de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,cours ,,de ,,philosophie ,,positive ,,par ,m4 ,,auguste ,,comte ,,ancien ,l,,ve ,,de ,l',,cole ,,polytechnique1 ,r,p,,titeur ,d',,analyse ,,transcendante ,,et ,,de ,m,,canique ,,rationnelle ,a ,,cette ,,cole1 ,,et ,,examinateur ,,des ,,candidats ,,qui ,s',y ,,destinent4 ,,tome ,,quatri,,me1 ,,contenant ,,la ,,philosophie ,,sociale ,,et ,,les ,,conclusions ,g,n,,rales4 ,,premi,,re ,,partie4 ,,paris1 ,,bachelier1 ,,imprimeur-,,libraire1 ,,pour ,,les ,,sciences1 ,,quai ,,des ,,augustins1 ,n #ee4 #ahci ,,avis ,,de ,l',,diteur4 ,la publication de ce quatrime et dernier volume1 beaucoup plus tendu qu'aucun des prcdens1 ne pouvant tre complte avant la fin de #ahci1 l'auteur s'est dcid1 pour satisfaire1 autant que possible1 une juste impatience1 dont il est d'ailleurs fort honor1 en publier aujourd'hui sparment la premire partie4 ,formant un peu plus de la moiti du volume1 elle comprend toute la portion dogmatique de la philosophie sociale1 c'est--dire l'exposition fondamentale de la destination politique qui lui est propre1 de l'esprit scientifique qui la caractrise1 et de ses thories gnrales de l'existence et du mouvement des socits humaines4 ,conformment au tableau synoptique annex1 ds l'origine1 au premier volume de cet ouvrage1 la seconde moiti du volume actuel1 qui paratra vraisemblablement en dcembre prochain1 contiendra ensuite toute la portion historique de cette philosophie sociale2 elle sera termine par les conclusions finales qui rsultent graduellement de l'ensemble total de ce ,trait4 ,sans cette dcomposition en deux parties1 l'tendue inusite de ce tome quatrime ft devenue matriellement incommode1 moins de publier un volume de plus que l'diteur ne l'avait annonc dans son engagement primitif envers le public4 ,en consentant cette publication partielle1 sans se dissimuler le grave inconvnient scientifique de toute sparation1 mme trs mthodique1 dans un volume aussi homogne1 consacr un systme de dmonstrations aussi continu1 dont toutes les branches s'clairent et se fortifient mutuellement1 l'auteur espre que les lecteurs auxquels cette premire partie pourrait inspirer quelques objections importantes voudront bien suspendre1 jusqu' l'entire apprciation du volume1 leur jugement dfinitif1 afin de prvenir toute dcision prmature1 ultrieurement sujette une rectification spontane4 ,paris1 le #bd juillet #ahci4 ,,avertissement ,,de ,l',,auteur4 une poque de divagation intellectuelle et de versatilit politique1 toute longue persvrance dans une direction rigoureusement invariable peut1 sans doute1 tre justement signale au public1 comme une sorte de garantie prliminaire1 non-seulement de la sincrit et de la maturit des nouveaux principes qui lui sont soumis1 mais peut-tre aussi de leur rectitude1 de leur consistance1 et mme de leur opportunit3 car1 de nos jours1 rien n'est la fois aussi difficile1 aussi important1 et aussi rare qu'un esprit pleinement consquent4 ,tel est surtout le motif d'aprs lequel je crois devoir ici rappeler spcialement l'avis gnral contenu dans le prambule du premier volume de cet ouvrage1 sur ma premire manifestation1 dj ancienne et presque oublie1 de la plupart des conceptions fondamentales que je vais maintenant dvelopper relativement l'entire rnovation des thories sociales4 ,la premire partie de mon ,systme de politique positive1 crite et imprime1 en #ahbb1 l'ge de vingt-quatre ans1 sous le titre primitif et spcial de ,plan des travaux scientifiques ncessaires pour rorganiser la socit1 et rimprime en #ahbd1 sous son titre dfinitif et plus gnral2 ensuite mes ,considrations philosophiques sur les sciences et les savans1 publies la fin de #ahbe1 dans les nos #g1 #h et #aj du ,producteur2 et enfin mes ,considrations sur le pouvoir spirituel1 insres dans les nos #ac1 #bj et #ba du mme recueil hebdomadaire1 au commencement de #ahbf1 ont1 en effet1 expos1 depuis long-temps1 tous les penseurs europens1 les divers principes caractristiques de l'ensemble de mes travaux ultrieurs sur la philosophie politique#a4 ,chacun pourra s'en convaincre aisment par la comparaison directe de ces anciens crits au volume que je publie maintenant comme dernier lment indispensable de mon systme gnral de philosophie positive4 ,footnote #a3 ,si j'crivais ici une notice historique sur mes travaux en philosophie politique1 je devrais mme faire remonter l'numration prcdente jusqu' un travail important publi1 en #ahbj1 dans un recueil intitul l',organisateur1 et qui1 quoiqu'il ne portt pas mon nom1 m'tait rellement propre4 ,la marche gnrale des socits modernes depuis le onzime sicle y fut examine en deux articles distincts1 dont l'un exposa la dcadence continue de l'ancien systme politique1 tandis que l'autre expliqua le dveloppement graduel des lmens du systme nouveau4 ,quoique ma dcouverte de la loi fondamentale de succession des trois tats gnraux de l'esprit humain et de la socit ne ft point encore accomplie1 j'ai tout lieu de croire que cette premire bauche n'a pas t sans quelque influence sur les travaux postrieurs de divers esprits distingus relativement l'histoire politique des temps modernes4 ,un retour aussi complet et aussi spontan ces premires inspirations de la jeunesse1 seulement perfectionnes1 dans l'ge mr1 par une aussi longue srie de mditations mthodiques sur le systme entier de nos conceptions scientifiques1 constitue1 mes yeux1 une des preuves les plus dcisives qui puissent m'animer d'une confiance vraiment inbranlable dans la justesse fondamentale de la direction que je me suis ouverte1 et dont la nouveaut doit tant faire sentir le besoin des vrifications les plus varies4 ,tous les juges comptens partageront1 j'espre1 la mme impression1 en voyant1 dans ce quatrime volume1 quelle consistance et quelle lucidit nouvelles mes principes essentiels de philosophie politique tirent naturellement de leur intime connexion avec les indispensables antcdens scientifiques que je leur ai graduellement prpars par les trois premiers volumes de ce ,trait4 ,c'est pourquoi je me fliciterai toujours d'avoir1 ds l'origine1 nettement cart le conseil irrationnel que1 dans leur bienveillante sollicitude1 plusieurs hommes distingus avaient cru devoir me donner1 de publier d'abord la partie de cet ouvrage relative la science sociale4 ,trop exclusivement proccups du dsir d'attirer sur mes travaux une attention plus prochaine et plus vive1 ces amis n'avaient point senti que1 par une aussi flagrante perturbation logique1 j'aurais tendu ruiner d'avance les principes fondamentaux de hirarchie scientifique qui caractrisent le mieux ma philosophie1 en mme temps que je me serais ainsi radicalement priv1 pour l'tablissement des thories sociales1 des divers fondemens ncessaires que doit leur offrir l'ensemble de la philosophie naturelle1 et qui1 dans nos temps d'anarchie intellectuelle1 peuvent seuls dterminer enfin1 entre tous les bons esprits1 une communion relle et durable4 ,la longue priode dj coule depuis la production primordiale de ma philosophie politique1 m'a souvent procur des confirmations d'une autre sorte1 et non moins prcieuses1 que je dois galement indiquer ici1 par la tendance irrcusable et incessamment croissante1 quoique jusqu' prsent toujours trs partielle1 de la plupart des penseurs contemporains vers une philosophie analogue4 ,dans le cours de ces seize annes1 on n'a gure publi1 j'ose le dire1 d'ouvrages politiques de quelque porte1 du moins en ,france1 qui n'aient offert d'videns tmoignages de cette incomplte convergence1 soit qu'elle ait spontanment rsult d'un mme sentiment fondamental de nos principales ncessits sociales1 sentiment toutefois bien rare et trs vague jusqu'alors1 soit que l'influence inaperue ou dissimule de mes premiers travaux ait1 en effet1 graduellement contribu la produire#b4 ,mais1 dans l'un et l'autre cas1 des inconsquences capitales et multiplies auraient pu1 d'ordinaire1 hautement dvoiler le dfaut d'homognit on d'originalit d'une semblable direction1 chez ceux mme qui d'abord paraissaient l'avoir le mieux suivie4 ,quoique tous les aspects essentiels de ma philosophie sociale aient peut-tre t dj saisis isolment par quelques intelligences1 ce qui m'autorise croire son opportunit1 en me procurant certains points de contact avec les opinions les plus opposes1 cependant je reste1 malheureusement1 encore le seul jusqu'ici en possession pleinement efficace du principe fondamental et du systme rationnel de cette nouvelle doctrine4 ,envers tant d'minens esprits qui1 de nos jours1 se sont srieusement occups de la rnovation des thories sociales1 cette diffrence radicale doit1 sans doute1 tenir surtout ce que aucun d'eux n'a pu avoir1 comme moi1 l'avantage1 en quelque sorte accidentel1 et nanmoins si important1 d'tre directement plac1 par l'ensemble de son ducation1 au seul point de vue intellectuel d'o l'on puisse aujourd'hui dcouvrir la vritable issue de cette immense difficult philosophique4 ,la publication de ce ,trait1 enfin complt par ce quatrime volume1 aura1 je l'espre1 pour rsultat plus ou moins prochain1 de faire nettement comprendre toutes les hautes intelligences l'indispensable ncessit de cette condition fondamentale1 de leur faciliter1 en mme temps1 les moyens d'y satisfaire1 et1 par suite1 d'utiliser bientt1 au profit de la rorganisation sociale1 tant d'estimables efforts1 jusqu'ici laborieusement striles4 ,paris1 le #bc ,dcembre #ahch ,footnote #b3 ,je ne saurais1 par exemple1 mconnatre ce second cas chez des crivains qui1 en s'efforant1 plus ou moins heureusement1 de s'approprier une partie de mes ides philosophiques ou politiques1 se sont mme textuellement empars de pages entires1 en ngligeant d'ailleurs presque toujours d'indiquer un nom qu'ils savaient tre trop ignor du public4 ,ceux de mes lecteurs qui croiraient apercevoir quelque analogie entre certaines parties de ce volume et divers ouvrages antrieurs1 devront donc1 pour une quitable apprciation1 prendre d'abord en considration indispensable les dates prcises que je viens de rappeler4 ,l'oubli d'une telle prcaution pourrait entraner de graves injustices envers un philosophe qui ose se glorifier d'avoir toujours fait une part pleinement consciencieuse1 et souvent beaucoup trop gnreuse peut-tre1 chacun de ses diffrens prdcesseurs1 tandis que lui-mme n'leva jamais jusqu'ici la moindre rclamation contre les emprunts peu scrupuleux dont on a frquemment honor ses crits1 ses leons1 et jusqu' ses conversations4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,la ,,premi,,re ,,partie ,,du ,,tome ,,quatri,,me4 ,,avertissement ,,de ,l',,diteur ,,avis ,,de ,l',,auteur #df;e ,leon4 ,considrations politiques prliminaires sur la ncessit et l'opportunit de la physique sociale1 d'aprs l'analyse fondamentale de l'tat social actuel4 #dg;e ,leon4 ,apprciation sommaire des principales tentatives philosophiques entreprises jusqu'ici pour constituer la science sociale4 #dh;e ,leon4 ,caractres fondamentaux de la mthode positive dans l'tude rationnelle des phnomnes sociaux4 #di;e ,leon4 ,relations ncessaires de la physique sociale avec les autres branches fondamentales de la philosophie positive4 #ej;e ,leon4 ,considrations prliminaires sur la statique sociale1 ou thorie gnrale de l'ordre spontan des socits humaines4 #ea;e ,leon4 ,lois fondamentales de la dynamique sociale1 ou thorie gnrale du progrs naturel de l'humanit4 ,,cours ,,de ,,philosophie ,,positive4 ,,quarante-,,sixi,,me ,,le,,on4 ,considrations politiques prliminaires sur la ncessit et l'opportunit de la physique sociale1 d'aprs l'analyse fondamentale de l'tat social actuel4 ,dans chacune des cinq parties prcdentes de ce ,trait1 l'exploration philosophique a constamment repos sur un tat scientifique prexistant et unanimement reconnu1 dont la constitution gnrale1 quoique toujours plus ou moins incomplte jusqu' prsent1 mme l'gard des phnomnes les moins compliqus et les mieux tudis1 satisfaisait dj cependant1 au moins en principe1 mme pour les cas les plus rcens et les plus imparfaits1 aux conditions fondamentales de la positivit1 de manire n'exiger ici qu'un simple travail d'apprciation rationnelle1 toujours dirig suivant des rgles incontestables1 et conduisant1 presque spontanment1 l'indication motive des principaux perfectionnemens ultrieurs1 destins surtout dgager dfinitivement la science relle de toute influence indirecte de l'ancienne philosophie4 ,il n'en peut plus tre ainsi1 malheureusement1 dans cette sixime et dernire partie1 consacre l'tude des phnomnes sociaux1 dont les thories ne sont point encore sorties1 mme chez les plus minens esprits1 de l'tat thologico-mtaphysique1 auquel tous les penseurs semblent aujourd'hui les concevoir comme devant tre1 par une fatale exception1 indfiniment condamnes4 ,sans changer de nature ni de destination1 l'opration philosophique que j'ai os entreprendre devient donc maintenant plus difficile et plus hardie1 et doit prsenter un nouveau caractre3 au lieu de juger et d'amliorer1 il s'agit dsormais essentiellement de crer un ordre tout entier de conceptions scientifiques1 qu'aucun philosophe antrieur n'a seulement bauch1 et dont la possibilit n'avait mme jamais t nettement entrevue4 ,une telle cration1 ft-elle plus heureusement accomplie1 ne saurait1 videmment1 lever tout--coup cette branche complmentaire de la philosophie naturelle1 qui se rapporte aux phnomnes les plus compliqus1 au niveau rationnel des diverses sciences fondamentales dj constitues1 de celles mme dont le dveloppement est le moins avanc4 ,que cette fondation soit d'abord pousse au point1 non-seulement de constater1 pour tous les bons esprits1 la possibilit actuelle de concevoir et de cultiver la science sociale la manire des sciences pleinement positives1 mais aussi de marquer nettement le vrai caractre philosophique de cette science dfinitive1 et d'en tablir solidement les principales bases1 c'est l1 sans doute1 tout ce qu'il est permis de tenter de nos jours3 en mme temps1 cela suffit essentiellement1 comme j'espre le dmontrer1 nos plus urgentes ncessits intellectuelles1 et mme aux besoins les plus imprieux de la pratique sociale1 surtout actuelle4 ,ainsi rduite1 l'opration n'en demeure pas moins trop tendue encore pour que je puisse lui accorder tout le dveloppement convenable dans un ouvrage qui doit1 avant tout1 rester consacr l'ensemble de la philosophie positive1 o cette science nouvelle ne saurait figurer qu' titre de l'un des lments indispensables1 celui de tous d'ailleurs dont l'importance mrite1 tant d'gards1 de devenir aujourd'hui prpondrante4 ,par un ,trait spcial de philosophie politique1 j'exposerai ultrieurement1 d'une manire directe et complte1 la srie de mes ides sur ce grand sujet1 avec les diverses explications qu'il exige1 et sans ngliger les principales applications usuelles l'tat transitoire des socits actuelles4 ,ici1 je dois ncessairement me restreindre aux considrations les plus gnrales1 en me tenant toujours1 aussi scrupuleusement que possible1 au point de vue strictement scientifique1 sans me proposer d'autre action immdiate que la rsolution de notre anarchie intellectuelle1 vritable source premire de l'anarchie morale1 et ensuite de l'anarchie politique1 dont je n'aurai point ainsi m'occuper directement4 ,mais l'extrme nouveaut d'une semblable doctrine rendrait ces considrations scientifiques presque inintelligibles1 et essentiellement inefficaces1 si cependant mon exposition ne devenait point1 dans ce volume1 l'gard d'une science que je m'efforce de crer1 beaucoup plus explicite et mme plus spciale qu'elle n'a d l'tre dans les volumes prcdents1 o je pouvais supposer le lecteur suffisamment familiaris d'avance avec le fond du sujet4 ,c'est pourquoi1 avant mme d'entrer mthodiquement en matire1 je suis oblig1 afin de placer dfinitivement l'esprit du lecteur au point de vue vraiment convenable1 de consacrer pralablement cette leon et la suivante caractriser sommairement l'importance relle d'une telle opration philosophique1 et l'inanit radicale des principales tentatives dont elle a t jusqu'ici l'objet indirect4 ,l'immense lacune fondamentale que laisse1 videmment1 dans le systme gnral de la philosophie positive1 le dplorable tat d'enfance prolonge o languit encore la science sociale1 devrait suffire1 sans doute1 pour rendre hautement irrcusable1 toute intelligence vritablement philosophique1 la stricte ncessit d'une entreprise destine imprimer enfin l'esprit humain1 si bien prpar dj tous autres gards1 ce grand caractre d'unit de mthode et d'homognit de doctrine1 indispensable la plnitude de son dveloppement spculatif1 et sans lequel mme son activit pratique ne saurait avoir ni assez de noblesse1 ni assez d'nergie4 ,mais1 quelle que soit la profonde gravit intrinsque d'une telle considration1 qui1 vrai dire1 embrasse implicitement toutes les autres1 les meilleurs esprits sont aujourd'hui placs1 relativement aux ides politiques1 un point de vue beaucoup trop superficiel et trop troit pour devenir susceptibles d'en saisir immdiatement la porte effective1 et d'y puiser un motif suffisant de soutenir1 avec persvrance1 la longue et pnible contention qu'exige1 de toute ncessit1 l'accomplissement graduel d'une opration aussi difficile4 l'tat naissant1 aucune science ne saurait tre cultive ni conue isolment de l'art correspondant1 comme je l'ai tabli dans la quarantime leon1 o nous avons reconnu qu'une telle adhrence doit tre naturellement d'autant plus intense et plus prolonge qu'il s'agit d'un ordre de phnomnes plus compliqu4 ,si donc la science biologique elle-mme1 malgr sa constitution plus avance1 nous a paru encore trop troitement attache l'art mdical1 faut-il s'tonner de la tendance habituelle des hommes d'tat ddaigner1 comme de vains jeux d'esprit1 toutes les spculations sociales qui ne sont point immdiatement lies des oprations pratiques8 ,quelque aveugle que soit une semblable disposition1 on doit1 en ce cas1 y persister avec d'autant plus d'opinitret qu'on y croit voir le meilleur prservatif contre l'invasion pernicieuse des vagues et chimriques utopies1 quoique l'exprience la plus dcisive ait certes surabondamment prouv la haute insuffisance de cette prcaution si vante1 qui ne peut nullement empcher le dbordement journalier des plus extravagantes illusions4 ,c'est afin de me conformer1 autant que le comporte la nature de cet ouvrage1 ce qu'il y a de vraiment raisonnable au fond de cette purile injonction1 que je crois devoir destiner cette leon tout entire quelques explications prliminaires sur la relation fondamentale et directe de l'opration1 purement abstraite en apparence1 qui consiste instituer aujourd'hui ce que j'ai nomm la physique sociale#c1 avec l'ensemble des principaux besoins que le dplorable tat des socits actuelles manifeste si nergiquement tous les esprits srieux et clairvoyants4 ,aprs cet claircissement pralable1 sur lequel je serai ainsi dispens de revenir ultrieurement1 tous les vritables hommes d'tat comprendront1 j'espre1 que1 pour ne prtendre aucune application actuelle et spciale1 ce grand travail n'en est pas moins irrcusablement susceptible d'une utilit relle et capitale1 sans laquelle il ne mriterait point1 en effet1 d'intresser la sollicitude de ceux que proccupe par dessus tout1 si juste titre1 l'obligation1 devenue chaque jour plus indispensable et1 en apparence1 plus difficile1 de rsoudre enfin l'effrayante constitution rvolutionnaire des socits modernes4 ,footnote #c3 ,cette expression1 et celle1 non moins indispensable1 de philosophie positive1 ont t construites1 il y a dix-sept ans1 dans mes premiers travaux de philosophie politique4 ,quoique aussi rcens1 ces deux termes essentiels ont dj t en quelque sorte gts par les vicieuses tentatives d'appropriation de divers crivains1 qui n'en avaient nullement compris la vraie destination1 malgr que j'en eusse1 ds l'origine1 par un usage scrupuleusement invariable1 soigneusement caractris l'acception fondamentale4 ,je dois surtout signaler cet abus1 l'gard de la premire dnomination1 chez un savant belge qui l'a adopte1 dans ces dernires annes1 comme titre d'un ouvrage o il s'agit tout au plus de simple statistique4 ,du point de vue lev o nous ont graduellement placs les trois premiers volumes de ce ,trait1 l'ensemble de cette situation sociale se prsente dans tout son jour1 et sous l'aspect le plus simple1 comme essentiellement caractris par une anarchie profonde et de plus en plus tendue1 quoique d'ailleurs de nature purement transitoire1 de tout le systme intellectuel1 pendant le long interrgne qui devait rsulter de la dcadence toujours croissante de la philosophie thologico-mtaphysique1 parvenue1 de nos jours1 une impuissante dcrpitude1 et du dveloppement continu1 mais encore incomplet1 de la philosophie positive1 jusqu'ici trop troite1 trop spciale et trop timide1 pour s'emparer enfin du gouvernement spirituel de l'humanit4 ,c'est jusque l qu'il faut remonter1 afin de saisir rellement l'origine effective de l'tat flottant et contradictoire o nous voyons aujourd'hui toutes les grandes notions sociales1 et qui1 par une invincible ncessit1 trouble si dplorablement la vie morale et la vie politique3 mais c'est aussi l seulement qu'on peut nettement apercevoir le systme gnral des oprations successives1 les unes philosophiques1 les autres politiques1 qui doivent peu peu dlivrer la socit de cette fatale tendance une imminente dissolution1 et la conduire directement une organisation nouvelle1 la fois plus progressive et plus consistante que celle qui reposa sur la philosophie thologique4 ,telle est la proposition capitale dont l'irrcusable dmonstration rsultera spontanment1 j'espre1 de l'ensemble de ce volume1 et qui doit tre ici le sujet sommaire d'une premire bauche d'explication gnrale1 destine surtout caractriser l'impuissance galement radicale des coles politiques les plus opposes1 et constater l'indispensable ncessit d'introduire enfin1 dans ces luttes aussi vaines qu'orageuses1 un esprit entirement nouveau1 seul susceptible1 par son ascendant graduellement universel1 de guider nos socits vers le terme dfinitif de l'tat rvolutionnaire qui s'y dveloppe sans cesse depuis trois sicles4 ,l'ordre et le progrs1 que l'antiquit regardait comme essentiellement inconciliables1 constituent de plus en plus1 par la nature de la civilisation moderne1 deux conditions galement imprieuses1 dont l'intime et indissoluble combinaison caractrise dsormais et la difficult fondamentale et la principale ressource de tout vritable systme politique4 ,aucun ordre rel ne peut plus s'tablir1 ni surtout durer1 s'il n'est pleinement compatible avec le progrs2 aucun grand progrs ne saurait effectivement s'accomplir1 s'il ne tend finalement l'vidente consolidation de l'ordre4 ,tout ce qui indique une proccupation exclusive de l'un de ces deux besoins fondamentaux au prjudice de l'autre1 finit par inspirer aux socits actuelles une rpugnance instinctive1 comme mconnaissant profondment la vraie nature du problme politique4 ,aussi la politique positive sera-t-elle surtout caractrise1 dans la pratique1 par son aptitude tellement spontane remplir cette double indication1 que l'ordre et le progrs y paratront directement les deux aspects ncessairement insparables d'un mme principe1 suivant la proprit essentielle dj graduellement ralise1 certains gards1 pour les diverses classes d'ides devenues maintenant positives4 ,l'ensemble de ce volume ne laissera1 j'espre1 aucun doute sur l'extension effective aux ides politiques de cet attribut gnral du vritable esprit scientifique1 qui reprsente toujours les conditions de la liaison et celles de l'avancement comme originairement identiques4 ,il me suffit1 en ce moment1 d'indiquer rapidement1 ce sujet1 l'aperu fondamental d'aprs lequel les notions relles d'ordre et de progrs doivent tre1 en physique sociale1 aussi rigoureusement indivisibles que le sont1 en biologie1 les notions d'organisation et de vie1 d'o1 aux yeux de la science1 elles drivent videmment4 ,mais l'tat prsent du monde politique est encore trs loign de cette invitable conciliation finale4 ,car1 le vice principal de notre situation sociale consiste1 au contraire1 en ce que les ides d'ordre et les ides de progrs se trouvent aujourd'hui profondment spares1 et semblent mme ncessairement antipathiques4 ,depuis un demi-sicle que la crise rvolutionnaire des socits modernes dveloppe son vrai caractre1 on ne peut se dissimuler qu'un esprit essentiellement rtrograde a constamment dirig toutes les grandes tentatives en faveur de l'ordre1 et que les principaux efforts entrepris pour le progrs ont toujours t conduits par des doctrines radicalement anarchiques4 ,sous ce rapport fondamental1 les reproches mutuels que s'adressent aujourd'hui les partis les plus tranchs1 ne sont1 malheureusement1 que trop mrits4 ,tel est le cercle profondment vicieux dans lequel s'agite si vainement la socit actuelle1 et qui n'admet d'autre issue finale que l'unanime prpondrance d'une doctrine galement progressive et hirarchique4 ,les observations d'aprs lesquelles je vais ici sommairement baucher cette importante apprciation1 sont par leur nature1 essentiellement applicables toutes les populations europennes1 dont la dsorganisation a t rellement commune et mme simultane1 quoiqu' des degrs diffrens et avec diverses modifications1 et qui ne sauraient non plus tre rorganises indpendamment les unes des autres1 bien que assujties un ordre dtermin4 ,cependant1 nous devons plus spcialement avoir en vue la socit franaise1 non-seulement parce que l'tat rvolutionnaire s'y manifeste d'une manire plus complte et plus vidente1 mais aussi comme tant1 au fond1 malgr quelques apparences contraires1 mieux prpare qu'aucune autre1 sous tous les rapports importans1 une vraie rorganisation1 ainsi que je l'tablirai ultrieurement4 ,quelque infinie varit qui semble d'abord exister entre toutes les opinions doues aujourd'hui d'une vritable activit politique1 on reconnat aisment1 par une judicieuse analyse1 qu'elles sont1 au contraire1 circonscrites jusqu' prsent dans une sphre extrmement troite1 puisqu'elles ne consistent rellement qu'en un mlange variable de deux ordres d'ides radicalement antagonistes1 dont le second ne constitue mme1 vrai dire1 qu'une simple ngation du premier1 sans aucun dogme propre et nouveau4 ,la situation actuelle des socits ne peut1 en effet1 devenir intelligible qu'autant qu'on y voit la suite et le dernier terme de la lutte gnrale entreprise1 pendant le cours des trois sicles prcdents1 pour la dmolition graduelle de l'ancien systme politique4 ,or1 d'un tel point de vue1 on aperoit aussitt que si1 depuis cinquante ans1 l'irrvocable dcomposition de ce systme a commenc manifester1 avec une vidence toujours croissante1 l'imprieuse ncessit de la fondation d'un systme nouveau1 le sentiment encore incomplet de ce besoin capital n'a cependant inspir jusqu'ici aucune conception vraiment originale1 directement approprie cette grande destination3 en sorte que les ides thoriques sont aujourd'hui demeures trs infrieures aux ncessits pratiques1 que1 dans l'tat normal de l'organisme social1 elles devancent habituellement1 afin d'en prparer la satisfaction rgulire et paisible4 ,quoique1 ds-lors1 le principal mouvement politique ait d changer entirement de nature1 et de purement critique1 tel qu'il paraissait jusque-l1 tendre de plus en plus devenir distinctement organique1 nanmoins1 par une suite invitable de cette immense lacune philosophique1 il n'a pu cesser encore d'tre toujours uniquement dirig d'aprs les mmes ides qui avaient guid les divers partis pendant la longue dure de la lutte antrieure1 et avec lesquelles tous les esprits s'taient ainsi profondment familiariss4 ,dfenseurs et assaillans de l'ancien systme1 tous1 par une invitable et imperceptible transition1 ont pareillement tent de convertir leurs vieux appareils de guerre en instrumens de rorganisation1 sans souponner leur inaptitude galement ncessaire cette nouvelle opration1 dont la nature repousse1 avec la mme nergie1 les deux sortes de principes1 les uns comme videmment rtrogrades1 les autres comme exclusivement critiques4 ,on ne saurait nier que tel ne soit essentiellement1 encore aujourd'hui1 le dplorable tat intellectuel du monde politique4 ,toutes les ides d'ordre sont uniquement empruntes jusqu'ici l'antique doctrine du systme thologique et militaire1 envisag surtout dans sa constitution catholique et fodale2 doctrine qui1 du point de vue philosophique de ce ,trait1 reprsente incontestablement l'tat thologique de la science sociale3 de mme1 toutes les ides de progrs continuent tre exclusivement dduites de la philosophie purement ngative qui1 issue du protestantisme1 a pris1 au sicle dernier1 sa forme finale et son dveloppement intgral2 et dont les diverses applications sociales1 considres dans leur ensemble1 constituent1 en ralit1 l'tat mtaphysique de la politique4 ,les diverses classes de la socit adoptent spontanment l'une ou l'autre de ces deux directions opposes1 suivant leur disposition naturelle prouver davantage le besoin de conservation ou celui d'amlioration4 ,telle est la cause immdiate qui spare aujourd'hui si profondment les deux principaux aspects de la question sociale1 et qui dtermine si frquemment1 dans la pratique1 l'annulation rciproque des tentatives divergentes dont ils deviennent alternativement l'objet4 chaque nouvelle face que la marche naturelle des vnemens vient faire successivement ressortir dans le besoin fondamental de notre poque1 on remarque l'invariable tendance de l'cole rtrograde proposer1 comme remde unique et universel1 la restauration de la partie correspondante de l'ancien systme politique2 et l'on peut observer aussi la disposition non moins constante de l'cole critique rapporter exclusivement le mal une trop incomplte destruction de ce systme1 d'o rsulte toujours1 comme invitable et uniforme solution1 le conseil de supprimer encore davantage toute puissance rgulatrice#d4 ,rarement1 il est vrai1 surtout aujourd'hui1 chacune de ces deux doctrines antagonistes se prsente dans toute sa plnitude et avec son homognit primitive3 elles tendent de plus en plus n'avoir cette existence exclusive que chez des esprits purement spculatifs4 ,mais1 le monstrueux alliage que1 de nos jours1 on tente d'tablir entre ces principes incompatibles1 et dont les divers degrs caractrisent les diffrentes nuances politiques existantes1 ne saurait1 videmment1 tre dou d'aucune vertu trangre aux lmens qui le composent1 et ne tend1 au contraire1 en ralit1 qu' dvelopper leur neutralisation mutuelle4 ,il est donc indispensable1 pour la justesse et la nettet de notre analyse1 que la politique thologique et la politique mtaphysique soient d'abord envisages chacune isolment et en elle-mme1 sauf considrer ensuite leur antagonisme effectif1 et apprcier enfin les vaines combinaisons qu'on s'est efforc d'instituer entre elles4 ,footnote #d3 ,en n'hsitant point qualifier ici1 avec la consciencieuse fermet d'un esprit franchement scientifique1 les deux tendances ncessaires1 l'une rtrograde1 l'autre anarchique1 de nos principales coles politiques1 je crois devoir indiquer1 une fois pour toutes1 combien je suis loign d'en vouloir tirer la moindre induction dfavorable aux intentions habituelles de leurs partisans respectifs4 ,par principe1 je suis profondment convaincu que1 surtout en politique1 toute mauvaise intention est minemment exceptionnelle1 quoique la plupart des hommes engags dans les luttes sociales soient ordinairement incapables d'apercevoir les plus graves consquences relles des doctrines qu'ils y professent4 ,chaque parti renferme1 sans doute1 un petit nombre d'ambitieux qui1 souvent dnus de toute vraie conviction personnelle1 ne se proposent d'autre but essentiel que d'exploiter la foi commune au profit de leur propre lvation3 ceux-l1 il faut savoir les braver et mme les fltrir au besoin4 ,mais1 cette unique exception prs1 le bon ct de la nature humaine tant videmment le seul qui puisse permettre des associations de quelque tendue et de quelque dure1 aucune opinion politique ne saurait vivre sans avoir rellement en vue le bien public1 quelque troite et imparfaite notion qu'elle s'en forme d'ailleurs4 ,ainsi1 ceux qu'on accuse aujourd'hui le plus justement de tendance rtrograde1 ne veulent certainement que replacer le monde politique dans une situation vraiment normale1 d'o il ne leur semble tre sorti que pour se prcipiter vers l'imminente dissolution de tout ordre social4 ,pareillement1 ceux qui1 leur insu1 tendent vritablement l'anarchie1 ne croient obir qu' l'vidente ncessit de dtruire enfin irrvocablement un systme politique devenu radicalement impropre diriger dsormais la socit4 ,l'erreur fondamentale des uns et des autres ne rsulte mme que d'une proccupation trop exclusive de chacun des deux genres de conditions essentielles dont l'ensemble constitue la vraie dfinition du problme gnral de la politique actuelle4 ,quelque pernicieuse que soit rellement aujourd'hui la politique thologique1 aucun vrai philosophe ne saurait jamais oublier que la formation et le premier dveloppement des socits modernes se sont accomplis sous sa bienfaisante tutelle1 comme je parviendrai1 j'espre1 le faire dignement ressortir dans la partie historique de ce volume4 ,mais il n'est pas moins incontestable que1 depuis environ trois sicles1 son influence a t1 chez les peuples les plus avancs1 essentiellement rtrograde1 malgr les services partiels qu'elle a pu y rendre encore4 ,il serait certainement superflu de s'arrter ici aucune discussion spciale de cette doctrine1 pour constater maintenant sa haute insuffisance ncessaire1 que la marche spontane des vnemens fait chaque jour si nettement ressortir4 ,l'absence dplorable de toute vue relle sur la rorganisation sociale peut seule expliquer l'absurde projet de donner aujourd'hui pour appui l'ordre social un systme politique qui n'a pu se soutenir lui-mme devant le progrs naturel de l'intelligence et de la socit4 ,dans la suite de ce volume1 l'analyse historique des transformations successives qui ont graduellement amen l'entire dissolution du systme catholique et fodal1 dmontrera1 mieux qu'aucune argumentation directe1 combien cette dcadence est dsormais radicale et irrvocable4 ,l'cole thologique ne sait habituellement expliquer une telle dcomposition que par des causes presque fortuites et pour ainsi dire personnelles1 hors de toute proportion raisonnable avec l'immensit des effets observs2 ou bien1 pousse bout1 elle recourt son artifice ordinaire1 et s'efforce1 par une explication surnaturelle1 de rattacher cette grande chane d'vnemens une sorte de mystrieuse fantaisie de la providence1 qui se serait avise de susciter l'ordre social un temps d'preuve1 dont l'poque ni la dure1 pas plus que le caractre1 ne sauraient d'ailleurs tre nullement motivs4 ,nous reconnatrons1 au contraire1 d'aprs l'ensemble des faits historiques1 que toutes les grandes modifications successivement prouves par le systme thologique et militaire ont1 ds l'origine1 et de plus en plus1 constamment tendu vers l'limination complte et dfinitive d'un rgime auquel la loi fondamentale de l'volution sociale assignait ncessairement un office simplement provisoire1 quoique strictement indispensable4 ,il sera1 ds-lors1 vident que tous les efforts dirigs vers la restauration de ce systme1 mme en supposant possible leur succs momentan1 bien loin de pouvoir ramener la socit un tat vraiment normal1 ne sauraient aboutir qu' la replacer dans la situation qui a ncessit la crise rvolutionnaire1 en l'obligeant recommencer plus violemment la destruction d'un rgime qui1 depuis long-temps1 a cess d'tre compatible avec ses progrs principaux4 ,quoique1 par ces motifs1 je doive carter ici toute controverse ce sujet1 je crois nanmoins ncessaire d'y signaler un nouvel aspect philosophique1 qui me parat indiquer le plus simple et le plus sr critrium de la valeur effective d'une doctrine sociale quelconque1 et qui est plus spcialement dcisif contre la politique thologique4 ,envisag du seul point de vue logique1 le problme fondamental de notre rorganisation sociale me semble ncessairement rductible cette unique condition essentielle3 construire une doctrine politique assez rationnellement conue pour que1 dans l'ensemble de son dveloppement actif1 elle puisse toujours tre pleinement consquente ses propres principes4 ,aucune des doctrines existantes ne satisfait aujourd'hui1 mme par une grossire approximation1 cette grande obligation intellectuelle3 toutes renferment1 comme lmens indispensables1 ainsi que je vais l'indiquer sommairement1 des contradictions nombreuses et directes sur la plupart des points importans4 ,c'est surtout en cela que leur profonde insuffisance est le plus nettement caractrise4 ,on peut1 en effet1 poser en principe que la doctrine qui1 relativement aux diverses questions fondamentales de la politique1 aurait fourni des solutions exactement concordantes1 sans que la progression des applications relles l'ament jamais se dmentir1 devrait1 par cette seule preuve indirecte1 tre reconnue suffisamment apte rorganiser la socit2 puisque cette rorganisation intellectuelle doit principalement consister rtablir enfin1 dans le systme profondment troubl de nos diverses ides sociales1 une harmonie relle et durable4 ,quand une telle rgnration ne serait mme d'abord exactement accomplie que dans une seule intelligence 7et il faut bien que1 au dbut1 elle commence ncessairement ainsi71 sa gnralisation plus ou moins prochaine n'en resterait pas moins assure2 car le nombre des esprits ne saurait nullement augmenter les difficults essentielles de la convergence intellectuelle1 et ne peut influer que sur le temps ncessaire sa ralisation4 ,j'aurai soin de signaler1 en cas opportun1 l'minente supriorit que doit1 sous ce rapport1 manifester spontanment la philosophie positive1 qui1 une fois tendue aux phnomnes sociaux1 liera ncessairement les divers ordres des ides humaines beaucoup plus compltement qu'ils n'ont jamais pu l'tre par aucune autre voie4 ,telle est la principale rgle qui1 ds l'origine de mes travaux en philosophie politique1 m'a toujours dirig dans l'exacte apprciation de mes progrs successifs vers la conception d'une vritable doctrine sociale4 ,c'est de la politique thologique qu'on devrait surtout attendre l'entier accomplissement de cette grande condition logique1 dont les difficults fondamentales semblent spontanment annules pour une doctrine qui se borne1 en reproduisant le pass1 coordonner un systme si nettement dfini par une longue application1 et si pleinement dvelopp dans toutes ses diverses parties essentielles1 qu'il parat ncessairement l'abri de toute grave inconsquence4 ,aussi l'cole rtrograde prconise-t-elle habituellement1 comme son attribut caractristique1 la parfaite cohrence de ses ides1 oppose aux frquentes contradictions de l'cole rvolutionnaire4 ,nanmoins1 quoique la politique thologique soit1 en effet1 par des motifs aisment apprciables1 moins inconsquente aujourd'hui que la politique mtaphysique1 il est trs facile de constater chaque jour sa tendance de plus en plus irrsistible aux concessions les plus fondamentales1 directement contraires tous ses principes essentiels4 ,rien n'est plus propre1 sans doute1 qu'un tel ordre d'observations mettre en pleine vidence la profonde inanit actuelle d'une doctrine qui ne possde pas mme1 en ralit1 la qualit la plus spontanment correspondante sa nature4 ,l'ancien systme politique se montre ainsi tellement dtruit dsormais que ses partisans les plus dvous en ont radicalement perdu le vrai sentiment gnral4 ,on peut le reconnatre sans peine1 non-seulement dans la pratique active1 mais aussi chez les esprits purement spculatifs1 mme les plus minens1 modifis1 leur insu1 par l'invincible entranement de leur sicle4 ,quelques exemples saillans suffiront ici pour indiquer au lecteur attentif l'extension facile d'un tel examen4 ,la dmonstration serait trop aise1 si1 comme la rigueur logique l'exigerait videmment1 on considrait d'abord la doctrine rtrograde relativement aux lmens essentiels de la civilisation moderne4 ,il n'est point douteux1 en effet1 que le dveloppement continu et la propagation croissante des sciences1 de l'industrie1 et mme des beaux-arts1 n'aient t historiquement la principale cause originaire1 quoique latente1 de la dcadence radicale du systme thologique et militaire1 dont les pertes spontanes eussent paru1 sans cela1 susceptibles d'une rparation praticable4 ,aujourd'hui1 c'est surtout l'ascendant graduel de l'esprit scientifique qui nous prserve jamais d'aucune rsurrection relle de l'esprit thologique1 dans quelques aberrations rtrogrades que le cours des vnemens puisse momentanment tendre entraner la socit3 de mme1 sous le point de vue temporel1 l'esprit industriel1 chaque jour plus tendu et plus prpondrant1 constitue certainement la garantie la plus efficace contre tout retour srieux de l'esprit militaire ou fodal4 ,quoique les luttes politiques ne soient pas encore ostensiblement tablies entre ces deux couples de principes1 tel n'en est pas moins1 au fond1 le caractre actuel de notre vritable antagonisme social4 ,or1 malgr cette incontestable opposition1 exista-t-il jamais1 dans le dveloppement moderne de la politique thologique1 aucun gouvernement ou mme aucune cole assez pleinement rtrogrades pour oser rellement poursuivre ou seulement concevoir la compression systmatique des sciences1 des beaux-arts1 et de l'industrie8 ,sauf quelques actes isols1 et certains esprits excentriques1 qui1 de loin en loin1 sont venus involontairement dcler l'incompatibilit fondamentale1 n'est-il pas1 au contraire1 vident que tous les pouvoirs tiennent honneur d'encourager leurs progrs journaliers8 ,telle est1 sans doute1 la premire inconsquence actuelle de la politique rtrograde1 annulant ainsi1 par le dveloppement spontan de ses actes journaliers1 ses vains projets gnraux de reconstruction d'un pass dont le sentiment fondamental est dsormais involontairement perdu pour tous les hommes d'tat4 ,bien que la moins apparente1 cette contradiction devrait sembler la plus fondamentale et la plus dcisive1 prcisment comme tant plus universelle et plus instinctive qu'aucune autre4 ,celui qui1 de nos jours1 a le plus fortement conu et le plus vigoureusement poursuivi la rtrogradation politique1 ,bonaparte lui-mme1 indpendamment de ses autres incohrences1 n'a-t-il pas sincrement tent de s'riger1 aprs tant d'autres chefs de la mme cole1 en protecteur dclar de l'industrie1 des beaux-arts1 et des sciences8 ,les esprits purement spculatifs n'chappent gure davantage cette irrsistible tendance1 quoique bien plus aisment susceptibles1 par leur position1 de s'isoler du mouvement gnral4 ,qu'on analyse1 par exemple1 les vaines tentatives si frquemment renouveles1 depuis deux sicles1 par tant d'intelligences distingues et quelquefois suprieures1 pour subordonner1 suivant la formule thologique1 la raison la foi2 il sera facile d'en reconnatre la constitution radicalement contradictoire1 qui tablit la raison elle-mme juge suprme d'une telle soumission1 dont l'intensit et la dure dpendent uniquement ainsi de ses dcisions variables1 rarement trop svres4 ,le plus minent penseur de l'cole catholique actuelle1 l'illustre de ,maistre1 a rendu lui-mme un tmoignage1 aussi clatant qu'involontaire1 cette invitable ncessit de sa philosophie1 lorsque1 renonant tout appareil thologique1 il s'est efforc1 dans son principal ouvrage1 de fonder le rtablissement de la suprmatie papale sur de simples raisonnemens historiques et politiques1 d'ailleurs1 certains gards1 admirables1 au lieu de se borner le commander directement de droit divin1 seul mode pleinement en harmonie avec la nature d'une semblable doctrine1 et qu'un tel esprit1 une autre poque1 n'et point hsit sans doute suivre exclusivement1 si l'tat gnral de l'intelligence humaine n'en et pas empch1 mme chez lui1 l'entire prpondrance4 ,une vrification aussi dcisive doit dispenser ici de toute indication ultrieure ce sujet4 ,considrons maintenant des incohrences plus directes1 et qui1 quoique tant rellement moins profondes1 doivent naturellement frapper davantage1 en ce qu'elles montrent une flagrante contradiction mutuelle entre les diverses parties essentielles d'une mme doctrine4 ,l'examen attentif du pass nous offrira plus tard1 sous ce rapport1 de nombreuses et irrcusables preuves1 puisque la dmolition effective de l'ancien systme politique a t surtout opre par le violent antagonisme rciproque des principaux pouvoirs qui le constituaient4 ,mais1 en se bornant ici1 comme l'exige la nature de ce chapitre prliminaire1 la simple observation de l'poque actuelle1 on peut journellement constater1 chez les diffrentes sections de l'cole rtrograde1 un tat prononc d'opposition directe divers points fondamentaux de leur doctrine commune4 ,le cas le plus important de ce genre consiste1 sans doute1 dans l'trange unanimit que manifeste cette cole consentir la suppression relle de la principale base du systme catholique et fodal1 en renonant la division capitale entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel1 ou1 ce qui revient au mme1 en acquiesant la subalternisation gnrale du premier envers le second4 ,c'est peut-tre la seule grande notion politique sur laquelle tous les partis s'accordent aujourd'hui essentiellement1 quoique la saine philosophie n'y puisse voir qu'une aberration profondment funeste1 d'ailleurs momentanment invitable4 cet gard1 les rois ne se montrent certes pas moins rvolutionnaires que les peuples2 et les prtres eux-mmes1 non-seulement dans les divers pays protestans1 mais aussi chez les nations restes nominalement catholiques1 ont ainsi ratifi volontairement leur propre dgradation politique1 soit en vue d'un ignoble intrt1 soit1 tout au moins1 d'aprs un vain esprit d'troite nationalit4 ,comment les uns ou les autres pourraient-ils1 ds-lors1 rver la restauration contradictoire d'un systme qu'ils ont aussi radicalement mconnu8 ,la runion pralable de toutes les innombrables sectes engendres par la dcadence croissante du christianisme1 devrait constituer1 cet gard1 une indispensable opration prliminaire4 ,or1 les projets phmres tents dans ce sens1 surtout en ,allemagne1 par quelques hommes d'tat contemporains1 ont toujours rapidement chou devant l'aveugle mais insurmontable obstination des divers gouvernemens retenir la direction suprme du pouvoir thologique1 dont l'indispensable centralisation devenait aussitt impossible4 ,sous ce rapport1 les brutales inconsquences de ,bonaparte1 au milieu de ses vains efforts pour rtablir l'ancien systme politique1 n'ont fait que reproduire plus vivement un exemple dj trs familier tant d'autres princes4 ,quand1 aprs sa chute1 les rois ont entrepris d'instituer de concert1 contre le dveloppement ultrieur de l'tat rvolutionnaire1 un haut pouvoir europen1 ils n'ont pas mme pens la moindre participation de l'ancienne autorit spirituelle1 dont ils usurpaient ainsi compltement l'attribut le plus lgitime4 ,cette usurpation a t spontanment excute d'une manire tellement radicale que ce conseil suprme s'est trouv1 en grande partie1 compos de chefs hrtiques1 et domin par un prince schismatique1 ce qui rendait sensible tous les yeux l'impossibilit d'y introduire1 aucun titre1 le pouvoir papal1 comme ,m4 l'abb de ,la ,mennais l'avait autrefois justement remarqu1 avant sa conversion rvolutionnaire4 ,sans doute1 ce n'est pas seulement de nos jours que les rois1 et mme les papes1 ont1 beaucoup d'gards essentiels1 directement subordonn l'application de leurs principes religieux aux intrts immdiats de leur domination temporelle4 ,mais de telles inconsquences1 outre qu'elles sont devenues aujourd'hui plus nombreuses et plus profondes1 se prsentent surtout comme bien plus dcisives1 en montrant quel point la pense fondamentale de l'ancien systme politique a cess d'tre prpondrante chez ceux mmes qui en ont entrepris avec le plus d'ardeur la chimrique restauration1 ainsi qu'on a pu le voir en tant de grandes occasions contemporaines1 par exemple1 l'gard de la ,grce1 de la ,pologne1 etc4 ,cet esprit d'incohrence et de division de l'cole rtrograde s'est frquemment manifest de nos jours1 tous les vrais observateurs1 sous des formes trs varies1 mais galement significatives1 soit dans les triomphes partiels et momentans de la politique thologique1 soit dans ses revers4 ,pour un parti aussi fier de sa prtendue cohsion1 la possession du pouvoir devait sans doute rallier naturellement toutes les nuances secondaires vers la ralisation fondamentale d'une doctrine dont on avait tant vant la liaison et l'homognit4 ,n'avons-nous pas vu1 au contraire1 pendant de longues annes1 les scissions les plus prononces clater successivement entre les subdivisions de plus en plus nombreuses de ce parti triomphant1 et servir enfin d'instrument immdiat sa chute politique8 ,malgr l'intime et vidente relation de leurs causes1 les partisans du catholicisme et ceux de la fodalit ne se sont-ils pas alors violemment spars8 ,parmi ces derniers1 les dfenseurs de l'aristocratie et ceux de la royaut ne se sont-ils pas mutuellement combattus8 ,en un mot1 cette courte priode n'a-t-elle point successivement reproduit1 sous nos yeux1 l'effective manifestation1 irrcusable quoique sommaire1 des mmes principes essentiels de discorde et de dcomposition qui1 lentement dvelopps pendant les sicles antrieurs1 avaient rellement dtermin l'irrvocable dissolution du systme thologique et fodal8 ,si1 par impossible1 un succs analogue venait se renouveler1 je ne crains pas d'affirmer que1 malgr cette exprience formelle1 des sparations beaucoup plus prononces encore clateraient ncessairement1 et plus tt1 dans l'intrieur du parti rtrograde1 par l'influence invitable de l'incompatibilit chaque jour plus complte et mieux sentie de l'tat social actuel avec l'ancien systme politique1 dont la vritable pense gnrale tend mme de plus en plus s'effacer et se perdre entirement chez ses plus zls partisans4 ,plus la politique thologique trouve aujourd'hui se dvelopper et s'appliquer1 plus elle engendre d'inconciliables subdivisions1 que dissimule le vague assentiment accord ses principes gnraux1 tant qu'ils sont contenus l'tat spculatif3 c'est1 du point de vue scientifique1 le symptme ordinaire de toute thorie incompatible avec les faits4 ,depuis que la mmorable secousse de #ahcj a fait passer le parti rtrograde la simple condition d'opposant1 son incohrence radicale s'est manifeste d'une autre manire non moins dcisive1 qui1 sans tre vraiment nouvelle1 n'avait jamais t jusqu'ici aussi pleinement caractrise4 ,pendant le cours des trois derniers sicles1 ce parti1 quand il tait rduit la dfensive1 recourut spontanment plus d'une fois aux principes essentiels de la doctrine rvolutionnaire1 sans reculer devant le danger final d'une aussi monstrueuse inconsquence4 ,on put voir1 par exemple1 l'cole catholique invoquant formellement le dogme de la libert de conscience1 au sujet de ses co-religionnaires d',angleterre1 et surtout d',irlande1 etc41 tout en continuant rclamer l'nergique rpression du protestantisme en ,france1 en ,autriche1 etc4 ,lorsque1 dans notre sicle1 la coalition des rois a voulu enfin soulever srieusement l',europe contre l'intolrable domination de ,bonaparte1 elle a solennellement rendu le tmoignage le moins quivoque l'impuissance de la doctrine rtrograde et l'nergie de la doctrine critique1 en renonant1 dans cette circonstance capitale1 se servir de la premire1 pour invoquer uniquement la seconde1 qu'elle reconnaissait ainsi involontairement seule susceptible aujourd'hui d'exercer une action relle sur les populations civilises1 sans cesser nanmoins1 par la plus trange contradiction1 d'avoir ultrieurement en vue la restauration finale de l'ancien systme politique4 ,mais cet aveu implicite de la dcrpitude irrvocable de la politique thologique ne put tre1 aucune poque1 aussi complet et aussi dcisif que nous le voyons aujourd'hui1 o l'cole rtrograde1 s'efforant de systmatiser son usage le corps entier de la doctrine critique1 entreprend1 sous nos yeux1 comme ressource extrme1 la vaine rsurrection du rgime catholique et fodal l'aide des principes mmes qui ont effectivement servi le dtruire1 et dont elle n'hsite plus ratifier spculativement les consquences les plus anarchiques3 une telle subversion ne paraissant d'ailleurs motive que sur un simple changement survenu dans le personnel de la royaut1 sans que le vrai caractre du principal mouvement politique ait t1 du reste1 aucunement modifi4 ,ceux qui prsident cette singulire mtamorphose1 passent pour les habiles par excellence du parti dont ils signent aussi catgoriquement l'abdication politique1 et mme1 certains gards1 la dgradation morale#e6 ,footnote #e3 ,les opinions littraires pouvant offrir1 convenablement analyses1 un reflet fidle et instructif de l'tat gnral de l'esprit humain chaque poque1 je crois convenable d'indiquer ici1 comme une utile vrification nouvelle de cette inconsquence caractristique des partis actuels1 la correspondance directement contradictoire que l'on peut observer entre les deux camps opposs en littrature et en politique4 ,chacun se souvient que le romantisme s'introduisit en ,france1 ds le commencement de ce sicle1 sous les auspices de l'cole catholico-fodale1 qui se fit long-temps une sorte d'obligation de parti de prconiser les plus monstrueuses aberrations des novateurs littraires2 tandis que l'cole rvolutionnaire dfendant1 au contraire1 avec ardeur la vieille lgitimit classique1 tenta mme plus d'une fois de la placer sous la ridicule protection de rglemens officiels4 ,une telle mprise ne tenait1 sans doute1 de part et d'autre1 qu' ce que la littrature romantique se produisit d'abord comme essentiellement voue la reprsentation des temps chrtiens et fodaux1 pendant que la littrature classique paraissait exclusivement consacre l'antiquit payenne et rpublicaine4 ,ce rapprochement superficiel1 tout -fait indpendant du vrai caractre fondamental de chaque systme littraire1 a nanmoins suffi pour que1 les uns en l'honneur et les autres par aversion de catholicisme1 aient galement ferm les yeux sur l'inconsquence vidente d'une semblable apprciation1 compare aux principes gnraux d'autorit absolue ou de libert indfinie dont ils s'efforaient respectivement d'tablir la prpondrance politique4 ,la rpartition des opinions littraires commence s'effectuer sans doute d'une manire plus conforme aux lois ordinaires de l'analogie1 en ce sens du moins que l'anarchie politique cesse maintenant de rpudier l'anarchie littraire4 ,mais le mode primitif1 d'ailleurs si rcent1 n'en laisse pas moins des traces pleinement suffisantes encore pour faire ressortir la ralit de l'observation prcdente4 ,aprs de telles observations1 que chacun peut aisment prolonger1 il serait certainement inutile de s'arrter davantage constater ici l'impuissance radicale d'une doctrine qui1 profondment antipathique la civilisation actuelle1 contient d'ailleurs aujourd'hui tant d'lmens directement contraires ses propres principes fondamentaux1 et ne peut pas mme rallier1 en ralit1 ni dans les succs1 ni dans les revers1 ses divers partisans1 quoiqu'elle leur offre1 dans le pass1 le type le mieux dfini1 dont l'assidue contemplation semblerait devoir prvenir toute grave divergence4 ,on sait que de ,maistre a reproch au grand ,bossuet1 et1 certains gards1 avec raison1 surtout en ce qui concerne l'glise gallicane1 d'avoir srieusement mconnu la vraie nature politique du catholicisme2 il ne serait pas difficile1 comme je l'ai ci-dessus indiqu1 de signaler aussi1 chez le clbre auteur du ,pape1 plusieurs inconsquences1 sinon analogues1 du moins quivalentes4 ,et l'on prtendrait rorganiser les socits modernes d'aprs une thorie assez dcrpite pour n'tre plus1 depuis long-temps1 suffisamment comprise1 mme de ses plus illustres interprtes6 ,en soumettant1 son tour1 la politique mtaphysique une pareille apprciation1 il faut1 avant tout1 ne jamais perdre de vue que sa doctrine1 quoique exclusivement critique1 et par suite purement rvolutionnaire1 n'en a pas moins mrit long-temps la qualification de progressive1 comme ayant en effet prsid aux principaux progrs politiques accomplis dans le cours des trois derniers sicles1 et qui devaient tre essentiellement ngatifs4 ,cette doctrine pouvait seule irrvocablement dtruire un systme qui1 aprs avoir dirig les premiers dveloppemens de l'esprit humain et de la socit1 tendait ensuite1 par sa nature1 perptuer indfiniment leur enfance4 ,aussi le triomphe politique de l'cole mtaphysique devait-il constituer1 comme pour tout autre ordre d'ides1 une indispensable prparation l'avnement social de l'cole positive1 laquelle est exclusivement rserve la terminaison relle de l'poque rvolutionnaire1 par la fondation dfinitive d'un systme aussi progressif que rgulier4 ,si1 conu dans un sens absolu1 chacun des dogmes qui composent la doctrine critique ne peut manifester1 en effet1 qu'un caractre directement anarchique1 la partie historique de ce volume dmontrera clairement que1 considr son origine1 et restreint l'ancien systme1 contre lequel il fut toujours videmment institu1 il tablit1 au contraire1 une condition ncessaire1 quoique simplement provisoire1 d'une nouvelle organisation politique1 jusqu' l'apparition de laquelle la dangereuse activit de cet appareil destructif ne peut ni ne doit entirement cesser4 ,par une ncessit1 aussi vidente que dplorable1 inhrente notre faible nature1 le passage d'un systme social un autre ne peut jamais tre direct et continu2 il suppose toujours1 pendant quelques gnrations au moins1 une sorte d'interrgne plus ou moins anarchique1 dont le caractre et la dure dpendent de l'intensit et de l'tendue de la rnovation oprer3 les progrs politiques les plus sensibles se rduisent alors essentiellement la dmolition graduelle de l'ancien systme1 toujours min d'avance dans ses divers fondemens principaux4 ,ce renversement pralable est non-seulement invitable1 par la seule force des antcdens qui l'amnent1 mais mme strictement indispensable1 soit pour permettre aux lmens du systme nouveau1 qui s'taient jusqu'alors lentement dvelopps en silence1 de recevoir peu peu l'institution politique1 soit encore afin de stimuler la rorganisation par l'exprience des inconvniens de l'anarchie4 ,outre ces motifs incontestables1 faciles apprcier aujourd'hui1 une considration nouvelle1 purement intellectuelle1 que je dois ici plus prcisment indiquer1 me semble propre mettre en une plus parfaite vidence l'obligation directe d'une telle marche1 en dmontrant que1 sans cette destruction pralable1 l'esprit humain ne pourrait mme s'lever nettement la conception gnrale du systme constituer4 ,la dbile porte de notre intelligence1 et la brivet de la vie individuelle compare la lenteur du dveloppement social1 retiennent notre imagination1 surtout l'gard des ides politiques1 vu leur complication suprieure1 sous la plus troite dpendance du milieu effectif dans lequel nous vivons actuellement4 ,mme les plus chimriques utopistes1 qui croient s'tre entirement affranchis de toute condition de ralit1 subissent1 leur insu1 cette insurmontable ncessit1 en refltant toujours fidlement par leurs rveries l'tat social contemporain4 plus forte raison1 la conception d'un vritable systme politique1 radicalement diffrent de celui qui nous entoure1 doit-elle excder les bornes fondamentales de notre faible intelligence4 ,l'tat d'enfance et d'empirisme o la science sociale a jusqu'ici constamment langui1 a d d'ailleurs contribuer sans doute rendre plus imprieuse et surtout plus troite cette obligation naturelle4 ,ainsi1 ne considrer mme les rvolutions sociales que dans leurs simples conditions intellectuelles1 la dmolition trs avance du systme politique antrieur y constitue videmment un indispensable prambule1 sans lequel ni les plus minens esprits ne sauraient apercevoir nettement la vraie nature caractristique du systme nouveau1 profondment dissimule par le spectacle prpondrant de l'ancienne organisation1 ni enfin1 en supposant surmonte cette premire difficult1 la raison publique ne pourrait se familiariser assez avec cette nouvelle conception pour en seconder la ralisation graduelle par son invitable participation4 ,la plus forte tte de toute l'antiquit1 le grand ,aristote1 a t lui-mme tellement domin par son sicle qu'il n'a pu seulement concevoir une socit qui ne ft point ncessairement fonde sur l'esclavage1 dont l'irrvocable abolition a nanmoins commenc quelques sicles aprs lui4 ,une vrification aussi dcisive doit faire apprcier suffisamment l'empire effectif d'une telle obligation gnrale1 que l'histoire des sciences manifeste d'ailleurs hautement par tant d'exemples irrcusables1 mme l'gard d'ides beaucoup plus simples que les ides politiques4 ,ces diverses considrations fondamentales sont1 par leur nature1 minemment applicables l'immense rvolution sociale au milieu de laquelle nous vivons1 et dont l'ensemble des rvolutions antrieures n'a rellement constitu qu'un indispensable prliminaire4 ,la rnovation n'ayant jamais pu tre jusque alors aussi profonde ni aussi tendue1 comment la socit aurait-elle chapp ici cette condition de renversement pralable1 qu'elle avait prcdemment subie dans des transformations bien moins capitales8 ,sans doute1 il et t trs prfrable que la chute de l'ancien systme politique se ft retarde jusqu'au moment o le nouveau systme aurait t propre lui succder immdiatement1 en prvenant toute discontinuit organique4 ,mais cette utopique supposition est trop hautement contradictoire avec les plus videntes conditions de la nature humaine1 pour mriter aucun examen srieux4 ,si1 malgr la dmolition dj presque entirement accomplie1 les plus minens esprits n'aperoivent encore que dans une vague obscurit le vrai caractre de la rorganisation sociale1 qu'tait-ce donc quand l'ancien systme en pleine vigueur devait immdiatement interdire tout aperu quelconque d'un tel avenir6 ,il est1 au contraire1 vident qu'une lutte plus intense et plus prolonge contre le rgime antrieur1 a d ncessiter un dveloppement plus nergique et une concentration plus systmatique de l'action rvolutionnaire1 directement rattache enfin1 pour la premire fois1 une doctrine complte de ngation mthodique et continue de tout gouvernement rgulier4 ,telle est la source ncessaire et pleinement lgitime de la doctrine critique actuelle2 d'o l'on peut apercevoir nettement la vritable explication gnrale1 soit des indispensables services que cette doctrine a rendus jusqu'ici1 soit des obstacles essentiels qu'elle oppose maintenant la rorganisation finale des socits modernes4 tudi son origine historique1 chacun de ses divers dogmes principaux ne constitue rellement1 comme je l'tablirai plus tard1 que le rsultat transitoire de la dcadence correspondante de l'ancien ordre social1 dont cette systmatisation abstraite a d1 par une raction naturelle1 acclrer beaucoup la dcomposition spontane1 ds-lors irrvocablement formule4 ,malheureusement1 le caractre essentiel d'une telle opration philosophique1 et surtout l'esprit mtaphysique qui a d prsider son accomplissement1 devaient graduellement conduire concevoir comme absolue1 une doctrine que sa destination ncessaire rendait si videmment relative au seul systme qu'elle avait dtruire4 ,si ce grand travail critique pouvait recommencer aujourd'hui1 peut-tre ne serait-il point impossible1 en l'entreprenant du point de vue positif1 de construire en effet la doctrine rvolutionnaire1 en lui conservant avec soin toute son nergique efficacit contre l'ancien ordre social1 sans l'riger en obstacle systmatique toute organisation quelconque3 j'espre1 du moins1 parvenir dmontrer que cette doctrine peut tre ainsi conue et utilise dsormais1 dans une intention organique1 et nanmoins sans aucune inconsquence1 pendant toute la priode d'activit plus ou moins indispensable qui devra lui rester encore jusqu' la formation suffisamment bauche du nouveau systme politique4 ,mais1 laissons aux esprits vulgaires la purile satisfaction de blmer injustement la conduite politique de nos pres1 tout en profitant des progrs indispensables que nous devons leur nergique persvrance1 et qui seuls peuvent nous permettre aujourd'hui de concevoir plus rationnellement l'ensemble de la politique moderne4 ,un esprit mtaphysique1 et1 par suite1 absolu1 devait ncessairement diriger la formation effective de la doctrine rvolutionnaire ou anti-thologique1 puisque1 sans la prpondrance pralable de cette doctrine1 notre intelligence n'et jamais pu s'tablir rellement au point de vue positif1 suivant ma thorie fondamentale du vrai dveloppement gnral de la raison humaine4 ,enfin1 par une considration plus spciale et plus directe1 ce caractre invitablement absolu1 imprim d'abord aux dogmes critiques1 pouvait seul dvelopper assez leur nergie fondamentale pour les rendre susceptibles d'atteindre pleinement leur destination propre1 en luttant avec succs contre la puissance alors si imposante qui restait encore l'ancien systme politique4 ,car1 si l'on et tent jusqu'ici de subordonner des conditions quelconques l'application relle des principes critiques1 comme ces conditions ne pouvaient tre empruntes au nouvel ordre social1 dont la vraie nature gnrale demeure1 mme aujourd'hui1 essentiellement indtermine chez les plus hautes intelligences1 il est vident que de semblables restrictions1 ds-lors uniquement drives de l'ordre existant1 auraient invitablement produit l'annulation politique de la doctrine rvolutionnaire4 ,tel est1 en aperu1 le mode fondamental suivant lequel l'indispensable ngation du rgime thologique et fodal a d se convertir spontanment en ngation systmatique de tout ordre vraiment rgulier4 ,mais1 quelque satisfaisante que soit logiquement une pareille explication1 cette dplorable ncessit finale n'en dtermine pas moins aujourd'hui les plus pernicieuses consquences1 qui1 dissimules naturellement tant que la lutte contre l'ancien systme a d constituer le principal objet de la politique active1 se manifestent1 avec une gravit toujours croissante1 depuis que ce systme est assez dtruit pour permettre et mme pour exiger l'laboration directe du systme nouveau4 ,c'est ainsi que1 par une exagration1 abusive quoique invitable1 la mtaphysique rvolutionnaire1 aprs avoir rempli1 pour la dmolition du rgime thologique et fodal1 un indispensable office prliminaire dans le dveloppement gnral des socits modernes1 tend dsormais de plus en plus1 en vertu de l'essor qu'elle a d imprimer l'esprit d'anarchie1 entraver radicalement l'institution finale de ce mme ordre politique dont sa protection ncessaire a tant prpar jusqu'ici le salutaire avnement4 ,quand le cours naturel des vnemens a conduit aussi spontanment une doctrine quelconque devenir directement hostile sa destination primordiale1 une telle subversion constitue sans doute1 le symptme le moins quivoque de sa prochaine dcadence invitable1 ou elle annonce1 du moins1 que son activit doit bientt cesser d'tre prpondrante4 ,nous savons dj que la politique thologique ou rtrograde1 qui n'a de prtentions qu' l'ordre1 est devenue1 vrai dire1 aussi essentiellement perturbatrice aujourd'hui1 quoique d'une autre manire1 que la politique mtaphysique ou rvolutionnaire4 ,si donc celle-ci1 dont la seule qualit fondamentale n'a pu tre que de servir jusqu'ici d'instrument gnral au progrs politique1 constitue maintenant un obstacle direct au principal dveloppement social1 cette double dmonstration sera certainement la plus propre mettre en pleine vidence la ncessit fondamentale de remplacer dsormais1 par une doctrine vraiment nouvelle1 deux doctrines plus ou moins surannes1 dont chacune tmoigne ainsi son impuissance finale atteindre rellement le but mme qu'elle s'tait trop exclusivement propos4 ,cet examen tant surtout fort grave envers la politique mtaphysique1 la seule qui mrite aujourd'hui une discussion srieuse1 comme ayant seule tendu produire une apparence de systme nouveau1 je crois devoir ici arrter spcialement l'attention du lecteur sur ce point capital1 dont l'claircissement doit jeter une lumire si indispensable1 quoique simplement provisoire1 sur le vrai caractre fondamental de la socit actuelle4 ,sous quelque aspect qu'on l'envisage1 l'esprit gnral de la mthaphysique rvolutionnaire consiste toujours riger systmatiquement en tat normal et permanent la situation ncessairement exceptionnelle et transitoire qui devait se dvelopper chez les nations les plus avances1 depuis que l'impuissance de l'ancien ordre politique diriger dsormais le mouvement social avait commenc y devenir irrcusable1 jusqu' la manifestation suffisamment caractrise d'un ordre nouveau4 ,considre dans son ensemble1 cette doctrine1 par une subversion directe et totale des notions politiques les plus fondamentales1 reprsente le gouvernement comme tant1 par sa nature1 l'ennemi ncessaire de la socit1 contre lequel celle-ci doit se constituer soigneusement en tat continu de suspicion et de surveillance1 dispose sans cesse restreindre de plus en plus sa sphre d'activit1 afin d'empcher ses empitemens1 en tendant finalement ne lui laisser d'autres attributions relles que les simples fonctions de police gnrale1 sans aucune participation essentielle la suprme direction de l'action collective et du dveloppement social4 ,mais1 malgr l'exactitude vidente d'une telle apprciation1 la doctrine critique serait trop imparfaitement juge si cette ngation systmatique de tout vritable gouvernement1 aprs avoir t regarde comme une suite invitable de la dcadence du rgime ancien1 n'tait point envisage aussi comme une condition temporairement indispensable la pleine efficacit de la lutte qui devait prparer l'avnement du rgime nouveau1 ainsi que je l'expliquerai spcialement en analysant plus tard cette dernire phase historique de l'volution sociale4 ,il est1 sans doute1 trs dplorable que1 pour remplir suffisamment cette condition prliminaire1 l'esprit humain ait t forc de concevoir comme absolue et indfinie une doctrine qui1 depuis qu'elle n'est plus exclusivement employe la dmolition de l'ancien ordre politique1 tend ainsi de plus en plus devenir un obstacle direct toute vraie rorganisation4 ,nanmoins1 ce grave inconvnient doit sembler1 du point de vue philosophique1 malheureusement insparable de notre faible nature4 ,non-seulement un tel caractre a d spontanment rsulter de l'tat ncessairement mtaphysique o notre intelligence tait alors renferme2 mais1 en outre1 une opration sociale1 dont l'accomplissement devait exiger deux ou trois sicles1 aurait-elle pu1 mme dans l'tat le plus avanc de la raison publique1 ne point passer pour absolue et dfinitive1 aux yeux du vulgaire8 ,enfin1 ce qu'il faut surtout considrer1 c'est que1 sans un tel attribut1 la mtaphysique rvolutionnaire et t ncessairement impuissante remplir convenablement son office essentiel contre l'ancien systme politique4 ,car1 la vritable nature du systme nouveau tant profondment inconnue1 si toute puissance directrice n'avait pas t1 par une sorte de dogme formel1 radicalement dnie au gouvernement1 elle et t1 en ralit1 invitablement conserve ou rendue aux pouvoirs mmes qu'il s'agissait de dtruire1 puisqu'ils prtendaient seuls une semblable attribution1 sans qu'on pt encore concevoir aucune meilleure manire de l'exercer4 ,en considrant maintenant la doctrine critique sous un point de vue plus spcial1 il est vident que le droit absolu du libre examen1 ou le dogme de la libert illimite de conscience1 constitue son principe le plus tendu et le plus fondamental1 surtout en n'en sparant point ses consquences les plus immdiates1 relatives la libert de la presse1 de l'enseignement1 ou de tout autre mode quelconque d'expression et de communication des opinions humaines4 ,c'est essentiellement par l que toutes les intelligences1 quelles que soient leurs vaines intentions spculatives1 ont aujourd'hui rellement adhr1 d'une manire plus ou moins explicite1 l'esprit gnral de la doctrine rvolutionnaire1 dont elles font ainsi1 les unes sciemment1 les autres en contradiction avec leurs propres thories1 un usage spontan et continu4 ,le droit individuel d'examen souverain sur toutes les questions sociales devait trop flatter l'orgueilleuse faiblesse de notre intelligence1 pour que les conservateurs les plus systmatiques de l'ancien rgime social pussent eux-mmes rsister un tel appt1 et se rsignassent demeurer seuls humbles et soumis1 au milieu d'esprits pleinement livrs l'irrsistible lan de leur complte mancipation4 ,aussi1 la contagion rvolutionnaire est-elle devenue1 sous ce rapport fondamental1 vritablement universelle1 et constitue-t-elle un des principaux caractres des moeurs sociales propres au sicle actuel4 ,dans la vie journalire1 les plus zls partisans de la politique thologique ne se montrent1 d'ordinaire1 gure moins disposs maintenant que leurs adversaires juger exclusivement d'aprs leurs lumires personnelles1 en tranchant1 avec non moins de hardiesse et de lgret1 les dbats les plus difficiles1 et sans tmoigner plus de dfrence relle envers leurs vrais suprieurs intellectuels4 ,ceux mme qui1 par leurs crits1 se constituent les dfenseurs philosophiques du gouvernement spirituel1 ne reconnaissent1 au fond1 comme les rvolutionnaires qu'ils attaquent1 d'autre vritable autorit suprme que celle de leur propre raison1 dont l'irritable infaillibilit est toujours prte s'insurger contre toute contradiction1 dt-elle maner des pouvoirs qu'ils prconisent le plus4 ,je signale de prfrence chez le parti rtrograde cette invasion gnrale de l'esprit critique1 qui caractrise la doctrine rvolutionnaire proprement dite1 afin de faire mieux ressortir l'tendue et la gravit d'une telle situation des intelligences4 ,historiquement envisag1 le dogme du droit universel1 absolu1 et indfini d'examen1 n'est rellement1 comme je l'tablirai en son lieu1 que la conscration1 sous la forme vicieusement abstraite commune toutes les conceptions mtaphysiques1 de l'tat passager de libert illimite o l'esprit humain a t spontanment plac1 par une suite ncessaire de l'irrvocable dcadence de la philosophie thologique1 et qui doit naturellement durer jusqu' l'avnement social de la philosophie positive#f4 ,en formulant cette absence effective de rgles intellectuelles1 il a1 par une raction invitable1 puissamment concouru acclrer et propager la dissolution finale de l'ancien pouvoir spirituel4 ,cette formule ne pouvait manquer d'tre absolue1 puisqu'on ne pouvait alors aucunement souponner le terme ncessaire que la marche gnrale de la raison humaine devait assigner l'tat transitoire qu'elle consacrait1 et qui semble encore constituer mme aujourd'hui1 pour tant d'esprits clairs1 un tat dfinitif4 ,d'une autre part1 il est ici trs vident que1 abstraction faite de l'impossibilit manifeste d'une telle apprciation1 ce caractre absolu tait strictement indispensable pour que ce dogme pt remplir1 avec l'nergie suffisante1 sa destination rvolutionnaire4 ,car1 s'il et fallu subordonner le droit d'examen des restrictions quelconques1 l'esprit humain les aurait ncessairement empruntes aux seuls principes qu'il pt rellement concevoir1 c'est--dire ceux mmes de l'ancien systme social1 dont l'indispensable destruction et t ainsi directement entrave par l'opration philosophique qui n'avait d'autre objet essentiel que de la faciliter4 ,mieux on analysera cette phase singulire de notre dveloppement social1 plus on sera convaincu1 je crois1 que sans la conqute et l'usage de cette libert illimite de penser1 aucune vraie rorganisation ne pouvait tre prpare1 puisque les principes qui doivent y prsider n'auraient pu mme tre primitivement recherchs si les philosophes n'avaient exerc1 dans toute sa plnitude1 le droit d'examen2 et que1 d'ailleurs1 si le public ne se ft point aussi attribu la mme facult1 la discussion fondamentale qui doit invitablement prcder et dterminer le triomphe effectif de ces principes serait devenue radicalement impossible4 ,quand de tels principes auront ainsi t tablis1 leur irrsistible prpondrance tendra faire rentrer enfin le droit d'examen dans ses limites vraiment normales et permanentes1 qui consistent1 en gnral1 discuter1 sous les conditions intellectuelles convenables1 la liaison relle des diverses consquences avec des rgles fondamentales uniformment respectes4 ,jusque alors1 les opinions mme qui plus tard seront effectivement destines soumettre les intelligences une exacte discipline continue1 en formulant les bases essentielles du nouvel ordre social1 ne peuvent d'abord se manifester qu'au titre universel de simples penses individuelles1 produites en vertu du droit absolu d'examen1 puisque leur suprmatie lgitime ne peut ultrieurement rsulter que de l'assentiment volontaire par lequel le public les consacrera1 l'issue finale de la plus libre discussion4 ,toute autre manire de procder la rorganisation spirituelle1 serait ncessairement illusoire1 et pourrait tre fort dangereuse1 si1 dans le vain espoir de hter1 par une politique toute matrielle1 l'institution d'une telle unit1 on prtendait assujtir d'arbitraires rglemens l'exercice du droit d'examen1 avant que le dveloppement spontan de la raison publique et graduellement tabli les principes correspondans2 aberration funeste1 vers laquelle doit trop souvent entraner aujourd'hui1 chez tous les partis politiques1 la mdiocrit intellectuelle unie l'inquitude du caractre1 animes par l'orgueilleuse possession momentane d'un pouvoir quelconque4 ,la suite de ce volume m'offrira naturellement des occasions ritres d'expliquer de plus en plus l'ensemble de ma pense sur cet important sujet3 mais je crois l'avoir dj assez nettement caractrise pour que les lecteurs les moins attentifs ne puissent tre aucunement choqus de mon apprciation gnrale du dogme rvolutionnaire de la libert illimite de conscience1 sans le triomphe duquel ce trait et t videmment impossible4 ,footnote #f3 ,qu'il me soit permis1 ce sujet1 de rappeler ici sommairement1 comme pouvant encore tre utile1 la manire dont j'apprciais ce dogme1 en #ahbb1 dans l'introduction de mon ,systme de politique positive3 ,il n'y a point de libert de conscience en astronomie1 en physique1 en chimie1 en physiologie mme1 en ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire de confiance aux principes tablis dans ces sciences par les hommes comptens4 ,s'il en est autrement en politique1 c'est uniquement parce que1 les anciens principes tant tombs1 et les nouveaux n'tant point encore forms1 il n'y a point1 proprement parler1 dans cet intervalle1 de principes tablis4 ,aprs avoir d'abord1 comme je m'y tais attendu1 vivement choqu les prjugs rvolutionnaires1 une telle apprciation a cependant contribu1 mme alors1 dsabuser un assez grand nombre de bons esprits1 qui1 jusque-l1 n'avaient point senti convenablement la ncessit d'une nouvelle doctrine sociale1 et regardaient le triomphe complet de la politique ngative ou mtaphysique comme le terme dfinitif de la rvolution gnrale des socits modernes4 ,quelque salutaire et mme indispensable qu'ait t jusqu'ici1 et que soit encore1 divers titres essentiels1 ce grand principe de la doctrine critique1 on ne saurait nanmoins douter1 en l'examinant d'un point de vue vraiment philosophique1 que non-seulement il ne peut nullement constituer un principe organique1 comme on a d le croire d'abord par l'illusion naturelle d'une longue habitude1 mais qu'il tend mme directement dsormais opposer de plus en plus un obstacle systmatique toute vraie rorganisation sociale1 depuis que son activit destructive n'est plus essentiellement absorbe par la dmolition1 maintenant presque accomplie1 de l'ancien ordre politique4 ,dans un cas quelconque1 soit priv1 soit public1 l'tat d'examen ne saurait tre videmment que provisoire1 comme indiquant la situation d'esprit qui prcde et prpare une dcision finale1 vers laquelle tend sans cesse notre intelligence1 lors mme qu'elle renonce d'anciens principes pour s'en former de nouveaux4 ,prendre l'exception pour la rgle1 au point d'riger1 en ordre normal et permanent1 l'interrgne passager qui accompagne invitablement de telles transitions1 c'est certainement mconnatre les ncessits les plus fondamentales de la raison humaine1 qui1 par dessus tout1 a besoin de points fixes1 seuls susceptibles de rallier utilement ses efforts spontans1 et chez laquelle1 par suite1 le scepticisme momentanment produit par le passage plus ou moins difficile d'un dogmatisme un autre1 constitue une sorte de perturbation maladive1 qui ne saurait se prolonger sans de graves dangers au-del des limites naturelles de la crise correspondante4 ,examiner toujours1 sans se dcider jamais1 serait presque tax de folie1 dans la conduite prive4 ,comment la conscration dogmatique d'une semblable disposition chez tous les individus1 pourrait-elle constituer la perfection dfinitive de l'ordre social1 l'gard d'ides dont la fixit est la fois beaucoup plus essentielle et bien autrement difficile tablir#g8 ,n'est-il pas1 au contraire1 vident qu'une telle tendance est1 par sa nature1 radicalement anarchique1 en ce que1 si elle pouvait indfiniment persister1 elle empcherait toute vritable organisation spirituelle8 ,chacun se reconnat sans peine habituellement impropre1 moins d'une prparation spciale1 former et mme juger les notions astronomiques1 physiques1 chimiques1 etc41 destines entrer dans la circulation sociale1 et personne n'hsite nanmoins les faire prsider1 de confiance1 la direction gnrale des oprations correspondantes2 ce qui signifie que1 sous ces divers rapports1 le gouvernement intellectuel est dj effectivement bauch4 ,les notions les plus importantes et les plus dlicates1 celles qui1 par leur complication suprieure1 sont ncessairement accessibles un moindre nombre d'intelligences1 et supposent une prparation plus pnible et plus rare1 resteraient-elles donc seules abandonnes l'arbitraire et variable dcision des esprits les moins comptens8 ,une aussi choquante anomalie ne saurait certainement tre conue comme permanente1 sans tendre directement la dissolution de l'tat social1 par la divergence toujours croissante des intelligences individuelles1 exclusivement livres dsormais l'impulsion dsordonne de leurs divers stimulans naturels1 dans l'ordre d'ides le plus vague et le plus fcond en aberrations capitales4 ,l'inertie spculative commune la plupart des esprits1 et peut-tre aussi1 un certain degr1 la sage retenue du bon sens vulgaire1 tendent1 sans doute1 restreindre beaucoup ce dveloppement spontan des divagations politiques4 ,mais1 ces faibles influences qui1 lorsque l'orgueil individuel n'est point trs fortement stimul1 peuvent souvent prvenir le ridicule essor d'une impuissante activit1 doivent tre1 au contraire1 habituellement insuffisantes pour draciner la vaine prtention de chacun s'riger toujours en arbitre souverain des diverses thories sociales2 prtention que chaque homme sens blme d'ordinaire chez les autres1 tout en rservant1 sous une forme plus ou moins explicite1 sa seule comptence personnelle4 ,or1 une telle disposition suffirait videmment1 mme abstraction faite de toute aberration active1 pour entraver radicalement la rorganisation intellectuelle1 en s'opposant la convergence effective des esprits1 qui ne sauraient tre finalement rallis sans la renonciation volontaire de la plupart d'entre eux leur droit absolu d'examen individuel1 sur des sujets aussi suprieurs leur vritable porte1 et dont la nature exige nanmoins1 plus imprieusement qu'en aucun autre cas1 une communion relle et stable4 ,que sera-ce donc en ayant d'ailleurs gard l'influence directe des invitables divagations produites par l'ambition effrne de tant d'intelligences incapables et mal prpares1 dont chacune tranche son gr1 sans aucun contrle rel1 les questions les plus compliques et les plus obscures1 ne pouvant mme y souponner les principales conditions qu'exigerait naturellement leur laboration rationnelle8 ,ces diverses aberrations1 qui se combattent mutuellement1 tendent1 il est vrai1 disparatre par suite mme de la libre discussion2 mais ce n'est jamais qu'aprs avoir exerc des ravages plus ou moins tendus1 et surtout elles ne s'effacent que pour faire place de nouvelles extravagances non moins dangereuses1 dont la succession naturelle serait inpuisable3 en sorte que l'issue finale de tous ces vains dbats est toujours l'accroissement uniforme de l'anarchie intellectuelle4 ,footnote #g3 ,ni l'individu1 ni l'espce1 disais-je1 en #ahbf1 dans mes ,considrations sur le pouvoir spirituel1 ne sont destins consumer leur vie dans une activit strilement raisonneuse1 en dissertant continuellement sur la conduite qu'ils doivent tenir4 ,c'est l'action qu'est essentiellement appele la masse des hommes1 sauf une fraction imperceptible1 principalement voue par nature la contemplation4 ,aucune association quelconque1 n'et-elle qu'une destination spciale et temporaire1 et ft-elle limite un trs petit nombre d'individus1 ne saurait rellement subsister sans un certain degr de confiance rciproque1 la fois intellectuelle et morale1 entre ses divers membres1 dont chacun prouve le besoin continu d'une foule de notions la formation desquelles il doit rester tranger1 et qu'il ne peut admettre que sur la foi d'autrui4 ,par quelle monstrueuse exception1 cette condition lmentaire de toute socit1 si clairement vrifie dans les cas les plus simples1 pourrait-elle tre carte envers l'association totale de l'espce humaine1 c'est--dire l mme o le point de vue individuel est le plus profondment spar du point de vue collectif1 et o chaque membre doit tre ordinairement le moins apte1 soit par nature1 ou par position1 entreprendre une juste apprciation des maximes gnrales indispensables la bonne direction de son activit personnelle8 ,quelque dveloppement intellectuel qu'on puisse jamais supposer dans la masse des hommes1 il est donc vident que l'ordre social demeurera toujours ncessairement incompatible avec la libert permanente laisse chacun1 sans le pralable accomplissement d'aucune condition rationnelle1 de remettre chaque jour en discussion indfinie les bases mmes de la socit4 ,la tolrance systmatique ne peut exister1 et n'a rellement jamais exist1 qu' l'gard des opinions regardes comme indiffrentes ou comme douteuses1 ainsi que le prouve la pratique mme de la politique rvolutionnaire1 malgr sa proclamation absolue de la libert de conscience4 ,chez les peuples o cette politique s'est srieusement arrte la halte du protestantisme1 les innombrables sectes religieuses dans lesquelles s'y est dcompos le christianisme sont1 chacune part1 trop impuissantes pour prtendre une vraie domination spirituelle2 mais1 sur les divers points de doctrine ou de discipline qui leur sont rests communs1 leur intolrance n'est certes pas moins tyrannique1 surtout aux tats-,unis1 que celle tant reproche au catholicisme4 ,lorsque1 par une illusion d'abord invitable1 mais dont l'entier renouvellement est dsormais impossible1 la doctrine critique a t1 au commencement de la rvolution franaise1 unanimement conue comme organique1 on sait avec quelle terrible nergie les directeurs naturels de ce grand mouvement ont tent d'obtenir l'assentiment gnral1 volontaire ou forc1 aux dogmes essentiels de la philosophie rvolutionnaire1 alors regarde comme la seule base possible de l'ordre social1 et1 par cela mme1 au-dessus de toute discussion radicale4 ,j'aurai1 dans la suite de ce volume1 de frquentes occasions de revenir sur un tel sujet1 de manire dfinir nettement les limites normales du droit d'examen1 soit en ce qu'elles ont de commun tous les tats possibles de la socit humaine1 soit surtout en ce qui concerne les conditions spciales d'existence de l'ordre social propre la civilisation moderne4 ,qu'il me suffise ici1 pour rsumer sommairement l'analyse prcdente1 de rappeler que1 depuis long-temps1 le bon sens politique a hautement formul ce premier besoin de toute organisation relle1 par cet admirable axiome de l'glise catholique3 ,in necessariis unitas1 in dubiis libertas1 in omnibus charitas4 ,toutefois1 cette belle maxime se borne videmment poser le problme1 en signalant le but gnral vers lequel chaque socit doit tendre sa manire2 mais sans pouvoir1 en elle-mme1 suggrer jamais aucune ide de la vraie solution1 c'est--dire1 des principes susceptibles de constituer enfin cette indispensable unit1 qui serait ncessairement illusoire1 si elle ne rsultait point d'abord d'une libre discussion fondamentale4 ,il serait certainement superflu d'analyser ici avec autant de soin tous les autres dogmes essentiels de la mtaphysique rvolutionnaire1 que le lecteur attentif soumettra maintenant sans peine1 par un procd semblable1 une apprciation analogue1 de manire constater clairement dans tous les cas1 comme je viens de le faire l'gard du principe le plus important3 la conscration absolue d'un aspect transitoire de la socit moderne1 suivant une formule1 minemment salutaire1 et mme strictement indispensable1 quand on l'applique1 conformment sa destination historique1 la seule dmolition de l'ancien systme politique1 mais qui1 transporte mal propos la conception du nouvel ordre social1 tend l'entraver radicalement1 en conduisant la ngation indfinie de tout vrai gouvernement4 ,cela est surtout sensible pour le dogme de l'galit1 le plus essentiel et le plus actif aprs celui que je viens d'examiner1 et qui d'ailleurs est en relation ncessaire avec le principe de la libert illimite de conscience1 d'o devait videmment rsulter la proclamation1 immdiate quoique indirecte1 de l'galit la plus fondamentale1 celle des intelligences4 ,appliqu l'ancien systme1 ce dogme a jusqu'ici heureusement second le dveloppement naturel de la civilisation moderne1 en prsidant la dissolution finale de la vieille classification sociale4 ,sans cet indispensable prambule1 les forces destines devenir ensuite les lmens d'une nouvelle organisation n'auraient pu prendre tout l'essor convenable1 et surtout ne pouvaient acqurir le caractre directement politique qui avait d leur manquer jusque alors4 ,l'absolu n'tait pas ici moins ncessaire1 dans la double acception de ce terme1 que dans le cas prcdent1 puisque1 si tout classement social n'avait pas t d'abord systmatiquement dni1 les anciennes corporations dirigeantes eussent conserv spontanment leur prpondrance1 par l'impossibilit o l'on devait tre de concevoir autrement la classification politique1 dont nous n'avons1 mme aujourd'hui1 aucune ide suffisamment nette1 vraiment approprie au nouvel tat de la civilisation4 ,c'est donc seulement au nom de l'entire galit politique qu'il a t possible jusqu'ici de lutter avec succs contre les anciennes ingalits1 qui1 aprs avoir long-temps second le dveloppement des socits modernes1 avaient fini1 dans leur invitable dcadence1 par devenir rellement oppressives4 ,mais une telle opposition constitue naturellement la seule destination progressive de ce dogme nergique1 qui tend1 son tour1 empcher toute vritable rorganisation1 lorsque1 prolonge outre mesure1 son activit destructive1 faute d'aliment convenable1 se dirige aveuglment contre les bases mmes d'un nouveau classement social4 ,car1 quel qu'en puisse tre le principe1 ce classement sera certainement inconciliable avec cette prtendue galit1 qui1 pour tous les bons esprits1 ne saurait vraiment signifier aujourd'hui que le triomphe ncessaire des ingalits dveloppes par la civilisation moderne sur celles dont l'enfance de la socit avait d jusque alors maintenir la prpondrance4 ,sans doute1 chaque individu1 quelle que soit son infriorit1 a toujours le droit naturel1 moins d'une conduite anti-sociale trs caractrise1 d'attendre de tous les autres le scrupuleux accomplissement continu des gards gnraux inhrens la dignit d'homme1 et dont l'ensemble1 encore fort imparfaitement apprci1 constituera de jour en jour le principe le plus usuel de la morale universelle4 ,mais1 malgr cette grande obligation morale1 qui n'a jamais t directement nie depuis l'abolition de l'esclavage1 il est vident que les hommes ne sont ni gaux entre eux1 ni mme quivalens1 et ne sauraient1 par suite1 possder1 dans l'association1 des droits identiques1 sauf1 bien entendu1 le droit fondamental1 ncessairement commun tous1 du libre dveloppement normal de l'activit personnelle1 une fois convenablement dirige4 ,pour quiconque a judicieusement tudi la vritable nature humaine1 les ingalits intellectuelles et morales sont certainement bien plus prononces1 entre les divers organismes1 que les simples ingalits physiques1 qui proccupent tant le vulgaire des observateurs4 ,or1 le progrs continu de la civilisation1 loin de nous rapprocher d'une galit chimrique1 tend1 au contraire1 par sa nature1 dvelopper extrmement ces diffrences fondamentales1 en mme temps qu'il attnue beaucoup l'importance des distinctions matrielles1 qui d'abord les tenaient comprimes4 ,ce dogme absolu de l'galit prend donc un caractre essentiellement anarchique1 et s'lve directement contre le vritable esprit de son institution primitive1 aussitt que1 cessant d'y voir un simple dissolvant transitoire de l'ancien systme politique1 on le conoit aussi comme indfiniment applicable au systme nouveau4 ,la mme apprciation philosophique ne prsente pas plus de difficults envers le dogme de la souverainet du peuple1 seconde consquence gnrale1 non moins ncessaire1 du principe fondamental de la libert illimite de conscience1 ainsi finalement transport de l'ordre intellectuel l'ordre politique4 ,non-seulement cette nouvelle phase de la mtaphysique rvolutionnaire tait invitable comme proclamation directe de l'irrvocable dcadence du rgime ancien3 mais elle tait indispensable aussi pour prparer l'avnement ultrieur d'une nouvelle constitution4 ,tant que la nature de cet ordre final n'tait point assez connue1 les peuples modernes ne pouvaient comporter que des institutions purement provisoires1 qu'ils devaient s'attribuer le droit absolu de changer volont1 sans quoi1 toutes les restrictions ne drivant ds-lors que de l'ancien systme1 sa suprmatie se serait trouve1 par cela seul1 maintenue1 et la grande rvolution sociale et ncessairement avort4 ,la conscration dogmatique de la souverainet populaire a donc seule pu permettre la libre succession pralable des divers essais politiques qui1 lorsque la rnovation intellectuelle sera suffisamment avance1 aboutiront enfin l'installation d'un vritable systme de gouvernement1 susceptible de fixer rgulirement1 l'abri de tout arbitraire1 les conditions permanentes et l'tendue normale des diverses souverainets4 ,suivant tout autre procd1 cette rorganisation politique exigerait directement l'utopique participation dsintresse des pouvoirs mmes qu'elle doit jamais teindre4 ,mais en apprciant1 comme il convient1 l'indispensable office transitoire de ce dogme rvolutionnaire1 aucun vrai philosophe ne saurait mconnatre aujourd'hui la fatale tendance anarchique d'une telle conception mtaphysique1 lorsque1 dans son application absolue1 elle s'oppose toute institution rgulire1 en condamnant indfiniment tous les suprieurs une arbitraire dpendance envers la multitude de leurs infrieurs1 par une sorte de transport aux peuples du droit divin tant reproch aux rois4 ,enfin1 l'esprit gnral de la mtaphysique rvolutionnaire se manifeste d'une manire essentiellement analogue lorsqu'on envisage aussi la doctrine critique dans les relations internationales4 ,sous ce dernier aspect1 la ngation systmatique de toute vritable organisation n'est certes pas moins absolue1 ni moins vidente4 ,la ncessit de l'ordre tant1 en ce cas1 bien plus quivoque et plus cache1 on peut mme remarquer que l'absence de tout pouvoir rgulateur a t ici plus navement proclame qu' aucun autre gard4 ,par l'annulation politique de l'ancien pouvoir spirituel1 le principe fondamental de la libert illimite de conscience a d aussitt dterminer la dissolution spontane de l'ordre europen1 dont le maintien constituait directement l'attribution la plus naturelle de l'autorit papale4 ,les notions mtaphysiques d'indpendance et d'isolement national1 et1 par suite1 de non-intervention mutuelle1 qui ne furent d'abord que la formulation abstraite de cette situation transitoire1 ont d1 plus videmment encore que pour la politique intrieure1 prsenter le caractre absolu sans lequel elles auraient alors ncessairement manqu leur but principal1 et le manqueraient mme essentiellement encore aujourd'hui1 jusqu' ce que la suffisante manifestation du nouvel ordre social vienne dvoiler suivant quelle loi les diverses nations doivent tre finalement rassocies4 ,jusque alors1 toute tentative de coordination europenne tant invitablement dirige par l'ancien systme1 elle tendrait rellement ce monstrueux rsultat1 de subordonner la politique des peuples les plus civiliss celle des nations les moins avances1 et qui1 ce titre1 ayant conserv ce systme dans un tat de moindre dcomposition1 se trouveraient ainsi naturellement places la tte d'une semblable association4 ,on ne saurait donc trop apprcier l'admirable nergie avec laquelle la nation franaise a conquis enfin1 par tant d'hroques dvouemens1 le droit indispensable de transformer son gr sa politique intrieure1 sans s'assujtir la moindre dpendance du dehors4 ,cet isolement systmatique constituait videmment une condition prliminaire de la rgnration politique1 puisque1 dans toute autre hypothse1 les diffrens peuples1 malgr leur ingal progrs1 auraient d tre simultanment rorganiss1 ce qui serait certainement chimrique1 quoique la crise soit1 au fond1 partout homogne4 ,mais il ne reste pas moins incontestable1 sous ce rapport1 comme sous les prcdens1 que la mtaphysique rvolutionnaire1 en consacrant jamais cet esprit absolu de nationalit exclusive1 tend directement entraver aujourd'hui le dveloppement de la rorganisation sociale1 ainsi prive de l'un de ses principaux caractres4 ,en ce sens1 une telle conception1 si elle pouvait indfiniment prvaloir1 aboutirait faire rtrograder la politique moderne au-dessous de celle du moyen ge1 l'poque mme o1 en vertu d'une similitude chaque jour plus intime et plus complte1 les divers peuples civiliss sont ncessairement appels constituer finalement une association la fois plus tendue et plus rgulire que celle qui fut jadis imparfaitement bauche par le systme catholique et fodal4 ,ainsi1 cet gard1 autant qu' tous les autres1 la politique mtaphysique1 aprs son indispensable influence pour prparer l'volution dfinitive des socits modernes1 constituerait dsormais1 par une application aveugle et dmesure1 un obstacle direct l'accomplissement rel de ce grand mouvement1 en le reprsentant comme indfiniment born une phase purement transitoire1 dj suffisamment parcourue4 ,pour complter ici l'apprciation prliminaire de la doctrine rvolutionnaire1 il ne me reste plus qu' lui appliquer sommairement le critrium logique qui dj nous a fait juger1 en elle-mme1 la doctrine rtrograde ou thologique1 c'est--dire constater son inconsquence radicale4 ,quoique cette inconsquence soit aujourd'hui encore plus intime et plus manifeste que dans le premier cas1 elle doit nanmoins tre envisage comme tant1 de toute ncessit1 moins dcisive contre la mtaphysique rvolutionnaire1 non-seulement en ce qu'une rcente formation l'y rend naturellement plus excusable1 mais surtout parce qu'un tel vice n'empche point essentiellement cette doctrine de remplir1 avec une suffisante nergie1 son office purement critique1 qui n'exige point1 beaucoup prs1 cette exacte homognit de principes1 indispensable toute destination vraiment organique4 ,malgr de profonds dissentimens1 les divers adversaires de l'ancien systme politique ont pu1 pendant le cours de l'opration rvolutionnaire1 se rallier aisment contre lui1 autant que l'exigeait successivement chaque dmolition partielle3 il leur a suffi de concentrer la discussion sur les seuls points qui devaient alors leur tre communs tous1 en ajournant aprs le succs les contestations relatives aux dveloppemens ultrieurs de la doctrine critique2 dcomposition qui serait impossible l'gard d'une opration organique1 dont chaque partie doit toujours tre considre d'aprs sa relation fondamentale avec l'ensemble4 ,nanmoins1 ce mme mode d'apprciation logique1 qui ci-dessus a si clairement caractris l'inanit fondamentale de la politique thologique1 peut aussi1 judicieusement employ1 manifester non moins sensiblement l'insuffisance et la strilit actuelles de la politique mtaphysique4 ,car1 si1 par leur destination rvolutionnaire1 les diverses parties de cette dernire peuvent tre dispenses d'une parfaite cohrence mutuelle1 du moins faut-il videmment que l'ensemble de la doctrine ne devienne jamais directement contraire au progrs mme qu'il devait prparer1 et ne tende point non plus maintenir les bases essentielles du systme politique qu'il se proposait de dtruire2 puisque1 sous l'un ou l'autre aspect1 l'inconsquence1 ds-lors pousse jusqu'au renversement de l'opration primitive1 constaterait irrcusablement l'inaptitude finale d'une doctrine1 ainsi graduellement conduite1 par le cours naturel de ses applications sociales1 prendre un caractre directement hostile l'esprit mme de son institution4 ,or1 il est ais de montrer que tel est1 en effet1 ce double titre1 le vritable tat prsent de la mtaphysique rvolutionnaire4 ,considrons-la d'abord parvenue sa plus haute lvation possible1 lorsque1 pendant la phase la plus prononce de la rvolution franaise1 et aprs avoir reu tout son dveloppement systmatique1 elle obtint momentanment une entire prpondrance politique1 en tant conue1 par une illusion ncessaire1 comme devant prsider la rorganisation sociale4 ,dans cette poque1 courte mais dcisive1 la doctrine rvolutionnaire manifeste1 avec toute son nergie caractristique1 une homognit et une consistance minemment remarquables1 qu'elle a depuis irrvocablement perdues4 ,or1 c'est prcisment alors que1 n'ayant plus lutter intellectuellement contre l'ancien systme1 elle dveloppe aussi1 de la manire la moins quivoque1 son esprit radicalement hostile toute vraie rorganisation sociale1 et finit mme par se constituer violemment en opposition directe avec le mouvement fondamental de la civilisation moderne1 au point de devenir1 sous ce rapport1 hautement rtrograde4 ,les causes essentielles de cette invitable contradiction finale ayant t suffisamment analyses ci-dessus1 il suffira maintenant de rappeler1 en peu de mots1 les principaux tmoignages effectifs de cette tendance ncessaire de la mtaphysique rvolutionnaire entraver directement le progrs naturel de ce mme nouveau systme social dont elle tait primitivement destine prparer l'avnement politique4 ,une telle opposition s'tait dj ouvertement manifeste ds l'poque mme de l'laboration philosophique de cette doctrine1 qu'on peut voir partout uniformment domine par l'trange notion mtaphysique d'un prtendu tat de nature1 type primordial et invariable de tout tat social4 ,cette notion1 radicalement contraire toute vritable ide de progrs1 n'est nullement particulire au puissant sophiste qui a le plus particip1 dans le sicle dernier1 la coordination dfinitive de la mtaphysique rvolutionnaire4 ,elle appartient galement tous les philosophes qui1 diverses poques et dans diffrens pays1 ont spontanment concouru1 sans aucun concert1 ce dernier essor de l'esprit mtaphysique4 ,rousseau n'a fait rellement1 par sa pressante dialectique1 que dvelopper jusqu'au bout la doctrine commune de tous les mtaphysiciens modernes1 en reprsentant1 sous les divers aspects fondamentaux1 l'tat de civilisation comme une dgnration invitablement croissante de ce premier type idal4 ,on voit mme1 d'aprs l'analyse historique1 ainsi que je le montrerai plus tard1 qu'un tel dogme constitue rellement la simple transformation mtaphysique du fameux dogme thologique de la dgradation ncessaire de l'espce humaine par le pch originel4 ,quoi qu'il en soit1 faut-il s'tonner que1 partant d'un semblable principe1 l'cole rvolutionnaire ait t conduite concevoir toute rformation politique comme essentiellement destine rtablir le plus compltement possible cet inqualifiable tat primitif8 ,or1 n'est-ce point l1 en ralit1 organiser systmatiquement une rtrogradation universelle1 quoique dans des intentions minemment progressives8 ,les applications effectives ont t parfaitement conformes cette constitution philosophique de la doctrine rvolutionnaire4 ,aussitt qu'il a fallu procder au remplacement intgral du rgime fodal et catholique1 l'esprit humain1 au lieu de considrer l'ensemble de l'avenir social1 s'est surtout dirig d'aprs les souvenirs imparfaits d'un pass trs recul1 en s'efforant de substituer ce systme caduc un systme encore plus ancien1 et1 ce titre1 plus dcrpit1 mais aussi1 par cela mme1 plus rapproch du type primordial4 ,en haine d'un catholicisme trop arrir1 on a tent d'instituer une sorte de polythisme mtaphysique1 en mme temps que1 par une autre rtrogradation non moins caractrise1 on tendait remplacer l'ordre politique du moyen ge par le rgime1 si radicalement infrieur1 des ,grecs et des ,romains4 ,les lmens mmes de la civilisation moderne1 les seuls germes possibles d'un nouveau systme social1 ont aussi t finalement menacs par la prpondrance politique de la mtaphysique rvolutionnaire4 ,de sauvages mais nergiques dclamations ont alors directement condamn l'essor industriel et artistique des socits modernes1 au nom de la vertu et de la simplicit primitives4 ,enfin1 l'esprit scientifique lui-mme1 principe unique d'une vritable organisation intellectuelle1 n'a pas t1 malgr ses imminens services1 entirement l'abri de cette explosion anarchique et rtrograde1 comme tendant instituer1 suivant la formule alors usite1 une aristocratie des lumires1 aussi incompatible qu'aucune autre avec le rtablissement de l'galit originelle#h4 ,vainement l'cole mtaphysique a-t-elle ensuite prsent de semblables consquences comme des rsultats excentriques1 et en quelque sorte fortuits1 de la politique rvolutionnaire4 ,la filiation est1 au contraire1 pleinement normale et ncessaire1 et ne saurait manquer de se raliser de nouveau1 si1 par un concours d'vnemens dsormais impossible1 cette politique recouvrait jamais une pareille prpondrance4 ,cette tendance contradictoire1 et nanmoins irrsistible1 la rtrogradation sociale1 en vue d'un plus parfait retour l'tat primitif1 est tellement propre la politique mtaphysique1 que1 de nos jours1 les nouvelles sectes phmres de mtaphysiciens1 qui ont le plus orgueilleusement blm l'imitation rvolutionnaire des types grecs et romains1 n'ont pu viter de reproduire involontairement1 un degr beaucoup plus prononc1 le mme vice fondamental1 en s'efforant de reconstituer1 d'une manire encore plus systmatique1 la confusion gnrale entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel1 et en prconisant1 comme le dernier terme de la perfection sociale1 une sorte de rtablissement de la thocratie gyptienne ou hbraque1 fond sur un vritable ftichisme1 vainement dissimul sous le nom de panthisme4 ,footnote #h3 ,parmi tant de dplorables tmoignages d'une telle aberration fondamentale1 aucun ne m'a jamais sembl plus tristement dcisif que l'excrable condamnation du grand ,lavoisier1 qui suffira1 dans la postrit la plus recule1 pour caractriser cette phase fatale de notre tat rvolutionnaire4 ,depuis que les aberrations fondamentales dtermines par le triomphe momentan de la mtaphysique rvolutionnaire ont commenc la discrditer essentiellement1 son inconsquence caractristique s'est surtout manifeste sous une autre forme non moins dcisive1 en ce que la doctrine critique a t invitablement conduite proclamer elle-mme l'invariable conservation des bases gnrales de l'ancien systme politique1 dont elle avait jamais dtruit les principales conditions d'existence4 ,on a pu1 ds l'origine1 apercevoir une semblable tendance1 puisque la politique mtaphysique n'est1 au fond1 qu'une simple manation de la politique thologique1 qu'elle devait d'abord seulement modifier4 ,chacun des divers rformateurs qui se sont succd dans les trois derniers sicles1 en poussant plus loin que ses prdcesseurs le dveloppement de l'esprit critique1 avait nanmoins toujours vainement prtendu1 comme on sait1 lui prescrire d'immuables bornes1 en ralit incessamment recules1 empruntes aux principes mmes de l'ancien systme1 dont aucun d'eux n'avait1 vrai dire1 sciemment poursuivi la destruction totale1 avec quelque nergie qu'il y participt en effet4 ,il est mme vident que l'ensemble des droits absolus qui constituent la base usuelle de la doctrine rvolutionnaire1 se trouve garanti1 en dernier ressort1 par une sorte de conscration religieuse1 relle quoique vague1 sans laquelle ces dogmes mtaphysiques seraient ncessairement livrs une discussion continue1 qui compromettrait beaucoup leur efficacit4 ,c'est toujours en invoquant1 sous une forme de plus en plus gnrale1 les principes fondamentaux de l'ancien systme politique qu'on a effectivement procd la dmolition successive des institutions1 soit spirituelles1 soit temporelles1 destines en raliser l'application3 et nous reconnatrons en effet1 sous le point de vue historique1 que ce rgime a t essentiellement dcompos par l'invitable conflit de ses principaux lmens4 ,de cette marche ncessaire1 a d graduellement rsulter1 dans l'ordre intellectuel1 un christianisme de plus en plus amoindri ou simplifi1 et rduit enfin ce thisme vague et impuissant que1 par un monstrueux rapprochement de termes1 les mtaphysiciens ont qualifi de religion naturelle1 comme si toute religion n'tait point ncessairement surnaturelle4 ,en prtendant diriger la rorganisation sociale d'aprs cette trange et vaine conception1 l'cole mtaphysique1 malgr sa destination purement rvolutionnaire1 a donc toujours implicitement adhr1 et souvent mme1 aujourd'hui surtout1 sous une forme trs explicite1 au principe le plus fondamental de l'ancienne doctrine politique1 qui reprsente l'ordre social comme reposant1 de toute ncessit1 sur une base thologique4 ,telle est maintenant la plus vidente et la plus pernicieuse inconsquence de la mtaphysique rvolutionnaire4 ,arme d'une semblable concession1 l'cole de ,bossuet et de de ,maistre aura toujours une incontestable supriorit logique sur les irrationnels dtracteurs du catholicisme1 qui1 en proclamant le besoin d'une organisation religieuse1 lui dnient nanmoins tous les lmens indispensables sa ralisation sociale4 ,par cet invitable acquiescement1 l'cole rvolutionnaire concourt en effet aujourd'hui avec l'cole rtrograde pour empcher directement une vritable rorganisation des socits modernes1 dont l'tat intellectuel interdit essentiellement et de plus en plus toute politique thologique1 comme l'esprit de ce ,trait doit dj l'avoir fait assez pressentir4 ,la proclamation banale de la prtendue ncessit d'une telle politique1 doit tre dsormais regarde comme rellement quivalente une irrcusable dclaration d'impuissance l'gard du problme fondamental de la civilisation actuelle4 ,quelles que soient les apparences1 on ne saurait viter de se reconnatre ainsi doublement incomptent1 soit par la mdiocrit de l'intelligence1 soit par le peu d'nergie du caractre4 ,sous un pareil aspect1 la socit devrait paratre indfiniment condamne l'anarchie intellectuelle qui la caractrise aujourd'hui1 puisque si1 d'une part1 tous les esprits semblent admettre le besoin d'un rgime thologique1 tous1 d'une autre part1 s'accordent encore plus rellement repousser irrvocablement ses principales conditions d'existence4 ,n'est-il pas trange1 et mme honteux1 que ceux dont l'inconsquente politique conduit aussi ncessairement l'ternelle conscration du dsordre1 s'efforcent encore1 par de vaines et inconvenantes dclamations1 de jeter une sorte de fltrissure morale sur la seule voie rationnelle qui reste dsormais ouverte une vraie rorganisation1 par l'avnement social de la philosophie positive8 quel titre les diverses doctrines1 soit thologiques1 soit mtaphysiques1 dont l'exprience la plus tendue et la plus varie a si hautement tmoign l'impuissance radicale1 oseraient-elles proscrire l'application de l'unique procd intellectuel que la politique n'ait point encore essay8 ,serait-ce parce qu'un tel procd a dj heureusement rorganis1 la satisfaction universelle1 tous les autres ordres des conceptions humaines#i8 ,footnote #i3 ,si1 au nom de ceux qui conoivent la rorganisation sociale sans la moindre intervention idologique1 je devais rcriminer ici contre de telles dclamations1 il ne serait peut-tre pas impossible d'expliquer quelquefois1 avec une certaine vraisemblance1 un aussi trange concours prohibitif de tant d'opinions1 d'ailleurs incompatibles1 par la tendance spontane des divers esprits qui profitent aujourd'hui du vague et de la confusion des ides sociales empcher la philosophie positive de produire un claircissement final1 qui1 en dissipant jamais de profondes illusions1 devra ncessairement dtrner beaucoup de hautes renommes1 et rendre dsormais bien plus difficile la conqute d'un vritable ascendant intellectuel4 ,mais1 sans nier entirement la ralit de ce concert involontaire chez un petit nombre d'esprits1 il est videmment bien plus rationnel de le regarder comme le rsultat ncessaire et inaperu de notre situation intellectuelle1 ainsi que je l'ai expliqu dans le texte4 ,ce caractre d'inconsquence gnrale1 qui1 en dtruisant l'ancien systme1 prtend nanmoins en maintenir les bases essentielles1 n'est pas moins marqu dans l'application temporelle de la mtaphysique rvolutionnaire que dans son dveloppement spirituel4 ,il s'y manifeste surtout par une tendance vidente la conservation directe1 sinon de l'esprit fodal proprement dit1 du moins de l'esprit militaire1 qui en constitue la vritable origine4 ,le triomphe passager de la politique mtaphysique1 momentanment conue comme devant exclusivement prsider la rorganisation sociale1 avait1 il est vrai1 d'abord dtermin1 chez la nation franaise1 un admirable lan de gnrosit universelle1 qui proscrivait dsormais toute tendance militaire directe4 ,mais ce n'tait l qu'un vague instinct du vrai problme social1 sans aucun aperu de la solution relle4 ,par suite de l'immense dploiement d'nergie dfensive qu'a d exiger le maintien du mouvement progressif contre la coalition arme des forces rtrogrades1 ce sentiment primitif1 qui n'tait vritablement dirig par aucun principe1 a bientt disparu sous le dveloppement systmatique de l'activit militaire la plus prononce1 avec tous ses caractres les plus oppressifs4 ,combien de fois1 dans le cours de nos luttes politiques1 l'cole rvolutionnaire1 malgr ses intentions progressives1 gare par la frivole proccupation d'un intrt partiel ou fugitif1 n'a-t-elle pas eu se reprocher d'avoir prconis la guerre1 qui constitue cependant aujourd'hui la seule cause srieuse propre entraver et ralentir gravement le mouvement fondamental des socits modernes6 ,la doctrine critique est1 en effet1 si peu antipathique l'esprit militaire1 principale base temporelle de l'ancienne organisation politique1 que le moindre sophisme suffira pour qu'elle entreprenne directement d'en empcher l'invitable dcadence universelle1 quand les intrts rvolutionnaires lui paratront l'exiger4 ,on a1 par exemple1 imagin1 cet effet1 dans ces derniers temps1 le spcieux prtexte de rgulariser par la guerre l'action ncessaire des nations les plus avances sur celles qui le sont moins1 ce qui pourrait logiquement conduire une conflagration universelle1 si la nature de la civilisation moderne ne devait point mettre heureusement d'insurmontables obstacles au libre dveloppement graduel d'une semblable aberration4 ,de tels piges1 primitivement dresss par l'cole rtrograde1 sont1 d'ordinaire1 l'aide de quelques prcautions faciles1 avidement accueillis par l'cole rvolutionnaire1 qui semble ainsi dispose elle-mme seconder spontanment le rtablissement du systme politique contre lequel elle a toujours lutt4 ,quand mme une judicieuse analyse des dbats journaliers ne constaterait point directement cette vidente inconsquence1 il suffirait1 ce me semble1 afin de la caractriser hautement1 de considrer les tranges efforts tents de nos jours1 avec un si dplorable succs momentan1 par les diffrentes sections de l'cole rvolutionnaire1 pour rhabiliter la mmoire de celui qui1 dans les temps modernes1 a le plus fortement poursuivi la rtrogradation politique1 en consumant un immense pouvoir la vaine restauration du systme militaire et thologique4 ,du reste1 en signalant ici1 comme je le devais1 cet esprit d'inconsquence rtrograde1 il me paratrait injuste de ne point indiquer aussi1 chez la portion la plus avance de l'cole rvolutionnaire1 une dernire sorte de contradiction1 qui l'honore beaucoup1 comme tant1 en ralit1 minemment progressive4 ,il s'agit surtout de l'important principe de la centralisation politique1 dont la haute ncessit n'est aujourd'hui bien comprise que par cette cole1 malgr l'vidente opposition d'une telle notion avec les dogmes d'indpendance et d'isolement qui constituent l'esprit de la doctrine critique4 ,sous ce rapport essentiel1 les rles semblent tre dsormais directement intervertis entre les deux doctrines principales qui se disputent encore si vainement l'ascendant politique4 ,avec ses superbes prtentions l'ordre et l'unit1 la doctrine rtrograde prche hautement la dispersion des foyers politiques1 dans le secret espoir d'empcher plus aisment la dcadence de l'ancien systme social chez les populations les plus arrires1 en les prservant de l'influence prpondrante des centres gnraux de civilisation4 ,la politique rvolutionnaire1 au contraire1 encore justement fire d'avoir nagure prsid l'immense concentration de forces que ncessita1 en ,france1 la lutte dcisive contre la coalition des anciens pouvoirs1 oublie ses maximes dissolvantes pour recommander avec nergie cette subordination systmatique des foyers secondaires envers les principaux1 qui1 aprs avoir1 au milieu du dsordre universel1 assur jamais le libre essor de la progression sociale1 doit naturellement devenir dans la suite un si prcieux auxiliaire de la vraie rorganisation1 ds-lors susceptible d'tre primitivement borne une population d'lite4 ,en un mot1 l'cole rvolutionnaire a seule compris que le dveloppement continu de l'anarchie intellectuelle et morale exigeait1 de toute ncessit1 pour prvenir une imminente dislocation gnrale1 une concentration croissante de l'action politique proprement dite4 ,par un tel ensemble de considrations prliminaires sur l'apprciation gnrale de la mtaphysique rvolutionnaire1 son insuffisance fondamentale ne saurait maintenant tre conteste4 ,sans doute1 aprs l'usage actif et continu que l'esprit