de ,france ,,cours ,,de ,,philosophie ,,positive1 ,,par ,m4 ,,auguste ,,comte1 ,,ancien ,l,,ve ,,de ,l',,cole ,,polytechnique1 ,r,p,,titeur ,d',,analyse ,,transcendante ,,et ,,de ,m,,canique ,,rationnelle ,,ladite ,,cole4 ,,tome ,,troisi,,me1 ,,contenant ,,la ,,philosophie ,,chimique ,,et ,,la ,,philosophie ,,biologique4 ,,paris1 ,,bachelier1 ,,imprimeur-,,libraire1 ,,pour ,,les ,,sciences1 ,,quai ,,des ,,augustins1 ,n #ee4 #ahch4 ,,avis ,,de ,l',,auteur4 ,divers obstacles ont successivement retard la composition et la publication de ce troisime volume1 dont la premire partie1 consacre la philosophie chimique1 a t crite et imprime dans les derniers mois de l'anne #ahce4 ,en consquence1 le quatrime et dernier volume de cet ouvrage1 contenant la philosophie sociale et les conclusions gnrales de l'ensemble du trait de philosophie positive1 ne pourra tre publi que vers le milieu de l'anne #ahci4 ,paris1 le #bd ,fvrier #ahch4 ,,cours ,,de ,,philosophie ,,positive4 ,,trente-,,cinqui,,me ,,le,,on4 ,considrations philosophiques sur l'ensemble de la chimie4 ,le dernier aspect fondamental sous lequel la philosophie naturelle doive tudier l'existence d'un corps quelconque1 se rapporte aux modifications1 plus ou moins profondes et plus ou moins varies1 que toutes les substances peuvent prouver dans leur composition1 en vertu de leurs diverses ractions molculaires4 ,ce nouvel ordre de phnomnes gnraux1 sans lequel les plus grandes et les plus importantes1 oprations de la nature terrestre nous seraient radicalement incomprhensibles1 est le plus intime et le plus complexe de tous ceux que peut manifester le monde inorganique4 ,dans aucun acte de leur existence1 les corps inertes ne sauraient paratre aussi rapprochs de l'tat vital proprement dit1 que lorsqu'ils exercent avec nergie les uns sur les autres cette rapide et profonde perturbation qui caractrise les effets chimiques4 ,le vritable esprit fondamental de toute philosophie thologique ou mtaphysique consistant essentiellement1 ainsi que je l'tablirai dans le volume suivant1 concevoir tous les phnomnes quelconques comme analogues celui de la vie1 le seul connu par un sentiment immdiat1 on s'explique aisment pourquoi cette manire primitive de philosopher a d exercer1 sur l'tude des phnomnes chimiques1 une plus intense et plus opinitre domination qu'envers aucune autre classe de phnomnes inorganiques4 ,outre cette cause principale1 il convient de remarquer subsidiairement que1 pour un tel ordre d'effets naturels1 l'observation directe et spontane ne peut d'abord s'appliquer qu' des phnomnes extrmement compliqus1 comme les combustions vgtales1 les fermentations1 etc41 dont l'analyse exacte constitue presque le dernier terme de la science2 car les phnomnes chimiques les plus importans1 ou ceux du moins auxquels s'adapte le mieux l'ensemble de nos moyens d'exploration1 ne se produisent que dans des circonstances minemment artificielles1 dont la pense a d tre fort tardive et la premire institution trs difficile4 ,il est ais de nos jours1 mme aux esprits les plus mdiocres1 de provoquer1 en ce genre1 de nouveaux phnomnes susceptibles de quelque intrt scientifique1 en tablissant1 pour ainsi dire au hasard1 entre les nombreuses substances dj connues1 des relations auparavant ngliges3 mais1 dans l'enfance de la chimie1 la cration de sujets d'observation vraiment convenables a d1 au contraire1 long-temps prsenter des difficults capitales1 que nos habitudes actuelles ne nous permettent gure de mesurer judicieusement4 ,on ne saurait mme comprendre 7comme je l'ai rappel1 d'aprs l'illustre ,berthollet1 dans les prolgomnes de cet ouvrage7 comment l'nergique et persvrante activit des anciens scrutateurs de la nature et pu conduire la dcouverte des principaux phnomnes chimiques1 sans la stimulation toute-puissante qu'entretenaient habituellement en eux les esprances illimites dues leurs notions chimriques sur la composition de la matire4 ,ainsi1 la nature complexe et quivoque de ces phnomnes1 et en second lieu les difficults fondamentales qui caractrisent leur premire exploration1 doivent suffire pour expliquer la tardive et incomplte positivit des conceptions chimiques1 comparativement toutes les autres conceptions inorganiques4 ,aprs avoir si pleinement constat1 dans la seconde moiti du volume prcdent1 combien l'tude des simples phnomnes physiques est encore imparfaite1 combien mme son caractre scientifique doit1 en gnral1 nous sembler jusqu'ici1 plusieurs gards1 radicalement dfectueux1 nous devons naturellement prvoir un tat d'infriorit bien plus prononc pour la science1 beaucoup plus difficile1 et en mme temps plus rcente1 qui recherche les lois des phnomnes de composition et de dcomposition4 ,sous quelque aspect qu'on l'envisage1 en effet1 soit spculativement1 quant la nature de ses explications1 soit activement1 quant aux prvisions qu'elles comportent1 cette science constitue videmment aujourd'hui la branche fondamentale la moins avance de la philosophie inorganique4 ,par la seconde considration surtout1 que j'ai tant recommande comme offrant le critrium la fois le plus rationnel1 le moins quivoque1 et le plus exact du degr de perfection propre chaque classe de connaissances spculatives1 il est clair que1 dans la plupart de ses recherches1 la chimie actuelle mrite peine le nom d'une vritable science1 puisqu'elle ne conduit presque jamais une prvoyance relle et certaine4 ,en introduisant1 dans des actes chimiques dj bien explors1 quelques modifications dtermines1 mme lgres et peu nombreuses1 il est trs rarement possible de prdire avec justesse les changemens qu'elles doivent produire3 et nanmoins1 sans cette indispensable condition1 comme je l'ai si frquemment tabli dans ce trait1 il n'existe point1 proprement parler1 de science2 il y a seulement rudition1 quelles que puissent tre l'importance et la multiplicit des faits recueillis4 ,penser autrement1 c'est prendre une carrire pour un difice4 ,cette extrme imperfection de notre chimie tient sans doute essentiellement la nature plus complique d'une telle science et son plus rcent dveloppement2 il serait mme entirement chimrique d'esprer qu'elle puisse jamais atteindre un tat de rationalit aussi satisfaisant que celui des sciences relatives des phnomnes plus simples1 et spcialement de l'astronomie1 vrai type ternel de la philosophie naturelle4 ,mais il me semble nanmoins incontestable que son infriorit actuelle doit1 en outre1 tre subsidiairement attribue au vicieux esprit philosophique suivant lequel les recherches habituelles y sont jusqu'ici conues et diriges1 et l'ducation si dfectueuse de la plupart des savans qui s'y livrent4 ,sous ce rapport1 il y a tout lieu de croire qu'une judicieuse analyse philosophique pourrait directement contribuer un prochain perfectionnement gnral d'une science aussi capitale4 ,telle est la conviction que je dsire provoquer en esquissant rapidement1 dans la premire partie de ce volume1 l'examen sommaire de la philosophie chimique1 envisage sous tous ses divers aspects essentiels4 ,quoique la nature et les limites de cet ouvrage ne me permettent point de consacrer cette importante opration tous les dveloppemens convenables pour assurer son efficacit1 peut-tre parviendrai-je faire sentir1 quelqu'un des esprits minens qui cultivent aujourd'hui cette belle science1 la ncessit de soumettre une nouvelle et plus rationnelle laboration l'ensemble des conceptions fondamentales qui la constituent4 ,nous devons1 avant tout1 caractriser avec exactitude l'objet gnral propre cette dernire partie de la philosophie inorganique4 ,quelque vaste et compliqu que soit1 en ralit1 le sujet de la chimie1 l'indication nette du but de cette science1 et la circonscription rigoureuse du champ de ses recherches1 en un mot1 sa dfinition1 prsentent beaucoup moins de difficult que nous n'en avons prouv dans le volume prcdent relativement la physique4 ,nous avons d surtout dfinir celle-ci par contraste avec la chimie1 en sorte que1 par cela mme1 notre opration actuelle est dj essentiellement prpare4 ,il est ais d'ailleurs de caractriser directement1 d'une manire trs tranche1 ce qui constitue les phnomnes vraiment chimiques2 car tous prsentent constamment une altration plus ou moins complte1 mais toujours apprciable1 dans la constitution intime des corps considrs2 c'est--dire une composition ou une dcomposition1 et le plus souvent l'une et l'autre1 en ayant gard l'ensemble des substances qui participent l'action4 ,aussi1 toutes les poques du dveloppement scientifique1 du moins depuis que la chimie1 se sparant de l'art des prparations1 est devenue l'objet d'tudes rellement spculatives1 les recherches chimiques ont-elles manifest sans cesse un degr remarquable d'originalit1 qui n'a jamais permis de les confondre avec les autres parties de la philosophie naturelle3 il n'en a pas t de mme1 beaucoup prs1 pour la physique proprement dite1 si gnralement mle1 par exemple1 jusqu' des temps trs modernes1 avec la physiologie1 comme le tmoigne encore si clairement le langage scientifique lui-mme#a4 ,note #a3 ,en ,angleterre surtout1 la mme expression s'applique encore vulgairement ces deux ordres d'ides2 et c'est essentiellement pour viter une telle confusion que les ,boyle1 les ,newton1 etc41 ont d'abord introduit l'usage du nom de philosophie naturelle1 dont la signification s'est ensuite tant largie4 ,la chimie1 au contraire1 y est invariablement dsigne1 depuis le moyen ge1 par une dnomination spciale1 qui n'a jamais eu d'autre destination4 ,par ce caractre gnral de ses phnomnes1 la chimie se distingue trs nettement de la physique1 qui la prcde1 et de la physiologie1 qui la suit1 dans la hirarchie encyclopdique que j'ai tablie3 et cette comparaison tend faire mieux ressortir la nature propre d'une telle science4 ,l'ensemble de ces trois sciences peut tre conu comme ayant pour objet d'tudier l'activit molculaire de la matire1 dans tous les divers modes dont elle est susceptible4 ,or1 sous ce point de vue1 chacune d'elles correspond l'un des trois principaux degrs successifs d'activit1 qui se distinguent entre eux par les diffrences les plus profondes et les plus naturelles4 ,l'action chimique prsente videmment1 en elle-mme1 quelque chose de plus que la simple action physique1 et quelque chose de moins que l'action vitale1 malgr les vagues rapprochemens que des considrations purement hypothtiques peuvent conduire tablir entre ces trois ordres de phnomnes4 ,les seules perturbations molculaires que puisse produire dans les corps l'activit physique proprement dite1 se rduisent toujours modifier l'arrangement des particules2 et ces modifications1 ordinairement peu tendues1 sont mme le plus souvent passagres3 en aucun cas la substance ne saurait tre altre4 ,au contraire1 l'activit chimique1 outre ces altrations dans la structure et dans l'tat d'agrgation1 dtermine toujours un changement profond et durable dans la composition mme des particules2 les corps qui ont concouru au phnomne sont habituellement devenus mconnaissables1 tant l'ensemble de leurs proprits a t troubl4 ,enfin1 les phnomnes physiologiques nous montrent l'activit matrielle dans un degr d'nergie encore trs suprieur3 car1 aussitt que la combinaison chimique est effectue1 les corps redeviennent compltement inertes2 tandis que l'tat vital est caractris1 outre les effets physiques et les oprations chimiques qu'il dtermine constamment1 par un double mouvement plus ou moins rapide1 mais toujours ncessairement continu1 de composition et de dcomposition1 propre maintenir1 entre certaines limites de variation1 pendant un temps plus ou moins considrable1 l'organisation du corps1 tout en renouvelant sans cesse sa substance4 ,on conoit ainsi1 d'une manire irrcusable1 la gradation fondamentale de ces trois modes essentiels d'activit molculaire1 qu'aucune saine philosophie ne saurait jamais confondre#b4 ,note #b3 ,il doit tre bien entendu1 sans doute1 que1 dans la comparaison des actes chimiques avec les actes vitaux1 on envisage seulement les phnomnes physiologiques les plus gnraux1 ceux relatifs au plus simple degr de la vie proprement dite1 et abstraction faite de tout ce qui constitue spcialement l'animalit3 hors de ces limites naturelles1 le parallle deviendrait radicalement impossible1 par le dfaut complet d'analogie4 ,pour complter cette notion fondamentale des phnomnes chimiques1 il peut tre utile d'y ajouter deux considrations secondaires1 qui ont dj t indirectement indiques1 dans le volume prcdent1 en dfinissant la physique3 la plus importante est relative la nature du phnomne1 et l'autre ses conditions gnrales4 ,toute substance quelconque est sans doute susceptible d'une activit chimique plus ou moins varie et plus ou moins nergique2 c'est pourquoi les phnomnes chimiques ont t justement classs parmi les phnomnes gnraux1 dont ils constituent1 dans l'ordre de complication croissante1 la dernire catgorie3 ils se distinguent profondment ainsi des phnomnes physiologiques1 qui1 par leur nature1 sont exclusivement propres certaines substances1 organises sous certains modes4 ,nanmoins1 il doit tre incontestable que les phnomnes chimiques1 surtout par contraste aux simples phnomnes physiques1 prsentent1 en chaque cas1 quelque chose de spcifique1 ou1 suivant l'nergique expression de ,bergmann1 d'lectif4 ,non-seulement chacun des diffrens lmens matriels produit des effets chimiques qui lui sont entirement particuliers2 mais il en est encore ainsi de leurs innombrables combinaisons de divers ordres1 dont les plus analogues manifestent toujours1 sous le rapport chimique1 certaines diffrences fondamentales1 qui fournissent souvent le seul moyen de les caractriser nettement4 ,par consquent1 tandis que les proprits physiques ne prsentent essentiellement1 d'un corps un autre1 que de simples distinctions de degr1 les proprits chimiques sont1 au contraire1 radicalement spcifiques#c4 ,les unes constituent le fondement commun de toute existence matrielle2 c'est surtout par les autres que les individualits se prononcent4 ,note #c3 ,cette spcialit fondamentale des diverses actions chimiques ne saurait nullement disparatre1 quand mme on parviendrait1 par une extension exagre de la thorie lectro-chimique1 se reprsenter vaguement tous les phnomnes de composition et de dcomposition comme de simples effets lectriques4 ,dans cette supposition1 la difficult ne serait videmment que recule3 il demeurerait encore incontestable que chaque substance1 simple ou compose1 manifeste une nature de polarit lectrique qui lui est propre4 ,le langage seul serait donc chang1 comme cela doit arriver pour toutes les notions scientifiques rellement fondes sur l'immuable considration des phnomnes4 ,en second lieu1 parmi les conditions extrmement varies propres au dveloppement des divers phnomnes chimiques1 on a pu remarquer1 pour ainsi dire de tout temps1 cette condition fondamentale et commune1 qui est ordinairement bien loin de suffire1 mais qui se prsente toujours comme strictement indispensable3 la ncessit du contact immdiat des particules antagonistes1 et1 par suite1 celle de l'tat fluide1 soit gazeux1 soit liquide1 de l'une au moins des substances considres4 ,quand cette disposition n'existe pas spontanment1 il faut d'abord la remplir artificiellement en liqufiant la substance1 soit par la fusion igne1 soit l'aide d'un dissolvant quelconque4 ,sans cette modification pralable1 la combinaison ne saurait avoir lieu1 conformment un clbre et judicieux aphorisme1 qui remonte l'enfance de la chimie4 ,il n'existe pas jusqu'ici un seul exemple bien constat d'action chimique entre deux corps rellement solides1 du moins en ne s'levant pas des tempratures qui rendent difficilement apprciable le vritable tat d'agrgation des corps4 ,c'est lorsque l'une et l'autre substances sont liquides1 que l'action chimique se manifeste avec le plus d'nergie1 si la lgre diffrence des densits permet aisment un mlange intime4 ,rien n'est plus propre que de telles remarques constater clairement combien les effets chimiques sont1 par leur nature1 minemment molculaires1 surtout par opposition aux effets physiques4 ,ils prsentent mme1 cet gard1 une distinction essentielle1 quoique moins tranche1 avec les effets physiologiques2 puisque la production de ceux-ci suppose1 de toute ncessit1 un concours indispensable des solides avec les fluides1 comme nous le reconnatrons dans la seconde partie de ce volume4 ,l'ensemble des considrations prcdentes peut tre exactement rsum1 en dfinissant la chimie comme ayant pour but gnral d'tudier les lois des phnomnes de composition et de dcomposition1 qui rsultent de l'action molculaire et spcifique des diverses substances1 naturelles ou artificielles1 les unes sur les autres4 ,il y a tout lieu de craindre que1 vu son extrme imperfection1 cette science ne doive pas1 de long-temps1 comporter une dfinition plus rigoureuse et plus prcise1 propre caractriser1 avec une pleine vidence1 quelles sont1 en gnral1 les donnes indispensables et les inconnues finales de tout problme chimique4 ,nanmoins1 afin de mieux signaler le vritable esprit de la chimie1 il importe1 sans doute1 de considrer directement la dfinition la plus rationnelle1 et1 pour ainsi dire1 la plus mathmatique1 dont une telle science soit susceptible1 quoique1 dans son tat prsent1 elle ne puisse correspondre que trs incompltement une semblable position gnrale de la question4 cet effet1 en rattachant toujours1 pour cet ordre de phnomnes comme pour tous les autres1 la considration de science celle de prvoyance1 il me semble vident que1 dans toute recherche chimique1 envisage du point de vue le plus philosophique1 on doit finalement se proposer2 tant donnes les proprits caractristiques des substances1 simples ou composes1 places en relation chimique dans des circonstances bien dfinies1 de dterminer exactement en quoi consistera leur action1 et quelles seront les principales proprits des nouveaux produits4 ,logiquement examin1 le problme1 quelques difficults qu'il prsente1 est certainement dtermin2 et1 d'ailleurs1 on n'y pourrait rien supprimer sans qu'il cesst aussitt de l'tre1 en sorte que cette formule ne renferme aucune nonciation superflue4 ,d'un autre ct1 on conoit aisment que1 si de telles solutions taient effectivement obtenues1 les trois grandes applications fondamentales de la science chimique1 soit l'tude des phnomnes vitaux1 soit l'histoire naturelle du globe terrestre1 soit enfin aux oprations industrielles1 au lieu d'tre1 comme aujourd'hui1 le rsultat presque accidentel et irrgulier du dveloppement spontan de la science1 se trouveraient1 par cela mme1 rationnellement organises1 puisque1 dans l'un quelconque de ces trois cas gnraux1 la question rentre immdiatement dans notre formule abstraite1 dont les circonstances propres chaque application fournissent aussitt les donnes4 ,cette manire de concevoir le problme chimique remplit donc toutes les conditions essentielles4 ,quelque suprieure qu'elle paraisse aujourd'hui l'tat rel de la science1 ce qui prouve seulement qu'il est encore trs imparfait1 on n'en doit pas moins reconnatre que tel est le but effectif vers lequel tendent finalement tous les efforts des chimistes1 puisque1 de leur aveu unanime1 les questions simples et peu nombreuses l'gard desquelles ce rsultat a pu tre atteint jusqu'ici1 d'une manire plus ou moins complte1 sont regardes comme les parties les plus avances de la chimie1 d'o rsulte la vrification formelle d'une semblable destination gnrale4 ,en examinant plus profondment cette dfinition rationnelle de la science chimique1 on la jugera susceptible d'une importante transformation1 puisque1 par l'application redouble d'une telle mthode convenablement dirige1 toutes les donnes fondamentales de la chimie devraient1 en dernier lieu1 pouvoir se rduire la connaissance des proprits essentielles des seuls corps simples1 qui conduirait celle des divers principes immdiats1 et par suite1 aux combinaisons les plus complexes et les plus loignes4 ,quant l'tude mme des lmens1 elle ne saurait1 videmment1 par sa nature1 tre ramene aucune autre2 elle doit ncessairement constituer une laboration exprimentale et directe1 divise en autant de parties1 entirement distinctes et radicalement indpendantes les unes des autres1 qu'il existe1 chaque poque1 de substances indcomposes4 ,tout ce qu'on pourrait1 cet gard1 concevoir de vraiment rationnel1 abstraction faite des inductions analogiques plus ou moins plausibles auxquelles peuvent conduire certains rapprochemens dj constats1 consisterait dcouvrir des relations gnrales entre les proprits chimiques de chaque lment et l'ensemble de ses proprits physiques4 ,mais1 quoique quelques faits paraissent confirmer dj le principe1 d'ailleurs minemment philosophique1 d'une certaine harmonie gnrale et ncessaire entre ces deux ordres de proprits1 on peut1 ce me semble1 affirmer que1 aucune poque1 cette harmonie ne saurait tre assez explicitement dvoile pour suppler l'exploration immdiate des caractres chimiques de chaque lment4 ,ainsi1 sans prtendre une perfection chimrique1 on devra toujours regarder comme obtenues1 par autant de suites d'observations directes1 les tudes chimiques des divers corps simples4 ,mais1 cette grande base gnrale une fois emprunte l'exprience1 tous les autres problmes chimiques1 malgr leur immense varit1 devraient tre susceptibles de solutions purement rationnelles1 d'aprs un petit nombre de lois invariables1 tablies par le vrai gnie chimique pour les diverses classes de combinaisons4 ,sous ce rapport1 les combinaisons prsentent naturellement deux modes gnraux de classification1 qui doivent ncessairement tre pris l'un et l'autre en considration fondamentale2 #a4 la simplicit ou le degr de composition plus ou moins grand des principes immdiats2 #b4 le nombre des lmens combins4 ,or1 d'aprs l'ensemble des observations1 l'action chimique devient d'autant plus difficile1 entre des substances quelconques1 que leur ordre de composition s'lve davantage2 la plupart des atomes composs appartiennent aux deux premiers ordres1 et1 au-del du troisime ordre1 leur combinaison semble presque impossible3 de mme1 sous le second point de vue1 les combinaisons perdent trs rapidement de leur stabilit mesure que les lmens s'y multiplient2 le plus souvent il n'y a qu'un simple dualisme1 et presque aucun corps qui soit plus que quaternaire4 ,ainsi1 le nombre des classes chimiques gnrales auxquelles peut donner lieu cette double distinction ncessaire1 ne saurait tre bien tendu3 chacune d'elles1 devrait correspondre une loi fondamentale de combinaison1 dont l'application aux divers cas dtermins ferait rationnellement connatre1 par les donnes lmentaires1 le rsultat de chaque conflit4 ,tel serait1 sans doute1 l'tat vraiment scientifique de la chimie4 ,c'est la faiblesse radicale et1 accessoirement1 la direction vicieuse de notre intelligence1 que nous devons surtout attribuer1 bien plus qu' la nature propre du sujet1 l'immense loignement o nous sommes aujourd'hui d'une telle manire de philosopher4 ,quelque difficile qu'elle paraisse encore1 il ne faut point oublier qu'elle commence maintenant se raliser en partie relativement une catgorie fort importante1 quoique secondaire1 des recherches chimiques1 l'tude des proportions1 comme je le ferai soigneusement ressortir dans la trente-septime1 leon4 cet gard1 en effet1 l'aide d'un coefficient chimique1 empiriquement valu pour chaque corps simple1 on parvient dterminer rationnellement1 en beaucoup de cas1 avec une suffisante exactitude1 d'aprs un petit nombre de lois gnrales1 la proportion suivant laquelle s'unissent les principes1 pralablement connus1 de chaque nouveau produit4 ,pourquoi toutes les autres tudes chimiques ne comporteraient-elles point1 dans la suite1 une perfection analogue8 ,nous pouvons donc1 en rsum1 dfinir la chimie1 le plus rationnellement possible1 comme ayant pour objet final3 tant donnes les proprits de tous les corps simples1 trouver celles de tous les composs qu'ils peuvent former#d4 ,note #d3 ,le problme chimique est1 sans doute1 comme tout autre1 logiquement susceptible de renversement2 c'est--dire qu'on peut demander1 rciproquement1 de remonter des proprits des composs celles de leurs lmens3 ce genre de recherches se prsente mme naturellement en plus d'une occasion importante1 surtout quand on veut appliquer la chimie l'tude des phnomnes vitaux4 ,mais1 en thse logique gnrale1 plus les questions se compliquent1 plus leur inversion devient difficile1 au point d'tre bientt presque insurmontable lorsqu'on dpasse les premiers degrs de simplicit3 on peut le vrifier minemment pour les recherches mathmatiques elles-mmes1 malgr leur facilit comparative4 ,une science aussi complique que la chimie ne saurait donc1 trs probablement1 acqurir jamais une assez grande perfection pour donner lieu rellement1 d'une manire un peu suivie1 ces problmes inverses2 c'est pourquoi j'ai d m'abstenir d'en faire une mention formelle4 ,quoiqu'un tel but soit bien rarement atteint dans l'tat prsent de la science1 sa considration familire n'en serait pas moins1 ce me semble1 trs utile1 ds aujourd'hui1 pour donner aux recherches habituelles une direction plus progressive et une marche plus philosophique4 ,il n'y a pas de science qui ne soit1 en ralit1 plus ou moins infrieure sa dfinition3 mais l'usage d'une dfinition prcise et systmatique est1 nanmoins1 pour une doctrine quelconque1 le premier symptme d'une consistance vraiment scientifique1 en mme temps que le meilleur moyen de mesurer1 chaque poque1 avec exactitude ses divers progrs gnraux4 ,tels sont les motifs qui m'ont dtermin insister ici sur cette importante opration1 dont les chimistes philosophes me sauront peut-tre quelque gr4 ,la loi fondamentale que j'ai tablie1 ds le commencement du volume prcdent1 sur l'harmonie ncessaire entre l'accroissement de complication des divers ordres de phnomnes et l'extension correspondante de nos moyens gnraux d'exploration1 se vrifie minemment pour la science chimique1 compare celles qui la prcdent1 et spcialement la physique1 comme il est ais de le constater sommairement4 ,c'est ici que le premier et le plus gnral des trois modes essentiels d'investigation que nous avons alors distingus dans la philosophie naturelle1 l'observation proprement dite1 commence recevoir son dveloppement intgral4 ,jusque l1 en effet1 l'observation est toujours plus ou moins partielle4 ,en astronomie1 elle est ncessairement borne l'emploi exclusif d'un seul de nos sens3 en physique1 le secours de l'oue1 et surtout celui du toucher1 viennent s'ajouter l'usage de la vue2 mais le got et l'odorat restent encore essentiellement inactifs4 ,la chimie1 au contraire1 fait concourir simultanment tous nos sens l'analyse de ses phnomnes4 ,on ne peut se former une juste ide de l'accroissement de moyens qui rsulte d'une telle convergence1 qu'en cherchant se reprsenter1 autant que possible1 ce que deviendrait la chimie s'il fallait y renoncer1 soit l'olfaction1 ou la gustation1 qui nous fournissent trs souvent les seuls caractres par lesquels nous puissions reconnatre et distinguer les divers effets produits4 ,mais ce qu'un esprit philosophique doit surtout remarquer ce sujet1 c'est qu'une telle correspondance n'a rien d'accidentel1 ni mme d'empirique4 ,car1 la saine thorie physiologique des sensations1 ainsi que j'aurai soin de le constater dans la seconde partie de ce volume1 montre clairement que les appareils du got et de l'odorat1 par opposition ceux des autres organes sensitifs1 agissent d'une manire minemment chimique1 et que1 par consquent1 la nature de ces deux sens les adapte spcialement la perception des phnomnes de composition et de dcomposition4 ,quant l'exprience proprement dite1 il serait1 sans doute1 superflu d'insister pour apprcier l'importance de la fonction prpondrante qu'elle remplit en chimie2 puisque la plupart des phnomnes chimiques actuels1 et surtout les plus instructifs1 sont1 videmment1 de cration artificielle4 ,toutefois1 malgr cette imposante considration1 je persiste croire1 comme je l'ai indiqu dans le volume prcdent1 qu'on s'exagre communment la vritable part de l'exprimentation1 dans les dcouvertes chimiques4 ,en effet1 que les phnomnes tudis soient naturels ou factices1 ce n'est point l1 il importe de le rappeler1 ce qui constitue essentiellement l'exprimentation1 envisage comme un mode d'observation plus parfait3 son caractre fondamental consiste surtout dans l'institution1 ou1 ce qui revient au mme1 dans le choix1 des circonstances du phnomne1 pour une exploration plus vidente et plus dcisive4 ,or1 sous ce point de vue1 on trouvera1 ce me semble1 malgr les apparences1 que la mthode exprimentale est moins spcialement approprie la nature des recherches chimiques qu' celle des questions physiques4 ,car1 les effets chimiques dpendent ordinairement d'un trop grand concours d'influences diverses pour qu'il soit facile d'en clairer la production par de vritables expriences1 en instituant deux cas parallles1 qui soient exactement identiques dans toutes leurs circonstances caractristiques1 sauf celle qu'on veut apprcier2 ce qui est pourtant la condition fondamentale de toute exprimentation irrcusable4 ,notre esprit commence rellement rencontrer ici1 par la complication des phnomnes1 mais un degr infiniment moindre1 l'obstacle essentiel que la nature des recherches physiologiques oppose si compltement la mthode purement exprimentale1 dont l'usage est presque toujours illusoire4 ,on ne saurait douter1 nanmoins1 que l'exprimentation n'ait puissamment contribu jusqu'ici au perfectionnement de la science chimique1 abstraction faite des nouveaux sujets d'observation qu'elle a fait natre4 ,il me semble mme incontestable que l'minente supriorit1 sous ce rapport1 de la physique sur la chimie1 ne tient pas seulement aujourd'hui la nature respective des deux sciences 7qui en est cependant la principale cause71 mais aussi ce que la premire se trouve maintenant parvenue une poque plus avance de son dveloppement que la seconde4 ,quand la chimie sera cultive habituellement d'une manire plus rationnelle1 l'art des expriences y sera1 sans doute1 mieux entendu et plus efficacement employ4 ,ds les premiers temps de cette science difficile1 les immortelles sries de travaux de ,priestley1 et surtout du grand ,lavoisier1 ont offert1 cet gard1 d'admirables modles1 presque comparables ce que la physique nous prsente de plus parfait1 et qui suffiraient seuls pour constater que la nature des phnomnes chimiques n'oppose point d'insurmontables obstacles un emploi lumineux et tendu de la mthode exprimentale4 ,enfin1 relativement au troisime mode fondamental de l'exploration rationnelle1 la comparaison proprement dite1 le moins gnral de tous1 il importe de considrer ici que si1 par sa nature1 ce procd est essentiellement destin aux tudes physiologiques1 son usage pourrait cependant commencer acqurir1 dans les recherches chimiques1 une vritable efficacit4 ,la condition essentielle de cette prcieuse mthode1 consiste dans l'existence d'une suite suffisamment tendue de cas analogues mais distincts1 o un phnomne commun se modifie de plus en plus1 soit par des simplifications1 soit par des dgradations successives et presque continues4 ,or1 d'aprs ce seul nonc1 il est vident qu'un tel artifice ne convient1 dans toute sa plnitude1 qu' l'analyse des phnomnes vitaux4 ,aussi1 est-ce uniquement l que ce mode d'observation a t jusqu'ici fcond en rsultats importans3 on ne saurait l'tudier ailleurs pour s'en former une ide nette4 ,nanmoins1 aprs avoir abstraitement formul1 comme je viens de le faire1 l'esprit gnral de ce procd1 il me semble vident que1 si un tel art est radicalement inapplicable l'astronomie1 et ne peut mme offrir la physique aucune ressource vraiment importante1 la chimie1 par sa nature1 est1 cet gard1 dans de tout autres conditions1 qui se rapprochent1 un certain degr1 de celles que la physiologie seule peut manifester compltement4 ,je n'ai pas besoin d'en signaler ici d'autre indice gnral que l'existence des familles naturelles1 unanimement admise aujourd'hui1 en chimie1 par toutes les ttes philosophiques1 quoique la classification correspondante ce principe soit encore loin1 sans doute1 d'tre convenablement tablie4 ,la possibilit reconnue d'une semblable classification doit ncessairement conduire celle de la mthode comparative1 l'une et l'autre tant fondes sur la considration commune de l'uniformit1 dans une longue srie de corps diffrens1 de certains phnomnes prpondrans4 ,il existe mme entre ces deux ordres d'ides une telle liaison rciproque1 que la construction d'un systme naturel de classification chimique1 si justement dsir aujourd'hui1 est impossible sans une large application de l'art comparatif proprement dit1 entendu la manire des physiologistes2 et1 pareillement1 en sens inverse1 la chimie compare ne saurait tre rgulirement cultive1 tant que l'esprit ne pourra point s'y diriger d'aprs une bauche de classification naturelle4 ,quoi qu'il en soit1 ces considrations de haute philosophie chimique me paraissent rendre incontestable la convenance fondamentale1 et mme l'application peu loigne1 du procd comparatif au perfectionnement gnral des connaissances chimiques4 ,peut-tre en indiquant cette importante relation1 mon esprit se tient-il trop au-del de l'tat prsent de la science1 qui ne semble1 en effet1 offrir jusqu'ici d'exemple rel d'une telle marche que dans un trs petit nombre de recherches1 o son influence est mme difficilement apprciable4 ,mais il ne faut point oublier que la chimie est encore1 pour ainsi dire1 une science naissante2 et en consquence1 on ne doit pas trouver trange que l'ensemble des procds gnraux qui lui sont propres ait t jusqu' prsent incompltement caractris par son dveloppement spontan4 ,c'est surtout en devanant1 un degr modr1 les phases naturelles de ce dveloppement1 que l'tude spciale de la philosophie des sciences1 telle que je me suis efforc de la concevoir et de l'organiser1 peut contribuer1 avec une efficacit notable1 hter et tendre leurs progrs effectifs4 ,quels que soient les moyens1 directs ou indirects1 employs pour l'exploration chimique1 il convient de remarquer1 en dernier lieu1 que leur emploi est ordinairement susceptible d'une vrification gnrale1 minemment approprie la nature de cette science1 bien qu'elle ne lui soit pas rigoureusement particulire4 ,cette ressource capitale rsulte de la confrontation exacte du double procd de l'analyse et de la synthse#e4 ,note #e3 ,les diverses sectes de philosophes mtaphysiciens ont tellement abus1 depuis un sicle1 de ces deux expressions1 par une multitude d'acceptions logiques profondment diffrentes1 que tout esprit judicieux doit rpugner aujourd'hui les introduire dans le discours1 quand les circonstances de leur emploi n'en spcifient pas naturellement le sens positif4 ,mais1 en chimie1 elles ont d heureusement conserver1 d'une manire tout--fait pure1 leur nettet originelle2 en sorte qu'elles y sont usites sans aucun danger2 encore serait-il prfrable1 pour plus de scurit1 d'adopter habituellement les mots quivalens de composition et dcomposition1 qui n'ont pas t vicis1 et qui ne sont gure plus longs1 quoique d'ailleurs ils n'offrent pas autant de facilit pour la formation des mots secondaires4 ,tout corps qui a t dcompos doit1 videmment1 tre conu1 par cela mme1 comme susceptible d'une recomposition1 d'ailleurs plus ou moins difficile et quelquefois presque impossible raliser4 ,or1 si cette opration inverse reproduit exactement la substance primitive1 la dmonstration chimique acquiert aussitt la plus incontestable certitude4 ,malheureusement l'admirable extension de la puissance chimique dans le sicle actuel a beaucoup plus port jusqu'ici sur les facults analytiques que sur les moyens synthtiques2 en sorte que ces deux voies sont encore trs loin de conserver entre elles une exacte et constante harmonie4 ,afin de caractriser plus profondment les cas o une telle harmonie est nanmoins indispensable l'tablissement d'une conviction vraiment inbranlable1 il faut distinguer1 en gnral1 avec plus de soin qu'on ne l'a fait1 deux genres trs diffrens d'analyse chimique3 une analyse prliminaire1 consistant dans la simple sparation des principes immdiats1 et une analyse finale1 conduisant la dtermination des lmens proprement dits#f4 ,quoique celle-ci soit toujours le complment ncessaire de toute tude chimique1 l'usage de la premire est1 cependant1 dans un trs grand nombre de cas1 et surtout relativement aux applications1 plus important et plus tendu4 ,or1 il est ais de concevoir que l'analyse lmentaire peut tre1 par sa nature1 rigoureusement dispense d'une vrification synthtique4 ,car1 en instituant l'opration avec exactitude et la poursuivant avec soin1 on dduira toujours1 sans incertitude1 de la composition des ractifs employs1 compare celle des produits obtenus1 la composition inconnue de la substance propose1 dont les divers lmens auront ainsi t spars d'une manire quelconque4 ,l'impossibilit o l'on serait de les combiner de nouveau pour reproduire le corps primitif1 ne saurait1 videmment1 en un tel cas1 jeter aucun doute lgitime sur la ralit de la solution2 moins toutefois1 ce qui doit tre infiniment rare1 qu'on n'et des motifs valides de contester la simplicit effective de quelqu'un des lmens considrs4 ,la synthse ne fait donc alors qu'ajouter1 la dmonstration analytique1 une confirmation utile et lumineuse1 mais nullement indispensable4 ,il en est tout autrement1 au contraire1 quand il s'agit de dterminer seulement les vrais principes immdiats4 ,comme les divers lmens dont ils sont forms seraient ncessairement toujours plus ou moins susceptibles de produire entre eux d'autres combinaisons de diffrens ordres1 on ne peut jamais avoir absolument1 dans un tel genre d'analyse1 la certitude directe qu'un ou plusieurs des prtendus principes immdiats qu'elle a fournis ne doivent pas leur origine aux ractions provoques par l'opration analytique elle-mme4 ,la synthse1 en gnral1 peut seule alors1 en reconstruisant1 avec les matriaux trouvs1 la substance propose1 dcider finalement la question d'une manire irrcusable2 moins que la faible nergie des ractifs employs ou la puissance des inductions analogiques ne suffisent1 ce qui a souvent lieu1 pour que les rsultats directs des oprations analytiques ne doivent comporter aucun doute raisonnable4 ,dans les analyses immdiates trs compliques1 lors mme que la concordance de plusieurs moyens analytiques distincts vient fortement corroborer la solidit des conclusions obtenues1 on ne saurait presque jamais1 sans la confirmation synthtique1 compter sur de vritables dmonstrations chimiques4 ,l'analyse des eaux minrales1 et surtout celles des matires organiques1 abondent en exemples importans1 propres mettre dans tout son jour la justesse de cette maxime essentielle de philosophie chimique4 ,note #f3 ,ces deux expressions1 prliminaire et finale1 sont ici seulement destines caractriser1 aussi nettement que possible1 le but propre chacune des deux analyses1 sans aucune allusion l'ordre qui s'tablit entre elles4 ,du point de vue abstrait1 il paratrait1 sans doute1 que la premire doit toujours1 rationnellement1 prcder la seconde4 ,mais comme1 en ralit1 celle-ci est souvent beaucoup plus facile et plus sre que l'autre1 dont elle peut tre rendue indpendante1 on conoit sans peine que cet ordre naturel doive se trouver frquemment interverti4 ,pour complter l'aperu d'un tel principe1 on doit remarquer enfin1 ce sujet1 l'existence ncessaire d'une certaine harmonie gnrale entre la possibilit d'appliquer la mthode synthtique et l'obligation d'y recourir2 sans prtendre d'ailleurs1 bien entendu1 que1 sous ce rapport1 la correspondance des moyens au but ne laisse jamais rien dsirer4 ,cela rsulte de la loi1 mentionne ci-dessus autre intention1 que les combinaisons deviennent moins tenaces mesure que l'ordre de composition des particules constituantes s'lve davantage4 ,or le degr de facilit de la recomposition doit1 sans doute1 correspondre celui avec lequel la sparation s'est opre4 ,ainsi1 l'analyse lmentaire1 la seule qui1 d'aprs les considrations prcdentes1 puisse tre rigoureusement dispense de la contre-preuve synthtique1 est prcisment celle qui obligerait aux recompositions les plus difficiles1 souvent mme impossibles pour peu que les lmens soient nombreux1 cause des ractions trs nergiques qu'il a fallu d'ordinaire employer1 comme l'exprience chimique le vrifie chaque jour3 tandis que les cas d'analyse immdiate1 au contraire1 n'exigeant1 en gnral1 que de faibles antagonismes1 n'opposent pas de grands obstacles aux oprations synthtiques1 qui sont alors devenues presque indispensables4 ,aprs avoir suffisamment considr1 du point de vue philosophique1 le vritable but gnral de la science chimique1 et les moyens fondamentaux d'exploration qui lui sont propres1 l'ordre naturel des ides principales relatives cette leon nous conduit examiner rapidement la position encyclopdique de la chimie1 c'est--dire justifier1 d'une manire directe et spciale1 quoique sommaire1 le rang que j'ai d lui assigner dans la hirarchie scientifique tablie au dbut de ce trait4 ,ce cas me parat tre l'un des plus propres constater qu'une telle classification fondamentale ne repose point sur de vaines et arbitraires considrations1 mais qu'elle est le fidle rsum des harmonies ncessaires1 naturellement manifestes1 entre les diffrentes sciences1 par leur dveloppement commun4 ,aucune position encyclopdique ne me semble1 en effet1 se prsenter avec plus de spontanit que celle de la chimie1 d'aprs ma formule1 entre la physique et la physiologie4 ,qui pourrait mconnatre aujourd'hui que1 par plusieurs parties essentielles1 et surtout par l'importante srie des phnomnes lectro-chimiques1 le systme des connaissances chimiques touche immdiatement l'ensemble de la physique1 dont il constitue1 en apparence1 un simple prolongement2 et que de mme1 son autre extrmit1 par l'tude1 non moins fondamentale1 des combinaisons organiques1 il adhre1 en quelque sorte1 la physiologie gnrale1 dont il tablit1 pour ainsi dire1 les premiers fondemens8 ,ces relations sont tellement intimes1 que1 dans plus d'un cas particulier1 les chimistes qui n'ont point approfondi la vraie philosophie des sciences n'osent dcider si tel sujet tombe effectivement sous leur comptence1 ou s'ils doivent le renvoyer1 soit la physique1 soit la physiologie4 ,considrons1 en premier lieu1 la chimie relativement aux sciences qui la prcdent dans notre chelle encyclopdique1 et d'abord1 la physique1 qui lui est immdiatement antrieure4 ,les phnomnes de la premire sont1 videmment1 d'une nature plus complique1 que ceux de la seconde2 et l'tude en est ncessairement subordonne la leur4 ,quoique les uns et les autres soient rigoureusement gnraux1 cependant l'ordre de gnralit des faits chimiques doit tre class comme rellement infrieur celui des faits physiques4 ,en comparant ceux-ci aux faits astronomiques1 j'ai dmontr1 dans le volume prcdent1 que leur gnralit est moindre1 parce que1 propres tous les corps1 ils ne s'y manifestent point cependant dans toutes les circonstances1 leur dveloppement tant toujours soumis certaines conditions4 ,or1 le mme principe est applicable ici1 et bien plus forte raison1 car les effets chimiques exigent un concours de conditions varies beaucoup plus tendu4 ,avec de simples modifications1 les proprits physiques appartiennent1 non-seulement toutes les substances1 mais aussi tous les tats d'agrgation1 et mme de combinaison1 de chacune d'elles3 chaque corps ne manifeste1 au contraire1 ses proprits chimiques que dans un tat plus ou moins dtermin1 et souvent tellement restreint qu'il a fallu de longues sries d'essais laborieux pour parvenir le raliser4 ,en un mot1 la nature nous offre trs frquemment des effets physiques qui ne sont accompagns d'aucun effet chimique1 tandis que nul phnomne chimique ne saurait avoir lieu sans la coexistence de certains phnomnes physiques4 ,ainsi1 les uns formant les divers modes spcifiques de l'activit propre chaque substance1 et les autres1 au contraire1 constituant l'existence fondamentale de toute matire1 le sujet de la chimie se complique ncessairement toujours de celui de la physique1 et ne saurait tre rationnellement tudi sans la connaissance pralable de celui-ci4 ,d'ailleurs1 les agens chimiques les plus puissans sont1 dsormais1 emprunts la physique1 qui1 en outre1 fournit constamment1 par ses diffrens ordres de phnomnes1 les premiers caractres distinctifs des diverses substances4 ,il serait inutile d'insister davantage aujourd'hui pour faire sentir qu'on ne saurait concevoir de chimie vraiment scientifique sans lui donner1 pralablement1 l'ensemble de la physique pour base gnrale4 ,sous ce premier rapport1 qui est dcisif1 la position encyclopdique de la chimie se trouve donc dtermine1 l'abri de toute incertitude4 ,de cette relation immdiate1 rsulte1 videmment1 une subordination indirecte1 mais ncessaire1 de la chimie envers l'ensemble de l'astronomie1 et mme de la science mathmatique1 comme fondemens indispensables de toute physique srieuse4 ,quant des liaisons directes1 il faut convenir que1 sous le rapport de la doctrine1 elles sont peu tendues et d'une mdiocre importance4 ,toute tentative de faire rentrer les questions chimiques dans le domaine des doctrines mathmatiques1 doit tre rpute jusqu'ici1 et sans doute jamais1 profondment irrationnelle1 comme tant antipathique la nature des phnomnes3 elle ne pourrait dcouler que d'hypothses vagues et radicalement arbitraires sur la constitution intime des corps1 ainsi que j'ai eu occasion de l'indiquer dans les prolgomnes de cet ouvrage4 ,j'ai fait ressortir1 dans le volume prcdent1 le tort gnral fait jusqu'ici la physique par l'abus de l'analyse mathmatique4 ,mais l1 il ne s'agissait que de l'usage irrflchi d'un instrument1 qui1 judicieusement dirig1 est susceptible1 pour un tel ordre de recherches1 d'une admirable efficacit4 ,ici1 au contraire1 on ne doit pas craindre de garantir que si1 par une aberration heureusement presque impossible1 l'emploi de l'analyse mathmatique acqurait jamais1 en chimie1 une semblable prpondrance1 il dterminerait invitablement1 et sans aucune compensation1 dans l'conomie entire de cette science1 une immense et rapide rtrogradation1 en substituant l'empire des conceptions vagues celui des notions positives1 et un facile verbiage algbrique une laborieuse exploration des faits4 ,la subordination directe de la chimie envers l'astronomie1 est1 pareillement1 trs faible1 mais1 nanmoins1 plus prononce4 ,elle est presque insensible pour la chimie abstraite1 seule cultive aujourd'hui4 ,mais1 quand l'ensemble des progrs de la philosophie naturelle viendra permettre le dveloppement de la chimie concrte1 c'est--dire l'application mthodique du systme des connaissances chimiques l'histoire naturelle du globe1 on prouvera1 sans doute1 en plus d'une recherche1 le besoin de combiner1 pour la saine explication des phnomnes1 les considrations chimiques et les considrations astronomiques1 qui semblent maintenant ne comporter aucun point de contact rel4 ,la gologie actuelle1 si informe qu'elle soit1 doit nous faire clairement pressentir la manifestation future1 et peut-tre prochaine1 d'une semblable ncessit1 qu'un vague instinct avait probablement rvle aux philosophes de l'ge thologique1 au milieu de leurs chimriques et pourtant opinitres rapprochemens entre l'astrologie et l'alchimie4 ,il est1 sans doute1 impossible1 en principe1 de concevoir l'ensemble des grandes oprations intestines de la nature terrestre comme radicalement indpendant des mouvemens de notre globe1 de l'quilibre gnral de sa masse1 en un mot1 du systme de ses conditions plantaires4 ,si les relations immdiates de la chimie avec la science mathmatique1 et mme avec l'astronomie1 sont ncessairement peu considrables sous le point de vue de la doctrine1 il n'en saurait tre ainsi1 beaucoup prs1 relativement la mthode4 ,en ce nouveau sens1 il est ais de reconnatre1 au contraire1 qu'une suffisante habitude pralable1 chez les chimistes1 de l'esprit mathmatique et de la philosophie astronomique exercerait invitablement la plus grande et la plus salutaire influence sur la manire de concevoir et de cultiver la chimie1 et1 par suite1 acclrerait beaucoup ses perfectionnemens ultrieurs4 ,pour la mathmatique 7dont il serait1 d'ailleurs1 superflu d'expliquer ici que les premires notions lmentaires sont dsormais directement indispensables aux travaux journaliers des chimistes71 je n'ai pas besoin de reproduire les considrations gnrales1 tant exposes dans les diverses parties antrieures de ce trait1 qui tablissent invinciblement l'ensemble d'une telle tude comme le premier fondement ncessaire du systme entier de la mthode positive4 ,il n'y a1 dans cette subordination commune toute la hirarchie scientifique1 rien qui soit prcisment particulier la chimie1 si ce n'est cette sage rflexion que1 plus les phnomnes se compliquent1 plus nous devons nous prparer soigneusement1 par ce salutaire rgime intellectuel1 les analyser avec une judicieuse svrit4 ,on ne doit pas craindre d'attribuer aujourd'hui1 en partie1 au dfaut habituel d'accomplissement de cette indispensable condition1 le peu de rationnalit1 de rigueur1 et de liaison que les bons esprits remarquent si pniblement dans la plupart des travaux chimiques4 ,il est vident1 nanmoins1 afin de prvenir ici toute exagration1 que l'ducation mathmatique des chimistes n'a pas besoin d'tre aussi tendue1 dans ses dtails1 que celle convenable aux physiciens1 puisqu'elle n'est point destine leur fournir1 comme ceux-ci1 un secours direct et d'un usage journalier1 mais seulement les pntrer assez de l'esprit gomtrique pour que leur intelligence soit convenablement prpare l'tude rationnelle de la nature4 ,quant l'astronomie1 la subordination directe de la chimie envers elle1 sous le rapport de la mthode1 est d'une importance tout aussi grande1 et encore plus sensible1 d'aprs la proprit fondamentale que nous avons reconnue la science cleste de constituer ncessairement le type le plus parfait de l'tude de la nature4 ,la salutaire influence d'un tel modle doit devenir1 en gnral1 d'autant plus indispensable1 que la complication croissante des phnomnes tend davantage faire perdre de vue le vritable esprit de la philosophie naturelle4 ,c'est seulement par une semblable tude prliminaire1 que les chimistes1 sentant vivement l'inanit radicale des explications mtaphysiques dont leur doctrine est encore habituellement vicie1 pourront acqurir enfin un sentiment profond et efficace du vrai caractre propre la science chimique1 et du genre de perfection que comporte la nature de ses phnomnes4 ,sous ce rapport philosophique1 la physique elle-mme1 en vertu de sa moindre perfection ncessaire1 ne saurait jamais avoir1 pour les chimistes1 autant d'utilit que l'astronomie1 malgr ses relations bien plus intimes et plus tendues4 ,aujourd'hui surtout1 o la mthode1 en physique1 est encore1 plusieurs gards1 comme nous l'avons reconnu1 radicalement dfectueuse1 l'imitation exclusive d'un modle aussi incomplet tend dvelopper1 sans doute1 d'une manire beaucoup moins satisfaisante1 la saine philosophie chimique4 ,telles sont1 en aperu1 soit pour la doctrine1 soit pour la mthode1 les relations gnrales de la chimie avec les sciences fondamentales qui la prcdent dans notre hirarchie encyclopdique4 ,il serait superflu de considrer formellement ici sa liaison ncessaire avec les sciences qui la suivent1 et surtout avec la physiologie1 qui vient immdiatement aprs elle4 ,cet examen aura naturellement sa place spciale dans la seconde partie de ce volume4 ,nous devons nous borner1 en ce moment1 concevoir1 d'une manire nette mais gnrale1 que toute saine physiologie s'appuie ncessairement sur la chimie1 soit comme point de dpart1 soit comme principal moyen d'investigation4 ,en sparant1 autant que possible1 les phnomnes de la vie proprement dite1 de ceux de l'animalit1 il est clair que les premiers1 dans le double mouvement intestin qui les constitue1 sont1 par leur nature1 essentiellement chimiques4 ,les combinaisons et les dcompositions qu'on y observe prsentent1 sans doute1 en vertu de l'organisation1 des caractres qui leur sont exclusivement propres3 mais1 malgr ces importantes modifications1 elles n'en doivent pas moins tre ncessairement subordonnes aux lois gnrales des effets chimiques4 ,mme en considrant l'tude des corps vivans sous le simple point de vue statique1 la chimie y est aussi d'un usage videmment indispensable1 en ce qu'elle fournit les moyens les plus certains de distinguer exactement entre eux les divers lmens anatomiques d'un organisme quelconque4 ,nous reconnatrons1 en dernier lieu1 dans le volume suivant1 que la nouvelle science fondamentale1 que je prsente aux vrais philosophes1 sous le nom de physique sociale1 comme devant constituer l'indispensable complment du systme rationnel de la philosophie naturelle1 est1 pareillement1 subordonne par son objet la science chimique4 ,elle en dpend1 d'abord1 videmment1 d'une manire ncessaire1 quoique indirecte1 par sa relation immdiate et manifeste avec la physiologie4 ,mais1 en outre1 les phnomnes sociaux tant les plus compliqus et les plus particuliers de tous1 leurs lois sont invitablement subordonnes1 par cela mme1 celles de tous les ordres prcdens1 dont chacun y manifeste1 plus ou moins explicitement1 son influence propre4 ,quant aux lois chimiques surtout1 il est vident que1 dans l'ensemble des conditions d'existence de la socit humaine1 sont comprises plusieurs harmonies chimiques essentielles1 entre l'homme et les circonstances extrieures fondamentales dont il subit l'empire absolu4 ,la rupture de ces diverses harmonies1 ou seulement leur perturbation un peu profonde1 soit quant la composition du milieu atmosphrique1 ou des eaux1 ou des terrains1 etc41 ne permettrait plus de concevoir rationnellement le dveloppement social1 mme en supposant un dsordre assez restreint pour que l'existence individuelle ft maintenue4 ,la position encyclopdique de la chimie1 ainsi exactement vrifie sous tous les rapports essentiels1 conduit naturellement fixer aussitt le degr proportionnel de perfection gnrale que comporte cette science fondamentale1 compare aux autres1 d'aprs le principe philosophique tabli ce sujet dans ma thorie prliminaire de la classification des sciences 7voyez la deuxime leon74 ,chacun peut1 en effet1 constater aisment1 par un examen direct1 que1 conformment ce principe1 et sous le double aspect de la mthode ou de la doctrine1 le degr de perfection de la chimie est infrieur celui de la physique et suprieur celui de la physiologie4 ,nous devons surtout1 par le motif ci-dessus indiqu1 nous attacher ici la premire comparaison4 ,quant la mthode1 malgr les imperfections radicales que j'ai d svrement signaler dans la manire de procder de la physique actuelle1 la philosophie physique est1 nanmoins1 sans aucun doute1 beaucoup plus rapproche aujourd'hui que la philosophie chimique de l'tat pleinement positif4 ,si1 relativement la thorie des hypothses1 la premire prsente rellement encore un caractre quasi-mtaphysique1 il n'y a aucune exagration dire que l'esprit de la seconde est jusqu'ici1 quelques gards1 essentiellement mtaphysique1 par suite de son dveloppement plus difficile et plus tardif4 ,la doctrine des affinits1 jusqu' prsent prpondrante et classique1 quoique son empire s'affaiblisse rapidement1 est1 ce me semble1 d'une nature encore plus ontologique que celle des fluides et des thers imaginaires4 ,si le fluide lectrique et l'ther lumineux1 comme je l'ai tabli1 ne sont rellement autre chose que des entits matrialises1 les affinits vulgaires ne sont-elles pas1 au fond1 des entits compltement pures1 aussi vagues et indtermines que celles de la philosophie scolastique du moyen ge8 ,les prtendues solutions qu'on a coutume d'en dduire prsentent videmment le caractre essentiel des explications mtaphysiques1 la simple et nave reproduction1 en termes abstraits1 de l'nonc mme du phnomne4 ,le dveloppement acclr des observations chimiques1 depuis un demi-sicle1 qui1 sans doute1 doit bientt irrvocablement discrditer une aussi vaine philosophie1 n'a fait jusqu'ici que la modifier1 de manire dvoiler1 avec une plus clatante vidence1 sa nullit radicale4 ,quand les affinits taient regardes comme absolues et invariables1 leur emploi1 pour l'explication des phnomnes1 quoique toujours ncessairement illusoire1 prsentait1 du moins1 une apparence plus imposante4 ,mais1 depuis que les faits ont forc de concevoir1 au contraire1 les affinits comme minemment variables d'aprs une foule de circonstances diverses1 leur usage n'a pu se prolonger sans devenir aussitt1 par ce seul changement1 d'une inanit plus manifeste et presque purile4 ,ainsi1 par exemple1 pour fixer les ides1 on sait1 ds long-temps1 que1 une certaine temprature1 le fer dcompose l'eau1 ou protoxide d'hydrogne2 et1 nanmoins1 on a reconnu ensuite que1 sous la seule influence d'une plus haute temprature1 l'hydrogne1 son tour1 dcompose l'oxide de fer3 que peut signifier1 ds lors1 l'ordre quelconque d'affinit qu'on croira devoir tablir entre le fer et l'hydrogne envers l'oxigne8 ,si1 comme on y est conduit1 on fait varier cet ordre avec la temprature1 la nature purement verbale de cette explication prtendue pourrait-elle tre dsormais conteste8 ,or1 la chimie actuelle offre un grand nombre de ces rapprochemens1 contradictoires en apparence1 indpendamment de la longue srie de considrations aussi dcisives qui ont fait rejeter les affinits absolues1 les seules pourtant qui devaient sembler prsenter quelque consistance scientifique4 ,l'empire de l'ducation1 et1 surtout1 l'tat correspondant du dveloppement gnral de l'humanit1 dominent tellement la marche individuelle des esprits mme les plus minens1 que le gnie le plus profondment philosophique dont la chimie puisse s'honorer jusque ici1 le grand ,berthollet1 dans l'immortel ouvrage#g o il a si victorieusement renvers l'ancienne doctrine des affinits invariables ou lectives1 ne peut lui-mme achever de se soustraire compltement aux habitudes 7alors il est vrai1 si prpondrantes7 d'ontologie chimique1 et maintient1 pour l'explication journalire des phnomnes1 l'usage presque arbitraire des vaines conceptions d'affinit1 rendues encore plus vagues par les modifications mmes qu'il a d leur faire subir4 ,pour constater1 d'une manire irrcusable1 combien1 mme aujourd'hui1 ces habitudes sont encore1 certains gards1 profondment enracines1 il suffit de signaler ici l'trange et absurde doctrine de l'affinit prdisposante1 dont l'usage est1 jusque ici1 rest classique1 comme l'indiquent les traits les plus rcens et les plus plus justement estims1 entre autres le grand et important ouvrage du plus rationnel des chimistes actuels1 l'illustre ,m4 ,berzlius4 ,lorsque1 par exemple1 l'action de l'acide sulfurique dtermine1 la temprature ordinaire1 la subite dcomposition1 alors impossible sans un tel secours1 de l'eau par le fer1 de faon dgager l'hydrogne1 on attribue communment ce remarquable phnomne l'affinit de l'acide sulfurique pour l'oxide de fer qui tend se former3 et il en est de mme dans une foule de cas analogues4 ,or1 peut-on imaginer rien de plus mtaphysique1 et mme de plus radicalement incomprhensible1 que l'action sympathique d'une substance sur une autre qui n'existe pas encore1 et la formation de celle-ci en vertu de cette mystrieuse affection8#h ,il faut convenir que1 comparativement de telles conceptions1 les tranges fluides des physiciens sont quelque chose de rationnel et de satisfaisant4 ,note #g3 ,le point de dpart de ,berthollet se trouva1 malheureusement1 tre pris dans la physiologie1 c'est--dire dans une science dont la philosophie devait tre naturellement1 et surtout cette poque1 beaucoup plus arrire encore que celle dont il a si noblement consacr sa vie poursuivre le progrs gnral4 ,prpar1 au contraire1 par une ducation mathmatique et astronomique1 un esprit de cette trempe et produit1 sans doute1 mme alors1 des rsultats philosophiques bien plus complets et plus durables4 ,nanmoins1 la ,statique chimique1 beaucoup trop nglige aujourd'hui1 restera1 par son admirable rationnalit1 malgr ses imperfections capitales1 un monument ternel1 et jusqu'ici incomparable1 de la puissance de l'esprit humain pour la systmatisation des ides chimiques4 ,note #h3 ,dans l'exemple que je viens de citer1 on pourrait1 ce me semble1 concevoir que le phnomne est d la solubilit du sulfate de fer1 oppose l'insolubilit de l'oxide correspondant4 ,le fer agit certainement sur l'eau toute temprature2 et l'on peut attribuer la faible action qu'il exerce alors ce que l'oxide insoluble1 mesure qu'il se forme la surface du mtal1 prserve les couches intrieures3 ds lors1 l'acide oprerait1 presque mcaniquement1 une plus vive dcomposition1 en supprimant continuellement cet obstacle4 ,les exprimentateurs dcideraient si une telle explication est rellement admissible1 en faisant varier1 dans une double suite de cas analogues1 soit le mtal1 soit l'acide 7pourvu que leur nergie relative restt peu prs la mme71 pour examiner ensuite si1 en effet1 la solubilit de certains sels permet la dcomposition1 tandis qu'elle serait1 au contraire1 empche par l'insolubilit des autres4 ,des considrations aussi dcisives me semblent minemment propres faire sentir l'importance capitale et pratique du plan gnral que j'ai indiqu ci-dessus1 d'aprs la position de la chimie dans ma hirarchie scientifique1 pour l'ducation rationnelle des chimistes1 fonde sur une tude prliminaire1 suffisamment approfondie1 de la philosophie mathmatique1 ensuite de la philosophie astronomique1 et enfin de la physique4 ,on ne saurait mconnatre1 en scrutant philosophiquement ce sujet1 que toute cette doctrine des affinits n'est rellement1 dans son esprit originaire1 qu'une tentative1 ncessairement vaine1 pour concevoir la nature intime des phnomnes chimiques1 aussi radicalement inaccessible que les essences analogues qu'on cherchait autrefois1 par des procds semblables1 envers les phnomnes plus simples4 ,le dveloppement plus rapide de l'esprit humain en astronomie et en physique1 y a dj fait exclure jamais ces recherches chimriques1 qui doivent donc aussi1 plus forte raison1 tre finalement rejetes des parties plus compliques de la philosophie naturelle4 ,or1 comment les chimistes raliseraient-ils1 dans leur science1 cette puration fondamentale1 si1 d'abord1 ils n'ont tudi son accomplissement l'gard des sciences antrieures et plus simples1 qui peuvent seules leur en donner une juste ide8 ,l'intelligence pourrait-elle devenir compltement positive en chimie1 tout en demeurant demi mtaphysique en astronomie ou en physique8 ,l'individu ne doit-il pas1 cet gard1 suivre ncessairement la mme marche gnrale qu'a suivie l'espce dans son passage graduel l'tat positif8 ,la vraie science consiste1 en tout genre1 dans les relations exactes tablies entre les faits observs1 afin de dduire1 du moindre nombre possible de phnomnes fondamentaux1 la suite la plus tendue de phnomnes secondaires1 en renonant absolument la vaine enqute des causes et des essences4 ,tel est l'esprit qu'il s'agit aujourd'hui de rendre enfin compltement prpondrant dans la chimie1 et devant lequel se dissipera pour toujours la doctrine mtaphysique des affinits4 ,or1 les chimistes pourraient-ils se pntrer convenablement d'un telle manire de philosopher1 si ce n'est par l'tude des seules sciences o elle soit encore pleinement dveloppe8#i ,note #i3 ,sous ce rapport essentiel1 l'ducation ordinaire des chimistes anciens avait certainement1 pour leur poque2 un caractre plus rationnel que celle des chimistes actuels1 en ce que1 du moins1 elle dveloppait en eux1 quoique sur des bases chimriques1 le sentiment habituel des relations fondamentales de la chimie avec l'ensemble des autres sciences1 et1 spcialement1 avec l'astronomie1 d'une part1 et1 en sens inverse1 avec l'tude des corps vivans4 ,le rapide et immense dveloppement des diffrentes sciences1 depuis leur passage l'tat positif1 a rendu1 sans doute1 une telle condition pralable beaucoup plus difficile remplir pour les diverses classes des savans2 mais elle n'est nullement impraticable1 pourvu que le degr prcis de spcialit de chaque tude prliminaire soit toujours judicieusement proportionn la destination d'une semblable ducation4 ,car1 il est ais de remarquer1 d'aprs les principes de hirarchie scientifique tablis dans ce trait1 que1 plus ces prparations successives se multiplient1 par la complication croissante des phnomnes1 moins chacune d'elles a besoin d'tre dveloppe1 vu la moindre tendue des relations mesure que les catgories des phnomnes sont plus distantes4 ,l'esprit et la marche de nos enseignemens scientifiques actuels ne peuvent donner aucune ide juste de ce systme philosophique d'ducation rationnelle pour les savans4 ,l'infriorit si bien constate de la chimie envers la physique1 sous le point de vue de la mthode et de l'esprit philosophique1 explique immdiatement son imperfection relative1 encore plus vidente1 quant la science effective1 sans qu'il soit ncessaire d'entreprendre1 ce sujet1 aucune comparaison spciale4 ,j'ai suffisamment tabli1 en commenant ce discours1 quel doit tre1 en gnral1 le vritable but scientifique de la chimie1 prcis par une formule exacte3 chacun peut lui confronter aisment l'tat actuel de la science1 et reconnatre aussitt qu'il en est une immense distance1 beaucoup plus prononce que celle 7dj si grande nanmoins1 plusieurs gards7 qui correspond la physique4 ,les faits chimiques sont1 aujourd'hui1 essentiellement incohrens1 ou1 du moins1 faiblement coordonns par un petit nombre de relations1 partielles et insuffisantes1 au lieu de ces lois aussi certaines qu'tendues et uniformes dont la physique se glorifie si justement4 ,quant la prvision1 vritable mesure de la perfection de chaque science naturelle1 il est trop vident que si dj elle est bien plus borne1 plus incertaine1 et moins prcise en physique qu'en astronomie1 les thories chimiques actuelles y atteignent beaucoup plus imparfaitement encore3 le plus souvent mme1 l'issue de chaque vnement chimique ne peut tre connue qu'en consultant1 d'une manire spciale1 l'exprience immdiate1 et1 pour ainsi dire quand l'vnement est accompli4 ,quelque imparfaite que soit la chimie1 comme mthode et comme doctrine1 il faut reconnatre1 afin de conserver les proportions1 que1 sous l'un et l'autre point de vue1 elle est1 nanmoins1 par sa nature1 mme aujourd'hui1 trs suprieure la physiologie1 et 7je n'ai pas besoin d'en avertir7 bien davantage la science sociale4 ,outre que1 par la simplicit relative de ses phnomnes1 les faits y sont beaucoup mieux discuts et les investigations plus dcisives1 il y existe1 quoiqu'en trs petit nombre1 quelques vritables thories1 exactement circonscrites1 et susceptibles de fournir1 en certains cas1 des prvisions relles et compltes1 qui sont jusque ici presque toujours impossibles1 si ce n'est d'une manire gnrale1 dans l'tude des corps vivans4 ,je ferai surtout ressortir1 dans une des leons suivantes1 les lois qui concernent les proportions1 et dont la physiologie gnrale ne saurait1 sans doute1 offrir1 en aucune faon1 l'quivalent4 ,du reste1 il ne faut jamais perdre de vue1 en de telles comparaisons1 que1 si le degr de perfection des diverses sciences fondamentales est toujours ncessairement ingal par la complication graduelle de leurs phnomnes1 son importance notre gard diminue suivant la mme rgle par une autre consquence du mme principe1 en sorte qu'il peut toujours exister une suffisante harmonie gnrale entre les besoins raisonnables et les moyens effectifs4 ,j'espre1 d'ailleurs1 que de cette svre et consciencieuse apprciation du vritable tat de chaque science1 il rsultera1 pour les bons esprits1 une stimulation la cultiver beaucoup plus qu'une rpugnance l'tudier3 car1 l'activit humaine doit tre1 sans doute1 bien autrement satisfaite en concevant les sciences comme naissantes et par suite1 susceptibles1 d'une manire presque indfinie1 de progrs larges et varis 7ainsi que toutes le sont rellement plus ou moins71 au lieu de les supposer parfaites1 et1 en consquence1 essentiellement immobiles1 si ce n'est dans leurs dveloppemens secondaires4 ,en traitant ainsi de la position encyclopdique de la chimie1 j'ai fait suffisamment ressortir l'importance capitale d'une telle science dans le systme gnral de la philosophie naturelle1 et son indispensable ncessit pour l'tude rationnelle des sciences plus compliques4 ,il me reste maintenant signaler1 d'une manire sommaire1 ses proprits philosophiques les plus leves1 relatives son action directe sur l'ducation fondamentale de la raison humaine4 cet gard1 et d'abord quant la mthode1 on pourrait dire1 en premier lieu1 que la chimie prsente l'esprit humain de grandes ressources pour tudier1 en gnral1 l'art universel de l'exprimentation4 ,toutefois1 quelle que soit1 sous ce rapport1 la haute utilit philosophique de la chimie1 il faut reconnatre que cette proprit ne lui est point strictement particulire1 et mme1 comme nous l'avons vu1 que la physique1 par sa nature1 est1 en ce genre1 ncessairement suprieure4 ,c'est bien plus l'art d'observer proprement dit1 que celui d'exprimenter1 dont la chimie peut offrir tous les philosophes des leons minemment prcieuses4 ,mais il existe1 dans le systme de la mthode positive1 une partie fort importante1 quoique jusque ici trop peu apprcie1 et que la chimie tait1 ce me semble1 spcialement destine porter au plus haut degr de perfection4 ,il s'agit1 non de la thorie des classifications1 assez mal entendue par les chimistes1 mais de l'art gnral des nomenclatures rationnelles1 qui en est tout--fait indpendant1 et dont la chimie1 par la nature mme de son objet1 doit prsenter de plus parfaits modles qu'aucune autre science fondamentale4 ,on a souvent tent1 surtout depuis la rforme du langage chimique1 et l'on entreprend encore chaque jour des essais plus ou moins judicieux de nomenclature systmatique en anatomie1 en pathologie mme1 et surtout en zoologie4 ,mais1 quelle que soit l'utilit relle de ces estimables efforts1 ils n'ont pas eu encore et ne sauraient jamais avoir un succs comparable celui des illustres nomenclateurs de la chimie1 mme quand ils seraient mieux conus et plus rationnellement dirigs qu'ils n'ont pu l'tre jusqu' prsent2 car la nature des phnomnes s'y oppose invinciblement4 ,ce n'est point1 sans doute1 accidentellement que la nomenclature chimique est si parfaite entre toutes les autres4 mesure que les phnomnes se compliquent davantage2 les objets tant caractriss par des comparaisons la fois plus varies et moins circonscrites1 il devient de plus en plus difficile de les assujettir1 d'une manire suffisamment expressive1 un systme uniforme de dnominations rationnelles1 et pourtant abrges1 propre faciliter rellement la combinaison habituelle des ides4 ,si les organes et les tissus des corps vivans1 ne diffraient entre eux que sous un seul point de vue principal1 si les maladies taient suffisamment dfinies par leur sige1 si les genres ou au moins les familles zoologiques pouvaient tre constamment tablies d'aprs une considration exactement homogne1 on conoit que les sciences correspondantes comporteraient aussitt des nomenclatures systmatiques aussi rationnelles et aussi efficaces que celle de la chimie4 ,mais1 en ralit1 la profonde diversit des aspects multiples1 presque jamais susceptibles d'tre coordonns sous un chef unique1 rend videmment un tel perfectionnement la fois trs difficile et peu avantageux4 ,parmi les sciences o l'immense multitude des sujets considrs excite spontanment la formation des nomenclatures spciales1 la chimie est la seule o1 par sa nature1 les phnomnes soient assez simples1 assez uniformes1 et en mme temps1 assez dtermins1 pour que la nomenclature rationnelle puisse tre la fois claire1 rapide et complte1 de faon contribuer profondment au progrs gnral de la science4 ,toutes les considrations chimiques sont ncessairement domines1 d'une manire directe et incontestable1 par une seule notion prpondrante1 celle de la composition3 le but propre de la science1 comme je l'ai tabli1 est prcisment de tout rallier ce caractre suprme4 ,ainsi1 le nom systmatique de chaque corps1 en faisant directement connatre sa composition1 peut aisment indiquer1 d'abord1 un juste aperu gnral1 et ensuite1 un rsum fidle quoique concis1 de l'ensemble de son histoire chimique2 et1 par la nature mme de la science1 plus elle fera de progrs vers sa destination fondamentale1 plus cette double proprit de sa nomenclature devra invitablement se dvelopper4 ,d'un autre ct1 le dualisme tant en chimie la constitution la plus commune1 et surtout la plus essentielle1 celle laquelle il est naturel que la science tende de plus en plus ramener1 autant que possible1 tous les autres modes de composition1 on conoit que l'ensemble des conditions du problme ne saurait tre plus favorable la formation d'une nomenclature rapide et nanmoins suffisamment expressive4 ,aussi la chimie a-t-elle prsent1 pour ainsi dire de tout temps1 un systme de nomenclature plus ou moins grossier1 quoique d'ailleurs nullement comparable celui si heureusement fond par l'illustre ,guyton-,morveau4 ,les proprits fondamentales de la nomenclature chimique ne doivent1 sans doute1 comme je l'ai indiqu1 se manifester dans toute leur plnitude que lorsque la science sera plus avance1 puisque la destination principale de cette nomenclature est de faciliter la combinaison gnrale des ides chimiques1 jusqu'ici peu active et peu profonde4 ,mais cet heureux artifice est tellement en harmonie avec la nature de la science chimique1 que1 dans son extrme imperfection actuelle1 il la soutient en quelque sorte1 en supplant provisoirement1 pour ainsi dire1 son dfaut presque absolu de rationnalit vritable4 ,ainsi1 sous cet important point de vue1 la chimie doit tre envisage comme minemment propre dvelopper1 de la manire la plus spciale1 l'un de ces moyens fondamentaux1 en si petit nombre1 dont l'ensemble constitue le pouvoir gnral de l'esprit humain4 ,quoique j'aie d m'attacher faire hautement ressortir les causes principales de l'vidente supriorit qui rsulte cet gard de la nature mme de la science chimique1 il est incontestable que si1 dans les sciences plus compliques1 les systmes de nomenclature rationnelle doivent tre ncessairement plus difficiles tablir et moins efficaces employer1 leur formation y prsente cependant un vritable et puissant intrt4 ,j'ai seulement voulu mettre hors de doute1 ce sujet1 l'indispensable ncessit1 pour une classe quelconque de philosophes positifs1 de venir puiser1 exclusivement dans la chimie1 les vrais principes et l'esprit gnral de l'art des nomenclatures scientifiques1 conformment cette rgle fondamentale1 dj pratique1 tant d'autres gards1 dans cet ouvrage1 que chaque grand artifice logique doit tre directement tudi dans la partie de la philosophie naturelle qui en offre le dveloppement le plus spontan et le plus complet1 afin de pouvoir tre ensuite appliqu1 avec les modifications convenables1 au perfectionnement des sciences qui en sont moins susceptibles4 ,les hautes proprits philosophiques de la science chimique sont encore plus clatantes et mme plus essentielles1 sous le point de vue de la doctrine1 que relativement la mthode4 ,quelque imparfait que soit jusque ici le systme des connaissances chimiques1 son dveloppement n'en a pas moins dj puissamment contribu l'mancipation gnrale et dfinitive de la raison humaine4 ,le caractre fondamental d'opposition toute philosophie thologique quelconque1 qui est ncessairement plus ou moins inhrent toute science relle1 mme ds sa premire enfance1 se manifeste1 pour les intelligences populaires1 par ces deux proprits gnrales co-relatives de toute philosophie positive3 #a prvision des phnomnes2 #b modification volontaire exerce sur eux4 ,ces deux facults ne sauraient se dvelopper1 sans qu'elles tendent invitablement1 chacune d'une manire distincte1 mais pareillement dcisive1 dtruire radicalement1 dans l'esprit du vulgaire1 toute ide de direction de l'ensemble des vnemens naturels par aucune volont surhumaine4 ,j'ai dj signal1 surtout dans la vingt-huitime leon1 cette double incompatibilit ncessaire4 ,j'ai aussi indiqu1 ds lors1 ce sujet1 un nouveau thorme philosophique trs important1 qui est minemment applicable la science chimique4 ,il consiste1 sommairement1 en ce que1 plus la facult de prvoir diminue1 par la complication croissante des phnomnes1 plus la facult de modifier augmente1 par la varit des moyens d'action qui rsulte de cette complication mme2 de telle sorte que cette influence anti-thologique propre chaque branche fondamentale de la philosophie naturelle est toujours peu prs galement infaillible1 soit par une voie1 soit par l'autre4 ,j'ai dj1 ce me semble1 presque surabondamment prouv1 dans tout le cours de cet ouvrage1 que notre prvision devient plus borne1 moins prcise1 et mme plus incertaine1 mesure que les phnomnes se compliquent davantage4 ,quant au second aspect de la proposition1 il n'est pas moins incontestable4 ,car1 en principe1 la plus grande complication des phnomnes ne tient qu' ce que leur acomplissement exige le concours d'un ensemble plus tendu de conditions htrognes1 dont chacune tant1 son tour1 ou suspendue1 ou altre1 ou seulement mme transpose1 doit fournir d'autant plus de ressources1 pour modifier1 entre certaines limites1 le rsultat final du conflit1 qu'il dpend d'un plus grand nombre d'lmens divers4 ,la considration successive de nos cinq catgories essentielles des phnomnes naturels vrifie clairement cette loi invitable4 ,ainsi1 les vnemens astronomiques1 que nous prvoyons de si loin avec une si admirable exactitude1 ne sauraient tre1 videmment1 le sujet d'aucune espce de modification volontaire1 prcisment parce qu'ils ne dpendent que d'un seul principe fondamental3 tout ce que nous pouvons leur gard1 c'est1 au contraire1 de nous modifier1 jusqu' un certain point1 nous-mmes relativement eux1 d'aprs cette prvoyance suffisamment anticipe2 du reste1 ils nous dominent absolument4 ,mais1 partir des vnemens physiques1 la suspension1 l'altration du phnomne1 sa suppression mme en plus d'une circonstance1 en un mot1 les diffrentes sortes de modifications deviennent possibles1 et de plus en plus tendues1 en suivant notre hirarchie fondamentale1 jusqu'aux phnomnes physiologiques1 et mme jusqu'aux vnemens sociaux1 qui1 de tous1 sont1 en effet1 les plus minemment modifiables1 comme l'exprience universelle le confirme4 ,en nous bornant ici aux vnemens chimiques1 on voit que le pouvoir de l'homme leur gard est1 par leur nature1 beaucoup plus prononc encore qu'envers les effets physiques4 ,cela est tellement vident1 que1 dans l'innombrable multitude des phnomnes chimiques considrs aujourd'hui1 la plupart doivent certainement leur existence l'intervention humaine1 qui a pu seule constituer l'ensemble si complexe des circonstances indispensables leur production4 ,on doit mme remarquer1 ce sujet1 que1 si les phnomnes des deux catgories suivantes sont encore plus modifiables1 sans doute1 que les phnomnes chimiques1 ceux-ci occupent nanmoins1 sous ce rapport1 le premier rang1 lorsque1 au lieu d'envisager abstraitement toutes les modifications excutables1 on se borne considrer celles qui sont susceptibles d'une haute utilit relle pour l'amlioration de la condition humaine4 ,c'est par ce motif que1 dans le systme gnral de l'action de l'homme sur la nature1 la chimie doit tre conue comme la principale source du pouvoir1 quoique toutes les sciences fondamentales y participent plus ou moins4 ,ainsi1 le libre et plein dveloppement de la puissance humaine dans l'ordre des effets chimiques1 doit compenser ncessairement l'infriorit relative de la chimie en prvoyance rationnelle1 pour constater irrsistiblement1 envers les esprits les plus vulgaires1 que cette classe de phnomnes1 comme toute autre1 ne saurait tre rgie par aucune volont providentielle quelconque4 ,mais1 en outre1 je crois convenable d'indiquer ici une autre voie1 encore plus spciale1 et non moins efficace peut-tre1 par laquelle la chimie est destine contribuer l'affranchissement irrvocable du gnie humain de toute tutelle thologique ou mtaphysique1 en rectifiant1 d'une manire irrcusable1 sous plusieurs rapports fondamentaux1 le systme des notions primitives sur l'conomie gnrale de la nature terrestre4 ,quoique1 depuis l'cole d',aristote1 les philosophes aient d toujours penser que les mmes substances lmentaires se reproduisaient essentiellement dans l'ensemble de toutes les grandes oprations naturelles1 malgr leur indpendance apparente1 cependant l'entire impossibilit de raliser ce vague aperu mtaphysique devait ncessairement maintenir l'empire universel du dogme thologique des destructions et crations absolues1 jusqu' la grande poque de cet admirable dveloppement du gnie chimique1 qui forme le principal caractre scientifique du dernier quart du sicle prcdent4 ,en effet1 tant qu'on ne pouvait avoir aucun gard ni aux matriaux ni aux produits gazeux1 un grand nombre de phnomnes remarquables devaient invitablement inspirer l'ide d'anantissement ou de production relle de matire dans le systme gnral de la nature4 ,il a fallu1 avant tout1 la dcomposition de l'air et de l'eau1 et ensuite l'analyse lmentaire des substances vgtales et animales1 et1 peut-tre mme1 le complment1 un peu plus tardif1 d'un tel ensemble1 par l'analyse des alcalis proprement dits et des terres1 pour tablir1 d'une manire entirement irrcusable1 le principe fondamental de la perptuit ncessairement indfinie de toute matire1 et pour tendre remplacer irrvocablement1 dans l'universalit des esprits1 les ides thologiques de destruction et de cration1 par les notions positives de dcomposition et recomposition4 l'gard des phnomnes vitaux surtout1 non-seulement la connaissance des lmens dont la substance des corps vivans est forme1 mais1 en outre1 l'ensemble de l'examen chimique de leurs principales fonctions1 quelque grossier qu'il soit encore1 ont d jeter1 tous les yeux1 le plus grand jour sur la conception gnrale de l'conomie de la nature vivante1 en dmontrant qu'il ne peut exister de matire organique radicalement htrogne la matire inorganique1 et que les transformations vitales sont subordonnes1 comme toutes les autres1 aux lois universelles des phnomnes chimiques4 ,l'analyse chimique me parat avoir rempli1 sous ce rapport1 sa fonction la plus essentielle2 dsormais1 c'est par la voie1 plus difficile1 mais plus lumineuse1 de la synthse que la chimie doit surtout complter1 comme l'indiquent dj quelques heureux essais#aj1 ce vaste et bel ensemble de dmonstrations par lequel elle a si puissamment concouru la grande rvolution philosophique de l'humanit4 ,note #aj3 ,on doit principalement remarquer ce sujet la belle exprience de ,m4 ,whoeler sur la recomposition de l'ure4 ,aprs avoir suffisamment caractris1 par les diverses parties de ce discours1 toutes les considrations fondamentales relatives l'ensemble de la philosophie chimique1 il me reste1 enfin1 l'envisager trs sommairement sous son dernier aspect essentiel1 quant au principe de division rationnelle propre la science chimique4 ,cette science est sans doute1 jusque ici1 trop rapproche de son berceau1 pour que sa division dfinitive et la vraie coordination de ses parties principales aient pu encore se manifester spontanment1 d'une manire non quivoque4 ,on s'y est1 jusqu' prsent1 beaucoup plus occup 7et1 certains gards1 avec juste raison7 de multiplier les observations exactes et compltes1 plutt que de les classer suivant leurs relations systmatiques4 ,mais1 outre ce dveloppement trop rcent1 la nature de la science a d aussi contribuer retarder la marche de ce dernier lment propre la constitution philosophique d'une science quelconque1 en vertu de cette grande homognit gnrale qui caractrise les phnomnes chimiques1 dont les vraies diffrences essentielles sont bien moins profondes1 et1 par suite1 moins tranches1 que dans aucune autre science fondamentale4 ,en astronomie1 la division principale de ses phnomnes en gomtriques et mcaniques1 et la subordination ncessaire de ceux-ci aux premiers1 sont trop naturelles et trop videntes pour tre jamais le sujet d'aucune controverse importante4 ,quant la physique1 qui constitue1 pour ainsi dire1 un ensemble de diverses sciences presque isoles1 bien plus qu'une science vraiment unique1 la division ne saurait videmment tre plus spontanment indique3 il ne peut y avoir quelque hsitation relle1 et toutefois peu importante1 que sur la classification4 ,dans la seconde partie de ce volume1 nous constaterons clairement que la science vitale prsente peu prs le mme rsultat1 quoique par une cause trs diffrente1 en vertu de la diversit si marque de ses principaux aspects gnraux1 malgr l'intime connexit naturelle de toutes ses branches4 ,mais1 la chimie doit offrir1 cet gard1 des conditions moins favorables1 les distinctions n'y tant1 par sa nature1 gure plus prononces qu'elles ne le sont dans l'tendue d'une mme branche bien caractrise de la physique1 en thermologie1 par exemple1 et surtout en lectrologie4 ,l'imperfection et le peu d'importance de sa division actuelle sont donc aisment explicables4 ,toutefois1 les symptmes prcurseurs de l'tablissement prochain d'une discussion capitale sur ce sujet fondamental commencent dj1 ce me semble1 se manifester sans quivoque4 ,car la plupart des chimistes distingus paraissent aujourd'hui plus ou moins mcontens de la division provisoire qui a d servir jusqu' prsent de guide leurs travaux4 ,il est clair1 en effet1 que la division gnrale de la chimie1 en inorganique et organique1 ne peut nullement tre conserve1 cause de son irrationnalit vidente4 ,on ne saurait1 sans doute1 admettre1 en principe1 que1 dans la chimie abstraite1 les combinaisons puissent tre classes d'aprs leur origine3 cela serait1 tout au plus1 convenable en histoire naturelle4 ,le dveloppement des recherches chimiques tend montrer clairement la nullit radicale d'une telle division1 puisque la premire partie empite continuellement sur la seconde1 qui serait dj presque tout--fait absorbe1 si elle n'et1 en partie1 rpar ses pertes1 en s'alimentant1 son tour1 aux dpens de la physiologie4 ,en un mot1 ce qu'on nomme aujourd'hui la chimie organique prsente un caractre scientifique essentiellement btard1 moiti chimique1 moiti physiologique1 et qui n'est franchement ni l'un ni l'autre1 comme je l'tablirai1 d'une manire directe1 dans la trente-neuvime leon4 ,cette division ne peut pas mme tre maintenue en grande partie sous une autre forme1 comme effectivement quivalente la distinction gnrale entre les cas chimiques caractriss par le dualisme et ceux o il n'existe pas4 ,car si les combinaisons inorganiques sont presque toujours binaires1 on en connat nanmoins de ternaires1 et mme de quaternaires2 tandis que1 en sens inverse1 il est encore plus frquent de rencontrer1 dans les combinaisons dites organiques1 un vritable dualisme1 que le progrs naturel de la chimie me semble d'ailleurs devoir tendre de plus en plus gnraliser autant que possible4 ,d'aprs le but final propre la science chimique1 tel qu'il a t expressment formul1 de la manire la plus rigoureuse1 au commencement de ce discours1 le principe fondamental de la division rationnelle1 qui peut seule tre en harmonie relle et durable avec la nature des tudes chimiques1 ne saurait1 videmment1 tre cherch ailleurs que dans l'ordre des ides gnrales directement relatives la composition et la dcomposition4 ,or1 en appliquant ici la rgle encyclopdique invariablement tablie dans ce trait1 de suivre toujours la complication graduelle des phnomnes1 on voit que cet ordre d'ides ne peut logiquement donner lieu qu' ces deux motifs essentiels de distinctions chimiques principales3 #a la pluralit croissante des principes constituans 7d'ailleurs mdiats ou immdiats71 selon que les combinaisons sont ou binaires1 ou ternaires1 etc42 #b le degr de composition plus ou moins lev des principes immdiats1 dont chacun1 dans le cas1 par exemple1 d'un dualisme continuel1 peut tre dcomposable1 un plus ou moins grand nombre de fois conscutives1 en deux autres4 ,quoique ces deux points de vue soient chacun d'une importance majeure1 la division rationnelle de la chimie ne peut tre organise tant qu'on n'aura point irrvocablement dcid lequel doit tre rellement choisi comme prpondrant1 et lequel comme secondaire4 ,sans que ce soit ici le lieu de traiter1 d'une manire convenable1 cette nouvelle et importante question spciale de haute philosophie chimique1 que je dois1 dans cette leon1 me contenter d'avoir nettement pose1 peut-tre sera-t-il utile d'indiquer1 ds ce moment1 que je la regarde comme rsolue1 et que1 mes yeux1 la considration du degr de composition est videmment suprieure celle de la multiplicit des principes1 en ce qu'elle affecte plus profondment le but et l'esprit de la science chimique1 tels que je les ai soigneusement caractriss dans ce discours4 ,au reste1 de quelque manire que les chimistes prononcent dfinitivement sur cette opinion1 il faut remarquer1 en dernier lieu1 que les deux classifications gnrales1 dtermines par la prpondrance de l'un ou de l'autre motif1 quoique devant tre1 sans doute1 parfaitement distinctes1 diffrent cependant beaucoup moins qu'on ne serait d'abord tent de le supposer3 car1 elles concourent ncessairement1 soit dans le cas prliminaire1 soit dans le cas final1 et divergent seulement dans les parties intermdiaires4 ,telles sont les principales considrations philosophiques que je devais indiquer dans ce discours sur la nature et l'esprit de la science chimique1 sur les moyens fondamentaux d'investigation qui lui sont propres1 sur sa vraie position encyclopdique1 sur le genre et le degr de perfection dont elle est1 en gnral1 susceptible1 sur les hautes proprits philosophiques qui la caractrisent sous le double point de vue de la mthode et de la doctrine1 et1 enfin1 sur le mode de division rationnelle qui lui convient4 ,pour complter un tel examen1 je dois maintenant passer1 dans les quatre leons suivantes1 l'apprciation plus spciale et plus directe du petit nombre de doctrines essentielles qu'ait prsentes jusqu'ici le dveloppement spontan de la philosophie chimique4 ,chacun sait que1 par la nature de cet ouvrage1 on ne peut1 videmment1 chercher ici aucun trait de chimie1 quelque sommaire qu'on voult le concevoir3 il faut1 ncessairement1 au contraire1 que je suppose au lecteur une connaissance approfondie des principaux phnomnes chimiques1 sans laquelle il ne pourrait1 non-seulement juger mes ides1 mais les comprendre4 ,on doit en outre considrer qu'il ne s'agit pas mme d'un trait spcial de philosophie chimique1 mais seulement d'un systme de considrations fondamentales ce sujet1 formant une simple partie d'un trait gnral de philosophie positive1 et dont l'extension doit1 par consquent1 conserver une certaine harmonie avec celle des autres parties constituantes4 ,or1 d'aprs cette obligation1 le degr de dveloppement accord1 dans cet ouvrage1 l'examen philosophique de chaque science fondamentale1 ne saurait tre exclusivement dtermin par son importance propre1 ni par la multitude de faits intressans qu'elle embrasse2 il dpend ncessairement aussi1 en grande partie1 de sa perfection relative4 ,aucun lecteur judicieux ne peut esprer que la philosophie chimique1 surtout dans son tat actuel1 soit ici l'objet d'un examen aussi dvelopp1 ni mme aussi satisfaisant1 qu'a pu l'tre celui de la philosophie astronomique1 par exemple1 dont l'admirable perfection m'a permis une analyse mthodique1 la fois claire et complte1 quoique sommaire1 comme l'exigeait ce type immuable de la philosophie naturelle4 ,,trente-,,sixi,,me ,,le,,on4 ,considrations gnrales sur la chimie proprement dite ou inorganique4 ,quels que soient les principes de division et de classification que l'on croie devoir prfrer dans le systme gnral des tudes chimiques1 on commencera toujours1 invitablement1 par considrer d'abord l'histoire successive et continue de tous les diffrens corps simples4 ,cette ncessit est particulirement vidente1 d'aprs la conception expose dans la leon prcdente sur le but et l'esprit de la science chimique4 ,au reste1 presque tous les chimistes sont1 aujourd'hui1 essentiellement d'accord ce sujet1 et prsentent une telle tude comme la partie prliminaire et fondamentale de leurs divers systmes de chimie4 ,on doit1 nanmoins1 remarquer1 cet gard1 une exception trs intressante1 dans le plan adopt par ,m4 ,chevreul4 ,cet habile chimiste fait suivre immdiatement l'tude de chaque lment de celle de toutes les combinaisons1 soit binaires1 soit ternaires1 etc41 qu'il peut former avec ceux jusque alors examins1 en se bornant1 toutefois1 aux composs du premier ordre4 ,un tel plan doit procurer1 sans doute1 le grand avantage que les corps simples sont alors1 en gnral1 bien plus compltement connus1 ds l'origine1 qu'ils ne peuvent l'tre d'aprs la marche ordinaire1 qui disperse1 pour ainsi dire1 dans toutes les diverses parties de la science1 les plus importantes proprits chimiques de chacun d'eux4 ,mais1 outre que1 malgr ce changement1 l'histoire d'un lment quelconque resterait encore ncessairement plus ou moins incomplte1 except celle du dernier1 on tablirait ainsi une ingalit trs prononce1 et surtout essentiellement factice1 entre les tudes chimiques des diffrentes substances lmentaires#aa4 ,note #aa3 ,la tentative de ,m4 ,chevreul se distingue1 d'ailleurs1 dans son excution rigoureuse1 par une innovation trs rationnelle1 et qui indique un sentiment profond de la vraie philosophie chimique3 c'est d'avoir cart1 pour la premire fois1 dans l'tude systmatique des divers composs1 toute considration de leur origine1 organique ou inorganique4 ,l'heureuse proposition de cette importante rforme se trouve ainsi tre d'autant plus dcisive qu'elle vient de celui de tous les chimistes actuels qui a le plus et le mieux cultiv ce qu'on nomme la chimie organique4 ,quelque plan qu'on puisse adopter1 comme1 en ralit1 chaque corps1 simple ou compos1 agit ordinairement1 un degr quelconque1 sur presque tous les autres1 l'inconvnient didactique qu'a voulu surtout prvenir ,m4 ,chevreul me parat rigoureusement invitable1 d'aprs la nature mme de la science chimique4 ,il faut1 ce me semble1 reconnatre qu'aucune histoire chimique ne saurait tre vraiment complte dans une premire tude de l'ensemble de la chimie1 dirige suivant un plan quelconque3 elle ne peut le devenir que quand1 cet enseignement provisoire1 on fait rgulirement succder une rvision dfinitive1 qui permet de prendre alors en pleine considration la srie entire des phnomnes relatifs chaque substance4 ,du reste1 il n'y a pas de science pour l'tude rationnelle de laquelle1 par des motifs essentiellement analogues1 ce systme d'un double enseignement ne ft1 en gnral1 trs avantageux1 s'il tait judicieusement appliqu4 ,son adoption habituelle pour la chimie offre peut-tre le seul moyen efficace de terminer1 d'une manire irrvocable1 toute controverse sur le sujet que nous considrons1 en dissipant la seule objection essentielle que puisse inspirer la marche ordinaire1 qui1 sans doute1 deviendrait aussitt rigoureusement unanime4 ,il serait alors convenable1 afin d'viter les doubles emplois1 de rduire strictement1 dans le premier enseignement1 l'tude de chaque corps simple la seule exposition des proprits caractristiques qui le distinguent suffisamment de tout autre4 ,une telle discussion n'a1 d'ailleurs1 d'intrt1 ni mme de ralit1 que sous le simple point de vue didactique1 qui1 malgr son importance1 ne saurait affecter que d'une manire indirecte et secondaire l'esprit gnral de cet ouvrage4 ,car1 dans aucune hypothse1 personne ne conteste que l'tude pralable des diverses substances lmentaires ne soit1 par la nature mme de la science1 le fondement ncessaire du systme rationnel des connaissances chimiques4 ,en vertu du nombre1 dj trs considrable1 et d'ailleurs toujours croissant1 des corps que les chimistes regardent comme simples1 plusieurs philosophes modernes1 qui1 malgr leur minent mrite et leurs connaissances relles1 sont domins par une doctrine et mme par une mthode essentiellement mtaphysiques1 ont pens priori que la plupart de ces substances devaient tre ncessairement les divers composs d'un beaucoup plus petit nombre d'autres4 ,telle est1 aujourd'hui1 en ,allemagne1 l'opinion de presque toute l'cole des naturistes1 et surtout de son illustre chef1 ,m4 ,oken4 ,mais cette vaine hypothse ne peut tre appuye que sur le prtendu principe de l'conomie et de la simplicit ncessaire de la nature1 qui1 outre son caractre extrmement vague1 ne saurait rsister aucune vritable discussion directe1 et dont l'origine1 videmment thologique1 devrait mme suffire aujourd'hui pour le rendre suspect tous les bons esprits4 ,dans ces spculations illusoires1 notre entendement rige1 spontanment1 son insu1 ses dsirs irrflchis en lois ncessaires du monde extrieur1 qui1 en tous genres1 se montre rellement beaucoup plus compliqu qu'il ne conviendrait notre faible intelligence4 ,le seul point de vue raisonnable que puisse offrir un tel principe1 c'est que1 dans la construction de nos systmes philosophiques1 nous devons toujours tendre concevoir la nature sous le plus simple aspect possible1 mais la condition fondamentale de subordonner toutes nos conceptions la ralit des phnomnes1 sous peine de consumer nos forces en de frivoles et fantastiques mditations4 ,or1 ici1 aucune considration vraiment rationnelle ne peut1 sans doute1 nous conduire prsumer d'avance que le nombre des substances lmentaires doive tre effectivement ou trs petit ou trs grand2 l'ensemble de nos explorations chimiques doit seul prononcer ce sujet3 tout ce qu'on peut dire1 c'est que notre intelligence est naturellement dispose prfrer la premire supposition1 et et mme1 encore davantage1 celle qui n'admettrait1 s'il tait possible1 que deux lmens4 ,mais ceux qui se livrent la recherche positive des lois rellement propres aux phnomnes de composition et de dcomposition1 n'en sont pas moins forcs de concevoir comme simples tous les corps qui n'ont pu jusque alors tre dcomposs par aucune voie1 et dont nulle analogie effective ne tend indiquer la composition1 sans prononcer d'ailleurs1 en aucune manire1 que1 par cela mme1 ces substances doivent tre ncessairement rputes jamais indcomposables4 ,telle est1 cet gard1 la rgle incontestable admise maintenant par tous les chimistes1 comme le premier axiome de la saine philosophie chimique4 ,l'aperu primitif de cette rgle1 constate par une premire application capitale1 doit tre attribue ce me semble1 au grand ,aristote1 quoiqu'il n'ait pu1 sans doute1 en concevoir distinctement les vrais motifs rationnels4 ,sa doctrine des quatre lmens1 vulgairement dcrie aujourd'hui avec si peu d'intelligence1 doit tre rellement juge comme la premire tentative du vritable esprit philosophique pour concevoir1 d'une manire gnrale1 la composition intime des corps naturels1 autant que pouvait alors le permettre le dfaut presque absolu de tous modes convenables d'exploration4 ,on ne peut l'apprcier sainement qu'en la comparant aux conceptions antrieures4 ,or1 jusqu' cette mmorable poque1 toutes les coles1 malgr leurs innombrables divergences1 s'accordaient ne reconnatre qu'une seule substance lmentaire1 et ne disputaient entre elles1 cet gard1 que sur le choix du principe4 ,aristote1 le premier1 inspir1 non par un vain clectisme1 incompatible avec son nergique supriorit1 mais par un sentiment profond de l'tude rationnelle de la nature1 termina1 d'une manire irrvocable1 toutes ces striles controverses1 en tablissant la pluralit des lmens4 ,cet immense progrs doit tre regard comme la vritable origine de la science chimique1 qui en effet serait radicalement impossible s'il n'existait qu'un seul lment1 toute ide relle de composition et de dcomposition tant par l aussitt annule4 ,quelles que soient les apparences1 il devait tre1 sans doute1 beaucoup plus difficile l'esprit humain de passer de l'ide absolue de l'unit de principe la conception1 ncessairement relative1 de la pluralit1 que de s'lever ensuite1 par une exploration graduellement perfectionne1 des quatre lmens d',aristote aux cinquante-six corps simples de la chimie actuelle4 ,c'est donc une trange mprise1 chez nos naturistes d'aujourd'hui1 que de vouloir se fortifier de l'autorit d',aristote2 car ce premier pre de la saine philosophie a fait1 pour son temps1 prcisment l'inverse de ce qu'ils tentent pour le leur4 ,l'esprit qui les anime est directement oppos celui qui dirigeait ses sages spculations2 ils veulent simplifier immodrment leur conception de la nature1 sans trop s'inquiter de sa ralit2 ,aristote1 au contraire1 n'hsita point compliquer l'ide abstraite qu'on se formait auparavant de la matire1 uniquement pour la rendre plus relle4 ,pourquoi ,m4 ,oken1 dans sa tendance absolue la simplification1 a-t-il cru devoir s'arrter aux quatre lmens8 ,n'est-ce point l une sorte de moyen terme1 qui maintient1 tout en l'appliquant mal1 notre notion fondamentale de la pluralit des principes8 ,an lieu de rtrograder seulement jusqu'au temps d',aristote1 que ne remontait-il encore un peu plus loin1 jusqu' ,empdocle ou ,hraclite1 etc41 afin d'obtenir tout d'un coup la plus haute simplification possible en recommenant n'admettre qu'un seul principe8 ,car1 on ne saurait trop le remarquer1 les motifs philosophiques qui ont conduit ,aristote la conception de quatre lmens sont essentiellement analogues ceux qui en ont successivement fait reconnatre un nombre beaucoup plus tendu1 du moins en ngligeant les considrations purement mtaphysiques1 propres au gnie de l'poque1 et qui ont pu exercer1 sur l'esprit d',aristote1 une influence spciale1 mais secondaire1 en faveur du nombre qu'il a choisi#ab4 ,note #ab3 ,une telle discussion serait1 sans doute1 peu ncessaire pour les esprits franais1 puissamment garantis1 par les dfauts comme par les qualits caractristiques de notre gnie national1 contre toute invasion srieuse du naturisme germanique4 ,mais je devais1 sans doute1 prendre en haute considration le grand nombre d'intelligences fortement organises qui1 en ,allemagne1 se laissent entraner aujourd'hui de semblables aberrations philosophiques4 ,la double facult de gnraliser et de systmatiser1 lment si prcieux du vritable esprit philosophique1 appartient1 sans doute1 d'une manire plus spciale1 au gnie allemand1 dont nous sommes trop disposs1 en ,france1 a mconnatre1 cet gard1 l'minente valeur1 sensible nanmoins jusque dans ses carts4 ,pour moi1 j'attacherai toujours une extrme importance tout ce qui peut tendre provoquer l'intime combinaison de cette qualit fondamentale avec cette aptitude1 non moins essentielle1 la clart et la positivit1 qui caractrise1 tout aussi hautement1 notre gnie franais2 convaincu1 comme je le suis profondment1 que1 de cette harmonie capitale1 dont la possibilit m'est dmontre1 peut seule rsulter le libre et plein dveloppement du gnie philosophique moderne1 destin terminer1 par son universelle prpondrance1 l'immense crise sociale1 commune1 depuis trois sicles1 toutes les nations qui1 dans leur ensemble1 forment la tte de l'espce humaine4 ,d'autres philosophes contemporains dont la direction tait beaucoup plus positive1 et parmi lesquels il faut surtout distinguer l'illustre ,cuvier1 ont puis1 dans l'histoire naturelle1 une objection fort spcieuse1 et nanmoins trs insuffisante1 contre la simplicit relle de la plupart des lmens admis aujourd'hui par les chimistes4 ,elle consiste opposer l'extrme abondance de quelques-uns d'entre eux dans la nature1 la dissmination1 rare et presque parcellaire1 du plus grand nombre des autres4 ,ds lors1 en partant du principe que les diffrens lmens rels doivent tre peu prs galement rpandus dans la constitution intime de notre plante1 on arrive prsumer que le perfectionnement de l'analyse chimique conduira plus tard ranger les derniers parmi les substances composes1 dont la formation aurait exig un concours spcial et rarement ralis de circonstances favorables4 ,quelque opinion qu'on adopte sur l'origine de notre constitution terrestre1 on peut1 ce me semble1 admettre1 en effet1 comme assez plausible1 quoique nullement susceptible de dmonstration vritable1 sinon la rpartition ncessairement presque uniforme des divers lmens1 du moins que leur abondance doit tre beaucoup moins ingale1 dans l'ensemble du globe1 que ne parat l'indiquer jusque ici l'exploration de sa surface4 ,mais1 il ne rsulte point invitablement de cette considration la consquence irrflchie qu'on a tent d'en dduire4 ,car1 notre examen minralogique ne porte encore1 et ne saurait1 videmment1 jamais porter1 mme en le supposant complet1 que sur les couches superficielles du globe1 sans que nous puissions rien prjuger sur la vraie composition de la presque totalit de sa masse4 ,or1 si au principe de l'uniforme dissmination des lmens1 on voulait ajouter que cette galit doit exister1 non-seulement dans l'ensemble de la terre1 mais spcialement aussi la surface1 il deviendrait aussitt trs prcaire1 et mme fort invraisemblable2 car on peut aisment1 ce me semble1 entrevoir beaucoup de motifs rationnels pour la prpondrance ncessaire de certaines substances lmentaires la surface de notre plante1 tandis que d'autres1 domineraient1 au contraire1 dans son intrieur4 ,considrons1 d'une part1 que les lmens les plus rares la surface du globe sont aussi1 en gnral1 les plus pesans2 et1 d'une autre part1 que les plus communs sont1 surtout1 ceux qui concourent la composition des corps vivans4 ,cette double relation incontestable1 inaperue jusque ici1 tend videmment1 au contraire1 faire concevoir comme minemment naturelle une trs ingale distribution des diverses substances lmentaires entre l'intrieur de la terre et sa surface2 les unes ayant d prdominer intrieurement afin de rendre la moyenne densit du globe aussi suprieure qu'elle l'est certainement celle des couches superficielles2 et l'indispensable prpondrance des autres n'tant pas moins vidente pour l'extrme superficie1 solide1 liquide et gazeuse1 o la vie devait exclusivement se dvelopper4 ,ainsi1 cette considration d'histoire naturelle1 quand elle est suffisamment approfondie1 au lieu de jeter aucun doute sur les rsultats lmentaires de l'analyse chimique actuelle1 se prsente bien plutt comme propre les confirmer1 du moins dans leur ensemble4 ,ces rsultats doivent donc1 quant prsent1 passer pour incontestables1 sauf les perfectionnemens ultrieurs4 ,depuis l'poque1 trs rcente il est vrai1 de la dcomposition effective des lmens d',aristote1 l'histoire de la chimie ne prsente pas un seul exemple d'une substance qui aurait vraiment pass du rang des corps simples celui des composs1 tandis que le cas inverse a t frquent4 ,nanmoins1 aucun chimiste ne conteste la possibilit que1 par une analyse plus approfondie1 le nombre des vrais lmens ne devienne1 dans la suite1 susceptible d'une plus ou moins forte rduction3 car la simplicit chimique1 telle qu'on la conoit aujourd'hui1 n'est1 en ralit1 qu'une qualit purement ngative1 qui ne saurait comporter ces dmonstrations irrvocables1 propres aux dcompositions ou aux recompositions positives que les chimistes sont parvenus oprer4 ,le grand exemple gnral des substances dites organiques1 dont la thorie chimique est si complique malgr le petit nombre de leurs lmens1 peut1 sans doute1 conduire penser qu'une telle rduction n'offrirait point1 pour le perfectionnement de l'ensemble des connaissances chimiques1 d'aussi grands avantages qu'on le suppose communment4 ,mais1 dans ce cas1 la difficult me parat tenir principalement jusqu'ici au dfaut de dualisme4 ,nonobstant cet exemple1 il y a lieu de penser1 sans doute1 que la chimie deviendrait plus rationnelle et plus systmatique1 si les lmens taient moins nombreux1 par la liaison plus intime et plus gnrale qui devrait naturellement en rsulter entre les diverses classes de phnomnes4 ,mais un tel perfectionnement ne saurait tre qu'illusoire et strile1 si1 tranchant la difficult au lieu de la rsoudre1 on tentait d'y atteindre en anticipant1 par des hypothses hasardes1 sur les vrais progrs ultrieurs de l'analyse chimique4 ,cette grande multiplicit des lmens actuels a d naturellement conduire s'occuper davantage de leur classification4 ,toutefois1 ce qui surtout a fait comprendre la haute importance d'une telle question1 c'est le sentiment1 devenu plus profond et plus commun par le dveloppement spontan de la philosophie chimique1 de l'influence prpondrante que la classification rationnelle des corps simples doit exercer1 de toute ncessit1 sur celle des corps composs1 et1 par suite1 sur l'ensemble du systme chimique4 ,on peut1 ce sujet1 poser en principe que la hirarchie#ac des substances lmentaires ne doit pas tre uniquement dtermine par la seule considration de leurs propres caractres essentiels1 mais aussi par celle1 non moins indispensable1 quoique indirecte1 des principaux phnomnes relatifs aux composs qu'elles forment4 ,ainsi conue1 cette question est une des plus capitales que puisse prsenter la philosophie chimique3 borne1 au contraire1 l'examen direct des corps simples1 elle offrirait aussi peu d'intrt que de rationnalit2 car1 en soi-mme1 il importe assez peu1 sans doute1 suivant quel ordre conventionnel on procderait l'tude successive de ces cinquante-six corps1 dont les histoires propres sont ncessairement indpendantes4 ,note #ac3 ,j'emploie dessein cette expression pour mieux marquer que je ne saurais concevoir de classification vraiment philosophique l o l'on ne serait point parvenu saisir pralablement une considration prpondrante1 commune tous les cas1 et graduellement dcroissante de l'un l'autre4 ,telle est1 ce me semble1 la condition fondamentale impose par la thorie gnrale des classifications1 et que ne contesteront point ceux qui auront directement puis cette thorie sa vritable source1 c'est--dire dans l'application la plus prononce et la plus parfaite1 relative aux corps vivans4 ,l'origine1 videmment politique1 de tous nos termes relatifs aux ides de classement1 devrait suffire pour rappeler sans cesse1 dans une question quelconque d'ordre rel1 la loi indispensable de la subordination1 mal apprcie jusqu'ici par la plupart des philosophes inorganiques4 ,la division1 encore classique1 des divers lmens en comburens et combustibles1 et surtout la subdivision de ceux-ci en mtalliques et non mtalliques1 sont1 videmment1 trop artificielles pour que les chimistes puissent les maintenir1 si ce n'est provisoirement1 jusqu' la formation d'un vritable systme naturel4 ,cette classification repose sur des caractres mal dfinis1 d'une gnralit insuffisante1 et dont on exagre arbitrairement l'importance relle4 ,aussi1 depuis vingt ans1 s'est-on beaucoup occup de la remplacer1 sans que1 jusqu'ici1 on ait encore obtenu une classification vraiment rationnelle et irrvocable4 ,m4 ,ampre parat tre le premier qui ait dignement signal l'importance d'une semblable recherche3 et tel est le principal mrite du travail remarquable qu'il publia sur ce sujet en #ahaf4 ,cet essai indique1 d'ailleurs1 une connaissance insuffisante et peu approfondie de la thorie gnrale des classifications1 qui alors1 il est vrai1 tait bien moins nettement caractrise qu'aujourd'hui4 ,on ne peut pas mme regarder cette tentative comme ayant suffi pour mettre en pleine vidence l'ensemble des vraies conditions principales du problme4 ,dans la conception gnrale de ce projet de classification1 la considration exclusive des seuls corps simples exerce une beaucoup trop grande prpondrance4 ,quant son excution1 elle pche1 de la manire la plus sensible1 contre les premires injonctions du got et de la convenance dans l'art de classer1 qui prescrivent1 videmment1 de maintenir une certaine harmonie entre le nombre des coupes tablir et celui des objets ranger4 ,les cinquante corps que ,m4 ,ampre voulait classer prsentent un plus grand nombre de divisions principales que n'en offre quelquefois la hirarchie animale tout entire4 ,aussi cette bauche n'a-t-elle pas mme dtermin les chimistes renoncer l'usage de leur ancienne classification1 dont la structure binaire rend1 du moins1 l'application trs facile1 dfaut de proprits plus essentielles4 ,trs peu d'annes aprs ce travail de ,m4 ,ampre1 un chimiste du premier ordre1 ,m4 ,berzlius1 a propos1 sous les formes les plus simples1 et d'une manire1 pour ainsi dire1 incidente1 un systme de classification infiniment suprieur1 qui indique le sentiment le plus profond de l'ensemble des conditions fondamentales propres une telle recherche4 ,il a compris1 le premier1 ce sujet1 la ncessit de parvenir finalement une srie unique1 constituant1 d'aprs un caractre uniforme et prpondrant1 une vritable hirarchie2 tandis que ,m4 ,ampre avait seulement apprci l'importance des groupes naturels1 dont la coordination restait essentiellement arbitraire4 ,quoique les deux conditions soient galement imposes par la thorie gnrale des classifications1 celle que ,m4 ,berzlius a eu surtout en vue est certainement1 en principe1 suprieure l'autre1 et spcialement dans le cas actuel1 o le trs petit nombre des objets classer ne laisse qu'une importance trs secondaire la formation des groupes1 pourvu que la srie totale soit pleinement naturelle4 ,la belle conception de ,m4 ,berzlius sur la hirarchie fondamentale des corps simples1 rsulte de la considration approfondie des phnomnes lectro-chimiques4 ,son principe1 minemment simple et lucide1 consiste disposer les lmens dans un ordre tel que chacun soit lectro-ngatif relativement tous ceux qui le prcdent et lectro-positif envers tous ceux qui le suivent4 ,la srie qui en drive parat jusqu'ici devoir tre essentiellement conforme l'ensemble des proprits connues1 soit des lmens eux-mmes1 soit de leurs principaux composs4 ,toutefois1 une telle vrification gnrale est encore trop peu avance pour que les chimistes aient pu rellement porter ce sujet un jugement complet et dfinitif4 ,d'un autre ct1 la prpondrance chimique des caractres lectriques ne parat pas tre encore1 beaucoup prs1 assez rationnellement tablie1 pour qu'on doive imposer1 en principe1 la ncessit de chercher1 dans un tel ordre de phnomnes1 les bases de toute classification naturelle4 ,enfin1 il faudrait1 ce me semble1 constater directement1 avant tout1 la ralit du point de dpart1 c'est--dire examiner s'il existe1 en effet1 entre les divers lmens1 un ordre constant d'lectrisation1 qui se maintienne invariablement dans toutes les circonstances extrieures1 et dans tous les tats d'agrgation1 et surtout dans tous les modes de dcomposition3 or1 cet indispensable examen n'a pas encore t convenablement entrepris1 et peut-tre mme a-t-on lieu de craindre que son rsultat gnral ne ft contraire au principe propos4 ,il reste donc1 sous ces divers rapports essentiels1 beaucoup faire encore relativement cette importante question de philosophie chimique4 ,mais1 quels que puissent tre1 cet gard1 les rsultats dfinitifs des travaux ultrieurs1 ,m4 ,berzlius s'est assur1 ds prsent1 l'honneur ternel d'avoir1 le premier1 dvoil la vraie nature du problme1 et mis en pleine vidence l'ensemble de ses conditions principales1 si ce n'est mme d'avoir indiqu dans quel ordre d'ides il faut chercher sa solution4 ,quand cette solution aura t enfin obtenue d'une manire vraiment conforme une telle position de la question1 ou peut assurer que la chimie aura fait un pas immense vers l'tat pleinement rationnel qui convient sa nature scientifique4 ,car1 d'aprs une hirarchie fondamentale des lmens1 la nomenclature systmatique des diverses substances composes suffira presque pour donner1 en quelque sorte spontanment1 une premire indication relle de l'issue gnrale propre chaque vnement chimique1 ou1 du moins1 pour restreindre l'incertitude cet gard entre d'troites limites4 ,toutefois1 raison mme de cette intime connexit d'une semblable recherche avec l'ensemble des tudes chimiques1 je ne pense pas qu'elle puisse tre trs efficacement poursuivie tant qu'on l'isolera1 comme on l'a fait jusqu'ici1 de la question gnrale relative l'tablissement d'un systme complet de classification chimique1 pour tous les corps1 simples ou composs4 ,or1 cette grande question me parat aujourd'hui prmature4 ,car1 d'aprs les considrations sommairement indiques dans la leon prcdente1 les conditions prliminaires1 soit de mthode1 soit de doctrine1 indispensables son laboration rationnelle1 sont encore loin1 ce me semble1 d'tre suffisamment remplies4 ,un tel systme gnral de classification naturelle1 devant1 par lui-mme1 constituer directement1 sous un double aspect1 le rsum essentiel et l'aperu fondamental de toute la philosophie chimique1 je crois convenable de dvelopper davantage en ce moment ma pense principale ce sujet4 ,quant la mthode1 elle a besoin d'un double perfectionnement capital1 que les chimistes philosophes doivent emprunter la science des corps vivans1 seule source o il puisse tre judicieusement cherch4 ,il faut1 d'abord1 en effet1 une connaissance approfondie de la thorie fondamentale des classifications naturelles1 qui ne peut tre rellement obtenue d'aucune autre manire3 car1 ainsi que je l'ai tabli ds le dbut de cet ouvrage1 la mthode ne saurait tre1 sous aucun rapport essentiel1 tudie avec une vritable et fconde efficacit1 ailleurs que dans ses applications les plus tendues et les plus parfaites4 ,il faut1 ensuite1 par le mme motif1 tudier aussi1 la mme cole1 l'esprit gnral de la mthode comparative proprement dite1 dont les chimistes ne se forment ordinairement1 jusqu'ici1 aucune ide juste1 et sans laquelle1 nanmoins1 on ne peut procder convenablement la recherche d'une classification chimique vraiment rationnelle1 comme je l'ai expliqu dans la leon prcdente4 ,telles sont les deux amliorations fondamentales que la philosophie chimique doit aller puiser aujourd'hui dans la philosophie biologique4 ,l'une est indispensable pour bien poser1 dans son ensemble1 le grand problme de la classification chimique1 l'autre pour en entreprendre avec succs la solution gnrale4 l'aspect de ces importantes harmonies spontanes1 et par le sentiment de ces larges applications mutuelles1 entre des sciences vulgairement traites comme isoles et indpendantes1 les diverses classes de savans finiront1 sans doute1 par comprendre la ralit et l'utilit de la conception fondamentale de cet ouvrage3 la culture rationnelle1 et nanmoins spciale1 des diffrentes branches de la philosophie naturelle1 sous l'impulsion pralable et la direction prpondrante d'un systme gnral de philosophie positive1 base commune et lien uniforme de tous les travaux vraiment scientifiques4 ,on ne peut gure se former aujourd'hui une juste ide des perfectionnemens1 aussi directs qu'essentiels1 dont nos diverses sciences se trouvent tre jusqu'ici radicalement prives par l'esprit troit et irrationnel suivant lequel elles sont encore habituellement cultives1 surtout relativement la mthode4 ,quand la constitution intgrale et dfinitive du systme philosophique des modernes aura1 plus tard1 rgulirement organis les grandes relations scientifiques1 on pourra s'expliquer peine1 si ce n'est sous le point de vue historique1 que l'tude de la nature ait jamais t autrement conue et dirige4 ,en second lieu1 relativement la doctrine1 il est d'abord vident1 comme je l'ai indiqu la fin de la leon prcdente1 que la formation de la vraie classification chimique ne saurait tre directement entreprise dans son ensemble1 tant que l'on n'aura point1 avant tout1 irrvocablement dcid la question prliminaire de la prpondrance entre les deux considrations gnrales1 de l'ordre de composition des principes immdiats1 et de leur degr de pluralit3 or1 un tel problme n'a pas mme t encore rationnellement pos4 ,nous pouvons1 nanmoins1 le supposer ici rsolu1 en concevant tablie la rgle que j'ai propose1 de traiter le premier point de vue comme ncessairement suprieur au second1 ce qui me semble en effet1 presque impossible contester dans une discussion formelle4 ,mais1 aprs cet indispensable prliminaire gnral1 deux conditions plus spciales me paraissent encore ncessaires pour permettre de procder immdiatement la construction rationnelle du systme dfinitif des substances chimiques1 par la mthode ci-dessus caractrise4 ,la premire1 dont l'accomplissement peut1 aujourd'hui1 tre jug prochain1 consiste concevoir l'ensemble de la chimie comme un tout unique et homogne1 en faisant radicalement disparatre la distinction irrationnelle des diverses substances en organiques et inorganiques4 ,par l'examen direct des caractres gnraux de la chimie organique1 j'espre prouver1 dans la trente-neuvime leon1 que cette spcialit mal constitue doit peu peu se dcomposer entirement1 une partie des tudes qu'elle embrasse appartenant la chimie proprement dite1 et l'autre la physiologie4 ,quand une combinaison quelconque est assez stable pour comporter une vritable tude chimique1 il faut1 sans doute1 l'assujettir un ordre fixe de considrations homognes1 quels que puissent tre son origine et son mode effectif d'existence concrte1 dont la vraie chimie abstraite et gnrale ne doit nullement s'enqurir1 si ce n'est1 du moins1 comme d'un simple renseignement accessoire4 ,tant que la classification systmatique devra d'abord se conformer cette trange conception d'une sorte de double chimie1 tablie sur cette fausse division des substances1 elle ne saurait tre qu'essentiellement prcaire et artificielle dans ses dtails1 tant1 ds lors1 profondment vicie dans son principe4 ,une telle sparation empche1 de toute ncessit1 de fonder dfinitivement1 en chimie1 aucune doctrine rationnelle et complte1 toutes les analogies essentielles se trouvant1 par l1 ou rompues ou dguises4 ,cette premire condition est donc videmment indispensable4 ,on commence dj certainement la bien sentir1 car tous les travaux actuels de quelque importance sur la chimie organique manifestent une tendance trs prononce ramener les combinaisons organiques aux lois gnrales des combinaisons inorganiques4 ,il ne suffirait pas1 nanmoins1 comme on pourrait d'abord le penser1 qu'un chimiste distingu prt enfin1 cet gard1 une initiative large et directe1 pour dterminer aussitt l'entier et unanime accomplissement de cette importante rforme4 ,car1 une telle opration philosophique1 quelque prpare qu'elle soit en effet1 surtout depuis les belles recherches de ,m4 ,chevreul1 ne peut tre excute1 d'une manire vraiment irrvocable1 sans un travail spcial et difficile1 qui exige une combinaison trs dlicate du point de vue chimique et du point de vue physiologique1 afin d'tablir1 dans la dcomposition gnrale de la chimie organique1 une judicieuse rpartition entre ce qui doit rester la chimie et ce qui revient la physiologie4 ,la seconde condition1 intimement lie la prcdente1 se rapporte un autre perfectionnement gnral fort important que doit subir la doctrine chimique1 afin de pouvoir conduire l'tablissement d'un systme complet de classification rationnelle1 susceptible d'offrir1 par sa seule composition1 une expression abrge de la vraie philosophie de la science1 comme le prescrit la thorie fondamentale des classifications naturelles4 ,ce nouveau perfectionnement consisterait soumettre1 s'il est possible1 toutes les combinaisons quelconques la loi du dualisme1 rige en un principe constant et ncessaire de philosophie chimique4 ,toutefois1 quelque minente que dt tre1 en elle-mme1 une semblable amlioration1 qui tendrait directement simplifier1 un haut degr1 l'ensemble des conceptions chimiques1 il faut reconnatre1 pour ne rien exagrer1 qu'elle n'est point aussi strictement indispensable que la prcdente au grand travail de la classification1 quoique1 par sa nature1 elle soit propre le faciliter beaucoup4 ,sans la premire condition1 en effet1 la classification rationnelle serait rigoureusement impossible3 sans la seconde1 au contraire1 on pourrait encore la concevoir1 mais seulement moins parfaite et plus pnible4 ,au reste1 la tendance gnrale des tudes chimiques1 mme dans leur tat actuel1 est1 sans doute1 tout aussi relle et non moins prononce sous le dernier point de vue que sous le prcdent1 comme chacun peut l'observer aisment4 ,il importe d'autant plus de faire prdominer dans le systme chimique1 ainsi que je le propose1 la considration de l'ordre de composition des principes immdiats sur celle de leur degr de pluralit1 que la premire est1 par sa nature1 claire et incontestable1 tandis que l'autre est toujours1 de toute ncessit1 plus ou moins obscure et douteuse4 ,l'une se rduit constamment la simple apprciation d'un fait analytique ou synthtique2 la seconde prsente sans cesse un certain caractre hypothtique1 puisqu'on prononce alors sur le mode d'agglomration des particules lmentaires1 qui nous est radicalement inaccessible4 ,ainsi1 par exemple1 un chimiste peut tablir1 avec une pleine certitude1 que tel sel est un compos du second ordre1 et que tels acides1 ou tels alcalis1 sont1 au contraire1 du premier ordre#ad2 car1 l'analyse et la synthse peuvent dmontrer1 sans quivoque1 que chacun de ces derniers corps est compos de deux substances lmentaires1 et que1 au contraire1 les principes immdiats du premier sont1 leur tour1 dcomposables en deux lmens4 ,mais1 sous l'autre point de vue1 quand l'analyse dfinitive d'une substance quelconque y a constat l'existence de trois ou de quatre lmens1 comme1 par exemple1 l'gard des matires vgtales ou animales1 on ne peut1 videmment1 sans se permettre une hypothse plus ou moins hasarde1 prononcer que cette combinaison est rellement ternaire ou quaternaire1 au lieu d'tre simplement binaire4 ,car il doit sembler toujours impossible de garantir que1 par une analyse prliminaire1 moins violente que cette analyse finale1 on ne pourrait point1 en effet1 rsoudre la substance propose en deux principes immdiats du premier ordre1 dont chacun serait ultrieurement susceptible d'une nouvelle dcomposition binaire4 ,note #ad3 ,un seul cas parat prsenter quelque difficult pour cette apprciation exacte du l'ordre de composition propre chaque substance3 c'est celui1 devenu maintenant assez frquent1 o les principes immdiats ne sont pas tous deux du mme ordre1 comme1 par exemple1 l'gard des chlorures ou des sulfures alcalins1 qui nous offrent la combinaison d'un corps simple avec un compos de deux lmens4 ,mais1 alors1 toute la difficult rside videmment dans l'imperfection des dnominations usites2 car1 une telle combinaison est1 par sa nature1 clairement intermdiaire entre celle de deux corps simples et celle de deux principes immdiats composs chacun de deux lmens4 ,quand la notion de l'ordre de composition sera gnralement reconnue comme prpondrante dans la philosophie chimique1 le langage qui s'y rapporte deviendra spontanment plus complet et plus prcis4 ,si1 pour fixer les ides1 un chimiste grossier s'avisait aujourd'hui d'appliquer1 l'analyse du salptre1 des moyens trop nergiques1 les rsultats de cette opration destructive pourraient1 sans doute1 l'autoriser1 d'aprs nos erremens actuels1 concevoir lgitimement cette substance comme une combinaison ternaire d'oxigne1 d'azote1 et de potassium3 et1 cependant1 on sait qu'une telle conclusion serait ici certainement fausse1 puisque la substance peut tre aisment reconstruite par une combinaison directe entre l'acide nitrique et la potasse1 dont une analyse moins perturbatrice et1 d'ailleurs1 opr la sparation1 sans entraner leur dcomposition4 ,abstraction faite de tout prjug1 pourquoi ne penserions-nous pas qu'il peut en tre ainsi l'gard de chaque combinaison habituellement classe comme ternaire ou quaternaire8 ,l'analyse immdiate tant jusqu' prsent si imparfaite1 comparativement l'analyse lmentaire1 surtout quant ces substances1 serait-il rationnel de proclamer1 ds aujourd'hui1 son impuissance ternelle et ncessaire envers elles8 ,de tels jugemens ne sont-ils pas mme frquemment fonds sur une confusion vicieuse entre ces deux sortes d'analyse1 si rellement diffrentes1 nanmoins1 en elles-mmes1 et si bien caractrises1 d'ailleurs1 dans leurs oprations1 l'une par la dlicatesse des procds1 l'autre par leur nergie8 ,une considration trs importante1 relative au point de vue synthtique1 peut conduire1 en effet1 montrer que1 dans l'tude des combinaisons envisages aujourd'hui comme plus que binaires1 on ne distingue point assez l'analyse immdiate de l'analyse lmentaire3 c'est l'extrme difficult1 et mme1 jusqu'ici1 l'entire impossibilit pour la plupart des cas1 de vrifier1 par la synthse1 les rsultats analytiques propres ces substances4 ,j'ai tabli en principe1 dans la leon prcdente1 que la synthse immdiate est1 en gnral1 caractrise par sa facilit1 tandis que la synthse lmentaire l'est1 au contraire1 par les grands obstacles qu'elle doit prsenter presque toujours4 ,ainsi1 rciproquement1 l'impossibilit d'oprer la recomposition constitue1 ce me semble1 un motif trs rationnel de prsumer que l'analyse n'a pas t immdiate1 lorsque cette conclusion ne saurait d'ailleurs tre attaque par aucune autre considration1 ce qui a certainement lieu ici4 ,ainsi1 par exemple1 on fait1 d'ordinaire1 hautement ressortir l'impossibilit de reproduire1 par la synthse1 les substances vgtales ou animales3 on l'a mme rige en une sorte de principe empirique4 ,mais1 cette prtendue impossibilit ne tiendrait-elle point uniquement ce qu'on s'obstine oprer une synthse lmentaire1 l o il faudrait procder par une synthse immdiate1 dont les matriaux devraient tre1 en beaucoup de cas1 pralablement dcouverts8 ,cette remarque se vrifie pour une foule de combinaisons1 dont le dualisme n'est1 toutefois1 nullement douteux1 et avec la seule diffrence que les principes immdiats sont mieux connus4 ,si1 pour suivre l'exemple du nitre prcdemment choisi1 on entreprenait de le recomposer par la combinaison directe de l'oxigne1 de l'azote1 et du potassium1 il est incontestable qu'on n'y parviendrait pas davantage que lorsqu'il s'agit de reproduire les substances organiques en unissant tout d'un coup leurs trois ou quatre lmens3 les obstacles qu'on fait justement valoir dans ce dernier cas1 seraient1 en effet1 essentiellement analogues et tout aussi puissans l'gard du premier4 ,afin de prendre un exemple encore plus frappant1 j'indiquerai1 ce sujet1 l'exprience vraiment capitale o ,m4 ,woehler est parvenu reproduire l'ure4 ,et-il pu1 en effet1 obtenir un tel succs1 si1 d'aprs le prjug ordinaire1 il avait tent de combiner directement l'oxigne1 l'hydrogne1 le carbone1 et l'azote1 qui concourent former la constitution lmentaire de cette substance1 au lieu d'unir seulement ses deux principes immdiats1 jusque alors inconnus en cette qualit8 ,avons-nous rellement aucun motif rationnel de penser qu'il n'en est point ainsi dans tous les autres cas8 ,les chimistes peuvent donc1 dsormais1 ce me semble1 sans contredire rellement aucune observation positive1 et en se conformant1 au contraire1 aux plus puissantes analogies1 attribuer une entire gnralit au principe fondamental du dualisme de toute combinaison1 sous cette seule condition1 facile remplir sans doute1 de regarder comme tant encore trs imparfaite l'analyse actuelle des substances plus que binaires1 et surtout les substances dites organiques1 dont les vrais principes immdiats resteraient ainsi dcouvrir4 la vrit1 ces principes inconnus ne sauraient tre conus qu'en imaginant entre l'oxigne1 l'hydrogne1 le carbone1 et l'azote1 un nombre assez considrable de nouvelles combinaisons binaires1 du premier et du second ordre1 dont la ralisation doit sembler aujourd'hui presque impossible4 ,mais1 cette indispensable supposition1 quoique peu compatible avec les habitudes actuelles1 n'entrane rellement aucune grande difficult scientifique2 car1 il suffit d'admettre cette rflexion trs naturelle1 que nos procds analytiques sont1 cet gard1 jusqu'ici trop violens et trop grossiers pour sparer les principes immdiats sans les dcomposer4 ,quant l'objection du nombre1 elle ne saurait tre prpondrante4 ,nous connaissons maintenant1 en effet1 au moins cinq combinaisons bien distinctes entre l'azote et l'oxigne2 la notion d'un seul oxide d'hydrogne1 qui1 pendant quarante ans1 avait sembl si inbranlable1 a fait place celle de deux composs trs caractriss2 le carbone et l'azote1 qui ne paraissaient point susceptibles d'tre combins1 forment aujourd'hui le cyanogne2 et1 de mme1 dans presque tous les autres cas analogues4 ,rien n'empche donc de concevoir1 par extension1 qu'il puisse exister1 entre les lmens des substances ternaires ou quaternaires1 plus de combinaisons directes et toujours binaires que la chimie n'en a encore constates1 indpendamment des composs des ordres suivans1 dont la varit doit naturellement tre bien suprieure4 ,il est extrmement vraisemblable que1 sans aller mme au-del