by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,,pierre ,,loti de l',acadmie franaise ,quelques aspects du vertige mondial ,,paris ,,ernest ,,flammarion1 ,,diteur #bf1 ,,rue ,,racine1 #bf ,quelques aspects du vertige mondial ,il a t tir1 de cet ouvrage1 cent soixante-cinq exemplaires sur papier de ,hollande1 numrots de #a #afe4 ,et vingt-cinq exemplaires sur papier du ,japon1 numrots de #a #be4 ,,pierre ,,loti ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,quelques aspects du vertige mondial ,,paris ,,ernest ,,flammarion1 ,,diteur #bf1 ,,rue ,,racine1 #bf #aiag ,tous droits de traduction1 d'adaptation et de reproduction rservs pour tous les pays4 ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays4 ,copyright #aiag1 by ,,ernest ,,flammarion4 ,quelques aspects du vertige mondial ,,vertige ,fvrier #aiag4 ,dans ces dessins d'enfantine cosmographie qui1 au temps des premiers ,pharaons1 se faisaient ,memphis1 le ciel tait figur par une vote sphrique laquelle des fils suspendaient les toiles1 et1 sous les diffrents pays de la terre1 navement tracs en couleurs1 une partie ombre en noir1 qui descendait jusqu'au bas de la feuille de papyrus1 s'appelait3 base du monde4 ,au fond de leurs esprits dgags plus frachement que les ntres de la matire originelle1 ne se demandaient-ils pas dj1 ces hommes aux intuitions merveilleuses1 ne se demandaient-ils pas ce qu'il pouvait bien y avoir plus haut1 plus haut1 au-dessus de la vote bleue o les toiles s'accrochaient8 ,l'infini1 l'inconcevable infini dont nos mes sont maintenant obsdes1 est-ce qu'ils commenaient d'en pressentir l'pouvante8 ,et1 pour eux1 sur quelle autre chose1 plus stable encore1 cette base du monde posait-elle8 ,est-ce qu'il leur venait l'ide de se demander3 ,en dessous1 encore plus en dessous1 que trouverait-on bien8 ,alors1 toujours1 toujours1 des couches plus profondes1 se soutenant les unes les autres8 ,et ainsi de suite indfiniment8 ,ou bien1 qui sait444 du vide8 ,mais alors1 comment ces bases tiendraient-elles1 car le vide1 c'est du nant o tout tombe8444 ,hlas6 oui1 prsent1 nous le savons1 nous que la ,connaissance a dsquilibrs1 nous le savons1 qu'en dessous c'est le vide1 le vide auquel il faut toujours logiquement et inexorablement aboutir1 le vide qui est souverain de tout1 le vide o tout tombe et o vertigineusement nous tombons sans espoir d'arrt4 ,et1 certaines heures1 si l'on s'y appesantit1 cela devient presque une angoisse de se dire que jamais1 jamais1 ni nous-mmes1 ni nos restes1 ni notre finale poussire1 nous ne pourrons reposer en paix sur quelque chose de stable1 parce que la stabilit n'existe nulle part et que nous sommes condamns1 aprs comme pendant la vie1 toujours rouler perdument dans le vide o il fait noir4 ,s'acclre-t-elle1 notre chute1 comme c'est la loi pour toutes les autres chutes apprciables nos sens8 ,ou bien est-ce que1 travers les espaces auxquels on tremble de penser1 la folle vitesse de notre soleil demeure constante8 ,nous n'en savons rien1 et n'en pourrons rien savoir jamais1 puisqu'il n'existe et ne peut exister nulle part aucun point de repre qui ne soit en plein vertige de mouvement1 puisque cette vitesse1 qui dj nous fait peur1 nous ne pouvons l'valuer que d'une faon relative1 par rapport celle d'autres pauvres petites choses1--d'autres soleils1--qui tombent aussi444 ,et puis1 comble d'effroi1 tout le cosmos qui1 aux yeux d'observateurs insuffisamment avertis1 semble admirable par sa ponctualit d'horloge permettant de calculer1 des sicles l'avance1 la minute prcise d'un passage ou d'une clipse1 ce cosmos n'est au contraire que dsordre1 tohu-bohu d'astres1 chaos insens1 frnsie de heurts et de mutuelles destructions444 ,dans un tang aux surfaces immobiles1 si nous jetons une pierre1 nous voyons pendant quelques secondes des cercles concentriques se former1 semblables des orbites de plantes1 et se dvelopper et se suivre avec une rgularit absolue1 jusqu' puisement de l'impulsion initiale1 ou bien jusqu' l'instant o une autre pierre lance viendra brouiller l'harmonie de ces courbes parfaites4 ,eh bien6 mais il en va de mme pour ces exactitudes clestes1 devant quoi les non-initis s'extasient#a2 pendant quelques milliards d'annes1--qui sont comme les secondes du temps ternel1--dans chaque groupe stellaire1 partir de l'instant o la secousse initiale l'a mis en mouvement1 tout continuera bien en effet tourbillonner suivant les lois de la gravitation1--lois trop effarantes du reste pour notre raison humaine1 effarantes par le seul fait qu'elles existent et que rien ne pourrait faire qu'elles n'existent pas4 ,et cela durera1 chronomtriquement1 si l'on peut dire ainsi1 jusqu' l'heure inluctable du choc contre un autre groupe en marche affole1 ou contre quelqu'un de ces monstrueux astres morts qui roulent1 obscurs1 dans le vide obscur4 ,heureux les simples qui ignorent tout cela6 ,heureux les lgers ou les trs sages qui peuvent vivre sans y trop penser6444 ,or1 ces redoutables aperus des cosmogonies1 que la prudence commandait de cacher1 comme les formules des explosifs1 dans des arches hermtiquement fermes1 nous les divulguons dj aux enfants de nos coles primaires1 o ils concourent pour leur part au dsquilibrement des gnrations nouvelles6 ,pauvre petite science humaine1 qui nous a bien appris que non seulement les astres tombent1 mais qu'en outre il a fallu qu'ils fussent lancs6 ,elle nous a presque fait connatre aussi comment a d s'effectuer le lancement de notre ,terre infime2 mais elle ne nous apprendra jamais1 jamais1 pourquoi1 comment et par qui fut lanc notre soleil#b1--;et lanc avec ce mouvement de giration que1 plus tard1 nous-mmes1 arrivs au summum de ce qu'on appelle progrs1 nous avons fini par savoir donner nos obus1 pour en augmenter la vitesse meurtrire4 ,ce soleil1 quel foyer d'pouvante1 ds que l'on songe lui6 ,o1 quand1 et surtout pourquoi s'est allume cette gigantesque tempte de feu1 qui mettra des milliards de sicles s'teindre1 et qui1 force de rouler1 de rouler depuis des temps inconcevables1 a parachev sa forme ronde8 ,et sommes-nous donc forcs d'admettre1 hlas6 qu'il soit un rservoir complet de tout ce qu'il faut pour donner naissance plus tard d'autres plantes encore1 avec leurs parasites de tout poil et de toute plume1 avec les criminels et les martyrs qui les habiteront8 ,admettre1 comme une logique superficielle semble l'indiquer1 qu'il y ait l-dedans de la matire premire de tout1 matire premire d'organismes humains1 matire premire d'mes1 de douleurs1 mme de tendresse1 de piti et de prire8 ,et qui les dirigera1 ces crations futures1 la surface de ces plantes qui vraisemblablement1 dans les temps imprcis1 jailliront sous formes de bulles gazeuses incendiaires et mettront sans doute1 pour se refroidir1 quelque quatre ou cinq cents millions d'annes2 qui les dirigera1 sera-ce ,celui qui a dj prsid la ntre8 ,se feront-elles par ttonnements comme sur la ,terre1 ou bien leur crateur aura-t-il bnfici d'expriences prcdentes et russira-t-il du premier coup8444 ,car c'est l un mystre plus insondable que tous les autres1 ces ttonnements si visibles1 si indniables1 oprs sur notre plante1 minuscule pourtant et de bien mesquine importance1 comme si ce crateur-l nous avait t spcial1 comme s'il ne s'tait plus nullement souvenu d'avoir dj cr autre part dans des mondes vanouis au fond des abmes du pass8444 7,oh6 tout cet infini antrieur1 dont la raison nous oblige d'admettre l'existence comme un axiome1 rien qu'en y songeant nous perdons pied6 ,que la matire et le temps n'aient jamais commenc1 n'est-ce pas mille fois plus inconcevable encore pour nos frles esprits1 que leur impossibilit de finir87 ,ces ttonnements1 qui sembleraient prouver que la cration terrestre fut une uvre de dbut1 la palontologie nous en fournit de plus en plus la preuve1 aujourd'hui qu'elle achve de reconnatre et de classer toutes les faunes primitives2 on ne peut nier que le crateur ait longtemps cherch sa voie1 dans ces innombrables bauches d'tres tout de frocit et de hideur dont beaucoup n'taient pas mme viables3 ttes trop grosses et trop lourdes1 que la charpente n'avait pas la force de supporter2 ou bien1 ttes si petites que les mchoires devaient nuit et jour1 sans trve1 broyer des aliments1 sous peine de laisser mourir le trop norme corps444 ,et avant de raliser l'ide du vol1 l'ide de l'oiseau1 n'a-t-il pas fallu des essais qui ont dur des millnaires#c8444 ,a ct de ce pnible effort qui dnote presque une incomptence1 viennent prendre place des faits plus mesquins1 qui droutent notre admiration pour le crateur des organismes matriels4 ,ainsi1 dans ce tout petit monde affreusement inquitant1 qui nous a t rvl depuis un demi-sicle peine par ,h4 ,fabre1 dans le monde des insectes1 ce crateur aux fantaisies illimites n'a-t-il pas imagin des complications saugrenues et gnantes1 des structures ridicules1 des perversits infernales1 et1 pour ne citer que les dlirantes amours de l'araigne1 des murs horriblement sadiques dont nous restons pouvants4 ,on connat1 entre tant de milliers d'autres exemples1 le cas de cette bestiole qui1 avant de mourir en fin de saison1 fait une autre bestiole une piqre anesthsiante1 trs exactement aux centres nerveux1 avec une science anatomique consomme1 l'endort d'un sommeil lthargique et pond sur elle ses ufs1 afin que1 l'anne suivante1 quand elle-mme sera depuis longtemps morte1 sa postrit d'immondes petites larves trouve en naissant une proie encore frache1 encore en vie1 mais inerte4 ,et je parlerai aussi de certain grand insecte vert1--parce que je l'ai observ de prs1 celui-l1 dans les forts de ,ceylan4 ,il vit endormi et impossible distinguer1 parmi la verdure pareille de l'arbuste qui le nourrit2 sur ses ailes ont t copis1 avec une exactitude et une minutie vraiment enfantines1 les festons et les nervures des feuilles de sa plante nourricire1 tout cela pour tromper les yeux d'une varit d'oiseaux dont il est le mets prfr2 et ce dtail est peut-tre le plus dconcertant3 au bord de ses ailes si ingnieusement camoufles1--pour parler comme sur le front de bataille--des petites chancrures irrgulires1 lisres d'une peine perceptible ligne rougetre1 imitent s'y mprendre les morsures que font1 sur les vraies feuilles1 les larves parasites de ce mme arbuste4 ,le ,crateur s'tait-il attentivement reprsent1 ce que seraient ces lgers dgts1 ou bien les avait-il dj observs1 avec leur coloration rouge1 lorsqu'il a combin l'invraisemblable insecte8 ,en tout cas1 quelle invention purile1 quand il et t tellement plus simple de ne pas crer l'oiseau dvorateur6 ,quelle amusette indigne de ,celui qui cra l'me de l'homme1--si toutefois nous devons admettre qu'il fut le mme6444 ,l'homme1 il avait t au moins ds longtemps prvu par ce ,crateur des animaux et des plantes2 ses yeux mmes avaient t prvus aussi1 ses yeux qui1 parmi tant de millions d'autres yeux grands ou petits1 sont absolument les seuls capables d'tre charms par la beaut et la couleur2 c'est donc pour lui certes que1 des millnaires avant son apparition1 avaient t inventes les roses2 mais1 dans le but de dchirer sa main qui ne manquerait pas de vouloir les prendre1 on avait garni les tiges d'pines1--sans mme penser aux ciseaux qui plus tard permettraient de si impunment les cueillir4 ,c'est aussi pour le regard humain qu'avait t compose toute la srie de ces merveilleux petits oiseaux1 les paradisids1 resplendissants de coloris mtalliques1 surchargs plutt trop1 avec une profusion presque barbare1 de gorgerins changeants1 de parachutes1 de queues et d'aigrettes dmesures2 mais tourdiment on ne leur avait donn pour dfense que la rapidit de leurs ailes1--sans prvoir le fusil qui viendrait plus tard les exterminer en masse1 pour satisfaire le besoin de parure des lgantes modernes1 qui se complaisent avoir la tte hrisse de leurs pauvres petites dpouilles innocentes444 ,notre humanit1 si incompltement devine par son ,crateur1--ou du moins par son crateur suppos1 qui n'est peut-tre responsable que de sa forme animale1--voit son volution s'acclrer aujourd'hui trop furieusement1 comme s'acclrent toutes les longues chutes dans les abmes4 ,il y a quelque deux cent mille annes qu'elle a surgi tout coup1 nous ne saurons jamais pourquoi1 la surface de cette poussire cosmique1 la ,terre1 qui aurait si bien pu demeurer dserte et ne pas promener dans l'espace tant d'mes dsespres et de corps sanglants4 nigme de plus1 elle est apparue sans doute sous un aspect dj parfaitement humain1 car on n'a jamais trouv1 quoi que l'on en ait prtendu1 sa filiation tant cherche444 ,aprs avoir indfiniment vgt dans les cavernes1 elle a connu une apoge presque subite lors de ce merveilleux lan de foi qui a dur quelques millnaires1 mais qui s'puise et qui1 faute de sve et de jeunesse1 ne se reproduira jamais2 cette envole1 nous devons les vieux temples de l',egypte et de l',inde1 les jardins de l',hellade1 o se promenaient1 en devisant de nouveauts sublimes1 d'incomparables pripatticiens1 et enfin les catacombes de ,rome1 et puis nos profondes cathdrales avec leur pnombre tout imprgne de confiantes prires4 ,mais1 c'est dj dans le pass tout cela1 et ne semble-t-il pas que la suppression de cette mme humanit ou tout au moins son dpart pour ailleurs soit dsirable et peut-tre mme proche1 puisque la voici dsquilibre par la ,connaissance et prise d'un vertige qui ne se gurira plus6 ,aujourd'hui1 au lieu des lointains mais radieux espoirs1 nous avons les convoitises immdiates1 l'alcool et la dtresse4 ,au lieu des hautes basiliques1 magnifiquement difies par des artistes inspirs1 nous avons le honteux et imbcile obus allemand1 qui passe au travers1 et les gerbes d'cume des explosions sous-marines et le cauchemar de ces grandes caricatures d'oiseaux en acier qui1 au-dessus de nos ttes1 promnent la mort4 ,un vent de laideur et de crime souffle en tempte sur le monde444 ,c'est du reste de notre ,europe qu'est venu tout le mal4 ,et pourtant avons-nous t assez fiers de notre progrs6 ,ces ,hindous contemplatifs1 tous ces peuples d',orient qui nous dpassaient dans l'intuition des choses mtaphysiques1 mme dans la posie1 dans le rve1 les avons-nous toiss d'assez haut1 parce qu'ils avaient le bonheur d'tre un peu des arrirs de la science positive et ignoraient le tournoiement dsordonn des soleils1 ainsi que les secrets de la chimie1 la composition de cette mlinite ou de cette cheddite qui nous fauchent aujourd'hui par milliers4 ,et1 pour achever la confusion de notre orgueil1 en plein milieu de notre ,europe1 une race non perfectible a pullul plus vite que les autres1 cette race de ,germanie qui dj1 au temps de ,varus1 emplissait de dgot les ,romains par son incroyable mlange de frocit et de mensonge2 tout lui est bon pour tuer1 cette race de rebut1 non seulement les obus normes et les balles pointues2 mais encore les toxiques1 les microbes et les virus2 il semble qu'elle ait reu1 de la part de cet lment de la ,trinit hindoue qui fut dnomm ,shiva1 prince de la ,mort1 la mission spciale d'exterminer2 le rle o elle se complait rappelle celui de ces poissons voraces qui se runissent par myriades et passent leur vie manger les autres4 ,et1 mme quand nous aurons vaincu sa force homicide1 elle demeurera parfaitement destructive de tout calme et de toute beaut1 en dveloppant outrance son ,industrie qui est la ngation de l',art1 en propageant partout l',usine qui est l'tiolement physique de l'homme et l'exploitation des pauvres ouvriers en troupeaux4 ,ils s'en vont1 hlas6 les petits mtiers d'autrefois1 o chacun1 loin des hauts fourneaux meurtriers1 exerait librement son habilet personnelle et son artistique fantaisie2 ils s'en vont et bientt l',orient mme ne les connatra plus444 ,cher ,orient1 qui demain aura cess d'exister et qui tait pourtant le dernier refuge de ceux qui souhaitent encore vivre dans le silence1 la mditation1 peut-tre la prire1 sans entendre les sifflets des machines1 les rsonances des ferrailles1 ni les discours subversifs et ineptes1 arross d'alcool4 ,et le calme1 hlas6 nous sera refus de plus en plus1 nous et notre descendance1 pendant ces temps1 trs compts sans doute1 qui restent encore nos races humaines pour vivre et se reproduire1 au milieu du dchanement de tous les explosifs4 ,la ,science perfide nous a conduits au plus terrible tournant de nos destines4 ,tout ce qui avait dur avec nous depuis quelques sicles1 tout ce qui nous semblait solide pour nous y appuyer1 chancelle brusquement par la base1 se dsagrge ou change4 ,et l'enseignement matrialiste jette dans nos mes le dsarroi mortel quoi nous devons ces milliers de fous et cette croissante criminalit de l'enfance1 signe que la fin est proche444 ,ce que je viens de dire1 je n'ai bien entendu aucune prtention que ce soit un peu nouveau2 rien1 je l'accorde1 n'est plus pitoyablement ressass4 ,du reste1 tout est ressass sur la terre4 ,si j'ai essay de rpter tout cela ma faon pour le faire peut-tre mieux entendre de mes frres intellectuels1 simples comme moi1 et pour en aviver chez eux l'pouvante1 c'est dans le but de leur communiquer1 aprs1 des rflexions--oh6 bien simplistes et notre porte--mais qui pourront peut-tre leur procurer1 ainsi qu' moi-mme1 quelque apaisement444 7,simple1 oui1 je ne suis qu'un simple1 que des engrenages ont emport1 et qui a manqu sa vie2 je n'tais pas n pour m'parpiller sur toute la terre1 m'asseoir au foyer de tous les peuples1 me prosterner dans les mosques de l',islam1 mais pour rester1 plus ignorant encore que je ne suis1 dans ma province natale1 dans mon le d',olron1 dans la vieille demeure au porche badigeonn de chaux blanche1 prs du petit temple huguenot o j'ai pri1 enfant1 avec une telle ferveur1--trs humble petit temple que1 du fond des lointains de l',afrique ou de l',asie1 j'ai plus d'une fois revu en rve1 dans la rue d'un village dsuet1 ct de certain mur de jardin que dpasse la verdure sombre de grands oliviers4447 ,ce que je voudrais leur dire1 mes frres inconnus1 c'est que1 plus le vertige et le chancellement nous entourent et nous affolent1 plus il faudrait s'efforcer d'tablir au contraire dans nos mes la paix et la stabilit4 ,ce conseil1 oh6 tout le monde aurait su le donner1 je suis le premier le reconnatre2 mais personne1 plus que moi jadis1 n'a dout qu'il ft possible de le suivre4 ,cependant1 je m'y raillie de plus en plus aujourd'hui2 plus que jamais1 je crois que la paix intime peut la rigueur se retrouver1 non pas seulement par rsignation dtache1 mais aussi1 qui sait1 par espoir d'autre chose1 pour ailleurs1 pour plus tard444 ,je reparlerai d'abord de cet effroyable soleil qui nous entrane sa suite dans des rgions sans cesse nouvelles de l'infini noir1 et dont la force attractive se tient toujours prte faire dvier notre pauvre plante de son ellipse frntique1 la happer comme une ngligeable poussire1 ds que faiblirait la vitesse qui la sauve1 pour l'anantir dans ses continuels cyclones de feu4 ,ce soleil1 qu'il soit1 je le veux bien1 devant l'vidence il faut se rsigner l'accepter1 qu'il soit le rservoir de toute la matire premire de ce monde matriel qui nous entoure1 mme des fraches fleurs et des yeux candides de nos enfants1 jusque-l1 je m'incline4 ,mais1 quant admettre que1 dans la brutale fournaise1 soit aussi contenue toute la rserve de ce qui parfois dans nos mes atteint au sublime1--l'abngation1 le sacrifice1 l'amour1 la charit1--non tout de mme2 devant cette hypothse matrialiste1 le bon sens se cabre4 ,tout cela1 qui donc l'a souffl1 doses ingales1 dans nos petites enveloppes d'un jour8 ,on hsite mme admettre que ce soit ,celui qui a cr si pniblement le monde visible et matriel au milieu de quoi notre vie se consume se dbattre3 car ,celui-l1 j'oserai presque dire que1 sous certains rapports1 nous l'avons dpass1 puisque nous voici capables de le juger1 de constater les erreurs de ses premiers essais et la purilit de ses petites ruses inutiles4 ,non1 tout cela1 qui nous illumine de quelques rayons enchants1 dans notre affreuse nuit1 tout cela nous est venu1 nous ne saurons jamais d'o1 mais assurment d'ailleurs1 de plus loin et de plus haut444 ,et voici un autre raisonnement1 pour le moins aussi simpliste1 et plus facile encore battre en brche1 parce qu'il a une vague prtention de s'appuyer sur quelque chose comme une donne prcise2--et cependant il me semble qu'il rassure4 ,la science1 il est depuis longtemps entendu1 n'est-ce pas1 qu'elle n'explique et n'expliquera jamais rien du tout1 si ce n'est les bagatelles du seuil2 plus elle marche1 plus elle pntre1 et plus elle dveloppe en avant de notre route les champs dj dmesurs de l'inconcevable1 plus elle nous apporte l'effroi1 le vertige et l'horreur4 ,toutefois1 dans les troublantes officines de ses investigations que nous appelons laboratoires1 elle vient de faire une dcouverte qui n'a pas eu1 semble-t-il1 le retentissement mondial qu'elle mrite1 mais d'o l'on peut dduire quelque espoir4 ,nagure encore on disait3 la matire est divisible l'infini4--,eh bien6 il ne parat plus que ce soit vrai pour la matire organique4 ,on disait3 aux yeux de la ,nature1 il n'y a pas des choses grandes et des choses petites2 l'uvre cratrice peut s'exercer jusqu' l'infini1 dans le petit comme dans le gigantesque1 car les microscopes1 mesure qu'augmente leur grossissement1 nous montrent toujours1 toujours des organismes aussi compliqus chez de plus infimes microbes 7qui sont1 bien entendu1 frocement arms pour en tuer d'autres71 et1 plus le grossissement augmentera1 plus il nous en montrera encore1 sans limite qui puisse tre atteinte4 ,eh bien6 ce n'tait pas vrai3 un moment arrive1 un moment plein de rvlations insondables1 un moment trs solennel1 o il n'y a plus rien4 ,en effet1 on a dcouvert que si1 entre deux surfaces absolument1 mathmatiquement planes et polies1 on comprime1 l'excs1 du plasma1 il n'y reste plus ensuite aucun germe pouvant encore donner de la vie1 mme lmentaire1 tout y est mort par crasement1 mort pour tre devenu trop petit2 il y a donc1 dans la petitesse1 une limite que la ,nature cratrice ne peut plus franchir1 et au-dessous de quoi tout son pouvoir1 que l'on supposait souverain et innombrable1 est en dfaut4 ,alors1 si nous prenons pour exemple ces demi-tres si spciaux1 dj tout juste apprciables au microscope1 dont la communion1 au dire de la science1 suffit assurer la continuit des races1 et en particulier de la race humaine1 il faudrait1 bien entendu1 avec la thse purement matrialiste1 que chacun de ces atomes-l contint1 en plus des germes de toutes les hrdits physiques avec leurs plus menus dtails1 ceux encore de toutes les hrdits morales1 le caractre1 l'intelligence1 le gnie1 la tendre piti4 ,or1 matriellement1 il n'y a pas place en eux pour la millime partie de tout cela1-- moins de tomber des dimensions bien au-dessous de celle que la ,nature exige pour en tirer quoi que ce soit4 ,il est donc tout prix ncessaire que ces atomes1 qui incontestablement reproduiront tout un monde de vices ou de transcendantes qualits1 aient t traverss1 imprgns1 ennoblis pourrait-on dire1 par un rayon chappant toute mesure de poids ou de grandeur1 autrement dit par un rayon immatriel444 ,l'immatriel6 ,voici donc quelle conclusion de porte incalculable me semblerait conduire cette exprience de l'crasement1 qui fut peut-tre fortuite et passa presque inaperue4 ,et1 du moment que l'immatriel commence de s'indiquer notre raison1 tout s'claire1 tous les espoirs deviennent possibles2 la terreur diminue ainsi que le vertige4 ,affranchis1 si peu que ce soit1 des accablantes forces physiques1 dlivrs du temps1 des dimensions et de l'espace1 nous avons moins peur des infinis vides1 et de l'normit des soleils1 et de la vitesse de leur ternelle chute4 ,et1 en attendant d'en savoir davantage1 nous supportons dj mieux1 n'est-ce pas8 cette fivre brlante qui svit1 de nos jours1 avec dlire et rage de tuerie1 sur notre petite plante bout de souffle4 ,oh6 certes1 elles sont trop aisment attaquables1 ces frles conclusions1 sans doute plus intuitives que dduites4 ,mais on m'accordera que celles du matrialisme exclusif1 outre qu'elles nous poussent tout droit au suicide et au crime1 ne tiennent pas davantage4 ,puisque nous avons maintenant acquis l'absolue certitude de ne jamais rien comprendre et de nous heurter de plus en plus au ,terrible et l',absurde1 dresss devant nous dans les tnbres1 j'incline plutt me rapprocher de ceux qui font confiance aveugle nos grands anctres illumins2 ces fondateurs de nos religions1 tant moins desschs que nous par la science et les vaines agitations modernes1 restaient beaucoup plus aptes entrevoir directement le ,divin4 ,qu'importe aprs tout que des adeptes d'autrefois1 ameuts autour d'eux comme autour de sauveurs1 aient trop encombr1 de dogmes purilement prcis et d'images orientales1 leurs rvlations premires2 passons au travers de tous ces apports qui rappetissent et qui teignent2 passons avec respect1 mais passons1 pour ne nous arrter qu' l',esprance1 qui nous attend peut-tre encore derrire ces rideaux de vnrables nuages444 ,ce n'est pas nouveau non plus1 c'est au contraire connu et banal au possible1 cette tentative de repli vers des espoirs anciens1 aprs que l'on a constat que partout ailleurs il n'y a que plus d'illogisme encore4 ,cependant j'ai tenu1 avant de rentrer dans le silence de dessous terre1 pour un temps que j'ignore1 sinon pour l'ternit1 j'ai tenu en parler ceux que je regarde comme mes vrais frres1 ceux qui1 avec une anxieuse confiance1 suivent l'volution de mon entendement personnel1 et vis--vis de qui je me sens charge d'me4 99 99 99 99 99 ,mais1 hlas6 j'ai dit cela trs mal1 avec incohrence1 et surtout beaucoup trop en hte1 entre deux sjours aux armes du front444 ,p4 ,l4 99 99 99 99 99 ,,fragments ,d',,un ,,journal ,,intime ,i4--,visions des soires trs chaudes de l't4 ,juillet #aiad4 ,a diffrentes poques de ma vie1 espaces les unes des autres tantt par des mois1 tantt par des annes1 j'ai eu des visions on ne peut plus diverses1 mais toujours unies entre elles par cette sorte de lien inexplicable d'tre filles des plus chauds et limpides crpuscules d't1 de n'apparatre que les soirs o la ,terre s'endort d'une torpeur spciale aprs s'tre1 dans le jour1 pme sous l'ardent soleil1 et de choisir ces heures o l'imprcision nocturne commence de tout envelopper1 tandis qu'au ciel du couchant persistent ces bandes nuances de rouge et d'orang qui ressemblent aux reflets d'un incendie4 ,le mot de vision convient mal1 mais les langues humaines n'en ont pas d'autres pour mieux nommer ces choses fantomatiques1 plutt imagines que vues4 ,soudainement1 avec une commotion qui doit venir du ,grand ,mystre d'en dessous1 on se dit3 ,si pourtant je voyais apparatre a1 dans tel coin d'ombre444 et on se le dit avec une si particulire intensit que1 pendant un instant insaisissable1 on voit a1 esquiss la place mme o on redoutait de le voir4 ,de ces visions-l1 quelques-unes m'ont trs longtemps inquit en souvenir1 et en voici une de ma prime jeunesse1 de mes quatorze ans1 qui me poursuit encore4 ,j'tais all passer un de mes jeudis de collgien chez des amis de mes aeules1 un mnage d'octognaires qui s'tait retir dans une maison de campagne isole1 deux ou trois kilomtres de ma ville natale4 ,je les visitais rarement1 parce que leur petit domaine tait triste1 triste1 dans une dsutude sans grce1 et ce soir-l je les quittai aussitt aprs dner1 ayant reu la consigne d'tre rentr en ville avant la nuit close2 je ne comprends d'ailleurs pas comment1 dans ma famille o l'on me veillait beaucoup trop comme un petit objet prcieux1 on avait pu admettre l'ide de ce retour1 seul1 au crpuscule4 ,la route traversait d'abord un bois de chnes1 nomm le bois de ,plantemort1 parce que jadis1 aux sicles passs1 on y faisait1 parat-il1 de trs mauvaises rencontres4 ,je m'y engageai du reste sans la plus lgre apprhension4 ,c'tait une soire de juillet lumineuse et ardente1 succdant une journe torride2 les ts d'aujourd'hui me semblent avoir perdu cette splendeur1 que je n'ai plus retrouve qu'aux colonies4 ,tout le couchant tait tendu d'une bande de feu rouge1 qui par le haut se dgradait doucement la manire des arcs-en-ciel1 se fondait en un jaune d'or clatant et puis en un vert merveilleux4 ,on tait gris par l'odeur des chvrefeuilles et de mille plantes surchauffes1 et dans l'air montait en crescendo le concert frmissant des tout petits chanteurs de l'herbe4 ,a une cinquantaine de mtres en avant de moi1 un sentier de dessous bois venait dboucher dans le grand chemin que je suivais444 ,et soudain1 sous l'empire de quelque chose1 ou de quelqu'un qui n'tait pas moi-mme1 ce coin de sentier1 j'imaginai un personnage tout fait imprvu1 qui aussitt se dessina1 cr sans doute mon appel444 ,son corps sans paules tait comme une sorte de bton habill1 drap dans une robe trane de couleur neutre4 ,il avait un peu plus que la taille humaine4 ,sa tte1 norme et tout en largeur1 avec les gros yeux rejets aux deux bouts1 se tenait penche1 me regardant venir d'un air engageant et enjou1 mais fort suspect2 c'tait1 dmesurment agrandie1 une figure comme en ont les libellules1 ou plutt ces longs insectes tranges qu'on appelle des mantes religieuses4 ,cela m'attendait1 cela souriait1 et cela semblait dire3 ,je ne me montre pas d'habitude1 je rside dans mes cachettes au fond des bois1 mais je viens de sortir1 comme a au crpuscule1 pour ne pas manquer l'occasion de te voir passer4 ,une demi-seconde peine1--et puis1 plus rien4 ,quand j'arrivai devant cette entre de sentier sous les chnes1 cela n'y tait plus1 il va sans dire2 mais tout de mme1 je ne continuai ma route qu'en me retournant de temps autre pour regarder derrire moi4 99 99 99 99 99 ,dans le vieux jardin de la ,limoise1 les soirs de ces magnifiques ts d'autrefois1 plusieurs visions aussi furtives avaient prcd celle-l1 vers ma huitime ou dixime anne1 mais en laissant de moins durables empreintes4 ,elles apparaissaient surtout quand on restait assis en silence1 au crpuscule1 sous certain berceau que des jasmins couvraient de mille petits bouquets de fleurs blanches1 en saturant l'air de parfum4 ,c'tait l'heure o les premires toiles s'allumaient dans le ciel ardent1 encore d'un rouge de braise1 l'heure o l'on commenait1 d'une faon plus particulire1 sentir l'enveloppement de ces bois de chnes gs de plusieurs sicles1 qui s'avanaient trs prs des murs bas et presque croulants de vtust4 ,on venait d'entendre1 dans le lointain de l'air immobile et chaud1 le tintement un peu fl1 doux quand mme et pour moi inoubliable1 de l',anglus1 sonn au clocher roman du village d'chillais4 ,alors1 tout au fond du jardin1 tout au bout de ces alles droites la mode ancienne1 bordes de buis ou de lavande1 passait parfois1 trs estomp d'imprcision crpusculaire1 un bonhomme en redingote noire 7comme celle de mon professeur de latin71 avec une figure de chauve-souris et de grandes oreilles dresses4 ,et il m'appelait de la main1 par un petit geste discret et confidentiel444 ,presque toujours1 ces visions-l essaient d'appeler1 en prenant un air aimable et lgrement espigle1 mais qui ne vous donne quand mme aucune envie de venir4 99 99 99 99 99 ,je franchis maintenant beaucoup d'annes1 pendant lesquelles rien de frappant ne m'apparut1 pour en venir un t dont je ne sais plus exactement la date1 mais qui devait tre tout la fin du sicle dernier4 ,au fond du grand jardin d'une maison de faubourg1 j'tais assis1 au beau crpuscule1 en compagnie de trois tout petits garons1 d'un an1 trois ans et cinq ans4 ,leur mre1 qui tait aussi l1 tenait sur ses genoux le plus petit1 qui ne voulait pas dormir et gardait obstinment ouverts ses yeux de jolie poupe4 ,aucun bruit ne nous venait de la ville toute proche et1 depuis un instant1 nous parlions peine4 ,ce soir-l1 c'tait l'odeur grisante des clmatites qui dominait dans l'air2 elles couvraient1 comme d'une paisse neige blanche1 dj un peu noye d'ombre1 le toit d'une vieille petite cabane rustique1 presque maisonnette lapins1 dont la fentre ouverte1 non loin de nous1 laissait paratre l'intrieur tout noir4 ,pauvre petit1 aux larges yeux de poupe1 qui ne fit qu'une si courte visite aux choses de ce monde6 ,je l'ai peine connu la dure d'une saison1 car il tait n pendant un de mes voyages aux ,indes et il fut emport par une pidmie infantile pendant que j'tais en ,chine4 ,pauvre tout petit1 qui regardait fixement1 comme hypnotis1 le dedans obscur de la cabane aux clmatites6 ,jamais encore je n'avais tant remarqu son expression1 et c'est toujours son image de cette fois-l que je retrouve en souvenir1 quand je repense lui4 ,voyait-il quelque chose1 ou bien rien8 ,pensait-il dj quelque chose1 ou bien rien8 ,qui dira jamais ce qui s'veille ou ne s'veille pas dans ces mystrieuses petites bauches de ttes humaines8 ,l'un des deux autres1--celui de trois ans1 tout chevelu de boucles blondes1--qui avait suivi son regard attentif1 s'effara tout coup devant la minuscule fentre3 ,il y a une figure l6 dit-il4 ,et il rpta plus fort1 d'une voix change par la frayeur1 en se jetant contre sa mre3 ,si6 ,il y a une figure4 ,je te dis qu'il y a une figure6 ,machinalement1 je regardai aussi4 ,alors la figure m'apparut soudain1 ride1 dente1 cadavrique1 vieille femme aux longs cheveux bouriffs1 et1 avant de s'effacer1 elle prit le temps de cligner de l'il1 pour me faire signe de venir4 ,bien entendu1 je n'eus mme pas l'ide d'entrer dans la cabane pour vrifier1 tant d'avance parfaitement sr de n'y trouver personne4 ,mais il fallut vite emmener l'enfant1 qui avait trop peur pour rester l4 ,et combien j'aurais t curieux de savoir s'il s'tait cru appel1 lui aussi6 ,cependant je n'osai pas le lui demander1 par crainte de prciser et d'agrandir son pouvante4 ,et maintenant voici la dernire de la srie macabre1 une vision qui diffre trs peu des prcdentes1 si peu que je vais tomber dans des redites en cherchant il la fixer ici2 elle a cependant de particulier qu'elle dgage une tristesse absolument indicible et inexplicable1 tristesse dont je retrouve la trace ds que je me remets y songer4 ,la vision1 pour m'apparatre entre chien et loup1 avait choisi une soire ou j'tais seul dans ma chambre et seul dans ma maison familiale4 ,cela se passait sur la fin d'un dimanche de juillet1 par un trs chaud crpuscule4 ,fentres grandes ouvertes1 j'crivais je ne sais quelles lettres1 me htant parce que je n'y voyais plus1--et ne voulais pas allumer de lumire par crainte d'appeler les moustiques4 ,le dimanche ne manque jamais d'apporter1 sur ma maison