humain avait d en faire1 pendant le cours des trois derniers sicles1 pour oprer la dmolition graduelle de l'ancien systme politique1 il ne pouvait aucunement se dispenser d'abord de l'appliquer aussi la rorganisation sociale1 quand cette destruction1 suffisamment avance1 est venue en dvoiler la ncessit4 ,toute autre manire de procder et t1 cette poque1 certainement chimrique4 ,mais cette illusion naturelle1 qu'une thorie alors impossible aurait seule pu prvenir1 ne peut plus dsormais tre essentiellement reproduite1 parce que le libre dveloppement effectif d'une telle application a d manifester tous les esprits1 par une impression ineffaable1 la nature purement anarchique et mme l'influence directement rtrograde de la doctrine critique1 quand son nergie dissolvante n'est plus absorbe par la lutte fondamentale qui constitua toujours sa seule destination propre4 ,ce double examen prliminaire de la politique thologique et de la politique mtaphysique suffit ici1 quoique trs sommaire1 pour caractriser nettement l'insuffisance ncessaire de chacune d'elles1 l'gard mme de son but exclusif1 en montrant que dsormais1 et de plus en plus1 la seconde ne remplit gure mieux1 en ralit1 les principales conditions du progrs que la premire celles de l'ordre4 ,mais leur apprciation respective demeurerait encore essentiellement incomplte1 si1 aprs les avoir sparment analyses1 nous ne considrions pas brivement le singulier antagonisme que le cours naturel des vnemens a fini par tablir entre elles1 et dont l'explication1 impossible de toute autre manire1 rsultera spontanment des bases ci-dessus indiques1 de faon claircir davantage la vraie position gnrale de la question sociale actuelle4 ,on peut aisment reconnatre aujourd'hui que1 malgr leur opposition radicale1 l'cole rtrograde et l'cole rvolutionnaire1 par une irrsistible ncessit1 tendent rellement entretenir mutuellement leur vie politique1 en vertu mme de leur neutralisation rciproque4 ,depuis un demi-sicle1 d'clatans triomphes successifs ont permis chacune d'elles de dvelopper librement sa vritable tendance1 et1 par suite1 l'ont enfin amene constater irrvocablement son impuissance fondamentale pour atteindre rellement le but gnral que poursuit l'instinct des socits actuelles4 ,quoique simplement empirique1 cette double conviction est maintenant devenue tellement profonde et universelle1 qu'elle oppose dsormais d'insurmontables obstacles l'entire prpondrance politique de l'une ou de l'autre cole1 qui ne peuvent plus aspirer qu' des succs aussi prcaires qu'incomplets4 ,ainsi conduite redouter presque galement1 quoiqu' divers titres1 l'ascendant absolu de chacune d'elles1 la raison publique1 dfaut d'un point d'appui plus rationnel et plus efficace1 emploie tour tour chaque doctrine contenir les envahissemens indfinis de l'autre4 ,lors mme que le dveloppement naturel des besoins sociaux parat dterminer momentanment une proccupation dfinitive en faveur de l'une des deux politiques1 le dangereux essor qu'elle prend aussitt ne tarde point provoquer spontanment un invitable retour proportionnel la politique antagoniste1 que vainement on avait cru teinte jamais4 ,cette misrable constitution oscillatoire de notre vie sociale se prolongera ncessairement jusqu' ce qu'une doctrine relle et complte1 aussi vritablement organique que vraiment progressive1 vienne enfin permettre de renoncer cette prilleuse et insuffisante alternative1 en satisfaisant1 d'une manire directe et simultane1 aux deux aspects essentiels du grand problme politique4 ,alors seulement1 les deux doctrines opposes tendront ensemble disparatre irrvocablement devant une conception nouvelle1 qui se prsentera directement comme mieux adapte leurs destinations respectives4 ,mais1 avant ce terme1 chacune d'elles ayant pour principale utilit pratique d'empcher le triomphe absolu de l'autre1 elles continueront constituer1 malgr toute apparence contraire1 deux insparables lmens du mouvement politique fondamental1 qui ne peut aujourd'hui tre caractris que par leur commune participation1 indispensable quoique insuffisante4 ,combien de fois1 dans le dplorable cours de nos luttes contemporaines1 le parti rvolutionnaire et le parti rtrograde1 aveugls par un succs passager1 n'ont-ils pas cru avoir ananti pour toujours l'influence politique de leurs adversaires1 sans que l'vnement ait nanmoins jamais cess de dmentir bientt avec clat ces frivoles illusions6 ,le terrible triomphe de la doctrine critique a-t-il empch1 aprs peu d'annes1 l'entire rhabilitation de l'cole catholico-fodale1 qu'on s'tait vainement flatt d'avoir dtruite8 ,de mme1 la raction rtrograde1 poursuivie par ,bonaparte avec tant d'nergie1 n'a-t-elle point finalement dtermin un retour universel vers l'cole rvolutionnaire1 dont l'irrvocable compression avait t si emphatiquement clbre8 ,aprs ces deux preuves dcisives1 le dveloppement journalier de notre situation politique n'a-t-il point successivement reproduit1 sur une moindre chelle1 la manifestation continue1 plus ou moins prononce1 mais toujours irrcusable1 de cette double tendance ncessaire8 ,il est clair1 en effet1 sous le point de vue philosophique1 que la mtaphysique rvolutionnaire1 en vertu de sa destination purement critique1 aurait d perdre aujourd'hui1 dfaut d'aliment1 sa principale activit politique1 depuis que1 l'ancien systme tant assez dtruit pour que son rtablissement soit videmment impossible1 l'attention gnrale a d se porter surtout vers une rorganisation dfinitive1 devenue chaque jour plus urgente4 ,mais1 cette rorganisation ayant t jusqu'ici toujours rellement conue1 faute de principes nouveaux1 d'aprs la doctrine thologique elle-mme1 la philosophie ngative vient remplir1 comme par le pass1 un indispensable office social1 en s'opposant au dangereux essor de cette politique rtrograde4 ,pareillement1 sans les justes alarmes qu'inspire la prpondrance absolue de la politique rvolutionnaire pour prcipiter la socit vers une imminente anarchie matrielle1 l'ancienne doctrine serait aujourd'hui universellement discrdite1 et rduite une simple existence historique1 depuis que le rgime correspondant n'est plus1 au fond1 dsormais compris ni voulu1 mme de ses prtendus partisans4 ,les deux doctrines sont donc1 en ralit1 appliques maintenant1 l'une autant que l'autre1 dans une intention principalement ngative1 comme destines se neutraliser mutuellement1 ce qui a d sembler jusqu'ici le seul moyen praticable de prvenir les dsastreuses consquences qu'entranerait naturellement la prpondrance totale d'aucune d'elles4 ,toutefois1 il importe de remarquer aussi1 en dernier lieu1 que chacune de ces doctrines opposes constitue directement un indispensable lment de notre trange situation politique1 en concourant la position gnrale du problme social1 prsent par l'une sous l'aspect organique1 et par l'autre sous le point de vue progressif1 quoique l'opposition ainsi tablie entre les deux grandes faces de la question doive tendre minemment en dissimuler la vritable nature4 ,dans le dplorable tat actuel des ides politiques1 il est vident que l'entire suppression de la doctrine rtrograde1 s'il tait possible de l'effectuer1 ferait aussitt disparatre le peu de notions d'ordre rel que nos intelligences ont encore conserves en politique1 et qui toutes se rapportent invitablement l'ancien systme social4 ,en sens inverse1 on ne peut davantage contester que1 sans la doctrine rvolutionnaire1 toutes les ides de progrs politique1 quelque vagues qu'elles soient aujourd'hui1 s'effaceraient ncessairement sous la tnbreuse suprmatie de l'ancienne philosophie4 ,au fond1 comme chacune des deux doctrines est certainement impuissante dsormais atteindre rellement son but exclusif1 leur efficacit pratique se borne essentiellement1 sous ce rapport1 entretenir dans la socit actuelle1 quoique d'une manire trs imparfaite1 le double sentiment de l'ordre et du progrs4 ,bien que l'absence de tout principe vraiment propre raliser cette double indication fondamentale doive singulirement amortir ce vague sentiment1 sa perptuelle conservation1 par un mode quelconque1 n'en constitue pas moins une indispensable ncessit prliminaire1 pour rappeler sans cesse1 soit aux philosophes1 soit au public1 les vritables conditions de la rorganisation sociale1 que notre faible nature serait autrement si dispose mconnatre4 ,on peut donc1 sous un tel aspect1 considrer la question comme consistant former une doctrine qui soit la fois plus organique que la doctrine thologique et plus progressive que la doctrine mtaphysique1 seuls types actuels de ce double caractre1 et dont la considration simultane est1 ce titre1 invitable1 jusqu' l'entire solution de ce grand problme4 ,sans doute1 l'ancien systme politique ne doit tre aucunement imit dans la conception du rgime appropri une civilisation aussi profondment diffrente4 ,mais l'assidue contemplation de l'ordre ancien n'en est pas moins strictement indispensable1 comme pouvant seule indiquer les attributs essentiels de toute vritable organisation sociale1 en obligeant l'avenir rgler presque tout ce qu'avait rgl le pass1 quoique dans un autre esprit1 et d'une manire plus parfaite4 ,la conception gnrale du systme thologique et militaire me semble mme1 par suite de son invitable dcrpitude1 plus efface aujourd'hui que ne l'exigeraient1 sous ce rapport1 les besoins rels de notre intelligence1 surtout en ce qui concerne la division capitale entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel1 trop faiblement apprcie par les plus minens philosophes de l'cole catholique4 ,c'est aux philosophes positifs qu'il appartiendra de restaurer1 leur usage idal1 d'aprs une tude approfondie du pass1 ce que le mouvement gnral de la civilisation moderne a d soustraire irrvocablement la vie relle4 ,l'indispensable influence de la philosophie rvolutionnaire pour obliger aujourd'hui les conceptions sociales prendre un caractre vraiment progressif1 est devenue tellement vidente qu'elle n'exige plus dsormais aucune discussion4 ,en prescrivant1 avec une irrsistible nergie1 de renoncer totalement l'ancien systme politique1 elle entretient1 au sein de la socit actuelle1 une prcieuse stimulation1 sans laquelle notre inertie spculative se bornerait bientt proposer1 comme solution finale du problme1 de vaines modifications du rgime dcompos4 ,n'avons-nous pas vu nanmoins les divers pouvoirs contemporains rclamer souvent contre ces conditions ncessaires1 en dclarant avec amertume que les principes rvolutionnaires rendaient tout gouvernement dsormais impossible8 ,cette banale protestation a mme t doctoralement reproduite par plusieurs coteries spculatives1 qui1 fires d'avoir enfin commenc entrevoir pniblement la tendance anarchique de la doctrine rvolutionnaire1 ont cru1 dans leur aveugle orgueil1 devoir prconiser sa destruction immdiate comme une base suffisante de rorganisation sociale1 sans apercevoir que1 par cela seul1 elles provoquaient ncessairement1 contre leur propre intention1 la suprmatie politique de l'cole rtrograde4 ,de quelque part qu'elle vienne1 toute semblable dclaration quivaut rellement aujourd'hui un aveu solennel d'impuissance politique4 ,la doctrine rvolutionnaire pouvant seule jusqu'ici poser avec efficacit l'une des deux classes de conditions fondamentales du problme social1 on ne saurait1 cet gard1 plus navement confesser une incomptence radicale1 qu'en s'obstinant vainement dnier cette doctrine une telle attribution2 l'carter1 ce serait vouloir rsoudre le problme1 abstraction faite de ses conditions essentielles4 ,il ne saurait exister qu'un unique moyen de parvenir plus tard l'liminer rellement1 en remplissant mieux qu'elle-mme le but principal qu'elle s'est propose1 et qu'elle seule encore1 malgr ses immenses inconvniens1 poursuit maintenant avec une certaine efficacit4 ,de toute autre manire1 les dclamations absolues contre la philosophie rvolutionnaire viendront toujours chouer finalement devant l'invincible attachement instinctif de la socit actuelle des principes qui1 depuis trois sicles1 ont dirig tous ses progrs politiques1 et qu'elle regarde1 juste titre1 comme formulant seuls aujourd'hui d'indispensables conditions gnrales de son dveloppement ultrieur4 ,chacun des dogmes essentiels qui composent cette doctrine constitue1 en effet1 une indication ncessaire laquelle doit satisfaire1 sous peine de nullit1 toute tentative relle de rorganisation sociale1 pourvu toutefois qu'on cesse de prendre un vague nonc du problme pour une vraie solution4 ,ainsi envisags1 ces principes rappellent1 divers titres1 la conscration politique de certaines obligations capitales de morale universelle1 que l'cole rtrograde1 malgr ses vaines prtentions1 devait essentiellement mconnatre1 parce que le rgime qu'elle proclame a depuis long-temps perdu la facult de les remplir4 ,en ce sens1 le dogme fondamental du libre examen oblige rellement la rorganisation spirituelle rsulter d'une action purement intellectuelle1 dterminant1 l'issue d'une discussion complte1 un assentiment volontaire et unanime1 sans aucune intervention htrogne des pouvoirs matriels pour hter1 par une inopportune perturbation1 cette grande volution philosophique4 ,pareillement1 dans l'ordre temporel1 le dogme de l'galit et celui de la souverainet populaire peuvent seuls imposer nergiquement aujourd'hui aux nouvelles classes et aux nouveaux pouvoirs l'imprieux devoir1 si aisment oubli1 de ne se dvelopper et s'exercer qu'au profit du public1 au lieu de tendre l'exploitation des masses dans des intrts individuels4 ,ces diverses moralits politiques1 que jadis l'ancien systme observa ncessairement pendant sa virilit1 ne sont maintenues dsormais1 avec quelque efficacit1 que par la doctrine rvolutionnaire1 dont l'invitable dcroissement commence mme1 sous ce rapport1 devenir trs regrettable1 tant que son office n'est point1 cet gard1 mieux rempli4 ,jusque alors1 sa suppression1 si elle tait possible1 serait minemment dangereuse1 en livrant1 sans contrle1 les socits actuelles aux diverses tendances oppressives qui se rattachent spontanment l'ancien systme politique4 ,si1 par exemple1 le dogme absolu du libre examen pouvait aussitt disparatre1 ne serions-nous point1 par cela seul1 immdiatement livrs au tnbreux despotisme des faiseurs ou des restaurateurs de religions1 bientt conduits1 aprs un infructueux proslytisme1 employer les mesures les plus tyranniques pour tablir matriellement leur vaine unit rtrograde8 ,il en est de mme tout autre gard4 ,rien ne saurait donc autoriser les aveugles dclamations si frquemment diriges de nos jours contre la philosophie rvolutionnaire1 par tant de gouvernans et tant de docteurs qui ne peuvent pardonner la socit actuelle de ne point ratifier passivement leurs irrationnelles entreprises4 ,si cette philosophie devait vraiment empcher toute rorganisation relle1 le mal serait ds-lors incurable1 puisque son influence capitale constitue aujourd'hui un fait accompli1 et ne peut cesser graduellement que par le dveloppement mme de cette rorganisation1 dont elle tait surtout destine prparer et faciliter les voies4 ,mystiquement conue dans un sens absolu et indfini1 la doctrine critique manifeste1 sans doute1 par sa nature1 une tendance ncessairement anarchique1 que j'ai ci-dessus assez caractrise4 ,il serait nanmoins absurde d'exagrer cet inconvnient capital1 au point de l'riger en obstacle tout--fait insurmontable4 ,on a beau dplorer aujourd'hui1 au nom de l'ordre social1 l'nergie toujours dissolvante de l'esprit d'analyse et d'examen3 cet esprit n'en demeure pas moins minemment salutaire1 en obligeant ne produire1 pour prsider la rorganisation intellectuelle et morale1 qu'une philosophie vraiment susceptible de supporter avec gloire l'indispensable preuve dcisive d'une discussion approfondie1 librement prolonge jusqu' l'entire conviction de la raison publique2 condition fondamentale1 laquelle heureusement rien ne saurait dsormais nous soustraire1 quelque pnible qu'elle doive sembler la plupart de ceux qui traitent maintenant la question sociale4 ,une telle philosophie pourra seule ultrieurement assigner cet esprit analytique les vraies limites rationnelles qui doivent en prvenir les abus1 en tablissant1 dans l'ordre des ides sociales1 la distinction gnrale1 dj nettement caractrise pour toutes les autres conceptions positives1 entre le propre domaine du raisonnement et celui de la pure observation4 ,quoique contrainte1 par le cours naturel des vnemens1 diriger sa progression politique d'aprs une doctrine essentiellement ngative1 ainsi que je l'ai expliqu1 la socit actuelle n'a jamais renonc aux lois fondamentales de la raison humaine2 elle saura bien1 en temps opportun1 user des droits mmes que cette doctrine lui confre pour s'engager de nouveau dans les liens d'une vritable organisation1 quand les principes en auront t enfin conus et apprcis4 ,l'tat de pleine libert1 ou plutt de non-gouvernement1 ne lui semble aujourd'hui ncessaire1 trs juste titre1 qu'afin de lui permettre un choix convenable1 qu'elle n'a pu songer s'interdire4 ,si quelques esprits excentriques comprennent le droit d'examiner comme imposant le devoir de ne se dcider jamais1 la raison publique ne saurait persvrer dans une telle aberration2 et1 de sa part1 l'indcision prolonge ne prouve rellement autre chose que l'absence encore persistante des principes propres terminer la dlibration1 et jusqu' l'avnement desquels le dbat ne pourrait en effet tre clos sans compromettre dangereusement l'avenir social4 ,de mme1 dans l'ordre temporel1 en s'attribuant le droit gnral1 provisoirement indispensable1 quoique finalement anarchique1 de choisir et de varier son gr les institutions et les pouvoirs propres la diriger1 la socit actuelle n'a nullement prtendu s'assujtir l'exercice indfini de ce droit1 lors mme que1 cessant d'tre ncessaire1 il lui serait devenu nuisible4 ,ayant ainsi voulu seulement se procurer une facult essentielle1 bien loin d'imposer aucune entrave ses progrs ultrieurs1 elle ne saurait hsiter soumettre ses choix aux rgles fondamentales destines en garantir l'efficacit1 lorsque enfin de telles conditions auront t rellement dcouvertes et reconnues4 ,jusque-l1 quelle plus sage mesure pourrait-elle effectivement adopter1 dans l'intrt mme de l'ordre futur1 que de tenir librement ouverte la carrire politique1 sans aucun vain assujtissement pralable1 qui pt gner l'essor encore ignor du nouveau systme social8 quel titre les vains dtracteurs absolus de la politique rvolutionnaire condamneraient-ils une telle situation1 sans produire aucune conception vraiment propre en prparer le terme dfinitif8 ,du reste1 quand ce terme sera venu1 qui oserait contester srieusement la socit le droit gnral de se dmettre rgulirement de ses attributions provisoires1 lorsqu'elle aura trouv enfin les organes spciaux destins les exercer convenablement8 ,malgr tant d'amres rcriminations contre l'attitude toujours hostile de la doctrine rvolutionnaire1 n'est-il pas1 au contraire1 vident que1 de nos jours1 les peuples ont1 d'ordinaire1 trop avidement accueilli les moindres apparences de principes de rorganisation1 auxquelles1 par un empressement funeste1 ils voulaient sacrifier1 sans motifs suffisans1 des droits qui ne leur semblent qu'onreux8 ,nos contemporains n'ont-ils pas1 sous ce rapport1 mrit bien plutt1 de la part des vrais philosophes1 en beaucoup d'occasions capitales1 le reproche d'une confiance gnreusement exagre1 trop favorable de dangereuses illusions1 au lieu de la dfiance systmatique1 si aigrement critique par ceux qui peut-tre sentent secrtement leur impuissance radicale soutenir une vritable discussion8 ,ainsi1 la doctrine rvolutionnaire1 loin d'opposer d'insurmontables obstacles la rorganisation politique des socits modernes1 constitue1 en ralit1 d'une manire encore plus vidente et plus directe que ne le fait1 de son ct1 la doctrine rtrograde1 l'indication d'un ordre indispensable de conditions gnrales1 qui ne doivent jamais tre ngliges dans l'accomplissement d'une telle opration4 ,tel est donc le cercle profondment vicieux dans lequel l'esprit humain se trouve aujourd'hui renferm l'gard des ides sociales1 oblig dsormais1 pour maintenir1 d'une manire mme trs imparfaite1 la position vraiment intgrale du problme politique1 d'employer simultanment deux doctrines incompatibles1 qui ne sauraient conduire aucune solution relle1 et dont chacune1 provisoirement indispensable1 a nanmoins besoin d'tre pniblement contenue par l'antagonisme de l'autre4 ,cette dplorable situation1 qui1 par sa nature1 tendrait se perptuer indfiniment1 ne saurait admettre d'autre issue philosophique que l'uniforme prpondrance d'une doctrine nouvelle1 destine1 en runissant enfin1 dans une commune solution1 les conditions d'ordre et celles de progrs1 absorber irrvocablement les deux opinions opposes1 en satisfaisant mieux que chacune d'elles1 et sans la moindre inconsquence1 tous les divers besoins intellectuels des socits actuelles4 ,la doctrine critique1 et ensuite la doctrine rtrograde1 ont successivement exerc une domination trs prononce et presque absolue1 pendant le premier quart de sicle coul depuis le commencement de la rvolution franaise2 mais cette double exprience a suffi pour constater jamais l'impuissance radicale de l'une et de l'autre l'gard de la rorganisation sociale1 toujours si vainement entreprise4 ,aussi1 dans la seconde partie de ce demi-sicle1 ces deux doctrines ont dfinitivement perdu leur activit prpondrante2 et1 malgr leur antipathie ncessaire1 elles ont d participer1 peu prs galement1 la direction journalire des dbats politiques1 o l'une fournit toutes les ides essentielles de gouvernement1 et l'autre les principes d'opposition4 des intervalles de plus en plus rapprochs1 la socit1 en attendant une marche plus rationnelle1 accorde tour tour chacune d'elles une suprmatie partielle et momentane1 selon que le cours naturel des vnemens fait redouter davantage l'oppressive dcrpitude du systme ancien ou l'imminence de l'anarchie matrielle4 ,ces frquentes fluctuations1 qui caractrisent notre temps1 sont souvent attribues1 chez les individus1 la corruption ou la faiblesse humaines1 qu'elles doivent1 en effet1 puissamment stimuler3 mais cette explication1 videmment trop troite1 ne pouvant s'appliquer la socit prise en masse1 qui1 cependant1 ne semble gure moins versatile1 il faut bien rapporter surtout une telle tendance la cause plus profonde et plus gnrale que je viens d'indiquer1 et reconnatre que1 mme dans les cas privs1 de semblables changemens doivent tre souvent le rsultat involontaire d'une nouvelle position1 susceptible de rappeler plus spcialement le besoin de l'ordre ou celui du progrs1 trop isolment sentis une poque o si peu d'esprits comprennent rellement l'ensemble de notre tat politique4 ,organe propre et spontan de ces dplorables oscillations1 une troisime opinion1 essentiellement stationnaire1 a d graduellement s'interposer entre la doctrine rtrograde et la doctrine rvolutionnaire1 forme en quelque sorte1 sans aucune conception directe1 de leurs dbris communs4 ,malgr la nature btarde et la constitution contradictoire de cette opinion intermdiaire1 il faut bien historiquement la qualifier aussi de doctrine1 puisqu'elle trouve aujourd'hui tant d'emphatiques docteurs1 qui s'efforcent de la prsenter comme le type final de la philosophie politique4 ,humble et passive sous l'imptueux essor de l'esprit rvolutionnaire1 et mme pendant la raction rtrograde qui lui succda1 elle a depuis1 par le discrdit croissant des deux doctrines antagonistes1 obtenu peu peu1 sans effort1 une prpondrance aussi active que le comporte son caractre quivoque4 ,depuis un quart de sicle1 elle occupe principalement1 et de plus en plus1 par les diffrentes sectes qui s'y rattachent1 l'ensemble de la scne politique1 chez tous les peuples avancs4 ,les partis les plus opposs ont t graduellement contraints1 pour conserver leur activit1 d'adopter uniformment ses formules caractristiques1 au point de dissimuler souvent1 aux observateurs mal prpars1 la vritable nature du conflit social1 qui1 nanmoins1 continue encore1 de toute ncessit1 subsister uniquement1 faute d'un mobile vraiment nouveau1 entre l'esprit rvolutionnaire et l'esprit rtrograde4 ,quoique ces deux moteurs ne cessent point d'tre les seuls principes actifs des divers branlemens politiques1 cependant le rsultat final de leurs impulsions opposes tourne essentiellement1 d'ordinaire1 l'uniforme accroissement de la doctrine mixte et stationnaire1 dont l'ascendant universel1 quoique provisoire1 est dsormais irrcusable4 ,cette vidente prpondrance1 qui irrite1 sans les instruire1 les deux coles actives1 constitue1 mes yeux1 le symptme le plus caractristique de la commune rprobation dont la raison publique1 d'aprs nos grandes expriences contemporaines1 tend de plus en plus frapper dfinitivement les principes absolus de la doctrine rtrograde et de la doctrine rvolutionnaire1 malgr l'invitable contradiction1 ci-dessus explique1 qui nanmoins l'oblige toujours les employer spculativement1 en s'efforant de les neutraliser les uns par les autres4 ,rien ne peut mieux indiquer qu'un tel symptme la parfaite opportunit actuelle des essais philosophiques destins dgager rellement les socits modernes de cette orageuse situation1 en produisant enfin directement les principes essentiels d'une vraie rorganisation politique4 ,une semblable laboration1 impraticable sous l'empire1 oppressif ou entranant1 de l'une ou de l'autre des deux philosophies antagonistes1 n'est devenue possible que depuis qu'une doctrine quivoque1 interdisant1 par sa nature1 toute proccupation exclusive1 a permis de saisir le double caractre fondamental du problme social1 dont toutes les faces n'avaient pu jusque alors tre simultanment considres4 ,en mme temps1 cette doctrine btarde sert naturellement de guide la socit actuelle pour maintenir1 d'une manire aussi prcaire que pnible1 mais seule provisoirement possible1 l'ordre matriel indispensable l'accomplissement de cette grande opration philosophique1 et sans lequel la transition gnrale serait radicalement entrave4 ,tel est le double office1 capital quoique ncessairement passager1 que remplit aujourd'hui l'cole stationnaire1 dans la grande volution finale des socits modernes4 ,peut-tre notre faible nature exige-t-elle en effet1 afin de dvelopper pleinement cette indispensable influence1 que les chefs de cette cole se sentent anims d'une confiance absolue dans le triomphe dfinitif de leur doctrine1 bien que cette illusion soit certainement beaucoup moins ncessaire1 et par suite moins excusable1 que je ne l'ai expliqu envers la doctrine rvolutionnaire1 o nous l'avons vue strictement invitable4 ,mais1 quoiqu'il en soit1 ce grand service est1 en ralit1 profondment altr par une erreur aussi fondamentale1 qui tend consacrer1 comme type immuable de l'tat social1 la misrable transition que nous accomplissons aujourd'hui4 ,il serait1 certes1 bien superflu d'insister ici sur l'application spciale1 cette doctrine intermdiaire1 de notre universel critrium logique1 fond sur la considration d'inconsquence4 ,par la nature d'une telle doctrine1 il est vident que l'inconsquence s'y trouve1 de toute ncessit1 directement rige en principe1 en sorte qu'elle y doit tre spontanment encore plus profonde et plus complte que dans les deux doctrines extrmes4 leur gard1 les inconsquences radicales que nous avons ci-dessus indiques sont seulement le rsultat effectif de leur discordance fondamentale avec l'tat prsent de la civilisation2 mais1 ici1 elles rsident immdiatement dans la constitution propre de cet trange systme4 ,la politique stationnaire fait hautement profession de maintenir les bases essentielles du rgime ancien1 pendant qu'elle entrave radicalement1 par un ensemble de prcautions mthodiques1 ses plus indispensables conditions d'existence relle4 ,pareillement1 aprs une solennelle adhsion aux principes gnraux de la philosophie rvolutionnaire1 qui constituent sa seule force logique contre la doctrine rtrograde1 elle se hte d'en prvenir rgulirement l'essor effectif1 en suscitant leur application journalire des obstacles pniblement institus4 ,en un mot1 cette politique1 si firement ddaigneuse des utopies1 se propose directement aujourd'hui la plus chimrique de toutes les utopies1 en voulant fixer la socit dans une situation contradictoire entre la rtrogradation et la rgnration1 par une vaine pondration mutuelle entre l'instinct de l'ordre et celui du progrs4 ,ne possdant aucun principe propre1 elle est uniquement alimente par les emprunts antipathiques qu'elle fait simultanment aux deux doctrines antagonistes4 ,tout en reconnaissant l'inaptitude fondamentale de chacune d'elles diriger convenablement la socit actuelle1 sa conclusion finale consiste les y appliquer de concert4 ,sans doute1 une telle thorie sert utilement la raison publique d'organe provisoire pour empcher la dangereuse prpondrance absolue de l'une ou de l'autre philosophie2 mais1 par une ncessit non moins vidente1 elle tend directement prolonger1 autant que possible1 leur double existence1 premire base indispensable de l'action oscillatoire qui la caractrise4 ,ainsi1 cette doctrine mixte1 qui1 considre dans sa propre destination transitoire1 concourt1 par une influence ncessaire1 ci-dessus explique1 prparer les voies dfinitives de la rorganisation sociale1 constitue1 au contraire1 quand on l'envisage comme finale1 un obstacle direct cette rorganisation1 soit en faisant mconnatre sa vritable nature1 soit en tendant perptuer sans cesse les deux philosophies opposes qui l'entravent galement aujourd'hui4 ,pourrions-nous esprer aucune vraie solution du double problme social1 par une doctrine alternativement conduite1 dans son application journalire1 consacrer systmatiquement le dsordre au nom du progrs1 et la rtrogradation1 ou une quivalente immobilit1 au nom de l'ordre8 ,dans la partie historique de ce volume1 j'expliquerai naturellement l'analyse fondamentale de l'ensemble tout spcial de conditions sociales1 qui1 pour l',angleterre1 d'aprs la marche caractristique de son dveloppement politique1 a d procurer la monarchie parlementaire1 tant proclame par la doctrine mixte1 une consistance minemment exceptionnelle1 dont le terme invitable est nanmoins1 l mme1 dsormais imminent1 ainsi que l'indique de plus en plus l'exprience contemporaine4 ,cet examen1 qui serait ici trs dplac1 mettra1 j'espre1 en pleine vidence l'erreur capitale des philosophes et des hommes d'tat1 qui1 d'aprs l'apprciation vague ou superficielle d'un cas unique et passager1 ont si vainement propos et poursuivi1 comme solution finale de la grande crise rvolutionnaire des socits modernes1 l'uniforme transplantation1 sur le continent europen1 d'un rgime essentiellement local1 alors irrvocablement priv de ses appuis les plus indispensables1 et surtout du protestantisme organis1 qui1 en ,angleterre1 constitua sa principale base spirituelle4 ,l'tat d'enfance o languit encore la science fondamentale du dveloppement social1 permet seul de comprendre comment une semblable aberration a pu aujourd'hui entraner un grand nombre de bons esprits4 ,mais ce dplorable ascendant devra nous faire attacher1 en lieu convenable1 une extrme importance la discussion ultrieure de cet unique aspect spcieux de la doctrine stationnaire1 qu'une exacte analyse historique caractrisera spontanment1 en constatant la profonde inanit ncessaire de cette mtaphysique constitutionnelle sur la pondration et l'quilibre des divers pouvoirs1 d'aprs une judicieuse apprciation de ce mme tat politique qui sert de base ordinaire de telles fictions sociales4 ,au reste1 tant d'immenses efforts entrepris1 depuis un quart de sicle1 afin de nationaliser en ,france1 et chez les autres peuples rests nominalement catholiques1 cette sorte de compromis transitoire entre l'esprit rtrograde et l'esprit rvolutionnaire1 sans que nanmoins ce vain rgime ait pu encore acqurir1 ailleurs que dans sa terre natale1 aucune profonde consistance politique1 suffiraient ici1 sans doute1 dfaut d'une dmonstration directe1 pour vrifier clairement1 par une voie dcisive1 quoique empirique1 l'impuissance radicale d'une semblable doctrine l'gard de la grande question sociale4 ,cette prtendue solution n'aboutit videmment1 en ralit1 qu' faire passer la maladie de l'tat aigu l'tat chronique1 en tendant la rendre incurable1 par la conscration absolue et indfinie de l'antagonisme transitoire qui en constitue le principal symptme4 ,d'aprs sa destination propre1 une telle politique est ncessairement condamne n'avoir jamais aucun caractre vraiment tranch1 afin de pouvoir devenir indiffremment rtrograde ou rvolutionnaire1 sans jamais tre avec vigueur ni l'une ni l'autre1 suivant les impulsions alternatives qui rsultent spontanment du cours gnral des vnemens1 dont elle subit passivement l'irrsistible influence4 ,son principal mrite est d'avoir reconnu la double position fondamentale du problme social2 elle a senti1 en principe1 combien il importe de concilier aujourd'hui les conditions de l'ordre et celles du progrs4 ,mais n'ayant rellement apport1 dans l'examen de la question1 aucune ide nouvelle1 destine la satisfaction simultane de ces deux grands besoins sociaux1 sa solution pratique dgnre invitablement en un gal sacrifice de l'un l'autre4 ,quant l'ordre1 en effet1 elle est d'abord contrainte1 par sa nature1 renoncer essentiellement rtablir aucun vritable ordre intellectuel et moral1 l'gard duquel elle ne dissimule gure son invitable incomptence4 ,or1 ainsi borne la simple conservation d'un ordre purement matriel1 la position gnrale de cette politique doit bientt se trouver radicalement fausse1 oblige de lutter journellement contre les consquences naturelles d'un dsordre dont elle a directement sanctionn le principe essentiel2 ce qui la rduit1 d'ordinaire1 ne pouvoir agir qu' l'instant mme o le danger est devenu imminent1 et1 par suite1 souvent insurmontable4 ,d'une autre part1 cette importante fonction y demeure spontanment attribue la royaut1 seul pouvoir encore vraiment actif de l'ancien systme politique1 surtout en ,france1 et autour duquel tendent essentiellement se rallier aujourd'hui tous ses autres dbris1 spirituels et temporels4 ,or1 la pondration systmatique1 institue par la mtaphysique stationnaire1 tout en proclamant le pouvoir royal comme principale base du gouvernement1 l'entoure mthodiquement d'entraves toujours croissantes1 qui1 restreignant de plus en plus son activit propre1 finiraient mme par le dpouiller graduellement de l'nergique autorit qu'exige aujourd'hui l'accomplissement rel d'une telle destination1 si le cours naturel de l'volution sociale ne devait point prvenir l'entier dveloppement de cette constitution contradictoire#aj qui veut le rgime ancien1 moins ses plus videntes ncessits politiques1 et qui a dj conduit1 en plus d'une grave occasion1 jusqu' dnier dogmatiquement aux rois le choix vraiment libre de leurs premiers agens4 ,les conditions du progrs ne sont pas1 au fond1 entendues1 par cette politique parlementaire1 d'une manire plus satisfaisante que celles de l'ordre vritable4 ,car1 n'appliquant la solution aucun principe propre et nouveau1 les entraves que1 dans l'intrt de l'ordre1 elle est force de mettre l'esprit rvolutionnaire1 sont toutes ncessairement empruntes l'ancien systme politique1 et1 par suite1 tendent invitablement prendre un caractre plus ou moins rtrograde et oppressif1 selon l'explication fondamentale1 ci-dessus tablie1 de la doctrine critique4 ,on le vrifie aisment1 par exemple1 l'gard des restrictions habituelles de la libert d'crire1 du droit d'lection1 etc41 restrictions toujours puises dans d'irrationnelles conditions matrielles1 qui1 minemment arbitraires1 par leur nature1 oppriment et surtout irritent un degr plus ou moins prononc1 sans que le but qu'on s'y propose soit jamais suffisamment atteint2 la multitude des exclus tant ainsi ncessairement beaucoup plus choque que ne peut tre satisfait le petit nombre de ceux auxquels s'appliquent des privilges aussi vicieusement motivs4 ,footnote #aj3 ,cette situation transitoire t1 de nos jours1 trs heureusement formule par la clbre maxime de ,m4 ,thiers3 ,le roi rgne1 et ne gouverne pas4 ,l'immense crdit1 si rapidement obtenu par cette subtile formule mtaphysique1 tmoigne la fois1 et de l'irrvocable dcadence de l'esprit monarchique1 et de la nature minemment passagre d'un rgime fond sur une telle inconsquence politique1 qui n'est cependant qu'une exacte expression sommaire de ce qu'on nomme aujourd'hui l'esprit constitutionnel4 ,tout examen plus spcial de la doctrine mixte ou stationnaire1 qui n'est1 vrai dire1 qu'une dernire phase gnrale de la politique mtaphysique1 serait ici prmatur1 et d'ailleurs essentiellement inutile4 ,au point de vue o l'esprit du lecteur doit tre maintenant tabli1 il est vident que la rorganisation finale des socits modernes ne saurait tre aucunement dirige par une thorie aussi prcaire et subalterne1 qui ne peut1 au fond1 que rgulariser la lutte politique fondamentale1 en tendant l'terniser1 et qui1 dans son utilit momentane1 ne se propose1 en ralit1 que cet office purement ngatif1 toujours trs imparfaitement rempli d'ailleurs1 empcher les rois de rtrograder et les peuples de bouleverser4 ,quelque importance que puisse avoir cet incontestable service1 une telle rgnration ne s'accomplira point sans doute avec de simples empchemens4 ,cette analyse fondamentale des trois systmes d'ides qui prsident aujourd'hui toutes les discussions politiques1 a dsormais suffisamment constat1 des titres divers1 mais galement irrcusables1 leur commune impuissance radicale pour diriger la rorganisation sociale1 impuissance de jour en jour plus sentie par les meilleurs esprits1 malgr l'vidente ncessit1 ci-dessus explique1 qui1 d'ailleurs1 exige provisoirement l'emploi simultan de ces trois doctrines1 jusqu' leur uniforme absorption dfinitive par une philosophie nouvelle1 susceptible de satisfaire la fois1 d'aprs un mme principe1 aux diffrentes conditions gnrales du problme actuel4 ,afin de complter ici une telle apprciation prliminaire1 de manire mieux manifester l'urgente opportunit d'une semblable philosophie1 il nous reste maintenant caractriser sommairement les principaux dangers sociaux qui rsultent invitablement de la dplorable prolongation d'un pareil tat intellectuel1 et qui tendent1 par leur nature1 s'aggraver de jour en jour4 ,il et t aussi injuste que prmatur de les considrer plus tt1 avant qu'on y pt saisir spontanment la participation directe et constante de la mtaphysique rvolutionnaire1 de la mtaphysique rtrograde1 et de la mtaphysique stationnaire4 ,quoique les deux dernires coles s'accordent souvent1 cet gard1 pour renvoyer surtout la premire1 comme cause immdiate de la crise1 le blme principal1 il est nanmoins vident que le dveloppement continu des pernicieuses consquences de l'anarchie intellectuelle1 et par suite morale1 doit leur tre galement imput1 puisque1 aussi radicalement impuissantes dcouvrir le remde1 elles concourent d'ailleurs1 non moins directement que leur antagoniste1 l'indfinie prolongation du mal1 dont elles entravent le vrai traitement4 ,la profonde discordance qui existe aujourd'hui entre la marche gnrale des gouvernemens et le mouvement fondamental des socits1 tient1 sans doute1 tout autant l'esprit vicieusement hostile de la politique dirigeante qu' la tendance finalement anarchique des opinions populaires4 ,sous les divers aspects que nous allons examiner1 la perturbation sociale ne procde pas moins1 en ralit1 des rois que des peuples1 avec cette diffrence aggravante contre les premiers1 que la solution rgulire semblerait devoir maner d'eux4 ,la plus universelle consquence de cette fatale situation1 son rsultat le plus direct et plus funeste1 source premire de tous les autres dsordres essentiels1 consiste dans l'extension toujours croissante1 et dj effrayante1 de l'anarchie intellectuelle1 dsormais constate par tous les vrais observateurs1 malgr l'extrme divergence de leurs opinions spculatives sur sa cause et sa terminaison4 ,c'est ici surtout qu'il importe de dcharger rationnellement la politique rvolutionnaire de la responsabilit trop exclusive qu'on s'efforce de rejeter sur elle1 et que1 d'ordinaire1 elle-mme accepte avec trop de facilit4 ,sans doute1 cette anarchie rsulte immdiatement du dveloppement continu du droit absolu de libre examen1 dogmatiquement confr tous les individus par le principe fondamental de la doctrine critique4 ,mais1 comme je l'ai prcdemment indiqu1 le droit d'examiner n'impliquant point1 par lui-mme1 l'absence ncessaire de toute dcision fixe et commune1 si nanmoins l'application de ce dogme produit aujourd'hui de tels effets1 cela tient essentiellement ce qu'il n'existe point encore de principes susceptibles de raliser enfin la convergence fondamentale des intelligences2 et1 jusqu' leur avnement1 ce dsordre doit invitablement persister4 ,or1 quoique la doctrine rvolutionnaire1 par une extension dmesure1 tende directement1 ainsi que je n'ai point hsit le montrer sans dtour1 perptuer1 d'une manire presque indfinie1 cette absence de principes de ralliement1 une telle lacune me semble cependant devoir tre encore plus justement reproche la politique stationnaire1 qui prtend qu'il n'y a point lieu s'occuper d'une semblable recherche1 qu'elle interdit effectivement1 et surtout la doctrine rtrograde qui1 par une proposition vraiment drisoire1 ose prconiser aujourd'hui1 comme seule solution possible de l'anarchie intellectuelle1 la chimrique rinstallation sociale de ces mmes vains principes dont l'invitable dcrpitude a primitivement amen cette anarchie4 ,ces deux dernires doctrines tenteraient donc inutilement dsormais1 aux yeux impartiaux d'une saine philosophie1 d'luder la responsabilit1 chaque jour plus imminente et plus grave1 que doit aussi faire peser sur elles la pernicieuse prolongation d'un dsordre qu'il serait fort injuste d'attribuer exclusivement la doctrine qui parat en constituer la cause immdiate et constante4 ,quoi qu'il en soit1 il s'agit maintenant d'envisager surtout en elles-mmes les suites effectives d'une situation gnrale1 laquelle concourent invitablement1 chacun sa manire1 les trois systmes d'ides entre lesquels le monde politique est aujourd'hui si dplorablement partag4 ,sans le motif d'quit que je viens de signaler1 il importerait peu d'examiner ici quel point ce dsordre vident des esprits doit tre imput une instigation directe1 ou une rpression radicalement vicieuse4 ,en vertu de leur complication suprieure1 et par suite aussi de leur plus intime contact avec l'ensemble des passions humaines1 les questions sociales devraient1 par leur nature1 encore plus scrupuleusement que toutes les autres1 rester concentres chez un petit nombre d'intelligences d'lite1 que la plus forte ducation prliminaire1 convenablement suivie d'tudes directes1 aurait graduellement prpares en poursuivre avec succs la difficile laboration4 ,tel est1 du moins1 cet gard1 avec une pleine vidence1 le vritable tat normal de l'esprit humain1 pour lequel toute autre situation constitue rellement1 pendant les poques rvolutionnaires1 une sorte de cas pathologique plus ou moins caractris1 d'ailleurs provisoirement invitable et mme indispensable1 comme je l'ai expliqu4 ,quels doivent donc tre les profonds ravages de cette maladie sociale1 en un temps o tous les individus1 quelque infrieure que puisse tre leur intelligence1 et malgr l'absence souvent totale de prparation convenable1 sont indistinctement provoqus1 par les plus nergiques stimulations1 trancher journellement1 avec la plus dplorable lgret1 sans aucun guide1 et sans le moindre frein1 les questions politiques les plus fondamentales6 ,au lieu d'tre surpris de l'effroyable divergence graduellement produite par l'universelle propagation1 depuis un demi-sicle1 de cette anarchique tendance1 ne faudrait-il pas admirer bien plutt que1 grces au bon sens naturel et la modration intellectuelle de l'homme1 le dsordre ne soit point jusqu'ici plus complet1 et qu'il subsiste encore et l quelques points vagues de ralliement sous la dcomposition1 toujours croissante nanmoins1 des maximes sociales6 ,le mal est dj parvenu ce point que toutes les opinions politiques1 quoique uniformment puises dans le triple fond gnral que j'ai analys1 prennent aujourd'hui un caractre essentiellement individuel1 par les innombrables nuances que comporte le mlange vari des trois ordres de principes vicieux4 ,except dans les cas d'entranement1 o les divergences radicales peuvent tre momentanment dissimules pendant la poursuite commune d'un moyen passager1 dont chacun des prtendus coaliss conserve d'ailleurs d'ordinaire le secret espoir d'exploiter seul la ralisation1 il devient maintenant de plus en plus impossible de faire vraiment adhrer1 mme un trs petit nombre d'esprits1 une profession de foi politique un peu explicite1 o le vague et l'ambigut d'un langage artificieux ne cherchent point produire l'apparence illusoire d'un concours qui ne saurait exister4 ,or1 il importe de noter ici1 comme une vidente confirmation de ce que je viens d'indiquer sur l'gale participation invitable des trois doctrines principales la production de ce dsordre intellectuel1 que cette universelle divagation des esprits actuels n'est1 certes1 pas moins prononce dans le camp purement stationnaire1 et jusque dans le camp rtrograde1 ainsi que je l'ai dj montr1 que dans le camp rvolutionnaire proprement dit4 ,chacun des trois partis1 en ses instans de navet1 a mme souvent dplor1 avec une profonde amertume1 la discordance plus intense dont il se croyait spcialement affect1 tandis que ses adversaires n'taient point1 vrai dire1 mieux partags3 la principale diffrence entre eux consistant rellement1 sous ce rapport1 en ce que chacun sent plus vivement ses propres misres4 ,dans les pays o cette dcomposition intellectuelle a t rgulirement consacre1 ds l'origine de l'poque rvolutionnaire1 au seizime sicle1 par la prpondrance politique du protestantisme1 les divagations1 sans tre moins intenses1 malgr leur uniformit thologique1 ont t encore plus multiplies qu'ailleurs1 parce que l'esprit humain1 alors plus voisin de l'enfance1 y a surtout profit de son mancipation naissante pour se livrer aveuglment la discussion indfinie des opinions religieuses1 ncessairement les plus vagues1 et par suite les plus discordantes de toutes1 quand une nergique autorit spirituelle ne comprime point sans cesse leur essor divergent4 ,aucun pays n'a mieux vrifi cette invitable tendance que les tats-,unis de l',amrique-,nord1 o le christianisme s'est dissous en plusieurs centaines de sectes1 radicalement discordantes1 qui se subdivisent chaque jour davantage en opinions dj presque individuelles1 dont le classement serait aussi impraticable qu'inutile1 et auxquelles d'ailleurs tendent se mler aujourd'hui d'innombrables dissidences politiques4 ,mais les nations assez heureusement prpares1 par l'ensemble de leurs antcdents1 pour avoir essentiellement vit1 comme en ,france surtout1 la halte trompeuse du protestantisme1 et chez lesquelles l'esprit humain a pu ainsi1 par une transition plus nette et plus rapide1 passer directement de l'tat pleinement catholique l'tat franchement rvolutionnaire1 ne pouvaient nanmoins chapper non plus l'invitable anarchie intellectuelle1 ncessairement inhrente tout exercice prolong du droit absolu de libre examen individuel4 ,seulement1 les aberrations1 sans y tre1 certes1 moins antisociales1 y ont pris1 par cela mme1 un caractre beaucoup moins vague1 qui doit y moins entraver la rorganisation finale4 ,comme ces divagations1 dont le champ est d'ailleurs inpuisable1 tendent chaque jour disparatre1 sous le coup d'une insuffisante discussion1 pour tre aussitt remplaces par de nouvelles extravagances1 il peut tre utile de conserver ici le souvenir distinct de quelques-unes des principales1 qui ne sont point1 mes yeux1 les plus graves1 et que je choisis surtout raison de leur actualit plus marque4 ,qu'il me suffise donc d'numrer successivement1 en invoquant le tmoignage de tous les observateurs bien informs1 et sans attacher1 du reste1 aucune importance l'ordre de ces indications3 #a l'trange proposition conomique de supprimer l'usage des monnaies1 et1 par suite1 de ramener ainsi la socit1 en vue du progrs1 au temps des changes directs2 #b le projet de dtruire les grandes capitales1 centres principaux de la civilisation moderne1 comme d'imminens foyers de corruption sociale2 #c l'ide d'un maximum de salaire journalier1 fix mme un taux trs modique1 que ne pourraient dpasser1 en aucun cas1 les bnfices rels d'une industrie quelconque2 #d le principe1 plus subversif encore1 et nanmoins trs dogmatiquement expos de nos jours1 d'une rigoureuse galit de rtribution habituelle entre tous les travaux possibles2 #e enfin1 dans une classe de notions politiques dont l'vidence plus grossire semblerait devoir prvenir toute illusion fondamentale1 les dangereux sophismes de nos philantropes sur l'abolition absolue de la peine capitale1 au nom d'une vaine assimilation mtaphysique des plus indignes sclrats de simples malades4 ,toutes ces aberrations diverses1 et tant d'autres analogues1 ou encore plus prononces et plus nuisibles1 se produisent d'ailleurs journellement au mme titre universel que les opinions les mieux labores et les plus susceptibles de concourir utilement la rorganisation sociale1 sans qu'aucun des partis actuels puisse1 cet gard1 tablir rellement1 parmi ses propres membres1 la moindre discipline intellectuelle1 lors mme qu'il se sent le plus compromis1 aux yeux de la raison publique1 par de semblables garemens4 ,il ne faut pas croire1 en outre1 que de telles extravagances soient aujourd'hui essentiellement rserves quelques esprits excentriques ou mal organiss1 comme les poques les plus rgulires en ont frquemment prsent4 ,ce qui caractrise le plus nettement1 sous ce rapport1 l'absence totale de principes gnraux vraiment propres diriger convenablement nos penses politiques1 c'est la dplorable universalit de cette tendance anarchique1 la funeste disposition des intelligences mme les plus normales se laisser entraner1 souvent par l'unique impulsion d'une vanit trs blmable1 l'apologie momentane des plus pernicieux paradoxes4 ,un tel spectacle ne m'a jamais sembl plus choquant que lorsqu'on peut l'observer1 comme notre exprience journalire ne le comporte que trop1 chez des esprits livrs la culture habituelle de quelqu'une des sciences positives1 et qui cependant ne sont1 cet gard1 nullement retenus par l'trange contraste que devrait naturellement leur offrir cette scrupuleuse sagesse1 dont ils sont si justement fiers1 l'gard des moindres questions de la philosophie naturelle1 compare la frivole prsomption avec laquelle ils ne craignent point de trancher en passant1 comme le vulgaire1 sans aucune prparation rationnelle1 les plus difficiles et les plus importants sujets qui soient accessibles la raison humaine4 ,cette maladie ayant ainsi atteint dsormais jusqu'aux intelligences qui1 aujourd'hui1 sont1 incontestablement1 les mieux disciplines1 rien ne saurait1 sans doute1 manifester ici avec plus d'nergie son effrayante extension actuelle4 ,l'invitable rsultat gnral d'une semblable pidmie chronique a d tre1 par une vidente ncessit1 la dmolition graduelle1 maintenant presque totale1 de la morale publique1 qui1 peu appuye1 chez la plupart des hommes1 sur le sentiment direct1 a besoin1 par dessus tout1 que les habitudes en soient constamment diriges par l'uniforme assentiment des volonts individuelles des rgles invariables et communes1 propres fixer1 en chaque grave occasion1 la vraie notion du bien public4 ,telle est la nature minemment complexe des questions sociales1 que1 mme sans aucune intention sophistique1 le pour et le contre peuvent y tre soutenus1 sur presque tous les points1 d'une manire extrmement plausible2 car1 il n'y a pas d'institution quelconque1 pour si indispensable qu'elle puisse tre au fond1 qui ne prsente1 en ralit1 de graves et nombreux inconvniens1 les uns partiels1 les autres passagers2 et1 en sens inverse1 l'utopie la plus extravagante offre toujours1 comme on sait1 quelques avantages incontestables4 ,or1 la plupart des intelligences sont1 sans doute1 trop exclusivement proccupes1 soit en vertu de leur trop faible porte1 soit1 encore plus frquemment peut-tre1 par une passion absorbante1 pour tre vraiment capables d'embrasser simultanment les divers aspects essentiels du sujet4 ,comment pourraient-elles donc s'abstenir de condamner successivement presque toutes les grandes maximes de morale publique1 dont les dfauts sont1 d'ordinaire1 trs saillans1 tandis que leurs motifs principaux1 quoique rellement beaucoup plus dcisifs1 sont quelquefois profondment cachs1 jusqu' ce qu'une exacte analyse1 souvent fort dlicate1 les ait mis en pleine lumire8 ,voil surtout ce qui doit rendre tout vritable ordre moral ncessairement incompatible avec la vagabonde libert des esprits actuels1 si elle pouvait indfiniment persister2 puisque la plupart des rgles sociales destines devenir usuelles ne sauraient tre1 sans perdre toute efficacit1 abandonnes l'aveugle et arbitraire dcision d'un public incomptent4 ,l'indispensable convergence des intelligences suppose donc1 pralablement1 la renonciation volontaire et motive du plus grand nombre d'entre elles leur droit souverain d'examen1 qu'elles s'empresseront1 sans doute1 d'abdiquer spontanment1 aussitt qu'elles auront enfin trouv des organes dignes d'exercer convenablement leur vaine suprmatie provisoire4 ,si une telle condition est dsormais vidente l'gard des moindres notions scientifiques1 pourrait-elle tre srieusement conteste envers les sujets les plus difficiles1 et qui exigent aussi le plus d'unit8 ,jusqu' sa ralisation suffisamment accomplie1 les ides effectives de bien public1 dgnres en une vague philantropie1 resteront toujours livres1 comme on le voit aujourd'hui1 la plus pernicieuse fluctuation1 qui tend directement leur ter toute force vritable contre les nergiques impulsions d'un gosme vivement stimul4 ,dans le triste cours journalier de nos luttes politiques1 les hommes les plus judicieux et les plus honntes sont naturellement conduits se taxer les uns les autres de folie ou de dpravation1 d'aprs la vaine opposition de leurs principes sociaux2 d'une autre part1 en chaque grave occurence1 les maximes politiques les plus contraires se trouvent habituellement soutenues par des partisans qui doivent sembler galement recommandables3 comment l'influence continue de ce double spectacle1 essentiellement incompatible avec aucune conviction profonde et inbranlable1 pourrait-elle1 la longue1 laisser subsister1 soit chez ceux qui y participent1 soit mme chez ceux qui l'admirent1 une vraie moralit politique8 la vrit1 cette dmoralisation publique a t sensiblement retarde1 de nos jours1 par la prpondrance mme de la doctrine rvolutionnaire1 laquelle les deux autres doctrines l'imputent1 d'ordinaire1 d'une manire si injustement exclusive4 ,car1 le parti rvolutionnaire1 en vertu de son caractre progressif1 a d tre1 plus qu'aucun autre1 anim de vritables convictions1 la fois profondes et actives1 qui1 quelqu'en ft l'objet1 devaient tendre spontanment contenir et mme refouler l'gosme individuel4 ,une telle proprit s'est surtout dveloppe pendant la mmorable phase d'illusion1 ci-dessus caractrise1 o la mtaphysique rvolutionnaire a t1 par un entranement unanime1 momentanment conue comme directement destine rorganiser les socits modernes4 ,alors1 en effet1 s'accomplirent1 sous l'nergique impulsion de cette doctrine1 les plus admirables dvouemens sociaux dont puisse s'honorer l'histoire contemporaine1 malgr toute dclamation rtrograde ou stationnaire4 ,mais1 depuis qu'une telle illusion primitive a d graduellement tendre se dissiper sans retour1 et que la doctrine critique a ainsi perdu sa principale autorit1 les convictions qui s'y rattachent ont d s'en trouver proportionnellement amorties1 surtout en vertu de son invitable mlange1 chaque jour plus intime1 avec la politique stationnaire1 et mme avec la politique rtrograde1 ainsi que je l'ai prcdemment expliqu4 ,quoique ces convictions soient1 vrai dire1 moins effaces et moins striles1 encore aujourd'hui1 surtout dans la jeunesse1 que celles qu'inspirent communment les deux autres doctrines1 elles ont cependant dsormais trop peu d'nergie effective pour compenser suffisamment l'action dissolvante qui caractrise la mtaphysique rvolutionnaire1 l'gard mme de ses propres partisans1 en sorte que cette philosophie contribue maintenant1 en ralit1 presque autant que chacune de ses deux antagonistes1 au dbordement spontan de la dmoralisation politique4 ,la morale prive dpend heureusement de beaucoup d'autres conditions gnrales que celles d'opinions fixement tablies4 ,dans les cas les plus usuels1 le sentiment naturel y parle1 sans doute1 bien plus fortement qu' l'gard des relations publiques4 ,en outre1 l'adoucissement continu de nos moeurs1 d'aprs un dveloppement intellectuel plus commun1 par un got plus familier1 ainsi qu'un plus juste sentiment1 des divers beaux-arts1 l'amlioration graduelle des conditions la suite des progrs toujours croissans de l'industrie humaine1 ont d puissamment contre-balancer1 cet gard1 les influences dsorganisatrices4 ,il faut d'ailleurs remarquer que ces influences1 primitivement concentres sur la vie politique proprement dite1 n'ont d se manifester que beaucoup plus tard1 et avec une moindre intensit1 envers la morale domestique ou personnelle1 dont enfin les rgles ordinaires1 d'une dmonstration plus facile1 peuvent1 par leur nature1 supporter1 jusqu' un certain point1 sans d'aussi imminens prils1 la libre irruption des analyses individuelles4 ,toutefois1 le temps est dsormais venu o ces invitables aberrations1 jusque alors essentiellement dissimules1 commencent dvelopper minemment leur dangereuse activit4 ,ds la premire volution de l'tat rvolutionnaire1 cette action dltre sur la morale proprement dite s'tait dj annonce par une grave atteinte l'institution fondamentale du mariage1 que la facult du divorce aurait profondment altre dans tous les pays protestans1 si la dcence publique et le bon sens individuel n'y avaient point jusqu'ici beaucoup amorti la pernicieuse influence des divagations thologico-mtaphysiques4 ,mais cependant la morale prive ne pouvait1 comme je viens de l'indiquer1 tre rellement attaque1 d'une manire directe et suivie1 qu'aprs la dcomposition presque totale de la morale publique4 ,aujourd'hui qu'un tel prliminaire est certes suffisamment accompli1 l'action dissolvante menace immdiatement1 avec une intensit toujours croissante1 la morale domestique et mme la morale personnelle1 premier fondement ncessaire de toutes les autres4 ,sous quelque aspect qu'on les envisage1 soit quant aux relations des sexes1 celles des ges1 ou celles des conditions1 il est clair que les lmens ncessaires de toute sociabilit sont dsormais1 et doivent tre de plus en plus1 directement compromis par une discussion corrosive1 que ne dominent point de vritables principes1 et qui tend mettre en question1 sans aucune solution possible1 les moindres ides de devoir4 ,la famille1 qui1 au milieu des phases les plus agites de la tempte rvolutionnaire1 avait t1 sauf quelques attaques accessoires1 essentiellement respecte1 s'est trouve1 de nos jours1 radicalement assaillie1 dans sa double base indispensable1 l'hrdit et le mariage1 par des sectes insenses#aa1 qui1 en rvant la rorganisation1 n'ont su1 dans leur superbe mdiocrit1 dvelopper rellement que la plus dangereuse anarchie4 ,nous avons vu mme le principe le plus gnral et le plus vulgaire de la simple morale individuelle1 la subordination ncessaire des passions la raison1 directement dni par d'autres prtendus rnovateurs1 qui1 sans s'arrter l'exprience universelle1 rationnellement sanctionne par l'tude positive de la nature humaine1 ont tent1 au contraire1 d'tablir1 comme dogme fondamental de leur morale rgnre1 la systmatique domination des passions1 dont l'activit spontane ne leur a point paru sans doute assez encourage par la simple dmolition philosophique des barrires jusque alors destines en contenir l'imptueux essor1 puisqu'ils ont cru devoir1 en outre1 la dvelopper artificiellement par l'application continue des stimulans les plus nergiques4 ,ces diverses aberrations spculatives ont dj assez pntr dans la vie sociale1 pour qu'il soit aujourd'hui devenu loisible chacun de se faire une sorte de facile mrite de ses passions mme les plus dsordonnes1 les plus animales3 si un tel dbordement pouvait persister1 les estomacs insatiables finiraient probablement par s'enorgueillir aussi de leur propre voracit4 ,footnote #aa3 ,nous avons vu surtout une secte phmre1 dans ses vains projets de rgnration ou plutt de domination universelle1 offrir1 pendant quelques annes1 l'observateur attentif1 par un concours d'aberrations qu'on avait cru jusque alors impossible1 l'trange conciliation fondamentale de la plus licencieuse anarchie avec le plus dgradant despotisme4 ,vainement l'cole rtrograde s'efforce-t-elle encore de rejeter exclusivement sur l'cole rvolutionnaire la responsabilit gnrale de ce nouvel ordre de divagations1 dont elle-mme n'est pas rellement moins coupable1 d'aprs son aveugle et irrationnelle obstination prconiser1 comme seules bases intellectuelles de la sociabilit1 des principes dont l'irrvocable impuissance actuelle n'a jamais t plus sensible que dans ce cas4 ,car1 si les conceptions thologiques devaient vritablement constituer1 dans l'avenir comme dans le pass1 les immuables fondemens de la morale universelle1 d'o vient qu'elles ont aujourd'hui perdu toute force relle contre de semblables dbordemens8 ,ne serait-ce pas dsormais un cercle profondment vicieux que d'tayer d'abord1 par de vains et laborieux artifices1 les principes religieux1 afin qu'ils pussent ensuite1 ainsi destitus de tout pouvoir intrinsque et direct1 servir de points d'appui l'ordre moral8 ,toute puissance sociale ne manifeste-t-elle pas ncessairement son efficacit gnrale1 par l'indispensable preuve prliminaire de sa propre lvation8 ,aucun office vraiment fondamental ne saurait donc maintenant appartenir des croyances qui n'ont pu elles-mmes rsister au dveloppement universel de la raison humaine1 dont la virilit ne finira point sans doute par reconstruire les entraves oppressives que brisa pour jamais son adolescence4 ,il importe mme de remarquer enfin1 ce sujet1 que les diverses aberrations prcdemment signales ont toujours t conues1 de nos jours1 par d'ardens restaurateurs des thories religieuses1 violemment exasprs contre toute philosophie vraiment positive1 seule apte dsormais comprimer effectivement l'essor naturel de leurs divagations2 on avait pu1 depuis long-temps1 constater aussi la justesse ncessaire d'une observation analogue1 l'gard des aberrations semblables d'origine purement protestante4 ,loin de pouvoir fournir aujourd'hui des bases relles la morale proprement dite1 domestique ou personnelle1 les croyances religieuses tendent de plus en plus1 vrai dire1 lui devenir doublement nuisibles1 soit en s'opposant son dification sur des fondemens plus solides1 auprs des esprits1 chaque jour plus nombreux1 que ces croyances cessent de pouvoir dominer1 soit mme en ce que1 chez ceux qui leur demeurent le moins infidles1 ces principes sont naturellement beaucoup trop vagues pour comporter aucune grande efficacit pratique sans l'active intervention continue de l'autorit sacerdotale1 dsormais essentiellement absorbe1 chez les populations les plus avances1 par le soin difficile de sa propre conservation1 de manire ne plus oser1 d'ordinaire1 compromettre1 par une intempestive rpression1 le faible crdit qu'elle s'y mnage encore4 ,parmi les intelligences un peu cultives1 l'exprience journalire ne montre-t-elle point1 en effet1 que la morale usuelle des hommes rests suffisamment religieux n'est nullement suprieure aujourd'hui1 malgr l'anarchie intellectuelle1 celle de la plupart des esprits mancips8 ,la principale tendance pratique des croyances religieuses ne consiste-t-elle point le plus souvent1 dans la vie sociale actuelle1 inspirer surtout1 la plupart de ceux qui les conservent avec quelque nergie1 une haine instinctive et insurmontable contre tous ceux qui s'en sont affranchis1 sans qu'il en rsulte d'ailleurs aucune mulation rellement utile la socit8 ,ainsi1 pour la morale prive1 comme ci-dessus l'gard de la morale publique1 les principaux ravages1 soit indirects1 soit mme directs1 qu'exerce maintenant l'anarchie intellectuelle1 doivent tre1 aprs un mr examen1 au moins aussi svrement imputs la philosophie stationnaire1 et surtout la philosophie rtrograde1 qu' la philosophie rvolutionnaire elle-mme1 qui en est seule habituellement accuse4 ,quoi qu'il en soit1 il n'est ici que trop vident que toutes les diffrentes doctrines actuelles sont1 divers titres1 presque galement impuissantes1 par leur nature1 sous l'un et l'autre aspect1 opposer aucun frein nergique au dveloppement continu de l'gosme individuel1 qui s'enhardit aujourd'hui de plus en plus rclamer directement1 au nom de l'universelle anarchie des intelligences1 le libre dbordement des passions mme les moins sociales4 ,suite ncessaire et directe d'un pareil dsordre1 vient maintenant1 comme second caractre gnral de notre situation fondamentale1 la corruption systmatique1 dsormais rige en un indispensable moyen de gouvernement4 ,ici1 l'cole stationnaire et l'cole rtrograde ne sauraient parvenir rejeter exclusivement sur l'cole rvolutionnaire une responsabilit commune1 o leur double participation habituelle est certes la plus immdiate et mme la plus prononce4 ,les trois doctrines concourent ncessairement1 quoique ingalement1 ce honteux rsultat1 en contribuant1 chacune sa manire1 l'absence de toutes vraies convictions politiques1 ainsi que je l'ai expliqu4 ,quelque dplorable que soit videmment une telle obligation1 il faut aujourd'hui savoir y reconnatre sans dtour une invitable consquence de cet tat intellectuel1 o l'impuissance et le discrdit des ides gnrales1 devenues incapables de commander aucun acte rel1 ne laissent plus d'autre ressource journalire1 pour obtenir effectivement l'indispensable concours des individus au maintien prcaire d'un ordre grossier1 qu'un appel plus ou moins immdiat des intrts purement personnels4 ,il n'arrive presque jamais qu'une pareille influence trouve s'exercer sur des hommes vritablement anims de convictions profondes4 ,rarement la nature humaine1 dans les caractres mme les moins levs1 s'avilit-elle assez pour comporter un systme de conduite politique en opposition relle avec de fortes convictions quelconques3 un tel contraste continu finirait bientt par paralyser essentiellement les facults du sujet4 ,dans l'ordre scientifique1 o les vraies convictions philosophiques sont aujourd'hui plus communes et mieux marques1 la corruption active n'est gure praticable1 quoique les mes n'y soient certes pas ordinairement d'une trempe plus nergique#ab4 ,ainsi1 sauf quelques anomalies fort rares1 il faut videmment attribuer surtout1 l'tat indcis et flottant o l'anarchie intellectuelle tient habituellement aujourd'hui toutes les ides sociales1 l'extension rapide et facile d'une corruption qui tourne aisment son gr les demi-convictions1 vagues et insuffisantes1 que prsente dsormais1 de plus en plus exclusivement1 le monde politique actuel4 ,non-seulement ce dsordre des esprits permet seul le dveloppement de la corruption politique1 dont tout large exercice serait incompatible avec des convictions relles et communes2 mais on doit mme avouer qu'il l'exige ncessairement1 comme unique moyen praticable de dterminer maintenant une certaine convergence effective1 dont l'ordre social1 quelque matrialit qu'il puisse tre rduit1 ne saurait se passer entirement4 ,on peut donc annoncer avec assurance l'imminente extension continue de ce honteux procd1 tant que l'anarchie intellectuelle tendra toujours dtruire graduellement toute forte conviction politique4 ,footnote #ab3 ,le cas le plus dcisif cet gard1 est celui1 assez frquent de nos jours1 des savans qui allient la plus honteuse versatilit politique une invariable persvrance philosophique malgr les plus puissantes tentations1 dans leurs opinions anti-religieuses1 qui1 sans doute1 reposaient seules chez eux sur de vritables convictions4 ,une telle explication ne saurait1 sans doute1 compltement absoudre les gouvernemens actuels de la dangereuse prfrence que1 dans leur aveugle et troite sollicitude1 ils accordent habituellement l'emploi dmesur d'un pareil moyen4 ,car1 l'absolu ddain1 si stupidement systmatique1 qu'ils affectent d'ordinaire contre toute thorie sociale1 et les entraves nombreuses1 soit involontaires1 soit calcules1 dont ils s'efforcent1 en ce genre1 d'entourer aujourd'hui l'esprit humain1 au lieu d'encourager son essor1 tendent videmment1 d'une manire directe1 terniser cet tat transitoire1 en empchant la seule solution qu'il comporte4 ,d'une autre part1 ainsi obligs de subir cette immorale ncessit1 nos gouvernemens l'aggravent encore dans l'excution1 en subordonnant presque toujours l'usage de ce moyen la seule satisfaction immdiate de leurs intrts spciaux1 sans aucun appel vritable l'intrt public1 dont ils ne craignent pas de sacrifier ouvertement la considration gnrale au simple soin de leur propre conservation4 ,nanmoins1 malgr ces torts irrcusables1 il demeure vident que le dveloppement graduel du systme de corruption politique doit tre aujourd'hui tout autant imput aux gouverns qu'aux gouvernans2 non-seulement en ce sens que1 si les uns y recourent1 les autres l'acceptent1 mais surtout en ce que leur tat intellectuel commun en rend l'usage malheureusement invitable4 ,dans leurs mutuelles relations journalires1 les individus ne considrent plus dsormais1 comme vraiment solides et efficaces1 que les cooprations dtermines par l'intrt priv3 ils ne sauraient donc1 sans inconsquence1 reprocher aux gouvernemens une conduite analogue pour s'assurer le concours habituel dont ils ont besoin1 une poque o le dsordre des ides empche presque toujours de voir nettement en quoi consiste rellement l'intrt public2 les deux sortes d'action doivent ncessairement comporter des procds semblables1 sauf la seule diffrence d'intensit4 ,a quelques perturbations1 mme matrielles1 que la socit se trouve actuellement expose1 on ne saurait douter1 ce me semble1 d'aprs une tude approfondie de cette orageuse situation1 que les dsastres ne fussent habituellement beaucoup plus graves encore si les divergences individuelles n'taient contenues1 un certain degr1 par l'influence directe des intrts personnels1 dfaut de toute autre voie plus satisfaisante et plus sre4 ,quoique trs grossier et fort prcaire1 quoiqu'il ne puisse garantir le prsent sans compromettre gravement l'avenir1 un tel moyen a cependant l'avantage incontestable de constituer un rsultat spontan de la situation laquelle il s'applique3 car1 la cause fondamentale qui oblige aujourd'hui l'emploi passager de la corruption politique1 est aussi celle qui1 sous un autre aspect1 en a permis le dveloppement2 en sorte que1 par une vidente harmonie1 cette corruption cessera d'tre possible sur une grande chelle1 aussitt mme que la socit commencera pouvoir comporter une meilleure discipline4 ,jusque alors1 on peut compter sur l'invitable accroissement naturel de ce misrable expdient1 ainsi que le tmoigne irrcusablement une exprience constante chez tous les peuples soumis une longue pratique de ce que l'on nomme aujourd'hui le rgime constitutionnel ou reprsentatif1 toujours forc d'organiser ainsi une certaine discipline matrielle au milieu d'un profond dsordre intellectuel1 et par suite1 moral4 ,les juges impartiaux ont seulement le droit d'exiger que les gouvernemens actuels1 au lieu de subir avec une sorte de joie cette fatale ncessit1 et de se laisser aveuglment entraner par l'attrait que doit prsenter1 la paresse et la mdiocrit1 l'usage immodr de cette facile ressource1 s'empressent dsormais1 au contraire1 de favoriser mthodiquement1 d'une manire continue1 par les diffrens moyens dont ils disposent1 la grande laboration philosophique1 l'issue de laquelle les socits modernes pourront finalement entrer dans de meilleures voies4 ,pour concevoir1 cet gard1 avec toute leur porte vritable1 les tristes exigeances de notre poque1 il importe de ne point restreindre la notion gnrale du systme de corruption politique aux seules influences purement matrielles qu'on a coutume d'y considrer aujourd'hui2 il y faut comprendre indistinctement1 comme l'indique sa dfinition rationnelle1 les divers modes quelconques par lesquels on tente de faire prdominer les motifs d'intrt priv dans les questions d'intrt public4 ,ainsi envisag1 ce systme paratra beaucoup plus tendu1 et la fois bien plus dangereux1 qu'on ne le suppose ordinairement4 ,je ne fais point seulement allusion l'emploi des distinctions honorifiques1 que tous les observateurs judicieux ont dj l'habitude d'y joindre1 comme capable de dterminer souvent1 par la stimulation de la vanit1 une corruption encore plus efficace et plus active que la vnalit directe4 ,mais il s'agit surtout ici de cette action bien autrement profonde1 essentiellement propre aux temps actuels1 par laquelle l'ensemble des institutions politiques concourt tout entier1 d'une manire plus ou moins immdiate1 dvelopper et satisfaire1 chez tous les individus dous de quelque nergie1 les diffrentes sortes d'ambition4 ,sous ce rapport capital1 non moins que sous le prcdent1 l'tat prsent de la socit est minemment corrupteur4 ,en mme temps que l'anarchie intellectuelle y a dissous tous les prjugs publics destins contenir l'essor des prtentions prives1 l'irrvocable dcomposition de l'ancienne classification sociale y a pareillement supprim les diverses barrires qui s'opposaient au dbordement des ambitions individuelles1 dsormais indistinctement appeles1 au nom du progrs1 la plus complte extension politique4 ,entrans par cette irrsistible tendance1 les gouvernemens ont d s'efforcer graduellement d'y satisfaire de plus en plus1 en multipliant outre mesure les diverses fonctions publiques1 en rendant chaque jour leur accs plus facile1 et en renouvelant les titulaires aussi frquemment que possible4 ,cdant d'abord la ncessit1 ils ont ensuite spontanment tent de la convertir1 par un dveloppement artificiel et systmatique1 en une ressource gnrale1 qui pouvait permettre d'intresser leur propre conservation la plupart des ambitieux actifs1 ainsi associs l'exploitation nationale4 ,il serait d'ailleurs inutile d'insister ici sur les dangers videns que prsente1 par sa nature1 un tel expdient politique1 envisag mme uniquement sous le point de vue troit de l'intrt spcial des gouvernemens2 car1 il doit ncessairement provoquer beaucoup plus de prtentions qu'il n'en peut satisfaire1 et1 par suite1 soulever1 contre le rgime tabli1 des passions bien autrement intenses que celles qui l'appuient4 ,on conoit1 en outre1 que l'application de ce procd tend naturellement le dvelopper1 d'une manire en quelque sorte indfinie1 qui ne saurait tre limite que par l'avnement d'une vraie rorganisation sociale4 ,a considrer1 par exemple1 l'ensemble des choix faits1 depuis un demi-sicle1 mme pour les plus minentes fonctions politiques1 la plupart de nos ambitieux ne doivent-ils point1 en effet1 conserver aussi quelque espoir raisonnable d'obtenir1 leur tour1 une lvation ainsi motive8 ,un tel espoir1 convenablement entretenu chez tous les hommes politiques1 constitue mme videmment l'un des principaux artifices pratiques habituellement employs par les gouvernemens pour maintenir aujourd'hui un certain ordre factice4 ,la mtaphysique rvolutionnaire a1 sans doute1 directement fourni1 comme je l'ai expliqu1 le dissolvant universel qui a fini par ncessiter ce dangereux rgime4 ,mais toutes nos coles politiques participent invitablement1 chacune sa manire1 son dveloppement continu4 ,quant la politique stationnaire1 qui dirige principalement aujourd'hui l'action rgulire1 elle consacre d'abord1 encore bien plus formellement que la doctrine critique elle-mme1 cette situation transitoire comme le type indfini de la perfection sociale2 prenant les moyens pour le but1 elle rige1 par exemple1 l'gale admissibilit de tous les individus toutes les fonctions publiques1 en destination finale du mouvement gnral des socits modernes4 ,enfin1 par une influence qui lui est essentiellement propre1 elle aggrave directement la tendance corruptrice de l'poque actuelle1 en liant de plus en plus les vaines conditions d'ordre qu'elle s'efforce d'instituer la simple possession de la fortune1 considre mme sans aucun gard au mode quelconque d'acquisition effective4 ,en ce qui concerne la politique rtrograde1 il est ais de constater que1 malgr ses orgueilleuses prtentions la puret morale1 elle n'est pas aujourd'hui moins rellement corruptrice que ses deux antagonistes1 ainsi que l'exprience l'a1 sans doute1 hautement tmoign4 ,le genre spcial de corruption qui lui appartient sur tout1 consiste dans l'hypocrisie systmatique1 dont elle a eu tant besoin depuis que la dcomposition du rgime catholico-fodal est devenue assez profonde pour ne plus comporter1 chez la plupart des esprits cultivs1 que des convictions faibles et incompltes4 ,ds l'origine de l'poque rvolutionnaire1 au seizime sicle1 on a pu voir se dvelopper1 principalement dans l'ordre religieux1 ce systme d'hypocrisie de plus en plus labor1 qui consentait aisment1 d'une manire plus ou moins explicite1 l'mancipation relle de toutes les intelligences d'une certaine porte1 sous la seule condition1 au moins tacite1 d'aider prolonger la soumission des masses3 telle fut1 minemment1 la politique des jsuites#ac4 ,ainsi1 l'cole rtrograde a rellement subi1 sous ce rapport1 depuis plus long-temps qu'aucune autre1 et sous une forme qui n'est pas1 certes1 moins dangereuse1 la fatalit commune1 propre notre tat social4 ,serait-il possible1 en principe1 qu'une politique quelconque ne dt point ncessairement recourir davantage la corruption1 mesure qu'elle est plus directement oppose au mouvement gnral de la socit qu'elle prtend rgir8 ,footnote #ac3 ,ce machiavlisme thologique a d tre radicalement ruin lorsque la propagation du mouvement philosophique l'a finalement oblig1 comme on le voit aujourd'hui1 a tendre graduellement un tel privilge tous les esprits actifs4 ,il en est rsulte1 en effet1 cette sorte de mystification rciproquement universelle1 o1 dans les classes mme les moins cultives1 chacun reconnat la religion indispensable chez les autres1 quoique superflue pour lui4 ,telle est1 au fond1 l'trange issue dfinitive de trois sicles d'une laborieuse rsistance au mouvement fondamental de la raison humaine6 ,il rsulte donc1 de l'ensemble de ces explications1 que l'obligation de maintenir une certaine discipline matrielle malgr l'absence de toute vritable organisation spirituelle1 a d conduire la politique employer de plus en plus1 comme ressort provisoire1 indispensable quoique funeste1 la corruption systmatique1 d'ailleurs spontanment issue de l'anarchie intellectuelle4 ,a dfaut d'autorit morale1 l'ordre matriel exige1 de toute ncessit1 ou l'usage de la terreur1 ou le recours la corruption3 or1 ce dernier moyen1 outre qu'il est aujourd'hui seul susceptible de quelque dure1 prsente1 sans doute1 aprs un scrupuleux examen1 de moindres inconvniens1 comme tant mieux adapt la nature des socits modernes1 qui ne permet la violence que des succs trs passagers4 ,mais1 tout en reconnaissant1 du point de vue scientifique1 ce qu'il y a d'invitable et d'involontaire1 cet gard1 dans la politique actuelle1 il est impossible de ne point dplorer1 avec une certaine amertume1 le profond aveuglement qui empche aujourd'hui les divers pouvoirs sociaux de faciliter autant que possible l'volution intellectuelle et morale1 qui pourra seule dispenser enfin d'un expdient aussi dgradant et aussi insuffisant4 ,il semble1 au contraire1 que les hommes d'tat de tous les partis se soient maintenant concerts pour interdire1 de toutes leurs forces1 cette unique voie de salut1 en frappant indistinctement d'une stupide rprobation absolue toute laboration quelconque des thories sociales4 ,toutefois1 cette aberration commune ne constitue elle-mme1 comme je vais le montrer1 qu'une nouvelle consquence gnrale1 non moins ncessaire et aussi caractristique que les prcdentes1 de l'tat prsent des populations les plus civilises4 ,le troisime symptme essentiel de notre situation sociale consiste1 en effet1 dans la prpondrance toujours croissante du point de vue purement matriel et immdiat l'gard de toutes les questions politiques4 ,en manifestant1 avec une irrcusable vidence1 la profonde insuffisance des diverses thories actuelles1 l'exprience contemporaine a malheureusement dvelopp1 par une raction invitable1 une irrationnelle rpugnance absolue1 aujourd'hui presque unanime1 contre toute sorte de thories sociales4 ,il ne s'agit pas seulement ici de l'antagonisme gnral et spontan entre la pratique et la thorie1 simplement aggrav par l'tat d'enfance o languit encore la science sociale1 suivant une explication rappele au dbut de ce chapitre4 ,la funeste tendance que je veux signaler est la fois plus spciale et plus profonde1 essentiellement propre la situation transitoire des socits actuelles4 ,ds l'origine mme de l're rvolutionnaire1 il y a trois sicles1 elle a commenc se faire sentir1 de la manire la moins quivoque1 aussitt que1 le pouvoir spirituel ayant t partout annul ou absorb par le pouvoir temporel1 toutes les hautes spculations sociales ont d tre ainsi de plus en plus livres dsormais des esprits essentiellement domins par la proccupation continue des affaires journalires4 ,cette indication historique suffit ici pour faire comprendre que les peuples et les rois ont d pareillement concourir la prpondrance graduelle d'une semblable disposition1 ncessairement commune toutes nos diverses coles politiques1 qui1 sous ce rapport1 mritent aujourd'hui1 quoiqu' divers titres1 des reproches peu prs quivalens4 ,aprs avoir reconnu que la crise fondamentale des socits actuelles drive surtout1 en dernire analyse1 de l'anarchie intellectuelle1 dont la rsolution1 par une philosophie convenable1 constitue ainsi le premier besoin de notre temps1 on ne saurait trop dplorer cette irrationnelle unanimit du monde politique1 qui1 en proscrivant les recherches spculatives1 tend directement interdire la seule issue relle que puisse finalement comporter une telle situation4 ,depuis un demi-sicle que la rorganisation sociale a t si vainement entreprise1 cette fausse voie a conduit une foule d'essais successifs1 qui1 malgr leur insuffisance exprimentalement constate1 ont toujours t renouvels dans le mme esprit vicieux4 ,au lieu de s'occuper d'abord des doctrines relatives au nouvel ordre social1 et ensuite des moeurs correspondantes1 on s'est uniquement born la construction directe des institutions dfinitives1 eu un temps o l'tat de l'esprit humain indique avec tant d'vidence la seule possibilit d'institutions purement provisoires1 rduites aux objets les plus indispensables1 et n'ayant d'autre prtention d'avenir que de faciliter1 autant que possible1 l'volution intellectuelle et morale qui devra dterminer enfin une vraie rgnration politique4 ,toute l'laboration qualifie de constituante a ds-lors essentiellement consist1 en ralit1 morceler plus ou moins les anciens pouvoirs politiques1 organiser minutieusement entre eux des antagonismes factices et compliqus1 les rendre aussi de plus en plus prcaires et amovibles1 en les soumettant toujours davantage des lections temporaires1 etc42 mais sans jamais avoir chang1 au fond1 faute d'une vritable doctrine sociale1 la nature gnrale du rgime ancien1 ni l'esprit qui prside son exercice4 ,en un mot1 on s'est surtout occup de contenir mthodiquement les divers pouvoirs ainsi conservs1 au risque de les annuler1 et l'on a continu laisser entirement indtermins les principes destins diriger leur application effective4 ,ce travail subalterne et irrationnel1 dans lequel la seule division politique vraiment capitale avait mme t profondment carte1 a t ensuite pompeusement dcor du nom de constitution1 et toujours vou l'ternelle admiration de la postrit6 ,quoique la dure moyenne de ces prtendues constitutions n'ait t jusqu'ici que de dix ans au plus1 chaque nouveau rgime1 malgr que son premier titre ft toujours l'insuffisance radicale du prcdent1 n'a jamais manqu jusqu'ici d'imposer1 son tour1 sous des peines plus ou moins graves1 l'uniforme obligation d'une foi gnrale son triomphe absolu et indfini4 ,c'est ainsi que tous ces vains ttonnemens empiriques1 dont la succession1 quelle qu'en soit l'invariable monotonie1 serait1 par sa nature1 inpuisable1 ont manifest constamment une dplorable efficacit pour entraver profondment la vraie rorganisation sociale1 soit en dtournant les forces de l'esprit humain sur de puriles questions de formes politiques1 soit aussi en empchant directement1 mme par voie d'interdiction lgale1 les spculations et les discussions philosophiques qui doivent finalement dvoiler les principes essentiels de cette rorganisation4 ,par cette double influence1 le principal caractre de la maladie a t dissimul autant que possible1 et toute solution graduelle et paisible est devenue presque impraticable4 ,comment des esprits1 domins par une aberration aussi vicieusement systmatique1 peuvent-ils se faire illusion au point de se croire exempts de tous prjugs spculatifs1 et comment osent-ils en proscrire avec ddain l'laboration rationnelle1 lorsque eux-mmes poursuivent la plus dangereuse et la plus absurde de toutes les utopies politiques1 la construction directe d'un systme gnral de gouvernement qui ne reposerait sur aucune vritable doctrine sociale6 ,une telle disposition serait1 en effet1 inexplicable aujourd'hui sans le tnbreux ascendant de la philosophie mtaphysique1 qui dnature et confond profondment toutes les notions politiques1 comme elle le faisait jadis1 pendant son triomphe passager1 dans les autres ordres de conceptions humaines4 ,cette vaine prpondrance mtaphysique des considrations purement matrielles1 si abusivement qualifies de pratiques1 puisqu'elles conduisent d'impraticables fictions1 n'est pas seulement nuisible1 d'une manire directe1 au principal progrs politique des socits modernes3 elle prsente aussi1 ce qui devrait toucher davantage les gouvernemens1 de graves et imminens dangers pour l'ordre proprement dit1 comme il est ais de le reconnatre sommairement4 ,il en rsulte effectivement la tendance universelle rapporter uniformment tous les maux politiques l'imperfection des institutions1 au lieu de les attribuer surtout aux ides et aux moeurs sociales1 qui sont aujourd'hui le sige fondamental de la maladie principale4 ,de l1 les efforts successifs1 toujours essentiellement striles1 que nous avons vus jusqu'ici1 et que nous reverrons1 sans doute1 trop souvent encore1 pour chercher indfiniment le remde dans des altrations de plus en plus profondes des institutions et des pouvoirs existans1 sans que l'inanit des tentatives antrieures claire jamais suffisamment des esprits ainsi fourvoys1 auxquels la moindre modification nouvelle inspirera facilement1 quand le mal sera plus vivement senti1 une aveugle ardeur vers le funeste renouvellement d'essais analogues3 tant sont faibles et infructueuses1 surtout en politique1 les leons si vantes de la simple exprience1 lorsque les rsultats n'en sont point clairs par une analyse vraiment rationnelle4 ,on ne me supposera point1 sans doute1 l'intention de condamner ici toute modification politique proprement dite1 mme prochaine1 avant l'poque finale o l'ensemble du systme politique devra tre entirement rgnr1 d'aprs l'application graduelle d'une nouvelle doctrine sociale1 quand une fois cette doctrine aura t convenablement produite4 ,des modifications plus ou moins profondes l'ordre politique actuel deviendront auparavant invitables1 et mme indispensables1 ne ft-ce qu'afin de rendre cet ordre plus progressif et mieux compatible avec l'volution fondamentale1 quoiqu'il ne faille pas d'ailleurs attacher1 ces transformations provisoires1 une importance prpondrante1 et qu'on doive surtout soigneusement empcher qu'elles ne dtournent du but principal4 ,mais ces modifications elles-mmes1 pour tre pleinement conformes leur vraie destination finale1 devront tre toujours diriges par une premire laboration philosophique de l'ensemble de la question sociale4 ,a plus forte raison1 leur considration exclusive1 ou seulement prpondrante1 doit-elle tre aujourd'hui regarde comme constituant directement une irrationnelle subversion de la vraie solution gnrale4 ,il est d'ailleurs incontestable1 mes yeux1 que cette vicieuse proccupation des institutions proprement dites1 au prjudice des pures doctrines1 outre ce qu'elle a maintenant d'videmment prmatur1 engendre aussi d'autres erreurs plus fondamentales1 d'une nature permanente1 en conduisant1 mme dans l'avenir social1 rgler indfiniment par l'ordre temporel ce qui dpend surtout de l'ordre spirituel4 ,par suite de l'aberration fatale qui1 depuis trois sicles1 a fait universellement ngliger cette distinction capitale1 les divers gouvernemens europens ont port l'invitable peine de leur aveugle participation l'tablissement d'une telle confusion1 en devenant ds lors uniformment responsables de tous les maux des socits1 de quelque source qu'ils fussent en effet drivs4 ,malheureusement1 cette illusion est encore plus nuisible la socit elle-mme1 par les perturbations et les dsappointemens plus ou moins graves qu'elle y cause frquemment aujourd'hui4 ,ce danger n'a jamais t plus vident et plus prononc qu' l'gard des attaques violentes et anarchiques dont les discussions contemporaines ont si souvent menac l'institution fondamentale de la proprit4 ,aprs avoir d'abord judicieusement analys ces critiques dclamatoires1 tous les bons esprits devront convenir1 ce me semble1 que les inconvniens tant reprochs cette institution prsentent1 malgr l'exagration manifeste de plaintes semblables1 une irrcusable ralit1 qui mrite qu'on s'occupe convenablement d'y remdier1 autant que le comporte la nature essentielle de l'tat social moderne4 ,mais ils reconnatront aussi que les principaux remdes sont ici ncessairement du ressort direct des opinions et des moeurs1 sans que les rglemens politiques proprement dits y soient susceptibles d'aucune efficacit vraiment fondamentale2 puisque tout se rduit surtout aux prjugs et aux usages publics qui1 d'aprs une sage apprciation philosophique de l'ensemble du sujet1 doivent habituellement diriger1 dans l'intrt social1 l'exercice effectif de la proprit1 en quelques mains qu'elle rside4 ,on voit ainsi combien est profondment perturbatrice1 et en mme temps vaine et aveugle1 cette tendance universelle des esprits actuels tout rapporter aux institutions politiques1 au lieu d'attendre surtout de la rorganisation intellectuelle et morale ce qu'elle seule peut donner4 ,les mmes remarques pourront s'appliquer aux critiques analogues diriges de nos jours contre l'institution du mariage1 et en divers autres cas d'une importance majeure4 ,partout il sera facile de reconnatre combien est absurde et funeste ce puril esprit rglementaire qui1 uniquement occup de l'ordre matriel1 tendrait au bouleversement total de la socit dans la vue d'apporter1 tout prix1 un inconvnient partiel ou mal apprci1 un remde essentiellement illusoire4 ,telle est nanmoins1 cet gard1 la disposition si unanime des intelligences actuelles que les gouvernemens1 partageant eux-mmes l'erreur commune1 ne savent habituellement en comprimer le dangereux essor qu'en touffant brusquement la discussion1 aussitt qu'elle commence devenir alarmante3 mais ce brutal expdient1 quoique pouvant tre provisoirement indispensable1 ne saurait certainement suffire2 il se borne videmment ajourner la difficult1 sans la rsoudre en aucune manire1 ou plutt en l'aggravant beaucoup4 ,ainsi1 relativement l'ordre1 autant qu' l'gard du progrs1 il y a de graves et imminens prils1 les uns indirects1 les autres directs1 dans l'hallucination fondamentale qui rgne aujourd'hui1 avec une si dplorable universalit1 sur la vraie nature de la maladie sociale1 regarde comme exclusivement physique1 tandis qu'elle est surtout morale4 ,pendant que la thorie est principalement en souffrance1 puisque aucune notion sociale n'est aujourd'hui fermement tablie1 l'esprit humain1 dtourn de ce premier but essentiel1 est troitement absorb par l'unique considration de la pratique1 o son action1 dpourvue de toute direction rationnelle1 devient1 de toute ncessit1 profondment perturbatrice4 ,c'est surtout l'influence de cette aberration gnrale qui amoindrit de plus en plus1 en ralit1 la politique actuelle1 de manire n'y permettre qu'une trs imparfaite et trs prcaire satisfaction1 soit l'ordre1 soit au progrs1 dont les vritables voies sont ainsi directement mconnues4 ,depuis que les modifications principales des anciennes institutions ont t vainement introduites ou essayes1 sans que le malaise fondamental ait cess de se faire sentir1 les ides immdiates de progrs politique tendent ainsi se restreindre graduellement dsormais de misrables substitutions de personnes1 que ne dirige aucun plan vritable1 ce qui constitue1 pour ainsi dire1 la plus honteuse dgradation politique1 en tendant d'ailleurs prcipiter videmment la socit dans une inpuisable succession d'inutiles catastrophes4 ,pareillement1 quant l'ordre purement matriel1 le seul dont on s'occupe aujourd'hui1 son maintien habituel se trouve confi un pouvoir regard comme hostile1 et continuellement affaibli par un antagonisme systmatique1 dont le dveloppement spontan ne profite le plus souvent qu' l'esprit d'anarchie1 auquel chaque changement politique ouvre1 d'ordinaire1 de nouvelles voies lgales4 ,l'aveugle proccupation exclusive du point de vue journalier ne permet plus habituellement le concours effectif des divers agens principaux d'un tel mcanisme1 qu' l'instant mme o l'apparition directe de l'anarchie matrielle vient suspendre momentanment leurs vaines contestations1 qui1 aprs chaque orage1 reprennent bientt leur cours invitable1 jusqu' ce que cette dsorganisation successive dtermine enfin une catastrophe1 que personne1 le plus souvent1 n'a prvue1 quelque imminente qu'elle dt sembler tout observateur clairvoyant4 ,telles sont1 sans doute1 ncessairement les consquences gnrales de l'irrationnelle disposition qui circonscrit aujourd'hui de plus en plus le champ des combinaisons politiques dans les seules considrations matrielles et immdiates1 en cartant toute large spculation d'avenir social4 ,on peut ainsi juger clairement si l'analyse philosophique1 qui reprsente l'anarchie intellectuelle comme la principale cause originaire de notre maladie sociale1 est en effet aussi dpourvue d'utilit relle et directe que l'osent prtendre les vains dtracteurs de toute thorie politique4 ,un quatrime aspect gnral1 suite et complment naturel des trois prcdens1 achve enfin de caractriser ici l'ensemble ncessaire de notre dplorable situation sociale1 en montrant que la classe d'esprits auxquels une telle situation tend spontanment confrer aujourd'hui la principale influence politique1 doit tre1 d'ordinaire1 profondment incomptente1 et mme essentiellement antipathique1 l'gard d'une vritable rorganisation3 en sorte qu'une dernire illusion fondamentale des socits actuelles1 et ce n'est pas certes la moins fatale1 consiste attendre vainement la solution du problme1 de ceux-l mmes qui ne peuvent tre propres qu' l'entraver invitablement4 ,par un premier aperu de ce sujet1 on voit d'abord aisment1 d'aprs les diverses explications prcdentes1 que la dmolition graduelle de toutes les maximes sociales1 et1 en mme temps1 l'amoindrissement continu de l'action politique1 tendent ncessairement de plus en plus1 chez les divers partis actuels1 carter d'une telle carrire les mes leves et les intelligences suprieures1 pour livrer surtout le monde politique la domination spontane du charlatanisme et de la mdiocrit4 ,l'absence de toute conception nette et large de l'avenir social ne permet gure d'essor aujourd'hui qu' l'ambition la plus vulgaire1 celle qui1 dpourvue de toute destination vraiment politique1 recherche instinctivement le pouvoir1 non pour faire plus utilement prvaloir ses vues gnrales1 mais uniquement comme moyen de satisfaire1 le plus souvent1 une ignoble avidit1 et quelquefois1 dans les cas les moins dfavorables1 un besoin puril du commandement4 ,a aucune autre poque1 sans doute1 la mdiocrit prsomptueuse et entreprenante n'a pu jamais avoir des chances aussi heureuses et aussi tendues4 ,tant que de vrais principes sociaux ne prsideront point1 soit la direction de l'action politique1 soit l'apprciation de son exercice habituel1 le plus absurde charlatanisme pourra toujours1 par la magnificence de ses promesses1 obtenir1 auprs d'une socit souffrante1 prive de tout espoir rationnel1 un certain succs momentan1 malgr l'vidente inanit des divers essais antrieurs4 ,le nivellement provisoire1 qui n'a d'autre destination finale que de permettre le libre avnement graduel des vrais organes ultrieurs du nouveau systme social1 ne sert encore1 en ralit1 qu' l'intronisation successive d'phmres coteries1 qui viennent1 tour tour1 tmoigner1 aux yeux du public1 de leur profonde insuffisance politique1 sans que cette surabondante confirmation puisse jamais carter de nouveaux comptiteurs analogues1 dont la succession serait naturellement inpuisable4 ,d'un autre ct1 la dispersion lgale de l'action politique1 la neutralisation systmatique des divers pouvoirs1 toujours proccups du soin difficile de leur propre conservation actuelle1 et enfin les changemens personnels devenus de plus en plus frquens1 tout ce concours d'entraves1 soit calcules1 soit spontanes1 ne doit-il pas loigner avec dgot toute noble et rationnelle ambition1 presque assure d'avance qu'on lui interdira la plnitude et la continuit d'ascendant indispensables l'utile ralisation de ses plans gnraux8 ,toutefois1 il ne faut point exagrer1 cet gard1 l'intensit ni le danger des obstacles qu'une telle situation prsente la vraie solution de nos difficults fondamentales4 ,car1 cet tat mme de demi-convictions et de demi-volonts#ad1 qui tient notre anarchie intellectuelle et morale1 tend1 d'une autre part1 faciliter spcialement d'avance le triomphe universel d'une vraie conception sociale1 qui1 une fois produite enfin1 n'aura lutter ainsi contre aucune rsistance vraiment active1 reposant avec force sur de srieuses convictions4 ,ds aujourd'hui1 cet affaissement presque universel des esprits et des caractres politiques1 cette dissmination et cette divergence presque indfinies des diverses influences sociales1 contribuent1 sans doute1 beaucoup au maintien de l'ordre matriel1 qui1 malgr les dangers propres notre temps1 prsenterait probablement peu de graves difficults une politique rationnelle1 vraiment propre annuler les efforts1 mme concerts1 des diffrentes coteries politiques1 par la prpondrance spontane de l'action convenable d'un judicieux gouvernement1 auquel tant de ressources physiques sont dj habituellement prodigues4 ,ce serait tomber dans l'exagration satirique que de peindre les socits actuelles comme accueillant1 de prfrence1 le charlatanisme et les illusions politiques3 rien ne justifierait un semblable reproche1 puisque jusqu'ici le choix d'une sage solution ne leur a jamais t permis4 ,quand il deviendra possible1 on verra si l'attrait involontaire de promesses dcevantes1 et mme la puissance naturelle des habitudes antrieures1 empchent en effet notre sicle d'adopter cette nouvelle voie avec une ardeur unanime et soutenue1 dont il a dj donn1 la moindre apparence d'une telle issue1 tant d'irrcusables symptmes4 ,nanmoins1 il demeure incontestable1 d'aprs les remarques ci-dessus indiques1 que l'tat prsent des socits modernes tend spontanment placer la direction habituelle du mouvement politique entre les mains les moins propres le conduire sagement vers son vritable terme ncessaire4 ,cet inconvnient capital date rellement de l'origine historique de la situation rvolutionnaire1 et n'a fait aujourd'hui que se dvelopper de plus en plus avec elle1 mesure qu'elle se caractrisait davantage4 ,mais1 en jetant1 sous ce rapport1 un coup d'oeil gnral sur l'ensemble de l'histoire intellectuelle1 il est ais1 ce me semble1 de reconnatre1 sans incertitude1 que1 pendant les trois derniers sicles1 les esprits les plus minens1 dirigs surtout vers les sciences1 ont1 d'ordinaire1 essentiellement nglig la politique1 ce qui tait loin d'avoir lieu dans l'antiquit1 et mme pendant le moyen ge4 ,par suite d'une telle disposition1 dsormais aussi prononce que possible1 il arrive donc naturellement que les questions les plus profondment difficiles et les plus gravement urgentes sont aujourd'hui livres aux intelligences les moins comptentes et les plus mal prpares4 ,il serait1 sans doute1 inutile d'insister davantage ici sur la tendance directe d'un tel rsultat entraver extrmement la vraie rorganisation finale des socits modernes4 ,footnote #ad3 ,dans ces derniers temps1 ,m4 ,guizot me semble avoir trs bien saisi cette face de notre situation sociale1 qu'il a caractrise1 avec une justesse vraiment remarquable1 en disant3 ,de nos jours1 l'homme veut faiblement1 mais il dsire immensment4 ,afin de prciser1 autant que possible1 cette indispensable observation1 il suffit maintenant d'ajouter1 d'aprs une analyse plus spciale1 que la direction intellectuelle du monde politique actuel rside dsormais essentiellement1 surtout en ,france1 dans la double classe1 spontanment homogne1 des lgistes et des mtaphysiciens1 ou1 pour une plus stricte exactitude1 des avocats et des littrateurs4 ,par un examen historique ultrieur1 je montrerai comment1 jusqu' l'avnement de la rvolution franaise1 le systme gnral de la politique mtaphysique1 depuis sa naissance au moyen ge1 avait eu principalement pour organes rguliers1 d'une part les universits1 d'une autre part les grandes corporations judiciaires2 les premires constituant1 aussi distinctement que le comportait la nature quivoque de ce rgime btard1 une sorte de pouvoir spirituel1 et les autres possdant plus spcialement le pouvoir temporel4 ,depuis un demi-sicle1 cette constitution fondamentale1 essentiellement visible encore dans le reste de l',europe1 a subi1 en ,france1 sans cependant y changer nullement de nature1 une importante modification gnrale1 qui1 malgr le rajeunissement passager qu'elle imprime une telle politique1 tend1 nanmoins1 au fond1 diminuer sa consistance sociale et acclrer son irrvocable dcomposition4 ,les juges y ont t dsormais remplacs par les avocats1 et les docteurs proprement dits par les simples littrateurs3 c'est toujours le mme ordre d'ides1 une pareille mtaphysique1 mais avec des organes plus subalternes4 ,tout homme1 pour ainsi dire1 qui sait tenir une plume1 quels que soient d'ailleurs ses vrais antcdens intellectuels1 peut aujourd'hui aspirer1 soit dans la presse1 soit dans la chaire mtaphysique1 au gouvernement spirituel d'une socit qui ne lui impose aucune condition rationnelle ou morale3 le sige est vacant1 chacun est encourag s'y poser son tour4 ,pareillement1 celui qui1 d'aprs un suffisant exercice1 a dvelopp une pernicieuse aptitude absolue disserter1 avec une gale apparence d'habilet1 pour ou contre une opinion ou une mesure quelconques1 est1 par cela seul1 admis concourir1 dans le sein des plus minens pouvoirs politiques1 la direction immdiate et souveraine des plus graves intrts publics4 ,c'est ainsi que des qualits purement secondaires1 qui ne sauraient avoir d'emploi utile1 ni mme vraiment moral1 que par leur intime subordination continue de vritables principes1 sont aujourd'hui devenues monstrueusement prpondrantes3 l'expression1 crite ou orale1 tend dtrner la conception4 une poque de convictions indcises et flottantes1 il a naturellement fallu des organes caractriss par le vague de leurs habitudes intellectuelles et par leur dfaut habituel d'opinions arrtes4 ,cette harmonie gnrale doit tre bien profonde et bien spontane1 pour s'tre aussi rapidement et aussi compltement dveloppe1 et cela non-seulement l'gard d'une unique doctrine politique1 mais uniformment dans toutes les coles actuelles1 malgr leur extrme opposition3 car1 il est clair aujourd'hui1 en dpit de vaines prtentions1 que la politique rtrograde ne se trouve pas moins exclusivement dirige1 d'ordinaire1 par des avocats et des littrateurs1 devenus ainsi les patrons de leurs anciens matres1 que ne le sont1 de leur ct1 la politique stationnaire1 et mme la politique rvolutionnaire1 d'o drive primitivement cette dernire modification de l'tat mtaphysique1 ainsi que je l'expliquerai plus tard4 ,quoiqu'il en soit1 si une telle phase ne devait pas tre ncessairement passagre1 elle constituerait1 ce me semble1 la plus honteuse dgnration sociale1 en investissant jamais de la suprmatie politique des classes aussi videmment voues1 par leur nature1 la subalternit1 dans tout ordre vraiment normal4 ,en plaant ainsi1 en premire ligne1 les talens d'locution on de style1 la socit fait aujourd'hui1 pour les questions les plus fondamentales qu'elle puisse jamais agiter1 ce qu'aucun homme sens n'oserait habituellement tenter l'gard de ses moindres affaires personnelles4 ,doit-on s'tonner que1 par une semblable disposition1 elle tende de plus en plus constituer l'entire domination des sophistes et des dclamateurs8 ,par quelle trange inconsquence peut-on si frquemment dplorer leur pernicieuse influence1 aprs leur avoir ainsi presque exclusivement ouvert1 l'unanime sollicitation des partis les plus contraires1 toutes les grandes voies politiques8 ,cette indication sommaire suffit ici pour montrer nettement quel funeste degr la marche radicalement vicieuse suivie jusqu' prsent dans l'laboration intellectuelle de la rorganisation sociale1 a t spontanment aggrave1 en ralit1 par le choix profondment irrationnel des organes correspondans4 ,quoique l'irrsistible ascendant d'une doctrine vraiment adapte l'tat prsent de la civilisation1 doive ncessairement surmonter un tel obstacle1 comme tous les autres1 ce ne sera pas cependant l'un de ses moindres embarras pratiques que d'avoir lutter ainsi contre la prminence provisoire des classes actuellement en possession de la confiance publique4 ,on peut1 toutefois1 compter sur le peu de cohsion propre aux divers lmens gnraux d'un pouvoir aussi vaguement constitu pour seconder1 par leur invitable discordance1 l'essor naturel du systme final2 l'influence politique des avocats1 quelque prpondrante qu'elle soit aujourd'hui1 sera1 sans doute1 encore plus aisment ruine que ne l'a t celle des juges1 quand elle pourra tre enfin convenablement attaque1 d'une manire directe1 dans ses fondemens essentiels4 ,cet examen sommaire des principaux traits caractristiques de notre situation sociale1 a suffisamment confirm l'analyse fondamentale1 ci-dessus explique1 des divers lmens gnraux qui la constituent2 les effets se sont successivement montrs en pleine harmonie avec ce que les causes devaient faire prvoir4 ,nous pouvions dj regarder ici comme suffisamment dmontr qu'aucune des doctrines politiques existantes ne contient de solution possible la grande crise des socits modernes3 nous avons1 en outre1 reconnu maintenant que chacune d'elles1 par des voies qui lui sont radicalement propres1 tend ncessairement faire prdominer des dispositions intellectuelles1 aussi troites qu'irrationnelles1 directement contraires la nature du problme1 mme l'gard de l'objet trop exclusif qu'elle y poursuit spcialement4 ,il est d'ailleurs vident que les sentimens dvelopps respectivement par ces diffrentes doctrines1 ne sont pas1 en gnral1 plus satisfaisants que les ides correspondantes4 ,d'abord1 chaque doctrine1 quoique ralliant trs imparfaitement ses propres partisans1 leur inspire invitablement une violente antipathie gnrale contre toute autre cole1 dont ils ne pourraient sans inconsquence reconnatre le mrite propre2 une doctrine vraiment rationnelle et complte pourra seule1 tout en conservant son indpendante originalit1 inspirer ultrieurement des dispositions plus quitables et plus conciliantes4 ,mais il faut1 en outre1 remarquer surtout1 ce sujet1 que si l'une quelconque de ces doctrines politiques1 et la doctrine rvolutionnaire plus qu'aucune autre1 en tant que dterminant d'actives convictions1 profondes quoique partielles1 peut dvelopper1 dans les ames leves des sentimens vraiment gnreux de diffrentes natures2 d'un autre ct1 il n'est pas1 malheureusement1 moins certain que1 chez le vulgaire1 chacune d'elles1 tend moralement exercer1 de diverses manires1 une influence anti-sociale trs prononce4 ,ainsi1 la politique rvolutionnaire tire1 sans doute1 sa principale force morale de l'essor1 trs lgitime quoique souvent exagr1 qu'elle a la proprit d'imprimer l'activit individuelle3 nanmoins1 mme indpendamment d'un indisciplinable orgueil ainsi soulev1 on ne peut se dissimuler que sa redoutable nergie ne repose aussi1 en partie1 sur sa tendance spciale au dveloppement spontan et continu de ces sentimens de haine et mme d'envie contre toute supriorit sociale1 dont l'irruption1 libre ou contenue1 constitue une sorte d'tat de rage chronique1 trs commun de nos jours1 mme en d'excellens naturels1 o il aggrave beaucoup l'irrationnelle influence1 dj si pernicieuse1 d'une disposition d'esprit trop exclusivement critique4 ,de mme1 la politique rtrograde1 de moins en moins compatible avec de vraies convictions chez toute intelligence un peu cultive1 tend directement1 malgr ses vaines prtentions morales1 dvelopper minemment ces dispositions la servilit et l'hypocrisie1 dont son rgne passager nous a offert tant d'clatans tmoignages4 ,enfin1 la politique stationnaire1 outre la sanction implicite que sa doctrine de neutralisation accorde ncessairement aux vices simultans des deux doctrines extrmes1 exerce aussi1 d'une manire plus spciale1 une influence morale non moins dsastreuse1 par l'appel plus direct qu'elle ne peut viter de faire1 dans son application continue1 aux instincts d'gosme et de corruption4 ,la vaine opposition de nos diverses coles politiques n'est donc pas moins pernicieuse sous le rapport moral que sous le rapport intellectuel3 l'un et l'autre titre1 elles tendent galement dtourner la socit des vritables voies d'une rorganisation finale4 ,si1 intellectuellement envisages1 elles concourent dvelopper l'anarchie1 il n'est pas moins incontestable que1 considres moralement1 elles poussent ensemble la discorde4 ,les uns1 dans l'intrt exclusif de leur propre conservation politique1 au lieu de comprimer1 chez les classes dirigeantes1 une tendance l'gosme et la sparation1 trop prpondrante aujourd'hui1 s'efforcent de lui donner artificiellement un essor monstrueux1 en osant leur reprsenter les proltaires comme des sauvages prts les envahir2 en mme temps1 par une raction funeste quoique invitable1 les autres entreprennent de prcipiter aveuglment les masses contre leurs vritables chefs naturels1 sans l'indispensable coopration desquels elles ne sauraient nullement accomplir les amliorations fondamentales qu'elles doivent si lgitimement poursuivre dans leur condition sociale4 ,c'est ainsi que1 par un dsastreux concours1 tous les partis actuels tendent1 en divers sens1 terniser1 en l'aggravant sans cesse1 la douloureuse situation sociale des peuples les plus civiliss4 ,de telles conclusions prliminaires doivent produire d'abord une anxit profondment pnible sur l'issue relle que peut finalement comporter une semblable situation4 ,il faut peu s'tonner que des esprits gnreux1 et mme minens1 mais irrationnels et surtout mal prpars1 aient t quelquefois conduits aujourd'hui1 par la contemplation trop exclusive d'un pareil spectacle1 une sorte de dsespoir philosophique relativement l'avenir social1 qui devait leur sembler rapidement entran1 par une invincible fatalit1 soit vers un tnbreux et irrvocable despotisme1 soit surtout vers une indfinissable et imminente anarchie1 soit enfin vers une dplorable alternative priodique de l'un l'autre tat4 ,une analyse peu approfondie de l'poque actuelle1 et de ses antcdens immdiats1 doit1 en effet1 inspirer des craintes analogues1 en dirigeant une attention prpondrante sur le mouvement de dcomposition1 qui s'y trouve ncessairement beaucoup plus apparent que celui de rgnration4 ,l'tude de ce volume produira1 j'espre1 avec une pleine vidence1 chez tout lecteur attentif et convenablement dispos1 la consolante conviction que1 par une progression contraire1 dont la ralit n'est pas moins irrcusable1 l'lite de l'espce humaine1 en rsultat ncessaire et final de l'ensemble de ses diverses volutions antrieures1 touche aujourd'hui l'avnement direct de l'ordre social le mieux adapt sa nature1 cette seule condition indispensable que les lmens essentiels1 dj pr-existans1 d'une telle organisation dfinitive1 soient dsormais1 malgr les obstacles que prsente leur dispersion actuelle1 irrvocablement assembls en un systme gnral1 par une philosophie politique vraiment digne de cette mission fondamentale4 ,il ne s'agit1 en ce moment1 pour complter cette introduction1 que de faire pressentir ici quel doit tre ncessairement le caractre intellectuel de cette salutaire philosophie1 dont le dveloppement dogmatique sera ensuite graduellement expos4 ,or1 cette premire indication ressort1 ce me semble1 avec une vidente spontanit1 de la grande dmonstration pralable que je viens d'expliquer dans ce long prambule4 ,il suffit1 pour cela1 de replacer maintenant jamais l'esprit du lecteur au point de vue gnral qui caractrise ce ,trait1 et que j'avais d carter ici momentanment afin d'excuter1 avec une convenable efficacit1 cette indispensable excursion prliminaire dans le domaine ordinaire de la politique proprement dite4 ,car1 la philosophie thologique et la philosophie mtaphysique ayant seules librement entrepris jusqu'ici d'oprer la rorganisation politique des socits modernes1 de manire constater pleinement1 d'aprs l'ensemble des explications prcdentes1 et par la voie exprimentale1 et par une analyse rationnelle1 leur profonde inanit ncessaire l'gard d'une telle destination1 il s'ensuit videmment1 ou que le problme ne comporterait rellement aucune solution1 ce qui serait absurde penser1 ou qu'il ne nous reste plus qu' recourir la philosophie positive1 puisque l'esprit humain a dsormais vainement puis1 en essais surabondans1 toutes les autres voies intellectuelles1 moins qu'on ne parvnt crer un quatrime mode fondamental de philosopher1 utopie trop extravagante pour mriter la moindre discussion4 ,d'un autre ct1 l'ensemble des trois premiers volumes de ce ,trait nous a clairement prouv1 de la manire la plus complte et la plus dcisive1 que1 dans son volution graduelle1 et surtout pendant le cours des trois derniers sicles1 cette philosophie positive a successivement opr1 l'unanime satisfaction finale du monde intellectuel1 la rorganisation totale des divers ordres antrieurs de conceptions humaines1 qui avaient jadis si long-temps persist1 et quelques-uns jusqu' une poque trs rcente1 dans un tat parfaitement quivalent celui qu'on dplore aujourd'hui1 bon droit1 envers les ides sociales1 et qui1 avant une telle rnovation1 taient aussi gnralement regards1 par l'opinion contemporaine1 comme indfiniment condamns1 par leur nature1 n'en pouvoir sortir4 ,or1 comment une philosophie qui n'est1 certainement1 ni anarchique1 ni rtrograde1 l'gard des notions astronomiques1 physiques1 chimiques1 et mme biologiques1 deviendrait-elle ncessairement1 par une subite et trange subversion1 l'un ou l'autre1 l'gard des seules notions sociales1 si elle y peut tre convenablement applique8 ,a quel titre1 d'ailleurs1 cette dernire catgorie d'ides pourrait-elle tre rationnellement excepte d'une telle application1 qui a graduellement embrass jusqu'ici toutes les catgories moins compliques1 y compris celle qui s'en rapproche immdiatement8 ,ou plutt1 serait-il possible que1 dans son invitable dveloppement continu1 la mthode positive ne fint point par s'tendre aussi1 de toute ncessit1 ce dernier complment naturel de son domaine fondamental8 ,ainsi1 en rapprochant les conclusions sociales dj motives dans ce discours du rsultat philosophique gnral de l'ensemble des trois volumes prcdens1 on voit que l'analyse politique et l'analyse scientifique concourent directement1 avec une irrcusable spontanit1 dmontrer que la philosophie positive1 convenablement complte1 est seule capable de prsider rellement aujourd'hui la rorganisation finale des socits modernes4 ,quelque profonde conviction qui me lie ma manire d'accomplir cette grande tche philosophique1 je tiens infiniment sparer soigneusement d'avance ce principe capital1 qui me parat dj suffisamment irrcusable1 d'avec le mode effectif de ralisation que je vais tenter dans ce volume1 afin que1 lors mme qu'une telle tentative serait finalement condamne1 la raison publique n'en tirt aucune induction dfavorable contre une mthode seule susceptible d'oprer tt ou tard le salut intellectuel de la socit1 et se bornt seulement prescrire1 de plus heureux successeurs1 des essais plus efficaces dans la mme direction4 ,en tous genres1 et surtout en ce cas1 la mthode est encore plus importante que la doctrine elle-mme4 ,c'est pourquoi1 avant de terminer cette longue introduction1 je crois devoir prsenter sommairement1 cet gard1 quelques dernires considrations pralables4 ,tout parallle direct et spcial de cette nouvelle philosophie politique avec les thories sociales actuelles serait ici essentiellement prmatur1 jusqu' ce que son vritable esprit gnral ait pu tre suffisamment caractris4 ,si je n'ai point manqu mon but1 mesure que la politique positive se dveloppera graduellement dans le cours de ce volume1 sa supriorit ncessaire et croissante sur toute autre manire de traiter ces questions se manifestera spontanment de plus en plus aux yeux du lecteur attentif1 sans exiger presque jamais aucune comparaison formelle4 ,nanmoins1 en continuant encore carter provisoirement toute apprciation scientifique proprement dite1 et restant toujours au point de vue purement politique1 seul convenable cette introduction1 je crois devoir1 afin de mieux marquer ici la destination finale d'une telle opration philosophique1 