du second ordre1 on pourrait former1 avec ces lmens1 assez de principes immdiats parfaitement distincts pour correspondre exactement1 par un dualisme perptuel1 la composition relle de toutes les substances organiques vraiment diffrentes1 qui1 d'un autre ct1 suivant la critique1 trs rationnelle1 au fond1 quoique fort exagre de ,m4 ,raspail1 doivent tre rputes beaucoup moins nombreuses que ne le fait supposer ordinairement un examen superficiel et peu judicieux1 comme je l'indiquerai spcialement dans la trente-neuvime leon4 ,on doit1 toutefois1 remarquer1 ce sujet1 que si les chimistes ne devaient point se dcider enfin circonscrire1 d'une manire vritablement scientifique1 le sens propre et gnral du mot substance1 ce qui se rduirait subordonner toujours son acception l'ide d'une combinaison relle1 le dualisme universel et indfini ne pourrait tre soutenu3 car on citerait aisment1 surtout dans la chimie physiologique1 plusieurs cas trs prononcs1 o le dfaut de dualisme est irrcusable4 ,mais1 moins de confondre entirement la notion de dissolution1 et mme celle de mlange1 avec celle de combinaison1 on ne saurait envisager comme une vritable substance chimique sui generis1 un assemblage fortuit de substances htrognes1 dont l'agglomration est1 presque toujours1 videmment mcanique1 tels que la sve1 le sang1 l'urine1 un calcul biliaire ou urinaire1 etc41 o le nombre des prtendus principes immdiats peut1 en quelque sorte1 tre tout--fait illimit4 ,en tendant1 d'une manire aussi vague et indfinie1 la signification1 ds lors presque arbitraire1 du mot substance1 si prcieux1 nanmoins1 pour la science chimique1 il ne serait pas1 sans doute1 plus irrationnel de traiter comme autant de nouvelles substances chimiques1 les eaux des diffrentes mers1 les diverses eaux minrales1 les terrains naturels les plus htrognes1 etc41 et mme1 mieux encore1 les mlanges purement artificiels d'un nombre quelconque de sels jets au hasard dans une mme dissolution aqueuse ou alcoolique4 ,du reste1 les considrations rserves pour la trente-neuvime leon indiqueront1 j'espre1 les moyens de faire disparatre1 l'gard des matires animales et vgtales1 les seules difficults srieuses qu'un tel sujet puisse prsenter1 en montrant que l'incertitude et la confusion cet gard proviennent essentiellement de ce que1 jusqu'ici1 on n'a point assez spar1 par une opposition nette1 rigoureuse1 et convenablement approfondie1 le point de vue chimique du point de vue physiologique4 ,sous ce rapport1 comme sous tant d'autres prcdemment signals1 on doit assurer que les notions les plus lmentaires de la philosophie chimique ne sauraient tre tablies d'une manire pleinement rationnelle1 et de faon runir les trois proprits essentielles de la clart1 de la gnralit1 et de la stabilit1 sans tre pralablement fondes sur une comparaison d'ensemble suffisamment labore1 entre la chimie et la biologie1 comparaison qu'un systme complet de philosophie positive peut seul rgulirement organiser4 ,en considrant1 sous le point de vue fondamental qui nous occupe ici1 le mouvement actuel des ides chimiques1 la tendance universelle un dualisme complet commence s'y manifester aujourd'hui d'une manire non quivoque4 ,je ne fais pas seulement allusion l'assimilation de plus en plus prononce qu'on tente d'tablir entre les combinaisons organiques et les combinaisons inorganiques1 quoiqu'il en rsulte ncessairement un progrs indirect1 mais vident1 vers le dualisme systmatique4 ,j'ai surtout en vue les expriences analogues celle de ,m4 ,whoeler1 malheureusement encore trop rares1 o l'on ramne directement au dualisme1 soit par l'analyse1 ou par la synthse1 les composs qui semblaient le plus s'y refuser4 ,on doit mme remarquer1 enfin1 sous ce rapport1 la disposition1 devenue trs commune1 reprsenter1 en quelque sorte spontanment1 par une formule binaire1 la proportion des lmens propres aux substances les plus compliques4 ,sans doute1 il n'y a point un vritable dualisme1 lorsque1 par exemple1 on exprime le rsultat numrique de l'analyse lmentaire de l'alcool1 en nonant1 pour plus de facilit1 la composition de ce corps comme identique celle d'un volume de gaz hydrogne percarbon et d'un volume de vapeur d'eau1 condenss en un seul3 car1 on ne voit l qu'un simple artifice didactique destine caractriser le rsultat analytique par une formule abrge1 laquelle on pourrait substituer1 plus ou moins commodment1 beaucoup d'autres fictions synthtiques assujetties au dualisme1 et qui seraient toutes finalement quivalentes entre elles1 quoique pas une seule peut-tre ne ft rellement connatre les vrais principes immdiats de cette substance1 envisage comme binaire4 ,ce n'est1 videmment1 que par un vritable travail chimique1 et non par un tel jeu numrique1 que l'alcool et tous les corps analogues pourront tre effectivement dualiss3 car1 cette grande transformation exigera ncessairement1 sinon une analyse ou une synthse formelles1 qu'on devra souvent ajourner1 du moins la construction d'une hypothse propre reprsenter1 autrement que sous le seul rapport des proportions1 l'ensemble des caractres chimiques de la substance propose4 ,quoique les habitudes auxquelles je fais allusion offrent peut-tre quelque danger1 en paraissant indiquer comme accompli ce qui n'est pas mme commenc1 il serait1 nanmoins1 impossible de mconnatre combien elles tendent prparer les esprits l'tablissement rel d'un dualisme gnral4 ,afin de rsumer1 du point de vue le plus philosophique1 l'ensemble de cette importante discussion sur le dualisme chimique1 je remarquerai qu'on peut la rduire tablir que la chimie actuelle devrait profiter1 avec plus d'habilet1 pour la simplification de ses notions fondamentales1 du degr d'indtermination que la nature de ses recherches laisse ncessairement quant la constitution intime des corps4 ,le mode rel d'agglomration de leurs particules lmentaires nous tant radicalement inaccessible1 et ne pouvant constituer nullement le vrai sujet de nos tudes chimiques1 nous avons toujours1 par suite1 la facult rationnelle1 dans la sphre bien circonscrite de nos recherches positives1 de concevoir la composition immdiate d'une substance quelconque comme seulement binaire1 de manire reprsenter1 nanmoins1 avec une pleine exactitude1 tous les phnomnes apprciables que la chimie peut nous offrir1 quelque tat de perfectionnement qu'on la suppose jamais parvenue4 ,le maintien indfini des hypothses mal construites qui se rapportent une composition plus que binaire1 compliquerait inutilement1 un haut degr1 le systme gnral de nos travaux chimiques1 sans nous rapprocher davantage de la vritable disposition molculaire propre chaque combinaison4 ,ainsi1 je ne propose point le dualisme universel et invariable comme une loi relle de la nature1 que nous ne pourrions jamais avoir aucun moyen de constater2 mais je le proclame un artifice fondamental de la vraie philosophie chimique1 destin simplifier toutes nos conceptions lmentaires1 en usant judicieusement du genre spcial de libert rest facultatif pour notre intelligence1 d'aprs le vritable but et l'objet gnral de la chimie positive4 ,ma pense ce sujet me parat maintenant assez clairement formule1 pour devenir exactement jugeable pour tous les chimistes philosophes1 la haute mditation desquels je dois dsormais l'abandonner4 ,telles sont les diverses conditions capitales1 tant de mthode que de doctrine1 dont la science chimique me semble avoir rigoureusement besoin d'obtenir1 sinon l'entier accomplissement gnral1 du moins une approximation pleinement caractrise1 avant qu'on puisse y procder rationnellement la construction directe et dfinitive d'un systme complet de classification naturelle1 susceptible de remplir1 envers la chimie1 mais un degr beaucoup plus parfait1 l'office fondamental auquel serait destine1 en biologie#ae1 la vraie hirarchie universelle des corps vivans1 si l'extrme complication des phnomnes pouvait y permettre le libre dveloppement de ses proprits essentielles4 ,peut-tre trouvera-t-on que1 jusqu' prsent1 personne ne s'tait form une assez grande ide de la nature et de l'esprit d'une telle opration philosophique4 mes yeux1 la classification chimique1 ainsi conue1 c'est la science elle-mme1 condense dans son rsum le plus substantiel4 ,je ne puis1 cet gard1 m'attribuer d'autre mrite essentiel que d'avoir1 le premier1 convenablement transport1 dans la science chimique1 le genre spcial d'esprit philosophique que dveloppe spontanment1 par sa nature1 la science biologique1 telle que l'ont conue1 depuis ,aristote1 tous ses grands matres1 et en dernier lieu1 le philosophe qui me parat1 dans le sicle actuel1 en avoir le mieux saisi le vaste ensemble1 mon illustre ami ,m4 de ,blainville4 ,si cette combinaison est juge efficace1 elle contribuera1 j'espre1 mettre en pleine vidence la haute ncessit gnrale de rgulariser ces grands rapports scientifiques1 par l'usage habituel du systme complet de philosophie positive1 dont je m'efforce1 dans cet ouvrage1 d'organiser la construction4 ,note #ae3 ,je ne pense pas qu'aucun philosophe puisse aujourd'hui suivre un peu loin une srie quelconque d'ides gnrales sur l'ensemble rationnel des considrations positives propres aux corps vivans1 sans tre1 en quelque sorte1 naturellement oblig d'employer cette heureuse expression de biologie1 si judicieusement construite par ,m4 de ,blainville1 et dont le nom de physiologie1 mme purifi1 n'offrirait qu'un faible et quivoque quivalent4 ,l'extrme importance que j'ai attache la discussion prcdente1 tient surtout la haute ide que je me forme du beau caractre que doit prendre1 un jour1 la science chimique1 maintenant si faible et si incohrente1 malgr sa riche collection de faits4 ,quoique le sujet de la chimie soit ncessairement fort tendu et trs compliqu1 il n'y a pas de science fondamentale1 sauf l'astronomie1 dont les phnomnes prsentent1 par leur nature1 une aussi parfaite homognit relle1 et qui1 par consquent1 eu gard aux difficults qui lui sont propres1 comporte1 un aussi haut degr1 une vritable systmatisation1 en harmonie avec l'esprit gnral de ses recherches positives4 ,or1 cette constitution unitaire de la science chimique me semble devoir essentiellement consister dans la formation rationnelle d'un systme complet de classification naturelle1 qui ne saurait tre obtenue1 au degr suffisant1 tant que toutes les combinaisons ne seront point1 d'une part1 assujetties1 sans distinction d'origine1 un ordre fixe de considrations homognes1 et1 d'une autre part1 constamment ramenes un dualisme fondamental4 ,l'tat prsent de la chimie ne permet gure de se former directement une ide nette et juste1 ni du genre1 ni du degr de consistance scientifique que cette partie capitale de la philosophie naturelle est ainsi destine acqurir plus tard4 ,toutefois1 j'examinerai soigneusement1 sous ce rapport1 dans les deux leons suivantes1 les deux doctrines chimiques qui se rapprochent le plus aujourd'hui de cette rationnalit positive1 la doctrine des proportions dfinies1 et la thorie lectro-chimique1 quoique l'une et l'autre ne soient vritablement relatives qu' un ordre partiel1 et mme secondaire1 de considrations chimiques4 ,mais je dois1 en outre1 terminer cette leon en signalant trs sommairement1 dans la chimie actuelle1 les deux points gnraux de doctrine qui me paraissent les plus propres1 par leur nature1 indiquer avec prcision le vrai dogmatisme vers lequel doit tendre l'ensemble de la science1 d'aprs la marche prcdemment caractrise4 ,je citerai d'abord1 et au premier rang1 la loi capitale des doubles dcompositions salines1 dcouverte par ,berthollet1 et complte ensuite par le grand et beau travail de ,m4 ,dulong sur l'action rciproque des sels solubles et des sels insolubles4 ,en la bornant ici1 pour plus de simplicit1 au cas de la double solubilit1 seul considr par ,berthollet1 elle consiste dans ce fait gnral3 deux sels solubles1 d'ailleurs quelconques1 se dcomposent mutuellement toutes les fois que leur raction peut produire un sel insoluble1 ou1 seulement mme1 moins soluble que chacun des premiers4 ,parmi les propositions chimiques d'une importance relle et d'une certaine gnralit1 tout esprit philosophique doit minemment distinguer aujourd'hui ce grand thorme1 qui peut seul donner jusqu'ici une ide exacte de ce qui constitue1 en chimie1 une vritable loi2 car1 il en a seul tous les caractres essentiels4 ,il est directement relatif au sujet propre de la science chimique1 c'est--dire l'tude des phnomnes de composition et de dcomposition3 il tablit une relation positive et fondamentale entre deux classes de phnomnes1 jusque alors entirement indpendantes3 enfin1 comme critrium dcisif1 il permet1 envers une certaine catgorie d'effets chimiques1 malheureusement trop restreinte1 d'atteindre la destination finale de toute science relle1 la prvision des phnomnes d'aprs leurs liaisons positives4 ,car1 les divers degrs de solubilit des diffrens sels1 dont la connaissance est dj1 en elle-mme1 indispensable aux chimistes1 conduisent ainsi prvoir avec certitude les rsultats de plusieurs conflits4 ,on peut faire peu prs les mmes remarques sur une proposition analogue1 relative aux ractions des sels par la voie sche1 o la considration de volatilit remplace celle de solubilit4 ,en tablissant cette loi importante1 ,berthollet a fait judicieusement ressortir la nullit de l'explication1 essentiellement mtaphysique1 admise jusque alors1 d'aprs l'illustre ,bergmann1 pour les phnomnes de dcomposition rciproque1 par l'antagonisme imaginaire des doubles affinits4 ,mais il a videmment mconnu1 lui-mme1 l'esprit fondamental de toute philosophie positive1 quand1 son tour1 il a tent d'expliquer la loi qu'il venait de dcouvrir1 abstraction faite mme du rle prpondrant qu'il attribue1 dans cette explication1 une certaine prdisposition la cohsion1 qui est radicalement inintelligible4 ,aucune loi ne saurait tre vraiment explique qu'en parvenant la faire rentrer dans une autre plus gnrale3 or1 celle que nous considrons ici est1 jusqu' prsent1 seule en son genre3 elle ne comporte donc aucune explication relle4 ,si1 plus tard1 on pouvait la rattacher une thorie fondamentale sur l'action rciproque de tous les composs du second ordre1 une telle relation lui constituerait1 sans doute1 une vritable explication positive3 mais1 jusque l1 on n'y peut voir qu'un simple fait gnral1 nullement explicable1 et qui1 au contraire1 sert expliquer chacun des faits particuliers qu'il embrasse4 ,l'importance de cette loi1 et l'occasion qu'elle m'offrait de rendre plus sensible le vritable esprit1 aujourd'hui si imparfaitement caractris1 de la chimie positive1 ont pu seules me dterminer indiquer expressment une semblable remarque1 dont la reproduction et t presque purile l'gard d'une science plus avance4 ,je crois devoir1 enfin1 mentionner ici1 comme une des doctrines gnrales les plus parfaites de la chimie actuelle1 l'ensemble trs satisfaisant des notions maintenant acquises sur l'influence fondamentale de l'air et de l'eau dans la production des principaux phnomnes chimiques1 naturels ou artificiels4 ,quand on envisage1 d'un point de vue suffisamment lev1 l'action immense et capitale exerce par l'air et par l'eau dans l'conomie gnrale de la nature terrestre1 soit morte1 soit vivante1 on comprend l'enthousiasme scientifique qui a inspir plusieurs philosophes allemands1 la conception1 d'ailleurs videmment irrationnelle1 d'riger le systme de ces deux fluides en une sorte de troisime rgne1 intermdiaire entre le rgne inorganique et le rgne organique4 ,mais1 ce n'est pas sous cet aspect que la chimie abstraite1 qui doit rester essentiellement trangre au point de vue concret de l'histoire naturelle proprement dite1 considre principalement l'tude de l'air et de l'eau1 qu'elle conoit justement1 nanmoins1 comme l'un de ses fondemens les plus indispensables4 ,tous nos phnomnes chimiques1 mme artificiels1 s'accomplissent habituellement dans l'air3 tous exigent1 presque toujours1 l'intervention plus ou moins directe de l'eau1 dont la plupart des liquides ne sauraient jamais tre entirement privs4 ,il est1 ds lors1 vident qu'aucune raction chimique ne peut tre rationnellement tudie1 si l'on n'est pralablement en tat d'analyser avec exactitude la participation gnrale de ces deux fluides4 ,ainsi1 la thorie chimique fondamentale de l'air et de l'eau1 doit tre conue comme une sorte d'introduction ncessaire au systme de la chimie proprement dite1 comme appartenant bien davantage1 par sa nature1 la mthode qu' la doctrine1 et enfin1 comme devant tre place immdiatement la suite de l'tude des corps simples4 ,quoique le mode habituel d'exposition des connaissances chimiques soit rarement conforme cette conception1 de tels caractres n'en sont pas moins irrcusables1 mme quand une distribution peu judicieuse tend les faire mconnatre4 ,cela est surtout sensible l'gard de l'air3 car1 autrement1 quels titres la chimie abstraite1 qui ne considre point les mlanges1 s'occuperait-elle1 avec tant de soin1 de l'air1 qui n'est qu'un mlange1 si ce n'tait pour le motif gnral que je viens d'indiquer8 ,aussi1 sous le point de vue historique1 la double analyse de l'air et de l'eau a-t-elle caractris1 de la manire la plus prononce1 le premier pas capital de la chimie moderne4 ,l'influence de l'air dans l'ensemble des phnomnes chimiques1 tait1 par sa nature1 non pas moins importante1 mais moins difficile caractriser que celle de l'eau4 ,car1 l'air1 comme simple mlange1 n'exerce point une action chimique qui lui soit propre1 mais seulement celle qui rsulte de ses deux gaz lmentaires1 dont chacun agit essentiellement comme s'il tait isol1 sauf la diminution d'intensit due la diffusion1 et en exceptant1 toutefois1 les cas peu frquens o l'accomplissement du phnomne propos dtermine accessoirement leur combinaison4 ,il s'ensuit que l'tude vraiment chimique de l'air doit se rduire reconnatre la nature et la proportion de ses principes constituans1 en un mot1 son analyse3 toute autre considration sortirait du domaine rationnel de la chimie abstraite1 et appartiendrait l'histoire naturelle4 ,or1 cette analyse fondamentale a t convenablement excute1 ds l'origine de la chimie moderne1 sauf l'incertitude qui reste encore sur la proportion presque insensible de gaz acide carbonique1 et peut-tre de quelques autres principes encore plus dissmins1 tels que l'hydrogne entre autres1 dont on commence aujourd'hui y souponner gnralement l'existence4 ,quoique1 pendant le cours d'un demi-sicle1 l'analyse chimique n'ait constat aucun changement apprciable dans la composition essentielle de l'air atmosphrique1 il est1 nanmoins1 videmment impossible de concevoir que cette composition ne doive pas s'altrer1 la longue1 en un sens quelconque1 par l'influence si prononce des nombreuses forces perturbatrices qui agissent incessamment sur ce mlange4 ,leur antagonisme1 il est vrai1 et surtout celui des actions vgtales et animales1 les neutralise ncessairement en partie2 mais un tel quilibre ne saurait tre ni rigoureux ni constant4 ,dj les considrations gologiques1 et surtout celles de botanique fossile1 ont conduit prsumer1 avec beaucoup de vraisemblance1 que1 des poques trs recules1 la composition de l'air devait tre sensiblement diffrente3 les chimistes eux-mmes1 et principalement ,m4 ,th4 de ,saussure1 ont positivement constat quelques lgres variations priodiques1 quant la proportion d'acide carbonique aux diverses saisons4 ,nous avons1 d'ailleurs1 de justes motifs de penser que nos moyens analytiques sont encore fort imparfaits1 relativement aux divers principes accessoires de l'air3 car1 les chimistes ne savent encore saisir aucune distinction positive entre les airs propres aux localits les mieux caractrises1 dont l'influence si diffrente et si prononce sur les tres vivans prouve1 nanmoins1 d'une manire irrcusable quoique indirecte1 le dfaut certain d'identit relle4 ,l'tude gnrale1 jusqu'ici extrmement imparfaite1 de l'ensemble des variations relatives la composition du milieu atmosphrique1 constitue l'un des problmes la fois les plus importans et les plus difficiles que l'histoire naturelle puisse se proposer1 cause de l'tendue et de l'utilit de ses applications principales3 elle peut mme conduire aux indications les plus intressantes quant aux limites de dure des espces vivantes1 et surtout de la race humaine1 dans un avenir indfini1 en assignant les lois des modifications propres aux conditions atmosphriques de leur existence4 ,mais1 cet ordre de recherches1 peine bauch et mal conu encore1 est1 par sa nature1 essentiellement tranger la chimie proprement dite1 car ces faibles variations ne sauraient exercer aucune influence notable sur les phnomnes chimiques habituellement explors3 et voil pourquoi1 sans doute1 les chimistes s'en inquitent si peu4 ,le vritable objet de leur science est exactement dfini1 sa sphre est nettement circonscrite1 son importance fondamentale est vidente4 ,ils ne doivent donc point en sortir1 pour faire intempestivement l'office des naturalistes proprement dits2 leur intervention1 cet gard1 serait radicalement contraire la vraie distribution rationnelle de l'ensemble du travail scientifique1 telle que je l'ai caractrise dans la deuxime leon3 le blme du public ne devrait tomber ici que sur les naturalistes eux-mmes1 qui manquent leur destination4 ,n'oublions pas1 toutefois1 que1 d'aprs les principes tablis au commencement de cet ouvrage1 aucune tude concrte ne saurait tre suivie d'une manire vraiment scientifique1 sans avoir t pralablement organise d'aprs une combinaison spciale de toutes les sciences fondamentales ou abstraites4 ,cette rgle est minemment sensible envers la question actuelle1 dont l'tude rationnelle exige1 avec une pleine vidence1 un ensemble trs complexe de considrations1 non-seulement chimiques et physiques1 mais aussi physiologiques1 et mme1 un certain degr1 astronomiques4 ,telle est1 en ralit1 la cause invitable de la profonde imperfection de cette doctrine jusqu' prsent1 imperfection commune1 d'ailleurs1 toutes les autres parties importantes de la vritable histoire naturelle1 qui n'a pu encore amasser1 sous aucun rapport1 que de simples matriaux1 plus ou moins informes4 ,l'tude chimique de l'eau exige1 ncessairement1 un ensemble de recherches beaucoup plus tendu et plus compliqu que celle de l'air2 et pourtant elle n'est pas moins indispensable au systme gnral de la science chimique4 ,car1 l'eau constituant une vritable combinaison1 et peut-tre mme la plus parfaite de toutes celles que nous connaissons1 elle peut exercer des effets chimiques qui lui soient propres1 indpendamment de ceux qui appartiennent ses lmens1 et outre son importance comme dissolvant1 en cartant mme toute ide de simple mlange4 ,de l rsultent trois aspects bien distincts1 et presque galement essentiels divers titres1 sous lesquels l'eau doit tre soigneusement considre par les chimistes1 et dont l'exacte apprciation a t1 invitablement1 lente et difficile1 si tant est mme que cet examen fondamental puisse aujourd'hui tre regard comme rigoureusement termin4 ,l'analyse de l'eau1 reprsente par une quantit d'hydrogne double en volume de celle de l'oxigne1 et confirme l'aide d'une synthse irrcusable1 constitue la plus admirable de ces belles dcouvertes qui ont caractris les premiers pas de la chimie moderne1 non-seulement en vertu de l'clatante lumire que cette analyse a rpandue sur l'ensemble des phnomnes chimiques et sur l'conomie gnrale de la nature1 mais aussi raison des hautes difficults qu'elle devait ncessairement prsenter4 ,sous ce premier point de vue1 la science chimique ne laisse aujourd'hui rien d'essentiel dsirer4 ,toutefois1 la notion1 acquise dans ces derniers temps1 de l'existence d'une nouvelle combinaison plus oxigne entre les deux lmens de l'eau1 tend soulever des questions intressantes et encore indcises1 non sur l'irrvocable composition de ce fluide1 mais sur le genre d'influence chimique qu'on suppose ordinairement sa dcomposition et sa recomposition dans une foule de phnomnes2 et plus spcialement1 sur le vritable mode d'union de l'oxigne et l'hydrogne dans toutes les substances1 surtout liquides1 qui ne peuvent tre obtenues sans eau1 et l'gard desquelles un habile chimiste vient1 tout rcemment1 d'lever des doutes ingnieux1 qui mriteraient1 ce me semble1 d'tre mrement examins4 ,l'action dissolvante de l'eau a t le sujet d'une longue suite de laborieuses recherches1 d'une difficult trs infrieure1 et qui1 naturellement1 ne sauraient prsenter aujourd'hui d'importantes lacunes4 ,nanmoins1 il faut remarquer1 ce sujet1 avec plus de soin qu'on n'a coutume de le faire1 la belle exprience de ,vauquelin1 dans laquelle cet illustre et scrupuleux chimiste a montr que l'eau1 sature d'un sel1 restait susceptible de se charger d'un autre1 et acquerrait mme ainsi la singulire proprit de dissoudre une nouvelle quantit du premier4 ,cette exprience1 qui a t1 pour ainsi dire1 ddaigne1 me semble capitale en ce genre1 et me parat devoir devenir la base d'une suite de recherches fort intressantes sur les lois1 si capricieuses en apparence1 de la solubilit1 dont l'tude est encore essentiellement empirique4 ,les chimistes ont t long-temps concevoir1 en principe1 que l'eau1 outre son influence dissolvante1 pt agir1 d'une manire vraiment chimique1 autrement que par ses lmens4 ,cette combinaison1 si minemment neutre1 semblait devoir tre1 en elle-mme1 pleinement inoffensive1 et ne paraissait pouvoir altrer les autres substances que par sa dcomposition4 ,le judicieux ,proust a pens que cette parfaite neutralit devait1 par sa nature1 faire prsumer1 au contraire1 l'existence1 pour l'eau1 de certaines affections chimiques1 indpendantes de sa composition4 ,telle est la considration trs rationnelle qui a conduit ce chimiste crer l'tude1 dsormais si importante1 des hydrates proprement dits1 envisags comme une sorte de sels nouveaux1 o l'eau joue1 pour ainsi dire1 l'gard des alcalis1 le rle d'une espce d'acide hydrique4 ,l'examen de ces combinaisons1 souvent trs nergiques1 et de toutes les autres1 plus ou moins prononces1 que l'eau peut former1 avec des substances quelconques1 sans se dcomposer1 constitue la troisime et dernire partie essentielle de l'tude fondamentale de l'eau1 envisage rationnellement ici comme un prliminaire indispensable au systme gnral des tudes chimiques4 ,aprs m'tre efforc1 dans cette leon1 de caractriser suffisamment1 quoique par une discussion sommaire1 le but et l'esprit des conceptions fondamentales qui me paraissent indispensables pour investir enfin irrvocablement la science chimique de la rationnalit positive qui convient sa nature1 je dois maintenant passer l'examen philosophique plus spcial des deux doctrines gnrales qui1 dans la chimie actuelle1 prsentent l'aspect le plus systmatique1 et1 en premier lieu1 apprcier philosophiquement1 dans la leon suivante1 l'importante doctrine des proportions dfinies4 ,,trente-,,septi,,me ,,le,,on4 ,examen philosophique de la doctrine chimique des proportions dfinies4 ,malgr la grande importance relle de cette doctrine1 on ne doit pas mconnatre que1 par sa nature1 et mme en la supposant complte1 elle ne saurait exercer qu'une influence secondaire sur la solution gnrale du vrai problme fondamental de la science chimique1 tel que je l'ai caractris dans la trente-cinquime leon1 c'est--dire sur l'tude des lois directement relatives aux phnomnes de composition et de dcomposition4 ,lorsque des substances quelconques sont places en relation chimique dans des circonstances dtermines1 la thorie des proportions dfinies ne tend nullement1 en elle-mme1 nous faire mieux prvoir1 parmi tous les cas que comporterait la composition des corps proposs1 quelles sparations et quelles combinaisons nouvelles la raction gnrale donnera effectivement lieu1 ce qui constitue1 nanmoins1 la question essentielle4 ,cette doctrine suppose1 au contraire1 qu'une telle question est pralablement rsolue2 et1 d'aprs un tel point de dpart1 elle a pour objet d'valuer immdiatement1 dans les cas o elle est applicable1 la quantit prcise de chacun des nouveaux produits1 et l'exacte proportion de leurs lmens1 ce qui constitue simplement un perfectionnement accessoire1 quoique trs utile1 de la recherche principale4 ,ainsi1 la thorie des proportions chimiques prsente ncessairement aujourd'hui ce singulier caractre scientifique1 de rendre rationnelle1 dans ses dtails numriques1 une solution qui1 sous son aspect le plus important1 reste presque toujours essentiellement empirique4 ,on conoit aisment par l pourquoi les illustres fondateurs de la chimie moderne se sont1 en gnral1 si peu occups d'une telle tude1 qu'ils devaient naturellement regarder comme subalterne4 ,leur principale attention tait justement fixe sur la recherche directe des lois essentielles de la composition et de la dcomposition4 ,mais1 le rapide dveloppement de la science chimique ayant mis graduellement en vidence les hautes difficults de ce grand problme1 les chimistes1 sans renoncer la dcouverte ultrieure de ces lois1 durent se rejeter spontanment de plus en plus sur l'tude secondaire des proportions1 jusque alors nglige1 qui1 par sa nature1 leur promettait un succs plus facile et plus prochain4 la vrit1 tant que cette thorie subordonne est conue isolment de la thorie principale1 elle ne saurait1 par cela mme1 remplir que trs imparfaitement sa plus importante destination1 celle de suppler1 autant que possible1 l'exprience immdiate1 dont elle ne dispense ds lors que sous le point de vue fort accessoire de la mesure des poids on des volumes4 ,aussi1 la doctrine des proportions dfinies n'acquerra-t-elle toute sa valeur scientifique que lorsqu'elle pourra tre enfin rattache un ensemble satisfaisant de lois vraiment chimiques1 dont elle constituera naturellement l'indispensable complment numrique4 ,jusque l1 nanmoins1 l'usage habituel de cette doctrine peut videmment offrir aux chimistes un secours rel1 quoique secondaire1 en rendant leurs analyses plus faciles et plus prcises4 ,il est mme incontestable que le principe fondamental de cette thorie1 en restreignant un trs petit nombre de proportions distinctes les diverses combinaisons des mmes substances1 tend indirectement diminuer1 en gnral1 l'incertitude primitive sur le rsultat effectif de chaque conflit chimique1 puisqu'elle rend beaucoup moindre le nombre des cas logiquement possibles1 qui1 sans cela1 serait presque illimit4 ,sous cet aspect1 la doctrine des proportions dfinies doit tre regarde comme un prliminaire naturel l'tablissement des lois chimiques1 dont elle serait1 d'autres gards1 un appendice essentiel4 ,si les corps pouvaient se combiner1 entre certaines limites1 suivant toutes les proportions imaginables1 il deviendrait1 en effet1 beaucoup plus difficile de concevoir l'existence de lois invariables et rigoureuses relatives la composition ou la dcomposition1 vu l'infinie varit des produits auxquels une raction quelconque pourrait alors donner lieu4 ,ainsi1 les illustres chimistes contemporains qui ont principalement consacr leurs travaux fonder la thorie gnrale des proportions chimiques1 tout en paraissant s'carter du vritable but caractristique de la science qu'ils cultivent1 auront fait nanmoins1 en ralit1 un pas essentiel dans la voie directe du perfectionnement rationnel1 en simplifiant d'avance1 un haut degr1 l'ensemble du problme chimique1 dont la solution effective est rserve leurs successeurs4 ,outre cette importante considration1 j'ai dj remarqu1 dans l'avant-dernire leon1 que la doctrine actuelle des proportions dfinies nous offre aujourd'hui1 par sa nature1 le type le plus parfait du genre prcis de rationnalit que doit acqurir un jour la science chimique1 directement envisage sous ses aspects les plus essentiels4 ,tels sont les deux motifs prpondrans1 l'un relatif la doctrine1 l'autre la mthode1 qui m'ont dtermin consacrer1 dans cet ouvrage1 une leon spciale l'examen philosophique de cette intressante thorie1 sans exagrer nanmoins sa vraie valeur scientifique4 ,aprs avoir ainsi caractris sommairement le vritable objet de la doctrine des proportions dfinies1 et sa relation gnrale avec le systme total de la science chimique1 il est indispensable1 pour faciliter son apprciation philosophique1 de jeter d'abord un coup d'oeil rapide mais rationnel sur l'ensemble de son dveloppement effectif1 accompli tout entier dans le premier quart du sicle actuel4 ,dans cette belle srie de recherches1 l'impulsion primitive est essentiellement rsulte de la double influence ncessaire1 d'un phnomne fondamental dcouvert par ,richter1 et d'une indispensable discussion spculative tablie par ,berthollet4 ,arrtons un moment notre attention sur ce double point de dpart4 ,pendant la seconde moiti du sicle dernier1 plusieurs chimistes avaient remarqu que1 dans la dcomposition mutuelle de deux sels neutres1 les deux nouveaux sels forms sont toujours galement neutres4 ,l'illustre ,bergmann1 entre autres1 avait spcialement insist sur cette importante observation4 ,toutefois1 ce phnomne dut rester nglig1 ou mal apprci1 jusqu' ce que1 dans les dernires annes de ce sicle1 le gnie minemment systmatique de ,richter1 aprs l'avoir entirement gnralis1 l'envisageant enfin sous son aspect le plus essentiel1 en eut rationnellement tir la loi fondamentale qui porte si justement le nom de ce grand chimiste4 ,cette loi consiste proprement en ce que1 les quantits pondrales des divers alcalis susceptibles de neutraliser un poids donn d'un acide quelconque1 sont constamment proportionnelles celles qu'exige la neutralisation du mme poids de tout autre acide4 ,telle est1 videmment1 en effet1 la consquence immdiate du maintien de la neutralit aprs la double dcomposition4 ,dans l'ordre des ides chimiques1 la grande complication du sujet1 et le peu de rationnalit de nos habitudes intellectuelles jusqu' prsent1 rendent trs difficiles les dductions les moins prolonges1 quand elles ont un certain degr de gnralit et1 par suite1 un certain caractre d'abstraction2 c'est pourquoi une semblable transformation1 qui paratrait presque spontane1 si elle concernait une science plus simple et mieux cultive1 est rellement ici1 outre sa haute utilit1 d'un mrite capital4 ,cette loi de ,richter1 avec les divers complmens qu'elle a reus depuis1 constitue la premire base essentielle de la doctrine gnrale des proportions chimiques4 ,elle a conduit1 ds l'origine1 raliser1 pour un grand nombre de composs1 la destination principale de cette doctrine1 c'est--dire l'affectation chaque substance d'un certain coefficient chimique1 invariable et spcifique1 indiquant suivant quelles proportions elle peut se combiner avec chacune de celles qui ont t pareillement caractrises4 ,il suffit1 en effet1 de dterminer1 par une double srie d'essais pralables1 la composition numrique de tous les sels que peut former un seul acide quelconque avec les divers alcalis et un seul alcali avec les diffrens acides1 pour que la loi de ,richter permette d'en dduire aussitt les proportions relatives tous les composs qui peuvent rsulter de la combinaison binaire de ces deux ordres de substances4 ,richter conduisit lui-mme sa dcouverte jusqu' cette consquence caractristique1 et dressa1 pour les acides et les alcalis1 mais d'aprs une exprimentation trop restreinte et trop imparfaite1 une premire table de ce qu'on a nomm plus tard les quivalens chimiques4 ,quoique ,berthollet ait nergiquement combattu le principe exclusif des proportions dfinies2 on oublie trop aujourd'hui1 ce me semble1 que1 le premier entre tous les chimistes1 il fixa directement l'attention sur la considration gnrale et rationnelle des proportions dans l'ensemble des phnomnes chimiques4 ,quelques annes aprs la dcouverte de ,richter1 ,berthollet tablit en principe fondamental1 dans la ,statique chimique1 l'existence ncessaire des proportions dfinies pour certains composs de tous les ordres1 et il assigna les conditions essentielles de cette proprit caractristique1 qu'il attribuait ou une notable condensation des lmens combins1 ou la prcipitation graduelle d'un compos insoluble1 etc42 en un mot1 toutes les causes susceptibles de soustraire le produit de la raction chimique1 mesure qu'il se forme1 l'influence ultrieure des agens primitifs4 ,il importe de reconnatre cette belle thorie de ,berthollet comme ayant t indispensable pour fonder l'tude gnrale des proportions chimiques4 ,on n'a point1 en effet1 assez remarqu que la dcouverte de ,richter1 malgr son extrme importance1 ne pouvait suffire pour imprimer1 par elle-mme1 une telle impulsion scientifique2 car1 ,richter ayant exclusivement considr les sels neutres1 un tel cas1 quoique trs tendu1 tait1 par sa nature1 si videmment particulier sous le point de vue numrique1 qu'il n'aurait pu entraner les esprits vers une thorie gnrale des proportions dtermines4 ,en tout temps1 l'ide de neutralisation parfaite a d1 sans doute1 rappeler invitablement aux chimistes celle d'une proportion unique1 en-de et au-del de laquelle la neutralit tait rompue4 ,ainsi1 autant il est naturel que la doctrine des proportions chimiques ait commenc par l'tude des sels neutres1 autant leur considration isole et t ncessairement insuffisante pour provoquer la formation de cette doctrine gnrale4 ,il y a donc tout lieu de penser que la grande dcouverte de ,richter n'aurait pu amener les consquences tendues qu'on lui attribue communment d'une manire trop exclusive1 si1 l'examen d'un cas qui1 par sa nature1 ne pouvait faire loi pour tous les autres1 ,berthollet n'avait point immdiatement ajout la notion rationnelle d'une grande varit de cas assujettis au mme principe1 et ds lors susceptibles de conduire bientt son entire gnralisation4 ,on voit ainsi que ce serait apprcier trs imparfaitement la participation capitale de ,berthollet la fondation de l'tude des proportions chimiques1 que de la rduire1 comme on le fait d'ordinaire1 la seule influence de la clbre discussion que son ouvrage fit natre sur ce sujet entre lui et ,proust1 malgr la haute importance des heureux efforts de ce dernier chimiste1 dans cette lutte mmorable1 pour tablir directement le principe gnral des proportions dtermines et invariables4 ,telle est donc la double influence fondamentale1 exprimentale et spculative1 d'o devait graduellement rsulter le dveloppement naturel de la chimie numrique4 partir de cette origine1 la principale phase de ce dveloppement doit tre attribue une autre double action capitale1 produite par l'harmonie remarquable de la conception systmatique de ,m4 ,dalton avec l'ensemble des belles sries de recherches exprimentales de ,,mm4 ,berzlius1 ,gay-,lussac1 et ,wollaston4 ,il me reste maintenant caractriser sommairement ces diverses parties essentielles de la grande opration scientifique qui a dtermin l'entire formation de la doctrine des proportions dfinies1 telle qu'on la conoit aujourd'hui4 ,aussitt que l'illustre ,m4 ,dalton eut dirig ses mditations vers cette face de la science chimique1 son gnie minemment philosophique le poussa embrasser1 dans une seule conception gnrale1 l'ensemble de cet important sujet1 quoique l'tude en ft1 pour ainsi dire1 naissante4 ,ses heureux efforts produisirent la clbre thorie atomistique1 qui a prsid jusqu'ici tous les dveloppemens ultrieurs de la doctrine des proportions chimiques1 et qui sert encore de base essentielle son application journalire4 ,le principe gnral de cette thorie consiste concevoir tous les corps lmentaires forms d'atomes absolument indivisibles1 dont les diffrentes espces en se runissant1 le plus souvent une une1 par groupes peu nombreux1 constituent les atomes composs du premier ordre1 toujours mcaniquement inscables1 mais alors chimiquement divisibles1 et qui1 leur tour1 par une suite d'assemblages analogues1 font natre tous les autres ordres de composition4 ,ce principe est tellement en harmonie avec l'ensemble des notions scientifiques de tous genres1 qu'il se rduit presque une heureuse gnralisation directe des ides spontanment familires tous les esprits qui cultivent les diverses parties de la philosophie naturelle3 aussi son admission universelle a-t-elle eu lieu sans obstacles4 ,quoiqu'un tel principe conduise videmment1 d'une manire immdiate1 l'existence ncessaire des proportions dtermines1 il importe nanmoins de considrer1 d'aprs la remarque trs judicieuse de ,m4 ,berzlius1 que cette dduction serait essentiellement illusoire si les combinaisons n'taient point ncessairement restreintes un trs petit nombre d'atomes2 car1 en supposant que ce nombre1 mme limit1 pt tre fort grand1 les divers assemblages binaires deviendraient tellement multiplis1 que l'on aurait presque alors l'quivalent rel des combinaisons en proportions quelconques3 en sorte que1 sans cette restriction capitale1 la conception atomistique reprsenterait peu prs galement bien1 par sa nature1 les deux doctrines chimiques opposes des proportions indfinies ou dfinies4 ,mais1 ds l'origine1 ,m4 ,dalton avait formellement tabli que1 dans toute combinaison1 l'un des principes immdiats entre constamment pour un seul atome1 et l'autre pour un seul aussi le plus souvent1 et toujours pour un nombre fort mdiocre1 qui excde rarement six4 ,m4 ,dalton avait tellement senti l'importance de cette restriction1 que les limites ainsi poses par lui ont sembl trop troites ses successeurs1 qui n'ont pu1 sans les reculer1 y faire rentrer toutes les combinaisons effectives#af4 ,avec cet indispensable complment1 la conception atomistique reprsente videmment l'ensemble de la doctrine des proportions dfinies4 ,toutefois1 la nouvelle partie essentielle de cette doctrine qui en drive le plus naturellement1 c'est surtout la thorie des multiples successifs1 dont la dcouverte caractrise plus spcialement l'influence capitale de ,m4 ,dalton sur l'tude de la chimie numrique4 ,de son point de vue atomistique1 il aperut aisment1 en effet1 que si deux substances peuvent se combiner en plusieurs proportions distinctes1 les quantits pondrales de l'une d'elles qui correspondront1 dans les divers composs1 un mme poids de l'autre1 devront suivre naturellement la srie des nombres entiers1 puisque ces composs rsulteront ainsi de l'union d'un atome de la seconde substance avec un1 deux1 ou trois1 etc41 atomes de la premire3 ce qui constitue un lment principal1 jusque alors entirement ignor1 de la thorie des proportions chimiques4 ,note #af3 ,un chimiste distingu vient1 en sens inverse1 de proposer rcemment de restreindre toujours trois les diverses combinaisons binaire de tous les atomes1 en admettant un compos principal form d'un atome de chaque espce1 et deux composs plus complexes1 obtenus en doublant la quantit de l'un ou de l'autre principe immdiat4 ,il serait1 sans doute1 trs dsirable que cette vue systmatique pt un jour se raliser1 puisqu'elle simplifierait videmment1 un haut degr1 la doctrine gnrale des proportions chimiques2 mais il semble peu probable qu'un tel rsultat puisse jamais tre obtenu1 malgr les efforts remarquables de l'auteur de cette proposition pour y ramener les principales combinaisons connues1 surtout par une ingnieuse intervention de l'eau et de deutoxide d'hydrogne4 ,toutefois ce projet mriterait1 de la part des chimistes1 un examen srieux3 car les tentatives de ce genre1 mme directement infructueuses1 peuvent hter beaucoup le perfectionnement de la chimie numrique actuelle4 ,inspir d'abord par les travaux de ,richter et de ,berthollet1 mais surtout guid et soutenu ensuite1 comme il l'a toujours si noblement proclam1 par la conception gnrale de ,m4 ,dalton1 ,m4 ,berzlius entreprit1 le premier1 avec le plus heureux succs1 une vaste tude exprimentale de l'ensemble des points importans relatifs la chimie numrique1 dont il a1 plus qu'aucun autre chimiste1 contribu dvelopper et coordonner les diverses parties4 ,il perfectionna pralablement la loi de ,richter1 de faon la lier intimement la thorie atomistique1 en montrant que1 dans les diffrens sels neutres forms par un acide quelconque avec les divers alcalis1 la quantit d'oxigne de l'acide est non-seulement toujours proportionnelle la quantit d'oxigne de l'alcali1 mais que le rapport de ,richter1 conu sous cette forme1 est constamment exprim par un nombre entier trs simple1 que ,m4 ,berzlius reconnut plus tard tre gal celui des atomes d'oxigne propres la composition de l'acide4 ,ainsi prsente1 cette loi a t finalement tendue1 par ,m4 ,berzlius lui-mme1 tous les composs du second ordre4 ,mais1 c'est surtout dans l'tude numrique des composs du premier ordre1 seulement bauche par les travaux de ,proust1 que les belles recherches de ,m4 ,berzlius ont introduit de nouvelles et importantes lumires4 ,en instituant une exacte comparaison gnrale entre la composition des sulfures mtalliques et celle des oxides correspondans1 il dcouvrit une loi essentielle1 analogue celle de ,richter pour les sels1 et consistant en ce que la quantit de soufre des premiers est constamment proportionnelle la quantit d'oxigne combine1 dans les seconds1 avec un mme poids du radical4 ,cette loi est maintenant regarde1 par induction1 comme applicable tous les composs du premier ordre auxquels l'ensemble de leurs phnomnes permet d'attribuer le mme degr de neutralit chimique4 ,enfin1 sous un dernier aspect essentiel1 les lumineuses sries analytiques de ,m4 ,berzlius ont exactement vrifi1 pour les divers degrs soit d'oxidation1 soit de sulfuration1 etc41 d'un radical quelconque1 la loi des multiples successifs1 dcouverte par ,m4 ,dalton d'aprs sa thorie atomistique4 ,peu de temps aprs la fondation de cette mme thorie1 un autre chimiste du premier ordre1 ,m4 ,gay-,lussac1 l'avait aussi confirme dans son ensemble1 en suivant une marche trs remarquable et entirement neuve4 ,en analysant de prfrence1 comme le faisait principalement ,m4 ,berzlius1 des composs solides ou liquides1 on avait l'avantage essentiel d'obtenir plus aisment des rsultats dont l'exactitude ft incontestable3 mais1 d'un autre ct1 la simplicit des rapports numriques indiqus par la thorie corpusculaire y tait ncessairement plus difficile constater avec une pleine vidence4 ,guid par une inspiration aussi heureuse que rationnelle1 l'illustre lve du grand ,berthollet pensa trs judicieusement que1 si cette simplicit tait relle1 elle devait surtout se manifester hautement dans les combinaisons gazeuses1 considres1 non quant au poids1 mais quant au volume4 ,de l1 l'importante srie des analyses numriques de ,m4 ,gay-,lussac pour les composs gazeux1 qui1 en vrifiant1 d'une manire spciale et irrcusable1 le principe gnral de la doctrine des proportions dfinies1 l'a prsent en mme temps sous ce nouvel aspect fondamental1 tendu1 par une sage induction graduelle1 tous les cas possibles3 tous les corps1 l'tat gazeux1 se combinent dans des rapports numriques de volume invariables et extrmement simples4 ,on doit mme1 ce sujet1 remarquer accessoirement que ,m4 ,gay-,lussac1 et d'aprs lui plusieurs autres chimistes ou physiciens1 ont appliqu trs heureusement cette belle dcouverte la dtermination rationnelle de la pesanteur spcifique des gaz1 avec une exactitude souvent comparable celle de l'valuation exprimentale4 ,toutefois1 on ne saurait mconnatre que l'extension hypothtique de cette thorie des volumes un grand nombre de substances qu'on n'a pu jusqu'ici vaporiser1 est susceptible d'garer les esprits qui n'ont pas d'abord saisi directement l'quivalence gnrale et ncessaire du point de vue propre ,m4 ,gay-,lussac au point de vue originel de ,m4 ,dalton1 strictement adopt par ,m4 ,berzlius4 ,quoique ce dernier point de vue ait aujourd'hui universellement prvalu1 comme plus immdiatement conforme la ralit dans la plupart des cas1 la considration des volumes n'en reste pas moins trs utile pour exprimer souvent avec plus de facilit1 surtout l'gard des substances organiques1 les rsultats numriques de l'analyse chimique4 ,il faut ranger enfin1 parmi les recherches fondamentales qui ont constitu la doctrine des proportions chimiques1 les travaux remarquables de l'illustre ,wollaston1 philosophe aussi recommandable par la finesse et la pntration de son esprit que par la rectitude et la lucidit de son jugement4 ,nous ne devons pas ici considrer principalement sa transformation1 d'ailleurs trs heureuse1 de la thorie atomistique proprement dite en celle des quivalens chimiques1 qui offre un nonc bien plus positif1 et tend prserver des enqutes radicalement inaccessibles auxquelles la premire peut donner lieu1 quand elle n'est point judicieusement dirige3 cette substitution constituerait1 sans doute1 une amlioration capitale1 si elle ne se rduisait point un simple artifice du langage1 la pense relle tant reste essentiellement identique4 ,il convient encore moins de s'arrter aux expdiens ingnieux par lesquels ,wollaston a si utilement popularis la chimie numrique en rendant son usage plus clair et plus commode4 ,ce que nous devons surtout remarquer ici1 ce sont les belles recherches de ce chimiste sur la composition numrique des sels acides1 dont la conclusion gnrale a pu tre tendue1 par analogie1 aux sels alcalins1 et former ainsi le complment indispensable de la grande dcouverte de ,richter sur les sels neutres4 ,j'ai dj indiqu prcdemment que1 quant ceux-ci1 la fixit de leur composition numrique n'avait jamais pu1 par leur nature1 tre mise srieusement en question4 ,mais1 il en tait tout autrement l'gard des sels avec excs d'acide2 car aucune considration ne semblait d'avance pouvoir1 en gnral1 limiter rellement cet excs4 ,ce cas tait peut-tre1 en lui-mme1 le plus dfavorable de tous au principe des proportions invariables4 ,il importait donc minemment de l'y assujettir aussi4 ,c'est ce que ,wollaston excuta de la manire la plus satisfaisante1 en montrant1 sur quelques exemples bien choisis1 qu'un sel neutre ne devient point indfiniment acide mesure qu'on augmente sans cesse la quantit d'acide contenue dans sa dissolution1 mais contracte seulement un petit nombre de degrs successifs d'acidit1 caractriss par certaines proportions fixes1 o la quantit totale d'oxigne propre l'acide est tour tour double1 triple1 quadruple1 etc41 de celle qui lui correspond pour le sel neutre4 ,le principe des proportions dfinies exigeait ncessairement cette spciale confirmation1 qui est peut-tre1 par sa nature1 la plus dcisive de toutes4 ,tels sont1 la fois1 l'enchanement rationnel et la filiation historique des diverses sries de recherches principales dont l'influence combine a finalement produit la constitution actuelle de la chimie numrique1 en permettant de reprsenter1 par un nombre invariable affect chacun des diffrens corps lmentaires1 leurs rapports fondamentaux d'quivalence chimique1 d'o1 par des formules trs simples1 expressions immdiates des lois ci-dessus indiques1 on passe aisment la composition numrique propre chaque combinaison4 ,envers une doctrine aussi rcente1 cette tude gnrale de son dveloppement effectif tait1 sans doute1 la marche la plus convenable pour permettre d'en porter1 avec scurit et avec clart1 un vrai jugement philosophique4 ,aucun tmoignage ne saurait1 en effet1 avoir1 aux yeux de tout philosophe1 une puissance plus irrsistible en faveur de la ralit ncessaire d'une telle doctrine1 que cet admirable concours de tant d'esprits minens1 qui1 malgr la haute indpendance de leurs vues originales1 viennent tous exactement converger1 par les diverses voies gnrales qu'ils se sont ouvertes1 vers le mme principe fondamental de la combinaison en proportions dfinies1 et s'accordent ensuite compltement sur son application positive tous les cas de quelque importance1 sauf les varits essentiellement relatives au mode d'expression des rsultats1 tenant ce que la thorie atomistique doit laisser indtermin1 et1 par suite1 facultatif4 ,une concidence aussi dcisive dispense videmment ici de toute dmonstration directe1 qui serait dplace dans cet ouvrage2 mais1 il importe beaucoup1 au contraire1 pour bien apprcier la nature du perfectionnement capital dont cette doctrine a encore indispensablement besoin1 de jeter un coup d'oeil sommaire sur les principales difficults que peut lui opposer une considration impartiale de l'ensemble des phnomnes chimiques4 ,commenons par indiquer brivement1 ce sujet1 les diffrens points fondamentaux qui sont dfinitivement en dehors de toute contestation1 afin de mieux caractriser le vritable tat de la question gnrale4 ,il est d'abord vident1 et jamais aucun chimiste n'en a dout1 que les substances diffrent aussi bien par la proportion que par la nature de leurs principes constituans4 ,ceux mmes qui admettent les combinaisons en toute proportion1 s'accordent tous reconnatre1 comme un axiome essentiel de la philosophie chimique1 qu'un changement quelconque dans la seule composition numrique fait varier ncessairement l'ensemble des proprits spcifiques1 un degr d'autant plus prononc que cette altration est elle-mme plus grande4 ,les phnomnes chimiques propres aux corps vivans1 quoique produisant les proportions la fois les plus varies et les plus graduelles1 fournissent eux-mmes1 pour cette maxime universelle1 une clatante confirmation4 ,aussi1 dans l'tat mme le plus grossier de l'analyse chimique1 les chimistes se sont-ils toujours efforcs d'assigner1 autant qu'il leur tait possible1 comme une proprit caractristique1 l'exacte proportion des lmens de chaque substance4 ,quand on s'en dispensait1 c'tait prcisment par la conviction tacite que la combinaison propose ne pouvait exister qu'en une seule proportion1 entre autres dans le cas des sels neutres4 ,en second lieu1 on a1 depuis long-temps1 universellement reconnu que1 entre deux substances quelconques1 il existe toujours ncessairement un certain minimum et un certain maximum de saturation rciproque1 en-de et au-del desquels toute combinaison devient impossible4 ,personne n'a jamais pens1 par exemple1 qu'aucun radical pt rellement s'oxider ou se sulfurer autant et aussi peu qu'on veuille l'imaginer4 ,les limites effectives de la combinaison ont pu tre seulement1 dans les diffrens cas1 plus on moins distantes1 et1 tout au plus1 conues comme susceptibles1 par divers procds1 de certaines variations1 qui ne pouvaient elles-mmes tre indfinies4 ,berthollet1 plus que tout autre chimiste1 a surtout rationnellement tabli l'existence gnrale et ncessaire de ces limites de la combinaison1 l'un des principaux caractres qui la distinguent du simple mlange4 ,ainsi1 mme en ayant gard aux variations possibles des limites connues1 il est vident que les deux degrs extrmes de toute combinaison sont invitablement assujettis des proportions spciales et invariables4 ,d'aprs ce point de dpart unanime1 toute la discussion1 entre les deux doctrines opposes des proportions indfinies et dfinies1 se rduit rellement dcider si le passage du minimum au maximum de saturation peut s'effectuer graduellement1 et par nuances presque insensibles1 ou si1 au contraire1 il s'opre toujours brusquement1 par un petit nombre de degrs bien dtermins4 ,enfin1 la possibilit et l'existence effective des proportions dfinies intermdiaires sont encore ncessairement admises par tous les chimistes1 dont les divergences cet gard ne peuvent porter que sur la gnralit plus ou moins grande d'une semblable proprit4 ,j'ai dj signal ci-dessus l'ide de la neutralit comme ayant d1 une poque quelconque de la chimie1 entraner naturellement celle d'une proportion dtermine et immuable4 ,le dveloppement graduel des connaissances chimiques a successivement fait attribuer le mme caractre des cas toujours plus varis et plus tendus4 ,berthollet1 qui a si profondment trait ce sujet1 a dvoil plusieurs autres causes essentielles de proportions dfinies1 entirement mconnues avant lui1 et qui peuvent se rencontrer dans presque toutes les combinaisons1 en modifiant certaines circonstances du phnomne4 ,la question prcise consiste donc finalement savoir si1 outre ces composs dtermins1 assujettis des proportions fixes1 entre les deux limites de toute combinaison1 il existe ou non1 en gnral1 une srie continue d'autres composs intermdiaires1 caractres moins prononcs2 en un mot1 si1 comme on le pense aujourd'hui1 la proportion dfinie constitue la rgle1 ou seulement1 comme ,berthollet avait tent de l'tablir1 l'exception1 d'ailleurs trs importante considrer3 tel est1 ce sujet1 le seul dissentiment qui puisse aujourd'hui tre examin4 ,par les considrations indiques au dbut de cette leon1 il est vident1 ce me semble1 que la dcision dfinitive d'une telle question1 dans un sens ou dans l'autre1 ne saurait avoir1 beaucoup prs1 pour le systme gnral de la science chimique1 toute l'importance qu'on y attache communment4 ,sans doute1 en restreignant un trs petit nombre les diverses combinaisons possibles des mmes substances1 la doctrine des proportions dfinies a trs heureusement tendu1 comme je l'ai tabli1 simplifier le problme gnral de la chimie1 tel que je l'ai pos dans cet ouvrage4 ,mais il ne faudrait pas croire que1 sans cette pralable simplification1 sa solution ft radicalement impossible3 car elle serait seulement plus difficile1 et surtout moins prcise4 ,si1 au premier abord1 l'existence d'un nombre indtermin de combinaisons distinctes entre des lmens identiques1 paratrait devoir interdire l'tablissement d'aucune loi constante sur les compositions et les dcompositions1 il faut reconnatre1 par une considration plus approfondie1 que1 dans une semblable hypothse1 ces divers composs successifs auraient ncessairement des proprits trs peu diffrentes1 en sorte qu'il n'importerait gure de pouvoir les distinguer avec une scrupuleuse prcision4 ,les termes d'une telle srie qui seraient vraiment caractriss par des proprits trs tranches1 se trouveraient1 par cela mme1 comme l'tablit la thorie de ,berthollet1 assujettis1 en gnral1 des proportions dfinies1 et1 par consquent1 la difficult scientifique n'en recevrait aucun accroissement nouveau4 ,ainsi1 la prcision chimique resterait encore galement possible1 l o elle acquiert une vritable importance1 et ne cesserait d'tre permise qu' l'gard des cas o elle n'aurait aucune valeur essentielle4 ,ces rflexions philosophiques ne sont nullement destines diminuer le haut intrt si justement attach la belle doctrine des proportions dfinies1 mais seulement empcher1 autant que possible1 que son exclusive considration ne fasse perdre de vue le vrai but scientifique de la chimie4 ,on conoit que les importantes sries de travaux ncessaires la formation de cette doctrine aient d absorber essentiellement les minens chimistes qui y ont si bien concouru4 ,mais leurs successeurs1 pour lesquels1 depuis dix ans au moins1 la chimie numrique est tout aussi pleinement constitue qu'aujourd'hui1 ne devraient point se borner1 sans doute1 contempler ce vestibule1 presque superflu1 de la science chimique1 pendant qu'ils ngligent la construction directe1 peine bauche1 de l'difice lui-mme1 vers laquelle il est temps que l'attention se reporte enfin4 ,il est1 nanmoins1 indispensable de considrer exactement ici jusqu' quel point le principe gnral des proportions dfinies peut tre regard dsormais comme irrvocablement tabli4 la manire dont une telle question a t pose ci-dessus1 on reconnat videmment qu'elle ne saurait comporter de solution catgorique que par un examen effectif de tous les composs connus4 ,or1 cet examen a t prcisment effectu1 de la manire la plus tendue et la plus dcisive1 pour tous les cas importans1 par les illustres fondateurs de la chimie numrique1 comme je l'ai prcdemment expliqu4 ,il reste donc seulement discuter si cette doctrine est suffisamment compatible avec certains phnomnes chimiques1 ngligs pendant sa formation1 et qu'on s'est efforc d'y rattacher ensuite4 ,la premire objection gnrale a t tire du phnomne si important de la dissolution1 videmment possible en une infinit de proportions diffrentes4 ,il faut franchement reconnatre qu'on n'a rpondu jusqu'ici cette grande difficult que par des distinctions peu satisfaisantes1 et quelquefois mme plus subtiles que relles1 entre l'tat de dissolution et celui de combinaison4 ,sans doute1 on peut signaler1 entre ces deux tats1 cette diffrence essentielle que le premier maintient intactes toutes les proprits chimiques de chaque substance1 tandis que le second les altre toujours plus ou moins4 ,mais1 sous tout autre rapport1 il doit paratre impossible de ne point regarder1 ainsi qu'on le propose1 le phnomne de la dissolution comme un phnomne vraiment chimique4 ,la dissolution prsente videmment1 d'une manire tout aussi prononce au moins que la combinaison elle-mme1 ce caractre spcifique et lectif propre aux affections chimiques4 ,elle est toujours susceptible1 ainsi que la combinaison1 d'une limite suprieure de saturation1 quoiqu'elle ne comporte point1 la vrit1 de limite infrieure4 ,par ces deux proprits essentielles1 l'tat de dissolution diffre radicalement de celui de simple mlange1 qui ne peut naturellement exclure aucune proportion4 ,quant au seul caractre du maintien ou de l'altration des proprits chimiques de la substance dissoute ou combine1 il est peut-tre moins dcisif1 en gnral1 qu'on ne le pense communment4 ,ceux qui regardent la dissolution comme le plus faible degr de la combinaison peuvent rpondre que1 dans toute combinaison peu nergique et o la saturation est trs imparfaite1 les proprits du principal agent doivent tre naturellement peine dissimules4 ,quand1 par exemple1 un alcali trs puissant forme un sous-sel avec un acide trs faible1 les proprits essentielles du premier ne sont pas beaucoup plus altres par une telle combinaison que par une simple dissolution1 comme on le voit surtout dans les sous-carbonates alcalins proprement dits4 ,d'un autre ct1 comment juger positivement si la dissolution a rigoureusement maintenu1 sans aucune altration1 les proprits d'une substance1 dans les cas nombreux o cette substance ne peut manifester son activit chimique qu'aprs avoir t pralablement dissoute8 ,on manque videmment alors du second terme de la comparaison4 ,ainsi1 malgr les distinctions proposes1 je considre l'extension effective du principe des proportions dfinies aux phnomnes de la dissolution1 comme la seule rponse pleinement irrcusable qui puisse tre faite l'importante objection fonde sur la considration de ces phnomnes4 ,or1 cette extension1 quoique trs difficile1 ne me semble point ncessairement impossible raliser4 ,car1 en l'admettant1 il suffirait1 pour la concilier avec les phnomnes ordinaires1 d'envisager tous les degrs successifs de concentration du liquide comme de simples mlanges du petit nombre de dissolutions dfinies qu'on aurait tablies1 soit entre elles1 soit avec le dissolvant1 la manire des mlanges habituels de l'eau avec l'alcool1 ou l'acide sulfurique1 etc4 ,cette hypothse a dj t propose pour d'autres cas1 o elle devait sembler moins admissible4 ,sa vrification positive doit1 d'ailleurs1 tre extrmement dlicate1 en quelque cas que ce soit4 ,du reste1 en reprenant1 sous ce point de vue1 l'tude gnrale des dissolutions1 il deviendrait indispensable1 pour la rendre pleinement rationnelle1 de la combiner avec celle des autres phnomnes chimiques analogues1 relatifs l'absorption des gaz par les liquides ou par les solides poreux4 ,tous ces divers modes d'union molculaire sont souvent assez nergiques pour rsister des influences susceptibles de dtruire certaines combinaisons proprement dites3 pourquoi ne seraient-ils point1 comme elles1 soumis la rgle des proportions dfinies1 si cette rgle constitue vraiment une loi fondamentale de la nature8 ,les considrations prcdentes peuvent tre appliques1 d'une manire bien plus frappante1 un autre cas trs tendu1 quoique plus particulier1 celui des divers alliages mtalliques4 ,ici1 on ne peut certainement contester1 en aucune faon1 l'existence d'un vritable tat de combinaison1 comparable celui d'un grand nombre des composs assujettis aux lois de la chimie numrique3 et1 nanmoins1 presque toutes les proportions s'y trouvent videmment ralises entre certaines limites4 ,la supposition d'un mlange1 qu'on n'a pas mme tent d'appliquer en ce cas1 serait cependant le seul moyen de maintenir1 envers de tels composs1 la gnralit du principe de la chimie numrique4 ,mais il parat bien difficile de concevoir1 entre des solides1 un vritable mlange1 qui puisse subir1 sans aucune altration vidente1 de grands changemens de temprature1 l'influence de la cristallisation1 et plusieurs autres causes perturbatrices qui sembleraient devoir le dtruire ncessairement4 ,cette question dlicate ne peut tre rellement dcide que par une suite spciale1 rationnellement institue1 d'expriences directes sur les limites gnrales de la permanence des mlanges dont la nature n'est nullement quivoque4 ,ce nouvel ordre de recherches serait galement indispensable pour juger positivement de la validit des explications proposes1 avec une confiance trop hasarde1 dans plusieurs autres questions de chimie numrique1 par exemple l'gard de certains oxides4 ,en gnral1 l'hypothse habituelle d'un mlange a d ncessairement prvaloir comme le seul moyen de ramener la loi des proportions dfinies les diverses combinaisons qui semblent d'abord susceptibles d'une proportion indtermine4 ,un tel dnouement est1 sans doute1 trs rationnel1 mais la stricte condition de ne point rester indfiniment hypothtique4 ,or1 quoique l'tat de mlange ait t1 en quelques rares occasions1 rellement constat1 on se contente ordinairement aujourd'hui1 ce sujet1 d'luder ainsi la difficult par cet expdient facile1 sans s'occuper aucunement d'tablir1 sur une exprimentation convenable1 une vritable thorie chimique du mlange1 qui puisse1 en ralisant de semblables projets d'explication1 dtruire enfin une importante objection contre le principe fondamental de notre chimie numrique4 ,il y a lieu d'esprer1 toutefois1 que le travail essentiel1 dont je viens d'indiquer l'esprit gnral1 permettra plus tard aux chimistes de mettre ce principe l'abri de toute difficult srieuse sous ce rapport4 ,mais1 indpendamment de tous ces divers motifs secondaires1 l'obstacle le plus profond et le plus capital la gnralisation rationnelle de la loi des proportions dfinies1 celui qu'il est indispensable de surmonter sous peine de rduire cette loi importante une simple rgle empirique1 uniquement destine faciliter un certain ordre d'analyses chimiques1 consiste dans l'trange anomalie gnrale que prsente jusque ici1 cet gard1 l'ensemble des substances dites organiques4 ,il a t prcdemment remarqu1 d'aprs ,m4 ,berzlius1 que les proportions ne seraient point rellement dfinies1 dans l'acception actuelle des chimistes1 si1 pour reprsenter la composition numrique de certaines substances1 on tait forc d'y supposer un nombre trs lev d'atomes lmentaires1 qui n'exclurait point1 en d'autres cas1 l'existence de tous les nombres infrieurs envers les mmes lmens4 ,or1 c'est ce qui a minemment lieu1 de la manire la plus tendue1 dans ce qu'on nomme la chimie organique1 o l'on voit souvent un lment entrer1 tantt pour cent cinquante deux cents atomes1 tantt pour deux ou trois1 et offrir ensuite la plupart des degrs intermdiaires1 de telle sorte que1 les divers composs de ce genre prsentant d'ailleurs les mmes lmens essentiels1 l'ensemble de leur composition numrique ralise1 l'gard de ces lmens1 presque toutes les proportions imaginables4 ,aussi les chimistes n'hsitent-ils point aujourd'hui proclamer1 plus ou moins franchement1 que les substances organiques chappent au principe des proportions dfinies4 ,mais un tel aveu1 s'il devait tre dfinitif1 quivaudrait rellement1 ce me semble1 reconnatre que ce principe ne constitue point une vritable loi de la nature1 ou1 ce qui serait presque identique1 que cette loi convient tous les lmens1 except l'oxigne1 l'hydrogne1 au carbone1 et l'azote4 ,car autrement1 la sparation1 videmment arbitraire1 que l'on tablit entre la chimie inorganique et la chimie organique1 pourrait-elle avoir une aussi profonde influence8 ,une loi relle doit1 sans doute1 tre radicalement indpendante de cette vicieuse division scolastique4 ,au fond1 toute chimie n'est-elle point1 par sa nature1 ncessairement inorganique1 c'est--dire homogne8 ,ainsi1 l'immense exception que parat offrir la composition numrique des substances dites organiques1 doit1 si elle est irrvocable1 ruiner scientifiquement la doctrine des proportions dfinies1 envisage comme une thorie vraiment rationnelle1 et la rabaisser l'assemblage purement empirique de certaines remarques analytiques plus ou moins particulires et d'un usage plus ou moins commode4 ,cette doctrine aurait alors1 en ralit1 une consistance scientifique beaucoup moins satisfaisante que dans la thorie de ,berthollet3 car celle-ci1 en restreignant certains cas les proportions dfinies1 leur assignait au moins des causes rigoureuses et intelligibles1 tandis que1 dans l'tat provisoire de l'ensemble actuel de la chimie numrique1 les cas de proportions dfinies resteraient encore limits1 quoique un moindre degr1 sans que la restriction ft susceptible d'aucune justification vritable4 ,comme le principe des proportions dfinies ne peut1 videmment1 par sa nature1 tre directement fond sur aucune considration priori1 il ne saurait devenir vraiment rationnel que par une entire et stricte gnralit1 qui peut seule le dispenser d'une explication positive4 ,les considrations prsentes dans les deux leons prcdentes1 et qui se trouveront encore spcialement fortifies par la trente-neuvime leon1 sur l'imprieuse ncessit de concevoir dsormais la science chimique comme un tout homogne1 sans aucune vaine distinction d'origine organique ou inorganique1 montrent cette difficult capitale sous son jour le plus clatant4 ,je crois avoir1 ce sujet1 radicalement dtruit d'avance la principale ressource actuelle1 qui consiste1 en regardant les composs organiques comme ternaires ou quaternaires1 limiter aux seuls composs binaires la loi des proportions dfinies4 ,outre ce qu'une telle restriction aurait videmment d'arbitraire et d'irrationnel1 j'ai tabli la ncessit et la possibilit1 pour le perfectionnement essentiel de la science chimique1 de ramener dsormais toute combinaison quelconque la conception universelle du dualisme4 ,si l'on ne pouvait raliser cette double amlioration fondamentale qu'en renonant la doctrine des proportions dfinies1 envisage comme thorie gnrale1 on ne devrait point1 ce me semble1 hsiter faire un tel sacrifice2 car les progrs que la chimie doit ncessairement prouver par l'homognit des conceptions et par le dualisme systmatique ont1 sans doute1 une bien plus haute importance que le perfectionnement gnral des tudes chimiques sous le simple point de vue numrique4 ,mais1 malgr les apparences1 il n'y a point1 au fond1 la moindre incompatibilit relle entre ces deux sortes de progrs4 ,j'espre prouver1 au contraire1 par les considrations suivantes1 que la dissolution de la chimie organique comme corps de doctrine spar1 et surtout l'extension rationnelle du dualisme tous les composs organiques1 offrent les seuls moyens rels de faire naturellement acqurir enfin la loi des proportions dfinies la gnralit complte qui lui est indispensable4 ,quoique la nature de cet ouvrage m'interdise de donner ici cette conception nouvelle les dveloppemens essentiels qui pourraient la faire goter1 une simple indication gnrale suffira peut-tre nanmoins pour la caractriser auprs des lecteurs qui auront convenablement saisi l'esprit des deux leons prcdentes4 ,en incorporant dsormais au systme uniforme de la chimie proprement dite1 tous les composs organiques susceptibles de la stabilit ncessaire1 on sera simultanment conduit1 par la mme opration philosophique1 comme je l'ai dj indiqu dans la dernire leon1 runir au domaine de la physiologie1 soit vgtale1 soit animale1 l'tude des nombreuses substances secondaires qui ne doivent leur existence passagre et variable qu'au dveloppement des phnomnes vitaux1 et qui surtout ne prsentent un vritable intrt scientifique que sous le point de vue biologique4 ,cette importante sparation deviendra plus nette par un examen direct1 rserv pour la trente-neuvime leon2 je dois me borner en ce moment l'noncer comme drivant essentiellement1 en principe1 de la distinction fondamentale entre l'tat de mort et l'tat de vie4 ,la seconde classe des matires organiques1 qui est de beaucoup la plus tendue1 se compose1 en majeure partie1 de vritables mlanges1 qui1 en tant que tels1 comportent naturellement toutes les proportions imaginables1 seulement limites alors par les conditions vitales4 ,quant celles de ces substances o l'on doit admettre des combinaisons relles1 il faudra1 sans doute1 les concevoir1 en principe1 assujetties la loi des proportions dfinies1 qui1 sans cette rigoureuse extension1 ne saurait avoir entirement son vrai caractre scientifique4 ,mais la complication de tels composs1 et surtout leur instabilit1 ne permettront peut-tre jamais de les tudier avec succs sous le point de vue numrique1 qui1 d'ailleurs1 n'offre1 en biologie1 qu'un intrt trs subalterne4 ,cette puration essentielle de la science chimique1 outre sa haute importance directe1 fournit donc accessoirement une puissante ressource prliminaire pour diminuer beaucoup la difficult fondamentale qu'on prouve aujourd'hui tendre aux composs organiques la loi des proportions dfinies4 ,nanmoins1 aprs une semblable prparation1 le domaine rationnel de la chimie comprendrait encore un tel nombre de ces composs1 que cette extension indispensable ne saurait tre enfin ralise1 sans que le point de vue chimique ordinaire1 l'gard de ces substances ternaires ou quaternaires1 n'ait t d'abord radicalement chang4 ,or1 l'tablissement gnral du dualisme rigoureux1 dont j'ai dj tabli1 sous des rapports d'une plus haute importance1 la ncessit fondamentale1 remplit1 ce me semble1 de la manire la plus naturelle1 ce dernier office essentiel envers la doctrine gnrale des proportions chimiques4 ,c'est ce qui me reste maintenant expliquer sommairement4 ,l'irrationnelle obstination des chimistes considrer les combinaisons dites organiques comme ternaires ou quaternaires1 en confondant leur analyse lmentaire avec une analyse immdiate1 est si loin d'tre propre1 comme ils le croient1 justifier la doctrine numrique de ne point s'tendre ces combinaisons1 qu'elle constitue1 au contraire1 par la nature mme du sujet1 le principal obstacle cette extension gnrale4 ,en effet1 tant que l'oxigne1 l'hydrogne1 le carbone et l'azote y seront envisags comme directement unis1 en combinaison ternaire ou quaternaire1 les nombreux composs qui devront tre reconnus distincts1 mme aprs une judicieuse et svre puration1 continueront former ds lors une invincible objection contre le principe fondamental de la chimie numrique4 ,mais si1 au contraire1 ces substances organiques devenaient de simples composs binaires du second ordre1 ou1 tout au plus1 du troisime1 dont les principes immdiats seraient seuls forms par la combinaison directe et toujours binaire de ces trois ou quatre lmens1 on parviendrait reprsenter exactement toutes les varits numriques effectives que constate l'analyse lmentaire1 en se bornant concevoir1 pour chaque degr de combinaison1 un trs petit nombre de proportions distinctes et bien dfinies4 ,considrons d'abord le cas ternaire1 essentiellement propre aux composs d'origine vgtale4 ,les trois lmens dont ils sont forms peuvent tre unis en trois sortes de combinaisons binaires4 ,en combinant de nouveau deux deux ces premiers composs1 ce qui conduit employer toujours simultanment les trois lmens1 oxigne1 hydrogne et carbone1 on obtient trois classes principales de composs du second ordre1 qui1 pour plus de clart1 dans l'criture chimique actuelle1 peuvent tre reprsents1 en supprimant toute indication numrique1 par les trois formules gnrales3 ohoc1 occh1 ohch4 ,or1 dans l'tat prsent de la chimie1 chacun des termes de ces diverses formules correspond rellement deux corps bien distincts1 tels que l'eau et le deutoxide d'hydrogne1 le gaz oxide de carbone et le gaz acide carbonique1 l'hydrogne carbon et le gaz olfiant4 ,ainsi1 en n'admettant qu'une seule proportion pour la combinaison binaire de ces corps1 on pourvoirait dj la composition numrique de douze substances aujourd'hui ternaires4 ,mais1 d'un autre ct1 il doit paratre impossible de ne pas concevoir1 en gnral1 au moins trois proportions diffrentes pour toute combinaison binaire2 l'une constituant la neutralisation parfaite1 et les autres les deux limites extrmes de la saturation rciproque3 l'ensemble des analogies chimiques indique mme videmment1 dans la plupart des cas bien explors1 un plus grand nombre de composs divers4 ,nanmoins1 en se bornant au principe rationnel des trois rapports1 il est clair que1 mme avec les seules combinaisons aujourd'hui connues de ces trois lmens1 on peut parvenir1 par un dualisme invariable1 reprsenter trente-six compositions distinctes1 sans dpasser le second ordre4 ,enfin1 il n'y aurait1 sans doute1 rien d'trange maintenant concevoir aussi une troisime combinaison possible entre l'oxigne et le carbone1 o entre celui-ci et l'hydrogne1 etc41 qui1 de nos jours1 en fournissent deux1 aprs avoir t long-temps regards comme n'en admettant qu'une seule4 ,ds lors1 par l'ensemble de ces considrations1 chacun peut aisment s'assurer que le dualisme permettrait d'assujettir1 de la manire la plus naturelle et la plus complte1 la loi gnrale des proportions dfinies1 quatre-vingt-un composs du second ordre forms d'oxigne1 d'hydrogne et de carbone2 ce qui serait1 sans doute1 plus que suffisant pour reprsenter l'analyse lmentaire de toutes les substances vraiment distinctes propres la chimie vgtale4 ,passons maintenant au cas quaternaire1 qui caractrise surtout ce qu'on nomme la chimie animale4 ,les classes principales de composs du second ordre semblent d'abord devoir tre ici plus nombreuses2 mais1 la condition indispensable de faire concourir les quatre lmens la fois permet encore seulement trois classes1 reprsentes1 comme ci-dessus1 par les formules gnrales ohac1 ocah1 oahc4 ,si l'on se borne strictement aux combinaisons connues aujourd'hui1 les termes oh1 oc1 hc1 dj prcdemment considrs1 correspondent chacun deux corps distincts2 le terme ah ne reprsente encore qu'un seul corps1 ainsi que le terme ac2 mais le terme oa indique cinq composs diffrens4 ,ds lors1 ces trois formules fourniraient seulement quatorze compositions diverses1 avec une seule proportion1 et quarante-deux1 en admettant les trois rapports4 ,mais1 en appliquant tous les degrs la rgle trs rationnelle de la triple combinaison binaire1 sans s'arrter aux invitables lacunes de la chimie actuelle1 les formules prcdentes comprendraient quatre-vingt-dix-neuf composs du second ordre1 maintenant envisags comme quaternaires4 ,l'analyse rationnelle des substances animales est probablement fort loin d'en exiger rellement un aussi grand nombre4 ,du reste1 les matires animales ayant subi1 en gnral1 un degr d'laboration vitale de plus que les matires simplement vgtales1 il serait1 ce me semble1 trs philosophique de reconnatre1 leur gard1 la possibilit d'un ordre de composition suprieur1 que les combinaisons physiologiques doivent surtout tendre raliser4 ,dans une semblable hypothse1 sans dpasser le troisime ordre1 comme toutes les combinaisons binaires seraient alors logiquement admissibles1 il est facile de constater1 par la mme mthode1 que cette conception suffirait reprsenter1 entre l'oxigne1 l'hydrogne1 le carbone et l'azote1 plus de dix mille composs prtendus quaternaires1 tous forms d'aprs un dualisme invariable1 et tous videmment assujettis1 sous la forme la fois la plus simple et la plus stricte1 la loi des proportions dfinies1 quoique tant1 nanmoins1 parfaitement distincts les uns des autres4 ,sans doute1 la nature ne saurait permettre la ralisation effective d'une grande partie de ces combinaisons spculatives4 ,mais j'ai cru devoir poursuivre les consquences de ma conception jusqu' cette extrme limite idale1 qui n'offre rien d'irrationnel1 afin de caractriser1 avec une plus nergique vidence1 toute la fcondit des ressources simples et directes que fournirait cette thorie nouvelle pour satisfaire enfin aux justes exigences des philosophes impartiaux quant la gnralisation si indispensable1 et aujourd'hui si incomplte1 des lois fondamentales de la chimie numrique4 ,je serais1 cet gard1 pleinement satisfait si quelques-uns des esprits distingus qui cultivent aujourd'hui la science chimique croyaient1 d'aprs cette indication sommaire1 pouvoir contribuer son perfectionnement gnral1 en suivant la voie que je viens de leur ouvrir1 et dans laquelle ma destination spcialement philosophique doit m'interdire l'espoir de jamais marcher moi-mme4 ,si l'on n'adoptait point cette conception1 ou si1 par toute autre mthode quivalente1 dont je ne saurais comprendre quel pourrait tre le principe1 on ne parvenait point tendre rellement aux composs organiques la doctrine des proportions dfinies1 il faudrait ncessairement renoncer riger cette doctrine en une loi essentielle de la philosophie naturelle1 et rentrer enfin dans la grande thorie de ,berthollet1 en se bornant largir beaucoup les cas gnraux de proportions fixes qu'il avait admis4 ,dans l'tat prsent de l'ensemble de la question1 il ne saurait exister aucune autre alternative4 ,mais1 la thorie que je propose n'ayant pas t directement institue pour une telle destination1 et drivant1 au contraire1 de la manire la plus naturelle1 de principes tablis1 par un tout autre ordre de considrations suprieures1 pour les besoins fondamentaux de la philosophie chimique1 cette remarquable concidence constitue1 ce me semble1 une puissante prsomption en faveur de sa ralisation future et peut-tre prochaine4 ,tels sont les importans rsultats gnraux de l'examen philosophique auquel j'ai d soumettre1 dans cette leon1 la doctrine actuelle des proportions chimiques1 envisage sous ses divers aspects essentiels4 ,chacun peut dsormais juger avec exactitude du vritable progrs fondamental de cette intressante partie des tudes chimiques depuis son origine jusqu' ce jour1 des conditions essentielles qui doivent encore y tre remplies avant de convertir le principe de cette doctrine en une grande loi de la nature1 et enfin de la marche rationnelle qui peut seule conduire cette constitution finale de la chimie numrique4 ,je dois maintenant considrer1 sous un dernier point de vue gnral1 l'ensemble actuel de la chimie inorganique1 en consacrant la leon suivante l'examen philosophique de la thorie lectro-chimique4 ,,trente-,,huiti,,me ,,le,,on4 ,examen philosophique de la thorie lectro-chimique4 ,ds l'origine de la chimie moderne1 l'influence chimique de l'lectricit a commenc se manifester1 d'une manire non quivoque1 dans plusieurs phnomnes importans1 et surtout dans l'exprience capitale de la recomposition de l'eau par la combinaison directe de l'oxigne avec l'hydrogne1 dtermine l'aide de l'tincelle lectrique4 ,mais1 la puissance d'un tel agent1 quoique de plus en plus employe1 ne pouvait attirer fortement l'attention spciale des chimistes1 jusqu' ce que l'immortelle dcouverte de ,volta vnt permettre de dvoiler sa principale nergie1 en rendant l'action lectrique la fois plus complte1 plus profonde1 et plus continue4 ,depuis cette mmorable poque1 de nombreuses sries de phnomnes gnraux ont graduellement constat que l'lectricit constitue un agent chimique encore plus universel et plus irrsistible que la chaleur elle-mme1 soit pour la dcomposition1 soit mme pour la combinaison4 ,toutefois1 quelle que soit dsormais l'importance fondamentale de l'lectro-chimie actuelle1 il y a lieu de craindre qu'on ne s'exagre beaucoup aujourd'hui la vritable influence rationnelle d'un tel ordre de considrations sur le systme gnral de la science chimique4 ,quoique la chimie soit ainsi lie plus intimement la physique que par aucune autre classe de phnomnes1 il n'en serait pas moins radicalement contraire la saine philosophie de cesser1 d'aprs ces relations1 de l'envisager comme une science parfaitement distincte1 en confondant1 ainsi qu'on le propose1 les proprits chimiques parmi les proprits lectriques4 ,l'objet essentiel de cette leon1 sous le point de vue philosophique1 est de faire sentir combien il est indispensable de maintenir avec fermet l'originalit fondamentale de la science chimique1 sans attnuer1 nanmoins1 l'tendue et l'importance de ses vrais rapports gnraux avec l'lectrologie4 ,il faut1 cet effet1 considrer d'abord sommairement la filiation relle des principales notions qui ont graduellement conduit former la thorie lectro-chimique actuelle1 telle que ,m4 ,berzlius l'a surtout systmatise4 ,le premier effet chimique important obtenu par l'influence voltaque1 consiste dans la dcomposition de l'eau1 que ,nicholson parvint constater en #ahja4 ,cette dcouverte devait ncessairement rsulter d'un examen attentif de l'action naturelle de la pile1 sans aucune intention chimique4 ,quoiqu'elle n'ait immdiatement abouti1 pour la chimie1 qu' confirmer d'une nouvelle manire une vrit mise depuis long-temps hors de doute1 elle n'en constitue pas moins le vrai point de dpart de l'ensemble des tudes lectro-chimiques1 comme ayant spontanment rvl1 par un exemple irrcusable1 la haute nergie chimique de l'admirable instrument que ,volta venait de crer4 ,on doit mme rattacher cette origine les premires tentatives pour fonder une thorie gnrale des phnomnes lectro-chimiques3 car la conception propose alors par ,grothuss afin d'expliquer l'observation de ,nicholson1 d'aprs la polarit lectrique des molcules1 contient rellement le germe primitif de toutes les ides essentielles qui1 graduellement tendues et dveloppes1 mesure que les phnomnes l'ont exig1 constituent maintenant la thorie lectro-chimique4 ,une fois avertis1 par cette observation fondamentale1 de la puissance analytique propre la pile de ,volta1 il tait naturel que les chimistes s'efforassent d'appliquer ce nouvel agent la dcomposition des substances qui avaient rsist jusque alors l'ensemble des moyens connus4 ,cette premire suite d'essais produisit1 au bout de quelques annes1 la brillante dcouverte de l'illustre ,davy sur l'importante analyse des alcalis proprement dits et des terres1 que n'avaient pu encore oprer les influences purement chimiques4 ,la grande et belle thorie de l'immortel ,lavoisier avait conduit1 ds sa naissance1 prvoir un tel rsultat gnral1 en tablissant que toute base salifiable devait ncessairement provenir de la combinaison de l'oxigne avec un mtal quelconque4 la vrit1 la dcouverte essentielle de ,berthollet sur la vraie composition de l'ammoniaque avait d naturellement altrer dj la confiance1 jusque alors complte1 qu'inspirait tous les chimistes cette prvision rationnelle4 ,mais cette exception encore isole1 quoique capitale1 ne pouvait alors prvaloir cet gard sur l'ensemble des principales analogies chimiques4 ,il tait donc vraiment invitable que les chimistes1 mis en possession d'un nouveau moyen analytique1 dont l'nergie ne pouvait tre conteste1 entreprissent de constater la prsence de l'oxigne dans les alcalis et dans les terres4 ,l'importance majeure du beau rsultat obtenu par ,davy ne doit pas1 sans doute1 faire illusion sur la difficult relle d'une dcouverte aussi compltement prpare4 ,l'institution du procd purement chimique1 d'aprs lequel ,m4 ,gay-,lussac parvint1 un peu plus tard1 confirmer l'analyse lectrique de la potasse1 constituait peut-tre un problme plus difficile1 quoique le succs dt en tre beaucoup moins clatant4 ,l'importante observation de ,nicholson avait commenc l'lectro-chimie2 la belle dcouverte de ,davy1 outre sa haute valeur directe1 dtermina1 dans cette nouvelle direction1 une impulsion gnrale et dcisive1 qui fut la vritable source de tous les progrs ultrieurs4 ,nanmoins1 il restait encore tudier en elle-mme l'influence chimique de l'lectricit1 envisage sous un point de vue purement scientifique1 et non plus seulement comme un moyen prpondrant d'oprer des dcompositions nouvelles4 ,or le grand travail de ,davy ne pouvait manquer encore de dterminer bientt1 d'une manire indirecte1 mais ncessaire1 cette indispensable consquence philosophique4 ,car la chimie se trouvait ainsi avoir1 videmment1 ralis tout d'un coup les plus importantes et les plus difficiles des analyses inaccessibles jusque alors aux voies ordinaires2 et1 en effet1 la science n'a fait depuis1 sous ce rapport1 aucune autre acquisition essentielle4 ,le sentiment de plus en plus profond de cette vrit frappante devait invitablement rendre de plus en plus scientifique l'attention dj irrvocablement fixe sur les actions lectro-chimiques1 bientt assujetties une tude directe et rgulire4 ,cette dernire consquence1 qui a achev de constituer l'lectro-chimie1 comme une partie fondamentale de la science chimique1 a t surtout ralise par l'importante srie de recherches de ,m4 ,berzlius sur la dcomposition voltaque de tous les sels1 et ensuite des principaux oxides et acides4 ,de telles analyses1 dont les rsultats taient faciles prvoir d'aprs les expriences de ,davy1 ne pouvaient proprement avoir pour objet de dvoiler directement aucune nouvelle vrit chimique2 mais elles taient essentiellement destines prsenter sous un aspect entirement gnral l'influence chimique de l'lectricit1 jusque alors borne certains phnomnes isols1 quoique trs importans4 cet gard1 ce bel ensemble de recherches constituait une phase indispensable du dveloppement naturel de l'lectro-chimie1 ds lors irrvocablement lie au systme entier de la science chimique4 ,c'est par l'influence graduelle de ces grands travaux de ,m4 ,berzlius1 que la considration habituelle des proprits lectriques a pris une importance croissante dans l'tude chimique de toutes les substances1 dont la division universelle en lectro-ngatives et lectro-positives est bientt devenue fondamentale pour leurs dfinitions scientifiques1 comme on le voit surtout quant la distinction gnrale entre les acides et les alcalis1 qu'il serait difficile d'tablir solidement aujourd'hui sur aucune autre base4 ,aussi est-ce ,m4 ,berzlius qu'il devait naturellement appartenir de concevoir l'ensemble de la thorie lectro-chimique sous une forme entirement systmatique1 rsultat presque spontan de l'esprit gnral de ses recherches4 ,quelle que ft la haute importance philosophique des travaux de ,m4 ,berzlius sur l'lectro-chimie1 une dernire condition tait nanmoins encore indispensable remplir pour donner cette nouvelle branche essentielle de la chimie tout son vrai caractre scientifique4 ,jusque alors1 en effet1 l'action voltaque avait t essentiellement envisage sous le point de vue analytique2 il restait la considrer aussi1 afin d'en avoir une notion complte1 sous le point de vue synthtique4 ,cette grande lacune a t enfin comble1 de la manire la plus satisfaisante1 par le bel ensemble des travaux de ,m4 ,becquerel4 ,sans doute1 les dcompositions opres par la pile tant frquemment accompagnes de certaines combinaisons1 on ne pouvait depuis long-temps mconnatre1 sous ce rapport1 l'influence chimique de l'lectricit galvanique4 ,mais ces observations accessoires ne dispensaient aucunement1 pour un sujet aussi important1 de l'tude directe et fconde organise par ,m4 ,becquerel1 qui a rendu pleinement irrcusable l'action synthtique de l'lectricit convenablement administre1 et qui surtout l'a employe raliser de nouvelles et prcieuses combinaisons1 jusque ici impossibles d'aprs les voies ordinaires4 ,cette seconde face gnrale de l'lectro-chimie a mme ncessairement exig d'abord une profonde et indispensable modification dans le mode primitif d'exprimentation4 ,la premire disposition de la pile1 telle que ,volta l'avait imagine1 devait tre essentiellement maintenue pour oprer des dcompositions1 sauf les perfectionnemens successifs que l'exprience a d naturellement provoquer1 et qui taient surtout destins augmenter l'nergie de l'appareil4 ,mais1 l'gard des combinaisons1 cette extrme nergie voltaque et constitu1 au contraire1 un obstacle radical1 en dterminant le plus souvent la dcomposition des principes immdiats que l'on voulait unir4 ,il a donc fallu recourir invitablement ici l'action trs prolonge de puissances lectriques extrmement faibles1 dont l'efficacit ft augmente par la disposition avantageuse suivant laquelle les diverses substances seraient habituellement soumises leur influence4 ,m4 ,becquerel a trs heureusement satisfait l'ensemble de ces conditions indispensables1 en oprant presque toujours l'aide d'un seul lment voltaque1 et en saisissant chaque corps dans l'tat que les chimistes ont toujours reconnu comme le plus favorable la combinaison1 c'est--dire l'tat naissant4 ,ce changement essentiel dans l'institution ordinaire des expriences1 constitue le principal caractre scientifique de la marche propre cet illustre savant1 et qui ne pouvait tre1 sans doute1 mieux adapte la nature des phnomnes qu'il voulait tudier4 ,non-seulement il a dtermin ainsi la combinaison directe de plusieurs corps1 qu'on ne peut unir encore par aucun procd purement chimique2 mais1 l'gard mme des composs susceptibles d'tre autrement obtenus1 ce nouveau mode prsente la proprit remarquable de faire toujours minemment ressortir leur structure gomtrique1 par une suite ncessaire de la lenteur et de la rgularit de leur formation graduelle2 ce caractre est surtout frappant envers certains sulfures mtalliques1 quelques oxides1 et plusieurs sels4 ,il ne convient nullement d'insister ici sur l'importance vidente que doivent avoir un jour les principaux rsultats de ,m4 ,becquerel relativement l'histoire naturelle du globe1 pour expliquer1 d'une manire satisfaisante1 un grand nombre d'origines minrales1 quand le temps sera vraiment venu d'aborder avec succs un tel ordre de questions concrtes4 ,du point de vue abstrait1 seul conforme la nature de cet ouvrage1 nous devons surtout remarquer cette importante srie de travaux comme ayant directement perfectionn le systme gnral de la mthode chimique1 en crant de nouveaux et puissans moyens de recomposition1 dont la valeur essentielle est d'autant plus grande que les progrs fondamentaux de la synthse chimique sont loin jusque ici d'tre suffisamment en harmonie avec ceux de l'analyse2 la facult de dtruire tant naturellement susceptible d'un dveloppement beaucoup plus rapide que celui de la puissance rgnratrice4 ,enfin1 quant la suite de considrations qui nous occupe spcialement ici1 les recherches de ,m4 ,becquerel ont videmment complt la constitution gnrale de l'lectro-chimie1 qui1 tant dsormais la fois synthtique et analytique1 ne peut plus1 quels que puissent tre ses perfectionnemens futurs1 que s'tendre et se dvelopper1 des degrs quelconques1 suivant quelqu'une des diverses directions principales1 dj pleinement caractrises par l'ensemble des travaux excuts depuis le commencement de notre sicle4 ,telle est la filiation gnrale des dcouvertes essentielles faites jusque ici dans l'tude des phnomnes lectro-chimiques4 ,afin de mieux saisir comment cette tude a graduellement conduit une nouvelle conception fondamentale pour l'ensemble des effets chimiques1 il est indispensable de considrer maintenant le grand phnomne qui a t le sujet primitif de la thorie lectro-chimique1 aprs quoi l'apprciation philosophique de cette thorie s'effectuera en quelque sorte spontanment4 ,on a souvent remarqu1 et avec beaucoup de raison1 que par sa nature1 l'tude de la combustion constitue1 pour ainsi dire1 le point central du systme des considrations chimiques4 ,cette remarque n'est pas seulement applicable aux poques les plus recules de la chimie1 envisage dans un tat encore thologique3 elle convient surtout la constitution la plus rcente et la plus parfaite de son tat mtaphysique1 principalement caractrise par la transformation de la combustibilit1 sous le nom de phlogistique1 en une entit matrialise1 quoique insaisissable4 ,quand1 aprs une longue prparation1 la science chimique a commenc enfin passer l'tat vraiment positif1 sous l'influence prpondrante de l'admirable gnie du grand ,lavoisier1 cette glorieuse rvolution a essentiellement consist dans l'tablissement d'une nouvelle thorie fondamentale de la combustion4 ,aujourd'hui1 enfin1 c'est la ncessit reconnue de modifier profondment cette thorie1 qui a surtout conduit la conception lectrique des phnomnes chimiques4 ,une telle conception ne saurait donc tre nettement juge1 sans avoir pralablement apprci cette destination principale4 ,la thorie pneumatique de ,lavoisier sur la combustion avait en vue deux objets essentiels1 fort htrognes1 qui n'ont pas t jusque ici nettement distingus3 #a l'analyse fondamentale du phnomne gnral de la combustion2 #b l'explication des effets de chaleur et de lumire qui en constituent1 pour le vulgaire1 le plus important caractre4 ,l'une et l'autre condition furent remplies de la manire la plus admirable1 d'aprs l'tat des connaissances acquises3 jamais1 depuis cette grande poque1 aucune thorie chimique n'a t aussi nettement et aussi profondment empreinte de ce double esprit de rationnalit et de positivit1 dont l'irrsistible influence devait entraner irrvocablement les intelligences vers un mode radicalement nouveau de philosopher sur les faits chimiques4 ,toute combustion1 brusque ou graduelle1 fut regarde comme consistant ncessairement dans la combinaison du corps combustible avec l'oxigne1 d'o1 quand le corps tait simple1 rsulterait un oxide1 le plus souvent susceptible de devenir la base d'un sel1 et1 si l'oxigne tait prpondrant1 un vritable acide1 principe d'un certain genre de sels4 ,quant au dgagement de chaleur et de lumire1 il fut attribu1 en gnral1 la condensation de l'oxigne1 et accessoirement celle du combustible1 dans cette combinaison4 ,il importe de juger sparment ces deux parties essentielles de la thorie anti-phlogistique4 ,sous le premier point de vue1 en effet1 cette thorie prsente naturellement un caractre beaucoup plus philosophique que sous le second4 ,il tait minemment rationnel d'analyser avec exactitude1 d'une manire gnrale1 le phnomne de la combustion1 afin de saisir ce qu'un tel phnomne1 dont la nature chimique ne pouvait tre conteste1 offrait rellement de commun tous les cas divers4 ,comme cet examen ne pouvait tre d'abord rigoureusement complet1 les conclusions fournies par une telle tude pouvaient pcher1 sans doute1 par une trop grande gnralit1 ainsi qu'on la constat depuis3 mais1 restreintes dans leurs limites naturelles1 elles constituaient ncessairement un prcieux ensemble de vrits ineffaables1 qui1 en effet1 formera toujours une partie essentielle de la science chimique1 quelles que puissent jamais tre ses rvolutions futures4 ,il en tait tout autrement pour l'explication de la chaleur et de la lumire dgages4 ,d'abord1 cette seconde question gnrale n'appartient point rellement1 par sa nature1 la chimie1 mais la physique2 en sorte que1 quelle que doive tre sa solution finale1 on ne saurait comprendre comment elle entranerait rationnellement un changement radical dans la manire de concevoir les phnomnes vraiment chimiques4 ,toutefois1 ce qu'il faut surtout remarquer1 cet gard1 c'est qu'une semblable explication1 pour ne pas dgnrer en une tentative de pntrer la nature intime du feu et son mode essentiel de production1 devait ncessairement consister en une simple assimilation d'une telle source de chaleur avec une autre plus tendue1 dj reconnue4 ,car1 chaque cas de manifestation du feu ne saurait tre expliqu1 d'une manire vraiment positive1 qu'en tablissant son analogie relle avec un autre plus gnral1 sans que nous puissions d'ailleurs1 en aucun cas1 dcouvrir jamais quelle est la vritable cause du phnomne4 ,or1 en considrant la recherche propose sous ce point de vue1 le seul strictement scientifique1 on ne pouvait nullement garantir d'avance que la similitude sur laquelle devait reposer l'explication dsire1 ne serait point ncessairement gratuite et prcaire1 et1 par suite1 susceptible d'tre renverse1 comme en effet il arriva bientt1 par une tude ultrieure de la question4 ,aucun philosophe n'aurait voulu1 cette poque1 et nul ne voudrait1 sans doute1 mme aujourd'hui1 ne reconnatre1 en principe1 qu'une seule source fondamentale de chaleur1 laquelle il faudrait invitablement ramener toutes les autres3 une telle obligation ne pourrait tre remplie que par des rapprochemens trs vagues et purement hypothtiques1 qui ne sauraient avoir un vrai caractre scientifique4 ,ds lors1 si l'on s'accorde reconnatre1 en gnral1 plusieurs sources principales1 parfaitement distinctes et indpendantes les unes des autres1 pourquoi la combustion1 ou1 sous un point de vue plus tendu1 toute action chimique trs prononce1 ne constituerait-elle pas un de ces cas primordiaux1 ncessairement irrductibles aucun autre8 ,pourquoi une source de chaleur aussi puissante et aussi universelle serait-elle regarde comme secondaire1 tandis que le frottement1 par exemple1 continuerait tre unanimement envisag comme une source principale8 ,sans doute1 on ne saurait se refuser admettre1 sous ce rapport1 les analogies que l'observation aurait rellement constates3 mais il faut1 nanmoins1 reconnatre qu'il n'existait vraiment1 cet gard1 aucun grand besoin scientifique d'anticiper hypothtiquement sur les rsultats de l'tude exprimentale1 ni mme aucun espoir rationnel de le tenter avec succs4 ,nous aurons lieu1 dans la seconde partie de ce volume1 d'appliquer de nouveau les mmes remarques philosophiques une autre question capitale1 d'un genre analogue1 celle de la chaleur vitale1 et spcialement animale1 dont l'tude positive est jusqu'ici radicalement entrave par de vains efforts hypothtiques pour rduire cette grande source de chaleur aux sources purement physiques et surtout chimiques1 sans qu'on veuille s'accorder reconnatre enfin que l'action nerveuse peut constituer1 en effet1 une source distincte et primordiale1 indpendante de toutes les autres1 et susceptible d'altrer1 plus ou moins profondment1 les rsultats naturels de leur influence directe4 ,la philosophie mtaphysique1 pour laquelle les rapprochemens taient ncessairement trs faciles1 parce qu'ils n'avaient aucune ralit1 nous a laiss encore1 beaucoup d'gards1 une tendance exagre la gnralisation2 et1 quoique le principe de cette tendance soit aujourd'hui minemment respectable1 en vertu de son indispensable participation aux plus grandes dcouvertes scientifiques1 sa prpondrance immodre n'en est pas moins trs prjudiciable au progrs naturel de nos connaissances positives4 ,cette suite de considrations nous amne conclure que1 tout en prononant1 comme il a d le faire1 sur l'analyse fondamentale du grand phnomne de la combustion1 ,lavoisier et plus sagement procd s'il se ft abstenu de tenter aucune explication gnrale pour les effets de chaleur et de lumire qui l'accompagnent ordinairement1 ce qui l'et dispens de supposer1 en principe1 une condensation invitable1 qui n'est point la consquence ncessaire d'un tel phnomne1 et qui1 en effet1 a t1 plus tard1 trouve frquemment en dfaut4 ,sans doute1 la science serait plus parfaite si ce remarquable effet thermologique pouvait tre constamment rattach la loi plus tendue1 dcouverte antrieurement par ,black1 sur le dgagement de chaleur propre tout passage d'un corps quelconque d'un tat un autre plus dense2 et c'est certainement une telle esprance qui a surtout excit ,lavoisier4 ,mais1 cette perfection1 qui n'est nullement indispensable1 deviendrait totalement illusoire1 si elle ne pouvait tre obtenue qu'en altrant la ralit des phnomnes1 ou mme si la condensation suppose1 sans tre expressment contraire l'observation1 n'tait pas effectivement indique par elle1 dans la plupart des cas4 ,toutefois1 il serait videmment trs draisonnable d'exiger une rserve scientifique aussi difficile chez ceux qui1 les premiers1 tentent de ramener des thories positives une science jusque alors essentiellement domine par les conceptions mtaphysiques2 ces restrictions svres1 ces distinctions dlicates1 eussent probablement1 imposes ds l'origine1 arrt le premier essor du gnie positif4 ,mais1 une semblable justification ne saurait tre applique1 dans le dveloppement ultrieur de la science1 ceux qui1 aprs avoir reconnu formellement l'insuffisance relle des explications primitives1 s'efforcent d'en construire d'analogues sur le mme sujet1 sans avoir pralablement examin avec attention1 d'aprs les rgles essentielles de la saine philosophie1 si ce sujet est effectivement susceptible d'une explication quelconque4 ,or1 telle me parat tre aujourd'hui la grande erreur philosophique des chimistes qui ont voulu substituer la thorie lectro-chimique la thorie anti-phlogistique proprement dite4 ,afin de motiver convenablement ce jugement gnral1 il faut maintenant poursuivre l'examen direct des principales considrations chimiques qui ont mis graduellement en vidence l'imperfection essentielle de la thorie de ,lavoisier1 que nous devons continuer envisager sous les deux aspects ci-dessus distingus4 ,le plus illustre mule de ,lavoisier reconnut bientt la ncessit de modifier1 sous un rapport trs important1 quoique indirect1 la manire gnrale dont ce grand philosophe avait analys le phnomne fondamental de la combustion4 ,une des principales consquences de cette analyse consistait en ce que tout acide et toute base salifiable devaient invitablement rsulter d'une vritable combustion1 c'est--dire de la combinaison d'un lment quelconque avec l'oxigne4 ,or ,berthollet dcouvrit d'abord que l'un des alcalis les mieux caractriss1 l'ammoniaque1 est uniquement form d'hydrogne et d'azote1 sans aucune participation de l'oxigne2 et1 peu de temps aprs1 il tablit aussi que le gaz hydrogne sulfur1 o l'oxigne n'existe pas davantage1 prsente nanmoins toutes les proprits essentielles d'un acide rel4 ,ces deux points remarquables de doctrine ont t confirms depuis par toutes les voies dont la science chimique peut jusqu'ici disposer1 et spcialement par la mthode lectrique4 ,une fois que les chimistes ont t ainsi avertis1 par un double exemple aussi dcisif1 que1 la thorie de ,lavoisier exagrait beaucoup la prpondrance chimique de l'oxigne1 ils ont successivement multipli et diversifi1 un haut degr1 soit l'gard des alcalis1 soit surtout envers les acides1 ces exceptions capitales1 dont la comparaison approfondie a graduellement investi les notions fondamentales de l'acidit et de l'alcalinit de cette haute gnralit qui les distingue aujourd'hui4 ,en outre1 la thorie primitive de la combustion a t peu peu modifie1 sous un point de vue plus direct1 quoique moins important1 en ce qu'on a positivement constat qu'un rapide dgagement de chaleur et de lumire n'est pas toujours l'indice certain d'une combinaison quelconque avec l'oxigne4 ,le chlore1 le soufre1 et plusieurs autres corps1 mme non-lmentaires1 ont t successivement reconnus susceptibles d'oprer de vraies combustions1 si1 comme il convient1 on donne l'usage scientifique de cette expression le sens gnral indiqu par son acception vulgaire4 ,enfin1 le phnomne du feu n'est plus dsormais exclusivement attribu aucune combinaison spciale1 mais1 en gnral1 toute action chimique la fois trs intense et trs vive4 ,il importe1 nanmoins1 de remarquer ici1 comme je l'ai prcdemment indiqu1 que1 sous chacun de ces divers rapports essentiels1 les minentes vrits chimiques dcouvertes par le gnie de ,lavoisier ont ncessairement conserv toute leur valeur directe1 et que ces tudes ultrieures ont seulement altr leur gnralit rigoureuse4 ,cette invitable altration a mme bien moins port sur les phnomnes vraiment naturels que sur les cas principalement artificiels1 la considration desquels1 il est vrai1 la chimie gnrale1 du point de vue abstrait qui la caractrise1 doit rationnellement attacher une aussi grande importance4 ,ainsi1 quoiqu'il existe des acides et des alcalis sans oxigne1 il n'en reste pas moins incontestable que la plupart d'entre eux1 et surtout les plus puissans1 sont ordinairement oxigns3 de mme1 quoique l'oxigne ne soit pas rellement indispensable la combustion1 il en demeure nanmoins le principal agent1 surtout l'gard des combustions naturelles4 ,aussi1 pour l'histoire naturelle proprement dite1 la thorie de ,lavoisier pourrait-elle1 sans aucun inconvnient majeur1 tre encore applique dans son intgrit primitive1 quoique le progrs fondamental de la science chimique exige imprieusement que son imperfection gnrale soit prise en haute considration abstraite4 ,en un mot1 si la souverainet universelle de l'oxigne a t dsormais irrvocablement abolie1 il sera toujours cependant le principal lment de tout le systme chimique4 ,sous le second aspect gnral1 c'est--dire quant l'explication du feu1 la thorie primitive de la combustion a prouv1 au contraire1 un sort trs diffrent2 car1 elle a t tout d'un coup radicalement dtruite1 pour ainsi dire aussitt qu'on a tent de la soumettre un examen direct4 ,quoique des proccupations plus importantes n'aient permis que trs tard aux chimistes d'entreprendre cet examen1 la thorie anti-phlogistique1 tait cet gard1 si peu positive et si peu rationnelle au fond1 surtout comparativement l'analyse de la combustion1 que son renversement n'a pas exig1 comme sous ce premier rapport1 la considration ultrieure de phnomnes nouveaux et difficiles dcouvrir1 mais seulement une apprciation plus scientifique des phnomnes universellement envisags4 ,loin de pouvoir1 ainsi que sous l'autre point de vue1 tre encore essentiellement maintenue par les naturalistes1 comme suffisant peu prs aux besoins principaux des tudes concrtes1 on peut dire qu'elle n'a jamais rellement expliqu les effets mme les plus vulgaires1 incessamment reproduits par la plupart des combustions naturelles4 ,l'explication propose obligeait ncessairement constater1 dans toute combustion1 simple ou compose1 une condensation quelconque1 assez intense pour correspondre1 d'une manire approche1 au dgagement effectif de chaleur1 et qui ne fut point simultanment compense par une dilatation presque quivalente4 ,or1 ds l'origine1 cette indispensable condition gnrale n'a t remplie qu'envers un petit nombre de cas1 qui1 sous ce rapport1 n'taient pas1 beaucoup prs1 les plus importans2 et1 surtout1 elle a t manifestement en dfaut l'gard de plusieurs autres phnomnes1 dont la considration tait1 au contraire1 prpondrante4 ,aussi1 sans la confusion vicieuse1 mais radicale1 d'une telle explication avec l'analyse de la combustion1 qui devait tre si justement admire1 on ne saurait comprendre comment elle a pu se maintenir jusqu' une poque trs rcente1 malgr que l'attention des chimistes dt tre alors principalement absorbe par d'autres spculations thoriques4 ,dans la combustion du phosphore1 du fer1 et de la plupart des mtaux1 en gnral quand la combinaison produit un compos solide1 la condition prcdente peut tre regarde comme suffisamment remplie2 quoique d'ailleurs on n'ait jamais examin si le dgagement effectif de chaleur est rellement en harmonie avec celui qui correspondrait une semblable condensation directe de l'oxigne1 ce qui doit nanmoins sembler ncessaire pour justifier compltement l'explication2 cette vrification supplmentaire serait1 mme aujourd'hui1 presque impossible instituer positivement4 ,mais1 l'gard des combustions nombreuses dont les produits sont1 au contraire1 essentiellement gazeux1 et qui1 cependant1 prsentent d'ordinaire1 au degr le plus prononc1 le phnomne du feu1 toute explication de ce genre est videmment chimrique4 ,car1 non-seulement on n'y remarque point le plus souvent une condensation suffisante2 mais1 en sens inverse1 on observe clairement1 dans les cas les plus nergiques1 une dilatation totale trs considrable1 qui1 suivant une telle thorie1 devrait donner lieu un immense refroidissement4 ,quelques exemples1 choisis parmi les plus essentiels1 feront aisment sentir l'irrsistible puissance de cette critique gnrale1 qui est dsormais l'abri de toute rclamation1 et dont il importe nanmoins notre sujet actuel de prciser exactement la nature1 afin de mieux apprcier le caractre fondamental de la thorie lectro-chimique1 sur la formation primitive de laquelle un tel ordre de considrations a exerc une influence principale et directe4 ,la chaleur dgage dans la combustion du carbone1 a pu tre d'abord attribue1 avec une certaine vraisemblance1 malgr la grande dilatation de cet lment1 la condensation de l'oxigne1 d'aprs la pesanteur spcifique trs suprieure du gaz acide carbonique form1 quoique un tel accroissement de densit ft loin d'ailleurs de correspondre l'intensit de l'effet thermologique4 ,mais1 lorsqu'il a t reconnu1 par des mesures exactes1 qu'un volume quelconque d'oxigne fournit un volume parfaitement gal d'acide carbonique1 ce qui constitue un fait essentiel pour la doctrine des proportions dfinies1 il est aussitt devenu vident que ce phnomne ne donnait lieu aucune condensation1 et que l'excs de pesanteur spcifique tait seulement produit par l'interposition molculaire du carbone1 dont la vaporisation non-compense et d alors dterminer1 au contraire1 un refroidissement trs notable4 la vrit1 tant qu'on n'a pas su valuer avec quelque prcision la chaleur spcifique des gaz1 l'annulation d'une telle explication a pu tre provisoirement retarde1 en regardant priori la chaleur spcifique de l'acide carbonique comme trs infrieure celle de l'oxigne1 quoique cette ingalit suppose n'et p rellement satisfaire l'ensemble des conditions du phnomne1 sans excder beaucoup toutes les limites probables4 ,toutefois1 cette dernire et insuffisante ressource a t radicalement dtruite1 lorsqu'on est parvenu constater d'une manire irrcusable1 que si1 poids gal1 la chaleur spcifique de l'oxigne est lgrement suprieure celle de l'acide carbonique1 celle-ci1 au contraire1 volume gal1 surpasse1 de plus d'un tiers1 la premire3 or1 ici1 il n'tait nullement douteux1 surtout d'aprs la composition numrique du gaz acide carbonique1 que la comparaison devait porter sur les volumes et non sur les poids2 en sorte que l'analyse exacte et complte du phnomne ne laissait plus aucune issue la thorie primitive4 ,la combustion du soufre donne lieu des remarques essentiellement analogues4 ,quant celle de l'hydrogne1 la condensation des deux lmens paraissait d'abord devoir expliquer1 d'une manire vraiment satisfaisante1 l'norme dgagement de chaleur dont elle est si videmment accompagne1 parce que la densit de ces lmens tait seulement mise en opposition avec celle de l'eau l'tat liquide4 ,mais1 en rflchissant que le produit immdiat d'une telle combinaison est1 en ralit1 de la vapeur d'eau1 mme trs rarfie1 on a facilement reconnu que1 au lieu d'une vritable condensation1 ce phnomne dtermine une dilatation trs sensible1 dont les expriences eudiomtriques constatent d'ailleurs directement l'existence4 ,la comparaison des chaleurs spcifiques est encore ici en sens inverse de l'explication primitive1 qui1 par l'ensemble judicieusement apprci des circonstances caractristiques de ce phnomne1 devrait faire prsumer1 au contraire1 un refroidissement trs prononc4 ,j'indiquerai enfin1 comme un dernier exemple frappant1 pris dans les combustions indirectes et composes1 le phnomne si vulgaire de l'inflammation de la poudre ordinaire4 ,tous les matriaux de cette raction chimique sont solides1 l'exception de l'oxigne atmosphrique1 dont la participation n'y est point numriquement considrable2 tous les produits essentiels sont1 au contraire1 des gaz extrmement dilats1 sauf un rsidu solide1 presque ngligeable3 et1 nanmoins1 malgr une runion de conditions aussi dfavorables d'aprs la thorie anti-phlogistique1 le phnomne s'accomplit avec un intense chauffement4 ,les composs fulminans donnent lieu une contradiction encore plus prononce1 quoique moins universellement connue1 surtout dans le cas o une substance liquide1 et mme solide1 se dcompose presque spontanment1 la temprature ordinaire1 en deux principes gazeux2 en produisant nanmoins un chauffement trs notable1 et quelquefois une vritable inflammation4 ,l'ensemble des considrations prcdentes peut tre suffisamment rsum1 d'une manire aussi frappante que philosophique1 par cette rflexion naturelle que1 si le feu ordinaire de nos foyers n'tait point pour nous le sujet d'une exprience intime et continue1 son existence serait rendue trs douteuse1 et mme formellement rejete1 par les prtendues explications scientifiques qu'on a jusqu'ici tent si vainement d'tablir pour ce grand phnomne4 ,rien n'est plus propre1 ce me semble1 qu'une telle pense faire sentir que la production chimique du feu ne saurait comporter1 en gnral1 aucune explication rationnelle4 ,car1 s'il en tait autrement1 il devrait paratre incomprhensible1 que1 une poque aussi rapproche de nous1 des hommes de gnie1 dont l'instruction essentielle1 cet gard1 tait presque quivalente la ntre1 se fussent1 sous ce rapport1 aussi grossirement tromps4 ,le feu lectrique1 tant recommand maintenant pour une telle explication1 tait1 sans doute1 assez connu de ,lavoisier1 de ,cavendish1 de ,berthollet1 etc41 pour que ces illustres philosophes eussent pu en faire la base principale de leur thorie1 si une semblable hypothse avait rellement1 sur celle qu'ils ont adopte1 une prpondrance aussi parfaite qu'on le pense communment aujourd'hui4 ,mais1 cette considration prjudicielle1 quelle que soit son importance effective1 ne saurait nullement nous dispenser d'un examen direct de la conception lectro-chimique1 qui se trouve ainsi convenablement prpar1 et qui1 par suite1 peut tre entrepris ici d'une manire satisfaisante1 quoique trs rapide1 sous le point de vue philosophique4 ,suivant cette nouvelle thorie1 le feu produit dans la plupart des fortes ractions chimiques devrait tre attribu une vritable dcharge lectrique qui s'oprerait au moment de la combinaison1 par la neutralisation mutuelle1 plus ou moins complte1 des deux tats lectriques opposs propres aux deux substances considres1 dont l'une serait toujours lectro-positive et l'autre lectro-ngative4 ,mais1 il y a tout lieu de craindre que1 lorsque cette nouvelle explication aura pu tre soumise une discussion aussi approfondie que l'ancienne1 elle ne soit pas trouve1 au fond1 plus rationnelle4 ,quoique la plupart des chimistes et des physiciens paraissent s'accorder aujourd'hui reconnatre des effets lectriques dans tous les phnomnes chimiques1 cette lectricit n'est pourtant jusqu'ici admise le plus souvent que d'aprs une simple induction analogique1 en sorte que1 si rellement elle existe toujours1 elle doit tre ordinairement assez peu intense pour avoir directement chapp l'exploration trs dlicate de l'lectrologie actuelle4 ,il est particulirement digne de remarque que les phnomnes chimiques sur lesquels on a le plus justement insist pour renverser l'ancienne explication1 et dont je viens d'indiquer les principaux1 fassent prcisment partie de ceux o l'on n'a pu parvenir encore1 par aucune voie1 constater rellement aucun symptme lectrique4 ,dans les cas o l'lectrisation n'est point douteuse1 son influence chimique est jusqu'ici tellement quivoque que les uns la regardent comme la cause1 et les autres1 au contraire1 comme l'effet de la combinaison3 cette dernire opinion est mme devenue trs vraisemblable1 depuis que l'explication chimique des effets gnraux de la pile de ,volta a t dfinitivement tablie par ,wollaston4 ,quand ,m4 ,berzlius1 pour mieux caractriser sa thorie lectrique du feu chimique1 a rapproch ce phnomne de la production de l'clair et du tonnerre1 il a involontairement donn lieu une comparaison trs dfavorable pour sa conception1 par le contraste si prononc de l'admirable enchanement de preuves positives d'aprs lequel l'immortel ,franklin a si compltement dmontr la nature lectrique de ce grand phnomne atmosphrique1 avec l'ensemble des considrations hasardes et insuffisantes sur lesquelles on veut fonder une opinion analogue l'gard d'une multitude de phnomnes beaucoup plus varis et plus complexes4 ,l'explication anti-phlogistique proprement dite1 quoique radicalement vicieuse1 avait nanmoins le mrite d'tre1 sinon rigoureusement dmontre1 du moins extrmement plausible1 dans quelques cas particuliers1 par exemple quant la combustion du fer ou du zinc dans l'oxigne pur1 o elle ne laisse rien dsirer qu'une exacte confrontation numrique des effets thermologiques4 ,au contraire1 l'explication lectrique n'est rellement tablie jusqu'ici1 d'une manire positive1 pour aucun phnomne convenablement analys4 ,toutefois1 on peut craindre que sa nature vague ne permette point de la dtruire aussi radicalement1 et surtout aussi promptement1 que l'ancienne4 ,car1 celle-ci1 en se rattachant une condensation nettement spcifie et exactement apprciable1 comportait aisment une critique directe et irrcusable1 qui a pu ne laisser aucune issue3 tandis que la nouvelle conception rserve presque toujours la ressource spcieuse de regarder l'tat lectrique comme trop peu prononc o trop fugitif pour tre perceptible nos moyens actuels d'exploration positive4 ,mais une semblable proprit devrait tre loin1 sans doute1 de constituer aucun motif de recommandation1 en faveur d'une thorie quelconque1 auprs d'aucun esprit philosophique1 surtout en considrant qu'il s'agit alors d'attribuer mystrieusement des causes aussi faibles ou aussi quivoques des effets trs intenses et fortement caractriss4 ,ce n'est pas1 nanmoins1 que je veuille regarder le dgagement de chaleur et de lumire dans les grandes ractions chimiques comme ne pouvant jamais avoir une origine vraiment lectrique1 pas plus que je ne voudrais universellement exclure l'explication fonde sur la condensation4 ,mais1 en considrant l'ensemble des phnomnes sans aucune proccupation spculative1 je pense que1 dans la plupart des combustions1 artificielles ou naturelles1 il n'y a ni condensation1 ni lectrisation4 ,enfin1 du point de vue philosophique1 ces vaines tentatives pour expliquer1 de diverses manires1 la production chimique du feu1 me paraissent principalement rsulter encore d'un reste de disposition mtaphysique pntrer la nature intime des phnomnes et leur mode essentiel de gnration4 ,en un mot1 l'action chimique constitue1 mes yeux1 une des diverses sources primordiales de la chaleur et de la lumire1 et ne saurait1 par consquent1 comporter1 le plus souvent1 en cette qualit1 aucune explication positive1 c'est--dire tre effectivement rattache1 sous ce rapport1 aucune autre influence fondamentale4 ,si la philosophie chimique n'tait point aujourd'hui aussi imparfaitement constitue1 mme dans ses notions les plus simples et les plus lmentaires1 il serait1 sans doute1 inutile de prouver expressment que la considration du feu1 qui1 malgr son importance relle1 constitue seulement un simple accessoire physique des vrais phnomnes chimiques1 ne saurait tre rationnellement susceptible de motiver un changement radical dans la conception fondamentale de toute action chimique1 lors mme qu'on croirait pouvoir adopter1 cet gard1 l'explication vague et hasarde que je viens de caractriser4 ,quand nos prdcesseurs devaient regarder la chaleur comme le principal agent physique des phnomnes de composition et de dcomposition1 ils savaient s'abstenir de dnaturer une telle considration au point d'assimiler les effets chimiques de simples effets thermologiques4 ,on n'est pas1 en gnral1 aussi rserv de nos jours1 depuis que le dveloppement et l'extension des tudes exprimentales ont fait reconnatre la grande influence chimique de l'lectricit1 quoique cette influence soit d'ailleurs essentiellement analogue celle de la chaleur1 et seulement plus complte et plus prononce dans l'ensemble des cas explors4 ,l'ide vague d'attraction1 qui s'attache naturellement toute considration lectrique1 a suffi ici pour entraner confondre l'auxiliaire du phnomne1 ou1 si l'on veut1 son agent physique gnral1 avec le phnomne lui-mme1 et pour faire tendre dnaturer profondment la chimie en la confondant avec l'lectrologie1 par l'irrationnelle assimilation des proprits chimiques de simples proprits lectriques1 comme on le voit surtout dans la thorie de ,m4 ,berzlius4 ,mais y a-t-il rellement aucune comparaison scientifique tablir entre la tendance de deux corps rester mcaniquement adhrens l'un l'autre aprs un certain mode d'lectrisation1 et la disposition unir intimement toutes leurs molcules1 intrieures ou extrieures1 par suite d'une vritable action chimique8 ,m4 ,berzlius a franchement dclar que la cohsion proprement dite1 c'est--dire la force qui runit si nergiquement entre elles les particules d'un mme corps1 ne comporte rellement aucune explication lectrique4 ,il serait difficile1 en effet1 que la faible adhrence de deux corps lectriss1 mme par le mode magntique1 si aisment surmonte1 envers des masses considrables1 par de mdiocres efforts mcaniques1 pt vritablement faire comprendre cette puissante liaison molculaire1 qui1 sur le moindre fragment1 rsiste toutes les forces mcaniques4 ,on a beau envisager les particules d'un corps quelconque comme autant d'lmens voltaques1 ayant chacun son ple positif et son ple ngatif1 et attachs les uns aux autres par l'antagonisme lectrique des ples opposs2 cette fiction inintelligible1 et qui ne saurait admettre aucune vrification1 ne peut pas donner la moindre ide de la vritable cohsion molculaire4 ,mais l'affinit elle-mme1 c'est--dire la tendance la combinaison1 n'est pas1 au fond1 mieux explique par la thorie lectro-chimique4 ,les phnomnes lectriques1 en tant que physiques1 sont1 de leur nature1 minemment gnraux2 ils ne prsentent1 d'un corps un autre1 que de simples diffrences d'intensit3 tandis que les phnomnes chimiques sont1 au contraire1 essentiellement spciaux ou lectifs4 ,on doit donc regarder comme anti-scientifique toute tentative de faire rentrer1 dans une branche quelconque de la physique1 l'ensemble de la chimie1 qui constitue ncessairement une science fondamentale1 d'un caractre propre et indpendant4 ,je sais que ,m4 ,berzlius croit avoir suffisamment gard aux diffrences spcifiques des diverses substances chimiques1 en concevant1 pour les corps lmentaires1 un certain ordre lectrique1 primordial et invariable1 que j'ai dj eu occasion d'indiquer dans l'avant-dernire leon1 et suivant lequel ces lmens seraient toujours1 les uns envers les autres1 ou lectro-positifs ou lectro-ngatifs4 ,mais l'existence d'un tel ordre1 et surtout sa permanence rigoureuse1 semblent d'abord radicalement contraires aux notions les plus certaines de l'lectrologie1 o l'on voit le plus lger changement1 soit dans le mode1 soit dans les circonstances de l'lectrisation1 dterminer souvent1 entre les mmes corps1 le renversement de l'antagonisme lectrique4 ,quoi qu'il en soit1 en admettant mme cette disposition fondamentale1 on est loin de pouvoir aucunement en dduire les nouvelles proprits lectriques que la thorie lectro-chimique oblige supposer ensuite dans les composs des diffrens ordres4 ,en se bornant ceux du premier ordre1 suivant quelles lois leurs caractres ngatifs ou positifs drivent-t-il de l'tat lectrique de chacun des deux lmens8 ,faut-il seulement avoir gard1 dans une telle apprciation1 la simple composition numrique1 ou bien doit-on considrer aussi l'nergie lectrique propre chaque lment1 et qui ne semble gure susceptible d'estimation exacte8 ,c'est ce que la thorie lectro-chimique laisse jusqu'ici profondment indtermin4 ,ds lors1 mme en la supposant relle1 comment pourrait-elle efficacement contribuer nous rapprocher du vritable but gnral de la science chimique1 tel que je l'ai caractris au commencement de ce volume1 c'est--dire nous aider prvoir les affections des composs par celles des composans8 ,mais il y a plus1 quelque solution qu'on imagine la question fondamentale qui vient d'tre pose1 l'ensemble des phnomnes chimiques lui opposera des difficults inextricables4 ,ainsi1 par exemple1 dans la thorie lectro-chimique1 on doit regarder1 avec ,m4 ,berzlius1 l'oxigne comme l'lment le plus ngatif1 puisqu'il parat l'tre envers tous les autres3 et1 nanmoins1 certains oxides1 o la quantit pondrale d'oxigne est trs considrable1 doivent tre ensuite envisags comme positifs envers certains acides1 o il est beaucoup moins abondant1 quoique les radicaux des premiers soient souvent tout aussi ngatifs que ceux des derniers4 ,en un mot1 loin de tendre perfectionner le systme de la science chimique1 une telle thorie y introduit mal propos de nouvelles difficults fondamentales1 en faisant natre une longue suite de questions vagues1 obscures1 insolubles mme1 et qui1 en aucun cas1 ne sauraient faciliter la dcouverte rationnelle des lois chimiques4 ,les composs organiques1 suivant la franche dclaration de ,m4 ,berzlius lui-mme1 opposent1 en gnral1 cette thorie des obstacles insurmontables1 par la profonde et irrgulire perturbation que ces nombreuses substances1 toujours formes de trois ou quatre lmens identiques1 doivent naturellement jeter dans l'ordre primordial des relations lectriques1 qui se trouve alors continuellement interverti4 la vrit1 ,m4 ,berzlius croit pouvoir suffisamment expliquer cette immense anomalie1 en allguant le dfaut de permanence d'une telle classe de combinaisons4 ,mais1 en principe1 tout compos rel me semble devoir tre regard comme ncessairement stable par lui-mme1 c'est--dire comme n'tant susceptible d'aucune altration spontane1 s'il est exactement soustrait toute cause extrieure de dcomposition2 et1 en sens inverse1 aucun compos ne saurait persister1 d'une manire absolue1 contre des influences convenables4 ,les substances dites organiques ne constituent point1 par leur nature1 la moindre exception relle cette rgle fondamentale1 sans laquelle la science chimique me paratrait radicalement impossible3 soigneusement prserves du contact de l'air et de l'eau1 ainsi que de toute autre action perturbatrice1 elles persvrent indfiniment1 tout aussi bien que les substances spcialement qualifies d'inorganiques4 ,si leur conservation est habituellement plus difficile1 c'est uniquement parce que1 essentiellement formes1 des lmens les plus rpandus autour de nous1 elles sont naturellement plus accessibles aux causes d'altration les plus frquentes4 ,une semblable justification serait donc entirement illusoire4 ,on ne saurait non plus recourir ici au dualisme1 dont la considration a t si importante1 dans la leon prcdente1 pour faire concevoir le moyen d'expliquer un jour1 d'une manire pleinement satisfaisante1 les principales anomalies actuelles de la doctrine des proportions dfinies4 ,quant la thorie qui nous occupe maintenant1 le dualisme en diminuerait1 sans doute1 la difficult essentielle2 il y serait mme strictement indispensable1 comme je l'indiquerai ci-dessous4 ,mais il ne pourrait1 videmment1 suffire lever les objections principales2 car l'ordre invariable des relations lectriques n'est pas1 en ralit1 beaucoup mieux observ jusqu'ici envers les composs notoirement assujettis au dualisme1 qu' l'gard de ceux qui ne sont pas encore ainsi considrs4 ,d'ailleurs l'obstacle fondamental consistant ici dans l'identit des lmens oppose la varit lectrique1 le dualisme ne saurait1 videmment1 permettre de le surmonter4 ,en faisant mme abstraction de ces difficults capitales1 et en concdant l'existence d'un systme fixe et uniforme de proprits lectro-chimiques1 applicable tous les degrs de composition1 on n'aurait encore nullement clairci la notion lmentaire des phnomnes chimiques1 par leur vaine assimilation aux actions lectriques proprement dites2 car on n'aurait tabli ainsi aucune harmonie intelligible entre les prtendues causes et les effets rels4 ,en considrant surtout la belle srie des expriences lectro-chimiques de ,m4 ,becquerel1 qui1 par cela mme qu'elles sont synthtiques et non analytiques1 doivent tre1 ce sujet1 plus spcialement envisages1 il serait1 sans doute1 impossible de comprendre comment les faibles puissances lectriques qu'on y emploie le plus souvent1 pourraient tre les vritables causes des combinaisons nergiques qui s'effectuent alors1 si l'on croyait devoir faire abstraction de tout effet spcifique et spontan1 inhrent aux substances combines4 ,de tels phnomnes sont1 ce me semble1 minemment propres faire ressortir l'influence purement auxiliaire1 quoique trs importante1 de l'lectricit dans les effets chimiques1 o elle agit essentiellement la manire de la chaleur1 sauf l'nergie comparative4 ,cette conclusion est d'autant plus rationnelle1 qu'il n'y a presque point de combinaisons lectro-chimiques qui ne puissent aussi tre opres par les procds chimiques ordinaires sans aucun symptme lectrique3 du moins l'ensemble des analogies doit faire prsumer1 ds aujourd'hui1 cet gard1 la rgularisation future de tous les cas encore exceptionnels4 ,si1 par une vaine obstination1 trop ordinaire l'esprit humain1 on voulait sauver la thorie lectro-chimique en investissant arbitrairement l'influence lectrique de tous les attributs spcifiques et molculaires qui caractrisent essentiellement l'action chimique1 une opration philosophique aussi vicieuse n'aboutirait1 en ralit1 qu' restaurer1 sous une forme nouvelle1 l'entit primitive