vide1 une aggravation de nostalgique silence1 parce que c'est un usage tabli de laisser ce jour-l tous les domestiques se promener1 et l'on reste sous la garde d'une vieille femme qui se tient en bas1 pas trop rassure d'ailleurs quand la nuit tombe1 et n'ayant d'autre mission que de veiller la porte de la rue1 pour le cas trs improbable o quelqu'un viendrait sonner4 ,il faut dire aussi1 pour l'intelligence de cette purile petite histoire1 que je me suis choisi une chambre tout au fond de la maison1 afin d'avoir plus de silence encore2 elle donne sur une cour intrieure1 au bout de laquelle est le pavillon de mon fils1 et on est l comme dans une chartreuse1 isol mme de la tranquille vie ambiante4 ,pour me tenir compagnie1 pendant que j'crivais mes lettres1 longtemps j'avais eu la musique perdue des martinets en tourbillon dans le ciel d'or1 et puis ils taient alls se coucher1 cdant la place aux chauves-souris dont ma maison a toujours t hante1 et qui sont1 comme on sait1 de rapides petites btes en velours1 fendant l'air sans jamais le plus lger bruit d'ailes4 ,dcidment je n'y voyais plus1 et je restais l indcis1 sentant une tristesse de solitude descendre sur mes paules et m'envelopper comme un manteau4 ,avec un sentiment presque pnible1 mesure que le jour baissait1 je songeais tout ce qui me sparait de la rue1--une morne petite rue de province pourtant1 et dserte sans doute cette heure pour l'habituelle promenade du dimanche soir1 mais tout de mme une rue1 o d'autres gens existaient1 o se concentrait le peu de vie d'alentour4 ,j'en tais vraiment loin1 spar par tant d'appartements inhabits et remplis de trop de souvenirs de chres mortes1 enfilade de salons vides1 chambres vides1 chambres o personne n'avait plus couch depuis que des aeules en taient parties pour le cimetire4 ,oh6 la lugubre chose1 quand on s'y appesantit1 d'avoir t le plus jeune et de rester le dernier de tout un groupe d'tres qui vous avaient chri pendant vos premires annes444 ,et puis1 ce jour-l1 une sourde angoisse1 que l'on osait peine s'avouer soi-mme1 oppressait toutes les mes franaises4 ,des paroles ambigus taient arrives de ,berlin1 l'officine des grandes fourberies1 o plus que jamais semblaient se tramer d'abominables complots4 videmment on se disait3 ,non1 ce n'est pas possible2 la guerre est devenue infaisable force d'horreur2 aucun homme au monde1 ft-ce mme leur ,kaiser sinistre1 n'oserait dchaner cela4 ,c'est gal1 on traversait une fois de plus une priode anxieuse1 du fait de l'homme d',agadir4 ,et la possibilit d'une telle chose1 qui bouleverserait de fond en comble l'humanit1 rendait plus profondes mes penses1 avivait pour moi davantage le regret de ces passs relativement calmes et doux1 qui imprgnaient encore de leur souvenir la vieille maison4 ,j'allai m'accouder ma fentre1 et l un souffle trs chaud du vent d't m'apporta une odeur exquise1 envoye par certain chvrefeuille que j'ai toute ma vie connu4 ,je regardais1 en face de moi1 le pavillon qui est la demeure de mon fils444 ,tiens6 pourquoi les fentres de sa chambre coucher1--au deuxime tage1 au niveau de la mienne1--restaient-elles grandes ouvertes1 puisqu'il tait en voyage8 ,quelque oubli des domestiques sans doute2 mais cela n'apportait aucune gaiet1 au contraire1 car1 cette heure bientt nocturne1 l'intrieur de la chambre naturellement tait tout noir4 ,avec une persistance involontaire1 je me rappelai nouveau toutes ces autres chambres vides1 derrire moi1 dj plonges dans la vraie nuit1 tandis qu'en avant j'avais ces cours1 ces petits jardins1 ces petits murs bas aux pierres grises et moussues1 tout cela antrieur mon existence1 et si familier mes premires annes4 ,beaucoup de roses1 certes1 beaucoup de fleurs partout1 et de plantes grimpantes1 mais plus personne de vivant nulle part444 ,le chvrefeuille continuait d'embaumer1 mais la tristesse d'tre seul1 dans cette chre maison jadis si doucement peuple1 m'accablait par trop444 ,et c'est alors que1 sans crier gare1 instantanment1 l-bas1 dans le cadre d'une fentre de la chambre de mon fils1 se dessina un personnage tout fait indsirable444 ,un grand vieux1 trop grand1 trop chevelu1 vot1 horrible1 un sourire quivoque dcouvrant ses dents trop longues444 ,il se tenait un peu en retrait dans l'ombre1 comme n'osant pas affronter ce qui restait de lumire dehors444 ,sous mon premier regard1 il s'vanouit bien entendu comme une fume2 mais il avait eu le temps de m'appeler du doigt1 de me faire signe3 ,viens donc6 ,mais viens donc un peu me trouver6 ,,ii4--,le chant du dpart4 ,le matin du #b aot #aiad4 ,oui1 jusqu' hier1 jusqu' la dernire minute1 on continuait de se le dire3 ce n'est pas possible1 aucun homme au monde1 ft-ce leur ,kaiser1 n'oserait plus dchaner l'horreur sans nom d'une guerre moderne2 ce n'est pas possible1 donc cela ne sera pas444 ,et il a os1 lui1 et cela est6 ,chez ces lugubres atrophies-l1 des hrdits de despotisme sans frein ont tellement dtruit tout sentiment de fraternit humaine1 qu'ils n'hsitent plus devant un ou deux millions de morts1 jouer sur un coup de ds444 ,ce matin1 mon rveil1 quelqu'un1 avec une brusquerie tragique1 est venu me dire3 a y est6444 ,ils ont viol le ,luxembourg6 ,la nouvelle a mis un peu de temps me pntrer jusqu'au fond de l'me1 en bousculant toutes les autres conceptions sur son passage444 ,et maintenant1 on vit dans une sorte d'effervescence contenue et silencieuse2 on a la mentalit de gens qui seraient avertis d'un cataclysme cosmique1 d'une fin de monde1 et on l'attend comme une chose inluctable et immdiate1 qui va tout l'heure clater aussi srement qu'une bombe dj allume1 tandis que rien encore n'a troubl l'ordre ni le calme ambiants4 ,le calme1 je crois qu'il n'avait jamais t si absolu que ce matin1 sur ma petite ville de province toute blanche au soleil d'aot4 ,par mes fentres1 ouvertes sur les cours enguirlandes de verdure1 aucun bruit ne m'arrive1 que le chant des hirondelles1 qui dlirent de joie parce qu'il fait radieusement beau4 ,et cependant1 ici comme partout ailleurs1 d'un bout l'autre de notre ,france1 il doit y avoir affairement1 angoisse et fivre1 dans toutes les maisons1 dans toutes les casernes1 dans tous les arsenaux4 ,dans toutes les mes franaises1 un grand tumulte doit bouillonner comme dans la mienne444 ,alors1 c'est si dconcertant1 cette tranquillit persistante des choses d'alentour1 et ces chants joyeux des petits oiseaux de mes murailles444 ,l'aprs-midi du #b aot4 ,mon fils est rentr1 l'appel de la dpche que je lui avais lance la veille1 prvoyant1 sinon la guerre1 du moins la mobilisation gnrale4 ,pour seulement quelques heures1 il est revenu habiter son petit logis1 l-bas1 en face de ma chambre1--ce pavillon o m'tait apparu un soir le futile et ridicule fantme1 mais qui est aujourd'hui si inond d'incisive lumire4 ,je le vois passer et repasser devant sa fentre1 occup faire prparer ses tenues de soldat qui dormaient depuis quelques mois1 depuis qu'il avait fini son service d'artilleur4 ,il partira demain pour rejoindre son corps1 et puis s'en aller la plus effroyable des guerres4 ,je sais cela et je l'admets maintenant avec une soumission stupfiante2 vraiment1 les premires minutes de trouble et de rvolte une fois passes1 on est comme anesthsi devant le fait accompli1 on ne se reconnat plus soi-mme4 ,les tenues militaires6 ,dans la lingerie de la maison1 les miennes aussi viennent d'tre dplies et prennent le soleil4 ,je suis all les revoir1 paulettes1 ceinturon1 sabre1 dorures encore fraches et clatantes1 que j'ai salues avec une motion de fte4 ,quel prestige1 quel magique pouvoir ils gardent encore1 ces harnais qui brillent1 et qui sont1 en somme1 un legs des temps plus primitifs o l'on se parat navement pour les batailles6 ,demain1 quand je devrai me remettre en uniforme1 sans doute par une journe brlante comme aujourd'hui1 ce sera la tenue coloniale en blanc qu'il me faudra prendre1 la tenue1 du reste1 que j'aimais le plus1 celle qui tait le plus mle aux souvenirs de ma jeunesse errante1 celle qui j'avais dit adieu avec la plus intime tristesse4 ,je croyais si bien les avoir ensevelies pour jamais1 ces vestes de toile1--fabriques l-bas par les ,chinois de la rue ,catinat1 ,sagon1 comme en ont tous les officiers de marine1--ces inusables vestes de toile qui avaient tant connu le soleil des tropiques1 et auxquelles je tenais comme des ftiches4 ,il semblait que rien n'aurait plus le pouvoir de me les rendre1 et cependant voil1 elles sont prtes1 elles aussi1 bien blanches1 repasses de frais1 et ornes comme jadis de leurs insignes en dorures toutes neuves4 ,enfantillage1 certes1 je le reconnais1 mais quelle ralisation inespre d'un rve1 quelle joie et quel rajeunissement de revtir cela demain1 et1 ainsi transform1 de me diriger1 par les petites rues1 blouissantes sous la lumire du matin d'aot1 vers notre vieille ,prfecture1 pour me prsenter l'amiral1 comme autrefois au moment de mes grands dparts pour la mer6 ,c'est tout un cher pass qui renatra1 quand je le croyais aboli sans retour444 ,elle sera bien peu maritime1 cette guerre1 probablement2 mais puisse-t-elle l'tre assez pour que mon tour vienne d'tre appel servir bord4 ,oh6 revivre de cette vie qui fut la mienne pendant mes belles annes1 en revivre peu de temps1 sans doute1 car les tueries vont marcher effroyablement vite1 mais en revivre quelques mois1 et1 qui sait1 trouver peut-tre la seule mort qui ne soit pas lugubre et ne fasse pas peur6444 ,cette suprme journe d'attente1 on voudrait l'employer des choses graves ou seulement rationnelles1 comme par exemple ranger des papiers1 ou passer en revue de chers objets de souvenir en leur disant un ventuel adieu1 ou plutt crire des recommandations1 des lettres srieuses444 ,mais non1 ct de la grande tourmente qui s'approche1 tout parat galement vain1 petit1 ngligeable1 et l'esprit ne s'arrte aujourd'hui qu' des futilits4 ,mme avec mon fils1 il me semble que je n'ai rien dire1 rien qui soit digne de rompre notre mditatif silence1 et d'ailleurs rien qu'il ne sente et ne sache dj comme moi4 ,et les heures se tranent1 longues1 tranquilles1 vides4 ,comme toutes les aprs-midi d't1 cause du soleil1 j'ai ferm les persiennes de ma chambre et aucun bruit ne m'arrive de la petite ville endormie2 j'entends seulement bourdonner les abeilles qui1 suivant leur habitude1 sont entres chez moi4 ,et1 la fin1 cet excs de calme dans les entours est pnible1 il cadre mal1 il droute et il oppresse2 on aimerait mieux de l'agitation1 des cris1 des fusillades4 ,donc1 demain1 redevenir militaire6 ,autrement dit1 faire abstraction de sa personnalit1 redevenir un rouage obissant1 en mme temps qu'un rouage aveuglment obi4 ,et aujourd'hui dj on n'est plus soi-mme1 on n'est plus un tre spar1 on n'est plus l'tre distinct des autres que l'on tait hier1 on est une partie de ce grand tout qui s'appelle la ,france4 ,on se sent port tous les sacrifices1 on s'imagine tre capable de tous les hrosmes4 ,et peu peu on commence de respirer avec une sorte d'ivresse ce vent d'aventure qui se lve444 ,le soir du #b aot4 ,sur la fin de cette journe d'engourdissement torride1 le ciel devient noir1 le tonnerre gronde1 et on croirait le prlude des grandes canonnades4 ,de larges gouttes d'eau tombent1 et puis hsitent1 s'arrtent comme si les nuages tenaient conseil1 perplexes eux aussi1 et troubls4 ,vers #h heures1 quand la nuit est tout fait venue1 je sors pour une promenade avec mon fils1 la dernire de longtemps sans doute1 puisqu'il doit demain matin quitter la maison au petit jour pour rejoindre son corps4--,hlas6 des milliers et des milliers d'autres fils1 dans toutes les villes et les villages de ,france1 ces mmes heures de demain matin1 quitteront aussi le toit paternel pour aller la rencontre des ,barbares4 ,oh6 pauvres enfants de ,france1 appels la frontire1--happs1 pourrait-on dire1--par le hideux ,minotaure de ,berlin6 ,dehors1 les rues sont vides2 les trottoirs mouills et luisants refltent les quelques lumires suspendues4 ,il fait une chaleur lourde et humide comme ,sagon2 de temps autre1 des gouttes larges continuent de tomber du ciel pais4 ,je ne les avais jamais vues si dsertes1 ces inchangeables petites rues de mon enfance2 mais on y entend une grande clameur1 d'abord lointaine et qui se rapproche4 ,ah6 on dirait un cortge qui1 de l'autre bout de la ville1 s'avance en chantant3 des milliers d'hommes1 qui vont vite1 vite comme des fous1 agitant des lanternes au bout de btons4 ,ce sont des matelots pour la plupart1 des soldats ou de jeunes conscrits de demain1 et ce qu'ils chantent1 c'est le ,chant du ,dpart3 ,par la voix du canon d'alarme1 la ,france appelle ses enfants4 ,ils arrivent prs de nous1 et maintenant voici qu'ils crient1 en marchant en mesure1 avec une espce de rage3 ,a ,berlin6 ,a ,berlin6 sur le rythme vulgaire et froce des ,lampions4 ,des femmes suivent1 marchent vite elles aussi1 courant presque1 pour ne pas se laisser distancer1 mais elles sont muettes et sans joie3 des mres1 des surs1 des fiances4 ,a ,berlin1 nous n'y sommes pas encore1 et ce cri est plutt pour serrer le cur4 ,comme on aimait mieux l'hymne magnifique qu'ils chantaient d'abord444 ,ah6 voici qu'ils le reprennent3 ,la victoire1 en chantant1 nous ouvre la barrire444 et pour un peu1 ce soir1 ces paroles feraient couler de bonnes larmes444 ,hlas6 de tous ceux qui chantent et qui dansent sous ce ciel d'orage1 de tous ces jeunes1 de tous ces enfants de ,france1 quand la guerre sera finie1 dans deux mois1 dans trois peut-tre1 quand l'effroyable carnage cessera par puisement1 combien en restera-t-il ayant encore une voix pour chanter1 et des jambes pour courir8 ,et songer que c'est un seul homme et un misrable dment1 qui a dchan tout cela6 ,il vit des centaines de lieues de nous1 l-bas ,berlin2 mais lui est chu1 et stupidement chu par hritage1 ce pouvoir1 dont il tait mille fois indigne1 de prononcer une parole rpercussion formidable2 une parole qui est venue jusqu'ici soulever le tumulte de ce soir et nous troubler tous au trfonds de l'me6 ,oh6 quelle condamnation sans appel de cette antique et par trop nave erreur humaine1 qui1 au ,x,xe sicle1 peut donc persister encore3 ,confier le sort de tout un peuple1 avec le droit sans contrle de dclarer la guerre1 confier cela un seul tre1 et un tre aveuglment dsign par le hasard de sa naissance1 ft-ce mme un dgnr et un fou comme ce ,guillaume ,,ii1 ou comme ce jeune produit plus morbide encore qui espre lui succder6444 ,sur le pauvre cortge de matelots et de soldats qui chantaient tue-tte pour s'tourdir1 voici tout coup la pluie d'orage qui tombe torrentielle1 dispersant les groupes1 teignant les lanternes et les voix4 ,et nous aussi1 il faut rentrer1 rentrer et essayer de dormir1--d'autant plus qu'il y aura ce dpart1 demain matin au petit jour444 ,ce dpart1 c'est la pense qui revient sans cesse1 quoi que l'on fasse pour s'en dtourner444 ,et comment dire ce qui se passe en nous-mmes1 tandis que nous rentrons sous l'onde6 ,comment le dfinir1 ce mlange d'indignation1 d'horreur1 d'angoisse1--et quand mme1 sans qu'on ose se l'avouer1 de presque joyeuse impatience6 ,,lormont 7,,georges7 ,de la classe #aiab 7#bd ans71 sergent au #aba;e de ligne ,septembre #aiaf4 ,depuis trois mois1 il vivait dans la grande salle aux boiseries blanc et or qui avait t l'un des salons d'un htel princier1 et on s'tait habitu voir l1 pose sur l'oreiller du lit n #e1 sa jeune tte qui se devinait trs belle1 malgr les bandelettes si obstinment pingles autour du front pour cacher les yeux4 ,un soir1 dans cette lgante ambulance parisienne1 on l'avait apport sur une civire1 amaigri1 brlant de fivre1 en loques sanglantes1 et la tte tout enveloppe de linges sordides grandes taches rouges4 ,mais aujourd'hui1 bien pans1 bien lav1 il avait repris sant et sourire4 ,et1 parmi les belles dames infirmires1 il semblait presque dans son milieu1 lui enfant de la campagne cependant1 mais qu'une certaine distinction naturelle1 une noblesse inne avaient toujours empch d'tre vulgaire4 ,il tait du reste trs soign de sa personne2 le matin1 aprs la visite du barbier1 il se passait la main sur les joues afin de vrifier si elles taient bien rases et il retroussait avec coquetterie ses longues moustaches blondes3 tout cela1 pour ne pas causer de rpugnance ces infirmires1 qu'il n'avait encore jamais vues cause de l'inexorable bandeau du pansement1 mais qu'il se reprsentait charmantes4 ,maintenant d'ailleurs1 il les reconnaissait tout de suite1 mme avant qu'elles eussent parl1 rien qu'au parfum discret qu'elles exhalaient1 ou bien au simple contact de leurs doigts si doux1 et il avait un flirt avec l'une d'elles1--qui se faisait appeler ,madame ,paule1 mais qui en ralit portait un des grands noms de ,france2 on lui avait appris le sens de ce mot flirt1 nouveau pour lui1 et la si innocente aventure amusait tout le monde1 dans cette salle o la ,directrice s'efforait de ramener toujours un peu de saine gaiet favorable aux convalescences4 ,un jour1 on lui permit de se lever1 de s'asseoir dans un fauteuil1 et enfin d'aller jusqu'au jardin1 au bras de cette infirmire prfre1 qui sentait si dlicatement bon et dont la voix le charmait plus que la voix de toutes les autres4 ,alors la vie lui parut vraiment trs agrable1 en attendant l'heure bnie de s'vader de l1 pour recommencer agir en plein air et en pleine lumire4 ,cette permission1 laquelle sa blessure lui donnait droit1 allait tomber justement en mai ou juin1 quand les jardinets de son village venden sont tout pleins de roses444 ,s'il allait tre dfigur1 pourtant6444 ,mais non1 l'infirmire l'avait bien tranquillis l-dessus444 ,et avec quelle ivresse il songeait ce retour444 ,le premier dimanche o il irait la grand'messe1 avec sa maman en coiffe de fte444 ,les gens qui se retourneraient pour regarder les beaux galons d'or en biais sur sa manche1 et la belle croix de guerre sur sa poitrine6444 ,c'tait chaque aprs-midi maintenant qu'on lui accordait une promenade au soleil d'avril1 en donnant le bras l'amie dont il n'imaginait pas du tout la chevelure dj trs blanche et qui de plus en plus l'ensorcelait la manire d'une bonne fe444 ,mais ce bandeau toujours6 ,quand donc pourrait-il seulement le soulever1 rien qu'une seconde1 pour entrevoir au moins la plus petite lueur du soleil de printemps6--a1 je te le dfends1 par exemple1 disait-elle avec une intonation de grande sur qui va se fcher4 ,c'est trop tt1 tu compromettrais tout4 ,patiente encore une quinzaine de jours4 ,et jure-moi bien que1 d'ici l1 tu n'essaieras pas1 sans quoi1 c'est fini1 je ne reviens plus4 ,elle employait avec lui ce tutoiement de guerre1 qui est d'usage dans beaucoup d'ambulances1 un peu puril peut-tre1 mais souvent trs doux au cur des grands enfants blesss4 99 99 99 99 99 ,au bout des quinze jours1 avec plus de trouble que la premire fois1 elle demanda encore une semaine1 et alors le frisson d'une angoisse inconnue traversa l'me simple et jolie du soldat4 ,pourquoi se troublait-elle aujourd'hui pour rpondre8 ,et puis1 pourquoi toujours ces petites comdies pour les pansements8 ,c'tait trs difficile1 disait-elle1 parce qu'il fallait les faire dans l'obscurit1 contrevents ferms1 ttons1 par crainte de la moindre lueur pour ses yeux encore trop faibles4 ,comme s'il ne s'apercevait pas1 lui1 au contraire1 que c'tait de jour en jour plus simple1 de changer ces mousselines qui n'adhraient plus2 comme s'il ne sentait pas que toute souffrance tait presque passe et que les plaies se desschaient8 ,alors1 pourquoi tant d'histoires8 ,son amie la grande dame l'avait men aujourd'hui un banc du jardin1 lui disant de l'attendre1 qu'elle allait revenir4 ,et l1 dehors1 une tide caresse du soleil d'avril lui chauffait en plein les joues4 ,oh6 ce soleil1 il aurait tant voulu le voir6 ,des oiseaux chantaient1 dans les branches de cet enclos parisien comme au milieu des bois1 et1 depuis un instant1 il restait docile les couter1 lorsqu'une voix peine saisissable chuchota en passant3 ,a quoi songe-t-elle8 ,il va pourtant falloir qu'elle se dcide lui dire444 ,aussitt une intuition l'avertit qu'il s'agissait de lui-mme1 et il trembla de la tte aux pieds4 ,se dcider lui dire444 ,a lui dire quoi1 mon ,dieu8444 ,oh6 savoir6 ,au risque de tout1 savoir6 ,savoir ce qui lui restait de vue6 ,tant pis pour l'blouissement1 qui allait peut-tre tout aggraver1 tout compromettre1 mais au moins il serait fix1 et il l'aurait revu1 ce soleil1 ne ft-ce que dans un instant de douloureuse brlure444 ,alors1 il se redressa1 face cette grande lumire devine l-haut1 et1 d'une main brutale1 arracha violemment tout ce qui lui enveloppait la tte4 ,l'blouissement ne vint pas1 non444 ,il faisait toujours nuit444 ,alors1 c'est qu'il y a encore quelque chose--pensa-t-il1 vite comme un clair--encore quelque chose de tout ce qu'ils m'avaient attach sur les yeux4 ,et sa main remonta1 comme furieuse cette fois1 pour finir d'arracher444 ,mais non1 rien1 il n'y avait plus rien444 ,horreur6 ,il n'y avait plus rien1 et il faisait toujours nuit6 ,ses yeux1 mais on dirait qu'ils n'y taient plus6444 ,sous les sourcils rests peu prs en place1 ses doigts s'enfonaient comme dans des creux qu'il ne se connaissait pas444 ,ses yeux1 qu'en avait-on fait1 de ses yeux6 ,en une seconde1 l'irrparable1 le dfinitif lui apparut avec une vidence atroce1 et un long cri1 affreux entendre1 sortit de sa poitrine1 en mme temps qu'il se tordait les bras4 99 99 99 99 99 ,ce cri de l'infinie dtresse1 qui avait dchir le silence du jardin d'hpital1 elle l'avait entendu1 elle2 un instinct lui avait fait reconnatre la voix1 et tout deviner4 ,quand elle arriva1 tremblante autant que lui-mme1 pour tenter de lui apporter son inutile secours1 elle le vit qui gisait sur son banc1 comme cras l par un coup de massue1 tandis que le soleil rayonnait1 tranquille et doux1 sur son beau visage d'aveugle1 dcouvert pour la premire fois4 ,et d'abord1 d'un mouvement irraisonn pour essayer de le tromper comme avant1 elle jeta les deux mains sur ces places vides o jadis avaient brill de grands yeux de navet ardente3 ,mon enfant1 disait-elle444 ,oh6 mon pauvre enfant1 qu'avez-vous fait8 ,je vous l'aurais appris bientt1 moi1 mais pas cruellement comme a444 ,maintenant elle ne le tutoyait plus2 cette purilit1 bonne pour les autres1 ne lui semblait plus possible entre eux1--et ce vous les rapprochait au contraire davantage1 en le haussant jusqu' elle1 lui ce fils de petits laboureurs de ,vende4 ,mais il l'avait repousse avec brutalit1 sans une rponse1 sans mme un reproche pour lui avoir si longtemps menti1 sans mme un gmissement1 fig soudain dans ce farouche silence que les paysans ont l'habitude de garder aux heures tragiques de leur vie4 ,sans prendre plus garde1 que si elle n'existait pas1 cette femme assise ses cts et qui pleurait1 peu peu1 peu peu1 comme par degrs1 il plongeait sa pense tout au fond de l'abme noir qui venait de s'ouvrir devant sa route2 l'un aprs l'autre1 il repassait ses espoirs de jadis1 tous ses modestes rves qui1 chacun son tour1 s'croulaient dans les inexorables tnbres4 ,le retour au village1 oui1 il le faudrait bien1 mais un retour pour n'en plus sortir1 avec une figure qui peut-tre ferait peur voir1 un retour d'aveugle1 des promenades d'aveugle1 avec un bton1 ou guid par la main de quelque enfant444 ,et l'avenir1 tout l'avenir jusqu' la mort1 dans l'paisse nuit1 dj pareille la nuit de dessous terre6444 ,chaque rappel d'une chose laquelle il lui faudrait renoncer sans recours lui donnait au cur une secousse horrible4 ,mais l'image qui1 de plus en plus1 primait toutes les autres1 qui revenait sans cesse lui apporter la plus insoutenable envie de mourir1 tait celle d'une jeune fille laquelle1 jusqu' ce jour1 il n'avait pas cru tenir si souverainement4 ,donc1 jamais il ne la serrerait dans ses bras1 celle-l1 jamais il ne l'embrasserait1 jamais plus il ne la verrait1 tout en la sachant vivante1 et marie quelque autre sans doute2 elle lui faisait l'effet de se reculer1 se reculer dans d'inapprochables lointains2 graduellement elle le fuyait1 pour l'ternit444 ,des minutes coulrent1 des minutes et des minutes1 presque une demi-heure1 sans que la dame1 au voile blanc1 si jolie encore sous sa chevelure grise1 ost rien faire1 rien dire1 pour rompre ce mutisme et cette immobilit4 ,dans l'ambulance1 on avait entendu le grand cri et tout le monde savait4 ,les habituels promeneurs de ce jardin enclos1 les autres blesss1 ceux qui la mitraille du kaiser avait laiss un il pour se conduire1 ou bien ceux qui ne marchaient plus qu'au bras d'une infirmire1 vitaient de s'approcher de leur banc2 un immense respect entourait leur groupe morne et1 cause d'eux1 on marchait pas assourdis4 ,cependant la violence exaspre du dbut s'teignait dans l'me du pauvre petit soldat1 une dtente s'indiquait sur son visage moins contract2 alors son amie lui prit la main1 qui brlait d'une grande fivre1 mais qu'il ne retira pas4 ,et tout coup1 se penchant vers elle1 il laissa tomber la tte sur sa gorge lgante1 drape de fine toile blanche444--,elle avait un fils dans les tranches1 elle aussi1 la grande dame1 et un fils qui justement ressemblait ce garon des champs1 en moins beau peut-tre1 en moins vigoureux1 mais qui lui ressemblait beaucoup4 ,c'est pourquoi1 ce jeune front sans yeux qui s'abandonnait1 elle fit un maternel accueil2 de son mieux elle l'installa sur l'oreiller tide et un peu palpitant qu'il s'tait choisi1 et1 sans rien dire1 lui permit de pleurer l aussi longtemps qu'il eut des larmes4 ,tout fait finie1 sa grande rvolte2 il tait redevenu doux comme un petit enfant1 sans rsistance1 sans volont1 livr absolument cette sollicitude de mre4 ,il se laissa ramener dans la belle salle dore1 il se laissa coucher1 et consentit boire une tisane o son amie1 sans le lui dire1 avait vers une substance endormeuse4 99 99 99 99 99 ,la nuit prsent tait tombe sur l'ambulance1 et on y voyait peine dans la salle o des veilleuses s'allumaient4 ,pour sa premire nuit d'aveugle1 il dormait d'un profond sommeil artificiel1 lui1 ,lormont1 ,georges1 ex-sergent au #aba;e de ligne1 aujourd'hui pave humaine qui n'avait mme pas pu mourir1 et son amie1 assise son chevet1 n'osait pas lui retirer la main qu'il tenait dans les siennes4 ,alors une petite infirmire toute blanche et toute svelte s'avana vers cette autre forme aussi blanche qui veillait dans la chaise prs du lit n #e3 ,cela vous a brise1 madame la duchesse1 dit-elle voix basse4 ,allez-vous reposer prsent1 de grce1 puisqu'il dort444 ,regardez comme il dort bien4 ,et la duchesse rpondit3 ,me coucher1 non444 ,voyez-vous1 il y aura l'horreur de son premier rveil1 quand1 pour la premire fois1 il se rappellera444 ,je ne peux pas le laisser seul un pareil moment1 puisque ma prsence le console444 ,allez dire1 ma chre enfant1 qu'on m'apporte un des grands fauteuils1 vous savez1--et c'est ici que je dormirai4 ,une lourde angoisse pesait sur cette salle1 d'apparence si calme et si jolie1 claire discrtement par des veilleuses roses4 ,de temps autre1 un trop long soupir1 ou une plainte1 mme un cri s'chappait d'une poitrine4 ,c'tait la salle consacre ceux qui n'avaient plus d'yeux4 ,de par le crime du ,monstre de ,berlin1 les soldats tendus sur ces lits bien blancs venaient d'tre1 en pleine jeunesse1 jets dans la nuit ternelle2 quelques-uns le savaient1 d'autres1 que l'on trompait encore1 vivaient dans la terreur de l'apprendre4 ,tous ces humbles dormeurs avaient des rveils en soubresaut1 accompagns inexorablement par des rappels de souffrance et d'effroi444#d4 ,,nos ,,matelots 7,allocution prononce la ,comdie-,franaise1 en juin #aiaf1 au dbut de la reprsentation de gala donne pour nos matelots47 ,je ne voulais jamais plus aucun prix1--j'en avais mme fait le serment1--reparatre en public1 et pourtant me voici6 ,c'est que notre cher ministre de la ,marine a bien voulu me prier lui-mme4 ,venez1 m'a-t-il dit1 parlez encore une fois de nos matelots1 et parlez-en avec tout votre cur4 ,alors1 comment refuser1 surtout quand la cause est si belle6444 444,parler de nos matelots1 mais je l'ai fait toute ma vie4 ,je leur dois ce que je suis1 je leur dois tout1 car1 dans mon uvre1 la seule partie qui vaille peut-tre1 est celle qu'ils m'ont inspire4 ,pendant prs d'un demi-sicle j'ai vcu avec eux1 je les ai suivis d'un regard fraternel1 aussi bien dans leurs nafs garements et les violences de leurs courtes joies1 que dans leurs austrits coutumires1 dans leurs inlassables rsignations et leurs renoncements sublimes4 ,je me suis pench mme sur les plus humbles d'entre eux et les plus primitifs1--et1 malgr les apparentes distances1 que leur tact naturel sait toujours respecter1 ils ont t mes compagnons les plus fidles1 les plus affectueux1 et je puis presque dire les plus chers4 ,pour moi1 cette appellation de matelot s'applique surtout1 bien entendu1 ceux qui le sont de pre en fils1 ceux qui le sont de race pure1 germes au vent de la mer1 clos dans les villages de nos ctes1 et1 ds l'enfance1 petits mousses dans nos barques de pche1 jusqu' l'heure o le recrutement maritime nous les amne sur nos navires de guerre4 ,ce sont ceux-l1 les vrais1 et ils forment dans notre nation comme une caste part1 j'oserai presque dire une lite2 il semble que des hrdits de lutte1 de souffrance1 de continuelle abngation1 et aussi des hrdits de rve et de candeur1 les aient d'avance tremps autrement que les autres hommes4 ,ensuite1 c'est la mer qui est l1 leur grande ducatrice terrible et splendide1 qui les prend1 et qui commence tout de suite de les ennoblir2 pour chasser de leurs jeunes mes la mesquinerie et la crainte1 elle les enveloppe de sa magnificence et de son horreur2 l'cole du danger1 ils apprennent le dvouement mutuel et la vraie fraternit4 ,et un peu plus tard enfin1 leur arrive dans la marine militaire1 la saine discipline--qui chez nous n'est ni aveugle ni brutale comme chez les barbares d',allemagne--la saine discipline tempre de sympathie1 les accueille pour en faire ces hommes1 pour la plupart incomparables1 dont le courage silencieux et simple ne bronche plus devant la mort4 ,j'ai dit que1 par ce nom de matelot1 j'entendais en premire ligne ceux que de longs atavismes ont prpars le porter1 avec la noblesse1--et aussi la dsinvolture spciale qui lui conviennent4 ,mais je serais injuste en me montrant trop exclusif4 ,en effet1 il semble qu'il y ait une sorte de belle contagion du sacrifice et de l'hrosme laquelle n'chappent jamais tout fait ces autres jeunes garons venus de nos provinces de l'intrieur et que les hasards de leur destine nous amnent2 on dirait parfois qu'il suffise du grand col bleu jet sur leurs paules pour remonter peu peu leur me l'unisson de celle des enfants de la mer4 ,et1 parmi ces braves intrus1 qui plus que jamais nous envahissent1 j'en ai rencontr qui savaient se former l'image des matelots de race1 acqurir mme leur tournure d'esprit1 et1 devant le danger1 devenir aussi des tres simplement admirables4 ,mais cela n'empche pas que ce soit toujours eux1 les vrais1 ceux des ctes1 qui nous sommes dbiteurs du miracle de ces transformations4 99 99 99 99 99 ,nos matelots6444 ,un demi-sicle1 disais-je1 a pass1 hlas6 depuis le jour de ma premire apparition au milieu d'eux4 ,j'y semblais si peu prpar1 par mon enfance trop adule1 que de vieux capitaines de vaisseau d'alors--de vieux hros de la marine voile1 dj suranns en ce temps-l et qui seraient comme des prhistoriques aujourd'hui--s'en taient inquits beaucoup4 ,mon petit enfant1 m'avaient-ils dit1 on ne t'a gure donn la trempe qu'il faudrait pour jouer ce rle2 dfie-toi de te laisser dconcerter par la rudesse de nos matelots4 ,et plus tard1 si tu as l'honneur de les commander1 n'oublie jamais ce qu'ils valent1 rappelle-toi surtout qu'aux heures de pril ils mriteraient souvent que l'on ployt le genou devant eux4 ,et1 ce disant1 ces vieux chefs retraits1 qui avaient connu ,trafalgar1 ,aboukir1 la ,smillante1 la ,mduse1 les temps piques de l'ancienne marine1 ces vieillards dont le visage paraissait si dur1 taient capables d'avoir les yeux humides de larmes1 au souvenir de leurs quipages d'autrefois4 ,en ce qui me concerne cependant1 ils se trompaient2 avec nos matelots1 mon entente au contraire fut si facile6 ,sous les manires rudes1 je distinguai vite des dlicatesses exquises et1 entre nous1 la sympathie s'tablit tout de suite1 peut-tre cause de nos contrastes mmes1 mais surtout grce des points communs de rve et d'enfantillage1 qu'en ce temps-l j'avais encore avec eux4 ,a l'poque o j'ai fait mon entre sur nos navires1 tout jeune et bien moins prpar en effet que la plupart de mes camarades1 nous1 les aspirants-officiers1 nous vivions beaucoup plus qu'il n'est d'usage aujourd'hui en contact avec les grands cols bleus4 ,d'abord il y avait1 l-haut en l'air1 ces hunes1 si fort balances par la houle1 qui taient notre domaine officiel comme le leur et o nous apprenions les connatre4 ,et puis1 dans les traverses plus longues que de nos jours1 il tait admis que1 par les beaux soirs tranquilles du large1 nous allions parfois1 tous les midships ensemble1 nous asseoir en leur compagnie1 dans cette partie du navire qui leur tait rserve1 l'extrme-avant1 prs de la poupe bondissante et saupoudre d'embruns sals4 ,l1 nous nous amusions couter les histoires prodigieuses de leurs conteurs attitrs1 ou bien les mille couplets de leurs vieilles chansons reprises en chur pleine voix4 ,nous aimions jusqu' leurs reparties prime-sautires1 toujours imprvues1 leur genre de bonne gaiet et les plaisanteries naves qui les faisaient tant rire4 ,ce que je constatai tout d'abord1 non sans surprise1 c'est qu'ils taient essentiellement des sages444 ,oui1 des sages1 si paradoxal que cela puisse paratre aux terriens1 qui1 dans certaines rues de nos ports de guerre1 ont pu les rencontrer le soir1 lors de leurs promenades1 un peu bruyantes1 j'en conviens4 ,mais ces tapages nocturnes1 qu'ils excutaient nagure encore avec une si incontestable mastria1 ne reprsentent que de trs courts intermdes au milieu de leurs quasi-ternits d'abstinence et d'asctisme4 ,non1 c'est bord qu'il faut les voir1 tranquilles et doux1 acceptant sans murmures1 en philosophes1 les jours comme ils viennent2 sans cesse ponctuels1 dispos1 alertes4 ,et avec cela si mnagers de leurs petites affaires1 pour en prolonger la dure1 prenant de leurs modestes costumes des soins dont on sourirait si l'on n'en tait touch1 les raccommodant1 les lavant1 et toujours trouvant le moyen d'tre si propres1 avec