by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,louis ,,david ,,son ,,cole ,,son ,,temps ,,souvenirs ,,par ,m4 ,e4 ,j4 ,,del,,cluze ,,paris ,,didier1 ,,libraire-,,diteur #ahee ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,ce ,,volume4 ,i4 ,l'atelier des ,horaces4 ,enfance d'tienne4--,fte de l'tre suprme4--,sance de la ,convention4--,frron1 les muscadins4--,godefroy4--,quinquet4--,ch4 ,moreau4--,le ,louvre en #agif4--,meubles de ,jacob4--,talma4--,une dame artiste4--,rentre des migrs4--,souvenirs de la ,terreur4 ,,ii4 ,david l'atelier de ses lves4 ,modle pos par ,david4--,gautherot et ,mulard4--,raction contre les ,jacobins4--,david corrige ses lves4--,moris4--,les ,horaces et les ,sabines4--,maurice ,quay4--,de ,forbin1 ,granet4 ,,iii4 ,les lves de ,david leur atelier4 ,le trsorier ,grandin4--,les penseurs4--,ch4 ,nodier et ,maurice ,quay4--,richard ,fleury1 ,rvoil4--,le ,vaudeville4--,granet1 ,m4 ,ingres4 ,,iv4 ,les ,rapins4 ,allocution de ,maurice4--,agamemnon et ,pris4--,huyot l'architecte1 ,vermay1 ,p4 ,duqueylar1 ,paillot de ,montabert1 ,a4 ,lullin1 ,aug4 de ,saint-,aignan4--,anciens et modernes4--,ossian4--,l',oreste d',hennequin4 ,v4 ,david jusqu'en #aghi4 ,enfance de ,david4--,sedaine1 ,vien1 ,david4--,le ,doux1 ,mlle ,guimard4--,la ,peste de ,saint-,roch4--,blisaire1 ,andromaque1 les ,horaces1 la ,mort de ,socrate4--,conseil d',andr ,chnier4--,pris et ,hlne1 ,brutus4--,heyne1 ,winckelmann1 ,lessing1 ,hamilton1 ,gessner1 ,giraud4--,thorie et archasme4 ,,vi4 ,david de #aghi #agie4 ,cendres de ,voltaire4--,le ,jeu de ,paume4--,les frres ,franque4--,david membre de la ,convention4--,premier discours de ,david4--,l'ancienne acadmie attaque4--,topino ,le ,brun4--,basseville4--,le ,pelletier de ,saint-,fargeau4--,marat et ,david4--,portrait de ,marat4--,statue du peuple franais4--,commission du ,musum4--,david prside la ,convention4--,discours de ,david4--,le temps de la ,terreur4--,viala4--,neuf thermidor4--,david accus4--,mme ,david4--,david et ,platon4--,david prisonnier au ,luxembourg4 ,,vii4 ,l',atelier et le tableau des ,sabines4--#agif-ahjj4 ,david amnisti4--tat des esprits en ,france4--,ftes4--,les thophilanthropes4--,aristocratie intellectuelle4--,moeurs du temps4--,le chanteur ,garat4--,baboeuf4--,clubs4--,le gnral ,bonaparte4--,trait de ,campo-,formio4--,portrait de ,bonaparte4--,bonaparte en gypte4--,les monuments d'art ,paris4--,rflexions de ,david sur l'art4--,le ,marcus ,sextus de ,gurin4--,le tableau des ,sabines expos4--,critiques4 ,,viii4 ,le tableau des ,thermopyles4--#ahjj-ahjb4 ,nouvelles tudes de ,david4--,polygnote et ,prugin4--,amour de ,david pour son art4--,rflexions et conseils de ,david4--,le #ah brumaire4--,bonaparte et ,david4--,portrait questre de ,bonaparte4--,david devient monarchique4--,le chapeau de ,bonaparte4--,procs de ,topino ,le ,brun4--,charlemagne1 ,bonaparte4--,muse des ,petits-,augustins4--,genre anecdotique4 ,,ix4 lves de ,david4 coles rivales4--#ahje-ahaj4 ,david et ,pie ,,vii4--,j4 ,g4 ,drouais4--,fabre1 la comtesse d',albany4--,girodet de ,trioson4--,lettre de ,girodet4--,mlle ,candeille4--,ossian4--,david chez ,girodet4--crits de ,girodet4--,sa mort4--,f4 ,grard4--,la ,psych4--,qualits de ,grard4--,mme ,rcamier4--,bataille d',austerlitz4--,grard pendant la ,restauration4--,a4 ,gros4--,ses premiers ouvrages4--,les pestifrs de ,jaffa4--,raction dans les arts4--,gros pendant la ,restauration4--,le clotre des ,capucines4--,atelier de ,gros4--,sa mort4--,regnault2 ,vincent4--,prudhon2 ,mlle ,mayer4--,p4 ,gurin2 ses lves4 ,x4 ,les ,prix dcennaux4--#ahaj4 ,visite de ,napolon ,david4--,tableau du ,couronnement4--,vivant ,denon4--,prix dcennaux4--,but incertain des artistes4--,tableaux officiels4 ,,xi4 ,david reprend le tableau des ,thermopyles4 #ahaj-ahae4 ,les deux ,monrose4--,praticiens classiques4--,moris4--,figure de ,lonidas4--,observations sur les ,thermopyles4--,david en #ahac4--;,david chez ,curtius4--,portraits de ,napolon4--,mort de ,socrate4--,officiers russes chez ,david4--,le bouquet de lis4--,david au #bj mars #ahae4--,napolon l'atelier de ,david4--,david avec ses lves4--,veille du dpart pour l'exil4 ,,xii4 ,temps d'exil4 ,mort de ,david4 cole nouvelle4 #ahaf-ahbe4 ,david ,bruxelles4--,david et le roi de ,prusse4--,david s'tablit ,bruxelles4--,l',amour et ,psych4--,tlmaque4--,maladie de ,david4--,honneurs funbres4--cole nouvelle4--,gricault4--,le ,radeau de la ,mduse4--,influence allemande4--,lord ,byron1 ,walter ,scott4--cole romantique4--,m4 ,v4 ,schnetz4--,l4 ,robert4--,m4 ,ingres en #ahje4--,voeu de ,louis ,,xiii4--,apothose d',homre4 ,,xiii4 ,conclusion4 ,liste des lves de ,david4 ,,appendice4 ,les ,barbus d' prsent et les ,barbus de #ahjj4 ,les ,barbus1 par ,m4 ,ch4 ,nodier4 ,,avertissement4 ,il y a plusieurs annes que l'ouvrage que je prsente aujourd'hui au public est compos1 mais diffrentes raisons m'en ont fait diffrer la publication jusqu' ce jour2 la principale a toujours t le choix du moment o je pourrais trouver le public dispos accueillir cette histoire du peintre ,louis ,david et de son cole4 ,l'admiration pour les ouvrages de cet illustre artiste a t si exclusive jusqu'au moment de sa mort1 et ils ont t critiqus1 dnigrs mme avec tant de violence et d'injustice pendant les quinze ou seize annes qui ont suivi son exil1 qu'il m'a paru indispensable d'attendre que le temps et calm l'effervescence de ces passions contraires1 et qu'il devnt ainsi possible de porter sur les travaux de ,david un jugement impartial1 et de le faire accepter avec calme aux lecteurs4 ,si je ne me trompe1 ce moment est venu1 et les compositions de ,david1 aprs un examen rigoureux de prs de vingt annes1 sont sorties triomphantes de cette rude preuve4 ,ses dfauts1 car quel est le matre qui n'en ait pas8 rsultent bien moins encore de la tournure de son esprit que des circonstances extraordinaires avec lesquelles il s'est trouv aux prises pendant sa vie4 ,en effet1 ,l4 ,david1 dj peintre et matre clbre la fin du rgne de ,louis ,,xvi1 devenait bientt aprs l'interprte des passions qui agitaient la ,france en #agia4 ,l'poque terrible de la ,terreur1 o le nom de l'homme politique se trouve si tristement inscrit1 fut pour l'artiste une occasion de renouveler compltement son talent et sa manire1 et le conduisit dans la voie qu'il a suivie en produisant ses deux plus beaux ouvrages1 le tableau des ,sabines et le ,couronnement de ,napolon4 ,depuis prs d'un demi-sicle que ces tableaux ont t examins et critiqus par deux ou trois gnrations dont les ides et les gots ont t si diffrents1 leur mrite est aujourd'hui paisiblement reconnu4 ,mais un point que personne ne conteste est la supriorit de ,david1 non-seulement sur ses contemporains1 mais encore sur les matres anciens1 comme chef d'cole4 ,aussi1 malgr le reproche qu'on lui a si frquemment adress d'avoir exerc un empire absolu sur ceux qui cultivaient les arts dans le mme temps que lui1 est-on forc de reconnatre aujourd'hui qu'aucun matre n'a moins impos sa manire2 qu'il en a mme chang quatre ou cinq fois1 et qu'enfin1 lui1 dont l'enseignement tait bas sur des principes fixes1 mais si larges dans leurs applications1 a form des artistes dont les talents offrent une diversit remarquable4 ,l'ascendant de ,david sur le got de ses lves pouvait-il tre tyrannique1 lorsque l'on compte parmi ceux-ci ,drouais1 ,girodet1 ,grard1 ,gros1 ,m4 ,ingres1 ,m4 ,schnetz1 ,lopold ,robert et ,granet1 tous caractriss par un gnie si diffrent8 ,on ne craint pas de l'affirmer1 aucune des coles des plus clbres matres modernes n'offre un pareil rsultat1 et ce sera toujours une gloire pour ,david d'avoir fond et entretenu1 pendant plus d'un demi-sicle1 une vritable cole1 peut-tre la dernire qui ait pu tre constitue et qui se maintienne encore4 ,les productions des arts1 comme celles de la littrature1 se ressentent toujours des vnements auxquels l'artiste ou l'crivain s'est trouv ml1 des erreurs1 des prjugs de l'poque qu'il a traverse4 ,plus qu'aucun autre1 ,david a cd l'influence exerce sur les esprits par les gouvernements sous lesquels il a vcu1 depuis les dernires annes de la monarchie jusqu' la rentre des ,bourbons en ,france1 en #ahae4 ,il est sans doute regrettable que l'homme se soit montr si faible et si versatile2 mais c'est une chose1 la fois curieuse et instructive que de voir avec quelle promptitude1 avec quelle fidlit les impressions diverses et souvent contraires qu'a reues l'artiste ont t reproduites dans les ouvrages qu'il a successivement achevs sous ,louis ,,xvi1 pendant la ,terreur1 sous le ,consulat et pendant le rgne de ,napolon4 ,on peut comparer le gnie et le talent de ,david un miroir2 c'est avec la mme fidlit1 c'est avec la mme impassibilit qu'ils ont reproduit1 sans choix et involontairement1 toutes les nuances des rvolutions politiques et intellectuelles travers lesquelles l'artiste a pass sa vie4 ,la part accidentelle que ,david a prise tous les vnements de son temps1 les rapports qu'il a eus avec plusieurs de ses contemporains les plus clbres1 rpandent sur l'histoire de la vie et de l'cole de ce matre un intrt que1 bien loin de le ngliger1 nous nous sommes efforc de faire ressortir4 ,on trouvera dans cet ouvrage des dtails anecdotiques sur les liaisons ou les entrevues que ,david a eues avec les hommes de #agic1 avec ,napolon1 ,pie ,,vii1 le roi de ,prusse et d'autres personnages historiques2 ces dtails1 nous l'esprons du moins1 sont tout fait propres1 non-seulement faire connatre le caractre de l'homme1 mais montrer l'importance que l'on attachait son talent4 ,,david1 ,,son ,,cole ,,et ,,son ,,temps4 ,i4 ,l',,atelier ,,des ,,horaces4 ,celui qui1 matre d'une ide et soutenu par ses talents1 a exerc pendant plus d'un demi-sicle en ,france et en ,europe une influence directe1 forte et constante sur les arts qui dpendent de l'imagination1 du got et mme de l'industrie1 cet homme appartient de droit l'histoire4 ,tel fut le peintre ,louis ,david1 dont la vie1 comme on sait1 a t si fortement agite par les grands vnements de la rvolution franaise4 ,ces ,souvenirs ont pour objet de faire ressortir le gnie propre de ,david et les principes que ce grand artiste a transmis son cole4 ,ils feront connatre premirement le caractre de la rforme tente dans les beaux-arts quelques annes avant le temps o clata la grande rvolution de #aghi2 secondement1 quels taient les principes de cette rforme1 ainsi que la manire dont ils furent interprts par les artistes franais1 et en particulier par ,david devenu chef d'cole2 puis les modifications apportes ces principes par les nombreux lves de ce matre jusqu'en #ahaf1 lorsque1 banni de ,france1 il put assister1 au moins par la pense1 aux attaques diriges contre le systme qu'il avait tabli par son enseignement et par ses oeuvres2 et enfin la restauration de la doctrine de ,david1 remise en honneur par quelques-uns de ses dernire lves1 aprs la mort de leur matre4 ,l'ensemble des vnements qui se rapportent ces vicissitudes de l'art se trouvant compris dans l'espace de quatre-vingt-deux annes 7#aggb-ahed71 on ne peut s'attendre trouver un rcit trac de suite par le mme tmoin4 ,aussi les faits varis contenus dans cet ouvrage reposent-ils sur les tmoignages de trois autorits diffrentes3 la tradition1 les crits dj faits sur cette matire1 et les souvenirs d'un homme qui a t l'lve de ,david1 qui a connu particulirement cet artiste pendant les vingt-cinq dernires annes de sa vie1 et que sa position et ses tudes ont peut-tre plac plus favorablement que d'autres1 pour retracer l'histoire d'une cole aux travaux de laquelle il n'est pas rest compltement tranger4 ,cet homme1 demeur artiste obscur1 tienne1 que l'on ne verra figurer que quand son intervention sera indispensable pour donner plus de vrit aux vnements dont il a t tmoin1 et de vie aux personnages qu'il a connus1 tienne est entr dans sa soixante-treizime anne4 ,il a donc vu se drouler prs des trois quarts d'un sicle1 et l'un de ceux des temps modernes les plus fertiles en grands vnements4 ,enfant en #aghi1 son pre lui fit parcourir tout ,paris le lendemain de la prise de la ,bastille2 jeune1 il traversa l',empire2 homme mr1 il a assist aux rvolutions de #ahad1 #ahcj1 #ahdh et #aheb4 ,si obscure qu'ait t la vie d'un homme d'une intelligence ordinaire1 mais tmoin attentif de ce qui s'est pass pendant ces annes1 ce qu'il en raconte ne peut tre dnu de tout intrt1 et lorsqu'ainsi qu'tienne il s'est trouv plac un point de vue et prs de personnes qui lui ont permis d'observer les vnements et les hommes sous des aspects particuliers1 peut-tre est-ce un devoir pour lui de transmettre aux autres ce qu'il a vu1 entendu et prouv4 ,ds sa plus tendre enfance1 tienne avait montr du got et quelque aptitude pour l'art du dessin4 ,son pre vit avec plaisir se dvelopper chez son fils une disposition qui semblait devoir le diriger vers l'tude de l'architecture4 ,l'aisance dont jouissait la famille d'tienne engagea cependant ses parents lui faire suivre le cours des tudes classiques4 ,trop jeune encore 7il avait huit ans7 pour entrer au collge de ,lisieux1 o il devait tre lve1 on le confia aux soins d'un matre tenant un pensionnat relevant de ce collge4 cette poque1 les ides du nivellement des classes de la socit taient dj fortement imprimes dans les esprits1 et l'instinct de la bourgeoisie la poussait oprer graduellement ce changement par l'instruction plus complte et plus forte qu'elle s'efforait de faire donner ses enfants4 tranger tout esprit de systme1 mais obissant cette impulsion qui entranait la classe de la socit laquelle il appartenait1 le pre d'tienne dsirait avec ardeur que son enfant ret une instruction suprieure la sienne4 ,une anecdote concernant le pre et le fils fera juger de l'importance extrme et particulire que l'on attachait alors l'instruction des enfants4 tienne avait t confi ,m4 ,savour au printemps de #aghi4 ,le lendemain de la prise de la ,bastille1 au moment o ,paris tait encore en moi de ce grand vnement1 le pre d'tienne1 inquiet1 courut chercher son enfant pour le garder prs de lui4 ,il le ramena en traversant la ville depuis le quartier du ,jardin-du-,roi jusqu' celui du ,palais-,royal1 o il demeurait4 ,pendant ce long trajet1 les deux voyageurs eurent plus d'une occasion de voir l'agitation qui rgnait de tous cts4 ,cependant1 au milieu de la confusion des ides qui se succdrent dans l'esprit du jeune colier1 deux circonstances produisirent une forte impression sur lui1 et se gravrent pour toujours dans sa mmoire3 la cocarde tricolore que l'on attacha d'autorit son chapeau sur le ,pont-,neuf1 en face de la statue d',henri ,,iv1 et l'effroyable dtonation d'une pice de #dh1 au moyen de laquelle on entretenait l'alarme dans la ville4 ,d'ailleurs1 l'enfant1 comme s'il et pressenti que son existence devait se passer au milieu des temptes politiques1 se sentit peu mu des cris du peuple et de l'agitation gnrale des citoyens4 ,cependant1 arrivs au perron du ,palais-,royal1 le pre et son fils trouvrent l1 plac en faction1 l'un de leurs voisins1 l'homme le moins belliqueux et le moins partisan de la rvolution qu'il y et sans doute dans le quartier4 ,arm d'un beau fusil de chasse damasquin1 ple de fatigue et d'inanition1 il tait demeur l six heures attendre consciencieusement que celui qui l'avait pos en sentinelle1 et qui ne se souvenait plus de lui1 vnt substituer un factionnaire sa place4 ,le petit tienne qui1 ainsi que tous les coliers1 aurait fait bon march de la chute d'une monarchie pour avoir un jour de cong1 voulut entraner le voisin factionnaire en l'engageant rentrer chez lui4 ,mais l'honnte bourgeois1 tout las et contrari qu'il ft de sa corve militaire1 lui dit3 ,mon petit ami1 quand on nous a confi un poste1 il faut y rester1 dt-on y mourir4 ,cette parole1 que les vnements du jour et le trouble de la ville rendaient grave et solennelle1 tomba jusqu'au fond de l'me d'tienne4 ,il devint pensif1 et1 lorsqu'il se fut loign du voisin en suivant son pre1 aprs quelques minutes de silence1 il demanda celui-ci3 ,mais qu'est-ce donc que la rvolution8 que demande-t-on1 mon