indiquer1 ds ce moment1 d'une manire directe mais simplement gnrale1 sa relation ncessaire avec le double besoin fondamental de notre poque4 ,l'invitable ascendant graduel d'une semblable doctrine sociale rsultera surtout de sa parfaite cohrence logique dans l'ensemble de ses applications1 proprit minemment caractristique1 dont je ne saurais trop recommander la considration prpondrante1 comme pouvant1 mieux qu'aucune autre1 lier intimement le point de vue politique au point de vue scientifique4 ,directement applique l'tat prsent de la civilisation1 la politique positive en embrassera simultanment tous les aspects essentiels1 et fera cesser enfin cette dplorable opposition actuelle1 ci-dessus apprcie1 entre les deux ordres gnraux de ncessits sociales1 dont la commune satisfaction dpendra ds-lors d'un mme principe4 ,non-seulement la politique contemporaine prendra dsormais par l1 dans toutes ses diverses parties1 un caractre homogne et rationnel1 qui semble aujourd'hui radicalement impossible3 mais1 en outre1 on reconnatra1 j'espre1 avec une pleine vidence1 que la mme conception qui aura ainsi compltement coordonn le prsent1 l'aura aussi profondment rattach l'ensemble du pass1 de manire tablir directement une exacte harmonie gnrale dans le systme total des ides sociales1 en faisant spontanment ressortir l'uniformit fondamentale de la vie collective de l'humanit2 car cette conception ne pourra1 par sa nature1 tre transporte l'tat social actuel1 qu'aprs avoir pralablement subi l'preuve gnrale1 non moins dcisive qu'indispensable1 d'expliquer1 sous le mme point de vue1 la suite continue des principales transformations antrieures de la socit4 ,il importe de noter ici cette nouvelle condition1 sans laquelle aucune vraie philosophie politique ne saurait videmment exister1 et qui1 nanmoins1 est si hautement nglige par toutes les coles actuelles4 ,ce n'est point uniquement1 en effet1 comme on le croit d'ordinaire1 la doctrine critique qui mrite ncessairement un tel reproche1 en ne s'occupant essentiellement du pass que pour envelopper1 dans une aveugle rprobation commune1 tous les temps antrieurs l'poque rvolutionnaire4 ,l'cole rtrograde elle-mme1 malgr ses vaines prtentions cet gard1 et quoique ayant produit une certaine explication1 d'ailleurs trs vague et fort arbitraire1 de l'ensemble du pass1 se montre aujourd'hui radicalement impuissante prolonger sa thorie historique jusqu'au seul point o elle pourrait acqurir une vritable importance politique en liant le prsent au pass3 encourant1 en sens inverse1 le mme blme gnral qu'elle impute justement son antagoniste1 elle se borne maudire uniformment la situation fondamentale des socits modernes depuis trois sicles1 qui ne lui parat intelligible qu'en y supposant l'humanit parvenue1 on ne sait comment1 une sorte de manie chronique1 incurable moins d'une miraculeuse intervention spciale de la providence#ae4 ,cette subordination rationnelle de l'humanit une mme loi fondamentale de dveloppement continu1 qui reprsente l'volution actuelle1 quelle qu'en soit l'importance prpondrante1 comme le rsultat ncessaire de la suite graduelle des transformations antrieures1 constituera certainement une proprit exclusive et spontane de la nouvelle philosophie politique1 qui se bornera1 sous ce rapport1 tendre enfin aux phnomnes sociaux l'esprit gnral qui dj domine l'gard de tous les autres phnomnes naturels4 ,pour achever d'apprcier sommairement la cohrence et l'homognit qui devront invitablement caractriser cette philosophie1 il suffit de remarquer1 en dernier lieu1 que1 en mme temps qu'elle tablira ainsi1 soit au prsent1 soit au pass1 la plus parfaite liaison dans le systme entier des diverses notions sociales1 elle rattachera ce systme1 d'une manire aussi directe qu'indissoluble1 l'ensemble total de la philosophie naturelle1 qui1 ds lors complte par cette indispensable extension1 ralisera dsormais un tat permanent et dfinitif d'unit intellectuelle jusque alors essentiellement chimrique1 o tous les divers ordres principaux de conceptions humaines1 irrvocablement soumis une mme mthode fondamentale1 prsenteront1 envers tous les phnomnes possibles1 une suite rationnelle de lois homognes1 qu'une rigoureuse hirarchie scientifique ne cessera point de coordonner exactement4 ,quoique la considration de cette solidarit ncessaire doive1 sans doute1 paratre surtout scientifique1 j'ai cependant jug indispensable de la signaler ds ce moment1 cause de la puissante influence par laquelle une telle liaison tend videmment seconder l'ascendant graduel de la nouvelle philosophie politique4 ,car1 la politique positive trouvera ainsi spontanment1 chez tous les esprits1 un point d'appui gnral1 dont l'importance ne peut que s'accrotre1 et qui servira de base naturelle son essor universel4 ,dans l'tat irrationnel et dsordonn de nos ides politiques1 on ne peut gure souponner aujourd'hui quelle serait bientt l'irrsistible nergie d'un mouvement philosophique1 o l'entire rnovation de la science sociale serait dirige par ce mme esprit dont la supriorit est unanimement reconnue l'gard de toutes les autres catgories de notions relles4 ,footnote #ae3 ,cette disposition caractristique de l'cole catholique actuelle ne m'a jamais paru plus dcisive qu'en l'observant chez l'illustre de ,maistre1 dont l'minente supriorit philosophique n'a pu le prserver de cette capitale inconsquence1 ncessairement propre sa doctrine4 ,tout lecteur judicieux a d tre vivement choqu1 ce sujet1 de l'trange contraste que prsentent la force et la nettet vraiment admirables avec lesquelles l'auteur du ,pape vient d'expliquer l'esprit fondamental de la politique du moyen ge1 compares l'incohrence et la frivolit de son irrationnelle apprciation des trois derniers sicles1 o la socit lui parat subir brusquement une transformation tout--fait imprvue et inconcevable1 sans aucunes racines antrieures4 ,le ton gnral de l'auteur1 jusque alors grave et digne1 devient aussitt ddaigneux et mme violent3 finalement1 un ouvrage qui a commenc par l'analyse trs rationnelle des conditions ncessaires de tout ordre spirituel1 vient dplorablement aboutir une invocation formelle1 aussi purile que mystique1 la vierge ,marie6 ,telle est donc la principale proprit qui doive caractriser cette nouvelle philosophie politique4 ,c'est surtout ainsi que1 mme chez les esprits les plus rebelles1 elle devra ncessairement rencontrer certains points1 plus ou moins tendus1 d'un contact vritable1 d'o son homogne dveloppement saura toujours faire ressortir1 de diverses manires1 une suffisante rgnration intellectuelle1 en s'adaptant1 sans rpugnance et sans effort1 aux convenances spciales de chaque cas principal4 ,elle seule aujourd'hui peut vraiment parler chaque classe de la socit1 chaque parti politique1 le langage le plus propre faire pntrer une vraie conviction1 et maintenir nanmoins1 l'abri de toute altration1 l'invincible originalit suprieure de son caractre fondamental4 ,seule elle peut1 exempte de faiblesse comme d'inconsquence1 embrassant1 d'un point de vue suffisamment lev1 l'ensemble de la question sociale1 rendre spontanment1 chacune des coles les plus opposes1 une exacte justice1 pour ses services rels1 soit anciens1 soit mme actuels4 ,nulle autre doctrine ne saurait maintenant1 en rappelant1 avec autorit1 chaque parti1 la destination propre dont il s'honore1 prescrire habituellement l'ordre au nom du progrs1 et le progrs au nom de l'ordre2 de telle sorte que les deux classes de recommandations se fortifient l'une l'autre1 au lieu de tendre s'annuler rciproquement1 comme on le voit encore1 par l'irrationnelle opposition que la politique stationnaire tablit ncessairement entre elles4 ,pure1 d'ailleurs1 de tous les divers torts antrieurs1 cette politique nouvelle ne doit craindre aucun reproche de tyrannie rtrograde1 ni d'anarchie rvolutionnaire4 ,on ne pourra l'accuser que de nouveaut3 elle rpondra d'abord par l'vidente insuffisance de toutes les thories existantes1 et ensuite en rappelant que1 depuis deux sicles1 le mme esprit positif ne cesse1 d'autres titres1 de fournir d'irrcusables preuves de sa prminence ncessaire#af4 ,footnote #af3 ,seul plac jusqu'ici ce nouveau point de vue de philosophie politique1 on me pardonnera1 j'espre1 ce titre1 de citer ici mon exprience personnelle4 ,profondment imbu1 de bonne heure1 comme je devais d'abord l'tre1 de l'esprit rvolutionnaire1 envisag dans toute sa porte philosophique1 je ne crains pas nanmoins d'avouer1 avec une sincre reconnaissance1 et sans encourir aucune juste accusation d'inconsquence1 la salutaire influence que la philosophie catholique1 malgr sa nature videmment rtrograde1 a ultrieurement exerce sur le dveloppement normal de ma propre philosophie politique1 surtout par le clbre ,trait du ,pape1 non-seulement en me facilitant1 dans mes travaux historiques1 une saine apprciation gnrale du moyen ge1 mais mme en fixant davantage mon attention directe sur des conditions d'ordre minemment applicables l'tat social actuel1 quoique conues pour un autre tat4 ,je crois1 de mme1 avoir dj suffisamment prouv1 par le caractre gnral de ce long discours prliminaire1 que la politique positive peut tre pleinement quitable envers la politique rtrograde et la politique rvolutionnaire1 sans leur faire aucune vaine concession de principes1 et sans qu'une telle disposition nuise davantage la fermet de son langage qu' la nettet de ses vues4 ,quoique l'esprit positif doive ncessairement s'assujtir d'abord tout expliquer1 il ne saurait s'interdire une exacte apprciation finale1 d'autant plus dcisive qu'elle a t mieux motive4 ,considre surtout quant l'ordre1 la politique positive n'aura1 sans doute1 jamais besoin d'aucune apologie directe1 pour quiconque aura suffisamment apprci1 d'aprs l'ensemble des parties antrieures de ce ,trait1 quelle est1 cet gard1 la tendance ncessaire d'une telle philosophie1 quelque catgorie d'ides qu'elle s'applique4 ,la science relle1 envisage du point de vue le plus lev1 n'a1 en effet1 d'autre but gnral que d'tablir et de fortifier sans cesse l'ordre intellectuel1 qui1 ou ne saurait trop le rappeler1 est la premire base indispensable de tout autre ordre vritable4 ,quoique ce ne soit point ici le lieu convenable de traiter directement cette question fondamentale1 ultrieurement rserve1 je ne puis m'abstenir d'indiquer combien le dsordre rpugne profondment l'esprit scientifique proprement dit1 qui lui est certainement beaucoup plus antipathique1 par sa nature1 que l'esprit thologique lui-mme1 comme le savent aujourd'hui tous ceux qui ont un peu approfondi l'une et l'autre philosophie4 ,a l'gard des ides politiques1 l'exprience a dsormais suffisamment prouv que la mthode positive peut seule aujourd'hui discipliner rellement des intelligences devenues de plus en plus rebelles l'autorit des hypothses mtaphysiques aussi bien qu' l'emploi des fictions thologiques4 ,ne voyons-nous pas1 au contraire1 ce mme esprit actuel1 si vainement accus de tendre au scepticisme absolu1 accueillir toujours1 avec un avide empressement1 la moindre apparence de dmonstration positive1 lors mme qu'elle est encore prmature8 ,pourquoi en serait-il autrement envers les notions sociales1 o le besoin de fixit doit tre certes encore mieux senti1 si en effet elles peuvent enfin tre domines aussi par l'esprit positif8 ,le sentiment fondamental des lois naturelles invariables1 fondement primitif de toute ide d'ordre1 relativement des phnomnes quelconques1 pourrait-il n'avoir plus la mme efficacit philosophique1 aussitt que1 compltement gnralis1 il s'appliquera aussi aux phnomnes sociaux1 dsormais ramens de pareilles lois8 ,la politique positive est certainement seule capable de contenir convenablement l'esprit rvolutionnaire1 parce qu'elle seule peut1 sans faiblesse et sans inconsquence1 lui rendre d'abord une exacte justice1 et circonscrire rationnellement1 entre ses vraies limites gnrales1 son indispensable influence4 ,tant que cet esprit n'est attaqu1 comme on le voit aujourd'hui1 que d'une manire essentiellement absolue1 sous les inspirations de la philosophie rtrograde1 avec laquelle la politique stationnaire1 dpourvue de tout principe propre1 concide alors ncessairement1 il rsiste spontanment ces vaines rcriminations qui1 quelque lgitime qu'en puisse tre le fondement partiel1 ne sauraient neutraliser l'irrsistible besoin qu'prouve maintenant notre intelligence de recourir cet nergique ressort1 suivant la thorie prcdemment tablie4 ,mais il n'en peut plus tre ainsi quand la philosophie nouvelle1 tout en manifestant son caractre minemment organique1 se montrera spontanment encore plus apte que la philosophie rvolutionnaire elle-mme dbarrasser finalement la socit de tout vestige quelconque de l'ancien systme politique4 ,alors seulement1 la tendance anarchique des principes purement rvolutionnaires pourra tre directement combattue1 au nom mme de la rvolution gnrale1 avec un succs vraiment dcisif1 qui finira par amener graduellement l'entire absorption de la doctrine rvolutionnaire actuelle1 dont le principal office politique sera dsormais mieux rempli par la philosophie positive4 ,indpendamment de ces services immdiats1 la cause de l'ordre doit retirer aussi1 d'une telle philosophie1 des avantages qui1 pour tre moins directs ou moins saillans1 ne sont pas d'une moindre importance politique4 ,telle sera1 d'abord1 une exacte apprciation scientifique de la vraie nature des diverses questions sociales1 qui devra tant contribuer la pacification fondamentale1 en renvoyant la rorganisation intellectuelle et morale1 laquelle ils se rapportent essentiellement1 plusieurs sujets dlicats1 qui ne peuvent qu'entretenir1 au sein de la socit1 une profonde irritation1 aussi dangereuse que strile1 quand on s'obstine les rattacher surtout la rorganisation politique proprement dite1 comme je l'ai prcdemment expliqu4 ,ayant mis en pleine vidence que l'tat prsent des socits modernes ne saurait immdiatement comporter1 de toute ncessit1 que des institutions purement provisoires1 la politique positive tendra spontanment ainsi dtourner des divers pouvoirs existans1 et1 plus forte raison1 de leurs titulaires quelconques1 l'attention si exagre que leur accorde encore l'opinion gnrale1 pour concentrer1 au contraire1 tous les efforts principaux sur une sage rnovation fondamentale des ides sociales1 et par suite des moeurs publiques4 ,les bons esprits ne sauraient craindre d'ailleurs que cette indispensable diversion rationnelle1 dont le terme est nettement dfini1 puisse jamais dgnrer en une funeste indiffrence politique1 puisqu'une telle doctrine1 incompatible avec tout vain prestige1 ne s'est nullement interdit l'laboration directe des institutions proprement dites1 vers laquelle son activit se dirigera ncessairement ds qu'elle pourra acqurir une vritable importance4 ,jusque alors1 outre que la perspective finale d'une entire rgnration politique sera spontanment toujours rappele1 cette doctrine s'efforcera mme accessoirement d'imprimer aux institutions tablies les modifications diverses qui pourront tre ncessaires pour que1 au lieu d'entraver1 elles secondent1 autant que possible1 l'volution intellectuelle et morale4 ,mais1 tant qu'ils rempliront cette indispensable condition1 les pouvoirs provisoires1 quelle que soit leur organisation1 verront notablement augmenter leur scurit effective par l'influence naturelle de la politique positive1 seule capable de faire habituellement sentir aux peuples que1 dans l'tat prsent de leurs ides1 aucun changement politique ne saurait offrir une importance vraiment capitale1 tandis que les perturbations plus ou moins graves qui en rsultent1 outre leurs inconvniens propres1 ont1 au contraire1 de toute ncessit1 une funeste tendance entraver le dveloppement spontan de la solution finale1 soit parce qu'elles en dissimulent momentanment l'indispensable besoin continu1 soit en dtournant l'attention publique4 ,on doit aussi noter que l'esprit1 minemment relatif1 de la philosophie positive1 malgr son invariable unit1 devra graduellement dissiper1 au profit vident de l'ordre gnral1 cette disposition absolue1 aussi troite qu'irrationnelle1 commune la politique thologique et la politique mtaphysique1 qui les porte sans cesse vouloir uniformment raliser1 dans tous les tats possibles de la civilisation1 leurs types respectifs d'immuables gouvernemens1 et qui1 par exemple1 a conduit mme ne concevoir1 de nos jours1 d'autre moyen fondamental de civiliser ,tati qu' l'aide d'une importation banale du protestantisme et du rgime parlementaire6 ,en considrant1 sous le mme aspect1 une influence moins prononce mais plus permanente de la politique positive1 ou peut reconnatre1 en second lieu1 que1 mme l'gard des maux politiques incurables1 elle tend puissamment1 par sa nature1 consolider l'ordre public1 par le dveloppement rationnel d'une sage rsignation4 ,la politique mtaphysique1 qui regarde l'action politique comme ncessairement indfinie1 ne saurait comporter une semblable disposition1 dont l'influence habituelle1 quoique constituant une vertu purement ngative1 offre un secours si indispensable1 tous gards1 contre la douloureuse destine de l'homme4 ,quant la rsignation religieuse1 et surtout chrtienne1 elle n'est1 vrai dire1 malgr tant d'emphatiques loges1 qu'une prudente temporisation1 qui fait supporter les malheurs prsens en vue d'une ineffable flicit ultrieure4 ,il ne peut1 videmment1 exister de vraie rsignation1 c'est--dire de disposition permanente supporter1 avec constance1 et sans aucun espoir de compensation quelconque1 des maux invitables1 que par suite d'un profond sentiment des lois invariables qui rgissent tous les divers genres de phnomnes naturels4 ,c'est donc exclusivement la philosophie positive que se rapporte une telle disposition1 quelque sujet qu'elle s'applique1 et1 par consquent1 l'gard aussi des maux politiques4 ,s'il en est que la science relle ne saurait convenablement atteindre1 et je ne crois pas qu'on puisse en douter1 elle y pourra1 du moins1 comme envers les fatalits non moins pnibles de la vie individuelle1 mettre toujours en pleine vidence leur incurabilit ncessaire1 de manire calmer habituellement les douleurs qu'ils produisent par l'assidue conviction des lois naturelles qui les rendent insurmontables4 ,a raison de sa complication suprieure1 le monde politique doit tre certes encore plus mal rgl que le monde astronomique1 physique1 chimique1 ou biologique4 ,d'o vient donc que les imperfections radicales de la condition humaine1 contre lesquelles nous sommes toujours prts nous insurger avec indignation sous le premier rapport1 nous trouvent1 au contraire1 essentiellement calmes et rsigns sous tous les autres1 quoiqu'elles n'y soient pas moins prononces1 ni moins choquantes8 ,on ne saurait douter1 ce me semble1 que cet trange contraste ne tienne surtout ce que la philosophie positive n'a pu jusqu'ici dvelopper notre sentiment fondamental des lois naturelles qu'envers les plus simples phnomnes1 dont l'tude plus facile a d se perfectionner d'abord4 ,quand la mme condition intellectuelle aura t enfin remplie aussi relativement aux phnomnes sociaux1 elle y produira ncessairement des consquences analogues1 en faisant pntrer1 dans la raison publique1 les germes salutaires d'une judicieuse rsignation politique1 gnrale ou spciale1 provisoire ou indfinie4 ,ce serait bien peu connatre les lois essentielles de la nature humaine1 que de nier systmatiquement l'efficacit ncessaire d'une telle conviction habituelle1 pour concourir1 un haut degr1 la pacification fondamentale1 en calmant la vaine inquitude qu'inspire trop souvent le chimrique redressement de maux politiques vraiment invitables4 ,aucun esprit juste ne redoutera d'ailleurs qu'une stupide apathie puisse jamais rsulter de cette rsignation rationnelle1 qui n'a point le caractre passif de la rsignation religieuse4 ,car1 une semblable philosophie n'impose de soumission habituelle qu' la ncessit pleinement dmontre1 et prescrit1 au contraire1 le noble exercice direct de l'activit humaine1 aussitt que l'analyse du sujet permet d'en esprer une vritable efficacit quelconque4 ,pour caractriser enfin1 par un dernier trait irrcusable1 la tendance spontane de la nouvelle philosophie politique au raffermissement gnral de l'ordre public1 je dois ajouter ici1 que1 avant mme qu'elle ait pu finalement tablir aucune thorie sociale1 elle tendra directement1 par la seule influence de la mthode1 ramener les intelligences actuelles un tat vraiment normal4 ,car en imposant la culture gnrale des questions politiques1 une srie ncessaire de conditions scientifiques1 dont l'indispensable rationnalit ne puisse donner lieu aucun soupon d'arbitraire1 elle aura1 par cela mme1 dissip le principal dsordre1 qui consiste surtout dans l'accs tout--fait illimit que la politique actuelle ouvre forcment1 en ce genre1 aux esprits les plus vulgaires et les moins prpars4 ,la simple extension1 la catgorie des phnomnes sociaux1 de ma hirarchie scientifique fondamentale1 prsente aussitt un puissant moyen de discipline intellectuelle1 comme je l'ai indiqu au premier volume de ce ,trait1 en manifestant1 avec une pleine vidence1 propre subjuguer finalement l'esprit le plus rebelle1 la longue et difficile laboration prliminaire qu'exige1 par sa nature1 toute rationnelle exploration des sujets sociaux1 qui ne saurait comporter de succs vraiment scientifique que de la part d'intelligences fortement trempes1 dignement prpares1 quant la mthode ou la doctrine1 par une tude pralable1 suffisamment approfondie1 de toutes les autres branches successives de la philosophie positive1 afin de traiter convenablement les recherches les plus complexes que notre raison puisse aborder4 ,il serait certainement inutile d'insister davantage ici sur l'explication directe d'une influence aussi vidente1 qui sera d'ailleurs spontanment examine1 divers titres1 dans la suite de ce volume4 ,cette sommaire indication suffit1 sans doute1 pour que1 sous ce rapport capital1 comme sous les divers aspects prcdens1 la tendance minemment organique de la nouvelle philosophie politique ne puisse tre srieusement conteste par aucun de ceux qui ont tudi avec quelque soin le vritable esprit gnral de l'poque actuelle4 ,je devais m'attacher ici signaler surtout1 comme plus frquemment mconnue1 cette proprit capitale de la politique positive de pouvoir seule aujourd'hui dvelopper spontanment1 avec une nergique et fconde efficacit1 le sentiment fondamental de l'ordre1 soit public1 soit mme priv1 que l'tat prsent de l'esprit humain livre1 de toute ncessit1 la vicieuse et insuffisante protection de la politique stationnaire et de la politique rtrograde1 en ce sens identiques4 ,relativement au progrs1 l'aptitude1 beaucoup moins conteste1 d'une telle philosophie n'exige point1 en ce moment1 des explications aussi tendues4 ,car1 quelque sujet qu'il s'applique1 l'esprit positif se montre toujours1 par sa nature1 directement progressif1 tant sans cess occup accrotre la masse de nos connaissances et en perfectionner la liaison3 aussi les exemples usuels d'incontestable progression sont-ils surtout emprunts aujourd'hui aux diverses sciences positives4 ,sous le point de vue social1 l'ide rationnelle de progrs1 telle qu'on commence la concevoir1 c'est--dire de dveloppement continu1 avec tendance invitable et permanente vers un but dtermin1 doit tre certainement attribue1 comme j'aurai lieu de l'expliquer spcialement dans la leon suivante1 l'influence inaperue de la philosophie positive1 seule capable d'ailleurs de dgager irrvocablement cette grande notion de l'tat vague et mme flottant o elle se trouve encore1 en assignant nettement le but ncessaire de la progression et sa vritable marche gnrale4 ,quoique le premier essor du sentiment de progrs social soit certainement d en partie au christianisme1 en vertu de sa solennelle proclamation d'une supriorit fondamentale de la nouvelle loi sur l'ancienne1 il est nanmoins vident que la politique thologique1 procdant d'aprs un type immuable1 dont un pass dj lointain offre seul la ralisation suffisante1 doit tre aujourd'hui regarde comme radicalement incompatible avec toute ide vritable de progrs continu1 et manifeste1 au contraire1 ainsi que je l'ai montr1 un caractre profondment rtrograde4 ,la politique mtaphysique1 dogmatiquement envisage1 prsenterait1 un degr presque aussi prononc1 d'aprs les mmes motifs essentiels1 une incompatibilit analogue1 si la liaison beaucoup moindre de ses doctrines ne la rendait bien plus accessible l'esprit gnral de notre temps4 ,on peut remarquer1 en effet1 que les notions de progrs n'ont vraiment commenc proccuper vivement la raison publique que depuis que la mtaphysique rvolutionnaire a perdu son premier ascendant4 ,c'est donc essentiellement la politique positive qu'est dsormais rserv le dveloppement gnral de l'instinct progressif1 comme celui de l'instinct organique4 ,la seule ide de progrs qui soit rellement propre la politique rvolutionnaire1 consiste dans la pleine extension continue de la libert1 c'est--dire1 en termes plus positifs1 de l'essor graduel des facults humaines2 ce qui constitue surtout une notion ngative1 en rappelant essentiellement une suppression croissante des diverses rsistances4 ,or1 mme en ce sens restreint1 la supriorit ncessaire de la politique positive ne saurait1 ce me semble1 tre conteste4 ,car la vraie libert ne peut consister1 sans doute1 qu'en une soumission rationnelle la seule prpondrance1 convenablement constate1 des lois fondamentales de la nature1 l'abri de tout arbitraire commandement personnel4 ,la politique mtaphysique a vainement tent de consacrer ainsi son empire1 en dcorant de ce nom de lois les dcisions quelconques1 si souvent irrationnelles et dsordonnes1 des assembles souveraines1 quelle que soit leur composition2 dcisions d'ailleurs conues1 par une fiction fondamentale1 qui ne peut changer leur nature1 comme une fidle manifestation des volonts populaires4 ,mais tout ce culte mtaphysique des entits constitutionnelles ne saurait aujourd'hui vraiment dissimuler la tendance profondment arbitraire1 qui caractrise ncessairement toute philosophie non positive4 ,tant que les phnomnes politiques ne seront point1 l'exemple de tous les autres1 rattachs d'invariables lois naturelles1 et qu'ils continueront tre essentiellement rapports des volonts quelconques1 soit divines1 soit mme humaines1 l'arbitraire ne saurait tre vraiment exclus des divers rglemens sociaux2 et1 par consquent1 malgr tous les artifices constitutionnels1 la libert restera forcment illusoire et prcaire1 quelque volont qu'on prtende d'ailleurs appliquer notre obissance journalire4 ,je reviendrai naturellement plus tard sur cette importante considration4 ,mais1 n'est-il pas1 ds ce moment1 vident que la libert absolue dont la mtaphysique rvolutionnaire a dot aujourd'hui notre intelligence1 ne lui sert finalement1 en ralit1 qu' courir sans cesse d'une aberration une autre1 sous l'audacieux ascendant1 momentanment irrsistible1 des esprits les moins comptens8 ,la politique positive pourra seule1 en tablissant de vrais principes sociaux1 empcher enfin ce dplorable entranement1 et substituer de plus en plus l'empire des convictions relles celui des volonts arbitraires2 de telle sorte que1 cet gard1 comme tant d'autres1 le besoin du progrs et celui de l'ordre seront spontanment confondus dans une commune satisfaction4 ,cette nouvelle philosophie sociale est tellement propre1 par sa nature1 raliser aujourd'hui l'entier accomplissement de tous les voeux lgitimes que peut former la politique rvolutionnaire1 que seule elle saura mme terminer convenablement l'opration critique qui en constitue le principal objet1 en faisant graduellement disparatre1 sans aucun espoir de retour1 tout ce qui reste encore de l'ancien systme politique1 dont il ne doit finalement subsister que l'inaltrable souvenir d'une indispensable participation l'volution fondamentale de l'humanit4 ,jusqu'ici cette grande lutte a d tre1 comme je l'ai dj indiqu1 ostensiblement dirige par la mtaphysique rvolutionnaire1 simplement seconde par le dveloppement graduel et la propagation croissante de l'esprit positif4 ,mais1 vrai dire1 ce dernier progrs naturel de la raison humaine donnait seul une irrsistible puissance la doctrine qui lui servait ainsi d'organe provisoire1 et dont la faible consistance logique et t1 sans un tel appui1 incapable d'un aussi grand succs2 comme on le sent avec vidence quand on relit aujourd'hui1 de sang froid1 la frivole et dbile argumentation sophistique qui caractrise presque tous les crits philosophiques du sicle dernier4 ,au point dcisif o la lutte est maintenant parvenue1 elle ne saurait tre irrvocablement complte que par l'intervention directe et prpondrante de la philosophie positive4 ,car1 sous le rapport logique1 qui finalement domine1 la critique rvolutionnaire est certainement impuissante aujourd'hui renverser le systme philosophique1 trop profondment combin1 de l'cole rtrograde1 qui1 dans toute discussion rgulire1 l'aurait bientt amene convenir qu'elle accorde les principes essentiels du rgime ancien en refusant leurs plus indispensables consquences1 ainsi que je l'ai expliqu3 aussi l'esprit rvolutionnaire se soutient-il1 surtout maintenant1 par un appel plus ou moins direct des passions qui tendent d'ailleurs s'amortir graduellement4 ,l'cole positive1 seule pleinement consquente1 et par suite seule1 au fond1 vraiment progressive1 en rendant d'ailleurs1 sans la moindre altration de ses propres principes1 une exacte justice philosophique chacune des doctrines actuelles1 pourra seule arrter radicalement l'essor rtrograde1 perturbateur quoique strile1 de l'cole catholique1 en posant directement1 dans l'ordre des ides sociales1 en prsence de l'esprit religieux1 son ternel antagoniste1 l'esprit scientifique1 qui l'a dj rduit1 dans toutes les autres catgories intellectuelles1 la plus irrvocable nullit1 comme je crois l'avoir surabondamment prouv par l'ensemble des trois autres volumes de ce ,trait3 et cette influence accessoire s'exercera spontanment1 de manire ne point dranger le cours gnral de l'opration principale1 ainsi qu'on le voit d'ordinaire l'gard d'une science quelconque1 dont l'action critique1 quelque nergique qu'elle soit1 n'est jamais qu'une suite collatrale de son dveloppement organique4 la vrit1 l'esprit positif ne pourra ainsi enlever jamais l'esprit thologique toute influence politique1 sans que la mme condamnation n'enveloppe aussi1 de toute ncessit1 l'esprit mtaphysique1 qui1 malgr sa rivalit1 n'en est point1 aux yeux de la science1 essentiellement distinct4 ,mais cette double exclusion simultane ne serait1 sans doute1 qu'un grand avantage de plus1 aussi bien pour le progrs que pour l'ordre1 la fois non moins compromis aujourd'hui par la prpondrance momentane des avocats que par la vaine opposition des prtres4 ,considrant enfin la cause gnrale du progrs politique sous le point de vue pratique le plus tendu1 on ne saurait mconnatre les puissantes ressources1 ncessaires quoique indirectes1 que la nouvelle philosophie politique doit graduellement prsenter l'amlioration fondamentale de la condition sociale des classes infrieures1 qui constitue certainement la plus grave difficult de la politique contemporaine4 ,la politique rvolutionnaire1 qui seule a servi d'organe jusqu'ici cette partie du problme social1 n'a pu l'envisager encore que sous le point de vue insurrectionnel4 ,toute sa solution se rduit essentiellement d'ailleurs dplacer la difficult1 en ouvrant artificiellement une issue plus ou moins large aux plus actives ambitions populaires2 et c'est aussi ce que projette1 son imitation1 la politique stationnaire1 cela prs de la circonspection exagre qui la caractrise habituellement4 ,mais cet irrationnel expdient1 quelle que puisse tre sa ncessit provisoire1 laisse videmment tout--fait intacte la question principale3 une telle satisfaction1 procure un petit nombre d'individus1 ordinairement devenus ainsi les dserteurs de leur classe1 ne saurait1 la longue1 aucunement apaiser les justes plaintes des masses1 dont la condition gnrale ne reoit ainsi aucune amlioration dcisive1 moins qu'on ne veuille dcorer de ce nom les esprances1 chimriques pour la plupart des individus1 qu'entretient sans cesse l'appt drisoire de cette sorte de jeu ascensionnel1 non moins trompeur que tout autre jeu4 ,il est mme incontestable qu'en dveloppant des dsirs dmesurs1 dont la commune satisfaction est impossible1 en stimulant la tendance1 dj trop naturelle aujourd'hui1 au dclassement universel1 on ne dcharge ainsi le prsent qu'en aggravant beaucoup l'avenir1 en suscitant de nouveaux et puissans obstacles toute vraie rorganisation sociale4 ,telle est cependant1 sur ce grand sujet1 l'uniforme pense des docteurs actuels4 ,ceux qui1 de nos jours1 ont le plus qualifi d'anarchique cette vaine solution1 sont tombs1 cet gard1 dans la plus trange inconsquence1 d'ailleurs minemment dangereuse1 en poursuivant encore davantage la mthode mme qu'ils condamnaient1 par l'inqualifiable proposition de supprimer directement toute proprit relle2 comme si cette absurde utopie pouvait1 du reste1 apporter au mal aucun remde durable4 ,la masse de notre espce tant videmment destine1 d'aprs une insurmontable fatalit1 rester indfiniment compose d'hommes vivant1 d'une manire plus ou moins prcaire1 des fruits successifs d'un travail journalier1 il est clair que le vrai problme social consiste1 cet gard1 amliorer la condition fondamentale de cette immense majorit1 sans la dclasser nullement1 et sans troubler l'indispensable conomie gnrale4 ,mais une telle manire de concevoir la question est exclusivement rserve1 par sa nature1 la politique positive1 envisage comme prsidant la classification finale des socits modernes4 ,quoique le dveloppement d'une pareille recherche directe soit incompatible avec la nature essentiellement spculative de ce ,trait1 je ne devais pas nanmoins ngliger ici la mention sommaire d'un point de vue aussi important4 ,en dissipant irrvocablement tout vain prestige1 et rassurant pleinement les classes dirigeantes contre toute invasion de l'anarchie1 la nouvelle philosophie pourra seule utilement diriger la politique populaire proprement dite1 indpendamment de sa double efficacit spontane1 ci-dessus indique1 soit pour dtourner de l'ordre purement politique ce qui ressort de l'ordre intellectuel et moral1 soit pour inspirer1 l'gard des maux finalement incurables1 une sage et ferme rsignation4 ,on reconnatra d'ailleurs aisment1 dans le cours de ce volume1 que cette philosophie1 en poussant ncessairement1 la tte du mouvement social1 des capacits dont les droits lgitimes sont presque aussi mconnus aujourd'hui que ceux des proltaires1 tend1 par une liaison spontane des ttes avec les bras1 imprimer la cause commune un caractre de grandeur spculative et de consistante unit1 qui doit puissamment contribuer son succs final1 et qui ne saurait tre autrement ralis4 ,toute indication plus spciale s'carterait essentiellement de l'esprit spculatif de cet ouvrage4 ,j'aurai1 du reste1 dans la suite de ce volume1 plusieurs occasions naturelles de faire directement sentir que la rorganisation spirituelle1 en interposant habituellement1 entre les ouvriers et leurs chefs1 une commune autorit morale1 aussi indpendante qu'claire1 offrira plus tard la seule base rgulire d'une paisible et quitable conciliation gnrale de leurs principaux conflits1 presque abandonns aujourd'hui la brutale discipline d'un antagonisme purement matriel4 ,quelque imparfaits que doivent tre encore les divers aperus gnraux que je viens d'baucher1 ils suffisent nanmoins1 ce me semble1 pour faire ici nettement pressentir les principales proprits politiques qui doivent ncessairement caractriser la philosophie positive1 indiffremment considre quant l'ordre1 ou quant au progrs4 ,c'est ainsi que cette nouvelle philosophie sociale1 malgr sa svre apprciation rationnelle des diffrens partis existans1 peut naturellement trouver1 auprs de chacun d'eux1 un irrcusable accs gnral1 en se montrant apte crer des moyens plus efficaces d'atteindre le but respectif qu'il poursuit trop exclusivement4 ,une telle politique1 convenablement applique1 pourra utiliser1 dans l'intrt de la rorganisation finale1 au profit commun de son ascendant graduel1 tous les vnemens importans que comporte l'tat prsent de la socit1 avant mme que d'avoir pu aucunement y intervenir4 ,soit que1 dans un triomphe momentan1 chaque parti manifeste plus profondment son insuffisance sociale2 soit1 au contraire1 que1 dans le dsespoir d'une grave dfaite1 il se montre plus dispos accueillir de nouveaux moyens d'action politique2 soit enfin qu'une sorte de torpeur universelle mette plus nu l'ensemble des besoins sociaux2 la nouvelle philosophie pourra toujours saisir aujourd'hui une certaine issue gnrale1 pour faire uniformment pntrer1 par une opportune application journalire1 son enseignement fondamental4 ,toutefois1 il faut1 mon gr1 renoncer essentiellement d'avance1 sous ce rapport1 toute vraie conversion de l'cole rtrograde1 intgralement considre4 ,sauf d'heureuses anomalies individuelles1 qui ne cessent d'tre possibles1 et qui pourront aujourd'hui mme devenir plus frquentes1 il existe1 entre la philosophie thologique et la philosophie positive1 surtout l'gard des ides sociales1 une antipathie trop fondamentale1 pour que la premire puisse jamais apprcier suffisamment la seconde1 malgr l'aptitude bien constate de celle-ci mieux satisfaire au besoin commun d'une vraie rorganisation3 ici1 comme en tout autre cas1 la thologie s'teindra ncessairement devant la physique1 mais sans pouvoir se transformer1 sous sa direction1 au-del de sa modification actuelle4 ,il faut d'ailleurs reconnatre1 ce sujet1 que ce n'est point l'ordre1 en gnral1 que poursuit aujourd'hui l'cole rtrograde1 mais seulement un ordre unique et invariablement prconu1 auquel se rattachent surtout ou des habitudes d'esprit particulires1 ou mme l'instinct des intrts spciaux3 en dehors de son exclusive utopie1 tout lui semble galement dsordonn1 et par suite1 essentiellement indiffrent4 ,la politique stationnaire lui a mme justement reproch1 de nos jours1 de prter directement1 aux plus pernicieuses tentatives de dsordre1 un coupable appui momentan1 dans le vain espoir de pousser ainsi1 avec plus d'nergie1 la restauration ultrieure de sa propre domination1 qu'elle se flatterait de faire ds-lors accepter la socit1 comme seule voie de salut contre une imminente anarchie matrielle4 ,dans son prtendu dvouement l'ordre gnral1 l'cole rtrograde a donc frquemment trahi sa disposition prpondrante vouloir le moyen beaucoup plus que le but lui-mme4 ,mais1 l'cole stationnaire1 chez laquelle l'amour de l'ordre1 sans tre peut-tre plus dsintress au fond1 est certainement1 ce qui importe surtout1 infiniment plus impartial1 raison mme de son dfaut caractristique de principes propres et fixes1 offrira spontanment1 sous ce rapport1 la nouvelle philosophie politique1 l'accs gnral auquel elle ne saurait raisonnablement prtendre auprs de l'cole rtrograde4 ,quoique les vaines fictions mtaphysiques de la politique constitutionnelle ou parlementaire tendent aujourd'hui dtourner gravement de la vraie solution1 elles n'ont pu heureusement acqurir1 sur le continent europen1 un assez profond ascendant pour empcher cette philosophie de faire utilement entendre sa voix rationnelle une cole aussi franchement dispose que l'est1 certainement1 en gnral1 l'cole stationnaire1 tablir enfin1 dans les socits modernes1 un ordre vraiment stable1 n'importe d'aprs quels principes4 ,on peut donc esprer ainsi d'agir utilement1 un certain degr1 sur cette partie essentielle du monde politique actuel4 ,nanmoins1 je ne dois pas dissimuler ici que l'cole purement rvolutionnaire me parat tre aujourd'hui la seule sur laquelle la politique positive puisse exercer directement une action vraiment capitale2 parce que1 malgr tous ses graves inconvniens1 que je n'ai certes nullement dguiss1 cette cole a seule maintenant un caractre essentiellement progressif1 qui1 en dpit de tous ses prjugs1 lui tient l'esprit toujours ouvert de nouvelles inspirations politiques4 ,son but principal1 l'entire limination du rgime ancien1 la politique nouvelle le poursuivra aussi spontanment1 et d'une manire bien plus efficace1 quoique simplement accessoire4 ,tout ce que ses doctrines propres renferment de provisoirement indispensable1 sera naturellement absorb par la politique positive1 tout en repoussant jamais les tendances anarchiques1 auxquelles1 quoi qu'on en puisse dire1 l'cole rvolutionnaire a dj cess de tenir spcialement1 sous la seule condition1 ds lors pleinement remplie1 du progrs effectif4 ,enfin1 quoique l'ancien systme soit certes assez dcompos maintenant pour permettre1 et mme pour exiger1 l'laboration directe de la vraie rorganisation sociale1 on peut cependant prvoir aisment que le cours naturel des vnemens1 qui n'attend pas toujours nos lentes prparations philosophiques1 dterminera1 plus ou moins prochainement1 soit en vertu mme de notre tat intellectuel1 soit raison des fautes commises par les gouvernemens actuels1 de nouvelles explosions pratiques de la doctrine rvolutionnaire1 dont j'indiquerai plus tard les principaux caractres1 et qui1 ds lors malheureusement invitables1 deviendront peut-tre mme relativement indispensables1 afin d'ter radicalement1 la fatale apathie de notre vaine intelligence1 tout espoir quelconque de satisfaire1 sans aucun frais d'invention fondamentale1 aux conditions essentielles du problme social1 par cette chimrique reconstruction de l'ancienne philosophie politique1 qui constitue aujourd'hui la ressource banale de tant d'esprits incomptens4 ,sans intervenir directement en de tels conflits1 autrement que pour utiliser les enseignemens qu'ils font natre1 la politique positive1 qui les aura prvus1 ne saurait prtendre y troubler les derniers actes de prpondrance de la mtaphysique rvolutionnaire4 ,du reste1 cette nouvelle philosophie1 essentiellement destine1 par sa nature1 imprimer un essor plus complet toutes les diverses facults relles de notre intelligence1 ne saurait1 sans doute1 tendre1 aucune poque1 atrophier une aussi importante disposition gnrale que celle qui constitue l'esprit critique proprement dit4 ,tout en le subordonnant dsormais irrvocablement l'esprit organique1 elle lui ouvrira directement1 comme je l'indiquerai en son lieu1 de nouvelles et larges destinations politiques1 bien autrement intressantes que la fastidieuse reproduction actuelle des satires philosophiques du sicle dernier4 ,au lieu de continuer1 au profit essentiel des avocats1 une guerre monotone contre l'influence sacerdotale1 l'esprit critique prendra1 sans doute1 une activit bien plus complte et plus incisive1 en mme temps que plus utile1 lorsque1 sous les inspirations gnrales de la philosophie positive1 il entreprendra la dmolition simultane de toute puissance mtaphysique ou thologique4 ,en outre1 les vrais lmens dfinitifs du nouveau systme social ne prteront que trop eux-mmes1 surtout dans l'origine1 comme tous les pouvoirs naissans1 un large exercice direct1 et plus ou moins continu1 de l'esprit satirique1 dont l'invitable contrle pourra exercer une trs heureuse influence secondaire sur le dveloppement graduel du caractre politique qui doit finalement appartenir chacun d'eux4 ,on ne peut donc douter1 d'aprs un tel ensemble de motifs principaux1 que la nouvelle philosophie sociale ne puisse justement esprer aujourd'hui de trouver1 divers titres1 certains points d'appui naturels dans les sections les plus avances de l'cole rvolutionnaire proprement dite4 ,quelles que soient cependant1 mme dans cette cole1 les dispositions favorables que puissent lui offrir les diffrentes parties du monde politique actuel1 ces secours accessoires1 trs affaiblis d'ailleurs par une invitable opposition de doctrines1 ne sauraient videmment dispenser1 en aucune manire1 cette philosophie de compter surtout directement sur sa supriorit scientifique1 premire et constante source de son ascendant graduel4 ,une philosophie sociale qui1 prenant la science relle pour base gnrale indispensable1 appelle immdiatement aujourd'hui l'esprit scientifique rgnrer le monde politique1 semble1 au premier aspect1 devoir surtout attendre1 sinon une coopration active1 du moins des encouragemens nergiques et soutenus1 de la part de la classe choisie qu'elle tend spontanment lever par degrs une aussi minente position fondamentale4 ,je dois ici navement avouer que1 dans mes premiers travaux de philosophie politique1 j'ai essentiellement partag cette illusion trs naturelle1 dont une longue exprience personnelle m'a seule ensuite pniblement dtromp4 ,l'indiffrence politique de la plupart des savans actuels1 quoique vraiment monstrueuse1 en un temps o les questions sociales sont les plus belles et les plus urgentes de toutes1 me paraissait alors tenir principalement au profond dgot intellectuel que doit1 en effet1 leur inspirer d'abord le caractre vague et arbitraire des mthodes qui prsident encore de telles recherches1 oppos la parfaite rationnalit des procds scientifiques4 ,mais1 malgr l'incontestable influence de cette premire cause1 un examen ultrieur m'a depuis graduellement conduit reconnatre d'autres motifs1 la fois moins honorables et plus puissans1 d'aprs lesquels cette nouvelle philosophie doit trs peu compter sur les dispositions favorables des savans actuels1 si mme elle ne doit pas craindre1 certains gards1 leur rsistance plus ou moins ouverte1 partielle d'ailleurs ou momentane1 la propre ascension politique de leur classe#ag4 ,footnote #ag3 ,je crois devoir noter ici un trait vraiment caractristique1 bien propre montrer quel dplorable degr cette classe1 malgr le vain orgueil de la plupart de ses membres1 est aujourd'hui dpourvue de tout sentiment profond de sa vraie dignit sociale4 ,nos lgislateurs mtaphysiciens ont introduit1 il y a quelques annes1 dans la loi lectorale franaise1 une trange disposition qui admet la qualit d'acadmicien compter dsormais pour cent francs dans le cens lectoral1 sauf complter en espces le reste de la capacit4 ,or1 les savans n'ont1 certes1 nullement tmoign1 alors ni depuis1 la moindre tendance repousser avec indignation une telle dcision lgislative1 d'aprs laquelle tout savant quivaut politiquement la moiti d'un lecteur vulgaire3 ils auraient plutt vot de solennels remercmens aux avocats pour l'octroi de cette gracieuset1 dont la plupart se sont empresss de profiter couramment4 ,outre la commune participation fondamentale de toutes les diverses classes de la socit l'anarchie intellectuelle et morale qui caractrise si profondment notre poque1 chacune d'elles a aussi sa manire propre de manifester plus spcialement ses tendances anarchiques4 ,c'est ce que font d'abord les savans actuels par les vains conflits journaliers qui s'lvent entre eux sur leurs attributions respectives1 chaque fois qu'une mme question1 touchant simultanment plusieurs branches essentielles de la philosophie naturelle1 soulve des dbats sans issue1 qui tmoignent clairement l'absence de toute vritable discipline scientifique4 ,mais1 quelle que soit l'importance trs significative de cette premire considration1 l'anarchie scientifique se rvle aujourd'hui surtout1 d'une manire la fois bien plus caractristique et plus dangereuse1 par l'unanime rpugnance de nos savans contre toutes sortes de gnralits1 par leur prdilection exclusive1 vicieusement systmatise1 pour des spcialits de plus en plus troites#ah4 ,ce n'est point ici le lieu de poser convenablement la grande question philosophique de la vritable harmonie fondamentale qui doit rgner entre l'esprit d'ensemble et l'esprit de dtail1 et dont l'exacte apprciation ne peut constituer que l'une des principales conclusions finales de ce ,trait4 ,dans l'analyse historique du dveloppement intellectuel1 nous aurons bientt l'occasion d'apprcier dj directement le spcieux paradoxe1 graduellement labor pendant les deux derniers sicles1 qui permet aujourd'hui tant d'esprits mdiocres de se faire mme un facile mrite scientifique du rtrcissement excessif de leurs occupations journalires1 au nom de cette trange organisation du travail1 incidemment signale au second volume1 qui assigne minutieusement les cadres respectifs des moindres spcialits1 sans laisser aucune place dtermine l'tude des rapports gnraux1 essentiellement abandonne ainsi aux digressions accidentelles des divers savans1 qui les cultiveraient1 titre de passe-temps1 sans aucune prparation propre4 ,il deviendra ds lors irrcusable que ce prtendu principe ne constitue qu'une irrationnelle systmatisation mtaphysique1 tendant consacrer1 comme absolue et indfinie1 la situation transitoire de notre intelligence pendant le premier ge de la philosophie positive1 o l'esprit de dtail devait1 en effet1 ncessairement rgner1 jusqu' ce que la positivit et successivement pntr dans tous les ordres de phnomnes naturels1 condition dsormais suffisamment remplie4 ,quoi qu'il en soit1 je ne dois ici distinctement indiquer1 ce sujet1 que la simple considration politique1 qui impose1 avec tant d'vidence1 l'indispensable obligation d'une entire gnralit toute philosophie aspirant rellement au gouvernement moral de l'humanit4 ,c'est par cette unique qualit1 comme je l'ai dj frquemment signal1 que la philosophie thologique et la philosophie mtaphysique1 malgr leur insuffisance et mme leur dcrpitude irrcusables1 prolongent encore leur vaine prpondrance politique4 ,tant que la philosophie positive ne remplira point convenablement cette condition fondamentale1 elle ne saurait sortir de son tat prsent de subalternit politique4 ,l'exprience journalire ne montre-t-elle point1 surtout en ce qui concerne les mesures ou les lections diriges aujourd'hui par les corps savans1 toutes les fois1 en un mot1 que l'esprit d'ensemble devient1 un degr quelconque1 directement indispensable1 que de bons esprits1 entirement trangers la science1 mais habituellement placs un point de vue gnral1 sont finalement plus propres que les savans spciaux1 mme au genre de gouvernement qui semblerait le plus devoir exclusivement appartenir ceux-ci8 ,on ne saurait nier aussi que l'imperfection ordinaire de l'enseignement scientifique ne tienne principalement aujourd'hui cet loignement pour l'esprit d'ensemble1 dont nos savans s'enorgueillissent avec un si funeste aveuglement4 ,il est donc vident que1 par cette irrationnelle disposition1 ils contribuent eux-mmes1 autant que possible1 maintenir directement leur propre subalternit politique4 ,leurs sentimens sociaux sont1 d'ailleurs1 d'ordinaire1 la hauteur de leurs ides4 ,en cartant habituellement la considration prpondrante des intrts matriels1 et en dveloppant la facult de saisir rapidement les diverses ractions sociales1 la culture des sciences positives semblerait devoir1 par sa nature1 tendre puissamment contenir1 chez ceux qui s'y livrent1 l'essor continu de l'gosme individuel3 elle ne sert1 au contraire1 que trop souvent aujourd'hui1 le rendre plus systmatique1 et par suite plus corrupteur peut-tre4 ,or1 cette monstruosit passagre tient1 sans doute1 principalement au dfaut d'ides gnrales chez les savans actuels1 qui n'ont d'ailleurs1 cet gard1 d'autre tort propre que d'en nier dogmatiquement l'indispensable ncessit4 ,footnote #ah3 ,cette aversion des gnralits1 cette antipathie prononce contre tout gnralisateur quelconque1 de quelque manire qu'il puisse procder1 tiennent aussi1 chez beaucoup de savans actuels1 un secret instinct d'gosme1 que je crois devoir1 avec ma franchise habituelle1 caractriser ici en peu de mots1 tout en avertissant d'ailleurs qu'il ne saurait1 par sa nature1 jamais exercer1 mme aujourd'hui1 qu'une influence purement accessoire1 comparativement la grande cause intellectuelle indique dans le texte4 ,la philosophie naturelle est dj loin maintenant de ces temps primitifs1 si bien dcrits par ,fontenelle1 o la prudence paternelle croyait devoir soigneusement interdire la carrire scientifique1 qui ds-lors ne pouvait essentiellement comporter que de vraies vocations1 plus ou moins prononces4 ,comme les organisations bien caractrises sont1 dans la nature humaine1 minemment exceptionnelles1 et qu'aucune classe ne saurait tre principalement compose d'anomalies1 il a bien fallu1 mesure que la science1 en se dveloppant1 acqurait plus d'importance sociale1 qu'elle donnt accs des intelligences plus vulgaires4 ,il arrive donc aujourd'hui1 et il arrivera sans doute de plus en plus dsormais1 par suite mme des encouragemens1 d'ailleurs si utiles1 prodigus aux diverses sciences spciales1 que les vocations relles deviennent1 proportionnellement1 de moins en moins nombreuses dans le monde scientifique1 qui tend de plus en plus se composer1 en majeure partie1 d'individus peu minens1 ayant choisi cette profession au mme titre que toute autre1 et dont les travaux1 sans pouvoir jamais imprimer la science aucune impulsion capitale1 maintiennent honorablement son tat prsent1 avec quelques utiles amliorations graduelles4 ,or1 ceux-l surtout doivent tre habituellement acharns1 d'une manire plus absolue1 contre toute philosophie gnrale1 surtout positive1 non-seulement en vertu d'un esprit plus troit qui les empche d'en saisir la porte relle1 mais aussi cause de son invitable influence pour rduire1 leur juste apprciation1 leurs travaux ordinaires4 ,car1 l'avnement des gnralits vraiment positives ne permettra plus d'attacher une haute importance aux recherches de dtail que dans le cas rare o elles tendront directement dterminer de grands progrs2 ce qui rendra ncessairement bien plus difficile l'accs des principales positions scientifiques1 auxquelles les notabilits phmres pourront ainsi de moins en moins prtendre1 tant ds-lors rgulirement assujties enfin de vrais et invitables jugemens4 ,de ceux-l1 principalement1 provient le prtexte banal tir des gnralits vicieuses1 comme si toutes les spcialits taient ordinairement bonnes1 et comme si ce n'tait point surtout aux savans distinguer judicieusement cet gard1 suivant leur fonction sociale de guides rationnels de l'opinion publique1 qu'ils abandonnent ainsi1 contre leur propre intention1 aux seuls mtaphysiciens4 ,tout espoir de coopration quelconque de leur part1 soit active1 soit mme passive1 la fondation d'une vraie philosophie politique1 par l'extension convenable de la mthode positive l'tude fondamentale des phnomnes sociaux1 doit donc tre aujourd'hui essentiellement abandonn4 ,ceux d'entre eux qui commencent manifester une certaine ambition politique1 prfrent presque toujours jusqu'ici se mettre simplement au service des pouvoirs et des partis existans1 sauf n'y tre1 comme il doit arriver le plus souvent1 que de purs instrumens pour les avocats et les autres mtaphysiciens2 au lieu d'essayer d'une politique nouvelle1 vraiment propre l'esprit scientifique1 mais qui obligerait se dgager de la routine vulgaire3 les savans demeurs spculatifs sont peut-tre ordinairement moins inaccessibles encore aux inspirations gnrales de la philosophie positive4 ,l'essor politique de cette philosophie ne saurait aujourd'hui tre nergiquement second1 dans le monde savant1 sauf d'heureuses exceptions individuelles1 que par les jeunes intelligences1 dont l'ardeur naturelle pour les conceptions gnrales n'a encore t teinte par l'influence prolonge des divers prjugs propres chaque spcialit exclusive4 ,en ce sens1 les diverses institutions de haut enseignement scientifique1 qui tendent introduire de plus en plus1 dans la socit actuelle1 fort au-del des besoins rguliers des professions savantes1 une jeunesse profondment imbue de l'esprit positif1 constituent1 mes yeux1 l'une des plus prcieuses ressources que le pass nous ait mnages pour aboutir graduellement la rorganisation finale des socits modernes3 telles sont1 en ,france1 les coles de mdecine1 et surtout notre cole ,polytechnique1 en vertu de son minente positivit1 et malgr son caractre incomplet4 ,une telle considration a d'autant plus d'importance1 que1 quels que soient1 sous le point de vue philosophique1 les irrcusables inconvniens des savans actuels1 il demeure nanmoins incontestable que l'esprit positif1 qu'il s'agit maintenant d'tendre la politique1 ne saurait tre1 en gnral1 convenablement dvelopp1 comme je l'ai si souvent prouv1 que chez ceux seulement qui1 en temps opportun1 ont reu une forte ducation scientifique1 ce qui ne peut gure avoir lieu aujourd'hui que pour les jeunes gens d'abord destins aux diffrentes spcialits scientifiques1 sauf quelques anomalies infiniment rares1 sur lesquelles il ne faut pas compter4 ,cet aperu sommaire des principaux points d'appui que l'tat prsent du monde social peut offrir l'impulsion rgnratrice de la nouvelle philosophie politique1 complte suffisamment l'indication gnrale que je devais baucher1 dans cette longue mais indispensable introduction1 de la destination fondamentale d'une telle philosophie pour correspondre aux plus graves ncessits de notre poque4 ,en plaant dfinitivement l'esprit du lecteur au point de vue convenable1 et en lui fournissant d'avance une sorte de programme rationnel de l'ensemble des conditions remplir1 le grand travail que je viens d'accomplir1 quoique purement prliminaire1 devra1 j'espre1 faciliter et1 en mme temps1 abrger beaucoup l'opration principale2 surtout1 il en garantira la pleine efficacit politique1 qui1 sans un tel prambule gnral1 et essentiellement chapp la plupart des esprits actuels1 dont les habitudes politiques sont d'ordinaire si superficielles et si irrationnelles4 ,les hommes d'tat les plus ddaigneux ne sauraient ainsi mettre en doute si la thorie que nous allons tenter de construire directement est vraiment susceptible d'une haute utilit pratique1 puisqu'il est maintenant dmontr que le besoin fondamental des socits actuelles est1 par sa nature1 minemment thorique1 et que1 en consquence1 la rorganisation intellectuelle1 et ensuite morale1 doit ncessairement prcder et diriger la rorganisation politique proprement dite#ai4 ,toutefois1 aprs avoir1 pour satisfaire la juste exigence des esprits actuels1 tabli d'abord1 avec tout le soin convenable1 cette grande et intime co-relation1 il importe maintenant de retourner irrvocablement au point de vue strictement scientifique de ce ,trait1 et de poursuivre l'tude gnrale des phnomnes de la physique sociale dans des dispositions aussi purement spculatives que celles qui prsident dj la culture habituelle des autres sciences fondamentales1 en n'ayant d'autre ambition intellectuelle que de dcouvrir les vritables lois naturelles d'un dernier ordre de phnomnes1 extrmement remarquable1 et qui n'a jamais t ainsi examin2 sans la prpondrance1 dsormais continue1 d'une telle intention1 notre opration philosophique avorterait ncessairement4 ,nanmoins1 avant d'y procder d'une manire directe1 il me reste encore considrer sommairement1 dans la leon suivante1 les principaux efforts philosophiques dj tents pour constituer la science sociale1 et dont l'apprciation gnrale doit minemment tendre1 surtout en vertu des habitudes actuelles1 mieux caractriser1 sous divers rapports essentiels1 la nature et l'esprit de cette dernire branche fondamentale de la philosophie positive4 ,footnote #ai3 ,les rapports gnraux entre la thorie et la pratique1 surtout en politique1 seront1 dans la suite de ce volume1 comme on doit s'y attendre1 directement soumis une analyse rationnelle4 ,je dois seulement indiquer ici1 ce sujet1 que1 dans la politique1 de mme qu'en tout autre cas1 toute confusion1 ou simplement toute adhrence trop troite1 entre la thorie et la pratique1 est galement funeste toutes deux1 en touffant l'essor de la premire1 et laissant la seconde s'agiter sans guide4 ,on doit mme reconnatre que les phnomnes sociaux1 en vertu de leur complication suprieure1 doivent exiger un plus grand intervalle intellectuel qu'en aucun autre sujet scientifique1 entre les conceptions spculatives1 quelque positives qu'elles puissent tre1 et leur finale ralisation pratique4 ,la nouvelle philosophie sociale doit donc se garantir soigneusement de la tendance1 trop commune aujourd'hui1 qui la porterait se mler activement au mouvement politique proprement dit1 lequel doit surtout rester pour elle un sujet permanent d'observation capitale1 o elle ne doit intervenir qu'en remplissant sa mission gnrale de haut enseignement4 ,nanmoins1 la profonde confusion qui rgne maintenant entre le gouvernement spirituel et le gouvernement temporel ne saurait1 sans doute1 toujours permettre l'cole positive de s'abstenir de toute participation directe1 soit dans les divers pouvoirs constitus1 soit au sein des partis existans1 la gestion journalire des affaires gnrales1 ne ft-ce qu'afin d'y mieux faite prvaloir son influence fondamentale4 ,mais cette cole devra scrupuleusement veiller ce que cette incontestable utilit ne serve involontairement de motif habituel au vain garement d'ambitions mal conues4 ,car1 une telle proccupation active et continue des oprations journalires tend directement1 surtout de nos jours1 empcher ou altrer toute conception vraiment rationnelle de l'ensemble du mouvement social1 moins qu'une forte laboration pralable des vritables principes politiques ne prvienne cette pernicieuse fluctuation1 chez quelques intelligences privilgies1 qui elles-mmes agiraient sans doute encore plus sagement1 soit pour elles1 soit pour leur cause1 en conservant une position purement philosophique1 en tant1 du moins1 que le libre choix de leur mode propre d'influence politique pourrait leur tre permis1 ce qui1 je l'avoue1 n'est peut-tre pas aujourd'hui toujours facultatif4 ,,quarante-,,septi,,me ,,le,,on4 ,apprciation sommaire des principales tentatives philosophiques entreprises jusqu'ici pour constituer la science sociale4 ,le degr suprieur de complication1 de spcialit1 et en mme temps d'intrt1 qui caractrise ncessairement les phnomnes sociaux1 compars tous les autres phnomnes naturels1 ceux mme de la vie individuelle1 constitue1 sans doute1 d'aprs les principes gnraux de hirarchie scientifique tablis dans l'ensemble de ce ,trait1 la cause la plus fondamentale de l'imperfection beaucoup plus prononce que doit prsenter leur tude1 o l'esprit positif ne pouvait videmment avoir aucun accs rationnel sans avoir pralablement commenc dominer l'tude de tous les phnomnes plus simples2 ce qui n'a t convenablement accompli que de nos jours1 en vertu de l'importante rvolution philosophique qui a donn naissance la physiologie crbrale1 comme je l'ai expliqu la fin du volume prcdent4 ,mais1 indpendamment de ce motif principal1 dj suffisamment indiqu1 et qui d'ailleurs deviendra bientt le sujet d'une apprciation directe1 je crois devoir commencer1 ds ce moment1 signaler une considration nouvelle1 minemment propre expliquer1 d'une manire toute spciale1 pourquoi l'esprit humain n'a pu jusqu' prsent fonder la science sociale sur des bases vraiment positives4 ,cette considration consiste en ce que1 par la nature d'une telle tude1 notre intelligence ne pouvait rellement1 avant l'poque actuelle1 y statuer sur un ensemble de faits assez tendu pour diriger convenablement ses spculations rationnelles l'gard des lois fondamentales des phnomnes sociaux4 ,en expliquant sommairement1 ds le dbut de cet ouvrage1 l'invincible ncessit logique qui fait toujours exclusivement dpendre le premier essor spculatif d'une doctrine quelconque de l'emploi spontan d'une mthode purement thologique1 j'ai dj suffisamment indiqu1 mme envers les plus simples phnomnes1 l'impossibilit gnrale de former primitivement le systme d'observations propre servir de base immdiate toute thorie positive 7voyez la premire leon74 ,or1 les phnomnes sociaux1 outre leur participation vidente et plus prononce cette obligation commune1 prsentent1 sous un tel aspect1 ce caractre minemment spcial1 que leur propre existence ne pouvait1 dans l'origine1 tre assez dveloppe pour comporter aucune observation vraiment scientifique1 lors mme que l'esprit humain et t alors convenablement prpar4 ,dans tout autre sujet1 par suite de l'immuable perptuit des phnomnes1 les observations rationnelles n'taient d'abord impossibles qu' cause de l'absence1 long-temps invitable1 d'observateurs bien disposs4 ,mais1 par une exception videmment propre la science sociale1 et qui a d spcialement contribuer prolonger son enfance1 il est clair que les phnomnes eux-mmes y ont long-temps manqu de la plnitude et de la varit de dveloppement indispensables leur exploration scientifique1 abstraction faite des conditions remplir par les observateurs4 ,sans un lent et pnible essor spontan de l'tat social dans une partie notable de l'espce humaine1 et jusqu' ce que le cours naturel de l'volution sociale y et graduellement conduit des modifications assez profondes et assez gnrales de la civilisation primitive1 cette science devait ncessairement se trouver dpourvue de toute base exprimentale vraiment suffisante4 ,cette vidente considration nous servira plus tard faire plus nettement ressortir l'indispensable office de la philosophie thologique pour diriger les premiers progrs de l'esprit humain et de la socit4 ,mais nous ne devons l'employer ici qu' mieux caractriser les entraves invitables qui ont d ainsi retarder la formation d'une vritable science sociale4 ,toute discussion directe et prcise de la porte ncessaire de cet obstacle fondamental serait actuellement dplace4 ,quand le moment sera venu d'effectuer1 dans l'un des chapitres suivans1 cette exacte dtermination1 je dmontrerai1 j'espre1 avec une irrcusable vidence1 que1 par suite d'une telle obligation1 judicieusement mesure1 la science sociale n'a commenc devenir possible qu'en s'appuyant prcisment sur l'analyse rationnelle de l'ensemble du dveloppement accompli jusqu' nos jours dans l'lite de l'espce humaine1 tout pass moins tendu devant tre insuffisant4 ,c'est ainsi que les conditions relatives la succession mme des phnomnes1 concideront1 d'une manire aussi rigoureuse que spontane1 avec celles dj assez tablies1 par l'ensemble des trois volumes prcdens1 quant la prparation de l'observateur d'aprs l'laboration pralable des branches moins compliques de la philosophie positive1 pour assigner1 sans aucune grave incertitude1 le sicle actuel comme l'poque ncessaire de la formation dfinitive de la science sociale1 jusque alors essentiellement impossible4 ,quoique ce ne soit point ici le lieu d'entreprendre convenablement cette importante dmonstration1 j'y crois devoir nanmoins indiquer une considration trs propre faire dj pressentir une telle explication1 en reprsentant le salutaire branlement gnral imprim notre intelligence par la rvolution franaise1 comme ayant t finalement indispensable pour permettre le dveloppement de spculations la fois assez positives et assez tendues l'gard des phnomnes sociaux4 ,jusque alors1 en effet1 les tendances fondamentales de l'humanit ne pouvaient tre assez fortement caractrises pour devenir1 mme chez les philosophes les plus minens et les mieux disposs1 le sujet d'une apprciation pleinement scientifique1 propre dissiper sans retour toute grave fluctuation4 ,tant que le systme politique1 qui1 graduellement modifi1 avait toujours prsid au dveloppement antrieur de la socit1 n'tait point encore ainsi attaqu directement dans son ensemble1 de manire manifester hautement l'impossibilit de perptuer sa prpondrance1 la notion fondamentale du progrs1 premire base ncessaire de toute vritable science sociale1 ne pouvait aucunement acqurir la fermet1 la nettet1 et la gnralit sans lesquelles sa destination scientifique ne saurait tre convenablement remplie4 ,en un mot1 la direction essentielle du mouvement social n'tait point jusque alors suffisamment dtermine1 et par suite les spculations sociales se trouvaient toujours radicalement entraves par les vagues et chimriques conceptions de mouvemens oscillatoires ou circulaires1 qui1 mme aujourd'hui1 entretiennent encore1 chez tant d'esprits distingus mais mal prpars1 une si dplorable hsitation relativement la vraie nature de la progression humaine4 ,or1 la science sociale pourrait-elle rellement exister1 tant qu'on ignore en quoi consiste cette progression fondamentale8 ,le fait mme du dveloppement gnral1 dont une telle science doit tudier les lois principales1 peut alors tre essentiellement contest2 puisque1 d'un semblable point de vue1 l'humanit doit paratre indfiniment condamne une arbitraire succession de phases toujours identiques1 sans prouver jamais aucune transformation vraiment nouvelle et dfinitive1 graduellement dirige vers un but exactement dtermin par l'ensemble de notre nature4 ,toute ide de progrs social tait ncessairement interdite aux philosophes de l'antiquit1 faute d'observations politiques assez compltes et assez tendues4 ,aucun d'eux1 mme parmi les plus minens et les plus judicieux1 n'a pu se soustraire la tendance1 alors aussi universelle que spontane1 considrer directement l'tat social contemporain comme radicalement infrieur celui des temps antrieurs4 ,cette invitable disposition tait d'autant plus naturelle et lgitime1 que l'poque de ces travaux philosophiques concidait essentiellement1 comme je l'expliquerai plus lard1 avec celle de la dcadence ncessaire du rgime grec ou romain4 ,or1 cette dcadence qui1 en considrant l'ensemble du pass social1 constitue certainement un progrs vritable1 en tant que prparation indispensable au rgime plus avanc des temps postrieurs1 ne pouvait tre aucunement juge de cette manire par les anciens1 hors d'tat de souponner une telle succession4 ,j'ai dj indiqu1 dans la leon prcdente1 la premire bauche gnrale de la notion1 ou plutt du sentiment1 du progrs de l'humanit1 comme ayant t d'abord ncessairement due au christianisme1 qui1 en proclamant directement la supriorit fondamentale de la loi de ,jsus sur celle de ,mose1 avait spontanment formul cette ide1 jusque alors inconnue1 d'un tat plus parfait remplaant dfinitivement un tat moins parfait1 pralablement indispensable jusqu' une poque dtermine#bj4 ,quoique le catholicisme n'ait fait1 ainsi1 sans doute1 que servir d'organe gnral au dveloppement naturel de la raison humaine1 ce prcieux office n'en constituera pas moins toujours1 aux yeux impartiaux des vrais philosophes1 un de ses plus beaux titres notre imprissable reconnaissance4 ,mais1 indpendamment des graves inconvniens de mysticisme et de vague obscurit1 qui sont inhrens tout emploi quelconque de la mthode thologique1 une telle bauche tait certainement insuffisante pour constituer aucun aperu scientifique de la progression sociale4 ,car1 cette progression se trouve ainsi ncessairement ferme par la formule mme qui la proclame1 puisqu'elle est alors irrvocablement borne1 de la manire la plus absolue1 au seul avnement du christianisme1 au-del duquel l'humanit ne saurait faire un pas4 ,or1 l'efficacit sociale de toute philosophie thologique quelconque tant aujourd'hui1 et pour jamais1 essentiellement puise1 il est vident que cette conception prsente dsormais1 en ralit1 un caractre minemment rtrograde1 comme je l'ai dj tabli1 en confirmation d'une irrcusable exprience1 qui ne cesse de s'accomplir sous nos yeux4 ,d'un point de vue purement scientifique1 on conoit aisment que la condition de continuit constitue un lment indispensable de la notion dfinitive du progrs de l'humanit1 notion qui resterait ncessairement impuissante diriger l'ensemble rationnel des spculations sociales1 si elle reprsentait la progression comme limite1 par sa nature1 un tat dtermin1 depuis long-temps atteint4 ,footnote #bj3 ,il convient1 ce me semble1 de noter ici que cette grande notion appartient essentiellement au catholicisme1 auquel le protestantisme ne l'a ensuite emprunte que d'une manire trs imparfaite1 et mme radicalement vicieuse1 non-seulement cause de son recours vulgaire et irrationnel aux temps de la primitive glise1 mais aussi en vertu de sa tendance continue1 plus aveugle encore et non moins prononce1 proposer surtout pour guide aux peuples modernes la partie la plus arrire et la plus dangereuse des ,saintes-critures1 c'est--dire celle qui concerne l'antiquit judaque4 ,on sait d'ailleurs que le mahomtisme1 en prolongeant1 sa manire1 la mme notion1 n'a fait que tenter1 ce sujet1 comme tant d'autres1 sans aucune amlioration relle1 une grossire imitation1 videmment dpourvue de toute vritable originalit4 ,par ces divers motifs1 on peut1 ds ce moment1 sentir1 en aperu1 que la vritable ide du progrs1 soit partiel1 soit total1 appartient exclusivement1 de toute ncessit1 la philosophie positive1 qu'aucune autre ne saurait1 cet gard1 suppler4 ,cette philosophie pourra seule dvoiler la vraie nature de la progression sociale1 c'est--dire1 caractriser le terme final1 jamais pleinement ralisable1 vers lequel elle tend diriger l'humanit1 et en mme temps faire connatre la marche gnrale de ce dveloppement graduel4 ,une telle attribution est dj nettement vrifie par l'origine toute moderne des seules ides de progrs continu qui aient aujourd'hui un caractre vraiment rationnel1 et qui se rapportent surtout au dveloppement effectif des sciences positives1 d'o elles sont spontanment drives4 ,on peut mme remarquer que le premier aperu satisfaisant de la progression gnrale appartient un philosophe essentiellement dirig par l'esprit gomtrique1 dont le dveloppement1 comme je l'ai si souvent expliqu1 avait d prcder celui de tout autre mode plus complexe de l'esprit scientifique4 ,mais1 sans attacher cette observation personnelle une importance exagre1 il demeure incontestable que le sentiment du progrs des sciences a pu seul inspirer ,pascal cet admirable aphorisme1 jamais fondamental3 ,toute la succession des hommes1 pendant la longue suite des sicles1 doit tre considre comme un seul homme1 qui subsiste toujours1 et qui apprend continuellement4 ,sur quelle autre base pouvait auparavant reposer un tel aperu8 ,quelle qu'ait d tre l'immdiate efficacit de ce premier trait de lumire1 il faut nanmoins reconnatre que les ides de progrs ncessaire et continu n'ont commenc acqurir une vraie consistance philosophique1 et provoquer rellement un certain degr d'attention publique1 que par suite de la mmorable controverse qui a ouvert1 avec tant d'clat1 le sicle dernier1 sur la comparaison gnrale entre les anciens et les modernes4 ,cette discussion solennelle1 dont l'importance a t jusqu'ici peu sentie1 constitue1 mes yeux1 un vritable vnement1 d'ailleurs convenablement prpar1 dans l'histoire universelle de la raison humaine1 qui1 pour la premire fois1 osait ainsi proclamer enfin directement son progrs fondamental4 ,or1 il serait1 sans doute1 inutile de faire expressment remarquer que l'esprit scientifique animait surtout les principaux chefs de ce grand mouvement philosophique1 et constituait seul toute la force relle de leur argumentation gnrale1 malgr la direction vicieuse qu'elle avait d'ailleurs d'autres gards3 on voit mme que leurs plus illustres adversaires1 par une contradiction bien dcisive1 faisaient hautement profession de prfrer le cartsianisme l'ancienne philosophie4 ,quelque sommaires que doivent tre de telles indications1 elles suffisent sans doute pour caractriser1 d'une manire irrcusable1 l'origine vidente de notre notion fondamentale du progrs humain1 qui1 spontanment issue du dveloppement graduel des diverses sciences positives1 y trouve encore aujourd'hui ses fondemens les plus inbranlables4 ,de cette source ncessaire1 cette grande notion a toujours tendu1 dans le cours du sicle dernier1 s'tendre aussi de plus en plus au mouvement politique de la socit4 ,toutefois1 cette extension finale1 comme je l'ai ci-dessus indiqu1 ne pouvait acqurir aucune vritable importance propre1 avant que l'nergique impulsion dtermine par la rvolution franaise ne ft venue manifester hautement la tendance ncessaire de l'humanit vers un systme politique1 encore trop vaguement caractris1 mais1 avant tout1 radicalement diffrent du systme ancien4 ,nanmoins1 quelque indispensable qu'ait d tre une telle condition prliminaire1 elle est certainement bien loin de suffire1 puisque1 par sa nature1 elle se borne essentiellement donner une simple ide ngative du progrs social4 ,c'est uniquement la philosophie positive1 convenablement complte par l'tude des phnomnes politiques1 qu'il appartient d'achever ce qu'elle seule a rellement commenc1 en reprsentant1 dans l'ordre politique tout aussi bien que dans l'ordre scientifique1 la suite intgrale des transformations antrieures de l'humanit comme l'volution ncessaire et continue d'un dveloppement invitable et spontan1 dont la direction finale et la marche gnrale sont exactement dtermines par des lois pleinement naturelles4 ,l'impulsion rvolutionnaire1 sans laquelle ce grand travail et t certainement illusoire et mme impossible1 ne saurait1 videmment1 en dispenser aucun titre4 ,il est mme vident1 comme je l'ai expliqu au chapitre prcdent1 qu'une prpondrance trop prolonge de la mtaphysique rvolutionnaire tend dsormais1 de diverses manires1 entraver directement toute saine conception du progrs politique4 ,quoi qu'il en soit1 on ne doit plus s'tonner maintenant si la notion gnrale de la progression sociale demeure encore essentiellement vague et obscure1 et1 par suite1 radicalement incertaine4 ,les ides sont mme assez peu avances aujourd'hui sur ce sujet fondamental1 pour qu'une confusion capitale1 qui1 des yeux vraiment scientifiques1 doit sembler extrmement grossire1 n'ait point encore cess de dominer habituellement la plupart des esprits actuels3 je veux parler de ce sophisme universel1 que les moindres notions de philosophie mathmatique devraient aussitt rsoudre1 et qui consiste prendre un accroissement continu pour un accroissement illimit2 sophisme qui1 la honte de notre sicle1 sert presque toujours de base aux striles controverses que nous voyons journellement se reproduire sur la thse gnrale du progrs social4 ,si l'ensemble des diverses rflexions que je viens d'indiquer a pu d'abord paratre s'carter rellement du sujet propre de la leon actuelle1 on doit maintenant sentir combien il s'y rapporte d'une manire directe et ncessaire4 ,ayant ainsi expliqu d'avance l'impossibilit fondamentale de constituer jusqu' prsent la vritable science du dveloppement social1 notre apprciation gnrale des tentatives quelconques1 ds lors minemment prmatures1 dont cette grande fondation a pu tre l'objet1 se trouvera spontanment simplifie et abrge un haut degr1 de manire n'exiger ici qu'une sommaire indication du principal caractre philosophique des travaux correspondans4 ,or1 l'analyse prcdente1 quoique simplement bauche1 suffit dj pour montrer avec vidence1 ce sujet1 que les conditions proprement politiques y ont1 en gnral1 exactement concid avec les conditions purement scientifiques1 de manire retarder essentiellement jusqu' nos jours1 par leur concours spontan1 la possibilit d'tablir enfin la science sociale sur des bases vraiment positives4 ,l'influence ncessaire de ce double obstacle est1 par sa nature1 tellement dtermine qu'elle s'tend1 sans effort1 avec une prcision remarquable1 jusqu' la gnration actuelle1 qui1 seule leve sous l'impulsion pleinement efficace de la crise rvolutionnaire1 peut trouver enfin1 pour la premire fois1 dans l'ensemble du pass social1 une base suffisante d'exploration rationnelle1 et qui1 en mme temps1 peut tre convenablement prpare soumettre directement la mthode positive l'tude gnrale des phnomnes sociaux1 en vertu de l'introduction pralable de l'esprit positif dans toutes les autres branches fondamentales de la philosophie naturelle1 y compris l'tude des phnomnes intellectuels et moraux1 dont la positivit naissante ne date que du commencement de ce sicle4 ,comme l'accomplissement de ces deux grandes conditions tait videmment indispensable1 il serait certainement inutile et mme inopportun d'entreprendre ici aucune critique spciale de tentatives philosophiques dont le succs devait tre si ncessairement impossible4 ,y aurait-il lieu dmontrer expressment l'inanit radicale des efforts intellectuels destins constituer directement la science sociale1 avant qu'elle pt reposer sur une base exprimentale suffisamment tendue1 et sans que notre intelligence pt tre aussi assez rationnellement prpare8 ,les dveloppemens secondaires que pourrait seul utilement comporter un sujet aussi vident1 seraient certainement incompatibles avec la destination principale de cet ouvrage4 ,je dois donc1 cet gard1 me borner caractriser ici par un rapide aperu1 le vice essentiel propre chacune de ces diverses oprations philosophiques1 ce qui1 en vrifiant spcialement le jugement gnral que nous venons d'en porter d'avance1 servira d'ailleurs mieux manifester ensuite la vraie nature d'une entreprise encore essentiellement intacte4 ,quoique1 d'aprs les explications prcdentes1 il ne s'agisse nullement d'esquisser ici1 mme grands traits1 l'histoire gnrale des travaux successifs de l'esprit humain relativement la science sociale1 je ne crois pas nanmoins devoir m'abstenir d'y mentionner d'abord le nom du grand ,aristote1 dont la mmorable ,politique constitue1 sans doute1 l'une des plus minentes productions de l'antiquit1 et du reste1 a fourni jusqu'ici le type gnral de la plupart des travaux ultrieurs sur le mme sujet4 ,les motifs fondamentaux ci-dessus exposs sont1 par leur nature1 minemment applicables un ouvrage o ne pouvait encore pntrer aucun sentiment des tendances progressives de l'humanit1 ni le moindre aperu des lois naturelles de la civilisation1 et qui devait tre essentiellement domin par les discussions mtaphysiques sur le principe et la forme du gouvernement3 il serait1 certes1 bien superflu d'insister1 d'une manire quelconque1 l'gard d'un cas aussi vident4 ,mais1 une poque o l'esprit positif1 naissant peine1 n'avait encore commenc se manifester faiblement que dans la seule gomtrie1 et lorsque1 en mme temps1 les observations politiques taient ncessairement restreintes un tat social presque uniforme et purement prliminaire1 envisag mme dans une population trs circonscrite1 il est vraiment prodigieux que l'intelligence humaine ait pu produire1 en un tel sujet1 un trait aussi avanc1 et dont l'esprit gnral s'loigne peut-tre moins d'une vraie positivit qu'en aucun autre travail de ce pre immortel de la philosophie4 ,qu'on relise1 par exemple 7et1 mme aujourd'hui1 les meilleurs esprits peuvent encore le faire avec fruit71 la judicieuse analyse par laquelle ,aristote a si victorieusement rfut les dangereuses rveries de ,platon et de ses imitateurs sur la communaut des biens2 et l'on y reconnatra aisment des tmoignages1 aussi nombreux qu'irrcusables1 d'une rectitude1 d'une sagacit1 et d'une force qui1 en de semblables matires1 n'ont jamais t surpasses jusqu'ici1 et furent mme rarement gales4 ,toutefois1 il ne faut pas oublier que cette intressante apprciation serait1 par sa nature1 essentiellement trangre la principale destination de cet ouvrage4 ,il est trop vident1 d'aprs nos explications antrieures1 que la vritable science sociale ne pouvait tre que d'institution moderne1 et mme d'origine toute rcente1 pour qu'il convienne ici de s'arrter davantage aux travaux quelconques de l'antiquit1 ne ft-ce qu'afin d'y rendre un respectueux hommage au premier essor du gnie humain dans ce grand sujet1 et malgr l'influence vidente que cette mmorable laboration primitive a profondment exerce sur l'ensemble ultrieur des mditations philosophiques4 ,en vertu du double motif gnral tabli ci-dessus1 il serait entirement superflu de faire aucune mention spciale de ces divers travaux successifs1 d'ailleurs toujours uniformment conduits sur le type d',aristote1 simplement dvelopp par l'accumulation spontane de nouveaux matriaux classs peu prs selon les mmes principes4 ,ces tentatives philosophiques ne peuvent commencer nous occuper ici qu' partir de l'poque o1 d'une part1 la prpondrance dfinitive de l'esprit positif dans l'tude rationnelle des phnomnes les moins compliqus a pu permettre de comprendre rellement en quoi consistent1 en gnral1 les lois naturelles1 et o1 d'une autre part1 la vraie notion fondamentale de la progression humaine1 soit partielle1 soit totale1 a pris enfin graduellement quelque consistance relle3 or1 le concours de ces deux indications1 convenablement apprcies1 ne permet gure de remonter plus loin que vers le milieu du sicle dernier4 ,la premire et la plus importante srie de travaux qui se prsente comme directement destine constituer enfin la science sociale1 est alors celle du grand ,montesquieu1 d'abord dans son ,trait sur la politique romaine1 et surtout ensuite dans son ,esprit des ,lois4 ,ce qui caractrise1 mes yeux1 la principale force de ce mmorable ouvrage1 de manire tmoigner irrcusablement de l'minente supriorit de son illustre auteur sur tous les philosophes contemporains1 c'est la tendance prpondrante qui s'y fait partout sentir concevoir dsormais les phnomnes politiques comme aussi ncessairement assujtis d'invariables lois naturelles que tous les autres phnomnes quelconques3 disposition si nettement prononce1 ds le dbut1 par cet admirable chapitre prliminaire o1 pour la premire fois depuis l'essor primitif de la raison humaine1 l'ide gnrale de loi se trouve enfin directement dfinie1 envers tous les sujets possibles1 mme politiques1 suivant l'uniforme acception fondamentale que notre intelligence s'tait dj habitue lui attribuer dans les plus simples recherches positives4 ,quelle que soit l'importance de cette innovation capitale1 son origine philosophique ne saurait tre mconnue1 puisqu'elle rsulte videmment de l'entire gnralisation finale d'une notion incomplte que le progrs continu des sciences avait d graduellement rendre trs familire tous les esprits avancs1 par une suite spontane de l'impulsion dcisive qu'avait produite1 un sicle auparavant1 la grande combinaison des travaux de ,descartes1 de ,galile1 et de ,kpler1 et que les travaux de ,newton venaient de corroborer si heureusement4 ,mais cette incontestable filiation ne doit altrer1 en aucune manire1 l'originalit caractristique de la conception de ,montesquieu2 car1 tous les bons esprits savent assez aujourd'hui que c'est surtout en de pareilles extensions fondamentales que consistent rellement les progrs principaux de notre intelligence4 ,on doit bien plutt s'tonner qu'un pas semblable ait pu tre conu1 en un temps o la mthode positive n'embrassait encore que les plus simples phnomnes naturels1 sans avoir convenablement pntr dans l'tude gnrale des corps vivans1 et sans tre mme1 vrai dire1 devenue suffisamment prpondrante envers les phnomnes purement chimiques4 ,cette admiration ncessaire ne pourra que s'accrotre en ayant aussi gard au second aspect lmentaire ci-dessus signal1 et considrant que la notion fondamentale de la progression humaine1 premire base indispensable de toute vritable loi sociologique1 ne pouvait avoir1 pour ,montesquieu1 ni la nettet1 ni la consistance1 ni surtout la gnralit complte qu'a pu lui faire acqurir ensuite le grand branlement politique sous l'impulsion duquel nous pensons aujourd'hui4 ,a une poque o les plus minens esprits1 essentiellement proccups de vaines utopies mtaphysiques1 croyaient encore la puissance absolue et indfinie des lgislateurs1 arms d'une autorit suffisante1 pour modifier volont l'tat social1 combien ne fallait-il pas tre en avant de son sicle pour oser concevoir1 d'aprs une aussi imparfaite prparation1 les divers phnomnes politiques comme toujours rgls1 au contraire1 par des lois pleinement naturelles1 dont l'exacte connaissance devrait ncessairement servir de base rationnelle toute sage spculation sociale1 finalement propre guider utilement les combinaisons pratiques des hommes d'tat6 ,malheureusement1 les mmes causes gnrales qui tablissent1 avec tant d'vidence1 cette irrcusable prminence philosophique de ,montesquieu sur tous ses contemporains1 font galement sentir1 d'une manire non moins prononce1 l'invitable impossibilit de tout succs rel dans une entreprise aussi hautement prmature1 quant son but principal1 dont les conditions prliminaires les plus essentielles1 soit scientifiques1 soit politiques1 taient alors si loin d'un accomplissement suffisant4 ,il n'est que trop manifeste1 en effet1 que le projet fondamental de ,montesquieu n'a t nullement ralis dans l'ensemble de l'excution de son travail1 qui1 malgr l'minent mrite de certains dtails1 ne s'carte pas essentiellement de la nature commune des divers travaux antrieurs1 et ne tarde point1 vrai dire1 revenir1 comme ceux-ci1 au type primitif du ,trait d',aristote1 dont il n'a pu d'ailleurs aucunement galer1 eu gard au temps1 la rationnelle composition4 ,aprs avoir reconnu1 en principe gnral1 la subordination ncessaire des phnomnes sociaux d'invariables lois naturelles1 on ne voit plus1 dans le cours de l'ouvrage1 que les faits politiques y soient1 en ralit1 nullement rapports au moindre aperu de ces lois fondamentales3 et mme la strile accumulation de ces faits1 indiffremment emprunts1 souvent sans aucune critique vraiment philosophique1 aux tats de civilisation les plus opposs1 parat directement repousser toute ide d'un vritable enchanement scientifique1 pour ne laisser ordinairement subsister qu'une liaison purement illusoire1 fonde sur d'arbitraires rapprochemens mtaphysiques4 ,la nature gnrale des conclusions pratiques de ,montesquieu vrifie clairement1 ce me semble1 combien l'excution de son travail a t loin de correspondre sa grande intention primitive4 ,car1 cette pnible laboration irrationnelle de l'ensemble total des sujets sociaux1 n'aboutit finalement qu' proclamer1 comme type politique universel1 le rgime parlementaire des ,anglais1 dont l'insuffisance ncessaire1 pour satisfaire aux besoins politiques fondamentaux des socits modernes1 tait1 sans doute1 beaucoup moins sensible alors qu'elle n'a d le devenir aujourd'hui1 mais sans tre1 au fond1 gure moins relle1 puisque la situation gnrale n'a fait depuis que mieux manifester son principal caractre1 dj essentiellement tabli cette poque1 comme j'aurai lieu de le dmontrer plus tard4 ,a la vrit1 l'insignifiance mme d'une telle issue honore1 sous certains rapports1 le caractre philosophique de ,montesquieu1 qui1 entour d'un vain dbordement d'utopies mtaphysiques1 a su renoncer avec fermet l'ascendant vulgaire qu'il et si aisment obtenu1 pour restreindre scrupuleusement ses conclusions pratiques dans les limites trs troites imposes par son insuffisante thorie4 ,mais1 la ncessit logique d'une semblable restriction1 si videmment infrieure aux besoins rels de la socit1 fournit1 sans doute1 indirectement une irrcusable confirmation gnrale de la direction vicieuse et illusoire qui a prsid l'excution relle de cette grande opration philosophique1 ainsi radicalement dpourvue de sa principale efficacit politique4 ,la seule portion considrable d'un tel travail qui paraisse prsenter une certaine positivit effective1 est celle o ,montesquieu s'efforce d'apprcier exactement l'influence sociale des diverses causes locales continues1 dont l'ensemble peut tre dsign1 en politique1 sous le nom de climat4 ,dans cette entreprise scientifique1 videmment inspire d'ailleurs par le beau ,trait d',hippocrate1 on reconnat directement1 en effet1 une tendance constante rattacher soigneusement1 l'imitation de la philosophie naturelle1 les divers phnomnes observs des forces relles capables de les produire3 mais il est trs sensible aussi que ce but gnral a t essentiellement manqu4 ,sans rappeler aucunement ici une facile critique1 dj tant reproduite1 et souvent avec bien peu de justice1 par un grand nombre de philosophes postrieurs1 on ne peut contester que ,montesquieu n'ait1 pour l'ordinaire1 gravement mconnu la vritable influence politique des climats1 qu'il a presque toujours extrmement exagre4 ,ce que je dois surtout faire remarquer ce sujet1 c'est la principale cause philosophique d'un tel ordre d'aberrations1 ncessairement provenues d'une vaine tendance irrationnelle analyser spcialement une pure modification avant que l'action fondamentale ait pu tre convenablement apprcie#ba4 ,sans avoir aucunement tabli en quoi consiste la progression sociale1 ni quelles en sont les lois essentielles1 il est videmment impossible de se former la moindre ide juste des perturbations plus ou moins secondaires qui peuvent rsulter du climat1 ou de toute autre influence accessoire1 mme plus puissante1 comme celle des diverses races humaines1 ainsi que je l'expliquerai directement plus tard1 quand je traiterai de la mthode en physique sociale4 ,nous reconnatrons alors que ces diverses perturbations quelconques ne peuvent affecter que la vitesse de la progression1 dont aucun terme important ne saurait tre ni supprim1 ni dplac4 ,ainsi1 quelque intrt que puisse offrir leur analyse spciale1 elle ne peut comporter aucun succs rationnel1 tant que les lois fondamentales du dveloppement social ne sont point pralablement dvoiles4 ,on s'explique aisment l'illusion trs naturelle d'aprs laquelle ,montesquieu1 qui ne pouvait aucunement concevoir ces lois1 et qui pourtant voulait1 presque tout prix1 faire pntrer enfin l'esprit positif dans le domaine des ides politiques1 a t ainsi conduit s'occuper avec prdilection du seul ordre rgulier de spculations sociales qui pt lui sembler propre l'accomplissement spontan d'une telle condition philosophique4 ,mais cette aberration1 alors fort excusable1 si mme elle pouvait tre rellement vite1 n'en prsente pas moins sous un nouveau jour l'immense et irrcusable lacune relative l'opration fondamentale1 dont la vicieuse excution n'a pu fournir aucun guide convenable dans l'examen des questions secondaires4 ,on n'a pu mme apercevoir nullement ainsi cette remarque gnrale1 qui ressort cependant1 avec tant d'vidence1 de l'ensemble des observations1 et qui doit dominer toute la thorie politique des climats1 savoir3 que les causes physiques locales1 trs puissantes l'origine de la civilisation1 perdent successivement de leur empire mesure que le cours naturel du dveloppement humain permet davantage de neutraliser leur action4 ,une telle relation se serait1 sans doute1 spontanment prsente ,montesquieu1 si1 conformment la nature du sujet1 il avait pu procder la thorie politique du climat aprs avoir d'abord fix l'indispensable notion fondamentale de la progression gnrale de l'humanit4 ,footnote #ba3 ,c'est la mme erreur logique que si1 en astronomie1 on prtendait dterminer les perturbations sans avoir d'abord apprci les gravitations principales1 comme je l'ai indiqu1 en #ahbb1 la fin de mon ,systme de politique positive4 ,en rsum1 ce grand philosophe a conu1 le premier1 une entreprise capitale doublement prmature1 dans laquelle il devait radicalement chouer1 soit en s'efforant de soumettre l'esprit positif l'tude gnrale des phnomnes sociaux avant qu'il et mme convenablement pntr dans le systme entier des connaissances biologiques1 soit1 sous le point de vue purement politique1 en se proposant essentiellement de prparer la rorganisation sociale en un temps uniquement destin l'action rvolutionnaire proprement dite4 ,c'est l surtout ce qui explique pourquoi une aussi minente intelligence1 par suite mme d'un avancement trop prononc1 a nanmoins exerc sur son sicle une action immdiate bien infrieure celle d'un simple sophiste1 tel que ,rousseau1 dont l'tat intellectuel1 beaucoup plus conforme la disposition gnrale de ses contemporains1 lui a permis de se constituer spontanment1 avec tant de succs1 l'organe naturel du mouvement purement rvolutionnaire qui devait caractriser cette poque4 ,montesquieu ne pourra tre pleinement apprci que par notre postrit1 o l'extension1 finalement ralise1 de la philosophie positive l'ensemble des spculations sociales1 fera profondment sentir la haute valeur de ces tentatives prcoces qui1 tout en manquant ncessairement un but encore trop loign1 contribuent nanmoins1 par de lumineuses et indispensables indications prliminaires1 poser convenablement la question gnrale qui devra tre ultrieurement rsolue4 ,depuis ,montesquieu1 le seul pas important qu'ait fait jusqu'ici la conception fondamentale de la sociologie#bb1 est d l'illustre et malheureux ,condorcet1 dans son mmorable ouvrage sur l',esquisse d'un tableau historique des progrs de l'esprit humain1 au sujet duquel une juste apprciation exige toutefois qu'on n'oublie point la haute participation pralable de son clbre ami1 le sage ,turgot1 dont les prcieux aperus primitifs sur la thorie gnrale de la perfectibilit humaine avaient sans doute utilement prpar la pense de ,condorcet4 ,ici1 quoique1 finalement1 la grande opration philosophique1 videmment projete par ,montesquieu1 ait encore1 au fond1 galement avort1 et peut-tre mme d'une manire plus prononce1 il demeure nanmoins incontestable que1 pour la premire fois1 la notion scientifique1 vraiment primordiale1 de la progression sociale de l'humanit1 a t enfin nettement et directement introduite1 avec toute la prpondrance universelle qu'elle doit exercer dans l'ensemble d'une telle science1 ce qui1 certainement1 n'avait pas lieu chez ,montesquieu4 ,sous ce point de vue1 la principale force de l'ouvrage rside dans cette belle introduction o ,condorcet expose immdiatement sa pense gnrale1 et caractrise son projet philosophique d'tudier l'enchanement fondamental des divers tats sociaux4 ,ce petit nombre de pages immortelles ne laisse vraiment dsirer1 surtout pour l'poque1 rien d'essentiel1 en ce qui concerne la position totale de la question sociologique1 qui1 dans un avenir quelconque1 reposera toujours1 mon gr1 sur cet admirable nonc1 jamais acquis la science4 ,malheureusement1 l'excution de ce dessein capital est loin de correspondre1 en aucune manire1 la grandeur d'un tel projet1 qui1 malgr cette infructueuse tentative1 reste encore entirement intact1 comme il serait aujourd'hui superflu de le dmontrer expressment ici4 ,d'aprs les principes que j'ai tablis1 une judicieuse apprciation philosophique de la situation gnrale de l'esprit humain cette poque peut1 ce me semble1 aisment expliquer la fois et le succs de la conception et l'avortement de l'excution1 abstraction faite d'ailleurs de l'influence secondaire qu'a d exercer1 l'un ou l'autre titre1 la nature spciale de l'intelligence qui a servi d'organe cette opration4 ,footnote #bb3 ,je crois devoir hasarder1 ds prsent1 ce terme nouveau1 exactement quivalent mon expression1 dj introduite1 de physique sociale1 afin de pouvoir dsigner par un nom unique cette partie complmentaire de la philosophie naturelle qui se rapporte l'tude positive de l'ensemble des lois fondamentales propres aux phnomnes sociaux4 ,la ncessit d'une telle dnomination1 pour correspondre la destination spciale de ce volume1 fera1 j'espre1 excuser ici ce dernier exercice d'un droit lgitime1 dont je crois avoir toujours us avec toute la circonspection convenable1 et sans cesser d'prouver une profonde rpugnance pour toute habitude de nologisme systmatique4 ,il suffit1 cet effet1 d'estimer1 par aperu1 le progrs essentiel qu'avait d faire1 de ,montesquieu ,condorcet1 l'accomplissement graduel des deux grandes conditions1 l'une scientifique1 l'autre politique1 dont j'ai ci-dessus tabli la ncessit dans une telle laboration4 ,sous le premier aspect1 il faut surtout remarquer que l'admirable essor des sciences naturelles1 et principalement de la chimie1 pendant la seconde moiti du sicle dernier1 avait d tendre spontanment dvelopper1 un haut degr1 chez tous les esprits avancs1 la notion fondamentale des lois positives1 ainsi devenue la fois plus tendue et plus profonde1 et par suite de plus en plus prpondrante4 ,on doit mme spcialement noter1 ce sujet1 que cette poque est aussi celle o l'tude gnrale des corps vivans a commenc prendre enfin une certaine consistance et un vrai caractre scientifique1 au moins dans l'ordre anatomique et dans l'ordre taxonomique1 si ce n'est encore dans l'ordre purement physiologique4 ,est-il tonnant ds lors qu'un esprit tel que celui de ,condorcet1 rationnellement prpar1 sous la direction du grand d',alembert1 par de fortes mditations mathmatiques1 qui1 par une position sociale minemment philosophique1 avait d profondment ressentir l'impulsion des immenses progrs contemporains des sciences physico-chimiques1 et qui1 en outre1 avait pu subir pleinement l'heureuse influence des mmorables travaux de ,haller1 de ,jussieu1 de ,linn1 de ,buffon et de ,vicq-d',azir1 sur les principales parties de la philosophie biologique1 ait enfin distinctement conu le projet fondamental de transporter directement aussi1 dans l'tude spculative des phnomnes sociaux1 cette mme mthode positive qui1 depuis ,descartes1 n'avait jamais cess de rgnrer ainsi de plus en plus le systme entier des connaissances humaines8 ,avec un ensemble d'antcdens aussi favorables1 le gnie plus minent de ,montesquieu et ralis1 sans doute1 de tout autres rsultats1 dans une pareille situation4 ,il faut cependant reconnatre1 mme d'aprs les explications que je viens d'indiquer1 que la constitution gnrale de la science sociale sur des bases vraiment positives tait encore1 pour ,condorcet lui-mme1 essentiellement prmature1 quoiqu'elle dt l'tre beaucoup moins1 sans doute1 que pour ,montesquieu4 ,car1 il restait ainsi traverser1 en outre1 une dernire station intermdiaire1 dont la ncessit ne pouvait tre lude1 en tablissant le systme rationnel1 alors peine bauch1 de la saine philosophie biologique1 et surtout en compltant cette philosophie par l'extension directe de la mthode positive l'tude des phnomnes intellectuels et moraux1 indispensable rvolution prliminaire1 dont l'infortun ,condorcet n'a pu tre tmoin4 ,une telle lacune spculative se fait partout sentir1 de la manire la plus dplorable1 dans l'ouvrage de ,condorcet1 et principalement au sujet de ces vagues et irrationnelles conceptions de perfectibilit indfinie1 o son imagination1 dpourvue de tout guide et de tout frein scientifiques1 emprunts aux vritables lois fondamentales de la nature humaine1 s'gare la vaine contemplation des esprances les plus chimriques et mme les plus absurdes4 ,de semblables aberrations1 chez d'aussi grands esprits1 sont bien propres nous faire sentir combien il est radicalement impossible notre faible intelligence de franchir avec succs aucun des nombreux intermdiaires que nous impose graduellement la marche gnrale de l'esprit humain4 ,sous le point de vue politique1 il est galement vident que la notion fondamentale du progrs social a d devenir la fois beaucoup plus nette et plus ferme1 et finalement bien plus prpondrante pour ,condorcet1 qu'elle n'avait pu l'tre pour ,montesquieu4 ,car1 mme indpendamment de l'explosion caractristique de #aghi1 on ne pouvait plus douter1 au temps de ,condorcet1 de la tendance finale de l'espce humaine quitter irrvocablement l'ancien systme social1 quoique la nature gnrale du systme nouveau ne pt tre encore que trs vaguement souponne1 et ft mme presque toujours essentiellement mconnue4 ,ayant dj suffisamment indiqu l'invitable ncessit de cette condition capitale1 et l'indispensable influence de son accomplissement graduel1 je n'ai pas besoin d'y revenir spcialement ici4 ,mais1 afin de complter cette importante explication1 je dois profiter de la prcieuse occasion que me fournit1 d'une manire la fois si spontane et si prononce1 le mmorable exemple de ,condorcet1 pour faire comprendre par quelle fatale raction cette influence de l'esprit rvolutionnaire1 aprs avoir donn l'ide de progression sociale une puissante impulsion primitive1 qui ne pouvait alors tre autrement produite1 vient ensuite entraver radicalement1 et d'une manire non moins ncessaire1 son premier dveloppement scientifique4 ,cette funeste proprit rsulte spontanment des prjugs critiques que doit universellement tablir la prpondrance absolue de la philosophie rvolutionnaire1 et qui s'opposent directement toute saine apprciation du pass politique1 et1 par consquent1 toute conception vraiment rationnelle de la progression continue et graduelle de l'humanit4 ,rien n'est1 malheureusement1 plus sensible1 dans l'ouvrage de ,condorcet1 dont la lecture attentive fait1 chaque instant1 ressortir cette contradiction fondamentale1 aussi directe qu'trange1 de l'immense perfectionnement o l'espce humaine y est reprsente comme parvenue la fin du dix-huitime sicle1 compar l'influence minemment rtrograde que l'auteur attribue1 presque constamment1 dans l'ensemble du pass1 toutes les doctrines1 toutes les institutions1 tous les pouvoirs effectivement prpondrans3 quoique1 du point de vue scientifique1 le progrs total finalement accompli ne puisse tre1 sans doute1 que le rsultat gnral de l'accumulation spontane des divers progrs partiels successivement raliss depuis l'origine de la civilisation1 en vertu de la marche ncessairement lente et graduelle de la nature humaine4 ,ainsi conue1 l'tude du pass ne prsente plus1 vrai dire1 qu'une sorte de miracle perptuel1 o l'on s'est mme interdit d'abord la ressource vulgaire de la ,providence4 ,pourrait-on1 ds-lors1 s'tonner que1 malgr le mrite minent et trop peu senti de plusieurs aperus incidens1 ,condorcet n'ait rellement dvoil aucune des lois vritables du dveloppement humain1 qu'il n'ait nullement souponn la nature essentiellement transitoire de la politique rvolutionnaire1 et que1 finalement1 il ait tout--fait manqu la conception gnrale de l'avenir social8 ,une exprience philosophique aussi tristement dcisive doit faire profondment sentir combien toute prpondrance de l'esprit rvolutionnaire est dsormais incompatible avec l'tude vraiment rationnelle des lois positives de la progression sociale4 ,il faut1 sans doute1 soigneusement viter1 soit envers le pass1 soit l'gard du prsent1 que le sentiment scientifique de la subordination ncessaire des vnemens sociaux d'invariables lois naturelles dgnre jamais en une disposition systmatique un fatalisme ou un optimisme galement dgradans et pareillement dangereux3 et c'est1 en partie1 pour ce motif que des caractres levs peuvent seuls cultiver avec succs la physique sociale4 ,mais1 il n'est pas moins vident1 d'aprs le principe philosophique des conditions d'existence1 tabli surtout1 dans le volume prcdent1 l'gard des phnomnes biologiques quelconques1 et minemment applicable1 par sa nature1 aux phnomnes politiques1 que toute force sociale long-temps active a d ncessairement participer la production gnrale du dveloppement humain1 suivant un mode dtermin1 dont l'exacte analyse constitue1 pour la science1 une indispensable obligation permanente1 comme je l'expliquerai spcialement1 au chapitre suivant1 en traitant directement de l'esprit fondamental qui doit appartenir cette science nouvelle4 ,toute autre manire de procder1 par voie de ngation systmatique et continue de la ncessit ou de l'utilit des diverses grandes influences ou oprations politiques que l'histoire nous fait connatre1 la faon de ,condorcet1 doit promptement devenir destructive de toute tude vraiment rationnelle des phnomnes sociaux1 et rendre1 par consquent1 impossible la saine physique sociale1 en y empchant radicalement la position normale de chaque problme4 ,on ne peut1 ce sujet1 s'abstenir de contempler1 avec une respectueuse admiration1 la profonde supriorit philosophique de ,montesquieu1 qui1 sans avoir pu1 comme ,condorcet1 juger l'esprit rvolutionnaire d'aprs l'exprience la plus caractristique1 avait su nanmoins s'affranchir essentiellement1 l'gard du pass1 des prjugs critiques qui dominaient toutes les intelligences contemporaines1 et qui avaient mme gravement atteint sa propre jeunesse4 ,quoi qu'il en soit1 les rflexions prcdentes nous conduisent finalement apprcier1 avec une plus grande prcision1 la condition politique prliminaire ci-dessus tablie pour la fondation d'une vritable science sociale4 ,car1 nous voyons ainsi que cette fondation n'a pu devenir ralisable que depuis que l'esprit rvolutionnaire a d commencer perdre son principal ascendant1 ce qui1 par une autre voie1 nous ramne essentiellement l'poque actuelle1 comme nous l'avions dj reconnu d'aprs la condition purement scientifique4 ,malgr que cette double explication gnrale soit ici1 sans doute1 extrmement sommaire1 elle suffira1 j'espre1 pour faire convenablement apprcier1 ainsi que je l'avais annonc1 soit l'minente valeur du projet philosophique conu par ,condorcet1 soit l'avortement ncessaire et total de son excution relle4 ,si la vraie nature gnrale de l'opration a t enfin nettement dvoile jamais par cette mmorable tentative1 il est galement incontestable que l'entreprise reste encore tout entire accomplir4 ,tous les esprits clairs dploreront toujours profondment la tragique destine de cet illustre philosophe1 enlev l'humanit1 dans la plnitude de sa carrire1 par suite des sauvages aberrations de ses contemporains1 et qui a su utiliser si noblement1 au profit de la grande cause1 jusqu' sa mort glorieuse1 en y donnant solennellement1 avec une nergie aussi modeste que soutenue1 l'un de ces exemples dcisifs d'une sublime et touchante abngation personnelle unie une fermet calme et inbranlable1 que les croyances religieuses prtendaient pouvoir seules produire ou maintenir4 ,mais1 quelques progrs qu'une aussi haute raison1 appuye d'un aussi noble caractre1 n'et pu manquer de faire1 la suite des grands vnemens ultrieurs1 si le temps ne lui avait pas t aussi dplorablement ravi1 l'analyse prcdente ne nous permet point de penser que ,condorcet et pu rellement parvenir jamais rectifier1 au degr suffisant1 le vice fondamental d'une telle laboration1 dont les conditions essentielles1 soit scientifiques1 soit politiques1 n'ont pu commencer enfin tre convenablement remplies que de nos jours1 chez les intelligences mme les plus minentes et les plus avances4 ,les deux tentatives philosophiques que je viens de caractriser sommairement1 sont1 vrai dire1 les seules jusqu'ici qui1 malgr leur irrcusable prcocit et leur invitable avortement1 doivent tre envisages comme diriges suivant la vritable voie gnrale qui peut conduire finalement la constitution positive de la science sociale2 puisque cette science y est1 du moins1 toujours conue de manire reposer immdiatement sur l'ensemble des faits historiques1 soit dans la pense de ,montesquieu1 soit1 encore plus distinctement1 dans celle de ,condorcet4 ,outre ces deux mmorables sries de travaux1 qui1 ce titre1 devaient exclusivement nous occuper ici1 j'aurai naturellement l'occasion1 dans l'un des chapitres suivans1 d'apprcier suffisamment1 quoique d'une manire purement incidente1 quelques autres efforts1 bien plus radicalement illusoires et ncessairement striles1 o l'on se proposait vainement de positiver la science sociale en la dduisant de quelqu'une des diffrentes sciences fondamentales dj constitues2 ce qui n'a pu avoir d'autre efficacit relle que de mieux manifester l'urgence d'une opration aussi diversement poursuivie depuis un demi-sicle4 ,mais1 afin de tirer de notre examen actuel toute l'utilit principale qu'il peut comporter pour le pralable claircissement gnral du but et de l'esprit de la grande fondation que j'ose entreprendre mon tour1 je crois devoir le complter encore par quelques rflexions philosophiques sur la nature et l'objet de ce qu'on nomme l'conomie politique4 ,on ne peut1 sans doute1 nullement reprocher nos conomistes d'avoir prtendu tablir la vritable science sociale1 puisque les plus classiques d'entre eux se sont efforcs de reprsenter dogmatiquement1 surtout de nos jours1 le sujet gnral de leurs tudes comme entirement distinct et indpendant de l'ensemble de la science politique1 dont ils s'attachent toujours davantage l'isoler parfaitement4 ,mais1 malgr cet aveu dcisif1 dont la sincrit spontane ne doit1 certes1 tre aucunement suspecte1 il n'est pas moins vident que ces philosophes se sont persuads1 de trs bonne foi1 qu'ils taient enfin parvenus1 l'imitation des savans proprement dits1 soumettre enfin l'esprit positif ce qu'ils appellent la science conomique1 et que chaque jour ils proposent leur manire de procder comme le type d'aprs lequel toutes les thories sociales doivent tre finalement rgnres4 ,cette illusion fort naturelle ayant1 dans ce sicle1 graduellement acquis assez de crdit1 soit parmi le public1 soit auprs des gouvernemens1 pour donner lieu1 sur les principaux points du monde civilis1 l'institution de plusieurs chaires spciales officiellement destines ce nouvel enseignement1 il ne sera pas inutile ici de la caractriser succintement1 afin de vrifier clairement que je ne dois pas me borner1 ce qui me semblerait1 tous gards1 bien prfrable1 continuer une opration dj commence1 mais qu'il s'agit1 malheureusement1 au contraire1 et sans que rien puisse m'en dispenser1 de tenter une cration philosophique qui n'a jamais t jusqu'ici bauche ni mme convenablement conue par aucun de mes prdcesseurs4 ,quoique ce surcrot de dmonstration doive1 sans doute1 paratre superflu tout lecteur graduellement prpar1 par l'tude attentive des trois volumes prcdens1 pressentir suffisamment le vritable esprit philosophique et les conditions logiques essentielles de la science sociale1 il n'en saurait tre ainsi chez les intelligences1 mme fortement organises1 dpourvues1 par la nature de leur ducation1 du sentiment intime et familier de la vraie positivit scientifique1 et l'gard desquelles le rapide claircissement pralable qui va suivre doit avoir une importance relle1 m'en rfrant1 d'ailleurs1 bien entendu1 l'ensemble de ce volume1 pour dissiper implicitement toutes les objections prmatures que pourrait soulever et toutes les incertitudes secondaires que pourrait laisser une aussi sommaire apprciation fondamentale de l'conomie politique4 ,au point o ce ,trait est maintenant parvenu1 une simple considration prjudicielle1 si elle pouvait tre pleinement sentie1 devrait suffire1 ce me semble1 caractriser clairement cette inanit ncessaire des prtentions scientifiques de nos conomistes1 qui1 presque toujours sortis des rangs des avocats ou des littrateurs1 n'ont pu1 certainement1 puiser aucune source rgulire cet esprit habituel de rationnalit positive qu'ils croient avoir transport dans leurs recherches4 ,invitablement trangers1 par leur ducation1 mme envers les moindres phnomnes1 toute ide d'observation scientifique1 toute notion de loi naturelle1 tout sentiment de vraie dmonstration1 il est vident que1 quelle que pt tre la force intrinsque de leur intelligence1 ils n'ont pu tout--coup appliquer convenablement aux analyses les plus difficiles une mthode dont ils ne connaissaient nullement les plus simples applications1 sans aucune autre prparation philosophique que quelques vagues et insuffisans prceptes de logique gnrale1 incapables d'aucune efficacit relle4 ,aussi l'ensemble de leurs travaux manifeste-t-il videmment1 de prime abord1 tout juge comptent et exerc1 les caractres les plus dcisifs des conceptions purement mtaphysiques4 ,on doit1 toutefois1 honorablement carter1 avant tout1 le cas minemment exceptionnel de l'illustre et judicieux philosophe ,adam ,smith1 qui1 sans avoir aucunement la vaine prtention de fonder1 ce sujet1 une nouvelle science spciale1 s'est seulement propos pour but1 si bien ralis dans son immortel ouvrage1 d'claircir diffrens points essentiels de philosophie sociale1 par ses lumineuses analyses relatives la division du travail1 l'office fondamental des monnaies1 l'action gnrale des banques1 etc41 et tant d'autres parties principales du dveloppement industriel de l'humanit4 ,quoique ayant d rester essentiellement engag encore dans la philosophie mtaphysique1 comme tous ses contemporains1 mme les plus minens1 un esprit de cette trempe1 qui d'ailleurs appartenait alors1 d'une manire si distingue1 l'cole mtaphysique la plus avance1 ne pouvait gure tomber profondment dans une telle illusion1 prcisment parce que l'ensemble de ses tudes pralables avait d lui faire mieux sentir en quoi consiste surtout la vraie mthode scientifique1 comme le tmoignent clairement de prcieux aperus1 trop peu apprcis1 sur l'histoire philosophique des sciences1 et notamment de l'astronomie1 publis parmi ses oeuvres posthumes4 ,a cette seule exception prs1 aussi nettement explique1 et dont les conomistes s'autoriseraient vainement1 il est1 ce me semble1 vident que toute la partie dogmatique de leur prtendue science prsente1 d'une manire galement directe et profonde1 le simple caractre mtaphysique1 malgr l'affectation illusoire des formes spciales et du protocole habituel du langage scientifique1 dj grossirement imit1 du reste1 sans plus de succs rel1 en plusieurs autres occasions philosophiques fort antrieures1 et1 par exemple1 dans les compositions thologico-mtaphysiques du clbre ,spinosa4 ,celui qui1 de nos jours1 a prsent l'ensemble de cette doctrine conomique sous l'aspect le plus rationnel et le mieux apprciable1 le respectable ,tracy1 a fait directement1 avec cette noble candeur philosophique qui le caractrisa toujours1 l'aveu spontan et dcisif d'une telle constitution mtaphysique1 en excutant simplement son trait d'conomie politique comme une quatrime partie de son trait gnral d'idologie1 entre la logique et la morale2 et ce caractre fondamental1 loin d'tre born la seule coordination primitive1 que l'on pourrait attribuer d'accidentelles proccupations systmatiques1 se montre1 au contraire1 pleinement soutenu1 de la manire la plus naturelle et la plus prononce1 dans tout le cours du travail4 ,du reste1 l'histoire contemporaine de cette prtendue science confirme1 avec une irrsistible vidence1 ce jugement direct sur sa nature purement mtaphysique4 ,il est incontestable1 en effet1 d'aprs l'ensemble de notre pass intellectuel pendant les trois derniers sicles1 sans avoir besoin de remonter plus haut1 que la continuit et la fcondit sont les symptmes les moins quivoques de toutes les conceptions vraiment scientifiques4 ,quand les travaux actuels1 au lieu de se prsenter comme la suite spontane et le perfectionnement graduel des travaux antrieurs1 prennent1 pour chaque auteur nouveau1 un caractre essentiellement personnel1 de manire remettre sans cesse en question les notions les plus fondamentales2 quand1 d'un autre ct1 la constitution dogmatique1 loin d'engendrer aucun progrs rel et soutenu1 ne dtermine habituellement qu'une strile reproduction de controverses illusoires1 toujours renouveles1 et n'avanant jamais3 ds lors1 on peut tre certain qu'il ne s'agit point d'une doctrine positive quelconque1 mais de pures dissertations thologiques ou mtaphysiques4 ,or1 n'est-ce point l le