le minimum possible de leur savon grossier4 ,sur toutes choses ils conomisent1 pour pouvoir arrondir cette dlgue qui reprsente l'une de leurs plus chres proccupations4 7,la dlgue1 c'est la somme que l'on envoie de loin1 quelquefois de l'autre bout du monde1 quelque vieille maman1 ou bien une pouse que l'on ne voit pour ainsi dire jamais1 des petits enfants que l'on connat peine ou mme pas du tout47 ,en dehors de ces petits cts de leur vie monacale1 dtails si singuliers1 que j'observai ds l'abord avec un amusement un peu attendri1 je commenai bientt profondment les admirer1 pour la grandeur presque surhumaine de leur courage4 ,oh6 lorsque1 plus tard1 l'honneur m'chut mon tour de les commander1 je me les rappelle si magnifiques1 par ces grands mauvais temps o1 nagure1 le sort du navire se rglait dans la mture6 ,le plus souvent1 comme par un fait exprs1 c'tait en pleine nuit qu'il fallait grimper1 et se dbattre l-haut1 se cramponnant d'une main1 travaillant de l'autre1 dans le bruit trop terrible de ces rafales qui arrtent et affolent les poumons1 au milieu de ce tohu-bohu de cordages cinglants1 et d'eau froide lance par paquets1 et d'immenses voiles plus dures que du cuir1 qui se gonflent1 se tordent1 se cabrent comme par fureur1 pour vous dsaronner1 pour vous dsagripper des vergues dj si perfidement balances1 et puis vous jeter1 ainsi qu'une petite chose ngligeable et perdue1 au fond des grands abmes mouvants et noirs d'en dessous444 ,il n'y a pas de mots pour rendre l'horreur de certaines nuits mauvaises1 la mer1 pas de mots pour glorifier ces hommes et leurs luttes de colosses contre des voiles trop lourdes et trop grandes qu'il faut comprimer tout prix4 ,plus d'une fois1 quand ils redescendaient des hunes1 aprs de longues heures d'puisants efforts1 tremps jusqu' la peau1 blmes et claquant des dents1 plus d'une fois il m'est arriv de serrer avec dvotion leurs pauvres mains glaces et saignantes1 aux ongles dcolls ou arrachs par ces grosses toiles rugueuses que la mouillure avait rendues plus intraitables4 ,mais eux1 ils trouvaient cela tout naturel1 ce qu'ils venaient de faire3 c'tait le mtier1 voil tout4 ,ils demandaient seulement d'aller se changer pour avoir moins froid1 et de panser leurs doigts dchirs pour pouvoir recommencer demain444 ,plus tard encore-- peine quelques annes plus tard1 tant notre marine avait rapidement volu--ce ne fut plus en l'air1 au milieu du dsarroi des hautes voilures1 que se jourent les parties suprmes1 mais en bas1 devant les normes feux des machines1 dans l'enfer des chambres de chauffe4 ,et rien que ce mot de chambre de chauffe en dit trs long1 car on le croirait emprunt la langue des tortionnaires444 ,on me rpondra que les ouvriers de nos grandes usines sont soumis des preuves pareilles4--,oh6 non1 combien leur cas diffre de celui de nos matelots6 ,eux1 les ouvriers1 pour accomplir leur dur labeur1 ils sont dans quelque chose qui au moins ne remue pas2 leur sol est ferme1 et jamais secou de ces grands soubresauts qui vous jettent sur les brasiers2 et puis ils ont la terre en dessous1 au lieu des engloutissants gouffres obscurs2 enfin et surtout1 quand par hasard viennent fuser ces vapeurs brlantes qui donnent l'affreuse mort1 ils peuvent presque toujours s'vader vers le dehors o l'on respire4 ,tandis que nos matelots6444 ,oh6 la force et le courage qu'il leur faut pour descendre s'ensevelir dans l'touffement de ces chaufferies1 quand c'est l'un de ces jours de tourmente o l'on est oblig de refermer tout de suite les entres aprs leur passage1 et d'en sceller les portes sur eux1 comme on scellerait1 sur des cadavres1 des couvercles de cercueil4 ,et c'est ces moments-l1 je crois1 en les voyant descendre sans broncher au fond de ces brlants spulcres de fer1 que j'ai le mieux compris la phrase grave dans ma mmoire depuis mon enfance3 ,aux heures de pril1 ils mritent que l'on ploie le genou devant eux6 99 99 99 99 99 ,o sont-ils1 aujourd'hui1 ceux qui furent les compagnons de ma jeunesse8 ,blanchis1 courbs1 marchant avec des btons de vieillard1 ou endormis sous les petites croix des cimetires de village1 ou bien encore1 tombs dans les dessous insondables de la mer1 et anantis l1 transmus en ces organismes des grandes profondeurs1 qu'aucun il humain ne connatra jamais444 ,ma gnration a pass1 et une suivante1 presque1 a pass aussi1 et cette fois est une des dernires sans doute o je me trouverai dans une runion de mes camarades de la marine1 et entour de tant de grands cols bleus4 ,il me semble donc que je puis emprunter dj cette libert de langage qui est permise dans un testament suprme4 ,a nos chers matelots1 j'ai le droit de dire1 oh6 sans intention cruelle1 on le pense bien3 prenez garde la dgnrescence qui menace de vous atteindre6 ,bien entendu1 je ne le dis pas pour vous qui tes l1 pour vous qui revenez de la tragdie de ,belgique1 et qui avez tous la belle croix sur la poitrine1 et qui reprsentez l'lite d'une lite4 ,non1 mais je le dis pour les matelots en gnral4 ,dgnrescence physique d'abord1 due ce flau si avilissant de l'alcoolisme qui nous est arriv du ,nord brumeux et qui a dj trop touch nos ctes bretonnes3 regardez les petits enfants de ces villages1 et comparez-les ce que furent leurs pres6 ,et puis1 chez les moins quilibrs1 un peu de flchissement moral peut-tre1 d des ides nouvelles1 gnreuses sans doute1 mais qui peuvent devenir nfastes quand on se les assimile trop vite et sans mesure444 ,au moment o il m'a fallu quitter mon dernier navire1 je songeais avec une infinie tristesse3 ,ils ont l'air de changer1 nos matelots4 ,o donc vont-ils1 vers quel modernisme qui les banalise8 ,quand clatera l'invitable guerre1 pourvu que nous les retrouvions aussi solides au poste que leurs devanciers6 ,mais1 ,dieu merci6 combien je m'exagrais le mal6 ,comme d'ailleurs toute notre ,france1 merveilleuse et ternelle1 ils n'taient encore qu'effleurs4 ,la guerre a t dchane1 le fou sinistre l-bas1 l'espce de hyne enrage qui rgne sur la ,grande ,barbarie d'outre-,rhin1 a os enfin tenter le forfait sans nom qui avait t le but de toute son abominable existence4 ,a peine quips1 peine prpars1 on les a envoys sur l',yser1--et ils ont tonn le monde6 ,et nous devons comme autrefois1 plus qu'autrefois mme1 plus que jamais1 nous incliner devant eux1 pour un beau salut de notre admiration affectueusement extasie6444 ,pour finir et rsumer cette sorte de testament1 que l'on me permette de donner nos chers grands enfants col bleu#e quelques conseils1 tout fait de ma faon444 ,cela m'amuse de commencer par celui-ci1 qui1 premire vue1 n'a pas l'air trs srieux et que vous garderez tout fait entre nous1 n'est-ce pas3 ,ne croyez pas ncessaire de vous moderniser en affectant des allures trop correctes4 ,je ne vois aucun inconvnient vos petits tapages1 qui taient d'ailleurs devenus classiques2 j'ose peine dire que je regrette plutt qu'ils se dmodent1 car cela tendrait moins prouver un assagissement de vos mes--au fond dj trs sages--qu'une diminution de vos vibrantes jeunesses4 ,quant vos mes elles-mmes qui sont si bien comme cela1 si droites et si jolies1 de grce n'y changez rien6 ,cela par exemple1 je vous le dis de tout mon cur et de toutes mes forces4 ,ah6 non1 n'y changez rien4 ,gardez la tradition saine et superbe4 ,gardez le respect et la confiance1 sur quoi reposait votre discipline sculaire4 ,j'aimerais mme vous voir garder aussi--mais je crains qu'il soit trop tard--garder les vieux rves1 qui sont pour merveiller et enchanter l'heure de la mort444 et garder jusqu' votre antique ,notre-,dame de la ,mer1 car1 travers tout1 elle demeure l'un de ces bienfaisants symboles derrire lesquels se cachent la vrit et les plus essentiels espoirs4 ,oh6 tchez de rester ce que vous tes et ce qu'taient vos anctres4 ,oh6 restez1 dans toute la plnitude du sens admirable que j'attache ce mot-l1--restez des ,,matelots6444 ,,mademoiselle ,,anna1 ,,tr,s ,,humble ,,poup,e ,dans mes lointains souvenirs de petit enfant1 je retrouve une vieille domestique nomme ,suzette1 qui m'aimait jusqu' l'idoltrie4 ,elle tait ne dans cette le d',olron1 d'o ma famille est originaire1 et qu'on appelait chez nous l'le tout court1 de mme que jadis les ,latins disaient ,urbs4 ,je n'arrive pas bien retrouver dans ma mmoire la figure de ,suzette1--et cela lui ferait beaucoup de peine si jamais elle venait l'apprendre l-haut2 mais je retrouve son aspect gnral et surtout sa coiffe blanche qui tait1 bien entendu1 la mode de l'le1 c'est--dire haute d'au moins deux pieds sur une carcasse en fil de laiton1 et qui lui donnait beaucoup de souci les jours o soufflait le vent d'ouest4 ,elle avait imagin un jour de me confectionner une poupe1 comme on les fait dans son village4 ,c'tait un petit paquet de chiffons serrs1 serrs1 et puis cousus dans une enveloppe en cotonnade couleur de chair2 une boule bien ronde reprsentait la tte2 quant au corps1 dpourvu de jambes1 il avait seulement deux bras1 trop aplatis et trop courts qui donnaient l'ensemble une ressemblance de phoque4 ,toujours suivant la coutume de l'le1 la saillie au milieu du visage tait forme par un grain de mas1 introduit sous l'enveloppe et qui simulait un drle de petit nez tout rond4 ,restait colorier le visage2 l1 se mfiant de son savoir1 la bonne vieille tait alle implorer mon pre1 qui1 cette poque1 consacrait ses loisirs l'aquarelle1 et qui1 pour ne pas lui faire de peine1 avait peinturlur de bonne grce deux larges yeux bleus1 une bouche en cur et des joues bien roses4 ,aprs avoir habill le tout d'une belle robe rouge et l'avoir coiff d'une coiffe comme la sienne1 ,suzette1 trs anxieuse sans doute de ce que serait mon impression1 tait venue un matin mon rveil me prsenter son ouvrage2 7elle appelait cela une catin1 nom que les bonnes gens de mon pays donnaient en ce temps-l aux poupes1 mais qui1 par extension1 s'est appliqu aussi aux dames dnues de srieux dans le caractre74 ,l'impression1 parat-il1 fut dlirante4 ,pour la petite catin en chiffons1 qui fut baptise mademoiselle ,anna1 je dlaissai mes plus jolis joujoux1 et sa faveur dura plusieurs mois1 pendant lesquels je ne m'endormis jamais sans l'avoir mes cts4 ,on ne sait pas assez combien il est inutile de donner aux tout petits des jouets ingnieux ou d'un prix lev2 le moindre rien de deux sous les charme autant1 pourvu qu'il soit trs mont en couleurs et d'une physionomie un peu drle4 99 99 99 99 99 ,elle survcut1 l'humble poupe1 la vieille ,suzette qui1 vers mes cinq ans et demi1 s'en alla soudain au ciel tout droit4 ,a cette poque1 je commenais dj m'apercevoir que la pauvre mademoiselle ,anna tait bien ridicule2 en tant que petit garon1 j'avais aussi quelque honte de m'en amuser encore1 et puis1 pour tout dire1 je m'affligeais de voir que le bout de son petit nez rond noircissait de jour en jour1 force de subir les frottements les plus divers4 ,cependant1 comme j'avais dj le sens des reliques--dont je devais tant m'encombrer dans la suite de ma vie--je la remisai pieusement au fond de mon armoire aux jouets1 aprs l'avoir enveloppe d'un papier de soie4 ,bonne vieille ,suzette1 laquelle je repensais de temps en temps avec mlancolie1 je craignais vraiment qu'elle ne ft pas trs heureuse au ciel444 ,d'abord cause de sa coiffe qui ne pouvait manquer de l'inquiter beaucoup1 dans cette rgion des nuages o il devait y avoir du vent444 ,et puis1 si intimide sans doute1 si gne au milieu des anges et de tout le beau monde de l-haut6444 ,,alsace6 ,juillet #aiaf4 ,au mois d'aot prochain1 il y aura une anne que j'ai mis le pied pour la premire fois en ,alsace reconquise4 ,c'tait la suite du prsident de la ,rpublique1 pendant une de ces tournes si rapides et si bien remplies dont il a le secret4 ,ce jour-l1 dans notre ,alsace1 il faisait par hasard un temps merveilleux1 un de ces temps de fte qui illuminent la vie et rendent la joie plus joyeuse4 ,un chaud soleil rayonnait dans un ciel qui s'tait tout tendu de beau bleu mridional1 et les petites villes1 les villages aux maisonnettes enguirlandes d'une folle abondance de roses1 avaient l'air de resplendir1 sur ,les fonds magnifiquement verts des montagnes enveloppantes4--,du reste1 je n'ai jamais vu qu'en ,alsace une telle profusion1 une telle dbauche de roses1 jusque dans les moindres jardinets1 jusque sur les plus humbles murailles4 ,l'auto prsidentielle filait toute vitesse1 rvle seulement par son pavillon en soie tricolore frange dore1 que le vent de notre course agitait sans cesse comme un signal1 une sorte de petit signal discret de la dlivrance4 ,on ne nous avait pas annoncs1 nous apparaissions en soudaine surprise1 sans le moindre cortge2 mais il n'tait pas possible d'empcher des jeunes ,alsaciens cyclistes de nous devancer gaiement force de pdales ds que nous nous arrtions quelque part1 et d'aller crier de proche en proche que le prsident arrivait4 ,leur avance sur nous avait beau n'tre chaque fois que de peu de minutes1 nous tions srs de trouver le village suivant dj moiti pavois et1 sur notre parcours1 les drapeaux continuaient de jaillir spontanment1 comme par magie1 des fentres ouvertes3 drapeaux franais et aussi drapeaux d',alsace blancs et rouges1 tout ce qui tombait sous les mains empresses et heureuses4 ,et1 parmi les drapeaux tricolores1 il y en avait de tout neufs1 mais il y en avait aussi d'autres trs vnrables1 souvenirs sacrs1 qui venaient de passer plus de quarante ans dans l'ombre1 cachs au fond des armoires par peur de l'inquisition allemande1 et qui revoyaient enfin ce soleil d'aujourd'hui1 redevenu un soleil de ,france4 ,des vivats clataient tout le long de notre route1 des vivats spontans1 largement rjouis1 et on sentait si bien qu'ils partaient du fond des curs6 ,quelques trous d'obus dans les murailles2 de distance en distance quelques maisons ventres2 mais cela n'avait pas l'air vrai1 tant cela cadrait mal avec cette paix heureuse d'aujourd'hui4 ,et1 part certains petits cimetires1 hlas6 et l improviss1 et o s'alignaient les croix en bois blanc1 frachement plantes1 de nos chers soldats1 l'impression de fte ne se dmentait nulle part4 ,nous nous arrtions un peu chaque village4 ,le prsident1 de son pied alerte d'ancien chasseur alpin1 courait de l'ambulance la mairie1 de la mairie l'cole1 et de l'cole son auto1 qui repartait comme une flche4 ,il serrait beaucoup de mains la ronde1 disait beaucoup de paroles qui rconfortaient1 semant la confiance1 remontant encore plus haut les courages1 et1 dans les coles1 coutait en souriant ces petits ,alsaciens qui1 au lieu de la langue allemande nagure obligatoire1 n'avaient commenc d'apprendre le franais que depuis peu de mois1 mais savaient dj lui rpondre un tas de choses et lui rciter des fragments de nos fables1 avec un accent drle4 ,souvent des groupes de jeunes filles habilles en ,alsaciennes arrivaient en hte pour lui offrir des bouquets1 dont son auto fut vite remplie2 elles avaient tir des vieux coffres de famille ces jolis costumes dsuets1 jupes carlates1 corsages dorures1 et coques de rubans qui les coiffaient comme d'normes papillons4--,comment avez-vous fait1 leur demandais-je1 pour tre prtes si vite8--,oh6 ce que nous nous sommes dpches61--rpondaient-elles avec de gentils rires4 ,et1 en effet1 de s'tre dpches tant que a1 elles taient toutes rouges1 mme un peu en sueur2 mais si contentes6 ,dans les villages1 sur les murs1 au-dessus des boutiques1 restaient encore quantit d'inscriptions allemandes1 sans compter ces mots de chez nous1 qu'ils nous ont emprunts pour les dfigurer leur manire3 restauration1 au lieu de restaurant1 friseur1 au lieu de coiffeur1 et tabak avec un ,k1 comme leur dlikate et innarrable kultur4 ,mais on se sentait tellement en vraie ,france1 que cela ne semblait plus qu'une plaisanterie pour amuser les passants4 ,pendant les deux journes que dura notre belle course1 il n'y eut pas une fausse note nulle part4 ,les ,boches eux-mmes1 embusqus dans les montagnes voisines et dont nous nous approchions peut-tre un peu trop1 car le prsident n'a peur de rien1 les ,boches se tenaient tranquilles4 ,pourtant nous soulevions grand tapage sur notre chemin2 en plus de ces acclamations pleine voix1 il y avait des fanfares1 des ,marseillaise joues grand renfort de cuivres2 ils devaient bien l'entendre6 ,et tout ce pavoisement aux trois couleurs1 avec les lunettes perantes qu'ils tiennent toujours au guet1 ils devaient bien l'apercevoir6 ,aussi nous nous disions3 ,comment ces sauvages ne nous bombardent-ils pas8 ,mais non1 rien4 ,la chance tait avec nous1 comme le soleil3 pas une marmite1 pas mme un misrable obus2 pas un son funbre1 pour troubler l'lan de ces populations1 qui dliraient dans la premire ivresse d'tre enfin libres6444 99 99 99 99 99 ,l',alsace1 un pays de race allemande1 de cur allemand6 ,allons donc6 ,voici quarante annes1 nous le savons1 qu'ils essaient de le prtendre1 les impudents menteurs d'outre-,rhin4 ,ils sont mme parvenus1 hlas6 force d'habiles roueries1 et par une continuit obstine de travaux d'approche1 circonvenir deux ou trois politiciens franais1 qui se sont rendus coupables d'admettre ce contresens et de le proclamer chez nous4 ,et1 aujourd'hui que la question est plus que jamais brlante1 les vautours d',allemagne soutiennent leur thse1 dans les journaux leur solde chez les ,neutres1 par de lourdes divagations historiques2 mais tous les textes qu'ils invoquent sont par eux impitoyablement fausss4 ,jules ,csar1 qu'ils citent tout d'abord1 a bien dclar que de son temps des hordes germaniques occupaient une partie de la ,gaule du ,nord et l',alsace1 mais jamais il n'a dit autre chose2 ces ,germains taient l en tant que pillards et oppresseurs1 tout comme de #ahgj #aiad2 les invasions teutonnes1 de mme que les invasions aryennes1 n'ont laiss en ,alsace qu'un trs petit nombre des leurs1 dont les caractres physiques ont t immdiatement absorbs par les autochtones4 ,et la vritable infiltration barbare s'est bien arrte au ,rhin1 qui fut le grand fleuve protecteur4 ,il est archifaux1 l'argument capital invoqu par l',allemagne comme excuse au rapt de l',alsace1 savoir que1 pendant tout le ,moyen ,age1 les ,alsaciens auraient pens et senti comme des ,allemands6 ,mille fois non6 ,de ,csar ,charlemagne1 c'est--dire pendant dix sicles1 il a toujours exist au contraire une radicale diffrence entre les gens de la rive droite du ,rhin et ceux de la rive gauche1 latiniss et civiliss infiniment plus vite4 ,il suffit pour conclure d'examiner l'art alsacien1 qui fut roman ses dbuts comme le ntre2 d'examiner leurs gots traditionnels1 leur esprit1 leur cur1 qui furent gaulois et puis franais2 enfin tous les lments de leur civilisation qui s'est dveloppe dans un sens parallle celui de la civilisation de ,france1 les rapprochant de nous toujours davantage1 unissant toujours plus1 les unes aux autres1 des populations dont les primitives origines taient communes4 ,et1 aprs tant de preuves accumules dans le pass1 voici peut-tre la plus accablante1 celle que quarante annes d'oppression viennent de fournir4 ,aprs de si durs et continuels efforts pour s'assimiler les ,alsaciens1 les ,allemands qu'en ont-ils obtenu1 si ce n'est la haine1 le dgot et l'ironie8 ,mme cette ironie1 qui premire vue semble un lment secondaire1 apporterait d'ailleurs1 elle aussi1 sa petite preuve qui s'ajoute4 ,l'esprit des ,hansi et de tant d'autres1 cet esprit goguenard1 malicieux et gai1 est-ce de l'esprit tudesque--qu'on me le dise6--ou bien de l'esprit gaulois8 ,non1 la cause est entendue3 les ,boches ne sont pas chez eux1 de ce ct-ci du ,rhin1 personne ne les dsire1 ils rpugnent tout le monde4 ,alors1 qu'ils s'en aillent6#f ,en cette fin de juillet #aiaf1 mon service m'a ramen pour quelques jours en ,alsace4 ,ce n'tait plus le beau temps prsidentiel de l'anne dernire1 hlas6 ,de gros nuages attristants s'accrochaient partout aux cimes des ,vosges2 ils assombrissaient les forts de sapins et de mlzes qui1 vues d'en bas et pour les non avertis1 continuaient de jouer un peu les forts vierges1 mais que depuis deux ans nos braves territoriaux ne cessent de remplir de piges de toutes sortes1 pour le cas o les barbares oseraient tenter de nous arriver par l4--,ces piges que j'ai longuement visits l-haut1 lors de prcdentes missions1 ces dfenses invisibles mais formidables1 ces tertres gentiment gazonns d'o sortent1 par des fentes sournoises1 les bouches des mitrailleuses1 et ces interminables rseaux de fil de fer1 tendus comme des toiles d'araigne parmi les exquises fleurs roses de sous-bois1 digitales et silnes1--qui donc s'en douterait en passant1 comme je l'ai fait cette dernire fois1 au pied de ces montagnes revtues d'un si uniforme et tranquille manteau de verdure6444 ,dans les valles par lesquelles je m'acheminais vers les villes reconquises1 les champs taient admirablement verts1 et la dbauche des roses1 qui sont plus tardives ici que dans ma province natale1 battait encore son plein sur les murs des villages4 ,les femmes1 les jeunes filles1 avec de grands rteaux lgers1 s'empressaient aux fenaisons1 et la bonne odeur des foins coups tait partout dans l'air4 ,plus d'ovations joyeuses comme l'an dernier bien entendu1 ni de musiques4 ,le pays affectait un air de grand calme1 sous ses nuages pais1 et cependant1 au milieu du silence1 rsonnait de temps autre le canon allemand1 auquel le canon franais1 plus proche1 rpondait1 au tarif de deux coups pour un444 ,entre leurs montagnes aux forts si touffues1 j'ai donc revu les vieilles petites villes alsaciennes1 surplombes par ces amas d'arbres qui parfois1 tant les pentes sont abruptes1 sembleraient prs de glisser pour tout ensevelir sous la verdure4 ,j'ai reconnu les vnrables maisons1 coiffes de grands toits qui dbordent cause de l'habituelle pluie1 et les ruisseaux d'eau vive dans les rues1 et les places ornes toujours de fontaines jaillissantes1--o maintenant nos troupiers en bleu ple mnent boire leurs chevaux en faisant la causette avec des jeunes filles trs blondes4 ,le canon boche y avait accompli depuis l'an dernier de triste besogne3 de ces coups inutiles1 lancs de loin1 un jour ou l'autre1 pour le plaisir de dtruire1 crevant et l une maison1 un vitrail d'glise1 tuant quelque femme ou quelque enfant4 ,et cela n'empchait pas les boutiques d'tre ouvertes1 les petits coliers de s'amuser dehors comme si de rien n'tait4 ,me promenant pied1 j'ai caus avec des passants1 qui saluaient si volontiers mon uniforme franais4 ,rsignation l'horrible voisinage pour quelque temps encore1 mais confiance sereine en l'avenir1 j'ai rencontr ces sentiments-l partout2 ce n'tait plus1 comme l't dernier1 le fbrile enthousiasme auquel se mlait encore peut-tre la vague terreur d'un retour des barbares2 non1 c'tait une certitude maintenant bien assise et donnant la patience d'attendre4 ,dans des maisons qui m'avaient t dsignes1 on m'a montr--avec quel respect6--et fait toucher de la main les vieux drapeaux d'avant #gj1 reliques nagure si compromettantes1 qui avaient chapp aux ,boches fureteurs4 ,je me rappelle un vieillard1 les cheveux comme une mousse blanche1 qui me disait les larmes aux yeux1 en me prsentant son pauvre drapeau lui1 en humble cotonnade aux trois couleurs bien fanes3 ,pendant quarante-quatre ans1 je n'ai peut-tre pas manqu une fois1 chaque dimanche1 de monter lui dire bonjour1 sous les combles des toits o je l'avais cach4 ,on respire donc enfin l'aise1 dans le pays longtemps martyr4 ,ils sont partis1 les fonctionnaires allemands4 ,avec eux s'en sont alls l'espionnage1 les exactions1 la brutalit1 la terreur4 ,et voici que les bannis1 ou les exils volontaires1 ont commenc de revenir1 retrouvant les vieilles demeures familiales1 et les vieux parents si changs1 qu'ils aimaient1 mais dont ils reconnaissaient peine le visage4 ,plus d'inscriptions allemandes nulle part1 cette anne1 ni aux angles des rues ni sur les boutiques4 ,et comme je disais l'un de nos administrateurs franais3 ,vous avez eu tellement raison de recommander cela6 --,recommander1 me rpondit-il oh6 non1 mme pas444 ,il a suffi d'une remarque1 que j'ai faite un jour l'un des adjoints et qui s'est propage en trane de poudre4 ,les gens n'y avaient pas pens plus tt1 voil tout4 ,faute de peintres1 tout le monde s'y est mis2 les marchands grimpaient en personne sur des chelles pour badigeonner leur devanture1 en attendant mieux4 ,en quarante-huit heures1 c'tait fait6 --,quel dommage1 me disait un colonel franais en rsidence l-bas1 que vous n'ayez pu arriver trois ou quatre jours plus tt1 pour voir notre #ad ,juillet6 ,les ,alsaciens taient venus d'eux-mmes en dlgation1 nous demander de leur permettre de pavoiser et de faire fte1 malgr le sale voisinage et le danger d'tre encore si prs444 ,il avait l'air mu profondment en me disant cela1 cet officier1 plutt rude et nullement suspect de sensiblerie4 ,et il continua ainsi3 ,le soir1 la retraite aux flambeaux1 nos musiques militaires1 leurs fanfares civiles1 mme d'anciens orphons qui avaient encore des costumes boches et des tambours1 tout le monde plein cur jouait la ,marseillaise1 ,sambre-et-,meuse1 le ,chant du ,dpart1 et tous les hommes suivaient en chantant1 et toutes les jeunes filles dansaient derrire le cortge444 ,oh6 tenez1 surtout ce ,chant du ,dpart1 l'unisson1 entre ces montagnes d',alsace1 repris en dlire de joie par toutes ces voix puissantes de nos soldats et des paysans d'ici6444 ,moi qui vous parle1 j'ai pleur comme un imbcile1 en entendant passer cette retraite6444 99 99 99 99 99 ,cher pays bien franais1 qui revient nous1 dlivr tout jamais de l'horreur germanique6444 ,,une ,,furtive ,,silhouette ,,de ,s4 ,m4 ,,la ,,reine ,,alexandra ,d',,angleterre ,juillet #aiji4 ,a ,londres1 en juillet #aiji1 sur la fin de la season4 ,un bal d'ambassade o j'arrivai tard1 non loin de minuit4 ,dans une grande salle o tournoyaient des valseurs1 une femme1 toute svelte et juvnilement cambre1 se tenait debout contre le mur du fond2 elle regardait et souriait4 ,sa robe1 trs simple1 en je ne sais quelle diaphane toffe noire1 s'ornait1 vers le bas seulement1 de broderies couleur de feu ple1 qui simulaient des flammes d'alcool4 ,les valseurs1 en passant devant elle1 s'cartaient un peu par respect2 certains couples mme s'arrtaient1 pour saluer d'une rvrence profonde4 ,nouveau venu ,londres1 que je voyais pour la premire fois1 quand on me dit3 ,c'est la reine2 je doutai presque1 drout par tant de jeunesse4 ,cependant je l'avais aperue la veille1 passant trs vite dans sa voiture1 et je reconnaissais bien le fin profil4 ,et puis1 sur ses cheveux brillait une couronne en diamants1--trs lgre1 il est vrai1 trs simple1 mais une couronne ferme1 comme1 seules1 ont le droit d'en porter les souveraines4 ,pendant que la valse durait encore1 j'eus l'honneur de lui tre prsent4 ,dans le bruit de la musique1 dans le bruit du tourbillon qui pourtant se faisait plus lent prs d',elle et plus silencieux1 ,sa ,majest1 avec une bienveillance exquise1 daigna me dire ces paroles que les souverains savent trouver pour les htes de leur pays444 ,l'instant d'aprs1 le roi ,edouard sortait d'un salon voisin o il venait de jouer au bridge3 ,ah6 dit-il avec un bon sourire1 en me tendant la main1 quand notre ambassadeur me prsenta ,lui1 voici donc l'anglophobe4--,sire1 je crois1 rpondis-je1 que je le suis dj bien moins4 ,pendant le souper1 je perdis de vue le roi et la reine4 ,c'tait par petites tables1 dans un jardin que l'on avait recouvert de tentes paisses1 mais o la pluie tombait quand mme1 une pluie glace qui tambourinait sur les toiles et filtrait par mille gouttires4 ,un grand brouhaha se fit quand ,leurs ,majests se furent leves1 chacun voulant arriver dans les vestibules pour les saluer au dpart4 ,et l1 je revis la reine1 qui descendait lgrement les marches du perron4 ,elle avait mis un petit manteau de fourrure grise1 d'o s'chappait la trane en gaze noire brode de flammes ples2 aucun voile sur la tte1 o scintillait la couronne ferme4 ,jeune toujours1 malgr la cruelle lumire lectrique1 elle rendait les saluts en se retournant avec sa grce charmante4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1--veille du jour o j'allais quitter l',angleterre pour sans doute n'y jamais revenir--je me rendis ,buckingham-,palace1 o ,s4 ,m4 la reine ,alexandra daignait m'accorder l'audience que je lui avais fait demander4 ,comme tous les ans pareille poque1 le roi venait dj de partir avec la ,cour1 pour ,windsor1 o la reine devait incessamment le rejoindre4 ,c'tait pour midi1 l'audience2 un midi anglais1 sous un soleil de juillet peine tide4 ,aucune animation ce jour-l autour de ,buckingham-,palace1--qui en tout temps s'isole de la vie ambiante par des solitudes plantes d'arbres1 par des semblants de fort1 par des semblants de prairies1 aux massifs de graniums uniformment rouges4 ,personne dans les grandes cours sables1 au fond desquelles le palais se dressait lourd1 morose et noirtre1 silencieux comme une demeure vide4 ,ma voiture s'arrta devant une petite entre particulire1 o cependant parut un huissier en livre rouge1 au placide visage1 qui me fit passer dans un trs modeste parloir4 ,j'y fus rejoint tout aussitt par une vieille dame l'air aimable et bon3 la dame d'honneur de service4 ,si vous voulez bien me suivre1--dit-elle en franais1 sans le moindre accent1--je vais vous emmener chez ,sa ,majest4 ,et je la suivis1 d'abord dans d'troits couloirs sombres1 puis dans un petit ascenseur qu'elle fit jouer elle-mme1 un tout petit ascenseur deux places4 ,en haut1 au premier tage1 nouveaux couloirs obscurs1 et enfin un salon ayant vue sur des arbres4 ,restez-l1 me dit-elle1 je vais avertir ,sa ,majest4 ,sur ces mots1 elle disparut et on ne la revit plus4 ,pendant les quelques secondes o je fus seul1 immobilis la place o la bonne dame d'honneur m'avait laiss1 c'tait bien mon droit de promener les yeux sur ce coin d'intrieur intime1 dont les dtails pouvaient dj me rvler un peu de l'me de la souveraine4 ,rien d'clatant1 rien de luxueux1 dans ce salon aux proportions moyennes1 o rgnait un ordre parfait1 et o les choses taient d'une simplicit voulue1 un peu austre1 mais sans une faute de got4 ,vraisemblablement celle qui habitait l devait subir les pompes officielles plutt que s'y complaire4 ,aux murailles1 sur les meubles1 quantit de photographies1 encadres pour la plupart en des cadres de cuir tout unis1 mais des photographies de princesses ou d'impratrices que soulignaient de grandes signatures4 ,par une porte du fond1 tout coup1 la reine444 la reine1 aussi tonnante de jeunesse dans le jour qu'aux lumires et vtue d'une robe si simple que1 n'et t l'lgance suprme de sa silhouette1 rien ne l'aurait trahie4 ,le trs court silence qui survint alors entre nous me parut s'agrandir de tout le silence de ce palais vide et entour d'espace4 ,il y a1 d'ailleurs1 une petite motion trs particulire causer pour la premire fois en tte tte avec une interlocutrice dont on ne sait rien1 qui est pour vous une nigme1--enveloppe par surcrot1 de majest royale1--et qui au contraire sait beaucoup de vous-mme1 par des livres o l'on s'est trop donn444 ,les voyages1 les livres1 ,sa ,majest ayant abord ces sujets-l1 je commenai d'prouver une gne1 quelque chose comme un remords bien inattendu1 au souvenir de mes attaques contre l',angleterre1 et je m'embrouillai dans de difficiles excuses4 ,oh6 interrompit la reine1 sur un ton de confiance qui me toucha infiniment plus que n'auraient fait les reproches1--c'est fini1 tout cela maintenant1 n'est-ce pas8--,mais oui1 madame1--rpondis-je1--c'est fini444 ,or1 ce moment mme1 avec inquitude1 je me rappelais certain article sur ,rangoun1 non paru mais dj imprim o j'incriminais beaucoup l'occupation anglaise en ,birmanie2 mon ,dieu1 aurais-je encore le temps d'y retoucher1 d'en attnuer les termes8 ,l'indulgence1 la bont1 la droiture1 comme elles se rvlaient bien1 ds l'abord1 dans les paroles de cette reine et dans son regard4 ,et puis on sentait qu'elle aimait sincrement notre pays4 ,j'aurais donc souhait lui parler de son ,danemark o j'tais venu jadis1 ma sortie de l'cole navale1 pendant l'anne terrible #ahgj1 et o j'avais rencontr tant de sympathie pour la malheureuse ,france1 tant de rvolte contre nos ennemis d'alors et d'aujourd'hui4 ,mais avec une reine on ne conduit pas la conversation sur le terrain que l'on veut1 surtout si c'est un brlant terrain politique1 et des sentiments1 qui sans doute nous taient communs1 restrent sous-entendus entre nous plutt qu'exprims4 ,d'ailleurs je venais de rencontrer un grand portrait du kaiser et d'en croiser l'odieux regard2 or1 c'tait en bas1 dans une sorte de couloir de service o l'image avait t accroche comme une place de ddain1 et cette relgation suffisait indiquer les sentiments qu'inspirait le personnage aux htes de ce palais4 ,aprs un moment1 qui m'avait paru trs court et qui avait t presque long pour une audience1 ,sa ,majest daigna me demander si je voulais visiter le palais4 ,le visiter en une telle compagnie1 jamais je n'aurais os y prtendre4 ,elle se leva1 et je la suivis1 pour une promenade inoubliable dans la somptueuse demeure sans habitants4 ,nous passmes d'abord devant un cabinet de travail1 aussi simple que le salon4 --,c'est mon bureau1 o je ne vous fais pas entrer1--dit-elle en souriant1--parce qu'il est en dsordre4 ,en effet1 j'avais aperu des liasses de papiers1 jets un peu partout comme pour un triage4 7,on se reprsente ce que peuvent tre1 malgr les dames d'honneur1 malgr les secrtaires1 la correspondance et la comptabilit d'une reine1 lorsqu'elle pourvoit1 comme celle-ci1 tant d'uvres bienfaisantes1 hpitaux1 refuges1 asiles de petits abandonns1 etc4 ,c'tait le rangement de ces lettres qui avait d retarder son dpart pour ,windsor47 ,sa ,majest ensuite ouvrit une porte haute et grande2 l1 soudain1 aprs les sobres appartements particuliers1 nous fmes sans transition dans les galeries magnifiques1 aux plafonds ouvrags1 aux vives dorures1 aux colonnades de marbre1 aux murailles ornes d'inestimables tableaux de matres4 ,toujours personne2 pas un huissier1 pas un domestique4 ,la reine1 de sa main fine1 faisait jouer les serrures1 tourner les lourds battants dors1 et les salles se succdaient1 aussi vides et silencieuses4 ,mais ce palais1 qui allait devenir dsert pour une saison1 restait dans un ordre parfait et toutes les chemines monumentales taient dcores l'intrieur1 comme pour une fte1 de merveilleux buissons d'hortensias bleus1 d'azales roses1 d'orchides et d'arums4 ,dans des salles diffrentes1 deux