus simple1 produisent des consquences qui1 en dehors de l'action lgale1 contribuent diffrents degrs au bien-tre ou au malaise gnral4 ,si les meurtres causent un dommage la socit1 que la loi d'ailleurs les dfende ou non2 si l'appropriation violente de ce qu'un autre a gagn est une source de maux privs et publics1 qu'elle soit du reste contraire ou non aux dits d'un matre2 si la violation d'un contrat1 si la fraude et la falsification sont des maux pour une communaut en proportion de leur frquence1 lors mme qu'elles ne seraient pas frappes de prohibitions lgales1 n'est-il pas manifeste qu'il en est de mme pour tous les dtails de la conduite humaine8 ,n'est-il pas vrai que1 si la lgislation prescrit certains actes qui ont naturellement de bons effets et en dfend d'autres qui ont naturellement des effets funestes1 ces actes ne tiennent pas de la lgislation leurs caractres1 mais que la lgislation emprunte au contraire son autorit aux effets naturels de ces actes8 ,ne pas le reconnatre1 c'est nier la causation naturelle4 #bj4 ,il n'en est pas autrement des purs intuitionnistes qui dclarent les perceptions morales innes dans l'intelligence primitive4 ,d'aprs eux1 c'est ,dieu qui a dou les hommes de facults morales1 et ils refusent d'admettre qu'elles rsultent de modifications hrditaires produites par des expriences accumules4 ,affirmer que l'homme reconnat certaines choses comme moralement bonnes1 d'autres comme moralement mauvaises1 en vertu d'une conscience qui lui vient d'en haut1 et par suite affirmer implicitement qu'il ne pourrait discerner autrement le bien du mal1 c'est nier tacitement toute relation naturelle entre les actes et leurs rsultats4 ,en effet1 s'il y a des relations de ce genre1 on peut les dcouvrir1 par induction ou par dduction1 ou des deux manires la fois4 ,s'il tait admis que1 grce ces relations naturelles1 le bonheur est produit par un genre de conduite qui doit tre approuv pour cette raison1 tandis que le malheur est produit par un autre genre de conduite qui doit tre pour cette raison condamn1 on admettrait en mme temps que la bont ou la culpabilit des actions peut tre dtermine1 et doit tre finalement dtermine1 par le caractre des effets bons ou mauvais qui en dcoulent3 ce qui est contraire l'hypothse4 ,on pourrait rpondre1 il est vrai1 que cette cole ignore de parti pris les rsultats2 elle enseigne que les actes reconnus bons par l'intuition morale doivent tre accomplis sans s'inquiter de leurs consquences4 ,mais il est facile de voir qu'il s'agit seulement des consquences particulires et non des consquences gnrales4 ,par exemple1 lorsqu'on dit qu'un objet perdu doit tre restitu par celui qui l'a trouv sans considrer le mal qui en rsulte pour lui1--en faisant cette restitution1 il s'enlve peut-tre le moyen de ne pas prir de faim1--on entend que1 dans l'observation du principe1 il ne faut pas considrer les consquences immdiates et spciales2 on ne parle pas des consquences gnrales et loignes4 ,cette thorie1 tout en s'interdisant de reconnatre ouvertement une causation1 la reconnat donc sans l'avouer4 ,de l un trait sur lequel j'attire l'attention du lecteur4 ,l'ide d'une causation naturelle est si imparfaitement dveloppe que nous avons seulement une conscience indistincte de ce fait que les relations de causes et d'effets gouvernent l'ensemble de la conduite humaine1 et que toutes les rgles morales drivent d'elles en dfinitive1 bien que beaucoup de ces rgles puissent tre immdiatement drives d'intuitions morales4 #ba4 ,chose trange1 l'cole utilitaire1 qui1 premire vue1 parat se distinguer des autres par la croyance la causation naturelle1 est elle-mme1 sinon aussi loin1 du moins trs loin encore de la reconnatre compltement4 ,suivant sa thorie1 la conduite doit tre estime d'aprs les rsultats observs4 ,lorsque1 dans des cas assez nombreux1 on a constat que telle manire d'agir produisait le bien1 tandis que telle autre produisait le mal1 on doit respectivement juger bonne ou mauvaise l'une et l'autre de ces deux manires d'agir4 ,eh bien1 si l'affirmation de cette vrit1 que les rgles morales ont pour origine des causes naturelles1 parat contenue dans cette thorie1 cette affirmation n'est encore que partielle4 ,ce qu'on y trouve en effet1 c'est que nous avons tablir par induction que tels dommages ou tels avantages suivent tels ou tels actes et induire que de pareilles relations subsisteront dans l'avenir4 ,mais accepter ces gnralisations et les conclusions qu'on en tire1 cela n'quivaut pas la reconnaissance de la causation dans toute la force du terme4 ,tant que l'on se contente de reconnatre quelque relation entre une cause et un effet dans la conduite1 au lieu de reconnatre la relation1 on n'a pas encore donn la connaissance sa forme dfinitivement scientifique4 ,jusqu' prsent1 les utilitaires ne tiennent pas compte de cette distinction1 mme lorsqu'elle leur est signale2 ils ne comprennent pas que l'utilitarisme empirique est seulement une forme de transition qu'il faut dpasser pour arriver l'utilitarisme rationnel4 ,dans une lettre adresse1 il y a seize ans environ1 ,m4 ,mill1 et o je repoussais le nom d'anti-utilitaire qu'il m'avait appliqu 7cette lettre a t publie depuis dans le livre de ,m4 ,bain mental and moral ,science71 j'ai essay d'claircir la diffrence que je viens de signaler4 ,voici quelques passages de cette lettre3 ,l'ide que je dfends c'est que la morale proprement dite--la science de la conduite droite--a pour objet de dterminer comment et pourquoi certains modes de conduite sont nuisibles1 certains autres avantageux4 ,ces rsultats bons et mauvais ne peuvent tre accidentels1 ils doivent tre des consquences ncessaires de la constitution des choses4 ,a mon avis1 l'objet de la science morale doit tre de dduire des lois de la vie et des conditions de l'existence quelles sortes d'actions tendent ncessairement produire le bonheur1 quelles autres produire le malheur4 ,cela fait1 ces dductions doivent tre reconnues comme les lois de la conduite2 elles doivent tre obies indpendamment de toute considration directe et immdiate de bonheur ou de misre4 ,un exemple fera peut-tre mieux comprendre ce que je veux dire4 ,dans les premiers temps1 l'astronomie plantaire ne possdait que des observations accumules relativement aux positions et aux mouvements du soleil et des plantes2 de loin en loin ces observations permettaient de prdire1 approximativement1 que certains corps clestes occuperaient certaines positions telles poques4 ,la science moderne de l'astronomie plantaire consiste en dductions de la loi de la gravitation1 dductions qui font connatre1 pourquoi les corps clestes occupent ncessairement certaines places certaines poques4 ,le rapport qui existe entre l'ancienne astronomie et l'astronomie moderne est analogue celui qui existe aussi1 selon moi1 entre la morale de l'utile et la science morale proprement dite4 ,l'objection que je fais l'utilitarisme courant1 c'est qu'il ne reconnat pas la forme dveloppe de la morale3 il ne s'aperoit pas qu'il n'a pas encore dpass la priode primitive de la science morale4 ,sans doute1 si l'on demandait aux utilitaires si c'est par hasard que cette sorte d'actions produit du mal et cette autre du bien1 ils rpondraient ngativement3 ils admettraient que de pareilles squences sont des parties d'un ordre ncessaire auquel les phnomnes sont soumis4 ,cette vrit est au-dessus de toute discussion1 et s'il y a des relations causales entre les actes et leurs rsultats1 les rgles de la conduite ne peuvent devenir scientifiques que le jour o elles seront dduites de ces relations3 on continue se contenter de cette forme de l'utilitarisme dans laquelle ces relations causales restent ignores en pratique4 ,on suppose qu' l'avenir1 comme aujourd'hui1 l'utilit doit tre dtermine uniquement par l'observation des rsultats1 et qu'il n'est pas possible de connatre par dduction de principes fondamentaux quelle conduite doit tre nuisible1 quelle autre doit tre avantageuse4 #bb4 ,pour rendre plus prcise cette ide de la science morale que j'indique ici1 je vais la prsenter sous un aspect concret4 ,je commencerai par un exemple fort simple1 et1 par degrs1 je rendrai cet exemple de plus en plus complexe4 ,si nous arrtons la plus grande partie du sang qui circule dans un membre1 en liant sa principale artre1 aussi longtemps que ce membre fonctionnera les parties appeles travailler perdront plus qu'elles ne recevront1 et il en rsultera un certain affaiblissement4 ,le rapport entre l'arrive rgulire des matires nutritives dans ce membre1 par des artres1 et l'accomplissement rgulier de ses fonctions1 forme une partie de l'ordre physique4 ,si1 au lieu d'arrter la nutrition d'un membre en particulier1 nous faisons perdre au patient une grande quantit de sang1 nous supprimons ainsi les matriaux ncessaires la rparation non d'un seul membre mais de tous les membres1 et non seulement des membres mais aussi des viscres3 nous dterminons la fois une diminution des forces musculaires et un amoindrissement des fonctions vitales4 ,ici encore1 la cause et l'effet ont des rapports ncessaires4 ,le dommage qui rsulte d'une grande perte de sang en rsulte sans qu'il soit utile de faire intervenir un commandement divin1 ou un ordre politique1 ou une intuition morale4 ,faisons un pas de plus4 ,supposons un homme dans l'impossibilit de prendre assez de cette nourriture1 solide ou liquide1 contenant les substances que le sang doit fournir pour la rparation des tissus2 supposons qu'il ait un cancer de l'oesophage et qu'il ne puisse avaler3 qu'arrive-t-il8 ,par cette perte indirecte1 comme par la perte directe1 il est fatalement rduit l'impuissance d'accomplir les actes d'un homme en bonne sant4 ,dans ce cas1 comme dans les autres1 la connexion entre la cause et l'effet est une connexion qui ne peut tre tablie ou dtruite par aucune autorit extrieure aux phnomnes eux-mmes4 ,supposons encore que1 au lieu d'tre arrts aprs avoir pass la bouche1 les aliments n'y arrivent mme pas1 de telle sorte que1 chaque jour1 cet homme soit forc d'user ses tissus en cherchant de quoi se nourrir1 et que1 chaque jour aussi1 il ne puisse manger ces aliments qu'il s'est puis chercher3 comme plus haut1 le progrs vers la mort par inanition est invitable2 la connexion entre les actes et les effets est indpendante de toute autorit1 quelle qu'elle soit1 thologique ou politique4 ,de mme1 si on le force coups de fouet travailler1 et si on ne lui donne pas en retour une nourriture proportionne son travail1 les maux qui s'ensuivront sont galement certains2 les ordres d'un pouvoir sacr ou profane n'y peuvent rien4 ,passons maintenant aux actes qu'on regarde d'ordinaire comme soumis des rgles de conduite4 ,voici un homme auquel on drobe continuellement le produit de son travail1 qui devait servir rparer sa dpense d'nergie nervoso-musculaire1 renouveler ses forces4 ,ici encore1 la relation qui existe entre la conduite et ses consquences prend racine dans la nature des choses2 une loi de l',etat ne pourrait pas la changer1 et nous n'avons pas besoin pour l'tablir d'une gnralisation empirique4 ,si l'action qui atteint cet homme ne produit pas de rsultats aussi immdiats ou aussi dcisifs1 nous trouvons tout de mme dans l'ordre physique le fondement de la moralit4 ,par exemple1 on lui paye ses services en fausse monnaie1 ou bien on lui fait attendre ce payement au del de l'poque marque1 ou bien les aliments qu'il achte sont falsifis4 ,evidemment tous ces actes1 que nous condamnons comme injustes et que la loi punit1 empchent1 comme les faits cits plus haut1 l'tablissement d'un quilibre physiologique rgulier entre la consommation et la rparation4 ,il en est de mme pour les actes dont les effets sont encore beaucoup plus loigns4 ,si l'on empche cet homme de dfendre son droit1 si la prdominance d'une classe lui interdit tout progrs1 si un juge corrompu rend un jugement contraire l'vidence1 si un tmoin dpose contre la vrit3 ces diffrents actes l'affectent sans doute moins directement1 mais leur culpabilit ne tient-elle pas la mme raison originelle8 ,on peut en dire autant des actions qui produisent un dommage diffus1 indfini4 ,que notre homme1 au lieu d'tre tromp1 soit calomni3 ici1 comme dans les cas prcdents1 on entrave l'exercice des activits qui servent au soutien de sa vie1 car la perte de sa rputation est funeste ses affaires4 ,ce n'est pas tout4 ,la dpression mentale qui en rsulte le rend1 dans une certaine mesure1 incapable d'efforts nergiques et peut le faire tomber malade4 ,ainsi le colportage criminel de faux jugements tend la fois diminuer sa vie et diminuer son aptitude conserver sa vie4 ,de l vient la gravit morale de la calomnie4 ,allons plus loin2 suivons jusqu' leurs ramifications dernires les effets produits par quelques-uns des actes que condamne la morale dite intuitive1 et demandons-nous quels en sont les rsultats1 non seulement pour l'individu lui-mme1 mais encore pour ceux qui lui tiennent de prs4 ,l'appauvrissement entrave l'ducation des enfants1 en ne permettant de leur donner qu'une nourriture et des vtements insuffisants1 ce qui peut aboutir la mort des uns1 l'affaiblissement de la constitution des autres3 nous voyons donc que1 par suite des connexions ncessaires des choses1 ces actes ne tendent pas seulement amoindrir la vie chez l'individu qui en est la victime1 ils tendent en second lieu l'amoindrir aussi chez les membres de sa famille1 et1 en troisime lieu1 diminuer le dveloppement de la socit en gnral2 celle-ci en effet doit souffrir de tout ce que souffrent ses membres4 ,on comprendra mieux maintenant pourquoi l'utilitarisme1 qui admet seulement comme principes de conduite les principes fournis par l'induction1 n'est qu'une prparation un autre utilitarisme qui dduit ces principes des progrs de la vie conformment aux conditions relles de l'existence4 #bc4 ,voil justifie1 je crois1 l'affirmation formule au dbut1 savoir que toutes les mthodes ordinaires de morale ont un dfaut commun1 indpendamment de leurs caractres distinctifs et de leurs tendances spciales3 elles ngligent les dernires relations causales4 ,sans doute1 elles n'ignorent pas entirement les consquences naturelles des actions2 mais elles ne les reconnaissent que d'une manire incidente4 ,elles n'rigent pas en mthode l'affirmation de relations ncessaires entre les causes et les effets1 et la dduction des rgles de la conduite de la connaissance de ces relations4 ,toute science commence par accumuler des observations et elle les gnralise aussitt d'une manire empirique2 mais il faut qu'elle parvienne englober ces gnralisations empiriques dans une gnralisation rationnelle pour devenir une science constitue4 ,l'astronomie a dj pass par ces degrs successifs3 d'abord1 collection de faits2 ensuite1 inductions fondes sur ces faits2 enfin1 interprtations dductives de ces mmes faits1 considrs comme corollaires d'un principe universel d'action gouvernant les masses dans l'espace4 ,en groupant et comparant toutes les observations faites sur la structure et la disposition des couches de terrains1 on a t graduellement conduit expliquer les diffrentes classes de phnomnes gologiques par l'action de l'eau ou par celle du feu4 ,si la gologie forme aujourd'hui une vritable science c'est parce que ces phnomnes sont considrs maintenant comme les consquences des processus naturels qui se sont succd pendant le refroidissement et la solidification de la terre1 place sous l'influence de la chaleur solaire et l'action que la lune exerce sur son ,ocan4 ,la science de la vie a parcouru et parcourt encore une srie de phases analogues3 l'volution des formes organiques en gnral est rattache aux actions physiques qui agissaient ds l'origine2 quant aux phnomnes vitaux prsents par chaque organisme1 on commence les considrer comme des sries de changements s'accomplissant dans des particules matrielles soumises certaines forces et produisant d'autres forces4 ,les premires thories relatives la pense et au sentiment excluaient toute ide de cause1 si ce n'est pour certains effets de l'habitude qui avaient forc l'attention et taient passs en proverbe4 ,mais on en vient rattacher la pense et le sentiment aux actions et aux ractions d'une structure nerveuse qui est influence par les changements extrieurs et produit dans le corps des changements appropris4 ,il en rsulte que la psychologie tend aujourd'hui devenir une science1 dans la mesure o ces relations de phnomnes sont expliques comme des consquences de principes suprmes4 ,la sociologie1 reprsente jusqu' ces derniers temps par des ides parses sur l'organisation sociale1 perdues dans une foule de considrations sans valeur que nous ont laisses les historiens1 commence elle-mme tre regarde comme une science par quelques savants4 ,les premiers traits1 qui nous en ont t fournis de temps autre sous forme de gnralisations empiriques1 commencent prendre le caractre de gnralisations cohrentes en se rattachant aux causes qui agissent dans la nature humaine place au milieu de conditions donnes4 ,il est donc clair que la morale1 c'est--dire la science de la conduite des hommes vivant en socit1 doit subir une transformation semblable3 non dveloppe encore jusqu' prsent1 elle pourra1 quand elle aura subi cette transformation1 tre considre comme une science constitue4 ,il faut cependant que des sciences plus simples lui aient d'abord prpar la voie4 ,la morale a un ct physique1 puisqu'elle traite des activits humaines soumises1 comme toutes les manifestations de l'nergie1 la loi de la conservation de la force3 les principes moraux doivent donc tre conformes aux ncessits physiques4 ,elle a aussi un ct biologique1 car elle concerne certains effets1 internes ou externes1 individuels ou sociaux1 des changements vitaux qui se produisent dans le type le plus lev de l'animalit4 ,elle prsente galement un ct psychologique2 car elle s'occupe d'un ensemble d'actions inspires par les sentiments et guides par l'intelligence4 ,enfin1 elle a encore un ct sociologique1 car ces actions1--quelques-unes directement et toutes indirectement--affectent des tres runis en socit4 ,quelle est la conclusion8 ,appartenant1 par l'un de ces cts1 des sciences diverses1 physique1 biologie1 psychologie et sociologie1 la morale ne peut tre dfinitivement comprise qu'au moyen des vrits fondamentales communes toutes ces sciences4 ,nous avons tabli dj1 par une autre mthode1 que la conduite en gnral1--qui renferme la conduite dont s'occupe la morale1--doit1 pour tre bien comprise1 tre regarde comme une face de l'volution de la vie2 une mthode plus spciale conduit au mme rsultat4 ,il faut donc aborder maintenant l'tude des phnomnes moraux considrs comme phnomnes de l'volution2 nous sommes forcs de le faire1 parce que nous dcouvrons en eux une partie de l'agrgat des phnomnes que l'volution a produits4 ,si l'univers visible tout entier est soumis l'volution1 si le systme solaire1 considr comme formant un tout1 si la terre1 comme partie de ce tout1 si la vie en gnral qui se dveloppe la surface de la terre1 aussi bien que celle de chaque organisme individuel1 si les phnomnes psychiques manifests par toutes les cratures1 jusqu'aux plus leves1 comme les phnomnes rsultant de la runion de ces cratures les plus parfaites1 si tout enfin est soumis aux lois de l'volution1 il faut bien admettre que les phnomnes de conduite produits par ces cratures de l'ordre le plus lev1 et qui font l'objet de la morale1 sont aussi soumis ces lois4 ,les ouvrages prcdents#c ont prpar la voie pour l'tude de la morale ainsi comprise4 ,nous tirerons parti des conclusions qu'ils contiennent1 et nous verrons quelles donnes elles nous fournissent4 ,nous traiterons successivement du point de vue physique1 du point de vue biologique1 du point de vue psychologique et du point de vue sociologique de la morale4 ,note #c3 ,premiers principes1 ,principes de biologie1 ,principes de psychologie et ,principes de sociologie4--,voir aussi l',introduction la ,science sociale dans la ,bibliothque scientifique internationale1 cinquime dition4 ,,chapitre ,v ,,le ,,point ,,de ,,vue ,,physique #bd4 ,a chaque moment1 nous passons instantanment des actions humaines que nous percevons aux motifs qu'elles impliquent1 et nous sommes ainsi conduits formuler ces actions en termes se rapportant l'esprit plutt qu'en termes se rapportant au corps4 ,c'est aux penses et aux sentiments qu'on applique son jugement lorsqu'on loue ou qu'on blme les actes d'un homme1 et non ces manifestations extrieures qui rvlent les penses et les sentiments4 ,on arrive ainsi peu peu oublier que la conduite1 telle que l'exprience nous la fait connatre1 consiste en changements perus par le toucher1 la vue et l'oue4 ,l'habitude de considrer seulement l'aspect psychique de la conduite est si tenace qu'il faut un vritable effort pour examiner aussi son aspect physique4 ,on ne peut nier que1 par rapport nous1 la manire d'tre d'un autre homme est faite des mouvements de son corps et de ses membres1 de ses muscles faciaux et de son appareil vocal3 cependant il semble paradoxal de dire que ce sont l les seuls lments de conduite rellement connus1 tandis que les lments de la conduite exclusivement regards comme ses lments constitutifs ne sont pas directement connus1 mais induits par raisonnements4 ,eh bien1 laissant de ct pour le moment les lments induits de la conduite1 occupons-nous ici des lments perus3 nous avons observer les caractres de la conduite considrs comme une suite de mouvements combins4 ,en se plaant au point de vue de l'volution1 en se rappelant que1 pendant qu'un agrgat se dveloppe1 non seulement la matire qui le compose1 mais aussi le mouvement de cette matire1 passe d'une homognit indfinie incohrente une htrognit dfinie cohrente1 nous avons maintenant rechercher si la conduite1 pendant qu'elle s'lve vers ses formes les plus leves1 manifeste ces caractres dans son progrs1 et si elle les manifeste au plus haut degr lorsqu'elle atteint la forme la plus leve de toutes que nous appelons la forme morale4 #be4 ,il faut s'occuper d'abord du caractre de cohrence croissante4 ,la conduite des tres dont l'organisation est simple contraste beaucoup avec la conduite des tres dont l'organisation est dveloppe1 en ce sens que les parties successives n'ont qu'une faible liaison4 ,les mouvements qu'un animalcule fait au hasard n'ont aucun rapport avec les mouvements qu'il a faits un moment auparavant et n'ont aucune influence dtermine sur les mouvements produits aussitt aprs4 ,les tours et dtours que fait aujourd'hui un poisson la recherche de la nourriture1 bien qu'ils offrent peut-tre par leur adaptation la capture de diffrents genres de proies aux diffrentes heures un ordre lgrement dtermin1 n'ont aucune relation avec ses tours d'hier et ceux de demain4 ,mais des tres dj plus dvelopps1 comme les oiseaux1 nous montrent1--dans la construction de leurs nids1 la disposition des oeufs1 l'ducation des jeunes et l'assistance qu'ils leur donnent quand ils commencent voler1--des suites de mouvements formant une srie lie qui s'tend une priode considrable4 ,en observant la complexit des actes accomplis pour se procurer et fixer les fibres du nid1 ou pour capturer et apporter aux petits chaque portion de leur nourriture1 nous dcouvrons dans les mouvements combins une cohsion latrale aussi bien qu'une cohsion longitudinale4 ,l'homme1 mme son tat le plus infrieur1 dploie dans sa conduite des combinaisons beaucoup plus cohrentes de mouvements4 ,par les manipulations laborieuses ncessaires pour la fabrication d'armes qui serviront la chasse l'anne prochaine1 ou pour la construction de canots ou de wigwams d'un usage permanent1 par les actes d'agression ou de dfense qui se relient des injustices depuis longtemps subies ou commises1 le sauvage produit un ensemble de mouvements qui1 dans quelques-unes de ses parties1 subsiste pendant de longues priodes4 ,bien plus1 si on considre les divers mouvements impliqus par les transactions de chaque jour1 dans le bois1 sur l'eau1 dans le camp1 dans la famille1 on voit que cet agrgat cohrent de mouvements se compose lui-mme de divers agrgats plus petits1 qui ont leur cohsion particulire et s'unissent leurs voisins4 ,chez l'homme civilis1 ce trait du dveloppement de la conduite devient bien plus remarquable encore4 ,quelle que soit l'affaire dont il s'occupe1 son action enveloppe un nombre relativement considrable de mouvements dpendants2 jour par jour1 la conduite se continue de manire montrer une connexion entre des mouvements actuels et des mouvements accomplis depuis longtemps1 aussi bien que des mouvements destins se produire dans un avenir loign4 ,outre les diverses actions1 lies les unes aux autres1 par lesquelles le fermier s'occupe de son btail1 dirige ses laboureurs1 surveille sa laiterie1 achte ses instruments1 vend ses produits1 etc41 le fait d'obtenir et de rgler son bail implique une combinaison de mouvements nombreux dont dpendent les mouvements des annes suivantes4 ,en fumant ses terres pour en augmenter le rendement1 ou en tablissant des drainages pour la mme raison1 il accomplit des actes qui font partie d'une combinaison cohrente relativement tendue4 ,il en est videmment de mme du marchand1 du manufacturier1 du banquier4 ,cette cohrence ainsi accrue de la conduite chez les hommes civiliss nous frappera bien davantage si nous nous rappelons que ses lments sont souvent maintenus dans un arrangement systmatique pendant toute la vie1 avec l'intention de faire fortune1 de fonder une famille1 de gagner un sige au ,parlement4 ,remarquez maintenant qu'une cohrence plus grande entre les mouvements composants distingue profondment la conduite appele morale de celle que nous appelons immorale4 ,l'application du mot dissolue la seconde1 et du mot retenue la premire1 implique que la conduite du genre le plus bas1 compose d'actes dsordonns1 a ses parties relativement mal relies les unes avec les autres2 au contraire1 la conduite du genre le plus lev se suivant ordinairement d'aprs un ordre assur1 y gagne une unit et une cohrence caractristiques4 ,plus la conduite est ce que nous appelons une conduite morale1 plus elle prsente de ces connexions comparativement fermes entre les antcdents et les consquents1 car la droiture des actions implique que1 dans certaines conditions donnes1 les mouvements combins constituant la conduite se suivent dans une voie qui peut tre spcifie4 ,par contre1 dans la conduite d'un homme dont les principes ne sont pas levs1 les squences des mouvements sont douteuses4 ,il peut payer ses dettes ou il peut ne pas le faire2 il peut observer ses engagements ou y manquer2 il peut dire la vrit ou mentir4 ,les mots3 digne de confiance et indigne de confiance1 employs pour caractriser respectivement ces deux conduites1 montrent bien que les actions de l'une peuvent tre prvues1 tandis que celles de l'autre ne le peuvent pas4 ,cela implique que les mouvements successifs dont la conduite morale est compose ont les uns avec les autres des relations plus constantes que ceux dont l'autre conduite se compose1 sont plus cohrents que cette conduite4 #bf4 ,outre qu'elle est incohrente1 la conduite encore peu dveloppe a aussi pour caractre d'tre non dfinie4 ,en montant les degrs ascendants de l'volution de la conduite1 on constate une coordination de plus en plus dfinie des mouvements qui la constituent4 ,les changements de forme que prsentent les protozoaires les plus grossiers sont essentiellement vagues1 et ne peuvent tre dcrits avec la moindre prcision4 ,chez les animaux un peu plus levs1 les mouvements des parties sont plus faciles dfinir2 mais le mouvement du tout par rapport une direction est encore indtermin3 il ne semble en aucune manire adapt pour atteindre tel ou tel point dans l'espace4 ,chez les coelentrs comme chez les polypes1 les parties du corps se meuvent sans prcision3 chez ceux de ces tres capables de changer de place1 comme la mduse1 quand le dplacement ne se fait pas au hasard1 il a simplement pour but de se rapprocher de la lumire1 dans les endroits o l'on distingue des degrs de lumire et d'obscurit4 ,parmi les annels1 le mme contraste existe entre la trace d'un ver1 qui tourne et l au hasard1 et la course dfinie d'une abeille volant de fleur en fleur ou revenant la ruche3 les actes de l'abeille construisant ses cellules et nourrissant les larves montrent plus de prcision dans les mouvements simultans en mme temps que dans les mouvements successifs4 ,quoique les mouvements faits par un poisson la poursuite de sa proie soient bien dfinis1 leur caractre est encore simple2 ils forment ce point de vue un contraste complet avec les divers mouvements dfinis du corps1 de la tte et des membres d'un mammifre carnassier qui pie un herbivore1 fond sur lui et le saisit2 en outre1 le poisson ne produit aucune de ces sries de mouvement si exactement appropris par lesquels le mammifre pourvoit l'levage des jeunes4 ,mme ses degrs les plus bas1 la conduite humaine se caractrise par ce fait qu'elle est beaucoup mieux dfinie1 sinon dans les mouvements combins formant des actes particuliers1 du moins dans les adaptations de plusieurs actes combins pour atteindre des fins diverses4 ,dans la fabrication et l'usage des armes1 dans les manoeuvres de guerre des sauvages1 de nombreux mouvements1 caractriss par leur adaptation des fins prochaines1 sont disposs en outre pour atteindre des fins loignes avec une prcision qui ne se rencontre point chez les cratures infrieures4 ,la vie des hommes civiliss prsente ce trait d'une faon bien plus remarquable encore4 ,chaque art industriel fournit l'exemple de mouvements dfinis sparment et arrangs aussi d'une manire dfinie dans un ordre simultan et successif4 ,les affaires et transactions de tout genre sont caractrises par des relations rigoureuses1 au point de vue du temps1 du lieu et de la quantit1 entre les fins atteindre et les sries de mouvements constituant les actes4 ,en outre1 le train de vie journalier de chaque personne nous montre1 dans ses priodes rgulires d'activit1 de repos1 de dlassement1 un arrangement mesur que nous ne trouvons pas dans les actes du sauvage errant3 celui-ci n'a pas d'heures fixes pour chasser1 dormir1 se nourrir1 ni pour aucun genre d'action4 ,la conduite morale diffre de la conduite immorale de la mme manire et au mme degr4 ,l'homme consciencieux est exact dans toutes ses transactions4 ,il donne un poids prcis pour une somme spcifie2 il fournit une qualit dfinie1 comme on la lui demande2 il paye tout ce qu'il s'est engag payer4 ,au point de vue des dates comme au point de vue des quantits1 ses actes rpondent compltement aux prvisions4 ,s'il a fait un contrat1 il est exact au jour dit2 s'il s'agit d'un rendez-vous1 il y va la minute4 ,il en est de mme pour la vrit3 ce qu'il dit s'accorde de point en point avec les faits4 ,dans la vie de famille1 il se comporte de la mme manire4 ,il maintient dans leur intgrit les relations conjugales telles qu'elles sont dfinies par opposition celles qui rsultent de la rupture de l'union conjugale2 comme pre1 il conforme sa conduite ce que demande la nature de chacun de ses enfants1 et modifie suivant les occasions les soins qu'il leur donne1 vitant tout excs dans l'loge ou le blme1 les rcompenses ou les punitions4 ,il ne se dment pas dans les actes les plus divers4 ,dire qu'il traite quitablement ceux qu'il emploie1 suivant qu'ils agissent bien ou mal1 c'est dire qu'il agit avec eux selon leurs mrites2 dire qu'il est judicieux dans ses charits1 c'est dire qu'il distribue ses secours avec discernement1 au lieu de les accorder indiffremment aux bons et aux mchants1 comme le font ceux qui n'ont pas un juste sentiment de leur responsabilit sociale4 ,le progrs vers la rectitude de la conduite est un progrs vers la conduite bien pondre et relativement dfinie2 nous pouvons le voir un autre point de vue4 ,un des traits de la conduite que nous appelons immorale c'est l'exagration1 tandis que la modration caractrise ordinairement la conduite morale4 ,les excs impliquent une extrme divergence entre les actions et le milieu dtermin o elles se produisent1 tandis que le fait de s'accommoder ce milieu caractrise la modration3 d'o il suit que les actions de ce dernier genre peuvent tre dfinies avec plus d'exactitude que celles du premier4 videmment la conduite qui manque de retenue1 prsente de grandes oscillations impossibles calculer d'avance1 et diffre en cela de la conduite retenue1 dont les oscillations sont renfermes1 par hypothse1 dans de plus troites limites3 or ce fait d'tre ainsi renfermes dans de plus troites limites implique une rgle dfinie des mouvements4 #bg4 ,il est superflu de montrer dans le dtail qu'en mme temps que l'htrognit de structure et de fonction s'accrot travers les formes ascendantes de la vie1 l'htrognit de conduite et la diversit dans les sries de mouvements externes ou les sries combines de ces mouvements s'accroissent aussi d'une faon parallle4 ,il n'est pas plus ncessaire de montrer que1 devenue dj relativement grande dans les mouvements constituant la conduite de l'homme non civilis1 cette htrognit s'accrot encore dans ceux que l'homme civilis accomplit4 ,on peut passer sans transition ce degr plus lev o nous trouvons un contraste semblable en montant de la conduite de l'homme immoral celle de l'homme moral4 ,au lieu de reconnatre ce contraste1 la plupart des lecteurs seront ports identifier la vie morale avec une vie peu varie dans son activit4 ,nous touchons ici un dfaut de la conception courante de la moralit4 ,cette uniformit relative dans l'agrgat de mouvements accompagnant la moralit telle qu'on la conoit d'ordinaire1 cette uniformit non seulement n'est pas morale1 mais est plutt l'oppos de la morale4 ,mieux un homme se conforme toutes les exigences de la vie1--aussi bien pour son propre corps et son esprit que pour le corps ou l'esprit de ceux qui dpendent de lui1 et mme pour le corps et l'esprit de ses concitoyens1--plus aussi son activit devient varie4 ,plus il met de soin accomplir toutes ces actions1 plus ses mouvements doivent tre htrognes4 ,toutes choses gales d'ailleurs1 celui qui satisfait seulement ses besoins personnels emploie des procds moins varis que celui qui pourvoit aussi aux besoins de sa femme et de ses enfants4 ,en supposant qu'il n'y ait pas d'autres diffrences1 l'addition des rapports de famille rend ncessairement les actions de l'homme1 qui remplit les devoirs de mari et de parent1 plus htrognes que celles de l'homme qui n'a pas de semblables devoirs remplir1 ou qui1 s'il les a1 ne les remplit pas4 ,dclarer ses actions plus htrognes1 c'est dire qu'il y a une plus grande htrognit dans les mouvements combins excuter4 ,il en est de mme des obligations sociales4 ,dans la proportion o un citoyen s'y soumet comme il le doit1 ces obligations compliquent beaucoup ses mouvements4 ,s'il est utile ses infrieurs1 ceux qui dpendent de lui1 s'il prend part au mouvement politique1 s'il rend des services en rpandant la science1 dans ces diffrentes voies1 il ajoute ses genres antrieurs d'activit1 il rend les sries de ses mouvements plus varis2 il diffre ainsi de l'homme qui est l'esclave d'une seule passion ou d'un groupe de passions4 ,sans doute1 il n'est pas conforme l'usage d'attribuer un caractre moral ces activits que dveloppe la culture4 ,mais1 pour le petit nombre de ceux aux yeux de qui cet exercice lgitime de toutes les facults les plus hautes1 intellectuelles et esthtiques1 doit tre compris dans la conception d'une vie complte1 identifie ici avec la vie morale idale1 il est clair que le dveloppement de ces activits suppose une htrognit plus grande encore4 ,chacune d'elles en effet1 constitue par le jeu spcial de ces facults ventuellement ajout leur usage ordinaire pour la conservation de la vie1 augmente aussi la varit des groupes de mouvements4 ,en rsum1 si la conduite est en toute occasion la meilleure possible1 comme les occasions sont infiniment varies1 les actes seront aussi infiniment varis1 l'htrognit dans les combinaisons de mouvements sera extrme4 #bh4 ,l'volution de la conduite considre sous son aspect moral tend1 comme toute autre volution1 un quilibre4 ,je n'entends pas parler ici de l'quilibre atteint la mort1 bien que celui-ci soit ncessairement l'tat final commun l'volution de l'homme le plus lev et toute autre volution infrieure2 je parle d'un quilibre mobile4 ,on a vu que l'action de continuer vivre1 exprime en termes physiques1 c'est l'action de maintenir une certaine combinaison balance d'actions internes en face de forces externes tendant dtruire cette combinaison4 ,progresser vers une vie plus haute1 c'est devenir capable de maintenir la balance pour une priode plus longue1 grce des additions successives de forces organiques dont l'action annihile de plus en plus compltement les forces perturbatrices4 ,nous sommes conduits ainsi conclure que la vie appele morale est une vie dans laquelle le maintien de l'quilibre mobile devient complet1 ou s'approche le plus possible de cet tat4 ,cette vrit clate dans tout son jour quand on observe comment les rythmes physiologiques1 vaguement esquisss lorsque l'organisation commence1 deviennent plus rguliers1 en mme temps que plus varis dans leurs genres1 mesure que l'organisation se dveloppe4 ,la priodicit est trs faiblement marque dans les actions1 intrieures ou extrieures1 des types les plus grossiers4 ,l o la vie est infrieure1 elle dpend de tous les accidents du milieu1 et il en rsulte de grandes irrgularits dans les processus vitaux4 ,un polype prend de la nourriture des intervalles tantt rapprochs1 tantt loigns1 suivant que les circonstances le dterminent2 l'utilisation de cette nourriture s'opre par une lente dispersion dans les tissus1 aide seulement par les mouvements irrguliers du corps2 la respiration s'effectue d'une manire qui ne prsente galement aucune trace de rythme4 ,beaucoup plus haut1 par exemple chez les mollusques infrieurs1 nous trouvons encore des priodicits trs imparfaites3 bien que pourvus d'un systme vasculaire1 ces mollusques n'ont pas de circulation proprement dite1 mais un mouvement lent d'un sang grossier travers les vaisseaux1 tantt dans un sens1 tantt1 aprs une pause1 dans le sens oppos4 ,c'est avec les structures bien dveloppes qu'apparat un rythme des actions respiratoire et circulatoire1 chez les oiseaux et les mammifres4 ,en mme temps qu'une grande rapidit et une grande rgularit de ces rythmes essentiels1 en mme temps qu'une grande activit vitale qui en est la suite ainsi qu'une grande dpense d'nergie1 il s'tablit alors une rgularit relative dans le rythme des actions lmentaires et aussi dans le rythme de l'activit et du repos2 en effet1 la dperdition rapide dont une circulation et une respiration rapides sont les instruments1 exige des apports rguliers de nutrition1 aussi bien que des intervalles rguliers de sommeil durant lesquels la rparation puisse compenser la dperdition4 ,l'quilibre mobile caractris par ces rythmes1 qui dpendent mutuellement les uns des autres1 les perfectionne sans cesse en ragissant de plus en plus contre les actions qui tendent le troubler4 ,il en est ainsi mesure que nous nous levons du sauvage l'homme civilis et du plus humble parmi les civiliss celui qui est plac le plus haut4 ,le rythme des actions extrieures1 ncessaire pour le maintien du rythme des actions internes1 devient la fois plus compliqu et plus complet1 et leur donne un meilleur quilibre mobile4 ,les irrgularits que leurs conditions d'existence imposent aux hommes primitifs produisent toujours de grandes dviations de ce bon tat d'quilibre mobile1 de grandes oscillations2 elles causent l'imperfection de cet quilibre pour le prsent et dterminent sa destruction prmature4 ,chez les hommes civiliss dont nous disons qu'ils se conduisent mal1 de frquentes perturbations de l'quilibre mobile sont produites par les excs caractrisant une carrire dans laquelle les priodicits sont souvent rompues2 le rsultat ordinaire est que1 le rythme des actions internes tant souvent drang1 l'quilibre mobile1 rendu imparfait proportion1 a souvent une moindre dure4 ,au contraire1 un homme dont les rythmes internes sont le mieux conservs est un homme qui accomplit sparment1 mesure que l'occasion le demande1 toutes les actions externes ncessaires pour satisfaire ses besoins ou ses obligations1 et qui arrive ainsi un quilibre mobile la fois consolid et prolong par cette manire d'agir4 ,il faut ncessairement supposer que l'homme atteignant ainsi la limite de l'volution vit dans une socit qui s'accorde avec sa nature1 c'est--dire vit parmi des hommes constitus comme lui1 et sparment en harmonie avec ce milieu social qu'ils ont form4 ,c'est la seule hypothse possible3 la production du type le plus lev de l'homme suit seulement pari passu la production du type le plus lev de la socit4 ,les conditions requises sont celles que nous avons indiques plus haut comme accompagnant la conduite la plus dveloppe1 conditions sous lesquelles chacun peut satisfaire tous ses besoins et lever un nombre convenable d'enfants1 non seulement sans empcher les autres d'en faire autant1 mais au contraire en les y aidant4 ,considre sous son aspect physique1 la conduite de l'individu ainsi constitu et ainsi associ des individus semblables est videmment une conduite dans laquelle toutes les actions1 c'est--dire les mouvements combins de tous genres1 sont devenues telles qu'elles rpondent convenablement aux exigences de la vie quotidienne1 toute occurrence ordinaire1 toute contingence du milieu4 ,une vie complte dans une socit complte n'est qu'un autre nom pour dsigner l'quilibre complet entre les activits coordonnes de chaque unit sociale et celles de l'agrgat des units4 #bi4 ,mme pour ceux qui ont lu mes ouvrages prcdents1 et plus forte raison pour ceux qui ne les ont pas lus1 il semblera trange1 ou mme absurde1 de prsenter ainsi la conduite morale en termes physiques4 ,cependant il a t ncessaire de le faire4 ,si cette redistribution de matire et de mouvement qui constitue l'volution s'tend tous les agrgats1 ses lois doivent tre observes dans l'tre le plus dvelopp comme en toute autre chose1 et les actions de cet tre1 lorsqu'on les dcompose en mouvements1 doivent fournir des exemples de ces lois4 ,c'est ce qui arrive effectivement3 il y a une entire correspondance entre l'volution morale et l'volution comme nous l'avons dfinie en physique4 ,la conduite1--telle que nos sens nous la font directement connatre et non telle qu'elle est interprte ensuite et ramene aux sentiments et aux ides qui l'accompagnent1--consiste en mouvements combins4 ,en remontant les diffrents degrs des cratures animes1 nous trouvons ces mouvements combins caractriss par une cohrence croissante1 par une dfinition croissante1 qu'on les considre isolment ou dans leurs groupes coordonns1 et par une croissante htrognit2 en avanant des types infrieurs aux types les plus levs de l'humanit1 aussi bien qu'en passant du type le moins moral au type le plus moral1 ces traits de la conduite en volution deviennent plus marqus encore4 ,en outre1 nous voyons que la cohrence1 la dfinition et l'htrognit croissantes des mouvements combins servent mieux maintenir un quilibre mobile4 ,l o l'volution est faible1 cet quilibre est trs imparfait et bientt dtruit2 mesure que l'volution se dveloppe et augmente la force et l'intelligence1 il devient plus ferme et se conserve plus longtemps en face d'actions contraires2 dans l'espce humaine en gnral1 il est comparativement rgulier et durable1 et sa rgularit1 sa dure atteignent le plus haut degr dans la race la plus leve4 ,,chapitre ,,vi ,,le ,,point ,,de ,,vue ,,biologique #cj4 ,le principe que l'homme moral idal est celui chez lequel l'quilibre mobile est parfait ou approche le plus de la perfection1 devient1 lorsqu'on le traduit en langage physiologique1 cette vrit qu'il est celui chez lequel les fonctions de tous genres sont convenablement remplies4 ,chaque fonction a quelque rapport1 direct ou indirect1 avec les besoins de la vie3 son existence mme est un rsultat de l'volution1 car elle est elle-mme une preuve qu'elle a t produite1 immdiatement ou de loin1 par l'adaptation des actions intrieures aux actions extrieures4 ,le non-accomplissement d'une fonction dans ses proportions normales est donc le non-accomplissement de quelque chose de ncessaire une vie complte4 ,si une fonction marche d'une manire incomplte1 l'organisme prouve certains dommages par suite de cette insuffisance4 ,s'il y a excs1 il se produit une raction sur les autres fonctions1 qui diminue d'une manire ou d'une autre leur efficacit4 ,sans doute1 l'poque de la pleine vigueur1 lorsque les actions organiques ont beaucoup de force1 le dsordre caus par un excs ou une dfaillance lgre de quelque fonction disparat bientt2 la balance se rtablit4 ,mais il n'en est pas moins vrai qu'il rsulte certains dsordres de l'excs ou du dfaut1 que cet excs ou ce dfaut exerce une certaine influence sur chaque fonction du corps et de l'esprit1 et qu'il constitue un abaissement de la vie4 ,outre l'altration temporaire de la vie complte par l'effet de l'exercice peu convenable ou inadquat d'une fonction1 il en rsulte aussi1 comme dernier rsultat1 une diminution de la longueur de la vie4 ,si telle fonction est ordinairement remplie plus ou moins qu'il ne faut1 et si1 par suite1 il se produit une perturbation rpte des fonctions en gnral1 il en rsulte un drangement chronique dans la balance des fonctions4 ,en ragissant ncessairement sur la structure et en imprimant en elle ses effets accumuls1 ce drangement produit une dtrioration gnrale1 et1 si les nergies vitales commencent alors dcliner1 l'quilibre mobile1 plus loign de la perfection qu'il ne l'aurait t autrement1 est bientt dtruit3 la mort est plus ou moins prmature4 ,il s'ensuit que l'homme moral est un homme dont les fonctions nombreuses et varies dans leurs genres1 comme nous l'avons vu1 sont toutes accomplies des degrs convenablement proportionns aux conditions d'existence4 #ca4 ,quelque trange que la conclusion paraisse1 c'est cependant une conclusion qu'il faut tirer ici3 l'accomplissement de toutes les fonctions est1 en un sens1 une obligation morale4 ,on pense d'ordinaire que la morale nous commande seulement de restreindre certaines activits vitales qui1 dans notre tat actuel1 se dveloppent souvent l'excs1 ou qui sont en opposition avec le bien-tre spcial ou gnral2 mais elle nous commande aussi de dvelopper ces activits jusqu' leurs limites normales4 ,si on les comprend ainsi1 toutes les fonctions animales1 aussi bien que les fonctions plus leves1 ont leur caractre obligatoire4 ,sans doute1 dans notre tat actuel de transition1 caractris par une adaptation trs imparfaite de notre constitution aux conditions d'existence1 des obligations morales d'ordre suprme rendent souvent ncessaire une conduite prjudiciable au point de vue physique2 mais nous devons reconnatre aussi que1 laissant de ct les autres effets1 il est immoral de traiter le corps de manire diminuer la plnitude ou la vigueur de sa vitalit4 ,de l rsulte un critrium des actions4 ,nous pouvons dans chaque cas nous demander3 ,l'action tend-elle pour le prsent maintenir la vie complte8 ,tend-elle la prolongation de la vie jusqu' sa pleine dure8 ,rpondre oui ou non l'une ou l'autre de ces questions1 c'est implicitement classer l'action comme bonne ou mauvaise par rapport ses effets immdiats1 quelle qu'elle puisse tre par rapport ses effets loigns4 ,l'apparence paradoxale de cette proposition vient de notre tendance presque incorrigible juger une conclusion prsupposant une humanit idale1 par le degr o cette conclusion est applicable l'humanit telle qu'elle existe actuellement4 ,la conclusion prcdente se rapporte la conduite la plus leve o aboutit1 comme nous l'avons vu1 l'volution humaine1 cette conduite dans laquelle le fait d'adapter les actes des fins qui contribuent rendre complte la vie individuelle1 en mme temps qu'elles servent assurer le dveloppement des enfants et leur croissance jusqu' la maturit1 non seulement se concilie avec le fait de pareilles adaptations de la part des autres1 mais encore les favorise4 ,cette conception d'une conduite dans sa forme ultime implique la conception d'une nature se manifestant spontanment par une pareille conduite1 ayant en elle le produit de ses activits normales4 ,si l'on entend ainsi les choses1 il devient manifeste que1 dans de semblables conditions1 l'insuffisance d'une fonction1 aussi bien que son excs1 implique une dviation de la conduite la meilleure ou de la conduite parfaitement morale4 #cb4 ,jusqu'ici1 en traitant de la conduite au point de vue biologique1 nous avons considr les actions qui la constituent sous leurs aspects physiologiques seulement1 et laiss de ct leurs aspects psychologiques4 ,nous avons constat les changements corporels et nglig les changements psychiques qui les accompagnent4 ,au premier abord1 il paraissait ncessaire d'agir ainsi2 car tenir compte ici des tats de conscience n'tait-ce pas admettre implicitement que le point de vue psychologique est compris dans le point de vue biologique8 ,il n'en est pas ainsi cependant4 ,comme nous l'avons montr dans les ,principes de psychologie 7 #eb1 #ec71 on n'entre dans le domaine de la psychologie proprement dite que lorsqu'on commence tudier les tats psychiques et leurs relations considrs comme se rapportant des agents externes et leurs relations4 ,tant que nous nous occupons exclusivement de nous-mmes et des modes de l'esprit comme corrlatifs des changements nerveux1 nous traitons de ce que j'ai appel ailleurs l'sto-physiologie4 ,on n'arrive la psychologie qu'au moment o on cherche la correspondance entre les connexions des tats subjectifs et les connexions des actions objectives4 ,nous pouvons donc traiter ici1 sans dpasser les limites de notre sujet immdiat1 des sentiments et des fonctions dans leurs mutuelles dpendances4 ,il tait impossible de passer ce point sous silence1 parce que les changements psychiques qui accompagnent un grand nombre de changements physiques dans l'organisme sont eux-mmes1 de deux manires1 des facteurs biologiques4 ,les sentiments classs comme sensations1 qui naissent directement dans telle ou telle partie du corps1 se produisent la suite de certains tats des organes vitaux et surtout la suite de certains tats des organes externes3 tantt ils servent essentiellement de guides pour l'accomplissement des fonctions1 et partiellement de stimulants1 tantt au contraire ils servent principalement de stimulants1 mais aussi de guides un moindre degr4 ,en tant qu'elles sont coordonnes1 les sensations visuelles nous permettent de diriger nos mouvements2 et1 si elles sont vives1 elles acclrent en outre la respiration2 au contraire les sensations de chaud et de froid1 qui accroissent aussi ou diminuent dans une grande proportion les actions vitales1 servent encore nous permettre de porter des jugements4 ,les sentiments rangs sous le nom d'motions1 qui ne peuvent tre localiss dans une partie quelconque du corps1 agissent d'une manire plus gnrale comme guides et comme stimulants1 exercent plus d'influence sur l'exercice des fonctions que la plupart des sensations4 ,la peur1 en mme temps qu'elle pousse la fuite et dveloppe les forces ncessaires pour fuir1 affecte aussi le coeur et le canal alimentaire2 tandis que la joie1 en nous portant faire durer les causes qui l'ont produite1 exalte en mme temps les processus des viscres4 ,en traitant de la conduite sous son aspect biologique1 nous sommes donc amens tudier cette raction mutuelle des sentiments et des fonctions1 qui est essentielle la vie animale sous ses formes les plus dveloppes4 #cc4 ,dans les ,principes de psychologie1 #abd1 j'ai montr que1 dans le monde animal tout entier1 les douleurs sont ncessairement corrlatives des actions nuisibles pour l'organisme1 tandis que les plaisirs sont corrlatifs des actions contribuant au bien-tre4 ,en effet1 c'est une dduction invitable de l'hypothse de l'volution que des races d'tres sentants n'ont pu venir l'existence dans d'autres conditions4 ,voici 7 #abe7 quel tait le raisonnement3 ,si nous substituons au mot plaisir la priphrase quivalente3 un sentiment que nous cherchons produire dans la conscience et y retenir1 et au mot douleur la priphrase quivalente3 un sentiment que nous cherchons faire sortir de la conscience ou en tenir loign1 nous voyons aussitt que si les tats de conscience qu'un tre s'efforce de conserver sont les corrlatifs d'actions nuisibles1 et que si les tats de conscience qu'il s'efforce de chasser sont les corrlatifs d'actions profitables1 cet tre doit promptement disparatre en persistant dans ce qui est nuisible1 en fuyant ce qui est profitable4 ,en d'autres termes1 ces races d'tres seules ont survcu1 chez lesquelles1 en moyenne1 les tats de conscience agrables ou dsirs ont accompagn les activits utiles la conservation de la vie1 tandis que des sentiments dsagrables ou habituellement vits ont accompagn les activits directement ou indirectement destructives de la vie4 ,par suite1 toutes choses gales d'ailleurs1 parmi les diverses races1 celles-l ont d se multiplier et survivre1 qui ont eu les meilleurs ajustements des sentiments aux actions et ont toujours tendu rendre cet ajustement parfait4 ,des connexions convenables entre les actes et les rsultats peuvent s'tablir dans les tres vivants1 avant mme que la conscience n'apparaisse4 ,aprs l'apparition de la conscience1 ces connexions ne peuvent changer autrement qu'en devenant mieux tablies4 ,tout fait l'origine1 la vie se maintient par la persistance dans des actions qui ont la vie pour effet1 et par la cessation des actes qui l'entravent2 lorsque la sensibilit apparat comme accompagnement1 sa nature doit tre telle que1 dans le premier cas1 le sentiment produit soit d'un genre qui sera recherch1 un plaisir1 et1 dans le second cas1 d'un genre qui sera vit1 une douleur4 ,mettons en vidence la ncessit de ces relations au moyen de quelques exemples concrets4 ,une plante qui enveloppe d'un plexus de radicelles un os enterr1 ou une pomme de terre qui dirige les tiges blanches sortant de ses bourgeons vers le soupirail par lequel la lumire pntre dans le cellier1 montrent bien que les changements produits dans leurs tissus par les agents extrieurs eux-mmes sont des changements qui servent l'utilisation de ces agents4 ,qu'arriverait-il si une plante1 au lieu de pousser ses racines du ct o se rencontre de l'humidit1 les en loignait1 ou si ses feuilles1 que la lumire rend capables d'assimilation1 se dirigeaient cependant vers l'obscurit8 ,la mort serait videmment le rsultat de l'absence des adaptations ncessaires4 ,cette relation gnrale est encore mieux marque dans une plante insectivore1 la ,diona muscipula1 qui tient son pige ferm sur une matire animale et non sur une autre4 ,dans ce cas-l1 il est manifeste que le stimulus produit par la superficie mme de la substance absorbe suscite des actions grce auxquelles la masse de la substance est utilise au profit de la plante4 ,en passant des organismes vgtaux aux organismes animaux inconscients1 on constate une connexion aussi troite entre le penchant et l'avantage4 ,observez comment les tentacules d'un polype s'attachent d'elles-mmes un tre vivant ou quelque substance animale1 et commencent l'englober1 tandis qu'elles sont indiffrentes au contact de toute autre substance3 vous comprendrez que la diffusion de quelques-uns des sacs nutritifs dans les tentacules1--qui est un commencement d'assimilation1--cause les mouvements d'o rsulte la prhension4 ,la vie cesserait si ces relations taient renverses4 ,il n'en est pas autrement de la connexion fondamentale entre le fait de toucher et le fait de prendre la nourriture1 observe chez les tres conscients1 jusqu'au plus lev4 ,le fait de goter une substance implique le passage de ses molcules travers la muqueuse de la langue et du palais2 cette absorption1 lorsqu'il s'agit d'une substance nutritive1 n'est que le commencement de l'absorption opre travers le canal alimentaire4 ,en outre1 la sensation qui accompagne cette absorption1 lorsqu'elle est du genre de celles que produit la nourriture1 dtermine la place o elle est la plus forte1 au front du pharynx1 le commencement d'un acte automatique pour avaler4 ,en un mot les choses se passent peu prs comme lorsque le stimulus d'absorption dans les tentacules d'un polype provoque la prhension4 ,si nous passons1 de ces processus et de ces relations supposant un contact entre la surface d'un tre et la substance dont il se nourrit1 aux processus et aux relations que font natre les particules diffuses de la substance1 celles qui constituent pour un tre conscient son odeur1 nous rencontrons une vrit gnrale analogue4 ,exactement comme certaines molcules d'une masse de nourriture sont absorbes1 la suite d'un contact1 par la partie touche1 et excitent l'acte de la prhension1 de mme sont absorbes telles de ses molcules qui atteignent l'organisme en se rpandant travers l'eau1 et qui1 une fois absorbes1 excitent les actes propres effectuer le contact avec la masse4 ,quand la stimulation physique ainsi cause par les particules disperses n'est pas accompagne de conscience1 les changements moteurs excits doivent avoir pour effet la dure de l'organisme1 s'ils sont tels qu'ils dterminent le contact2 il doit y avoir au contraire dfaut relatif de nutrition et mortalit des organismes dans lesquels les contractions produites n'ont pas ce rsultat4 ,il n'est pas douteux non plus que1 dans tous les cas1 partout o la stimulation physique s'accompagne d'une sensation1 celle-ci consiste en mouvements pour se rapprocher de l'objet nutritif1 ou conduit ces mouvements3 elle doit tre non une sensation rpulsive1 mais une sensation attractive4 ,ce qui est vrai de la conscience la plus humble est vrai tous les degrs1 et nous le constatons dans les tres suprieurs qui sont attirs vers leur nourriture par l'odeur4 ,comme les mouvements qui dterminent la locomotion1 ceux qui ont pour effet la prhension doivent aussi ncessairement s'ajuster de la mme manire4 ,les changements molculaires causs par l'absorption d'une matire nutritive dans la substance organique en contact avec elle1 ou dans une substance organique adjacente1 commencent des mouvements qui sont encore indfinis quand l'organisation est imparfaite1 et qui deviennent de plus en plus dfinis mesure que l'organisation se dveloppe4 ,a l'origine1 alors que le protoplasma encore indiffrenci est la fois absorbant et contractile sur tous les points1 les changements de forme commencs par la stimulation physique de la matire nutritive adjacente sont vagues et adapts d'une faon peu efficace l'utilisation de cette matire4 ,mais1 mesure que la spcialisation des parties absorbantes et des parties contractiles se manifeste davantage1 ces mouvements deviennent mieux adapts2 car il arrive ncessairement que les individus chez lesquels ils sont le moins bien adapts disparaissent plus vite que ceux chez lesquels ils sont le mieux adapts4 ,en reconnaissant cette ncessit1 nous avons ici en dduire une autre4 ,la relation entre ces stimulations et ces contractions combines doit tre telle qu'un accroissement des unes cause celui des autres4 ,en effet1 les directions des dcharges tant une fois tablies1 une plus forte stimulation cause une plus forte contraction2 la contraction plus nergique1 amenant un contact plus intime avec l'agent stimulant1 produit son tour un accroissement de stimulus et par cela mme s'accrot elle aussi davantage4 ,on arrive alors un corollaire qui nous intresse plus particulirement4 ,ds qu'une sensation se produit la suite de ces phnomnes1 elle ne peut tre une sensation dsagrable qui aurait pour effet la cessation des actes1 mais bien une sensation agrable qui en assure la continuation4 ,la sensation de plaisir doit tre elle-mme le stimulus de la contraction par lequel cette sensation est maintenue et augmente1 ou elle doit tre lie avec le stimulus de telle sorte que l'une et l'autre croissent ensemble4 ,la relation1 directement tablie1 on l'a vu1 dans le cas d'une fonction fondamentale1 doit l'tre aussi1 indirectement1 pour les autres fonctions1 car1 si elle ne l'tait pas dans un cas particulier1 il en rsulterait que1 pour ce cas1 les conditions d'existence ne seraient pas remplies4 ,on peut donc dmontrer de deux manires qu'il y a une connexion primordiale entre les actes donnant du plaisir et la continuation ou l'accroissement de la vie1 et1 par consquent1 entre les actes donnant de la peine et la dcroissance ou la perte de la vie4 ,d'une part1 en partant des tres vivants les plus humbles1 nous voyons que l'acte utile et l'acte que l'on a une tendance accomplir sont originellement deux cts d'un seul et mme acte et ne peuvent tre spars sans un rsultat fatal4 ,d'autre part1 si nous considrons des cratures dveloppes comme elles existent actuellement1 nous voyons que chaque individu et chaque espce se conservent de jour en jour par la poursuite de l'agrable et la fuite de la peine4 ,en abordant ainsi les faits de deux cts diffrents1 l'analyse nous conduit une autre face de cette vrit suprme qui avait dj t mise en vidence dans un prcdent chapitre4 ,nous avons trouv alors que la formation des conceptions morales1 en excluant la notion d'un plaisir de quelque genre1 en quelque temps et par rapport quelque tre que ce ft1 tait aussi impossible que la conception d'un objet sans la notion de l'espace4 ,nous voyons maintenant que cette ncessit logique a son origine dans la nature mme de l'existence sensible3 la condition essentielle de dveloppement de cette existence1 c'est que les actes agrables soient en mme temps des actes favorables au dveloppement de la vie4 #cd4 ,malgr les observations dj faites1 l'nonciation pure et simple de cette vrit1 comme vrit suprme servant de fondement toute apprciation du bien et du mal1 causera plusieurs personnes1 sinon au plus grand nombre1 quelque tonnement4 ,frapps1 d'un ct1 de certains rsultats avantageux qui sont prcds par des tats de conscience dsagrables1 par exemple ceux qui accompagnent ordinairement le travail2 songeant1 d'un autre ct1 aux rsultats prjudiciables qui suivent certains plaisirs1 comme ceux que produit l'excs de boisson1 la plupart des hommes croient qu'en gnral il est bon de souffrir1 et mauvais de se procurer du plaisir4 ,ils sont proccups des exceptions au point de mconnatre la rgle4 ,quand on les interroge1 ils sont obligs d'admettre que les souffrances accompagnant les blessures1 les contusions1 ou les entorses1 sont des maux pour le patient aussi bien que pour ceux qui l'entourent1 et que la prvision de ces souffrances sert dtourner des actes de ngligence ou des actions dangereuses4 ,ils ne peuvent nier que les tortures diverses produites par le feu1 ou les douleurs d'un froid intense1 de la faim et de la soif1 sont indissolublement lies des dommages permanents ou temporaires rendant celui qui les supporte incapable de faire ce qu'il devrait pour son bien ou celui des autres4 ,ils sont contraints de reconnatre que l'angoisse cause par un commencement de suffocation sert prserver la vie1 et qu'en tchant de s'y soustraire on se met en tat de se sauver et de favoriser le dveloppement de l'tre4 ,ils ne refuseront pas non plus d'avouer qu'un homme enchan dans un cachot froid et humide1 dans l'obscurit et le silence1 subit une diminution de sant et de vigueur1 aussi bien par les souffrances positives qui lui sont infliges que par les peines ngatives rsultant de l'absence de la lumire et de la privation de toute