spectacle intellectuel que nous prsente1 depuis un demi-sicle1 l'conomie politique8 ,si nos conomistes sont1 en ralit1 les successeurs scientifiques d',adam ,smith1 qu'ils nous montrent donc en quoi ils ont effectivement perfectionn et complt la doctrine de ce matre immortel1 quelles dcouvertes vraiment nouvelles ils ont ajoutes ses heureux aperus primitifs1 essentiellement dfigurs1 au contraire1 par un vain et puril talage des formes scientifiques4 ,en considrant1 d'un regard impartial1 les striles contestations qui les divisent sur les notions les plus lmentaires de la valeur1 de l'utilit1 de la production1 etc41 ne croirait-on pas assister aux plus tranges dbats des scolastiques du moyen ge sur les attributions fondamentales de leurs pures entits mtaphysiques1 dont les conceptions conomiques prennent de plus en plus le caractre1 mesure qu'elles sont dogmatises et subtilises davantage4 ,dans l'un1 comme dans l'autre cas1 le rsultat final de ces absurdes et interminables discussions1 est1 le plus souvent1 de dnaturer profondment les prcieuses indications primitives du bon sens vulgaire1 dsormais converties en notions radicalement confuses1 qui ne sont plus susceptibles d'aucune application relle1 et qui ne peuvent essentiellement engendrer que d'oiseuses disputes de mots4 ,ainsi1 par exemple1 tous les hommes senss attachaient d'abord un sens nettement intelligible aux expressions indispensables de produit et de producteur3 depuis que la mtaphysique conomique s'est avise de les dfinir1 l'ide de production1 force de vicieuses gnralisations1 est devenue tellement vague et indtermine que les esprits judicieux1 qui se piquent d'exactitude et de clart1 sont maintenant obligs d'employer de pnibles circuits de langage pour viter l'emploi de termes rendus profondment obscurs et quivoques4 ,un tel effet n'est-il point alors parfaitement analogue au pareil ravage produit auparavant par la mtaphysique dans l'tude fondamentale de l'entendement humain1 l'gard1 par exemple1 des notions gnrales d'analyse et de synthse1 etc48 ,il faut d'ailleurs soigneusement remarquer que l'aveu gnral de nos conomistes sur l'isolement ncessaire de leur prtendue science1 relativement l'ensemble de la philosophie sociale1 constitue implicitement une involontaire reconnaissance1 dcisive quoique indirecte1 de l'inanit scientifique de cette thorie1 qu',adam ,smith n'avait en garde de concevoir ainsi4 ,car1 par la nature du sujet1 dans les tudes sociales1 comme dans toutes celles relatives aux corps vivans1 les divers aspects gnraux sont1 de toute ncessit1 mutuellement solidaires et rationnellement insparables1 au point de ne pouvoir tre convenablement claircis que les uns par les autres1 ainsi que la leon suivante l'expliquera spcialement4 ,quand on quitte le monde des entits1 pour aborder les spculations relles1 il devient donc certain que l'analyse conomique ou industrielle de la socit ne saurait tre positivement accomplie1 abstraction faite de son analyse intellectuelle1 morale1 et politique1 soit au pass1 soit mme au prsent3 en sorte que1 rciproquement1 cette irrationnelle sparation fournit un symptme irrcusable de la nature essentiellement mtaphysique des doctrines qui la prennent pour base4 ,tel est donc le jugement final que me semble mriter la prtendue science conomique1 considre sous le rapport dogmatique4 ,mais1 son gard1 il serait injuste d'oublier que1 en l'envisageant du point de vue historique propre ce volume1 et dans une intention moins scientifique et plus politique1 cette doctrine constitue rellement une dernire partie essentielle du systme total de la philosophie critique1 qui a exerc1 pendant la priode purement rvolutionnaire1 un office si indispensable1 quoique simplement transitoire4 ,l'conomie politique1 comme j'aurai lieu de l'expliquer ultrieurement dans l'analyse historique de cette grande poque1 a particip1 d'une manire qui lui est propre1 et presque toujours fort honorable1 cette immense lutte intellectuelle1 en discrditant radicalement l'ensemble de la politique industrielle que1 depuis le moyen ge1 dveloppait de plus en plus l'ancien rgime social1 et qui en mme temps devenait incessamment plus nuisible l'essor gnral de l'industrie moderne1 qu'elle avait d'abord utilement protg4 ,cette fonction purement provisoire constitue1 vrai dire1 la principale efficacit sociale d'une telle doctrine1 sans que le vernis scientifique dont elle a vainement tent de se couvrir y soit d'ailleurs d'aucune utilit relle4 ,mais1 si1 ce titre1 elle partage spcialement la gloire gnrale de ce vaste dblai prliminaire1 elle manifeste aussi1 sa manire1 les graves inconvniens politiques que nous avons reconnus1 dans la leon prcdente1 et que nous sentirons de plus en plus dans la suite1 appartenir ncessairement dsormais l'ensemble de la philosophie rvolutionnaire1 depuis que le mouvement de dcomposition a t pouss assez loin pour rendre de plus en plus indispensable la prpondrance finale du mouvement inverse de recomposition4 ,il n'est que trop ais de constater1 en effet1 que l'conomie politique1 comme toutes les autres parties de cette philosophie1 a galement son mode spcial de systmatiser l'anarchie2 et les formes scientifiques qu'elle a empruntes de nos jours ne font1 en ralit1 qu'aggraver un tel danger1 en tendant le rendre plus dogmatique et plus tendu4 ,car cette prtendue science ne s'est point borne1 quant au pass1 critiquer1 d'une manire beaucoup trop absolue1 la politique industrielle des anciens pouvoirs europens1 qui1 malgr ses inconvniens actuels1 avaient certainement exerc long-temps une influence utile1 et mme indispensable au premier dveloppement industriel des socits modernes4 ,il y a bien plus3 l'esprit gnral de l'conomie politique1 pour quiconque l'a convenablement apprci dans l'ensemble des crits qui s'y rapportent1 conduit essentiellement aujourd'hui riger en dogme universel l'absence ncessaire de toute intervention rgulatrice quelconque1 comme constituant1 par la nature du sujet1 le moyen le plus convenable de seconder l'essor spontan de la socit2 en sorte que1 dans chaque occasion grave qui vient successivement s'offrir1 cette doctrine ne sait rpondre1 d'ordinaire1 aux plus urgens besoins de la pratique1 que par la vaine reproduction uniforme de cette ngation systmatique1 la manire de toutes les autres parties de la philosophie rvolutionnaire4 ,pour avoir1 plus ou moins imparfaitement1 constat1 dans quelques cas particuliers1 d'une importance fort secondaire1 la tendance naturelle des socits humaines un certain ordre ncessaire1 cette prtendue science en a trs vicieusement conclu l'inutilit fondamentale de toute institution spciale1 directement destine rgulariser cette coordination spontane1 au lieu d'y voir seulement la source premire de la possibilit d'une telle organisation1 comme je l'expliquerai convenablement dans la suite#bc4 ,toutefois1 quels que soient les dangers videns de ce sophisme universel1 dont les consquences logiques1 si elles pouvaient tre pleinement et librement dduites1 n'iraient rien moins qu' l'abolition mthodique de tout gouvernement rel1 la justice exige qu'on remarque aussi1 par une sorte de compensation1 d'ailleurs trs imparfaite1 l'heureuse disposition simultane de l'conomie politique actuelle reprsenter immdiatement1 dans le genre le moins noble des relations sociales1 les divers intrts humains comme ncessairement solidaires1 et par suite susceptibles d'une stable conciliation fondamentale4 ,quoique1 par cette importante dmonstration1 les conomistes n'aient fait1 sans doute1 que servir1 plus ou moins fidlement1 d'organe philosophique la conviction universelle que le bon sens vulgaire devait spontanment acqurir par suite du progrs commun et continu de l'industrie humaine dans l'ensemble des populations modernes1 la saine philosophie ne leur en devra pas moins une ternelle reconnaissance de leurs heureux efforts pour dissiper le funeste et immoral prjug qui1 soit entre individus1 soit entre peuples1 reprsentait l'amlioration de la condition matrielle des uns comme ne pouvant rsulter que d'une dtrioration correspondante chez les autres1 ce qui revenait1 au fond1 nier ou mconnatre le dveloppement industriel1 en supposant ncessairement constante la masse totale de nos richesses4 ,mais1 malgr ce grand service1 que la vritable science sociale devra soigneusement recueillir et complter1 la tendance mtaphysique de l'conomie politique empcher l'institution de toute discipline industrielle1 n'en demeure pas moins minemment dangereuse4 ,cette vaine et irrationnelle disposition n'admettre que ce degr d'ordre qui s'tablit de lui-mme1 quivaut videmment1 dans la pratique sociale1 une sorte de dmission solennelle donne par cette prtendue science l'gard de chaque difficult un peu grave que le dveloppement industriel vient faire surgir4 ,rien n'est1 surtout1 plus manifeste dans la fameuse et immense question conomique des machines1 qui1 convenablement envisage1 concide avec l'examen gnral des inconvniens sociaux immdiats inhrens tout perfectionnement industriel quelconque1 comme tendant la perturbation plus ou moins profonde et plus ou moins durable du mode actuel d'existence des classes laborieuses4 ,aux justes et urgentes rclamations que soulve si frquemment cette lacune fondamentale de notre ordre social1 et au lieu d'y voir l'indice de l'une des applications les plus capitales et les plus pressantes de la vraie science politique1 nos conomistes ne savent que rpter1 avec une impitoyable pdanterie1 leur strile aphorisme de libert industrielle absolue4 ,sans rflchir que toutes les questions humaines1 envisages sous un certain aspect pratique1 se rduisent ncessairement de simples questions de temps1 ils osent rpondre toutes les plaintes que1 la longue1 la masse de notre espce1 et mme la classe d'abord lse1 doivent finir par prouver1 aprs ces perturbations passagres1 une amlioration relle et permanente3 ce qui1 malgr l'incontestable exactitude de cette consquence ncessaire1 peut tre regard comme constituant1 de la part de cette prtendue science1 une rponse vraiment drisoire1 o l'on parat oublier que la vie de l'homme est fort loin de comporter une dure indfinie4 ,on ne peut1 du moins1 s'empcher de reconnatre qu'une telle thorie proclame spontanment ainsi1 d'une manire hautement irrcusable1 sa propre impuissance sociale1 en se montrant aussi radicalement dpourvue de toute relation fondamentale avec l'ensemble des principaux besoins pratiques4 ,les nombreux copistes1 par exemple1 qui souffrirent jadis de la rvolution industrielle produite par l'usage de l'imprimerie1 auraient-ils pu tre suffisamment soulags par la perspective1 mme indubitable1 que1 dans la gnration suivante1 il y aurait dj autant d'ouvriers vivant de la typographie1 et que1 aprs quelques sicles1 il en existerait beaucoup plus8 ,telle est pourtant l'habituelle consolation qui ressort spcialement de l'conomie politique actuelle1 dont cette trange fin de non-recevoir suffirait1 sans doute1 dfaut de discussion rationnelle1 pour caractriser indirectement l'inaptitude ncessaire diriger1 comme elle se le propose1 l'essor industriel des socits modernes4 ,ainsi1 malgr d'utiles claircissemens prliminaires dus cette doctrine1 et quoiqu'elle ait pu contribuer1 sa manire1 prparer une saine analyse historique en appelant directement l'attention des philosophes sur le dveloppement fondamental de l'industrie humaine1 on voit1 en rsum1 que l'apprciation politique de cette prtendue science confirme essentiellement1 au fond1 ce qu'avait d faire prvoir son apprciation scientifique directe1 en tmoignant qu'on n'y doit nullement voir un lment dj constitu de la future physique sociale1 qui1 par sa nature1 ne saurait tre convenablement fonde qu'en embrassant1 d'une seule grande vue philosophique1 l'ensemble rationnel de tous les divers aspects sociaux4 ,footnote #bc3 ,il convient peut-tre de noter ici1 ce sujet1 que les dangereuses rveries reproduites de nos jours au sujet de l'institution fondamentale de la proprit1 se sont1 d'ordinaire1 essentiellement autorises1 dans l'origine1 des prtendues dmonstrations de l'conomie politique1 pour se donner1 peu de frais1 un certain appareil scientifique1 qui chez beaucoup d'esprits mal cultivs1 n'a que trop facilit leurs ravages3 ce qui tmoigne clairement de la vaine impuissance d'une telle doctrine1 malgr ses prtentions illusoires1 contenir efficacement1 mme dans les sujets qui semblent le plus lui appartenir1 l'esprit gnral d'anarchie1 dont elle a1 au contraire1 puissamment second1 en ce cas1 le dveloppement spontan4 ,il est donc sensible1 par suite de ces diffrentes explications1 que l'espce de prdilection passagre que l'esprit humain semble manifester1 de nos jours1 pour ce qu'on nomme l'conomie politique1 doit tre surtout envisage1 en ralit1 comme un nouveau symptme caractristique du besoin instinctif1 dj profondment senti1 de soumettre enfin les tudes sociales des mthodes vraiment positives1 et1 en mme temps1 du dfaut actuel d'accomplissement effectif de cette grande condition philosophique1 qui1 une fois convenablement remplie1 fera spontanment cesser tout l'intrt intellectuel que parat encore inspirer cette apparence illusoire4 ,on pourrait d'ailleurs aisment signaler ici1 au mme titre principal1 beaucoup d'autres indices gnraux plus ou moins directs1 mais presque galement irrcusables1 d'une telle disposition fondamentale1 qui1 vrai dire1 se manifeste rellement aujourd'hui dans tous les divers modes essentiels de l'exercice permanent de notre intelligence4 ,mais1 pour viter des dtails faciles suppler1 je dois me borner1 en dernier lieu1 mentionner trs rapidement1 comme tendant1 avec une efficacit bien suprieure1 ce grand but final1 la disposition toujours croissante des esprits actuels vers les tudes historiques1 et le notable perfectionnement qu'elles ont graduellement prouv dans les deux derniers sicles4 ,c'est1 certainement1 notre grand ,bossuet qu'il faudra toujours rapporter la premire tentative importante de l'esprit humain pour contempler1 d'un point de vue suffisamment lev1 l'ensemble du pass social4 ,sans doute1 les ressources1 faciles mais illusoires1 qui appartiennent toute philosophie thologique1 pour tablir1 entre les vnemens humains1 une certaine liaison apparente1 ne permettent nullement d'utiliser aujourd'hui1 dans la construction directe de la vritable science du dveloppement social1 des explications invitablement caractrises par la prpondrance1 alors trop irrsistible en ce genre1 d'une telle philosophie4 ,mais cette admirable composition1 o l'esprit d'universalit1 indispensable toute conception semblable1 est si vigoureusement apprci1 et mme maintenu autant que le permettait la nature de la mthode employe1 n'en demeurera pas moins1 jamais1 un imposant modle1 toujours minemment propre marquer nettement le but gnral que doit se proposer sans cesse notre intelligence en rsultat final de toutes nos analyses historiques1 c'est--dire la coordination rationnelle de la srie fondamentale des divers vnemens humains d'aprs un dessein unique1 la fois plus rel et plus tendu que celui conu par ,bossuet4 ,il serait d'ailleurs superflu de rappeler expressment ici que la partie de cet immortel discours o l'auteur a pu s'affranchir spontanment des entraves invitables que la philosophie thologique imposait son minent gnie1 brille encore aujourd'hui d'une foule d'aperus historiques d'une justesse et d'une prcision remarquables1 qui n'ont jamais t surpasses depuis1 ni quelquefois mme gales4 ,telle est surtout cette belle apprciation sommaire de l'ensemble de la politique romaine1 au niveau de laquelle ,montesquieu lui-mme n'a pas1 mon avis1 su toujours se maintenir4 ,l'influence1 directe ou indirecte1 inaperue ou sentie1 de ce premier enseignement capital a1 sans doute1 puissamment contribu1 dans le sicle dernier1 et mme dans celui-ci1 au caractre de plus en plus satisfaisant qu'ont d prendre graduellement les principales compositions historiques1 surtout en ,france1 en ,angleterre1 et ensuite en ,allemagne4 ,nanmoins1 il est incontestable1 comme j'aurai lieu de le faire bientt sentir spcialement1 que1 malgr ces intressans progrs1 si heureusement destins prparer sa rnovation finale1 l'histoire n'a point encore cess d'avoir un caractre essentiellement littraire ou descriptif1 et n'a nullement acquis une vritable nature scientifique1 en tablissant enfin une vraie filiation rationnelle dans la suite des vnemens sociaux1 de manire permettre1 comme pour tout autre ordre de phnomnes1 et entre les limites gnrales imposes par une complication suprieure1 une certaine prvision systmatique de leur succession ultrieure4 ,la tmrit mme dont une telle destination philosophique semble aujourd'hui entache1 pour la plupart des bons esprits1 constitue peut-tre1 au fond1 la confirmation la plus dcisive de cette nature non scientifique de l'histoire actuelle1 puisqu'une semblable prvision caractrise dsormais1 pour toute intelligence convenablement cultive1 toute espce quelconque de science relle1 comme je l'ai si frquemment montr dans les volumes prcdens4 ,du reste1 le facile crdit qu'obtiennent trop souvent encore de nbuleuses thories historiques qui1 dans leur vague et mystrieuse obscurit1 ne prsentent aucune explication effective de l'ensemble des phnomnes1 tmoignerait1 sans doute1 assez des dispositions purement littraires et mtaphysiques dans lesquelles l'histoire continue aujourd'hui tre conue et tudie1 par des intelligences demeures essentiellement trangres au grand mouvement scientifique des temps modernes1 et qui1 par consquent1 ne peuvent transporter1 dans cette difficile tude1 que les habitudes irrationnelles engendres ou maintenues par leur vicieuse ducation4 ,enfin1 la vaine sparation dogmatique que l'on s'efforce de conserver entre l'histoire et la politique vrifie directement1 ce me semble1 une telle apprciation3 car1 il est vident que la science historique1 convenablement conue1 et la science politique1 rationnellement traite1 concident1 en gnral1 de toute ncessit1 comme la suite de ce volume le fera1 j'espre1 profondment sentir4 ,toutefois1 malgr ces irrcusables observations1 il faut savoir suffisamment interprter l'heureux symptme universel de rgnration philosophique qu'indique1 avec tant d'vidence1 la prdilection1 toujours et partout croissante1 de notre sicle pour les travaux historiques1 lors mme que1 faute de principes fixes d'un jugement rationnel1 cette disposition s'gare si souvent sur de frivoles et illusoires compositions1 inspires plus d'une fois par le dessein rflchi d'obtenir1 peu de frais1 et d'exploiter rapidement1 une renomme provisoire1 en satisfaisant1 en apparence1 au got dominant de l'poque4 ,parmi les nombreux tmoignages contemporains que l'on pourrait aisment citer de cette importante transformation1 aucun ne me semble plus dcisif que l'heureuse introduction spontane qui s'est graduellement opre1 de nos jours1 en ,allemagne1 au sein mme de la classe minemment mtaphysique des jurisconsultes1 d'une cole spcialement qualifie d'historique1 et qui1 en effet1 a pris pour tche principale de lier1 chaque poque du pass1 l'ensemble de la lgislation avec l'tat correspondant de la socit2 ce qu'elle a quelquefois utilement bauch1 malgr la tendance au fatalisme ou l'optimisme qu'on lui reproche justement d'ordinaire1 et qui rsulte spontanment de la nature ncessairement incomplte et mme quivoque de ces intressans travaux1 encore essentiellement domins par une philosophie toute mtaphysique4 ,quelque sommaires qu'aient d tre les diverses indications gnrales contenues dans cette leon1 elles suffiront1 sans doute1 pour confirmer ici l'urgence et l'opportunit de la grande cration philosophique dont la leon prcdente avait directement expliqu la destination fondamentale4 ,il faut que le besoin instinctif de constituer enfin la science sociale sur des bases vraiment positives1 soit profondment rel1 et mme bien senti1 quoique mal apprci1 pour que cette opration1 malgr son peu de maturit rationnelle jusqu' nos jours1 ait t tente avec tant d'opinitret1 et par des voies si varies4 ,en mme temps1 l'analyse gnrale des principaux efforts nous a expliqu leur avortement ncessaire1 et nous a fait comprendre qu'une telle entreprise1 dsormais suffisamment prpare1 reste nanmoins tout entire concevoir de faon comporter une ralisation dfinitive4 ,d'aprs cet ensemble de prliminaires1 rien ne s'oppose plus maintenant ce que nous puissions convenablement procder1 d'une manire directe1 cet minent travail scientifique1 comme je vais commencer le faire dans la leon suivante1 en traitant immdiatement de la mthode en physique sociale4 ,mais la suite de ce volume fera1 j'espre1 naturellement ressortir la haute utilit continue de la double introduction gnrale que je viens de terminer entirement1 et sans laquelle notre exposition et t ncessairement affecte d'embarras et d'obscurit1 et qui tait surtout indispensable pour garantir1 ds l'origine1 la ralit politique de la conception principale1 en manifestant sa relation fondamentale avec l'ensemble des besoins sociaux1 dont nous pourrons ainsi liminer dornavant la considration formelle1 pour suivre1 avec une pleine libert philosophique1 l'essor purement spculatif qui doit maintenant prdominer jusqu' la fin de ce ,trait1 o la coordination gnrale entre la thorie et la pratique devra1 son tour1 devenir finalement prpondrante4 ,,quarante-,,huiti,,me ,,le,,on4 ,caractres fondamentaux de la mthode positive dans l'tude rationnelle des phnomnes sociaux4 ,dans toute science relle1 les conceptions relatives la mthode proprement dite sont1 par leur nature1 essentiellement insparables de celles qui se rapportent directement la doctrine elle-mme1 comme je l'ai tabli1 en principe gnral1 ds le dbut de ce ,trait4 ,isolment d'aucune application effective1 les plus justes notions sur la mthode se rduisent toujours ncessairement quelques gnralits incontestables mais trs vagues1 profondment insuffisantes pour diriger avec un vrai succs les diverses recherches de notre intelligence1 parce qu'elles ne caractrisent point les modifications fondamentales que ces prceptes trop uniformes doivent prouver l'gard de chaque sujet considr4 ,plus les phnomnes deviennent complexes et spciaux1 moins il est possible de sparer utilement la mthode d'avec la doctrine1 puisque ces modifications acquirent alors une intensit plus prononce et une plus grande importance4 ,si donc nous avons d jusqu'ici1 l'gard mme des phnomnes les moins compliqus1 soigneusement carter cette vaine et strile sparation prliminaire1 nous ne saurions1 sans doute1 procder autrement quand la complication suprieure du sujet1 et en outre1 son dfaut actuel de positivit1 nous en font videmment une loi encore plus expresse4 ,c'est surtout dans l'tude des phnomnes sociaux que la vraie notion fondamentale de la mthode ne peut effectivement rsulter aujourd'hui que d'une premire conception rationnelle de l'ensemble de la science1 en sorte que les mmes principes paraissent s'y rapporter alternativement ou la mthode ou la doctrine1 suivant l'aspect sous lequel on les y considre4 ,une telle obligation philosophique doit minemment augmenter les difficults capitales que prsente spontanment la premire bauche d'une science quelconque1 et spcialement de celle-ci1 o tout doit tre ainsi simultanment cr4 ,toutefois1 la suite de ce volume rendra1 j'espre1 incontestable la possibilit de satisfaire pleinement1 de la manire la plus naturelle1 cette double condition intellectuelle1 comme on a pu le pressentir jusqu'ici en reconnaissant1 par un usage dj trs vari1 que ma thorie fondamentale sur la marche gnrale et ncessaire de l'esprit humain manifeste successivement1 avec une gale aptitude1 le caractre scientifique et le caractre logique1 selon les divers besoins des applications4 ,par ces motifs1 il est donc sensible que1 en sociologie1 comme ailleurs1 et mme plus qu'ailleurs1 la mthode positive ne saurait tre essentiellement apprcie que d'aprs la considration rationnelle de ses principaux emplois1 mesure de leur accomplissement graduel3 en sorte qu'il ne peut ici tre nullement question d'un vrai trait logique prliminaire de la mthode en physique sociale4 ,nanmoins1 il est1 d'une autre part1 videmment indispensable1 avant de procder l'examen direct de la science sociologique1 de caractriser d'abord soigneusement son vritable esprit gnral1 et l'ensemble des ressources fondamentales qui lui sont propres1 ainsi que nous l'avons toujours fait1 dans les trois volumes prcdens1 l'gard des diverses sciences antrieures3 l'extrme imperfection d'une telle science doit y rendre encore plus troite cette obligation ncessaire4 ,quoique de pareilles considrations soient1 sans doute1 par leur nature1 immdiatement relatives la science elle-mme1 envisage quant ses conceptions les plus essentielles1 on peut cependant les rapporter plus spcialement la simple mthode1 puisqu'elles sont surtout destines diriger ultrieurement notre intelligence dans l'tude effective de ce sujet difficile1 ce qui justifie suffisamment le titre propre de la leon actuelle4 ,l'accomplissement graduel de cette opration pralable envers les autres sciences fondamentales1 nous a jusqu'ici toujours entrans spontanment des explications d'autant plus lmentaires et plus explicites qu'il s'agissait d'une science plus complique et plus imparfaite4 ,a l'gard des sciences les plus simples et les plus avances1 leur seule dfinition philosophique nous a d'abord presque suffi pour caractriser aussitt leurs conditions et leurs ressources gnrales1 sur lesquelles aucune incertitude capitale ne saurait aujourd'hui subsister chez tous les esprits convenablement clairs4 ,mais il a fallu1 de toute ncessit1 procder autrement quand les phnomnes1 devenus plus complexes1 n'ont plus permis de faire suffisamment ressortir la vraie nature essentielle d'une tude plus rcente et moins constitue1 si ce n'est l'issue de discussions spciales plus ou moins pnibles1 heureusement superflues envers les sujets antrieurs4 ,dans la science biologique surtout1 des explications lmentaires1 qui eussent1 pour ainsi dire1 sembl puriles en tout autre cas1 nous ont paru essentiellement indispensables1 afin d'y mettre dfinitivement l'abri de toute grave contestation les principaux fondemens d'une tude positive1 dont la philosophie excite encore d'aussi profonds dissentimens chez les intelligences mme les plus avances4 ,par une suite invitable de cette progression constante1 il tait ais de prvoir qu'une pareille obligation doit devenir bien plus ncessaire et plus pnible relativement la science du dveloppement social1 qui n'a jusqu'ici nullement atteint1 sous aucun rapport1 une vritable positivit1 et que les meilleurs esprits condamnent mme aujourd'hui n'y pouvoir jamais parvenir4 ,on ne saurait donc s'tonner1 en gnral1 que les notions les plus simples et les plus fondamentales de la philosophie positive1 rendues dsormais heureusement triviales1 l'gard de sujets moins complexes et moins arrirs1 par le progrs naturel de la raison humaine1 exigent ici une sorte de discussion formelle1 dont les rsultats paratront1 sans doute1 la plupart des juges clairs1 constituer aujourd'hui une innovation trop hardie1 tout en s'y bornant un faible quivalent proportionnel des conditions universellement admises envers tous les autres phnomnes quelconques4 ,quand on apprcie1 l'abri de toute prvention1 le vritable tat prsent de la science sociale1 avec cet esprit franchement positif que doivent aujourd'hui dvelopper les saines tudes scientifiques1 on ne peut rellement s'empcher d'y reconnatre1 sans aucune exagration1 soit dans l'ensemble de la mthode1 ou dans celui de la doctrine1 la combinaison des divers caractres essentiels qui ont toujours distingu jadis l'enfance thologico-mtaphysique des autres branches de la philosophie naturelle4 ,en un mot1 cette situation gnrale de la science politique actuelle1 reproduit exactement sous nos yeux l'analogie fondamentale de ce que furent autrefois l'astrologie pour l'astronomie1 l'alchimie pour la chimie1 et la recherche de la panace universelle pour le systme des tudes mdicales4 ,la politique thologique et la politique mtaphysique1 malgr leur antagonisme pratique1 peuvent ici1 sans le moindre inconvnient rel1 afin de simplifier l'examen1 tre enveloppes dans une considration commune1 parce que1 au fond1 sous le point de vue scientifique1 la seconde ne constitue1 vrai dire1 qu'une modification gnrale de la premire1 dont elle ne diffre essentiellement que par un caractre moins prononc1 comme nous l'avons dj tant reconnu envers tous les autres phnomnes naturels1 et comme nous le constaterons de plus en plus l'gard des phnomnes sociaux4 ,que les phnomnes soient rapports une intervention surnaturelle directe et continue1 ou immdiatement expliqus par la vertu mystrieuse des entits correspondantes1 cette diversit secondaire1 entre des conceptions d'ailleurs finalement identiques1 n'empche nullement l'invitable reproduction commune des attributs les plus caractristiques1 encore moins ici qu'en tout autre sujet philosophique4 ,ces caractres consistent principalement1 quant la mthode1 dans la prpondrance fondamentale de l'imagination sur l'observation2 et1 quant la doctrine1 dans la recherche exclusive des notions absolues2 d'o rsulte doublement1 pour destination finale de la science1 la tendance invitable exercer une action arbitraire et indfinie sur des phnomnes qui ne sont point regards comme assujtis d'invariables lois naturelles4 ,en un mot1 l'esprit gnral de toutes les spculations humaines1 l'tat thologico-mtaphysique1 est ncessairement la fois idal dans la marche1 absolu dans la conception1 et arbitraire dans l'application4 ,or1 on ne saurait aucunement douter que tels ne soient encore aujourd'hui les caractres dominans de l'ensemble des spculations sociales1 sous quelque aspect qu'on les envisage4 ,pris1 ce triple gard1 en un sens totalement inverse1 cet esprit nous indiquera d'avance1 par un utile contraste prliminaire1 la disposition intellectuelle vraiment fondamentale qui doit maintenant prsider la cration de la sociologie positive1 et qui devra ensuite diriger toujours son dveloppement continu4 ,la philosophie positive est d'abord1 en effet1 profondment caractrise1 en un sujet quelconque1 par cette subordination ncessaire et permanente de l'imagination l'observation1 qui constitue surtout l'esprit scientifique proprement dit1 en opposition l'esprit thologique ou mtaphysique4 ,quoiqu'une telle philosophie offre1 sans doute1 l'imagination humaine le champ le plus vaste et le plus fertile1 comme nous l'a si hautement tmoign l'apprciation rationnelle des diverses sciences fondamentales1 elle l'y restreint cependant sans cesse dcouvrir ou perfectionner l'exacte coordination de l'ensemble des faits observs ou les moyens d'entreprendre utilement de nouvelles explorations4 ,c'est une semblable tendance habituelle subordonner toujours les conceptions scientifiques aux faits dont elles sont seulement destines manifester la liaison relle1 qu'il s'agit1 avant tout1 d'introduire enfin dans le systme des tudes sociales1 o les observations vagues et mal circonscrites n'offrent encore aux raisonnemens vraiment scientifiques aucun fondement suffisant1 et sont1 d'ordinaire1 arbitrairement modifies elles-mmes au gr d'une imagination diversement stimule par des passions minemment mobiles4 ,en vertu de leur complication suprieure1 et accessoirement de leur connexion plus intime avec l'ensemble des passions humaines1 les spculations politiques devaient rester plonges1 plus profondment et plus long-temps que toutes les autres1 dans cette dplorable situation philosophique1 o elles languissent encore essentiellement1 tandis que les tudes plus simples et moins stimulantes en ont t successivement dgages pendant les trois derniers sicles4 ,mais il ne faut jamais oublier que1 jusqu' des temps plus ou moins rapprochs1 tous les divers ordres des conceptions scientifiques1 sans aucune exception1 ont toujours offert un pareil tat d'enfance1 dont ils se sont affranchis d'autant plus tard que leur nature tait plus complexe et plus spciale1 et d'o les plus compliqus n'ont pu rellement sortir que de nos jours2 comme nous l'avons surtout reconnu1 en terminant le volume prcdent1 l'gard des phnomnes intellectuels et moraux de la vie individuelle1 qui1 si l'on excepte un trs petit nombre d'esprits avancs1 sont encore tudis le plus souvent d'une manire presque aussi anti-scientifique que les phnomnes politiques eux-mmes4 ,c'est donc par une apprciation minemment superficielle que l'on regarde habituellement aujourd'hui comme irrvocable et comme propre aux seuls sujets politiques cette disposition radicale au vague et l'incertitude des observations1 qui permet l'imagination fallacieuse des sophistes et des rhteurs d'y tourner pour ainsi dire son gr l'interprtation des faits accomplis4 ,la mme imperfection a rgn essentiellement jadis envers tous les autres sujets des spculations humaines2 il n'y a ici de vraiment particulier qu'une intensit plus prononce et surtout invitable prolongation1 naturellement motives par une complication suprieure1 suivant ma thorie fondamentale du dveloppement universel de l'esprit humain3 et1 par consquent1 la mme thorie conduit regarder1 non-seulement comme possible1 mais comme certaine et prochaine1 l'extension ncessaire1 l'ensemble des spculations sociales1 d'une rgnration philosophique analogue celle qu'ont dj plus ou moins prouve toutes nos autres tudes scientifiques2 cela prs d'une difficult intellectuelle beaucoup plus grande1 et sauf les embarras que peut y susciter le contact plus direct des principales passions1 ce qui ne devrait1 sans doute1 que stimuler davantage les efforts des vritables penseurs4 ,si1 au lieu de considrer ainsi l'esprit gnral de la philosophie positive relativement au mode fondamental de procder1 on l'envisage maintenant quant au caractre essentiel des conceptions scientifiques1 on peut reconnatre aisment que1 conformment notre premire indication comparative1 cette philosophie se distingue alors principalement de la philosophie thologico-mtaphysique par une tendance constante et irrsistible rendre ncessairement relatives toutes les notions qui1 d'abord1 taient1 au contraire1 ncessairement absolues4 ,ce passage invitable de l'absolu au relatif constitue1 en effet1 l'un des plus importans rsultats philosophiques de chacune des rvolutions intellectuelles qui ont successivement conduit les divers ordres de nos spculations de l'tat purement thologique ou mtaphysique l'tat vraiment scientifique1 ainsi que le lecteur a d le remarquer1 en tant d'occasions capitales1 dans le cours des trois volumes prcdens4 ,du point de vue purement scientifique1 et en cartant toute ide d'application1 on peut mme regarder1 ce me semble1 un tel contraste gnral entre le relatif et l'absolu comme la manifestation la plus dcisive de l'antipathie fondamentale qui spare si profondment la philosophie moderne d'avec l'ancienne4 ,toute tude de la nature intime des tres1 de leurs causes premires et finales1 etc41 doit1 videmment1 tre toujours absolue1 tandis que toute recherche des seules lois des phnomnes est minemment relative1 puisqu'elle suppose immdiatement un progrs continu de la spculation subordonn au perfectionnement graduel de l'observation1 sans que l'exacte ralit puisse tre jamais1 en aucun genre1 parfaitement dvoile3 en sorte que le caractre relatif des conceptions scientifiques est ncessairement insparable de la vraie notion des lois naturelles1 aussi bien que la chimrique tendance aux connaissances absolues accompagne spontanment l'emploi quelconque des fictions thologiques ou des entits mtaphysiques4 ,or1 il serait ici superflu d'insister beaucoup pour constater aujourd'hui que cet esprit absolu caractrise encore essentiellement l'ensemble des spculations sociales1 qui1 dans les diverses coles actuelles1 soit thologiques1 soit mtaphysiques1 se montrent constamment domines par l'uniforme considration d'un type politique immuable1 d'ailleurs plus ou moins vaguement dfini1 mais toujours conu de manire interdire toute modification rgulire des principales conceptions politiques d'aprs l'tat minemment variable de la civilisation humaine4 ,quoiqu'une telle notion1 qui n'a pu reposer sur aucune laboration vraiment rationnelle1 doive spontanment engendrer1 surtout de nos jours1 de grandes divergences philosophiques1 beaucoup moins prononces toutefois qu'elles ne semblent l'tre1 cependant chacune des nombreuses opinions dont ce type fondamental a t le sujet lui conserve1 au fond1 la mme immobilit ncessaire1 travers toutes les modifications successives que prsente l'histoire gnrale du dveloppement social4 ,cet esprit absolu est mme tellement inhrent la science politique actuelle1 qu'il y constitue jusqu'ici le seul moyen gnral1 malgr ses immenses inconvniens1 d'imposer un frein quelconque au cours naturel des divagations individuelles1 et de prvenir le dbordement imminent d'opinions arbitrairement variables4 ,aussi les divers philosophes qui1 justement proccups du grave danger d'un tel absolutisme intellectuel1 ont quelquefois tent de s'en affranchir1 mais sans avoir la force de s'lever jusqu' la conception d'une politique vraiment positive1 ont-ils invitablement mrit le reproche1 encore plus capital1 de prsenter toutes les notions politiques comme tant1 par leur nature1 radicalement incertaines et mme arbitraires1 parce qu'en effet ils dtruisaient ainsi les fondemens habituels de leur faible consistance actuelle1 sans y substituer aucune base nouvelle d'une fixit plus relle et plus ferme4 ,ces tentatives mal conues ont mme jet d'avance1 vrai dire1 chez les juges les plus graves1 une sorte de discrdit universel sur toute entreprise philosophique quelconque destine rgnrer ainsi l'esprit gnral de la politique1 qui1 en perdant son absolutisme1 semblerait aujourd'hui1 aux yeux de beaucoup d'hommes minemment respectables des divers partis actuels1 devoir ncessairement perdre aussi sa stabilit1 et par suite sa moralit4 ,mais ces craintes empiriques1 quoique fort naturelles1 seront aisment dissipes pour quiconque apprciera1 sous ce rapport1 par anticipation1 du point de vue propre ce ,trait1 le vrai caractre ncessaire de la sociologie positive1 d'aprs la tendance fondamentale dj manifeste1 cet gard1 avec une si haute vidence1 par toutes les branches antrieures de la philosophie naturelle1 o l'on ne voit pas certes que1 en cessant d'tre absolues1 pour n'tre plus que purement relatives1 les diverses notions scientifiques soient aucunement devenues arbitraires4 ,il est1 au contraire1 trs manifeste que1 par une telle transformation1 ces notions ont acquis une consistance et une stabilit bien suprieures leur vague immuabilit primitive1 chacune d'elles ayant t ainsi graduellement engage dans un systme de relations qui s'tend et se fortifie sans cesse1 et qui tend de plus en plus prvenir toute grave divagation quelconque4 ,on ne risquera donc nullement de tomber dans un dangereux scepticisme en dtruisant irrvocablement cet esprit absolu qui caractrise si dplorablement aujourd'hui l'enfance prolonge de la science sociale1 pourvu que ce ne soit1 comme en tout autre cas1 que le rsultat spontan du passage ncessaire de cette science finale l'tat vraiment positif4 ,dans cette dernire opration fondamentale1 la philosophie positive ne saurait1 sans doute1 dmentir sa proprit universelle de ne jamais supprimer aucun moyen quelconque de coordination intellectuelle1 sans lui en substituer immdiatement de plus efficaces et plus tendus4 ,n'est-il point sensible1 en effet1 que cette transition positive de l'absolu au relatif offre aujourd'hui1 en politique1 le seul moyen rel de parvenir des conceptions susceptibles de dterminer graduellement un assentiment unanime et durable8 ,quoique les deux dispositions essentielles que je viens d'examiner constituent certainement1 par leur nature1 l'une pour la mthode1 l'autre pour la doctrine1 la double condition fondamentale dont l'accomplissement continu devra directement caractriser la positivit effective de la science sociale1 cependant leur considration n'est peut-tre point la plus propre1 de nos jours1 manifester clairement les symptmes les plus dcisifs d'une telle transformation philosophique1 en vertu de la connexit trop intime qui1 dans cet ordre d'ides plus que dans aucun autre1 existe encore entre la thorie et la pratique1 et par suite de laquelle toute apprciation purement spculative et abstraite1 malgr son importance rellement prpondrante1 ne doit ordinairement inspirer qu'un trs faible intrt et ne peut exciter qu'une insuffisante attention4 ,cette extrme adhrence1 ou plutt cette confusion presque totale1 rsulte ncessairement de l'imperfection de la science sociale1 d'aprs sa complication suprieure1 comme je l'ai tabli1 au commencement de ce volume1 suivant une loi expose dans le volume prcdent4 ,aussi1 afin de faire mieux ressortir cet indispensable claircissement prliminaire1 dois-je maintenant considrer surtout1 d'une manire spciale et directe1 l'esprit actuel de la politique relativement l'application gnrale1 et non plus quant la science elle-mme4 ,sous ce nouvel aspect1 cet esprit se montre toujours hautement caractris par la chimrique tendance exercer1 sur les phnomnes correspondans1 une action essentiellement illimite1 aberration qui1 aujourd'hui borne aux seuls phnomnes sociaux1 a1 comme je l'ai souvent fait voir1 autrefois domin1 sous des formes plus ou moins quivalentes1 quoiqu' des degrs ncessairement moins prononcs1 tous les autres ordres des conceptions humaines1 tant qu'ils sont rests assujtis une philosophie thologique ou mtaphysique4 ,quoique la puissance effective de l'homme pour modifier son gr des phnomnes quelconques ne puisse jamais rsulter que d'une connaissance relle de leurs propres lois naturelles1 il est nanmoins incontestable que1 dans tous les genres1 l'enfance de la raison humaine a ncessairement concid avec la prtention caractristique exercer1 sur l'ensemble des phnomnes correspondans1 une action essentiellement illimite4 ,cette grande illusion primitive rsulte toujours spontanment de l'ignorance des lois fondamentales de la nature1 combine avec l'hypothse prpondrante du pouvoir arbitraire et indfini alors attribu aux agens surnaturels ou mme ensuite aux entits mtaphysiques3 car1 cette vaine ambition se manifestant prcisment l'poque o l'homme influe rellement le moins sur ce qui l'entoure1 il ne peut s'attribuer1 en gnral1 une telle autorit que par le secours indispensable de ces forces mystrieuses4 ,l'histoire gnrale des opinions humaines vrifie clairement cette aberration fondamentale1 l'gard des phnomnes astronomiques1 physiques1 chimiques1 et mme biologiques1 comme je l'ai not1 en plusieurs occasions1 dans les parties antrieures de ce ,trait4 ,on conoit aisment qu'une telle illusion doit1 de toute ncessit1 se prolonger d'autant plus que la complication croissante des diverses catgories principales de phnomnes naturels vient y retarder davantage la conception de vritables lois4 ,il faut d'ailleurs remarquer aussi1 ce sujet1 le concours spontan d'une autre influence philosophique1 qui doit puissamment seconder1 sous ce rapport1 cet obstacle fondamental au dveloppement correspondant de la raison humaine1 en ce que les diffrens phnomnes1 en mme temps qu'ils sont plus compliqus1 deviennent1 en gnral1 d'autant plus modifiables1 comme je l'ai souvent montr dans les deux volumes prcdens4 ,la cause essentielle de ces modifications plus tendues rsultant du mme principe qui dtermine une plus grande complication1 savoir la gnralit dcroissante des divers ordres de phnomnes1 elle contribue invitablement perptuer1 sur la puissance effective de l'homme1 une aberration primitive1 ainsi devenue beaucoup plus difficile dmler et par suite plus excusable4 ,cette double ncessit a d spontanment affecter davantage l'tude des phnomnes sociaux1 qui devaient1 ce titre1 demeurer1 plus long-temps et plus profondment que tous les autres1 le sujet de semblables illusions4 ,mais1 malgr cette ingalit naturelle1 il importait beaucoup de montrer d'abord que1 sous ce rapport1 comme sous les deux autres aspects dj indiqus1 de tels attributs ne sont nullement particuliers ce dernier ordre de phnomnes1 et qu'ils ont1 au contraire1 toujours caractris l'enfance de la raison humaine1 l'gard de toutes les spculations possibles1 mme les plus simples2 similitude aussi prcieuse qu'irrcusable1 puisqu'elle doit faire concevoir aux vrais philosophes1 en opposition aux prjugs actuels1 l'espoir rationnel de parvenir dissiper aussi une telle aberration dans le systme des ides politiques1 par la mme voie fondamentale qui en a dj dgag tous les autres sujets principaux de nos recherches relles4 ,quoi qu'il en soit1 cette erreur gnrale ne subsiste plus essentiellement aujourd'hui que pour les seuls phnomnes sociaux1 sauf quelques illusions analogues relatives aux phnomnes intellectuels et moraux1 et dont les esprits un peu avancs se sont dsormais suffisamment affranchis4 ,mais1 en politique1 il est vident que1 malgr l'incontestable tendance des esprits actuels vers une plus saine philosophie1 la disposition prpondrante des hommes d'tat et mme des publicistes1 soit dans l'cole thologique1 soit dans l'cole mtaphysique1 consiste encore habituellement concevoir les phnomnes sociaux comme indfiniment et arbitrairement modifiables1 en continuant supposer l'espce humaine dpourvue de toute impulsion spontane1 et toujours prte subir passivement l'influence quelconque du lgislateur1 temporel ou spirituel1 pourvu qu'il soit investi d'une autorit suffisante4 ,sous ce rapport capital1 de mme que sous tout autre1 la politique thologique se montre naturellement moins inconsquente que sa rivale1 en ce que1 du moins1 elle y explique1 sa manire1 la monstrueuse disproportion qu'une telle opinion constitue ncessairement entre l'immensit des effets accomplis et l'exigut de ces prtendues causes1 en y rduisant directement le lgislateur n'tre1 en gnral1 que le simple organe d'une puissance surnaturelle et absolue3 ce qui1 d'ailleurs1 n'en aboutit que plus clairement1 et d'une manire bien plus irrsistible1 la domination indfinie du lgislateur1 ainsi seulement assujti emprunter d'en haut sa principale autorit4 ,l'cole mtaphysique1 qui1 de nos jours surtout1 recourt d'une manire beaucoup plus vague et moins spciale l'artifice de la ,providence1 sans cesser cependant de reposer finalement sur une telle hypothse1 fait habituellement intervenir1 dans ces vaines explications politiques1 ses inintelligibles entits1 et surtout sa grande entit gnrale de la nature1 qui enveloppe aujourd'hui toutes les autres1 et qui n'est videmment qu'une dgnration abstraite du principe thologique4 ,ddaignant mme toute subordination quelconque des effets aux causes1 elle tente souvent d'luder la difficult philosophique en attribuant principalement au hasard la production des vnemens observs2 et quelquefois1 quand l'inanit d'un tel expdient devient trop saillante1 en exagrant1 au degr le plus absurde1 l'influence ncessaire du gnie individuel sur la marche gnrale des affaires humaines4 ,quel que soit le mode1 dont l'examen spcial serait ici trs superflu1 le rsultat1 dans l'une et l'autre cole1 est toujours1 au fond1 de reprsenter galement l'action politique de l'homme comme essentiellement indfinie et arbitraire1 ainsi qu'on le croyait jadis l'gard des phnomnes biologiques1 chimiques1 physiques1 et mme astronomiques1 pendant l'enfance thologico-mtaphysique1 plus ou moins prolonge1 des sciences correspondantes4 ,or1 cette irrcusable aberration constitue aujourd'hui1 mes yeux1 le caractre le plus dcisif d'une telle enfance1 encore persistante dans l'ordre des ides sociales4 ,elle indique1 en effet1 de la manire la plus directe et la moins quivoque1 une rpugnance systmatique envisager les phnomnes politiques comme assujtis de vritables lois naturelles1 dont l'immdiate application gnrale serait ncessairement ici1 de mme qu'en tout autre cas antrieur1 d'imposer aussitt l'action politique des limites fondamentales1 en dissipant sans retour la vaine prtention de gouverner notre gr ce genre de phnomnes1 aussi radicalement soustrait qu'aucun autre aux caprices humains ou sur-humains4 ,combine avec la tendance1 ci-dessus signale1 aux conceptions absolues1 dont elle est spontanment insparable1 comme deux aspects co-relatifs d'une mme philosophie1 on y doit voir1 ce me semble1 la principale cause intellectuelle de la perturbation sociale actuelle2 puisque l'espce humaine se trouve ainsi livre1 sans aucune protection logique1 l'exprimentation dsordonne des diverses coles politiques1 dont chacune cherche faire indfiniment prvaloir son type immuable de gouvernement4 ,tant que la prpondrance effective de l'ancien systme politique a interdit le libre examen des questions sociales1 de tels inconvniens ont d se trouver dissimuls1 et une certaine discipline intellectuelle a pu exister1 par une sorte de compression extrieure1 malgr la nature thologique de la philosophie politique4 ,mais1 le cours naturel des divagations individuelles ne pouvait tre ainsi que suspendu ou plutt contenu1 et l'irruption philosophique a d s'oprer spontanment1 mesure que l'ascendant graduel de la politique mtaphysique faisait prvaloir le droit gnral d'examen4 ,le danger fondamental d'une semblable philosophie politique a pu ds-lors se dvelopper librement dans toute son tendue1 jusqu'au point de remettre directement en question l'utilit gnrale de l'tat social lui-mme1 puisque d'loquens sophistes n'ont pas craint1 comme on sait1 de prconiser systmatiquement la supriorit de la vie sauvage1 telle qu'ils l'avaient rve4 ,parvenues ce degr d'absurdit et de divergence1 les utopies mtaphysico-thologiques constatent1 sans doute1 avec une entire vidence1 la haute impossibilit d'tablir aujourd'hui1 en politique1 aucune notion vraiment stable et commune1 tant qu'on continuera y poursuivre la vaine recherche absolue du meilleur gouvernement1 abstraction faite de tout tat dtermin de civilisation1 ou1 ce qui est scientifiquement quivalent1 tant que la socit humaine y sera conue comme marchant1 sans direction propre1 sous l'arbitraire impulsion du lgislateur4 ,il n'y a donc rellement dsormais1 en philosophie politique1 d'ordre et d'accord possibles qu'en assujtissant les phnomnes sociaux1 de la mme manire que tous les autres1 d'invariables lois naturelles1 dont l'ensemble circonscrit1 pour chaque poque1 l'abri de toute grave incertitude1 les limites fondamentales et le caractre essentiel de l'action politique proprement dite3 en un mot1 en introduisant jamais1 dans l'tude gnrale des phnomnes sociaux1 ce mme esprit positif1 qui dj a successivement rgnr et disciplin tous les autres genres des spculations humaines1 dont l'tat primitif n'avait pas t1 au fond1 plus satisfaisant4 ,de toute autre manire1 et en conservant le mme mode essentiel de philosopher1 on ne saurait concevoir d'autre moyen de parvenir au degr convenable de fixit et de convergence1 que de rtablir une suffisante compression intellectuelle1 heureusement devenue aujourd'hui aussi videmment chimrique que radicalement dangereuse4 ,il n'est pas moins sensible1 d'un autre ct1 que ce sentiment fondamental d'un mouvement social spontan et rgl par des lois naturelles1 constitue ncessairement la vritable base scientifique de la dignit humaine1 dans l'ordre des vnemens politiques1 puisque les principales tendances de l'humanit acquirent ainsi un imposant caractre d'autorit1 qui doit tre toujours respect1 comme base prpondrante1 par toute lgislation rationnelle3 tandis que la croyance actuelle la puissance indfinie des combinaisons politiques1 qui semble d'abord tant rehausser l'importance de l'homme1 n'aboutit1 vrai dire1 qu' lui attribuer une sorte d'automatisme social1 passivement dirig par la suprmatie absolue et arbitraire1 soit de la ,providence1 soit du lgislateur humain1 suivant le contraste gnral pleinement reconnu l'gard de tous les autres phnomnes quelconques4 ,ces diverses explications sommaires doivent suffire ici pour rendre incontestable que1 conformment notre indication premire1 c'est rellement dans la rectification dfinitive d'une telle aberration que consiste1 tous gards1 le noeud essentiel de la difficult philosophique dans la rgnration radicale de la science politique1 ds lors caractrise sous la forme la plus dcisive1 en un temps o les habitudes intellectuelles prpondrantes ne permettent gure de saisir convenablement les conceptions sociales que sous leur aspect pratique1 et non sous le point de vue scientifique1 et1 plus forte raison1 sous le rapport logique proprement dit1 que j'avais dj suffisamment signals4 ,afin de rsumer utilement1 par une considration finale1 qui embrasse ncessairement toutes les autres1 l'ensemble de ces indications prliminaires sur les conditions fondamentales que doit invitablement remplir l'esprit gnral de la sociologie positive1 il suffit enfin d'y appliquer directement aussi le principe de la prvision rationnelle1 que j'ai tant prsent1 envers toutes les parties antrieures de la philosophie naturelle1 comme constituant le plus irrcusable critrium de la positivit scientifique4 ,on peut donc1 sous ce dernier point de vue1 rduire ici la difficult fondamentale concevoir rgulirement dsormais les phnomnes sociaux comme aussi susceptibles de prvision scientifique que tous les autres phnomnes quelconques1 entre des limites de prcision d'ailleurs compatibles avec leur complication suprieure1 suivant la rgle gnrale tablie1 cet gard1 ds le dbut de ce ,trait4 ,cette manire d'envisager une telle rnovation philosophique prsente1 en effet1 l'avantage spcial de rappeler directement la fois1 d'aprs le mode le plus expressif1 les trois caractres essentiels que je viens d'examiner successivement depuis le commencement de ce chapitre1 et qui tous se rapportent1 sous des aspects distincts mais quivalens1 la subordination continue des diverses conceptions sociales d'invariables lois naturelles1 sans lesquelles les vnemens politiques ne sauraient videmment comporter aucune vritable prvision4 ,la seule pense d'une prvision rationnelle suppose donc1 avant tout1 que l'esprit humain a dfinitivement abandonn1 en philosophie politique1 la rgion des idalits mtaphysiques1 pour s'tablir jamais sur le terrain des ralits observes1 par une systmatique subordination1 directe et continue1 de l'imagination l'observation2 elle exige1 avec une autorit non moins vidente1 que les conceptions politiques cessent d'tre absolues pour devenir constamment relatives l'tat rgulirement variable de la civilisation humaine1 afin que les thories1 pouvant toujours suivre le cours naturel des faits1 permettent de les prvoir rellement2 enfin1 elle implique aussi1 de toute ncessit1 l'invitable limitation permanente de l'action politique d'aprs des lois exactement dtermines1 puisque1 s'il en tait autrement1 la srie gnrale des vnemens sociaux1 toujours expose de profondes perturbations inspires par l'accidentelle intervention prpondrante du lgislateur1 soit divin1 soit humain1 ne pourrait tre aucunement prvue avec une scurit vraiment scientifique4 ,ainsi1 nous pourrons dsormais1 pour faciliter l'examen philosophique1 concentrer essentiellement sur ce grand attribut de prvision rationnelle l'ensemble des diverses conditions destines caractriser le vritable esprit fondamental de la politique positive4 ,cette concentration intellectuelle devient d'autant plus convenable que1 dans ce sujet1 comme dans tous les autres1 et plus clairement mme aujourd'hui qu'envers aucun autre1 vu l'actualit plus frappante d'une semblable rgnration1 un tel attribut est minemment propre distinguer1 d'une manire aussi profonde que directe1 la nouvelle philosophie sociale d'avec l'ancienne4 ,en effet1 des vnemens rgis par des volonts surnaturelles peuvent bien laisser supposer des rvlations1 mais ils ne sauraient videmment comporter aucune prvision scientifique1 dont la seule pense constituerait un vrai sacrilge3 il en est essentiellement de mme quand leur direction appartient des entits mtaphysiques1 sauf la chance de rvlation1 qui serait ds lors perdue1 si une telle conception n'tait1 au fond1 une simple modification gnrale de la premire4 ,rien n'est aujourd'hui plus sensible l'gard des vnemens politiques1 pour lesquels la doctrine thologique et la doctrine mtaphysique ne peuvent fournir habituellement qu'une aveugle et strile conscration uniforme de tous les faits accomplis2 puisque ces tranges modes d'explication s'appliqueraient1 d'ordinaire1 avec une gale facilit1 des vnemens directement contraires1 sans que ces vaines formules puissent jamais conduire1 par elles-mmes1 la moindre indication de l'avenir social4 ,si1 nanmoins1 on peut dire que1 toutes les poques1 un grand nombre de faits politiques secondaires ont t gnralement regards comme susceptibles de prvision1 cela vrifie seulement que1 comme je l'ai tabli1 ds l'origine de ce ,trait1 la philosophie thologico-mtaphysique n'a jamais pu tre rigoureusement universelle1 et qu'elle a d tre toujours plus ou moins tempre1 dans toute application1 par l'invitable mlange d'un positivisme faible et incomplet1 dont l'accession1 bien que minemment subalterne1 fut videmment sans cesse indispensable la marche relle de l'esprit humain et de la socit4 ,mais1 quoiqu'une telle vrification soit particulirement sensible1 surtout aujourd'hui1 envers les phnomnes politiques1 elle n'empche nullement que leur subordination prolonge des conceptions thologiques ou mtaphysiques ne les rende encore essentiellement incompatibles avec toute ide d'une prvision vraiment scientifique1 si ce n'est quelques gards secondaires et partiels1 o la sorte de prvision vulgaire dont ils sont habituellement le sujet ne s'lve pas mme au-dessus d'un empirisme aussi incertain que grossier1 qui1 malgr son utilit provisoire1 ne saurait aucunement dissimuler le besoin fondamental de rgnration de la philosophie politique4 ,dans l'tat prsent de vague et confuse irrationnalit des tudes sociales1 l'ensemble des considrations prliminaires dont je viens de terminer l'indication pourrait aisment1 avec quelques artifices d'exposition1 passer pour une premire ralisation gnrale de la grande rnovation philosophique qu'il s'agissait seulement ainsi de caractriser suffisamment3 en un sujet aussi mal conu jusqu'ici1 de simples noncs ont t souvent rigs1 bien moins de titres1 en de vraies solutions4 ,toutefois1 les esprits convenablement prpars par l'habitude profonde des conceptions vraiment scientifiques1 se garantiront aisment d'une semblable illusion1 en reconnaissant sans hsitation que les indispensables conditions successivement dfinies depuis le commencement de ce chapitre se rapportent uniquement1 par leur nature1 la position fondamentale des questions en philosophie politique1 et ne peuvent1 en consquence1 aucunement suffire1 par elles-mmes1 mettre immdiatement sur la voie relle de l'opration dfinitive4 ,nous avons ainsi simplement tabli un important prambule gnral1 qui pourra nous guider utilement1 dans l'ensemble de ce volume1 pour formuler nettement le but scientifique qu'il s'agit d'atteindre1 et mme pour en apprcier exactement le vritable accomplissement graduel4 ,il faut maintenant procder1 d'une manire directe1 une premire exposition sommaire de l'esprit gnral de la physique sociale1 dont les conditions essentielles sont dsormais suffisamment caractrises4 ,cet esprit devra d'ailleurs tre surtout connu et apprci ultrieurement1 d'aprs l'application spontane qui s'en fera continuellement dans le cours entier des leons suivantes4 ,tout le principe philosophique d'un tel esprit se rduisant ncessairement1 d'aprs les explications prcdentes1 concevoir toujours les phnomnes sociaux comme invitablement assujtis de vritables lois naturelles1 comportant rgulirement une prvision rationnelle1 il s'agit donc de fixer ici1 en gnral1 quels doivent tre le sujet prcis et le caractre propre de ces lois1 dont la suite de ce volume contiendra l'exposition effective1 autant que le permet l'tat naissant de la science que je m'efforce de crer4 ,or1 cette fin1 il faut1 avant tout1 tendre convenablement1 l'ensemble des phnomnes sociaux1 une distinction scientifique vraiment fondamentale1 que j'ai tablie et employe1 dans toutes les parties de ce ,trait1 et principalement en philosophie biologique1 comme radicalement applicable1 par sa nature1 des phnomnes quelconques1 et surtout tous ceux que peuvent prsenter des corps vivans1 en considrant sparment1 mais toujours en vue d'une exacte coordination systmatique1 l'tat statique et l'tat dynamique de chaque sujet d'tudes positives4 ,dans la simple biologie1 c'est--dire pour l'tude gnrale de la seule vie individuelle1 cette indispensable dcomposition donne lieu1 d'aprs les explications contenues au volume prcdent1 distinguer rationnellement entre le point de vue purement anatomique1 relatif aux ides d'organisation1 et le point de vue physiologique proprement dit1 directement propre aux ides de vie3 ces deux aspects1 spontanment spars1 presque en tout temps1 se trouvant ds-lors exactement apprcis par une irrvocable analyse philosophique1 qui en pure et en perfectionne la comparaison ncessaire4 ,en sociologie1 la dcomposition doit s'oprer d'une manire parfaitement analogue1 et non moins prononce1 en distinguant radicalement1 l'gard de chaque sujet politique1 entre l'tude fondamentale des conditions d'existence de la socit1 et celle des lois de son mouvement continu4 ,cette diffrence me semble1 ds prsent1 assez caractrise pour me permettre de prvoir que1 dans la suite1 son dveloppement spontan pourra donner lieu dcomposer habituellement la physique sociale en deux sciences principales1 sous les noms1 par exemple1 de statique sociale et dynamique sociale1 aussi essentiellement distinctes l'une de l'autre que le sont aujourd'hui l'anatomie et la physiologie individuelles4 ,mais il serait certainement prmatur d'attacher maintenant aucune grave importance cette distribution mthodique1 l'poque mme de la premire institution de la science4 ,on peut d'ailleurs craindre que1 sous ce rapport1 une telle division tranche de la science sociale n'y introduist aujourd'hui cet inconvnient capital1 trop conforme la tendance dispersive des esprits actuels1 de faire vicieusement ngliger l'indispensable combinaison permanente de ces deux points de vue gnraux1 comme je l'ai expliqu1 dans le volume prcdent1 pour la biologie1 o nous avons reconnu que la division vulgaire entre l'anatomie et la physiologie tend dsormais s'effacer entirement4 ,en tout cas1 une scission quelconque du travail sociologique serait videmment inopportune1 et mme irrationnelle1 tant que l'ensemble n'en aura pas t convenablement conu4 ,mais cette importante considration ne saurait affecter1 en aucune manire1 ni la justesse intrinsque1 ni l'immdiate ncessit de notre distinction fondamentale entre l'tude statique et l'tude dynamique des phnomnes sociaux1 pourvu que1 au lieu d'y voir la source d'une division vicieuse ou pdantesque en deux sciences spares1 on l'applique seulement aujourd'hui l'analyse continue de chaque thorie sociale1 toujours utilement susceptible de ce double aspect positif4 ,pour mieux caractriser cette indispensable dcomposition lmentaire1 et afin d'en indiquer1 ds ce moment1 la porte pratique1 je crois essentiel1 avant de passer outre1 de noter ici qu'un tel dualisme scientifique correspond1 avec une parfaite exactitude1 dans le sens politique proprement dit1 la double notion de l'ordre et du progrs1 qu'on peut dsormais regarder comme spontanment introduite dans le domaine gnral de la raison publique4 ,car1 il est vident que l'tude statique de l'organisme social doit concider1 au fond1 avec la thorie positive de l'ordre1 qui ne peut1 en effet1 consister essentiellement qu'en une juste harmonie permanente entre les diverses conditions d'existence des socits humaines3 on voit1 de mme1 encore plus sensiblement1 que l'tude dynamique de la vie collective de l'humanit constitue ncessairement la thorie positive du progrs social1 qui1 en cartant toute vaine pense de perfectibilit absolue et illimite1 doit naturellement se rduire la simple notion de ce dveloppement fondamental4 ,en donnant1 la fois1 plus d'intrt et de clart la conception spculative1 plus de noblesse et de consistance la considration pratique1 ce double rapprochement1 dont l'heureuse spontanit ne saurait tre conteste1 me semble minemment propre manifester1 d'une manire irrcusable1 ds l'origine de la nouvelle philosophie politique1 la correspondance gnrale et continue entre la science et l'application4 ,les vritables hommes d'tat pourront ainsi quitablement apprcier s'il s'agit ici d'un vain exercice intellectuel1 ou de principes philosophiques rellement susceptibles de pntrer finalement avec efficacit dans la vie politique actuelle4 ,ils commenceront1 j'espre1 sentir ds-lors le fidle accomplissement naissant de la promesse que j'ai faite1 au dbut de ce volume1 de constituer une science sociale directement destine satisfaire convenablement au double besoin intellectuel des socits modernes1 en tablissant spontanment1 sur d'inbranlables fondemens rationnels1 la double notion lmentaire de l'ordre et du progrs1 qui1 par l1 se trouve dsormais profondment rattache l'ensemble continu des conceptions sociologiques1 et mme1 par une suite ncessaire1 au systme entier des thories positives4 ,le sujet permanent de la science pourra tre ainsi considr1 en philosophie politique1 comme radicalement conforme l'objet fondamental de l'art3 les mmes relations y tant envisages sous deux points de vue distincts mais pleinement quivalens1 avec les seules diffrences naturelles de l'abstrait au concret1 et de la spculation l'action4 ,une science qui1 au fond1 aura constamment en vue1 d'aprs ces explications1 l'tude positive des lois relles de l'ordre et du progrs1 ne saurait tre taxe d'une prsomptueuse tmrit spculative1 par les hommes d'action dous de quelque porte intellectuelle1 lorsqu'elle prtendra pouvoir seule fournir les vritables bases rationnelles de l'ensemble des moyens pratiques applicables la satisfaction effective de ce double besoin social3 cette correspondance ncessaire finira1 sans doute1 par tre juge essentiellement analogue l'harmonie gnrale1 dsormais unanimement admise en principe quoique fort imparfaitement dveloppe encore1 entre la science biologique et le systme des arts qui s'y rapportent1 surtout l'art mdical4 ,enfin1 il serait1 je crois1 superflu de faire expressment remarquer ici1 raison de sa haute vidence1 la proprit spontane que prsente directement cette premire conception philosophique de la sociologie positive1 de lier dsormais1 d'une manire indissoluble1 comme je l'ai annonc au dbut de ce volume1 les deux ides galement fondamentales de l'ordre et du progrs1 dont nous avons reconnu1 dans la quarante-sixime leon1 que la dplorable opposition radicale constitue1 en ralit1 le principal symptme caractristique de la profonde perturbation des socits modernes4 ,on ne saurait douter que1 ds-lors1 ces deux notions lmentaires1 aprs avoir t isolment consolides1 n'acquirent ainsi1 par leur intime fusion rationnelle1 une consistance intellectuelle inbranlable2 puisqu'elles pourront1 par l1 devenir aussi ncessairement insparables que le sont aujourd'hui1 en philosophie biologique1 les ides de l'organisation et de la vie1 dont le dualisme scientifique procde exactement du mme principe de philosophie positive4 ,les diverses proprits essentielles que je viens d'indiquer se dvelopperont naturellement dans la suite1 mesure que la philosophie positive manifestera graduellement1 par l'tude rationnelle des phnomnes sociaux1 son esprit aussi profondment organisateur que hautement progressif1 au lieu de l'influence perturbatrice ou dcourageante que de vains prjugs lui supposent encore trop souvent4 ,mais il m'a paru ncessaire de signaler ici sommairement le premier germe scientifique de ces importans attributs4 ,d'aprs cette conception fondamentale1 en dfinissant d'abord1 suivant l'ordre mthodique1 l'ensemble des lois purement statiques de l'organisme social1 le vrai principe philosophique qui leur est propre me semble directement consister dans la notion gnrale de cet invitable consensus universel qui caractrise les phnomnes quelconques des corps vivans1 et que la vie sociale manifeste ncessairement au plus haut degr4 ,ainsi conue1 cette sorte d'anatomie sociale1 qui constitue la sociologie statique1 doit avoir pour objet permanent l'tude positive1 la fois exprimentale et rationnelle1 des actions et ractions mutuelles qu'exercent continuellement les unes sur les autres toutes les diverses parties quelconques du systme social1 en faisant scientifiquement1 autant que possible1 abstraction provisoire du mouvement fondamental qui les modifie toujours graduellement4 ,sous ce premier point de vue1 les prvisions sociologiques1 fondes sur l'exacte connaissance gnrale de ces relations ncessaires1 seront proprement destines conclure les unes des autres1 en conformit ultrieure avec l'observation directe1 les diverses indications statiques relatives chaque mode d'existence sociale1 d'une manire essentiellement analogue ce qui se passe habituellement aujourd'hui en anatomie individuelle4 ,cet aspect prliminaire de la science politique suppose donc videmment1 de toute ncessit1 que1 contrairement aux habitudes philosophiques actuelles1 chacun des nombreux lmens sociaux1 cessant d'tre envisag d'une manire absolue et indpendante1 soit toujours exclusivement conu comme relatif tous les autres1 avec lesquels une solidarit fondamentale doit sans cesse le combiner intimement4 ,il serait1 mon gr1 superflu de faire expressment ressortir ici la haute utilit continue d'une telle doctrine sociologique3 car1 elle doit d'abord servir1 videmment1 de base indispensable l'tude dfinitive du mouvement social1 dont la conception rationnelle suppose pralablement la pense continue de la conservation indispensable de l'organisme correspondant2 mais1 en outre1 elle peut tre1 par elle-mme1 immdiatement employe suppler souvent1 du moins provisoirement1 l'observation directe1 qui1 en beaucoup de cas1 ne saurait avoir lieu constamment pour certains lmens sociaux1 dont l'tat rel pourra nanmoins se trouver ainsi suffisamment apprci1 d'aprs leurs relations scientifiques avec d'autres dj connus4 ,l'histoire des sciences peut surtout donner1 ds ce moment1 quelque ide de l'importance habituelle d'un tel secours1 en rappelant1 par exemple1 comment les vulgaires aberrations des rudits sur les prtendues connaissances en astronomie suprieure attribues aux anciens gyptiens ont t irrvocablement dissipes1 avant mme qu'une plus saine rudition en et fait justice1 par la seule considration rationnelle d'une relation indispensable de l'tat gnral de la science astronomique avec celui de la gomtrie abstraite1 alors videmment dans l'enfance2 il serait ais de citer une foule de cas analogues1 dont le caractre philosophique serait irrcusable4 ,on doit d'ailleurs noter1 ce sujet1 pour ne rien exagrer1 que ces relations ncessaires entre les divers aspects sociaux ne sauraient tre1 par leur nature1 tellement simples et prcises que les rsultats observs n'aient pu jamais provenir que d'un mode unique de coordination mutuelle4 ,une telle disposition d'esprit1 dj videmment trop troite en biologie1 serait surtout essentiellement contraire la nature encore plus complexe des spculations sociologiques4 ,mais il est clair que l'exacte apprciation gnrale de ces limites de variation1 normales et mme anormales1 constitue ncessairement alors1 au moins autant qu'en anatomie individuelle1 un indispensable complment de chaque thorie de sociologie statique1 sans lequel l'exploration indirecte dont il s'agit pourrait souvent devenir errone4 ,n'crivant point ici un trait spcial de philosophie politique1 je n'y dois point mthodiquement tablir la dmonstration directe d'une telle solidarit fondamentale entre tous les aspects possibles de l'organisme social1 sur laquelle d'ailleurs il n'existe gure maintenant1 au moins en principe1 de divergences capitales parmi les bons esprits4 ,de quelque lment social que l'on veuille partir1 chacun pourra aisment reconnatre1 par un utile exercice scientifique1 qu'il touche rellement toujours1 d'une manire plus ou moins immdiate1 l'ensemble de tous les autres1 mme de ceux qui en paraissent d'abord le plus indpendans4 ,la considration dynamique du dveloppement intgral et continu de l'humanit civilise permet1 sans doute1 d'oprer avec plus d'efficacit cette intressante vrification du consensus social1 en montrant avec vidence la raction universelle1 actuelle ou prochaine1 de chaque modification spciale4 ,mais cette indication pourra constamment tre prcde1 ou du moins suivie1 par une confirmation purement statique2 car1 en politique1 comme en mcanique1 la communication des mouvemens prouve spontanment l'existence des liaisons ncessaires4 ,sans descendre1 par exemple1 jusqu' la solidarit trop intime des diverses branches de chaque science ou de chaque art1 n'est-il pas vident que les diffrentes sciences sont entre elles1 ou presque tous les arts entre eux1 dans une telle connexit sociale1 que l'tat bien connu d'une seule partie quelconque1 suffisamment caractrise1 permet de prvoir1 un certain degr1 avec une vraie scurit philosophique1 l'tat gnral correspondant de chacune des autres1 d'aprs les lois d'harmonie convenables8 ,par une considration plus tendue1 on conoit galement l'indispensable relation continue qui lie aussi le systme des sciences celui des arts1 pourvu qu'on ait toujours soin de supposer1 comme l'exige clairement la nature du sujet1 une solidarit moins intense mesure qu'elle devient plus indirecte4 ,il en est videmment de mme quand1 au lieu d'envisager l'ensemble des phnomnes sociaux au sein d'une nation unique1 on l'examine simultanment chez diverses nations contemporaines1 dont la continuelle influence rciproque ne saurait tre conteste1 surtout dans les temps modernes1 quoique le consensus doive tre ici1 d'ordinaire1 moins prononc1 tous gards1 et dcrotre d'ailleurs graduellement avec l'affinit des cas et la multiplicit des contacts1 au point de s'effacer quelquefois presque entirement1 comme1 par exemple1 entre l',europe occidentale et l',asie orientale1 dont les divers tats gnraux de socit paraissent jusqu'ici peu prs indpendans4 ,sans insister davantage sur des notions lmentaires aussi peu contestables1 je dois ici me borner1 ce sujet1 caractriser sommairement le seul cas essentiel o la solidarit fondamentale soit encore1 sinon directement nie en principe1 du moins profondment mconnue1 et mme radicalement nglige1 en ralit4 ,ce cas est1 malheureusement1 le plus important de tous1 puisqu'il concerne directement l'organisation sociale proprement dite1 dont la thorie continue jusqu' prsent tre essentiellement conue1 d'une manire absolue et isole1 comme indpendante de l'analyse gnrale de la civilisation correspondante1 dont elle ne peut cependant que constituer l'un des principaux lmens4 ,un tel vice appartient presque galement aujourd'hui aux coles politiques les plus opposes1 soit thologiques1 soit mtaphysiques1 qui toutes s'accordent ordinairement disserter abstraitement sur le rgime politique1 sans penser l'tat co-relatif de civilisation1 et aboutissent mme le plus souvent1 dans leurs vaines utopies immuables1 faire concider leur type politique le plus parfait avec l'enfance plus ou moins prononce du dveloppement humain4 ,pour mieux apprcier1 d'un seul aspect1 dans toute sa porte1 l'ensemble de cette aberration habituelle1 il faut1 ce me semble1 en poursuivant le cours rigoureux d'une exacte analyse historique1 remonter jusqu' sa vritable source philosophique1 qui consiste essentiellement1 mes yeux1 dans ce fameux dogme thologique o l'on rattache le dveloppement gnral de la civilisation humaine une prtendue dgradation originelle de l'homme4 ,ce dogme fondamental1 que toutes les religions reproduisent1 sous une forme quelconque1 et dont la prpondrance intellectuelle devait toujours tre seconde spontanment par le penchant ordinaire de notre nature l'involontaire admiration du pass1 conduit1 en effet1 d'une manire directe et ncessaire1 faire constamment concider la dtrioration continue de la socit humaine avec l'extension croissante de sa civilisation4 ,quand la philosophie thologique est graduellement passe l'tat mtaphysique1 ce dogme primitif a de plus en plus tendu se transformer finalement1 comme je l'ai dj indiqu1 en cette clbre hypothse1 radicalement quivalente1 qui sert encore de principale base systmatique la politique mtaphysique1 d'un chimrique tat de nature1 suprieur l'tat social1 et dont le dveloppement de la civilisation nous loigne toujours davantage4 ,on ne saurait ainsi mconnatre l'extrme gravit philosophique1 et par suite mme politique1 d'une aberration aussi profondment enracine dans l'intime constitution scientifique des diverses doctrines existantes1 et qui1 sans tre dsormais directement formule et soutenue en principe gnral1 continue cependant dominer essentiellement l'ensemble des spculations sociales1 souvent d'ailleurs l'insu de la plupart de ceux qui s'y livrent4 ,il serait nanmoins impossible que cette irrationnalit capitale rsistt long-temps aujourd'hui une saine discussion philosophique1 car elle est en contradiction vidente avec beaucoup de notions de philosophie politique1 qui1 sans avoir pu encore acqurir une vraie consistance scientifique1 obtiennent graduellement un certain ascendant intellectuel1 soit en vertu des claircissemens spontans qui ressortent du cours naturel des vnemens1 soit cause du propre dveloppement actuel de la raison publique4 ,c'est ainsi que tous les publicistes clairs reconnaissent maintenant une certaine solidarit partielle entre les diverses institutions politiques proprement dites1 d'aprs laquelle quelques-unes s'excluent mutuellement1 tandis que d'autres s'appuient et mme s'appellent rciproquement3 ce devait tre l1 sans doute1 le premier pas direct vers la notion rationnelle du consensus fondamental du systme spcial de ces institutions avec le systme total de la civilisation humaine2 puisque1 ds lors1 la seule vrification de cette co-relation1 sous quelques rapports dtermins1 suffit aussitt pour en autoriser l'extension spontane1 quoique indirecte1 tous les sujets dont l'harmonie avec ceux-l est dj reconnue1 ce qui doit heureusement tendre aujourd'hui multiplier1 aussi bien qu' simplifier1 les moyens gnraux de dmonstration en philosophie politique4 ,je dois mme signaler ici1 comme indiquant une disposition intellectuelle encore plus rapproche du vritable esprit de la statique sociale1 cette reconnaissance1 maintenant admise par les penseurs les plus avancs1 surtout en ,france et en ,allemagne1 d'une constante solidarit ncessaire entre le pouvoir politique et le pouvoir civil3 ce qui signifie1 en langage positif1 que les forces sociales prpondrantes finissent invitablement par devenir aussi dirigeantes1 ainsi que je l'nonais1 en #ahbb1 dans mon ,systme de politique positive4 ,mais1 quelle que soit l'vidente utilit actuelle de ces intressants aperus partiels1 titre d'ducation sociologique prliminaire de la raison publique1 ce serait nanmoins profondment mconnatre les difficiles et imprieuses obligations de la mthode vraiment scientifique que de se croire aucunement dispens1 par ces heureux ttonnemens1 de la conception directe et rationnelle du consensus gnral de l'organisme social1 laquelle se trouve ainsi seulement prpare1 surtout en ce qui concerne sa vulgarisation finale4 ,un exemple pleinement dcisif doit1 ce me semble1 faire aisment comprendre que ces vagues indications isoles1 plutt littraires que scientifiques1 ne sauraient jamais1 malgr leur importance provisoire1 suppler l'accomplissement rel de cette svre prescription philosophique3 car1 depuis ,aristote1 et mme avant lui1 la plupart des philosophes ont constamment reproduit le clbre aphorisme de la subordination ncessaire des lois aux moeurs1 sans que ce premier germe de la saine philosophie politique les ait toutefois nullement empchs d'envisager habituellement1 pendant vingt sicles1 le systme des institutions comme essentiellement indpendant de l'tat simultan de la civilisation1 quelque flagrante que dt tre1 par sa nature1 une telle contradiction gnrale4 ,suivant le cours naturel de toutes choses humaines1 les principes intellectuels et les opinions philosophiques1 tout autant que les moeurs sociales et les institutions politiques1 subsistent ncessairement1 en gnral1 malgr leur caducit constate et leurs inconvniens reconnus1 quand une fois ils ont pris rellement possession des esprits1 en donnant lieu seulement des inconsquences de plus en plus graves1 jusqu' ce que le dveloppement fondamental de la raison humaine ait pu produire enfin de nouveaux principes1 d'une gnralit quivalente1 et d'une rationnalit suprieure3 car1 dans l'ordre intellectuel1 non moins que dans l'ordre matriel1 l'homme prouve1 par-dessus tout1 l'indispensable besoin d'une suprme direction quelconque1 susceptible de soutenir son activit continue en ralliant fixement ses efforts spontans4 ,aussi1 sans mconnatre nullement la valeur passagre des divers essais de philosophie politique que je viens d'indiquer1 je ne dois point hsiter les regarder franchement comme non avenus aujourd'hui pour l'laboration directe de l'esprit fondamental propre la sociologie statique1 o ils ne peuvent mme aucunement servir dsormais concevoir rationnellement la haute participation ncessaire de l'ensemble du rgime politique au consensus universel de l'organisme social4 ,dans la suite entire de ce volume1 l'application spontane et continue d'une telle notion lmentaire sera plus efficace encore qu'aucune dmonstration mthodique1 pour dissiper compltement toute incertitude relle sur cette indispensable solidarit entre le systme des pouvoirs et des institutions politiques et l'tat gnral de la civilisation correspondante4 ,mais1 malgr cette lumineuse vrification dcisive1 on n'en doit pas moins attacher une extrme importance1 pour la constitution dfinitive de la science sociale1 l'explication rationnelle et directe de cette grande co-relation1 comme je devrai ultrieurement l'entreprendre1 par exemple1 dans le ,trait spcial de philosophie politique que j'ai annonc en commenant ce volume4 ,tous les moyens scientifiques devront tre alors convenablement combins pour l'tablissement final d'une notion aussi fondamentale1 sur laquelle repose principalement le vritable esprit de l'ensemble de la statique sociale1 et qui1 par sa nature1 peut surtout dissiper1 plus immdiatement qu'aucune autre thorie sociologique1 le funeste caractre absolu de nos diverses coles politiques4 ,or1 le principe scientifique de cette relation gnrale consiste essentiellement dans l'vidente harmonie spontane qui doit toujours tendre rgner entre l'ensemble et les parties du systme social1 dont les lmens ne sauraient viter d'tre finalement combins entre eux d'une manire pleinement conforme leur propre nature4 ,il est clair1 en effet1 que non seulement les institutions politiques proprement dites et les moeurs sociales d'une part1 les moeurs et les ides de l'autre1 doivent tre sans cesse rciproquement solidaires2 mais1 en outre1 que tout cet ensemble se rattache constamment1 par sa nature1 l'tat correspondant du dveloppement intgral de l'humanit1 considre dans tous ses divers modes quelconques d'activit1 intellectuelle1 morale1 et physique1 dont aucun systme politique1 soit temporel1 soit spirituel1 ne saurait jamais avoir1 en gnral1 d'autre objet rel que de rgulariser convenablement l'essor spontan1 afin de le mieux diriger vers un plus parfait accomplissement de son but naturel pralablement dtermin4 ,mme aux poques rvolutionnaires proprement dites1 quoique toujours caractrises par une insuffisante ralisation de cette harmonie fondamentale1 elle continue nanmoins tre encore essentiellement apprciable1 car elle ne pourrait totalement cesser que par l'entire dissolution de l'organisme social1 dont elle constitue le principal attribut4 ,en ces temps exceptionnels1 et sauf les seules anomalies fortuites1 qui ne sauraient laisser de traces profondes1 on peut persister regarder aussi le rgime politique comme tant1 la longue1 de toute ncessit1 radicalement conforme l'tat correspondant de la civilisation1 puisque les lacunes ou les perturbations qui se manifestent alors dans l'un proviennent surtout1 en ralit1 de drangemens quivalens dans l'autre4 ,l'immense rvolution sociale au milieu de laquelle nous vivons ne fait elle-mme que confirmer1 d'une manire pleinement dcisive1 cette invitable loi sociologique1 d'aprs les explications prliminaires de la quarante-sixime leon1 dont l'ensemble a nettement dmontr1 contrairement l'opinion commune1 que le dplorable tat actuel du rgime politique rsulte principalement de notre situation intellectuelle et ensuite morale1 laquelle doit d'abord s'adresser toute solution vraiment rationnelle1 sans que les orageux essais1 tents ou tenter1 pour la rgnration directe du systme politique1 soient rellement susceptibles d'aucune efficacit fondamentale4 ,a la vrit1 la thorie vulgaire attribue1 en gnral1 au lgislateur1 la facult permanente de rompre inopinment l'harmonie ncessaire que nous considrons1 la seule condition d'tre pralablement arm d'une autorit suffisante2 ce qui sans doute1 quivaut essentiellement une entire ngation de cette solidarit continue4 ,mais il est ais de reconnatre qu'une telle opinion1 fonde1 en apparence1 sur de grands exemples1 constitue directement un vritable cercle vicieux1 rsultant d'une pure illusion sur les sources gnrales du pouvoir politique1 o l'on prend le symptme pour le principe4 ,sans tablir scientifiquement ici la thorie positive de l'autorit1 il est vident que1 d'aprs la nature mme de l'tat social1 tout pouvoir quelconque y est ncessairement constitu par un assentiment correspondant1 spontan ou rflchi1 explicite ou implicite1 des diverses volonts individuelles1 dtermines1 suivant certaines convictions pralables1 concourir une action commune1 dont ce pouvoir est d'abord l'organe et devient ensuite le rgulateur4 ,ainsi1 l'autorit drive rellement du concours1 et non le concours de l'autorit1 sauf la raction invitable2 en sorte qu'aucun grand pouvoir ne saurait rsulter que de dispositions fortement prpondrantes au sein de la socit o il s'tablit2 et quand rien n'y prdomine hautement1 les pouvoirs quelconques y sont1 par suite1 ncessairement faibles et languissans2 la correspondance tant d'ailleurs1 dans tous les cas1 d'autant plus irrsistible qu'il s'agit d'une socit plus tendue4 ,la thorie ordinaire1 en intervertissant radicalement cette relation gnrale1 place videmment notre intelligence dans cette trange situation1 symptme habituel des conceptions mtaphysiques1 de ne pouvoir nullement comprendre quelles seraient les sources effectives de ces puissances politiques auxquelles on attribue ainsi une mystrieuse influence sociale1 moins de leur supposer directement une origine franchement surnaturelle1 comme le fait1 sans tant d'inconsquence1 la politique thologique4 ,d'un autre ct1 aucun esprit juste ne saurait certes mconnatre la haute influence que1 par une raction ncessaire1 l'ensemble du rgime politique exerce1 avec tant d'vidence1 sur le systme gnral de la civilisation1 et que caractrise mme si souvent l'action incontestable1 heureuse ou funeste1 des institutions1 des mesures1 ou des vnemens purement politiques1 jusque sur la marche propre des sciences et des arts1 tous les ges de la socit1 et encore plus dans son enfance4 ,mais il serait entirement superflu de s'arrter ici cet aspect de la question1 puisqu'il n'est nullement contest1 tandis que l'erreur commune consiste1 au contraire1 l'exagrer irrationnellement1 au point de placer directement la raction secondaire au-dessus de l'action principale4 ,il est clair d'ailleurs que1 vu leur invitable co-relation scientifique1 l'une et l'autre concourent faire pareillement ressortir ce consensus fondamental de l'organisme social1 qu'il s'agissait ici de signaler sommairement comme le principe philosophique de la sociologie statique1 et dont la notion ne prsente plus aujourd'hui de difficults vraiment graves qu'en ce qui concerne la correspondance gnrale entre le rgime politique et l'tat simultan de la civilisation4 ,du reste1 j'aurai naturellement plusieurs occasions importantes de revenir directement sur ce dernier sujet envisag sous de nouveaux aspects rationnels1 et indpendamment encore de l'analyse historique1 soit en considrant plus loin les limites ncessaires de l'action politique proprement dite1 soit surtout dans la cinquantime leon1 spcialement consacre l'apprciation prliminaire de la statique sociale4 ,sans attendre ces diverses explications1 il tait videmment indispensable d'indiquer1 ds ce moment1 au lecteur1 le point de vue essentiellement relatif sous lequel le systme politique proprement dit sera toujours considr dans cette premire bauche de la vritable science sociale4 ,un tel point de vue1 substitu la tendance absolue des thories ordinaires1 constitue certainement le principal caractre scientifique de la positivit en philosophie politique1 comme je l'ai montr au dbut de ce chapitre1 et comme on le sentira1 j'espre1 d'autant mieux qu'on approfondira davantage ce sujet vraiment capital1 o rside1 mon avis1 le noeud lmentaire d'une telle difficult philosophique4 ,nous n'aurons donc jamais concevoir le rgime politique que d'aprs sa relation continue1 tantt gnrale1 tantt spciale1 avec l'tat correspondant de la civilisation humaine1 isolment duquel il ne saurait1 en aucun cas1 tre sainement jug1 et par l'impulsion graduelle duquel il tend toujours tre spontanment produit ou modifi4 ,si1 d'un ct1 cette conception prsente toute ide de bien ou de mal politique comme ncessairement relative et variable1 sans tre pour cela nullement arbitraire puisque la relation est toujours rigoureusement dtermine2 d'une autre part1 elle devra fournir aussi la base rationnelle d'une thorie positive de l'ordre spontan des socits humaines1 dj vaguement entrevu1 sous quelques rapports subalternes1 par la politique mtaphysique1 dans ce qu'on nomme aujourd'hui l'conomie politique1 comme je l'ai assez indiqu au chapitre prcdent4 ,car1 la valeur d'un systme politique quelconque ne pouvant ainsi essentiellement consister que dans son exacte harmonie avec l'tat social correspondant1 nous voyons par l que1 sous un autre aspect1 il est certainement impossible que1 suivant le seul cours naturel des vnemens1 et sans aucune intervention calcule1 une telle harmonie ne s'tablisse point ncessairement4 ,une semblable philosophie pourrait1 sans doute1 quelquefois conduire momentanment un dangereux optimisme1 comme j'en ai dj franchement averti3 mais cette aberration passagre ne pourrait avoir lieu que chez des esprits peu scientifiques1 qu'un dfaut naturel de prcision1 aggrav par une vicieuse ducation intellectuelle1 doit rendre radicalement impropres cultiver1 avec aucun succs rel1 une science aussi profondment difficile4 ,toute intelligence convenablement organise et rationnellement prpare1 digne1 en un mot1 d'une telle destination1 saura bien viter scrupuleusement de jamais confondre1 en ce genre de phnomnes pas plus qu'en aucun autre1 cette notion scientifique d'un ordre spontan avec l'apologie systmatique de tout ordre existant4 ,envers des phnomnes quelconques1 la philosophie positive1 d'aprs son principe fondamental des conditions d'existence1 enseigne toujours1 comme je l'ai souvent expliqu dans les volumes prcdents1 que1 dans leurs relations l'homme1 il s'tablit spontanment1 d'aprs leurs lois naturelles1 un certain ordre ncessaire2 mais sans jamais prtendre que cet ordre ne prsente point1 sous cet aspect1 de graves et nombreux inconvniens1 modifiables1 un certain degr1 par une sage intervention humaine4 ,plus les phnomnes se compliquent en se spcialisant davantage1 plus ces imperfections s'aggravent et se multiplient invitablement2 en sorte que les phnomnes biologiques sont surtout infrieurs1 cet gard1 aux phnomnes de la nature inorganique4 ,en vertu de leur complication suprieure1 les phnomnes sociaux doivent donc tre ncessairement les plus dsordonns de tous1 en mme temps qu'ils en sont aussi les plus modifiables1 ce qui est loin de faire compensation4 ,si donc on considre1 en gnral1 la notion des lois naturelles1 elle entrane aussitt l'ide correspondante d'un certain ordre spontan1 toujours lie toute conception d'harmonie quelconque4 ,mais cette consquence n'est pas plus absolue que le principe d'o elle drive4 ,en le compltant par l'indispensable considration de la complication croissante des phnomnes1 suivant la hirarchie scientifique fondamentale tablie au dbut de ce ,trait1 on complte aussi la conception de cet ordre1 d'aprs l'accroissement simultan de son invitable imperfection4 ,tel est1 cet gard1 le vritable esprit caractristique de la philosophie positive1 sommairement rappel ici dans son ensemble4 ,on voit aisment combien il diffre profondment de cette tendance systmatique l'optimisme1 dont l'origine est videmment thologique1 puisque l'hypothse d'une direction providentielle1 continuellement active dans la marche gnrale des vnemens1 peut seule naturellement conduire l'ide de la perfection ncessaire de leur accomplissement graduel4 ,il faut cependant reconnatre que1 dans le dveloppement fondamental de la raison humaine1 la conception positive est primitivement drive du dogme thologique lui-mme1 dont elle constitue la rgnration finale1 comme pourrait le confirmer une exacte analyse historique3 mais c'est essentiellement de la mme manire que le principe des conditions d'existence dcoule originairement de l'hypothse des causes finales1 et que la notion philosophique des lois mathmatiques tait antrieurement issue du mysticisme mtaphysique sur la puissance des nombres2 l'analogie est pleinement identique en tous ces cas divers4 ,elle tient toujours cette tendance ncessaire de notre intelligence conserver indfiniment ses moyens gnraux de raisonnement1 quelque ge qu'ils aient t dcouverts1 en les appropriant ensuite graduellement ses nouveaux modes d'activit1 d'aprs certaines transformations convenables1 qui conservent ces prcieuses inspirations primitives du gnie humain toute leur valeur essentielle1 en l'augmentant mme radicalement par une indispensable puration3 comme je l'ai indiqu1 il y a long-temps1 dans l'crit auquel j'ai dj fait plusieurs allusions depuis le commencement de ce volume4 ,mais1 en un cas quelconque1 la moindre sagacit philosophique suffira pour faire aussitt sentir les diffrences caractristiques qui dsormais sparent profondment le principe nouveau du dogme ancien4 ,au cas spcial que nous considrons ici1 il est trs clair que la philosophie positive1 en indiquant la conformit spontane de chaque rgime politique effectif la civilisation correspondante1 afin que ce rgime ait pu s'tablir et surtout durer1 enseigne aussi1 d'une manire non moins ncessaire1 que cet ordre naturel doit tre le plus souvent fort imparfait1 par suite de l'extrme complication des phnomnes4 ,bien loin donc de repousser1 en ce genre1 l'intervention humaine1 une telle philosophie en provoque1 au contraire1 minemment la sage et active application1 un plus haut degr que pour tous les autres phnomnes possibles1 en reprsentant directement les phnomnes sociaux comme tant1 par leur nature1 la fois les plus modifiables de tous1 et ceux qui ont le plus besoin d'tre utilement modifis d'aprs les rationnelles indications de la science4 ,elle se rserve seulement la direction intellectuelle de cette indispensable intervention1 dont elle circonscrit d'abord les limites ncessaires1 soit gnrales1 soit spciales3 sans en exagrer l'efficacit relle1 elle n'en interdit jamais l'usage que dans les seuls cas o il ne pourrait certainement constituer qu'une inutile consommation de forces1 suivant la mme conomie fondamentale qu'envers tous les autres phnomnes naturels1 et surtout indpendamment de tout vain prestige quelconque1 soit divin1 soit humain4 ,l'extrme nouveaut d'une semblable philosophie politique pourra bien faire que1 de prime abord1 on se mprenne assez sur son vrai caractre pour adresser son esprit gnral les reproches qui lui sont le plus antipathiques4 ,il faut mme craindre peut-tre1 je n'hsite pas le dclarer franchement1 par suite de notre faible nature1 o la vie affective l'emporte tant sur la vie rationnelle1 que1 lorsque cette philosophie commencera enfin prendre quelque ascendant rel1 elle ne soit systmatiquement accuse de tideur sociale et d'indiffrence politique1 par ceux qui ont tant besoin1 surtout aujourd'hui1 de dvelopper1 tout prix1 une turbulente activit matrielle2 car1 les hommes de spculation doivent rarement s'attendre tre convenablement apprcis par les hommes d'action4 ,sous le point de vue moral1 la politique positive ne saurait jamais dignement rpondre de telles rcriminations que par le seul aspect1 suffisamment dcisif1 des rsultats rels de son application journalire4 ,quant la discussion philosophique1 chacun peut aisment juger1 d'aprs les aperus prcdens1 comment elle saura la soutenir4 ,pour faire nettement ressortir1 sous ce point de vue1 la frivole irrationnalit de cette vaine accusation d'optimisme politique1 il suffirait mme de signaler l'inconsquence flagrante que prsente invitablement une telle accusation au sujet des phnomnes les plus complexes1 tandis que personne n'oserait certes l'intenter aujourd'hui envers les phnomnes plus simples1 que la philosophie positive reprsente1 nanmoins1 de toute ncessit1 comme tant spontanment mieux rgls et moins modifiables4 ,et1 cependant1 il pourrait bien arriver que les mmes esprits qui l'accuseront1 en politique1 de cet optimisme prtendu1 lui adressassent simultanment1 par une contradiction capitale1 le reproche oppos de trop dprcier le gouvernement providentiel envers tout le reste de l'conomie naturelle6 ,deux motifs principaux devaient ici me faire spcialement insister sur cette notion lmentaire du consensus fondamental propre l'organisme social3 soit d'abord en vertu de l'extrme importance philosophique de cette ide-mre de la statique sociale1 qui doit1 par sa nature1 constituer la premire base rationnelle de toute la nouvelle philosophie politique2 soit aussi1 accessoirement1 parce que les considrations de sociologie purement dynamique devant spontanment dominer dans tout le reste de ce volume1 comme tant aujourd'hui plus directement intressantes et par suite mieux comprises1 il devenait d'autant plus ncessaire de caractriser pralablement l'esprit gnral de la sociologie statique1 qui n'y pourra ensuite tre presque jamais envisage que d'une manire indirecte ou implicite4 ,embrasse dans toute son tendue1 c'est--dire sans carter cette co-relation essentielle1 maintenant assez examine1 entre l'ide de socit et l'ide de gouvernement1 une telle conception positive de l'harmonie sociale fournit spontanment1 comme je l'avais annonc1 par l'ensemble de son application concrte1 le fondement scientifique d'une saine thorie lmentaire de l'ordre politique proprement dit1 soit spirituel1 soit mme temporel4 ,car1 elle conduit directement considrer toujours1 l'abri de tout arbitraire1 l'ordre artificiel et volontaire comme un simple prolongement gnral de cet ordre naturel et involontaire vers lequel tendent ncessairement sans cesse1 sous un rapport quelconque1 les diverses socits humaines3 en sorte que toute institution politique vraiment rationnelle1 pour comporter une relle et durable efficacit sociale1 doit constamment reposer sur une exacte analyse pralable des tendances spontanes correspondantes1 qui peuvent seules fournir son autorit des racines suffisamment solides2 en un mot1 il s'agit essentiellement de contempler l'ordre1 afin de le perfectionner convenablement1 et nullement de le crer1 ce qui serait impossible4 ,sous le point de vue scientifique1 qui doit prvaloir en ce ,trait1 cette ide-mre de l'universelle solidarit sociale devient ici l'invitable suite et le complment indispensable d'une notion fondamentale tablie1 dans le volume prcdent1 comme minemment propre l'tude des corps vivans4 ,en toute rigueur scientifique1 cette notion du consensus n'est point1 sans doute1 strictement particulire une telle tude1 et se prsente directement comme devant tre1 par sa nature1 ncessairement commune tous les phnomnes1 mais avec d'immenses diffrences d'intensit et de varit1 et par suite d'importance philosophique4 ,on peut dire1 en effet1 que1 partout o il y a systme quelconque1 il doit exister ds-lors une certaine solidarit3 l'astronomie elle-mme1 dans ses phnomnes purement mcaniques1 nous en offre la premire bauche relle1 du moins en cartant l'ide d'univers1 pour se rduire la simple ide de monde1 seule pleinement positive1 comme je l'ai expliqu en son lieu2 car1 certains drangemens d'un astre peuvent ainsi retentir sensiblement quelquefois sur un autre1 par voie de gravitation modifie4 ,mais on doit1 ce sujet1 reconnatre1 en principe1 que le consensus devient toujours d'autant plus intime et plus prononc qu'il s'applique des phnomnes graduellement plus complexes et moins gnraux3 en sorte que1 suivant ma hirarchie scientifique lmentaire1 l'tude des phnomnes chimiques forme1 par sa nature1 ce titre1 comme tout autre1 une sorte d'intermdiaire fondamental entre la philosophie inorganique et la philosophie organique1 ainsi que chacun peut aisment s'en convaincre4 ,d'aprs ce principe1 il reste nanmoins incontestable que1 conformment aux habitudes philosophiques prpondrantes1 c'est surtout aux systmes organiques1 en vertu de leur plus grande complication1 que conviendra toujours essentiellement la notion scientifique de solidarit et de consensus1 malgr son universalit ncessaire4 ,c'est seulement alors que cette notion1 jusque-l purement accessoire1 constitue directement la base indispensable de l'ensemble des conceptions positives2 et sa prpondrance y devient toujours aussi d'autant plus prononce qu'il s'agit d'organismes plus composs ou de phnomnes plus complexes et plus minens4 ,ainsi1 par exemple1 le consensus animal est bien plus complet que le consensus vgtal3 de mme1 il se dveloppe videmment mesure que l'animalit s'lve1 jusqu' son maximum dans la nature humaine2 enfin1 chez l'homme1 l'appareil nerveux devient1 plus qu'aucun autre1 le principal sige de la solidarit biologique4 ,en poursuivant rationnellement cette marche philosophique1 d'aprs l'ensemble fondamental de nos connaissances positives1 cette grande notion devait donc1 priori1 acqurir1 dans l'tude gnrale de l'organisme social1 une prpondrance scientifique encore suprieure celle que tous les bons esprits lui attribuent maintenant sans hsitation en biologie1 vu l'incontestable surcrot de complication propre ce nouvel ordre de phnomnes4 ,or l'esprit actuel de la philosophie politique faisant1 au contraire1 essentiellement abstraction continue de cette solidarit fondamentale entre tous les divers aspects sociaux1 il importait1 au plus haut degr1 de rsoudre directement une telle anomalie philosophique1 comme je crois dsormais y tre convenablement parvenu1 quoique par une explication sommaire1 ultrieurement dveloppable4 ,cette opration prliminaire tait donc aussi indispensable la coordination rationnelle de la physique sociale avec les autres sciences fondamentales1 que nous l'avions dj reconnu ncessaire la propre institution gnrale de cette nouvelle science4 ,apprcie maintenant quant la mthode proprement dite1 objet spcial de ce chapitre1 cette conception lmentaire du consensus social a pour destination essentielle de dterminer immdiatement avec une autorit et une spontanit remarquables1 l'un des principaux caractres de la mthode sociologique1 celui de tous peut-tre suivant lequel elle modifie le plus intimement1 d'aprs la nature des phnomnes correspondans1 l'ensemble de la mthode positive4 ,en effet1 puisque les phnomnes sociaux sont ainsi profondment connexes1 leur tude relle ne saurait donc tre jamais rationnellement spare2 d'o rsulte l'obligation permanente1 aussi irrcusable que directe1 de considrer toujours simultanment les divers aspects sociaux1 soit en statique sociale1 soit1 par suite1 en dynamique4 ,chacun d'eux peut1 sans doute1 devenir isolment le sujet prliminaire d'observations propres1 et il faut bien qu'il en soit ainsi1 un certain degr1 pour alimenter la science de matriaux convenables4 ,mais cette ncessit pralable ne s'applique mme1 en parfaite rigueur1 qu' la seule poque actuelle1 o il s'agit de la premire bauche de la science1 force d'employer d'abord1 avec les prcautions indispensables1 les incohrentes observations qui ont d rsulter1 toute autre intention1 des irrationnelles recherches antrieures4 ,quand la fondation de la science sera suffisamment avance1 la co-relation fondamentale des phnomnes servira1 sans doute1 de principal guide habituel dans leur exploration directe1 comme je l'expliquerai spcialement ci-dessous4 ,en tous cas1 abstraction faite ici du mode propre d'observation immdiate1 il est incontestable que1 d'aprs cette solidarit ncessaire qui caractrise un tel sujet1 aucun phnomne social1 pralablement explor par un moyen quelconque1 ne saurait tre utilement introduit dans la science tant qu'il reste conu d'une manire isole3 et cela non-seulement sous le point de vue statique1 o l'harmonie sociale est toujours directement considre1 mais aussi dans l'tude mme du mouvement social1 o le consensus1 pour tre moins immdiat1 n'est pas1 en ralit1 moins prpondrant1 ainsi que nous allons le reconnatre4 ,toute tude isole des divers lmens sociaux est donc1 par la nature de la science1 profondment irrationnelle1 et doit demeurer essentiellement strile1 l'exemple de notre conomie politique1 ft-elle mme mieux cultive4 ,ceux donc qui s'efforcent aujourd'hui de dpecer encore davantage le systme des tudes sociales1 par une aveugle imitation du morcellement mthodique propre aux sciences inorganiques1 tombent donc involontairement dans cette aberration capitale d'envisager comme un moyen essentiel de perfectionnement philosophique une disposition intellectuelle radicalement antipathique aux conditions fondamentales d'un tel sujet4 ,sans doute1 la science sociale pourra tre un jour rationnellement subdivise avec utilit1 un certain degr3 mais nous ne pouvons nullement savoir aujourd'hui en quoi consistera cette division ultrieure1 puisque son vrai principe ne doit rsulter que du dveloppement graduel de la science1 laquelle ne saurait certainement tre fonde maintenant que d'aprs une tude d'ensemble2 j'ai dj prouv ci-dessus1 qu'il y aurait mme un vrai danger philosophique vouloir1 ds ce moment1 raliser1 titre de dcomposition permanente du travail1 la distinction indispensable entre l'tat statique et l'tat dynamique1 malgr son vidente rationnalit et son usage continu4 ,a un ge quelconque de cette science1 les recherches partielles qui pourront lui devenir ncessaires ne sauraient tre convenablement indiques et conues que d'aprs les progrs de l'tude intgrale1 qui signaleront spontanment les points spciaux dont l'claircissement propre peut rellement concourir au perfectionnement direct du sujet4 ,suivant toute autre marche1 on n'obtiendrait essentiellement qu'un strile encombrement d'irrationnelles discussions spciales1 mal institues et plus mal poursuivies1 bien plutt destin entraver radicalement la formation de la vraie philosophie politique qu' lui prparer d'utiles matriaux1 comme on le voit de nos jours4 ,il est donc incontestable que des conceptions et des tudes d'ensemble peuvent seules convenablement concourir aujourd'hui la fondation directe de la sociologie positive1 soit statique1 soit dynamique2 et que les travaux y doivent ensuite descendre graduellement une spcialit croissante1 en considrant toujours l'tude des lmens comme essentiellement domine par celle du systme1 dont la notion gnrale de plus en plus nette devra continuellement fournir le principal claircissement de chaque aspect partiel1 sauf d'invitables ractions secondaires4 ,on ne saurait nier que l'imprieuse obligation philosophique de suivre une telle marche1 en vertu de la solidarit caractristique de tous les phnomnes sociaux1 n'augmente gravement les difficults fondamentales que l'extrme complication du sujet doit dj tant apporter la culture rationnelle de cette nouvelle science naturelle1 en y exigeant habituellement une contention intellectuelle plus intense et plus soutenue1 pour ne laisser fuir ou s'effacer aucun des nombreux aspects simultans qu'il y faudra ncessairement embrasser toujours4 ,mais cette condition est si videmment prescrite par l'esprit de la science1 qu'on n'y saurait voir qu'un puissant motif de plus de rserver exclusivement cette tude vraiment transcendante aux plus hautes intelligences scientifiques1 mieux prpares que toutes les autres1 par une sage et forte ducation1 supporter la continuit des plus grands efforts spculatifs1 et s'appliquant mme sans relche1 plus scrupuleusement qu'en aucun cas1 seconder habituellement leur essor rationnel par une plus parfaite subordination des passions la raison4 ,chacun peut aisment juger ainsi combien1 tous gards1 les dispositions1 soit intellectuelles1 soit morales1 qui prdominent aujourd'hui1 et qui sont mme quelquefois systmatiquement prconises1 se trouvent radicalement contraires l'accomplissement rel de la grande opration philosophique maintenant destine servir de base indispensable la rorganisation sociale des peuples modernes2 en sorte qu'il semblerait que plus le but est difficile atteindre1 moins on s'y prpare dignement4 ,il n'est point douteux qu'une aussi dplorable discordance entre les moyens et la fin ne doive contribuer beaucoup1 quoique d'une manire indirecte1 la prolongation spontane de la perturbation sociale1 dont le vrai principe est essentiellement intellectuel1 comme je crois l'avoir dj presque surabondamment dmontr4 ,pour mieux apprcier cet important caractre d'ensemble propre la mthode sociologique1 il faut regarder scientifiquement une telle condition comme n'appartenant pas d'une manire exclusive la physique sociale1 o elle atteint seulement sa plus entire prpondrance1 mais comme tant1 un degr quelconque1 ncessairement commune toutes les diverses parties de l'tude gnrale des corps vivans1 qui se distingue ainsi profondment1 sous l'aspect purement logique1 de toute la philosophie inorganique4 ,un aphorisme essentiellement empirique1 converti mal propos1 par les mtaphysiciens modernes1 en dogme logique absolu et indfini1 prescrit1 en tout sujet possible1 de procder constamment du simple au compos3 mais il n'y en a pas1 au fond1 d'autre raison solide1 si ce n'est qu'une telle marche convient1 en effet1 la nature des sciences inorganiques1 qui1 par leur dveloppement plus simple et plus rapide1 et par leur perfection suprieure1 devaient invitablement servir jusqu'ici de type essentiel aux prceptes de la logique universelle4 ,toutefois1 on ne saurait1 en ralit1 concevoir1 cet gard1 de ncessit logique vraiment commune toutes les spculations possibles que cette vidente obligation d'aller toujours du connu l'inconnu1 laquelle1 certes1 il serait difficile de se soustraire1 et qui1 par elle-mme1 n'impose directement aucune prfrence constante4 ,mais il est clair que cette rgle spontane prescrit aussi bien de procder du compos au simple que du simple au compos1 suivant que1 d'aprs la nature du sujet1 l'un est mieux connu et plus immdiatement accessible que l'autre4 ,or1 il existe ncessairement1 sous ce point de vue1 une diffrence fondamentale1 qui ne saurait tre lude1 entre l'ensemble de la philosophie inorganique et celui de la philosophie organique4 ,car1 dans la premire1 o la solidarit1 suivant nos explications prcdentes1 est trs peu prononce1 et doit affecter faiblement l'tude du sujet1 il s'agit d'explorer un systme dont les lmens sont presque toujours bien plus connus que l'ensemble1 et mme d'ordinaire seuls directement apprciables1 ce qui exige1 en effet1 qu'on y procde habituellement du cas le moins compos au plus compos4 ,mais1 dans la seconde1 au contraire1 dont l'homme ou la socit constitue l'objet principal1 la marche oppose devient1 le plus souvent1 la seule vraiment rationnelle1 par une autre suite ncessaire du mme principe logique1 puisque l'ensemble du sujet est certainement alors beaucoup mieux connu et plus immdiatement abordable que les diverses parties qu'on y distinguera ultrieurement4 ,en tudiant le monde extrieur1 c'est surtout l'ensemble qui nous chappe invitablement1 et qui nous demeurera toujours profondment inintelligible1 comme je l'ai montr1 principalement au second volume de ce ,trait1 o nous avons reconnu que l'ide d'univers ne saurait1 par sa nature1 jamais devenir vraiment positive1 la notion du systme solaire tant la plus complexe que nous puissions nettement concevoir4 ,au contraire1 en philosophie biologique1 ce sont les dtails qui restent ncessairement inaccessibles1 quand on veut y trop spcialiser l'tude3 et on le vrifie clairement en observant que1 dans cette seconde moiti de la philosophie naturelle1 les tres sont1 en gnral1 d'autant moins inconnus qu'ils sont plus complexes et plus levs2 en sorte que1 par exemple1 l'ide gnrale d'animal est certainement plus nette aujourd'hui que l'ide moins compose de vgtal1 et le devient toujours davantage mesure qu'on se rapproche de l'homme1 principale unit biologique1 dont la notion1 quoique la plus compose de toutes1 constitue toujours le point de dpart ncessaire d'un tel ensemble de spculations4 ,ainsi1 en comparant convenablement ces deux grandes moitis de la philosophie naturelle1 on voit certainement que1 par les conditions fondamentales du sujet1 c'est1 dans un cas1 le dernier degr de composition1 et1 dans l'autre le dernier degr de simplicit1 dont l'examen rel nous reste invitablement interdit3 ce qui motive pleinement1 sans doute1 l'inversion gnrale1 propre chacune d'elles1 de la marche rationnelle qui convient l'autre4 ,la sociologie n'est donc point la seule science o la ncessit de procder habituellement de l'ensemble aux parties devienne prpondrante2 la biologie elle-mme a d nous prsenter dj1 par des motifs essentiellement analogues1 et de la manire la moins quivoque1 un tel caractre philosophique4 ,peut-tre mme la philosophie biologique proprement dite1 trop rcemment constitue1 et sous l'influence trop prononce d'une imitation empirique des sciences antrieures1 n'a-t-elle point encore1 cet gard1 compltement manifest son vritable esprit3 je suis du moins trs dispos le penser1 et prvoir que1 dans la suite1 mesure que son originalit rationnelle s'tablira davantage1 cette marche prpondrante du plus compos au moins compos y deviendra plus directe et plus tranche qu'on ne l'y voit aujourd'hui4 ,toutefois1 il est vident que1 par la nature de ses phnomnes1 la physique sociale devait ncessairement prsenter1 comme nous l'avons dj spcialement tabli1 le plus entier et le plus incontestable dveloppement de cette grande modification logique1 sans altrer nanmoins l'invariable unit de la mthode positive fondamentale4 ,en effet1 l'intime solidarit du sujet devient ici tellement suprieure ce qu'offrait la simple biologie1 que toute tude isole d'aucun aspect partiel doit tre immdiatement juge comme profondment irrationnelle et radicalement strile1 pouvant tout au plus servir1 titre d'laboration pralable1 pour l'acquisition prliminaire des divers matriaux scientifiques1 et sous la rserve1 mme alors1 d'une indispensable rvision finale4 ,au reste1 pour prvenir1 autant que possible1 d'oiseuses et puriles discussions1 aujourd'hui trop imminentes1 il n'est pas inutile de rappeler ici1 en terminant une telle explication1 que la philosophie positive1 subordonnant toujours l'idalit la ralit1 ne saurait jamais admettre ces vaines controverses logiques1 qu'engendre seule spontanment la philosophie mtaphysique1 sur la valeur absolue de telle ou telle mthode1 abstraction fate de toute application scientifique3 les prfrences1 toujours purement relatives1 qu'elle accorde cet gard1 ne pouvant1 en aucun cas1 rsulter que d'une meilleure harmonie constate entre les moyens et la fin1 elles changeraient aussitt d'objet1 sans aucune vicieuse obstination et sans la moindre inconsquence philosophique1 si l'exercice effectif venait dvoiler ultrieurement l'infriorit de la mthode d'abord adopte2 ce qui certainement n'est point craindre dans la question que nous venons d'examiner4 ,cette exposition prliminaire ayant dsormais suffisamment caractris l'esprit fondamental propre la sociologie statique1 il nous reste maintenant1 afin d'avoir pralablement dtermin le vritable esprit gnral de la nouvelle philosophie politique1 considrer aussi1 d'une manire directe mais sommaire1 la conception philosophique qui doit prsider l'tude dynamique des socits humaines1 laquelle constitue immdiatement le principal objet de notre travail explicite4 ,outre que ce second sujet est1 d'ordinaire1 moins imparfaitement apprci et plus familier1 des dveloppemens moins tendus pourront ici suffire1 surtout par suite des explications prcdentes1 qui1 d'avance1 y auront beaucoup simplifi les plus grandes difficults1 d'aprs l'intime liaison qui1 en un tel sujet1 doit rationnellement exister entre la thorie de l'existence et celle du mouvement1 ou1 sous le point de vue purement politique1 entre les lois de l'ordre et celles du progrs4 ,il faut d'ailleurs noter1 accessoirement1 que la prpondrance spontane de la sociologie dynamique dans la suite entire de ce volume nous autorise1 en ce moment1 rduire autant que possible une apprciation gnrale dont l'imperfection primitive1 et mme les lacunes secondaires1 pourront tre ainsi graduellement compenses par l'ensemble des leons ultrieures4 ,quoique la conception statique de l'organisme social doive1 par la nature du sujet1 constituer la premire base rationnelle de toute la sociologie1 comme je viens de l'expliquer1 il faut nanmoins reconnatre que non-seulement la dynamique sociale en forme la partie la plus directement intressante1 principalement de nos jours1 mais surtout1 sous le point de vue purement scientifique1 qu'elle seule achve de donner1 l'ensemble de cette science nouvelle1 son caractre philosophique le plus tranch1 en faisant directement prvaloir