grandes toiles reprsentaient la reine debout1 ct du roi ,edouard4 --,de mes deux portraits1 lequel vous semble meilleur8--demanda-t-elle4--,incontestab lement le second1 madame2 celui-ci4--,ah6 n'est-ce pas8 ,c'est bien plus mon regard4--,en effet1 si dans l'un et dans l'autre le peintre avait rendu la teinte des prunelles en saphir clair1 dans le second seulement se trouvait fix le je ne sais quoi indfinissable qui est l'expression et le charme4 ,au milieu d'un tableau datant des premires annes du ,x,i,xe sicle1 parmi des personnages de cour1 une toute petite fille1 de deux ans peut-tre1 nave1 frache et jolie4--,vous devinez qui c'est8--,ah6 oui1 en regardant avec attention ces yeux d'enfant on pouvait aisment reconnatre encore celle qui devint la reine ,victoria1 la souveraine aujourd'hui presque lgendaire4 ,devant les portraits de ses propres fils et de ses filles1 la reine s'arrta et je vis tout coup passer sur son visage la tristesse attendrie1 lorsqu'elle m'eut dsign celui que la mort est venu lui prendre1 le jeune duc de ,clarence4 ,dans la salle du ,trne1 un excs peut-tre1 un blouissement de rouge et d'or2 plafonds d'or1 murailles tendues de satin rouge4 ,mais l1 par exemple1 on avait l'impression du proche dpart2 tout tait recouvert de longues draperies1 galement rouges1 qui dissimulaient la forme des meubles et l'clat des siges4--,ah6 dit-elle1 je regrette1 les housses sont dj mises4 ,c'est que1 vous savez1 nous allons partir4--,a force de dlicatesse1 d'adorable simplicit1 celle qui me guidait m'avait presque fait perdre de vue qu'elle n'tait pas seulement la grande dame qu'elle avait l'air d'tre1 mais qu'en outre elle se nommait ,alexandra de ,danemark1 reine d',angleterre1 impratrice des ,indes4 ,et c'tait elle-mme qui1 au jour des grandes solennits1 entrait ici1 tincelante de diamants historiques1 pour s'asseoir sur ce trne1 voil aujourd'hui comme un simple fauteuil4 ,quand ,sa ,majest me tendit la main pour me donner cong1 nous arrivions dans un vestibule dominant un escalier monumental4 ,inclin jusqu' ce qu'elle et disparu1--ce qui fut rapide1--je me trouvai brusquement trs seul quand je relevai la tte4 ,en plus du respect profond qu'elle m'inspirait1 comme au moindre de ses sujets1 une haute sympathie d'me m'tait venue pour cette souveraine1 si visiblement noble et bonne2 et je songeais que sans nul doute je ne la reverrais jamais1 ne devant plus revenir dans son pays1 malgr l'extrme courtoisie de l'accueil444 ,un vestibule1 des marches descendre videmment1 mais o tais-je1 dans quelle partie de ce palais si inconnu pour moi8 ,personne qui demander ma route4 ,aprs tre mont par un petit ascenseur presque clandestin1 je redescendais par un escalier d'apparat1 sans savoir o j'allais tomber4 ,en bas1 des salles pompeuses1 mais vides2 et toujours pas un tre humain4 ,je commenai d'errer1 hsitant frapper aux portes fermes1 osant encore moins les ouvrir4 ,et cela dura plusieurs minutes1 jusqu' ce qu'enfin un laquais1 rencontr par hasard1 me ft secourable1 me reconduist au grand perron et y ft avancer ma voiture4 ,si j'avais vu ,buckingham-,palace dans d'autres circonstances1 ml la foule qui s'y presse les soirs de fte1 je n'en aurais gard probablement qu'une impression quelconque4 ,mais cette reine1 ces fleurs1 cette solitude et cet absolu silence1--il me sembla sortir d'un palais enchant4 ,,femmes ,,fran,,aises ,,pendant ,,la ,,grande ,,guerre ,aot #aiae4 ,nos femmes franaises1 la guerre les a magnifiquement agrandies1 comme nos soldats1 et1 dans tous les mondes1 la plupart se rvlent sublimes4 ,paysannes1 la charrue ou aux moissons1 s'efforcent avec un inlassable courage de suffire aux plus rudes besognes1 aussi bien les aeules1 toutes rides et courbes1 que les jeunes1 apportant parfois aux champs un petit bb dans ses maillots1 qu'elles posent endormi sur l'herbe4 ,elles labourent la terre1 elles fauchent les pis1 tout cela pour que le fils ou l'poux1 s'il revient de l'abominable tuerie allemande1 trouve la petite proprit bien entretenue1 en mme temps que la maison bien en ordre4 ,et1 tout en haut de l'chelle1--pour parler comme les gens qui admettent encore des distinctions sociales1--les lgantes1 mme celles qui furent des oisives et des frivoles1 aujourd'hui quittent leur luxe2 pour tout donner1 elles se privent de ce qui leur semblait essentiel1 et elles peinent avec joie des travaux dont elles se croyaient si incapables6 ,dans leur blouse d'infirmire1 nuit et jour elles s'puisent au chevet des blesss1 mettant leurs mains blanches des preuves nagure bien inattendues1 et1 devant les obligations les plus rpugnantes1 elles gardent le joli sourire qui enchante les agonies4 ,aux abords des gares1 par o l'on s'en va sur le front1 c'est l peut-tre que je les ai vues1 plus que partout1 ailleurs nobles et touchantes1 nos femmes franaises1 mme les plus humbles d'entre elles4 ,quand1 aprs une courte permission1 le mari1 en capote bleue glorieusement fane1 s'en retourne l-bas1 dans la ghenne de feu1 l'pouse vient1 avec les enfants1 le reconduire2 presque toujours c'est lui1 le soldat1 qui tient le plus petit son cou1 tout contre sa joue1 jusqu' la minute de l'inexorable dpart4 ,et aprs l'adieu1 qui pourra tre le dernier1 la femme s'en retourne au logis1 fire1 avec des yeux de suprme angoisse1 mais qui ne veulent pas pleurer4 ,pour ce qui est de moi-mme1 ces heures grises comme nous en traversons tous1 dans le dcouragement de sentir s'terniser la guerre1 dans la dtresse d'avoir ses fils au front1 ces heures1 plus ou moins courtes mais invitables1 o il semble que l'on s'affaisse1 il m'est arriv de me rfugier auprs de femmes qui venaient de perdre ce qu'elles avaient de plus cher au monde1 un fils unique1 et qui tranaient des deuils ternels sous leurs longs voiles noirs4 ,et c'est encore auprs de celles-l que j'ai acquis le plus de rsignation1 trouv le plus de rconfort444 ,,un ,,secteur ,,tranquille ,septembre #aiaf4 ,voici la troisime fois qu'une fin d't claire mlancoliquement les dsolations de notre ,france4 ,a la longue1 sur notre front hriss de bouches feu1 une sorte d'accoutumance s'est presque tablie et l1 du moins dans les rgions o ne s'acharne pas pour le moment la rage des ,barbares1 et ce sont ces rgions que l'on est convenu d'appeler secteurs tranquilles4 7,cette tranquillit1 est-il besoin de le dire1 n'est que trs relative1 et1 avant l'inimaginable guerre qui a peu peu modifi tous nos jugements1 elle se serait plutt appele l'abomination de la dsolation47 ,j'avais affaire aujourd'hui dans l'un de ces secteurs-l1 et un temps merveilleux rayonnait sur les campagnes abandonnes1 o s'talait un grand luxe de fleurs1 scabieuses d'automne1 alternant avec les plus rouges coquelicots4 ,on entendait1 il va de soi1 l'ternelle canonnade1 mais les coups s'espaaient sans hte1 et1 avec l'habitude que l'on en a prise1 ils semblaient troublera peine le silence des champs4 ,nous avions dpass la dernire zone habite et ne rencontrions plus sur les routes que1 de temps autres1 des petits convois militaires4 ,cependant rien de sinistre n'avait commenc de s'indiquer1 sous ce beau soleil de fte4 ,les arbres1 magnifiquement feuillus1 cachaient dans la verdure leurs branches fracasses2 il y avait encore1 en avant de nous1 des villages qui1 de loin1 avaient l'aspect naturel1 et cette canonnade1 dont toutefois nous nous rapprochions beaucoup1 gardait pour ainsi dire un air bon enfant1 cause de sa lenteur4 ,ah6 premier avertissement sinistre6 ,au bout d'une perche1 un grand criteau sommairement peint sur bois blanc nous arrte3 ,partie de route non dfile1 interdite la circulation4 ,non dfile1 cela signifie en termes de guerre que l'on y est en vue des lunettes allemandes et en danger de mort4 ,il faut donc obliquer1 par des sentiers qui se dissimulent plus ou moins dans des replis de terrain4 ,parmi ces coups de canon1 l'oreille naturellement distingue tout de suite les arrives des dparts4 ,les dparts1 ce sont les coups tirs par nos batteries nous1 dont les projectiles s'en vont frapper trs loin chez les ,boches1 et les arrives1 ce sont les clatements de leurs obus eux1 lancs dans nos lignes4 ,aujourd'hui1 nous comptons peine une arrive par minute4 ,c'est vraiment trs courtois de leur part4 ,un village1 qu'il va falloir traverser1 se dmasque de derrire des arbres2 de loin1 son clocher encore debout faisait illusion1 mais il est tout grignot par le haut1 et l'glise est crible2 quant aux maisons1 il n'en reste que des pans de murs1 la mort s'y est depuis longtemps tablie en souveraine4 ,dans une ruelle1 o nous avons ralenti cause des dcombres1 gt les pieds en l'air un berceau d'enfant1 et tout auprs1 au milieu d'une belle touffe de coquelicots1 le petit cadavre dchiquet d'une poupe444 ,nous avons longer ensuite des collines1 couvertes d'une mme fort paisse1 qui nous sparent de l'ennemi et nous mettent pour un temps en scurit4 ,on y a creus quantit de cavernes1 dont l'ouverture est tourne vers nous1 et o nos soldats vivent comme des prhistoriques4 ,dans l'une1 qui est un poste de commandement1 je dois m'arrter pour me renseigner auprs du colonel qui l'habite4 ,d'abord il me montre1 sur une carte pique contre sa muraille de terre1 les places prcises de l'attaque vainement tente l'avant-veille par les ,boches1 et au sujet de quoi j'ai t envoy ici2 mais il me faudra aller un kilomtre plus loin1 pour me rendre compte sur le lieu mme4 ,je vais aussi vous prsenter1 ajoute-t-il1 les gentils objets assez nouveaux qu'ils nous envoient depuis quelques jours4 ,et il dit une ordonnance3 ,allez donc1 mon ami1 me chercher par l un tuyau de pole et une tte--,guillaume4 ,le soldat est vite de retour1 rapportant quelque chose comme un bout de tuyau en cuivre d'environ soixante centimtres de long1 et une espce de boule un peu oblongue qui ressemble en effet une grosse tte humaine4 ,tous ces gentils objets1 bien entendu1 ne nous sont lancs que remplis de cheddite et autres infernales salets allemandes1 et1 quand elles arrivent1 ces boules1 surmontes de leur fuse en pointe de casque boche1 elles doivent justifier trs bien le surnom que nos hommes leur ont donn1 sauf qu'il y manque l'ineffable sourire du kaiser4 ,autre caverne1 o sont logs des officiers2 sur leur table1 ct de leurs cartes1 il y a quelques journaux--oh6 pas beaucoup--qui1 dans leur vie de ,robinsons1 les tiennent un peu au courant des choses de ce monde4 ,et l'un d'eux1 en riant1 me prsente un article d'un grand journal parisien1 o j'apprends que je suis en ce moment mme aux ,pyrnes1 et que j'y occupe mes loisirs--en mille1 devinez quoi6-- peindre des ventails pour les belles dames de ma connaissance6444 ,certes1 ce n'est l qu'une des moindres1 parmi les sornettes auxquelles je me vois journellement condamn1 mais c'est gal1 ce peinturlurage d'ventails emprunte au dcor et aux bruits ambiants un comique irrsistible4 ,tandis que les ,boches continuent leur petit bombardement anodin1 nous poursuivons notre route4 ,j'ai pour guide un officier habitu ce secteur1 o je viens aujourd'hui pour la premire fois4 ,nous pourrons1 ce qu'il dit1 aller jusqu'aux abords de ce village1 qu'on aperoit l-bas1 trs riant sous le soleil1 dans un bouquet de beaux arbres1 mais qui a l'inconvnient d'tre l'ouvert d'une coupure des collines et de servir de cible habituelle l'ennemi2 avant d'y arriver1 il faudra donc remiser notre auto derrire un rocher1 et ensuite nous monterons pied dans la fort4 7,a mi-cte1 je dois interviewer l-haut1 au fond de son trou1 le chef de bataillon qui a subi1 et repouss avec fracas1 cette attaque d'avant-hier47 ,ce n'tait qu'un fantme de village1 on le devine bien1 ventr de toutes parts et qui1 sous le chaud soleil de septembre1 dormait son sommeil de mort4 ,mais peine tions-nous deux cent mtres1 que les obus commencent d'y tomber1 lui ramenant du tapage au milieu de son silence4 ,nous avaient-ils aperus1 les ,boches1 par quelque claircie dans les branches1 ou bien nous avaient-ils entendus1 ou simplement flairs8 ,en tout cas1 ils se figurent que nous allons dans ces ruines1 et btement ils s'obstinent les mitrailler4 ,notre auto et nos chauffeurs1 une fois remiss en lieu peu prs sr1 voici devant nous la route qui monte en pente rapide dans la fort4 --,si vous voulez bien1 me dit l'officier qui me conduit1 nous monterons un peu vite1 car le passage est plutt malsain1 cette heure de la journe surtout4--,oui1 montons un peu vite1 pas trop cependant1 pour ne pas donner l'impression de passants mus4 ,d'ailleurs1 part ces arrives que l'on entend de-ci de-l1 qui donc s'en douterait1 que la route est malsaine1 voir son air de gaiet engageante2 sous ses arbres magnifiques1 chnes ou htres1 on dirait une rue1 dans quelque station de villgiature2 il y a mme des passants1 en costume bleu ple1 pas trs nombreux1 mais enfin quelques-uns1 et qui ne semblent pas effars4--,villgiature pour bonnes gens un peu simplets par exemple1 je le reconnais3 les maisonnettes1 qui s'alignent de droite et de gauche1 sont comiques de petitesse1 amusantes de navet1 avec leurs jardinets alentour1 leurs troites bandes de gazon1 leurs minuscules rocailles4 ,toutefois1 rien qu'en regardant avec plus d'attention1 vite on devinerait que les cures d'air1 ici1 ne doivent pas tre de tout repos1 car ces villas lilliputiennes1 qui sont comme tapies sur le sol1 ont pour toiture des madriers normes recouverts de matelas de gravier2 il y fait noir et elles s'enfoncent dans la montagne comme des terriers pour gros lapins2 en outre1 l'une d'elles1 qui est marque d'une grande croix rouge1 montre cette enseigne suggestive3 poste de secours4 ,et1 de distance en distance1 des criteaux clous aux arbres portent l'indication3 abri de bombardement1 une flche marquant la direction du trou par lequel on y entre444 ,quand mme1 avec ses petites pelouses1 ses petits massifs1 ses petites corbeilles de fleurs soigneusement serties de ranges de cailloux1 ce village1 improvis par nos soldats1 m'aura donn le plus curieux aspect que j'aie encore rencontr jamais d'un secteur tranquille4 ,pendant notre monte1 la musique de grosse caisse que les ,boches nous font s'acclre en allegro4--,d'habitude1 me dit l'officier qui m'accompagne1 ils nous fichent tout de mme la paix plus que a2 c'est leur attaque rate de l'autre nuit qui sans doute leur reste sur le cur4 ,et puis1 l'entre en scne de la ,roumanie1 que nous nous sommes fait un plaisir de leur annoncer hier par des affiches1 leur a aussi beaucoup agit les nerfs4 ,mais le singulier village1 qui a dj connu cela de temps autre1 parat peine s'en mouvoir4 ,et1 en passant1 j'entends un caporal1 bien paisible sur le pas de sa porte1 se plaindre un camarade d'une seule chose1 c'est qu'hier une sale tte--,guillaume a saccag ses plantations de laitues4 ,vraiment1 le calme de tous ces soldats1 qui sont ici depuis tant de mois nous faire rempart1 leurs soins minutieux pour leurs jardinets1 pour leurs humbles et rudes logis1 ne me paraissent pas seulement d'une purilit touchante2 non1 ils reprsentent au contraire une forme spciale1 trs raisonne et hautement admirable du courage franais1 de la belle humeur1 de la confiance et de l'abngation franaises4 videmment1 dans cette fort1 ce n'est pas la grande horreur sans nom1 le grand enfer sublime de la ,somme2 mais quand mme1 ces hommes savent bien qu'il leur faut chaque jour emporter sur des brancards quelques-uns d'entre eux dans leur petit cimetire fleuri2 ce qu'ils entendent tomber de diffrents cts1 en fracassant les branches1 ils savent bien que c'est du #aje allemand1 ou de ces torpilles qui font les blessures plus dchires et plus malignes4 ,ils savent que1 pour diriger cette bourdonnante symphonie1 parse un peu partout dans leurs alentours1 c'est la ,mort qui tient le bton de chef d'orchestre444 ,en voici deux auxquels j'adresse la parole2 appuys confortablement un arbre1 ils s'taient redresss en retirant leur cigarette1 pour me faire le salut militaire3 ,mes amis1 puisque vous n'tes pas obligs1 vous autres1 cette heure-ci1 d'tre dehors sur la route1 pourquoi ne rentrez-vous pas1 jusqu' ce que leur petite crise de colre soit passe8--,oh6 mon colonel1 il en faut tant et tant1 d'obus1 pour arriver toucher un homme6444 ,et puis ces trous1 vous savez444 ,si1 des fois1 ils nous envoyaient quelqu'une de ces grosses marmites qui chavirent tout1 et qu'on soye enterr vif l-dedans444 ,non1 nous deux1 pour notre compte1 notre ide enfin1 nous aimons encore mieux attraper a en plein air6 ,,un ,,petit ,,monde que n'ont pas atteint nos vertiges ,juin #ahhb4 ,hier1 j'ai connu les ,ouled-,nal1 les vraies1 qui suivent le rite immmorial1 celles qui ne se montrent point dans les villes d',infidles1 mais qui guettent1 l'ore du dsert1 et qui happent au passage les hommes venus du fond des horizons de sable4 ,pour les rencontrer1 celles-l1 j'avais chemin par tapes1 depuis le port o stationnait mon navire jusqu' l'oasis o je venais d'arriver ce matin au clair soleil de dix heures4 ,en route1 ce chaud printemps1 ce mois de juin d',algrie dj m'avait gris4 ,oh6 dans les villages1 quelle profusion de roses6 ,des roses de chez nous1 mais qui semblaient vivre ici avec une exubrance folle2 celles qui taient rouges1 devant les vieux murs blanchis de chaux laiteuse1--mais rouges de ptales1 rouges de feuilles1 rouges de tiges1--fleurissaient en gerbe1 et on et dit des fuses de sang4 ,et puis il y avait les orangers1 couverts de bouquets qui emplissaient l'air comme d'une suavit blanche4 ,et mme les solitudes sentaient bon1 parce que l'on crasait au passage mille petites plantes d',afrique plus parfumes que des sachets prcieux4 ,ces ,ouled-,nal6 ,je m'tais reprsent des filles de joie1 bruyantes1 aux lignes serpentines1 agitant des colliers de sequins4 ,et1 quand on me dit3 les voici1 je frissonnai d'une sorte de crainte4 ,elles taient huit ou dix1 presque en rang1 pares comme des idoles de temple1 et chacune se tenait immobile1 aux aguets1 sur le pas de sa porte4 ,a l'cart1 dans cette oasis dj saharienne1 elles habitaient un petit quartier morne1 un petit quartier avanc en vedette sur le dsert1 face l'infini des sables4 ,le soleil du matin les clairait d'une lumire incisive2 il rendait blouissantes leurs toffes bigarres et la surcharge de leurs grossiers bijoux1 mais aussi il accentuait les fltrissures prcoces sur leurs visages de prtresses d'amour4 ,leurs fronts1 leurs joues avaient les luisants du bronze ferme et poli1 mais des petites ombres trop nettes creusaient davantage leurs yeux4 ,debout1 elles restaient sans bouger avec un air d'ironie1 les paupires baisses1 mais sans cligner des cils sous la morsure de ce soleil4 ,elles s'taient fait des ttes normes1 largies par une profusion d'ornements de mtal1 et hausses par des espces de tiares sur lesquelles posaient des voiles aux plis quasi religieux4 ,quelques-unes ne paraissaient mme plus jeunes2 toutes avaient t marques par les lassitudes de toujours attendre les caravanes1 de toujours guetter des hommes1 en surveillant l'horizon dsol1 et toutes s'taient meurtries1 depuis longtemps1 sous les treintes de tant et tant de nomades1 qui entraient chez elles excds par les continences des marches travers le ,sahara2 mais toutes1 mme les plus fanes1 conservaient encore je ne sais quoi de bassement dsirable1 qui rendait dangereux de les trop regarder4 ,leur repaire ne formait pour ainsi dire qu'une seule et mme demeure1 dont la faade1 sans toiture apparente1 se prolongeait pareille1 comme un mme vieux mur1--un mur fruste1 pais et bas1 fait de boue sche4 ,les trous qui servaient de porte s'ouvraient la file1 trs prs les uns des autres1 et ce matin1 de chaque tanire1 l'habitante tait sortie2 sur chaque seuil1 une ,ouled-,nal tait poste4 ,la couleur neutre du sol ou de la muraille terreuse rendait plus clatant le luxe barbare des parures4 ,et ce qui dconcertait surtout1 dans l'apparition de ces femmes1 c'tait la dignit1 la silencieuse arrogance du maintien2 on sentait que1 suivant la rgle de leur caste1 elles exeraient la prostitution comme un sacerdoce2 dans ces ttes1 si pompeusement coiffes1 il devait y avoir autre chose que de la passivit professionnelle1 peut-tre1 l'occasion1 de la fivre amoureuse1 du dvouement aveugle1 mme du fanatisme et mme du crime4 ,regards de prs1 les ornements de mtal1 qui brillaient sur elles en diadmes ou en colliers1 se rvlaient des louis d'or de tous les pays d',europe ou d',afrique4 ,et les moins jeunes1 qui s'taient le plus de fois vendues1 talaient1 sur leur gorge encore belle1 presque une petite fortune4 7,on sait que1 suivant l'usage immmorial de la tribu1 celles-l1 les dj riches1 allaient bientt s'en retourner au fond du dsert1 redevenir des filles de la tente1 et crer une famille avec quelque beau nomade de leur choix1 dont elles seraient l'pouse voile1 fidle1 docile et humblement soumise47 99 99 99 99 99 ,elle pouvait avoir vingt ou vingt-deux ans1 la ,nal qui je demandai de m'abriter dans son gte de terre durant les heures brlantes du jour4 ,ensemble nous franchmes le seuil1 entre les parois dformes par la vtust et aussi paisses que des remparts4 ,l-dedans1 il faisait un peu sombre et presque agrablement frais1 aprs les chauds blouissements du dehors4 ,une odeur de saine bte fauve y tait tempre par des baumes qu'on avait brls et par un bouquet de fleurs d'oranger qui trempait dans un vase de cuivre4 ,des couches de chaux1 accumules depuis les vieux temps de l'oasis1 donnaient aux murailles cet aspect mou que prennent les parois des grottes2 terre1 des nattes1 des tapis tisss au dsert1 des matelas sur lesquels des centaines de nomades avaient d1 tour de rle1 se pmer et puis dormir4 ,et une seule petite fentre perce en meurtrire1 sans vitrage1 protge par une mousseline pour empcher d'entrer les mouches et le sable3 on voyait par l un coin de l'horizon des solitudes1 un peu de l'tendue morne qui ne finit pas1 et rien d'autre4 ,que de pices d'or elle avait dj pu suspendre son cou1 bien qu'elle ft si jeune6 videmment c'tait une des plus demandes444 ,avec une soumission mprisante1 elle arrangeait les oreillers et les tapis1 pour me faire dormir chez elle mon sommeil mridien4 ,elle ne me regardait mme pas4 ,danseuse1 issue d'une race de danseuses1 elle avait on ne sait quoi de superbement souple et ddaigneux dans ses mouvements toujours nobles1 et1 chaque fois que s'entr'ouvrait sa chemise en gaze raye1 un peu de sa jeune gorge couleur de basane1 qu'elle dissimulait avec soin tout l'heure sous ses voiles hiratiques1 apparaissait maintenant sans qu'elle s'en soucit1 comme si c'tait une chose vendue d'avance1 dj moi et qui n'importait plus4 ,pourtant j'avais envie de m'en aller1 pris de l'humiliation et surtout de la tristesse infinie d'tre l1 prisonnier de la chair1 dans ce bouge lointain et hostile4 ,le silence de midi s'affirmait au dehors et on n'entendait que le chant des sauterelles de juin1 grises par la lumire4 ,la ,nal allait et venait1 dans son gte de pnombre2 ses allures semblaient moiti d'une panthre1 moiti d'une reine1 mais vraiment elle avait trop l'air de savoir combien son corps tait beau et valait d'argent4 ,oh6 l'ternelle drision que ce besoin d'embrasser et d'treindre qui nous talonne tous1 qui parfois nous semblerait presque un appel divin1 un lan sublime pour fondre deux mes en une seule1 mais qui n'est plutt que le pige grossier de la matire toujours obstine se reproduire4 ,oh6 si on pouvait au moins secouer cela1 en tre affranchi et purifi6444 ,j'avais eu envie de m'en aller1 mais je retombai sur les coussins prpars par l',ouled-,nal444 ,qu'aurais-je gagn1 aprs tout1 regimber contre cette loi des treintes1 impose tout ce qui respire8 ,en quoi la rvolte d'un atome phmre comme je suis pourrait-elle atteindre la ,cause inconnue qui nous a jets ple-mle pour quelques heures dans le tourbillon des tres8 ,non1 autant vaut cder1 s'abaisser sans comprendre et accepter lchement l'aumne qui nous est faite de ces pauvres crises brves444 99 99 99 99 99 ,un rayon rougetre1 annonant que le soleil allait s'teindre1 entrait par la triste petite fentre1 quand je m'apprtai sortir de la maisonnette de terre4 ,l'heure approchait aussi o je devais quitter l'oasis pour commencer redescendre des ,hauts ,plateaux et retourner par tapes vers la cte4 ,du reste l',ouled-,nal1--qui peu peu tait devenue douce comme presque une petite sur peine fline1--semblait tout coup impatiente de se dbarrasser de moi2 d'un coffre pais qu'elle venait d'ouvrir1 elle tirait des bijoux plus beaux1 et des btons de rouge pour farder ses joues3 c'est qu'il tait temps de se parer pour la grande prostitution du soir4 ,et puis beaucoup de bruit s'entendait maintenant au dehors2 cette sorte de vestibule du dsert1 qui commenait l tout de suite devant le seuil1 s'emplissait de monde2 une caravane s'arrtait1 qui devait tre riche1 une caravane partie du fond de l'impntrable ,maroc1 depuis des jours1 et les nomades mlaient leurs cris aux plaintes des chameaux que l'on faisait coucher4 ,la ,nal voulait sortir sur sa porte1 avoir sa part de cet or et de ces dsirs qui arrivaient4 ,je la regardais faire et1 sous l'influence du soir languide et rose1 je sentais du regret sourdre au fond de moi-mme1 du regret d'elle1 du regret de sa beaut de fille errante1 qui allait bientt se faner tous les vents du dsert1 et puis mourir l'ombre de quelque tente dresse qui sait o1 qui sait en quel coin des solitudes1--aprs que l'ardeur de son sang et le mystre noir de ses yeux auraient t transmis par elle des continuatrices1 qui plus tard se vendraient aussi444 ,quand elle reparut au dehors1 pour se montrer aux hommes de la caravane1 les autres ,ouled-,nalia#g1 qui taient dj alignes sur les seuils des petites portes sauvages1 lui lancrent une moquerie du coin des yeux4 ,oh6 quels frais de parure elles venaient de faire6 ,ce soir1 toutes taient belles1--mme les plus chevronnes1 mme celles qui avaient dj une fortune en louis d'or tale sur la gorge1 et se marieraient bientt4 ,toutes s'taient repeint les yeux et s'taient fardes d'une faon pompeuse4 ,leurs ttes paraissaient encore plus larges et plus normes1 sous le poids des diadmes plusieurs rangs1 des pendants d'oreilles1 et sous l'amas des noires chevelures tresses en manire de tiare4 ,plus tard1 quand la nuit serait tombe1 elles se rpandraient dans les cafs maures1 et commenceraient chanter1 danser1 affoler les hommes par mille poses de leurs corps souples aux contorsions de couleuvre4 ,mais pour le moment elles se tenaient rigides et dignes1 comme des prtresses peine vivantes4 ,des toffes magnifiques1 tombant droit comme des camails1 s'agrafaient trs haut sous leur menton2 elles ne bougeaient pas1 se contentant de darder1 sur les uns ou les autres1 leurs yeux lourds d'appel et d'attente4 ,oui1 on sentait bien1 les voir cette fois1 qu'en effet il n'y avait pas que des prostitues chez les filles de leur tribu1 mais plutt des incomprhensibles1 formes ainsi par de longues hrdits distinctes1 et capables mme parfois d'tre nobles444#h4 99 99 99 99 99 ,mais voici qu'un disque large et rouge plongeait l-bas derrire la ligne des sables4 ,c'tait l'instant o le dsert plit si trangement et si vite1 blmit comme un grand linceul avant qu'aucune pleur ait commenc de paratre au ciel toujours teint de cuivre et d'or4 ,c'tait l'heure du ,moghreb1 et1 du haut d'un petit dme en boue sche1 un chant qui faisait frissonner s'leva dans l'air1 dominant toutes choses1 une voix qui tenait la fois du son des orgues clestes et du glapissement des chacals4 ,le muezzin rptait aux quatre vents le nom d',allah1 et les nomades choisissaient des places pour se prosterner1 le front dans la poussire4 ,alors1 en silence1 toutes les ,ouled-,nalia1 prises de respect1 elles aussi1 s'enfuirent1 les yeux baisss1 disparurent un instant au fond des tanires1--pour laisser les hommes prier4 ,l',,adieu ,,de ,,paris ,,au ,g,n,,ral ,,gallieni ,paris1 #b juin #aiaf4 ,hier1 dans l'apparat et la magnificence1 s'en est all ce gnral aux allures simples1 qui tait si insouciant de la pompe et des grandeurs4 ,il avait succomb1 bien moins un mal en somme trs curable1 qu' une continuelle et terrible tension d'esprit survenant au dclin de sa vie1 alors qu'il lui aurait fallu du repos1 aprs s'tre si noblement dpens au service de la ,france1 dans les climats les plus meurtriers du monde4 ,charg de sauver ,paris1 il avait accompli en silence son uvre crasante1 s'enfermant beaucoup travailler seul dans une salle austre qui--au lendemain des batailles de la ,marne1 o il avait pris la grande part que l'on sait--tait devenue sa tour d'ivoire4 ,ayant eu l'honneur de servir une anne sous ses ordres1 si souvent je l'ai vu l1 dans ce bureau qui n'avait gure pour meubles que des tables de bois blanc1 couvertes de papiers et de cartes d'tat-major6 ,pench sur ces cartes dployes1 il traait les dessins bleus ou rouges1 qui taient pour ainsi dire les premires fixations de sa trs savante stratgie2--et tout cela ensuite1 sous sa pression nergique1 se matrialisait fivreusement en ces lignes de dfense1 batteries1 tranches1 entrelacs de fils barbels1 qui1 au su de l'ennemi1 transformrent le dpartement de la ,seine en une imprenable citadelle4 ,n'attendant rien en retour1 ne dsirant rien d'autre que de faire son devoir jusqu' la mort1 il ouvrait difficilement sa porte1 se dfendait contre toute publicit1 restait ddaigneux de toutes distinctions nouvelles1--et certes1 il n'et jamais song cette manifestation d'hier1 que la population de ,paris1 par sa prsence et son recueillement1 est venue entourer d'une grandeur d'apothose444 ,mais le sens populaire1 qui s'gare si souvent dans ses haines1 ne se trompe presque jamais quand il s'agit de remercier1 de bnir2 et ces foules1 sur son passage1 s'taient convoques d'elles-mmes4 ,il s'en est all militairement1 couch sur une voiture d'artillerie qui lui faisait le plus beau des chars funbres1 et envelopp du pavillon franais qui est le plus incomparable des draps mortuaires4 ,le long de l'immense parcours que suivit son cercueil de soldat1 ces ,parisiens1 de qui il avait dtourn les ,barbares1 se pressaient en masses plus compactes que pour aucune entre de souverain1 et le saluaient dans un religieux silence4 ,ensuite1 sur la place de l',htel-de-,ville o le char s'arrta une heure environ1 ses funrailles atteignirent la plus mouvante splendeur4 ,longuement1 trs longuement1 des soldats dfilrent devant lui1 pour l'adieu et le suprme salut de leur drapeau2 non pas des troupes quelconques1 mais de ces troupes sublimes que l'on avait fait revenir en hte du front le plus proche1 de celles qui s'taient battues depuis bientt deux annes sans dfaillir2 dans leurs capotes de bataille1 bleu horizon1 un peu dfrachies malgr de soigneux coups de brosse1 mais d'autant plus glorieuses et touchantes1 elles marchaient fires1 superbes1 ces troupes dj si souvent dcimes1 gardant des alignements impeccables et donnant bien l'impression de la tranquille force franaise4 ,quand elles eurent toutes pass1 on vit paratre1 inattendues et saisissantes1 des sections au visage tout noir sous la coiffure bleue3 ,sngalais ou ,sahariens1 qui vinrent se ranger prs du cercueil pour le tableau final1 afin d'envelopper d'exotisme le hros dont c'tait la dernire fte1 et de rappeler aux mmoires cette ,afrique lointaine1 qu'il avait tant contribu rendre franaise4 ,pendant toute la crmonie grave1 des musiques de cuivres1 s'alternant1 n'avaient cess de jouer ces hymnes de gloire qui s'appellent la ,marseillaise1 ,sambre-et-,meuse1 le ,chant du ,dpart1 dont on a trop abus peut-tre1 mais qui1 ce jour-l et sur cette place1 semblaient renouvels2 on ne se lassait pas de les entendre1 et1 chaque fois que revenait la phrase3 ,mourir pour la ,patrie1 rpte comme avec une insistance d'incantation1 on la comprenait plus profondment2 elle s'appliquait d'ailleurs si bien celui qui dormait l1 sur ce char de guerre1 que des larmes embrumaient les yeux4 99 99 99 99 99 ,nos jardins1 nos places sont encombrs de statues1 pour la plupart trop htives1 accordes des gloires insuffisantes ou phmres qui ne rsisteront pas l'effacement des annes4 ,mais envers lui1 qui fut un grand sauveur1 ,paris a contract une dette2 il faudrait1 en un point choisi de la ville1 lui lever un monument qui en clipserait beaucoup d'autres444 ,,une ,,demi-,,douzaine ,,de ,,petites ,,constatations ,i ,presque toujours1 ceux que nous appelons improprement mal levs sont des tres qui ont reu au contraire une ducation plus que suffisante1 mais qui y sont rests foncirement rfractaires4 ,dieu merci1 on trouve1 comme compensation1 de braves gens si bien levs parmi ceux qui n'ont pas t levs du tout6444 ,,ii ,dans le peuple1 et surtout dans celui des campagnes et des bords de la mer1 la vraie goujaterie n'existe pour ainsi dire pas2 tout au plus commence-t-elle chez les ouvriers des villes4 ,non1 c'est chez les gens dits du monde qu'il faut la chercher2 oh6 l1 quand par hasard on la rencontre1 elle est complte4 ,et ce sont les fils d'enrichis qui en dtiennent le record4 ,,iii ,le cochon n'est devenu sale que par suite de ses frquentations avec l'homme4 ,a l'tat sauvage1 c'est un animal trs propre4 ,,iv ,les gens trs laids1 comment ne pas sympathiser avec eux1 s'ils le savent1 s'ils en souffrent1 et s'ils s'efforcent d'tre le moins possible dsagrables voir4 ,mais il est des laideurs satisfaites1 tales1 agressives1 qui sont plus excrables que des vices4 ,v ,on rencontre souvent des ttes humaines marques au sceau d'une si incurable bestialit1 que l'on n'arrive pas admettre la prsence l-dedans d'une me tant soit peu capable de revivre aprs la mort terrestre4 ,non1 cela s'en ira pourrir dans quelque cimetire1 sans plus4 ,en revanche1 au fond des yeux de certains animaux suprieurs1 chiens1 chats ou singes1 on voit passer parfois1 aux heures d'agonie ou seulement d'angoisse1 d'inoubliables expressions de tendresse1 de prire1 et comme d'anxieuses interrogations sur la vie et sur la mort4 ,alors il semble rvoltant et inadmissible que toute cette flamme intrieure soit condamne s'teindre pour jamais dans la poussire4 ,,vi ,pour ne pas faire de peine aux humbles1 pour ne pas blesser les petits1 il y a un certain tact qui vient du cur et que les tres les moins cultivs possdent souvent par nature1 mais que1 par contre1 l'ducation ne saurait donner1 mme aux gens les plus affins du monde4 ,,le ,,prince ,,assassin ,,par ,,eux ,,youzouf-,,yzeddin ,fvrier #aiaf4 ,avant que l'oubli soit retomb sur ce prince ami de