socit4 ,par contre1 ils ne doutent pas que le plaisir de manger1 en dpit des excs dont il est l'occasion1 n'ait des avantages physiques1 et que ces avantages soient d'autant plus grands que la satisfaction de l'apptit est plus complte4 ,il leur faut bien reconnatre que les instincts et les sentiments si puissants qui entranent les hommes au mariage1 ou ceux qui ont pour fin l'ducation des enfants1 produisent1 dduction faite de tous les maux1 un immense surplus de bonheur4 ,ils n'osent pas mettre en doute que le plaisir d'accumuler des biens laisse1 tout compte fait1 une large balance d'avantages privs et publics4 ,quels que soient cependant le nombre et l'importance des cas o les plaisirs et les peines1 les sensations et les motions1 encouragent des actes convenables et dtournent d'actions inopportunes1 on n'en tient pas compte1 et l'on considre seulement les cas o les hommes sont1 directement ou indirectement1 mal dirigs par ces sentiments4 ,on oublie leurs bons effets dans des matires essentielles pour proclamer exclusivement leurs mauvais effets en des matires qui ne sont pas essentielles4 ,dira-t-on que les peines et les plaisirs les plus intenses1 ayant un rapport immdiat aux besoins du corps1 nous dirigent bien1 tandis que les peines et les plaisirs plus faibles1 qui n'ont pas une connexion immdiate avec la conservation de la vie1 nous conduisent mal8 ,autant dire que le systme de conduite par les plaisirs ou les peines1 qui convient tous les tres au-dessous de l'homme1 n'a plus de valeur quand il s'agit du genre humain2 ou plutt1 en admettant qu'il soit bon pour l'humanit tant qu'il s'agit de satisfaire certains besoins imprieux1 on supposerait qu'il pche lorsqu'il s'agit de besoins non imprieux4 ,ceux qui admettent cela sont tenus d'abord de nous montrer comment on peut tracer une ligne de dmarcation entre les animaux et les hommes1 et ensuite de nous faire voir pourquoi le systme qui donne de bons rsultats en bas ne les donne plus en haut4 #ce4 ,il est vident toutefois1 d'aprs les antcdents1 que l'on soulvera de nouveau la mme difficult3 on parlera des plaisirs nuisibles et des peines avantageuses4 ,on citera le buveur1 le joueur1 le voleur1 qui poursuivent chacun certains plaisirs1 pour prouver que la recherche du plaisir est mauvaise conseillre4 ,d'autre part1 on numrera le pre qui se sacrifie1 le travailleur qui persiste malgr la fatigue1 l'honnte homme qui se prive pour payer ses dettes1 afin d'tablir que des modes dsagrables de conscience accompagnent des actes qui sont rellement avantageux4 ,mais1--aprs avoir rappel le fait dmontr dans le #bj1 savoir que cette objection ne vaut pas contre l'influence du plaisir et de la peine sur la conduite en gnral1 puisqu'elle signifie simplement que l'on doit ne pas tenir compte de jouissances ou de peines spciales et prochaines en vue de jouissances ou de peines loignes et gnrales1--je reconnais que1 dans l'tat actuel de l'humanit1 la direction donne par les peines et les plaisirs immdiats est mauvaise dans un grand nombre de cas4 ,on va voir comment la biologie interprte ces anomalies1 qui ne sont ni ncessaires ni permanentes1 mais accidentelles ou temporaires4 ,dj1 en dmontrant que1 chez les cratures infrieures1 les plaisirs et les peines ont de tout temps guid la conduite par laquelle la vie s'est dveloppe et conserve1 j'ai tabli qu' partir du moment o les conditions d'existence d'une espce ont chang par suite de certaines circonstances1 il en est rsult paralllement un drangement partiel dans l'adaptation des sensations aux besoins1 drangement qui ncessitait une adaptation nouvelle4 ,cette cause gnrale de drangement1 qui agit sur tous les tres sensibles1 a exerc sur les hommes une influence particulirement marque1 persistante et profonde4 ,il suffit d'opposer le genre de vie suivi par les hommes primitifs1 errant dans les forts et vivant d'une nourriture grossire1 au genre de vie suivi par les paysans1 les artisans1 les commerants et les hommes qui ont une profession quelconque dans une communaut civilise1 pour voir que la constitution physique et mentale bien ajuste pour les uns1 est mal ajuste pour les autres4 ,il suffit d'observer d'un ct les motions provoques dans chaque tribu sauvage1 priodiquement hostile aux tribus voisines1 et de l'autre les motions que la production et l'change pacifique mettent en jeu1 pour voir que ces motions sont non seulement dissemblables1 mais opposes4 ,il suffit enfin de constater comment1 pendant l'volution sociale1 les ides et les sentiments appropris aux activits militantes dveloppes par une coopration impose se sont changs en ides et sentiments appropris des activits industrielles1 s'exerant par une coopration volontaire1 pour voir qu'il y a toujours eu au sein de chaque socit1 et qu'il y a encore aujourd'hui1 un conflit entre les deux natures morales adaptes ces deux genres de vie diffrents4 ,la radaptation constitutionnelle aux circonstances nouvelles1 impliquant un ajustement nouveau de plaisirs et de peines comme guides moraux1 telle que l'ont subie de temps autre toutes les cratures1 a donc t pour la race humaine spcialement difficile pendant son volution civilisatrice4 ,la difficult vient non seulement de l'importance de la transformation de petits groupes nomades en vastes socits bien assises1 et d'habitudes belliqueuses en habitudes pacifiques1 mais aussi de ce que l'ancienne vie d'hostilits a t conserve entre les socits en mme temps que se dveloppait une vie paisible l'intrieur de chaque socit4 ,tant que coexistent deux genres de vie si radicalement opposs que la vie militaire et la vie industrielle1 la nature humaine ne peut pas s'adapter exactement l'une ni l'autre4 ,c'est de l que viennent1 dans la direction donne par les plaisirs ou les peines1 les dfauts qui se manifestent tous les jours2 on s'en rend compte en remarquant dans quelle partie de la conduite ces dfauts se font surtout sentir4 ,comme on l'a montr plus haut1 les sensations agrables et pnibles sont parfaitement adaptes aux exigences physiques rigoureuses3 les avantages qu'on trouve obir aux sensations en ce qui concerne la nutrition1 la respiration1 la conservation d'une certaine temprature1 etc41 l'emportent immensment sur les maux accidentels1 et les mauvaises adaptations qui se produisent peuvent s'expliquer par le passage de la vie extrieure de l'homme primitif la vie sdentaire que l'homme civilis est souvent forc de mener4 ,ce sont les plaisirs et les peines de l'ordre motionnel qui cessent de s'accorder avec les besoins de la vie dans la socit nouvelle1 et ce sont ces motions qui demandent un temps si long1 pour tre adaptes de nouveau1 parce que cette nouvelle adaptation est difficile4 ,ainsi1 au point de vue biologique1 les connexions entre un plaisir et une action avantageuse1 entre une peine et une action nuisible1 qui ont apparu au dbut mme de l'existence sensible et se sont continues travers la suite des tres anims jusqu' l'homme1 ces connexions se manifestent gnralement dans le genre humain du plus bas au plus haut degr1 jusqu'au point o sa nature atteint l'organisation la plus complte1 et doivent se manifester de plus en plus1 au degr le plus lev de la nature humaine1 mesure que se dveloppe son adaptation aux conditions de la vie sociale4 #cf4 ,la biologie a encore un autre jugement porter sur les relations qui existent entre les plaisirs ou les peines et le bien-tre4 ,outre les connexions entre les actes avantageux l'organisme et les plaisirs qui accompagnent l'accomplissement de ces actes1 entre les actes nuisibles l'organisme et les peines qui dtournent de les accomplir1 il y a des connexions entre le plaisir en gnral et une certaine exaltation physiologique1 entre la peine en gnral et une certaine dpression physiologique4 ,tout plaisir accrot la vitalit2 toute peine diminue la vitalit4 ,tout plaisir lve le cours de la vie2 toute peine abaisse le cours de la vie4 ,considrons d'abord les peines4 ,par les dommages gnraux rsultant du fait de souffrir1 je n'entends pas ceux qui naissent des effets diffus de lsions organiques locales1 par exemple les accidents conscutifs d'un anvrisme produit par un effort excessif en dpit de la protestation des sensations1 ou les troubles qu'entranent les varices provenant de ce qu'on a mpris trop longtemps la fatigue des jambes1 ou les dsordres qui suivent l'atrophie des muscles que l'on continue exercer malgr une extrme lassitude4 ,j'entends les dommages gnraux causs par le trouble constitutionnel que la peine dtermine immdiatement4 ,ces dommages s'aperoivent aisment quand les peines deviennent vives1 qu'elles soient sensationnelles ou motionnelles4 ,la fatigue corporelle longtemps supporte amne la mort par puisement4 ,plus souvent1 en suspendant les mouvements du coeur1 elle cause cette mort temporaire que nous appelons l'vanouissement4 ,dans d'autres cas1 elle a pour effet des vomissements4 ,quand il n'en rsulte pas des drangements aussi manifestes1 nous pouvons encore constater1 par la pleur et le tremblement du sujet1 une prostration gnrale4 ,outre la perte immdiate de la vie qui peut survenir sous l'influence d'un froid intense1 il y a des dpressions de vitalit moins marques causes par un froid moins extrme3 l'affaiblissement temporaire suivant une immersion trop prolonge dans une eau glace1 l'nervation et la langueur rsultant de l'insuffisance du vtement1 etc4 ,les mmes effets apparaissent quand on est expos une temprature trop leve3 on prouve alors une lassitude qui aboutit l'puisement2 les personnes faibles s'vanouissent et restent quelque temps dbilites2 en voyageant dans les jungles des tropiques1 les ,europens contractent des fivres qui1 lorsqu'elles ne sont pas mortelles1 ont souvent des suites fcheuses pour le reste de la vie4 ,considrez maintenant les maux qui rsultent d'un exercice violent continu en dpit des sensations pnibles3 tantt c'est une fatigue qui dtruit l'apptit ou1 si c'est aprs un repas1 arrte la digestion1 supprimant les processus rparateurs alors qu'ils sont le plus ncessaires2 tantt une prostration du coeur1 ici durant quelque temps seulement1 et l1 si la faute a t commise chaque jour1 devenue permanente1 et rduisant le reste de la vie un minimum4 ,les effets dprimants des peines motionnelles ne sont pas moins remarquables4 ,dans certains cas1 la mort en rsulte2 dans d'autres cas1 les douleurs mentales causes par un malheur se manifestent1 comme les souffrances corporelles1 par une syncope4 ,souvent1 de mauvaises nouvelles dterminent une maladie2 l'anxit1 quand elle est chronique1 entrane la perte de l'apptit1 une perptuelle incapacit de digrer1 la diminution des forces4 ,une peur excessive1 qu'elle soit l'effet d'un danger physique ou moral1 arrtera pour un temps1 de la mme manire1 les fonctions de nutrition2 bien souvent elle fait avorter les femmes enceintes4 ,dans des cas moins graves1 la sueur froide et le tremblement des mains marquent un abaissement gnral des activits vitales1 produisant une incapacit partielle du corps ou de l'esprit1 ou des deux la fois4 ,on voit quel point les peines motionnelles troublent les fonctions des viscres1 par ce fait qu'une proccupation incessante dtermine assez souvent la jaunisse4 ,bien plus1 il se trouve que1 dans ce cas1 la relation entre la cause et l'effet a t dmontre par une exprience directe4 ,en disposant les choses de telle sorte que le canal biliaire d'un chien se dverst hors du corps1 ,claude ,bernard a observ que1 tant qu'il gtait ce chien et le maintenait en bonne humeur1 la scrtion se produisait dans la mesure normale2 mais1 s'il lui parlait svrement ou le traitait pendant quelque temps de manire produire une dpression morale1 le cours de la bile tait arrt4 ,objectera-t-on que les mauvais rsultats de ce genre se prsentent seulement lorsque les peines1 corporelles ou mentales1 sont grandes8 je rpondrais que1 chez les personnes bien portantes1 les perturbations fcheuses produites par de petites peines1 n'en sont pas moins relles1 bien que difficiles observer1 et que1 chez les personnes dont la maladie a beaucoup affaibli les forces vitales1 de lgres irritations physiques et de faibles ennuis moraux occasionnent souvent des rechutes4 ,les effets constitutionnels du plaisir sont tout fait opposs4 ,il arrive parfois1--mais le fait est rare1--qu'un plaisir extrme1 un plaisir devenu presque une peine1 donne aux personnes faibles une secousse nerveuse nuisible2 mais il ne produit pas cet effet chez les hommes qui ne se sont pas affaiblis en se soumettant volontairement ou par force des actions funestes pour l'organisme4 ,dans l'ordre normal1 les plaisirs1 grands ou petits1 sont des stimulants pour les processus qui servent la conservation de la vie4 ,parmi les sensations1 on peut donner comme exemple celles qui rsultent d'une vive lumire4 ,la clart du soleil est vivifiante en comparaison du brouillard2 le moindre rayon excite une vague de plaisir2 des expriences ont montr que la clart du soleil lve le niveau de la respiration2 or cet accroissement de la respiration est un signe de l'accroissement des activits vitales en gnral4 ,un degr de chaleur agrable favorise l'action du coeur et dveloppe les diffrentes fonctions dont il est l'instrument4 ,les hommes en pleine vigueur et qui sont convenablement vtus peuvent maintenir leur temprature en hiver et digrer un supplment de nourriture pour compenser leurs pertes de chaleur2 mais il en est autrement des personnes faibles1 et1 mesure que la force dcline1 l'avantage d'un bon feu devient plus facile constater4 ,les bienfaits qui accompagnent les sensations agrables produites par un air frais1 les sensations agrables qui accompagnent l'action musculaire aprs un repos lgitime1 et celles que cause son tour le repos aprs l'exercice1 sont au-dessus de toute contestation2 jouir de ces plaisirs conduit conserver le corps dans de bonnes conditions pour toutes les entreprises de la vie4 ,les avantages physiologiques des plaisirs motionnels sont encore plus manifestes4 ,tout pouvoir1 corporel ou mental1 est accru par la bonne humeur2 nous dsignons par l une satisfaction motionnelle gnrale4 ,les actions vitales fondamentales1 celles de la nutrition par exemple1 sont favorises par une conversation portant la gaiet1 le fait est depuis longtemps reconnu2 tout homme atteint de dyspepsie sait que1 dans une joyeuse compagnie1 il peut faire impunment et mme avec profit un repas ample et vari o n'entre rien de trs facile digrer1 tandis qu'un petit repas de mets simples et soigneusement choisis1 lui donnera une indigestion1 s'il le prend dans la solitude4 ,cet effet frappant sur le systme alimentaire est accompagn d'effets tout aussi certains1 quoique moins manifestes1 sur la circulation et la respiration4 ,de mme1 un homme qui1 pour se reposer des travaux et des soucis du jour1 se laisse charmer par un beau spectacle ou se revivifie par toutes les nouveauts qu'il peut observer autour de lui1 fait bien voir en rentrant1 par sa bonne mine et ses vives manires1 l'accroissement d'nergie avec lequel il est prpar poursuivre sa tche4 ,les invalides1 sur la vitalit affaiblie desquels l'influence des conditions est trs visible1 montrent presque toujours fort bien les avantages qui drivent des tats agrables de sentiment4 ,un cercle vivant autour d'eux1 la visite d'un ancien ami1 ou mme leur tablissement dans une chambre plus vaste1 toutes ces causes de distraction contribuent amliorer leur tat4 ,en un mot1 comme le savent bien tous ceux qui s'occupent de mdecine1 il n'y a pas de fortifiant meilleur que le bonheur4 ,ces effets physiologiques gnraux des plaisirs et des peines1 qui s'ajoutent aux effets physiologiques locaux et spciaux1 sont videmment invitables4 ,j'ai montr dans les ,principes de psychologie 7 #abc-abe7 que le besoin1 ou une douleur ngative1 accompagne l'inaction d'un organe1 et qu'une douleur positive accompagne l'excs d'activit de cet organe1 mais le plaisir au contraire accompagne son activit normale4 ,nous avons vu qu'aucune autre relation ne pouvait tre tablie par l'volution2 en effet1 chez tous les types d'tres infrieurs1 si le dfaut ou l'excs d'une fonction ne produisait pas de sensation pnible1 si une fonction moyenne ne produisait pas une sensation agrable1 il n'y aurait rien pour assurer l'exercice bien proportionn d'une fonction4 ,comme c'est une des lois de l'action nerveuse que chaque stimulus1 outre une dcharge directe dans l'organe particulirement intress1 cause indirectement une dcharge travers le systme nerveux 7,princ4 de psych41 #ba1 #ci71 il en rsulte que les autres organes1 tous influencs comme ils le sont par le systme nerveux1 participent l'excitation4 ,outre le secours1 assez lentement manifest1 que les organes se prtent l'un l'autre par la division physiologique du travail1 il y a donc un autre secours1 plus promptement manifest1 que fournit leur excitation mutuelle4 ,en mme temps que l'organisme tout entier tire un avantage prsent de l'exercice convenable de chaque fonction1 il obtient encore un autre avantage immdiat par suite de l'exaltation de ses fonctions en gnral caus par le plaisir qui les accompagne4 ,les douleurs aussi1 qu'elles soient produites par excs ou par dfaut1 sont suivies d'un double effet1 immdiat et loign4 #cg4 ,le refus de reconnatre ces vrits gnrales vicie toute spculation morale dans son ensemble4 ,a la manire dont on juge ordinairement du bien et du mal1 on nglige entirement les effets physiologiques produits sur l'agent par ses sentiments4 ,on suppose tacitement que les plaisirs et les peines n'ont aucune raction sur le corps de celui qui les prouve et ne sont pas capables d'affecter son aptitude remplir les devoirs de la vie4 ,les ractions sur le caractre sont seules reconnues1 et1 par rapport celles-ci1 on suppose le plus souvent que le fait d'prouver du plaisir est nuisible1 et le fait de subir des peines avantageux4 ,l'ide que l'esprit et le corps sont indpendants1 cette ide drive travers les sicles de la thorie des sauvages sur les esprits1 implique entre autres choses cette croyance que les tats de conscience n'ont absolument aucune relation avec les tats du corps4 ,vous avez eu votre plaisir1 il est pass1 et vous tes dans l'tat o vous tiez auparavant1 dit le moraliste un homme4 ,il dit un autre3 ,vous avez subi une souffrance1 elle a disparu2 c'est fini par l4 ,les deux affirmations sont fausses4 ,en laissant de ct les rsultats indirects1 les rsultats directs sont que l'un a fait un pas pour s'loigner de la mort et que l'autre s'en est rapproch d'un pas4 ,nous laissons de ct1 ai-je dit1 les rsultats indirects4 ,ce sont ces rsultats indirects1 laisss ici de ct pour un moment1 que les moralistes ont exclusivement en vue3 ainsi occups de ceux-l1 ils ignorent les rsultats directs4 ,le plaisir1 recherch peut-tre un trop haut prix1 got peut-tre alors qu'on aurait d travailler1 ravi peut-tre injustement celui qui devait en jouir1 on le considre seulement par rapport ses effets loigns et funestes1 et l'on ne tient aucun compte de ses effets avantageux immdiats4 ,rciproquement1 pour les peines positives ou ngatives que l'on supporte1 tantt pour se procurer un avantage futur1 tantt pour s'acquitter d'un devoir1 tantt en accomplissant un acte gnreux1 on insiste seulement sur le bien loign1 et l'on ignore le mal prochain4 ,les consquences1 agrables ou pnibles1 prouves au moment mme par l'agent1 n'ont aucune importance2 elles ne deviennent importantes que lorsqu'elles sont prvues comme devant survenir dans la suite pour l'agent ou les autres personnes4 ,en outre1 les maux futurs subis par l'agent ne doivent pas1 dit-on1 entrer en ligne de compte1 s'ils rsultent de quelque privation que l'on s'impose soi-mme2 on n'en parle que lorsqu'ils rsultent des plaisirs que l'on s'est donns4 ,de pareilles apprciations sont videmment fausses1 et il est vident que les jugements ordinaires sur la conduite fonds sur de telles apprciations doivent tre inexacts4 ,voyons les anomalies d'opinion qui en rsultent4 ,si1 par suite d'une maladie contracte la poursuite d'un plaisir illgitime1 l'iris est attaqu et la vision altre1 on range ce dommage parmi ceux que cause la mauvaise conduite2 mais si1 malgr des sensations douloureuses1 on use ses yeux en se livrant trop tt l'tude aprs une ophtalmie1 et si l'on en vient par l perdre la vue pour des annes ou pour toute la vie1 entranant ainsi son propre malheur et celui d'autres personnes1 les moralistes se taisent4 ,une jambe casse1 si l'accident est une suite de l'ivresse1 compte parmi ces maux que l'intemprance attire celui qui s'y livre et sa famille1 et c'est une raison pour la condamner2 mais si le zle remplir ses devoirs pousse un homme marcher1 sans se reposer et en dpit de la douleur1 quand il a un genou foul1 et s'il en rsulte une infirmit chronique entranant la cessation de tout exercice1 par suite l'altration de la sant1 l'incapacit d'agir1 le chagrin et le malheur1 on suppose que la morale n'a aucun verdict prononcer en cette affaire4 ,un tudiant qui choue1 parce qu'il a dpens en amusements le temps et l'argent qu'il devait employer travailler1 est blm de rendre ainsi ses parents malheureux et de se prparer lui-mme un avenir misrable2 mais celui qui1 en songeant exclusivement ce que l'on attend de lui1 passe la nuit lire et prend un transport au cerveau qui le force interrompre ses tudes1 manquer ses examens et retourner chez lui la sant perdue1 incapable mme de se soutenir1 celui-l n'est nomm qu'avec compassion1 comme s'il ne devait tre soumis aucun jugement moral2 ou plutt le jugement moral port sur son compte lui est tout fait favorable4 ,ainsi1 en signalant les maux produits par certains genres de conduite seulement1 les hommes en gnral1 et les moralistes en tant qu'ils exposent les croyances du genre humain1 mconnaissent que la souffrance et la mort sont chaque jour causes autour d'eux par le mpris de cette direction qui s'est tablie d'elle-mme dans le cours de l'volution4 ,domins par cette hypothse tacite1 commune aux stociens du paganisme et aux asctes chrtiens1 que nous sommes organiss d'une manire si diabolique que les plaisirs sont nuisibles et les douleurs avantageuses1 les hommes nous donnent de tous cts l'exemple de vies ruines par la persistance accomplir des actes contre lesquels leurs sensations se rvoltent4 ,l'un1 tout mouill de sueur1 s'arrte dans un courant d'air1 fait fi des frissons qui le prennent1 gagne une fivre rhumatismale avec des dfaillances subsquentes1 et le voil incapable de rien faire pour le peu de temps qu'il lui reste vivre4 ,un autre1 mprisant la fatigue1 se met trop tt au travail aprs une maladie qui l'a affaibli1 et il devient pour le reste de ses jours maladif et inutile lui-mme et aux autres4 ,ou bien l'on entend parler d'un jeune homme qui1 en persistant faire des tours de gymnastique d'une violence excessive1 se brise un vaisseau1 tombe sur le sol et reste abm pour toute sa vie2 une autre fois1 c'est un homme arriv l'ge mr1 qui1 en faisant un effort jusqu' l'excs de la douleur1 se donne une hernie4 ,dans telle famille1 on observe un cas d'aphasie1 un commencement de paralysie1 bientt suivi de mort1 parce que la victime mangeait trop peu et travaillait trop2 dans une autre1 un ramollissement du cerveau est la consquence d'efforts intellectuels ininterrompus malgr la protestation continuelle des sensations2 ailleurs1 des affections crbrales moins graves ont t causes par l'excs du travail en dpit du malaise et du besoin de grand air et d'exercice#d4 ,note #d3 ,je puis compter plus d'une douzaine de cas parmi ceux que je connais personnellement4 ,mme sans accumuler des exemples spciaux1 la vrit s'impose nous en ne considrant que des classes4 ,l'homme d'affaires us force de rester dans son cabinet1 l'avocat la face cadavreuse qui passe la moiti de ses nuits tudier des dossiers1 les ouvrires affaiblies des manufactures1 les couturires qui vivent de longues heures dans un mauvais air1 les colires anmiques1 la poitrine enfonce1 qui s'appliquent toute la journe au travail et auxquelles on interdit les jeux imptueux de leur ge1 non moins que les mouleurs de ,sheffield qui meurent suffoqus par la poussire1 et les paysans tout perclus de rhumatismes dus l'action perptuelle des intempries1 tous ces gens nous montrent les innombrables misres causes par des actes qui rpugnent aux sensations et par la ngligence obstine des actes auxquels nos sensations nous portent4 ,mais nous en avons des preuves encore plus nombreuses et plus frappantes4 ,que sont les enfants malingres et mal conforms des districts les plus pauvres1 sinon des enfants dont le besoin de nourriture1 le besoin de chaleur n'ont jamais t convenablement satisfaits8 ,que sont les populations arrtes dans leur dveloppement et vieillies avant l'ge1 comme on voit dans certaines parties de la ,france1 sinon des populations puises par un travail excessif et une alimentation insuffisante1 l'un impliquant une douleur positive1 l'autre une douleur ngative8 ,que conclure de la grande mortalit constate chez les gens affaiblis par les privations1 sinon que les souffrances physiques conduisent des maladies mortelles8 ,que devons-nous encore infrer du nombre effroyable de maladies et de morts qui s'abattent sur les armes en campagne1 nourries de provisions insuffisantes et mauvaises1 couchant sur le sol humide1 exposes toutes les extrmits de la chaleur et du froid1 imparfaitement protges contre la pluie et condamnes aux efforts les plus pnibles1 que devons-nous en infrer1 sinon les maux terribles que l'on s'attire en exposant continuellement le corps un traitement contre lequel les sensations protestent8 ,peu importe notre thse que les actions suivies de tels effets soient volontaires ou involontaires2 peu importe1 au point de vue biologique1 que les motifs qui les dterminent soient levs ou bas4 ,les exigences des fonctions vitales sont absolues1 et il ne suffit pas1 pour y chapper1 de dire qu'on a t forc de ngliger ces fonctions ou1 qu'en le faisant1 on a obi un motif lev4 ,les souffrances directes et indirectes causes par la dsobissance aux lois de la vie restent les mmes1 quel que soit le motif de cette dsobissance1 et l'on ne doit pas les omettre dans une apprciation rationnelle de la conduite4 ,si le but de l'tude de la morale est d'tablir des rgles pour bien vivre1 et si les rgles pour bien vivre sont celles dont les rsultats complets1 individuels ou gnraux1 directs ou indirects1 sont le plus propres produire le bonheur de l'homme1 il est absurde d'carter les rsultats immdiats pour se proccuper seulement des rsultats loigns4 #ch4 ,on pourrait insister ici sur la ncessit de prluder l'tude de la science morale par l'tude de la science biologique4 ,on pourrait insister sur l'erreur des hommes qui se croient capables de comprendre les phnomnes spciaux de la vie humaine dont traite la morale1 tout en prtant peu d'attention ou mme en n'en prtant aucune aux phnomnes gnraux de la vie humaine1 tout en ne tenant aucun compte des phnomnes de la vie gnrale4 ,et il est assurment permis de penser qu'une connaissance du monde des tres vivants qui nous rvlerait le rle jou dans l'volution organique par les plaisirs et les souffrances1 conduirait rectifier les conceptions imparfaites des moralistes4 ,mais comment croire que l'absence de cette connaissance soit la seule ou mme la principale cause de leur imperfection8 ,les faits dont nous avons donn des exemples--et qui1 si l'on y prtait une attention suffisante1 prviendraient les dformations de la thorie morale1--sont des faits qu'on n'a pas besoin d'apprendre par des recherches biologiques1 mais qui abondent chaque jour sous les yeux de tout le monde4 ,la vrit est plutt que la conscience gnrale est tellement obsde de sentiments et d'ides en opposition avec les conclusions fondes sur les tmoignages les plus familiers1 que ces tmoignages n'obtiennent aucune attention4 ,ces sentiments et ces ides contraires ont plusieurs sources4 ,il y a la source thologique4 ,comme nous l'avons montr plus haut1 le culte pour les anctres cannibales1 qui trouvaient leurs dlices dans le spectacle des tortures1 a produit la premire conception de divinits que l'on rendait propices en supportant la douleur1 et1 par suite1 que l'on irritait en gotant quelque plaisir4 ,conserve par les religions des peuples demi civiliss1 dans lesquelles elle s'est transmise1 cette conception de la nature divine est parvenue en se modifiant peu peu1 jusqu' notre poque1 et elle inspire la fois les croyances de ceux qui adhrent la religion communment admise et de ceux qui font profession de la rejeter4 ,il y a une autre source dans l'tat de guerre primitif qui subsiste encore aujourd'hui4 ,tant que les antagonismes sociaux continueront produire la guerre1 qui consiste en efforts pour infliger aux autres des souffrances ou la mort1 en s'exposant soi-mme au danger de subir les mmes maux1 et qui implique ncessairement de grandes privations1 il faudra que la souffrance physique1 considre en elle-mme ou dans les maux qu'elle entrane1 soit considre comme peu de chose1 et que parmi les plaisirs regards comme les plus dignes de recherche on range ceux que la victoire apporte avec elle4 ,l'industrialisme1 partiellement dvelopp1 fournit lui aussi l'une de ces sources4 ,l'volution sociale1 qui implique le passage de la vie de chasseurs errants celle de peuples sdentaires livrs au travail1 donne par suite naissance des activits singulirement diffrentes de celles auxquelles est adapte la constitution primitive3 elle produit donc une inaction des facults auxquelles l'tat social nouveau n'offre pas d'emploi1 et une surexcitation des facults exiges par cet tat social2 il en rsulte d'un ct la privation de certains plaisirs1 de l'autre la soumission certaines douleurs4 ,par suite1 mesure que se manifeste l'accroissement de population qui rend plus intense la lutte pour l'existence1 il devient ncessaire de supporter tous les jours des souffrances1 et de sacrifier des plaisirs4 ,or1 toujours et partout1 il se forme parmi les hommes une thorie conforme leur pratique4 ,la nature sauvage1 donnant naissance la conception d'une divinit sauvage1 dveloppe la thorie d'un contrle surnaturel assez rigoureux et assez cruel pour influer sur la conduite des hommes4 ,avec la soumission un gouvernement despotique assez svre dans la rpression pour discipliner des natures barbares1 se produit la thorie d'un gouvernement de droit divin et la croyance au devoir d'une soumission absolue4 ,l o l'existence de voisins belliqueux fait regarder la guerre comme la principale affaire de la vie1 les vertus requises pour la guerre sont bientt considres comme les vertus suprmes2 au contraire1 lorsque l'industrie est devenue dominante1 la violence et les actes de pillage dont les gens de guerre se glorifient ne tardent pas passer pour des crimes4 ,c'est ainsi que la thorie du devoir rellement accepte 7et non celle qui l'est nominalement7 s'accommode au genre de vie que l'on mne chaque jour4 ,si cette vie rend ncessaires la privation habituelle de plaisirs et l'acceptation frquente de souffrances1 il se forme bientt un systme moral d'aprs lequel la recherche du plaisir est tacitement dsapprouve et la souffrance ouvertement approuve4 ,on insiste sur les mauvais effets des plaisirs excessifs1 et l'on passe sous silence les avantages que procurent des plaisirs modrs2 on fait valoir avec force les bons rsultats obtenus en se soumettant la douleur1 et l'on nglige les maux qui la suivent4 ,tout en reconnaissant la valeur et mme la ncessit de systmes moraux adapts1 comme les systmes religieux et politiques1 aux temps et aux pays dans lesquels ils se dveloppent1 nous devons regarder les premiers1 aussi bien que les seconds1 comme transitoires4 ,nous devons admettre qu'un tat social plus avanc comporte une morale plus vraie1 comme un dogme plus pur et un meilleur gouvernement4 ,conduits1 priori1 prvoir l'existence de dfauts1 nous sommes en tat de dclarer tels ceux que nous rencontrons en effet1 et dont la nature justifie nos prvisions4 ,il faut donc proclamer comme vrit certaine1 que la moralit scientifique commence seulement lorsque les conceptions imparfaites adaptes des conditions transitoires se sont dveloppes assez pour devenir parfaites4 ,la science du bien vivre doit tenir compte de toutes les consquences qui affectent le bonheur de l'individu ou de la socit1 directement ou indirectement1 et autant elle nglige une classe quelconque de consquences1 autant elle est loigne de l'tat de science4 #ci4 ,ainsi le point de vue biologique1 comme le point de vue physique1 est d'accord avec les rsultats que nous avons obtenus en prenant le principe de l'volution pour point de dpart de l'tude de la conduite en gnral4 ,ce qui tait dfini en termes physiques comme un quilibre mobile1 nous le dfinissons en termes biologiques comme une balance de fonctions4 ,ce que suppose une pareille balance1 c'est que1 par leur genre1 leur nergie et leurs combinaisons1 les diverses fonctions s'ajustent aux diverses activits qui constituent et conservent une vie complte3 pour elles1 tre ainsi ajustes1 c'est tre arrives au terme vers lequel tend continuellement l'volution de la conduite4 ,passant aux sentiments qui accompagnent l'accomplissement des fonctions1 nous voyons que1 de toute ncessit1 les plaisirs pendant l'volution de la vie organique1 ont concid avec l'tat normal des fonctions1 tandis que les souffrances positives ou ngatives ont concid avec l'excs ou l'insuffisance des fonctions4 ,bien que1 dans chaque espce1 ces relations soient souvent troubles par des changements de conditions1 elles se rtablissent toujours d'elles-mmes1 sous peine1 pour l'espce1 de disparatre4 ,le genre humain qui a reu par hritage1 des tres infrieurs1 cette adaptation des sentiments et des fonctions dans leurs rapports avec les besoins essentiels du corps1 et qui est forc chaque jour par des sensations imprieuses faire les actes qui conservent la vie1 et viter ceux qui entraneraient une mort immdiate1 le genre humain a subi un changement de conditions d'une grandeur et d'une complexit inusites4 ,ce changement a beaucoup drang la direction de la conduite par les sensations1 et drang plus encore celle que nous devrions recevoir des motions4 ,il en rsulte que1 dans un grand nombre de cas1 ni les plaisirs ne sont en connexion avec les actions qui doivent tre faites1 ni les peines avec celles qui doivent tre vites2 c'est le contraire qui se produit4 ,plusieurs influences ont contribu dissimuler aux hommes les bons effets de cette relation entre les sentiments et les fonctions1 pour leur faire remarquer plutt tous les inconvnients que l'on peut y trouver4 ,aussi exagre-t-on les maux qui peuvent tre causs par certains plaisirs1 tandis qu'on oublie les avantages attachs d'ordinaire la jouissance des plaisirs2 en mme temps1 on exalte les avantages obtenus au prix de certaines souffrances1 et on attnue les immenses dommages que les souffrances apportent avec elles4 ,les thories morales caractrises par ces erreurs de jugement sont produites par des formes de vie sociale correspondant une constitution humaine imparfaitement adapte1 et sont appropries ces formes4 ,mais avec le progrs de l'adaptation1 qui tablit l'harmonie entre les facults et les besoins1 tous ces dsordres1 et les fautes de thorie qui en sont la consquence1 doivent diminuer1 jusqu' ce que1 grce un complet ajustement de l'humanit l'tat social1 on reconnaisse que les actions1 pour tre compltement bonnes1 ne doivent pas seulement conduire un bonheur futur1 spcial et gnral1 mais en outre tre immdiatement agrables1 et que la souffrance1 non seulement loigne mais prochaine1 caractrise des actions mauvaises4 ,ainsi1 au point de vue biologique1 la science morale devient une dtermination de la conduite d'hommes associs constitus chacun en particulier de telle sorte que les diverses activits requises pour l'ducation des enfants et celles qu'exige le bien-tre social s'exercent par la mise en jeu spontane de facults convenablement proportionnes et produisant chacune1 en agissant1 sa part de plaisir2 par une consquence naturelle1 l'excs ou le dfaut dans l'une quelconque de ces activits apporte sa part de souffrance immdiate4 ,,note ,,au ,n #cc4--;,dans sa ,morale physique1 ,m4 ,alfred ,barratt a exprim une opinion que nous devons signaler ici4 ,supposant l'volution et ses lois gnrales1 il cite quelques passages des ,principes de psychologie 7#are dit41 ,i,i,ie part41 ch4 ,,viii1 pp4 #cie1 sqq42 ,cf4 ,i,ve part41 ch4 ,,iv71 dans lesquels j'ai trait de la relation entre l'irritation et la contraction qui marque le commencement de la vie sensitive4 ,j'ai dit que le tissu primordial doit tre diffremment affect par un contact avec des matires nutritives ou avec des matires non nutritives1 ces deux genres de matires tant reprsents pour les tres aquatiques par les substances solubles et les substances insolubles1 et j'ai soutenu que la contraction par laquelle la partie touche d'un rhizopode absorbe un fragment de matire assimilable est cause par un commencement d'absorption de cette matire assimilable4 ,m4 ,barratt1 affirmant que la conscience doit tre considre comme une proprit invariable de la vie animale1 et en dfinitive1 dans ses lments1 de l'univers matriel 7p4 #dc71 regarde ces ractions du tissu animal sous l'influence des stimulants comme impliquant une certaine sensation4 ,l'action de certaines forces1 dit-il1 est suivie de mouvements de retraite1 ou encore de mouvements propres assurer la continuation de l'impression4 ,ces deux genres de contraction sont respectivement les phnomnes et les marques extrieures de la peine et du plaisir4 ,le tissu agit donc de manire assurer le plaisir et viter la peine par une loi aussi vritablement physique et naturelle que celle par laquelle une aiguille aimante se dirige vers le ple1 un arbre vers la lumire 7p4 #eb74 ,eh bien1 sans mettre en doute que l'lment primitif de la conscience ne soit prsent mme dans le protoplasma indiffrenci1 et n'existe partout en puissance dans ce pouvoir inconnaissable qui1 sous d'autres conditions1 se manifeste dans l'action physique 7,principes de psychologie1 #bgb-c71 j'hsite conclure qu'il existe d'abord sous la forme de plaisir et de peine4 ,ceux-ci naissent1 je crois1 comme le font les sentiments plus spciaux1 par suite d'une combinaison des lments ultimes de la conscience 7,princ4 de psy41 #fj1 #fa72 car ils sont1 en ralit1 des aspects gnraux de ces sentiments plus spciaux levs un certain degr d'intensit4 ,considrant que1 dans les cratures mmes qui ont des systmes nerveux dvelopps1 une grande partie des processus vitaux rsultent d'actions rflexes inconscientes1 je ne trouve pas convenable de supposer l'existence de ce que nous appelons conscience chez des cratures dpourvues non seulement de systmes nerveux1 mais mme de toute structure4 ,,note ,,au ,n #cf4--,plusieurs fois1 dans ,les motions et la volont1 ,m4 ,alex4 ,bain insiste sur la connexion entre le plaisir et l'exaltation de la vitalit1 entre la peine et la dpression de la vitalit4 ,comme on l'a vu plus haut1 je m'accorde avec lui sur ce point2 il est en effet au-dessus de toute discussion1 grce l'exprience gnrale de tout le monde et l'exprience plus spciale des mdecins4 ,toutefois lorsque1 des effets respectivement fortifiants ou dbilitants du plaisir et de la peine1 ,m4 ,a4 ,bain fait driver les tendances originales persister dans les actes qui donnent du plaisir et cesser ceux qui procurent de la peine1 je ne puis le suivre4 ,il dit3 ,nous supposons des mouvements commencs spontanment et qui causent accidentellement du plaisir2 nous admettons alors qu'il se produira avec le plaisir un accroissement de l'nergie vitale2 les mouvements agrables prendront leur part de cet accroissement1 et le plaisir sera augment par l4 ,ou bien1 d'un autre ct1 nous supposons que la peine rsulte de mouvements spontans2 il faut alors qu'il y ait avec la peine une diminution d'nergie1 qui s'tend aux mouvements d'o vient le mal1 et qui apporte par cela mme un remde4 7#c;e dit41 p4 #cae47 ,cette interprtation1 d'aprs laquelle les mouvements agrables participent seulement de l'augmentation de l'nergie vitale cause par le plaisir1 ne me semble pas s'accorder avec l'observation4 ,la vrit parat plutt ceci3 bien qu'il se produise en mme temps un accroissement gnral de la vigueur musculaire1 les muscles spcialement excits sont ceux qui1 par l'accroissement de leur contraction1 conduisent un accroissement de plaisir4 ,rciproquement1 admettre que la cessation des mouvements spontans causant la douleur est due un relchement musculaire gnral1 auquel participent les muscles qui produisent ces mouvements particuliers1 c'est1 il me semble1 oublier que la rtraction prend communment la forme non d'une chute passive1 mais d'un retrait actif4 ,on peut remarquer aussi que1 la peine dprimant1 comme elle finit par le faire1 le systme en gnral1 nous ne pouvons pas dire qu'elle dprime en mme temps les nergies musculaires4 ,ce n'est pas seulement1 comme l'admet ,m4 ,a4 ,bain1 une vive douleur qui produit des mouvements spasmodiques2 les peines de tout genre1 qu'elles soient sensationnelles ou motionnelles1 stimulent aussi les muscles 7,essais1 #are srie1 p4 #cfj1 ,i1 ou #b;e dit41 vol4 ,i1 p4 #baa1 #ab74 ,cependant la douleur 7et aussi le plaisir lorsqu'il est trs intense7 a pour effet d'arrter toutes les actions rflexes2 et comme les fonctions vitales en gnral s'exercent par des actions rflexes1 cette suspension1 croissant avec l'intensit de la douleur1 dprime en proportion les fonctions vitales4 ,l'arrt de l'action du coeur et l'vanouissement sont un rsultat extrme de cet empchement1 et les viscres1 dans leur ensemble1 sentent son effet des degrs proportionns aux degrs de la douleur4 ,ainsi la douleur1 tout en causant directement1 comme le fait le plaisir une dcharge de l'nergie musculaire1 finit par diminuer le pouvoir musculaire en affaiblissant les processus vitaux d'o dpend la production de l'nergie4 ,par suite1 nous ne pouvons pas1 je crois1 attribuer la prompte cessation des mouvements musculaires causant de la douleur au dcroissement du flot de l'nergie1 car ce dcroissement ne se fait sentir qu'aprs un intervalle4 ,rciproquement1 nous ne pouvons pas attribuer la persistance dans l'action musculaire qui donne du plaisir l'exaltation d'nergie qui en rsulte2 mais nous devons1 comme je l'ai indiqu au n #cc1 l'attribuer l'tablissement de lignes de dcharge1 entre le point o se fait sentir l'excitation agrable et ces structures contractiles qui conservent et accroissent l'acte causant l'excitation1 connexions voisines de l'action rflexe1 en laquelle elles se transforment par d'insensibles gradations4 ,,chapitre ,,vii ,,le ,,point ,,de ,,vue ,,psychologique #dj4 ,dans le chapitre prcdent1 nous avons dj trait des sentiments dans leurs rapports avec la conduite1 mais en ne considrant que leur aspect physiologique4 ,dans ce chapitre1 au contraire1 nous n'avons pas nous occuper des connexions constitutionnelles entre les sentiments1--considrs comme nous portant agir ou comme nous en dtournant1--et les avantages physiques atteindre ou les dommages viter2 nous ne parlerons pas non plus de la raction des sentiments sur l'organisme1 comme nous mettant1 ou non1 en tat d'agir l'avenir4 ,nous avons tudier les plaisirs et les peines1 sensationnels ou motionnels1 considrs comme motifs rflchis1 comme engendrant une adaptation consciente de certains actes certaines fins4 #da4 ,l'acte psychique rudimentaire1 non encore distinct de l'acte physique1 implique une excitation et un mouvement4 ,dans un tre d'un type infrieur1 le contact de la nourriture excite la prhension4 ,chez un tre d'un ordre un peu plus lev1 l'odeur d'une substance nutritive dtermine un mouvement du corps vers cette substance4 ,l o existe une vision rudimentaire1 une diminution soudaine de lumire1 impliquant le passage d'un grand objet1 cause des mouvements musculaires convulsifs qui loignent ordinairement le corps de la source du danger4 ,dans chacun de ces cas1 nous pouvons distinguer quatre facteurs4 ,il y a 7a7 la proprit de l'objet extrieur qui affecte primitivement l'organisme1 la saveur1 l'odeur ou l'opacit4 ,li avec cette proprit1 il y a dans l'objet extrieur le caractre 7b7 qui rend avantageuse ou la prise de cet objet ou la fuite pour s'en loigner4 ,dans l'organisme1 il y a 7c7 l'impression ou la sensation que la proprit 7a7 produit1 en agissant comme stimulus4 ,enfin1 il y a1 li avec ce stimulus1 le changement moteur 7d7 par lequel est effectue ou la prise ou la fuite4 ,la psychologie doit surtout s'occuper de la connexion qui s'tablit entre le rapport ab et le rapport cd1 sous toutes les formes que prennent ces rapports dans le cours de l'volution4 ,chacun des facteurs1 et chacun des rapports1 se dveloppe davantage mesure que l'organisation fait des progrs4 ,au lieu d'tre simple1 ce qui reprsente l'attribut a devient souvent1 dans le milieu d'un animal suprieur1 un groupe d'attributs1 tels que la grandeur1 la forme1 les couleurs1 les mouvements d'un tre loign qui est dangereux4 ,le facteur b1 avec lequel est associe cette combinaison d'attributs1 devient l'ensemble de caractres1 de pouvoirs1 d'habitudes1 qui en font un ennemi4 ,le facteur c devient une collection de sensations visuelles coordonnes les unes avec les autres et avec les ides et les sentiments qu'a fait natre l'exprience d'ennemis de ce genre1 et constituant un motif de fuite2 tandis que d devient la srie complique1 et souvent prolonge1 de courses1 de sauts1 de dtours1 de plongeons1 etc41 ncessaires pour chapper un ennemi4 ,dans la vie humaine1 nous trouvons les mmes quatre facteurs extrieurs et intrieurs1 plus multiformes encore et complexes dans leur composition et leurs connexions4 ,l'assemblage entier des attributs physiques a1 prsents par un domaine mis en vente1 dfie toute numration1 et l'assemblage des avantages divers b1 qui rsultent de ces attributs1 ne peut pas non plus tre brivement spcifi4 ,les perceptions et les ides1 suivant que cette proprit plat ou ne plat pas1 c1 qui sont causes par son aspect1 et qui1 en se combinant et se recombinant1 finissent par former une raison pour l'acheter1 font un tout trop considrable et trop complexe pour qu'on puisse le dcrire2 enfin les formalits lgales1 pcuniaires ou autres qu'il faut remplir pour acqurir ce domaine et en prendre possession1 sont peine moins nombreuses et moins compliques4 ,nous ne devons pas non plus oublier que non seulement les facteurs1 mais encore les rapports entre ces facteurs1 deviennent plus complexes en proportion des progrs de l'volution4 ,primitivement1 a est directement et simplement en rapport avec b1 tandis que c est directement et simplement en rapport avec a4 ,mais la fin1 les connexions entre a et b1 et entre c et d1 deviennent trs indirectes et trs compliques4 ,d'un ct1--notre premier exemple le prouve1--la saveur et la proprit nutritive sont troitement lies ensemble1 comme le sont aussi la stimulation cause par l'une et la contraction qui utilise l'autre4 ,mais1 on peut s'en rendre compte dans le dernier exemple1 la connexion entre les traits visibles d'une proprit et les caractres qui en constituent la valeur est la fois loigne et complique1 tandis que le passage du motif trs complexe de l'acqureur aux nombreuses actions des organes sensitifs et moteurs1 actions complexes elles-mmes1 par lesquelles s'effectue l'acquisition1 se fait au moyen d'un plexus compliqu de penses et de sentiments qui constitue sa dcision4 ,cette explication permettra de saisir une vrit prsente autrement dans les ,principes de psychologie4 ,l'esprit se compose de sentiments et de relations entre les sentiments4 ,par une combinaison des relations1 et des ides de relations1 nat l'intelligence4 ,par une combinaison des sentiments1 et des ides de sentiments1 nat l'motion4 ,toutes choses gales d'ailleurs1 la grandeur de l'volution de l'intelligence ou de l'motion est proportionnelle la grandeur de la combinaison4 ,une des propositions ncessaires qui en rsultent1 c'est que la connaissance est d'autant plus leve qu'elle est plus loigne de l'action rflexe1 et l'motion d'autant plus leve qu'elle est plus loigne de la sensation4 ,maintenant1 parmi les divers corollaires de cette large vue de l'volution psychologique1 cherchons ceux qui concernent les motifs et les actes classs comme moraux ou immoraux4 #db4 ,le processus mental par lequel1 dans un cas quelconque1 l'adaptation des actes aux fins s'effectue1 et qui1 sous ses formes les plus leves1 devient le sujet des jugements moraux1 ce processus peut se diviser en deux3 d'abord l'apparition du sentiment ou des sentiments qui constituent le motif1 ensuite celle de la pense ou des penses par lesquelles le motif prend un corps et aboutit l'action4 ,le premier de ces lments1 une excitation l'origine1 devient une sensation simple2 ensuite une sensation compose2 ensuite un groupe de sensations partiellement prsentatives et partiellement reprsentatives1 formant une motion naissante2 ensuite un groupe de sensations exclusivement idales ou reprsentatives1 formant une motion proprement dite2 ensuite un groupe de groupes pareils1 formant une motion compose2 puis il devient enfin une motion encore plus dveloppe1 compose des formes idales de ces motions composes4 ,l'autre lment1 commenant au passage immdiat d'un simple stimulus un simple mouvement appel action rflexe1 arrive bientt comprendre un ensemble de dcharges associes de stimulations produisant des mouvements associs1 constituant un instinct4 ,par degrs naissent des combinaisons plus complexes de stimulus1 variables dans une certaine mesure en leurs modes d'union1 conduisant des mouvements complexes pareillement variables dans leurs adaptations2 de l de temps en temps1 des hsitations dans les processus sensori-moteurs4 ,bientt vient une phase dans laquelle les groupes combins d'impressions1 non prsents tous ensemble1 aboutissent des actions qui ne sont pas toutes simultanes2 elles impliquent une reprsentation des rsultats1 ou la pense4 ,ensuite arrivent d'autres phases o des penses diverses ont le temps de passer avant que les motifs composites produisent les actions appropries4 ,a la fin apparaissent ces longues dlibrations pendant lesquelles on pse les probabilits de diverses consquences1 et l'on balance les incitations des sentiments corrlatifs2 ces oprations constituent un jugement calme4 ,il sera facile de voir que1 sous l'un ou l'autre de leurs aspects1 les dernires formes du processus mental sont les plus hautes1 au point de vue moral et tous les points de vue4 ,depuis le dbut en effet1 une complication de la sensibilit a accompagn de meilleurs et de plus nombreux ajustements d'actes leurs fins1 comme l'a fait aussi une complication du mouvement1 et une complication du processus coordinateur ou intellectuel qui unit les deux4 ,d'o il suit que les actes caractriss par les motifs les plus complexes et les penses les plus dveloppes1 sont ceux qui ont toujours eu le plus d'autorit pour la direction de la conduite4 ,quelques exemples clairciront cela4 ,voici un animal aquatique guid par l'odeur d'une matire organique vers des choses qui servent sa nourriture2 mais le mme animal1 dpourvu de tout autre guide1 est la merci d'animaux plus gros qui rdent aux environs4 ,en voici un autre1 guid aussi par l'odeur vers sa nourriture1 mais qui possde une vision rudimentaire et qui est ainsi rendu capable de s'loigner vivement d'un corps mobile rpandant cette odeur1 dans les cas o ce corps est assez gros pour produire un obscurcissement soudain de la lumire3 car c'est ordinairement alors un ennemi4 ,evidemment il sauvera souvent sa vie en obissant au dernier stimulus1 qui est aussi le plus lev1 au lieu de suivre le premier et le moins lev4 ,observons un tage plus lev un conflit parallle4 ,voici un animal qui en poursuit d'autres pour en faire sa proie1 et qui1 faute d'exprience1 ou parce qu'il est pouss par l'excs de la faim1 s'attaque un ennemi plus fort que lui et se fait tuer4 ,en voici un autre1 au contraire1 qui est pouss par une faim aussi violente1 mais1 soit par son exprience individuelle1 soit par les effets d'une exprience hrditaire1 ayant conscience du danger la vue d'un animal plus fort que lui1 il est dtourn par l de l'attaquer et sauve sa vie en subordonnant le premier motif1 consistant en sensations nes du besoin1 au second motif1 consistant en sentiments idaux1 distincts ou vagues4 ,en nous levant immdiatement de ces exemples de conduite chez les animaux des exemples de conduite humaine1 nous verrons que les contrastes entre l'infrieur et le suprieur ont habituellement les mmes traits4 ,le sauvage du type le plus bas dvore toute la nourriture que lui procure la chasse de chaque jour3 affam le lendemain1 il devra peut-tre supporter pendant plusieurs jours les tortures de la faim4 ,le sauvage suprieur1 concevant avec plus de vivacit les souffrances qui l'attendent s'il ne trouve pas de gibier1 est dtourn par ce sentiment complexe de donner une entire satisfaction son sentiment simple4 ,l'inertie rsultant du dfaut de prvoyance et l'activit produite par une lgitime prvoyance s'opposent de la mme manire4 ,l'homme primitif1 mal quilibr et gouvern par les sensations du moment1 ne fera rien tant qu'il ne lui faudra pas chapper des souffrances actuelles2 mais l'homme un peu avanc1 capable d'imaginer plus distinctement les plaisirs et les souffrances venir1 est pouss par la pense de ces biens et de ces maux surmonter son amour du bien-tre2 la dcroissance de la misre et de la mortalit rsulte de cette prdominance des sentiments reprsentatifs sur les sentiments prsentatifs4 ,sans insister sur le fait que1 parmi les hommes civiliss1 le mme contraste existe entre ceux qui mnent la vie des sens et ceux dont la vie est largement remplie de plaisirs qui ne sont pas du genre sensuel1 je veux marquer seulement qu'il y a des contrastes analogues entre la direction donne par les sentiments reprsentatifs les moins complexes ou les motions de l'ordre le plus bas1 et la direction donne par les sentiments reprsentatifs les plus complexes ou les motions de l'ordre le plus lev4 ,lorsque1 sous l'influence de l'amour de la proprit1--sentiment reprsentatif qui1 agissant dans de justes bornes1 conduit au bien-tre1--le voleur prend le bien d'un autre homme1 son action est dtermine par l'imagination de certains plaisirs immdiats de genres relativement simples1 plutt que par l'imagination moins nette de peines possibles qui sont plus loignes et de genres relativement complexes4 ,mais1 chez l'homme consciencieux1 il y a un motif adquat de retenue1 encore plus reprsentatif dans sa nature1 renfermant non seulement les ides de chtiment1 de dshonneur et de ruine1 mais aussi l'ide des droits de la personne qui a la proprit1 et des souffrances que lui causerait la perte de son bien3 le tout est joint une aversion gnrale pour les actes nuisibles aux autres1 aversion qui nat des effets hrditaires de l'exprience4 ,nous voyons ici la fin1 comme nous l'avons vu en commenant1 que1 tout compte fait1 la direction donne par le sentiment le plus complexe conduit mieux au bien-tre que la direction donne par le sentiment le plus simple4 ,il en est de mme des coordinations intellectuelles par lesquelles les stimulus aboutissent aux mouvements4 ,les actes du genre le plus bas1 appels rflexes1--dans lesquels une impression faite sur un nerf affrent produit travers un nerf effrent une dcharge qui engendre la contraction1--rvlent un ajustement trs limit d'actes leurs fins3 l'impression tant simple1 et simple aussi le mouvement qui en rsulte1 la coordination interne est simple elle-mme4 ,il est vident que si plusieurs sens peuvent tre affects en mme temps par un objet extrieur1 et si les mouvements provoqus par lui sont combins d'une manire diffrente selon que cet objet appartient un genre ou un autre1 les coordinations intermdiaires deviennent ncessairement plus compliques4 ,il est vident aussi que tout progrs dans l'volution de l'intelligence1 servant toujours mieux assurer la conservation de l'tre1 prsente le mme trait gnral4 ,les adaptations par lesquelles les actions plus compliques s'approprient des circonstances plus compliques impliquent des coordinations plus complexes1 par suite plus dlibres et plus conscientes4 ,lorsque nous arrivons aux hommes civiliss1 qui1 dans leurs affaires journalires1 psent un grand nombre de donnes ou de conditions1 et adaptent leurs procds des consquences varies1 nous voyons que les actions intellectuelles1 devenues ce que nous appelons des jugements1 sont la fois trs labores et trs dlibres4 ,voyons maintenant ce qui touche l'autorit relative des motifs4 ,en montant des cratures les plus basses jusqu' l'homme1 et des types les plus grossiers de l'humanit jusqu'aux plus levs1 la force de conservation s'est accrue par la subordination d'excitations simples des excitations composes1 par la subordination de sensations actuelles des ides de sensations venir1 par le fait de soumettre les sentiments prsentatifs aux sentiments reprsentatifs1 et les sentiments reprsentatifs aux sentiments re-reprsentatifs4 ,a mesure que la vie s'est dveloppe1 la sensibilit concomitante est devenue de plus en plus idale2 parmi les sentiments produits par la combinaison des ides1 les plus levs1 ceux qui se sont dvelopps les derniers1 sont les sentiments recomposs ou doublement idaux4 ,considrs comme guides1 les sentiments ont donc une autorit d'autant plus grande que1 par leur complexit et leur idalit1 ils s'loignent davantage de simples sensations et de simples apptits4 ,on dcouvre une autre consquence en tudiant le ct intellectuel des processus psychiques par lesquels des actes sont adapts des fins4 ,quand ils sont peu levs et simples1 ils ne comprennent que la direction d'actes immdiats par des stimulus immdiats2 le tout dans les cas de ce genre ne dure qu'un moment1 et ne se rapporte qu' un rsultat prochain4 ,mais1 avec le dveloppement de l'intelligence et l'accroissement de l'idalit des motifs1 les fins auxquelles les actes sont adapts cessent d'tre exclusivement immdiates4 ,les motifs1 plus idaux1 se rapportent des fins plus loignes2 mesure qu'on s'approche des types les plus levs1 les fins actuelles se subordonnent d'une manire croissante ces fins futures que les motifs idaux ont pour objet4 ,il en rsulte une certaine prsomption en faveur d'un motif qui se rapporte un bien loign1 en comparaison d'un motif qui se rapporte un bien prochain4 #dc4 ,outre les diverses influences favorisant la croyance asctique qu'il est nuisible de faire des choses agrables1 et avantageux de supporter des choses dsagrables1 j'ai donn entendre dans le chapitre prcdent1 qu'il restait dterminer une influence dont la source est plus profonde4 ,cette influence a t indique dans les paragraphes prcdents4 ,en effet1 la vrit gnrale que la direction donne par des plaisirs simples et des peines simples1 comme il s'en produit suivant qu'on satisfait ou non aux besoins du corps1 ne vaut pas1 certains points de vue1 la direction donne par les peines et les plaisirs ns des sentiments complexes idaux1 cette vrit a conduit penser qu'il fallait mpriser les inclinations provenant des besoins du corps4 ,en outre1 la vrit gnrale que la poursuite de satisfactions prochaines est1 sous un rapport1 infrieure la poursuite de satisfactions loignes1 a conduit croire que les satisfactions prochaines doivent tre regardes comme de peu de prix4 ,dans les premires phases de chaque science1 les gnralisations auxquelles on arrive ne sont pas assez dtermines4 ,les formules distinctes pour exprimer les vrits reconnues ne s'tablissent qu'ensuite par la limitation des formules indistinctes4 ,la vision physique apprcie seulement d'abord les traits les plus marqus des objets et conduit ainsi de grossires classifications que la vision perfectionne1 impressionnable par de plus petites diffrences1 doit ensuite corriger2 il en est de mme pour la vision mentale en ce qui concerne les vrits gnrales3 des inductions1 formules d'abord avec beaucoup trop de gnralit1 ont compter plus tard avec le scepticisme et l'observation critique qui les restreignent1 en s'appuyant sur des diffrences non encore remarques4 ,par suite1 nous pouvons nous attendre trouver que les conclusions courantes en morale vont trop loin4 ,ces croyances dominantes en morale1 admises galement par les moralistes de profession et par tout le monde en gnral1 sont devenues errones1 par trois procds diffrents1 faute de dtermination suffisante4 ,d'abord1 il n'est pas exact que l'autorit des sentiments les plus bas comme guides soit toujours infrieure l'autorit des sentiments les plus levs2 elle est au contraire souvent suprieure4 ,il se prsente tous les jours des occasions o il faut obir aux sensations plutt qu'aux sentiments4 ,que quelqu'un s'avise de rester une nuit entire expos tout nu une tempte de neige1 ou de passer une semaine sans manger1 ou de tenir la tte dix minutes sous l'eau1 et il verra que les plaisirs et les souffrances ayant un rapport direct avec la conservation de la vie ne peuvent se subordonner entirement aux plaisirs et aux souffrances qui ont avec la conservation de la vie un rapport indirect4 ,bien que dans plusieurs cas la direction donne par les sentiments simples soit plus nuisible que la direction donne par les sentiments complexes1 dans d'autres cas la direction des sentiments complexes est plus fatale que celle des sentiments simples2 et dans un grand nombre de cas leur autorit relative sur la conduite est indtermine4 ,admettons que1 chez un homme poursuivi1 les sentiments de protestation qui accompagnent un effort intense et prolong doivent1 pour la conservation de la vie1 tre subordonns la crainte inspire par ceux qui le poursuivent2 cependant1 s'il persiste jusqu' ce qu'il tombe1 l'puisement qui en rsulte causera peut-tre la mort1 tandis qu'autrement1 si la poursuite avait cess1 la mort ne serait peut-tre pas survenue4 ,supposons qu'une veuve laisse dans la pauvret doive se refuser elle-mme ce qu'il lui faut donner ses enfants pour sauver leur vie2 cependant1 si ce dvouement va trop loin1 il peut en rsulter que les enfants seront entirement privs non seulement de toute nourriture1 mais encore de toute protection4 ,supposons que1 en exerant son cerveau du matin au soir1 un homme qui a des embarras d'argent doive mpriser la rvolte de ses sensations corporelles pour obir au dsir que sa conscience lui impose de payer toutes ses dettes2 cependant il peut pousser la sujtion des sentiments simples vis--vis des sentiments complexes au point d'altrer sa sant et de faillir ainsi malgr lui cette tche qu'il aurait remplie en diminuant un peu cette sujtion4 ,il est donc clair que la subordination des sentiments les plus bas doit tre une subordination conditionnelle4 ,la suprmatie des sentiments les plus levs doit tre une suprmatie limite4 ,la gnralisation ordinaire pche par excs un autre point de vue4 ,la vie1 on l'a vu1 est d'autant plus leve que les sentiments simples prsentatifs sont plus sous le contrle des sentiments composs reprsentatifs2 cette vrit1 on joint1 comme des corollaires lgitimes1 des propositions qui n'en dcoulent point4 ,la conception courante c'est1 non pas seulement que l'infrieur doit tre subordonn au suprieur quand ils sont en conflit1 mais que l'infrieur doit tre mpris mme lorsqu'il n'y a pas conflit4 ,la tendance produite par le progrs des ides morales1 condamner l'obissance aux sentiments