de l'affinit1 dcore seulement alors de quelques qualits matrielles purement hypothtiques1 qui ne sauraient la rendre plus positive4 ,ce rapprochement fictif et irrationnel ne nuirait pas seulement la chimie1 mais aussi la physique1 par le vague presque indfini qu'il rpandrait ncessairement dsormais sur les notions lectriques1 qui sont dj fort loin d'tre trop circonscrites4 ,au fond1 une telle direction scientifique me parat essentiellement due la prpondrance prolonge de l'ancien esprit philosophique1 qui1 dans l'tude totale de la nature1 prtendait tablir une vaine unit systmatique1 non-seulement de mthode1 mais de doctrine1 radicalement incompatible1 soit avec les diffrences profondes des diverses catgories gnrales de phnomnes1 soit avec la faiblesse effective de notre intelligence4 ,il est ais d'apercevoir1 en effet1 que ,m4 ,berzlius ne serait nullement loign1 en thse philosophique1 de fondre systmatiquement1 dans l'lectrologie1 non-seulement la chimie tout entire1 mais aussi la thorie de la chaleur1 celle de la pesanteur1 et probablement1 par suite1 la mcanique cleste4 ,en ajoutant cet assemblage htrogne la confusion1 trs facile tablir d'une manire spcieuse1 du prtendu fluide nerveux avec le prtendu fluide lectrique1 on arriverait aisment une apparence de systme universel1 qui ne saurait avoir aucune efficacit scientifique1 et qui1 aussitt qu'on essaierait de l'employer des tudes relles1 se dcomposerait spontanment en plusieurs catgories de doctrines indpendantes1 peu prs analogues nos sciences actuelles1 sans que cet illusoire chafaudage et pu exercer d'autre influence essentielle que d'embarrasser la philosophie naturelle de questions vagues1 mystrieuses1 et insolubles1 qu'il faudrait pralablement carter de nouveau4 ,ainsi1 en rsum1 la grande influence chimique de l'lectricit1 comme celle de la pesanteur1 et surtout comme celle de la chaleur1 ne saurait aujourd'hui tre mconnue3 et je me suis efforc1 dans cette leon1 de faire d'abord convenablement ressortir la haute importance de l'lectro-chimie pour le perfectionnement gnral de la science chimique1 dont elle constitue dsormais un des lmens essentiels4 ,mais1 je crois devoir1 nanmoins1 rejetter sans retour1 comme profondment irrationnelle et radicalement nuisible1 la conception gnrale par laquelle on a tent de transformer tous les phnomnes chimiques en de simples phnomnes lectriques4 ,du point de vue philosophique1 la thorie de ,lavoisier1 surtout en la rduisant l'analyse fondamentale du phnomne de la combustion1 me parat1 malgr ses imperfections capitales1 trs suprieure1 comme composition scientifique1 celle qu'on s'est efforc de lui substituer1 et qui est loin d'avoir t aussi fortement ni aussi heureusement conue4 ,la premire se rapportait directement au but essentiel de la science chimique1 l'tablissement des lois gnrales de la composition et de la dcomposition1 dont la nouvelle thorie tend1 au contraire1 carter la considration immdiate1 pour dtourner l'attention sur une vaine enqute de la nature intime des phnomnes chimiques4 ,aussi1 la conception anti-phlogistique a-t-elle rellement suggr de nombreuses et importantes dcouvertes chimiques1 tandis qu'il est fort douteux que cette proprit dcisive puisse jamais appartenir la conception lectrique1 qui1 depuis quinze ans1 n'en a prsent aucun exemple effectif#ag4 ,note #ag3 ,conformment l'esprit de cet ouvrage1 j'ai d me borner1 l'gard d'une conception qui1 par sa nature1 est1 mes yeux1 radicalement vicieuse1 considrer seulement sa systmatisation primitive1 telle que ,m4 ,berzlius l'a effectue4 ,il et t inutile1 et mme intempestif1 de discuter ici les diverses modifications qu'elle a reues postrieurement1 sans que son caractre essentiel ait t chang1 d'aprs les hypothses de ,m4 ,faraday1 de ,m4 ,becquerel1 etc41 et surtout de ,m4 ,ampre1 qui1 en remplaant la polarit lectrique des molcules par les notions des atmosphres lectriques et de l'lectrisation permanente des atomes1 a peut-tre rendu cette thorie encore plus vague et plus irrationnelle qu'elle ne l'tait d'abord1 en s'cartant davantage de la vraie considration fondamentale des phnomnes chimiques4 ,cette conception pourra1 nanmoins1 sous un point de vue indirect1 exercer aujourd'hui une heureuse influence accessoire1 en ce que1 par sa nature1 elle tend pousser les esprits l'tablissement gnral du dualisme chimique1 dont j'ai fait ressortir1 dans les leons prcdentes1 la haute ncessit pour le progrs philosophique de la science4 ,on voit aisment1 en effet1 que1 l'antagonisme lectrique tant ncessairement toujours binaire1 les efforts pour tendre la thorie lectro-chimique doivent conduire dualiser tous les composs qui sont encore supposs plus que binaires4 ,m4 ,berzlius parat avoir senti cette liaison gnrale1 et l'on pourrait s'tonner que sa prdilection pour la thorie lectro-chimique ne l'ait point amen riger le dualisme en un principe fondamental1 si une telle inconsquence apparente ne s'expliquait chez lui par sa rpugnance naturelle s'affranchir de la division primitive de la chimie en organique et inorganique4 ,mais1 un tel obstacle ne saurait arrter les chimistes dj disposs d'ailleurs dtruire cette vicieuse distribution2 et la thorie lectro-chimique contribuera1 sans doute1 les prparer au dualisme gnral1 quoique1 en principe1 on ne doive pas compter sur la puissance des mauvais moyens pour amener indirectement de bons rsultats4 ,sous un dernier point de vue collatral1 la thorie lectro-chimique1 et surtout l'ensemble des phnomnes qui y ont donn lieu1 tend fixer l'attention des chimistes sur un nouvel aspect trs important de leur science1 jusqu'ici beaucoup trop nglig4 ,il s'agit de l'influence propre exerce par le temps dans la production gnrale des effets chimiques1 influence que plusieurs phnomnes ont dj hautement manifeste1 et qui1 nanmoins1 n'a pas encore t directement analyse4 ,non-seulement1 en effet1 le temps augmente naturellement la masse des produits de la raction chimique1 par la combinaison successive des diverses parties des deux principes1 qui1 le plus souvent1 ne peuvent toutes agir la fois4 ,mais1 en outre1 il est incontestable que la dure suffisamment prolonge des mmes influences chimiques dtermine des formations qui n'auraient pas eu lieu sans cela4 ,c'est sous ce rapport que la thorie chimique du temps constitue encore1 dans la science1 une lacune essentielle4 ,or1 les phnomnes lectro-chimiques1 et surtout ceux que ,m4 ,becquerel a si bien examins1 me paraissent minemment propres claircir nos ides cet gard1 comme rendant une telle influence plus spcialement sensible4 ,je n'ai pas besoin d'insister davantage ici sur cette importante indication1 dont le sujet se rattache directement aux plus hautes questions de la gologie chimique1 tout en constituant un lment indispensable des conceptions gnrales de la chimie abstraite4 ,telles sont les principales considrations philosophiques que je devais prsenter1 dans cette leon1 sur l'lectro-chimie actuelle2 et tel est1 enfin1 le jugement1 suffisamment motiv1 auquel j'ai d soumettre la thorie lectro-chimique1 qui en a t abusivement dduite4 ,en crant un nouvel ordre essentiel d'tudes chimiques1 cette grande srie de travaux doit1 nanmoins1 maintenir inaltrable le caractre original et indpendant1 si videmment propre la science chimique1 et qui est strictement indispensable ses progrs gnraux4 ,si l'on voulait s'abandonner suivre de vaines fictions scientifiques sur la forme des molcules lmentaires1 et sur la petitesse de leurs dimensions comparativement leurs intervalles1 ainsi que ,laplace l'avait propos comme un simple jeu philosophique1 on aboutirait faire vaguement rentrer les effets de l'action chimique dans ceux de la gravitation gnrale1 sans aucune utilit relle pour le systme des connaissances chimiques4 ,il en est essentiellement ainsi quant la fusion1 non moins hypothtique1 et peut-tre encore plus irrationnelle1 de la chimie dans l'lectrologie1 malgr l'indication spcieuse de phnomnes mal-interprts4 ,la science chimique doit rester aujourd'hui1 par son immense dveloppement1 aussi distinctement caractrise1 sans doute1 qu' l'poque o l'illustre ,borhaave avait si vainement entrepris1 par une autre voie1 de la confondre avec la physique1 sous l'influence prpondrante de l'hypothse des tourbillons4 ,je dois1 en dernier lieu1 consacrer maintenant la leon suivante l'examen direct des considrations philosophiques1 dj accessoirement signales par les leons prcdentes1 qui appartiennent spcialement ce qu'on appelle la chimie organique1 afin d'avoir envisag le systme actuel de la science chimique sous ses divers aspects fondamentaux1 conformment l'esprit gnral de cet ouvrage4 ,,trente-,,neuvi,,me ,,le,,on4 ,considrations gnrales sur la chimie dite organique4 ,j'ai dj suffisamment tabli1 dans les leons prcdentes1 et surtout dans la trente-sixime1 la haute ncessit1 pour le perfectionnement gnral de la science chimique1 de la concevoir dsormais comme un tout homogne1 en faisant disparatre la division scolastique1 radicalement vicieuse1 de la chimie en inorganique et organique4 ,l'objet propre et essentiel de la leon actuelle doit donc tre de faire maintenant apprcier l'importance directe d'une telle rforme dans l'intrt spcial des diffrentes tudes dont l'irrationnel assemblage constitue le systme htrogne dsign sous le nom de chimie organique2 et de caractriser nettement le principe philosophique d'aprs lequel il faudrait procder la dcomposition totale de cet ensemble factice1 afin de rpartir convenablement ses divers lmens scientifiques entre la chimie proprement dite et la science physiologique4 ,aucun esprit judicieux ne saurait mconnatre aujourd'hui que la chimie organique actuelle ne comprenne la fois deux sortes de recherches1 d'une nature parfaitement distincte1 les unes videmment chimiques1 les autres1 au contraire1 videmment physiologiques4 ,ainsi1 par exemple1 l'tude des acides organiques1 et surtout vgtaux1 celle de l'alcool1 des thers1 etc1 ont aussi bien le caractre purement chimique qu'aucune des tudes inorganiques proprement dites4 ,d'un autre ct1 le caractre biologique n'est nullement douteux dans l'examen de la composition de la sve ou du sang1 dans l'analyse des divers produits de la respiration1 vgtale ou animale1 et dans une foule d'autres sujets qu'embrasse maintenant la chimie organique4 ,or1 une telle confusion gnrale est extrmement prjudiciable aux deux ordres de questions1 et surtout celles de l'ordre physiologique4 ,quant aux tudes vraiment chimiques1 il est vident que1 si la vaine sparation tablie entre les composs organiques et les composs inorganiques tend rompre et mme dguiser envers ceux-ci la plupart des analogies essentielles1 elle ne doit pas moins produire1 l'gard des premiers1 un effet identique4 ,rien ne ressemble plus1 sans doute1 en gnral1 aux acides1 aux alcalis1 et aux sels vgtaux ou animaux1 que les acides1 les alcalis1 et les sels inorganiques2 et cependant1 d'aprs la marche habituelle1 les lois des uns semblent diffrer radicalement de celles des autres4 ,le dualisme1 qui est aujourd'hui presque universellement tabli pour les composs inorganiques1 parat1 au contraire1 extrmement rare dans les composs organiques4 ,or1 j'ai dmontr1 par les considrations prcdemment exposes1 que cette diffrence fondamentale n'est nullement relle1 et qu'on ne doit y voir qu'un simple rsultat de la mthode vicieuse qui drive naturellement de cette division irrationnelle1 le vrai dualisme chimique tant ncessairement1 en lui-mme1 toujours facultatif4 ,cette division constitue aussi le principal obstacle l'entire et irrvocable gnralisation de la doctrine des proportions dfinies1 comme je l'ai tabli dans l'avant-dernire leon4 ,nous avons reconnu1 en effet1 que la dualisation de tous les composs organiques offre aujourd'hui le seul moyen gnral de les assujettir enfin au principe de cette doctrine4 ,il en serait de mme1 ainsi que je l'ai indiqu1 pour la thorie lectro-chimique1 si celle-ci1 d'aprs la leon prcdente1 n'tait point ncessairement prive de toute vritable consistance scientifique4 ,mais1 il est1 nanmoins1 trs vraisemblable que les composs organiques sont aussi susceptibles d'analyse et mme de synthse lectriques1 dont une telle division1 et le dfaut de dualisme1 qui lui correspond1 ont seuls empch1 sans doute1 de s'occuper jusqu' prsent4 ,quoi qu'il en soit1 on peut1 ce me semble1 affirmer que1 lorsque une vritable thorie chimique viendra enfin remplacer convenablement la thorie anti-phlogistique proprement dite1 elle devra comprendre1 de toute ncessit1 les composs organiques aussi bien que les composs inorganiques1 sous peine d'tre illusoire et phmre4 ,il serait superflu d'insister davantage ici sur le tort gnral qu'prouve l'tude chimique des composs organiques par suite de cette fausse division1 dont les inconvniens commencent tre1 sous ce rapport1 suffisamment sentis1 puisque ceux de nos chimistes qui cultivent aujourd'hui cette tude de la manire la plus philosophique tendent de plus en plus l'identifier avec celle des composs inorganiques4 ,on ne saurait douter maintenant que l'tablissement dfinitif d'une telle identit ne doive tre le premier rsultat ncessaire de toute tentative scientifique destine constituer1 en un systme gnral et rationnel1 l'ensemble des connaissances chimiques1 par une classification vraiment naturelle4 ,sous le second point de vue1 c'est--dire quant aux tudes biologiques indment comprises dans la chimie organique actuelle1 les inconvniens de cette confusion fondamentale sont la fois beaucoup plus graves et jusqu'ici beaucoup moins sentis1 surtout par les chimistes4 ,c'est pourquoi il importe davantage de les signaler avec soin1 quoique sommairement4 ,l'origine historique d'une telle confusion tient1 en gnral1 ce que un grand nombre de questions physiologiques exigent1 par leur nature1 de vritables recherches chimiques1 dont l'influence y est souvent prpondrante1 et qui1 d'une autre part1 sont1 d'ordinaire1 trs tendues et trs difficiles4 ,ds lors1 les physiologistes1 auxquels ces recherches devaient naturellement appartenir1 tant habituellement trop trangers encore la science chimique pour les suivre avec succs1 les chimistes ont t ainsi conduits s'en emparer1 et les ont ensuite runies mal--propos leur vrai domaine scientifique4 ,les uns et les autres concourent donc presque galement1 quoique d'une manire diffrente1 cette mauvaise organisation du travail scientifique1 ceux-ci en mconnaissant les limites rationnelles de leurs tudes1 ceux-l en ngligeant de satisfaire aux vraies conditions prliminaires de leur ordre de recherches4 ,par consquent1 chacune de ces deux classes de savans doit rformer1 un certain degr1 ses habitudes actuelles1 afin que la rpartition gnrale des travaux effectifs devienne enfin conforme aux analogies naturelles4 ,mais1 sous ce rapport1 la tche des physiologistes est plus difficile et plus importante que celle des chimistes2 car1 ces derniers1 cet gard1 ont seulement s'abstenir1 tandis que les premiers doivent dsormais se rendre aptes ressaisir convenablement une attribution qu'ils ont laiss chapper jusqu'ici4 ,la partie physiologique de la chimie organique1 ayant t ainsi forme par des empitemens successifs1 n'est gure susceptible d'tre nettement caractrise1 et surtout exactement circonscrite4 ,non-seulement elle embrasse aujourd'hui l'analyse chimique de tous les lmens anatomiques1 solides ou fluides1 et celle de tous les produits de l'organisme2 mais on peut aisment reconnatre aussi que1 si ses usurpations continuaient suivre librement leur progression naturelle1 elle tendrait comprendre bientt l'tude des plus importans phnomnes relatifs ce que ,bichat a nomm la vie organique1 c'est--dire1 aux fonctions de nutrition et de scrtion1 seules communes l'ensemble des corps vivans1 et dans lesquelles le point de vue chimique doit sembler en effet naturellement prpondrant4 ,la physiologie proprement dite se trouverait ds lors rduite l'tude des fonctions de la vie animale1 et celle des lois du dveloppement de l'tre vivant4 ,or1 il est facile de concevoir combien un dpcement aussi irrationnel de la science biologique deviendrait funeste ses progrs2 quand mme il ne serait point pouss jusqu' ces extrmes consquences logiques4 ,tout bon esprit peut aisment sentir1 en effet1 que les chimistes1 par la nature de leurs tudes1 sont essentiellement impropres l'examen rationnel des importantes questions1 soit d'anatomie1 soit de physiologie1 vgtale ou animale1 dont leur science est maintenant surcharge4 ,car1 quelque haute importance que puissent avoir les recherches chimiques pour les tudes biologiques1 leur considration exclusive et isole doit ncessairement conduire des vues fort incompltes et mme errones1 sur un sujet qui n'est susceptible d'tre utilement divis qu'aprs avoir t d'abord judicieusement conu dans son ensemble total4 ,sous le rapport anatomique mme1 on ne saurait s'tonner que les chimistes mconnaissent continuellement la division fondamentale1 si bien tablie par ,m4 de ,blainville1 entre les vrais lmens de l'organisme et ses simples produits2 plus forte raison1 n'ont-ils1 d'ordinaire1 aucun gard aux distinctions essentielles entre les tissus1 les parenchymes1 et les organes1 qu'ils prennent presque indiffremment les uns pour les autres4 ,dans l'excution de chacune de leurs oprations analytiques1 ils ne peuvent ni choisir convenablement le vrai sujet de leurs recherches1 ni diriger son analyse de la manire la plus propre la solution des questions biologiques1 dont l'esprit leur est inconnu4 ,ces inconvniens gnraux1 dj si considrables pour les tudes simplement anatomiques1 doivent tre ncessairement bien plus prononcs envers les problmes physiologiques proprement dits1 dont les chimistes1 en tant que tels1 ne sauraient apprcier les conditions essentielles1 ce qui est la principale cause du peu d'efficacit relle de leurs nombreux travaux cet gard4 ,quoique les analyses physiologiques prsentent1 par leur nature1 des difficults suprieures1 leur imperfection actuelle est certainement fort au-dessous de ce que permettrait aujourd'hui le dveloppement de la chimie1 si l'application de cette science y tait mieux dirige4 ,or1 cette direction rationnelle ne peut vraiment rsulter ici que de la subordination gnrale et ncessaire du point de vue chimique au point de vue physiologique1 et1 par consquent1 de l'emploi de la chimie par les physiologistes eux-mmes1 pour lesquels l'analyse chimique1 quoique indispensable1 ne saurait tre qu'un simple moyen d'exploration4 ,nous avons dj reconnu1 dans le volume prcdent1 des inconvniens essentiellement analogues1 mais beaucoup moins prononcs1 pour un autre cas d'organisation vicieuse du travail scientifique1 quand il s'est agi de l'application gnrale de l'analyse mathmatique aux questions de physique4 ,les remarques philosophiques prsentes alors sur l'indispensable ncessit de subordonner la considration de l'instrument celle de l'usage1 et de confier dsormais la direction du premier ceux qui connaissent seuls suffisamment l'ensemble des conditions du second1 peuvent tre maintenant reproduites1 avec un immense surcrot de force et d'importance1 attendu la diversit bien plus profonde des deux points de vue dans le cas actuel4 ,on ne saurait se former aujourd'hui aucune ide juste de la vraie nature des secours gnraux que la biologie doit emprunter la chimie1 d'aprs les tudes irrationnelles et incohrentes que contient notre chimie organique1 et qui ont si faiblement contribu jusqu'ici aux progrs de la science physiologique1 dont elles ont mme concouru plus d'une fois garer les recherches en les dnaturant4 ,quoique les considrations prcdentes suffisent1 sans doute1 pour tablir1 en principe1 le vice fondamental inhrent la confusion gnrale institue par la chimie organique entre les tudes chimiques et un certain ordre d'tudes biologiques1 il est indispensable d'indiquer encore ce sujet quelques exemples effectifs1 soit anatomiques1 soit physiologiques1 afin de faire ressortir1 d'une manire plus explicite et plus incontestable1 la haute importance directe d'une meilleure organisation des travaux4 ,dans l'ordre anatomique1 il est ais de juger que la plupart des nombreuses recherches entreprises jusqu'ici ce sujet par les chimistes1 ont besoin d'tre soumises1 par les physiologistes1 une entire rvision gnrale1 avant qu'on puisse les appliquer dfinitivement l'tude rationnelle des divers lmens ou produits de l'organisme1 soit solides1 soit mme fluides4 ,on doit en excepter toutefois la belle srie des travaux de ,m4 ,chevreul sur les corps gras1 o cet illustre chimiste1 apprciant mieux qu'aucun de ses prdcesseurs la vraie relation gnrale entre le point de vue chimique et le point de vue biologique1 a laiss si peu faire aux physiologistes pour parvenir une connaissance vraiment satisfaisante de la graisse1 envisage comme l'un des principaux lmens de l'organisation animale4 ,mais1 en cartant cette mmorable exception1 on citerait difficilement aujourd'hui une seule tude importante de chimie organique1 susceptible d'tre immdiatement applique la biologie1 soit animale1 soit mme vgtale#ah4 ,dans l'analyse chimique du sang ou de la sve1 et de presque tous les autres lmens anatomiques1 solides ou fluides1 un seul cas1 pris au hasard1 est ordinairement prsent par les chimistes comme un type suffisant1 sans qu'ils aient compris l'importance de soumettre leur opration un indispensable examen comparatif1 non-seulement suivant chaque espce d'organisme envisage l'tat normal1 mais aussi selon le degr de dveloppement de l'tre vivant1 son sexe1 son temprament1 son mode d'alimentation1 le systme de ses conditions extrieures d'existences1 etc41 et beaucoup d'autres modifications que les physiologistes peuvent seuls judicieusement apprcier#ai4 ,aussi de semblables analyses ne correspondent-elles rellement rien en anatomie1 si ce n'est au seul cas prcis qui a t considr1 et que le chimiste a d'ailleurs nglig presque toujours de caractriser suffisamment4 ,en mme temps1 une telle manire de procder dtermine naturellement1 entre les diffrens chimistes1 des divergences invitables1 par la diversit des types qu'ils ont choisis1 sans que les discussions qui en rsultent soient1 le plus souvent1 d'aucune utilit scientifique1 vu la tendance trop ordinaire des chimistes attribuer ces discordances apparentes aux divers moyens analytiques employs1 au lieu d'y voir l'irrcusable confirmation des variations gnrales que la physiologie et annonces d'avance4 ,il en est essentiellement de mme l'gard des produits1 d'abord scrts1 ensuite excrts1 tels que l'urine1 la bile1 etc41 o les parties de l'organisme dans lesquelles le produit a t recueilli1 et les modifications qu'il a pu y prouver par un sjour plus ou moins prolong aprs sa production1 viennent encore compliquer toutes les considrations prcdentes1 sans que les chimistes s'enquirent ordinairement davantage des uns que des autres4 ,aussi toutes ces analyses1 quoique frquemment renouveles1 sont-elles1 jusqu'ici1 incohrentes entre elles1 et radicalement insuffisantes4 ,note #ah3 ,on doit1 toutefois1 signaler encore a ce sujet1 dans les tudes plus spciales1 la belle observation du mme ,m4 ,chevreul sur la transformation du tissu fibreux proprement dit en tissu jaune lastique1 par sa combinaison avec l'eau en certaines proportions dtermines1 en-de et au-del desquelles l'lasticit cesse galement1 pour reparatre aussitt que cette condition est de nouveau remplie4 ,cette exprience capitale comporte1 videmment1 un usage direct et trs important dans la science physiologique1 ou plutt elle appartient rellement la biologie et non la chimie4 ,note #ai3 ,cette considration est encore plus frappante pour les cas pathologiques1 o la comparaison doit1 en outre1 tre directement faite entre l'tat normal et les divers tats anormaux4 ,on a pu voir1 par exemple1 il y a une quinzaine d'annes1 dans les recueils chimiques1 un mmoire1 d'ailleurs chimiquement assez remarquable1 vaguement intitul3 ,analyse du sang d'un malade1 o l'on se proposait d'tudier l'altration survenue dans la composition du sang1 sans avoir aucunement dfini la nature de la maladie1 et1 plus forte raison1 l'organisation du malade4 ,ni l'auteur du mmoire1 ni le rapporteur1 n'avait seulement remarqu une aussi trange omission4 ,je ne cite un tel exemple que comme offrant1 d'une manire plus prononce1 un caractre commun presque tous les travaux ordinaires de chimie vitale4 ,en considrant spcialement les cas d'anatomie vgtale1 ,m4 ,raspail1 dans ces derniers temps1 s'est lev1 ce sujet1 avec une juste nergie1 contre la facilit1 en quelque sorte scandaleuse1 de la plupart de ceux qui cultivent aujourd'hui la chimie organique1 multiplier presque indfiniment les principes organiques1 et surtout les alcalis vgtaux1 depuis la dcouverte remarquable de ,m4 ,sertuerner1 d'aprs les caractres les plus frivoles1 fonds sur les tudes les moins rationnelles4 ,m4 ,raspail a judicieusement dmontr que cette prtention d'envisager comme radicalement distinctes un grand nombre de ces substances1 tenait1 le plus souvent1 ce que les chimistes n'avaient point eu convenablement gard aux divers degrs successifs d'laboration d'un mme principe immdiat dans le dveloppement gnral de la vgtation1 ou1 plus grossirement encore1 la confusion des matires proposes avec leurs enveloppes anatomiques4 ,il ne m'appartient pas d'examiner maintenant jusqu' quel point cet habile naturaliste a pu exagrer sa manire de voir dans les diffrens cas particuliers1 surtout en ce qui concerne l'importance des analyses microscopiques1 dont l'introduction constitue1 d'ailleurs1 une utile innovation gnrale4 ,mais1 la trop faible attention ordinairement accorde jusqu'ici ses vues systmatiques1 me fait un devoir de signaler l'heureuse influence qu'elles doivent exercer sur le perfectionnement fondamental de la chimie organique4 ,personne n'a encore aussi profondment senti que ,m4 ,raspail la ncessit d'y subordonner le point de vue chimique au point de vue physiologique1 et personne n'a aussi bien satisfait1 ce me semble1 aux conditions gnrales qu'exige la stricte observance habituelle d'une telle relation4 ,toutefois1 en considrant son ouvrage sous l'aspect le plus philosophique1 je suis convaincu que lui-mme a trop cd1 son insu1 l'influence ordinaire de notre ducation chimique1 en concevant l'entreprise1 radicalement vaine mes yeux1 de systmatiser la chimie organique1 qui doit1 au contraire1 irrvocablement disparatre comme corps de doctrine distinct2 tandis que ,m4 ,raspail et t si apte fondre convenablement1 dans l'ensemble de la biologie1 sa portion vraiment physiologique de la chimie organique1 dont il a continu maintenir essentiellement l'irrationnelle constitution4 ,les recherches entreprises jusqu'ici pour analyser1 sous le rapport chimique1 les principaux phnomnes de la vie organique1 sont encore plus propres que les questions d'un ordre purement anatomique manifester clairement le vice fondamental d'une telle institution des travaux scientifiques1 en faisant mieux ressortir l'inaptitude ncessaire des chimistes des tudes naturellement rserves aux seuls physiologistes4 ,aucune des nombreuses tentatives dj essayes ce sujet n'a pu finalement aboutir fixer solidement1 en biologie1 aucun point de doctrine gnral1 et n'a rellement fourni que de simples matriaux1 dont les physiologistes ne sauraient tirer une vritable utilit sans les avoir pralablement soumis une nouvelle laboration1 sous l'influence prpondrante des considrations vitales4 ,je dois me borner ici en indiquer les exemples les plus remarquables4 ,les belles expriences de ,priestley1 de ,sennebier1 de ,saussure1 etc41 relativement l'action chimique mutuelle des vgtaux et de l'air atmosphrique1 ont eu1 sans doute1 une importance capitale1 par la lumire positive qu'elles ont commenc rpandre sur l'ensemble de l'conomie vgtale1 jusqu'alors presque inintelligible4 ,mais les tudes postrieures n'en ont pas moins constat clairement que cette grande recherche ne saurait tre rductible l'tat de simplicit naturellement suppos par les chimistes1 qui avaient isolment analys une seule partie du phnomne gnral de la vgtation4 ,l'absorption de l'acide carbonique et l'exhalation de l'oxigne1 quoique trs importantes considrer dans l'action des feuilles1 ne constituent qu'un seul aspect du double mouvement vital1 et ne peuvent tre convenablement apprcies qu'aprs avoir d'abord conu l'ensemble de ce mouvement1 du point de vue physiologique proprement dit4 ,cette action gnrale tant partiellement compense1 d'autres gards1 par l'action exactement inverse que produisent la germination des semences1 la maturation des fruits1 etc41 et mme le simple passage de la lumire l'obscurit quant aux feuilles1 elle ne peut nullement suffire1 soit expliquer la composition lmentaire des substances vgtales1 soit surtout dterminer le genre d'altration que l'air atmosphrique prouve rellement par l'influence de la vgtation4 ,de tels travaux ne sauraient tre envisags que comme ayant mis en vidence la vritable nature du problme1 en offrant quelques matriaux indispensables sa solution future1 dans la recherche de laquelle les physiologistes peuvent seuls employer convenablement les notions et les moyens chimiques4 ,mais1 quoiqu'il en soit1 c'est surtout dans l'analyse des phnomnes plus compliqus de la physiologie animale1 que l'insuffisance radicale des tudes institues par les chimistes doit incontestablement ressortir4 ,on peut citer minemment1 cet gard1 l'examen gnral des phnomnes chimiques de la respiration1 envisags surtout dans les animaux suprieurs1 o1 malgr de nombreuses observations1 aucun point fixe n'est encore rellement tabli4 ,ds l'origine de la chimie moderne1 il semblait que l'absorption pulmonaire de l'oxigne atmosphrique et sa transformation en acide carbonique devaient suffire l'explication gnrale du grand phnomne de la conversion du sang veineux en sang artriel4 ,mais1 si une telle action constitue certainement une partie indispensable du phnomne1 on a fini par reconnatre que la fonction est beaucoup plus complique que les chimistes ne pouvaient le prsumer d'abord4 ,l'ensemble de leurs travaux ce sujet prsente jusqu'ici les conclusions les plus contradictoires sur presque toutes les questions qui s'y rapportent4 ,on ignore1 par exemple1 si la quantit d'acide carbonique forme correspond rellement la quantit d'oxigne absorbe1 ou si elle est1 au contraire1 suprieure ou infrieure4 ,la simple diffrence gnrale entre l'air inspir et l'air expir1 qui constitue videmment le premier point claircir1 n'est point encore1 beaucoup prs1 positivement tablie4 ,c'est ainsi1 entre autres lacunes1 que les diverses analyses laissent une incertitude totale sur la participation de l'azote atmosphrique1 dont la quantit parat ceux-ci augmente1 ceux-l diminue1 et d'autres identique1 aprs l'accomplissement du phnomne4 ,on conoit que les divergences doivent tre encore plus prononces relativement l'apprciation beaucoup plus difficile des changemens qu'prouve la composition du sang1 et qui ne sauraient se rduire une simple dcarbonisation4 ,cette question fondamentale est extrmement propre caractriser la confiance nave avec laquelle les chimistes sont naturellement disposs aborder les sujets physiologiques1 sans avoir aucunement mesur ni mme souponn les difficults varies qui leur sont inhrentes4 ,il est ici pleinement vident que les analyses chimiques les plus soignes doivent tre essentiellement infructueuses1 tant qu'elles ne sont point diriges d'abord d'aprs un juste aperu physiologique de l'ensemble du phnomne1 et modifies ensuite par une exacte connaissance des limites gnrales de variations normales dont il est ncessairement susceptible1 divers titres dtermins1 et sous chacun de ses aspects principaux4 ,or1 les physiologistes sont videmment seuls comptens1 en gnral1 pour procder ainsi4 ,l'tude de la chaleur animale donne lieu des remarques aussi clairement dcisives1 si mme l'inaptitude des chimistes et des physiciens n'y est encore mieux manifeste4 ,d'aprs les premires dcouvertes de la chimie moderne1 ce grand phnomne a d'abord paru devoir tre suffisamment expliqu par le dgagement de chaleur correspondant la dcarbonisation du sang dans l'appareil pulmonaire1 que les chimistes envisageaient comme le foyer d'une vritable combustion4 ,mais une considration plus complte et plus approfondie du sujet a bientt prouv aux physiologistes l'extrme insuffisance d'un tel aperu partiel1 pour satisfaire aux conditions essentielles du problme1 mme en se bornant au cas normal1 et1 plus forte raison1 dans les divers cas pathologiques4 ,quoiqu'il existe encore1 cet gard1 une grande incertitude sur la vraie coopration de l'influence pulmonaire1 il est du moins bien constat dsormais que cette action ne doit pas seule tre envisage dans l'analyse fondamentale d'un phnomne auquel1 par sa nature1 toutes les fonctions vitales doivent ncessairement concourir plus ou moins4 ,il y a mme lieu de penser aujourd'hui1 en opposition directe l'opinion des chimistes1 que la respiration1 loin de participer la production normale de la chaleur animale1 constitue1 en gnral1 au contraire1 une source constante et ncessaire de ce refroidissement4 ,sans doute les phnomnes chimiques incessamment dtermins par le mouvement vital doivent tre pris en considration dans l'tude de la chaleur animale4 ,mais leur influence1 qui se combine avec beaucoup d'autres1 surtout dans les organismes suprieurs1 ne peut tre bien apprcie que par les physiologistes1 seuls aptes saisir l'ensemble d'un tel sujet4 ,on peut faire des remarques essentiellement analogues sur la digestion1 les scrtions1 et toutes les autres fonctions chimiques relatives la vie organique4 ,il sera toujours facile de vrifier que les tudes entreprises jusqu'ici par les chimistes sur ces divers sujets ont t constamment mal conues et mal diriges1 et que cette vicieuse institution provient principalement de n'avoir pas subordonn le point de vue chimique au point de vue physiologique4 ,quand cette relation1 que les physiologistes peuvent seuls bien comprendre1 aura t enfin convenablement tablie1 il deviendra indispensable de soumettre tous les travaux antrieurs une entire rvision pralable1 sans laquelle ils ne pourraient tre dfinitivement employs dans la formation d'aucune doctrine positive4 l'gard des sujets de ce genre qui n'ont pas t abords jusqu' prsent1 la combinaison rationnelle du point de vue chimique avec le point de vue physiologique pourra y tre institue sans obstacles prliminaires1 quoique elle n'y soit pas moins ncessaire4 ,il me suffit d'indiquer ici1 comme dernier exemple1 un seul de ces nouveaux cas1 relatif l'importante question1 encore essentiellement intacte1 de l'harmonie gnrale entre la composition chimique des corps vivans et celle de l'ensemble de leurs alimens1 ce qui constitue un des principaux aspects de l'tat vital4 ,il est vident1 en principe1 que tout corps vivant1 quelle qu'ait pu tre son origine1 doit se trouver1 la longue1 ncessairement compos des divers lmens chimiques propres aux diffrentes substances1 solides1 liquides1 ou gazeuses1 dont il se nourrit habituellement1 puisque1 d'une part1 le mouvement vital assujettit ses parties une rnovation continue1 et que1 d'une autre1 on ne pourrait1 sans absurdit1 le supposer1 comme l'ont pens certains physiologistes mtaphysiciens1 capable de produire spontanment aucun vritable lment4 ,quand on se borne tablir cette comparaison d'une manire trs gnrale1 elle ne prsente aucune difficult essentielle4 ,on doit mme remarquer1 avec quelque intrt1 que cette considration aurait pu conduire deviner1 pour ainsi dire1 la nature gnrale des lmens principaux des corps vivans4 ,car1 les animaux se nourrissent1 en premier lieu1 de vgtaux1 ou d'autres animaux1 soumis eux-mmes une alimentation vgtale2 et1 en second lieu1 d'air et d'eau1 qui constituent d'ailleurs la base essentielle de la nutrition des plantes3 le monde organique ne pourrait donc videmment comporter1 en gnral1 d'autres lmens chimiques que ceux fournis par la dcomposition de l'air et par celle de l'eau4 ,ainsi1 aussitt que ces deux fluides ont t exactement analyss1 les physiologistes auraient pu prvoir1 en quelque sorte1 que les substances animales et vgtales doivent tre essentiellement composes d'oxigne1 d'hydrogne1 d'azote et de carbone1 comme la chimie l'enseigna bientt4 ,une telle prvision et t1 il est vrai1 extrmement imparfaite1 puisque cette vue gnrale ne pouvait nullement indiquer la diffrence fondamentale entre la composition des matires animales et celle des matires vgtales1 ni surtout pourquoi ces dernires contiennent1 le plus souvent1 tant de carbone et si peu d'azote4 ,mais ce premier aperu1 quoiqu'il commence manifester la difficult du problme1 constate nanmoins la possibilit d'tablir1 avec plus ou moins de prcision1 cette harmonie gnrale4 ,il n'en est plus ainsi ds qu'on veut poursuivre1 d'une manire un peu dtaille1 une telle comparaison1 qui engendre aussitt une multitude d'objections importantes1 jusqu' prsent insolubles4 ,la plus capitale consiste en ce que l'azote parat tre tout aussi abondant dans les tissus des animaux herbivores que dans ceux des carnassiers1 quoique les alimens solides des premiers en soient presque entirement privs4 ,m4 ,berzlius a indiqu1 comme propre rsoudre cette grande difficult1 son opinion particulire sur la nature de l'azote1 qui1 ses yeux1 ne constitue point un vritable lment1 mais une sorte d'oxide mtallique4 ,cette hypothse ne saurait videmment suffire l'explication du phnomne1 moins d'admettre1 ce qui rpugnerait justement tous les chimistes et ,m4 ,berzlius lui-mme1 que le prtendu radical de cet oxide se retrouve aussi dans l'hydrogne ou dans le carbone4 ,l'opinion propose par ,m4 ,raspail1 suivant laquelle l'azote serait1 en quelque sorte1 adventice dans toutes les matires animales1 qui ne contiendraient jamais cet lment qu' l'tat ammoniacal1 ne remplirait pas mieux cette condition essentielle1 puisqu'elle n'claircirait pas davantage l'origine de l'azote4 ,cette opinion semble d'ailleurs jusqu'ici tout--fait hasarde1 et reposer uniquement sur une vague hypothse gnrale1 relative la prtendue unit de composition chimique du monde organique4 ,la difficult subsiste donc encore1 dans toute sa force primitive4 ,quoique l'ensemble du mouvement vital ait t jusqu' prsent trs peu considr sous cet aspect1 il offre nanmoins une foule de cas analogues1 plus ou moins prononcs1 o l'on ne sait nullement expliquer la composition chimique des lmens anatomiques par celle des substances extrieures qui en constituent cependant l'origine incontestable4 ,telle est1 par exemple1 la question essentielle relative la prsence constante du carbonate et surtout du phosphate de chaux dans le tissu osseux1 quoique la nature de l'ensemble des alimens ne paraisse presque jamais pouvoir donner lieu la formation de ces deux sels4 ,ce systme de recherches1 envisag dans toute son immensit1 constitue certainement une des questions gnrales les plus importantes que puisse faire natre l'tude chimique de la vie4 ,or1 ici1 l'incomptence ncessaire des chimistes devient tellement vidente1 que l'impossibilit de runir un tel sujet ce qu'on nomme la chimie organique ne saurait tre1 un seul instant1 conteste1 et aussi personne ne l'a-t-il jamais mise en doute4 ,quel succs rel pourrait-on esprer1 cet gard1 de tout travail qui ne serait pas fond sur une intime combinaison rationnelle du point de vue chimique avec le point de vue physiologique8 ,non-seulement les questions chimiques sont alors toujours poses ncessairement1 et sans cesse modifies1 d'aprs des considrations biologiques2 mais l'usage prpondrant de celles-ci est1 en outre1 videmment indispensable pour diriger chaque instant l'emploi judicieux des moyens chimiques et la saine interprtation des rsultats qu'ils fournissent4 ,aussi doit-on penser que1 si cette vaste tude est jusqu'ici peine bauche1 cela ne tient point uniquement sa haute difficult fondamentale1 mais encore cette vicieuse organisation des travaux scientifiques1 relativement toutes les questions de physiologie chimique1 qui abandonne aux chimistes un ordre de recherches expressment destin1 par sa nature1 aux seuls biologistes1 et que ceux-ci ne sauraient trop promptement s'approprier dsormais1 aprs avoir convenablement rempli les conditions ncessaires4 ,du reste1 cette conclusion gnrale doit se reproduire spontanment1 sous un nouvel aspect1 dans la seconde partie de ce volume4 ,l'ensemble de la discussion prcdente suffit pour dmontrer1 d'une manire irrcusable1 soit d'aprs des motifs gnraux1 soit par des vrifications spciales1 combien l'irrationnelle constitution de la chimie organique actuelle est profondment nuisible aux diverses tudes qui s'y trouvent rassembles1 d'abord sous le point de vue chimique1 et surtout sous le point de vue physiologique4 ,on doit donc tendre dsormais dtruire irrvocablement cet assemblage htrogne et purement factice1 pour en runir les diffrentes parties1 suivant leur nature respective1 les unes la chimie proprement dite1 les autres la biologie4 ,ceux qui ne verraient1 dans une telle opration philosophique1 qu'une simple transposition de sujets1 en quelque sorte indiffrente1 tmoigneraient ainsi un sentiment trs imparfait de l'importance des mthodes rationnelles1 et de l'harmonie ncessaire entre la nature des questions scientifiques et l'ensemble des conditions indispensables leur tude4 ,c'est surtout pour prvenir une semblable erreur1 trop commune aujourd'hui1 que j'ai cru devoir insister sur ce point essentiel1 de manire caractriser les graves inconvniens qui rsultent si clairement de l'organisation scientifique actuelle4 ,quand les sciences sont vaguement classes1 comme il arrive le plus souvent1 d'aprs des principes arbitraires1 les transpositions de l'une l'autre peuvent tre conues sans entraner aucun drangement important dans l'conomie relle de la philosophie naturelle4 ,mais1 il n'en saurait tre ainsi lorsque la hirarchie des sciences a t directement fonde sur la comparaison rationnelle des diffrens ordres de phnomnes1 de faon correspondre l'ensemble du dveloppement positif de notre intelligence1 comme je me suis toujours efforc de le faire dans cet ouvrage4 ,alors1 les questions d'attribution scientifique deviennent1 au contraire1 pour chaque tude1 les plus capitales qu'on puisse concevoir1 puisque leur solution dtermine aussitt l'esprit gnral des recherches et la nature des moyens employs1 et exerce par l1 sur tous les progrs effectifs1 une influence principale et ncessaire4 ,il nous reste maintenant examiner directement le principe gnral qui devra prsider la dmolition rationnelle de la chimie organique1 c'est--dire1 la rpartition judicieuse de ses diffrentes portions entre la chimie et la physiologie4 ,les diverses considrations dj indiqus dans cette leon permettent d'tablir aisment cette distinction fondamentale4 ,tout se rduit1 en effet1 pour cela1 comme je l'ai annonc dans l'avant-dernire leon1 la sparation essentielle entre l'tat de mort et l'tat de vie1 ou1 ce qui revient peu prs au mme sous le point de vue actuel1 entre la stabilit et l'instabilit des combinaisons proposes1 soumises l'influence des agens ordinaires4 ,parmi les divers composs indistinctement runis aujourd'hui sous la vague dnomination d'organiques1 les uns ne doivent leur existence qu'au mouvement vital1 ils sont assujettis des variations continuelles1 et constituent presque toujours de simples mlanges3 ceux-l ne sauraient appartenir la chimie1 et ils rentrent dans le domaine de la biologie1 soit statique1 soit dynamique1 suivant qu'on tudie ou leur tat fixe1 ou la succession vitale de leurs changemens rguliers2 tels sont1 par exemple1 le sang1 la lymphe1 la graisse1 etc4 ,les autres1 au contraire1 qui forment les principes les plus immdiats des premiers1 sont des substances essentiellement mortes1 susceptibles d'une permanence remarquable1 et prsentant tous les caractres de vritables combinaisons1 indpendantes de la vie3 ceux-ci ont videmment leur place naturelle dans le systme gnral de la science chimique1 entre les substances d'origine inorganique1 dont ils ne diffrent rellement sous aucun rapport important2 les acides organiques1 l'alcool1 l'albumine1 l'ure1 etc41 en offrent des exemples incontestables4 ,ce second ordre de substances devrait seul composer le vrai domaine de la chimie organique1 s'il pouvait exister aucun motif rationnel de sparer leur tude de celle de leurs divers analogues inorganiques1 et si une semblable disposition n'avait point1 en ralit1 pour les uns et pour les autres1 les plus graves inconvniens scientifiques1 comme je l'ai prcdemment tabli4 ,que la connaissance approfondie de telles combinaisons doive constituer un prliminaire spcialement indispensable l'examen chimique des phnomnes vitaux1 cela ne saurait tre douteux2 mais une telle proprit ne peut donner cette partie de la chimie aucun droit particulier la qualification exclusive d'organique3 autrement1 on serait conduit reconnatre le mme caractre dans la thorie de l'oxigne1 de l'hydrogne1 du carbone et de l'azote 7qui sont1 au moins1 tout aussi directement ncessaires cet gard71 et mme dans l'tude de beaucoup d'autres substances acides1 alcalines ou salines1 sans lesquelles l'anatomie et la physiologie chimiques seraient essentiellement inintelligibles4 ,quant aux phnomnes chimiques vraiment communs tous les divers composs de cette classe1 par suite de l'identit ncessaire de leurs lmens principaux1 il importe certainement de les faire ressortir avec soin4 ,les plus gnraux et les plus essentiels d'entre ces phnomnes constituent aujourd'hui la thorie1 si intressante et si imparfaite encore1 des diffrentes espces de fermentation4 ,mais la considration de ces proprits communes n'est point1 en elle-mme1 d'un autre ordre que celle qui rsulte du mme motif fondamental envers beaucoup d'autres composs1 purement inorganiques4 ,on ne saurait en dduire1 sans exagration1 la ncessit rationnelle de runir1 par cela seul1 l'ensemble de ces substances en une mme catgorie gnrale1 isole de tout le reste du systme chimique4 ,cette analogie devra seulement tre judicieusement pese plus tard1 en concurrence avec toute autre analogie relle1 qui pourra se trouver1 ou suprieure1 ou infrieure1 lorsqu'il s'agira d'tablir directement la classification naturelle des tudes chimiques1 sans qu'on puisse aujourd'hui nullement prescrire d'avance1 cet gard1 le rsultat final d'une telle discussion4 ,la proprit de fermenter1 quelque grande que soit son importance effective1 n'a pas1 sans doute1 une plus haute valeur scientifique que la proprit de brler1 et ne saurait constituer davantage un attribut caractristique1 ni un titre prpondrant et exclusif de classification4 ,nanmoins1 il est bien reconnu aujourd'hui qu'on avait d'abord accord une influence exagre la considration du phnomne de la combustion1 dans l'ensemble des substances inorganiques4 ,pourquoi n'en serait-il point de mme aujourd'hui1 envers les substances dites organiques1 pour le phnomne de la fermentation1 ou pour toute autre proprit commune8 ,il y aurait donc une vaine prsomption vouloir assigner1 ds prsent1 la vraie position dfinitive de ces derniers composs dans le systme rationnel de la science chimique3 une telle question serait videmment prmature4 ,mais1 nous pouvons affirmer1 avec une pleine scurit1 que1 dans ce systme1 ces diverses combinaisons seront ncessairement plus ou moins spares les unes des autres1 et intercales parmi les combinaisons dites inorganiques4 ,or1 il n'en faut pas davantage pour dcider irrvocablement la question qui constitue le principal objet de la leon actuelle1 quant au maintien ou la suppression de la chimie organique comme un corps de doctrine distinct4 ,le principe que je viens de poser ne peut laisser aucune difficult essentielle pour distinguer exactement ce qui1 dans cet ensemble artificiel1 doit tre incorpor la chimie proprement dite1 en rservant l'examen ultrieur du mode d'incorporation2 et ce qui1 au contraire1 doit tre enfin ressaisi par les physiologistes comme vraiment relatif l'tude de la vie4 ,au reste1 ce principe n'tant nullement arbitraire1 les consquences naturelles de son application chaque cas particulier dissiperaient ncessairement toute incertitude1 s'il pouvait en exister encore4 ,car1 il suffirait de se demander si l'examen scientifique de la question propose peut tre effectu1 d'une manire satisfaisante1 par le seul emploi des connaissances chimiques1 ou bien s'il exige aussi le concours indispensable des considrations biologiques4 ,d'aprs une telle alternative1 aucun bon esprit ne pourrait plus hsiter sur le vrai classement de chaque sujet de recherches4 ,on a droit de s'tonner1 par exemple1 que la ncessit1 bien reconnue aujourd'hui par tous les chimistes1 d'introduire1 dans leurs traits de chimie organique1 diverses notions de physiologie vgtale et animale 7ordinairement1 il est vrai1 trs vagues ou trs superficielles71 ne les ait point clairs sur la confusion fondamentale de deux ordres d'ides htrognes1 qui caractrise cette partie du systme actuel de leurs tudes4 ,il serait contraire la nature de cet ouvrage d'examiner ici aucun usage spcial de ce principe d'attribution scientifique1 que j'ai d me borner formuler nettement aprs l'avoir sommairement motiv4 ,toutefois1 en considrant l'ensemble de ses applications1 il convient de remarquer que1 dans ce dpcement total de la chimie organique actuelle au profit de la chimie proprement dite et de la biologie1 ses deux parties essentielles1 relatives1 l'une l'tude des substances vgtales1 l'autre celle des substances animales1 devront1 par leur nature1 se rpartir trs ingalement entre ces deux sciences fondamentales4 ,la premire1 en effet1 fournira ncessairement davantage la chimie1 et la seconde la biologie4 ,un premier aperu pourrait faire penser que la diffrence doit plutt exister en sens inverse1 car l'importance proportionnelle des considrations chimiques est rellement plus grande l'gard des vgtaux vivans qu'envers les animaux1 pour lesquels1 aprs qu'on a dpass les rangs trs infrieurs de la hirarchie zoologique1 les fonctions chimiques1 quoique constituant toujours la base indispensable de leur vie1 deviennent subordonnes un ordre suprieur de nouvelles actions vitales4 ,mais1 nanmoins1 en vertu du degr plus lev d'laboration vitale que reoit la matire dans l'organisme animal1 compar l'organisme vgtal1 il demeure incontestable que la partie chimique de la physiologie animale prsente beaucoup plus d'tendue et de complication que celle qui correspond la physiologie vgtale1 o manque1 par exemple1 toute l'importante srie des phnomnes de la digestion1 o aussi l'assimilation et les scrtions sont1 comparativement1 trs simplifies4 ,la seule inspection gnrale d'un trait quelconque de chimie organique1 permet de vrifier aisment que les questions de nature videmment physiologique1 se trouvent1 en effet1 bien plus multiplies dans la chimie animale que dans la chimie vgtale4 ,c'est l'inverse1 au contraire1 quant aux questions dont la nature est vraiment chimique4 raison mme de cette laboration vitale plus profonde1 et du nombre suprieur de leurs lmens1 les substances animales proprement dites doivent tre1 en gnral1 beaucoup moins stables que la plupart des substances vgtales2 rarement peuvent-elles persister en dehors de l'organisme2 et1 en mme temps1 les nouveaux principes immdiats qui leur appartiennent exclusivement sont si peu nombreux que leur existence a pu tre mise directement en question4 ,la vgtation constitue videmment la principale source des vrais composs organiques1 que l'organisme animal ne fait le plus souvent qu'emprunter l'organisme vgtal1 en les modifiant1 plus ou moins1 soit par leurs combinaisons mutuelles1 soit par de nouvelles influences extrieures4 ,ainsi1 le domaine rationnel de la science chimique doit tre ncessairement bien plus augment par l'tude des substances vgtales que par celle des substances animales4 ,telles sont les principales remarques philosophiques auxquelles puisse donner lieu ici l'application gnrale de la rgle fondamentale de rpartition que j'ai propose1 et dont une semblable comparaison m'a paru propre rendre plus sensible le caractre essentiel4 ,la ncessit d'assujettir la loi du dualisme les composs organiques dont l'tude doit tre dfinitivement incorpore au systme gnral de la science chimique1 a t assez hautement constate1 sous les rapports les plus importans1 dans la suite des leons prcdentes1 pour que je sois entirement dispens de revenir ici1 d'une manire spciale1 sur cette grande question de philosophie chimique4 ,je crois1 nanmoins1 convenable d'indiquer1 en dernier lieu1 un nouvel aspect1 plus particulier1 sous lequel une telle conception peut contribuer au perfectionnement des thories chimiques1 en tablissant une harmonie plus satisfaisante entre la composition des diverses substances organiques et l'ensemble de leurs proprits caractristiques4 ,en considrant ces substances comme ternaires ou quaternaires1 l'identit de leurs trois ou quatre lmens essentiels ne permet d'expliquer leur multiplicit trs varie que par la seule diversit des proportions de leurs principes constituans4 ,j'ai examin ailleurs la difficult fondamentale qui en rsulte pour l'entire gnralisation de la doctrine des proportions dfinies1 et j'ai fait connatre le moyen principal d'y remdier4 ,mais1 ici1 en poursuivant1 sous un autre point de vue1 les consquences d'une telle conception1 je dois faire remarquer que1 dans un grand nombre de cas1 elle conduit expliquer des diffrences trs prononces entre deux substances organiques par une trs faible ingalit de leurs compositions numriques1 de manire choquer souvent l'ensemble des analogies chimiques4 ,il y a plus mme4 ,outre cette insuffisante harmonie1 la chimie organique offre dj quelques exemples irrcusables1 qui paraissent tendre aujourd'hui se multiplier beaucoup1 o l'on ne peut saisir aucune diffrence relle de composition entre deux substances1 qu'une exacte comparaison de leurs principales proprits ne permet d'ailleurs nullement de regarder comme identiques3 tels sont1 entre autres1 le sucre et la gomme4 ,la manire actuelle de philosopher entrane ncessairement les chimistes supposer une trs lgre ingalit de composition numrique1 dont leurs moyens analytiques ne sauraient tre assez prcis pour constater l'existence relle4 ,un tel expdient1 quoique trs naturel1 ne fait1 tout au plus1 que reculer la difficult sans la rsoudre2 et il est1 en lui-mme1 directement contraire l'esprit gnral de la vraie philosophie chimique1 qui prescrit videmment de proportionner toujours la diffrence de composition au degr de diversit des principaux phnomnes4 ,or1 on peut aisment concevoir que la dualisation des composs organiques tend dissiper entirement cet ordre important d'anomalies4 ,car1 en distinguant convenablement l'analyse immdiate de l'analyse lmentaire1 le dualisme chimique permet de rsoudre directement1 de la manire la plus naturelle1 le paradoxe gnral de la diversit relle de deux substances composes des mmes lmens1 unis suivant les mmes proportions4 ,en effet1 ces substances isomres diffreraient alors par leurs analyses immdiates1 quoique1 dans l'analyse lmentaire1 elles eussent fourni des rsultats parfaitement identiques1 ce qu'il est trs facile de concilier1 en procdant peu prs comme je l'ai fait dans l'avant-dernire leon pour la loi des proportions dfinies4 ,les chimistes ont dj remarqu1 par exemple1 dans une tout autre intention1 la possibilit de reprsenter exactement la composition numrique de l'alcool1 ou de l'ther1 etc41 d'aprs plusieurs formules binaires1 radicalement distinctes les unes des autres1 et nanmoins finalement quivalentes quant l'analyse lmentaire1 en combinant1 tantt le gaz olfiant avec l'eau1 tantt l'hydrogne carbon avec l'acide carbonique ou avec le deutoxide d'hydrogne1 etc4 ,or1 si ces combinaisons fictives devenaient jamais susceptibles de ralisation1 elles donneraient videmment lieu des substances trs distinctes1 qui pourraient mme diffrer beaucoup par l'ensemble de leurs proprits chimiques1 et qui cependant concideraient par leur composition lmentaire4 ,parmi les composs purement inorganiques1 et bien dualiss aujourd'hui1 on conoit1 par exemple1 que le sulfite form par un mtal au plus haut degr d'oxidation1 pourrait produire1 l'analyse finale1 des rsultats absolument identiques ceux que fournirait le sulfate du mme mtal moins oxid1 sans que personne et nanmoins la pense de confondre ces deux composs4 ,il suffirait donc de transporter le mme esprit dans l'tude des combinaisons organiques1 par l'tablissement d'un dualisme universel1 pour dissiper aussitt toutes ces anomalies paradoxales4 ,les considrations indiques dans la trente-septime leon sont trs propres faire ressortir toute la fcondit ncessaire de cette nouvelle ressource gnrale1 qui se trouve ainsi pouvoir tre heureusement prpare avant que les cas d'isomrie soient encore devenus trs frquens4 ,tel est l'ensemble des considrations gnrales que je devais signaler1 dans cette leon1 pour complter l'apprciation philosophique du corps de doctrine radicalement htrogne que forme aujourd'hui la chimie organique4 ,on ne peut plus tarder reconnatre ainsi que le maintien irrflchi de cette conception vicieuse constitue directement un obstacle insurmontable toute systmatisation vraiment rationnelle de la science chimique4 ,les physiologistes surtout seront1 sans doute1 bientt disposs sentir convenablement combien l'abandon inexcusable d'une partie fondamentale de leurs attributions entre les mains des chimistes1 ncessairement plus ou moins incomptens1 est profondment nuisible au progrs gnral de la science biologique4 ,d'aprs le principe que j'ai tabli1 la rpartition judicieuse de la chimie organique entre la chimie et la biologie ne peut donner lieu aucune grande difficult scientifique4 ,enfin1 le dualisme systmatique permet d'tablir une uniformit fondamentale dans l'tude chimique de tous les composs1 sans acception d'origine organique ou inorganique1 en mme temps qu'il fournit le moyen gnral de les ramener tous aux mmes lois essentielles de composition numrique1 et qu'il conduit aussi instituer partout une exacte harmonie naturelle entre la composition des substances et l'ensemble de leurs caractres4 ,par la suite des leons dj contenues dans ce volume1 je me suis efforc de caractriser avec exactitude le vritable esprit gnral de la science chimique1 successivement envisage sous tous les points de vue philosophiques que comporte son tat actuel1 en dirigeant cet examen de manire faire bien ressortir les principales conditions indispensables son perfectionnement essentiel1 qui doit bien moins consister dsormais en une vaine surabondance de nouveaux matriaux que dans la systmatisation rationnelle des connaissances dj acquises1 la chimie tant aujourd'hui aussi riche en dtails qu'elle est imparfaitement constitue comme science fondamentale4 ,deux penses prpondrantes1 distinctes1 mais intimement lies1 ont domin l'ensemble de ce travail sur la philosophie chimique3 la fusion de toutes les tudes chimiques1 pralablement bien circonscrites d'aprs la nature de la science1 en un seul corps de doctrine homogne2 la rduction universelle de toutes les combinaisons quelconques la conception indispensable d'un dualisme toujours facultatif4 ,je me suis surtout attach prsenter ces deux conditions corrlatives comme strictement ncessaires pour la constitution dfinitive de la science chimique1 avec le caractre qui lui est propre et le genre de consistance que comporte sa nature4 ,l'application directe d'une telle conception philosophique la seule partie des tudes chimiques qui manifeste rellement aujourd'hui une rationnalit positive1 a d mettre hors de doute son opportunit gnrale1 en montrant son aptitude spontane rsoudre compltement les anomalies fondamentales de la chimie numrique4 ,ainsi1 cet examen de la philosophie chimique1 outre qu'il constitue un lment indispensable de mon systme gnral de philosophie positive1 pourra contribuer immdiatement au progrs futur de la science chimique1 s'il parvient fixer convenablement l'attention des esprits spciaux4 ,cette nouvelle partie fondamentale de la grande opration philosophique que j'ai os entreprendre complte l'apprciation de l'ensemble de la philosophie naturelle1 en ce qui concerne les phnomnes universels1 ou inorganiques4 ,je dois maintenant procder l'examen d'un ordre de phnomnes beaucoup plus compliqu1 dont l'tude rationnelle1 ncessairement encore plus imparfaite1 est jusqu'ici peine organise1 et qui1 nanmoins1 malgr leur spcialit1 donnent lieu la partie la plus indispensable de la philosophie naturelle1 celle dont l'homme1 et ensuite la socit1 constituent directement l'objet principal1 et sans laquelle1 par cela mme1 aucune conception positive1 d'une nature quelconque1 ne saurait tre rigoureusement complte2 ce qui la lie intimement au dveloppement fondamental de notre intelligence dans toutes les directions possibles4 ,,quaranti,,me ,,le,,on4 ,considrations philosophiques sur l'ensemble de la science biologique#bj4 ,note #bj3 ,afin de prciser davantage mes considrations philosophiques sur l'tat prsent de la science des corps vivans1 j'ai d1 en gnral1 les rapporter intuitivement une exposition complte et bien dtermine de l'ensemble de cette science4 ,or1 je dois ici spcifier directement que j'ai1 cet effet1 principalement choisi le cours de physiologie gnrale et compare1 commenc en #ahbi et termin en #ahcb1 la facult des sciences de ,paris1 par mon illustre ami ,m4 de ,blainville4 ,quoique fort loign de m'y restreindre d'une manire exclusive1 j'ai considr ce cours mmorable1 que je me fliciterai toujours d'avoir intgralement suivi1 comme le type le plus parfait de l'tat le plus avanc de la biologie actuelle4 ,tous ceux qui s'intressent au progrs de la saine philosophie physiologique doivent regretter profondment qu'un travail aussi capital1 o1 pour la premire fois1 du moins en ,france1 le systme entier de la science vitale a t rationnellement expos par un esprit la hauteur d'une telle entreprise1 n'ait pu encore tre livr la mditation habituelle des intelligences capables de l'apprcier dignement4 ,la premire anne1 comprenant les prolgomnes et l'anatomie gnrale1 a seule t publie en #ahcj4 ,l'tude de l'homme et celle du monde extrieur constituent ncessairement le double et ternel sujet de toutes nos conceptions philosophiques4 ,chacun de ces deux ordres gnraux de spculations peut tre appliqu l'autre1 et lui servir mme de point de dpart4 ,de l rsultent deux manires de philosopher entirement diffrentes1 et mme radicalement opposes1 selon qu'on procde de la considration de l'homme celle du monde1 ou1 au contraire1 de la connaissance du monde celle de l'homme4 ,quoique1 parvenue sa pleine maturit1 la vraie philosophie doive invitablement tendre concilier1 dans leur ensemble1 ces deux mthodes antagonistes1 leur contraste fondamental constitue nanmoins le germe rel de la diffrence lmentaire entre les deux grandes voies philosophiques1 l'une thologique1 l'autre positive1 que notre intelligence a d suivre successivement1 comme je l'tablirai1 d'une manire spciale et directe1 dans le volume suivant4 ,je ferai voir alors que le vritable esprit gnral de toute philosophie thologique ou mtaphysique consiste prendre pour principe1 dans l'explication des phnomnes du monde extrieur1 notre sentiment immdiat des phnomnes humains2 tandis que1 au contraire1 la philosophie positive est toujours caractrise1 non moins profondment1 par la subordination ncessaire et rationnelle de la conception de l'homme celle du monde4 ,quelle que soit l'incompatibilit fondamentale manifeste1 tant de titres1 entre ces deux philosophies1 par l'ensemble de leur dveloppement successif1 elle n'a point1 en effet1 d'autre origine essentielle1 ni d'autre base permanente1 que cette simple diffrence d'ordre entre ces deux notions galement indispensables4 ,en faisant prdominer1 comme l'esprit humain a d1 de toute ncessit1 le faire primitivement1 la considration de l'homme sur celle du monde1 on est invitablement conduit attribuer tous les phnomnes des volonts correspondantes1 d'abord naturelles1 et ensuite extra-naturelles1 ce qui constitue le systme thologique4 ,l'tude directe du monde extrieur a pu seule1 au contraire1 produire et dvelopper la grande notion des lois de la nature1 fondement indispensable de toute philosophie positive1 et qui1 par suite de son extension graduelle et continue des phnomnes de moins en moins rguliers1 a d tre enfin applique l'tude mme de l'homme et de la socit1 dernier terme de son entire gnralisation4 ,aussi peut-on remarquer avec intrt que les diverses coles thologiques et mtaphysiques1 malgr les profondes et innombrables divergences qui les annulent rciproquement aujourd'hui1 s'accordent nanmoins toujours en ce seul point fondamental de concevoir comme primordiale la considration de l'homme1 en relguant1 comme secondaire1 celle du monde extrieur1 le plus souvent presque entirement nglige4 ,de mme1 l'cole positive n'a pas de caractre plus tranch que sa tendance spontane et invariable baser l'tude relle de l'homme sur la connaissance pralable du monde extrieur4 ,bien que ce ne soit point ici le lieu de traiter convenablement cette haute question philosophique1 j'ai d nanmoins1 ds ce moment1 indiquer1 par anticipation1 cette vue gnrale1 comme minemment propre faire directement ressortir1 d'un seul aspect1 le vritable esprit fondamental de la philosophie positive1 et signaler en mme temps l'imperfection principale de sa constitution scientifique actuelle4 l'gard de toute autre science1 une telle considration concernerait seulement sa vraie position encyclopdique1 sans affecter directement son caractre essentiel4 ,mais1 pour la physiologie1 cette subordination gnrale la science du monde extrieur constitue rellement1 au contraire1 le premier fondement ncessaire de sa positivit rationnelle4 ,vainement a-t-on accumul1 depuis long-temps1 dans l'tude de l'homme1 une multitude de faits plus ou moins bien analyss3 la manire primitive de philosopher a d s'y trouver essentiellement maintenue1 par cela seul qu'une telle tude tait toujours conue comme directe et isole de celle de la nature inerte4 ,la physiologie n'a commenc prendre un vrai caractre scientifique1 en tendant se dgager irrvocablement de toute suprmatie thologique ou mtaphysique1 que depuis l'poque1 presque contemporaine1 o les phnomnes vitaux ont enfin t regards comme assujettis aux lois gnrales1 dont ils ne prsentent que de simples modifications4 ,cette rvolution dcisive est maintenant irrcusable1 quoique jusqu'ici trs incomplte1 quelque rcentes et quelque imparfaites que soient encore les tentatives philosophiques pour rendre positive l'tude des phnomnes physiologiques les plus compliqus et les plus particuliers1 surtout celle des fonctions nerveuses et crbrales4 ,la prtendue indpendance des corps vivans envers les lois gnrales1 si hautement proclame encore1 au commencement de ce sicle1 par le grand ,bichat lui-mme1 n'est plus dsormais directement soutenue1 en principe1 que par les seuls mtaphysiciens4 ,nanmoins1 le sentiment naissant du vrai point de vue spculatif sous lequel la vie doit tre tudie est jusqu'ici assez peu nergique pour n'avoir pu dterminer rellement aucun changement radical dans l'ancien systme de culture de la science biologique1 surtout en ce qui concerne sa prparation rationnelle1 qui continue tre habituellement indpendante de la philosophie mathmatique et de la philosophie inorganique1 vritables sources de l'esprit scientifique1 et seuls fondemens solides de l'entire positivit des tudes vitales4 ,il n'y a donc pas de science fondamentale l'gard de laquelle l'opration philosophique qui constitue le principal objet de ce trait puisse avoir autant d'importance qu'envers la biologie1 pour fixer dfinitivement son vrai caractre gnral1 jusqu'ici essentiellement indcis1 et qui n'a jamais t1 d'une manire directe et complte1 rationnellement discut4 ,une telle opration n'est pas seulement destine soustraire enfin sans retour l'tude des corps vivans aux diverses influences mtaphysiques qui y altrent encore1 un si haut degr1 la plupart des conceptions essentielles4 ,elle doit remplir en outre un autre office non moins capital1 en prservant dsormais de toute atteinte srieuse l'originalit scientifique de cette tude1 continuellement expose jusqu'ici aux empitemens exagrs de la philosophie inorganique1 qui tend la transformer en un simple appendice de son domaine scientifique4 ,depuis environ un sicle que la biologie fait effort pour se constituer dans la hirarchie rationnelle des sciences fondamentales1 elle a t en quelque sorte incessamment ballote entre la mtaphysique qui s'efforait de la retenir et la physique qui tendait l'absorber1 entre l'esprit de ,stahl et l'esprit de ,borhaave4 ,ce dplorable tiraillement1 qui est encore trs sensible1 quoique heureusement fort attnu1 ne saurait tre entirement dissip que par un examen direct du vrai caractre propre la science biologique1 considre du point de vue le plus lev de la philosophie positive1 dont la prpondrance peut seule permettre l'tude des corps vivans de marcher sans hsitation dans la voie systmatique qui convient sa vritable nature4 ,l'extrme complication des phnomnes physiologiques1 compars tous ceux du monde inorganique1 explique aisment1 de la manire la plus satisfaisante1 la grande imperfection relative de leur tude1 en y ajoutant d'ailleurs1 comme suite naturelle de cette complication1 la culture beaucoup plus rcente d'une telle classe de recherches4 ,cette diffrence fondamentale nous interdit mme1 conformment la rgle encyclopdique tablie dans les prolgomnes de ce trait1 d'esprer que la science biologique puisse comporter1 aucune poque1 des progrs quivalens ceux qui peuvent tre plus ou moins compltement raliss l'gard des parties plus simples et plus gnrales de la philosophie naturelle4 ,toutefois1 une judicieuse apprciation philosophique doit mettre en vidence que1 malgr sa profonde imperfection actuelle1 l'tude des corps vivans est1 en ralit1 bien plus avance dj que ne peut le faire prsumer l'irrationnelle disposition d'esprit d'aprs laquelle on a coutume de la juger aujourd'hui4 ,l'influence plus prononce que la philosophie mtaphysique1 ou mme thologique1 continue exercer vulgairement jusqu'ici sur cet ordre de conceptions1 conduit trop souvent y rechercher encore ces notions absolues et radicalement inaccessibles auxquelles1 depuis long-temps1 l'esprit humain a eu la sagesse de renoncer envers les phnomnes moins compliqus4 ,par une inconsquence singulire1 et nanmoins spontane1 les mmes intelligences qui1 relativement aux plus simples effets naturels1 reconnaissent l'inanit ncessaire de toute spculation sur les causes premires et sur le mode essentiel de production des phnomnes1 n'hsitent pas cependant aborder directement ces vaines questions dans l'tude si complexe des corps vivans4 ,depuis prs d'un sicle1 tous les bons esprits s'accordent dispenser dsormais la physique de pntrer le mystre de la pesanteur1 dont elle doit seulement dvoiler les lois effectives2 mais cela n'empche point qu'on ne reproche journellement la saine physiologie de ne rien nous apprendre sur l'essence intime de la vie1 du sentiment1 et de la pense4 ,il est ais de juger combien cette tendance mtaphysique doit inspirer une opinion exagre de l'imperfection relle de la biologie actuelle4 ,en apportant1 dans l'examen de cette grande science1 la mme disposition philosophique qu' l'gard des parties antrieures de l'tude de la nature1 on reconnatra1 je pense1 que si1 par une imprieuse et vidente ncessit1 la biologie est plus arrire qu'aucune autre science fondamentale1 elle possde nanmoins dj1 sur les vrais sujets de ses recherches positives1 des notions rationnelles infiniment prcieuses1 et que1 en un mot1 son caractre scientifique est beaucoup moins infrieur qu'on n'a coutume de le supposer celui des sciences prcdentes4 ,du reste1 l'apprciation philosophique de ces diverses sciences1 pralablement effectue avec soin dans les sections correspondantes de cet ouvrage1 nous permettra de fixer avec exactitude le vrai degr de perfection relative de la science biologique1 lorsque la suite naturelle de ce discours nous aura conduits l'examen direct d'une telle comparaison4 ,aprs ce prambule gnral1 nous devons considrer ici l'ensemble de la biologie sous les mmes aspects philosophiques que toutes les sciences fondamentales envisages jusqu' prsent4 ,il faut donc nous attacher d'abord caractriser1 d'une manire prcise1 son objet essentiel1 et circonscrire1 le plus rigoureusement possible1 le vritable champ de ses recherches propres4 ,le dveloppement spontan de notre intelligence tend1 sans doute1 dterminer graduellement par lui-mme1 sans aucun autre mobile1 le passage de chaque branche de nos connaissances de l'tat thologique et ensuite mtaphysique l'tat positif1 comme je l'tablirai directement dans le volume suivant4 ,mais nos facults spculatives ont naturellement1 mme chez les esprits les plus minens1 trop peu d'activit propre pour qu'une telle progression ne ft pas ncessairement d'une extrme lenteur1 si elle n'et point t heureusement acclre par une stimulation trangre et permanente1 d'ailleurs invitable4 ,l'histoire entire de l'esprit humain ne prsente jusqu'ici aucun exemple de quelque importance o cette rvolution dcisive se soit rellement accomplie par la seule voie rationnelle du simple enchanement logique de nos conceptions abstraites4 ,parmi ces influences auxiliaires1 si indispensables pour hter le progrs naturel de la raison humaine1 il faut distinguer avec soin1 comme la plus gnrale1 la plus directe1 et la plus efficace1 l'impulsion nergique qui rsulte des besoins de l'application4 ,c'est ce qui a fait dire la plupart des philosophes que toute science naissait d'un art correspondant1 maxime fort exagre sans doute1 mais qui renferme nanmoins un grand fonds de vrit1 si1 comme il convient1 on la restreint la sparation effective de chaque science d'avec le systme universel et primitif de la philosophie thologique ou mtaphysique1 produit immdiat du premier essor spontan de notre intelligence4 ,en ce sens1 il est trs vrai que1 dans tous les genres1 la formation des vritables sciences a t1 sinon dtermine1 du moins extrmement hte par la double raction ncessaire exerce sur elles par les arts1 soit raison des donnes positives qu'ils leur fournissent involontairement1 soit surtout en vertu de leur invitable et heureuse tendance entraner les recherches spculatives vers le domaine des questions relles et accessibles1 et faire plus hautement ressortir l'inanit radicale des conceptions thologiques ou mtaphysiques4 ,mais1 quoique la liaison des sciences aux arts ait t long-temps d'une importance capitale pour le dveloppement des premires1 et qu'elle continue ragir encore trs utilement sur leur progrs journalier1 il est nanmoins incontestable que1 d'aprs le mode irrationnel suivant lequel cette relation est presque toujours organise jusqu'ici1 elle tend1 d'un autre ct1 ralentir la marche des connaissances spculatives1 une fois parvenues un certain degr d'extension1 en assujettissant la thorie une trop intime connexion avec la pratique4 ,quelque limite que soit1 en ralit1 notre force de spculation1 elle a cependant1 par sa nature1 beaucoup plus de porte que notre capacit d'action1 en sorte qu'il serait radicalement absurde de vouloir astreindre la premire1 d'une manire continue1 rgler son essor sur celui de la seconde1 qui doit au contraire1 s'efforcer de la suivre autant que possible4 ,les domaines rationnels de la science et de l'art sont1 en gnral1 parfaitement distincts1 quoique philosophiquement lis3 l'une il appartient de connatre1 et par suite de prvoir2 l'autre1 de pouvoir1 et par suite d'agir4 ,si1 dans sa positivit naissante1 chaque science drive d'un art1 il est tout aussi certain qu'elle ne peut prendre la constitution spculative qui convient sa nature1 et qu'elle ne saurait comporter un dveloppement ferme et rapide1 que lorsque elle est enfin directement conue et librement cultive1 abstraction faite de toute ide d'art4 ,cette irrcusable ncessit se vrifie aisment l'gard de chacune des sciences fondamentales dont le caractre propre est dj nettement prononc4 ,le grand ,archimde en avait1 sans doute1 un bien profond sentiment1 lorsque1 dans sa nave sublimit1 il s'excusait envers la postrit d'avoir momentanment appliqu son gnie des inventions pratiques4 ,toutefois1 l'gard des sciences mathmatiques1 et mme de l'astronomie1 cette vrification1 quoique trs relle1 est peu sensible aujourd'hui1 vu l'poque trop recule de leur formation4 ,mais1 quant la physique1 et surtout la chimie1 la naissance scientifique desquelles nous avons1 pour ainsi dire1 assist1 chacun sent la fois et combien leur relation aux arts a t essentielle leurs premiers pas1 et combien ensuite leur entire sparation d'avec eux a contribu la rapidit de leurs progrs4 ,c'est aux travaux d'art que sont dus videmment1 par exemple1 les sries primitives de faits chimiques3 mais l'immense dveloppement de la chimie depuis un demi-sicle doit tre certainement attribu1 en grande partie1 au caractre purement spculatif qu'a pris enfin cette tude1 devenue ds lors pleinement indpendante de la culture d'un art quelconque4 ,ces rflexions gnrales sont minemment applicables la science physiologique1 dont elles tendent purer la constitution philosophique actuelle4 ,il n'y a pas de science dont la marche ait d tre aussi troitement lie au dveloppement de l'art correspondant que l'histoire ne le montre pour la biologie1 compare l'art mdical2 la complication suprieure d'une telle science et l'importance prpondrante d'un tel art1 expliquent aisment cette connexion plus intime4 ,c'est1 la fois1 en vertu des besoins croissants de la mdecine pratique1 et des indications qu'elle a ncessairement procures sur les principaux phnomnes vitaux1 que la physiologie a commenc se dtacher du tronc commun de la philosophie primitive1 pour se composer de plus en plus de notions vraiment positives4 ,sans cette heureuse et puissante influence1 la physiologie en serait encore reste trs probablement ces dissertations acadmiques1 moiti littraires et moiti mtaphysiques1 parsemes et l de quelques observations purement pisodiques1 dont elle tait1 il n'y a gure plus d'un sicle1 presque uniquement forme4 ,on ne saurait donc mettre en doute la haute importance d'une telle relation pour le dveloppement effectif de la vraie physiologie jusqu' prsent4 ,toutefois1 il y a lieu de penser que la science biologique est parvenue aujourd'hui1 comme l'ont fait avant elle les autres sciences fondamentales1 cette poque de pleine maturit o1 dans l'intrt de ses progrs ultrieurs1 elle doit prendre un essor franchement spculatif1 entirement libre de toute adhrence directe1 soit l'art mdical1 soit aucune autre application quelconque4 ,la coordination rationnelle du vrai systme des connaissances humaines impose strictement une telle condition1 sans laquelle nos conceptions fondamentales auraient ncessairement un caractre quivoque et btard1 susceptible d'entraver beaucoup leur dveloppement naturel4 ,seulement1 quand toutes les sciences spculatives auront ainsi pris dfinitivement la constitution abstraite propre chacune d'elles1 il doit tre bien entendu1 comme je l'ai tabli dans la deuxime leon1 que la philosophie devra soigneusement s'occuper de rattacher1 d'une manire directe et gnrale1 le systme des arts celui des sciences1 d'aprs un ordre intermdiaire de conceptions rationnelles1 spcialement adaptes cette importante destination1 et dont la nature est jusqu'ici peu prononce1 ainsi que je l'ai indiqu alors4 ,mais une semblable opration serait maintenant prmature1 puisque le systme des sciences fondamentales n'est point encore1 en ralit1 compltement form4 ,pour la physiologie surtout1 c'est principalement l'isoler de la mdecine qu'il faut tendre aujourd'hui1 afin d'assurer l'originalit de son vrai caractre scientifique1 en constituant la philosophie organique la suite de la philosophie inorganique4 ,depuis ,haller1 cette importante sparation s'accomplit visiblement de plus en plus1 surtout en ,allemagne et en ,france2 mais elle est loin encore d'tre assez parfaite pour permettre la biologie de prendre un libre et rapide essor abstrait4 ,non-seulement cette adhrence trop prolonge l'art mdical imprime aujourd'hui aux recherches physiologiques un caractre d'application immdiate et spciale qui tend les rtrcir extrmement1 et mme les empcher d'acqurir l'entire gnralit dont elles ont besoin pour prendre leur vritable rang dans le systme de la philosophie naturelle2 mais elle s'oppose directement1 en outre1 ce que la science biologique soit cultive par les intelligences les plus capables de diriger convenablement ses progrs spculatifs4 ,il rsulte1 en effet1 d'une telle confusion d'ides1 que1 sauf un trs petit nombre de prcieuses exceptions1 cette tude capitale est jusqu'ici entirement livre aux seuls mdecins1 que la haute importance de leurs occupations principales1 et1 ordinairement aussi1 la profonde imperfection de leur ducation actuelle1 doivent rendre essentiellement impropres une telle destination4 ,quoique l'organisation du monde savant soit1 en gnral1 trs loigne aujourd'hui de la constitution rationnelle qu'elle pourrait aisment acqurir1 cependant sa premire condition essentielle est1 du moins1 remplie1 un degr suffisant1 envers toutes les autres sciences fondamentales1 dont chacune est spcialement affecte des esprits qui s'y consacrent d'une manire exclusive4 ,la physiologie seule fait encore exception cette rgle vidente3 elle n'a pas mme une place rgulirement dtermine dans les corporations scientifiques les mieux institues4 ,son importance capitale et sa difficult suprieure ne sauraient permettre1 sans doute1 de concevoir une telle inconsquence comme un tat normal et permanent4 ,ceux qui rejetteraient comme absurde la pense de confier aux navigateurs la culture de l'astronomie1 finiront probablement par trouver trange l'usage d'abandonner1 d'une manire analogue1 les tudes biologiques aux loisirs des mdecins2 car1 l'un n'est pas1 en soi1 plus rationnel que l'autre4 ,une aussi vicieuse organisation des travaux nous offre un tmoignage irrcusable du peu de nettet des ides actuelles sur le vrai caractre philosophique propre la science physiologique2 et1 en mme temps1 par une raction ncessaire1 elle doit contribuer fortement prolonger cette incertitude fondamentale1 d'o elle est d'abord provenue4 ,le seul motif spcieux qui puisse tre allgu en faveur d'une telle confusion1 consiste dans la crainte vulgaire que la thorie1 livre dsormais son libre lan1 ne perde trop de vue les besoins de la pratique1 dont une semblable sparation tendrait ralentir ainsi le perfectionnement essentiel4 ,mais le bon sens indique clairement que la science pourrait encore moins concourir au progrs de l'art1 si celui-ci1 en s'efforant de la retenir adhrente1 s'opposait minemment1 par cela mme1 son vrai dveloppement4 ,d'ailleurs1 l'exprience clatante et unanime des autres sciences fondamentales doit achever de dissiper ce sujet toute inquitude srieuse4 ,car1 c'est prcisment depuis que1 uniquement consacre dcouvrir le plus compltement possible les lois de la nature1 sans aucune vue d'application immdiate nos besoins1 chacune d'elles a pu faire d'importans et rapides progrs1 qu'elles ont pu dterminer1 dans les arts correspondans1 d'immenses perfectionnemens1 dont la recherche directe et touff leur essor spculatif4 ,cette considration1 ds long-temps si frappante l'gard de l'astronomie1 est devenue1 de nos jours1 extrmement sensible pour la physique1 et surtout pour la chimie1 qui1 aprs son entire sparation d'avec les arts1 leur a fait prouver1 en un demi-sicle1 de plus grandes amliorations que pendant l'poque si prolonge o elle n'en tait point distincte4 ,pourquoi en serait-il autrement dans l'ordre des phnomnes vitaux8 ,toutefois1 il n'en importe pas moins1 en ce genre1 comme en tout autre1 d'organiser ultrieurement1 entre la thorie et la pratique1 des relations systmatiques1 plus certaines et plus efficaces que ces ractions spontanes1 qui semblent toujours prsenter quelque chose de fortuit4 ,mais il ne saurait exister de relations nettes et rationnelles qu'entre des conceptions pralablement distinctes et indpendantes4 l'gard des sciences plus avances1 la discussion prcdente et t1 dans cet ouvrage1 certainement superflue4 ,mais1 envers la physiologie1 un tel prliminaire m'a paru indispensable afin de mieux motiver1 ds l'origine1 l'aspect purement spculatif sous lequel elle doit tre ici exclusivement considre1 et qui est encore trop peu prononc pour n'avoir pas besoin d'tre caractris d'une manire spciale4 ,examinons ds lors directement le vritable objet gnral de la science biologique1 ainsi dsormais abstraitement conue4 ,or1 l'tude des lois vitales constituant le sujet essentiel de la biologie1 il est ncessaire pour se former une ide prcise d'une telle destination1 d'analyser d'abord en elle-mme la notion fondamentale de la vie1 envisage sous le point de vue philosophique auquel l'tat prsent de l'esprit humain permet enfin de s'lever cet gard4 ,bichat est le premier qui ait tent d'tablir directement sur une base positive cette grande notion1 jusque alors constamment enveloppe sous le vain et tnbreux assemblage des abstractions mtaphysiques4 ,mais ce grand physiologiste1 aprs avoir judicieusement senti qu'une telle dfinition ne pouvait tre fonde que sur un heureux aperu gnral de l'ensemble des phnomnes propres aux corps vivans1 ne sut point raliser une sage application du principe rationnel qu'il avait si nettement pos4 ,subissant1 son insu1 l'influence de cette ancienne philosophie dont il s'efforait de sortir1 il continua se proccuper de la fausse ide d'un antagonisme absolu entre la nature morte et la nature vivante1 et il choisit1 en consquence1 cette lutte chimrique pour le caractre essentiel de la vie4 ,comme l'examen sommaire de cette erreur capitale peut contribuer beaucoup l'claircissement gnral de la question1 il convient ici de nous y arrter un moment4 ,la profonde irrationnalit d'une telle conception1 consiste surtout en ce qu'elle supprime entirement l'un des deux lmens insparables dont l'harmonie constitue ncessairement l'ide gnrale de vie4 ,cette ide suppose1 en effet1 non-seulement celle d'un tre organis de manire comporter l'tat vital1 mais aussi celle1 non moins indispensable1 d'un certain ensemble d'influences extrieures propres son accomplissement4 ,une telle harmonie entre l'tre vivant et le milieu correspondant1 caractrise videmment la condition fondamentale de la vie4 ,si1 comme le supposait ,bichat1 tout ce qui entoure les corps vivans tendait rellement les dtruire1 leur existence serait1 par cela mme1 radicalement inintelligible3 car1 o pourraient-ils puiser la force ncessaire pour surmonter1 mme temporairement1 un tel obstacle8 la vrit1 la vie de chaque tre dans chaque milieu cesse d'tre possible aussitt que la constitution de ce milieu vient subir1 sous un aspect quelconque1 de trop grandes perturbations3 et1 en ce cas1 l'action extrieure devient1 en effet1 destructive4 ,mais cela empche-t-il que1 renferme entre des limites de variation convenables1 cette action ne soit habituellement conservatrice8 ,dans tous les degrs de l'chelle biologique1 l'altration et la cessation de la vie sont1 sans doute1 au moins aussi frquemment dtermines par les modifications ncessaires et spontanes de l'organisme que par l'influence des circonstances ambiantes4 ,si1 par exemple1 un certain degr de froid ou de scheresse ralentit et quelquefois suspend la vie de tel animal atmosphrique1 un retour convenable de la chaleur et de l'humidit ranime ou rtablit son existence4 ,or1 dans l'un comme dans l'autre cas1 c'est galement du milieu que provient l'influence3 pourquoi ne pas avoir gard au concours aussi bien qu' l'antagonisme8 ,l'tat de vie serait donc trs vicieusement caractris par cette indpendance imaginaire envers les lois gnrales de la nature ambiante1 par cette opposition fantastique avec l'ensemble des actions extrieures4 ,une semblable conception serait mme tellement errone qu'elle prsenterait en un sens entirement inverse de la ralit l'une des diffrences les plus capitales entre les corps vivans et les corps inertes1 comme plusieurs physiologistes l'ont dj judicieusement remarqu4 ,en effet1 les phnomnes inorganiques1 en vertu de leur gnralit suprieure1 continuent se produire1 avec de simples diffrences de degr1 dans presque toutes les circonstances extrieures o les corps peuvent tre placs2 ou du moins ils admettent cet gard1 des limites de variation extrmement cartes4 ,ces limites deviennent d'autant plus distantes qu'on s'loigne davantage des phnomnes physiologiques1 en remontant la hirarchie scientifique fondamentale que j'ai tablie3 enfin1 parvenu jusqu'aux phnomnes de pesanteur et de gravitation1 on trouve ds lors une rigoureuse universalit1 non-seulement quant aux corps1 mais aussi quant aux circonstances4 ,c'est donc l que se manifeste rellement la plus haute indpendance envers le systme ambiant4 ,le mode d'existence des corps vivans est1 au contraire1 nettement caractris par une dpendance extrmement troite des influences extrieures1 soit pour la multiplicit des diverses actions dont il exige le concours dtermin1 soit quant au degr spcial d'intensit de chacune d'elles4 ,il importe mme de remarquer1 afin de complter cette observation philosophique1 que1 plus on s'lve dans la hirarchie organique1 plus1 en gnral1 cette dpendance augmente ncessairement1 par la plus grande complication qu'prouve le systme des conditions d'existence mesure que les fonctions se dveloppent en se diversifiant davantage4 ,toutefois1 pour qu'un tel aperu soit exact1 il faut considrer soigneusement1 d'une autre part1 que1 si des fonctions plus varies multiplient invitablement les relations extrieures1 l'organisme1 en s'levant ainsi1 ragit en mme temps de plus en plus sur le systme ambiant1 de manire le modifier en sa faveur4 ,on doit donc distinguer1 ce sujet1 afin d'viter toute exagration1 entre la multiplicit des actions extrieures1 et les limites normales de leur intensit4 ,si1 sous le premier point de vue1 l'organisme vivant1 mesure qu'il s'lve1 devient incontestablement de plus en plus dpendant du milieu correspondant1 il en dpend d'ailleurs de moins en moins sous le second aspect3 c'est--dire1 que son existence exige un ensemble plus complexe de circonstances extrieures1 mais qu'elle est compatible avec des limites de variation plus tendues de chaque influence prise part4 ,un coup d'oeil gnral sur la hirarchie biologique suffit pour vrifier clairement cette double relation ncessaire4 ,ainsi1 au dernier rang1 se trouvent les vgtaux1 et les animaux fixs1 qui1 ne pouvant presque aucunement modifier la constitution du milieu correspondant1 subissent ncessairement la fatale influence de ses plus lgres altrations1 mais dont l'existence serait1 par cela mme1 impossible1 si1 d'un autre ct1 elle n'tait point invitablement lie au concours d'un trs petit nombre d'actions extrieures distinctes4 ,de mme1 l'autre extrmit1 on voit les animaux suprieurs1 et surtout l'homme1 qui ne sauraient vivre qu' l'aide de l'ensemble le plus complexe de conditions extrieures favorables1 soit atmosphriques1 soit terrestres1 sous les divers aspects physiques et chimiques1 mais qui1 par une compensation non moins indispensable1 sont susceptibles de supporter1 ces diffrens gards1 des limites de variation beaucoup plus tendues que celles relatives aux organismes infrieurs1 en vertu de leur plus grande aptitude ragir sur le systme ambiant4 ,nanmoins1 quelle que soit l'importance de cette corrlation gnrale1 on n'en pourrait1 videmment1 induire aucun argument favorable l'ide d'une prtendue indpendance fondamentale des corps vivans envers le monde extrieur1 puisque1 quand la dpendance est moindre en un sens1 elle est ncessairement plus complte en un autre4 ,une telle opinion est donc1 en ralit1 directement contradictoire avec la notion mme de la vie1 envisage dans l'ensemble des tres connus4 ,on comprend toutefois qu'elle ait pu sduire le gnie de ,bichat1 une poque o la considration fondamentale de la hirarchie biologique ne pouvait encore servir de guide habituel aux mditations physiologiques1 bornes l'examen de l'homme1 dont la vritable analyse est trop difficile pour tre heureusement effectue d'une manire directe4 ,mais il est ais de prvoir combien le vice radical d'un tel point de dpart a d ncessairement altrer tout le systme des conceptions physiologiques de ,bichat1 qui s'en est1 en effet1 profondment ressenti1 comme nous aurons bientt l'occasion de le constater avec prcision4 ,depuis que le dveloppement de l'anatomie compare1 en rendant familire la considration de l'ensemble rationnel des tres organiss1 a permis enfin de fonder1 d'une manire systmatique1 sur des bases vraiment positives1 la notion abstraite de la vie1 plusieurs philosophes contemporains1 surtout en ,allemagne1 quoique dirigs par ce lumineux principe1 se sont laiss garer ce sujet par une vicieuse tendance gnraliser outre mesure cette notion fondamentale4 ,une extension abusive du langage usit les a conduits rendre l'ide de vie exactement quivalente celle d'activit spontane4 ,ds lors1 comme tous les corps naturels sont videmment actifs1 des degrs plus ou moins intenses et sous des rapports plus ou moins varis1 il devenait par cela mme ncessairement impossible d'attacher au nom de vie aucune signification scientifique nettement dtermine4 ,il est clair qu'une telle aberration logique tendrait mme directement rtablir cette confusion fondamentale qui constituait le caractre essentiel de l'ancienne philosophie1 en reprsentant un corps quelconque comme plus ou moins vivant4 ,l'inconvenance vidente d'affecter deux termes philosophiques distincts la dsignation d'une mme ide gnrale1 doit faire sentir que1 afin d'viter la dgnration dplorable des plus hautes questions scientifiques en de puriles discussions de mots1 il n'est pas moins indispensable de restreindre soigneusement le nom de vie aux seuls tres rellement vivans1 c'est--dire organiss1 que de lui attribuer une acception assez tendue pour s'appliquer rigoureusement tous les organismes possibles et tous leurs modes de vitalit4 ,sous ce rapport1 comme relativement toutes les notions vraiment primordiales1 les philosophes auraient beaucoup gagn sans doute traiter avec moins de ddain les grossires mais judicieuses indications du bon sens vulgaire1 vritable point de dpart ternel de toute sage spculation scientifique4 ,je ne connais jusqu'ici d'autre tentative pleinement efficace pour satisfaire l'ensemble des conditions essentielles d'une dfinition philosophique de la vie que celle de ,m4 de ,blainville1 lorsqu'il a propos1 il y a quinze ans1 dans la belle introduction son trait d'anatomie compare1 de caractriser ce grand phnomne par le double mouvement intestin1 la fois gnral et continu1 de composition et de dcomposition1 qui constitue en effet sa vraie nature universelle4 ,cette lumineuse dfinition ne me parat laisser rien d'important dsirer1 si ce n'est une indication plus directe et plus explicite de ces deux conditions fondamentales co-relatives1 ncessairement insparables de l'tat vivant1 un organisme dtermin et un milieu convenable4 ,mais une telle critique n'est rellement que secondaire1 car elle se rapporte bien plus la seule formule qu' la conception propre4 ,en effet1 le simple nonc de ,m4 de ,blainville doit spontanment suggrer la double pense d'une organisation dispose de manire permettre cette continuelle rnovation intime1 et d'un milieu susceptible la fois de fournir l'absorption et de provoquer l'exhalation1 quoiqu'il et t plus convenable sans doute d'introduire dans la formule mme une mention expresse de cette harmonie fondamentale4 ,sauf cette unique modification1 il est vident qu'une semblable dfinition remplit directement1 dans la plus juste mesure1 toutes les prescriptions principales inhrentes la nature d'un tel sujet1 et qui ont t ci-dessus suffisamment caractrises4 ,car1 elle prsente ainsi l'exacte nonciation du seul phnomne rigoureusement commun l'ensemble des tres vivans1 considrs dans toutes leurs parties constituantes et dans tous leurs divers modes de vitalit1 en excluant d'ailleurs1 par sa composition mme1 tous les corps rellement inertes4 ,telle est1 mes yeux1 la premire base lmentaire de la vraie philosophie biologique4 ,au premier abord1 les philosophes qui se seraient arrts d'une manire trop exclusive la seule considration de l'homme pourraient envisager la conception prcdente comme directement contraire la thorie gnrale des dfinitions1 qui prescrit videmment de chercher la caractristique d'un phnomne quelconque dans les cas o il est le plus dvelopp1 et non dans ceux o il l'est le moins4 ,il semble en effet que la dfinition de ,m4 de ,blainville n'a point convenablement gard la grande pense d',aristote et de ,buffon1 si fortement tablie par ,bichat1 malgr ses exagrations videntes1 sur la distinction capitale entre la vie organique et la vie animale1 et qu'elle se rapporte entirement la seule vie vgtative4 ,mais cette importante objection n'aboutirait qu' faire ressortir avec une plus haute vidence toute la judicieuse profondeur de la dfinition propose1 en montrant combien elle repose sur une exacte apprciation de l'ensemble de la hirarchie biologique4 ,car1 il est incontestable que1 dans l'immense majorit des tres qui en jouissent1 la vie animale ne constitue qu'un simple perfectionnement complmentaire1 sur-ajout1 pour ainsi dire1 la vie organique ou fondamentale1 et propre1 soit lui procurer des matriaux par une intelligente raction sur le monde extrieur1 suit mme prparer ou faciliter ses actes par les sensations1 les diverses locomotions1 ou l'innervation1 soit enfin la mieux prserver des influences dfavorables4 ,les animaux les plus levs1 et surtout l'homme1 sont les seuls o cette relation gnrale puisse en quelque sorte paratre totalement intervertie1 et chez lesquels la vie vgtale doive sembler1 au contraire1 essentiellement destine entretenir la vie animale1 devenue en apparence le but principal et le caractre prpondrant de l'existence organique4 ,mais1 dans l'homme lui-mme1 cette admirable inversion de l'ordre gnral du monde vivant ne commence devenir comprhensible qu' l'aide d'un dveloppement trs notable de l'intelligence et de la sociabilit1 qui tend de plus en plus transformer artificiellement l'espce en un seul individu1 immense et ternel1 dou d'une action constamment progressive sur la nature extrieure4 ,c'est uniquement sous ce point de vue qu'on peut considrer avec justesse cette subordination volontaire et systmatique de la vie vgtale la vie animale comme le type idal vers lequel tend sans cesse l'humanit civilise1 quoiqu'il ne doive jamais tre entirement ralis4 ,il suit de l que1 pour la nouvelle science fondamentale dont je m'efforcerai1 dans le volume suivant1 de constituer enfin1 sous le nom de physique sociale1 le systme philosophique1 une telle notion devient convenable comme tendant prsenter sous une forme plus nergique l'ensemble des caractres distinctifs de la vie humaine proprement dite1 et indiquer d'un seul aspect le but gnral de notre espce4 ,mais1 en biologie pure1 une semblable manire de voir ne serait certainement qu'une potique exagration1 dont la nature anti-scientifique conduirait ncessairement aux plus vicieuses consquences philosophiques4 ,quoique le grand objet de la biologie soit sans doute1 en dernire analyse1 une exacte connaissance de l'homme1 il ne faut pas oublier que1 en ralit1 c'est seulement dans l'tat social1 et mme aprs une civilisation dj trs prolonge1 que se manifestent1 avec une clatante vidence1 les proprits essentielles de l'humanit4 ,la base et le germe de ces proprits doivent incontestablement tre emprunts la science biologique par la science sociale1 qui ne saurait trouver ailleurs son point de dpart rationnel2 mais l'tude directe et spciale des lois de leur dveloppement effectif ne pourrait1 sans la plus dplorable confusion de doctrines et mme de mthodes1 tre abandonne la biologie pure1 comme je l'tablirai soigneusement dans le volume suivant4 ,ainsi1 mme l'gard de l'homme1 la biologie1 ncessairement limite1 par sa vraie nature philosophique1 l'tude exclusive de l'individu1 doit maintenir rigoureusement la notion primordiale de la vie animale subordonne la vie vgtale1 comme loi gnrale du rgne organique1 et dont la seule exception apparente forme l'objet spcial d'une toute autre science fondamentale4 ,il faut enfin ajouter1 ce sujet1 que1 mme dans les organismes suprieurs1 o la vie animale est le plus dveloppe1 la vie organique1 outre qu'elle en constitue la fois la base et le but1 reste encore la seule entirement commune tous les divers tissus dont ils sont composs1 en mme temps que1 suivant la belle observation philosophique de ,bichat1 elle est aussi la seule qui s'exerce d'une manire ncessairement continue1 la vie animale tant1 au contraire1 essentiellement intermittente4 ,tels sont les principaux motifs rationnels qui doivent finalement confirmer la dfinition minemment philosophique de la vie introduite par ,m4 de ,blainville1 tout en concevant nanmoins la considration de l'animalit1 et mme de l'humanit1 comme l'objet le plus important de la biologie4 ,cette exacte analyse prliminaire du phnomne gnral qui constitue le sujet invariable des spculations biologiques1 nous rendra maintenant beaucoup plus facile une dfinition nette et prcise de la science elle-mme1 directement envisage dans sa destination positive la plus complte et la plus tendue4 ,nous avons reconnu1 en effet1 que l'ide de vie suppose constamment la co-relation ncessaire de deux lmens indispensables1 un organisme appropri et un milieu#ba convenable4 ,c'est de l'action rciproque de ces deux lmens que rsultent invitablement tous les divers phnomnes vitaux1 non-seulement animaux1 comme on le pense d'ordinaire1 mais aussi organiques4 ,il s'ensuit aussitt que le grand problme permanent de la biologie positive doit consister tablir1 pour tous les cas1 d'aprs le moindre nombre possible de lois invariables1 une exacte harmonie scientifique entre ces deux insparables puissances du conflit vital et l'acte mme qui le constitue1 pralablement analys2 en un mot1 lier constamment1 d'une manire non-seulement gnrale1 mais aussi spciale1 la double ide d'organe et de milieu avec l'ide de fonction4 ,au fond1 cette seconde ide n'est pas moins double que la premire3 car1 d'aprs la loi universelle de l'quivalence ncessaire entre la raction et l'action1 le systme ambiant ne saurait modifier l'organisme sans que celui-ci n'exerce son tour sur lui une influence correspondante4 ,la notion de fonction ou d'acte doit comprendre1 en ralit1 les deux rsultats du conflit1 mais avec cette distinction essentielle que1 la modification organique tant1 par sa nature1 la seule vraiment importante en biologie1 on nglige le plus souvent la raction sur le milieu1 d'o est rsulte habituellement l'acception moins tendue du mot fonction1 affect seulement aux actes organiques1 indpendamment de leurs consquences externes4 ,toutefois1 quand le milieu n'est point susceptible d'un renouvellement immdiat et facultatif1 comme l'gard du vgtal ou de l'animal en repos1 il devient videmment indispensable au biologiste lui-mme de prendre en srieuse considration cette modification ncessaire du systme ambiant1 vu l'influence ultrieure qu'elle peut exercer sur l'organisme4 ,dans l'espce humaine1 surtout l'tat de socit o elle est seulement susceptible de se dvelopper1 son action1 ds lors collective1 sur le monde extrieur1 ne constitue-t-elle point un lment de son tude aussi essentiel que la propre modification de l'homme8 ,nanmoins1 on doit reconnatre qu'une telle considration1 envers chaque organisme1 appartient bien plus son histoire naturelle proprement dite qu' sa physiologie1 sauf la restriction que je viens d'indiquer4 ,il y aura donc peu d'inconvniens conserver ici au mot fonction sa signification la plus usite1 quoiqu'il ft plus rationnel de lui attribuer toute son extension philosophique1 en l'employant dsigner l'ensemble des rsultats de l'action rciproque continuellement exerce entre l'organisme et le milieu4 ,note #ba3 ,il serait superflu1 j'espre1 de motiver expressment l'usage frquent que je ferai dsormais1 en biologie1 du mot milieu1 pour dsigner spcialement1 d'une manire nette et rapide1 non-seulement le fluide o l'organisme est plong1 mais1 en gnral1 l'ensemble total des circonstances extrieures1 d'un genre quelconque1 ncessaires l'existence de chaque organisme dtermin4 ,ceux qui auront suffisamment mdit sur le rle capital que doit remplir1 dans toute biologie positive1 l'ide correspondante1 ne me reprocheront pas1 sans doute1 l'introduction de cette expression nouvelle4 ,quant moi1 la spontanit avec laquelle elle s'est si souvent prsente sous ma plume1 malgr ma constante aversion pour le nologisme systmatique1 ne me permet gure de douter que ce terme abstrait ne manqut rellement jusqu'ici la science des corps vivans4 ,d'aprs les notions prcdentes1 la biologie positive doit donc tre envisage comme ayant pour destination gnrale de rattacher constamment l'un l'autre1 dans chaque cas dtermin1 le point de vue anatomique et le point de vue physiologique1 ou1 en d'autres termes1 l'tat statique et l'tat dynamique4 ,cette relation perptuelle constitue son vrai caractre philosophique4 ,plac dans un systme donn de circonstances extrieures1 un organisme dfini doit toujours agir d'une manire ncessairement dtermine2 et1 en sens inverse1 la mme action ne saurait tre identiquement produite par des organismes vraiment distincts4 ,il y a donc lieu conclure alternativement1 ou l'acte d'aprs le sujet1 ou l'agent d'aprs l'acte4 ,le systme ambiant tant toujours cens pralablement bien connu1 d'aprs l'ensemble des autres sciences fondamentales1 on voit ainsi que le double problme biologique peut tre pos1 suivant l'nonc le plus mathmatique possible1 en ces termes gnraux3 tant donn l'organe ou la modification organique1 trouver la fonction ou l'acte1 et rciproquement4 ,une telle dfinition me parat satisfaire videmment aux principales conditions philosophiques de la science biologique4 ,elle me semble propre surtout faire hautement ressortir ce but ncessaire de prvision rationnelle1 que j'ai tant reprsent1 dans les diverses parties de cet ouvrage1 comme la destination caractristique de toute science relle1 oppose la simple rudition4 ,car1 elle indique clairement que la vraie biologie doit tendre nous permettre de toujours prvoir comment agira1 dans des circonstances donnes1 tel organisme dtermin1 ou par quel tat organique a pu tre produit tel acte accompli4 ,sans doute1 vu l'extrme imperfection de la science1 due ncessairement son immense complication1 cette divination rationnelle peut rarement1 surtout aujourd'hui1 tre exerce d'une manire la fois sre et tendue4 ,mais tel n'en est pas moins le but vident de la biologie1 quoique cette science1 comme toute autre1 et mme plus qu'aucune autre1 doive ternellement rester plus ou moins infrieure sa destination philosophique1 terme idal qui1 l'gard d'une science quelconque1 est strictement indispensable pour diriger sans hsitation1 dans la voie d'une positivit systmatique1 les travaux partiels de tous ceux qui la cultivent4 ,cet office fondamental doit avoir1 par sa nature1 encore plus d'importance envers une science que l'immensit de ses inextricables dtails expose ncessairement plus qu'aucune autre la strile et dplorable dispersion des efforts intellectuels sur d'oiseuses et incohrentes recherches secondaires4 ,pour vrifier la rationnalit d'une telle destination gnrale de la biologie1 il n'est nullement indispensable que ce but soit toujours atteint1 ni mme qu'il le soit le plus souvent3 il suffit que1 de l'aveu de tous1 les points de doctrine l'gard desquels il a pu tre jusqu'ici plus ou moins compltement ralis constituent les parties de la science les plus parfaites2 or1 c'est ce que personne1 sans doute1 ne contestera4 ,ma dfinition de la science biologique s'carte beaucoup1 il est vrai1 des habitudes actuelles1 en ce qu'elle a peu d'gards la distinction vulgaire entre l'anatomie et la physiologie1 qui s'y trouvent intimement combines4 ,je dois ce sujet directement avouer avec franchise que1 ni sous le point de vue dogmatique1 ni sous l'aspect historique1 je ne reconnais de motifs suffisans pour maintenir la sparation ordinaire entre ces deux faces1 rationnellement insparables mes yeux1 d'un problme unique4 ,d'une part1 en effet1 s'il ne peut videmment exister de saine physiologie isole de l'anatomie1 n'est-il pas rciproquement tout aussi certain que1 sans la physiologie1 l'anatomie n'aurait aucun vrai caractre scientifique1 et serait mme le plus souvent inintelligible8 ,les considrations d'usages clairent autant celles de structure qu'elles en sont claires4 ,en second lieu1 l'origine historique de cette vicieuse sparation me semble dmontrer clairement qu'elle n'est qu'un rsultat passager de l'enfance de la science biologique2 car1 elle est uniquement provenue de ce que la physiologie proprement dite faisait autrefois partie du systme universel de la philosophie mtaphysique1 quelque disposs que nous soyons aujourd'hui oublier un tat encore si rapproch4 ,c'est d'abord par les seules considrations anatomiques1 comme plus simples et plus faciles1 que cette vaine philosophie a t cet gard discrdite1 et que la positivit a commenc s'introduire en biologie2 en sorte qu'une telle distinction n'avait rellement d'autre office primitif que de sparer nettement entre elles la partie positive et la partie mtaphysique de l'tude des corps vivans1 comme on le voit encore dans les coles arrires4 ,depuis que l'accomplissement graduel de cette grande rvolution intellectuelle a commenc aussi convertir la physiologie elle-mme en une vritable science1 il n'existe plus aucun motif lgitime d'une sparation qui ne se prolonge encore que par un usage irrflchi1 ou par une fausse interprtation philosophique d'une situation transitoire4 ,il est d'ailleurs assez vident dsormais que cette division momentane tend1 de jour en jour1 s'effacer compltement4 ,au reste1 je dois naturellement revenir1 la fin de ce discours1 sur la vritable apprciation dfinitive d'une telle division4 ,d'aprs les explications antrieures1 on doit remarquer1 en outre1 que non-seulement ma dfinition de la biologie ne spare point1 d'avec la physiologie proprement dite1 la simple anatomie1 mais qu'elle y joint mme ncessairement une autre partie essentielle1 dont la nature est jusqu'ici peu connue4 ,en effet1 si l'ide de vie est rellement insparable de celle d'organisation1 l'une et l'autre ne sauraient s'isoler davantage1 comme je l'ai tabli1 de celle d'un milieu spcial en relation dtermine avec elles4 ,il en rsulte donc un troisime aspect lmentaire1 non moins indispensable1 du sujet fondamental de la biologie1 savoir la thorie gnrale des milieux organiques1 et de leur action sur l'organisme1 envisage d'une manire abstraite4 ,les philosophes naturistes de l',allemagne contemporaine ont eu1 ce me semble1 un sentiment confus1 mais irrcusable1 de cette nouvelle partie essentielle1 lorsqu'ils ont bauch leur clbre conception d'une sorte de rgne intermdiaire1 compos de l'air et de l'eau1 servant de lien gnral entre le monde inorganique et le monde organique4 ,toutefois1 personne ne me parat en avoir nettement conu une juste ide avant ,m4 de ,blainville1 qui1 le premier1 a directement tent de l'introduire1 dans son grand cours de physiologie ci-dessus mentionn1 sous le nom trs expressif d'tude des modificateurs externes1 soit gnraux1 soit spciaux4 ,malheureusement1 cette partie1 qui1 aprs l'anatomie proprement dite1 constitue le prliminaire gnral le plus indispensable de la biologie dfinitive1 est encore tellement imparfaite et mme si peu caractrise que la plupart des physiologistes actuels n'en souponnent pas l'existence distincte et ncessaire4 ,pour apprcier convenablement la destination philosophique de la biologie1 telle que je l'ai dfinie1 il faut ajouter enfin que cette relation permanente entre les ides d'organisation et les ides de vie doit tre1 autant que possible1 tablie d'aprs les lois fondamentales du monde inorganique1 convenablement modifies par les proprits spciales des tissus vivans4 ,il est clair1 en effet1 que1 toutes les fois qu'il se produit1 dans l'organisme1 un acte vraiment mcanique1 physique1 ou chimique1 ce qui a frquemment lieu1 l'explication d'un tel phnomne serait radicalement imparfaite si l'on ne la rattachait point aux lois gnrales des phnomnes analogues1 qui doivent ncessairement s'y vrifier1 quelle que soit d'ailleurs la difficult d'y raliser leur exacte application4 ,on doit1 du reste1 soigneusement viter de pousser jusqu' une irrationnelle exagration cette tendance philosophique2 car1 un grand nombre de phnomnes vitaux ne pouvant1 par leur nature1 avoir rellement aucun analogue parmi les phnomnes inorganiques1 il serait manifestement absurde de chercher dans ces derniers les bases positives de la thorie des premiers4 ,la saine biologie ne peut alors que saisir1 dans les phnomnes vitaux eux-mmes1 le plus fondamental de tous1 afin d'y rattacher les autres1 conformment l'esprit gnral de toute vritable explication scientifique4 cet gard1 la grande distinction de la vie en organique et animale doit avoir ncessairement une extrme importance1 comme j'aurai lieu de le dvelopper dans les leons suivantes4 ,car1 en principe1 tous les actes de la vie organique sont essentiellement physiques et chimiques1 ce qui ne saurait tre pour les actes de la vie animale1 du moins l'gard des phnomnes primordiaux1 et surtout en ce qui concerne les fonctions nerveuses et crbrales4 ,les uns sont donc susceptibles1 par leur nature1 d'un ordre plus parfait d'explications1 que les autres ne comportent pas1 ainsi que je l'tablirai ultrieurement d'une manire spciale4 ,la dfinition que j'ai propose pour la science biologique1 conduit d'elle-mme caractriser avec prcision1 non-seulement l'objet de la science1 ou la nature propre de ses recherches1 mais aussi son sujet1 c'est--dire1 le champ qu'elle doit embrasser4 ,car1 d'aprs cette formule gnrale1 ce n'est pas simplement dans un organisme unique1 mais essentiellement dans tous les organismes connus1 et mme possibles1 que la biologie philosophique doit s'efforcer d'tablir cette harmonie constante et ncessaire entre le point de vue anatomique et le point de vue physiologique4 ,j'examinerai directement plus bas l'importance vraiment fondamentale de cette extension totale de la biologie l'ensemble de son vaste domaine1 en montrant qu'il ne peut exister1 dans une telle science1 de notions pleinement satisfaisantes que celles qui sont rellement communes la hirarchie entire des tres vivans1 y compris non-seulement tous les animaux1 mais encore1 et mme plus spcialement plusieurs titres1 les vgtaux4 ,du reste1 afin de maintenir avec soin1 sous la forme la plus explicite1 cette parfaite unit du sujet1 qui constitue une des principales beauts philosophiques de la biologie1 il convient d'ajouter ici que1 malgr cette apparence d'une diversit presque indfinie1 l'tude de l'homme doit toujours hautement dominer le systme complet de la science biologique1 soit comme point de dpart1 soit comme but4 ,en effet1 un esprit philosophique ne saurait1 vrai dire1 tudier spcialement aucun autre organisme que dans l'espoir rationnel des lumires indispensables qui doivent ncessairement en rsulter pour une plus exacte connaissance de l'homme lui-mme4 ,d'un autre ct1 la notion gnrale de l'homme tant1 par sa nature1 la seule immdiate1 elle constitue invitablement la seule unit fondamentale d'aprs laquelle nous puissions apprcier1 un degr plus ou moins exact1 tous les autres systmes organiques2 c'est uniquement l que le point de vue essentiel de la philosophie primitive doit tre convenablement maintenu par une philosophie plus profonde4 ,telle est donc la solidarit ncessaire de toutes les parties de la science biologique1 malgr l'imposante immensit de son domaine rationnel4 ,aprs avoir ainsi nettement caractris le but et l'objet de la biologie1 et circonscrit exactement le champ gnral de ses recherches1 nous pourrons procder1 d'une manire plus sommaire1 et nanmoins satisfaisante1 l'examen philosophique de ses divers autres aspects essentiels4 ,nous devons1 cet effet1 considrer maintenant1 en premier lieu1 la vraie nature des moyens fondamentaux d'investigation qui lui sont propres4 ,la loi philosophique que j'ai tablie1 dans le volume prcdent1 sur l'invitable accroissement gnral de nos ressources scientifiques mesure que la nature des phnomnes tudis se complique davantage1 se vrifie ici de la manire la moins quivoque4 ,si1 d'un ct1 les phnomnes biologiques sont incomparablement plus compliqus que tous les prcdens1 d'une autre part1 et comme suite naturelle de cette complication suprieure1 ainsi que nous allons le constater1 leur tude comporte ncessairement l'ensemble le plus tendu de moyens intellectuels1 dont plusieurs essentiellement nouveaux1 et dveloppe dans l'esprit humain des facults pour ainsi dire inactives jusqu'alors1 ou que du moins les autres sciences fondamentales ne pouvaient offrir qu' l'tat rudimentaire1 malgr l'invariable unit de la mthode positive4 ,je ne dois point envisager ici1 quelle que soit1 en ralit1 leur extrme importance1 les moyens rationnels qui rsultent immdiatement1 pour la science biologique1 de sa relation philosophique avec le systme des sciences antrieures1 soit quant la mthode1 ou la doctrine2 ils seront naturellement ci-aprs le sujet d'un examen spcial1 en traitant de la vraie position de la biologie dans ma hirarchie encyclopdique4 ,en ce moment1 je ne dois m'occuper que des moyens essentiels d'exploration directe et d'analyse des phnomnes1 qui appartiennent cette nouvelle branche fondamentale de la philosophie naturelle4 ,parmi les trois modes principaux que j'ai distingus1 en gnral1 dans l'art d'observer1 le premier et le plus fondamental de tous1 l'observation proprement dite1 acquiert videmment en biologie une extension suprieure4 ,nous avons dj reconnu1 dans la premire partie de ce volume1 que1 partir des phnomnes chimiques1 le sujet de la philosophie naturelle devient ncessairement susceptible d'exploration immdiate par l'ensemble de tous nos sens1 jusqu'alors plus ou moins incompltement applicable4 ,tant que les recherches scientifiques se bornent des phnomnes trs gnraux1 et par cela mme fort simples1 comme en physique1 en astronomie surtout1 et minemment en mathmatique1 on ne doit prouver aucun inconvnient rel tre ncessairement rduit l'emploi de deux ou trois sens1 ou mme d'un seul2 et ces sciences1 malgr cette apparente infriorit de moyens matriels1 n'en constituent pas moins1 comme nous l'avons pleinement tabli jusqu'ici1 vu l'extrme simplicit de leur sujet1 les parties incomparablement les plus parfaites de la philosophie naturelle4 ,mais il n'en serait plus ainsi l'gard des phnomnes chimiques1 et1 plus forte raison1 envers les phnomnes biologiques4 ,aussi ces deux nouvelles catgories comportent-elles directement1 par leur nature1 l'emploi combin des cinq sens4 ,la biologie prsente1 sous cet aspect1 comparativement la chimie elle-mme1 un accroissement trs important et non moins ncessaire4 ,il consiste d'abord dans l'usage des appareils artificiels destins perfectionner les sensations naturelles1 surtout en ce qui concerne la vision4 ,malgr les remontrances1 justes quoique exagres1 de ,m4 ,raspail ce sujet1 il est certain que de tels appareils seront toujours peu employs par les chimistes1 parce que la nature des phnomnes chimiques ne permet gure d'en concevoir aucune application gnrale fort importante4 ,ils sont1 au contraire1 minemment propres amliorer l'exploration biologique1 quelque sages prcautions qu'y exige d'ailleurs leur emploi1 si aisment illusoire1 et nonobstant l'abus qui en a souvent t fait1 ou l'importance dmesure qu'on leur a trop frquemment accorde4 ,sous le point de vue statique surtout1 ils permettent de mieux apprcier une structure1 dont les dtails les moins perceptibles peuvent acqurir1 tant d'gards1 une importance capitale4 ,mme sous le point de vue dynamique1 quoiqu'ils y soient bien moins efficaces1 ils conduisent quelquefois observer directement le jeu lmentaire des moindres parties organiques1 base ordinaire des principaux phnomnes vitaux4 ,jusqu' prsent1 ces perfectionnemens artificiels sont essentiellement borns la vision1 qui continue tre ici1 comme pour tous les autres phnomnes1 le fondement essentiel de l'observation scientifique4 ,on doit nanmoins remarquer avec intrt les appareils imagins de nos jours pour le perfectionnement de l'audition1 et qui1 primitivement destins aux explorations pathologiques1 conviennent galement l'tude de l'organisme dans l'tat normal4 ,quoique grossiers encore1 et nullement comparables aux appareils microscopiques1 ces instrumens peuvent nanmoins donner une ide des amliorations que comportera sans doute ultrieurement l'audition artificielle4 ,il faut mme concevoir1 par analogie1 que tous les autres sens1 sans en excepter le toucher1 seraient trs probablement susceptibles de donner lieu de semblables artifices1 qui pourront tre un jour suggrs l'inquite sagacit des explorateurs par une thorie plus rationnelle et plus complte des sensations correspondantes1 ce qui achverait le systme1 peine bauch1 de nos moyens factices d'observation directe4 ,en second lieu1 les ressources fondamentales de l'observation biologique sont suprieures celles de l'observation chimique sous un autre aspect encore plus capital1 et plus ncessairement inhrent la nature propre des phnomnes4 ,car1 d'aprs la vraie position relative des deux sciences1 le biologiste peut1 videmment1 disposer de l'ensemble des procds chimiques1 comme d'une sorte de facult nouvelle1 pour perfectionner l'exploration prliminaire du sujet de ses recherches4 ,un tel moyen serait1 par sa nature1 radicalement interdit au chimiste1 pour lequel son usage constituerait directement un cercle vicieux fondamental1 puisqu'on supposerait ainsi rellement accomplie l'tude mme qu'on entreprend4 ,les caractres purement physiques sont les seuls admissibles dans la dfinition pralable des corps dont le chimiste s'occupe1 en vertu de l'antriorit scientifique de la physique compare la chimie3 il ne connatra leurs proprits chimiques qu'aprs l'entire solution de ses problmes1 et1 en consquence1 il ne saurait les ranger parmi ses donnes1 quoique une exposition peu rationnelle tende ordinairement dguiser une telle ncessit1 que les recherches effectives mettent toujours en pleine vidence4 ,pour le biologiste1 au contraire1 la chimie devant tre tout aussi connue que la physique1 il peut employer l'une et l'autre science l'claircissement prliminaire de son sujet propre1 conformment cette rgle philosophique vidente que toute doctrine peut tre convertie en une mthode l'gard de celles qui la suivent dans la vraie hirarchie scientifique1 et jamais envers celles qui l'y prcdent#bb4 ,la biologie commence aujourd'hui utiliser1 quoique trs imparfaitement encore1 cette importante proprit fondamentale1 compensation ncessaire1 bien qu'insuffisante1 de la complication suprieure de ses phnomnes4 ,c'est surtout dans les observations anatomiques1 ainsi qu'il et t facile de le prvoir1 que l'on a fait dj1 un certain degr1 un heureux usage des procds chimiques pour mieux caractriser les divers tissus lmentaires et les principaux produits de l'organisme1 en suivant1 cet gard comme tant d'autres1 les lumineuses indications de ,bichat4 ,quoique les observations physiologiques proprement dites comportent beaucoup moins1 par leur nature1 l'emploi d'un tel moyen1 il peut cependant y tre aussi d'une efficacit relle et notable4 ,il est1 du reste1 sous-entendu que1 dans l'un ou l'autre cas1 ce genre d'exploration doit tre1 comme tout autre1 toujours soigneusement subordonn aux maximes gnrales de la saine philosophie biologique2 en sorte que1 par exemple1 il faut savoir viter ces minutieux dtails numriques qui surchargent trop souvent les analyses chimiques des tissus organiques1 et qui sont radicalement incompatibles avec le vritable esprit de la science des corps vivans4 ,enfin1 pour achever de caractriser sommairement l'accroissement des moyens lmentaires d'observation proprement dite en biologie1 il ne faut pas ngliger de noter que les substances qui composent immdiatement les corps organiss sont1 presque toujours1 par leur nature1 plus ou moins alibiles2 d'o il rsulte que l'examen des effets alimentaires peut souvent devenir1 mais sous le seul point de vue anatomique1 un utile complment des autres procds d'exploration1 surtout de l'exploration chimique et de la gustation1 dont il constitue1 pour ainsi dire1 un appendice naturel4 ,bichat1 qui1 le premier1 en a introduit l'usage1 l'a plusieurs fois trs heureusement employ1 pour suppler l'absence ou l'imperfection des preuves chimiques4 ,note #bb3 ,il peut tre utile de remarquer1 ce sujet1 que cette rgle est souvent mconnue1 sous un rapport grave1 dans l'exposition dogmatique de la biologie actuelle4 ,bichat1 dans son immortel ,trait d',anatomie gnrale1 a consacr l'usage peu rationnel de comprendre les proprits physiologiques elles-mmes parmi les caractres essentiels destins dfinir chaque tissu1 au mme titre que les caractres physiques1 chimiques1 et purement anatomiques1 ce qui constitue1 ce me semble1 un vritable cercle vicieux4 ,on ne saurait concevoir1 sans doute1 que deux tissus1 identiques sous tous les divers aspects statiques1 pussent diffrer physiologiquement1 en sorte qu'une telle addition serait au moins superflue4 ,mais1 en outre1 elle me parat tendre directement faire mconnatre le vritable esprit de la science biologique1 qui consiste prcisment1 comme je l'ai tabli1 conclure l'tat dynamique de l'tat statique1 ou rciproquement1 tandis qu'un tel usage mle confusment les inconnues du problme avec les donnes4 ,on peut vrifier aisment cette critique1 en considrant que si ces notions dynamiques1 mal propos introduites1 pour chaque tissu1 parmi les notions purement statiques1 n'taient pas toujours ncessairement incompltes1 la physiologie se trouverait ainsi graduellement absorbe1 en ce qu'elle a de plus capital1 par la simple anatomie1 qui1 par sa nature1 n'en saurait tre qu'un prliminaire indispensable4 ,en un mot1 cette disposition est1 en elle-mme1 aussi irrationnelle que celle des chimistes qui emploieraient les proprits chimiques caractriser les corps dont ils s'occupent4 ,considrons maintenant le second mode fondamental d'investigation biologique1 c'est--dire1 l'exprimentation proprement dite1 qui s'applique ncessairement1 d'une manire plus spciale1 aux phnomnes purement physiologiques1 et dont l'exacte apprciation philosophique est d'une importance capitale1 en mme temps que d'une plus grande difficult1 surtout cause des notions vicieuses qu'on s'en forme encore habituellement4 ,en examinant1 sous un point de vue gnral1 les conditions essentielles d'une exprimentation rationnelle1 j'ai dj tabli1 ce sujet1 dans la vingt-huitime leon et dans la trente-cinquime1 que1 parmi tous les ordres de phnomnes1 les phnomnes physiques sont ceux qui1 par leur nature1 doivent le mieux comporter un tel genre d'exploration4 ,ils sont assez complexes1 et par suite assez varis1 pour permettre1 et mme pour exiger1 l'application la plus tendue de l'art exprimental2 et1 nanmoins1 en vertu de leur grande gnralit1 de leur simplicit relative1 et de l'extrme diversit des circonstances compatibles avec leur production1 les expriences peuvent y tre institues de la manire la plus satisfaisante4 ,aussitt qu'on s'carte de cet heureux ensemble de caractres1 en passant des phnomnes plus particuliers et plus compliqus1 l'usage de l'exprimentation devient ncessairement de moins en moins dcisif4 ,mme l'gard des phnomnes chimiques1 nous avons reconnu qu'ils prsentent1 sous ce rapport1 de grandes difficults fondamentales1 et que l'emploi des expriences ne semble y tre si tendu que par suite d'une disposition peu philosophique1 trop commune aujourd'hui1 confondre l'observation d'un phnomne artificiel avec une vritable exprimentation4 ,toutefois1 l'art exprimental proprement dit offre encore la chimie une ressource capitale4 ,mais1 dans l'tude des corps vivans1 la nature des phnomnes me parat opposer directement des obstacles presque insurmontables toute large et fconde application d'un tel procd2 ou1 du moins1 c'est par des moyens d'un autre ordre que doit tre surtout poursuivi le perfectionnement essentiel de la science biologique4 ,une exprimentation quelconque est toujours destine dcouvrir suivant quelles lois chacune des influences dterminantes ou modificatrices d'un phnomne participe son accomplissement2 et elle consiste1 en gnral1 introduire1 dans chaque condition propose1 un changement bien dfini1 afin d'apprcier directement la variation correspondante du phnomne lui-mme4 ,l'entire rationnalit d'un tel artifice et son succs irrcusable reposent videmment sur ces deux suppositions fondamentales3 #a4 que le changement introduit soit pleinement compatible avec l'existence du phnomne tudi1 sans quoi la rponse serait purement ngative2 #b4 que les deux cas compars ne diffrent exactement que sous un seul point de vue1 car autrement l'interprtation1 quoique directe1 serait essentiellement quivoque4 ,or1 la nature des phnomnes biologiques doit rendre presque impossible une suffisante ralisation de ces deux conditions prliminaires1 et surtout de la seconde4 ,nous avons tabli1 en effet1 que ces phnomnes exigent ncessairement le concours indispensable d'un grand nombre d'influences distinctes1 tant extrieures qu'intrieures1 qui1 malgr leur diversit1 sont troitement lies entre elles1 et dont l'harmonie ne saurait persister1 au degr convenable qu'entre certaines limites de variation plus ou moins tendues4 ,rien n'est donc plus facile1 sans doute1 que de troubler1 de suspendre1 ou mme de faire entirement cesser1 l'accomplissement de tels phnomnes2 mais1 au contraire1 nous devons prouver les plus grandes difficults y introduire une perturbation exactement dtermine1 soit quant au genre1 soit1 plus forte raison1 quant au degr4 ,trop prononce1 elle empcherait le phnomne2 trop faible1 elle ne caractriserait point assez le cas artificiel4 ,d'un autre ct1 lors mme qu'elle a pu tre primitivement restreinte la modification directe d'une seule des conditions du phnomne1 elle affecte ncessairement presqu'aussitt la plupart des autres1 en vertu de leur consensus universel4 la vrit1 cette invitable perturbation indirecte peut quelquefois n'exercer1 sur certains phnomnes1 qu'une influence rellement ngligeable2 et c'est ce qui a permis1 en plusieurs occasions1 trs importantes quoique fort rares1 une judicieuse application de l'art exprimental aux recherches biologiques4 ,mais1 l'gard mme des questions qui comportent effectivement1 un degr suffisant1 un tel mode d'examen1 l'institution rationnelle des expriences prsente des difficults capitales1 qui ne sauraient tre surmontes que par un esprit trs philosophique1 procdant1 avec une extrme circonspection1 d'aprs une tude pralable1 convenablement approfondie1 de l'ensemble du sujet explorer4 ,aussi1 sauf un petit nombre d'heureuses exceptions1 les expriences physiologiques ont-elles jusqu'ici suscit ordinairement des embarras scientifiques suprieurs ceux qu'elles se proposaient de lever1 sans parler1 d'ailleurs1 de celles1 plus multiplies encore1 qui n'avaient rellement aucun but bien dfini1 et qui n'ont abouti qu' encombrer la science de dtails oiseux et incohrens4 ,pour complter1 sous le point de vue philosophique de ce ,trait1 cette sommaire apprciation de l'exprimentation biologique proprement dite1 je crois devoir y introduire une nouvelle considration gnrale1 qui pourrait contribuer mieux diriger dsormais l'emploi d'un tel moyen4 ,en effet1 les phnomnes vitaux dpendent1 par leur nature1 de deux ordres bien distincts de conditions fondamentales1 les unes relatives l'organisme lui-mme1 les autres au systme ambiant4 ,de l1 ce me semble1 rsultent ncessairement deux modes nettement diffrens d'appliquer ces phnomnes la mthode exprimentale1 en introduisant1 tantt dans l'organisme1 et tantt dans le milieu1 des perturbations dtermines4 ,l'altration du milieu tend constamment1 il est vrai1 troubler l'organisme1 en sorte qu'une telle division peut paratre impraticable2 