la ,france1 dont l',allemagne vient de se dbarrasser par un de ses crimes coutumiers1 je voudrais dire quelques mots de lui4 ,lors de mes premiers sjours ,constantinople1 sous le rgne du sultan ,abdul-,hamid1 il tait1 comme tous les princes pouvant de prs ou de loin prtendre au trne1 gard dans une tour d'ivoire1 personne n'avait le droit de l'approcher et la prudence exigeait mme que l'on ne pronont pas son nom4 ,ce n'est qu'en #aiaj que j'eus l'honneur d'tre admis auprs de lui1 quand je revins en ,turquie sous le rgne dbonnaire du sultan ,mahomet ,v2 il tait alors peine libr de son touffante squestration et commenait vivre de la vie de tout le monde4 ,un ministre ottoman1 qui tait son ami et le mien1 m'avait propos de me prsenter1 devinant que j'aimerais connatre cette attachante figure4 ,je me rappelle mon tonnement quand la voiture qui nous menait cette audience prit le chemin de ,dolma-,bagtch4 ,comment6 il tait l maintenant1 l'hritier prsomptif de ,turquie1 ct du sultan rgnant1 install en toute libert dans une aile du mme palais6 ,les temps taient donc bien changs6 ,a peine quelques gardes1 aux portes grandes ouvertes de ce palais blanc1 assis au bord de l'eau bleue sur son quai de marbre1 et l'on entrait sans formalits aucunes4--,oh6 jadis1 ce seuil redoutable d',yeldiz1 que tant d'tres humains avaient franchi pour n'en plus sortir6--,quelques aides de camp dans les antichambres du prince1 beaucoup de livre dans les escaliers1 mais pas un visage inquitant nulle part2 une impression de confiance et de bon accueil4 ,ici se place un dtail qui semblera bien personnel et bien puril1 mais qui s'est grav dans mon souvenir parce que je lui ai d l'une de mes plus compltes illusions d'tre vraiment quelqu'un de cette ,turquie1 que j'ai tant aime et dont rien ne me dtachera4 ,par suite d'un quelconque incident de voyage1 j'avais gar mon chapeau de crmonie 7il svit mme l-bas1 pour les ,europens1 notre imbcile haut de forme71 et il m'avait fallu la dernire minute demander au prince la permission de me prsenter en fez2 cela me conduisit donc faire en entrant1 pour la premire et sans doute la seule fois de ma vie1 le grand salut de cour la turque3 s'incliner beaucoup1 toucher le sol de la main droite1 ensuite porter la main au cur1 et puis se toucher le front pour finir4 ,le prince nous fit asseoir prs de lui1 dans un de ces salons aux tapis merveilleux1 dont les fentres donnent sur la ferie du ,bosphore2 on apporta le caf dans les petites tasses aux pieds d'or et de diamants et la conversation commena4 ,l'envie me prenait bien de rpondre en turc1 cependant je n'osai point4 ,ne devais-je pas d'ailleurs imiter la correction de ce prince1 qui parlait sans nul doute le franais mieux que je ne parlais sa langue1 et qui s'abstenait pourtant1 de peur de mal s'exprimer8 ,et ce fut tout le temps notre ami commun qui traduisit4 ,le prince tait un homme d'une cinquantaine d'annes1 de petite taille1 sans lgance dans la tournure1 sans beaut sur le visage1 mais avec des yeux de haute et claire intelligence1 dont l'expression charmait4 ,l'air trs nergique1 mme un peu rude1 il parlait d'une voix brve1 autoritaire1 mais qui se temprait tout coup par des intonations douces et bienveillantes4 ,a ses quelques violences soudaines1 ses explosions de volont1 on sentait l'ancien captif1 le longuement emmur du palais1 qui s'veillait dans l'impatience de vivre et d'agir4 ,hritier d'un empire encore immense1 qui allait de l',adriatique la mer des ,indes1 frlait le ,caucase et plongeait jusqu'au ,soudan1 il pouvait esprer un incomparable avenir1 dans une ,turquie nouvelle1 o tous les esprits1 aprs avoir bris d'un coup les servitudes sculaires1 ne songeaient qu' courir vers les mirages du progrs444 ,nous parlmes surtout de la ,france1 presque uniquement de la ,france2 ainsi du reste que la plupart de ses compatriotes1 il nous considrait comme la nation d'lite1 en mme temps que comme la nation amie par excellence1 celle dont on aime tout1 les coutumes1 les ides1 la littrature et le langage4 99 99 99 99 99 ,je passe trois annes1 pour en venir la visite d'arrive que je lui fis en #aiac1 quand je retournai dans son pays aprs la priode terrible o tout faillit s'anantir4 ,en ,europe1 il ne restait plus qu'un lambeau de cette grande ,turquie de jadis2 mais elle tait toujours vivante1 toujours debout des deux cts du ,bosphore1 ce qui semblait un rve1 aprs qu'on en avait pris le deuil1--et1 parce que je l'avais dfendue de toutes mes forces1 j'y tais accueilli avec mille fois plus de reconnaissance que je ne le mritais1 presque comme un librateur4 ,on m'avait dit3 le prince n'habite pour ainsi dire plus ,dolma-,bagtch2 il s'est choisi une retraite solitaire1 haut perche1 en face1 sur la cte d',asie4 ,sans doute s'tait-il retir l pour mieux mditer sur les effroyables malheurs de sa patrie1 mditer sur ce qui lui restait d'avenir1 et aussi pour chapper l'emprise allemande1 qui se dessinait dj intolrablement4 ,il fut difficile trouver1 son ermitage1 perdu sur une petite cime au milieu de la brousse4 ,ma voiture la turque1 loue sur la place de ,scutari1 monta pniblement par des sentiers de rocailles1 sous ce chaud soleil d'un t d',asie1 et1 quand j'arrivai1 je pensai me tromper1 tant la demeure s'annonait petite et modeste4 ,c'tait cela cependant1 et je pus m'inscrire1 non sur un registre1 car il n'y en avait pas1 mais sur un bout de papier quelconque1 fourni par un serviteur ahuri de me voir4 ,le lendemain1 le prince me reut en bas1 au bord de l'eau1 rive d',europe1 dans le somptueux palais officiel1 et1 quand j'entrai1 sa main me fut tendue avec un lan que je ne lui connaissais pas4 ,ce n'tait plus du tout l'accueil seulement aimable1 sympathique sans plus1 des audiences passes1 il s'y mlait aujourd'hui quelque chose de confiant et d'affectueux2 depuis la dernire fois1 j'avais gagn son cur2 comme tout son peuple1 il m'avait vou une reconnaissance excessive1 et si touchante1 de ce que j'avais t la voix peu prs unique osant s'lever en faveur de la ,turquie1 au milieu du concert des calomnies salaries ou simplement absurdes4 ,le prince me dit sa stupeur douloureuse d'avoir vu la ,france1 vers laquelle s'tait tourn son espoir1 la ,france allie ou amie depuis des sicles1 accabler d'injures son pays l'instant de la suprme dtresse4 ,dans son indignation toute frache contre les mensonges des ,bulgares et les horreurs sans nom1 pires que l'allemande qu'ils venaient de commettre1 il souffrait encore cruellement d'avoir entendu chez nous de folles apologies de ce peuple et de son ignoble ,cobourg4--,on se souvient en effet qu'elles ne tarirent pas1 les louanges dlirantes1 jusqu' l'heure o le premier coup de tratrise dudit ,cobourg contre la ,serbie1 vint tout de mme nous ouvrir un peu les yeux4 --,ne nous accusez que d'ignorance1 monseigneur1 lui dis-je4 ,interrogez ceux d'entre nous qui ont habit votre pays1 qui ont vu de prs et qui savent2 l'amiti de tous ceux-l1 je vous assure1 vous est reste4 ,et1 si nous avions t en #aiaf au lieu d'tre en #aiac1 j'aurais pu ajouter3 ,interrogez nos officiers et nos soldats1 qui1 presque tous1 taient partis pour les ,dardanelles avec un cur empoisonn de prjugs et de haine contre les ,turcs4 ,ils sont revenus pleins d'admiration et de sympathie pour eux1 pour leur courage sublime1 pour leur douceur soigner et relever nos blesss et nos prisonniers1 malgr la barbarie allemande qui les harcelait par derrire4 ,en effet1 j'ai caus avec beaucoup de nos hros1 leur retour de l-bas1 et jusqu' prsent je n'en ai pas trouv un seul qui ne m'ait dit3 ,vous aviez raison et1 nous n'prouvions plus le sentiment de nous battre contre de vrais ennemis4 99 99 99 99 99 ,j'en viens1 pour finir1 notre entrevue d'adieu4 ,c'tait la veille de mon dpart1 la fin de l't #aiac4 ,une erreur de transmission m'avait fix pour quatre heures l'audience qui tait en ralit pour trois1 et il tait dj trois heures et demie quand j'en fus inform4 ,j'habitais alors1 au fond de ,stamboul1 une trs vieille maison que le ,comit de dfense nationale turque avait arrange pour moi1 avec un got exquis1 la mode ancienne1--et c'tait trs loin de ,dolma-,bagtch1 deux ou trois kilomtres environ1 de l'autre ct de la ,corne d',or4 ,mon ,dieu1 si le prince avait dj quitt le palais1 o peut-tre il tait descendu exprs pour moi1 s'il tait dj reparti1 comme chaque soir1 pour son ermitage sur la colline d',asie6444 ,toutes les excuses que je pourrais lui faire1 aprs1 par lettre1 ne changeraient rien mon regret de m'en aller ainsi sans l'avoir vu4 ,et je me mis en route bride abattue1 descendant1 au galop de mes chevaux1 des pentes o les cochers de chez nous n'auraient pas os se risquer1 mme au pas et la mcanique serre4 ,il est vrai1 ,stamboul1 on ne serre jamais le frein1 non plus que l'on ne ralentit aux descentes les plus raides2 mais c'est gal1 cette vitesse de cheval chapp1 dans les rues presque dsertes1 tonnait les rares passants4 ,d'autant plus que c'tait un dimanche1 et1 bien que ce jour de la semaine ne soit pas celui o les musulmans se reposent1 il pand quand mme son silence et son calme nostalgique1 ici tout comme sur nos villes occidentales1 ,constantinople renfermant des centaines de milliers de chrtiens1 qui sont d'ordinaire ses habitants les plus agits4 ,j'arrivai avec une heure de retard au palais blanc qui semblait accabl lui aussi par cette morne tristesse du dimanche1 en mme temps que par cette chaleur toujours un peu mlancolique des beaux soirs de fin septembre2 il y avait mme quelque chose de plus1 un air d'abandon que je remarquais pour la premire fois1 presque du dlabrement commenc1 et un indfinissable prsage de mort3 deux gardiens seulement la porte1 de l'herbe verte entre les dalles de la cour1 trop de silence1 et pas de livre dans le grand escalier spcial du prince4 ,a l'intrieur cependant1 la magnificence tait toujours pareille1 et je trouvai le prince qui avait eu la bont de m'attendre4 ,avec la plus cordiale bonne grce1 il accepta mes excuses1 et je pus avoir avec lui cette dernire causerie1 que j'avais tant craint de manquer4 ,je sentis bien en lui cette fois le vieux ,turc qu'il avait la rputation d'tre1 mais il me sembla que c'tait dans le sens le plus intelligent et le plus large de ce mot4 ,il ne lui paraissait pas que1 pour assurer le bonheur de son peuple1 il ft bon de lui faire renier ses traditions et sa foi1 et de le jeter tte baisse dans la servile imitation de l',occident4 ,d'ailleurs1 ami des ,arabes1 qui sont par excellence des conservateurs d',islam1 et aim par eux1 il devait songer organiser leurs provinces lointaines et trouver dans leurs vastes territoires des compensations ce qu'il venait de perdre en ,europe4 --,ainsi c'est bien entendu1 me dit-il1 en me donnant cong1 je vous autorise m'crire directement de ,france tant que vous voudrez1 sous double enveloppe1 avec votre nom et la mention personnel sur la seconde4 ,dites-moi tout ce que vous penserez et ce que l'on pensera de nous l-bas1 mme et surtout quand nous serons critiqus4 ,et faites-moi part de tout ce qui1 votre avis1 pourrait rapprocher nos deux patries4 ,en lui serrant la main1 j'eus le pressentiment trs net que je ne le reverrais plus4 ,le lendemain matin1 au moment o j'allais prendre le paquebot1 un de ses aides de camp m'apporta son portrait1 dans un cadre d'argent massif cisel magnifiquement et surmont de la couronne avec le croissant d',islam4 ,et je quittai mon cher ,stamboul avec le mme pressentiment que j'avais eu pour le prince3 la presque certitude de ne le revoir jamais4 99 99 99 99 99 ,j'ai us de la permission et il a reu plusieurs de mes lettres1 dans le courant de l'automne #aiac et du printemps #aiad4 ,il me rpondait1 et ses rponses1 o des images orientales si jolies se mlaient aux choses prcises1 indiquaient bien qu'il avait t pargn par le modernisme4 ,la dernire fois que je lui crivis1 ce fut en mme temps qu' ,enver pacha1 quand je sentis venir l'heure dcisive o la ,turquie allait s'associer l'agression allemande1 et c'tait pour l'adjurer d'employer toute son influence retenir son pays sur cette pente de la mort4 ,ma lettre fut certainement intercepte2 elle n'aurait rien chang1 hlas6 il va sans dire et je le sais bien2 mais quand mme1 j'aurais aim que ce suprme cri d'alarme ft arriv jusqu' lui4 ,pauvre prince6 ,allah lui a fait la grce de mourir avant de connatre la dfaite1 ou le dshonneur de l'asservissement4 ,lui qui tait un traditionnel1 il a t conduit son tombeau avec l'apparat des anciens sultans1 qui ne se reverra peut-tre plus4 ,envelopp du velours cramoisi1 o des sentences du ,prophte sont brodes en lettres d'or1 il a travers1 suivi d'un cortge trangement pompeux1 un ,stamboul encore peu prs intact et oriental4 ,c'est dans les sonorits profondes de ,sainte-,sophie encore musulmane que les prires des morts ont t chantes pour lui4 ,et c'est dans ,stamboul mme qu'il est endormi maintenant1 sous quelque haut catafalque aux saintes broderies coraniques1 l'ombre de l'un de ces kiosques funraires aux blancheurs de marbre et aux grilles d'or#i1 que les prochains envahisseurs et le progrs respecteront peut-tre encore pendant un certain nombre d'annes4 ,donnons-lui une pense de regret1 non seulement parce qu'il aurait pu tre un grand et bienfaisant souverain1 mais parce qu'il aimait notre cher pays4 ,un de ses rves1 si j'ai bien compris1 et t un vaste empire oriental1 puissant par le loyalisme des ,arabes et par l'amiti de la ,france4 ,et il lui a fallu payer de sa vie son trop clairvoyant dgot pour l',allemagne6 ,,la ,,femme ,,turque ,confrence faite ,la ,vie fminine4 ,mars #aiad4 ,c'est un contresens1 n'est-ce pas1 cela semble une gageure1 de m'avoir demand1-- moi1 qui suis tout ce qu'il y a de plus ractionnaire et mme aux trois-quarts bdouin1--de m'avoir demand1 dis-je1 de prendre la parole1 le premier1 ici1 dans cette salle destine entendre de beaux discours sur des questions ultra-modernes1 sur le fminisme1 le futurisme1 ou sur cette course au dtraquement et la souffrance que les nafs appellent le progrs4 ,vous imaginez donc avec quelle horreur j'avais refus d'abord4 ,mais voici1 j'ai cru rentendre tout coup une voix lointaine1 celle d'une jeune morte qui repose l-bas en ,orient1 et la voix m'implorait en ces termes--que je vais lire1 pour tre plus sr de n'y rien changer3 99 99 99 99 99 ,la lettre est date de #aijf4 ,aurez-vous bien senti la tristesse de notre vie8 ,aurez-vous bien compris le crime d'veiller des mes qui dorment et puis de les briser si elles s'envolent1 l'infamie de rduire des femmes la passivit des choses8444 ,dites-le1 vous1 que nos existences sont comme enlises dans du sable1 et pareilles de lentes agonies444 ,oh6 dites-le6 ,que ma mort serve au moins mes surs musulmanes6 ,j'aurais tant voulu leur faire du bien quand je vivais6444 ,j'avais caress ce rve autrefois1 de tenter de les rveiller toutes444 ,oh6 non1 dormez1 dormez1 dormez1 pauvres mes4 ,ne vous avisez jamais que vous avez des ailes6444 mais celles-l qui dj ont pris leur essor1 qui ont entrevu d'autres horizons que celui du harem1 oh6 ,loti1 je vous les confie2 parlez d'elles et parlez pour elles4 ,soyez leur dfenseur dans le monde o l'on pense4 ,et que leurs larmes toutes1 que mon angoisse de cette heure1 touchent enfin les pauvres aveugls1 qui nous aiment pourtant1 mais qui nous oppriment6444 99 99 99 99 99 ,donc1 j'ai cd la voix de la jeune morte1--et1 puisque1 dans cette salle1 on doit parler de la femme1--de la femme en mal d'volution et de vertige1--je parlerai de la femme turque1 dont l'volution en ce moment bat son plein4 99 99 99 99 99 ,mais1 avant de commencer1 voudrez-vous bien1 mesdames1 me pardonner une petite digression1 qui n'a rien voir avec le sujet1 qui ne sera pas flatteuse peut-tre1 mais qui m'est inspire irrsistiblement par votre aspect d'ensemble8 ,si cette runion1 l devant moi1 tait compose de femmes orientales1 il s'en exhalerait une impression de tranquille et charmant mystre2 ce serait un vrai repos pour les yeux2 les costumes aux plis discrets1 trs enveloppants1 auraient parfois1 il est vrai1 d'clatantes couleurs de soleil2 ct des austres tcharchafs1 il y aurait des mechlas1 tous lams d'or1 les uns rouges1 les autres bleus1 les autres verts2 mais chaque femme serait1 des pieds la tte1 drape dans une mme toffe1 d'une mme nuance1 sans ces mille petits ornements bigarrs1 ingnieux et drles1 qui font papilloter les yeux du plus loin que l'on vous regarde4 ,et puis surtout1 les ttes seraient uniformment enveloppes de voiles aux plis archaques1 laissant peu voir les visages1 dcouvrant surtout les grands yeux2 tout l'ensemble aurait l'air baign de paix et d'harmonie4 ,tandis que1 vue d'un peu haut1 comme je suis plac1 cette petite houle de ttes follement emplumes me rappelle1--oh6 pardon1 j'ose peine continuer1--me rappelle1 disais-je1 ce que l'on m'a montr une fois dans le ,far-,west du ,nouveau ,monde3 un meeting de ,peaux-,rouges qui venaient de se parer pour la danse du scalp6444 ,mais oui1 mesdames444 ,et encore1 ces tres primitifs1 mais assez pondrs 7qui taient1 je crois1 des ,sioux71 avaient-ils arrang leurs plumets avec un certain got de la rgularit et de la symtrie1 tandis que1 dans la faon dont les modistes vous obligent placer les vtres1 ceux-ci piqus au bout d'un petit bton1 ceux-l tout de travers sur l'oreille1 ou bien en saule pleureur sur la nuque1--il y a certainement un lger grain de nvrose ou mme de folie444 ,pour finir ma digression1 permettez-moi de vous dire une chose plus mlancolique3 je distingue sur vos chapeaux d'innombrables aigrettes1 d'innombrables touffes de ,paradis1 et je songe tous ces massacres sans piti dont vous tes la cause1 toutes ces tueries pour vous plaire1 que des chasseurs ne cessent de perptrer1 l-bas1 jusqu'au fond des forts de la ,guyane ou des les de la ,sonde4 ,pauvres petits tres ails1 inoffensifs et charmants qui1 dans moins d'un demi-sicle1 grce vous1 n'existeront plus nulle part1 et dont quelques varits1 des plus merveilleuses1 ont dj disparu sans retour6444 ,quelle inquitude1 n'est-ce pas1 quel sacrilge et quel crime1 d'avoir ainsi rejet au nant toute une espce1 que nul ne pourra jamais recrer sur terre6 ,et quel problme cela conduit frler1 quand alors on se demande par qui et pourquoi ces ailes1 ces plumes avaient t imagines et peintes d'aussi rares couleurs6444 ,mesdames1 je vous demande grce pour les oiseaux2 vous serez tout aussi jolies1 je vous assure1 et d'aspect moins cruel1 quand vous n'aurez pas ces dbris de leurs pauvres petits cadavres tals sur vos ttes6444 99 99 99 99 99 ,je m'excuse encore et je reviens aux femmes turques1--non sans avoir constat1 avec regret1 que le rve de quelques-unes d'entre elles1 dj un peu dsquilibres par votre exemple1 serait1 hlas6 d'oser se coiffer comme vous4 99 99 99 99 99 ,commenons par les aeules1 dont quelques-unes1 au fond des harems1 vivent encore1 vtues des lourdes soies d'autrefois1 un petit turban de mousseline pos sur leur chevelure blanche4 ,ce sont les tout fait inconnaissables pour nous1 celles qui n'ont jamais appris nos langues d',occident1 celles que jadis1 au temps de ma prime jeunesse1 il m'arrivait de rencontrer la nuit1 en mystrieux groupes de fantmes1 marchant la lueur du fanal de cuivre que portait un eunuque bton1 dans les rues du grand ,stamboul1 alors silencieux et sombre1 oppressant d'tre si ferm et si noir4 ,celles-l1 depuis des sicles1 n'avaient pas volu2 sans rpondre cependant au type que l'on s'imagine encore chez nous de l'odalistique oisive et trop grasse1 fumant son ternelle cigarette et mangeant ses ternelles sucreries1 elles taient de tranquilles et satisfaites recluses1 jouant du luth et de la viole1 disant des posies persanes1 ou bien1 travers les grilles de leurs fentres1 contemplant le monde extrieur4--,et c'tait si beau1 en ce temps-l1 ce qu'il leur tait donn de contempler6 ,c'tait si beau avant que nos fumes et nos ferrailles eussent commenc de l'enlaidir1 ce dcor de l',orient1 avec les mosques1 les fontaines et le ,bosphore ou la ,marmara que sillonnaient les voiliers aux poupes releves en chteau6--,etaient-elles malheureuses1 ces ,turques d'autrefois1 malheureuses et tourmentes comme leurs petites-filles ou comme nos ,franaises d'aujourd'hui8 ,je ne le pense pas4 ,d'ailleurs1 elles avaient des devoirs sacrs remplir1 on leur confiait un rle grave1 un sacerdoce dans la vie3 l'ducation de leurs enfants1 et elles taient des mres admirables1 d'ailleurs tellement respectes1--oh6 bien plus encore que les mres de chez nous1--tellement coutes1 qu'elles laissaient sur leurs fils une empreinte qui ne s'effaait plus4 ,elles prparaient ces hommes1 les vrais ,turcs d'autrefois1--je prie de ne pas confondre ,turc avec ,levantin1 ni mme avec ,ottoman1--les vrais ,turcs d'autrefois1 dis-je1 qui1 avant les contacts trop prolongs avec nous1 ne s'cartaient jamais des traditions de loyaut toute preuve1 de noblesse1 de bravoure et de courtoisie4 ,le seul ct douloureux de la vie de ces aeules tait l'incessante introduction dans le mnage d'pouses nouvelles mesure que vieillissaient les anciennes4 ,mais les caractres sont l-bas plus passifs et plus doux qu'en ,france1 au dehors du moins2 entre elles1 toutes ces femmes d'un mme matre devaient toujours se donner le nom de surs1 et le plus souvent se supportaient sans trop d'amertume1 quelquefois mme s'aimaient fraternellement4 ,et puis c'tait l'usage immmorial2 on y tait prpar4 ,je ne crois donc pas qu'il y eut l de trop terribles sujets de souffrance4 ,non1 mais le plus fcheux1 c'est que cette quantit de surs donnait1 dans les familles1 la gnration suivante1 un vritable encombrement de belles-mres1--car elles devenaient toutes belles-mres pour les pouses des fils du matre1 quels qu'ils fussent4 ,et je me souviens qu'un jour une dame turque dj ge1 fille d'un pacha trs vieux jeu1 se plaignait une plus jeune1 en visite chez elle1 d'avoir eu trente-deux belles-mres1--ni plus ni moins1 si je ne me trompe1--toutes enterres aujourd'hui des kilomtres les unes des autres1 en diffrents cimetires de ,stamboul1 ce qui la mettait dans l'obligation1 tous les ans1 certaine date qui correspond notre fte des morts1 de se lever ds l'aube1 pour avoir le temps dans sa journe de dire une prire sur la tombe de chacune d'elles1 ainsi que l'usage le commande4 --,hlas6 lui rpondit en riant la jeune visiteuse1 trente-deux belles-mres mortes1 c'est une charge1 en effet2 mais qu'est-ce que je dirai donc1 moi1 qui n'en ai encore que sept1 c'est vrai1 mais toutes en vie6444 99 99 99 99 99 ,ensuite parurent les grand'mres et les mres de ces petites fleurs de serre chaude qui sont les dernires venues de la race des ,osmanlis4 ,dj un peu imbues d'ides occidentales1 ces mamans qui frisent aujourd'hui la cinquantaine ou la soixantaine1 ces femmes qui mirent au monde les petites orchides d'aujourd'hui2 dj tout fait affranchies de l'immuable costume ancien1 sauf1 bien entendu1 pour sortir1 dj lisant nos livres1 et s'essayant parler nos langues4 ,je garde le portrait de l'une d'elles1 dat de #ahhj2 adorablement jolie en ce temps-l1 elle avait commis cette faute d',islam 7pour l'poque7 de se faire photographier1 et m'avait envoy l'image avec cette ddicace3 ,la premire ,turque qui ait lu ,aziyad4 ,c'tait sign d'un nom de chat1 ou plutt d'un nom de chatte3 ,tkir1 qui quivaut l-bas au ,moumoutte de chez nous4 ,des annes plus tard1 en #aijd1 j'ai pu rencontrer la dame1 si longtemps inconnue2 encore belle1 avec ses cheveux teints1 elle tait en rvolte ouverte contre la squestration des harems1 contre toutes les traditions islamiques1 et s'affichait volontiers libre penseuse1 mme athe4 ,plus tard encore1 vers #aiaa1 je la retrouvai agonisante aprs une maladie longue et cruelle2 par un retour complet en arrire1 elle maudissait l',occident et cherchait ressaisir sa foi perdue2 dans sa chambre1 elle voulait toujours des prtres rcitant des prires de l',islam1 et elle envoyait bnir son linge chez les derviches gurisseurs4 99 99 99 99 99 ,passons maintenant celles que j'appelais tout l'heure les petites orchides4 ,oh6 combien droutantes1 diverses et imprvues1 ces trs jeunes6 ,de mme que les terrains vierges1 soumis une culture intensive1 font clore en hte des fleurs agrandies ou tranges1 de mme ces jeunes ttes1 issues d'une longue srie de cerveaux que personne ne fatigua jamais1 s'assimilent presque trop aisment toutes les connaissances humaines1 sciences1 philosophies1 littratures ou musiques4 ,il en rsulte1 en gnral1 des petites cratures savantes qui1 sans cesser d'tre prime-sautires et dlicieuses1 rendraient des points nos agrges4 ,par exception1 il en rsulte aussi quelques dsquilibres1 capables de tout chavirer et de devenir les plus violentes suffragettes4 ,je connais mme un cas o l'ducation1 oprant rebours de tous les prsages1 a donn une petite ractionnaire farouche1 qui se voile plus impntrablement1 refuse de parler aucune langue des infidles et n'admet que la littrature turque1 arabe ou persane4 ,et ce qu'elles sont gentilles1 veilles1 pleines de surprises1 toutes ces petites nouvelles venues1 plutt trop instruites mon gr6 ,ce qu'elles sont lgantes aussi1 et fines dans leurs robes parisiennes1 ou mme sous leur sombre tcharchaf pour la rue6 ,un de leur grand charme1 sans doute1 c'est qu'en y regardant de prs1 on retrouve en elles sous ce prodigieux vernis de modernisme1 des ,orientales quand mme1 qui lisent ,hafiz et ,sadi1 et qui le soir disent leur prire en arabe1 avant de s'endormir sous un verset du ,coran accroch au mur comme un tableau4 ,si tant de connaissances subversives ont cependant un peu branl la foi dans leurs mes de transition1 elles leur ont laiss1 comme leurs anes1 l'ardent amour de la patrie2 pendant la guerre balkanique1 toutes les femmes turques1 jeunes ou vieilles1 ont eu des exaltations sublimes et des dvouements sans bornes1 donnant tout1 leur argent1 leurs bijoux1 leurs fourrures1 soignant les blesss et poussant les hommes aux rsistances suprmes4 ,du reste1 l'horrible tuerie a eu pour rsultat d'manciper beaucoup d'entre elles1 de leur ouvrir quantit de carrires o elles peuvent gagner leur pain sans le secours des hommes tombs en mass sur les champs de bataille2 elles taient dj professeurs dans les lyces3 les voici infirmires dans les hpitaux1 directrices dans les ouvroirs4 ,il parat mme que1 depuis mon dernier sjour en ,turquie1 elles viennent d'tre admises1 horreur6444 dans les tlphones1 ce qui m'a d'abord sembl la fin de tout6 ,a bien rflchir1 cependant1 c'tait tout indiqu pour elles1 ces emplois d'invisibles ne travaillant qu'au bout d'un fil tendu2 mais non1 je n'arrive pas encore me reprsenter ces petites fonctionnaires qui1 leur service fini1 quittent le bureau sous la forme de fantmes noirs sans visage4 99 99 99 99 99 ,ce sont les femmes surtout1 on le sait1 qui1 pour essayer de s'affranchir1 ont fait la grande rvolution de ,turquie4 ,or1 voici quoi se rsumaient peu prs les justes revendications de ces insurges1 de celles du moins qui ont assez de bon sens et de got pour ne pas dsirer quitter le voile4 ,d'abord le droit de voyager1 de venir en ,occident1 et l elles ont dj gain de cause4 ,ensuite le droit de recevoir des hommes dans leur salon et de converser avec eux2 ce deuxime point est peu prs accord1 bien que tacitement4 ,et enfin le droit de choisir elles-mmes leur poux2 cela1 elles l'obtiendront bientt1 sans doute1 et alors se dclareront pour un temps satisfaites4 99 99 99 99 99 ,il y a une quinzaine d'annes peu prs1 le sultan ,abdul-,hamid1 qui semblait cependant la figure ressuscite d'un khalife des temps passs1 avait dj lui-mme donn l'exemple de cette tolrance en autorisant sa fille chrie prendre le mari qu'elle choisirait4 ,ce fut1 du reste1 un sinistre mariage1 qui finit en tragdie4 ,je vais dire les dtails de cette histoire peu connue1 tels qu'ils m'ont t conts et affirms par des officiers de la ,cour4 ,on sait qu',abdul-,hamid avait dtrn son frre1 le sultan ,mourad1 et le tenait enferm dans le merveilleux palais de marbre de ,tcheragan1 o il mourut aprs vingt-huit ans de captivit4 ,mourad avait une fille1 ,khadidj-,sultane1 du mme ge que celle du souverain rgnant1 et les deux jeunes cousines taient devenues insparables4--,je me souviens d'avoir une fois vu passer1 dans sa voiture aux glaces fermes1 cette ,khadidj-,sultane1 fille de l'imprial captif1 et son voile transparent m'avait rvl sa beaut1 qui fut clbre dans les harems2 le temps d'un clair1 j'avais entrevu ses grands yeux noirs1 un peu terribles1 des yeux d'aigle comme en ont la plupart des princes de la dynastie d',osman1 et sa blonde chevelure de ,circassienne1 tout en or4--,pour les dames de la cour d',abdul-,hamid1 l'tiquette voulait qu'elles fussent toujours en tenue de gala1 robes dcolletes1 de chez nos plus grands faiseurs2 des nuances claires1 des bleus1 des roses1 et beaucoup de fleurs au corsage4 ,mais ,khadidj-,sultane1 la fille du prisonnier1 sous prtexte de faire valoir ses blonds cheveux1 s'obstinait ne se vtir que de noir1 sans un ornement sur sa toilette longue trane2 si j'avais t le souverain1 peut-tre me serais-je mu de cette tranget funraire444 ,le jour mme o ,abdul-,hamid maria sa fille prfre avec le fianc qu'il lui avait permis de choisir1 il voulut marier aussi sa nice1 la jeune sultane en deuil1 et lui dsigna un poux qui1 parat-il1 avait tout pour plaire1 mme la beaut4 ,en ,turquie1 un prince du sang n'a le droit d'pouser qu'une princesse ou une esclave4 ,mais une princesse peut se marier avec un homme de haute condition quelconque1 tout en conservant ses titres et ses droits d',altesse impriale2 c'est ainsi qu'en ce moment mme1 ,enver pacha pouse une nice de ,sa ,majest ,mahomed ,v4 ,pour les deux nouveaux couples1 unis le mme jour1 ,abdul-,hamid avait fait btir des palais pareils1 qui sont rests l1 frais et charmants1 au bord du ,bosphore4 ,entre cousins germains1 autant qu'entre frres1 on a le droit de se voir1 et1 comme les jardins communiquaient1 ces jeunes mnages vivaient presque ensemble4 ,alors1 la belle sultane en vtements noirs qui1 depuis l'enfance1 ne rvait qu'au moyen de venger son pre en frappant son oncle1 rsolut d'atteindre ce dernier au cur1 en lui enlevant l'enfant qu'il adorait4 ,elle joua donc de sa beaut pour affoler d'amour le mari de sa cousine1 et1 ds qu'elle lui vit la tte assez perdue1 elle vint lui dire3 ,c'est bien simple2 empoisonnez votre femme1 j'empoisonnerai mon mari1 et je promets de vous pouser4 ,mais commencez1 n'est-ce pas4 ,voici un poison donner chaque jour par goutte2 il est lent et sr et ne laisse pas de trace4 ,la jeune sultane condamne ne tarda pas dprir1 malgr le dsespoir du souverain1 qui runissait autour d'elle les plus minents docteurs1--jusqu'au moment o une lettre de la meurtrire son complice fut saisie par des espions1 et porte au palais d',yeldiz4 ,abdul-,hamid fit aussitt appeler sa nice4 ,elle comprit4 tre appel ,yeldiz avait en ce temps-l une signification infiniment redoutable4 ,elle fit ses adieux ceux qu'elle aimait1 revtit ses plus beaux atours sombres1 commanda d'atteler sa plus belle voiture et partit escorte de laquais et d'eunuques4 ,c'est ainsi1 hautaine et magnifiquement pare1 qu'elle franchit les portes terribles1 et1 comme tant d'autres1 mands l avant elle1 on ne la vit sortir jamais4 ,justice avait t faite1 dans le mystre et le silence1 la mode effarante d',yeldiz1 et personne1 bien entendu1 n'osa s'enqurir1 personne mme n'osa plus prononcer son nom1 qui parut s'tre effac soudain de toutes les mmoires4 ,j'ai rapport cette histoire parce qu'elle m'a paru typique4 ,il en allait ainsi sous le rgne de ce sultan1 qu'on appelait le ,sultan rouge1 mais qui fut quand mme une grande figure1 et que j'ai des raisons personnelles de dfendre1 presque d'affectionner1 si monstrueux que cela puisse paratre aux non-initis qui m'entendent4 ,je ne conteste pas1 il va sans dire1 qu'une oppression manait de son seul voisinage2 on ne prononait son nom que tout bas et en tremblant4 ,dans une zone de quelques centaines de mtres1 le long de son immense enclos gard par des milliers de soldats en armes1 il fallait faire silence ds la tombe de la nuit2 pas de musiques1 pas de chants1 pas de runions du soir1 pas trop de lumires non plus2 sur ces entours trop immdiats1 on sentait planer de la mort444 ,quand mme1 je ne puis me rappeler sans sourire comment les petites frondeuses d'alors1 au courant du coup d'tat projet1 le dsignaient entre elles1 tout en baissant la voix2 c'tait un diminutif de son nom1 dans la manire de vos apaches parisiens qui disent1 parat-il1 ,gugusse ou ,totor4 ,il fallait entendre avec quelle haine elles prononaient cela1 et en mme temps avec quelle ironie1 cependant terrifie1 et c'tait d'une drlerie stupfiante1 dans ces bouches d',orientales1 travers le voile austre3 elles l'appelaient ,dudul6 ,c'tait hier ce drame des deux sultanes1 et on dirait presque un conte d'autrefois1 tant la ,turquie a march vite depuis sa rvolution4 ,autour du palais actuel1 plus de farouches murailles1 plus de soldats3 des plates-bandes de fleurs4 ,les portes sont ouvertes1 accueillantes1 et le nouveau sultan matre du logis vous rassure ds l'abord par son regard de bienveillance et de bont4 99 99 99 99 99 ,mesdames1 je vous demande votre sympathie pour la femme turque de nos jours1 qui s'veille trop vite1 qui s'veille douloureusement1 aprs des sicles d'un presque heureux sommeil4 ,accordez-la1 votre sympathie1 votre sympathie dvoue et agissante1 celles qui1 derrire les grilles encore fermes des harems1 se sentent prises tout coup de rvolte et de vertige1 celles qui sont comme les chelons angoisss et presque torturs entre les musulmanes d'autrefois et les musulmanes de demain4 ,allez un peu vers elles--,constantinople n'est plus1 hlas6 qu' deux jours de ,paris--correspondez avec elles1 recevez-les lorsqu'elles viennent chez nous2 aidez-les de votre acquis1 et conseillez-leur de ne pas courir trop vite dans les routes inconnues qui mnent l'avenir4 ,ce sont vraiment vos surs1 je vous assure1 car1 malgr les tendances allemandes de leur gouvernement1 malgr l'odieuse campagne mene contre leur pays en dtresse par certains de nos journaux plus ou moins vendus au petit ,nron de ,bulgarie1 malgr tant de basses injures qui auraient d les dtacher de nous jamais1 c'est toujours vers la ,france qu'elles tournent les yeux1 toutes ces colires ou bachelires des nouvelles couches4 ,ces jeunes femmes encore voiles sont les vraies