pre8 ,la question tait embarrassante4 ,le pre aimait tendrement son fils1 et il craignait galement de lui transmettre une ide fausse1 ou de faire germer dans son esprit des penses dangereuses4 ,mon enfant1 rpondit-il aprs quelques instants d'indcision1 qui redoublrent la curiosit du petit questionneur1 mon cher enfant1 il est bien difficile de te rpondre444 ,si tu tais plus grand444 ,le pre s'arrta encore1 puis1 rassemblant ses ides et cherchant profiter de cette occasion pour exhorter son fils au travail1 il ajouta3 ,tiens1 je ne puis mieux faire qu'en te disant que la rvolution dtruit toutes les distinctions entre les hommes4 ,dsormais il n'en existera plus qu'une1 celle que la science et l'instruction mettront entre les ignorants et les savants4 ,ainsi travaille bien si tu veux te distinguer2 il n'y a plus d'autre noblesse4 ,ces mots1 qui n'taient peut-tre qu'une rponse vasive1 se gravrent d'une manire ineffaable dans la mmoire d'tienne1 et sans doute ils ont influ sur le destin de toute sa vie4 ,cependant1 s'ils produisirent un effet salutaire1 ce ne fut que quelques annes aprs1 car tienne ne fut jamais qu'un pauvre colier1 mme ,lisieux1 o il acheva sa sixime au milieu des meutes populaires et des troubles politiques toujours croissants qui amenrent bientt la suppression des collges4 ,pendant l'anne #agic1 tienne1 rentr dans sa famille1 abandonna presque entirement les tudes classiques1 pour se livrer au got naturel qui le dominait4 ,sans conseil et sans guide1 il copiait de faibles gravures d'aprs les peintres acadmiciens dont la renomme durait encore1 les ,boucher1 les ,vanloo1 les ,bouchardon1 les ,natoire1 etc4 ce travail1 qui passait pour des tudes1 il faisait succder des occupations qui1 si futiles qu'elles fussent1 trahissaient mieux son instinct4 ,toutes ses rcrations taient employes construire des petits thtres dont il tait la fois le machiniste1 le dcorateur1 l'auteur et l'acteur4 ,bref1 il perdait son temps2 mais il le sentait1 et ne cessait de prier son pre de lui donner un matre qui lui enseignt l'art du dessin4 ,dans cette circonstance1 le pre d'tienne sentait toute l'importance d'un bon choix2 et si jusqu'alors il avait tard satisfaire la juste impatience de son fils1 c'est qu'il ne voulait le confier qu' un homme1 un artiste qui pt1 ds ses premiers pas1 le mettre dans la bonne voie4 ,d'ailleurs1 le rgime de la terreur tait dans toute sa force1 et les inquitudes causes par les affaires publiques taient toute importance aux intrts privs4 ,cependant1 dans cette anne terrible1 on s'occupait parfois d'art2 et malgr l'horreur qu'inspirait le comit de sret gnrale1 dont ,david tait membre1 les talents de cet artiste commandaient l'admiration de tous4 ,on s'efforait de sparer l'homme politique du peintre1 et ceux surtout qui1 comme tienne1 taient jeunes et ne voyaient en lui que l'auteur des ,horaces et du ,brutus1 prouvaient une vive curiosit de rencontrer ce peintre clbre4 ,c'tait l'une des ides fixes d'tienne4 ,la premire fois qu'il l'aperut1 ce fut la fameuse fte de l'tre suprme 7#bj prairial an ,,ii4--#h juin #agid74 ,les annonces et les apprts pompeux que l'on avait faits pour cette crmonie ayant excit la curiosit d'tienne1 son pre consentit le conduire aux ,tuileries pour voir passer le cortge4 ,ce fut vraiment un beau et grand spectacle4 ,toutefois l'clat extrieur de cette fte le cda la proccupation qu'elle ft natre dans tous les esprits4 ,le pouvoir de ,robespierre dclinait2 on avait os lui dire qu'il prtendait la tyrannie1 et l'on rptait tout bas que ceux qui voulaient sa perte avaient trouv moyen de le mettre en vidence pendant la fte1 de manire compromettre sa popularit4 ,en effet1 lorsqu'tienne vit s'avancer les membres de la ,convention nationale1 rangs sur deux lignes1 et comme il considrait attentivement cette masse d'hommes graves dcors de la ceinture et du panache tricolores1 et tenant la main un gros bouquet de coquelicots1 de bluets et d'pis de bl mr1 son pre lui toucha l'paule et lui dit3 ,tiens1 regarde1 voil ,robespierre2 c'est celui qui marche seul1 devant la ,convention4 tienne porta alors toute son attention sur cet homme qui avait encore la destine de tous les franais entre les mains4 ,sa taille tait mdiocre1 sa figure ple1 son expression sche et grave4 cette crmonie1 pendant laquelle il marchait de quelques pas en avant du large front que prsentaient les membres de la ,convention1 il s'avanait pas mesurs1 la tte dcouverte1 les yeux habituellement dirigs vers la terre1 et sa dmarche compose et parfois incertaine1 il tait facile de s'apercevoir que le rang part qu'on lui avait assign lui causait de l'embarras4 ,malgr la pompe et la nouveaut des ornements qui caractrisaient cette fte1 le jeune tienne fut frapp du contraste qu'offrait l'expression morne et inquite de ,robespierre compare l'agitation qui se manifestait par moments dans les rangs des reprsentants du peuple4 ,il observait cette disparate sans pouvoir s'en rendre compte1 lorsque deux ou trois jeunes gens1 marchant dans la contre-alle derrire lui et son pre1 dirent demi-voix1 et en faisant allusion ,robespierre qu'ils voyaient passer aussi ,ah6 monstre que tu es1 ton compte sera bientt rgl maintenant6 ,ceux qui entendirent ces paroles tremblrent1 car la discrtion et le silence1 en pareille occasion1 indiquaient la complicit et taient punis de mort4 ,mais presqu'au mme instant l'attention fut dtourne par la voix d'un homme qui criait en marchant trs-vite3 ,place au commissaire de la ,convention6 ,la haie des curieux1 qui bordait la grande alle des ,tuileries1 s'ouvrit1 et l'on vit un reprsentant du peuple en costume1 tenant ses deux fils par la main1 et s'avanant avec vivacit vers le milieu du cortge pour faire presser la marche au groupe des juges du tribunal rvolutionnaire1 qui prcdait celui des membres de la ,convention4 ,c'tait ,david1 charg de la disposition de toute la fte1 qui agitait son chapeau surmont d'un grand panache tricolore1 pour faire maintenir les distances entre les diffrents corps des fonctionnaires de la rpublique formant le cortge4 tienne ne fit qu'entrevoir ,david1 mais l'apparition de cet artiste1 dont tous les assistants rappelrent1 en cette occasion1 le talent et la gloire1 fit une telle impression sur le jeune enfant1 que depuis ce jour il redoubla d'efforts pour perfectionner ses tudes dans l'art du dessin4 ,cependant le #i thermidor vint et ,robespierre tomba4 ,il sera toujours bien difficile de faire comprendre ceux qui n'en ont pas t tmoins la terreur dont on fut frapp sous le rgne de cet homme1 et la joie folle que l'on prouva immdiatement aprs sa mort4 ,la premire ide qui vint tienne1 quand il vit ainsi succder la satisfaction la crainte dans sa famille1 fut de conjurer de nouveau son pre de lui donner un professeur de dessin4 ,la difficult de faire un bon choix fut encore allgue1 et cette affaire demeura suspendue4 ,le #ac thermidor1 quatre jours aprs le supplice de ,robespierre1 lorsque chacun allait et venait dans ,paris sans savoir o1 mais comme pour respirer un air plus libre1 tienne fit une promenade aux ,champs-,elyses avec son pre4 ,l1 profitant de la bonne humeur qu'avaient fait renatre les derniers vnements politiques1 il employa toutes les cajoleries de l'loquence enfantine pour obtenir ce qu'il dsirait4 ,tout en changeant des instances pressantes et des promesses conditionnelles1 le pre et le fils rentrrent par les ,tuileries et se trouvrent bientt sous les murs du chteau1 dans lequel se tenaient les sances de la ,convention4 ,elle tait en permanence2 et le pre d'tienne1 qui1 pour rien au monde1 n'aurait voulu mettre le pied en ce lieu cinq jours auparavant1 eut l'ide d'y conduire son fils4 ,ils pntrrent dans la salle1 et par un hasard singulier trouvrent accs dans une des tribunes4 ,la jeunesse d'tienne fut cause que chacun se prta pour lui mnager une place sur la premire banquette1 en sorte qu'il put voir et entendre parfaitement ce qui proccupait l'assemble en ce moment4 ,le reprsentant du peuple1 le peintre ,david1 tait la tribune1 o il balbutiait quelques paroles sourdes qu'il cherchait1 mais en vain1 opposer la fureur de plusieurs de ses collgues acharns le faire dcrter d'accusation4 ,il tait ple1 et la sueur qui tombait de son front roulait de ses vtements jusqu' terre1 o elle imprimait de larges taches4 tienne avait souvent entendu parler des tableaux des ,horaces et de ,brutus1 il savait que ,david tait le peintre le plus renomm de l'poque2 aussi1 malgr les charges terribles qui s'levaient contre cet homme1 ne fut-il frapp1 que de l'ide de voir le plus habile artiste de ,france menac d'une mort prochaine4 ,mais il faut tout dire3 la faiblesse de la dfense de l'artiste1 la violence excessive de ses accusateurs et l'tat de souffrance et d'angoisse dans lequel tait cet homme1 auraient fait natre la piti dans tout autre coeur que celui d'un enfant sur qui les grands vnements politiques n'avaient pas encore pu agir puissamment4 ,telle fut la triste et mmorable occasion qui fit connatre au jeune tienne celui qui1 deux ans aprs1 devait l'admettre au nombre de ses lves4 ,on parla beaucoup dans le monde de l'accusation porte contre ,david et de sa condamnation la prison4 ce sujet1 les avis taient fort partags3 les uns blmaient hautement l'indulgence dont on avait us envers un des membres du comit de sret gnrale1 dont la culpabilit tait juge la plus flagrante2 d'autres1 sans nier ce que l'on reprochait ,david1 soutenaient que l'on avait agi gnreusement1 mais avec prudence1 en sauvant la vie un si grand artiste que sa niaiserie et sa btise 7telles taient les expressions employes alors7 avaient rendu complice son insu des plus grands criminels4 ,pour tienne1 le rsultat de ces discussions1 ordinairement fort vives1 tait de lui faire sentir le cas singulier que l'on faisait du talent de ,david1 et d'exciter en lui la curiosit plus vive que jamais de voir les ouvrages de ce peintre4 ,mais les ,horaces et le ,brutus1 les deux tableaux de cet artiste dont on parlt alors1 lui appartenant encore1 taient placs dans un de ses ateliers particuliers o il n'tait pas facile de pntrer4 ,outre cela1 on tait peu dispos faire les dmarches ncessaires pour arrivera ce but1 et plus d'une fois1 lorsqu'tienne ramenait la conversation sur ce sujet1 lui imposait-on silence en parlant avec dgot des portraits de ,marat et de ,le ,pelletier de ,saint-,fargeau que ,david avait peints pour la ,convention4 ,il fallut comprimer ses dsirs jusqu' ce qu'il se prsentt une occasion favorable de les satisfaire4 ,dans cette attente1 tienne continua pendant quelque temps copier1 dans la maison paternelle1 les mauvais modles qui taient sa disposition1 mais dont le mrite et l'autorit avaient t dj affaiblis dans son esprit par quelques conversations qu'il avait eues avec de jeunes dessinateurs plus gs que lui et instruits du changement de got que ,david avait opr dans les arts4 ,cependant le temps s'coulait en pure perte4 tienne le sentait1 le disait ses parents en les priant avec plus d'instances que jamais de le mettre sous la direction d'un artiste de talent4 ,enfin un architecte1 ami de la maison1 proposa pour matre un lve de ,david dont le mrite et la probit lui taient connus4 ,le professeur1 qui tait dj connu de la famille1 fut agr1 et comme la jeunesse d'tienne et son caractre vif et aventureux semblaient exiger une surveillance attentive1 ses parents lui firent enseigner le dessin prs d'eux4 tienne eut donc pour premier matre un lve de l'cole de ,david1 contemporain et condisciple de ,fabre1 de ,girodet1 de ,grard et de ,gros4 ,godefroy1 tel tait son nom1 tait g1 en #agid1 de vingt-deux vingt-quatre ans4 ,blond1 paresseux1 d'une honntet parfaite1 ne manquant pas d'esprit1 c'tait d'ailleurs un peintre plus propre faire des croquis et des compositions faciles qu' mettre bonne fin le plus lger ouvrage4 ,l'une des premires questions que lui adressa tienne fut de savoir comment il faudrait s'y prendre pour voir les ,horaces et le ,brutus de ,david4 ,mais cette requte suggra au matre une rponse qui ruina les esprances de l'lve4 ,loin de partager les opinions politiques de ,david1 ,godefroy au contraire faisait partie des jeunes gens1 des muscadins cadenettes qui ragissaient contre les terroristes1 sous la conduite de ,frron4 ,il fallut donc qu'tienne renont encore voir les ouvrages de ,david1 dont ,godefroy1 pour le consoler1 lui faisait des croquis pendant les leons4 ,si ce jeune homme tait un brave et aimable garon1 il faut dire aussi qu'il tait peu propre pratiquer et enseigner la peinture4 ,avec sa tte lgre et la paresse de son esprit1 il avait trouv dans les agitations politiques du moment un emploi complet de ce qu'il y avait de disponible dans ses facults4 ,enrl dans l'escadron des jeunes gens1 ,godefroy1 aux approches du #ac vendmiaire 7an ,,iv71 employait les journes entires se promener avec ses compagnons sous les galeries du ,palais-,royal1 tranant d'une manire bruyante un grand sabre de cavalerie attach un ceinturon boucl sur sa redingote1 et1 ainsi affubl1 passant son temps narguer les terroristes et les partisans de la ,convention4 ,interrompant parfois le cours de ces expditions guerrires1 ,godefroy continua bien de venir chez les parents d'tienne2 mais c'tait seulement pour donner des nouvelles de ce qui se passait ,paris et des succs ou des revers alternatifs des jeunes gens et des terroristes4 ,quant au dessin et la peinture1 il n'en disait plus mme un mot4 ,aprs la journe du #ac vendmiaire1 et lorsque le calme fut peu prs rtabli1 le pauvre ,godefroy1 pour qui cette campagne malheureuse fut sans doute l'occasion de sa vie o il a montr le plus d'activit et d'nergie1 cessa de venir dans la famille d'tienne4 ,n'ayant qu'un talent mdiocre1 il peignit1 pendant quelque temps1 des lampes chez ,quinquet1 dont le nom consacre le souvenir de son invention4 ,puis enfin1 ne trouvant plus s'occuper en ,france1 il se dcida passer aux tats-,unis1 o il est mort quelques annes aprs4 tienne a sans doute tir bien peu de profit des leons qu'il a reues de ,godefroy1 et cependant il a toujours conserv un souvenir tendre de ce bon jeune homme1 qui1 outre les prcieuses qualits de son coeur1 avait le got des ouvrages excellents et a appris tienne connatre et apprcier les vrais chefs-d'oeuvre des arts4 ,mais le temps s'coulait et les progrs d'tienne taient insensibles4 ,pendant les annes #agid et #agie1 il alla habiter la campagne avec ses parents4 ,par un concours de circonstances qui ne peuvent tre rapportes ici1 le jeune lve en peinture reprit le got des tudes classiques et revit la plupart des auteurs latins avec une ardeur et une nergie qui se rveillent rarement quand leur action a t interrompue4 ,cet acte de sa volont1 couronn par un succs inattendu1 lui fit faire de nouveaux efforts4 ,entre autres1 il se mit seul et sans guide1 dessiner le paysage d'aprs nature4 tienne commenait se sentir plus fort2 en rentrant ,paris1 vers l'automne de #agif1 il tmoigna ouvertement ses parents le dsir d'entrer l'cole de ,david4 ,jusqu' cette poque1 le caractre et les dispositions1 de l'esprit de ce jeune homme avaient inspir des inquitudes sa famille4 ,d'une vivacit excessive de corps1 et souvent agit par les fantaisies d'une imagination plus mobile que productive1 on pouvait redouter chez lui le premier effet des passions4 ,cette crainte1 qui tait fonde1 fit prendre aux parents d'tienne un terme moyen pour qu'il ret les conseils de ,david1 sans qu'il ft expos tout coup au danger de se trouver au milieu de jeunes lves dont la conduite fort peu rgle n'tait soumise aucune surveillance4 ,on eut encore recours l'architecte qui avait introduit ,godefroy dans la maison4 ,plus heureux cette fois1 cet ami trouva moyen de faire entrer tienne chez un lve de ,david1 qui ce matre avait prt1 pour achever un tableau1 l'atelier mme o taient placs ceux des ,horaces et de ,brutus4 ,de ce concours de circonstances1 il rsultait qu'tienne serait pleinement satisfait1 puisqu'il allait travailler sous un matre digne de sa confiance1 qu'il verrait son gr les ouvrages