mais il faut considrer que l'tude de cette raction constituerait elle-mme une partie essentielle de l'analyse propose1 indpendamment de l'exploration directe des effets purement physiologiques1 ce qui permet videmment de maintenir une semblable distinction4 ,jusqu'ici les principales sries d'expriences tentes en biologie1 appartiennent presque exclusivement la premire de ces deux catgories gnrales1 c'est--dire qu'elles sont essentiellement relatives une perturbation artificielle de l'organisme et non du milieu1 sans qu'on se soit1 d'ailleurs1 expressment occup le plus souvent de maintenir le milieu dans un tat invariable4 ,or1 il importe de remarquer1 en principe1 que ce mode d'exprimentation doit prcisment tre1 d'ordinaire1 le moins rationnel1 parce qu'il est beaucoup plus difficile d'y satisfaire convenablement aux conditions fondamentales ci-dessus rappeles4 ,en effet1 la vie est bien moins compatible avec l'altration des organes qu'avec celle du systme ambiant2 et1 de plus1 le consensus des diffrens organes entre eux est tout autrement intime que leur harmonie avec le milieu4 ,sous l'un et l'autre aspect1 on ne saurait ordinairement imaginer1 en ce genre d'expriences moins susceptibles d'un vrai succs scientifique que celles de vivisection1 qui ont t nanmoins les plus frquentes4 ,la mort1 plus ou moins prochaine et souvent rapide1 qu'elles dterminent presque toujours dans un systme minemment indivisible1 et le trouble universel que l'ensemble de l'conomie organique en prouve immdiatement1 les rendent1 en gnral1 plus spcialement impropres procurer aucune solution positive4 ,je fais1 d'ailleurs1 ici compltement abstraction de l'vidente considration sociale qui1 non-seulement l'gard de l'homme1 mais aussi envers les animaux 7sur lesquels nous ne saurions1 sans doute1 nous reconnatre des droits absolument illimits71 doit faire hautement rprouver cette lgret dplorable qui laisse contracter la jeunesse des habitudes de cruaut1 aussi radicalement funestes son dveloppement moral que profondment inutiles1 pour ne pas dire davantage1 son dveloppement intellectuel4 ,la seconde classe essentielle d'expriences physiologiques1 o1 sans affecter directement les organes1 on modifie seulement1 sous un point de vue dtermin1 le systme des circonstances extrieures1 me parat constituer1 en gnral1 le mode d'exprimentation le mieux appropri la nature des phnomnes vitaux1 quoiqu'il ait t jusqu' prsent peine employ1 si ce n'est1 par exemple1 dans quelques recherches fort incompltes sur l'action des atmosphres artificielles1 sur l'influence comparative de diffrentes sortes d'alimentation1 etc4 ,alors1 en effet1 on est videmment beaucoup plus matre de circonscrire1 avec une exactitude scientifique1 la perturbation factice dont il s'agit d'apprcier l'influence physiologique1 et qui porte sur un systme susceptible d'une bien plus complte connaissance4 ,en mme temps1 son action sur l'organisme1 quoique assez prononce pour rester aisment apprciable1 peut tre mnage de telle manire que le trouble gnral de l'conomie vienne beaucoup moins altrer l'observation spciale de l'effet principal4 ,il faut ajouter enfin que toute exprimentation de ce genre comporte bien davantage une suspension volontaire1 qui permet de rtablir l'tat normal1 la seule condition1 bien plus facile remplir1 de n'avoir produit dans l'organisme aucune modification profonde et durable4 ,or1 cette dernire proprit1 qui ne saurait gure appartenir au premier mode d'exprimentation1 est minemment favorable la rationnalit des inductions1 en rendant le parallle plus direct et plus parfait4 ,car1 lorsque l'organisme a t directement modifi1 et surtout dans les expriences de vivisection1 la comparaison entre le cas artificiel et le cas naturel1 outre les causes essentielles d'incertitude propres une telle mthode1 est ordinairement expose1 par suite mme de la violence du procd1 cette nouvelle chance d'erreur que l'tat normal se juge sur un individu et sa perturbation sur un autre1 souvent pris au hasard4 ,le parallle peut1 sans doute1 tre beaucoup plus juste dans le second mode d'exprimentation1 qui permet d'apprcier les deux tats sur le mme individu4 ,il est satisfaisant de reconnatre1 par un tel ensemble de motifs1 que le genre d'expriences le moins violent doive ncessairement tre aussi le plus instructif4 ,en considrant l'application gnrale de la mthode exprimentale proprement dite aux divers organismes de la srie biologique1 la nature des difficults essentielles change beaucoup plus que leur intensit relle1 qui nanmoins n'est pas toujours la mme4 ,plus l'organisme est lev1 plus il devient artificiellement modifiable1 soit par l'altration directe d'un ensemble de conditions organiques plus compliqu1 soit d'aprs les changemens plus varis d'un systme plus tendu d'influences extrieures4 ,sous ce point de vue1 le champ de l'exprimentation physiologique1 dans l'un ou l'autre de ces deux modes fondamentaux1 acquiert une extension croissante1 mesure qu'on remonte la hirarchie biologique4 ,mais1 d'un autre ct1 la difficult d'une rationnelle institution des expriences augmente proportionnellement1 par une suite non moins ncessaire des mmes caractres2 en sorte que1 mon avis1 la facilit d'exprimenter est ds lors plus que compense1 pour le vrai perfectionnement de la science1 par l'extrme embarras qu'on prouve le faire avec succs4 ,quand il s'agit1 au contraire1 d'organismes infrieurs1 des organes plus simples et moins varis1 lis entre eux par un consensus moins intime1 et en mme temps un milieu moins complexe et mieux dfini1 prsentent la saine exprimentation biologique un ensemble de conditions videmment plus favorable1 quoique1 sous un autre aspect1 son domaine y doive tre1 par cela mme1 plus restreint1 surtout l'gard des circonstances extrieures1 dont les variations admissibles sont plus limites2 il faut d'ailleurs considrer qu'on s'loigne alors extrmement de l'unit fondamentale de la biologie1 c'est--dire du type humain1 ce qui doit rendre le jugement plus incertain1 principalement en ce qui concerne les phnomnes de la vie animale4 ,nanmoins1 quelque quivalens que paraissent1 pour les divers organismes1 les diffrens obstacles fondamentaux une large et satisfaisante application de la mthode exprimentale1 il me semble incontestable1 en dernire analyse1 que cette mthode devient d'autant plus convenable que l'on descend davantage dans la hirarchie biologique1 parce qu'on est ds lors moins loign de la constitution scientifique propre la physique inorganique1 laquelle l'art des expriences est1 mes yeux1 par sa nature1 essentiellement destin4 ,malgr cette svre apprciation philosophique de l'art exprimental appliqu aux recherches physiologiques1 personne ne conclura1 j'espre1 que je veuille1 d'une manire absolue1 condamner son usage en biologie1 lorsqu'on a pu parvenir raliser1 un degr suffisant1 le difficile accomplissement de l'ensemble si complexe des conditions varies qu'il exige4 ,il faudrait1 sans doute1 tre gar par de bien puissantes proccupations pour ne pas sentir vivement le profond mrite et la haute importance scientifique des expriences si simples de ,harvey sur la circulation1 de la lumineuse srie d'essais de ,haller sur l'irritabilit1 d'une partie des expriences remarquables de ,spallanzani sur la digestion et sur la gnration1 du bel ensemble de recherches exprimentales de ,bichat sur la triple harmonie entre le coeur1 le cerveau1 et le poumon dans les animaux suprieurs1 des belles expriences de ,legallois sur la chaleur animale1 etc41 et de plusieurs autres tentatives analogues1 qui1 vu l'immense difficult du sujet1 peuvent rivaliser1 pour ainsi dire1 avec ce que la physique proprement dite nous prsente de plus parfait4 ,le soin que j'ai pris ici d'indiquer sommairement quelques nouvelles vues philosophiques relatives au perfectionnement gnral de l'exprimentation biologique1 doit1 ce me semble1 suffisamment constater que je regarde l'art exprimental comme pouvant1 en effet1 concourir efficacement aux vrais progrs ultrieurs de l'tude des corps vivans4 ,mais1 je devais nanmoins1 contribuer1 autant qu'il est en moi1 rectifier les notions fausses ou exagres qu'on se forme communment aujourd'hui d'une telle mthode1 vers laquelle son apparente facilit tend entraner presque exclusivement les esprits1 et qui est si loin toutefois de constituer le mode gnral d'exploration le mieux appropri la nature des phnomnes biologiques4 ,il faut maintenant1 afin que cette importante question soit convenablement envisage dans son ensemble1 ajouter ici encore une nouvelle considration capitale1 sur la haute destination scientifique de l'exploration pathologique1 envisage comme offrant1 pour la biologie1 d'une manire bien plus satisfaisante1 le vritable quivalent gnral de l'exprimentation proprement dite4 ,suivant une remarque dj indique ds le volume prcdent1 le vrai caractre de la saine exprimentation scientifique ne saurait consister dans l'institution artificielle des circonstances d'un phnomne quelconque2 mais il rsulte surtout du choix rationnel des cas1 d'ailleurs naturels ou factices1 les plus propres mettre en vidence la marche essentielle du phnomne propos4 ,les dispositions tablies par notre intervention volontaire n'ont jamais de valeur scientifique que comme devant mieux satisfaire cette seule condition essentielle1 envers les phnomnes d'aprs lesquels s'est forme1 ce sujet1 notre ducation philosophique1 c'est--dire1 les phnomnes inorganiques4 ,mais1 si1 au contraire1 il pouvait arriver1 dans un sujet quelconque de recherches positives1 que l'exploration des cas artificiels ft ncessairement plus inextricable1 et que1 en sens inverse1 certains cas naturels heureusement choisis s'adaptassent spcialement une plus lucide analyse1 ce serait1 videmment1 prendre le moyen pour le but1 et sacrifier purilement le fond la forme1 que de persister alors1 avec une obstination routinire1 prfrer l'exprience proprement dite une observation ainsi caractrise3 une semblable prdilection deviendrait aussitt directement contraire au vrai principe philosophique de la mthode exprimentale elle-mme4 ,or1 une telle hypothse se ralise compltement l'gard des phnomnes physiologiques4 ,autant leur nature se refuse1 en gnral1 comme nous venons de le reconnatre1 l'exprimentation purement artificielle1 autant elle comporte minemment l'usage le plus tendu et le plus heureux de cette sorte d'exprimentation spontane1 qui rsulte invitablement d'une judicieuse comparaison entre les divers tats anormaux de l'organisme et son tat normal4 ,c'est ce qu'on peut aisment tablir4 ,quelle est1 en ralit1 la proprit essentielle de toute exprience directe8 ,c'est1 sans doute1 d'altrer l'tat naturel de l'organisme1 de faon prsenter sous un aspect plus vident l'influence propre chacune des conditions de ses diffrens phnomnes4 ,or1 le mme but n'est-il pas ncessairement atteint1 d'une manire beaucoup plus satisfaisante et d'ailleurs non moins tendue1 par l'observation des maladies1 considres sous un simple point de vue scientifique8 ,suivant le principe minemment philosophique qui sert dsormais de base gnrale et directe la pathologie positive1 et dont nous devons l'tablissement dfinitif au gnie hardi et persvrant de notre illustre concitoyen ,m4 ,broussais#bc1 l'tat pathologique ne diffre point radicalement de l'tat physiologique1 l'gard duquel il ne saurait constituer1 sous un aspect quelconque1 qu'un simple prolongement plus ou moins tendu des limites de variation1 soit suprieures1 soit infrieures1 propres chaque phnomne de l'organisme normal1 sans pouvoir jamais produire de phnomnes vraiment nouveaux1 qui n'auraient point1 un certain degr1 leurs analogues purement physiologiques4 ,par une suite ncessaire de ce principe1 la notion exacte et rationnelle de l'tat physiologique doit donc fournir1 sans doute1 l'indispensable point de dpart de toute saine thorie pathologique2 mais il en rsulte1 d'une manire non moins vidente1 que1 rciproquement1 l'examen scientifique des phnomnes pathologiques est minemment propre perfectionner les tudes uniquement relatives l'tat normal4 ,un tel mode d'exprimentation1 quoique indirect1 est1 en gnral1 mieux adapt qu'aucun autre la vraie nature des phnomnes biologiques4 ,au fond1 une exprience proprement dite sur un corps vivant1 est-elle rellement autre chose qu'une maladie plus ou moins violente1 brusquement produite par une intervention artificielle8 ,or1 ces circonstances1 qui seules distinguent ces altrations factices des drangemens naturels qu'prouve spontanment l'organisme par une suite invitable du systme si complexe et de l'harmonie si troite de ses diverses conditions d'existence normale1 ne sauraient1 sans doute1 tre regardes comme favorables1 en elles-mmes1 une saine exploration scientifique1 qui doit en prouver1 au contraire1 un immense surcrot de difficult4 ,l'invasion successive d'une maladie1 le passage lent et graduel d'un tat presque entirement normal un tat pathologique pleinement caractris1 loin de constituer1 pour la science1 d'inutiles prliminaires1 peuvent dj offrir1 videmment1 par eux-mmes1 d'inapprciables documens au biologiste capable de les utiliser4 ,il en est encore ainsi1 d'une manire non moins sensible1 pour l'autre extrmit du phnomne1 surtout dans les cas d'heureuse terminaison1 spontane ou provoque1 qui prsente la mme exploration en sens inverse et comme une sorte de vrification gnrale de l'analyse primitive4 ,si l'on considre enfin qu'un tel prambule et une telle conclusion n'empchent point d'ailleurs l'examen direct du phnomne principal1 et tendent1 au contraire1 l'clairer vivement1 on sentira quelle doit tre1 en gnral1 dans l'tude des corps vivans1 la haute supriorit ncessaire de l'analyse pathologique sur l'exprimentation proprement dite4 ,je n'ai pas besoin d'ailleurs de faire expressment ressortir cette proprit1 aussi essentielle qu'vidente1 du premier mode d'exploration biologique1 de pouvoir tre immdiatement appliqu1 de la manire la plus tendue1 l'homme lui-mme1 sans prjudice de la pathologie des animaux1 et mme des vgtaux1 qui1 long-temps ngliges1 commencent aujourd'hui tre enfin judicieusement introduites parmi les moyens fondamentaux de la biologie4 ,on doit1 sans doute1 regarder comme fort honorable pour notre espce d'tre ainsi parvenue faire tourner au profit de son instruction positive l'tude des nombreux drangemens qu'entrane malheureusement la perfection mme de sa propre organisation et de celle des autres races plus ou moins vivantes4 ,il est vraiment dplorable que la constitution de nos grands tablissemens mdicaux soit1 en gnral1 assez peu rationnelle jusqu'ici1 du moins si j'en juge par la ,france1 pour qu'une telle source d'instruction reste encore presque entirement strile1 faute d'observations suffisamment compltes et d'observateurs convenablement prpars4 ,note #bc3 ,on ne saurait mconnatre les droits rels de ,m4 ,broussais cette fondation capitale1 quoique d'ailleurs il ft galement injuste de ngliger la part essentielle de ses plus illustres prdcesseurs1 depuis environ un demi-sicle1 dans la prparation indispensable l'tablissement direct d'un tel principe1 qui1 comme toute autre ide-mre1 a d tre long-temps et diversement labor avant de pouvoir tre saisi dans son ensemble et par suite rationnellement proclam4 ,je ne peux m'empcher1 ce sujet1 de rclamer ici hautement contre la profonde injustice nationale qui a succd1 en gnral1 envers ,m4 ,broussais1 quelques annes d'un enthousiasme irrflchi4 ,la postrit n'oubliera point1 sans doute1 que ,m4 ,broussais a bien voulu1 aprs avoir fourni sa principale carrire scientifique1 se porter candidat l',acadmie des ,sciences de ,paris1 et qu'il en a t aveuglment repouss2 la plupart des membres de cette illustre compagnie taient1 la vrit1 des juges incomptens d'une telle capacit philosophique4 ,toutefois1 ce qui mrite davantage encore d'tre signal l'opinion vraiment impartiale et claire1 c'est l'indiffrence systmatique1 pour ne pas dire plus1 de la majeure partie des mdecins actuels1 surtout en ,france1 l'gard de ,m4 ,broussais1 quoique ses travaux aient certainement concouru1 d'une manire plus ou moins directe mais fondamentale1 au dveloppement intellectuel de la plupart d'entre eux1 et malgr d'ailleurs l'intrt social vident de la corporation mdicale se rallier sous un chef minent1 intrt que n'eussent point1 sans doute1 aussi lgrement nglig des corporations rtrogrades mais plus habitues la hirarchique coordination des efforts1 comme celle des prtres1 et mme celle des avocats4 ,cette exploration pathologique doit tre assujettie1 comme tout autre mode d'exprimentation1 la distinction gnrale que j'ai ci-dessus tablie4 ,en effet1 les perturbations naturelles1 aussi bien que les altrations artificielles1 peuvent provenir d'une double origine1 ou des drangemens spontans qu'prouve l'organisme par l'action mutuelle de ses diverses parties1 ou des troubles primitifs dans le systme extrieur de ses conditions d'existence4 ,or1 ici1 comme prcdemment1 il faut reconnatre1 en gnral1 et d'aprs les mmes motifs essentiels1 que les maladies produites par l'altration du milieu conviennent ncessairement davantage l'analyse biologique que celles directement relatives la perturbation de l'organisme4 ,les causes en doivent tre1 d'ordinaire1 mieux circonscrites et plus connues1 la marche plus claire1 et l'heureuse terminaison plus facile4 ,il serait superflu d'insister davantage ici sur une extension aussi vidente de notre remarque fondamentale4 ,le moyen gnral d'exploration biologique qui rsulte d'une judicieuse analyse des phnomnes pathologiques1 est videmment applicable1 encore plus que l'exprimentation directe1 l'ensemble de la srie organique4 ,il est1 comme celui-ci1 d'autant plus fcond et plus vari qu'il s'agit d'un organisme plus lev2 mais il est aussi1 en mme temps1 plus incertain et plus difficile1 quoiqu'il le soit toujours beaucoup moins que le prcdent4 ,c'est pourquoi il y a encore plus de vritable utilit scientifique l'tendre tous les degrs de la hirarchie biologique1 lors mme qu'on ne se proposerait d'autre but qu'une plus exacte connaissance de l'homme1 dont les maladies propres peuvent tre claires1 d'une manire souvent trs heureuse1 par une saine analyse des drangemens relatifs tous les autres organismes1 jusques et y compris l'organisme vgtal1 ainsi que nous l'tablirons d'ailleurs tout l'heure en traitant du procd comparatif4 ,non-seulement l'analyse pathologique est applicable1 par sa nature1 tous les organismes quelconques1 mais elle peut embrasser aussi tous les divers phnomnes du mme organisme1 ce qui constitue un dernier motif gnral de la supriorit vidente de ce mode indirect d'exprimentation biologique1 oppos au mode direct4 ,celui-ci1 en effet1 est trop perturbateur et trop brusque pour qu'on puisse rellement l'appliquer jamais avec succs l'tude de certains phnomnes1 qui exigent la plus dlicate harmonie d'un systme de conditions trs vari2 tandis que ces mmes caractres sont loin1 malheureusement1 de mettre de tels phnomnes l'abri des altrations pathologiques4 ,on conoit que j'ai principalement en vue ici les phnomnes intellectuels et moraux1 relatifs aux animaux suprieurs1 et surtout l'homme1 dont l'tude est la fois si importante et si difficile1 et qui1 par leur nature1 ne sauraient tre le sujet d'aucune exprimentation un peu nergique1 susceptible seulement de les faire immdiatement cesser4 ,l'observation des nombreuses maladies1 primitives ou conscutives1 du systme nerveux1 nous offre1 videmment1 un moyen spcial et inapprciable de perfectionner l'exacte connaissance de leurs vritables lois1 quoique les obstacles particuliers une telle exploration1 et1 en mme temps1 l'inaptitude plus prononce de la plupart des explorateurs jusqu' prsent1 n'aient pas permis encore d'utiliser beaucoup une ressource aussi capitale4 ,on doit1 enfin1 pour avoir un aperu complet de l'ensemble des moyens gnraux que la biologie peut emprunter l'analyse pathologique1 y ajouter1 comme un appendice naturel1 l'examen des organisations exceptionnelles1 ou des cas de monstruosit4 ,ces anomalies organiques1 plus long-temps encore que les autres phnomnes1 ainsi qu'on devait s'y attendre1 n'ont t le sujet1 presque jusqu' nos jours1 que d'une aveugle et strile curiosit4 ,mais1 depuis que la science1 d'aprs d'heureuses analyses particulires1 tend de plus en plus les ramener directement1 en gnral1 aux lois fondamentales de l'organisme rgulier1 leur tude a commenc devenir un important complment de l'ensemble des procds relatifs l'exploration biologique1 et spcialement du procd pathologique1 dont elle constitue une sorte de prolongement universel1 en considrant de telles exceptions comme de vraies maladies1 dont l'origine est seulement plus ancienne et moins connue1 et la nature ordinairement plus incurable1 double caractre qui doit1 toutefois1 leur faire attribuer1 en principe1 une moindre valeur scientifique4 cela prs1 le moyen tratologique est d'ailleurs applicable1 comme le moyen pathologique1 soit l'ensemble de la hirarchie biologique1 soit tous les divers aspects essentiels de chaque organisme1 animal ou vgtal2 et ce n'est qu'en l'employant ainsi dans toute son extension philosophique1 qu'on en pourra raliser1 de mme qu'envers tout autre procd1 des applications d'une vritable importance spculative4 ,quel que soit le mode d'exprimentation1 direct ou indirect1 artificiel ou naturel1 que l'on se propose de suivre dans une tude biologique quelconque1 on devra1 videmment1 remplir1 en gnral1 ces deux conditions constamment indispensables1 dfaut desquelles tant de recherches compliques ont laborieusement avort jusqu'ici3 #a avoir en vue un but nettement dtermin1 c'est--dire1 tendre claircir tel phnomne organique1 sous tel aspect spcial2 #b connatre1 le plus compltement possible1 d'aprs l'observation proprement dite1 le vritable tat normal de l'organisme correspondant et les vraies limites de variation dont il est susceptible4 ,sans la premire condition1 le caractre du travail serait1 de toute ncessit1 vague et incertain2 sans la seconde1 l'institution des expriences ne serait dirige par aucune considration rationnelle1 et leur interprtation finale n'aurait aucune base solide4 l'gard de sciences plus simples et plus anciennes1 dont la constitution positive est plus avance1 et la vraie philosophie mieux connue1 de telles recommandations gnrales sembleraient1 en quelque sorte1 puriles4 ,malheureusement1 envers une science fondamentale aussi complique et aussi rcente que l'est la biologie1 il s'en faut encore de beaucoup que la philosophie positive puisse dsormais se dispenser de reproduire1 d'une manire spciale et pressante1 ces maximes lmentaires4 ,c'est surtout dans les problmes relatifs la vie animale1 que leur inobservance habituelle est trs frappante1 quoique les recherches sur la vie organique ne soient point1 assurment1 toujours irrprochables sous ce rapport4 ,si1 par exemple1 les nombreuses observations recueillies jusqu'ici quant aux divers drangemens des phnomnes intellectuels et moraux n'ont rellement rpandu encore presque aucune lumire importante sur les lois naturelles de leur accomplissement1 on doit principalement l'attribuer1 soit l'absence d'un sujet de recherches nettement conu et distinctement spcifi1 soit1 plus fortement peut-tre1 la trop imparfaite notion pralable de l'tat normal correspondant4 ,ainsi1 en dernire analyse1 quelle que puisse tre1 en biologie1 la valeur fondamentale du mode le plus convenable d'exprimentation1 il ne faut jamais oublier que1 ici comme partout ailleurs1 et mme beaucoup plus qu'ailleurs1 l'observation pure doit ncessairement tre toujours place en premire ligne1 comme clairant d'abord1 d'une indispensable lumire1 l'ensemble du sujet dont il s'agit de perfectionner ensuite1 sous tel point de vue dtermin1 l'tude spciale1 par voie d'exprimentation4 ,il me reste1 enfin1 considrer1 en troisime lieu1 la dernire mthode fondamentale propre l'exploration biologique1 celle qui1 par sa nature1 est le plus spcialement adapte l'tude des corps vivans1 d'o elle tire1 en effet1 sa vritable source logique1 et dont elle doit1 par son application toujours plus complte et plus rationnelle1 dterminer dsormais1 plus qu'aucune autre1 le progrs incessamment croissant4 ,on voit qu'il s'agit1 en un mot1 de la mthode comparative proprement dite1 que nous devons caractriser ici sous son aspect le plus philosophique4 ,en tablissant1 au commencement du volume prcdent1 ma division rationnelle des trois modes fondamentaux de l'art d'observer1 j'ai dj fait sentir1 en gnral1 que le dernier de ces modes1 le plus indirect et le plus difficile de tous1 la comparaison1 tait essentiellement destin1 par sa nature1 l'tude des phnomnes les plus particuliers1 les plus compliqus1 et les plus varis1 dont il devait constituer la principale ressource4 ,nous avons d'abord reconnu que les vrais phnomnes astronomiques1 ncessairement limits au seul monde dont nous faisons partie1 ne pouvaient aucunement comporter1 si ce n'est d'une manire tout--fait secondaire1 l'application d'un tel procd d'exploration4 ,passant ensuite aux divers phnomnes de la physique proprement dite1 nous avons galement constat que1 quoique leur nature y interdise beaucoup moins une utile introduction de la mthode comparative1 c'est nanmoins d'aprs un tout autre mode fondamental que l'art d'observer doit y tre spcialement employ4 ,enfin1 partir des phnomnes chimiques1 nous avons tabli que1 malgr qu'une telle mthode n'ait jusqu'ici aucun rang dtermin dans le systme logique de la philosophie chimique1 le caractre des phnomnes commence ds lors devenir susceptible d'une heureuse et importante combinaison de ce mode avec les deux autres1 qui doivent nanmoins y rester prpondrans4 ,mais c'est seulement dans l'tude1 soit statique1 soit dynamique1 des corps vivans1 que l'art comparatif proprement dit peut prendre tout le dveloppement philosophique qui le caractrise1 de manire ne pouvoir tre convenablement transport aucun sujet qu'aprs avoir t exclusivement emprunt cette source primitive1 suivant le principe logique si frquemment proclam et pratiqu dans ce ,trait4 ,quelles sont1 en effet1 les conditions fondamentales sur lesquelles doive ncessairement reposer1 en gnral1 l'application rationnelle d'un tel mode d'exploration8 ,elles consistent1 videmment1 par la nature mme du procd1 dans cet indispensable concours de l'unit essentielle du sujet principal avec la grande diversit de ses modifications effectives4 ,sans la premire condition1 la comparaison n'aurait aucune base solide2 sans la seconde1 elle manquerait d'tendue et de fcondit3 par leur runion1 elle devient la fois possible et convenable4 ,or1 d'aprs la dfinition mme de la vie1 ces deux caractres sont1 de toute ncessit1 minemment raliss dans l'tude des phnomnes biologiques1 sous quelque point de vue qu'on les envisage4 ,l'exacte harmonie entre le moyen et le but est ici tellement spontane et si nettement prononce1 que son entire apprciation philosophique peut tre aisment effectue sans donner lieu ces discussions spciales qui ont t indispensables ci-dessus pour caractriser avec justesse la vraie fonction rationnelle1 bien plus quivoque et plus litigieuse1 de la mthode exprimentale en biologie4 ,tout le systme de la science biologique drive1 comme nous l'avons tabli1 d'une seule grande conception philosophique3 la correspondance gnrale et ncessaire1 diversement reproduite et incessamment dveloppe1 entre les ides d'organisation et les ides de vie4 ,l'unit fondamentale du sujet ne saurait donc tre1 en aucun cas1 plus parfaite2 et la varit presque indfinie de ses modifications1 soit statiques1 soit dynamiques1 n'a pas besoin1 sans doute1 d'tre formellement constate4 ,sous le point de vue purement anatomique1 tous les organismes possibles1 toutes les parties quelconques de chaque organisme1 et tous les divers tats de chacun1 prsentent ncessairement un fond commun de structure et de composition1 d'o procdent successivement les diverses organisations plus ou moins secondaires qui constituent des tissus1 des organes1 et des appareils de plus en plus compliqus4 ,de mme1 sous l'aspect physiologique proprement dit1 tous les tres vivans1 depuis le vgtal jusqu' l'homme1 considrs dans tous les actes et toutes les poques de leur existence1 sont essentiellement dous d'une certaine vitalit commune1 premier fondement indispensable des innombrables phnomnes qui les caractrisent graduellement4 ,l'une et l'autre de ces deux grandes faces corrlatives du sujet universel de la biologie1 montrent toujours ce que les diffrens cas offrent de semblable comme tant ncessairement1 et en ralit1 plus important1 plus fondamental1 que les particularits qui les distinguent2 conformment cette loi essentielle de la philosophie positive1 dont j'ai fait1 ds le dbut et dans tout le cours de cet ouvrage1 une des principales bases de ma conception philosophique1 que1 en tout genre1 les phnomnes plus gnraux dominent constamment ceux qui le sont moins4 ,c'est sur une telle notion que repose directement l'admirable rationnalit de la mthode comparative applique la biologie4 ,au premier aspect1 l'obligation strictement prescrite cette grande science d'embrasser ainsi1 dans son entire immensit1 l'imposant ensemble de tous les cas organiques et vitaux1 parat devoir accabler notre intelligence sous une insurmontable accumulation de difficults capitales3 et1 sans doute1 ce sentiment naturel a d long-temps contribuer1 en effet1 d'une manire spciale1 retarder le dveloppement de la saine philosophie biologique4 ,il est nanmoins exactement vrai qu'une telle extension du sujet jusqu' ses extrmes limites philosophiques1 loin de constituer1 pour la science1 un vritable obstacle1 devient1 au contraire1 son plus puissant moyen de perfectionnement1 par la lumineuse comparaison fondamentale qui en rsulte ncessairement1 une fois que l'esprit humain1 familiaris enfin avec les conditions essentielles de cette difficile tude1 parvient disposer tous ces cas divers dans un ordre qui leur permette de s'clairer mutuellement4 ,borne la seule considration de l'homme1 comme elle l'a t si long-temps1 la science biologique ne pouvait1 en ralit1 par sa nature1 faire aucun progrs essentiel1 mme purement anatomique1 si ce n'est quant cette anatomie descriptive et superficielle1 uniquement applicable l'art chirurgical2 car1 en procdant ainsi1 elle abordait directement la solution du problme le plus difficile par l'examen isol du cas le plus compliqu1 ce qui devait ter ncessairement tout espoir d'un vritable succs4 ,sans doute1 il tait non-seulement videmment invitable1 mais encore rigoureusement indispensable1 que la biologie comment par un tel point de dpart1 afin de se constituer une unit fondamentale1 qui pt servir ensuite la coordination systmatique de la srie entire des cas biologiques4 ,un tel type ne pouvait1 en effet1 sous peine de nullit radicale1 tre arbitrairement choisi2 et ce n'est point uniquement1 ni mme principalement1 comme le mieux connu et le plus intressant1 que le type humain a d tre ncessairement prfr2 c'est surtout par la raison profonde qu'il offre1 en lui-mme1 le rsum le plus complet de l'ensemble de tous les autres cas1 dont il permet ds lors de concevoir une coordination exactement rationnelle4 ,ainsi1 une premire analyse 7obtenue d'aprs l'observation proprement dite1 convenablement aide de l'exprimentation7 de l'homme1 envisag l'tat adulte et au degr normal1 sert former la grande unit scientifique1 suivant laquelle s'ordonnent les termes successifs de l'immense srie biologique1 mesure qu'ils s'loignent davantage de ce type fondamental1 en descendant jusqu'aux organisations les plus simples et aux modes d'existence les plus imparfaits4 ,mais1 cela pos1 la science1 quant l'homme lui-mme1 resterait ternellement l'tat de grossire bauche1 si1 aprs une telle opration prliminaire1 uniquement destine permettre son dveloppement rationnel1 on ne reprenait intgralement l'ensemble de cette tude pour obtenir des connaissances plus approfondies1 par la comparaison perptuelle1 sous tous les aspects possibles1 du terme primordial tous les autres termes de moins en moins complexes de cette srie gnrale1 ou1 rciproquement1 par l'analyse comparative des complications graduelles qu'on observe en remontant du type le plus infrieur au type humain4 ,soit qu'il s'agisse d'une disposition anatomique1 ou d'un phnomne physiologique1 une semblable comparaison mthodique de la suite rgulire des diffrences croissantes qui s'y rapportent1 offrira toujours ncessairement1 par la nature de la science1 le moyen le plus gnral1 le plus certain1 et le plus efficace d'claircir1 jusque dans ses derniers lmens1 la question propose4 ,non-seulement on connatra ainsi un beaucoup plus grand nombre de cas1 mais1 ce qui importe bien davantage1 on connatra mieux chacun d'eux par une consquence invitable et immdiate de leur rapprochement rationnel4 ,sans doute1 un tel effet ne serait point rellement produit1 et le problme aurait t rendu ainsi plus complexe au lieu de se simplifier1 si1 par leur nature1 tous ces cas divers ne prsentaient pas ncessairement une similitude fondamentale1 accompagne de modifications graduelles1 toujours assujetties une marche rgulire3 et c'est pourquoi cette mthode comparative ne convient essentiellement qu' la seule biologie1 sauf l'usage capital que je montrerai1 dans le volume suivant1 qu'on en peut faire aussi1 d'aprs les mmes motifs philosophiques1 quoique un degr beaucoup moindre1 pour la physique sociale4 ,mais1 l'gard de toutes les tudes biologiques1 l'ensemble des considrations prcdentes ne peut laisser1 ce me semble1 en principe1 aucune incertitude sur l'vidente convenance directe et gnrale d'une telle mthode1 tout en indiquant d'ailleurs les difficults essentielles que doit prsenter le plus souvent l'heureuse application d'un instrument aussi dlicat1 dont bien peu d'esprits encore ont su faire un usage convenable4 ,quelque complte et spontane que soit1 en ralit1 cette harmonie fondamentale1 tout vrai philosophe doit1 nanmoins1 sans doute1 contempler avec une profonde admiration l'art minent l'aide duquel l'esprit humain a pu convertir en un immense moyen ce qui devait d'abord paratre constituer une difficult capitale4 ,une telle transformation offre1 mes yeux1 un des plus grands et des plus irrcusables tmoignages de force relle que notre intelligence ait jamais fournis en aucun genre4 ,et1 c'est bien ici1 comme l'gard de toutes les autres facults scientifiques vraiment primordiales1 l'oeuvre de l'espce entire1 graduellement dveloppe dans la longue suite des sicles1 et non le produit original d'aucun esprit isol1 malgr la frivole et inqualifiable prtention de quelques modernes se proclamer1 ou se laisser proclamer les vrais crateurs privilgis de la biologie comparative6 ,depuis le simple usage primitif que le grand ,aristote fit1 en quelque sorte spontanment1 d'une telle mthode dans les cas les plus faciles 7ne ft-ce qu'en comparant1 par exemple1 la structure des membres infrieurs de l'homme celle des membres suprieurs71 jusqu'aux rapprochemens les plus profonds et les plus abstraits de la biologie actuelle1 on trouve rellement une srie trs tendue d'tats intermdiaires constamment progressifs1 entre lesquels l'histoire ne saurait individuellement signaler que les travaux susceptibles d'indiquer1 pour l'poque correspondante1 une plus parfaite intelligence du vrai gnie de l'art comparatif1 manifeste par son application plus heureuse et plus large4 ,il est vident1 en un mot1 que la mthode comparative des biologistes1 pas plus que la mthode exprimentale des physiciens1 n'a t ni pu tre proprement invente par personne4 ,distinguons maintenant les divers aspects gnraux sous lesquels doit tre poursuivie la comparaison biologique1 que nous continuerons toujours envisager la fois comme statique et comme dynamique4 ,on peut les rapporter cinq chefs principaux1 que je classe ici1 autant que possible1 dans l'ordre de leur enchanement naturel et de leur valeur scientifique croissante3 #a comparaison entre les diverses parties de chaque organisme dtermin2 #b comparaison entre les sexes2 #c comparaison entre les diverses phases que prsente l'ensemble du dveloppement2 #d comparaison entre les diffrentes races ou varits de chaque espce2 #e enfin1 et au plus haut degr1 comparaison entre tous les organismes de la hirarchie biologique4 ,il est d'ailleurs sous-entendu que1 dans l'un quelconque de ces parallles1 l'organisme sera constamment considr l'tat normal1 ainsi qu'on l'a toujours fait jusqu'ici1 comme il tait indispensable de le faire d'abord4 ,quand les lois essentielles relatives cet tat auront t convenablement tablies1 l'esprit humain pourra passer rationnellement la pathologie compare1 soit statique1 soit dynamique1 dont l'tude1 encore plus dtaille par sa nature1 devra conduire perfectionner ces lois en tendant leur porte primitive4 ,mais toute semblable tentative serait actuellement prmature1 l'organisme normal n'tant point encore assez bien connu4 ,jusqu'alors1 l'exploration pathologique ne saurait tre employe rgulirement en biologie qu' titre d'quivalent de l'exprimentation proprement dite1 comme je l'ai prcdemment expliqu4 ,d'ailleurs1 il faut reconnatre1 ce me semble1 que ce systme distinct et complet de pathologie comparative1 quelque prcieux qu'il ft1 n'appartiendrait point rellement1 en aucun cas1 la vraie biologie1 quoiqu'il en devnt l'application ncessaire1 mais essentiellement l'art mdical1 envisag dans son entire extension1 dont il constituerait rationnellement la base indispensable et directe4 ,si l'on ne devait point attacher une vritable importance ne pas trop multiplier les motifs gnraux de comparaison1 on aurait pu comprendre1 parmi ceux que je viens d'numrer1 l'examen des diffrences que prsente chaque partie ou chaque acte organique suivant les diverses circonstances extrieures normales sous l'influence desquelles l'organisme est plac1 ce qui embrasse la fois les considrations essentielles de climat1 de rgime1 etc4 ,mais1 il est vident que l'entier dveloppement de ces considrations appartient rationnellement1 d'une manire spciale1 l'histoire naturelle proprement dite1 et non la pure biologie4 ,quant leur bauche fondamentale1 qui convient rellement aux tudes biologiques1 elle est tout naturellement comprise dans le domaine effectif de la simple observation directe1 dont elle constitue le complment indispensable1 et non proprement dans celui de la mthode comparative1 qui1 ce me semble1 doit toujours reposer sur une modification quelconque de l'organisme lui-mme et non du milieu4 ,on pourrait aussi distinguer1 sans doute1 comme titre spar1 la comparaison entre les divers tempramens1 c'est--dire1 entre les diffrentes modifications natives1 la fois normales et fixes1 d'un mme organisme un ge quelconque4 ,mais cette considration a trop peu d'importance propre1 si ce n'est dans l'espce humaine1 pour exiger1 en gnral1 une mention distincte4 ,du reste1 parvenue son maximum d'influence1 elle se trouve implicitement comprise dans la considration des varits ou races proprement dites1 qui ne paraissent tre1 suivant la judicieuse thorie de ,m4 de ,blainville1 que des tempramens pousss jusqu' l'extrme limite des variations normales dont l'organisme correspondant tait susceptible1 et rendus en mme temps plus persistans1 par l'influence continue d'un milieu fixe et plus prononc1 agissant1 pendant une longue suite de gnrations1 sur une espce primitivement homogne4 ,quel que soit le mode gnral suivant lequel on se propose d'appliquer la mthode comparative une recherche biologique quelconque1 son esprit essentiel consiste toujours concevoir tous les cas envisags comme devant tre radicalement analogues sous le point de vue que l'on considre1 et reprsenter1 en consquence1 leurs diffrences effectives comme de simples modifications1 dtermines1 dans un type fondamental et abstrait1 par l'ensemble des caractres propres l'organisme ou l'tre correspondant2 en sorte que les diffrences secondaires soient sans cesse rattaches aux principales d'aprs des lois constamment uniformes1 dont le systme doit constituer la vraie philosophie biologique1 soit statique1 soit dynamique1 destine fournir ainsi l'explication rationnelle et homogne de chaque cas dtermin4 ,si la question est simplement anatomique1 on regarde1 partir de l'homme adulte et normal pris pour unit fondamentale1 toutes les autres organisations comme des simplifications successives1 par voie de dgradation continue1 de ce type primordial1 dont les dispositions essentielles doivent se retrouver toujours dans les cas mme les plus loigns1 qui les montrent dgages de toute complication plus ou moins accessoire4 ,de mme1 en traitant un problme physiologique proprement dit1 on cherche surtout saisir l'identit fondamentale du phnomne principal qui caractrise la fonction propose1 travers les modifications graduelles que prsente la srie entire des cas compars1 jusqu' ce que les plus simples d'entre eux aient enfin ralis1 autant que possible1 l'isolement1 d'abord abstrait1 d'un tel phnomne1 dont la notion essentielle1 ainsi fixe1 peut tre ensuite revtue successivement1 en sens inverse1 des diverses attributions secondaires qui la compliquaient primitivement4 ,il est donc vident1 sous l'un ou l'autre aspect1 que la conception qualifie par quelques naturalistes contemporains du nom de thorie des analogues1 et qu'on s'est efforc de prsenter comme une innovation rcente1 ne constitue rellement1 sous une autre dnomination1 que le principe ncessaire et invariable de la mthode comparative elle-mme1 directement envisage dans son ensemble philosophique4 ,on conoit aisment quelle profonde et clatante lumire une telle mthode1 convenablement applique1 est minemment destine rpandre sur toutes les tudes biologiques1 dont les immenses dtails doivent1 par leur nature1 trouver1 dans cet intime rapprochement mutuel de tous les cas possibles1 les principaux moyens d'explication scientifique qui leur sont propres4 ,il serait1 d'ailleurs1 impossible de mconnatre combien des esprits irrationnels ou mal prpars peuvent facilement abuser d'une mthode1 aussi dlicate en elle-mme1 et encore aussi imparfaitement apprcie d'ordinaire1 de manire entraver le vrai dveloppement de la science par de vicieuses spculations sur des analogies qui ne sauraient exister1 faute d'avoir d'abord exactement circonscrit le champ gnral des analogies relles1 correspondant l'ensemble des organes ou des actes vritablement communs4 ,parmi les motifs essentiels de comparaison biologique prcdemment numrs1 les seuls qui prsentent un caractre assez nettement tranch pour devoir tre ici spcialement examins sont1 la comparaison entre les diverses parties d'un mme organisme1 celle des diffrentes phases de chaque dveloppement1 et surtout celle de tous les termes distincts de la grande hirarchie des corps vivans4 ,afin de complter cet aperu gnral de la mthode comparative1 il convient maintenant d'apprcier sparment la valeur philosophique de chacun de ces trois modes principaux4 ,c'est1 de toute ncessit1 par le premier que cette mthode a d commencer s'introduire spontanment dans les recherches quelconques1 soit statiques1 soit dynamiques1 relatives aux corps vivans4 ,en se bornant mme la seule considration de l'homme1 aucun esprit philosophique ne saurait viter d'tre plus ou moins frapp immdiatement de la similitude remarquable que prsentent1 tant d'gards1 ses diverses parties principales1 soit dans leur structure1 soit dans leurs fonctions1 malgr leurs grandes et incontestables diffrences4 ,d'abord1 tous les tissus1 tous les appareils1 en tant qu'organiss et vivans1 offrent1 d'une manire homogne1 ces caractres fondamentaux inhrens aux ides mmes d'organisation et de vie1 et auxquels sont rduits les derniers organismes4 ,mais1 en outre1 sous un point de vue plus spcial1 l'analogie des organes devient ncessairement de plus en plus prononce mesure que celle des fonctions l'est davantage1 et1 rciproquement1 ce qui peut conduire1 et a souvent conduit1 en effet1 aux plus lumineux rapprochemens1 anatomiques ou physiologiques1 en passant ainsi alternativement de l'une l'autre similitude4 ,quelque admirable extension qu'ait pris1 de nos jours1 d'autres titres1 la mthode comparative1 les biologistes sont loin de renoncer employer dsormais1 comme moyen d'importantes dcouvertes1 ce mode originaire et simple de l'art comparatif4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que le grand ,bichat1 quoique essentiellement rduit la seule considration de l'homme1 envisag mme l'tat adulte1 a dcouvert cette analogie fondamentale entre le systme muqueux et le systme cutan1 qui a dj rpandu tant de prcieuses lumires sur la biologie et sur la pathologie4 ,de mme1 malgr cette profonde et familire intelligence de la mthode comparative1 envisage dans sa plus grande extension philosophique et sous tous ses divers aspects essentiels1 qui caractrise minemment les travaux de ,m4 de ,blainville1 on ne saurait douter1 par exemple1 que l'assimilation capitale tablie par cet illustre biologiste entre le crne et les autres lmens de la colonne vertbrale1 ne pt tre suffisamment indique par la simple analyse rationnelle de l'organisme humain4 ,le second mode gnral de l'art comparatif1 qui consiste dans le rapprochement des divers tats par lesquels passe successivement chaque corps vivant depuis sa premire origine jusqu' son entire destruction1 prsente la science biologique un nouvel ordre de ressources fondamentales4 ,sa principale valeur philosophique rsulte de ce que1 par sa nature1 il permet d'envisager1 sur un courte chelle1 et pour ainsi dire d'un seul aspect1 l'ensemble sommaire et rapide de la srie successive des organismes les plus tranchs que puisse offrir la hirarchie biologique4 ,car1 on conoit que l'tat primitif de l'organisme mme le plus lev doit ncessairement reprsenter1 sous le point de vue anatomique ou physiologique1 les caractres essentiels de l'tat complet propre l'organisme le plus infrieur1 et ainsi successivement2 quoique on doive1 d'ailleurs soigneusement viter toute prtention1 la fois purile et absurde1 retrouver minutieusement l'analogue exact de chaque terme principal relatif la partie infrieure de la srie organique dans la seule analyse1 bien plus et tout autrement circonscrite1 des diverses phases du dveloppement de chaque organisme suprieur4 ,il reste1 nanmoins1 incontestable qu'une telle analyse des ges offre1 l'anatomie et la physiologie1 la proprit essentielle de raliser1 dans un mme individu1 cette complication successive d'organes et de fonctions qui caractrise l'ensemble sommaire de la hirarchie biologique1 et dont le rapprochement1 devenu ainsi plus homogne et plus complet en mme temps que moins tendu1 constitue un ordre spcial de comparaisons lumineuses1 qui ne pourrait tre entirement suppl par aucun autre4 ,quoique utile tous les degrs de l'chelle organique1 c'est1 videmment1 dans l'espce humaine1 et dans le sexe mle1 que cette analyse doit ncessairement acqurir la plus grande valeur1 puisque l'intervalle entre l'origine et le maximum du dveloppement est alors aussi prononc qu'on puisse jamais le concevoir1 tous les organismes ayant1 peu prs1 le mme point de dpart4 ,malheureusement1 l'extrme difficult d'explorer ici l'organisation et la vie intra-utrines1 qui sont1 nanmoins1 sous ce point de vue1 les plus importantes analyser1 entrave beaucoup encore la principale application de ce prcieux moyen d'instruction4 ,enfin1 c'est essentiellement pour la priode ascendante de la vie que cette analyse offre une ressource capitale3 la priode oppose1 qui n'est1 en ralit1 qu'une mort graduellement accomplie1 prsente1 cet gard1 peu d'intrt scientifique4 ,car1 s'il doit exister une foule de manires de vivre1 il ne peut gure y avoir1 au fond1 qu'une seule manire naturelle de mourir2 quoique1 d'ailleurs1 l'analyse rationnelle de cette mort naturelle soit loin1 sans doute1 d'tre dpourvue1 en elle-mme1 d'une vritable importance pour la science biologique1 dont elle constitue une sorte de corollaire gnral1 propre vrifier utilement l'ensemble de ses lois principales4 ,malgr l'minente valeur des deux modes prcdens de comparaison biologique1 c'est surtout de l'immense parallle rationnel institu entre tous les termes de la srie organique que la mthode comparative proprement dite doit tirer1 non-seulement son plus admirable dveloppement1 mais encore son principal caractre philosophique comme mthode distincte4 ,aussi conoit-on sans peine l'exagration vulgaire qui porte si frquemment ne reconnatre formellement l'existence effective d'une telle mthode que dans les seuls cas o elle est immdiatement applique sous ce dernier point de vue1 le plus tendu et le plus efficace de tous1 quoique cette apprciation dmesure entrane d'ailleurs l'inconvnient capital de masquer la vritable origine de l'art comparatif4 ,en effet1 l'ide de comparaison entre plus ou moins1 de toute ncessit1 dans la notion de toute observation1 quel que soit son mode1 et mme quelque sujet qu'elle se rapporte3 car1 il faut bien1 au moins1 comparer toujours les conditions sous lesquelles le phnomne s'accomplit avec les circonstances qui caractrisent son accomplissement2 cela est encore plus spcialement indispensable dans toute exprimentation proprement dite4 ,ce n'est donc point par cet unique attribut que la mthode exclusivement qualifie de comparative mrite sa dnomination propre2 et une telle remarque peut expliquer pourquoi les mtaphysiciens1 qui ont seuls tent jusqu'ici d'analyser la marche de notre entendement1 sont parvenus confondre1 avec quelque apparence de raison1 les mthodes les plus rellement distinctes1 faute de les avoir tudies dans leurs applications caractristiques4 ,la vraie diffrence essentielle entre ce nouveau mode fondamental de l'art d'observer et les deux autres plus simples et plus gnraux1 que j'en ai spars sous les noms spciaux d'observation et d'exprimentation1 consiste en ce qu'il est fond sur une comparaison trs prolonge d'une suite fort tendue de cas analogues1 o le sujet se modifie par une succession continue de dgradations presque insensibles4 ,telle est la qualit gnrale qui justifie videmment le titre formel de cette troisime mthode d'exploration1 et qui1 en mme temps1 la destine1 d'une manire si manifeste et pour ainsi dire exclusive1 l'tude des corps vivans4 ,or1 c'est surtout dans la comparaison entre les organismes de la hirarchie biologique que cet attribut caractristique est minemment prononc4 ,le parallle entre les parties analogues d'un seul organisme1 et mme l'analyse comparative des ges successifs1 ne sauraient offrir directement une assez longue suite de cas varis pour suffire isolment rendre hautement incontestable la nature propre d'une telle mthode1 quoiqu'on ait d ensuite les y comprendre rationnellement1 quand une fois son vritable esprit gnral a t enfin nettement rvl par son application la moins quivoque4 ,il est heureusement inutile aujourd'hui d'insister beaucoup1 en principe1 sur l'admirable clart que doit ncessairement porter1 dans le systme entier des tudes biologiques1 cette comparaison rationnelle entre tous les organismes connus1 dont l'usage commence maintenant devenir familier tous les bons esprits occups1 un titre quelconque1 de la thorie des corps vivans4 ,chacun doit aisment sentir1 d'aprs l'ensemble des considrations prcdentes1 qu'il n'y a pas de structure ni de fonction dont l'analyse fondamentale ne puisse tre directement et minemment perfectionne par l'examen judicieux de ce que tous les divers organismes offrent1 cet gard1 de commun1 et de la simplification continue qui fait graduellement disparatre les caractres accessoires mesure qu'on descend davantage dans la hirarchie biologique1 jusqu' ce qu'on soit enfin parvenu ce terme1 plus ou moins loign1 o subsiste seul l'attribut essentiel du sujet propos1 et d'o la pense peut procder1 en sens inverse1 la reconstruction successive de l'organe ou de l'acte dans toute sa premire complication1 d'abord inextricable4 ,on peut mme avancer1 sans exagration1 qu'aucune disposition anatomique1 et1 plus forte raison1 aucun phnomne physiologique1 ne sauraient tre vraiment connus tant qu'on ne s'est point lev1 par cette dcomposition spontane1 la notion abstraite de leur principal lment1 en y rattachant successivement toutes les autres notions plus ou moins importantes suivant l'ordre rationnel rigoureusement indiqu par leur persistance plus ou moins prolonge dans la srie organique4 ,nul autre procd comparatif ne saurait1 videmment1 tre assez tendu1 assez fcond1 et assez gradu1 pour permettre1 avec autant de prcision1 l'analyse rationnelle du sujet considr1 et pour mesurer1 d'une manire aussi approche1 les vrais rapports de subordination entre ses divers lmens4 ,une telle mthode me parat offrir1 en quelque sorte1 quant aux recherches biologiques1 un caractre philosophique semblable celui de l'analyse mathmatique applique aux questions de son vritable ressort1 o elle prsente surtout1 comme nous l'avons reconnu dans le premier volume de cet ouvrage1 la proprit essentielle de mettre en vidence1 dans chaque suite indfinie de cas analogues1 la partie fondamentale rellement commune tous1 et qui1 avant cette gnralisation abstraite1 tait profondment enveloppe sous les spcialits secondaires de chaque cas isol4 ,on ne saurait douter que l'art comparatif des biologistes ne produise1 jusqu' un certain point1 un rsultat quivalent1 surtout par la considration rationnelle de la hirarchie organique4 ,cette grande considration1 qui devait d'abord s'tablir dans les tudes purement anatomiques1 a t peu adapte jusqu'ici aux problmes physiologiques proprement dits4 ,elle y est1 nanmoins1 encore plus ncessaire1 et1 en mme temps1 tout aussi applicable1 sauf la difficult suprieure d'un tel genre d'observations4 ,il faut remarquer1 enfin1 que pour raliser entirement les proprits caractristiques d'une telle mthode1 principalement l'gard des questions physiologiques1 il importe beaucoup de lui attribuer habituellement1 avec plus de force qu'on ne le fait encore1 toute l'extension rationnelle dont elle est susceptible1 en assujettissant nos comparaisons scientifiques1 non-seulement tous les cas de l'organisme animal1 mais en outre l'organisme vgtal lui-mme4 ,on conoit1 en effet1 que plusieurs phnomnes fondamentaux ne sauraient tre1 par leur nature1 convenablement analyss1 si la comparaison biologique n'est pas pousse jusqu' ce terme extrme4 ,tels sont1 videmment1 mme dans l'homme1 les principaux phnomnes de la vie organique proprement dite4 ,l'organisme vgtal est minemment propre leur tude rationnelle1 non-seulement en ce qu'on peut les y observer seuls et rduits leur partie strictement lmentaire1 mais encore1 par une raison moins sentie1 en ce qu'ils y sont ncessairement plus prononcs4 ,car1 c'est dans le grand acte de l'assimilation vgtale que la matire brute passe rellement l'tat organis2 toutes les transformations ultrieures qu'elle peut prouver de la part de l'organisme animal sont ncessairement bien moins tranches4 ,ainsi1 l'organisme vgtal est rellement le plus propre nous dvoiler les vritables lois lmentaires et gnrales de la nutrition1 qui doivent y exercer une influence la fois plus simple et plus intense4 ,la mthode comparative est1 videmment1 par sa nature1 applicable tous les organes et tous les actes1 sans aucune exception4 ,mais1 elle est loin1 nanmoins1 d'offrir tous les divers sujets de recherches des ressources galement tendues1 puisque sa valeur scientifique doit invitablement diminuer1 envers les organismes suprieurs1 mesure qu'il s'agit d'appareils et de fonctions d'un ordre plus lev1 dont la persistance est moins prolonge en descendant l'chelle biologique4 ,tel est surtout le cas des fonctions intellectuelles et morales les plus minentes1 qui1 aprs l'homme1 disparaissent presque entirement1 ou1 du moins1 deviennent peine reconnaissables1 ds qu'on a dpass les premires classes de mammifres4 ,on doit regarder1 sans doute1 comme une imperfection radicale de la mthode comparative1 de devenir ainsi moins compltement applicable1 au moment mme o la complication et l'importance suprieures des phnomnes exigeraient un concours plus nergique de ressources fondamentales4 ,toutefois1 mme en ce cas1 il serait peu philosophique de mconnatre les vives lumires que peut rpandre1 sur l'analyse de l'homme moral1 l'tude intellectuelle et affective des animaux suprieurs1 et plus ou moins de tous les autres1 quoique cette comparaison1 qui prsente d'ailleurs des difficults spciales1 n'ait pas t encore institue et poursuivie de manire conduire des indications positives d'une valeur capitale4 ,on doit remarquer1 en outre1 que1 sous ce point de vue1 la mthode comparative retrouve1 jusqu' un certain point1 dans l'analyse rationnelle des ges1 naturellement devenue alors plus nette1 plus tendue1 et plus complte1 l'quivalent partiel des diminutions qu'elle prouve relativement la hirarchie biologique4 ,tels sont les principaux caractres philosophiques de la mthode comparative proprement dite1 envisage comme le mode fondamental d'exploration le mieux adapt l'tude positive des corps vivans4 ,suivant la dfinition universelle que j'ai pose1 ds le dbut de ce trait1 des vritables lois naturelles1 qui consistent toujours saisir1 dans les phnomnes1 leurs relations constantes1 soit de succession1 soit de similitude1 on devait sentir1 en effet1 qu'aucune mthode ne saurait plus srement et plus directement conduire tablir1 en biologie1 de pareilles lois que celle dont l'esprit gnral tend immdiatement nous faire concevoir tous les cas organiques comme radicalement analogues et comme pouvant tre dduits les uns des autres4 ,cette exacte apprciation sommaire de l'ensemble des moyens essentiels d'investigation inhrens la nature des tudes biologiques1 nous a fait vrifier1 sans doute1 de la manire la plus tendue et la moins quivoque1 combien nous tions fonds prvoir1 d'aprs les principes philosophiques prcdemment tablis que la complication suprieure d'un tel ordre de recherches devait ncessairement entraner1 comme une consquence invitable1 un accroissement correspondant dans le systme gnral de nos ressources fondamentales4 ,nous avons effectivement reconnu que les deux modes lmentaires d'exploration propres aux parties antrieures de la philosophie naturelle acquirent ici une extension capitale2 et que1 surtout1 un troisime mode1 jusqu'alors imperceptible1 prend aussitt un dveloppement presque indfini1 par une suite spontane de la nature mme des phnomnes4 ,il faut passer maintenant un nouvel aspect principal de la philosophie biologique1 l'examen rationnel de la vraie position encyclopdique de la biologie dans la hirarchie des sciences fondamentales1 c'est--dire de l'ensemble de ses relations essentielles1 soit de mthode1 soit de doctrine1 avec les sciences qui la prcdent1 et mme avec celle qui doit la suivre1 d'o rsultera naturellement l'exacte dtermination du genre et du degr de perfection spculative qu'elle comporte1 ainsi que celle du plan gnral de l'ducation prliminaire la mieux adapte sa culture systmatique4 ,c'est ici le lieu1 en un mot1 d'expliquer et de justifier1 d'une manire spciale1 le rang philosophique assign la biologie1 par la formule encyclopdique tablie dans la deuxime leon1 entre la science chimique et la science sociale4 ,je dois me borner1 en ce moment1 indiquer en gnral1 sans aucune discussion1 sa relation ncessaire avec cette dernire science1 relation qui sera naturellement1 dans le volume suivant1 le sujet direct d'un examen approfondi4 ,la ncessit de fonder sur l'ensemble de la philosophie biologique le point de dpart immdiat de la physique sociale est1 en elle-mme1 trop vidente1 pour que j'aie besoin de m'y arrter actuellement4 ,quand l'instant sera venu d'analyser convenablement cette subordination gnrale1 j'aurai bien plus insister sur l'indispensable sparation rationnelle de ces deux grandes tudes que sur leur intime filiation positive1 dont le dveloppement spontan de la philosophie naturelle tend plutt aujourd'hui faire concevoir une notion exagre4 ,il n'y a plus dsormais que les philosophes purement mtaphysiciens qui puissent persister classer la thorie de l'esprit humain et de la socit comme antrieure l'tude anatomique et physiologique de l'homme individuel4 ,nous pouvons donc ici regarder ce premier point comme suffisamment tabli1 et rserver toute notre attention actuelle pour l'analyse philosophique1 bien plus dlicate et jusqu' prsent beaucoup plus incertaine1 des vraies relations gnrales de la science biologique avec les diverses branches fondamentales de la philosophie inorganique4 ,les considrations prsentes au commencement de ce discours1 ont d mettre en vidence l'importance capitale que prend1 d'une manire toute spciale1 envers la biologie1 cette question de position encyclopdique1 envisage dans son ensemble4 ,nous avons reconnu1 en effet1 que cette subordination rationnelle et ncessaire de la philosophie organique la philosophie inorganique constitue le premier caractre fondamental de l'tude positive des corps vivans1 par opposition aux vagues conceptions primitives1 mtaphysiques ou thologiques1 qui ont si long-temps domin toutes les thories biologiques4 ,il ne nous reste donc plus1 cet gard1 qu' examiner ici successivement la dpendance plus spciale de la science biologique envers chacune des sciences antrieures1 dont la priorit collective demeure incontestable4 ,c'est1 videmment1 la chimie que la biologie doit1 par sa nature1 se subordonner de la manire la fois la plus directe et la plus complte4 ,d'aprs l'analyse lmentaire du phnomne gnral de la vie proprement dite1 il est devenu irrcusable ci-dessus que les actes fondamentaux dont la succession perptuelle caractrise un tel tat1 sont ncessairement chimiques1 puisqu'ils consistent en une suite continue de compositions et de dcompositions plus ou moins profondes4 ,m4 de ,blainville a trs judicieusement remarqu que1 au moment prcis o s'opre une combinaison chimique quelconque1 il se passe rellement quelque chose d'analogue la vie1 sans aucune autre diffrence radicale que l'instantanit d'un semblable phnomne1 qui1 au contraire1 dans tout organisme en rapport avec un milieu convenable1 se renouvelle continuellement par cette lutte rgulire et permanente entre le mouvement de dcomposition et celui de composition1 d'o rsulte le maintien et le dveloppement de l'tat organique1 en mme temps que l'impossibilit d'un entier accomplissement de l'acte chimique4 ,quoique des attributs aussi caractristiques doivent1 sans doute1 profondment sparer1 mme dans les plus imparfaits organismes1 les ractions vitales d'avec les effets chimiques ordinaires1 il n'en est pas moins incontestable que1 par leur nature1 toutes les fonctions de la vie organique proprement dite sont ncessairement domines par ces lois fondamentales relatives aux phnomnes quelconques de composition et de dcomposition1 qui constituent le sujet philosophique de la science chimique4 ,si l'on conoit1 tous les degrs de l'chelle biologique1 ce parfait isolement de la vie organique envers la vie animale1 dont les vgtaux seuls peuvent nous offrir l'entire ralisation1 le mouvement vital ne saurait plus prsenter notre intelligence que des ides purement chimiques1 sauf les circonstances essentielles qui diffrencient un tel genre de ractions molculaires4 ,or1 la source gnrale de ces importantes diffrences consiste1 ce me semble1 en ce que le rsultat effectif de chaque conflit chimique1 au lieu de dpendre toujours uniquement de la simple composition1 mdiate ou immdiate1 des corps entre lesquels il a lieu1 est alors plus ou moins modifi par leur organisation proprement dite1 c'est--dire par leur structure anatomique#bd4 ,ces modifications peuvent sans doute tre telles1 que1 lors mme que les lois gnrales de l'action chimique seraient enfin connues avec un degr de perfection qu'il est peine possible de concevoir aujourd'hui1 leur application ne saurait rellement suffire pour dterminer priori1 sans une tude directe de l'organisme vivant1 l'issue prcise de chaque raction vitale4 ,mais1 malgr cette insuffisance ncessaire1 il serait nanmoins absurde de regarder les actes de la vie organique comme soustraits l'empire gnral des lois chimiques1 en confondant abusivement une simple modification avec une infraction vritable1 ainsi que n'ont pas craint de le faire quelques physiologistes modernes1 gars par une vaine mtaphysique4 ,c'est donc videmment la chimie seule qu'il appartient de fournir le vrai point de dpart de toute thorie rationnelle relative la nutrition1 aux scrtions1 et1 en un mot1 toutes les grandes fonctions de la vie vgtative considre isolment1 dont chacune est toujours essentiellement domine1 dans son ensemble1 par l'influence des lois chimiques1 sauf les modifications spciales tenant aux conditions organiques4 ,si1 maintenant1 nous rtablissons la considration1 un instant carte1 de la vie animale1 nous voyons qu'elle ne saurait aucunement altrer cette subordination fondamentale1 quoique elle doive en compliquer beaucoup l'application effective4 ,car1 nous avons prcdemment tabli que la vie animale1 malgr son extrme importance1 ne doit jamais tre regarde1 en biologie1 mme pour l'homme1 que comme destine tendre et perfectionner la vie organique1 dont elle ne peut changer la nature gnrale4 ,une telle influence modifie de nouveau1 et souvent un trs haut degr1 les lois essentiellement chimiques propres aux fonctions purement organiques1 de manire rendre l'effet rel encore plus difficile prvoir2 mais ces lois n'en continuent pas moins1 de toute ncessit1 dominer l'ensemble du phnomne4 ,lorsque1 par exemple1 le simple changement du mode ou du degr d'innervation suffit1 dans un organisme suprieur1 pour troubler1 quant son nergie et mme quant sa nature1 une scrtion donne1 on ne saurait concevoir toutefois qu'une telle altration puisse jamais devenir absolument quelconque2 or1 ses limites gnrales rsultent prcisment de ce que de semblables modifications1 quelque irrgulires qu'elles paraissent1 restent constamment soumises aux lois chimiques du phnomne organique fondamental1 qui1 tout en permettant certaines variations1 en interdisent un beaucoup plus grand nombre4 ,ainsi1 la complication1 souvent inextricable1 produite par la vie animale1 ne saurait1 en principe1 empcher la subordination ncessaire de l'ensemble des fonctions organiques proprement dites au systme des lois qui rgissent tous les phnomnes quelconques de composition et de dcomposition3 l'usage rel de ces lois devient seulement beaucoup plus difficile et bien moins propre fournir d'exactes indications1 par la ncessit de considrer1 outre le simple organisme1 la nouvelle source continue de modifications qui rsulte de l'action nerveuse4 ,cette relation gnrale est d'une telle importance philosophique1 que1 sans elle on ne pourrait vraiment concevoir1 en biologie1 aucune thorie scientifique digne de ce nom1 puisque les phnomnes les plus fondamentaux y seraient ds lors regards comme susceptibles de variations entirement arbitraires1 qui ne comporteraient aucune loi relle4 ,quand on a vu1 de nos jours1 proclamer1 au sujet de l'azote1 cette inintelligible hrsie que l'organisme a la facult de crer spontanment certaines substances lmentaires1 on doit comprendre combien il est encore indispensable d'insister directement sur de tels principes1 qui peuvent seuls rfrner ici l'esprit d'aberration4 ,note #bd3 ,les effets chimiques ne sont pas1 sans doute1 toujours entirement indpendans des conditions de structure1 comme on le voit surtout depuis la dcouverte des phnomnes remarquables produits par les ponges mtalliques1 o certaines circonstances de structure dterminent des ractions nergiques1 que la seule nature des substances et t insuffisante raliser4 ,mais1 en chimie1 de tels cas sont minemment exceptionnels4 ,s'ils taient beaucoup plus communs1 il est incontestable que la nature scientifique des phnomnes chimiques diffrerait ds lors bien moins de celle des ractions vitales1 quoique la diversit des conditions organiques continut distinguer profondment les deux cas4 ,indpendamment de cette subordination directe et fondamentale de la science biologique la science chimique1 celle-ci peut fournir l'autre1 sous le simple point de vue de la mthode1 des ressources trs prcieuses divers gards4 ,la nature beaucoup moins complexe des phnomnes chimiques y rendant l'observation et surtout l'exprimentation bien plus parfaites1 leur tude philosophique est susceptible de contribuer fort utilement la saine ducation prliminaire des biologistes1 en ce qui concerne l'art gnral d'observer et l'art d'exprimenter4 la vrit1 les phnomnes encore plus simples de la physique et de l'astronomie conviennent mieux1 sans doute1 comme nous allons le voir1 une telle destination4 ,mais1 quelle que soit1 sous ce rapport1 leur extrme importance1 on conoit que les phnomnes chimiques1 en vertu de leur moindre dissemblance avec les phnomnes biologiques1 doivent offrir des modles1 sinon aussi parfaits1 du moins plus frappans et plus immdiatement applicables4 ,quant aux facults purement rationnelles1 il est vident que ce n'est point par la chimie1 dont l'tat logique est encore si peu satisfaisant1 que les biologistes doivent s'attacher les cultiver pralablement4 ,nanmoins1 nous avons reconnu1 dans la premire partie de ce volume1 que la chimie possde1 par sa nature1 la proprit spciale de dvelopper1 plus minemment qu'aucune autre science fondamentale1 l'art gnral des nomenclatures scientifiques4 ,c'est donc l surtout que les biologistes doivent tudier cette partie importante de la mthode positive1 dont leur science peut comporter1 un degr assez tendu1 une heureuse application1 quoique la complication suprieure de son sujet propre et l'extrme diversit de ses aspects principaux ne permettent point1 comme je l'ai indiqu1 d'attribuer ici l'usage rationnel d'un tel art la haute valeur scientifique qui le caractrise si bien en chimie4 ,une judicieuse imitation de la nomenclature chimique a effectivement dirig jusqu'ici les utiles tentatives de ,chaussier et de plusieurs autres biologistes pour assujettir des dnominations systmatiques les dispositions anatomiques les plus simples1 certains tats pathologiques bien dfinis1 et les degrs les plus gnraux de la hirarchie animale4 ,c'est aussi par une tude plus profonde de cet lment important de la philosophie chimique que l'on pourra dsormais dvelopper convenablement un tel ordre de perfectionnemens1 et reconnatre en mme temps les vraies limites rationnelles entre lesquelles il doit tre soigneusement contenu en biologie4 ,d'aprs cet ensemble de considrations diverses1 la position encyclopdique de la science biologique immdiatement aprs la chimie ne me parat devoir laisser maintenant aucune incertitude4 ,on peut vraiment regarder1 sans la moindre exagration1 l'ensemble des tudes chimiques comme constituant1 par leur nature1 une transition spontane de la philosophie inorganique la philosophie organique1 malgr les profondes diffrences qui doivent les sparer radicalement l'une de l'autre4 ,cette relation fondamentale avec la science chimique doit1 en elle-mme1 constituer aussi la biologie en subordination1 ncessaire quoique indirecte1 envers la physique proprement dite1 base prliminaire indispensable de toute chimie rationnelle4 ,mais il existe1 en outre1 quant la doctrine et quant la mthode1 divers titres essentiels1 une dpendance plus directe et plus spciale du systme des tudes biologiques l'gard de l'ensemble des thories purement physiques1 bien que cette liaison soit cependant moins profonde et moins complte que par rapport la chimie4 ,relativement la doctrine1 il est vident1 en principe1 qu'aucun phnomne physiologique ne saurait tre convenablement analys sans exiger1 par sa nature1 l'application exacte des lois gnrales propres une ou plusieurs branches principales de la physique1 dont toutes les diverses notions fondamentales doivent tre ainsi successivement employes d'une manire plus ou moins tendue par les biologistes qui remplissent les vraies conditions prliminaires de leurs travaux scientifiques4 ,cette application est d'abord indispensable pour apprcier judicieusement la vraie constitution du milieu sous l'influence duquel l'organisme accomplit ses phnomnes vitaux1 et dont l'analyse doit tre ici ordinairement plus complte qu'en aucun autre cas1 puisque les variations de ce milieu les moins importantes en apparence1 et tous autres gards presque ngligeables1 exercent souvent une raction trs puissante sur des phnomnes aussi minemment modifiables4 ,mais1 de plus1 les tudes biologiques dpendent encore des thories physiques par la considration directe de l'organisme lui-mme1 qui1 sous quelque aspect qu'on l'envisage1 ne saurait cesser1 malgr ses proprits caractristiques1 d'tre constamment soumis l'ensemble des diverses lois fondamentales relatives aux phnomnes gnraux soit de la pesanteur1 soit de la chaleur1 ou de l'lectricit1 etc4 ,on peut remarquer ce sujet que si l'tude de la vie organique fournit1 comme nous venons de le reconnatre1 le principal motif de la subordination fondamentale de la biologie envers la chimie1 c'est surtout1 au contraire1 par l'tude de la vie animale proprement dite1 que la biologie se trouve directement constitue en relation ncessaire avec la physique4 ,cette rgle est particulirement vidente pour la saine thorie physiologique des sensations les plus spciales et les plus leves1 la vision et l'audition1 dont une application approfondie de l'optique et de l'acoustique doit ncessairement tablir le point de dpart rationnel4 ,une telle remarque se vrifie aussi1 d'une manire non moins irrcusable1 dans la thorie de la phonation1 dans l'tude des lois de la chaleur animale1 et dans l'analyse positive des proprits lectriques de l'organisme1 qui ne sauvaient avoir aucun vrai caractre scientifique sans l'introduction pralable des branches correspondantes de la physique1 convenablement employes4 ,il serait inutile d'insister davantage ici sur une notion philosophique aussi sensible4 ,toutefois il importe de reconnatre que1 jusqu' prsent1 les biologistes mme qui ont le plus profondment senti la relation gnrale et ncessaire de leur science avec l'ensemble de la physique1 n'ont pas su ordinairement1 faute d'une tude assez rationnelle1 effectuer une judicieuse et svre sparation entre les notions vraiment positives qui constituent le fond scientifique de la physique actuelle1 et les conceptions essentiellement mtaphysiques qui l'altrent encore par un reste d'influence de l'ancienne philosophie1 ainsi que je l'ai tabli dans la seconde partie du volume prcdent4 ,on doit convenir1 en un mot1 que1 le plus souvent1 les biologistes ont accept1 pour ainsi dire aveuglment1 tout ce que les physiciens leur prsentaient comme propre diriger leurs travaux4 ,cette confiance dmesure et irrationnelle offre ici des inconvniens analogues ceux du respect aveugle que j'ai reproch ailleurs aux physiciens eux-mmes envers les gomtres1 et par suite duquel j'ai constat1 chez ces derniers1 une dplorable tendance entraver aujourd'hui le vrai dveloppement de la physique par l'importance vicieuse attache des travaux illusoires1 fonds sur des conceptions chimriques1 abusivement dguises sous un verbeux appareil algbrique4 ,en principe philosophique1 il me semble vident que1 si les sciences les plus gnrales sont1 par leur nature1 radicalement indpendantes des moins gnrales1 qui doivent1 au contraire1 reposer pralablement sur elles1 il rsulte de cette indpendance mme que les savans livrs la culture des premires sont essentiellement impropres diriger d'une manire convenable leur application fondamentale aux secondes1 dont ils ne sauraient connatre suffisamment les vraies conditions caractristiques4 ,dans toute judicieuse division du travail1 il est clair1 en un mot1 que l'usage d'un instrument quelconque1 matriel ou intellectuel1 ne peut jamais tre rationnellement dirig par ceux qui l'ont construit1 mais par ceux1 au contraire1 qui doivent l'employer1 et qui peuvent seuls1 par cela mme1 en bien comprendre la vraie destination spciale4 ,c'est donc exclusivement aux physiciens et non aux gomtres qu'appartient l'application convenable de l'analyse mathmatique aux tudes physiques1 comme je l'ai fait voir dans le volume prcdent4 ,mais1 par une consquence nouvelle du mme principe1 on doit concevoir aussi1 dans le cas actuel1 que les biologistes sont naturellement seuls comptens pour appliquer avec succs les thories physiques la solution rationnelle des problmes physiologiques3 le motif est mme ici plus puissant encore2 en vertu de la diffrence bien plus profonde entre les deux sciences4 ,une telle organisation du travail exige seulement dsormais1 de la part des biologistes1 une ducation prliminaire plus forte1 plus complte1 et plus systmatique1 qui puisse les mettre en tat de s'appuyer judicieusement sur les autres sciences fondamentales1 au lieu d'attendre vainement d'heureuses indications gnrales de la part de ceux qui n'en peuvent connatre la vritable destination4 ,d'aprs ces considrations1 on ne saurait tre surpris que l'application1 peine bauche encore1 et mme si mal institue jusqu'ici1 de la physique la physiologie1 ait effectivement fourni si peu de rsultats satisfaisans1 ni mme qu'elle ait contribu quelquefois entraver le vrai dveloppement rationnel des tudes biologiques2 ce qui1 aux yeux de juges irrflchis1 a pu faire souvent mconnatre la haute valeur scientifique que nous savons devoir tre propre cette application bien conue4 ,il est certain1 par exemple1 que les hypothses anti-scientifiques des physiciens sur les prtendus fluides lectriques1 aveuglment embrasses par les physiologistes avec plus de confiance encore que par les physiciens eux-mmes1 ont eu1 en biologie1 pour effet journalier d'introduire des conceptions vagues et chimriques sur le prtendu fluide nerveux1 qui nuisent infiniment au progrs de la physiologie positive1 et qui paraissent mme fournir une sorte de point d'appui rationnel aux plus absurdes hallucinations des adeptes du magntisme animal4 ,dans l'ordre plus simple et plus rigoureux des ides purement anatomiques1 je ne crains pas de signaler ici1 chez un biologiste du premier ordre1 un cas important o l'influence de ces systmes vicieux1 qui altrent si profondment la physique actuelle1 me parat avoir gar l'application de la mthode comparative elle-mme1 si minemment approprie la nature des recherches biologiques4 ,il s'agit de l'analogie spciale et complte entre la structure essentielle de l'oeil et celle de l'oreille1 conue priori1 par mon illustre ami ,m4 de ,blainville1 comme devant ncessairement rsulter de la similitude fondamentale suppose par les physiciens entre la lumire et le son1 d'aprs la vaine hypothse des ondulations thres rapproche du phnomne gnral des vibrations ariennes4 ,sur un semblable sujet1 je ne saurais videmment avoir jamais la prtention dplace d'engager1 surtout avec un tel matre1 aucune discussion anatomique1 relative la vrification effective d'une pareille comparaison dans l'ensemble de la srie animale1 pour dcider s'il existe rellement une analogie constante et spciale entre les parties constituantes de l'appareil auditif et celles de l'appareil visuel#be4 ,c'est seulement le principe philosophique d'une telle similitude anatomique1 que je dois regarder ici comme tant1 par sa nature1 radicalement vicieux1 d'aprs le jugement motiv que j'ai port1 dans le volume prcdent1 sur les vaines hypothses physiques relatives la lumire4 ,or1 pour se convaincre aisment1 en gnral1 combien de pareilles hypothses sont1 en elles-mmes1 impropres fournir d'heureuses indications biologiques1 il suffit1 ce me semble1 de se rappeler avec quelle confiance nave les anatomistes du sicle dernier1 qui tudiaient la structure de l'oeil sous l'influence prpondrante du systme de l'mission newtonienne1 admiraient l'harmonie fondamentale de cette structure avec ce mode chimrique de production de la lumire4 ,la singulire facilit avec laquelle des systmes aussi opposs que ceux de l'ondulation et de l'mission lumineuses s'adaptent un mme ensemble de dispositions anatomiques1 me parat vrifier clairement que ces hypothses fantastiques ne peuvent pas plus diriger convenablement l'exercice positif de notre intelligence en biologie qu'en physique4 ,si1 dans le cas prcdent1 le pernicieux crdit qu'on leur attribue encore n'a peut-tre pas t sans quelque danger pour le philosophe que je viens de citer1 malgr l'minente rationnalit qui caractrise profondment son gnie scientifique1 qu'on juge des carts o elles doivent tendre entraner les esprits moins vigoureux qui cultivent habituellement l'tude systmatique de la nature4 ,note #be3 ,ces deux appareils doivent1 sans doute1 offrir ncessairement1 dans leur structure1 une certaine analogie fondamentale1 commune tous les appareils sensoriaux4 ,la plus grande similitude de ces deux sens1 en tant qu'agissant l'un et l'autre distance et sans effet chimique1 et concourant principalement au dveloppement intellectuel et social1 doit1 en outre1 correspondre une conformit anatomique plus spciale1 dont le degr rationnel n'a pas encore t bien dtermin4 ,des rapprochemens aussi philosophiques mritent certainement d'tre poursuivis avec persvrance3 et c'est surtout afin de contribuer les purifier et les rendre prpondrans que je signale ici l'inanit ncessaire des comparaisons illusoires fondes sur la chimrique identit des modes de production de deux ordres de sensations aussi distincts4 ,en considrant maintenant1 sous le seul point de vue de la mthode1 la vraie relation gnrale de la biologie la physique1 on conoit1 d'aprs les principes tablis dans ce trait1 et spcialement rappels par la discussion prcdente1 que ce n'est point relativement la saine institution des hypothses scientifiques que je puis proposer la physique pour type prliminaire aux biologistes4 ,quoique1 comme nous l'avons reconnu en son lieu1 la physique actuelle renferme un certain nombre d'hypothses vraiment rationnelles1 elles y sont encore tellement mles d'absurdes systmes1 qui les dominent le plus souvent1 que leur judicieuse analyse propre est trs difficile tablir nettement aujourd'hui1 et ne saurait1 en consquence1 devenir un heureux moyen d'ducation pralable4 ,c'est une autre branche fondamentale de la philosophie naturelle que les biologistes1 ainsi que les physiciens eux-mmes1 doivent aller emprunter cette partie capitale de la mthode positive1 suivant la rgle explique ce sujet dans le volume prcdent4 ,mais1 sous un aspect diffrent1 dont l'importance philosophique n'est pas moindre1 la physique est1 au contraire1 minemment apte fournir la biologie les modles les plus parfaits de la mthode positive universelle4 ,on conoit que je veux parler de l'observation proprement dite1 et surtout de l'exprimentation4 ,sans doute les observations astronomiques sont1 par leur nature1 encore plus pleinement satisfaisantes3 mais elles se rapportent des phnomnes trop simples et trop peu varis pour servir utilement de modle immdiat aux observations biologiques2 et mme1 la prcision numrique qui les caractrise spcialement tend rappeler un point de vue qui doit tre1 en gnral1 soigneusement cart dans l'tude des corps vivans1 avec laquelle il est ncessairement incompatible4 ,les observations physiques1 au contraire1 offrent dj une telle complication et une si grande diversit que leur tude philosophique prsente aux biologistes un type gnral minemment susceptible d'une heureuse imitation1 abstraction faite des considrations numriques1 qui peuvent en tre aisment dtaches4 ,toutefois1 les observations chimiques1 dont la perfection est aujourd'hui presque aussi grande1 et dont le sujet est bien moins htrogne celui des observations physiologiques1 possdent peu prs aussi compltement cette proprit essentielle1 comme nous l'avons reconnu ci-dessus4 ,aussi est-ce principalement quant la mthode exprimentale proprement dite1 que l'tude philosophique de la physique me parat destine fournir aux biologistes un prcieux moyen spcial d'ducation prliminaire1 qui ne saurait tre convenablement suppl par aucun autre1 d'aprs les principes prcdemment tablis dans cet ouvrage4 ,nous avons reconnu1 en effet1 que cette science1 laquelle l'esprit humain doit surtout le dveloppement de l'art gnral de l'exprimentation1 en offre ncessairement1 par sa nature1 les plus parfaits modles4 ,or1 la contemplation familire et approfondie de ce type fondamental doit devenir d'autant plus indispensable aux physiologistes que leurs tudes prsentent1 comme je l'ai fait voir1 les plus puissans obstacles une heureuse application scientifique de l'art d'exprimenter1 dont l'usage ne saurait y tre introduit1 avec une assurance rationnelle de quelques succs rels1 qu'aprs que notre intelligence s'est d'abord suffisamment prpare1 dans les cas les plus simples et les plus satisfaisans1 remplir les conditions logiques qu'exigent1 en gnral1 la saine institution et la direction judicieuse des expriences relatives un sujet aussi difficile4 ,telles sont1 en aperu1 les relations essentielles1 soit scientifiques1 soit purement logiques1 qui constituent ncessairement la biologie dans une dpendance troite et directe envers la physique proprement dite4 ,considrons maintenant1 d'une manire analogue1 sa subordination fondamentale par rapport la science astronomique1 sans que1 toutefois1 nous ayons besoin d'envisager part la liaison indirecte qui doit videmment rsulter de la prpondrance gnrale suffisamment constate de l'astronomie sur la physique elle-mme4 ,sous le point de vue de la doctrine1 il faut reconnatre1 ce me semble1 que cette relation directe de la biologie avec l'astronomie1 quoique beaucoup moins intime et surtout bien moins prcise que dans le cas prcdent1 a plus d'importance relle qu'on ne le suppose communment4 ,je ne parle pas seulement de l'impossibilit manifeste de comprendre nettement la thorie de la pesanteur1 et d'tablir une exacte analyse rationnelle de ses effets gnraux sur l'organisme1 tant qu'on isolerait ce phnomne fondamental de celui de la gravitation cleste1 sans lequel il serait si imparfaitement apprciable4 ,dans un ordre d'ides astronomiques plus spcial1 je regarde1 en outre1 comme radicalement impossible de concevoir1 d'une manire vraiment scientifique1 le systme gnral des conditions d'existence rellement propres aux corps vivans1 si l'on nglige de prendre en suffisante considration l'ensemble des lmens astronomiques qui caractrisent la plante la surface de laquelle nous tudions la vie4 ,quoique1 sur un tel sujet1 toute observation directe et toute apprciation comparative nous soient ncessairement jamais interdites1 les raisonnemens les plus positifs de la philosophie naturelle ne nous permettent point de mconnatre l'influence fondamentale de ces conditions astronomiques sur le mode effectif d'accomplissement des phnomnes physiologiques4 ,cette influence sera1 par sa nature1 plus spcialement examine dans le volume suivant1 o1 en traitant des lois gnrales du dveloppement rel de la socit humaine1 j'aurai analyser1 sous ce rapport1 le cas le plus sensible et le plus tendu1 puisqu'il se rapportera directement l'tre le plus compliqu1 envisag en mme temps comme susceptible d'une existence indfiniment prolonge4 ,je dois nanmoins esquisser dj sommairement1 cet gard1 les indications principales4 ,une telle analyse exige d'abord qu'on tablisse1 entre les diverses donnes astronomiques propres notre plante1 une distinction gnrale1 suivant qu'elles se rapportent l'tat statique ou l'tat dynamique4 ,le premier point de vue n'a besoin que d'tre indiqu1 tant son importance biologique est manifeste4 ,pour chacune des conditions essentielles qui lui correspondent1 soit quant la masse terrestre compare la masse solaire1 d'o rsulte l'intensit effective de la pesanteur proprement dite1 soit quant sa forme gnrale1 qui rgle la direction de cette force1 soit quant l'quilibre fondamental et aux oscillations rgulires des fluides dont sa surface est couverte en majeure partie1 et l'tat desquels l'existence des tres vivans est troitement lie1 soit mme quant ses dimensions effectives1 qui imposent des limites ncessaires la multiplication indfinie des races vivantes et surtout de la race humaine1 soit enfin quant sa distance relle au centre de notre monde1 qui constitue un des lmens indispensables de sa temprature propre1 la relation avec le mode fondamental d'accomplissement de l'ensemble des phnomnes physiologiques ne saurait1 videmment1 tre conteste par aucun esprit philosophique4 ,toute hsitation cet gard serait1 d'ailleurs1 aisment dissipe en se bornant imaginer qu'il survnt brusquement une altration notable dans l'une quelconque de ces conditions2 car on sentirait aussitt que la vie devrait en prouver ds lors d'invitables modifications4 ,mais c'est surtout par l'influence des lmens astronomiques propres l'tat dynamique de la terre que l'on doit sentir l'impossibilit de constituer1 d'une manire vraiment rationnelle1 la saine philosophie biologique1 en persistant l'isoler de la philosophie astronomique4 ,en considrant d'abord le seul mouvement de rotation1 celui dont l'action biologique doit tre ncessairement la plus prononce1 on conoit que sa double stabilit fondamentale1 soit quant la fixit essentielle des ples autour desquels il s'excute1 soit quant l'invariable uniformit de sa vitesse angulaire1 constitue directement une des principales conditions gnrales strictement indispensables l'existence des corps vivans1 qui serait1 par sa nature1 radicalement incompatible avec cette profonde et continuelle perturbation des milieux organiques naturellement correspondante au dfaut de ces deux caractres astronomiques4 ,bichat a dj trs judicieusement remarqu1 dans sa belle thorie de l'intermittence fondamentale de la vie animale proprement dite1 la subordination naturelle et constante de la priode essentielle de cette intermittence avec celle de la rotation diurne de notre plante4 ,on peut mme observer1 plus gnralement1 que tous les phnomnes priodiques d'un organisme quelconque1 l'tat normal ou l'tat pathologique1 se rattachent1 d'une manire plus ou moins troite1 la mme considration1 sauf les modifications varies qui peuvent rsulter des influences secondaires et transitoires4 ,mais1 en outre1 il y a tout lieu de penser que1 dans chaque organisme1 la dure totale de la vie et celle de ses principales phases naturelles1 dpendent ncessairement de la vitesse angulaire effective propre la rotation de notre plante4 ,car1 l'ensemble des tudes biologiques me parat nous autoriser aujourd'hui admettre1 en principe1 que1 toutes choses d'ailleurs gales1 la dure de la vie doit tre d'autant moins prolonge1 surtout dans l'organisme animal1 que les phnomnes vitaux se succdent avec plus de rapidit4 ,or1 si la rotation de la terre tait suppose s'acclrer notablement1 le cours des principaux phnomnes physiologiques ne saurait manquer d'en prouver une certaine acclration correspondante1 d'o rsulterait1 par consquent1 une diminution ncessaire de la dure de la vie2 en sorte que1 dans le vritable tat des choses1 cette dure doit tre regarde comme dpendant de la dure du jour4 ,par une raison analogue1 en considrant maintenant le mouvement total de la terre autour du soleil1 on conoit aussi que la dure de l'anne doit invitablement exercer1 pour chaque organisme donn1 une semblable influence gnrale sur la dure de la vie1 qui1 par exemple1 d'aprs ce double motif1 ne saurait tre la mme sur les diverses plantes habitables de notre monde1 quand on supposerait que l'ensemble des autres conditions principales pt y rester identique4 ,mais le systme des donnes astronomiques relatives notre mouvement annuel domine1 d'autres gards1 d'une manire la fois bien moins quivoque et beaucoup plus capitale1 l'existence gnrale des corps vivans la surface de la terre4 ,cette existence est surtout radicalement lie la forme essentielle de l'orbite terrestre1 comme je l'ai dj indiqu dans la premire partie du volume prcdent4 ,nous savons maintenant que l'tat de vie suppose1 par sa nature1 entre l'organisme qui l'prouve et le milieu o il s'accomplit1 une harmonie fondamentale1 qui ne saurait persister1 au degr convenable1 si l'un ou l'autre de ces deux lmens co-relatifs1 et plus forte raison tous les deux1 pouvait devenir susceptible d'altrations trs tendues4 ,or1 il est clair que si l'ellipse terrestre1 au lieu d'tre peu prs circulaire1 tait suppose aussi excentrique que celle des comtes proprement dites1 les milieux organiques1 et l'organisme lui-mme en admettant son existence1 prouveraient1 des poques peu loignes1 des variations presque indfinies1 qui dpasseraient extrmement1 tous gards1 les plus grandes limites entre lesquelles la vie puisse tre rellement conue4 ,ainsi1 nous pouvons1 je crois1 regarder dsormais comme dmontr1 par l'ensemble de la philosophie naturelle1 que la faible excentricit de l'ellipse terrestre constitue une des premires conditions gnrales indispensables l'accomplissement des phnomnes biologiques3 elle est presque aussi ncessaire1 par exemple1 que la stabilit de la rotation4 ,tous les autres lmens astronomiques du mouvement annuel exercent pareillement1 d'une manire incontestable1 une influence biologique plus ou moins prononce1 quoique d'une importance beaucoup moins capitale4 ,cela est surtout manifeste quant la direction du plan de l'orbite1 compar l'axe de rotation de la plante4 ,en effet1 l'obliquit effective de ce plan devient le principe immdiat de la division essentielle de la terre en climats1 d'o rsulte la premire loi fondamentale relative la distribution gographique des diverses espces vivantes1 animales ou vgtales4 ,de mme1 sous un second aspect1 cette obliquit1 en tant que principale cause originaire des diffrentes saisons1 doit influer notablement sur les diverses phases relles propres l'existence de chaque organisme quelconque4 l'un ou l'autre titre1 on ne saurait douter que les phnomnes physiologiques actuels ne fussent sensiblement altrs par une variation subite et prononce dans l'inclinaison de l'orbite terrestre sur l'axe de rotation4 ,il n'y a pas mme jusqu' la permanence essentielle de la ligne des noeuds qui ne mrite1 un certain degr1 d'tre prise aussi en considration1 si l'on tient faire une exacte analyse rationnelle des diverses conditions astronomiques auxquelles la vraie philosophie biologique doit avoir gard2 car1 si la rvolution de cette ligne tait conue hypothtiquement beaucoup plus rapide1 la vie en serait sans doute affecte2 ce qui montre1 en sens inverse1 que son immobilit presque absolue doit avoir effectivement quelque valeur biologique4 ,telles sont1 par aperu1 les grandes et incontestables relations qui1 malgr nos vaines divisions scolastisques ordinaires1 subordonnent1 d'une manire directe et profonde1 l'ensemble des conceptions biologiques la vraie doctrine astronomique4 ,les considrations prcdentes me paraissent1 en outre1 devoir clairement tablir1 ce sujet1 que1 pour remplir convenablement1 sous ce point de vue1 les conditions philosophiques imposes par la nature de leurs tudes1 les biologistes ne sauraient se borner s'informer1 en quelque sorte1 auprs des astronomes1 des vrais lmens propres la constitution cleste de notre plante4 ,ces faciles renseignemens ne dispenseraient nullement les biologistes rationnels de faire directement1 par eux-mmes1 une tude pralable1 positive quoique seulement gnrale1 des principales thories astronomiques4 ,il ne leur suffit point1 en effet1 de connatre peu prs les valeurs actuelles des lmens astronomiques de la terre1 ce qui d'ailleurs1 pour tre intelligible et profitable1 suppose une plus longue tude qu'on n'a coutume de le prsumer4 ,la saine biologie exige aussi1 d'une manire encore plus indispensable peut-tre1 la notion exacte des lois gnrales relatives aux limites de variation de ces divers lmens1 ou1 du moins1 l'analyse scientifique des principaux motifs de leur permanence essentielle2 car1 c'est surtout d'une telle permanence qu'on doit dduire le fondement astronomique des tudes biologiques1 comme je me suis efforc de le faire sentir4 ,or1 une semblable notion positive ne saurait tre convenablement obtenue1 sans que notre intelligence se soit d'abord rendue familire la considration philosophique des principales conceptions astronomiques1 soit gomtriques1 soit mcaniques4 ,l'esprit fondamental de ce ,trait1 spcialement rappel1 sous le point de vue qui nous occupe1 au commencement de ce discours1 permet aisment d'expliquer1 en principe philosophique1 pourquoi l'ensemble de la science astronomique se trouve ainsi plus compltement et plus directement li au sujet gnral de la biologie qu' celui d'aucune des sciences intermdiaires1 ce qui pourrait d'abord paratre une vritable anomalie encyclopdique1 contraire aux notions de hirarchie scientifique que j'ai tablies4 ,cela tient essentiellement ce que1 malgr l'indispensable ncessit de la physique et de la chimie1 l'astronomie et la biologie constituent nanmoins1 par leur nature1 les deux principales branches de la philosophie naturelle proprement dite4 ,ces deux grandes tudes1 complmentaires l'une de l'autre1 embrassent1 dans leur harmonie rationnelle1 le systme gnral de toutes nos conceptions fondamentales4 l'une1 le monde2 l'autre1 l'homme3 termes extrmes1 entre lesquels seront toujours comprises nos penses relles4 ,le monde d'abord1 l'homme ensuite1 telle est1 dans l'ordre purement spculatif1 la marche positive de notre intelligence2 quoique1 dans l'ordre directement actif1 elle doive tre ncessairement inverse4 ,car1 les lois du monde dominent celles de l'homme1 et n'en sont pas modifies4 ,entre ces deux ples co-relatifs de la philosophie naturelle1 viennent s'intercaler spontanment1 d'une part1 les lois physiques1 comme une sorte de complment des lois astronomiques1 et1 d'une autre part1 les lois chimiques1 prliminaire immdiat des lois biologiques4 ,tel est1 du point de vue philosophique le plus lev1 l'indissoluble faisceau rationnel des diverses sciences fondamentales4 ,on doit maintenant concevoir avec prcision pourquoi j'ai attach1 ds l'origine1 une si haute importance prsenter1 comme le premier caractre philosophique de toute biologie positive1 cette subordination systmatique de l'tude de l'homme l'tude du monde1 sur laquelle on ne saurait plus conserver dsormais aucune incertitude relle4 ,quoique l'esprit humain1 dans son enfance thologique et dans son adolescence mtaphysique1 ait conu1 d'une manire absolument oppose1 la relation ncessaire entre la science astronomique et la science biologique1 du moins n'avait-il point nglig de la considrer1 comme nous tendons le faire aujourd'hui par suite des habitudes rtrcies d'un positivisme naissant et incomplet4 ,au fond des absurdes chimres de l'ancienne philosophie sur l'influence physiologique des astres1 on trouve1 nanmoins1 le sentiment confus1 vague mais nergique1 d'une certaine liaison entre les phnomnes vitaux et les phnomnes clestes4 ,ce sentiment1 comme toutes les inspirations primitives de notre intelligence1 n'avait rellement besoin que d'tre profondment rectifi par la philosophie positive1 qui ne saurait le dtruire2 quoique1 vrai dire1 dans l'ordre scientifique comme dans l'ordre politique1 notre faible nature nous oblige malheureusement ne pouvoir rorganiser qu'aprs un renversement passager4 ,parce que les observations1 soit anatomiques1 soit physiologiques1 ne montraient point1 par elles-mmes1 l'influence des conditions astronomiques1 la philosophie moderne en a superficiellement conclu jusqu'ici la nullit de cette influence2 comme si les faits pouvaient jamais tmoigner immdiatement des conditions fondamentales sans lesquelles ils ne s'accompliraient pas1 quand elles sont de nature ne pouvoir tre un seul instant suspendues6 ,on vient de voir1 nanmoins1 que l'tude rationnelle des phnomnes naturels est aujourd'hui assez dveloppe pour que l'ensemble de ses principes les plus positifs puisse mettre en pleine vidence l'incontestable ralit d'un tel ordre de conditions primordiales4 ,toutefois1 afin de prvenir dsormais1 d'une manire irrvocable1 le renouvellement ultrieur de notions vicieuses ou exagres1 plus ou moins analogues aux chimriques hypothses de la philosophie thologique et mtaphysique sur l'influence physiologique des astres1 il importe d'tablir ici1 en principe1 ce sujet1 une considration essentielle4 ,d'abord1 ces vraies conditions astronomiques de l'existence gnrale des corps vivans sont ncessairement circonscrites1 comme toutes les notions scientifiques de la vritable astronomie positive1 dans l'intrieur de notre monde1 ce qui carte aussitt l'ide vague et indfinie d'univers1 laquelle se rattachaient surtout les aberrations primitives4 ,en second lieu1 elles ne portent jamais directement sur l'organisme lui-mme1 qui est essentiellement indpendant de toute action cleste immdiate1 ainsi que tous les autres phnomnes purement terrestres4 ,l'influence capitale de ces conditions ne peut se rapporter1 par elle-mme1 qu' l'ensemble des lmens astronomiques qui caractrisent la constitution de notre plante1 suivant les explications prcdentes4 ,c'est seulement en altrant quelques-uns de ces lmens que les autres astres de notre monde pourraient troubler le mode actuel d'accomplissement de nos phnomnes vitaux2 ce qui limite rigoureusement le genre de notions astronomiques qui doit tre rellement pris en considration fondamentale par les biologistes rationnels4 ,l'action cleste1 vague et inintelligible1 que plusieurs philosophes contemporains1 trs clairs d'ailleurs1 ont mystrieusement introduit dans la prtendue explication de certains effets physiologiques ou pathologiques1 doit faire comprendre la haute utilit de cette rgle gnrale1 qui1 tout en manifestant sans quivoque la vraie subordination positive de la biologie envers l'astronomie1 tend nanmoins prvenir radicalement1 cet gard1 toute grave aberration de notre intelligence4 ,malgr l'importance capitale d'une telle subordination sous le seul aspect scientifique proprement dit1 l'tude philosophique de la science astronomique est peut-tre encore plus indispensable la saine ducation prliminaire des biologistes rationnels sous le point de vue purement logique1 c'est--dire quant la mthode4 la vrit1 sous ce nouvel aspect1 la relation n'a rien de directement particulier la biologie4 ,tout se rduit ici la proprit gnrale que nous avons reconnue1 dans le volume prcdent1 devoir ncessairement appartenir la science cleste1 de fournir1 par sa nature1 le plus parfait modle de la manire fondamentale de philosopher sur des phnomnes quelconques2 proprit qui doit tre utilise1 ainsi que je l'ai dj expliqu1 par les physiciens et par les chimistes aussi bien que par les biologistes1 afin que tous se proposent nettement un type idal de perfection scientifique1 convenablement modifi d'aprs l'ensemble des conditions de leurs diverses tudes propres4 ,mais la ncessit de ce type primordial devient1 videmment1 d'autant plus profonde que la complication croissante des phnomnes tend davantage faire dgnrer les tudes vraiment scientifiques en d'oiseuses recherches d'rudition ou en de vaines dissertations mtaphysiques4 ,or1 c'est ce titre que la philosophie astronomique se recommande plus minemment1 comme guide logique1 la soigneuse mditation pralable des vrais biologistes4 quelle autre source1 en effet1 pourraient-ils puiser les vritables lmens essentiels de la mthode positive proprement dite1 si ce n'est dans la science qui en offre1 par sa nature1 le dveloppement le plus complet1 le plus pur1 et le plus spontan8 ,comment pourraient-ils habituellement sentir1 avec une efficacit relle1 en quoi consiste la saine explication scientifique d'un phnomne1 s'ils n'ont pas d'abord cherch saisir1 pour les phnomnes les plus simples1 le caractre gnral des explications les plus parfaites8 ,plus le sujet de leurs travaux est profondment difficile1 plus ils doivent prouver vivement le besoin d'aller souvent retremper les forces positives de leur intelligence1 par la fconde et lumineuse contemplation de l'ensemble de vrits fondamentales le plus satisfaisant que puisse jamais offrir la philosophie naturelle tout entire4 ,une telle comparaison est seule propre faire hautement ressortir leurs yeux l'inanit radicale des conceptions plus ou moins mtaphysiques dont la physiologie est encore si encombre1 sur le principe vital de ,barthez1 les forces vitales de ,bichat1 et tant d'autres notions analogues1 qui ne constituent rellement que de pures entits1 dont l'astronomie1 seule entre toutes les sciences fondamentales1 est aujourd'hui compltement purge1 comme nous l'avons constat4 ,les biologistes auxquels la philosophie astronomique aura fait nettement concevoir en quoi consiste la vritable explication scientifique de la pesanteur1 ne se proposeront plus1 sans doute1 de remonter l'origine de la vie1 de la sensibilit1 etc41 et sauront nanmoins donner leurs recherches l'essor le plus sublime dont elles soient susceptibles dans l'ordre positif2 tandis que jusqu'ici on ne peut se dissimuler que la positivit des travaux n'a t ordinairement obtenue1 en biologie1 qu'aux dpens de leur lvation4 ,ce caractre de prvision rationnelle des vnemens quelconques1 que je ne saurais trop reproduire comme l'infaillible critrium de toute vraie thorie scientifique compltement dveloppe1 o les biologistes en tudieraient-ils la valeur philosophique1 autrement que dans la seule science qui en offre aujourd'hui une ralisation tendue et incontestable8 ,enfin1 c'est uniquement par la mditation familire de la philosophie astronomique1 comme je l'ai tabli1 que les biologistes peuvent apprendre en quoi consiste la saine institution gnrale des hypothses scientifiques dignes de ce nom4 ,la biologie positive n'a pas os encore faire un usage libre et important de ce puissant auxiliaire logique3 et cette circonspection est trs naturelle1 dfaut de principes propres prvenir l'abus dsordonn d'un tel moyen2 mais elle retarde certainement beaucoup les progrs rationnels de cette difficile tude4 ,nanmoins1 l'tude des corps vivans1 raison mme de sa complication suprieure1 rclame1 plus qu'aucune autre science fondamentale1 l'emploi rgulier et dvelopp de ce grand artifice intellectuel4 ,ici1 la nature philosophique de la science1 exactement dfinie dans ce discours1 indique1 pour ainsi dire d'elle-mme1 le caractre gnral des hypothses vraiment scientifiques4 ,nous avons tabli1 en effet1 qu'il s'agit toujours1 en biologie1 de dterminer ou la fonction d'aprs l'organe1 ou l'organe d'aprs la fonction4 ,on pourra donc1 pour acclrer les dcouvertes1 construire directement et sans scrupule l'hypothse la plus plausible sur la fonction inconnue d'un organe donn1 ou sur l'organe cach de telle fonction vidente4 ,pourvu que la supposition soit le mieux possible en harmonie avec l'ensemble des connaissances acquises1 on aura us1 de la manire la plus lgitime1 l'imitation des astronomes1 du droit gnral de l'esprit humain dans toutes les recherches positives4 ,si l'hypothse n'est point exactement vraie1 comme il devra arriver le plus souvent1 elle n'en aura pas moins toujours contribu ncessairement au progrs rel de la science1 en dirigeant l'ensemble des recherches effectives vers un but nettement dtermin4 ,la seule condition fondamentale1 ici comme ailleurs1 c'est que1 par leur nature1 les hypothses soient constamment susceptibles d'une vrification positive2 ce qui1 en biologie1 rsultera invitablement du caractre que je viens de leur assigner4 ,je ne vois jusqu'ici1 dans l'tude des corps vivans1 qu'un seul exemple capital de semblables hypothses2 et il a t donn par un homme de gnie1 qui1 suivant l'usage de ses pareils1 a rempli spontanment cet gard1 comme par instinct1 de la manire la plus satisfaisante1 l'ensemble des conditions rationnelles propres la nature de ses recherches4 ,quand ,m4 ,broussais1 dans l'intention minemment philosophique de localiser tout coup les prtendues fivres essentielles1 leur a impos pour sige gnral la membrane muqueuse du canal digestif1 il a imprim la saine pathologie la plus heureuse impulsion positive1 quoiqu'il ait peut-tre commis1 en effet1 une grande erreur actuelle1 ce que je n'ai point examiner ici4 ,car1 cette hypothse tant videmment accessible une exploration irrcusable1 elle devait ncessairement hter beaucoup1 confirme ou infirme par les observations judicieuses1 la dcouverte effective du vritable sige organique de ces entits pathologiques4 ,le vulgaire des mdecins1 incapable d'apprcier une telle proprit philosophique1 s'est consum ce sujet en de vaines critiques de dtail1 qui ne pouvaient affecter nullement la question fondamentale4 ,mais l'histoire gnrale de l'esprit humain n'en recueillera pas moins prcieusement un jour ce premier exemple mmorable de la judicieuse introduction spontane de l'art des hypothses rationnelles dans l'tude positive des corps vivans4 ,pour quiconque a convenablement tudi la philosophie astronomique1 cette innovation hardie n'offre rellement que le timide quivalent d'un usage ds long-temps pratiqu1 sur une bien plus large chelle1 par ceux de tous les savans qui sont universellement reconnus aujourd'hui comme procdant de la manire la plus rigoureuse4 ,toutefois1 l'tude philosophique de l'ensemble de la science astronomique n'est pas seulement destine1 cet gard1 dissiper radicalement les vains scrupules de ceux qui persisteraient encore repousser tout usage tendu des artifices hypothtiques dans les recherches biologiques4 ,elle a surtout pour objet1 sous ce point de vue1 de mieux diriger1 d'aprs une judicieuse imitation des plus parfaits modles1 les heureux efforts des hommes de gnie qui se proposent d'appliquer aux parties les plus difficiles de la philosophie naturelle un procd logique aussi imprieusement rclam par la complication suprieure d'un tel ordre de problmes4 ,aprs avoir ainsi caractris suffisamment la subordination fondamentale de la biologie envers l'astronomie1 soit quant la doctrine1 ou quant la mthode1 nous devons complter maintenant cette exacte analyse sommaire des grandes relations encyclopdiques propres l'tude des corps vivans1 en examinant enfin1 d'une manire analogue1 sa dpendance relle l'gard de la science mathmatique1 premier fondement gnral du systme entier de la philosophie positive4 ,sous le seul point de vue scientifique proprement dit1 on doit1 ce sujet1 commencer par reconnatre hautement la profonde justesse de l'nergique rprobation prononce par plusieurs biologistes philosophes1 et surtout par le grand ,bichat1 contre toute tentative d'application effective et spciale des thories mathmatiques aux questions physiologiques4 ,les purs gomtres1 par cela mme que leur science constitue rellement la base prliminaire indispensable de toute la philosophie naturelle1 doivent tre1 en gnral1 minemment disposs envahir1 d'une manire presque indfinie1 le domaine des autres sciences fondamentales1 qui leur paraissent ordinairement subalternes4 ,en mme temps1 l'extrme gnralit et la parfaite indpendance de leurs tudes propres ne permettent point que cette tendance spontane soit directement contenue par un sentiment nergique des vraies conditions caractristiques de chacune de ces sciences1 dont le gnie essentiel leur est naturellement inconnu4 ,aussi1 jusqu' ce qu'une judicieuse ducation philosophique commune vienne mettre habituellement les diverses classes de savans en tat de concevoir nettement la coordination rationnelle de leurs attributions respectives1 ce sera seulement par leur antagonisme continuel1 trs prjudiciable et nanmoins fort insuffisant1 que les sciences les plus difficiles pourront pniblement viter d'tre absorbes et annules par les plus simples4 ,cette vicieuse organisation des relations scientifiques1 n'est en aucun cas1 plus manifeste1 et n'engendre de plus dplorables consquences1 que lorsqu'il s'agit des rapports fondamentaux entre les tudes mathmatiques et les tudes biologiques4 ,jusqu'ici1 les biologistes1 toujours exposs1 des intervalles plus ou moins rapprochs1 aux empitemens abusifs des gomtres1 ne sont parvenus s'en garantir incompltement que par l'irrationnel expdient de trancher1 pour ainsi dire1 toute communication quelconque entre les deux ordres de conceptions2 tandis que c'est1 au contraire1 par une juste apprciation directe de la subordination gnrale de l'ensemble de leurs travaux la doctrine lmentaire sur laquelle repose pralablement le systme entier de la philosophie naturelle1 qu'ils doivent dsormais maintenir avec fermet l'indpendante originalit de leur vrai caractre scientifique4 ,or1 les principes de philosophie mathmatique tablis dans le premier volume de ce trait1 et l'exacte analyse que nous venons d'excuter du vritable esprit gnral de l'tude positive des corps vivans1 nous permettent maintenant de remplir sans difficult1 quoique trs sommairement1 cette condition essentielle4 ,l'tude rationnelle de la nature suppose ncessairement1 en gnral1 que tous les phnomnes1 d'un ordre quelconque1 sont essentiellement assujettis des lois invariables1 dont la dcouverte constitue toujours le but de nos diverses spculations philosophiques4 ,si l'on pouvait concevoir1 en aucun cas1 que1 sous l'influence de conditions exactement similaires1 les phnomnes ne restassent point parfaitement identiques1 non-seulement quant au genre1 mais aussi quant au degr1 toute thorie scientifique deviendrait aussitt radicalement impossible3 nous serions ds lors ncessairement rduits une strile accumulation de faits1 qui ne sauraient plus comporter aucune relation systmatique1 susceptible de conduire leur prvision4 ,il est donc indispensable de reconnatre1 en principe1 que1 mme dans les phnomnes minemment complexes qui se rapportent la science des corps vivans1 chacune des diverses actions vraiment lmentaires qui concourent leur production varierait ncessairement selon des lois tout--fait prcises1 c'est--dire1 mathmatiques1 si nous pouvions1 en effet1 l'tudier en elle-mme1 isolment de tout autre4 ,tel est1 cet gard1 le point de dpart philosophique des gomtres1 dont la parfaite rationnalit ne saurait tre conteste4 ,si donc les phnomnes les plus gnraux du monde inorganique sont minemment calculables1 tandis que les phnomnes physiologiques ne peuvent l'tre nullement1 cela ne tient videmment aucune distinction fondamentale entre leurs natures respectives2 cette diffrence provient uniquement de l'extrme simplicit des uns1 oppose la profonde complication des autres4 ,l'erreur capitale des gomtres ce sujet n'est due qu' leur manire fort imparfaite d'apprcier la juste porte de cette considration1 dont rien ne leur permet de mesurer la vritable tendue philosophique4 ,il ne s'agirait nanmoins ici que de prolonger convenablement les rflexions que doivent naturellement suggrer les questions inorganiques susceptibles de solutions mathmatiques1 et dans lesquelles on voit1 d'une manire si prononce1 ces solutions devenir graduellement plus difficiles et plus imparfaites mesure que le sujet se complique davantage en rapprochant peu peu l'tat abstrait de l'tat concret1 tel point que1 au-del des phnomnes purement astronomiques ou de leurs analogues les plus immdiats1 une semblable perfection logique ne s'obtient presque jamais1 comme nous l'avons constat1 qu'aux dpens de la ralit des recherches1 mme sans sortir des tudes gnrales de la physique proprement dite4 ,aussitt qu'on passe aux problmes chimiques1 toute application relle des thories mathmatiques devient ncessairement incompatible avec la grande complication du sujet4 ,que sera-ce donc l'gard des questions biologiques8 ,par une suite invitable de sa complication caractristique1 l'tude des corps vivans repousse directement de deux manires diffrentes tout vritable usage des procds mathmatiques4 ,en effet1 lors mme que l'on supposerait exactement connues les lois mathmatiques propres aux diffrentes actions lmentaires dont le concours dtermine l'accomplissement des phnomnes vitaux1 leur extrme diversit et leur multiplicit inextricable ne pourraient aucunement permettre notre faible intelligence d'en poursuivre avec efficacit les combinaisons logiques1 comme le tmoignent dj si clairement les questions astronomiques elles-mmes malgr l'admirable simplicit de leurs lmens mathmatiques1 lorsqu'on veut y considrer simultanment plus de deux ou trois influences essentielles4 ,mais en outre1 une semblable complication s'oppose mme radicalement ce que ces lois lmentaires puissent jamais tre mathmatiquement dvoiles1 ce qui doit loigner jusqu' la seule pense hypothtique d'une telle manire de philosopher en biologie4 ,car1 ces lois ne pourraient devenir accessibles que par l'analyse immdiate de leurs effets numriques4 ,or1 sous quelque aspect qu'on tudie les corps vivans1 les nombres relatifs leurs phnomnes prsentent ncessairement des variations continuelles et profondment irrgulires1 ce qui1 pour les gomtres1 offre un obstacle aussi insurmontable que si ces degrs pouvaient tre1 en ralit1 entirement arbitraires4 ,par la dfinition mme de la vie1 on conoit que la seule notion qui1 en chimie1 comportt encore1 comme nous l'avons reconnu1 certaines considrations numriques1 c'est--dire1 la composition1 cesse videmment de les admettre ici3 car1 toute ide de chimie numrique doit devenir inapplicable des corps dont la composition molculaire varie continuellement1 ce qui constitue prcisment le caractre fondamental de tout organisme vivant4 ,sans doute1 s'il nous tait possible de faire varier sparment1 divers degrs1 chacune des conditions qui prsident aux phnomnes vitaux1 en maintenant toutes les autres dans une stricte identit mathmatique1 la comparaison des effets correspondants pourrait faire esprer de dcouvrir la loi numrique de leurs variations1 quoique cette prcision idale1 ne pt1 en ralit1 contribuer aucunement au perfectionnement positif de la science1 par suite de l'insurmontable difficult du problme mathmatique relatif la combinaison rationnelle de ces diffrentes lois4 ,mais les mmes obstacles qui s'opposent radicalement1 en vertu des motifs prcdemment expliqus1 tout emploi important et vraiment dcisif de la mthode exprimentale proprement dite dans les recherches physiologiques1 ne doivent-ils point1 avec encore plus d'nergie1 dtruire l'espoir de toute opration de ce genre1 qui ne serait rellement qu'une exprimentation porte au plus haut degr de perfection1 c'est--dire pousse jusqu' la prcision numrique8 ,puisque dj nous ne saurions jamais instituer1 en biologie1 deux cas qui ne diffrent exactement que sous un seul rapport1 que serait-ce donc si1 la conformit des conditions essentielles du phnomne1 il fallait joindre l'identit de leurs degrs1 ce que toute apprciation mathmatique exigerait nanmoins rigoureusement8 ,ainsi1 aucune ide de nombres fixes1 plus forte raison de lois numriques1 et surtout enfin d'investigation mathmatique1 ne peut tre regarde comme compatible avec le caractre fondamental des recherches biologiques4 ,si1 avant que ce gnie propre ft suffisamment dvelopp1 les biologistes ont d1 cet gard1 cder1 jusqu' un certain point1 et non sans utilit1 l'irrsistible ascendant des gomtres1 une telle condescendance deviendrait dsormais essentiellement nuisible aux progrs rationnels de l'tude positive des corps vivans envisags sous un aspect quelconque4 la vrit1 l'esprit de calcul tend de nos jours s'introduire dans cette tude1 surtout en ce qui concerne les questions mdicales1 par une voie beaucoup moins directe1 sous une forme plus spcieuse1 et avec des prtentions infiniment plus modestes4 ,je veux parler principalement de cette prtendue application de ce qu'on appelle la statistique la mdecine1 dont plusieurs savans attendent des merveilles1 et qui pourtant ne saurait aboutir1 par sa nature1 qu' une profonde dgnration directe de l'art mdical1 ds lors rduit d'aveugles dnombremens4 ,une telle mthode1 s'il est permis de lui accorder ce nom1 ne serait rellement autre chose que l'empirisme absolu1 dguis sous de frivoles apparences mathmatiques4 ,pousse jusqu' ses extrmes consquences logiques1 elle tendrait faire radicalement disparatre toute mdication vraiment rationnelle1 en conduisant essayer au hasard des procds thrapeutiques quelconques1 sauf noter1 avec une minutieuse prcision1 les rsultats numriques de leur application effective4 ,il est vident1 en principe1 que les variations continuelles auxquelles tout organisme est assujetti sont ncessairement encore plus prononces dans l'tat pathologique que dans l'tat normal1 en sorte que les cas doivent tre alors encore moins exactement similaires2 d'o rsulte l'impossibilit manifeste de comparer judicieusement deux modes curatifs d'aprs les seuls tableaux statistiques de leurs effets1 abstraction faite de toute saine thorie mdicale4 ,sans doute1 la pure exprimentation directe1 restreinte entre des limites convenables1 peut avoir une grande importance pour la mdecine1 comme pour la physiologie elle-mme3 mais c'est prcisment la stricte condition de ne jamais tre simplement empirique1 et de se rattacher toujours1 soit dans son institution1 soit dans son interprtation1 l'ensemble systmatique des doctrines positives correspondantes4 ,malgr l'imposant aspect des formes de l'exactitude1 il serait difficile de concevoir1 en thrapeutique1 un jugement plus superficiel et plus incertain que celui qui reposerait uniquement sur cette facile computation des cas funestes ou favorables1 sans parler des pernicieuses consquences pratiques d'une telle manire de procder1 o l'on ne devrait d'avance exclure aucune sorte de tentative4 ,on doit dplorer l'espce d'encouragement dont les gomtres ont quelquefois honor une aberration aussi profondment irrationnelle1 en faisant de vains et purils efforts pour dterminer1 d'aprs leur illusoire thorie des chances1 le nombre de cas propre lgitimer chacune de ces indications statistiques4 ,quoique l'abus de l'esprit mathmatique1 ou plutt de l'esprit de calcul1 ait t ainsi frquemment nuisible1 sous divers rapports1 au vrai dveloppement de l'tude positive des corps vivans1 les biologistes qu'un sentiment exagr de cette fcheuse influence a conduits mconnatre toute subordination relle de cette tude l'ensemble des tudes mathmatiques n'en ont pas moins commis une erreur grave1 directement prjudiciable au perfectionnement systmatique de leur science4 ,les principes prcdemment tablis dans cet ouvrage doivent rendre cette erreur trs sensible1 en faisant hautement ressortir cette subordination ncessaire4 ,elle existe d'abord1 d'une manire vidente bien qu'indirecte1 d'aprs les relations indispensables1 ci-dessus constates1 de la saine biologie avec la physique et avec l'astronomie1 puisque les biologistes ne sauraient convenablement entreprendre ces deux ordres d'tudes prliminaires sans s'tre pralablement familiariss avec l'ensemble des principales doctrines mathmatiques4 ,mais1 en outre1 on ne peut contester qu'une judicieuse application des notions fondamentales de la gomtrie et de la mcanique ne devienne directement ncessaire pour bien comprendre1 soit la structure1 soit le jeu1 d'un appareil aussi compliqu que l'organisme vivant1 surtout dans les animaux4 ,cela est particulirement vident envers tous les divers phnomnes de la mcanique animale1 statiques ou dynamiques1 qui doivent paratre profondment inintelligibles tous ceux auxquels sont trangres les lois gnrales de la mcanique rationnelle4 ,l'absurde principe de la prtendue indpendance des tres vivans l'gard des lois universelles du monde matriel1 a souvent conduit les physiologistes regarder ces tres comme essentiellement soustraits l'empire des thories fondamentales de l'quilibre et du mouvement2 tandis que ces thories constituent1 au contraire1 la vritable base lmentaire de l'conomie organique envisage sous cet aspect4 ,je me suis efforc1 dans le premier volume1 de dmontrer directement que1 par leur nature1 ces thories sont ncessairement applicables des appareils quelconques1 puisqu'elles ne dpendent aucunement de l'espce des forces considres1 mais seulement de leur nergie effective3 il ne peut exister1 ce sujet1 d'autre diffrence relle que la difficult plus grande de prciser1 surtout numriquement1 une telle application1 mesure que l'appareil se complique davantage4 ,ainsi1 en cartant d'ailleurs1 comme minemment chimrique1 toute ide d'valuation1 on ne saurait douter que les thormes gnraux de la statique et de la dynamique abstraites ne doivent se vrifier constamment dans le mcanisme des corps vivans1 sur l'tude rationnelle duquel ils sont1 en effet1 destins porter une indispensable lumire4 ,dans ses divers modes de repos ou de mouvement1 l'animal mme le plus lev se comporte essentiellement comme tout autre appareil mcanique d'une complication analogue1 sauf la seule diffrence du moteur1 qui n'en peut produire aucune quant aux lois lmentaires de la combinaison et de la communication des mouvemens1 ou de la neutralisation des efforts quelconques4 ,la ncessit d'introduire convenablement l'usage philosophique de la mcanique rationnelle dans toute biologie positive n'est donc nullement quivoque4 ,quant la gomtrie1 outre que1 dans ses plus simples lmens1 la mcanique ne saurait s'en passer1 on conoit aisment combien les spculations anatomiques ou physiologiques exigent1 par leur nature1 l'habitude de suivre exactement des relations complexes de forme et de situation1 et combien mme la connaissance familire des principales lois gomtriques peut y donner lieu d'heureuses indications directes4 ,il serait inutile ici d'insister davantage cet gard4 ,cette subordination fondamentale de la science biologique la science mathmatique devient encore plus indispensable et plus vidente en comparant les deux ordres d'tudes sous le point de vue logique proprement dit1 c'est--dire1 quant la mthode4 ,nous avons1 en effet1 tabli1 en principe philosophique1 que le systme des tudes mathmatiques constitue ncessairement la vritable origine spontane de l'art gnral du raisonnement positif1 dont l'esprit humain ne pouvait raliser compltement le libre dveloppement qu' l'gard des recherches la fois les plus gnrales1 les plus abstraites1 les plus simples1 et les plus prcises4 ,c'est donc cette source primitive et universelle que doivent constamment remonter toutes les classes de philosophes positifs pour prparer convenablement leurs facults rationnelles l'ultrieure laboration directe des thories plus imparfaites qui se rapportent des sujets plus spciaux1 plus complexes1 et plus difficiles4 ,la marche invitable suivie cet gard par l'esprit humain dans l'ensemble de son perfectionnement social1 doit naturellement servir de guide gnral la progression systmatique de chaque intelligence individuelle4 mesure que le sujet de nos recherches se complique davantage1 il exige ncessairement un recours plus urgent ce type primordial de toute rationnalit positive1 dont la familire contemplation philosophique devient plus indispensable pour nous dtourner des conceptions illusoires et des combinaisons sophistiques1 tout en excitant nanmoins notre essor spculatif1 bien loin de l'entraver par de vains et timides scrupules4 ,c'est donc en vertu mme de la complication suprieure qui les caractrise1 que les tudes biologiques rclament plus imprieusement1 chez ceux qui se proposent de les cultiver d'une manire vraiment scientifique1 cette premire ducation rationnelle que peut seule procurer une connaissance gnrale suffisamment approfondie de la philosophie mathmatique4 ,si une telle prparation logique1 depuis long-temps reconnue indispensable aux astronomes1 commence aujourd'hui tre aussi regarde gnralement comme ncessaire aux vrais physiciens1 et mme aux chimistes rationnels1 il y aurait sans doute une trange anomalie prtendre1 pour les seuls biologistes1 que l'instrument intellectuel a moins besoin d'tre aiguis quand on le destine des problmes plus difficiles4 ,jusqu'ici nanmoins1 ce n'est point1 en gnral1 aux tudes mathmatiques que les biologistes les plus systmatiques ont cru devoir recourir pour cette indispensable ducation prliminaire1 mais la vaine considration ontologique de ce qu'on appelle la logique proprement dite1 isole de tout raisonnement dtermin4 ,quelque absurde que doive sembler aujourd'hui1 chez des philosophes positifs1 une telle persistance dans les usages mans du systme mtaphysique de l'ancienne ducation1 elle paratra cependant1 plusieurs gards1 naturelle et mme excusable1 en pensant la profonde incurie des gomtres organiser1 d'une manire vraiment rationnelle1 l'ensemble de l'enseignement mathmatique4 ,on n'a peut-tre jamais compos1 en aucun genre1 des ouvrages didactiques aussi radicalement mdiocres1 aussi compltement dnus de tout vritable esprit philosophique1 que la plupart des traits lmentaires d'aprs lesquels sont encore essentiellement diriges toutes les tudes mathmatiques ordinaires4 ,il semblerait qu'on ne s'y est impos d'autre obligation que celle d'viter scrupuleusement des erreurs matrielles1 comme si le facile accomplissement d'une semblable condition pouvait avoir aujourd'hui aucun mrite dans un pareil sujet4 ,ce n'est point ici le lieu de remonter aux causes de ce fait dplorable1 qui ressortent d'ailleurs aisment des principes que j'ai tablis4 ,nous devons seulement remarquer combien un systme d'enseignement aussi vicieux a pu naturellement faire mconnatre1 mme par d'excellens esprits1 les proprits logiques fondamentales qui caractrisent rellement1 d'une manire la fois si minente et si exclusive1 la nature des tudes mathmatiques4 ,la direction ordinaire de ces tudes dissimule et mme dnature tellement ces prcieuses proprits1 que l'on s'explique aisment l'exagration1 d'ailleurs videmment irrflchie1 de certains philosophes qui ont directement soutenu que1 loin de pouvoir prparer convenablement l'organe intellectuel l'interprtation rationnelle de la nature1 l'ducation mathmatique tendait effectivement bien plutt dvelopper l'esprit d'argumentation sophistique et de spculation illusoire4 ,mais une semblable dgnration1 quoique trop frquemment ralise1 ne saurait dtruire1 sans doute1 la valeur intrinsque du plus puissant moyen d'ducation positive qui puisse tre offert nos facults lmentaires de combinaison et de coordination3 elle fait seulement mieux ressortir l'vidente ncessit d'une profonde rnovation philosophique du systme entier de l'enseignement mathmatique4 ,il est clair1 en effet1 que toute l'utilit relle que l'on peut attribuer l'tude pralable de la logique proprement dite pour diriger et raffermir la marche gnrale de notre intelligence1 se retrouve ncessairement1 d'une manire la fois beaucoup plus tendue1 plus varie1 plus complte1 et plus lumineuse1 dans les tudes mathmatiques convenablement diriges1 avec l'immense avantage que prsente un sujet bien dtermin1 nettement circonscrit1 et susceptible de la plus parfaite exactitude1 et sans le danger fondamental inhrent toute logique abstraite1 quelque judicieusement qu'on l'expose1 de conduire ou des prceptes purils d'une vidente inutilit1 ou a de vagues spculations ontologiques1 aussi vaines qu'inapplicables4 ,la mthode positive1 malgr ses modifications diverses1 reste1 au fond1 constamment identique dans l'ensemble de ses applications quelconques1 surtout en ce qui concerne directement l'art homogne du raisonnement4 ,c'est pourquoi les sciences les plus compliques1 et la biologie elle mme1 ne sauraient offrir aucun genre de raisonnement dont la science mathmatique ne puisse d'abord fournir frquemment l'analogue plus simple et plus pur4 ,ainsi1 mme sous cet aspect1 la philosophie positive forme1 par sa nature1 un systme rigoureusement complet1 qui peut entirement suffire1 d'aprs ses seules ressources propres1 tous ses divers besoins rels1 sans emprunter1 aucun titre1 le moindre secours tranger2 ce qui doit enfin conduire l'limination totale de l'unique portion de l'ancienne philosophie susceptible de prsenter encore quelque apparence d'utilit vritable1 c'est--dire sa partie logique1 dont toute la valeur effective est dsormais irrvocablement absorbe par la science mathmatique4 ,c'est donc exclusivement cette dernire cole que les biologistes rationnels doivent aller maintenant tudier l'art logique gnral avec assez d'efficacit pour l'appliquer convenablement au perfectionnement de leurs difficiles recherches4 ,l seulement1 ils pourront acqurir rellement le sentiment intime et familier des vrais caractres et des conditions essentielles de cette pleine vidence scientifique qu'ils doivent s'efforcer ensuite de transporter1 autant que possible1 leurs thories propres4 ,comment l'apprcieraient-ils sainement l'gard des questions les plus complexes1 si d'abord ils ne s'taient exercs la considrer dans les cas les plus simples et les plus parfaits8 ,en examinant cette