et les seules ,franaises de l',orient4 ,il suffit d'ailleurs1 pour s'en convaincre1 de les couter parler notre langue si purement1 avec des intonations un peu musicales qui la rendent plus jolie4 ,oh6 oui1 elles sont essentiellement vos surs1 par l'esprit et par la culture de leur esprit4 ,leurs lettres du reste le prouvent assez1 ces pauvres lettres de captives que j'ai intercales--sans y changer mme une virgule1 je le jure--dans un de mes derniers livres1 et dont vous venez d'entendre lire un si authentique1 hlas6 et si inoubliable passage444#aj ,pour finir1 je suis bien oblig1 malgr mon ddain pour le progrs1 de reconnatre1 avec tout le monde1 que c'est un mal incurable1 et que la marche en arrire n'est plus possible4 ,alors1 puisque la situation des femmes en ,turquie est devenue presque un supplice avec l'ducation nouvelle1 je me rallie par force ceux de mes amis turcs qui sont d'avis de briser mille choses du grand pass4 ,et je dis avec eux1 mais non sans inquitude3 oui1 ouvrez toutes les cages1 ouvrez tous les harems444 ,cependant ne les ouvrez pas trop vite1 de peur que les jeunes oiseaux prisonniers ne prennent un vol perdu1 avant de bien savoir encore o les conduiront leurs ailes inexprimentes et fragiles4 ,,simple ,,gentillesse ,,entre ,,voisins ,octobre #aiaf4 ,quelque part dans notre ,france1 tout prs de la terrible frontire qui brle1 s'lve cette gentille cime1 que recouvrent des bouquets de pins1 des pelouses1 des mousses1 et qui parat tout innocente2 une petite cime modeste1 qui n'a l'air de rien compare aux vraies montagnes du voisinage1 mais o l'on respire dj quand1 mme le bon air pur des altitudes1 et d'o l'on domine des lointains profonds3 en regardant vers l',est1 le ct qui nous procupe1 c'est une large1 une immense valle1 avec des champs1 des ruisseaux1 des villages1 et puis1 fermant la vue1 une chane de hauts sommets tapisss de forts4 ,de ce ct-l1 qui parat si tranquille1 quelque chose de tragique se passera bientt1 l'heure sans doute prcise qui nous a t confidentiellement annonce1 et nous attendons4 ,il fait un temps tout fait rare1 en cette rgion o l'automne1 d'habitude1 est prcoce et sombre2 le ciel1 sans un nuage1 est d'une tonnante limpidit bleue1 et le soleil--un peu mlancolique cependant1 sans que l'on puisse expliquer pourquoi--rayonne et chauffe comme si l't ne venait pas de finir4 ,pour un peu1 on serait tent de s'allonger sur l'herbe peine froide1 o quelques tardives scabieuses fleurissent encore4 ,dans un groupe de jeunes pins bien verts1 se dissimule un de ces petits villages1 comme nos soldats ont appris en construire un peu partout le long du front2 moiti souterraines1 les maisonnettes ont cependant devant leurs portes des jardinets de poupe1 bien soigns1 bien entretenus1 jusqu'aux geles de demain qui vont les anantir4 ,et une cinquantaine de canonniers vivent l1 loin de tout1 en ,robinsons1 mais contents et de belle mine4 ,dans ce mme bosquet1 il y a aussi des canons de #ge1 mais qui n'ont pas l'air mchant2 demi cachs sous de frais branchages1 bien camoufls1 bien peinturlurs1 tout zbrs de vert1 de brun ou d'ocre1 ils ressemblent plutt1 comme pelage1 de gros lzards qui sommeilleraient dans les broussailles4 ,bien entendu1 il suffirait de deux secondes pour les dbarrasser de leur verdure et les dresser presque debout1 points vers les nuages1--car c'est toujours en l'air qu'ils travaillent1 ceux-l1 tant destins et exercs dcrocher du ciel les avions boches4 ,il en vient souvent par ici1 de ces oiseaux de mort1 et constamment des hommes de guet se relvent1 scrutant toutes les rgions du ciel qui1 aujourd'hui par grande exception1 est si magnifiquement bleu4 ,ds qu'un avion apparat1 en un point quelconque de l'espace1 un coup de sifflet spcial met tout le monde en veil4 ,et combien ils sont habitus et habiles1 ces guetteurs1 distinguer les unes des autres les diffrentes espces de ces oiseaux de fer6 ,a leur envergure1 leur couleur1 des riens insaisissables pour les non-initis1 ils les reconnaissent tout de suite1 mme dans l'extrme lointain4 ,depuis que nous sommes l1 attendre1 plusieurs fois le coup de sifflet annonciateur a rompu le silence et tout le monde s'est redress1 prt courir aux pices de canon4 ,mais aussitt les veilleurs ont cri3 ,non1 ne bougez pas1 c'est un franais1 c'est un ,nieuport1 ou c'est un ,farman444 ,alors chacun a repris sa rverie tranquille4 ,il est du reste tonnant qu'aucun oiseau boche n'ait encore paru1 et1 si cela continuait1 j'aurais perdu ma journe1 moi qui avais t envoy ici pour examiner comment ces canonniers se dbrouillent pour les viser et les descendre4 ,mais il en viendra srement ce soir1 quand le drame commencera4 ,au premier abord1 c'est invraisemblable que des choses tragiques puissent se passer tout l'heure dans l'immense1 et si verte1 et si paisible valle qui se dploie sous nos pieds4 ,en regardant bien pourtant1 on s'aperoit que tout n'est pas normal dans le profond paysage et que cette paix n'y est sans doute que momentane4 ,il y a d'abord des raflures singulires sur ces montagnes1 si magnifiquement boises de sapins1 qui l-bas vers l',est bornent le champ de la vue comme une haute muraille2 dans les forts qui les recouvrent1 apparaissent et l des plaques dnudes1 un peu comme si le somptueux manteau de velours vert avait t touch par des mites1 et1 la longue-vue1 on distingue qu'il n'y a plus1 en ces endroits-l1 que des squelettes d'arbres1 tout dplums et dchiquets3 ce sont des points stratgiques contre lesquels se sont acharns les canons444 ,et1 la longue-vue galement1 les maisons1 les glises de certains villages se rvlent en grand dsarroi1 fortement cribles par les obus4--,mais cependant1 combien tout est calme1 aujourd'hui1 et confiant1 sous cette belle lumire1 dj dore par l'approche du soir6 ,non1 impossible d'imaginer que1 dans quelques minutes1 la ,mort va revenir ici dchaner ses bacchanales444 ,sur une charmante petite pelouse en gradins1 paillete de scabieuses et de quelques derniers boutons d'or1 nous nous sommes installs--un peu trop en vue des ,boches peut-tre1--mais si bien1 et comme dans une sorte d'avant-scne1 d'o nous ne perdrons rien du grand spectacle4 ,a l'il nu on peut aisment suivre1 dans la plaine en contre-bas1 les lignes des tranches ennemies et des ntres1 qui ressemblent de larges sillons de labour1 et qui sont tonnantes d'tre si voisines2 deux cents mtres peine les sparent1 et cependant rien ne bouge444 ,depuis longtemps1 parat-il1 on vivait ainsi1 par une sorte d'accord tacite1 se regarder sans se faire mal1 comme il arrive en certains points du front4 ,mais voici une huitaine de jours que les autres sont devenus agressifs1 tirant sur tout rassemblement qui se forme1 sur toute tte casque de bleu qui sort d'un trou2 c'est pourquoi on leur a prpar la trs gentille surprise de ce soir4 ,cependant1 l'heure est passe1 le soleil dcline1 et le silence persiste444 ,alors1 mots couverts1 je fais tlphoner une de nos batteries1 qui est dans la plaine1 dissimule parmi des saules1 pour demander si par hasard il y a contre-ordre1 car1 dans ce cas-l1 je m'en irais1 moi1 visiter un autre poste de tir1 avant que la nuit tombe4 7,des fils lectriques courent maintenant partout1 invisibles1 demi enterrs1 reliant ensemble tous nos ouvrages2 mais il est prudent de n'y parler que par sous-entendus1 cause des oreilles boches1 sans cesse aux coutes47 ,on me rpond quelque chose comme ceci3 ,ne vous en allez pas4--,ah6 compris6 ,donc1 attendons encore4 ,tiens6 ,voici maintenant une musique militaire qui nous arrive1 alerte et joyeuse1 du fond de la valle2 c'est celle d'un de nos rgiments qui est cantonn par l1 au repos1 dans un village2 elle avait pris l'habitude de se faire entendre chaque soir pour gayer les soldats1 et1 si elle se taisait cette fois1 cela pourrait donner penser1 dans les tranches d'en face4 ,mais c'est drle1 cet air d'oprette servant d'ouverture la formidable symphonie qui va clater de toutes parts4 ,toujours rien1 pas mme un avion dans le ciel sur quoi tirer1 et il est quatre heures4 ,comme s'il n'y avait aucune menace prochaine1 un berger passe prs de nous1 ramenant des vaches dbonnaires1 qui cheminent avec un bruit de clochettes4 ,le soleil est dj assez bas pour que des teintes de cuivre rouge commencent d'apparatre2 un froid soudain monte de la terre1 et il semble que le calme se fasse plus profond mesure que baisse le jour4 ,certes1 ils ne se doutent de rien1 eux l-bas2 la longue-vue on ne voit personne dans leurs tranches4 ,et nous-mmes1 ici1 causant d'autre chose1 nous finissons presque par oublier1 distraits par la longueur de l'attente444 ,mais tout coup la terre tremble4 ,un orchestre gant1 compos sans doute de mille contrebasses1 attaque un morceau terrible1 attaque subito1 fortissimo et furioso1 comme conduit par le bton de quelque chef d'orchestre hallucin4 ,les parois des montagnes vibrent de tous cts1 tous les chos rptent et amplifient4 ,on dirait que1 et l1 des volcans viennent de s'ouvrir1 n'importe o1 aussi bien dans les plaines que sur les plus hauts sommets2 leurs cratres1 qu'on n'aurait jamais souponns1 vomissent tous ensemble de lourdes fumes sombres1 avec un bruit caverneux1 un fracas de cataclysme4 ,ce sont nos batteries franaises de tout calibre1 les proches et les lointaines1 qui taient dissimules un peu partout et qui1 l'appel des fils lectriques1 ont fait clater l'orage avec un stupfiant ensemble4 ,dans le concert1 l'oreille exerce distingue les diffrents sons de la tuerie1 les basses-tailles de l'artillerie lourde1 l'espce de tambourinement goguenard des crapouillots1 le bruit sec et dchirant des #ge4 ,et tout cela converge sur les tranches boches2 de prs1 ou de quinze ou vingt kilomtres de distance1 tout cela leur tombe dessus en avalanche1 et les voici bientt ensevelies sous un pais nuage blanchtre1 de mauvais aspect1 que nos canons leur envoient et qui est une fume d'invention nouvelle1 capable elle seule de donner la mort4--7,c'est eux1 on le sait1 qui les avaient infernalement imagins1 ces obus asphyxiants3 longtemps nous avions rpugn en faire usage1 mais la fin il a bien fallu nous dcider les en arroser un peu1 par reprsailles74 ,en mme temps qu'clataient ces bacchanales de ,madame la ,mort1 un vol d'avions franais s'est lev trs vite1 comme par magie1 et maintenant ils tournoient tous1 juste au-dessus de nos ttes1 insouciants et presque ironiques au milieu de petites houppes de fume brune1 que l'ennemi leur lance et qui sont des clatements d'obus4 ,ah6 enfin1 nous allons donc pouvoir faire notre chasse arienne1 car voici des avions boches qui se dcident arriver6 ,il est vrai1 deux ou trois seulement1 quand les ntres sont une dizaine2 mais c'est gal1 le sifflet de nos veilleurs a retenti aussitt1 perceptible malgr le vacarme1 et1 en quelques secondes1 nos #ge1 l1 deux pas derrire nous1 se dressent debout vers le ciel1 et crachent en l'air sur les nouveaux arrivants1 crachent nos obus1 dont les houppes de fume1 au lieu d'tre brunes1 sont trs blanches sur le beau bleu d'en haut4 ,et ils tirent1 ils tirent coups prcipits2 leur voix si proche1 dure et brisante1 domine pour nous le fracas sourd qui emplit les lointains2 on pourrait presque dire que c'est eux qui font le chant1 la partie haute1 et que tous ces cratres1 en ruption dans les alentours1 ne reprsentent plus pour nous que l'accompagnement444 ,devant cet accueil1 ils se sauvent tire d'aile1 les trois oiseaux boches1 poursuivis du reste par les ntres1 et bientt ils disparaissent1 mme pour les yeux clairs de nos guetteurs4 ,et la comdie est joue1 et le rideau pourrait tomber4 ,soudainement1 partout la fois1 le silence revient1 comme si la baguette du chef d'orchestre s'tait tout coup rompue1 et on est tonn de ne plus entendre de bruit4 ,a peine a-t-elle dur #ab minutes1 la grande symphonie1 mais c'est tant qu'il en fallait pour le rsultat obtenir4--,et nous nous sentons presque confus1 nous1 d'tre rests l sur le tapis de mousse et d'avoir1 cette fois1 joui tout fait en amateurs de cette ferie de bataille1 alors que peut-tre1 en ce moment mme1 sur d'autres points de la frontire1 tant de soldats de ,france sont aux prises avec l'horreur et la mort444 ,l'horreur et la mort1 elles sont l sans doute1 tout prs1 sous l'pais nuage de fume gristre qui continue d'envelopper la tranche boche2 mais chez nous1 rien de semblable assurment1 car l'ennemi dcontenanc n'a tir qu'en l'air sur nos avions1 et encore sans les atteindre4 ,et comme ils sont jolis1 vus d'o nous sommes1 nos vifs oiseaux de ,france1 qui font l-haut un dernier tour1 en rond1 avant de rentrer au gte6 ,pendant que l'ombre commence d'teindre toutes les choses terrestres1 eux1 qui voient encore le soleil1 sont clairs en fte1 et on dirait d'un vol de mouettes ventre blanc sur lequel jouent des rayons qui les colorent en rose4 ,maintenant voici une autre sorte de bruit1 beaucoup plus discret mais qui nous fait redevenir graves3 les crpitements presss de la mousqueterie4 ,c'est donc que notre attaque est dclanche et que des vies prcieuses sont en jeu4 ,cela se passe beaucoup plus loin de nous1 car1 par ruse1 nous attaquons ailleurs que dans la partie bombarde1 et d'ici nous ne pourrons rien voir2 c'est demain seulement que nous aurons les nouvelles dont nous serons jusque-l trs anxieux4 ,la valle si bruyante tout l'heure1 mais plonge prsent dans un froid silence1 prsente au crpuscule d'tranges aspects4 ,comme il n'y a pas un souffle dans l'air1 toutes ces fumes que viennent de lancer nos canons de la plaine1 trop lourdes pour s'lever1 trop denses encore pour se dissoudre1 restent et l1 poses en masses prcises1 comme des nuages obscurs qui seraient tombs du ciel et ne sauraient plus y remonter4 ,quant aux fumes de nos plus hautes batteries de montagnes1 elles glissent trs lentement vers les prairies basses1 elles glissent en frlant les forts de sapins qui dvalent des cimes2 on dirait d'normes et paresseuses cascades en ouate grise444 99 99 99 99 99 ,c'tait bien peu de chose1 cette attaque1 auprs des grandes batailles2 une simple gentillesse entre voisins1 pourrait-on dire1 une farce nos envahisseurs4 ,mais tout a t si adroitement men que nous compterons srement au tableau quantit de boches1 tus ou prisonniers4 ,et1 aux renseignements exacts de la matine suivante1 tous leurs abris sont dmolis2 tous leurs nids de mitrailleuses1 bouleverss4 ,nous aurons donc une trve1 dans cette valle1 pour plusieurs jours4 ,,les ,,patiences ,,souterraines ,juin #aijc4 ,je vais parler d'un lieu qui1 plus encore que l'oasis des ,ouled-,nalia1 chappe nos modernes agitations3 tout y est demeur tel qu'il y a cent mille ans1 l'homme de l'ge de pierre y reconnatrait presque sa route et son gte4 ,mais c'est un lieu souterrain1 c'est la grotte de ,sare1 l'un de ces nombreux palais pour les ,gnomes que les sicles ont minutieusement orns1 avec leurs patiences quasi-ternelles4 ,entre des montagnes tapisses de fougres et de chnes1 le tranquille village de ,sare est un peu le cur du pays basque1 le recoin isol o les traditions et la langue si antiques se sont conserves presque pures#aa4 ,de l1 pour se rendre la grotte#ab1 on a longtemps marcher1 monter1 par de mauvais sentiers1 travers une rgion plus solitaire1 boise surtout de grands chtaigniers qui se meurent#ac4 ,le mal qui les tue a commenc par les chtaigniers de ,provence2 il est sans doute une des moisissures charges de dpouiller notre plante trop vieille3 on sait que les chnes1 les ormeaux1 les fusains1 les lauriers ont aussi maintenant chacun son microbe rongeur4 ,quand on a fait un peu plus d'une lieue dans cette pre campagne qui se dnude1 on se trouve tout coup en face d'un porche colossal1 ouvert au flanc d'un coteau2 il est orn d'une quantit de pendentifs en pierre grise qui ont des formes de glaons2 il est frang de feuillages retombants1 de ronces qui s'allongent comme des lianes2 la vote en est surbaisse1 crase2 il donne dans du noir et on dirait quelque entre non permise qui plongerait aux entrailles mmes de la terre4 ,il faut se recueillir devant ce lieu d'ombre1 infiniment plus vnrable que les plus primitifs sanctuaires humains1 car il fut l'un des berceaux de nos grands anctres au front bas et au corps velu4 ,aprs les dernires tourmentes gologiques1--il y a cinq cent1 huit cent mille ans1 on ne sait gure1--quand les roches1 dans cette rgion1 redevinrent immobiles1 elles restrent comme spares en lames immenses1 qui laissaient des vides entre elles4 ,et ce furent d'abord des espces de salles tonnamment profondes1 mais peu sres1 qui menaaient de s'effondrer4 ,mais vinrent les stalactites et les stalagmites qui1 avec des patiences1 avec des lenteurs peine concevables pour les phmres que nous sommes1 entreprirent de les consolider1 bauchant partout ces votes1 ces cloisons1 ces contreforts1 ces piliers aujourd'hui si puissants1 si trapus1--et dont chaque millimtre d'paisseur reprsente presque l'apport d'un sicle6 ,et quand les salles souterraines1 de par la magie des suintements calcaires1 furent ainsi divises en nefs1 en galeries1 en clotres superposs1 mme en cachettes aux portes troites et faciles dfendre1 des htes1 clos d'hier la lumire du monde1 commencrent de venir peureusement y chercher asile3 ce fut le lion gant1 ce fut l'ours des cavernes1 et enfin ce fut l'homme6444 ,d'o tait-il donc issu1 celui-l1 quelle tait sa filiation8444 ,il diffrait de nous1 c'est accord2 son crne oblique au front fuyant1 les trous de ses yeux trop enfoncs sous l'arcade sourcilire font peur voir1 et le gorille lui ressemble4 ,mais tout de mme c'tait l'homme2 il taillait des outils1 il dessinait des figures1 il avait dj l'ide d'ensevelir ses morts4 ,entre lui et le singe le plus voisin1 le trait d'union manque toujours1--et aprs tout1 quand on le trouverait1 ce sinistre trait d'union que l'on s'obstine chercher1 resterait se demander ensuite3 et le premier singe1 d'o sortait-il8 ,on a beau fouiller le sol1 interroger minutieusement et ardemment les couches gologiques1 aucun intermdiaire n'apparat entre lui et les mollusques ou les sauriens des priodes primitives3 il a toujours t le singe4 ,et1 de mme sans doute1 l'homme qui1 dans la nuit des ges1 hantait cette grotte au porche immense1 avait toujours t l'homme4 ,la terre mme qui est devant cette entre1 la terre seule1 pour peu qu'on la creuse1 raconte la vie qui fourmilla jadis dans la gigantesque tanire obscure3 on y retrouve des silex polis par les premires mains humaines1 des ossements de btes jamais disparues1 des dfenses de mammouth1 des dents du grand lion ou du grand ours4 ,et le moindre de ces dbris est pour voquer1 ds qu'on y songe1 les nuits pleines de transes1 les luttes forcenes des griffes contre les haches de pierre1 les boucheries sanglantes et les voraces mangeurs444 ,mais1 depuis des sicles et des sicles1 la scurit1 le silence ont remplac dans ce lieu les carnages et la peur4 ,de nos jours1 quelques braves contrebandiers peut-tre s'y cachent encore4 ,autrement il n'y vient gure que des troupeaux de bufs1 des troupeaux de moutons qui1 sans s'aventurer trop loin au milieu d'une si lourde nuit1 cherchent de la fracheur l'entre quand le soleil brle ou un abri quand les averses tombent4 ,sous ce porche1 plus vaste que celui des cathdrales1 si l'on s'avance1 on entend bruire des eaux souterraines#ad1 et on distingue l-bas1 dans l'obscurit1 des piliers massifs1 entre lesquels s'ouvrent des couloirs sombres4 ,on peut choisir la galerie que l'on veut1 car toutes sont pleines d'tonnements et presque toutes sont infinies2 elles montent1 elles descendent1 elles se croisent1 elles se divisent et s'tagent les unes par-dessus les autres4 ,c'est un monde de nefs aux trs fantastiques architectures1 et1 tout cela1 on le croirait taill1 for dans la pierre vive1 dans une seule et mme pierre blanche qui ne prsente jamais aucune lzarde1 aucune fissure2 tout cela donne l'impression d'une solidit immuable et ternelle2 aussi ne s'pouvante-t-on point de voir s'avancer au-dessus de soi1 comme jaillissant et dtachs des parois surplombantes1 tant de blocs tranges1 pareils des ttes de squales1 de vagues dragons1 des embryons de monstres4 ,les fanaux que l'on porte rvlent partout d'extravagantes formes blanches1 qui se penchent sur vous1 qui ont l'air prtes s'lancer pour engloutir1 mais qui sont figes l depuis les plus vieux temps de la ,terre4 ,et une petite musique douce ne cesse de vous suivre jusque dans les dernires profondeurs de la montagne2 elle se fait de tous les cts la fois1 elle est le ruissellement des myriades de gouttes d'eau sur les murailles1 elle est leur bruit de fine pluie1 rpercut par la sonorit des votes4 ,elles chantent en travaillant1 les gouttes d'eau444 ,or1 on les entendait dj chanter ici leur mme chanson au temps des grands sauriens1 des grandes btes de cauchemar1 et c'est elles ensuite qui ont berc le sommeil craintif des premiers hommes au crne dprim2 c'est elles qui sont l'uvre depuis des milliers de sicles pour la construction de ce palais baroque et prodigieux1 chacune apportant l'difice un imperceptible atome de calcaire1--et1 comme elles n'ont pas fini1 comme elles ne finiront jamais1 comme il s'agit d'ajouter encore des ornements partout1 des franges1 des dentelles aux piliers et aux plafonds blancs1 leur voix de cristal persiste toujours1 monotone1 obstine1 aussi ternelle que les patiences de la nature#ae4 ,dans toutes les galeries o l'on se promne1 des troues de la vote sont l pour vous montrer qu'il y a d'autres galeries encore passant au-dessus1 et aussi des troues dans le sol1 pour que vous sachiez qu'il y en a d'autres se perdant en dessous2 les couloirs se multiplient1 se croisent1 s'enchevtrent en ddale--un ddale toujours plement blanc1 dont les parois froides et mouilles1 rigides comme du marbre1 ont des rondeurs molles1 affectent d'inquitantes formes animales1 ou bien se penchent sur vous1 en simulant les ondulations d'une toffe que le vent dplie4 ,en vrit1 la fantaisie des gouttes d'eau cratrices fut innombrable1 impossible prvoir1 et d'une trop mystrieuse extravagance6 ,les votes1 en beaucoup d'endroits1 ont des contournements que l'on ne s'explique pas1 des contournements en vrille2 elles montent1 elles montent jusqu' dix1 vingt1 trente mtres1 rtrcissant de plus en plus leurs tours de spire1 et ainsi on a l'impression de circuler dans l'intrieur de colossales conques marines1 vides1 dont la pointe serait en haut trs loin1 si loin que le jet de lumire des fanaux n'y atteint plus4 ,par places1 la dcoration a t spcialement soigne2 les ornements en relief1 o brillent de toutes petites facettes cristallines1 imitent des feuillages1 des rinceaux1 ou bien des natures mortes accroches en rang1 des oiseaux long cou1 les ailes pendantes1 tout cela model dans la mme pte tristement blanche4 ,des gouttelettes ferrugineuses sont aussi venues et l couler sur cette blancheur des parois et dessiner comme les mailles d'un filet1 ou bien comme de dlicates guirlandes d'algues brunes4 ,oh6 qui dira les sicles1 les sicles qu'il a fallu pour composer ce palais la fois minutieux et titanesque6 ,et toujours elles travaillent1 les gouttes d'eau1 et toujours1 sans aucune trve1 elles continuent leurs frles sonneries dans ce silence4 ,parfois1 le long des grandes nefs1 s'ouvrent des portes trop bizarrement denteles1 conduisant des petits cachots blancs1 o les sculptures laiteuses des murailles reprsentent des trompes d'lphant1 des amas de viscres1 des ranges de longues mains de morts444 ,et on pourrait marcher des heures1 des jours peut-tre1 sans repasser par les mmes routes1 car les guides les plus familiers de ce labyrinthe dclarent qu'ils n'ont jamais eu le courage d'aller jusqu'au bout1 qu'ils n'en connaissent pas la terminaison lointaine2 une frayeur les arrte quand les couloirs se rtrcissent1 et qu'il faudrait se glisser de biais par des trous1 pour pntrer dans d'autres salles inconnues4 ,a la fin1 cela oppresse1 cela tient du rve d'angoisse1 cette course travers des galeries et des galeries1 entre des parois qui se penchent1 ondulent1 et vous montrent mille formes animales1 sournoisement bauches dans la toujours pareille matire blme4 ,on est troubl malgr soi par la profondeur de ce lieu1 par la longueur sans fin de ces tortueux passages1 dont on ne devine jamais s'ils vont encore s'largir comme des nefs ou bien se resserrer comme des souricires4 ,et puis1 mesure que l'on avance1 la nuit1 dirait-on1 devient plus paisse1 plus lourde1 et les lanternes clairent plus mal4 ,le bruissement aussi1 la petite musique de sonnettes sur les parois ruisselantes1 vous nerve par sa tranquille obstination4 ,le dsir vous prend alors de rebrousser chemin1 de quitter vite ce palais incomprhensible1 inutile et sans but1 commenc depuis les origines du monde1 et qui vous donne sa manire le vertige par sa rvlation pour ainsi dire palpable d'un infini dans les dures antrieures2 on a hte de s'vader de tout cela1 pour retrouver l'air et le ciel bleu4 ,et1 du plus loin qu'on aperoit la lumire1 au bout de ce chemin de retour1 on l'accueille un peu comme la dlivrance4 ,d'abord1 elle a plong en faisceau incertain dans ces tnbres4 ,ensuite1 tout coup1 voici qu'elle claire magnifiquement les grands piliers de l'entre1 elle donne ce seuil de grotte l'air d'un pristyle de palais enchant1 et1 sous l'arceau du grand porche1 toute cette verdure qui reparat1 encadre d'ombre morte1 ces tapis de fougre1 ces coteaux en face1 boiss de chnes1 ont l'air baigns dans de l'or4--,on avait oubli que c'tait si clatant et si beau1 la lumire du soleil6 ,dans ce petit vallon sauvage1 sur lequel viennent dboucher les galeries de pierre1 dans cette campagne basque1 il fait si doux et si calme aujourd'hui6 ,le bleu pur l-haut1 le soleil qui dcline avec tant de srnit1 les feuilles et les fleurs de juin1 sont l comme pour donner apaisement1 confiance en le destin ou en ,dieu1 espoir de vie et de dure4 ,mais en ce moment1 non1 en ce moment on ne se laisse pas leurrer par le sourire de ces choses1 parce que l'on vient de prendre contact avec l'insondable pass des cavernes2 on reste l'esprit assombri par le sentiment des priodes infinies qui nous ont prcds et qui vont nous suivre1 on est cras par la connaissance de l'antiquit effroyable de la ,terre4 ,ces herbages1 ces buissons1 ces fougres et ces fleurettes de montagne sont assurment les mmes que frlaient jadis le grand renne et le grand ours#af4 ,aux hommes trop longs bras1 qui jadis taillaient le silex devant le seuil de la grotte1 tout ce recoin isol et ferm devait prsenter dj des aspects peu prs identiques--sous le soleil de quels ts perdus au fond des temps incalculables6--,a eux aussi1 des soirs de juin souriaient trs calmement avec des promesses de lendemains1 de joie1 de vague prolongation ailleurs4 ,mais comme il ont t balays1 rejets jusqu'aux derniers abmes du ,nant6444 ,et1 depuis cette poque1 qui donc1 quel cerveau saurait valuer les espaces faire frmir qu'a parcourus notre petite ,terre1 droulant toujours avec la mme frnsie sa course folle1 sans repasser jamais1 jamais1 par le mme point de l'incommensurable vide noir444 ,,new-,,york ,entrevu par un ,oriental trs vieux jeu4 ,le jour se lve4 ,l'hlice du paquebot qui m'amne a ralenti son tournoiement fbrile3 videmment nous arrivons1 nous sommes devant ,new-,york4 ,et1 comme par un pressentiment qu'une grande chose extraordinaire va se passer1 j'ouvre la fentre de ma cabine4 ,en effet1 l-bas1 en face1 une sorte de colosse de ,rhodes1 une femme exalte se dresse sur le ciel1 le bras tendu dans un geste magnifique4 ,sans l'avoir jamais vue1 je la reconnais1 il va sans dire2 la statue de la ,libert1 qui veille l'entre de l',hudson6444 ,elle est haute comme une tour4 ,les pluies et les vents lui ont dj donn la patine vert-de-gris des antiques desses de l',egypte4 ,sur un pidestal en pierres roses1 aussi grand qu'une citadelle1 elle surgit1 plement verdtre1 dans le brouillard du matin et dans les fumes que le soleil dore4 ,elle est superbement symbolique et terrible4 ,on dirait qu'elle fait l'univers entier des signes d'appel2 on dirait qu'elle crie3 ,hurrah6 ,c'est ici la porte6 ,hurrah6 ,entrez tous dans la fournaise6 ,jetez-vous tte baisse dans le gouffre des affaires1 du bruit1 de l'agitation et de l'or6 ,et le voici qui s'ouvre devant nous1 ce gouffre quasi-infernal4 ,jadis1 ce n'tait que l'entre d'une large rivire1 entre des roseaux et des arbres4 ,aujourd'hui1 c'est quelque chose qui1 pour mes yeux pris d',orient et de lignes pures1 tient du cauchemar1 mais arrive quand mme une sorte de beaut tragique1 par l'excs mme de l'horreur4 ,mille tuyaux crachent des fumes noires ou des vapeurs en tourbillons blancs1 qui se mlent1 qui s'enroulent1 qui embrouillent l'horizon comme sous des sarabandes de nuages4 ,le long des deux rives1 perte de vue1 s'alignent les docks couverts1 qui sont de gigantesques carcasses toutes pareilles1 en ferraille couleur de deuil4 ,partout des inscriptions raccrocheuses s'talent en lettres de dix mtres de haut1 les unes blanches ou rouges sur les fonds noirs1 les autres ariennes soutenues par des charpentes d'acier4 ,on est assourdi par des sifflets stridents1 des plaintes gmissantes de sirnes1 des grondements de moteurs1 des fracas d'usines4 ,et1 au-dessus de tout cela que tant de fumes enveloppent1 plus haut1 plus haut1 comme des gants pousss trop vite et trop efflanqus1 des gants qui allongeraient dmesurment le cou pour mieux voir1 les gratte-ciel surgissent effarants et invraisemblables1 les uns carrs1 les autres pointus1 les gratte-ciel trente1 quarante ou cinquante tages1 surveillant ce pandmonium par leurs myriades de fentres444 ,ah6 on vient1 me rclamer ma feuille d'entre1 un questionnaire que chacun doit remplir avant d'tre admis poser le pied sur le sol d',amrique4 ,moi qui avais oubli6 ,en hte je griffonne mes rponses4 ,un peu stupfiantes1 les questions3 ,etes-vous anarchiste8 ,etes-vous polygame8 ,n'tes-vous pas idiot8 ,n'avez-vous jamais donn de signes d'alination mentale8 ,possdez-vous plus de cinquante dollars de patrimoine8 ,combien de condamnations avez-vous subies8 etc444 ,de telles prcautions tmoignent du juste souci qu'ont les ,amricains de ne pas admettre chez eux les htes non dsirables 7undesirables71--et nous devrions bien en faire autant ,tunis1 pour les migrants que nous envoie chaque jour l',italie4--,c'est gal1 ce formulaire surann est un peu naf car si l'on tait idiot ou maboul1 il est probable qu'on n'en conviendrait pas1 surtout par crit4 99 99 99 99 99 ,deux ou trois heures plus tard1 aprs d'interminables formalits de douane et des batailles sur les docks contre des journalistes arms de kodaks1 je me trouve enfin au centre de ,new-,york1 confortablement install et trs haut perch dans un htel je ne sais combien d'tages1 o fonctionnent de prodigieux ascenseurs4 ,je domine de mes fentres la plupart des btisses d'alentour1 o tout est rouge1 d'un rouge sombre tirant sur le chocolat4 ,murs de briques rouges4 ,toits en terrasses1 sans tuiles bien en tendu1 mais couverts de je ne sais quel impermable peint en rouge1--et ce sont des promenoirs pour les habitants1 leurs chiens et leurs chats2 des messieurs en bras de chemise 7car il fait trs chaud1 une chaleur mouille de ,gulf-,stream7 y lisent les journaux dix pages1 des mnagres y battent leurs tapis ou bien y font scher leurs lessives4 ,au-dessus des toits1 un peu partout1 s'lancent des charpentes en fer pour soutenir en plein ciel les grandes lettres des affiches-rclames1 ou bien pour lever1 comme bout de bras1 les normes tonneaux peints en rouge qui contiennent les provisions d'eau en cas d'incendie4 ,trop de choses en l'air1 vraiment1 trop de ferrailles1 trop d'critures zigzaguant sur les nuages4 ,et et l1 auprs ou au loin1 des gratte-ciel se dressent isols--sortes de maisons-asperges1 pourrait-on dire--qui font mine d'pier avec indiscrtion tout ce qui se passe alentour4 ,d'en bas m'arrive un continuel vacarme2 en plus des autos comme ,paris1 c'est le ,mtropolitain qui fonctionne sur de bruyantes passerelles en fer1 hauteur de premier ou de deuxime tage2 sans trve1 les trains se poursuivent ou se croisent4 ,et il y en a d'autres en dessous1 qu'on entend rouler comme des ouragans dans les profondeurs du sol4 ,c'est la ville de la trpidation et de la vitesse6 ,regards de mes hautes fentres1 les passants me semblent tout crass et courtauds4 ,les femmes1 avec la mode actuelle1 disparaissent sous leur chapeau trop large1 ressemblent un disque o des plumets s'agitent4 ,et1 au milieu de ces gens empresss qui cheminent le long des trottoirs1 de tout petits tres dcrivent des courbes folles3 des enfants roulettes1 qui1 dj pris d'une frnsie d'aller vite1 font du skating perdument sur l'asphalte4 ,quatre heures1 le moment o j'avais fait dire des journalistes que je les recevrais4 ,et il m'en arrive un1 puis deux1 puis dix1 puis vingt1 puis trente6444 ,tous ont l'abord courtois et cordial1 et bien volontiers je leur tends la main4 ,mais o donc les mettre8 ,mon salon n'a plus assez de chaises2 qu'on ouvre ma chambre coucher1 on en fera asseoir sur mon lit2 pour les occuper1 qu'on leur offre des cigarettes6 ,et je suis sur le banc des accuss1 au milieu de tout ce monde4 ,un seul parle franais et traduit aux autres mes paroles ahuries1 qui sont aussitt notes sur des carnets4 ,qu'est-ce qu'il a dit8 ,qu'est-ce qu'il a dit8 ,je n'aurais jamais cru que mes reparties1 gnralement ineptes1 pourraient tre si prcieuses4 --,mon cher matre1 voulez-vous d'abord nous exposer ce que vous pensez des femmes amricaines4 --,moi6 ,mais rien encore3 je n'ai pas eu le temps de sortir1 je n'en ai vu qu'une seule1 une femme de chambre rencontre dans l'ascenseur1 et c'tait une ngresse6 --,bien4 crivez3 ,m4 ,pierre ,loti diffre son jugement et demande rflchir4 ,a l'instant mme1 en voici deux qui font leur entre1 deux ,amricaines1 demoiselles journalistes1 le kodak au cran de sret4 ,elles ont l'air intelligent1 veill1 gracieux et d'ailleurs trs comme il faut4 ,je les fais asseoir mes cts2 l'une d'elles s'excuse d'tre encore en tenue de voyage3 c'est qu'elle arrive peine du ,congo1 o elle tait alle chasser le rhinocros444 ,et l'interrogatoire continue4 ,la littrature1 l'hygine1 la politique1 la religion1 et l'conomie sociale1 tout y passe4 ,quelle haute ide ont-ils donc de mon omnicomptence1 pour enregistrer avec tant de soin mes plates rponses3 --,mon cher matre1 tes-vous d'avis que la convention de ,genve autorisera