de ,david1 et qu'enfin ce clbre artiste1 ayant entendu parler d'tienne1 avait promis ses parents de surveiller ses tudes4 ,charles ,moreau1 le matre nouveau qui tienne venait d'tre confi1 tait alors dans sa trentime anne4 ,c'tait un homme bien fait de sa personne1 dont la physionomie calme n'annonait rien moins qu'une imagination ardente4 ,la nature l'avait dou d'une certaine aptitude aux arts1 dont il tait facile de voir qu'il cherchait plutt profiter pour s'assurer une profession1 que dans l'ide de courir follement aprs la gloire4 ,pendant le cours de ses tudes acadmiques1 il avait obtenu un double succs fort rare4 ,aprs avoir remport le grand prix d'architecture1 l'art qu'il avait tudi plus particulirement1 on lui dcerna le second grand prix de peinture en #agib1 la mme anne que ,landon eut le premier4 ,cette double palme1 conquise par des travaux recommandables1 devait naturellement faire concevoir de hautes esprances pour l'avenir de ,charles ,moreau2 toutefois cet artiste1 dont le mrite particulier consistait en une certaine habilet employer avec got ce qu'il avait appris dans les coles1 ne rpondit qu'imparfaitement ce que l'on attendait de lui4 ,il tait d'un abord froid1 mais au fond plein de bont et de politesse2 aussi tienne l'accepta-t-il avec joie comme matre1 soutenu d'ailleurs par l'esprance de voir quelquefois ,david et d'arriver l'honneur de recevoir ses conseils4 ,mais le lieu o tienne allait tudier sous ,moreau1 l'atelier des ,horaces1 a t trop clbre et se trouvait trop voisin de l'cole o ,david enseignait ses lves1 pour n'en point faire connatre la disposition en dtail4 ,ceux qui parcourent aujourd'hui les quatre grandes galeries du vieux ,louvre1 si spacieuses1 si magnifiquement ornes1 et remplies de tant de richesses1 ne se doutent gure des hideuses salets qu'elles renfermaient encore vers #aghf et #ig1 lorsque le jeune tienne pntra dans ces lieux obscurs pour la premire fois4 ,les deux corps de btiment o sont tablis aujourd'hui les muses des ,souverains et de la ,chalcographie1 du ct de la grande colonnade et en retour paralllement la rue de ,rivoli1 taient1 ainsi que les autres parties du ,louvre1 habits par les artistes qui on avait laiss maonner intrieurement1 quand l'tat lui-mme ne les faisait pas construire1 une suite de cahutes qui1 tirant toutes leur jour de la grande cour1 mettaient dans l'obscurit le reste de ces vastes galeries1 dont les murs1 ainsi que les immenses charpentes de la toiture1 taient nu4 ,on pntrait dans cette partie du ,louvre par deux escaliers2 l'un gauche1 sous le guichet en entrant par la rue du ,coq1 qui n'existe plus1 et l'autre en hlice1 obscur1 troit1 dtruit maintenant1 qui rpondait alors droite en entrant1 sous le guichet du ct de l'glise ,saint-,germain l',auxerrois4 ,quant l'amas de ces constructions intrieures1 accordes ,david1 pour lui personnellement et pour ses lves1 il se trouvait dans une partie du vide qui forme aujourd'hui la cage du grand escalier bti sous le rgne de ,napolon1 l'angle de la colonnade et de la face nord du ,louvre1 prs de l'htel d',angivilliers4 ,ces dtails suffiront pour faire connatre quel tait l'tat intrieur d'un des plus beaux monuments de l',europe1 quoique1 pour en complter le triste tableau1 il soit indispensable d'ajouter que1 prs des grands murs noirs adosss la colonnade1 des espces d'immenses viers servaient de latrines toujours ouvertes d'o s'exhalait un air infect1 qui ne se renouvelait qu'avec peine4 ,rien n'est tel que de trouver les choses convenablement tablies pour croire qu'elles n'ont jamais d tre autrement disposes4 ,ce qu'il est difficile de comprendre1 c'est que la plupart des artistes cette poque1 c'est que leurs femmes1 leurs filles1 ainsi que les amateurs opulents qui frquentaient les ateliers1 toutes personnes bien leves1 distingues mme par leurs gots et leurs habitudes1 vivaient l sans qu'aucune d'elles tmoignt hautement l'horreur que l'obscurit dgotante de l'intrieur du ,louvre devait naturellement leur inspirer4 ,mais cette tolrance s'explique par un seul fait3 les artistes1 leur famille et leurs lves y taient logs gratis4 ,aussi ne fallut-il rien moins que la volont de fer et le pouvoir de ,napolon pour purger ces nouvelles tables d',augias1 et rendre le monument du ,louvre une destination digne de la nation au milieu de laquelle il a t lev4 ,c'est vers le mois d'octobre #agif qu'tienne1 g de quinze ans et demi1 fit pour la premire fois son entre dans ces lieux4 ,muni de son carton et de ses crayons1 ce ne fut pas sans peine qu'il parvint jusqu' l'angle tnbreux du ,louvre1 o1 parmi tant d'autres1 se trouvait la petite porte qui conduisait l'atelier des ,horaces4 ,il monta une espce d'escalier roide1 troit1 dont les planches craquaient sous chacun de ses pas4 ,parvenu la dernire marche1 en portant son regard vers la droite1 il aperut un vaste espace sombre1 form en partie par les gros murs du ,louvre1 et dans lequel taient entasss1 l'un prs de l'autre1 des chssis1 des toiles peindre et de grands mannequins draps dont l'apparition lui inspira une terreur passagre4 ,mais gauche se prsentait une autre petite porte au-dessus de laquelle une ouverture vitre laissait passer un jour douteux4 ,de quelque nature que soit un dbut1 il cause toujours de la timidit4 ,le jeune arrivant balana quelques instants avant d'ouvrir la porte qu'il franchit enfin pour entrer dans l'atelier des ,horaces4 ,la nouveaut du lieu et des objets au milieu desquels il se trouvait aurait sans doute exclusivement excit sa curiosit1 si l'embarras de se faire reconnatre et la prsence d'un personnage inconnu tienne n'eussent pas captiv son attention dans les premiers moments4 ,c'tait la fin d'octobre2 le froid commenait se faire sentir1 et le quidam qu'tienne trouva l'atelier s'occupait1 devant le pole1 fendre une grosse bche en menus morceaux pour allumer le feu4 ,cet homme devait avoir de vingt-trois vingt-cinq ans4 ,il ressemblait en laid ,socrate1 et ses membres prsentaient cette sorte d'obsit1 signe plus certain de paresse que de bonne sant4 ,ses cheveux1 d'un blond sale et douteux1 recouvraient peine son front bomb1 sous lequel perait un regard oblique exprimant bien plus la dfiance que la pntration4 ,c'tait ,alexandre1 le fils de ,mme ,c41 femme du peintre de batailles4 l'arrive d'tienne1 ,alexandre se leva et vint lui comme quelqu'un qui s'attend recevoir un nouveau venu1 et quoique ce singulier personnage ne parlt gure que par monosyllabes et en s'aidant du geste1 il parvint dsigner son jeune condisciple la place qu'il devait occuper pendant son travail1 ainsi que les dessins qui lui serviraient de modles4 ,quand il se fut acquitt de ce soin1 il s'approcha d'tienne en faisant un sourire clin et lui dit3 ,vous savez sans doute que le dernier entr chez les peintres fait le mnage8 ,tenez1 ajouta-t-il en montrant le bois d'une main et en prsentant la petite hache tienne de l'autre1 allumez le feu1 car c'est aujourd'hui lundi2 on pose#a un nouveau modle l'atelier des lves de ,m4 ,david1 et il faut que j'aille tirer ma place au sort4 ,il n'eut pas plutt achev ces paroles1 qu'il ouvrit la porte et descendit le petit escalier de bois qu'tienne venait de monter4 ,fait la vie de collge1 tienne avait l'habitude de vivre avec des camarades2 aussi1 loin de se formaliser de la tche qui venait de lui tre impose1 la remplit-il le plus promptement qu'il put1 afin d'avoir le temps et le loisir de reconnatre le lieu trange o il se trouvait4 ,mais le feu tait peine allum1 qu'un vacarme sourd se fit entendre au-dessous de l'atelier des ,horaces4 tienne prtait une oreille attentive pour dcouvrir la cause de ce bruit1 lorsqu',alexandre1 remontant avec prcipitation1 prit une toile peindre1 et1 s'tant aperu de l'tonnement d'tienne1 lui dit3 ,on a eu une peine de chien s'accorder sur la pose donner au modle2 c'est ce qui les fait crier comme vous entendez2 mais je redescends pour prendre ma place2 je n'ai pas t heureux1 j'ai le numro #cd4 ,rest seul de nouveau1 cette fois tienne profita de l'occasion pour observer dans tous ses dtails le fameux atelier des ,horaces4 ,ce vaisseau avait environ quarante-cinq pieds de long sur trente de large4 ,ses murs crpis en pltre taient recouverts d'une teinte en dtrempe de couleur gris-olive1 et la lumire n'tait introduite en ce lieu que par une seule ouverture leve de neuf pieds au-dessus du plancher1 et donnant sur l'esplanade du ,louvre1 sous la grande colonnade4 ,le long des deux parois latrales taient placs1 gauche en entrant1 le tableau des ,horaces1 et droite celui de ,brutus4 ,outre ces deux ouvrages de ,david1 principal ornement de cet atelier1 on voyait une charmante bauche d'un enfant nu1 mourant en pressant la cocarde tricolore sur son coeur2 c'tait le jeune ,viala4 ,mais si ces tableaux attiraient vivement l'attention par leur mrite1 l'ameublement de l'atelier tait1 en son genre1 un objet de curiosit non moins piquant4 ,jusqu' cette poque1 les meubles des maisons mme les plus opulentes de ,paris taient encore fabriqus sur le modle de ceux du temps de ,louis ,,xv ou de ,marie-,antoinette1 tandis que ceux de l'atelier des ,horaces portaient un tout autre caractre4 ,les chaises courantes en bois d'acajou sombre1 et couvertes de coussins en laine rouge avec des palmettes noires prs des coutures1 avaient t copies sur celles dont la reprsentation est si frquente sur les vases dits trusques4 ,au lieu des deux bergres d'usage1 on voyait d'un ct une chaise curule en bronze1 dont les extrmits des deux ,x se terminaient en haut et en bas par des ttes et des pieds d'animaux1 et de l'autre un grand sige dossier1 en acajou massif1 orn de bronzes dors et garni du coussin et de draperies rouges et noires2 le tout avait t fidlement imit de l'antique et excut par le plus habile bniste de ce temps1 ,jacob1 d'aprs les dessins de ,david et de ,moreau1 son lve1 prs duquel devait travailler le jeune tienne4 ,enfin le complment de ce meuble tait un lit galement l'antique1 mais qu'habituellement on relguait1 pour gagner de la place1 dans ce grand espace obscur peupl de mannequins et plein de poussire1 vers le quel tienne avait jet les yeux en arrivant4 ,au surplus1 tous ces objets1 excuts d'aprs le got et sur les ordres de ,david1 taient1 proprement parler1 des meubles d'atelier1 puisqu'en effet ce peintre les a copis dans ses ouvrages4 ,c'est ce dont on pourra s'assurer en confrontant la description qui prcde avec les meubles qui se trouvent dans les tableaux de ,socrate1 des ,horaces1 de ,brutus1 d',hlne et ,pris1 et dans le portrait bauch de ,mme ,rcamier4 ,il est propos de ne pas oublier que tout ce meuble tait excut dj depuis six ou sept ans1 lorsque1 en #agif1 tienne le vit pour la premire fois4 ,alors1 dans le public1 ce got ne faisait que commencer se rpandre4 ,on citait comme une nouveaut les meubles de ,jacob d'aprs l'antique2 ,quinquet tait peut-tre moins fier de l'invention de ses lampes que des ornements trusques que les lves de ,david peignaient sur leurs montures1 et l'on surprenait souvent les coiffeurs dans le fond de leur boutique1 rflchissant srieusement devant une tte perruque1 pour imiter la coiffure des soeurs des ,horaces ou de la femme et des filles de ,brutus1 des tableaux de ,david4 ,mais revenons la dcoration de l'atelier4 ,la face oppose celle o s'ouvrait la grande et unique fentre tait divise en trois portions4 ,celle du centre1 la plus large1 se terminait1 en haut1 par une archivolte au milieu de laquelle on avait pratiqu un grand oeil-de-boeuf vitr1 qui laissait distinguer un autre mauvais escalier en bois faisant suite au premier1 et conduisant un tage suprieur dont on aura plus d'une fois l'occasion de parler4 ,des petites portes formaient les deux divisions latrales de cette face1 et elles taient remarquables par leur dcoration1 qui consistait en toiles vertes retrousses par des clous d'or1 absolument de la mme manire que le sont celles de la grande tenture qui garnit le fond sur lequel se dtachent la femme et les filles de ,brutus1 dans le tableau de ce nom4 ,quant au reste des objets rassembls avec ordre et une symtrie lgante dans ce lieu1 il consistait en figures1 en fragments de figures ou d'ornements antiques mouls en pltre4 ,ces pices taient suspendues aux murs ou poses sur un immense appui log dans le renfoncement cintr o se groupaient des statues entires ombrages par des branches1 des couronnes de chne1 au-dessus desquelles s'levait une grande palme trs-belle encore1 quoiqu'elle ft jaunie par le temps4 ,le pole1 car il ne faut rien omettre1 tait tabli isolment1 mais d'querre avec l'angle form par le ct de la fentre et celui o tait suspendu le tableau des ,horaces4 ,on se figurera facilement la surprise que durent inspirer tant de choses qui eussent mme t nouvelles pour beaucoup de gens1 mais qui le parurent bien davantage au jeune tienne1 qui ne connaissait que la maison paternelle et celles de quelques particuliers1 aiss il est vrai1 mais dans lesquelles le got nouvellement introduit dans les arts n'avait pas encore pntr4 tienne avait bien eu l'occasion de voir jouer ,talma au ,thtre-,franais4 ,il savait mme qu'entre les qualits que l'ont attribuait cet acteur1 on lui faisait un mrite particulier de l'exactitude rigoureuse avec laquelle il observait le costume des divers personnages qu'il reprsentait4 tort ou raison1 on rptait dans le public que ,talma ne se dcidait jamais remplir un rle sans avoir t consulter les monuments antiques la bibliothque2 on ajoutait que quand il avait fait sur le costume ses tudes et son choix1 il allait les faire approuver par ,david4 tait-il question d'un vtement1 d'un meuble1 d'un bronze ou d'une dcoration nouvelle1 ils taient imits de l'antique et toujours ,david1 ou au moins l'un de ses lves en avait fourni les dessins4 ,quoi qu'il en soit1 ces ides n'taient encore admises que par les artistes et le petit nombre de personnes qui les frquentaient1 en sorte que les objets1 qui frapprent les yeux d'tienne l'atelier des ,horaces le transportrent brusquement dans un monde nouveau4 ,cependant ce monde si restreint encore1 mais qui devait bientt imposer toute la ,france et mme l',europe son fanatisme pour l'antiquit1 ce monde tait dj fort1 et le jeune tienne allait tre adopt par lui4 ,malgr l'inexprience du jeune lve1 cette journe passe dans l'atelier des ,horaces et les rflexions que tant d'objets nouveaux lui firent faire agirent avec puissance sur son esprit4 ,dans la vie d'un homme1 il y a toujours des circonstances dcisives qui l'enlvent la gnration dont il procde pour le placer au milieu de celle dont il fait partie4 ,c'est ce qui arriva tienne en cette occasion4 ,il s'aperut tout la fois de combien on tait en arrire dans la maison de ses parents sur la marche qu'avaient suivie les arts depuis dix ans1 et pressentit tout ce qu'il fallait qu'il connt et qu'il tudit pour rattraper le gros de l'arme dans laquelle il se trouvait enrgiment tout coup4 ,trois heures s'taient coules depuis le dpart d',alexandre4 ,outre le temps d'inspecter l'atelier1 tienne avait encore trouv celui de tracer une esquisse d'aprs un dessin fait d'aprs ,michel-,ange par ,david1 et le reste de ses curieux loisirs avait t employ observer en dtail ce qui occupait le milieu de l'atelier4 ,aujourd'hui que les procds et les mystres de la peinture l'huile sont connus de tout le inonde1 on aura peine comprendre comment tienne se trouvait si favoris d'tre admis voir commencer un tableau1 et quelle fut sa joie en pouvant considrer loisir une toile blanche de sept pieds1 sur laquelle on avait report1 au moyen d'un carrelage1 les figures d'une grande composition4 ,tel tait encore cependant le mystre dont s'entouraient les peintres dans leurs ateliers1 que l'espoir qu'eut tienne de voir commencer1 faire et achever un tableau1 fut une des satisfactions les plus vives de toutes celles qu'il prouva pendant cette matine4 ,ce fut donc avec la plus scrupuleuse attention qu'il tudia1 on peut le dire1 ce qui tait trac sur cette toile blanche pose sur un chevalet4 ,david commenait alors son tableau des ,sabines dans une autre