relation fondamentale sous un point de vue plus spcial1 il est ais de sentir que les principaux raisonnemens biologiques exigent1 par leur nature1 un genre d'habitudes intellectuelles dont les spculations mathmatiques1 soit abstraites1 soit concrtes1 peuvent seules procurer un heureux dveloppement pralable4 ,je veux parler surtout de cette aptitude former et poursuivre des abstractions positives1 sans laquelle on ne saurait1 en biologie1 faire aucun usage rationnel et tendu1 ni physiologique1 ni mme simplement anatomique1 de la mthode comparative proprement dite1 dont j'ai dj signal l'analogie philosophique avec le caractre essentiel de l'analyse mathmatique4 ,on conoit1 en effet1 que pour suivre convenablement1 dans la biologie compare1 l'tude gnrale d'un organe ou d'une fonction quelconques1 il est indispensable d'en avoir d'abord nettement construit la notion abstraite1 qui peut seule tre le sujet direct de la comparaison1 isolment de toutes les diverses modifications particulires attaches chacune de ses ralisations effectives3 si cette abstraction est mconnue ou altre d'une manire quelconque pendant le cours de l'analyse biologique1 le procd comparatif avorte ncessairement4 ,une telle opration intellectuelle ressemble sans doute beaucoup celle que notre esprit effectue si spontanment1 un si haut degr1 et avec tant de facilit1 dans toutes les combinaisons mathmatiques1 dont l'habitude constitue donc videmment1 sous ce rapport1 la meilleure prparation philosophique aux spculations les plus leves de la biologie positive4 ,l'anatomiste ou le physiologiste qui ngligerait un secours aussi direct et aussi capital1 se crerait ainsi artificiellement une nouvelle difficult fondamentale1 en voulant tout coup abstraire dans le sujet le plus complexe1 sans s'y tre pralablement exerc sur le sujet le plus simple4 ,quant ceux qui n'auraient pu russir dans une telle preuve prliminaire1 ils devraient1 ce me semble1 se reconnatre1 par cela seul1 radicalement impropres aux plus hautes recherches biologiques1 et s'y borner judicieusement1 en consquence1 l'utile travail secondaire de recueillir convenablement des matriaux susceptibles d'une laboration philosophique ultrieure de la part d'intelligences mieux organises4 ,ainsi1 une saine ducation mathmatique rendrait la science biologique ce double service essentiel d'essayer et de classer les esprits aussi bien que de les prparer et de les diriger4 ,l'limination spontane de ceux qui ne tendent qu' encombrer la biologie de travaux sans but et sans caractre1 n'offrirait pas1 je pense1 moins d'intrt rel que l'institution plus parfaite de ceux qui peuvent en bien remplir les conditions principales4 ,la sage introduction de l'esprit mathmatique pourrait contribuer1 d'ailleurs1 perfectionner la philosophie biologique sous un nouvel aspect1 qui1 beaucoup moins fondamental que le prcdent1 mrite cependant d'tre indiqu ici4 ,il s'agit de l'usage systmatique des fictions scientifiques proprement dites1 dont l'artifice est si familier aux gomtres1 et qui me paratraient aussi susceptibles d'augmenter utilement les ressources logiques de la haute biologie1 quoique leur emploi dt y tre mnag1 sans doute1 avec une bien plus circonspecte sobrit4 ,dans la plupart des tudes mathmatiques1 on a souvent trouv de grands avantages imaginer directement une suite quelconque de cas purement hypothtiques1 dont la considration1 quoique simplement artificielle1 peut faciliter beaucoup1 soit l'claircissement plus parfait du sujet naturel des recherches1 soit mme son laboration fondamentale4 ,un tel art diffre essentiellement de celui des hypothses proprement dites1 avec lequel il a t toujours confondu jusqu'ici par les plus profonds philosophes4 ,dans ce dernier1 la fiction ne porte que sur la seule solution du problme2 tandis que1 dans l'autre1 le problme lui-mme est radicalement idal1 sa solution pouvant tre1 d'ailleurs1 entirement rgulire4 ,la fiction scientifique prsente ici tous les caractres principaux de l'imagination potique3 elle est seulement1 en gnral1 plus difficile4 ,il est vident que la nature des recherches biologiques ne saurait y comporter l'emploi d'un tel artifice logique un degr nullement comparable celui que permettent les spculations mathmatiques1 auxquelles il s'adapte si minemment4 ,on doit nanmoins reconnatre1 mon avis1 que le caractre abstrait des hautes conceptions de la biologie comparative les rend1 quelques gards1 susceptibles d'un semblable perfectionnement1 qui consisterait alors intercaler1 entre les divers organismes connus1 certains organismes purement fictifs1 artificiellement imagins de manire faciliter leur comparaison1 en rendant la srie biologique plus homogne et plus continue1 en un mot plus rgulire1 et dont plusieurs admettraient peut-tre une ralisation ultrieure plus ou moins exacte1 parmi les organismes d'abord inexplors4 ,l'tude positive des corps vivans me parat tre aujourd'hui assez avance1 pour que nous puissions dsormais former le projet hardi1 et auparavant tmraire1 de concevoir directement le plan rationnel d'un organisme nouveau1 propre satisfaire telles conditions donnes d'existence4 ,je ne doute point que le judicieux rapprochement1 la manire des gomtres1 des cas rels avec quelques fictions de ce genre heureusement imagines1 ne soit plus tard utilement employ complter et perfectionner les lois gnrales de l'anatomie et de la physiologie compares1 et ne puisse mme servir y devancer quelquefois l'exploration immdiate4 ,ds prsent1 l'usage rationnel d'un tel artifice me semblerait1 du moins1 pouvoir tre appliqu claircir et simplifier essentiellement le systme ordinaire du haut enseignement biologique4 ,on conoit1 d'ailleurs1 sous l'un ou l'autre aspect1 que l'introduction d'un procd aussi dlicat doit appartenir exclusivement aux esprits les plus levs1 d'abord convenablement prpars par une tude approfondie de la philosophie mathmatique1 afin de prvenir le dsordre que pourrait apporter dans la science la considration intempestive d'une foule de cas mal imagins ou mal intercals4 ,tels sont les principaux rapports1 soit de doctrine1 soit de mthode1 sous lesquels la saine biologie doit se subordonner directement au systme entier de la science mathmatique1 indpendamment de leurs relations indirectes au moyen des sciences intermdiaires4 ,on peut1 ce sujet1 utilement remarquer1 d'aprs les notions prcdentes1 que1 parmi les trois lmens essentiels que nous avons reconnus dans l'ensemble de la philosophie mathmatique1 c'est surtout la mcanique qui s'applique la biologie sous le point de vue scientifique proprement dit2 tandis que1 au contraire1 sous le point de vue purement logique1 la liaison s'opre principalement par la gomtrie2 l'une et l'autre tant1 d'ailleurs1 convenablement appuyes sur les thories analytiques indispensables leur dveloppement systmatique4 ,cet examen complet1 quoique sommaire1 des relations fondamentales de l'tude positive des corps vivans avec les diffrentes branches antrieures de la philosophie naturelle1 ne peut plus1 ce me semble1 laisser aucune incertitude sur la ralit ni sur l'importance du rang prcis que j'ai assign la science biologique dans ma hirarchie encyclopdique4 ,pour tout esprit philosophique1 la seule considration d'une telle position doit offrir le rsum concis mais exact de l'ensemble des divers rapprochemens que je viens d'analyser4 ,il en rsulte immdiatement la juste apprciation gnrale du genre et du degr de perfection dont la biologie est susceptible par sa nature1 et1 encore plus directement1 la dtermination essentielle du plan rationnel de l'ducation prliminaire correspondante4 ,si la perfection d'une science quelconque devait tre mesure par l'tendue et la varit des moyens fondamentaux qui lui sont propres1 aucune science ne pourrait1 sans doute1 rivaliser avec la biologie4 ,les immenses ressources logiques que nous venons de dduire rigoureusement de ses liaisons ncessaires avec les diffrentes sciences antrieures1 concourent avec les procds essentiels d'exploration que nous avions d'abord reconnu lui appartenir d'une manire encore plus spontane4 ,on peut dire que l'esprit humain runit ici1 avec une profusion jusqu'alors ignore1 l'ensemble de tous ses divers artifices pour surmonter les difficults capitales que lui oppose cette grande tude4 ,et1 nanmoins1 un tel faisceau de puissances intellectuelles ne pourra jamais nous offrir qu'une trs imparfaite compensation de l'accroissement radical des obstacles4 ,sans doute1 suivant la loi philosophique que j'ai tablie1 la complication croissante du sujet fondamental de nos recherches positives dtermine ncessairement une extension correspondante dans le systme entier de nos moyens gnraux d'investigation scientifique3 et nous venons d'en reconnatre ici la plus irrcusable vrification4 ,mais cependant1 quand on entreprend de ranger les diffrentes sciences dans l'ordre effectif de leur perfection relative1 on peut rellement faire abstraction totale de cette grande considration1 et se borner envisager la complication graduelle des phnomnes1 sans aucun gard l'accroissement invitable des ressources correspondantes1 qui ne saurait jamais tre exactement en harmonie avec elle1 et qui nous permet seulement d'aborder des recherches dont les difficults seraient entirement inaccessibles notre faible intelligence si nous ne pouvions leur appliquer des moyens plus tendus4 ,cette rgle1 que nous ont toujours confirme jusqu'ici les branches prcdentes de la philosophie naturelle1 est1 malheureusement1 loin de se dmentir envers la science biologique4 ,il ne faut pas croire que sa plus grande imperfection relative tienne principalement aujourd'hui son passage beaucoup plus rcent l'tat positif4 ,elle est surtout la consquence invitable et permanente de la complication trs suprieure de ses phnomnes4 ,quelques importans progrs qu'on doive y esprer prochainement du dveloppement plus complet et du concours plus rationnel de tous les moyens divers qui lui sont propres1 cette tude restera ncessairement toujours infrieure aux diffrentes branches fondamentales de la philosophie inorganique1 sans en excepter la chimie elle-mme1 soit pour la coordination systmatique de ses phnomnes1 soit pour leur prvision scientifique4 ,toutefois1 ceux qui n'ont point directement examin1 avec une certaine profondeur1 sa vraie nature philosophique1 doivent se former une trop faible ide de la perfection spculative qu'elle comporte rellement1 d'aprs la considration exclusive1 tout--fait insuffisante1 de son tat actuel1 qui ne prsente encore1 tant d'gards1 qu'une strile accumulation d'observations incompltes ou incohrentes et de conceptions arbitraires ou htrognes4 ,on doit rellement envisager l'ensemble des travaux biologiques jusqu' prsent comme constituant une vaste opration prliminaire1 principalement destine caractriser et dvelopper tous les divers moyens principaux qui appartiennent cette difficile tude1 et dont l'usage ne pouvait tre que provisoire tant que leur concours n'tait point systmatiquement organis4 ,sous ce point de vue1 l'tat de la science commence tre1 en effet1 trs satisfaisant1 puisque une telle organisation fondamentale est dj pleinement ralise chez un petit nombre d'esprits suprieurs4 ,quant l'tablissement direct des lois biologiques1 quoiqu'il ait t encore essentiellement prmatur1 le peu de notions exactes dj formes ce sujet suffit1 nanmoins1 pour faire sentir aujourd'hui que1 soigneusement restreinte aux recherches positives1 la science des corps vivans1 eu gard la complication suprieure de ses phnomnes1 peut atteindre rellement1 d'une manire bien plus complte qu'on n'a coutume de le supposer1 leur coordination rationnelle et par suite leur prvision1 conformment son rang effectif dans le systme gnral de la philosophie naturelle4 ,l'examen des relations ncessaires de la biologie avec chacune des autres sciences fondamentales1 nous a naturellement conduits fixer1 l'abri de tout arbitraire1 l'ducation prliminaire la mieux adapte la vraie nature d'une telle science4 ,cette ducation1 consistant dans l'tude philosophique pralable de l'ensemble de la science mathmatique1 et ensuite successivement1 divers degrs dtermins de spcialit1 de l'astronomie1 de la physique1 et enfin de la chimie1 est ncessairement plus difficile que celle prcdemment assigne toute autre classe de savans4 ,mais nous avons reconnu qu'elle est aussi beaucoup plus ncessaire2 et l'on ne saurait douter que la marche timide et vacillante de la biologie positive ne tienne aujourd'hui1 en grande partie1 l'ducation radicalement vicieuse de presque tous ceux qui la cultivent4 ,du reste1 quelles que soient les difficults relles de cette ducation rationnelle1 il ne faut pas oublier que le temps si dplorablement consum aujourd'hui d'inutiles tudes de mots ou de vaines spculations mtaphysiques1 suffirait pleinement son entire ralisation chez des esprits fortement organiss1 les seuls aptes cultiver avec succs une science aussi profondment complique4 ,enfin1 il importe de remarquer que1 par une suite ncessaire de l'ducation ainsi dtermine par la nature de leurs travaux propres1 les anatomistes et les physiologistes se trouveront dsormais directement placs au point de vue philosophique le plus complet1 comme l'exige l'action capitale que1 plus qu'aucune autre classe de savans1 ils sont spontanment appels exercer sur le gouvernement intellectuel de la socit4 ,car cette action est1 de toute ncessit1 naturellement attache l'entire gnralit des conceptions et la parfaite homognit des doctrines1 seules proprits par lesquelles1 malgr leur irrcusable caducit1 la philosophie thologique et la philosophie mtaphysique conservent aujourd'hui assez d'empire pour exclure encore la philosophie positive de la suprme direction rgulire du monde moral1 comme je l'expliquerai dans le volume suivant1 quoique elles-mmes soient dsormais devenues radicalement impuissantes le conduire rellement4 ,aprs avoir jusqu'ici convenablement examin la nature propre et le but gnral de la science biologique1 l'ensemble des moyens fondamentaux qui lui sont propres1 et le systme de ses diverses relations ncessaires avec toutes les autres branches essentielles de la philosophie naturelle1 il me reste maintenant faire ressortir directement ses proprits philosophiques les plus gnrales1 c'est--dire caractriser sa puissante influence immdiate sur le dveloppement radical et l'mancipation dfinitive de la raison humaine4 ,par la nature de son sujet1 l'tude positive de l'homme a toujours possd ncessairement l'incontestable privilge de fournir1 la masse des esprits judicieux trangers aux spculations scientifiques proprement dites1 la mesure usuelle la plus dcisive et la plus tendue du vritable degr de force fondamentale propre aux diverses intelligences4 ,ce mode habituel de classement est1 en lui-mme1 beaucoup plus rationnel que ne l'a souvent fait penser une critique superficielle4 ,quoique1 dans une science quelconque1 les faits les plus importans soient aussi1 de toute ncessit1 les plus communs1 cependant1 en vertu des artifices plus ou moins raffins qu'exige ordinairement la saine observation scientifique des principaux phnomnes inorganiques1 on conoit qu'un grand nombre de bons esprits puissent nanmoins tre frquemment dtourns de porter leur attention sur l'tude de ces diffrens ordres de phnomnes4 ,aussi1 quant aux parties correspondantes de la philosophie naturelle1 la patiente mais facile laboration qu'y suppose l'acquisition des connaissances scientifiques dj obtenues1 doit-elle souvent faire illusion sur la valeur relle de la plupart des esprits qui les possdent et dont tout le mrite vritable consiste quelquefois avoir heureusement profit des circonstances favorables sous l'influence desquelles ils ont t levs4 ,cette confusion difficile viter entre l'instruction acquise et la force spontane1 est encore plus ordinaire l'gard des tudes mathmatiques1 vu l'application plus spciale et plus prolonge qu'elles ncessitent1 et la langue hiroglyphique trs caractrise qu'elles doivent employer1 et dont l'imposant appareil est si propre masquer1 aux yeux du vulgaire1 une profonde mdiocrit intellectuelle4 ,aussi peut-on voir journellement1 dans les diffrentes sciences inorganiques1 et surtout dans les sciences mathmatiques1 des exemples trs prononcs d'esprits peu minens parvenus1 au moins pendant leur vie1 une certaine importance scientifique1 l'aide d'une prudente conduite intellectuelle1 fonde sur un juste sentiment instinctif des ressources spciales que prsente la nature de leurs travaux pour garer le jugement du public impartial4 ,quoique une telle mprise ne soit point1 malheureusement1 sans exemple l'gard des sciences biologiques1 il faut nanmoins reconnatre que l'tude de l'homme1 et principalement de l'homme intellectuel et moral1 doit1 par sa nature1 permettre bien moins qu'aucune autre une semblable illusion2 ce qui justifie la prfrence universelle que le bon sens vulgaire lui a constamment accorde comme principale preuve des intelligences4 ,ici1 en effet1 les plus importans phnomnes sont ncessairement connus de tous2 et tous aussi sont naturellement stimuls les observer3 en sorte que les privilges de l'instruction spciale deviennent beaucoup moins tendus4 ,l'intelligence dveloppe qui ne se serait point livre un tel ordre d'observations1 serait1 par cela seul1 essentiellement juge4 ,en mme temps que l'universalit de ce grand sujet organise ainsi1 entre tous les esprits1 une sorte de concours spontan1 la profonde difficult ncessaire et l'extrme importance directe qui caractrisent si hautement sa judicieuse investigation rendent ce concours minemment propre servir habituellement de base principale au classement rationnel de l'ensemble des intelligences4 ces proprits fondamentales1 on doit ajouter d'ailleurs que jusqu'ici l'imperfection radicale de nos tudes scientifiques proprement dites sur les lois positives de phnomnes aussi compliqus1 constitue1 cet gard1 un motif de plus1 en attribuant plus d'influence l'originalit des mditations individuelles4 ,quand ces lois seront mieux connues1 ce dernier motif sera essentiellement remplac par l'habilet plus prononce qu'exigera ncessairement leur sage application systmatique ces difficiles recherches4 ,d'aprs un tel ensemble de caractres1 le monde moral ne cessera donc jamais d'employer la connaissance plus ou moins profonde de la vritable nature humaine comme le signe le moins quivoque et la mesure la plus usuelle de toute vraie supriorit intellectuelle4 ,ce critrium est tellement certain que l'histoire universelle permet de le vrifier clairement1 mme l'gard des esprits qui n'ont fourni leurs principaux tmoignages de force relle que par des travaux relatifs aux sujets scientifiques les plus loigns de cette tude1 et chez lesquels nanmoins on peut toujours apercevoir des traces plus ou moins distinctes de hautes mditations originales sur l'homme ou sur la socit1 comme le montrent videmment1 toutes les poques1 tant d'illustres exemples analogues ceux de ,lebniz1 de ,descartes1 de ,pascal1 etc4 ,les facults fondamentales de notre intelligence tant ncessairement identiques dans leurs applications les plus diverses1 on ne saurait comprendre1 sans doute1 comment les gomtres1 les astronomes1 les physiciens et les chimistes1 qui ont fait preuve d'un vrai gnie scientifique1 auraient jamais pu s'abstenir entirement de diriger spcialement les forces de leur entendement vers le sujet qui provoque le plus spontanment et avec le plus d'nergie l'attention universelle1 quoiqu'ils aient pu ne pas nous laisser constamment des indications formelles de cette invitable diversion4 ,ceux qui1 de nos jours1 ont quelquefois tent vainement de discrditer1 cet gard1 les usages invariables de la sagesse vulgaire1 ont donc ainsi1 leur insu1 directement prononc contre eux-mmes1 et confirm involontairement la rgle qu'ils essayaient de dtruire4 ,d'aprs cette indispensable considration prliminaire1 l'analyse rationnelle des principales proprits philosophiques qui caractrisent la science biologique devient maintenant plus facile et plus nette4 ,examinons d'abord ces proprits relativement la mthode4 ,sous ce premier point de vue1 la philosophie biologique doit tre regarde comme directement destine1 par sa nature1 perfectionner1 ou1 pour mieux dire1 dvelopper1 deux des plus importantes facults lmentaires de l'esprit humain1 dont aucune autre branche fondamentale de la philosophie naturelle ne pouvait permettre la libre et pleine volution4 ,je veux parler de l'art comparatif proprement dit1 et de l'art de classer1 qui1 malgr leur co-relation ncessaire1 sont nanmoins parfaitement distincts4 ,au sujet du premier1 les explications prcdemment exposes dans ce discours ont dj suffisamment dmontr l'minente et incontestable aptitude de la biologie positive au dveloppement spcial de ce grand moyen logique4 ,par cela mme1 la dmonstration doit aussi tre implicitement fort avance l'gard de la seconde facult rationnelle1 qui sera d'ailleurs l'objet essentiel et direct de l'une des leons suivantes4 ,nous devons donc nous borner ici1 en ce qui la concerne1 la simple indication sommaire1 mais toutefois caractristique1 du principe philosophique fondamental1 conformment l'esprit gnral de ce discours4 ,la thorie universelle des classifications philosophiques1 destines non-seulement faciliter les souvenirs mais surtout perfectionner les combinaisons scientifiques1 se trouve ncessairement employe1 d'une manire plus ou moins importante et plus ou moins caractrise1 par l'une quelconque des diffrentes sciences fondamentales1 qui toutes rclament invitablement l'exercice plus ou moins prononc de l'ensemble des diverses facults lmentaires de notre intelligence4 ,j'ai dj spcialement tabli1 cet gard1 ds le premier volume de ce trait1 que la science mathmatique elle-mme1 source primitive de toutes les autres1 nous offre spontanment une application capitale de la vraie thorie gnrale des classifications1 par la grande conception1 trop peu apprcie encore du vulgaire des gomtres1 de l'illustre ,monge1 sur la classification fondamentale des surfaces en familles naturelles d'aprs leur mode de gnration1 o l'on peut reconnatre tous les caractres philosophiques essentiels des saines mthodes zoologiques et botaniques1 avec la puret et la perfection suprieures que devait comporter la nature si minemment simple d'un tel sujet4 ,toutefois1 quelle que soit l'importance des remarques analogues auxquelles peuvent aussi donner lieu les diverses branches de la philosophie inorganique1 et notamment la science chimique1 on doit incontestablement reconnatre que le principal dveloppement philosophique de l'art de classer tait ncessairement rserv la science biologique4 ,car1 il est vident1 en gnral1 que chacune de nos facults lmentaires doit tre spcialement dveloppe par celle de nos tudes positives fondamentales qui en exige la plus urgente application1 et qui lui prsente1 en mme temps1 le champ le plus tendu1 ainsi que je l'ai dj remarqu1 tant d'autres gards1 dans les prcdentes parties de cet ouvrage4 ,or1 sous l'un et l'autre aspect1 aucune science ne saurait tendre1 par sa nature1 aussi directement ni aussi compltement que la biologie favoriser l'essor spontan de la thorie gnrale des classifications4 ,d'abord1 aucune ne pouvait prouver1 d'une manire aussi profonde1 le besoin capital des classifications rationnelles1 non-seulement en vertu de l'immense multiplicit des tres distincts1 et pourtant analogues1 que les spculations biologiques doivent invitablement embrasser2 mais surtout par la ncessit fondamentale d'organiser1 entre tous ces tres divers1 une exacte comparaison systmatique1 qui constitue1 comme nous l'avons reconnu1 le plus puissant moyen d'investigation propre l'tude positive des corps vivans1 et dont l'application rgulire exige videmment l'institution pralable de la vraie hirarchie biologique1 considre au moins dans ses dispositions les plus gnrales4 ,en second lieu1 les mmes caractres essentiels qui rendent ici absolument indispensables les classifications philosophiques1 tendent minemment aussi provoquer et faciliter leur tablissement spontan4 ,les esprits trangers la philosophie biologique doivent1 au premier aspect1 regarder le nombre et la complication des sujets classer comme autant d'obstacles lmentaires leur disposition systmatique4 ,mais1 en ralit1 on doit concevoir1 au contraire1 que la multiplicit mme des tres vivans et l'extrme diversit de leurs rapports tendent naturellement rendre leur classification plus facile et plus parfaite1 en permettant de saisir entre eux des analogies scientifiques la fois plus spontanes1 plus tendues1 et plus aises vrifier sans quivoque4 ,cette loi philosophique est tellement incontestable que nous reconnatrons spcialement1 dans la quarante-deuxime leon1 que1 si la classification rationnelle des animaux est1 par sa nature1 trs suprieure celle des vgtaux1 cette diffrence rsulte prcisment de la varit et de la complication beaucoup plus grandes des organismes animaux1 qui offrent ainsi plus de prise l'art de classer4 ,j'ai dj fait1 en philosophie mathmatique1 une remarque analogue1 en opposant la classification1 si imparfaitement bauche jusqu' prsent1 des courbes1 et mme des courbes planes1 la parfaite disposition systmatique du vaste ensemble total des surfaces2 ce qui tient1 en effet1 ce que les surfaces1 par leur multiplicit et leur complication suprieures1 nous permettent d'tablir entre elles des comparaisons1 soit gomtriques1 soit analytiques1 plus nettes et mieux caractrises que celles relatives l'tude trop restreinte et trop homogne des courbes1 et surtout des courbes planes4 ,on conoit donc aisment1 par ces divers motifs1 que la nature mme des difficults fondamentales propres la science biologique ait d la fois y exiger et y permettre le dveloppement le plus prononc et le plus spontan de l'art gnral des classifications rationnelles4 ,c'est donc essentiellement une telle source que tout philosophe judicieux devra venir toujours puiser l'exacte connaissance de cet art capital1 dont on ne saurait1 d'aucune autre manire1 se former jamais une juste ide1 dans quelque sujet qu'on se propose d'ailleurs d'en raliser l'application ultrieure4 ,parmi les gomtres1 les astronomes1 les physiciens1 et mme les chimistes1 ceux dont l'esprit1 quelque minent qu'on le suppose1 n'a jamais convenablement franchi les bornes spciales de leurs tudes1 se font ordinairement remarquer par d'tranges aberrations relativement aux conditions fondamentales de la vraie thorie des classifications quelconques1 soit qu'il s'agisse de la formation des groupes naturels1 ou de leur coordination rationnelle1 double lment philosophique de cette thorie1 et surtout du principe gnral de la subordination des caractres1 qui constitue son artifice le plus essentiel4 ,sous ces trois importans rapports1 les biologistes1 seuls entre toutes les classes de savans1 peuvent aujourd'hui avoir habituellement des notions nettes et positives4 ,c'est uniquement leur cole que les autres philosophes positifs peuvent dsormais apprendre cultiver avec succs cette facult essentielle1 de manire en introduire1 dans les autres sciences fondamentales1 d'heureuses applications1 que plusieurs d'entr'elles rclament maintenant divers gards4 ,j'ai spcialement insist1 dans la premire partie de ce volume1 sur l'urgente ncessit philosophique o se trouvent aujourd'hui les chimistes de recourir un tel moyen d'ducation logique1 pour raliser convenablement le perfectionnement capital le plus indispensable la constitution actuelle de leur science4 ,quoique le gnie de ,monge ait su faire instinctivement1 dans sa principale conception mathmatique1 un admirable usage du vritable principe gnral de la thorie des classifications rationnelles1 sans que ses travaux aient laiss d'ailleurs aucune trace apprciable de l'influence indirecte exerce1 cet gard1 sur son intelligence par les considrations de philosophie biologique1 je n'hsite pas nanmoins conjecturer que ce gnie1 qui n'tait point exclusivement mathmatique1 puisqu'il a dcouvert1 d'une manire si originale1 la vraie composition de l'eau1 fut minemment excit et mme dirig ce sujet1 son insu sans doute1 par l'invitable raction des belles discussions philosophiques qui alors retentissaient partout autour de lui sur cette question fondamentale1 depuis la mmorable impulsion que l'esprit humain avait reue des grands travaux de ,bernard de ,jussieu et de ,linn4 ,ainsi1 l'tude positive des corps vivans est essentiellement destine1 par sa nature1 sous le point de vue logique1 au dveloppement gnral de l'art universel de classer1 aussi bien que de l'art comparatif proprement dit4 ,ces deux attributs caractristiques devraient lui attirer1 d'une manire toute spciale1 l'attention profonde de tout esprit philosophique1 mme abstraction faite du haut intrt scientifique qu'inspirent naturellement les connaissances capitales qu'elle se propose dfinitivement de nous dvoiler4 ,on peut assurer cet gard1 sans aucune exagration1 que toute intelligence reste trangre aux tudes biologiques1 n'a pu recevoir qu'une ducation radicalement imparfaite1 puisqu'elle a laiss dans l'inaction plusieurs des facults fondamentales dont l'ensemble constitue le pouvoir positif gnral de l'esprit humain4 ,c'est ainsi que1 conformment au principe essentiel de ma philosophie1 la mthode positive universelle1 malgr son invariabilit ncessaire1 ne saurait tre vraiment connue1 sous tous ses aspects importans1 que par l'examen approfondi de tous les divers lmens de la hirarchie scientifique2 car chacun d'eux possde1 par sa nature1 la proprit exclusive de dvelopper spcialement quelqu'un des grands procds logiques dont la mthode est compose4 ,quoique les sciences les plus gnrales et les plus simples soient directement indpendantes des sciences plus particulires et plus compliques1 qui1 au contraire1 reposent immdiatement sur elles2 on vrifie ici nanmoins1 d'une manire irrcusable1 l'invitable raction logique que les moins parfaites doivent exercer sur les plus parfaites1 l'amlioration fondamentale desquelles elles peuvent ainsi utilement concourir1 par les facults rationelles qu'il leur appartient de cultiver minemment4 ,telle est la grande considration philosophique qui fait la fois ressortir1 et le principe de subordination ncessaire1 propre constituer la vraie hirarchie scientifique1 et le consensus gnral1 d'o rsulte la rigoureuse unit du systme4 ,lorsque ces notions capitales seront enfin convenablement examines1 je parviendrai aisment1 sans doute1 rendre sensible la profonde irrationnalit du mode actuel d'isolement exclusif qui prside encore l'organisation essentielle de nos tudes positives1 et qui est aussi nuisible leurs divers progrs spciaux qu' leur action collective sur le gouvernement intellectuel de l'humanit4 ,il nous reste maintenant envisager1 sous le point de vue scientifique proprement dit1 les proprits philosophiques directes de la science biologique1 c'est--dire1 sa haute participation spciale l'irrvocable mancipation de la raison humaine1 et son dveloppement fondamental1 considr dsormais1 non plus seulement quant la mthode positive1 mais aussi quant l'esprit positif1 dont cette grande science est si clairement destine fournir l'indispensable complment4 ,nous pouvons1 d'abord1 vrifier ici et appliquer la loi gnrale que j'ai tablie ce sujet en examinant de la mme manire les deux dernires branches de la philosophie inorganique1 et surtout la chimie4 ,elle consiste1 comme on l'a vu1 en ce que l'tude positive d'un ordre quelconque de phnomnes tend toujours directement dtruire radicalement toutes les conceptions essentielles de la philosophie thologique1 par ces deux voies universelles1 complmentaires l'une de l'autre1 de la prvision rationnelle des phnomnes1 et de la modification volontaire que l'homme exerce sur eux2 la dernire facult devenant ncessairement plus tendue1 pendant que la premire devient moins parfaite1 mesure que le genre des phnomnes se complique davantage2 de faon constater sans cesse1 d'une manire galement irrcusable1 quoique l'aide de procds diffrens1 que les divers vnemens du monde rel ne sont pas rgis par des volonts surnaturelles1 mais par des lois naturelles4 ,la science biologique confirme minemment cette double tendance ncessaire4 ,quoique sa complication caractristique doive1 sans doute1 lui permettre beaucoup moins1 surtout dans son tat actuel d'imperfection1 de dvelopper la facult de prvision1 on conoit cependant1 d'aprs la dfinition mme que j'en ai donne1 que la biologie positive a aussi sa manire scientifique propre de tmoigner directement son incompatibilit radicale avec les fictions thologiques1 et avec les entits mtaphysiques4 ,un tel tmoignage gnral rsulte invitablement1 en effet1 de cette exacte analyse des diverses conditions1 soit organiques1 soit extrieures1 indispensables chacun des actes de l'existence des corps vivans1 analyse qui constitue immdiatement l'objet perptuel de toutes les tudes anatomiques ou physiologiques4 ,l'opposition spontane de ce genre de recherches toute conception thologique ou mtaphysique doit tre aujourd'hui particulirement remarque l'gard des thories relatives aux phnomnes intellectuels et affectifs1 dont le positivisme est si rcent1 et qui sont enfin les seuls1 avec les phnomnes sociaux qui en drivent1 au sujet desquels la lutte demeure encore engage1 pour le vulgaire des esprits1 entre la philosophie positive et l'ancienne philosophie4 ,ces phnomnes sont en effet1 en vertu mme de leur complication suprieure1 ceux dont l'accomplissement rgulier exige ncessairement le concours le plus dtermin de l'ensemble le plus tendu de conditions diverses1 tant extrieures qu'intrieures2 en sorte que leur tude positive peut faire plus aisment ressortir1 avec une vidence irrsistible pour les intelligences les moins cultives1 la profonde inanit ncessaire des prtendues explications abstraites manes de la philosophie thologique ou mtaphysique3 ce qui rend facilement raison de l'aversion plus prononce que cette tude a le privilge d'inspirer spontanment aujourd'hui aux diffrentes sectes de thologiens et de mtaphysiciens4 ,le public impartial ne pouvait1 sans doute1 viter d'tre vivement frapp des vains efforts de ceux-ci pour faire concorder le jeu illusoire des influences surnaturelles ou des entits psychologiques1 dans la production des phnomnes moraux1 avec l'troite dpendance o le milieu et l'organisme tiennent si videmment ces phnomnes1 mesure qu'elle a t dvoile ou signale par les travaux des anatomistes et des physiologistes modernes4 ,tels sont1 sous ce premier point de vue1 les grands services que le dveloppement de la science biologique a directement rendus l'tablissement philosophique de la doctrine positive universelle1 qu'elle a mise enfin en possession de la partie du domaine intellectuel sur laquelle l'ancienne philosophie avait fond1 avec le plus de scurit1 son principal point d'appui4 ,cette tendance spontane de l'ensemble des saines tudes anatomiques ou physiologiques positiver immdiatement nos conceptions les plus compliques devient encore plus manifeste1 si nous considrons maintenant les phnomnes vitaux sous le second aspect philosophique indiqu ci-dessus1 c'est--dire1 comme minemment modifiables4 ,le concours beaucoup plus tendu de conditions htrognes1 qu'exige ncessairement l'accomplissement de ces phnomnes1 nous permet1 en effet1 de les modifier1 bien plus que tous les autres1 au gr de notre intervention1 l'action de laquelle la plupart de ces conditions sont1 par leur nature1 accessibles1 soit qu'elles se rapportent l'organisme ou au systme ambiant4 ,or1 cette facult volontaire de troubler de tels phnomnes1 de les suspendre1 et mme de les dtruire1 devient ici tellement frappante1 qu'elle doit immdiatement conduire repousser toute ide d'une direction thologique ou mtaphysique4 ,comme la prcdente1 dont elle ne constitue1 vrai dire1 qu'un simple prolongement mieux caractris1 cette nouvelle influence philosophique de la biologie positive est plus spcialement prononce l'gard des phnomnes moraux proprement dits1 les plus modifiables de tous les phnomnes organiques4 ,le psychologue le plus obstin ne saurait1 sans doute1 persister soutenir la souveraine indpendance de ses entits intellectuelles1 si seulement il daignait rflchir1 par exemple1 que la simple inversion momentane de sa station verticale ordinaire suffit pour opposer aussitt un insurmontable obstacle au cours de ses propres spculations4 ,par ces deux ordres de considrations1 les doctrines biologiques rachtent donc trs compltement1 sous le rapport anti-thologique ou antimtaphysique1 la moindre perfection ncessaire de leur caractre scientifique en ce qui concerne la prvision systmatique des phnomnes correspondans4 ,toutefois1 quoique nous devions certainement regretter beaucoup1 d'autres gards1 que cette divination rationnelle soit1 en biologie1 aussi imparfaite1 il importe de remarquer ici que cette facult n'a pas besoin d'tre fort dveloppe pour produire suffisamment un tel effet philosophique1 mme abstraction faite de tout autre motif4 ,car1 en voyant1 ne ft-ce que dans quelques cas bien caractriss1 les vnemens biologiques s'accomplir d'une manire essentiellement conforme aux prvisions de la science1 ce qui1 incontestablement1 a souvent lieu1 mme aujourd'hui1 entre les limites de variation convenables la nature des phnomnes1 le bon sens du vulgaire ne peut s'empcher de reconnatre que ces phnomnes sont1 comme tous les autres1 assujettis d'invariables lois naturelles1 dont la complication invitable est la seule cause des contradictions relles que peuvent essuyer1 en d'autres occasions1 nos dterminations scientifiques4 ,la conclusion philosophique ne saurait devenir radicalement impossible1 que si la prvision scientifique tait toujours en dfaut2 ce que les dtracteurs les plus exagrs des doctrines anatomiques et physiologiques n'oseraient1 sans doute1 prtendre dsormais4 ,indpendamment de cette spciale influence philosophique1 analogue celle des autres sciences fondamentales1 et seulement plus prononce certains gards et moins d'autres1 l'tude positive des corps vivans a constamment soutenu1 ds sa naissance1 contre le systme gnral de la philosophie thologique et mtaphysique1 une lutte plus originale et plus directe1 l'issue de laquelle elle a tendu transformer dfinitivement un dogme ancien en un principe nouveau1 aussi rel que le premier tait vain1 et aussi fcond que celui-ci tait strile4 ,chaque branche essentielle de la philosophie inorganique nous a dj manifest1 sous un aspect plus ou moins capital1 une semblable proprit4 ,je l'ai signale1 au commencement de ce volume1 pour la chimie1 substituant1 l'absurde ide primitive des destructions et crations absolues de matire1 l'exacte notion gnrale des dcompositions et recompositions perptuelles4 ,dans le volume prcdent1 l'astronomie nous avait d'abord montr cette tendance sous un point de vue encore plus immdiat et plus fondamental1 en reprsentant l'ordre essentiel du monde comme le rsultat ncessaire et spontan de l'action mutuelle des principales masses qui le composent1 en mme temps qu'elle ruine radicalement1 avec une irrsistible vidence1 l'hypothse des causes finales et de tout gouvernement providentiel4 ,la science biologique1 constitue1 par sa nature1 plus profondment qu'aucune autre1 en harmonie philosophique1 directe et gnrale1 avec la science astronomique1 ainsi que je l'ai tabli1 est venue enfin complter1 pour les phnomnes les plus spciaux et les plus compliqus1 l'ensemble de cette grande dmonstration4 ,attaquant son tour1 et sa manire1 le dogme lmentaire des causes finales1 elle l'a graduellement transform dans le principe fondamental des conditions d'existence1 dont le dveloppement et la systmatisation appartiennent1 sans aucun doute1 la biologie1 quoique1 en lui-mme1 il soit1 d'ailleurs1 essentiellement applicable tous les ordres quelconques de phnomnes naturels4 la vrit1 l'irrationnelle ducation prliminaire de la plupart des anatomistes et des physiologistes actuels les conduit encore trop souvent employer un tel principe avec des formes qui le dnaturent1 en le rapprochant mal propos du dogme thologique qu'il a remplac4 ,le vritable esprit gnral de la science biologique doit certainement nous conduire penser que1 par cela mme que tel organe fait partie de tel tre vivant1 il concourt ncessairement1 d'une manire dtermine1 quoique peut-tre inconnue1 l'ensemble des actes qui composent son existence3 ce qui revient simplement concevoir qu'il n'y a pas plus d'organe sans fonction que de fonction sans organe4 ,puisque le dveloppement prcis de la co-relation ncessaire entre les ides d'organisation et les ides de vie constitue1 comme je l'ai tabli1 le but caractristique de toutes nos tudes biologiques1 une telle disposition intellectuelle est donc minemment philosophique et d'un usage indispensable4 ,mais il faut convenir que cette tendance systmatique regarder tout organe quelconque comme exerant ncessairement une certaine action1 dgnre encore trs frquemment en une aveugle admiration anti-scientifique du mode effectif d'accomplissement des divers phnomnes vitaux4 ,une semblable disposition1 manation vidente de l'ancienne suprmatie thologique1 est en opposition directe avec toute saine interprtation du principe des conditions d'existence1 d'aprs lequel1 quand nous avons observ une fonction quelconque1 nous ne saurions tre surpris que l'analyse anatomique vienne rellement dvoiler1 dans l'organisme1 un mode statique propre permettre l'accomplissement de cette fonction4 ,cette admiration irrationnelle et strile1 en nous persuadant que tous les actes organiques s'oprent aussi parfaitement que nous puissions l'imaginer1 tend immdiatement comprimer l'essor gnral de nos spculations biologiques3 elle conduit souvent s'merveiller sur des complications videmment nuisibles#bf4 ,les philosophes qui ont le plus insist cet gard1 ne se sont point aperus1 sans doute1 qu'ils finissaient par marcher directement eux-mmes contre le but religieux qu'ils s'taient propos1 puisqu'ils assignaient ainsi la sagesse humaine pour rgle et mme pour limite la sagesse divine1 qui1 dans un tel parallle1 devait se trouver plus d'une fois rellement infrieure4 ,quoique notre imagination reste ncessairement circonscrite1 en tous genres1 dans la seule sphre de nos observations effectives1 et que1 par suite1 il nous soit surtout impossible d'imaginer des organismes radicalement nouveaux1 on ne saurait douter1 nanmoins1 ce me semble1 que le gnie scientifique ne soit aujourd'hui1 mme en biologie1 assez dvelopp et assez mancip pour que nous puissions directement concevoir1 d'aprs l'ensemble de nos lois biologiques1 des organisations qui diffrent notablement de toutes celles que nous connaissons1 et qui leur seraient incontestablement suprieures sous tel point de vue dtermin1 sans que ces amliorations fussent invitablement compenses1 d'autres gards1 par des imperfections quivalentes4 ,cette facult me parat tellement irrcusable1 que je n'ai point hsit prcdemment proposer l'emploi systmatique d'un tel ordre de fictions scientifiques comme propre introduire dsormais1 dans les lmens de la philosophie biologique1 un perfectionnement rel1 bien que simplement accessoire4 ,note #bf3 ,on peut1 ce sujet1 indiquer1 comme un exemple frappant de cette absurde disposition1 la purile affectation de certains philosophes vanter la prtendue sagesse de la nature dans la structure de l'oeil1 particulirement en ce qui concerne le rle du cristallin1 dont ils sont alls jusqu' admirer l'inutilit fondamentale1 comme s'il pouvait y avoir beaucoup de sagesse introduire aussi intempestivement une pice qui n'est point indispensable au phnomne1 et qui nanmoins devient1 en certains cas1 capable de l'empcher entirement4 ,il serait ais d'en dire autant d'une foule d'autres particularits organiques2 et1 entre autres1 de la vessie urinaire1 qui1 envisage comme un simple rcipient de l'appareil dpurateur1 n'a sans doute qu'une importance trs secondaire1 et dont la principale influence1 dans les animaux suprieurs et surtout dans l'homme1 consiste certainement dterminer souvent un grand nombre de maladies incurables4 ,en gnral1 l'analyse pathologique ne dmontre que trop clairement que l'action perturbatrice de chaque organe sur l'ensemble de l'conomie est fort loin d'tre toujours exactement compense par son utilit relle dans l'tat normal4 ,si1 entre certaines limites1 tout est ncessairement dispos de manire pouvoir tre1 on chercherait nanmoins vainement1 dans la plupart des arrangemens effectifs1 des preuves d'une sagesse rellement suprieure1 ou mme seulement gale1 la sagesse humaine4 ,malgr les reproches plus ou moins graves qu'on est en droit d'adresser1 sous ce rapport1 aux habitudes actuelles de presque tous les biologistes1 l'aptitude fondamentale de la science biologique dvelopper spontanment et mettre dans tout son jour le principe philosophique des conditions d'existence1 n'en demeure pas moins irrcusable4 ,aucune science ne pouvait1 sans doute1 faire1 de ce grand principe1 un usage aussi tendu et aussi capital1 que celle qui1 par sa nature1 s'occupe continuellement d'tablir une exacte harmonie entre la considration du moyen et celle du but1 outre que la difficult caractristique du sujet devait y rendre un tel secours encore plus indispensable4 ,la science sociale1 comme je l'expliquerai dans le volume suivant1 est1 aprs la biologie1 celle qui comporte et qui exige mme l'application la plus complte et la plus importante de ce principe gnral1 dont elle doit achever de dvelopper l'esprit et de constater la fconde efficacit4 ,cette application ultrieure constituait pour moi un nouveau motif de signaler ici plus spcialement la vritable origine philosophique d'une telle notion fondamentale4 ,on conoit d'ailleurs que cette notion convient ncessairement tous les ordres de phnomnes sans exception1 puisqu'il n'en saurait exister aucun o l'on ne puisse raliser plus ou moins la distinction capitale1 si bien tablie par ,m4 de ,blainville1 comme je l'ai indiqu ds la premire leon1 entre l'analyse statique du sujet et son analyse dynamique4 ,le principe philosophique des conditions d'existence n'est autre chose1 en effet1 que la conception directe et gnrale de l'harmonie ncessaire de ces deux analyses4 ,si ce principe est minemment adapt la nature de la science biologique1 il n'en peut exister d'autre motif que l'importance trs suprieure et le caractre beaucoup plus prononc que doit prendre spontanment1 en biologie1 cette double analyse4 ,telles sont1 sous le point de vue de la doctrine1 les grandes proprits philosophiques qui appartiennent spcialement1 de la manire la moins quivoque1 la biologie positive4 ,il rsulte videmment de leur examen sommaire1 comme nous l'avons dj reconnu quant la mthode1 que l'esprit positif ne saurait tre compltement dvelopp1 dans toutes ses diverses dispositions essentielles1 chez ceux qui n'ont point convenablement tudi le nouvel aspect fondamental qu'il affecte dans la science des corps vivans1 mme abstraction faite des inconvniens directs d'une semblable ignorance4 ,aussi1 vu l'extrme imperfection et les profondes lacunes de nos ducations scientifiques actuelles1 mme les moins irrationnelles1 on ne doit pas tre tonn de rencontrer si frquemment le dplorable spectacle d'intelligences1 minentes sur certains points dtermins1 et presque puriles sur un grand nombre d'autres non moins importans4 ,quoique plusieurs philosophes aient vainement tent d'riger1 en une sorte de principe permanent1 cette anomalie trop commune aujourd'hui1 il n'est pas douteux nanmoins qu'elle est uniquement le rsultat transitoire de l'espce d'interrgne intellectuel qu'a d produire la lente et difficile rvolution qui conduit enfin l'esprit humain de la philosophie thologique et mtaphysique un systme homogne complet et exclusif de philosophie positive1 dont l'universelle prpondrance fera naturellement cesser cette vicieuse disparit4 ,pour terminer enfin l'examen philosophique de l'ensemble de la science biologique1 envisag sous tous les divers points de vue fondamentaux1 il ne nous reste plus maintenant qu' jeter rapidement un coup d'oeil gnral sur la division principale de ses diffrentes parties essentielles et sur la coordination rationnelle qui leur est propre4 ,les divers aspects gnraux sous lesquels tout corps vivant peut tre tudi1 ont t caractriss1 de la manire la plus nette et la plus rationnelle1 par ,m4 de ,blainville1 dans les prolgomnes de son cours de physiologie compare4 ,au premier abord1 leur intime connexion ncessaire semble devoir prsenter l'tude complte de chaque organisme comme formant1 malgr son immense tendue1 un tout absolument indivisible4 ,mais la sparation philosophique de ces diffrens points de vue n'importe pas moins au progrs rel d'un tel ordre de connaissances que leur judicieuse coordination4 ,cette division et cette subordination rsultent ici spontanment l'une et l'autre de la simple application directe des principes lmentaires de classification encyclopdique que j'ai tablis1 ds le dbut de ce trait1 pour une catgorie quelconque de phnomnes naturels1 principes dont l'usage ne saurait tre la fois plus vident ni plus indispensable que dans le cas actuel4 ,la positivit beaucoup plus rcente des diverses tudes organiques1 et en mme temps leur harmonie bien plus prononce1 conduisent encore habituellement maintenir entre elles une confusion vicieuse1 dj essentiellement dissipe l'gard de tous les phnomnes antrieurs1 et qui entrave un haut degr la marche gnrale de chacune d'elles2 aussi1 afin de circonscrire nettement le vritable champ de la biologie proprement dite1 sommes-nous obligs ici de signaler1 d'une manire spciale quoique trs sommaire1 une discussion philosophique dont la nature mieux apprcie des autres sciences fondamentales nous avait jusqu' prsent dispenss4 ,cette discussion sera1 par les mmes motifs1 encore plus essentielle1 dans le volume suivant1 relativement la physique sociale4 ,suivant le principe philosophique pos ds la deuxime leon1 nous ne devons admettre1 pour un ordre quelconque de phnomnes1 au rang des sciences vraiment fondamentales1 que celles qui sont la fois spculatives et abstraites4 ,or1 en considrant d'abord le premier caractre1 qui correspond la division capitale entre la thorie et la pratique1 j'ai dj suffisamment examin1 au commencement de ce discours1 les motifs essentiels qui doivent faire constamment carter1 avec une scrupuleuse rigueur1 de la science biologique proprement dite1 toute recherche relative des applications immdiates1 dans l'intrt commun des tudes thoriques et des tudes pratiques1 dont les unes seraient dnatures et les autres entraves par ce mlange irrationnel4 ,ici les tudes pratiques1 philosophiquement envisages1 se rapportent ces deux grands sujets3 #a4 ,l'ducation des tres vivans1 vgtaux et animaux1 c'est--dire la direction systmatique de l'ensemble de leur dveloppement pour un but dtermin2 #b4 ,leur mdication1 c'est--dire l'action rationnelle exerce par l'homme pour les ramener l'tat normal#bg4 ,l'une et l'autre application gnrale constituent1 par leur nature1 une suite de corollaires philosophiques de l'exacte connaissance des lois biologiques1 et ne sauraient reposer solidement sur aucune autre base4 ,sans doute1 ces deux tudes secondaires peuvent1 leur tour1 utilement ragir sur l'tude fondamentale1 en fournissant la biologie d'importantes indications1 dont il serait absurde de vouloir la priver4 ,cela est surtout sensible l'gard des effets thrapeutiques1 dont l'analyse scientifique a si frquemment clair le mode rel d'accomplissement des divers phnomnes vitaux4 ,mais1 malgr ces emprunts intressans1 la biologie n'en est pas moins radicalement indpendante de la thrapeutique1 qui1 au contraire1 est ncessairement fonde sur elle2 on doit mme remarquer1 ce sujet1 que lorsque la physiologie utilise ainsi les observations mdicales1 c'est toujours titre d'une simple exprimentation indirecte1 et abstraction faite de toute ide de mdication3 car1 une mauvaise mdication1 convenablement analyse1 est tout aussi propre qu'une bonne l'claircissement des questions physiologiques1 pourvu que les effets en aient t soigneusement observs4 ,cette remarque est galement applicable aux observations relatives l'art de l'ducation1 que les physiologistes ont d'ailleurs jusqu'ici beaucoup trop nglig de consulter4 ,ainsi1 malgr ces importantes relations1 l'indpendance et l'isolement de la biologie spculative n'en demeurent pas moins incontestables4 ,note #bg3 ,dans cette seconde application1 la mdecine humaine est ncessairement comprise1 comme cas principal4 ,mais il n'en est pas de mme sous le premier point de vue4 ,quelque influence capitale que la biologie proprement dite doive1 sans doute1 exercer sur la dtermination1 soit gnrale1 soit spciale1 du plan rationnel de l'ducation humaine1 ce serait exagrer trs vicieusement cette relation indispensable que de ranger cette grande question sous la comptence exclusive et directe de la science biologique4 ,car1 l'ducation relle de l'homme tant surtout domine1 chaque poque1 par l'tat correspondant du dveloppement social1 c'est la physique sociale1 et non la biologie1 qu'il appartient principalement de la diriger toujours1 afin d'viter les utopies absolues et plus ou moins vagues1 que toute autre manire de s'carter de l'empirisme cet gard tendrait invitablement faire natre1 comme je l'expliquerai dans le volume suivant4 ,en second lieu1 l'tude des phnomnes vitaux doit tre exactement assujettie1 comme celle de tous les autres phnomnes naturels1 la division scientifique moins tranche1 mais presque aussi indispensable1 de l'ensemble de nos recherches spculatives en abstraites et concrtes2 les unes seules vraiment fondamentales1 les autres purement secondaires1 quelle que soit leur extrme importance4 ,l'tude concrte de chaque organisme comprend deux branches principales3 #a4 son histoire naturelle proprement dite1 c'est--dire1 le tableau rationnel et direct de l'ensemble de son existence relle2 #b4 sa pathologie1 c'est--dire l'examen systmatique des diverses altrations dont il est susceptible1 ce qui constitue une sorte d'appendice et de complment de son histoire4 ,ces deux ordres de considrations sont galement trangers1 par leur nature1 au vrai domaine philosophique de la biologie proprement dite4 ,en effet1 celle-ci doit toujours se borner l'tude essentielle de l'tat normal1 en concevant l'analyse pathologique comme un simple moyen d'exploration1 ainsi que je l'ai expliqu4 ,de mme1 quoique les observations d'histoire naturelle puissent fournir l'anatomie et la physiologie de trs prcieuses indications1 la vraie biologie n'en doit pas moins1 tout en se servant d'un tel moyen1 dcomposer toujours l'tude1 soit statique1 soit dynamique1 de chaque organisme dans celles de ses diverses parties constituantes1 sur lesquelles seules peuvent immdiatement porter les lois biologiques fondamentales2 tandis qu'une telle dcomposition est1 au contraire1 directement oppose au vritable esprit de l'histoire naturelle1 o l'tre vivant est constamment envisag dans l'ensemble indivisible de toutes ses diffrentes conditions d'existence4 ,si1 d'une part1 il est vident que l'analyse rationnelle de l'tat pathologique suppose ncessairement la connaissance pralable des lois relatives l'tat normal1 dont elle constitue un simple corollaire universel2 d'une autre part1 il n'est pas moins incontestable que l'tablissement des saines thories gnrales de la biologie proprement dite1 o tous les lmens de l'organisation et de la vie ont t ramens des lois uniformes et abstraites1 doit spontanment conduire l'tude concrte de leurs diverses combinaisons effectives dans chaque tre particulier4 ,aucune autre catgorie de phnomnes ne fait ressortir d'une manire aussi prononce la ralit et la ncessit de cette grande division philosophique entre la science abstraite1 gnrale1 et par suite fondamentale1 et la science concrte1 particulire1 et par suite secondaire4 ,en rapprochant ici cette division de la prcdente2 il convient de remarquer enfin que chacune des deux branches essentielles de la biologie concrte est plus spcialement en harmonie avec une des deux branches principales de l'art biologique1 l'histoire naturelle1 avec l'art de l'ducation2 la pathologie1 avec l'art mdical4 ,tel est le vrai systme philosophique des diffrentes parties gnrales de l'tude positive des corps vivans qui doivent tre soigneusement cartes de la science biologique proprement dite1 d'o elles drivent d'une manire plus ou moins directe1 dsormais suffisamment caractrise4 ,ainsi1 quoique la philosophie positive puisse quelquefois prouver le besoin d'employer la dnomination de biologie pour dsigner sommairement l'ensemble de l'tude relle des corps vivans1 envisags sous tous les divers aspects gnraux qui leur sont propres2 on doit cependant rserver soigneusement cette importante expression comme titre spcial de la partie vraiment fondamentale de cette immense tude1 o les recherches sont la fois spculatives et abstraites1 conformment aux explications prcdentes4 ,suivant l'esprit invariable de cet ouvrage1 indiqu ds l'origine1 cette partie doit seule tre ici le sujet direct et permanent de notre examen philosophique1 et je n'ai signal les autres qu'afin de mieux caractriser sa vritable nature distinctive1 qui se trouve ainsi trs nettement prononce4 ,considrons maintenant la principale distribution intrieure de cette biologie proprement dite4 ,on conoit aisment d'avance qu'une telle division ne saurait tre1 beaucoup prs1 ni aussi tranche ni aussi importante que celles qui viennent d'tre examines1 puisqu'il s'agit ici d'un sujet philosophique toujours strictement identique1 dont les divers aspects spculatifs et abstraits s'clairent mutuellement1 et sont rellement insparables4 ,nous pouvons imaginer sans peine un biologiste trs minent qui ne se serait jamais srieusement occup d'histoire naturelle proprement dite1 surtout de pathologie1 et plus forte raison de thrapeutique2 peu prs comme un astronome rest tranger l'art nautique4 ,de tels exemples commencent heureusement devenir aujourd'hui trs marqus2 et le dveloppement ultrieur de l'tude positive des corps vivans tendra naturellement les multiplier sans cesse et les caractriser davantage1 en y perfectionnant la saine rpartition du travail intellectuel4 ,au contraire1 nous ne saurions comprendre dsormais un vrai physiologiste qui ne serait point en mme temps anatomiste1 ni mme rciproquement3 et1 depuis l'tablissement de ce qu'on appelle la mthode naturelle en zoologie ou en botanique1 les purs classificateurs1 trangers aux spculations anatomiques et physiologiques1 ont radicalement cess d'tre possibles2 comme les anatomistes et les physiologistes1 leur tour1 ne peuvent plus demeurer trangers la thorie des classifications4 ,je ne doute mme nullement que ces trois ordres de travaux ne soient1 dans la suite1 beaucoup plus simultanment cultivs que nous ne le voyons aujourd'hui1 quoique chaque biologiste puisse d'ailleurs accorder l'un d'eux une prfrence spciale1 ainsi qu'on l'observe l'gard de toute autre science fondamentale4 ,en un mot1 la division qui nous reste considrer ne peut plus exister entre des sciences vraiment distinctes1 mais seulement entre les divers lmens essentiels d'une science ncessairement unique4 ,tel est le principe qui doit ici distinguer une indispensable distribution des travaux d'une strile dispersion des efforts intellectuels4 ,quoiqu'il ne faille point attacher1 la division intrieure de la biologie proprement dite1 une importance ni mme une ralit exagres1 cette division n'en conserve pas moins une haute valeur philosophique1 pour faire mieux concevoir l'ensemble rationnel de cette science fondamentale1 et1 par suite1 pour en diriger l'exposition systmatique4 ,une telle division consiste d'abord dcomposer1 en gnral1 l'tude spculative et abstraite de l'organisme en statique et dynamique1 suivant qu'on recherche les lois de l'organisation ou celles de la vie4 ,en second lieu1 la biologie statique doit tre ensuite subdivise en deux parties essentielles1 suivant qu'on tudie isolment la structure et la composition de chaque organisme particulier1 ou que l'on construit la grande hirarchie biologique qui rsulte de la comparaison rationnelle de tous les organismes connus2 ces deux branches ont t fort heureusement dsignes1 l'gard des animaux1 par ,m4 de ,blainville1 l'aide des noms de zootomie pour la premire1 et de zootaxie pour la seconde1 qu'il serait ais de modifier commodment de manire les rendre communs aux animaux et aux vgtaux4 ,la biologie dynamique1 laquelle pourrait tre spcialement rserv le nom de bionomie1 comme au but final de l'ensemble de ces tudes1 ne comporte videmment aucune subdivision analogue4 ,telles sont donc les trois branches gnrales de la science biologique3 la biotomie1 la biotaxie1 et enfin la bionomie pure ou physiologie proprement dite2 le nom de biologie tant consacr dsigner leur ensemble total4 ,la seule dfinition de ces trois parties explique suffisamment leur vraie dpendance ncessaire1 et par suite1 dtermine1 sans aucune incertitude1 leur coordination philosophique4 ,il serait heureusement inutile aujourd'hui de dmontrer que les tudes physiologiques supposent pralablement des notions anatomiques2 personne ne conteste plus qu'il soit indispensable de connatre la structure d'un appareil avant d'en tudier le jeu4 ,mais la subordination gnrale de la bionomie envers la biotaxie est jusqu'ici beaucoup moins profondment sentie4 ,on ne saurait douter1 nanmoins1 que l'exacte connaissance du vritable rang qu'occupe chaque tre vivant dans la hirarchie biologique ne constitue1 par sa nature1 le premier fondement ncessaire de l'tude directe de l'ensemble de ses phnomnes1 dont une telle position prsente immdiatement l'aperu le plus gnral1 comme elle en sera plus tard le rsum le plus fidle4 ,nous avons d'ailleurs suffisamment constat dj que la considration habituelle de cette hirarchie est rigoureusement indispensable l'usage rationnel du plus puissant moyen d'investigation que puissent admettre les recherches physiologiques1 c'est--dire la mthode comparative proprement dite4 ,ainsi1 la double relation ncessaire de la biologie dynamique la biologie statique demeure galement irrcusable sous quelque aspect qu'on l'envisage4 ,quant aux deux parties essentielles de la biologie statique1 leur distinction doit naturellement tre encore moins prononce que celle qui les spare l'une et l'autre de la physiologie proprement dite2 et1 par suite1 leur vraie subordination respective est ncessairement moins sensible4 ,il semble mme que1 dans quelque ordre qu'on les place1 on ne saurait viter un vritable cercle vicieux gnral4 ,car1 si1 d'un ct1 la classification rationnelle des tres vivans exige la connaissance pralable de leur organisation1 il est certain1 d'une autre part1 que l'anatomie elle-mme1 comme la physiologie1 ne peut tre convenablement tudie1 l'gard de tous les organismes1 sans se diriger toujours d'aprs une judicieuse institution prliminaire de la hirarchie biologique4 ,aussi faut-il reconnatre1 entre les tudes biotomiques et les tudes biotaxiques1 une intime connexit mutuelle1 qui rendra toujours solidaires leurs perfectionnemens respectifs1 comme le dveloppement de la science l'a constamment montr jusqu'ici4 ,nanmoins1 une sparation nette et une coordination dtermine tant philosophiquement indispensables notre intelligence1 on ne saurait hsiter1 ce me semble1 placer dogmatiquement la thorie de l'organisation avant celle de la classification4 ,car1 celle-ci1 moins d'tre rduite un simple artifice mnmonique1 a un besoin vraiment fondamental de la premire2 tandis qu'elle ne lui fournit1 au contraire1 qu'un important moyen de perfectionnement1 dont l'absence ne s'opposerait mme pas entirement1 comme nous l'avons reconnu1 un certain usage de la mthode comparative en anatomie1 quoique son dveloppement y ft1 par cela mme1 beaucoup plus restreint4 ,en un mot1 on ne peut rationnellement classer que des organismes pralablement connus2 au lieu que chacun d'eux peut et mme doit tre tudi1 un premier degr1 sans tre compar aux autres4 ,rien ne s'oppose d'ailleurs ce que1 dans une exposition systmatique de la philosophie anatomique1 on emprunte directement la biotaxie sa construction effective de la hirarchie organique1 afin d'viter de scinder l'tude complte de la structure1 ce qui constituerait un inconvnient beaucoup plus grave que n'en peut produire une semblable anticipation4 ,du reste1 il faut reconnatre1 ce sujet1 pour trancher toute difficult philosophique1 que1 d'aprs un ordre quelconque1 une premire exposition du systme des connaissances biologiques ne saurait jamais tre pleinement satisfaisante1 si elle n'est point conue1 ds l'origine1 comme devant tre ultrieurement complte par une judicieuse rvision gnrale1 destine faire directement ressortir les relations essentielles de chaque partie avec les autres4 ,cette rgle ne convient pas seulement aux deux grandes sections de la biologie statique1 compares l'une l'autre2 on doit galement l'appliquer l'harmonie fondamentale entre l'ensemble de la biologie statique et celui de la biologie dynamique4 ,en effet1 si le jeu d'un appareil quelconque ne saurait tre convenablement tudi sans que sa structure soit d'abord connue1 il n'est pas moins incontestable1 en sens inverse1 que cette structure elle-mme sera bien mieux apprcie lorsqu'on pourra reprendre son analyse en considrant la fonction spciale de chaque organe4 ,ainsi1 ces questions de priorit1 entre les diverses parties constituantes d'un sujet unique1 ne peuvent avoir1 par leur nature1 l'importance exagre qu'on y a trop souvent attache1 mme sous le point de vue didactique4 ,il est d'ailleurs ncessaire d'ajouter qu'une telle ncessit de rvision philosophique n'est nullement particulire au systme des connaissances biologiques1 o elle apparat seulement avec un caractre plus prononc1 en vertu du consensus plus profond de ces diverses tudes4 ,nous avons dj reconnu1 dans la #cf leon1 l'existence d'une ncessit analogue1 quoique moins tranche1 pour l'ensemble des tudes chimiques4 ,elle se manifeste aussi1 comme je l'ai remarqu1 un degr plus ou moins sensible1 envers toutes les autres sciences fondamentales1 dont l'exposition rationnelle serait toujours notablement perfectionne par l'usage systmatique de ce double enseignement4 ,la coordination philosophique des trois branches fondamentales de la biologie tant ainsi nettement caractrise1 la principale distribution intrieure de chacune d'elles1 ne saurait maintenant prsenter aucune difficult essentielle4 ,nous pouvons la dduire1 en effet1 du principe universel qui a constamment dirig jusqu'ici toutes nos distinctions encyclopdiques1 et qui prside videmment la subordination que nous venons d'examiner1 le principe du degr de gnralit et d'abstraction des diverses tudes1 d'o rsulte leur vraie dpendance mutuelle4 ,ce principe conduit directement ici placer la thorie1 soit statique1 soit dynamique1 de la vie organique proprement dite avant celle de la vie animale1 puisque celle-ci1 en mme temps qu'elle est plus spciale et plus complique1 repose ncessairement sur la premire1 qui1 au contraire1 en est indpendante dans ses lmens les plus essentiels4 ,la mme rgle suffit aussi tablir une disposition rationnelle entre les diverses tudes relatives l'une ou l'autre vie1 en plaant toujours aprs les autres celles dont le sujet propre devient plus spcial et plus compliqu1 et qui1 par cela mme1 dpendent constamment des prcdentes4 ,de cette manire1 la thorie des fonctions et des organes les plus levs de l'homme termine naturellement le systme biologique2 et les moyens s'accumulent graduellement mesure que les difficults s'accroissent1 comme l'exige toute judicieuse organisation des recherches scientifiques4 ,on a souvent agit la question si1 en tudiant chaque organe ou chaque fonction dans toute la srie biologique1 il convient de prfrer l'ordre naturel de la formation de cette srie1 qui commence ncessairement par l'homme1 ou bien l'ordre inverse1 qui prsente l'avantage d'une complication croissant peu peu4 ,cette question de philosophie biologique n'a pas l'importance dmesure qu'on lui a trop frquemment attribue1 puisque tous les bons esprits reconnaissent d'ailleurs la ncessit et la possibilit d'employer tour tour les deux ordres l'gard d'une recherche quelconque1 quel que soit celui qu'on ait d'abord adopt4 ,nanmoins1 il faudrait ce me semble1 distinguer1 ce sujet1 entre l'tude de la vie organique et celle de la vie animale4 ,pour les fonctions fondamentales de la premire1 qui sont essentiellement chimiques1 il est beaucoup moins ncessaire de commencer par l'homme1 en descendant toujours la hirarchie biologique4 ,je conois mme que l'on pourrait1 sous ce point de vue1 trouver un grand avantage scientifique procder en sens inverse1 en considrant d'abord l'organisme vgtal1 o1 comme je l'ai dj remarqu1 ces fonctions sont la fois plus pures et plus prononces1 et comportent1 ce titre1 une tude plus facile et plus complte4 ,du reste1 il n'en serait pas moins utile de se reprsenter ensuite l'enchanement oppos1 afin de mieux saisir l'influence capitale exerce1 dans les tres suprieurs1 par les actions animales sur les phnomnes purement vgtatifs4 ,mais1 au contraire1 toute recherche1 soit anatomique1 soit physiologique1 relative la vie animale elle-mme1 serait essentiellement obscure si elle ne commenait par la considration de l'homme1 seul tre o un tel ordre de phnomnes soit jamais immdiatement intelligible4 ,c'est ncessairement l'tat vident de l'homme1 de plus en plus dgrad1 et non l'tat indcis de l'ponge1 de plus en plus perfectionn1 que nous pouvons poursuivre dans toute la srie animale1 quand nous y analysons l'un quelconque des caractres constitutifs de l'animalit4 ,dans ce cas1 les mmes motifs qui prsident invitablement la construction de l'chelle biologique doivent aussi en diriger essentiellement l'application rationnelle1 ce qui est loin d'tre indispensable l'gard des autres questions4 ,si nous paraissons ici nous carter de la marche ordinaire1 o nous procdions toujours du sujet le plus gnral et le plus simple au plus particulier et au plus complexe1 c'est uniquement afin de nous mieux conformer1 sans aucune purile affectation de symtrie scientifique1 au vrai principe philosophique qui nous a d'abord prescrit cette marche gnrale1 et qui consiste passer constamment du plus connu au moins connu4 ,c'est1 du reste1 la seule classe de recherches pour laquelle une telle marche cesse d'tre la plus convenable aux tudes biologiques4 ,telles sont les considrations principales que je devais actuellement indiquer sur la division ncessaire du systme des connaissances biologiques et sur la coordination rationnelle de ses vrais lmens gnraux4 ,ainsi se trouve complt l'examen philosophique de l'ensemble de la science biologique1 directement envisage sous tous les divers aspects fondamentaux qui lui sont propres1 comme je devais ici le faire4 ,si l'tendue de ce discours a beaucoup excd les bornes ordinaires dans lesquelles j'avais pu renfermer jusqu' prsent l'excution d'une telle opration philosophique l'gard des autres sciences fondamentales1 il faut l'attribuer surtout un concours spcial et ncessaire de nouvelles difficults capitales4 ,une science beaucoup plus rcente1 et dont le vrai caractre spculatif1 jusqu'ici plus imparfaitement apprci1 est toutefois plus important tablir avec une scrupuleuse exactitude philosophique2 une destination gnrale moins bien connue1 et nanmoins plus spcialement indispensable dfinir rigoureusement2 des moyens essentiels d'investigation plus varis et plus tendus1 et1 en mme temps moins exactement jugs2 des relations encyclopdiques plus multiplies et plus profondes1 et cependant plus mal conues2 des proprits philosophiques plus tendues et plus capitales1 et toutefois confusment senties2 enfin1 des aspects lmentaires plus nombreux et mieux prononcs1 et pourtant moins bien spars et coordonns2 tous ces motifs runis expliquent assez1 sans doute1 le dveloppement inusit de cet indispensable examen4 ,du reste1 ce grand travail prliminaire nous permettra d'excuter maintenant1 d'une manire beaucoup plus rapide1 quoique suffisante la destination de ce trait1 l'apprciation philosophique plus spciale de cette belle science fondamentale1 dont les dtails1 d'ailleurs si peu satisfaisans jusqu'ici1 ne doivent nullement nous occuper1 et dont il nous reste seulement mieux caractriser le vritable esprit1 dans les leons suivantes1 par le jugement spar de chacune de ses diverses parties essentielles1 coordonnes entre elles suivant le plan gnral ci-dessus indiqu1 depuis les simples considrations de pure anatomie jusqu' cette tude positive des phnomnes intellectuels et effectifs les plus levs de la nature humaine1 d'o rsultera ensuite la transition spontane de la biologie la physique sociale1 objet final de cet ouvrage4 ,,quarante-,,uni,,me ,,le,,on4 ,considrations gnrales sur la philosophie anatomique4 ,d'aprs les principes tablis dans le discours prcdent1 l'tude statique des corps vivans ne pouvait tre philosophiquement constitue tant qu'elle n'tait point systmatiquement tendue l'ensemble des organismes connus2 condition que l'esprit humain n'a rellement commenc remplir1 d'une manire suffisamment large et rationnelle1 que pendant la seconde moiti du sicle dernier1 par les travaux de ,daubenton et surtout de ,vicq-d',azyr1 dont les leons et les crits de ,cuvier ont tant propag et acclr l'influence rgnratrice4 ,mais quelque indispensable que ft videmment cette conception fondamentale pour permettre le dveloppement de la vritable science anatomique1 en rsultat final des recherches prparatoires qui avaient eu lieu jusqu'alors1 il importe de reconnatre que1 par elle-mme1 elle ne pouvait entirement suffire imprimer la biologie statique son vrai caractre dfinitif1 sans avoir d'abord t complte et rgularise d'aprs une autre grande notion de philosophie biologique1 due au gnie de notre immortel ,bichat4 ,on conoit que j'ai ici en vue cette pense capitale de la dcomposition gnrale de l'organisme en ses divers tissus lmentaires1 dont la haute porte philosophique ne me semble pas encore dignement apprcie4 ,le dveloppement naturel de l'anatomie comparative aurait tendu sans doute nous dvoiler tt ou tard1 en quelque sorte spontanment1 cette lumineuse analyse4 ,car1 l'examen approfondi de l'ensemble de la hirarchie organique1 depuis les derniers rangs jusqu' l'homme1 nous prsente successivement1 de la manire la plus irrcusable1 les diffrens tissus anatomiques avec tous les caractres qui leur sont propres1 mesure que les diverses fonctions1 d'abord confondues et bauches1 se spcialisent et se prononcent davantage4 ,mais une telle marche1 quoique certaine1 et t ncessairement trs lente3 on en peut aisment juger en considrant combien1 mme aujourd'hui1 la plupart des anatomistes comparans rpugnent encore abandonner enfin l'tude exclusive des appareils1 malgr que1 depuis ,bichat1 aucun d'eux ne conteste1 en principe1 l'importance prpondrante de l'tude des tissus4 ,en tous genres1 les changemens relatifs la mthode sont invitablement les plus difficiles raliser2 et1 vu la faiblesse de notre intelligence1 il n'y a peut-tre pas d'exemple qu'ils se soient jamais accomplis en rsultat spontan des progrs successifs dirigs par les anciennes mthodes1 sans l'impulsion directe et extrieure d'une nouvelle conception originale1 assez nergique pour produire1 dans le systme de nos tudes1 une indispensable rvolution4 ,la biologie1 en vertu de sa complication suprieure1 doit tre plus soumise qu'aucune autre science fondamentale une telle ncessit4 ,a la vrit1 la multiplicit bien plus varie et l'intime connexion mutuelle des diffrens points de vue gnraux qui la caractrisent1 lui prsentent1 comme je l'ai tabli1 une sorte de compensation1 en augmentant les ressources essentielles qui rsultent de leur application rciproque4 ,cette proprit a t utilise de la manire la plus heureuse dans le cas actuel4 ,quoique l'analyse zoologique fournisse le moyen le plus rationnel et le plus complet d'effectuer la sparation des divers tissus organiques1 et surtout de prciser le vrai sens philosophique de cette grande notion1 l'analyse pathologique offrait1 par sa nature1 une voie bien plus directe et plus rapide pour suggrer la premire pense d'une semblable dcomposition1 mme en se bornant la seule considration de l'organisme humain4 ,aussitt que l'tude gnrale de l'anatomie pathologique et t fonde par les travaux de l'illustre ,morgagni1 il tait pour ainsi dire impossible1 malgr la division purement topographique maintenue par ce grand anatomiste1 qu'on tardt reconnatre que1 dans les maladies les mieux caractrises1 aucun organe proprement dit n'est jamais entirement ls1 et que les altrations sont ordinairement limites certaines de ses parties constituantes1 pendant que les autres conservent leur tat normal4 ,la distinction des divers tissus lmentaires n'aurait pu1 sous aucun autre aspect1 se manifester d'une manire aussi nette et aussi sensible1 indpendamment de l'active sollicitude qu'une telle origine devait si directement inspirer4 ,par l'vidente association1 dans un seul organe1 de tissus rests sains des tissus dj altrs1 et1 en second lieu1 par la considration1 non moins dcisive1 des organes diffrens affects de maladies semblables en vertu de la lsion d'un tissu commun1 l'analyse des principaux lmens anatomiques tait1 de toute ncessit1 spontanment bauche1 en mme temps que l'tude des tissus se prsentait directement ainsi comme plus importante que celle des organes4 ,il serait contraire l'esprit de cet ouvrage d'insister davantage sur l'influence capitale d'une telle notion pour le perfectionnement de la pathologie1 dont elle constitue dsormais le vrai point de dpart philosophique comme ,bichat l'a si bien tabli4 ,mais j'ai jug indispensable de caractriser nettement la ncessit intellectuelle qui devait naturellement attribuer l'analyse pathologique l'introduction primitive d'un lment aussi essentiel de la philosophie biologique4 ,ce fut1 en effet1 l'heureuse innovation purement pathologique de ,pinel sur la considration simultane des maladies propres aux diverses membranes muqueuses1 qui provoqua1 comme on sait1 dans le gnie de ,bichat1 le dveloppement de cette grande conception1 si justement devenue son plus beau titre scientifique4 ,telle est la mmorable filiation suivant laquelle ,bichat1 quoique rest essentiellement tranger l'tude de la hirarchie organique1 devait enlever1 ceux qui cultivaient spcialement l'anatomie comparative1 la dcouverte de l'une des ides-mres les plus indispensables au perfectionnement gnral de la philosophie anatomique4 ,j'ai toujours profondment admir1 ce sujet1 avec quelle nergique supriorit intrinsque l'intelligence de ,bichat1 si puissamment rappele1 par la nature de son ducation1 et par l'origine mme de cette grande pense1 vers la considration exclusive des applications pathologiques1 avait su nanmoins se maintenir constamment au vrai point de vue gnral de la biologie spculative1 sans qu'un tel essor ft aucunement soutenu par la salutaire influence de l'anatomie comparative4 ,son travail a mme essentiellement consist1 sous le point de vue philosophique1 rattacher rationnellement l'tat normal une notion primitivement dduite de l'tat pathologique1 en vertu probablement de cette rflexion naturelle que1 si les divers tissus d'un mme organe peuvent tre isolment malades et chacun sa manire1 cela seul doit indiquer que1 dans l'tat sain1 ils offrent ncessairement des modes d'existence distincts1 dont la vie de l'organe est rellement compose4 ,l'ensemble du trait de ,bichat a pour objet essentiel d'tablir posteriori le dveloppement le plus satisfaisant de ce principe vident1 jusqu'alors entirement inaperu1 et dsormais inbranlable4 ,on doit seulement regretter1 cet gard1 que ,bichat1 en crant si glorieusement ce nouvel aspect fondamental de la science anatomique1 ne l'ait point caractris par un titre plus expressif que celui qu'il a choisi1 et dont une telle autorit tend interdire la rectification usuelle2 la dnomination d'anatomie abstraite ou lmentaire serait certainement plus convenable que le nom d'anatomie gnrale1 pour marquer le vritable esprit qui distingue cette considration statique de l'organisme1 et pour indiquer en mme temps sa vraie relation avec les autres points de vue anatomiques4 ,telle est l'origine propre de la grande notion primordiale qui1 dans le systme dfinitif de la saine philosophie anatomique1 me parat destine complter la conception essentielle de la hirarchie organique1 ou1 pour mieux dire1 diriger l'application prcise de cette conception universelle l'tude statique des corps vivans4 mes yeux1 la philosophie anatomique ne commence rellement prendre son vrai caractre dfinitif que depuis l'poque trs rcente o l'esprit humain tend combiner profondment ces deux ides-mres4 ,c'est donc sur cette combinaison fondamentale1 jusqu'ici si imparfaitement accomplie1 que notre examen philosophique doit surtout porter dsormais1 afin d'indiquer nettement et sa double influence ncessaire et les principales conditions qu'elle exige4 ,la distinction irrationnelle1 encore dominante chez la plupart des anatomistes1 mme parmi les plus avancs1 entre les diffrentes espces d'anatomie1 au nombre de cinq ou six au moins1 suffirait seule pour constater indirectement que les divers points de vue gnraux propres la science anatomique ne sont pas aujourd'hui systmatiquement coordonns les uns aux autres d'aprs leurs vraies relations lmentaires4 ,car1 une telle dispersion de la science provient surtout de la considration isole et exclusive de chacun de ces points de vue1 et tmoigne clairement qu'on s'inquite peu de leur subordination mutuelle4 ,on peut1 sans doute1 pour les diffrens usages1 poursuivre l'tude anatomique de l'organisme jusqu' tel ou tel degr de dveloppement spcial3 on peut aussi en diriger l'application vers telle ou telle destination dtermine4 ,mais1 si la science tait dfinitivement constitue d'une manire vraiment philosophique1 elle serait au fond toujours la mme1 dans quelque intention qu'elle ft tudie1 parce que tous ses divers aspects fondamentaux s'y trouveraient intimement combins4 ,par leur nature1 ils forment un systme rationnellement indissoluble3 leur vaine sparation tend dissimuler la plus importante partie de la science1 qui consiste dans le dveloppement de leur enchanement rciproque4 ,ainsi1 nous ne devons ici reconnatre qu'une seule anatomie scientifique1 ncessairement homogne et complte1 principalement caractrise par la combinaison philosophique de la mthode comparative avec la notion fondamentale de la dcomposition des organes en tissus4 ,quelle peut tre1 en effet1 la rationnalit gnrale de l'anatomie compare1 mme tendue l'ensemble systmatique de la hirarchie organique1 lorsqu'on persiste aujourd'hui la rduire1 comme on a d le faire autrefois1 la seule tude des appareils1 sans lui donner pour base l'tude pralable de leurs vrais lmens anatomiques8 ,le dernier1 le plus spcial1 et le plus complexe des degrs d'organisation pourrait-il tre convenablement examin1 en faisant ainsi abstraction du degr le plus lmentaire1 le plus gnral1 et le plus simple8 ,du point de vue philosophique1 il est incontestable que l'anatomie rationnelle doit ncessairement commencer par l'tude des tissus1 pour analyser ensuite les lois de leurs diverses combinaisons en organes1 et considrer enfin le groupement de ces organes eux-mmes en appareils proprement dits3 tel est1 videmment1 l'ordre naturel et invariable des spculations anatomiques#bh4 ,il n'y a point l sans doute plusieurs sortes d'anatomie1 mais diverses phases ncessaires et successives d'un systme unique1 dont chacune ne saurait tre compltement juge que par sa relation avec les autres4 ,en elle-mme1 l'tude des tissus1 quelque fondamentale qu'elle soit1 est purement prliminaire3 car1 les tissus1 isolment envisags1 n'ont qu'une simple existence abstraite1 dont l'examen des organes et mme des appareils peut seul fixer la vritable notion4 ,d'une autre part1 l'tude des appareils et des organes ne saurait avoir aucun fondement rationnel sans une exacte connaissance prliminaire des lmens anatomiques qui les composent4 ,ces diffrens aspects statiques de l'organisme sont donc ncessairement insparables1 et complmentaires les uns des autres4 ,en un mot1 pour dcouvrir les lois de la structure gnrale des corps vivans1 il a t indispensable de dcomposer rationnellement l'organisme3 l'tude des tissus constitue le dernier terme philosophique de cette analyse fondamentale1 bauche1 ds l'origine de la science1 par la subdivision presque spontane des appareils en organes1 dont la premire n'est rellement qu'une suite invitable1 quoique profondment cache4 ,note #bh3 ,pour philosopher d'une manire pleinement rationnelle sur la structure gnrale des corps vivans1 il est mme1 ce me semble1 indispensable d'intercaler1 avec ,m4 de ,blainville1 entre l'ide de tissu ou plutt d'lment anatomique1 et l'ide d'organe proprement dit1 une nouvelle abstraction anatomique1 qui consiste dans la notion de parenchyme1 telle que l'a dfinie cet illustre anatomiste4 ,cette notion se rapporte la pure composition1 c'est--dire la combinaison des lmens qui constituent chaque parenchyme existant1 et abstraction faite de la considration de forme dtermine1 qui devient1 au contraire1 le principal attribut caractristique de l'ide d'organe4 ,tel doit donc tre1 en rsum1 l'ordre graduel et dfinitif des divers degrs gnraux de la spculation anatomique1 suivant leur enchanement ncessaire et leur complication croissante3 d'abord1 le tissu ou l'lment1 qui dtermine la structure fondamentale2 en second lieu1 le parenchyme1 qui fixe la composition anatomique essentielle2 ensuite1 l'organe1 o l'on envisage surtout la forme spciale que prend chaque parenchyme conformment sa destination2 et enfin1 l'appareil1 o domine la considration nouvelle de la disposition rciproque des organes constituans1 auxquels d'ailleurs peuvent s'ajouter le plus souvent les produits correspondans4 ,depuis que les principes essentiels de l'analyse anatomique ont t ainsi pleinement dvoils par le gnie de ,bichat1 l'esprit gnral suivant lequel l'anatomie compare avait d jusqu'alors tre habituellement cultive aurait sans doute radicalement chang1 si la vraie capacit philosophique n'tait point malheureusement la plus rare de toutes4 ,aprs la haute impulsion rgnratrice que ,bichat produisit1 il est presque inconcevable que la plupart des anatomistes comparans persistent encore suivre aveuglment le plan primitif des recherches1 uniquement1 sans doute1 parce que ,bichat n'avait pu lui-mme donner l'exemple de la combinaison de son analyse anatomique avec l'tude dj bauche de la hirarchie organique4 ,il me parat incontestable que ce puissant rnovateur n'et point hsit faire ce dernier pas fondamental1 consquence ncessaire de ses premiers travaux1 si son admirable carrire n'avait pas t aussi dplorablement abrge4 ,l'impartiale postrit jugera probablement avec une haute svrit la porte philosophique de ,cuvier1 malgr sa rputation infiniment exagre1 en considrant surtout que1 nonobstant l'influence du grand ,bichat1 il a continu s'occuper1 en anatomie compare1 de l'tude exclusive des appareils1 sans que jamais il ait paru sentir l'importance suprieure de l'tude des tissus1 et la rvolution prochaine qui devait ncessairement en rsulter dans le systme gnral de la science anatomique4 ,nanmoins1 l'application complte de la mthode comparative l'analyse des tissus dans l'ensemble de la srie biologique1 quoique retarde par un tel exemple1 commence enfin tre dignement apprcie aujourd'hui de tous les esprits suprieurs3 cet heureux rsultat est d principalement aux travaux de ,meckel en ,allemagne1 et de ,m4 de ,blainville en ,france4 ,toutefois1 cette nouvelle disposition des intelligences n'est point encore assez nergique ni assez profonde pour avoir rform1 comme elle devra le faire1 la direction habituelle du systme des spculations anatomiques4 ,quelque imparfaite que doive tre jusqu'ici une combinaison aussi rcente1 elle a cependant dj introduit1 ce me semble1 des perfectionnemens vraiment fondamentaux dans l'tude gnrale des lmens anatomiques1 telle que ,bichat l'avait cre4 ,ce grand anatomiste1 tant essentiellement rduit la seule considration de l'homme1 n'avait pu employer la mthode comparative que dans ses deux modes les plus simples et les plus restreints1 la comparaison des parties et celle des ges1 auxquelles son gnie a su donner une si admirable efficacit4 ,on devait donc s'attendre voir s'oprer1 dans son ide-mre1 d'heureuses et profondes transformations1 aussitt qu'elle aurait pu subir l'preuve dcisive de la comparaison anatomique1 envisage surtout dans son extension philosophique l'ensemble de la hirarchie biologique1 qui constitue notre plus puissant moyen d'exploration organique4 ,ces modifications essentielles ont tendu jusqu'ici1 soit complter1 sous divers rapports importans1 le principe fondamental de philosophie anatomique tabli par ,bichat1 soit mme en rectifier1 plusieurs titres intressans1 la conception gnrale4 ,le plus profond de ces perfectionnemens1 surtout sous le point de vue logique1 me parat consister dans la distinction capitale introduite par ,m4 de ,blainville entre les vrais lmens anatomiques et les simples produits de l'organisme1 que ,bichat avait essentiellement confondus4 ,j'ai dj signal1 dans la premire partie de ce volume1 la haute importance d'une telle sparation pour l'tude chimique des substances organiques4 ,nous devons maintenant la considrer1 d'une manire directe1 comme conception anatomique4 ,on a reconnu ci-dessus que la vie1 rduite sa notion la plus simple et la plus gnrale1 est essentiellement caractrise par le double mouvement continu d'absorption et d'exhalation1 d l'action rciproque de l'organisme et du milieu ambiant1 et propre maintenir1 entre certaines limites de variation1 pendant un temps dtermin1 l'intgrit de l'organisation4 ,il en rsulte que1 envisag un instant quelconque de sa dure1 tout corps vivant doit ncessairement prsenter1 dans sa structure et dans sa composition1 deux ordres de principes trs diffrens3 les matires absorbes1 l'tat d'assimilation2 les matires exhales1 l'tat de sparation4 ,telle est la vraie source primordiale de la grande distinction anatomique entre les lmens et les produits organiques4 ,les corps absorbs1 quand ils ont t compltement assimils1 constituent seuls1 en effet1 les vritables matriaux de l'organisme proprement dit2 les substances exhales1 soit solides1 soit fluides1 aprs leur entire sparation1 sont devenues rellement trangres l'organisme1 o elles ne pourraient1 en gnral1 long-temps sjourner sans danger4 ,considrs l'tat solide1 les vrais lmens anatomiques se trouvent toujours ncessairement en continuit de tissu avec l'ensemble de l'organisme2 s'il s'agit d'lmens fluides1 soit stagnans1 soit circulans1 ils reposent constamment dans la profondeur mme du tissu gnral1 dont ils sont galement insparables4 ,quant aux simples produits1 au contraire1 ils ne sont jamais que dposs1 pour un temps plus ou moins limit1 la surface extrieure ou intrieure de l'organisme1 avec laquelle ils ne sauraient contracter aucune vritable continuit4 ,sous le point de vue dynamique1 les diffrences ne sont pas moins caractristiques4 ,en effet1 les lmens proprement dits doivent seuls tre envisags comme rellement vivans2 seuls ils participent au double mouvement vital2 seuls ils croissent ou dcroissent par ints-susception4 ,avant mme d'tre finalement excrts1 les produits sont dj des substances essentiellement mortes1 qui ne croissent que par une juxta-position purement inorganique1 et dont les altrations chimiques ultrieures1 indpendantes de l'action vitale1 sont ncessairement identiques celles que ces substances pourraient prouver1 en-dehors de l'organisme1 sous de semblables influences molculaires4 ,quelque inattaquable que soit1 en principe1 cette conception fondamentale1 son application peut prsenter1 en certains cas1 de vritables difficults1 pour oprer1 entre les lmens et les produits1 une exacte et judicieuse sparation1 lorsque1 comme il arrive souvent1 ils se combinent dans une mme disposition anatomique afin de concourir une mme fonction4 ,tous les produits1 en effet1 ne sont point1 ainsi que la sueur1 l'urine1 les fces1 etc41 destins tre plus ou moins immdiatement expulss sans aucun usage ultrieur dans l'conomie organique4 ,plusieurs autres1 tels que la salive1 les sucs gastriques1 la bile1 etc41 exercent1 comme substances extrieures1 et en vertu de leur composition chimique1 une action indispensable pour prparer1 chez tous les tres un peu levs1 l'assimilation des matriaux organiques4 ,ces corps devenant ainsi susceptibles de rentrer rellement1 du moins en partie1 dans l'organisme1 on peut prouver beaucoup d'embarras fixer1 avec une scrupuleuse prcision1 le vrai moment o ils cessent d'tre de simples produits pour se transformer en vritables lmens1 c'est--dire le passage rigoureux de l'tat inorganique l'tat organique1 de la mort la vie4 ,ainsi1 par exemple1 le chyle1 considr sur l'intestin1 n'est1 incontestablement1 qu'un produit1 tandis que1 aprs son absorption1 il finit bientt par se convertir en lment fluide1 sans qu'on puisse aujourd'hui assigner rigoureusement quelle poque prcise il change de caractre4 ,mais de telles incertitudes sont1 en ralit1 trop peu considrables1 et elles tiennent trop videmment l'extrme imperfection actuelle de notre analyse des phnomnes vitaux1 pour branler1 en aucune manire1 la distinction fondamentale entre les produits et les lmens de l'organisme1 si clairement indique1 en principe1 par la dfinition mme de l'tat vital1 et si nettement tablie1 en fait1 par tant d'irrcusables comparaisons4 ,il convient1 nanmoins1 de remarquer encore1 ce sujet1 afin d'avoir signal toutes les principales sources de difficults1 que1 en d'autres circonstances1 certains produits1 surtout parmi les solides1 sont troitement unis de vrais lmens anatomiques dans la structure de certains appareils1 auxquels ils fournissent des moyens essentiels de perfectionnement4 ,telles sont1 par exemple1 la plupart des productions pidermiques1 les poils1 et minemment les dents proprement dites4 ,en gnral1 cette notion forme une des bases indispensables de l'importante en lumineuse thorie du phanre1 si heureusement cre par ,m4 de ,blainville1 et que j'aurai l'occasion naturelle de caractriser ultrieurement4 ,mais1 sous ce point de vue1 une dissection dlicate et claire1 la seule considration de la position qui est toujours extrieure quant la partie purement produite de l'appareil1 et mme une analyse judicieuse de l'ensemble de la fonction1 doivent constamment dissiper toute incertitude1 et permettent1 en effet1 d'assigner1 avec une svre exactitude1 ce qu'il y a de vraiment organique et de simplement inorganique dans la structure propose1 quelque quivoque que son caractre puisse d'abord paratre un anatomiste mal prpar4 ,on conoit1 toutefois1 que la considration de ces cas litigieux ait d donner lieu beaucoup de fausses apprciations1 avant que le principe gnral propre les rectifier et pu tre distinctement saisi4 ,c'est ainsi que ,bichat a confondu les dents parmi les os1 et qu'il a rigs en tissus1 la suite du tissu cutan1 l'piderme et les poils4 ,quelque naturelle1 et mme invitable1 que ft cette poque une semblable erreur1 sa rectification n'en avait pas moins1 videmment1 une importance capitale2 car1 une telle confusion s'opposait directement toute dfinition nette et gnrale de l'ide de tissu1 ou plutt d'lment anatomique1 qui pouvait devenir ds lors entirement vague et indtermine4 ,enfin1 il convient de remarquer ici que cet claircissement fondamental devait tre ncessairement un des rsultats les plus immdiats d'une application large et rationnelle de la mthode comparative au grand principe de philosophie anatomique tabli par ,bichat4 ,la considration approfondie de l'ensemble de la hirarchie animale montre1 en effet1 de la manire la plus sensible1 que ces parties inorganiques1 qui1 dans l'homme1 paraissent insparables de l'appareil essentiel1 n'y constituent rellement1 au contraire1 que de simples moyens de perfectionnement1 dont l'introduction graduelle s'opre toujours des termes assignables de la srie biologique ascendante4 ,ainsi1 malgr ces divers ordres de difficults1 la distinction fondamentale de ,m4 de ,blainville entre les lmens anatomiques et les produits organiques1 quoiqu'elle ne soit pas encore habituellement employe par la masse des anatomistes1 me parat devoir tre regarde comme irrvocablement acquise au domaine essentiel de la philosophie anatomique1 o elle constitue dsormais le complment ncessaire et mme l'puration indispensable de l'ide-mre de ,bichat1 qui1 sans une telle explication1 ne saurait avoir1 mes yeux1 un caractre vraiment rationnel4 ,ce n'est point dire1 sans doute1 que l'tude des produits doive tre aucunement nglige par les anatomistes4 ,elle a1 videmment1 au contraire1 d'aprs les indications prcdentes1 une extrme importance pour la physiologie1 dont les principaux phnomnes seraient radicalement inintelligibles1 si on ne prenait profondment en considration la constitution exacte des divers produits et les diffrentes modifications qu'ils comportent4 ,comment pourrait-on se former aucune ide nette du grand phnomne de l'exhalation1 qui constitue l'un des deux lmens gnraux de l'tat vital1 si l'on ne compare point convenablement1 avec la nature de l'organisme exhalant1 celle du produit exhal1 un degr quelconque de l'chelle biologique8 ,d'ailleurs1 tout produit devant ordinairement sjourner1 pendant un temps plus ou moins long1 et quelquefois trs tendu1 la surface intrieure ou extrieure de l'organisme1 il exerce ncessairement sur lui1 comme corps tranger1 une action souvent trs prononce1 dont l'analyse est indispensable4 ,enfin1 cette ncessit devient plus spcialement vidente l'gard des produits qui doivent1 sous une autre forme1 rentrer ultrieurement dans l'organisme1 aussi bien qu'envers ceux destins s'incorporer anatomiquement1 d'une manire permanente1 aux lmens proprement dits1 conformment l'explication ci-dessus indique4 ,mais c'est surtout en tudiant la vie pathologique qu'on doit prouver le plus vivement le besoin profond d'une exacte connaissance de toutes les classes de produits4 ,soit qu'on les envisage comme rsultats1 ou comme modificateurs1 leur considration fournit habituellement les indices les moins irrcusables et les plus prcis des principales altrations organiques1 et prsente en mme temps la vritable origine d'un grand nombre d'entre elles4 ,ainsi1 sous aucun rapport1 la thorie des produits organiques ne perdra rien de son importance primitive pour tre dsormais soigneusement spare de l'tude des vrais lmens anatomiques3 et1 au contraire1 cette sparation rationnelle1 en laguant sans retour de faux rapprochemens1 tend fixer1 d'une manire bien plus directe1 l'attention spciale des biologistes sur la participation relle des produits organiques l'ensemble des phnomnes vitaux1 soit normaux1 soit anormaux4 ,il rsulte seulement du concours des considrations prcdentes que1 dans l'ordre des spculations purement anatomiques1 c'est--dire quant la notion statique de l'organisme1 l'tude des produits devra tre effectivement classe comme secondaire la suite de la thorie des lmens proprement dits1 et avant de procder la combinaison de ceux-ci en organes et finalement en appareils4 ,car1 il est maintenant incontestable que ces lmens constituent seuls la trame fondamentale dont l'organisme est essentiellement form1 et d'o l'on pourrait1 du moins abstraitement1 concevoir retirs tous les simples produits1 sans que l'ide gnrale d'organisation cesst rellement de subsister4 ,la considration des produits organiques tant une fois rationnellement carte de la vritable analyse anatomique1 cette analyse a pu acqurir ds lors un caractre de plnitude et de nettet1 qui tait primitivement impossible1 faute d'un principe suffisamment circonscrit4 ,ainsi1 l'on a pu entreprendre enfin une exacte numration de tous les vrais lmens anatomiques1 soit solides1 soit fluides1 tandis que ,bichat1 pour ne point tomber dans un vague indfini1 avait d se borner l'examen des seuls lmens solides1 auxquels la notion de tissu tait exclusivement applicable4 ,d'un autre ct1 la classification de ces tissus d'aprs leurs vritables relations gnrales1 et mme leur rduction philosophique un seul tissu fondamental diversement modifi suivant des lois dtermines1 ont pu remplacer l'ordre purement factice et essentiellement arbitraire que ,bichat avait d suivre dans leur tude4 ,telles sont les deux autres transformations capitales1 ncessairement co-relatives1 qu'une heureuse application gnrale de la mthode comparative a fait subir jusqu'ici la grande thorie anatomique de ,bichat4 ,ces deux derniers ordres de perfectionnemens1 qui nous restent maintenant caractriser1 seraient l'un et l'autre videmment impossibles1 ou du moins illusoires1 s'ils n'taient point conus comme subordonns la sparation primordiale entre les lmens et les produits1 qui peut seule circonscrire1 d'une manire rellement scientifique1 le vritable champ gnral de l'analyse anatomique fondamentale4 ,occupons-nous d'abord de la premire considration1 qui se rattache ncessairement la grande question de la vitalit des fluides organiques1 sur laquelle les ides sont encore loin1 ce me semble1 d'tre suffisamment fixes4 ,un premier coup d'oeil sur l'ensemble de la nature organique1 depuis l'homme jusqu'au vgtal1 montre clairement que tout corps vivant est continuellement form d'une certaine combinaison de solides et de fluides1 dont les proportions varient d'ailleurs1 suivant les espces1 entre des limites trs cartes4 ,la dfinition mme de l'tat vital suppose videmment l'harmonie ncessaire de ces deux sortes de principes constituans1 mutuellement indispensables4 ,car1 ce double mouvement intestin de composition et de dcomposition permanentes1 qui caractrise essentiellement la vie gnrale1 ne saurait tre conu1 aucun degr1 dans un systme entirement solide4 ,d'un autre ct1 indpendamment de ce qu'une masse purement liquide1 et plus forte raison gazeuse1 ne pourrait exister sans tre circonscrite par une enveloppe solide1 il est clair qu'elle ne saurait comporter aucune vritable organisation1 sans laquelle la vie proprement dite devient inintelligible4 ,si ces deux ides-mres de vie et d'organisation n'taient point ncessairement co-relatives1 et par suite rellement insparables1 on pourrait concevoir que la premire appartient essentiellement aux fluides1 comme seuls minemment modifiables1 et la seconde aux solides1 comme seuls susceptibles de structures dtermines1 ce qui reproduirait1 sous un autre aspect philosophique1 l'vidente ncessit de cette harmonie fondamentale entre les deux ordres d'lmens organiques4 ,l'examen comparatif des principaux types de la hirarchie biologique confirme1 en effet1 ce me semble1 comme rgle gnrale1 que l'activit vitale augmente essentiellement mesure que les lmens fluides prdominent davantage dans l'organisme1 tandis que la prpondrance croissante des solides y dtermine1 au contraire1 une plus grande persistance de l'tat vital4 ,depuis long-temps1 tous les biologistes philosophes avaient dj signal cette loi incontestable1 en considrant seulement la srie des ges1 d'o ,bichat surtout la fit si nettement ressortir4 ,ces rflexions me paraissent propres tablir clairement que la controverse si agite quant la vitalit des fluides repose essentiellement1 ainsi que tant d'autres controverses fameuses1 sur une position vicieuse de la question2 puisqu'une telle co-relation ncessaire entre les solides et les fluides exclut aussitt1 comme galement irrationnels1 l'humorisme et le solidisme absolus4 ,pourvu qu'on carte1 bien entendu1 la considration des simples produits1 qui d'ailleurs peuvent tre solides autant que fluides1 on ne saurait douter que les vrais lmens fluides de l'organisme ne manifestent une vie tout aussi relle que celle des solides4 ,il parat mme incontestable aujourd'hui que les fondateurs de la pathologie moderne1 dans leur raction si ncessaire contre l'antique humorisme1 ont beaucoup trop nglig d'avoir gard1 pour la thorie des maladies1 aux altrations directes et spontanes dont les fluides organiques1 et surtout le sang1 sont minemment susceptibles1 en vertu de leur composition si complexe4 ,du point de vue philosophique1 on devait1 sans doute1 trouver trange que les lmens anatomiques les plus actifs et les plus modifiables n'eussent point une participation capitale1 tantt primitive1 tantt conscutive1 aux perturbations gnrales de l'organisme vivant4 ,mais1 d'une autre part1 il n'est pas moins certain que les fluides1 animaux ou vgtaux1 cessent de vivre aussitt qu'ils se trouvent en dehors de l'organisme1 comme1 par exemple1 le sang extrait des vaisseaux3 ils perdent alors toute organisation proprement dite1 et ils subissent seulement les ractions molculaires compatibles avec leur composition chimique et avec la nature du milieu o ils sont placs4 ,la vitalit des fluides1 envisags isolment1 constitue donc une question mal dfinie1 et par suite interminable4 ,toutefois1 en considrant les divers principes immdiats propres la composition si htrogne des fluides organiques1 il y a lieu de poursuivre1 leur gard1 une recherche gnrale trs positive quoique fort difficile1 et qui1 peu avance jusqu'ici1 prsente rellement un haut intrt philosophique1 pour achever de fixer nos ides fondamentales sur la vritable vitalit des fluides anatomiques4 ,la vie de ces fluides tant dsormais hors de doute1 on doit se proposer1 en effet1 de dterminer1 autant que possible1 dans quels de leurs principes immdiats elle rside essentiellement2 car on ne saurait1 videmment1 admettre que tous vivent indistinctement4 ,ainsi1 par exemple1 le sang tant form d'eau en majeure partie1 il serait absurde de concevoir un tel vhicule inerte comme participant la vie incontestable de ce fluide2 mais alors quel en est1 parmi les autres principes immdiats1 le vritable sige8 ,l'anatomie microscopique a entrepris1 de nos jours1 de rpondre cette question capitale1 en plaant ce sige dans les globules proprement dits1 qui seraient seuls la fois organiss et vivans4 ,une telle solution1 quelque prcieuse qu'elle soit en effet1 ne peut cependant1 mon avis1 tre encore envisage que comme une simple bauche4 ,car1 on admet en mme temps1 d'aprs l'ensemble des observations1 que ces globules1 quoique affectant toujours une forme dtermine1 se rtrcissent de plus en plus mesure que le sang artriel passe dans un ordre infrieur de vaisseaux1 c'est--dire en avanant vers le lieu de son incorporation aux tissus2 et qu'enfin1 l'instant prcis de l'assimilation dfinitive1 il y a liqufaction complte des globules4 ,or1 quelque naturelle que doive paratre1 en elle-mme1 cette dernire condition1 elle semble directement contradictoire au principe de l'hypothse fondamentale1 puisque1 d'aprs ce principe1 le sang cesserait donc d'tre rput vivant au moment mme o s'accomplit son plus grand acte de vitalit4 ,d'un autre ct1 cette hypothse n'a pas encore t assez svrement soumise une contre-preuve gnrale1 qui1 purement ngative1 est nanmoins indispensable4 ,elle consiste reconnatre l'existence des vrais globules comme exclusivement caractristique des fluides rellement vivans1 en opposition ceux qui1 en qualit de simples produits1 sont essentiellement inertes1 et qui prsentent beaucoup de particules solides suspendues1 si aisment susceptibles d'tre confondues avec les globules proprement dits1 malgr la forme dtermine par laquelle ces derniers sont principalement dfinis4 ,les observations microscopiques sont1 par leur nature1 trop dlicates1 et jusqu'ici trop frquemment illusoires1 pour que ce point essentiel de doctrine anatomique puisse encore tre regard comme irrvocablement tabli4 ,quoi qu'il en soit de ces divers claircissemens gnraux qui restent encore dsirer sur la vitalit prcise des lmens fluides de l'organisme1 il demeure ncessairement incontestable que l'tude statique des corps vivans serait radicalement incomplte1 et ne constituerait qu'une trs insuffisante prparation leur tude dynamique1 si un tel ordre d'lmens n'tait point dsormais compris1 au mme titre que les lmens solides ou tissus proprement dits1 dans le domaine fondamental de l'analyse anatomique4 ,telle est la lacune capitale qu'avait laisse le grand trait de ,bichat4 ,mais1 malgr l'vidente ncessit de cet immense complment1 il n'en faut pas moins continuer regarder1 dans l'ordre rationnel des spculations anatomiques1 tout aussi bien que d'aprs la marche historique de leur dveloppement1 l'anatomie des solides comme devant toujours prcder et prparer l'anatomie des fluides3 en sorte que1 si ,bichat n'a pu entreprendre l'ensemble du travail1 il a cependant commenc par le vritable point de dpart philosophique4 ,on conoit1 en effet1 que1 sous le point de vue physiologique1 la considration des fluides devienne peut-tre encore plus importante que celle des solides1 du moins en ce qui concerne la vie organique proprement dite1 c'est--dire la vie vgtative fondamentale4 ,sous le point de vue purement anatomique1 au contraire1 l'tude des solides doit tre ncessairement prpondrante1 puisque c'est en eux que rside essentiellement l'organisation bien caractrise4 ,en mme temps1 l'anatomie des fluides1 beaucoup plus dlicate et plus difficile1 et jusqu' prsent si imparfaite1 ne saurait tre entreprise avec succs qu'aprs que l'esprit1 et mme les sens1 ont t convenablement disposs par une tude pralable1 suffisamment approfondie1 de l'anatomie des solides4 ,les obstacles caractristiques que prsente l'exploration anatomique des lmens fluides de l'organisme1 rsultent ncessairement1 en gnral1 d'une sorte de cercle vicieux fondamental1 tenant l'impossibilit vidente d'tudier ces fluides dans l'organisme mme1 combine avec la dsorganisation presque immdiate qui accompagne leur extraction4 ,comme l'inspection anatomique proprement dite devient alors impraticable1 on ne peut plus appliquer que deux moyens essentiels d'observation directe1 l'examen microscopique1 et surtout l'exploration chimique4 ,or1 l'un et l'autre procd1 et principalement le second1 qui est pourtant le plus prcieux et le plus dcisif1 doivent tre minemment contraris par cette rapide dsorganisation4 ,voil surtout pourquoi les chimistes1 lors mme qu'ils ne confondent pas1 suivant leur coutume jusqu'ici presque invariable1 les lmens et les produits de l'organisme1 nous donnent habituellement de si fausses et si incohrentes notions de la vraie constitution molculaire des fluides organiss1 qu'ils n'ont le plus souvent examins1 leur insu1 que dans un tat de dcomposition plus ou moins avance4 ,d'aprs un tel ensemble de difficults capitales1 on conoit que l'anatomie des fluides serait peu prs inextricable1 si l'on ne parvenait l'clairer indirectement par la lumire gnrale que doit rpandre sur elle l'tude pralable de l'anatomie des solides1 dans laquelle consiste d'ailleurs essentiellement la connaissance fondamentale de l'organisme1 envisag sous l'aspect statique4 ,il serait1 du reste1 superflu d'expliquer expressment1 ce sujet1 que la mme rgle qui prescrit de placer l'tude anatomique des fluides la suite de celle des solides exige galement1 par des motifs entirement analogues1 que les diverses parties de la premire soient aussi examines dans l'ordre successif de la condensation dcroissante1 en considrant d'abord les lmens semi-liquides1 tels que la graisse1 ensuite les vrais liquides1 comme le sang1 et enfin les lmens l'tat de vapeur ou de gaz1 dont l'admission1 quoique encore incertaine1 parat indispensable1 et qui seront toujours ncessairement les plus mal connus4 ,telles sont les indications gnrales que je devais prsenter ici sur la vritable extension et sur la dlination principale du domaine fondamental de l'analyse anatomique1 constitue avec la plnitude rationnelle qu'ont d lui attribuer les successeurs de ,bichat4 ,ayant ainsi graduellement reconnu l'anatomie des tissus proprement dits comme la base indispensable de tout le systme anatomique1 il nous reste maintenant considrer directement cette anatomie elle-mme sous un point de vue gnral1 qui1 plus restreint1 par sa nature1 que les deux prcdens1 n'en est pas moins aussi essentiel4 ,il s'agit d'examiner le principe philosophique de la classification rationnelle des divers tissus1 d'aprs leur mutuelle filiation anatomique4 ,ce dernier ordre des perfectionnemens introduits1 dans la grande conception anatomique de ,bichat1 sous l'influence de la mthode comparative1 tait galement ncessaire pour achever de constituer rationnellement le principe fondamental1 soit en circonscrivant1 avec une prcision svre1 l'ide primitive de tissu1 soit en assignant l'analyse anatomique ses vritables limites gnrales1 au-del desquelles l'esprit humain se consumerait ncessairement en de vagues et illusoires spculations4 ,l'analyse anatomique de l'organisme humain prsente1 par sa nature1 une complication trop profonde1 pour qu'il soit possible1 en la poursuivant exclusivement1 de se former une juste ide de la vraie constitution fondamentale des divers tissus organiques1 sans exagrer leurs diffrences relles1 et sans mconnatre les lois de leur filiation successive4 la vrit1 l'tude approfondie des principales phases de dveloppement peut remplacer1 un certain degr1 cet gard comme tout autre1 la comparaison des types essentiels de la hirarchie biologique4 ,mais1 sous ce rapport surtout1 une telle ressource n'en est pas moins ncessairement insuffisante4 ,car1 les premires phases du dveloppement humain1 dont l'importance anatomique est videmment prpondrante1 sont trop rapides et trop peu distinctes1 elles sont1 en outre1 trop peu accessibles toute observation directe et complte1 pour qu'un semblable moyen d'exploration1 quelque prcieux qu'il soit d'ailleurs1 puisse jamais servir de base exclusive la dcouverte des vritables principes de l'analogie anatomique4 ,il tait donc invitable que1 en se bornant1 comme a d le faire ,bichat1 la seule considration de l'homme1 la nature caractristique des diffrens tissus1 et surtout leurs vraies relations gnrales1 restassent d'abord essentiellement inconnues4 ,aussi est-ce uniquement depuis que l'anatomie des tissus a pu tre soumise une tude comparative dans l'ensemble de la srie organique1 que l'on commence tablir des notions justes et dfinitives sur l'organisation fondamentale des corps vivans1 envisags comme ncessairement assujtis des lois uniformes de structure et de composition4 ,par un premier examen anatomique de l'chelle biologique1 on reconnat aussitt que le tissu cellulaire forme la trame essentielle et primitive de tout organisme1 puisqu'il est le seul qui se retrouve constamment chaque degr quelconque4 ,tous ces divers tissus1 qui1 chez l'homme1 paraissent si multiplis et si distincts1 perdent successivement tous leurs attributs caractristiques mesure qu'on parcourt la srie descendante1 et tendent toujours davantage se fondre entirement dans le tissu cellulaire gnral1 qui reste enfin l'unique base de l'organisation vgtale1 et peut-tre mme du dernier mode de l'organisation animale4 ,en remontant1 aussi loin qu'on a pu le tenter jusqu'ici1 vers l'origine de l'tat embryonnaire propre aux organismes les plus levs1 on a lieu de croire que la mme structure fondamentale se retrouve essentiellement4 ,mais1 quoi qu'il en soit1 la saine anatomie compare ne peut laisser aucun doute ce sujet4 ,nous devons surtout remarquer ici que la nature d'une telle organisation lmentaire et commune se prsente pleinement en harmonie philosophique avec ce qui constitue le fonds ncessaire et uniforme de la vie gnrale1 rduite son extrme simplification abstraite4 ,car1 le tissu cellulaire1 sous quelque forme qu'on le conoive1 est minemment apte1 par sa structure1 cette absorption et cette exhalation fondamentales1 dans lesquels consistent les deux parties essentielles du grand phnomne vital4 l'origine infrieure de la hirarchie biologique1 l'organisme vivant1 plac dans un milieu invariable1 se borne rellement absorber et exhaler par ses deux surfaces1 entre lesquelles circulent ou plutt oscillent les fluides destins l'assimilation et ceux qui rsultent de la dsassimilation4 ,or1 pour d'aussi simples fonctions gnrales1 l'organisation celluleuse est videmment suffisante1 sans la participation d'aucun tissu plus spcial4 ,telle est donc ncessairement la base primitive de l'organisme universel4 ,mais1 pour complter cette conception fondamentale des tissus organiques1 de manire la rendre rellement applicable1 il tait indispensable de dterminer suivant quelles lois le tissu primordial se modifie peu peu pour engendrer successivement tous les autres avec les divers attributs qui d'abord empchaient d'apercevoir leur vritable origine commune4 ,c'est ce que l'anatomie compare a dj commenc aussi tablir nettement1 toujours guide par ce mme principe1 galement simple et lumineux1 qui consiste regarder les diffrens tissus secondaires comme plus profondment loigns du tissu gnrateur mesure que leur premire apparition se manifeste dans des organismes plus spciaux et plus levs4 ,ces modifications caractristiques du tissu fondamental doivent tre1 en gnral1 distingues en deux classes principales3 les unes1 plus communes et moins profondes1 se bornent essentiellement la simple structure2 les autres1 plus intimes1 et plus spciales1 atteignent aussi jusqu' la composition elle-mme4 ,dans le premier ordre1 la transformation la plus directe et la plus rpandue donne naissance au tissu dermeux proprement dit1 qui constitue le fond ncessaire de l'enveloppe organique gnrale1 soit extrieure1 soit intrieure4 ,ici1 la modification se rduit une pure condensation1 diversement prononce1 chez l'animal1 suivant que la surface doit tre1 comme l'extrieur1 plus exhalante qu'absorbante1 ou en sens inverse l'intrieur4 ,cette premire transformation1 quelque simple et commune qu'elle soit1 n'est pas mme rigoureusement universelle3 il faut s'lever dj un certain degr de l'chelle biologique pour l'apercevoir nettement caractrise4 ,non-seulement1 dans la plupart des derniers animaux1 il n'y a pas de diffrence essentielle d'organisation entre les deux parties1 intrieure et extrieure1 de la surface gnrale1 qui peuvent1 comme on le sait depuis long-temps1 se suppler mutuellement3 mais1 en outre1 si l'on descend un peu davantage1 on ne reconnat plus aucune disposition anatomique qui distingue notablement l'enveloppe d'avec l'ensemble de l'organisme1 ds lors devenu uniformment celluleux4 ,une condensation croissante1 et plus ou moins galement rpartie1 du tissu gnrateur1 dtermine1 partir du derme proprement dit1 et un degr plus lev de la srie organique1 trois tissus distincts mais insparables1 qui sont destins1 dans l'conomie animale1 un rle trs important quoique passif1 soit comme enveloppes protectrices des organes nerveux1 soit comme auxiliaires de l'appareil locomoteur4 ,ce sont les tissus fibreux1 cartilagineux1 et osseux1 dont l'analogie fondamentale tait trop manifeste1 malgr l'insuffisance des moyens primitifs de l'analyse anatomique1 pour avoir chapp au coup d'oeil de ,bichat1 qui les classa soigneusement dans leur ordre rationnel4 ,m4 ,laurent1 dans son projet de nomenclature systmatique1 a judicieusement fix ce rapprochement incontestable1 en proposant l'heureuse dnomination de tissu sclreux1 pour caractriser l'ensemble de ces trois tissus secondaires1 envisags sous un point de vue commun4 ,la rationnalit d'une telle considration est d'autant plus vidente1 que1 en ralit1 les diffrens degrs de la consolidation tiennent essentiellement ici au dpt1 dans le rseau celluleux1 d'une substance htrogne1 soit organique1 soit inorganique1 dont l'extraction ne laisse aucun doute sur la vritable nature du tissu4 ,quand1 au contraire1 par une dernire condensation directe1 le tissu fondamental devient lui-mme plus compacte1 sans s'encroter de matire trangre1 on passe alors une nouvelle modification principale1 o l'impermabilit devient compatible avec la souplesse1 ce qui caractrise le tissu sreux1 ou plus exactement kysteux 7suivant la dnomination de ,m4 ,laurent71 dont la destination propre consiste1 soit s'interposer entre les divers organes mobiles1 soit surtout contenir des liquides1 stagnans ou circulans4 ,le second ordre gnral de transformations du tissu primitif donne lieu aux deux sortes de tissus secondaires qui distinguent le plus profondment l'organisme animal1 considr dans tous les tres nettement prononcs2 ce sont1 d'abord le tissu musculaire1 et ensuite le tissu nerveux1 qui doivent1 sans doute1 se manifester essentiellement au mme degr de l'chelle animale4 ,pour chacun d'eux1 la modification principale est surtout caractrise par l'intime combinaison anatomique du tissu fondamental avec un lment organique spcial1 semi-solide1 et minemment vivant1 qui1 dans le premier cas1 a reu depuis long-temps le nom de fibrine1 dont l'usage a naturellement suggr ,m4 de ,blainville1 pour le second cas1 la dnomination parfaitement correspondante de neurine4 ,ici1 la transformation du tissu gnrateur devient tellement profonde1 qu'il est trs difficile de la constater directement1 et surtout de la dcouvrir1 dans les organismes suprieurs1 ce qui serait nanmoins ncessaire afin d'tudier1 d'une manire pleinement rationnelle1 les deux substances caractristiques4 ,toutefois la suite des analogies fournies par l'anatomie compare ne parat aujourd'hui laisser1 en principe1 aucun doute sur la ralit d'une telle constitution4 ,on doit seulement dsirer ce sujet de connatre1 avec plus de prcision1 le mode effectif d'union anatomique de la substance propre1 musculaire ou nerveuse1 avec le tissu fondamental4 ,ceux qui n'admettent point cette thorie1 sont obligs de concevoir trois tissus primitifs au lieu d'un seul1 le cellulaire1 le musculaire1 et le nerveux4 ,mais la gnralit suprieure ou plutt l'exclusive universalit du premier n'en demeure pas moins ncessairement un rsultat irrvocable de l'ensemble des comparaisons anatomiques4 ,or1 l'existence simultane1 dans certains organismes1 de trois tissus radicalement indpendans les uns des autres altrerait beaucoup la perfection de la philosophie biologique1 en rompant ds lors1 par sa base anatomique1 l'admirable unit du monde organique1 que l'esprit humain avait enfin si pniblement constitue4 ,il me semble mme vident que1 par-l1 on ne maintiendrait plus1 comme l'exige la nature fondamentale de la science1 une exacte harmonie gnrale entre le point de vue statique et le point de vue dynamique4 ,car1 malgr l'importance capitale des fonctions sensoriales et locomotrices qui caractrisent spcialement l'animalit proprement dite1 on ne saurait douter que la vie essentielle ne soit1 au fond1 toujours la mme1 et que ces phnomnes plus minens ne viennent simplement s'ajouter aux phnomnes primitifs1 comme moyens suprieurs de perfectionnement attribus aux organismes levs1 ainsi que je l'ai tabli dans le discours prcdent4 cette considration dynamique1 doit donc naturellement correspondre1 dans l'ordre statique1 celle d'un fonds commun et invariable d'organisation primordiale1 produisant successivement1 par des modifications de plus en plus profondes1 tous les divers lmens anatomiques spciaux4 ,une telle manire de philosopher rsulte ainsi de l'usage lgitime et rationnel du degr de libert gnrale rest facultatif1 pour notre intelligence1 par la nature des tudes anatomiques1 tant que les observations positives n'ont point directement infirm nos conceptions1 ce qui certainement n'a pus lieu1 du moins jusque ici1 dans le cas actuel4 ,en examinant maintenant la principale subdivision de chacun des deux grands tissus secondaires1 soit musculaire1 soit nerveux1 on reproduit l'quivalent trs perfectionn de la distinction confusment bauche leur gard par ,bichat1 lorsqu'il distinguait1 pour l'un et pour l'autre1 ce qui1 chez l'homme1 appartient la vie animale1 ou bien la vie organique4 ce caractre mal choisi et vaguement dfini1 par la nature mme de tels tissus1 doit tre dsormais substitue une considration vraiment anatomique1 celle de la situation gnrale1 en rapport constant avec une modification plus ou moins notable mais toujours sensible de la structure elle-mme4 ,l'analyse comparative dmontre1 en effet1 soit pour le systme musculaire1 soit pour le systme nerveux1 que l'organisation du tissu devient d'autant plus spciale et plus leve qu'il est situ plus profondment entre les deux surfaces intrieure et extrieure de l'enveloppe animale4 ,de l rsulte naturellement la division rationnelle de chacun de ces systmes1 en superficiel et profond1 dont les proprits caractristiques1 quoique essentiellement les mmes1 offrent des modifications anatomiques trs apprciables dans la disposition et dans la structure4 ,cette distinction est plus particulirement remarquable l'gard du systme nerveux1 dispos1 en premier lieu1 sous forme de cordons1 et ensuite sous celle de ganglions1 avec ou sans appareil extrieur4 ,telle est1 en aperu philosophique1 la vraie filiation gnrale des tissus lmentaires dont l'tude approfondie constitue le sujet essentiel de l'analyse anatomique fondamentale1 qui n'a plus besoin que d'tre complte1 comme je l'ai prcdemment expliqu1 par une exacte exploration des lmens fluides de l'organisme4 ,je sortirais entirement des limites ncessaires que prescrit la nature de ce trait1 si je tentais ici d'indiquer suivant quelles lois de composition doit s'effectuer le passage rationnel de cette tude primordiale celle des parenchymes1 de celle-ci la thorie des organes1 et enfin l'tude des appareils1 dernier terme ncessaire de la synthse anatomique1 et prparation immdiate l'analyse physiologique4 ,quoique les transitions successives entre ces divers ordres de notions pussent aisment donner lieu des considrations philosophiques d'un haut intrt1 elles seraient maintenant d'autant plus dplaces que1 la science anatomique n'ayant jamais t traite encore dans son ensemble suivant ce seul plan rigoureusement rationnel1 notre examen gnral ne trouverait point1 cet gard1 vu l'tat prsent de la science1 ce pralable fondement indispensable auquel j'ai toujours d me rattacher soigneusement1 et sans lequel1 en effet1 ce trait gnral de philosophie positive1 dgnrait en une suite de traits philosophiques spciaux1 qu'il m'tait interdit d'entreprendre4 ,il me suffisait ici1 ce sujet1 d'avoir dj nettement indiqu l'enchanement mthodique des quatre degrs gnraux de la spculation anatomique1 sur lequel il ne saurait actuellement rester1 ce me semble1 aucune incertitude relle4 ,pour terminer convenablement cet ensemble de rflexions relatives la vraie philosophie anatomique1 il faut seulement ajouter encore quelques simples considrations directes sur les limites ncessaires que notre intelligence doit toujours s'imposer dans le perfectionnement positif de l'analyse statique de l'organisme4 ,ce dernier trait1 quoique purement restrictif1 me parat essentiel pour complter la dfinition du vrai caractre gnral que je me suis efforc d'assigner cette analyse4 ,l'unit fondamentale du rgne organique exige ncessairement1 sous le point de vue anatomique1 comme nous l'avons prcdemment reconnu1 que tous les divers tissus lmentaires soient rationnellement ramens un seul tissu primitif1 terme essentiel de tout organisme1 d'o ils drivent successivement par des transformations spciales de plus en plus profondes4 ,c'est dans le perfectionnement gnral de cette rduction finale1 graduellement devenue plus complte1 plus prcise1 et plus nette1 que doit surtout consister le progrs philosophique de la vritable analyse anatomique4 ,quand une telle filiation ne laissera plus aucune obscurit1 quand les lois invariables de la transformation du tissu gnrateur en chaque tissu secondaire seront enfin exactement tablies1 on devra regarder la philosophie anatomique comme ayant acquis tout le degr de perfection fondamentale compatible avec sa nature1 puisque ds-lors il y rgnera ainsi une rigoureuse unit scientifique4 ,on ne pourrait tendre dpasser ce but gnral 7qui1 ainsi que tout autre type philosophique1 ne sera jamais pleinement atteint71 sans s'garer aussitt dans cet ordre de recherches vagues1 arbitraires1 et inaccessibles1 qu'interdit si imprieusement le vritable esprit fondamental de la philosophie positive4 ,c'est pourquoi je ne puis m'empcher ici de signaler1 en la dplorant1 la dviation manifeste qui existe aujourd'hui1 cet gard1 principalement en ,allemagne1 parmi quelques-unes des intelligences1 d'ailleurs minentes plusieurs autres titres1 qui poursuivent maintenant les spculations suprieures de la science biologique4 ,peu satisfaits d'avoir conu tous les tissus organiques comme rductibles un seul1 ces esprits ambitieux ont tent de pntrer au-del du terme naturel de l'analogie anatomique1 en s'efforant de former le tissu gnrateur lui-mme par le chimrique et inintelligible assemblage d'une sorte de monades organiques1 qui seraient ds-lors les vrais lmens primordiaux de tout corps vivant4 ,l'abus des recherches microscopiques1 et le crdit exagr qu'on accorde trop souvent encore un moyen d'exploration aussi quivoque1 contribuent surtout donner une certaine spciosit cette fantastique thorie1 issue d'ailleurs videmment d'un systme essentiellement mtaphysique de philosophie gnrale4 ,il serait1 ce me semble1 impossible d'imaginer1 dans l'ordre anatomique1 une conception plus profondment irrationnelle1 et qui ft plus propre entraver directement les vrais progrs de la science4 ,en considrant1 dans le discours prcdent1 le systme total de la philosophie biologique1 j'ai dmontr combien il serait absurde et illusoire de vouloir rattacher1 en principe1 le monde organique au monde inorganique1 autrement que par les lois fondamentales propres aux phnomnes gnraux qui leur sont ncessairement communs4 ,toutes les spculations positives1 soit anatomiques1 soit physiologiques1 directement relatives aux deux grandes notions insparables de vie et d'organisation1 forment1 par leur nature1 un systme rigoureusement circonscrit1 dans l'intrieur duquel on doit1 sans doute1 tablir1 autant que possible1 la plus parfaite unit1 mais qui doit dire toujours profondment spar de l'ensemble des thories inorganiques1 dont le sujet ne saurait offrir aucun ordre de phnomnes rellement analogue4 ,or1 l'aberration anatomique que je viens de caractriser me parat tenir radicalement1 par une incontestable filiation1 ce vain esprit d'une fusion incomprhensible entre les deux lmens essentiels de la philosophie naturelle4 ,elle se combine ordinairement1 en effet1 avec cette autre aberration physiologique1 exactement correspondante1 qui consiste envisager la vie comme universellement rpandue dans la nature1 sans distinction d'organique ou d'inorganique1 et rsidant minemment dans les molcules4 ,ces deux chimriques suppositions me paraissent galement contradictoires1 l'une avec l'ide mme d'organisation1 l'autre avec l'ide de vie1 en conservant soigneusement ces deux termes indispensables leur exacte interprtation scientifique1 qui n'est1 au fond1 qu'une sage gnralisation philosophique de l'acception vulgaire4 ,il ne saurait y avoir1 d'aprs les seules dfinitions fondamentales1 ni vie ni organisation1 sans un certain systme indissoluble de parties plus ou moins htrognes concourant un but commun4 ,en quoi pourrait donc consister rellement1 soit l'organisation1 soit la vie1 d'une simple monade8 ,que la philosophie inorganique conoive les corps comme finalement composs de molcules indivisibles3 cette notion est pleinement rationnelle1 puisqu'elle est parfaitement conforme la nature des phnomnes tudis1 qui1 constituant le fonds gnral de toute existence matrielle1 doivent ncessairement appartenir1 d'une manire essentiellement identique1 aux plus petites particules corporelles4 ,mais1 au contraire1 la double aberration que nous considrons1 et qui1 en termes intelligibles1 revient rellement se figurer les animaux comme essentiellement forms d'animalcules1 n'est qu'une intempestive et absurde imitation d'une telle conception4 ,l'une est aussi radicalement oppose la nature des phnomnes correspondans1 que l'autre y est heureusement adapte3 car1 en admettant cette fiction irrationnelle1 les animalcules lmentaires seraient videmment encore plus incomprhensibles que l'animal compos1 indpendamment de l'insoluble difficult qu'on aurait ds-lors gratuitement cre quant au mode effectif d'une aussi monstrueuse association4 ,dans l'ordre physiologique1 tout bon esprit repousse sur-le-champ1 par exemple1 