l'emploi des aroplanes militaires8 ,mon cher matre1 tes-vous partisan de la castration pour les assassins1 qu'un de nos philanthropes vient de proposer8 ,les deux gentilles misses parlent franais4 ,leurs questions particulires s'entre-croisent avec celles de l'interprte gnral4 ,et bientt c'est le plus tourdissant des coq--l'ne1 o se heurtent la rlection de ,m4 ,fallires1 les suffragettes1 la castration des assassins1 la reprsentation proportionnelle et les randonnes du rhinocros4 ,que va-t-il sortir de ce tohu-bohu1 et quel effet d'ensemble cela donnera-t-il1 en imprim1 dans les journaux de cette nuit8444 ,mais j'avais pens que ce serait assommant1 et au contraire6 ,c'est d'ailleurs si nouveau pour moi1 qui1 en ,france1 ne reois jamais un reporter1 c'est si imprvu1 si drle1 et ils ont si bonne grce1 que vraiment je m'amuse4 ,quand ils sont tous partis1 les grandes lettres que j'aperois par mes fentres1 les grandes lettres dans le ciel1 commencent clairer le brumeux et lourd crpuscule1 chaque inscription prenant feu d'un seul coup1 l'une en rouge1 l'autre en bleu1 l'autre en vert2 ce sont des rclames lumineuses et clignotantes2 ,new-,york en est couvert et on m'a bien recommand d'aller le soir admirer dans les rues cette ferie quotidienne4 ,a neuf heures donc1 je descends me mler la foule1 sur les larges trottoirs de ,broadway4 ,malgr les costumes parisiens des femmes1 malgr les complets et les horribles melons pareils aux ntres1 ce n'est pas la foule de ,paris2 les allures ont je ne sais quoi de plus dcid1 de plus volontaire1 de plus excentrique aussi4 ,et quel mli-mlo de toutes les races6 ,on reconnat au passage des ,japonais1 des ,chinois tondus l'europenne1 des ,grecs1 des ,levantins1 des ,scandinaves aux cheveux ples4--,quelqu'un du pays me disait ce soir3 ,new-,york n'est pas encore tout fait l',amrique1 il n'en est plutt que le seuil1 o s'arrtent d'abord en dbarquant les foules disparates qui nous viennent d',europe4 ,a la seconde gnration1 quand tous ces gens se sont mls1 croiss1 nous voyons natre alors de vrais ,amricains qui ont une cohsion parfaite et l'amour de leur patrie nouvelle1 vrifiant la devise e pluribus unum4 ,ceux-l se fixent plus volontiers dans nos villes de l'intrieur1 o il faut aller pour se sentir vraiment aux tats-,unis1 et voir la race entreprenante et forte1 rajeunie comme un arbre taill1 qui rsulte du mariage de toutes ces nergies4--,beaucoup de femmes lgantes1 sur les trottoirs de ,broadway1 et beaucoup de trs belles1 du moins quand elles ne sont pas crment clabousses par de blmes soleils lectriques leur donnant des teints de cadavres2 mais trop de ngresses1 en vrit2 chaque instant1 sous quelque grand chapeau garni de roses1 passe une figure toute noire4 ,les opulentes boutiques1 les talages derrire d'immenses glaces1 sont comme le long de nos boulevards4 ,mais l'lectricit qui ruisselle ici1 qui rgne en souveraine1 est mille fois plus agressive que chez nous2 il semble que tout vibre et crpite sous l'influence de ces courants innombrables1 dispensateurs de la force et de la lumire2 on est comme lectris soi-mme et un peu frmissant4 ,mon ,dieu1 que de bruit dans ,broadway6 ,presque sans trve1 il faut se rsoudre a entendre courir en vertige au-dessus de sa tte1 sur les vibrantes passerelles de ferrailles1 des files de wagons-monstres1 bonds de monde et tincelants de feux4 ,en revenant d'ici1 ,paris va me sembler une bonne vieille petite ville arrire et calme1 aux maisonnettes basses2 d'ailleurs aucune de ses illuminations du #ad juillet n'approche des fantasmagories qui1 les soirs quelconques1 se jouent ,new-,york4 ,partout des lumires multicolores1 qui changent et scintillent1 formant et dformant des lettres2 elles dgringolent en cascade du haut en bas des maisons1 ou traversent les voies comme des banderoles tendues4 ,mais c'est en l'air surtout qu'il faut regarder--malgr le fracas souterrain des trains express qui vous feraient baisser instinctivement les yeux vers le sol--c'est en l'air1 au fate des extravagantes btisses1 au-dessus des toits2 l sont les rclames lumineuses1 qui remuent par des trucs nouveaux1 les visions qui dansent4 ,un marchand de je ne sais quoi a surmont sa boutique d'une course de chars romains o l'on voit des chevaux gigantesques agiter avec frnsie leurs pattes de feu4 ,un marchand de parapluies a rig une bonne femme qui gesticule avec son ombrelle ouverte4 ,un marchand de mercerie exhibe un norme chat1 tout en feu jaune1 qui dvide un peloton de feu rouge et s'entortille avec le fil4 ,un marchand de brosses dents1 le plus cocasse de tous1 fait gigoter dans le ciel un diablotin qui roule des prunelles de feu vert1 en brandissant de chaque main une brosse de #aj mtres de long444 ,vite1 vite1 les apparitions se dessinent1 se dmnent1 s'effacent1 reviennent1 vite1 si vite que le regard se trouble les suivre4 ,et de temps autre1 au bout d'un gratte-ciel non clair1 qui montait invisible dans l'atmosphre de brume et de fume1 quelque affiche gante1 que l'on dirait suspendue comme une constellation1 clate en feu rouge1 vous martle un nom dans l'esprit1 et se hte de s'teindre4 ,tout cela1 pour ma mentalit d',oriental1 est droutant et mme un peu diabolique2 mais c'est si drle et en mme temps si ingnieux1 que je m'amuse et presque j'admire444 ,ce que je vais raconter de ma premire nuit de ,new-,york fera sourire les ,amricains2 aussi bien est-ce dans ce but que je l'cris4 ,dans un livre du merveilleux ,rudyard ,kipling1 je me rappelle avoir lu les pouvantes du sauvage ,mowgli la premire fois qu'il coucha dans une cabane close3 l'impression de sentir un toit au-dessus de sa tte lui devint bientt si intolrable1 qu'il fut oblig d'aller s'tendre dehors la belle toile4 ,eh bien6 j'ai presque subi cette nuit une petite angoisse analogue1--et c'taient les gratte-ciel1 c'taient les grandes lettres-rclames au-dessus de moi1 c'taient les grands tonneaux rouges monts sur leurs chasses de fonte2 trop de choses en l'air1 vraiment1 pas assez de calme l-haut4 ,et puis1 ces six millions d'tres humains tasss alentour1 ce foisonnement de monde1 cette superposition outrance oppressaient mon sommeil4 ,oh6 les gratte-ciel1 dforms et allongs en rve6 ,un en particulier 7celui du trust des caoutchoucs1 si je ne m'abuse71 un qui surgit l trs proche1 un tout en marbre qui doit tre d'un poids faire frmir6 ,il m'crasait comme une surcharge1 et parfois quelque hallucination me le montrait inclin et croulant444 99 99 99 99 99 ,c'est dimanche aujourd'hui2 le matin se lve dans une brume lourde et moite2 il fera une des chaudes journes de cette saison automnale qu'on appelle ici l't indien4 ,sur ,new-,york pse la torpeur des dimanches anglais et1 dans les avenues1 les voitures lectriques ont consenti une trve d'agitation4 ,rien faire1 les thtres chment et demain seulement je pourrai commencer suivre les rptitions du drame qui m'a amen en ,amrique4 ,mais dans le voisinage1 tout prs1 il y a ,central-,park1 que j'aperois par ma fentre1 avec ses arbres dj effeuills2 j'irai donc l1 chercher un peu d'air et de paix4 ,central-,park est comme un bois de ,boulogne ouvert en pleine ville1 avec des alles pour les cavaliers1 des alles pour les autos1 d'immenses prairies pour le football1 et des recoins presque solitaires pour les idylles4 ,les feuillages sont les mmes qu'en ,france1 mais fltris par un plus prcoce automne aprs un t plus brlant4 et l des blocs de rochers noirs se lvent1 comme s'ils avaient crev les pelouses1 et c'est le sol mme de ,new-,york qui reparat nu1 ce sol dur et homogne qui a favoris la hardiesse des maisons trente ou quarante tages1 crasantes de lourdeur4 ,le parc est tellement grand que parfois on se croirait en pleine campagne1 si toujours un ou deux gratte-ciel dans le lointain n'levaient au-dessus de la cime des arbres leurs ttes indiscrtes1 semblables des maisons chimriques du pays de ,gulliver444 ,les gens lgants doivent avoir fui la ville1 car je ne rencontre aujourd'hui que des petits bourgeois endimanchs1 des enfants roulettes1 d'austres vieilles misses lorgnon qui doivent tre des institutrices4 ,et solitairement je vais m'asseoir au bord d'une alle4 ,a peine suis-je l qu'un bruit trs lger me fait tourner la tte4 ,a ct de moi1 sur mon banc1 un amour de petit cureuil gris vient de bondir et il me regarde en faisant le beau1 debout sur son arrire-train1 relevant sa belle queue de chat angora444 ,oh6 en voici un second1 plus hardi encore1 qui saute sur mes genoux6 ,j'en aperois aussi qui courent sur l'herbe ou qui jouent dans les branches4--,et c'est une des choses gracieuses et touchantes de ,new-,york1 cette tribu de petits tres libres qui a pris possession de ,central-,park et que tout le monde protge2 on leur btit des maisonnettes de poupe sur les arbres1 les promeneurs leur apportent des bonbons et des graines qu'ils viennent manger la main2 rien ne les effraie plus1 ni le galop des cavaliers1 ni le bruit de ces enfants roulettes1 aussi gentils et effronts qu'eux-mmes1 qui font du skating sur l'asphalte de tous les sentiers4 ,le dclin du jour amne pour moi d'intolrables mlancolies dans ce parc d'automne1 au milieu de cet humble petit monde du dimanche1 qui est si htroclite et qui m'est si inconnu2 au-dessus des bosquets d'ombre1 les lointains gratte-ciel1 rougis la pointe par le soleil couchant1 me donnent une impression d'exil que je n'avais jamais prouve1 mme en plein dsert2 les cureuils gris1 par prcaution contre les chats qui vont bientt rder1 remontent dans leurs maisonnettes suspendues2 le crpuscule commence m'treindre1 et j'ai envie de m'enfuir vers les rues plus animes o je coudoierai plus de monde4 ,je ne sais si dj je m'amricanise1 mais je sens ce soir qu'il me faut du mouvement et du bruit4 ,dans les quartiers qui entourent le parc1 toutes ces hautes maisons1 que de richesses elles talent et quel luxe dominateur6 ,c'est presque trop2 la proportion1 la mesure manquent un peu4 ,les entres o veillent des multres galonns1 sont de marbr ou de porphyre1 avec des colonnades grecques1 byzantines ou gothiques1 avec de lourdes et somptueuses grilles en bronze ou en fer forg qui feraient honneur nos cathdrales4 ,et tout cela vient de surgir presque en un jour6 ,c'est humiliant en vrit pour notre vieille ,europe qui a mis des sicles btir ses villes clbres et n'a jamais eu assez d'or pour faire aussi beau4 ,mais1 tant de luxe1 quelque chose manque1 quelque chose que l'on ne dfinit pas1 et qui est peut-tre tout simplement l'me d'un pass444 99 99 99 99 99 ,neuf heures1 et nuit brumeuse4 ,quand je suis accoud ma haute fentre1 avant de redescendre me plonger dans la fantasmagorie des rues1 une srnade tout fait burlesque clate sans prambule1 en bas1 sur un trottoir de ,broadway4 ,des voix d'hommes hurlent ensemble une sorte de cantique de guerre1 accompagn l'unisson par des trombones et des cors de chasse4 ,qu'est-ce que c'est que ce charivari1 mon ,dieu8--,ah6 l'arme du ,salut6 ,un bataillon qui est venu se poster l pour tcher de sauver au passage les gars du dimanche soir s'acheminant vers les bouges de l'alcool4 ,eh bien6 aprs la premire minute de stupeur et de sourire1 on oublie le ridicule de cela pour cder une impression plutt grave4 ,dans cette ville o trpident nuit et jour les transactions et les affaires1 il y a donc place encore pour le vieux rve religieux qui bera les hommes pendant des sicles4 ,ce rve1 il est vrai1 a pris une forme dlirante1 tapageuse1 effrne1 ici o tout est neuf et excessif2 mais on le sent l1 bien vivant quand mme1 derrire cette musique de maison de fous4 ,et on ne sourit plus4 ,,ii ,aujourd'hui1 pour la premire fois1 j'assiste une rptition de la ,fille du ,ciel4 ,c'est sans dcors1 sans costumes1 en tenue de ville1 dans une salle nue1 dpendant du thtre4 ,oh6 l'trange impression d'entendre les acteurs dire no et yes1 d'couter mes phrases que je reconnais bien mais qui me font l'effet de s'tre amuses se dguiser en phrases anglaises444 ,je ne sais plus par qui fut nonc l'axiome3 une traduction1 c'est l'envers d'une broderie4 ,je ne prtends pas qu'elle ft merveilleuse1 la broderie que nous avions faite1 et je reconnais d'ailleurs que l'envers en a t recolor avec une habilet consomme2 mais1 quand mme1 c'est toujours un envers4 ,miss ,viola ,allen#ag me parat une idale impratrice1 et1 malgr son chapeau parisien si en contraste avec les choses qu'elle doit dire1 sa voix donne le petit frisson quand elle s'anime2 la scne finale1 je vois mme de vraies larmes perler au bord de ses jolis yeux vifs1 qu'il sera facile de rendre dlicieusement chinois en les retroussant au coin avec des peintures4 ,comme toutes les femmes ont l'air honnte dans ce thtre6 ,les gentilles petites actrices charges des rles secondaires sont tellement correctes elles aussi1 tellement comme il faut1 et se tiennent comme des jeunes filles du monde6 ,mais1 dans cette salle o sans doute je vais revenir tant de fois m'enfermer1 il fait triste1 de la tristesse particulire tous les thtres quand les illusions du soir y cdent la place la lumire appauvrie du jour4 ,libr quatre heures1 je circule au hasard1 en auto1 dans les rues que je n'avais pu voir encore animes par la pleine activit des jours de travail4 ,la foule qui parle toutes les langues1 les femmes aux allures dcides sans effronterie1 les hommes tout rass sous de larges casquettes1 marchent vite1 indiffrents au fracas des chemins de fer suspendus ou souterrains4 ,a un angle de ,broadway1 sous les passerelles de ferraille branles par le continuel passage des trains express1 voici un rassemblement qui grossit1 qui bourdonne2 les voitures sont arrtes1 les policemen s'agitent1 on dirait une meute4 ,tout ce monde regarde avidement un tableau noir sur lequel1 de temps autre1 quelqu'un ajoute un signe la craie4 ,les jumelles1 les monocles1 les innombrables lunettes d'or sont braqus l-dessus comme si le sort du monde allait s'y inscrire1 et1 chaque fois qu'un nouveau chiffre y apparat1 c'est tantt un silence morne chez les spectateurs1 tantt une joie dlirante1 avec des battements de mains et des cris4 ,qu'est-ce que a peut bien tre8--le cours de la ,bourse8--,non1 tout simplement1 il s'agit de certain jeu de paume national2 une grande partie se dispute en ce moment la campagne1 l'quipe de ,new-,york contre celle d'une ville voisine1 et un ingnieux systme automatique apporte ici au marqueur l'indication des coups444 ,et tous ces hommes1 que l'on croirait si positifs1 se passionnent ce point6 ,il faut en vrit que cette race1 issue de toutes nos races vieillies1 se soit retrempe de jeunesse sur le sol d',amrique4 ,et j'admire surtout combien1 ces implants d'hier ont dj pris l'amour du clocher1--d'o dcoule ncessairement l'amour plus noble de la patrie4 ,les gratte-ciel6 ,il faudra beaucoup de temps pour que mes yeux s'y rsignent4 ,si encore ils taient groups1 une avenue qui en serait borde arriverait peut-tre un effet de fantastique beaut4 ,mais non1 ils surgissent au hasard1 alternant avec des btisses normales ou parfois basses2 alors on dirait des maisons atteintes par quelque maladie de gigantisme1 et qui se seraient mises allonger follement comme les asperges en avril4 ,ce qui me droute1 habitu que j'tais aux villes de pierre comme en ,france1 ou aux villes de bois comme en ,orient1 c'est de ne voir ici que de l'acier1 du ciment arm1 des briques sanguinolentes1 et surtout je ne sais quelle composition d'un brun rouge qui donne des maisons en chocolat1 mme des glises1 des clochers en chocolat4 ,voici1 dans la cinquime avenue1 qui est comme on sait le quartier des milliardaires1 l'habitation des ,vanderbilt1 en pur style ,moyen ,age et en pierre pour de vrai2 on l'aimerait dans un parc1 sous de vieux chnes2 mais un voisin gratte-ciel la surplombe et l'crase4 ,voici une cathdrale gothique1 capable de rivaliser avec les ntres2 mais les gratte-ciel d' ct montent plus haut que ses flches aigus2 alors elle est diminue au point de ressembler un joujou de ,nuremberg4 ,au bord de l',hudson1 tel autre richissime a eu la fantaisie impriale de se faire construire le chteau de ,blois1 avec des pierres apportes de ,france1 et ce serait presque une merveille2 mais derrire1 plus haut que les donjons et les girouettes1 monte btement un gratte-ciel couronn d'une rclame lumineuse2 alors cela n'existe plus4 ,cette ville1 qui regorge de coteuses magnificences1 a pouss d'un lan trop rapide et trop fougueux2 il me parat qu'elle aurait besoin d'tre coordonne1 monde1 et surtout calme4 99 99 99 99 99 ,evad aujourd'hui du thtre1 o il fait toujours noir en plein midi comme dans une cave1 je m'en vais en auto1 par l'avenue qui s'appelle ,river ,side1 remonter le long du cours de l',hudson pour essayer de trouver enfin la campagne et le silence4 ,les trouverai-je rellement quelque part8 ,pour l'instant1 des embarras de voitures ou d'automobiles lgantes m'entourent comme si je me rendais au bois de ,boulogne4 ,mais1 sans restriction cette fois1 je m'incline devant la majest d'une telle avenue4 ,d'un ct1 le grand fleuve que l'on domine2 de l'autre1 une interminable bordure de gratte-ciel 7des demi-gratte-ciel1 d'une quinzaine d'tages seulement7 qui arrivent un effet esthtique parce qu'ils s'alignent bien2 ils ont du reste la couleur blanche et gaie de la pierre vritable1 ils respirent le luxe clair et de bon aloi4 ,je ne crois pas qu'aucune capitale du vieux monde possde une promenade d'une telle opulence4 ,dans le fleuve1 des escadres de guerre sont mouilles1 de superbes escadres que l',amrique runit en ce moment pour se donner1 en une grande fte1 le spectacle de sa jeune puissance navale2 les dreadnoughts dorment l1 imposants de laideur terrible1 surmonts de ces nouveaux mts l'amricaine1 larges et ajours1 qui ressemblent des tours ,eiffel2 auprs d'eux1 des croiseurs1 des contre-torpilleurs dorment aussi2 et une multitude de batelets1 de mouches lectriques1 s'empressent alentour4 ,sur la berge1 des milliers de curieux stationnent pour regarder4 ,en prvision de cette prochaine fte de la marine1 des pavillons de l',amrique1 rays blanc et rouge avec semis d'toiles sur leur coin bleu1 commencent flotter aux fentres des hautes maisons somptueuses4 ,et sur tout cela rayonne le beau soleil de l't indien4 ,c'est comme une rvlation de ,new-,york que je viens de m'offrir aujourd'hui1 et tout ce que je dcouvre1 en faisant ainsi l'cole buissonnire1 est franchement admirable4 ,mais la campagne1 le silence1 o donc les atteindrai-je8 ,ma course acclre dure depuis plus d'une heure1 et les gratte-ciel me suivent toujours1 en files aussi orgueilleuses1 tmoignant que cette ville contient des riches par milliers4 ,il est vrai1 sur la rive d'en face1 au lieu des tuyaux d'usine qui pendant des kilomtres s'obstinaient l'enlaidir1 il n'y a dj plus maintenant que des rochers et de grands bois2 si prs de la ville1 c'est une surprise et un repos4 ,enfin1 enfin1 la route que je suivais s'enfonce parmi des buissons et des arbres1 l'air s'imprgne de la bonne senteur des mousses d'automne2 je suis sorti de la fournaise humaine6 ,c'est la campagne que j'avais tant souhait atteindre1 et elle est plus boise1 plus sauvage peut-tre qu'aux entours immdiats de ,paris4 ,mais je m'y sens quand mme en exil1 car les arbres et les plantes1 bien regarder1 diffrent lgrement des ntres2 les asters1 que nous ne connaissons que dans nos jardins1 croissent ici profusion parmi des rochers noirs2 sur tous ces feuillages des bois1 les bruns et les rouges de l'arrire-saison s'accentuent davantage que chez nous1 arrivent des teintes sensiblement plus ardentes4 ,non1 ce pays n'est pas le mien444 ,et puis1 une campagne sans paysans1 sans vieux clochers protecteurs autour desquels se groupent les villages1 autant dire qu'elle n'a pas l'air vrai444 99 99 99 99 99 ,les jours qui passent m'acclimatent assez rapidement ,new-,york4 ,les maisons me semblent moins extravagantes de hauteur et1 quand je traverse ,broadway1 j'coute moins le fracas des trains sur les passerelles de fer4 ,un peu partout je dcouvre des choses amusantes force d'imprvu1 d'audace1 de disproportion et de luxe colossal4 ,on m'a montr ce matin comme typique certain caf-restaurant qui clipse tous les cafs-restaurants du monde4 ,la salle d'en bas1 qui cota cinq millions1 a t construite pour enchsser le tableau de ,rochegrosse achet grands frais3 le ,festin de ,balthazar4 ,sur toutes les murailles de marbre vert1 on a cisel les mmes bas-reliefs qu' ,perspolis2 en marbre vert galement sont les puissantes colonnes ttes cornues1 et les gigantesques taureaux ails visage humain4 ,mais1 comiques au milieu de ces splendeurs drgles1 il y a les rangs de petites tables pour les consommateurs1 et il y a les garons en frac apportant la ronde les bocks ou les coktails6444 ,aux rptitions de la ,fille du ,ciel1 qui occupent mes journes1 la ferie commence se dessiner2 nous sortons peu peu des incohrences et du chaos des premires heures4 ,des dcors qu'aucun thtre parisien n'aurait risqus font revivre d'inimaginables passs chinois1 des jeux de lumire lectrique dont nous ignorons encore le secret imitent des limpidits de ciel1 ou des lueurs de bcher et d'incendie4 ,dans les jardins de l'impratrice1 aux grands arbres tout roses de fleurs1 des cigognes et des paons rels se promnent sur des pelouses jonches--parce que cela se passe au printemps--de milliers de ptales qui ont d tomber des branches comme une pluie4 ,l1 aux rayons d'un clair soleil artificiel1 je vois revivre1 chatoyer tous les tranges et presque chimriques atours de soie et d'or copis sur de vieilles peintures que j'ai rapportes1 ou sur des costumes rels que j'ai exhums nagure de leurs cachettes au fond du palais de ,pkin4 ,les moments les plus singuliers1 je crois1 sont ces entr'actes1 ces repos durant lesquels la ferie s'chappe1 pour ainsi dire1 de la scne1 pour dborder sur les fauteuils d'orchestre4 ,la vaste salle somptueuse1 envahie alors par tous les figurants1 n'en demeure pas moins plonge dans des tnbres presque absolues2 quelqu'un qui arriverait du dehors1 o il fait jour1 percevrait seulement que des formes humaines sont assises l1 partout1 et que le discret murmure de leurs voix sonne trange2 ce sont des voix chinoises qui chuchotent en chinois1 et ces gens1 qui simulent des spectateurs dans l'ombre1 sont de pure race jaune444 ,quand les yeux s'habituent l'obscurit1 ou si quelque lueur lectrique vient filtrer de la scne1 on dcouvre que tout ce monde1 de la tte aux pieds1 est vtu avec l'apparat des anciennes cours ,clestes4 ,il y a mme des groupes de ces petites desses armes et casques qui portent aux paule des pavillons en faisceaux ploys et semblent avoir des ailes4 ,un peu fantastique vraiment1 ce grand thtre sans lumire1 o les auditeurs1 changeant mi-voix des phrases lointaines devant la toile baisse1 sont pareils aux guerriers1 aux ,gnies1 sculpts dans les vieilles pagodes444 ,le plus tonnant pour moi1 c'est que ces figurants ne sont pas des gens quelconques1 mais des tudiants des universits4 ,l'un d'eux1 habill comme un seigneur du temps des ,ming et qui1 dans la vie prive1 prpare son doctorat en mdecine1 vient un jour m'expliquer de la part de ses camarades1 trs courtoisement et dans l'anglais le plus correct1 pourquoi ils ont accept de venir3 ,c'est un tel plaisir pour nous1 me dit-il1 de nous trouver ainsi replongs dans le pass de notre pays1 de voir reconstitue la ,chine de nos anctres4 99 99 99 99 99 ,cette nuit1 pour avoir une vue d'ensemble des fantasmagories de ,new-,york1 je monte au sommet de l'htel du ,times1 qui est l'un des plus stupfiants gratte-ciel4 ,a un angle de rue1 dans un quartier de maisons peine hautes1 il se dresse tout seul1 grle1 efflanqu1 paradoxal1 avec un air de chose qui n'aura jamais la force de rester debout4 ,trs aimablement1 les rdacteurs m'avaient convi4 ,un ascenseur-express1 qui jaillit comme une fuse1 nous enlve d'un bond jusqu'au vingt-cinquime tage1 d'o nous grimpons sur la plate-forme extrme4 ,l souffle une bise pre et froide--dj l'air vif des altitudes--et1 de tous cts1 dans le cercle immense qui va finir l'horizon1 l'lectricit s'bat grand spectacle4 ,auprs1 au loin1 partout1 des mots1 des phrases s'inscrivent au-dessus de la ville en grandes lettres de feu1 blouissent un instant1 disparaissent et puis reviennent4 ,des figures gesticulent et gambadent1 parmi lesquelles j'ai dj de vieilles connaissances1 comme par exemple le farfadet qui brandit ses gigantesques brosses dents4 ,la plus diabolique de toutes est une tte de femme1 qui se dessine dans l'air1 soutenue par d'invisibles tiges d'acier1 et qui occupe sur le ciel autant d'espace que la ,grande ,ourse2 pendant les quelques secondes o elle brille1 son il gauche cligne des paupires comme pour un appel plein de sous-entendus1 et on dirait d'une jeune personne fort peu recommandable4 ,qu'est-ce qu'on peut bien vendre en dessous1 dans la boutique qu'elle surmonte et o elle vous convie d'un signe tellement quivoque8 ,peut-tre tout simplement d'honntes comestibles ou de chastes parapluies4 ,il va sans dire1 aucune montagne n'aurait des parois aussi verticales que ce gratte-ciel2 en bas1 les foules en marche le long des trottoirs1 les foules sur lesquelles1 en cas de chute1 on irait directement s'aplatir comme un bolide1 font songer des grouillements d'insectes qui seraient lents pour cause de trop petites pattes1 tandis que les files de wagons1 dont la ville est sillonne1 paraissent de longues chenilles phosphorescentes qui ramperaient sans vitesse4 ,et une clameur monte de ces rues1 comme une plainte de bataille ou de misre1 entrecoupe par les grondements de tous ces trains en fuite444 ,babel effrne1 pandmonium o se heurtent les nergies1 les apptit1 les dtresses de vingt races en fusion dans le mme creuset4 ,malgr le froid qui cingle le visage1 c'est presque un soulagement1 une dlivrance1 de se sentir l sur ce sommet artificiel2 les six millions d'tres qui1 vos pieds1 dans la rgion basse1 se coudoient1 luttent et souffrent1 au moins ne vous oppressent plus2 mme il est presque angoissant de penser qu'il va falloir redescendre tout l'heure de ce haut perchoir o la poitrine s'emplissait d'air pur1 redescendre et se replonger dans cette vaste mer humaine qui fermente et bouillonne partout alentour4 ,quelle inexplicable manie ont les hommes de s'empiler ainsi1 de s'tager les uns par-dessus les autres1 de s'accoler en grappes comme font les mouches sur les immondices1--quand il reste encore ailleurs des espaces libres1 des terres vierges6444 ,vue d'ici1 la ville parat infinie2 aussi loin que les yeux peuvent atteindre1 l'lectricit trace des zigzags1 tremble1 palpite1 blouit1 crit des mots de rclame avec des clairs1 et finalement1 vers l'horizon o il n'est plus possible de rien lire1 va se fondre en une lueur froide d'aurore borale4 ,jamais encore ,new-,york ne m'avait paru si terriblement la capitale du modernisme2 regard la nuit et de si haut1 il fascine et il fait peur4 99 99 99 99 99 ,aujourd'hui1 la premire de la ,fille du ,ciel1 au ,century ,theatre4 ,cette langue trangre me droute tel point que je ne me sens pas tout fait responsable de ce que mes personnages racontent4 ,vraiment1 pour reconnatre ma pice1 je devrais plutt faire abstraction du dialogue et1 m'efforant de ne pas entendre1 n'assister au spectacle qu'avec mes yeux1 comme si c'tait une simple pantomime1--une pantomime certes qui dpasse mon attente par son exactitude et sa splendeur4 ,grce la consciencieuse magie des peintres et des costumiers1 la vieille ,chine impriale1 qui ne se reverra jamais plus1 est l devant moi1 avec le jeu de ses nuances rares1 l'inconcevable tranget de ses atours1 avec ses dragons1 ses monstres1 tout son mystre4 ,pour complter l'illusion1 il y a mme le son rauque des voix chinoises1 et1 pendant l'acte de la bataille1 quand les soldats dlirants se prcipitent en une rue suprme vers leur impratrice pour tomber tous ses pieds1 je crois rentendre ces clameurs qui faisaient frissonner1 en ,chine1 aux jours de relles tueries4 ,a la scne finale cependant1 ds que l'empereur ,tartare et la ,fille-du-,ciel sont seuls en prsence1 je me reprends couter ce qu'ils disent2 leur jeu est d'ailleurs si expressif que je me figure presque les entendre parler ma propre langue4 ,et quand la ,fille-du-,ciel tend la main pour recevoir la perle empoisonne qui va lui ouvrir les portes du ,pays des ,ombres1 son geste et son regard meuvent comme si vraiment elle allait mourir444 ,maintenant la toile tombe2 c'est fini2 ce thtre ne m'intresse plus4 ,une pice qui a t joue1 un livre qui a t publi1 deviennent soudain1 en moins d'une seconde1 des choses mortes444 ,j'entends des applaudissement et de stridents sifflets 7contrairement ce qui se passe chez nous1 les sifflets ,new-,york1 indiquent le summum de l'approbation74 ,on m'appelle1 sur la scne1 on me prie d'y paratre1 et j'y reparais cinq ou six fois1 tenant par la main la ,fille-du-,ciel1 qui est tremblante encore d'avoir jou avec toute son me4 ,une impression trange1 que je n'attendais pas3 aveugl par les feux de la rampe1 je perois la salle comme un vaste gouffre noir1 o je devine plutt que je ne distingue les quelques centaines de personnes qui sont l1 debout pour acclamer4 ,je suis profondment touch de la petite ovation imprvue1 bien que j'arrive peine me persuader qu'elle m'est adresse4 ,et puis me voici reparti dj pour de nouveaux ailleurs4 ,j'tais venu ,new-,york afin de voir la matrialisation d'un rve chinois1 fait nagure en communion avec ,mme ,judith ,gautier4 ,j'ai vu cette matrialisation2 elle a t splendide4 ,maintenant que mon but est rempli1 ce rve tombe brusquement dans le pass1 s'vanouit comme aprs un rveil1 et je m'en dtache444 99 99 99 99 99 ,demain matin1 je dois prendre le paquebot pour la ,france4 ,je ne puis prtendre qu'en ce court voyage j'aie vu l',amrique4 ,puis-je seulement dire que j'aie vu ,new-,york8 ,non1 car j'y ai surtout vcu prisonnier sous une sorte de coupole obscure1--le ,century ,theatre avec sa pnombre de chaque jour4 ,c'est l1 dans cette grande salle rouge et or1 parmi les fantastiques spectateurs des rptitions1 figurants chapps de vieilles potiches ou de vieilles ciselures1 c'est l que j'ai rencontr peu prs les seules femmes amricaines qu'il m'ait t donn d'approcher4 ,ces inconnues1 admises pour avoir montr patte blanche au rgisseur1 entraient discrtement1 sans faire de bruit1 presque ttons1 effares par tous ces personnages casqus d'or1 qui occupaient les stalles4 ,elles n'taient jamais les mmes que la veille1 mes visiteuses4 ,non sans peine elles parvenaient me dcouvrir1 aprs avoir interrog quelques-unes de ces tranges figures1 qui balbutiaient des rponses vagues1 en chinois4 ,assises enfin mes cts1 elles taient tout de suite gentilles et pleines de bonne grce1 malgr l'insuffisance de la prsentation4 ,filles de richissimes ou pauvres petites journaleuses1 elles appartenaient tous les mondes4 ,et on causait1 dans une sorte de plaisante camaraderie sans lendemain1 pour ne se revoir jamais2 c'tait demi-voix1 pour ne pas troubler les acteurs qui1 tout prs de nous1 se disaient des choses tragiques1 dans quelque vieux palais de ,nankin1 sous de faux rayons de lune1 ou bien la lueur d'un faux incendie4 ,dtail qui m'amusait1 en gnral elles apportaient1 par prcaution contre la longueur de la sance--la rptition durait plusieurs heures d'affile--des sandwichs ou des petits gteaux1 et il me fallait partager cette dnette dans les tnbres4 ,plusieurs d'entre elles me connaissaient beaucoup1 sans m'avoir encore vu nulle part2 c'est l l'inconvnient--ou le charme1 si l'on veut--de s'tre trop donn dans ses livres4 ,quelques-unes avaient vu ma maison de ,rochefort1 d'autres1 en canotant sur la ,bidassoa1 avaient aperu mon ermitage basque4 ,grandes voyageuses1 presque toutes1 elles taient alles ,stamboul1 ,pkin1 dans les diffrents lieux de la ,terre que j'ai essay de dcrire1 et la traverse de l',atlantique pour venir chez nous leur semblait un rien comme promenade4 ,passant vite d'un sujet un autre1 elles disaient des choses incohrentes mais profondes2 elles diffraient des femmes de chez nous par quelque chose de plus indpendant et de plus masculin dans la tournure d'esprit2 beaucoup plus libres certes1 mais sans qu'il y et jamais place entre nous pour l'quivoque4 ,et1 aprs avoir caus un peu de tout1 dans une intimit intellectuelle favorise par l'ombre1 on se saluait pour ne se revoir jamais4 ,en quittant ce pays1 j'ai un vrai remords de n'avoir pu rpondre comme je l'aurais souhait tant de lettres cordiales et jolies que chaque courrier m'apportait1 tant d'invitations tlphoniques1 m'arrivant aux rares heures o j'habitais mon perchoir4 ,d'aimables inconnus m'crivaient1 avec la plus touchante bonne grce3 ,venez donc un peu vous reposer chez nous1 la campagne2 au bord de l'eau1 sous nos arbres1 vous trouverez du silence4 ,et j'tais lu membre honoraire d'une quantit de cercles4 ,comment faire1 avec si peu de temps moi8 ,au moins voudrais-je1 ici1 exprimer tous ma reconnaissance et mon regret4 ,ds que la ,fille du ,ciel a t livre au public1 j'ai employ de mon mieux mes trois ou quatre jours de libert avant le dpart4 ,mais combien il tait embarrassant de choisir3 pourquoi accepter ici et s'excuser ailleurs8 ,je suis all luncher la magnifique et colossale ,universit de ,columbia1 auprs de quoi nos universits franaises sembleraient de pauvres petits collges de province4 ,j'ai voulu paratre dans diffrents clubs puisque l'on avait eu la bont de m'en prier4 ,j'ai rpondu l'invitation nave des jeunes filles de l'cole ,washington-,irving qui m'avait particulirement charm par sa forme2 elles taient l deux ou trois centaines de petites tudiantes de quinze seize ans qui1 pour m'accueillir1 avaient placard aux murs des criteaux de bienvenue2 aprs m'avoir chant la ,marseillaise1 elles ont continu par un hymne o de temps autre revenait mon nom prononc par leurs voix fraches1 et en partant j'ai serr de bon cur toutes ces mains enfantines4 ,on m'a ft l',alliance franaise o aprs le dner1 il y a eu1 dans un grand hall1 un dfil dont j'ai t mu profondment2 tandis qu'un orchestre jouait cette ,marseillaise qui1 l'tranger1 nous semble toujours la plus belle musique1 des ,franais de tous les mondes1 les uns trs lgants1 les autres plus modestes1 se sont tour tour approchs de moi2 des jeunes1 des trs vieux dont le regard attendri disait la crainte de ne plus revoir la ,france2 des aeuls chevelure blanche m'amenant leurs petites-filles qui