infrieurs quand les sentiments suprieurs protestent1 a fait natre une tendance condamner les sentiments infrieurs pris en eux-mmes4 ,je crois rellement qu'elle fait ce qu'elle fait parce qu'elle aime le faire1 me disait un jour une dame en parlant d'une autre1 et la forme de l'expression1 comme le ton1 dnotait la croyance non seulement qu'une telle manire d'agir est mauvaise1 mais encore qu'elle devait paratre mauvaise tout le monde4 ,il y a l une ide trs rpandue1 bien qu'en pratique elle reste ordinairement sans effet1 et produise seulement diffrentes formes accidentelles d'asctisme3 tel est par exemple le cas de ceux qui regardent comme tout fait courageux et salutaire de se passer de pardessus pendant l'hiver ou de continuer se baigner en plein air4 ,en gnral1 les sentiments agrables qui accompagnent la satisfaction lgitime des besoins du corps sont accepts3 il est assez ncessaire1 il est vrai1 de les accepter4 ,mais1 oubliant ces contradictions dans la pratique1 les hommes laissent paratre une vague ide qu'il y aurait quelque chose de dgradant1 ou de nuisible1 ou tous les deux la fois1 faire ce qui est agrable1 viter ce qui est dsagrable4 ,agrable1 mais mauvais1 c'est une expression frquemment employe pour faire entendre que ces deux termes ont une connexion naturelle4 ,comme nous l'avons indiqu plus haut1 de pareilles croyances supposent une intelligence confuse de la vrit gnrale que les sentiments composs et reprsentatifs ont1 tout compte fait1 une autorit plus haute que les sentiments simples et prsentatifs4 ,comprise avec discernement1 cette vrit implique que l'autorit des sentiments simples1 ordinairement moindre que celle des sentiments composs1 mais quelquefois plus grande1 doit tre habituellement accepte quand les sentiments composs ne s'y opposent pas4 ,ce principe de subordination est mal compris encore d'une troisime manire4 ,un des contrastes entre les sentiments dvelopps les premiers et les sentiments dvelopps en dernier lieu1 consiste en ce qu'ils se rapportent respectivement aux effets les plus immdiats des actions ou leurs effets les plus loigns2 en principe gnral1 la direction donne par ce qui est proche est infrieure la direction donne par ce qui est loign4 ,il en est rsult la croyance que les plaisirs du prsent doivent tre sacrifis ceux de l'avenir1 indpendamment du genre de ces plaisirs4 ,nous en voyons une preuve dans la maxime souvent rpte aux enfants1 quand ils prennent leurs repas1 savoir qu'ils devraient en garder le meilleur morceau pour la fin2 on gronde l'imprvoyant qui cde la premire impulsion1 et l'on donne entendre par l1 sans l'enseigner expressment1 que le mme plaisir a plus de prix quand on le rserve4 ,on peut suivre cette manire de penser travers les actes de chaque jour1 non pas assurment chez tous les hommes1 mais chez ceux que l'on distingue comme prudents et bien rgls dans leur conduite4 ,l'homme d'affaires1 qui dvore son djeuner pour ne pas manquer le train1 qui avale une sandwich vers le milieu de la journe et prend un dernier repas quand il est trop fatigu pour jouir du repos du soir1 mne une vie o non seulement les besoins du corps1 mais aussi les besoins ns de gots et de sentiments plus levs sont mpriss autant qu'ils peuvent l'tre1 et tout cela pour atteindre des fins loignes6 encore trouverez-vous1 si vous demandez quelles sont ces fins loignes1 dans le cas o il n'y a pas d'enfants tablir1 qu'elles consistent simplement dans la conception d'une vie plus confortable pour un temps venir4 ,l'ide qu'il est mal de chercher des jouissances immdiates1 et qu'il est bien d'en chercher quelques-unes seulement si elles sont loignes1 cette ide est tellement enracine qu'un homme d'affaires aprs avoir pris part une partie de plaisir1 essaye parfois de dfendre sa conduite4 ,il veut prvenir les jugements dfavorables de ses amis en expliquant que l'tat de sa sant l'a forc se donner un jour de cong4 ,nanmoins1 si vous l'interrogez sur son avenir1 vous trouvez que son ambition est de se retirer le plus tt possible et de se donner tout entier aux plaisirs qu'il a maintenant presque honte de se permettre4 ,la vrit gnrale dcouverte par l'tude de l'volution de la conduite1 au-dessous de l'homme et dans l'homme1 savoir que1 pour la conservation de la vie1 les sentiments primitifs1 simples1 prsentatifs doivent tre contrls par les sentiments dvelopps les derniers1 composs et reprsentatifs1 cette vrit a donc t reconnue par les hommes1 dans le cours de la civilisation2 mais ncessairement elle l'a t d'abord d'une manire trop confuse4 ,la conception commune1 qui se trompe en supposant illimite l'autorit du sentiment suprieur sur l'infrieur1 pche aussi en admettant que l'on doit rsister la loi de l'infrieur mme quand elle n'est pas en opposition avec la loi du suprieur1 et elle pche encore par la supposition qu'un plaisir donnant lieu une tendance convenable1 quand il est loign1 ne donne pas lieu une tendance semblable s'il est prochain4 #dd4 ,sans le dire explicitement1 nous avons ainsi suivi la gense de la conscience morale4 ,car le trait incontestablement essentiel de la conscience morale c'est le contrle de certain sentiment ou de certains sentiments par un autre sentiment ou par plusieurs4 ,chez les animaux suprieurs1 nous pouvons voir assez distinctement le conflit des sentiments et la sujtion des plus simples aux plus composs3 ainsi lorsqu'un chien rsiste la tentation de dvorer quelque aliment par la crainte des chtiments qui pourraient suivre s'il cdait son apptit1 ou lorsqu'il ne continue pas creuser un trou de peur de perdre son matre qui s'loigne4 ,ici1 cependant1 bien qu'il y ait subordination1 il n'y a pas subordination consciente2 il n'y a pas la rflexion qui rvle qu'un sentiment a cd un autre4 ,il en est ainsi1 mme chez les hommes dont l'intelligence est peu dveloppe4 ,l'homme pr-social1 errant par familles et gouvern par des sensations et des motions comme celles que causent les circonstances du moment1 bien que sujet de temps en temps des conflits de motifs1 rencontre relativement peu de cas o l'avantage de subordonner un plaisir immdiat un plaisir loign s'impose son attention2 il n'a pas non plus l'intelligence requise pour analyser et gnraliser ces cas lorsqu'ils se prsentent4 ,c'est seulement lorsque l'volution sociale rend la vie plus complexe1 les causes de retenue nombreuses et fortes1 les maux d'une conduite spontane manifestes1 et les avantages retirer de la prvoyance suffisamment certains1 qu'il peut y avoir des expriences assez frquentes pour rendre familiers les bons effets de la subordination des sentiments simples d'autres plus complexes4 ,c'est aussi seulement alors qu'apparat une puissance intellectuelle suffisante pour fonder une induction sur ces expriences2 ensuite les inductions individuelles sont en assez grand nombre pour former une induction publique et traditionnelle qui s'imprime en chaque gnration mesure qu'elle s'accrot4 ,nous sommes amens ici certains faits d'une profonde signification4 ,cet abandon rflchi d'un bien immdiat et spcial pour obtenir un bien loign et gnral1 en mme temps qu'il est le trait cardinal de la retenue appele morale1 est aussi un trait cardinal d'autres actes de retenue que celui que nous appelons moral--de ceux qui ont leur origine dans la crainte du lgislateur visible1 ou du lgislateur invisible1 ou de la socit en gnral4 ,toutes les fois que l'individu s'abstient de faire ce quoi le porte un dsir passager1 de peur de s'exposer ensuite une punition lgale1 ou la vengeance divine1 ou la rprobation publique1 ou tous ces dangers la fois1 il renonce au plaisir prochain et dfini plutt que de s'attirer des peines loignes et plus graves1 quoique moins dfinies1 en gotant ce plaisir2 et1 rciproquement1 lorsqu'il se soumet quelques maux prsents1 c'est qu'il peut en recueillir quelque plaisir probable futur1 politique1 religieux ou social4 ,mais1 bien que ces quatre sortes de contrle intrieur aient le caractre commun que les sentiments les plus simples et les moins idaux sont soumis dans la conscience des sentiments plus complexes et plus idaux1 et bien que1 d'abord1 elles soient en pratique coextensives et indiscernables1 cependant elles diffrent dans le cours de l'volution sociale1 et il arrive que le contrle moral1 avec les conceptions et les sentiments qui l'accompagnent1 devient indpendant4 ,jetons un coup d'oeil sur les aspects essentiels du processus4 ,lorsque1 comme dans les socits les plus grossires1 il n'existe encore ni rgle politique ni rgle religieuse1 la principale cause qui empche de satisfaire chaque dsir mesure qu'il se manifeste est la conscience des maux qui rsulteront de la colre des autres sauvages1 si la satisfaction du dsir est obtenue leurs dpens4 ,a ce premier degr1 les peines imagines qui constituent le motif directeur sont celles qui pourraient tre infliges par des tres de mme nature1 qui ne se distinguent pas1 au point de vue du pouvoir1 les uns des autres3 les causes de retenue politique1 religieuse et sociale sont donc jusqu'alors reprsentes uniquement par cette crainte mutuelle de la vengeance4 ,lorsqu'une vigueur1 une habilet ou un courage remarquables font d'un homme un chef de guerre1 il inspire ncessairement plus de crainte qu'aucun autre1 et par suite tous s'abstiennent surtout de satisfaire les inclinations qui pourraient lui nuire ou l'offenser4 ,peu peu1 comme par l'habitude de la guerre l'exercice du commandement s'tablit d'une manire durable1 on en vient distinguer la fois les maux qui rsulteraient probablement de la colre du chef1 non seulement dans le cas o on l'attaquerait mais aussi dans celui o on lui dsobirait1 des maux plus petits causs par l'antagonisme d'autres personnes et des maux plus vagues qui naissent de la rprobation sociale4 ,en d'autres termes1 le contrle politique commence se diffrencier du contrle plus indfini d'une crainte mutuelle4 ,en mme temps s'est dveloppe la thorie des esprits4 ,partout1 except dans les groupes les plus grossiers1 l'ombre d'un mort1 que l'on cherche apaiser au moment de la mort et dans la suite1 est regarde comme capable de nuire ceux qui survivent4 ,par suite1 mesure que s'tablit et se prcise la thorie des esprits1 il se forme un autre genre d'obstacle la satisfaction immdiate des dsirs1 obstacle qui consiste dans l'ide des maux que les esprits peuvent infliger quand on les a offenss3 lorsque le pouvoir politique est devenu stable1 et que les esprits des chefs dfunts1 considrs comme plus puissants et plus impitoyables que les autres esprits1 sont l'objet d'une crainte spciale1 alors commence se dessiner la forme de retenue que l'on nomme religieuse4 ,pendant longtemps1 ces trois sortes de freins1 avec leurs sanctions corrlatives1 bien qu'elles soient spares dans la conscience1 restent coextensives1 et il en est ainsi parce qu'elles se rapportent le plus souvent une seule fin1 le succs la guerre4 ,le devoir de venger le sang par le sang est proclam alors mme qu'il n'existe rien encore de ce qu'on pourrait appeler une organisation sociale4 ,a mesure que s'accrot le pouvoir du chef1 le meurtre des ennemis devient un devoir politique1 et il devient un devoir religieux lorsque l'on craint la colre du chef dfunt4 ,la fidlit au chef pendant sa vie et aprs sa mort se manifeste plus hautement par le fait de mettre sa propre vie sa disposition pour des entreprises guerrires4 ,les premiers chtiments rgulirement tablis le sont pour des actes d'insubordination ou pour des manquements des pratiques par lesquelles s'affirme la subordination2 ils sont tous militaires l'origine4 ,les injonctions divines1 de leur ct1 qui sont primitivement des traditions de la volont du roi dfunt1 ont le plus souvent pour objet la destruction des peuples avec lesquels il tait en guerre2 la colre et l'approbation divines sont conues comme dtermines par les degrs de la soumission que l'on tmoigne cette volont1 directement par le culte et indirectement par l'obissance ses injonctions4 ,le ,fidjien1 qui dit-on1 se recommande lui-mme son entre dans l'autre monde par le rcit de ses exploits la guerre1 et qui1 durant sa vie1 se dsole quelquefois en songeant qu'il n'a pas massacr assez d'ennemis pour plaire ses dieux1 nous permet de voir quels sont les ides et les sentiments qui rsultent de cette thorie et nous rappelle les ides et les sentiments analogues manifests par les races anciennes4 ,ajoutez cela que le contrle de l'opinion publique1 outre qu'il s'exerce directement1 comme au premier degr du dveloppement1 par l'estime pour le brave et le blme pour le lche1 en vient s'exercer indirectement avec un effet gnral analogue par l'approbation donne la fidlit envers le chef et la pit envers le ,dieu4 ,de telle sorte que les trois formes diffrencies de contrle qui se dveloppent paralllement avec l'organisation et l'action militaires1 tout en fortifiant des causes de retenue et des encouragements analogues1 se fortifient aussi mutuellement1 et ces disciplines spares et unies ont pour caractre commun d'imposer le sacrifice d'avantages spciaux et immdiats pour faire obtenir des avantages plus gnraux et plus loigns4 ,en mme temps se sont dvelopps sous les trois mmes sanctions d'autres motifs de retenue ou d'excitation d'un autre ordre1 galement caractriss par la subordination d'un bien prochain un bien loign4 ,les agressions diriges contre des hommes trangers la socit ne peuvent russir si les agressions entre les membres de la mme socit sont frquentes4 ,la guerre implique une coopration1 et toute coopration est rendue impossible par des antagonismes entre ceux qui ont cooprer4 ,nous avons vu que1 dans le groupe primitif encore dpourvu de gouvernement1 la principale raison qui empche chaque individu de satisfaire immdiatement ses dsirs est la crainte de la vengeance des autres hommes dans le cas o cette satisfaction leur causerait un dommage1 et1 pendant les premires phases du dveloppement social1 cette crainte des reprsailles continue tre le principal motif du renoncement tel qu'il existe4 ,mais1 bien que longtemps aprs qu'une autorit politique s'est tablie on continue se satisfaire au dtriment d'autrui1 l'accroissement de l'autorit politique rprime peu peu cette manire d'agir4 ,le fait que le succs des guerres est compromis si ses soldats se battent entre eux1 s'impose l'attention du chef4 ,il a un puissant motif pour empcher les querelles et par suite pour prvenir les agressions qui causent les querelles2 mesure que son pouvoir grandit1 il dfend les agressions et inflige des punitions ceux qui dsobissent4 ,bientt1 les freins politiques de ce genre1 comme ceux du genre prcdent1 sont renforcs par des freins religieux4 ,le chef habile1 qui russit la guerre en partie parce qu'il maintient ainsi le bon ordre parmi ceux qui le suivent1 laisse derrire lui la tradition des commandements qu'il donnait ordinairement4 ,la crainte de son fantme tend faire natre le respect pour ces commandements1 et ils finissent par acqurir un caractre sacr4 ,avec un nouveau progrs de l'volution morale1 de la mme manire se produisent de nouvelles interdictions relatives des agressions de nature moins grave1 jusqu' ce que par degrs se forme un corps de lois civiles4 ,et alors1 de la manire que nous avons vue1 se dveloppe la croyance une dsapprobation divine de ces dlits civils sans importance aussi bien que des plus graves2 elle aboutit1 l'occasion1 une srie d'injonctions religieuses qui s'harmonisent avec les injonctions politiques et les fortifient4 ,en mme temps se dveloppe1 comme auparavant1 une sanction sociale pour ces rgles de gouvernement intrieur1 donnant de la force la sanction politique et la sanction religieuse4 ,mais il faut observer maintenant que si ces trois contrles1 politique1 religieux et social1 conduisent sparment les hommes subordonner les satisfactions prochaines aux satisfactions loignes1 et s'ils sont ce point de vue semblables au contrle moral qui exige habituellement que l'on fasse passer les sentiments simples1 prsentatifs1 aprs les sentiments complexes1 reprsentatifs1 et que l'on subordonne le prsent l'avenir1 ils ne constituent cependant pas le contrle moral1 mais y prparent seulement2 ce sont des contrles l'abri desquels se dveloppe le contrle moral4 ,on obit d'abord au commandement du lgislateur politique1 non pas parce que l'on en peroit la rectitude1 mais simplement parce que c'est son commandement1 et que l'on sera puni si l'on y dsobit4 ,ce qui retient1 ce n'est pas une reprsentation mentale des consquences mauvaises que l'acte dfendu doit1 dans la nature des choses1 entraner2 mais c'est une reprsentation mentale de consquences mauvaises tout artificielles4 ,de nos jours encore on retrouve dans certaines formules lgales la doctrine primitive d'aprs laquelle l'agression dirige par un citoyen contre un autre est coupable et doit tre punie1 non pas tant cause du dommage qui est caus1 qu' cause du mpris ainsi tmoign pour la volont du roi4 ,de mme1 le crime de violer un commandement de ,dieu consistait1 ce que l'on croyait autrefois et comme beaucoup le croient encore aujourd'hui1 dans le fait de dsobir ,dieu plutt que dans celui de causer volontairement un dommage2 maintenant encore1 c'est une croyance commune que les actes sont bons seulement lorsqu'on les accomplit pour se conformer consciencieusement la volont divine3 bien plus1 ils sont mme mauvais ds qu'on les accomplit autrement4 ,c'est encore la mme chose pour le contrle qu'exerce en outre l'opinion publique4 ,si l'on coute les remarques faites relativement l'observation des rgles sociales1 on verra que la violation de ces rgles est condamne non pas tant cause d'un vice essentiel que parce qu'elle tmoigne d'un certain mpris pour l'autorit du monde4 ,le contrle vraiment moral est encore aujourd'hui bien imparfaitement diffrenci de ces contrles l'abri desquels il s'est dvelopp2 nous le voyons dans le fait que les systmes de morale dont nous avons fait plus haut la critique confondent tous le contrle moral avec l'un ou l'autre de ceux-l4 ,pour les moralistes d'une certaine classe1 les rgles morales drivent des ordres d'un pouvoir politique suprme4 ,ceux d'une autre classe ne leur attribuent pas d'autre origine que la volont divine rvle4 ,et1 bien que les hommes qui prennent pour guide l'opinion publique ne formulent pas leur doctrine1 cependant la croyance1 souvent manifeste1 qu'une conduite autorise par la socit n'est pas blmable1 indique que pour certains hommes le bien et le mal ne dpendent que de l'opinion publique4 ,avant d'aller plus loin1 nous devons rsumer les rsultats de cette analyse4 ,les vrits essentielles retenir relatives ces trois formes de contrle extrieur auxquelles est soumise l'unit sociale1 sont celles-ci3 ,d'abord1 elles ont fait leur volution en mme temps que la socit a fait la sienne1 comme moyens de prservation sociale rendus ncessaires par les circonstances mmes2 il en rsulte qu'en gnral elles s'accordent l'une avec l'autre4 ,en second lieu1 les freins corrlatifs internes engendrs dans l'unit sociale sont les reprsentations de rsultats loigns qui sont plutt accidentels que ncessaires1--pnalit lgale1 punition surnaturelle1 rprobation sociale4 ,en troisime lieu1 ces rsultats1 plus simples et plus directement produits par des activits personnelles1 peuvent tre plus vivement conus que ne le peuvent tre les rsultats que font naturellement natre les actions dans le cours des choses1 et par suite ces conceptions ont plus de puissance sur des esprits peu dvelopps4 ,quatrimement1 comme aux freins ainsi engendrs est toujours jointe l'ide d'une coercition externe1 la notion d'obligation apparat2 elle est ainsi habituellement associe celle du sacrifice d'avantages immdiats et spciaux des avantages loigns et gnraux4 ,enfin1 cinquimement1 le contrle moral s'accorde dans une large mesure1 au point de vue de ses prescriptions1 avec les trois contrles ainsi forms1 et s'accorde aussi avec eux par la nature gnrale des processus de l'esprit qui produisent la conformit ces injonctions2 mais il en diffre par la nature spciale de ces processus4 #de4 ,nous voil prpars voir que les freins considrs proprement comme moraux sont diffrents des freins dont l'volution les fait sortir et avec lesquels ils sont longtemps confondus1 en ce qu'ils ne se rapportent pas aux effets extrinsques des actions1 mais leurs effets intrinsques4 ,le motif vritablement moral qui dtourne du meurtre1 ne consiste pas dans une reprsentation de la pendaison qu'il aura pour consquence1 ou dans une reprsentation des tortures qui en rsulteront dans un autre monde1 ou dans une reprsentation de l'horreur et de la haine qu'il excitera chez nos concitoyens1 mais bien dans une reprsentation des rsultats ncessaires et naturels3 la mort cruelle inflige la victime1 la destruction de toutes ses chances de bonheur1 les souffrances causes tous les siens4 ,ni la pense de l'emprisonnement1 ni celle d'une punition divine1 ni celle de la dfaveur publique1 ne constituent la vritable raison morale pour ne pas voler1 mais bien la pense du dommage fait la personne dpouille1 avec une vague conscience des maux gnraux produits par le mpris du droit de proprit4 ,ceux qui condamnent l'adultre par des considrations morales1 ne songent ni une action en dommages et intrts1 ni une punition future qui doit suivre la violation d'un commandement1 ni la perte de la rputation2 ils pensent au malheur caus ou la femme ou au mari dont les droits sont mconnus1 l'atteinte porte aux enfants et aux funestes consquences gnrales qui accompagnent le mpris du lien du mariage4 ,rciproquement1 celui qui est pouss par un sentiment moral assister un de ses semblables dans l'embarras1 ne se reprsente pas une rcompense actuelle ou future2 il se reprsente seulement la condition meilleure qu'il s'efforce de procurer celui qu'il oblige4 ,un homme qui est moralement dispos lutter contre un mal social1 ne songe ni quelque avantage matriel ni aux applaudissements populaires1 mais seulement aux misres qu'il cherche faire disparatre1 l'accroissement de bien-tre qui en rsultera4 ,ainsi le motif moral diffre partout des motifs auxquels il est associ1 en ce que1 au lieu d'tre constitu par des reprsentations de consquences accidentelles1 collatrales et non ncessaires de nos actes1 il est constitu par des reprsentations de consquences que ces actes produisent naturellement4 ,ces reprsentations ne sont pas toutes distinctes1 bien que quelques-unes d'entre elles soient habituellement prsentes2 mais elles forment un assemblage de reprsentations indistinctes accumules par l'exprience des rsultats d'actes semblables dans la vie de l'individu1 superpos une conscience encore plus indistincte mais considrable1 due aux effets transmis par l'hrdit de semblables expriences faites par les devanciers3 le tout forme un sentiment la fois solide et vague4 ,nous voyons maintenant pourquoi les sentiments moraux et les freins corrlatifs ont apparu plus tard que les sentiments et les freins dont l'origine se trouve dans l'autorit politique1 religieuse et sociale1 et comment ils s'en sont dgags lentement et encore si incompltement aujourd'hui4 ,c'est seulement en effet par ces sentiments et ces freins d'un ordre infrieur que pouvaient tre maintenues les conditions dans lesquelles les sentiments et les freins plus levs se dveloppent4 ,cela est vrai aussi bien pour les sentiments qui regardent l'individu que pour les sentiments dont les autres sont l'objet4 ,les peines qui rsulteront de l'imprvoyance et les plaisirs que l'on s'assure en pargnant ce dont on aura besoin dans l'avenir1 et en travaillant pour se le procurer1 peuvent tre habituellement opposs dans la pense1 mais seulement autant que des arrangements sociaux bien tablis rendent l'accumulation possible1 et1 pour que de pareils arrangements puissent s'tablir1 il faut que la crainte du lgislateur visible1 ou du lgislateur invisible1 ou de l'opinion publique entre en jeu4 ,c'est seulement aprs que des freins politiques1 religieux et sociaux ont produit une communaut stable1 qu'il peut y avoir une exprience assez grande des peines1 positives et ngatives1 sensationnelles et motionnelles1 que causent les agressions criminelles1 pour engendrer contre elles l'aversion morale constitue par la conscience de leurs mauvais rsultats intrinsques4 ,il est encore plus manifeste qu'un sentiment moral comme celui de l'quit abstraite1 que ne blessent pas seulement les injustices commises contre des hommes1 mais encore les institutions politiques qui leur causent quelque dsavantage1 peut se dvelopper seulement lorsque le dveloppement social auquel on est parvenu donne une exprience familire la fois des maux qui rsultent directement des injustices1 et aussi de ceux qui dcoulent indirectement des privilges de certaines classes par lesquels l'injustice est rendue facile4 ,que les sentiments appels moraux aient la nature et l'origine que nous indiquons1 on le voit encore par le fait que nous leur donnons ce nom en proportion du degr o ils ont pour caractres1 d'abord d'tre re-reprsentatifs1 ensuite de se rapporter des effets indirects plutt qu' des effets directs1 et gnralement des effets loigns plutt qu' des effets prochains1 et enfin de tendre des effets qui sont ordinairement gnraux plutt que spciaux4 ,ainsi1 bien que nous condamnions un homme pour ses folies et que nous approuvions l'conomie dont un autre fait preuve1 nous ne classons pas leurs actes respectivement comme vicieux et vertueux3 ces mots sont trop forts2 les rsultats prsents et futurs diffrent trop peu ici1 au point de vue de leur valeur concrte et de leur idalit1 pour rendre ces mots pleinement applicables4 ,supposons cependant que les folies dont nous parlons entranent ncessairement la misre pour la femme et les enfants de celui qui les commet1 entranent des suites fcheuses atteignant aussi bien l'existence des autres que celle de leur auteur1 la culpabilit de ces folies devient alors vidente4 ,supposons encore que1 pouss par le dsir de retirer sa famille de la misre laquelle il l'a rduite1 le dissipateur fasse un faux ou commette quelque autre fraude4 ,bien qu'en le considrant part1 nous caractrisions comme moral le sentiment auquel il obit1 et que nous soyons par suite disposs l'indulgence1 cependant nous condamnons comme immorale son action prise comme un tout2 nous regardons comme ayant une autorit suprieure les sentiments qui rpondent aux droits de proprit1 sentiments qui sont re-reprsentatifs un plus haut degr1 et se rapportent des consquences gnrales plus loignes4 ,la diffrence1 habituellement reconnue1 entre la valeur relative de la justice et de la gnrosit1 sert bien faire comprendre cette vrit4 ,le motif qui prside une action gnreuse se rapporte des effets d'un genre plus concret1 plus spcial et plus prochain1 que le motif qui prside la justice2 celui-ci1 par del les effets prochains1 moins concrets ordinairement eux-mmes1 que ceux que considre la gnrosit1 implique une conscience des effets loigns1 complexes et gnraux1 du fait de maintenir d'quitables relations4 ,aussi affirmons-nous que la justice l'emporte sur la gnrosit4 ,je rendrai plus facile l'intelligence de cette longue argumentation en citant ici encore un passage de la lettre ,m4 ,mill dont j'ai dj parl1 la suite du passage reproduit plus haut4 ,pour faire comprendre entirement ce que je veux dire1 il me semble ncessaire d'ajouter que1 en correspondance avec les propositions fondamentales d'une science morale dveloppe1 certaines intuitions morales fondamentales ont t et sont encore dveloppes dans la race1 et que1 bien que ces intuitions morales soient le rsultat d'expriences accumules d'utilit1 devenues graduellement organiques et hrditaires1 elles sont devenues compltement indpendantes de l'exprience consciente4 ,absolument comme je crois que l'intuition de l'espace1 qui existe chez tout individu vivant1 drive des expriences organises et consolides de tous les individus1 ses anctres1 qui lui ont transmis leur organisation nerveuse lentement dveloppe2 comme je crois que cette intuition1 qui n'a besoin pour tre rendue dfinitive et complte que d'expriences personnelles1 est devenue pratiquement une forme de pense entirement indpendante en apparence de l'exprience2 je crois aussi que les expriences d'utilit organises et consolides travers toutes les gnrations passes de la race humaine1 ont produit des modifications nerveuses correspondantes1 qui1 par une transmission et une accumulation continues1 sont devenues en nous certaines facults d'intuition morale1 certaines motions correspondant la conduite bonne ou mauvaise1 qui n'ont aucune base apparente dans les expriences individuelles d'utilit4 ,je soutiens aussi que de mme que l'intuition de l'espace rpond aux dmonstrations exactes de la gomtrie1 qui en vrifie et en interprte les grossires conclusions1 de mme les intuitions morales rpondront aux dmonstrations de la science morale1 qui en interprteront et vrifieront les grossires conclusions4 ,a cela1 en passant1 j'ajouterai seulement que l'hypothse de l'volution nous rend ainsi capables de concilier les thories morales opposes1 comme elle nous permet de concilier les thories opposes de la connaissance4 ,en effet1 de mme que la doctrine des formes innes de l'intuition intellectuelle s'accorde avec la doctrine exprimentale1 du moment o nous reconnaissons la production de facults intellectuelles par l'hrdit des effets de l'exprience1 la doctrine des facults innes de perception morale s'accorde avec celle de l'utilitarisme ds que l'on voit que les prfrences et les aversions sont rendues organiques par l'hrdit des effets des expriences agrables ou pnibles faites par nos anctres4 #df4 ,il nous faut rpondre encore une autre question4 ,comment se produit le sentiment d'obligation morale en gnral8 ,d'o vient le sentiment du devoir considr comme distinct des sentiments particuliers qui nous portent la temprance1 la prudence1 la bienfaisance1 la justice1 la bonne foi1 etc48 ,la rponse est que c'est un sentiment abstrait engendr d'une manire analogue celle dont se forment les ides abstraites4 ,l'ide de la couleur a primitivement un caractre entirement concret qui lui est donn par un objet qui a une couleur1 comme nous le montrent certains noms qui n'ont subi aucune modification1 tels que orange et violet 7violette74 ,la dissociation de chaque couleur de l'objet dont l'ide tait spcialement associe avec elle au dbut s'est faite mesure que la couleur a t associe par la pense des objets diffrents du premier et diffrents entre eux4 ,l'ide d'orange a t conue d'une manire de plus en plus abstraite mesure qu'en se rappelant diffrents objets qui prsentaient cette couleur orange on a nglig leurs attributs divers pour ne penser qu' leur attribut commun4 ,il en est de mme si nous montons d'un degr et observons comment se forme l'ide abstraite de couleur spare de celle des couleurs particulires4 ,si tous les corps taient rouges1 la conception abstraite de couleur n'existerait pas4 ,supposez que tous les corps soient rouges ou gris2 il est vident que l'on prendrait l'habitude mentale de penser l'une ou l'autre de ces couleurs en connexion avec n'importe quel objet dont on saurait le nom4 ,mais multipliez les couleurs de telle sorte que la pense erre incertaine travers les ides de toutes ces couleurs mesure que l'on nomme un objet1 et il en rsulte la notion de couleur indtermine1 de la proprit commune que les objets possdent de nous affecter par la lumire rflchie leur surface1 aussi bien que par leurs formes4 ,en effet1 la notion de cette proprit commune est celle qui reste constante1 tandis que l'imagination se reprsente toute la varit possible des couleurs4 ,elle est dans toutes les choses colores le trait uniforme1 c'est--dire la couleur abstraite4 ,les termes qui se rapportent la quantit fournissent des exemples d'une dissociation plus marque de l'abstrait et du concret4 ,en groupant diffrentes choses comme petites en comparaison de celles du genre auquel elles appartiennent ou de celles d'autres genres1 et de mme en groupant quelques objets comme relativement grands1 nous obtenons les notions abstraites de petitesse et de grandeur4 ,appliques comme elles le sont d'innombrables choses trs diverses1 non seulement des objets1 mais des forces1 des dures1 des nombres1 des valeurs1 ces notions sont maintenant si peu lies au concret1 que leurs significations abstraites sont extrmement vagues4 ,nous devons noter en outre qu'une ide abstraite ainsi forme acquiert souvent une indpendance illusoire2 nous le voyons dans le cas du mouvement qui1 dissoci par la pense de tout corps particulier1 de toute vitesse et de toute direction1 est quelquefois mentionn comme s'il pouvait tre conu indpendamment de tout mobile4 ,tout cela est vrai du subjectif aussi bien que de l'objectif1 et1 parmi les autres tats de conscience1 c'est vrai des motions telles que la rflexion nous les fait connatre4 ,en groupant les sentiments re-reprsentatifs dcrits plus haut1 qui1 diffrents entre eux d'autres gards1 ont un lment commun1 et en effaant par suite leurs lments dissemblables1 on rend cet lment commun relativement apprciable et l'on en fait un sentiment abstrait4 ,ainsi se produit le sentiment de l'obligation morale ou du devoir4 ,etudions-en la gense4 ,nous avons vu que1 pendant le progrs de l'existence anime1 les sentiments les derniers dvelopps1 plus composs et plus reprsentatifs1 servant ajuster la conduite des besoins plus loigns et plus gnraux1 ont toujours l'autorit de guides suprieurs relativement aux sentiments primitifs et plus simples1 sauf les cas o ces derniers sont intenses4 ,cette autorit suprieure1 chappant aux types d'tres infrieurs qui ne peuvent gnraliser1 et peu apprcie des hommes primitifs qui n'ont que de faibles pouvoirs de gnralisation1 a t distinctement reconnue mesure que la civilisation et le dveloppement mental qui la suit ont augment4 ,des expriences accumules ont produit la conscience que la direction donne par des sentiments qui se rapportent des rsultats loigns et gnraux fait mieux parvenir ordinairement au bien-tre que la direction donne par des sentiments dont la satisfaction est immdiate4 ,quel est en effet le caractre commun des sentiments qui nous portent l'honntet1 la bonne foi1 l'activit1 la prudence1 etc41 sentiments que les hommes regardent habituellement comme de meilleurs guides que les apptits ou de simples impulsions8 ,ce sont tous des sentiments complexes1 re-reprsentatifs1 qui se rapportent plutt l'avenir qu'au prsent4 ,l'ide d'une valeur pour la direction de la conduite s'est donc associe celle des sentiments qui ont ces caractres2 il en rsulte que les sentiments infrieurs et plus simples sont sans autorit4 ,cette ide de valeur pour la direction de la conduite est un lment de la conscience abstraite du devoir4 ,mais il y a un autre lment1 l'lment de coercivit4 ,celle-ci tire son origine de l'exprience des formes particulires de freins qui1 ainsi que nous l'avons montr plus haut1 se sont tablies dans le cours de la civilisation--frein politique1 religieux et social4 ,le ,dr ,bain attribue le sentiment de l'obligation morale aux effets des chtiments infligs par la loi et l'opinion publique aux actes d'un certain genre4 ,je suis d'accord avec lui pour croire que ces chtiments ont produit le sentiment d'incitation agir qu'enferme la conscience du devoir1 et qu'exprime le mot d'obligation4 ,l'existence d'un lment plus ancien et plus profond1 produit comme nous l'avons montr plus haut1 est cependant implique1 je crois1 par le fait que quelques-uns des sentiments les plus levs concernant l'individu lui-mme1 ceux qui nous portent la prudence et l'conomie1 ont une autorit morale par opposition aux sentiments plus simples qui concernent aussi l'individu3 cela prouve que1 en dehors de toute pense de peines factices infliges l'imprvoyance1 le sentiment constitu par une reprsentation des peines naturelles a acquis une supriorit reconnue4 ,mais1 en acceptant en gnral cette thorie que la crainte des chtiments politiques et sociaux 7auxquels il faut1 je pense1 ajouter les chtiments religieux7 ait enfant ce sentiment de coercivit qui se dveloppe avec la pense de faire passer le prsent aprs l'avenir et nos dsirs personnels aprs les droits des autres1 il nous importe beaucoup de remarquer ici que ce sentiment de coercivit s'est indirectement associ avec les sentiments regards comme moraux4 ,en effet1 puisque les motifs politique1 religieux et social de retenue1 sont principalement forms de la reprsentation des rsultats futurs1 et puisque le motif moral de retenue est principalement form de la reprsentation des rsultats futurs1 il arrive que les reprsentations1 ayant beaucoup de points communs et ayant t souvent excites ensemble1 la crainte jointe trois d'entre elles se joint1 par association1 la quatrime4 ,la pense des effets extrinsques d'un acte dfendu excite une crainte qui persiste lorsque l'on pense aux effets intrinsques de cet acte1 et la crainte ainsi lie ces effets intrinsques produit un vague sentiment d'incitation morale4 ,le motif moral1 mergeant comme il le fait1 mais lentement1 du milieu des motifs politique1 religieux et social1 a pendant longtemps sa part de la conscience qui est inhrente ces motifs1 d'une subordination quelque activit extrieure1 et c'est seulement lorsqu'il devient distinct et prdominant qu'il perd cette conscience associe3 le sentiment de l'obligation s'affaiblit seulement alors4 ,cette remarque implique la conclusion tacite1 qui ne manquera pas de surprendre1 que le sentiment du devoir ou de l'obligation morale est transitoire et doit diminuer mesure que la moralisation s'accrot4 ,quelque surprenante qu'elle soit1 cette conclusion peut tre dfendue d'une manire satisfaisante4 ,ds maintenant1 l'on peut suivre le progrs vers ce dernier tat que nous supposons4 ,il n'est pas rare d'observer que la persistance accomplir un devoir finit par en faire un plaisir1 et l'on est amen par l admettre que1 tandis que le motif contient d'abord un lment de coercition1 cet lment disparat la fin1 et l'acte s'accomplit sans que l'on ait aucune conscience d'tre oblig l'accomplir4 ,le contraste entre le jeune homme auquel on commande d'tre actif1 et l'homme d'affaires si absorb par ses occupations qu'on ne peut le dcider prendre du repos1 nous fait voir comment le travail1 qui est l'origine conu comme devant tre accompli1 peut finir par cesser d'tre accompagn de cette ide4 ,il arrive quelquefois1 il est vrai1 que cette relation est renverse3 l'homme d'affaires persiste travailler par le seul amour du travail1 alors qu'il ne devrait pas le faire4 ,il n'en est pas ainsi uniquement des sentiments qui concernent l'individu lui-mme4 ,que le soin et la protection de la femme par le mari rsultent souvent uniquement de sentiments qui trouvent leur rcompense directe dans les actes qu'ils inspirent1 sans qu'il soit question de devoir2 que l'ducation des enfants devienne souvent une occupation absorbante sans qu'il s'y joigne aucun sentiment coercitif d'obligation1 ce sont l des vrits videntes qui nous prouvent que1 ds maintenant1 pour quelques-uns de nos devoirs essentiels envers les autres1 le sentiment de l'obligation s'est comme retir tout au fond de l'esprit4 ,il en est de mme jusqu' un certain point pour les devoirs envers les autres d'un genre plus lev4 ,la conscience1 chez beaucoup d'hommes1 a franchi ce degr o le sentiment d'un pouvoir qui commande se joint au jugement de la rectitude d'un acte4 ,le vritable honnte homme1 que l'on rencontre quelquefois1 non seulement ne songe pas une contrainte lgale1 religieuse ou politique1 lorsqu'il s'acquitte d'une dette2 il ne pense mme pas une obligation qu'il s'imposerait lui-mme4 ,il fait le bien avec un simple sentiment de plaisir le faire1 et en vrit il souffrirait avec peine que quoique ce ft l'empcht de le faire4 ,il est donc vident qu'avec une adaptation complte l'tat social1 cet lment de la conscience sociale exprim par le mot d'obligation disparatra4 ,les actions d'ordre lev ncessaires pour le dveloppement harmonieux de la vie seront aussi ordinaires et faciles que les actes infrieurs auxquels nous portent de simples dsirs4 ,dans le temps1 la place et la proportion qui leur sont propres1 les sentiments moraux guideront les hommes d'une manire tout aussi spontane et exacte que le font maintenant les sensations4 ,bien qu'il doive encore exister des ides latentes des maux qui rsulteraient de la non-conformit au bien1 jointes l'influence rgulatrice de ces sentiments alors qu'elle s'exercera1 ces ides n'occuperont pas plus l'esprit que ne le font les ides des maux de la faim au moment mme o un homme en bonne sant satisfait son apptit4 #dg4 ,cette exposition laborieuse que l'extrme complexit du sujet a rendue ncessaire1 contient des ides essentielles que nous allons mettre en relief4 ,en symbolisant par a et par b les phnomnes extrieurs associs1 qui ont un rapport quelconque avec le bien-tre de l'organisme1 et en symbolisant par c et par d les impressions simples ou composes que l'organisme reoit du premier1 et les mouvements simples et combins par lesquels ses actes sont adapts pour s'approprier le second1 nous avons vu que la psychologie en gnral a s'occuper de la connexion entre la relation ab et la relation cd4 ,en outre1 nous avons vu que par voie de consquence l'aspect psychologique de la morale est l'aspect sous lequel l'ajustement de cd ab apparat non pas simplement comme une coordination intellectuelle1 mais comme une coordination dans laquelle les plaisirs et les peines sont galement des facteurs et des rsultats4 ,on a montr que dans le cours de l'volution le motif et l'acte deviennent plus complexes1 mesure que l'adaptation des actions intrieures associes1 aux actions extrieures associes1 s'accrot en tendue et en varit4 ,d'o a dcoul le corollaire que les sentiments les derniers dvelopps1 plus reprsentatifs et re-reprsentatifs dans leur constitution1 et se rapportant des besoins plus loigns et plus grands1 ont en partage comme guides une autorit plus marque que les sentiments antrieurement dvelopps et plus simples4 ,aprs avoir ainsi observ qu'un tre mme infrieur est gouvern par une hirarchie de sentiments constitus de telle sorte que le bien-tre gnral dpend d'une certaine subordination de l'infrieur au suprieur1 nous avons vu que dans l'homme1 mesure qu'il arrive l'tat social1 nat le besoin de diverses subordinations additionnelles de l'infrieur au suprieur1 la coopration n'tant rendue possible que par elles4 ,aux freins constitus par les reprsentations mentales des effets intrinsques des actions1 qui1 sous leur forme la plus simple1 se sont dveloppes depuis le commencement1 s'ajoutent les freins rsultant des reprsentations mentales d'effets extrinsques1 sous la forme de pnalits politiques1 religieuses et sociales4 ,avec l'volution de la socit1 rendue possible par des institutions qui maintiennent l'ordre et qui associent dans l'esprit des hommes le sentiment de l'obligation avec l'ide des actes prescrits et avec celle de la cessation des actes dfendus1 sont nes des occasions de voir les consquences mauvaises qui dcoulent naturellement d'une conduite interdite et les bonnes consquences qui suivent une conduite commande4 ,de l ont fini par se dvelopper les aversions et les approbations morales1 l'exprience des effets intrinsques venant ncessairement ici plus tard que l'exprience des effets extrinsques1 et par suite produisant plus tard ses rsultats4 ,les penses et les sentiments qui constituent ces aversions et ces approbations morales sont toujours dans une troite connexion avec les penses et les sentiments qui constituent la crainte des pnalits politiques1 religieuses et morales1 et par suite ont t accompagns aussi du sentiment d'obligation4 ,l'lment coercitif dans la conscience des devoirs en gnral1 dvelopp par un commerce avec les influences externes qui renforcent le devoir1 s'est lui-mme rpandu par association travers cette conscience du devoir1 proprement appele morale1 qui considre les rsultats intrinsques au lieu des rsultats extrinsques4 ,mais cette contrainte de soi-mme qui1 dans une phase relativement leve1 se substitue de plus en plus la contrainte venue du dehors1 doit elle-mme1 dans une phase encore plus leve1 disparatre dans la pratique4 ,si quelque action pour laquelle le motif spcial est insuffisant est accomplie par obissance au sentiment de l'obligation morale1 le fait prouve que la facult spciale dont il s'agit n'est pas encore gale sa fonction1 n'a pas acquis assez de force pour que l'activit requise soit devenue son activit normale1 lui fournissant la somme de plaisir qu'elle doit fournir4 ,ainsi1 avec une volution complte1 le sentiment de l'obligation1 n'tant pas ordinairement prsent1 ne s'veillera que dans ces occasions extraordinaires qui portent violer les lois auxquelles autrement on se conforme d'une manire toute spontane4 ,nous sommes ainsi amens l'aspect psychologique de la conclusion que nous avons donne dans le dernier chapitre sous son aspect biologique4 ,les plaisirs et les peines qui ont leur origine dans le sentiment moral1 deviendront1 comme les plaisirs et les peines physiques1 des causes d'agir ou de ne pas agir si bien adaptes1 dans leurs forces1 aux besoins1 que la conduite morale sera la conduite naturelle4 ,,chapitre ,,viii ,,le ,,point ,,de ,,vue ,,sociologique #dh4 ,ce n'est pas pour la race humaine seulement1 mais pour toutes les races1 qu'il y a des lois du bien vivre4 tant donns son milieu et sa structure1 il y a pour chaque genre de cratures une srie d'actions destines par leurs genres1 leurs degrs et leurs combinaisons1 assurer la plus haute conservation que permette la nature de l'tre4 ,l'animal1 comme l'homme1 a besoin de nourriture1 de chaleur1 d'activit1 de repos1 etc42 ces besoins doivent tre satisfaits certains degrs relatifs pour rendre sa vie complte4 ,la conservation de sa race implique la satisfaction d'apptits spciaux1 sexuels et philoprognitifs1 dans des proportions lgitimes4 ,par suite1 on peut supposer pour les activits de chaque espce1 une formule qui 7on pourrait dvelopper cette ide7 constituerait pour cette espce un systme de moralit4 ,mais un tel systme de moralit aurait peu ou point de rapports avec le bien-tre d'autres tres que l'individu lui-mme ou sa race4 ,un tre infrieur tant1 comme il l'est1 indiffrent aux individus de sa propre espce1 et ordinairement hostile aux individus des autres espces1 la formule de sa vie ne tiendrait aucun compte de l'existence de ceux avec lesquels il se rencontre1 ou plutt une telle formule impliquerait que la conservation de sa vie est en opposition avec la conservation de celle des autres4 ,mais en s'levant des espces infrieures l'tre de l'espce la plus leve1 l'homme1 ou1 plus strictement1 en s'levant de l'homme de la phase pr-sociale l'homme de la phase sociale1 la formule doit contenir un facteur additionnel4 ,bien qu'il ne soit pas particulier la vie humaine sous sa forme dveloppe1 la prsence de ce facteur est cependant1 au plus haut degr1 caractristique de cette vie4 ,bien qu'il y ait des espces infrieures qui montrent de la sociabilit dans une trs large mesure1 et bien que1 dans la formule de leurs existences compltes1 on ait tenir compte des relations qui naissent de l'union1 cependant notre propre espce doit1 tout prendre1 tre distingue comme ayant pour la vie complte une formule qui reconnat spcialement les relations de chaque individu avec les autres en prsence desquels et en coopration avec lesquels il lui faut vivre4 ,ce facteur additionnel1 dans le problme de la vie complte1 est1 en vrit1 si important que les modifications de conduite qu'il a rendues ncessaires en sont venues former une partie capitale du code de la conduite4 ,comme les inclinations hrditaires1 qui se rapportent directement la conservation de la vie individuelle1 sont trs exactement ajustes aux besoins1 il n'a pas t ncessaire d'insister sur le fait qu'il est bon pour la conservation de soi-mme de se conformer ces inclinations4 ,rciproquement1 comme ces inclinations dveloppent des activits qui sont souvent en conflit avec les activits des autres1 et comme les sentiments qui correspondent aux droits d'autrui sont relativement faibles1 les codes de morale insistent avec force sur les empchements d'agir qui rsultent de la prsence de nos semblables4 ,ainsi1 au point de vue sociologique1 la morale n'est rien autre qu'une explication dfinie des formes de conduite qui conviennent l'tat de socit1 de telle sorte que la vie de chacun et de tous puisse tre la plus complte possible1 la fois en longueur et en largeur4 #di4 ,mais ici1 nous rencontrons un fait qui nous empche de placer ainsi en premire ligne le bien-tre des citoyens considrs individuellement1 et nous oblige de mettre en premire ligne le bien-tre de la socit considre comme un tout4 ,la vie de l'organisme social doit1 en tant que fin1 prendre rang au-dessus des existences de ses units4 ,ces deux fins ne sont pas en harmonie l'origine1 et1 malgr la tendance les mettre en harmonie1 elles sont encore partiellement en conflit4 ,a mesure que l'tat social se consolide1 la conservation de la socit devient un moyen de conserver ses units4 ,la vie en commun s'est tablie parce que1 en somme1 on a reconnu qu'elle tait plus avantageuse pour tous que la vie dans l'isolement1 et cela implique que maintenir cette combinaison c'est maintenir les conditions d'une existence plus satisfaisante que celle que les personnes unies dans cette combinaison auraient de toute autre manire4 ,par suite1 la conservation de la socit par elle-mme devient un but prochain qui prend le pas sur le but dernier1 la conservation de l'individu4 ,cette subordination du bien-tre personnel celui de la socit est cependant contingente3 elle dpend de la prsence de socits antagonistes4 ,tant que l'existence d'une socit est mise en pril par les actes de communauts voisines1 il reste vrai que les intrts des individus doivent tre sacrifis ceux de la communaut1 autant que cela est ncessaire au salut de la communaut4 ,si cette vrit est manifeste1 il est manifeste aussi1 par voie de consquence1 que1 lorsque cesse l'antagonisme social1 cette ncessit de sacrifier les droits privs aux droits publics cesse aussi2 ou plutt les droits publics cessent d'tre en opposition avec les droits privs4 ,le but dernier a toujours t de favoriser les existences individuelles1 et1 si ce but dernier a t subordonn la fin prochaine de sauver l'existence de la communaut1 la seule raison en a t que cette fin prochaine tait une condition pour atteindre la fin dernire4 ,lorsque l'agrgat n'est plus en danger1 l'objet final poursuivi1 le bien-tre des units1 n'ayant plus besoin d'tre subordonn1 devient l'objet immdiat de la poursuite4 ,ainsi1 nous avons donner des conclusions diffrentes touchant la conduite humaine1 suivant que nous avons affaire un tat de guerre habituel ou ventuel1 ou un tat de paix permanent et gnral4 ,examinons ces deux tats et ces deux sortes de consquences4 #ej4 ,actuellement1 l'homme individuel doit tenir compte1 comme il convient1 dans la conduite de sa vie1 des existences d'autres tres qui appartiennent la mme socit1 et en mme temps il est quelquefois appel mpriser l'existence de ceux qui appartiennent d'autres socits4 ,la mme constitution mentale ayant satisfaire ces deux ncessits est fatalement en dsaccord avec elle-mme1 et la conduite corrlative1 ajuste d'abord un besoin1 ensuite l'autre1 ne peut pas tre soumise un systme moral qui soit bien consquent4 ,tantt nous devons har et dtruire nos semblables1 tantt les aimer et les assister4 ,employez tous les moyens pour tromper1 nous dit l'un des deux codes de conduite1 et l'autre nous dit en mme temps d'tre de bonne foi dans nos paroles et dans nos actes4 ,saisissez-vous de tout ce qui appartient aux autres1 et brlez ce que vous ne pouvez emporter est une des injonctions de la religion de la guerre1 tandis que la religion de l'amiti condamne comme des crimes le vol et l'incendie4 ,tant que la conduite se compose ainsi de deux parts opposes l'une l'autre1 la thorie de la conduite reste confuse4 ,il coexiste une incompatibilit analogue entre les sentiments qui correspondent respectivement aux formes de cooprations requises pour la vie militaire et pour la vie industrielle4 ,tant que les antagonismes sociaux sont habituels1 et tant que1 pour rendre efficace l'action contre d'autres socits1 une grande soumission ceux qui commandent est ncessaire1 il faut pratiquer surtout la vertu de la fidlit et le devoir d'une obissance implicite3 le mpris de la volont du chef est puni de mort4 ,mais lorsque la guerre cesse d'tre chronique1 et lorsque les progrs de l'industrie habituent les hommes dfendre leurs propres droits tout en respectant les droits d'autrui1 la fidlit devient moins profonde1 l'autorit du chef est mise en question ou mme nie par rapport diverses actions1 diverses croyances prives4 ,les lois de l',etat sont braves avec succs dans plusieurs directions1 et l'indpendance politique des citoyens est bientt regarde comme un droit qu'il est vertueux de dfendre et honteux d'abandonner4 ,il arrive ncessairement que1 dans la transition1 ces sentiments opposs se mlent d'une manire peu harmonieuse4 ,il en est encore de mme pour les institutions domestiques sous les deux rgimes4 ,tant que le premier domine1 il est honorable de possder un esclave1 et chez un esclave la soumission est digne d'loges2 mais1 mesure que le second se dveloppe1 c'est un crime d'avoir des esclaves1 et l'obissance servile excite le mpris4 ,il n'en est pas autrement dans la famille4 ,la sujtion des femmes par rapport aux hommes1 complte tant que la guerre est habituelle1 mais adoucie mesure que les occupations pacifiques en prennent la place1 en vient peu peu tre regarde comme injuste1 et l'on proclame enfin l'galit des sexes devant la loi4 ,en mme temps se modifie l'opinion touchant le pouvoir paternel4 ,le droit autrefois incontest du pre sur la vie de ses enfants est ni1 et le devoir d'une soumission absolue la volont paternelle1 longtemps affirm sans rserve1 se change en celui d'une obissance renferme dans des limites raisonnables4 ,si la relation entre la vie d'antagonisme avec des socits trangres et la vie de coopration pacifique au dedans de chaque socit tait une relation constante1 on pourrait trouver quelque compromis permanent entre les rgles opposes de la conduite approprie aux deux manires de vivre4 ,mais1 comme cette relation est variable1 le compromis ne peut jamais tre que temporaire4 ,on tend toujours une harmonie entre les croyances et les besoins4 ,ou bien les arrangements sociaux sont graduellement changs1 jusqu' ce qu'ils arrivent tre en harmonie avec les ides et les sentiments dominants2 ou bien1 si les conditions du milieu s'opposent un changement des arrangements sociaux1 les habitudes de vie qu'elles rendent ncessaires modifient les ides dominantes et les sentiments dans la mesure qu'il faut4 ,de l1 pour chaque genre et chaque degr d'volution sociale dtermin par un conflit au dehors et l'union au dedans1 il y a un compromis appropri entre le code moral de l'hostilit et le code moral de l'amiti3 non pas1 la vrit1 un compromis dfinitif1 durable1 mais un compromis de bonne foi4 ,ce compromis1 bien qu'il puisse tre vague1 ambigu1 illogique1 fait cependant autorit pour un temps4 ,car si1 comme on l'a montr plus haut1 le bien-tre de la socit doit prendre le pas sur le bien-tre des individus qui la composent1 pendant ces phases o les individus pour se sauver eux-mmes doivent sauver leur socit1 un tel compromis temporaire entre les deux codes de conduite1 par cela mme qu'il pourvoit comme il convient la dfense extrieure en mme temps qu'il favorise le plus qu'il est possible en pratique la coopration interne1 contribue la conservation de la vie au plus haut degr et obtient ainsi la sanction dernire4 ,par suite1 les morales perplexes et inconsquentes dont chaque socit et chaque poque nous montrent des exemples plus ou moins dissemblables1 sont justifies chacune en particulier comme tant approximativement les meilleures possibles dans les circonstances donnes4 ,mais1 par leurs dfinitions mmes1 de telles moralits appartiennent une conduite incomplte1 et non la conduite entirement dveloppe4 ,nous avons vu que les ajustements d'actes leurs fins qui1 tout en constituant les manifestations extrieures de la vie1 favorisent la continuation de la vie1 tendent vers une certaine forme idale dont s'approche maintenant l'homme civilis4 ,mais cette forme n'est pas atteinte tant que continuent les agressions d'une socit contre une autre4 ,il importe peu que l'obstacle au dveloppement complet de la vie provienne de crimes de compatriotes ou de crimes d'trangers2 si ces crimes se produisent1 l'tat que nous avons dfini n'existe pas encore4 ,on arrive la limite de l'volution de la conduite pour les membres de chaque socit1 seulement lorsque1 cette limite ayant t atteinte aussi par les membres d'autres socits1 les causes d'antagonisme international prennent fin en mme temps que les causes d'antagonisme entre individus4 ,ayant reconnu ainsi1 du point de vue sociologique1 le besoin et l'autorit de ces systmes de morale qui changent en mme temps que les rapports entre les activits guerrires et les activits pacifiques1 nous avons considrer1 du mme point de vue1 le systme de morale propre l'tat o les activits pacifiques ne sont plus troubles4 #ea4 ,si1 excluant toute ide de dangers ou d'obstacles provenant de causes extrieures une socit1 nous nous appliquons spcifier les conditions dans lesquelles la vie de chaque personne1 et par suite de l'agrgat1 peut tre la plus grande possible1 nous arrivons certaines propositions simples qui1 telles qu'elles sont ici poses1 prennent la forme de truismes4 ,en effet1 comme nous l'avons vu1 la dfinition de cette vie1 la plus haute qui accompagne la conduite compltement dveloppe1 exclut elle-mme tout acte d'agression1 non seulement le meurtre1 l'attaque main arme1 le vol et gnralement les offenses les plus graves1 mais les moindres offenses1 telles que la diffamation1 tout dommage caus la proprit et ainsi de suite4 ,en portant directement atteinte l'existence individuelle1 ces actes causent indirectement une perturbation de la vie sociale4 ,les crimes contre les autres provoquent un antagonisme en retour1 et1 s'ils sont nombreux1 l'association perd toute cohsion4 ,par suite1 que l'on considre l'intgrit du groupe lui-mme comme fin1 ou que la fin considre soit l'avantage dfinitivement assur aux units du groupe par la conservation de son intgrit1 ou encore que l'avantage immdiat de ses units prises sparment soit la fin considre1 la consquence est la mme3 de pareils actes sont en opposition avec l'achvement de la fin4 ,que ces infrences soient videntes d'elles-mmes et familires tous 7comme le sont la vrit les premires infrences tires des donnes de toute science qui arrive la priode dductive71 ce n'est pas une raison pour nous de passer lgrement sur ce fait extrmement important que1 du point de vue sociologique1 l'on voit les lois morales essentielles dcouler comme corollaires de la dfinition d'une vie complte se dveloppant dans des conditions sociales4 ,ce n'est cependant pas assez de respecter ces lois fondamentales de la morale4 ,des hommes associs qui vivraient sparment sans se faire tort les uns aux autres1 mais sans s'assister non plus1 ne recueilleraient de leur association aucun autre avantage que de vivre en socit4 ,si1 alors qu'il n'y a pas coopration pour des projets dfensifs 7ce qui est ici exclu par hypothse71 il n'y a pas non plus coopration pour la satisfaction des besoins1 l'tat social perd presque1 sinon entirement1 sa raison d'tre4 ,il y a des peuples1 il est vrai1 qui vivent dans une condition peu loigne de celle-l1 tels que les ,esquimaux4 ,mais bien que ces hommes1 n'ayant pas besoin de s'unir pour la guerre qui leur est inconnue1 vivent de telle sorte que chaque famille soit essentiellement indpendante des autres1 il se prsente cependant des occasions d'agir en commun4 ,en ralit1 il est peine possible de concevoir que des familles puissent vivre les unes ct des autres sans jamais se donner un mutuel secours4 ,nanmoins1 que cet tat existe rellement ou qu'on s'en rapproche seulement dans certains pays1 nous devons ici reconnatre comme hypothtiquement possible un tat dans lequel ces seules lois morales fondamentales soient suivies1 pour observer1 sous leurs formes simples1 quelles sont les conditions ngatives d'une vie sociale harmonique4 ,que les membres d'un groupe social cooprent ou non1 certaines limitations leurs activits individuelles sont rendues ncessaires par leur association1 et1 aprs les avoir reconnues comme se produisant en l'absence de toute coopration1 nous serons mieux prpars comprendre comment on s'y conforme lorsque la coopration commence4 #eb4 ,en effet1 que les hommes vivent ensemble d'une manire tout fait indpendante1 en vitant seulement avec soin de s'attaquer1 ou que1 passant de l'association passive l'association active1 ils runissent leurs efforts1 leur conduite doit tre telle que l'achvement des fins par chacun ne soit au moins pas empch4 ,il devient vident que1 lorsqu'ils agissent en commun1 non seulement il ne doit pas en rsulter plus de difficult1 mais au contraire plus de facilit1 puisque1 en l'absence de ce rsultat1 savoir de rendre une fin plus facile atteindre1 il ne peut y avoir aucune raison d'agir en commun4 ,quelle forme doivent donc prendre les empchements mutuels quand la coopration commence8 ou plutt quels sont1 outre les empchements mutuels primitifs et dj spcifis1 ces empchements mutuels secondaires ncessaires pour rendre la coopration possible8 ,un homme qui1 vivant dans l'isolement1 emploie ses efforts la poursuite d'une fin1 est ddommag de cet effort en atteignant cette fin1 et arrive ainsi avoir satisfaction4 ,s'il dpense ses efforts sans arriver la fin voulue1 il en rsulte qu'il n'est pas satisfait4 ,etre satisfait1 ne pas l'tre sont la mesure du succs et de l'insuccs dans les actes par lesquels on soutient sa vie1 puisque ce que l'on atteint au prix d'un effort est quelque chose qui directement ou indirectement favorise le dveloppement de la vie1 et par l compense l'effort2 tandis que si l'effort n'aboutit pas1 rien ne paye la dpense que l'on a faite1 et la vie doit en souffrir en proportion4 ,que doit-il en rsulter lorsque les hommes unissent leurs efforts8 ,la rponse sera plus claire si nous prenons les formes successives de coopration dans l'ordre de leur complexit croissante4 ,nous pouvons distinguer comme coopration homogne3 #a celle dans laquelle des efforts gaux sont unis pour obtenir des fins semblables dont on jouira simultanment4 ,comme coopration non compltement homogne1 nous pouvons distinguer3 #b celle dans laquelle des efforts gaux sont unis pour obtenir des fins semblables dont on ne jouira pas simultanment4 ,une coopration dont l'htrognit est plus marque est3 #c celle dans laquelle des efforts ingaux sont unis pour obtenir des fins semblables4 ,enfin arrive la coopration qui est dcidment htrogne3 #d celle dans laquelle des efforts diffrents sont unis pour obtenir des fins diffrentes4 ,la plus simple et la premire de ces formes1 dans laquelle des facults humaines1 de mme nature et de mme degr1 sont unies pour la poursuite d'un bien auquel1 lorsqu'il est obtenu1 tous participent1 est reprsente par un exemple trs familier dans la poursuite d'une proie par les hommes primitifs2 cette forme la plus