la ridicule explication qu'on a os quelquefois dduire srieusement d'une semblable doctrine quant au mouvement du sang1 en l'attribuant la locomotion spontane des animalcules globulaires4 ,chacun sent aussitt1 de tels gards1 que la difficult serait ainsi purement transpose1 sans prjudice des nombreux mystres intermdiaires qui deviendraient indispensables la transition4 ,mais n'en doit-il pas tre de mme1 au fond1 sous le point de vue anatomique8 ,un organisme quelconque constitue1 par sa nature1 un tout ncessairement indivisible1 que nous ne dcomposons1 d'aprs un simple artifice intellectuel1 qu'afin de le mieux connatre1 et en ayant toujours en vue une recomposition ultrieure4 ,or1 le dernier terme de cette dcomposition abstraite consiste dans l'ide de tissu1 au-del de laquelle il ne peut rellement rien exister en anatomie1 puisqu'il n'y aurait plus d'organisation4 ,tenter le passage de cette notion celle de molcule1 c'est1 videmment1 sortir de la philosophie organique pour entrer irrationnellement dans la philosophie inorganique2 et l'on a peine concevoir que l'orgueil spculatif ait pu conduire qualifier d'anatomie transcendante ce qui1 par sa nature mme1 cesserait ncessairement d'appartenir1 sous aucun rapport1 la science anatomique4 ,faudrait-il donc aujourd'hui regarder comme insuffisamment dmontr encore pour la biologie1 ce qui est si pleinement reconnu pour les plus simples sciences fondamentales1 que nos thories positives ne sauraient avoir d'autre but rel que l'tablissement mthodique de relations exactes entre des phnomnes analogues2 et que1 par consquent1 toute tentative pour pntrer l'origine premire et le mode essentiel de production des phnomnes1 ou mme seulement pour tablir une vaine assimilation entre des ordres de phnomnes radicalement htrognes1 doit tre aussitt exclue comme anti-scientifique8 ,il serait1 sans doute1 inutile ici de prolonger davantage cette discussion1 dont la ncessit est peu honorable pour notre tat prsent de virilit intellectuelle4 ,elle conduit1 ce me semble1 reconnatre1 sous un nouvel aspect philosophique1 la thorie des tissus1 telle que je l'avais d'abord caractrise1 comme le dernier degr rationnel de la saine analyse anatomique1 en montrant que l'ide de tissu constitue1 dans le systme des spculations organiques1 le vritable quivalent logique de l'ide de molcule1 exclusivement adapte la nature des spculations inorganiques4 ,tel est l'ensemble des considrations trs sommaires que je devais prsenter1 dans cette leon1 sur l'esprit fondamental de la vraie philosophie anatomique4 ,on reconnat ainsi1 conformment ce que j'ai indiqu en commenant1 que nous possdons enfin aujourd'hui toutes les conceptions essentielles destines constituer rationnellement1 sur ses bases invariables1 le systme gnral de la science anatomique2 mais que1 nanmoins1 chez les esprits mme les plus minens1 les deux penses principales de l'anatomie comparative et de l'anatomie textulaire ne sont point encore assez compltement ni assez profondment combines4 ,cet tat transitoire n'aura donc rellement cess que lorsque la notion irrationnelle de plusieurs anatomies htrognes et indpendantes aura enfin t habituellement remplace1 comme il serait dj possible de le faire avec les matriaux existans1 par la succession hirarchique1 prcdemment dfinie1 des quatre degrs analytiques1 mutuellement complmentaires1 qu'il faut dsormais distinguer et coordonner dans la spculation anatomique4 ,,quarante-,,deuxi,,me ,,le,,on4 ,considrations gnrales sur la philosophie biotaxique4 l'analyse statique fondamentale des corps vivans1 succde ncessairement1 dans le systme rationnel de la philosophie biologique1 la coordination hirarchique de tous les organismes connus1 ou mme possibles1 en une seule srie gnrale1 destine ensuite servir habituellement de base indispensable l'ensemble des spculations biologiques4 ,nous devons donc maintenant caractriser1 d'une manire directe1 les principes essentiels de cette grande opration philosophique4 ,tel est l'objet de la leon actuelle4 ,quoique l'esprit fondamental de la vraie thorie logique des classifications rationnelles soit1 par sa nature1 uniformment applicable tous nos ordres quelconques de conceptions positives1 j'ai dj expliqu1 dans la quarantime leon1 pourquoi la formation et le dveloppement d'une telle thorie avaient d tre essentiellement rservs au systme des tudes biologiques4 ,j'ai mme fait pressentir ds-lors que l'organisme animal1 prcisment en vertu de sa complication suprieure1 et par la varit beaucoup plus prononce qui en rsulte invitablement dans sa disposition universelle1 avait d spontanment offrir la plus ancienne et la plus parfaite application des principes naturels de coordination inhrens la raison humaine4 ,on ne peut1 en effet1 contempler le dveloppement gnral de la science des corps vivans depuis ,aristote1 sans tre vivement frapp1 sous ce rapport1 de cette circonstance remarquable1 que1 toutes les poques1 l'organisme vgtal parat avoir t le sujet essentiel des principaux efforts directement relatifs au perfectionnement de la classification biologique2 tandis que1 en mme temps1 la considration des animaux fournissait constamment1 en ralit1 le type fondamental destin diriger les spculations philosophiques correspondantes1 toujours d'autant plus heureuses qu'elles suivaient mieux ce guide naturel4 ,ce double caractre fut spcialement sensible dans le mmorable mouvement philosophique excit1 cet gard1 pendant la seconde moiti du sicle dernier1 par la grande impulsion due l'admirable gnie classificateur de ,linn et la raison profonde de ,bernard de ,jussieu4 ,les distinctions essentielles propres aux divers organismes animaux sont trop prononces et trop videntes1 et1 en mme temps1 les attributs communs de l'animalit fondamentale sont trop incontestables1 pour qu'une classification plus ou moins rationnelle n'ait pas d1 ds l'origine de la science1 s'tablir1 en quelque sorte spontanment1 dans leur tude comparative1 sans avoir besoin d'tre prcde par aucune discussion philosophique spciale4 ,quelque imparfaite qu'ait t ncessairement1 dans ses dispositions secondaires1 la classification zoologique d',aristote1 elle tait infiniment suprieure tout ce qui pouvait tre alors tent d'analogue envers les vgtaux4 ,il est surtout trs digne de remarque que1 mme aujourd'hui1 on puisse envisager1 sans aucune exagration1 cette classification primordiale comme ayant t bien plutt justifie et rectifie1 par l'ensemble des travaux ultrieurs1 que radicalement change2 tandis que l'inverse a eu lieu videmment l'gard des classifications phytologiques4 ,en dernire analyse1 de nombreux essais spontans1 sinon dfinitifs1 du moins des plus satisfaisans1 de classification zoologique ont prcd de trs loin l'tablissement des premiers principes de la vraie thorie taxonomique universelle3 au contraire1 c'est seulement par une laborieuse application systmatique de ces rgles fondamentales pralablement dcouvertes qu'on a pu enfin1 depuis un sicle au plus1 entreprendre avec quelque succs la coordination rationnelle des espces vgtales1 ncessairement trop peu prononce pour comporter une manifestation directe4 ,les considrations indiques ci-dessus font aisment concevoir l'explication gnrale d'une marche en apparence aussi trange4 ,dans tous les genres quelconques de composition intellectuelle1 soit scientifique1 soit littraire1 soit artistique1 l'tablissement rel des principes lmentaires de logique positive destins diriger mthodiquement la marche gnrale de notre entendement n'a jamais pu avoir lieu qu'aprs un long exercice spontan des facults correspondantes1 born d'abord aux seuls cas o les conditions fondamentales taient assez prononces pour que le gnie naturel dt les sentir immdiatement1 quoique les difficults caractristiques y fussent nanmoins assez grandes pour qu'un tel sentiment instinctif dt1 en mme temps1 chapper aux esprits vulgaires4 ,sans cet indispensable dveloppement prliminaire1 les saines observations logiques n'auraient pu avoir aucun fondement solide1 sur lequel on pt lever des principes vraiment efficaces1 susceptibles1 leur tour1 de perfectionner ultrieurement1 un haut degr1 l'essor primitif de notre intelligence1 soit en rectifiant ce qu'il y avait invitablement d'incomplet et de dsordonn dans ses premires oprations1 soit en l'appliquant des cas nouveaux et plus difficiles4 ,cette marche constante est particulirement incontestable sous le point de vue scientifique1 o l'on aperoit la fois avec plus d'vidence1 tous les gards importans1 et la ncessit des types intellectuels et leur formation spontane4 ,la thorie gnrale des classifications rationnelles nous en offre ici un exemple capital et irrcusable4 ,il est ais de reconnatre1 en effet1 par l'examen attentif des principaux ouvrages qui s'y rapportent1 que tous les prceptes essentiels dont elle se compose ont t fonds sur une judicieuse analyse philosophique de l'ordre naturel qui caractrise le rgne animal1 conformment l'explication prcdente4 ,nous ne saurions concevoir quelle autre base relle il et t possible d'attribuer ces principes1 moins de se borner quelques vagues gnralits logiques1 radicalement quivoques1 et nullement susceptibles de diriger avec efficacit la marche ultrieure du gnie classificateur4 ,mais1 dans cette grande opration philosophique1 o tous les esprits originaux se proposaient pour but presque exclusif la coordination rationnelle du seul rgne vgtal1 en ne considrant essentiellement le rgne animal que comme un type naturel et indispensable1 il importe maintenant de remarquer que1 par une heureuse raction ncessaire1 le principal rsultat effectif a jusqu'ici abouti finalement1 au contraire1 au perfectionnement capital des classifications zoologiques1 auquel on avait d'abord peine pens4 ,nous avons mme tout lieu de craindre aujourd'hui1 comme je l'expliquerai plus bas1 que1 par la nature trop simple et trop uniforme de l'organisme vgtal1 les classifications phytologiques ne puissent jamais s'lever beaucoup au-dessus de l'tat d'imperfection o ont d les laisser les rformateurs du sicle dernier4 ,la mmorable srie de leurs travaux est bien loin1 sans doute1 d'avoir t inutile au progrs fondamental de notre intelligence3 seulement1 ce qu'ils avaient entrepris pour le rgne vgtal a surtout profit au rgne animal4 ,il ne pouvait en tre autrement1 si l'on considre que la mme proprit caractristique qui permettait ce dernier rgne de servir de type primordial la thorie taxonomique1 devait aussi lui rendre minemment applicables tous les perfectionnemens issus des principes gnraux dont cette thorie se serait ainsi forme4 ,on sent nanmoins que le caractre essentiel de cette philosophie taxonomique devait ncessairement rester encore incomplet et indcis1 tant que la classification vgtale continuerait y paratre le but principal des efforts1 et jusqu' ce qu'on l'et enfin conue1 d'une manire directe et distincte1 comme tant surtout destine au perfectionnement de la classification animale4 ,c'est donc seulement par cette dernire transformation que la thorie gnrale des classifications rationnelles1 quoique tous ses principes les plus importans fussent depuis long-temps tablis1 a pu commencer tre constitue philosophiquement sur ses bases dfinitives4 ,tel a t le plus prcieux rsultat des mmorables travaux de l'illustre ,lamarck pour perfectionner la classification fondamentale des animaux infrieurs1 peine bauche par ,aristote1 et si insuffisamment traite par le grand ,linn lui-mme4 ,l'heureuse impulsion rsulte de cet essai capital a ds-lors rapidement produit1 dans le premier quart de notre sicle1 surtout en ,france et en ,allemagne1 le dveloppement rationnel et complet de la vraie philosophie biotaxique1 avec tous les attributs qui doivent la caractriser4 ,quoique1 pendant cette dernire poque1 la considration des animaux ait obtenu enfin1 d'un aveu unanime1 l'incontestable prpondrance qui lui appartient1 et que l'organisme vgtal ait mme t alors essentiellement nglig1 je n'hsite pas nanmoins penser que cette nouvelle disposition des intelligences finira par devenir1 en ralit1 beaucoup plus utile au perfectionnement rationnel des classifications phytologiques que la proccupation exclusive qu'elles avaient d inspirer auparavant4 ,car1 sous quelque point de vue qu'on l'envisage1 le rgne vgtal ne constitue philosophiquement que le terme le plus infrieur de la grande hirarchie biologique2 en sorte que les mthodes de classification qui lui sont propres ne sauraient tre qu'un simple prolongement judicieux de celles dont la valeur a t prouve dans toute la srie suprieure4 ,en un mot1 on fera dsormais sciemment1 cet gard1 ce que jadis on faisait instinctivement2 on ne peut donc mettre en doute la rapidit et la scurit bien plus grandes des progrs qui s'accompliront sous cette nouvelle influence1 du moins en tant que l'organisation vgtale peut rellement le permettre4 ,il serait cependant indispensable1 pour le perfectionnement gnral de la vraie philosophie biologique1 que1 dans cette partie essentielle de la science des corps vivans1 ainsi que dans le partie anatomique et dans la partie physiologique1 les naturalistes contractassent enfin l'habitude rationnelle de pousser jusqu' ce terme extrme leurs considrations relatives l'ensemble de la srie organique1 qui ne sauraient jamais tre rellement compltes et dfinitives tant qu'elles ne s'tendent point l'organisme vgtal4 ,mais une telle extension sera1 sans doute1 la suite ncessaire de la direction minemment philosophique dans laquelle les zoologistes sont dsormais irrvocablement engags3 la principale difficult consistait s'lever enfin au vrai point de vue gnral propre l thorie fondamentale des classifications naturelles2 or1 on peut affirmer aujourd'hui que l'esprit humain y est dfinitivement plac4 ,c'est ainsi que notre intelligence a1 en quelque sorte1 acquis une facult nouvelle1 ou1 pour mieux dire1 qu'elle a rgularis le dveloppement de l'une de ses tendances primordiales1 jusque alors livre son seul essor instinctif1 faute d'avoir pu rencontrer plutt le genre dtermin d'applications scientifiques qui devait dvoiler ses vritables lois naturelles4 ,par cet ensemble de rflexions prliminaires1 le caractre philosophique qui doit distinguer la leon actuelle se trouve nettement dfini et pleinement motiv4 ,quoique nous devions avoir essentiellement en vue l'ensemble de la biotaxie1 on reconnat ainsi que la considration prpondrante du seul rgne animal constitue ncessairement notre sujet immdiat et explicite1 soit pour tablir les bases rationnelles de la thorie gnrale des classifications1 soit pour apprcier son application la plus capitale et la plus parfaite1 double aspect sous lequel nous devons examiner ici la philosophie biotaxique4 ,deux grandes notions philosophiques dominent la thorie fondamentale de la mthode naturelle proprement dite1 savoir3 la formation des groupes naturels2 et ensuite leur succession hirarchique4 ,ces deux conceptions pourraient1 sans doute1 sous le point de vue logique1 tre aisment rsumes1 comme on le verra ci-aprs1 en un principe unique1 puisque les mmes rgles doivent1 au fond1 ncessairement prsider1 par des applications plus ou moins abstraites et plus ou moins prcises1 l'accomplissement rel de ces deux sortes de conditions taxonomiques1 sans quoi la mthode ne serait point homogne4 ,mais il n'en est pas moins indispensable1 pour analyser plus nettement la mthode naturelle1 de sparer soigneusement ici ces deux ordres principaux de considrations1 qui correspondent des oprations intellectuelles vraiment distinctes1 ou plutt qui indiquent deux degrs ingaux et successifs dans le dveloppement gnral du gnie classificateur4 ,il est incontestable1 en effet1 que l'esprit humain a commenc se former des ides exactes de la vraie constitution des familles naturelles1 soit l'gard des animaux1 soit mme envers les vgtaux1 ds le milieu du seizime sicle1 long-temps avant de s'tre lev aucune vue nette et directe sur l'ensemble de la hirarchie organique4 ,aujourd'hui mme1 la classification vgtale est videmment beaucoup plus parfaite sous le premier aspect que sous le second4 ,enfin1 pour confirmer pleinement qu'une telle distinction est rellement conforme la marche fondamentale de notre intelligence1 il suffirait1 ce me semble1 de remarquer sa reproduction spontane dans tous les cas taxonomiques1 malgr leur htrognit4 ,ainsi1 par exemple1 en considrant le mmorable commencement de classification philosophique que j'ai prcdemment signal plusieurs fois en gomtrie1 au sujet des diverses familles de surfaces1 on peut y regarder l'tablissement des vritables groupes naturels comme tant dj trs avanc1 tandis que jusqu'ici il n'existe encore aucune conception gnrale destine soumettre tous les diffrens groupes une mme hirarchie rationnelle4 ,la distinction primitive de ces deux points de vue taxonomiques doit donc tre irrvocablement maintenue1 quoiqu'il ne faille jamais oublier leur indispensable combinaison finale4 ,en considrant ainsi d'abord1 d'une manire strictement isole1 la formation des groupes naturels1 elle consiste proprement saisir1 entre des espces plus ou moins nombreuses1 un tel ensemble d'analogies essentielles que1 malgr leurs diffrences caractristiques1 les tres appartenant une mme catgorie quelconque1 soient toujours1 en ralit1 plus semblables entre eux qu' aucun de ceux qui n'en font point partie1 sans que d'ailleurs on doive s'occuper encore ni de l'ordre gnral tablir entre ces diverses agrgations partielles1 ni mme de la distribution intrieure convenable chacune d'elles4 ,si cette classe prliminaire d'oprations taxonomiques devait rester unique1 elle prsenterait1 certains gards1 un caractre vague et mme arbitraire1 puisque aucun principe rigoureux ne tendrait y dterminer le juste degr d'extension qui doit tre assign chaque groupe naturel1 ce qui altrerait directement la proprit fondamentale de la classification propose2 car1 avec des groupes trop tendus1 les rapprochemens des espces deviendraient presque illusoires1 tandis que des groupes trop restreints1 et par suite trop multiplis1 rendraient les comparaisons presque impossibles4 ,aussi les naturalistes ont-ils1 en effet1 long-temps attribu1 surtout dans le rgne vgtal1 des acceptions gnrales trs discordantes aux dnominations d'ordre1 de famille1 et mme de genre4 ,mais la difficult principale d'une telle circonscription doit essentiellement disparatre1 quand on procde ensuite l'tablissement de la hirarchie fondamentale1 qui1 parvenue son entire perfection philosophique1 finirait par assigner chaque espce une place rigoureusement dtermine4 ,ces notions de genre1 de famille1 de classe1 etc41 peuvent tre alors nettement dfinies1 comme indiquant1 dans cette hirarchie totale1 diffrentes sortes de dcompositions1 constamment effectues d'aprs certaines modifications plus ou moins profondes du principe mme qui a dirig la formation de la srie gnrale4 ,le rgne animal1 considr surtout dans sa partie suprieure1 est1 en effet1 le seul jusqu'ici o ces divers degrs successifs aient pu tre caractriss d'une manire pleinement scientifique4 ,il tait sans doute invitable et mme indispensable que l'esprit humain comment ainsi1 dans le dveloppement graduel de la mthode naturelle1 par la construction successive des premiers groupes1 non-seulement comme essai ncessaire et spontan de ses facults taxonomiques1 mais aussi afin de prparer1 par une large simplification prliminaire1 la formation ultrieure de la hirarchie gnrale1 en y substituant d'avance1 la comparaison directe1 presque inextricable1 de toutes les espces1 la seule comparaison beaucoup plus facile des genres ou mme des familles4 ,par-l se trouvait heureusement limine1 ds l'origine1 la partie la plus dlicate et la moins certaine de l'opration totale1 celle qui consiste dans la rationnelle distribution intrieure de chaque groupe naturel1 laisse d'abord entirement indtermine4 ,quoique une telle distribution doive ncessairement s'effectuer d'aprs les mmes principes fondamentaux qui auront dj prsid la coordination hirarchique des groupes eux-mmes1 il est nanmoins incontestable que l'application de ces principes doit alors devenir bien plus quivoque1 et toutefois1 la vrit1 bien moins importante1 puisque la comparaison n'y peut plus porter que sur des nuances peu prononces et trs difficiles caractriser avec une prcision vraiment scientifique4 ,aussi1 malgr le grand perfectionnement actuel de la philosophie zoologique1 cette dernire partie de la mthode naturelle prsente-t-elle encore aujourd'hui beaucoup d'incertitude et une disposition presque arbitraire4 ,elle et donc1 plus forte raison1 profondment entrav l'ensemble de l'opration taxonomique1 si elle n'en avait pas t1 ds l'origine1 spontanment carte1 par la recherche prpondrante1 et mme exclusive1 des seuls groupes naturels4 ,mais1 quelle qu'ait d tre l'indispensable utilit de cette marche ncessaire pour le dveloppement gnral de la vraie philosophie biotaxique1 la formation de ces groupes serait bien loin de constituer1 par elle-mme1 comme les botanistes sont trop souvent disposs le concevoir1 la partie scientifique la plus importante de la mthode naturelle1 si ce n'est titre de simple opration prliminaire4 ,l'tablissement rgulier des seules familles naturelles peut1 sans doute1 fournir directement la science biologique un instrument logique susceptible de quelque efficacit2 car1 lorsque ces familles ont t heureusement construites1 les espces qui s'y trouvent rapproches offrent ncessairement1 soit dans leur organisation1 soit dans leur vie1 une certaine similitude fondamentale1 propre simplifier et faciliter les diverses explorations biologiques1 ds-lors essentiellement rductibles l'examen d'un seul cas de chaque groupe4 ,toutefois1 une telle proprit ne correspondrait nullement la principale destination philosophique de la mthode naturelle1 dsormais envisage comme le moyen rationnel le plus capital qui puisse appartenir l'tude gnrale1 soit statique1 soit dynamique1 du systme des corps vivans1 ainsi que je me suis tant efforc de le faire sentir dans les deux leons prcdentes4 ,sous ce point de vue fondamental1 la condition taxonomique essentielle consiste1 en effet1 en ce que la seule position assigne chaque organisme par la classification totale tende spontanment faire aussitt ressortir l'ensemble de sa vraie nature anatomique et physiologique1 comparativement1 soit tous ceux qui le prcdent1 soit tous ceux qui le suivent4 ,c'est par-l surtout que la mthode naturelle acquiert un caractre profondment scientifique1 et dvient infiniment suprieure aux plus heureux artifices mnmoniques1 avec lesquels elle est encore trop souvent confondue par les esprits exclusivement borns l'tude de la philosophie inorganique4 ,pour tous ceux qui ont dignement apprci le vrai gnie de cette mthode1 la suite des tableaux dont elle est finalement compose constitue rellement1 ds-lors1 le rsum la fois le plus exact et le plus concis du systme actuel des connaissances biologiques1 et en mme temps le principal instrument logique de leur perfectionnement ultrieur4 ,or1 la classification rationnelle ne pourrait nullement possder ces admirables proprits caractristiques1 si on la supposait seulement rduite l'tablissement des familles naturelles1 quand mme toutes les espces s'y trouveraient groupes de la manire la plus satisfaisante1 opration qui1 d'ailleurs1 par sa nature1 ne saurait tre compltement ralise sans faire intervenir la considration prpondrante de la srie organique4 ,car1 l'ordre essentiellement arbitraire qui rgnerait alors1 de toute ncessit1 entre les diverses familles1 et la dcomposition non moins indtermine de chacune d'elles en espces1 feraient aussitt radicalement disparatre cette aptitude fondamentale la haute comparaison anatomique ou physiologique1 pour ne plus permettre dsormais que la recherche d'analogies la fois partielles et secondaires1 comme le rgne vgtal nous le montre aujourd'hui si videmment4 ,la mthode naturelle est donc principalement caractrise1 sous le point de vue philosophique1 par l'tablissement gnral de la vraie hirarchie organique1 rduite1 si l'on veut1 pour plus de facilit1 la simple coordination rationnelle des genres1 ou mme des familles1 dont le rgne animal nous offre seul aujourd'hui la ralisation invitable1 quoique encore l'tat d'bauche4 ,je n'ai pas besoin d'insister ici1 d'une manire directe et spciale1 sur l'importance prpondrante d'une telle conception1 dj prsente1 tant d'gards essentiels1 dans les deux leons prcdentes1 comme devant dominer l'ensemble des spculations biologiques1 auquel seule elle peut donner une imposante unit philosophique3 les trois leons suivantes nous offriront d'ailleurs beaucoup d'occasions naturelles de faire ressortir1 sous de nouveaux aspects gnraux1 son admirable efficacit4 ,on doit sentir aussi que l'esprit de cet ouvrage m'interdit ncessairement toute discussion formelle sur la ralit et la possibilit de cette grande coordination hirarchique1 premire base ncessaire de la saine philosophie biologique1 et rendue dsormais inattaquable par la srie des travaux des modernes zoologistes4 ,les lecteurs auxquels une semblable dmonstration directe paratrait encore indispensable1 reconnatraient1 ce me semble1 par cela seul1 que ce trait ne leur tait point destin3 nous ne pouvons ici remettre en question l'existence mme de la science1 dont nous tentons uniquement d'apprcier le vrai caractre philosophique4 ,il me suffit simplement de rappeler ici1 ce sujet1 comme un rsultat gnral de l'ensemble des tudes biologiques1 que les espces animales1 considres sous le point de vue statique1 offrent videmment une complication organique toujours croissante1 soit quant la diversit1 la multiplicit1 et la spcialit de leurs lmens anatomiques1 soit quant la composition et la varit de plus en plus grandes de leurs organes et de leurs appareils2 en second lieu1 que cet ordre fondamental correspond exactement1 sous le point de vue dynamique1 une vie toujours plus complexe et plus active1 compose de fonctions plus nombreuses1 plus varies1 et mieux dfinies2 et que1 enfin1 ce qui est moins connu quoique galement incontestable1 l'tre vivant devient ainsi1 par une suite ncessaire1 de plus en plus modifiable1 en mme temps qu'il exerce1 sur le monde extrieur1 une action toujours plus profonde et plus tendue4 ,c'est par l'indissoluble faisceau de ces trois lois fondamentales que se trouve dsormais rigoureusement fix le vrai sens philosophique de la hirarchie biologique1 chacun de ces aspects devant habituellement dissiper l'incertitude que pourraient laisser les deux autres4 ,de l rsulte ncessairement1 en effet1 la possibilit de concevoir finalement l'ensemble des espces vivantes dispos dans un ordre tel que l'une quelconque d'entre elles soit constamment infrieure toutes celles qui la prcdent et constamment suprieure toutes celles qui la suivent2 quelle que doive tre d'ailleurs1 par sa nature1 l'immense difficult de raliser jamais1 jusqu' ce degr de prcision1 ce type hirarchique4 ,conformment aux explications prcdentes1 je ne m'arrterai nullement ici discuter1 ni mme signaler1 aucune des objections innombrables et plus ou moins vaines qui ont t souleves contre la conception gnrale de la hirarchie biologique1 jusqu' l'poque trs rcente o tous les esprits suprieurs se sont enfin accords prendre irrvocablement cette conception pour le vritable point de dpart philosophique de toutes les spculations relatives aux corps vivans#bi4 ,je crois seulement devoir1 cet gard1 appeler sommairement l'attention spciale du lecteur sur la seule controverse vraiment capitale qui s'y soit rattache1 et dont l'influence tendait directement claircir et mme perfectionner ce principe fondamental de la mthode naturelle4 ,on conoit qu'il s'agit de la mmorable discussion souleve avec tant de force par l'illustre ,lamarck1 et soutenue surtout1 quoique d'une manire imparfaite1 par ,cuvier1 relativement la permanence gnrale des espces organiques4 ,note #bi3 ,je ne dois pas mme examiner la conception quivoque de quelques naturalistes1 qui proposaient de substituer1 l'ordre ncessairement linaire de la srie animale1 un ordre deux ou trois dimensions1 analogue celui des cartes gographiques et des plans en relief1 o chaque groupe naturel serait simultanment en contact1 suivant des directions varies1 avec beaucoup d'autres1 sans qu'il y et rellement ni suprieur ni infrieur4 ,cette irralisable hypothse1 symptme vident d'un sentiment naissant et encore confus de la vraie mthode naturelle1 lui enlverait radicalement ses principales proprits philosophiques et dtruirait toute large application de l'art comparatif aux recherches anatomiques ou physiologiques4 ,il conviendrait encore moins de discuter ici l'trange proposition faite rcemment par ,m4 ,ampre1 de rompre directement l'unit gnrale de la suite zoologique1 en partageant le rgne animal en deux sries parallles et essentiellement indpendantes1 l'une affecte aux animaux vertbrs1 l'autre aux animaux invertbrs4 ,les zoologistes n'ont pas mme daign combattre cette singulire conception1 qui tmoigne1 en effet1 une apprciation trop errone de la vraie destination philosophique propre la mthode naturelle1 ainsi que de la vritable nature des difficults relatives son application spciale4 ,il faut1 avant tout1 reconnatre1 ce sujet1 que1 quelle que dt tre la dcision finale de cette grande question biologique1 elle ne saurait1 en ralit1 aucunement affecter l'existence fondamentale de la hirarchie organique4 ,au premier abord1 on pourrait penser que1 dans l'hypothse de ,lamarck1 il n'y a plus de vritable srie zoologique1 puisque tous les organismes animaux seraient ds-lors essentiellement identiques1 leurs diffrences caractristiques tant ainsi entirement attribues dsormais l'influence diverse et ingalement prolonge du systme des circonstances extrieures4 ,mais1 en examinant cette opinion d'une manire plus approfondie1 on aperoit aisment1 au contraire1 que toute son influence se rduirait1 cet gard1 prsenter la srie sous un nouvel aspect1 qui en rendrait mme l'existence encore plus claire et plus irrcusable4 ,car1 l'ensemble de la srie zoologique deviendrait alors1 aussi bien en fait qu'en spculation1 parfaitement analogue l'ensemble du dveloppement individuel1 restreint du moins sa seule priode ascendante3 il ne s'agirait plus que d'une longue succession dtermine d'tats organiques1 dduits graduellement les uns des autres dans la suite des sicles1 par des transformations de plus en plus complexes1 dont l'ordre1 ncessairement linaire1 serait exactement comparable celui des mtamorphoses conscutives des insectes hexapodes1 et seulement beaucoup plus tendu4 ,en un mot1 la marche progressive de l'organisme animal1 qui n'est pour nous qu'une abstraction commode1 simplement destine1 en abrgeant le discours1 faciliter la pense1 se convertirait ainsi rigoureusement en une vritable loi naturelle4 ,il est mme digne de remarque que1 des deux clbres antagonistes entre lesquels s'agitait surtout cette importante discussion1 ,lamarck tait incontestablement celui qui manifestait le sentiment le plus net et le plus profond de la vraie hirarchie organique1 dont ,cuvier1 sans jamais la combattre en principe1 mconnaissait souvent les caractres philosophiques les plus essentiels#cj4 ,on ne saurait donc mettre en doute que la conception fondamentale de la srie biologique ne soit1 au fond1 rellement indpendante de toute opinion quelconque sur la permanence ou la variation des espces vivantes4 ,note #cj3 ,on doit surtout remarquer1 ce sujet1 dans l'ensemble des travaux zoologiques de ,cuvier1 soit a l'gard des espces actuelles1 soit mme envers les races fossiles1 l'importance dmesure qu'il a si souvent attache1 contre le vritable esprit fondamental de la mthode naturelle1 la considration du mode d'alimentation4 ,il est bien reconnu aujourd'hui qu'un tel principe ne saurait dominer la dtermination gnrale d'aucun organisme animal1 puisque1 tous les diffrens degrs de l'chelle zoologique1 on trouve galement et des carnassiers et des herbivores2 ce qui vrifie clairement que cet aspect secondaire doit tre toujours subordonn l'examen du rang qu'occupe l'animal dans la grande hirarchie biologique1 comme l'indique d'ailleurs directement l'analyse rationnelle de la doctrine taxonomique4 ,en laissant indtermin le degr d'animalit1 la notion du genre de nourriture ne saurait1 par sa nature1 fournir aucune indication relle sur la constitution anatomique de l'animal4 ,ainsi1 a l'poque o ,cuvier reprochait si judicieusement ,lamarck d'attribuer aux circonstances extrieures une influence organique fort exagre1 il tombait lui-mme dans une erreur philosophique essentiellement analogue1 par cette irrationnelle prpondrance zoologique accorde un caractre purement inorganique1 et1 ce titre1 aussi accessoire que la plupart de ceux considrs par son illustre antagoniste4 ,le seul attribut de cette srie qui puisse tre affect par une telle controverse1 consiste simplement dans la continuit ou la discontinuit ncessaire de la progression organique4 ,car1 en admettant l'hypothse de ,lamarck1 o les divers tats organiques se succdent lentement par des transitions imperceptibles1 il faudra videmment concevoir la srie ascendante comme rigoureusement continue4 ,si1 au contraire1 on reconnat finalement la fixit fondamentale des espces vivantes1 il sera non moins indispensable de poser en principe la discontinuit de cette srie1 sans prtendre d'ailleurs y limiter aucunement priori les moindres intervalles lmentaires4 ,tel est donc1 en cartant1 d'une manire irrvocable1 toute vaine contestation sur l'existence mme de la hirarchie organique1 le seul vrai point de vue sous lequel nous devons considrer ici cette haute question de philosophie biologique4 ,ainsi circonscrite1 la discussion n'en conserve pas moins une extrme importance pour le perfectionnement gnral de la mthode naturelle1 qui sera1 en effet1 bien plus nettement caractrise1 si l'on peut enfin concevoir1 en ralit1 les espces comme essentiellement fixes1 et1 par suite1 la srie organique1 mme parvenue son plus entier dveloppement1 comme compose de termes distinctement spars4 ,car1 l'ide d'espce1 qui constitue1 par sa nature1 la principale unit biotaxique1 cesserait presque absolument de comporter aucune exacte dfinition scientifique1 si nous devions admettre la transformation indfinie des diverses espces les unes dans les autres1 sous l'influence suffisamment prolonge de circonstances extrieures suffisamment intenses4 ,quoique l'ensemble de la srie biologique conservt ncessairement une pleine vidence1 sa ralisation prcise nous prsenterait ds-lors des difficults presque insurmontables2 ce qui doit faire comprendre le haut intrt philosophique propre cette question capitale1 sur laquelle on ne saurait croire1 il faut l'avouer1 que les ides soient encore convenablement arrtes4 ,toute la clbre argumentation de ,lamarck reposait finalement sur la combinaison gnrale de ces deux principes incontestables1 mais jusqu'ici trop mal circonscrits3 #a l'aptitude essentielle d'un organisme quelconque1 et surtout d'un organisme animal1 se modifier conformment aux circonstances extrieures o il est plac1 et qui sollicitent l'exercice prdominant de tel organe spcial1 correspondant telle facult devenue plus ncessaire2 #b la tendance1 non moins certaine1 fixer dans les races1 par la seule transmission hrditaire1 les modifications d'abord directes et individuelles1 de manire les augmenter graduellement chaque gnration nouvelle1 si l'action du milieu ambiant persvre1 identiquement4 ,on conoit sans peine1 en effet1 que1 si cette double proprit pouvait tre admise d'une manire rigoureusement indfinie1 tous les organismes pourraient tre envisags comme ayant t1 la longue1 successivement produits les uns par les autres1 du moins en disposant de la nature1 de l'intensit1 et de la dure des influences extrieures avec cette prodigalit illimite qui ne cotait aucun effort la nave imagination de ,lamarck4 ,il serait entirement dplac de s'engager ici dans aucune discussion spciale sur cette ingnieuse hypothse1 puisque la fausset radicale en est aujourd'hui pleinement reconnue par presque tous les naturalistes4 ,mais il ne sera point inutile1 au contraire1 de caractriser sommairement1 en quoi consiste son vice fondamental1 dont la rectification doit tant contribuer faire mieux concevoir la vraie notion scientifique de l'organisme4 ,nous n'avons point nous occuper des suppositions si gratuites que ncessite une telle conception1 quant au temps incommensurable pendant lequel chaque systme de circonstances extrieures aurait d prolonger son action pour produire la transformation organique correspondante4 ,ce dfaut secondaire est tellement clatant1 qu'il n'a besoin d'aucun examen spcial1 puisque le temps ne saurait tre disponible qu'entre certaines limites4 ,je dois seulement signaler1 sous ce rapport1 comme directement contraire au vritable esprit fondamental de la philosophie positive1 l'expdient irrationnel employ par quelques-uns de ceux qui ont appuy la thse de ,lamarck1 lorsque1 pour luder d'insurmontables objections1 ils ont imagin de recourir une antique constitution1 entirement idale1 des milieux organiques1 alors privs de toute analogie essentielle avec les milieux actuels4 ,d'aprs la thorie gnrale des hypothses vraiment scientifiques1 tablie dans le volume prcdent1 une telle manire de philosopher doit tre immdiatement rprouve1 comme chappant1 par sa nature1 toute espce de contrle positif1 soit direct1 soit mme indirect4 cartant maintenant toute imperfection accessoire1 afin de mieux apprcier le principe fondamental de l'hypothse propose1 il est ais de reconnatre1 ce me semble1 qu'il repose sur une notion profondment errone de la nature gnrale de l'organisme vivant4 ,sans doute1 chaque organisme dtermin est en relation ncessaire avec un systme galement dtermin de circonstances extrieures1 comme je l'ai tabli dans la quarantime leon4 ,mais il n'en rsulte nullement que la premire de ces deux forces co-relatives ait d tre produite par la seconde1 pas plus qu'elle n'a pu la produire3 il s'agit seulement d'un quilibre mutuel entre deux puissances htrognes et indpendantes4 ,si l'on conoit que tous les organismes possibles soient successivement placs1 pendant un temps convenable1 dans tous les milieux imaginables1 la plupart de ces organismes finiront1 de toute ncessit1 par disparatre1 pour ne laisser subsister que ceux qui pouvaient satisfaire aux lois gnrales de cet quilibre fondamental3 c'est probablement d'aprs une suite d'liminations analogues que l'harmonie biologique a d s'tablir peu peu sur notre plante1 o nous la voyons encore1 en effet1 se modifier sans cesse d'une manire semblable4 ,or1 la notion d'un tel quilibre gnral deviendrait inintelligible1 et mme contradictoire1 si l'organisme tait suppos modifiable l'infini sous l'influence suprme du milieu ambiant1 sans avoir aucune impulsion propre et indestructible4 ,il est incontestable que l'exercice sollicit par des circonstances extrieures dtermines tend altrer1 entre certaines limites1 l'organisation primitive1 en la dveloppant davantage suivant la direction correspondante4 ,mais1 cette influence du milieu1 et cette aptitude de l'organisme1 sont certainement trs circonscrites4 ,pour les concevoir indfinies1 il faudrait admettre1 avec ,lamarck1 contre l'ensemble des observations les plus irrcusables1 que les besoins peuvent toujours crer les facults1 au lieu de se borner en exciter le dveloppement quand l'organisation primitive l'a rendu possible1 et lorsque1 en mme temps1 les obstacles extrieurs ne sont pas trop considrables3 et1 d'ailleurs1 d'o pourraient rellement provenir les besoins1 s'il n'existait point de tendances primordiales8 ,ne voyons-nous pas continuellement1 au contraire1 dans des cas infiniment moins dfavorables que ces chimriques suppositions la permanence de l'harmonie biologique1 un tel quilibre cesser de subsister par l'impossibilit o se trouve l'organisme de se modifier assez pour s'adapter aux nouvelles circonstances qui l'entourent8 ,c'est ainsi1 par exemple1 que les espces animales les plus leves tendent disparatre entirement mesure que l'homme envahit leur territoire1 et mme que les races humaines les moins civilises s'effacent1 par une dplorable fatalit1 devant celles qui le sont davantage1 faute de pouvoir se conformer spontanment aux exigences de leur nouvelle situation4 ,et1 nanmoins1 il est bien reconnu1 d'aprs l'examen gnral de toute la srie animale1 que l'organisme se modifie avec d'autant plus de facilit qu'il est plus lev4 ,on voit que l'hypothse de ,lamarck exigerait1 en sens inverse1 la plus grande aptitude la modification dans l'organisme le plus infrieur1 ce qui serait videmment absurde4 ,sous le point de vue purement statique1 une telle conception obligerait regarder la premire bauche animale comme renfermant1 du moins l'tat rudimentaire1 non-seulement tous les tissus1 ce qui est1 jusqu' un certain point1 admissible d'aprs leur rduction fondamentale un seul tissu gnrateur1 mais aussi tous les organes et tous les appareils1 ce qui est certainement contraire l'ensemble des comparaisons anatomiques4 ,le principe gnral de la doctrine de ,lamarck doit donc1 tous les gards essentiels1 tre reconnu directement contradictoire aux vraies notions fondamentales de l'organisation et de la vie2 il tend mme1 par sa nature1 ce me semble1 rompre entirement l'quilibre philosophique entre ces deux ides-mres de la biologie1 en conduisant ncessairement supposer le plus de vie l o il y a le moins d'organisation4 ,presque tous les cas considrs par ,lamarck prsentent1 de la manire la plus prononce1 l'irrationnel et mystrieux assemblage d'une soumission passive de l'animal aux moindres influences extrieures1 mme quand il pourrait le plus aisment s'y soustraire1 avec une activit illimite et inconcevable pour adapter sa propre organisation la plus faible provocation du dehors4 ,ainsi1 malgr cette imposante autorit1 l'aptitude incontestable de tout organisme se modifier d'aprs la constitution spciale du milieu correspondant1 sera dsormais irrvocablement circonscrite entre d'troites limites1 d'autant plus cartes toutefois que cet organisme est plus lev4 ,la difficult gnrale consiste seulement tablir le principe de philosophie biologique destin dterminer ces limites1 en chaque cas1 avec toute la prcision suffisante2 et1 sous ce rapport1 il reste rellement beaucoup faire encore4 ,tous les naturalistes s'accordent aujourd'hui reconnatre que l'action du milieu1 soit directe1 soit augmente par la transmission hrditaire et mme par le croisement1 ne peut jamais s'tendre jusqu' la transformation mutuelle des genres1 et plus forte raison des familles4 ,quant aux diverses espces de chaque genre naturel1 la question est ncessairement bien plus dlicate1 et l'unanimit beaucoup moins complte4 ,nanmoins1 on ne saurait gure douter1 surtout d'aprs la lumineuse argumentation de ,cuvier1 que les espces ne demeurent aussi1 par leur nature1 essentiellement fixes1 travers toutes les variations extrieures compatibles avec leur existence4 ,cette argumentation repose sur ces deux considrations principales1 complmentaires l'une de l'autre3 la permanence des espces les plus anciennement observes2 la rsistance des espces actuelles aux plus grandes forces modificatrices3 en sorte que1 sous le premier aspect1 le nombre des espces ne diminue point1 et que1 sous le second1 il n'augmente pas davantage4 ,la premire considration est surtout frappante1 quand on examine l'tat prsent des espces dcrites1 il y a plus de vingt sicles1 par ,aristote2 plus forte raison1 en ayant gard1 dans l'ensemble de la srie animale1 l'identit remarquable des espces fossiles qui n'ont pas t dtruites2 et enfin1 en reconnaissant1 dans les momies les plus antiques1 jusqu'aux simples diffrences secondaires qui caractrisent aujourd'hui les diverses races humaines4 ,sous le second point de vue1 l'argument le plus dcisif rsulte d'une exacte analyse gnrale de l'influence organique de la domestication prolonge1 soit sur les vgtaux1 soit mme envers les animaux4 ,il est clair1 en effet1 que la perturbation artificielle introduite1 tant de titres1 par l'intervention humaine dans le systme extrieur des conditions d'existence propres aux diverses espces devenues domestiques1 constituait ncessairement le cas le plus favorable leur variation fondamentale1 surtout lorsqu'elle a concouru avec le changement de sjour1 comme1 par exemple1 l'gard des espces domestiques transplantes1 depuis plus de trois sicles1 d',europe en ,amrique4 ,or1 malgr les changemens trs apprciables que de telles influences ont d dterminer1 mme en une localit constante et par le seul laps du temps1 on reconnat nanmoins la persvrance incontestable des caractres essentiels propres chaque espce1 sans qu'aucune d'elles ait jamais pu se transformer rellement en aucune autre4 ,enfin1 dans l'espce humaine elle-mme1 la plus minemment modifiable de toutes1 la nature fondamentale reste videmment invariable et toujours hautement prononce1 travers les diverses modifications de races et celles presque aussi importantes que produit1 la longue1 le seul perfectionnement ncessaire et continu de l'tat social4 ,ainsi1 sans s'garer dans de vaines et inaccessibles spculations sur l'origine primitive des divers organismes1 on ne saurait refuser d'admettre1 comme une grande loi naturelle1 la tendance essentielle des espces vivantes se perptuer indfiniment avec les mmes caractres principaux1 malgr la variation du systme extrieur de leurs conditions d'existence4 ,tant que cette variation croissante n'est pas devenue contradictoire cette nature fondamentale qui ne saurait changer1 l'espce subsiste en se modifiant1 surtout si les diffrences sont graduelles2 au-del1 l'espce ne se modifie point1 elle prit ncessairement4 ,quelque prcieuse que soit une telle proposition1 il faut nanmoins reconnatre qu'elle ne fixe pas encore suffisamment le genre prcis de l'influence incontestable qu'exerce sur l'organisme la constitution du milieu ambiant4 ,car1 sous ce point de vue1 nous n'avons acquis par l que des lumires en quelque sorte ngatives1 en restreignant seulement dans l'intrieur de chaque organisme spcifique le champ gnral des modifications possibles1 dont l'tendue effective reste essentiellement inconnue4 ,on sait1 par exemple1 que la perturbation convenablement prolonge du systme total des circonstances extrieures peut aller jusqu' altrer beaucoup le dveloppement proportionnel de chacun des organes propres chaque espce1 ainsi que la dure1 soit totale1 soit relative1 des diverses priodes principales de son existence4 ,mais1 de telles modifications constituent-elles1 comme on est aujourd'hui dispos le croire1 les vraies limites suprieures de l'influence organique du milieu ambiant8 ,aucune considration positive1 priori ou posteriori1 ne l'a jusqu'ici vritablement dmontr4 ,en un mot1 la thorie rationnelle de l'action ncessaire des divers milieux sur les divers organismes reste encore presque tout entire former4 ,on doit regarder cette question comme ayant t simplement pose conformment sa vraie nature philosophique1 en rsultat final de la grande controverse tablie par ,lamarck1 qui aura ainsi rendu un minent service au progrs gnral de la saine philosophie biologique4 ,un tel ordre de recherches1 quoique fort nglig1 constitue1 sans doute1 l'un des plus beaux sujets que l'tat prsent de cette philosophie puisse offrir l'activit de toutes les hautes intelligences4 ,il devrait1 ce me semble1 inspirer d'autant plus d'intrt que les lois gnrales de ce genre de phnomnes seraient1 par leur nature1 immdiatement applicables la vraie thorie du perfectionnement systmatique des espces vivantes1 y compris mme l'espce humaine4 ,quoi qu'il en soit1 nous pouvons dsormais1 en nous restreignant pleinement notre sujet actuel1 regarder comme dmontre la discontinuit ncessaire de la grande srie biologique4 ,les diverses transitions pourront1 sans doute1 y devenir ultrieurement plus graduelles1 soit par la dcouverte d'organismes intermdiaires1 soit par une tude mieux dirige de ceux dj connus4 ,mais la fixit essentielle des espces nous garantit que cette srie sera toujours compose de termes nettement distincts1 spars par des intervalles infranchissables4 ,si l'examen prcdent a pu d'abord paratre constituer ici une digression superflue1 on doit maintenant comprendre la haute importance philosophique que je devais attacher constater1 dans la hirarchie gnrale des corps vivans1 une telle proprit caractristique1 aussi directement destine augmenter le degr de perfection rationnelle que comporte l'tablissement dfinitif de cette hirarchie4 ,aprs avoir ainsi suffisamment caractris1 suivant leur importance respective1 les deux grandes notions philosophiques des groupes naturels et de la hirarchie biologique1 dont la combinaison gnrale constitue le vrai principe de la mthode naturelle proprement dite1 il me reste maintenant1 pour complter l'apprciation abstraite d'une telle mthode1 qualifier sommairement deux grandes conditions logiques1 l'une primordiale1 l'autre finale1 que notre intelligence doit sans cesse avoir en vue dans toute laboration taxonomique4 ,la premire1 depuis long-temps bien sentie1 se rduit au principe de la subordination des caractres3 la seconde1 beaucoup moins comprise1 et cependant non moins indispensable1 prescrit la traduction dfinitive des caractres intrieurs en caractres extrieurs2 celle-ci rsulte toujours1 vrai dire1 d'un examen approfondi de ce mme principe4 ,ds la premire origine distincte de la mthode naturelle1 au seizime sicle1 par l'action combine des travaux de ,magnol1 des ,bauhin1 de ,gessner1 etc41 on a commenc reconnatre nettement que les divers caractres taxonomiques ne devaient point1 en gnral1 tre seulement compts1 mais aussi en quelque sorte pess1 suivant les rgles d'une certaine subordination fondamentale qui devait exister entre eux4 ,lors mme qu'on s'occupait exclusivement de la formation des groupes naturels1 sans avoir aucune ide claire de la hirarchie organique1 on ne pouvait se dispenser d'avoir gard1 d'une manire plus ou moins rationnelle1 une telle subordination1 quoique la notion de la srie biologique puisse seule en dvoiler la vritable base philosophique1 et dissiper irrvocablement les incertitudes essentielles relatives son application effective4 ,cette pondration scientifique des caractres constituait videmment1 en effet1 le seul attribut logique qui pt alors sparer profondment les premires tentatives de classification naturelle d'avec toutes les mthodes purement artificielles1 o1 par leur nature1 le choix et l'ordre des motifs taxonomiques devaient rester essentiellement arbitraires4 ,nous pouvons mme reporter cette poque originaire le premier aperu gnral de la principale rgle destine faire apprcier1 du moins par la voie empirique1 la vraie valeur fondamentale des divers caractres1 d'aprs leur persvrance plus ou moins profonde et plus ou moins prolonge dans l'ensemble des espces4 ,mais quelle que soit l'importance relle d'une semblable considration1 cette rgle serait1 de toute ncessit1 incomplte et insuffisante1 si on ne parvenait point la rationnaliser par son accord gnral avec la seule subordination taxonomique qui puisse tre tablie d'une manire directe et vraiment scientifique1 c'est--dire1 celle qui rsulte d'une exacte analyse comparative des diffrens organismes4 ,or1 cette dernire condition n'a t remplie que beaucoup plus tard1 et ne l'est encore convenablement jusqu'ici qu' l'gard du seul rgne animal4 ,ainsi1 tant que la mthode naturelle a t cultive indpendamment de l'anatomie compare1 il tait impossible qu'on se formt le plus souvent de justes notions philosophiques de la vraie subordination naturelle des caractres biotaxiques4 ,c'est par l que1 comme je l'indiquais tout l'heure1 la vritable thorie gnrale d'une telle pondration se trouve1 par sa nature1 intimement lie la conception fondamentale de la hirarchie organique1 puisque l'une et l'autre dpendent du mme ordre primitif de considrations scientifiques1 dont elles constituent seulement deux applications diverses mais co-relatives1 qui se sont toujours mutuellement perfectionnes4 ,on voit ainsi combien tous les divers aspects essentiels de la biotaxie1 quoique rellement distincts1 doivent tre1 de toute ncessit1 profondment combins2 ce qui caractrise la fois et la plus haute difficult et la principale ressource de cette partie capitale de la science biologique4 ,l'analyse comparative des diffrens organismes conduit directement1 en effet1 la subordination rationnelle des divers caractres taxonomiques1 en mesurant leur importance respective d'aprs la relation plus ou moins intime des organes correspondans avec les phnomnes qui constituent les attributs prpondrans des espces considres4 ,ce principe s'applique galement tous les degrs conscutifs de la classification propose1 en ayant gard des phnomnes plus spciaux quand on descend des subdivisions plus particulires4 ,en un mot1 dans cet ordre gnral de spculations biologiques1 comme dans tout autre1 le vritable esprit philosophique consiste ncessairement tablir toujours une exacte harmonie fondamentale entre les conditions statiques et les proprits dynamiques1 entre les ides de vie et les ides d'organisation1 que nos abstractions scientifiques ne doivent jamais sparer qu'afin d'en perfectionner la combinaison ultrieure4 ,c'est ainsi que1 pour la construction de la mthode naturelle1 les diffrens caractres taxonomiques peuvent tre enfin rigoureusement subordonns les uns aux autres1 sans qu'aucune disposition importante prsente rien d'arbitraire3 du moins tel est le but vers lequel on doit tendre1 quoique souvent difficile atteindre4 ,l'analyse approfondie de l'organisme vivant indiquera toujours d'avance avec certitude quel genre doivent tre emprunts les caractres principaux1 et suivant quelle loi diminue graduellement leur valeur rationnelle3 mais l'application dfinitive des caractres ainsi prpars au classement effectif des espces pourra rencontrer1 chaque poque1 des obstacles momentans1 en prsence desquels il faudra savoir se rsigner reconnatre1 dans la science biotaxique1 de vritables lacunes actuelles1 surtout en arrivant aux dernires subdivisions1 o des caractres moins tranchs doivent si aisment donner lieu de fausses coordinations4 ,il convient de remarquer1 en gnral1 ce sujet1 que nous ne sommes point encore assez profondment familiariss avec le vritable esprit de la mthode naturelle pour prvoir avec maturit et supporter sans impatience les diverses imperfections ncessaires de nos tableaux biotaxiques3 nos habitudes intellectuelles ne sont pas jusqu'ici suffisamment affranchies du rgime si prolong des classifications purement artificielles1 qui1 par leur nature1 devaient comporter1 en effet1 une perfection absolue et immdiate1 dont l'irralisation pouvait tre justement impute leurs auteurs1 et nullement aux conditions du problme4 ,on sent qu'il en est tout autrement l'gard de la classification rationnelle3 en la concevant dsormais comme une science relle1 il faudra bien que l'esprit humain s'accoutume l'envisager enfin comme continuellement perfectible1 et1 par suite1 comme toujours plus ou moins imparfaite1 la manire de toute science positive4 ,l'exacte coordination gnrale des diverses espces vivantes doit constituer1 sans doute1 une tude aussi modifiable que l'analyse1 statique ou dynamique1 d'un organisme dtermin4 ,par la nature fondamentale des problmes taxonomiques1 les hautes difficults qui leur sont propres deviendraient souvent presque inextricables1 si1 dans leur laboration primitive1 notre intelligence ne s'imposait d'abord aucune restriction pratique quant aux choix des divers caractres auxquels la thorie peut conduire4 ,ainsi1 quelle que puisse tre l'incommodit de ces caractres1 de quelques obstacles que leur vrification effective puisse tre entrave1 il sera indispensable de commencer par les admettre indiffremment1 en n'ayant gard qu' leur seule rationnalit positive1 fonde sur l'analyse comparative1 anatomique ou physiologique1 qui les aura fait dcouvrir4 ,ce problme spculatif restera encore assez profondment compliqu d'ordinaire1 pour qu'on y doive1 ds l'origine1 soigneusement carter toute tentative dplace de conciliation prmature entre des qualits aussi htrognes1 quoiqu'elles ne soient1 sans doute1 nullement incompatibles4 ,les premiers auteurs de la mthode naturelle1 surtout l'gard du rgne animal1 ont d1 en effet1 adopter indiffremment1 et sans aucun scrupule1 les caractres les plus difficiles vrifier1 et qui souvent mme ne pouvaient tre aperus que sur un seul sexe de l'espce1 ou pendant une seule poque de son existence3 il leur suffisait strictement que ces caractres quelconques fussent rellement conformes l'ensemble des analogies naturelles4 ,mais1 quelque lgitime et mme indispensable que soit1 en de telles recherches1 une semblable manire de procder1 il est clair1 nanmoins1 d'un autre ct1 que ce premier travail ne saurait tre admis1 en biotaxie1 qu' titre de fondement prliminaire de la classification dfinitive1 laquelle exige ncessairement une nouvelle opration complmentaire1 consistant liminer1 parmi tous les caractres d'abord introduits1 ceux dont la vrification habituelle serait trop difficile1 afin de leur substituer des quivalens vraiment usuels4 ,sans cette indispensable transformation1 communment mal apprcie jusqu'ici1 la mthode naturelle possde bien1 sans doute1 quoique un moindre degr1 ses principales proprits philosophiques1 comme base essentielle des spculations gnrales1 soit anatomiques1 soit physiologiques1 relatives aux corps vivans2 mais le passage effectif1 finalement ncessaire1 de l'abstrait au concret1 s'y trouve ainsi radicalement entrav4 ,en un mot1 l'anatomiste et le physiologiste peuvent bien se contenter d'une telle dfinition des groupes1 mais non le zoologiste proprement dit1 et plus forte raison le naturaliste4 ,cette rvision et cette puration gnrales de la caractristique primitive1 constituent donc le complment ncessaire de l'ensemble de l'opration taxonomique1 sans lequel le travail ne saurait tre regard comme vraiment termin4 ,ne serait-il point absurde1 en effet1 que1 pour assigner le genre ou la famille de tel animal1 il devint indispensable1 par exemple1 de commencer par le dtruire1 ainsi que l'exigent encore tant de classifications zoologiques1 littralement interprtes8 ,une thorie taxonomique aussi incomplte ne manque-t-elle point essentiellement1 par cela mme1 sa destination immdiate8 ,l'accomplissement gnral de cette grande condition finale est donc videmment indispensable4 ,en dfinissant ainsi l'objet ncessaire de cette seconde opration taxonomique1 il est ais de prciser en quel genre de transformations elle doit surtout consister4 ,on conoit d'abord combien il importe d'carter tous les caractres qui ne seraient point permanens1 et ceux qui n'appartiendraient pas aux diverses modifications naturelles de l'espce considre3 les uns et les autres ne sauraient tre admis que comme provisoires1 jusqu' ce qu'on leur ait dcouvert de vrais quivalens1 la fois fixes et communs1 vers lesquels on devra toujours tendre4 ,mais la nature mme du problme indique nanmoins clairement que la principale substitution doit avoir pour but gnral de remplacer tous les caractres intrieurs par des caractres purement extrieurs3 c'est ce qui constitue la difficult prpondrante1 et en mme temps la plus haute perfection1 de cette opration finale4 ,quand une telle condition a pu tre enfin ralise1 sans porter aucune atteinte la rationnalit fondamentale de la classification primitive1 la mthode naturelle a t ds-lors irrvocablement constitue1 dans la plnitude de toutes ses diverses proprits essentielles1 comme nous le voyons aujourd'hui l'gard du rgne animal1 surtout depuis les mmorables travaux zoologiques de ,m4 de ,blainville4 ,la vraie thorie de la subordination rationnelle des caractres1 envisage d'une manire approfondie1 suffit1 ce me semble1 pour tablir clairement1 en gnral1 sous le point de vue philosophique1 la possibilit ncessaire de cette grande transformation4 ,en effet1 l'animalit tant principalement caractrise par l'action sur le monde extrieur et par la raction correspondante1 c'est donc la surface de sparation entre l'organisme et le milieu que doivent ncessairement se passer les plus importans phnomnes primitifs de la vie animale4 ,ainsi1 les considrations relatives cette enveloppe1 envisage soit quant sa forme1 ou sa consistance1 etc41 fourniront naturellement les principales diffrences qui doivent distinguer les diverses organisations animales4 ,les organes vraiment intrieurs1 privs de toute relation directe et continue avec le milieu ambiant1 conserveront une importance capitale pour les phnomnes vgtatifs1 base primitive et uniforme de la vie gnrale3 mais ils seront1 par leur nature1 purement secondaires1 quant la dfinition essentielle des divers modes1 ou plutt des divers degrs1 d'animalit4 ,il est mme sensible1 par cette raison1 que la partie intrieure de l'enveloppe animale1 principalement destine l'laboration prliminaire des divers matriaux assimilables1 aura1 sous le rapport taxonomique1 une moindre valeur fondamentale que la partie extrieure proprement dite1 sige ncessaire des phnomnes les plus caractristiques4 ,d'aprs cela1 la transformation gnrale des caractres zoologiques intrieurs en caractres extrieurs1 au lieu de constituer seulement un ingnieux et indispensable artifice1 est1 en elle-mme1 tellement rationnelle1 qu'on peut l'envisager1 au fond1 sans aucune exagration1 comme un simple retour invitable la marche philosophique directe1 que l'esprit humain n'avait pas pu suivre1 dans le dveloppement historique de la mthode naturelle1 cause de l'ensemble des connaissances biologiques1 peine combines aujourd'hui1 qu'exigeait une telle manire de philosopher4 ,ainsi1 l'usage encore prpondrant des caractres intrieurs en zootaxie n'indique rellement qu'un de ces dtours provisoires1 si familiers notre intelligence en toute grande occasion scientifique1 quand elle n'a pas encore atteint la vraie maturit dfinitive de ses conceptions gnrales4 ,tout emploi capital de tels caractres n'atteste point seulement que l'opration taxonomique n'est pas termine2 il tmoigne mme que l'ensemble philosophique de cette opration a t imparfaitement conu1 c'est--dire1 qu'on n'a point remont jusque alors1 par la saine analyse biologique1 la vritable source primordiale des analogies empiriquement dcouvertes4 ,loin de regarder les caractres extrieurs1 directement propres la vie animale1 comme une heureuse traduction factice des caractres intrieurs1 essentiellement relatifs la vie organique1 il faudrait1 au contraire1 renverser dsormais la proposition1 en voyant1 dans l'usage de ceux-ci1 une ressource provisoire1 indispensable quoique imparfaite1 pour suppler l'ignorance o l'on devait tre d'abord de la vraie prpondrance fondamentale des autres#ca4 ,note #ca3 ,j'ai d me borner a considrer envers les seuls animaux cette transformation indispensable des caractres intrieurs en caractres extrieurs1 parce que ce cas est l'unique o une semblable opration puisse prsenter1 par la nature d'un tel organisme1 une vritable difficult scientifique1 du moins sous l'influence des habitudes encore prpondrantes4 l'gard des vgtaux1 tous les organes importans de leurs doubles fonctions gnrales de nutrition et de reproduction tant ncessairement toujours extrieurs1 il n'y a jamais eu lieu s'occuper d'une pareille substitution1 dont la difficult essentielle1 pour l'organisme animal1 provient prcisment de ce que les fonctions vgtatives1 ds-lors devenues intrieures1 n'avaient pu d'abord tre assez subordonnes par les zoologistes aux fonctions animales extrieures4 ,telles sont1 en aperu1 les diverses notions capitales1 soit scientifiques1 soit logiques1 dont la combinaison constitue1 mes yeux1 le vritable esprit gnral de la mthode naturelle proprement dite1 abstraitement envisage4 ,mais1 quoique cette considration abstraite ait d1 par la nature de ce trait1 former ici le sujet essentiel de notre examen philosophique1 il me semble que la mthode naturelle ne serait point assez nettement caractrise1 si1 aprs l'avoir analyse en elle-mme1 je ne procdais maintenant l'apprciation sommaire de son application effective et actuelle la coordination rationnelle de la srie biologique1 condense toutefois en ses masses principales4 ,une telle spcification me parat indispensable pour fixer exactement1 l'abri de toute incertitude1 la vritable interprtation positive des conceptions fondamentales de la philosophie biotaxique1 qui viennent d'tre directement1 exposes1 indpendamment du haut intrt que prsente d'ailleurs1 en elle-mme1 la contemplation attentive de cette grande construction graduellement leve par l'esprit humain1 depuis ,aristote jusqu' nos jours4 ,il suffit ici d'indiquer d'abord1 sans discussion1 la division la plus gnrale du monde organique1 en deux rgnes principaux1 l'un animal1 l'autre vgtal4 ,malgr tous les efforts tents1 diverses poques1 et surtout vers la fin du dernier sicle1 pour prsenter cette dcomposition fondamentale comme essentiellement artificielle1 il est demeur certain que l1 ainsi qu'ailleurs1 et mme plus qu'ailleurs1 la grande srie biologique prsente ncessairement une discontinuit relle et profonde1 qui ne saurait tre efface par aucune transition quelconque4 mesure qu'on approfondit davantage l'tude1 d'abord si vicieuse1 des animaux infrieurs1 on reconnat de plus en plus que la locomotion proprement dite1 au moins partielle#cb1 et un degr correspondant de sensibilit gnrale1 constituent1 tous les degrs de l'chelle animale1 les caractres prpondrans et uniformes de l'ensemble de ce rgne4 ,des rudimens trs apprciables de systme nerveux ont dj t constats1 depuis quelques annes1 chez un certain nombre de radiaires1 ce qui doit y faire prsumer un tat naissant de fibres musculaires4 ,on ne saurait1 il est vrai1 s'attendre les dcouvrir aussi dans le dernier degr d'animalit1 c'est--dire chez les animaux amorphes1 si toutefois un tel mode doit tre finalement admis1 envers des tres souvent composs1 et du moins toujours agrgs1 dont l'analyse biologique n'est point encore assez avance pour comporter un jugement irrvocable3 mais1 l mme1 il y a tout lieu de penser que le tissu cellulaire gnral doit offrir1 la surface1 une modification anatomique correspondante une premire bauche de la sensibilit et de la contractilit4 ,ces deux attributs essentiels du rgne animal1 paraissent mme persister encore davantage que l'existence d'un canal digestif1 communment envisage comme son principal caractre exclusif4 ,il est vident qu'on n'a attribu ce dernier caractre une telle prpondrance1 quoique1 par sa nature1 il se rapporte immdiatement la seule vie organique1 que en y voyant une consquence ncessaire1 et1 par suite1 un indice irrcusable1 de cette double proprit fondamentale1 dont la prminence invitable est ainsi clairement confirme4 ,toutefois1 une telle transformation taxonomique1 quoique trs prcieuse en elle-mme1 ne saurait tre parfaitement rationnelle1 ce me semble1 qu' l'gard des animaux qui ne sont point fixs3 en sorte que1 pour les suivans1 il resterait trouver une autre indication plus gnrale de l'animalit universelle1 si l'on croyait devoir renoncer y dcouvrir ultrieurement toute condition anatomique directe des deux proprits essentiellement animales4 ,d'un autre ct1 quant divers vgtaux1 tels surtout que l'hedysarum gyrans1 qui paraissent prsenter quelques indices de ces proprits co-relatives1 l'analyse de leurs mouvemens1 quoique trs confuse encore1 n'autorise nullement1 en effet1 attribuer ces singuliers phnomnes aucun vrai caractre d'animalit1 puisqu'on n'y aperoit aucune relation constante et immdiate1 soit avec les impressions extrieures1 soit avec le mode d'alimentation4 ,note #cb3 ,on ne doit pas1 ce me semble1 perdre de vue1 ce sujet1 qu'une telle locomotion partielle1 quoique la moins importante par ses rsultats immdiats1 fournit cependant le vrai point de dpart ncessaire de la locomotion totale1 mme dans les organismes les plus levs1 o1 en effet1 le dplacement du centre de gravit ne saurait s'accomplir1 en gnral1 que par une combinaison convenable entre les mouvemens relatifs des diffrentes parties de la surface animale et les diverses ractions mcaniques du milieu ambiant4 ,pour qu'une semblable combinaison puisse produire ce dplacement1 il n'y a pas d'autre condition mcanique indispensable que la libre mobilit de la masse animale4 ,on peut donc penser que si les animaux les plus imparfaits n'taient point adhrens au sol1 par une circonstance en quelque sorte trangre leur organisation1 nullement comparable la fixit des vgtaux1 et qui peut n'tre point toujours permanente1 les mouvemens partiels qu'ils excutent pourraient dterminer une bauche de locomotion totale4 ,aprs la distinction fondamentale des deux rgnes organiques1 nous devons surtout considrer ici la hirarchie rationnelle du seul rgne animal1 qui1 par l'ensemble des motifs philosophiques ci-dessus indiqus1 offre1 de toute ncessit1 la plus parfaite application des divers principes essentiels que nous a prsents la vraie thorie lmentaire de la mthode naturelle4 ,sans l'examen philosophique d'une telle application1 on ne saurait acqurir de cette grande conception un sentiment gnral assez distinct et assez profond pour l'tendre avec succs1 et sauf les modifications convenables1 de nouveaux ordres d'tudes positives4 ,l'laboration graduelle de la mthode naturelle1 pendant le cours du sicle dernier1 a successivement dtruit la vicieuse prpondrance taxonomique jusqu'alors si souvent attribue aux diverses considrations irrationnelles de sjour1 de mode d'alimentation1 etc41 pour mettre enfin dans tout son jour la considration suprme de l'organisme plus ou moins compliqu1 plus ou moins parfait1 plus o moins spcial1 et plus ou moins lev1 en un mot1 du degr de dignit animale1 suivant la belle expression de ,m4 de ,jussieu1 qui rsume admirablement le vritable esprit gnral d'une telle philosophie4 ,c'est surtout depuis l'heureuse impulsion philosophique1 dj signale ci-dessus1 produite par les travaux zoologiques de ,lamarck1 que la coordination rationnelle du rgne animal a march rapidement vers son entire maturit4 ,toutefois1 avant de pouvoir entreprendre l'tablissement d'une classification pleinement homogne1 il fallait encore que l'esprit humain prcist davantage l'interprtation taxonomique des conditions anatomiques1 en dterminant l'ordre gnral d'importance suivant lequel les diffrens organes devaient participer la construction de la hirarchie animale4 ,ce dernier pas prliminaire ne pouvait manquer d'avoir lieu1 quand les zoologistes auraient eu convenablement gard l'analyse gnrale de la vie1 sa dcomposition fondamentale en animale et vgtative1 sur laquelle ,bichat1 malgr ses exagrations cet gard1 venait1 aprs ,buffon1 de porter si nergiquement une clatante lumire4 ,la combinaison invitable de ces deux grandes impulsions1 l'une tendant chercher dans l'organisation les vritables bases rationnelles de la hirarchie zoologique1 l'autre faire apprcier les degrs successifs d'animalit propres aux diffrens organes1 a produit enfin1 ds le commencement de ce sicle1 une premire esquisse directe et gnrale de la zootaxie dfinitive4 ,on a reconnu ds-lors1 en effet1 que le systme nerveux constituant1 par sa nature1 l'lment anatomique le plus animal1 c'tait surtout d'aprs lui que la classification devait tre ncessairement dirige#cc1 en ne recourant aux autres organes1 et1 fortiori1 aux conditions essentiellement inorganiques1 que lorsque ce principe deviendrait insuffisant l'gard des subdivisions plus spciales1 et en employant toujours successivement les autres caractres suivant leur animalit dcroissante4 ,quelle que soit la part essentielle de plusieurs zoologistes contemporains1 surtout en ,france et en ,allemagne1 soit la formation d'une telle thorie1 soit son heureux dveloppement effectif1 l'admirable homognit rationnelle1 qui1 en rsultat ncessaire de l'ensemble des spculations antrieures1 commence enfin s'tablir aujourd'hui dans la srie zoologique1 me parat due surtout aux travaux minemment philosophiques de ,m4 de ,blainville1 auquel la zootaxie devra spcialement l'indispensable substitution gnrale des caractres extrieurs aux caractres intrieurs1 par suite d'une analyse taxonomique plus profonde et mieux conue4 ,c'est donc d'aprs la classification de ce grand naturaliste1 tout en regrettant qu'elle n'ait pas encore donn lieu un trait systmatique1 qu'il nous reste ici apprcier sommairement la plus parfaite application de la mthode naturelle la construction directe de la vraie hirarchie animale4 ,note #cc3 ,les zoologistes me paraissent aujourd'hui avoir trop oubli la haute participation de ,m4 ,vircy l'tablissement direct de ce grand principe1 par l'importante discussion philosophique qu'il leva1 le premier1 ce sujet1 en la caractrisant mme par une tentative gnrale de dlination rationnelle du rgne animal1 considr dans son ensemble4 ,la plus heureuse innovation qui distingue ce systme zoologique1 consiste dans la haute importance taxonomique qu'il attribue si justement la forme gnrale de l'enveloppe animale1 jusqu'alors nglige par les naturalistes1 et qui1 nanmoins1 tait1 en elle-mme1 si directement propre fournir le principe de la premire dlination rationnelle1 puisque la symtrie constitue le caractre le plus simple et le plus universel de l'organisme animal1 comme ,bichat l'a si bien tabli4 ,toutefois1 il semble que1 ds l'origine1 un tel systme prsente une sorte de paradoxe1 dont la solution serait indispensable quoique trs difficile1 en ce qu'il admet l'existence d'animaux amorphes1 ou plutt non-symtriques4 ,ce sont prcisment1 il est vrai1 ceux chez lesquels on n'a encore aperu aucune trace apprciable de systme nerveux1 ce qui sauve1 jusqu' un certain point1 le principe1 ou du moins recule et transforme la difficult4 ,mais il me parat incontestable que la notion fondamentale de ce dernier mode de l'animalit n'est point jusqu'ici convenablement analyse1 et qu'il faut concevoir la hirarchie animale1 sous la seule rserve de cet examen ultrieur4 ,on ne sera point surpris que les ides soient aujourd'hui confuses cet gard1 en rflchissant combien taient encore profondment errones1 il y a deux gnrations peine1 les conceptions zoologiques relatives des animaux bien suprieurs1 l'ordre entier des radiaires1 une partie des mollusques1 et mme des derniers articuls4 ,en rduisant ainsi le rgne animal aux seuls tres rguliers qui le composent presque exclusivement1 on doit y distinguer d'abord deux espces fondamentales de symtrie1 dont la plus parfaite est relative un plan1 et l'autre un point ou plutt un axe4 ,de l rsulte la premire classification des animaux1 en pairs et rayonns1 ou artiozoaires et actinozoaires1 suivant la nomenclature systmatique de ,m4 de ,blainville4 ,on ne saurait trop admirer avec quelle rigoureuse exactitude un attribut1 en apparence aussi peu important1 correspond rellement1 d'aprs le beau travail de ,lamarck1 l'ensemble des plus hautes comparaisons biologiques1 qui viennent toutes converger spontanment vers cette simple et lumineuse distinction4 ,nanmoins1 l'incontestable prpondrance d'un tel caractre reste jusqu'ici essentiellement empirique1 et laisse encore dsirer une explication nette et rationnelle1 la fois physiologique et anatomique1 de l'extrme infriorit ncessaire des animaux rayonns envers les animaux pairs1 qui1 par leur nature1 doivent tre videmment bien plus rapprochs de l'homme1 unit fondamentale de la zoologie4 ,envisageant dsormais le seul ordre gnral des artiozoaires1 il se divise naturellement d'aprs la consistance de l'enveloppe1 suivant qu'elle est dure ou molle1 ce qui doit la rendre plus ou moins propre la locomotion4 ,cette considration est1 en quelque sorte1 le prolongement ncessaire de la prcdente1 puisque la symtrie gnrale de l'animal sera videmment beaucoup plus complte et plus prononce dans le premier cas que dans le second4 ,les deux attributs essentiels de l'animalit1 la locomotion et les sensations1 tablissent entre ces deux cas des diffrences profondes et incontestables1 la fois anatomiques et physiologiques1 qu'on peut1 en gnral1 aisment rattacher1 d'une manire rationnelle1 cette distinction primitive1 et qui concourent toutes prsenter les animaux inarticuls comme ncessairement infrieurs aux animaux articuls4 ,on a peine comprendre comment ,cuvier a pu entirement mconnatre cette importante analogie zoologique1 si bien pressentie par le gnie du grand ,linn1 en persistant placer1 au contraire1 les mollusques avant les insectes1 ce qui a beaucoup entrav l'tude gnrale des uns et des autres4 ,cette erreur capitale parat avoir rsult d'une insuffisante pondration pralable des caractres taxonomiques1 considrs sous le point de vue philosophique2 car ce clbre naturaliste n'a t conduit une telle classification qu'en accordant aux organes de la vie vgtative une prminence radicalement vicieuse sur ceux de la vie animale4 ,les animaux articuls seront maintenant distingus en deux grandes classes1 suivant qu'ils sont articuls intrieurement1 sous l'enveloppe cutane1 par un vritable squelette osseux1 ou mme cartilagineux chez les derniers d'entr'eux2 ou que1 au contraire1 l'articulation est simplement extrieure1 d'aprs la consolidation plus prononce de certaines parties cornes de l'enveloppe1 alternant avec des parties molles4 ,on conoit aisment priori l'infriorit relative et jamais conteste de cette seconde organisation animale1 surtout quant aux fonctions les plus leves1 celles du systme nerveux4 ,il est remarquable que le dveloppement beaucoup plus imparfait de ce systme minemment animal1 concide toujours alors avec une diffrence fondamentale dans la position gnrale de sa partie centrale1 qui1 en effet1 constamment suprieure au canal digestif chez les animaux vertbrs1 passe au-dessous de ce canal chez tous ceux articulation extrieure4 ,telle est donc1 par une premire analyse zoologique1 la hirarchie rationnelle des principaux organismes propres la partie suprieure de la srie animale1 et qui y constituent les trois grandes classes des ostozoaires ou vertbrs proprement dits1 des entomozoaires ou articuls extrieurement1 et enfin des malacozoaires ou mollusques4 ,considrant1 en dernier lieu1 la division gnrale des seuls ostozoaires1 nous devons remarquer que les grandes analogies naturelles auxquelles ont d donner lieu1 pour ainsi dire ds l'origine de la zoologie1 des tres aussi pleinement caractriss1 peuvent dsormais tre rattaches encore1 de la manire la plus heureuse et la plus exacte1 l'tat de l'enveloppe animale1 dont l'invariable prpondrance taxonomique permet alors d'liminer les dfinitions irrationnelles empruntes la vie organique ou mme des conditions extrieures4 ,il suffit ici d'envisager cette enveloppe sous un nouvel aspect plus secondaire1 quant la nature des productions inorganiques qui la sparent immdiatement du milieu ambiant4 ,on peut apprcier1 en effet1 dans la classification de ,m4 de ,blainville1 comment l'incontestable dgradation animale qui1 partir de l'homme1 se manifeste graduellement chez les mammifres1 les oiseaux1 les reptiles1 les amphybiens1 et enfin les poissons1 se trouve toujours fidlement traduite par la simple considration d'une surface cutane recouverte de poils1 de plumes1 ou d'cailles1 ou bien dnude4 ,cette prminence ncessaire de l'enveloppe1 sous le point de vue taxonomique1 n'est pas moins prononce dans l'ordre des entomozoaires1 o le dcroissement successif de l'animalit se trouve dsormais exactement mesur par la seule considration du nombre croissant de paires d'appendices locomoteurs1 depuis les hexapodes jusqu'aux myriapodes1 et mme jusqu'aux apodes1 qui en constituent l'extrmit la plus infrieure4 ,il serait contraire l'esprit de cet ouvrage de poursuivre davantage une aussi insuffisante indication des principaux degrs successifs que l'on a enfin tablis rationnellement dans la hirarchie animale4 ,mon unique motif1 en les signalant ici1 a t de fixer avec plus d'nergie l'attention spciale du lecteur sur ma recommandation pralable d'tudier1 au moins dans son ensemble1 la coordination actuelle du rgne animal1 comme une indispensable explication concrte des conceptions abstraites que j'avais d'abord exposes relativement au gnie fondamental de la mthode naturelle1 dont l'exacte apprciation philosophique constituait seule l'objet essentiel de cette leon4 ,du reste1 il ne saurait tre nullement question ici d'aucun trait particulier de philosophie biotaxique4 ,c'est pourquoi je ne dois pas mme m'arrter l'examen des divers moyens employs par les zoologistes pour dfinir1 aux divers degrs de l'chelle animale1 les vraies notions de famille et de genre1 d'une manire exactement conforme au vritable esprit de la mthode naturelle4 ,quoique un tel sujet puisse prsenter des considrations gnrales d'un haut intrt1 susceptibles de faire mieux connatre l'ensemble de cette mthode1 elles appartiennent videmment aux ouvrages spciaux sur la philosophie zoologique4 ,en considrant surtout1 sous ce point de vue1 l'ensemble des tableaux zoologiques de ,m4 de ,blainville1 tous les esprits philosophiques reconnatront1 avec une profonde satisfaction1 comment1 mme dans ces deux dernires subdivisions gnrales de la hirarchie animale1 la classification1 constamment homogne et rationnelle1 repose encore sur des caractres anatomiques plus ou moins directement relatifs aux attributs essentiels de l'animalit4 ,la construction de cette grande srie laisse aujourd'hui1 sans doute1 beaucoup d'anomalies partielles rsoudre1 et une multitude de genres1 ou mme de familles1 mieux tablir ou mieux coordonner1 principalement envers les animaux infrieurs4 ,mais ces nombreuses imperfections secondaires1 invitables dans une opration aussi vaste1 aussi difficile1 et aussi rcente1 n'altrent plus dsormais1 en aucune manire1 le vrai caractre philosophique de l'ensemble d'un tel systme1 la tendance directe et prpondrante disposer tous les tres suivant l'ordre rigoureux de leur animalit dcroissante4 ,pour qu'on puisse atteindre1 autant que possible1 cette idale perfection taxonomique1 il ne reste plus constituer aujourd'hui qu'une dernire partie gnrale du systme fondamental1 celle qui concerne la distribution rationnelle des espces de chaque genre naturel1 dont les principes propres sont encore trs vaguement aperus4 ,autant il et t inopportun de considrer plus tt cette application extrme et dlicate de la thorie taxonomique1 autant il conviendrait de commencer s'en occuper maintenant4 ,quant au rgne vgtal1 l'ensemble des principes tablis dans cette leon dmontre clairement que1 malgr tous les efforts1 la mthode naturelle ne saurait y comporter jamais une perfection comparable celle dont le rgne animal est susceptible1 mme dans ses degrs les plus infrieurs4 ,les familles peuvent y tre regardes aujourd'hui comme tablies d'une manire satisfaisante1 quoique par une voie essentiellement empirique4 ,mais leur coordination naturelle reste1 de toute ncessit1 presque entirement arbitraire1 faute d'un principe hirarchique qui puisse les subordonner rationnellement les unes aux autres4 ,la notion d'animalit admet1 en elle-mme1 une succession vidente de diffrens degrs profondment tranchs1 susceptible de fournir1 comme nous venons de le constater1 la base naturelle d'une vraie hirarchie animale4 ,il n'en saurait tre ainsi1 au contraire1 pour la vgtabilit4 ,celle-ci n'est point1 sans doute1 beaucoup prs1 toujours galement intense2 mais elle est1 par sa nature1 chez tous les tres1 essentiellement homogne3 il n'y a jamais qu'une assimilation et une dsassimilation continues1 aboutissant une reproduction ncessaire4 ,or1 les diffrences d'intensit1 que peuvent seules comporter de tels phnomnes fondamentaux1 ne sauraient donner lieu la formation distincte d'aucune vritable chelle vgtale1 analogue l'chelle animale1 d'autant plus que1 en gnral1 ces divers degrs tiennent rellement au moins autant l'influence prpondrante des circonstances extrieures qu' l'organisation caractristique de chaque vgtal4 ,ainsi1 la comparaison hirarchique n'aurait ici aucune base rationnelle suffisante4 ,je crois devoir mme1 en second lieu1 signaler sommairement1 ce sujet1 une nouvelle considration1 qui1 sans tre aussi fondamentale que la prcdente1 peut faire ressortir1 sous un autre aspect essentiel1 l'extrme difficult ncessaire d'tablir entre les diverses familles vgtales aucune hirarchie vritable4 ,elle consiste remarquer le profond embarras scientifique que doit prsenter toute dfinition nette et directe de l'tre vgtal1 attendu que chacun des vgtaux observables ne constitue presque jamais un tre dtermin1 mais une confuse agglomration d'une multitude d'tres distincts et indpendans4 ,on se formerait une trs fausse ide d'une telle disposition1 en regardant un grand vgtal comme une sorte de polype immense2 car1 la composition animale proprement dite est1 en elle-mme1 d'une tout autre nature4 ,dans les derniers rangs de la hirarchie animale1 les tres1 jusqu'alors ncessairement simples1 deviennent1 en effet1 trs frquemment composs2 mais le systme1 quelque tendu qu'il puisse tre1 ne cesse point de comporter une exacte dfinition scientifique4 ,les tres qui le composent ne sont pas simplement agrgs ou juxta-poss2 ou1 du moins1 ce cas ne se prsente que trs rarement1 et uniquement l'extrmit la plus infrieure de l'chelle zoologique3 ils constituent rellement une sorte de socit intime1 involontaire et indissoluble1 caractrise par un seul appareil organique gnral en relation avec divers appareils animaux indpendans les uns des autres1 mais tous insparables de leur commune base vitale4 ,dans le rgne vgtal1 au contraire1 il n'y a jamais qu'une simple agglomration1 que nous pouvons mme souvent produire notre gr par l'artifice de la greffe4 ,tous les tres ainsi runis sont alors entirement sparables1 et ne prsentent d'autres lmens communs que des parties essentiellement inorganiques1 dont le principal usage consiste fournir au systme un moyen gnral de consolidation mcanique4 ,quoique les lois essentielles d'une telle agglomration soient jusqu'ici trs imparfaitement connues1 il y a tout lieu de penser nanmoins que nulle condition vraiment organique ne tend limiter ncessairement l'extension possible d'un semblable systme1 laquelle parat surtout dpendre de conditions purement physiques et chimiques1 combines avec l'influence totale des diverses circonstances extrieures4 ,or1 on conoit aisment combien cette notion gnrale doit entraver directement toute subordination rationnelle des diffrentes familles vgtales une hirarchie commune1 puisque la vraie diversit organique fondamentale qui pouvait exister entre elles1 dj si peu prononce par la nature mme de la vgtation1 se trouve ainsi profondment attnue4 ,le seul commencement de coordination vraiment philosophique qu'on soit encore parvenu tablir dans l'ensemble du rgne vgtal1 se rduit1 en ralit1 la division principale qui sert de point de dpart la classification de ,m4 de ,jussieu4 ,en distinguant les vgtaux suivant l'existence ou l'absence de feuilles sminales1 et1 pour le premier cas1 suivant qu'ils en offrent plusieurs ou une seule1 on obtient l'unique disposition taxonomique qui prsente1 dans le rgne vgtal1 un caractre philosophique comparable celui de l'chelle animale4 ,car1 le passage successif et gnral des dicotyldons aux monocotyldons et de ceux-ci aux acotyldons peut1 en effet1 tre regard comme constituant une sorte de dgradation croissante1 analogue la succession des divers degrs de la srie zoologique1 quoique beaucoup moins caractrise4 ,une telle considration a d surtout prvaloir depuis que la comparaison primitive1 fonde sur les organes de la reproduction1 a t vrifie1 dans son ensemble1 par l'examen des organes de la nutrition1 d'aprs la belle dcouverte de ,desfontaines1 seul exemple capital jusqu'ici d'une large et heureuse application de l'anatomie compare l'organisme vgtal4 ,par un aussi remarquable concours des deux modes ncessaires de comparaison anatomique propres la nature de cet organisme1 cette grande proposition gnrale a dsormais pris rang parmi les plus minens thormes de la philosophie naturelle4 ,mais1 le commencement de hirarchie qui se trouve ainsi tabli dans le rgne vgtal1 demeure toutefois videmment insuffisant2 puisque les familles trs nombreuses qui composent chacune de ces trois divisions principales n'en restent pas moins disposes entr'elles suivant un ordre purement arbitraire1 auquel il y a peu d'esprance plausible de pouvoir jamais imposer une vritable rationnalit4 ,on conoit1 par suite1 que la distribution intrieure des espces1 et peut-tre mme celle des genres1 dans chaque famille1 doit prsenter ncessairement1 plus forte raison1 une semblable imperfection fondamentale1 comme dpendant1 par sa nature1 des mmes principes taxonomiques1 dont l'application la plus prcise et la plus dlicate ne saurait tre tente sans qu'on et pralablement surmont la difficult beaucoup moindre1 et nanmoins jusqu'ici invincible1 de la coordination des familles4 ,la mthode naturelle ne prsente donc rellement aujourd'hui1 l'gard du rgne vgtal1 d'autre rsultat usuel que le seul tablissement1 plus ou moins empirique1 des familles et des genres4 ,quelque prcieuse que soit1 en elle-mme1 une semblable acquisition1 on ne saurait tre surpris qu'elle n'ait point encore dtermin1 si elle doit jamais le faire1 l'exclusion totale de l'usage effectif des mthodes purement artificielles1 et surtout de celle de ,linn2 quoique1 pendant sa longue laboration graduelle de la mthode naturelle1 l'esprit humain ait paru1 jusqu' notre poque1 avoir essentiellement en vue la coordination du seul rgne vgtal4 ,il ne faut pas oublier1 toutefois1 que la mthode naturelle ne constitue pas un simple moyen de classification1 mais surtout1 mme dans son tat le moins parfait1 un important systme de connaissances relles sur les vraies relations des tres existans4 ,ainsi1 quand mme la botanique descriptive devrait finalement renoncer l'employer1 le perfectionnement continu d'une telle mthode n'en prsenterait pas moins un haut intrt pour le progrs de l'tude gnrale des vgtaux1 dont les rsultats comparatifs se trouvent ainsi fixs et combins4 ,cependant1 vu l'imperfection ncessaire de la taxonomie vgtale1 et l'impossibilit fondamentale d'y tablir aucune vritable hirarchie organique1 l'esprit de ce trait nous oblige1 en dernire analyse1 de concevoir dsormais collectivement le rgne vgtal comme le dernier terme gnral de la grande srie biologique1 sans considrer davantage sa dcomposition intrieure1 qui1 malgr son importance propre et directe1 ne saurait1 en effet1 exercer aucune influence capitale sur le perfectionnement des hautes spculations biologiques1 soit statiques1 soit dynamiques1 sujet prpondrant de notre travail4 ,en gnral1 l'admirable proprit philosophique de la hirarchie biologique1 comme principal instrument logique de la science des corps vivans1 doit devenir d'autant moins prononce qu'on descend des subdivisions plus spciales3 elle appartient surtout l'tude comparative d'un assez petit nombre de modes essentiels d'organisation1 se succdant par des dgradations profondment tranches2 l'organisme vgtal constitue ncessairement le dernier de ces modes fondamentaux4 ,quand on crot devoir recourir une dcomposition plus dveloppe1 il est ais de comprendre1 en principe1 qu'une seule grande division du rgne animal1 l'entomologie par exemple1 offrira1 sous ce point de vue1 beaucoup plus de ressources scientifiques que le rgne vgtal tout entier1 comme donnant rellement lieu la comparaison d'organismes bien plus varis1 et surtout bien mieux caractriss4 ,la haute destination spculative de la partie fondamentale de la biologie dont je viens d'examiner le vrai caractre philosophique1 doit faire excuser1 sans doute1 l'extension presque invitable de cette longue leon4 ,plus qu'aucune autre1 cette partie est aujourd'hui fort imparfaitement apprcie par les meilleurs esprits trangers aux tudes biologiques spciales1 et aussi par la plupart des biologistes eux-mmes4 ,trop souvent encore1 on ne voit qu'un simple artifice de classification1 dans ce qui1 par sa nature1 constitue1 au contraire1 et le rsum le plus substantiel de l'ensemble des diverses connaissances biologiques1 et le plus puissant moyen rationnel de leur perfectionnement ultrieur4 ,il tait donc particulirement indispensable1 et la fois plus difficile1 de faire nettement ressortir cette admirable construction de la grande hirarchie organique1 l'une des plus minentes crations de la philosophie positive4 ,bien loin de regarder les considrations prcdentes comme plus dveloppes que ne le prescrivait la nature propre de cet ouvrage1 j'ai plutt lieu de craindre qu'elles ne suffisent point encore pour caractriser dignement le vritable esprit gnral de cette belle conception1 et pour donner une juste ide de sa porte ncessaire4 ,l'ensemble des trois leons suivantes compltera1 j'espre1 cette imparfaite apprciation philosophique1 en manifestant spontanment l'usage fondamental d'une telle notion dans le systme entier des spculations physiologiques4 ,je devais ici m'attacher seulement expliquer par quel invitable enchanement d'oprations1 soit scientifiques1 soit logiques1 l'esprit humain avait pu enfin parvenir1 aprs tant de laborieux essais prliminaires1 coordonner l'immense srie des tres vivans1 depuis l'homme jusqu'au vgtal1 en une seule hirarchie rationnelle1 dont la composition essentielle n'offrt jamais rien d'arbitraire1 et qui tendt fixer1 avec une rigoureuse prcision1 le vritable degr de dignit biologique propre chaque espce4 ,cette extrme perfection taxonomique est encore loin1 sans doute1 d'une entire et exacte ralisation1 qui ne saurait mme jamais tre compltement obtenue4 ,mais notre intelligence y tend videmment dsormais1 d'une manire directe et systmatique1 avec la pleine conscience de sa destination dfinitive4 ,quoique peu dveloppe jusqu'ici1 la saine biotaxie est donc aujourd'hui philosophiquement constitue1 avec tous ses vrais attributs caractristiques1 depuis que la mthode naturelle1 d'abord essentiellement tablie pour la coordination du seul rgne vgtal1 a t enfin directement conue comme destine surtout1 par sa nature1 au perfectionnement ncessaire et continu du rgne animal1 qui avait d1 dans l'origine1 en fournir le type spontan1 ainsi que je l'ai expliqu4 ,telle est l'unique source o tous les bons esprits doivent constamment tudier la vritable thorie gnrale des classifications naturelles1 quelque ordre de phnomnes qu'ils se proposent finalement d'en faire une heureuse application3 c'est sous ce point de vue spcial que la science biologique devait1 par sa nature1 directement concourir au perfectionnement fondamental de l'ensemble de la mthode positive1 dont cette thorie constitue un indispensable lment1 qui n'tait pas susceptible de se dvelopper par aucune autre voie1 et qui ne saurait mme tre autrement apprci4 ,,quarante-,,troisi,,me ,,le,,on4 ,considrations philosophiques sur l'tude gnrale de la vie vgtative ou organique4 ,nous avons suffisamment caractris1 dans les deux leons prcdentes1 le vritable esprit philosophique propre chacune des deux parties essentielles de la biologie statique1 l'une relative l'analyse fondamentale de tout organisme dtermin1 l'autre la coordination rationnelle de tous les divers organismes en une seule hirarchie gnrale4 ,cette double tude fournit1 sans doute1 par sa nature1 la base indispensable de toutes les recherches vraiment scientifiques sur les lois positives des phnomnes vitaux2 mais1 en elle-mme1 elle ne saurait constituer1 sous ce point de vue final1 qu'un simple travail prliminaire4 ,nanmoins1 cette premire moiti de la science biologique est malheureusement la seule aujourd'hui1 en vertu de sa moindre complication ncessaire1 dont le vrai caractre philosophique puisse tre regard comme irrvocablement prononc4 ,quoique un dveloppement systmatique aussi rcent doive tre encore fort imparfait1 nous avons cependant bien reconnu que toutes les diverses conceptions essentielles destines garantir indfiniment la rationnalit positive de la biologie statique sont dsormais pleinement tablies1 quant l'un ou l'autre des deux aspects gnraux propres cette tude fondamentale4 ,ainsi1 l'esprit humain n'a plus1 cet gard1 qu' suivre avec persvrance et sans hsitation une voie scientifique nettement trace1 o les progrs sont assurs d'avance1 et dont la direction ne saurait donner lieu aucune contestation capitale4 ,il s'en faut de beaucoup1 au contraire1 que les mmes conditions essentielles aient t convenablement remplies jusqu'ici envers la biologie dynamique1 qui constitue nanmoins le vritable sujet final de la philosophie organique1 et sur laquelle nous devons maintenant fixer une attention directe et exclusive4 ,la judicieuse comparaison rapporte par ,fontenelle1 pour caractriser1 au commencement du sicle dernier1 l'extrme disproportion gnrale de nos connaissances anatomiques nos connaissances physiologiques#cd1 continuerait tre1 mme aujourd'hui1 essentiellement applicable1 malgr les nombreuses et importantes acquisitions qui ont tant enrichi depuis lors le systme des saines tudes biologiques4 ,non-seulement les notions positives sur la vraie thorie fondamentale de la vie1 rduite mme ses plus simples phnomnes1 sont encore fort restreintes et trs confuses2 mais1 surtout1 la vritable mthode philosophique qui doit diriger les recherches purement physiologiques demeure presque entirement inconnue la plupart des esprits occups aujourd'hui d'un tel ordre de spculations4 ,le principal attribut de cette mthode consiste1 comme nous l'avons si pleinement dmontr1 dans l'extension fondamentale et habituelle de la comparaison biologique l'ensemble des organismes connus4 ,or1 cette condition caractristique n'est presque jamais suffisamment remplie1 aujourd'hui1 pour les travaux de physiologie pure1 qui1 cependant1 vu leur complication suprieure1 doivent rclamer1 plus imprieusement mme que les questions de simple anatomie1 l'usage rgulier et permanent de ce moyen capital#ce4 ,ainsi priv de son plus puissant instrument rationnel1 le systme des tudes physiologiques ne saurait tre regard aujourd'hui comme vraiment constitu sur les bases dfinitives qui lui sont propres4 ,malgr l'importance relle des recherches dj entreprises1 on ne peut voir1 dans la plupart d'entre elles1 que de simples essais prliminaires1 qu'il faudra ncessairement refondre et complter d'aprs un plan systmatique1 avant de pouvoir les convertir en lmens irrvocables de la saine biologie dynamique4 ,note #cd3 ,nous autres anatomistes1 disait alors ingnieusement ,mry1 nous ressemblons aux commissionnaires de ,paris1 qui connaissent exactement toutes les rues1 jusqu'aux plus petites et aux plus cartes1 mais qui ignorent ce qui se passe dans les maisons4 ,note #ce3 ,la constitution actuelle de l'enseignement biologique1 surtout en ,france1 offre une vrification trs sensible d'une telle disposition gnrale1 puisque aucune chaire n'y est encore consacre la physiologie compare4 ,sauf le cours mmorable de ,m4 de ,blainville1 qui ne fut qu'une infraction formelle et momentane des usages rguliers1 les tudes physiologiques officielles n'ont jamais cess jusqu'ici d'y tre entirement bornes la seule considration de l'homme1 tandis que les tudes anatomiques y ont acquis une extension peu prs suffisante1 du moins dans certains tablissemens,a4 ,note ,a3 ,depuis que cette note a t crite1 une chaire de physiologie compare a t institue au ,musum d'histoire naturelle de ,paris4 ,cette incertitude radicale sur le vrai caractre scientifique de la physiologie1 est aujourd'hui la cause essentielle1 non-seulement de la divergence prononce des diverses coles rgulires1 mais aussi du crdit dplorable qu'obtiennent encore avec tant de facilit les plus monstrueuses aberrations1 ordinairement secondes par le charlatanisme le plus grossier1 comme on le voit chez les magntiseurs1 les homopathes1 etc4 ,sauf les tudes sociales1 o1 par un motif semblable et encore plus nergique1 aucun frein intellectuel n'est impos jusqu'ici cette tendance anarchique1 nulle autre partie de la philosophie naturelle ne saurait prsenter dsormais le honteux spectacle d'un tel dsordre1 qui parat indiquer le bouleversement momentan des notions les plus lmentaires et les mieux tablies4 ,les esprits livrs aux recherches mathmatiques1 astronomiques1 physiques et chimiques1 ne sont point1 sans doute1 ordinairement d'une trempe plus forte ni d'une nature plus rationnelle que ceux qui s'occupent de spculations physiologiques2 mais1 quelle que puisse tre leur disposition spontane aux aberrations fondamentales1 elle se trouve toujours suffisamment contenue aujourd'hui par la constitution irrvocablement dfinie de la science correspondante1 qui circonscrit de plus en plus le champ gnral de la divagation et du charlatanisme4 ,cette triste exception propre la physiologie actuelle1 peut tre attribue1 il est vrai1 l'ducation profondment vicieuse de presque tous ceux qui la cultivent maintenant1 et qui abordent brusquement l'tude des phnomnes les plus complexes sans avoir aucunement prpar leur intelligence par l'habitude intime des spculations les plus simples et les plus positives1 ainsi que je l'ai expliqu dans la quarantime leon4 ,nanmoins1 malgr l'incontestable influence d'un rgime aussi irrationnel1 je persiste regarder l'indtermination actuelle du vritable esprit gnral de la science physiologique proprement dite comme la principale cause immdiate de cette licence presque illimite que peuvent y usurper encore les intelligences les plus dsordonnes4 vrai dire1 les deux considrations rentrent essentiellement l'une dans l'autre2 car1 cette absurde ducation pralable serait1 de toute ncessit1 bientt rectifie1 en dpit des diverses obstacles1 si le vrai caractre de la science1 nettement tabli aux yeux de tous1 avait enfin mis en pleine vidence la nature des conditions prliminaires indispensables sa culture rationnelle4 ,sous le point de vue philosophique1 cette constitution encore vague et indcise de la science physiologique devait sans doute paratre invitable1 puisque la biologie statique1 premire base ncessaire de la biologie dynamique1 n'a pu acqurir compltement que de nos jours la vritable organisation systmatique qui lui est propre1 comme nous l'avons prcdemment reconnu4 ,mais1 quoiqu'il n'y ait pas lieu de s'tonner d'une telle imperfection gnrale1 cet tat d'enfance de la physiologie rationnelle nous oblige modifier ici la nature de nos considrations philosophiques sur l'tude dynamique des corps vivans4 ,au lieu de procder directement l'apprciation analytique de conceptions fondamentales irrvocablement tablies1 comme nous avons pu le faire pour la biologie statique1 nous devons surtout examiner1 quant la physiologie pure1 les seules notions de mthode1 c'est--dire1 le mode gnral d'organisation des recherches destin1 par la vraie nature d'une telle science1 conduire ultrieurement la connaissance dfinitive des lois relles des phnomnes vitaux1 au sujet desquelles on n'a gure pu obtenir jusqu'ici que de simples matriaux4 ,quelque peu satisfaisante que paraisse1 en elle-mme1 une semblable opration philosophique1 sa ncessit prpondrante la recommande minemment aujourd'hui tous les bons esprits1 puisque c'est surtout de l que doit dsormais rsulter le dveloppement rapide et rgulier des saines doctrines physiologiques4 ,en un mot1 c'est l'institution nette et rationnelle des questions physiologiques1 bien plus que leur rsolution directe et dfinitive1 encore essentiellement prmature1 qui maintenant importe surtout au progrs gnral de la vraie philosophie biologique4 ,les conceptions relatives la mthode auront toujours ncessairement beaucoup plus de prix dans l'tude des lois vitales qu' l'gard d'aucune branche antrieure de la philosophie naturelle2 en vertu de la complication suprieure des phnomnes1 qui doit nous exposer bien davantage une mauvaise direction des travaux3 plus forte raison cette considration doit-elle prdominer tant que la science n'est qu' l'tat naissant4 ,combien la vritable nature de la science physiologique ne doit-elle point paratre aujourd'hui profondment mconnue quand1 la frivole tmrit qui y prside ordinairement aux recherches les plus difficiles1 on oppose la scrupuleuse prudence des gomtres et des astronomes l'gard des tudes les mieux constitues1 circonscrites aux sujets les plus simples1 o tout cart peut tre si aisment signal et rectifi6 ,quoique tous les phnomnes vitaux soient ncessairement toujours solidaires les uns des autres1 il est nanmoins indispensable de dcomposer ici leur tude spculative et abstraite d'aprs le mme principe philosophique qui nous a constamment dirigs dans les autres sciences fondamentales1 c'est--dire1 par la considration naturelle de leur gnralit dcroissante4 ,cette considration quivaut essentiellement1 dans ce cas1 la distinction capitale irrvocablement tablie par ,bichat1 entre la vie organique ou vgtative1 fondement commun de l'existence de tous les tres vivans1 et la vie animale proprement dite1 particulire aux seuls animaux1 et dont les principaux caractres ne sont mme trs nettement prononcs que dans la partie suprieure de l'chelle zoologique4 ,mais1 l'analyse rationnelle de ces deux ordres de phnomnes1 il faut dsormais ajouter1 depuis ,gall1 comme troisime partie essentielle1 l'tude positive des phnomnes intellectuels et moraux1 qui se distinguent ncessairement des prcdens par une spcialit encore plus prononce1 puisque les organismes les plus rapprochs de l'homme comportent seuls leur exacte exploration4 ,bien que1 suivant les dfinitions rigoureuses1 cette dernire classe de fonctions soit1 sans doute1 implicitement comprise dans ce qu'on nomme la vie animale1 cependant sa gnralit videmment moindre1 la positivit peine bauche de son tude systmatique1 et la nature propre des difficults suprieures qu'elle prsente1 nous prescrivent1 surtout aujourd'hui1 de concevoir directement cette nouvelle thorie scientifique comme une dernire branche fondamentale de la physiologie1 afin qu'une intempestive fusion ne dissimule point sa haute importance et n'altre pas son vrai caractre4 ,tel est donc l'ordre rationnel suivant lequel les trois dernires leons de ce volume doivent successivement contenir l'examen philosophique des trois parties essentielles de la thorie de la vie1 en consacrant d'abord la leon actuelle la considration de la vie organique proprement dite4 ,il demeure toutefois bien entendu qu'une telle analyse de la vie1 quelque indispensable qu'elle soit la connaissance positive de ses lois gnrales1 doit toujours tre conue en vue d'une recomposition ultrieure1 propre faire convenablement ressortir cet intime consensus universel qui caractrise si profondment le sujet permanent de la science physiologique4 ,avant de considrer directement l'tude gnrale de la vie vgtative1 il faut ncessairement signaler ici1 d'une manire distincte quoique trs sommaire1 une thorie prliminaire fort importante1 dont le besoin a dj t indiqu dans la quarantime leon1 la thorie fondamentale des milieux organiques1 sans laquelle l'analyse des phnomnes vitaux ne saurait comporter aucune vritable rationnalit4 ,la mmorable controverse souleve1 au commencement de ce sicle1 par l'illustre ,lamarck1 sur la variation des espces animales en vertu de l'influence prolonge des diverses circonstances extrieures1 doit tre rellement envisage1 d'aprs la leon prcdente1 comme le premier grand travail qui ait irrvocablement introduit dans la philosophie biologique ce nouvel aspect lmentaire1 jusqu'alors essentiellement nglig ou mal apprci4 ,peut-tre mme l'exagration1 d'ailleurs invitable1 de la doctrine de ,lamarck ce sujet1 tait-elle indispensable pour transporter avec efficacit notre faible intelligence ce nouveau point de vue2 car l'histoire de l'esprit humain me parat manifester toujours un semblable phnomne logique en toute occasion analogue4 ,aujourd'hui que la biologie tend s'affranchir entirement d'une telle exagration1 cette impulsion nergique ne laissera bientt d'autre rsultat permanent que le nouvel ordre d'tudes fondamentales dont la science s'est ainsi jamais enrichie4 ,quoi qu'il en soit1 nous devons ici soigneusement liminer1 cet gard1 tout ce qui ne saurait concerner la physiologie proprement dite1 rduite la thorie abstraite de l'organisme vivant4 ,or1 la question1 telle que ,lamarck l'avait pose1 se rapportait surtout la biologie concrte1 c'est--dire l'histoire naturelle des races vivantes2 ou1 du moins1 elle n'intressait1 en biologie abstraite1 que la seule philosophie zootaxique1 comme je l'ai prcdemment expliqu3 puisqu'il s'agissait essentiellement d'apprcier la puissance totale de l'ensemble des circonstances extrieures pour modifier le dveloppement graduel de chaque espce4 ,l'esprit minemment analytique qui1 dans le systme des tudes biologiques1 doit spcialement distinguer la physiologie pure1 me semble exiger qu'un tel examen prliminaire y soit dsormais institu d'une tout autre manire1 qui consiste1 en approfondissant davantage ce sujet capital1 considrer sparment chacune des influences fondamentales sous lesquelles s'accomplit toujours le phnomne gnral de la vie4 ,nous avons1 en effet1 suffisamment reconnu que l'tat vital suppose1 par sa nature1 le concours ncessaire et permanent1 avec l'action propre de l'organisme1 d'un certain ensemble d'actions extrieures convenablement modres1 sans lesquelles il ne saurait tre conu4 ,c'est l'analyse exacte de ces diverses conditions essentielles de l'existence gnrale des corps vivans1 qui constitue le vritable objet prcis de cette thorie prliminaire des milieux organiques1 en attribuant ce terme toute l'extension philosophique que je lui ai accorde dans la quarantime leon4 ,il serait superflu de faire expressment ressortir ici la haute importance d'une thorie ainsi caractrise1 puisque elle est directement relative l'un des lmens ncessaires du dualisme vital1 et que1 ce titre1 elle doit tre aussi indispensable la vraie physiologie1 que l'tude statique de l'organisme4 ,nous devons seulement signaler1 ce sujet1 la subordination profonde et gnrale qui s'tablit par l avec tant d'vidence de la philosophie organique la philosophie inorganique2 car l'influence relle du milieu sur l'organisme ne saurait tre rationnellement tudie1 tant que la constitution propre de ce milieu n'est point d'abord1 en elle-mme1 exactement connue4 ,ces conditions extrieures de l'existence fondamentale des corps vivans doivent tre pralablement distingues en deux grandes classes1 suivant leur nature ou physique ou chimique1 c'est--dire1 en d'autres termes1 ou mcanique ou molculaire4 ,quoique les unes et les autres soient1 sans doute1 galement indispensables1 les premires peuvent nanmoins1 en vertu de leur permanence plus rigoureuse et plus sensible1 tre rellement envisages comme plus gnrales1 sinon quant aux divers organismes1 du moins quant la dure continue de chacun d'eux4 ,parmi les influences purement physiques1 il faut placer1 au premier rang dans l'ordre de la gnralit1 l'action de la pesanteur1 dont la puissance physiologique ne saurait tre ni conteste ni nglige4 ,malgr l'ascendant trop prolong qu'exerce encore sur la plupart des physiologistes une vaine philosophie mtaphysique1 qui reprsente abstraitement les corps vivans comme soustraits1 par leur nature1 l'empire des lois physiques1 les esprits les plus chimriques n'ont jamais pu tre assez consquens pour oser directement admettre aucune suspension relle de la pesanteur dans l'tat vital4 ,quel que ft l'entranement des proccupations spculatives1 le bon sens universel aurait bientt rectifi une aberration aussi prononce1 en rappelant que1 conformment la thorie fondamentale de l'quilibre et du mouvement1 le plus entier dveloppement de l'activit vitale ne saurait un seul instant empcher l'homme lui-mme d'obir strictement1 en tant que poids ou projectile1 aux mmes lois mcaniques que toute autre masse quivalente2 ce qui a d'ailleurs t pleinement confirm par les expriences directes les plus exactes4 ,aussi la biologie est-elle dsormais heureusement dispense d'examiner spcialement ce principe incontestable de la rigoureuse universalit de la pesanteur1 dont la dmonstration formelle doit surtout appartenir aux gomtres et aux physiciens4 ,mais1 raison mme de cette universalit ncessaire1 il est impossible que l'influence continue de la pesanteur ne participe point1 d'une manire notable1 la production gnrale ds phnomnes vitaux1 auxquels elle doit tre tantt favorable1 tantt contraire1 et presque jamais indiffrente2 c'est la juste apprciation de cette coopration invitable qui seule constitue un important sujet de recherches biologiques1 jusqu'ici peine bauch4 ,l'excution prcise d'une telle analyse prsente malheureusement1 par sa nature1 de trs grandes difficults1 puisque1 dans la plupart des cas1 une semblable influence ne peut tre ni compltement suspendue ni notablement modifie4 ,toutefois1 l'examen attentif des phnomnes a dj mis en pleine vidence1 sous divers rapports importans1 l'influence positive de la pesanteur sur l'accomplissement rel des phnomnes physiologiques1 soit l'tat normal1 soit l'tat pathologique4 cet gard1 les diffrens degrs principaux de la hirarchie biologique prsentent chacun des avantages propres4 ,dans la partie infrieure de l'chelle1 et surtout dans l'organisme vgtal1 l'action physiologique de la pesanteur est beaucoup moins varie1 mais aussi bien plus prpondrante et plus sensible1 vu la moindre complication de l'tat vital1 alors aussi rapproch que possible de l'tat inorganique4 ,les lois ordinaires et les limites gnrales de l'accroissement des vgtaux paraissent essentiellement dpendre de cette influence1 comme l'ont si clairement vrifi les ingnieuses expriences de ,m4 ,knight1 sur la germination modifie par un mouvement de rotation plus ou moins rapide4 ,des organismes bien plus levs sont mme assujtis des conditions analogues1 sans lesquelles on ne saurait expliquer1 par exemple1 pourquoi les plus grandes masses animales vivent constamment dans un fluide assez dense pour supporter presque tout leur poids1 et souvent pour le soulever spontanment4 ,cependant1 la partie suprieure de la srie animale est ncessairement moins propre l'exacte apprciation de l'influence physiologique de la pesanteur1 qui concourt alors avec un trop grand nombre d'actions htrognes4 ,mais cette influence1 quoique moins dominante et plus cache1 peut y tre tudie sous un autre aspect1 en vertu de l'extrme varit des actes vitaux auxquels elle doit participer2 car1 il n'est presqu'aucune fonction1 soit organique1 soit animale1 et mme intellectuelle1 o l'on ne puisse signaler avec certitude une indispensable intervention gnrale de la pesanteur1 qui se manifeste spcialement en tout ce qui concerne la stagnation ou le mouvement des fluides4 ,il est donc trs regrettable qu'un sujet aussi tendu et aussi important n'ait point encore donn lieu des recherches directes vraiment rationnelles1 largement conues et mthodiquement poursuivies dans l'ensemble de la hirarchie biologique4 ,aprs cette tude physiologique de la pesanteur1 on doit naturellement placer1 comme une sorte de complment ncessaire1 l'examen des autres conditions purement mcaniques de l'existence fondamentale des corps vivans4 ,la principale d'entre elles se rapporte la pression gnrale qu'exerce sur l'organisme le milieu proprement dit1 soit gazeux1 soit liquide2 pression qui n'est qu'une suite indirecte de la pesanteur1 envisage toutefois dans ce milieu et non plus dans l'organisme4 ,quoique cette seconde influence soit aussi trs imparfaitement analyse encore1 la facilit avec laquelle elle peut tre modifie par diverses circonstances1 naturelles ou artificielles1 a dj permis d'obtenir1 sous ce rapport1 quelques rsultats scientifiques moins insuffisans4 ,l'existence gnrale de tout animal atmosphrique1 sans en excepter l'homme1 est ncessairement renferme entre certaines limites plus ou moins cartes de l'chelle baromtrique1 hors desquelles on ne saurait la concevoir4 ,nous ne pouvons vrifier aussi directement une telle loi chez les animaux aquatiques1 sans que nanmoins il y ait lieu d'lever ce sujet aucun doute raisonnable2 il est mme vident que1 vu la densit suprieure du milieu1 les limites verticales ainsi assignables au sjour de chaque espce doivent tre certainement beaucoup plus rapproches4 ,il faut cependant convenir que1 pour l'un ou pour l'autre milieu1 nous n'avons jusqu'ici aucune notion vraiment scientifique de l'exacte relation gnrale entre l'intervalle de ces limites et le degr d'organisation1 nos ides cet gard tant mme tout--fait confuses quant aux organismes infrieurs1 et surtout l'organisme vgtal4 ,on s'est d'ailleurs presque exclusivement occup des effets physiologiques dus des changemens brusques de pression2 l'influence plus intressante1 et peut-tre fort distincte1 des variations graduelles a t peine examine4 ,enfin1 dans le cas atmosphrique1 seul susceptible d'une exploration trs tendue1 il est trs difficile1 et nanmoins indispensable1 en altrant la pression extrieure1 de dgager soigneusement1 de la perturbation vitale due cette cause mcanique1 la modification toujours simultane que ce nouvel tat du milieu doit imprimer l'ensemble des fonctions nutritives par suite de la rarfaction ou de la condensation du milieu1 qui peut tre souvent le vrai motif principal des phnomnes observs4 ,mais1 quoique1 par ces diverses complications1 la science soit encore1 sous ce rapport1 l'tat naissant1 plusieurs recherches dj bauches1 comme les tentatives de quelques physiologistes pour constater l'influence de la pression atmosphrique sur la circulation veineuse1 les ingnieuses indications rcemment signales au sujet de sa coopration directe au mcanisme gnral de la station et mme de la locomotion1 etc41 tmoignent videmment1 chez les biologistes actuels1 une heureuse tendance tudier rationnellement cet ordre important de questions prliminaires4 ,outre ces deux conditions fondamentales de pesanteur et de pression1 une analyse exacte et complte de l'ensemble des influences mcaniques indispensables l'tat vital1 exigerait aussi l'apprciation directe1 et mme pralable1 de l'action physiologique gnrale du mouvement et du repos1 considrs soit dans la masse vivante1 soit dans ses divers organes essentiels4 ,quoique jusqu'ici peine bauche1 cette tude prsente nanmoins une incontestable importance2 puisque le mouvement contribue souvent d'une manire capitale au mcanisme des principales fonctions4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que les physiologistes les plus positifs expliquent aujourd'hui1 par la subite immobilit de l'estomac1 la perturbation profonde qu'prouve la digestion aussitt aprs la section ou la compression des nerfs gastriques1 comme quand le dfaut d'agitation du rcipient fait cesser une action chimique4 ,malgr la confusion et l'obscurit qui subsistent encore sur de tels sujets1 il y a dj1 ce me semble1 tout lieu de penser1 en principe1 qu'aucun organisme1 mme parmi les plus simples1 ne saurait vivre dans un tat de complte immobilit4 ,le double mouvement de la terre1 et surtout sa rotation1 n'taient peut-tre pas moins directement ncessaires pour y permettre le dveloppement de la vie1 que par leur influence indispensable sur la rpartition priodique de la chaleur et de la lumire4 ,il est1 du reste1 vident que si1 comme il arrive le plus souvent1 le mouvement est produit par l'organisme lui-mme1 on devra soigneusement viter de confondre l'influence de cette opration vitale avec les effets directement propres ce mouvement4 ,c'est pourquoi1 afin d'luder cette distinction difficile1 l'exploration du mouvement communiqu sera presque toujours prfrable1 dans l'laboration judicieuse d'une telle doctrine1 l'analyse du mouvement spontan4 ,d'aprs les lois fondamentales de la mcanique universelle1 c'est surtout du mouvement de rotation qu'il importe de dterminer exactement l'influence physiologique1 puisque1 par sa nature1 toute rotation tend directement dsorganiser un systme quelconque1 et1 plus forte raison1 troubler ses phnomnes intrieurs4 ,il serait donc d'un haut intrt1 pour la biologie positive1 de poursuivre1 dans l'ensemble de la hirarchie organique1 et spcialement dans sa partie suprieure1 une tude comparative des modifications que peuvent prouver les principales fonctions en imprimant l'organisme une rotation graduellement varie1 entre les limites de vitesse compatibles avec l'tat normal1 et qui devraient tre pralablement dtermines4 ,or1 cette tude n'a t jusqu'ici le sujet de quelques tentatives vraiment scientifiques1 qu' l'gard des seuls vgtaux1 dans les expriences ci-dessus signales1 qui avaient mme pour principal objet l'influence de la pesanteur4 ,le cas des animaux1 et surtout de l'homme1 qui prsente1 cet gard1 une importance bien suprieure1 soit par la dlicatesse de l'organisme1 soit par la varit de ses phnomnes1 n'offre encore1 sous ce rapport1 que quelques observations incompltes et incohrentes1 qui vont peine au-del des notions les plus vulgaires#cf4 ,note #cf3 ,le simple mouvement1 indpendamment de tout changement de lieu1 a t quelquefois employ1 avec beaucoup de succs1 comme moyen thrapeutique1 non-seulement dans les maladies de la vie animale1 mais dans celles mme qui se rapportent essentiellement la vie organique1 et surtout dans les hydropisies abdominales1 ce qui vrifie clairement la haute importance relle d'une telle influence physiologique4 ,parmi les conditions purement physiques de l'existence des corps vivans1 dont le caractre n'est point simplement mcanique1 en ce qu'elles tendent directement modifier la structure intime1 la plus fondamentale est sans doute l'action thermologique du milieu ambiant4 ,c'est aussi la mieux connue1 ou plutt celle dont l'analyse gnrale prsente aujourd'hui le moins d'imperfections capitales4 ,rien de plus manifeste1 en effet1 que cette irrsistible ncessit qui1 dans l'ensemble de la hirarchie organique1 restreint le dveloppement de la vie entre certaines limites dtermines de l'chelle thermomtrique extrieure1 et qui resserre spcialement ces limites l'gard de chaque famille et mme de chaque race vivante2 quoique1 d'ailleurs1 toute ide de nombres prcis et constans soit ici aussi dplace que dans aucun autre genre de considrations biologiques4 ,les variations thermomtriques compatibles avec l'tat vital paraissent mme encore moins tendues que les variations baromtriques4 ,c'est d'un tel ordre de conditions que dpend surtout1 en histoire naturelle1 la rpartition permanente des divers organismes sur la surface de notre plante1 selon des zones assez spcialement dfinies pour fournir quelquefois1 aux physiciens1 de vritables indications thermomtriques1 certaines quoique grossires4 ,mais1 malgr la multitude de faits recueillis maintenant cet gard1 ce sujet fondamental n'est rellement qu' peine bauch jusqu'ici1 aux yeux de tous ceux qui s'attachent principalement la coordination de ces phnomnes en une doctrine gnrale et rationnelle4 ,presque tous les points essentiels d'une telle doctrine sont encore obscurs et incertains4 ,la science manque mme aujourd'hui d'une srie suffisante de bonnes observations comparatives sur les divers intervalles thermomtriques correspondans aux diffrens tats organiques1 et1 plus forte raison1 d'une loi quelconque relative cette harmonie1 qui n'a jamais t vraiment rattache aucun autre caractre biologique essentiel4 ,cette immense lacune n'existe pas seulement pour l'chelle gnrale des espces vivantes1 mais aussi pour les tats successifs de chaque organisme considr ses diffrens ges4 ,sous l'un et l'autre aspect1 ce sont surtout les moindres degrs d'organisation dont l'tude1 cet gard1 exige le plus une rvision complte et systmatique3 car1 l'tat d'oeuf1 ou dans les organismes trs infrieurs1 les limites thermomtriques de la vie paraissent devenir beaucoup plus cartes1 quelque obscurit que prsente encore un tel sujet2 plusieurs biologistes philosophes ont mme pens que la vie avait peut-tre t toujours possible1 un certain degr1 sur notre plante1 malgr les divers systmes de temprature par lesquels sa surface a d successivement passer4 ,on peut dire1 la vrit1 que l'ensemble des documens analyss jusqu'ici converge vers cette loi gnrale3 l'tat vital est tellement subordonn1 par sa nature1 un intervalle thermomtrique dtermin1 que cet intervalle dcrot sans cesse mesure que la vie se prononce davantage1 soit en remontant la hirarchie biologique1 soit en considrant chaque dveloppement individuel4 ,mais1 quelque plausible que doive dj paratre une telle loi1 il s'en faut encore de beaucoup que nous puissions la regarder aujourd'hui comme scientifiquement tablie1 les nombreuses anomalies qu'elle prsente n'tant point jusqu'ici rsolues d'une manire vraiment satisfaisante4 ,une semblable imperfection dans l'tude fondamentale des limites thermomtriques propres chaque tat vital1 doit faire aisment prsumer une plus profonde ignorance quant l'analyse plus dlicate des modifications produites dans l'organisme par les variations de la chaleur extrieure1 lorsque ces changemens sont renferms entre des limites pleinement compatibles avec le mode d'existence correspondant4 ,dans le petit nombre d'observations systmatiques que la science possde cet gard1 on a mme confondu presque toujours l'influence des changemens brusques avec celle trs diffrente qui rsulte des variations graduelles2 quoique1 indpendamment de la saine philosophie biologique1 d'irrcusables expriences directes des physiologistes anglais aient constat depuis long-temps1 dans l'espce humaine1 l'aptitude supporter impunment1 pendant un certain temps1 par suite d'habitudes graduellement contractes1 des accroissemens de temprature extrieure trs suprieurs ceux que semblait seule permettre la considration des perturbations violentes4 ,enfin1 ce qui montre le plus clairement combien l'ensemble de ce sujet a t jusqu'ici mal tudi1 c'est que nous pouvons1 sans aucune exagration1 regarder la question comme n'ayant pas mme t nettement pose1 attendu la confusion vicieuse qui a toujours plus ou moins domin dans ces recherches1 entre l'influence physiologique de la chaleur extrieure et la production organique de la chaleur vitale4 ,ces deux ordres d'tudes1 que la notion commune de chaleur peut seule vaguement rapprocher1 constituent videmment1 par leur nature1 deux branches radicalement distinctes de la thorie biologique1 puisque l'un se rapporte aux principes mmes de la vie1 tandis que l'autre est relatif1 au contraire1 ses rsultats gnraux4 ,des recherches assez irrationnellement institues pour avoir constamment ml deux problmes aussi diffrens1 pouvaient-elles1 aux yeux de tout philosophe1 comporter aucune vritable efficacit scientifique8 ,les mmes remarques philosophiques s'appliquent1 avec plus de force encore1 l'tude des autres conditions physiques extrieures de la vie gnrale1 telles que la lumire1 et surtout l'lectricit1 soit statique1 soit dynamique4 ,sous ces deux rapports1 encore plus que sous le prcdent1 la plupart des travaux entrepris jusqu'ici ne peuvent rellement tre envisags1 dans la construction rationnelle de la doctrine physiologique1 que comme ayant irrcusablement constat l'indispensable ncessit scientifique d'une telle tude prliminaire1 en mettant hors de doute le besoin fondamental d'une certaine influence permanente1 lumineuse et lectrique1 du milieu ambiant pour la production et l'entretien de la vie1 dans tous les modes et tous les degrs qu'elle comporte4 ,mais1 cela prs1 nos connaissances relles ce sujet sont certainement plus imparfaites aujourd'hui que relativement la chaleur elle-mme1 les observations lmentaires y tant la fois beaucoup plus rares et plus grossires1 en sorte que ces deux thories ne prsentent encore aucun aspect qui ne paraisse trs vague et trs obscur1 quelque incontestable que soit nanmoins la ralit d'une pareille tude4 ,sous le point de vue lectrique essentiellement1 la confusion fondamentale que je viens de signaler pour la chaleur1 se reproduit1 d'une manire plus prononce encore1 entre l'influence physiologique de l'lectrisation extrieure1 et l'lectrisation spontane produite par l'ensemble des actes vitaux1 c'est--dire toujours entre les principes et les rsultats2 d'o provient galement la strilit ncessaire de recherches ainsi diriges1 fussent-elles mme beaucoup plus tendues4 ,mais il faut remarquer1 en outre1 conformment l'esprit des rgles gnrales de hirarchie scientifique tablies dans ce ,trait1 que cette partie de la thorie prliminaire des milieux organiques1 se rapportant une branche de la physique bien plus imparfaite1 par sa nature1 que ne l'est la barologie et mme la thermologie1 elle doit ncessairement tre spcialement affecte par cette plus grande infriorit de la doctrine qui lui sert de base indispensable4 ,tout philosophe peut1 en effet1 reconnatre aisment1 dans l'bauche actuelle d'une telle portion de la physiologie positive1 l'influence dsastreuse qu'exercent si profondment les vaines hypothses anti-scientifiques qui vicient encore aujourd'hui la plupart des recherches d'optique et d'lectrologie1 comme je l'ai soigneusement tabli en considrant la physique4 ,ces conceptions chimriques sur les fluides ou les thers1 lumineux et lectriques1 que les physiciens les moins arrirs n'osent plus prconiser qu' titre de simple artifice logique1 sont1 au contraire1 habituellement envisages1 en physiologie1 comme caractrisant les principes rels de deux ordres d'actions extrieures indispensables l'tat vital4 ,dans l'tude de l'influence lectrique1 cette mauvaise manire de philosopher se fait plus spcialement ressentir1 cause de l'espce de solidarit que la plupart des biologistes ont naturellement imagin entre les prtendus fluides lectriques et les prtendus fluides nerveux ou vitaux1 en vertu de laquelle ces deux classes d'hypothses illusoires s'y fortifient mutuellement4 ,tout ce systme de spculations physiologiques ne consiste le plus souvent aujourd'hui qu' se reprsenter1 plus ou moins confusment1 le jeu fantastique de ces tres imaginaires1 auxquels l'organisme ne sert gure que de thtre1 et dont l'inintelligible contemplation absorbe ncessairement la considration1 ds-lors trs secondaire1 du petit nombre de phnomnes rels qui constituaient primitivement le vrai sujet des recherches scientifiques4 cette cause essentielle d'une strilit plus spciale1 il n'est peut-tre pas inutile d'ajouter ici1 comme obstacle accessoire mais gnral1 suivant une remarque dj signale l'gard de la philosophie chimique1 la subtilit exagre que la plupart des lectriciens actuels ont introduite dans l'analyse des moindres sources d'lectrisation1 et qui les a frquemment conduits attribuer une influence videmment dmesure des phnomnes presque imperceptibles4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que souvent on explique1 par de trs faibles variations de l'lectricit atmosphrique1 des phnomnes pathologiques trs considrables1 sans tre aucunement arrt par l'absurde disproportion entre l'intensit des rsultats effectifs et celle des principes prtendus4 ,toutefois1 il faut reconnatre qu'une telle cause d'aberrations affecte bien plus aujourd'hui la thorie du dveloppement spontan de l'lectrisation animale que celle relative l'influence physiologique des lectrisations extrieures4 ,sous l'un et l'autre aspect1 ce sont d'aussi vicieuses exagrations qui fournissent un fondement spcieux l'argumentation sophistique des physiologistes mtaphysiciens contre toute action lectrique dans l'organisme4 ,telles sont les diverses lacunes fondamentales que prsente la biologie actuelle relativement aux diffrentes conditions purement physiques indispensables au dveloppement des phnomnes physiologiques1 considres surtout en ce qu'elles ont de commun l'ensemble total des corps vivans1 et tudies suivant l'ordre hirarchique tabli1 dans cet ouvrage1 entre les principales branches de la physique gnrale4 ,mais l'analyse exacte des conditions d'existence qui offrent les caractres chimiques constitue1 en outre1 dans la thorie prliminaire des milieux organiques1 une seconde division essentielle1 dont l'importance n'est certainement pas moindre1 et dont les progrs ne sont jusqu'ici gure plus satisfaisans4 ,rduite ce qui est strictement gnral1 cette dernire tude a pour objet propre la dtermination rationnelle de l'influence physiologique fondamentale exerce par l'air et par l'eau1 dont le mlange1 divers degrs1 compose directement le milieu commun ncessaire tous les tres vivans1 en prenant ce terme dans son acception habituelle la plus circonscrite4 ,les philosophes allemands qui1 de nos jours1 ont rig ce milieu