partie du ,louvre o on lui avait accord un local plus vaste2 en sorte que1 pour obliger son lve ,moreau1 il lui avait prt son atelier des ,horaces4 ,charles ,moreau traitait le sujet de ,virginius montrant au dcemvir ,appius le couteau avec lequel il vient d'immoler sa fille4 ,cette composition1 dans laquelle l'artiste s'tait efforc de multiplier les preuves de son double talent1 ne put tre termine alors4 ,un an aprs qu'elle fut entreprise1 ,moreau1 dont le talent en architecture tait tout fait recommandable1 saisit fort raisonnablement l'occasion qui lui fut offerte de reconstruire l'intrieur de la salle du ,thtre-,franais 7de la ,rpublique alors7 rue ,richelieu4 ,l'excution de ce travail1 qui lui lit honneur1 l'engagea reprendre et suivre sa vritable carrire1 qu'il a parcourue et qu'il a acheve avec honneur en ,allemagne4 ,exemple trange des vicissitudes humaines6 ,ce tableau de ,virginius1 commenc en #agif en prsence du petit lve de ,moreau1 devait1 quarante ans aprs1 lorsque l'artiste le termina en #ahbg1 passer l'exposition du ,louvre1 sous les yeux du critique tienne1 appel crire sur les arts dans le ,journal des ,dbats4 ,mais revenons l'lve attendant l'arrive de son matre dans l'atelier des ,horaces4 ,midi sonnait quand il y entra4 ,moreau1 comme on l'a dit1 tait assez joli cavalier et se mettait fort bien4 ,toujours ras1 fris et poudr avec soin1 il portait ordinairement un habit bleu barbeau fonc1 des pantalons gris clair et des bottes la hussarde4 ,son linge toujours frais exhalait un lger parfum d'iris1 et l'on savait qu'outre une foule de petits soins que tous les hommes ne prenaient point encore1 il poussait la recherche jusqu' ne faire usage que de rasoirs anglais1 espce de crime de lse-nation cette poque4 ,charles ,moreau avait t reu plusieurs fois dans la famille d'tienne1 en sorte que ce costume lgant et fort convenable alors n'et aucunement tonn le jeune lve1 si cette toilette1 dans cette dernire occasion1 ne lui et pas paru bien recherche pour un artiste qui allait se mettre son chevalet4 ,la politesse affectueuse mais froide et rserve du matre d'ailleurs ne contribua pas peu tonner le jene homme1 qui se soumit sans aucune rpugnance l'autorit de son nouveau matre1 mais en se nourrissant du plaisir d'tre dans l'atelier des ,horaces1 et de l'esprance de recevoir les conseils directs de ,david4 ,il serait superflu d'entrer dans les dtails de l'excution du tableau de ,virginius4 ,pendant que dura le trac et l'bauche de cette composition1 ,charles ,moreau mit toute la bonne grce imaginable pour montrer son jeune lve1 qui cependant n'tait encore que faible dessinateur1 tous les procds qui se rapportent plutt au mtier qu' l'art de la peinture4 ,tout en recevant ces avis que les artistes transmettaient si rarement alors1 tienne poursuivit ses ludes d'aprs le dessin1 puis d'aprs le relief1 en les entremlant de celles que ,moreau lui faisait encore faire sur l'architecture4 ,cependant les journes passes en ce lieu paraissaient souvent longues et tristes tienne1 dont la nature expansive ne s'arrangeait pas toujours de la contrainte et du silence que la gravit continue de son matre lui imposait4 ,le mystrieux1 le monosyllabique ,alexandre1 qui1 disait-on1 tait rentr nouvellement de l'migration1 et auquel ,david avait donn un asile1 tait peu propre animer la conversation4 ,moreau d'ailleurs s'tait rserv le droit de rompre le silence1 et pour en conjurer l'embarras1 quand il se prolongeait trop1 il se bornait chanter les trois couplets d'une romance fort la mode en ce temps3 ,te bien aimer1 ma chre ,zlie1 qu'il interrompait soigneusement lorsque quelque difficult d'excution en peinture le forait retenir son souffle pour tre plus sr de sa main4 ,ce calme touffant et cette mme chanson qui l'interrompait priodiquement navraient quelquefois le coeur du pauvre lve1 surtout1 comme il arrivait souvent1 quand les jeunes gens de l'cole de ,david1 runis l'tage infrieur1 lui faisaient penser1 par leurs cris et leurs extravagances1 au plaisir qu'il aurait eu prendre part leurs jeux4 ,plusieurs fois dans sa dtresse1 le pauvre enfant1 lorsqu'il se trouvait seul avec ,alexandre1 essaya1 mais toujours en vain1 d'entamer une conversation4 ,un jour qu'il crut s'apercevoir que la physionomie de cet homme tait moins sournoise que de coutume1 il se hasarda lui demander quelles taient les personnes demeurant au-dessus de l'atelier1 et que l'on voyait souvent passer derrire l'oeil-de-boeuf4 ,aprs un assez long silence1 pendant lequel le questionn nettoyait tranquillement sa palette1 il dit enfin3 ,est-ce que vous ne le savez pas8--,non4 ,une pause beaucoup plus longue succda la premire1 et ,alexandre1 aprs avoir essuy tous ses pinceaux un un1 et ferm soigneusement sa botte couleurs1 dit1 en prenant son chapeau et ouvrant la porte pour s'en aller3 ,c'est ,pierre1 ,joseph1 ,maurice et ,charles ,nodier4 ,puis il laissa tienne seul4 ,au milieu de ce silence de trappistes1 tout ce qui pouvait en rompre la monotonie devenait un vnement heureux pour tienne2 et si ennuyeux que fussent la plupart des curieux venant visiter l'atelier des ,horaces avec la permission de ,david1 c'tait une espce de fte pour tienne1 par cela seul qu'il entendait des gens parler4 ,une circonstance fort simple en elle-mme devint un vnement de la plus haute importance pour lui4 ,ce fut la visite annonce d'avance que ,david devait faire ,moreau4 ,le chef de l'cole avait effectivement promis son disciple de venir voir o en tait son tableau de ,virginius1 et le jeune colier attendait ce jour avec une impatience inexprimable1 curieux de revoir ,david qu'il n'avait pas mme aperu depuis la fameuse sance de la ,convention4 ,enfin le matre entra en soulevant son chapeau1 et tout aussitt tienne se leva1 mais sans quitter sa place1 tandis que ,moreau s'avanait rapidement vers son maitre en lui tendant la main4 ,les deux artistes parlrent assez longtemps au sujet du perfectionnement des lignes de la composition1 sans qu'tienne1 si novice encore dans l'art1 pt apprcier l'intention et la porte de ce qui fut dit4 ,mais les dernires paroles que laissa chapper ,david en rsumant ses observations sur l'ouvrage excitrent l'attention du jeune colier4 ,il faut te mettre en garde contre la roideur1 mon cher ,charles1 dit le matre1 tu as commenc 7car ils se tutoyaient7 par tudier l'architecture1 et on se ressent toujours de sa premire ducation4 ,vois cette jambe-l1 elle parat avoir t faite au tour comme un balustre4 ,les ttes de tes personnages se ressemblent entre elles1 et les vtements compasss trahissent le soin trop minutieux que tu as pris en drapant tes mannequins444 ,prends garde6444 prends garde ces dfauts6444 la nature est plus capricieuse que cela444 ,d'ailleurs l'ensemble de ton tableau est bon444 un peu froid2 fais-y attention1 et n'oublie pas de rchauffer tout cela en finissant444 ,allons1 bon courage444 adieu et dfie-toi de la roideur4 tienne tait naturellement port respecter ceux qui renseignaient1 et d'ailleurs son inexprience ne lui permettait gure de former un jugement quelconque sur le ,virginius de ,moreau4 ,toutefois1 les remarques si justes de ,david1 en cette occasion1 rpandirent de la lumire dans son esprit1 et il s'aperut que le matre avait au fond tmoign plus d'indulgence pour son lve que pour l'ouvrage4 ,comme ,david se disposait sortir1 il s'approcha d'tienne1 jeta les yeux sur ce qu'il dessinait et lui donna des encouragements avec bienveillance4 ,cette visite1 ces paroles reues du peintre le plus renomm de ,france mirent la joie au coeur d'tienne et lui rendirent le sjour dans l'atelier des ,horaces un peu moins lourd4 ,lorsqu'il fut revenu de son premier enivrement1 il repassa dans son esprit toutes les circonstances qui l'avaient frapp pendant cette entrevue1 et plus d'une fois il revint sur l'tonnement que lui avait caus la vue de ,david1 de cet homme que sa rputation politique avait transform dans l'imagination de ceux qui ne l'avaient point vu en une espce de sauvage inabordable1 tandis qu'en ralit il avait les formes les plus polies4 ,il rgnait dans son habillement une recherche grave1 une propret tout opposes aux habitudes de la plupart des rvolutionnaires4 ,bien plus1 malgr le gonflement d'une de ses joues qui le dfigurait1 et quoique son regard et quelque chose d'un peu dur1 dans l'ensemble de sa personne rgnait un certain air d'homme de bonne compagnie que peu de gens avaient conserv depuis les annes orageuses de la rvolution4 ,si l'on excepte la petite cocarde tricolore qu'il portait son chapeau rond1 tout le reste de son costume1 ainsi que sa manire d'tre1 l'auraient plutt fait prendre pour un ancien gentilhomme en habit du matin1 que pour l'un des membres les plus ardents du comit de sret gnrale4 ,aussi1 tout en travaillant1 tienne ne pouvait-il s'empcher de repasser dans son esprit les trois apparences si diffrentes sous lesquelles ,david s'tait dj offert ses yeux3 d'abord comme membre de la ,convention1 portant le panache tricolore1 et parcourant avec vivacit les ,tuileries le jour de la fte l'tre suprme2 puis la barre de la ,convention1 rpondant ses accusateurs par la pleur de son visage et les normes gouttes de sueur qui se dtachaient de son front2 et enfin en artiste chef d'cole1 en homme plein de politesse et de bienveillance1 dans son atelier des ,horaces4 ,cependant l'habitude de vivre dans le ,louvre fit trouver tienne des distractions en rapport avec son ge et son caractre4 ,quoiqu'il se ft mis sur le pied de partager avec ,alexandre le soin d'allumer le feu chaque matin1 cependant il se chargeait volontiers de cette corve1 qui lui fournissait l'occasion de lier connaissance avec les artistes voisins4 ,il se faisait journellement1 entre les peintres habitant le palais du ,louvre1 des changes de menus services4 ,tour tour1 le plus matinal d'entre eux fournissait1 par exemple1 de la braise ou un tison enflamm ses confrres1 qui lui rendaient la pareille un autre jour4 ,comme tienne distribuait gnreusement le feu quand on lui en demandait1 on lui en rendait aussi volontiers1 et1 par ce moyen1 il arrivait pntrer dans l'atelier des artistes et voir les ouvrages auxquels ils travaillaient4 ,le petit flatteur n'avait garde d'pargner les louanges pour satisfaire sa curiosit1 et les artistes1 hommes faits et assez renomms alors1 introduisaient le petit espigle dans leur atelier1 lui expliquaient le sujet de leurs compositions1 lui laissaient manier leurs brosses et leurs palettes1 et enfin1 aprs avoir savour ses loges1 lui frappaient amicalement l'paule en lui donnant le feu qu'il tait venu chercher4 ,c'est l'aide de ces petits stratagmes qu'tienne parvint voir peindre ,van-,spaendonck1 qui imitait les fleurs2 ,garnier1 occup alors terminer son tableau de la ,famille de ,priam admis au concours dcennal1 l'excellent ,taillasson1 homme trs-spirituel et peintre de talent1 et ,valenciennes1 qui ramona le bon got et les tudes svres dans l'art du paysage4 ,mais le voisinage qui offrait le plus d'attrait tienne tait celui des lves de ,david4 ,il ne tarda pas faire connaissance avec plusieurs d'entre eux1 qui le surnommrent1 cause de la position respective de l'atelier des ,horaces et de l'atelier des lves1 le petit d'en haut1 sobriquet qu'il conserva assez longtemps1 mme aprs tre entr au nombre de leurs camarades4 ,les premires paroles amicales qu'il reut dans cette cole lui furent adresses par ,ducis1 le neveu du pote de ce nom1 et par ,delafontaine1 qui1 aprs avoir expos plusieurs tableaux au ,salon1 est devenu un des plus habiles ciseleurs de ,paris4 ,en arrivant au travail ou en sortant de batelier1 tienne retrouvait ses connaissances et ses nouveaux amis dans les grands corridors sombres du ,louvre1 o l'on se donnait rendez-vous pour les parties de jeu que l'on faisait le soir4 ,le petit d'en haut ne tarda pas tre connu1 au moins de nom1 de tous les lves de ,david4 ,on savait d'ailleurs qu'il devait entrer dans l'cole1 o l'on tait dispos le bien recevoir1 et on saisit une occasion opportune pour lui prouver qu'on l'y regardait dj comme admis4 ,de temps en temps1 les jeunes gens de l'cole de ,david se cotisaient pour offrir un modeste repas leur matre4 ,le matre et trente ou quarante jeunes gens partaient pied de ,paris et se rendaient ,saint-,cloud ou ,vincennes1 chez un aubergiste prvenu d'avance1 qui donnait cette troupe un dner dont le prix ne dpassait ordinairement pas la somme de quarante sous par tte4 ,on eut l'ide de clbrer une de ces petites ftes que l'on peut dire de famille1 et ,ducis1 en sa qualit de commissaire pour le repas1 accompagn de plusieurs de ses condisciples avec lesquels tienne tait le plus li1 vint inviter le petit d'en haut se joindre eux pour fter le matre4 ,la joie d'tienne fut inexprimable1 et sitt qu'il eut donn les quarante sous d'cot1 afin de ne pas tre oubli sur la liste1 il chercha dans son esprit le moyen de prouver ,david et ses lves combien il tait sensible l'honneur qu'on lui avait fait1 en le regardant comme faisant partie de l'cole4 ,l'apprenti peintre1 tout vif et tourdi qu'il ft1 et tout mauvais colier qu'il eut t ,lisieux et en pension1 avait cependant un penchant inn pour l'tude4 ,des circonstances qu'il serait trop long de dtailler ici lui avaient fait reprendre ses auteurs classiques et lire un assez bon nombre de vers et de romans1 pendant son sjour la campagne4 ,il s'exerait mme crire et rimer4 ,dans l'excs du bonheur que lui causa l'invitation au banquet offert ,david1 il rsolut de faire des stances adresses au restaurateur de la peinture1 projet qu'il excuta en effet tant bien que mal4 ,lorsque le chef-d'oeuvre fut achev1 il le communiqua ,ducis en qui il mettait toute confiance1 pour savoir de lui s'il jugeait les vers dignes d'tre lus ,david vers la fin du repas4 ,quoique son oncle ft un habile pote1 le nouveau camarade d'tienne ne se montra pas difficile1 et il fut arrt non-seulement par les commissaires du repas1 mais par tous les lves qui on avait fait connatre le dsir du nouvel initi1 que les vers seraient lus4 ,c'est ,vincennes que l'on dna1 et qu'au dessert1 tienne1 d'une voix faible et tremblante1 lut ,david1 prs de qui on l'avait plac1 cinq ou six mauvaises stances qui furent accueillies avec bienveillance par le matre1 et furent applaudies tout rompre par les quarante jeunes artistes qui s'taient tourdi le cerveau avec la piquette de l'auberge de la ,tourelle4 ,ce petit vnement ne fut pas sans importance pour tienne1 car1 de ce moment1 il fut adopt par ,david comme son lve1 et entra1 ainsi qu'on le verra bientt1 dans son atelier1 sur ce qu'on appelle vulgairement un bon pied4 ,de plus1 l'amiti contracte avec les lves1 les parties de jeux formes1 et des conversations sur les arts compensrent la froideur du sjour de l'atelier des ,horaces1 qui d'ailleurs changea tout fait d'aspect par l'arrive inattendue d'un nouveau personnage qui y fut introduit4 ,un jour ,charles ,moreau1 aprs avoir siffl une heure durant l'air3 ,te bien aimer1 ma chre ,zlie1 s'arrta en clignant des yeux et en se reculant pour juger de l'effet de ce qu'il venait de peindre1 puis dit tienne avec cet air calme qui ne le quittait jamais3 tienne1 vous ne travaillerez plus seul4442 d'ici deux ou trois jours1 quelqu'un viendra pour dessiner avec vous444 ,tout en disant ces paroles lentement1 ,moreau s'tait remis son chevalet1 et l'excution de je ne sais quoi de plus difficile exigeant toute la sret de sa main1 il demeura trois ou quatre minutes sans rien dire4 tienne1 sans quitter sa place ni son carton1 avait tourn son regard interrogatif vers son matre1 qui1 l'avisant tout coup1 lui dit toujours avec le mme sang-froid et les mmes interruptions3 ,c'est une dame444 oui444 c'est une dame444 c'est ,mme de ,noailles4 ce nom qu'tienne connaissait bien1 il remit le nez sur son ouvrage sans profrer un mot4 ,je n'ai pas besoin1 tienne1 ajouta ,moreau aprs une autre pause encore plus longue que les prcdentes1 de vous recommander d'avoir tous les gards et toutes les complaisances qu'elle mrite444 ,elle est plus avance que vous dans l'art du dessin444 