m'avaient lu et souhaitaient me voir2 l encore j'ai serr plusieurs centaines de braves mains que je sentais vraiment amicales1 et je ne sais comment dire merci tant et tant de familles qui ont bien voulu se dranger pour me tmoigner un peu de sympathie4 ,en somme si1 au premier abord1 pour l',oriental obstinment arrir que je suis1 l',amrique ne pouvait que sembler effarante--en tant que chaudire gigantesque o1 pour crer du nouveau1 se mlent et bouillonnent tumultueusement les gnies de tant de races diverses--si l',amrique m'est reste jusqu' la fin peu comprhensible1 avant de la quitter j'ai pourtant senti qu'elle tait quand mme et surtout le pays de la pense chaleureuse1 de la franche hospitalit et du bon accueil4 ,elle est en plein vertige1 c'est incontestable1 vertige de vitesse1 d'innovations1 de tmraires industries4 ,mais il y a vertige et vertige1 comme il y a ivresse et ivresse4 ,suivant une locution populaire1 les uns ont le vin gai1 les autres le vin triste1 ou le vin batailleur4 ,eh bien1 tandis que la ,germanie a le vertige homicide et froce1 on peut assurment dire que l',amrique l'a amusant et aimable4 ,,nos ,,amis ,d',,am,,rique #ba ,janvier #aiag4 ,a la frontire d',espagne1 l'autre jour1 j'ai rencontr un de nos vrais amis d',amrique1 qui descendait de l'express de ,madrid1 et qui1 avec une hte et une aisance tout fait yankee1 comptait prendre le soir mme ,bordeaux le paquebot pour ,new-,york4 ,la ,france ne sait pas assez quels amis ardents elle compte l-bas1 en dehors des sphres officielles1 dans le monde o l'on est libre de toute pression politique1 chez ces ,amricains qui ne suivent que l'impulsion de leur propre sens moral1 de leur propre cur gnreux et indign4 ,parmi ceux-l1 qui sont lgion1 l'un des plus considrables est ce voyageur1 ,m4 ,w4 ,waren1 que j'ai t si heureux de trouver comme compagnon de route depuis ,hendaye jusqu' la ,gironde4 ,il tait plein d'entrain et de joie parce qu'il venait de russir cette tmraire entreprise1 d'aller ,madrid1--o les ,boches1 hlas6 manuvrent avec tout leur impudent cynisme1--et d'y prononcer contre eux un violent rquisitoire1 de dnoncer une fois de plus leur infamie4 ,et il me conta cette confrence1 laquelle assistaient les ambassadeurs de l',entente3 ,j'ai dit tout ce que j'avais dire1 et1 quand je les ai traits d'assassins1 j'ai senti que la salle entire tait avec moi6 ,en effet1 les journaux espagnols du lendemain enregistraient le succs de sa parole2 elle avait d'autant plus port qu'elle tait celle d'un ,neutre1 que ne pouvait guider aucun intrt personnel4 ,voici bientt deux ans et demi que je connais ,m4 ,whitney ,waren1 l'ayant rencontr sur le front1 aux lendemains de la bataille de la ,marne4 ,sans se soucier des obus1 il se promenait l1 son kodak la main2 dans une exaltation de rvolte et de dgot1 il photographiait1 pour les mettre sous les yeux de ses compatriotes1 toutes nos ruines1 nos villes1 nos cathdrales partout saccages1 si inutilement et ignominieusement1 sans excuse militaire possible1 dans la seule frnsie de dtruire444 ,oh6 pour qui a vu tout cela1 entendre aujourd'hui parler doucereusement leur ,kaiser2 depuis qu'il a manqu son coup de la paix1 l'entendre parler de l'agression subie par l',allemagne et de la rage destructive des ,allis1 ne serait-ce pas amusant donner le fou rire1 si ce n'tait lugubre comme les divagations des fous4 ,qu'il les fasse donc un peu voir1 ces monuments1 ces villes sur quoi notre rage s'est acharne6 ,est-ce ,louvain1 ou ,ypres1 ou ,arras8 ,ou bien nos basiliques de ,reims ou de ,soissons8 ,ou bien encore les vieilles glises vnitiennes8 ,qu'il les montre aux ,neutres1 nos crimes de dvastation1 et surtout qu'il cache les siens1 qu'il les cache la ,postrit qui laissera sa ,germanie cloue au pilori1 tant que les hommes auront une histoire crite1 tant qu'il tiendront de justes et indlbiles archives4 ,notre rage destructive1 nous les ,allis6444 ,oh6 pauvre histrion dj aux abois1 il faut en vrit pour oser profrer ces paroles1 pour jeter ce dfi au sens commun1 il faut qu'il ait perdu1 non seulement toute conscience1 mais aussi toute notion de l'amer ridicule1--ou alors qu'il ait une bien mprisante certitude des paisses crdulits allemandes6 ,et1 ce qui est peut-tre le comble du grotesque1 c'est de le voir1 lui1 continuer de jouer la comdie mme dans l'intimit1 devant sa squelle toute seule1 derrire les portants de la scne1 jusque dans la coulisse4 ,il y a peu de jours1 avant de jouer sa dernire carte en risquant le coup de la paix1 n'a-t-il pas crit son ,bethmann une lettre intime o s'talent les sentiments les plus dsintresss et les plus tendres4 ,des journaux en ont donn la formule exacte1 que je confesse avoir oublie4 ,mais1 quelques mots prs1 cela disait3 ,pour dlivrer le monde de cette calamit1 dont mon doux cur saigne1 il faudrait un homme magnanime et d'un dtachement surhumain4 ,eh6 bien moi1 cher complice1 moi tel que vous me voyez1 moi ,guillaume le vainqueur1 je serai cet homme2 moi1 j'aurai ce courage6 ,oh6 pauvre1 pauvre histrion de la ,mort1 qui donc1 en lisant cela1 n'a pas hauss les paules et souri de ddain8444 99 99 99 99 99 ,depuis cette poque de la ,marne1 dj lointaine1 j'ai rencontr un peu partout1 sur le front des ,vosges1 sur le front d',alsace1 ce ,whitney ,waren1 notre fidle ami1 toujours insouciant du danger1--et de plus en plus je voyais s'exalter son admiration pour nos chers soldats1 son dgot pour l'horreur germanique4 ,il a t accueilli par tous nos gnraux que charmait son ardeur pour la sainte cause2 il est all mme dans les tranches des ,italiens1 pour y constater quel point ils sont dignes de nous4 ,et sa conviction1 si documente et si profonde1 n'a cess d'tre puissamment communicative4 ,combien d'articles a-t-il publis dans les journaux des tats-,unis1 combien de confrences il a faites1 ,paris1 ,madrid1 ,new-,york1 ,boston1 pour protester contre la neutralit de son pays1 dans l'immense conflit que l',allemagne a os ouvrir entre la ,pense et la ,ferraille barbare6 ,j'ajouterai que son fils1 entran par son exemple1 s'est engag dix-sept ans dans nos ambulances de ,verdun o il vient d'tre propos pour la croix de guerre1 et que ,mme ,whitney ,waren1 prsidente ,new-,york du ,secours national1 s'est entirement consacre1 avec ses filles1 aux uvres charitables franaises4 ,on me demandera sans doute3 qui donc est votre ,whitney ,waren1 quel titre a-t-il pour jouer un tel rle8--,quel titre6 ,mais1 ,dieu merci1 il n'en a aucun2 aucune mission officielle ne lui a t confie4 ,et c'est l prcisment ce qui donne ses actes une si rare et inapprciable valeur4 ,de sa profession1 il tait architecte1 ce qui ne me semble pas conduire fatalement la vie si militante qu'il s'est choisie4 ,mais le cur1 chez lui1 l'a emport sur les considrations d'intrt1 et il a tout quitt pour se faire l'un des grands continuateurs de cette traditionnelle amiti franco-amricaine1 institue par ,la ,fayette4 ,ce n'est pourtant pas de lui en particulier que j'ai voulu parler ici1 ce n'est nullement une rclame personnelle que j'ai tent de lui faire4 ,non1 je ne l'ai cit que parce qu'il est typique2 il ressemble1 en ce qui nous concerne1 l'immense majorit de ses compatriotes2 tous videmment n'ont pas fait pour nous autant qu'il a fait lui-mme1 mais tous n'en avaient point les possibilits matrielles1 tous n'avaient pas non plus son nergie ni son indpendance4 ,lui1 nous pouvons le considrer comme reprsentant bien l'me clairvoyante de la vritable population amricaine1 et cette me1 nous ne le saurons jamais trop1 est1 grce ,dieu1 absolument ce que nous pouvions souhaiter qu'elle ft4 ,,il ,,pleut ,,sur ,l',,enfer ,,de ,,la ,,somme ,quand nous aurons achev de conqurir les territoires de nos ennemis1 si quelque individu de ces races infrieures1 qu'on appelle anglaise1 franaise1 russe1 italienne1 amricaine ou espagnole1 s'avise d'lever la voix pour autre chose que pour implorer grce1 nous le dtruirons comme un pantin de vil limon4 ,et quand nous aurons dmoli leurs cathdrales caduques1 nous difierons nos sanctuaires plus splendides1 pour glorifier notre force1 destructive des nations pourries4 7crit en #aiad par un professeur d',heidelberg1 qui n'est pas sensiblement plus bouffi ni plus froce que la moyenne des allemands47 ,novembre #aiaf4 ,elle tombe1 la pluie1 la pluie glace1 depuis combien d'heures1 on ne sait plus1 depuis tout le temps1 dirait-on2 elle tombe rgulire1 paisse1 comme d'un gigantesque arrosoir aux trop larges trous1 et on n'imagine plus que jamais elle puisse finir4 ,au milieu de l'encombrement1 du bruit1 des cahots1 ma voiture roule1 vite quand mme1 depuis un temps sans doute trs long1 mais dont la longueur1 force de monotonie1 n'est plus apprciable4 ,sur la sinistre route1--sorte de voie sacre qui mne au front1--entre deux rangs de squelettes d'arbres tous pareils1 passe en mme temps que moi un charroi continu1 qui coule nuit et jour1 comme l'eau empresse des fleuves4 ,et ce sont d'normes camions1 uniformment peints en ce bleu neutre qui dans le lointain tout de suite les efface1 les rend invisibles travers la brume ou les ruissellements de la pluie2 normes et lourds1 en courant ils dfoncent le sol2 le roulement de leurs moteurs1 leurs tressauts chaque ornire mnent un bruit qui jamais ne fait trve1 et l'air mouill en est tout vibrant2 ils sont bonds de soldats aux capotes bleutres1 ou bien de projectiles et de machines tuer2 ils emportent l-bas par milliers les victimes firement souriantes pour le grand holocauste sublime1 ou bien ramnent des dbris humains qui vivent encore1 et ils se dpchent tous comme si la ,mort s'impatientait de les attendre4 ,les chauffeurs de leurs innombrables machines1 emmitoufls de peaux de bique1 nous montrent tous en passant de pareilles petites figures jaunes avec des yeux retrousss la chinoise1 des figures comme on en avait connu l-bas en ,extrme-,asie444 ,ah6 des ,annamites1 imprvus ici sous cette pluie d'hiver3 mais tout est sens dessus dessous dans le monde1 tout est ,babel1 en #aiaf6444 ,et il y en a tant et tant de ces camions1 et depuis tant de jours1 sur cette route pourtant large1 que les maigres arbres des bords sont tous gratigns1 hauteur d'auto1 par ces ferrures1 en marche perptuelle4 ,de droite et de gauche1 ce que l'on aperoit de la campagne est hideux1 hideux glacer l'me2 rien que de la terre retourne1 dtrempe1 et des flaques d'eau sale1 et puis des horizons noys1 perdus sous ces nuages bas qui tranent1 ternisant le si froid dluge4 ,il fait peine jour1 tant le ciel est plein d'eau2 rien n'indique l'heure1 on ne sait pas si c'est midi1 ou le crpuscule4 ,pour que cette voie1 trop frquente et crase1 demeure praticable1 il faut1 bien entendu1 la rparer continuellement1 et1 de distance en distance1 les barrages des cantonniers compliquent et retardent l'intense circulation2 chaque fois qu'on va les rencontrer1 ces barrages de malheur1 un soldat vous l'annonce en agitant un pavillon rouge qui ruisselle de pluie2 alors il faut se tasser sur un seul bord de la route1 camions ou voitures se jetant les uns sur les autres1 tout ce qui s'en va l-bas ou tout ce qui retourne l'arrire1 et cela devient la plus inextricable mle4 ,a un moment donn1 nous engageons nos roues avec celles d'une voiture d'ambulance qui revient vers les hpitaux2 elle est ferme de toutes parts1 mais il en coule1 goutte goutte1 du sang1 qui fait des petites taches rondes sur la boue2 elle a l'air d'grener un chapelet rouge1 pour qu'on puisse la suivre la piste3 quelque hmorragie soudaine1 sur laquelle on se reprsente un mdecin attentivement pench444 ,j'en avais crois tant et plus1 de ces voitures-l1 pendant mes randonnes en auto1 mais jamais encore je n'en avais vu saigner444 ,passent maintenant quelques centaines de prisonniers aux houppelandes grises1 aux figures roses et sournoises1 qui nous reviennent du front sous la dbonnaire surveillance de grands diables1 tournure un peu trange1 vtus et encapuchonns de toile cire jaune-serein4 ,oh6 les tonnants bergers qui nous ramnent ce vilain troupeau6 ,sous leur capuchon pointu1 d'un si beau jaune1 le visage qui apparat1 encadr d'un passe-montagne bleu1 est noir comme de la suie444 ,eux1 c'est au ,sngal1 la cte de ,guine1 qu'on les avait rencontrs jadis1 nus sous le soleil torride1 et les voil transports sous le ciel pluvieux de la ,somme1 emmaillots comme des momies6 ,il a fallu nous arrter tout fait pour ce dfil des ,boches1 de peur de leur craser les pieds1 et nous avons tout loisir d'examiner ces teints chlorotiques1 ces petites prunelles de faence ple qui se dtournent et fuient6 ,nous sommes tellement moins vilains que a1 nous autres6 ,aprs les avoir vus1 on reporte volontiers son regard sur les braves soldats de chez nous1 que les camions entranent et qui tout l'heure seront la bataille2 la comparaison immdiate est toute leur honneur1 et comme on salue fraternellement leur teint de sant1 leurs yeux plus foncs1 plus francs et plus vifs4 ,il pleut1 il pleut1 il fait gris et il fait sombre4 ,il faut consulter sa montre pour se convaincre qu'il est peine #b heures1 car vraiment on croirait que la nuit commence4 ,tous ces moteurs et toutes ces normes roues si pesantes1 qui se suivent et se pressent en files ininterrompues1 branlent le sol et font trop de bruit pour que l'on distingue nettement la canonnade1 et de plus il s'y mle le tambourinement de la pluie fouettante et la rage du vent contre les pauvres arbres de la route2 toutefois quelques coups1 de plus en plus forts1 dominent ce fracas monotone et viennent nous rappeler que nous approchons de la ligne de feu4 ,dans les champs inonds et l'abandon1 qui ne sont plus que des dserts de boue1 il y a maintenant1 en guise de cultures1 d'immenses talages de choses pour tuer1 obus1 torpilles1 etc42 affreuses choses1 dont les cuivres brillent un peu au milieu des grisailles ambiantes2 elles sont alignes en bon ordre1 en belle symtrie1 sur des madriers qui les isolent des flaques d'eau2 elles couvrent de grands espaces de terrain1 comme faisaient jadis les foins ou les bls4 ,en ce moment mme1 des hommes1 embourbs jusqu'aux genoux1 s'occupent tendre par-dessus d'immenses toiles1 peinturlures comme des dcors de thtre3 vu de trs haut1 tout ce camouflage doit reprsenter de l'herbe bien verte1 des rochers bruns1 des pierrailles blanches1 etc4 ,et c'est pour tromper les yeux perants de ces nouveaux oiseaux d'acier qui1 de nos jours1 empoisonnent l'air1 transportent l-haut jusque dans les nuages le tohu-bohu et l'horreur d'en bas4 ,en effet1 s'ils apercevaient cela1 les vilains oiseaux boches en maraude1 on se reprsente les explosions que propageraient leurs bombes parmi nos vastes plantations de mitraille4 ,par degrs nous pntrons dans ces zones1 inimaginables force de tristesse et de hideur1 que l'on a rcemment qualifies de lunaires4 ,la route1 rpare en hte depuis notre rcente avance franaise1 est encore peu prs possible1 mais n'a pour ainsi dire plus d'arbres2 de l'alle d'autrefois1 restent seulement quelques troncs1 pour la plupart fracasss1 dchiquets hauteur d'homme1 et quant au pays alentour1 il ne ressemble plus rien de terrestre2 on croirait plutt1 c'est vrai1 traverser une carte de la ,lune1 avec ces milliers de trous arrondis1 imitant des boursouflures creves4 ,mais dans la ,lune1 au moins il ne pleut pas1 tandis qu'ici tout cela est plein d'eau2 l'infini1 ce sont des sries de cuvettes trop remplies1 que l'averse inexorable fait dborder les unes sur les autres2 la terre des champs1 la terre fconde avait t faite pour tre maintenue par le feutrage de l'herbe et des plantes1 mais ici un dluge de fer l'a tellement crible1 brasse1 retourne1 qu'elle ne reprsente plus qu'une immonde bouillie brune o tout s'enfonce4 et l1 des tas informes de dcombres1 d'o pointent encore des poutres calcines ou des ferrailles tordues1 marquent la place o furent les villages4 ,on reste confondu devant de telles destructions1 qui sont le dernier cri1 les miracles de la guerre moderne4 ,et il faut se dire1 hlas6 que ce gchis macabre s'tend1 tout pareil1 pendant des lieues et des lieues1 sur ce qui s'appelait nagure encore des provinces franaises6 ,voil donc ce que les hommes ont fait de la ,terre1 qui1 aux origines1 leur avait t donne habitable1 verte et douce1 bien revtue d'arbres et d'herbages6 ,le voil1 le suprme aboutissement de ce que de pauvres esprits s'obstinent appeler le progrs6 ,oh6 combien taient sages ces penseurs des vieilles civilisations1 qui ne permettaient la science qu'aux reprsentants de certaines castes sacres1 jugs dignes d'en dtenir les nfastes secrets6 ,aujourd'hui1 le moindre imbcile joue des explosifs sa fantaisie1 le plus laid et le plus obtus des professeurs allemands possde la clef des arcanes de la chimie et exerce sa patience de termite en tirer le plus diabolique rendement possible pour bouleverser notre sol et exterminer en masse1 la grosse1 notre prcieuse jeunesse franaise4 ,rien que cela d'ailleurs est presque une condamnation de la science1 qu'elle soit accessible un peuple incurablement barbare et que1 pour en dvelopper les effets1 il suffise de s'y appliquer d'une faon obstine1 avec une tnacit peine intelligente4 ,bien infrieur1 en effet1 ce peuple-l1 qui n'excelle que dans les industries prcises1 serviles et terre terre1 et n'a pas su reconnatre encore quels inutiles sacrifices son kaiser le mne1 et quelles hcatombes sans compensations6 ,quand donc ouvriront-ils les yeux1 ces tres aux obissances moutonnires1 pour distinguer les vraies mobiles du ,monstre1 qui lutte et qui tue avec la rage d'une bte force au gte1 non pour dfendre l',allemagne1 mais pour dfendre sa propre personnalit1 sa dynastie1 sa morgue1 son trne macul de sang et de cervelle6 ,quand donc cette plbe tte carre1 qui se confie de si impudents consommateurs de vies humaines1 comprendra-t-elle qu'il suffirait de jeter par-dessus bord1 comme nous disons en marine1 le kaiser1 avec sa plus immdiate squelle1 pour se rhabiliter dj un peu aux yeux de l'humanit1 et obtenir la paix6444 ,dans le lugubre dsert de crevasses et de boue1 un criteau sur bois blanc1 au bout d'un bton1 m'indique de quitter la grande artre par o s'coule le fleuve pesant des convois1 le fleuve crasant tout1 et de prendre un vague chemin de traverse qui me mnera o j'ai mission d'aller4 ,il y a comme un soulagement physique n'tre plus englob dans tout ce vacarme et ces trpidations du grand ravitaillement militaire1 mais il y a aussi une mlancolie quitter cette foule de soldats avec qui on cheminait depuis des heures1 s'loigner de toutes ces vies franaises qui vont gaiement affronter le ,minotaure1 et demain peut-tre seront fauches2 on aimerait mieux les suivre1 entran dans leur lan vers cette partie du front o les camions les conduisent1 que de se retrouver seul1 s'enfoncer froidement dans les dsolations d'alentour4 ,sur ce nouveau chemin1 que continue d'inonder la pluie1 un silence soudain m'enveloppe1 un silence ponctu1 il va sans dire1 par les coups de canon1 mais ponctu longs intervalles1 cause de ce dluge toujours1 qui ralentit toute bataille444 ,bientt mon auto ne veut plus rouler1 sur la fange moiti liquide2 la pousser plus loin serait courir le risque de l'embourber sans possibilit de sauvetage2 il est plus prudent de la laisser l1 de mettre pied terre et de m'embourber moi-mme4 ,d'ailleurs le but de ma course n'est plus bien loin2 je l'entendais depuis longtemps1 et prsent je l'aperois dj1 travers les myriades de petites rayures traces dans l'air par cette pluie2 c'est l-bas1 ce groupe de choses tristement fantastiques1 qui1 au-dessus de l'horizon1 se remuent en se profilant sur la pleur morte du ciel4 ,on dirait de gros tuyaux d'usine1 mais qui seraient dous d'un trange mouvement presque animal2 ils se lvent1 puis s'inclinent1 puis se relvent1 et chaque fois qu'ils sont dresss1 c'est pour vomir1 avec un bruit de tonnerre1 quelque lourde masse1 comme jadis les volcans avaient seuls la force d'en projeter3 des blocs de fonte qui jaillissent dans le ciel1 jusqu' des hauteurs de six kilomtres et puis s'en vont retomber au loin1 bien au del du champ de la vue1 pour ventrer des abris boches1 faire des crasis de corps humains4 ,en gnral1 par de tels temps pluvieux et bouchs1 ils ne travaillent pas1 nos nouveaux canons gants2 mais c'est ncessaire aujourd'hui pour une prparation urgente2 on les a donc malgr tout mis l'uvre4 ,et1 avec une rgularit1 une tranquillit terrifiantes1 ils oscillent ainsi1 ayant l'air de se mter d'eux-mmes1 pour leur besogne de juste vengeance4 ,ce fut1 on le sait1 une des plus chres conceptions de leur kaiser1 que celle des canons monstrueux4 ,il s'tait imagin nous apporter avec cela les paniques et les droutes6 ,bien entendu1 pour nous en dfendre1 il nous en a fallu de pareils1 mais quelques mois nous ont suffi1 et nous les avons4 ,ce que1 lui1 avait mis quarante-quatre ans inventer1 les ,allis1 qui1 hlas6 ne se mfiaient pas et n'avaient rien prvu1 en deux ans peine l'ont reproduit et dpass4 ,alors1 que lui reste-t-il donc comme supriorit intellectuelle1 au monstre de ,berlin1 prince de toutes les ruines et de tous les deuils8 ,et1 par ailleurs1 en a-t-il assez accumul de bvues1 dans sa tortueuse politique1 et de fausses prvisions1 et de calculs imbciles6 ,a part quelques coups de fourberie honte qui lui ont russi1 ou failli russir1 qu'a-t-il fait autre chose1 que tuer par surprise6 ,et dire que cette lgende s'tait nagure accrdite1 chez les esprits simples de chez nous1 qu'il avait du gnie1 du moins un certain gnie1 dans certaines branches infrieures4 ,en ralit1 il n'avait mme pas celui de la destruction1 puisque nous1 par reprsailles1 nous l'avons distanc tout de suite4 ,son gnie1 allons donc6 ,non1 qu'on nous laisse tranquille avec cet histrion de la mort6444 ,dcidment1 la nuit tombe sur ces dsolations infinies de la ,somme4 ,pour aujourd'hui1 ils ont termin leur besogne1 nos canons gants1 qui se dressaient et se recouchaient au commandement1 avec la docilit d'normes btes apprivoises4 ,comme on fait aux chevaux qui ont fini leur course du jour1 on les couvre1 on les enveloppe d'immenses housses et on va les emmener l'arrire1 l'abri1--car ils ont chacun sa locomotive et ses rails4 ,le tragique dsert de boue1 o ils faisaient tant de bruit tout l'heure1 et qui a entendu tant de batailles1 tant de cris de fureur et d'agonie1 va sans doute ce soir redevenir silencieux dans l'obscurit1 silencieux d'un angoissant silence de cimetire2 les autres canons1 tous ceux du lointain1 se taisent aussi2 il ne se passera rien cette nuit1 parce qu'il pleut trop4 ,et bientt1 dans ces solitudes o la mort fait semblant de dormir1 on n'entendra plus que les averses froides1 qui continuent obstinment leur espce de pianotage perptuel sur l'eau de toutes ces flaques rondes4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages ,vertige #a ,fragments d'un journal intime #be ,lormont 7,georges7 #di ,nos matelots #fc ,mademoiselle ,anna1 trs humble poupe #gi ,alsace6 #ha ,une furtive silhouette de ,s4 ,m4 la ,reine ,alexandra d',angleterre #ig ,femmes franaises pendant la grande guerre #aji ,un secteur tranquille #aac ,un petit monde que n'ont pas atteint nos vertiges #abe ,l'adieu de ,paris au gnral ,gallieni #acg ,une demi-douzaine de petites constatations #adc ,le prince assassin par ,eux 7,youzouf-,yzeddin7 #adg ,la femme turque #afa ,simple gentillesse entre voisins #ahc ,les patiences souterraines #aig ,new-,york entrevu par un ,oriental trs vieux jeu #baa ,nos amis d',amrique #bec ,il pleut sur l'enfer de la ,somme #bfa #dije-c-ag4--,,paris4--,,imp4 ,,hemmerl ,cie4 ,rue de ,damiette1 #b1 #d et #d bis4 ,,derni,,res ,,publications ,collection in-#ah jsus #c fr4 #ej le volume ,vol4 ,,aicard 7,,jean71 de l',acad4 franaise ,des ,cris dans la mle #a ,,acker 7,,paul7 ,l',oiseau ,vainqueur 7#i;e mille7 #a ,,aghion 7,,max7 ,a travers l',europe sanglante4 ,ill4 #a ,,barbusse 7,,henri7 ,le ,feu 7#ea;e mille7 #a ,,bonnier 7,,gaston71 de l',institut ,en marge de la ,grande ,guerre #a ,,boutet 7,,fr,d,,ric7 ,celles qui les attendent #a ,victor et ses ,amis 7#d;e mille7 #a ,,charriaut 7,h47 ,la ,belgique ,terre d'hrosme 7#e;e m47 #a ,,charriaut 7,h47 ,,et ,l4 ,,amici-,,grossi ,l',italie en guerre #a ,,colin 7,lt-,,colonel7 ,les grandes batailles de l',histoire ,de l'antiquit #aiac 7#f;e mille7 #a ,les ,transformations de la ,guerre 7#f;e mille7 #a ,,danrit 7,,capitaine7 ,la ,guerre souterraine #a ,,farr,,re 7,,claude7 ,quatorze ,histoires de ,soldats 7#bj;e m47 #a ,,finot 7,,jean7 ,civiliss contre ,allemands 7#d;e m47 #a ,,fole 7,,charles7 ,sylvette et son bless #a ,,forge 7,,henry ,,de7 ,ah6 la belle ,france6 7#c;e mille7 #a ,,frapi 7,l,,on7 ,les ,contes de la ,guerre 7#c;e mille7 #a ,le ,capitaine ,dupont 7#d;e mille7 #a ,,hirsch 7,,charles-,,henry7 ,marie en #aiad 7#f;e mille7 #a ,chacun son devoir 7#f;e mille7 #a ,,le ,,bon 7,dr ,,gustave7 ,enseignements psychologiques de la ,guerre europenne 7#bd;e mille7 #a ,premires consquences de la ,guerre #a ,,machard 7,,alfred7 ,la ,guerre des ,mmes 7#c;e mille7 #a ,,ma,l 7,,fred ,,causse-7 ,l',ile qui parle #a ,l',ame d'un ,canon #a ,,mandelstamm 7,v47 ,la ,cosaque 7#d;e mille7 #a ,,margueritte 7,,paul71 de l',acad4 ,goncourt ,l',embusqu1 roman 7#cj;e mille7 #a ,contre les ,barbares #aiad-aiae 7#e;e m47 #a ,l',immense ,effort4 #aiae-aiaf 7#c;e m47 #a ,,nion 7,,fran,,ois ,,de7 ,pendant la ,guerre 7#d;e mille7 #a ,son sang pour l',alsace 7#d;e mille7 #a ,les ,dcombres 7#c;e mille7 #a ,p,,ladan 7,,jos,,phin7 ,la ,guerre des ,ides #a ,,richepin 7,,jean71 de l',acad4 franaise ,proses de ,guerre 7#d;e mille7 #a ,la ,clique #a ,,richet 7,,charles7 ,les ,coupables #a ,,rosny ,,ain 7,j4-,h471 de l',acad4 ,goncourt ,perdus8 7#e;e mille7 #a ,,timmory 7,,gabriel7 ,la ,colonelle von ,schnick #a #eghj4--,paris4--,imp4 ,hemmerl et ,cie4 #c-ag ,,notes3 #a ,napolon ,ier fut1 si je ne me trompe1 l'un de ces nonnitis qui citait la rgularit des tournoiements clestes comme preuve de l'existence de ,dieu4 #b ,quelques nouvelles hypothses1 assez admissibles1 viennent d'tre mises sur la gense du soleil1 mais elles soulvent encore1--et toujours et toujours1--de nouveaux pourquoi plus effroyables2 alors1 quoi bon8 #c ,on connat les lzards membranes et mme le lzard plumes 7archopterix7 qui fut essay aprs lui4 #d ,on s'en occupe dj beaucoup1 de nos soldats aveugles1 je le sais bien1 pour leur trouver du travail1 leur assurer l'existence matrielle2 mais il faudrait aussi les distraire de leur dchance affreuse1 en faisant pntrer dans leur nuit de belles images colores1 en les intressant des aventures relles ou imaginaires1 qui leur apporteraient la diversion et l'oubli2 ce serait au moins aussi utile que de leur donner du pain4 ,or1 cette petite histoire du sergent ,lormont1 qui est une entre mille1 je l'ai note sur la prire d'un aveugle minent1 ,m4 ,maurice de ,la ,sizeranne1 je l'ai note pour attirer un peu l'attention sur son uvre admirable1 car il a consacr sa vie aux autres aveugles ses frres4 ,il dirige et il enrichit1 par tous les moyens en son pouvoir1 une bibliothque pour ceux qui lisent sans yeux1 qui lisent en promenant les doigts sur des feuillets blancs piqus d'innombrables trous d'pingle4 ,qui dira tout le bien qu'il a dj fait1 en rendant tant et tant de pauvres tres1 isols dans leur nuit1 cette joie de lire6 ,mais sa bibliothque1 qui suffisait peine avant la guerre1 se trouve aujourd'hui n'avoir plus le quart des volumes qu'il faudrait4 ,quand nos combattants1 aveugles d'hier1 ont t amens l1 au bras de quelqu'un1 pour emprunter de ces livres spciaux leur usage1 souvent ensuite il s'en retournent dus et plus tristes3 on a t oblig de leur en refuser1 parce qu'ils taient tous en lecture1--et l'argent manque pour en prparer d'autres4 ,on a dj tant donn1 dans notre pays1 donn pleines mains pour nos blesss1 que l'on donnera bien encore1 il me semble1 pour apporter un peu de dtente et d'enchantement aux plus terriblement touchs d'eux tous1 ceux qui n'y voient plus4 ,si l'on n'a pas dj souscrit davantage pour cette uvre1 c'est surtout1 j'en suis convaincu1 parce qu'on n'y pensait pas1 parce qu'on ne savait pas4 ,je demande donc1 ici1 que l'on vienne au secours de la si prcieuse bibliothque1 que la guerre1 hlas6 n'a que trop mise l'ordre du jour4 #e ,des dtachements de matelots en armes1 presque tous des survivants de l',yser1 garnissaient ce jour-l la scne du ,thtre ,franais1 entourant ,m4 ,pierre ,loti qui1 pour finir1 s'est adress eux4 #f ,voir la brochure de ,mme ,juliette ,adam3 ,non1 l',alsace n'est ni germaine ni germanisante4 #g ,pluriel arabe d',ouled-,nal4 #h ,on sait que les ,ouled-,nalia sont devenues souvent1 contre l'tranger1 d'hroques guerrires4 #i ,celui du sultan ,mahmoud4 #aj ,a cette mme confrence1 ,mme ,bartet venait de lire une lettre de jeune femme turque4 #aa ,aujourd'hui de pauvres irresponsables ont compltement dfigur l'exquis village1 en btissant juste au-dessus de la place du jeu de pelote1 au-dessus du glorieux fronton surann1 une villa moderne avec faences polychromes4--,p4 ,l4 #ab ,aujourd'hui1 hlas6 on y va en auto6 #ac ,aujourd'hui tous les chtaigniers ont achev de mourir2 ils ne sont plus que des squelettes gristres1 se desschant au soleil4--,p4 ,l4 #ad ,aujourd'hui un barrage en a fait un vritable lac souterrain1 o se refltent les piliers de la vote4 ,il faut franchir ce lac dans un batelet pour aborder aux longues galeries pleines d'ombre4 #ae ,beaucoup de ces votes ont t stupidement dpouilles de leurs franges1 de leurs pendantifs millnaires1 la commune de ,sare les ayant vendus un entrepreneur qui les a fait briser coup de masse4 ,soixante charrettes qui en taient remplies1 se sont diriges vers ,biarritz1 et les stalactites1 qui avaient t l'uvre des temps sans nombre1 ont servi construire l'une des plus grotesques parmi ces villas qui dshonorent la cte basque depuis qu'elle est1 amnage pour le tourisme4--,p4 ,l4 #af ,a l'entre de la grotte1 on vient1 hlas6 de construire pour les touristes une maison et un restaurant qui ont chang ces aspects millnaires4--,p4 ,l4 #ag ,la grande tragdienne amricaine1 charge du rle de la ,fille du ,ciel4 7,note du transcripteur7 changes faites3 ,abd-ul-,hamid ,abdul-,hamid ,,farr,,re ,,farr,,re 99 99 99 99 99 ,librairie ,,ernest ,,flammarion1 #bf1 ,rue ,racine1 ,,paris ,,prix ,,goncourt #dj;e mille ,henri ,,barbusse ,,le ,,feu 7,journal d'une ,escouade7 ,,roman ,rform du temps de paix1 le pote et romancier ,henri ,barbusse a1 ds le commencement des hostilits1 contract un engagement pour la dure de la guerre4 ,il a t cit plusieurs fois l',ordre du jour4 ,voici le texte de sa plus rcente citation3 ,d'une valeur morale suprieure1 s'est engag volontairement pour la dure de la guerre2 a refus d'tre vers dans la territoriale1 malgr son ge et son tat de sant4 ,s'est toujours offert spontanment pour toutes les missions dangereuses1 et notamment pour aider installer1 sous un feu violent1 un poste de secours avanc dans les lignes qui venaient d'tre conquises sur l'ennemi4 ,au cours d'un cong de convalescence--pour le ddier la mmoire de ses camarades tombs ct de lui1 ,crou et la cote #aai--;il a crit ce poignant roman3 ,le ,feu1 qui porte en sous-titre cette mention3 ,journal d'une escouade1 et qui est sans doute l'uvre la plus sincre et la plus vibrante que l'on ait crite sur la guerre4 ,le ,feu1--qu'a couronn1 comme on le sait1 l',acadmie ,goncourt--n'est pas seulement un superbe document2 c'est un roman admirable et captivant4 ,un volume in-#ah4--,prix3 #c fr4 #ej ,envoi contre mandat-poste ,librairie ,,ernest ,,flammarion1 #bf1 ,rue ,racine1 ,,paris ,paul ,,acker #i;e mille ,l',,oiseau ,,vainqueur ,,roman ,paul ,acker est mort1 on le sait1 en service command1 le #bg ,juin #aiae1 prs de ,thann4 ,il repose1 aujourd'hui1 dans le cimetire de ,moosch1 en ,alsace reconquise4 ,l',oiseau vainqueur est le dernier roman que ,paul ,acker ait crit en entier4 ,l',oiseau vainqueur est le roman d'amour d'un aviateur2 c'est une uvre dlicieuse1 une uvre mouvante et captivante4 ,il faut lire ,l',oiseau vainqueur avant de le placer1 d'un geste mlancolique et pieux1 dans sa bibliothque1 ct des uvres exquises de ce fin1 subtil et pntrant romancier1 qui1 mort quarante ans peine1 laisse cependant des uvres aussi lgantes1 aussi parfaites que ,le soldat ,bernard1 ,les demoiselles ,bertram1 ,les ,deux ,amours1 ,les ,exils444 ou cet ,oiseau vainqueur4 ,un volume in-#ah4--,prix3 #c fr4 #ej ,envoi contre mandat-poste ,librairie ,,ernest ,,flammarion1 #bf1 ,rue ,racine1 ,,paris ,claude ,,farr,,re #bj;e mille ,,quatorze ,,histoires ,,de ,,soldats ,on se souvient du grand succs qu'avait obtenu1 la veille de la guerre1 le beau livre que ,claude ,farrre avait publi alors sous ce titre3 ,dix-sept histoires de marins4 ,claude ,farrre vient de donner en librairie une uvre nouvelle3 ,quatorze histoires de soldats4 ,c'est un livre admirable4 ,bien qu'il contienne1 comme son titre l'annonce1 quatorze histoires spares1 le nouveau livre--le nouveau chef-d'uvre de ,claude ,farrre--est vraiment1 proprement parler1 un roman4 ,c'est le roman des soldats4 ,toute l'me des soldats1 vibrante1 chevaleresque1 hroque1 y est chante par un de leurs frres1 qui est aussi un conteur merveilleux1 et un merveilleux pote4 ,un volume in-#ah4--,prix #c fr #ej ,envoi contre mandat-poste ,librairie ,,ernest ,,flammarion1 #bf1 ,rue ,racine1 ,,paris ,paul ,,margueritte 7,,de ,l',,acad,,mie ,,goncourt7 #cj;e mille ,l',,embusqu ,,roman ,l',embusqu8444 ,c'est l'histoire dramatique de ces tres dconcertants que l'opinion publique raille et fltrit avec tant de justice4 ,avec quel tact et quelle force vengeresse ,m4 ,paul ,margueritte nous dvoile un de ces cyniques dserteurs du devoir6 ,il le montre1 esquivant le front par ruse et adresse1 flagell bientt par le mpris de la femme qui l'adore1 et finalement chti comme il le mrite4 ,l',embusqu tout palpitant de vrit1 d'amour1 d'indignation et de douleur1 comporte1 malgr l'ignominie de ,maxime ,archer1 un noble rconfort1 car travers la faute et le rachat de la touchante ,henriette1 nous assistons au drame de la guerre2 nous admirons les vertus de la famille franaise2 et nous retrouvons1 dans la mle conduite de ,pierre ,forment1 l'poux magnanime1 toute la vaillance de notre race et tout l'hrosme de nos soldats4 ,c'est un roman passionn et passionnant4 ,un volume in-#ah4--,prix3 #c fr4 #ej ,envoi contre mandat-poste #edfj--,paris4--,imp4 ,hemmerl et ,cie4--#a-ag