en une sorte de rgne intermdiaire entre les deux mondes inorganique et organique1 comme je l'ai dj indiqu en traitant de la philosophie chimique1 n'ont fait que rendre1 sous une forme vicieuse1 un sentiment aussi juste que profond de la haute importance physiologique d'une telle notion4 ,la premire considration scientifique ce sujet consiste reconnatre1 d'aprs le lumineux aperu de ,m4 de ,blainville1 que l'air et l'eau ne doivent point1 sous ce rapport1 tre tudis sparment1 la manire des physiciens et des chimistes1 mais que leur intime mlange1 dont les proportions seules varient1 est constamment indispensable tout tat vital4 ,il serait naturel de le penser1 en se bornant mme envisager la composition chimique des corps vivans1 dont les divers lmens essentiels ne peuvent se retrouver que dans l'ensemble de ces deux fluides4 ,mais ce principe devient surtout directement sensible sous le point de vue physiologique2 puisque1 en discutant avec soin les diffrentes observations1 il est maintenant facile de constater que l'air dpourvu de toute humidit et l'eau nullement are sont galement contraires l'existence des tres vivans1 sans aucune distinction d'espces4 cet gard1 entre les tres atmosphriques et les tres aquatiques1 animaux ou vgtaux1 les mieux caractriss1 il n'existe d'autre diffrence relle que l'ingale proportion des deux fluides1 soit que1 chez les uns1 l'air1 devenu prpondrant1 serve de vhicule l'eau vaporise1 ou que l'eau1 dominant son tour1 apporte aux autres l'air liqufi4 ,dans les deux cas1 l'eau fournit toujours la premire base indispensable de tous les liquides organiques1 et l'air les lmens essentiels de la nutrition fondamentale4 ,on sait aujourd'hui que les mammifres les plus levs1 et l'homme lui-mme1 prissent ncessairement par la seule influence d'un desschement convenable de l'air ambiant1 aussi bien que les poissons placs dans une eau que la distillation a suffisamment prive d'air4 ,entre ces deux termes extrmes1 l'ensemble de la hirarchie biologique1 analyse sous le rapport du sjour1 prsente sans doute une multitude d'intermdiaires1 dont les plus tranchs sont seuls un peu connus1 o l'air devenu de plus en plus humide et l'eau de plus en plus are constituent une suite presque graduelle de milieux physiologiques1 dont chacun correspond un organisme dtermin4 ,la seule considration des divers tats d'un organisme unique confirme mme1 par d'irrcusables indications1 l'harmonie gnrale que dvoile directement1 cet gard1 la comparaison de l'ensemble des organismes2 puisque1 chez l'homme par exemple1 les simples variations hygromtriques de l'atmosphre suffisent pour modifier notablement la marche des phnomnes physiologiques1 sans dpasser la partie de l'chelle hygromtrique compatible avec l'tat vital4 ,mais1 si un judicieux examen sommaire d'un tel sujet a rendu dsormais incontestable la ralit et l'importance de cette tude fondamentale1 il est malheureusement trop facile de reconnatre1 quand on veut entreprendre une analyse vraiment scientifique1 que la biologie est aujourd'hui1 cet gard comme sous les rapports prcdemment signals1 dans une vritable enfance1 puisque la question peut tout au plus tre ainsi regarde comme pose2 et encore ne l'est-elle habituellement que d'une manire vague et obscure4 ,outre que les limites physiologiques des variations relatives la proportion des deux fluides sont jusqu'ici trs mal dtermines pour la plupart des cas1 nous n'avons encore que des notions extrmement confuses sur le mode de participation de chaque fluide l'entretien de la vie gnrale4 ,un mlange aussi peu intime que celui des lmens de l'air1 doit sans doute produire surtout de vritables effets chimiques2 mais l'oxigne est le seul de ces lmens dont l'influence physiologique ait t jusqu'ici scientifiquement tudie1 quoique d'une manire finalement peu satisfaisante2 quant aux autres1 et principalement quant l'azote1 des physiologistes galement comptens continuent s'en former les ides les plus contradictoires4 l'gard de l'eau1 l'obscurit et l'incertitude sont ncessairement encore plus grandes1 vu l'extrme difficult qu'on prouve concevoir qu'un appareil chimique aussi peu nergique que l'est tout corps vivant puisse rellement dcomposer une substance aussi compltement neutre1 comme le supposent cependant aujourd'hui tant de physiologistes4 ,toutefois l'importante thorie des hydrates1 si heureusement introduite par les progrs rcens de la chimie1 doit sans doute fournir1 ce sujet1 de lumineuses indications1 en agrandissant nos ides fondamentales sur les divers genres d'action chimique dont l'eau est susceptible2 mais jusqu' prsent cette thorie n'a pas t prise en srieuse considration dans les spculations biologiques1 quoique on commence y avoir gard sous le point de vue purement anatomique4 ,ainsi1 la notion positive de l'influence physiologique du milieu gnral demeure encore profondment indtermine4 ,on ne saurait donc tre surpris1 plus forte raison1 qu'il n'existe jusqu' prsent aucune loi scientifique sur l'apprciation comparative1 ncessairement bien plus dlicate1 des divers modes et degrs de cette influence dans les principales divisions de la hirarchie biologique1 o nous ne voyons pas mme nettement si une telle condition d'existence devient plus ou moins invitable mesure que l'organisme s'lve4 ,quoique la thorie fondamentale des milieux organiques ne doive sans doute strictement comprendre que les agens extrieurs dont l'action physiologique est rigoureusement gnrale1 et par suite seule indispensable1 cependant1 pour complter cette thorie1 et mme pour l'claircir1 on sera naturellement conduit1 ce me semble1 y incorporer bientt1 du moins titre d'appendice essentiel1 l'analyse rationnelle des modifications spciales les plus prononces qu'impriment certains organismes certaines substances correspondantes2 car un tel sujet rentre ncessairement aussi dans la grande tude de l'harmonie primordiale entre le monde organique et le monde inorganique4 ,une meilleure philosophie mdicale tend fort heureusement de nos jours diminuer de plus en plus le nombre des spcifiques proprement dits1 si abusivement multiplis par l'empirisme mtaphysique des temps antrieurs4 ,mais ce serait tomber dans une exagration non moins irrationnelle et non moins nuisible1 que de mconnatre1 au contraire1 en principe1 l'incontestable influence exerce par plusieurs substances spciales sur divers organismes dtermins1 et mme sur divers tissus lmentaires4 ,il serait videmment absurde de concevoir qu'une spcialit aussi caractrise dans l'tat normal1 comme on le voit l'gard des alimens et des poisons1 cesst brusquement dans l'tat pathologique l'gard des mdicamens1 puisque ces deux ordres de substances extrieures ne diffrent pas plus radicalement l'un de l'autre que ces deux tats de l'organisme4 ,aussi le dogmatiste le plus proccup ne niera-t-il jamais srieusement l'action spcifique de l'alcool1 de l'opium1 etc41 soit au degr physiologique1 soit au degr pathologique4 ,or1 la ralit d'un tel genre d'effets tant une fois mise hors de toute discussion1 il importe beaucoup1 non-seulement pour les progrs de la saine thrapeutique1 mais aussi pour le perfectionnement de la simple biologie abstraite1 qui doit seule ici nous intresser1 de les soumettre systmatiquement de vritables tudes scientifiques1 cause de la lumire gnrale qui doit ncessairement en rejaillir sur l'analyse des conditions plus fondamentales de l'existence des corps vivans4 ,par cela mme que de semblables actions sont spciales et discontinues1 et par suite non indispensables1 la mthode exprimentale peut s'appliquer1 d'une manire bien plus certaine et mieux circonscrite1 en mme temps que plus varie1 leur exacte exploration4 ,leur tude doit donc rationnellement complter la doctrine biologique prliminaire que j'ai qualifie de thorie des milieux organiques1 laquelle elle fournit1 par sa nature1 des ressources essentielles qui lui sont propres et qui ne sauraient rsulter d'aucune autre voie4 ,malheureusement ce complment ncessaire est aujourd'hui encore moins avanc que le sujet principal1 malgr la multitude d'observations1 incohrentes ou mme inacheves1 dj recueillies cet gard4 ,l'imperfection fondamentale que nous venons de constater1 sous tous les rapports importans1 dans cette partie prliminaire de la physiologie positive1 peine bauche jusqu'ici1 et qui constitue cependant une introduction aussi videmment indispensable l'tude rationnelle des lois relles de la vie1 suffit pour faire aisment concevoir priori combien cette tude1 que nous avons dsormais considrer directement1 doit tre aujourd'hui dans l'enfance1 non-seulement comme peu avance encore1 mais mme comme institue d'une manire insuffisante4 ,quiconque1 en effet1 apprciera judicieusement l'ensemble des spculations actuelles sur ce grand sujet1 sans se laisser blouir par l'imposant appareil de la multitude de matriaux particuliers dont la science est maintenant enrichie1 et1 beaucoup d'gards1 encombre1 reconnatra clairement que la physiologie proprement dite n'a commenc que de nos jours1 et seulement encore chez un petit nombre d'intelligences d'lite1 atteindre son vritable tat positif2 et que1 chez la plupart de ceux qui la cultivent1 elle n'est point sortie aujourd'hui1 sous divers aspects essentiels1 de l'tat mtaphysique3 comme l'expliquera d'ailleurs trs bien l'histoire gnrale de l'esprit humain dans le volume suivant4 ,cet tat prsent de la science ne peut tre nettement conu que d'aprs la considration philosophique de ses antcdens les plus immdiats depuis environ un sicle4 ,le mouvement fondamental imprim par notre grand ,descartes l'ensemble de la raison humaine1 et tendant positiver directement toutes nos spculations essentielles1 a produit1 en physiologie1 l'illustre cole de ,boerrhaave1 qui1 entreprenant une opration philosophique alors prmature1 fut entran par un sentiment exagr et mme vicieux de la subordination ncessaire de la biologie envers les parties antrieures et plus simples de la philosophie naturelle1 ne concevoir d'autre moyen de rendre enfin positive l'tude de la vie que par sa fusion1 titre de simple appendice1 dans le systme gnral de la physique inorganique4 ,une invitable raction1 dtermine par les consquences absurdes auxquelles devait ncessairement conduire le dveloppement effectif d'une telle aberration philosophique1 aboutit la thorie de ,stahl1 qu'on peut regarder comme la formule la plus scientifique de l'tat mtaphysique de la physiologie4 ,depuis cette poque1 il n'y a eu rellement1 et il n'y a encore chez le vulgaire des biologistes1 de lutte directe et ostensible qu'entre ces deux coles antagonistes1 qui1 en ,france1 se trouvent1 en quelque sorte1 personnifies par les deux clbres ,facults de ,paris et de ,montpellier4 ,en considrant avec attention l'histoire gnrale de cette grande lutte1 on reconnat aisment que le caractre organique y a toujours essentiellement appartenu l'cole mtaphysique1 qui remplissait au moins la principale condition de concevoir la physiologie comme science distincte3 l'cole physico-chimique n'a eu d'efficacit relle que par une action purement critique1 de plus en plus seconde par les progrs effectifs de la science1 qui dvoilaient1 avec une vidence croissante1 la dpendance fondamentale des lois organiques l'gard des lois inorganiques4 ,cette action a produit1 dans les conceptions essentielles de la physiologie mtaphysique1 des modifications graduelles1 tendant continuellement les rapprocher davantage de l'tat positif1 et dont il suffit ici de signaler les deux principales1 formules l'une par la thorie de ,barthez1 et l'autre par celle de ,bichat1 compares toutes deux la thorie primitive de ,stahl4 ,la conception de ,barthez ne semble d'abord diffrer de celle de ,stahl que dans l'expression1 seulement1 en ce qu'il nomme principe vital la mme entit mtaphysique que son illustre prdcesseur avait appele me1 et ,van-,helmont arche4 ,mais1 pour un ordre d'ides aussi chimrique1 un tel changement d'nonc indique toujours ncessairement une modification effective de la pense principale4 ,aussi peut-on affirmer1 sans hsitation1 que la formule de ,barthez reprsente un tat mtaphysique de la physiologie plus loign de l'tat thologique que ne le supposait la formule employe par ,stahl1 de mme que celle-ci avait1 son tour1 une supriorit exactement analogue envers la formule de ,van-,helmont4 ,il suffirait1 pour s'en convaincre1 de considrer l'admirable discours prliminaire dans lequel ,barthez tablit1 d'une manire si nette et si ferme1 les caractres essentiels de la saine mthode philosophique1 aprs avoir si victorieusement dmontr l'inanit ncessaire de toute tentative sur les causes primordiales et la nature intime des phnomnes d'un ordre quelconque1 et rduit hautement toute science relle la dcouverte de leurs lois effectives4 ,on ne saurait donc douter que l'intention dominante de ,barthez ne ft de dgager enfin irrvocablement la science biologique de la vaine tutelle mtaphysique dans laquelle il la trouvait si profondment entrave2 et telle n'tait point videmment la tendance de ,stahl1 qui1 ainsi que je l'ai ci-dessus caractrise1 ne constituait en effet qu'une nergique raction contre les exagrations physico-chimiques de ,boerrhaave4 ,mais1 comme je l'ai dj indiqu au volume prcdent1 faute d'avoir tudi la mthode positive sa vritable source1 le systme des sciences mathmatiques1 ,barthez ne la connaissait point d'une manire assez complte ni assez familire pour que la grande rforme qu'il avait si bien projete n'avortt point ncessairement et radicalement dans l'excution d'une entreprise que l'tat de l'esprit humain rendait certainement prmature4 ,c'est ainsi que1 entran son insu par la tendance mme qu'il combattait1 aprs avoir d'abord introduit son principe vital titre de simple formule scientifique1 uniquement consacre dsigner abstraitement la cause inconnue des phnomnes vitaux1 il fut invitablement conduit investir ensuite ce prtendu principe d'une existence relle et trs complique1 quoique profondment inintelligible1 que son cole a1 de nos jours1 si amplement dveloppe4 ,mais1 quelle qu'ait d tre l'inefficacit d'une entreprise aussi mal prpare1 on ne saurait mconnatre l'intention videmment progressive qui en avait dict la pense premire4 ,cet esprit progressif est beaucoup plus prononc dans la thorie physiologique de ,bichat1 aujourd'hui gnralement admise1 quoiqu'elle prsente aussi1 en ralit1 le caractre essentiel des conceptions mtaphysiques1 c'est--dire l'emploi des entits4 ,la nature de ces entits s'y trouve1 en effet1 notablement perfectionne1 et tend bien davantage rapprocher la science de l'tat pleinement positif1 puisqu'un sige dtermin et visible leur est ncessairement impos1 au lieu du sige minemment vague et mystrieux des entits imagines par ,stahl et mme par ,barthez4 ,mais1 quelque rel et important que soit un tel progrs pour acclrer la transition finale de la biologie dynamique vers son entire positivit1 on ne peut vritablement y voir qu'une dernire transformation de la physiologie mtaphysique1 telle que ,stahl l'avait formule4 ,car1 en examinant le rle que ,bichat prescrit ses diverses forces vitales1 il est clair qu'elles interviennent dans les phnomnes la manire des anciennes entits spcifiques introduites en physique et en chimie1 pendant la priode mtaphysique de ces deux sciences fondamentales1 sous le nom de facults ou vertus occultes1 que ,descartes a si nergiquement poursuivies1 et que ,molire a si heureusement ridiculises4 ,un tel caractre est surtout irrcusable l'gard de cette prtendue sensibilit organique1 vraiment rduite1 par sa dfinition inintelligible et contradictoire1 une simple existence nominale1 et dont les affections diverses paraissent nanmoins suffire ,bichat pour expliquer les phnomnes physiologiques1 tandis qu'on ne fait ainsi que reproduire leur nonc sous une forme abusivement abstraite3 comme1 par exemple1 quand ,bichat croit avoir rendu raison du passage successif de divers liquides dans un mme canal excrteur1 en se bornant dire que la sensibilit organique de ce conduit est successivement en harmonie avec chacun d'eux et antipathique tous les autres4 ,on peut nanmoins conjecturer1 d'une manire trs plausible1 que si une mort1 jamais dplorable1 n'avait point brusquement tranch le dveloppement original de la thorie de ,bichat1 cet admirable gnie1 qui naissait en un temps suffisamment opportun1 serait parvenu1 par ses efforts spontans1 rompre entirement les entraves mtaphysiques que son ducation lui imposait1 et dont il venait dj d'attnuer aussi utilement la prpondrance4 ,chacun reconnatra aisment1 en effet1 que1 sous cet aspect fondamental1 le grand ,trait de l',anatomie gnrale1 quoique postrieur de bien peu d'annes1 est en progrs notable sur le ,trait de la vie et de la mort4 ,dans la construction mme de sa thorie mtaphysique des forces vitales1 ,bichat a certainement introduit1 le premier1 sous le titre de proprits de tissu1 une considration capitale1 videmment destine1 par son extension graduelle1 absorber invitablement toutes les conceptions ontologiques1 et prparer ainsi l'entire positivit des principales notions lmentaires de la physiologie4 ,car1 l'opration philosophique se rduit ici essentiellement substituer aux anciennes ides de forces de simples ides de proprits1 en consacrant ce terme la seule acception positive de dsigner les actes les plus gnraux dans lesquels puissent tre dcomposs les divers phnomnes biologiques4 ,or1 la cration de ,bichat sur les proprits de tissu remplissait cette condition fondamentale envers une classe d'effets trs tendue quoique partielle4 ,c'est ainsi que la thorie de ,bichat1 en mme temps qu'elle amendait trs heureusement la doctrine mtaphysique de ,stahl et de ,barthez1 prparait d'ailleurs les voies directes de son entire rformation1 en prsentant le germe immdiat et mme l'exemple caractristique de conceptions purement positives4 ,tel est l'tat prcis dans lequel se trouve encore aujourd'hui la philosophie physiologique chez la plupart des esprits qui s'y livrent4 ,la lutte gnrale entre la tendance mtaphysique et la tendance physico-chimique1 entre l'cole de ,stahl et celle de ,boerrhave1 en est essentiellement demeure au point o la grande impulsion de ,bichat l'avait amene4 ,il est cependant sensible que le progrs ultrieur de la science ne saurait tre1 sans de graves dangers1 indfiniment abandonn aux oscillations dsordonnes qui rsultent du simple antagonisme spontan de ces deux mouvemens contraires1 dont chacun1 sa manire1 prsente un caractre radicalement vicieux1 puisque1 s'ils ne se contenaient point mutuellement1 le premier dterminerait directement une vritable rtrogradation vers l'tat thologique1 et le second une sorte de dissolution anarchique de toute doctrine physiologique proprement dite2 peu prs comme les deux grandes tendances politiques1 l'une rtrograde1 l'autre rvolutionnaire1 qui se disputent si dplorablement aujourd'hui la suprme direction sociale1 et avec lesquelles en effet nos deux tendances physiologiques ont une affinit incontestable1 quoique mconnue du vulgaire des observateurs4 ,qu'une telle pondration ait t1 et soit mme encore1 provisoirement indispensable la conservation et au dveloppement de la science1 aucun bon esprit ne peut en douter4 ,mais les prtendus clectiques qui conoivent cet tat transitoire comme un ordre dfinitif1 mconnaissent certainement1 d'une trange manire1 et les vrais besoins fondamentaux de l'esprit humain et la marche gnrale de son dveloppement historique1 ainsi que le tmoigne clairement la situation actuelle des parties les plus avances de la philosophie naturelle1 dont chacune jadis a aussi pass par une phase analogue4 ,la science physiologique n'aura donc atteint sa vritable maturit1 son progrs ne deviendra direct et rationnel1 que lorsque l'universelle prpondrance de conceptions lmentaires purement positives1 appropries la nature effective des phnomnes biologiques1 aura enfin irrvocablement relgu1 dans le simple domaine de l'histoire1 ce dplorable conflit entre deux impulsions peu prs galement nuisibles1 quoiqu' des titres trs diffrens4 ,or1 tous les symptmes essentiels d'une issue philosophique aussi dsirable me paraissent raliss aujourd'hui2 les deux coles se sont mutuellement assez discrdites pour s'annuller rciproquement3 et1 en mme temps1 le dveloppement naturel de la science a fourni1 ce me semble1 tous les moyens indispensables pour commencer directement procder son institution dfinitive4 ,telle est1 mes yeux1 la tche caractristique de la gnration scientifique actuelle1 qui n'a essentiellement besoin que de s'en rendre plus digne par une ducation mieux dirige1 dont j'ai suffisamment dtermin1 dans les leons prcdentes1 et surtout dans la quarantime1 le vritable esprit gnral#cg4 ,note #cg3 ,si1 par la complication suprieure des phnomnes1 la formation de la physiologie devait tre ncessairement postrieure celle des autres branches fondamentales de la philosophie naturelle1 selon les principes tablis dans ce ,trait1 on a droit d'esprer au moins1 que1 par une sorte de compensation de ce retard invitable1 le dveloppement ultrieur de cette science pourra suivre une marche plus rationnelle et plus rapide1 en profitant de l'exprience philosophique que prsentent les sciences antcdentes1 pour ne point s'arrter certaines phases transitoires qui n'taient pas absolument indispensables1 et qui tenaient seulement la nouveaut de la situation de l'esprit humain quand il passait1 dans ses premiers lans scientifiques1 de l'tat mtaphysique l'tat vraiment positif4 ,c'est ainsi que1 relativement la physique surtout1 nous avons reconnu1 entre ces deux tats1 une transition intermdiaire1 encore pendante de nos jours plusieurs gards1 et caractrise par le rgne des fluides et des thers fantastiques1 substitus aux entits comme celles-ci jadis aux dieux et aux gnies4 ,la physiologie peut certainement viter aujourd'hui1 par une heureuse direction philosophique1 devenue dsormais possible1 de subir une semblable prparation1 qui1 dans ce cas1 serait presque sans excuses4 ,comme les biologistes sont1 par la nature de leurs tudes1 les plus disposs1 parmi les savans actuels1 prendre convenablement en considration la marche gnrale de l'esprit humain1 il faut esprer qu'ils sauront pargner leur science cette halte inutile et honteuse4 ,mais leur ducation ordinaire est encore tellement vicieuse1 qu'on peut1 cet gard1 conserver quelques doutes trs lgitimes1 en les voyant1 dans la physique actuelle1 porter prcisment leur principale attention sur ces chimres quasi-mtaphysiques4 ,le vrai caractre philosophique de la physiologie positive consistant1 comme je l'ai tabli1 instituer partout une exacte et constante harmonie entre le point de vue statique et le point de vue dynamique1 entre les ides d'organisation et les ides de vie1 entre la notion de l'agent et celle de l'acte1 il en rsulte videmment1 dans le sujet fondamental qui nous occupe1 la stricte obligation de rduire toutes les conceptions abstraites de proprits physiologiques la seule considration de phnomnes lmentaires et gnraux1 dont chacun rappelle ncessairement notre intelligence l'insparable pense d'un sige plus ou moins circonscrit mais toujours dtermin4 ,on peut dire1 en un mot1 sous une forme plus prcise1 que la rduction des diverses fonctions aux proprits correspondantes doit toujours tre envisage comme la simple suite de la dcomposition habituelle de la vie gnrale elle-mme dans les diffrentes fonctions1 en cartant toute vaine prtention rechercher les causes des phnomnes1 et ne se proposant que la dcouverte de leurs lois4 ,sans cette indispensable condition fondamentale1 les ides de proprits reprendraient ncessairement1 en physiologie1 leur ancienne nature d'entits purement mtaphysiques4 ,conformment aux indications prcdentes1 la conception vraiment originale1 et trop peu apprcie1 de ,bichat sur les proprits de tissu1 contient1 en effet1 le premier germe direct de cette rnovation capitale4 ,mais ce grand travail ne peut rellement servir qu' bien caractriser la vritable nature de cette opration philosophique1 et ne contient nullement d'ailleurs la solution1 mme bauche1 du problme4 ,outre la confusion secondaire entre les proprits de tissu et de simples proprits physiques1 comme l'gard de la contractilit par dfaut d'extension de ,bichat1 qui1 videmment1 n'est autre chose que l'lasticit1 la conception gnrale se trouve directement fausse1 dans son principe mme1 par l'irrationnelle distinction entre les proprits de tissu et les proprits vitales4 ,car1 une proprit quelconque ne saurait tre admise en physiologie1 sans que1 de toute ncessit1 elle soit la fois vitale et de tissu2 vitale1 en tant que particulire l'tat de vie1 et de tissu en tant que toujours manifeste par un tissu dtermin4 ,telle est l'origine logique du caractre essentiellement mtaphysique que ,bichat a conserv1 tout en l'amliorant1 ses diverses proprits vitales4 ,en s'efforant d'accorder1 autant que possible1 les diffrens degrs gnraux de l'analyse physiologique avec ceux de l'analyse anatomique1 on peut poser1 ce sujet1 comme principe philosophique1 que l'ide de proprit1 qui indique le dernier terme de l'une1 doit ncessairement correspondre l'ide de tissu1 terme extrme de l'autre2 tandis que l'ide de fonction correspond1 au contraire1 celle d'organe3 de telle sorte que les notions successives de fonction et de proprit prsentent entre elles une gradation intellectuelle parfaitement semblable celle qui existe entre les notions d'organe et de tissu1 avec la seule diffrence fondamentale de l'acte l'agent4 ,d'aprs cette relation gnrale1 qui me semble constituer1 en philosophie biologique1 une rgle incontestable et importante1 on peut1 je crois1 tablir dj1 d'une manire rigoureuse1 une premire division principale entre les diverses proprits physiologiques4 ,nous avons reconnu1 en effet1 dans la quarante-unime leon1 que les diffrens lmens anatomiques doivent tre d'abord distingus en un tissu fondamental et gnrateur 7le tissu cellulaire71 et divers tissus secondaires et spciaux qui rsultent de l'intime combinaison anatomique de certaines substances caractristiques avec cette trame primordiale et commune4 ,les proprits physiologiques doivent donc aussi tre ncessairement divises en deux groupes essentiels1 comprenant l'un les proprits gnrales qui appartiennent tous les tissus et qui constituent la vie propre du tissu cellulaire fondamental1 et l'autre les proprits spciales qui caractrisent physiologiquement ses modifications les plus tranches1 c'est--dire1 le tissu musculaire et le tissu nerveux4 ,cette premire division1 ainsi indique par l'anatomie1 me semble d'autant plus rationnelle qu'elle concourt spontanment1 d'une manire vraiment frappante1 avec la grande distinction physiologique1 si bien tablie par ,bichat1 entre la vie organique ou plutt vgtative1 et la vie animale proprement dite2 puisque le premier ordre de proprits doit ncessairement constituer1 par sa nature1 le fond essentiel de la vie gnrale commune tous les tres organiss et laquelle se rduit l'existence vgtale2 tandis que le second se rapporte exclusivement1 au contraire1 la vie spciale des tres anims4 ,une telle correspondance est minemment propre faciliter l'application de cette rgle lmentaire1 aussi bien qu' rendre le principe plus irrcusable4 ,si nous considrons maintenant quel point est dj parvenue1 chez les esprits les plus avancs1 la construction effective de cette thorie physiologique fondamentale1 nous reconnatrons que l'opration peut tre envisage comme suffisamment accomplie l'gard des proprits spciales1 relatives aux deux grands tissus secondaires essentiellement animaux3 en sorte que1 suivant la marche naturelle de notre intelligence1 le cas le plus tranch est aussi le mieux apprci4 ,tous les phnomnes gnraux de la vie animale sont aujourd'hui assez unanimement rattachs l'irritabilit et la sensibilit1 considres chacune comme l'attribut caractristique d'un tissu nettement dfini1 au moins dans les degrs suprieurs de l'chelle zoologique4 ,mais il rgne encore une extrme confusion et une profonde divergence l'gard des proprits vraiment gnrales1 qui correspondent la vie universelle ou vgtative4 ,nanmoins1 l'exacte analyse fondamentale de cette premire classe de proprits est videmment encore plus indispensable que celle de l'autre la constitution rationnelle et dfinitive de la physiologie positive1 non-seulement cause de leur gnralit suprieure1 mais surtout aussi parce que1 la vie vgtative tant la base ncessaire de la vie animale1 le vague et l'obscurit qui subsistent encore sur les notions lmentaires de la premire doivent invitablement empcher toute conception complte et satisfaisante de la seconde4 ,la science est donc certainement aujourd'hui1 sous ce rapport capital1 dans un tat purement provisoire2 puisque cette grande opration philosophique a t jusqu'ici conduite suivant un ordre entirement inverse de celui qu'exige sa nature4 ,de tous les biologistes actuels1 ,m4 de ,blainville me parat tre1 sans aucun doute1 celui qui a le mieux compris1 cet gard1 les vrais besoins essentiels de la physiologie positive2 en mme temps qu'il a plus profondment senti qu'aucun autre le vritable esprit philosophique d'une telle thorie1 comme l'indique le mmorable cours de physiologie compare auquel j'ai fait si frquemment allusion dans ce volume4 ,nanmoins1 outre que cet illustre biologiste ne me semble pas avoir lui-mme assez nettement tabli1 tout en s'y conformant1 la division primitive que je viens de signaler1 son analyse fondamentale des proprits gnrales1 quoique incomparablement suprieure toutes les tentatives prcdentes1 n'est peut-tre point suffisante pour servir dsormais de base effective au dveloppement rationnel de la science vitale4 ,cette analyse consiste reconnatre1 dans la vie vgtative commune tous les tres organiss1 trois proprits essentielles1 l'hygromtricit1 la capillarit et la rtractilit#ch1 attributs caractristiques du tissu primordial4 ,or1 en exceptant cette dernire proprit1 qui remplit videmment toutes les conditions convenables1 et qui ne peut plus tre le sujet d'aucun dissentiment capital1 il est peut-tre incertain qu'une telle analyse corresponde suffisamment la nature de l'opration propose4 ,les proprits purement physiques ou chimiques des tissus vivans doivent tre1 sans doute1 nettement spares des proprits vraiment organiques1 sauf les tudier pralablement avec beaucoup de soin1 et d'une manire plus satisfaisante qu'on ne l'a fait encore4 ,il semble donc que les deux premires proprits gnrales admises par ,m4 de ,blainville1 n'ont pas assez profondment le vritable caractre physiologique1 quoique leur ralit et leur importance soient d'ailleurs incontestables4 ,ces deux proprits ne sont peut-tre point aussi assez distinctes l'une de l'autre1 puisque la facult hygromtrique des tissus parat frquemment tenir une simple action capillaire4 ,enfin1 on peut surtout craindre que l'ensemble de ces trois proprits ne suffise pas reprsenter exactement tous les phnomnes organiques dont elles sont regardes comme caractrisant les actes les plus lmentaires4 ,une discussion ultrieure1 convenablement fonde sur l'usage effectif d'une telle thorie dans les diverses spculations biologiques1 pourra seule1 cet gard1 dissiper tous les doutes1 et dterminer1 s'il y a lieu1 l'assentiment universel des physiologistes rationnels4 ,il suffisait1 suivant l'esprit de ce trait1 de constater clairement ici l'incertitude et l'obscurit qui subsistent encore habituellement sur les notions rudimentaires de la physiologie positive1 dont la constitution systmatique manque ainsi essentiellement d'un premier principe indispensable4 ,tel est le motif vident de l'importance que j'ai d attacher caractriser avec soin cette situation provisoire et prcaire de la doctrine physiologique4 ,note #ch3 ,cette dnomination1 qui correspond la fois la contractilit de tissu et la contractilit organique insensible de ,bichat1 a t trs heureusement introduite pour viter l'quivoque si profondment inhrente aujourd'hui au mot de contractilit1 depuis l'emploi irrationnel et abusif qu'on a fait d'un terme aussi clair par lui-mme4 ,elle est exclusivement destine1 chez ,m4 de ,blainville1 dsigner la tendance directe et constante de tous les tissus1 et surtout du tissu gnrateur1 se resserrer spontanment et graduellement sous l'influence d'un stimulant quelconque1 comme l'action d'un alcali1 la chaleur1 etc1 tandis que le nom d'irritabilit1 qui reprsente en mme temps la contractilit organique sensible et la contractilit animale de ,bichat1 indique1 depuis ,haller1 la facult de contraction rapide1 sensible1 et intermittente que peut seule dvelopper1 dans le tissu musculaire1 l'action nerveuse1 momentanment remplace quelquefois par l'lectrisation galvanique4 ,une telle imperfection fondamentale dans les rudimens gnraux des conceptions physiologiques1 fait assez prsumer combien doit tre encore arrire l'tude directe1 la fois positive et rationnelle1 de la vie vgtative ou organique elle-mme1 base ncessaire des phnomnes plus spciaux et plus levs qui constituent l'animalit4 ,non-seulement la coordination des divers phnomnes essentiels1 et par suite leur explication1 restent aujourd'hui peine bauches2 mais leur simple analyse prliminaire demeure mme jusqu'ici fort incomplte et trs peu satisfaisante4 ,on ne peut maintenant regarder comme suffisamment arrt1 et exclusivement chez les biologistes les plus avancs1 que le plan gnral d'une semblable tude1 rsultant d'une premire apprciation philosophique de l'ensemble des phnomnes vitaux4 ,je ne connais1 ce sujet1 rien d'aussi rationnel que le beau travail de ,m4 de ,blainville dans la conception de son cours de physiologie#ci1 qui me parat remplir dj1 sauf divers perfectionnemens secondaires1 toutes les grandes conditions d'un programme convenablement systmatique1 destin diriger1 avec une pleine efficacit1 la suite des recherches ultrieures qu'exige dsormais la construction directe de la saine doctrine bionomique1 en considrant tous les divers essais antrieurs comme n'ayant pu fournir que de simples matriaux1 susceptibles1 le plus souvent1 d'une indispensable rvision4 ,note #ci3 ,pour suppler1 autant que possible1 l'entire publication1 si dsirable tant de titres1 du systme physiologique de ,m4 de ,blainville1 tous les esprits philosophiques1 pourvu que la considration positive d'un tel sujet leur soit dj suffisamment familire1 pourront aujourd'hui fort utilement consulter le tableau synoptique minemment remarquable que ce grand biologiste en a compos1 et qui indique1 d'une manire trs lumineuse1 les vrais caractres d'une coordination pleinement rationnelle de l'ensemble des phnomnes vitaux4 ,quoique la discussion formelle de ce plan ft ici dplace1 je dois nanmoins y signaler un trs heureux perfectionnement dans la division la plus gnrale des phnomnes physiologiques4 ,il consiste distinguer soigneusement d'avec les fonctions proprement dites1 toujours rduites dsormais l'action d'un organe ou1 tout au plus1 d'un appareil bien dtermin1 les phnomnes plus composs et trs diffrens1 qu'on leur avait vaguement assimils jusqu'alors1 et qui rsultent1 d'une manire plus ou moins ncessaire1 de l'ensemble des diverses fonctions essentielles1 comme1 par exemple1 la production de la chaleur vitale1 dont ,chaussier tait all jusqu' faire1 non-seulement une fonction1 mais mme une vraie proprit directe1 sous le nom mtaphysique de caloricit4 ,sans cette indispensable division1 il est videmment impossible de se former aucune notion claire et rigoureuse de ce que les biologistes doivent entendre1 en gnral1 par une fonction4 ,mais1 ainsi conue1 l'analyse physiologique prsentera toujours1 dans la succession ncessaire de ses divers degrs principaux1 une marche rationnellement conforme celle qui caractrise l'analyse anatomique1 suivant la loi ci-dessus indique4 ,l'ide fondamentale de proprit correspondra dsormais la notion lmentaire de tissu1 l'ide de fonction celle d'organe1 et la notion dfinitive de rsultat la considration finale de l'ensemble de l'organisme3 la gradation tant essentiellement analogue dans les deux ordres de conceptions1 et la comparaison d'un ordre l'autre rappelant sans cesse notre esprit l'indispensable relation de l'acte l'agent1 qui constitue1 par sa nature1 le fond gnral de toute la philosophie biologique4 ,les fonctions proprement dites qui appartiennent la vie vgtative1 envisage dans l'ensemble total de la hirarchie biologique1 se rduisent1 par leur nature1 deux vraiment fondamentales1 dont l'antagonisme continu correspond la dfinition mme de la vie3 #a l'absorption intrieure des matriaux nutritifs puiss dans le systme ambiant1 d'o rsulte invitablement1 d'aprs leur assimilation graduelle1 la nutrition finale2 #b l'exhalation l'extrieur des molcules1 ds-lors trangres1 qui se dsassimilent ncessairement mesure que cette nutrition s'accomplit4 ,aucune autre notion primordiale ne saurait entrer dans la conception gnrale et abstraite de la vie organique1 quand on en carte1 avec une rigueur vraiment scientifique1 toute ide relative la vie animale1 dont l'influence ne peut d'ailleurs consister1 cet gard1 qu' perfectionner cette double opration lmentaire1 mesure que ses diffrens actes se spcialisent davantage par la complication croissante de l'organisme4 ,d'un autre ct1 on ne peut supprimer1 par la pense1 aucun des trois lmens essentiels qui viennent d'tre indiqus1 sans dtruire aussitt la vraie notion gnrale de ce grand mouvement vital1 chez les tres mme les plus simples1 soit qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre des deux fonctions caractristiques4 ,dans aucun organisme en effet1 les matires assimilables ne peuvent tre directement incorpores ni au lieu mme o s'est opre leur absorption1 ni sous leur forme primitive3 leur assimilation relle exige toujours un certain dplacement1 et une prparation quelconque qui s'accomplit pendant ce trajet4 ,il en est de mme1 en sens inverse1 pour l'exhalation1 qui suppose constamment que les particules1 devenues trangres une portion quelconque de l'organisme1 ont t finalement exhales en un autre point1 aprs avoir prouv1 dans ce transport ncessaire1 d'indispensables modifications4 ,sous ce point de vue fondamental1 comme sous tant d'autres1 on a1 ce me semble1 fort exagr la vritable distinction entre l'organisme animal et l'organisme vgtal1 surtout lorsqu'on a voulu riger la digestion en un caractre essentiel de l'animalit4 ,car1 en se formant de la digestion la notion la plus gnrale1 qui doit s'tendre toute prparation des alimens indispensable leur assimilation effective1 il est clair qu'une telle prparation existe ncessairement dans les vgtaux aussi bien que chez les animaux1 quoiqu'elle y soit1 sans doute1 moins profonde et moins varie1 par suite de la simplification simultane des alimens et de l'organisme4 ,une remarque analogue peut galement s'appliquer au mouvement des fluides1 soit rcrmentitiels1 soit excrmentitiels4 ,sans doute1 chez les animaux seuls1 et mme uniquement un certain degr d'lvation dans l'chelle zoologique1 ce mouvement fondamental donne lieu une vritable circulation1 qui suppose toujours un organe central d'impulsion1 ncessairement emprunt la vie animale proprement dite4 ,mais il serait nanmoins videmment impossible de concevoir le moindre organisme sans le mouvement continuel d'un fluide gnral tenant en suspension ou en dissolution les matires absorbes ou les matires dsagrges pour les transporter1 par endosmose et exosmose au moins1 au lieu de leur incorporation ou de leur exhalation dfinitive3 cette perptuelle oscillation1 qui ne suppose nullement un ordre spcial de vaisseaux1 et qui peut directement s'oprer travers la trame celluleuse primordiale1 est galement indispensable aux vgtaux et aux animaux2 tout comme la prparation correspondante des matriaux ou des rsidus1 dont elle est ncessairement toujours accompagne4 ,tels demeurent donc les trois lmens gnraux de chacune des deux grandes fonctions vgtatives1 rduites mme ce qu'elles ont de strictement commun l'ensemble de la hirarchie organique4 ,une telle analyse montre clairement que les actes essentiels dont se compose la vie vgtative sont1 par leur nature1 de simples phnomnes physico-chimiques1 comme je l'ai indiqu dans la quarantime leon3 physiques1 quant au mouvement des molcules assimilables ou exhalables2 chimiques1 en ce qui concerne les modifications successives de ces diverses substances4 ,sous le premier aspect1 ils dpendent des proprits hygromtrique1 capillaire1 et rtractile du tissu fondamental2 sous le second1 beaucoup plus obscur jusqu'ici1 ils se rapportent l'action molculaire que comporte sa composition caractristique4 ,c'est dans un tel esprit qu'il faut concevoir l'explication des phnomnes purement organiques1 et que leur analyse positive doit tre institue2 tandis qu'une tout autre manire de voir doit prsider l'tude des phnomnes essentiellement animaux1 comme la leon suivante l'indiquera spcialement4 ,l'tude fondamentale de la vie gnrale1 ainsi caractrise1 ne peut pas mme tre aujourd'hui regarde comme organise d'une manire convenablement rationnelle4 ,car1 d'aprs la leon prcdente1 nous avons reconnu que la biotaxie1 bien plus avance que la physiologie proprement dite1 ne voit dsormais1 dans l'organisme vgtal1 que le dernier degr d'une hirarchie ncessairement unique1 dont les divers rangs principaux diffrent ordinairement davantage les uns des autres qu'aucun d'eux de ce terme extrme4 ,il est indispensable qu'une semblable conception dirige habituellement aussi les spculations physiologiques relatives aux fonctions organiques ou vgtatives1 uniformment analyses pour l'ensemble des tres vivans1 ce qui1 on peut l'affirmer1 n'a jamais t tent jusqu'ici4 ,tant que cette grande condition philosophique demeure inaccomplie1 les tudes restent ncessairement incompltes1 avec quelque sagesse qu'elles soient d'ailleurs entreprises1 et ne peuvent nullement tablir aucun point essentiel d'une doctrine physiologique vraiment dfinitive4 ,on conoit1 en effet1 que l'organisme vgtal prsentant1 dans toute leur simplicit1 les fonctions dont il s'agit de dcouvrir les lois fondamentales1 dgages des diverses influences plus ou moins accessoires qui les compliquent toujours1 un degr quelconque1 chez les animaux1 ce cas doit tre1 par sa nature1 le plus directement propre nous dvoiler nettement la partie vraiment primordiale de ce sujet difficile4 ,mais1 d'une autre part1 la considration immdiate et isole de ce cas extrme et exceptionnel1 ne peut gure apporter une vritable lumire dans la thorie gnrale d'un tel ordre de phnomnes1 qui n'auraient point t d'abord graduellement analyss suivant la srie des cas intermdiaires tendant de plus en plus vers cette limite finale4 ,il serait videmment encore plus impossible sous le point de vue physiologique que sous le simple aspect anatomique1 de passer ainsi brusquement de l'organisme humain1 qui1 de toute ncessit1 constitue toujours le point de dpart des diverses spculations biologiques1 l'organisme vgtal qui en caractrise le dernier terme1 ou rciproquement4 ,si donc l'tude hirarchique des divers degrs intermdiaires est aujourd'hui gnralement reconnue comme indispensable pour tablir une liaison relle entre les deux cas statiques extrmes1 comment pourrait-on esprer de s'en dispenser l'gard des tudes1 bien plus difficiles1 relatives aux considrations dynamiques8 ,tel est1 sans doute1 le principal motif de la strilit vraiment remarquable des tudes directes1 d'ailleurs utiles et souvent sagement conduites dans les dtails1 entreprises jusqu'ici sur la vie des vgtaux1 et qui n'ont encore contribu rellement claircir aucun point capital de physiologie gnrale2 ce qui doit sembler1 du reste1 d'autant plus facile expliquer1 que1 par une suite naturelle de cet irrationnel isolement du cas vgtal1 les chimistes et les physiciens se sont presque toujours empars spontanment de recherches qui devaient ncessairement appartenir aux seuls biologistes4 ,il est mme incontestable que des tudes ainsi institues ne peuvent tre que trs mdiocrement utiles au sujet trop exclusif qu'on y a voulu considrer1 comme l'exprience l'a1 ce me semble1 clairement vrifi ici4 ,car1 la comparaison rationnelle des divers cas biologiques1 suivant leur vritable ordre hirarchique1 est ncessairement aussi instructive et aussi indispensable en sens inverse qu'en sens direct1 en vertu de la solidarit fondamentale de ces diverses parties d'une doctrine vritablement unique par sa nature#dj4 ,ainsi1 la mthode comparative1 qui1 d'aprs la quarantime leon1 constitue la principale ressource caractristique de toute la philosophie biologique1 n'a pas encore t convenablement introduite dans l'tude gnrale de la vie organique1 quoiqu'elle y soit la fois encore plus indispensable et susceptible d'une application plus complte qu' l'gard mme de la vie animale4 ,les plus hautes intelligences ne sont donc pas jusqu'ici habituellement parvenues1 en physiologie1 cet tat de pleine maturit1 o notre esprit dveloppe librement1 dans toute leur tendue1 l'ensemble de ses divers moyens essentiels4 ,dans le systme physiologique de ,m4 de ,blainville lui-mme1 malgr sa rationnalit suprieure1 la comparaison biologique n'a pas t pousse jusqu' son vritable terme scientifique1 par l'introduction rgulire de l'conomie vgtale1 envisage comme l'extrme simplification de la vie gnrale4 ,note #dj3 cette critique gnrale1 malheureusement trop fonde1 de l'esprit irrationnel qui dirige encore essentiellement les tudes de physiologie vgtale1 je suis heureux de pouvoir opposer dj une notable exception1 qui me parat hautement caractriser l'ensemble des travaux de ,m4 ,turpin4 ,ce judicieux biologiste est1 en effet1 le seul aujourd'hui1 du moins en ,france1 qui ait conu et tudi l'organisme vgtal comme offrant l'extrme modification de la vie fondamentale des organismes animaux4 ,les zoologistes se refusant jusqu'ici prolonger leurs thories jusqu' la considration de ce cas final1 ,m4 ,turpin s'est efforc d'excuter1 autant que possible1 l'opration inverse1 et les succs incontestables qu'il a obtenus suffiraient vrifier combien cette marche rationnelle deviendrait dsormais immdiatement utile aux progrs essentiels de la philosophie botanique1 qui1 depuis ,linn et les ,jussieu1 semble presque stationnaire4 ,on doit donc regretter que ,m4 ,turpin n'ait point encore expos1 d'une manire directe et mthodique1 l'ensemble de sa doctrine phytologique1 dont la propagation exercerait sans doute une trs heureuse influence sur la direction habituelle des travaux de ce genre1 et pourrait mme efficacement ragir sur le perfectionnement gnral de la philosophie biologique4 ,d'aprs une telle institution de la physiologie organique1 ce serait s'engager ici dans une discussion spciale contraire la nature de cet ouvrage que d'y constater en dtail les nombreuses imperfections que doit ncessairement prsenter la simple analyse fondamentale des phnomnes essentiels1 prliminaire indispensable toute tentative d'explication relle4 ,au point de vue graduellement dtermin par l'ensemble des considrations prcdentes1 aucun bon esprit ne saurait envisager l'tat actuel de la science sans tre aussitt choqu des lacunes capitales qu'il prsente1 sous ce rapport1 presque chaque pas1 mme l'gard des plus simples phnomnes4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que nous ignorons encore1 malgr les nombreuses explorations particulires qui ont t dj entreprises1 en quoi consiste exactement le fait chimique gnral de la digestion proprement dite2 c'est--dire1 quels changemens essentiels y prouvent rellement1 dans les principaux organismes1 les divers matriaux alibiles3 les uns posent en principe l'unit fondamentale du chyle1 au moins pour chaque espce1 malgr la diversit quelconque des alimens2 tandis que d'autres1 se fondant en apparence sur des motifs galement plausibles1 tablissent la variation ncessaire du chyle d'aprs celle des substances assimilables3 sans que jusqu' prsent des recherches vraiment dcisives aient irrvocablement fix ce point important de doctrine physiologique prliminaire1 quelque simple que doive paratre une telle discussion4 ,la mme imperfection primitive se manifeste1 d'une manire encore plus sensible peut-tre1 l'gard de la digestion gazeuse1 ou respiration2 puisque1 par les contradictions radicales que prsentent entre elles de nombreuses analyses1 assez bien excutes d'ailleurs pour devoir sembler exactement comparables1 on ne sait plus nettement aujourd'hui quelles sont1 en ralit1 les diffrences gnrales entre l'air inspir et l'air expir1 mme chez les animaux les plus levs4 ,quant l'azote surtout1 toutes les opinions sont encore soutenues avec une gale apparence de validit2 pour certains physiologistes1 l'acte de la respiration en augmente finalement la quantit1 tandis que d'autres la regardent comme certainement diminue1 et que1 aux yeux de plusieurs enfin1 elle ne souffre ainsi aucune altration apprciable4 ,de telles divergences sur les plus simples phnomnes prliminaires de la vie vgtative1 font assez comprendre combien serait aujourd'hui prmature toute recherche directe relativement aux phnomnes essentiels de l'assimilation1 ou1 en sens inverse1 de la dsassimilation par les diverses scrtions4 ,il serait videmment superflu d'insister davantage ici sur un tat d'imperfection aussi prononc1 et dont les causes ncessaires ont d'ailleurs t ci-dessus suffisamment examines4 ,si1 de la considration gnrale des fonctions proprement dites relatives la vie organique1 nous passons maintenant l'examen des phnomnes plus composs que nous avons ci-dessus reconnu devoir en tre soigneusement distingus sous le nom de rsultats de l'action simultane de tous les organes principaux1 il est vident que cet ordre final d'tudes physiologiques1 bien plus difficile par sa nature1 et d'ailleurs fond sur le prcdent1 doit ncessairement tre aujourd'hui dans une situation encore moins satisfaisante4 ,il suffira de l'indiquer ici l'gard de chacun des divers aspects essentiels propres ce dernier degr de la doctrine physiologique fondamentale4 ,le rsultat le plus immdiat et le plus ncessaire de l'ensemble des fonctions organiques1 consiste dans l'tat continu de composition et de dcomposition simultanes qui caractrise finalement la vie vgtative4 ,or1 comment ce double mouvement pourrait-il tre rationnellement analys1 lorsque1 d'une part1 l'assimilation1 d'une autre part1 les scrtions1 qui le dterminent directement sous les deux rapports1 sont elles-mmes aussi imparfaitement tudies8 ,aussi les questions les plus simples et les plus naturelles sont-elles1 cet gard1 peine bauches jusqu'ici1 ni mme1 le plus souvent1 convenablement poses4 ,c'est ainsi1 par exemple1 qu'on n'a pas seulement imagin d'instituer1 dans la srie des degrs principaux de l'chelle organique1 une exacte comparaison chimique entre la composition totale de chaque organisme et le systme correspondant d'alimentation2 ni1 sous le point de vue inverse1 entre les produits exhals et l'ensemble des agens qui les avaient primitivement fournis ou successivement modifis1 en sorte que nous ne pouvons pas mme spcifier aujourd'hui1 avec une prcision vraiment scientifique1 en quoi consiste le phnomne gnral de la composition et de la dcomposition perptuelle de tout organisme par une suite ncessaire du concours des diverses fonctions essentielles4 ,la science ne possde encore1 ce sujet1 que des documens particuliers fort incohrens1 et le plus souvent trs incomplets1 qui n'ont jamais t ramens aucun fait gnral4 ,on peut regarder l'action spontane des corps vivans pour entretenir1 entre certaines limites1 leur temprature un degr dtermin1 malgr les variations thermomtriques du milieu ambiant1 comme un second rsultat fondamental de l'ensemble des fonctions vgtatives1 qui coexiste presque toujours avec le prcdent4 ,ce grand caractre1 qui n'avait d'abord frapp les observateurs que dans les cas les plus prononcs1 que prsente seulement la partie suprieure de la hirarchie biologique1 est1 en effet1 unanimement reconnu aujourd'hui pour appartenir indistinctement1 quoique d'une manire trs ingale1 tous les organismes quelconques1 sans en excepter l'organisme vgtal4 ,mais cette tude capitale est encore videmment trs peu avance1 et mme fort mal conue4 ,nous avons dj remarqu1 au commencement de ce chapitre1 la confusion profondment vicieuse qui existe le plus souvent1 cet gard1 entre l'analyse de la chaleur vitale1 et celle de l'influence thermologique extrieure1 qui constituent1 nanmoins1 avec tant d'vidence1 deux sujets parfaitement distincts4 ,je crois devoir1 en outre1 noter ici que1 dans le petit nombre de recherches directes entreprises jusqu' prsent sur la chaleur vitale1 le caractre fondamental du phnomne me parat avoir toujours t radicalement mconnu4 ,quoique l'on ait rectifi dsormais la conception trop troite qui faisait jadis d'un tel rsultat un attribut exclusif de l'animalit1 cette opinion primitive a conserv nanmoins une grande prpondrance indirecte1 en disposant encore les physiologistes rattacher surtout ce phnomne aux fonctions de la vie animale1 ce qui1 ds le principe1 devait imprimer la suite des recherches une direction ncessairement irrationnelle1 en accordant une vicieuse suprmatie des conditions qui1 malgr leur extrme importance1 ne sauraient tre que purement accessoires4 ,dans cet ordre de rsultats1 comme envers tout autre galement fondamental1 les fonctions animales proprement dites ne peuvent influer que sur l'intensit et l'activit de phnomnes1 qui1 par leur nature1 appartiennent essentiellement la vie organique4 ,considres en effet sous leur aspect le plus gnral1 la production et la conservation continues de la chaleur vitale1 rsultent primitivement de l'ensemble des actes physico-chimiques qui caractrisent la vie fondamentale et universelle2 de telle sorte que tout corps vivant reprsente1 cet gard1 un vritable foyer chimique plus ou moins durable1 susceptible de maintenir spontanment sa temprature entre certaines limites1 par une suite ncessaire des phnomnes de composition et de dcomposition qui s'y passent1 malgr les influences extrieures4 ,tel est le point de vue qui doit1 sans doute1 devenir prpondrant dans l'tude positive de la chaleur vitale2 et c'est seulement aprs que ce grand phnomne aura t ainsi convenablement analys sa vritable origine1 que l'on pourra tenter utilement de dterminer avec exactitude les diverses modifications dont il est susceptible par l'intervention des fonctions animales4 ,le renversement habituel de cet ordre ncessaire ne peut certainement conduire qu' des notions purement provisoires1 si ce n'est fautives1 en plaant l'accessoire avant le principal4 ,il faut reconnatre toutefois que1 dans les travaux les plus rcens sur ce sujet capital1 on commence considrer beaucoup plus soigneusement les fonctions organiques1 comme on le voit surtout par l'intressante srie d'observations de ,m4 ,collard 7de ,martigny71 qui reprsentent1 cet gard1 l'tat le moins imparfait de la science actuelle4 ,cette tude ne saurait nanmoins tre regarde encore comme convenablement institue1 puisque l'organisme vgtal1 dont l'examen devrait cependant y constituer un lment indispensable1 n'y a pas mme t jusqu'ici rgulirement introduit4 ,de semblables remarques philosophiques s'appliquent1 avec plus de force et d'vidence1 l'tude lectrique des corps vivans4 ,ici1 la confusion gnrale entre l'action organique et l'influence extrieure devient certainement beaucoup plus prononce1 ainsi que je l'ai dj signal1 indpendamment des aberrations quasi-mtaphysiques qui proviennent des chimriques conceptions de la physique actuelle sur les thers et les fluides lectriques4 ,l'erreur fondamentale sur l'origine physiologique du phnomne conserve aussi bien plus d'ascendant que dans le cas prcdent1 quoiqu'elle soit d'ailleurs analogue4 ,on y exagre tellement l'influence des fonctions animales1 que les esprits les plus avancs peuvent peine concevoir aujourd'hui que cet ordre de rsultats doive tre primitivement rapport la vie organique4 ,nanmoins1 dans l'tat prsent de l'lectrologie gnrale1 et surtout de l'lectro-chimie1 il est1 priori1 presque aussi vident pour l'lectricit que pour la chaleur1 que la suite des actes de composition et de dcomposition qui constituent la vie vgtative doit ncessairement produire et entretenir une lectrisation permanente et plus ou moins fixe dans l'organisme o ils s'accomplissent1 malgr les variations lectriques du systme ambiant4 ,les actes essentiellement animaux ne peuvent exercer1 sur cet ordre de rsultats organiques comme sur tout autre1 qu'une influence purement modificatrice1 consistant augmenter et acclrer plus ou moins le phnomne fondamental4 ,mais l'analyse lectrique de l'organisme est videmment encore bien plus loin aujourd'hui que l'analyse thermologique d'tre conue et poursuivie sous l'aspect rationnel que je viens de caractriser1 et dont la justesse sera probablement trs conteste#da4 ,note #da3 ,diverses tentatives partielles tendent cependant aujourd'hui nous rapprocher videmment d'une telle disposition d'esprit2 entre autres les recherches intressantes bauches par ,m4 ,donn sur l'tat lectrique comparatif des deux parties gnrales1 extrieure et intrieure1 de l'enveloppe animale1 qui parat prsenter1 sous ce rapport1 entre la peau et la membrane muqueuse1 une remarquable opposition4 ,en considrant enfin les phnomnes organiques gnraux qui rsultent1 d'une manire la fois plus indirecte et moins ncessaire1 de l'ensemble des fonctions vgtatives1 il nous reste apprcier l'esprit qui dirige habituellement la grande et difficile tude de la gnration et du dveloppement des corps vivans4 ,malgr les nombreux travaux entrepris sur ce sujet fondamental depuis les belles sries de recherches originales de ,harvey et de ,haller l'gard des animaux les plus levs1 cette tude peut1 encore moins que toutes les prcdentes1 cause de sa complication suprieure1 tre regarde aujourd'hui comme rationnellement institue dans la direction vraiment positive qui lui est propre4 ,l'influence trs prononce de la philosophie mtaphysique ne s'y fait pas seulement sentir sous la forme directe et grossire manifeste par les physiologistes arrirs qui en sont rests aux forces plastiques4 ,ceux mme que domine rellement une intention beaucoup plus positive1 subissent encore1 leur insu1 d'une manire indirecte et spcieuse1 ce tnbreux ascendant1 lorsque1 dans un ordre de phnomnes aussi profondment compliqu1 ils entreprennent aujourd'hui1 par des recherches ncessairement striles sur les gnrations spontanes1 cette vaine dtermination des causes essentielles1 laquelle les physiciens ont unanimement renonc dsormais envers les plus simples effets naturels4 ,aussi1 quoique les observations convenablement suivies manquent jusqu'ici l'gard de presque toutes les parties de ce grand problme1 on peut dire que l'immense obscurit qui enveloppe maintenant un tel sujet tient surtout ce qu'on y cherche ce qui1 en ralit1 n'est nullement susceptible d'tre trouv4 ,les physiologistes ont ici besoin de remonter aux notions les plus lmentaires de la philosophie positive1 devenues si heureusement vulgaires l'gard des phnomnes inorganiques et mme des plus simples phnomnes biologiques1 afin de renoncer franchement toute enqute insoluble des causes de la gnration et du dveloppement1 pour rduire la science effective en dterminer les lois1 dont l'tude1 peine bauche1 comporte un si utile succs4 ,or1 il faut convenir1 au contraire1 que les plus belles questions positives1 celles qui1 par leur nature1 prsentent mme le plus haut intrt pratique1 comme pouvant conduire l'amlioration systmatique des diverses races vivantes1 y compris la race humaine1 n'ont encore attir qu'indirectement l'attention des physiologistes1 et seulement raison des argumens plus ou moins spcieux qu'ils espraient en induire pour ou contre l'une des vaines hypothses quasi-mtaphysiques dont ils taient surtout proccups4 ,cependant1 les travaux des anatomistes sur l'appareil gnital1 et les comparaisons exactes tablies par les zoologistes pour dduire d'une telle considration des moyens gnraux de classification1 ont videmment prpar les voies une tude plus rationnelle4 ,il est mme digne de remarque aujourd'hui1 dans les diverses parties du monde savant1 que ceux qui d'abord n'avaient en vue que d'absurdes chimres sur les causes premires de la gnration1 ont t graduellement entrans1 par la prpondrance croissante et universelle de l'esprit positif1 faire involontairement dgnrer leurs efforts en de simples recherches d'ovologie et d'embryologie1 qui prennent chaque jour un caractre plus scientifique4 ,mais1 malgr tous ces symptmes irrcusables d'une prochaine amlioration radicale1 il demeure nanmoins certain que la principale condition prliminaire pour la formation d'une doctrine vraiment positive sur ce grand sujet1 c'est--dire simplement l'exacte analyse gnrale du phnomne fondamental1 n'a pas mme encore t convenablement remplie2 ce qui rendrait ncessairement prmature aujourd'hui toute tentative directe quant aux lois positives de la gnration et du dveloppement4 ,il doit tre toutefois bien entendu que nous ne considrons point ici les derniers degrs de la hirarchie organique1 o il n'existe pas1 vrai dire1 de gnration proprement dite1 la multiplication s'y oprant par un simple prolongement direct de la masse vivante1 qui peut s'effectuer en un point quelconque de cette masse1 ds-lors presque homogne2 car1 dans ce cas extrme1 le phnomne est essentiellement analogue toute autre sorte de reproduction du tissu cellulaire primordial4 ,nous ne pouvons avoir en vue que les organismes assez levs pour ne pouvoir se reproduire sans le concours pralable et dtermin de deux appareils plus ou moins spciaux1 appartenant d'ailleurs deux individus distincts ou un seul individu1 et chez lesquels l'appareil mle est toujours conu comme venant oprer1 par une premire nourriture vivifiante1 une sorte d'veil indispensable1 dans le germe que contient l'appareil femelle4 ,or1 l'analyse gnrale de ce phnomne lmentaire est1 sans doute1 aujourd'hui extrmement imparfaite1 puisqu'on ne sait pas mme en quoi consiste la diffrence exacte et caractristique entre les deux tats de l'ovule1 immdiatement avant et aprs l'acte de la fcondation4 ,notre ignorance est jusqu'ici tellement profonde cet gard1 que1 dans les cas les mieux caractriss1 nous ne pouvons nullement concevoir la ncessit des plus videntes conditions du phnomne1 dont l'exprience seule nous dvoile empiriquement l'indispensable concours4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que1 en considrant1 d'une part1 quelle minime quantit de fluide sminal peut suffire la fcondation1 et1 d'une autre part1 combien la disposition anatomique rend difficile son introduction jusqu'au germe1 on serait presque ncessairement entran prononcer1 priori1 que leur conflit ne constitue point une condition essentielle du phnomne1 si l'observation la plus vulgaire ne venait point aussitt rectifier1 d'une manire hautement irrcusable1 cette fausse indication de notre vaine science4 ,une tude o l'on doit aussi peu s'carter de la stricte observation immdiate1 o les plus simples prvisions sont aussi radicalement incertaines et mme errones1 est certainement encore dans un tat de vritable enfance1 malgr l'imposante apparence de la masse des travaux dj accumuls cet gard4 ,il en est essentiellement de mme pour la doctrine gnrale du dveloppement organique1 suite insparable de la thorie de la gnration4 ,on doit1 en outre1 reconnatre1 sans se laisser blouir par de rcens et incontestables progrs1 que cette tude est encore plus imparfaitement conue aujourd'hui que celle de la reproduction1 puisque la mthode comparative y a t applique d'une manire bien moins complte2 la question fondamentale n'y a jamais t pose sous une forme commune tous les organismes1 y compris ncessairement l'organisme vgtal4 ,une grave aberration philosophique me semble mme dominer aujourd'hui la plupart des recherches qui se poursuivent ce sujet4 ,quoique1 de l'aveu unanime des biologistes1 la vie vgtative soit la base indispensable de toute vie animale1 c'est sur les appareils et les fonctions relatives cette dernire que les essais embryologiques sont maintenant surtout dirigs1 au point de reprsenter le systme le plus minemment animal1 le systme nerveux1 comme apparaissant le premier dans le dveloppement des organismes suprieurs4 ,cette manire de voir1 qui parat aussi contraire qu'il soit possible de l'imaginer l'tablissement ultrieur de toute conception vraiment gnrale sur la thorie fondamentale du dveloppement1 se trouve d'ailleurs en opposition directe avec une des lois les plus constantes que prsente la philosophie biologique1 l'harmonie universelle et ncessaire entre les principales phases de l'volution individuelle et les degrs successifs les mieux caractriss de la grande hirarchie organique2 puisque1 sous ce dernier aspect1 le tissu nerveux ne se manifeste que comme la plus extrme et la plus spciale transformation du tissu primordial4 ,l'analyse prliminaire du dveloppement organique est donc encore bien loin d'avoir t conue dans un esprit suffisamment rationnel1 toujours domin par la haute intention philosophique de tendre concilier1 autant que possible1 les divers aspects essentiels de la science des corps vivans4 ,pour tre vraiment complte1 cette analyse doit videmment tre suivie de l'tude inverse1 et nanmoins corlative1 laquelle donne lieu le dcroissement fatal de l'organisme1 partir de sa pleine maturit1 dans sa marche graduelle vers la mort4 ,cette thorie gnrale de la mort est certainement trs peu avance1 puisque les recherches physiologiques les mieux institues ce sujet n'ont presque jamais port que sur les morts violentes ou accidentelles1 considres mme exclusivement dans les organismes les plus levs1 et affectant surtout les fonctions et les appareils de nature essentiellement animale1 comme l'indiquent les beaux travaux de ,bichat4 ,quant la dgradation ncessaire de l'existence organique fondamentale1 nous sommes aujourd'hui borns un premier aperu philosophique1 qui la reprsente comme une suite invitable de la vie elle-mme1 par la prdominance croissante du mouvement d'exhalation sur le mouvement d'absorption1 d'o rsulte graduellement une consolidation exagre de l'organisme primitivement presque fluide1 ce qui1 dfaut d'influences plus rapides1 tend produire un tat de dessiccation incompatible avec tout phnomne vital4 ,mais1 quelque prcieuse que soit une telle vue sommaire1 elle ne peut servir qu' bien caractriser la vraie nature de la question1 en indiquant la direction gnrale des recherches qu'elle exige4 ,les considrations importantes relatives la vie animale ne sauraient tre rationnellement introduites dans un tel sujet1 que lorsque cette doctrine prliminaire aura d'abord t convenablement tablie1 comme l'gard de tous les autres points de vue prcdemment examins4 ,telles sont les principales rflexions philosophiques que doit naturellement inspirer l'exacte apprciation de l'tat actuel de la physiologie organique ou vgtative1 envisag dans son ensemble4 ,cet examen1 quoique sans doute extrmement sommaire1 peut conduire constater1 d'une manire irrcusable1 que1 comme nous l'avions aisment prvu ds l'origine1 c'est l'ducation radicalement vicieuse de presque tous les physiologistes1 et l'irrationnelle institution de leurs travaux habituels1 qu'il faut surtout attribuer l'excessive imperfection d'une tude aussi fondamentale1 qui1 malgr sa haute difficult caractristique et sa positivit toute rcente1 est certainement bien plus arrire aujourd'hui que ne l'exigent la nature plus complique de ses phnomnes et son dveloppement moins ancien4 ,la circulation du sang1 premier fait gnral qui ait donn l'veil la physiologie positive1 et les lois de la chute des corps1 premire acquisition de la saine physique1 sont des dcouvertes presque absolument contemporaines2 et1 nanmoins1 quelle immense ingalit entre les progrs des deux sciences partir de cette commune volution6 ,une telle diffrence ne saurait uniquement tenir la complication suprieure des phnomnes physiologiques1 et a d beaucoup dpendre aussi de l'esprit scientifique qui a dirig leur tude gnrale1 au niveau de laquelle la plupart de ceux qui la cultivent n'ont pas su convenablement s'lever4 ,par leur nature videmment physico-chimique1 les phnomnes fondamentaux de la vie vgtative exigent directement1 soit dans leur analyse1 soit dans leur explication1 l'intime combinaison permanente des principales notions de la philosophie inorganique avec les considrations physiologiques immdiates prpares par une profonde habitude des lois prliminaires relatives la structure et la classification des corps vivans4 ,or1 chacune de ces conditions insparables n'est aujourd'hui suffisamment remplie que par un ordre particulier de savans positifs4 ,de l sont rsultes1 d'un ct1 la prtendue chimie organique1 tude radicalement btarde1 qui n'est qu'une grossire bauche de la physiologie vgtative1 machinalement entreprise par des esprits qui ne comprenaient1 en aucune manire1 le vrai sujet de leurs travaux2 d'un autre ct1 les doctrines vagues1 incohrentes1 et quasi-mtaphysiques1 dont cette physiologie a t essentiellement compose par des intelligences mal prpares et presque entirement dpourvues des notions prliminaires les plus indispensables4 ,la strile anarchie qui est la suite ncessaire d'une aussi vicieuse organisation du travail scientifique1 suffirait seule tmoigner irrcusablement de l'utilit relle et directe du point de vue gnral1 et nanmoins positif1 qui caractrise ce ,trait4 ,,quarante-,,quatri,,me ,,le,,on4 ,considrations philosophiques sur l'tude gnrale de la vie animale proprement dite4 ,quoique1 par une invincible ncessit gnrale1 la vie organique constitue videmment le fondement indispensable et continu de la vie animale1 il est nanmoins trs digne de remarque que l'tude de ce dernier genre de fonctions soit rellement la fois mieux conue et plus avance que celle qui1 suivant l'ordre rationnel1 devait certainement lui servir de prliminaire invitable4 ,non-seulement les notions lmentaires de proprits physiologiques sont ici1 comme nous l'a fait voir la leon prcdente1 beaucoup plus nettes et mieux circonscrites3 mais1 en outre1 la mthode comparative1 principal caractre logique de toute spculation vraiment scientifique sur les corps vivans1 y est applique d'une manire bien moins incomplte en mme temps que plus judicieuse2 ou1 pour mieux dire1 c'est seulement dans l'exploration de ces phnomnes qu'elle a t jusqu'ici rgulirement introduite4 ,aussi1 ce que la physiologie organique prsente aujourd'hui de moins imparfait se rduit essentiellement l'tude des phnomnes supplmentaires qui1 en ralit1 sont emprunts la vie animale1 comme le mcanisme de la circulation proprement dite1 celui de la respiration1 etc41 en sorte que les conditions accessoires y ont t beaucoup mieux examines que les principales4 ,cette sorte d'anomalie philosophique est cependant trs facile expliquer en considrant que les cas les plus tranchs devaient ncessairement comporter plus aisment une exploration vraiment positive4 ,l'tude des phnomnes purement animaux devait tendre1 par sa nature1 constituer1 avec une spontanit plus prononce1 une science nettement distincte1 en s'affranchissant plutt des aberrations physico-chimiques1 qui ont tant entrav le progrs rel de la saine physiologie1 et qui toutefois ne pouvaient jamais entirement voiler des diffrences fondamentales aussi saillantes que celles de l'animalit la simple existence inorganique4 ,en mme temps que la comparaison biologique devenait ici plus facile par la similitude beaucoup plus vidente des divers organismes1 elle tait aussi plus habituellement applicable par la multiplicit beaucoup moindre des cas essentiellement comparables4 ,nous avons prcdemment reconnu que1 dans l'tude de la vie organique1 la mthode comparative devait ncessairement1 sous peine de strilit radicale1 tre tendue jusqu' son extrme limite1 caractrise par l'organisme vgtal1 le seul o les fonctions fondamentales fussent nettement dgages de toute influence accessoire4 ,or1 on conoit aisment que l'esprit humain n'ait pu s'lever que trs lentement et avec beaucoup d'efforts cet tat permanent d'abstraction et de gnralit physiologiques1 o1 en parlant de l'homme1 seul et invitable type primordial de la hirarchie biologique1 il embrasse graduellement1 sous un commun aspect1 l'ensemble des divers modes de vitalit1 y compris mme l'conomie vgtale1 sans tomber nanmoins1 par une synthse exagre1 dans ces vagues et abusives considrations qui1 rapprochant indistinctement tous les tres naturels1 dtruisent directement toute base relle de comparaisons positives4 ,un point de vue aussi difficile et aussi nouveau n'a pu tre convenablement tabli que de nos jours1 et uniquement jusqu'ici1 chez les esprits mme les plus avancs1 l'gard des plus simples aspects gnraux de la biologie1 c'est--dire dans la seule tude statique de l'organisme1 ainsi que je l'ai expliqu4 ,on ne saurait donc tre tonn que la comparaison physiologique se soit d'abord dveloppe surtout l'gard des fonctions animales proprement dites1 qui devaient naturellement en faire sentir1 d'une manire beaucoup plus spontane1 la fois l'importance et la possibilit1 quoique l'tude rationnelle de la vie organique exige rellement et en mme temps permette une plus large et plus indispensable application de la mthode comparative4 ,ce mode effectif de formation doit sembler d'autant plus invitable pour la physiologie1 qu'il a t essentiellement le mme pour l'anatomie et pour la taxonomie1 malgr leur moindre complication4 ,toutefois1 en considrant1 avec plus de prcision1 cette vidente supriorit actuelle1 qui n'est paradoxale qu'en apparence1 de la physiologie animale sur la physiologie organique1 il importe maintenant de bien distinguer1 cet gard1 entre les deux aspects lmentaires de toute tude positive1 la simple analyse prliminaire des phnomnes1 et leur vritable explication dfinitive4 ,c'est uniquement1 en effet1 sous le premier point de vue que la vie animale a t rellement mieux explore jusqu'ici que la vie vgtative1 par suite de la facilit beaucoup plus grande que devait naturellement offrir l'examen direct de phnomnes dont l'observateur portait spontanment en lui-mme le type le plus parfait4 ,mais1 au contraire1 il n'en a pas t et ne pouvait en tre nullement ainsi sous le second aspect fondamental4 ,il deviendrait effectivement impossible de comprendre comment l'explication des phnomnes les plus spciaux et les plus compliqus pourrait aujourd'hui tre mieux conue et plus avance que celle des phnomnes plus simples et plus gnraux qui leur servent de base indispensable3 un tel tat de la science serait en opposition directe avec les lois les moins contestables de l'esprit humain4 ,telle n'est point aussi sa vraie situation prsente1 comme il n'est que trop ais de le constater4 ,quelque imparfaite que soit videmment jusqu'ici1 d'aprs la leon prcdente1 la thorie gnrale des phnomnes organiques fondamentaux1 on doit nanmoins reconnatre qu'elle est aujourd'hui conue dans un esprit beaucoup plus scientifique 7ou1 si l'on veut1 moins arrir7 que celui qui prside habituellement aux principales explications de la physiologie animale4 ,car1 les phnomnes vgtatifs1 considrs d'une manire rigoureusement isole et strictement universelle1 ne constituent1 en ralit1 par leur nature1 qu'un ordre spcial et dtermin d'actes continus de composition et de dcomposition3 ils sont dont radicalement assimilables1 sous leurs aspects les plus essentiels1 aux simples phnomnes inorganiques4 ,bien loin qu'il soit irrationnel de les en rapprocher1 comme on s'efforce de le faire aujourd'hui1 c'est au contraire une telle subordination qui caractrise surtout leur explication relle1 conformment l'esprit fondamental de toute philosophie positive1 qui prescrit de lier1 autant que possible1 les phnomnes les plus particuliers aux plus gnraux1 ainsi que j'ai eu tant d'occasions de l'tablir dans cet ouvrage4 ,sous ce rapport1 l'cole physico-chimique de ,boerrhaave n'a rellement pch que par exagration1 faute de donnes suffisantes et de rflexions assez approfondies4 ,c'est par l que doit s'introduire spontanment1 ainsi que je l'ai expliqu dans les leons prcdentes et surtout dans la dernire1 le lien fondamental entre la philosophie inorganique et la philosophie biologique1 qui peut faire dsormais concevoir l'ensemble de la philosophie naturelle comme formant1 en ralit1 un systme homogne et continu1 abstraction faite des vains rapprochemens mtaphysiques enfants chaque jour par des imaginations anti-scientifiques4 ,mais1 par une suite ncessaire des mmes principes philosophiques1 un tout autre esprit doit essentiellement dominer les thories vraiment rationnelles relatives la vie animale proprement dite1 c'est--dire aux phnomnes lmentaires d'irritabilit et de sensibilit4 ,ici1 en effet1 il n'y a plus aucune base possible d'analogie pour permettre d'instituer quelques comparaisons relles avec les phnomnes inorganiques1 qui ne peuvent jamais nous prsenter rien de semblable4 ,on ne saurait mconnatre un tel axiome l'gard de la sensibilit4 ,tout au plus pourrait-on1 quant l'irritabilit1 en ne considrant que le simple fait de la contraction envisage en elle-mme1 esprer de dcouvrir quelques phnomnes vraiment analogues dans le monde inorganique1 en examinant sous cet aspect avec plus d'attention certains mouvemens suscits par la chaleur et surtout par l'lectricit4 ,mais1 quelque intrt rel que puissent jamais offrir de semblables rapprochemens1 ils deviendraient certainement illusoires1 et par cela mme1 directement nuisibles la science1 si l'on prtendait en induire aucune explication quelconque de l'irritabilit4 ,car1 ce n'est point l'effet contractile1 isolment considr1 qui caractrise1 en ralit1 la fibre irritable2 c'est essentiellement la production d'un tel effet la suite d'une indispensable innervation1 surtout quand cette stimulation devient volontaire4 ,en n'cartant ainsi1 de la notion fondamentale du phnomne1 aucun de ses lmens ncessaires1 on reconnat aisment que l'irritabilit est aussi radicalement trangre au monde inorganique que la sensibilit elle-mme1 dont elle est d'ailleurs rigoureusement insparable4 ,cette double proprit vitale doit donc tre conue comme strictement primordiale chez les tres1 ou plutt dans les tissus1 qui en sont susceptibles1 et1 par suite1 comme absolument inexplicable1 au mme degr1 et par les mmes motifs philosophiques1 que la pesanteur1 la chaleur1 etc41 ou toute autre proprit physique fondamentale1 c'est--dire1 en vertu d'une impossibilit aussi prononce de la rattacher rationnellement aucune autre catgorie quelconque de phnomnes lmentaires4 ,elle ne prsente1 sous ce rapport1 de diffrence logique vraiment essentielle que sa spcialit ncessaire1 compare la gnralit plus ou moins vidente de ces proprits physiques1 ce qui ne saurait influer sur la possibilit d'explication1 puisqu'une telle spcialit se trouve toujours en harmonie exacte avec celle non moins tranche de la structure correspondante4 ,c'est ce titre fondamental que l'on doit justement regarder l'cole physico-chimique comme ayant directement tendu engager la science physiologique dans une voie d'aberration radicale1 qui a profondment entrav ses vritables progrs1 quoiqu'elle ait t et soit peut-tre encore provisoirement utile par son antagonisme naturel avec la direction mtaphysique1 dont la prpondrance et t1 sans un tel obstacle1 encore plus nuisible4 ,il est dplorable1 en effet1 que1 faute d'une direction philosophique assez fortement arrte1 tant de hautes intelligences modernes se soient long-temps consumes en efforts ncessairement illusoires1 pour imaginer d'incomprhensibles explications de l'irritabilit et de la sensibilit1 o des fluides fantastiques analogues ceux de nos physiciens ont rempli naturellement un office indispensable4 ,aucun cas de ce genre ne m'a jamais sembl plus regrettable1 que celui de l'illustre ,lamarck1 employant1 avec l'admirable navet qui le caractrisait toujours1 son beau gnie zoologique forger de vaines hypothses physiques pour expliquer la sensibilit1 sans jamais s'apercevoir que1 quelque degr de complication qu'il levt graduellement ses suppositions gratuites1 il parvenait tout au plus reprsenter vaguement la transmission mcanique des impressions produites sur les extrmits nerveuses1 mais nullement rendre raison de l'acte de la perception1 qui demeurait ainsi constamment intact1 quoiqu'il constitue videmment l'lment le plus essentiel de tout phnomne de sensibilit4 ,et cependant1 presque tous les physiologistes qui n'appartiennent point l'cole mtaphysique se livrent aujourd'hui1 d'une manire plus ou moins prononce1 ces vaines et striles spculations6 ,sans mconnatre l'vidente inefficacit des tentatives antrieures1 on espre toujours que des efforts plus heureux1 fonds sur quelque dcouverte imprvue1 finiront par dvoiler un jour le mystre de la sensibilit et de l'irritabilit1 quoique les physiciens1 dans un ordre d'tudes infiniment plus simple1 aient depuis long-temps renonc pntrer jamais le mystre de la pesanteur6 ,rien ne caractrise peut-tre avec plus d'nergie l'tat actuel d'enfance de la physiologie1 que l'obligation incontestable o nous sommes placs de regarder aujourd'hui des esprits1 domins par une disposition aussi profondment irrationnelle1 comme constituant nanmoins1 par comparaison1 les prcurseurs les plus immdiats de la vritable cole positive1 en ce que leurs aberrations tendent du moins exciter le dveloppement des explorations directes1 quoiqu'ils les fassent souvent dvier2 tandis que les doctrines mtaphysiques1 qui1 par le jeu commode et universel de leurs entits1 fournissent aussitt1 tous les phnomnes possibles1 des explications encore bien plus creuses et plus striles1 tendent ainsi dsormais comprimer invitablement tout lan progressif du gnie observateur1 qui jadis fut1 au contraire1 puissamment second par elles1 lorsqu'il s'efforait de se dgager des entraves de la philosophie thologique4 ,malgr l'minent service gnral que l'cole physico-chimique rend encore ainsi indirectement au progrs de la science physiologique1 en opposant un obstacle insurmontable la prpondrance rtrograde de l'cole mtaphysique1 on doit reconnatre1 d'un autre ct1 que ses vaines tentatives anti-scientifiques sur l'explication fondamentale des phnomnes lmentaires de la vie animale1 conservent seules aujourd'hui quelque importance cette dernire cole1 en lui constituant aussi un office essentiel1 qui consiste maintenir l'intgrit du caractre original de la physiologie comme science distincte1 en empchant son absorption destructive par la philosophie inorganique3 en sorte que la principale utilit des deux coles se rduit aujourd'hui se contenir1 ou plutt s'annuller1 rciproquement1 ainsi que je l'ai dj signal dans le chapitre prcdent4 ,quoi qu'il en soit1 il demeure certain1 d'aprs les considrations ci-dessus indiques1 que la lutte entre ces deux tendances n'est plus aujourd'hui radicalement engage que sur l'tude de la vie animale2 l'cole physico-chimique pouvant dsormais tre regarde comme tant en pleine et irrvocable possession du domaine de la physiologie purement organique1 qui1 par la nature de ses phnomnes1 devait1 en effet1 lui appartenir ncessairement tt ou tard1 quand elle aurait rempli les conditions prliminaires indispensables4 ,mais1 en ce qui concerne la vie animale1 les prtentions de cette cole sont certainement inadmissibles1 par son troite et irrationnelle obstination y transporter indment l'esprit gnral qui convient exclusivement la physiologie vgtative4 ,toutefois1 une telle cole tant de nature minemment perfectible1 et l'absence mme de conceptions bien arrtes devant faciliter encore davantage son indispensable transformation1 il y a tout lieu d'esprer aujourd'hui que1 du sein de sa gnration actuelle1 sortira prochainement une cole vraiment positive1 qui1 proclamant une judicieuse sparation irrvocable entre la philosophie biologique et la philosophie inorganique1 sans mconnatre leur vritable subordination fondamentale1 et concevant l'tude de la premire avec le systme des divers moyens rationnels convenables son caractre essentiel1 ralliera sans doute spontanment tous les bons esprits qui1 le plus souvent leur insu1 ne tiennent rellement encore la physiologie mtaphysique qu'afin d'empcher l'absorption totale du domaine de la biologie par les physiciens et les chimistes proprement dits4 ,quant prsent1 quelque fond que doive sembler un pareil espoir1 il reste nanmoins incontestable que1 chez les biologistes les plus avancs1 les thories de physiologie organique commencent dj tre essentiellement conues d'aprs le vritable esprit gnral qui doit finalement les caractriser1 tandis qu'il n'en est nullement ainsi pour la physiologie animale1 toujours ballotte entre deux tendances contradictoires1 radicalement nuisibles l'une et l'autre1 quoique trs ingalement1 ses progrs rels1 sans avoir pu parvenir jusqu'ici la vraie situation normale qui lui est propre4 ,c'est pourquoi1 malgr l'irrcusable supriorit qui1 d'aprs les motifs ci-dessus expliqus1 distingue maintenant la physiologie animale relativement l'analyse prliminaire de ses principaux phnomnes1 elle doit tre envisage comme rellement moins rapproche aujourd'hui que la physiologie organique de sa vritable constitution scientifique4 ,un tel jugement paratrait encore moins douteux1 si1 suivant la stricte rigueur logique1 on ne sparait point de la vie animale l'ensemble des phnomnes intellectuels et moraux1 qui en sont effectivement le complment ncessaire1 et dont l'tude gnrale est bien plus imparfaitement conue1 ainsi que nous le reconnatrons directement dans la leon prochaine4 ,ces aperus prliminaires tendent caractriser le vritable esprit philosophique qui doit prsider la formation ultrieure de la thorie positive de l'animalit1 essentiellement fonde sur la co-relation des deux notions lmentaires de l'irritabilit et de la sensibilit1 profondment distingues de toute proprit physique4 cartant jamais toute vaine recherche sur les causes de ce double principe animal1 cette thorie consistera uniquement comparer entre eux tous les divers phnomnes gnraux qui s'y rattachent1 d'aprs leur exacte analyse pralable1 afin de dcouvrir leurs lois effectives2 c'est--dire1 comme l'gard des autres phnomnes naturels1 leurs vraies relations constantes soit de succession1 soit de similitude4 ,a l'imitation de toute autre thorie positive1 elle sera directement destine faire prvoir rationnellement le mode d'action d'un organisme animal donn1 plac dans des circonstances dtermines1 ou rciproquement quelle disposition animale peut tre induite de tel acte accompli d'animalit1 suivant la formule scientifique fondamentale que j'ai tablie en commenant ce trait sommaire de philosophie biologique 7voyez la quarantime leon74 ,les fausses tentatives actuelles pour expliquer l'irritabilit et la sensibilit tendent certainement nous loigner d'un tel but final1 bien loin de pouvoir nous en rapprocher1 en faisant invitablement ngliger la recherche directe des lois relles de l'animalit1 quoique la prvision des phnomnes soit aujourd'hui unanimement regarde1 en principe1 comme constituant la fois le principal caractre de toute doctrine vraiment scientifique1 et la mesure la moins quivoque de son degr gnral de perfection4 ,afin de prvenir1 autant que possible1 toute vicieuse interprtation1 il convient de remarquer ici qu'une semblable constitution de la physiologie animale1 tout en la sparant dsormais profondment de la philosophie inorganique1 lui conserve ncessairement avec elle de larges relations fondamentales1 qui suffisent maintenir la rigoureuse continuit du systme toujours unique de la philosophie positive4 ,comme je l'ai dj indiqu ci-dessus1 c'est surtout par la physiologie vgtative que s'tablit ce contact gnral4 ,il ne faut jamais perdre de vue1 en effet1 la double liaison intime de la vie animale avec la vie organique1 qui lui fournit constamment une base prliminaire indispensable1 et qui1 en mme temps1 lui constitue un but gnral non moins ncessaire4 ,on n'a plus besoin aujourd'hui d'insister sur le premier point1 qui a t mis en pleine vidence par de saines analyses physiologiques3 il est bien reconnu maintenant que1 pour se mouvoir et pour sentir1 l'animal doit d'abord vivre1 dans la plus simple acception du terme1 c'est--dire vgter2 et qu'aucune suspension complte de cette vie vgtative ne saurait1 en aucun cas1 tre conue sans entraner1 de toute ncessit1 la cessation simultane de la vie animale4 ,quant au second aspect1 jusqu'ici beaucoup moins clairci1 chacun peut aisment reconnatre1 soit pour les phnomnes d'irritabilit ou pour ceux de sensibilit1 qu'ils sont essentiellement dirigs1 un degr quelconque de l'chelle animale1 par les besoins gnraux de la vie organique1 dont ils perfectionnent le mode fondamental1 soit en lui procurant de meilleurs matriaux1 soit en prvenant ou cartant les influences dfavorables3 les fonctions intellectuelles et morales n'ont point elles-mmes ordinairement d'autre office primitif4 ,sans une telle destination gnrale1 l'irritabilit dgnrerait ncessairement en une agitation dsordonne1 et la sensibilit en une vague contemplation2 ds-lors1 ou l'une et l'autre dtruiraient bientt l'organisme par une exercice immodr1 ou elles s'atrophieraient spontanment1 faute de stimulation convenable4 ,c'est seulement dans l'espce humaine1 et parvenue mme un haut degr de civilisation1 ainsi que je l'ai dj indiqu ailleurs1 qu'il est possible de concevoir une sorte d'inversion de cet ordre fondamental1 en se reprsentant1 au contraire1 la vie vgtative comme essentiellement subordonne la vie animale1 dont elle est seulement destine permettre le dveloppement1 ce qui constitue1 ce me semble1 la plus noble notion scientifique qu'on puisse se former de l'humanit proprement dite1 distincte de l'animalit3 encore une telle transformation ne devient-elle possible1 sous peine de tomber dans un mysticisme trs dangereux1 qu'autant que1 par une heureuse abstraction fondamentale1 on transporte l'espce entire1 ou du moins la socit1 le but primitif qui1 pour les animaux1 est born l'individu1 ou s'tend tout au plus momentanment la famille1 ainsi que je l'expliquerai directement dans le volume suivant#db4 ,une exception aussi spciale et purement artificielle1 d'ailleurs si facile expliquer1 ne saurait aucunement altrer l'universalit d'une considration que vrifie1 d'une manire si prononce1 l'ensemble du rgne animal1 o la vie animale se montre toujours destine perfectionner la vie organique4 ,c'est donc uniquement par une abstraction scientifique1 dont la ncessit est1 du reste1 aujourd'hui hors de toute contestation1 que nous pouvons provisoirement concevoir la premire isole de la seconde1 qui en est1 en ralit1 strictement insparable1 sous le double aspect fondamental que je viens de signaler4 ,ainsi la thorie positive de l'animalit devant continuellement reposer sur celle de la vitalit gnrale1 elle se trouve par l combine1 d'une manire intime et indissoluble1 avec l'ensemble de la philosophie inorganique1 qui fournit directement la physiologie vgtative1 comme nous l'avons reconnu1 ses bases rationnelles indispensables4 ,note #db3 ,un philosophe de l'cole mtaphysico-thologique1 qui fut d'ailleurs un penseur nergique1 a1 de nos jours1 prtendu caractriser l'homme par cette formule retentissante3 une intelligence servie par des organes4 ,si cette phrase a un sens positif1 il rentre sans doute dans celui que je viens d'expliquer4 ,mais la dfinition inverse serait videmment beaucoup plus vraie1 surtout pour l'homme primitif1 non perfectionn par un tat social trs dvelopp1 comme cet auteur le supposait principalement4 ,a quelque degr que puisse parvenir la civilisation1 ce ne sera jamais que chez un petit nombre d'hommes d'lite que l'intelligence pourra acqurir1 dans l'ensemble de l'organisme1 une prpondrance assez prononce pour devenir rellement le but essentiel de toute existence humaine1 au lieu d'tre seulement employe1 titre de simple instrument1 comme moyen fondamental de procurer une plus parfaite satisfaction des principaux besoins organiques2 ce qui1 abstraction faite de toute vaine dclamation1 caractrise certainement le cas le plus ordinaire4 ,mais1 en outre1 indpendamment de cette relation universelle et ncessaire1 il en existe videmment de plus directes quoique secondaires1 dans le dveloppement mme des phnomnes purement animaux1 surtout en ce qui concerne l'irritabilit1 dont les actes dfinitifs sont certainement subordonns aux lois les plus gnrales de la physique inorganique4 ,nous avons1 en effet1 bien reconnu1 en traitant de la philosophie mathmatique1 que les lois fondamentales de l'quilibre et du mouvement1 par cela mme qu'elles ont t tablies en faisant toujours abstraction complte de l'origine effective des mouvements et des efforts1 doivent ncessairement se vrifier l'gard de tous les ordres quelconques de phnomnes1 sans aucune exception qui puisse tre propre aux phnomnes physiologiques4 ,ainsi1 aussitt que1 par l'irritabilit primordiale de la fibre musculaire1 la contraction relle a t produite1 tous les nombreux phnomnes de mcanique animale qui peuvent en rsulter1 soit pour la station1 soit pour la locomotion1 sont invitablement sous la dpendance des lois gnrales de la mcanique1 pourvu que1 dans la judicieuse application de ces lois1 on y ait toujours1 bien entendu1 convenablement gard1 de mme qu'en tout autre cas1 aux conditions caractristiques de l'appareil1 que les physiologistes peuvent seuls suffisamment connatre4 ,tel est le mode spcial d'introduction directe et ncessaire de la philosophie inorganique dans l'tude prcise du premier ordre des fonctions animales proprement dites4 ,il en est de mme1 quoique en sens inverse1 envers les fonctions relatives la sensibilit1 o cette philosophie doit invitablement intervenir en ce qui concerne la premire des trois parties essentielles du phnomne fondamental1 c'est--dire1 l'impression primitive sur les extrmits sentantes1 soigneusement distingue de sa transmission par le filet nerveux1 et de sa perception par l'organe crbral4 ,cette impression s'opre toujours1 en effet1 par l'intermdiaire indispensable d'un vritable appareil physique correspondant1 soit lumineux1 soit acoustique1 etc41 sans lequel l'existence du monde extrieur ne pourrait tre que vaguement sentie par l'organisme1 et dont l'tude propre1 suivant les lois physiques convenables1 doit ncessairement constituer un lment capital de l'analyse positive du phnomne4 ,non-seulement les notions acquises dans les principales branches actuelles de la physique doivent ainsi tre rationnellement appliques la physiologie animale3 chacun peut aussi constater aisment aujourd'hui qu'une telle application exigerait souvent1 dans ces diverses doctrines1 des progrs qui ne sont pas encore accomplis1 et mme1 certains gards1 la cration de quelques doctrines nouvelles1 comme la thorie des saveurs1 et surtout celle des odeurs1 o il y a1 sans doute1 plusieurs lois gnrales et purement inorganiques tablir sur leur mode fondamental de propagation1 dont l'tude est entirement nglige par nos physiciens1 quoiqu'elle ait t jadis le sujet de diverses tentatives grossires4 ,tels sont1 en aperu1 les diffrens points de vue gnraux d'aprs lesquels il doit ici rester incontestable que la philosophie positive1 tout en consacrant irrvocablement l'individualit ncessaire de la science biologique1 la subordonne nanmoins1 par d'indissolubles relations1 l'ensemble des tudes inorganiques4 ,on peut ainsi vrifier clairement1 cet gard1 que1 comme je l'ai dj indiqu dans la quarantime leon1 c'est surtout la chimie qui s'applique spontanment la physiologie vgtative1 et principalement la physique la physiologie animale1 quoique les deux ordres de fonctions exigent1 sans doute1 l'emploi combin des deux sections fondamentales de la philosophie inorganique4 ,il serait dsormais inutile d'insister davantage ici sur ces relations scientifiques1 dont le principe et le caractre sont maintenant assez nettement tablis4 ,abstraction faite dornavant de toute vaine tentative d'explication de la double proprit fondamentale qui distingue la vie animale1 il reste nanmoins certain que les notions lmentaires que l'on se forme habituellement aujourd'hui de l'irritabilit et de la sensibilit n'ont point encore acquis le vritable caractre scientifique qui doit finalement convenir leur nature1 surtout en ce que chacun de ces deux attributs de l'animalit n'est pas rattach1 d'une manire assez nergiquement arrte1 la considration exclusive d'un tissu correspondant4 ,cette indispensable condition1 dont je dois signaler ici l'extrme importance philosophique1 n'a t jusqu' prsent rigoureusement remplie1 ma connaissance1 que dans le systme physiologique de ,m4 de ,blainville4 ,la doctrine de ,bichat1 encore prpondrante aujourd'hui1 est1 cet gard1 radicalement vicieuse1 puisqu'elle reprsente l'irritabilit1 et la sensibilit elle-mme1 comme plus ou moins inhrentes tous les tissus quelconques1 sans aucune distinction d'organiques et animaux4 ,quelques clectiques ont cru1 il est vrai1 pouvoir conserver essentiellement cette doctrine1 en se bornant la purger de sa notion la plus videmment errone1 celle qui se rapporte la prtendue sensibilit organique1 c'est--dire1 la sensibilit sans conscience1 dont la seule dfinition est directement contradictoire4 ,mais1 en procdant ainsi1 on n'a pas suffisamment compris que la thorie mtaphysique de ,bichat sur les forces vitales constitue1 par sa nature1 un tout indivisible1 qui ne saurait tre admis ou rejet par fragmens1 et dont un des lmens les plus indispensables consiste prcisment dans cette mme sensibilit organique1 quelque absurde qu'en soit la notion4 ,car1 suivant la pense de ,bichat1 la sensibilit organique est le germe ncessaire de la vraie sensibilit animale1 qui n'en diffrerait que par un plus haut degr d'exaltation4 ,il en est peu prs ainsi de mme1 sous le point de vue qui nous occupe1 de la contractilit organique1 surtout de celle que ,bichat distingue par la qualification de sensible1 compare la contractilit animale proprement dite4 ,on ne saurait nier que ,bichat conoit tous les tissus comme tant ncessairement sensibles et irritables1 avec de simples diffrences de degr3 une telle thorie ne peut d'ailleurs comporter aucun amendement4 ,d'aprs les principes tablis ci-dessus1 il est ais1 ce me semble1 de reconnatre que toute conception de ce genre s'oppose1 de la manire la plus directe1 la constitution vraiment rationnelle de la science physiologique sur les bases positives qui lui sont propres2 en sorte qu'un tel examen concerne l'un des points les plus fondamentaux de la philosophie biologique4 ,si1 en effet1 les deux proprits caractristiques de l'animalit pouvaient appartenir indistinctement tous les tissus1 et que1 par consquent1 il n'existt point1 proprement parler1 de tissus vraiment animaux1 toute diffrence scientifique fondamentale entre la physiologie animale et la simple physiologie organique disparatrait ncessairement par cela seul4 ,ds-lors1 attendu qu'il est impossible de mconnatre aujourd'hui que les phnomnes de la vie vgtative sont1 par leur nature1 sous la dpendance directe et gnrale des lois universelles du monde inorganique1 on ne saurait comprendre pourquoi il cesserait d'en tre ainsi l'gard de la vie animale1 qui1 dans une semblable hypothse1 n'offrirait plus1 en ralit1 qu'un dveloppement suprieur des mmes proprits lmentaires4 ,les plus vicieuses prtentions de l'cole physico-chimique1 se trouveraient ainsi justifies aussitt1 du moins en principe1 sans qu'on pt contester logiquement avec elle autrement que sur l'application actuelle2 puisque tous les effets physiologiques se rduiraient alors1 par cette identit fondamentale des deux vies1 un ordre spcial d'actes chimiques et physiques1 comme ils le sont certainement dans la simple vie organique4 ,il faut s'tre bien familiaris1 par l'tude historique de l'esprit humain1 avec le triste spectacle des inconsquences capitales auxquelles est assujettie notre faible intelligence1 mme chez les plus minens gnies1 pour ne point s'tonner que ,bichat1 qui avait si profondment senti l'indispensable ncessit de maintenir la physiologie un caractre scientifique pleinement original1 ait nanmoins tabli1 avec une prdilection marque1 une thorie qui tendrait ncessairement autoriser l'usurpation totale du domaine de la physiologie par le systme des sciences inorganiques4 ,les biologistes n'auraient plus alors d'autre moyen de conserver leur indpendance intellectuelle1 que de nier directement la nature physico-chimique des phnomnes mmes de la vie vgtative3 or1 une telle manire de voir1 excusable sans doute au temps de ,bichat1 ne saurait tre soutenue aujourd'hui par aucun esprit vraiment au niveau du progrs gnral de la science physiologique dans le sicle actuel4 ,d'ailleurs1 il est vident que si1 par cette issue1 on pouvait chapper aux envahissemens de l'cole physico-chimique1 ce ne serait que pour retomber1 par une ncessit directe1 sous la domination exclusive de l'cole mtaphysique1 puisque l'on aurait ainsi rtabli1 dans la physiologie vgtative au moins1 le pur rgime des entits4 ,une telle thorie tend donc perptuer la dplorable situation oscillatoire de la science physiologique entre ces deux impulsions contrairement vicieuses1 et ne saurait1 par consquent1 convenir au vritable tat normal3 ce qui doit faire nettement ressortir la haute importance de cette discussion4 ,ces considrations sommaires suffisent pour indiquer ici combien il est indispensable la biologie rationnelle de concevoir toujours l'irritabilit et la sensibilit comme ncessairement inhrentes deux tissus dtermins1 modifications profondes et nettement tranches du tissu cellulaire primordial1 afin que la spcialit des notions anatomiques se trouve exactement en harmonie avec celle que l'on veut1 si juste titre1 maintenir aux ides physiologiques2 ou1 en un mot1 que les penses lmentaires de tissu et de proprit ne cessent jamais de se correspondre parfaitement4 ,le caractre scientifique de la physiologie actuelle1 qui en est peu prs reste1 cet gard1 la doctrine de ,bichat1 est donc encore1 sous ce nouvel aspect fondamental1 essentiellement dfectueux1 chez la plupart des biologistes4 ,on doit1 toutefois1 reconnatre que1 pour ,bichat1 cette erreur capitale tait presque invitable1 vu l'extrme imperfection1 cette poque1 de l'analyse anatomique des tissus1 dont ,bichat lui-mme1 il ne faut jamais l'oublier1 fut l'immortel crateur4 ,des observations mal faites ou mal discutes pouvaient permettre alors de croire l'existence effective de la sensibilit dans des parties rellement dpourvues de nerfs2 ce qui devait1 aux yeux de ,bichat1 constituer autant de preuves de sa thorie1 comme il l'a si frquemment remarqu1 surtout quant la sensibilit qui1 suivant lui1 se dvelopperait avec beaucoup d'nergie dans les ligamens la suite de leur torsion1 bien qu'elle dt rester inaperue par tout autre mode de stimulation4 ,mais une meilleure exploration a depuis clairement dmontr1 envers presque tous les cas de ce genre1 ou que les symptmes de sensibilit avaient t abusivement attribus tel organe priv de nerfs au lieu d'tre rapports la lsion simultane de quelques nerfs voisins1 ou que le tissu nerveux existait effectivement1 quoique difficile apercevoir4 ,si1 en quelques rares occasions1 une semblable rectification n'a pu encore tre catgoriquement opre1 cause de la difficult suprieure des circonstances ou de l'insuffisance des observateurs1 il serait certainement absurde1 d'aprs les plus simples principes de la philosophie positive1 de vouloir1 par ce seul motif1 repousser ou mme ajourner l'usage d'une conception aussi videmment indispensable la physiologie rationnelle1 et dj fonde sur tant de cas irrcusables1 bien plus nombreux et surtout plus dcisifs que ceux qui continuent paratre exceptionnels4 ,cette considration doit s'appliquer la comparaison des divers organismes1 comme celle des diffrens tissus de l'organisme humain4 ,les prtendus animaux sans nerfs1 sur lesquels l'cole mtaphysique a tant insist1 disparaissent graduellement mesure que les progrs1 intellectuels et matriels1 de l'anatomie compare disposent les observateurs mieux gnraliser la notion du systme nerveux et le reconnatre avec plus d'exactitude dans les organismes infrieurs3 c'est ainsi1 par exemple1 qu'on l'a rcemment dcouvert chez plusieurs animaux rayonns4 ,il est donc temps d'riger en axiome philosophique l'indispensable ncessit des nerfs pour un degr quelconque de sensibilit1 sauf traiter les exceptions apparentes comme autant d'anomalies rsoudre par les perfectionnements ultrieurs de l'analyse anatomique4 ,on doit faire subir une transformation analogue aux notions ordinaires relatives l'irritabilit1 qui sont encore essentiellement domines par la thorie de ,bichat4 ,ce grand physiologiste pouvait concevoir1 par exemple1 les contractions du coeur comme directement dtermines1 indpendamment de toute action nerveuse1 par la stimulation immdiate rsultante de l'afflux du sang4 ,mais il est aujourd'hui bien reconnu1 surtout depuis les importantes expriences de ,legallois1 que l'innervation est tout aussi indispensable l'irritabilit de ce muscle qu' celle d'aucun autre2 et1 en gnral1 que la distinction fondamentale de ,bichat1 entre la contractilit organique et la contractilit animale1 doit tre entirement abandonne4 ,toute irritabilit est donc ncessairement animale1 c'est--dire qu'elle exige une innervation correspondante1 de quelque centre immdiat que procde d'ailleurs l'action nerveuse4 ,ce sujet attend nanmoins encore plusieurs claircissemens essentiels qui1 s'ils ne sont point indispensables la certitude logique d'un principe dsormais hors de toute atteinte directe1 doivent toutefois influer beaucoup sur son usage scientifique effectif4 ,je ne fais pas seulement allusion la distinction propose par divers physiologistes contemporains entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs1 quoiqu'une telle question soit bien loin d'tre sans importance philosophique4 ,mais j'ai surtout en vue une considration plus directe et plus capitale1 dont l'incertitude et l'obscurit actuelles prsentent de bien plus graves inconvniens1 qu'on chercherait vainement dissimuler4 ,il s'agit de la vraie distinction scientifique que la thorie positive de l'irritabilit doit finalement maintenir entre les mouvemens volontaires et les mouvemens involontaires4 ,la doctrine de ,bichat avait au moins cet avantage vident qu'elle reprsentait1 d'une manire directe et1 en apparence1 trs satisfaisante1 cette incontestable diffrence3 on voit mme que cette considration lui a fourni ses principaux argumens4 ,au contraire1 en ne reconnaissant plus qu'une irritabilit unique1 toujours uniformment lie l'innervation1 comme le prescrit certainement l'tat prsent de la science1 on constitue une difficult fondamentale trs dlicate1 et dont la solution est nanmoins strictement indispensable1 pour comprendre de quelle manire tous les mouvemens ne deviendraient point ds-lors indistinctement volontaires4 ,la haute insuffisance des explications actuelles cet gard ne saurait1 sans doute1 ragir logiquement contre le principe lui-mme1 puisqu'on peut toujours vaguement attribuer au mode d'innervation la diffrence musculaire dont il s'agit ici4 ,mais cet expdient provisoire ne saurait long-temps suffire aux besoins rels de la doctrine physiologique1 laquelle il importe beaucoup de dterminer avec prcision les conditions spciales d'innervation qui rendent volontaire ou involontaire tel mouvement effectif4 ,il faut1 sans doute1 que1 dans cet ordre de considrations comme dans tout autre1 des diffrences anatomiques vraiment apprciables soient exactement coordonnes d'incontestables diffrences physiologiques1 ce qui certainement est fort loin d'exister aujourd'hui4 ,on ne saurait confondre un tel ordre de recherches avec la vaine enqute mtaphysique des causes de la volont1 puisqu'il s'agit seulement ici de dcouvrir les conditions organiques qui doivent ncessairement exister pour rendre volontaires1 par exemple1 les mouvemens des muscles locomoteurs1 tandis que ceux du muscle cardiaque sont si profondment involontaires4 ,un phnomne aussi caractris comporte sans doute une exacte analyse gnrale1 quoiqu'elle doive tre fort difficile4 ,la science prsente donc aujourd'hui1 sous ce rapport1 une incontestable lacune fondamentale1 qui obscurcit beaucoup la thorie positive de l'irritabilit1 dont le principe seul peut tre maintenant regard comme tabli2 puisque1 dans la plupart des cas1 le plus habile anatomiste n'oserait encore dcider1 autrement que par le fait mme1 si tel mouvement bien dfini doit tre volontaire ou involontaire1 ce qui constate nettement l'absence de toute loi relle cet gard4 ,au reste1 quelques difficults que prsente1 par sa nature1 la question ainsi pose1 on a droit d'esprer qu'elle comporte une solution vraiment satisfaisante1 puisqu'on peut1 ce me semble1 apercevoir dj la voie qui doit y conduire4 ,elle consiste1 en effet1 dans une judicieuse analyse des mouvemens en quelque sorte intermdiaires1 c'est--dire1 qui1 primitivement involontaires1 finissent par devenir volontaires1 ou rciproquement4 ,ces cas1 que l'organisme prsente trs frquemment sous l'un et l'autre aspect1 me paraissent minemment propres vrifier que la distinction incontestable des mouvemens en volontaires et involontaires ne tient nullement une diffrence radicale de l'irritabilit musculaire1 mais seulement au mode et peut-tre mme au degr de l'innervation1 modifie surtout par une longue habitude4 ,on ne saurait1 par exemple1 concevoir autrement que les mouvemens excrteurs de l'urine1 qui1 dans le jeune ge1 ou dans un grand nombre de maladies1 sont si videmment involontaires1 puissent prendre1 par la seule influence suffisamment habituelle d'une nergique rsolution1 le caractre volontaire qu'ils acquirent ordinairement chez les animaux suprieurs4 ,pour que ce germe d'explication puisse rellement suffire ultrieurement rsoudre la difficult propose1 il faudrait concevoir que les mouvemens les plus involontaires1 qui1 suivant la juste remarque de ,bichat1 sont toujours en effet les plus indispensables la vie gnrale1 eussent t susceptibles de suspension volontaire1 sans excepter les mouvemens du coeur1 si leur rigoureuse ncessit continue n'et point empch de contracter leur gard des habitudes convenables4 ,quoiqu'il devienne ainsi trs probable que la nature volontaire ou involontaire des divers mouvemens animaux1 loin de provenir d'aucune diffrence directe dans l'irritabilit fondamentale1 est seulement un rsultat indirect et trs compos du genre d'action exerc par l'ensemble du systme nerveux sur le systme musculaire1 on comprend nanmoins combien ce sujet exige un nouvel examen approfondi1 dont les considrations prcdentes ne peuvent qu'indiquer la direction gnrale4 ,tels sont les principaux aperus philosophiques propres mettre en pleine vidence l'extrme imperfection gnrale de l'tude actuelle de l'animalit1 en ce qui concerne l'explication1 mme la plus lmentaire1 des phnomnes essentiels4 ,en nous bornant dsormais considrer la physiologie animale sous le seul aspect beaucoup plus simple d'une exacte analyse prliminaire de ses divers phnomnes gnraux1 il ne sera que trop ais de reconnatre combien cette analyse1 qui1 au commencement de ce chapitre1 devait nous paratre trs satisfaisante1 par comparaison l'analyse si mal institue de la vie organique1 est rellement1 au contraire1 profondment loigne aujourd'hui de ce qu'exigent les vrais besoins de la science pour permettre de s'lever plus tard quelques lois positives4 ,quant aux fonctions directement relatives l'irritabilit1 on peut dire1 sans la moindre exagration1 que le mcanisme d'aucun mouvement animal n'a t jusqu'ici analys d'une manire vraiment satisfaisante1 puisque tous les cas principaux sont encore le sujet de controverses fondamentales entre des physiologistes galement recommandables4 ,on conserve mme habituellement entre ces divers mouvemens1 une distinction vicieuse1 qui doit s'opposer toute saine apprciation mcanique1 lorsqu'on les spare en mouvemens gnraux qui produisent le dplacement total de la masse animale1 et mouvemens partiels qui servent surtout la vie organique1 soit pour l'introduction des divers alimens1 ou l'expulsion des rsidus1 soit pour la circulation des fluides4 ,les premiers mouvemens sont1 nanmoins1 tout aussi rellement partiels1 quoique leur objet soit diffrent2 car1 sous le point de vue mcanique1 l'organisme n'en saurait spontanment comporter d'autres4 ,d'aprs les lois fondamentales du mouvement1 l'animal ne peut jamais1 par aucune action intrieure1 dplacer directement son centre de gravit1 sans une certaine coopration trangre2 pas davantage qu'un chariot vapeur qui fonctionnerait1 sans aucun frottement1 sur un plan tout--fait horizontal1 et dont la strile activit se rduirait ds-lors ncessairement la simple rotation de ses roues4 ,j'ai dj indiqu cette remarque1 dans le premier volume1 comme consquence de la loi dynamique gnrale du centre de gravit4 ,les mouvemens qui produisent la locomotion proprement dite ne sont donc pas d'une autre nature mcanique que ceux1 par exemple1 qui transportent le bol alimentaire le long du canal digestif2 leur rsultat n'est diffrent qu'en vertu de la diversit des appareils1 caractriss alors par des appendices extrieurs disposs de manire dterminer1 dans le systme ambiant1 une indispensable raction1 qui produit le dplacement de la masse anime4 ,on pourrait aisment concevoir une constitution mcanique assez parfaite pour qu'un moteur unique1 le coeur ou tout autre muscle1 prsidt la fois1 l'aide d'appareils convenables1 tous les divers mouvemens organiques et animaux1 comme notre industrie le produit si souvent dans les mcanismes bien organiss4 ,sans aller jusqu' cette idale simplification du systme1 on voit1 en effet1 chez certains mollusques1 la locomotion proprement dite s'oprer au moyen des contractions du muscle cardiaque ou des muscles intestinaux1 ce qui vrifie clairement la ralit de la considration prcdente1 et1 par suite1 la futilit des distinctions ordinairement admises cet gard par les physiologistes actuels4 ,les plus simples notions de la mcanique animale tant ainsi obscurcies et mme vicies ds leur premire origine1 on ne saurait tre surpris que les physiologistes disputent encore sur le vrai mcanisme de la circulation1 et sur celui de la plupart des modes de locomotion extrieure1 tels que le saut1 le vol surtout1 la natation1 etc4 ,d'aprs la manire dont ils procdent1 ils ne sont pas prs de s'entendre1 et les opinions les plus opposes trouveraient encore long-temps des moyens d'argumentation galement plausibles4 ,ce qu'il y a de plus trange1 du moins en apparence1 quoique la saine philosophie l'explique aisment1 c'est la disposition presque universelle des physiologistes1 sous ce rapport1 tirer1 de leur ignorance mme1 autant de motifs d'admirer la profonde sagesse d'un mcanisme qu'ils dclarent pralablement ne pouvoir comprendre4 ,une telle tendance est un reste vident de l'influence thologique qui prside encore essentiellement notre premire ducation4 ,quoique l'tude positive de ce sujet soit1 comme on voit1 tout entire refondre1 une premire vue mathmatique de l'ensemble de la question montre clairement1 ce me semble1 que le caractre le plus prononc du mcanisme gnral des mouvemens animaux consiste1 au contraire1 dans l'excessive complication des appareils ordinaires4 ,les gomtres et les physiciens1 en les supposant placs au point de vue convenable et d'ailleurs suffisamment prpars1 imagineraient sans doute aisment une constitution beaucoup meilleure1 s'ils osaient aujourd'hui prendre pour sujet d'exercice intellectuel la conception directe d'un nouveau mcanisme animal1 ce qui ne serait peut-tre point sans une vritable utilit1 ne ft-ce qu'afin de mieux caractriser l'esprit philosophique qui doit prsider aux tudes effectives4 ,dans cet ordre de fonctions animales aussi bien que dans tout autre1 et plus clairement qu'envers aucun autre1 l'organisme ne saurait manquer de nous offrir un mode quelconque de production capable de dterminer les actes que nous voyons effectivement se produire2 mais le mode rel est presque toujours trs infrieur au type idal que notre faible intelligence pourrait crer1 mme d'aprs nos connaissances actuelles1 avec la libert convenable4 ,au fond1 cette rflexion revient dire ici que le monde inorganique est1 par sa nature1 beaucoup mieux rgl que le monde organique2 ce qui1 je crois1 ne saurait tre srieusement contest aujourd'hui par aucun esprit judicieux4 ,un examen attentif de l'ensemble des tudes entreprises jusqu'ici sur la mcanique animale1 fera1 ce me semble1 reconnatre1 sans la moindre incertitude1 que la principale cause de leur extrme imperfection rsulte de l'ducation insuffisante et mme vicieuse de la plupart des physiologistes1 qui demeurent ordinairement beaucoup trop trangers aux connaissances pralables qu'exigerait naturellement un tel sujet sur les diverses parties de la philosophie inorganique1 sans en excepter le systme1 vraiment fondamental1 des sciences mathmatiques4 ,le simple bon sens indique nanmoins1 avec une irrsistible vidence1 que la mcanique animale1 comme la mcanique cleste1 la mcanique industrielle1 ou toute autre quelconque1 est d'abord de la mcanique1 et doit tre1 par consquent1 ce titre1 ncessairement subordonne aux lois gnrales que la mcanique rationnelle impose tous les mouvemens possibles1 abstraction faite de la nature des moteurs1 et en ayant seulement gard la structure des appareils4 ,sans doute1 l'extrme complication des appareils animaux1 mme indpendamment de l'impossibilit manifeste de soumettre les moteurs primitifs aucune thorie mathmatique1 ne saurait jamais rellement comporter1 cet gard1 la moindre application numrique1 dj si souvent illusoire envers des appareils beaucoup plus simples mus par des forces inorganiques4 ,mais la considration gnrale de ces lois n'y est pas moins strictement indispensable1 sous peine de ne pouvoir se former que d'inintelligibles notions fondamentales du mcanisme de la locomotion1 et mme de la station1 comme on le voit aujourd'hui o1 dans la plupart des cas1 la science serait impuissante dcider quel mouvement va rsulter de l'action d'un appareil donn1 d'aprs la seule analyse anatomique du systme1 indpendamment de toute exprience directe1 rduite ainsi1 contre sa destination fondamentale1 ne pouvoir prdire que des vnemens accomplis4 ,aussi des physiologistes moins irrationnels cet gard ont-ils dj reconnu imparfaitement cette ncessit logique1 en dclinant toutefois la difficult1 et se bornant renvoyer un tel travail aux gomtres et aux physiciens4 ,ceux-ci1 de leur ct1 quand ils ont accept une tche qui devait leur rester trangre1 y ont port involontairement1 outre leur ignorance naturelle et fort excusable de la constitution anatomique du systme1 des habitudes de prcision numrique profondment incompatibles avec l'esprit du sujet1 et sont ainsi parvenus le plus souvent des rsultats dont l'absurdit vidente suffit1 aux yeux de juges irrflchis1 pour discrditer d'avance toute application mieux conue de la mcanique gnrale la mcanique animale4 ,rien n'autorisait cependant une conclusion aussi vicieuse3 il fallait seulement reconnatre que cette indispensable application doit tre essentiellement opre par les physiologistes eux-mmes1 qui peuvent seuls en bien comprendre la nature et l'objet4 ,il en est ici peu prs comme pour l'usage de l'analyse mathmatique dans les principales branches de la physique1 ordinairement si mal conu aujourd'hui par les gomtres1 parce qu'il doit tre dirig par les physiciens1 suivant les remarques indiques au second volume de cet ouvrage4 ,l'application de tout instrument logique devant videmment appartenir1 non ceux qui l'ont construit1 mais ceux qui s'occupent du sujet propre auquel il est destin1 les physiologistes vraiment positifs ne sauraient aucunement luder dsormais l'obligation rigoureuse de se rendre aptes1 par une plus forte ducation pralable1 introduire convenablement1 dans l'tude rationnelle de la mcanique animale1 les indispensables notions fondamentales empruntes l'ensemble de la philosophie inorganique1 et d'abord la philosophie mathmatique4 ,cette obligation gnrale se formulera ensuite en prescriptions plus prcises1 mesure que les divers mouvemens spciaux viendront l'exiger4 ,ainsi1 par exemple1 l'tude1 aujourd'hui si imparfaite1 de la phonation1 suppose ncessairement que l'analyse des mouvemens de l'appareil vocal soit particulirement dirige d'aprs les indications fondamentales qui rsultent des connaissances acquises par les physiciens sur la thorie du son4 ,il serait impossible sans cela de parvenir jamais comprendre la production gnrale de la voix1 et1 plus forte raison1 les modifications si prononces et si importantes qu'elle prsente chez les divers animaux susceptibles d'une vritable phonation4 ,quoique la parole proprement dite soit principalement1 sans doute1 un rsultat de la supriorit intellectuelle particulire notre espce1 comme le montre l'exemple des idiots et de divers animaux chez lesquels il n'existe point de vrai langage malgr que la phonation y soit pleinement suffisante1 il faut bien cependant que la structure de notre appareil vocal offre certains caractres spcifiques en harmonie avec cette admirable facult4 ,or1 la judicieuse application des lois gnrales de l'acoustique est certainement indispensable pour conduire dcouvrir ultrieurement en quoi consistent ces particularits ncessaires4 ,il serait ais de faire une semblable vrification spciale envers tous les autres cas essentiels de la mcanique animale4 ,sans doute1 en plusieurs occasions1 et notamment dans celle que je viens de signaler1 il arrivera que la branche correspondante de la philosophie inorganique ne sera point elle-mme assez avance pour fournir la physiologie toutes les indications prliminaires qui lui seraient indispensables4 ,mais les physiologistes auront au moins tent tous les progrs que comporte1 chaque poque1 l'tat gnral de la philosophie naturelle1 et ils auront d'ailleurs nettement signal aux divers physiciens spciaux autant de sujets dtermins d'importantes recherches1 ce qui serait dj1 en soi-mme1 d'un haut intrt direct4 ,on doit esprer que la considration spciale et frquente de telles relations positives entre les sciences fondamentales les plus indpendantes en apparence1 ouvrira enfin les yeux des savans actuels sur les inconvniens rels et immdiats que prsente1 en gnral1 le systme irrationnel de morcellement anarchique qui prside aujourd'hui l'tude de la philosophie naturelle4 ,les physiologistes doivent ncessairement comprendre cet gard1 avant tous les autres1 les vrais besoins de l'esprit humain1 en vertu de la subordination fondamentale et directe1 la fois gnrale et spciale1 qui rattache1 d'une manire si prononce et si varie1 leur science toutes les prcdentes1 comme nous venons d'en acqurir une nouvelle preuve irrcusable4 ,l'tude prliminaire du second ordre principal des fonctions animales1 ou l'analyse rationnelle des divers phnomnes essentiels de la sensibilit1 ne prsente pas certainement aujourd'hui un caractre scientifique plus satisfaisant que celui de la mcanique animale1 mme abstraction faite de ce qui concerne la sensibilit intrieure proprement dite1 c'est--dire les fonctions intellectuelles et morales1 que nous avons dj reconnues devoir tre1 dans la leon suivante1 le sujet d'un examen ncessairement spar4 ,cette seconde analyse sera juge1 en ralit1 encore moins avance que la premire1 si l'on ne se laisse point blouir par l'imposant spectacle des notions anatomiques trs avances que nous possdons dj sur les organes correspondants1 et qu'on s'attache exclusivement1 comme nous le devons videmment ici1 aux connaissances purement physiologiques4 ,en considrant la partie la moins imparfaite de cette tude1 relative aux simples sensations extrieures1 il est clair que le premier des trois lmens indispensables dont se compose toujours le phnomne de la sensation1 c'est--dire1 l'impression directe de l'agent externe sur les extrmits nerveuses l'aide d'un appareil physique plus ou moins spcial1 donne lieu des remarques philosophiques essentiellement analogues celles qui viennent d'tre indiques l'gard des mouvemens4 ,sous ce rapport1 en effet1 la thorie des sensations est ncessairement subordonne aux lois physiques correspondantes1 comme cela est surtout manifeste pour les thories de la vision et de l'audition1 compares l'optique et l'acoustique1 en ce qui concerne le vrai mode gnral d'action propre l'appareil oculaire ou auditif4 ,or1 l'intime combinaison rationnelle qu'une telle tude exigerait entre les considrations physiques et les considrations physiologiques existe1 sans doute1 encore moins aujourd'hui qu' l'gard de la mcanique animale4 ,ces importantes thories ont t plus formellement livres par les physiologistes aux seuls physiciens1 videmment incomptens pour un tel sujet1 comme je l'ai dj indiqu dans le second volume3 il serait superflu d'insister davantage ici sur une organisation aussi hautement vicieuse de travail scientifique1 ce cas tant1 sous ce point de vue1 tout--fait analogue au prcdent4 ,il n'y a entre eux aucune autre diffrence philosophique essentielle que la dplorable influence exerce encore1 dans cette partie de la physiologie animale1 par les mtaphysiciens1 auxquels1 jusqu' ces derniers temps pour ainsi dire1 la thorie des sensations avait t essentiellement abandonne3 c'est seulement depuis la mmorable impulsion donne par ,gall1 que les physiologistes ont commenc s'emparer dfinitivement de cette importante partie de leur domaine4 ,ainsi1 la thorie positive des sensations est moins bien conue1 et plus rcemment institue1 que celle mme des mouvemens2 en sorte qu'il serait trange qu'elle ne ft pas encore moins avance1 si l'on d'ailleurs gard sa difficult suprieure1 et la moindre perfection des parties de la philosophie inorganique dont elle dpend4 ,les plus simples modifications du phnomne fondamental de la vision ou de l'audition ne peuvent point jusqu'ici tre rapportes avec certitude des conditions organiques dtermines2 comme1 par exemple1 l'ajustement de l'oeil pour voir distinctement des distances trs varies1 facult que les physiologistes ont laiss successivement attribuer par les physiciens diverses circonstances de structure1 toujours illusoires ou insuffisantes1 en se rservant seulement une critique trs facile1 au lieu de se saisir d'une recherche qui leur appartient exclusivement4 ,on peut mme dire que les limites directes de la fonction sont presque toujours trs vaguement dfinies1 c'est--dire qu'on n'a point nettement circonscrit le genre de notions1 extrieures immdiatement fourni par chaque sens1 abstraction faite de toute rflexion intellectuelle proprement dite#dc4 plus forte raison n'est-il pas tonnant que la plupart des lois positives de la vision ou de l'audition1 et mme de l'odoration ou de la gustation1 soient encore essentiellement ignores4 ,note #dc3 ,les attributions immdiates de chaque sens sont1 sans doute1 minemment spciales4 ,mais il en est tout autrement de la plupart des notions extrieures que l'intelligence dduit1 d'une manire plus ou moins indirecte1 des divers ordres de sensations1 susceptibles1 cet gard1 de se suppler mutuellement1 comme nous le montrent clairement le cas des sourds1 celui des aveugles1 etc4 ,on oublie trop souvent cette importante considration1 surtout envers les animaux1 que l'on suppose trs gratuitement privs de telle classe d'ides1 par cela seul que l'appareil sensitif auquel nous en devons ordinairement l'origine n'est pas chez eux suffisamment dveloppe1 sans examiner si quelque autre sens n'a pas pu le remplacer4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que l'odorat a t conu1 en gnral1 comme un sens fort peu intellectuel1 cause de son imperfection dans notre espce1 o il est1 en effet1 la source de bien peu d'ides1 quoique1 dans un grand nombre d'espces animales1 il doive en faire natre beaucoup et de trs importantes4 ,il est donc vident que ce sujet exige une entire rvision lmentaire1 qui doit commencer par fixer1 avec une prcision scientifique1 les limites gnrales et ncessaires de d'action intellectuelle directement propre chaque sens1 et pour laquelle aucun autre ne saurait le suppler1 en sparant soigneusement cette action fondamentale de toutes les notions conscutives que la rflexion peut en dduire4 ,le seul point gnral de doctrine1 ou plutt de mthode1 que l'on puisse aujourd'hui regarder comme arrt d'une manire vraiment scientifique1 c'est l'ordre fondamental1 nullement indiffrent1 suivant lequel les diverses espces de sensations doivent tre tudies1 et cette notion a t rellement fournie par l'anatomie compare bien plus que par la physiologie4 ,elle consiste classer les sens suivant leur spcialit croissante1 en commenant par le sens universel du contact1 et considrant ensuite graduellement les quatre sens spciaux1 le got1 l'odorat1 la vue et enfin l'oue4 ,cet ordre est rationnellement dtermin par l'analyse de la srie animale1 puisque les sens doivent tre rputs plus spciaux et plus levs mesure qu'ils disparaissent des degrs moins infrieurs de l'chelle zoologique4 ,il est remarquable que cette gradation concide exactement avec le rang d'importance de la sensation1 sinon pour l'intelligence1 du moins pour la sociabilit4 ,malheureusement elle mesure d'une manire encore plus vidente l'imperfection croissante de la thorie4 ,on doit aussi noter1 quoique plus secondaire1 la distinction lumineuse introduite par ,gall1 entre l'tat passif et l'tat actif de chaque sens spcial4 ,une considration analogue1 mais plus fondamentale1 consisterait1 ce me semble1 distinguer les divers sens eux-mmes en actifs et passifs1 selon que leur action est1 par sa nature1 essentiellement volontaire ou involontaire4 ,cette distinction me parat trs marque entre la vision et l'audition1 celle-ci s'effectuant toujours1 mme malgr nous et notre insu1 tandis que l'autre exige1 un degr quelconque1 notre libre participation4 ,l'influence plus vague1 mais plus profonde1 qu'exerce sur nous la musique compare la peinture1 me semble provenir1 en grande partie1 d'une telle diversit4 ,il existe une diffrence analogue1 mais moins prononce1 entre le got et l'odorat4 ,depuis ,cabanis1 et surtout depuis ,gall1 tous les physiologistes ont plus ou moins senti la ncessit de complter l'analyse des sensations proprement dites par l'tude d'une seconde classe fondamentale de sensations1 encore plus indispensables que les premires au perfectionnement de la vie organique1 et qui1 sans procurer aucun notion directe sur le monde extrieur1 modifient nanmoins profondment1 par leur action intense et presque continue1 la marche gnrale des oprations intellectuelles1 qui1 chez la plupart des animaux1 doit leur tre essentiellement subordonne4 ,ce sont les sensations intrieures qui se rapportent la satisfaction des divers besoins essentiels soit de nutrition1 soit de reproduction1 et auxquelles il faut joindre1 dans l'tat pathologique1 les diffrentes douleurs produites par une altration quelconque4 ,un tel ordre constitue la transition naturelle entre l'tude des sensations et celles des fonctions affectives ou intellectuelles1 exclusivement relatives la sensibilit intrieure4 ,mais cette partie de la grande thorie des sensations est encore moins avance et plus obscure que la prcdente4 ,la seule notion positive qui soit aujourd'hui incontestable cet gard1 consiste dans l'indispensable ncessit du systme nerveux1 commune aux deux genres de sensibilit4 ,je dois cependant signaler ici une heureuse remarque de ,m4 de ,blainville sur le sige de l'impression3 outre l'affection directe de l'organe principal de la satisfaction du besoin considr1 il y a toujours une affection sympathique l'orifice du canal qui doit introduire l'agent destin cette satisfaction1 soit qu'il s'agisse de l'incrtion d'alimens solides1 liquides1 ou gazeux3 il en est de mme1 en sens inverse1 pour les divers besoins d'excrtion1 toujours ressentis sympathiquement l'extrmit du canal excrteur4 ,mais on ignore d'ailleurs si1 comme dans le cas des sensations purement externes1 les nerfs par lesquels s'opre la transmission de cette impression primitive prsentent quelques caractres dtermins et spciaux1 et surtout quels ganglions crbraux il faut en rapporter la perception4 ,il est donc incontestable que la thorie positive des sensations1 considre successivement dans chacune de ses deux parties gnrales1 est encore moins bauche et constitue d'une manire moins scientifique que celle mme des mouvemens4 ,on voit aussi que l'imperfection