la notion qui distingue le plus la sociologie proprement dite de la simple biologie1 c'est--dire l'ide-mre du progrs continu1 ou plutt du dveloppement graduel de l'humanit4 ,dans un trait mthodique de philosophie politique1 il conviendrait1 sans doute1 d'analyser d'abord les impulsions individuelles qui deviennent les lmens propres de cette force progressive de l'espce humaine1 en les rapportant cet instinct fondamental1 rsultat minemment complexe du concours ncessaire de toutes nos tendances naturelles1 qui pousse directement l'homme amliorer sans cesse1 sous tous les rapports1 sa condition quelconque1 ou1 en termes plus rationnels mais quivalens1 toujours dvelopper1 tous gards1 l'ensemble de sa vie1 physique1 morale1 et intellectuelle1 autant que le comporte alors le systme de circonstances o il se trouve plac4 ,en regardant ici cette notion prliminaire comme tant dj suffisamment claircie aujourd'hui chez les esprits avancs1 nous devons immdiatement considrer la conception lmentaire de la dynamique sociale1 c'est--dire l'tude de cette succession continue1 envisage dans l'ensemble de l'humanit4 ,pour fixer plus convenablement les ides1 il importe d'tablir pralablement1 par une indispensable abstraction scientifique1 suivant l'heureux artifice judicieusement institu par ,condorcet1 l'hypothse ncessaire d'un peuple unique1 auquel seraient idalement rapportes toutes les modifications sociales conscutives effectivement observes chez des populations distinctes4 ,cette fiction rationnelle s'loigne beaucoup moins de la ralit qu'on n'a coutume de le supposer3 car1 sous le point de vue politique1 les vrais successeurs de tels ou tels peuples sont certainement ceux qui1 utilisant et poursuivant leurs efforts primitifs1 ont prolong leurs progrs sociaux1 quels que soient le sol qu'ils habitent1 et mme la race d'o ils proviennent2 en un mot1 c'est surtout la continuit politique qui doit rgler la succession sociologique1 quoique la communaut de patrie doive d'ailleurs influer extrmement1 dans les cas ordinaires1 sur cette continuit4 ,mais1 sans entreprendre ici un tel examen1 rserv naturellement un trait spcial1 o l'ide de nation ou de peuple serait directement soumise l'analyse positive1 il suffit notre but d'employer habituellement l'hypothse propose1 titre de simple artifice scientifique1 dont l'utilit n'est pas contestable4 ,cela pos1 le vritable esprit gnral de la sociologie dynamique consiste concevoir chacun de ces tats sociaux conscutifs comme le rsultat ncessaire du prcdent et le moteur indispensable du suivant1 selon le lumineux axiome du grand ,leibnitz3 ,le prsent est gros de l'avenir4 ,la science a ds-lors pour objet1 sous ce rapport1 de dcouvrir les lois constantes qui rgissent cette continuit1 et dont l'ensemble dtermine la marche fondamentale du dveloppement humain4 ,en un mot1 la dynamique sociale tudie les lois de la succession1 pendant que la statique sociale cherche celles de la co-existence3 en sorte que l'application gnrale de la premire soit proprement de fournir la politique pratique la vraie thorie du progrs1 en mme temps que la seconde forme spontanment celle de l'ordre2 ce qui ne doit pas laisser le moindre doute rationnel sur l'aptitude ncessaire d'une telle combinaison philosophique satisfaire convenablement au double besoin fondamental des socits actuelles4 ,d'aprs une telle dfinition1 la dynamique sociale se prsente directement avec un pur caractre scientifique1 qui permettrait d'carter comme oiseuse la controverse si agite encore sur le perfectionnement humain1 et dont la prpondrance devra terminer en effet cette strile discussion1 en la transportant jamais du champ de l'idalit dans celui de la ralit1 en tant du moins que sont terminables les contestations essentiellement mtaphysiques4 ,si l'on ne devait point craindre de tomber dans une purile affectation1 et surtout de paratre luder une prtendue difficult fondamentale que la philosophie positive dissipe spontanment1 comme je vais l'indiquer1 il serait facile1 mon gr1 de traiter la physique sociale tout entire sans employer une seule fois le mot de perfectionnement1 en le remplaant toujours par l'expression simplement scientifique de dveloppement1 qui dsigne1 sans aucune apprciation morale1 un fait gnral incontestable4 ,il est mme vident qu'une telle notion abstraite n'est point1 par sa nature1 exclusivement propre la sociologie1 et qu'elle existe dj1 d'une manire essentiellement analogue1 dans l'tude de la vie individuelle1 o les biologistes en font maintenant un usage continuel1 qui donne lieu l'analyse comparative des diffrens ges de l'organisme1 surtout animal4 ,ce rapprochement scientifique1 en indiquant le premier germe de cette considration1 est aussi trs propre caractriser l'intention purement spculative qui doit d'abord prsider son emploi continu1 en cartant d'oiseuses et irrationnelles controverses sur le mrite respectif des divers tats conscutifs1 pour se borner tudier les lois de leur succession effective4 ,mais il faut reconnatre que l'enchanement ncessaire des diffrens tats sociaux constitue1 en philosophie politique1 par la nature du sujet1 une conception bien autrement prpondrante que ne peut l'tre1 en philosophie biologique1 la suite individuelle des ges4 ,cette grande notion de la srie sociale1 retrouve1 soit pour la science1 ou mme pour la seule mthode1 son vritable quivalent en biologie1 non dans l'analyse des ges1 mais uniquement dans la conception de la srie organique fondamentale1 comme je l'expliquerai directement la fin de ce chapitre4 ,ayant dj pralablement dmontr l'existence ncessaire des lois sociologiques dans le cas le plus difficile et le plus incertain1 c'est--dire quant l'tat statique1 il serait1 sans doute1 inutile d'insister formellement ici sur la ncessit beaucoup mieux apprciable et bien moins conteste des lois dynamiques proprement dites4 ,en tout temps et en tout lieu1 le seul cours ordinaire de notre vie individuelle1 malgr son extrme brivet1 a constamment suffi pour permettre d'apercevoir1 mme involontairement1 certaines modifications notables1 survenues1 divers gards1 dans l'tat social1 et dont les plus anciens tableaux de l'existence humaine constatent dj1 avec tant de navet1 l'intressant tmoignage1 abstraction faite de toute apprciation systmatique4 ,or1 c'est la lente accumulation1 graduelle mais continue1 de ces changemens successifs qui constitue peu peu le mouvement social1 dont la dure d'une gnration doit ordinairement sparer les divers pas un peu tranchs1 puisque c'est surtout par le renouvellement constant des adultes que s'oprent1 en politique1 les variations lmentaires les plus apprciables1 celles que comporte le mme individu devant tre le plus souvent trop peu sensibles4 ,a une poque o la rapidit moyenne de cette progression fondamentale semble1 tous les yeux1 notablement acclre1 quelle que soit d'ailleurs l'opinion morale qu'on s'en forme1 personne ne peut plus contester la ralit d'un mouvement1 profondment senti par ceux-l mme qui le maudissent4 ,la controverse rationnelle ne peut donc exister aujourd'hui que sur la subordination constante de ces grands phnomnes dynamiques des lois naturelles invariables2 ce qui1 en principe1 ne saurait comporter aucune discussion pour quiconque serait directement plac au point de vue gnral de la philosophie positive1 condition1 il est vrai1 trop rarement remplie encore4 ,mais1 en compltant l'observation1 il sera facile de constater1 sous quelque aspect qu'on envisage la socit1 que ses modifications successives sont toujours assujties un ordre dtermin1 dont l'explication rationnelle1 d'aprs l'tude de la nature humaine1 est dj possible en un assez grand nombre de cas pour que1 dans les autres1 on puisse esprer de l'apercevoir ultrieurement4 ,cet ordre prsente d'ailleurs une fixit remarquable1 que manifeste essentiellement l'exacte comparaison des dveloppemens parallles1 observs chez des populations distinctes et indpendantes1 comme chacun peut aisment en retrouver des exemples caractristiques1 dont les principaux seront d'ailleurs spontanment apprcis dans la partie historique de ce volume4 ,puis donc que1 d'une part1 l'existence du mouvement social est dsormais incontestable1 et que1 d'une autre part1 la succession des divers tats de la socit ne se fait1 sous aucun rapport1 dans un ordre arbitraire1 il faut bien regarder1 de toute ncessit1 ce grand phnomne continu comme soumis des lois naturelles aussi positives1 quoique plus compliques1 que celles de tous les autres phnomnes quelconques1 moins d'employer l'artifice thologique d'une providence permanente1 ou de recourir la vertu mystique des entits mtaphysiques4 ,il n'y a point1 en effet1 d'autre alternative intellectuelle2 aussi est-ce seulement sur la catgorie des phnomnes sociaux que devra rellement se terminer1 dans notre sicle1 la lutte fondamentale1 directement tablie depuis trois sicles1 entre l'esprit positif et l'esprit thologico-mtaphysique4 ,a jamais chasses successivement de toutes les autres classes de spculations humaines1 du moins en principe1 la philosophie thologique et la philosophie mtaphysique ne dominent plus maintenant que dans le systme des tudes sociales3 c'est de ce dernier domaine qu'il s'agit enfin de les exclure aussi2 ce qui doit surtout rsulter de la conception fondamentale du mouvement social comme soumis ncessairement d'invariables lois naturelles1 au lieu d'tre rgi par des volonts quelconques4 ,quoique les lois fondamentales de la solidarit sociale se vrifient surtout dans cet tat de mouvement1 un tel phnomne1 malgr son invariable unit ncessaire1 peut tre utilement soumis1 pour faciliter l'observation pralable1 une dcomposition rationnelle permanente1 d'aprs les divers aspects lmentaires mais co-relatifs de l'existence humaine1 alternativement envisage comme physique1 morale1 intellectuelle1 et enfin politique4 ,or1 sous quelqu'un de ces points de vue prliminaires qu'on envisage d'abord l'ensemble du mouvement gnral de l'humanit1 depuis les temps historiques les plus anciens jusqu' nos jours1 il sera facile de constater que les divers pas se sont constamment enchans dans un ordre dtermin1 comme la partie historique de ce volume le dmontrera spontanment1 en indiquant les lois principales de cette succession ncessaire4 ,je dois ici me borner essentiellement citer surtout l'volution intellectuelle1 la plus irrcusable et la mieux caractrise de toutes1 en tant que moins entrave et plus avance qu'aucune autre1 et ayant d1 ce titre1 servir presque toujours de guide fondamental4 ,la principale partie de cette volution1 celle qui a le plus influ sur la progression gnrale1 consiste sans doute dans le dveloppement continu de l'esprit scientifique1 partir des travaux primitifs des ,thals et des ,pythagore1 jusqu' ceux des ,lagrange et des ,bichat4 ,or1 aucun homme clair ne saurait douter aujourd'hui que1 dans cette longue succession d'efforts et de dcouvertes1 le gnie humain n'ait toujours suivi une marche exactement dtermine1 dont l'exacte connaissance pralable aurait en quelque sorte permis une intelligence suffisamment informe de prvoir1 avant leur ralisation plus ou moins prochaine1 les progrs essentiels rservs chaque poque1 suivant l'heureux aperu dj indiqu1 au commencement du sicle dernier1 par l'illustre ,fontenelle4 ,quoique les considrations historiques n'aient d tre qu'incidemment signales1 et pour des motifs purement accessoires1 dans les trois premiers volumes de ce ,trait1 chacun a pu nanmoins y constater spontanment de nombreux et irrcusables exemples de cette succession ncessaire1 plus complique mais aussi peu arbitraire qu'aucune loi naturelle proprement dite1 soit en ce qui concerne les propres dveloppemens de chaque science isole1 soit quant l'influence mutuelle des diverses branches de la philosophie naturelle4 ,les principes poss d'avance1 au dbut de cet ouvrage1 sur la marche fondamentale de notre intelligence1 et sur la hirarchie gnrale des sciences1 ont d faciliter beaucoup de telles observations1 et leur imprimer surtout1 ds l'origine1 une ineffaable rationnalit1 qui pourra simplifier ensuite1 un haut degr1 l'analyse historique1 quand nous devrons y procder directement4 ,on a donc ainsi pu s'assurer dj1 en des cas importuns et varis1 que1 sous ce rapport1 les grands progrs de chaque poque1 et mme de chaque gnration1 rsultaient ncessairement toujours de l'tat immdiatement antrieur3 en sorte que les hommes de gnie1 auxquels ils sont1 d'ordinaire1 trop exclusivement attribus1 ne se prsentaient essentiellement que comme les organes propres d'un mouvement prdtermin1 qui1 leur dfaut1 se ft ouvert d'autres issues2 ainsi que l'histoire le vrifie souvent1 de la manire la plus sensible1 en montrant plusieurs esprits minens tout prpars faire simultanment la mme grande dcouverte1 qui n'a d cependant avoir qu'un seul organe4 ,toutes les parties quelconques de l'volution humaine comportent1 au fond1 comme nous le constaterons plus tard1 des observations essentiellement analogues1 quoique plus compliques et moins apprciables4 ,il serait certainement superflu de s'arrter ici aucune pareille indication1 mme sommaire1 en ce qui concerne les arts proprement dits1 dont la progression naturelle1 soit spciale1 soit combine1 est aujourd'hui suffisamment vidente4 ,l'exception apparente relative aux beaux-arts recevra1 spontanment1 dans notre tude directe de la dynamique sociale1 une explication rationnelle1 pleinement suffisante1 j'espre1 pour empcher dsormais les bons esprits de voir dans ce cas essentiel une sorte de grave objection contre l'ensemble rgulier du mouvement ncessaire et continu de l'humanit4 ,quant la partie de ce grand mouvement qui semble aujourd'hui la moins rductible des lois naturelles1 c'est--dire le mouvement politique proprement dit1 encore conu comme arbitrairement rgi par des volonts convenablement puissantes1 chacun pourra cependant reconnatre1 avec la mme certitude au moins qu'en aucun autre cas1 que les divers systmes politiques se sont certainement succd historiquement1 suivant une filiation trs rationnellement apprciable1 dans un ordre exactement dtermin1 que je ne crains pas de prsenter d'avance comme encore plus invitable que celui des divers tats1 gnraux1 et surtout spciaux1 de l'intelligence humaine1 ainsi que nous le verrons en son lieu4 ,afin de mieux dvelopper d'ailleurs cet indispensable sentiment prliminaire de l'existence ncessaire de lois positives en dynamique sociale1 sous quelque aspect qu'on l'envisage1 le lecteur pourra s'aider utilement de la solidarit fondamentale dj constate1 pour l'tat statique1 entre tous les divers lmens sociaux4 ,elle doit1 plus forte raison1 subsister pendant le mouvement1 qui1 sans cela1 finirait par dterminer spontanment1 comme en mcanique1 l'entire dcomposition du systme4 ,or1 la considration d'une telle connexit simplifie et fortifie la fois les dmonstrations pralables de l'ordre dynamique ncessaire1 puisqu'il suffit ainsi de l'avoir constat sous un rapport quelconque1 pour qu'on soit aussitt rationnellement autoris tendre d'avance le mme principe tous les autres aspects sociaux2 ce qui lie directement entre elles toutes les preuves partielles que l'on peut successivement acqurir de la ralit de cette notion scientifique4 ,dans le choix et l'usage de ces diverses vrifications1 j'engage le lecteur remarquer d'abord que1 par la nature du sujet1 les lois de la dynamique sociale doivent tre ncessairement d'autant mieux saisissables qu'elles concernent des populations plus tendues1 o les perturbations secondaires ont moins d'influence1 de mme que je l'ai dj indiqu envers les lois statiques4 ,il faut d'ailleurs noter ici1 cet gard1 comme plus spcialement dynamique1 cette rflexion analogue que les lois fondamentales deviennent aussi1 de toute ncessit1 d'autant plus irrsistibles1 et par suite plus apprciables1 qu'elles s'appliquent une civilisation plus avance1 puisque le mouvement social1 d'abord vague et incertain1 doit naturellement se prononcer et se consolider davantage mesure qu'il se prolonge1 en surmontant1 avec une nergie croissante1 toutes les influences accidentelles4 ,cette double considration permanente1 applicable tous les aspects sociaux1 pourra1 j'espre1 convenablement employe1 guider heureusement le lecteur dans le travail prliminaire que je dois lui indiquer ici1 et dont je ne saurais le dispenser1 afin de suivre utilement l'tude du volume actuel4 ,quant la coordination philosophique de ces preuves partielles pralables1 dont la combinaison n'est nullement indiffrente la science1 je dois enfin avertir aussi le lecteur que l'volution fondamentale de l'humanit1 comparativement apprcie sous les divers aspects sociaux1 doit tre1 par la nature du sujet1 d'autant plus ncessairement assujtie d'imprieuses lois naturelles qu'elle concerne des phnomnes plus composs1 o les irrgularits provenues d'influences individuelles quelconques doivent naturellement s'effacer davantage4 ,on conoit ainsi quelle irrationnelle inconsquence il doit y avoir aujourd'hui1 par exemple1 regarder1 d'une part1 le mouvement scientifique comme soumis des lois positives1 et1 d'une autre part1 le mouvement politique comme essentiellement arbitraire2 car1 au fond1 celui-ci1 en vertu de sa complication suprieure1 dominant davantage les perturbations individuelles1 doit tre encore plus invitablement prdtermin que l'autre1 o le gnie personnel exerce certainement plus d'empire1 comme nous allons le reconnatre directement en traitant des limites fondamentales de l'action sociale4 ,quelque paradoxal que doive aujourd'hui sembler un tel principe1 je ne doute pas qu'il ne soit finalement confirm par un examen approfondi du sujet4 ,conformment ma premire indication1 on vrifie maintenant1 d'une manire aussi irrcusable que spontane1 la possibilit de caractriser sommairement ici le vritable esprit gnral de la sociologie dynamique1 en se bornant y tudier l'incontestable dveloppement continu de l'humanit1 qui en constitue le vrai sujet scientifique1 sans se prononcer aucunement sur la fameuse question du perfectionnement humain4 ,il me serait ais de persister jusqu'au bout dans une telle disposition1 en cartant totalement cette controverse si agite1 qui semble aujourd'hui1 par suite des irrationnelles proccupations de notre philosophie politique1 devoir fournir l'indispensable fondement primitif du systme entier des conceptions sociales3 la prtendue prpondrance de cette discussion se trouverait ds-lors irrvocablement apprcie1 quoique indirectement1 par la seule excution de cette tude complte de l'volution humaine1 abstraction faite de toute considration de perfectibilit4 ,mais1 quelque utile que pt tre cette stricte rigueur scientifique1 qui devrait en effet rgner en un trait mthodique1 et quoique une semblable disposition spculative doive mme prdominer immdiatement dans toute la suite de ce volume1 je dois cependant ici1 dans une premire bauche rationnelle1 attacher une importance relle aux divers claircissemens fondamentaux que peut exiger l'tat philosophique actuel1 quand mme ils devraient paratre1 du point de vue scientifique final1 purement accessoires et secondaires4 ,c'est pourquoi je crois utile d'examiner maintenant1 en peu de mots1 mais directement1 cette clbre contestation philosophique1 trop purilement vante2 elle nous servira d'ailleurs de transition naturelle l'apprciation rationnelle des limites gnrales de l'action politique4 ,l'esprit essentiellement relatif dans lequel doivent tre dsormais conues toutes les notions quelconques de la politique positive1 doit d'abord nous faire ici carter irrvocablement1 comme aussi vaine qu'oiseuse1 la vague controverse mtaphysique sur l'accroissement du bonheur de l'homme aux divers ges de la civilisation3 ce qui limine spontanment la seule partie essentielle de la question sur laquelle il soit vraiment impossible d'obtenir jamais un assentiment rel et permanent4 ,puisque le bonheur de chacun exige une suffisante harmonie entre l'ensemble du dveloppement de ses diffrentes facults1 et le systme total des circonstances quelconques qui dominent sa vie1 et puisque1 d'une autre part1 un tel quilibre tend toujours s'tablir spontanment un certain degr1 il ne saurait y avoir lieu comparer positivement1 ni par aucun sentiment direct1 ni mme par aucune voie rationnelle1 quant au bonheur individuel1 des situations sociales dont l'entier rapprochement est certainement impossible3 autant vaudrait1 pour ainsi dire1 poser la question insoluble et inintelligible du bonheur respectivement propre aux divers organismes animaux1 ou aux deux sexes de chaque espce4 ,aprs avoir ainsi cart sans retour cet inpuisable texte de dclamations puriles ou de striles dissertations1 l'analyse positive de la vague notion actuelle du perfectionnement humain n'y laisse plus1 au fond1 subsister d'autre ide fondamentale que la pense minemment scientifique d'un dveloppement continu de la nature humaine1 envisage sous tous ses divers aspects essentiels1 suivant une harmonie constante1 et d'aprs des lois invariables d'volution4 ,or1 cette conception1 sans laquelle il ne peut exister aucune vritable science sociale1 prsente certainement1 d'aprs mme les seules explications prliminaires ci-dessus indiques1 la plus incontestable ralit3 il n'y a aucune discussion possible avec ceux qui la mconnatraient2 pas plus que1 dans une science quelconque1 avec ceux qui en rejettent les notions fondamentales1 par exemple1 en biologie1 la srie organique1 dont la srie sociologique constitue d'ailleurs l'quivalent philosophique4 ,il est donc vident que l'humanit se dveloppe sans cesse par le cours graduel de sa civilisation1 surtout quant aux plus minentes facults de notre nature1 sous les divers rapports physique1 moral1 intellectuel1 et finalement politique3 c'est--dire que ces facults1 existantes mais comparativement engourdies d'abord1 prennent peu peu1 par un exercice de plus en plus tendu et rgulier1 un essor de plus en plus complet1 dans les limites gnrales qu'impose l'organisme fondamental de l'homme4 ,toute la question philosophique1 pour motiver l'quivalence finale entre les deux ides de dveloppement et de perfectionnement1 l'une thorique1 l'autre pratique1 se rduit donc maintenant prononcer si ce dveloppement vident doit tre regard comme ncessairement accompagn1 en ralit1 d'une amlioration correspondante1 ou d'un progrs proprement dit4 ,or1 quoique la science pt aisment s'abstenir de rsoudre directement un tel doute pratique1 sans cesser nanmoins de poursuivre utilement ses libres recherches spculatives1 je ne dois pas cependant hsiter dclarer ici1 de la manire la plus explicite1 que cette amlioration continue1 ce progrs constant1 me semblent aussi irrcusables que le dveloppement mme d'o ils drivent3 pourvu toutefois qu'on ne cesse de les concevoir1 ainsi que ce dveloppement1 comme invitablement assujtis1 sous chaque aspect quelconque1 des limites fondamentales1 les unes gnrales1 les autres spciales1 que la science pourra ultrieurement caractriser1 au moins dans les cas les plus importans2 ce qui limine aussitt la chimrique conception d'une perfectibilit illimite4 ,il doit tre d'ailleurs toujours sous-entendu que1 pour cette amlioration1 comme pour ce dveloppement1 on considrera essentiellement l'ensemble de l'humanit1 au lieu d'un peuple isol4 ,cela pos1 le dveloppement humain me semble1 en effet1 entraner constamment1 sous tous les divers aspects principaux de notre nature1 une double amlioration croissante1 non-seulement dans la condition fondamentale de l'homme1 ce qui serait aujourd'hui difficilement contestable1 mais mme aussi1 ce qui est beaucoup moins apprci1 dans nos facults correspondantes3 le terme propre de perfectionnement convient surtout ce second attribut du progrs4 ,sous le premier point de vue1 je n'ai pas besoin de m'arrter ici dmontrer nullement l'vidente amlioration que l'volution sociale a fait prouver au systme extrieur de nos conditions d'existence1 soit par une action croissante et sagement dirige sur le monde ambiant1 d'aprs le progrs des sciences et des arts1 soit par l'adoucissement constant de nos moeurs1 soit enfin par le perfectionnement graduel de l'organisation sociale3 sous ce dernier rapport surtout1 qui est le plus controvers de nos jours1 la suite de ce volume ne laissera1 j'espre1 aucun doute1 malgr la prtendue rtrogradation politique attribue au moyen ge1 o les progrs ont t1 au contraire1 principalement politiques4 ,un fait gnral irrcusable rpond suffisamment1 en ce premier sens1 toutes les dclamations sophistiques3 c'est l'accroissement constant et continu de la population humaine sur la surface entire du globe1 par suite de sa civilisation1 quoique les individus y satisfassent beaucoup mieux l'ensemble de leurs besoins physiques4 ,il faut qu'une telle tendance l'amlioration continue de la condition humaine soit bien spontane et profondment irrsistible pour avoir pu persvrer malgr les normes fautes1 surtout politiques1 qui1 en tout temps1 ont d absorber ou neutraliser la majeure partie de nos diverses forces4 ,mme notre poque rvolutionnaire1 malgr la discordance plus prononce entre le systme politique et l'tat gnral de la civilisation1 il n'est pas douteux que l'amlioration se prolonge1 non-seulement sous le rapport physique et sous le rapport intellectuel1 ce qui est vident1 mais aussi1 au fond1 sous le rapport moral1 quoique la dsorganisation passagre y doive plus profondment troubler l'volution fondamentale4 ,quant au second aspect de la question1 c'est--dire une certaine amlioration graduelle et fort lente de la nature humaine1 entre des limites trs troites mais ultrieurement apprciables quoique peu connues jusqu' prsent1 il me semble rationnellement impossible1 du point de vue de la vraie philosophie biologique1 de ne point admettre ici1 jusqu' un certain degr1 le principe irrcusable de l'illustre ,lamarck1 malgr ses immenses et videntes exagrations1 sur l'influence ncessaire d'un exercice homogne et continu pour produire1 dans tout organisme animal1 et surtout chez l'homme1 un perfectionnement organique1 susceptible d'tre graduellement fix dans la race1 aprs une persistance suffisamment prolonge4 ,en considrant surtout1 pour une question aussi dlicate1 le cas le mieux caractris1 c'est--dire celui du dveloppement intellectuel1 on ne peut1 ce me semble1 refuser d'admettre1 sans que toutefois l'exprience ait encore suffisamment prononc#bd1 une plus grande aptitude naturelle aux combinaisons d'esprit chez les peuples trs civiliss1 indpendamment de toute culture quelconque1 ou1 ce qui est quivalent1 une moindre aptitude chez les nations peu avances2 pourvu que la comparaison soit toujours tablie1 autant que possible1 entre des individus d'un organisme crbral analogue1 et surtout1 par exemple1 chez les intelligences moyennes4 ,quoique les facults intellectuelles doivent tre1 sans doute1 principalement modifies par l'volution sociale1 cependant leur moindre intensit relative dans la constitution fondamentale de l'homme me semble autoriser conclure1 en quelque sorte fortiori1 de leur amlioration suppose1 au perfectionnement proportionnel des aptitudes plus prononces et non moins exerces1 sauf toutefois l'ventuelle rvision ultrieure d'un tel aperu philosophique1 d'aprs la convenable excution directe d'un indispensable examen scientifique4 ,sous le rapport moral surtout1 il me parat incontestable que le dveloppement graduel de l'humanit tend dterminer constamment1 et ralise en effet un certain degr1 une prpondrance croissante des plus nobles penchans de notre nature1 ainsi que je l'expliquerai en son lieu4 ,quoique les plus mauvais instincts continuent ncessairement subsister1 en modifiant seulement leurs manifestations1 cependant un exercice moins soutenu et plus comprim doit tendre les amortir graduellement2 et leur rgularisation croissante finit certainement par les faire concourir involontairement au maintien de la bonne conomie sociale1 surtout dans les organismes peu prononcs1 qui constituent l'immense majorit4 ,footnote #bd3 ,on a souvent tent des essais persvrans pour dcider si de jeunes sauvages1 pris de trs bonne heure1 pourraient devenir1 par une ducation convenable1 et d'aprs un ensemble de circonstances favorables1 aussi aptes notre vie sociale que les ,europens actuels4 ,l'vnement parat avoir presque toujours indiqu1 au contraire1 une tendance1 pour ainsi dire irrsistible1 surtout sous le rapport moral1 reprendre spontanment la vie sauvage1 malgr toutes les prcautions employes3 ce qui1 ce me semble1 constituerait un puissant motif de dcision dans la question propose4 ,mais1 quoique ces sortes d'expriences aient t ordinairement inspires par les intentions les plus sages et les plus bienveillantes1 elles ont t jusqu'ici conues et poursuivies d'une manire trop peu rationnelle1 pour que je croie franchement pouvoir leur attribuer dj une vraie valeur scientifique4 ,ces diverses explications suffisent ici1 quoique trs sommaires1 pour tablir clairement que le dveloppement continu de l'humanit peut tre toujours considr comme un vrai perfectionnement graduel1 entre les limites convenables4 ,on a donc le droit rationnel d'admettre1 en sociologie1 l'quivalence ncessaire de ces deux termes gnraux1 ainsi qu'on le fait habituellement1 en biologie1 dans l'tude comparative de l'organisme animal4 ,nanmoins1 je dois1 ce me semble1 persister employer surtout la premire expression1 qui1 heureusement1 n'a pas encore t gte par un usage irrationnel1 et qui parat spcialement convenable une destination scientifique4 ,cette prfrence est1 mes yeux1 d'autant plus motive que1 mme sous l'aspect pratique1 la qualification de dveloppement a1 par sa nature1 le prcieux avantage de dterminer directement en quoi consiste1 de toute ncessit1 le perfectionnement rel de l'humanit2 car1 il indique aussitt le simple essor spontan1 graduellement second par une culture convenable1 des facults fondamentales toujours prexistantes qui constituent l'ensemble de notre nature1 sans aucune introduction quelconque de facults nouvelles4 ,la seconde expression n'ayant point une telle proprit1 surtout raison du vicieux emploi qu'on en a tant fait de nos jours1 nous devrons dsormais1 sans aucune affectation pdantesque1 y renoncer essentiellement1 mais en prenant toujours la premire dans son entire extension philosophique1 soit scientifique1 soit pratique1 maintenant assez dfinie4 ,pour achever ici de caractriser sommairement cette conception prliminaire du dveloppement humain1 qui constitue le sujet propre de toute la sociologie dynamique1 j'y dois encore signaler1 sous un dernier point de vue1 la disposition gnrale qu'elle doit spontanment produire toujours considrer l'tat social1 envisag sous tous ses divers aspects principaux1 comme ayant t essentiellement aussi parfait1 chaque poque1 que le comportait l'ge correspondant de l'humanit1 combin avec le systme co-relatif des circonstances quelconques sous l'empire desquelles s'accomplissait son volution actuelle4 ,cette tendance philosophique1 sans laquelle1 j'ose le dire1 l'histoire resterait radicalement incomprhensible1 devient naturellement ici l'indispensable complment de la disposition intellectuelle1 exactement analogue1 ci-dessus tablie quant la sociologie statique3 l'une est au progrs1 ce que l'autre est l'ordre2 et toutes deux rsultent ncessairement du mme principe vident1 c'est--dire de cette prpondrance irrvocable du point de vue relatif sur le point de vue absolu1 qui distingue principalement1 en un sujet quelconque1 le vritable esprit gnral propre la philosophie positive4 ,si les divers lmens sociaux ne peuvent point1 la longue1 ne pas observer spontanment entre eux cette harmonie universelle1 premier principe de l'ordre rel2 de mme chacun d'eux1 ou leur ensemble1 ne saurait viter1 chaque poque1 d'tre essentiellement aussi avanc que le permettait le systme total des diverses influences1 intrieures ou extrieures1 de son accomplissement effectif4 ,pas plus dans un cas que dans l'autre1 il ne s'agit ainsi de causes finales1 ni de direction providentielle quelconque4 ,c'est toujours1 pour le mouvement1 comme nous l'avons dj reconnu pour l'existence1 la simple suite ncessaire de cet ordre spontan1 rsultant d'invariables lois naturelles1 envers tous les phnomnes possibles1 et qui seulement doit se manifester d'une manire moins rgulire1 mais pareillement invitable1 l'gard des phnomnes sociaux1 soit statiques1 soit dynamiques1 en vertu de leur complication suprieure4 ,le mme principe doit1 sans doute1 directement exclure aussi1 ce nouveau sujet1 cette irrationnelle accusation d'optimisme prtendu1 sur laquelle je me suis dj suffisamment expliqu en ce qui concerne la statique sociale1 et qui1 certes1 n'est pas ici moins trange4 ,ce serait sans doute attribuer aux mesures politiques proprement dites une puissance inintelligible1 radicalement contraire l'ensemble des observations1 que de leur attribuer principalement les progrs sociaux1 comme je vais le montrer directement4 ,puis donc que le perfectionnement effectif rsulte surtout du dveloppement spontan de l'humanit1 comment pourrait-il1 chaque poque1 n'tre pas essentiellement ce qu'il pouvait tre d'aprs l'ensemble de la situation8 ,mais cette disposition rationnelle n'exclut nullement1 comme je l'ai dj tabli1 la possibilit1 et mme la ncessit1 des aberrations quelconques1 soit involontaires1 soit mme volontaires1 qui doivent ici tre naturellement plus prononces qu'en aucun autre cas1 quoique nanmoins toujours renfermes invitablement entre certaines limites fondamentales1 imposes par l'ensemble des conditions du sujet1 et sans l'existence desquelles le phnomne gnral du progrs continu deviendrait videmment inexplicable4 ,une telle considration philosophique tend seulement faire prvaloir1 dans l'examen habituel des phnomnes sociaux1 soit accomplis1 soit actuels1 cette sage indulgence scientifique1 qui dispose mieux apprcier1 et mme saisir avec plus de facilit1 la vraie filiation historique des vnemens1 sans exclure1 en aucune manire1 quand le cas l'exige1 ni une svre rprobation1 ni surtout la libre conception directe de la plus active intervention humaine1 comme la suite de ce volume le rendra1 j'espre1 pleinement incontestable4 ,l'ensemble des considrations prcdentes amne naturellement l'examen de la conception fondamentale propre la sociologie dynamique sous un dernier aspect capital1 plus minemment susceptible qu'aucun autre de manifester directement1 dans la pratique1 le vrai caractre philosophique de la politique positive4 ,il s'agit du principe des limites gnrales de l'action politique quelconque1 dont la notion rationnelle doit surtout dissiper immdiatement aujourd'hui l'esprit idal1 absolu1 et illimit1 qui1 sous l'influence prpondrante de la philosophie mtaphysique1 domine encore habituellement le systme des spculations sociales1 comme je l'ai expliqu au dbut de cette leon4 ,nul homme sens ne saurait dsormais mconnatre d'abord l'existence ncessaire de pareilles limites1 abstraction faite de leur dtermination effective1 moins de continuer un usage srieux de l'antique hypothse thologique1 qui reprsente le lgislateur comme le simple organe d'une providence directe et continue1 l'influence de laquelle on ne saurait1 en effet1 admettre aucunes limites4 ,notre temps n'exige plus la moindre rfutation rationnelle de semblables conceptions1 qui ont mme cess d'tre rellement comprises de leurs plus dtermins partisans1 quoique les habitudes intellectuelles contractes sous leur longue prpondrance soient encore loin d'tre1 de nos jours1 suffisamment rectifies4 ,dans un ordre quelconque de phnomnes1 l'action humaine tant toujours ncessairement trs limite1 malgr la puissance du concours le plus tendu1 dirig par les plus ingnieux artifices1 il serait videmment impossible de comprendre quel titre les phnomnes sociaux pourraient tre seuls excepts de cette restriction fondamentale1 suite invitable de l'existence mme des lois naturelles4 ,quelles que puissent tre les dcevantes inspirations de l'orgueil humain1 tout homme d'tat1 aprs un suffisant exercice de l'autorit politique1 doit tre ordinairement trs convaincu1 par sa propre exprience personnelle1 de la ralit de ces limites ncessaires imposes l'action politique par l'ensemble des influences sociales1 et auxquelles il faut bien qu'il attribue l'avortement habituel de la majeure partie des vains projets qu'il avait d'abord secrtement rvs3 peut-tre mme ce sentiment doit-il tre d'autant plus complet1 quoique le plus souvent dissimul1 que le pouvoir a t plus tendu1 parce que son impuissance lutter contre les lois naturelles du phnomne a d devenir plus dcisive1 moins toutefois que l'intelligence n'ait pu alors suffisamment rsister l'ivresse spontane qui en rsulte si frquemment4 ,sans insister davantage sur ce principe vident1 sans lequel la vritable science sociale ne saurait aucunement exister1 il faut maintenant signaler l'aptitude ncessaire de la nouvelle philosophie politique dterminer sans incertitude1 comme application directe et continue de son dveloppement scientifique1 avec toute la prcision que comporte la nature du sujet et qui suffit aux besoins rels1 en quoi consistent ces limites fondamentales1 soit gnrales ou spciales1 soit permanentes ou actuelles4 ,il faut1 cet effet1 apprcier d'abord en quoi la marche invariable du dveloppement humain peut tre affecte par l'ensemble des causes quelconques de variation qui peuvent y tre appliques1 sans aucune distinction entre elles2 et ensuite on examinera quel rang d'importance peut occuper1 parmi ces divers modificateurs possibles1 l'action volontaire et calcule de nos combinaisons politiques3 tel est l'ordre rationnel prescrit par la nature du sujet1 en considrant d'ailleurs le premier point comme beaucoup plus capital1 en principe gnral1 que ne peut l'tre le second1 et mme comme seul pleinement accessible aujourd'hui4 ,sous ce point de vue principal1 on doit pralablement concevoir les phnomnes sociaux comme tant1 de toute ncessit1 en vertu mme de leur complication suprieure1 les plus modifiables de tous1 d'aprs la loi philosophique que j'ai dmontre cet gard dans les deux volumes prcdens4 ,ainsi1 l'ensemble des lois sociologiques comporte naturellement des limites de variation plus tendues que ne le permet mme le systme des lois biologiques proprement dites1 et1 plus forte raison1 celui des lois chimiques1 ou physiques1 ou surtout astronomiques4 ,si donc1 parmi les diverses causes modificatrices1 l'intervention humaine occupe le mme rang d'influence proportionnelle1 comme il est naturel de le supposer d'abord1 son influence devra donc tre en effet plus considrable dans le premier cas que dans aucun autre1 malgr toute apparence contraire4 ,tel est le premier fondement scientifique des esprances rationnelles d'une rformation systmatique de l'humanit3 et1 ce titre1 les illusions de ce genre doivent certainement sembler plus excusables qu'en tout autre sujet4 ,mais1 quoique les modifications1 produites par des causes quelconques1 soient ainsi ncessairement plus grandes1 dans l'ordre des phnomnes politiques1 qu'envers des phnomnes plus simples et moins varis1 elles ne sauraient cependant s'lever jamais1 l comme ailleurs1 et mme plus qu'ailleurs1 au-dessus de la nature de pures modifications1 c'est--dire qu'elles demeurent toujours radicalement subordonnes aux lois fondamentales1 soit statiques1 soit dynamiques1 qui rglent l'harmonie constante des divers lmens sociaux et la filiation continue de leurs variations successives4 ,il n'y a pas d'influence perturbatrice1 soit extrieure1 soit humaine1 qui puisse faire co-exister1 dans le monde politique rel1 des lmens antipathiques1 ni altrer1 aucun titre1 les vraies lois naturelles du dveloppement de l'humanit3 pourvu1 bien entendu1 que1 dans l'tude positive de la solidarit sociale et de l'volution humaine1 on ait pris d'abord en suffisante considration l'ensemble des causes constantes1 soit intrieures1 soit aussi extrieures1 sous l'empire total desquelles doivent s'accomplir de tels phnomnes1 ainsi que je l'expliquerai spcialement dans la leon suivante4 ,l'invitable prpondrance graduelle des influences continues1 quelque imperceptible que puisse d'abord sembler leur pouvoir1 est aujourd'hui admise envers tous les phnomnes naturels2 il faudra bien qu'on l'applique aussi aux phnomnes sociaux1 aussitt qu'on y tendra la mme manire de philosopher4 ,en quoi donc peuvent consister les incontestables modifications dont l'organisme et la vie politiques sont minemment susceptibles1 puisque rien n'y peut altrer ni les lois de l'harmonie ni celles de la succession8 ,cet irrationnel tonnement1 trop naturel aujourd'hui pour tre aucunement blm par la philosophie1 dispose oublier que1 dans tous les ordres de phnomnes1 les modifications portent toujours exclusivement sur leur intensit et sur leur mode secondaire d'accomplissement effectif1 mais sans pouvoir jamais affecter ni leur nature propre ni leur filiation principale1 ce qui1 en levant la cause perturbatrice au-dessus de la cause fondamentale1 dtruirait aussitt toute l'conomie des lois relles du sujet4 ,appliqu au monde politique1 cet indispensable principe de philosophie positive y montre1 en gnral1 que1 sous le rapport statique1 les diverses variations possibles n'y sauraient jamais consister que dans l'intensit plus ou moins prononce des diffrentes tendances spontanment propres l'ensemble de chaque situation sociale1 envisage d'un point de vue quelconque1 mais sans que rien puisse1 en aucun cas1 empcher ni produire ces tendances respectives1 ni1 en un mot1 les dnaturer3 de mme1 sous le rapport dynamique1 l'volution fondamentale de l'humanit devra tre ainsi conue comme seulement modifiable1 certains degrs dtermins1 quant sa simple vitesse1 mais sans aucun renversement quelconque dans l'ordre fondamental du dveloppement continu1 et sans qu'aucun intermdiaire un peu important puisse tre entirement franchi4 ,on peut se faire1 tous gards1 une juste ide philosophique de la vraie nature essentielle de ces variations relles en les assimilant surtout aux variations analogues de l'organisme animal1 qui leur sont exactement comparables1 comme assujties des pareilles conditions1 soit statiques1 soit dynamiques2 avec cette seule diffrence rationnelle1 dj prvue ci-dessus1 que les modifications sociales peuvent et doivent devenir plus tendues et plus varies que les simples modifications biologiques1 en supposant1 bien entendu1 un milieu et un organisme constans4 ,la saine thorie gnrale de ces limites de variation tant encore essentiellement tablir1 en biologie1 comme nous l'avons reconnu au volume prcdent1 depuis les travaux de ,lamarck qui en ont indiqu le principe1 on ne saurait esprer que la sociologie puisse tre aujourd'hui plus avance cet gard4 ,mais il suffit ici d'en avoir caractris1 sous ce point de vue1 le vritable esprit gnral1 soit quant la statique ou la dynamique sociales4 ,or1 en considrant directement1 l'un ou l'autre titre1 le principe que je viens de poser1 il sera1 je pense1 impossible de le contester srieusement1 d'aprs l'ensemble des observations politiques3 sa consistance se dveloppera d'ailleurs ultrieurement1 par son usage spontan dans tout le reste de ce volume4 ,dans l'ordre intellectuel1 plus aisment apprciable aujourd'hui1 il n'y a aucune influence accidentelle1 ni aucune supriorit individuelle1 qui puisse1 par exemple1 transporter une poque les dcouvertes vraiment rserves une poque postrieure1 d'aprs la marche fondamentale de l'esprit humain1 ni rciproquement4 ,l'histoire des sciences vrifie surtout1 de la manire la plus irrcusable1 cette intime dpendance des gnies mme les plus minens envers l'tat contemporain de la raison humaine1 dont il serait superflu de citer ici aucun des innombrables exemples1 principalement en ce qui tient au perfectionnement des diverses mthodes d'investigation1 soit rationnelles1 soit exprimentales4 ,il en est ainsi1 plus forte raison1 dans les arts proprement dits1 surtout en ce qui dpend aussi des moyens mcaniques de suppler l'action humaine4 ,on n'en saurait douter davantage1 au fond1 l'gard mme du dveloppement moral de notre nature1 dont le caractre est certainement rgl surtout1 chaque poque1 par l'tat correspondant de l'volution sociale1 quelles que soient les modifications volontaires drives de l'ducation1 et mme les modifications spontanes relatives l'organisation individuelle4 ,chacun des modes fondamentaux de l'existence sociale dtermine un certain systme de moeurs co-relatives1 dont la physionomie commune se retrouve aisment chez tous les individus1 au milieu de leurs diffrences caractristiques3 il y a certainement1 par exemple1 tel tat de l'humanit o les meilleurs naturels contractent ncessairement des habitudes de frocit1 dont s'affranchissent1 presque sans effort1 des natures bien infrieures1 vivant dans une socit plus avance4 ,il en est essentiellement de mme sous le point de vue politique proprement dit1 comme l'analyse historique le confirmera directement plus tard4 ,enfin1 si l'un voulait rapporter tous les faits ou les diverses rflexions qui tablissent l'existence effective de ces limites ncessaires de variation dont je viens dposer le principe rationnel1 on serait peu peu involontairement conduit reproduire successivement toutes les considrations essentielles qui prouvent la subordination relle des phnomnes sociaux d'invariables lois naturelles3 parce qu'un tel principe ne constitue1 en effet1 qu'une rigoureuse application gnrale d'une telle conception philosophique4 ,aprs cette sommaire circonscription scientifique du champ gnral des modifications sociales1 de quelque source qu'elles puissent provenir1 on ne saurait exiger que je traite ici la question sous le second point de vue prcdemment indiqu1 c'est--dire1 quant au classement dfinitif des diverses influences modificatrices1 suivant leur importance respective4 ,une telle recherche serait aujourd'hui minemment prmature1 puisque la dtermination principale1 dont elle ne peut tre qu'un simple complment1 n'a pu encore tre soumise aucune laboration rationnelle1 et n'a pas mme t suffisamment examine1 en biologie1 dans un cas beaucoup moins difficile1 comme je l'ai ci-dessus remarqu4 ,ainsi1 les trois sources gnrales de variation sociale me paraissant rsulter1 #a de la race1 #b du climat1 #c de l'action politique proprement dite1 envisage dans toute son extension scientifique1 il ne peut nullement convenir de ici rechercher si leur importance relative est vraiment conforme cet ordre d'nonciation ou tout autre4 ,quand mme cette dtermination ne serait point videmment dplace dans l'tat naissant de la science1 les lois de la mthode obligeraient du moins en ajourner l'exposition directe aprs l'examen du sujet principal1 afin d'viter une irrationnelle confusion entre les phnomnes fondamentaux et leurs modifications diverses1 comme je l'ai remarqu1 l'occasion du climat1 dans le chapitre prcdent4 ,du reste1 un tel classement doit avoir aujourd'hui d'autant moins d'intrt pratique que l'influence des combinaisons politiques tant1 de ces trois causes modificatrices1 la seule suffisamment accessible notre intervention1 c'est ncessairement vers elle que devra surtout se diriger l'attention gnrale1 quoiqu'il y et un grave inconvnient scientifique supposer d'avance1 par ce seul motif1 que sa porte relle est1 en effet1 prpondrante1 en prjugeant1 d'aprs un vicieux entranement1 le rsultat final d'une exacte comparaison directe1 dont l'examen doit rester ultrieurement rserv4 ,mais si cette comparaison n'est pas encore convenablement prpare1 il faut reconnatre aussi que son excution actuelle n'importe aucunement l'institution gnrale du vritable esprit de la politique positive4 ,car1 il suffit1 cet gard1 d'avoir pos1 comme je viens de le faire1 le principe scientifique qui caractrise et circonscrit les modifications compatibles avec la nature des phnomnes sociaux1 quelles que puissent tre les sources propres et directes de ces variations quelconques4 ,si1 sous ce rapport1 j'ai paru surtout avoir en vue l'action politique proprement dite1 c'est uniquement cause de l'irrationnelle prpondrance qu'on a coutume de lui attribuer encore1 et qui tend aujourd'hui empcher directement toute vraie notion des lois sociologiques4 ,aussi me bornerai-je1 ce sujet1 signaler1 en outre1 d'aprs l'ensemble des explications antrieures1 le principe spcial de l'illusion trs naturelle qui entretient maintenant ce sophisme involontaire1 chez ceux-l mmes qui se croient pleinement affranchis de la philosophie thologique1 d'o il est d'abord videmment man4 ,cette illusion consiste en ce que les diverses oprations politiques1 soit temporelles1 soit spirituelles1 n'ayant pu avoir d'efficacit sociale qu'autant qu'elles taient conformes aux tendances correspondantes de l'humanit1 elles semblent1 des spectateurs prvenus ou irrflchis1 avoir produit ce qu'une volution spontane1 mais peu apparente1 a seule essentiellement dtermin4 ,en procdant ainsi1 on nglige videmment les cas nombreux et caractristiques1 dont l'histoire abonde1 o l'autorit politique la plus tendue n'a pu laisser bientt aucune trace profonde de son dveloppement le plus nergique et le mieux soutenu1 uniquement parce qu'elle tait surtout dirige en sens contraire du mouvement gnral de la civilisation contemporaine1 ainsi que le tmoignent les irrcusables exemples de ,julien1 de ,philippe ,,ii1 de ,bonaparte1 etc4 ,on peut mme regarder1 cet gard1 comme plus dcisifs encore1 sous le point de vue scientifique1 les cas inverses1 malheureusement beaucoup plus rares1 mais nanmoins trs apprciables dans l'ensemble du dveloppement humain1 o l'action politique1 galement soutenue par une puissante autorit1 a nanmoins avort dans la poursuite d'amliorations trop prmatures1 malgr la tendance progressive qui tait en sa faveur3 l'histoire intellectuelle1 aussi bien que l'histoire politique proprement dite1 en offrent d'incontestables exemples4 ,fergusson a judicieusement remarqu que mme l'action d'un peuple sur un autre1 soit par la conqute ou autrement1 quoique la plus intense de toutes les forces semblables1 n'y pouvait1 en gnral raliser essentiellement que les modifications conformes ses propres tendances1 dont le dveloppement se trouvait ainsi seulement un peu plus acclr ou un peu plus tendu qu'il n'et pu l'tre spontanment4 ,en politique1 comme dans les sciences1 l'opportunit fondamentale constitue toujours la principale condition de toute grande et durable influence1 quelle que puisse tre la valeur personnelle de l'homme suprieur auquel le vulgaire attribue une action sociale dont il n'a pu tre que l'heureux organe4 ,ce pouvoir quelconque de l'individu sur l'espce est d'ailleurs assujti rellement ces limites gnrales1 lors mme qu'il ne s'agit que des effets les plus aiss produire1 soit en bien1 soit mme en mal4 ,dans les poques rvolutionnaires1 par exemple1 ceux qui s'attribuent1 avec un si trange orgueil1 le facile mrite d'avoir dvelopp chez leurs contemporains l'essor de passions anarchiques1 ne s'aperoivent pas que1 mme en ce cas1 leur dplorable triomphe apparent n'est d surtout qu' une disposition spontane1 dtermine par l'ensemble de la situation sociale correspondante1 qui a produit le relchement provisoire et partiel de l'harmonie gnrale3 comme on peut aisment le vrifier aujourd'hui1 l'gard des principales aberrations sociales1 drives du dvergondage moral1 rsultant de notre anarchie intellectuelle2 il en fut de mme en tout temps4 ,du reste1 aprs avoir ainsi reconnu1 par le concours naturel de tant de motifs divers1 l'existence effective des limites gnrales de variation propres aux phnomnes sociaux1 et spcialement des modifications dpendantes de l'action politique systmatise1 temporelle ou spirituelle2 aprs avoir1 en mme temps1 tabli le vrai principe scientifique destin qualifier et circonscrire de telles modifications2 c'est videmment au dveloppement direct de la science sociale dterminer1 en chaque cas1 l'influence propre et la porte actuelle de ce principe gnral1 qui ne saurait aucunement dispenser d'une apprciation immdiate et particulire de la situation correspondante4 ,c'est par de semblables apprciations1 empiriquement opres1 qu'a pu tre guid jusqu'ici l'heureux instinct des hommes de gnie qui ont rellement exerc sur l'humanit une grande et profonde action1 un titre et sous un rapport quelconques3 c'est uniquement ainsi qu'ils ont pu rectifier grossirement les indications illusoires ou vicieuses des doctrines irrationnelles et chimriques qui dominaient le plus souvent leur raison4 ,en tout genre1 comme je l'ai tabli ds l'origine de cet ouvrage1 la prvoyance est la vraie source de l'action4 ,les vagues habitudes intellectuelles qui prvalent encore en philosophie politique pourraient bien aujourd'hui conduire1 d'aprs les diverses considrations prcdentes1 mconnatre entirement la porte pratique d'une science nouvelle qui dissipe ainsi sans retour1 dans leurs fondemens spculatifs1 ces ambitieuses illusions relatives l'action indfinie de l'homme sur la civilisation3 aussi la physique sociale doit-elle1 ce titre1 s'attendre tre d'abord taxe quelquefois de nous rduire la simple observation passive des vnemens humains1 sans aucune puissante intervention continue4 ,il est nanmoins certain que le principe ci-dessus pos quant aux limites rationnelles de l'action politique tablit directement1 au contraire1 de la manire la plus incontestable et la plus prcise1 le vrai point de contact fondamental entre la thorie et la pratique sociales4 ,c'est surtout ainsi que l'art politique peut enfin commencer prendre un caractre judicieusement systmatique1 en cessant d'tre essentiellement dirig d'aprs des principes arbitraires temprs par des notions empiriques2 c'est ainsi1 en un mot1 qu'il pourra prouver une transformation analogue celle qui s'accomplit aujourd'hui pour l'art mdical1 celui de tous auquel la nature des phnomnes doit le plus permettre de l'assimiler4 ,puisque1 en effet1 notre intervention politique quelconque ne saurait1 en aucun cas1 avoir de vritable efficacit sociale1 soit quant l'ordre ou quant au progrs1 qu'en s'appuyant directement sur les tendances correspondantes de l'organisme ou de la vie politiques1 afin d'en seconder1 par de judicieux artifices1 le dveloppement spontan1 il faut donc1 cette fin1 connatre avant tout1 avec autant de prcision que possible1 ces lois naturelles d'harmonie et de succession1 qui dterminent1 chaque poque1 et sous chaque aspect social1 ce que l'volution humaine est prte produire1 en signalant mme les principaux obstacles susceptibles d'tre carts4 ,en un mot1 ainsi que je l'indiquai dans mon crit de #ahbb1 la marche de la civilisation ne s'excute pas proprement parler1 suivant une ligne droite1 mais selon une srie d'oscillations1 ingales et variables1 comme dans la locomotion animale1 autour d'un mouvement moyen1 qui tend toujours prdominer1 et dont l'exacte connaissance permet de rgulariser d'avance la prpondrance naturelle1 en diminuant ces oscillations et les ttonnemens plus ou moins funestes qui leur correspondent4 ,ce serait1 toutefois1 exagrer1 sans doute1 la porte relle d'un tel art1 cultiv mme aussi rationnellement que possible1 et appliqu avec toute l'extension convenable1 que de lui attribuer la proprit d'empcher1 en tous les cas1 les rvolutions violentes qui naissent des entraves qu'prouve le cours spontan de l'volution humaine4 ,dans l'organisme social1 en vertu de sa complication suprieure1 les maladies et les crises sont ncessairement encore plus invitables1 beaucoup d'gards1 que dans l'organisme individuel4 ,mais1 alors mme que la science relle est force de reconnatre essentiellement son impuissance momentane devant de profonds dsordres ou d'irrsistibles entranemens1 elle peut encore utilement concourir adoucir et surtout abrger les crises1 d'aprs l'exacte apprciation de leur principal caractre1 et la prvision rationnelle de leur issue finale1 sans renoncer jamais une sage intervention1 moins d'une impossibilit convenablement constate4 ,ici1 comme ailleurs1 et mme plus qu'ailleurs1 il ne s'agit point de gouverner les phnomnes1 mais seulement d'en modifier le dveloppement spontan2 ce qui exige videmment qu'on en connaisse pralablement les lois relles4 ,par un tel ensemble de notions prliminaires1 d'abord statiques et ensuite dynamiques1 le vritable esprit gnral propre la nouvelle philosophie politique me semble dsormais suffisamment caractris1 de manire fixer la position rationnelle des questions sociologiques4 ,sans admirer ni maudire les faits politiques1 et en y voyant essentiellement1 comme en toute autre science1 de simples sujets d'observation1 la physique sociale considre donc chaque phnomne sous le double point de vue lmentaire de son harmonie avec les phnomnes co-existans et de son enchanement avec l'tat antrieur et l'tat postrieur du dveloppement humain2 elle s'efforce1 l'un et l'autre titre1 de dcouvrir1 autant que possible1 les vraies relations gnrales qui lient entre eux tous les faits sociaux2 chacun d'eux lui parat expliqu1 dans l'acception vraiment scientifique du terme1 quand il a pu tre convenablement rattach1 soit l'ensemble de la situation correspondante1 soit l'ensemble du mouvement prcdent1 en cartant toujours soigneusement toute vaine et inaccessible recherche de la nature intime et du mode essentiel de production des phnomnes quelconques4 ,dveloppant au plus haut degr le sentiment social1 cette science nouvelle1 selon la clbre formule de ,pascal1 ds lors pleinement ralise1 reprsente ncessairement1 d'une manire directe et continue1 la masse de l'espce humaine1 soit actuelle1 soit passe1 soit mme future1 comme constituant1 tous gards1 et de plus en plus1 ou dans l'ordre des lieux1 ou dans celui des temps1 une immense et ternelle unit sociale1 dont les divers organes1 individuels on nationaux1 unis sans cesse par une intime et universelle solidarit1 concourent invitablement1 chacun suivant un mode et un degr dtermins1 l'volution fondamentale de l'humanit1 conception vraiment capitale1 et toute moderne1 qui doit devenir ultrieurement la principale base rationnelle de la morale positive4 ,conduisant enfin1 de mme que toute autre science relle1 avec la prcision que comporte l'excessive complication propre ses phnomnes1 l'exacte prvision systmatique des vnemens qui doivent rsulter1 soit d'une situation donne1 soit d'un ensemble donn d'antcdens1 la science politique fournit directement aussi l'art politique1 non-seulement l'indispensable dtermination pralable des diverses tendances spontanes qu'il doit seconder1 mais aussi l'indication gnrale des principaux moyens qu'il peut y appliquer1 de manire viter1 autant que possible1 toute action nulle ou phmre1 et ds lors dangereuse1 en un mot toute vicieuse consommation des forces quelconques4 ,ayant ainsi termin l'indispensable examen prliminaire du vritable esprit gnral qui doit caractriser la nouvelle philosophie politique1 ce qui a d tre bien plus difficile qu'envers les sciences dj constitues1 il faut maintenant procder1 comme dans les parties antrieures de ce trait1 l'apprciation rationnelle de l'ensemble des divers moyens fondamentaux convenables la nature et la destination1 dsormais suffisamment dfinies1 de la science sociologique4 ,d'aprs une loi philosophique1 tablie surtout par les deux volumes prcdens1 nous devons d'abord nous attendre1 en vertu de la plus grande complication des phnomnes1 trouver1 en sociologie1 un systme de ressources scientifiques1 directes ou indirectes1 plus vari et plus dvelopp qu' l'gard d'aucune autre branche essentielle de la philosophie naturelle1 sans excepter mme la biologie4 ,cette loi ncessaire continue1 en effet1 subsister aussi en ce nouveau cas1 qui en constitue finalement la plus entire application possible1 sans que d'ailleurs une telle extension de moyens y puisse non plus compenser rellement l'imperfection ncessairement croissante des diverses sciences mesure que leurs phnomnes deviennent plus complexes4 ,mais l'extrme nouveaut du sujet doit y rendre aujourd'hui cette invitable extension beaucoup plus dlicate vrifier qu' l'gard de toute autre science1 et bien que je doive ici la noter1 en l'expliquant sommairement1 sous chacun des divers aspects principaux1 je puis peine esprer qu'elle soit suffisamment reconnue avant que le dveloppement graduel de la science en reproduise spontanment la confirmation1 avec quelque nergie logique qu'elle drive rellement de la nature d'une telle tude4 ,la physique sociale devant tre1 de toute ncessit1 profondment subordonne au systme des sciences fondamentales relatives aux diffrentes classes successives de phnomnes plus gnraux et moins compliqus1 d'aprs la hirarchie scientifique que j'ai tablie1 il faut y distinguer d'abord deux ordres principaux de ressources essentielles3 les unes1 directes1 consistent dans les divers moyens d'exploration qui lui sont propres2 les autres1 indirectes1 mais non moins indispensables1 rsultent des relations ncessaires de la sociologie avec le systme des sciences antrieures1 qui doivent y fournir1 tant de titres1 de prcieuses indications continues4 ,je dois terminer la leon actuelle par une sommaire apprciation gnrale du premier ordre de moyens scientifiques4 ,quant au second1 pour le mieux caractriser1 j'en ferai le sujet propre et spar de la leon suivante1 qui constituera donc le complment rationnel de celle-ci4 ,en sociologie1 comme en biologie1 l'exploration scientifique emploie concuremment les trois modes fondamentaux que j'ai distingus1 ds le second volume de ce ,trait1 dans l'art gnral d'observer3 c'est--dire1 l'observation pure2 l'exprimentation proprement dite2 et enfin la mthode comparative1 essentiellement adapte toute tude quelconque sur les corps vivans4 ,il s'agit donc d'apprcier sommairement ici la porte relative et le caractre propre de ces trois procds successifs1 en ce qui concerne la nature et la destination1 prcdemment dfinies1 de cette science nouvelle4 ,quant la simple observation1 on se forme certainement encore des notions trs imparfaites et mme radicalement vicieuses1 beaucoup d'gards1 de ce qu'elle peut et doit tre en sociologie sociale4 ,l'anarchique influence sociale de la philosophie mtaphysique du sicle dernier1 s'tendant de la doctrine la mthode1 a tendu1 par un aveugle instinct de destruction1 empcher en quelque sorte toute ultrieure rorganisation intellectuelle1 en ruinant d'avance les seules bases logiques sur lesquelles pussent reposer des analyses vraiment scientifiques1 par cette absurde thorie du pyrrhonisme historique1 qui prolonge encore aujourd'hui son action dltre1 quoique son principe ne soit plus ostensiblement soutenu4 ,exagrant1 au degr le plus dsordonn1 au sujet des vnemens sociaux1 les difficults gnrales communes toute exacte observation quelconque1 et surtout les difficults spciales que doivent spontanment susciter des phnomnes aussi compliqus1 sans tenir un compte scrupuleux des diverses prcautions1 exprimentales ou rationnelles1 qui peuvent nous en garantir suffisamment1 ces aberrations sophistiques1 volontaires ou involontaires1 ont t souvent pousses jusqu' dnier dogmatiquement toute vraie certitude aux observations sociales1 mme directes4 ,les explications prliminaires tablies1 au dbut de ce ,trait 7voyez la deuxime leon71 sur la distinction indispensable et constante entre la certitude et la prcision1 l'gard d'un sujet quelconque1 permettront de rsoudre aisment ces divers sophismes1 envers lesquels je ne dois pas insister1 et qui1 en leur attribuant toute la porte qu'on ne saurait leur refuser sans inconsquence1 tendraient aussi bien dtruire radicalement la certitude des sciences mme les plus simples et les plus parfaites que celles des dmonstrations sociales1 par une influence commune aux conceptions purement mtaphysiques4 ,depuis que cette aberration fondamentale n'est plus ouvertement professe1 le scepticisme systmatique1 reculant des observations immdiates aux seules observations mdiates1 s'est retranch derrire l'incertitude fondamentale des tmoignages humains1 pour continuer mconnatre la valeur positive des divers renseignemens historiques4 ,quelques gomtres ont mme pouss la complaisance ou la navet jusqu' tenter1 ce sujet1 d'aprs leur illusoire thorie des chances1 de lourds et ridicules calculs sur l'accroissement ncessaire de cette prtendue incertitude par le seul laps du temps3 ce qui1 outre le grave danger social de seconder des aberrations profondment nuisibles1 en les dcorant ainsi d'une imposante apparence de rationnalit1 a d'ailleurs offert plus d'une fois le fcheux inconvnient de discrditer radicalement l'esprit mathmatique auprs de beaucoup d'hommes senss1 trop peu clairs pour le juger directement1 mais justement rvolts de tels abus4 ,des philosophes moins vicieusement proccups des dclamations sophistiques contre la valeur scientifique des tmoignages1 leur ont cependant attribu assez d'autorit pour en dduire quelquefois le principe d'une irrationnelle division des sciences1 en testimoniales et non-testimoniales3 ce qui prouve clairement le malheureux crdit que de tels sophismes conservent encore1 un certain degr1 mme chez d'excellens esprits1 qui ont trop faiblement envisag l'ensemble du domaine intellectuel4 ,la distinction ci-dessus rappele suffira spontanment1 sous ce second aspect comme sous le premier1 pour dissiper la confusion d'ides qui constitue la premire source logique de ces grossires erreurs1 contre lesquelles le bon sens vulgaire a heureusement toujours protest#be4 l'un et l'autre titre1 c'est par une involontaire inconsquence que l'on restreint aux seules tudes sociales la porte destructive d'un tel paradoxe1 qui1 une fois pleinement admis1 s'appliquerait au fond1 de toute ncessit1 aux divers ordres quelconques de nos connaissances relles2 si l'esprit humain pouvait jamais tre vraiment consquent jusqu'au bout1 lorsqu'il procde d'aprs des principes extravagans4 ,car1 il est vident1 malgr la division illusoire que je viens de citer1 que toutes les sciences diverses1 mme les plus simples1 ont un indispensable besoin de ce qu'on nomme les preuves testimoniales1 c'est--dire1 d'admettre continuellement1 dans l'laboration fondamentale de leurs thories les plus positives1 des observations qui n'ont pu tre directement faites1 ni mme rptes1 par ceux qui les emploient1 et dont la ralit ne repose que sur le fidle tmoignage des explorateurs primitifs3 ce qui n'empche nullement de les employer sans cesse1 en concurrence avec des observations immdiates4 ,une telle ncessit est trop manifeste1 mme en astronomie1 et1 plus forte raison1 dans les sciences plus complexes et moins avances1 pour exiger ici aucune explication3 la science mathmatique elle-mme n'en est certainement point aussi affranchie qu'on le suppose d'ordinaire1 sans que d'ailleurs cette sorte d'exception spontane pt nullement infirmer l'incontestable justesse de cette remarque constante4 ,quelle science pourrait sortir de l'tat naissant1 quelle vraie division du travail intellectuel pourrait s'organiser1 mme en y amoindrissant excessivement l'tendue des spculations propres1 si chacun ne voulait employer que ses observations personnelles8 ,aussi personne n'ose-t-il1 vrai dire1 le soutenir directement1 parmi les plus systmatiques partisans du pyrrhonisme historique4 ,d'o vient donc qu'un tel paradoxe ne s'applique rellement aujourd'hui qu'aux seuls phnomnes sociaux8 ,c'est1 au fond1 parce qu'il fait partie intgrante de l'arsenal philosophique1 construit par la mtaphysique rvolutionnaire1 pour la dmolition intellectuelle de l'ancien systme politique4 ,beaucoup d'esprits peu avancs se croiraient encore presque forcs de rentrer sous le joug1 trop frachement et trop imparfaitement secou1 de la philosophie catholique1 s'ils admettaient1 par exemple1 l'authenticit essentielle des rcits bibliques1 dont la ngation mthodique fut le premier motif de ces aberrations logiques3 tel est1 d'ordinaire1 le grave inconvnient actuel de toute disposition anti-thologique qui ne repose point sur un suffisant dveloppement pralable de l'esprit positif4 ,footnote #be3 ,ces objections irrationnelles ne sont vraiment susceptibles de quelque porte spcieuse qu' l'gard des dtails secondaires1 qui1 par la nature des phnomnes sociaux1 ne sauraient gure y tre1 en effet1 connus avec une pleine certitude4 ,mais1 d'aprs les explications antrieures de cette leon1 il est vident que les faits trop spcialiss ne sauraient prcisment avoir1 en sociologie1 aucune vritable importance scientifique1 en y procdant surtout de l'ensemble aux parties1 comme je l'ai prouv4 ,les faits d'un certain degr de gnralit ou de composition1 les seuls que la science doive habituellement embrasser1 ne sauraient tre aucunement affects des diverses chances d'erreur tant exagres1 en ce genre1 par de prtendus philosophes4 de telles aberrations1 encore trop nuisibles1 se mlent aujourd'hui de plus en plus des erreurs moins grossires1 mais presque aussi fcheuses1 sur l'empirisme systmatique que l'on s'efforce d'imposer aux observations sociales1 surtout historiques1 lorsqu'on y interdit dogmatiquement1 titre d'impartialit1 l'emploi d'aucune thorie quelconque4 ,il serait difficile1 sans doute1 d'imaginer un dogme logique plus radicalement contraire au vritable esprit fondamental de la philosophie positive1 aussi bien qu'au caractre spcial qu'il doit affecter dans l'tude propre des phnomnes sociaux4 ,en quelque ordre de phnomnes que ce puisse tre1 mme envers les plus simples1 aucune vritable observation n'est possible qu'autant qu'elle est primitivement dirige et finalement interprte par une thorie quelconque3 tel est1 en effet1 le besoin logique qui a dtermin1 dans l'enfance de la raison humaine1 le premier essor de la philosophie thologique1 comme je l'ai tabli ds le commencement de cet ouvrage1 et comme je l'expliquerai bientt d'une manire plus spciale4 ,loin de dispenser aucunement de cette obligation fondamentale1 la philosophie positive ne fait1 au contraire1 que la dvelopper et la satisfaire de plus en plus1 mesure qu'elle multiplie et perfectionne les relations des phnomnes4 ,il est dsormais vident1 du point de vue vraiment scientifique1 que toute observation isole1 entirement empirique1 est essentiellement oiseuse1 et mme radicalement incertaine3 la science ne saurait employer que celles qui se rattachent1 au moins hypothtiquement1 une loi quelconque2 c'est une telle liaison qui constitue la principale diffrence caractristique entre les observations des savans et celles du vulgaire1 qui cependant embrassent essentiellement les mmes faits1 avec la seule distinction des points de vue2 les observations autrement conduites ne peuvent servir tout au plus qu' titre de matriaux provisoires1 exigeant mme le plus souvent une indispensable rvision ultrieure4 ,une telle prescription logique doit1 par sa nature1 devenir d'autant plus irrsistible qu'il s'agit de phnomnes plus compliqus1 o1 sans la lumineuse indication d'une thorie pralable1 d'ailleurs plus efficace quand elle est plus relle1 l'observateur ne saurait mme le plus souvent ce qu'il doit regarder dans le fait qui s'accomplit sous ses yeux3 c'est alors par la liaison des faits prcdens qu'on apprend vraiment voir les faits suivans4 ,on ne peut1 cet gard1 lever aucun doute en considrant successivement les tudes astronomiques1 physiques1 et chimiques1 et surtout enfin les diverses tudes biologiques1 o1 en vertu de l'extrme complication des phnomnes1 les bonnes observations sont si difficiles et encore si rares1 prcisment cause de la plus grande imperfection des thories positives4 ,en suivant cette irrsistible analogie scientifique1 il est donc vident d'avance que les observations sociales quelconques1 soit statiques1 soit dynamiques1 relatives au plus haut degr de complication possible des phnomnes naturels1 doivent exiger1 plus ncessairement encore que toutes les autres1 l'emploi continu de thories fondamentales destines lier constamment les faits qui s'accomplissent aux faits accomplis2 contrairement au prcepte profondment irrationnel si doctoralement soutenu de nos jours1 et dont l'application facile nous inonde de tant d'oiseuses descriptions4 ,plus on rflchira sur ce sujet1 plus on sentira nettement que1 surtout en ce genre1 mieux on aura li entre eux les faits connus1 mieux on pourra1 non-seulement apprcier1 mais mme apercevoir1 les faits encore inexplors4 ,je conviens que1 envers de tels phnomnes1 encore plus qu' l'gard de tous les autres1 cette ncessit logique doit augmenter gravement l'immense difficult fondamentale que prsente dj1 par la nature du sujet1 la premire institution rationnelle de la sociologie positive1 o l'on est ainsi oblig1 en quelque sorte1 de crer simultanment les observations et les lois1 vu leur indispensable connexit1 qui constitue une sorte de cercle vicieux1 d'o l'on ne peut sortir qu'en se servant d'abord de matriaux mal labors et de doctrines mal conues4 ,l'ensemble de ce volume fera juger comment je me suis acquitt d'une fonction intellectuelle aussi dlicate1 dont la juste apprciation pralable me vaudra1 j'espre1 quelque indulgence4 ,quoi qu'il en soit1 il est vident que l'absence de toute thorie positive est aujourd'hui ce qui rend les observations sociales si vagues et si incohrentes4 ,les faits ne manquent point1 sans doute1 puisque1 dans cet ordre de phnomnes encore plus clairement qu'en aucun autre1 les plus vulgaires sont ncessairement les plus importans1 malgr les puriles prtentions des vains collecteurs d'anecdotes secrtes3 mais ils restent profondment striles1 et mme essentiellement inaperus1 quoique nous y soyons plongs1 faute des dispositions intellectuelles et des indications spculatives1 indispensables leur vritable exploration scientifique#bf4 ,vu l'excessive complication de tels phnomnes1 leur observation statique ne saurait devenir vraiment efficace qu'en se dirigeant dsormais d'aprs une connaissance1 au moins bauche1 des lois essentielles de la solidarit sociale2 et il en est encore plus videmment de mme envers les faits dynamiques1 qui n'auraient aucun sens fixe si d'abord ils n'taient rattachs1 ft-ce par une simple hypothse provisoire1 aux lois fondamentales du dveloppement social4 ,ainsi1 l'esprit d'ensemble n'est donc pas seulement indispensable1 en physique sociale1 pour concevoir et poser convenablement les questions scientifiques1 de manire permettre le progrs effectif de la science1 comme je l'ai dj expliqu dans ce chapitre3 on voit maintenant qu'il doit aussi diriger essentiellement mme l'exploration directe1 afin qu'elle puisse acqurir et conserver un caractre vraiment rationnel1 et raliser les esprances lgitimes qu'on s'en forme d'abord4 ,c'est uniquement par-l que tant de prcieuses veilles1 si souvent perdues l'laboration pnible d'une rudition consciencieuse mais strile1 pourront tre enfin utilises1 pour le dveloppement de la saine philosophie sociale1 et l'honneur croissant des estimables esprits qui s'y livrent1 lorsque les rudits1 guids par les thories positives de la sociologie1 sauront finalement ce qu'ils doivent regarder au milieu des faits qu'ils recueillent1 et quel usage rationnel ils doivent destiner leurs travaux d'exploration4 ,bien loin de proscrire1 en aucune manire1 la vritable rudition1 envisage sous tous les divers aspects possibles1 la nouvelle philosophie politique lui fournira sans cesse1 par une stimulation et une alimentation galement spontanes1 de nouveaux et plus grands sujets1 des points de vue inesprs1 une plus noble destination1 et1 par suite1 une plus haute dignit scientifique4 ,elle n'cartera essentiellement que les travaux sans but1 sans principe1 et sans caractre1 qui ne tendent qu'a encombrer la science d'oiseuses et puriles dissertations ou d'aperus vicieux et incohrens2 comme la physique actuelle condamne les simples compilateurs d'observations purement empiriques3 et toutefois mme1 quant au pass1 elle rendra justice au zle respectable de ceux qui1 malgr de frivoles ddains philosophiques1 et quoique guids seulement par d'irrationnelles conceptions1 ont entretenu1 avec une opinitret instinctive1 l'habitude essentielle des laborieuses recherches historiques4 ,sans doute1 en ce genre de phnomnes1 ainsi qu'en tout autre1 et mme davantage qu'en aucun autre1 attendu sa complication suprieure1 on pourra craindre que l'emploi direct et continu des thories scientifiques n'altre quelquefois les observations relles1 en y faisant voir mal propos la vrification illusoire de certains prjugs spculatifs1 dpourvus d'un fondement suffisant4 ,mais cet inconvnient spontan de l'exploration rationnelle peut tre essentiellement vit1 dans tous les cas importans1 l'aide des prcautions que suggre toujours la culture effective de la science1 et en subordonnant les premiers rapprochemens aux rectifications ultrieures fondes sur un ensemble de faits plus tendu4 ,si l'on pouvait voir1 en un tel danger1 un motif suffisant de rtablir la prpondrance d'un empirisme prtendu1 on ne ferait1 en ralit1 que substituer aux indications de thories plus ou moins rationnelles1 mais sans cesse rectifiables1 les inspirations de doctrines essentiellement mtaphysiques1 dont l'application ne comporte aucune stabilit2 puisque l'absence de toute conception directrice serait d'ailleurs ncessairement chimrique4 ,en transportant habituellement notre intelligence du domaine de l'idalit dans celui de la ralit1 les thories positives doivent videmment1 par leur nature1 exposer infiniment moins que toutes les autres voir dans les faits ce qui n'y est point4 ,caractrises par une subordination continue et systmatique de l'imagination l'observation1 leur usage exclusif dispose directement l'observateur se prmunir sans cesse contre un tel entranement2 et1 quoique la faiblesse de notre intelligence ne permette point de garantir qu'il y rsistera toujours avec succs1 un tel rgime est nanmoins le plus propre1 sans aucun doute1 prvenir ce grave danger spculatif1 qui tend altrer1 par sa base indispensable1 le systme entier de la science relle4 ,il serait1 certes1 fort trange que la considration de ce pril pt aujourd'hui conduire motiver1 en philosophie politique1 le maintien de la mthode mtaphysique1 qui1 par sa nature1 y plonge ncessairement notre intelligence d'une manire presque indfinie1 en offrant toujours des chances plausibles d'une vague vrification historique aux plus irrationnelles proccupations quelconques4 ,footnote #bf3 ,on croit souvent que les phnomnes sociaux doivent tre trs faciles a observer1 parce qu'ils sont trs communs1 et que l'observateur1 d'ordinaire1 y participe lui-mme plus ou moins4 ,mais ce sont prcisment cette vulgarit et cette personnalit qui doivent ncessairement concourir1 avec une complication suprieure1 rendre plus difficile ce genre d'observations1 en loignant directement l'observateur des dispositions intellectuelles convenables une exploration vraiment scientifique4 ,on n'observe bien1 en gnral1 qu'en se plaant en dehors1 et l'influence prpondrante d'une thorie quelconque1 surtout positive1 peut seule produire et maintenir1 envers les phnomnes sociaux1 une telle inversion habituelle du point de vue spontan4 ,je ne parle ici d'ailleurs que des conditions purement spculatives1 sans considrer mme l'hallucination plus ou moins profonde que l'entranement des passions dtermine si naturellement en un tel sujet1 et qui ne peut videmment tre suffisamment prvenue ou dissipe que par l'intime et familire proccupation des thories les plus positives4 ,on voit donc que1 par la nature mme de la science sociale1 l'observation proprement dite y a ncessairement besoin1 d'une manire plus profonde encore et plus spciale qu'en aucun autre cas1 d'une intime subordination continue l'ensemble des spculations positives sur les lois relles de la solidarit ou de la succession de phnomnes aussi minemment compliqus4 ,aucun fait social ne saurait avoir de signification vraiment scientifique sans tre immdiatement rapproch de quelque autre fait social3 purement isol1 il reste invitablement l'tat strile de simple anecdote1 susceptible tout au plus de satisfaire une vaine curiosit1 mais incapable d'aucun usage rationnel4 ,une telle subordination doit sans doute augmenter directement la difficult fondamentale1 dj si prononce1 qui caractrise les observations sociales1 et doit ainsi concourir aujourd'hui rendre1 en ce genre1 les bons observateurs encore plus rares1 quoique elle doive1 au contraire1 les multiplier ultrieurement1 mesure que la science relle se dveloppera4 ,mais cette condition intellectuelle est si videmment impose par la nature du sujet1 qu'on ne saurait voir1 dans la remarque prcdente1 qu'une confirmation nouvelle de la ncessit1 dj surabondamment prouve1 en quelque sorte1 depuis le commencement de ce volume1 de ne confier dsormais la culture habituelle des thories sociales qu'aux esprits les mieux organiss1 convenablement prpars par l'ducation la plus rationnelle4 ,du reste1 le prcepte logique sur lequel je viens d'insister n'est1 vrai dire1 que la suite naturelle et l'indispensable complment de l'obligation fondamentale1 antrieurement tablie dans cette leon1 de rendre l'esprit d'ensemble essentiellement prpondrant dans les tudes sociologiques1 en y procdant surtout du systme aux lmens4 ,enfin1 ce prcepte lui-mme1 envisag sous un autre aspect1 constitue1 mes yeux1 d'une manire aussi dcisive que directe1 l'vidente vrification gnrale1 envers l'observation pure1 de cette invitable extension des moyens essentiels d'exploration que j'ai ci-dessus rappele devoir priori caractriser la science sociologique4 ,car1 ainsi explors d'aprs des vues rationnelles de solidarit ou de succession1 les phnomnes sociaux comportent1 sans aucun doute1 des moyens d'observation bien plus varis et plus tendus que tous les autres phnomnes moins compliqus4 ,c'est ainsi que non-seulement l'inspection immdiate ou la description directe des vnemens quelconques1 mais encore la considration des coutumes les plus insignifiantes en apparence1 l'apprciation des diverses sortes de monumens1 l'analyse et la comparaison des langues1 etc41 et une foule d'autres voies plus ou moins importantes1 peuvent offrir la sociologie d'utiles moyens continus d'exploration positive3 en un mot1 tout esprit rationnel1 prpar par une ducation convenable1 pourra parvenir1 aprs un suffisant exercice1 convertir instantanment en prcieuses indications sociologiques les impressions spontanes qu'il reoit de presque tous les vnemens que la vie sociale peut lui offrir1 d'aprs les points de contact plus ou moins directs qu'il y saura toujours apercevoir avec les plus hautes notions de la science1 en vertu de l'universelle connexit des divers aspects sociaux4 ,si donc cette connexit caractristique constitue d'abord la principale source des difficults propres aux observations sociales1 on voit finalement aussi que1 par une sorte de compensation incomplte1 elle tend ncessairement y tendre et y varier1 au plus haut degr1 les procds essentiels d'exploration scientifique4 ,le second mode fondamental de l'art d'observer1 o l'exprimentation proprement dite1 semble1 par une premire apprciation1 devoir tre entirement interdit la science nouvelle que nous constituons ici3 ce qui d'ailleurs ne l'empcherait nullement de pouvoir tre pleinement positive4 ,mais1 en y regardant avec attention1 on peut aisment reconnatre que cette science n'est point1 en ralit1 totalement prive1 par sa nature1 d'une telle ressource gnrale1 quoique ce ne soit pas1 beaucoup prs1 la principale qu'elle doive employer4 ,il suffit1 pour cela1 d'y distinguer convenablement1 d'aprs la nature des phnomnes1 entre l'exprimentation directe et l'exprimentation indirecte1 comme je l'ai fait dans les deux volumes prcdens4 ,nous avons surtout reconnu1 au troisime volume1 que le vrai caractre philosophique du mode exprimental ne consiste point essentiellement dans cette institution artificielle des circonstances du phnomne1 qui1 pour le vulgaire des savans1 constitue aujourd'hui le principal attribut d'un tel genre d'explorations4 ,que le cas soit naturel ou factice1 nous savons que l'observation y mrite rellement toujours le nom propre d'exprimentation1 toutes les fois que l'accomplissement normal du phnomne y prouve1 d'une manire quelconque1 une altration bien dtermine1 sans que la spontanit de cette altration puisse dtruire l'efficacit scientifique propre toute modification des circonstances habituelles du phnomne pour en mieux clairer la production effective4 ,c'est surtout en ce sens que le mode exprimental peut rellement appartenir aux recherches sociologiques4 ,envers les tudes purement biologiques1 nous avons constat que1 d'aprs la complication et la solidarit ncessaires de leurs phnomnes1 les expriences directes1 par voie artificielle1 y devaient tre le plus souvent d'une institution trop difficile et d'une interprtation trop quivoque pour qu'on y dt rationnellement compter beaucoup sur leur usage habituel4 ,cette complication et cette solidarit tant ici bien plus prononces encore1 il est vident qu'un tel genre d'expriences ne saurait aucunement convenir la sociologie1 quand mme il y serait moralement admissible et physiquement praticable4 ,une perturbation factice dans l'un quelconque des lmens sociaux1 devant ncessairement1 soit par les lois d'harmonie ou celles de succession1 retentir bientt sur tous les autres1 l'exprience1 abstraction faite de son institution chimrique1 serait alors radicalement dpourvue de toute importante valeur scientifique1 par l'irrcusable impossibilit d'isoler suffisamment aucune des conditions ni aucun des rsultats du phnomne3 en sorte qu'il faut peu regretter qu'un tel mode d'exploration devienne ici essentiellement inapplicable4 ,mais j'ai dmontr1 en philosophie biologique1 que les cas pathologiques1 par suite mme de leur spontanit1 constituaient1 en gnral1 le vritable quivalent scientifique de la pure exprimentation1 en ce que1 quoique indirectes1 les expriences naturelles qu'ils nous offrent sont plus minemment appropries l'tude des corps vivans1 envisags sous un aspect quelconque1 et cela d'autant plus qu'il s'agissait de phnomnes plus complexes et d'organismes plus minens4 ,or1 les mmes considrations philosophiques sont1 plus forte raison1 essentiellement applicables aux tudes sociologiques1 et y doivent conduire des conclusions semblables1 et encore mieux motives1 sur la prpondrance ncessaire de l'analyse pathologique1 comme mode indirect d'exprimentation convenable l'organisme le plus lev et aux phnomnes les plus composs qu'on puisse concevoir4 ,ici1 cette analyse pathologique consiste essentiellement dans l'examen des cas1 malheureusement trop frquens1 o les lois fondamentales1 soit de l'harmonie1 soit de la filiation1 prouvent1 dans l'tat1 social1 des perturbations plus ou moins prononces1 par des causes accidentelles ou passagres1 d'ailleurs spciales ou gnrales1 comme on le voit surtout aux diverses poques rvolutionnaires1 et principalement aujourd'hui4 ,ces perturbations quelconques constituent1 pour l'organisme social1 l'analogue exact des maladies proprement dites de l'organisme individuel3 et je ne crains pas d'avancer que cette assimilation philosophique sera d'autant mieux apprcie1 tous gards1 proportion garde de l'ingale complication des organismes1 qu'on la soumettra une discussion plus approfondie4 ,dans l'un et l'autre cas1 c'est sans doute faire un noble usage de la raison humaine1 comme je l'ai indiqu au volume prcdent1 que de l'appliquer mieux dvoiler les lois relles de notre nature1 soit individuelle1 soit sociale1 par l'analyse scientifique des dsordres plus ou moins graves dont son dveloppement est ncessairement accompagn4 ,mais si1 envers les recherches biologiques proprement dites1 nous avons dj reconnu que l'exploration pathologique y est jusqu'ici fort imparfaitement institue1 on conoit d'avance combien elle doit tre encore plus vicieuse l'gard des questions sociologiques elles-mmes1 o l'on n'en a jamais tir1 vrai dire1 aucun secours important1 quoique les matriaux y abondent4 ,cette strilit radicale tient surtout ce que l'exprimentation quelconque1 directe ou indirecte1 peut encore moins se passer que la simple observation d'une subordination fondamentale des conceptions rationnelles1 pour acqurir une vritable utilit scientifique4 ,les motifs de cette indispensable subordination tant ncessairement les mmes que dans le cas prcdemment discut1 il serait entirement superflu d'en reproduire ici l'indication sommaire1 dont la pratique sociale ne nous offre que trop l'clatante confirmation journalire4 ,ne voyons-nous pas1 surtout aujourd'hui1 les expriences politiques les plus dsastreuses incessamment renouveles1 avec des modifications aussi insignifiantes qu'irrationnelles1 quoique leurs premiers accomplissemens eussent d suffire pour faire pleinement apprcier l'inefficacit et le danger des expdiens proposs8 ,je sais quelle est1 cet gard1 la part capitale qu'il faut faire l'invitable ascendant des passions humaines3 mais aussi on oublie trop1 d'un autre ct1 que le dfaut d'une analyse rationnelle suffisamment prpondrante doit constituer directement l'une des principales causes de l'infructueux enseignement tant reproch aux expriences sociales1 dont le cours spontan deviendrait1 sans doute1 plus instructif1 s'il pouvait tre mieux observ4 ,on pense1 il est vrai1 que les cas de perturbation sociale sont impropres dvoiler les lois fondamentales de l'organisme politique1 que l'on regarde alors comme dtruites ou du moins suspendues3 c'est la mme erreur qu'envers l'organisme individuel2 et elle est ici bien plus excusable1 puisque l'tat normal lui-mme n'est point encore suffisamment conu comme soumis de vritables lois4 ,mais1 au fond1 le principe essentiel1 tabli surtout par les travaux de l'illustre ,broussais1 destin dsormais caractriser l'esprit philosophique de la pathologie positive1 est1 par sa nature1 aussi bien applicable l'organisme social qu' l'organisme individuel4 ,en tous deux1 les cas pathologiques ne sauraient constituer aucune violation relle des lois fondamentales de l'organisme normal1 dont les phnomnes essentiels sont alors modifis seulement dans leurs divers degrs1 sans pouvoir jamais l'tre dans leur nature ni dans leurs relations1 comme je l'ai expliqu en philosophie biologique4 ,les perturbations sociales surtout sont ncessairement du mme ordre que les modifications dtermines dans l'ensemble des lois sociologiques par les diffrentes causes secondaires dont j'ai ci-dessus circonscrit l'influence gnrale entre d'invitables limites3 il n'y a de distinction relle tablir1 sous ce rapport1 que de la discontinuit des unes la continuit des autres1 ce qui ne saurait certainement altrer le principe4 ,puis donc que les lois fondamentales subsistent toujours essentiellement en un tat quelconque de l'organisme social1 il y a lieu de conclure rationnellement1 avec les prcautions convenables1 de l'analyse scientifique des perturbations la thorie positive de l'existence normale4 ,tel est le fondement philosophique de l'utilit essentielle propre cette sorte d'exprimentation indirecte et involontaire pour dvoiler l'conomie relle du corps social d'une manire plus prononce que ne peut le faire la simple observation1 dont elle constitue ainsi1 comme en tout autre sujet1 l'indispensable complment gnral4 ,par sa nature1 ce procd est applicable tous les ordres de recherches sociologiques1 soit qu'il s'agisse de l'existence ou du mouvement1 envisags l'un ou l'autre sous un aspect quelconque1 physique1 intellectuel1 moral ou politique1 et tous les degrs possibles de l'volution sociale1 o les perturbations n'ont malheureusement jamais manqu4 ,quant son extension effective1 il serait prmatur de vouloir ici la mesurer en gnral1 puisque ce procd n'a pu tre encore rellement appliqu aucune recherche de philosophie politique1 et ne pourra devenir usuel que par le dveloppement ultrieur de la nouvelle science que je m'efforce de constituer4 ,mais il tait nanmoins indispensable de le signaler aussi en le caractrisant sommairement1 comme l'un des moyens fondamentaux d'exploration propres la physique sociale4 ,considrant enfin la mthode comparative proprement dite1 je dois d'abord1 ce sujet1 renvoyer le lecteur aux explications fondamentales que j'ai suffisamment prsentes1 en philosophie biologique1 pour dmontrer la prpondrance ncessaire d'un tel procd dans les tudes quelconques dont les corps vivans peuvent devenir le sujet1 et avec une vidence d'autant plus irrsistible que les phnomnes se compliquent davantage ou que l'organisme s'lve4 ,ces motifs essentiels tant ici essentiellement les mmes1 un degr plus prononc1 je puis abrger notre examen actuel en chargeant le lecteur d'oprer1 sous les modifications convenables1 cette reproduction spontane4 ,je dois maintenant me borner signaler suffisamment les seules diffrences capitales par lesquelles se distingue ncessairement l'application gnrale de l'art comparatif l'ensemble des recherches sociologiques4 ,une aveugle imitation du procd biologique entranerait d'abord mconnatre irrationnellement les vraies analogies logiques entre les deux sciences1 puisque la comparaison des diverses parties de la hirarchie animale1 que nous avons vu constituer1 en biologie1 le principal caractre de la mthode comparative1 ne saurait1 au contraire1 avoir1 en sociologie1 qu'une importance secondaire4 ,mais c'est qu'au fond1 comme nous allons le reconnatre1 ce n'est point l1 pour cette dernire science1 le vritable quivalent scientifique de la conception fondamentale de la srie organique4 ,toutefois1 je suis convaincu que la prpondrance trop prolonge de la philosophie thologico-mtaphysique dans un tel ordre d'ides inspire aujourd'hui un ddain fort irrationnel contre tout rapprochement scientifique de la socit humaine avec aucune autre socit animale4 ,quand les tudes sociales seront enfin convenablement diriges par l'esprit positif1 on ne tardera point1 sans doute1 y reconnatre l'utilit permanente1 et1 en plusieurs cas1 la ncessit1 d'y introduire1 un certain degr1 la comparaison sociologique de l'homme aux autres animaux1 et surtout aux mammifres les plus levs1 du moins aprs que les socits animales1 encore si mal connues1 auront t enfin mieux observes et mieux apprcies4 ,les motifs d'une telle comparaison sont fort analogues ceux qui nous en ont expliqu1 dans le volume prcdent1 la haute importance pour l'tude de la vie individuelle1 en ce qui concerne les phnomnes intellectuels et moraux1 dont les phnomnes sociaux constituent la suite ncessaire et le complment naturel4 ,aprs avoir long-temps mconnu cette importance envers le premier cas1 tous les bons esprits commencent aujourd'hui y sentir la ralit et la porte d'un procd aussi capital3 il en sera ultrieurement de mme l'gard du second cas1 quoique ce mode y doive tre moins essentiel4 ,le principal dfaut d'un tel ordre de comparaisons sociologiques sera1 sans doute1 d'tre born1 par sa nature1 aux seules considrations statiques1 sans pouvoir atteindre jusqu'aux considrations dynamiques1 qui doivent constituer1 surtout de nos jours1 le sujet prpondrant et direct de la science4 ,cette restriction rsulte videmment de ce que l'tat social des animaux1 sans tre1 en ralit1 aussi absolument fixe qu'on l'imagine1 n'prouve essentiellement1 depuis que la prpondrance humaine s'est pleinement dveloppe1 que d'imperceptibles variations1 nullement comparables la progression continue de l'humanit1 envisage mme dans son essor primitif le moins prononc4 ,mais rduite la statique sociale1 l'utilit scientifique d'une telle comparaison me semble vraiment incontestable1 pour y mieux caractriser les lois les plus lmentaires de la solidarit fondamentale1 en manifestant directement1 avec une vidence irrsistible1 leur vrification spontane dans l'tat de socit le plus imparfait1 de manire pouvoir mme quelquefois inspirer1 en outre1 d'utiles inductions sur la socit humaine4 ,rien n'est plus propre surtout faire ressortir combien sont pleinement naturelles les principales relations sociales1 que tant d'esprits sophistiques croient encore aujourd'hui pouvoir transformer au gr de leurs vaines prtentions3 ils cesseront1 sans doute1 de regarder comme factices et arbitraires les liens fondamentaux de la famille humaine1 en les retrouvant1 avec le mme caractre essentiel1 chez les animaux1 et d'une manire d'autant plus prononce que l'organisme y devient plus lev1 plus rapproch de l'organisme humain4 ,en un mot1 pour tout ce qui concerne les premiers germes des relations sociales1 les premires institutions qui ont fond spontanment l'unit de la famille ou de la tribu1 dans cette partie lmentaire de la sociologie qui se confond presque avec la biologie intellectuelle et morale ou du moins avec ce qu'on nomme l'histoire naturelle de l'homme1 dont elle semble constituer un simple prolongement gnral1 il y aura1 non-seulement un grand avantage scientifique1 mais une vraie ncessit philosophique1 employer convenablement la comparaison rationnelle de la socit humaine aux autres socits animales2 comme quelques philosophes l'ont dj souponn1 et surtout ,fergusson1 qui en a le mieux pressenti l'importance4 ,peut-tre mme ne faudra-t-il point1 cet gard1 se borner absolument1 parmi les socits animales1 celles qui offrent un caractre de coopration vraiment volontaire1 analogue celui des socits humaines2 quoique leur considration doive tre1 par ce motif1 essentiellement prpondrante1 l'esprit scientifique1 tendant un tel mode d'exploration jusqu' son dernier terme logique1 pourra trouver aussi quelque utilit1 sous ce rapport1 descendre jusqu' l'examen de ces tranges socits1 propres aux animaux infrieurs1 o une coopration involontaire rsulte d'une indissoluble union organique1 soit par simple adhrence1 soit aussi par continuit relle#bg4 ,en supposant que la science ne dt immdiatement retirer aucun avantage direct de cet entier dveloppement rationnel de la comparaison sociologique1 il n'en serait certainement point ainsi de la mthode1 qui y gagnerait aussitt une plus parfaite homognit1 par suite d'une plus exacte similitude avec la manire de procder dans les tudes biologiques4 ,l'habituelle comparaison scientifique1 aussi bien sociale qu'individuelle1 de l'homme aux autres animaux1 est minemment propre1 par sa nature1 mieux liminer cet esprit absolu qui constitue encore aujourd'hui le vice principal de la philosophie politique4 ,il me semble d'ailleurs1 mme sous le rapport pratique1 que l'insolent orgueil qui porte certaines castes se regarder en quelque sorte comme d'une autre espce que le reste de l'humanit n'est pas1 en ralit1 sans quelque intime affinit philosophique avec l'irrationnel ddain contre tout rapprochement effectif entre la nature humaine et les autres natures animales4 ,nanmoins1 quelle que soit l'importance scientifique de ces diverses considrations1 elles ne sauraient essentiellement convenir qu' un trait mthodique et spcial de philosophie sociale1 tel que celui dj annonc1 o elles exerceront ultrieurement leur influence ncessaire4 ,mais1 ici1 dans cette premire conception de la science1 o1 par des motifs prcdemment expliqus1 je dois surtout avoir en vue la dynamique sociale1 laquelle ce genre de comparaisons est presque inapplicable1 il est vident que je ne saurais en faire aucun usage important1 au moins direct4 ,toutefois1 ce titre mme1 il tait1 ce me semble1 d'autant plus indispensable de signaler ici1 avec plus d'insistance1 cette partie de la mthode comparative1 afin qu'elle ne restt point inaperue1 ce qui aurait de graves inconvniens scientifiques1 comme je viens de l'indiquer4 ,les procds logiques frquemment usits sont ordinairement assez caractriss par leur application effective1 pour que leur pralable apprciation gnrale puisse1 au contraire1 se rduire au plus indispensable examen de leur proprits fondamentales4 ,footnote #bg3 ,on a quelquefois compar l'ensemble de l'humanit une sorte d'immense polype1 s'tendant sur le globe entier4 ,mais cette mtaphore pdantesque1 o l'on s'efforce de caractriser un phnomne trs connu en l'assimilant un autre qui l'est beaucoup moins1 tmoigne rellement une trs imparfaite apprciation philosophique de notre solidarit sociale1 et surtout une haute ignorance biologique du genre d'existence propre aux polypiers4 ,elle conduit rapprocher une association volontaire et facultative d'une participation involontaire et indissoluble2 un systme dont les divers lmens1 malgr leur originalit propre1 s'affectent toujours rciproquement1 est ainsi assimil un systme essentiellement inverse1 o les parties1 quoique insparables1 n'exercent jamais directement aucune action mutuelle1 au point que les unes prissent pendant que les autres naissent1 sans que le reste en soit aucunement altr4 ,afin que les principales formes distinctes propres1 en sociologie1 la mthode comparative soient ici toujours considres dans l'ordre successif de leur importance croissante1 je dois maintenant y signaler le mode capital qui consiste en un rapprochement rationnel des divers tats co-existans de la socit humaine sur les diffrentes portions de la surface terrestre1 envisags surtout chez des populations pleinement indpendantes les unes des autres4 ,rien n'est plus propre qu'un tel procd caractriser nettement les diverses phases essentielles de l'volution humaine1 ds lors susceptibles d'tre simultanment explores1 de manire faire ressortir1 d'une manire plus directe et plus sensible1 leurs attributs prpondrans4 ,bien que la progression fondamentale de l'humanit soit ncessairement unique1 en ce qui concerne le dveloppement total1 il est nanmoins incontestable que1 par un concours de causes sociales1 fort mal analys jusqu'ici dans la plupart des cas1 des populations trs considrables1 et surtout trs varies1 n'ont encore atteint qu' des degrs ingalement infrieurs de ce dveloppement gnral2 en sorte que1 par suite de cette ingalit1 les divers tats antrieurs des nations les plus civilises se retrouvent aujourd'hui essentiellement1 malgr d'invitables diffrences secondaires1 chez les peuples contemporains rpartis en divers lieux du globe#bh4 ,comme l'observation proprement dite1 dont il constitue la modification la plus spontane1 ce mode comparatif prsente d'abord l'avantage vident d'tre pareillement applicable aux deux ordres essentiels de spculations sociologiques1 les unes statiques1 les autres dynamiques1 de manire vrifier galement les lois de l'existence et celles du mouvement1 ou mme fournir quelquefois1 leur gard1 de prcieuses inductions directes4 ,en second lieu1 il s'tend essentiellement aujourd'hui1 en ralit1 tous les degrs possibles de l'volution sociale1 dont tous les traits caractristiques peuvent ainsi tre effectivement soumis notre immdiate observation3 depuis les malheureux habitans de la terre de ,feu jusqu'aux peuples les plus avancs de l',europe occidentale1 on ne saurait imaginer aucune nuance sociale qui ne se trouve actuellement ralise en certains points du globe1 et mme presque toujours en plusieurs localits nettement spares4 ,dans la partie historique de ce volume1 j'aurai l'occasion de montrer que certaines phases intressantes1 quoique secondaires1 du dveloppement social1 dont l'histoire de notre civilisation ne laisse aucuns vestiges apprciables1 ne peuvent tre connues que par cette indispensable exploration comparative3 et ce ne sont pas1 comme on pourrait le croire1 les degrs les plus infrieurs de l'volution humaine1 l'gard desquels une telle proprit n'est plus aujourd'hui contestable4 ,mme pour les phases les plus historiques1 il y a toujours de nombreux intermdiaires qui ne comportent galement que ce mode indirect d'observation4 ,telles sont les principales proprits qui caractrisent1 en sociologie1 cette seconde partie essentielle de la mthode comparative1 si heureusement destine vrifier les indications directes de l'analyse historique proprement dite1 et surtout mme combler suffisamment ses invitables lacunes4 ,l'usage gnral de ce procd sociologique est minemment rationnel1 puisqu'il repose directement sur le principe1 ci-dessus tabli1 de l'identit ncessaire et constante du dveloppement fondamental de l'humanit1 d'aprs l'irrsistible prpondrance du type commun de la nature humaine1 au milieu des diversits quelconques de climat1 et mme de race1 les diffrences relles ne pouvant affecter que la vitesse effective de chaque volution sociale4 ,footnote #bh3 ,sans sortir d'une mme nation1 on pourrait1 jusqu' un certain point1 comparer1 par un rapprochement encore plus intime1 les principales phases de la civilisation humaine1 en y considrant l'tat social des diffrentes classes1 trs ingalement contemporaines4 ,la capitale du monde civilis renferme aujourd'hui dans son sein des reprsentans plus ou moins fidles de presque tous les degrs antrieurs de l'volution sociale1 surtout sous le rapport intellectuel4 ,mais1 malgr leur apparente facilit1 de telles observations sont1 par leur nature1 trop peu dcisives1 pour acqurir jamais une vritable importance scientifique1 cause de l'invitable influence commune qu'exerce1 mme alors1 l'esprit gnral de l'poque1 et qui ne permet une exacte analyse de ces incontestables diffrences qu' l'aide d'une thorie sociologique dj trs avance1 sans laquelle on s'exposerait ainsi de graves erreurs4 ,mais1 aprs avoir convenablement apprci les prcieux attributs d'un tel procd1 il importe beaucoup1 pour la constitution rationnelle de la nouvelle philosophie politique1 de prvenir1 cet gard1 une exagration trop naturelle aujourd'hui1 en signalant maintenant1 avec non moins de scrupule1 les graves dangers scientifiques qui lui sont propres1 et qui1 malgr tous ses avantages rels1 ne permettent nullement de lui confier la principale direction des observations sociologiques4 ,son premier dfaut1 la fois le plus grave et le plus invitable1 consiste en ce que1 par sa nature1 il n'a aucun gard la succession ncessaire des divers tats sociaux1 qu'il tend directement1 au contraire1 prsenter comme co-existans4 ,un usage trop exclusif1 ou seulement mme trop prpondrant1 de ce mode d'exploration pourrait donc conduire souvent mconnatre1 d'une manire plus ou moins vicieuse1 l'ordre fondamental suivant lequel ces diffrens degrs de l'volution humaine ont d rsulter les uns des autres2 et l'on peut ajouter qu'il y conduirait infailliblement1 si cet ordre n'tait pas dj essentiellement tabli par une meilleure voie scientifique3 or1 nous savons combien une telle notion est capitale en sociologie1 ce qui doit faire apprcier toute l'importance d'un pareil inconvnient4 ,pour en mieux saisir la porte1 il faut considrer1 en second lieu1 que l'incohrence spontane1 propre ce genre d'observations sociologiques comparatives1 ne permet gure1 quand elles sont isolment employes1 d'apercevoir exactement la filiation relle des divers systmes de socit1 mme en supposant que l'ordre positif en ft pralablement connu4 ,a l'un et l'autre titre1 il serait ais de citer ici une foule d'exemples irrcusables de semblables erreurs1 chez les philosophes les plus distingus2 mais la nature minemment dogmatique de cet ouvrage m'oblige m'abstenir de pareilles indications critiques1 auxquelles le lecteur supplera facilement4 ,en continuant m'en tenir aux prceptes1 je dois signaler enfin l'inconvnient1 non moins caractristique1 de ce mode comparatif1 de tendre faire mal apprcier les divers cas ainsi observs1 en y prenant de simples modifications secondaires pour des phases principales du dveloppement social4 ,c'est surtout par-l qu'on a t conduit se former les notions les plus vicieuses sur l'influence politique du climat1 en attribuant son action des diffrences sociales qui devaient tre surtout rapportes l'ingalit d'volution2 quelquefois1 mais plus rarement1 la mprise1 toujours pareillement irrationnelle1 a t inverse3 il est clair1 en effet1 que1 dans l'usage propre d'un tel procd1 rien ne saurait directement indiquer laquelle des deux classes doit rellement appartenir chaque diversit constate4 ,la mme tendance vicieuse se manifeste aussi1 un degr ordinairement plus prononc1 en ce qui concerne les diffrentes races humaines4 ,car1 ces comparaisons sociologiques simultanes doivent souvent avoir lieu1 surtout dans les cas importans1 entre des populations appartenant des varits distinctes de l'espce humaine2 attendu que cette modification physiologique parat avoir t1 en beaucoup d'occasions1 une des causes essentielles1 si ce n'est mme la principale1 de l'ingale vitesse d'une volution toujours ncessairement commune4 ,on est donc ainsi essentiellement expos confondre l'influence de la race et celle de l'ge social1 soit qu'on exagre ou qu'on mconnaisse l'une ou l'autre4 ,il faut d'ailleurs ajouter que le climat vient aussi introduire habituellement une troisime source d'interprtation des phnomnes comparatifs1 qui1 alternativement conforme et contraire chacune des deux autres1 tend augmenter les chances invitables d'illusion sociologique1 et rendre presque inextricable l'analyse comparative dont on avait attendu d'irrcusables lumires4 ,d'aprs cette double apprciation contradictoire1 suffisamment exacte quoique trs sommaire1 nous sommes spontanment conduits vrifier spcialement1 pour ce mode usuel de la mthode comparative en sociologie1 ce qui a dj t nettement constat ci-dessus1 d'abord quant l'observation proprement dite1 et ensuite pour l'exprimentation3 c'est--dire1 la haute impossibilit d'employer utilement un tel procd sans que son application primitive et son interprtation finale soient constamment diriges par une premire conception rationnelle1 trs gnrale sans doute mais pleinement positive1 de l'ensemble du dveloppement fondamental de l'humanit4 ,rien ne saurait dispenser d'une condition philosophique aussi clairement reproduite sous diverses faces1 par l'examen attentif de la nature des recherches sociologiques4 ,son accomplissement continu pourra seul prvenir ou temprer suffisamment les graves inconvniens1 que nous avons reconnus propres ce mode d'exploration1 et permettra ds-lors de dvelopper librement les prcieux attributs qui le caractrisent4 ,on voit ainsi de plus en plus combien sont absurdes et dangereuses1 soit pour la thorie ou la pratique1 quant la science ou la mthode1 les vaines dclamations sophistiques des partisans de l'empirisme systmatique1 ou des aveugles dtracteurs absolus de toute spculation sociale2 puisque c'est prcisment mesure qu'elles s'lvent et se gnralisent que les principales notions de philosophie politique deviennent la fois plus relles et plus efficaces1 l'illusion et la strilit tant surtout rserves aux conceptions trop troites et trop spciales1 soit scientifiques1 soit logiques4 ,mais1 en poursuivant le cours rgulier de notre sujet1 il rsulte videmment de la conclusion prcdente que cette premire bauche indispensable de la sociologie gnrale1 qui doit ncessairement diriger l'application habituelle des divers modes d'exploration ci-dessus apprcis1 repose directement elle-mme sur l'usage primitif d'une nouvelle mthode d'observation1 dont le caractre plus rationnel1 mieux adapt la nature des phnomnes1 soit spontanment exempt des graves dangers que les autres prsentent1 diffrens titres1 dsormais suffisamment examins4 ,or1 c'est ce qui existe en effet1 et nous sommes ainsi finalement conduits1 par une marche graduelle1 l'apprciation directe de cette dernire partie de la mthode comparative que je dois distinguer1 en sociologie1 sous le nom de mthode historique proprement dite1 dans laquelle rside essentiellement1 par la nature mme d'une telle science1 la seule base fondamentale sur laquelle puisse rellement reposer le systme de la logique politique4 ,la comparaison historique des divers tats conscutifs de l'humanit ne constitue pas seulement le principal artifice scientifique de la nouvelle philosophie politique3 son dveloppement rationnel formera directement aussi le fond mme de la science1 en ce qu'elle pourra offrir de plus caractristique tous gards4 ,c'est surtout ainsi que la science sociologique doit d'abord se distinguer profondment de la science biologique proprement dite1 ainsi que je l'expliquerai spcialement dans la leon suivante4 ,en effet1 le principe positif de cette indispensable sparation philosophique rsulte de cette influence ncessaire des diverses gnrations humaines sur les gnrations suivantes1 qui1 graduellement accumule d'une manire continue1 finit bientt par constituer la considration prpondrante de l'tude directe du dveloppement social4 ,tant que cette prpondrance n'est point immdiatement reconnue1 cette tude positive de l'humanit doit rationnellement paratre un simple prolongement spontan de l'histoire naturelle de l'homme4 ,mais1 ce caractre scientifique1 fort convenable en se bornant aux premires gnrations1 s'efface ncessairement de plus en plus mesure que l'volution sociale commence se manifester davantage1 et doit se transformer finalement1 quand une fois le mouvement humain est bien tabli1 en un caractre tout nouveau1 directement propre la science sociologique1 o les considrations historiques doivent immdiatement prvaloir4 ,quoique cette analyse historique ne semble destine1 par sa nature1 qu' la seule sociologie dynamique1 il est nanmoins incontestable qu'elle s'tend ncessairement au systme entier de la science1 sans aucune distinction de parties1 en vertu de leur parfaite solidarit4 ,outre que la dynamique sociale constitue finalement le principal objet de la science1 on sait d'ailleurs1 comme je l'ai prcdemment expliqu1 que la statique sociale en est1 au fond1 rationnellement insparable1 malgr l'utilit relle d'une telle distinction spculative1 puisque les lois de l'existence se manifestent surtout pendant le mouvement4 ,ce n'est pas seulement sous le point de vue scientifique proprement dit que l'usage prpondrant de la mthode historique doit donner la sociologie son principal caractre philosophique3 c'est encore1 et peut-tre mme d'une manire plus prononce1 sous l'aspect purement logique4 ,on doit1 en effet1 reconnatre1 comme je l'tablirai directement dans la leon suivante1 que1 par la cration spontane de cette nouvelle branche essentielle de la mthode comparative fondamentale1 la sociologie aura aussi perfectionn1 son tour1 suivant un mode qui lui tait exclusivement rserv1 l'ensemble de la mthode positive1 au profit commun de toute la philosophie naturelle1 et d'une manire dont la haute importance scientifique peut peine tre entrevue aujourd'hui des meilleurs esprits4 ,ds prsent1 nous pouvons signaler cette mthode historique comme offrant la vrification la plus naturelle et l'application la plus tendue de cet attribut caractristique que nous avons dmontr ci-dessus dans la marche habituelle propre la science sociologique1 et qui consiste procder surtout de l'ensemble aux dtails4 ,cette indispensable condition permanente des tudes sociales vraiment rationnelles se manifeste spontanment1 au plus haut degr1 et de la manire la plus directe1 dans tout travail rellement historique1 qui1 sans cela1 dgnrerait invitablement en une simple compilation de matriaux provisoires1 avec quelque talent qu'il ft d'ailleurs excut4 ,puisque c'est surtout dans leur dveloppement que les divers lmens sociaux sont ncessairement solidaires et insparables1 il s'ensuit qu'aucune filiation partielle1 entirement isole1 ne saurait avoir de ralit1 et que toute explication de ce genre1 avant de pouvoir devenir1 aucun gard1 spciale1 doit d'abord reposer sur une conception gnrale et simultane de l'volution fondamentale4 ,que peut signifier1 par exemple1 l'histoire exclusive1 et surtout partielle1 d'une seule science ou d'un seul art1 sans tre pralablement rattache une telle tude de l'ensemble du progrs humain#bi8 ,footnote #bi3 ,on a publi rcemment1 sur l'histoire des sciences mathmatiques en ,italie pendant le dix-septime sicle1 un travail singulirement propre1 par son excessive spcialit1 caractriser1 d'aprs un exemple trs prononc1 cette indispensable ncessit de l'esprit d'ensemble en toute tude vraiment historique4 ,il ne s'agit nullement ici des graves erreurs de dtail dj signales1 l'gard de cet ouvrage1 par divers savans1 et surtout par un gomtre aussi clair que modeste 7,m4 ,chasles71 qui1 dans sa critique1 en gnral trs rationnelle1 s'est montr fort suprieur a l'auteur1 en ce qui concerne la vritable intelligence de l'histoire mathmatique4 ,la seule conception du sujet suffit1 mes yeux1 pour tmoigner videmment une profonde ignorance du vrai caractre de l'histoire1 consistant surtout dans la prpondrance gnrale et continue de la filiation sur la description2 caractre qui devrait naturellement sembler plus marqu dans toute histoire intellectuelle4 ,on peut excuser1 d'aprs les prjugs rgnans1 la restriction de ces recherches historiques aux seules sciences mathmatiques1 quoique leur dveloppement ait t rellement li1 surtout alors1 celui des autres sciences1 et mme l'ensemble du progrs humain4 ,mais on ne saurait s'abstenir de condamner hautement l'irrationnelle limitation du sujet une seule nation et un seul sicle1 dans un travail qui1 au lieu du modeste titre d',annales1 est ambitieusement qualifi d',histoire3 comme si les progrs mathmatiques faits d'un ct des ,alpes avaient pu tre alors indpendans de ceux accomplis simultanment1 d'une manire si minente1 de l'autre ct2 et comme si d'ailleurs l'tat gomtrique du dix-septime sicle avait pu s'isoler de l'ensemble du progrs antrieur4 ,si ce choix irrationnel avait t inspir par un vain esprit d'troite nationalit1 il n'en serait pas plus excusable1 surtout aujourd'hui1 et chez un savant4 ,d'un tel genre de composition1 o l'histoire mathmatique rtrograde certainement1 divers gards importans1 au-dessous du caractre plus philosophique qu'elle avait dj acquis1 il ne resterait qu' descendre1 en vue d'une plus parfaite spcialit1 l'histoire d'une seule province en une seule anne6 ,certes1 si l'on et systmatiquement projet la plus intense condensation possible de symptmes d'irrationnalit dans le simple titre d'un ouvrage1 il et t difficile d'y mieux parvenir que par cet essor spontan d'une vicieuse philosophie4 ,aussi cette production1 quoique accueillie1 suivant l'usage1 par un concert d'emphatiques loges1 n'a-t-elle1 au fond1 exerc1 au-del d'une certaine coterie1 aucune influence relle sur le mouvement actuel de l'esprit humain3 dj essentiellement oublie1 elle restera1 sans doute1 dfinitivement classe comme un simple travail de bndictin1 sauf le zle opinitre et la scrupuleuse