simple et la plus ancienne d'une coopration industrielle est aussi celle qui diffre le moins de la coopration guerrire2 car les cooprateurs sont les mmes1 et les procds1 galement destructifs de la vie1 sont analogues de part et d'autre4 ,la condition pour qu'une telle coopration puisse tre continue avec succs est que les cooprateurs partagent galement les produits4 ,chacun pouvant ainsi se payer lui-mme en nourriture pour l'effort dpens1 et en outre atteindre certaines fins dsires1 comme d'entretenir sa famille1 se trouve satisfait2 il n'y a pas l d'agression de l'un contre l'autre1 et la coopration est harmonique4 ,naturellement1 le produit partag ne peut tre grossirement proportionn aux efforts particuliers unis pour l'obtenir2 mais les sauvages1 comme cela doit tre pour que la coopration soit harmonique1 reconnaissent en principe que les efforts combins doivent sparment rapporter des avantages quivalents1 comme ils l'auraient fait s'ils avaient t spars4 ,bien plus1 au del du fait de recevoir des parts gales en retour de travaux qui sont approximativement gaux1 on s'efforce ordinairement de proportionner l'avantage au mrite1 en assignant quelque chose de plus1 sous la forme de la meilleure part ou du trophe1 celui qui a tu le gibier4 ,evidemment1 si l'on s'loigne trop de ce systme de partager les avantages quand il y a eu partage d'efforts1 la coopration cesse4 ,chaque chasseur prfrera faire le mieux qu'il pourra pour son propre compte4 ,passant de ce cas le plus simple de coopration un cas qui n'est pas tout fait aussi simple1--cas dans lequel l'homognit est incomplte--demandons-nous comment un membre d'un groupe peut tre conduit1 sans cesser d'tre satisfait1 prendre de la peine pour atteindre un avantage dont1 lorsqu'il sera atteint1 un autre profitera seul8 ,il est clair qu'il peut le faire1 la condition que l'autre prendra dans la suite tout autant de peine pour qu'il puisse de mme son tour profiter de l'avantage qui en rsultera4 ,cet change d'efforts quivalents est la forme que prend la coopration sociale quand il n'y a encore que peu ou point de division du travail1 except entre les deux sexes4 ,par exemple1 les ,bodos et les ,dhimals s'assistent mutuellement l'un l'autre1 l'occasion1 soit pour construire leurs maisons1 soit pour cultiver leurs champs4 ,ce principe3 ,je vous aiderai si vous m'aidez1 ordinaire dans les peuplades simples o les occupations sont de genre semblable et dont on se sert aussi l'occasion dans des peuples plus avancs1 est un principe par lequel le rapport entre l'effort et l'avantage n'est pas maintenu directement1 mais bien indirectement4 ,car1 tandis que les activits humaines1 lorsqu'elles s'exercent sparment1 ou s'unissent comme dans l'exemple donn plus haut1 sont immdiatement payes de leur effort par un avantage1 dans cette dernire forme de coopration1 l'avantage obtenu par un effort s'change contre un avantage semblable que l'on recevra plus tard1 lorsqu'on le demandera4 ,dans ce cas comme dans le prcdent1 la coopration ne peut tre maintenue que si les conventions que l'on a tacitement faites sont observes4 ,car si elles n'taient pas habituellement observes1 on refuserait ordinairement de rendre le service demand1 et chacun s'arrangerait de manire agir pour son compte le mieux possible4 ,tous les avantages que peut donner l'union des efforts pour faire ce qui dpasse le pouvoir d'individus isols1 ne pourraient tre obtenus4 ,ainsi1 l'origine1 l'observation des contrats qui sont implicitement sinon expressment conclus devient une condition de la coopration sociale1 et par suite du dveloppement social4 ,de ces formes simples de coopration dans lesquelles les travaux que les hommes entreprennent sont du mme genre1 passons aux formes plus complexes dans lesquelles ces travaux sont de genres diffrents4 ,lorsque des hommes s'entr'aident pour btir des huttes ou pour abattre des arbres1 le nombre des jours de travail donns maintenant par l'un l'autre est facilement balanc par un gal nombre de jours de travail donns par l'autre au premier4 ,mais lorsque la division du travail commence1 lorsqu'il vient se faire des transactions entre l'un qui fabrique des armes et l'autre qui prpare des peaux pour servir de vtements1 ou entre celui qui cultive et celui qui pche du poisson1 il n'est facile de mesurer leurs travaux ni au point de vue de leurs quantits ni au point de vue de leurs qualits relatives2 avec la multiplication des occupations qui implique les varits nombreuses d'habilet et de puissance1 il cesse d'y avoir quoi que ce soit qui ressemble une quivalence manifeste entre des efforts intellectuels et des efforts physiques compars les uns aux autres1 ou entre leurs produits4 ,il en rsulte que la convention ne peut pas tre considre comme toute faite1 comme lorsqu'il s'agit d'changer des choses de mme genre3 il faut l'tablir expressment4 ,si ,a consent ce que ,b s'approprie un produit de son habilet spciale1 la condition qu'il lui soit permis de s'approprier un produit diffrent de l'habilet spciale de ,b1 il en rsulte que1 comme l'quivalence des deux produits ne peut pas tre dtermine par une comparaison directe de leurs quantits et de leurs qualits1 on doit bien s'entendre sur la quantit de l'un de ces produits1 qui peut tre prise en change d'une certaine quantit de l'autre4 ,c'est donc par suite d'une convention volontaire1 non plus tacite et vague1 mais dclare et dfinie1 que la coopration peut se continuer harmonieusement1 lorsque la division du travail s'est tablie4 ,comme dans la coopration la plus simple1 o des efforts semblables taient unis pour assurer un bien commun1 le mcontentement caus chez ceux qui1 aprs avoir dpens leurs peines1 n'obtiennent pas leur part du bien1 les porte cesser toute coopration2 comme dans une coopration plus avance1 qui consiste dans l'change de travaux gaux de mme genre fournis en diffrents temps1 on se dgote de cooprer si l'on n'obtient pas l'quivalent de travail que l'on tait en droit d'attendre2 de mme1 dans cette coopration dveloppe1 si l'un manque de fournir l'autre ce qui avait t ouvertement reconnu comme tant d'une valeur gale au travail ou au produit fourni1 il en rsulte que la coopration est entrave par le mcontentement4 ,evidemment1 lorsque les antagonismes ainsi causs empchent le dveloppement des units1 la vie de l'agrgat est mise en danger par l'amoindrissement de la cohsion4 #ec4 ,outre ces dommages relativement directs1 spciaux et gnraux1 il faut noter des dommages indirects4 ,comme cela rsulte dj du raisonnement du prcdent paragraphe1 non seulement l'intgration sociale1 mais encore la diffrenciation sociale est empche par la rupture du contrat4 ,dans la deuxime partie des ,principes de sociologie1 on a montr que les principes fondamentaux de l'organisation sont les mmes pour un organisme individuel et pour un organisme social1 parce qu'ils sont composs l'un et l'autre de parties mutuellement dpendantes4 ,dans un cas comme dans l'autre1 l'hypothse d'activits diffrentes exerces par les membres composants est possible1 la condition seulement qu'ils profitent sparment des degrs convenables des activits les uns des autres4 ,pour mieux voir ce qui en rsulte par rapport aux structures sociales1 notons d'abord ce qui en rsulte par rapport aux structures individuelles4 ,le bien-tre d'un corps vivant implique un quilibre approximatif entre la perte et la rparation4 ,si les activits entranent une dpense qui n'est pas compense par la nutrition1 le dprissement s'ensuit4 ,si les tissus peuvent emprunter au sang enrichi par la nourriture des substances suffisantes pour remplacer celles que le travail a uses1 la vigueur peut se maintenir1 et1 si le gain excde la perte1 il en rsulte un accroissement4 ,ce qui est vrai du tout dans ses relations avec le monde extrieur n'est pas moins vrai des parties dans leurs relations entre elles4 ,chaque organe1 comme l'organisme entier1 se dtriore par l'accomplissement de sa fonction1 et doit se restaurer avec les matriaux qui lui sont apports4 ,si la quantit des matriaux qui lui sont fournis par le concours des autres organes est insuffisante1 cet organe particulier dprit4 ,s'ils sont en assez grande quantit1 il peut conserver son intgrit4 ,s'ils sont en excs1 il peut s'accrotre4 ,dire que cet arrangement constitue le contrat physiologique1 c'est user d'une mtaphore qui ne semble pas juste et qui est essentiellement exacte4 ,car les relations de structure sont rellement telles que1 grce un systme rgulateur central1 chaque organe est approvisionn de sang en proportion du travail qu'il fait4 ,comme on l'a marqu 7,principes de sociologie1 #bed71 les animaux bien dvelopps sont constitus de telle sorte que chaque muscle ou chaque viscre1 quand il est appel agir1 envoie aux centres vaso-moteurs1 travers certaines fibres nerveuses1 une impulsion cause par son action2 et alors1 par d'autres fibres nerveuses1 se produit une impulsion qui cause une dilatation de ses vaisseaux sanguins4 ,c'est dire que toutes les autres parties de l'organisme1 lorsqu'elles exigent conjointement un travail d'un organe1 commencent aussitt par le payer en sang4 ,dans l'tat ordinaire d'quilibre physiologique1 la perte et le gain se balancent1 et l'organe ne change pas sensiblement4 ,si la somme de sa fonction est accrue dans des limites assez modres pour que les vaisseaux sanguins de cette rgion puissent apporter une quantit de sang accrue dans la mme proportion1 l'organe se dveloppe2 outre qu'il rpare sa perte par son gain1 il fait un profit par le surplus de son activit2 il est ainsi en tat1 grce au dveloppement de sa structure1 de faire face des demandes supplmentaires4 ,mais1 si les demandes qui lui sont faites deviennent si grandes que les matriaux fournis ne puissent suffire la dpense1 soit parce que les vaisseaux sanguins de la rgion ne sont pas assez larges1 soit pour une autre cause1 l'organe commence dcrotre par suite de l'excs de la perte par rapport la rparation3 il se produit alors ce que l'on appelle une atrophie4 ,or1 puisque chacun des organes doit ainsi tre pay en nourriture pour ses services par les autres1 il s'ensuit que le balancement d'un quilibre convenable entre leurs demandes et leurs recettes respectives est requis1 directement pour le bien-tre de chaque organe et indirectement pour le bien-tre de l'organisme4 ,car1 dans un tout form de parties mutuellement dpendantes1 ce qui empche l'accomplissement lgitime du devoir d'une partie ragit d'une manire funeste sur toutes les parties4 ,avec un changement convenable des termes1 ces propositions et ces infrences sont vraies pour une socit4 ,la division sociale du travail1 qui est parallle tant d'autres gards la division physiologique du travail1 lui est parallle aussi cet gard4 ,comme on l'a montr tout au long dans les ,principes de sociologie 7deuxime partie7 chaque ordre de fonctionnaires et chaque ordre de producteurs1 accomplissant sparment quelque action ou fabriquant quelque article non pour satisfaire directement leurs besoins1 mais pour satisfaire ceux de leurs concitoyens en gnral qui sont occups autrement1 ne peuvent continuer le faire qu'autant que les efforts dpenss et le profit qu'ils en retirent sont approximativement quivalents4 ,les organes sociaux1 comme les organes individuels1 restent stationnaires s'ils jouissent en des proportions normales des avantages produits par la socit considre comme un tout4 ,si les demandes faites une industrie ou une profession s'accroissent d'une manire inusite1 et si ceux qui y sont engags font des profits excessifs1 un plus grand nombre de citoyens s'adonnent cette industrie ou cette profession1 et la structure sociale que leurs membres constituent se dveloppe2 au contraire1 la diminution des demandes1 et par suite des profits1 ou conduit leurs membres chercher d'autres carrires1 ou arrte les accessions ncessaires pour remplacer ceux qui meurent1 et la structure dprit4 ,ainsi se maintient entre les forces des parties composantes la proportion qui peut le mieux produire le bien-tre du tout4 ,remarquez maintenant que la condition premire pour arriver ce rsultat est d'observer le contrat4 ,si les membres d'une partie manquent souvent de payer ou ne payent pas la somme convenue1 alors1 comme les uns sont ruins et que les autres renoncent leur occupation1 la partie diminue1 et1 si auparavant elle tait simplement capable de remplir son devoir1 elle en est incapable maintenant1 et la socit souffre4 ,ou bien si les besoins sociaux donnent un grand accroissement une fonction1 et que les membres qui la remplissent soient mis en tat d'obtenir pour leurs services des prix extraordinairement levs1 la fidlit aux engagements pris de leur payer ces prix levs est le seul moyen d'attirer cette partie un nombre de membres supplmentaires assez considrable pour la rendre capable de suffire l'augmentation des demandes4 ,car les citoyens ne viendront pas cette partie s'ils s'aperoivent que les hauts prix dont on est convenu ne sont pas pays4 ,ainsi1 en un mot1 la base de toute coopration est la proportion tablie entre les bnfices reus et les services rendus4 ,sans cela1 il ne peut y avoir de division physiologique du travail2 sans cela1 il ne peut y avoir de division sociologique du travail4 ,et puisque la division du travail1 physiologique ou sociologique1 profite au tout et chaque partie1 il en rsulte que le bien-tre la fois spcial et gnral dpend du maintien des arrangements qui lui sont ncessaires4 ,dans une socit1 de pareils arrangements sont maintenus seulement si les marchs1 exprs ou tacites1 sont observs4 ,de telle sorte qu'outre cette premire condition pour la coexistence harmonique des membres d'une socit1 savoir que les units qui la composent ne doivent pas s'attaquer directement les unes les autres1 il y a cette seconde condition qu'elles ne doivent pas s'attaquer indirectement en violant les conventions4 #ed4 ,mais nous avons maintenant reconnatre que l'observation complte de ces conditions1 primitives et drives1 ne suffit pas4 ,la coopration sociale peut tre telle que personne ne soit empch d'obtenir la rcompense normale de ses efforts1 que chacun1 au contraire1 soit aid par un change quitable de services1 et cependant il peut encore rester beaucoup faire4 ,il y a une forme thoriquement possible de socit1 purement industrielle dans ses activits1 qui1 tout en s'approchant de l'idal moral dans son code de conduite plus qu'aucune autre socit non purement industrielle1 n'atteint pas pleinement cet idal4 ,car si l'industrialisme veut que la vie de chaque citoyen soit telle qu'elle puisse se passer sans agressions directes ou indirectes contre les autres citoyens1 il n'exige pas que la vie de chacun soit telle qu'elle favorise directement le dveloppement de celle des autres4 ,ce n'est pas une consquence ncessaire de l'industrialisme1 en tant qu'il est ainsi dfini1 que chacun1 outre les avantages procurs et reus par l'change des services1 procure ou reoive d'autres avantages4 ,on peut concevoir une socit forme d'hommes dont la vie soit parfaitement inoffensive1 qui observent scrupuleusement leurs contrats1 qui lvent avec soin leurs enfants1 et qui cependant1 en ne se procurant aucun avantage au del de ceux dont ils sont convenus1 n'atteignent pas ce degr le plus lev de la vie qui n'est possible qu'autant que l'on rend des services gratuits4 ,des expriences journalires prouvent que chacun de nous s'exposerait des maux nombreux et perdrait beaucoup de biens1 si personne ne nous donnait une assistance sans retour4 ,la vie de chacun de nous serait plus ou moins compromise s'il nous fallait sans secours et par nous seuls affronter tous les hasards4 ,en outre1 si personne ne faisait rien de plus pour ses concitoyens que ce qui est exig pour la stricte observation d'un contrat1 les intrts privs souffriraient de cette absence de tout souci pour les intrts publics4 ,la limite de l'volution de la conduite n'est donc pas atteinte1 jusqu' ce que1 non content d'viter toute injustice directe ou indirecte l'gard des autres1 on soit capable d'efforts spontans pour contribuer au bien-tre des autres4 ,on peut montrer que la forme de nature qui ajoute ainsi la bienfaisance la justice est une forme que produit l'adaptation l'tat social4 ,l'homme social n'a pas encore mis sa constitution en harmonie avec les conditions qui forment la limite de l'volution1 tant qu'il reste de la place pour l'accroissement de facults qui1 par leur exercice1 causent aux autres un avantage positif et l'individu lui-mme une satisfaction4 ,si la prsence d'autres hommes1 en mettant certaines limites la sphre d'activit de chacun1 ouvre certaines autres sphres d'activit dans lesquelles les sentiments1 tout en arrivant leur propre fin1 n'tent rien1 mais ajoutent aux fins des autres1 de semblables sphres seront fatalement occupes4 ,la reconnaissance de cette vrit cependant ne nous oblige pas modifier beaucoup la conception de l'tat industriel expose plus haut1 puisque la sympathie est la racine la fois de la justice et de la bienfaisance4 #ee4 ,ainsi le point de vue sociologique de la morale complte les points de vue physique1 biologique et psychologique1 en permettant de dcouvrir les seules conditions dans lesquelles des activits associes peuvent s'exercer de telle sorte que la vie complte de chacun s'accorde avec la vie complte de tous et la favorise4 ,a l'origine1 le bien-tre de groupes sociaux1 ordinairement en antagonisme avec d'autres groupes semblables1 prend le pas sur le bien-tre individuel1 et les rgles de conduite1 auxquelles on doit alors se conformer1 empchent le complet dveloppement de la vie individuelle1 pour que la vie gnrale puisse tre conserve4 ,en mme temps1 les rgles doivent satisfaire autant que possible aux droits de la vie individuelle1 puisque le bien-tre de l'agrgat dpend1 dans une large proportion1 du bien-tre des units4 ,a mesure que les socits deviennent moins dangereuses les unes pour les autres1 le besoin de subordonner les existences individuelles la vie gnrale dcrot1 et1 quand on approche d'un tat pacifique1 la vie gnrale1 dont le but loign a t ds le commencement de favoriser les existences individuelles1 fait de ce but son but prochain4 ,pendant la transition1 des compromis successifs sont rendus ncessaires entre le code moral qui affirme les droits de la socit contre ceux des individus et le code moral qui affirme les droits de l'individu contre ceux de la socit4 ,evidemment1 aucun de ces compromis1 bien qu'ils aient de l'autorit pour un temps1 n'a d'expression durable ou dfinitive4 ,par degrs1 mesure que la guerre diminue2 par degrs1 mesure que la coopration impose par la force1 indispensable pour lutter avec les ennemis du dehors1 perd de sa ncessit et fait place la coopration volontaire qui contribue efficacement assurer la conservation intrieure1 le code de conduite qui implique une coopration volontaire devient de plus en plus clair4 ,et ce code final1 permanent1 peut seul tre formul en termes dfinitifs2 il constitue ainsi la science de la morale1 par opposition la morale empirique4 ,les traits essentiels d'un code sous lequel le dveloppement complet de la vie est assur par une coopration volontaire1 peuvent tre indiqus simplement4 ,ce qui est essentiellement exig1 c'est que les actes utiles la vie que chacun peut accomplir lui rapportent sparment les sommes et les sortes d'avantages auxquels ils tendent naturellement2 cela suppose d'abord qu'il ne souffrira dans sa personne ou sa proprit aucune agression directe1 et1 en second lieu1 qu'il ne souffrira aucune agression indirecte par violation de contrat4 ,l'observation de ces conditions ngatives de toute coopration volontaire ayant facilit la vie au plus haut degr par l'change de services dont on est convenu1 la vie doit tre en outre favorise par l'change de services qui n'ont t l'objet d'aucune convention1 le plus haut dveloppement de la vie tant atteint seulement lorsque1 non contents de s'aider mutuellement rendre leur vie complte par une assistance rciproque spcifie1 les hommes s'aident encore autrement rendre mutuellement leur vie complte4 ,,chapitre ,,ix ,,critiques ,,et ,,observations #ef4 ,la comparaison des chapitres prcdents les uns avec les autres suggre diverses questions auxquelles il faut rpondre en partie1 sinon compltement1 avant d'entreprendre de ramener les principes moraux de leurs formes abstraites des formes concrtes4 ,nous avons vu qu'admettre que la vie consciente est dsirable1 c'est admettre que la conduite doit tre telle qu'elle produise une conscience qui soit dsirable1 une conscience aussi agrable1 aussi peu pnible que possible4 ,nous avons vu galement que cette supposition ncessaire correspond cette infrence priori1 que l'volution de la vie a t rendue possible seulement par l'tablissement de connexions entre les plaisirs et les actions avantageuses1 entre les peines et les actions nuisibles4 ,mais la conclusion gnrale atteinte par ces deux voies1 bien qu'elle couvre le terrain de nos conclusions spciales1 ne nous aide pas atteindre ces conclusions spciales4 ,si les plaisirs taient tous d'un seul genre et diffraient seulement en degr2 si les peines taient toutes du mme genre et ne diffraient que par leur degr2 si la comparaison des plaisirs aux peines pouvait donner des rsultats prcis1 les problmes de la conduite seraient grandement simplifis4 ,si les plaisirs et les peines1 qui nous portent certaines actions ou nous en dtournent1 taient simultanment prsents la conscience avec la mme vivacit1 ou s'ils taient tous galement imminents ou galement loigns dans le temps1 les problmes seraient encore simplifis par l4 ,ils le seraient plus encore1 si les plaisirs et les peines taient exclusivement ceux de l'agent4 ,mais les sentiments dsirables et ceux qui ne le sont pas sont de diffrents genres2 la comparaison quantitative est par l rendue difficile2 quelques-uns sont prsents et d'autres futurs2 la difficult de la comparaison quantitative s'accrot d'autant2 elle s'augmente encore de ce que les uns concernent l'individu lui-mme et les autres d'autres personnes4 ,il en rsulte que la direction donne par le principe auquel nous arrivons d'abord est peu utile1 moins qu'on ne la complte par la direction de principes secondaires4 ,dj1 en reconnaissant la subordination ncessaire des sentiments prsentatifs aux sentiments reprsentatifs1 et la ncessit qui en rsulte de sacrifier dans un grand nombre de cas le prsent l'avenir1 nous nous sommes approchs d'un principe secondaire propre diriger la conduite4 ,dj aussi1 en reconnaissant les limitations que l'tat d'association impose aux actions humaines1 avec le besoin qui en rsulte de restreindre des sentiments de certains genres par des sentiments d'autres genres1 nous avons aperu un autre principe secondaire4 ,il reste encore beaucoup dcider touchant les droits relatifs de ces principes de conduite1 gnraux et spciaux4 ,on obtiendra quelque claircissement des questions souleves1 en discutant ici certaines vues et certains arguments proposs par les moralistes passs et contemporains4 #eg4 ,en se servant du nom d'hdonisme pour dsigner la thorie morale qui fait du bonheur la fin de toute action1 et en distinguant deux formes d'hdonisme1 goste et gnral suivant que le bonheur cherch est celui de l'auteur lui-mme ou celui de tous1 ,m4 ,sidgwick fait observer que pour les partisans de cette thorie les plaisirs et les peines sont commensurables4 ,dans sa critique de l'hdonisme goste empirique1 il dit3 ,l'hypothse fondamentale de l'hdonisme1 clairement tablie1 est que tous les sentiments1 considrs purement comme sentiments1 peuvent tre disposs de manire former une certaine chelle de sentiments dsirables1 de telle sorte que la mesure dans laquelle chacun est dsirable ou agrable soit dans un rapport dfini avec celle o tous les autres le sont4 7,mthodes de morale1 #b;e dit41 p4 #aae47 ,en affirmant que c'est l l'hypothse de l'hdonisme1 il entreprend de montrer toutes les difficults auxquelles ce calcul donne lieu1 apparemment pour en conclure que ces difficults sont autant d'arguments contre la thorie hdonistique4 ,mais1 bien qu'on puisse montrer qu'en dsignant l'intensit1 la dure la certitude et la proximit d'un plaisir ou d'une peine comme autant de traits dont on doit tenir compte pour en apprcier la valeur relative1 ,bentham a lui-mme fait l'hypothse dont il s'agit1 et bien qu'on puisse peut-tre avec assez de raison prendre pour accord que l'hdonisme tel qu'il le reprsente est identique l'hdonisme en gnral1 il ne me semble pas cependant que l'hdoniste1 empirique ou autre1 doive ncessairement admettre cette hypothse4 ,que le plus grand excs possible des plaisirs sur les peines doive tre la fin de l'action1 c'est une croyance qu'il peut encore soutenir sans contradiction aprs avoir reconnu que les valuations des plaisirs et des peines sont communment vagues et souvent errones4 ,il peut dire que1 bien que des choses indfinies ne soient pas susceptibles de mesures dfinies1 on peut cependant apprcier avec assez de vrit leurs valeurs relatives1 lorsqu'elles diffrent considrablement2 il peut dire en outre que1 mme si leurs valeurs relatives sont impossibles dterminer1 il est encore vrai que celle dont la valeur est plus grande doit tre choisie4 ,ecoutons-le4 ,un dbiteur qui ne peut me payer m'offre de racheter sa dette en mettant ma disposition l'un des diffrents objets qu'il possde1 une parure de diamants1 un vase d'argent1 un tableau1 une voiture4 ,toute autre question carte1 j'affirme que c'est mon intrt pcuniaire de choisir parmi ces objets celui qui a le plus de valeur1 mais je ne puis dire quel est celui qui a la valeur la plus grande4 ,cette proposition1 que c'est mon intrt pcuniaire de choisir l'objet le plus prcieux1 devient-elle douteuse par l8 ,ne dois-je pas faire mon choix le mieux possible1 et1 si je choisis mal1 dois-je renoncer pour cela mon principe8 ,dois-je infrer qu'en affaires je ne puis agir selon cette rgle que1 toutes choses gales1 la transaction la plus profitable est celle qu'il faut prfrer1 parce que dans plusieurs cas je ne puis dire quelle est la plus profitable et que j'ai souvent choisi celle qui l'est le moins8 ,parce que je crois que de plusieurs manires d'agir diffrentes je dois prendre la moins dangereuse1 est-ce que je fais l'hypothse fondamentale que les manires d'agir peuvent tre classes au point de vue du danger qu'elles offrent1 et dois-je abandonner ma croyance si je ne puis les classer ainsi8 ,si je puis sans contradiction ne pas faire cette classification1 je puis galement sans contradiction ne pas rejeter le principe que le plus grand excs possible des plaisirs sur les peines doit tre la fin de la conduite1 sous prtexte que l'on ne peut affirmer que les plaisirs et les peines soient commensurables4 ,a la fin de ses chapitres sur l'hdonisme empirique1 ,m4 ,sidgwick lui-mme dit qu'il ne pense pas que l'exprience commune du genre humain1 examine impartialement1 prouve rellement que la thorie de l'hdonisme goste se dtruise ncessairement elle-mme2 il ajoute cependant que l'incertitude du calcul hdonistique1 on ne peut le nier1 a un grand poids4 ,mais1 ici encore1 l'hypothse fondamentale de l'hdonisme1 savoir que le bonheur est la fin de l'action1 est suppose envelopper l'hypothse que les sentiments peuvent tre disposs de manire former une chelle en proportion de leur valeur dsirable4 ,nous avons vu qu'il n'en est rien3 l'hypothse fondamentale de cette doctrine n'est en aucune faon invalide par ce fait que les sentiments ne peuvent tre ainsi classs4 ,il y a encore contre l'argument de ,m4 ,sidgwick1 une objection non moins srieuse1 savoir que tout ce qu'il dit contre l'hdonisme goste vaut1 et plus forte raison1 contre l'hdonisme gnral1 ou l'utilitarisme4 ,il admet que la valeur de cet argument est la mme dans les deux cas2 tout le poids1 dit-il1 que l'on donnera l'objection faite contre cette hypothse 7que les plaisirs et les peines sont commensurables71 retombera ncessairement sur la prsente mthode4 ,non seulement il en sera ainsi1 mais l'objection aura une double valeur4 ,je n'entends pas seulement par l que1 comme il le fait remarquer1 l'hypothse devient singulirement complique si nous tenons compte de tous les tres sensibles1 et si nous considrons la postrit en mme temps que la gnration actuelle4 ,j'entends que1 si l'on prend pour fin atteindre le plus grand bonheur des individus formant actuellement une seule nation1 la srie des difficults que l'on rencontre sur la route de l'hdonisme goste se complique d'une autre srie de difficults non moindres1 quand nous passons l'hdonisme gnral4 ,car1 s'il faut remplir les prescriptions de l'hdonisme gnral1 ce sera sous la direction des jugements individuels1 ou des jugements ports par des groupes1 ou des uns et des autres la fois4 ,or1 l'un quelconque de ces jugements1 issus d'un seul esprit ou d'un agrgat d'esprits1 contient ncessairement des conclusions relatives au bonheur d'autres personnes3 de celles-ci1 peu sont connues1 et l'on n'en a jamais vu le plus grand nombre4 ,toutes ces personnes ont des natures qui diffrent de mille manires et mille degrs des natures de celles qui forment les jugements1 et le bonheur dont elles sont capables individuellement diffre de l'une l'autre1 et diffre du bonheur de celles qui forment les jugements4 ,par consquent1 si la mthode de l'hdonisme goste on peut objecter que les plaisirs et les peines d'un homme en particulier1 dissemblables au point de vue du genre1 de l'intensit1 des circonstances1 sont incommensurables1 on peut faire valoir contre la mthode de l'hdonisme gnral qu' l'impossibilit de mesurer ensemble les plaisirs et les peines de chaque juge en particulier 7plaisirs et peines dont il doit se servir comme d'talons71 il faut ajouter maintenant l'impossibilit bien plus manifeste encore de mesurer ensemble les plaisirs et les peines qu'il conoit comme prouvs par la foule immense des autres hommes1 tous constitus autrement que lui et diffremment les uns des autres4 ,bien plus1 il y a une triple srie de difficults dans la mthode de l'hdonisme gnral4 ,a la double impossibilit de dterminer la fin s'ajoute celle de dterminer les moyens4 ,si l'hdonisme1 goste ou gnral1 doit passer de la thorie morte la pratique vivante1 des actes d'un genre ou d'un autre doivent tre rsolus pour atteindre les objets qu'on se propose2 pour apprcier les deux mthodes1 nous avons considrer jusqu' quel point peut tre juge l'efficacit des actes respectivement requis4 ,si1 en poursuivant ses propres fins1 l'individu est expos tre conduit par des opinions errones mal ajuster ses actes1 il est bien plus expos encore tre conduit par des opinions errones mal ajuster des actes plus complexes aux fins plus complexes1 qui consistent dans le bien-tre d'autres hommes4 ,il en est ainsi s'il agit isolment pour le bien d'un petit nombre d'autres personnes2 et c'est bien pire s'il coopre avec plusieurs pour le bien de tous4 ,faire du bonheur gnral l'objet immdiat de ses efforts1 implique des instrumentalits gouvernes par des milliers de personnes invisibles et dissemblables1 agissant sur des millions d'autres personnes que l'on ne voit pas non plus et qui diffrent entre elles4 ,mme les facteurs peu nombreux qui sont connus dans cet immense agrgat d'applications et de processus1 le sont trs imparfaitement2 mais la grande majorit est inconnue4 ,de telle sorte que mme en supposant l'valuation des plaisirs et des peines pour la communaut en gnral plus praticable1 ou mme aussi praticable que l'valuation de ses plaisirs ou de ses peines par l'individu1 cependant le gouvernement de la conduite1 en se proposant la premire de ces fins1 est bien plus difficile que le gouvernement de la conduite en se proposant l'autre4 ,par suite1 si la mthode de l'hdonisme goste n'est pas satisfaisante1 bien moins satisfaisante encore pour les mmes raisons et pour des raisons analogues est la mthode de l'hdonisme gnral1 ou de l'utilitarisme4 ,nous dcouvrons ici la conclusion laquelle nous nous proposions d'aboutir dans la critique prcdente4 ,l'objection faite la mthode hdonistique contient une vrit2 mais elle contient aussi une erreur4 ,car1 tandis que cette proposition1 savoir que le bonheur1 individuel ou gnral1 est la fin de l'action1 n'est pas affaiblie si l'on dmontre que l'on ne peut sous aucune de ces deux formes l'apprcier en mesurant les lments qui le composent1 cependant on peut admettre que la direction dans la poursuite du bonheur donne par une pure balance des plaisirs et des peines est1 si elle est partiellement praticable dans certains cas1 futile dans un nombre de cas beaucoup plus considrable4 ,on ne se contredit en aucune manire en affirmant que le bonheur est la fin dernire des actes et en niant1 en mme temps1 qu'on puisse y arriver en faisant du bonheur son but immdiat4 ,je m'accorde avec ,m4 ,sidgwick dans cette conclusion que nous devons admettre qu'il est dsirable de confirmer ou de corriger les rsultats de telles comparaisons 7des plaisirs et des peines7 par une autre mthode laquelle nous puissions trouver une raison de nous fier2 et je vais plus loin3 je dis que dans un grand nombre de cas la direction de la conduite par de semblables comparaisons doit tre entirement mise de ct et remplace par une autre direction4 #eh4 ,l'opposition sur laquelle nous insistons ici entre la fin hdonistique considre d'une manire abstraite1 et la mthode que l'hdonisme courant1 goste ou gnral1 associe cette fin2 l'acceptation de l'une1 le rejet de l'autre1 nous amnent une franche discussion de ces deux lments cardinaux d'une thorie morale4 ,je puis fort bien commencer cette discussion en critiquant une autre des critiques de ,m4 ,sidgwick sur la mthode de l'hdonisme4 ,bien que nous ne puissions donner aucune explication des plaisirs simples que les sens nous procurent1 parce qu'ils sont indcomposables1 nous connaissons distinctement leurs caractres comme tats de conscience4 ,d'autre part1 les plaisirs complexes1 forms par la composition et la recomposition des ides de plaisirs simples1 bien qu'on puisse thoriquement les rsoudre en leurs lments1 ne sont pas faciles rsoudre1 et la difficult de s'en former des conceptions intelligibles s'accrot en proportion de l'htrognit de leur composition4 ,tel est spcialement le cas pour les plaisirs qui accompagnent nos jeux4 ,en traitant de ces plaisirs1 en mme temps que de ceux de la poursuite en gnral1 pour montrer que pour se les procurer il ne faut pas y penser1 ,m4 ,sidgwick s'exprime ainsi3 ,un homme qui met toujours en pratique la doctrine picurienne1 ne s'appliquant qu' rechercher son propre plaisir1 n'est pas dans les vritables dispositions d'esprit que demande cette sorte de chasse2 son ardeur n'atteint jamais prcisment cette pret1 ce tranchant qui donne au plaisir tout son got1 toute sa saveur4 ,ici apparat ce que nous pouvons appeler le paradoxe fondamental de l'hdonisme1 savoir que l'inclination au plaisir1 quand elle est trop prdominante1 dtruit elle-mme son objet4 ,cet effet n'est pas visible1 ou il l'est peine1 dans le cas des plaisirs sensuels passifs4 ,mais ds qu'il s'agit de nos jouissances actives en gnral1 que les activits auxquelles elles se rapportent soient classes comme corporelles ou comme intellectuelles 7et il en est de mme d'un grand nombre de plaisirs motionnels71 il est certain que nous ne pouvons nous les procurer1 du moins sous leur forme la meilleure1 tant que nous concentrons sur elles tous nos efforts4 7,mthodes de morale1 #b;e dition1 p4 #da47 ,eh bien1 je ne crois pas que nous devions regarder cette vrit comme paradoxale aprs avoir analys comme il faut le plaisir de la poursuite4 ,les principaux lments de ce plaisir sont3 premirement1 une conscience renouvele du pouvoir personnel 7rendue vive par un succs actuel et partiellement excite par un succs imminent71 laquelle conscience du pouvoir personnel1 lie dans l'exprience avec des rsultats obtenus de chaque genre1 veille une vague1 mais solide conscience d'avantages obtenir2 et1 secondement1 une reprsentation des applaudissements que la reconnaissance de ce pouvoir par les autres nous a valus auparavant1 et nous vaudra encore4 ,les jeux d'adresse nous le prouvent clairement4 ,considr comme une fin en lui-mme1 le beau carambolage que fait un joueur de billard ne procure aucun plaisir4 ,d'o vient donc le plaisir que l'on a le faire8 ,en partie de la preuve d'habilet que le joueur se donne lui-mme1 en partie de l'admiration suppose chez ceux qui sont tmoins de cette dmonstration d'habilet2 et cette dernire cause est la principale1 car on se fatigue bientt de faire des carambolages s'il n'y a personne pour les regarder4 ,si des jeux qui1 tout en procurant les plaisirs du succs1 ne procurent aucun plaisir qui drive de la fin considre en elle-mme1 nous passons aux exercices dans lesquels la fin1 comme source de plaisir1 a une valeur intrinsque1 nous voyons en substance la mme chose4 ,bien que l'oiseau qu'un chasseur rapporte soit bon manger1 cependant sa satisfaction vient principalement de ce qu'il a bien tir et de ce qu'il a ajout aux tmoignages qu'il pourra donner de son adresse4 ,il prouve immdiatement le plaisir de l'amour-propre1 et il prouve aussi le plaisir des loges1 sinon immdiatement et pleinement1 du moins par reprsentation2 car le plaisir idal n'est pas autre chose qu'un renouvellement affaibli du plaisir rel4 ,ces deux sortes de stimulants agrables prsents l'esprit du chasseur pendant la chasse1 constituent la masse des dsirs qui l'excitent la continuer3 car tous les dsirs sont des formes naissantes de sentiments acqurir par les efforts qu'ils provoquent4 ,et1 bien que pendant la recherche d'un plus grand nombre d'oiseaux ces sentiments reprsentatifs ne soient pas aussi vivement excits que par le succs rcemment obtenu1 ils le sont encore par l'imagination de nouveaux succs1 et ils font ainsi une jouissance des activits qui constituent la poursuite4 ,ainsi1 en reconnaissant comme vrai que les plaisirs de la poursuite sont beaucoup plus des plaisirs drivs de l'emploi efficace des moyens que des plaisirs drivs de la fin elle-mme1 nous voyons disparatre le paradoxe fondamental de l'hdonisme4 ,ces remarques concernant la fin et les moyens1 et les plaisirs qui accompagnent l'usage des moyens comme ajouts aux plaisirs drivs de la fin1 je les ai faites pour attirer l'attention sur un fait d'une profonde importance4 ,pendant l'volution1 il y a eu une superposition de sries nouvelles et plus complexes de moyens sur des sries de moyens plus anciennes et plus simples1 et une superposition des plaisirs qui accompagnent l'emploi de ces sries successives de moyens1 avec le rsultat que chacun de ces plaisirs a fini par devenir lui-mme une fin4 ,nous avons affaire au commencement un simple animal qui avale tout simplement pour se nourrir ce que le hasard met sur sa route2 et ainsi1 comme nous pouvons le supposer1 il apaise un certain genre de faim4 ,nous avons ici la fin primitive de la nutrition avec la satisfaction qui l'accompagne1 sous leur forme la plus simple4 ,nous passons des types plus levs qui ont des mchoires pour saisir et dchirer une proie2 des mchoires qui1 par leur action1 facilitent l'achvement de la fin primitive4 ,en observant les animaux pourvus de ces organes1 nous arrivons nous convaincre que l'usage que ces animaux en font devient agrable par lui-mme indpendamment de la fin2 par exemple1 un cureuil1 toute proccupation de nourriture mise part1 prend plaisir ronger tout ce qu'il peut attraper4 ,passant des mchoires aux membres1 nous voyons que ceux-ci1 servant quelques tres pour la poursuite1 d'autres pour la fuite1 sont galement une cause de plaisir par le seul exercice2 c'est ainsi que bondissent les agneaux et que les chevaux se cabrent4 ,comment l'usage combin des membres et des mchoires1 primitivement destin la satisfaction de l'apptit1 devient graduellement agrable par lui-mme1 nous le dcouvrons tous les jours si nous remarquons les jeux des chiens4 ,en effet1 dans leurs simulacres de combats1 ils s'amusent jeter par terre et dchirer leur proie1 quand ils l'ont saisie1 avant de la dvorer4 ,si nous en venons des moyens encore plus loigns de la fin1 en particulier ceux par lesquels on capture les animaux auxquels on fait la chasse1 nous reconnaissons encore par l'observation des chiens que1 mme lorsqu'il n'y a aucun animal prendre1 c'est encore un plaisir que de prendre n'importe quoi4 ,l'ardeur avec laquelle un chien se prcipite sur les pierres qu'on jette devant lui1 ou avec laquelle il saute et aboie avant de se jeter l'eau pour y saisir le bton que l'on tient encore la main1 fait bien voir que1 abstraction faite de la satisfaction de saisir une proie1 il trouve un plaisir poursuivre avec succs un objet qui se meut4 ,nous voyons donc1 par tous ces exemples1 que le plaisir relatif l'emploi des moyens pour arriver une fin devient lui-mme une fin4 ,si maintenant nous considrons ces moyens comme des phnomnes de conduite en gnral1 nous pouvons discuter quelques faits dignes de remarque1 faits qui1 si nous en apprcions l'importance1 nous aideront dvelopper nos conceptions morales4 ,l'un d'eux est que1 parmi les sries successives de moyens1 les dernires sont les plus loignes de la fin primitive1 sont1 comme coordonnant des moyens antrieurs et plus simples1 les plus complexes1 et sont accompagnes de sentiments qui sont plus reprsentatifs4 ,un autre fait est que chaque srie de moyens1 avec les satisfactions qui l'accompagnent1 finit par devenir son tour dpendante d'une srie qui se produit plus tard4 ,avant que le gosier avale une proie1 il faut que les mchoires la saisissent2 avant que les mchoires dchirent et mettent la porte du gosier un morceau propre tre aval1 il faut la coopration des membres et des sens ncessaire pour tuer la proie2 avant que cette coopration ait s'exercer1 il faut la coopration bien plus longue qui constitue la chasse1 et mme avant celle-ci1 il faut des activits persistantes des membres1 des yeux et du nez pour chercher la proie4 ,le plaisir qui se rapporte chaque srie d'actes1 en rendant possible le plaisir qui se rattache la srie d'actes qui suit1 est joint une reprsentation de cette srie subsquente d'actes et du plaisir qu'elle procure1 et des autres aussi dans l'ordre de leur succession2 de telle sorte que1 paralllement aux sentiments qui accompagnent la recherche de la proie1 se dveloppent partiellement les sentiments qui accompagnent la chasse relle1 la destruction relle1 l'acte de dvorer et enfin la satisfaction de l'apptit4 ,un troisime fait est que l'usage de chaque srie de moyens dans un ordre convenable constitue une obligation4 ,la conservation de sa vie tant regarde comme la fin de sa conduite1 l'tre vivant est oblig d'employer successivement les moyens de trouver une proie1 les moyens de prendre une proie1 les moyens de tuer une proie1 les moyens de dvorer une proie4 ,en dernier lieu1 il suit que bien que l'apaisement de la faim1 directement associ au soutien de la vie1 reste au bout du compte la dernire fin1 cependant l'emploi heureux de chaque srie de moyens est son tour la fin prochaine1 la fin qui prend temporairement le plus d'autorit4 #ei4 ,les rapports entre moyens et fins ainsi suivis travers les premires phases de l'volution de la conduite peuvent tre suivis travers les dernires1 et ils restent vrais de la conduite humaine1 mme jusque dans ses formes les plus leves4 ,a mesure que1 pour mieux assurer la conservation de la vie1 les sries les plus simples de moyens1 et les plaisirs qui en accompagnent l'usage1 viennent tre compltes par les sries plus complexes de moyens et leurs plaisirs1 celles-ci commencent avoir le premier rang dans le temps et au point de vue de l'autorit4 ,employer efficacement chaque srie plus complexe de moyens devient la fin prochaine1 et le sentiment qui s'ensuit devient l'avantage immdiatement cherch1 bien qu'il puisse y avoir et qu'il y ait habituellement une conscience associe des fins loignes et des avantages loigns obtenir4 ,un exemple rendra ce paralllisme vident4 ,absorb par ses affaires1 le ngociant qui l'on demande quel est son but principal dira3 ,c'est de gagner de l'argent4 ,il convient volontiers qu'il dsire l'achvement de cette fin pour rendre plus facile l'accomplissement de fins ultrieures4 ,il sait qu'en cherchant directement gagner de l'argent1 il cherche indirectement se procurer des aliments1 des habits1 un logement et tous les avantages de la vie pour lui et pour sa famille4 ,mais1 en admettant que l'argent n'est qu'un moyen pour arriver ces fins1 il soutient que les actions qui rapportent de l'argent prcdent dans l'ordre du temps et de l'obligation les actions diverses et les plaisirs concomitants auxquels les premires peuvent servir1 et il atteste ce fait que gagner de l'argent est devenu une fin en soi1 et que le succs de cette opration est une source de plaisir1 indpendamment de ces fins plus loignes4 ,d'un autre ct1 en observant avec plus d'attention les procds du ngociant1 nous trouvons que1 bien qu'il cherche gagner de l'argent pour arriver vivre confortablement1 bien que1 pour gagner de l'argent1 il achte et vende avec des bnfices qui deviennent ainsi un moyen plus immdiatement poursuivi1 cependant il est principalement occup de moyens encore plus loigns des fins ultimes1 et par rapport auxquels mme la vente profit devient une fin4 ,car1 laissant des subordonns le soin de vendre et de recevoir les produits1 il est occup lui-mme de ses affaires gnrales1 de recherches concernant les marchs1 d'apprciations sur les prix futurs1 de calculs1 de ngociations1 de correspondances3 il n'a d'autre souci chaque instant que de bien faire chacune de ces choses1 qui servent indirectement assurer des profits4 ,ces fins prcdent au point de vue du temps et de l'obligation l'excution de ventes profitables1 tout comme l'excution de ventes profitables prcde le but qui est de gagner de l'argent1 tout comme ce gain prcde la fin qui est de vivre agrablement4 ,sa comptabilit est encore le meilleur exemple du principe en gnral4 ,les inscriptions au compte dbiteur et au compte crditeur sont faites jour par jour2 les articles sont classs et disposs de telle sorte que l'tat de chaque compte puisse tre relev et vrifi en un moment2 ensuite1 de temps en temps1 la balance des livres est faite1 et il faut que le rsultat soit juste un penny prs3 on est content si l'exactitude est prouve1 et une erreur est une cause d'ennuis4 ,si vous demandez pourquoi ces procds si minutieux1 si loigns du fait de gagner rellement de l'argent1 et encore plus loigns des jouissances de la vie1 on vous rpondra que cette manire de tenir correctement les comptes est une condition remplir pour arriver gagner de l'argent1 et devient en elle-mme une fin prochaine1 un devoir accomplir pour que l'on puisse accomplir le devoir de gagner des revenus1 pour que l'on puisse accomplir le devoir de pourvoir son entretien1 celui de sa femme et de ses enfants4 ,en nous approchant1 comme nous le faisons ici1 de l'obligation morale1 n'avons-nous pas montr ses rapports avec la conduite en gnral8 ,n'est-il pas clair que l'observation des principes moraux est l'accomplissement de certaines conditions gnrales pour que des activits spciales puissent s'exercer avec succs8 ,pour que le ngociant puisse prosprer1 il doit non seulement tenir ses livres avec exactitude1 mais encore payer ceux qu'il emploie selon les conventions faites1 et tenir ses engagements avec ses cranciers4 ,ne pouvons-nous pas dire1 par consquent1 que la conformit la seconde et la troisime de ces obligations est1 comme la conformit la premire1 un moyen indirect d'employer le moyen plus direct d'arriver au bien-tre8 ,ne pouvons-nous pas dire1 aussi1 que comme l'emploi de chaque moyen plus indirect dans un ordre convenable devient lui-mme une fin et une source d'avantages1 il finit par en tre de mme de l'emploi de ce moyen le plus indirect8 ,et ne pouvons-nous pas infrer que1 bien que la conformit aux obligations morales l'emporte en autorit sur la conformit aux autres obligations1 cependant cette autorit nat du fait que l'accomplissement des autres obligations1 par soi-mme1 par les autres1 ou par soi-mme et les autres la fois1 est ainsi favoris8 #fj4 ,cette question nous ramne un autre aspect de la question dj souleve4 ,en disant que l'utilitarisme empirique n'est qu'une introduction l'utilitarisme rationnel1 je voulais faire entendre que le dernier ne prend pas le bien-tre pour l'objet immdiat poursuivre1 mais considre comme son objet immdiat la conformit certains principes qui1 dans la nature des choses1 dterminent d'une manire causale le bien-tre4 ,nous voyons maintenant que cela revient reconnatre cette loi que l'on peut suivre travers l'volution de la conduite en gnral1 savoir que tout ordre plus nouveau et plus lev de moyens prend le pas dans le temps et au point de vue de l'autorit sur tout autre ordre de moyens plus ancien et plus simple4 ,le contraste entre les mthodes morales1 ainsi distingu et rendu suffisamment clair par les dveloppements qui prcdent1 sera rendu plus clair encore si l'on considre comment ces deux mthodes ont t mises en opposition par le principal reprsentant de l'utilitarisme empirique4 ,traitant du but de la lgislation1 ,bentham crit3 ,mais que devons-nous entendre par le mot justice8 et pourquoi pas bonheur au lieu de justice8 ,ce que c'est que le bonheur1 tout le monde le sait1 parce que tout le monde sait ce que c'est que le plaisir et ce que c'est que la douleur4 ,mais ce que c'est que la justice1 c'est chaque instant un sujet de discussion4 ,que l'on entende ce que l'on voudra par ce mot1 quelle considration a-t-il droit autrement que comme moyen d'arriver au bonheur#e4 ,note #e3 ,code constitutionnel1 chap4 ,,xvi1 ,lgislation suprme2 section ,,vi1 ,omni-comptence4 ,considrons d'abord l'affirmation de ,bentham sur l'intelligibilit relative de ces deux fins2 nous examinerons ensuite ce qui rsulte de la prfrence donne au bonheur sur la justice4 ,l'affirmation positive de ,bentham que tout le monde sait ce que c'est que le bonheur1 parce que tout le monde sait ce que c'est que le plaisir1 est contredite par des affirmations galement positives4 ,qui peut dire1 demande ,platon1 ce que c'est rellement que le plaisir1 ou le connatre dans son essence1 except le philosophe1 qui seul est en relation avec les ralits#f8 ,aristote1 aussi1 aprs avoir comment les diffrentes opinions soutenues par le vulgaire1 par le politique1 par le contemplatif1 dit du bonheur que aux uns il parat tre la vertu1 d'autres la prudence1 et d'autres encore un certain genre de sagesse2 ceux-ci joignent ces conditions ou quelqu'une d'elles la volupt1 ou du moins exigent qu'elle ne soit pas exclue2 ceux-l y comprennent aussi l'abondance des biens extrieurs#g4 ,aristote1 comme ,platon1 arrive cette remarquable conclusion que les plaisirs de l'intelligence1 auxquels on parvient par la vie contemplative1 constituent le plus haut degr du bonheur#h6 ,note #f3 ,rpubl41 liv4 ,,ix4 ,note #g3 ,mor4 ,nicomaque1 liv4 ,i1 chap4 ,,viii4 ,note #h3 ,liv4 ,x1 chap4 #g4 ,combien les dsaccords sur la nature du bonheur et les valeurs relatives des plaisirs1 ainsi manifests dans l'antiquit1 se perptuent dans les temps modernes1 on le voit par la discussion de ,m4 ,sidgwick sur l'hdonisme goste1 dont nous avons cit plus haut un passage4 ,en outre1 comme nous l'avons dj fait remarquer1 le dfaut de prcision dans l'apprciation des plaisirs et des peines1 dj marqu dans la mthode de l'hdonisme goste1 tel qu'il est conu d'ordinaire1 est immensment accru quand on passe l'hdonisme universel comme on le conoit ordinairement2 cette dernire thorie implique en effet que les plaisirs et les peines que l'imagination fait attribuer aux autres doivent tre apprcis l'aide de ces mmes plaisirs et de ces mmes peines comme on les prouve soi-mme1 et qui sont dj si difficiles apprcier4 ,il est surprenant qu'aprs avoir observ les diffrentes entreprises o certains hommes s'engagent avec passion et que d'autres vitent1 aprs avoir considr les diffrentes opinions touchant la valeur de telle ou telle occupation1 de tel ou tel amusement1 exprimes toutes les tables1 on affirme que l'on peut s'accorder entirement sur la nature du bonheur1 au point d'en faire utilement la fin directe d'une action lgislative4 ,la seconde affirmation de ,bentham1 que la justice est inintelligible comme fin1 n'est pas moins surprenante4 ,bien que les hommes primitifs n'aient pas de mots pour le bonheur ou la justice1 cependant on peut dcouvrir mme chez eux un commencement de conception de la justice4 ,la loi du talion1 d'aprs laquelle le meurtre commis par le membre d'une tribu sur un membre d'une autre tribu doit tre compens par la mort du meurtrier ou celle d'un membre quelconque de sa tribu1 nous fait voir sous une forme vague cette notion de l'galit de traitement qui forme un lment essentiel de l'ide de justice4 ,quand nous arrivons ces races encore primitives qui ont donn leurs penses et leurs sentiments une forme littraire1 nous trouvons que cette conception de la justice1 en tant qu'elle implique l'galit d'action1 devient distincte4 ,chez les ,juifs1 ,david exprimait cette association d'ides1 lorsque1 priant ,dieu d'entendre le droit1 il disait3 ,que ma sentence sorte de ta prsence1 que tes yeux s'abaissent sur les choses qui sont gales2 et aussi1 parmi les premiers chrtiens1 ,paul crivait dans le mme sens aux ,colossiens3 ,matres1 donnez vos serviteurs ce qui est juste et gal4 ,expliquant les diffrents sens du mot justice1 ,aristote conclut en disant3 ,le juste sera donc ce qui est lgitime et gal2 l'injuste1 ce qui est illgitime et ingal4 ,mais puisqu'un homme injuste est aussi un homme qui prend plus que sa part1 etc4 ,les ,romains ont prouv qu'ils concevaient la justice de la mme manire en donnant au mot juste le sens d'exact1 de proportionn1 d'impartial1 chacun de ces mots impliquant l'exactitude d'un partage1 et encore mieux en identifiant le terme de justice avec celui d'quit1 qui drive d'quus1 le mot quus ayant lui-mme1 entre autres significations1 celle de juste ou d'impartial4 ,cette concidence de vues chez les peuples anciens sur la nature de la justice s'est tendue aux peuples modernes2 ceux-ci1 par un accord gnral sur certains principes fondamentaux auxquels leurs systmes de lois donnent un corps1 en dfendant les agressions directes1 lesquelles sont des formes d'actions ingales1 et en dfendant les agressions indirectes par violation de contrats1 autres formes d'actions ingales1 nous font voir que la justice est identifie l'galit4 ,bentham a donc tort de dire3 ,mais qu'est-ce que la justice8 ,c'est un sujet de dispute en toute occasion4 ,il a mme plus tort qu'il ne le semble jusqu'ici4 ,car1 en premier lieu1 il a grand tort de ne pas reconnatre que1 dans quatre-vingt-dix-neuf transactions sur cent qui se font chaque jour entre les hommes1 il ne s'lve aucune dispute sur la justice2 l'affaire faite est reconnue de part et d'autre comme faite conformment la justice4 ,en second lieu1 si par rapport la centime transaction il y a une dispute1 ce n'est pas sur la question de savoir ce que c'est que la justice1 car on admet que c'est l'quit ou l'galit2 mais l'objet de la discussion est toujours de savoir ce qui1 dans telles circonstances particulires1 constitue l'galit--question tout fait diffrente4 ,il n'est donc pas vident de soi-mme1 comme le prtend ,bentham1 que le bonheur est une fin intelligible1 tandis qu'il n'en est pas ainsi de la justice2 au contraire1 l'examen que nous venons de faire montre videmment que la justice est bien plus intelligible comme fin4 ,l'analyse fait voir pourquoi elle est plus intelligible4 ,car la justice1 ou l'quit1 ou l'galit1 se rapporte exclusivement la quantit dans des conditions dtermines2 tandis que le bonheur se rapporte la fois la quantit et la qualit dans des conditions non dtermines4 ,lorsque1 comme dans le cas d'un vol1 un bien est pris1 sans qu'aucun bien quivalent soit prouv2 lorsque1 comme dans le cas o l'on achte des marchandises falsifies1 o l'on est pay en fausse monnaie1 ce qu'il tait convenu de donner en change comme ayant une valeur gale n'est pas donn1 mais bien quelque chose de moindre valeur2 lorsque1 comme dans le cas de la violation d'un contrat1 l'obligation a t remplie d'un ct1 tandis qu'elle ne l'a pas t de l'autre1 ou du moins l'a t d'une manire incomplte2 nous voyons que1 les circonstances tant spcifies1 l'injustice dont on se plaint se rapporte des sommes relatives d'actions1 ou de produits1 ou d'avantages1 dont les natures ne sont reconnues qu'autant qu'il est ncessaire pour dire s'il a t donn1 ou fait1 ou attribu autant1 par chacun de ceux que cela regarde1 qu'il tait tacitement ou ouvertement entendu pour que ce ft un quivalent4 ,mais quand la fin propose est le bonheur1 les circonstances restant non spcifies1 le problme est d'estimer la fois des quantits et des qualits1 sans avoir le secours de mesures dfinies comme en supposent les actes d'change1 ou les contrats1 ou la diffrence des actions d'un homme qui attaque et d'un homme qui se dfend4 ,le simple fait que ,bentham comprend comme lments d'apprciation de chaque plaisir ou chaque peine1 son intensit1 sa dure1 sa certitude et sa proximit1 suffit pour montrer combien le problme est difficile4 ,si l'on se rappelle que tous les plaisirs et toutes les peines1 non pas sentis en des cas particuliers seulement1 mais dans l'ensemble des cas1 et considrs sparment sous ces quatre aspects1 doivent encore tre compars l'un avec l'autre1 de telle sorte que l'on puisse dterminer leurs valeurs relatives simplement par introspection1 il sera manifeste la fois que le problme se complique par l'addition de jugements indfinis de qualits des mesures indfinies de quantits1 et se complique en outre par la multitude de ces estimations vagues qu'il faut faire et additionner entre elles4 ,mais1 en laissant maintenant de ct cette assertion de ,bentham que le bonheur est une fin plus intelligible que la justice1 ce qui est1 comme nous l'avons montr1 le contraire de la vrit1 voyons les consquences particulires de la doctrine d'aprs laquelle le corps lgislatif suprme doit se proposer immdiatement comme but le plus grand bonheur du plus grand nombre4 ,elle implique1 en premier lieu1 que le bonheur peut tre atteint par des mthodes faites tout exprs pour arriver ce but1 sans aucune recherche pralable relativement aux conditions remplir1 et cela prsuppose une croyance qu'il n'y a pas de conditions4 ,car1 s'il y a des conditions sans l'observation desquelles on ne peut parvenir au bonheur1 la premire dmarche doit tre de s'assurer de ces conditions pour se mettre en mesure de les remplir2 admettre cela1 c'est admettre que le bonheur ne doit pas tre lui-mme la fin immdiate1 et que l'on doit avant tout remplir les conditions ncessaires pour l'atteindre4 ,le dilemme est simple3 ou bien l'achvement du bonheur n'est pas conditionnel1 et dans ce cas un mode d'action est aussi bon qu'un autre2 ou bien il est conditionnel1 et dans ce cas l'on doit rechercher directement le mode d'action requis pour y atteindre1 et non le bonheur auquel il conduit4 ,supposant accord1 comme cela doit tre1 qu'il y a des conditions remplir avant de pouvoir arriver au bonheur1 demandons maintenant ce qui est impliqu par le fait de proposer des modes de contrler la conduite pour favoriser le bonheur1 sans rechercher d'abord si ces modes sont dj connus4 ,ce qui est impliqu1 c'est que l'intelligence humaine1 dans le pass1 oprant sur des expriences1 n'a pas russie dcouvrir ces modes1 tandis que l'intelligence humaine peut s'attendre aujourd'hui les dcouvrir4 ,a moins d'affirmer cela1 il faut admettre que certaines conditions pour arriver au bonheur ont dj t partiellement1 sinon entirement1 reconnues1 et s'il en est ainsi1 notre premier souci doit tre de les chercher4 ,quand nous les aurons trouves1 la mthode rationnelle que nous avons suivre est d'appliquer l'intelligence actuelle ces produits de l'intelligence passe1 dans l'attente qu'elle vrifiera ce qu'ils ont d'essentiel en en corrigeant peut-tre la forme4 ,mais supposer que l'on n'a encore tabli aucun principe rgulateur pour la conduite des hommes associs1 et qu'il faut les tablir maintenant de novo1 c'est supposer que l'homme tel qu'il est diffre un degr incroyable de l'homme tel qu'il tait4 ,outre qu'il n'admet pas qu'il est probable1 ou plutt certain que l'exprience passe gnralise par l'intelligence passe doit avoir en ce temps-ci dcouvert partiellement1 sinon entirement1 quelques-unes des conditions essentielles du bonheur1 ,bentham fait voir par sa proposition qu'il ne tient pas compte des formules qui les reprsentent aujourd'hui4 ,d'o viennent en effet la conception de la justice et le sentiment qui lui correspond8 ,il n'osera pas dire que cette conception et ce sentiment ne signifient rien1 bien que ce soit le sens de sa proposition1 et s'il admet qu'ils signifient quelque chose1 il doit choisir entre deux alternatives1 fatales l'une et l'autre son hypothse4 ,sont-ce des modes de penser et de sentir produits d'une manire surnaturelle et tendant faire remplir par les hommes les conditions du bonheur8 ,s'il en est ainsi1 leur autorit est premptoire4 ,sont-ce des modes de penser et de sentir naturellement produits en l'homme par l'exprience de ces conditions8 ,s'il en est ainsi1 leur autorit n'est pas moins premptoire4 ,ainsi non seulement ,bentham a le tort de ne pas infrer que certains principes de conduite doivent tre dj tablis1 mais il refuse de reconnatre ces principes comme rellement obtenus et prsents devant lui4 ,cependant il admet tacitement ce qu'il nie ouvertement1 en disant3 ,que le mot justice signifie ce qu'il voudra1 quel titre mrite-t-il d'tre considr1 si ce n'est comme moyen d'arriver au bonheur8 ,en effet1 si la justice est un moyen dont le bonheur est la fin1 la justice doit prendre le pas sur le bonheur comme tout autre moyen prcde toute autre fin4 ,le systme si labor de ,bentham est un moyen qui a le bonheur pour fin1 comme la justice1 de son propre aveu1 est un moyen de tendre au bonheur4 ,si donc nous pouvons vritablement ngliger la justice et aller directement la fin1 au bonheur1 nous pouvons aussi bien ne pas tenir compte du systme de ,bentham et aller directement la fin1 au bonheur4 ,en un mot1 nous sommes conduits cette conclusion remarquable que dans tous les cas nous devons considrer exclusivement la fin et ne pas nous proccuper des moyens4 #fa4 ,ce rapport entre les fins et les moyens1 qui est la base de toute spculation morale1 sera rendu plus clair encore si nous joignons quelques-unes des conclusions exposes ci-dessus certaines conclusions obtenues dans le dernier chapitre4 ,nous verrons que1 tandis que le plus grand bonheur peut varier beaucoup dans des socits qui1 bien qu'idalement constitues1 sont soumises des circonstances physiques diffrentes1 certaines conditions fondamentales1 pour atteindre ce plus grand bonheur1 sont communes toutes ces socits4 ,etant donn un peuple habitant un pays qui rend ncessaires des habitudes nomades1 le bonheur de chaque individu sera le plus grand lorsque sa nature sera si bien faonne aux exigences de sa vie1 que toutes ses facults trouvent leur exercice convenable dans les occupations journalires que donnent la conduite et le soin des troupeaux1 les migrations1 et ainsi de suite4 ,les membres d'une semblable peuplade1 mais sous d'autres rapports sdentaire1 atteindront chacun leur plus grand bonheur1 lorsque leur