ce sera un stimulant pour vous444 a ne vous fora pas de mal4 ,aprs avoir dit ces paroles1 ,moreau se remit chanter sa romance favorite1 et il ne fut plus question de ,mme de ,noailles1 jusqu'au jour o elle vint s'installer l'atelier des ,horaces4 ,quant au discret et taciturne ,alexandre1 que ,moreau avait prvenu part de la nouvelle lve que l'on attendait1 il n'en souffla pas un mot tienne4 ,pendant les deux jours qui suivirent cette scne1 tienne fut sur les pines1 tant il tait curieux de voir paratre sa future condisciple4 ,il avait souvent entendu parler de ,mme de ,noailles comme d'une personne qui se distinguait par un vif amour pour les arts1 mme par des dispositions trs-relles les cultiver2 et tout ,paris savait d'ailleurs que ses appartements taient dcors des tableaux de plusieurs jeunes peintres de l'cole nouvelle4 ,mais quelles pouvaient tre la figure et les allures d'une dame de la haute socit1 qui prenait le parti d'tudier srieusement la peinture dans un atelier situ dans le ,louvre1 dont on a eu l'occasion de faire connatre les dispositions intrieures8 ce motif de curiosit s'en joignait encore un autre4 tienne avait vu le pre de ,mme de ,noailles une seule fois1 mais dans un moment bien terrible1 et il tait impatient de savoir s'il retrouverait quelques-uns de ses traits dans ceux de sa fille4 ,enfin le jour tant attendu arriva4 tienne tait l'atelier des ,horaces comme de coutume1 huit heures du matin4 ,il allumait le feu quand il entendit le bruit des pas d'une personne qui montant l'escalier de bois1 ouvrit bientt la porte sans hsitation et entra dlibrment dans l'atelier4 ,c'tait ,mme de ,noailles4 ,sa tte tait couverte d'un chapeau noir1 et de ses paules descendait jusqu'aux genoux une espce de pelisse fourre dont l'usage n'tait pas commun alors4 ,sa chaussure et son pied taient fins et lgants1 et toute sa dmarche1 o rgnait un mlange de confiance et de retenue1 annonait une personne tout fait distingue4 tienne n'prouva ni surprise ni timidit pour lui rpondre aprs qu'elle lui eut adress la parole4 ,elle alla prendre un carton qu'elle avait fait apporter la veille au soir1 et demanda conseil son condisciple pour le choix de la place qu'elle pourrait occuper sans le dranger de la sienne4 ,tous ces petits prparatifs se firent sans embarras1 sans affectation et mme sans beaucoup de paroles4 ,on et dit que ,mme de ,noailles connaissait la vie d'atelier comme un peintre1 et elle poussa mme la gentillesse avec tienne1 qu'elle avait surpris faisant le feu1 jusqu' lui dire que1 dans les rgles1 c'tait elle1 la dernire venue1 se charger de ce soin4 ,un change de sourires entre elle et lui acheva la connaissance1 et quand le feu fut bien allum1 ils se mirent au travail4 ,c'tait ,mme de ,noailles ouvrir la conversation s'il lui convenait d'en avoir une avec tienne1 qui1 de son ct1 attendit respectueusement une interrogation pour y rpondre4 ,mais il avait affaire une personne du monde1 pourvue d'esprit et de tact2 aussi n'y eut-il pas un seul instant d'embarras4 ,mme de ,noailles savait le nom d'tienne et elle n'y ajouta pas monsieur2 elle lui parla des vers qu'il avait faits pour ,david1 des progrs que ce matre s'attendait lui voir faire dans son cole1 des pices nouvelles que l'on donnait au ,thtre-,franais et de mille autres sujets qui donnrent du charme la conversation de ,mme de ,noailles1 et lui firent sentir qu'tienne n'tait pas tout fait indigne de l'entendre4 ,ce paresseux de ,moreau1 dit-elle tout coup1 n'arrive ici qu' midi1 j'en suis certaine4 ,de la faon dont il se bichonne tous les jours1 il est bien difficile qu'il arrive avant cette heure son atelier4 ,aussi son tableau n'avance-t-il gure6 ,on remplirait des volumes s'il fallait rapporter les conversations journalires que ,mme de ,noailles et tienne avaient ensemble1 depuis huit ou neuf heures qu'ils venaient l'atelier jusqu' midi1 moment du jour avant lequel le pauvre ,moreau n'arrivait en effet que bien rarement4 ,mme de ,noailles tait donc une personne spirituelle et fort aimable1 ayant les manires les plus lgantes1 trs-bien faite et assez jolie2 ses cheveux chtains et son cou d'une blancheur blouissante taient surtout remarquables4 ,d'aprs la manire assez leste dont ,mme de ,noailles s'expliquait sur les habitudes et le talent de ,moreau1 il tait difficile d'imaginer ce qui pouvait dcider cette dame venir se mettre sous sa direction1 et quand tienne vit ,moreau et sa jeune lve en prsence l'un de l'autre1 l'colire parla au matre avec une aisance et en mme temps une familiarit protectrice si habituelle1 qu'il semblait que1 dans son installation l'atelier des ,horaces1 ,mme de ,noailles chercht principalement un lieu o elle put trouver les objets et les ressources matrielles indispensables pour tudier l'art du dessin4 ,jusqu' l'arrive de cette dame1 le plus ou moins de vivacit d'esprit de ,charles ,moreau tait demeur pour tienne un problme1 que le silence habituel tabli entre eux pouvait rendre douteux2 mais lorsque la jolie jaseuse eut non-seulement donn la parole tout le monde1 mais forc encore chacun de parler1 le silence de ,charles ,moreau continua4 ,l'effet de la prsence de ,mme de ,noailles l'atelier des ,horaces fut donc de renouveler immdiatement cet air pais1 combin de silence et d'ennui1 qui y avait rgn jusque-l4 ,la conversation n'avait pas toujours la mme activit ni le mme intrt1 mais elle tait devenue libre1 ce qui contribua vivifier l'esprit d'tienne et lui faire poursuivre ses tudes avec plus de verve et de suite4 ,mme de ,noailles le proccupait beaucoup1 non pas cependant de la manire que l'on pourrait croire2 mais il prouvait un plaisir extrme se trouver habituellement dans une sorte d'intimit amicale avec une jeune et jolie femme de vingt-sept vingt-huit ans1 ayant les habitudes d'une grande dame1 et rpute pour l'une des femmes les plus la mode de ,paris4 ,la vanit de tout autre qu'un enfant de seize dix-sept ans se ft sans doute veille en pareille occasion2 mais1 il faut le dire la louange d'tienne1 il sut profiter avec dlicatesse et modestie d'une bienveillance amicale dont l'effet fut1 en lui inspirant le got des bonnes manires1 de le prserver pour toujours des habitudes contraires que l'on prend ordinairement dans les coles4 ,rarement ,mme de ,noailles se rendait l'atelier plus tard qu' neuf heures et demie1 ce qui forait tienne d'tre habituellement matinal1 afin de prcder toujours sa condisciple4 ,il ne manquait gure de placer d'avance les siges et les divers objets dont elle faisait usage en dessinant1 et jamais cette attention ne manqua d'tre reconnue par une lgre inclination de tte1 accompagne d'un sourire4 ,au surplus1 ces petites galanteries rciproques se reproduisaient sous mille formes1 et sans parler de l'change des crayons et du papier1 dont on supposait la qualit meilleure1 il y avait toujours un instant de la matine1 celui du djeuner1 o la confiance et la jaserie devenaient plus entires et plus actives4 ,la jeune artiste de l'atelier des ,horaces arrivait chaque matin avec un petit panier cach sous son chle1 dans lequel tait son djeuner1 et assez souvent un livre4 ,le repas se faisait en commun sur le pole1 l'une place d'un ct1 l'autre de l'autre1 et tous deux debout4 ,il faut avouer que les deux lves de ,charles ,moreau n'pargnaient pas toujours leur matre pendant son absence1 et que le tableau de ,virginius servait souvent de texte leurs malicieuses critiques4 ,c'tait ordinairement sous ces auspices que commenaient le repas et la journe4 ,les provisions apportes par tienne taient beaucoup moins dlicates que celles de ,mme de ,noailles2 aussi1 tant par respect pour la belle convive que dans la crainte de lui voir refuser des aliments trop grossiers pour elle1 tienne ne lui offrait rien1 mais il acceptait simplement et avec plaisir ce qu'elle lui prsentait2 d'autant plus qu'assez ordinairement la raret d'un fruit venu de ,provence1 ou d'un mets que l'on ne trouvait pas ,paris1 semblait plus propre exciter la curiosit d'tienne que sa friandise4 ,vers la fin de la collation1 les devis recommenaient1 et si ,mme de ,noailles avait remarqu quelque passage dans son livre1 elle en faisait la lecture tout haut1 ce qui fournissait des sujets intressants de conversation pendant le travail4 ,rien ne serait plus facile que de multiplier les rcits de scnes semblables1 car elles se renouvelrent pendant prs de six mois2 mais il convient de ne parler ici que de celles qui se rattachent immdiatement l'histoire des arts et des moeurs de ce temps4 ,un matin que ,mme de ,noailles portait sur son visage l'expression d'une joie vive que le calme habituel de ses traits n'avait point encore laiss voir tienne1 celui-ci se hasarda lui en demander la cause4 ,mon frre1 rpondit-elle aussitt1 revient de l'arme de ,cond1 et d'ici huit jours il sera ,paris4 ,bien que les gots1 les tudes et l'ge d'tienne ne le portassent pas s'occuper des affaires politiques1 leur importance tait si grande alors1 et on en parlait si souvent dans toutes les familles1 qu'il tait difficile d'ignorer ce qui se passait4 tienne savait donc qu'un bon nombre d'migrs1 les uns aprs s'tre fait rayer de la liste1 d'autres mme sans prendre cette prcaution1 et au pril de leurs jours1 rentraient en ,france4 ,mais s'il apprciait l'importance et les difficults attaches ces retours1 comme il n'avait jamais vu le frre de ,mme de ,noailles1 il se borna faire compliment cette dame de l'arrive prochaine de son frre1 en lui tmoignant le plaisir qu'il prouvait de la voir si heureuse1 mais sans avoir mme l'ide de lui adresser des questions sur l'migration de ,m4 ,alexandre de ,laborde ni sur son retour4 ,seulement il ne put se dfendre de faire en lui-mme le rapprochement de la conduite du frre qui quittait l'arme de ,cond1 et de celle de sa soeur venant chercher en quelque sorte un asile dans l'atelier des ,horaces1 sous la protection du terrible rpublicain ,david4 ,ces ides se compliquaient d'autant plus dans son esprit1 que1 dans le cours des frquentes conversations qu'il avait eues avec ,mme de ,noailles il s'tait bien aperu1 sans en tre tonn1 qu'elle tait fort loigne de juger avec indulgence la conduite politique de ,david1 mais que le talent de l'artiste la faisait passer1 ainsi que beaucoup d'autres1 par-dessus ce qu'on tait en droit de lui reprocher4 ,ces concessions particulires1 fort communes alors1 et qui aidrent si puissamment la fusion des partis opposs1 n'taient que l'image en petit de ce qui se passait entre les hommes du gouvernement et presque par toute la ,france4 ,on tait las de tous les excs commis1 dsabus sur toutes les esprances folles que l'on avait conues1 et dans le mme moment o ,david et quelques hommes de son parti reprenaient les manires polies de l'ancien rgime1 et favorisaient la rentre de ceux qui avaient t combattre au del du ,rhin en faveur de la monarchie2 ces mmes migrs1 las de faire une guerre inutile avec les trangers qui se moquaient d'eux1 ou rappels invinciblement par le besoin de revoir leur famille et par l'espoir de rentrer dans leurs biens1 risquaient jusqu' leur tte pour venir faire effacer leur nom de la liste fatale4 ,les femmes jourent alors un rle important l'poque o ces radiations taient si passionnment sollicites1 et le plus ordinairement ce furent elles qui les obtinrent des hommes de la rvolution tenant encore au pouvoir1 ou de quelques-uns1 comme ,david1 qui1 sentant le cas que l'on faisait de leur talent1 se montraient des plus empresss faire rentrer en ,france les familles qu'ils en avaient chasses quelques annes auparavant par2 des lois terribles4 ,aussi celui qui nagure voulait boire la cigu avec ,robespierre2 qui prtendait qu'un rpublicain n'a besoin que de fer et de pain2 qui n'avait pu se dfendre la tribune de la ,convention2 cet homme1 ,david enfin1 venait son atelier des ,horaces vtu avec une certaine lgance1 s'exprimait avec une politesse recherche1 et mettait une espce de coquetterie montrer1 dans la conversation1 des gards aux personnes dont l'opinion politique tait le plus oppose la sienne4 ,cette dernire disposition frappa surtout tienne lorsque1 peu de jours aprs avoir appris le retour du frre de ,mme de ,noailles1 il vit arriver ,david l'atelier des ,horaces1 o la jeune dame1 ,charles ,moreau1 ,alexandre et tienne taient runis en ce moment4 ,david1 employant les formes les plus polies1 s'approcha respectueusement de ,mme de ,noailles en la complimentant sur ce qui venait d'arriver d'heureux dans sa famille2 car ce fut de la sorte qu'il fit allusion au retour de ,m4 de ,laborde4 ,les journaux alors n'expliquaient1 ne commentaient pas tout1 comme sous les gouvernements constitutionnels4 ,d'aprs l'exposition plus ou moins franche des faits1 le public tait oblig d'en apprcier la vrit et l'importance2 de juger de la situation des affaires et de se former par lui-mme une opinion4 ,tout ce travail1 difficile mme pour un homme fait et rompu aux affaires1 ne pouvait tre que bien faiblement accompli par un jeune lve en peinture1 que son imagination vive et mme un peu romanesque entranait dans une sphre d'ides toutes diffrentes4 ,le plaisir que lui fit prouver la satisfaction de ,mme de ,noailles fut donc trs-sincre1 de mme que sa surprise fut grande en voyant l'espce d'intrt que ,david paraissait prendre la rentre d'un migr4 ,ce conflit1 cet amalgame de choses et d'ides incohrentes1 fit natre dans l'esprit d'tienne une foule de rflexions contraires1 dont le rsultat fut de le plonger dans une rverie profonde4 ,david tait sorti de l'atelier2 ,charles ,moreau et ,mme de ,noailles s'taient remis au travail1 mais tienne resta assis auprs du pole1 essayant vainement de composer un seul et mme homme de l'ancien ami de ,robespierre et du nouveau protecteur des migrs4 ,pensif1 il tenait son regard machinalement fix sur ,mme de ,noailles1 qu'il ne voyait que par derrire4 ,ses cheveux chtain fonc1 entours de bandelettes rouges la manire antique1 faisaient ressortir la blancheur de son cou1 qui tait lanc et fort beau4 ,ce rouge et ce cou blanc frapprent tout coup l'imagination d'tienne1 excite dj par les rflexions que la visite de ,david lui avait suggres1 et il lui sembla voir tomber la jolie tte de cette jeune femme4 ,ce ne fut mme qu'en faisant un grand effort sur lui qu'il parvint se rendre matre de l'agitation intrieure qu'il prouva en ce moment4 ,le souvenir des jours sanglants de #agic vivait fortement encore dans toutes les mmoires1 et l'on ne tardera pas comprendre pourquoi la vue de la jeune artiste fit renatre tout coup des images si funestes dans l'esprit d'tienne4 ,un jour1 c'tait le #bi germinal de l'an ,,ii de la rpublique1 tienne1 g de douze ans1 accompagnait sa mre1 que la poursuite d'un procs avait force de se rendre dans le faubourg ,saint-,germain4 ,l'entretien avec le procureur ayant dur plus qu'on ne l'avait prvu1 trois heures et demie sonnrent lorsque la mre et son fils partirent de la rue ,gungaud pour rentrer dans le quartier du ,palais-,royal4 ,le pont des ,arts n'tait pas encore construit1 en sorte qu'ils prirent le ,pont-,neuf4 ,arrivs au del de la place ,dauphine1 tienne1 se sentant entran avec violence par sa mre1 lui demanda3 ,qu'avez-vous donc1 maman1 pour aller si vite8 ,puis1 la voyant plir3 ,qu'avez-vous donc1 maman8 rpta-t-il avec inquitude4--,les charrettes6 les charrettes6 balbutia la mre en se htant encore davantage1 tu ne les vois pas8 ,entends-tu le bruit8 ,viens6 viens6 courons vite6 et ils allrent de toute leur vitesse4 ,la mre d'tienne avait espr regagner son quartier bien avant quatre heures1 l'instant du jour o avaient lieu les supplices4 ,mais1 trompe dans ses calculs par la prolongation des affaires1 elle faisait un dernier effort pour traverser le quai avant le passage du fatal cortge4 ,toute sa diligence fut vaine1 et elle et son fils se trouvrent arrts par la foule prcisment la descente du ,pont-,neuf1 au moment o sept ou huit charrettes remplies de condamns dfilaient devant eux4 ,ple comme la mort1 et sentant ses genoux flchir1 la mre d'tienne fit un mouvement pour couvrir ses yeux et s'appuyer sur le