modestie qui caractrisaient ordinairement ces respectables compilateurs4 ,il en est de mme tout autre titre1 et principalement pour ce qu'on nomme si abusivement l'histoire politique proprement dite1 comme si une vritable histoire quelconque pouvait n'tre pas plus ou moins politique4 ,l'irrationnel esprit de spcialit exclusive qui prend1 de nos jours1 un si dplorable ascendant passager1 aurait pour rsultat final de rduire l'histoire une vaine accumulation de monographies incohrentes1 o toute ide de la filiation relle1 et ncessairement simultane1 des divers vnemens humains se perdrait invitablement au milieu du strile encombrement de ces confuses descriptions4 ,c'est donc essentiellement sur l'ensemble de l'volution sociale que devront d'abord porter ces comparaisons historiques des divers ges de la civilisation1 afin d'avoir un vrai caractre scientifique1 conforme la nature et la destination de la science2 c'est uniquement ainsi qu'on pourra parvenir des conceptions susceptibles de diriger heureusement l'tude ultrieure des divers sujets spciaux2 au lieu de la marche vicieuse qu'inspire aujourd'hui l'aveugle imitation absolue d'un mode exclusivement propre la philosophie inorganique1 et qui ne saurait convenir la philosophie organique1 surtout envers les phnomnes sociaux4 ,enfin1 on doit noter ici1 sous le point de vue pratique1 que la prpondrance gnrale de la mthode historique proprement dite dans les tudes sociales a aussi l'heureuse proprit de dvelopper spontanment le sentiment social1 en mettant dans une pleine vidence1 aussi directe que continue1 cet enchanement ncessaire des divers vnemens humains qui nous inspire aujourd'hui1 mme pour les plus lointains1 un intrt immdiat1 en nous rappelant l'influence relle qu'ils ont exerce sur l'avnement graduel de notre propre civilisation4 ,suivant la belle remarque de ,condorcet1 aucun homme clair ne saurait maintenant penser1 par exemple1 aux batailles de ,marathon et de ,salamine1 sans en apercevoir aussitt les importantes consquences pour les destines actuelles de l'humanit4 ,il serait inutile d'insister davantage sur une telle proprit1 qui recevra naturellement1 dans tout le reste de ce volume1 une application continuelle1 soit explicite1 soit surtout implicite4 ,aucune dmonstration formelle ne saurait ici devenir ncessaire pour constater l'aptitude spontane de l'histoire faire hautement ressortir l'intime subordination gnrale des divers ges sociaux4 ,il importe seulement1 ce sujet1 de ne pas confondre un tel sentiment de la solidarit sociale avec cet intrt sympathique que doivent exciter spontanment tous les tableaux quelconques de la vie humaine1 et que de simples fictions peuvent mme pareillement inspirer4 ,le sentiment dont il s'agit ici est la fois plus profond1 puisqu'il devient en quelque sorte personnel1 et plus rflchi1 comme rsultant surtout d'une conviction scientifique3 il ne saurait tre convenablement dvelopp par l'histoire vulgaire1 l'tat purement descriptif2 mais exclusivement par l'histoire rationnelle et positive1 envisage comme une science relle1 et disposant l'ensemble des vnemens humains en sries coordonnes qui montrent avec vidence leur enchanement graduel4 ,rserve d'abord des esprits d'lite1 cette nouvelle forme du sentiment social pourra ensuite appartenir1 avec une moindre intensit1 l'universalit des intelligences1 mesure que les rsultats gnraux de la physique sociale deviendront suffisamment populaires4 ,elle y compltera ncessairement la notion plus sensible et plus lmentaire de la solidarit habituelle entre les individus et les peuples contemporains1 en indiquant1 par une conception encore plus noble et plus parfaite de l'unit humaine1 les diverses gnrations successives de l'humanit comme concourant aussi un mme but final1 dont la ralisation graduelle exigeait1 de la part de chacune d'elles1 une participation dtermine4 ,cette disposition rationnelle voir des cooprateurs dans les hommes de tous les temps se manifeste peine aujourd'hui l'gard des sciences1 et uniquement mme pour les plus avances3 la prpondrance philosophique de la mthode historique lui donnera seule tout son dveloppement1 en l'tendant tous les aspects possibles de la vie humaine1 de manire entretenir convenablement1 d'aprs une apprciation rflchie1 ce respect fondamental envers nos anctres1 indispensable l'tat normal de la socit1 et si fortement branl aujourd'hui par la philosophie mtaphysique4 ,examinons maintenant1 d'une manire directe quoique sommaire1 la vritable marche fondamentale d'une mthode comparative aussi heureusement doue de proprits capitales4 ,l'esprit essentiel de cette mthode historique proprement dite me parat consister dans l'usage rationnel des sries sociales1 c'est--dire dans une apprciation successive des divers tats de l'humanit qui montre1 d'aprs l'ensemble des faits historiques1 l'accroissement continu de chaque disposition quelconque1 physique1 intellectuelle1 morale1 ou politique1 combin avec le dcroissement indfini de la disposition oppose1 d'o devra rsulter la prvision scientifique de l'ascendant final de l'une et de la chute dfinitive de l'autre1 pourvu qu'une telle conclusion soit d'ailleurs pleinement conforme au systme des lois gnrales du dveloppement humain1 dont l'indispensable prpondrance sociologique ne doit jamais tre mconnue4 ,devant faire ncessairement une application trs tendue et trs varie d'un tel mode d'exploration1 il me suffit ici d'en signaler rapidement le principe1 dont la rationnalit est aussi peu contestable que l'utilit4 ,c'est ainsi que les mouvemens de la socit1 et ceux mme de l'esprit humain1 peuvent tre rellement prvus1 un certain degr1 pour chaque poque dtermine1 et sous chaque aspect essentiel1 mme en ce qui semble d'abord le plus dsordonn1 d'aprs une exacte connaissance pralable du sens uniforme des modifications graduelles indiques par une judicieuse analyse historique1 en passant toujours1 suivant l'esprit de la science1 des phnomnes plus composs ceux qui le sont moins4 ,par une heureuse concidence1 ces prvisions scientifiques devront tre1 en effet1 d'autant plus rapproches de la ralit qu'il s'agira de phnomnes plus importans1 plus gnraux1 parce qu'alors les causes continues prdominent davantage dans le mouvement social1 et les perturbations y ont une moindre part4 ,les lois de la solidarit peuvent ensuite conduire tendre la mme certitude rationnelle l'tude des aspects secondaires et spciaux1 d'aprs leurs relations statiques avec les premiers1 de faon y compenser partiellement la moindre scurit que devrait inspirer1 leur gard1 l'usage direct de ce mode d'exploration successive4 ,en s'attachant obtenir1 en gnral1 le seul degr de prcision compatible avec l'excessive complication de ces phnomnes1 sur lesquels tant d'influences1 les unes rgulires1 les autres accidentelles1 agissent constamment1 on pourra parvenir ainsi des conclusions essentiellement suffisantes pour diriger utilement l'ensemble des applications4 ,les principales de ces applications1 celles qui concernent l'art politique1 auront surtout un haut degr de rationnalit1 puisque la partie du mouvement fondamental dont elles dpendent davantage doit tre1 au fond1 moins trouble qu'aucune autre par les diverses influences irrgulires1 comme je l'ai expliqu ci-dessus1 malgr le prjug contraire4 ,pour se familiariser convenablement avec cette mthode historique1 de manire bien saisir et dvelopper judicieusement son vritable esprit1 il est indispensable de l'appliquer d'abord au pass1 en cherchant dduire chaque situation historique bien connue de l'ensemble de ses antcdens graduels1 pourvu qu'on se prmunisse suffisamment contre la perspective empirique d'un rsultat prexistant4 ,quelque singulire que semble d'abord une telle marche1 il est nanmoins certain que1 dans une science quelconque1 on n'apprend prdire rationnellement l'avenir qu'aprs avoir en quelque sorte prdit le pass1 puisque tel est1 au fond1 le premier usage ncessaire des relations observes entre des faits accomplis1 dont la succession antrieure fait dcouvrir la succession future4 ,parvenue l'examen de l'poque actuelle1 avec l'autorit intellectuelle ncessairement procure par cette coordination graduelle de toutes les poques prcdentes1 la mthode historique pourra seule permettre d'en oprer avec succs une exacte analyse fondamentale1 o chaque lment soit vraiment apprci comme il doit l'tre1 d'aprs la srie sociologique dont il fait partie4 ,vainement les hommes d'tat insistent-ils sur la ncessit des observations politiques3 comme ils n'observent essentiellement que le prsent1 et tout au plus un pass trs rcent1 leur maxime avorte ncessairement dans l'application4 ,par la nature de tels phnomnes1 l'observation du prsent est radicalement insuffisante2 elle n'acquiert une vritable valeur scientifique1 et ne peut devenir une source certaine de prvisions rationnelles que d'aprs la comparaison avec le pass1 envisag mme dans son ensemble total4 ,rigoureusement isole1 l'observation du prsent deviendrait une cause trs puissante d'illusions politiques1 en exposant confondre sans cesse les faits principaux avec les faits secondaires1 mettre de bruyantes manifestations phmres au-dessus des tendances fondamentales1 ordinairement peu clatantes1 et surtout regarder comme ascendans des pouvoirs1 des institutions1 ou des doctrines1 qui sont1 au contraire1 en dclin4 ,il est vident1 par la nature du sujet1 que la comparaison approfondie du prsent au pass constitue le principal moyen d'exploration propre prvenir ou corriger ces inconvniens capitaux4 ,or1 cette comparaison ne peut tre pleinement lumineuse et dcisive qu'autant qu'elle embrasse essentiellement l'ensemble du pass1 graduellement apprci3 elle expose des erreurs d'autant plus graves qu'on l'arrte une poque plus rapproche4 ,aujourd'hui surtout1 o le mlange des divers lmens sociaux1 les uns prts triompher1 les autres sur le point de s'teindre1 doit d'abord paratre si profondment confus1 on peut dire spcialement que la plupart des fausses apprciations politiques tiennent principalement ce que les spculations habituelles n'embrassent point un pass assez tendu1 presque tous nos hommes d'tat1 dans les divers partis actuels1 ne remontant gure au-del du sicle dernier1 sauf les plus abstraits d'entre eux qui se hasardent quelquefois jusqu'au sicle prcdent1 et les philosophes eux-mmes osant peine dpasser rarement le seizime sicle3 en sorte que l'ensemble de l'poque rvolutionnaire n'est pas mme ordinairement conu par ceux qui en recherchent si vainement la terminaison1 quoiqu'un tel ensemble ne corresponde1 au fond1 qu' une simple phase transitoire du mouvement fondamental4 ,quelle que soit la haute supriorit intrinsque de cette mthode sociologique1 elle peut cependant1 comme tout autre procd scientifique quelconque1 entraner de graves erreurs1 chez des esprits peu rationnels ou mal prpars4 ,l'analyse mathmatique elle-mme1 aujourd'hui si justement prconise1 peut nanmoins exposer1 par exemple1 l'inconvnient essentiel1 trop souvent ralis1 de prendre des signes pour des ides3 on ne saurait nier que1 surtout de nos jours1 elle ne serve quelquefois dguiser1 sous un imposant verbiage1 l'inanit des conceptions4 ,il n'y a point de mthode scientifique1 parmi les plus recommandables1 qui n'offre1 sa manire1 des dangers quivalens1 sans que leur existence nuise aucunement au crdit de ces moyens logiques1 parce que ces dangers ne sauraient jamais provenir que d'une imparfaite apprciation ou d'une vicieuse application de la mthode correspondante4 ,on doit tendre les mmes considrations aux diverses mthodes sociologiques1 et surtout la mthode historique proprement dite1 qui1 pareillement1 ne peut nullement garer tant qu'elle est convenablement conue et employe4 ,elle n'a d'inconvniens propres1 sous ce rapport1 que la difficult plus minente d'y remplir toujours cette indispensable condition1 cause des obstacles plus essentiels que prsente la complication suprieure du sujet4 ,sans esprer que les illusions qu'elle peut inspirer soient jamais susceptibles d'tre entirement vites1 quelques prcautions qu'on emploie1 il est du moins utile d'en signaler sommairement le principal caractre4 ,il consiste surtout prendre un dcroissement continu pour une tendance l'extinction totale1 ou rciproquement1 suivant cette sorte de sophisme mathmatique 7dj indiqu1 en un cas analogue1 dans le chapitre prcdent71 qui fait confondre des variations continues1 en plus ou en moins1 avec des variations illimites4 ,un exemple fort sensible suffira1 par son tranget mme1 pour signaler ici un tel danger de la mthode des sries historiques1 plus nettement que par aucune explication abstraite1 tout en indiquant d'ailleurs spontanment le mode gnral de prvenir de semblables illusions1 dans les cas nombreux o elles ne sauraient tre aussi vivement senties d'abord4 ,en considrant l'ensemble du dveloppement social sous le rapport trs simple du rgime alimentaire de l'homme1 on ne saurait mconnatre1 mon gr1 la tendance constante de l'homme civilis une alimentation de moins en moins abondante4 ,que l'on compare1 cet gard1 les nations sauvages avec les peuples cultivs1 soit dans les chants homriques1 soit dans les rcits de nos voyageurs2 que l'on oppose pareillement la vie des campagnes celle des villes2 et qu'enfin on considre mme la diffrence apprciable entre deux de nos gnrations conscutives4 ,partout on verra l'observation comparative confirmer essentiellement ce singulier rsultat1 qui se rattache d'ailleurs une loi sociologique plus tendue1 comme j'aurai lieu de le montrer ultrieurement4 ,d'une autre part1 un tel dcroissement est en harmonie parfaite avec les lois fondamentales de la nature humaine1 par suite d'une prpondrance croissante de l'exercice intellectuel et moral mesure que l'homme se civilise davantage4 ,rien n'est donc mieux constat1 soit par la voie exprimentale1 soit par la voie rationnelle4 ,personne cependant oserait-il ici conclure de cet incontestable dcroissement continu1 si videmment limit1 une vritable extinction ultrieure8 ,or1 l'erreur1 trop grossire alors pour n'tre pas immdiatement rectifie1 peut1 en beaucoup d'autres occasions1 devenir bien plus spcieuse1 et quelquefois presque invitable1 sans s'appuyer mme sur des motifs aussi plausibles1 cause de la complication plus grande du cas alors explor4 ,l'exemple prcdent suffit pour indiquer l'invitable recours qu'il faut ds lors employer aux lois constantes de notre nature1 dont l'ensemble1 toujours maintenu pendant le cours entier de l'volution sociale1 fournit l'analyse sociologique directe un indispensable moyen gnral de vrification continue1 comme je l'expliquerai spcialement au chapitre suivant4 ,puisque le phnomne social1 conu en totalit1 n'est1 au fond1 qu'un simple dveloppement de l'humanit1 sans aucune cration relle de facults quelconques1 ainsi que je l'ai tabli ci-dessus1 toutes les dispositions effectives que l'observation sociologique pourra successivement dvoiler devront donc se retrouver1 au moins en germe1 dans ce type primordial1 que la biologie a construit d'avance pour la sociologie1 afin de circonscrire ses aberrations spontanes4 ,ainsi1 aucune loi de succession sociale1 indique mme1 avec toute l'autorit possible1 par la mthode historique1 ne devra tre finalement admise qu'aprs avoir t rationnellement rattache1 d'une manire d'ailleurs directe ou indirecte1 mais toujours incontestable1 la thorie positive de la nature humaine3 toutes les inductions qui ne pourraient soutenir un tel contrle1 finiraient ncessairement1 l'issue d'un plus mr examen sociologique1 par tre immdiatement reconnues illusoires1 soit que les observations eussent t trop partielles ou trop peu prolonges4 ,c'est dans cette exacte harmonie continue entre les conclusions directes de l'analyse historique et les notions pralables de la thorie biologique de l'homme que devra surtout consister la principale force scientifique des dmonstrations sociologiques4 ,on voit ainsi se confirmer de plus en plus1 et tous gards1 cette prpondrance philosophique de l'esprit d'ensemble sur l'esprit de dtail1 que je me suis tant efforc1 dans ce chapitre1 de faire nettement ressortir comme le principal caractre intellectuel de cette nouvelle science4 ,tel est donc le mode gnral d'exploration le mieux appropri la vraie nature des recherches sociologiques4 ,sa prpondrance y est1 divers titres essentiels1 pleinement quivalente1 d'aprs les indications prcdentes1 celle de la comparaison zoologique dans l'tude de la vie individuelle4 ,l'usage continu qui s'en fera spontanment1 en tout le reste de ce volume1 confirmera hautement cette similitude logique1 en tmoignant que la succession ncessaire des divers tats sociaux correspond exactement1 sous le point de vue scientifique1 la coordination graduelle des divers organismes1 eu gard la diffrence des deux sciences3 la srie sociale1 convenablement tablie1 ne saurait tre1 certes1 ni moins relle1 ni moins utile1 que la srie animale4 ,quand l'application effective de ce nouveau moyen aura t assez dveloppe pour que ses proprits caractristiques aient pu devenir1 tous les yeux clairs1 suffisamment prononces1 on y reconnatra1 je le prsume1 une modification assez tranche de l'exploration positive fondamentale pour la classer finalement1 la suite de l'observation pure1 de l'exprimentation1 et de la comparaison proprement dite1 comme un quatrime et dernier mode essentiel de l'art d'observer1 destin1 sous le nom spcial de mthode historique1 l'analyse des phnomnes les plus compliqus1 et prenant sa source philosophique dans le mode immdiatement prcdent1 par la comparaison biologique des ges4 ,la leon suivante me prsentera naturellement une importante occasion de motiver directement cette tendance dfinitive4 ,en terminant cette pralable apprciation gnrale de la mthode historique proprement dite1 comme constituant le meilleur mode d'exploration sociologique1 je ne dois pas ngliger de faire remarquer ici que la nouvelle philosophie politique1 consacrant1 d'aprs un libre examen rationnel1 les anciennes indications de la raison publique1 restitue enfin l'histoire l'entire plnitude de ses droits scientifiques pour servir de premire base indispensable l'ensemble des sages spculations sociales1 malgr les sophismes1 trop accrdits encore1 d'une vaine mtaphysique qui tend carter1 en politique1 toute large considration du pass4 ,c'est ainsi que1 dans les autres branches quelconques de la philosophie naturelle1 les diverses parties antrieures de ce ,trait nous ont jusqu'ici toujours reprsent l'esprit positif1 si injustement accus de tendance perturbatrice1 comme essentiellement dispos1 au contraire1 confirmer1 dans les dispositions fondamentales de chaque science1 les prcieuses inspirations primitives du bon sens vulgaire1 dont la science relle ne saurait tre1 tous gards1 qu'un spcial prolongement systmatique1 et qu'une strile mtaphysique peut seule conduire ddaigner4 ,ici1 bien loin de restreindre l'influence ncessaire que la raison humaine attribua1 de tout temps1 l'histoire dans les combinaisons politiques1 la nouvelle philosophie sociale l'augmente radicalement et un haut degr3 ce ne sont plus ainsi des conseils ou des leons que la politique demande seulement l'histoire pour perfectionner ou rectifier des inspirations qui n'en sont point manes2 c'est sa propre direction gnrale qu'elle va dsormais exclusivement chercher dans l'ensemble des dterminations historiques4 ,aprs avoir ainsi excut suffisamment1 dans ce chapitre1 l'indispensable examen prliminaire du vritable esprit gnral qui doit caractriser la sociologie1 et des divers moyens essentiels d'exploration qui lui sont propres1 il me reste complter cette opration en considrant1 plus rapidement1 dans la leon suivante1 ses diffrentes relations ncessaires avec les autres sciences principales1 afin que sa vraie constitution philosophique soit enfin irrvocablement tablie1 de faon nous permettre ensuite de procder directement1 avec une vritable scurit scientifique1 l'laboration pleinement rationnelle de ce grand sujet4 ,,quarante-,,neuvi,,me ,,le,,on4 ,relations ncessaires de la physique sociale avec les autres branches fondamentales de la philosophie positive4 ,avec quelque scrupuleuse exactitude que l'on s'effort de se diriger constamment1 dans la nouvelle philosophie politique1 d'aprs l'esprit gnral1 la fois scientifique et logique1 que je viens de caractriser1 les conditions essentielles de la positivit n'y sauraient tre1 en ralit1 suffisamment remplies1 tant que la science sociale y serait conue et cultive comme entirement isole1 sans avoir convenablement gard aux indispensables relations indiques par son vritable rang encyclopdique4 ,la subordination rationnelle de la physique sociale envers l'ensemble des autres sciences fondamentales1 suivant la hirarchie scientifique que j'ai tablie1 constitue1 mes yeux1 un principe d'une telle importance qu'il comprend1 en quelque sorte1 d'une manire implicite et indirecte mais ncessaire1 toutes les diverses prescriptions philosophiques relatives au mode propre d'institution gnrale de cette science nouvelle1 tandis qu'il ne pourrait1 au contraire1 tre suppl par aucune d'elles4 ,on peut maintenant assurer1 sans aucune exagration1 que c'est surtout le dfaut d'accomplissement rel de cette grande condition pralable1 dont rien ne saurait dispenser1 qui a1 de nos jours1 essentiellement paralys tous les efforts tents1 mme par les meilleurs esprits1 pour traiter les questions sociales d'une manire vraiment positive1 transformation dont la ncessit et mme la possibilit ne sont plus1 au fond1 susceptibles dsormais d'aucune contestation directe1 quoique personne n'ait jusqu'ici convenablement saisi l'ensemble des obligations intellectuelles qu'impose une telle rnovation4 ,soit qu'on envisage le systme des diverses donnes indispensables immdiatement fournies la sociologie par les diffrentes sciences antrieures1 soit qu'on ait gard la considration1 encore plus importante sans doute1 des saines habitudes spculatives que peut seule y dvelopper leur tude prliminaire1 l'apprciation journalire des essais actuels pour constituer une vraie philosophie politique ne permet point d'hsiter regarder cette lacune capitale comme la principale cause de leur avortement radical1 et de la direction vicieuse que finissent par suivre involontairement cet gard les intelligences qui semblaient d'abord les mieux disposes#cj4 ,il importe donc beaucoup d'examiner ici directement l'ensemble de ces relations ncessaires1 quoique leur explication soit implicitement comprise dans les considrations analogues dj prsentes l'gard des autres sciences fondamentales1 surtout au volume prcdent envers la science biologique1 ce qui nous permettra d'abrger maintenant1 un haut degr1 cette indispensable opration1 sans nuire aucunement son efficacit essentielle4 ,footnote #cj3 ,pour mieux caractriser ici cette importante observation1 je crois devoir en indiquer1 avec franchise1 un exemple remarquable et rcent1 qui me sembla doublement dcisif1 soit parce qu'il se rapporte un esprit prsentant d'incontestables symptmes d'une vritable force scientifique1 malgr la dplorable ducation mtaphysique qui le domine essentiellement1 soit aussi parce que l'aberration dont il s'agit rsulte d'un emploi abusif de la mthode historique proprement dite1 la plus convenable nanmoins aux saines explorations sociologiques4 ,dans l'importante discussion qui eut lieu1 en ,france1 en #ahca1 sur l'hrdit de la pairie1 l'un des plus minens dfenseurs de cette hrdit 7,m4 ,guizot71 afin de produire son opinion sous un aspect vraiment scientifique1 s'effora de la motiver principalement par cette prtendue indication historique1 que1 d'aprs l'ensemble du pass1 la marche progressive de la civilisation humaine tend ncessairement augmenter sans cesse l'influence sociale et politique de l'hrdit4 ,un tel argument1 de la part d'un tel esprit1 ne saurait1 sans doute1 tre regard comme un simple artifice de circonstance2 il suppose une sincre et profonde conviction personnelle1 au moins momentane3 et cependant on pourrait peine imaginer une observation plus radicalement et plus directement contraire l'universelle ralit des phnomnes sociaux4 ,en se rappelant que partout les diverses professions taient1 dans l'origine1 essentiellement hrditaires1 que d'abord on hritait mme de l'esclavage et de la libert1 et que1 jusqu' des temps trs rapprochs1 la naissance constitua toujours la principale condition d'un pouvoir quelconque1 quand on considre1 en un mot1 les divers tmoignages1 aussi dcisifs que nombreux1 qui montrent1 au contraire1 l'influence sociale de l'hrdit comme constamment dcroissante mesure que l'volution humaine s'accomplit1 il devient presque impossible de comprendre une hallucination aussi complte1 chez un esprit aussi distingu1 qui1 appliquant son sujet le meilleur mode d'exploration directe1 a pourtant vu1 dans des phnomnes aussi caractriss1 l'inverse de la ralit la moins quivoque4 ,cette aberration dcisive me parat singulirement propre faire sentir combien l'excessive complication des observations sociales exige1 de toute ncessit1 que l'esprit s'y prpare rationnellement voir1 non-seulement d'aprs une indispensable conception prliminaire de l'ensemble du dveloppement humain1 mais1 avant tout1 par une tude pralable et graduelle des divers systmes d'observations scientifiques dj soumis une exploration pleinement positive envers des phnomnes plus simples4 ,cette intime subordination philosophique n'a jamais pu tre plus irrcusable et plus prononce que dans le cas actuel1 o elle est nanmoins si profondment mconnue jusqu'ici4 ,elle y rsulte immdiatement1 en effet1 du rang incontestable que notre hirarchie fondamentale assigne ncessairement aux phnomnes sociaux aprs toutes les autres catgories principales de phnomnes naturels1 en vertu de la complication suprieure1 de la spcialit plus complte1 et de la personnalit plus directe1 qui les distinguent si hautement mme des phnomnes les plus levs de la vie individuelle4 ,pour concevoir1 en gnral1 comment ces caractres irrcusables dterminent ainsi l'troite dpendance rationnelle de la science sociologique envers les diffrentes branches antrieures de la philosophie naturelle1 il suffit de considrer d'abord que l'tude positive du dveloppement social suppose1 de toute ncessit1 la co-relation continue de ces deux notions indispensables1 l'humanit qui accomplit le phnomne1 et l'ensemble constant des influences extrieures quelconques1 ou le milieu scientifique proprement dit1 qui domine cette volution partielle et secondaire de l'une des races animales4 ,sans l'usage permanent d'un tel dualisme philosophique1 aucune spculation sociale ne saurait1 videmment1 jamais comporter une vraie positivit4 ,or1 le premier terme de ce dualisme fondamental subordonne directement la sociologie l'ensemble de la philosophie organique1 qui fait seul connatre les vritables lois de la nature humaine2 et le second la lie aussi1 d'une manire non moins invitable1 au systme entier de la philosophie inorganique1 duquel seul peut driver une juste apprciation des conditions extrieures d'existence de l'humanit4 ,en un mot1 l'une de ces deux grandes sections de la philosophie naturelle dtermine1 en sociologie1 l'agent du phnomne1 et l'autre le milieu o il se dveloppe4 ,comment l'tude d'une telle volution pourrait-elle devenir aucunement positive1 tant qu'elle sera toujours poursuivie en y faisant abstraction totale de cette double co-relation8 ,tel est1 sous le point de vue purement scientifique1 le principe propre et direct de la subordination ncessaire de la science sociale envers l'ensemble de la philosophie naturelle4 ,on voit que1 sous ce rapport1 nous sommes spontanment conduits envelopper ici1 dans une commune apprciation sommaire1 les trois parties essentielles de la philosophie inorganique proprement dite1 la chimie1 la physique1 et l'astronomie1 toutes galement relatives l'tude du milieu social4 ,cette concentration naturelle du sujet1 qui permettra d'abrger beaucoup la leon actuelle1 ne saurait d'ailleurs y altrer essentiellement la nettet des considrations principales1 pourvu que1 en temps opportun1 le mode de participation philosophique propre chacune de ces trois sciences soit suffisamment signal4 ,quant la mthode proprement dite1 l'indispensable obligation de subordonner convenablement les tudes sociales au systme graduel des autres tudes fondamentales1 rsulte1 d'une manire encore plus directe et plus vidente1 de la complication suprieure qui caractrise de tels phnomnes1 dont l'examen scientifique ne saurait tre utilement tent qu'aprs la prparation rationnelle rsultant de l'examen pralable des autres catgories successives de phnomnes moins compliqus4 ,telle est la double apprciation philosophique laquelle nous devons ici spcialement procder1 dans les limites qui viennent d'tre indiques1 en parcourant en sens inverse notre srie encyclopdique1 afin de considrer d'abord les relations les plus intimes et les plus directes1 comme l'gard de tous les cas analogues traits dans les volumes prcdens4 ,nous devrons ensuite1 pour complter cette indispensable opration1 caractriser enfin la raction ncessaire1 soit scientifique1 soit logique1 que la sociologie1 une fois constitue1 devra1 par sa nature1 exercer ultrieurement1 son tour1 sur l'ensemble des sciences antrieures1 raction encore moins souponne aujourd'hui que l'action principale elle-mme4 ,relativement la biologie1 la profonde subordination philosophique de la science sociale est tellement incontestable que personne n'oserait plus1 dsormais en mconnatre directement le principe vident1 parmi ceux qui1 dans l'application relle1 n'y ont essentiellement aucun gard4 ,cette contradiction presque universelle entre la maxime et l'usage ne tient pas seulement aujourd'hui la conception radicalement vicieuse des tudes sociales3 elle rsulte aussi du caractre philosophique beaucoup trop imparfait que prsente encore la science biologique elle-mme chez la plupart des esprits actuels1 sauf un petit nombre d'minentes exceptions1 comme je l'ai spcialement tabli dans la quarantime leon4 ,il faut1 sous ce dernier point de vue1 attribuer surtout cette insuffisante prpondrance actuelle de la philosophie biologique dans l'ensemble des thories sociales1 l'imperfection plus prononce qui distingue la partie transcendante de la biologie1 relative l'tude gnrale des phnomnes intellectuels et moraux4 ,c'est1 en effet1 par une telle partie que doit naturellement s'tablir la principale subordination directe de la sociologie envers la biologie1 dont les autres branches ne sauraient cependant y tre immdiatement ngliges4 ,or1 la physiologie crbrale tant d'institution toute rcente1 et son tat scientifique naissant1 encore trop vaguement bauch1 ayant t peine reconnu des esprits mme les plus avancs 7voyez la quarante-cinquime leon71 on ne saurait s'tonner que les relations fondamentales entre la sociologie et la biologie n'aient pu tre jusqu'ici convenablement organises4 ,quand on s'en occupera directement1 il y faudra distinguer sous deux aspects principaux1 galement indispensables1 l'un primitif1 l'autre continu1 la dpendance invitable des saines tudes sociales envers l'tude pralable de la nature humaine4 ,sous le premier rapport1 la biologie doit d'abord fournir le point de dpart ncessaire de l'ensemble des spculations sociales1 d'aprs l'analyse fondamentale de la sociabilit humaine1 et des diverses conditions organiques qui dterminent son caractre propre4 ,mais1 en outre1 les termes les plus lmentaires de la srie sociale ne pouvant comporter presque aucune exploration directe1 ils doivent tre essentiellement construits en appliquant la thorie positive de la nature humaine l'ensemble de circonstances correspondant1 en concevant les faibles renseignemens isols que peut immdiatement admettre cette premire bauche de la socit comme bien plutt destins faciliter et perfectionner cette dtermination rationnelle qu' suggrer eux-mmes le vrai caractre d'une telle enfance de l'humanit4 ,quand le dveloppement social est devenu trop prononc pour qu'une pareille dduction continue rester possible1 comme je l'expliquerai ci-dessous1 alors commence1 sous le second point de vue1 une invariable participation sociologique1 toutefois moins directe et moins spciale1 de la thorie biologique de l'homme1 laquelle l'volution de l'humanit doit1 videmment1 se montrer toujours conforme4 ,il en rsulte1 dans le systme entier des tudes sociologiques1 soit statiques1 soit dynamiques1 de prcieuses vrifications continues1 et quelquefois mme d'heureuses indications gnrales1 ainsi que je l'ai dj indiqu la fin de la leon prcdente4 ,ces vrifications et ces indications sont immdiatement fondes1 avec une irrsistible rationnalit1 sur l'invariabilit ncessaire de l'organisme humain1 dont les diverses dispositions caractristiques soit physiques1 soit morales1 soit intellectuelles1 doivent se retrouver essentiellement les mmes tous les degrs de l'chelle sociale1 et toujours identiquement coordonnes entre elles1 le dveloppement plus ou moins tendu que l'tat social leur procure ne pouvant jamais altrer aucunement leur nature1 ni1 par consquent1 crer ou dtruire des facults quelconques1 ou seulement mme intervertir leur mutuelle pondration primitive4 toute poque de l'volution humaine1 un aperu sociologique direct ne saurait donc tre scientifiquement admis1 quelque puissantes que semblent d'ailleurs les inductions historiques sur lesquelles il repose1 s'il est contradictoire aux lois connues de la nature humaine3 si1 par exemple1 il suppose1 chez la plupart des individus1 un caractre trs prononc de bont ou de mchancet2 s'il reprsente les affections sympathiques comme habituellement suprieures aux affections personnelles2 s'il indique une prpondrance effective et commune des facults intellectuelles sur les facults affectives1 etc4 ,dans tous les cas semblables1 qui sont1 vrai dire1 bien plus multiplis dj que ne doit d'abord le faire prsumer l'extrme imperfection actuelle de la thorie biologique de l'homme1 les propositions sociologiques quelconques devront tre aussi bien soumises1 d'aprs ce seul contrle1 une indispensable rectification ultrieure1 que si elles supposaient la vie humaine une dure exorbitante1 ou si elles contredisaient1 tout autre gard matriel1 les lois physiques de l'humanit3 puisque les conditions intellectuelles et morales de l'existence humaine1 quoique plus difficiles apprcier1 et par suite beaucoup moins connues jusqu'ici que ses conditions matrielles1 ne sont certainement1 au fond1 ni moins relles1 ni moins imprieuses1 lorsque enfin on parvient les dvoiler nettement4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que1 d'un tel point de vue biologique1 toutes les doctrines politiques actuelles devraient tre proclames radicalement vicieuses1 par cet unique motif scientifique que1 dans leur irrationnelle apprciation des phnomnes politiques1 soit actuels1 soit antrieurs1 elles conduisent toujours admettre1 les unes chez les gouvernans1 les autres chez les gouverns1 un degr habituel de perversit ou d'imbcillit1 un esprit de concert ou de calcul1 profondment incompatibles avec les notions les plus positives sur la nature humaine1 ds lors constitue1 chez des classes entires1 en tat permanent de monstruosit pathologique1 ce ce qui est videmment absurde4 ,un exemple aussi dcisif peut donner une juste ide des prcieuses ressources gnrales que la sociologie positive devra retirer constamment de sa subordination fondamentale envers la biologie1 surtout quand la physiologie crbrale1 si heureusement institue par le gnie de ,gall1 sera enfin convenablement cultive4 ,quelle que soit l'extrme importance relle de telles indications1 primitives ou continues1 on ne peut se dissimuler que les principaux philosophes biologistes les ont aujourd'hui presque toujours conues d'une manire vicieusement exagre1 qui tendrait faire entirement disparatre la sociologie comme science directe et distincte1 en la rduisant n'tre plus qu'un simple corollaire final de la science de l'homme1 abstraction faite de toute observation historique proprement dite4 ,cette grande aberration philosophique fut surtout trs marque chez l'illustre ,cabanis1 et ,gall lui-mme ne sut point s'en garantir suffisamment4 ,sans tre1 certes1 aussi profondment irrationnelle que la tendance analogue de la plupart des physiciens et des chimistes traiter1 son tour1 la biologie comme une simple drivation de la philosophie inorganique1 une telle disposition intellectuelle n'est peut-tre pas moins nuisible aux progrs rels de l'esprit humain2 car1 si elle pouvait prvaloir1 elle empcherait1 de toute ncessit1 l'indispensable essor de la science sociale4 ,on conoit1 en effet1 d'aprs les explications prcdentes1 que la premire bauche de la srie sociale1 considre dans ses termes originaires1 doive surtout rsulter1 titre de dduction directe1 de la thorie biologique de l'homme1 indpendamment d'une exploration historique alors impossible ou trop dfectueuse4 ,mais une telle manire de procder deviendrait ncessairement illusoire pour l'tude ultrieure de l'volution sociale1 si l'on prtendait persister encore dterminer essentiellement priori le dveloppement effectif1 au lieu de l'tudier d'aprs des observations immdiates et spciales4 ,le phnomne principal de la sociologie1 celui qui tablit avec la plus haute vidence son originalit scientifique1 c'est--dire l'influence graduelle et continue des gnrations humaines les unes sur les autres1 se trouverait ds-lors essentiellement absorb1 ou du moins dissimul au point d'tre entirement mconnu1 en vertu de l'impossibilit manifeste o serait ainsi notre intelligence de deviner les principales phases effectives d'une volution aussi complexe1 sans l'indispensable prpondrance directe de l'analyse historique proprement dite4 ,quand mme les lois fondamentales de la nature humaine seraient un jour beaucoup mieux connues qu'elles ne peuvent jamais l'tre1 notre force de dduction serait certainement impuissante en tirer des consquences aussi difficiles et aussi lointaines4 ,dans les premires gnrations humaines1 quand l'volution sociale commence peine manifester quelques caractres vagues et indcis d'une progression encore flottante et imperceptible1 cette dduction est possible un certain degr1 et devient mme indispensable1 comme nous l'avons vu1 au point de dominer d'abord l'observation directe4 ,mais1 au contraire1 aussitt que le mouvement social est rellement tabli1 l'influence successive et croissante des gnrations antrieures devient bientt la principale cause des modifications graduelles qu'il prsente1 et ds-lors le mode essentiel d'exploration doit radicalement changer1 afin d'tre toujours rationnellement conforme la vraie nature des phnomnes correspondans4 ,l'analyse historique y devient alors1 de toute ncessit1 jamais prpondrante1 et les indications purement biologiques1 malgr leur invitable importance1 n'y peuvent plus tre utilement employes qu'au simple titre d'un prcieux auxiliaire gnral et surtout d'un indispensable contrle fondamental4 ,c'est ainsi que1 jusque dans la philosophie inorganique1 l'gard de phnomnes infiniment moins compliqus1 lors mme que1 comme en astronomie1 les lois lmentaires en sont parfaitement connues1 l'observation propre et immdiate dirige essentiellement l'exploration1 aussitt que le cas devient assez compos pour que la pure dduction cesse d'tre praticable3 ce qui doit1 fortiori1 rendre dsormais incontestable une semblable ncessit scientifique1 l'gard des phnomnes les plus complexes que notre intelligence puisse explorer4 ,dans la simple histoire de la vie individuelle1 les biologistes ne se croient nullement dispenss de recourir l'analyse directe des ges1 comme principal moyen d'exploration1 quoique l'tat primitif de l'organisme1 combin avec la nature propre du milieu correspondant1 constitue1 sans doute1 la premire cause gnrale de la suite des variations ultrieures4 ,par quelle trange inconsquence se croiraient-ils donc affranchis d'une telle obligation scientifique1 l'gard d'une volution bien autrement complique1 la fois plus tendue et plus prolonge1 laquelle concourent1 d'une manire de plus en plus intense et varie1 les divers individus et surtout les diverses gnrations8 ,aussi ces vaines tentatives n'ont-elles jamais pu recevoir aucune excution relle1 et n'ont-elles vraiment servi qu' mieux manifester aujourd'hui l'vidente urgence de la rgnration fondamentale des tudes sociales1 ainsi poursuivie par tant de voies diverses4 ,mais1 l'tat mme de simple projet1 elles sont dj profondment nuisibles1 en faisant disparatre entirement1 ou1 ce qui est quivalent au fond1 en relguant comme subalterne1 la seule classe d'observations sur laquelle puisse vritablement reposer la science sociale1 quelques secours qu'elle doive emprunter l'ensemble des sciences antrieures1 et surtout la biologie elle-mme4 ,bien loin de pouvoir enfin lever1 comme on le suppose1 le systme des tudes sociales un tat vraiment positif1 il est vident qu'une telle aberration philosophique1 en faisant directement mconnatre le dveloppement continu de l'humanit1 ou du moins en le rduisant une progression peu caractrise et vaguement dfinie1 tend directement1 en gnral1 sauf quelques amliorations secondaires1 prolonger l'enfance actuelle de la philosophie politique4 ,le principal vice intellectuel de cette philosophie consiste aujourd'hui1 comme nous l'avons reconnu1 dans cet esprit absolu qu'elle fait prsider toutes les spculations sociales4 ,or1 un tel esprit est ncessairement maintenu par la vaine thorie que nous examinons1 et qui1 abstraction faite de tout tat social dtermin1 tend subordonner directement toutes les considrations sociales la conception absolue d'un type politique immuable1 mieux dfini sans doute que les types purement thologiques ou mtaphysiques1 mais aussi essentiellement contraire au gnie minemment relatif de la vraie philosophie politique4 ,la plupart des philosophes biologistes ont ainsi t involontairement conduits cette funeste aberration pratique de regarder comme inhrens la nature fondamentale de l'homme1 et par suite comme indestructibles1 des modifications sociales rellement passagres1 propres un tat dtermin du dveloppement humain4 ,on peut voir1 par exemple1 comment l'illustre ,gall lui-mme1 malgr son minente sagacit philosophique1 ddaignant mal propos les considrations sociales1 pour n'employer que d'imparfaites notions physiologiques1 d'ailleurs dplaces1 a t entran1 au sujet de la guerre1 une sorte de dclamation scientifique1 entirement indigne de son gnie1 en voulant tablir l'immobilit prtendue des tendances militaires de l'humanit1 malgr l'ensemble des tmoignages historiques1 qui indiquent1 au contraire1 avec tant d'vidence1 le dcroissement graduel de l'esprit guerrier mesure que le dveloppement humain s'accomplit1 dcroissement d'ailleurs pleinement conforme au systme mieux approfondi des lois fondamentales de notre nature4 ,il serait ais d'indiquer beaucoup d'autres cas analogues1 plus ou moins prononcs1 o la vicieuse prpondrance des considrations biologiques1 et l'irrationnel ddain des notions historiques1 ont pareillement conduit mconnatre profondment la vritable volution sociale1 et supposer une fixit chimrique des dispositions essentiellement variables4 ,cette influence doublement nuisible1 qui tend directement dtruire la fois et la vraie conception philosophique de la science sociale et sa principale destination pratique1 est surtout trs marque dans la plupart des thories relatives l'ducation1 presque toujours considre ainsi1 la manire de la philosophie thologico-mtaphysique1 abstraction faite de l'tat co-relatif de la civilisation humaine4 ,l'ensemble des explications prcdentes1 quoique trs sommaires1 me parat ne pouvoir laisser aucun doute essentiel ni sur l'indispensable subordination fondamentale de la sociologie envers la biologie1 ni sur la notion radicalement fausse que les physiologistes s'en forment aujourd'hui4 ,au lieu de constituer un simple appendice de la biologie1 la physique sociale doit tre certainement conue comme une science parfaitement distincte1 directement fonde sur des bases qui lui sont propres1 mais profondment rattache1 soit dans son point de dpart1 soit dans son dveloppement continu1 au systme entier de la philosophie biologique4 ,j'ai d ci-dessus examiner surtout cette relation ncessaire sous le point de vue scientifique proprement dit1 qui pouvait seul exiger une vraie discussion gnrale4 ,quant la mthode1 l'analogie logique des deux sciences est trop vidente pour qu'il faille ici spcialement insister sur l'irrcusable ncessit1 de la part des sociologistes1 de prparer d'abord leur intelligence par une tude convenablement approfondie des mthodes biologiques4 ,malgr l'imperfection actuelle de ces divers modes d'exploration1 dont le caractre propre est jusqu'ici trop peu prononc1 c'est l seulement que nous pouvons pralablement apprcier le vritable esprit gnral qui doit diriger toutes les tudes quelconques relatives aux corps vivans1 et qui doit ncessairement devenir encore plus prpondrant dans les tudes sociales4 ,c'est uniquement ainsi que l'on pourra suffisamment rectifier les habitudes plus rigoureuses1 mais trop troites1 que l'intelligence aurait d'abord contractes par une tude trop exclusive de la philosophie inorganique1 quelle qu'en soit l'indispensable ncessit prliminaire4 ,rien ne saurait surtout dispenser d'tudier une telle source la mthode comparative proprement dite1 sur laquelle doit principalement reposer1 en sociologie comme en biologie1 l'exploration rationnelle1 quoique suivant un mode trs diffrent1 suffisamment caractris par la leon prcdente4 ,enfin1 la sociologie y devra pareillement emprunter la biologie un principe philosophique trs prcieux1 destin y devenir extrmement usuel1 et qui y recevra mme son plus entier dveloppement scientifique3 il s'agit de cette heureuse transformation positive du dogme des causes finales1 qui constitue l'indispensable principe des conditions d'existence1 directement apprci au volume prcdent4 ,on sait que ce principe1 rsultat ncessaire de la distinction gnrale entre l'tat statique et l'tat dynamique1 appartient surtout l'tude des corps vivans1 o cette distinction est beaucoup plus prononce qu'ailleurs1 et laquelle en effet l'esprit humain est surtout redevable de cette importante opration philosophique3 c'est donc l seulement que la notion gnrale en peut tre aujourd'hui convenablement acquise4 ,mais1 quelle que soit sa haute utilit directe dans l'tude de la vie individuelle1 la science sociale doit en faire1 par sa nature1 une application encore plus tendue et plus essentielle4 ,c'est en vertu de ce principe vraiment fondamental que1 rapprochant directement l'une de l'autre les deux acceptions philosophiques du mot ncessaire#ca1 la nouvelle philosophie politique tendra spontanment1 en ce qui concerne au moins toutes les dispositions sociales d'une haute importance1 reprsenter sans cesse comme invitable ce qui se manifeste d'abord comme indispensable1 et rciproquement4 ,il faut qu'un tel esprit soit minemment propre la nature des tudes sociales1 puisqu'on s'y trouve galement amen par les voies philosophiques les plus opposes1 ainsi que l'indique surtout ce bel aphorisme politique de l'illustre de ,maistre3 ,tout ce qui est ncessaire1 existe4 ,footnote #ca3 ,je ne puis m'abstenir1 cette occasion1 d'indiquer ici sommairement la pense gnrale d'un travail entirement neuf sur la philosophie du langage1 dont l'excution rationnelle1 qui ne saurait m'appartenir1 serait mes yeux1 d'une haute utilit permanente4 ,ce travail consisterait en une opration inverse de celle qu'on excute habituellement l'gard des synonymes proprement dits4 ,au lieu de rapprocher ainsi les mots divers qui ont des acceptions identiques ou fort analogues1 je proposerais de composer une sorte de dictionnaire des quivoques1 o l'on comparerait1 au contraire1 les diffrentes acceptions fondamentales d'un terme unique4 ,le double sens du mot ncessaire1 que je viens d'indiquer1 me parat offrir un des exemples les mieux caractriss1 soit de la nature de cette opration nouvelle1 soit de l'heureuse influence que pourrait exercer son convenable accomplissement sur le dveloppement graduel et l'extension universelle du vritable esprit philosophique4 ,il ne faut pas croire1 en effet1 que cette confusion apparente puisse jamais tre accidentelle3 on y doit toujours voir le prcieux et irrcusable tmoignage d'une certaine concidence fondamentale1 admirablement sentie par la raison publique1 entre les deux ides ainsi rapproches4 ,si l'on pouvait1 en chacun des cas principaux1 remonter jusqu' la premire poque effective d'une telle modification du langage1 il en rsulterait1 surtout pour les temps modernes1 une source importante de nouveaux documens historiques sur l'ducation progressive de la raison humaine4 ,enfin1 un tel travail1 excut aussi comparativement entre les diverses langues contemporaines1 afin de recevoir tout son dveloppement rationnel1 donnerait lieu1 sans doute1 de nouvelles et intressantes remarques sur le caractre intellectuel des diffrens peuples4 ,outre les connaissances philologiques spciales qu'exigerait cette opration philosophique1 elle devrait surtout tre constamment dirige1 comme tout mode quelconque d'exploration sociale1 par une conception positive de la vritable marche fondamentale de l'esprit humain et de la socit1 sans quoi elle ne contribuerait qu' encombrer la science d'irrationnels matriaux1 dj trop multiplis3 en sorte qu'un tel travail ne saurait gure convenir aujourd'hui nos simples littrateurs1 ni mme nos rudits4 ,aprs avoir ainsi rationnellement tabli l'indispensable subordination gnrale de la sociologie envers l'ensemble de la philosophie biologique1 elle se trouve aussi1 par cela seul1 scientifiquement rattache d'abord1 par une relation indirecte1 mais spontane et invitable1 au systme entier de la philosophie inorganique1 auquel nous savons dj que la biologie est immdiatement lie4 ,telle est1 en effet1 la proprit capitale de la hirarchie positive que nous avons organise entre les diffrentes sciences fondamentales1 qu'il suffirait rigoureusement1 en chaque cas1 d'y avoir convenablement motiv l'enchanement le plus direct pour donner aussitt le droit de dterminer la vraie position encyclopdique1 sans aucun examen spcial des liaisons moins intimes4 ,mais1 indpendamment de cette vidente subordination mdiate1 la physique sociale se rattache aussi de la manire la plus prononce l'ensemble de la philosophie inorganique par d'importantes relations propres et immdiates1 dont j'ai ci-dessus indiqu le principe ncessaire1 et qu'il s'agit maintenant de caractriser sommairement4 ,en premier lieu1 cette philosophie peut seule convenablement analyser le systme total des diverses conditions extrieures1 chimiques1 physiques et astronomiques1 sous l'empire desquelles s'accomplit l'volution sociale1 et qui doivent surtout exercer une influence prpondrante pour dterminer1 conjointement avec les conditions organiques1 sa vitesse fondamentale4 ,comment pourrait-on concevoir rationnellement les phnomnes sociaux1 sans avoir d'abord exactement apprci1 sous ces diffrens rapports essentiels1 le milieu rel o ils se dveloppent8 ,l'harmonie gnrale qui doit toujours exister entre l'humanit civilise et le thtre de sa progression collective1 drive ncessairement du mme principe philosophique que nous avons vu constituer directement le vritable esprit fondamental de la biologie proprement dite1 quant la co-relation permanente1 la fois invitable et indispensable1 entre la nature individuelle de tout tre vivant et la constitution propre du milieu correspondant4 ,toutes les perturbations extrieures quelconques qui affecteraient l'existence individuelle de l'homme ne sauraient manquer aussi d'altrer conscutivement son existence sociale2 et1 rciproquement1 celle-ci ne pourrait1 sans doute1 tre gravement trouble par des modifications du milieu qui ne drangeraient aucunement la premire4 ,en vertu de cette identit ncessaire1 je puis donc ici1 pour acclrer notre travail1 me dispenser de reproduire spcialement l'apprciation mthodique de ces diffrentes conditions inorganiques de la vie sociale1 qui d'ailleurs ne sont gure susceptibles de contestation srieuse1 aussitt qu'on les soumet directement un examen scientifique1 dont le dveloppement doit tre renvoy au ,trait spcial de philosophie politique dj ci-dessus annonc4 ,le volume prcdent a suffisamment caractris ces diverses influences extrieures1 en ce qui concerne la vie individuelle2 je dois surtout renvoyer la quarantime leon1 relativement aux conditions astronomiques1 les plus mconnues de toutes1 et celles nanmoins dont la prpondrance est la plus prononce4 ,j'ai fait voir alors que l'existence des corps vivans1 et principalement l'existence humaine1 tait ncessairement subordonne l'ensemble des diffrentes donnes astronomiques1 soit statiques1 soit dynamiques1 qui caractrisent notre plante1 envisage1 quant sa rotation journalire ou sa circulation annuelle2 et j'ai signal1 en gnral1 le genre d'influence biologique propre chacune de ces conditions principales4 ,or1 sans reproduire1 sous un nouvel aspect1 cette importante apprciation1 que le lecteur transportera aisment au cas actuel1 il est vident que1 par cela mme1 de telles considrations doivent devenir pareillement indispensables la conception rationnelle de l'ensemble des phnomnes sociaux4 ,il en est galement ainsi1 d'aprs des motifs analogues1 pour les conditions physiques proprement dites de l'existence individuelle1 et par suite sociale1 soit en ce qui concerne l'tat thermomtrique1 l'tat baromtrique et hygromtrique1 ou l'tat lectrique1 etc41 du milieu ambiant1 et semblablement aussi l'gard des conditions essentiellement chimiques relatives la composition de l'atmosphre1 la nature des eaux1 celle des terrains1 etc4 ,quelque intressant que dt tre1 sans doute1 un tableau mthodique du systme trs complexe des conditions inorganiques du dveloppement social1 son invitable tendue ne permet aucunement de l'baucher ici4 ,mais un tel point de vue n'a besoin1 ce me semble1 que d'tre distinctement signal pour atteindre suffisamment le but propre de ce chapitre1 en rendant irrcusable1 d'aprs des aperus spciaux faciles suppler1 la haute subordination directe de la sociologie positive envers l'ensemble de la philosophie inorganique4 ,en renvoyant1 cet gard1 aux indications suffisantes du volume prcdent1 je dois seulement signaler1 en gnral1 l'influence sociologique propre ces diverses conditions extrieures comme tant ncessairement encore plus prononce que leur influence purement biologique1 quoique d'ailleurs essentiellement analogue4 ,cette intensit suprieure n'est ici1 du point de vue scientifique1 qu'une suite naturelle de la prpondrance toujours croissante d'un tel ordre de conditions1 mesure que l'organisme se complique davantage1 ou qu'on y considre des phnomnes plus levs3 ce qui a lieu1 au plus haut degr possible1 d'une manire directe et continue1 dans l'tude rationnelle des phnomnes sociaux1 o l'on envisage immdiatement l'organisme le plus compos1 et les plus minentes manifestations4 ,il faut d'ailleurs noter1 ce sujet1 comme tendant dvelopper plus compltement cette invitable prpondrance1 qu'un tel organisme est1 en outre1 regard comme susceptible d'une dure en quelque sorte indfinie1 de manire rendre sensibles des modifications graduelles que la brivet de la vie individuelle ne permettrait point de manifester suffisamment4 ,les conditions astronomiques prouvent surtout1 avec une vidence plus prononce1 cet accroissement naturel d'influence1 quand on passe du cas individuel au cas social4 ,en reprenant1 sous ce rapport1 les diverses considrations indiques dans la quarantime leon1 le lecteur reconnatra facilement que les diffrentes perturbations hypothtiques1 soit statiques1 soit dynamiques1 qui ne seraient point pousses un assez haut degr d'intensit pour affecter gravement l'existence individuelle1 altreraient1 au contraire1 profondment l'existence sociale1 qui exige un concours bien plus parfait de circonstances favorables4 ,non-seulement1 par exemple1 il est vident que les dimensions propres de notre plante ont plus d'importance scientifique en sociologie qu'en biologie1 puisqu'elles assignent d'abord d'insurmontables limites gnrales l'extension ultrieure de la population humaine1 ce qui doit tre pris en grave considration dans le systme positif des spculations politiques3 mais il en est encore ainsi en beaucoup d'autres cas1 moins immdiatement apprciables4 ,parmi les conditions dynamiques1 qu'on examine1 entre autres1 sous ce point de vue1 le degr rel d'obliquit de l'cliptique1 la stabilit essentielle des ples de rotation1 et surtout la faible excentricit de l'orbite1 on sentira facilement que1 si cet ensemble de donnes fondamentales tait notablement troubl1 sans cependant l'tre assez pour que l'existence individuelle ft aucunement compromise1 notre vie sociale ne pourrait chapper une profonde altration correspondante4 ,de telles rflexions1 en vrifiant directement la dpendance ncessaire de la vritable science du dveloppement humain envers le systme gnral de la philosophie inorganique1 et surtout l'gard de la philosophie astronomique qui en est la base indispensable1 feront mme comprendre que la sociologie positive n'tait point rationnellement possible sans que cette philosophie et t pralablement perfectionne un degr beaucoup plus lev qu'on ne doit d'abord le penser4 ,on voit1 en effet1 quant l'astronomie1 que la conception scientifique du dveloppement social1 envisag dans l'ensemble de sa dure quelconque1 tait essentiellement impossible tant que la stabilit fondamentale de notre constitution astronomique1 soit par rapport la rotation ou la translation1 n'avait pas t convenablement dmontre1 d'aprs l'application gnrale de la loi de la gravitation1 puisque la continuit de cette volution exige d'abord1 entre certaines limites1 une telle stabilit4 ,une apprciation semblable peut avoir lieu envers les conditions physiques et chimiques1 afin d'tablir que la surface de notre plante est maintenant parvenue1 tous gards1 un tat essentiellement normal1 sauf des accidens trop rares1 trop partiels1 et trop imprvus pour que la sagesse humaine n'en doive pas faire primitivement abstraction2 ou que1 du moins1 l'corce du globe ne comporte plus que des variations tellement limites et surtout tellement graduelles qu'elles ne sauraient gravement affecter le cours naturel de l'volution sociale1 dont la pense serait certainement inconciliable avec l'irruption brusque et frquente de bouleversemens physico-chimiques trs tendus dans le thtre de la vie humaine4 ,bien loin donc que1 sous ces divers aspects1 la vraie philosophie politique puisse aucunement s'isoler de la philosophie inorganique1 il y aurait beaucoup plutt lieu de craindre que celle-ci ne ft point1 ces derniers titres1 assez avance aujourd'hui pour fournir la premire les notions pralables dont elle a besoin1 si1 suivant la marche fondamentale dj suffisamment motive au chapitre prcdent1 on ne devait point y procder d'abord la dtermination la plus gnrale des lois propres au dveloppement social1 en cartant sagement les questions accessoires ou prliminaires qui seraient ou trop peu abordables ou mme trop prmatures1 sauf les reprendre ultrieurement en descendant graduellement une prcision plus parfaite4 ,au premier coup d'oeil1 cette subordination ncessaire semblerait d'ailleurs exiger1 dans la philosophie inorganique1 un perfectionnement radical1 qu'elle ne saurait jamais admettre1 comme je l'ai dmontr dans le second volume1 en ce qui concerne les lois astronomiques les plus gnrales1 relatives l'action mutuelle des diffrens mondes4 ,mais1 ici1 l'harmonie ncessaire que nous avons toujours constate1 tous gards1 entre le possible et l'indispensable n'prouve rellement aucune altration quelconque2 puisque1 si ces notions cosmiques sont profondment inaccessibles1 comme on n'en saurait douter1 leur inutilit effective n'est pas moins vidente en sociologie qu'en biologie1 vu l'entire indpendance1 rigoureusement constate dsormais1 des phnomnes intrieurs de notre monde1 seuls susceptibles d'influence sociale1 envers ces phnomnes universels1 essentiellement trangers l'astronomie positive4 ,on peut appliquer des rflexions analogues beaucoup d'autres cas1 plus usuels quoique moins prononcs1 et partout l'on reconnatra1 en apprciant avec exactitude la subordination fondamentale de la philosophie sociologique relativement aux diffrentes branches de la philosophie inorganique1 que celle-ci1 malgr son imperfection actuelle1 est dj assez avance1 sous tous les aspects principaux1 pour n'apporter aujourd'hui aucun obstacle essentiel la constitution rationnelle de la science sociale1 pourvu qu'on ait toujours la prudente habilet d'liminer provisoirement des recherches intempestives4 ,afin de prvenir1 autant que possible1 toute interprtation vicieuse d'une telle subordination1 maintenant incontestable1 il convient de prciser davantage la notion gnrale de l'influence sociale propre aux diverses conditions inorganiques1 en remarquant que1 par sa nature1 elle ne saurait affecter les lois caractristiques du dveloppement humain1 toujours essentiellement invariables1 mais seulement la vitesse effective de l'volution totale ou de ses diverses phases principales1 du moins en se restreignant des variations compatibles avec l'existence du phnomne4 ,nous avons vu1 en gnral1 au chapitre prcdent1 que toutes les causes perturbatrices quelconques ne sauraient immdiatement agir que sur cette vitesse propre4 ,j'ai suffisamment dmontr1 dans la quarante-deuxime leon1 que les tres vivans ne sont point1 comme on l'a tant dit1 indfiniment modifiables sous l'empire des circonstances extrieures quelconques2 que ces modifications1 circonscrites entre d'troites limites gnrales1 jusqu'ici d'ailleurs peu connues1 ne peuvent jamais affecter que les degrs des divers phnomnes1 sans changer aucunement leur nature2 et qu'enfin1 lorsque les influences perturbatrices excdent notablement ces limites1 l'organisme1 au lieu de se modifier1 est ncessairement dtruit4 ,or1 cet important principe de philosophie biologique devant tre1 par sa nature1 d'autant plus applicable qu'il s'agit d'un organisme plus complexe et d'une vie plus minente1 quoique l'tre devienne alors plus modifiable1 il faut ncessairement l'tendre aussi1 plus forte raison1 l'tude positive du dveloppement social4 ,la marche fondamentale de ce dveloppement doit donc tre envisage comme tenant l'essence mme du phnomne1 et1 par suite1 essentiellement identique dans toutes les hypothses possibles sur le milieu correspondant4 ,sans doute1 on peut aisment imaginer1 suivant les indications prcdentes1 qu'une volution aussi dlicate soit radicalement empche par diverses perturbations extrieures1 surtout astronomiques1 qui n'iraient pas mme jusqu' dtruire directement notre espce4 ,mais1 tant que cette volution restera possible1 il faudra toujours la concevoir assujtie aux mmes lois essentielles1 et ne pouvant varier que dans sa vitesse1 en traversant1 avec plus ou moins de rapidit1 chacun des tats intermdiaires dont elle se compose1 sans que leur succession ncessaire ni leur tendance finale puissent jamais tre rellement altres4 ,une telle altration excderait d'ailleurs le pouvoir mme des causes biologiques2 si1 par exemple1 on admettait quelques modifications tranches dans l'organisme humain1 ou que l'on penst1 ce qui serait scientifiquement quivalent1 l'hypothtique dveloppement social d'une autre race animale1 il faudrait toujours supposer1 pour l'ensemble du dveloppement1 une marche fondamentale commune3 telle est1 du moins1 la condition philosophique impose par la nature d'un tel sujet1 qui ne saurait devenir pleinement positif qu'autant qu'il pourra tre ainsi conu2 on doit donc1 plus forte raison1 tendre une pareille apprciation aux causes purement inorganiques4 ,du reste1 une telle disposition intellectuelle n'est1 au fond1 que la suite spontane et le complment indispensable de l'esprit gnral que la philosophie positive nous a nettement manifest1 sous ce rapport1 en tant d'autres occasions antrieures1 o1 en poursuivant la vrification spciale de ma hirarchie scientifique1 nous avons constamment reconnu que si1 dans toute l'tendue de cette hirarchie1 les phnomnes moins gnraux s'accomplissent ncessairement sous l'invitable prpondrance des phnomnes plus gnraux1 cette subordination ne peut altrer1 en aucune manire1 leurs lois propres1 mais seulement l'tendue et la dure de leurs manifestations relles4 ,pour complter cet aperu prliminaire de la relation gnrale entre la philosophie sociologique et l'ensemble de la philosophie inorganique1 je dois enfin signaler1 ce sujet1 une nouvelle considration directe1 d'autant plus importante ici qu'elle s'applique surtout1 par sa nature1 aux connaissances physico-chimiques1 qui1 dans les indications prcdentes1 ont pu paratre ngliges comparativement aux doctrines astronomiques4 ,il s'agit de l'action relle de l'homme sur le monde extrieur1 dont le dveloppement graduel constitue1 sans doute1 l'un des principaux aspects de l'volution sociale1 et sans l'essor de laquelle on peut mme dire que l'ensemble de cette volution n'et pas t possible1 puisqu'elle et t arrte1 sa naissance1 par la prpondrance des obstacles matriels propres la condition humaine4 ,en un mot1 la progression1 soit politique1 soit morale1 soit intellectuelle1 de l'humanit1 est ncessairement insparable de sa progression matrielle1 en vertu de l'intime solidarit mutuelle qui caractrise le cours naturel des phnomnes sociaux1 d'aprs la leon prcdente4 ,or1 il est vident que l'action de l'homme sur la nature dpend principalement de ses connaissances acquises quant aux lois relles des phnomnes inorganiques1 quoique la philosophie biologique n'y puisse tre1 sans doute1 aucunement trangre4 ,il faut1 en outre1 reconnatre1 cet gard1 que la physique proprement dite1 et mme encore plus la chimie1 constituent surtout la base propre du pouvoir humain1 l'astronomie1 malgr sa participation capitale1 ne pouvant y concourir que par une indispensable prvoyance1 au lieu d'une modification directe du milieu ambiant4 ,voil donc un nouveau motif gnral1 d'une irrcusable vidence1 et qu'il suffit de signaler ici1 pour faire hautement ressortir l'impossibilit radicale d'une tude rationnelle du dveloppement social1 sans la combinaison immdiate et permanente des spculations sociologiques avec l'ensemble des doctrines de la philosophie inorganique4 ,dans tout ce qui prcde1 j'ai d m'abstenir soigneusement de considrer aussi cette philosophie relativement la mthode1 afin de simplifier notre apprciation1 en rduisant ici l'examen aux seules notions susceptibles d'tre srieusement contestes aujourd'hui4 ,au point o ce ,trait est maintenant parvenu1 je n'ai plus besoin de m'arrter expressment dmontrer l'indispensable ncessit logique de se prparer convenablement aux saines tudes sociales en apprenant connatre la mthode positive fondamentale dans ses applications relles les mieux caractrises4 ,malgr son importance prpondrante1 ce grand prcepte ressort tellement ici de la nature du sujet1 il s'appuie d'ailleurs si fortement dj sur les considrations analogues tablies dans les autres sections de cet ouvrage1 qu'il suffit d'noncer simplement une proposition philosophique l'gard de laquelle la partie antrieure de ce volume ne saurait laisser aucun doute direct1 et que la suite de notre travail confirmera spontanment de plus en plus4 ,je me borne donc1 sous ce rapport1 renvoyer le lecteur aux divers motifs gnraux exposs1 dans le volume prcdent1 en tablissant une pareille ncessit envers la science biologique proprement dite4 ,le cas actuel ne saurait comporter1 cet gard1 d'autre remarque propre1 si ce n'est que ces diffrentes considrations acquirent ici beaucoup plus de gravit encore1 d'aprs la complication bien suprieure des phnomnes1 et mme indpendamment de la perturbation spciale que les passions humaines tendent si hautement introduire en de telles tudes4 ,afin que l'extension des ressources logiques soit toujours en suffisante harmonie avec l'accroissement des difficults scientifiques1 suivant la loi philosophique que j'ai tablie ce sujet1 et qui a dj t spcialement vrifie1 quant aux moyens propres d'exploration directe1 la fin du chapitre prcdent1 il faut rellement se fliciter de cette subordination profonde qui lie rationnellement la sociologie l'ensemble de la philosophie naturelle4 ,convenablement apprcie1 et sagement utilise1 cette relation capitale1 qui d'abord semble augmenter la complication naturelle du sujet1 constitue1 au contraire1 sous le point de vue logique1 la principale base de son heureuse laboration positive1 en y introduisant spontanment une indispensable prparation intellectuelle1 dont l'esprit humain1 si faible apprciateur1 mme aujourd'hui1 de la pure mthode1 n'aurait pu directement assez sentir la haute importance4 ,il convient1 cet gard1 de noter spcialement l'extension non moins spontane d'une telle prparation toutes les parties antrieures de la philosophie positive1 et surtout la philosophie inorganique4 ,car1 c'est uniquement par cette extension complte que la mthode positive peut tre pralablement assez connue pour devenir rellement applicable l'tude de phnomnes aussi minemment compliqus1 suivant un principe pos ds le dbut de ce ,trait1 et depuis constamment vrifi2 chaque branche essentielle de la philosophie naturelle devant1 comme nous l'avons si souvent constat1 dvelopper spcialement l'un des attributs caractristiques de la mthode fondamentale1 qui ne peut tre convenablement apprci qu'en l'tudiant sa source propre4 ,il ne suffira donc pas aux sociologistes de se prparer leurs difficiles spculations en apprenant d'abord1 par une profonde apprciation de la philosophie biologique1 dvelopper1 dans des cas moins compliqus1 l'esprit gnral de leurs travaux1 et les principaux moyens d'exploration qui leur conviennent1 comme je l'ai ci-dessus indiqu4 ,outre que la biologie ne saurait tre1 son tour1 rationnellement conue sans son indispensable subordination l'ensemble de la philosophie inorganique1 c'est uniquement par l'tude directe de cette philosophie que les sociologistes peuvent suffisamment connatre les caractres les plus lmentaires de la mthode positive1 d'autant mieux apprciables que les phnomnes sont moins compliqus4 ,c'est ainsi seulement que l'on peut se faire une juste ide gnrale des attributs essentiels de la positivit scientifique1 de ce qui constitue l'explication relle d'un phnomne quelconque1 des conditions invariables d'une exploration vraiment rationnelle1 soit par voie d'observation pure1 soit par exprimentation1 et enfin du vritable esprit qui doit toujours prsider l'institution et l'usage des hypothses scientifiques quelconques3 or1 il est clair que1 sous ces divers aspects1 la sociologie a un besoin indispensable de notions et surtout d'habitudes pralables1 qui ne sauraient tre autrement tablies4 ,le dfaut d'accomplissement rel de cette grande condition logique constitue1 mes yeux1 comme je l'ai dj indiqu1 la principale cause intellectuelle de l'avortement radical des tentatives effectues jusqu'ici pour la rgnration des tudes sociales1 dont la positivit est1 vrai dire1 hautement dsire aujourd'hui1 sans que les moyens prliminaires en soient encore convenablement apprcis4 ,enfin1 cette prparation capitale de notre intelligence ne doit pas seulement1 pour avoir une entire efficacit1 embrasser l'tude gnrale de toutes les diverses parties essentielles de la philosophie naturelle3 il n'importe pas moins au succs d'une telle opration que son accomplissement effectif soit graduellement conforme l'ordre hirarchique de complication croissante que j'ai tabli entre elles en commenant ce ,trait4 ,le respect constant d'un tel ordre tend conduire rgulirement notre intelligence1 suivant une srie de nuances presque insensibles1 de l'admirable simplicit qui caractrise les spculations astronomiques jusqu' l'excessive complication propre aux spculations sociales2 et l'on sait qu'il n'y a de dispositions vraiment efficaces et indestructibles que celles qui sont ainsi progressivement introduites1 par degrs aussi rapprochs que possible3 toute grave altration de cette succession ncessaire1 transporterait invitablement1 dans les tudes sociologiques1 des habitudes d'irrationnalit1 qui n'y sont que trop naturelles1 surtout de nos jours4 ,telles sont les vraies conditions gnrales1 difficiles mais indispensables1 de la seule ducation scientifique prliminaire propre dvelopper systmatiquement l'introduction spontane de l'esprit positif dans l'ensemble des thories sociales4 ,par une suite invitable de cette intime subordination logique1 on ne saurait enfin mconnatre1 en poursuivant jusqu'au bout les consquences videntes d'un tel principe1 la ncessit rigoureuse de faire1 avant tout1 reposer cette ducation pralable des sociologistes vraiment rationnels sur une convenable apprciation de la philosophie mathmatique1 mme abstraction faite de l'indispensable participation directe de cette philosophie l'laboration fondamentale des principales parties de la philosophie inorganique1 dont la connaissance1 quoique simplement gnrale1 ne saurait tre aujourd'hui suffisamment obtenue sans un certain recours spcial cette base primordiale de toute la philosophie positive4 ,c'est l seulement que les sociologistes1 comme tous les autres esprits livrs l'tude de la nature1 pourront d'abord dvelopper le vrai sentiment lmentaire de l'vidence scientifique1 et contracter l'habitude fondamentale d'une argumentation rationnelle et dcisive1 en un mot apprendre satisfaire convenablement aux conditions purement logiques de toute spculation positive1 en tudiant la positivit universelle sa vritable source primitive4 ,il n'y a ici de particulier la sociologie que l'vidente obligation de fortifier d'autant plus ces dispositions pralables que la complication suprieure des phnomnes en rend l'accomplissement spontan la fois plus difficile et plus indispensable4 ,du reste1 toute ide de nombre effectif et de loi mathmatique tant dj directement interdite en biologie1 comme je l'ai suffisamment expliqu1 elle doit tre1 plus forte raison1 radicalement exclue des spculations encore plus compliques de la sociologie1 sans qu'il soit d'ailleurs ncessaire d'insister ici spcialement sur un tel axiome philosophique1 au sujet duquel je me borne renvoyer le lecteur aux explications fondamentales de la quarantime leon4 ,la seule aberration de ce genre qui et pu mriter quelque discussion srieuse1 si l'ensemble de ce ,trait ne nous en avait d'avance radicalement dispens1 c'est la vaine prtention d'un grand nombre de gomtres rendre positives les tudes sociales d'aprs une subordination chimrique l'illusoire thorie mathmatique des chances4 ,c'est l l'illusion propre des gomtres en philosophie politique1 comme celle des biologistes y consiste surtout1 ainsi que je l'ai ci-dessus expliqu1 vouloir riger la sociologie en simple corollaire ou appendice de la biologie1 en y supprimant1 dans l'un et l'autre cas1 l'indispensable prpondrance de l'analyse historique4 ,il faut nanmoins convenir que l'aberration des gomtres est1 tous gards1 infiniment plus vicieuse et beaucoup plus nuisible que l'autre2 outre que les erreurs philosophiques quelconques sont1 en gnral1 bien autrement tenaces chez les gomtres1 directement affranchis1 par la haute abstraction de leurs travaux1 de toute subordination rigoureuse l'tude relle de la nature4 ,quelque grossire que soit videmment une telle illusion1 elle tait nanmoins essentiellement excusable1 quand l'esprit minemment philosophique de l'illustre ,jacques ,bernouilli conut1 le premier1 cette pense gnrale1 dont la production1 une telle poque1 constituait rellement le prcieux et irrcusable symptme du besoin dj pressenti de rendre par-l positives1 dfaut d'une meilleure voie alors impossible souponner1 les principales thories sociales2 besoin prmatur pour ce temps1 mais qui n'y pouvait tre prouv1 mme ainsi1 que par une intelligence vraiment suprieure4 ,l'erreur tait beaucoup moins excusable lorsque ,condorcet reproduisit ultrieurement1 sous une forme plus directe et plus systmatique1 le mme espoir chimrique1 dont l'expression1 encore profondment mle son clbre ouvrage posthume1 y confirme clairement l'tat flottant de son intelligence quant la conception fondamentale de la science sociale1 suivant les explications directes de l'avant-dernire leon4 ,mais il est vraiment impossible d'excuser chez ,laplace la strile reproduction d'une telle aberration philosophique1 alors que l'tat gnral de la raison humaine commenait dj permettre d'entrevoir le vritable esprit fondamental de la saine philosophie politique1 si bien prpar1 comme je l'ai montr1 par les travaux de ,montesquieu et de ,condorcet lui-mme1 et d'ailleurs puissamment stimul par l'branlement radical de la socit4 plus forte raison ne saurait-on nullement pallier la prolongation actuelle de cette absurde illusion parmi les imitateurs subalternes1 qui1 sans rien ajouter au fond du sujet1 se bornent rpter1 dans un lourd verbiage algbrique1 l'expression suranne de ces vaines prtentions1 par un abus grossier du crdit si justement attach dsormais au vritable esprit mathmatique4 ,bien loin d'indiquer1 comme il y a un sicle1 l'instinct prmatur de l'indispensable rnovation des tudes sociales1 cette aberration ne constitue aujourd'hui1 mes yeux1 que l'involontaire tmoignage dcisif d'une profonde impuissance philosophique1 d'ailleurs combine1 d'ordinaire1 avec une sorte de manie algbrique1 maintenant trop familire au vulgaire des gomtres1 et peut-tre aussi quelquefois stimule par le dsir1 si commun de nos jours1 de se crer1 peu de frais1 une certaine rputation1 phmre mais productive1 de haute porte politique4 ,serait-il possible1 en effet1 d'imaginer une conception plus radicalement irrationnelle que celle qui consiste donner pour base philosophique1 ou pour principal moyen d'laboration finale1 l'ensemble de la science sociale1 une prtendue thorie mathmatique1 o1 prenant habituellement des signes pour des ides1 suivant le caractre usuel des spculations purement mtaphysiques1 on s'efforce d'assujtir au calcul la notion ncessairement sophistique de la probabilit numrique1 qui conduit directement donner notre propre ignorance relle pour la mesure naturelle du degr de vraisemblance de nos diverses opinions8#cb ,aussi aucun homme sens n'a-t-il t1 dans la pratique sociale1 effectivement converti de nos jours cette trange aberration1 quoique sans pouvoir en dmler le sophisme fondamental4 ,tandis que les vraies thories mathmatiques ont fait1 depuis un sicle1 de si grands et si utiles progrs1 cette absurde doctrine1 sauf les occasions de calcul abstrait qu'elle a pu susciter1 n'a vritablement subi1 pendant le mme temps1 malgr de nombreux et importans essais1 aucune amlioration essentielle1 et se retrouve aujourd'hui place dans le mme cercle d'erreurs primitives1 quoique la fcondit des conceptions constitue certainement1 l'gard d'une science quelconque1 le symptme le moins quivoque de la ralit des spculations4 ,footnote #cb3 ,j'ai dj sommairement indiqu1 au commencement de #ahce1 dans le second volume de ce ,trait1 mon opinion directe sur l'apprciation philosophique d'une telle thorie1 par une note importante de la vingt-septime leon1 o j'ai d'ailleurs annonc l'intention ultrieure de traiter expressment ce sujet spcial de philosophie mathmatique1 si cet ouvrage comporte une seconde dition4 ,la justice me fait ici un heureux devoir d'ajouter que1 depuis cette poque1 l'un des plus judicieux gomtres de notre sicle 7,m4 ,poinsot71 avec cette lucide sagacit philosophique qui le caractrise habituellement1 a1 sous ce rapport1 utilement entrepris1 dans une mmorable discussion acadmique1 de prvenir le vulgaire mathmatique contre une nouvelle invasion momentane de cette aberration suranne1 alors identiquement reproduite1 avec une sorte de fracas scientifique1 par un analyste beaucoup moins rationnel4 quelques aberrations philosophiques qu'ait pu donner lieu jusqu'ici une fausse apprciation des relations indispensables de la science sociale avec les diverses sciences antrieures1 les diffrentes indications contenues dans ce chapitre ne peuvent maintenant laisser aucune grave incertitude sur la subordination vraiment fondamentale1 la fois scientifique et logique1 qui fait pralablement dpendre l'tude positive des phnomnes sociaux de l'ensemble de la philosophie naturelle tout entire3 en sorte que la position encyclopdique assigne1 ds le dbut de ce ,trait1 la physique sociale1 dans la hirarchie gnrale des sciences1 se trouve dsormais suffisamment motive d'aprs un examen direct4 ,les principales de ces relations sont d'une telle vidence intrinsque qu'il est presque honteux1 pour l'tat prsent de la raison humaine1 qu'on soit forc de dmontrer formellement aujourd'hui1 soit la ncessit de ne procder l'tude des phnomnes les plus compliqus qu'aprs s'y tre convenablement prpar par l'tude graduelle des phnomnes plus simples1 soit aussi1 quant la doctrine1 l'indispensable obligation gnrale de connatre d'abord l'agent du phnomne que l'on se propose d'analyser et le milieu o ce phnomne s'accomplit4 ,mais la funeste prpondrance actuelle de la philosophie mtaphysique en un tel sujet y a si radicalement vici les notions mme les plus lmentaires1 que1 malgr la puissance naturelle des considrations prcdentes1 si spontanment fortifies par l'ensemble de ce ,trait1 je dois craindre peut-tre que cette haute connexit scientifique ne soit1 au fond1 la partie la moins gote1 sinon la plus conteste1 de ma doctrine philosophique1 mme aprs que la suite de ce volume en aura indirectement confirm1 divers gards essentiels1 la ralit et l'importance4 ,cette crainte me semble d'autant plus lgitime que ce grand prcepte de philosophie positive se trouve ncessairement en opposition directe avec l'un des plus profonds caractres de nos moeurs politiques1 l'appel immdiat1 si doux la fois notre orgueil et notre paresse1 adress1 par la philosophie mtaphysique1 toutes les intelligences quelconques1 pour traiter1 sans aucune prparation rationnelle1 les diverses questions sociales1 en les regardant1 du moins implicitement1 comme des sujets de simple inspiration4 ,un tel motif devait donc me faire attacher ici une importance toute spciale l'explication sommaire de ces diverses relations indispensables1 sur lesquelles1 malgr leur haute vidence propre1 je n'ai point1 sans doute1 trop insist1 quoique cependant toutes les notions principales me semblent avoir t suffisamment indiques4 ,pour terminer convenablement l'opration encyclopdique qui constitue le sujet particulier de ce chapitre1 il me reste maintenant considrer en sens inverse cette connexit fondamentale1 en apprciant1 son tour1 la raction philosophique ncessaire de la physique sociale sur l'ensemble des sciences antrieures1 soit quant la doctrine ou la mthode4 ,il serait1 en ce moment1 prmatur de considrer ici1 ce sujet1 l'invitable influence gnrale que la sociologie doit ultrieurement exercer sur le systme des autres sciences fondamentales par cela seul que1 constituant le dernier lment essentiel de la philosophie positive1 cette philosophie1 ds-lors irrvocablement complte1 permettra enfin de rationaliser directement la culture1 encore essentiellement empirique1 des diffrentes sciences actuelles1 en les faisant concevoir dsormais1 malgr leur indispensable sparation1 comme des branches distinctes d'un tronc ncessairement unique1 dont la considration prpondrante devra toujours prsider1 sans aucune vaine prtention d'universalit1 aux divers travaux spciaux1 au lieu de l'anarchique dispersion qui caractrise aujourd'hui le mode effectif de dveloppement de la philosophie naturelle4 ,l'examen direct de cette haute rgnration scientifique appartient exclusivement1 par sa nature1 la fin de ce volume1 o il fournira l'une des conclusions finales de l'ensemble de ce ,trait4 ,nous devons ici nous borner apprcier1 sous un point de vue plus spcial1 la raction immdiate de la sociologie sur tout le reste de la philosophie naturelle1 en vertu des principales proprits1 soit scientifiques1 soit logiques1 qui caractrisent son esprit fondamental1 d'aprs les explications du chapitre prcdent4 ,quant la doctrine1 le principe essentiel de cette universelle raction rsulte d'abord de cette vidente considration philosophique que toutes les spculations scientifiques quelconques1 en tant que travaux humains1 doivent tre1 de toute ncessit1 profondment subordonnes la vraie thorie gnrale du dveloppement de l'humanit4 ,si1 par une hypothse videmment chimrique1 on pouvait concevoir cette thorie devenue jamais assez parfaite pour qu'aucun obstacle intellectuel n'y bornt la libre plnitude de ses dductions les plus prcises1 il est clair que la hirarchie scientifique1 ds-lors totalement intervertie1 prsenterait dsormais1 priori1 les diffrentes sciences comme de simples parties de cette science unique4 ,quoique la faiblesse de notre intelligence et l'extrme complication d'une telle tude ne puissent1 sans doute1 aucunement permettre l'esprit humain de raliser jamais une pareille situation philosophique1 cette supposition est nanmoins trs propre faire immdiatement comprendre la lgitime intervention gnrale de la vraie science sociale dans tous les ordres possibles de spculations humaines4 la vrit1 cette haute intervention semble d'abord appartenir plutt la thorie biologique de notre nature1 et c'est ainsi que quelques philosophes ont commenc en entrevoir le germe4 ,il n'est pas douteux1 en effet1 que la connaissance de l'homme individuel doive exercer directement une influence secrte mais invitable sur toutes les sciences quelconques1 puisque nos travaux portent ncessairement l'empreinte ineffaable des facults qui les produisent4 ,mais1 en approfondissant davantage cette grande considration1 on peut aisment reconnatre que cette influence universelle doit proprement appartenir la thorie de l'volution sociale beaucoup plus qu' celle de l'homme individuel1 quoique1 sous ce rapport surtout1 la sociologie soit naturellement insparable de la biologie4 ,cette restriction plus prcise rsulte videmment de ce que le dveloppement de l'esprit humain n'est possible que par l'tat social1 dont la considration directe doit donc prvaloir toutes les fois qu'il s'agit immdiatement des rsultats quelconques de ce dveloppement4 ,tel est donc1 en aperu1 le premier titre philosophique de la physique sociale son invitable intervention intellectuelle dans la culture effective des diverses parties de la philosophie naturelle proprement dite4 ,je me borne maintenant1 ce sujet1 poser simplement le principe ncessaire de cette grande relation1 qui sera plus tard convenablement examine4 ,en ce moment1 il convient de considrer seulement des relations plus spciales et plus aisment apprciables1 qui rsultent spontanment de nos diverses explications antrieures4 ,d'abord1 il est clair que la sociologie devra naturellement perfectionner l'tude des vrais rapports essentiels qui unissent entre elles les diffrentes sciences1 puisque cette tude constitue ncessairement une partie importante de la statique sociale1 directement destine mettre en vidence les lois relles d'un tel enchanement1 comme celles de tous les autres cas de connexit fondamentale entre les divers lmens quelconques de notre civilisation4 ,c'est seulement ainsi que l'tude habituelle de ces liaisons mutuelles1 ds-lors irrvocablement tablie sur le terrain de la ralit1 pourra enfin prendre un caractre vraiment positif1 susceptible d'carter jamais ces spculations vagues et arbitraires qui distinguent aujourd'hui tant d'essais encyclopdiques1 sans excepter la plupart de ceux si malheureusement tents par les savans eux-mmes1 l'imitation strile des purs mtaphysiciens4 ,mais1 quelle que soit l'importance de cette premire considration1 cette heureuse tendance spontane de la sociologie manifester avec vidence le vritable esprit gnral de chaque science fondamentale d'aprs l'ensemble de ses relations avec toutes les autres1 sera ncessairement encore plus prononce dans l'tude directe de la dynamique sociale1 en vertu de ce principe1 dj souvent employ dans ce volume1 que la vraie coordination doit tre surtout dvoile par le cours naturel du dveloppement commun4 ,tous les savans qui ont mdit avec quelque force sur l'ensemble de leur sujet propre ont certainement senti quels importans secours spciaux peuvent fournir les indications historiques correspondantes pour rgulariser1 un certain degr1 l'essor spontan des dcouvertes scientifiques1 en vitant surtout les tentatives chimriques ou trop prmatures4 ,il serait inutile d'insister ici sur un tel attribut de l'histoire des sciences1 qui ne saurait tre contest aujourd'hui par aucun de ceux qui ont fait1 en une science quelconque1 des dcouvertes relles de quelque porte3 le grand ,lagrange tait surtout profondment pntr de cette haute relation philosophique1 qu'il a si admirablement utilise1 et dont il a mme spontanment formul le principe1 autant que le permettaient ses travaux1 comme je vais l'indiquer plus spcialement ci-dessous4 ,or1 il est clair1 d'aprs la leon prcdente1 que la vritable histoire scientifique1 c'est--dire la thorie de la filiation relle des principales dcouvertes1 n'existe encore en aucune manire4 ,les divers essais vainement dcors de ce titre1 par des esprits qui n'en pouvaient comprendre la porte philosophique1 n'ont pu tre jusqu'ici que de simples compilations1 d'ailleurs provisoirement utiles1 de matriaux plus ou moins irrationnels1 qui ne sauraient mme1 comme nous l'avons vu1 tre ultrieurement employs la construction directe d'aucune doctrine historique sans une indispensable rvision prliminaire1 et qui certainement sont fort impropres1 dans leur tat actuel1 suggrer d'heureuses indications scientifiques4 ,mais1 quoique une telle rudition bibliographique et biographique tende plutt touffer l'essor spontan du gnie humain qu' en seconder le dveloppement1 ce qui explique la rpugnance instinctive qu'elle inspire d'ordinaire aux vrais inventeurs1 la proprit ncessaire que nous apprcions dans la vritable histoire des sciences n'en demeure pas moins incontestable4 ,cette proprit ne pourra donc raliser pleinement son heureuse influence pour rgulariser le progrs naturel des diffrentes sciences que par suite de la fondation directe de la physique sociale1 sans laquelle nous avons reconnu qu'aucune histoire spciale ne saurait tre rationnellement conue1 et qui doit imprimer immdiatement de tels travaux la direction philosophique qui leur manque essentiellement jusqu'ici4 ,on ne peut1 sans doute1 mconnatre1 sous ce rapport1 les amliorations spciales que cette nouvelle science fondamentale tendra ncessairement introduire dans chacune des autres1 aussi bien que dans leur coordination gnrale1 puisqu'il est certain qu'aucune science quelconque ne saurait tre profondment comprise tant qu'on n'en a point apprci la vritable histoire essentielle4 ,convenablement approfondie1 cette considration nous amne1 naturellement1 en dernier lieu1 apprcier aussi la raction ncessaire de la sociologie sur l'ensemble des sciences antrieures1 en ce qui concerne la mthode proprement dite4 ,il ne peut encore tre question de combiner ici les diverses notions fondamentales que les diffrentes parties de cet ouvrage ont d successivement fournir cet gard1 pour en construire directement une thorie gnrale et complte de la mthode positive4 ,cette opration capitale doit rationnellement appartenir la fin de ce volume1 puisque les indications spontanes que la suite de notre travail devait1 ce sujet1 graduellement dvelopper ne sauraient tre termines tant qu'il reste examiner une dernire branche essentielle de notre systme philosophique4 ,mais1 nous avons reconnu1 dans toutes les parties antrieures de ce ,trait1 que chacune des diverses sciences fondamentales possde1 par sa nature1 l'importante proprit de manifester spcialement l'un des principaux attributs de la mthode positive universelle1 quoique tous doivent ncessairement se retrouver1 un certain degr1 dans toutes les autres sciences1 en vertu de notre invariable unit logique4 ,nous n'avons donc ici qu' caractriser1 sous ce rapport1 l'gard de la physique sociale1 sa participation propre et directe la composition lmentaire du fonds commun de nos ressources intellectuelles4 ,or1 au point o ce volume est maintenant parvenu1 il est dj facile de reconnatre que cette coopration logique de la nouvelle science n'a pas1 sans doute1 une moindre importance gnrale que celle des diverses sciences antrieures1 y compris mme la biologie4 ,il rsulte1 en effet1 de la leon prcdente que la fondation de la sociologie positive tend directement augmenter l'ensemble de nos principaux moyens de spculation quelconque1 en y introduisant1 comme dernier lment essentiel1 ce mode gnral d'exploration que j'ai signal sous le nom de mthode historique proprement dite1 qui1 aprs un usage convenable1 constituera rellement plus tard un quatrime mode fondamental d'observation1 la suite du procd comparatif de la biologie1 dont il prsente certainement une modification assez profonde pour mriter d'en tre finalement distingu4 ,ce nouveau moyen d'investigation1 dont la manifestation tait1 par sa nature1 si videmment rserve la sociologie1 est vraiment1 au fond1 plus ou moins applicable tous les ordres quelconques de spculations scientifiques4 ,il suffit1 pour cela1 suivant le principe incontestable ci-dessus indiqu1 de concevoir chaque dcouverte quelconque1 l'instant o elle s'accomplit1 comme constituant un vritable phnomne social1 faisant partie de la srie gnrale du dveloppement humain1 et1 ce titre1 soumis aux lois de succession et aux mthodes d'exploration qui caractrisent cette grande volution4 ,d'un tel point de dpart1 dont la rationnalit ne saurait tre mconnue1 on embrasse aussitt l'entire universalit ncessaire de la mthode historique1 ds-lors envisage dans toute son minente dignit intellectuelle4 ,n'est-il point sensible1 en effet1 que1 par une telle mthode1 les diverses dcouvertes scientifiques deviennent1 un certain degr1 susceptibles d'une vraie prvision rationnelle1 d'aprs une exacte apprciation du mouvement antrieur de la science1 convenablement interprt suivant les lois fondamentales de la marche relle de l'esprit humain8 ,parvenue une telle spcialit1 la prvision historique ne saurait sans doute1 d'aprs les explications du chapitre prcdent1 comporter des dterminations bien prcises3 mais elle pourra certainement fournir d'heureuses indications prliminaires sur le sens gnral des progrs immdiats1 de manire viter surtout1 en grande partie1 l'norme dperdition des forces intellectuelles qui se consument aujourd'hui en essais essentiellement hasards1 dont la plupart ne comportent aucun succs rel4 ,comparant ainsi convenablement l'tat prsent de chaque science1 ou mme de chaque grand sujet scientifique1 la suite philosophique des tats antrieurs1 il deviendra1 sans doute1 possible d'assujtir ultrieurement l'art des dcouvertes une sorte de thorie rationnelle1 qui puisse utilement guider les efforts instinctifs du gnie individuel1 dont la marche propre ne saurait tre vraiment indpendante du dveloppement collectif de l'esprit humain1 quelque illusion naturelle que puisse inspirer1 cet gard1 le sentiment exagr de la supriorit personnelle1 malheureusement si dispose1 d'ordinaire1 surtout en ce genre1 un isolement chimrique4 ,la mthode historique est donc destine1 en dominant dsormais l'usage systmatique de toutes les autres mthodes scientifiques quelconques1 leur procurer une plnitude de rationnalit qui leur manque essentiellement encore1 en transportant1 autant que possible1 l'ensemble cette progression sagement ordonne qui n'existe aujourd'hui que pour les dtails3 le choix habituel des sujets de recherches1 jusqu'ici presque arbitraire1 ou du moins minemment empirique1 tendra ds-lors acqurir1 un certain degr1 ce caractre vraiment scientifique que prsente seule maintenant l'investigation partielle de chacun d'eux4 ,mais1 pour que ces hautes proprits puissent tre convenablement ralises1 il est indispensable que cette mthode transcendante1 si difficile et si dlicate par sa nature1 soit elle-mme toujours subordonne aux conditions philosophiques qu'impose le vritable esprit gnral de la science o elle prend spcialement naissance1 tel qu'il a t suffisamment caractris dans la leon prcdente4 ,la principale de ces conditions consiste1 ainsi que nous l'avons tabli1 ne jamais considrer l'ensemble du dveloppement propre de chaque science isolment de la progression totale de l'esprit humain1 ni mme de l'volution fondamentale de l'humanit4 ,ainsi1 la physique sociale1 qui fournit spontanment cette nouvelle mthode1 devra donc aussi plus ou moins prsider ultrieurement son application graduelle1 au moins d'aprs sa conception gnrale du dveloppement humain#cc4 ,tout usage trop partiel ou trop isol d'un tel mode d'investigation1 suivant l'irrationnelle tendance dispersive des esprits actuels1 serait essentiellement inefficace1 ou ne pourrait raliser qu'une faible partie des importans avantages qu'on doit s'en promettre pour le progrs des sciences1 en exposant mme peut-tre certaines aberrations spciales4 ,quoique1 d'aprs notre principe invariable de l'uniformit fondamentale de la mthode positive1 l'tat prsent des sciences doive ncessairement offrir dj quelques traces spontanes de ce moyen suprieur de spculation1 cependant sa complication caractristique et son dveloppement peine naissant ne sauraient permettre d'en apercevoir actuellement des exemples trs prononcs1 et surtout assez varis pour constituer une manifestation pleinement dcisive4 ,le systme entier de nos diverses connaissances positives n'en prsente encore1 mes yeux1 qu'un seul tmoignage vraiment irrcusable1 qu'il faut aller puiser1 comme on devait s'y attendre1 dans la science mathmatique1 si hautement destine1 par sa nature1 raison de son essor plus simple et plus rapide1 fournir spontanment d'avance quelques exemples plus ou moins apprciables de tous les procds logiques possibles1 aussi bien d'ailleurs1 malgr le prjug actuel1 que de presque toutes les aberrations4 ,ce prcieux exemple m'est fourni par ces sublimes chapitres prliminaires des diverses sections de la ,mcanique analytique1 si peu apprcis du vulgaire des gomtres parce qu'ils ne contiennent aucune formule1 et qui constituent1 mon gr1 la preuve la plus dcisive de l'minente supriorit philosophique de ,lagrange sur tous les gomtres postrieurs ,descartes et ,lebnitz4 ,en exposant cette admirable filiation des principales conceptions de l'esprit humain relativement la mcanique rationnelle1 depuis l'origine de la science jusqu' nos jours1 le gnie de ,lagrange a certainement pressenti le vritable esprit gnral de la mthode historique1 par cela seul qu'il a choisi une telle apprciation fondamentale pour base prliminaire de l'ensemble de ses propres spculations scientifiques4 ,je ne saurais donc1 sous ce rapport1 trop fortement recommander ici1 non-seulement aux gomtres1 si trangers1 d'ordinaire1 de telles penses1 mais toutes les intelligences vraiment philosophiques1 l'assidue mditation de ces minentes compositions1 o rside1 ma connaissance1 le seul exemple rel qui puisse donner jusqu'ici une ide convenable de la vritable histoire1 telle que je l'ai caractrise1 bien que leur auteur n'et certes aucune prtention au titre vulgaire d'historien4 ,footnote #cc3 ,j'ai expos d'avance1 dans le second volume de ce ,trait1 un exemple caractristique de l'utilit scientifique de cette mthode historique1 en tablissant1 surtout d'aprs elle1 la thorie positive des hypothses vraiment rationnelles en philosophie naturelle et principalement en physique4 ,plus on mditera sur ce grand sujet1 mieux on sentira1 en principe1 que la vritable philosophie de chaque science est ncessairement insparable de son histoire relle1 c'est--dire d'une exacte apprciation gnrale de la filiation effective de l'ensemble de ses progrs principaux4 ,la similitude essentielle qui doit invitablement rgner entre la marche intellectuelle de l'individu et celle de l'espce1 indique videmment qu'on ne saurait convenablement saisir la coordination pleinement rationnelle des diverses conceptions scientifiques1 si l'on n'est point guid par la vraie thorie de leur enchanement historique1 que la physique sociale peut seule rellement fournir chaque science spciale4 ,c'est ainsi que l'institution de cette dernire science fondamentale doit sembler directement indispensable l'entier dveloppement systmatique de toutes les autres4 ,on voit aussi par-l quelle extension capitale notre nouvelle philosophie politique procure spontanment l'influence ncessaire de l'histoire dans l'ensemble des spculations humaines1 comme je l'avais annonc en terminant le prcdent chapitre4 ,quoique ncessairement trs sommaires1 les indications prcdentes suffisent1 sans doute1 pour constater que l'invitable raction universelle de la science sociale sur le systme des sciences antrieures n'a pas moins d'importance sous le point de vue purement logique que sous l'aspect directement scientifique4 ,tandis que1 d'une part1 la sociologie positive tend lier profondment entre elles toutes les autres sciences1 soit par leur commune subordination philosophique la thorie gnrale du dveloppement humain1 soit par la manifestation spontane et continue de leurs vraies relations mutuelles1 on voit aussi maintenant que1 d'une autre part1 elle tend superposer1 l'ensemble de leurs divers modes propres d'investigation1 une mthode plus leve1 dont l'application judicieuse pourra diriger avec plus d'efficacit leur usage rationnel1 de manire bannir1 autant que possible1 l'empirisme et le ttonnement4 ,ainsi1 l'intime dpendance ncessaire o1 par la nature de ses phnomnes1 la physique sociale est si videmment place entre toutes les sciences antrieures1 comme nous l'avons d'abord reconnu1 se trouve rciproquement accompagne d'une double influence capitale1 non moins invitable1 qu'elle doit1 son tour1 exercer constamment sur elles1 de manire leur rendre des offices essentiellement quivalens ceux qu'elle en aura reus1 quoique d'une autre nature4 ,on peut donc apercevoir dj cette minente proprit caractristique d'une telle science de former pour ainsi dire le noeud principal du faisceau scientifique fondamental1 par suite de ses divers rapports naturels1 soit de subordination1 soit de direction1 avec toutes les autres1 ainsi que je l'expliquerai ultrieurement4 ,c'est par-l que la vraie coordination homogne de nos diverses sciences relles tend ressortir spontanment de leur dveloppement positif1 au lieu d'tre vainement emprunte des conceptions anti-scientifiques sur une chimrique unit des diffrens phnomnes quelconques1 comme on l'a jusqu'ici exclusivement tent4 ,l'ensemble des considrations indiques dans ce chapitre complte suffisamment la grande opration philosophique entreprise dans le chapitre prcdent pour caractriser directement le vritable esprit gnral de la dernire science fondamentale1 en manifestant ses diverses relations ncessaires avec l'ensemble de toutes les autres4 ,indpendamment de son indispensable influence pour diriger la formation rationnelle de la saine philosophie politique1 cette intime et mutuelle connexit1 la fois scientifique et logique1 prsente immdiatement1 avant mme que la science ait pu se dvelopper convenablement1 cette haute utilit sociale1 si prcieuse aujourd'hui1 de commencer raliser spontanment une certaine discipline intellectuelle1 en assujtissant les scrutateurs quelconques des questions sociales une longue et difficile prparation scientifique1 dont la parfaite rationnalit ne saurait laisser le moindre soupon d'arbitraire1 comme je l'avais annonc dans la quarante-sixime leon4 ,par la complication suprieure de ses phnomnes1 aussi bien que par son essor plus rcent1 la science sociale devra1 sans doute1 toujours rester1 par sa nature1 plus ou moins infrieure1 sous les rapports spculatifs les plus importans1 toutes les autres sciences fondamentales4 ,on peut cependant sentir1 d'aprs l'ensemble d'une telle apprciation1 que l'application convenable de moyens d'investigation et de vrification plus tendus qu'en aucune autre science1 suivant notre loi constante1 pourra lui procurer une rationnalit bien suprieure ce que doit faire esprer l'tat prsent de l'esprit humain4 ,la parfaite unit spontane d'un tel sujet1 malgr son immense extension1 la solidarit plus prononce de ses divers aspects quelconques1 sa marche caractristique des questions les plus gnrales vers des recherches graduellement plus spciales1 enfin l'emploi plus frquent et plus important des considrations priori d'aprs les indications fournies par les sciences antrieures1 et surtout par la thorie biologique de la nature humaine1 doivent faire concevoir de plus hautes esprances de la dignit spculative d'une telle science que ne pourra l'indiquer ici l'imparfaite ralisation que je vais maintenant baucher directement1 et dont la principale destination doit tre1 mes yeux1 de mieux caractriser1 par une manifestation plus sensible et plus efficace1 l'esquisse fondamentale que je viens de terminer de la vraie nature gnrale de cette nouvelle philosophie politique et du vritable esprit scientifique qui doit prsider sa construction ultrieure4 ,,cinquanti,,me ,,le,,on4 ,considrations prliminaires sur la statique sociale1 ou thorie gnrale de l'ordre spontan des socits humaines4 ,d'aprs les divers motifs essentiels indiqus dans l'avant-dernire leon1 la partie spcialement dynamique de la science sociale doit ncessairement attirer1 d'une manire prpondrante et mme presque exclusive1 notre attention directe et explicite3 non-seulement parce que l'intrt plus puissant et plus immdiat qu'elle inspire naturellement1 surtout aujourd'hui1 permet de mieux apprcier son vrai caractre philosophique2 mais aussi en vertu de l'aptitude spontane des phnomnes du mouvement manifester1 avec une plus irrsistible vidence1 les lois relles de la solidarit fondamentale4 ,nanmoins1 le trait mthodique et spcial de philosophie politique1 annonc au dbut de ce volume1 devra ultrieurement contenir une analyse approfondie et dveloppe de l'ensemble des conditions quelconques d'existence communes toutes les socits humaines1 et des lois d'harmonie correspondantes1 avant de procder l'tude propre des lois de succession4 ,quoique les limites naturelles de ce volume1 et la destination plus gnrale du ,trait dont il fait partie1 doivent essentiellement m'interdire ici cette importante opration pralable1 je crois devoir consacrer cependant la leon actuelle prsenter sommairement1 sur ce premier aspect lmentaire de la physique sociale1 quelques considrations prliminaires1 sans lesquelles la suite de notre travail ne saurait tre convenablement comprise1 en les restreignant d'ailleurs aux indications les plus indispensables1 et laissant au lecteur complter lui-mme graduellement ces notions statiques1 autant que le comporte l'tat naissant de la science1 mesure que nous apprcierons ensuite le dveloppement historique de l'humanit4 ,malgr son invitable rapidit actuelle1 cet indispensable prambule statique ne peut atteindre suffisamment son but rationnel qu'en tant dj conu ici d'aprs la mme marche scientifique qui devra ultrieurement diriger1 sur une plus grande chelle1 une telle analyse sociologique4 ,cette marche consiste surtout examiner successivement les trois ordres principaux de considrations sociologiques1 de plus en plus composes et spciales1 qui s'enchanent ncessairement en un tel sujet1 en apprciant les conditions gnrales d'existence sociale relatives d'abord l'individu1 ensuite la famille1 et enfin la socit proprement dite1 dont la notion1 parvenue son entire extension scientifique1 tend embrasser la totalit de l'espce humaine1 et principalement l'ensemble de la race blanche4 ,en ce qui concerne l'individu1 nous pouvons pralablement carter ici1 comme devenue aujourd'hui heureusement superflue pour tous les esprits clairs1 toute dmonstration formelle de la sociabilit fondamentale de l'homme4 ,la thorie crbrale de l'illustre ,gall1 aura surtout rendu1 sous ce rapport1 un immense service philosophique1 en dissipant jamais1 par les seules voies maintenant capables de produire une conviction relle et durable1 les aberrations mtaphysiques du sicle dernier sur ce sujet capital1 dj empiriquement signales d'aprs l'exploration spciale et directe de l'tat sauvage4 ,cette thorie a non-seulement tabli scientifiquement l'irrsistible tendance sociale de la nature humaine2 elle a mme dtruit les fausses apprciations qui avaient systmatiquement conduit la mconnatre2 et qui consistaient principalement1 d'une part1 attribuer aux combinaisons intellectuelles une chimrique prpondrance dans la conduite gnrale de la vie humaine1 pendant que1 d'une autre part1 on exagrait1 au degr le plus absurde1 l'influence absolue des besoins sur la prtendue cration des facults4 ,outre cette prcieuse analyse biologique1 une simple considration de philosophie sociologique1 que je crois utile d'indiquer ici1 suffirait mettre directement en vidence la haute irrationnalit ncessaire de l'trange doctrine qui fait uniquement driver l'tat social de l'utilit fondamentale que l'homme en retire pour la satisfaction plus parfaite de ses divers besoins individuels4 ,car1 cette incontestable utilit1 quelque influence qu'on lui suppose1 n'a pu rellement se manifester qu'aprs un long dveloppement pralable de la socit dont on lui attribue ainsi la cration4 ,un tel cercle vicieux paratra d'autant plus dcisif que l'on rflchira davantage aux vrais caractres de la premire enfance de l'humanit1 o les avantages individuels de l'association sont minemment douteux1 si mme on ne peut dire1 en beaucoup de cas1 qu'elle augmente bien moins les ressources que les charges1 comme on ne le voit encore que trop dans les derniers rangs des socits les plus avances4 ,il est donc pleinement vident que l'tat social n'et jamais exist1 s'il n'avait pu rsulter que d'une conviction quelconque de son utilit individuelle1 puisque cette conviction1 bien loin de pouvoir prcder l'tablissement d'un tel mode d'existence1 quelque habilet qu'on suppost mme ceux auxquels on attribue ce chimrique calcul1 n'a pu1 au contraire1 commencer se dvelopper graduellement que d'aprs l'accomplissement dj trs avanc de l'volution sociale4 ,ce sentiment est encore assez faiblement enracin1 pour que1 de nos jours1 d'audacieux sophistes aient pu1 sans tre rputs alins1 tenter directement de l'branler1 en niant dogmatiquement une semblable utilit1 par un dplorable abus de la libert ncessairement issue de notre anarchie intellectuelle4 ,la sociabilit essentiellement spontane de l'espce humaine1 en vertu d'un penchant instinctif la vie commune1 indpendamment de tout calcul personnel1 et souvent malgr les intrts individuels les plus nergiques1 ne saurait donc tre dsormais aucunement conteste1 en principe1 par ceux-l mme qui ne prendraient point en suffisante considration les lumires indispensables que fournit maintenant1 ce sujet1 la saine thorie biologique de notre nature intellectuelle et morale4 ,je ne saurais d'ailleurs m'arrter ici la moindre apprciation directe des divers caractres spcifiques1 soit physiques1 soit moraux1 soit intellectuels1 qui1 une fois l'existence sociale ainsi spontanment tablie1 tendent naturellement lui faire bientt acqurir plus d'tendue et de stabilit1 par le dveloppement mme qu'elle procure l'ensemble des besoins humains4 ,ces diffrentes explications lmentaires1 d'ailleurs utilement bauches par la physiologie actuelle1 ne sauraient convenir qu' un trait spcial3 elles surchargeraient videmment un volume dj trop tendu4 ,en les supposant ici suffisamment effectues1 comme le permet essentiellement l'tat prsent de nos connaissances biologiques1 je dois seulement avertir1 en gnral1 qu'on y attribue d'ordinaire une importance exagre la considration isole de chaque condition propre1 surtout en ce qui concerne les caractres purement physiques1 mme ceux dont l'influence sociale est la plus irrcusable1 comme la nudit naturelle de l'homme1 son enfance moins protge et plus prolonge1 etc4 ,quelle que soit la puissance relle propre chacune de ces diverses conditions1 et spcialement cette dernire circonstance1 pour fortifier et dvelopper notre sociabilit spontane1 c'est principalement leur ensemble total qu'il conviendrait d'apprcier1 comme seul pleinement caractristique1 puisque la plupart de ces particularits se retrouvent d'ailleurs sparment chez d'autres espces sociables1 sans y produire des effets semblables4 ,en gnral1 toute cette partie prliminaire de la sociologie pourra tre un jour trs utilement claire par l'analyse comparative des diffrentes socits animales1 comme je l'ai indiqu dans l'avant-dernier chapitre4 ,sans insister ici sur cette apprciation trop spciale1 il importe seulement mon objet principal de signaler1 d'aprs l'ensemble d'une telle opration1 l'influence ncessaire des plus importans attributs gnraux de notre nature pour donner la socit humaine le caractre fondamental qui lui appartient constamment1 et que son dveloppement quelconque ne saurait jamais altrer4 ,il faut1 cet effet1 considrer d'abord cette nergique prpondrance des facults affectives sur les facults intellectuelles1 qui1 moins prononce chez l'homme qu'en aucun autre animal1 dtermine cependant1 avec tant d'vidence1 la premire notion essentielle sur notre vritable nature1 aujourd'hui si heureusement reprsente1 cet gard1 par l'ensemble de la physiologie crbrale1 ainsi que nous l'avons reconnu la fin du volume prcdent4 ,quoique la continuit d'action constitue certainement1 en un genre quelconque1 une indispensable condition pralable de succs rel1 l'homme cependant1 comme tout autre animal1 rpugne spontanment une telle persvrance1 et ne trouve d'abord un vrai plaisir dans l'exercice de son activit propre qu'autant qu'elle est suffisamment varie3 cette diversit importe mme1 sous ce rapport1 davantage que la modration d'intensit1 surtout dans les cas les plus ordinaires1 o aucun instinct n'est hautement prononc4 ,les facults intellectuelles tant naturellement les moins nergiques1 leur activit1 pour peu qu'elle se prolonge identiquement un certain degr1 dtermine1 chez la plupart des hommes1 une vritable fatigue1 bientt insupportable3 aussi est-ce principalement leur exercice que s'applique ce dolce far niente1 dont tous les ges de la civilisation ont partout reproduit1 sous des formes plus ou moins naves1 l'expression universelle et caractristique4 ,nanmoins1 c'est surtout de l'usage convenablement opinitre de ces hautes facults que doivent videmment dpendre1 pour l'espce comme pour l'individu1 les modifications graduelles de l'existence humaine pendant le cours naturel de notre volution sociale3 en sorte que1 par une dplorable concidence1 l'homme a prcisment le plus besoin du genre d'activit auquel il est le moins propre4 ,les imperfections physiques et les ncessits morales de sa condition lui imposent1 plus imprieusement qu' aucun autre animal1 l'indispensable obligation d'employer constamment son intelligence amliorer sa situation primitive2 aussi est-il1 cet effet1 le plus intelligent de tous les animaux1 en quoi l'on doit1 sans doute1 reconnatre une certaine harmonie3 mais cette harmonie1 comme toutes les autres co-relations relles1 est extrmement imparfaite2 puisque l'intelligence de l'homme est fort loin d'tre spontanment assez prononce pour que son exercice un peu soutenu puisse tre habituellement support sans une irrsistible fatigue1 qu'une stimulation nergique et constante peut seule prvenir ou temprer4 ,au lieu de dplorer vainement cette insurmontable discordance1 nous devons la noter comme un premier document essentiel fourni la sociologie par la biologie1 et qui doit radicalement influer sur le caractre gnral des socits humaines1 indpendamment de la puissance vidente que nous reconnatrons une pareille cause1 dans la leon suivante1 pour concourir la dtermination fondamentale de la vitesse ou plutt de la lenteur de notre volution sociale4 ,il en rsulte immdiatement ici que presque tous les hommes sont1 par leur nature1 minemment impropres au travail intellectuel1 et vous essentiellement une activit matrielle3 en sorte que l'tat spculatif1 de plus en plus indispensable1 ne peut tre convenablement produit et surtout maintenu chez eux1 que d'aprs une puissante impulsion htrogne1 sans cesse entretenue par des penchans moins levs mais plus nergiques4 ,quelle que soit1 cet gard1 la haute importance des nombreuses diffrences individuelles1 elles consistent ncessairement en une simple ingalit de degr1 comme en tout autre cas1 sans que les plus minentes natures soient jamais vraiment affranchies de cette commune obligation4 ,sous ce rapport1 les hommes peuvent tre surtout classs scientifiquement suivant la noblesse ou la spcialit croissantes des facults affectives par lesquelles est effectivement produite l'excitation intellectuelle4 ,en parcourant l'chelle gnrale ascendante de cet ensemble de facults diverses1 d'aprs la lumineuse thorie de ,gall1 on voit aisment que1 chez le plus grand nombre des hommes1 la tension intellectuelle n'est habituellement entretenue1 comme chez les animaux1 sauf quelques rares et courts lans de cette activit purement spculative qui caractrise toujours le type humain1 que par la stimulation grossire mais nergique drive des besoins fondamentaux de la vie organique1 et des instincts les plus universels de la vie animale1 dont les organes appartiennent essentiellement la partie postrieure du cerveau4 ,la nature individuelle de l'homme devient1 en gnral1 d'autant plus minente1 que cette indispensable excitation trangre rsulte de penchans plus levs1 plus particuliers notre espce1 et dont le sige anatomique rside dans les portions de l'encphale de plus en plus rapproches de la partie antro-suprieure de la rgion frontale1 sans que cependant l'activit purement spontane de cette noble rgion soit jamais assez prononce1 mme dans les cas les plus exceptionnels1 pour n'exiger aucune autre impulsion1 au moins jusqu' ce que l'habitude de la mditation soit devenue convenablement prpondrante1 ce qui est d'ailleurs infiniment rare4 ,pour prvenir toute fausse apprciation