nature sera devenue telle qu'une rsidence fixe et les occupations qu'elle rend ncessaires fournissent les sphres dans lesquelles chaque instinct1 chaque motion peut s'exercer et produire le plaisir qui accompagne cet exercice4 ,les citoyens d'une grande nation1 dont l'organisation est industrielle1 ont atteint l'idal de bonheur possible1 lorsque la production1 la distribution et les autres activits sont telles1 dans leurs genres et leurs quantits1 que chaque citoyen y trouve une place pour ses forces et ses aptitudes1 en mme temps qu'il obtient les moyens de satisfaire tous ses dsirs4 ,nous pouvons encore reconnatre non seulement comme possible1 mais comme probable l'existence ventuelle d'une socit1 industrielle galement1 dont les membres1 ayant des natures qui rpondent de la mme manire ces exigences1 sont aussi caractriss par des facults esthtiques dominantes et n'arrivent au bonheur complet que si une grande partie de leur vie est consacre des occupations artistiques4 videmment ces diffrents types d'hommes1 avec leurs diffrentes ides du bonheur1 trouvant chacun le moyen d'arriver ce bonheur dans leur propre socit1 ne le trouveraient plus s'ils taient transports dans une autre4 ,evidemment1 bien qu'ils puissent avoir en commun les genres de bonheur qui accompagnent la satisfaction des besoins vitaux1 ils n'auraient pas en commun d'autres genres particuliers de bonheur4 ,mais remarquez maintenant que si1 pour arriver au plus grand bonheur dans chacune de ces socits1 les conditions spciales remplir diffrent de celles qui doivent tre remplies dans les autres socits1 cependant certaines conditions gnrales doivent tre remplies dans toutes les socits4 ,une coopration harmonieuse1 par laquelle seule on peut arriver dans n'importe laquelle d'entre elles au plus grand bonheur1 est1 nous l'avons vu1 rendue possible uniquement par le respect des droits des uns par les autres2 il ne doit y avoir ni ces agressions directes que nous considrons comme des crimes contre les personnes et les proprits1 ni ces agressions indirectes qui consistent dans la violation des contrats4 ,de telle sorte que le maintien de relations quitables entre les hommes est la condition pour parvenir au plus grand bonheur dans toutes les socits1 bien que le plus grand bonheur ralisable dans chacune d'elles puisse tre trs diffrent de l'une l'autre en nature ou en quantit1 ou ces deux points de vue la fois4 ,on peut fort bien emprunter la physique une comparaison pour donner la plus grande nettet cette vrit cardinale4 ,une masse de matire de n'importe quelle espce conserve son tat d'quilibre interne aussi longtemps que les particules dont elle est compose se tiennent sparment vis--vis de leurs voisines dans des positions quidistantes4 ,si nous acceptons les conclusions des physiciens modernes d'aprs lesquels chaque molcule a un mouvement rythmique1 un tat d'quilibre implique que chacune d'elles excute son mouvement dans un espace born par les espaces semblables ncessaires aux mouvements de celles qui l'entourent4 ,si les molcules sont agrges de telle sorte que les oscillations de quelques-unes soient plus restreintes que les oscillations des autres1 il y a une instabilit proportionne4 ,si le nombre de celles qui sont ainsi gnes est considrable1 l'instabilit est telle que la cohsion d'une certaine partie est expose disparatre1 et il en rsulte une flure4 ,si les excs de ralentissement sont grands et nombreux1 la moindre perturbation fait que la masse se brise en petits fragments4 ,ajoutez cela que le moyen reconnu de remdier cet tat instable est de soumettre la masse de telles conditions physiques 7ordinairement une haute temprature7 que les molcules puissent changer leurs positions relatives et rendre leurs mouvements gaux de tous cts4 ,remarquez maintenant que cela est vrai quelle que soit la nature des molcules4 ,elles peuvent tre simples1 elles peuvent tre composes1 elles peuvent tre composes de telle ou telle matire1 de telle ou telle manire4 ,en d'autres termes1 les activits spciales de chaque molcule1 constitues par les mouvements relatifs de ses units1 peuvent tre de genres et de degrs diffrents2 et cependant1 quelles qu'elles soient1 reste vrai que1 pour maintenir l'quilibre interne de la masse de molcules1 les limitations mutuelles de leurs activits doivent tre partout semblables4 ,c'est l aussi1 comme nous l'avons montr1 la condition ncessaire l'quilibre social1 quelles que soient les natures spciales des personnes associes4 ,en supposant qu' l'intrieur de chaque socit les personnes soient du mme type et aient besoin pour remplir leur vie de dployer chacune en particulier des activits analogues1 bien que ces activits puissent tre d'une sorte dans une socit et d'une autre sorte dans une autre1 et cela avec une varit indfinie1 du moins cette condition de l'quilibre social n'admet pas de variation4 ,elle doit tre remplie pour que la vie complte1 c'est--dire le plus grand bonheur1 puisse tre atteinte dans toute socit1 quelle que puisse tre la qualit de cette vie ou de ce bonheur#i4 ,note #i3 ,c'est cette ncessit universelle que j'avais en vue1 quand j'ai choisi pour mon premier ouvrage1 publi en #ahej1 le titre de ,statique sociale4 #fb4 ,aprs avoir ainsi observ comment les moyens et les fins dans la conduite sont en rapport les uns avec les autres1 et comment il en sort certaines conclusions par rapport leur valeur relative1 nous pouvons dcouvrir un moyen de rconcilier certaines thories morales qui sont opposes entre elles4 ,elles expriment sparment des portions de la vrit1 et il faut simplement les combiner dans un ordre convenable pour avoir la vrit tout entire4 ,la thorie thologique contient une part de la vrit4 ,si la volont divine que l'on suppose rvle d'une manire surnaturelle1 nous substituons la fin rvle d'une manire naturelle vers laquelle tend la puissance qui se manifeste par l'volution1 alors1 puisque l'volution a tendu et tend encore vers la vie la plus leve1 il s'ensuit que se conformer aux principes par lesquels s'achve la vie la plus leve1 c'est favoriser l'accomplissement de cette fin4 ,la doctrine d'aprs laquelle la perfection ou l'excellence de nature devrait tre l'objet de notre poursuite est vraie en un sens1 car elle reconnat tacitement la forme idale d'existence que la vie la plus haute implique et laquelle tend l'volution4 ,il y a une vrit aussi dans la doctrine que la vertu doit tre le but de nos efforts1 car cette doctrine est une autre forme de la doctrine d'aprs laquelle nous devons nous efforcer de remplir les conditions pour arriver la vie la plus haute4 ,que les intuitions d'une facult morale doivent guider notre conduite1 c'est une proposition qui contient une vrit2 car ces intuitions sont les rsultats lentement organiss des expriences reues par la race vivant en prsence de ces conditions4 ,et il est incontestablement vrai que le bonheur est la fin suprme1 il doit accompagner la vie la plus leve que chaque thorie de direction morale a distinctement ou vaguement en vue4 ,si l'on comprend ainsi leurs positions relatives1 les systmes de morale qui font de la vertu1 du bien1 du devoir le but principal de nos efforts sont1 on le voit1 complmentaires des systmes de morale qui font du bien-tre1 du plaisir1 du bonheur le but principal de nos efforts4 ,bien que les sentiments moraux produits chez les hommes civiliss par un contact journalier avec les conditions sociales et une adaptation graduelle ces conditions1 soient indispensables pour les porter agir ou les en dtourner1 et bien que les intuitions correspondant ces sentiments aient1 en vertu de leur origine1 une autorit gnrale qu'il faut reconnatre avec respect1 cependant les sympathies et les antipathies qui en sont sorties1 en mme temps que leurs expressions intellectuelles1 sont1 sous leurs formes primitives1 ncessairement vagues4 ,pour rendre la direction qu'elles donnent adquate tous les besoins1 leurs prescriptions ont besoin d'tre interprtes et mieux dfinies par la science2 pour arriver ce rsultat1 il faut analyser les conditions de vie complte auxquelles elles rpondent et dont l'influence persistante les a fait natre4 ,une telle analyse ncessite la reconnaissance du bonheur pour chacun et pour tous comme la fin atteindre en remplissant ces conditions4 ,par suite1 en accordant aux diverses thories morales l'importance qu'elles mritent1 la conduite sous sa forme la plus leve prendra comme guides les perceptions innes du bien convenablement claires et rendues prcises par une intelligence analytique2 cette intelligence aura conscience1 en mme temps1 que ces guides sont approximativement suprmes seulement parce qu'ils conduisent la fin suprme par excellence1 le bonheur spcial et gnral4 ,,chapitre ,x ,,la ,,relativit ,,des ,,peines ,,et ,,des ,,plaisirs #fc4 ,nous devons maintenant exposer avec tous les dveloppements qu'elle comporte une vrit d'importance capitale comme donne de l'thique1 laquelle nous avons fait allusion incidemment dans le paragraphe prcdent4 ,je parle de cette vrit que non seulement les hommes de diffrentes races1 mais encore les diffrents hommes de mme race1 et mme les mmes hommes aux diffrentes priodes de la vie1 se font du bonheur des ides diffrentes4 ,bien qu'il y ait quelque reconnaissance de ce fait chez les moralistes1 cependant cette reconnaissance est insuffisante1 et c'est peine s'ils ont souponn les conclusions tirer de cette relativit du bonheur1 lorsqu'on l'a pleinement reconnue4 ,c'est une croyance universelle dans l'enfance1 une croyance qui ne se corrige que partiellement plus tard chez beaucoup de gens1 et ne disparat compltement que chez bien peu d'hommes1 qu'il y a quelque chose d'intrinsque dans le caractre agrable de certaines choses1 tandis que certaines autres sont dsagrables d'une manire intrinsque4 ,cette erreur ressemble et tient de prs celle que cause un grossier ralisme4 ,pour un esprit qui n'est pas cultiv1 il semble vident de soi que la douceur du sucre est inhrente au sucre1 que le son tel que nous le percevons est le son tel qu'il existe dans le monde extrieur1 et que la chaleur qui vient d'un feu est en elle-mme ce qu'elle parat2 de mme1 il parat vident de soi que la douceur du sucre est ncessairement agrable1 qu'il y a dans la beaut des sons quelque chose qui doit tre beau pour tous les tres1 et que la sensation agrable produite par la chaleur est une sensation que toute autre conscience doit trouver agrable4 ,mais1 comme la critique prouve la fausset d'une srie de ces conclusions1 elle doit prouver aussi la fausset des autres4 ,non seulement les qualits des choses extrieures telles que les peroit l'intelligence sont relatives notre propre organisme1 mais les caractres agrables ou dsagrables des sensations que nous associons avec ces qualits sont galement relatifs notre propre organisme4 ,ils le sont en un double sens3 ils sont relatifs ses tissus1 et ils sont relatifs aux tats de ses tissus4 ,nous ne devons pas nous borner accepter purement et simplement en paroles ces vrits gnrales2 pour les apprcier de manire en voir toute la porte en morale1 nous allons voir comment elles s'appliquent aux tres vivants en gnral4 ,quand nous aurons considr en effet la grande diffrence de sensibilit qui accompagne la grande diversit d'organisations produites par l'volution1 nous serons plus capables de voir les divergences de sensibilit qu'il faut attendre des progrs de l'volution dans l'humanit4 #fd4 ,comme nous pouvons tre plus brefs sur les peines1 commenons par elles2 une autre raison pour nous en occuper d'abord est que nous pouvons ainsi reconnatre tout de suite1 et ensuite laisser de ct1 les tats de sensibilit dont les qualits peuvent tre regardes comme absolues plutt que comme relatives4 ,les sensations douloureuses produites par des forces qui tendent dtruire les tissus organiques1 tout entires ou en partie1 sont ncessairement communes tous les tres capables de sentir4 ,il est invitable1 comme nous l'avons vu1 que1 durant l'volution1 il y ait partout de telles connexions entre les actions externes et les modes de conscience qui en rsultent1 que les actions nuisibles soient accompagnes de sensations dsagrables1 et les actions avantageuses de sensations agrables4 ,par consquent1 les pressions1 les violences qui meurtrissent ou dchirent1 les chaleurs qui brlent ou chaudent1 tant dans tous les cas partiellement ou totalement destructives1 sont dans tous les cas douloureuses4 ,mais1 mme ici1 nous pouvons en un sens affirmer la relativit des sensations4 ,car l'effet d'une force de quantit et d'intensit donnes varie en partie avec la grandeur et en partie avec la structure de l'tre soumis cette force4 ,le poids qui est peine senti par un animal de grande taille crase un petit animal2 le coup qui cassera la patte d'une souris produit peu d'effet sur un cheval2 l'arme qui blesse un cheval ne cause aucun dommage un rhinocros4 ,avec ces diffrences de nocuit se produisent videmment des diffrences de sensibilit4 ,aprs ce simple coup d'oeil jet sur les exemples de cette vrit fournis par les tres sentants en gnral1 considrons les exemples fournis par l'humanit4 ,comparons les hommes robustes qui se livrent aux travaux manuels1 avec les femmes et les enfants2 nous verrons que des degrs d'efforts mcaniques que les premiers supportent impunment produisent chez les autres des dommages et les douleurs qui les accompagnent4 ,on produira des ampoules sur une peau tendre par des frictions dont le mme nombre ne ferait pas seulement rougir une peau grossire2 un coup qui brisera les vaisseaux sanguins superficiels1 et amnera par suite une dcoloration chez une personne aux tissus lches1 ne laissera mme pas de traces sur des tissus fermes et bien portants3 ce sont l des exemples suffisants de ce contraste4 ,cependant les peines dues l'action violente de forces extrieures ne sont pas seulement relatives aux caractres ou aux qualits constitutionnelles des parties directement affectes2 elles sont relatives1 d'une manire tout aussi marque ou mme plus marque1 aux caractres des structures nerveuses4 ,on croit communment que des dommages corporels gaux produisent des douleurs gales4 ,c'est une mprise4 ,l'extraction d'une dent ou l'amputation d'un membre cause aux diffrentes personnes des souffrances d'intensit trs diffrente2 ce n'est pas la force supporter la douleur1 mais encore la sensation supporter1 qui varie grandement1 et cette variation dpend surtout du dveloppement nerveux4 ,on le voit clairement par la grande insensibilit des idiots1 qui supportent avec indiffrence les coups1 les coupures et les plus hauts degrs du chaud ou du froid#aj4 ,la relation1 ainsi montre de la manire la plus marque lorsque le dveloppement du systme nerveux central est faible d'une manire anormale1 se montre un moindre degr lorsque le dveloppement est normalement faible1 par exemple chez les races humaines infrieures4 ,beaucoup de voyageurs ont parl de l'trange insensibilit qu'ils ont observe chez les sauvages mutils la guerre ou par accident1 et les chirurgiens de l',inde disent que les blessures et les oprations sont mieux supportes par les indignes que par les ,europens4 ,et il arrive rciproquement que1 parmi les types humains plus levs1 o le cerveau est plus dvelopp et la sensibilit la douleur plus grande que dans les types infrieurs1 les plus sensibles sont ceux dont le dveloppement nerveux1 comme on le voit par leurs facults mentales1 est le plus lev3 on en trouve une preuve ,dans l'impossibilit relative o sont la plupart des hommes de gnie de supporter des sensations dsagrables#aa et l'irritabilit gnrale qui les caractrise4 ,note #aj3 ,de l'idiotie et de l'imbcillit1 par ,william ,w4 ,ireland1 ,m4 ,d41 p4 #bee-f4 ,note #aa3 ,pour des exemples1 voir la ,fortnightly ,review1 vol4 #bd 7nouvelle srie71 p4 #gab4 ,la douleur est relative non aux structures seulement1 mais leurs tats2 c'est galement manifeste1 plus manifeste encore en ralit4 ,la sensibilit d'une partie externe dpend de sa temprature4 ,si elle se refroidit au-dessous d'un certain degr1 elle s'engourdit1 comme nous disons1 et1 si elle est rendue trs froide par l'vaporation de l'ther1 on peut la couper sans faire prouver aucune sensation4 ,rciproquement1 si l'on chauffe assez cette partie pour dilater les vaisseaux sanguins1 la souffrance cause par un dommage ou une irritation est plus grande qu' l'tat ordinaire4 ,jusqu' quel point la production de la douleur dpend de la condition de la partie affecte1 nous le voyons dans l'extrme sensibilit d'une surface o s'est dclare une inflammation1 sensibilit telle qu'un lger attouchement cause une contraction1 telle que le rayonnement du feu1 qui serait ordinairement indiffrent1 devient intolrable4 ,il en est de mme pour les sens spciaux4 ,une clart que des yeux en bon tat supportent sans aucune sensation de peine1 ne peut tre supporte par des yeux atteints d'inflammation4 ,outre l'tat local1 l'tat du systme dans son ensemble et l'tat des centres nerveux sont deux facteurs considrer4 ,les hommes affaiblis par une maladie1 sont troubls par des bruits qu'ils supporteraient avec indiffrence dans l'tat de sant2 ceux dont le cerveau est fatigu sont irrits d'une faon tout fait inaccoutume par les ennuis physiques et moraux4 ,en outre1 la condition temporaire dsigne par le nom d'puisement contribue cet tat de choses4 ,les membres surmens par un exercice prolong ne peuvent sans souffrance accomplir des actes qui1 en un autre temps1 n'auraient caus aucune sensation apprciable4 ,aprs avoir lu plusieurs heures de suite1 des yeux mme puissants commencent souffrir4 ,des bruits auxquels on ne ferait pas attention s'ils ne duraient qu'un moment1 deviennent1 s'ils ne cessent pas1 une cause de fatigue douloureuse4 ,de telle sorte que bien que la relation entre les peines positives et les actes positivement nuisibles soit absolue1 en ce sens qu'elle se rencontre partout o il y a sensibilit1 cependant on peut affirmer qu'il y a mme l une relativit partielle4 ,car il n'y a pas de rapport fixe entre la force agissante et la sensation produite4 ,le degr de la sensation varie avec la grandeur de l'organisme1 avec le caractre de ses tissus extrieurs1 avec le caractre de son systme nerveux1 et aussi avec les tats temporaires de la partie affecte1 du corps en gnral et des centres nerveux4 #fe4 ,la relativit des plaisirs est bien plus remarquable1 et les exemples qu'on en trouve dans le monde des tres sentants sont innombrables4 ,il suffit de regarder autour de nous la varit des choses que les diffrents tres sont ports par leurs apptits manger1 et mangent avec plaisir1--la chair pour les animaux de proie1 l'herbe pour les herbivores1 les vers pour la taupe1 les mouches pour l'hirondelle1 les grains pour le bouvreuil1 le miel pour l'abeille1 les corps en dcomposition pour les vers1--pour s'apercevoir que les gots en matire d'aliments sont relatifs la structure des tres4 ,cette vrit1 rendue vidente par un coup d'oeil sur les animaux en gnral1 s'impose aussi notre attention si nous jetons un coup d'oeil sur les diffrentes races d'hommes4 ,ici la chair humaine est un objet d'horreur1 et l elle est regarde comme le mets le plus dlicat2 dans ce pays1 l'on prtend qu'il faut laisser pourrir les racines avant de les manger1 et l toute apparence de dcomposition produit le dgot2 la graisse de baleine1 que certaine race dvore avec avidit1 donnera une autre des nauses par sa seule odeur4 ,certes1 sans regarder bien loin1 nous voyons1 par le proverbe3 ,ce qu'un homme mange est un poison pour un autre1 qu'il est admis gnralement que les hommes d'une mme socit diffrent au point que ce qui plat au got de l'un dplat celui de l'autre4 ,il en est de mme pour les autres sens4 ,l'odeur de l'assa foetida1 qui est pour nous le type des odeurs dgotantes1 est un parfum favori chez les ,esthoniens2 ceux mme qui nous entourent ont des prfrences si dissemblables que les senteurs des fleurs qui plaisent quelques-uns rpugnent aux autres4 ,nous entendons tous les jours exprimer des dissentiments analogues sur les couleurs qui plaisent ou dplaisent4 ,il en est de mme1 un degr plus ou moins lev1 pour toutes les sensations1 mme pour celles du toucher3 la sensation produite sur le toucher par le velours1 qui est agrable la plupart des hommes1 agace les dents de certaines personnes4 ,il suffit de nommer l'apptit et la satit pour suggrer l'ide de faits innombrables qui prouvent que les plaisirs sont relatifs non seulement aux structures organiques1 mais encore leurs tats4 ,la nourriture1 qui procure une pleine satisfaction lorsque la faim est vive1 cesse d'tre agrable lorsque la faim est apaise1 et1 si l'on est alors contraint de manger encore1 on la rejette avec dgot4 ,de mme1 une sorte particulire de nourriture1 qui semble1 lorsqu'on en gote pour la premire fois1 si dlicieuse qu'on entrevoit dans une rptition journalire la source de jouissances infinies1 devient en peu de jours non seulement dpourvue de charmes1 mais encore rpugnante4 ,des couleurs brillantes1 qui ravissent lorsque les yeux n'y sont pas encore accoutums1 fatiguent la vue si elle s'y attache longtemps1 et l'on prouve un soulagement en faisant cesser les impressions qu'elles produisent4 ,des sons doux en eux-mmes et doux dans leurs combinaisons1 qui procurent un plaisir intense des oreilles reposes1 deviennent1 la fin d'un long concert1 non seulement ennuyeux1 mais mme irritants1 si l'on ne peut s'y soustraire4 ,on peut dire la mme chose de simples sensations comme celles du froid et du chaud4 ,le feu1 si agrable un jour d'hiver1 est accablant dans la saison chaude1 et l'on prend alors plaisir se plonger dans l'eau froide qui ferait frissonner en hiver4 ,en vrit1 de courtes expriences suffisent pour montrer combien sont relatives aux tats des structures les sensations agrables de ces diffrents genres2 car on peut observer que1 si l'on met la main froide dans de l'eau tide1 la sensation agrable diminue graduellement1 mesure que la main s'chauffe4 ,ce petit nombre d'exemples suffit pour tablir formellement cette vrit1 assez manifeste pour tous ceux qui observent1 que1 pour prouver toute sensation agrable1 il faut d'abord un organe qui entre en exercice1 et en second lieu certaines conditions d'activit de cet organe4 #ff4 ,la vrit que les plaisirs motionnels sont rendus possibles en partie par l'existence de structures corrlatives et en partie par les tats de ces structures est galement indniable4 ,observez un animal dont l'existence exige des habitudes solitaires et qui a une organisation adapte2 il ne tmoigne aucun besoin de la prsence de son semblable4 ,observez au contraire les animaux qui vivent par troupes2 si l'un d'eux est spar des autres1 vous verrez qu'il est malheureux tant que cette sparation continue1 tandis qu'il donne des signes de joie ds qu'il a rejoint ses compagnons4 ,dans le premier cas1 il n'y a pas de structure nerveuse qui trouve dans un tat de socit sa sphre d'action2 dans le second cas1 il y a une structure de ce genre4 ,comme cela rsultait des exemples donns dans le dernier chapitre sur un autre sujet1 les animaux dont l'existence comporte certains genres d'activits sont constitus maintenant de telle sorte que le dploiement de ces activits1 exerant les structures corrlatives1 leur procure les plaisirs associs cet exercice4 ,les carnassiers1 que l'on enferme dans des cages1 nous font voir par leurs mouvements droite et gauche qu'ils s'efforcent d'obtenir1 comme ils le peuvent1 les plaisirs qu'ils prouvent rder dans leurs habitats naturels2 et le plaisir de dpenser ainsi leurs nergies locomotrices que les marsouins tmoignent en jouant autour d'un navire1 un marsouin captur le tmoigne aussi en allant sans fin d'un bout l'autre du bassin o il est enferm4 ,les sautillements perptuels d'un canari d'un barreau l'autre de sa cage1 la gymnastique incessante d'un perroquet autour de son perchoir en se servant de ses griffes et de son bec1 sont d'autres activits qui1 rapportes sparment aux besoins de l'espce1 sont devenues sparment elles-mmes les sources de sensations agrables4 ,nous voyons plus clairement encore1 par les efforts qu'un castor mis dans une cage fait pour construire avec les baguettes et les morceaux de bois qui sont sa porte1 combien l'instinct de btir est devenu dominant dans sa nature1 et combien1 toute utilit mise part1 il prend plaisir rpter le mieux qu'il peut les procds de construction que son organisation le rend capable de mettre en oeuvre4 ,le chat qui1 n'ayant rien dchirer avec ses griffes1 les exerce sur une natte1 la girafe enferme qui1 dfaut de branches atteindre1 use les angles suprieurs des portes de sa cabane force de les saisir avec sa langue prhensive1 le rhinocros qui1 n'ayant pas d'ennemi combattre1 laboure la terre avec sa corne1 nous donnent tous des preuves analogues4 ,il est clair que ces diverses actions accomplies par des tres diffrents ne sont pas agrables par elles-mmes1 car elles diffrent plus ou moins pour chaque espce1 et sont souvent profondment dissemblables4 ,elles font plaisir simplement cause de l'exercice de structures nervo-musculaires adaptes l'accomplissement de ces actes4 ,bien qu'il y ait entre les races humaines beaucoup moins d'opposition qu'entre les genres et les ordres d'animaux1 cependant1 comme nous l'avons vu dans le chapitre prcdent1 en mme temps que les diffrences visibles1 se produisent des diffrences invisibles accompagnes de gots pour diffrents modes de vie4 ,chez quelques-uns1 comme les ,mantras1 l'amour de la libert et le mpris de toute association sont tels qu' la moindre querelle ils se sparent et vivent dsormais disperss2 tandis que chez d'autres1 comme les ,damaras1 il y a fort peu de got pour la lutte1 mais1 en revanche1 une grande admiration pour quiconque entreprend de les soumettre son pouvoir4 ,dj1 en montrant par des exemples combien le bonheur est indfini considr comme fin de l'action1 j'ai fait voir combien diffrent l'idal de vie les peuples nomades et celui des peuples sdentaires1 des peuples guerriers et des peuples pacifiques1 diversit d'idal qui implique une diversit de structures nerveuses produite par les effets hrditaires d'habitudes diffrentes accumules pendant des gnrations4 ,ces contrastes1 divers en genres et en degrs dans les diffrents types du genre humain1 chacun peut les observer parmi ceux qui l'entourent4 ,les occupations dans lesquelles quelques-uns trouvent leur plaisir sont intolrables pour d'autres qui sont autrement constitus1 et les manies des hommes1 qui leur paraissent eux-mmes sparment fort naturelles1 semblent souvent leurs amis ridicules ou insenses3 ces faits seuls nous permettent de voir que l'agrment des actions de tel ou tel genre est d non pas quelque caractre de la nature des actions1 mais l'existence de facults dont elles sont l'exercice4 ,on doit ajouter que chaque motion agrable1 comme chaque sensation agrable1 est relative non seulement une certaine structure1 mais aussi l'tat de cette structure4 ,les parties appeles agir doivent avoir t reposes1 doivent tre dans une condition qui leur permette d'agir1 et non dans la condition que produit une action prolonge4 ,quel que soit l'ordre d'motion dont on parle1 si elle se continue sans interruption1 elle doit amener la satit4 ,la conscience du plaisir devient de moins en moins vive1 et le besoin se fait sentir d'une cessation temporaire pendant laquelle les parties qui se sont exerces recouvrent leur capacit d'agir de nouveau1 et pendant laquelle aussi les activits des autres parties et les motions qui en sont la suite trouvent se dvelopper comme il convient4 #fg4 ,j'ai insist sur ces vrits gnrales avec plus de dveloppements qu'il ne fallait peut-tre1 pour prparer le lecteur adopter pleinement un corollaire que l'on mconnat dans la pratique4 ,quelle que soit ici l'abondance1 la clart des preuves1 et bien que chacun soit forc chaque jour d'y faire attention1 les conclusions que l'on devrait en dduire relativement la conduite de la vie ne sont pas dduites1 et ces conclusions sont tellement opposes aux croyances communes qu'il suffit de les noncer pour provoquer un mouvement de surprise et d'incrdulit4 ,les penseurs passs1 et mme encore la plupart des penseurs contemporains1 sont tellement pntrs de l'opinion que la nature de chaque tre a t spcialement cre pour lui1 et que la nature humaine1 spcialement cre elle aussi1 est1 comme les autres1 immuable2 ces penseurs sont aussi1 mme encore aujourd'hui1 tellement persuads que l'agrment de certaines actions dpend de leurs qualits essentielles1 tandis que leurs qualits essentielles rendent d'autres actions dsagrables1 qu'il est difficile mme de se faire couter quand on soutient que les genres d'actions qui sont maintenant agrables cesseront de l'tre dans des conditions qui rendent ce changement ncessaire1 tandis que d'autres genres d'actions deviendront agrables4 ,ceux mme qui adoptent la doctrine de l'volution n'admettent qu'avec scepticisme1 ou tout au plus avec une foi nominale1 les infrences qu'il faut en tirer concernant l'humanit de l'avenir4 ,et cependant1 comme le prouvent des myriades d'exemples indiqus par le petit nombre de ceux que nous avons donns plus haut1 les actions naturelles1 qui ont produit des formes innombrables de structures adaptes des formes innombrables d'activit1 ont en mme temps rendu ces formes d'activit agrables4 ,l'invitable consquence en tirer est que1 dans les limites imposes par les lois physiques1 il se dveloppera1 par adaptation telles nouvelles sries de conditions qui peuvent s'tablir1 des structures appropries dont les fonctions apporteront avec elles leurs plaisirs spciaux4 ,quand nous nous serons dbarrasss de la tendance croire que certains modes d'activit sont ncessairement agrables parce qu'ils nous procurent du plaisir1 et que d'autres modes qui ne nous plaisent pas sont ncessairement dplaisants1 nous verrons que la nature humaine1 en se transformant pour s'accommoder toutes les exigences de la vie sociale1 doit fatalement rendre agrables toutes les actions ncessaires1 et dsagrables au contraire toutes les actions opposes ces exigences4 ,quand nous en serons venus comprendre pleinement cette vrit qu'il n'y a rien de plus satisfaisant1 d'une manire intrinsque1 dans les efforts par lesquels on s'empare des animaux sauvages1 que dans les efforts dpenss pour lever des plantes1 et que les actions combines des muscles et des sens ncessaires pour conduire un bateau la rame ne sont pas par leurs natures essentielles plus productives de sensations agrables que celles qui sont ncessaires la rcolte des moissons1 mais que chaque chose dpend des motions coopratives qui prsent s'accordent mieux avec l'une qu'avec l'autre1 nous devrons infrer qu' mesure que diminueront ces motions auxquelles l'tat social ne donne que peu ou pas de raison d'tre1 et mesure que crotront ces motions que ce mme tat dveloppe continuellement1 les choses faites maintenant avec dplaisir et seulement parce qu'on y est oblig se feront avec un plaisir immdiat1 et les choses dont on s'abstient par devoir seront abandonnes1 parce qu'elles rpugneront4 ,cette conclusion1 contraire aux croyances populaires et ordinairement mconnue dans la spculation morale1 ou tout au plus reconnue partiellement et de temps en temps1 sera regarde comme si improbable par la majorit1 que je dois en donner une justification plus dveloppe1 fortifier l'argument priori par un argument posteriori4 ,quelque petite que soit l'attention donne ce fait1 cependant c'est un fait remarquable que le corollaire dduit ci-dessus de la doctrine de l'volution en gnral concide avec le corollaire que nous imposent les changements passs et prsents de la nature humaine4 ,les principaux contrastes de caractre constats entre le sauvage et l'homme civilis sont prcisment ceux que le procd d'adaptation doit donner4 ,la vie de l'homme primitif est consacre presque tout entire la poursuite des btes1 des oiseaux1 des poissons1 qui lui procure une excitation agrable2 mais1 bien que la chasse procure du plaisir l'homme civilis1 il n'est ni si persistant ni si gnral4 ,nous avons chez nous des sportsmen pleins d'ardeur2 mais il y a beaucoup d'hommes que la chasse et la pche ennuient bientt1 et il y en a assez qui l'une et l'autre sont tout fait indiffrentes ou mme rpugnantes4 ,au contraire1 le pouvoir d'appliquer d'une manire continue son attention1 qui est trs faible chez l'homme primitif1 est devenu chez nous trs considrable4 ,il est vrai que le plus grand nombre est forc de travailler par la ncessit2 mais il y a et l dans la socit des hommes pour lesquels une occupation active est un besoin1 des hommes qui sont inquiets quand ils n'ont rien faire et sont malheureux si par hasard ils doivent renoncer au travail2 des hommes pour lesquels tel ou tel sujet d'investigation est si plein d'attrait1 qu'ils s'y adonnent tout entiers pendant des jours et des annes2 des hommes qui s'intressent si profondment aux affaires publiques qu'ils emploient toute leur vie poursuivre ce qui leur parat le plus utile leur pays1 presque sans prendre le repos ncessaire leur sant4 ,le changement est encore plus manifeste quand nous comparons l'humanit non dveloppe l'humanit dveloppe par rapport la conduite inspire par les inclinations sociales4 ,la cruaut plutt que la tendresse caractrise le sauvage1 et devient dans beaucoup de cas pour lui la source d'un plaisir marqu2 mais1 bien qu'il y ait parmi les hommes civiliss des individus chez lesquels ce trait du caractre sauvage a survcu1 cependant l'amour de faire souffrir n'est pas gnral1 et1 outre le grand nombre de ceux qui montrent de la bienveillance1 il y a ceux qui emploient tout leur temps et une grande partie de leur fortune des oeuvres de philanthropie sans penser une rcompense actuelle ou future4 ,evidemment1 ces changements importants1 avec beaucoup d'autres moindres1 sont conformes la loi expose plus haut4 ,des activits appropries leurs besoins et qui donnent du plaisir aux sauvages ont cess d'tre agrables la plupart des hommes civiliss1 tandis que ceux-ci sont devenus capables d'autres activits appropries et des plaisirs qui les suivent1 qui manquaient aux sauvages4 ,or1 non seulement il est rationnel d'infrer que des changements comme ceux qui se sont produits pendant la civilisation continueront se produire1 mais il est irrationnel de faire autrement4 ,ce n'est pas celui qui croit que l'adaptation s'augmentera qui se trompe1 mais celui qui doute de cette augmentation4 ,manquer de foi dans une volution continue de l'humanit d'o sorte l'harmonie finale de sa nature et de ses conditions1 c'est donner une preuve de plus1 entre mille autres1 d'une conscience inadquate de la causation4 ,celui qui1 en abandonnant la fois les dogmes primitifs et l'ancienne manire d'envisager les faits1 a1 en acceptant les conclusions scientifiques1 acquis les habitudes de penser que la science donne1 regardera comme invitable la conclusion que nous venons de dduire4 ,il lui sera impossible de croire que les processus qui ont jusqu' prsent si bien model tous les tres d'aprs les exigences de leurs vies qu'ils trouvent plaisir s'y conformer1 ne doivent pas continuer les modeler de la mme manire2 il infrera que le type de nature auquel la plus haute vie sociale apporte une sphre telle que chaque facult ait son compte lgitime1 et pas plus que son compte lgitime1 de fonction et de plaisir la suite1 est le type de nature vers lequel le progrs doit tendre sans relche jusqu' ce qu'il soit atteint4 ,le plaisir naissant de l'adaptation d'une structure sa fin spciale1 il verra qu'il en rsulte ncessairement que1 en supposant qu'il s'accorde avec la conservation de la vie1 il n'y a aucun genre d'activit qui ne puisse devenir la longue une source de plaisir1 et que par suite le plaisir accompagnera fatalement tout mode d'action rclam par les conditions sociales4 ,j'insiste ici sur ce corollaire1 parce qu'il jouera bientt un rle important dans ma dmonstration4 ,,chapitre ,,xi ,l',,go,,sme ,,oppos ,l',,altruisme #fh4 ,si l'insistance sur les vrits videntes par elles-mmes tend branler les systmes de croyance tablis1 elles sont alors passes sous silence par la plupart des hommes1 ou tout au moins il y a refus tacite d'en tirer les infrences les plus claires4 ,parmi les vrits videntes par elles-mmes ainsi traites1 il en est une qui se rapporte au sujet qui nous occupe1 savoir qu'il faut qu'un tre vive avant d'agir4 ,c'est un corollaire de cette vrit que les actes par lesquels chacun travaille conserver sa propre vie doivent1 d'une manire gnrale1 s'imposer avant tous les autres4 ,car si l'on affirmait que ces autres actes doivent s'imposer avant ceux qui servent au maintien de la vie1 et si tout le monde se conformait cette loi comme une loi gnrale de conduite1 alors1 en subordonnant les actes qui servent au maintien de la vie ceux que la vie rend possibles1 tout le monde devrait perdre la vie4 ,cela revient dire que la morale doit reconnatre cette vrit1 reconnue indpendamment de toute considration morale1 savoir que l'gosme passe avant l'altruisme4 ,les actes requis pour assurer la conservation1 entranant la jouissance des avantages produits par de tels actes1 sont les conditions premires du bien-tre universel4 ,si chacun ne prend pas convenablement soin de lui-mme1 la mort l'empche de prendre soin de tous les autres1 et1 si tout le monde meurt ainsi1 il ne reste personne dont on ait prendre soin4 ,cette suprmatie permanente de l'gosme sur l'altruisme1 rendue manifeste si l'on considre la vie actuelle1 est rendue plus manifeste encore si l'on considre la vie dans le cours de l'volution4 #fi4 ,ceux qui ont suivi avec faveur le mouvement de pense qui s'est rcemment produit savent que1 travers les ges passs1 la vie1 si abondante et si varie dans ses formes1 qui s'est rpandue sur la terre1 s'est dveloppe en vertu de la loi que chaque individu doit gagner en proportion de l'aptitude qu'il a remplir les conditions de son existence4 ,le principe uniforme a t qu'une meilleure adaptation doit procurer un plus grand avantage2 ce plus grand avantage1 tout en augmentant la prosprit de l'tre le mieux adapt1 doit accrotre aussi son aptitude laisser des descendants qui hritent plus ou moins de sa meilleure adaptation4 ,d'o il suit que1 en vertu galement d'un principe uniforme1 celui qui est mal adapt1 mal partag dans la lutte pour l'existence1 en supportera les mauvais effets1 ou en disparaissant quand ses imperfections sont extrmes1 ou en levant moins de descendants qui1 hritant de ses imperfections1 tendent avoir une postrit moins nombreuse encore4 ,il en a t ainsi des supriorits innes2 il en a t ainsi galement de quelques-unes qui taient acquises4 ,de tout temps1 la loi a t qu'une fonction accrue apporte un accroissement de pouvoir1 et que1 par suite1 des activits supplmentaires propres favoriser le bien-tre d'un membre d'une race produisent dans sa structure une plus grande aptitude exercer ces activits supplmentaires1 les avantages qui en drivent servant lever et prolonger sa vie4 ,rciproquement1 comme une diminution de fonction aboutit une diminution de structure1 l'affaiblissement des facults non exerces a toujours produit une perte du pouvoir d'atteindre les fins corrlatives2 or1 si les fins ne sont atteintes qu'imparfaitement1 il en rsulte une diminution de l'aptitude conserver la vie4 ,et par l'hrdit1 ces modifications fonctionnelles ont respectivement favoris ou empch la perptuit de l'espce4 ,comme nous l'avons dj dit1 la loi d'aprs laquelle chaque tre doit recueillir les avantages ou les inconvnients de sa propre nature1 qu'ils soient hrits des anctres ou qu'ils soient dus des modifications spontanes1 est la loi sous laquelle la vie s'est dveloppe jusqu' ce jour1 et elle doit subsister1 quel que doive tre le terme de l'volution de la vie4 ,quelques modifications que ce cours naturel d'action puisse subir maintenant ou dans la suite1 ce sont des modifications qui ne peuvent1 sous peine d'un rsultat fatal1 le changer beaucoup4 ,tous les arrangements qui empchent un haut degr la supriorit de profiter des avantages de la supriorit1 ou qui protgent l'infriorit contre les maux qu'elle produit2 tous les arrangements qui tendent supprimer toute diffrence entre le suprieur et l'infrieur1 sont des arrangements diamtralement opposs au progrs de l'organisation et l'avnement d'une vie plus haute4 ,mais dire que chaque individu doit recueillir les avantages que lui procurent ses propres facults hrites ou acquises1 c'est proclamer l'gosme comme principe suprme de conduite4 ,c'est dire que les prtentions gostes doivent prendre le pas sur les prtentions altruistes4 #gj4 ,sous son aspect biologique cette proposition ne peut tre conteste par ceux qui admettent la doctrine de l'volution2 mais il est douteux qu'ils reconnaissent en mme temps la ncessit de l'admettre sous son aspect moral4 ,si1 pour ce qui concerne le dveloppement de la vie1 l'efficacit du principe universel dont il s'agit est assez manifeste1 son efficacit par rapport l'accroissement du bonheur peut bien n'tre pas aperue en mme temps4 ,mais ces deux choses ne peuvent se sparer4 ,une incapacit de tout genre et de tout degr est une cause de malheur directement et indirectement3 directement1 par la peine qui rsulte de la surcharge d'une facult insuffisante2 indirectement1 par le non-accomplissement ou l'accomplissement imparfait de certaines conditions du bien-tre4 ,au contraire1 une capacit de tout genre qui suffit au besoin conduit au bonheur immdiatement et dans la suite3 immdiatement1 par le plaisir qui accompagne toujours l'exercice normal de toute facult qui vient bout de son oeuvre1 et1 dans la suite1 par les plaisirs qui sont facilits par les fins atteintes4 ,un animal qui est faible ou lent dans sa marche1 et qui ne peut ainsi se nourrir qu'au prix d'efforts qui l'puisent1 ou qui n'chappe qu'avec peine ses ennemis1 souffre toutes les peines que causent des facults surmenes1 des apptits non satisfaits et des motions douloureuses2 tandis qu'un animal de la mme espce1 fort et rapide la course1 jouit de l'efficacit de ses actes1 gote plus compltement les satisfactions que donne la nourriture aussi bien que le renouvellement de forces qu'elle procure1 et a bien moins de peines et des peines moins grandes craindre en se dfendant contre ses ennemis ou en leur chappant4 ,il en est de mme selon que les sens sont plus faibles ou plus dvelopps1 selon que la sagacit est plus ou moins grande4 ,l'individu intellectuellement infrieur de n'importe quelle race a subir des misres ngatives et positives2 celui qui est intellectuellement suprieur au contraire en retire des avantages ngatifs et positifs4 ,ncessairement1 cette loi en vertu de laquelle chaque membre d'une espce recueille les consquences de sa propre nature2 en vertu de laquelle la progniture de chaque membre1 participant sa nature1 recueille aussi de pareilles consquences1 est une loi qui tend toujours accrotre le bonheur gnral de l'espce1 en favorisant la multiplication des plus heureux1 en empchant celle des moins heureux4 ,tout cela est vrai des tres humains comme des autres tres4 ,la conclusion qui s'impose nous est que la poursuite du bonheur individuel dans les limites prescrites par les conditions sociales est ce qui est d'abord exig pour que l'on parvienne au bonheur gnral le plus grand4 ,pour le voir1 il suffit de comparer un homme qui par ses soins pour lui-mme s'est maintenu dans un bon tat physique1 avec un autre homme qui par sa ngligence de tout soin personnel subit les rsultats ordinaires de cette ngligence1 et de se demander quel doit tre le contraste de deux socits formes de ces deux sortes d'individus4 ,sautant hors du lit aprs un sommeil ininterrompu1 chantant ou sifflant en s'habillant1 descendant de chez lui la face rayonnante1 tout prt rire la premire occasion1 l'homme bien portant1 dont les facults sont puissantes1 conscient de ses succs passs1 et1 par son nergie1 sa sagacit1 ses ressources1 confiant dans l'avenir1 aborde le travail du jour sans rpugnance1 avec gaiet au contraire2 d'heure en heure1 son travail facile et heureux lui apporte de nouvelles satisfactions1 et il rentre chez lui avec un surplus abondant d'nergie dpenser pendant les heures de loisir4 ,il en est tout autrement de celui qui s'est laiss affaiblir en se ngligeant4 ,dj insuffisantes1 ses forces1 sont rendues plus insuffisantes encore par les efforts constants ncessaires pour excuter une tche trop lourde et par le dcouragement qui en rsulte4 ,outre la conscience dbilitante de l'avenir immdiat1 il a aussi la conscience dbilitante de l'avenir plus lointain avec ses probabilits de difficults accumules et d'une moindre capacit d'y faire face4 ,les heures de loisir qui apportent1 lorsqu'on les emploie rgulirement1 des plaisirs propres stimuler le cours de la vie et renouveler la puissance d'agir1 ne peuvent tre utilises2 il n'y a plus assez de vigueur pour des distractions qui demandent de l'action1 et le manque de bonne humeur empche de se livrer avec got aux distractions passives4 ,en un mot1 la vie devient une charge4 ,maintenant si1 comme on doit l'admettre1 dans une socit compose d'individus semblables au premier1 le bonheur est relativement grand1 tandis que dans une socit compose d'individus semblables au second il doit y avoir relativement peu de bonheur1 ou plutt beaucoup de misres1 on doit admettre que la conduite qui donne le premier rsultat est bonne1 et que la conduite qui donne l'autre est mauvaise4 ,mais les diminutions du bonheur gnral sont produites de plusieurs autres manires particulires par un gosme suffisant4 ,nous allons les passer successivement en revue4 #ga4 ,s'il n'y avait aucune preuve de l'hrdit1 s'il tait de rgle que le fort ft habituellement engendr par le faible1 tandis que le faible descendrait ordinairement du fort1 que des parents mlancoliques eussent des enfants pleins de vie et de sant1 tandis que des pres et des mres d'une vigueur exubrante auraient le plus souvent des enfants chtifs1 que de paysans grossiers naquissent des fils d'une haute intelligence alors que les fils d'hommes cultivs ne seraient bons rien1 si ce n'est suivre la charrue2 si la goutte1 les scrofules1 la folie ne se transmettaient pas1 si les personnes maladives procraient d'habitude des enfants bien portants et les personnes bien portantes des enfants maladifs1 les auteurs qui s'occupent de morale seraient excusables de ne pas tenir compte des effets de conduite qui se manifestent dans les descendants par les tempraments dont ils hritent4 ,en fait1 cependant1 les ides courantes concernant les prtentions relatives de l'gosme et de l'altruisme sont vicies par l'omission de ce facteur d'une extrme importance4 ,car si la sant1 la force et la capacit sont habituellement transmises1 si la maladie1 la faiblesse et la stupidit reparaissent gnralement chez les descendants1 alors un altruisme rationnel exige que l'on s'applique cet gosme qui consiste se procurer les satisfactions dont la conservation du corps et de l'esprit dans le meilleur tat possible est accompagne4 ,la consquence ncessaire est que le bonheur de nos descendants sera le fruit du soin que chacun prendra de sa personne dans des limites lgitimes1 tandis que l'oubli de ce soin pouss trop loin sera une source de maux4 ,lorsque nous songeons combien il est ordinaire de remarquer qu'une bonne sant rend tolrable n'importe quelle condition1 tandis que des indispositions chroniques rendent la vie pnible dans les positions les plus favorables1 il est surprenant en vrit que tout le monde et mme les auteurs qui tudient la conduite ignorent les suites terribles pour ceux qui ne sont pas encore ns du mpris que l'on a pour le soin de sa propre personne1 et les biens incalculables qui rsulteront1 pour ceux qui natront un jour1 de l'attention que l'on donne ces soins4 ,de tous les avantages que les parents peuvent lguer leurs enfants1 le plus prcieux est celui d'une bonne constitution4 ,bien que le corps d'un homme ne soit pas une proprit dont on puisse hriter1 cependant sa constitution peut trs exactement se comparer un bien substitu1 et1 s'il comprend comme il le doit son devoir envers la postrit1 il verra qu'il est tenu de la transmettre sans l'avoir laiss altrer sinon sans l'avoir amliore4 ,c'est dire qu'il doit tre goste dans la mesure qu'il faut pour satisfaire tous les dsirs qui sont associs au bon exercice des fonctions4 ,c'est mme dire plus encore4 ,c'est dire qu'il doit rechercher dans une mesure convenable les divers plaisirs que la vie nous offre4 ,car1 outre l'effet qu'ils ont d'lever le cours de la vie et de maintenir la vigueur constitutive1 ils ont pour effet de conserver et de dvelopper la capacit d'prouver des jouissances4 ,dous d'nergies abondantes et de gots divers1 quelques-uns peuvent se procurer des satisfactions de diffrentes sortes en toute occasion2 tandis que d'autres sont si indolents et si dsintresss des choses qui les entourent1 qu'ils ne peuvent mme se donner la peine de s'amuser4 ,a moins de nier l'hrdit1 on doit infrer qu'en acceptant comme il convient les plaisirs varis que la vie nous offre1 nous dveloppons l'aptitude de nos descendants goter les jouissances2 si les parents au contraire persistent dans une manire de vivre pesante et monotone1 ils diminuent l'aptitude de leurs enfants profiter le mieux possible des plaisirs qui peuvent leur arriver4 #gb4 ,outre la dcroissance du bonheur gnral qui rsulte1 de cette manire indirecte1 d'une subordination illgitime de l'gosme1 il y a une dcroissance du bonheur gnral qui en rsulte directement4 ,celui qui prend assez de soin de lui-mme pour se maintenir en bonne sant et en belle humeur1 devient d'abord par l une cause immdiate de bonheur pour ceux qui l'entourent1 et en second lieu il conserve la capacit d'accrotre leur bonheur par des actions altruistes4 ,mais celui dont la vigueur corporelle et la sant mentale sont mines par le sacrifice exagr de soi-mme1 d'abord1 devient pour ceux qui l'entourent une cause de dpression1 et en second lieu se rend lui-mme incapable ou moins capable de travailler leur bien-tre4 ,en apprciant la conduite1 nous devons nous rappeler qu'il y a ceux qui par leur gaiet rpandent la joie autour d'eux1 et ceux qui par leur mlancolie assombrissent tous ceux qu'ils frquentent4 ,nous devons nous rappeler aussi qu'en faisant rayonner son bonheur autour de lui1 un homme de la premire espce peut ajouter au bonheur des autres plus que par des efforts positifs pour leur faire du bien1 et qu'un homme de la seconde espce peut nuire leur bonheur par sa seule prsence plus qu'il ne l'accrot par ses actes4 ,plein de vivacit1 l'un est toujours le bienvenu4 ,pour sa femme1 il n'a que des sourires et de joyeux propos2 pour ses enfants1 des histoires amusantes2 pour ses amis1 une conversation plaisante toute mle de saillies spirituelles1 lgrement amenes4 ,au contraire1 on fuit l'autre4 ,l'irritabilit qui rsulte tantt de ses indispositions1 tantt des checs causs par sa faiblesse1 fait chaque jour souffrir sa famille4 ,manquant d'une nergie suffisante pour se mler aux jeux de ses enfants1 il n'y porte tout au plus qu'un mdiocre intrt1 et ses amis le traitent de rabat-joie4 ,dans nos raisonnements sur la morale1 nous tenons peu de compte de cela2 il est vident cependant que1 puisque le bonheur et le malheur sont contagieux1 le soin de soi-mme1 en tant qu'il contribue la sant et la bonne humeur1 est un bienfait pour les autres1 tandis que la ngligence qui a pour effet la souffrance1 corporelle ou mentale1 est un bien mauvais service rendre autrui4 ,le devoir de se rendre agrable en paraissant avoir du plaisir est en vrit souvent recommand1 et l'on applaudit ceux qui procurent ainsi quelque agrment leurs amis1 autant que cela suppose un sacrifice de la part de ceux qui le font4 ,mais1 bien que l'on contribue beaucoup plus au plaisir de ses amis en montrant un rel bonheur qu'en faisant semblant d'tre heureux1 et bien qu'alors on vite la fois toute hypocrisie et toute violence1 on ne regarde cependant pas comme un devoir de remplir les conditions qui permettent de montrer un bonheur rel4 ,nanmoins1 si la quantit de bonheur produite doit tre la mesure de l'obligation1 le bonheur rel est plus obligatoire que le bonheur apparent4 ,alors1 comme nous l'avons indiqu plus haut1 outre cette premire srie d'effets produits sur les autres1 il y en a une seconde4 ,l'individu qui a le degr d'gosme voulu1 garde les facults qui rendent possibles les activits altruistes4 ,l'individu qui n'a pas ce degr d'gosme perd plus ou moins de son aptitude tre altruiste4 ,la vrit de la premire proposition est vidente d'elle-mme2 des exemples journaliers nous forcent admettre la vrit de l'autre4 ,en voici quelques-uns4 ,voici une mre qui1 leve d'aprs les modes insenses qui sont adoptes par les gens cultivs1 n'a pas une constitution assez forte pour nourrir elle-mme son enfant1 mais qui1 sachant que la nourriture naturelle est la meilleure1 dans sa sollicitude pour le bien-tre de cet enfant1 persiste lui donner son lait au del du temps o sa sant le lui permet4 ,il se produit fatalement une raction4 ,alors survient une fatigue qui peut dgnrer en un puisement maladif1 dont la suite est ou la mort ou une faiblesse chronique4 ,elle devient incapable1 pour un temps ou pour toujours1 de s'occuper des affaires de son mnage2 ses autres enfants souffrent de n'tre plus l'objet des soins maternels1 et1 si la fortune est mdiocre1 les dpenses faire pour la garde-malade et le mdecin psent lourdement sur toute la famille4 ,voici maintenant un exemple qu'un pre nous donne assez souvent4 ,egalement pouss par un sentiment lev du devoir1 et tromp par les thories morales courantes d'aprs lesquelles il est beau de se sacrifier sans rserve1 il persiste tous les jours de longues heures dans son travail sans s'inquiter d'avoir la tte en feu et les pieds froids2 il se prive de tous les plaisirs de la socit pour lesquels il croit n'avoir ni temps ni argent4 ,que rsulte-t-il d'une manire d'agir si peu goste8 ,ncessairement un affaissement subit1 des insomnies1 l'incapacit de travailler4 ,ce repos qu'il ne voulait pas se donner alors que ses sensations le lui demandaient1 il lui faut maintenant le prendre pendant bien plus longtemps4 ,les gains supplmentaires qu'il avait mis de ct dans l'intrt de sa famille sont compltement employs en coteux voyages pour le rtablissement de sa sant1 et par toutes les dpenses que fait faire une maladie4 ,au lieu d'tre plus capable de remplir son devoir envers ses enfants1 il en est devenu plus incapable1 et pendant toute la dure de sa vie les maux remplacent les biens qu'il avait esprs4 ,il en est de mme des effets sociaux d'un manque d'gosme4 ,a chaque pas1 nous trouvons des exemples des dommages1 positifs et ngatifs1 causs la socit par une ngligence excessive de soi-mme4 ,tantt c'est un laboureur qui1 en continuant consciencieusement sa tche sous un soleil brlant1 en dpit des violentes protestations de sa sensibilit1 meurt d'insolation et laisse sa famille la charge de la paroisse4 ,tantt c'est un commis dont les yeux surmens se perdent1 ou qui1 crivant tous les jours de longues heures malgr la crampe douloureuse de ses doigts1 est atteint de la paralysie des crivains1 devient absolument incapable d'crire1 et se trouve avec des parents gs dans une pauvret laquelle ses amis doivent subvenir4 ,tantt c'est un homme dvou aux intrts publics qui1 en puisant sa sant par une application incessante1 se met dans l'impossibilit de faire tout ce qu'il aurait pu mener bien en partageant mieux son temps entre des travaux entrepris pour le bonheur des autres et la satisfaction de ses propres besoins4 #gc4 ,la subordination exagre de l'gosme l'altruisme est encore prjudiciable d'une autre manire4 ,a la fois directement et indirectement1 le dsintressement pouss l'excs engendre l'gosme coupable4 ,voyons-en d'abord les effets immdiats4 ,pour qu'un homme puisse cder un avantage un autre1 il est ncessaire que cet autre l'accepte1 et1 quand il s'agit d'un avantage tel qu'ils puissent y prtendre galement tous les deux ou qui n'est pas plus ncessaire l'un qu' l'autre1 l'acceptation implique une certaine facilit se procurer un avantage aux dpens d'un autre4 ,les circonstances et les besoins tant les mmes pour tous les deux1 le fait en question implique autant une culture de l'gosme chez le dernier qu'une culture de l'altruisme chez le premier4 ,il est vrai qu'assez souvent la diffrence de leurs moyens1 ou la diffrence de leurs apptits pour un plaisir que l'un a prouv souvent et l'autre rarement1 dpouille l'acceptation de ce caractre1 et il est clair que dans d'autres cas le bienfaiteur prend manifestement tant de plaisir procurer un plaisir que le sacrifice est partiel et que l'acceptation n'en est pas entirement intresse4 ,mais1 pour voir l'effet indiqu ci-dessus1 nous devons exclure de telles ingalits1 et considrer ce qui arrive lorsque les besoins sont approximativement les mmes1 et que les sacrifices1 non pays de retour certains intervalles1 sont toujours du mme ct4 ,en circonscrivant ainsi la recherche1 tout le monde peut donner des exemples propres vrifier le rsultat allgu4 ,chacun peut se rappeler que1 dans certaines runions1 un homme gnreux en rendant tous les jours service un homme avide1 n'a fait qu'augmenter cette avidit1 jusqu' ce qu'elle se soit change en gosme dpourvu de tout scrupule et intolrable tout le monde4 ,il y a des effets sociaux vidents de mme nature4 ,la plupart des personnes qui rflchissent savent trs bien maintenant que la charit1 si elle s'exerce sans discernement1 est une cause de dmoralisation4 ,ils voient comment chez le mendiant1 outre la destruction de toute relation normale entre le travail fourni et l'avantage obtenu1 se dveloppe l'attente d'tre secouru par d'autres qui subviendront ses besoins2 cette attente se manifeste mme quelquefois par des imprcations contre ceux qui refusent d'y rpondre4 ,considrez maintenant les rsultats loigns4 ,lorsque les prtentions gostes sont subordonnes aux prtentions altruistes au point de produire un dommage physique1 il se manifeste une tendance diminuer le nombre des altruistes et faire prdominer les gostes4 ,pouss l'extrme1 le sacrifice de soi-mme au profit des autres peut faire que l'on meure avant l'poque ordinaire du mariage2 il peut quelquefois aussi dtourner du mariage1 comme cela arrive pour les soeurs de charit2 il a pour rsultat1 d'autres fois1 une mauvaise sant ou la perte de l'attrait qui porte au mariage1 ou empche de se procurer les moyens pcuniaires de se marier1 et1 dans ces diffrents cas1 celui qui s'est montr altruiste de cette manire excessive ne laisse pas de descendants4 ,lorsque la subordination du bien-tre personnel au bien-tre des autres n'a pas t porte au point d'empcher le mariage1 il arrive encore assez ordinairement que l'altration physique rsultant de plusieurs annes de ngligence amne la strilit2 d'o suit que l'homme du naturel le plus altruiste ne laisse pas de postrit doue du mme naturel4 ,dans des cas moins frappants et plus nombreux1 l'affaiblissement ainsi produit se manifeste par la procration d'enfants relativement faibles2 les uns meurent de bonne heure2 les autres sont moins capables que ce n'est l'usage1 de transmettre aux gnrations futures le type paternel4 ,il en rsulte invitablement que l'adoucissement de l'gosme1 qui se serait sans cela produit dans la nature humaine1 est empch4 ,ce mpris de soi-mme1 en mme temps qu'il affaiblit la vigueur corporelle et abaisse le niveau normal1 cause ncessairement dans la socit un excs du soin de soi-mme qui le contrebalance4 #gd4 ,nous avons ainsi montr clairement que l'gosme a sur l'altruisme le pas au point de vue de la valeur obligatoire4 ,les actes qui rendent possible la continuation de la vie doivent1 tout compte fait1 s'imposer avant les autres actes que la vie rend possibles1 y compris les actes qui sont l'avantage des autres4 ,nous voyons la mme chose1 si de la vie telle qu'elle est nous passons la vie en voie d'volution4 ,les tres sentants ont progress des types infrieurs aux types suprieurs1 sous cette loi que le suprieur doit profiter de sa supriorit et l'infrieur souffrir de son infriorit4 ,la conformit cette loi a t et est encore ncessaire1 non seulement pour la continuation de la vie1 mais encore pour l'accroissement du bonheur1 puisque les suprieurs sont ceux qui ont des facults mieux adaptes leurs besoins--facults dont l'exercice procure par suite un plus grand plaisir et une moindre peine4 ,des considrations plus spciales s'ajoutent ces considrations gnrales pour nous prouver cette vrit4 ,un gosme qui sert conserver un esprit vivace dans un corps vigoureux est favorable au bonheur des descendants1 qui1 grce la constitution dont ils hritent1 supportent mieux les travaux de la vie et ont des plaisirs plus vifs2 tandis que1 rciproquement1 ceux qui se ngligent eux-mmes et lguent leur postrit une constitution affaiblie assurent par cela mme son malheur4 ,en outre1 l'individu dont la vie bien conserve se manifeste par la bonne humeur devient1 par le fait mme qu'il existe1 une source de plaisir pour tous ceux qui l'entourent2 tandis que l'affaissement qui rsulte en gnral de la mauvaise sant se communique la famille de celui qui en souffre et ses amis4 ,un autre contraste encore est que1 tandis que celui qui a pris soin de lui comme il le devait garde le pouvoir d'assister les autres1 il rsulte d'une abngation excessive non seulement qu'on est incapable d'aider les autres1 mais encore qu'on finit par tre positivement un fardeau pour eux4 ,enfin1 nous tablissons cette vrit qu'un altruisme qui ne se renferme pas dans des limites convenables accrot l'gosme1 la fois directement chez les contemporains et indirectement dans la postrit4 ,remarquez maintenant que1 si la conclusion gnrale appuye sur ces conclusions spciales est en opposition avec les croyances acceptes en paroles1 elle ne l'est pas avec les croyances acceptes en fait4 ,si elle est oppose la doctrine d'aprs laquelle on dit aux hommes qu'ils devraient agir1 elle est en harmonie avec celle d'aprs laquelle ils agissent et d'aprs laquelle ils voient confusment que l'on doit agir4 ,en laissant de ct les anomalies de conduite que nous avons signales plus haut1 chacun agit et parle la fois comme si dans les affaires de la vie on devait d'abord tenir compte du bien-tre personnel4 ,l'ouvrier qui attend un salaire en retour du travail qu'il fait1 le marchand qui vend avec profit1 le mdecin qui reoit des honoraires pour sa consultation1 le prtre qui appelle bnfice le sige de son ministre1 reconnaissent galement comme tant au-dessus de toute discussion cette vrit que l'intrt1 dans la mesure o il rpond aux droits et procure la rcompense des efforts accomplis1 est non seulement lgitime1 mais essentiel4 ,les personnes mmes qui professent une conviction contraire prouvent par leurs actes combien cette conviction a peu d'effet4 ,ceux qui rptent avec emphase cette phrase3 ,aimez vos semblables comme vous-mme1 se gardent bien d'employer leurs biens satisfaire les dsirs des autres comme satisfaire leurs propres dsirs4 ,ceux enfin dont la maxime suprme est vivre pour les autres1 ne diffrent pas d'une manire apprciable de ceux qui les entourent1 en ce qui concerne la recherche du bien-tre personnel1 et ne manquent pas de s'assurer leur part de plaisirs personnels4 ,en un mot1 ce qui a t tabli plus haut comme la croyance laquelle nous conduit la morale scientifique1 est celle que les hommes professent