parapet1 lorsqu'un homme simplement vtu s'approcha d'elle et lui dit voix basse3 ,contraignez-vous1 madame1 car vous tes environne de gens qui interprteraient mal votre faiblesse4 ,ces mots1 qui alors ne pouvaient tre dits que par un homme de coeur et de courage1 avertirent la mre d'tienne du danger auquel son motion pouvait rellement l'exposer1 et elle se roidit contre l'horreur du spectacle qu'elle ne pouvait plus viter4 ,quant son fils1 malgr les battements douloureux de son coeur1 il ne put s'empcher de cder la curiosit de regarder les vingt-cinq ou trente condamns que l'on tranait l'chafaud4 ,le convoi1 retard par la foule1 fut mme oblig de s'arrter quelques instants1 ce qui permit au jeune enfant d'observer plus en dtail les traits de quelques-unes des victimes4 ,sur le devant d'une des charrettes tait une jeune et belle femme4 ,ses mains attaches aux ridelles soutenaient tout le poids de son corps pench en avant1 et son visage couleur de pourpre1 ainsi que le vague de son regard1 annonaient le trouble ou plutt la perte de son intelligence4 ,prs d'elle tait une dame ge1 ple et maigre1 mais dont les traits nobles1 dont l'expression digne et calme faisaient un contraste dchirant avec l'tat de sa jeune compagne1 sur laquelle elle semblait jeter un regard tendre et protecteur4 ,enfin1 dans une autre charrette1 tienne remarqua aussi un vieillard de haute stature portant noblement sa tte jusqu'au moment suprme4 ,c'tait le pre de ,mme de ,noailles1 ,m4 de ,laborde1 banquier de la cour1 qu'il vit l pour la premire et la dernire fois1 et dont il apprit le nom en l'entendant rpter l'ignoble populace qui le profrait en le mlant d'horribles injures4 ,peut-tre s'tonnera-t-on moins prsent de la confusion d'ides que jetait dans l'esprit d'tienne tout ce qu'il avait vu et ce qu'il voyait l'atelier des ,horaces4 ,c'tait le got nouveau qui rgnait dans les arts2 c'tait une jeune femme la mode1 dont le pre avait pri sur l'chafaud rvolutionnaire et qui1 dans son amour pour la peinture1 ne voyait qu'un grand artiste en ,david2 enfin1 c'tait ,david lui-mme1 dpouillant le rpublicain de #agic1 protgeant les migrs et faisant presque la cour aux gens qui portaient un nom4 ,tant de circonstances et de sentiments nouveaux1 bizarres et contradictoires1 ne pouvaient manquer de faire une profonde impression sur l'imagination du jeune tienne4 ,aussi son sjour l'atelier des ,horaces tendit-il singulirement la sphre de ses ides et laissa-t-il dans sa mmoire des souvenirs ineffaables4 ,,ii4 ,,david ,l',,atelier ,,de ,,ses ,l,,ves4 tienne1 aprs s'tre familiaris dans l'atelier des ,horaces prs de ,moreau1 mais plus particulirement par l'effet de l'mulation qui s'tait tablie entre ,mme de ,nouilles et lui1 en copiant d'aprs le dessin et mme d'aprs le relief1 se trouvait prpar entrer dans l'atelier des lves de ,david4 ,depuis le banquet de ,vincennes1 o il avait pindaris1 il avait fait connaissance et tait mme dj li avec la plupart des jeunes gens de l'cole1 en sorte que1 lorsqu'il y entra la premire fois pour y travailler1 il n'prouva rien de la gne que donne en toute espce d'apprentissage1 la qualit de nouveau venu4 ,la plupart des crivains qui nous ont transmis des dtails sur la vie des peintres et sur l'histoire de leurs coles ont omis de faire connatre certaines petites circonstances1 qui aident mieux que quoi que ce soit jeter du jour sur les moeurs des artistes et sur les diffrents modes d'enseignement de la peinture4 ,pour ne pas laisser ici la mme lacune1 nous suivrons tienne depuis son installation avec ses camarades jusqu'au moment o il a commenc peindre1 tout en nous occupant de ses condisciples4 ,voici d'abord quelle tait la disposition de l'atelier des lves3 plac immdiatement sous celui des ,horaces1 dont il avait les mmes dimensions1 il ne prsentait de diffrence en grandeur que par le dessous de l'escalier en bois si bruyant1 sous lequel se tenaient les plus jeunes lves1 dessinant d'aprs la bosse1 et parmi lesquels tienne se trouva compris4 ,la fentre tait exactement ouverte et place de mme qu'au premier tage4 ,sur la droite1 en entrant1 au del des figures de pltre et des lves qui dessinaient d'aprs elles1 s'levait un pole de fonte dans un renfoncement1 et un peu au del1 mais du mme ct1 rgnait une large table soutenue par quatre poteaux de deux pieds de haut1 sur laquelle on plaait le modle vivant4 ,en face1 par consquent gauche en entrant1 tait un espace vide que les lves peintres occupaient avec leurs chevalets1 et entre ceux-ci et la table du modle1 s'arrondissaient1 assis en demi-cercle1 les lves dessinateurs d'aprs nature4 ,des planches sur tasseaux fixs au mur1 la hauteur de sept pieds1 servaient recevoir les toiles et les botes couleurs aprs le travail4 ,du reste1 nul ornement1 moins que l'on ne veuille donner ce nom de grandes taches de couleurs tales un peu au-dessous de la planche courante1 et une foule de caricatures1 dont quelques-unes assez anciennes1 couvraient les murailles4 ,david attachait quelque importance ces lazzis de ses lves2 aussi1 lorsque les traits d'un nouvel lve prtaient la charge1 ne manquait-on pas de s'exercer la faire sur le ct du mur prs duquel se dtachait le modle1 en sorte que quand ,david venait corriger ses lves il put la voir4 ,ordinairement il disait3 ,elle est bonne2 ou ,elle est mauvaise4 ,dans le premier cas1 il demandait le nom de l'auteur2 dans le second1 il riait ironiquement1 ce qui produisait un choeur de hues sourdes1 la suite desquelles ordinairement la caricature tait efface4 ,le jour qu'tienne entra1 c'tait au commencement d'une semaine1 d'une dcade alors1 et comme les lves ne pouvaient s'accorder sur la pose donner au modle1 on choisit deux dputs1 ,ducis dont il a t question1 et un certain ,moris dont il sera parl1 pour aller prier ,david de venir tirer ses lves d'incertitude et d'embarras4 ,le matre se rendit en effet leurs voeux et se mit en devoir de trouver une position4 ,mais avant de proposer son avis1 il fit essayer au modle les postures diffrentes que les lves lui avaient donnes1 et aprs les avoir examines1 il en prit occasion de tancer une partie des jeunes gens qui frquentaient le soir les salles d'tude de l',acadmie au ,louvre1 en leur disant que c'tait l qu'ils apprenaient1 en copiant des modles dont les bras taient soutenus par des cordes et les pieds cals avec des coins de bois1 faire des attitudes acadmiques et des mouvements de convention4 ,je gagerais1 dit-il en se tournant vers un de ceux qu'il savait tre des plus assidus aux tudes de l',acadmie1 que c'est toi qui as imagin cette belle pose1 qui fait tendre la poitrine du modle comme une carcasse de volaille8 ,tu veux faire ton torse8444 oui1 je te reconnais l1 et quand on fera des tableaux o il n'y aura ni pieds1 ni mains1 ni tte peindre1 tu seras sr alors d'tre le plus habile4 ,messieurs1 ajouta-t-il1 en parlant tous1 l',acadmie on fait un mtier de la peinture1 et on l'apprend comme un mtier ceux qui la frquentent4 ,faites-vous cordonniers1 si vous voulez1 je ne m'y oppose pas1 mais ici on fait de la peinture4 la suite de cette allocution1 coute avec le plus respectueux silence1 ,david essaya plusieurs attitudes ayant un objet bien dtermin1 et finit par choisir celle d'un homme qui lance une pierre4 ,le modle fit observer qu'il ne lui serait pas possible de conserver cette attitude plus de cinq ou six minutes sans se reposer4 ,eh bien6 qui te dit le contraire8 lui demanda-t-il1 si cela ne t'arrange pas1 va poser ton ,acadmie2 on te mettra des cordes aux pieds et aux mains comme un polichinelle4 ,puis1 remettant sous son bras sa canne qu'il avait pose sur la table du modle3 ,eh bien6 ,messieurs1 ajouta-t-il en s'en allant1 tes-vous contents8--,oui1 monsieur ,david1 dirent les deux dputs qui l'avaient amen4--,c'est bon4 ,je reviendrai midi voir ce que vous aurez fait4 cette poque1 l'atelier tait dgarni de tous les lves forts1 qui venaient d'achever leurs tudes depuis quelques annes4 ,les noms de ,fabre1 de ,wicar1 de ,girodet1 de ,grard1 de ,serangeli et de ,gros retentissaient encore parmi les lves1 mais ces hommes taient dj considrs comme matres4 ,la plupart d'entre eux avaient obtenu le grand prix de ,rome1 ou en taient au moins jugs dignes4 ,fabre avait t couronn et avait expos sa figure de ,can1 dont ,mme de ,noailles mme avait fait l'acquisition4 ,girodet avait envoy son ,endymion et mme son ,hippocrate1 de ,rome1 ,serangeli 7de ,milan7 avait termin son ,orphe et ,eurydice1 ouvrage dont le succs fut bien plus grand que le mrite2 dj ,grard avait jet les bases de sa rputation en faisant paratre son ,blisaire2 enfin on comptait sur ,gros1 fix en ,italie1 mais qui ne revint et ne se fit connatre en ,france que plus tard1 en #ahja et #ahjb4 ,afin de fixer les poques aussi prcisment qu'il est possible1 il est bon de rappeler que l'exposition du ,blisaire de ,grard date de #agie1 et que l'poque vers laquelle tienne est entre l'cole de ,david se rapporte la fin de #agif et au commencement de #agig1 lorsque le matre commenait son tableau des ,sabines4 ,les tudes taient donc faibles en ce moment l'atelier des lves4 ,les plus distingus d'entre eux taient ,pierre et ,joseph ,franque1 deux frres jumeaux natifs du ,jura1 auxquels la ,convention avait allou une petite pension cause des dispositions qu'ils avaient montres pendant qu'ils gardaient les troupeaux dans leurs montagnes4 ,aprs eux venait ,broc1 ,gascon qui ne manquait pas de dispositions1 mais chez lequel des singularits de caractre avaient dvelopp une vanit purile4 ,mulard-,bavard1 pithte rime qu'on ne manquait jamais d'ajouter son nom1 selon l'usage des coles1 o l'on dit la vrit crment4 ,mulard tait un des praticiens les plus avancs1 mais1 sans imagination et sans talent saillant1 il puisait le peu d'ides qu'il avait justifier1 par un babil sans fin1 l'pithte que l'on accolait son nom4 ,en #agif1 il tudiait encore l'atelier avec ,gautherot1 vieux rpublicain incorrigible1 un peu moins bavard que son condisciple1 peintre mdiocre1 crivain de pamphlets politiques1 et particulirement recommandable par le got et le talent rel qu'il avait pour composer des complaintes srieusement bouffonnes sur les assassins clbres que leurs crimes conduisaient l'chafaud4 ,gautherot tait un grand homme de prs de six pieds1 portant une grande perruque blonde1 poudre1 queue1 et s'allongeant sur ses faces en deux normes oreilles de chien1 qui avaient pour utilit particulire de cacher tant bien que mal une dartre vive qui dvorait l'une de ses joues4 ,d'ailleurs bon camarade1 spirituel et assez amusant dans toutes les runions des lves4 ,ducis travaillait avec eux1 quoiqu'il ft tout autrement dispos4 ,ce dernier avait encore peu d'habilet1 mais il dessinait et coloriait avec assez de navet pour faire esprer qu'il en acquerrait par la suite4 ,ainsi que ,broc1 ,robin et quelques autres lves de ,david1 ,ducis avait t pris par la premire rquisition et avait fait les guerres de la ,vende en qualit de soldat rpublicain4 ,il avait assist plusieurs siges de villes1 entre autres celui de ,granville1 en ,bretagne4 ,mais l'affaire de ,quiberon fit une impression si pnible sur ,ducis1 homme brave et brave homme tout la fois1 qu'il se servit du double crdit de son oncle le pote et de son matre ,david pour obtenir son cong et venir chercher un asile dans l'atelier du restaurateur de l'cole4 ,en politique1 la raction contre le jacobinisme1 flagrante alors1 se faisait sentir jusque dans l'atelier des lves de ,david4 ,mulard et ,gautherot1 pendant le repos des modles1 ne manquaient pas de faire des harangues4 ,gautherot1 en particulier1 s'efforait d'entretenir parmi les nouveaux lves les doctrines rpublicaines1 qu'on y avait professes jusque-l4 ,mais le vent commenait changer1 et parmi ceux de leurs camarades qui n'taient point d'humeur entendre vanter les exploits de #agic1 se distinguaient ,ducis1 ,roland et ,moris4 ,roland tait un crole de la ,martinique1 honnte1 brave1 peu spirituel1 excessivement fort de corps1 et qui travaillait comme un galrien la peinture pour se faire une profession et rparer les pertes que sa famille avait faites lorsque la rvolution ruina les colonies4 ,roland1 auquel on avait donn le surnom de ,furieux1 tait rellement colre et n'y allait pas par deux chemins quand on le contrariait4 ,il fit un jour une scne ,gautherot1 qu'il rencontra professant ses doctrines rpublicaines dans un caf4 ,il alla mme jusqu' lui proposer de se battre en duel4 ,quoique1 dans cette occasion1 ,gautherot se comportt avec fermet1 toutefois s'apercevant que son parti n'tait plus soutenu par l'opinion1 il cessa presque subitement de venir travailler l'atelier des lves4 ,mais avant l'attaque ouverte et violente de ,roland contre les jacobins 7pour rappeler les dsignations du temps71 on leur faisait souvent la guerre l'atelier sous le voile de la plaisanterie1 et ,ducis1 entre autres1 en avait organis une qui ne manquait jamais d'interrompre joyeusement les harangues politiques que ,gautherot hasardait4 ,ducis avait la voix rauque1 fausse et trs-basse4 ,pendant ses campagnes en ,vende1 il avait appris des chansons rpublicaines1 et particulirement celle qui commence ainsi3 ,le fanatisme insens1 l'ennemi jur de notre libert1 est expir4 ,or il la chantait de telle sorte que quand il avait prononc le fa4441 il s'arrtait sur la note1 travaillant pendant une minute ou deux sa peinture1 puis1 au moment o l'on s'y attendait le moins1 il reprenait en chantant3 natisme insens2 puis1 aprs avoir coup par d'autres repos plus ou moins longs3 l'ennemi jur444 de notre libert4441 il achevait sur des notes trs-graves et trs-lentes3 ,est ex-pi-r666 ,et tous les lves en choeur rptaient avec la mme emphase3 ,est expir666 est expir666 ,gautherot1 qui ne manquait pas d'esprit1 sentait bien la finesse de cette petite guerre et y rpondait par d'autres plaisanteries2 mais ,mulard1 qui1 non content d'tre bavard1 tait encore pdant1 ne trouvait rien de mieux pour rompre les chiens que de rappeler la dignit des artistes d',athnes et de ,rome4 ,alors les sifflets de se faire entendre et les instances les plus bruyantes taient adresses ,ducis pour qu'il rptt sa chanson3 ,le fa6 le fa6 ,ducis1 chante le fa6 criait-on de toute part2 et alors des joies1 des cris et des hurlements sans fin se faisaient entendre aprs ces mots rpts de nouveau en choeur3 ,est expir666 ,cette scne d'coliers1 choisie entre mille autres1 parce qu'elle tait une parodie de choses beaucoup plus srieuses qui se passaient alors ,paris et dans toute la ,france1 donnera cependant une ide de la manire bruyante et dissipe dont on tudiait dans l'cole de ,david1 ainsi que dans toutes les autres d'ailleurs4 ,quelquefois le tumulte y tait pouss jusqu' un excs dont on ne peut se faire d'ide1 et1 pour dire la vrit1 on y perdait normment de temps4 ,rien cependant n'tait si rare que ,david pt surprendre ses lves au milieu d'un tel dsordre4 ,ordinairement quelqu'un de son cole1 ou mme les lves des autres matres tablis dans le ,louvre1 rencontraient ,david parcourant les vastes corridors de cet difice1 et couraient devant avertir les lves de son arrive4 ,voil ,m4 ,david6 peine ces mots taient-ils prononcs que tout rentrait dans l'ordre et le silence1 au point que l'on aurait1 la lettre entendu une souris trotter4 ,les occasions o ,david donnait lui-mme un mouvement au modle de ses lves se prsentaient fort rarement4 ,pour viter ces embarras et rendre les tudes d'aprs la nature plus faciles et plus profitables1 il avait eu l'ide de faire l'ensemble des lves une proposition qui fut assez gnralement accueillie et suivie mme pendant prs de deux ans4 ,ceux des jeunes gens de l'atelier que leur ge ou le plus ou moins de perfection de leurs formes rendaient propres servir de modle taient inscrits sur une liste1 et posaient tour de rle entirement nus4 ,la sance tait de cinq heures et se renouvelait pendant les six premiers jours de la dcade4 ,quant aux trois derniers1 ils taient employs copier une tte1 pour laquelle chaque lve tait tenu par les rglements de poser lui-mme1 ou de fournir un modle mercenaire