philosophique de cette vidente infriorit fondamentale des facults intellectuelles1 qui1 chez le premier des animaux1 subordonne ncessairement leur activit soutenue l'indispensable excitation prpondrante des facults affectives les plus vulgaires1 il importe maintenant d'ajouter que l'on peut seulement regretter1 ce sujet1 le degr rel d'une telle infriorit1 dont la notion gnrale ne saurait d'ailleurs comporter aucune rclamation rationnelle4 ,l'conomie sociale serait1 sans doute1 bien plus satisfaisante1 si1 dans la nature essentielle de l'homme1 cette prpondrance des passions pouvait tre moins prononce1 ce que notre imagination peut aisment supposer4 ,mais si cette diminution idale s'tendait jusqu' l'inversion totale d'une pareille constitution1 en concevant transport aux facults intellectuelles l'ascendant spontan de nos facults affectives1 cette nouvelle disposition de notre nature1 bien loin de perfectionner rellement l'organisme social1 en rendrait la notion radicalement inintelligible3 comme si 7par une mtaphore utile quoique grossire71 force d'amoindrir le frottement sur nos routes1 on pouvait parvenir l'y teindre entirement1 ce qui1 au lieu d'y amliorer la locomotion1 en rendrait le mcanisme aussitt contradictoire aux lois les plus fondamentales du mouvement4 ,car1 la prpondrance actuelle de nos facults affectives n'est pas seulement indispensable pour retirer continuellement notre faible intelligence de sa lthargie native1 mais aussi pour donner son activit quelconque un but permanent et une direction dtermine1 sans lesquels elle s'garerait ncessairement en de vagues et incohrentes spculations abstraites1 ainsi que je l'ai indiqu au volume prcdent1 moins de supposer notre entendement une force tellement suprieure que nous ne saurions en concevoir la moindre ide nette1 lors mme que nous imaginerions la rgion frontale devenue prpondrante dans l'ensemble du cerveau humain4 ,les plus mystiques efforts de l'extase thologique1 pour s'lever la notion de purs esprits1 entirement affranchis de tous besoins organiques1 et trangers toutes les passions animales et humaines1 n'ont effectivement abouti1 chez les plus hautes intelligences1 comme chacun peut aisment le reconnatre1 qu' la simple reprsentation d'une sorte d'idiotisme transcendant1 ternellement absorb par une contemplation essentiellement vaine et presque stupide de la majest divine3 tant les plus utopiques rveries sont invitablement subordonnes l'empire irrsistible de la ralit1 dt-elle rester inaperue ou mconnue4 ,ainsi1 sous ce premier aspect capital1 l'conomie lmentaire de notre organisme social est ncessairement ce qu'elle doit tre1 sauf le degr qui seul pourrait tre autrement conu1 sans qu'il convienne d'ailleurs de se livrer de striles regrets sur cette exhorbitante prpondrance de la vie affective compare la vie intellectuelle4 ,il faut enfin reconnatre1 ce sujet1 que nous pouvons effectivement1 entre d'troites limites1 diminuer graduellement un tel ascendant ncessaire1 ou plutt que cette faible rectification rsulte spontanment du dveloppement continu de la civilisation humaine1 qui1 par l'exercice toujours croissant de notre intelligence1 tend de plus en plus lui subordonner nos penchans1 comme je l'indiquerai plus spcialement au chapitre suivant1 quoique1 du reste1 on n'ait certes jamais craindre1 sous ce rapport1 l'inversion relle de l'ordre fondamental4 ,le second caractre essentiel auquel nous devons avoir gard pour l'apprciation sociologique prliminaire de notre nature individuelle1 consiste en ce que1 outre l'ascendant gnral de la vie affective sur la vie intellectuelle1 les instincts les moins levs1 les plus spcialement gostes1 ont1 dans l'ensemble de notre organisme moral1 une irrcusable prpondrance sur les plus nobles penchans1 directement relatifs la sociabilit4 ,nous sommes heureusement dispenss aujourd'hui de discuter mthodiquement les aberrations et les sophismes mtaphysiques qui1 dans le sicle dernier1 s'efforaient de rduire dogmatiquement au seul gosme le systme de notre nature morale1 en mconnaissant radicalement cette admirable spontanit qui nous fait irrsistiblement compatir aux douleurs quelconques de tous les tres sensibles1 et surtout de nos semblables1 aussi bien que participer involontairement leurs joies1 au point d'oublier quelquefois en leur faveur le soin continu de notre propre conservation4 ,l'cole cossaise avait dj utilement bauch la rfutation de ces dangereuses extravagances3 mais la physiologie crbrale en a surtout fait1 de nos jours1 irrvocablement justice1 en leur substituant jamais une plus fidle reprsentation de la nature humaine4 ,quelle que soit l'importance capitale de cette indispensable rectification1 sans laquelle notre existence morale serait ncessairement inintelligible1 il faut nanmoins reconnatre1 d'aprs cette saine thorie biologique de l'homme1 que nos diverses affections sociales sont malheureusement trs infrieures en persvrance et en nergie nos affections purement personnelles1 quoique le bonheur commun doive surtout dpendre de la satisfaction continue des premires1 qui seules1 aprs nous avoir spontanment conduits d'abord l'tat social1 le maintiennent essentiellement d'ordinaire contre la divergence fondamentale des plus puissans instincts individuels4 ,en apprciant convenablement la haute influence sociologique de cette dernire grande donne biologique1 on doit d'abord concevoir1 comme envers la premire1 la ncessit radicale d'une telle condition1 dont le degr seul peut tre raisonnablement dplor4 ,par des motifs essentiellement analogues ceux de l'explication prcdente1 il est ais de comprendre1 en effet1 que cette indispensable prpondrance des instincts personnels peut seule imprimer notre existence sociale un caractre nettement dtermin et fermement soutenu1 en assignant un but permanent et nergique l'emploi direct et continu de notre activit individuelle4 ,car1 malgr les justes plaintes auxquelles peut donner lieu l'ascendant exagr des intrts privs sur les intrts publics1 il demeure incontestable que la notion de l'intrt gnral ne saurait avoir aucun sens intelligible sans celle de l'intrt particulier1 puisque la premire ne peut videmment rsulter que de ce que la seconde offre de commun chez les divers individus4 ,quelle que pt tre la puissance des affections sympathiques1 dans une idale rectification de notre nature1 nous ne saurions cependant jamais souhaiter habituellement pour les autres que ce que nous dsirons pour nous-mmes1 sauf les cas trs rares et fort secondaires o un raffinement de dlicatesse morale1 essentiellement impossible sans l'habitude de la mditation intellectuelle1 peut nous faire suffisamment apprcier1 l'gard d'autrui1 des moyens de bonheur auxquels nous n'attachons plus presque aucune importance personnelle4 ,si donc on pouvait supprimer en nous la prpondrance ncessaire des instincts personnels1 on aurait radicalement dtruit notre nature morale au lieu de l'amliorer1 puisque les affections sociales1 ds-lors prives d'une indispensable direction1 tendraient bientt1 malgr cet hypothtique ascendant1 dgnrer en une vague et strile charit1 invitablement dpourvue de toute grande efficacit pratique4 ,quand la morale des peuples avancs nous a prescrit1 en gnral1 la stricte obligation d'aimer nos semblables comme nous-mmes#cd1 elle a formul1 de la manire la plus admirable1 le prcepte le plus fondamental1 avec ce juste degr d'exagration qu'exige ncessairement l'indication d'un type quelconque1 au-dessous duquel la ralit ne sera jamais que trop maintenue4 ,mais1 dans ce sublime prcepte1 l'instinct personnel ne cesse point de servir de guide et de mesure l'instinct social1 comme l'exigeait la nature du sujet3 de toute autre manire1 le but du principe et t essentiellement manqu2 car1 en quoi et comment celui qui ne s'aimerait point pourrait-il aimer autrui8 ,ainsi1 bien loin que la constitution de l'homme soit1 cet gard1 radicalement vicieuse1 on voit1 au contraire1 qu'il serait impossible de concevoir nettement1 l'ensemble des affections sociales1 aucune autre destination relle que celle de temprer et de modifier1 un degr plus ou moins profond1 le systme des penchans personnels1 dont la prpondrance habituelle est aussi indispensable qu'invitable1 sans quoi l'existence sociale ne saurait avoir qu'un caractre vague et indtermin1 qui repousserait toute prvoyance rgulire de la srie des actions humaines4 ,il n'y a donc de vraiment regrettable1 sous ce rapport1 comme sous le premier point de vue ci-dessus examin1 que la trop faible intensit effective de ce modrateur ncessaire1 dont la voix est si souvent touffe1 mme chez les meilleurs naturels1 o il parvient si rarement commander directement la conduite4 ,en ce sens1 seul admissible1 on doit concevoir1 d'aprs un judicieux rapprochement de ces deux cas1 l'instinct sympathique et l'activit intellectuelle comme destins surtout suppler mutuellement leur commune insuffisance sociale4 ,on peut dire1 en effet1 que si l'homme devenait plus bienveillant1 cela quivaudrait essentiellement1 dans la pratique sociale1 le supposer plus intelligent1 non-seulement en vertu du meilleur emploi qu'il ferait alors spontanment de son intelligence relle1 mais aussi en ce que celle-ci ne serait plus autant absorbe par la discipline1 indispensable quoique imparfaite1 qu'elle doit s'efforcer d'imposer constamment l'nergique prpondrance spontane des penchans gostes4 ,mais la relation n'est pas moins exacte rciproquement1 bien qu'elle y doive tre moins apprciable2 car1 tout vrai dveloppement intellectuel quivaut finalement1 pour la conduite gnrale de la vie humaine1 un accroissement direct de la bienveillance naturelle1 soit en augmentant l'empire de l'homme sur ses passions1 soit en rendant plus net et plus vif le sentiment habituel des ractions dtermines par les divers contacts sociaux4 ,si1 sous le premier aspect1 on doit hautement reconnatre qu'aucune grande intelligence ne saurait se dvelopper convenablement sans un certain fond de bienveillance universelle1 qui peut seul procurer son libre lan un but assez minent et un assez large exercice1 de mme1 en sens inverse1 il ne faut pas douter davantage que tout noble essor intellectuel ne tende directement faire prvaloir les sentimens de sympathie gnrale1 non-seulement en cartant les impulsions gostes1 mais encore en inspirant habituellement1 en faveur de l'ordre fondamental1 une sage prdilection spontane1 qui1 malgr sa froideur ordinaire1 peut aussi heureusement concourir au maintien de la bonne harmonie sociale que des penchans plus vifs et moins opinitres4 ,les reproches moraux qu'on a le plus justement adresss la culture intellectuelle1 ne me paraissent1 en gnral1 mme abstraction faite de toute exagration irrationnelle1 reposer essentiellement que sur une fausse apprciation philosophique3 au lieu de convenir au dveloppement propre de l'intelligence1 ils s'appliquent rellement1 au contraire1 dans la plupart des cas1 des intelligences trop infrieures leurs fonctions sociales1 et dont la spontanit peu prononce a davantage exig la stimulation factice due aux penchans les plus nergiques1 c'est--dire aux moins dsintresss4 ,on ne peut donc plus contester la double harmonie continue qui rattache directement l'un l'autre les deux principaux modrateurs de la vie humaine1 l'activit intellectuelle et l'instinct social1 dont l'influence fondamentale1 quoique ainsi fortifie1 reste nanmoins1 de toute ncessit1 toujours plus ou moins subalterne envers l'invitable prpondrance de l'instinct personnel1 indispensable moteur primitif de l'existence relle4 ,la premire destination de la morale universelle1 en ce qui concerne l'individu1 consiste surtout augmenter autant que possible cette double influence modratrice1 dont l'extension graduelle constitue aussi le premier rsultat spontan du dveloppement gnral de l'humanit1 comme l'indiquera plus spcialement la leon suivante4 ,footnote #cd3 ,a cette belle formule usuelle1 le respectable ,tracy croyait devoir hautement prfrer la formule indtermine de saint ,jean3 ,aimez-vous les uns les autres4 ,cette trange prdilection n'est1 vrai dire1 qu'un nouveau tmoignage involontaire de la tendance caractristique aux conceptions vagues et absolues1 que toute philosophie mtaphysique inspire spontanment1 mme aux meilleurs esprits4 ,telles sont donc1 sous le premier aspect lmentaire1 les deux sortes de conditions naturelles dont la combinaison dtermine essentiellement le caractre fondamental de notre existence sociale4 ,d'une part1 l'homme ne peut tre heureux1 mme abstraction faite des imprieuses ncessits de sa subsistance matrielle1 que d'aprs un travail soutenu1 plus ou moins dirig par l'intelligence2 et cependant l'exercice intellectuel lui est spontanment antipathique3 il n'y a et ne doit y avoir de profondment actif en lui que les facults purement affectives1 dont la prpondrance ncessaire fixe le but et la direction de l'tat social4 ,en mme temps1 dans l'conomie relle de cette vie affective1 les penchans sociaux sont les seuls minemment propres produire et maintenir le bonheur priv1 puisque leur essor simultan1 loin d'tre contenu par aucun antagonisme individuel1 se fortifie directement1 au contraire1 de son extension graduelle3 et1 nanmoins1 l'homme est et doit tre essentiellement domin par l'ensemble de ses instincts personnels1 seuls vraiment susceptibles d'imprimer la vie sociale une impulsion constante et un cours rgulier4 ,cette double opposition nous indique dj le vritable germe scientifique de la lutte fondamentale1 dont nous devrons bientt considrer le dveloppement continu1 entre l'esprit de conservation et l'esprit d'amlioration1 le premier ncessairement inspir surtout par les instincts purement personnels1 et le second par la combinaison spontane de l'activit intellectuelle avec les divers instincts sociaux#ce4 ,footnote #ce3 ,on croit le plus souvent1 au contraire1 que l'esprit d'innovation rsulte surtout des instincts essentiellement personnels4 ,mais cette illusion ne tient qu' la fausse apprciation des nombreuses ractions intellectuelles et sociales que dtermine ncessairement une civilisation trs dveloppe1 dans les actes mme qui paraissent les plus simples produits d'un gosme direct4 ,sauf l'invitable agitation priodiquement suscite par les premiers besoins matriels1 l'homme isol1 et dont l'intelligence n'a point t veille1 est1 de sa nature1 comme tout autre animal1 minemment conservateur4 ,ce sont1 d'ordinaire1 les inpuisables dsirs inspirs par les rapprochemens sociaux1 et l'inquite prvoyance de notre intelligence1 qui suggrent principalement le besoin et la pense des changemens graduels de la condition humaine4 ,en toute autre hypothse1 l'volution sociale et t certes infiniment plus rapide que l'histoire ne nous l'indique1 si son essor avait pu dpendre surtout des instincts les plus nergiques1 au lieu d'avoir lutter contre l'inertie politique qu'ils tendent spontanment produire dans la plupart des cas4 ,nous devons maintenant procder une pareille apprciation scientifique envers le second ordre gnral1 signal au dbut de ce chapitre1 des considrations lmentaires de statique sociale1 c'est--dire quant celles qui concernent la famille proprement dite1 aprs avoir ainsi suffisamment examin1 pour notre objet principal1 les notions directement relatives l'individu1 et avant de passer aux explications dfinitives immdiatement propres la socit gnrale4 ,un systme quelconque devant ncessairement tre form d'lmens qui lui soient essentiellement homognes1 l'esprit scientifique ne permet point de regarder la socit humaine comme tant rellement compose d'individus4 ,la vritable unit sociale consiste certainement dans la seule famille1 au moins rduite au couple lmentaire qui en constitue la base principale4 ,cette considration fondamentale ne doit pas seulement tre applique en ce sens physiologique1 que les familles deviennent des tribus1 comme celles-ci des nations2 en sorte que l'ensemble de notre espce pourrait tre conu comme le dveloppement graduel d'une famille primitivement unique1 si les diversits locales n'opposaient point trop d'obstacles une telle supposition4 ,nous devons ici envisager surtout cette notion lmentaire sous le point de vue politique1 en ce que la famille prsente spontanment le vritable germe ncessaire des diverses dispositions essentielles qui caractrisent l'organisme social4 ,une telle conception constitue donc1 par sa nature1 un intermdiaire indispensable entre l'ide de l'individu et celle de l'espce ou de la socit4 ,il y aurait autant d'inconvniens scientifiques vouloir le franchir dans l'ordre spculatif1 qu'il y a de dangers rels1 dans l'ordre pratique1 prtendre aborder directement la vie sociale sans l'invitable prparation de la vie domestique4 ,sous quelque aspect qu'on l'envisage1 cette transition ncessaire se reproduit toujours1 soit quant aux notions lmentaires de l'harmonie fondamentale1 soit pour l'essor spontan des sentimens sociaux4 ,c'est par l seulement que l'homme commence rellement sortir de sa pure personnalit1 et qu'il apprend d'abord vivre dans autrui1 tout en obissant ses instincts les plus nergiques4 ,aucune autre socit ne saurait tre aussi intime que cette admirable combinaison primitive1 o s'opre une sorte de fusion complte de deux natures en une seule4 ,par l'imperfection radicale du caractre humain1 les divergences individuelles sont habituellement trop prononces pour comporter1 en aucun autre cas1 une association aussi profonde4 ,l'exprience ordinaire de la vie ne confirme que trop1 en effet1 que les hommes ont besoin de ne point vivre entre eux d'une manire trop familire1 afin de pouvoir supporter mutuellement les diverses infirmits fondamentales de notre nature morale1 soit intellectuelle1 soit surtout affective4 ,on sait que les communauts religieuses elles-mmes1 malgr la haute puissance du lien spcial qui les unissait1 taient intrieurement tourmentes par de profondes discordances habituelles1 qu'il est essentiellement impossible d'viter quand on veut raliser la conciliation chimrique de deux qualits aussi incompatibles que l'intimit et l'extension des relations humaines4 ,cette parfaite intimit n'a pu mme s'tablir dans la simple famille que d'aprs l'nergique spontanit du but commun1 combine avec l'institution non moins naturelle d'une indispensable subordination4 ,quelques vaines notions qu'on se forme aujourd'hui de l'galit sociale1 toute socit1 mme la plus restreinte1 suppose1 par une vidente ncessit1 non-seulement des diversits1 mais aussi des ingalits quelconques3 car il ne saurait y avoir de vritable socit sans le concours permanent une opration gnrale1 poursuivie par des moyens distincts1 convenablement subordonns les uns aux autres4 ,or la plus entire ralisation possible de ces conditions lmentaires appartient invitablement la seule famille1 o la nature a fait tous les frais essentiels de l'institution4 ,ainsi1 malgr les justes reproches qu'a pu souvent mriter1 divers titres1 une abusive prpondrance passagre de l'esprit de famille1 il n'en constituera pas moins toujours1 et tous gards1 la premire base essentielle de l'esprit social1 sauf les modifications rgulires qu'il doit graduellement subir par le cours spontan de l'volution humaine4 ,les graves atteintes que reoit directement aujourd'hui cette institution fondamentale1 doivent donc tre regardes comme les plus effrayans symptmes de notre tendance transitoire la dsorganisation sociale4 ,mais1 de telles attaques1 suite naturelle de l'invitable exagration de l'esprit rvolutionnaire en vertu de notre anarchie intellectuelle1 ne sont surtout vritablement dangereuses qu' cause de l'impuissante dcrpitude actuelle des croyances sur lesquelles on fait encore exclusivement reposer les ides de famille1 comme toutes les autres notions sociales4 ,tant que la double relation essentielle qui constitue la famille continuera n'avoir d'autres bases intellectuelles que les doctrines religieuses1 elle participera ncessairement1 un degr quelconque1 au discrdit croissant que de tels principes doivent irrvocablement prouver dans l'tat prsent du dveloppement humain4 ,la philosophie positive1 aussi spontanment rorganisatrice cet gard qu' tous les autres1 peut seule dsormais1 en transportant finalement l'ensemble des spculations sociales du domaine des vagues idalits dans le champ des ralits irrcusables1 asseoir1 sur des bases naturelles vraiment inbranlables1 l'esprit fondamental de famille1 avec les modifications convenables au caractre moderne de l'organisme social4 ,par le cours spontan de l'volution sociale1 la constitution gnrale de la famille humaine1 bien loin d'tre invariable1 reoit progressivement1 de toute ncessit1 des modifications plus ou moins profondes1 dont l'ensemble me parat offrir1 chaque grande poque du dveloppement1 la plus exacte mesure de l'importance relle du changement total alors opr dans la socit correspondante4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que la polygamie des peuples arrirs doit y imprimer ncessairement la famille un tout autre caractre que celui qu'elle manifeste chez les nations assez avances pour tre dj parvenues raliser cette vie pleinement monogame vers laquelle tend toujours notre nature4 ,de mme1 la famille ancienne1 dont une portion des esclaves faisait essentiellement partie1 devait1 sans doute1 radicalement diffrer de la famille moderne1 principalement rduite la parent directe du couple fondamental1 ou au premier degr d'affinit1 et dans laquelle d'ailleurs l'autorit du chef est beaucoup moindre4 ,mais nous devons ici faire abstraction totale de ces diverses modifications quelconques1 dont l'apprciation relle appartient directement la partie historique de ce volume4 ,il s'agit uniquement1 en ce chapitre1 de considrer la famille sous l'aspect scientifique le plus lmentaire1 c'est--dire en ce qu'elle offre de ncessairement commun tous les cas sociaux1 en regardant la vie domestique comme la base constante de la vie sociale4 ,sous un tel point de vue1 la thorie sociologique de la famille peut tre essentiellement rduite l'examen rationnel de deux ordres fondamentaux de relations ncessaires1 savoir la subordination des sexes1 et ensuite celle des ges1 dont l'une institue la famille1 tandis que l'autre la maintient4 ,dans l'ensemble du rgne animal1 un certain degr primitif de socit volontaire1 au moins temporaire1 quelques gards comparable la socit humaine1 commence invitablement1 en effet1 partir de ce point de l'chelle biologique ascendante o cesse tout hermaphroditisme2 et il y est toujours dtermin d'abord par l'union sexuelle1 et ensuite par l'ducation des petits4 ,si la comparaison sociologique doit y tre essentiellement borne aux oiseaux et surtout aux mammifres1 c'est essentiellement parce que ces deux grandes classes d'animaux suprieurs peuvent seules offrir une suffisante ralisation de ce double caractre lmentaire1 principe ncessaire de toute coordination domestique4 ,on ne saurait trop respectueusement admirer cette universelle disposition naturelle1 premire base ncessaire de toute socit1 par laquelle1 dans l'tat de mariage1 mme trs imparfait1 l'instinct le plus nergique de notre animalit1 la fois satisfait et contenu1 se trouve spontanment dirig de manire devenir la source primitive de la plus douce harmonie1 au lieu de troubler le monde par ses imptueux dbordemens4 ,les audacieux sophistes qui1 de nos jours1 renouvelant1 en temps trop opportun1 d'antiques aberrations1 ont directement tent de porter la hache mtaphysique jusque sur ces racines lmentaires de l'ordre social1 ont t1 sans doute1 profondment blmables s'ils n'ont fait ainsi qu'obir sciemment eux-mmes aux ignobles passions qu'ils s'efforaient d'exciter chez les autres1 ou dplorablement aveugles si1 au contraire1 comme dans la plupart des cas1 ils n'ont cd qu' l'involontaire extension de la routine anarchique propre notre malheureuse poque4 ,en toute hypothse1 une triste fatalit ne permettait point d'esprer que l'institution fondamentale du mariage chapperait seule l'branlement rvolutionnaire que toutes les autres notions sociales avaient d subir1 d'aprs l'invitable dcadence de la philosophie thologique qui leur servait si dangereusement de base exclusive4 ,quand la philosophie positive pourra directement entreprendre de consolider jamais cette indispensable subordination des sexes1 principe essentiel du mariage et par suite de la famille1 elle prendra son point de dpart1 comme en tout autre sujet capital1 dans une exacte connaissance de la nature humaine1 suivie d'une judicieuse apprciation de l'ensemble du dveloppement social1 et de la phase gnrale qu'il accomplit maintenant2 ce qui devra tendre immdiatement liminer irrvocablement toutes les dclamations sophistiques1 inspires par l'ignorance ou par la dpravation1 et dont le seul rsultat pratique ne saurait tre que de dgrader l'homme sous prtexte de le perfectionner4 ,sans doute l'institution du mariage prouve ncessairement1 comme toutes les autres1 des modifications spontanes par le cours graduel de l'volution humaine3 le mariage moderne1 tel que le catholicisme l'a finalement constitu1 diffre radicalement1 divers titres1 du mariage romain1 de mme que celui-ci diffrait notablement dj du mariage grec1 et tous deux encore davantage du mariage gyptien ou oriental1 mme depuis l'tablissement de la monogamie4 ,que ces modifications successives1 tendant dvelopper sans cesse la nature essentielle de ce lien fondamental1 ne soient point aujourd'hui parvenues leur dernier terme2 que la grande rorganisation sociale rserve notre sicle doive galement marquer1 sous un rapport aussi capital1 son vrai caractre gnral3 cela ne saurait tre aucunement contest4 ,mais l'esprit absolu de notre philosophie politique porte trop confondre1 ce sujet1 de simples modifications spontanes avec le bouleversement total de l'institution4 ,nous sommes aujourd'hui1 cet gard1 malgr notre vain talage de la supriorit moderne1 dans une situation morale fort analogue celle des temps principaux de la philosophie grecque1 o la tendance instinctive et inaperue la rgnration chrtienne de la famille et de la socit1 donnait dj naissance1 pendant ce long interrgne intellectuel1 des aberrations essentiellement semblables1 ainsi que le tmoigne surtout la clbre satire d',aristophane1 o tout le dvergondage actuel se trouve d'avance si rudement stigmatis4 ,en quoi doivent principalement consister ces invitables modifications ultrieures du mariage moderne1 c'est ce dont la physique sociale doit aujourd'hui interdire rationnellement l'examen direct1 comme minemment prmatur1 d'aprs sa tendance fondamentale1 explique dans la quarante-huitime leon1 procder toujours de l'ensemble aux dtails1 conformment l'vidente nature du sujet1 dont l'irrsistible autorit scientifique ne saurait jamais tre mieux prononce qu'en un tel cas1 puisque l'tude spciale de ces modifications quelconques doit tre ncessairement subordonne la conception gnrale1 encore profondment ignore1 du vrai systme de la rorganisation sociale1 sous peine d'garer l'imagination humaine la dangereuse et irrationnelle poursuite d'utopies vagues et indfinies1 uniquement susceptibles de troubler sans but la vie relle4 ,tout ce qu'on peut maintenant garantir1 cet gard1 avec une pleine certitude1 c'est que1 quelque profonds qu'on puisse supposer ces changemens spontans1 dont l'analyse historique nous indiquera d'ailleurs bientt le vritable sens gnral1 ils resteront1 de toute ncessit1 constamment conformes l'invariable esprit fondamental de l'institution1 qui seul constitue ici notre objet principal4 ,or1 cet esprit consiste toujours dans cette invitable subordination naturelle de la femme envers l'homme1 dont tous les ges de la civilisation reproduisent1 sous des formes varies1 l'ineffaable caractre1 et que la nouvelle philosophie politique saura dfinitivement prserver de toute grave tentative anarchique1 en lui tant jamais ce vain caractre religieux qui ne peut plus servir aujourd'hui qu' la compromettre1 pour la rattacher immdiatement la base inbranlable fournie par la connaissance relle de l'organisme individuel et de l'organisme social4 ,dj la saine philosophie biologique1 surtout d'aprs l'importante thorie de ,gall1 commence pouvoir faire scientifiquement justice de ces chimriques dclamations rvolutionnaires sur la prtendue galit des deux sexes1 en dmontrant directement1 soit par l'examen anatomique1 soit par l'observation physiologique1 les diffrences radicales1 la fois physiques et morales1 qui1 dans toutes les espces animales1 et surtout dans la race humaine1 sparent profondment l'un de l'autre1 malgr la commune prpondrance ncessaire du type spcifique4 ,rapprochant1 autant que possible1 l'analyse des sexes de celle des ges1 la biologie positive tend finalement reprsenter le sexe fminin1 principalement chez notre espce1 comme ncessairement constitu1 comparativement l'autre1 en une sorte d'tat d'enfance continue1 qui l'loigne davantage1 sous les plus importans rapports1 du type idal de la race4 ,compltant1 sa manire1 cette indispensable apprciation scientifique1 la sociologie montrera d'abord l'incompatibilit radicale de toute existence sociale avec cette chimrique galit des sexes1 en caractrisant les fonctions spciales et permanentes que chacun d'eux doit exclusivement remplir dans l'conomie naturelle de la famille humaine1 qui les fait spontanment concourir au but commun par des voies profondment distinctes1 sans que leur subordination ncessaire puisse aucunement nuire leur bonheur rel1 minemment attach1 pour l'un comme pour l'autre1 un sage dveloppement de sa propre nature4 ,les principales considrations indiques1 dans la premire partie de ce chapitre1 sur l'examen sociologique de notre constitution individuelle1 permettraient dj d'baucher utilement une telle opration philosophique2 car1 les deux parties essentielles de cet examen peuvent directement tablir1 en principe1 l'une l'infriorit fondamentale1 et l'autre la supriorit secondaire1 de l'organisme fminin1 envisag sous le point de vue social4 ,ayant d'abord gard la relation gnrale entre les facults intellectuelles et les facults affectives1 nous avons1 en effet1 reconnu que la prpondrance ncessaire de celles-ci1 dans l'ensemble de notre nature1 est cependant moins prononce chez l'homme qu'en aucun autre animal2 et qu'un certain degr spontan d'activit spculative constitue le principal attribut crbral de l'humanit1 ainsi que la premire source du caractre profondment tranch de notre organisme social4 ,or1 sous ce rapport1 on ne peut srieusement contester aujourd'hui l'vidente infriorit relative de la femme1 bien autrement impropre que l'homme l'indispensable continuit aussi bien qu' la haute intensit du travail mental1 soit en vertu de la moindre force intrinsque de son intelligence1 soit raison de sa plus vive susceptibilit morale et physique1 si antipathique toute abstraction et toute contention vraiment scientifiques4 ,l'exprience la plus dcisive a toujours minemment confirm1 parit de rang en chaque sexe1 mme dans les beaux-arts1 et sous le concours des plus favorables circonstances1 cette irrcusable subalternit organique du gnie fminin1 malgr les aimables caractres qui distinguent1 d'ordinaire1 ses spirituelles et gracieuses compositions4 ,quant aux fonctions quelconques de gouvernement1 fussent-elles rduites l'tat le plus lmentaire1 et purement relatives la conduite gnrale de la simple famille1 l'inaptitude radicale du sexe fminin y est encore plus prononce1 la nature du travail y exigeant surtout une infatigable attention un ensemble de relations plus compliqu1 dont aucune partie ne doit tre nglige1 et en mme temps une plus impartiale indpendance de l'esprit envers les passions1 en un mot1 plus de raison4 ,ainsi1 sous ce premier aspect1 l'invariable conomie effective de la famille humaine ne saurait jamais tre rellement intervertie1 moins de supposer une chimrique transformation de notre organisme crbral4 ,les seuls rsultats possibles d'une lutte insense contre les lois naturelles1 qui1 de la part des femmes1 fournirait de nouveaux tmoignages involontaires de leur propre infriorit1 ne saurait tre que de leur interdire1 en troublant gravement la famille et la socit1 le seul genre de bonheur compatible pour elles avec l'ensemble de ces lois4 ,en second lieu1 nous avons pareillement reconnu ci-dessus que1 dans le systme rel de notre vie affective1 les instincts personnels dominent ncessairement les instincts sympathiques ou sociaux1 dont l'influence ne peut et ne doit que modifier la direction essentiellement imprime par la prpondrance des premiers1 sans pouvoir ni devoir jamais devenir les moteurs habituels de l'existence effective4 ,c'est par l'examen comparatif de cette grande relation naturelle1 si importante quoique secondaire envers la prcdente1 que l'on peut surtout apprcier directement l'heureuse destination sociale minemment rserve au sexe fminin4 ,il est incontestable1 en effet1 quoique ce sexe participe invitablement1 cet gard comme l'autre1 au type commun de l'humanit1 que les femmes sont1 en gnral1 aussi suprieures aux hommes par un plus grand essor spontan de la sympathie et de la sociabilit1 qu'elles leur sont infrieures quant l'intelligence et la raison4 ,ainsi1 leur fonction propre et essentielle1 dans l'conomie fondamentale de la famille et par suite de la socit1 doit tre spontanment de modifier sans cesse1 par une plus nergique et plus touchante excitation immdiate de l'instinct social1 la direction gnrale toujours primitivement mane1 de toute ncessit1 de la raison trop froide ou trop grossire qui caractrise habituellement le sexe prpondrant4 ,on voit que pour cette apprciation sommaire des attributs sociaux de chaque sexe1 j'ai cart dessein la considration vulgaire des diffrences purement matrielles sur lesquelles on fait irrationnellement reposer une telle subordination fondamentale1 qui1 d'aprs les indications prcdentes1 doit tre1 au contraire1 essentiellement rattache aux plus nobles proprits de notre nature crbrale4 ,des deux attributs gnraux qui sparent l'humanit de l'animalit1 le plus essentiel et le plus prononc dmontre irrcusablement1 sous le point de vue social1 la prpondrance ncessaire et invariable du sexe mle1 tandis que l'autre caractrise directement l'indispensable fonction modratrice jamais dvolue la femme1 mme indpendamment des soins maternels1 qui constituent videmment sa plus importante et sa plus douce destination spciale1 mais sur lesquels on insiste1 d'ordinaire1 d'une manire trop exclusive1 qui ne fait point assez dignement comprendre la vocation sociale directe et personnelle du sexe fminin4 ,considrons maintenant1 sous un semblable point de vue scientifique1 l'autre lment fondamental de la famille humaine1 c'est--dire la co-relation spontane entre les enfans et les parens1 qui1 gnralise ensuite dans l'ensemble de la socit1 y produit toujours1 un degr quelconque1 la subordination naturelle des ges4 ,ici1 les aberrations1 d'ailleurs trs graves1 issues de notre anarchie intellectuelle1 sont d'un tout autre genre que dans le cas prcdent4 ,la discipline naturelle est1 sous ce second aspect lmentaire1 trop irrcusable et trop irrsistible pour que jamais elle puisse tre srieusement conteste1 malgr les atteintes indirectes et secondaires que l'esprit de famille a d aussi recevoir de nos jours cet gard1 par une suite invitable du mouvement gnral de dcomposition sociale1 et pareillement surtout en vertu de l'irrvocable impuissance politique o est ncessairement parvenue la philosophie thologique1 sur laquelle reposait1 d'une manire si dplorablement exclusive1 tout le systme des notions domestiques1 comme celui des notions sociales4 ,quelle que soit l'importance relle de ces diverses altrations1 nos ardens champions des droits politiques de la femme ne se sont pas encore aviss de construire une doctrine analogue en faveur de l'enfance1 qui est loin d'ailleurs d'inspirer la mme sollicitude1 faute de pouvoir aussi vivement stimuler le zle spontan de ses dfenseurs spciaux4 ,c'est ce qui permettra d'examiner ici plus sommairement ce second lment essentiel de la thorie sociologique de la famille1 sans nuire aucunement son indispensable apprciation philosophique4 ,malgr l'entranement de l'analogie et l'absence actuelle de toute vraie discipline spirituelle1 on ne doit gure craindre aujourd'hui que1 de la chimrique galit des sexes1 l'esprit d'aberration mtaphysique puisse rellement passer aucune conception dogmatique de l'galit sociale des ges1 aprs laquelle il ne lui resterait plus qu' proclamer aussi1 par un dernier progrs1 l'galit universelle des races animales4 ,quoique notre anarchie intellectuelle puisse fournir1 pour ainsi dire1 toutes les thses quelconques1 des argumens et des sophistes dj disponibles1 la raison publique1 quelque imparfait qu'en soit encore le dveloppement1 impose ncessairement un certain terme l'essor des divagations individuelles1 quand elles viennent directement choquer un instinct vraiment fondamental4 ,aucune conomie naturelle ne peut mriter1 sans doute1 plus d'admiration que cette heureuse subordination spontane qui1 aprs avoir ainsi constitu la famille humaine1 devient ensuite le type ncessaire de toute sage coordination sociale4 ,tous les ges de la civilisation ont rendu1 sous des formes diverses1 un hommage dcisif l'excellence de ce type fondamental1 que l'homme a mme pris involontairement pour modle lorsqu'il a voulu rver1 dans la conception du gouvernement providentiel1 la plus parfaite direction possible de l'ensemble des vnemens4 ,en quel autre cas social1 pourrait-on trouver1 au mme degr1 de la part de l'infrieur1 la plus respectueuse obissance spontanment impose1 sans le moindre avilissement1 d'abord par la ncessit et ensuite par la reconnaissance2 et1 chez le suprieur1 l'autorit la plus absolue unie au plus entier dvouement1 trop naturel et trop doux pour mriter proprement le nom de devoir8 ,il est certainement impossible que1 dans des relations plus tendues et moins intimes1 l'indispensable discipline de la socit puisse jamais pleinement raliser ces admirables caractres de la discipline domestique3 la soumission ne saurait y tre aussi complte ni aussi spontane1 la protection aussi touchante ni aussi dvoue4 ,mais la vie de famille n'en demeurera pas moins1 cet gard1 l'cole ternelle de la vie sociale1 soit pour l'obissance1 soit pour le commandement1 qui doivent ncessairement1 en tout autre cas1 se rapprocher1 autant que possible1 de ce modle lmentaire4 ,l'avenir ne pourra1 sous ce rapport1 que se conformer1 comme le pass1 cette invariable obligation naturelle1 avec les modifications spontanes que le cours graduel de l'volution sociale devra dterminer en cette partie de la constitution domestique1 aussi bien qu'envers la prcdente2 modifications dont il serait d'ailleurs prmatur1 en l'un et l'autre cas1 d'entreprendre aujourd'hui l'apprciation spciale4 ,nanmoins1 toutes les poques de dcomposition1 de pernicieux sophistes ont directement tent de dtruire radicalement cette admirable conomie naturelle1 en arguant1 suivant l'usage1 de quelques inconvniens partiels ou secondaires contre l'ensemble de l'organisation4 ,leur prtendue rectification s'est toujours rduite intervertir entirement la comparaison fondamentale1 et1 au lieu de proposer la famille pour modle la socit1 ils ont cru tmoigner un grand gnie politique en s'efforant1 au contraire1 de constituer la famille l'image de la socit1 et d'une socit alors fort mal ordonne1 en vertu mme de l'tat exceptionnel qui permettait l'essor de telles rveries4 ,notre profonde anarchie intellectuelle offre de trop dangereuses ressources l'invitable renouvellement de ces aberrations surannes pour que la nouvelle philosophie politique doive ddaigner1 en temps opportun1 de les soumettre directement une discussion spciale1 indpendamment de sa principale tendance spontane faire prvaloir un tout autre esprit social1 tendance qui peut seule nous occuper ici4 ,ces folles utopies aboutiraient doublement la ruine radicale de toute vraie discipline domestique1 soit en tant aux parens la direction relle et presque la simple connaissance de leurs enfans1 par une monstrueuse exagration de l'indispensable influence de la socit sur l'ducation de la jeunesse1 soit en privant les fils de la transmission hrditaire des ressources paternelles1 essentiellement accumules leur intention3 dtruisant ainsi tour tour1 d'une manire spciale1 l'obissance et le commandement4 ,quoique tout examen formel de telles extravagances ft ncessairement dplac dans ce ,trait1 je devais cependant y signaler1 leur occasion propre1 l'aptitude gnrale de la politique positive consolider spontanment toutes les notions fondamentales de l'ordre social1 qu'elle seule peut aujourd'hui protger1 avec une vritable efficacit1 contre les divagations mtaphysiques dont l'invitable dcadence de la philosophie thologique a d permettre le dveloppement de plus en plus tendu4 ,avant mme aucune discussion directe1 cette heureuse proprit rsultera ncessairement1 surtout dans le cas actuel1 de l'esprit gnral qui caractrise la nouvelle philosophie politique1 d'aprs les explications de la quarante-huitime leon1 o nous avons reconnu sa tendance constante subordonner toujours la conception de l'ordre artificiel l'observation de l'ordre naturel1 dont l'admirable conomie est ici trs vidente4 ,l'tude directe de la sociologie dynamique fournira d'ailleurs de nombreuses et importantes occasions de reconnatre1 d'aprs une judicieuse analyse historique1 que1 dans le dveloppement rel de l'volution sociale1 les modifications spontanes finalement produites par le cours graduel des vnemens sont ordinairement trs suprieures ce que les plus minens rformateurs auraient os concevoir d'avance3 ce qui devra faire sentir combien il importe de ne pas trop anticiper sur la succession ncessaire des diverses parties de la rorganisation1 en voulant la fois tout renouveler1 jusque dans les moindres dtails1 suivant la routine mtaphysique des constitutions actuelles4 ,pour complter la sommaire apprciation sociologique de la subordination domestique1 il importe d'y remarquer aussi sa haute proprit1 non moins caractristique1 d'tablir spontanment la premire notion lmentaire de la perptuit sociale1 en rattachant1 de la manire la plus directe et la plus irrsistible1 l'avenir au pass4 ,gnraliss autant que possible1 cette ide et ce sentiment1 aprs avoir pass des pres aux anctres1 se transforment finalement en ce respect universel pour nos prdcesseurs1 qui doit tre1 tous gards1 regard comme indispensable toute conomie sociale4 ,sous des formes quelconques1 il n'y a point d'tat social qui n'en doive constamment offrir d'importans tmoignages4 ,la moindre prpondrance des traditions mesure que l'esprit humain se dveloppe1 sa prfrence croissante de la transmission crite la transmission orale1 doivent1 sans doute1 modifier beaucoup1 chez les peuples modernes1 sinon l'intensit1 du moins l'expression d'une telle disposition ncessaire4 ,mais1 quelque degr que puisse jamais parvenir la progression sociale1 il sera toujours d'une importance capitale que l'homme ne se croie pas n d'hier1 et que l'ensemble de ses institutions et de ses moeurs tende constamment lier1 par un systme convenable de signes intellectuels et matriels1 ses souvenirs du pass total ses esprances d'un avenir quelconque4 ,le caractre minemment rvolutionnaire de notre temps devait1 de toute ncessit1 introduire1 cet gard1 plus directement qu' tout autre1 un profond branlement provisoire1 sans lequel l'imagination humaine aurait t trop entrave dans son lan vers l'indispensable rnovation du systme social4 ,mais il n'est point douteux que l'extension indfinie et la conscration absolue de ce ddain passager du pass politique ne tendent gravement aujourd'hui altrer directement l'instinct fondamental de la sociabilit humaine4 ,il serait videmment inutile d'insister ici pour faire ressortir1 ce sujet1 l'aptitude spontane de la nouvelle philosophie politique rtablir convenablement les conditions normales de toute vritable harmonie sociale4 ,une philosophie qui prend ncessairement l'histoire pour principale base scientifique1 qui reprsente1 tous gards1 les hommes de tous les temps1 aussi bien que de tous les lieux1 comme d'indispensables cooprateurs une mme volution fondamentale1 intellectuelle ou matrielle1 morale ou politique1 et qui1 en un cas quelconque1 s'efforce toujours de rattacher le progrs actuel l'ensemble des antcdens rels1 doit tre certainement juge bien plus propre aujourd'hui qu'aucune autre rgulariser l'ide et le sentiment de la continuit sociale1 sans encourir le danger de cette servile et irrationnelle admiration du pass1 qui devait jadis1 sous l'empire de la philosophie thologique1 tant entraver le dveloppement humain4 ,on voit aisment1 par exemple1 que l'tude des sciences positives est1 en ce moment1 la seule partie du systme intellectuel o cette respectueuse coordination du prsent au pass1 ait pu spontanment rsister avec efficacit l'entranement universel de la mtaphysique rvolutionnaire1 qui1 en tout autre genre1 ferait presque envisager la raison et la justice comme des crations contemporaines4 ,dans un ,trait spcial de philosophie politique1 il conviendrait1 sans doute1 afin d'oprer une plus exacte apprciation de l'influence sociale lmentaire propre l'esprit de famille1 de considrer aussi1 d'une manire distincte1 les relations fraternelles1 qui lui sont accessoirement inhrentes4 ,mais1 quelque douceur1 ou trop souvent quelque amertume1 que ces liaisons naturelles puissent rpandre sur la vie prive1 elles ont habituellement trop peu d'importance politique pour qu'il convienne ici de nous y arrter spcialement4 ,quand elles acquirent1 cet gard1 une haute porte1 elles se rattachent ncessairement une notable ingalit d'ge1 et alors elles rentrent essentiellement1 quoiqu' un moindre degr1 dans le genre de subordination domestique qui vient d'tre considr4 ,toutes les fois1 en effet1 que la coordination fraternelle est assez fortement tablie pour exercer une vritable influence politique1 c'est videmment parce que les ans1 prenant une sorte d'ascendant paternel1 artificiel ou spontan1 maintiennent l'unit domestique contre les divergences individuelles1 alors trop peu contenues par de moindres sentimens naturels4 ,sous ce rapport1 comme sous les prcdens1 mais un degr fort infrieur1 on ne saurait douter que l'tat dsordonn de la socit actuelle ne laisse une lacune relle dans la constitution gnrale de la famille humaine1 et que par consquent1 l'absolue galit fraternelle ne doive tre1 au fond1 aussi transitoire que les autres1 et pareillement destine se dissiper ultrieurement sous une nouvelle organisation spontane de la hirarchie domestique1 conformment au nouveau caractre que le cours fondamental de l'volution humaine devra imprimer toutes les parties quelconques du systme social pour rgulariser entre elles une exacte homognit et une solidarit complte4 ,quoique ces modifications secondaires doivent videmment tre encore plus imprieusement ajournes que les dispositions principales1 dont nous avions dj reconnu que l'examen actuel serait essentiellement prmatur1 il n'tait peut-tre point inutile ici1 pour mieux caractriser1 cet gard1 l'esprit ncessaire de la nouvelle philosophie politique1 d'y faire distinctement pressentir que si1 ce titre1 ainsi qu' tout autre1 l'invitable rorganisation des socits modernes a d commencer par une indispensable dcomposition prliminaire de l'ancienne discipline1 elle ne saurait tre finalement condamne se composer rellement de simples lacunes4 ,si une telle considration parat d'abord exclusivement pratique1 et par suite peu convenable au travail purement thorique qui doit nous occuper maintenant1 il faut surtout remarquer1 indpendamment de la trop grande confusion actuelle de ces deux points de vue1 que la vritable science sociale1 soit pour la juste apprciation du pass1 soit pour la saine conception de l'avenir1 ne saurait chapper l'obligation philosophique d'attacher une indispensable importance des lmens qui1 en tout temps1 ont toujours fait une partie plus ou moins essentielle de la hirarchie domestique4 ,ne voulant construire aucune utopie1 et nous proposant seulement d'observer l'conomie fondamentale des socits relles1 nous devons signaler l'analyse scientifique toutes les dispositions quelconques dont l'invariable permanence doit nous faire suffisamment prsumer la gravit vritable4 ,l'ensemble des indications prsentes dans cette seconde partie du chapitre actuel1 caractrise assez dsormais1 pour le principal objet de ce volume1 la haute porte sociale directement propre aux divers aspects essentiels de l'ordre spontan de la famille humaine1 ainsi apprcie1 non-seulement comme l'lment effectif de la socit1 mais comme lui offrant aussi1 tous gards1 le premier type naturel de sa constitution radicale4 ,il nous reste maintenant1 afin d'avoir ici1 autant que le comporte l'esprit de notre travail1 sommairement bauch la thorie lmentaire de la statique sociale1 considrer1 en troisime et dernier lieu1 sous un point de vue analogue1 l'analyse directe de la socit gnrale1 envisage comme forme de familles et non d'individus1 et toujours examine en ce que sa structure fondamentale offre de ncessairement commun tous les temps et tous les lieux1 ainsi que nous venons de le faire successivement en ce qui concerne l'individu et ensuite la famille4 ,bien loin que la simplicit constitue la mesure principale de la perfection relle1 le systme entier des tudes biologiques concourt montrer1 au contraire1 que la perfection croissante de l'organisme animal consiste surtout dans la spcialit de plus en plus prononce des diverses fonctions accomplies par les organes de plus en plus distincts1 et nanmoins toujours exactement solidaires1 dont il devient graduellement compos en se rapprochant davantage de l'organisme humain1 combinant ainsi de plus en plus l'unit du but avec la diversit des moyens4 ,or1 tel est minemment le caractre propre de notre organisme social1 et la principale cause de sa supriorit ncessaire sur tout organisme individuel4 ,nous ne pouvons1 sans doute1 admirer convenablement un phnomne continuellement accompli sous nos yeux1 et auquel nous participons nous-mmes ncessairement4 ,mais1 en s'isolant1 autant que possible1 par la pense1 du systme habituel de l'conomie sociale1 peut-on rellement concevoir1 dans l'ensemble des phnomnes naturels1 un plus merveilleux spectacle que cette convergence rgulire et continue d'une immensit d'individus1 dous chacun d'une existence pleinement distincte et1 un certain degr1 indpendante1 et nanmoins tous disposs sans cesse1 malgr les diffrences plus ou moins discordantes de leurs talens et surtout de leurs caractres1 concourir spontanment1 par une multitude de moyens divers1 un mme dveloppement gnral1 sans s'tre d'ordinaire1 nullement concerts1 et le plus souvent l'insu de la plupart d'entre eux1 qui ne croient obir qu' leurs impulsions personnelles8 ,telle est1 du moins1 l'idalit scientifique du phnomne1 en le dgageant abstraitement des chocs et des incohrences journellement insparables d'un organisme aussi profondment compliqu1 et qui1 dans les temps mme de plus grande perturbation maladive1 n'empchent point l'accomplissement essentiel et permanent des fonctions principales4 ,cette invariable conciliation de la sparation des travaux avec la coopration des efforts1 d'autant plus prononce et plus admirable que la socit se complique et s'tend davantage1 constitue1 en effet1 le caractre fondamental des oprations humaines1 quand on s'lve du simple point de vue domestique au vrai point de vue social4 ,les socits plus ou moins complexes qu'on peut observer chez beaucoup d'animaux suprieurs1 prsentent dj1 sans doute1 en certain cas1 et surtout1 comme chez l'homme sauvage1 pour la chasse ou pour la guerre1 une premire bauche rudimentaire d'une coordination plus ou moins volontaire1 mais un degr trop partiel1 trop circonscrit1 et d'ailleurs trop temporaire1 pour tre convenablement assimiles l'tat mme le plus imparfait de l'association propre notre espce4 ,notre simple vie domestique1 qui1 tous gards1 contient ncessairement le germe essentiel de la vie sociale proprement dite1 a d toujours manifester bien davantage le dveloppement spontan d'une certaine spcialisation individuelle des diverses fonctions communes1 sans laquelle la famille humaine ne pourrait suffisamment remplir sa destination caractristique4 ,on doit nanmoins reconnatre que la sparation des travaux n'y saurait jamais tre directement trs prononce1 soit raison du trop petit nombre des individus1 soit surtout1 par un motif plus profond et moins connu1 parce qu'une telle division tendrait bientt devenir antipathique l'esprit fondamental de la famille4 ,car1 d'un ct1 l'ducation domestique1 essentiellement fonde sur l'imitation1 doit naturellement disposer les enfans poursuivre les oprations paternelles1 au lieu d'entreprendre de nouvelles fonctions2 et1 en mme temps1 il n'est pas douteux que toute sparation trs marque dans les occupations habituelles des diffrens membres n'y doive ncessairement altrer l'unit domestique1 objet capital de cette association lmentaire4 ,plus on mditera sur ce grand sujet1 mieux on sentira que la spcialisation des travaux1 qui constitue le principe lmentaire de la socit gnrale1 ne saurait tre1 au fond1 celui de la simple famille1 quoique devant s'y trouver un certain degr4 ,malgr l'imperfection du langage1 qui porte souvent confondre l'ide de famille dans celle de socit1 il est incontestable que l'ensemble des relations domestiques ne correspond point une association proprement dite1 mais qu'il compose une vritable union1 en attribuant ce terme toute son nergie intrinsque4 ,a raison de sa profonde intimit1 la liaison domestique est donc d'une tout autre nature que la liaison sociale4 ,son vrai caractre est essentiellement moral1 et trs accessoirement intellectuel2 ou1 en termes anatomiques1 elle correspond bien davantage la rgion moyenne du cerveau humain qu' la rgion antrieure4 ,fonde principalement sur l'attachement et la reconnaissance1 l'union domestique est surtout destine satisfaire directement1 par sa seule existence1 l'ensemble de nos instincts sympathiques1 indpendamment de toute pense de coopration active et continue un but quelconque1 si ce n'est celui mme de sa propre institution4 ,quoiqu'une coordination habituelle entre des travaux distincts s'y doive spontanment tablir un certain degr1 son influence y est tellement secondaire que lorsque1 malheureusement1 elle demeure le seul principe de liaison1 l'union domestique tend ncessairement dgnrer en une simple association1 et mme le plus souvent elle ne tarde point se dissoudre essentiellement4 ,dans les combinaisons sociales proprement dites1 l'conomie lmentaire prsente invitablement un caractre inverse3 le sentiment1 de coopration1 jusqu'alors accessoire1 devient1 son tour1 prpondrant1 et l'instinct sympathique1 malgr son indispensable persistance1 ne peut plus former le lien principal4 ,sans doute1 l'homme est1 en gnral1 assez heureusement organis pour aimer ses cooprateurs1 quelque nombreux et quelque lointains qu'ils puissent tre1 ou mme quelque indirecte que soit leur participation effective4 ,mais un tel sentiment1 d une prcieuse raction de l'intelligence sur la sociabilit1 ne saurait certainement1 par sa nature1 avoir jamais assez d'nergie pour diriger la vie sociale4 ,quand mme un convenable exercice aurait pu dvelopper suffisamment l'ensemble de nos instincts sociaux1 la mdiocrit intellectuelle de la plupart des hommes ne leur permet point de se former1 beaucoup prs1 une ide assez nette de relations trop tendues1 trop dtournes1 et trop trangres leurs propres occupations1 pour qu'il en puisse rsulter une vraie stimulation sympathique1 susceptible de quelque efficacit durable4 ,c'est donc exclusivement dans la vie domestique que l'homme doit chercher habituellement le plein et libre essor de ses affections sociales2 et c'est peut-tre ce titre spcial qu'elle constitue le mieux une indispensable prparation la vie sociale proprement dite3 car1 la concentration est aussi ncessaire aux sentimens que la gnralisation aux penses4 ,les hommes mme les plus minens1 qui parviennent tourner1 avec une nergie relle1 le cours naturel de leurs instincts sympathiques vers l'ensemble de l'espce ou de la socit1 y sont presque toujours pousss par les dsappointemens moraux d'une vie domestique dont la destination a t manque faute d'un suffisant accomplissement des conditions convenables3 et quelque douce que leur soit alors une aussi imparfaite compensation1 cet amour abstrait de l'espce ne saurait nullement comporter cette plnitude de satisfaction de nos dispositions affectueuses que peut seul procurer un attachement trs limit et surtout individuel4 ,quoi qu'il en soit1 de tels cas sont d'ailleurs trop videmment exceptionnels pour devoir influer sur aucune tude fondamentale de l'conomie sociale4 ,ainsi1 malgr l'indispensable participation directe1 soit primitive1 soit continue1 de l'instinct sympathique tous les cas possibles d'association humaine1 il doit rester incontestable que1 lorsqu'on passe de la considration d'une famille unique la coordination gnrale des diverses familles1 le principe de la coopration finit ncessairement par prvaloir4 ,la philosophie mtaphysique du sicle dernier1 surtout dans l'cole franaise1 a sans doute commis une erreur capitale en attribuant ce principe la cration mme de l'tat social1 puisqu'il est1 au contraire1 vident que la coopration1 bien loin d'avoir pu produire la socit1 en suppose ncessairement le pralable tablissement spontan4 ,toutefois1 la gravit d'une telle aberration me parat minemment tenir une confusion radicale entre la vie domestique et la vie sociale1 trop ordinaire aux spculations mtaphysiques4 ,car1 en sparant convenablement deux modes d'association aussi diffrens1 cette assertion1 soigneusement restreinte la combinaison la plus complique1 paratrait certainement peu choquante1 malgr qu'elle y constitut encore une irrationnelle exagration4 ,quoique la participation distincte et simultane une opration commune n'ait aucunement pu dterminer le rapprochement primitif des familles humaines1 elle seule a pu cependant imprimer leur association spontane un caractre prononc et une consistance durable4 ,l'tude attentive des moindres degrs de la vie sauvage nous montre clairement cette situation primordiale o les diverses familles1 quelquefois fortement lies pour un but temporaire1 retournent1 presque comme les animaux1 leur indpendance isole1 aussitt que l'expdition1 ordinairement de guerre ou de chasse1 est suffisamment accomplie1 quoique dj quelques opinions communes1 formules dans un certain langage uniforme1 tendent les runir1 d'une manire permanente1 en tribus plus ou moins nombreuses4 ,c'est donc sur le principe de la coopration1 spontane ou concerte1 d'ailleurs toujours conu dans son entire extension philosophique1 que devra surtout reposer dsormais notre analyse scientifique pour cette bauche prliminaire de la dernire partie de la statique sociale1 o nous considrons directement la coordination fondamentale des familles1 dont le vrai caractre propre dpend essentiellement d'un tel principe1 quoique son tablissement et son maintien n'aient pu avoir lieu sans la participation pralable et permanente de l'instinct sympathique1 destin1 en outre1 rpandre sur tous les actes de la vie sociale un indispensable charme moral4 ,un trait spcial de philosophie politique pourrait seul permettre de dvelopper convenablement l'tendue et la porte de ce grand principe1 auquel la socit humaine doit ncessairement les plus importans attributs qui la distinguent des autres agglomrations de familles animales4 ,le judicieux ,fergusson en avait dignement pressenti la valeur scientifique1 en y rattachant sa classification1 d'ailleurs si imparfaite1 des animaux en sociables et politiques1 ceux-ci tant essentiellement caractriss par la tendance concerter les divers efforts individuels pour accomplir une opration commune4 ,par leur thorie de la division du travail1 les conomistes ont utilement concouru vulgariser une telle notion1 mais en paraissant la restreindre irrationnellement des cas beaucoup trop subalternes1 de manire en suggrer une ide extrmement troite1 si l'on excepte toutefois l'illustre ,adam ,smith et de nos jours ,tracy1 qui l'ont bien plus philosophiquement apprcie1 l'un en vertu de sa haute supriorit1 et l'autre d'aprs son habitude plus intime des gnralits1 quoique mtaphysiques4 ,un principe aussi vident1 dont la ralisation1 de plus en plus complte1 a toujours constitu une indispensable condition de tout dveloppement humain1 devait sembler d'abord l'abri de toute grave atteinte1 quelque degr que notre anarchie intellectuelle pt autoriser les divagations individuelles1 d'autant plus que la nature du sujet semblait alors plus heureusement prserve du contact des passions humaines4 ,mais1 aprs avoir vu la philosophie mtaphysique nier systmatiquement1 la stupide satisfaction de tous les beaux esprits contemporains1 l'utilit fondamentale de la socit elle-mme1 ce qui1 sans doute1 doit implicitement comprendre toutes les aberrations possibles1 pourrait-on s'tonner rellement de la production d'aucun sophisme partiel1 quelque important qu'en soit l'objet1 et quelque absurde qu'en soit la pense8 ,aussi1 de nos jours1 une sorte de mtaphysique spciale a-t-elle t dogmatiquement formule pour attaquer directement l'antique maxime sociale de la rpartition ncessaire des travaux humains1 et de la spcialisation correspondante des occupations individuelles4 ,la sage circonscription de nos oprations1 et l'opinitre persvrance de nos efforts1 n'ont plus t regards comme d'indispensables conditions de nos succs quelconques3 poursuivre la fois beaucoup d'occupations diffrentes1 et passer dessein de l'une l'autre avec toute la rapidit possible1 tel est le nouveau plan de travail universel qu'on a os aujourd'hui recommander systmatiquement l'humanit civilise1 comme essentiellement attrayant#cf4 ,il n'y a peut-tre point d'exemple plus propre vrifier1 d'une manire pleinement irrcusable1 combien l'absence totale de discipline intellectuelle1 en ce qui concerne les spculations les plus difficiles1 empche ncessairement aujourd'hui d'assigner aucun terme rel au cours spontan des aberrations philosophiques1 dont l'essor antrieur n'avait jamais pu tre aussi libre1 parce que l'anarchie mentale n'avait jamais t aussi complte4 ,une telle notion ayant t ainsi attaque1 quelle maxime sociale pourrait vraiment tre respecte8 ,footnote #cf3 ,quoiqu'il ne soit nullement convenable de s'arrter ici la moindre analyse spciale de tels sophismes1 il ne faut pas cependant oublier1 mme en ce cas1 que l'esprit gnral de la saine philosophie politique doit toujours faire accorder quelque attention tout ce qui a pu obtenir effectivement un certain crdit social4 ,car1 la judicieuse apprciation de toute semblable influence peut ordinairement devenir l'indice plus ou moins direct d'un vrai besoin intellectuel1 dont l'illusoire satisfaction avait permis ces diverses aberrations de susciter momentanment une sorte d'cole nouvelle4 ,la socit ne saurait se tromper compltement sur ses besoins rels1 quoiqu'elle soit souvent gare sur les moyens convenables d'y satisfaire4 ,aussi le lecteur aura-t-il lieu ci-aprs de remarquer spontanment que1 au milieu des folles conceptions dont il s'agit ici1 rside un certain pressentiment confus des vrais inconvniens gnraux inhrens au principe de la rpartition des travaux humains1 malgr que ces inconvniens y aient t d'ailleurs ridiculement exagrs1 et surtout irrationnellement spars d'avantages infiniment suprieurs1 suivant la nature ordinaire des doctrines mtaphysiques4 ,sans nous arrter davantage ces divagations caractristiques1 procdons directement la sommaire analyse scientifique de ce principe fondamental de la coopration continue de toutes les familles humaines d'aprs leur application spontane des travaux spciaux et spars4 ,pour apprcier convenablement cette coopration et cette distribution ncessaires1 comme constituant la condition la plus essentielle de notre vie sociale1 abstraction faite de la vie domestique1 il faut la concevoir dans toute son tendue rationnelle1 c'est--dire l'appliquer l'ensemble de toutes nos diverses oprations quelconques1 au lieu de la borner1 comme il est trop ordinaire1 de simples usages matriels4 ,alors1 elle conduit immdiatement regarder non-seulement les individus et les classes1 mais aussi1 beaucoup d'gards1 les diffrens peuples1 comme participant la fois1 suivant un mode propre et un degr spcial exactement dtermins1 une oeuvre immense et commune1 dont l'invitable dveloppement graduel lie d'ailleurs aussi les cooprateurs actuels la srie de leurs prdcesseurs quelconques et mme la suite de leur divers successeurs4 ,c'est donc la rpartition continue des diffrens travaux humains qui constitue principalement la solidarit sociale1 et qui devient la cause lmentaire de l'tendue et de la complication croissante de l'organisme social1 ainsi susceptible d'tre conu comme embrassant l'ensemble de notre espce4 ,quoique l'homme ne puisse gure subsister dans un tat d'isolement volontaire1 cependant la famille1 vritable unit sociale1 peut1 sans aucun doute1 vivre sparment1 parce qu'elle peut raliser en son sein l'bauche de division du travail indispensable une satisfaction grossire de ses premiers besoins1 ainsi que la vie sauvage nous en offre de nombreux exemples1 quoique toujours plus ou moins exceptionnels4 ,mais1 avec un tel mode d'existence1 il n'y a point encore de vraie socit1 et le rapprochement spontan des familles est sans cesse expos d'imminentes ruptures temporaires1 souvent provoques par les moindres occasions4 ,c'est seulement quand la rpartition rgulire des travaux humains a pu devenir convenablement tendue que l'tat social a pu commencer acqurir spontanment une consistance et une stabilit suprieures l'essor quelconque des divergences particulires4 ,en aucun temps1 les sophistes qui ont le plus amrement dclam contre la vie sociale n'auraient certainement jamais pu tre assez consquens leur propre doctrine pour donner eux-mmes l'exemple de cette existence solitaire qu'ils avaient tant prne1 quoique personne1 sans doute1 ne se ft oppos leur retraite3 une telle logique ne serait praticable que chez les sauvages1 s'ils pouvaient avoir de tels docteurs4 ,l'habitude de cette coopration partielle est1 en effet1 minemment propre dvelopper1 par voie de raction intellectuelle1 l'instinct social1 en inspirant spontanment chaque famille un juste sentiment continu de son troite dpendance envers toutes les autres1 et1 en mme temps1 de sa propre importance personnelle1 chacune pouvant alors se regarder comme remplissant1 un certain degr1 une vritable fonction publique1 plus ou moins indispensable l'conomie gnrale1 mais insparable du systme total4 ,ainsi envisage1 l'organisation sociale tend de plus en plus reposer sur une exacte apprciation des diversits individuelles1 en rpartissant les travaux humains de manire appliquer chacun la destination qu'il peut le mieux remplir1 non-seulement d'aprs sa nature propre1 le plus souvent trop peu prononce en aucun sens1 mais aussi d'aprs son ducation effective1 sa position actuelle1 en un mot suivant l'ensemble de ses principaux caractres quelconques2 en sorte que toutes les organisations individuelles soient finalement utilises pour le bien commun1 sans en excepter mme les plus vicieuses ou les plus imparfaites1 sauf les seuls cas de monstruosit prononce3 tel est1 du moins1 le type idal qu'on doit ds lors concevoir comme une limite fondamentale de l'ordre rel1 qui s'en rapproche ncessairement de plus en plus1 sans pouvoir nanmoins y parvenir jamais1 ainsi que nous l'expliquera bientt l'tude directe du dveloppement graduel de l'humanit4 ,c'est surtout en ce sens que l'organisme social doit ressembler toujours davantage l'organisme domestique1 dont la principale proprit consiste en effet dans l'admirable spontanit de la double subordination qui le caractrise1 comme nous l'avons reconnu ci-dessus3 quoique malheureusement la complication et l'tendue si suprieures du premier ne puissent nullement permettre de le concevoir jamais rgl d'aprs un ensemble de diffrences naturelles aussi hautement irrcusables1 tendant prvenir essentiellement toute grave incertitude sur la vraie destination propre chacun des organes1 et toute discussion dangereuse sur leur hirarchie respective2 en sorte que la discipline sociale doit tre ncessairement beaucoup plus artificielle1 et1 ce titre1 plus imparfaite1 que la discipline domestique1 dont la nature a fait d'avance tous les frais essentiels4 ,il serait1 sans doute1 inutile d'insister ici davantage sur l'indication gnrale des attributs fondamentaux de cette coopration distributive et spciale1 principe ncessaire de tous les travaux humains1 et dont l'esprit de notre temps1 sauf quelques aberrations exceptionnelles1 est plutt port s'exagrer la puissance1 ou du moins mconnatre les limites et les conditions4 ,pour en complter suffisamment l'indispensable apprciation sociologique1 nous devons surtout examiner maintenant l'ensemble des ncessits qu'il impose1 d'aprs les inconvniens essentiels qui lui sont propres1 comme je l'avais dj bauch1 en #ahbf1 dans le second article de mes ,considrations sur le pouvoir spirituel4 ,c'est principalement sur un tel examen que me semble devoir reposer immdiatement la thorie lmentaire de la statique sociale proprement dite1 puisqu'on y doit trouver le vritable germe scientifique de la co-relation ncessaire entre l'ide de socit et l'ide de gouvernement4 ,quelques conomistes ont dj signal certains inconvniens graves d'une division exagre du travail matriel1 mais sous un aspect beaucoup trop subalterne1 et surtout sans remonter nullement jusqu'au principe philosophique d'une telle apprciation4 ,ds le dbut de ce ,trait 7voyez la premire leon71 j'ai moi-mme caractris1 dans le cas bien plus important de l'ensemble du travail scientifique1 les fcheuses consquences intellectuelles de l'esprit de spcialit exclusive qui domine aujourd'hui1 et dont les volumes prcdens m'ont fourni plusieurs occasions capitales de constater l'imminent danger philosophique4 ,il s'agit ici1 abstraction faite de toute vrification plus ou moins tendue1 d'apprcier directement le principe gnral d'une telle influence1 afin de saisir convenablement la vraie destination du systme spontan de moyens essentiels d'une indispensable prservation continue4 ,toute dcomposition quelconque devant ncessairement tendre dterminer une dispersion correspondante1 la rpartition fondamentale des travaux humains ne saurait viter de susciter1 un degr proportionnel1 des divergences individuelles1 la fois intellectuelles et morales1 dont l'influence combine doit exiger1 dans la mme mesure1 une discipline permanente1 propre prvenir ou contenir sans cesse leur essor discordant4 ,si1 d'une part1 en effet1 la sparation des fonctions sociales permet l'esprit de dtail un heureux dveloppement1 impossible de toute autre manire1 elle tend spontanment1 d'une autre part1 touffer l'esprit d'ensemble1 ou du moins l'entraver profondment4 ,pareillement1 sous le point de vue moral1 en mme temps que chacun est ainsi plac sous une troite dpendance envers la masse1 il en est naturellement dtourn par le propre essor de son activit spciale1 qui le rappelle constamment son intrt priv1 dont il n'aperoit que trs vaguement la vraie relation avec l'intrt public4 l'un et l'autre titre1 les inconvniens essentiels de la spcialisation augmentent ncessairement comme ses avantages caractristiques1 sans que ce soit d'ailleurs en mme rapport1 pendant le cours spontan de l'volution sociale4 ,la spcialit croissante des ides habituelles et des relations journalires doit invitablement tendre1 dans un genre quelconque1 rtrcir de plus en plus l'intelligence1 quoiqu'en l'aiguisant sans cesse en un sens unique1 et isoler toujours davantage l'intrt particulier d'un intrt commun devenu de plus en plus vague et indirect2 tandis que1 d'ailleurs1 les affections sociales1 graduellement concentres entre les individus de mme profession1 y deviennent de plus en plus trangres toutes les autres classes1 faute d'une suffisante analogie de moeurs et de penses4 ,c'est ainsi que le mme principe qui a seul permis le dveloppement et l'extension de la socit gnrale1 menace1 sous un autre aspect1 de la dcomposer en une multitude de corporations incohrentes1 qui semblent presque ne point appartenir la mme espce3 et c'est aussi par-l que la premire cause lmentaire de l'essor graduel de l'habilet humaine parat destine produire ces esprits trs capables sous un rapport unique et monstrueusement ineptes sous tous les autres aspects1 trop communs aujourd'hui chez les peuples les plus civiliss1 o ils excitent l'admiration universelle4 ,si l'on a souvent justement dplor1 dans l'ordre matriel1 l'ouvrier exclusivement occup1 pendant sa vie entire1 la fabrication des manches de couteaux ou des ttes d'pingle1 la saine philosophie ne doit peut-tre pas1 au fond1 faire moins regretter1 dans l'ordre intellectuel1 l'emploi exclusif et continu d'un cerveau humain la rsolution de quelques quations ou au classement de quelques insectes3 l'effet moral1 en l'un et l'autre cas1 est malheureusement fort analogue2 c'est toujours de tendre essentiellement inspirer une dsastreuse indiffrence pour le cours gnral des affaires humaines1 pourvu qu'il y ait sans cesse des quations rsoudre et des pingles fabriquer4 ,quoique cette sorte d'automatisme humain ne constitue heureusement que l'extrme influence dispersive du principe de la spcialisation1 sa ralisation1 dj trop frquente1 et d'ailleurs de plus en plus imminente1 doit faire attacher l'apprciation d'un tel cas une vritable importance scientifique1 comme minemment propre caractriser la tendance gnrale1 et manifester plus vivement l'indispensable ncessit de sa rpression permanente4 ,d'aprs cette sommaire indication philosophique1 que le lecteur pourra dvelopper aisment1 la destination sociale du gouvernement me parat surtout consister contenir suffisamment et prvenir autant que possible cette fatale disposition la dispersion fondamentale des ides1 des sentimens et des intrts1 rsultat invitable du principe mme du dveloppement humain1 et qui1 si elle pouvait suivre sans obstacle son cours naturel1 finirait invitablement par arrter la progression sociale1 sous tous les rapports importans4 ,cette conception constitue1 mes yeux1 la premire base positive et rationnelle de la thorie lmentaire et abstraite du gouvernement proprement dit1 envisag dans sa plus noble et plus entire extension scientifique1 c'est--dire1 comme caractris1 en gnral1 par l'universelle raction ncessaire1 d'abord spontane et ensuite rgularise1 de l'ensemble sur les parties4 ,il est clair1 en effet1 que le seul moyen rel d'empcher une telle dispersion consiste riger cette indispensable raction en une nouvelle fonction spciale1 susceptible d'intervenir convenablement dans l'accomplissement habituel de toutes les diverses fonctions particulires de l'conomie sociale1 pour y rappeler sans cesse la pense de l'ensemble et le sentiment de la solidarit commune1 avec d'autant plus d'nergie que l'essor plus tendu de l'activit individuelle doit tendre les effacer davantage4 ,c'est ainsi que doit tre conue1 ce me semble1 l'minente participation du gouvernement au dveloppement fondamental de la vie sociale1 indpendamment des grossires attributions d'ordre matriel auxquelles on veut rduire aujourd'hui sa destination gnrale4 ,quoique n'excutant par lui-mme aucun progrs social dtermin1 il contribue ncessairement ds lors tous ceux que la socit peut faire sous un aspect quelconque1 et qui1 sans son intervention universelle et continue1 deviendraient bientt impossibles1 d'aprs l'oblitration graduelle des facults humaines la suite d'une spcialisation drgle4 ,la nature mme d'une telle action indique assez qu'elle ne doit pas tre simplement matrielle1 mais aussi et surtout intellectuelle et morale1 de manire montrer dj la double ncessit distincte de ce qu'on nomme le gouvernement temporel et le gouvernement spirituel1 dont la rationnelle subordination se prsentera bientt nous comme la plus haute amlioration qui ait pu jusqu'ici tre ralise dans le systme gnral de l'organisation sociale1 sous l'heureuse influence1 aujourd'hui trop mconnue1 du catholicisme prpondrant4 ,enfin1 l'intensit de cette fonction rgulatrice1 bien loin de devoir dcrotre mesure que l'volution humaine s'accomplit1 doit1 au contraire1 devenir de plus en plus indispensable1 pourvu qu'elle soit convenablement conue et exerce1 puisque son principe essentiel est insparable de celui mme du dveloppement4 ,c'est donc la prdominance habituelle de l'esprit d'ensemble qui constitue ncessairement le caractre invariable du gouvernement1 sous quelque aspect qu'on l'envisage4 ,puisqu'on ne saurait1 sans doute1 aucun titre1 faire d'exception1 cet gard1 pour le gouvernement intellectuel1 ou simplement scientifique1 on peut ici concevoir directement l'anarchique irrationnalit de cette antipathie systmatique contre toute doctrine gnrale quelconque1 qui distingue si dplorablement la plupart des savans actuels1 aveugles prneurs d'une spcialisation routinire1 affranchie de toute discipline philosophique1 et dont l'essor trop exclusif finirait par arrter tout progrs rel1 en consumant les forces de notre intelligence sur des minuties de plus en plus misrables4 ,l'esprit d'ensemble et l'esprit de dtail sont galement indispensables l'conomie sociale2 ils doivent alternativement prdominer dans le cours spontan de l'volution humaine1 suivant la nature des principaux progrs que sa marche fondamentale rserve successivement chaque poque3 or1 l'analyse approfondie des plus grands besoins de la socit actuelle nous indique certes dj1 avec une irrcusable vidence1 que si1 pendant les trois derniers sicles1 l'esprit de dtail a d tre prpondrant1 soit pour oprer la dcomposition finale de l'ancienne organisation1 soit surtout pour faciliter l'indispensable dveloppement des lmens d'un ordre nouveau1 c'est maintenant l'esprit d'ensemble qu'il appartient exclusivement de prsider la rorganisation sociale1 comme je l'tablirai directement d'aprs l'exacte apprciation historique des socits modernes4 ,quoi qu'il en soit1 aprs avoir ainsi pralablement signal la destination lmentaire et constante du gouvernement1 envisag dans toute son extension philosophique1 il faut maintenant expliquer1 d'un autre ct1 comment une telle action tend spontanment se produire1 indpendamment de toute combinaison systmatique1 suivant le cours naturel de l'conomie sociale3 ce qui compltera suffisamment notre apprciation prliminaire de la statique sociale proprement dite1 autant que peuvent le comporter les limites ncessaires et le plan gnral de ce ,trait4 ,puisque cette universelle tendance dispersive1 inhrente la spcialisation fondamentale des travaux humains1 a d ncessairement1 d'aprs les explications prcdentes1 exister sans cesse et mme se dvelopper de plus en plus1 il a bien fallu aussi que l'influence proprement destine la neutraliser suffisamment ait t pareillement spontane et susceptible d'un accroissement proportionnel1 afin que l'conomie sociale ait pu subsister et surtout poursuivre son essor continu4 ,on peut1 en effet1 reconnatre aisment que1 considre sous un nouvel aspect gnral1 cette rpartition graduelle des oprations humaines doit invitablement tablir une subordination lmentaire toujours croissante1 qui tend de plus en plus faire naturellement ressortir le gouvernement du sein de la socit elle-mme1 comme le montrerait directement l'analyse attentive de chaque subdivision un peu prononce qui vient s'introduire dans un travail quelconque4 ,cette indispensable subordination n'est pas seulement matrielle1 comme on le croit d'ordinaire2 elle est aussi et surtout intellectuelle et morale2 c'est--dire qu'elle exige1 outre la soumission pratique1 un certain degr correspondant de confiance relle1 soit dans la capacit1 soit dans la probit1 des organes spciaux auxquels est ainsi exclusivement confie dsormais une fonction jusque alors universelle4 ,rien n'est certainement plus sensible dans le systme trs dvelopp de notre conomie sociale1 o chaque jour1 par une suite ncessaire de la grande subdivision actuelle du travail humain1 chacun de nous fait spontanment reposer1 beaucoup d'gards1 le maintien mme de sa propre vie sur l'aptitude et la moralit d'une foule d'agens presque inconnus1 dont l'ineptie ou la perversit pourraient gravement affecter des masses souvent fort tendues4 ,une telle condition appartient ncessairement tous les modes quelconques de l'existence sociale3 si elle est mal propos attribue surtout aux socits industrielles1 c'est uniquement parce qu'elle y doit tre ordinairement plus prononce1 raison d'une spcialisation plus intime2 mais on la retrouve certainement tout aussi invitable dans les socits purement militaires1 comme le montre clairement1 par exemple1 l'analyse statique d'une arme1 d'un vaisseau1 etc41 ou de toute autre corporation active d'un genre quelconque4 ,l'exacte apprciation scientifique de cette subordination lmentaire et spontane en fait1 ce me semble1 nettement dcouvrir la loi principale1 qui me parat surtout consister en ce que les diverses sortes d'oprations particulires se placent naturellement sous la direction continue de celles d'un degr de gnralit immdiatement suprieur4 ,on peut aisment s'en convaincre en analysant avec soin chaque spcialisation quelconque du travail humain1 l'instant o elle prend un caractre nettement spar2 puisque l'opration qui se dgage ainsi est toujours ncessairement plus particulire que la fonction antrieure d'o elle mane1 et envers laquelle son propre accomplissement continu doit demeurer ultrieurement subordonn4 ,sans que ce soit ici le lieu de dvelopper convenablement une telle loi1 destine constituer une des plus importantes conclusions finales de l'ensemble de ce volume1 je ne crois pas devoir m'abstenir de signaler1 ds ce moment1 la nouvelle porte philosophique qu'acquiert ainsi le principe fondamental sur lequel j'ai fait toujours reposer1 depuis le commencement de ce ,trait1 la hirarchie scientifique1 et qui maintenant1 passant l'tat politique1 tend finalement fournir1 par un autre ordre d'applications de la mme ide-mre1 le premier germe rationnel d'une saine classification des fonctions sociales1 ncessairement conforme au systme rel des relations humaines4 ,en continuant notre travail1 et surtout dans la cinquante-septime leon1 j'expliquerai spcialement la vrification de cette loi sociologique l'gard de la vie industrielle des socits modernes3 quant aux socits militaires1 leur rgularit plus parfaite y rend cette confirmation tellement vidente qu'elle n'exige aucun claircissement direct1 quoique ce ne soit pas leur observation qui m'ait suggr d'abord une telle pense1 d'origine essentiellement scientifique4 ,une fois admise1 cette loi fait aussitt comprendre la liaison spontane de cette subordination sociale lmentaire avec la subordination politique proprement dite1 base indispensable du gouvernement1 et qui se prsente ainsi comme le dernier degr ncessaire d'une hirarchie de plus en plus tendue4 ,car1 les diverses fonctions particulires de l'conomie sociale tant ds lors naturellement engages dans des relations d'une gnralit croissante1 toutes doivent graduellement tendre s'assujtir finalement l'universelle direction mane de la fonction la plus gnrale du systme entier1 directement caractrise par l'action constante de l'ensemble sur les parties1 conformment aux explications prcdentes4 ,d'un autre ct1 les organes ncessaires de cette action rgulatrice doivent tre puissamment seconds1 dans leur propre dveloppement naturel1 par une autre consquence invitable de la rpartition croissante des travaux humains1 qui favorise minemment l'essor fondamental des ingalits intellectuelles et morales4 ,il est clair1 en effet1 que cet essor doit rester presque entirement comprim tant que la confuse concentration primitive des oprations quelconques1 rduisant l'homme une vie essentiellement domestique1 absorbe toute son activit principale pour la satisfaction continue des plus simples besoins de la seule famille4 ,quoique les diffrences individuelles vraiment tranches se fassent certainement sentir dans un tat social quelconque1 cependant la division du travail1 et le loisir qu'elle a pu procurer1 ont t surtout indispensables au dveloppement prononc des prminences intellectuelles1 sur lesquelles repose ncessairement1 en majeure partie1 l'ascendant politique durable4 ,il faut d'ailleurs noter que les travaux intellectuels sont loin1 par leur nature1 de pouvoir comporter une subdivision relle aussi dtaille que celle des oprations matrielles2 en sorte qu'ils devraient pareillement tre moins affects de la tendance dispersive qui en rsulte ncessairement1 malgr la fcheuse influence qu'ils ont d en prouver4 ,on n'a plus besoin1 sans doute1 d'expliquer aujourd'hui la proprit essentielle de la civilisation de dvelopper toujours davantage les ingalits morales1 et encore plus les ingalits intellectuelles4 ,mais il importe de remarquer1 ce sujet1 que les forces morales et intellectuelles ne comportent point1 en elles-mmes1 une vritable composition totale1 la simple manire des forces physiques3 aussi1 quoique minemment susceptibles du concours social1 qu'elles seules mme peuvent convenablement organiser1 elles se prtent beaucoup moins la coopration directe2 d'o doit rsulter une nouvelle cause trs puissante de l'ingalit plus radicale qu'elles tendent tablir entre les hommes4 ,qu'il ne s'agisse que de lutter de vigueur physique1 ou mme de richesse2 quelle que puisse tre la supriorit propre d'un individu ou d'une famille1 une coalition suffisamment nombreuse des moindres individualits sociales en viendra aisment bout3 en sorte que1 par exemple1 la plus immense fortune particulire ne saurait soutenir1 aucun gard1 une concurrence relle avec la puissance financire d'une nation un peu tendue1 dont le trsor public n'est cependant form que d'une multitude de cotisations minimes4 ,mais1 au contraire1 si l'entreprise dpend surtout d'une haute valeur intellectuelle1 comme au sujet d'une grande conception scientifique ou potique1 il n'y aura pas de runion d'esprits ordinaires1 pour si vaste qu'on la suppose1 qui puisse aucunement lutter avec un ,descartes ou un ,corneille4 ,il en sera certainement de mme sous le rapport moral2 lorsque1 par exemple1 la socit aura besoin d'un grand dvouement1 elle ne pourra parvenir le composer avec la vaine accumulation de dvouemens mdiocres trs multiplis4 l'un et l'autre titre1 le nombre des individus ne peut alors influer que sur l'espoir d'y mieux trouver l'organe essentiellement unique de la fonction propose2 une fois manifest1 il n'y aura point de multitude qui puisse faire quilibre sa prpondrance fondamentale4 ,c'est surtout raison de cet minent privilge1 que les forces intellectuelles et morales tendent ncessairement de plus en plus dominer le monde social1 depuis qu'une convenable rpartition des travaux humains a suffisamment permis leur dveloppement propre4 ,telle est donc la tendance lmentaire de toute socit humaine un gouvernement spontan4 ,cette tendance ncessaire est en harmonie1 dans notre nature individuelle1 avec un systme correspondant de penchans spciaux1 les uns vers le commandement1 les autres vers l'obissance4 ,sous le premier aspect d'abord1 il ne faut point1 sans doute1 regarder la disposition trop vulgaire commander comme le signe d'une vraie vocation de gouvernement1 qui doit tre infiniment rare1 cause de l'minente prpondrance qu'elle exige4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que les femmes1 en gnral si passionnes pour la domination1 sont d'ordinaire si radicalement impropres tout gouvernement1 mme domestique1 soit en vertu d'une raison moins dveloppe1 soit aussi par la mobile irritabilit d'un caractre plus imparfait4 ,en une foule d'autres occasions1 on peut galement remarquer la tendance de l'homme se croire surtout destin aux attributions qui lui conviennent le moins1 d'aprs l'illusion inaperue qui fait si souvent regarder un vif dsir comme un signe de vocation relle4 ,quoi qu'il en soit1 sans que la disposition commander doive1 par elle-mme1 indiquer aucune aptitude au gouvernement1 il faut nanmoins reconnatre qu'elle est indispensable son exercice1 tant pour inspirer1 l'ensemble de la socit1 une confiance incompatible avec notre propre irrsolution1 que pour permettre1 au systme personnel de nos facults politiques1 de dvelopper toute l'nergie convenable1 afin de pouvoir surmonter les invitables rsistances que doivent offrir les cas mme les plus favorables3 ce qui1 chez une heureuse organisation1 rige en une qualit relle et importante le puril orgueil du vulgaire4 un tel caractre prpondrant1 doit correspondre et correspond1 en effet1 chez la plupart des hommes1 une disposition inverse l'obissance1 non moins prononce dans la nature minemment complexe de l'organisme humain4 ,si les hommes taient spontanment aussi indisciplinables qu'on le suppose souvent aujourd'hui1 on ne saurait aucunement comprendre comment ils auraient pu jamais tre vraiment disciplins4 ,il est1 au contraire1 vident que nous sommes tous plus ou moins enclins respecter involontairement chez nos semblables une supriorit quelconque1 surtout intellectuelle ou morale1 mme indpendamment de tout dsir personnel de la voir s'exercer notre avantage3 et cet instinct de soumission n'est1 en ralit1 que trop souvent prodigu des apparences mensongres4 ,quelque dsordonne que soit aujourd'hui1 par suite de notre anarchie spirituelle1 la soif universelle du commandement1 il n'est personne1 sans doute1 qui1 dans un secret et scrupuleux examen priv1 n'ait souvent senti1 plus ou moins profondment1 combien il est doux d'obir1 lorsque nous pouvons raliser le bonheur1 de nos jours presque impossible1 d'tre convenablement dchargs1 par de sages et dignes guides1 de la pesante responsabilit d'une direction gnrale de notre conduite3 un tel sentiment est peut-tre surtout prouv par ceux qui seraient les plus propres mieux commander4 l'instant mme des plus violentes convulsions politiques1 quand l'conomie sociale semble momentanment menace d'une prochaine dissolution1 l'instinct des masses populaires vient encore manifester spontanment1 d'une nouvelle manire irrcusable1 cette irrsistible tendance sociale1 qui1 jusque dans l'accomplissement des dmolitions les plus rvolutionnaires1 leur inspire volontairement une scrupuleuse obissance envers les supriorits intellectuelles et morales dont elles suivent spontanment la direction1 et dont elles ont mme souvent sollicit immdiatement la domination temporaire1 prouvant alors1 par dessus tout1 l'urgent besoin d'une autorit prpondrante4 ,ainsi1 la spontanit fondamentale des diverses dispositions individuelles se montre essentiellement en harmonie avec le cours ncessaire de l'ensemble des relations sociales pour tablir que la subordination politique est1 en gnral1 aussi invitable qu'indispensable2 ce qui complte ici l'bauche lmentaire de la statique sociale proprement dite4 ,la condensation et l'abstraction1 peut-tre excessives1 des principales conceptions indiques dans les trois parties de ce chapitre1 pourront d'abord mettre obstacle leur juste apprciation directe3 mais l'usage continu1 quoique le plus souvent implicite1 qui s'en fera naturellement en tout le reste de ce volume1 dissipera1 j'espre1 suffisamment cette premire incertitude1 pourvu qu'on s'habitue1 contrairement nos usages1 accorder enfin aux mditations politiques le genre de contention intellectuelle qu'elles exigent4 ,dans ces trois ordres conscutifs de considrations statiques1 la vie individuelle s'est montre surtout caractrise par la prpondrance ncessaire et directe des instincts personnels1 la vie domestique par l'essor continu des instincts sympathiques1 et la vie sociale par le dveloppement spcial des influences intellectuelles2 chacun de ces trois degrs essentiels de l'existence humaine tant d'ailleurs ncessairement destin prparer le suivant1 d'aprs le cours spontan de leur inaltrable succession4 ,un tel enchanement scientifique prsente1 en lui-mme1 ce prcieux avantage pratique de prparer1 ds ce moment1 la rationnelle coordination de la morale universelle1 d'abord personnelle1 ensuite domestique1 et finalement sociale2 la premire assujtissant une sage discipline la conservation fondamentale de l'individu1 la seconde tendant faire prdominer1 autant que possible1 la sympathie sur l'gosme1 et la dernire diriger de plus en plus l'ensemble de nos divers penchans d'aprs les lumineuses indications d'une raison convenablement dveloppe1 toujours proccupe de la considration directe de l'conomie gnrale1 de manire faire habituellement concourir au but commun toutes les facults quelconques de notre nature1 selon les lois qui leur sont propres4 ,aprs cette indication pralable des thories lmentaires de la sociologie statique1 nous devons maintenant procder1 dans tout le reste de notre travail1 l'tude sommaire1 mais directe et continue1 de la dynamique sociale1 en consacrant d'abord la leon suivante une premire apprciation fondamentale de l'volution humaine1 envisage dans son ensemble total1 conformment au vritable esprit gnral de la nouvelle philosophie politique1 suffisamment caractrise par l'avant-dernier chapitre4 ,,cinquante-,,uni,,me ,,le,,on4 ,lois fondamentales de la dynamique sociale1 ou thorie gnrale du progrs naturel de l'humanit4 ,afin de mieux apprcier les lois fondamentales de la progression sociale1 il importe de faire ici prcder leur exposition directe par une premire explication sommaire du sens ncessaire de cette grande volution1 ainsi que de sa vitesse propre1 et de la subordination naturelle de ses divers lmens principaux2 ce qui rsulte spontanment des diffrentes notions dj tablies depuis le commencement de ce volume4 ,or1 en considrant1 du point de vue scientifique le plus lev1 l'ensemble total du dveloppement humain1 on est d'abord conduit le concevoir1 en gnral1 comme consistant essentiellement faire de plus en plus ressortir les facults caractristiques de l'humanit1 comparativement celles de l'animalit1 et surtout par rapport aux facults qui nous sont communes avec tout le rgne organique1 quoique celles-ci continuent toujours former ncessairement la base primordiale de l'existence humaine1 aussi bien que de toute autre vie animale4 ,c'est en ce sens philosophique que la plus minente civilisation doit tre1 au fond1 juge pleinement conforme la nature1 puisqu'elle ne constitue rellement qu'une manifestation plus prononce des principales proprits de notre espce1 qui1 primitivement dissimules par un invitable engourdissement1 ne pouvaient devenir suffisamment saillantes que dans un haut degr de la vie sociale1 pour laquelle leur destination exclusive ne saurait tre conteste4 ,le systme entier de la philosophie biologique concourt dmontrer1 ainsi que je l'ai expliqu au volume prcdent1 que1 dans l'ensemble de la hirarchie animale1 la dignit fondamentale propre chaque race est surtout dtermine par la prpondrance gnrale de plus en plus prononce de la vie animale sur la vie organique1 mesure qu'on s'approche davantage de l'organisme humain4 ,sous un tel aspect philosophique1 notre volution sociale ne constitue donc rellement que le terme le plus extrme d'une progression gnrale1 continue sans interruption parmi tout le rgne vivant1 depuis les simples vgtaux et les moindres animaux1 en passant successivement aux derniers animaux pairs1 remontant ensuite jusqu'aux oiseaux et aux mammifres1 et1 chez ceux-ci1 s'levant graduellement vers les carnassiers et les singes3 la prdominance ncessaire des fonctions purement organiques devenant partout de moins en moins marque1 et le dveloppement des fonctions animales proprement dites1 principalement celui des fonctions intellectuelles et morales1 tendant1 au contraire1 de plus en plus vers un ascendant vital1 qui toutefois ne saurait jamais tre pleinement obtenu1 mme dans la plus haute perfection de la nature humaine4 ,cette indispensable apprciation comparative dtermine essentiellement la premire notion scientifique qu'il faut se former de l'ensemble du progrs humain1 ainsi rattach la srie universelle du perfectionnement animal1 dont il ralise le plus minent degr4 ,l'analyse gnrale de notre progression sociale dmontre1 en effet1 avec une irrcusable vidence1 que1 malgr l'invariabilit ncessaire des diverses dispositions fondamentales de notre nature1 les plus leves d'entre elles sont dans un tat continu de dveloppement relatif1 qui tend de plus en plus les riger leur tour en puissances prpondrantes de l'existence humaine1 quoiqu'une telle inversion de l'conomie primitive ne puisse1 ni mme ne doive1 jamais tre compltement obtenue4 ,tel se manifeste dj1 d'aprs le chapitre prcdent1 le caractre essentiel de notre organisme social1 quand on se borne l'envisager d'abord dans son tat purement statique1 abstraction faite de son mouvement ncessaire4 ,mais ce caractre doit tre naturellement encore plus prononc dans l'tude directe de ses variations continues1 comme le confirme aisment une premire apprciation gnrale de leur succession graduelle4 ,en dveloppant1 un degr immense et toujours croissant1 l'action de l'homme sur le monde extrieur1 la civilisation semble d'abord devoir concentrer de plus en plus notre attention vers les soins de notre seule existence matrielle1 dont l'entretien et l'amlioration constituent1 en apparence1 le principal objet de la plupart des occupations sociales4 ,mais un examen plus approfondi dmontre1 au contraire1 que ce dveloppement tend continuellement faire prvaloir les plus minentes facults de la nature humaine1 soit par la scurit mme qu'il inspire ncessairement l'gard des besoins physiques1 dont la considration devient ainsi de moins en moins absorbante1 soit par l'excitation directe et continue qu'il imprime ncessairement aux fonctions intellectuelles et mme aux sentimens sociaux1 dont le double essor graduel lui est videmment indispensable4 ,dans notre enfance sociale1 les instincts relatifs la conservation matrielle sont tellement prpondrans1 que l'instinct sexuel lui-mme1 malgr sa grossire nergie primitive1 en est d'abord essentiellement domin#cg3 les affections domestiques sont alors1 sans aucun doute1 beaucoup moins prononces1 et les affections sociales demeurent circonscrites une imperceptible fraction de l'humanit1 hors de laquelle tout devient tranger et mme ennemi2 les diverses passions haineuses restent certainement1 aprs les apptits physiques1 le principal mobile habituel de l'existence humaine4 ,sous ces divers aspects1 il est incontestable que l'essor continu de la civilisation dveloppe ncessairement de plus en plus nos penchans les plus nobles et nos plus gnreux sentimens1 qui1 seules bases possibles des associations humaines1 doivent y recevoir spontanment une culture de plus en plus spciale4 ,quant aux facults intellectuelles1 l'imprvoyance habituelle qui1 au milieu des plus imminens besoins1 caractrise la vie sauvage1 constate clairement le peu d'influence relle qu'exerce alors la raison sur la conduite gnrale de l'homme3 ces facults y sont d'ailleurs encore essentiellement engourdies1 ou du moins il n'y a d'activit prononce que chez les plus infrieures d'entr'elles1 celles immdiatement relatives l'exercice des sens extrieurs2 les facults d'abstraction et de combinaison demeurent presque entirement inertes1 sauf quelques courts lans exceptionnels2 et la curiosit grossire qu'inspire involontairement le spectacle de la nature se contente alors pleinement des moindres bauches d'explication thologique2 enfin1 les divertissemens1 principalement distingus par une violente activit musculaire1 et s'levant tout au plus jusqu' la simple manifestation d'une adresse purement physique1 y sont1 d'ordinaire1 aussi peu favorables au dveloppement de l'intelligence qu' celui de la sociabilit4 ,a tous ces titres1 la supriorit toujours croissante de la civilisation est certainement encore plus irrcusable que sous le rapport moral1 de manire ne plus exiger dsormais aucune dmonstration formelle4 ,sous quelque aspect que l'on tudie l'existence comparative de l'homme aux divers ges successifs de la socit1 on trouvera donc constamment que le rsultat gnral de notre volution fondamentale ne consiste pas seulement amliorer la condition matrielle de l'homme1 par l'extension continue de son action sur le monde extrieur2 mais aussi et surtout dvelopper1 par un exercice de plus en plus prpondrant1 nos facults les plus minentes1 soit en diminuant sans cesse l'empire des apptits physiques#ch1 et en stimulant davantage les divers instincts sociaux1 soit en excitant continuellement l'essor des fonctions intellectuelles1 mme les plus leves1 et en augmentant spontanment l'influence habituelle de la raison sur la conduite de l'homme4 ,en ce sens1 le dveloppement individuel reproduit ncessairement sous nos yeux1 dans une succession plus rapide et plus familire1 dont l'ensemble est alors mieux apprciable1 quoique moins prononc1 les principales phases du dveloppement social4 ,aussi l'un et l'autre ont-ils essentiellement pour but commun de subordonner1 autant que possible1 la satisfaction normale des instincts personnels l'exercice habituel des instincts sociaux1 et1 en mme temps1 d'assujtir nos diverses passions quelconques aux rgles imposes par une intelligence de plus en plus prpondrante1 dans la vue d'identifier toujours davantage l'individu avec l'espce4 ,sous le point de vue anatomique1 on pourrait nettement caractriser une telle tendance1 en la faisant surtout consister dterminer par l'exercice un ascendant de plus en plus marqu chez les diffrens organes de l'appareil crbral1 mesure qu'ils s'loignent davantage de la rgion vertbrale pour se rapprocher de la rgion frontale4 ,tel est du moins le type idal dont la ralisation de plus en plus parfaite caractrise ncessairement le cours spontan de l'volution humaine1 soit dans l'individu1 soit1 un degr bien suprieur1 dans l'espce elle-mme1 quoique nos efforts quelconques ne puissent jamais nous conduire effectivement jusqu' cette limite fondamentale4 ,une pareille notion permet aisment de distinguer1 en gnral1 les parts respectives de la nature et de l'art dans notre dveloppement continu1 qui doit tre jug pleinement naturel1 en ce qu'il tend faire de plus en plus prvaloir les attributs essentiels de l'humanit compare l'animalit1 en constituant l'empire des facults videmment destines diriger toutes les autres2 mais qui1 en mme temps1 se prsente comme minemment artificiel puisqu'il doit consister obtenir1 par un exercice convenable de nos diverses facults1 un ascendant d'autant plus marqu pour chacune d'elles qu'elle est primitivement moins nergique3 d'o rsulte directement l'explication scientifique de cette lutte ternelle et indispensable entre notre humanit et notre animalit1 toujours reconnue1 depuis l'origine de la civilisation1 par tous les vrais explorateurs de l'homme1 et dj consacre sous tant de formes diverses avant que la philosophie positive pt en fixer le vritable caractre4 ,footnote #cg3 ,une voracit dmesure1 un got violent pour les divers stimulans physiques1 se manifestent constamment dans la vie sauvage1 quand le dnment qu'elle doit si frquemment produire n'y vient pas imposer une sobrit involontaire1 qui a trop souvent fait illusion4 ,il en est de mme1 au fond1 malgr l'tat de nudit1 quant l'ardeur pour la parure1 alors indique surtout par un tatouage plus on moins compliqu3 elle s'y montre certainement bien plus prononce d'ordinaire que chez les hommes trs civiliss4 ,footnote #ch3 ,la nature humaine ne saurait1 sans doute1 jamais parvenir rellement ce raffinement de dlicatesse1 dj rv peut-tre par quelques imaginations exaltes ou plutt maladives1 d'tendre1 en quelque sorte1 aux besoins habituels d'incrtion1 ce sentiment de honte qui1 ds l'origine de la civilisation1 accompagne de plus en plus la satisfaction des divers besoins d'excrtion4 ,mais il n'en demeure pas moins incontestable que l'entretien continu de notre existence matrielle prend une importance de moins en moins exclusive par le dveloppement graduel de l'volution humaine1 et occupe de moins en moins nos penses dans l'ensemble de la vie relle4 ,en un mot1 les diverses considrations purement personnelles tendent de plus en plus s'effacer1 tous gards1 devant les considrations directement sociales4 ,la direction ncessaire de l'ensemble total de l'volution humaine tant ainsi suffisamment dfinie par cette apprciation prliminaire1 nous devons maintenant considrer cette volution relativement sa vitesse fondamentale et commune1 abstraction faite des diffrences quelconques qui peuvent rsulter1 soit du climat1 soit mme de la race1 ou de toutes les autres causes modificatrices1 dont j'ai prcdemment tabli que l'influence effective devait tre1 autant que possible1 systmatiquement carte dans une premire bauche rationnelle de la dynamique sociale4 ,or1 en nous bornant1 sous ce rapport1 aux seules causes universelles1 il est d'abord vident que cette vitesse doit tre essentiellement dtermine d'aprs l'influence combine des principales conditions naturelles1 relatives d'une part l'organisme humain1 d'une autre part au milieu o il se dveloppe4 ,mais l'invariabilit mme de ces diverses conditions fondamentales1 l'impossibilit rigoureuse de suspendre ou de restreindre leur empire1 ne permettent point de mesurer exactement leur importance respective1 quoique nous ne puissions aucunement douter que notre dveloppement spontan ne dt tre ncessairement acclr ou retard par tout changement favorable ou contraire que l'on supposerait opr dans ces diffrentes influences lmentaires1 soit organiques1 soit inorganiques2 en imaginant1 par exemple1 que notre appareil crbral offrt une moindre infriorit anatomique de la rgion frontale1 ou que notre plante devnt plus grande ou mieux habitable1 etc4 ,l'analyse sociologique ne saurait donc1 par sa nature1 convenablement atteindre1 cet gard1 que les conditions gnrales simplement accessoires1 en vertu des variations apprciables dont elles doivent tre spontanment susceptibles4 ,parmi ces puissances secondaires mais continues1 qui concourent dterminer la vitesse naturelle du dveloppement humain1 on peut d'abord signaler1 d'aprs ,georges ,leroy1 l'influence permanente de l'ennui1 d'ailleurs fort exagre1 et mme vicieusement apprcie1 par cet ingnieux philosophe4 ,ainsi que tout autre animal1 l'homme ne saurait tre heureux sans une activit suffisamment complte de ses diverses facults quelconques1 suivant un degr d'intensit et de persvrance sagement proportionnel l'activit intrinsque de chacune d'elles3 quelle que puisse tre sa situation effective1 il tend sans cesse remplir1 autant que possible1 cette indispensable condition du bonheur4 ,la difficult plus prononce qu'il doit prouver raliser un dveloppement compatible avec la supriorit spciale de sa nature1 le rend ncessairement plus sujet que les autres animaux cet tat remarquable de pnible langueur1 qui indique la fois l'existence relle des facults et leur insuffisante activit1 et qui1 en effet1 deviendrait galement inconciliable1 soit avec une atonie radicale1 d'o ne rsulterait aucune urgente tendance1 soit avec une vigueur idale1 spontanment susceptible d'un infatigable exercice4 ,une telle disposition1 la fois intellectuelle et morale1 que nous voyons chaque jour exciter encore tant d'efforts toutes les natures doues de quelque nergie1 a d1 sans doute1 puissamment contribuer1 dans l'enfance de l'humanit1 acclrer notre essor spontan1 par l'inquite agitation qu'elle inspire1 soit pour l'avide recherche de nouvelles sources d'motions1 soit pour un plus intense dveloppement de notre propre activit directe4 ,toutefois1 cette influence secondaire n'a pu devenir trs prononce que dans un tat social dj assez avanc pour faire convenablement sentir le besoin1 d'abord si faible1 d'exercer leur tour les plus minentes facults de notre nature1 qui en sont ncessairement aussi les moins nergiques4 ,les facults les plus prononces1 c'est--dire les moins leves1 comportent un si commode exercice1 que1 dans l'tat normal1 elles ne sauraient gure dterminer un vritable ennui1 susceptible de produire une heureuse raction crbrale3 les sauvages1 de mme que les enfans1 ne s'ennuient point habituellement1 tant que leur activit physique1 seule importante alors1 n'est nullement entrave2 un sommeil facile et prolong les empche essentiellement1 la manire des animaux1 de sentir pniblement leur torpeur intellectuelle4 ,ainsi1 en reprsentant l'ennui comme le principal mobile originaire de notre dveloppement social1 ,g4 ,leroy a irrationnellement confondu un symptme avec un principe1 outre l'erreur vidente qui lui faisait trop exclusivement attribuer l'homme une telle proprit4 ,mais1 malgr cette fausse apprciation1 il tait nanmoins indispensable ici de signaler sommairement la haute participation ncessaire de cette influence gnrale pour acclrer spontanment la vitesse propre de notre volution sociale1 dtermine d'avance par l'ensemble des causes fondamentales4 ,je dois indiquer1 en second lieu1 la dure ordinaire de la vie humaine comme influant peut-tre plus profondment sur cette vitesse qu'aucun autre lment apprciable4 ,en principe1 il ne faut point se dissimuler que notre progression sociale repose essentiellement sur la mort2 c'est--dire que les pas successifs de l'humanit supposent ncessairement le renouvellement continu1 suffisamment rapide1 des agens du mouvement gnral1 qui1 habituellement presque imperceptible dans le cours de chaque vie individuelle1 ne devient vraiment prononc qu'en passant d'une gnration la suivante4 ,l'organisme social subit1 cet gard1 et d'une manire non moins imprieuse1 la mme condition fondamentale que l'organisme individuel1 o1 aprs un temps dtermin1 les diverses parties constituantes1 invitablement devenues1 par suite mme des phnomnes vitaux1 radicalement impropres concourir davantage sa composition1 doivent tre graduellement remplaces par de nouveaux lmens4 ,pour apprcier convenablement une telle ncessit sociale1 il serait superflu de recourir la supposition chimrique d'une dure indfinie de la vie humaine1 d'o rsulterait videmment la suppression presque totale et trs prochaine du mouvement progressif4 ,sans aller jusqu' cette extrme limite1 il suffirait1 par exemple1 d'imaginer que la dure effective ft seulement dcuple1 en concevant d'ailleurs que ses diverses poques naturelles conservassent les mmes proportions respectives4 ,si rien n'tait chang1 du reste1 dans la constitution fondamentale du cerveau humain1 une telle hypothse dterminerait1 ce me semble1 un ralentissement invitable1 quoique impossible mesurer1 dans notre dveloppement social4 ,car1 la lutte indispensable et permanente1 qui s'tablit spontanment entre l'instinct de conservation sociale1 caractre habituel de la vieillesse1 et l'instinct d'innovation1 attribut ordinaire de la jeunesse1 se trouverait ds-lors notablement altre en faveur du premier lment de cet antagonisme ncessaire4 ,par l'extrme imperfection de notre nature morale1 et surtout intellectuelle1 ceux mmes qui ont le plus puissamment contribu1 dans leur virilit1 aux progrs gnraux de l'esprit humain ou de la socit1 ne sauraient ensuite conserver trop long-temps leur juste prpondrance sans devenir involontairement plus ou moins hostiles des dveloppemens ultrieurs1 auxquels ils auraient cess de pouvoir dignement concourir4 ,mais1 si1 d'une part1 on ne saurait douter qu'une dure trop prolonge de la vie humaine ne tendt ncessairement retarder notre volution sociale1 il n'est pas moins incontestable1 d'une autre part1 qu'une existence trop phmre deviendrait1 d'autres titres1 un obstacle non moins essentiel la progression gnrale1 en attribuant1 au contraire1 un empire exagr l'instinct d'innovation4 ,la rsistance indispensable que lui oppose spontanment l'opinitre instinct conservateur de la vieillesse1 peut seule1 en effet1 suffisamment obliger l'esprit d'amlioration subordonner convenablement ses efforts actuels l'ensemble des rsultats antrieurs4 ,sans ce frein fondamental1 notre faible nature serait certainement trop dispose se contenter le plus souvent de tentatives bauches et d'aperus incomplets1 qui ne pourraient permettre aucun dveloppement profond et persvrant3 tant est rellement prononc notre loignement spontan pour la pnible continuit de travaux qu'exige ncessairement toute convenable maturation de nos projets quelconques4 ,or1 il est vident que telle serait1 en effet1 la suite invitable d'une notable diminution dans la dure effective de la vie humaine1 si1 par exemple1 on la supposait rduite au quart1 ou peut-tre mme la simple moiti1 de sa valeur actuelle4 ,notre volution sociale serait donc1 par sa nature1 galement incompatible1 quoique d'aprs des motifs contraires1 avec un renouvellement trop lent ou trop rapide des diverses gnrations humaines2 moins de supposer1 dans un changement convenable de notre organisme crbral1 une compensation chimrique1 ds-lors correspondante un tat trop indtermin pour que les hypothses scientifiques puissent utilement s'y arrter4 ,toutefois1 les irrationnels partisans des causes finales s'efforceraient vainement d'appliquer une telle considration la justification philosophique de leur absurde optimisme4 ,car1 si1 cet gard1 comme tout autre1 l'ordre rel se trouve ncessairement plus ou moins conforme la marche effective des phnomnes1 il s'en faut malheureusement de beaucoup1 sous ce rapport1 encore plus videmment que sous aucun autre1 que la vraie disposition de l'conomie naturelle soit aussi favorable sa destination essentielle qu'il serait ais de le concevoir4 ,il n'est gure possible de douter que la brivet excessive de la vie humaine ne constitue1 au contraire1 une des principales causes secondaires de la lenteur de notre dveloppement social1 quoique cette lenteur dpende surtout de l'extrme imperfection de notre organisme3 et1 certes1 aucune autre grande harmonie ne saurait tre vritablement compromise1 si la dure de notre vie1 toujours comprise entre les limites ncessaires que je viens d'indiquer1 se trouvait double ou mme triple1 malgr l'argumentation arbitraire des vains apologistes du gouvernement providentiel4 ,l'extrme rapidit d'une existence individuelle1 dont trente ans peine1 au milieu de nombreuses entraves physiques et morales1 peuvent tre pleinement utiliss autrement qu'en prparations la vie ou la mort1 tablit videmment1 en tout genre1 un insuffisant quilibre entre ce que l'homme peut convenablement concevoir et ce qu'il peut rellement excuter4 ,tous ceux qui surtout se sont noblement vous au dveloppement direct de l'esprit humain ont toujours senti1 sans doute1 avec une profonde amertume1 combien le temps1 mme le plus sagement employ1 manquait essentiellement l'laboration de leurs conceptions les mieux arrtes1 dont ils n'ont pu1 d'ordinaire1 raliser que la moindre partie4 ,ce serait en vain que1 d'aprs une superficielle apprciation1 on regarderait le renouvellement plus rapide des cooprateurs successifs comme rparant suffisamment pour l'espce la dure trop circonscrite de l'activit individuelle4 ,malgr l'importance vidente de cette compensation ncessaire1 elle est certainement1 par sa nature1 fort imparfaite1 soit raison de la perte de temps qu'exige la prparation de chaque successeur1 soit surtout en ce que cette succession spontane est toujours ncessairement trs incomplte1 par l'impossibilit de se placer directement au point de vue propre et dans la direction prcise des travaux antrieurs1 impossibilit d'autant plus prononce que les nouveaux collaborateurs ont eux-mmes plus de valeur relle4 ,la continuit des efforts successifs ne peut tre pleinement tablie1 entre divers individus1 qu' l'gard d'oprations extrmement simples1 et presque entirement matrielles1 o les diverses forces humaines peuvent aisment s'ajouter3 elle ne saurait jamais tre organise d'une manire vraiment satisfaisante pour les travaux les plus difficiles et les plus minens1 o rien ne saurait remplacer suffisamment la prcieuse influence d'une persvrante unit2 les forces intellectuelles et morales ne sont pas plus susceptibles de morcellement et d'addition entre successeurs qu'entre contemporains2 et1 quoi qu'en puissent croire les dfenseurs systmatiques de la dissmination indfinie des efforts individuels1 une certaine concentration est constamment indispensable l'accomplissement des progrs humains4 ,nous devons enfin signaler sommairement1 parmi les causes gnrales qui modifient spontanment la vitesse fondamentale de notre volution sociale1 l'accroissement naturel de la population humaine1 qui contribue surtout l'acclration continue de ce grand mouvement4 ,cet accroissement a toujours t justement regard comme le symptme le moins quivoque de l'amlioration graduelle de la condition humaine2 et rien ne saurait tre sans doute plus irrcusable quand on envisage cette augmentation dans l'ensemble de notre espce1 ou du moins entre toutes les nations vraiment solidaires un certain degr4 ,mais il ne s'agit nullement ici d'une telle considration1 trop incontestable aujourd'hui1 malgr les critiques exagres1 ou mme vicieuses1 de nos conomistes3 elle serait d'ailleurs videmment trangre notre sujet actuel4 ,je dois seulement indiquer maintenant la condensation progressive de notre espce comme un dernier lment gnral concourant a rgler la vitesse effective du mouvement social4 ,on peut d'abord aisment reconnatre que cette influence contribue toujours beaucoup1 surtout l'origine1 dterminer1 dans l'ensemble du travail humain1 une division de plus en plus spciale1 ncessairement incompatible avec un trop petit nombre de cooprateurs4 ,en outre1 par une proprit plus intime et moins connue1 quoique encore plus capitale1 une telle condensation stimule directement1 d'une manire trs puissante1 au dveloppement plus rapide de l'volution sociale1 soit en poussant les individus tenter de nouveaux efforts pour s'assurer1 par des moyens plus raffins1 une existence qui autrement deviendrait ainsi plus difficile1 soit aussi en obligeant la socit ragir avec une nergie plus opinitre et mieux concerte pour lutter