rellement en opposition celle qu'ils croient professer4 ,enfin on peut remarquer qu'un gosme rationnel1 bien loin d'impliquer une nature humaine plus goste1 s'accorde au contraire avec une nature humaine moins goste4 ,car les excs en un sens n'empchent pas les excs dans le sens oppos1 mais plutt d'extrmes dviations d'un ct conduisent des dviations extrmes de l'autre ct4 ,une socit dans laquelle on proclame les principes les plus exalts de dvouement aux intrts d'autrui1 peut tre une socit dans laquelle non seulement on tolre1 mais encore on loue sans scrupule le sacrifice d'trangers4 ,avec l'ambition dclare de rpandre ces principes exalts chez les infidles1 on est port leur chercher querelle de parti pris pour annexer leur territoire4 ,des hommes qui1 chaque dimanche1 coutent en les approuvant les conseils de dvelopper au del de toute mesure praticable l'amour pour les autres1 sont capables de s'engager tuer au premier commandement1 dans n'importe quelle partie du monde1 n'importe quelles gens1 en restant parfaitement indiffrents la question de savoir si le sujet de la guerre est juste ou non4 ,de mme qu'en pareil cas un altruisme transcendant en thorie coexiste avec un gosme brutal en pratique1 rciproquement un altruisme mieux dtermin peut avoir pour concomitant un gosme tout fait modr4 ,car affirmer dans son intrt de lgitimes prtentions1 c'est tracer une limite au del de laquelle les prtentions sont illgitimes1 et c'est1 par suite1 mettre en plus grande lumire les droits d'autrui4 ,,chapitre ,,xii ,l',,altruisme ,,oppos ,a ,l',,go,,sme #ge4 ,si nous dfinissons l'altruisme toute action qui1 dans le cours rgulier des choses1 profite aux autres au lieu de profiter celui qui l'accomplit1 alors1 depuis le commencement de la vie1 l'altruisme n'a pas t moins essentiel que l'gosme4 ,bien que primitivement il dpende de l'gosme1 secondairement l'gosme dpend de lui4 ,dans l'altruisme pris dans ce sens large1 je fais rentrer les actes par lesquels les enfants sont levs et l'espce conserve4 ,bien plus1 parmi ces actes1 nous devons ranger non seulement ceux qui sont accompagns de conscience1 mais encore ceux qui contribuent au bien-tre des enfants sans reprsentation mentale de ce bien-tre1 actes d'altruisme automatique1 comme nous pouvons les appeler4 ,nous ne devons pas non plus laisser en dehors de notre classification ces actes altruistes encore infrieurs qui servent la conservation de la race sans supposer mme des processus nerveux automatiques1 actes qui ne sont pas psychiques dans le sens le plus loign du mot1 mais physiques en un sens littral4 ,toute action1 inconsciente ou consciente1 qui entrane une dpense de la vie individuelle au profit du dveloppement de la vie chez les autres individus1 est incontestablement altruiste en un sens1 sinon dans le sens ordinaire du mot1 et nous devons ici l'entendre en ce sens pour voir comment l'altruisme conscient procde de l'altruisme inconscient4 ,les tres les plus simples se multiplient habituellement par division spontane4 ,l'altruisme physique du genre le plus bas1 distinct de l'gosme physique1 peut tre considr dans ce cas-l comme n'en tant pas encore indpendant4 ,en effet1 puisque les deux moitis qui avant la division constituaient l'individu ne disparaissent pas en se divisant1 nous devons dire que1 bien que l'individualit de l'infusoire ou d'un autre protozoaire qui est comme le parent se perde par la cessation de l'unit1 cependant l'ancien individu continue d'exister en chacun des nouveaux individus4 ,toutefois lorsque1 comme il arrive gnralement pour les animaux les plus petits1 un intervalle de repos aboutit une rupture du corps entier en un grand nombre de parties minuscules dont chacune est le germe d'un jeune1 nous voyons que le parent se sacrifie entirement la formation de sa progniture4 ,on pourrait raconter ici comment chez des tres d'un rang plus lev1 par division ou par bourgeonnement1 les parents lguent des parties de leurs corps1 plus ou moins organises1 pour former des descendants1 au prix de leur propre individualit4 ,on pourrait donner aussi de nombreux exemples des manires dont les oeufs se dveloppent au point que le corps de la mre devient pour eux un simple rcipient3 il faut en conclure que toute la nourriture qu'elle absorbe est employe au profit de sa postrit4 ,on pourrait enfin parler des cas nombreux o1 comme il arrive gnralement dans le monde des insectes1 la vie finit ds que la maturit est atteinte et le sort d'une nouvelle gnration assur3 la mort suit les sacrifices faits pour la race4 ,mais1 laissant ces types infrieurs1 dans lesquels l'altruisme est purement physique1 ou dans lesquels il est seulement physique et automatiquement psychique1 levons-nous l'tude de ceux dans lesquels il est aussi conscient un haut degr4 ,bien que chez les oiseaux et les mammifres1 de telles activits des parents1 guides comme elles le sont par l'instinct1 ne soient accompagnes d'aucune reprsentation1 ou seulement d'une reprsentation vague des avantages qui en rsultent pour les jeunes1 elles comportent cependant des actions que nous pouvons regarder comme altruistes dans le sens le plus lev du mot4 ,l'agitation que ces tres manifestent lorsque leurs petits sont en danger1 jointe souvent des efforts pour leur venir en aide1 aussi bien que la douleur qu'ils laissent paratre s'ils les ont perdus1 prouve bien qu'en eux l'altruisme paternel a pour concomitant une motion4 ,ceux qui entendent par altruisme seulement le sacrifice conscient de soi-mme dans l'intrt des autres1 tel qu'il se produit parmi les hommes1 trouveront trange et mme absurde d'tendre autant que nous le faisons le sens de ce mot4 ,mais nous avons pour agir ainsi des raisons plus fortes que celles dont on a pu juger dj4 ,je ne prtends pas simplement que dans le cours de l'volution il y a eu un progrs par gradations infinitsimales1 depuis les sacrifices purement physiques et inconscients de l'individu pour le bien-tre de l'espce jusqu'aux sacrifices accomplis d'une manire consciente4 ,j'entends que1 du commencement la fin1 les sacrifices1 lorsqu'on les ramne leurs termes les plus humbles1 ont la mme nature essentielle3 la fin comme au commencement1 ils impliquent une perte de la substance corporelle4 ,lorsqu'une partie du corps maternel se dtache sous forme de bourgeon1 ou d'oeuf1 ou de foetus1 le sacrifice matriel est manifeste1 et lorsque la mre fournit le lait dont l'absorption assure la croissance du jeune1 il est hors de doute qu'il y a l aussi un sacrifice matriel4 ,mais1 bien qu'un sacrifice matriel ne soit pas apparent lorsque les jeunes profitent des activits dployes en leur faveur1 comme il ne peut se produire aucun effort sans une usure quivalente de quelque tissu1 et comme la perte corporelle est en proportion de la dpense qui se fait sans compensation de nourriture consomme1 il s'ensuit que les efforts au bnfice de la race reprsentent rellement une partie de la substance des parents2 elle est seulement donne indirectement cette fois1 au lieu de l'tre directement4 ,le sacrifice de soi n'est donc pas moins primordial que la conservation de soi4 ,absolument ncessaire en sa forme simple1 physique1 pour la continuation de la vie depuis l'origine2 tendu sous sa forme automatique1 comme indispensable1 la conservation de la race dans les types considrablement avancs2 se dveloppant jusqu' prendre une forme semi-consciente et une forme consciente1 mesure que se continuent et se compliquent les soins par lesquels la progniture des tres suprieurs est conduite la maturit1 l'altruisme a eu son volution parallle celle de l'gosme4 ,comme nous l'avons marqu dans un chapitre prcdent1 les mmes supriorits qui ont rendu l'individu capable de mieux se prserver lui-mme1 l'ont rendu capable de mieux prserver les individus drivs de lui1 et chacune des espces les plus leves1 usant de ses facults excellentes d'abord pour son avantage goste1 s'est tendue en proportion de l'usage qu'elle en a fait secondairement pour un avantage altruiste4 ,la manire dont s'impose l'altruisme tel qu'il est ainsi compris1 n'est pas autre1 en ralit1 que la manire dont s'impose l'gosme comme nous l'avons montr dans le dernier chapitre4 ,car tandis que1 d'un ct1 en manquant accomplir des actes d'gosme normal1 on s'expose l'affaiblissement ou la perte de la vie1 et par suite l'incapacit d'accomplir des actes altruistes1 d'un autre ct1 un pareil dfaut d'actes altruistes1 de mme qu'il cause la mort des descendants ou leur dveloppement incomplet1 implique dans les gnrations futures la disparition de la nature qui n'est pas assez altruiste1 par suite la diminution de la moyenne de l'gosme4 ,en un mot1 chaque espce se dbarrasse continuellement des individus qui ne sont pas gostes comme il convient1 tandis que les individus qui ne sont pas convenablement altruistes sont perdus pour elle4 #gf4 ,de mme qu'il y a eu un progrs graduel de l'altruisme inconscient des parents l'altruisme conscient du genre le plus lev1 il y a eu un progrs graduel de l'altruisme dans la famille l'altruisme social4 ,un fait noter d'abord est que l seulement o les relations altruistes dans le groupe domestique ont atteint des formes trs dveloppes1 naissent les conditions qui rendent possible un plein dveloppement des relations altruistes dans le groupe politique4 ,les tribus dans lesquelles rgne la promiscuit ou dans lesquelles les relations conjugales sont transitoires1 et les tribus o la polyandrie amne d'une autre manire les relations mal dfinies1 ne sont pas capables d'une vritable organisation4 ,les peuples qui admettent habituellement la polygamie ne se montrent pas non plus capables eux-mmes d'atteindre ces formes leves de coopration sociale qui demandent une lgitime subordination de soi-mme aux autres4 ,l seulement o le mariage monogamique est devenu gnral et ventuellement universel1 l seulement o se sont par suite tablis le plus troitement les liens du sang1 o l'altruisme familial s'est le plus dvelopp1 l'altruisme social est devenu le plus manifeste4 ,il suffit de se rappeler les formes composes de la famille aryenne1 comme les a dcrites ,m4 ,henry ,maine avec d'autres auteurs1 pour voir que le sentiment de la famille1 s'tendant d'abord la gens et la tribu1 et ensuite la socit forme par des tribus unies par des liens de parent1 a prpar la voie au sentiment qui unit des citoyens de familles diffrentes4 ,en reconnaissant cette transition naturelle1 nous avons surtout considrer ici que dans les dernires phases du progrs1 comme dans les premires1 l'accroissement des satisfactions gostes a dpendu surtout du progrs des gards pour les satisfactions des autres4 ,si nous considrons une srie de parents et de descendants1 nous voyons que chacun d'eux1 aprs avoir d la vie pendant sa jeunesse aux sacrifices accomplis par ses prdcesseurs1 fait son tour1 lorsqu'il est adulte1 des sacrifices quivalents dans l'intrt de ses successeurs1 et que1 sans cette balance d'avantages reus et d'avantages procurs1 la srie dont nous parlons prendrait fin4 ,de mme1 il est manifeste que dans une socit chaque gnration1 redevable aux gnrations prcdentes des avantages d'une organisation sociale qui est le fruit de leurs travaux et de leurs sacrifices1 doit faire pour les gnrations suivantes des sacrifices analogues1 tout au moins pour conserver cette organisation si elle ne peut la perfectionner2 l'autre alternative amnerait la dcadence et peut-tre la dissolution de la socit1 en impliquant une diminution graduelle des satisfactions gostes de ses membres4 ,nous sommes ainsi prpars tudier les diverses manires dont le bien-tre personnel1 dans les conditions sociales1 dpend d'une attention convenable au bien-tre des autres4 ,les conclusions tirer ont t dj indiques d'avance4 ,de mme que dans le chapitre sur le point de vue biologique taient esquisses les infrences dfinitivement tablies dans le dernier chapitre1 de mme dans le chapitre sur le point de vue sociologique ont t esquisses les infrences que nous avons tablir ici dfinitivement4 ,plusieurs d'entre elles sont assez connues1 mais il faut cependant les spcifier2 notre dmonstration serait sans cela incomplte4 #gg4 ,il faut d'abord parler de l'altruisme ngatif que suppose la rpression des impulsions gostes qui sert prvenir toute agression directe4 ,comme nous l'avons montr plus haut1 si les hommes1 au lieu de vivre sparment1 s'unissent pour la dfense ou pour d'autres entreprises1 ils doivent individuellement recueillir plus de bien que de mal de leur union4 ,en moyenne1 chacun doit perdre moins par suite des antagonismes de ceux avec qui il est associ qu'il ne gagne par l'association4 ,ainsi1 l'origine1 l'accroissement de satisfactions gostes que produit l'tat social ne peut tre obtenu que par un altruisme suffisant pour causer une reconnaissance des droits d'autrui1 sinon volontaire1 du moins force4 ,tant que la reconnaissance de ces droits est seulement du genre infrieur d la crainte des reprsailles ou d'un chtiment dtermin par la loi1 le gain qui rsulte de l'association est petit1 et il devient considrable seulement mesure que la reconnaissance devient volontaire1 c'est--dire plus altruiste4 ,lorsque1 comme chez certains sauvages d',australie1 il n'y a pas de limite au droit du plus fort1 et que les hommes se battent pour s'emparer des femmes1 tandis que les femmes d'un mme homme se le disputent elles-mmes en se battant1 la poursuite des satisfactions gostes est fort empche4 ,outre la peine physique qui pour chacun peut rsulter de la lutte1 et le plus ou moins d'inaptitude atteindre les fins personnelles qui en est la consquence1 il y a encore compter la perte d'nergie produite par la ncessit d'tre toujours prt se dfendre1 et les motions ordinairement pnibles qui en sont la suite4 ,bien plus1 la fin la plus importante1 savoir la sret en prsence des ennemis du dehors1 est d'autant moins atteinte qu'il y a des animosits au dedans2 il n'y a rien qui favorise les satisfactions dont une coopration industrielle serait la source1 et il y a peu de raisons pour demander au travail un supplment d'avantage1 lorsque les produits du travail ne sont pas assurs4 ,de ce premier degr aux degrs relativement rcents du progrs1 nous pouvons suivre1 dans le fait de porter des armes1 dans la perptuation des querelles de familles1 dans le fait de prendre chaque jour des prcautions pour sa sret1 les manires dont les satisfactions gostes de chacun sont diminues par le dfaut de cet altruisme qui rfrne les attaques ouvertes des autres4 ,les intrts privs de l'individu sont en moyenne mieux dfendus1 non seulement dans la mesure o il s'abstient lui-mme d'attaques directes1 mais aussi1 en moyenne1 dans la mesure o il russit diminuer les agressions de ses semblables les uns contre les autres4 ,la prdominance des antagonismes parmi ceux qui nous entourent entrave les activits que chacun dveloppe pour se procurer quelque bien1 et le dsordre qui en rsulte rend plus douteux l'heureux effet de ces activits4 ,par suite1 chacun profite d'une manire goste de l'accroissement d'un altruisme qui conduit chacun prvenir ou diminuer pour sa part la violence des autres4 ,il en est de mme quand nous passons cet altruisme qui rprime l'gosme illgitime manifest dans la violation des contrats4 ,l'acceptation gnrale de la maxime que l'honntet est la meilleure politique implique l'exprience gnrale que la satisfaction des inclinations personnelles est en dfinitive favorise par le fait de les rprimer de manire assurer l'quit dans les relations commerciales4 ,ici1 comme plus haut1 chacun est intress personnellement faire rgner de bonnes relations parmi ceux qui l'entourent4 ,car il ne peut rsulter que des maux et de mille manires d'un excs de transactions frauduleuses4 ,comme tout le monde le sait1 plus un marchand a de comptes en souffrance1 plus il est oblig de faire payer cher aux autres pratiques4 ,plus un fabricant perd sur la qualit de la matire premire ou par la maladresse des ouvriers1 plus il doit faire payer aux acheteurs4 ,moins les gens sont dignes de confiance1 plus s'lve le taux de l'intrt1 plus s'accrot la somme des capitaux accumuls1 plus l'industrie est entrave4 ,enfin si les ngociants1 et tout le monde en gnral1 dpassent leurs moyens et hypothquent par spculation la proprit d'autrui1 ces paniques commerciales1 qui sont un dsastre pour une foule de gens et entranent une ruine universelle1 sont d'autant plus srieuses en proportion4 ,cela nous amne remarquer une troisime manire dont le bien-tre personnel1 tel qu'il rsulte de la proportion des avantages obtenus au travail accompli1 dpend de certains sacrifices faits au bien-tre social4 ,celui qui consacrerait uniquement son nergie ses propres affaires1 et refuserait de s'inquiter des affaires publiques1 confiant dans sa sagesse combiner ce qui le concerne1 ne voit pas que ses propres affaires ne peuvent russir qu'autant que l'tat social est prospre1 et qu'il a tout perdre si le gouvernement est dfectueux4 ,que la majorit pense comme lui1 que les fonctions publiques1 par suite1 soient remplies par des aventuriers politiques et l'opinion gouverne par des dmagogues2 que la corruption s'tende l'administration de la loi1 et rende habituelles des transactions politiques frauduleuses2 la nation en gnral1 et1 entre tous1 ceux-l surtout qui n'ont song qu' eux sans jamais rien faire pour la socit1 en subissent lourdement la peine4 ,pour ces derniers1 le recouvrement des dettes est difficile1 les oprations commerciales sont incertaines1 et la vie mme est moins sre qu'elle ne l'aurait t dans d'autres conditions4 ,ainsi1 des actions altruistes qui consistent d'abord pratiquer la justice1 en second lieu faire rgner la justice parmi les autres1 et troisimement favoriser et dvelopper tout ce qui contribue l'administration de la justice1 dpendent dans une large mesure les satisfactions gostes de chacun4 #gh4 ,mais l'identification de notre avantage personnel avec l'avantage de nos concitoyens est encore bien plus complte4 ,il y a bien d'autres manires dont le bien-tre de chacun nat et disparat avec le bien-tre de tous4 ,un homme faible qu'on laisse pourvoir seul ses besoins souffre de ce qu'il ne peut se procurer ou la nourriture ou les autres choses ncessaires la vie comme il le ferait s'il tait plus fort4 ,dans une peuplade forme d'hommes faibles1 qui se partagent leurs travaux et en changent les produits1 tous ont souffrir de la faiblesse de leurs compagnons4 ,la quantit de chaque genre de produit est rendue insuffisante par l'insuffisance des forces1 et la part que chacun retire en retour de la part de produit qu'il peut donner est relativement petite4 ,de mme que l'entretien des pauvres1 des malades dans un hpital1 des malheureux que l'on recueille dans les asiles1 de tous ceux enfin qui consomment sans produire1 diminue la quantit des choses utiles partager entre les producteurs1 et la rend moindre qu'elle ne serait s'il n'y avait pas d'incapables1 plus est grand le nombre des producteurs insuffisants ou plus les forces en moyenne laissent dsirer1 moins il y a d'avantages se partager4 ,par suite1 tout ce qui diminue la force des hommes en gnral restreint les plaisirs de chacun en augmentant le prix de toute chose4 ,un homme est encore plus directement et plus videmment intress au bien-tre corporel1 la sant de ses concitoyens2 car leurs maladies1 quand elles prennent certaines formes1 peuvent lui tre communiques4 ,s'il n'est pas lui-mme atteint du cholra1 ou de la petite vrole1 ou du typhus1 alors que ces maux attaquent ses voisins1 il est souvent expos voir frapps ceux qui lui tiennent de prs4 ,dans ces conditions1 sa femme peut tre malade d'une diphthrie1 son domestique d'une fivre scarlatine1 ses enfants sont atteints par telle ou telle pidmie4 ,ajoutez tous les maux immdiats ou loigns qui rsultent pour lui de ces flaux d'anne en anne1 et vous verrez manifestement que ses satisfactions gostes seront grandement favorises s'il se montre altruiste1 de manire rendre ces flaux plus rares4 ,ses propres plaisirs dpendent en mille manires des tats mentals aussi bien que des tats corporels de ses compatriotes4 ,la sottise1 comme la faiblesse1 fait augmenter le prix des choses utiles la vie4 ,si l'on ne fait pas faire de progrs l'agriculture1 les prix des vivres sont plus levs qu'ils ne le seraient autrement2 si l'on suit dans le commerce l'ancienne routine1 tout le monde souffre de dpenses inutiles2 s'il n'y a pas d'inventions1 tout le monde perd le bnfice des nouvelles applications de la science4 ,ce ne sont pas seulement des maux conomiques qui rsultent de l'inintelligence moyenne1 priodiquement1 dans ces folies et ces paniques o l'on voit tous les ngociants comme un troupeau acheter ou vendre tous ensemble1 et1 habituellement1 dans la mauvaise administration de la justice1 pour laquelle le peuple et les lgislateurs montrent un gal mpris en poursuivant leurs caprices4 ,le rapport de notre propre bien avec les tats mentals des autres est plus troit et plus visible2 chacun peut en faire l'exprience pour son compte4 ,le dfaut d'exactitude1 de rgularit est une cause perptuelle d'ennuis4 ,l'ignorance du cuisinier produit souvent des malaises et quelquefois une indigestion4 ,le manque de prvoyance de la servante peut1 dans un passage obscur1 nous faire tomber sur un seau4 ,si l'on ne rend pas bien compte d'un message1 ou qu'on oublie de le transmettre1 il en rsulte qu'une importante affaire est manque4 ,ainsi tout le monde a gagner1 au point de vue goste1 un altruisme qui contribue lever le niveau moyen de l'intelligence4 ,je ne veux pas parler de cet altruisme qui consisterait remplir l'esprit des enfants de dates1 de noms1 de dtails sur l'histoire des rois1 de rcits de batailles et d'autres sujets inutiles dont tout l'entassement ne fera pas d'eux des travailleurs utiles ou de bons citoyens1 mais bien d'un altruisme qui contribue rpandre une connaissance exacte de la nature des choses et dvelopper le pouvoir d'appliquer cette connaissance4 ,en outre1 chacun de nous a un intrt particulier l'existence d'une morale publique1 et gagne ce qu'elle se perfectionne4 ,ce n'est pas seulement dans les cas importants1 par suite des agressions1 des violations de contrats1 des fraudes et de l'emploi de faux poids1 que chacun souffre d'un dfaut gnral de moralit2 c'est aussi de mille autres manires moins graves4 ,c'est tantt par l'indlicatesse d'un homme qui donne un bon certificat un mauvais serviteur2 tantt par l'insouciance d'une blanchisseuse qui se sert d'agents chimiques pour s'pargner de la peine1 et dtruit ainsi son linge2 tantt par le mensonge d'un voyageur de chemin de fer1 qui disperse ses bagages autour de lui pour faire croire que toutes les places du compartiment sont prises quand elles ne le sont pas4 ,hier1 l'indisposition d'un enfant due des gaz dltres a fait dcouvrir qu'un tuyau de dgagement s'tait bouch parce qu'il avait t mal fait par un maon peu scrupuleux1 sous la direction d'un entrepreneur ngligent ou corrompu4 ,aujourd'hui1 les ouvriers employs le rparer causent de la dpense et des ennuis1 par leur lenteur2 ils ne se proposent pas de dpasser le modle1 car l'esprit de corps dfend aux meilleurs ouvriers de discrditer les pires en faisant mieux1 et ils partagent cette croyance immorale que le moins digne doit tre aussi bien trait que le meilleur4 ,demain1 on verra que les dgts causs par les maons ont prpar de la besogne au plombier4 ,ainsi le perfectionnement des autres1 au point de vue physique1 au point de vue intellectuel et au point de vue moral1 importe personnellement chacun3 en effet1 leurs imperfections se traduisent par une lvation du prix de toutes les choses utiles que nous avons acheter1 par un accroissement des taxes et des impts que nous avons payer1 ou par les pertes de temps et d'argent qui rsultent journellement pour nous de la ngligence1 de la sottise ou de l'immoralit de nos semblables4 #gi4 ,certaines connexions plus immdiates entre le bien-tre personnel et le souci du bien-tre d'autrui sont tout fait videntes4 ,on les reconnat en considrant ce qu'ont souffrir ceux qui ne savent inspirer aucune sympathie1 et les avantages qu'obtiennent ceux qui agissent d'une manire dsintresse4 ,qu'un homme ait formul son exprience en disant que les conditions du succs sont un coeur dur et un bon estomac1 on a de la peine le comprendre si l'on considre combien de faits dmontrent que le succs1 mme d'un genre matriel1 dpendant en grande partie comme il le fait des bons offices des autres1 est rendu facile par tout ce qui provoque la bonne volont de nos semblables4 ,le contraste entre la prosprit de ceux qui joignent des aptitudes seulement mdiocres une nature qui leur gagne des amis par sa douceur1 et l'insuccs de ceux qui1 malgr des facults suprieures et de plus grandes connaissances1 se font har pour leur duret ou leur indiffrence1 forcerait avant tout reconnatre cette vrit que les jouissances gostes sont facilites par des actions altruistes4 ,cet accroissement d'avantages personnels obtenus par des services rendus autrui ne se produit que partiellement1 lorsqu'un motif intress nous pousse accomplir une action dsintresse en apparence2 il se produit compltement dans le cas seulement o l'acte est rellement dsintress4 ,bien que les services rendus avec l'intention de profiter un jour de services rciproques soient utiles dans une certaine mesure1 ils ne le sont cependant1 d'ordinaire1 que dans la mesure o ils sont la cause de services rciproques quivalents4 ,ceux qui rapportent plus que l'quivalent sont ceux qui ne sont inspirs par aucune pense d'quivalence4 ,c'est videmment en effet la manifestation spontane d'une bonne nature1 non seulement dans les principaux actes de la vie1 mais dans tous ses dtails1 qui provoque chez tous ceux qui nous entourent les attachements d'o nat une bienveillance illimite4 ,outre qu'elles favorisent le dveloppement de la prosprit1 les actions accomplies dans l'intrt d'autrui nous procurent des plaisirs personnels par cette raison encore qu'elles font rgner la joie autour de nous4 ,avec une personne sympathique1 chacun prouve plus de sympathie qu'avec les autres4 ,tous montrent plus d'amabilit qu'ils n'ont l'habitude de le faire1 celui qui laisse paratre chaque instant un naturel aimable4 ,ce dernier est en ralit entour de gens meilleurs que celui qui a moins de qualits attrayantes4 ,si nous opposons l'tat d'un homme qui a tous les moyens matriels d'tre heureux1 mais qui est isol par son gosme absolu1 avec l'tat d'un homme altruiste1 relativement pauvre d'argent1 mais riche d'amis1 nous voyons que les divers plaisirs que l'argent ne peut donner viennent en abondance celui-ci et sont inaccessibles au premier4 ,ainsi1 tandis qu'il y a un genre d'actions concernant l'intrt des autres1 favorables la prosprit de nos concitoyens en gnral1 et qu'il faut dlibrment accomplir en vertu de motifs tirs indirectement de notre propre intrt1 car nous sommes convaincus que notre propre bien-tre dpend dans une large mesure du bien-tre de la socit1 il y a un autre genre d'actions concernant l'intrt des autres1 auxquelles ne se mle aucune conscience de notre propre intrt1 et qui contribuent grandement nanmoins nous procurer des satisfactions gostes4 #hj4 ,il y a d'autres manires encore de montrer que l'gosme pche habituellement quand il n'est pas modr par l'altruisme4 ,il diminue la totalit du plaisir goste en diminuant dans plusieurs directions la capacit d'prouver le plaisir4 ,les plaisirs personnels1 considrs ensemble ou sparment1 perdent de leur intensit si l'on y insiste trop1 c'est--dire si l'on en fait l'objet exclusif de ses recherches4 ,la loi que la fonction entrane une dperdition1 et que les facults dont l'exercice est une cause de plaisir ne peuvent agir continuellement sans qu'il s'ensuive un puisement et la satit1 a pour consquence que les intervalles pendant lesquels les actions altruistes absorbent les nergies sont des intervalles pendant lesquels la capacit d'prouver des plaisirs gostes recouvre toute sa vigueur4 ,la sensibilit pour les jouissances purement personnelles se conserve un plus haut degr chez ceux qui s'emploient aux plaisirs des autres1 que chez ceux qui se dvouent entirement leurs propres plaisirs4 ,cette vrit1 manifeste mme lorsque le niveau de la vie est lev1 est encore plus frappante lorsqu'il s'abaisse4 ,c'est dans la maturit et dans la vieillesse que nous voyons d'une manire spciale comment1 mesure que les plaisirs gostes deviennent plus faibles1 les actions altruistes servent les reproduire en leur donnant des formes nouvelles4 ,le contraste entre le plaisir qu'un enfant prend aux nouveauts qui lui sont chaque jour rvles1 et l'indiffrence qui s'accrot mesure que le monde nous est plus connu1 jusqu' ce que dans l'ge adulte il reste relativement peu de choses dont nous jouissions vritablement1 fait comprendre tout le monde que les plaisirs diminuent mesure que les annes passent4 ,pour ceux qui rflchissent1 il est clair que la sympathie seule nous fait trouver indirectement du plaisir dans les choses qui ont cess de nous en procurer directement4 ,on le voit avec vidence pour les plaisirs que les parents retirent des plaisirs de leurs enfants4 ,quelle que soit la banalit de cette remarque que les hommes revivent dans leurs enfants1 nous avons besoin de la rpter ici pour nous rappeler la manire dont l'altruisme1 alors que les satisfactions gostes s'affaiblissent dans le cours de la vie1 renouvelle ces satisfactions en les transfigurant4 ,nous sommes amens ainsi une considration plus gnrale1 celle de l'aspect goste du plaisir altruiste4 ,ce n'est pas que ce soit le moment de discuter la question de savoir si l'lment goste peut tre exclu de l'altruisme1 ou de distinguer entre l'altruisme que l'on poursuit avec la prvision d'un plaisir en retirer1 et l'altruisme qui1 tout en procurant ce plaisir1 n'en fait pas son objet4 ,nous considrons seulement le fait que l'tat qui accompagne une action altruiste tant un tat agrable1 qu'on y parvienne sciemment ou non1 doit tre compt dans la somme des plaisirs que l'individu peut recevoir1 et1 en ce sens1 ne peut pas ne pas tre un plaisir goste4 ,nous devons videmment le considrer ainsi1 car ce plaisir1 comme les plaisirs en gnral1 a pour rsultat la prosprit physique du moi4 ,comme toute autre motion agrable lve le niveau de la vie1 ainsi fait l'motion agrable qui accompagne un acte de bienveillance4 ,on ne peut nier que la peine cause par la vue d'une souffrance dprime les fonctions vitales1 quelquefois mme au point de suspendre l'action du coeur1 comme chez ceux qui s'vanouissent en assistant une opration chirurgicale2 de mme1 on ne peut nier que la joie ressentie en prsence de la joie d'autrui n'exalte les fonctions vitales4 ,par suite1 bien que nous devions hsiter classer le plaisir altruiste comme une espce plus leve de plaisir goste1 nous sommes obligs de reconnatre le fait que ses effets immdiats1 en augmentant la vie et en favorisant ainsi le bien-tre personnel1 ressemblent ceux des plaisirs qui sont directement gostes4 ,le corollaire en dduire est que le pur gosme1 mme dans ses rsultats immdiats1 est moins avantageusement goste que ne l'est l'gosme convenablement tempr par l'altruisme1 lequel1 outre les plaisirs additionnels qu'il nous procure1 nous donne aussi1 par l'accroissement de la vitalit1 une plus grande capacit pour prouver des plaisirs en gnral4 ,c'est aussi une vrit ne pas ngliger que la somme des plaisirs esthtiques est plus considrable pour une nature altruiste que pour une nature goste4 ,les joies et les douleurs humaines forment un lment principal de la matire de l'art1 et il est vident que les plaisirs dont l'art est la source s'accroissent mesure que se dveloppe la sympathie pour ces joies et ces douleurs4 ,si nous opposons la posie primitive1 principalement occupe de la guerre et se prtant aux instincts sauvages par des descriptions de victoires sanglantes1 la posie des temps modernes1 dans laquelle les apptits cruels ne tiennent qu'une petite place1 tandis qu'elle est inspire le plus souvent par des sentiments plus doux1 et consacre exciter chez les lecteurs la compassion pour les faibles1 nous voyons qu'avec le dveloppement d'une nature plus altruiste s'est ouverte une sphre de jouissances inaccessible l'gosme farouche des temps barbares4 ,il y a de mme une diffrence entre les fictions du pass et celles du prsent4 ,dans les premires1 on s'occupait exclusivement des actions des classes dirigeantes1 dont les antagonismes et les crimes fournissaient le sujet et l'intrigue2 les autres1 prenant de prfrence pour sujets des histoires pacifiques1 et le plus souvent la vie des classes les plus humbles1 dcouvrent un monde nouveau de faits intressants dans les joies et les douleurs journalires de la foule4 ,on rencontre un contraste pareil entre les formes anciennes et les formes modernes de l'art plastique4 ,lorsqu'ils ne reprsentent pas des crmonies du culte1 les bas-reliefs et les peintures murales des ,assyriens et des gyptiens1 ou les dcorations des temples chez les ,grecs rappellent les exploits des conqurants2 dans les temples modernes1 au contraire1 les oeuvres destines glorifier des actes de destruction sont moins nombreuses1 et les oeuvres qui rpondent aux sentiments les plus doux des spectateurs sont plus nombreuses4 ,pour voir que ceux qui ne s'inquitent en aucune faon des sentiments de leurs semblables se privent par l d'un grand nombre de plaisirs esthtiques1 il suffit de se demander si les hommes qui se plaisent aux combats de chiens sont capables d'apprcier l',adlade de ,beethoven1 ou si le pome de ,tennyson ,in memoriam pourrait beaucoup mouvoir une troupe de galriens4 #ha4 ,ainsi1 depuis l'origine de la vie1 l'gosme a dpendu de l'altruisme1 comme l'altruisme a dpendu de l'gosme1 et dans le cours de l'volution les services rciproques de l'un et de l'autre se sont accrus4 ,le sacrifice physique et inconscient des parents pour donner naissance des descendants1 sacrifice que les tres vivants les plus humbles accomplissent sans cesse1 nous montre dans sa forme primitive l'altruisme qui rend possible l'gosme de la vie et de la croissance individuelles4 ,a mesure que nous montons des degrs suprieurs dans l'chelle des tres1 cet altruisme des parents se manifeste par la cession directe seulement d'une partie du corps1 alors que le reste du corps contribue par une usure plus active des tissus au dveloppement de la progniture4 ,ce sacrifice indirect de substance1 remplaant de plus en plus le sacrifice direct mesure que l'altruisme des parents devient plus lev1 continue jusqu' la fin reprsenter aussi un autre altruisme que celui des parents1 puisque cet autre altruisme se traduit galement en une perte de substance pour des efforts qui n'aboutissent pas un agrandissement personnel4 ,aprs avoir observ comment dans le genre humain l'altruisme des parents et celui de la famille se transforment en un altruisme social1 nous avons fait remarquer qu'une socit1 comme une espce1 subsiste la condition seulement que chaque gnration de ses membres transmette la suivante des avantages quivalents ceux qu'elle a reus de la prcdente4 ,cela suppose que le soin de la famille doit tre complt par le soin de la socit4 ,la plnitude des satisfactions gostes dans un tat social dpendant d'abord du maintien d'une relation normale entre les efforts dpenss et les bnfices obtenus1 qui est le fondement de toute vie1 implique un altruisme qui la fois inspire une conduite quitable et impose l'obligation de l'quit4 ,le bien-tre de chacun est envelopp dans le bien-tre de tous de plusieurs autres manires4 ,tout ce qui contribue augmenter la vigueur des autres nous intresse1 car celle-ci diminue le prix de tout ce que nous achetons4 ,tout ce qui contribue les affranchir des maladies nous intresse1 car nous sommes par l moins exposs nous-mmes aux maladies4 ,tout ce qui lve leur intelligence nous intresse1 car nous sommes exposs chaque jour mille inconvnients par suite de leur ignorance ou de leur folie4 ,tout ce qui lve leur caractre moral nous intresse1 car en toute occasion nous avons souffrir du dfaut de conscience dans la socit en gnral4 ,les satisfactions gostes dpendent bien plus directement encore des activits altruistes qui nous gagnent les sympathies d'autrui4 ,en s'alinant ceux qui l'entourent1 l'homme intress perd les services gratuits qu'ils peuvent lui rendre2 il se prive d'un grand nombre de jouissances sociales1 et il manque de ces accroissements du plaisir et de ces adoucissements de la douleur que nous procurent ceux qui nous aiment en partageant nos sentiments4 ,enfin un gosme illgitime se nuit lui-mme en produisant une incapacit d'prouver le bonheur4 ,les plaisirs purement gostes sont rendus moins vifs par la satit1 mme dans la premire partie de la vie1 et dans la seconde ils disparaissent presque entirement2 les plaisirs de l'altruisme1 dont on se lasse moins vite1 manquent la vie1 et surtout cette dernire partie de la vie o ils remplaceraient largement les plaisirs gostes2 par suite1 on est incapable de ressentir les plaisirs esthtiques de l'ordre le plus lev4 ,nous devons indiquer en outre une vrit peine reconnue1 savoir que cette dpendance de l'gosme par rapport l'altruisme s'tend au del des limites de chaque socit et tend toujours l'universalit4 ,il n'est pas ncessaire de montrer qu'au dedans de chaque socit elle s'accrot avec l'volution sociale1 celle-ci impliquant une augmentation de dpendance mutuelle1 et il en rsulte que1 si la dpendance des socits entre elles devient plus grande grce des relations commerciales1 la prosprit intrieure de chacune intresse toutes les autres4 ,c'est un lieu commun d'conomie politique que l'appauvrissement d'un pays1 la diminution de ses forces de production et de consommation1 est nuisible aux pays qui sont en rapports avec lui4 ,bien plus1 nous avons prouv souvent dans ces dernires annes des crises industrielles entranant de grandes souffrances pour des nations qui n'taient pas directement en jeu1 par suite de guerres entre d'autres nations4 ,si chaque peuple voit les satisfactions gostes de ses membres diminues par les luttes entre les peuples voisins1 plus forte raison doit-il les voir diminues par les luttes o il intervient lui-mme4 ,on peut remarquer combien1 dans diffrentes parties du monde1 l'esprit de conqute1 dpourvu de tout scrupule et inspir par la prtention spcieuse de rpandre les bienfaits du gouvernement et de la religion britanniques1 produit de maux en retour aux classes industrielles de l',angleterre et en augmentant les charges publiques et en paralysant le commerce1 et l'on verra que ces classes industrielles1 absorbes par des questions de capital et de salaire1 et se croyant elles-mmes dsintresses de nos affaires extrieures1 souffrent du dfaut de cet altruisme universel1 qui aurait pour effet de nous inspirer la justice dans nos rapports avec tous les peuples1 civiliss ou sauvages4 ,on comprendra aussi qu'en dehors de ces maux immdiats1 elles auront souffrir1 pendant toute une gnration1 des maux qui dcoulent d'une rsurrection du type d'organisation sociale produit par les activits agressives1 et de l'abaissement du niveau moral qui l'accompagne4 ,,chapitre ,,xiii ,,jugement ,,et ,,compromis #hb4 ,dans les deux prcdents chapitres1 nous avons plaid successivement pour l'gosme et pour l'altruisme4 ,ils sont en conflit2 nous avons maintenant considrer quel verdict il faut prononcer4 ,si les plaidoyers opposs sont vrais sparment ou mme si chacun d'eux est vrai en partie1 nous devons en conclure que le pur gosme et le pur altruisme sont l'un et l'autre illgitimes4 ,si la maxime3 ,vivre pour soi1 est fausse1 la maxime3 ,vivre pour les autres1 l'est aussi4 ,par suite1 un compromis est seul possible4 ,je ne donne pas comme prouve cette conclusion1 bien qu'elle paraisse invitable4 ,l'objet de ce chapitre est de la justifier pleinement1 et je la formule ds le commencement1 parce que les arguments employs seront mieux compris si le lecteur a sous les yeux la conclusion vers laquelle ils convergent4 ,comment conduire la discussion pour faire ressortir plus clairement cette ncessit d'un compromis8 ,le meilleur moyen sera peut-tre de donner l'une des deux thses sa forme extrme1 et d'observer les absurdits qui en seront la consquence4 ,traiter ainsi le principe du pur gosme1 ce serait perdre son temps4 ,tout le monde voit que si chacun poursuivait sans contrainte chaque instant son propre intrt1 sans s'occuper le moins du monde des autres hommes1 il en rsulterait une guerre universelle et la dissolution de la socit4 ,nous choisirons donc de prfrence le principe du pur dsintressement1 dont les mauvais effets sont moins vidents4 ,il y a deux aspects sous lesquels se prsente la doctrine qui fait du bonheur des autres le but moral4 ,les autres peuvent tre conus personnellement1 comme des individus avec lesquels nous avons des relations directes2 ou bien ils peuvent tre conus impersonnellement1 comme constituant la communaut4 ,tant qu'il s'agit de l'abngation de soi-mme implique par un pur altruisme1 il importe peu de savoir dans quel sens on emploie ce mot les autres4 ,mais la critique sera rendue plus facile par la distinction de ces deux significations4 ,nous considrerons d'abord la seconde4 #hc4 ,nous avons donc examiner le principe du plus grand bonheur1 tel qu'il a t formul par ,bentham et ses disciples4 ,la doctrine que le bonheur gnral doit tre l'objet de nos recherches n'est pas1 la vrit1 prsente comme identique avec le pur altruisme4 ,mais comme1 si le bonheur gnral est la fin propre de l'action1 l'agent individuel doit regarder sa propre part de ce bonheur comme une unit du tout1 laquelle il ne doit pas attribuer plus de valeur qu' aucune autre1 il en rsulte que1 puisque cette unit est en quelque sorte infinitsimale en comparaison du tout1 son action1 si elle a exclusivement pour but l'achvement du bonheur gnral1 est1 sinon absolument1 du moins aussi compltement altruiste que possible4 ,par suite1 la thorie qui fait du bonheur gnral l'objet immdiat de la poursuite peut bon droit tre prise comme une forme du pur altruisme que nous avons critiquer ici4 ,pour justifier cette interprtation et la fois pour donner une proposition dfinie que nous puissions discuter1 voici un passage de l',utilitarianisme de ,m4 ,mill3 ,le principe du plus grand bonheur1 dit-il1 est une simple expression sans signification rationnelle1 moins que le bonheur d'une personne1 suppos gal en degr 7avec la rserve spciale faire sur son espce71 ne soit compt comme ayant exactement la mme valeur que celui d'une autre personne4 ,ces conditions remplies1 le mot de ,bentham3 compter chacun pour un1 ne compter personne pour plus qu'un1 peut tre crit au dessous du principe de l'utilit1 comme commentaire explicatif4 7,p4 #ia47 ,toutefois1 bien que le sens du plus grand bonheur1 comme fin1 soit par l dfini jusqu' un certain point1 nous prouvons cependant le besoin d'une dfinition plus complte1 du moment o nous voulons dcider de quelle manire il faut rgler sa conduite pour atteindre cette fin4 ,la premire question qui se prsente est3 ,devons-nous regarder ce principe du plus grand bonheur comme un principe de direction pour la communaut considre dans sa capacit collective1 ou comme un principe de direction pour ses membres considrs sparment1 ou pour la communaut et ses membres la fois8 ,si l'on rpond que le principe doit tre pris comme guide pour l'action gouvernementale plutt que pour l'action individuelle1 nous avons alors demander3 ,quel sera le guide de l'action individuelle8 ,si l'action individuelle ne doit pas tre rgle seulement pour procurer le plus grand bonheur du plus grand nombre1 il faut quelque autre principe pour rgler l'action individuelle2 et le principe du plus grand bonheur ne donne pas la rgle morale dont nous avons besoin4 ,rplique-t-on que l'individu dans sa capacit d'unit politique doit prendre pour fin de favoriser le dveloppement du bonheur gnral1 en votant ou en agissant de quelque autre manire sur la lgislature avec cette fin en vue1 et qu'en cela il a une rgle de conduite1 nous avons encore demander3 ,d'o viendra une direction pour le reste de la conduite individuelle1 reste qui en constitue de beaucoup la plus grande partie8 ,si cette partie prive de la conduite individuelle ne doit pas avoir directement pour but le bonheur gnral1 il nous faut encore trouver une autre rgle morale que celle qu'on nous offre4 ,ainsi1 moins que le pur altruisme1 comme on l'a formul1 ne confesse son insuffisance1 il est tenu de se justifier1 comme donnant une rgle satisfaisante pour toute conduite1 individuelle et sociale4 ,nous allons d'abord le discuter en tant que prtendu principe lgitime de la politique2 nous le discuterons ensuite comme prtendu principe lgitime des actions prives4 #hd4 ,si l'on s'efforce de comprendre d'une manire exacte que1 en prenant pour fin le bonheur gnral1 la rgle doit tre de compter chacun pour un et de ne compter personne pour plus qu'un1 l'ide de distribution se prsente l'esprit4 ,nous ne pouvons former l'ide de distribution sans penser quelque chose distribuer et des personnes pour recevoir ce quelque chose4 ,pour pouvoir clairement concevoir la proposition1 nous devons clairement en concevoir ces deux lments4 ,considrons d'abord les personnes qui reoivent4 ,compter chacun pour un1 ne compter personne pour plus qu'un4 ,veut-on dire par l que1 par rapport tout ce qui est partag1 chacun doit en recevoir la mme part1 quel que soit son caractre1 quelle que soit sa conduite8 ,s'il est passif1 doit-il avoir autant que s'il est actif8 s'il est inutile1 autant que s'il est utile8 s'il est criminel1 autant que s'il est vertueux8 ,si la distribution doit se faire sans gard aux natures et aux actes de ceux qui reoivent1 il faut alors montrer qu'un systme qui galise1 autant que possible1 le traitement du bon et du mchant1 est avantageux4 ,si la distribution ne doit pas tre aveugle1 alors le principe disparat4 ,le quelque chose distribuer doit tre partag autrement que par une gale division4 ,il doit y avoir proportion des parts aux mrites1 et l'on nous laisse dans l'incertitude quant la manire d'tablir cette proportion2 nous avons trouver une autre rgle4 ,voyons maintenant quel est ce quelque chose distribuer4 ,la premire ide qui se prsente est que le bonheur lui-mme doit tre partag entre tous4 ,prises littralement1 les ides que le plus grand bonheur doit tre la fin poursuivre1 et qu'en le partageant il faut compter chacun pour un et ne compter personne pour plus qu'un1 impliquent que le bonheur est quelque chose qui peut tre divis en parties et distribu la ronde4 ,c'est l cependant une interprtation impossible4 ,mais1 aprs en avoir reconnu l'impossibilit1 nous avons encore rsoudre la question3 ,par rapport quoi faut-il compter chacun pour un et ne compter personne pour plus qu'un8 ,faut-il entendre que les moyens concrets d'tre heureux doivent tre galement rpartis8 ,veut-on dire qu'il faut distribuer tous en parties gales les choses ncessaires la vie1 ce qui sert au bien-tre1 ce qui rend l'existence agrable8 ,comme conception simplement1 on peut un peu mieux le soutenir4 ,mais en laissant de ct la question de politique1 en laissant la question de savoir si le plus grand bonheur serait en dfinitive assur par ce procd 7ce qui videmment n'arriverait pas71 il est facile de voir1 si l'on y rflchit1 que le plus grand bonheur ne serait pas mme immdiatement assur de cette manire4 ,les diffrences d'ge1 de croissance1 de constitution1 les diffrences d'activit et les diffrences de consommation qui en rsultent1 les diffrences de dsirs et de gots1 amneraient ce rsultat invitable que les secours matriels que chacun recevrait pour tre heureux rpondraient plus ou moins aux besoins4 ,en admettant mme que le pouvoir d'acqurir ft galement rparti1 le plus grand bonheur ne serait pas encore atteint en comptant chacun pour un et en ne comptant personne pour plus qu'un2 en effet1 comme les capacits pour utiliser les moyens acquis de bonheur varieraient la fois avec la constitution et avec l'ge1 les moyens qui suffiraient approximativement pour satisfaire les besoins de l'un seraient extrmement insuffisants pour satisfaire les besoins de l'autre1 et ainsi l'on n'obtiendrait pas la plus grande somme de bonheur2 les moyens pourraient tre ingalement partags de manire en produire une somme plus grande4 ,mais si le bonheur lui-mme ne peut tre partag et distribu galement1 si un gal partage des lments matriels du bonheur ne produit pas le plus grand bonheur1 quelle est donc la chose qu'il faut ainsi partager8 ,par rapport quoi faut-il compter chacun pour un et ne compter personne pour plus qu'un8 ,il semble qu'il n'y ait plus qu'une hypothse possible4 ,il ne reste rien distribuer galement1 si ce n'est les conditions dans lesquelles chacun peut poursuivre le bonheur4 ,les limitations de l'action1 les degrs de libert et de contrainte1 doivent tre les mmes pour tous4 ,chacun aura autant de libert pour chercher sa fin qu'il se pourra en sauvegardant de semblables liberts chez les autres pour chercher leurs fins1 et chacun aura autant qu'un autre la jouissance de ce que ses efforts1 dans ces limites1 auront obtenu4 ,mais dire que par rapport ces conditions il faut compter chacun pour un et ne compter personne pour plus qu'un1 c'est dire tout simplement qu'il faut assurer l'quit4 ,ainsi1 considr comme principe de politique1 le principe de ,bentham se transforme par l'analyse en le principe mme que ce moraliste prtend renverser4 ,ce n'est pas le bonheur gnral qui donne la rgle morale par laquelle l'action lgislative doit se laisser guider1 mais bien la justice universelle4 ,ainsi s'croule la doctrine altruiste prsente sous cette forme4 #he4 ,aprs avoir examin la doctrine d'aprs laquelle le bonheur gnral devrait tre la fin de la conduite publique1 nous passons l'examen de la doctrine d'aprs laquelle elle devrait tre la fin de la conduite prive4 ,on soutient qu'au point de vue de la raison pure le bonheur des autres ne doit pas tre un objet moins lgitime de notre poursuite chacun que notre propre bonheur4 ,considrs comme parties d'un tout1 un bonheur prouv par nous-mmes et un bonheur semblable prouv par un autre ont des valeurs gales2 on en infre que1 l'estimer rationnellement1 l'obligation de travailler dans l'intrt d'autrui est aussi grande que l'obligation de travailler dans notre propre intrt4 ,en affirmant que le systme de morale utilitaire1 bien compris1 s'accorde avec la maxime chrtienne3 ,aimez votre prochain comme vous-mme1 ,m4 ,mill dit que l'utilitarisme lui commande d'tre aussi strictement impartial qu'un spectateur dsintress et bienveillant1 entre son propre bonheur et celui des autres4 7,p4 #bd47 ,considrons les deux interprtations que l'on peut donner de cette proposition4 ,supposons d'abord qu'un certain quantum de bonheur puisse se raliser de quelque manire sans la participation spciale de ,a1 ,b1 ,c ou ,d1 qui forment le groupe dont il s'agit4 ,alors la proposition veut dire que chacun doit tre prt voir ce quantum de bonheur prouv autant par un ou plusieurs des autres que par lui-mme4 ,le spectateur dsintress et bienveillant dciderait clairement1 en pareil cas1 que personne ne doit avoir plus de bonheur qu'un autre4 ,mais ici1 si l'on suppose comme nous le faisons que le quantum de bonheur est ralisable sans qu'aucune des personnes du groupe ait rien faire1 la simple quit porte le mme jugement4 ,personne n'ayant en aucune manire plus de droit que les autres1 les droits sont gaux1 et le respect que l'on doit la justice ne permet aucun de nos personnages de monopoliser le bonheur son profit4 ,supposons maintenant un cas diffrent4 ,supposons que le quantum de bonheur ait t rendu possible par les efforts d'un des membres du groupe4 ,supposons que ,a ait acquis par son travail quelque objet matriel capable de donner du bonheur4 ,il veut agir comme le prescrirait le spectateur dsintress et bienveillant4 ,que dcidera-t-il8 ,que prescrirait le spectateur8 ,considrons toutes les suppositions possibles1 en commenant par la moins raisonnable4 ,on peut concevoir le spectateur comme prescrivant que le travail fait par ,a pour acqurir ce qui peut servir au bonheur ne lui donne aucun droit l'usage spcial de ce qu'il a acquis1 qu'il faut le donner ,b1 ,c ou ,d1 ou qu'il faut le partager galement entre ,b1 ,c et ,d1 ou le partager galement entre tous les membres du groupe1 y compris ,a1 qui a travaill pour l'acqurir4 ,si le spectateur est conu comme prenant cette dcision aujourd'hui1 on doit le concevoir comme la prenant tous les jours1 avec ce rsultat que l'un des membres d'un groupe fait tout le travail1 sans obtenir aucun avantage en retour1 ou en obtenant seulement sa part numrique1 tandis que les autres ont leur part de bnfice sans rien faire4 ,que ,a puisse concevoir une semblable dcision du spectateur dsintress et bienveillant1 et se sentir tenu de se conformer cette dcision imaginaire1 c'est une supposition un peu forte1 et probablement on conviendra qu'une pareille sorte d'impartialit1 bien loin de conduire au bonheur gnral1 serait bientt fatale tous4 ,mais ce n'est pas tout4 ,le principe dont il s'agit s'oppose lui-mme en ralit ce que l'on obisse une telle dcision4 ,car non seulement ,a1 mais encore ,b1 ,c et ,d doivent agir d'aprs ce principe4 ,chacun d'eux doit se comporter selon la dcision qu'il attribue un spectateur impartial4 ,b conoit-il le spectateur impartial comme lui assignant lui1 ,b1 le produit du travail de ,a8 ,il faut alors admettre que ,b conoit le spectateur impartial comme le favorisant lui-mme1 ,b1 plus que ,a ne conoit le mme spectateur comme le favorisant lui-mme1 ,a2 ce qui ne s'accorde pas avec l'hypothse4 ,b1 en concevant le spectateur impartial1 fait-il abstraction de ses propres intrts aussi compltement que le fait ,a8 ,alors comment peut-il prononcer d'une manire si conforme ses intrts1 si partiale1 qu'il se permette de prendre une part gale des bnfices du travail de ,a1 alors que ni lui ni les autres n'ont rien fait pour les acqurir8 ,nous avons signal cette dcision concevable1 quoique peu croyable1 du spectateur1 pour faire remarquer qu'il serait impossible de s'y conformer habituellement4 ,il reste considrer la dcision que prendrait un spectateur rellement impartial4 ,il dirait que le bonheur1 ou l'objet matriel qui sert au bonheur1 acquis par le travail de ,a1 doit tre pris par ,a4 ,il dirait que ,b1 ,c et ,d n'y ont aucun droit1 mais ont droit seulement au bonheur ou aux objets utiles au bonheur1 que leurs travaux respectifs leur ont procurs4 ,en consquence1 ,a1 agissant comme le spectateur impartial imaginaire le prescrirait1 est justifi1 d'aprs ce tmoignage1 s'il s'approprie tel bonheur ou tel moyen de bonheur qu'il a gagn par ses efforts4 ,ainsi1 sous sa forme spciale comme sous sa forme gnrale1 le principe est vrai seulement en tant qu'il reprsente une justice dguise4 ,l'analyse nous conduit encore ce rsultat que faire du bonheur gnral la fin de l'action1 signifie en ralit maintenir ce que nous appelons des relations quitables entre les individus4 ,refusez d'accepter sous sa forme vague le principe du plus grand bonheur1 et insistez pour savoir quelle est la conduite publique ou prive qu'il implique1 et vous verrez videmment que ce principe n'a aucun sens1 moins qu'il ne serve indirectement affirmer que les droits de chacun doivent scrupuleusement tre respects par tout le monde4 ,l'altruisme utilitaire devient un gosme mitig comme il convient4 #hf4 ,nous pouvons maintenant nous placer un autre point de vue pour juger la thorie altruiste4 ,si1 en supposant que l'objet propre de notre poursuite soit le bonheur gnral1 nous procdons rationnellement1 nous devons nous demander de quelles manires l'agrgat1 le bonheur gnral1 peut tre compos2 nous devons nous demander aussi quelle composition de cet agrgat donnera la somme la plus grande4 ,supposons que chaque citoyen poursuive son propre bonheur isolment1 non pas de manire nuire aux autres1 mais sans s'intresser aux autres activement2 alors la runion de leurs bonheurs constitue une certaine somme1 un certain bonheur gnral4 ,supposons maintenant que chacun1 au lieu de faire de son propre bonheur l'objet de sa poursuite1 poursuive le bonheur des autres2 alors encore il en rsultera une certaine somme de bonheur4 ,cette somme doit tre moindre1 ou aussi grande1 ou plus grande que la premire4 ,si l'on admet qu'elle soit moindre ou seulement aussi grande1 la mthode altruiste est videmment pire1 ou elle n'est pas meilleure que la mthode goste4 ,il faut supposer que la somme de bonheur obtenue est plus grande4 ,considrons ce que contient cette hypothse4 ,si chacun poursuit exclusivement le bonheur des autres1 et si chacun reoit aussi du bonheur 7ce qui doit tre1 car il ne peut se former un agrgat de bonheur en dehors des bonheurs individuels71 il faut alors conclure que chacun doit exclusivement une action altruiste le bonheur dont il jouit1 et que pour chacun ce bonheur est plus grand en somme que le bonheur goste qu'il pourrait se procurer lui-mme1 s'il s'appliquait lui-mme le poursuivre4 ,laissant de ct pour un moment ces sommes relatives des deux espces de bonheur1 notons les conditions ncessaires pour que chacun gote le bonheur altruiste4 ,les natures sympathiques prouvent du plaisir faire plaisir1 et1 si le bonheur gnral est l'objet de la poursuite1 on dira que chacun sera heureux en prsence du bonheur des autres4 ,mais dans ce cas en quoi consiste le bonheur des autres8 ,ces autres sont aussi1 par hypothse1 des personnes qui poursuivent et prouvent le plaisir altruiste4 ,la gense du plaisir altruiste pour chacun dpend du plaisir que tmoignent les autres1 et ceux-ci leur tour n'en tmoigneront qu'autant que les autres en tmoigneront1 et ainsi de suite indfiniment4 ,o commence donc le plaisir8 ,evidemment il doit y avoir quelque part un plaisir goste1 avant que la sympathie qu'il fait prouver produise un plaisir altruiste4 ,evidemment1 par suite1 chacun doit tre goste un degr convenable1 mme si c'est seulement dans l'intention de donner aux autres le moyen d'tre altruistes4 ,ainsi1 bien loin de devenir plus grande1 si tous font du bonheur le plus grand leur unique fin1 la somme du bonheur disparat entirement4 ,une comparaison emprunte l'ordre physique nous fera mieux voir encore combien est absurde la supposition que l'on puisse arriver au bonheur universel sans que chacun songe son propre bonheur4 ,supposez un amas de corps dont chacun engendre de la chaleur et dont chacun reoit aussi des autres de la chaleur1 parce que chacun d'eux la rayonne sur ceux qui l'entourent4 ,il est manifeste que chacun aura une certaine chaleur propre indpendamment de celle qui lui vient du dehors1 et aussi une certaine chaleur qui lui vient des autres corps indpendamment de celle qu'il a par lui-mme4 ,qu'arrivera-t-il8 ,tant que chacun de ces corps continuera tre un gnrateur de chaleur1 ils continueront conserver une certaine temprature drive en partie d'eux-mmes et en partie des autres4 ,mais si chacun d'eux cesse de fournir de la chaleur1 et en est rduit celle qui rayonne des autres corps1 l'amas tout entier se refroidira4 ,eh bien1 la chaleur directement produite reprsente le plaisir goste1 et la disparition de toute chaleur1 si chacun cesse d'en donner1 correspond la disparition de tout plaisir si chacun cesse d'en crer d'une manire goste4 ,nous pouvons tirer une autre conclusion4 ,outre la consquence qu'avant l'existence du plaisir altruiste il faut qu'il y ait un plaisir goste1 et que1 si la rgle de conduite est la mme pour tous1 il faut que chacun soit goste un degr convenable1 il y a cette consquence que1 pour arriver la plus grande somme de bonheur1 chacun doit tre plus goste qu'altruiste4 ,car1 pour parler en gnral1 les plaisirs sympathiques seront toujours moins intenses que les plaisirs avec lesquels on sympathise4 ,toutes choses gales d'ailleurs1 les sentiments idaux ne peuvent tre aussi vifs que les sentiments rels4 ,il est vrai que ceux qui ont une forte imagination peuvent1 surtout dans les cas o les affections sont engages1 sentir la douleur morale sinon la douleur physique d'un autre1 aussi compltement que celui mme qui en souffre en ralit1 et peuvent prendre avec une gale intensit leur part du plaisir d'autrui2 quelquefois mme1 on se reprsente mentalement le plaisir prouv comme plus grand qu'il ne l'est en vrit1 et l'on jouit alors d'un plaisir rflexe plus vif que le plaisir direct de celui qui est en cause4 ,de pareils cas1 cependant1 et les cas dans lesquels1 mme part l'exaltation de sympathie cause par l'attachement1 il y a un ensemble de sentiments produits sympathiquement gal en somme aux sentiments originaux1 sinon plus vif1 sont ncessairement exceptionnels4 ,car1 en de pareils cas1 la conscience totale enferme d'autres lments que la reprsentation mentale du plaisir ou de la peine1 notamment l'excs de piti ou l'excs de bont1 et ces lments ne se prsentent que dans de rares occasions3 ils ne sauraient tre les concomitants habituels des plaisirs sympathiques si tous les recherchaient chaque moment4 ,en apprciant la totalit possible des plaisirs sympathiques1 nous ne devons rien y faire entrer en dehors de la reprsentation des plaisirs que les autres prouvent4 ,a moins d'affirmer que les tats de conscience de nos semblables se reproduisent toujours en nous plus vivement que les tats analogues ne se forment en nous sous l'influence de leurs propres causes personnelles1 il faut admettre que la totalit des plaisirs altruistes ne peut pas galer la totalit des plaisirs gostes4 ,par suite1 outre la vrit qu'avant qu'il existe des plaisirs altruistes il doit y avoir des plaisirs gostes1 de telle sorte que ceux-l naissent de la sympathie pour ceux-ci1 il est encore vrai que1 pour obtenir la plus grande somme de plaisirs altruistes1 il doit y avoir une plus grande somme de plaisirs gostes4 #hg4 ,on peut dmontrer encore d'une autre manire que le pur altruisme se dtruit lui-mme4 ,une loi parfaitement morale doit tre une loi qui devient parfaitement praticable mesure que la nature humaine fait des progrs1 et1 si elle est ncessairement impraticable pour une nature humaine idale1 elle ne peut tre la loi morale cherche4 ,or les occasions de pratiquer l'altruisme sont nombreuses et grandes en proportion de la faiblesse1 de l'incapacit ou de l'imperfection humaine4 ,si nous dpassons les limites de la famille1 dans laquelle il faut laisser subsister une sphre d'activits impliquant le sacrifice de soi-mme tant qu'il s'agit d'lever ses enfants1 et si nous nous demandons comment il peut y avoir encore une sphre d'activits impliquant le sacrifice de soi-mme1 il est vident que cela tient ce qu'il y a toujours des maux srieux1 causs par un excs de dfauts naturels4 ,autant les hommes s'appliqueront eux-mmes faire tout ce que demandent les besoins de la vie sociale1 autant diminueront les demandes de secours en leur faveur4 ,si l'on arrive s'adapter entirement ces besoins1 si tout le monde est un jour capable de se conserver soi-mme et de remplir compltement les obligations imposes par la socit1 les occasions de faire passer ses intrts aprs ceux des autres1 auxquelles s'applique le pur altruisme1 disparatront4 ,de pareils sacrifices de soi-mme deviennent1 en effet1 doublement impraticables4 ,vivant avec succs individuellement1 les hommes non seulement ne fournissent pas ceux qui les entourent des occasions de leur venir en aide1 mais cette aide ne peut leur