de la doctrine tient surtout celle de la mthode habituelle1 par suite de l'insuffisante prparation des esprits qui ont abord jusqu'ici cette tude difficile1 depuis qu'elle a t irrvocablement soustraite la strile domination des mtaphysiciens4 ,toutefois1 cette heureuse mancipation n'en a pas moins cart1 de nos jours1 l'obstacle fondamental qui arrtait le plus les progrs rels de cette belle partie de la physiologie animale1 dont la nature si clairement caractrise ne saurait manquer de faire prochainement ressortir1 chez tous les bons esprits1 les conditions prliminaires indispensables sa culture rationnelle4 ,quelques travaux dj bauchs indiquent1 avec vidence1 dans la gnration scientifique actuelle1 une tendance progressive organiser dsormais les recherches d'aprs le vritable esprit d'une telle tude4 ,ce caractre philosophique est surtout prononc1 comme on pouvait aisment le prvoir1 l'gard des sens les plus simples et les moins spciaux1 et particulirement pour la gustation4 ,je dois signaler1 ce sujet1 les judicieuses expriences commences avec une ingnieuse sagacit par ,,mm4 ,pinel-,grandchamp et ,foville sur l'exacte dtermination du sige distinct des diverses saveurs principales dans des parties correspondantes de l'organe du got2 car un tel exemple est trs propre faire ici nettement comprendre en quoi doit surtout consister le perfectionnement positif de l'tude prliminaire des sensations1 qui se rduit en effet principalement dvelopper1 avec une prcision toujours croissante1 l'harmonie fondamentale entre l'analyse anatomique et l'analyse physiologique4 ,aprs l'tude rationnelle de chacun des deux ordres gnraux de fonctions animales1 il nous reste maintenant considrer1 sous le mme aspect1 comme un indispensable complment de la thorie lmentaire de l'animalit1 les notions essentielles relatives au mode d'action1 qui sont communes aux phnomnes de l'irritabilit et ceux de la sensibilit proprement dite4 ,quoique1 par leur nature1 ces notions appartiennent aussi aux phnomnes intellectuels et moraux1 nous devons ncessairement les examiner ici1 pour y avoir suffisamment caractris les diffrens points de vue principaux que comporte l'tude positive de la vie animale1 rduite mme sa moindre intensit1 sauf en reproduire1 s'il y a lieu1 dans la leon suivante1 l'indication formelle1 l'gard de la vie affective et intellectuelle4 ,ces considrations fondamentales sur le mode d'action commun l'irritabilit et la sensibilit1 doivent tre distingues en deux classes1 suivant qu'elles se rapportent chaque fonction de mouvement ou de sensation envisage en elle-mme1 ou l'association1 plus ou moins tendue et plus ou moins ncessaire1 de ces diverses fonctions4 ,enfin1 les premires peuvent avoir pour objet ou le mode ou le degr du phnomne animal4 ,tel est l'ordre d'aprs lequel nous devons ici signaler sommairement les parties correspondantes de la science physiologique1 en examinant d'abord la thorie de l'intermittence d'action1 et1 par suite1 celle de l'habitude1 qui en est la consquence ncessaire4 ,bichat doit tre1 ce me semble1 regard comme le principal fondateur de cette importante partie complmentaire de la physiologie1 en ce qu'il a1 le premier1 fait convenablement ressortir le caractre d'intermittence propre toute facult animale1 oppos l'indispensable continuit des phnomnes purement vgtatifs1 ainsi que le prouve l'admirable chapitre qu'il a consacr ce beau sujet dans le ,trait de la ,vie et de la ,mort4 ,le double mouvement fondamental1 de composition aprs absorption1 et d'exhalation du produit de la dcomposition1 qui constitue la vie gnrale1 ne peut1 en effet1 tre un seul instant suspendu1 sans dterminer aussitt la tendance directe la dsorganisation4 ,mais1 au contraire1 tout acte d'irritabilit ou de sensibilit est1 par sa nature1 ncessairement intermittent1 puisque aucune contraction ni aucune sensation ne saurait tre conue comme indfiniment prolonge2 en sorte que la continuit impliquerait tout aussi bien contradiction dans la vie animale1 que la discontinuit dans la vie organique4 ,cette thorie de l'intermittence1 dont ,bichat est le vrai crateur1 est aujourd'hui essentiellement perfectionne1 surtout dans le systme biologique de ,m4 de ,blainville1 par suite des progrs gnraux de l'anatomie physiologique dans le sicle actuel4 ,en effet1 d'aprs la manire vicieuse dont il concevait l'irritabilit et la sensibilit1 suivant les explications ci-dessus indiques1 ,bichat faisait de vains efforts pour carter l'objection fondamentale tire de phnomnes qu'il rapportait la vie organique1 et qui nanmoins sont videmment tout aussi intermittens que les phnomnes d'animalit les moins quivoques4 ,cela est incontestable l'gard des muscles intestinaux1 par exemple1 et mme l'gard du coeur1 dont chaque fibre irritable prsente1 certainement1 en un temps donn1 une somme d'instans de repos au moins gale celle des instans d'activit1 si l'on a convenablement gard la comparaison entre la systole et la diastole2 toute la diffrence relle se rduisant alors la plus grande multiplicit des intervalles4 ,une objection analogue et galement invincible aurait pu tre faite quant la sensibilit2 puisque1 suivant la doctrine de ,bichat1 la sensibilit animale proprement dite et la prtendue sensibilit organique ne diffrant essentiellement que par le degr normal1 il devenait ds-lors impossible de concilier l'intermittence de la premire avec la continuit de la seconde4 ,la difficult se trouve spontanment rsolue1 dans les deux cas gnraux1 de la manire la plus satisfaisante1 par la thorie positive de l'irritabilit et de la sensibilit1 dont ce n'est pas sans doute l'un des moindres avantages2 car cette thorie attachant1 de toute ncessit1 chacune de ces deux proprits animales un tissu correspondant bien caractris1 l'intermittence devient un attribut commun et exclusif des organes principalement composs de ces deux tissus1 quelle que soit d'ailleurs leur destination immdiate pour l'ensemble de l'conomie4 ,c'est ainsi que tous les divers aspects gnraux de la saine physiologie nous offrent toujours une solidarit mutuelle1 symptme philosophique ordinaire de la vrit scientifique4 ,la thorie de l'intermittence1 surtout conue avec cette pleine rationnalit1 s'applique immdiatement une classe trs tendue et trs importante de phnomnes animaux1 c'est--dire ceux que prsentent les divers degrs de sommeil1 comme ,bichat l'a si heureusement expliqu4 ,car l'tat de sommeil consiste ainsi dans la suspension simultane1 pendant un certain temps1 des principaux actes d'irritabilit et de sensibilit3 il est aussi complet que puisse le permettre l'organisme des animaux suprieurs1 quand il n'offre d'exception que pour les mouvemens et les sensations directement indispensables la vie organique1 et dont l'activit1 d'ailleurs1 est alors notablement diminue2 le phnomne comporte1 du reste1 des degrs trs varis1 depuis la simple somnolence jusqu' la torpeur presque complte des animaux hibernans4 ,mais cette thorie du sommeil1 si bien institue par ,bichat1 n'est rellement encore qu'bauche1 et prsente aujourd'hui plusieurs difficults fondamentales1 quand on considre les principales modifications d'un tel tat1 dont les conditions organiques essentielles sont mme trs imparfaitement connues1 sauf la stagnation du sang veineux dans l'encphale1 qui parat constituer1 en gnral1 un indispensable prliminaire de tout engourdissement tendu et durable4 ,quoiqu'il soit ais de concevoir1 en principe1 que l'activit prolonge des fonctions animales pendant l'tat de veille doive dterminer1 en vertu de la loi d'intermittence1 une suspension proportionnelle1 on conoit nanmoins difficilement comment cette suspension peut tre totale1 lorsque cette activit n'a t que partielle2 comme l'exprience le montre si clairement1 par exemple1 pour le profond sommeil1 la fois intellectuel et musculaire1 provoqu par la seule fatigue des muscles1 chez des hommes qui ont trs peu excit1 pendant la veille1 le dveloppement des divers phnomnes de la sensibilit1 soit interne1 soit mme externe4 ,l'tude du sommeil incomplet est moins avance encore1 surtout quand une partie seulement des organes intellectuels et affectifs ou de l'appareil locomoteur est engourdie1 ce qui produit les songes et les divers genres de somnambulisme4 ,et1 cependant1 un tel tat a ncessairement des lois gnrales qui lui sont propres1 tout aussi bien que l'tat parfait de veille4 ,diverses expriences trop ngliges autorisent peut-tre penser que1 chez les animaux1 o la vie crbrale est beaucoup moins varie1 la nature des songes devient1 jusqu' un certain point1 susceptible d'tre dirige au gr de l'observateur1 l'aide d'impressions extrieures convenablement produites1 pendant le sommeil1 sur les sens dont l'action est involontaire1 et notamment sur l'odorat4 ,chez l'homme mme1 il n'y a pas de mdecin sens qui1 en plusieurs cas1 ne prenne en srieuse considration le caractre habituel des songes1 afin de perfectionner le diagnostic des maladies o le systme nerveux est surtout intress3 ce qui suppose que cet tat est assujti des lois dtermines1 quoique inconnues4 ,mais1 quelque imparfaite que soit rellement aujourd'hui1 ces divers gards essentiels1 la thorie gnrale du sommeil1 elle n'en demeure pas moins constitue dj1 depuis l'heureuse inspiration de ,bichat1 sur les bases positives qui lui sont propres1 puisque le phnomne1 ne l'envisager que dans son ensemble1 est ainsi expliqu1 suivant la juste acception scientifique de ce terme1 par son assimilation fondamentale aux divers phnomnes de repos partiel que prsentent tous les actes lmentaires de la vie animale proprement dite4 ,dans le perfectionnement ultrieur de la thorie de l'intermittence1 on devra1 ce me semble1 ne pas ngliger l'important aperu gnral d'aprs lequel ,gall a propos de la rattacher la symtrie qui caractrise tous les organes de la vie animale1 en regardant chacune des deux parties de l'appareil symtrique comme alternativement active et passive1 en sorte que leur fonction ne soit jamais simultane1 aussi bien pour les sens extrieurs que pour les organes intellectuels2 ce qui1 toutefois1 mrite un nouvel examen approfondi4 ,on passe naturellement de la thorie de l'intermittence celle de l'habitude1 qui en est une sorte d'appendice ncessaire1 dont l'institution est aussi due essentiellement ,bichat4 ,un phnomne continu serait1 en effet1 susceptible de persistance1 en vertu de la loi d'inertie2 mais des phnomnes intermittens peuvent seuls donner lieu des habitudes proprement dites1 c'est--dire tendre se reproduire spontanment par l'influence d'une rptition pralable1 suffisamment prolonge des intervalles convenables4 ,l'importance de cette proprit animale n'a plus besoin dsormais d'tre expressment signale1 puisqu'il est unanimement reconnu aujourd'hui1 chez tous les bons esprits1 qu'on doit y voir une des principales bases de la perfectibilit graduelle des animaux1 et surtout de l'homme4 ,c'est ainsi que les phnomnes vitaux peuvent1 en quelque sorte1 participer l'admirable rgularit de ceux du monde inorganique1 en devenant1 comme eux1 essentiellement priodiques1 malgr leur complication suprieure4 ,de l rsulte1 en outre1 comme je l'ai prcdemment indiqu1 la transformation fondamentale1 facultative un certain degr d'intensit de l'habitude1 et invitable au-del1 des actes volontaires en tendances involontaires4 ,mais cette tude est rellement aussi peu avance que celle de l'intermittence1 soit relativement mme la simple analyse fondamentale de l'habitude1 envisage successivement quant chacune des conditions indispensables1 soit surtout en ce qui concerne ses lois principales1 l'aptitude plus ou moins grande des divers organes animaux sous ce rapport1 etc4 ,en un mot1 on a jusqu'ici beaucoup plus examin l'influence des habitudes une fois contractes que leur mode primitif d'tablissement1 l'gard duquel il n'existe presque aucune doctrine vraiment scientifique2 ce devrait tre cependant le principal sujet d'tude en biologie abstraite1 le reste se rapportant bien plutt l'histoire naturelle proprement dite4 ,peut-tre mme y aurait-il lieu revenir1 jusqu' un certain point1 sur la notion philosophique fondamentale1 qui me semble faire1 d'une telle proprit1 un attribut trop exclusif de l'organisme animal1 lequel1 dans toute hypothse1 en demeurerait nanmoins plus minemment susceptible1 en vertu de sa beaucoup plus grande souplesse4 ,en effet1 il n'y a pas jusqu'aux appareils purement inorganiques1 comme j'ai dj eu occasion de l'indiquer au volume prcdent1 l'gard des phnomnes du son1 qui ne comportent spontanment une plus facile reproduction des mmes actes1 d'aprs une ritration convenablement prolonge et suffisamment rgulire2 ce qui est bien le caractre essentiel de l'habitude animale1 surtout quand on se borne l'envisager dans les fonctions qui dpendent de l'irritabilit4 ,d'aprs cet aperu1 que je livre la mditation des biologistes1 et qui1 s'il est admis1 constituerait le point de vue le plus gnral ce sujet1 la loi de l'habitude pourrait tre1 en principe1 scientifiquement rattache la loi universelle de l'inertie1 telle que l'entendent les gomtres dans la thorie positive du mouvement et de l'quilibre4 ,en considrant maintenant les phnomnes communs l'irritabilit et la sensibilit sous le second aspect fondamental ci-dessus indiqu1 c'est--dire1 quant leur degr d'activit1 les physiologistes ont examiner les deux termes extrmes d'une action exagre et d'une action insuffisante1 aprs lesquels vient se placer l'tat normal intermdiaire1 d'une action convenablement modre4 ,un tel ordre est dtermin par cette vidente prescription de la logique positive1 qui1 dans un sujet quelconque1 interdit tout espoir d'entreprendre avec succs l'tude rationnelle des cas intermdiaires1 tant que les cas extrmes qui les comprennent n'ont pas t d'abord bien examins4 ,le besoin d'exercer les facults est certainement le plus gnral et le plus important de tous ceux qui appartiennent la vie animale proprement dite4 ,on peut mme dire strictement qu'il les comprend tous1 si l'on carte rigoureusement ce qui n'est relatif qu' la vie organique1 soit pour la nutrition ou pour la reproduction3 la seule existence d'un organe animal suffit faire natre aussitt une telle sollicitation4 ,nous verrons1 dans le volume suivant1 que cette considration constitue directement l'une des bases principales que la physique sociale doive emprunter la physiologie individuelle4 ,malheureusement1 cette tude positive est jusqu'ici trs imparfaite1 envers la plupart des fonctions animales et relativement chacun des trois degrs gnraux d'activit qu'il faut y distinguer4 ,c'est elle que se rapporte surtout l'analyse exacte des phnomnes si varis du plaisir et de la douleur1 soit au physique ou au moral4 ,le cas du dfaut a t encore moins bien tudi que celui de l'excs2 et1 cependant1 son examen scientifique n'a pas1 sans doute1 une moindre importance1 cause de la thorie de l'ennui1 dont la considration est si capitale1 en physique sociale1 non-seulement pour un tat de civilisation trs perfectionn1 mais mme aux poques les plus grossires1 o l'ennui constitue certainement1 suivant la remarque trs judicieuse1 quoiqu'en apparence paradoxale1 de l'ingnieux ,georges ,leroy1 l'un des premiers mobiles de l'volution sociale1 comme je l'expliquerai plus tard4 ,quant au degr intermdiaire1 qui caractrise la sant1 le bien-tre1 et finalement le bonheur1 il ne saurait tre convenablement trait1 tant que l'analyse des deux prcdens demeurera aussi imparfaite4 ,la physiologie actuelle ne prsente1 cet gard1 d'autre point de doctrine nettement tabli que le principe gnral1 dj trs lumineux en lui-mme1 qui prescrit de ne point envisager ce degr normal d'une manire absolue1 mais en le subordonnant toujours l'nergie intrinsque des facults correspondantes2 comme la raison vulgaire l'avait d'avance suffisamment reconnu1 quelque difficult que les hommes prouvent d'ailleurs se conformer1 dans la pratique sociale1 ce prcepte vident1 par la tendance irrflchie de chacun riger sa propre individualit en type ncessaire de l'espce entire4 ,il ne nous reste plus qu' signaler sommairement le troisime ordre de considrations fondamentales communes aux divers phnomnes lmentaires d'irritabilit et de sensibilit1 c'est--dire1 l'tude gnrale de l'association des fonctions animales4 ,ce sujet capital doit d'abord tre dcompos en deux parties essentielles1 d'aprs une distinction trs importante1 primitivement introduite par ,barthez1 quoique avec un caractre trop vague1 entre les sympathies proprement dites1 sur lesquelles ,bichat a suffisamment attir l'attention des physiologistes1 et ce que ,barthez a trs bien caractris sous le nom de synergies1 dont la considration est aujourd'hui beaucoup trop nglige4 ,la diffrence fondamentale entre ces deux sortes d'association vitale correspond essentiellement celle de l'tat normal l'tat pathologique2 car1 il y a synergie toutes les fois que deux organes concourent simultanment l'accomplissement rgulier d'une fonction quelconque1 tandis que toute sympathie suppose1 au contraire1 une certaine perturbation1 momentane ou persistante1 partielle ou plus ou moins gnrale1 qu'il s'agit de faire cesser par l'intervention d'un organe non affect primitivement4 ,ces deux modes d'association physiologique sont1 aussi videmment l'un que l'autre1 exclusivement propres1 par leur nature1 la vie animale1 c'est--dire1 aux phnomnes d'irritabilit et ceux de sensibilit4 ,s'ils paraissent1 en certains cas1 pouvoir galement appartenir la vie organique1 une analyse plus approfondie montrera toujours que c'est uniquement cause de l'influence fondamentale des actes animaux sur les actes organiques3 l'conomie vgtale ne comporte certainement ni synergies1 ni sympathies1 puisqu'elle prsente1 vrai dire1 les phases conscutives d'une fonction ncessairement unique1 au lieu du concours simultan1 accidentel ou rgulier1 de fonctions vraiment distinctes4 ,malgr l'minent service rendu par ,bichat en introduisant irrvocablement1 dans le systme habituel des spculations biologiques1 l'tude gnrale des sympathies1 jusqu'alors attribue aux seuls mdecins1 il faut reconnatre1 sous ce rapport1 que sa vicieuse thorie des forces vitales a exerc une trs fcheuse influence sur les notions fondamentales de ces importans phnomnes4 ,nanmoins1 on peut regarder cette tude comme tant dj essentiellement institue sur ses vritables bases rationnelles1 puisque les physiologistes paraissent aujourd'hui s'accorder unanimement1 en principe1 voir1 dans le systme nerveux1 l'agent ncessaire de toute sympathie2 ce qui doit constituer le premier fondement d'une thorie positive sur ce sujet1 qui commence sortir ainsi du vague effrayant o il tait jusqu'alors envelopp4 ,quant la formation effective de cette thorie difficile1 elle est videmment peine bauche1 malgr les faits nombreux1 mais incohrens1 que la science possde cet gard4 ,l'tude des synergies1 qui1 par sa nature1 est beaucoup plus simple et surtout bien mieux circonscrite1 ne prsente pas rellement encore un caractre scientifique plus satisfaisant1 soit qu'il s'agisse de l'association mutuelle des divers mouvemens1 ou de celle des diffrens modes de sensibilit1 ou enfin de l'association plus gnrale et plus complexe entre les phnomnes de sensibilit et les phnomnes d'irritabilit4 ,et cependant1 ce beau sujet1 en lui attribuant toute son extension philosophique1 conduit sans doute directement la thorie la plus capitale que puisse finalement prsenter la physiologie positive1 celle de l'unit fondamentale de l'organisme animal1 rsultat ncessaire d'une exacte harmonie entre les diverses fonctions principales1 du moins si l'on combine1 d'une manire convenable1 avec cette notion d'quilibre mutuel1 celle1 ci-dessus indique1 du degr normal de chaque facult lmentaire4 ,c'est l qu'il faut exclusivement chercher la saine thorie du moi1 si absurdement dnature aujourd'hui par les vaines rveries des mtaphysiciens2 puisque le sentiment gnral du moi est certainement dtermin par un tel quilibre1 dont les perturbations1 au-del des limites normales1 l'altrent si profondment dans un grand nombre de maladies4 ,telles sont les principales considrations philosophiques que je devais ici prsenter sommairement1 pour caractriser1 d'une manire conforme l'esprit de ce trait1 l'tat gnral de la physiologie animale proprement dite1 rduite ses lmens les plus essentiels4 ,afin de complter maintenant cet examen fondamental de la philosophie biologique1 il nous reste enfin envisager1 dans la leon suivante1 la partie de la science physiologique1 beaucoup plus imparfaite encore1 mais offrant nanmoins dj un incontestable commencement de positivit1 qui concerne l'tude directe des fonctions affectives et intellectuelles2 d'o rsulte la transition ncessaire et immdiate de la physiologie individuelle la physique sociale1 comme la physiologie purement vgtative constitue1 d'aprs la leon prcdente1 le lien gnral entre la philosophie inorganique et la philosophie organique3 conformment au double principe d'unit de mthode et d'homogne continuit de doctrine1 que je m'efforce d'tablir dans cet ouvrage1 et qui permettra dsormais d'envisager1 sous un point de vue vraiment systmatique et la fois pleinement positif1 l'ensemble de la philosophie naturelle tout entire1 depuis les plus simples notions mathmatiques jusqu'aux plus hautes spculations sociales4 ,,quarante-,,cinqui,,me ,,le,,on4 ,considrations gnrales sur l'tude positive des fonctions intellectuelles et morales1 ou crbrales4 ,sans remonter1 dans l'histoire gnrale de l'esprit humain1 au-del de la grande poque de ,descartes1 si hautement caractrise par la premire tentative directe pour la formation d'un systme complet de philosophie positive1 on doit remarquer que ce puissant rnovateur1 quelle que ft son audacieuse nergie1 n'avait pu lui-mme s'lever assez au-dessus de son sicle pour concevoir sa mthode fondamentale dans son entire extension logique1 en osant y assujtir aussi1 du moins en principe1 la partie de la physiologie qui se rapporte aux phnomnes intellectuels et moraux4 ,en analysant le dveloppement graduel de ses principales conceptions philosophiques1 d'aprs la hirarchie rationnelle que j'ai tablie entre les diverses classes essentielles des phnomnes naturels1 il est ais de reconnatre1 en effet1 que telle fut1 en gnral1 la vritable barrire devant laquelle vint s'teindre l'essor incomplet de sa rformation projete4 ,aprs avoir1 comme il le devait1 institu d'abord une vaste hypothse mcanique sur la thorie fondamentale des phnomnes les plus simples et les plus universels1 il tendit successivement le mme esprit philosophique aux diffrentes notions lmentaires relatives au monde inorganique1 et y subordonna finalement aussi l'tude des principales fonctions physiques de l'organisme animal4 ,mais son impulsion rformatrice s'arrta brusquement en arrivant aux fonctions affectives et intellectuelles1 dont il constitua formellement l'tude spciale en apanage exclusif de la philosophie mtaphysico-thologique1 laquelle il s'effora vainement de donner1 sous ce rapport1 une sorte de vie nouvelle1 quoique1 par une action plus efficace1 parce qu'elle tait progressive1 il en et dj sap1 d'une manire irrvocable1 les premiers fondemens scientifiques#dd4 ,le grand ouvrage de ,mallebranche1 qui fut1 sous ce rapport1 le principal interprte de ,descartes1 peut nous donner aujourd'hui une exacte reprsentation de cette premire constitution radicalement contradictoire de la philosophie moderne1 continuant d'appliquer1 aux parties les plus compliques du systme intellectuel1 des mthodes dont elle proclame l'inanit ncessaire l'gard des sujets les plus simples4 ,note #dd3 ,rien ne caractrise mieux peut-tre la pnible situation fondamentale de l'esprit de ,descartes1 c'est--dire la lutte continue entre la tendance positive qui lui tait si minemment propre et les entraves thologico-mtaphysiques imposes par son poque1 que la conception paradoxale laquelle il fut1 selon moi1 trs naturellement conduit1 sur l'intelligence et l'instinct des animaux4 ,voulant restreindre1 autant qu'il le croyait possible1 l'empire de l'ancienne philosophie1 et ne pouvant concevoir cependant l'extension de sa mthode fondamentale un tel ordre de phnomnes1 il prit l'audacieux parti d'en nier systmatiquement l'existence1 par sa clbre hypothse de l'automatisme animal4 ,une fois arriv l'homme1 l'vidente impossibilit d'y appliquer le mme expdient philosophique1 le fora de capituler1 en quelque sorte1 avec la mtaphysique et la thologie1 en leur abandonnant1 ou plutt en leur maintenant1 par une espce de trait formel1 cette dernire partie de leurs attributions primitives4 ,on concevrait difficilement comment1 une telle poque1 il et t possible de procder autrement4 ,quels qu'aient t les graves inconvniens rels de cette singulire thorie automatique1 il importe de noter que c'est prcisment pour la rfuter que les physiologistes1 et surtout les naturalistes du sicle dernier1 furent graduellement conduits dtruire directement la vaine sparation fondamentale que ,descartes avait ainsi tent d'tablir entre l'tude de l'homme et celle des animaux1 ce qui a finalement amen1 de nos jours1 l'entire et irrvocable limination de toute philosophie thologique on mtaphysique chez les intelligences les plus avances4 ,ainsi1 cette trange conception n'a t1 comme on voit1 nullement inutile1 en ralit1 au progrs gnral de l'esprit humain dans les derniers temps4 ,il tait indispensable ici de caractriser sommairement cette situation primitive1 parce qu'elle est essentiellement reste la mme pendant le cours des deux derniers sicles1 malgr les immenses progrs des diverses tudes positives1 qui ne faisaient qu'en prparer graduellement l'invitable transformation gnrale4 ,l'cole de ,borrhaave1 laquelle1 comme je l'ai expliqu1 devait choir1 en physiologie1 le dveloppement spcial de la pense de ,descartes1 respecta toujours1 dans son entire plnitude1 cette vaine sparation fondamentale1 telle que ,descartes l'avait tablie4 ,on peut ainsi concevoir sans peine comment l'tude des phnomnes intellectuels et moraux1 systmatiquement abandonne1 ds l'origine immdiate de la philosophie moderne1 la mthode mtaphysique1 a d rester1 jusqu' notre sicle1 tout--fait en dehors du grand mouvement scientifique1 qui a toujours t essentiellement domin1 sous le point de vue philosophique1 par la puissante impulsion primitive que ,descartes avait imprime l'ensemble de l'esprit humain4 ,pendant tout cet intervalle1 l'action croissante de l'esprit positif1 d'aprs le dveloppement graduel de la saine biologie1 n'a t1 sous ce rapport1 que simplement critique2 soit par des attaques directes sur l'vidente inefficacit des tudes mtaphysiques1 soit surtout par le contraste dcisif que devait spontanment offrir l'unanime conciliation des naturalistes sur des points de doctrine relle1 chaque jour plus tendus et plus essentiels1 oppose aux vaines contentions perptuelles des divers mtaphysiciens1 argumentant encore1 depuis ,platon1 sur les premiers lmens de leur prtendue science4 ,quelque indispensable qu'ait t cette raction prliminaire1 il importe de ne point mconnatre son vrai caractre1 et de ne pas oublier que la critique s'exera toujours sur les rsultats seulement1 sans jamais cesser d'admettre1 en principe1 la lgitime suprmatie de la philosophie mtaphysique dans l'tude de l'homme intellectuel et moral1 conformment au partage institu par ,descartes3 on peut le vrifier jusque chez ,cabanis1 malgr son mancipation plus avance4 ,c'est uniquement de nos jours que la science moderne1 par l'organe de l'illustre ,gall1 osant enfin1 pour la premire fois1 contester directement cette philosophie sa comptence relle dans ce dernier reste de son ancien domaine1 s'est sentie assez prpare pour passer1 cet gard1 comme elle l'avait dj fait tous les autres plus simples1 de l'tat critique l'tat organique1 en s'efforant1 son tour1 de traiter sa manire la thorie gnrale des plus hautes fonctions vitales4 ,quelque imparfaite qu'ait d tre cette premire tentative fondamentale du gnie positif1 dans un sujet aussi profondment difficile1 il est aujourd'hui incontestable qu'elle a mis dfinitivement la physiologie en pleine possession de cet indispensable complment de ses attributions ncessaires4 ,soumise dj1 depuis un tiers de sicle1 aux preuves les plus dcisives1 cette doctrine nouvelle a manifest1 de la manire la moins quivoque1 tous les symptmes rels qui peuvent garantir l'indestructible vitalit des conceptions scientifiques4 ,ni les vains efforts d'un despotisme nergique1 seconds par la honteuse condescendance de quelques savans fort accrdits#de1 ni les sarcasmes phmres de l'esprit littraire et mtaphysique1 ni mme la frivole irrationnalit de la plupart des essais tents par les imitateurs de ,gall1 n'ont pu empcher1 pendant les trente dernires annes1 l'accroissement rapide et continu1 dans toutes les parties du monde savant1 du nouveau systme d'tudes de l'homme intellectuel et moral4 quels autres signes voudrait-on reconnatre le succs progressif d'une heureuse rvolution philosophique8 ,note #de3 ,en sa qualit de lgislateur rtrograde1 ,bonaparte devait naturellement s'opposer1 comme il le fit1 au dveloppement naissant d'une doctrine aussi profondment constitue en hostilit directe avec la philosophie thologique1 dont il entreprenait la vaine restauration politique4 ,son caractre minemment thtral pouvait d'ailleurs lui inspirer spontanment une rpugnance personnelle contre tout ce qui tend perfectionner1 au profit du public1 l'art difficile de juger les hommes d'aprs des signes irrcusables4 ,la thorie positive des fonctions affectives et intellectuelles est donc irrvocablement conue comme devant dsormais consister dans l'tude1 la fois exprimentale et rationnelle1 des divers phnomnes de sensibilit intrieure propres aux ganglions crbraux dpourvus de tout appareil extrieur immdiat1 ce qui ne constitue qu'un simple prolongement gnral de la physiologie animale proprement dite1 ainsi tendue jusqu' ses dernires attributions fondamentales4 ,suivant nos principes de hirarchie scientifique1 nous pouvons aisment concevoir pourquoi cette dernire partie essentielle de la science physiologique n'a d ncessairement qu'aprs toutes les autres commencer passer l'tat positif1 puisqu'elle se rapporte videmment aux phnomnes les plus compliqus et les plus spciaux de l'conomie animale1 outre leur relation plus directe avec les considrations sociales1 qui devait aussi entraver particulirement leur tude4 ,elle ne pouvait tre aborde1 avec quelque espoir d'un succs vraiment capital1 que lorsque les principales conceptions scientifiques relatives la vie organique1 et ensuite les notions les plus lmentaires de la vie animale1 auraient d'abord t au moins bauches3 en sorte que ,gall ne pouvait venir qu'aprs ,bichat2 et l'on devrait bien plutt s'tonner qu'il l'ait suivi d'aussi prs1 si la maturit d'une telle opration philosophique ne l'expliquait suffisamment4 ,les diffrences capitales d'un tel ordre de phnomnes physiologiques avec les prcdens1 leur importance plus directe et plus frappante1 et surtout l'imperfection beaucoup plus grande de leur tude actuelle1 me paraissent constituer un ensemble de motifs assez prononc pour autoriser1 du moins provisoirement1 riger ce nouveau corps de doctrine en une troisime partie gnrale de la physiologie1 jusqu' ce qu'une tude mieux caractrise de la physiologie organique1 et une conception plus philosophique du systme de la physiologie animale1 permettent de placer enfin ce genre de recherches dans sa vritable position encyclopdique1 c'est--dire1 comme une simple subdivision de la physiologie animale4 ,mais1 tout en le concevant ainsi distinctement1 afin d'en faciliter aujourd'hui le dveloppement#df1 il ne faut jamais perdre de vue l'intime subordination fondamentale de cette troisime sorte de physiologie la physiologie animale proprement dite1 dont1 par sa nature1 elle diffre ncessairement beaucoup moins que celle-ci ne diffre de la simple physiologie organique ou vgtative4 ,note #df3 ,je ne crois pas devoir me refuser employer ici le nom1 dj usit1 de phrnologie1 introduit dans la science par ,spurzheim1 quoique ,gall s'en soit sagement abstenu1 mme aprs l'avoir vu admettre4 ,mais je ne m'en servirai jamais qu' ces deux indispensables conditions1 trop mconnues aujourd'hui du vulgaire des phrnologistes3 #a qu'on n'entendra point dsigner ainsi une science faite1 mais une science entirement faire1 dont les principes philosophiques ont t jusqu'ici seuls convenablement tablis par ,gall2 #b qu'on ne prtendra point cultiver cette tude isolment du reste de la physiologie animale4 ,sans de telles prcautions1 scrupuleusement maintenues1 l'tude positive de l'homme intellectuel et moral s'carterait bientt de l'esprit minemment philosophique qui a prsid sa premire institution dans le gnie de son illustre fondateur4 ,c'est pourquoi je prfrerai souvent la dnomination1 moins rapide sans doute1 mais1 mon gr1 beaucoup plus rationnelle1 de physiologie phrnologique1 laquelle je me suis ainsi trouv spontanment conduit4 ,dans l'tat prsent de l'esprit humain1 il devient heureusement superflu de discuter ici1 d'une manire spciale1 l'impuissance ncessaire de la mthode mtaphysique pour l'tude relle des phnomnes intellectuels et moraux1 et l'indispensable obligation d'y transporter convenablement la mthode positive4 ,outre que cette critique prliminaire a t faite par ,gall avec une force et une nettet vraiment admirables1 il ne peut jamais s'tablir1 proprement parler1 de controverse directe entre deux mthodes radicalement opposes1 puisque toute vritable discussion suppose indispensablement des principes communs4 ,une mthode ne fait en ralit que se substituer graduellement une autre1 sans aucune discussion formelle1 par suite de leur libre concurrence effective1 assez prononce pour avoir permis l'esprit humain de manifester une irrvocable prfrence en faveur de celle qui aura finalement le mieux dirig les recherches correspondantes4 ,cette transformation est aujourd'hui essentiellement opre dans le sujet que nous considrons1 chez tous les penseurs vraiment au niveau de leur sicle4 ,nous sommes donc dispenss de nous arrter ici aucun parallle spcial entre la phrnologie et la psychologie4 ,ce grand procs philosophique est dsormais irrvocablement jug1 et les mtaphysiciens ont pass de l'tat de domination au simple tat de protestation1 du moins dans le monde savant1 qui n'aurait point s'inquiter de cette impuissante opposition1 signe infaillible de leur dcrpitude1 si elle n'entravait beaucoup le dveloppement actuel de la raison publique4 ,l'analyse historique indique au commencement de ce chapitre suffirait seule d'ailleurs1 auprs des bons esprits1 dissiper toute incertitude1 s'il pouvait en exister encore1 sur le caractre dfinitif du triomphe de l'cole positive4 ,car1 la rpartition primitive du systme intellectuel entre la mthode positive et la mthode mtaphysique1 telle que ,descartes l'avait institue1 et qui sert aujourd'hui de base principale aux prtentions de nos psychologues1 n'est certainement qu'une indispensable concession que ce grand rnovateur ne put1 son insu1 s'abstenir de faire l'esprit gnral de son sicle1 et l'irrsistible influence de sa propre ducation4 ,un tel antagonisme radical ne saurait1 videmment1 constituer l'tat normal de la raison humaine2 comme l'a trs bien senti1 sa manire1 le plus profond1 penseur de l'cole mtaphysico-thologique1 l'illustre de ,maistre1 le seul philosophe rtrograde qui1 de nos jours1 ait os placer l'ensemble de la question fondamentale sur son vritable terrain1 en ne craignant point de nier directement toute suprmatie relle de la mthode positive dans les sujets mme o elle domine le plus librement depuis long-temps1 et qu'il voulait remettre sous l'antique prpondrance de la philosophie thologique1 sans s'arrter seulement la mtaphysique1 dont il avait bien compris le caractre purement transitoire4 ,c'est jusque l1 en effet1 que devraient reculer les psychologues1 si leur nature quivoque ne leur tait point la facult d'tre pleinement consquents dans le dveloppement de leurs vaines prtentions4 ,l'vidente absurdit d'une telle issue1 montre clairement que le fameux partage opr par ,descartes n'a pu avoir d'autre efficacit essentielle que de procurer la mthode positive la libert ncessaire sa formation graduelle1 jusqu' ce que sa constitution ft devenue assez complte pour lui permettre de s'emparer enfin du seul sujet qui lui et d'abord t interdit1 ce qui n'est devenu possible que dans notre sicle1 comme je viens de l'expliquer4 ,mais depuis que la philosophie moderne a ainsi commenc conqurir les tudes morales et intellectuelles1 rien ne saurait certainement l'y faire renoncer1 pas mme l'abdication volontaire de ceux qui la cultivent2 car1 il serait sans doute hors de leur pouvoir de recommencer1 en sens inverse1 la srie des principales transformations successivement accomplies dans l'esprit humain pendant le cours des deux derniers sicles4 ,ainsi1 le triomphe1 dsormais irrvocable1 de la mthode positive1 doit aujourd'hui dispenser essentiellement de toute dmonstration directe1 si ce n'est titre d'enseignement1 de sa supriorit ncessaire sur la mthode mtaphysique l'gard d'un tel sujet4 ,toutefois1 afin de mieux caractriser1 par un lumineux contraste1 le vritable esprit gnral de la physiologie phrnologique1 il ne sera pas inutile ici d'analyser trs sommairement les vices fondamentaux de la prtendue mthode psychologique1 mais envisage seulement en ce qu'elle a de commun aux principales coles actuelles1 c'est--dire ce qu'on nomme l'cole franaise1 l'cole allemande1 et enfin1 la moins consistante et aussi la moins absurde de toutes1 l'cole cossaise2 en tant du moins qu'on peut concevoir aucune vritable cole dans une philosophie qui1 par sa nature1 doit engendrer autant d'opinions inconciliables qu'elle rencontre d'adeptes dous de quelque imagination4 ,on peut d'ailleurs s'en rapporter pleinement ces diverses sectes pour la mutuelle rfutation de leurs diffrences les plus profondes4 ,quant leur vain principe fondamental de l'observation intrieure1 considr en lui-mme1 il serait certainement superflu de rien ajouter ici ce que j'ai dj suffisamment indiqu1 au commencement de ce trait1 pour faire directement ressortir la profonde absurdit que prsente la seule supposition1 si videmment contradictoire1 de l'homme se regardant penser4 ,dans un ouvrage qui exera1 il y a quelques annes1 une heureuse raction contre la dplorable manie psychologique qu'un fameux sophiste avait momentanment russi inspirer la jeunesse franaise1 ,m4 ,broussais a d'ailleurs trs judicieusement remarqu1 ce sujet1 qu'une telle mthode1 en la supposant possible1 devait tendre rtrcir extrmement l'tude de l'intelligence1 en la limitant1 de toute ncessit1 au seul cas de l'homme adulte et sain1 sans aucun espoir d'clairer jamais une doctrine aussi difficile par la comparaison des diffrens ges1 ni par la considration des divers tats pathologiques1 unanimement reconnues nanmoins l'une et l'autre comme d'indispensables auxiliaires des plus simples recherches sur l'homme4 ,mais1 en prolongeant la mme rflexion1 on doit tre surtout frapp de l'interdiction absolue qui se trouve ainsi invitablement jete sur toute tude intellectuelle ou morale relative aux animaux1 de la part desquels les psychologues n'attendent sans doute aucune observation intrieure4 ,ne semble-t-il pas trange que des philosophes qui ont laborieusement amoindri1 d'une manire aussi prononce1 cet immense sujet1 se montrent si disposs reprocher sans cesse l'esprit de leurs adversaires le dfaut d'tendue et d'lvation8 ,le cas des animaux a toujours constitu le principal cueil devant lequel toutes les thories psychologiques sont venues successivement tmoigner1 d'une manire irrcusable1 leur impuissance radicale1 depuis que les naturalistes ont forc les mtaphysiciens renoncer enfin au singulier expdient imagin par ,descartes1 et reconnatre1 plus ou moins explicitement1 que les animaux1 du moins dans la partie suprieure de l'chelle zoologique1 manifestent1 en ralit1 la plupart de nos facults affectives et mme intellectuelles1 avec de simples diffrences de degr2 ce que personne aujourd'hui n'oserait plus nier1 et ce qui suffirait1 abstraction faite de toute autre considration1 dmontrer pleinement l'absurdit ncessaire de ces vaines conceptions4 ,en revenant aux premires notions du bon sens philosophique1 il est d'abord vident qu'aucune fonction ne saurait tre tudie que relativement l'organe qui l'accomplit1 ou quant aux phnomnes de son accomplissement2 et1 en second lieu1 que les fonctions affectives1 et surtout les fonctions intellectuelles1 prsentent1 par leur nature1 sous ce dernier rapport1 ce caractre particulier1 de ne pouvoir pas tre directement observes pendant leur accomplissement mme1 mais seulement dans ses rsultats plus ou moins prochains et plus ou moins durables4 ,il n'y a donc que deux manires distinctes de considrer rellement un tel ordre de fonctions3 ou en dterminant1 avec toute la prcision possible1 les diverses conditions organiques dont elles dpendent1 ce qui constitue le principal objet de la physiologie phrnologique2 ou en observant directement la suite effective des actes intellectuels et moraux1 ce qui appartient plutt l'histoire naturelle proprement dite1 telle que je l'ai caractrise dans la quarantime leon3 ces deux faces insparables d'un sujet unique tant d'ailleurs toujours conues de faon s'clairer mutuellement4 ,ainsi envisage1 cette grande tude se trouve indissolublement lie1 d'une part1 l'ensemble des parties antrieures de la philosophie naturelle1 et plus spcialement aux doctrines biologiques fondamentales1 d'une autre part1 l'ensemble de l'histoire relle1 tant des animaux que de l'homme et mme de l'humanit4 ,mais1 lorsque1 au contraire1 on carte radicalement du sujet1 par la prtendue mthode psychologique1 et la considration de l'agent1 et celle de l'acte1 quel aliment pourrait-il rester l'esprit1 sinon une inintelligible logomachie1 o des entits purement nominales se substituent sans cesse aux phnomnes rels1 suivant le caractre fondamental de toute conception mtaphysique8 ,l'tude la plus difficile se trouve tre ainsi directement constitue en tat d'isolement profond1 sans aucun point d'appui possible dans les sciences plus simples et plus parfaites1 sur lesquelles on prtend1 au contraire1 la faire majestueusement rgner4 ,malgr leurs extrmes divergences1 tous les psychologues s'accordent sous ce double rapport4 ,rien ne saurait1 mon gr1 mieux caractriser1 cet gard1 la spontanit de leur tendance invitable1 que l'analyse judicieuse des travaux de ,tracy1 qui1 de tous les mtaphysiciens1 fut nanmoins incontestablement le plus rapproch jusqu'ici de l'tat positif1 et qui d'ailleurs manifesta toujours une disposition minemment progressive et une admirable candeur philosophique1 trop rares l'une et l'autre aujourd'hui chez de tels esprits4 ,aprs avoir proclam1 en commenant son ouvrage1 et probablement sous l'influence indirecte du milieu intellectuel o il vivait1 que l'idologie est une partie de la zoologie1 sa nature mtaphysique reprend bientt le dessus1 et le conduit annuller immdiatement ce lumineux principe1 qu'il n'aurait pu suivre1 en se htant d'tablir aussitt1 comme maxime fondamentale1 que cette idologie constitue une science primitive1 indpendante de toutes les autres1 et destine mme les diriger1 ce qui la fait ncessairement rentrer dans les voies ordinaires de l'aberration mtaphysique2 au point de recommander hautement l'enseignement de l'idologie1 ds la premire adolescence1 comme la base indispensable de toute ducation rationnelle3 en sorte que1 contre son intention1 il rtrogradait ainsi rellement en-de de l'ancienne discipline scolastique1 qui1 dans la construction gnrale du cours officiel de philosophie1 avait au moins plac1 depuis long-temps1 quelques tudes mathmatiques et physiques avant les tudes mtaphysiques proprement dites4 ,cependant la bonne foi et la clart parfaites qui distinguent le trait de ,tracy1 rendront toujours son ouvrage trs prcieux sous le point de vue historique1 et lui assurent mme1 par comparaison1 une vritable utilit actuelle1 en ce qu'il prsente1 plus nu qu'aucun autre1 soit pour la science ou pour l'art logique1 l'vidente inanit ncessaire de la prtendue mthode psychologique ou idologique4 ,la mtaphysique s'y trouve radicalement discrdite par un mtaphysicien1 qui a cru en tre sorti1 parce qu'il avait eu cette ferme intention1 dont toute l'efficacit relle a t essentiellement borne un simple changement de dnomination4 ,la psychologie ou idologie1 considre maintenant1 non plus quant la mthode1 dsormais assez examine1 mais directement quant la seule doctrine1 nous prsente d'abord une aberration fondamentale1 essentiellement commune toutes les sectes1 par une fausse apprciation des rapports gnraux entre les facults affectives et les facults intellectuelles4 ,quoique la prpondrance de ces dernires ait t conue1 sans doute1 d'aprs des thories fort divergentes1 tous les diffrens mtaphysiciens se sont nanmoins accords la proclamer comme leur point de dpart principal4 ,l'esprit est devenu le sujet peu prs exclusif de leurs spculations1 et les diverses facults affectives y ont t presque entirement ngliges1 et toujours subordonnes d'ailleurs l'intelligence4 ,or1 une telle conception reprsente prcisment l'inverse de la ralit1 non-seulement pour les animaux1 mais aussi pour l'homme4 ,car l'exprience journalire montre1 au contraire1 de la manire la moins quivoque1 que les affections1 les penchans1 les passions#dg1 constituent les principaux mobiles de la vie humaine2 et que1 loin de rsulter de l'intelligence1 leur impulsion spontane et indpendante est indispensable au premier veil et au dveloppement continu des diverses facults intellectuelles1 en leur assignant un but permanent1 sans lequel1 outre le vague ncessaire de leur direction gnrale1 elles resteraient essentiellement engourdies chez la plupart des hommes4 ,il n'est mme que trop certain que les penchans les moins nobles1 les plus animaux1 sont habituellement les plus nergiques1 et1 par suite1 les plus influens4 ,l'ensemble de la nature humaine est donc trs infidlement retrac par ces vains systmes1 qui1 lorsqu'ils ont eu quelque gard aux facults affectives1 les ont vaguement rattaches un principe unique1 la sympathie1 et surtout l'gosme1 toujours suppos dirig par l'intelligence4 ,c'est ainsi que l'homme a t reprsent1 contre l'vidence1 comme un tre essentiellement raisonneur1 excutant continuellement1 son insu1 une multitude de calculs imperceptibles1 sans presque aucune spontanit d'action1 mme ds la plus tendre enfance4 ,un motif trs respectable a beaucoup contribu1 sans doute1 au maintien de cette fausse notion1 d'aprs la considration incontestable que c'est surtout par l'intelligence que l'homme peut tre modifi et perfectionn4 ,mais la science exige1 avant tout1 la ralit des conceptions1 abstraction faite de leur convenance3 et c'est toujours mme cette ralit1 qui devient la base ncessaire de leur utilit effective4 ,toutefois1 sans mconnatre l'influence secondaire d'une telle intention1 on peut aisment constater que deux causes purement philosophiques1 indpendantes d'aucune vue d'application1 et directement inhrentes la nature de la mthode1 ont essentiellement conduit les divers mtaphysiciens cette hypothtique suprmatie de l'intelligence4 ,la premire consiste dans la vaine dmarcation fondamentale que les mtaphysiciens ont t1 comme nous l'avons vu1 forcs d'tablir entre les animaux et l'homme1 et qui n'et pu certainement subsister en reconnaissant la prpondrance relle des facults affectives sur les facults intellectuelles1 ce qui et aussitt limin la diffrence idale que l'on supposait exister entre la nature animale et la nature humaine4 ,en second lieu1 une cause plus directe1 plus intime1 et plus gnrale de cette grande aberration est rsulte de la stricte obligation o devaient tre les mtaphysiciens de conserver1 par un principe unique ou du moins souverain1 ce qu'ils ont appel l'unit du moi1 afin de correspondre la rigoureuse unit de l'me1 qui leur tait ncessairement impose par la philosophie thologique1 dont il ne faut jamais oublier que la mtaphysique n'est qu'une simple transformation finale1 si l'on veut rellement comprendre la marche historique de l'esprit humain4 ,mais1 les savans positifs1 qui ne s'assujtissent d'avance aucune autre obligation intellectuelle que de voir1 sans aucune entrave1 le vritable tat des choses1 et de le reproduire1 avec une scrupuleuse exactitude1 dans leurs thories1 ont reconnu1 au contraire1 d'aprs l'exprience universelle1 que1 loin d'tre unique1 la nature humaine est1 en ralit1 minemment multiple1 c'est--dire sollicite presque toujours en divers sens par plusieurs puissances trs distinctes et pleinement indpendantes1 entre lesquelles l'quilibre s'tablit fort pniblement lorsque1 comme chez la plupart des hommes civiliss1 aucune d'elles n'est1 en elle-mme1 assez prononce pour acqurir spontanment une haute prpondrance sur toutes les autres4 ,ainsi1 la fameuse thorie du moi est essentiellement sans objet scientifique1 puisqu'elle n'est destine qu' reprsenter un tat purement fictif4 ,il n'y a1 sous ce rapport1 comme je l'ai dj indiqu la fin de la leon prcdente1 d'autre vritable sujet de recherches positives que l'tude finale de cet quilibre gnral des diverses fonctions animales1 tant d'irritabilit que de sensibilit1 qui caractrise l'tat pleinement normal1 o chacune d'elles1 convenablement tempre1 est en association rgulire et permanente avec l'ensemble des autres1 suivant les lois fondamentales des sympathies et surtout des synergies proprement dites4 ,c'est du sentiment continu d'une telle harmonie1 frquemment trouble dans les maladies1 que rsulte ncessairement la notion1 trs abstraite et trs indirecte1 du moi1 c'est--dire du consensus universel de l'ensemble de l'organisme4 ,les psychologues ont vainement voulu faire de cette ide1 ou plutt de ce sentiment1 un attribut exclusif de l'humanit3 il est videmment la suite ncessaire de toute vie animale proprement dite2 et1 par consquent1 il appartient tout aussi bien aux animaux1 quoiqu'ils n'en puissent disserter3 sans doute1 un chat ou tout autre vertbr1 sans savoir dire je1 ne se prend pas habituellement pour un autre que lui-mme4 ,peut-tre1 d'ailleurs1 chez les animaux suprieurs1 le sentiment de la personnalit est-il encore plus prononc que chez l'homme1 cause de leur vie plus isole3 si cependant on descendait trop loin dans la srie zoologique1 on finirait par atteindre les organismes o la dgradation continue du systme nerveux attnue ncessairement ce sentiment compos1 comme les divers sentimens simples dont il dpend4 ,note #dg3 ,le nom de passion1 si judicieusement synonyme de souffrance1 ne dsigne1 par lui-mme1 que le plus haut degr normal de toute tendance morale1 l'tat le plus rapproch de la manie proprement dite1 o la facult acquerrait assez de prpondrance pour dterminer cette irrsistibilit qui caractrise l'tat anormal4 ,cette qualification gnrale pourrait donc convenir aussi bien aux facults intellectuelles qu'aux facults affectives4 ,mais le peu d'activit intrinsque des premires1 chez la plupart des hommes1 ne permettant presque jamais l'existence de vritables passions intellectuelles1 l'usage a d s'introduire de n'appliquer ce terme qu'aux facults affectives1 seules susceptibles le plus souvent d'une telle exaltation4 ,nanmoins il importe peut-tre la prcision du langage scientifique d'viter dsormais1 autant que possible1 cette dgnration naturelle d'une expression quelquefois indispensable employer dans son entire acception fondamentale4 ,quoique1 par les motifs prcdemment indiqus1 les diverses coles psychologiques ou idologiques aient d s'accorder ngliger essentiellement l'tude intellectuelle et morale des animaux1 heureusement abandonne1 ds l'origine immdiate de la philosophie moderne1 aux seuls naturalistes1 il importe de signaler ici l'influence funeste que les conceptions mtaphysiques ont nanmoins exerce aussi1 sous ce rapport1 d'une manire indirecte1 par leur vague et obscure distinction entre l'intelligence et l'instinct1 tablissant1 de la nature humaine la nature animale1 une idale sparation1 dont les zoologistes ne se sont point encore1 mme aujourd'hui1 suffisamment affranchis4 ,le mot instinct n'a1 en lui-mme1 d'autre acception fondamentale que de dsigner toute impulsion spontane vers une direction dtermine1 indpendamment d'aucune influence trangre3 dans ce sens primitif1 ce terme s'applique videmment l'activit propre et directe d'une facult quelconque1 aussi bien des facults intellectuelles que des facults affectives2 il ne contraste alors nullement avec le nom d'intelligence1 ainsi qu'on le voit si souvent lorsqu'on parle de ceux qui1 sans aucune ducation1 manifestent un talent prononc pour la musique1 pour la peinture1 pour les mathmatiques1 etc4 ,sous ce point de vue1 il y a certainement de l'instinct1 ou plutt des instincts1 tout autant et mme davantage chez l'homme que chez les animaux4 ,en caractrisant1 d'une autre part1 l'intelligence d'aprs l'aptitude modifier sa conduite conformment aux circonstances de chaque cas1 ce qui constitue1 en effet1 le principal attribut pratique de la raison proprement dite1 il est encore vident que1 sous ce rapport1 pas plus que sous le prcdent1 il n'y a lieu d'tablir rellement1 entre l'humanit et l'animalit1 aucune autre diffrence essentielle que celle du degr plus ou moins prononc que peut comporter le dveloppement d'une facult1 ncessairement commune1 par sa nature1 toute vie animale1 et sans laquelle on ne saurait mme en concevoir l'existence3 en sorte que la fameuse dfinition scolastique de l'homme comme animal raisonnable prsente un vritable non-sens1 puisque aucun animal1 surtout dans la partie suprieure de l'chelle zoologique1 ne pourrait vivre sans tre1 jusqu' un certain point1 raisonnable1 proportionnellement la complication effective de son organisme4 ,quoique la nature morale des animaux ait t jusqu'ici bien peu et bien mal explore1 on peut nanmoins reconnatre1 sans la moindre incertitude1 principalement chez ceux qui vivent avec nous en tat de familiarit plus ou moins complte1 et par les mmes moyens gnraux d'observation qu'on emploierait l'gard d'hommes dont la langue et les moeurs nous seraient pralablement inconnues1 que non-seulement ils appliquent1 essentiellement de la mme manire que l'homme1 leur intelligence la satisfaction de leurs divers besoins organiques1 en s'aidant aussi1 lorsque le cas l'exige1 d'un certain degr de langage correspondant la nature et l'tendue de leurs relations2 mais1 en outre1 qu'ils sont pareillement susceptibles d'un ordre de besoins plus dsintress1 consistant dans l'exercice direct des facults animales1 par cela seul qu'elles existent1 et pour l'unique plaisir de les exercer2 ce qui les conduit souvent1 comme les enfans ou les sauvages1 inventer de nouveaux jeux2 et ce qui1 en mme temps1 les rend1 mais un degr beaucoup moindre1 sujets l'ennui proprement dit2 cet tat1 rig mal propos en privilge spcial de la nature humaine1 est quelquefois mme assez prononc1 chez certains animaux1 pour les pousser au suicide1 par suite d'une captivit devenue intolrable4 ,je ne saurais trop recommander1 cet gard1 la lecture approfondie de l'intressant ouvrage de ,georges ,leroy1 celui de tous les vrais observateurs de l'animalit qui me parat avoir le mieux compris la nature morale et intellectuelle des animaux1 considrs en gnral1 sans prjudice de quelques bonnes monographies1 malheureusement trop rares1 limites l'tude spciale de certains genres4 ,on a donc introduit une vaine distinction mtaphysique1 dsavoue par l'examen attentif du monde rel1 lorsque1 dnaturant le sens primordial du mot instinct1 on a dsign ainsi la prtendue tendance fatale des animaux l'excution machinale d'actes uniformment dtermins1 sans aucune modification possible d'aprs les circonstances correspondantes1 et n'exigeant ni mme ne comportant aucune ducation proprement dite4 ,cette supposition gratuite est un reste vident de la fameuse hypothse automatique de ,descartes1 dont j'ai expliqu ci-dessus la vritable filiation philosophique4 ,g4 ,leroy a trs judicieusement dmontr que1 chez les mammifres et les oiseaux1 cette idale fixit dans la construction des habitations1 dans le systme de chasse1 dans le mode de migration1 etc41 n'existait que pour les naturalistes de cabinet1 ou pour les observateurs inattentifs4 ,on doit nanmoins concevoir1 mais alors sous un point de vue ncessairement commun l'homme et aux animaux1 que lorsque1 par une suffisante uniformit de circonstances1 une pratique quelconque1 ayant acquis tout le dveloppement que comporte l'organisme correspondant1 a pu devenir assez profondment habituelle l'individu1 et mme la race1 elle tend1 par cela mme1 se reproduire spontanment1 sans aucune stimulation extrieure2 sauf se modifier ultrieurement1 avec plus ou moins de facilit1 si la situation vient prouver un changement inaccoutum4 ,c'est dans ce sens1 mais dans ce sens seulement1 que l'on peut admettre1 mon gr1 la formule remarquable de ,m4 de ,blainville1 qui me parat offrir une plus exacte reprsentation de la ralit qu'aucune de celles successivement proposes jusqu'ici ce sujet3 l'instinct est la raison fixe2 la raison est l'instinct mobile4 ,entendu d'aucune autre manire1 cet aphorisme ne me semblerait pouvoir conduire1 contre l'intention vidente de son illustre auteur1 qu' une fausse apprciation de la seule diffrence qui puisse rellement exister entre la nature phrnologique des animaux et celle de l'homme1 et qui1 sous cet aspect physiologique comme sous tout autre1 se rduit ncessairement la simple plnitude du dveloppement des facults1 du moins tant qu'on ne sort point de l'ordre gnral des ostozoaires4 ,aprs avoir ainsi suffisamment caractris le vice le plus fondamental commun toutes les diverses doctrines des psychologues ou des idologues1 je croirais m'engager dans des dtails contraires l'esprit de cet ouvrage1 si j'entreprenais ici d'expliquer1 mme d'une manire gnrale1 comment les mtaphysiciens1 toujours domins par leur vaine tendance l'unit1 dans leur tude presque exclusive de l'intelligence1 ont1 en outre1 manqu radicalement la vraie notion essentielle des facults intellectuelles elles-mmes1 auxquelles ils avaient si vicieusement subordonn les facults affectives4 ,c'est seulement en examinant la marche historique du dveloppement de l'esprit humain1 qu'il conviendra d'expliquer1 dans le volume suivant1 comment l'cole franaise1 qui1 malgr les apparences1 fut certainement la mieux systmatique de toutes1 prouvant surtout1 suivant le gnie national1 le besoin de la clart1 s'attacha au seul principe vident qu'elle pt apercevoir en un tel sujet1 c'est--dire1 l'axiome d',aristote1 mais sans admettre l'indispensable restriction si bien formule par ,lebnitz3 d'o toutes les rveries puriles de ,condillac et de ses successeurs sur la sensation transforme1 pour reprsenter les diffrens actes intellectuels comme finalement identiques2 conceptions fantastiques1 qui cartaient compltement toutes les dispositions primordiales par lesquelles1 non-seulement les divers organismes animaux1 mais les divers individus de notre espce se distinguent si nergiquement les uns des autres1 et qui d'ailleurs donnaient mme les plus fausses ides de la simple thorie prliminaire des sensations externes4 ,sous le point de vue dogmatique propre la leon actuelle1 je dois me borner1 cet gard1 renvoyer le lecteur la lumineuse rfutation par laquelle ,gall et ,spurzheim prparrent si bien leurs travaux1 et qui n'exigerait ici aucune nouvelle considration principale3 on y devra surtout remarquer cette belle dmonstration philosophique1 si pleinement satisfaisante1 d'o ils ont conclu que la sensation1 la mmoire1 l'imagination1 et mme le jugement1 enfin toutes les facults scolastiques1 ne sont pas1 en ralit1 des facults fondamentales et abstraites1 mais constituent seulement1 d'une manire directe1 les divers degrs ou modes conscutifs d'un mme phnomne1 propre chacune des vritables fonctions phrnologiques lmentaires1 et ncessairement variable de l'une l'autre1 avec une activit proportionnelle4 ,cette admirable analyse1 en renversant simultanment toutes les diverses thories mtaphysiques1 leur a mme t ce qui seul leur conservait encore quelque crdit1 c'est--dire1 leur critique mutuelle1 faite ainsi dsormais avec beaucoup plus de justesse et d'nergie la fois qu'elle n'avait pu l'tre jusqu'alors par aucune des coles antagonistes4 ,l'cole allemande surtout1 qui1 par le vague absolu de ses inintelligibles doctrines1 n'avait d son ascendant momentan qu' son imparfaite rfutation des aberrations fondamentales de l'cole franaise1 a t ds-lors radicalement prive de toute destination relle1 et s'est effectivement consume depuis en vains efforts pour arrter sa dsorganisation croissante1 mme chez la nation la plus favorablement dispose sa conservation4 ,quoique ce soit assurment un procd trs peu philosophique que d'entreprendre de juger une doctrine quelconque d'aprs la seule considration1 quelque relle qu'elle puisse tre1 des rsultats auxquels doit conduire son application1 au lieu de l'apprcier directement en elle-mme2 nanmoins1 quand une fois cet examen fondamental1 dont rien ne saurait dispenser1 a t convenablement effectu1 il est videmment trs lgitime1 et ordinairement fort utile1 afin d'en mieux faire ressortir les conclusions principales1 de signaler les consquences gnrales de la doctrine propose1 pourvu qu'on en ait d'abord soigneusement cart tout ce qui ne prsenterait rellement qu'un caractre fortuit4 ,or1 une telle preuve indirecte serait1 sans doute1 bien dsavantageuse aux diverses thories psychologiques ou idologiques1 dont la profonde inanit spculative se transformerait malheureusement1 dans la pratique1 en la plus dplorable efficacit1 d'aprs leur universelle prtention la souveraine direction morale de l'humanit4 ,rien n'est plus facile vrifier1 par exemple1 pour ce qu'on appelle l'cole franaise1 celle de toutes qui1 comme je viens de l'indiquer1 prsente rellement les doctrines les plus lies4 ,car1 le clbre trait d',helvtius contient certainement l'application la plus complte et la plus rigoureuse de l'ensemble d'une telle philosophie1 quelques vains efforts qu'on ait souvent tents pour dguiser cette vidente filiation1 en prsentant cet ouvrage comme une sorte de production anomale et fortuite4 ,le double paradoxe de cet ingnieux philosophe1 sur l'galit fondamentale de toutes les intelligences humaines1 en tant que pourvues des mmes sens extrieurs1 et sur l'gosme rig en principe ncessairement unique de toute nature morale proprement dite1 dont il serait superflu de signaler ici l'immense danger1 prsente deux consquences gnrales1 logiquement incontestables1 et d'ailleurs co-relatives1 de la manire profondment vicieuse dont cette mtaphysique concevait1 d'une part1 les facults intellectuelles1 d'une autre part1 les facults affectives4 ,bien loin que ces absurdes hypothses constituent des aberrations isoles et momentanes d'un esprit excentrique1 nous aurons occasion de reconnatre1 dans le volume suivant1 la pernicieuse influence qu'elles ont exerce1 et qu'elles continuent encore d'exercer certains gards1 sous le rapport politique et mme sous le rapport social1 sur les deux gnrations qui ont suivi l'poque de leur dveloppement3 de tels ravages ne sauraient appartenir des erreurs purement accidentelles4 ,mais1 l'cole allemande1 qui a tant insist1 et l'on peut mme dire1 trs juste titre1 tant dclam ce sujet1 ne comporte pas1 son tour1 sous un semblable point de vue1 une apprciation plus favorable4 ,l'ensemble de ses doctrines psychologiques1 qui1 au fond1 n'est certes pas moins erron1 n'est pas surtout moins nuisible1 quoique d'une autre manire1 au perfectionnement rel de l'humanit4 ,dans l'ordre purement intellectuel1 l'idologie franaise conduit aux plus absurdes exagrations sur la puissance illimite de l'ducation1 ce qui a d'ailleurs contribu diriger davantage l'attention gnrale vers ce principal moyen de perfectionnement2 la psychologie allemande reprsente son moi comme essentiellement ingouvernable1 en vertu de la libert vagabonde qui en constitue le caractre fondamental1 et qui ne permet de le concevoir assujti aucune vritable loi4 ,sous le point de vue moral principalement1 tandis que les uns tendent involontairement rduire toutes les relations sociales d'ignobles coalitions d'intrts privs1 les autres sont entrans1 leur insu1 organiser une sorte de mystification universelle1 o la prtendue disposition permanente de chacun diriger exclusivement sa conduite d'aprs l'ide abstraite du devoir1 aboutirait finalement l'exploitation de l'espce par un petit nombre d'habiles charlatans4 cet gard1 l'cole cossaise1 qui admettait la sympathie en mme temps que l'gosme1 tait sans doute beaucoup plus rapproche de la ralit1 quoique le vague de ce qu'elle a ambitieusement nomm ses doctrines1 et surtout leur dfaut plus prononc de liaison1 ne lui aient jamais permis d'exercer une aussi grande influence#dh4 ,note #dh3 ,les travail philosophiques de ,hume1 d',adam ,smith1 et de ,fergusson1 manifestent spcialement une tendance beaucoup plus prononce vers le vritable tat positif1 et leur ensemble prsente les lmens d'une thorie de l'homme bien moins errone que celles de toutes les autres coles mtaphysiques4 ,on y remarquera toujours avec intrt la meilleure rfutation qu'il ft possible d'effectuer1 avant la fondation de la physiologie crbrale1 des principales aberrations de l'cole franaise sur la nature morale de l'homme4 ,l'ancien systme d'tudes des phnomnes intellectuels et moraux tant ainsi suffisamment apprci dsormais1 tant dans sa mthode caractristique1 que dans ses principales thories1 de manire faire mieux ressortir le vritable tat gnral de la question1 nous devons maintenant diriger notre attention exclusive sur l'examen philosophique de la grande tentative de ,gall1 directement envisage1 afin de bien saisir ce qui manque essentiellement aujourd'hui la physiologie phrnologique pour avoir atteint la vraie constitution scientifique qui lui est propre1 et dont elle est ncessairement encore plus loigne que la physiologie organique et mme la physiologie animale proprement dite4 ,deux principes philosophiques1 qui n'ont plus besoin d'aucune discussion1 servent de base inbranlable l'ensemble de la doctrine de ,gall1 savoir3 l'innit des diverses dispositions fondamentales1 soit affectives1 soit intellectuelles2 la pluralit des facults essentiellement distinctes et radicalement indpendantes les unes des autres1 quoique les actes effectifs exigent ordinairement leur concours plus ou moins complexe4 ,sans sortir de l'espce humaine1 tous les cas de talens ou de caractres prononcs1 en bien ou en mal1 prouvent1 avec une irrsistible vidence1 la ralit du premier principe2 la diversit mme de ces cas bien tranchs1 la plupart des tats pathologiques1 surtout de ceux o le systme nerveux est directement affect1 dmontrent1 d'une manire non moins irrcusable1 la profonde justesse du second4 ,l'observation comparative des principales natures animales1 ne laisserait d'ailleurs1 sous l'un et l'autre aspect1 aucun doute cet gard1 s'il pouvait en exister encore4 ,enfin1 ces deux principes1 faces videmment co-relatives et mutuellement solidaires d'une mme conception fondamentale1 ne constituent1 en ralit1 que la formulation scientifique des rsultats gnraux de l'exprience universelle sur la vritable constitution intellectuelle et morale de l'homme1 dans tous les temps et dans tous les lieux2 symptme indispensable de la vrit1 l'gard de toutes les ides-mres1 qui doivent toujours tre primitivement rattaches aux indications spontanes de la raison publique1 comme je l'ai souvent montr envers les principales notions de la philosophie naturelle4 ,ainsi1 outre la puissante analogie tire de l'examen pralable des facults lmentaires de la vie animale proprement dite1 on voit que tous les divers moyens gnraux d'exploration qui conviennent aux recherches physiologiques1 l'observation directe1 l'exprimentation1 l'analyse pathologique1 la mthode comparative1 viennent exactement converger vers ce double principe1 confirm d'ailleurs par la sanction implicite du bon sens vulgaire1 dont la comptence est irrcusable l'gard de phnomnes continuellement soumis1 par leur nature1 son attentive investigation4 ,un tel ensemble de preuves assure ncessairement1 cette grande notion primordiale1 une indestructible consistance1 pleinement l'abri de toutes les transformations plus ou moins profondes que devra subir ultrieurement la doctrine phrnologique#di4 ,dans l'ordre anatomique1 cette conception physiologique correspond la division ncessaire du cerveau en un certain nombre d'organes partiels1 symtriques comme tous ceux de la vie animale1 et qui1 quoique plus contigus et plus semblables qu'en aucun autre systme1 par consquent plus sympathiques et mme plus synergiques1 sont nanmoins essentiellement distincts et indpendans les uns des autres1 ainsi qu'on le savait dj pour les ganglions respectivement affects aux divers sens extrieurs4 ,en un mot1 le cerveau n'est plus1 proprement parler1 un organe3 il devient un vritable appareil1 plus ou moins complexe suivant le degr d'animalit4 ,l'objet propre et lmentaire de la physiologie phrnologique consiste ds-lors1 suivant la formule fondamentale que j'ai tablie pour la position gnrale de toutes les questions essentielles de physiologie positive1 dterminer1 avec toute l'exactitude possible1 l'organe crbral particulier chaque disposition1 affective ou intellectuelle1 nettement prononce1 et bien reconnue pralablement comme tant la fois simple et nouvelle2 ou1 rciproquement1 ce qui est encore plus difficile1 quelle fonction prside telle partie de la masse encphalique qui prsente les vraies conditions anatomiques d'un organe distinct3 afin de dvelopper toujours cette harmonie ncessaire entre l'analyse physiologique et l'analyse anatomique1 qui constitue essentiellement1 tous gards1 la vritable science des corps vivans4 ,ainsi conue1 cette dernire partie de la physiologie gnrale se propose le mme but rationnel que la physiologie organique et la physiologie animale ordinaires3 elle tudie1 dans une vue analogue1 des phnomnes plus levs4 ,malheureusement1 l'institution des moyens est fort loin de correspondre jusqu'ici1 d'une manire convenable1 la difficult suprieure du sujet4 ,note #di3 ,ceux de mes lecteurs qui ne considreraient cette thorie qu' sa source la plus pure1 c'est--dire dans le grand ouvrage de ,gall1 ne doivent pas ngliger un indispensable perfectionnement gnral que ,spurzheim y a introduit1 bien que1 si l'on pntre au fond de la pense de ,gall1 on doive trouver peut-tre qu'un tel progrs porte plutt sur les simples dnominations que sur les ides elles-mmes4 ,quoi qu'il en soit1 cette amlioration consiste reconnatre que les diverses facults fondamentales ne conduisent pas des actes1 et surtout des modes et degrs d'action1 ncessairement dtermins1 comme ,gall semblait d'abord l'tablir2 mais que les actes effectifs dpendent1 en gnral1 de l'association de certaines facults1 et de l'ensemble des circonstances correspondantes4 ,c'est ainsi qu'il ne saurait exister1 proprement parler1 aucun organe du vol1 puisqu'un tel acte n'est qu'une aberration du sentiment de la proprit1 quand son exagration n'est pas suffisamment contenue par la morale et par la rflexion3 il en est de mme pour le prtendu organe du meurtre1 compar l'instinct gnral de la destruction4 ,la mme considration s'applique1 plus forte raison1 aux facults intellectuelles1 qui1 par elles-mmes1 ne dterminent jamais que des tendances1 et nullement des rsultats accomplis4 ,le vrai principe scientifique de cette double dcomposition ncessaire de la nature phrnologique en diverses facults fondamentales et de l'appareil crbral en diffrens organes correspondans1 consiste essentiellement regarder1 en gnral1 les fonctions1 soit affectives1 soit intellectuelles1 comme plus leves1 ou1 si l'on veut1 plus humaines1 et en mme temps aussi moins nergiques1 mesure qu'elles deviennent plus spcialement exclusives la partie suprieure de la srie zoologique1 et concevoir simultanment leurs siges comme situs dans des portions de la masse encphalique de moins en moins tendues et de plus en plus loignes de son origine immdiate1 en considrant le crne1 suivant la saine thorie anatomique1 comme un simple prolongement de la colonne vertbrale1 centre primitif de l'ensemble du systme nerveux3 en sorte que la partie la moins dveloppe et la plus antrieure du cerveau se trouve toujours affecte aux facults les plus caractristiques de l'humanit1 et la plus volumineuse et la plus postrieure celles qui constituent surtout la base commune de toute animalit4 ,il importe de remarquer ici1 cet gard1 qu'une telle classification est pleinement conforme la thorie philosophique que j'ai tablie1 le premier1 dans ce trait1 et qui1 aprs nous avoir d'abord conduits dcouvrir la vritable srie hirarchique des diverses branches fondamentales de la philosophie naturelle1 nous a essentiellement dirigs jusqu'ici pour la distribution rationnelle des diffrentes parties de chaque science1 et nous fournira enfin1 dans le volume suivant1 la meilleure coordination possible des principales notions sociales3 on voit1 en effet1 qu'il faut constamment procder d'aprs la considration uniforme de la gnralit graduellement dcroissante des sujets successifs examiner1 ce qui constitue1 mon avis1 la premire loi relative la marche dogmatique de l'esprit positif4 ,tant de vrifications capitales1 spontanment issues d'une exacte analyse philosophique de toutes les diverses sciences fondamentales1 feront sentir1 j'espre1 tous les penseurs1 l'importance et la ralit d'une semblable thorie1 et empcheront peut-tre de la confondre avec les vagues et phmres rapprochemens systmatiques qui rsultent des vaines tentatives journellement entreprises par des esprits incomplets ou mal prpars4 ,si1 maintenant1 nous considrons1 mais seulement dans son ensemble1 la doctrine gnrale que ,gall a dduite de la mthode ainsi caractrise1 il sera facile de constater qu'elle reprsente1 avec une admirable fidlit1 la vraie nature morale et intellectuelle de l'homme et des animaux4 ,la premire division fondamentale des facults phrnologiques en affectives et intellectuelles1 dont les unes correspondent toute la partie postrieure et moyenne de l'appareil crbral1 tandis que sa partie antrieure est seule affecte aux autres1 qui1 dans les cas les plus extrmes1 occupent peine ainsi le quart ou le sixime de la masse encphalique1 rtablit1 tout d'un coup1 sur une base scientifique inbranlable1 la prminence ncessaire des facults affectives1 si vicieusement mconnue par toutes les sectes psychologiques ou idologiques1 et nanmoins si hautement manifeste par l'observation directe de tous les phnomnes moraux1 soit animaux1 soit mme humains4 ,gall et ,spurzheim n'ont eu rellement1 sous ce rapport1 carter aucune autre objection importante que l'ancienne opinion physiologique1 renouvele par ,cabanis et surtout par ,bichat1 qui1 reconnaissant nanmoins et mme exagrant la sparation indispensable entre les facults affectives et les facults intellectuelles1 et s'obstinant d'ailleurs ne concevoir anatomiquement le cerveau que comme un organe unique1 affectait exclusivement cet organe aux phnomnes intellectuels1 et rpartissait les diverses passions proprement dites dans les principaux organes essentiellement relatifs la vie vgtative1 tels que le coeur1 le foie1 etc4 ,il est heureusement inutile dsormais de revenir sur la rfutation spciale d'une doctrine aussi videmment vicieuse1 si judicieusement apprcie par ,gall et ,spurzheim1 qui ont montr que ni l'observation directe1 ni l'analyse pathologique1 ni surtout la mthode comparative ne permettaient de maintenir un seul instant cette irrationnelle conception1 appartenant la premire enfance de la physiologie4 ,on peut seulement ajouter cet examen dcisif que l'argument symptomatique1 tant invoqu par ,bichat1 outre qu'il serait1 par sa nature1 certainement insuffisant pour constituer seul une notion scientifique d'une telle importance1 n'a pas mme1 en ralit1 la fixit rigoureuse qui pourrait lui donner quelque vritable valeur logique4 ,si1 en effet1 comme le dit ,bichat1 toute motion1 toute passion1 est surtout ressentie dans les organes de la vie vgtative1 chacun peut aisment reconnatre1 non-seulement sur les divers animaux1 mais directement sur les diffrens tats d'une mme conomie humaine1 que le sige de cette impression1 purement sympathique et conscutive1 se trouve tantt dans l'estomac1 tantt dans le foie1 puis dans le coeur ou dans le poumon1 suivant celui d'entre eux que sa susceptibilit native ou sa perturbation accidentelle disposent prouver principalement une telle raction1 qui ne saurait ainsi fournir1 par elle mme1 aucune indication certaine sur le lieu de l'action primitive4 ,il rsulte seulement1 d'un tel ordre de considrations1 l'obligation incontestable d'avoir beaucoup gard1 dans la conception dfinitive de l'ensemble de l'conomie1 la grande influence que l'tat du cerveau doit exercer sur les nerfs qui se distribuent tous les appareils de la vie organique4 ,en passant enfin aux notions d'un degr de gnralit immdiatement infrieur1 on ne peut1 ce me semble1 contester davantage la profonde justesse de la principale subdivision tablie par ,gall et ,spurzheim dans chacun des deux ordres essentiels de facults et d'organes phrnologiques3 c'est--dire la distinction des facults affectives en penchans et sentimens ou affections1 dont les premiers rsident dans la partie postrieure et fondamentale de l'appareil crbral1 tandis que sa partie moyenne est essentiellement affecte aux autres2 et pareillement1 la distinction des facults intellectuelles en diverses facults perceptives proprement dites1 dont l'ensemble constitue l'esprit d'observation1 et un petit nombre de facults minemment rflectives1 les plus leves de toutes1 composant l'esprit de combinaison1 soit qu'il compare ou qu'il coordonne2 la partie antro-suprieure de la rgion frontale tant le sige exclusif de ces dernires1 principal attribut caractristique de la nature humaine4 ,si nous considrons surtout la premire subdivision1 qui est la plus importante et la mieux tablie1 nous reconnatrons aisment qu'elle complte1 d'une manire trs satisfaisante1 l'esquisse gnrale de la vraie nature morale1 dj bauche par la division fondamentale4 ,c'est ainsi que se trouve confirme et explique la distinction incontestable1 vaguement tablie de tout temps par le bon sens vulgaire1 entre ce qu'on nomme le coeur1 le caractre1 et l'esprit1 distinction que les thories scientifiques reprsenteront dsormais avec exactitude1 d'aprs les groupes de facults qui correspondent respectivement aux parties postrieure1 moyenne1 et antrieure1 de l'appareil crbral4 la vrit1 la dfinition comparative des penchans et des sentimens semble d'abord manquer de nettet et de prcision2 mais1 au fond1 cet inconvnient1 qu'il ne faut pas dissimuler1 et que la science doit s'attacher dissiper1 tient beaucoup moins la pense elle-mme1 dont la justesse est irrcusable1 qu' l'extrme imperfection du langage philosophique actuel1 form une poque o toutes les notions morales et mme intellectuelles taient enveloppes dans une vague et mystrieuse unit mtaphysique1 et qui n'a pu encore tre convenablement rectifi par l'usage rationnel d'expressions mieux choisies1 dont l'introduction graduelle doit se faire avec une grande rserve systmatique4 ,car1 prendre les diverses dnominations usites dans la stricte rigueur de leur sens littral1 on irait ainsi jusqu' mconnatre la distinction fondamentale entre les facults affectives1 soit penchans1 soit sentimens1 et les facults intellectuelles proprement dites4 ,quand celles-ci1 en effet1 sont trs prononces1 elles produisent1 sans aucun doute1 de vritables inclinations ou penchans1 que leur moindre nergie distingue seule ordinairement des passions infrieures4 ,on ne peut nier davantage que leur action ne donne lieu aussi de vritables motions ou sentimens1 les plus rares1 les plus purs1 et les plus sublimes de tous1 et qui1 quoique les moins vifs1 peuvent cependant aller quelquefois jusqu'aux larmes2 comme le tmoignent tant d'admirables ravissemens excits par la simple satisfaction directe qu'inspire la seule dcouverte de la vrit1 dans les minens gnies qui ont le plus honor l'espce humaine1 les ,archimde1 les ,descartes1 les ,kpler1 les ,newton1 etc4 ,aucun bon esprit penserait-il s'autoriser de semblables rapprochemens pour nier toute distinction relle entre les facults intellectuelles et les facults affectives8 ,il n'y a videmment d'autre conclusion en dduire que l'incontestable ncessit de rformer convenablement le langage philosophique1 pour l'lever enfin1 par une prcision rigoureuse1 la dignit svre du langage scientifique4 ,or1 on en peut dire autant de la subdivision des facults affectives elles-mmes en ce qu'on nomme1 faute d'expressions mieux caractristiques1 les penchans et les sentimens1 dont la distinction n'est pas1 au fond1 moins relle1 quoiqu'elle doive tre beaucoup moins tranche1 et1 par cela mme1 plus difficile bien apprcier4 ,en cartant dsormais1 cet gard1 toute vaine discussion de nomenclature1 on peut dire nanmoins que la vraie diffrence gnrale entre ces deux sortes de facults affectives n'a pas encore t assez nettement saisie4 ,pour lui donner un vritable aspect scientifique1 il suffirait1 ce me semble1 de reconnatre que le premier genre1 le plus fondamental1 se rapporte simplement l'individu isol1 ou1 tout au plus1 la seule famille1 successivement envisage dans ses principaux besoins de conservation1 tels que la reproduction1 l'ducation des petits1 le mode d'alimentation1 de sjour1 d'habitation1 etc42 tandis que le second genre1 plus spcial1 suppose plus ou moins l'existence de quelques rapports sociaux1 soit entre des individus d'espce diffrente1 soit surtout entre des individus de la mme espce1 abstraction faite du sexe1 et dtermine le caractre que les tendances de l'animal doivent imprimer chacune de ces relations1 passagres ou permanentes d'ailleurs4 ,le sentiment de la proprit1 c'est--dire la disposition de l'animal s'approprier1 d'une manire exclusive1 tous les objets convenables1 constitue la vraie transition naturelle entre les deux genres1 tant la fois social en lui-mme et individuel par sa destination directe4 ,pourvu que la comparaison de ces deux ordres de facults affectives soit toujours exactement subordonne cette considration fondamentale1 il importera peu d'ailleurs de quels termes on se servira pour les dsigner1 une fois du moins que ces expressions quelconques auront acquis1 par un usage rationnel1 toute la fixit ncessaire4 ,tels sont les grands rsultats philosophiques que consacre jamais la doctrine gnrale de ,gall1 quand on l'envisage1 comme je viens de le faire1 en cartant soigneusement toute vaine tentative1 mal conue ou anticipe1 de localisation spciale des diverses fonctions crbrales ou phrnologiques4 ,quels que soient les graves et nombreux inconvniens que prsente videmment aujourd'hui une telle localisation1 d'ailleurs invitablement impose ,gall1 ainsi que je vais l'expliquer1 par la ncessit mme de sa glorieuse mission1 tout esprit juste et impartial reconnatra nanmoins1 aprs un examen approfondi de l'ensemble de cette doctrine1 que1 malgr ce vice fondamental1 elle formule1 ds prsent1 une connaissance relle de la nature humaine1 et des autres natures animales1 extrmement suprieure tout ce qui avait jamais t tent jusqu'alors#ej4 ,note #ej3 ,l'quitable postrit n'oubliera point de noter que l'homme du gnie1 auteur d'une aussi importante rvolution philosophique1 qui ouvre l'esprit scientifique une nouvelle et immense carrire1 fut toujours obstinment repouss de cette mme ,acadmie des ,sciences1 qui avait dj laiss chapper l'occasion1 hlas6 trop fugitive1 d'honorer son histoire du glorieux nom de ,bichat4 ,parmi les innombrables objections qui ont t successivement leves contre cette belle doctrine1 considre toujours uniquement dans ses dispositions fondamentales1 et en continuant liminer toute spcialisation1 la seule qui mrite ici d'tre signale1 tant par sa haute importance1 que par le nouveau jour que son entire rsolution a fait rejaillir sur l'esprit de la thorie1 consiste dans la prtendue irrsistibilit que des juges irrflchis ont cru devoir ainsi tre attribue aux actions humaines1 et qu'il est ncessaire d'examiner sommairement du point de vue gnral propre la philosophie positive4 ,une profonde ignorance du vritable esprit de la philosophie naturelle1 pourrait seule faire confondre1 en principe1 la subordination d'vnemens quelconques des lois invariables1 avec leur irrsistible accomplissement ncessaire4 ,dans l'ensemble du monde rel1 organique ou inorganique1 il est vident1 comme je l'ai dj tabli1 que les phnomnes des divers ordres sont d'autant moins modifiables1 et dterminent des tendances d'autant plus irrsistibles1 qu'il sont la fois plus simples et plus gnraux4 ,sous cet aspect1 les actes de pesanteur1 en tant que relatifs la plus gnrale et la plus simple de toutes les lois naturelles1 sont les seuls que nous puissions concevoir comme pleinement et ncessairement irrsistibles1 puisqu'ils ne sauraient jamais tre entirement suspendus2 ils se font toujours sentir1 d'une manire quelconque1 soit par un mouvement1 soit par une pression4 ,mais mesure que les phnomnes se compliquent1 leur production exigeant le concours indispensable d'un nombre toujours croissant d'influences distinctes et indpendantes1 ils deviennent1 par cela seul1 de plus en plus modifiables1 ou1 en d'autres termes1 leur accomplissement devient de moins en moins irrsistible1 par les combinaisons de plus en plus varies que comportent les diverses conditions ncessaires1 dont chacune continue nanmoins tre isolment assujettie ses lois fondamentales1 sans lesquelles la conception gnrale de la nature resterait dans cet tat arbitraire et dsordonn que la philosophie thologique est directement destine reprsenter4 ,c'est ainsi que les phnomnes physiques1 et surtout les phnomnes chimiques1 comportent des modifications continuellement plus profondes1 et prsentent1 par consquent1 une irrsistibilit toujours moindre1 ainsi que j'ai eu soin de l'expliquer4 ,nous avons galement remarqu que1 en vertu de leur complication et de leur spcialit suprieures1 les phnomnes physiologiques sont les plus modifiables et les moins irrsistibles de tous1 quoique toujours soumis1 dans leur accomplissement1 des lois naturelles invariables4 ,par une suite vidente de la mme notion philosophique1 il est clair que les phnomnes de la vie animale1 raison de leur moindre indispensabilit et de leur invitable intermittence1 doivent rellement tre envisags comme plus modifiables et moins irrsistibles encore que ceux de la vie organique proprement dite4 ,enfin1 les phnomnes intellectuels et moraux1 qui1 par leur nature1 sont la fois plus compliqus et plus spciaux que tous les autres phnomnes prcdens1 doivent videmment comporter de plus importantes modifications1 et manifester1 par suite1 une irrsistibilit beaucoup moindre1 sans que chacune des nombreuses influences lmentaires qui y concourent cesse pour cela d'obir1 dans son exercice spontan1 des lois rigoureusement invariables1 quoique le plus souvent inconnues jusqu' prsent4 ,c'est ce que ,gall et ,spurzheim ont ici directement vrifi1 de la manire la moins indubitable1 par une lumineuse argumentation4 ,il leur a suffi1 aprs avoir rappel que les actes rels dpendent presque toujours de l'action combine de plusieurs facults fondamentales1 de remarquer1 en premier lieu1 que l'exercice peut dvelopper beaucoup chaque facult quelconque1 comme l'inactivit tend l'atrophier2 et1 en second lieu1 que les facults intellectuelles1 directement destines1 par leur nature1 modifier la conduite gnrale de l'animal d'aprs les exigences variables de sa situation1 peuvent altrer beaucoup l'influence pratique de toutes les autres facults4 ,d'aprs ce double principe1 il ne saurait y avoir de vritable irrsistibilit1 et par suite d'irresponsabilit ncessaire1 conformment aux indications gnrales de la raison publique1 que dans les cas de manie proprement dite1 o la prpondrance exagre d'une facult dtermine1 tenant l'inflammation ou l'hypertrophie de l'organe correspondant1 rduit en quelque sorte l'organisme l'tat de simplicit et de fatalit de la nature inerte4 ,c'est donc bien vainement1 et avec une lgret bien superficielle1 qu'on a accus la physiologie crbrale de mconnatre la haute influence de l'ducation1 et de la lgislation qui en constitue le prolongement ncessaire1 parce qu'elle en a judicieusement fix les vritables limites gnrales4 ,pour avoir ni1 contre l'idologie franaise1 la possibilit de convertir1 volont1 par des institutions convenables1 tous les hommes en autant de ,socrates1 d',homres1 ou d',archimdes1 et1 contre la psychologie germanique1 l'empire absolu1 bien plus absurde encore1 que l'nergie du moi exercerait pour transformer1 son gr1 sa nature morale1 la doctrine phrnologique a t reprsente comme radicalement destructive de toute libert raisonnable1 et de tout perfectionnement de l'homme l'aide d'une ducation bien conue et sagement dirige6 ,il est nanmoins vident1 par la seule dfinition gnrale de l'ducation1 que cette incontestable perfectibilit suppose ncessairement l'existence fondamentale de prdispositions convenables1 et1 en outre1 que chacune d'elles est soumise des lois dtermines1 sans lesquelles on ne saurait concevoir qu'il devnt possible d'exercer sur leur ensemble aucune influence vraiment systmatique3 en sorte que c'est prcisment1 au contraire1 la physiologie crbrale qu'appartient exclusivement la position rationnelle du problme philosophique de l'ducation4 ,enfin1 suivant une dernire considration plus spciale1 cette physiologie rige en principe incontestable que les hommes sont1 pour l'ordinaire1 essentiellement mdiocres1 en bien et en mal1 dans leur double nature affective et intellectuelle2 c'est--dire que1 en cartant un trs petit nombre d'organisations exceptionnelles1 chacun d'eux possde1 un degr peu prononc1 tous les penchans1 tous les sentimens1 et toutes les aptitudes lmentaires1 sans que le plus souvent aucune facult soit1 en elle-mme1 hautement prpondrante4 ,il est donc clair que le champ le plus vaste se trouve ainsi directement ouvert l'ducation pour modifier1 presque en tous sens1 des organismes aussi flexibles2 quoique1 quant au degr1 leur dveloppement doive toujours rester dans cet tat peu tranch qui suffit pleinement la bonne harmonie sociale1 comme je l'expliquerai plus tard4 ,les esprits judicieux ont adress1 l'ensemble de la doctrine de ,gall1 un reproche beaucoup plus difficile carter1 lorsqu'ils ont blm la localisation effective1 videmment hasarde1 et mme notoirement errone beaucoup d'gards essentiels1 que ,gall a cru devoir proposer4 ,toutefois1 en examinant1 d'une manire plus approfondie1 la situation ncessaire de ce grand philosophe1 on reconnatra1 j'espre1 que1 quels que soient1 en ralit1 les vices fondamentaux d'une telle tentative1 qu'il serait certes bien superflu de soumettre ici au moindre examen spcial1 il a fait ainsi un usage1 non-seulement trs lgitime1 mais mme essentiellement indispensable1 du droit gnral des naturalistes l'institution des hypothses scientifiques1 en se conformant d'ailleurs la thorie prliminaire que j'ai tablie1 ce sujet1 dans le second volume de ce trait4 ,d'abord1 les conditions principales imposes par cette thorie logique ont t1 en ce cas1 parfaitement remplies2 puisqu'il ne s'agit point l de fluides ni d'thers fantastiques1 qui chappent toute discussion relle1 mais bien d'organes trs saisissables1 dont les attributions hypothtiques comportent1 par leur nature1 des vrifications pleinement positives4 ,en second lieu1 aucun de ceux qui ont fait1 de la manire la plus convenable1 la facile critique de la localisation suppose par ,gall1 n'aurait pu1 trs probablement1 en imaginer1 sa place1 aucune autre moins imparfaite1 ni mme aussi heureusement bauche4 ,s'abstenir1 est1 la vrit1 un conseil que la mdiocrit prudente peut toujours aisment prescrire au gnie3 mais on peut1 je crois1 constater1 sans la moindre incertitude1 que1 dans toute semblable opration philosophique1 une telle inaction serait ncessairement impossible et mme radicalement vicieuse4 ,car1 l'esprit humain est ordinairement beaucoup trop faible1 et surtout trop peu dispos supporter1 d'une manire continue1 la pnible contention qu'exige la combinaison d'ides trs abstraites1 et1 par suite1 trs indtermines1 pour que la cration de la doctrine phrnologique1 et ensuite sa propagation et son dveloppement1 eussent t possibles1 sans l'institution pralable d'une hypothse quelconque sur le sige effectif de chaque facult fondamentale1 sauf la rectification ultrieure de cet indispensable programme1 ncessairement hasard4 ,la mme obligation logique s'est reproduite1 de nos jours1 pour l'illustre rnovateur de la philosophie mdicale1 et je n'hsite point affirmer qu'on la vrifiera constamment dans tous les cas analogues4 ,elle a1 sans doute1 de trs graves inconvniens1 par l'extrme embarras que prsentent ensuite l'limination ou le redressement d'hypothses auxquelles une science doit son existence1 et que les esprits ordinaires ont presque toujours pouses avec une foi bien plus profonde que la confiance hardie de leurs propres inventeurs3 mais il n'y a point dlibrer sur ce qui est si videmment ncessit par l'infirmit radicale de notre intelligence4 ,que dsormais des esprits vigoureux1 bien prpars1 par une saine ducation scientifique1 raisonner avec aisance sur des notions trs gnrales et peu arrtes1 sans excder essentiellement les troites limites de leur positivit actuelle1 s'en tiennent habituellement1 l'gard de la doctrine phrnologique1 aux seuls principes fondamentaux que j'en ai ci-dessus spars1 et qui en constituent aujourd'hui toute la partie vraiment srieuse et substantielle1 cela est non-seulement devenu possible1 mais mme minemment dsirable3 puisque c'est uniquement d'un tel point de vue qu'on peut nettement apercevoir l'ensemble des vrais besoins principaux de la physiologie crbrale1 et le caractre des moyens philosophiques qui peuvent graduellement conduire la perfectionner4 ,il ne faut pas croire d'ailleurs que cette scrupuleuse sparation doive1 dans la pratique1 priver une telle doctrine de l'efficacit positive inhrente sa lumineuse reprsentation gnrale de la nature intellectuelle et affective de l'homme et des animaux4 ,rien n'empche1 en raisonnant ici1 la manire des gomtres1 sur des siges indtermins1 ou regards comme tels1 de parvenir des conclusions effectives1 susceptibles d'une utilit trs relle1 ainsi que j'espre pouvoir le tmoigner1 dans le volume suivant1 par ma propre exprience2 quoique d'ailleurs il doive tre vident que ces conclusions deviendraient certainement plus prcises1 et1 par suite1 plus efficaces1 si les vrais organes des diverses facults crbrales comportaient un jour des dterminations pleinement positives4 ,mais1 outre qu'une telle marche tait primitivement impossible1 puisque le dveloppement prliminaire de la phrnologie1 l'aide de la localisation hypothtique1 a pu seul conduire en concevoir nettement le caractre et la ncessit1 il est incontestable que1 si ,gall s'en ft scrupuleusement tenu ces hautes gnralits philosophiques1 quelque irrcusables qu'elles soient1 il n'aurait jamais constitu une science1 ni form une cole1 et ces vrits si prcieuses eussent t invitablement touffes dans leur germe par la coalition spontane des diverses influences antagonistes4 ,ainsi1 l'heureux branlement que les immortels travaux de ,gall ont irrvocablement imprim l'esprit humain1 dpendait essentiellement de la marche1 en apparence si tmraire1 qu'il a d ncessairement suivre2 sans que ce soit nanmoins un motif de prolonger ce mode originaire au-del des limites naturelles que lui imposent les lois positives du dveloppement de notre intelligence4 ,ce cas est fort analogue celui que nous a dj prsent la grande hypothse mcanique de ,descartes1 qui a rendu1 d'autres gards1 les mmes minens services philosophiques1 et qui a d subir ensuite une semblable limination3 mais1 toutefois1 avec cette diffrence essentielle1 tout l'avantage de l'hypothse actuelle1 que les organes effectifs des diverses facults crbrales1 quoique n'tant point encore dtermins1 sont cependant susceptibles de l'tre ultrieurement#ea2 tandis que le mcanisme primitif des mouvemens clestes ne comportait rellement aucune dtermination positive1 et constituait une recherche ncessairement inaccessible1 laquelle l'esprit humain a d finir par renoncer pour jamais1 quand son ducation fondamentale a t enfin suffisamment avance4 ,note #ea3 ,cette dtermination positive peut mme tre dj regarde comme accomplie l'gard de quelques organes trs prononcs4 ,il serait1 ce me semble1 difficile de rsister l'ensemble de preuves d'aprs lequel ,gall a plac le sige de l'amour maternel dans les lobes postrieurs du cerveau1 et surtout celui du penchant la propagation dans le cervelet2 quoique1 sous ce dernier rapport1 la grave objection prsente par plusieurs zoologistes ne soit pas encore convenablement rsolue4 ,aprs avoir convenablement apprci le vritable caractre philosophique de la physiologie crbrale1 il me reste enfin1 pour complter ici un tel examen1 signaler rapidement les divers perfectionnemens indispensables que sa constitution naissante exige aujourd'hui avec tant d'urgence4 ,il faut placer1 en premire ligne1 comme la principale condition scientifique1 base ncessaire de tout dveloppement ultrieur1 une judicieuse rectification fondamentale des organes et des facults de tous genres4 ,sous le point de vue anatomique1 qui doit d'abord prdominer dsormais1 on voit aisment que1 aprs avoir tabli1 en gnral1 le principe incontestable qui rige le cerveau en un vritable appareil1 la rpartition effective de cet appareil en ses divers organes constituans n'a plus t essentiellement dirige que par des analyses purement physiologiques1 le plus souvent fort imparfaites et mme trs superficielles1 au lieu d'tre directement subordonne de vraies dterminations anatomiques4 ,aussi tous les anatomistes ont-ils1 juste titre1 trait une telle distribution comme arbitraire et dsordonne1 puisque1 n'tant assujtie aucune notion rigoureuse de philosophie anatomique sur la diffrence relle entre un organe et une partie d'organe1 elle comporte des subdivisions en quelque sorte indfinies1 que chaque phrnologue semble pouvoir multiplier son gr4 ,quoique1 en thse gnrale1 l'analyse des fonctions doive1 sans doute1 clairer beaucoup celle des organes1 la dcomposition fondamentale de l'organisme en appareils1 et de ceux-ci en organes1 n'en est pas moins1 par sa nature1 essentiellement indpendante de l'analyse physiologique1 laquelle1 au contraire1 elle est surtout destine fournir une base prliminaire indispensable1 comme tous les physiologistes le reconnaissent pleinement aujourd'hui envers tous les autres ordres d'tudes biologiques3 quel titre les tudes crbrales seraient-elles exceptes d'une telle obligation philosophique8 ,il n'est point ncessaire1 par exemple1 de voir fonctionner les divers organes qui composent l'appareil digestif1 l'appareil respiratoire1 l'appareil locomoteur1 etc41 pour que l'anatomie puisse nettement les distinguer les uns des autres3 pourquoi n'en serait-il pas de mme dans l'appareil crbral8 ,l'analyse anatomique doit1 sans doute1 y prsenter des difficults trs suprieures1 en vertu de la dissemblance beaucoup moindre et de la plus grande proximit des organes correspondans4 ,mais serait-ce un motif suffisant de renoncer directement cette indispensable analyse8 ,s'il en tait ainsi1 il faudrait certainement cesser de prtendre donner jamais la doctrine phrnologique un caractre scientifique vraiment spcial1 et l'on devrait s'en tenir toujours aux seules gnralits fondamentales que j'en ai ci-dessus dtaches4 ,car1 le but philosophique de toute thorie biologique devant tre1 comme je l'ai tabli1 de constituer une exacte harmonie entre l'analyse anatomique et l'analyse physiologique1 cela suppose videmment qu'elles n'ont pas d'abord t calques l'une sur l'autre1 et que chacune d'elles a t pralablement opre d'une manire distincte4 ,rien ne saurait donc dispenser aujourd'hui les vritables phrnologistes1 pour assurer leur doctrine une consistance durable et un dveloppement rationnel1 qui lui garantissent enfin droit de cit dans le monde savant1 de la stricte obligation de reprendre1 par une srie directe de travaux anatomiques1 l'analyse fondamentale de l'appareil crbral1 en faisant provisoirement abstraction de toute ide de fonctions1 ou1 du moins1 en ne l'employant qu' titre de simple auxiliaire de l'exploration anatomique4 ,ceux d'entre eux qui ont dj reconnu1 quoique d'une manire beaucoup trop vague1 l'vidente ncessit1 dans la dtermination de la prpondrance relative de chaque organe crbral chez les divers sujets1 de ne plus s'en tenir uniquement la considration grossire du volume ou du poids de l'organe1 mais d'avoir gard aussi au degr d'activit1 estim anatomiquement1 par exemple1 d'aprs l'nergie de sa circulation partielle1 seront probablement disposs bien comprendre la haute importance d'une telle considration4 cette analyse anatomique de l'appareil crbral1 il faudra joindre1 dans un ordre d'ides entirement distinct quoique parallle1 l'analyse purement physiologique des diverses facults lmentaires1 qui devra finalement tre constitue1 autant que possible1 en harmonie scientifique avec la premire3 toute ide anatomique devra1 son tour1 tre provisoirement carte dans ce second travail1 au lieu de la fusion anticipe qu'on veut habituellement oprer entre les deux points de vue4 ,sous ce nouvel aspect1 et abstraction faite de toute localisation1 la situation actuelle de la phrnologie n'est gure plus satisfaisante4 ,car1 la distinction spciale des diverses facults fondamentales1 soit intellectuelles1 soit mme affectives1 ainsi que leur numration1 y sont encore conues le plus souvent d'une manire trs superficielle1 quoiqu'il n'y ait d'ailleurs aucune comparaison faire1 quant la positivit1 avec les vaines analyses mtaphysiques4 ,si les mtaphysiciens avaient confondu toutes leurs notions psychologiques et idologiques dans une vague et absurde unit1 il est fort probable que les phrnologistes1 au contraire1 ont trop multipli aujourd'hui les fonctions vraiment lmentaires4 ,gall en avait tabli vingt-sept1 ce qui1 sans doute1 tait dj exagr2 ,spurzheim en a port le nombre trente-cinq1 et chaque jour il tend s'augmenter1 faute de principes rationnels d'une circonscription rigoureuse1 qui puisse rgler la verve facile des explorateurs vulgaires4 moins que la saine philosophie n'y mette ordre1 tout phrnologue crera bientt une facult1 en mme temps qu'un organe1 pour peu que le cas lui semble opportun1 avec presqu'autant d'aisance que les idologues ou psychologues construisaient jadis des entits4 ,quelle que soit l'extrme varit des diverses natures animales1 ou mme celle des diffrens types humains1 il est nanmoins sensible1 puisque les actes rels supposent presque toujours le concours de plusieurs facults fondamentales1 que cette multiplicit effective1 ft-elle beaucoup plus grande encore1 se trouverait suffisamment reprsente d'aprs un trs petit nombre de fonctions lmentaires relatives aux deux genres dans lesquels se subdivisent l'ordre moral et l'ordre intellectuel4 ,si1 par exemple1 le nombre total des facults tait rduit douze ou quinze trs tranches1 leurs combinaisons binaires1 ternaires1 quaternaires1 etc41 correspondraient1 sans doute1 des types bien plus multiplis qu'il n'en peut rellement exister1 en se bornant mme distinguer1 d'aprs le degr normal d'activit de chaque fonction1 deux autres degrs nettement caractriss1 l'un suprieur1 et l'autre infrieur4 ,mais l'exhorbitante multiplication des facults fondamentales n'est pas1 en elle-mme1 aussi choquante que la frivole irrationnalit de la plupart des prtendues analyses qui ont jusqu'ici prsid leur distinction4 ,dans l'ordre intellectuel surtout1 les aptitudes ont t presque toujours fort mal caractrises1 mme abstraction faite des organes4 ,c'est ainsi1 pour me borner ici un seul exemple trs prononc1 qu'on a introduit une prtendue aptitude mathmatique fondamentale1 d'aprs des motifs qui auraient d galement conduire crer autant d'autres aptitudes spciales l'gard de la chimie1 de l'anatomie1 etc41 si toute la bote osseuse n'et pas t pralablement distribue en irrvocables compartimens4 ,la caractristique a mme t tablie avec une telle lgret1 qu'on a choisi comme principal symptme d'un semblable talent1 l'insignifiante facilit que tant d'esprits mdiocres apportent dans la rapide excution des calculs numriques les plus automatiquement formuls1 et qui1 d'aprs le futile emploi qu'elle suppose d'un temps prcieux1 est1 sans doute1 beaucoup plus dcisive ordinairement contre la capacit relle de celui qui la prsente qu'elle ne peut prouver en sa faveur4 ,un tel mode d'apprciation tmoigne une profonde ignorance de la vraie nature des spculations mathmatiques1 qui sont bien loin d'avoir un caractre intellectuel aussi spcial que l'imaginent les esprits disposs confesser navement leur inaptitude cet gard1 sans souponner la porte des indications directes qu'ils fournissent ainsi contre eux tout observateur philosophe4 ,quoique l'analyse des facults affectives1 ncessairement beaucoup plus tranches1 soit certainement bien moins imparfaite1 elle prsente nanmoins1 ds le premier examen1 plusieurs doubles emplois trs sensibles4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que1 aprs avoir justement admis la bienveillance et la sympathie comme dispositions lmentaires1 ,spurzheim a cru devoir riger la justice en un nouveau sentiment fondamental1 quoique ce ne soit videmment que le rsultat de l'usage de ces facults1 clair1 en chaque cas1 par une convenable apprciation intellectuelle des rapports sociaux#eb4 ,note #eb3 ,cette erreur est d'autant moins excusable que ,gall l'avait dj soigneusement vite et mme signale4 ,on pourrait1 en sens inverse1 reprocher ,gall le prtendu organe de la thosophie1 superftation videmment absurde1 justement carte par ,spurzheim1 si une telle notion et t1 ds l'origine1 autre chose qu'une simple concession dicte par la prudence1 et dont la ncessit relle tait seule trs contestable4 ,pour perfectionner ou rectifier cette analyse lmentaire des diverses facults crbrales1 il serait1 je crois1 fort utile d'ajouter1 l'observation gnrale et directe de l'homme et de la socit1 une judicieuse apprciation physiologique des cas individuels les plus prononcs1 en considrant surtout le pass4 ,l'ordre intellectuel1 qui a le plus besoin de rvision1 comporterait principalement l'application la plus tendue et la moins quivoque de ce procd complmentaire4 ,si1 par exemple1 de telles monographies avaient t pralablement entreprises l'gard des principaux gomtres1 anciens ou modernes1 elles auraient vraisemblablement prvenu l'aberration grossire que je viens de signaler1 en montrant1 avec la dernire vidence1 que ce qu'on nomme l'esprit mathmatique1 loin de constituer aucune aptitude isole et spciale1 prsente toutes les varits que peut offrir1 en gnral1 l'esprit humain dans tous ses autres exercices quelconques1 par les diffrentes combinaisons des vraies facults lmentaires4 ,c'est ainsi que tel grand gomtre a surtout brill par la sagacit de ses inventions1 tel autre par la force et l'tendue de ses combinaisons1 un troisime par le gnie du langage1 manifest dans l'heureux choix de ses notations1 et dans la perfection de son style algbrique1 etc4 ,on pourrait certainement dcouvrir1 ou du moins vrifier1 toutes les principales facults vraiment fondamentales de notre intelligence1 par cette seule classe du monographies scientifiques1 qui comporterait plus de prcision qu'aucune autre1 si elle tait convenablement conue et judicieusement excute par un esprit assez comptent4 ,il en serait de mme1 quoiqu' un bien moindre degr1 pour les monographies analogues des plus minens artistes4 ,cette considration1 gnralise autant que possible1 se rattache l'utilit fondamentale de l'tude philosophique des sciences1 tant sous le point de vue historique que sous le rapport dogmatique1 pour la dcouverte des vritables lois logiques1 que j'ai tablie1 au dbut de ce trait1 comme l'une de ses principales applications directes3 seulement il s'agit ici de la dtermination pralable des diverses facults lmentaires1 et non des lois de leur action effective2 mais les motifs doivent tre essentiellement analogues4 ,l'analyse phrnologique fondamentale est donc entirement refaire1 suivant l'esprit philosophique que je viens de caractriser1 d'abord dans l'ordre anatomique1 et ensuite dans l'ordre purement physiologique4 ,aprs avoir convenablement opr ces deux analyses prliminaires1 en les distinguant avec beaucoup de soin1 et en dirigeant chacune d'elles conformment sa nature1 il faudra finalement tablir entre elles une exacte harmonie gnrale1 qui peut seule constituer dignement la physiologie phrnologique sur ses vritables bases rationnelles4 ,mais ce grand travail1 qu'on peut dj1 d'aprs les deux leons prcdentes1 regarder comme essentiellement institu l'gard de la physiologie vgtative et mme de la physiologie animale proprement dite1 n'est pas seulement conu jusqu'ici1 dans son ensemble1 pour la physiologie crbrale1 en vertu de sa complication suprieure et de sa positivit plus rcente4 ,dans l'excution difficile de cette grande opration scientifique1 les phrnologistes devront certainement s'aider1 d'une manire plus complte et mieux entendue qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici1 des moyens gnraux que fournit la philosophie biologique pour perfectionner toutes les tudes relatives aux corps vivans1 c'est--dire1 de l'analyse pathologique1 et surtout de l'analyse comparative proprement dite4 ,l'introduction rationnelle de ces deux puissans auxiliaires n'est aujourd'hui qu' peine bauche en phrnologie3 aussi n'en a-t-on tir encore aucun parti essentiel1 si ce n'est pour les gnralits prliminaires4 ,sous le premier point de vue1 on n'a point jusqu'ici convenablement appliqu aux phnomnes intellectuels et moraux le lumineux aphorisme fondamental de philosophie mdicale1 dont l'esprit humain est redevable ,m4 ,broussais1 et qui consiste1 ainsi que je l'ai indiqu dans la quarantime leon1 concevoir tous les phnomnes quelconques de l'tat pathologique comme ne pouvant constituer jamais qu'un simple prolongement des phnomnes de l'tat normal1 exagrs ou attnus au-del de leurs limites ordinaires de variation4 ,il est nanmoins impossible de rien comprendre aux diffrens genres de folie1 si leur examen scientifique n'est continuellement dirig par ce grand principe4 ,or1 d'aprs cette mme assimilation ncessaire entre les cas pathologiques et les cas purement physiologiques1 rien ne serait plus propre que l'tude judicieuse de l'tat de folie dvoiler ou confirmer les vritables facults fondamentales de la nature humaine1 que cette triste situation tend faire si nergiquement ressortir1 en manifestant successivement chacune d'elles dans une exaltation prpondrante1 qui la spare nettement de toutes les autres#ec4 ,les mdecins1 spcialement occups d'un tel ordre de maladies1 et qui1 presque toujours1 sont1 encore moins que la plupart des autres1 sous le rapport intellectuel1 ou mme sous le rapport moral1 au niveau de leur importante mission1 tendent nanmoins1 depuis ,pinel1 dans l'tude de ce qu'ils ont nomm les monomanies1 donner cette direction aux explorations qu'ils se sont trop exclusivement rserves4 ,mais une apprciation pralable beaucoup trop imparfaite du vritable tat normal1 et un sentiment trop vague et trop incomplet de son indispensable similitude avec l'tat pathologique1 ont rendu jusqu' prsent ces travaux peu prs striles pour l'amlioration de la physiologie crbrale4 ,quoique les maladies mentales ne soient plus1 sans doute1 sacres1 comme elles l'taient pour ,hippocrate1 leurs monographies n'en consistent pas moins encore1 le plus souvent1 dans l'inintelligible accumulation de prtendues merveilles1 qui loignent toute ide de rapprochement positif avec l'tat normal3 ce sont habituellement des travaux plutt littraires que vraiment scientifiques4 ,l'extrme difficult d'un tel genre d'explorations excuse1 jusqu' un certain point1 cette imperfection plus prononce1 qui tient nanmoins surtout l'insuffisance plus profonde des observateurs1 plus occups1 d'ordinaire1 rgenter grossirement leurs malades qu' en analyser judicieusement les phnomnes4 ,aussi les divers successeurs de ,pinel n'ont-ils rellement ajout jusqu'ici rien d'essentiel aux amliorations introduites1 il y a quarante ans1 par cet illustre mdecin1 soit dans la thorie ou dans le traitement de l'alination mentale4 ,note #ec3 ,il faut signaler1 cet gard1 une remarque gnrale1 minemment judicieuse1 faite rcemment par ,m4 ,broussais1 et qui peut clairer beaucoup le diagnostic de la folie1 aussi bien que les vraies indications physiologiques que l'on doit induire d'un tel genre d'observations pathologiques4 ,elle consiste en ce que1 quand l'altration principale porte directement sur les organes intellectuels1 ordinairement destins1 dans l'tat normal1 rgler l'quilibre des diverses facults affectives1 la suppression de cette influence rgulatrice peut laisser un trop libre dveloppement au penchant ou au sentiment le plus prononc1 ce qui dguise souvent l'observateur vulgaire le vritable sige de l'alination1 et pourrait ainsi donner l'ensemble du traitement une fausse direction4 ,quoique l'tude des animaux ait t certainement moins strile au perfectionnement rel de la physiologie intellectuelle et morale1 il reste cependant incontestable que ce puissant moyen d'exploration a t jusqu'ici essentiellement vici par le dplorable ascendant que conservent encore1 chez la plupart des naturalistes1 les vaines subtilits mtaphysiques sur la comparaison entre l'instinct et l'intelligence1 comme je l'ai prcdemment expliqu4 ,si la nature animale ne saurait tre rationnellement comprise que d'aprs son assimilation fondamentale la nature humaine1 proportionnellement au degr d'organisation1 il est tout aussi indubitable1 en sens inverse1 pour cet ordre de fonctions comme pour tous les autres1 que l'examen judicieux et graduel des organismes plus ou moins infrieurs doit clairer beaucoup la vraie connaissance de l'homme3 l'humanit et l'animalit se servent ainsi l'une l'autre d'explication mutuelle1 suivant l'esprit gnral de toute saine explication scientifique4 ,l'ensemble des facults crbrales1 intellectuelles ou affectives1 constituant le complment ncessaire de la vie animale proprement dite1 on concevrait difficilement que toutes celles qui sont vraiment fondamentales ne fussent point1 par cela mme1 rigoureusement communes1 dans un degr quelconque1 tous les animaux suprieurs1 et peut-tre au groupe entier des ostozoaires2 car1 les diffrences d'intensit suffiraient vraisemblablement rendre raison des diversits effectives1 en ayant gard l'association des facults1 et faisant d'ailleurs provisoirement abstraction1 autant que possible1 de tout perfectionnement de l'homme par le dveloppement de l'tat social3 l'analogie puissante que fournissent toutes les autres fonctions tend confirmer une telle conception4 ,si quelques facults appartiennent1 d'une manire vraiment exclusive1 la seule nature humaine1 ce ne peut tre qu' l'gard des aptitudes intellectuelles les plus minentes1 qui doivent correspondre la partie la plus antrieure de la rgion frontale3 et encore cela paratra-t-il fort douteux1 si l'on compare1 sans prvention1 les actes des mammifres les plus levs ceux des sauvages les moins dvelopps4 ,il est1 ce me semble1 beaucoup plus rationnel de penser que l'esprit d'observation1 et mme l'esprit de combinaison1 existent aussi1 mais un degr radicalement trs infrieur1 chez les animaux1 quoique le dfaut d'exercice1 rsultant surtout de l'tat d'isolement1 doive tendre les engourdir1 et mme en atrophier les organes4 ,on a vainement argu1 contre les animaux1 du fait mme de notre exclusive perfectibilit sociale1 sans rflchir que notre espce n'a pu se dvelopper ainsi qu'en comprimant1 de toute ncessit1 l'essor graduel qu'auraient pu prendre tant d'autres espces animales susceptibles de sociabilit4 ,les animaux domestiques1 quoique n'tant pas toujours1 beaucoup prs1 les plus intelligens1 pourraient fournir ce sujet d'importantes lumires1 en vertu d'une plus facile exploration1 surtout si l'on savait judicieusement comparer leur nature morale actuelle celle1 plus ou moins diffrente1 qui devait correspondre aux poques plus rapproches de leur domestication primitive2 car il serait trange que les transformations si videntes qu'ils ont prouves sous tant de rapports physiques ne fussent accompagnes d'aucune variation relle l'gard des fonctions les plus modifiables de toutes4 ,mais l'extrme imperfection de l'tude phrnologique des animaux est surtout manifeste dans la ddaigneuse galit o notre superbe intelligence enveloppe la considration intellectuelle et affective des diverses natures animales1 sans avoir mme ordinairement gard aux principaux degrs d'organisation4 ,du haut de sa suprmatie1 l'homme a jug les animaux peu prs comme un despote envisage ses sujets1 c'est--dire1 en masse1 sans apercevoir entre eux aucune ingalit digne d'tre srieusement note4 ,il est nanmoins certain1 en considrant l'ensemble de la hirarchie animale1 que1 sous le rapport intellectuel et moral1 aussi bien que sous tous les autres aspects physiologiques1 les principaux ordres de cette hirarchie diffrent souvent davantage les uns des autres que les plus levs d'entre eux ne diffrent rellement du type humain4 ,l'tude rationnelle des moeurs et de l'esprit des animaux est donc encore essentiellement faire1 la plupart des essais dj tents n'ayant pu avoir que la seule efficacit prliminaire de prparer graduellement sa vritable institution scientifique4 ,elle promet aux naturalistes une ample moisson d'importantes dcouvertes1 directement applicables au progrs gnral de la vraie connaissance de l'homme1 pourvu que1 en dirigeant mieux leurs recherches1 ils sachent aussi mpriser dsormais1 avec une fermet plus nergique1 les vaines et inconvenantes dclamations des thologiens et des mtaphysiciens sur la prtendue tendance d'une telle doctrine dgrader la nature humaine1 dont elle doit1 au contraire1 rectifier la notion fondamentale1 en fixant1 avec une prcision rigoureuse1 et l'abri de toute argumentation sophistique1 les profondes diffrences qui nous sparent positivement des animaux les plus voisins4 ,dans cette construction philosophique de la physiologie crbrale1 il faudra considrer1 plus soigneusement qu'on ne l'a fait jusqu'ici1 les deux ordres de notions gnrales relatives au mode d'action1 qui1 d'aprs la leon prcdente1 conviennent ncessairement tous les phnomnes quelconques de la vie animale1 et que nous avons dj examins l'gard des phnomnes lmentaires d'irritabilit et de sensibilit4 ,la loi d'intermittence est1 en effet1 minemment applicable aux diverses fonctions affectives et intellectuelles1 en ayant gard1 bien entendu1 la symtrie constante des organes1 suivant la judicieuse remarque de ,gall1 qui devient ici plus spcialement indispensable4 ,mais ce grand sujet exige toutefois un nouvel examen1 surtout envers les facults mentales1 vu la stricte ncessit impose la science de concilier leur intermittence vidente avec la parfaite continuit que semble supposer la liaison fondamentale qui unit entre elles toutes nos oprations intellectuelles1 depuis la premire enfance jusqu' l'extrme caducit1 et que ne peuvent mme interrompre les plus profondes perturbations crbrales1 pourvu qu'elles soient passagres4 ,cette question1 dont les thories mtaphysiques ne comportaient pas seulement la position1 prsente certainement de grandes difficults2 mais sa solution positive doit jeter un grand jour sur la marche gnrale des actes intellectuels4 ,quant l'association1 soit synergique1 soit sympathique1 des diverses facults phrnologiques1 les physiologistes commencent en bien comprendre la haute importance habituelle1 quoique jusqu'ici aucune tude vraiment scientifique n'ait t directement institue pour la recherche des lois gnrales de ces combinaisons indispensables4 ,sans une telle considration fondamentale1 le nombre des penchans1 des sentimens1 ou des aptitudes1 semblerait presque susceptible d'tre indfiniment augment4 ,c'est ainsi1 pour n'en citer qu'un seul exemple1 tant d'explorateurs de la nature humaine ont cru devoir distinguer plusieurs sortes de courages1 sous les noms de militaire1 de civil1 etc41 quoique la disposition primitive braver un danger quelconque doive nanmoins tre toujours uniforme1 et qu'elle soit seulement plus ou moins dirige par l'intelligence4 ,sans doute1 le martyr qui supporte1 avec une fermet inbranlable1 les plus horribles supplices pour viter seulement le dsaveu solennel de ses convictions1 le savant qui entreprend une exprience prilleuse dont il a bien calcul les chances1 etc41 pourraient fuir sur un champ de bataille s'ils taient forcs combattre pour une cause qui ne leur inspirerait aucun intrt3 mais leur genre de courage n'en est pas moins essentiellement identique au courage spontan et animal qui constitue la bravoure militaire proprement dite2 il n'y a1 entre tous ces cas1 d'autre diffrence principale que l'influence suprieure des facults intellectuelles1 sauf toutefois les ingalits ordinaires de degr4 ,en gnral1 sans les diverses synergies crbrales1 ou entre les deux ordres de facults fondamentales1 ou entre les diffrentes fonctions de chaque ordre1 il serait impossible d'analyser judicieusement la plupart des actes rels3 et c'est surtout dans l'interprtation positive de chacun d'eux par une telle association1 que consistera l'application habituelle de la doctrine phrnologique1 quand une fois elle aura t scientifiquement constitue4 ,mais l'tude directe des lois de cette harmonie1 et de l'quilibre moral qui en rsulte1 serait certainement prmature1 tant que l'analyse phrnologique lmentaire ne sera pas mieux conue et plus arrte1 dans son double caractre anatomique et physiologique4 ,quand l'poque sera venue d'examiner cet ordre important de phnomnes composs1 et les dterminations volontaires qui en sont la consquence finale1 il faudra dcider alors1 par une exploration plus dlicate1 si1 dans chaque vritable organe crbral1 une partie distincte n'est point spcialement affecte l'tablissement de ces diverses synergies et sympathies2 comme l'ont dj souponn ,,mm4 ,pinel-,grandchamp et ,foville1 d'aprs quelques observations pathologiques1 l'gard de la substance blanche compare la substance grise1 celle-ci leur ayant paru plus particulirement enflamme dans les perturbations crbrales qui affectaient surtout les phnomnes de la volont1 tandis que l'autre l'tait davantage dans celles qui portaient principalement sur les oprations intellectuelles proprement dites4 ,si l'on peut ainsi justement reprocher la phrnologie actuelle de concevoir d'une manire trop isole chacune des fonctions crbrales qu'elle considre1 on doit1 plus forte raison1 la blmer d'avoir trop spar le cerveau de l'ensemble du systme nerveux1 quoique les premires exigeances de cette tude naissante excusent1 jusqu' un certain point1 une conception aussi imparfaite4 ,il est nanmoins vident1 comme ,bichat l'a si frquemment rappel1 que l'ensemble des phnomnes intellectuels et affectifs1 malgr leur extrme importance1 ne constitue1 dans le systme total de l'conomie animale1 qu'un indispensable intermdiaire entre l'action du monde extrieur sur l'animal l'aide des impressions sensoriales1 et la raction finale de l'animal par les contractions musculaires4 ,or1 dans l'tat prsent de la physiologie phrnologique1 il n'existe aucune conception positive sur la co-relation gnrale de la suite des actes intrieurs du cerveau cette dernire raction ncessaire1 dont on souponne seulement que la moelle pinire constitue vaguement l'organe immdiat#ed4 ,note #ed3 ,c'est l'tude de cette raction que se rattache l'importante considration de la traduction extrieure de l'ensemble de la constitution intellectuelle1 et surtout morale1 par l'tat habituel du systme musculaire1 principalement facial1 qui dtermine la physionomie proprement dite4 ,quoique ,lavater ait analys1 avec une grande sagacit1 ces indications symptomatiques1 dont le principe est incontestable1 une telle srie de recherches ne pourra prendre un caractre rationnel1 et comporter une vritable utilit1 l'abri de toute induction errone ou frivole1 que lorsqu'elle pourra tre subordonne1 d'aprs une dtermination positive des vraies facults fondamentales1 aux lois gnrales de l'action normale de l'appareil crbral sur l'appareil musculaire4 ,de tels travaux seraient jusque-l videmment prmaturs3 aussi ,lavater n'a-t-il pu rellement former une cole1 faute d'une vritable doctrine1 propre rallier ses esquisses incohrentes4 ,gall a trs judicieusement remarqu1 ce sujet1 que le systme habituel des gestes offre un indice plus rationnel et moins quivoque que l'tat passif de la physionomie proprement dite4 ,la loi ingnieuse et trs plausible qu'il a propose sur la direction gnrale de la mimique1 conformment la prpondrance de tel ou tel organe crbral1 me parat constituer une inspiration fort heureuse1 ultrieurement susceptible d'une vritable utilit scientifique1 pourvu qu'elle soit convenablement applique4 ,en gnralisant autant que possible cet ordre de jugemens philosophiques1 on doit enfin reconnatre que la physiologie crbrale1 lors mme qu'elle envisagerait1 d'une manire plus rationnelle1 l'ensemble du systme nerveux1 prsenterait aujourd'hui le grave inconvnient de trop isoler ce systme du reste de l'conomie4 ,sans doute1 elle a d d'abord carter soigneusement les erreurs anciennes sur le prtendu sige des passions dans les organes de la vie vgtative1 qui eussent empch toute conception scientifique de la nature morale de l'homme et des animaux1 comme je l'ai dj expliqu4 ,mais elle a depuis beaucoup trop nglig la grande influence qu'exercent sur les principales fonctions intellectuelles et affectives les divers genres des autres phnomnes physiologiques1 influence si hautement signale dans le clbre ouvrage de ,cabanis1 qui1 malgr le vague et l'obscurit de ses vues gnrales1 fut nanmoins si utile la science1 en servant de prcurseur immdiat l'heureuse rvolution philosophique que nous devons au gnie de ,gall4 ,l'ensemble des diffrentes considrations indiques dans cette leon1 concourt donc dmontrer que la physiologie intellectuelle et morale est aujourd'hui conue et cultive d'une manire la fois trop irrationnelle et trop troite1 dont l'influence1 tant qu'elle subsistera1 opposera ncessairement un obstacle insurmontable tout vritable progrs d'une doctrine qui n'a fait rellement encore aucun pas important depuis sa premire fondation4 ,cette tude1 qui1 par sa nature1 exige1 plus qu'aucune autre branche de la physiologie1 l'indispensable habitude prliminaire des principales parties de la philosophie naturelle1 et qui ne peut fructifier que dans les intelligences les plus vigoureuses et les mieux leves1 tend aujourd'hui1 en vertu de son isolement vicieux1 descendre au niveau des esprits les plus superficiels et les moins prpars1 qui la feraient bientt servir de base un charlatanisme grossier et funeste1 dont tous les vrais savans doivent se hter de prvenir le dveloppement dj imminent4 ,mais1 quels que soient ces immenses inconvniens1 ils ne doivent point faire mconnatre l'minent mrite d'une conception destine1 malgr son imperfection actuelle1 constituer directement l'un des principaux lmens par lesquels la philosophie du dix-neuvime sicle se distinguera dfinitivement de celle du sicle prcdent1 ce qui a t jusqu'ici si vainement tent4 ,cette dernire leon1 rattache l'ensemble des cinq prcdentes1 complte donc l'apprciation gnrale que je devais faire1 dans la seconde partie de ce volume1 du vrai gnie philosophique propre l'tude positive des corps vivans1 successivement envisags sous tous leurs divers aspects principaux4 ,quoique les diffrentes parties essentielles de cette grande science soient1 sans doute1 trs ingalement avances aujourd'hui1 et que nous ayons reconnu l'tat peu satisfaisant de toutes celles qui se rapportent directement aux ides de vie1 mme les plus simples1 compares celles qui se bornent aux seules ides d'organisation1 cependant un tel examen nous a montr que les branches les plus imparfaites commencent aussi prendre un vritable caractre scientifique1 la fois positif et rationnel1 plus ou moins bauch dj1 suivant la complication correspondante des phnomnes4 ,l'analyse fondamentale du systme de la philosophie naturelle se trouve ainsi enfin suffisamment opre dans ce volume et dans les deux prcdens1 depuis la philosophie mathmatique1 qui en constitue la premire base gnrale1 jusqu' la philosophie biologique1 qui le termine ncessairement4 ,malgr l'immense intervalle qui semble sparer ces deux extrmits1 nous avons pu passer de l'une l'autre par des degrs presque insensibles1 en disposant convenablement les diverses tudes naturelles suivant la hirarchie scientifique tablie au dbut de ce trait4 ,entre la philosophie mathmatique et la physique proprement dite1 s'interpose spontanment la philosophie astronomique1 participant la fois de leur double nature4 ,de mme1 entre l'ensemble de la philosophie inorganique et celui de la philosophie organique1 tout en maintenant chacune son vrai gnie scientifique1 nous avons reconnu que la philosophie chimique constitue1 par le caractre de ses phnomnes1 une vritable transition fondamentale1 qui n'a rien d'hypothtique1 et qui tablit jamais la rigoureuse continuit du systme des sciences naturelles4 ,mais ce systme1 quoiqu'il comprenne toutes les sciences existantes1 est encore videmment incomplet1 et laisse aujourd'hui une large issue l'influence rtrograde de la philosophie thologico-mtaphysique1 laquelle il rserve ainsi un ordre tout entier d'ides1 les plus immdiatement applicables de toutes4 ,il lui manque absolument l'indispensable complment final qui peut seul assurer1 en ralit1 sa pleine efficacit1 et organiser enfin l'irrvocable prpondrance universelle de la philosophie positive1 en assujtissant aussi au mme esprit scientifique1 tant pour la mthode que pour la doctrine1 la thorie fondamentale des phnomnes les plus compliqus et les plus spciaux1 comme je vais oser le tenter1 le premier1 dans le volume suivant1 directement consacr la science nouvelle que je me suis efforc de crer sous le nom de physique sociale4 ,cette science vraiment dfinitive1 qui prend ncessairement dans la science biologique proprement dite ses racines immdiates1 constituera ds-lors l'ensemble de la philosophie naturelle en un corps de doctrine complet et indivisible1 qui permettra dsormais l'esprit humain de procder toujours d'aprs des conceptions uniformment positives dans tous les modes quelconques de son activit1 en faisant cesser la profonde anarchie intellectuelle qui caractrise notre tat prsent4 ,quoique la plupart des sciences antrieures soient encore1 comme nous l'avons reconnu1 fort imparfaites beaucoup d'gards essentiels1 leur incontestable positivit1 plus ou moins dveloppe1 suffit pleinement rendre possible aujourd'hui cette dernire transformation philosophique1 de laquelle dpendent surtout dsormais leurs plus grands progrs futurs1 par une meilleure organisation systmatique de l'ensemble des divers travaux scientifiques1 abandonns maintenant au plus irrationnel isolement4 ,,fin ,,du ,,tome ,,troisi,,me4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,le ,,tome ,,troisi,,me4 #ce;e ,leon4 ,considrations philosophiques sur l'ensemble de la chimie4 #cf;e ,leon4 ,considrations gnrales sur la chimie proprement dite ou inorganique4 #cg;e ,leon4 ,examen philosophique de la doctrine chimique des proportions dfinies4 #ch;e ,leon4 ,examen philosophique de la thorie lectro-chimique4 #ci;e ,leon4 ,considrations gnrales sur la chimie dite organique4 #dj;e ,leon4 ,considrations philosophiques sur l'ensemble de la science biologique4 #da;e ,leon4 ,considrations gnrales sur la philosophie anatomique4 #db;e ,leon4 ,considrations gnrales sur la philosophie biotaxique4 #dc;e ,leon4 ,considrations philosophiques sur l'tude gnrale de la vie vgtative ou organique4 #dd;e ,leon4 ,considrations philosophiques sur l'tude gnrale de la vie animale proprement dite4 #de;e ,leon4 ,considrations gnrales sur l'tude positive des fonctions intellectuelles et morales1 ou crbrales4