suffisamment contre l'essor plus puissant des divergences particulires4 l'un et l'autre titre1 on voit qu'il ne s'agit point ici de l'augmentation absolue du nombre des individus1 mais surtout de leur concours plus intense sur un espace donn1 conformment l'expression spciale dont j'ai fait usage1 et qui est minemment applicable aux grands centres de population1 o1 en tout temps1 les principaux progrs de l'humanit durent1 en effet1 recevoir constamment leur premire laboration4 ,en crant de nouveaux besoins et des difficults nouvelles1 cette agglomration graduelle dveloppe spontanment aussi des moyens nouveaux1 non-seulement quant au progrs1 mais aussi pour l'ordre mme1 en neutralisant de plus en plus les diverses ingalits physiques1 et donnant1 au contraire1 un ascendant croissant aux forces intellectuelles et morales1 ncessairement maintenues dans leur subalternit primitive chez toute population trop restreinte4 ,telle est1 en aperu1 l'influence relle d'une semblable condensation continue1 abstraction faite d'abord de la dure effective de sa formation4 ,si maintenant on l'envisage aussi relativement cette rapidit plus ou moins grande1 il sera facile d'y dcouvrir une nouvelle cause d'acclration gnrale du mouvement social1 par la perturbation directe que doit ainsi prouver l'antagonisme fondamental entre l'instinct de conservation et l'instinct d'innovation1 ce dernier devant videmment acqurir ds-lors un surcrot notable d'nergie4 ,en ce sens1 l'influence sociologique d'un plus prompt accroissement de population doit tre1 par sa nature1 essentiellement analogue celle que nous venons d'apprcier pour la dure de la vie humaine3 car1 il importe peu que le renouvellement plus frquent des individus tienne la moindre longvit des uns ou la multiplication plus htive des autres4 ,aucun nouvel examen n'est donc ici ncessaire pour caractriser aussi la tendance naturelle de cette diminution graduelle dans la priode du doublement de la population acclrer davantage l'volution sociale1 en imprimant un nouvel essor l'esprit d'amlioration4 ,toutefois1 en terminant ces courtes indications1 il ne faut pas ngliger de remarquer1 comme dans le cas prcdent1 que si cette condensation et cette rapidit parvenaient jamais dpasser un certain degr dtermin1 elles cesseraient ncessairement de favoriser une telle acclration1 et lui susciteraient1 au contraire1 spontanment de puissans obstacles4 ,la premire pourrait tre conue assez exagre pour prsenter mme d'insurmontables difficults au maintien convenable de l'existence humaine1 par quelques sages artifices qu'on s'effort d'en luder les consquences2 et1 quant la seconde1 on pourrait1 sans doute1 l'imaginer assez dmesure pour s'opposer radicalement l'indispensable stabilit des entreprises sociales1 de manire quivaloir une notable diminution de notre longvit4 ,mais1 vrai dire1 le mouvement effectif de la population humaine est toujours demeur jusqu'ici1 mme dans les cas les plus favorables1 malgr les irrationnelles exagrations de ,malthus1 fort infrieur aux limites naturelles o doivent commencer de tels inconvniens1 dont on n'a pu rellement se former encore empiriquement une faible ide que d'aprs les perturbations exceptionnelles quelquefois occasionnes par des migrations trop tendues et trop subites1 d'ailleurs trs rarement accomplies4 ,notre postrit1 dans un avenir trop loign pour devoir inspirer aujourd'hui aucune proccupation raisonnable1 aura seule s'inquiter gravement de cette double tendance spontane1 laquelle la petitesse de notre plante1 et la limitation ncessaire de l'ensemble quelconque des ressources humaines1 devront faire ultrieurement attacher une extrme importance1 quand notre espce1 parvenue une population totale environ dcuple du taux actuel1 se trouvera partout aussi condense qu'elle l'est dj en ,europe occidentale4 cette invitable poque1 le dveloppement plus complet de la nature humaine1 et la connaissance plus exacte des lois vritables de l'volution sociale1 fourniront1 sans doute1 pour rsister avec succs de telles causes de destruction1 des moyens nouveaux de divers genres1 dont nous ne saurions encore nous former aucune ide nette1 sans que d'ailleurs il convienne1 par suite1 d'examiner ici s'il pourra toujours y avoir1 sous ce rapport1 une suffisante compensation totale4 ,dans une aussi rapide apprciation des divers lmens gnraux qui concourent modifier1 par une influence plus ou moins mesurable1 la vitesse fondamentale du dveloppement humain1 je ne saurais croire avoir suffisamment caractris1 ni mme convenablement mentionn1 toutes les causes relles qui participent cette dtermination profondment complexe1 et dont un trait mthodique et spcial de philosophie politique pourrait seul offrir l'analyse et la coordination4 ,mais1 parmi les influences secondaires1 en cartant1 comme je le devais1 tout ce qui concerne les perturbations quelconques1 et m'attachant uniquement l'tude abstraite de ce sujet difficile1 je crois avoir assez examin dsormais les principales d'entre elles1 soit pour l'usage ultrieur d'une telle notion dans la suite de notre travail1 soit mme pour indiquer d'avance l'extension naturelle d'une semblable opration toute autre cause analogue qu'on voudrait ensuite considrer4 ,afin d'avoir ici entirement prpar l'explication directe des lois fondamentales de la dynamique sociale1 il ne me reste donc plus maintenant qu' dfinir trs brivement la subordination principale que doivent constamment prsenter entre eux les divers aspects du dveloppement humain1 comme je l'ai annonc au dbut de ce chapitre4 ,malgr l'invitable solidarit qui rgne sans cesse1 suivant les principes dj tablis1 parmi les diffrens lmens de notre volution sociale1 il faut bien aussi que1 au milieu de leurs mutuelles ractions continues1 l'un de ces ordres gnraux de progrs soit spontanment prpondrant1 de manire imprimer habituellement tous les autres une indispensable impulsion primitive1 quoique lui-mme doive ultrieurement recevoir1 son tour1 de leur propre volution1 un essor nouveau4 ,il suffit ici de discerner immdiatement cet lment prpondrant1 dont la considration devra diriger l'ensemble de notre exposition dynamique1 sans nous occuper d'ailleurs expressment de la subordination spciale des autres envers lui ou entre eux1 qui se manifestera suffisamment ensuite par l'excution spontane d'un tel travail4 ,or1 ainsi rduite1 la dtermination ne saurait prsenter aucune grave difficult1 puisqu'il suffit de distinguer l'lment social dont le dveloppement pourrait le mieux tre conu abstraction faite de celui de tous les autres1 malgr leur universelle connexit ncessaire2 tandis que la notion s'en reproduirait1 au contraire1 invitablement dans la considration directe du dveloppement de ceux-ci4 ce caractre doublement dcisif1 on ne saurait hsiter placer en premire ligne l'volution intellectuelle1 comme principe ncessairement prpondrant de l'ensemble de l'volution de l'humanit4 ,si le point de vue intellectuel doit prdominer1 ainsi que je l'ai expliqu au chapitre prcdent1 dans la simple tude statique de l'organisme social proprement dit1 plus forte raison en doit-il tre de mme pour l'tude directe du mouvement gnral des socits humaines4 ,quoique notre faible intelligence y ait1 sans doute1 un indispensable besoin de l'veil primitif et de la stimulation continue qu'impriment les apptits1 les passions et les sentimens1 c'est cependant sous sa direction ncessaire qu'a toujours d s'accomplir l'ensemble de la progression humaine4 ,c'est seulement ainsi1 et par l'influence de plus en plus prononce de l'intelligence sur la conduite gnrale de l'homme et de la socit1 que la marche graduelle de notre espce a pu rellement acqurir ces caractres de consistante rgularit et de persvrante continuit qui la distinguent si profondment de l'essor vague1 incohrent1 et strile1 des espces animales les plus leves1 quoique nos apptits1 nos passions1 et mme nos sentimens primitifs1 se retrouvent essentiellement chez beaucoup d'entre elles1 et avec une nergie suprieure1 au moins plusieurs gards importans4 ,si l'analyse statique de notre organisme social le montre reposant finalement1 de toute ncessit1 sur un certain systme d'opinions fondamentales1 comment les variations graduelles d'un tel systme pourraient-elles ne pas exercer une influence prpondrante sur les modifications successives que doit prsenter la vie continue de l'humanit8 ,aussi1 dans tous les temps1 depuis le premier essor du gnie philosophique1 on a toujours reconnu1 d'une manire plus ou moins distincte1 mais constamment irrcusable1 l'histoire de la socit comme tant surtout domine par l'histoire de l'esprit humain4 ,la raison publique a mme1 depuis long-temps1 profondment sanctionn cette apprciation gnrale1 en tablissant spontanment1 dans toutes les langues civilises1 une synonymie caractristique entre les termes destins dsigner1 en un genre quelconque1 la principale influence directrice1 et les mots consacrs l'indication spciale de notre organe pensant4 ,ainsi1 d'aprs l'vidente ncessit scientifique de coordonner l'ensemble de l'analyse historique par rapport une volution prpondrante1 afin de prvenir la confusion et l'obscurit que toute autre marche produirait invitablement1 soit dans l'exposition1 soit mme dans la conception1 d'un tel systme de dveloppemens solidaires et simultans1 nous devons videmment choisir ici1 ou plutt conserver1 l'histoire gnrale de l'esprit humain1 comme guide naturel et permanent de toute tude historique de l'humanit4 ,par une suite1 moins comprise1 mais galement rigoureuse et indispensable1 du mme principe1 il faudra surtout nous attacher1 dans cette histoire intellectuelle1 la considration prdominante des conceptions les plus gnrales et les plus abstraites1 qui exigent plus spcialement l'exercice de nos facults mentales les plus minentes1 dont les organes correspondent la partie antrieure de la rgion frontale4 ,c'est donc l'apprciation successive du systme fondamental des opinions humaines relatives l'ensemble des phnomnes quelconques1 en un mot1 l'histoire gnrale de la philosophie1 quel que soit d'ailleurs son caractre effectif1 thologique1 mtaphysique1 ou positif1 qui devra ncessairement prsider la coordination rationnelle de notre analyse historique4 ,toute autre branche essentielle de l'histoire intellectuelle1 mme l'histoire des beaux-arts 7y compris la posie71 malgr son extrme importance1 ne pourrait1 sans de graves dangers1 tre artificiellement appele cet indispensable office3 parce que les facults d'expression1 plus intimement lies aux facults affectives1 et dont les organes se rapprochent1 en effet1 davantage de la partie moyenne du cerveau proprement dit1 ont d tre1 en tout temps1 subordonns1 dans l'conomie relle du mouvement social1 aux facults de conception directe1 sans excepter les poques de leur plus grande influence relle4 ,le seul inconvnient scientifique propre un tel choix spcial1 c'est de disposer ngliger quelquefois1 dans le cours des oprations historiques1 la solidarit fondamentale de toutes les diverses parties constituantes du dveloppement humain3 mais cette funeste tendance driverait galement de tout autre choix analogue1 et cependant un choix quelconque est strictement ncessaire4 ,un pareil danger doit mme tre moins intense et moins imminent quand on dirige de prfrence l'ensemble de l'analyse historique d'aprs l'lment social qui a rellement le plus influ sur l'volution totale1 et dont la considration doit1 en effet1 plus spontanment rappeler celle de tous les autres4 ,mais une telle proprit ne saurait nullement dispenser de la stricte obligation rationnelle de se reprsenter1 autant que possible1 par tous les moyens convenables1 la notion directe et continue de l'universelle connexit des divers aspects du dveloppement social1 dont notre faible intelligence ne doit tre que trop dispose1 surtout d'aprs les habitudes dispersives de nos temps de spcialit exagre1 perdre de vue l'indispensable unit4 ,le meilleur criterium que puisse comporter1 cet gard1 la nature du sujet1 afin de prvenir ou de rectifier les aberrations qui pourraient rsulter d'une prpondrance historique trop isole1 consiste comparer frquemment entre elles les diffrentes parties essentielles de ce dveloppement gnral1 pour s'assurer si les variations qu'on a cru apercevoir dans l'une d'entr'elles correspondent en effet des variations quivalentes dans chacune des autres3 sans une semblable vrification1 les changemens primitifs auraient t ncessairement mal apprcis1 soit par exagration1 soit mme par illusion4 ,on reconnatra1 j'espre1 dans la suite de ce chapitre1 et de plus en plus dans tout le reste de notre travail1 que cette confirmation rationnelle s'applique spontanment1 au plus haut degr1 notre conception fondamentale de l'analyse historique4 ,pour faire convenablement ressortir1 ds l'origine1 une telle proprit1 il me suffira de dmontrer ici que les lois dynamiques gnrales1 d'abord dduites de l'observation isole du dveloppement intellectuel de l'humanit1 sont pleinement en harmonie avec celles que dvoile ensuite l'examen spcial de son dveloppement matriel3 une telle liaison naturelle entre les deux termes les plus extrmes doit1 videmment1 indiquer d'avance1 plus forte raison1 le concours analogue de tous les divers aspects intermdiaires4 ,aprs avoir ainsi pralablement caractris d'abord la direction gnrale1 ensuite la vitesse essentielle1 et enfin l'ordre ncessaire1 de l'ensemble de l'volution humaine1 nous pouvons maintenant procder1 sans aucun autre prambule1 l'examen direct de la conception fondamentale de la dynamique sociale1 en considrant surtout1 conformment aux explications prcdentes1 les lois naturelles propres la marche invitable de l'esprit humain4 ,or1 le vrai principe scientifique d'une telle thorie me parat entirement consister dans la grande loi philosophique que j'ai dcouverte1 en #ahbb1 sur la succession constante et indispensable des trois tats gnraux primitivement thologique1 transitoirement mtaphysique1 et finalement positif1 par lesquels passe toujours notre intelligence1 en un genre quelconque de spculations4 ,c'est donc ici que doit tre naturellement place l'apprciation immdiate de cette loi vraiment fondamentale1 destine ds lors servir de base continue l'ensemble de notre analyse historique1 dont l'objet essentiel sera ncessairement d'en expliquer et d'en dvelopper la notion gnrale1 par un usage graduellement plus tendu et plus prcis1 dans la suite entire du pass humain4 ,quelle que doive tre spontanment la difficult spciale d'un tel examen primitif1 cependant les explications gnrales indiques1 cet gard1 ds le dbut de ce ,trait1 et surtout les nombreuses applications1 aussi dcisives que varies1 que j'ai fait ensuite continuellement de ma loi des trois tats dans les volumes prcdens et dans la premire partie de celui-ci1 doivent heureusement me permettre d'abrger beaucoup ici cette indispensable dmonstration directe1 sans nuire aucunement sa clart propre1 et sans altrer davantage son efficacit ultrieure4 ,le lecteur s'tant ainsi spontanment familiaris d'avance1 par cette longue prparation graduelle1 avec l'interprtation et la destination d'une telle loi1 il serait d'abord entirement superflu de lui en indiquer maintenant1 d'une manire spciale1 la simple vrification effective dans les diverses parties quelconques du domaine intellectuel4 ,tous ceux qui possdent quelques connaissances relles sur l'histoire gnrale de l'esprit humain ont d1 sans doute1 dj excuter1 par eux-mmes1 cette immdiate confirmation historique1 pralablement indique1 d'une manire irrcusable1 pour tous les bons esprits1 d'aprs la marche actuelle de notre dveloppement individuel1 depuis l'enfance jusqu' la virilit1 comme je l'ai signal au commencement du premier volume4 ,on peut appliquer cette importante vrification les divers moyens quelconques d'exploration rationnelle que nous avons reconnus1 dans la quarante-huitime leon1 devoir appartenir aux tudes sociologiques1 soit l'observation pure1 directe ou indirecte1 soit mme l'exprimentation1 soit surtout chacune des nombreuses formes distinctes de la mthode comparative3 dix-sept ans de mditation continue sur ce grand sujet1 discut sous toutes ses faces1 et soumis tous les contrles possibles1 m'autorisent affirmer d'avance1 sans la moindre hsitation scientifique1 que toujours on verra ces diffrentes explorations1 partielles ou totales1 convenablement opres1 converger finalement vers l'irrsistible confirmation d'une telle proposition historique1 qui me semble maintenant aussi pleinement dmontre qu'aucun des faits gnraux actuellement admis dans les autres parties de la philosophie naturelle4 ,depuis la dcouverte de cette loi des trois tats1 tous les savans positifs1 dous de quelque porte philosophique1 sont vraiment convenus de son exactitude spciale envers leurs diverses sciences respectives1 quoique tous ne l'aient point explicitement proclame jusqu'ici4 ,les seules objections relles que j'aie ordinairement rencontres ne portaient point sur le fait lui-mme1 mais uniquement sur son entire universalit dans les diverses parties quelconques du domaine intellectuel4 ,ce grand fait gnral me semble ainsi implicitement reconnu dj1 par tous les esprits avancs1 l'gard des diffrentes sciences qui sont aujourd'hui positives2 c'est--dire que la triple volution intellectuelle est maintenant admise pour tous les cas o elle a pu tre essentiellement accomplie4 ,on ne me parat y appliquer aucune autre restriction capitale que la prtendue impossibilit d'tendre aussi la mme notion aux spculations sociales4 ,mais cette irrationnelle limitation1 qu'aucun principe ne saurait certes justifier1 ne signifie rellement1 en fait1 que le non-accomplissement actuel de l'volution totale l'gard d'un tel ordre de conceptions2 quoique cependant la science sociale soit aussi dj sortie1 malgr sa complication suprieure1 de l'tat purement thologique1 et qu'elle ait aujourd'hui pleinement atteint presque partout l'tat mtaphysique proprement dit1 sans s'tre encore d'ailleurs directement leve1 si ce n'est dans ce ,trait1 l'tat vraiment positif4 ,quelque naturelle que doive sembler la situation provisoire indique par cette demi-conviction empirique1 une telle disposition serait1 par sa nature1 essentiellement strile1 en s'opposant toute application gnrale de cette loi1 dont le principal usage philosophique doit consister prcisment dans la rgnration totale des thories sociales4 ,toutefois1 le temps seul1 que rien ne saurait entirement suppler1 devra graduellement dissiper cette hsitation fondamentale1 sans que j'aie besoin d'ajouter ici1 quant ce fait gnral1 envisag dans toute sa plnitude rationnelle1 aucune explication directe l'irrsistible dmonstration qui ressortira spontanment1 ce sujet1 de l'ensemble de ce volume4 quoi bon s'arrter convaincre spcialement ceux qui1 aprs une telle lecture1 persisteraient soutenir dogmatiquement l'impossibilit de rendre enfin la science sociale aussi positive que toutes les autres moins compliques1 malgr l'vidente ralisation naissante de cette dernire transformation philosophique8 ,par ces motifs1 nous ne devons donc insister ici sur aucune immdiate vrification historique de notre triple volution fondamentale de l'esprit humain3 chaque lecteur pourra sans peine excuter spontanment ce travail prliminaire1 s'il ne l'a dj suffisamment bauch pendant l'tude successive des volumes prcdens4 ,mais1 au contraire1 il importe beaucoup de concentrer directement une attention spciale sur l'explication philosophique de cette grande loi1 qui1 l'tat de simple fait gnral1 resterait ncessairement dpourvue de sa principale efficacit scientifique4 ,cette gnralit empirique1 qui1 en toute autre science1 pourrait dj avoir une valeur suffisante1 ne saurait pleinement convenir la nature propre de la sociologie1 d'aprs les principes logiques tablis1 ce sujet1 dans la quarante-huitime leon4 ,en une telle science1 nous avons reconnu la possibilit caractristique d'y concevoir priori toutes les relations fondamentales des phnomnes1 indpendamment de leur exploration directe1 d'aprs les bases indispensables fournies d'avance par la thorie biologique de l'homme4 ,nous savons aussi que l'usage convenable de cette minente proprit peut seul procurer aux doctrines sociologiques toute l'nergie rationnelle qui leur est ncessaire pour surmonter suffisamment les obstacles plus prononcs que doit rencontrer leur application relle2 outre qu'un tel contrle doit constituer1 d'ordinaire1 la plus irrcusable confirmation de l'exactitude essentielle des inductions historiques proprement dites4 ,or1 une telle opration ne saurait1 sans doute1 l'un ou l'autre titre1 prsenter1 en aucun cas1 un intrt plus capital qu' l'gard de la loi la plus fondamentale qui puisse tre jamais applique l'ensemble de la dynamique sociale4 ,nous devons donc ici soigneusement caractriser les divers motifs gnraux1 puiss dans l'exacte connaissance de la nature humaine1 qui ont d rendre1 d'une part invitable1 d'une autre part indispensable1 cette succession ncessaire des phnomnes sociaux1 directement envisags quant l'volution intellectuelle qui domine essentiellement leur marche principale4 ,toutefois1 ayant dj suffisamment indiqu1 ce sujet1 les motifs purement logiques1 d'abord dans le discours prliminaire du premier volume1 et ensuite1 en beaucoup d'occasions importantes1 dans tout le cours de ce ,trait1 je pourrai1 en y renvoyant d'avance le lecteur1 m'occuper surtout maintenant des motifs moraux et sociaux1 sans m'exposer d'ailleurs scinder mal propos une dmonstration philosophique dont toutes les parties sont spontanment solidaires4 ,l'invitable ncessit d'une telle volution intellectuelle a pour premier principe lmentaire la tendance primitive de l'homme transporter involontairement le sentiment intime de sa propre nature l'universelle explication radicale de tous les phnomnes quelconques4 ,quoiqu'on ait justement signal1 depuis l'essor spcial du gnie philosophique1 la difficult fondamentale de se connatre soi-mme1 il ne faut point cependant attacher un sens trop absolu cette remarque gnrale1 qui ne peut tre relative qu' un tat dj trs avanc de la raison humaine4 ,l'esprit humain a d1 en effet1 parvenir un degr notable de raffinement dans ses mditations habituelles avant de pouvoir s'tonner de ses propres actes1 en rflchissant sur lui-mme une activit spculative que le monde extrieur devait d'abord si exclusivement provoquer4 ,si1 d'une part1 l'homme se regarde ncessairement1 l'origine1 comme le centre de tout1 il est alors1 d'une autre part1 non moins invitablement dispos s'riger aussi en type universel4 ,il ne saurait concevoir d'autre explication primitive des phnomnes quelconques que de les assimiler1 autant que possible1 ses propres actes1 les seuls dont il puisse jamais croire comprendre le mode essentiel de production1 par la sensation naturelle qui les accompagne directement4 ,on peut donc tablir1 en renversant l'aphorisme ordinaire1 que l'homme1 au contraire1 ne connat d'abord essentiellement que lui-mme2 ainsi1 toute sa philosophie primitive doit principalement consister transporter1 plus ou moins heureusement1 cette seule unit spontane tous les autres sujets qui peuvent successivement attirer son attention naissante4 ,l'application ultrieure qu'il parvient graduellement instituer de l'tude du monde extrieur celle de sa propre nature1 constitue finalement le plus irrcusable symptme de sa pleine maturit philosophique1 aujourd'hui mme trop incomplte encore1 ainsi que je l'ai suffisamment expliqu dans la quarantime leon1 o nous avons hautement caractris une telle subordination comme la premire base ncessaire de la biologie positive4 ,mais1 l'origine1 un esprit entirement inverse prside invitablement toutes les thories humaines1 o le monde est1 au contraire1 toujours subordonn l'homme1 aussi bien dans l'ordre spculatif que dans l'ordre actif4 ,sans doute1 notre intelligence n'aura enfin atteint une rationnalit parfaitement normale que d'aprs la conciliation fondamentale de ces deux grandes directions philosophiques1 jusqu'ici antagonistes1 mais pouvant devenir suffisamment complmentaires l'une de l'autre3 j'espre dmontrer1 en effet1 la fin de ce volume1 que cette conciliation est dsormais possible2 et son principe gnral constituera la conclusion la plus essentielle de l'ensemble de ce ,trait4 ,quoi qu'il en soit1 une telle harmonie1 qui peut peine tre aujourd'hui entrevue dans la plus haute contention du gnie philosophique1 ne pouvait1 certes1 aucunement diriger le premier essor spontan de la raison humaine4 ,or1 dans l'vidente ncessit de suivre alors exclusivement l'une de ces deux marches inverses1 notre intelligence n'aurait pu1 sans doute1 hsiter1 quand mme le choix et t facultatif1 prendre celle qui rsultait directement du seul point de dpart naturellement possible4 ,telle est donc l'origine spontane de la philosophie thologique1 dont le vritable esprit lmentaire consiste1 en effet1 expliquer la nature intime des phnomnes et leur mode essentiel de production en les assimilant1 autant que possible1 aux actes produits par les volonts humaines1 d'aprs notre tendance primordiale regarder tous les tres quelconques comme vivant d'une vie analogue la ntre1 et d'ailleurs le plus souvent suprieure1 cause de leur plus grande nergie habituelle3 ainsi que je l'ai indiqu1 en #ahbe1 dans le premier article de mes ,considrations philosophiques sur les sciences et les savans4 ,cet expdient fondamental est si hautement exclusif que l'homme n'a pu vritablement y renoncer1 mme dans l'tat le plus avanc de son volution intellectuelle1 qu'en cessant rellement de poursuivre ces inaccessibles recherches1 pour se restreindre dsormais la seule dtermination des simples lois des phnomnes1 abstraction faite de leurs causes proprement dites3 disposition d'esprit qui suppose videmment une tardive maturit de la raison humaine4 ,lorsque1 encore aujourd'hui1 momentanment soustrait cette rcente discipline positive1 le gnie humain tente de franchir aussi ces invitables limites1 il retombe involontairement de nouveau1 ft-ce l'gard des phnomnes les moins compliqus1 dans le cercle primitif des aberrations spontanes1 parce qu'il reprend ncessairement un but et un point de dpart essentiellement analogues1 en attribuant la production des phnomnes des volonts spciales1 d'ailleurs intrieures ou plus ou moins extrieures4 ,pour me borner ici un seul exemple pleinement dcisif1 auquel chacun pourra joindre aisment beaucoup de cas quivalens1 il me suffira d'indiquer1 une poque trs rapproche1 en un sujet scientifique aussi simple que possible1 la mmorable aberration philosophique de l'illustre ,mallebranche relativement l'explication fondamentale des lois mathmatiques du choc lmentaire des corps solides4 ,quand un tel esprit1 en un sicle aussi clair1 n'a pu finalement concevoir d'autre moyen rel d'expliquer une semblable thorie qu'en recourant formellement l'activit continue d'une providence directe et spciale1 une pareille vrification doit1 sans doute1 rendre pleinement irrcusable l'invitable tendance de notre intelligence vers une philosophie radicalement thologique1 toutes les fois que nous voulons pntrer1 un titre quelconque1 jusqu' la nature intime des phnomnes1 suivant la disposition gnrale qui caractrise ncessairement toutes nos spculations primitives4 ,cette irrsistible spontanit originaire de la philosophie thologique1 constitue sa proprit la plus fondamentale1 et la premire source de son long ascendant ncessaire4 ,la destination caractristique d'une telle philosophie1 seule apte ouvrir notre volution intellectuelle une indispensable issue primordiale1 en rsulte1 en effet1 immdiatement4 ,ds le dbut de ce ,trait1 et ensuite dans toutes ses diverses parties1 nous avons suffisamment reconnu l'impossibilit primitive1 en un sujet quelconque1 d'aucune thorie vraiment positive1 c'est--dire de toute conception rationnellement fonde sur un systme convenable d'observations pralables3 puisque1 indpendamment du temps considrable qu'exige videmment la lente accumulation de telles observations1 notre esprit ne pourrait mme les entreprendre sans tre d'abord dirig et ensuite continuellement sollicit par quelques thories prliminaires4 ,chacune des branches essentielles de la philosophie naturelle nous a successivement fourni de nouveaux motifs de vrifier que1 quoi qu'on en puisse dire1 l'empirisme absolu serait non-seulement tout--fait strile1 mais mme radicalement impossible notre intelligence1 qui1 en aucun genre1 ne saurait1 videmment1 se passer d'une doctrine quelconque1 relle ou chimrique1 vague ou prcise1 destine surtout rallier et stimuler ses efforts spontans1 afin d'tablir une indispensable continuit spculative1 sans laquelle l'activit mentale s'teindrait ncessairement4 ,pourquoi1 par exemple1 nos immenses compilations scientifiques de prtendues observations mtorologiques sont-elles aujourd'hui si profondment dpourvues de toute vritable utilit1 et mme de toute signification srieuse8 ,c'est1 sans doute1 en vertu de leur caractre machinalement empirique4 ,elles ne sauraient acqurir une valeur relle1 et ne deviendront susceptibles d'efficacit spculative1 que lorsqu'elles seront habituellement diriges par une thorie proprement dite1 quelque hypothtique qu'elle dt tre d'abord4 ,ceux qui attendraient1 au contraire1 que1 dans un sujet aussi compliqu1 cette thorie ft suggre par les observations elles-mmes1 mconnatraient totalement la marche ncessaire de l'esprit humain1 qui1 jusque dans ses plus simples recherches1 a toujours d faire prcder les observations scientifiques par une conception quelconque des phnomnes correspondans4 ,si le lecteur runit ici convenablement les vrifications nombreuses et varies que tout le cours de ce ,trait nous a successivement offertes de cette indispensable obligation intellectuelle1 nous serons dispens d'insister davantage sur une proposition aussi incontestable4 ,je rappellerai seulement1 d'une manire spciale1 d'aprs la quarante-septime leon1 la confirmation plus prononce d'une telle ncessit envers les spculations sociales1 non-seulement en vertu de leur complication suprieure1 mais aussi par cette particularit caractristique qu'un long dveloppement pralable de l'esprit humain et de la socit a pu seul y constituer suffisamment les phnomnes eux-mmes1 indpendamment de toute prparation des observateurs1 et de toute accumulation des observations4 ,enfin1 il n'est pas inutile ici d'indiquer1 en gnral1 que les diverses vrifications partielles de cette proposition fondamentale1 dans les diffrens ordres de phnomnes1 doivent1 par la nature du sujet1 se fortifier mutuellement1 raison de notre tendance constante l'unit des mthodes et l'homognit des doctrines1 qui nous disposerait involontairement tendre graduellement la philosophie thologique d'une classe de spculations primitives une autre classe1 quand mme chacune d'elles ne serait point isolment assujtie1 par des motifs propres et directs1 cette insurmontable obligation gnrale4 ,tel est donc1 sous le simple point de vue logique1 l'indispensable office primordial1 exclusivement affect la philosophie thologique1 dans l'volution fondamentale de notre intelligence1 o l'essor de l'imagination doit ncessairement1 en un genre quelconque1 toujours devancer l'essor de l'observation1 aussi bien pour l'espce que pour l'individu4 ,a cette seule philosophie1 il appartenait1 en vertu de son admirable spontanit caractristique1 de dgager rellement l'esprit humain du cercle radicalement vicieux o il paraissait d'abord irrvocablement enchan1 entre les deux ncessits opposes1 galement imprieuses1 d'observer pralablement pour parvenir des conceptions convenables1 et de concevoir d'abord des thories quelconques pour entreprendre avec efficacit des observations suivies4 ,ce fatal antagonisme logique ne pouvait videmment comporter d'autre solution que celle naturellement procure par l'invitable essor primitif de la philosophie thologique1 en assimilant1 autant que possible1 tous les phnomnes quelconques aux actes humains3 soit directement d'aprs la fiction originaire qui anime spcialement chaque corps d'une vie plus ou moins semblable la ntre2 soit ensuite indirectement d'aprs l'hypothse1 la fois plus durable et plus fconde1 qui superpose1 l'ensemble du monde visible1 un monde habituellement invisible1 peupl d'agens sur-humains plus ou moins gnraux1 dont la souveraine activit dtermine continuellement tous les phnomnes apprciables1 en modifiant1 son gr1 une matire voue sans elle une totale inertie4 ,dans ce second tat surtout1 mieux connu et moins loign de nos ides1 quoiqu'il n'ait jamais pu tre primordial1 la philosophie thologique fournit les ressources les plus faciles et les plus tendues pour satisfaire aux besoins naissans d'une intelligence alors dispose prfrer navement les explications les plus illusoires3 chaque nouvel embarras que peut offrir le spectacle de la nature1 il suffit1 en effet1 d'opposer ou la conception d'une volont nouvelle chez l'agent idal correspondant1 ou1 tout au plus1 la cration peu coteuse d'un agent nouveau4 ,quelque vaines que doivent maintenant paratre ces puriles spculations1 il ne faut oublier1 en aucun sujet1 que toujours et partout elles ont pu seules tirer le gnie humain de sa torpeur primitive1 en offrant son activit permanente l'unique aliment spontan qui pt exister d'abord4 ,outre que le choix n'tait point libre1 il faut d'ailleurs noter1 comme je l'ai dj indiqu au dbut de ce ,trait1 qu'un tel exercice se trouvait alors parfaitement adapt la nature gnrale de notre faible intelligence1 que les plus sublimes solutions obtenues sans aucune contention profonde et soutenue pouvaient exclusivement intresser4 ,il nous est possible aujourd'hui1 sous l'influence d'une ducation convenable1 de nous attacher vivement la seule recherche des simples lois des phnomnes1 abstraction faite de leurs causes proprement dites1 premires ou finales2 et encore1 malgr les plus sages prcautions continues1 ne revient-on que trop souvent la curiosit enfantine qui prtend surtout connatre l'origine et la fin de toutes choses4 ,mais cette salutaire svrit rationnelle n'est certainement devenue praticable que depuis que la masse de nos connaissances relles a pu tre1 en chaque genre1 assez considrable pour nous faire concevoir un espoir raisonnable de dcouvrir finalement ces lois naturelles1 dont la poursuite effective ne pouvait1 dans l'enfance du gnie humain1 comporter le moindre succs4 ,si donc notre intelligence ne s'tait point d'abord exclusivement applique1 par une irrsistible prdilection instinctive1 ces recherches inaccessibles auxquelles correspond exclusivement la philosophie thologique1 elle aurait invitablement persvr dans sa lthargie initiale1 faute du seul exercice qu'elle pt alors comporter4 ,mieux on mditera sur ce grand sujet1 et plus on reconnatra que la nature des questions concourt parfaitement avec celle des mthodes pour faire doublement ressortir l'indispensable ascendant de la philosophie thologique dans l'enfance de la raison humaine4 ,a ces divers motifs purement intellectuels1 viennent se joindre1 non moins spontanment1 les motifs moraux et surtout sociaux qui1 par eux-mmes1 rendraient hautement incontestable une telle ncessit4 ,sous le premier point de vue1 la philosophie thologique est caractrise1 l'origine1 par cette heureuse proprit de pouvoir seule alors animer l'homme d'une confiance suffisamment nergique1 en lui inspirant1 au sujet de sa position gnrale et de sa puissance finale1 un sentiment fondamental de suprmatie universelle1 qui1 malgr sa chimrique exagration1 a t long-temps indispensable au dveloppement graduel de notre action relle4 ,on a souvent contempl avec tonnement le contraste profond1 en apparence si inexplicable1 qui se manifeste toujours1 dans l'enfance de l'humanit1 entre la faible porte effective de nos moyens quelconques1 et la domination indfinie que nous aspirons exercer sur le monde extrieur4 ,cette discordance apparente est parfaitement analogue1 dans l'ordre actif1 celle que nous venons d'apprcier dans l'ordre spculatif4 ,elle rsulte naturellement1 ainsi que celle-ci1 de la tendance initiale qui a spontanment produit la philosophie thologique2 et1 par suite1 elle doit plus spcialement attacher l'homme une telle philosophie4 ,car1 en regardant tous les phnomnes comme uniquement rgis par des volonts surhumaines1 il peut esprer de modifier1 au gr de ses dsirs1 l'ensemble de la nature entire2 non1 sans doute1 d'aprs ses ressources personnelles1 dont la misrable insuffisance doit tre alors trop vidente1 mais en vertu de l'empire illimit qu'il attribue ces puissances idales1 pourvu qu'il parvienne1 l'aide des sollicitations convenables1 se concilier leur intervention arbitraire4 ,si1 au contraire1 il pouvait d'abord concevoir le monde strictement assujti des lois invariables1 l'impossibilit vidente o il se trouverait d'en modifier aucunement l'exercice aussi bien que de les connatre1 lui inspirerait1 de toute ncessit1 un fatal dcouragement1 qui l'empcherait de sortir jamais de son apathie primitive1 autant que de sa torpeur mentale4 ,depuis qu'un lent et pnible dveloppement social1 la fois intellectuel et matriel1 nous a laborieusement conduits exercer enfin sur la nature une action suffisamment tendue1 nous avons pu apprendre nous passer graduellement1 pour le soulagement de nos misres1 des divers secours surnaturels1 en mme temps qu'une longue exprience nous a fait amrement sentir leur strilit radicale4 ,mais1 l'origine1 les dispositions humaines devaient tre ncessairement inverses1 parce que la situation gnrale avait un caractre essentiellement contraire4 ,la confiance1 et par suite le courage1 ne pouvaient alors nous venir que d'en haut1 grace aux illusions invitables qui nous promettaient ainsi une puissance presque illimite1 dont nous ne pouvions encore nullement souponner l'inanit4 ,on voit que je fais mme ici1 dessein1 abstraction totale des diverses esprances relatives la vie future1 qui n'ont pu acqurir que trs tardivement une haute importance sociale1 comme l'histoire le confirme1 ainsi que je l'expliquerai bientt4 ,antrieurement cette dernire influence1 la philosophie thologique avait dj produit essentiellement l'essor continu de notre nergie morale1 en mme temps que celui de notre activit mentale1 par cela seul qu'elle nous faisait spontanment entrevoir1 dans toutes nos entreprises quelconques1 la possibilit permanente d'une irrsistible assistance4 ,si1 mme aux poques les plus avances1 on s'efforce d'apprcier1 par une analyse convenablement approfondie1 l'influence relle de l'esprit religieux sur la conduite gnrale de la vie humaine1 on trouvera toujours que la puissante confiance qu'il inspire souvent rsulte bien davantage1 en chaque cas1 de la croyance immdiate un secours actuel et spcial1 que de l'uniforme perspective1 indirecte et lointaine1 d'aucune existence future4 ,tel est1 ce me semble1 le principal caractre de la situation remarquable que produit spontanment1 dans l'ensemble du cerveau humain1 l'important phnomne1 la fois intellectuel et moral1 de la prire1 parvenu sa pleine efficacit physiologique1 dont les admirables proprits sont incontestables1 au premier ge de notre volution fondamentale4 ,depuis la dcroissance1 ds long-temps pendante1 de l'esprit religieux1 on a d naturellement crer la notion de miracle proprement dit1 pour caractriser les vnemens1 ds lors exceptionnels1 attribus une spciale intervention divine4 ,mais une telle notion indique clairement que le principe gnral des lois naturelles a dj commenc devenir trs familier1 et mme1 divers gards1 prpondrant1 puisqu'elle ne saurait avoir d'autre sens que d'en dsigner1 par voie d'antagonisme1 la suspension momentane4 l'origine1 et tant que la philosophie thologique est pleinement dominante1 il n'y a point de miracles1 parce que tout parat galement merveilleux1 comme le tmoignent irrcusablement les naves descriptions de la posie antique1 o les vnemens les plus vulgaires sont intimement mls aux plus monstrueux prodiges1 et reoivent spontanment des explications analogues4 ,minerve intervient pour ramasser le fouet d'un guerrier dans de simples jeux militaires1 aussi bien que pour le protger contre toute une arme4 ,de nos jours mme1 quel est le vrai dvot qui n'importunera presque autant sa divinit raison des moindres convenances personnelles qu'au sujet des plus grands intrts humains8 ,en tout temps1 le ministre sacerdotal a d tre1 sans doute1 beaucoup plus activement occup des demandes journalires de ses fidles relativement la sollicitation spciale des faveurs immdiates de la ,providence1 qu' l'gard du sort ternel de chacun d'eux4 ,quoi qu'il en soit d'ailleurs1 cette distinction n'affecte nullement la proprit fondamentale que nous examinons ici dans la philosophie thologique de pouvoir d'abord seule animer et soutenir notre courage moral1 aussi bien qu'veiller et diriger notre activit intellectuelle4 ,il faut enfin remarquer1 ce sujet1 afin d'apprcier convenablement toute l'irrsistible nergie de la tendance primitive de l'homme vers une telle philosophie1 que l'influence affective a d puissamment fortifier l'influence spculative1 pour nous attacher encore davantage de semblables conceptions2 comme je l'ai dj indiqu1 divers titres spciaux1 dans les parties antrieures de cet ouvrage4 ,on comprend1 en effet1 d'aprs l'extrme faiblesse relative des organes purement intellectuels dans l'ensemble de notre organisme crbral1 quelle haute importance a d avoir1 l'origine1 quant l'excitation mentale1 l'attrayante perspective morale de ce pouvoir illimit de modifier1 notre gr1 la nature entire1 sous la direction de cette philosophie thologique1 par l'assistance des agens suprmes dont elle entoure notre existence1 laquelle l'conomie fondamentale du monde est ainsi essentiellement subordonne4 ,un tat trs avanc du dveloppement scientifique a pu permettre enfin de concevoir la culture journalire des connaissances relles sans aucun autre motif dterminant que la pure satisfaction directe qu'inspire l'exercice convenable de notre activit intellectuelle1 jointe au doux plaisir que procure la dcouverte de la vrit3 encore est-il fort douteux que cette simple stimulation pt habituellement suffire1 si elle n'tait point soutenue par les impulsions collatrales de la gloire1 de l'ambition1 ou de passions moins leves et plus nergiques1 si ce n'est toutefois chez un trs petit nombre d'minens esprits1 et aprs qu'ils ont pu suffisamment contracter les habitudes ncessaires4 ,mais toute supposition de ce genre1 serait1 au contraire1 profondment incompatible avec la vritable constitution de la nature humaine1 d'abord dans la torpeur initiale de notre dbile intelligence1 que peuvent peine mouvoir les plus nergiques stimulans1 et mme ensuite jusqu' l'poque1 plus ou moins tardive suivant le sujet des recherches1 o l'essor prliminaire de la science est dj assez perfectionn pour comporter des succs spculatifs d'un haut intrt propre1 ce qui certainement suppose toujours1 dans les cas les plus favorables1 une culture fort amliore4 ,dans l'indispensable laboration qui doit longuement prparer un tel tat spculatif1 notre activit mentale ne saurait tre convenablement encourage que par les nergiques dceptions de la philosophie thologique1 relativement la prpondrance universelle de l'homme et son empire illimit sur le monde extrieur2 comme je l'ai dj signal au sujet de l'astrologie et de l'alchimie4 ,aujourd'hui mme1 o1 chez les esprits un peu avancs1 cette philosophie primitive ne domine plus essentiellement qu' l'gard des seules spculations sociales1 on peut encore vrifier directement1 ce sujet1 une telle tendance1 en y remarquant quelle peine prouve notre intelligence renoncer1 en ce genre1 aux chimres1 parfaitement analogues1 qui nous promettent aussi de modifier notre gr le cours total des phnomnes politiques1 et sans lesquelles il semble qu'un tel ordre de recherches ne pourrait plus nous inspirer un suffisant intrt scientifique4 ,la participation vidente de cette proprit au maintien actuel de la politique thologico-mtaphysique1 peut nous donner immdiatement une faible ide de l'influence primitive d'un pareil caractre1 quand il s'tendait pleinement toutes les parties quelconques du systme intellectuel1 et lorsque1 par consquent1 l'homme ne pouvait avoir aucun moyen rgulier1 mme indirect1 de garantir sa raison contre l'entranement de semblables illusions4 ,ainsi1 pendant que1 d'une part1 la philosophie thologique1 intellectuellement envisage1 correspondait seule au mode spontan de l'investigation humaine et la nature primordiale de nos recherches1 elle seule aussi1 considre moralement1 pouvait d'abord dvelopper notre nergie active1 en faisant toujours briller1 au milieu des profondes misres de notre situation originaire1 l'espoir entranant d'un empire absolu sur le monde extrieur1 comme une digne rcompense promise nos efforts spculatifs4 ,quant aux considrations sociales1 qui1 leur tour1 tablissent1 d'une manire non moins dcisive1 cette indispensable ncessit primitive1 nous pouvons ici nous borner1 malgr leur extrme importance1 les indiquer trs sommairement1 puisqu'elles doivent1 par leur nature1 se reprsenter spcialement1 avec tous les dveloppemens convenables1 dans l'ensemble des trois chapitres suivans1 en examinant l'histoire gnrale de l'tat thologique de l'humanit2 cette utile abrviation d'une dmonstration dj si tendue aura d'autant moins d'inconvniens que ce dernier ordre de motifs est peut-tre aujourd'hui le moins contestable de tous4 ,il faut1 cet effet1 apprcier convenablement1 sous deux points de vue principaux1 la haute destination sociale de la philosophie thologique1 soit pour prsider d'abord l'organisation fondamentale de la socit1 soit ensuite pour y permettre l'existence permanente d'une classe spculative4 ,sous le premier aspect1 on doit reconnatre que la formation de toute socit relle1 susceptible de consistance et de dure1 suppose ncessairement1 d'une manire continue1 l'influence prpondrante d'un certain systme pralable d'opinions communes1 propre contenir suffisamment l'imptueux essor naturel des divergences individuelles4 ,une telle obligation restant mme irrcusable dans l'tat social le mieux dvelopp1 o tant de causes spontanes1 intrieures et extrieures1 concourent1 avec tant d'nergie1 lier profondment l'individu la socit1 il serait1 plus forte raison1 impossible de s'y soustraire l'origine1 quand les familles adhrent encore si faiblement entr'elles par un petit nombre de relations aussi prcaires qu'incompltes4 ,quelque puissance sociale qu'on attribue au concours des intrts1 et mme la sympathie des sentimens1 ce concours et cette sympathie ne sauraient certainement suffire pour constituer la moindre socit durable1 si la communaut intellectuelle1 dtermine par l'adhsion unanime certaines notions fondamentales1 ne vient point convenablement y prvenir ou y corriger d'invitables discordances habituelles4 ,malgr la faible nergie naturelle de nos organes purement intellectuels dans l'ensemble rel de notre conomie crbrale1 nous avons cependant reconnu1 au chapitre prcdent1 que l'intelligence doit ncessairement prsider1 non la vie domestique1 mais la vie sociale1 et1 plus forte raison1 la vie politique4 ,c'est seulement par elle que peut tre effectivement organise cette raction gnrale de la socit sur les individus1 qui caractrise la destination fondamentale du gouvernement1 et qui exige1 avant tout1 un systme convenable d'opinions communes1 relatives au monde et l'humanit4 ,on ne saurait donc mconnatre1 en principe1 l'indispensable ncessit politique d'un tel systme1 une poque quelconque de l'volution humaine1 et encore moins dans l'enfance de la socit4 ,mais1 d'un autre ct1 on ne peut nier davantage que l'esprit humain1 dont la pralable activit doit fournir cette base premire de l'organisation sociale1 ne soit1 son tour1 exclusivement dveloppable que par la socit elle-mme1 dont l'essor est rellement insparable de celui de l'intelligence1 quoique une abstraction scientifique1 d'ailleurs partiellement utile1 tende trop souvent faire oublier cette irrcusable connexit4 ,voil donc1 sous un nouvel aspect1 l'humanit1 son origine1 encore enchane politiquement1 comme elle l'tait dj logiquement1 dans un cercle radicalement vicieux1 par l'opposition totale de deux ncessits galement irrsistibles4 ,or1 ce second titre1 aussi bien qu'au premier1 la seule issue possible rsulte1 alors1 videmment1 de l'admirable spontanit qui caractrise la philosophie thologique4 ,en vertu de cette heureuse proprit fondamentale1 une telle philosophie tait minemment destine diriger exclusivement la premire organisation sociale1 comme seule apte former d'abord un systme suffisant d'opinions communes4 ,il importe d'observer1 cet gard1 que1 le plus souvent1 on conoit trs vicieusement1 mon gr1 cette haute fonction sociale de la philosophie thologique1 quand on la fait surtout rsulter de la sorte de discipline spontanment produite par la perspective de la vie future4 ,quelle que soit l'influence relle de cette dernire croyance1 on lui attribue certainement1 tous gards1 une importance exagre1 surtout pour le premier ge de l'humanit1 o l'histoire nous montre la philosophie thologique1 dj investie d'une haute prpondrance politique1 avant que notre tendance spontane supposer l'ternit d'existence ait pu exercer une grande action sociale4 ,il est d'ailleurs incontestable que1 par sa nature1 une semblable croyance n'a jamais pu fournir1 vrai dire1 qu'une haute sanction un systme pralable d'opinions communes1 sans avoir pu aucunement participer elle-mme la formation de ce systme quelconque4 ,or1 c'est une telle formation spontane qui1 mes yeux1 constitue directement la principale destination sociale propre la philosophie thologique1 pour servir de premire base au dveloppement politique de l'humanit1 aussi bien qu' son essor intellectuel et moral4 ,cette philosophie est maintenant parvenue un tel tat de dcomposition1 que mme ses plus zls partisans ont d perdre essentiellement le sentiment rel de sa tendance primitive inspirer naturellement une certaine communaut d'ides1 tandis que1 depuis quelques sicles1 elle ne contribue que trop1 au contraire1 produire de profondes discordances intellectuelles1 par suite de sa dsorganisation croissante4 ,en la jugeant nanmoins1 comme toute autre institution quelconque1 d'aprs les temps de sa principale vigueur1 et non par le spectacle de sa dcrpitude1 on ne pourra plus mconnatre son aptitude fondamentale tablir originairement1 sous les conditions convenables1 une suffisante communion intellectuelle1 qui constitue1 sans aucun doute1 surtout alors1 sa destination politique la plus capitale1 en comparaison de laquelle la police directe de la vie future n'a jamais pu avoir qu'une importance trs secondaire1 malgr le prjug inverse qui a d rgner1 avec tant d'exagration1 depuis que la religion est assez efface pour ne plus laisser habituellement d'autre souvenir nergique que celui de ses plus grossires impressions4 ,outre cette haute attribution sociale1 la prpondrance primitive de la philosophie thologique a t politiquement indispensable au dveloppement intellectuel de l'humanit sous un autre aspect gnral1 comme pouvant seule instituer1 au sein de la socit1 une classe spciale rgulirement consacre l'activit spculative4 ,sans tre1 par sa nature1 aussi fondamental que le prcdent1 dont il constitue d'ailleurs une suite ncessaire1 ce second point de vue n'a pas1 au fond1 une moindre efficacit pour l'ensemble de notre grande dmonstration sociologique1 o1 de plus1 il offre spontanment le double avantage d'une apprciation plus facile et d'une application plus prolonge2 car1 sous ce rapport1 la prminence sociale de la philosophie thologique a dur1 pour ainsi dire1 jusqu' nos jours1 chez les peuples les plus avancs4 ,nous ne pouvons maintenant nous former directement une juste ide des immenses difficults que devait offrir1 dans l'enfance de l'humanit1 le premier tablissement1 mme grossirement bauch1 d'une certaine division continue entre la thorie et la pratique1 irrvocablement ralise par l'existence permanente d'une classe principalement spculative4 ,mais notre faiblesse intellectuelle nous dispose tellement1 en tous genres1 la routine la plus matrielle1 que1 mme aujourd'hui1 malgr le raffinement de nos habitudes mentales1 nous prouvons une peine extrme apprcier suffisamment toute nouvelle opration quelconque qui n'est point immdiatement susceptible d'un intrt pratique4 ,ce terme de comparaison peut faire comprendre1 quoique trs imparfaitement1 combien il tait impossible1 au premier ge social1 d'instituer directement1 chez des populations exclusivement composes de guerriers et d'esclaves1 une corporation essentiellement dgage des soins militaires et industriels1 et dont l'activit caractristique ft surtout intellectuelle4 ,en des temps aussi grossiers1 une telle classe n'et pu tre certainement ni tablie ni tolre1 si la marche ncessaire de la socit ne l'avait dj spontanment introduite1 et mme antrieurement investie d'une autorit naturelle plus ou moins respecte1 d'aprs l'invitable prpondrance primordiale de la philosophie thologique4 ,tel est1 sous ce second aspect1 l'office politique fondamental de cette philosophie primitive1 instituant ainsi une corporation spculative1 dont l'existence sociale1 loin de pouvoir comporter aucune discussion pralable1 devait1 au contraire1 essentiellement prcder et mme diriger l'organisation rgulire de toutes les autres classes1 comme nous le prouvera bientt l'analyse historique4 ,quelle que dt tre la confusion originaire des travaux intellectuels chez ces castes sacerdotales1 et malgr l'inanit ncessaire de leurs principales recherches1 il reste nanmoins incontestable que l'esprit humain leur devra toujours la premire division effective entre la thorie et la pratique1 impossible raliser alors d'aucune autre manire4 ,il serait1 sans doute1 inutile d'insister ici sur l'vidente porte intellectuelle et sociale d'une telle division1 la plus importante et la plus difficile de celles qu'a d exiger1 dans notre volution totale1 l'organisation de l'ensemble du travail humain4 ,le progrs mental1 destin diriger tous les autres1 et t certainement arrt1 presque sa naissance1 si la socit avait pu rester exclusivement compose de familles uniquement livres1 soit aux soins de l'existence matrielle1 soit l'entranement d'une brutale activit militaire4 ,tout notre essor spirituel supposait d'abord l'existence spontane d'une classe privilgie1 jouissant du loisir physique indispensable la culture intellectuelle1 et en mme temps pousse1 par sa position sociale1 dvelopper1 autant que possible1 le genre d'activit spculative compatible avec l'tat primitif de l'humanit3 double proprit de l'institution sacerdotale naturellement tablie par la philosophie thologique4 ,quoique1 dans la dcrpitude invitable de cette antique philosophie1 la classe thologique1 par un entier renversement de sa destination originaire1 ait d aujourd'hui1 malgr le loisir qu'elle n'a point perdu1 parvenir graduellement une sorte de lthargie mentale1 cela ne doit jamais faire oublier que tout les premiers travaux intellectuels1 en un genre quelconque1 sont ncessairement mans d'elle4 ,sans son tablissement spontan1 toute notre activit1 ds lors exclusivement pratique1 se serait borne un certain perfectionnement1 bientt arrt1 de quelques simples procds et instrumens militaires ou industriels4 ,les plus minentes facults de notre nature restant jamais dissimules dans leur engourdissement primitif1 le caractre gnral de la socit humaine serait1 en ralit1 toujours demeur trs peu suprieur celui des socits de grands singes4 ,c'est ainsi que la philosophie thologique1 aprs avoir ncessairement prsid l'organisation politique du premier ge social1 y a spontanment ralis les conditions politiques prliminaires du dveloppement ultrieur de l'esprit humain1 par l'institution permanente d'une classe spculative4 ,telles sont1 en aperu1 d'aprs cet ensemble d'indications1 les principales proprits caractristiques1 intellectuelles1 morales1 et sociales1 qui concourent1 de la manire la plus irrsistible1 procurer la philosophie thologique une suprmatie universelle1 aussi indispensable qu'invitable1 l'origine de l'volution humaine4 ,si j'ai autant insist sur cette premire partie de la grande dmonstration sociologique que nous poursuivons1 ce n'est pas seulement parce qu'elle en doit tre aujourd'hui la plus conteste1 ou1 pour mieux dire1 la seule controversable pour les esprits les plus avancs1 que je dois avoir essentiellement en vue4 ,j'ai cru surtout devoir le faire parce qu'un tel point de dpart me semble1 par la nature du sujet1 contenir le principe fondamental de la dmonstration tout entire1 que nous pouvons maintenant terminer rapidement1 en renvoyant d'ailleurs aux nombreuses indications dj signales dans les volumes prcdens et aux dveloppemens directs auxquels va tre consacre la suite de celui-ci4 ,au point o ce ,trait est actuellement parvenu1 il serait trs superflu d'y prouver dogmatiquement la tendance finale de toutes les conceptions humaines un tat purement positif4 ,elle a t1 en fait1 aussi pleinement constate que possible1 par l'ensemble des volumes prcdents1 envers toutes les sciences proprement dites1 l'gard desquelles d'ailleurs elle a cess aujourd'hui de pouvoir tre mconnue3 et1 quant aux spculations sociales1 les seules qui n'aient point encore subi une telle transformation1 tout le volume actuel est destin les y assujtir aussi4 ,ainsi1 le terme effectif de l'volution intellectuelle n'est pas plus susceptible de contestation que son point de dpart ncessaire4 ,quelque irrsistible ascendant primordial que nous venions de reconnatre1 en principe1 la philosophie thologique1 en vertu de sa spontanit caractristique1 chacun des motifs fondamentaux qui expliquent et justifient un tel empire intellectuel le montrent en mme temps comme ncessairement provisoire1 puisqu'ils consistent toujours constater1 divers titres1 la parfaite harmonie naturelle de cette philosophie avec les besoins propres l'tat primitif de l'humanit1 et qui ne sauraient tre les mmes1 ni par suite1 comporter la mme philosophie1 quand l'volution sociale est suffisamment dveloppe4 ,le lecteur peut aisment reprendre1 sous ce point de vue1 toutes ces diffrentes considrations principales1 et partout il reconnatra que1 lorsqu'on en prolonge l'application gnrale jusqu' un tat social trs avanc1 elles constatent1 non moins spontanment1 l'indispensable dcadence finale de la philosophie thologique1 et l'urgent avnement de la philosophie positive3 c'est mme en cela que consiste surtout l'extrme dlicatesse logique d'une telle argumentation1 dont un esprit sophistique pourrait si facilement abuser pour nier dogmatiquement1 d'une manire absolue1 toute vritable utilit quelconque de la philosophie thologique1 l'ternel dtriment de la science historique1 ds-lors radicalement impossible4 ,en ayant d'abord gard la destination intellectuelle1 on trouvera constamment1 en un sujet quelconque1 que l'ascendant spontan de la philosophie thologique1 aprs avoir exclusivement dtermin le premier veil de notre intelligence1 et prsid mme ses progrs successifs tant qu'aucune philosophie plus relle n'tait encore devenue suffisamment possible1 a d ncessairement finir par tendre partout la compression de l'esprit humain1 depuis que son antagonisme radical avec la philosophie positive a pu commencer se caractriser nettement4 ,de mme1 dans l'ordre moral1 il est au moins aussi vident que la confiance consolante et l'active nergie1 si heureusement inspires1 au premier ge de l'humanit1 par les illusions d'une telle philosophie1 ont graduellement tendu se changer1 en dernier lieu1 sous son empire trop prolong1 en une terreur oppressive et une langueur apathique1 dont les exemples ne sont que trop communs1 partir du moment o1 sa prpondrance s'tant trouve compromise1 elle a d retenir au lieu de pousser4 ,la supriorit finale de la philosophie positive est aussi indubitable ce titre qu'au prcdent1 comme l'ensemble de notre analyse historique le dmontrera spontanment3 elle seul il appartient1 dans l'tat viril de la raison humaine1 de dvelopper en nous1 au milieu de nos entreprises les plus hardies1 une vigueur inbranlable et une constance rflchie1 directement tires de notre propre nature1 sans aucune assistance extrieure1 et sans aucune entrave chimrique4 ,enfin1 sous le point de vue social1 malgr que l'ascendant rel de la philosophie thologique ait d1 cet gard1 se prolonger davantage1 il serait inutile aujourd'hui de constater formellement que1 bien loin de tendre lier les hommes1 suivant sa destination originaire1 elle contribue essentiellement les diviser2 de mme que1 aprs avoir cr l'activit spculative1 elle a d aboutir l'entraver radicalement4 ,la proprit de runir1 comme celles de stimuler et de diriger1 appartiennent dsormais1 d'une manire de plus en plus exclusive1 depuis la dcadence des croyances religieuses1 l'ensemble des conceptions positives1 seules capables aujourd'hui d'tablir spontanment1 d'un bout du monde l'autre1 sur des bases aussi durables qu'tendues1 une vritable communaut intellectuelle1 pouvant servir de fondement solide la plus vaste organisation politique4 ,a tous ces titres divers1 une exprience progressive commence faire assez hautement pressentir la destine respective des deux philosophies pour que je doive maintenant insister davantage sur une telle apprciation1 qui1 dj intellectuellement accomplie dans tout le cours de ce ,trait1 le sera bientt moralement et politiquement1 un degr tout aussi dcisif1 par la suite entire de ce volume4 ,l'analyse historique nous expliquera clairement1 d'aprs l'ensemble du pass social1 la dcadence continue de la premire et l'essor correspondant de la seconde1 partir mme des premiers progrs de la raison humaine4 ,quoiqu'il doive sembler d'abord paradoxal de regarder la philosophie thologique comme tant dj1 et depuis long-temps1 en pleine dcroissance intellectuelle au moment mme o elle accomplissait sa plus sublime mission politique1 nous reconnatrons bientt1 avec une entire vidence scientifique1 que le catholicisme1 son plus noble ouvrage social1 a d tre aussi son dernier effort1 cause des germes primitifs de dsorganisation qui devaient ds-lors se dvelopper d'une manire de plus en plus rapide4 ,nous pouvons donc nous borner ici1 pour notre dmonstration fondamentale1 caractriser le principe gnral de l'invitable tendance lmentaire qui entrane finalement l'esprit humain vers une philosophie positive de plus en plus exclusive1 dans toutes les parties quelconques du systme intellectuel4 ,d'aprs les lois fondamentales de la nature humaine1 le dveloppement de l'espce1 comme celui de l'individu1 aprs un suffisant exercice pralable de l'ensemble de nos facults1 doit finir par attribuer spontanment la raison une prminence de plus en plus caractrise sur l'imagination1 quoique l'essor de celle-ci ait d d'abord1 de toute ncessit1 tre long-temps prpondrant4 ,c'est ainsi que1 dans l'un ou l'autre cas1 les plus minens attributs de l'humanit tendent graduellement vers l'ascendant gnral auquel ils taient destins1 ds l'origine1 malgr leur moindre nergie organique1 et qui peut seul assujtir notre conomie crbrale une harmonie durable4 ,les mmes motifs lmentaires qui imposent une telle marche l'organisme individuel1 la prescrivent aussi1 avec une puissance bien plus irrsistible1 l'organisme social1 en vertu de sa complication suprieure1 et de sa perptuit caractristique4 ,malgr l'invitable ascendant primitif de la philosophie thologique1 on peut maintenant affirmer qu'une telle manire de philosopher n'a jamais t1 pour notre intelligence1 qu'une sorte de pis-aller1 vers lequel une prdilection spontane ne nous a d'abord si exclusivement entrans que par l'impossibilit radicale d'une meilleure philosophie4 ,en un sujet quelconque1 quand1 aprs une prparation convenable1 la concurrence des mthodes est devenue vraiment possible1 l'homme n'a jamais hsit substituer de plus en plus la recherche des lois relles des phnomnes celle de leurs causes primordiales1 comme la fois mieux adapte sa porte effective et ses besoins vritables1 quoique l'entranement des habitudes antrieures1 qu'aucune ducation rationnelle n'a jusqu'ici suffisamment combattues1 ait d1 sans doute1 le faire souvent retomber dans le renouvellement passager de ses premires illusions4 proprement parler1 la philosophie thologique1 mme dans notre premire enfance1 individuelle ou sociale1 n'a jamais pu tre rigoureusement universelle3 c'est--dire que1 pour tous les ordres quelconques de phnomnes1 les faits les plus simples et les plus communs ont toujours t regards comme essentiellement assujtis des lois naturelles1 au lieu d'tre attribus l'arbitraire volont des agens surnaturels4 ,l'illustre ,adam ,smith a1 par exemple1 trs heureusement remarqu1 dans ses essais philosophiques1 qu'on ne trouvait1 en aucun temps1 ni en aucun pays1 un dieu pour la pesanteur4 ,il en est ainsi1 en gnral1 mme l'gard des sujets les plus compliqus1 envers tous les phnomnes assez lmentaires et assez familiers pour que la parfaite invariabilit de leurs relations effectives ait toujours d frapper spontanment l'observateur le moins prpar4 ,dans l'ordre moral et social1 qu'une vaine opposition voudrait aujourd'hui systmatiquement interdire la philosophie positive1 il y a eu ncessairement1 en tout temps1 la pense des lois naturelles1 relativement aux plus simples phnomnes de la vie journalire1 comme l'exige videmment la conduite gnrale de notre existence relle1 individuelle ou sociale1 qui n'aurait pu jamais comporter aucune prvoyance quelconque1 si tous les phnomnes humains avaient t rigoureusement attribus des agens surnaturels1 puisque ds lors la prire aurait logiquement constitu la seule ressource imaginable pour influer sur le cours habituel des actions humaines4 ,on doit mme remarquer1 ce sujet1 que c'est1 au contraire1 l'bauche spontane des premires lois naturelles propres aux actes individuels ou sociaux qui1 fictivement transporte tous les phnomnes du monde extrieur1 a d'abord fourni1 d'aprs nos explications prcdentes1 le vrai principe fondamental de la philosophie thologique4 ,ainsi1 le germe lmentaire de la philosophie positive est certainement tout aussi primitif1 au fond1 que celui de la philosophie thologique elle-mme1 quoiqu'il n'ait pu se dvelopper que beaucoup plus tard4 ,une telle notion importe extrmement la parfaite rationnalit de notre thorie sociologique1 puisque1 la vie humaine ne pouvant jamais offrir aucune vritable cration quelconque1 mais toujours une simple volution graduelle1 l'essor final de l'esprit positif deviendrait scientifiquement incomprhensible1 si1 ds l'origine1 on n'en concevait1 tous gards1 les premiers rudimens ncessaires4 ,depuis cette situation primitive1 mesure que nos observations se sont spontanment tendues et gnralises1 cet essor d'abord peine apprciable1 a constamment suivi1 sans cesser long-temps d'tre subalterne1 une progression trs lente mais continue1 la philosophie thologique restant toujours essentiellement rserve pour les phnomnes1 de moins en moins nombreux1 dont les lois naturelles ne pouvaient encore tre aucunement connues4 ,on peut donc regarder avec exactitude cette philosophie comme n'ayant jamais t intellectuellement destine1 l'gard de chaque grand sujet permanent de nos spculations1 qu' y entretenir provisoirement notre activit mentale1 par le seul exercice fondamental qu'elle pt alors comporter1 jusqu' ce que l'accs en ft devenu graduellement abordable l'esprit positif1 seul appel1 d'aprs sa nature1 une rigoureuse universalit finale1 la fois logique et politique1 s'tendant toutes les ides comme tous les individus4 ,cette tendance dfinitive n'a d toutefois commencer se caractriser irrvocablement1 avec une nergie toujours croissante1 que depuis l'poque trs rcente o les lois naturelles ont pu tre enfin dvoiles dans des phnomnes assez nombreux et assez varis pour que l'esprit humain pt concevoir1 en principe1 l'existence ncessaire de lois analogues envers tous les phnomnes quelconques1 quelque loigne que dt tre jamais leur dcouverte effective4 ,quoique la fluctuation intellectuelle constitue1 comme je l'ai expliqu1 la principale maladie de notre sicle1 on y redoute cependant beaucoup toute opinion vraiment dcisive1 faute de sentir sur quelles bases on pourrait l'asseoir4 ,aussi1 malgr l'irrsistible vidence de cet entranement graduel de l'esprit humain vers la philosophie positive1 on voudrait conserver la philosophie thologique une ternelle autorit1 en rvant entre elles une conciliation chimrique1 d'aprs une fausse apprciation de leur antagonisme fondamental4 ,mais les explications varies contenues1 ce sujet1 dans les trois volumes prcdens1 ne peuvent certainement laisser dsormais aucun doute sur l'incompatibilit radicale des deux philosophies1 soit pour la mthode ou pour la doctrine1 quand une fois leur caractre respectif est suffisamment dvelopp4 ,il est vrai que1 de prime abord1 on n'aperoit pas une invitable antipathie entre la recherche des lois relles des phnomnes et celle de leurs causes essentielles3 pourvu que l'tude physique reste toujours subordonne1 en gnral1 au dogme thologique1 son dveloppement propre peut1 en effet1 s'oprer d'abord sans conduire aucun choc direct1 l'une des deux philosophies ne paraissant alors destine qu' explorer les dtails1 plus ou moins secondaires1 d'un ordre fondamental1 dont l'autre doit seule apprcier l'ensemble4 ,l'essor effectif de la philosophie positive a d mme dpendre primitivement de cette subalternit spontane2 car1 s'il et pu en tre autrement1 cette philosophie tant beaucoup trop faible1 l'origine1 pour rsister avec succs une collision immdiate1 son premier lan et t ncessairement comprim jamais4 ,mais1 depuis que les observations1 perdant peu peu leur incohrence originaire1 ont tendu graduellement vers d'importantes relations1 l'opposition fondamentale des mthodes a dvelopp de plus en plus1 entre les doctrines1 une invitable hostilit1 l'gard d'un sujet quelconque4 ,avant qu'aucun antagonisme direct soit devenu ouvertement prononc1 cette antipathie lmentaire s'est partout dvoile1 soit par la rpugnance instinctive de l'esprit positif pour les vaines explications absolues de la philosophie thologique1 soit par l'irrsistible ddain qu'inspirait celle-ci pour la marche circonspecte et les modestes recherches de la nouvelle cole3 toutefois1 l'tude des lois relles paraissait encore pouvoir se concilier avec celle des causes essentielles4 ,quand des lois naturelles de quelque porte ont pu tre enfin dcouvertes1 cette intime opposition continue n'a pas tard manifester1 tous gards1 une incompatibilit de plus en plus caractristique1 entre la prpondrance de l'imagination et celle de la raison1 entre l'esprit absolu et l'esprit relatif1 et surtout entre l'antique hypothse de la souveraine direction des vnemens quelconques par des volonts arbitraires et la possibilit de plus en plus irrcusable de les prvoir ou de les modifier d'aprs les seules voies rationnelles d'une sagesse humaine4 ,jusqu' ce que la collision fondamentale ait pu s'tendre toutes les parties du systme intellectuel1 ce qui n'a eu lieu que de nos jours1 l'indispensable spcialit des diverses recherches scientifiques a d dissimuler1 ceux mmes qui les poursuivaient avec la plus dcisive efficacit1 la tendance invitable de leur ensemble inaperu vers une philosophie nouvelle1 finalement inconciliable avec la prpondrance effective de la philosophie thologique4 ,les esprits spciaux ont pu croire alors1 de trs bonne foi1 que1 s'interdisant radicalement toute enqute sur la nature intime des tres et sur le mode essentiel de production des phnomnes1 les recherches de la physique n'taient1 au fond1 nullement opposes aux explications de la thologie4 ,mais cette illusion provisoire a d graduellement se dissiper sans retour mesure que l'esprit scientifique1 devenu moins timide en mme temps que plus gnral1 devait involontairement discrditer ces conceptions thologiques1 par cela seul qu'il les proclamait inaccessibles la raison humaine4 ,introduisant spontanment dans nos recherches une marche toute nouvelle1 le progrs d'un tel esprit n'a pu viter de faire hautement ressortir1 sous le rapport purement logique1 le contraste dcisif entre la scrupuleuse rationnalit des procds appliqus au but le plus abordable et la frivole tmrit des tentatives destines dvoiler les plus impntrables mystres4 ,quant la doctrine proprement dite1 l'impossibilit radicale de concilier la subordination des phnomnes d'invariables lois naturelles avec leur assujtissement absolu des volonts minemment mobiles1 a d ncessairement devenir de plus en plus irrcusable1 comme je l'ai tant de fois expliqu1 dans les diverses parties de ce ,trait1 l'gard de tous les ordres quelconques de phnomnes4 ,la conception provisoire d'une providence universelle1 combine avec des lois spciales qu'elle-mme se serait imposes1 ne constitue certainement qu'une concession involontaire de l'esprit thologique l'esprit positif1 par une sorte de compromis spontan1 qu'a d inspirer1 en temps convenable1 l'volution ncessaire de notre intelligence1 comme l'analyse historique nous l'expliquera bientt directement4 ,cette transaction gnrale1 que le catholicisme a d surtout organiser1 en interdisant l'usage habituel des miracles et des prophties1 si prpondrant dans toute l'antiquit1 me semble caractriser1 dans l'ordre religieux1 une situation transitoire essentiellement analogue celle qu'indique1 dans l'ordre monarchique1 l'institution de ce qu'on a nomm la royaut constitutionnelle3 l'un et l'autre titre1 de telles notions doivent tre1 par leur nature1 d'irrcusables symptmes de dclin graduel4 ,quoi qu'il en soit1 c'est surtout dans l'application gnrale que doivent spontanment devenir incontestables1 pour le vulgaire1 les diffrences radicales des diverses philosophies quelconques1 que si peu d'esprits peuvent spcialement juger4 ,or1 sous ce point de vue final1 nous avons dj successivement reconnu1 de la manire la plus dcisive1 envers tous les phnomnes apprciables1 la haute impossibilit ncessaire de concilier suffisamment aucune philosophie thologique avec cette tendance fondamentale dvelopper nos moyens rationnels1 soit de prvoir les vnemens naturels1 soit de les modifier par notre intervention1 qui constitue la destination la plus caractristique de la philosophie positive4 ,c'est1 en effet1 d'aprs ce double attribut que cette philosophie a d surtout obtenir spontanment1 chez tous les hommes1 un ascendant de plus exclusif4 ,en comparant chaque jour1 l'un et l'autre titre1 son heureuse et fconde aptitude satisfaire de mieux en mieux les plus urgens besoins intellectuels de l'humanit avec l'vidente strilit radicale des vaines conceptions de la thologie1 la raison publique1 indpendamment de toute lutte directe1 n'a pu s'abstenir de condamner involontairement ces explications chimriques une dsutude de plus en plus complte1 qui devait dterminer graduellement leur dcadence irrvocable1 mesure qu'une discussion rationnelle ferait directement ressortir leur inanit ncessaire4 ,tel est le principal aspect sous lequel a d se manifester progressivement1 avec le plus de nettet1 la tendance finale de l'homme vers une philosophie pleinement positive1 chez ceux mmes qui sont rests le plus fidles la philosophie thologique1 et qui1 sans en faire nanmoins un usage plus rel dans la vie journalire1 lui ont encore conserv1 en principe1 une insuffisante prdilection1 uniquement fonde dsormais sur sa gnralit caractristique1 jusqu' ce que1 par l'invitable systmatisation totale de l'esprit positif1 elle ait aussi perdu ce dernier attribut1 seul titre lgitime qui lui reste maintenant la suprmatie sociale4 ,aprs avoir ainsi suffisamment caractris1 d'abord le point de dpart ncessaire1 et ensuite le terme invitable1 de l'volution intellectuelle de l'humanit1 notre grande dmonstration sociologique n'exige plus que l'apprciation gnrale1 ds lors presque spontane1 de l'tat intermdiaire4 ,j'ai dj fait sentir1 en beaucoup d'occasions intressantes1 combien il importe1 en principe1 de n'examiner1 en un sujet quelconque1 les cas essentiellement intermdiaires que sous l'indispensable influence d'une exacte analyse pralable des deux cas extrmes entre lesquels ils sont surtout destins oprer une transition graduelle4 ,la question actuelle nous prsente1 par sa nature1 l'application la plus capitale d'un tel prcepte logique3 car1 une fois reconnu que l'esprit humain doit toujours partir de l'tat thologique et arriver constamment l'tat positif1 on peut aisment comprendre la ncessit1 la fois invitable et indispensable1 qui l'oblige sans cesse passer de l'un l'autre l'aide de l'tat mtaphysique1 qui ne saurait avoir d'autre destination fondamentale4 ,cela rsulte directement1 comme je l'ai dj tant indiqu dans les diverses parties de ce ,trait1 de l'opposition trop radicale qui existe naturellement entre l'esprit thologique et l'esprit positif1 et du caractre btard et mobile des conceptions mtaphysiques1 susceptibles de s'adapter galement au dclin graduel de l'un et l'essor pralable de l'autre1 de manire mnager1 autant que possible1 notre intelligence1 si antipathique tout changement brusque1 une transition presque imperceptible4 ,a mesure que la thologie se retire du domaine spculatif1 et avant que la physique puisse dfinitivement s'y tablir1 l'occupation spontane de la mtaphysique le prpare provisoirement2 en sorte que1 dans chaque cas1 toute contestation de suprmatie entre ces trois philosophies peut1 au fond1 se rduire une simple question d'opportunit1 juge d'aprs l'examen rationnel du dveloppement fondamental de l'esprit humain4 ,cette modification mtaphysique de la philosophie thologique s'opre naturellement1 en un sujet quelconque1 par la substitution graduelle de l'entit la divinit1 lorsque les conceptions religieuses se gnralisent en diminuant sans cesse le nombre des agens surnaturels aussi bien que leur intervention active1 et surtout quand elles parviennent1 sinon en ralit du moins en principe1 une rigoureuse unit suprme4 ,dans ce dernier tat gnral de la philosophie thologique1 l'action surnaturelle1 perdant sa spcialit primitive1 n'a pu habituellement abandonner la direction immdiate du phnomne sans y laisser1 sa place1 une mystrieuse entit1 d'abord ncessairement mane d'elle1 mais laquelle1 par l'usage journalier1 l'esprit humain a d rapporter1 d'une manire de plus en plus exclusive1 la production particulire de chaque vnement4 ,or1 cette trange manire de philosopher a d tre long-temps ncessaire1 soit pour faciliter le dclin graduel de la thologie en liminant peu peu l'intervention spciale des causes surnaturelles1 soit pour prparer l'essor progressif de la physique en habituant toujours davantage la considration exclusive des phnomnes3 l'un et l'autre titre1 cette situation transitoire constitue la fois un symptme invitable et un indispensable concours4 ,du reste1 l'esprit gnral d'une telle philosophie doit tre essentiellement analogue1 quant la mthode et quant la doctrine1 celui de la philosophie thologique1 dont elle ne saurait jamais devenir qu'une pure modification principale4 ,elle possde seulement1 par sa nature1 une moindre consistance intellectuelle1 et surtout1 par suite1 une puissance sociale beaucoup moins intense1 de manire convenir infiniment mieux une simple destination critique qu' aucune vritable organisation4 ,mais ces caractres1 pleinement adapts son office transitoire dans l'ensemble de l'volution humaine1 soit individuelle1 soit sociale1 ne la rendent que d'autant moins susceptible de rsister profondment l'essor graduel de l'esprit positif4 ,d'une part1 la subtilit croissante des conceptions mtaphysiques tend ainsi rduire de plus en plus leurs entits caractristiques ne pouvoir consister qu'en de simples dnominations abstraites des phnomnes correspondans1 de manire pousser finalement jusqu'au ridicule le plus dcisif la manifestation spontane de l'inanit radicale propre de telles explications2 ce qui n'et pas t1 sans doute1 autant possible envers les formes purement thologiques4 ,en second lieu1 l'impuissance organique d'une semblable philosophie1 en vertu de son inconsquence fondamentale1 doit empcher1 sous l'aspect politique1 les modifications successives qu'elle apporte ncessairement au rgime thologique de pouvoir lutter1 avec la mme efficacit qu' l'origine1 contre l'essor social de l'esprit positif4 ,toutefois1 l'un et l'autre titre1 la nature minemment quivoque et mobile de la philosophie mtaphysique proprement dite1 la rend susceptible1 par les innombrables modifications qu'elle peut offrir1 de mieux chapper que la philosophie thologique elle-mme une discussion rationnelle1 gare sous de vagues et insaisissables nuances1 tant que l'esprit positif1 encore imparfaitement gnralis1 n'a pu directement attaquer le seul principe actuel de leur autorit commune1 en s'attribuant enfin l'entire universalit qui leur est galement propre4 ,quoi qu'il en soit1 on ne saurait mconnatre1 en gnral1 l'aptitude intellectuelle de la mtaphysique soutenir provisoirement1 l'gard d'un sujet quelconque1 notre activit spculative1 jusqu' ce qu'elle puisse admettre une alimentation plus substantielle1 tout en nous loignant dj du rgime purement thologique et nous prparant toujours davantage au rgime vraiment positif3 cette philosophie prsente d'ailleurs ncessairement la mme proprit essentielle pour diriger la transition politique qui accompagne continuellement cette grande transition logique4 ,sans faire oublier les graves dangers1 intellectuels et sociaux1 qui1 malheureusement1 caractrisent aussi la philosophie mtaphysique1 une telle apprciation explique le vrai principe gnral de l'ascendant universel qu'elle a fini par acqurir provisoirement chez les populations les plus avances1 o il suppose1 de toute ncessit1 le sentiment instinctif1 qui ne saurait tre totalement erron1 d'un certain office indispensable rempli par une telle philosophie dans l'volution fondamentale de l'humanit4 ,l'irrsistible ncessit de cette phase transitoire est donc maintenant aussi irrcusable qu'elle puisse l'tre avant que son analyse directe1 soit spciale1 soit gnrale1 s'effectue spontanment dans l'ensemble de notre opration historique4 ,quoique notre grande dmonstration sociologique se trouve ainsi essentiellement termine dsormais1 je crois cependant1 afin de n'omettre1 autant que possible1 sur un sujet aussi capital et aussi difficile1 aucune indication essentielle1 devoir ici recommander directement au lecteur la ncessit d'avoir continuellement gard ma thorie prliminaire de la vraie hirarchie scientifique1 dans toute considration quelconque de cette grande loi de la triple volution intellectuelle1 soit pour l'appliquer1 soit mme pour l'apprcier4 ,ds le dbut de ce ,trait 7voyez la #b leon71 j'ai prsent cette hirarchie fondamentale comme la suite naturelle et l'indispensable complment de ma loi des trois tats3 l'usage spontan que j'en ai fait depuis successivement1 envers tous les ordres de phnomnes1 a d faire suffisamment ressortir cette intime connexit philosophique4 ,nanmoins1 il n'est pas inutile de la rappeler formellement ici1 soit pour prvenir les seules objections spcieuses qu'une irrationnelle rudition scientifique pourrait inspirer contre la loi d'volution que je viens d'tablir directement1 soit pour faire acqurir aux diverses vrifications spciales toute leur porte logique1 en les disposant ainsi de manire s'clairer et se fortifier mutuellement4 ,sous le premier aspect1 je puis affirmer n'avoir jamais trouv d'argumentation srieuse en opposition cette loi1 depuis dix-sept ans que j'ai eu le bonheur de la dcouvrir1 si ce n'est celle que l'on fondait sur la considration de la simultanit1 jusqu'ici ncessairement trs commune1 des trois philosophies chez les mmes intelligences4 ,or1 un tel ordre d'objections ne peut tre convenablement rsolu que par l'usage rationnel de notre hirarchie scientifique1 qui1 disposant les diverses parties essentielles de la philosophie naturelle selon leur complication et leur spcialit croissantes1 conformment l'ensemble de leurs vraies affinits1 fait aussitt comprendre que leur essor graduel a d ncessairement suivre la mme succession2 en sorte qu'une seule phase de l'volution totale a pu faire provisoirement concider l'tat thologique de l'une d'elles avec l'tat mtaphysique et mme avec l'tat positif d'une partie antrieure1 la fois plus simple et plus gnrale1 malgr la tendance continue de l'esprit humain l'unit de mthode4 ,ces anomalies apparentes tant ainsi pleinement rgularises1 la difficult ne serait vraiment insoluble que si la simultanit pouvait prsenter un caractre inverse2 ce dont je dfie qu'on puisse indiquer un seul exemple rel1 qui d'ailleurs ne saurait prouver que la ncessit de perfectionner1 ou tout au plus de rectifier1 notre thorie hirarchique1 sans qu'il en dt rejaillir aucune incertitude lgitime sur la loi d'volution elle-mme4 ,en second lieu1 les secours rciproques qui peuvent ainsi s'tablir spontanment entre les tudes spciales des divers dveloppemens spculatifs n'ont pas une moindre importance sociologique4 ,car1 il en rsulte la facult fondamentale de suppler heureusement1 en beaucoup de cas1 l'insuffisance de l'exploration directe4 ,quand une telle hirarchie a t d'abord bien comprise et pleinement reconnue1 elle doit1 en effet1 souvent permettre de dterminer d'avance1 une poque quelconque1 avec une pleine rationnalit1 le caractre gnral d'un certain ordre de spculations humaines1 d'aprs une suffisante connaissance pralable de l'tat rel de la catgorie antrieure1 ou mme1 en sens inverse1 quoique avec moins de prcision1 de celui de la catgorie postrieure4 ,un pareil concours spontan se rattache directement au principe logique tabli dans la quarante-huitime leon1 sur les lumires indispensables que l'tude des harmonies peut fournir celle des successions1 par la nature des recherches sociologiques4 ,la suite entire de ce volume montrera naturellement1 en effet1 quoique d'une manire implicite et indirecte1 mais avec une vidence toujours croissante1 que cette thorie de la hirarchie scientifique1 d'aprs le degr de gnralit des divers phnomnes1 constitue la principale base de toute la statique sociale1 au moins en ce qui concerne l'ordre intellectuel1 et mme1 comme consquence1 envers l'ordre matriel1 de manire embrasser finalement l'ensemble de l'ordre politique4 ,je n'ai pas besoin maintenant d'insister davantage sur l'importance sociologique d'une thorie aussi indispensable1 sans laquelle l'histoire de l'esprit humain devrait rester1 j'ose le garantir1 essentiellement inintelligible1 et dont le lecteur a dj graduellement acquis1 dans le cours successif des trois volumes prcdens1 une notion exacte et familire3 je devais seulement caractriser ici1 d'une manire spciale1 l'indispensable obligation de ne jamais la ngliger1 soit en tablissant1 soit en dveloppant la saine philosophie historique1 dont nous venons de poser enfin le premier fondement ncessaire1 par cette grande loi relative la triple volution intellectuelle de l'humanit4 ,afin que cette loi puisse convenablement remplir une telle destination scientifique1 il ne me reste plus actuellement1 pour complter et confirmer cette longue et difficile dmonstration1 qu' tablir sommairement1 en principe1 que l'ensemble du dveloppement matriel doit suivre invitablement une marche1 non-seulement analogue1 mais mme parfaitement correspondante1 celle que nous venons de prouver d'aprs le seul dveloppement intellectuel1 auquel le systme entier de la progression sociale devait tre1 par sa nature1 profondment subordonn1 comme je l'ai expliqu dans la premire partie de ce chapitre4 ,cette tude supplmentaire tant aujourd'hui beaucoup mieux conue que la thorie principale1 je n'aurai besoin1 aprs une rapide apprciation totale de l'volution matrielle1 que d'insister ici convenablement sur sa co-relation1 fort mal entendue jusqu'ici1 avec l'volution intellectuelle1 qui se trouvera ds-lors aussi pleinement caractrise dans l'ordre actif qu'elle l'est dj dans l'ordre spculatif1 quoique la simplicit bien plus grande de cette opration subsidiaire nous permette heureusement de l'abrger beaucoup1 sans nuire aucunement sa destination scientifique4 ,il s'agira surtout d'expliquer l'intime connexit qui lie ncessairement les deux termes extrmes et le terme transitoire du dveloppement temporel des socits humaines aux phases correspondantes dont nous venons de dmontrer la succession fondamentale pour leur dveloppement spirituel#ci4 ,footnote #ci3 ,ces qualifications politiques de temporel et spirituel devant tre naturellement d'un frquent usage1 dans les six chapitres suivans1 pour l'ensemble de notre analyse historique1 je dois ici directement avertir1 en gnral1 que je leur conserverai toujours exactement la destination rgulire laquelle la philosophie catholique les a consacres depuis des sicles4 ,outre l'indispensable besoin1 en philosophie politique1 de ces deux termes importans1 qui ne peuvent tre encore constamment remplacs par des expressions plus rationnelles1 il n'est pas inutile d'ailleurs de rattacher1 autant que possible1 sans aucune vaine affectation1 les formules actuelles aux anciennes habitudes1 afin de mieux rappeler le sentiment fondamental de la continuit sociale1 qu'on est aujourd'hui si vicieusement dispos ddaigner4 ,tous les divers moyens gnraux d'exploration rationnelle applicables aux recherches politiques1 ont dj spontanment concouru constater1 d'une manire galement dcisive1 l'invitable tendance primitive de l'humanit une vie principalement militaire1 et sa destination finale1 non moins irrsistible1 une existence essentiellement industrielle4 ,aussi aucune intelligence un peu avance ne refuse-t-elle dsormais de reconnatre1 plus ou moins explicitement1 le dcroissement continu de l'esprit militaire et l'ascendant graduel de l'esprit industriel1 comme une double consquence ncessaire de notre volution progressive1 qui a t1 de nos jours1 assez judicieusement apprcie1 cet gard1 par la plupart de ceux qui s'occupent convenablement de philosophie politique4 ,en un temps d'ailleurs o se manifeste continuellement1 sous des formes de plus en plus varies1 et avec une nergie toujours croissante1 mme au sein des armes1 la rpugnance caractristique des socits modernes pour la vie guerrire2 quand1 par exemple1 l'insuffisance totale des vocations militaires est partout devenue de plus en plus irrcusable d'aprs l'obligation de plus en plus indispensable du recrutement forc1 rarement suivi d'une persistance volontaire2 l'exprience journalire dispenserait1 sans doute1 de toute dmonstration directe1 au sujet d'une notion ainsi graduellement tombe dans le domaine public4 ,malgr l'immense dveloppement exceptionnel de l'activit militaire1 momentanment dtermin1 au commencement de ce sicle1 par l'invitable entranement qui a d succder d'irrsistibles circonstances anomales1 notre instinct industriel et pacifique n'a pas tard reprendre1 d'une manire plus rapide1 le cours rgulier de son dveloppement prpondrant1 de faon assurer rellement1 sous ce rapport1 le repos fondamental du monde civilis1 quoique l'harmonie europenne doive frquemment sembler compromise1 en consquence du dfaut provisoire de toute organisation systmatique des relations internationales2 ce qui1 sans pouvoir vraiment produire la guerre1 suffit toutefois pour inspirer souvent de dangereuses inquitudes4 ,il ne saurait donc tre ici nullement question de constater1 par une discussion heureusement superflue1 ni le premier terme1 ni surtout le dernier de la progression sociale1 relativement au caractre gnral de l'existence temporelle1 dont l'apprciation directe ressortira d'ailleurs1 dans les six chapitres suivans1 de l'ensemble de notre analyse historique4 ,seulement1 une telle marche n'ayant jamais t suffisamment rattache aux lois essentielles de la nature humaine et aux indispensables conditions du dveloppement social1 il nous reste signaler1 en principe1 sa participation ncessaire l'volution fondamentale de l'humanit4 ,l'invincible antipathie de l'homme primitif pour tout travail rgulier1 ne lui laisse videmment exercer d'autre activit soutenue que celle de la vie guerrire1 la seule laquelle il puisse alors tre essentiellement propre1 et qui constitue d'ailleurs1 l'origine1 le moyen le plus simple de se procurer sa subsistance1 mme indpendamment d'une trop frquente antropophagie3 la marche gnrale de l'individu est1 cet gard1 pleinement conforme celle de l'espce4 ,quelque dplorable que doive sembler d'abord une telle ncessit1 son universalit caractristique et son dveloppement continu1 en des temps mme assez avancs pour que l'existence matrielle pt reposer sur d'autres bases1 doivent faire sentir tous les vrais philosophes que ce rgime militaire1 auquel la socit a t si long-temps et si compltement assujtie1 doit avoir rempli un minent et indispensable office1 du moins provisoire1 dans la progression gnrale de l'humanit4 ,il est ais de concevoir1 en effet1 quelle que soit maintenant la prpondrance sociale de l'esprit industriel1 que l'volution matrielle des socits humaines a d1 au contraire1 long-temps exiger l'ascendant exclusif de l'esprit militaire1 sous le seul empire duquel l'industrie humaine pouvait se dvelopper convenablement4 ,les motifs gnraux de cette indispensable tutelle sont essentiellement analogues ceux de la semblable fonction provisoire accomplie par l'esprit religieux pour prparer l'essor ultrieur de l'esprit scientifique1 d'aprs les explications prcdentes4 ,car1 elle tient surtout ce que l'esprit industriel1 bien loin de pouvoir diriger d'abord la socit temporelle1 y supposait1 au contraire1 par sa nature1 l'existence pralable d'un dveloppement dj considrable1 qui ne pouvait donc s'tre opr que sous l'influence ncessaire de l'esprit militaire1 sans l'heureuse spontanit duquel les diverses familles seraient demeures essentiellement isoles1 de manire empcher toute importante division de l'ensemble du travail humain1 et par suite tout progrs rgulier et continu de notre industrie4 ,les proprits sociales1 et surtout politiques1 de l'activit militaire1 quoique ne devant exercer qu'une prpondrance provisoire dans l'volution fondamentale de l'humanit1 sont1 l'origine1 parfaitement nettes et dcisives1 en un mot1 pleinement conformes la haute fonction civilisatrice qu'elles doivent alors remplir4 ,plusieurs philosophes ont dj suffisamment reconnu1 ce sujet1 l'aptitude spontane d'un tel mode d'existence dvelopper des habitudes de rgularit et de discipline1 qui n'auraient pu d'abord tre autrement produites1 et sans lesquelles aucun vrai rgime politique ne pouvait1 videmment1 s'organiser4 ,nul autre but suffisamment nergique n'aurait pu1 en effet1 tablir une association durable et un peu tendue entre les familles humaines que l'imprieux besoin de se runir1 d'aprs une invitable subordination quelconque1 pour une expdition guerrire1 ou mme pour la simple dfense commune4 ,jamais l'objet de l'association ne peut tre plus sensible ni plus urgent1 jamais les conditions lmentaires du concours ne sauraient devenir plus irrsistibles4 ,tout cet ensemble d'attributs se trouve admirablement adapt la nature et aux besoins des socits primitives1 qui ne pouvaient1 sans doute1 apprendre rellement l'ordre aucune autre cole qu' celle de la guerre1 comme on peut1 mme aujourd'hui1 s'en former une faible ide l'gard des individus exceptionnels que la discipline industrielle ne peut suffisamment assouplir1 et qui1 sous ce rapport1 nous reprsentent1 autant que possible1 l'ancien type humain4 ,ainsi1 malgr de vaines rveries potiques sur l'institution primordiale des pouvoirs politiques1 on ne saurait douter que les premiers gouvernemens n'aient d tre1 de toute ncessit1 essentiellement militaires1 quand on se borne n'y envisager que les simples considrations temporelles1 de mme que l'autorit spirituelle ne pouvait y tre d'abord que purement thologique4 ,cet ascendant naturel de l'esprit guerrier n'a pas t seulement indispensable la consolidation originaire des socits politiques2 il a surtout prsid leur agrandissement continu1 qui ne pouvait s'oprer autrement sans une excessive lenteur1 comme nous le montrera clairement l'ensemble de l'analyse historique3 et cependant1 une telle extension tait pralablement indispensable1 un certain degr1 au dveloppement final de l'industrie humaine4 ,la marche temporelle de l'humanit prsente donc1 par sa nature1 sa premire priode1 un cercle vicieux parfaitement analogue celui que nous avons reconnu dans la marche spirituelle1 et dont la seule issue possible rsulte1 en l'un et l'autre cas1 de l'heureux essor spontan d'une tendance prliminaire4 la vrit1 ce rgime militaire a d avoir partout1 pour base politique indispensable1 l'esclavage individuel des producteurs1 afin de permettre aux guerriers le libre et plein dveloppement de leur activit caractristique4 ,sans cette condition ncessaire1 la grande opration sociale qui devait tre accomplie1 en temps convenable1 par la progression continue d'un systme militaire fortement conu et sagement poursuivi1 et t1 dans l'antiquit1 radicalement manque1 ainsi que je l'expliquerai bientt4 ,quoique toute discussion ce sujet ft ici prmature1 j'y dois cependant indiquer1 d'une autre part1 cette institution fondamentale de l'esclavage ancien comme destine organiser une indispensable prparation graduelle la plnitude ultrieure de la vie industrielle1 ainsi irrsistiblement et exclusivement impose1 malgr notre native aversion du travail1 la majeure partie de l'humanit1 dont une laborieuse persvrance devenait ds lors la premire condition finale4 ,en se reportant1 autant que notre pense peut le faire1 une telle situation primitive1 on ne saurait mconnatre la ncessit correspondante de cette nergique stimulation1 en ayant convenablement gard l'ensemble des conditions relles du dveloppement humain4 ,la juste horreur que nous inspire aujourd'hui cette institution si long-temps universelle tient surtout ce que nous devons tre spontanment disposs l'apprcier d'aprs l'esclavage moderne1 celui de nos colonies1 qui constitue1 par sa nature1 une vritable monstruosit politique1 l'esclavage organis1 au sein mme de l'industrie1 de l'ouvrier au capitaliste1 d'une manire galement dgradante pour tous deux2 tandis que l'esclavage ancien1 assujtissant le producteur au militaire1 tendait dvelopper pareillement leurs activits opposes1 de manire dterminer finalement leur concours spontan une mme progression sociale1 comme je l'tablirai spcialement dans la cinquante-troisime leon4 ,quelque irrcusable que doive ainsi devenir l'universelle ncessit politique1 pour l'volution primitive de l'humanit1 d'un exercice long-temps prpondrant de l'activit militaire1 aussi indispensable qu'invitable1 les principes mme que je viens d'indiquer nous expliqueront plus tard1 avec non moins d'vidence1 la nature essentiellement provisoire d'une telle destination sociale1 dont l'importance a d constamment dcrotre1 mesure que la vie industrielle a pu poursuivre son dveloppement graduel4 ,tandis que l'activit industrielle prsente spontanment cette admirable proprit de pouvoir tre simultanment stimule chez tous les individus et chez tous les peuples1 sans que l'essor des uns soit inconciliable avec celui des autres1 il est clair1 au contraire1 que la plnitude de la vie militaire dans une partie notable de l'humanit suppose et dtermine finalement1 en tout le reste1 une invitable compression1 qui constitue mme le principal office social d'un tel rgime1 en considrant l'ensemble du monde civilis4 ,aussi1 pendant que l'poque industrielle ne comporte d'autre terme gnral que celui1 encore indtermin1 assign l'existence progressive de notre espce par le systme des lois naturelles1 l'poque militaire a d tre1 de toute ncessit1 essentiellement limite aux temps d'un suffisant accomplissement graduel des conditions pralables qu'elle tait destine raliser4 ,ce but principal a t atteint lorsque la majeure partie du monde civilis s'est trouve enfin runie sous une mme domination1 comme l'ont opr1 dans notre srie europenne1 les conqutes progressives de ,rome4 ,ds lors1 l'activit militaire a d1 videmment1 manquer la fois d'objet et d'aliment3 aussi sa prpondrance est-elle1 depuis ce terme invitable1 devenue constamment dcroissante1 de manire ne plus dissimuler l'ascension graduelle de l'esprit industriel1 dont l'avnement progressif tait ainsi dsormais convenablement prpar1 comme je l'expliquerai bientt1 d'une manire directe1 dans la partie historique de ce volume4 ,mais1 malgr cet enchanement ncessaire1 l'tat industriel diffre si radicalement de l'tat militaire1 que le passage gnral de l'un l'autre rgime social ne comportait certainement pas davantage un accomplissement immdiat que la succession correspondante1 dans l'ordre spirituel1 entre l'esprit thologique et l'esprit positif4 ,de l rsulte enfin1 avec une pleine vidence1 l'indispensable intervention gnrale d'une situation intermdiaire1 parfaitement semblable l'tat mtaphysique de l'volution intellectuelle1 o l'humanit a pu se dgager de plus en plus de la vie militaire et prparer toujours davantage la prpondrance finale de la vie industrielle4 ,le caractre1 ncessairement quivoque et flottant1 d'une telle phase sociale1 o les diverses classes de lgistes devaient surtout occuper1 en apparence1 la scne politique1 a d d'abord essentiellement consister1 comme je l'expliquerai au cinquante-cinquime chapitre1 dans la substitution habituelle de l'organisation militaire dfensive la premire organisation offensive1 et ensuite mme dans l'involontaire subordination gnrale1 de plus en plus prononce1 de l'esprit guerrier l'instinct producteur4 ,cette phase transitoire n'tant pas encore totalement accomplie1 sa nature propre1 quoique minemment vague1 peut aujourd'hui tre apprcie par intuition directe4 ,telle est donc1 en principe1 la triple volution temporelle que devra successivement nous manifester1 dans l'ensemble du pass1 le dveloppement fondamental de l'humanit4 ,quelque sommaire que dt tre ici cette indication gnrale1 il est1 sans doute1 impossible tout esprit philosophique de n'tre point d'abord vivement frapp de l'analogie essentielle que prsente spontanment cette irrcusable progression avec notre loi primordiale sur la succession ncessaire des trois tats principaux de l'esprit humain4 ,mais1 outre cette vidente similitude1 il importe surtout la grande dmonstration sociologique dont nous bauchons ainsi le complment politique1 de reconnatre directement la connexit fondamentale des deux volutions1 en caractrisant suffisamment l'affinit naturelle qui a d toujours rgner1 d'abord entre l'esprit thologique et l'esprit militaire1 ensuite entre l'esprit scientifique et l'esprit industriel1 et1 par consquent aussi1 entre les deux fonctions transitoires des mtaphysiciens et des lgistes4 ,un tel claircissement complmentaire doit porter notre dmonstration son dernier degr de prcision et de consistance1 de manire la rendre pleinement susceptible de servir immdiatement de base rationnelle l'ensemble ultrieur de notre analyse historique4 ,comme l'exprience universelle tmoigne1 sans doute1 assez hautement de l'vidente ralit de cette remarquable concordance1 il suffit essentiellement notre but d'en exposer ici sommairement le principe ncessaire4 ,la rivalit plus ou moins prononce qui a si souvent troubl l'harmonie gnrale entre le pouvoir thologique et le pouvoir militaire1 a quelquefois dissimul1 aux yeux des philosophes1 leur affinit fondamentale4 ,mais1 en principe1 il ne saurait1 videmment1 exister de rivalit vritable que parmi les divers lmens d'un mme systme politique1 par suite de cette mulation spontane qui1 en tout concours humain1 doit ordinairement prendre d'autant plus d'extension et d'intensit que le but devient plus important et plus indirect1 et que1 par suite1 les moyens sont plus distincts et plus indpendans1 sans jamais empcher cependant une invitable participation1 volontaire ou instinctive1 la destination commune4 ,quand deux pouvoirs1 toujours galement nergiques1 naissent1 grandissent1 et dclinent simultanment1 malgr la diffrence de leurs natures1 on peut tre assur qu'ils appartiennent ncessairement un rgime unique1 quelles que puissent tre leurs contestations habituelles3 la lutte continue ne prouverait1 par elle-mme1 une incompatibilit radicale1 que si elle avait lieu1 au contraire1 entre deux lmens appels des fonctions analogues1 et qu'elle ft constamment concider l'accroissement graduel de l'un avec la dcadence continue de l'autre4 ,dans le cas actuel1 il est surtout vident que1 en un systme politique quelconque1 il doit y avoir sans cesse une profonde rivalit entre la puissance spculative et la puissance active1 qui1 par la faiblesse de notre nature1 doivent tre si frquemment disposes mconnatre leur coordination ncessaire1 et ddaigner les limites gnrales de leurs attributions rciproques4 ,quelle que soit mme1 parmi les lmens du rgime moderne1 l'irrcusable affinit sociale entre la science et l'industrie1 il faut pareillement s'attendre1 de leur part1 d'invitables conflits ultrieurs1 mesure que leur commun ascendant politique deviendra plus prononc3 ils sont dj clairement annoncs1 soit par l'intime antipathie1 la fois intellectuelle et morale1 qu'inspire l'une la subalternit naturelle des travaux de l'autre1 combine cependant avec une invitable supriorit de richesse1 soit aussi par la rpugnance instinctive de celle-ci pour l'abstraction caractristique des recherches de la premire1 et pour le juste orgueil qui l'anime4 ,ces objections prliminaires tant ainsi cartes1 rien n'empche plus d'apercevoir d'abord1 d'une manire directe1 le lien fondamental qui unit spontanment1 avec tant d'nergie1 la puissance thologique et la puissance militaire1 et qui1 une poque quelconque1 a toujours t vivement senti et dignement respect par tous les hommes d'une haute porte qui ont rellement particip l'une ou l'autre1 malgr l'entranement des rivalits politiques4 ,on conoit1 en effet1 qu'aucun rgime militaire ne saurait s'tablir et surtout durer qu'en reposant pralablement sur une suffisante conscration thologique1 sans laquelle l'intime subordination qu'il exige ne pourrait tre ni assez complte ni assez prolonge4 ,chaque poque impose1 cet gard1 par des voies spciales1 des exigences quivalentes3 l'origine1 o la restriction et la proximit du but ne prescrivent point une soumission d'esprit aussi absolue1 le peu d'nergie ordinaire de liens sociaux encore imparfaits ne permet point d'assurer un concours permanent1 autrement que par l'autorit religieuse dont les chefs de guerre se trouvent alors naturellement investis2 en des temps plus avancs1 le but devient tellement vaste et lointain et la participation tellement indirecte1 que1 malgr les habitudes de discipline dj profondment contractes1 la coopration continue resterait insuffisante et prcaire si elle n'tait garantie par de convenables convictions thologiques1 dterminant spontanment1 envers les suprieurs militaires1 une confiance aveugle et involontaire1 d'ailleurs trop souvent confondue avec une abjecte servilit1 qui n'a jamais pu tre qu'exceptionnelle4 ,sans cette intime co-relation l'esprit thologique1 il est vident que l'esprit militaire n'aurait jamais pu remplir la haute destination sociale qui lui tait rserve pour l'ensemble de l'volution humaine2 aussi son principal ascendant n'a-t-il pu tre pleinement ralis que dans l'antiquit1 o les deux pouvoirs se trouvaient ncessairement concentrs1 en gnral1 chez les mmes chefs4 ,il importe d'ailleurs de noter qu'une autorit spirituelle quelconque n'aurait pu suffisamment convenir la fondation et la consolidation du gouvernement militaire1 qui exigeait spcialement1 par sa nature1 l'indispensable concours de la philosophie thologique1 et non d'aucune autre4 ,quels que soient1 par exemple1 les incontestables et minens services que1 dans les temps modernes1 la philosophie naturelle a rendus l'art de la guerre1 l'esprit scientifique1 par les habitudes de discussion rationnelle qu'il tend ncessairement propager1 n'en est pas moins naturellement incompatible avec l'esprit militaire3 on sait assez1 en effet1 que cet assujtissement graduel d'un tel art aux prescriptions de la science relle a toujours t amrement dplor1 par les guerriers les mieux caractriss1 comme constituant une dcadence croissante du vrai rgime militaire1 l'origine successive de chaque modification principale4 ,l'affinit spciale des pouvoirs temporels militaires pour les pouvoirs spirituels thologiques est donc ici1 en principe1 suffisamment explique4 ,on peut d'abord croire qu'une telle coordination1 est au fond1 moins indispensable1 en sens inverse1 l'ascendant politique de l'esprit thologique1 puisqu'il a exist des socits purement thocratiques1 tandis qu'on n'en connat aucune exclusivement militaire1 quoique les socits anciennes aient d presque toujours manifester la fois l'une et l'autre nature1 des degrs plus ou moins galement prononcs4 ,mais un examen plus approfondi fera constamment apercevoir l'efficacit ncessaire du rgime militaire pour consolider et surtout pour tendre l'autorit thologique1 ainsi dveloppe par une continuelle application politique1 comme l'instinct sacerdotal l'a toujours radicalement senti4 ,nous allons d'ailleurs reconnatre que l'esprit religieux n'est pas1 sa manire1 moins antipathique que l'esprit militaire lui-mme l'essor prpondrant de l'esprit industriel4 ,ainsi1 outre la mutuelle affinit radicale des deux lmens essentiels du systme politique primitif1 on voit que des rpugnances et des sympathies communes1 aussi bien que de semblables intrts gnraux1 se runissent ncessairement pour tablir toujours une indispensable combinaison1 non moins intime que spontane1 entre deux pouvoirs qui partout devaient concourir1 dans l'ensemble de l'volution humaine1 une mme destination fondamentale1 invitable quoique provisoire4 ,il serait inutile d'insister ici davantage sur le principe sociologique de cette solidarit ncessaire de deux puissances politiques que l'analyse historique nous reprsentera bientt1 avec tant d'vidence1 constamment appeles se consolider et se corriger rciproquement4 ,le dualisme fondamental de la politique moderne est1 par sa nature1 encore plus irrcusable que celui qui vient d'tre caractris4 ,nous sommes aujourd'hui trs convenablement placs pour le mieux apprcier1 prcisment parce que les deux lmens n'en sont pas encore investis de leur ascendant politique dfinitif1 quoique dj leur dveloppement social soit suffisamment prononc4 ,quand la puissance scientifique et la puissance industrielle auront pu acqurir ultrieurement tout l'essor politique qui leur est rserv1 et que1 par suite1 leur rivalit radicale se sera pareillement prononce1 la philosophie prouvera peut-tre plus d'obstacles leur faire reconnatre une similitude d'origine et de destination1 une conformit de principes et d'intrts1 qui ne sauraient tre gravement contestes tant qu'une lutte commune contre l'ancien systme politique doit spontanment contenir d'invitables divergences4 ,sans nous arrter ici spcialement au principe fondamental1 dj implicitement tabli par l'ensemble de ce ,trait1 et qui subordonne profondment l'une l'autre1 d'une manire aussi directe qu'vidente1 la connaissance relle des lois de la nature et l'action de l'homme sur le monde extrieur1 il convient surtout1 pour mieux prparer notre analyse historique1 de signaler maintenant l'minent concours ncessaire de chacune de ces deux puissances sociales au triomphe politique de l'autre1 en secondant radicalement ses efforts propres contre son principal antagoniste4 ,j'ai dj indiqu ci-dessus1 une autre intention1 la secrte incompatibilit entre l'esprit scientifique et l'esprit militaire4 ,on ne saurait contester davantage l'antipathie naturelle de l'esprit industriel1 dvelopp un degr suffisant1 contre l'ascendant gnral de l'esprit thologique4 ,du point de vue pleinement religieux1 dont nos plus zls conservateurs sont habituellement fort loigns aujourd'hui1 la modification volontaire des phnomnes1 d'aprs les rgles d'une sagesse purement humaine1 ne doit pas sembler1 au fond1 moins impie que leur immdiate prvision rationnelle2 car1 l'une et l'autre supposent pareillement des lois invariables1 finalement inconciliables avec des volonts quelconques1 comme je l'ai expliqu1 tant d'gards importans1 dans les diverses parties de ce ,trait4 ,suivant la logique1 barbare mais rigoureuse1 des peuples arrirs1 toute intervention active de l'homme pour amliorer son profit l'conomie gnrale de la nature1 doit certainement constituer une sorte d'injurieux attentat au gouvernement providentiel4 ,il n'est pas douteux1 en effet1 qu'une prpondrance trop absolue de l'esprit religieux tend ncessairement1 en elle-mme1 engourdir l'essor industriel de l'humanit1 par le sentiment exagr d'un stupide optimisme1 comme on peut le vrifier en tant d'occasions dcisives4 ,si cette dsastreuse consquence n'a pas t plus souvent et surtout plus compltement ralise1 cela tient uniquement la sagesse sacerdotale1 qui a su manier1 avec une convenable habilet1 un pouvoir aussi dangereux1 de manire dvelopper son heureuse influence civilisatrice1 en neutralisant1 autant que possible1 par une indispensable continuit de prudens efforts1 son action spontanment dltre1 ainsi que je l'expliquerai historiquement dans les trois chapitres suivans4 ,on ne saurait donc mconnatre1 en gnral1 la haute influence politique par laquelle l'essor graduel de l'industrie humaine doit naturellement seconder l'ascendant progressif de l'esprit scientifique dans son invitable antagonisme envers l'esprit religieux1 sans compter l'importante stimulation journalire par laquelle l'industrie et la science s'alimentent mutuellement1 quand elles sont l'une et l'autre convenablement prpares4 ,le pass politique de ces deux lmens fondamentaux du systme moderne ayant d jusqu'ici principalement consister dans leur commune substitution graduelle la puissance sociale des lmens correspondans du systme ancien1 il faut bien que notre attention soit surtout fixe sur l'assistance ncessaire qu'ils se sont rciproquement fournie pour une telle opration prliminaire4 ,mais ce concours critique peut aisment faire entrevoir quelle force et quelle efficacit devront spontanment acqurir ces liens gnraux1 quand ce grand dualisme politique aura pu enfin recevoir le caractre directement organique qui lui manque essentiellement jusqu'ici1 afin de diriger convenablement la rorganisation finale des socits modernes1 comme je l'expliquerai spcialement dans la cinquante-septime leon1 en rsultat de notre analyse historique4 ,ayant ainsi suffisamment caractris1 pour notre objet actuel1 la double affinit politique qui unit profondment l'un l'autre les deux lmens principaux de chacun des deux tats extrmes propres l'volution fondamentale de l'humanit1 il serait inutile d'accomplir expressment la mme opration philosophique envers l'tat intermdiaire4 ,la solidarit spontane des deux puissances convergentes1 spirituelle et temporelle1 qui constituent le rgime transitoire1 est d'ailleurs une suite ncessaire de celle dont nous venons d'apprcier sommairement le principe l'gard du rgime initial et du rgime dfinitif4 ,sa ralit est1 du reste1 aujourd'hui tellement irrcusable1 qu'elle ne saurait exiger ici aucune indication directe3 ce n'est pas en voyant l'oeuvre les mtaphysiciens et les lgistes qu'on pourrait jamais mconnatre1 malgr d'invitables rivalits1 leur affinit fondamentale1 qui ne saurait permettre d'teindre rellement la prpondrance politique des uns sans dissiper la fois l'ascendant philosophique des autres4 ,nous pouvons donc regarder maintenant comme essentiellement termine l'indispensable explication complmentaire qu'exigeait d'abord1 par sa nature1 notre loi fondamentale de l'volution humaine1 avant de pouvoir tre convenablement applique1 d'une manire directe1 l'tude gnrale de ce grand phnomne1 qui sera toujours domine1 dans les leons suivantes1 par la considration pralable de ce triple dualisme successif1 base ncessaire1 mes yeux1 de la saine philosophique historique4 ,il ne sera pas inutile1 en terminant1 de signaler la conformit implicite d'une telle loi de succession1 la fois intellectuelle et matrielle1 ainsi que sociale et politique1 avec la coordination spontane que l'instinct ordinaire de la raison publique a toujours communment tablie dans l'ensemble du pass social1 en y distinguant le monde ancien et le monde moderne1 spars et runis par le moyen-ge4 ,sans engager aucune vaine discussion d'poques sur un rapprochement qui1 en lui-mme1 ne saurait tre prcis1 on ne peut certainement mconnatre une vritable analogie entre cet aperu vulgaire et la loi sociologique que je me suis efforc de dmontrer ici1 et qui1 sous ce rapport1 peut tre regarde comme surtout destine rendre rationnelle et fconde1 par une exacte conception scientifique1 une vague notion empirique1 demeure jusqu' prsent essentiellement strile4 ,bien loin de craindre qu'une telle concidence1 d'ailleurs videmment spontane1 puisse aucunement diminuer le mrite philosophique de mes travaux spculatifs1 je dois1 au contraire1 m'en prvaloir directement1 titre de haute confirmation gnrale du systme total de mes recherches1 en vertu de cet aphorisme capital de philosophie positive1 si souvent reproduit dans les diverses parties de ce ,trait1 qui impose1 en principe1 toutes les saines thories scientifiques1 l'indispensable obligation d'un point de dpart suffisamment conforme aux indications spontanes de la raison publique1 dont la science relle ne saurait constituer tous gards1 qu'un simple prolongement spcial4 ,la suite des considrations de dynamique sociale indiques dans ce long et important chapitre1 ayant dsormais assez tabli la loi fondamentale de l'volution humaine1 et1 par consquent1 les bases essentielles de la vraie philosophie historique1 dont la quarante-huitime leon avait dj convenablement caractris l'esprit et la mthode1 nous devons maintenant appliquer directement cette grande conception sociologique l'apprciation effective de l'ensemble du pass humain4 ,tel sera le principal objet successif des six chapitres suivans1 conformment au tableau synoptique annex1 en #ahej1 au premier volume de ce ,trait4 ,,fin ,,de ,,la ,,premi,,re ,,partie ,,du ,,tome ,,quatri,,me4