tre donne ordinairement sans contrarier leurs activits normales1 et par suite sans diminuer leurs plaisirs4 ,comme toute crature infrieure1 conduite par ses instincts inns faire spontanment tout ce que sa vie demande1 l'homme1 lorsqu'il est compltement form la vie sociale1 doit avoir des instincts si bien ajusts ses besoins qu'il satisfait ses besoins en satisfaisant ses instincts4 ,si ses instincts sont sparment satisfaits par l'accomplissement des actes requis1 aucun de ces actes ne peut tre accompli pour lui sans que ses instincts soient frustrs4 ,on ne peut accepter des autres les rsultats de leurs activits qu' la condition de renoncer aux plaisirs qui drivent de sa propre activit4 ,il s'ensuivrait donc une diminution plutt qu'un accroissement de bonheur1 si l'action altruiste pouvait tre exerce en pareil cas4 ,nous arrivons ici une autre supposition sans fondement faite par la mme thorie4 #hh4 ,le postulatum de l'utilitarisme tel qu'il est formul dans les passages cits plus haut1 et du pur altruisme pour employer une autre expression1 implique la croyance qu'il est possible de transporter de l'un l'autre le bonheur1 ou les moyens d'tre heureux1 ou les conditions du bonheur4 ,sans aucune limitation spcifique1 la proposition ainsi admise est que le bonheur en gnral peut tre dtach de l'un et rattach l'autre1 que l'un peut le cder dans une mesure quelconque1 et l'autre se l'approprier de mme4 ,mais il suffit de rflchir un moment pour voir combien cette proposition est loin de la vrit4 ,d'un ct1 cette cession jusqu' un certain point est extrmement nuisible et1 au del1 elle est fatale1 et1 de l'autre1 la plus grande partie du bonheur dont chacun jouit vient de lui-mme et ne peut tre ni donne ni reue4 ,supposer que les plaisirs gostes peuvent tre abandonns jusqu' un certain point1 c'est tomber dans une de ces nombreuses erreurs de spculation morale qui rsultent de l'ignorance des vrits de la biologie4 ,en nous plaant au point de vue biologique1 nous avons vu que les plaisirs accompagnent des sommes normales de fonctions1 tandis que les peines accompagnent des dfauts ou des excs de fonctions1 et1 en outre1 que la vie complte dpend de l'exercice complet des fonctions1 et par suite de la jouissance des plaisirs corrlatifs4 ,par suite1 renoncer des plaisirs normaux1 c'est renoncer la vie en proportion1 et alors se prsente la question3 ,jusqu' quel point peut-on le faire8 ,s'il veut continuer vivre1 l'individu doit goter dans une certaine mesure les plaisirs qui accompagnent l'accomplissement des fonctions corporelles1 et doit viter les peines qui rsultent de leur non-accomplissement4 ,une complte abngation amne la mort2 une abngation excessive1 la maladie2 une abngation moindre1 une dgradation physique1 et par suite une diminution de la capacit de remplir ses obligations envers soi-mme et envers les autres4 ,aussi1 lorsque nous tentons de mettre en pratique cette rgle de vivre non pour notre propre satisfaction1 mais pour celle des autres1 nous rencontrons cette difficult qu'au del de certaines limites c'est impossible4 ,et lorsque nous avons dcid dans quelle mesure l'individu peut perdre de son bien-tre physique1 en renonant aux plaisirs et en acceptant les peines1 ce fait s'impose nous que la portion de bonheur ou de moyens d'tre heureux1 qu'il lui est possible d'abandonner pour cette redistribution1 est une portion limite4 ,la restriction oppose au transfert du bonheur1 ou des moyens d'tre heureux1 est encore plus rigoureuse d'un autre ct4 ,le plaisir obtenu par un effort efficace1 par une poursuite heureuse des fins1 ne peut par aucun procd tre cd un autre1 et ne peut d'aucune manire tre appropri par un autre4 ,l'habitude de raisonner du bonheur gnral tantt comme s'il tait un produit concret partager1 et tantt comme s'il tait coextensif avec l'usage des choses matrielles qui servent au plaisir et peuvent tre donnes et reues1 a empch de remarquer cette vrit1 que les plaisirs d'action ne sont pas transfrables4 ,l'enfant qui a gagn une partie de billes1 l'athlte qui a accompli un tour de force1 l'homme d',etat qui a fait triompher son parti1 l'inventeur qui a donn le devis d'une nouvelle machine1 le savant qui a dcouvert une vrit1 le romancier qui a trac un caractre1 le pote qui a bien rendu une motion1 prouvent tous galement des plaisirs qui doivent tre1 dans la nature des choses1 exclusivement prouvs par ceux qui ils arrivent4 ,si nous considrons toutes les occupations que la ncessit n'impose pas aux hommes1 si nous considrons les ambitions diverses qui jouent un si grand rle dans la vie1 nous devons penser que tant que la conscience du pouvoir et du succs restera un plaisir dominant1 il restera un plaisir dominant qui ne pourra tre poursuivi au point de vue altruiste et devra l'tre d'une manire goste4 ,si maintenant nous retranchons d'un ct les plaisirs qui sont insparables de la conservation du physique dans son tat de sant1 et si nous retranchons de l'autre les plaisirs dus au succs1 ce qui reste est si restreint qu'on ne peut dfendre cette assertion que le bonheur en gnral comporte une distribution la faon dont l'entend l'utilitarisme4 #hi4 ,il y a encore une autre manire de montrer l'inconsquence de cet utilitarisme transfigur qui regarde sa doctrine comme le dveloppement de la maxime chrtienne3 ,aimez votre prochain comme vous-mme1 et de cet altruisme qui1 allant plus loin1 formule cette maxime3 ,vivez pour les autres4 ,une bonne rgle de conduite doit pouvoir tre adopte par tout le monde avec avantage4 ,agissez seulement d'aprs une maxime dont vous puissiez souhaiter1 en mme temps1 qu'elle devienne une loi universelle1 dit ,kant4 ,evidemment1 sans insister sur les restrictions qu'il faut apporter cette maxime1 nous pouvons l'accepter dans la mesure o nous admettons qu'un mode d'action qui devient impraticable mesure qu'il s'approche de l'universalit1 doit tre mauvais4 ,par suite1 si la thorie du pur altruisme1 impliquant que l'on doit travailler dans l'intrt des autres et non dans son propre intrt1 est soutenable1 il faut montrer qu'elle produira de bons rsultats lorsque tout le monde la mettra en pratique4 ,voyons les consquences si tous sont altruistes4 ,d'abord cela suppose une combinaison impossible d'attributs moraux4 ,on imagine que chacun fait assez peu de cas de soi-mme et assez de cas des autres pour sacrifier volontairement ses propres plaisirs1 afin de procurer du plaisir aux autres4 ,mais si c'est l un trait universel1 et si les actions s'en ressentent universellement1 nous devons concevoir chacun non seulement comme faisant des sacrifices1 mais encore comme en acceptant4 ,tandis qu'il est assez dsintress pour renoncer volontairement l'avantage en vue duquel il a travaill1 il est assez intress pour laisser les autres renoncer son profit aux avantages en vue desquels ils ont travaill4 ,pour rendre le pur altruisme possible tous1 chacun doit tre la fois extrmement gnreux et extrmement goste4 ,comme donnant1 il ne doit pas penser lui2 comme recevant1 il ne doit pas penser aux autres4 ,evidemment1 cela implique une constitution mentale inconcevable4 ,la sympathie qui est assez pleine de sollicitude l'gard des autres pour se faire volontairement tort elle-mme dans l'intrt d'autrui ne peut pas1 en mme temps1 mpriser les autres au point d'accepter des avantages qu'ils ne donnent pas sans se faire tort eux-mmes4 ,les contradictions qui apparaissent1 si nous supposons une pratique universelle de l'altruisme1 peuvent encore tre mises en vidence de cette manire4 ,supposons que chacun1 au lieu de jouir des plaisirs mesure qu'il les rencontre1 ou des choses utiles au plaisir qu'il s'est procures par son travail1 ou des occasions de plaisir pour se reposer de ce travail1 les laisse un autre1 ou les ajoute une masse commune dont tous les autres profitent1 qu'en rsultera-t-il8 ,nous avons plusieurs rponses faire1 suivant que nous admettrons qu'il y a ou qu'il n'y a pas en jeu des influences additionnelles4 ,supposons qu'il n'y ait pas d'influences additionnelles4 ,alors1 si chacun transfre un autre son bonheur1 ou les moyens1 ou les occasions d'tre heureux1 tandis que quelque autre fait la mme chose son gard1 la distribution du bonheur1 en moyenne1 n'est pas change2 ou si chacun ajoute une masse commune son bonheur1 ou les moyens1 ou les occasions d'tre heureux1 et que de cette masse chacun retire sa part1 l'tat moyen n'est pas plus chang qu'auparavant4 ,le seul effet vident est qu'il doit y avoir des transactions pendant la redistribution2 il s'ensuit une perte de temps et de peine4 ,supposons maintenant quelque influence additionnelle qui rende ce procd avantageux2 quelle doit-elle tre8 ,la totalit peut tre accrue seulement si les actes de transfert accroissent la quantit de ce qui est transfr4 ,le bonheur1 ou ce qui le produit1 doit tre plus grand pour celui qui le fait sortir du travail d'un autre1 qu'il ne l'aurait t s'il se l'tait procur par ses propres efforts2 ou autrement1 en supposant qu'un fonds de bonheur1 ou de ce qui le produit1 ait t form par les contributions de chacun1 alors chacun1 en s'appropriant sa part1 doit la trouver plus grande qu'elle ne l'aurait t s'il ne s'tait fait cette agglomration et cette distribution4 ,pour justifier la croyance cette augmentation1 on peut faire deux suppositions4 ,l'une est que bien que la somme des plaisirs1 ou des choses propres les procurer1 reste la mme1 cependant le genre des plaisirs1 ou des choses propres les procurer que chacun reoit en change de la part d'un autre ou de la runion des autres1 est un genre qu'il prfre celui en vue duquel il a travaill4 ,mais supposer cela1 c'est supposer que chacun travaille directement en vue de ce qui lui procure le moins de plaisir1 et c'est absurde4 ,l'autre supposition est que1 si le plaisir du genre goste chang ou redistribu reste le mme en somme pour chacun1 il s'y ajoute le plaisir altruiste qui accompagne l'change4 ,mais cette hypothse est clairement inadmissible si1 comme elle l'implique1 la transaction est universelle1 si cette transaction est telle que chacun donne et reoive dans la mme mesure4 ,car si le transfert des plaisirs1 ou des choses qui le procurent1 de l'un l'autre ou aux autres1 est toujours accompagn pour chacun de la conscience qu'il y aura un quivalent recevoir de lui ou d'eux1 il en rsulte purement et simplement un change tacite1 ou direct ou circulaire4 ,chacun devient altruiste dans la mesure seulement qu'il faut pour tre quitable et pas davantage1 et personne n'ayant de quoi augmenter son bonheur1 par sympathie ou autrement1 personne ne sera pour les autres une cause de bonheur sympathique4 #ij4 ,ainsi1 lorsque l'on recherche le vrai sens des expressions qu'il emploie1 ou lorsqu'on examine les consquences ncessaires de sa thorie1 le pur altruisme1 quelle que soit la forme sous laquelle il se prsente1 condamne ses partisans des absurdits de plusieurs sortes4 ,si le plus grand bonheur du plus grand nombre1 ou1 en d'autres termes1 le bonheur gnral1 est la vritable fin de l'action1 alors il doit tre la fin non seulement de toute action publique1 mais aussi de toute action prive2 autrement1 la plus grande partie des actions manquerait de rgle4 ,voyons la justesse de ce principe dans les deux cas4 ,si l'action de la communaut doit tre guide par le principe en question1 avec le commentaire qui sert l'expliquer3 compter chacun pour un1 ne compter personne pour plus qu'un1 il faut ngliger toutes les diffrences de caractre et de conduite1 de mrite et de dmrite1 chez les citoyens1 puisque le principe ne fait aucune distinction cet gard2 bien plus1 puisque ce n'est pas par rapport au bonheur1 que l'on ne saurait distribuer1 qu'il faut compter galement tous les hommes1 et puisqu'un partage gal des moyens concrets d'arriver au bonheur1 outre qu'il ne servirait pas en dfinitive1 ne sert pas immdiatement produire le plus grand bonheur2 il en rsulte que la seule manire d'entendre le principe est de dire que l'on doit rpartir galement les conditions ncessaires la poursuite du bonheur3 nous n'y dcouvrons alors rien de plus que le prcepte de faire rgner partout l'quit4 ,si1 prenant le bonheur en gnral comme le but de l'action prive1 l'individu est requis de juger entre son propre bonheur et celui des autres comme le ferait un spectateur impartial1 nous voyons qu'aucune supposition concernant le spectateur1 except une qui est contradictoire1 car elle lui attribue de la partialit1 ne peut donner un autre rsultat que de prescrire chacun de jouir du bonheur1 ou des moyens de parvenir au bonheur1 comme ses efforts le lui permettent2 l'quit est encore le seul contenu du principe4 ,si1 adoptant une autre mthode1 nous recherchons comment peut tre compose la plus grande somme de bonheur1 et1 reconnaissant le fait qu'un gosme quitable produit une certaine somme1 si nous demandons comment le pur altruisme en produirait une plus grande1 nous avons vu que si tous1 poursuivant exclusivement les plaisirs altruistes1 doivent produire ainsi une plus grande somme de plaisirs1 il faut alors admettre que les plaisirs altruistes1 qui naissent de la sympathie1 peuvent exister en l'absence de plaisirs gostes avec lesquels on puisse sympathiser--chose impossible2 il faut encore admettre que si1 la ncessit des plaisirs gostes tant reconnue1 on dit que la plus grande somme de bonheur sera atteinte si tous les individus sont plus altruistes qu'gostes1 c'est dire indirectement1 sous forme de vrit gnrale1 que les sentiments reprsentatifs sont plus forts que les sentiments prsentatifs--autre impossibilit4 ,en outre1 la doctrine du pur altruisme suppose que le bonheur peut dans une certaine mesure tre transfr et redistribu2 tandis que1 en ralit1 les plaisirs d'un certain ordre ne peuvent tre transmis dans une mesure un peu considrable sans qu'il en rsulte des effets fatals ou extrmement funestes1 et que les plaisirs d'un autre ordre ne peuvent tre transmis aucun degr4 ,de plus1 le pur altruisme prsente cette anomalie fcheuse que1 tandis qu'un vrai principe d'action doit tre de plus en plus pratiqu mesure que les hommes font plus de progrs1 le principe altruiste devient de moins en moins praticable mesure que l'humanit se rapproche de l'idal1 parce que la sphre dans laquelle il doit s'appliquer diminue de plus en plus4 ,enfin1 on voit videmment que cette doctrine se dtruit elle-mme1 en observant que pour l'adopter comme principe d'action1 ce que l'on doit faire si elle est bonne1 il faut tre la fois extrmement gnreux et extrmement goste1 tre prt se faire tort soi-mme dans l'intrt d'autrui1 et prt accepter des avantages au prix du malheur des autres3 ces deux traits sont inconciliables4 ,il est ainsi manifeste qu'un compromis est ncessaire entre l'gosme et l'altruisme4 ,nous sommes forcs de reconnatre combien chacun a raison de s'inquiter de son propre bien-tre1 car1 en le mconnaissant1 nous arrivons d'un ct une impasse1 de l'autre des contradictions1 de l'autre enfin des rsultats dsastreux4 ,rciproquement1 il est impossible de nier que l'indiffrence de chacun pour tous1 quand elle arrive un certain degr1 est fatale la socit1 quand elle est encore plus grande1 fatale la famille et enfin la race4 ,l'gosme et l'altruisme sont donc co-essentiels4 #ia4 ,quelle forme donner au compromis entre l'gosme et l'altruisme8 ,comment satisfaire des degrs convenables leurs prtentions lgitimes8 ,c'est une vrit la fois affirme par les moralistes et reconnue dans la vie ordinaire1 que la ralisation du bonheur individuel n'est pas proportionne au degr auquel on fait de ce bonheur individuel l'objet d'une poursuite directe2 mais on ne croit pas aussi gnralement jusqu' prsent que1 de la mme manire1 la ralisation du bonheur gnral n'est pas proportionne au degr auquel on fait de ce bonheur gnral l'objet d'une poursuite directe4 ,cependant il est plus raisonnable dans ce dernier cas que dans le premier de s'attendre ce que la poursuite directe n'aboutisse pas un bon rsultat4 ,quand nous avons discut les rapports entre les moyens et les fins1 nous avons vu qu' mesure que la conduite individuelle se dveloppe1 elle doit prendre de plus en plus pour principe de faire de l'obtention des moyens sa fin prochaine1 et de laisser la fin dernire1 le bien-tre ou le bonheur1 venir comme rsultat4 ,nous avons vu que lorsque le bien-tre de tous ou le bonheur gnral est la fin dernire1 le mme principe est encore plus rigoureusement vrai2 car la fin dernire sous sa forme impersonnelle est moins dtermine que sous sa forme personnelle1 et les difficults pour y atteindre par une poursuite directe sont encore plus grandes4 ,reconnaissant donc le fait que le bonheur de la communaut1 plus encore que le bonheur individuel1 ne doit pas tre poursuivi directement1 mais bien indirectement1 nous avons d'abord rsoudre cette question3 ,quelle doit tre en gnral la nature des moyens par lesquels nous y parviendrons8 ,on admet que le bonheur individuel s'obtient1 dans une certaine mesure1 si l'on travaille au bonheur d'autrui4 ,ne serait-il pas vrai1 rciproquement1 que l'on obtiendra le bonheur gnral en travaillant son propre bonheur8 ,si chaque unit assure en partie son bonheur en s'intressant au bien-tre de l'ensemble1 le bien-tre de l'ensemble ne sera-t-il pas en partie assur par l'intrt que chaque unit prendra son propre bonheur8 ,evidemment nous devons conclure que l'on ralisera le bonheur gnral principalement si les individus recherchent d'une manire convenable leur propre bonheur1 et rciproquement1 que le bonheur des individus sera ralis en partie s'ils travaillent au bonheur gnral4 ,cette conclusion prend un corps dans les ides progressives et les usages du genre humain4 ,ce compromis entre l'gosme et l'altruisme s'est lentement tabli de lui-mme1 et les croyances relles des hommes1 distinctes de leurs croyances nominales1 en ont graduellement reconnu de mieux en mieux la valeur4 ,l'volution sociale a amen un tat dans lequel les droits de l'individu aux produits de ses activits et aux plaisirs qui en rsultent sont de plus en plus positivement affirms2 en mme temps la reconnaissance des droits d'autrui et le respect habituel de ces droits se sont accrus4 ,chez les sauvages les plus grossiers les intrts personnels ne se distinguent que trs vaguement des intrts des autres4 ,dans les premires phases de la civilisation1 les avantages sont encore trs mal proportionns au travail3 les esclaves et les serfs n'ont pour leurs peines que dans une mesure tout arbitraire le vivre et le couvert3 les changes tant rares1 l'ide d'quivalence ne se dveloppe pas beaucoup4 ,mais avec le dveloppement de la civilisation on a tous les jours faire l'exprience de la relation entre les avantages recueillir et le travail fait2 le systme industriel maintient1 grce l'offre et la demande1 une juste adaptation de l'une l'autre4 ,ce progrs d'une coopration volontaire1 cet change de services convenus1 a t ncessairement suivi d'une diminution des attaques individuelles1 d'un accroissement de la sympathie3 le terme o nous sommes ainsi conduits est un change de services indpendamment de toute convention1 de services gratuits4 ,c'est dire que les droits des individus sont plus distinctement affirms et que les jouissances personnelles sont mieux rparties en proportion des efforts dpenss1 mesure que se dveloppent l'altruisme ngatif qui se manifeste dans une conduite quitable1 et l'altruisme positif qui se manifeste dans une assistance dsintresse4 ,une phase plus leve de ce double changement se remarque de notre temps4 ,si1 d'une part1 nous observons les luttes pour la libert politique1 les conflits entre le travail et le capital1 les rformes judiciaires accomplies pour mieux garantir les droits1 nous voyons que l'on tend encore assurer chacun la possession des avantages1 quels qu'ils soient1 qui lui sont dus1 et par suite exclure ses concitoyens de ces avantages4 ,d'un autre ct1 si nous considrons ce que signifient l'abandon du pouvoir aux masses1 l'abolition des privilges de castes1 les efforts pour rpandre l'instruction1 les agitations en faveur de la temprance1 l'tablissement de nombreuses socits philanthropiques1 il nous paratra clair que le souci du bien-tre d'autrui s'accrot pari passu avec le souci du bien-tre personnel et les mesures prises pour l'assurer4 ,ce qui est vrai des relations au dedans de chaque socit est vrai1 dans une certaine mesure1 des relations entre les diverses socits4 ,bien que pour maintenir des droits nationaux1 rels ou imaginaires1 souvent assez insignifiants1 les peuples civiliss se fassent encore la guerre1 cependant leur indpendance nationale est plus respecte que par le pass4 ,bien que les vainqueurs s'attribuent des portions de territoire et exigent des indemnits de guerre1 cependant la conqute n'est plus suivie comme autrefois de l'expropriation du territoire entier1 et les peuples ne sont plus rduits en esclavage4 ,l'individualit des socits est sauvegarde dans une plus grande mesure4 ,en mme temps les relations altruistes se multiplient2 les nations se donnent assistance les unes aux autres dans les cas de dsastres1 qu'il s'agisse d'inondations1 d'incendies1 de famines ou de quelque autre flau4 ,dans les cas d'arbitrage international1 comme nous en avons eu rcemment un exemple1 qui impliquent la reconnaissance des justes rclamations d'une nation contre une autre1 nous constatons un nouveau progrs de cet altruisme plus tendu4 ,sans doute1 il y a encore beaucoup faire2 car dans les rapports de peuples civiliss peuples sauvages1 il y a peu de progrs noter4 ,on peut dire que la loi primitive3 ,vie pour vie1 a t change par nous en cette loi3 ,pour une seule vie plusieurs vies1 comme dans les cas de l'vque ,patteson et de ,m4 ,birch2 mais il faut au moins reconnatre que nous n'infligeons nos prisonniers ni tortures1 ni mutilations4 ,si l'on dit qu' la manire des ,hbreux qui se croyaient autoriss s'emparer des terres que ,dieu leur avaient promises1 et dans certains cas en exterminer les habitants1 nous aussi1 pour rpondre l'intention manifeste de la ,providence1 nous dpossdons les races infrieures toutes les fois que nous avons besoin de leurs territoires1 on peut rpondre que du moins nous ne massacrons que ceux qu'il est ncessaire de massacrer1 et laissons vivre ceux qui se soumettent4 ,si l'on prtend qu' la faon d',attila1 qui en conqurant et en dtruisant les peuples et les nations1 se regardait lui-mme comme le flau de ,dieu1 punissant les hommes de leurs crimes1 nous aussi1 comme le prtend un ministre la suite d'un prtre qu'il cite1 nous nous croyons appels chtier coups de fusil et de canon les paens qui pratiquent la polygamie2 on rpondra que le plus froce disciple du matre de misricorde ne voudrait pas lui-mme pousser la vengeance au point de dpeupler des territoires entiers et de raser toutes les cits4 ,et lorsque nous nous rappelons1 d'autre part1 qu'il y a une ,socit protectrice des ,aborignes1 et que dans certaines colonies il y a des commissaires appoints pour protger les intrts des naturels1 et que dans certains cas les terres des naturels ont t acquises d'une manire qui1 tout injuste qu'elle soit1 implique cependant une certaine reconnaissance de leurs droits1 nous pouvons dire que si le compromis entre l'gosme et l'altruisme a fait encore bien peu de progrs dans les affaires internationales1 il en a fait toutefois dans la direction indique4 ,,chapitre ,,xiv ,,conciliation #ib4 ,tel qu'il a t prsent dans le prcdent chapitre1 le compromis entre les droits personnels et les droits d'autrui semble impliquer un antagonisme permanent entre les uns et les autres4 ,si chacun doit rechercher son propre bonheur et en mme temps prendre au bonheur de ses semblables un intrt convenable1 nous voyons reparatre cette question3 ,jusqu' quel point faut-il se proposer l'une de ces fins1 et jusqu' quel point faut-il se proposer l'autre8 ,nous supposons ainsi1 non un dsaccord dans la vie de chacun1 mais toutefois l'absence d'une harmonie complte4 ,cependant ce n'est pas l une induction invitable4 ,lorsque1 dans les ,principes de sociologie1 ,i,i,ie partie1 nous avons discut les phnomnes relatifs la conservation de la race chez les tres vivants en gnral1 pour mieux faire comprendre le dveloppement des relations domestiques1 nous avons dmontr que dans le cours de l'volution il s'est produit une conciliation entre les intrts de l'espce1 les intrts des parents1 et les intrts des descendants4 ,nous l'avons prouv en faisant voir qu' mesure que nous montons des formes les plus humbles de la vie aux plus leves1 la conservation de la race est assure avec un moindre sacrifice d'existences1 soit pour les jeunes individus1 soit pour les individus adultes1 et aussi avec un moindre sacrifice d'existences de parents au profit de la vie des descendants4 ,nous avons vu qu'avec le progrs de la civilisation1 on constate de semblables changements dans le genre humain1 et que les relations domestiques les plus leves sont celles dans lesquelles la conciliation du bien-tre des membres de la famille est la plus complte1 en mme temps que le bien-tre de la socit est mieux sauvegard4 ,il reste montrer ici qu'une conciliation pareille s'est tablie et continue s'tablir entre les intrts de chaque citoyen et les intrts des citoyens en gnral1 tendant toujours un tat dans lequel ces deux sortes d'intrts se fondraient en un seul1 et dans lequel les sentiments qui leur correspondent respectivement seraient en complet accord4 ,dans le groupe de la famille1 mme tel que nous l'observons chez plusieurs vertbrs infrieurs1 nous voyons que le sacrifice des parents1 devenu maintenant assez modr en somme pour ne pas les empcher de vivre longtemps1 n'est pas accompagn de la conscience du sacrifice2 au contraire il rsulte d'un dsir de l'accomplir3 les efforts altruistes en faveur des jeunes servent en mme temps satisfaire les instincts des parents4 ,si nous suivons ces relations travers les divers degrs de la race humaine1 et si nous observons combien l'amour plus souvent que le devoir porte prendre soin des enfants1 nous voyons la conciliation des intrts se faire de telle sorte que les parents ne sont heureux en ralit que si le bonheur de leurs enfants est assur3 le dsir d'avoir des enfants1 chez ceux qui n'en ont pas1 et l'adoption d'enfants1 dans certains cas1 montrent combien ces activits altruistes sont ncessaires pour procurer certaines satisfactions gostes4 ,on peut s'attendre ce qu'un nouveau progrs de l'volution produisant1 mesure que la nature humaine se dveloppera1 une diminution de la fcondit1 et par suite des charges des parents1 amne un tat dans lequel1 beaucoup plus encore qu'aujourd'hui1 les plaisirs de la vie adulte consisteront perfectionner la nouvelle gnration en mme temps qu'on assurera son bonheur immdiat4 ,or1 bien qu'un altruisme d'un genre social1 manquant de certains lments de l'altruisme des parents1 ne puisse jamais atteindre au mme niveau1 on peut croire cependant qu'il arrivera un niveau o il sera comme celui des parents un altruisme spontan1 un niveau o le souci du bonheur d'autrui sera un besoin journalier1 un niveau tel que les satisfactions gostes infrieures seront continuellement subordonnes cette satisfaction goste suprieure1 sans aucun effort1 mais par une prfrence pour cette satisfaction goste suprieure toutes les fois qu'on pourra se la procurer4 ,considrons comment le dveloppement de la sympathie qui doit progresser aussi vite que les circonstances le permettront1 amnera cet tat4 #ic4 ,nous avons vu que dans le cours de l'volution de la vie1 les plaisirs ont naturellement port les tres aux actions que les conditions de la vie demandaient1 que les peines les ont dtourns de celles qui taient opposes ces conditions4 ,il faut signaler ici la vrit qui en est la consquence1 savoir que les facults dont l'exercice1 sous certaines conditions1 procure en partie de la peine et en partie du plaisir1 ne peuvent se dvelopper au del de la limite laquelle elles donnent un surplus de plaisir3 si1 au del de cette limite1 leur exercice cause plus de peine que de plaisir1 leur dveloppement doit s'arrter4 ,la sympathie excite ces deux formes de sentiments4 ,tantt la vue du plaisir fait natre en nous un tat de conscience agrable2 tantt nous prouvons de la douleur la vue de la douleur4 ,par suite1 si les tres qui nous entourent manifestent habituellement du plaisir et rarement de la peine1 la sympathie donne un surplus de plaisir4 ,si au contraire on a rarement le spectacle du plaisir et souvent celui de la peine1 la sympathie donne un excs de peine4 ,le dveloppement moyen de la sympathie doit donc tre rgl par la moyenne des manifestations de la peine ou du plaisir chez les autres4 ,si dans des conditions sociales donnes1 ceux qui appartiennent la mme socit nous font souffrir tous les jours ou talent tous les jours sous nos yeux le spectacle de la souffrance1 la sympathie ne peut se dvelopper3 supposer qu'elle se dveloppera1 ce serait supposer que notre constitution se modifierait elle-mme de manire accrotre ses peines et par suite dprimer ses nergies2 ce serait mconnatre cette vrit que le fait de souffrir un genre quelconque de peine rend graduellement insensible cette peine4 ,d'un autre ct1 si l'tat social est tel que les manifestations du plaisir prdominent1 la sympathie augmentera2 en effet les plaisirs sympathiques1 ajoutant la totalit des plaisirs qui accroissent la vitalit1 ont pour rsultat de faire prosprer ceux qui sont le plus dous de sympathie1 et les plaisirs de la sympathie excdant partout les peines qu'elle peut causer1 ont pour effet de l'exercer et par l de la fortifier4 ,la premire consquence en tirer a t dj indique plus d'une fois4 ,nous avons vu que lorsque l'tat de guerre est habituel1 avec la forme d'organisation sociale qui correspond cet tat1 la sympathie ne peut prendre un grand dveloppement4 ,les activits destructives diriges contre les ennemis du dehors la desschent2 la nature des sentiments gnralement prouvs cause dans la socit elle-mme des actes frquents d'agression et de cruaut1 et en outre la coopration force qui caractrise le rgime militaire1 rprime ncessairement la sympathie1 existe seulement la condition d'un traitement non sympathique de quelques-uns par les autres4 ,en supposant mme la fin du rgime militaire1 il y a encore de grands obstacles au dveloppement de la sympathie4 ,bien que la cessation de la guerre implique une plus complte adaptation de l'homme aux conditions de la vie sociale1 et la diminution de certains maux1 cette adaptation ne sera pas encore suffisante1 et par suite il y aura encore beaucoup de malheurs4 ,en premier lieu1 cette forme de nature qui a produit et qui produit encore la guerre1 bien que par hypothse elle se soit change en une forme plus leve1 ne s'est pas change cependant en une forme assez leve pour que toutes les injustices et toutes les peines qu'elle cause disparaissent4 ,pendant une longue priode aprs que les habitudes de pillage auront pris fin1 les dfauts de la nature laquelle tenaient ces habitudes subsisteront1 et produiront leurs mauvais effets qui diminuent bien lentement4 ,en second lieu1 l'adaptation imparfaite de la constitution humaine aux travaux de la vie industrielle doit persister longtemps1 et l'on peut s'attendre ce qu'elle survive dans une certaine mesure la cessation des guerres4 ,les modes d'activit ncessaires doivent rester pendant d'innombrables gnrations peu satisfaisants quelque degr4 ,en troisime lieu1 les dfauts de contrle par rapport soi-mme comme nous en observons chez l'homme imprvoyant1 ainsi que les divers manquements de conduite dus une prvision peu exacte des consquences des actes1 bien que moins marqus que maintenant1 ne pourraient laisser encore de produire des souffrances4 ,mme une adaptation complte1 si elle tait limite la disparition des non-adaptations que nous venons d'indiquer1 ne tarirait pas toutes les sources de ces misres qui1 dans la mesure de leur manifestation1 entravent le dveloppement de la sympathie4 ,car tant que le chiffre des naissances l'emporte sur celui des dcs au point de rendre trs chers les moyens de subsistance1 il doit en rsulter beaucoup de maux1 soit parce qu'il faut rsister ses affections1 soit parce qu'il faut se condamner un excs de travail et se contenter de ressources limites4 ,c'est seulement lorsque la fcondit diminuera1 ce qui arrivera1 comme nous l'avons vu1 avec un progrs des facults mentales 7,principes de ,biologie1 #cfg-cgg71 que se produira une diminution des travaux ncessaires pour subvenir ses besoins et ceux de sa famille1 et ils cesseront seulement alors d'tre pour l'nergie humaine une charge trop lourde4 ,ainsi par degrs1 et seulement par degrs1 en mme temps que s'affaibliront ces causes de malheur1 la sympathie deviendra plus grande4 ,la vie serait intolrable si1 les causes de souffrances restant ce qu'elles sont1 tous les hommes taient non seulement sensibles un haut degr aux peines1 physiques et mentales1 prouves par ceux qui les entourent et exprimes par la physionomie de ceux qu'ils rencontrent1 mais encore continuellement conscients des misres que tout tre vivant doit subir en consquence de la guerre1 du crime1 de l'inconduite1 de l'infortune1 de l'imprvoyance et de l'incapacit4 ,mais comme l'homme et la socit s'accordent de mieux en mieux tous les jours1 et comme les peines causes par le dsaccord de l'un et de l'autre diminuent1 la sympathie peut se dvelopper sous l'influence des plaisirs que cet accord produit4 ,les deux changements sont en telle relation1 il est vrai1 que l'un favorise l'autre4 ,le dveloppement de la sympathie autant que les conditions le permettent sert lui-mme diminuer la peine1 augmenter le plaisir1 et l'excs de plaisir qui en rsulte rend possible son tour un nouveau progrs de la sympathie4 #id4 ,la mesure dans laquelle la sympathie peut s'accrotre quand les obstacles sont carts1 sera plus facile concevoir si nous observons d'abord les influences qui l'excitent1 et si nous exposons les raisons de croire que ces influences deviendront plus efficaces4 ,il y a deux facteurs considrer1 le langage naturel du sentiment chez celui avec lequel on sympathise1 et le pouvoir d'interprter ce langage chez celui qui prouve la sympathie4 ,nous pouvons par induction indiquer quel sera le dveloppement de l'un et de l'autre4 ,les mouvements du corps et les changements de la physionomie sont des effets visibles du sentiment qui1 lorsque le sentiment est fort1 sont irrpressibles4 ,lorsque le sentiment cependant est moins fort1 qu'il soit sensationnel ou motionnel1 ils peuvent tre entirement ou partiellement rprims2 il y a une habitude1 plus ou moins constante1 de les rprimer1 et cette habitude s'observe surtout chez ceux qui ont des raisons de cacher aux autres ce qu'ils prouvent4 ,ce genre de dissimulation est si ncessaire aux caractres et aux conditions de notre existence qu'il en est venu faire partie du devoir moral1 et l'on insiste souvent sur cette retenue comme sur un lment des bonnes manires4 ,tout cela rsulte de la prdominance de sentiments qui sont en opposition avec le bien social1 de sentiments que l'on ne peut laisser voir sans produire des dsaccords et des inimitis4 ,mais mesure que les apptits gostes tomberont davantage sous le contrle des instincts altruistes1 et qu'il se produira moins de mouvements1 de nature tre blms1 la ncessit de prendre garde l'expression de la physionomie ou aux mouvements du corps dcrotra1 et ces signes pourront1 sans inconvnient1 initier plus clairement les spectateurs aux tats de l'esprit4 ,ce n'est pas tout4 ,avec l'usage restreint que l'on en fait1 ce langage des motions est actuellement dans l'impossibilit de se dvelopper4 ,mais ds que les motions deviendront telles que l'on pourra franchement les manifester1 les moyens de les manifester se dvelopperont en mme temps que l'habitude de s'en servir2 de telle sorte qu'outre les motions les plus fortes1 les nuances les plus dlicates et les moindres degrs de l'motion se traduiront eux-mmes au dehors3 le langage motionnel deviendra la fois plus abondant1 plus vari et plus dfini4 ,evidemment la sympathie sera facilite dans la mme proportion4 ,nous devons signaler un progrs d'une nature analogue tout aussi important1 si ce n'est davantage4 ,les signes vocaux des tats sensibles se dvelopperont simultanment4 ,la force1 la hauteur1 la qualit1 le changement du son sparment sont des marques du sentiment1 et1 combins de diffrentes manires et en proportions diffrentes1 servent exprimer diffrentes sommes et diffrents genres de sentiments4 ,comme nous l'avons remarqu ailleurs1 les cadences sont les commentaires des motions sur les propositions de l'intellect#ab4 ,ce n'est pas seulement dans le langage anim1 mais aussi dans le langage ordinaire1 que nous exprimons en levant ou en abaissant la voix successivement1 en nous loignant dans un sens ou dans l'autre du ton moyen1 aussi bien que par la place et la force des termes les plus saillants1 le genre des sentiments qui accompagnent la pense4 ,eh bien1 la manifestation du sentiment par la cadence1 aussi bien que sa manifestation par des signes visibles1 est actuellement soumise une certaine contrainte3 les raisons de se contenir sont dans un cas les mmes que dans l'autre4 ,il en rsulte un double effet4 ,le langage audible du sentiment n'est pas employ jusqu' la limite de sa capacit relle1 et bien souvent on l'emploie faussement1 c'est--dire pour manifester aux autres des sentiments que l'on n'prouve pas4 ,la consquence de cet usage imparfait et de cet usage trompeur est d'entraver l'volution que produirait l'usage normal4 ,nous devons donc infrer qu'avec le progrs d'une adaptation morale1 et la diminution du besoin de cacher ses sentiments1 leurs signes vocaux se dvelopperont beaucoup4 ,bien qu'on ne puisse supposer que les cadences exprimeront toujours les motions aussi exactement que les mots les ides1 il est trs possible cependant que le langage motionnel de nos descendants s'lve autant au-dessus de notre langage motionnel que notre langage intellectuel s'est dj lev au-dessus du langage intellectuel des races les plus primitives4 ,note #ab3 ,voir l',essai sur l'origine et la fonction de la musique4 ,il faut tenir compte d'un accroissement simultan du pouvoir d'interprter la fois les signes visibles et les signes audibles du sentiment4 ,parmi ceux qui nous entourent nous voyons des diffrences la fois pour l'aptitude percevoir ces signes et pour l'aptitude comprendre les tats mentals qu'ils expriment et leurs causes3 l'un est stupide au point de ne remarquer ni un lger changement de physionomie ni une altration du son de la voix1 ou au point de ne pouvoir en imaginer le sens2 l'autre par une rapide observation et une intuition pntrante comprend instantanment et l'tat d'un esprit et la cause de cet tat4 ,si nous supposons que ces deux facults s'exaltent1 et qu' la fois la perception des signes devienne plus dlicate et la facult de les comprendre plus puissante1 nous aurons quelque ide de la sympathie plus profonde et plus large laquelle elles donneront naissance4 ,des reprsentations plus vives des sentiments d'autrui1 impliquant des excitations idales de sentiments fort voisines des excitations relles1 doivent avoir pour consquence une plus grande ressemblance entre les sentiments de celui qui prouve la sympathie et ceux de celui qui la cause1 ressemblance qui ira presque jusqu' l'identit4 ,par un accroissement simultan de ses facteurs subjectif et objectif1 la sympathie peut ainsi1 mesure que les obstacles diminuent1 dpasser celle que nous voyons aujourd'hui chez ceux qui sont capables de sympathie1 autant que celle-ci dpasse dj l'indiffrence4 #ie4 ,quelle doit tre1 par suite1 l'volution de la conduite8 ,que doivent devenir les relations de l'gosme et de l'altruisme mesure qu'on se rapprochera de cette forme de la nature4 ,c'est le moment de rappeler une conclusion dduite dans le chapitre sur la relativit des plaisirs et des peines1 et sur laquelle nous avons alors insist comme sur une vrit importante4 ,nous avons dit qu'en supposant des activits qui s'accordent avec la continuation de la vie1 il n'y en a aucune qui ne puisse devenir une source de plaisirs1 si les conditions du milieu exigent que nous persistions les exercer4 ,il faut ici ajouter comme corollaire1 que si les conditions exigent une certaine classe d'activits relativement grandes1 il se produira un plaisir relativement grand la suite de cette classe d'activits4 ,quelle est la porte de ces inductions gnrales propos de la question spciale qui nous occupe8 ,nous avons vu que la sympathie est essentielle pour le bien public comme pour le bien individuel4 ,nous avons vu que la coopration et les avantages qu'elle procure chacun et tous s'lvent dans la proportion o les intrts altruistes1 c'est--dire sympathiques1 s'tendent4 ,les actions auxquelles nous portent les inclinations sociales doivent donc tre comptes parmi celles que demandent les conditions sociales4 ,ce sont des actions que tendent toujours accrotre la conservation et le dveloppement progressif de l'organisation sociale1 et ainsi des actions auxquelles doit s'attacher un plaisir croissant4 ,des lois de la vie on doit conclure que la discipline sociale agissant constamment formera de telle manire la nature humaine que les plaisirs sympathiques finiront par tre recherchs spontanment pour le plus grand avantage de tous et de chacun4 ,le domaine des activits altruistes ne s'tendra pas plus que le dsir des satisfactions altruistes4 ,dans des natures ainsi constitues1 bien que les plaisirs altruistes doivent rester en un certain sens des plaisirs gostes1 cependant ils ne seront pas poursuivis d'une manire goste1 ils ne seront pas poursuivis pour des motifs gostes4 ,bien que le fait de faire plaisir procure du plaisir1 cependant la pense du plaisir sympathique obtenir n'occupera pas la conscience2 ce sera seulement la pense du plaisir donn4 ,il en est ainsi maintenant dans une large mesure4 ,dans le cas d'une vritable sympathie1 l'attention est tellement absorbe par la fin prochaine1 le bonheur d'autrui1 qu'il n'en reste pas pour prvoir le bonheur personnel qui peut au bout du compte en rsulter4 ,une comparaison fera bien comprendre cette relation4 ,un avare accumule de l'argent1 sans se dire dlibrment je vais en agissant ainsi me procurer les plaisirs que donne la possession des richesses4 ,il pense seulement l'argent et aux moyens de s'en procurer1 et il prouve incidemment le plaisir que donne la possession4 ,la proprit1 voil ce qu'il se plat imaginer et non le sentiment que causera la proprit4 ,de mme1 celui qui prouve de la sympathie au plus haut degr1 est mentalement dispos ne se reprsenter que le plaisir prouv par un autre1 et ne recherche le plaisir que dans l'intrt d'autrui1 oubliant la part qu'il pourra lui-mme en retirer4 ,ainsi1 la considrer subjectivement1 la conciliation de l'gosme et de l'altruisme finira par tre telle que malgr ce fait que le plaisir altruiste1 en tant qu'il est un lment de la conscience de celui qui l'prouve1 ne peut jamais tre autre qu'un plaisir goste1 on n'aura pas conscience de son caractre goste4 ,voyons ce qui doit arriver dans une socit compose de personnes constitues de cette manire4 #if4 ,les occasions de faire passer son intrt aprs celui des autres1 ce qui constitue l'altruisme comme on le conoit ordinairement1 doivent1 de plusieurs manires1 tre de plus en plus limites mesure que l'on s'approche de l'tat le plus lev4 ,des appels importants la bienfaisance supposent beaucoup d'infortunes4 ,pour que beaucoup d'hommes demandent aux autres de venir leur secours1 il faut qu'il y ait beaucoup d'hommes dans le besoin1 dans des conditions relativement misrables4 ,mais1 comme nous l'avons vu plus haut1 le dveloppement des sentiments sociaux n'est possible qu'autant que la misre dcrot4 ,la sympathie arrive au plus haut degr seulement lorsqu'il n'y a plus de nombreuses occasions de se sacrifier soi-mme ou de faire quelque chose d'analogue4 ,changeons de point de vue1 et cette vrit nous apparatra sous un autre aspect4 ,nous avons dj vu qu'avec le progrs de l'adaptation1 chacun en vient tre constitu de telle sorte qu'il ne peut recevoir de secours sans que son activit1 comme cause de plaisir1 soit arrte de quelque manire4 ,il ne peut y avoir d'intervention avantageuse entre une facult et sa fonction quand elles sont bien adaptes l'une l'autre4 ,par suite1 mesure que le genre humain approche d'une complte adaptation des natures individuelles aux besoins sociaux1 il doit y avoir moins d'occasions et des occasions moindres de secourir les autres4 ,mais en outre1 comme nous l'avons remarqu dans le dernier chapitre1 la sympathie qui nous porte agir dans l'intrt d'autrui doit souffrir du tort que les autres se font et par suite doit dtourner d'accepter des avantages qui rsultent d'une conduite qui leur est prjudiciable4 ,que faut-il en conclure8 ,alors que chacun1 ds que l'occasion se prsente1 est prt faire le sacrifice des satisfactions gostes et en a mme un vif dsir2 les autres1 qui sont dans les mmes dispositions1 ne peuvent que s'opposer ce sacrifice4 ,si quelqu'un1 proposant qu'on le traite avec plus de duret que ne le prescrirait un spectateur dsintress1 se refuse s'approprier ce qui lui est d1 les autres prenant soin de son intrt s'il ne le fait pas lui-mme1 doivent ncessairement insister pour qu'il se l'approprie4 ,ainsi un altruisme gnral1 dans sa forme dveloppe1 doit invitablement rsister aux excs individuels de l'altruisme4 ,le rapport auquel nous sommes aujourd'hui habitus sera chang1 et au lieu de voir chacun dfendre ses droits1 nous verrons les autres dfendre sa place les droits de chacun3 non pas1 il est vrai1 par des efforts actifs1 ce qui ne sera pas ncessaire1 mais par une rsistance passive l'abandon de ces droits4 ,il n'y a rien dans un tel tat de choses dont on ne puisse mme aujourd'hui trouver quelque trace dans notre exprience journalire2 ce n'est1 il est vrai1 qu'un commencement4 ,dans les transactions d'affaires entre gens honorables1 il est ordinaire de voir chacun dsirer que l'autre partie ne sacrifie pas ses intrts4 ,il n'est pas rare qu'on refuse de prendre quelque chose que l'on regarde comme appartenant un autre1 mais que cet autre s'offre cder4 ,dans les relations sociales1 les cas sont aussi assez communs o ceux qui voudraient abandonner leur part de plaisir n'y sont pas autoriss par les autres4 ,un nouveau dveloppement de la sympathie ne peut que servir rendre cette manire d'tre de plus en plus gnrale et de plus en plus naturelle4 ,il y a certains empchements complexes de l'excs d'altruisme qui1 d'une autre manire1 forcent l'individu revenir un gosme normal4 ,nous pouvons ici en signaler deux4 ,en premier lieu1 des actes d'abngation souvent rpts impliquent que celui qui les fait impute tacitement un caractre relativement intress ceux qui profitent de ces actes d'abngation4 ,mme en prenant les hommes comme il sont1 ceux pour lesquels on fait souvent des sacrifices finissent l'occasion par se sentir blesss de la supposition qu'ils sont disposs les accepter2 celui qui se dvoue en vient lui aussi reconnatre le sentiment que les autres prouvent1 et par l il est amen mettre un peu plus de rserve dans sa conduite1 se sacrifier un peu moins et un peu plus rarement4 ,il est vident que sur des natures plus dveloppes1 ce genre d'empchement doit agir plus promptement encore4 ,en second lieu1 lorsque1 comme l'implique l'hypothse1 les plaisirs altruistes auront atteint une plus grande intensit que celle qu'ils ont maintenant1 chacun sera dtourn de les poursuivre d'une manire excessive par la conscience de ce fait que les autres personnes aussi dsirent ces plaisirs1 et qu'il faut leur laisser l'occasion d'en jouir4 ,mme aujourd'hui on peut observer dans des groupes d'amis1 o il y a comme une rivalit d'amabilit1 que les uns renoncent1 pour les laisser aux autres1 profiter des occasions qu'ils auraient de montrer leur dvouement4 ,laissez-la renoncer cet avantage2 vous lui ferez plaisir2 ,laissez-lui prendre ce souci2 il en sera content2 ce sont des conseils qui de temps autre tmoignent de cette disposition d'esprit4 ,la sympathie la plus dveloppe veillera aux plaisirs sympathiques des autres aussi bien qu' leurs plaisirs intresss4 ,ce que l'on peut appeler une quit suprieure empchera d'empiter sur le domaine des activits altruistes de nos semblables1 comme la sympathie infrieure dfend d'empiter sur le domaine de leurs activits gostes1 et par la retenue impose ce que l'on peut appeler un altruisme goste1 seront empchs des sacrifices excessifs de la part de chacun4 ,quelles sphres restera-t-il donc la fin l'altruisme tel qu'on le conoit ordinairement8 ,il y en a trois4 ,l'une doit toujours tre trs tendue1 et les autres doivent progressivement diminuer sans jamais disparatre4 ,la premire est celle de la vie de famille4 ,il faudra toujours subordonner ses sentiments personnels ses sentiments sympathiques dans l'ducation des enfants4 ,bien qu'il doive y avoir ce point de vue une diminution mesure que diminuera le nombre des enfants lever1 cette subordination s'accrotra d'autre part alors que l'laboration et la prolongation des activits dpenser en leur faveur deviendront plus grandes4 ,mais comme nous l'avons vu plus haut1 mme aujourd'hui il s'est fait une conciliation partielle telle que ces satisfactions gostes que procure la paternit sont atteintes au moyen des activits altruistes1 et cette conciliation tend toujours devenir parfaite4 ,ajoutons cela une consquence importante de cet altruisme familial3 les soins rciproques que les enfants donnent aux parents dans leur vieillesse1 soins toujours plus clairs et plus complets1 propos desquels on peut prvoir une conciliation analogue4 ,la poursuite du bien-tre social en gnral doit dans la suite1 comme c'est dj le fait1 fournir une nouvelle raison de faire passer l'intrt personnel aprs l'intrt des autres1 mais une raison qui s'affaiblit continuellement2 car mesure que l'adaptation l'tat social devient plus parfaite1 on a moins besoin de ces actions rgulatrices qui rendent la vie sociale harmonieuse4 ,alors la somme de l'action altruiste que chacun entreprend doit tre renferme par les autres dans des limites troites2 car s'ils sont altruistes eux aussi1 ils ne doivent pas souffrir que quelques-uns1 au profit du reste de la communaut1 mais en s'exposant eux-mmes un grand dommage1 se dvouent aux intrts publics4 ,dans les relations prives1 des occasions de montrer le dvouement auquel porte la sympathie seront toujours fournies un certain degr1 qui ira toujours diminuant1 par les accidents1 les maladies1 les infortunes en gnral2 en effet1 bien que l'adaptation de la nature humaine aux conditions d'existence en gnral1 physiques et sociales1 puisse se rapprocher beaucoup de la perfection1 elle ne pourra jamais compltement l'atteindre4 ,les inondations1 les incendies1 les explosions1 donneront toujours de temps autre l'occasion de montrer de l'hrosme1 et parmi les motifs des actes hroques1 l'inquitude cause par le danger d'autrui sera moins mle que maintenant de l'amour de la gloire4 ,quelle que puisse tre cependant l'ardeur avec laquelle on se portera aux actes altruistes dans de pareilles occasions1 la part qui incombera chacun sera1 pour les raisons que nous avons donnes1 fort restreinte4 ,mais si1 dans les incidents de la vie ordinaire1 on a trs rarement se dvouer proprement parler pour les autres1 il y aura dans le cours journalier des choses une multitude de petites occasions d'exercer ses sentiments sympathiques4 ,chacun peut toujours veiller au bien-tre des autres en les prservant des maux qu'ils ne voient pas2 en les aidant leur insu dans toutes leurs actions2 ou1 en prenant la contre-partie1 chacun peut avoir1 en quelque sorte1 des yeux et des oreilles supplmentaires chez les autres1 qui percevront sa place ce qu'il ne peroit pas lui-mme3 ainsi la vie deviendra plus parfaite en mille dtails1 et elle s'adaptera mieux aux circonstances4 #ig4 ,doit-il donc en rsulter que par la diminution des sphres o il s'exerce1 l'altruisme diminue lui-mme en somme8 ,pas du tout2 cette conclusion impliquerait une mprise4 ,naturellement1 dans les circonstances actuelles1 alors que la souffrance est si rpandue et que les plus fortuns sont obligs tant d'efforts pour secourir les moins fortuns1 le mot altruisme dsigne seulement un sacrifice personnel1 ou1 en quelque manire1 un mode d'action qui1 s'il apporte quelque plaisir1 est aussi suivi d'une abngation de soi-mme qui n'est pas agrable4 ,mais la sympathie qui porte se priver soi-mme pour plaire autrui1 est une sympathie qui reoit aussi du plaisir par suite des plaisirs que les autres prouvent pour d'autres causes encore4 ,plus est vif le sentiment qui nous porte rendre nos semblables heureux1 plus est vif aussi le sentiment avec lequel nous nous associons leur bonheur quelle que puisse en tre la source4 ,ainsi sous sa forme dernire1 l'altruisme consistera dans la jouissance d'un plaisir rsultant de la sympathie que nous avons pour les plaisirs d'autrui que produit l'exercice heureux de leurs activits de toutes sortes1 plaisir sympathique qui ne cote rien celui qui l'prouve1 mais qui s'ajoute par surcrot ses plaisirs gostes4 ,ce pouvoir de se reprsenter en ide les tats mentals des autres1 qui a eu pour fonction1 pendant le progrs de l'adaptation1 d'adoucir la souffrance1 doit1 lorsque la souffrance se rduit un minimum1 en venir avoir presque exclusivement la fonction d'exalter mutuellement les jouissances des hommes1 en donnant chacun une vive intuition des jouissances de ses semblables4 ,tandis que la peine l'emporte de beaucoup sur le bien1 il n'est pas dsirable que chacun participe beaucoup la conscience d'autrui2 mais mesure que le plaisir prdomine1 la participation la conscience des autres devient pour tous une cause de plaisir4 ,ainsi disparatra l'opposition en apparence permanente entre l'gosme et l'altruisme1 implique par le compromis auquel nous sommes arrivs dans le dernier chapitre4 ,a la considrer subjectivement1 la conciliation sera telle que l'individu n'aura pas balancer entre les impulsions qui le concernent et celles qui concernent les autres2 mais1 au contraire1 les satisfactions donnes aux impulsions concernant les autres1 qui impliquent un sacrifice de soi-mme1 devenant rares et plus apprcies1 seront prfres avec si peu d'hsitation1 que l'on sentira peine la concurrence que feront ces impulsions celles qui concernent l'individu lui-mme4 ,la conciliation subjective sera telle1 en outre1 que1 bien que le plaisir altruiste puisse tre atteint1 cependant on n'aura mme pas conscience d'avoir pour motif d'action l'obtention du plaisir altruiste2 on songera uniquement assurer le plaisir d'autrui4 ,en mme temps1 la conciliation1 la considrer objectivement1 sera galement complte4 ,bien que chacun n'ayant plus besoin de dfendre ses prtentions gostes1 doive tendre plutt1 ds que l'occasion s'en prsente1 les abandonner1 cependant les autres1 tant dans de semblables dispositions1 ne lui permettront pas de le faire dans une large mesure1 et lui assureront ainsi les moyens de satisfaire ses inclinations personnelles comme l'exige le dveloppement de sa vie2 ainsi1 bien qu'on ne soit plus alors goste dans le sens ordinaire du mot1 on aura cependant jouir de tous les effets d'un gosme lgitime4 ,ce n'est pas tout2 de mme qu'au premier moment du progrs1 la comptition goste1 atteignant d'abord un compromis en vertu duquel chacun ne rclame pas plus que la part qui lui revient1 s'lve ensuite une conciliation telle que chacun insiste pour que les autres prennent aussi la part qui leur appartient2 avec le progrs le plus avanc1 la comptition altruiste1 atteignant d'abord un compromis en vertu duquel chacun s'interdit de prendre aucune part illgitime des satisfactions altruistes1 peut s'lever ensuite une conciliation telle que chacun veille ce que les autres aient toutes les occasions d'prouver ces plaisirs altruistes3 l'altruisme le plus lev tant celui qui contribue non seulement aux satisfactions gostes de nos semblables1 mais encore leurs satisfactions altruistes4 ,quelque loign que paraisse encore l'tat que nous dcrivons1 cependant on peut suivre et voir dj l'oeuvre dans les relations des hommes qui sont le mieux dous chacun des facteurs ncessaires pour le produire4 ,ce qui ne se prsente alors1 mme chez ces hommes1 qu' certaines occasions et un faible degr1 deviendra avec le progrs de l'volution1 nous pouvons l'esprer1 habituel et fort1 et ce qui est maintenant la marque d'un caractre exceptionnellement lev pourra devenir la marque de tous les caractres4 ,en effet ce dont est capable la nature humaine la meilleure est la porte de la nature humaine en gnral4 #ih4 ,que ces conclusions obtiennent beaucoup d'adhsions1 c'est peu probable4 ,elles ne s'accordent assez ni avec les ides courantes1 ni avec les sentiments les plus rpandus4 ,une pareille thorie ne plaira pas ceux qui dplorent que de plus en plus l'on cesse de croire la damnation ternelle2 ni ceux qui suivent l'aptre de la force brutale en pensant que si la rgle de la force a t bonne autrefois elle doit tre bonne dans tous les temps2 ni ceux qui tmoignent de leur respect pour celui qui a dit de remettre l'pe au fourreau1 en rpandant l'pe la main sa doctrine parmi les infidles4 ,la conception que nous proposons serait traite avec mpris par ce rgiment de la milice du comte de ,fife1 dont huit cents hommes1 au moment de la guerre ,franco-allemande1 demandrent servir au dehors1 laissant au gouvernement dcider de quel ct ils combattraient4 ,des dix mille prtres d'une religion d'amour1 qui se taisent quand le pays est pouss par la religion de la haine1 nous n'avons attendre aucun signe d'assentiment1 ni de leurs vques1 qui loin obir au principe suprme du matre qu'ils prtendent servir3 si l'on vous frappe sur une joue1 tendez l'autre joue1 sont d'avis d'agir selon ce principe3 frappez pour n'tre pas frapp4 ,ils ne nous approuveront pas non plus les lgislateurs qui aprs avoir demand dans leur prire qu'on leur pardonne leurs offenses comme ils pardonnent aux autres1 dcident aussitt d'attaquer ceux qui ne les ont point offenss1 et qui1 aprs un discours de la reine o a t invoque la bndiction du ,dieu tout-puissant pour leurs dlibrations1 pourvoient immdiatement aux moyens de commettre quelque brigandage politique4 ,mais bien que les hommes qui professent le christianisme et pratiquent le paganisme1 ne doivent ressentir aucune sympathie pour cette thorie1 il y en a d'autres1 rangs parmi les antagonistes de la croyance commune1 qui peuvent ne pas regarder comme une absurdit d'admettre qu'une version rationaliste des principes moraux de cette croyance sera peut-tre un jour mise en pratique4 ,,chapitre ,,xv ,,la ,,morale ,,absolue ,,et ,,la ,,morale ,,relative #ii4 ,appliqu la morale1 beaucoup de lecteurs supposeront que le mot absolu implique des principes de conduite qui existeraient en dehors de tout rapport avec les conditions de la vie telle qu'elle est en ce monde1 en dehors de toute relation de temps et de lieu1 et indpendants de l'univers tel que nous le connaissons actuellement1 des principes ternels1 comme on les appelle4 ,cependant ceux qui se rappellent la doctrine expose dans les ,premiers ,principes1 hsiteront interprter ce mot de cette manire4 ,le bien1 comme nous pouvons le concevoir1 suppose ncessairement l'ide du non-bien1 ou du mal1 comme corrlatif1 et par suite qualifier de bons les actes de la ,puissance qui se manifeste dans des phnomnes1 c'est supposer que les actes accomplis par cette ,puissance pourraient tre mauvais4 ,mais comment peut-il se produire1 en dehors de cette ,puissance1 des conditions telles que la conformit de ses actes ces conditions les rende bons et leur non-conformit mauvais8 ,comment l',etre inconditionn peut-il tre soumis des conditions suprieures lui-mme8 ,si1 par exemple1 on affirme que la ,cause des choses1 conue comme doue d'attributs moraux essentiels semblables aux ntres1 a bien fait de produire un univers qui1 dans la suite d'un temps incommensurable1 a donn naissance des tres capables de plaisir1 et qu'elle aurait mal fait de s'abstenir de produire un pareil univers2 alors1 il faut expliquer comment1 imposant les ides morales qui se sont formes dans sa conscience finie l',existence infinie qui chappe la conscience1 l'homme se met derrire cette ,existence infinie et lui prescrit des principes d'action4 ,comme cela rsulte des chapitres prcdents1 le bien et le mal tels que nous les concevons ne peuvent exister que par rapport aux actes d'tres capables de plaisirs et de peines1 l'analyse nous ramenant aux plaisirs et aux peines comme lments qui servent former ces conceptions4 ,mais si le mot absolu1 comme nous l'employons plus haut1 ne se rapporte pas l',etre inconditionn1 si les principes d'action distingus comme absolus et relatifs concernent la conduite d'tres conditionns1 de quelle manire faut-il entendre ces mots8 ,le meilleur moyen d'en expliquer le sens est de faire une critique des conceptions courantes sur le bien et le mal4 #ajj4 ,les conversations qui se rapportent aux affaires de la vie1 impliquent habituellement la croyance que chaque fait peut tre rang sous un chef ou sous l'autre4 ,dans une discussion politique1 des deux cts on prend pour accord qu'une certaine ligne de conduite qui est bonne doit tre choisie1 tandis que toutes les autres sont mauvaises4 ,il en est de mme pour les jugements des actes individuels3 chacun de ces actes est approuv ou dsapprouv comme pouvant tre class d'une manire dfinie comme bon ou mauvais4 ,mme quand on admet certaines restrictions1 on les admet avec l'ide qu'il faut reconnatre ces actes tel ou tel caractre positif4 ,nous n'observons pas ce fait seulement dans la manire populaire de penser et de parler4 ,les moralistes1 sinon compltement et d'une faon dtermine1 du moins partiellement et par sous-entendus1 expriment la mme croyance4 ,dans ses ,mthodes de ,morale 7#are dit41 p4 #f71 ,m4 ,sidgwick dit3 ,qu'il y ait dans n'importe quelle circonstance donne une chose qui doit tre faite et que l'on peut connatre1 c'est l une hypothse fondamentale qui n'est pas faite par les philosophes seulement1 mais par tous les hommes qui sont capables de raisonner en morale#ac4 ,dans cette phrase1 il n'y a de nettement affirme que la dernire des propositions ci-dessus1 savoir que dans tous les cas1 ce qui doit tre fait peut tre connu4 ,mais bien que ce qui doit tre fait ne soit pas distinctement identifi avec le bien1 on a le droit d'en infrer1 en l'absence de toute indication contraire1 que ,m4 ,sidgwick regarde les deux expressions comme identiques1 et il n'est pas douteux qu'en concevant ainsi les postulats de la science morale1 il ne s'accorde avec la plupart1 sinon avec l'universalit de ceux qui l'ont tudie4 ,a premire vue1 il est vrai1 rien ne semble plus vident que la ncessit d'accepter ces postulats1 si l'on admet que les actions doivent tre juges4 ,cependant on peut les mettre en question l'un et l'autre et montrer1 je crois1 qu'ils ne sont soutenables ni l'un ni l'autre4 ,au lieu d'admettre qu'il y a dans chaque cas un bien et un mal1 on peut prtendre que dans une multitude de cas il n'y a pas de bien1 proprement parler1 mais seulement un moindre mal2 en outre1 on peut prtendre que dans la plupart de ces cas o il n'y a qu'un moindre mal1 il n'est pas possible d'affirmer avec quelque prcision quel est ce moindre mal4 ,note #ac3 ,je ne trouve pas ce passage dans la seconde dition2 mais cette omission ne parat pas tenir un changement de doctrine1 mais bien ce que cette phrase ne s'accordait plus aussi naturellement avec la forme nouvelle donne l'argumentation dans ce paragraphe4 ,une grande partie des incertitudes de la spculation morale viennent de ce que l'on nglige cette distinction entre le bien et le moindre mal1 entre ce qui est absolument bien et ce qui est bien relativement4 ,en outre beaucoup d'incertitudes sont dues l'hypothse que l'on peut1 en quelque sorte1 dcider dans chaque cas entre deux manires d'agir celle qui est moralement obligatoire4 #aja4 ,la loi du bien absolu ne peut tenir aucun compte de la souffrance1 si ce n'est celui qu'implique la ngation4 ,la souffrance est le corrlatif d'une certaine espce de mal1 d'un certain genre de divergence par rapport la manire d'agir1 qui rpond exactement tous les besoins4 ,si1 comme nous l'avons vu dans un chapitre prcdent1 la conception d'une bonne conduite se ramne clairement toujours1 lorsqu'on l'analyse1 la conception d'une conduite qui produit quelque part un surplus de plaisir1 tandis que1 rciproquement1 la conduite conue comme mauvaise est toujours celle qui inflige ici ou l un surplus de souffrance positive ou ngative2 alors ce qui est absolument bon1 ce qui est absolument droit1 dans la conduite1 ne peut tre que ce qui produit un pur plaisir1 un plaisir qui n'est mlang d'aucune peine1 n'importe o4 ,par consquent la conduite qui est suivie de quelque souffrance1 aussitt ou un peu plus tard1 est partiellement mauvaise1 et tout ce que l'on peut dire de mieux en faveur de cette conduite1 c'est qu'elle est la moins mauvaise possible dans les conditions donnes1 qu'elle est relativement bonne4 ,le contenu des chapitres prcdents nous amne ainsi cette conclusion que1 si l'on se place au point de vue de l'volution1 les actes humains durant l'acheminement au progrs qui s'est fait1 se fait et durera longtemps encore1 doivent rentrer1 dans la plupart des cas1 dans cette catgorie du moindre mal4 ,la somme des maux que ces actions attireront leurs auteurs ou aux autres sera en proportion du dsaccord entre le naturel dont les hommes hritent de l'tat pr-social et les besoins de la vie sociale4 ,tant qu'on souffrira1 il y aura du mal1 et une conduite qui produit du mal dans n'importe quelle mesure ne peut tre absolument bonne4 ,pour claircir la distinction sur laquelle nous insistons ici entre la conduite parfaite qui est l'objet de la morale absolue et la conduite imparfaite qui est l'objet de la morale relative1 il faut donner quelques exemples4 #ajb4 ,parmi les meilleurs exemples citer des actions absolument bonnes1 sont celles qui se produisent dans les cas o la nature et les besoins ont t mis en parfait accord avant que l'volution sociale et commenc4 ,nous n'en citerons que deux ici4 ,considrez la relation qui existe entre une mre bien portante et un enfant bien portant4 ,entre l'une et l'autre il y a une mutuelle dpendance qui est pour tous les deux une source de plaisir4 ,en donnant l'enfant sa nourriture naturelle1 la mre prouve une jouissance2 en mme temps l'enfant satisfait son apptit1 et cette satisfaction accompagne le dveloppement de la vie1 la croissance1 l'accroissement du bien-tre4 ,suspendez cette relation1 et il y a souffrance de part et d'autre4 ,la mre prouve la fois une douleur physique et une douleur morale1 et la sensation pnible qui rsulte pour l'enfant de cette sparation a pour effet un dommage physique et quelque dommage aussi pour sa nature motionnelle4 ,ainsi l'acte dont nous parlons est exclusivement agrable pour tous les deux1 tandis que la cessation de cet acte est une cause de souffrance pour tous les deux1 c'est donc un acte du genre que nous appelons ici absolument bon4 ,dans les relations d'un pre avec son fils nous trouvons un exemple analogue4 ,si celui-l a le corps et l'esprit bien constitus1 son fils1 ardent au jeu1 trouve en lui un cho sympathique1 et leurs jeux1 en leur donnant un mutuel plaisir1 ne servent pas seulement dvelopper la sant de l'enfant1 mais fortifient entre eux ce lien de bonne amiti qui rend plus facile dans la suite la direction du pre4 ,si1 rpudiant les stupidits de la premire ducation telle qu'on la conoit aujourd'hui1 et malheureusement avec l'autorit de l'tat1 il a des ides rationnelles sur le dveloppement mental1 et comprend que les connaissances de seconde main que l'on puise dans les livres1 ne doivent s'ajouter aux connaissances de premire main obtenues par l'observation directe1 que lorsqu'on a acquis une somme suffisante de ces dernires1 il secondera avec une active sympathie l'exploration du monde environnant que son fils poursuit avec dlices2 chaque instant il procure et il prouve de nouveaux plaisirs en mme temps qu'il contribue au bien-tre dfinitif de son lve4 ,ce sont l encore des actes purement agrables la fois dans leurs effets immdiats et dans leurs effets loigns1 des actes absolument bons4 ,les rapports des adultes prsentent1 pour les raisons dj donnes1 relativement peu de cas qui rentrent compltement dans la mme catgorie4 ,dans leurs transactions quotidiennes1 le plaisir diffre plus ou moins du plaisir pur par suite de l'imperfection avec laquelle de part ou d'autre les facults rpondent aux besoins4 ,les plaisirs que les hommes retirent de leur travail professionnel et de la rmunration de leurs services1 reue sous une forme ou l'autre1 sont souvent diminus par l'aversion qu'inspire le travail4 ,des cas cependant se prsentent o l'nergie est si considrable que l'inaction est une fatigue1 o le travail de chaque jour1 n'ayant pas une trop longue dure1 est d'un genre appropri la nature1 et o1 par suite1 il donne plus de plaisir que de peine4 ,lorsque les services rendus par un travailleur de cette espce sont pays par un autre homme galement attach son propre travail fait1 la transaction entire est du genre que nous considrons ici3 un change convenu entre deux personnes ainsi constitues devient un moyen de plaisir pour l'une et pour l'autre1 sans aucun mlange de peine4 ,si nous songeons la forme de nature que produit la discipline sociale1 comme on peut en juger par le contraste entre le sauvage et l'homme civilis1 nous devons en conclure que les activits des hommes en gnral prendront toutes la fin ce caractre4 ,si nous nous rappelons que1 dans le cours de l'volution organique1 les moyens du plaisir finissent par devenir eux-mmes des sources de plaisir1 et qu'il n'y a pas de forme d'action qui ne puisse1 par le dveloppement de structures appropries1 devenir agrable1 nous devons en infrer que les activits industrielles s'exerant par une coopration volontaire1 finiront par acqurir avec le temps le caractre du bien absolu1 tel que nous le concevons ici4 ,dj mme1 vrai dire1 ceux qui contribuent nous procurer des jouissances esthtiques sont arrivs un tat fort semblable celui dont nous parlons4 ,l'artiste de gnie1 pote1 peintre ou musicien1 est un homme qui a le moyen de passer sa vie accomplir des actes qui lui sont directement agrables1 en mme temps qu'ils procurent1 immdiatement ou dans la suite1 du plaisir aux autres4 ,nous pouvons en outre nommer parmi les actes absolument bons certains de ceux que l'on range parmi les actes bienveillants4 ,je dis certains d'entre eux1 car les actes de bienfaisance par lesquels on s'attirerait quelque peine1 positive ou ngative1 pour procurer du plaisir aux autres1 sont exclus par dfinition4 ,mais il y a des actes bienveillants d'une espce qui ne cause absolument que du plaisir4 ,un homme glisse1 un passant le retient et l'empche de tomber2 un accident est ainsi prvenu et tous les deux sont contents4 ,un autre qui voyage pied s'engage dans une mauvaise route2 un voyageur se prpare descendre de wagon une station qui n'est pas encore celle o il doit s'arrter2 on les avertit de leur erreur1 on leur pargne un mal3 la consquence est agrable pour tout le monde4 ,il y a un malentendu entre amis2 quelqu'un qui voit comment la chose s'est faite1 le leur explique2 tous en sont heureux4 ,les services rendus ceux qui nous entourent dans les petites affaires de la vie peuvent tre1 et sont souvent1 de nature procurer un gal plaisir celui qui les rend et celui qui les reoit4 ,en vrit1 comme nous l'avons avanc dans le dernier chapitre1 les actes d'un altruisme dvelopp devront avoir habituellement ce caractre4 ,ainsi1 de mille manires dont ces quelques exemples donnent l'ide1 les hommes peuvent ajouter mutuellement leur bonheur sans produire aucun mal2 ces manires d'agir sont donc absolument bonnes4 ,en opposition avec ces manires d'agir considrez les actions diverses que l'on accomplit chaque instant1 et qui tantt sont suivies de peine pour l'agent1 tantt ont des rsultats pnibles en partie pour les autres1 et qui n'en sont pas moins obligatoires4 ,comme l'implique l'antithse avec les cas mentionns plus haut1 l'ennui d'un travail productif tel qu'on le fait ordinairement1 en fait un mal dans la mme proportion2 mais il en rsulterait une bien plus grande souffrance1 la fois pour le travailleur et pour sa famille1 et le mal serait par suite d'autant plus grand1 si cet ennui n'tait pas support4 ,bien que les peines que donne une mre l'ducation de plusieurs enfants soient largement compenses par les plaisirs que cette ducation assure et la mre et aux enfants1 cependant les misres1 immdiates ou loignes1 que la ngligence de ces soins entranerait l'emportent tellement sur ces peines1 qu'il devient obligatoire de se soumettre ces dernires1 comme au moindre mal1 dans la mesure de ses forces4 ,un domestique qui manque une convention relative son travail1 ou qui casse continuellement de la vaisselle1 ou qui commet quelques larcins1 peut avoir souffrir en perdant sa place2 mais puisque les maux subir si l'incapacit ou l'inconduite devaient tre tolres1 non dans un cas seulement1 mais habituellement1 seraient beaucoup plus grands1 on doit lui infliger cette peine comme un moyen d'en prvenir une plus lourde4 ,que sa clientle quitte un marchand dont les prix sont trop levs1 ou les marchandises de qualit infrieure1 qui fait mauvais poids ou qui n'est pas exact1 son bien-tre en souffrira1 et il en rsultera peut-tre quelque dommage pour ses proches2 mais comme en lui pargnant ces maux1 on supporterait ceux que sa conduite causerait1 et comme avoir gard son intrt ce serait nuire celui de quelque marchand plus digne ou plus habile auquel la pratique prfre s'adresser1 et surtout comme l'adoption gnrale de cette manire de voir1 dont l'effet serait d'empcher l'infrieur de souffrir de son infriorit1 le suprieur de gagner sa supriorit1 produirait un mal universel1 l'abandon de la clientle est justifi1 son acte est relativement bon4 #ajc4 ,je passe maintenant la seconde des propositions nonces plus haut4 ,aprs avoir reconnu cette vrit qu'une grande partie de la conduite humaine n'est pas absolument bonne1 mais seulement relativement bonne1 nous avons reconnatre cette autre vrit1 que dans plusieurs cas o il n'y a pas de manire d'agir absolument bonne1 mais seulement des manires d'agir plus ou moins mauvaises1 il est impossible de dire quelle est la moins mauvaise4 ,nous le montrerons en nous servant des exemples que nous avons dj donns4 ,il y a une certaine mesure dans laquelle il est relativement bien de la part des parents de se sacrifier pour leurs enfants2 mais il y a un point au del duquel ce sacrifice ne saurait s'accomplir sans produire1 non-seulement pour le pre ou la mre eux-mmes1 mais aussi pour la famille1 des maux plus grands que ceux que l'on veut prvenir par ce sacrifice4 ,qui dterminera ce point8 ,il dpend de la constitution et des besoins de ceux dont il s'agit2 il n'est pas le mme dans deux cas diffrents1 et l'on ne peut jamais que l'indiquer approximativement4 ,les transgressions ou les manquements d'un domestique vont de fautes insignifiantes des torts graves1 et les maux que son renvoi peut produire ont des degrs sans nombre1 depuis le plus lger jusqu'au plus srieux4 ,on peut le punir pour une lgre offense1 et l'acte est mauvais2 ou bien1 aprs de graves offenses on peut ne pas le punir1 et c'est encore mal faire4 ,comment dterminer le degr de culpabilit au del duquel il est moins mal de le renvoyer que de ne pas le renvoyer8 ,il en est de mme pour les fautes reproches au marchand4 ,on ne peut calculer exactement la somme de peine positive ou ngative laquelle on s'exposera en les tolrant1 ni la somme de peine positive ou ngative laquelle on s'exposera en refusant de les tolrer1 et dans les cas moyens personne ne peut dire si l'une surpasse l'autre4 ,dans les relations plus gnrales des hommes1 il se prsente souvent des occasions dans lesquelles il est obligatoire de se dcider d'une manire ou de l'autre1 et dans lesquelles cependant la conscience mme la plus dlicate aide du jugement le plus clairvoyant ne peut dcider laquelle des deux alternatives est relativement bonne4 ,deux exemples suffiront4 ,voici un marchand qui perd par la faillite d'un dbiteur4 ,a moins qu'on ne l'aide1 il est expos faire faillite lui-mme2 et s'il fait faillite il entranera dans son dsastre non seulement sa famille mais encore tous ceux qui lui ont fait crdit4 ,en supposant mme qu'en empruntant il puisse faire face ses engagements immdiats1 il n'est pas sauv pour cela2 car c'est un temps de panique1 et d'autres parmi ses dbiteurs en se trouvant gns eux-mmes peuvent lui susciter de nouvelles difficults4 ,demandera-t-il un de ses amis de lui prter8 ,d'un ct1 n'est-ce pas une faute d'attirer incontinent sur soi-mme1 sur sa famille et sur ceux avec lesquels on a des relations d'affaires1 les maux de sa faillite8 ,de l'autre1 n'est-ce pas une faute d'hypothquer la proprit de son ami et de l'entraner lui aussi avec ses proches et ceux qui dpendent de lui dans des risques semblables8 ,le prt lui permettrait peut-tre de revenir sur l'eau2 dans ce cas ne commettrait-il pas une injustice envers ses cranciers en hsitant le demander8 ,le prt pourrait au contraire ne pas le sauver de la banqueroute2 dans ce cas1 en essayant de l'obtenir1 ne commet-il pas un acte pratiquement frauduleux8 ,bien que1 dans les cas extrmes1 il soit peut-tre ais de dire quelle est la manire de faire la moins mauvaise1 comment est-il possible de le dire dans tous ces cas moyens o l'homme d'affaires mme le plus pntrant ne saurait calculer les vnements possibles8 ,prenez encore les difficults qui naissent souvent de l'antagonisme des devoirs de famille et des devoirs sociaux4 ,voici un fermier que ses principes politiques portent voter en opposition avec son propritaire4 ,si1 tant un libral1 il vote pour un conservateur1 non seulement il dclare par son acte qu'il vote autrement qu'il ne pense1 mais il peut contribuer peut-tre ce qu'il regarde comme une mauvaise politique3 il est possible que par hasard son vote change l'lection1 et dans une lutte au parlement un seul membre peut dcider du sort d'une mesure4 ,mme en ngligeant1 comme trop improbables1 de si srieuses consquences1 il est videmment vrai que si tous ceux qui tiennent en eux-mmes pour les mmes principes1 taient galement dtourns de les exprimer en votant1 il en rsulterait une diffrence dans l'quilibre du pouvoir et dans la politique nationale3 il est donc clair que s'ils restaient tous simplement fidles leurs principes politiques1 la politique qu'il regarde comme la meilleure pourrait triompher4 ,mais1 d'un autre ct1 comment peut-il s'absoudre de la responsabilit des maux qu'il attirera sur ceux qui dpendent de lui s'il accomplit ce qui lui parat tre un devoir social premptoire8 ,son devoir envers ses enfants est-il moins premptoire8 ,la famille n'a-t elle pas le pas sur l',etat1 et le bien-tre de l',etat ne dpend-il pas de celui de la famille8 ,peut-il donc adopter une manire d'agir qui1 si les menaces qu'on lui a faites s'accomplissent1 le fera expulser de sa ferme1 et le rendra ainsi incapable peut-tre pour un temps1 peut-tre pendant une longue priode1 de nourrir ses enfants8 ,les rapports entre les maux contingents peuvent varier l'infini4 ,dans un cas1 le devoir public s'impose avec force et le mal qui peut en rsulter pour les ntres est lger2 dans un autre cas la conduite politique a peu d'importance1 et il est possible qu'il en rsulte pour notre famille un grand mal1 et il y a entre ces extrmes tous les degrs4 ,en outre1 les degrs de probabilit de chaque rsultat1 public ou priv1 vont de la presque certitude la presque impossibilit4 ,en admettant donc qu'il soit mal d'agir de manire nuire peut-tre l'tat1 et en admettant qu'il soit mal d'agir de manire nuire peut-tre la famille1 nous avons reconnatre le fait que dans un nombre infini de cas1 personne ne peut dcider laquelle de ces deux manires d'agir est vraisemblablement la moins mauvaise suivre4 ,ces exemples montrent1 assez que dans la conduite en gnral1 renfermant les rapports de l'homme avec lui-mme1 avec sa famille1 avec ses amis1 avec ses dbiteurs et ses cranciers1 et avec le public1 il est ordinaire de voir n'importe quel parti choisi de prfrence1 procurer ici ou l quelque peine2 c'est autant retrancher du plaisir complet1 et il en rsulte que la conduite manque dans la mme proportion d'tre absolument bonne4 ,en outre1 ils font voir que pour une partie considrable de la conduite1 aucun principe qui nous guide1 aucune mthode d'estimation ne nous rend capables de dire si telle manire d'agir qui s'offre nous est relativement bonne1 c'est--dire propre causer1 de prs ou de loin1 spcialement ou en gnral1 le plus grand excs possible du bien sur le mal4 #ajd4 ,nous sommes prpars maintenant traiter d'une manire systmatique de la distinction entre la morale absolue et la morale relative4 ,on arrive aux vrits scientifiques1 de quelque ordre qu'elles soient1 en liminant les facteurs qui impliquent les phnomnes et sont en contradiction les uns avec les autres et en ne s'occupant que des facteurs fondamentaux4 ,lorsque1 en traitant de ces facteurs fondamentaux d'une manire abstraite1 non comme prsents dans des phnomnes actuels1 mais comme prsents dans un isolement idal1 on s'est assur des lois gnrales1 il devient possible de tirer des infrences dans des cas concrets en tenant compte des facteurs accidentels4 ,mais c'est uniquement la condition de ngliger d'abord ces derniers et de reconnatre seulement les lments essentiels1 que nous pouvons dcouvrir les vrits essentielles cherches4 ,voyons1 par exemple1 comment la mcanique passe de la forme empirique la forme rationnelle4 ,tout le monde a pu exprimenter ce fait qu'une personne pousse d'un ct au del d'une certaine mesure perd son quilibre et tombe4 ,on a observ qu'une pierre jete ou une flche lance ne va pas en ligne droite1 mais tombe terre aprs un trajet qui dvie de plus en plus de la direction primitive4 ,lorsqu'on essaie de casser un bton sur son genou1 on s'aperoit qu'on y parvient plus facilement si l'on prend le bton de chaque ct une grande distance du genou que si on le tient tout prs du genou4 ,l'usage quotidien d'un pieu attire l'attention sur cette vrit qu'en mettant l'extrmit de l'pieu sous une pierre et en le faisant jouer on soulve la pierre d'autant plus facilement que la main est plus prs de l'autre extrmit4 ,voil un certain nombre d'expriences1 groupes de manire former des gnralisations empiriques1 qui servent guider la conduite dans certains cas simples4 ,comment la science de la mcanique est-elle sortie de ces expriences8 ,pour arriver une formule qui exprime les proprits du levier1 elle suppose un levier qui ne puisse pas plier comme un bton1 mais qui soit absolument rigide2 elle suppose aussi un point d'appui qui n'ait pas une large surface comme ceux dont on se sert ordinairement1 mais un point d'appui sans largeur2 elle suppose enfin que le poids soulever porte sur un point dfini1 au lieu de porter sur une partie considrable du levier4 ,il en est de mme pour le corps qui est en quilibre de telle sorte qu'il tombe s'il dpasse une certaine inclinaison4 ,avant de formuler la vrit relativement aux relations du centre de gravit et de la base1 il faut supposer inflexible la surface sur laquelle pose le corps1 inflexible aussi le bord du corps lui-mme1 et invariable dans sa forme la masse du corps tandis qu'on le fait pencher de plus en plus1 autant de conditions qui ne sont pas remplies dans les cas ordinairement observs4 ,il en est encore de mme s'il s'agit d'un projectile3 pour en dterminer la course par dduction des lois mcaniques1 il faut ngliger d'abord toutes les dviations causes par sa forme et par la rsistance de l'air4 ,la science de la mcanique rationnelle est une science qui consiste ainsi en une suite de vrits idales1 et qui ne peut se former que si l'on imagine des cas idaux4 ,elle est impossible tant que l'attention porte seulement sur des cas concrets qui prsentent toutes les complications du frottement1 de l'lasticit1 etc4 ,mais1 lorsqu'on a dgag certaines vrits mcaniques fondamentales1 on peut grce elles mieux diriger ses actes1 et on peut les diriger mieux encore lorsque1 comme on le fait maintenant1 on tient compte mme des lments qui compliquent les phnomnes et dont on avait fait abstraction pour arriver ces vrits4 ,avec le progrs1 on a reconnu les modifications apportes par le frottement et les infrences sont transformes comme il convient4 ,la thorie de la poulie est corrige dans son application aux cas rels en tenant compte de la rigidit du cordage1 et l'on a donn la formule des effets de cette rigidit4 ,la stabilit des masses1 dtermine d'une manire abstraite par rapport aux centres de gravit des masses en relation avec les bases1 finit par tre galement dtermine d'une manire concrte en tenant compte aussi de la cohsion4 ,aprs avoir thoriquement calcul la trajectoire d'un projectile comme s'il se mouvait dans le vide1 on la calcule d'une manire qui se rapproche plus de la ralit en tenant compte de la rsistance de l'air4 ,nous voyons par ces exemples la relation qui existe entre certaines vrits absolues de la mcanique et certaines vrits relatives qui enveloppent les premires4 ,nous reconnaissons qu'on ne peut tablir scientifiquement aucune vrit relative1 tant que l'on n'a pas formul part les vrits absolues4 ,nous constatons que la mcanique applicable au rel se dveloppe seulement quand la mcanique idale s'est dveloppe4 ,tout ce qui prcde est galement vrai de la science morale4 ,de mme que par d'anciennes et grossires expriences on est arriv inductivement des notions vagues mais vraies en partie touchant l'quilibre des corps1 les mouvements des projectiles1 les actions du levier2 de mme par d'anciennes et grossires expriences on est arriv inductivement des notions vagues mais vraies en partie touchant les effets de la conduite des hommes par rapport eux-mmes1 leurs semblables1 la socit1 et dans le second cas1 comme dans le premier1 ces notions servent dans une certaine mesure la direction de la pratique4 ,en outre1 de mme que cette connaissance rudimentaire de la mcanique1 tout en restant encore empirique1 devient avec les premiers progrs de la civilisation la fois plus dfinie et plus tendue1 de mme avec les premiers progrs de la civilisation ces ides morales1 tout en gardant encore leur caractre empirique1 acquirent plus de prcision et deviennent plus nombreuses4 ,mais1 comme nous avons vu que la connaissance empirique de la mcanique peut se transformer en la science de la mcanique1 la condition seulement d'omettre toutes les circonstances qui modifient les faits1 et de gnraliser d'une manire absolue les lois fondamentales des forces2 nous devons voir ici la morale empirique se transformer en morale rationnelle la condition seulement d'abord de ngliger tous les accidents qui compliquent les phnomnes et de formuler les lois de la bonne conduite1 abstraction faite des conditions spciales qui ont pour effet d'obscurcir le problme4 ,enfin de mme que le systme des vrits de la mcanique1 conues comme absolues1 grce une sparation idale1 est applicable aux problmes positifs de mcanique de telle sorte qu'en tenant compte de toutes les circonstances accidentelles1 on puisse arriver des conclusions beaucoup plus rapproches de la vrit qu'on ne le ferait autrement2 un systme de vrits morales idales1 exprimant ce qui est absolument bon1 sera applicable notre tat de transition1 de telle sorte qu'en tenant compte du frottement d'une vie incomplte et de l'imperfection des tres actuels1 nous puissions affirmer avec quelque exactitude approximative ce qui est relativement bon4 #aje4 ,dans un chapitre de la ,statique sociale1 intitul3 ,dfinition de la moralit1 j'ai affirm que la loi morale proprement dite est la loi de l'homme parfait1 est la formule de la conduite idale1 est l'expos dans tous les cas de ce qui devrait tre1 et qu'elle ne peut examiner dans ses propositions aucun lment qui implique l'existence de ce qui ne devrait pas tre4 ,prenant pour exemple des questions concernant la bonne conduite suivre dans des cas o du mal a dj t fait1 je soutenais que l'on ne peut rpondre de pareilles questions d'aprs des principes purement moraux4 ,voici le raisonnement que je faisais3 ,aucune conclusion ne peut prtendre la vrit absolue1 si elle ne dpend de vrits qui soient absolues elles-mmes4 ,avant qu'une infrence soit exacte1 il faut que les propositions qui servent de point de dpart aient elles-mmes ce caractre4 ,un gomtre exige que les lignes droites dont il s'occupe soient vritablement droites1 que ses cercles1 ses ellipses1 ses paraboles1 s'accordent avec des dfinitions prcises1 rpondent d'une manire parfaite et invariable des quations spcifies4 ,si vous lui posez une question o ces conditions ne soient pas remplies1 il vous dit qu'il ne peut vous rpondre4 ,il en est de mme du moraliste4 ,il traite seulement de l'homme droit4 ,il dtermine les proprits de l'homme droit1 dcrit la conduite de l'homme droit1 montre ses relations avec les autres hommes droits et comment une socit d'hommes droits est constitue4 ,il est oblig de ngliger toute dviation de cette rectitude stricte2 il ne peut en admettre aucune dans ses prmisses sans vicier toutes ses conclusions1 et pour lui un problme dont un homme tortu serait une donne est insoluble4 ,faisant allusion cette thorie1 spcialement dans la premire dition des ,mthodes de la morale1 mais d'une manire plus gnrale dans la seconde dition1 ,m4 ,sidgwick dit3 ,ceux qui adoptent cette thorie se servent de l'analogie de la gomtrie pour montrer que la morale doit traiter des relations humaines idalement parfaites1 comme la gomtrie traite des lignes et des cercles idalement parfaits4 ,mais la ligne la plus irrgulire a des relations spatiales dfinies dont la gomtrie ne refuse pas de s'occuper1 bien qu'elles soient ordinairement plus complexes que celles de la ligne droite4 ,ainsi1 en astronomie1 il serait plus commode pour l'tude que les astres dcrivissent des cercles1 comme on l'a cru autrefois2 mais le fait qu'ils se meuvent non suivant des cercles1 mais suivant des ellipses1 et mme des ellipses imparfaites et irrgulires1 ne les fait pas sortir de la sphre de l'investigation scientifique2 avec de la patience et de l'habilet1 nous avons appris ramener des principes et calculer mme ces mouvements plus compliqus4 ,c'est assurment un artifice fort propre rendre l'enseignement plus facile que de supposer que les plantes se meuvent suivant des ellipses parfaites 7ou mme1 comme une priode scientifique moins avance1 suivant des cercles73 nous permettons ainsi la connaissance individuelle de passer par les mmes degrs d'exactitude croissante que l'a fait la connaissance de la race4 ,mais ce que nous voulons en astronomie1 c'est connatre le mouvement rel des toiles et ses causes1 et de mme en morale nous cherchons naturellement ce qui doit tre fait dans le monde rel o nous vivons4 7,p4 #ai1 #b;e d47 ,en commenant par le premier des deux points1 celui qui se rapporte la gomtrie1 j'avoue que je suis surpris de voir mes propositions mises en doute1 et1 aprs une mre rflexion1 il m'est impossible de comprendre la manire de voir de ,m4 ,sidgwick sur ce sujet4 ,lorsque1 dans une phrase qui prcdait celles que j'ai cites ci-dessus1 j'ai signal l'impossibilit de rsoudre mathmatiquement une srie de problmes touchant des lignes tortues et des courbes brises en tout sens1 il ne m'est pas venu l'esprit que je me heurterais l'affirmation directe que la gomtrie ne refuse pas de s'occuper des lignes les plus irrgulires4 ,m4 ,sidgwick affirme qu'une ligne irrgulire1 comme celle qu'un enfant trace en griffonnant1 a des relations spatiales dfinies4 ,quel sens donne-t-il ici au mot dfini8 ,s'il entend que ses relations l'espace en gnral sont dfinies en ce sens qu'une intelligence infinie pourrait les dterminer1 je rponds que pour une intelligence infinie toutes les relations spatiales pourraient tre dfinies3 il n'y aurait plus alors de relations spatiales indfinies1 le mot dfini cessant ainsi de marquer aucune distinction4 ,si d'un autre ct1 en disant qu'une ligne irrgulire a des relations spatiales dfinies1 il entend des relations qu'une intelligence humaine peut connatre d'une manire dfinie1 alors se prsente encore la question3 ,comment faut-il comprendre le mot dfini8 ,assurment quelque chose que l'on distingue comme dfini peut tre dfini2 mais comment pouvons-nous dfinir une ligne irrgulire8 ,et1 si nous ne pouvons dfinir la ligne irrgulire elle-mme1 comment pouvons-nous connatre ses relations spatiales d'une manire dfinie8 ,comment en l'absence de toute dfinition la gomtrie peut-elle s'occuper de cette ligne8 ,si ,m4 ,sidgwick entend par l qu'elle peut s'en occuper d'aprs la mthode des limites1 alors je rponds qu'en pareil cas ce n'est pas de la ligne elle-mme que traite la gomtrie1 mais de certaines lignes dfinies mises artificiellement en rapports quasi dfinis avec elle3 l'indfini devient connaissable par l'intermdiaire seulement de l'hypothtiquement dfini4 ,passant au second exemple1 la rponse faire est que1 en tant qu'elle concerne les rapports entre l'idal et le rel1 la comparaison propose n'branle pas1 mais fortifie au contraire mon argument4 ,considre en effet sous son aspect gomtrique ou sous son aspect dynamique1 dans l'ordre ncessaire de son dveloppement ou dans l'ordre que l'histoire nous rvle1 l'astronomie nous montre partout que des vrits touchant des relations simples1 thoriquement exactes1 doivent tre reconnues avant que les vrits concernant les relations complexes et pratiquement inexactes qui existent rellement puissent tre constates4 ,applique l'interprtation des mouvements plantaires1 nous voyons que la thorie des cycles et des picycles tait fonde sur une connaissance prexistante du cercle2 les proprits d'une courbe idale tant connues1 on tait en mesure d'exprimer d'une certaine manire les mouvements clestes4 ,nous voyons que l'interprtation copernicienne exprimait les faits en fonctions de mouvements circulaires autrement distribus et combins4 ,nous voyons que le progrs fait par ,kpler de la conception de mouvements circulaires celle de mouvements elliptiques fut rendu possible par une comparaison des faits tels qu'ils se passent avec les faits tels qu'ils se passeraient si les mouvements taient circulaires4 ,nous voyons que les dviations de ces mouvements elliptiques1 reconnues dans la suite1 n'ont pu tre reconnues que grce a la supposition dj faite que ces mouvements taient elliptiques4 ,nous voyons enfin que mme aujourd'hui les prdictions concernant les positions exactes des plantes1 quand on a tenu compte des perturbations1 impliquent qu'on se reporte constamment aux ellipses qui sont regardes comme leurs orbites normales ou moyennes pour le moment4 ,ainsi1 l'affirmation des vrits actuellement connues n'a t rendue possible que par l'affirmation antrieure de certaines vrits idales4 ,pour se convaincre que les faits rels n'auraient pu tre tablis d'aucune autre manire1 il suffit de supposer un astronome capable de dire qu'il lui importe peu de connatre les proprits du cercle ou de l'ellipse1 qu'il a affaire au systme solaire tel qu'il existe1 et que pour cela il n'a qu' observer et relever les positions successives et se laisser guider par les faits tels qu'il les a trouvs4 ,il en est de mme si nous considrons le dveloppement de l'astronomie dynamique4 ,la premire proposition des ,principes de ,newton traite du mouvement d'un seul corps autour d'un seul centre de force1 et les phnomnes de mouvement central sont d'abord formuls pour un cas qui n'est pas seulement idal1 mais dans lequel la force dont il s'agit n'est pas spcifie3 l'auteur s'loigne ainsi le plus possible de la ralit4 ,ensuite1 supposant un principe d'action conforme une loi idale1 la thorie de la gravitation traite les diffrents problmes du systme solaire en le sparant par l'imagination de tout le reste2 elle fait aussi plusieurs hypothses imaginaires1 comme celle d'aprs laquelle la masse de chacun des corps dont il s'agit serait concentre en son centre de gravit4 ,plus tard seulement1 aprs avoir tabli les vrits principales par cet artifice de dgager les facteurs les plus importants des moins importants1 la thorie est employe aux problmes rels dans l'ordre de leurs degrs ascendants de complexit1 et fait rentrer un nombre de plus en plus grand des facteurs d'abord ngligs4 ,si nous nous demandons comment on aurait pu tablir autrement la dynamique du systme solaire1 nous voyons que l aussi des vrits simples exactes pour des conditions idales1 ont d tre tablies avant qu'on pt tablir les vrits relles qui rpondent des conditions complexes4 ,la ncessit dont nous avions parl de faire prcder la morale relative de la morale absolue est ainsi1 je pense1 rendue plus claire4 ,celui qui a suivi jusqu'ici l'argumentation gnrale ne niera pas qu'un tre social idal ne puisse tre conu constitu de telle sorte que ses activits spontanes s'accordent avec les conditions imposes par le milieu social form d'autres tres identiques4 ,en plusieurs endroits et de plusieurs manires1 j'ai soutenu que1 conformment aux lois de l'volution en gnral1 et conformment aux lois de l'organisation en particulier1 il y a eu et il y a une adaptation progressive de l'humanit l'tat social qui la transforme dans le sens de cet accord idal4 ,le corollaire dj dduit et qu'il faut rpter ici1 est que l'homme ultime est un homme dans lequel ce progrs s'est assez dvelopp pour produire une correspondance entre toutes les inclinations de sa nature et tous les besoins de sa vie telle qu'elle s'accomplit dans la socit4 ,s'il en est ainsi1 la consquence ncessaire admettre est qu'il existe un code idal de conduite donnant la formule de la manire d'tre de l'homme compltement adapt dans la socit compltement dveloppe4 ,nous donnons ce code le nom de morale absolue1 pour le distinguer de la morale relative1 ce code dont les prescriptions doivent seules tre considres comme absolument bonnes par opposition celles qui sont relativement bonnes ou les moins mauvaises1 et qui1 en tant que systme de conduite idale1 doit servir comme de rgle pour nous aider rsoudre1 autant que nous le pourrons1 les problmes de la conduite relle4 #aje4 ,il est si important de bien comprendre ce sujet qu'on m'excusera de recourir encore un exemple2 il servira mieux la dmonstration1 car je l'emprunte non une science inorganique1 mais une science organique4 ,le rapport entre la moralit propre et la moralit comme on la conoit communment est analogue au rapport entre la physiologie et la pathologie1 et la marche habituellement suivie par les moralistes ressemble beaucoup celle d'un homme qui tudierait la pathologie sans avoir tudi d'abord la physiologie4 ,la physiologie dcrit les diverses fonctions qui constituent et conservent la vie par leurs combinaisons2 en traitant de ces fonctions1 elle suppose qu'elles s'accomplissent sparment comme il faut1 dans une mesure convenable et dans l'ordre qui leur est propre2 elle ne s'occupe que des fonctions l'tat de sant4 ,si elle explique la digestion1 elle suppose que le coeur fournit le sang et que le systme nerveux des viscres stimule les organes directement intresss4 ,si elle donne une thorie de la circulation1 elle suppose que le sang a t produit par les actions combines des appareils destins le produire1 et qu'il est ar comme il doit l'tre4 ,s'il s'agit des relations entre la respiration et les actions vitales en gnral1 c'est avec la supposition antrieurement faite que le coeur continue envoyer du sang1 non seulement aux poumons et certains centres nerveux1 mais encore au diaphragme et aux muscles intercostaux4 ,la physiologie nglige les dfaillances dans l'action de ces diffrents organes4 ,elle ne tient pas compte des imperfections1 elle nglige les drangements1 elle ne reconnat pas la douleur1 elle ne sait rien du mal vital4 ,elle donne simplement la formule de ce qui rsulte d'une adaptation complte de toutes les parties du corps tous les besoins4 ,c'est dire que1 par rapport aux actions internes qui constituent la vie du corps1 la thorie physiologique a une position semblable celle que la thorie thique1 sous sa forme absolue1 dont nous avons donn plus haut la conception1 a par rapport aux actions extrieures qui constituent la conduite4 ,ds qu'elle traite d'un excs de fonction1 ou d'un arrt de fonction1 ou d'un dfaut de fonction et du mal qui en rsulte1 la physiologie se change en pathologie4 ,nous commenons alors tenir compte des actions mauvaises dans la vie intrieure analogues aux mauvaises actions de la vie extrieure dont s'occupent les thories ordinaires de morale4 ,mais l'antithse ainsi prsente n'est encore que prliminaire4 ,aprs avoir observ le fait qu'il y a une science des actions vitales en tant qu'elles s'accomplissent d'une manire normale1 qui ne tient pas compte des actions anomales1 nous avons plus spcialement observer que la science des actions anomales peut atteindre une prcision aussi grande que possible1 la condition seulement que la science des actions normales aura d'abord t bien dtermine2 ou plutt disons que la science pathologique dpend pour ses progrs des progrs que la science physiologique aura faits d'abord4 ,la conception mme des actions dsordonnes implique auparavant la conception des actions bien ordonnes4 ,avant de pouvoir dterminer si le coeur bat trop vite ou trop lentement1 il faut savoir quel est le nombre de ses battements dans la bonne sant2 avant de dire si le pouls est trop faible ou trop fort1 il faut connatre sa force normale1 et ainsi du reste4 ,les ides de maladie les plus grossires et les plus empiriques prsupposent des notions sur l'tat de bonne sant dont la maladie est un drangement1 et il est vident que le diagnostic des maladies devient scientifique seulement lorsqu'on a une connaissance scientifique des actions organiques l'tat sain4 ,il y a la mme relation entre la moralit absolue1 ou la loi du bien parfait dans la conduite humaine1 et la moralit relative qui1 reconnaissant du mal dans la conduite1 a dcider de quelle manire on peut se rapprocher le plus possible du bien4 ,lorsque1 en donnant la formule de la conduite normale dans une socit idale1 nous avons atteint une connaissance scientifique de la morale absolue1 nous avons en mme temps atteint une connaissance scientifique qui1 lorsque nous l'employons interprter les phnomnes des socits relles dans leurs tats de transition pleins de misres par suite d'une adaptation imparfaite 7tats que nous pouvons appeler pathologiques71 nous rend capables d'arriver approximativement des conclusions vraies touchant la nature des anomalies et les manires d'agir qui tendent le mieux ramener une conduite normale4 #ajf4 ,il faut observer maintenant que cette conception de la morale1 qui paratra trange beaucoup de lecteurs1 est en ralit au fond des croyances des moralistes en gnral4 ,sans doute elle n'est pas expressment reconnue1 mais elle est vaguement implique dans plusieurs de leurs propositions4 ,depuis les temps les plus reculs1 nous trouvons dans les spculations morales des allusions l'homme idal1 ses actes1 ses sentiments1 ses jugements4 ,le bien agir est conu par ,socrate comme l'agir de l'homme le meilleur1 qui comme agriculteur fait bien tout ce qu'exige l'agriculture2 comme mdecin1 remplit les devoirs de l'art mdical2 comme citoyen1 fait son devoir envers l',etat4 ,platon1 dans le ,minos1 comme rgle laquelle doit se conformer la loi de l',etat1 suppose la dcision de quelque sage idal2 dans le ,lachs1 la connaissance du bien et du mal1 telle que la possde l'homme sage1 est suppose fournir la rgle3 mprisant les maximes de la socit existante comme non scientifiques1 ,platon regarde comme le vritable guide cette ide du bien1 laquelle un philosophe seul peut atteindre4 ,aristote 7,eth41 liv4 ,,iii1 chap4 ,,iv71 prenant pour rgle les dcisions de l'homme de bien1 dit3 ,l'homme de bien juge en effet toute chose avec droiture1 et reconnat la vrit en toute occasion444 ,la principale diffrence entre l'homme de bien et le mchant est peut-tre que l'homme de bien voit le vrai en toute occasion1 puisqu'il est1 en quelque sorte1 la rgle et la mesure du vrai4 ,les ,stociens aussi concevaient la complte rectitude d'action comme ce que personne ne pouvait raliser si ce n'est le sage1--l'homme idal4 ,epicure aussi avait une rgle idale4 ,pour lui1 l'tat vertueux consiste en une jouissance tranquille1 exempte de trouble1 qui ne cause de tort personne1 n'excite aucune rivalit et s'approche le plus prs possible du bonheur des dieux1 qui ne souffrent eux-mmes aucun mal et ne causent pas de mal aux autres#ad4 ,note #ad3 ,j'emprunte la plupart de ces citations au livre du ,dr ,bain1 ,science mentale et morale4 ,si dans les temps modernes1 influencs par des dogmes religieux sur la chute et la corruption de l'homme1 et par une thorie du devoir drive du symbole ordinairement admis1 les moralistes se sont moins souvent reports un idal1 cependant ils y font encore quelquefois allusion4 ,nous en voyons une dans le mot de ,kant3 ,agissez seulement d'aprs une maxime telle que vous puissiez souhaiter de la voir devenir en mme temps une loi universelle4 ,ce mot implique en effet la pense d'une socit dans laquelle tous se conforment une maxime dont l'effet serait le bien de tous3 il y a l la conception d'une conduite idale dans des conditions idales4 ,bien que ,m4 ,sidgwick1 dans le passage cit plus haut1 suppose que la morale se rapporte l'homme tel qu'il est plutt qu' l'homme comme il devrait tre1 cependant1 parlant ailleurs de la morale comme si elle traitait de la conduite telle qu'elle doit tre plutt que de la conduite telle qu'elle est1 il suppose une conduite idale et indirectement l'homme idal4 ,a la premire page1 comparant l'thique1 la jurisprudence et la politique1 il dit qu'elles se distinguent par ce caractre qu'elles se proposent de dterminer non le rel1 mais l'idal2 ce qui doit tre1 non ce qui est4 ,il suffit seulement d'accorder et de rendre prcises ces diverses conceptions d'une conduite idale et d'une humanit idale1 pour les concilier avec la conception expose plus haut4 ,jusqu' prsent1 de pareilles conceptions sont ordinairement vagues4 ,l'homme idal ayant t conu d'aprs les notions courantes en morale1 on en fait ensuite un modle pour juger d'aprs lui de la bont des actes2 mais on tombe ainsi dans un cercle vicieux4 ,pour que l'homme idal serve de modle1 il faut le dfinir d'aprs les conditions que sa nature remplit1 d'aprs ces exigences objectives auxquelles il faut satisfaire pour que la nature soit bonne1 et le dfaut commun de ces conceptions idales est de le supposer en dehors de toute relation avec ces conditions4 ,toutes les allusions l'homme idal que nous avons reproduites plus haut1 impliquent l'hypothse que l'homme idal vit et agit dans les conditions sociales actuelles4 ,ce que l'on recherche sans le dire1 ce n'est pas ce qu'il ferait dans des circonstances absolument diffrentes1 mais bien ce qu'il ferait dans les circonstances prsentes4 ,or c'est l pour deux raisons recherche futile4 ,la coexistence d'un homme parfait et d'une socit une imparfaite est impossible1 et1 alors mme qu'il n'en serait pas ainsi1 la conduite qui en rsulterait ne donnerait pas la rgle cherche4 ,en premier lieu1 tant donnes les lois de la vie telles qu'elles sont1 un homme d'une nature idale ne peut tre produit dans une socit forme d'hommes dont la nature est loigne de l'idal4 ,nous pourrions avec tout autant de raison nous attendre voir un enfant natre chez les ngres avec le type britannique1 qu' voir natre dans un monde organiquement immoral un homme organiquement moral4 ,a moins de nier que le caractre rsulte de la constitution dont on hrite1 il faut admettre que1 puisque dans toute socit chaque individu descend d'une souche que l'on peut suivre en remontant de quelques gnrations1 et qui se ramifie travers toute la socit et participe de sa nature moyenne1 il doit1 malgr des diversits individuelles marques1 subsister de tels caractres communs1 qu'il soit impossible qui que ce soit d'atteindre une forme idale bien loin de laquelle resteraient tous les autres4 ,en second lieu1 une conduite idale1 comme celle laquelle se rapporte la thorie morale1 n'est pas possible l'homme idal au milieu d'hommes constitus autrement4 ,une personne absolument juste et parfaitement sympathique ne pourrait vivre et agir conformment sa nature dans une tribu de cannibales4 ,chez des gens perfides et tout fait dpourvus de scrupules1 on se perdrait en montrant une entire sincrit et une complte franchise4 ,si tous ceux qui nous entourent ne reconnaissent que la loi du plus fort1 celui dont la bonne nature se refuserait jamais faire de la peine aux autres serait rduit la plus triste condition4 ,il faut une certaine harmonie entre la conduite de chaque membre d'une socit et la conduite des autres4 ,un mode d'action entirement diffrent des modes d'action prdominants ne peut tre soutenu longtemps sans amener la mort ou de celui qui l'a adopt1 ou de ses enfants1 ou la mort de l'un et des autres la fois4 ,il est donc vident que nous devons considrer l'homme idal comme existant dans l'tat social idal4 ,d'aprs l'hypothse de l'volution1 ces deux termes se supposent l'un l'autre1 et c'est seulement quand ils coexistent qu'il peut y avoir une conduite idale1 dont la morale absolue doit trouver la formule1 et que la morale relative doit prendre comme rgle pour estimer combien en est loign du bien1 et quels sont les degrs du mal4 ,,chapitre ,,xvi ,,le ,,domaine ,,de ,,la ,,morale #ajg4 ,nous avons montr en commenant que1 la conduite dont s'occupe la morale tant une partie de la conduite en gnral1 il fallait comprendre la conduite en gnral avant de comprendre cette partie4 ,aprs avoir pris une connaissance gnrale de la conduite1 non seulement de celle des hommes1 mais de celle des tres infrieurs1 et non seulement dans sa forme actuelle1 mais aussi dans son dveloppement1 nous avons vu que la morale a pour objet la conduite la plus compltement dveloppe1 telle que la dploie l'tre le plus compltement dvelopp1 l'homme3 que c'est la spcification des traits que prend sa conduite lorsqu'elle atteint les limites de son volution4 ,conue ainsi comme comprenant les lois du bien vivre en gnral1 la morale a un champ plus vaste qu'on ne le lui assigne ordinairement4 ,outre la conduite communment approuve ou blme comme bonne ou mauvaise1 elle s'tend toute conduite qui favorise ou contrarie1 d'une manire directe ou indirecte1 notre bien-tre ou celui des autres4 ,comme il rsulte de diffrents passages des chapitres prcdents1 le champ entier de la morale comprend deux grandes divisions1 personnelle et sociale4 ,il y a une classe d'actions qui tendent des fins personnelles1 qui doivent tre juges dans leurs relations avec le bien-tre personnel1 considr part du bien-tre des autres2 bien qu'elles affectent secondairement nos semblables1 ces actions affectent tout d'abord l'agent lui-mme1 et doivent tre regardes comme bonnes ou mauvaises d'une manire intrinsque suivant qu'elles ont pour lui des effets avantageux ou nuisibles4 ,il y a des actions d'une autre classe qui affectent immdiatement et d'une manire loigne nos semblables1 et qui1 bien que l'on ne doive pas mconnatre leurs effets pour l'agent1 doivent tre juges comme bonnes et mauvaises surtout d'aprs leurs rsultats pour les autres4 ,les actions de cette classe se divisent en deux groupes4 ,celles du premier groupe tendent certaines fins de manire entraver illgitimement ou ne pas entraver la poursuite de fins par les autres1--actions que par suite de cette diffrence nous appelons respectivement injustes ou justes4 ,celles qui forment le second groupe sont d'un genre qui a de l'influence sur la condition des autres sans intervenir directement dans les relations qui existent entre leurs efforts et les rsultats de ces efforts2 d'une manire ou de l'autre1--ce sont des actions dont nous disons qu'elles sont bienfaisantes ou malfaisantes4 ,la conduite que nous regardons comme bienfaisante comporte elle-mme des subdivisions1 suivant qu'elle consiste se contenir soi-mme pour viter de causer de la peine1 ou faire quelque effort pour procurer du plaisir1--bienfaisance ngative ou bienfaisance positive4 ,chacune de ces divisions et de ces subdivisions doit tre considre d'abord comme une partie de la morale absolue1 et ensuite comme une partie de la morale relative4 ,aprs avoir vu quelles doivent tre ses prescriptions pour l'homme idal dans les conditions idales supposes1 nous serons prpars voir comment ces prescriptions peuvent tre observes le mieux possible par les hommes actuels dans les conditions de l'existence telle qu'elle est4 #ajh4 ,pour des raisons dj indiques1 un code de conduite personnelle parfaite est impossible dfinir4 ,beaucoup de formes de la vie1 diffrant un haut degr les unes des autres1 peuvent se manifester dans une socit de telle sorte que les conditions d'une harmonieuse coopration se trouvent remplies4 ,si des types d'hommes varis adapts des types varis d'activits peuvent ainsi vivre chacun d'une vie complte dans son genre1 il n'est pas possible de dterminer spcifiquement quelles activits sont universellement requises pour assurer le bien-tre personnel4 ,mais1 bien que les besoins particuliers satisfaire pour arriver au bien-tre individuel varient autant que les conditions matrielles de chaque socit1 les individus de toutes les socits ont certains besoins gnraux satisfaire4 ,il faut universellement maintenir un quilibre moyen entre les pertes de l'organisme et la nutrition4 ,la vitalit normale implique une relation entre l'activit et le repos1 laquelle ne varie que dans de faibles limites4 ,la perptuit de la socit dpend de la satisfaction de ces besoins personnels au premier chef qui ont pour effet le mariage et la paternit4 ,ainsi la perfection de la vie individuelle implique certains modes d'action qui sont approximativement semblables dans tous les cas et qui par suite font partie de l'objet de la morale4 ,on peut peine dire qu'il soit possible de ramener mme cette partie restreinte une prcision scientifique4 ,mais les exigences morales peuvent tre ici rattaches aux ncessits physiques de manire leur donner une autorit partiellement scientifique4 ,il est clair que1 entre la dpense de la substance corporelle par l'action vitale et l'assimilation de matriaux propres renouveler cette substance1 il y a un rapport direct4 ,il est clair aussi qu'il y a un rapport direct entre l'usure des tissus par l'effort1 et le besoin de ces suspensions d'effort pendant lesquelles l'usure se rpare4 ,il n'est pas moins clair qu'entre le chiffre de la mortalit et celui des naissances1 dans toute socit1 il y a une relation telle que le dernier doit atteindre un certain niveau pour faire quilibre au premier et prvenir la disparition de la socit4 ,on peut en conclure que la recherche d'autres fins principales est dtermine de la mme manire par certaines ncessits naturelles1 et que de celles-ci drivent leurs sanctions morales4 ,on peut douter qu'il soit jamais possible de formuler des rgles prcises pour la conduite prive en conformit avec ces besoins4 ,mais la fonction de la morale absolue par rapport la conduite prive est remplie1 quand elle a reconnu ces besoins comme gnralement prouvs1 quand elle a montr qu'il est obligatoire de s'y soumettre1 et qu'elle a enseign qu'il faut considrer avec soin si la conduite les satisfait autant que possible4 ,dans la morale de la conduite personnelle considre par rapport aux conditions actuelles1 se prsentent toutes les questions relatives au degr auquel le bien-tre personnel immdiat doit tre subordonn ou au bien-tre personnel final1 ou au bien-tre des autres4 ,a la manire dont nous vivons aujourd'hui1 les droits de l'individu au moment prsent s'opposent chaque instant ses droits dans l'avenir1 et les intrts individuels sont chaque instant en lutte avec les intrts des autres1 pris sparment ou en socit4 ,dans la plupart des cas1 les dcisions ne sont que des compromis1 et la science morale1 alors simplement empirique1 ne peut qu'aider faire les compromis qui soient le moins possible sujets critique4 ,pour arriver au meilleur compromis dans n'importe quel cas1 il faut concevoir exactement les consquences alternatives de telle ou telle manire d'agir4 ,par suite1 autant que l'on peut prciser la morale absolue de la conduite individuelle1 elle doit nous aidera dcider entre des exigences personnelles opposes1 et aussi entre le besoin d'affirmer nos droits et celui de les subordonner ceux des autres4 #aji4 ,de cette division de la morale qui traite de la bonne direction donner la conduite prive1 considre abstraction faite des effets directement produits sur les autres1 nous passons maintenant cette division de la morale qui1 considrant exclusivement les effets de la conduite par rapport aux autres1 traite de la bonne direction lui donner en tenant compte de ces effets4 ,le premier groupe de rgles qui se rangent dans cette division sont celles qui concernent ce que nous distinguons sous le nom de justice4 ,la vie individuelle est possible la condition seulement que chaque organe reoive en retour de son action une quantit quivalente de sang1 tandis que l'organisme dans son ensemble tire du milieu des matriaux assimilables qui sont la compensation de ses efforts2 la dpendance mutuelle des parties de l'organisme social rend ncessaire1 aussi bien pour sa vie totale que pour la vie de ses units1 la conservation analogue d'une lgitime proportion entre les bnfices et les travaux3 la relation naturelle entre le travail et le bien-tre doit rester intacte4 ,la justice1 qui formule l'ordre de la conduite et qui lui impose des limites1 est la fois la division la plus importante de la morale et celle qui comporte la plus grande prcision4 ,ce principe d'quivalence1 que nous trouvons quand nous en cherchons la racine dans les lois de la vie individuelle1 comprend l'ide de mesure2 et1 en passant la vie sociale1 le mme principe nous amne concevoir l'quit ou l'galit dans les relations des citoyens entre eux2 les lments des questions qui se prsentent sont quantitatifs1 et1 par suite1 les solutions revtent une forme plus scientifique4 ,tout en reconnaissant des diffrences entre les individus1 diffrences qui tiennent l'ge1 au sexe ou d'autres causes1 et nous empchent de regarder les membres d'une socit comme absolument gaux1 et par suite de traiter les problmes auxquels leurs relations donnent lieu avec la prcision qu'une galit absolue rendrait seule possible1 nous pouvons cependant1 en les considrant comme approximativement gaux en vertu de leur commune nature d'homme1 et en traitant les questions d'quit d'aprs cette supposition1 arriver des conclusions d'un genre assez prcis4 ,cette division de la morale1 considre sous sa forme absolue1 doit dfinir les relations quitables d'individus parfaits qui limitent mutuellement leurs sphres d'action par le fait de coexister1 et qui atteignent leurs fins par coopration4 ,elle a encore bien plus faire4 ,outre la justice d'homme homme1 elle doit encore traiter de la justice dans les relations de chaque homme avec l'agrgat des hommes4 ,les relations entre les individus et l',etat1 considr comme reprsentant tous les individus1 sont dduire1 sujet important et relativement difficile4 ,quel est le fondement moral de l'autorit gouvernementale8 ,pour quelles fins peut-elle lgitimement s'exercer8 ,jusqu'o peut-elle aller sans s'carter du droit chemin8 ,jusqu' quel point les citoyens sont-ils tenus de reconnatre les dcisions collectives d'autres citoyens1 et au del de quel point peuvent-ils avec raison refuser de s'y soumettre8 ,ces relations prives et publiques1 considres comme maintenues dans des conditions idales1 une fois formules1 il faut traiter des relations analogues dans des conditions relles2 la justice absolue tant la rgle1 il faut dterminer la justice relative en recherchant jusqu'o1 dans les circonstances prsentes1 nous pouvons nous rapprocher de cette rgle4 ,comme il rsulte dj de plusieurs passages1 il est impossible1 durant les degrs de transition qui ncessitent des compromis toujours changeants1 de se conformer aux prescriptions de l'quit absolue1 et l'on ne peut former que des jugements empiriques sur la mesure dans laquelle1 un moment quelconque1 on peut s'y conformer4 ,tant que la guerre continue et que l'injustice rgne dans les relations internationales1 il ne peut rien y avoir de semblable une justice complte dans l'intrieur de chaque socit4 ,l'organisation militaire1 non moins que l'action militaire1 est inconciliable avec la pure quit1 et l'iniquit qu'elle implique se ramifie invitablement dans toutes les relations sociales2 mais il y a1 chaque degr de l'volution sociale1 une certaine mesure de variation qui fait qu'on se rapproche davantage ou qu'on s'loigne un peu plus de ce que demande l'quit absolue4 ,aussi faut-il toujours avoir en vue ce qu'elle demande pour pouvoir assurer l'quit relative4 #aaj4 ,des deux subdivisions de la bienfaisance1 suivant qu'elle est ngative ou positive1 on ne peut spcialiser ni l'une ni l'autre4 ,dans les conditions idales1 la premire n'a qu'une existence nominale1 et la seconde prend une forme tout fait diffrente dont on ne peut donner qu'une dfinition gnrale4 ,dans la conduite de l'homme idal au milieu d'hommes idaux1 les rgles qu'on s'impose soi-mme pour pargner de la peine aux autres n'ont pas d'application pratique4 ,comme personne n'prouve de sentiments qui portent agir de manire affecter dsagrablement les autres1 il ne saurait y avoir de code restrictif qui se rapporte cette division de la conduite4 ,mais si la bienfaisance ngative est une partie nominale seulement de la morale absolue1 elle est une partie actuelle et considrable de la morale relative4 ,car tant que la nature humaine restera imparfaitement adapte la vie sociale1 elle continuera avoir des tendances qui1 produisant dans certains cas des actions que nous nommons injustes1 produisent dans d'autres les actions que nous nommons dsobligeantes1 dsobligeantes tantt en fait1 tantt en paroles2 et1 par rapport aux manires d'agir qui ne sont pas agressives1 mais causent cependant de la peine1 naissent de nombreux et difficiles problmes4 ,on fait quelquefois de la peine aux autres1 simplement en soutenant une prtention quitable1 d'autres fois en rejetant une demande1 ou encore en soutenant une opinion4 ,dans ces cas et dans beaucoup d'autres qu'il est facile d'imaginer1 la question rsoudre est de savoir si1 pour viter de faire de la peine1 on doit faire le sacrifice de ses sentiments personnels1 et dans quelle mesure4 ,en outre1 dans des cas d'un autre genre1 on fait de la peine aux autres non par une manire d'agir passive1 mais par une manire d'agir active4 ,jusqu' quel point une personne qui s'est mal comporte doit-elle tre punie par l'aversion qu'on lui tmoignera8 ,un homme commet une action blmable2 faut-il lui exprimer sa rprobation ou ne rien dire8 ,est-il bien de blesser en condamnant le prjug montr par un autre8 ,il faut rpondre ces questions et d'autres semblables en tenant compte de la peine immdiate produite1 des avantages qui peuvent rsulter de cette peine1 et du mal qui rsulterait peut-tre si l'on se refusait la causer4 ,dans la solution des problmes de cette classe1 le seul secours fourni par la morale absolue est de faire bien comprendre qu'on ne saurait tre autoris infliger plus de peine qu'il n'est ncessaire de le faire1 ou dans son propre intrt1 ou dans l'intrt d'autrui1 ou dans l'intrt d'un principe gnral4 ,de la bienfaisance positive sous sa forme absolue1 il n'y a rien de spcifique dire1 sinon qu'elle doit devenir coextensive la sphre1 quelle qu'elle soit1 qui lui reste2 elle sert rendre plus complte la vie de chacun1 en tant qu'il reoit des services1 et exalter la vie de chacun en tant qu'il est capable d'en rendre4 ,comme avec le dveloppement de l'humanit le dsir de l'exercer doit s'accrotre dans tous les coeurs1 et la sphre de cet exercice dcrotre en mme temps1 au point qu'il se produise une comptition altruiste analogue la comptition goste dont nous sommes les tmoins1 il est possible que la morale absolue finisse par comporter ce que nous avons appel plus haut une quit suprieure1 prescrivant les limitations mutuelles des activits altruistes4 ,sous sa forme relative1 la bienfaisance positive prsente de nombreux problmes1 aussi importants que difficiles1 et dont les solutions sont purement empiriques4 ,jusqu'o faut-il pousser dans chaque cas les sacrifices personnels au profit des autres8 ,c'est une question laquelle on fera diffrentes rponses suivant le caractre des autres1 leurs besoins1 et les divers droits de l'individu lui-mme et des siens qui peuvent se prsenter4 ,dans quelle mesure1 dans des circonstances donnes1 doit-on subordonner l'intrt priv l'intrt public8 ,c'est une question laquelle on rpondra aprs avoir considr l'importance de la fin et la gravit du sacrifice4 ,quel avantage1 quel inconvnient doit-il rsulter de l'assistance gratuite donne autrui8 ,c'est encore une question qui implique dans chaque cas un calcul des probabilits4 ,en traitant bien telle ou telle personne1 ne s'expose-t-on pas faire tort plusieurs autres8 ,dans quelle limite peut-on rendre service la gnration actuelle des infrieurs sans nuire par avance la gnration future des suprieurs8 ,evidemment1 ces questions et beaucoup d'autres semblables que soulve cette division de la morale relative1 on ne peut faire qu'approximativement des rponses vraies4 ,mais bien que la morale absolue1 par la rgle qu'elle fournit1 ne puisse pas tre ici d'un grand secours pour la morale relative1 cependant1 comme dans les autres cas1 elle a du moins quelque utilit en prsentant la conscience une conciliation idale des diffrentes prtentions en jeu1 et en suggrant la recherche des compromis tels qu'aucune d'elles ne soit mconnue1 et que toutes soient satisfaites autant que possible4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,,chap4 ,i4--,la conduite en gnral ,,ii4--,l'volution de la conduite ,,iii4--,la bonne et la mauvaise conduite ,,iv4--,manires de juger la conduite ,v4--,le point de vue physique ,,vi4--,le point de vue biologique ,,vii4--,le point de vue psychologique ,,viii4--,le point de vue sociologique ,,ix4--,critiques et explications ,x4--,la relativit des peines et des plaisirs ,,xi4--,l'gosme oppos l'altruisme ,,xii4--,l'altruisme oppos l'gosme ,,xiii4--,jugement et compromis ,,xiv4--,conciliation ,,xv4--,morale absolue et morale relative ,,xvi4--,le domaine de la morale4 #hii-jd4--;,coulommiers4 ,imp4 ,paul ,,brodard4--#i-jd4