ses frais4 ,ces conventions1 qui n'taient pas toujours bien strictement observes1 eurent cependant l'inapprciable avantage de faire passer sous les yeux des lves une immense quantit de natures trs-varies1 et de les forcer renoncer aux habitudes faites1 aux pratiques apprises d'avance et toute cette manire conventionnelle que ,david reprochait non sans raison la vieille cole1 ou ceux des lves qui en suivaient les principes4 ,en rsultat1 ,david1 qui l'entre dans la carrire des arts et pendant ses proccupations politiques avait employ tout ce qu'il avait de pouvoir pour renverser matriellement la vieille institution de l',acadmie1 poursuivait1 en #agif1 cette mme ide1 mais d'une manire plus convenable1 et surtout plus utile aux arts1 en faisant la guerre1 non plus aux hommes1 mais aux doctrines surannes et fausses des vieux acadmiciens4 cet gard1 le matre et les lves mettaient un zle presque fanatique accomplir cette oeuvre4 ,midi tait le moment choisi le plus ordinairement par ,david pour visiter et corriger ses lves4 ,le peintre s'occupait alors du tableau des ,sabines dj bauch1 et dont il repeignait la figure de ,tatius4 ,pendant les heures qu'il consacrait au repos1 il arrivait au milieu de ses lves4 ,mulard et ,gautherot1 plus rapprochs d'ge de ,david1 et fidles d'ailleurs la confraternit rvolutionnaire1 tutoyaient leur matre1 usage qui ne cessa que quand ces deux artistes ne frquentrent plus l'cole4 ,quoi qu'il en soit1 le respect que les lves portaient au matre dans l'atelier1 mme les deux qui viennent d'tre nomms1 tait profond1 et toutes ses paroles les plus hasardes1 les plus embrouilles mme1 comme ,david1 en laissait chapper quelquefois1 taient coutes1 peses et interprtes comme l'eussent t celles d'un prophte4 ,ces leons se rduisaient fort souvent en principes gnraux qu'il mettait l'occasion du premier travail d'lve qui lui tombait sous les yeux4 ,en sorte que le dfaut ou la qualit qu'il y avait remarqu lui servait de texte pendant la revue de toutes les tudes des lves peintres et dessinateurs4 ,eh bien6 disait-il au plus vieux de ses lves1 qui persistait porter ses cheveux nous en queue de la longueur de dix-huit pouces1 toi1 tu es de l'ancien rgime1 corps et me2 tu peins comme tu te coiffes4 ,va1 mon pauvre garon1 tu es venu trop tt ou trop tard1 tu as manqu le coche2 tu aurais fait un excellent acadmicien444 ,puis1 aprs une pause3 ,allons1 va ton train1 continuait-il444 dans ton genre1 a va trs-bien ce que tu fais4 ,et comme il avait rellement de l'affection pour ce vieil lve sans aucun talent1 mais qui avait besoin de son pinceau pour vivre1 il l'enseignait gratis et lui donnait ainsi l'occasion de profiter dans le monde du titre d'lve de ,david1 recommandation puissante alors4 ,mais toutes les fois qu'il trouvait l'occasion de tomber bras raccourcis sur l',acadmie et les acadmiciens1 il ne la laissait point chapper1 et plus d'une fois1 pour la faire renatre1 il alla exprs s'arrter devant la toile du vieil lve la longue queue4 ,ah6 toi1 c'est diffrent1 disait-il en s'approchant de la peinture de ,broc le ,gascon1 tu te crois du gnie2 mais prends-y garde1 a ne pousse pas tout seul dans la tte et il faut le cultiver4 ,c'est comme une plante444 ,et alors ,david commenait une de ses comparaisons favorites1 qu'il perdait1 reprenait et reperdait pour la reprendre encore1 tout en accompagnant sa harangue de rticentes causes par la difficult qu'il avait prononcer1 ce qui le forait parfois de s'arrter court1 en disant ses lves1 qui riaient ainsi que lui3 ,ma foi1 je ne sais plus o j'en suis2 mais vous me comprenez1 n'est-ce pas8--,oui6 oui6 monsieur ,david1 rptait-on de tous cts2 et il continuait4 ,enfin1 tu m'entends bien1 ,broc1 tu as des dispositions444 pour le coloris surtout444 coute bien2 pour le coloris4 ,ainsi1 ne va pas te mettre dans l'esprit que tu es un ,raphal4 ,vois1 tudie les matres qui te vont1 qui te conviennent3 ,titien1 ,tintoret1 ,giorgion1 les ,italiens enfin1 et puis reviens devant le modle1 oublie les matres et copie la nature comme tu copierais un tableau1 sans science1 sans ide faite d'avance1 avec navet1 et tu seras tout tonn d'avoir bien fait4 ,allons1 bon courage2 je ne suis pas mcontent de ton travail444 mais dis-toi bien que tu n'es pas encore un homme de gnie6 ,mulard1 debout devant sa toile1 attendait avec une expression pince la correction de son matre4 ,doyen des lves par l'ge1 infrieur la plupart d'entre eux par le talent1 il redoutait le franc parler de ,david1 dont il se regardait comme le compagnon1 en raison de la familiarit rsultant des habitudes rvolutionnaires4 ,j'ai toujours te rpter444 dit ,david qui fut tout coup interrompu par ,mulard1 dont il connaissait bien le pch mignon et le sobriquet1 j'ai toujours te rpter1 continua ,david sans se dconcerter1 que tu fais maigre de dessin et froid de couleur4 ,cela n'empche pas que tu ne sois en tat de commencer un tableau pour l'exposition prochaine1 ce que je t'engage faire4 ,mais en l'achevant1 il faudra que tu te tiennes sans cesse en garde contre les deux dfauts que je te signale et tout ira bien4--,mais ne penses-tu pas1 ,david1 dit ,mulard1 avec sa voix de tte et son visage compos1 que je444--,je t'ai dit ce que je pense et ce que tu dois faire4 ,mulard voulut parler encore2 mais un sourire de ,david1 auquel rpondirent ceux de tous les lves1 fora le bavard se taire et reconnatre lui-mme1 en riant aussi1 l'inopportunit de ses rflexions4 ,oh6 dit ,david en passant du chevalet de ,mulard celui d'un autre lve1 si on peignait avec la langue1 celui-l ne laisserait gure de besogne faire aux autres4 ,un rire gnral1 auquel prit mme part celui qui en tait l'objet1 accueillit cette pigramme1 laquelle succda un profond silence4 ,c'est bien cela1 dit-il ,ducis1 il y a de la vrit1 de la navet mme dans le mouvement et la couleur de ta figure4 ,mais1 ajouta-t-il en ayant l'air de parler tout le monde1 quoique parlant de ,ducis1 il ne faut pas vouloir faire plus qu'on ne peut4 ,il faut traiter des sujets humbles1 simples1 familiers mme1 si la nature nous a fait natre pour cela4 ,tel qui fera suprieurement des bergers1 se fera moquer de lui s'il1 veut peindre des hros4 ,il faut se tter1 se connatre et puis aller sans se forcer444 n'est-ce pas ,ducis8--,oui1 monsieur1 et il passait un autre4 ,pour vous1 mon cher ami1 il faut faire peau neuve6 ,c'est ainsi qu'il apostropha ,granger1 transfuge de l'cole rivale de ,regnault dans celle de ,david4 ,voil ce que c'est que de recevoir en commenant de mauvais principes1 ajouta-t-il1 il faut oublier1 dsapprendre1 ce qui est bien plus difficile1 tous les enseignements que l'on a reus4 ,voyez-vous1 mon cher ,granger1 il vaudrait mieux pour vous et deux ou trois de vos camarades ici1 infects comme vous du virus acadmique1 que vous n'eussiez jamais touch un crayon4 ,il faudra que vous employiez un an au moins pour gurir de ce mal1 et puis alors seulement vous vous remettrez en route dans la bonne voie444 ,votre travail est bon444 trop bon mme2 car1 voyez-vous1 votre main en sait bien plus que votre tte4 ,vous rflchissez aprs que vous avez fait4 ,votre pinceau vous emporte1 il est votre matre1 et pour comble de malheur il a t mal dirig4 ,il faut oublier tout ce que vous savez1 et tcher d'arriver devant la nature comme un enfant qui ne sait rien444 ,m'entendez-vous bien8--,oui1 monsieur4--,m'avez-vous bien compris8--,oui1 monsieur4--,eh bien1 nous verrons cela la semaine prochaine4 ,en allant vers un autre lve1 mais poursuivant toujours son ide3 ,une mauvaise cole1 dit-il1 est comme une boutique de perruquier#b1 dans laquelle on n'entre jamais sans en sortir avec du blanc son habit4 ,en s'approchant du chevalet de ,moris1 qui s'tait retir de ct pour recevoir la leon du matre1 ,david fit une lgre inclination de tte cet lve1 comme pour le saluer4 ,moris avait plus de trente ans4 ,vtu d'une grande redingote bleue croise jusqu'au menton1 portant une cravate noire et de grandes bottes de cavalerie1 cet homme avait une des plus nobles figures qui se puissent rencontrer4 ,ses cheveux noirs et lisses dessinaient exactement la forme de son crne4 ,son nez tait lgrement aquilin et ses yeux grands fiaient couverts de paupires trs-larges4 ,ses traits taient beaux1 et la majest et la douceur mle de force de sa physionomie inspiraient tout la fois le respect pour sa personne et un vif dsir de le connatre4 ,son histoire n'tait pas bien connue4 ,on savait seulement qu'il avait servi aux armes1 mais qu'un attrait invincible pour l'art de la peinture l'avait engag quitter sa premire profession4 ,moris avait ce qu'on appelle une passion malheureuse pour la peinture1 car il n'y tait nullement appel par ses dispositions4 ,cet homme1 depuis qu'il tait entr l'cole de ,david1 travaillait jour et nuit pour regagner les annes qu'il croyait avoir perdues4 ,ses moyens d'existence taient borns ce point qu'il vivait pour moins de vingt sous par jour4 ,mais il supportait toutes les privations qu'il s'tait imposes avec un courage1 une grandeur d'me propres faire natre des regrets chez tous ceux qui connaissaient son inaptitude aux arts4 ,il tait facile d'tablir quelques points de comparaison entre don ,quichotte et cet lve1 car la vue de la moindre injustice rvoltait ,moris jusqu' le forcer de prendre part toutes les querelles qui s'levaient et de s'tablir juge du diffrend4 ,ce gentilhomme1 car il l'tait1 faisait la police dans l'atelier4 ,quand les plus jeunes lves n'taient pas d'accord et levaient trop la voix1 il allait eux1 les interrogeait1 les jugeait1 prononait son jugement et sanglait quelques coups d'appuie-main sur celui qui avait tort1 sur tous deux quand le tort tait partag1 puis retournait tranquillement sa place pour reprendre sa peinture4 ,il va sans dire qu'une me de cette trempe avait des sympathies et des rpugnances galement prononces2 aussi ne parlait-il jamais de ,mulard et de ,gautherot qu'avec une expression lgrement ironique1 tandis qu'il tendait journellement la main1 en arrivant1 ,ducis1 ,roland et ,duffaut1 avec lequel il finit par vivre en commun4 ,le caractre noble de ,moris le faisait aimer de tous1 et quoique ses productions ou plutt ses essais fussent de la dernire faiblesse1 jamais1 dans l'atelier1 o la franchise tait si brusque et si moqueuse1 personne ne fit la plus lgre allusion son peu de talent4 ,allons1 courage1 mon cher ,moris1 lui dit ,david en jetant les yeux sur sa toile1 il ne faut pas vous dcourager4 ,puis1 aprs quelques observations de dtails1 le matre rpta3 ,allons1 courage6 c'est comme au combat444--,vous avez raison1 monsieur ,david1 interrompit le noble lve qui1 par modestie1 ne voulut pas laisser achever la phrase tout haut son matre1 il faut vaincre ou mourir1 dit-il voix basse4 ,et en parlant ainsi1 ses paupires se baissrent et son visage rougit comme celui d'une jeune fille4 ,qu'est-ce que vous faites l8 demandait peu aprs ,david un jeune homme qui peignait comme un fou1 sans s'apercevoir que son matre tait derrire lui3 ,mais arrtez-vous donc un instant6 continua-t-il en lui frappant sur l'paule1 coutez-moi1 ,n444 ,j'ai ici quelques lves que je considre comme mes enfants1 et j'agis avec eux comme il me convient2 mais vos parents payent douze francs par mois pour que vous travailliez ici1 or1 je ne veux pas voler leur argent4 ,croyez-moi1 tous n'avez aucune disposition et vous ne ferez aucun progrs2 ainsi quittez l'art de la peinture4 ,aprs cette allocution1 qui n'tait pas la premire de ce genre que ,david et faite cet lve1 le jeune homme suspendit son travail pendant quelques minutes et le reprit bientt aprs sans s'mouvoir4 ,je ne sais pas pourquoi1 dit alors le matre en s'adressant tous1 comme quand il voulait rendre une observation moins pnible en la prsentant d'une manire gnrale2 je ne sais vraiment pas pourquoi on a de la rpugnance se faire cordonnier ou maon1 quand on peut exercer honntement et habilement ces professions1 d'autant plus qu'il y a place parmi les ouvriers de ce genre pour ceux qui sont plus ou moins adroits4 ,mais tre peintre mdiocre1 mauvais6 oh6 non1 messieurs1 je vous aime trop pour souffrir que cela arrive aucun d'entre vous4 ,eh bien1 ,georges1 chantes-tu toujours de la musique de ,glck8 demanda ,david1 en souriant1 un gros garon d'une jolie figure qui avait entrepris une tude de grandeur naturelle4 --,oui1 monsieur1 rpondit l'lve d'un ton gracieux et dlibr4 --,eh bien1 tu as raison1 puisque tu l'aimes444 ,moi j'aime mieux la musique italienne4 ,prends garde au bras et la tte de ta figure1 qui sont trop gros et mal dessins444 tu as le sentiment de la couleur1 c'est bon2 a va bien444 ,oh6 il est coloriste1 rpta ,david en s'adressant tout l'atelier1 mais1 continua-t-il en se retournant vers ,georges1 ,titien1 ,paul ,vronse coloriaient bien1 mais ils dessinaient les ttes et les bras mieux que toi4 ,voil ce que c'est que d'aimer la musique allemande1 tu prfres l'harmonie la mlodie et tu fais de mme en peinture3 tu fais passer le dessin aprs la couleur4 ,eh bien1 mon cher ami1 c'est mettre la charrue avant les boeufs4 ,mais c'est gal1 fais comme tu sens1 copie comme tu vois1 tudie comme tu l'entends1 parce qu'un peintre n'est rput tel que par la grande qualit qu'il possde1 quelle qu'elle soit4 ,il vaut mieux faire de bonnes bambochades comme ,tniers ou ,van ,ostade que des tableaux d'histoire comme ,lairesse et ,philippe de ,champagne4 ,le matre corrigea encore quelques lves peintres1 sur lesquels il ne trouva rien de particulier dire1 et entra dans le cercle que formaient les dessinateurs autour de la table du modle4 ,parmi ces derniers taient ,m4 ,a4 de ,saint-,aignan1 ,paulin ,duqueylar1 ,langlois1 ,maurice ,quai1 ,perri1 ,robin1 ,granet1 de ,forbin1 ,richard ,fleury1 ,rvoil1 et quelques autres dont les noms sont rests inconnus1 mais tous assez habiles alors copier la nature en dessin et sur le point de prendre le pinceau4 ,avant de passer leurs travaux en revue1 ,david resta debout devant le demi-cercle et entretint ses lves du tableau des ,sabines1 qu'il excutait4 ,j'ai entrepris de faire une chose toute nouvelle1 leur disait-il2 je veux ramener l'art aux principes que l'on suivait chez les ,grecs4 ,en faisant les ,horaces et le ,brutus j'tais encore sous l'influence romaine4 ,mais1 messieurs1 sans les ,grecs1 les ,romains n'eussent t que des barbares en fait d'art4 ,c'est donc la source qu'il faut remonter1 et c'est ce que je tente de faire en ce moment4 ,j'tonnerai bien des gens2 toutes les figures de mon tableau sont nues1 et il y aura des chevaux auxquels je ne mettrai ni mors ni bride4 ,je crois avoir termin la figure de mon ,tatius444 ces derniers mots1 la physionomie de tous les lves s'panouit1 comme si le personnage dont on venait de parler ft sorti de dessous terre4 ,les jeunes gens parlaient entre eux1 clbraient dj la perfection prsume de l'ouvrage1 et1 sans exprimer aucun dsir1 laissaient deviner dans leurs yeux la curiosit qu'ils avaient de le voir4 ,je ne peux pas encore montrer mon tableau1 dit le matre1 qui avait surpris la pense de ses lves4 ,je crois avoir russi faire mon ,tatius1 mais je n'en suis pas certain4 ,je ne le jugerai bien que lorsque ce qui doit l'entourer sera repeint galement4 ,mais je veux faire du grec pur2 je me nourris les yeux de statues antiques1 j'ai l'intention mme d'en imiter quelques-unes4 ,les ,grecs ne se faisaient nullement scrupule de reproduire une composition1 un mouvement1 un type1 dj reus et employs4 ,ils mettaient tous leurs soins1 tout leur art1 perfectionner une ide que l'on avait eue avant eux4 ,ils pensaient1 et ils avaient raison1 que l'ide dans les arts est bien plus dans la manire dont on la rend1 dont on l'exprime1 que dans l'ide elle-mme4 ,donner une apparence1 une forme parfaite sa pense1 c'est tre artiste2 on ne l'est que par l444 ,enfin je fais de mon mieux1 et j'espre arriver mes fins4 ,le matre1 dont chaque parole avait t coute avec la plus religieuse attention1 se mit en devoir de corriger le travail des dessinateurs d'aprs le modle vivant4 ,levez-vous1 monsieur de ,saint-,aignan1 dit-il en s'asseyant sa place4 ,allons1 courage1 trs-bien1 le mouvement est bien saisi444 ,mettez un peu plus de correction dans votre dessin et nous penserons vous faire peindre4 ,paulin ,duqueylar lui remit ensuite son carton3 ,il y a vraiment un grand caractre1 observa ,david en regardant la figure que l'lve avait trace2 il a une manire de voir lui et il rend son ide avec nergie4 ,c'est bon6 courage6 ,langlois1 dit-il l'lve qui suivait1 votre figure est bonne1 il faut peindre2 c'est dit4 ,et l'lve devint rouge de plaisir4 ,il arriva ,maurice ,qua3 ,peignez aussi1 ,maurice1 dit ,david4 ,vous avez fait l une trs-bonne tude4 ,si celui-l veut1 il ira loin2 il aime la nature et comprend bien l'antique4 ,la joie clata aussi sur la figure de ,maurice4 ,il tait maigre1 portait sa barbe1 ce qui1 joint la disposition de son caractre que l'on aura l'occasion de faire connatre bientt1 lui faisait donner par ses condisciples le surnom de don ,quichotte4 ,perri1 son ami1 grand jeune homme fort doux quoique trs-entt1 ce qui se rencontre frquemment1 et dont l'esprit et le talent brillaient peu1 venait aprs4 ,david ne lui dit que des paroles insignifiantes et lui conseilla de peindre si cela lui faisait plaisir4 ,david tait d'une propret extrme4 ,toujours fort bien mis1 il ne changeait jamais de vtement pour peindre1 et faisait une guerre continuelle ceux de ses lves qui ne se soignaient pas4 ,essuie bien ta chaise1 se prit-il dire ,robin 7c'tait l'un des fils de l'ancien horloger du roi71 car tu es si dgotant1 que j'apprhende de m'asseoir ta place4 ,comme l'lve tirait un mouchoir sale et dguenill de sa poche pour pousseter son sige3 ,merci1 merci de ta prcaution1 ajouta-t-il1 renverse la chaise et secoue-la bien4 ,soyez certains1 messieurs1 reprit ,david quand il fut assis et en considrant le travail de ,robin1 qu'il n'y a rien de si tratre que l'art de la peinture4 ,dans l'ouvrage se peint l'homme qui l'a fait4 ,on ne saurait pas que celui-ci1 et il indiquait ,robin1 est le plus grand saligaud de la terre1 qu'on le reconnatrait pour toi en voyant son dessin2 tenez1 voyez plutt4 ,et tous les lves de rire4 ,oh6 toutes vos plaisanteries n'y feront rien1 et il mourra comme il est1 un crasson444--,quel dommage1 ajoutait le matre en indiquant plusieurs parties de l'tude de cet lve1 cela sent la nature1 c'est plein d'nergie et de finesse444 ,voyez donc comme le raccourci de ce bras est bien exprim2 et la tte1 comme elle plafonne bien6 ,pourquoi ne peins-tu pas depuis que je te dis de quitter le crayon pour le pinceau8--,monsieur444 dit ,robin qui voulait prparer une excuse4--,allons1 tais-toi1 tu es un paresseux4 ,je t'ai vu cet hiver faire les beaux bras et la belle jambe lorsque tout ,paris venait au bassin des ,tuileries pour te voir patiner sur la glace en manire de ,mercure444 ,je parlerai une bonne fois de tout cela ton pre444 ou fais-moi le plaisir d'acheter une bote couleurs et de te mettre peindre2 entends-tu8 ,et il passa au voisin4 ,celui-l a ses ides1 il a son genre4 ,ce sera un coloriste2 il aime le clair-obscur et les beaux effets de lumire4 ,c'est bon1 c'est bon1 je suis toujours content quand je m'aperois qu'un homme a des gots bien prononcs2 c'est toujours bon signe4 ,tchez de dessiner1 mon cher ,granet1 mais suivez votre ide4 ,bon courage2 votre carrire est ouverte4 ,allons1 monsieur de ,forbin1 dit le matre en s'asseyant la place suivante1 je vois que vous aimez et que vous sentez aussi l'effet et le coloris1 car sur un dessin mme1 et le vtre en est la preuve1 on s'aperoit que l'artiste a de l'aptitude ce genre de talent4 ,continuez2 a va bien4 ,fleury ,richard et ,rvoil1 tous deux de ,lyon1 taient unis ds l'enfance par une amiti qui s'tait accrue avec l'ge4 ,tous deux tudiaient chez ,david avec une suite et une rgularit qu'ils devaient sans doute aux sentiments religieux dont ils taient galement anims4 lves alors1 leurs tudes n'avaient pas des qualits qui fissent prvoir la vogue1 passagre il est vrai1 qu'eurent leurs ouvrages quelques annes plus tard2 aussi ,david en corrigeant leurs essais ne leur adressait-il que des observations qui ajouteraient peu d'intrt celles qu'on lui a entendu faire quelques autres lves4 ,il en fut de mme au sujet de plusieurs jeunes gens dont il serait mme difficile de rappeler ici les noms4 ,le matre avait achev de corriger les tudes des peintres et des dessinateurs d'aprs nature1 lorsqu'en tirant sa montre il s'aperut que les heures s'taient coules bien vite4 ,il faut que je retourne mon atelier1 dit-il1 pour profiter du reste de la journe4 ,adieu1 messieurs1 ajouta-t-il en s'adressant ceux dont il venait de s'occuper2 quant vous1 et c'tait aux jeunes dessinateurs d'aprs l'antique qu'il s'adressait alors1 je verrai votre ouvrage un autre jour4 ,dites ceux qui peignent de vous conseiller si vous vous trouvez dans l'embarras4 ,au nombre des apprentis peintres auxquels ces paroles s'adressaient se trouvaient ,mendouze1 ,m4 ,colson1 ,m4 ,caminade1 ,simon1 ,bouchez1 ,huyot 7depuis architecte et membre de l',institut71 ,adolphe ,lullin1 tienne1 etc4 ,la sance de correction avait t longue2 tous les lves y avaient apport une attention soutenue en observant un rigoureux silence4 ,aussi1 peine ,david fut-il dehors1 que l'un des plus jeunes dessinateurs1 plac prs de la porte1 regarda par un trou qui y tait pratiqu exprs si le matre ne revenait pas par hasard sur ses pas2 mais aussitt qu'il fut certain que ,david avait non-seulement parcouru le long corridor du ,louvre1 mais qu'il avait dpass l'angle au del duquel on allait gagner l'escalier de la rue du ,coq1 il se retourna vers ses camarades en jetant un cri effroyable1 auquel tout l'atelier rpondit par un concert de hurlements qui se prolongrent pendant une ou deux minutes4 ,,iii4 ,,les ,l,,ves ,,de ,,david ,,leur ,,atelier4 ,on a vu les lves devant leur matre2 il est bon de les retrouver livrs eux-mmes dans l'atelier4 ,mais pour soulager ces rcits de redites et de dtails superflus1 et avant de chercher quelle tait la constitution de cette petite dmocratie de jeunes peintres1 on fera connatre les noms de quelques-uns des lves qui sont entrs successivement l'atelier de ,david1 aprs ceux que l'on connat dj4 ,les principaux sont ,poussin et ,vermay1 c'taient des enfants de quatorze quinze ans2 puis ,augustin ,delavergne1 g de trente ans1 gentilhomme d'une province de ,france2 ,j4 ,j4 ,dubois1 qui1 outre l'obscnit habituelle de ses discours1 montrait dj les disposions qui l'ont entran se faire antiquaire2 enfin ,m4 ,ingres2 ,bartolini1 sculpteur de ,florence2 ,schwekle1 sculpteur allemand2 ,tieck1 sculpteur de ,berlin1 frre du pote2 car ,david recommandait ses lves de modeler en terre et avait coeur de former des statuaires dans son cole4 ,sur soixante jeunes gens au moins qui taient inscrite comme lves de ,david1 la moiti peu prs frquentait habituellement son cole4 ,jusqu'en #ahjj environ1 la rtribution du matre fut de #ab francs par mois1 sans les frais de modles et de chauffage1 qui se payaient part4 ,sur le nombre des lves inscrits1 il n'y en eut jusqu' cette poque que la moiti au plus qui payt la rtribution ,david2 les autres recevaient l'enseignement gratis4 ,ces dtails ne sont pas sans importance1 parce que la personne charge par le matre de faire la collecte et de solder les frais pays par la masse se trouvait tre par cela mme le seul et unique magistrat charg de gouverner l'indomptable et anarchique dmocratie des lves de ,david4 ,or ,david1 plus sage dans l'tablissement d'une constitution pour ses lves que quand il s'tait agi de la rpublique franaise1 avait eu le bon esprit d'instituer pour magistrat-collecteur un de ses lves4 ,le bon et honorable ,grandin1 de la famille des fabricants de drap d',elbeuf1 faisait toujours effectivement de la peinture au mtier1 mais il calmait ses camarades par son anglique douceur1 et les amenait payer1 grce aux tempraments qu'il donnait propos1 et surtout par cet air de probit et cette exactitude commerciale qu'il semblait inspirer ceux qui il s'adressait4 ,grandin tait boiteux1 sa figure tait laide1 il n'avait ni disposition comme peintre1 ni esprit comme homme1 et il exigeait de l'argent de chacun2 avec tous ces dsavantages il se trouvait encore plac au milieu du troupeau le plus indisciplin et le plus moqueur qui se pt rencontrer1 et toutefois le bon et honnte ,grandin tait estim1 aim de tous4 ,la seule plaisanterie fort innocente que l'on se permit son sujet consistait proclamer bien haut le quantime du mois1 lorsqu'il entrait l'atelier4 ,messieurs1 criait un mauvais plaisant1 est-ce que c'est le #cj8 voil ,grandin6 ,mais impassible comme le soliveau de la fable1 l'inaltrable collecteur rpondait par un sourire plein de candeur1 et tout rentrait dans l'ordre4 ,telle tait donc cette manire de magistrat revtu d'une double confiance3 de celle du matre qui le laissait gouverner sa manire1 et de celle des lves qui il ne venait mme pas dans l'ide que ,grandin pt rien rapporter d'eux ,david1 hors ce qui regardait la rentre exacte des fonds1 ce qui se faisait rgulirement4 ,grce la sagesse avec laquelle ,grandin exerait sa magistrature1 il n'y avait donc que le dpartement des finances o il rgnt de l'ordre2 du reste1 la rpublique marchait au hasard1 et selon les impulsions alternatives que lui communiquaient les diffrentes factions ou sectes dont elle tait compose4 ,robin1 dont on a entendu signaler par ,david les heureuses dispositions1 la paresse et la salet1 se parait du titre de chef de la secte des crassons4 ,pour tre admis en faire partie1 il fallait prouver que l'on fumait au moins trois pipes par jour2 que l'on ne changeait de linge que quand il ne tenait plus sur le corps1 et que l'on ne se lavait que malgr soi ou quand on s'exerait la natation4 ,robin1 qui avait rapport ces ides des armes1 o il avait t avec les rgiments de ,paris enrls au commencement de la rvolution1 fit peu de proslytes l'cole4 ,une autre secte1 qui par la suite mrita mieux cette dsignation que le troupeau dont ,robin s'tait fait le chef1 se composait d'un certain nombre d'lves dont les principaux taient les frres ,franque1 ,pierre et ,joseph1 que leur talent faisait dj remarquer et qui tenaient les premiers rangs dans l'cole1 depuis que ,girodet1 ,grard et ,gros en taient sortis4 ,broc1 dont il a dj t question1 donnait aussi de flatteuses esprances1 mais l'lve ,maurice ,quai1 quoique moins avanc alors dans la pratique de l'art1 semblait avoir un avenir brillant et exerait dj une certaine influence sur ses amis4 ,dans ses traits1 dans son caractre1 il y avait quelque chose de ce qui distingue les hommes appels commander leurs semblables4 ,sa figure tait belle1 et sa barbe1 qu'il portait alors contre l'usage gnral1 donnait de la gravit sa physionomie1 d'ailleurs trs-avenante4 ,dou d'une locution facile1 il portait promptement la conviction dans l'esprit des autres1 aussi devint-il bientt un vritable sectaire dans l'cole de ,david1 qu'il abandonna enfin en entranant avec lui plusieurs de ses camarades4 ,tant que son talent ne fit que poindre1 il ne professa pas hautement les opinions singulires qu'il manifesta ensuite sur les arts et sur la manire dont il prtendait qu'on dt les pratiquer4 ,ce fut d'abord par l'lvation de ses ides et la franchise de son me qu'il captiva la bienveillance de ses condisciples1 et propos du sobriquet de don ,quichotte qu'on lui avait donn1 ses camarades furent tant soit peu surpris de l'entendre dire qu'il se trouvait heureux et fort honor de mriter le nom d'un personnage imaginaire il est vrai1 mais qui tait le modle de la bonne foi et de la loyaut2 que pour lui1 il admirait don ,quichotte depuis son enfance1 et qu'il n'avait cess de faire des efforts pour s'lever jusqu' la hauteur de la rude et incorruptible honntet de ce hros romanesque4 ,l'expression de sincrit avec laquelle ,maurice pronona ces paroles1 jointe sa physionomie noble et son locution entrainante1 interdirent les critiques et les quolibets aux plaisants2 et de ce moment ,maurice1 qui dj tait aim1 fut investi d'une certaine autorit qui lui donna le droit de dire tout ce qui lui venait l'esprit4 ,dj ,moris et ,ducis tmoignaient hautement le cas qu'ils faisaient de lui1 aussi devint-il bientt compltement matre de l'esprit de ,pierre1 de ,joseph1 de ,broc1 de ,perri et de quelques autres qui formrent le noyau de la secte4 ,on n'a sans doute pas oubli l'entresol situ au-dessus de l'atelier des ,horaces3 ce logement1 faisant partie de la portion du ,louvre prte ,david1 tait occup par les frres ,franque1 qui non-seulement y logeaient1 du consentement du matre1 mais donnaient souvent l'hospitalit ,broc1 ,maurice et ceux de leurs amis qui la leur demandaient4 ,or1 c'est en ce lieu que prit naissance la secte des penseurs ou des primitifs dont ,maurice fut le fondateur1 quoiqu'il soit juste de dire que quelques paroles hasardes de ,david en aient fait natre la premire ide4 ,ce matre1 tant sur le point de commencer son tableau des ,sabines1 et se sentant plus que jamais entran par le got des ouvrages de l'antiquit1 en tait venu restreindre son admiration pour les oeuvres modernes1 au point de ne plus se proposer pour modles que les ouvrages grecs que l'on supposait faits l'poque de ,phidias4 ,parmi les-bas-reliefs1 il recherchait ceux dont le style tait le plus ancien2 il en faisait autant au sujet des mdailles1 et vantait particulirement le naturel et l'lgance du trait des figures peintes sur les vases dits trusques4 ,on sait ce qui arrive ordinairement dans une cole1 et que les opinions du matre1 exagres par ses lves1 mme les plus intelligents1 sont bientt dnatures par les niais4 ,c'est ce qui arriva dans celle de ,david1 en cette occasion1 aprs qu'il eut dit propos de son projet relatif aux ,sabines3 ,peut-tre ai-je trop montr l'art anatomique dans mon tableau des ,horaces2 dans celui-ci des ,sabines1 je le cacherai avec plus d'adresse et de got4 ,ce tableau sera plus grec4 ,ces derniers mots1 ainsi que la recommandation que le matre faisait souvent ses lves d'exercer leur esprit en tudiant les antiques1 sans les copier machinalement1 frapprent les jeunes gens et ,maurice en particulier1 et ils partirent de l pour avancer que ,david travail fait qu'entrevoir la route suivre1 qu'il fallait changer radicalement les principes sur lesquels on s'appuyait pour exercer les arts2 que tout ce qui avait t fait depuis ,phidias tait manir1 faux1 thtral1 affreux1 ignoble2 que les matres italiens1 y compris le plus clbre mme1 taient entachs des vices des coles modernes2 qu'il tait indispensable de s'abstenir de regarder aucun des tableaux de la grande galerie1 et que dans celle des antiques on devait baisser les yeux et passer outre devant les statues romaines et celles mme qui avaient t faites en ,grce depuis ,alexandre le ,grand4 ,tel tait peu prs l'ensemble de la nouvelle thorie4 ,quant la pratique1 on ne devait viser qu' exprimer la plus haute beaut2 aussi ,maurice engageait ses adeptes ne plus travailler l'atelier de ,david pour peu que le modle ne leur part pas beau2 il leur conseillait de ne peindre que des figures de six pieds de proportion2 et1 toujours dans l'ide de rendre le beau1 prescrivait de faire des ombres claires1 afin que la transition trop brusque de la lumire l'ombre ne dtruisit pas l'harmonie des forms1 comme ne manquaient pas de le faire1 ajoutait-il dans le style brutal d'atelier1 ces indignes ,italiens4 ,mais ces ides que ,maurice se formait de l'art n'taient que les corollaires d'autres ides plus hautes1 plus graves1 sur lesquelles il s'entretenait avec des hommes qui1 sans tre trangers aux arts1 ne les pratiquaient cependant pas4 ,charles ,nodier tait de ce nombre1 et plus d'une fois alors tienne l'a vu monter descendre le petit escalier de bois qui conduisait l'entresol au-dessus de l'atelier des ,horaces1 o1 selon toute apparence1 il allait prsider les sances des penseurs ou primitifs4 ,s'il faut s'en fier aux rcits un peu tardifs 7#ahcc7 de cet crivain sur la secte dont ,maurice a t le chef ostensible de #agig #ahjc1 il ne s'agissait de rien moins que d'une rforme de la socit sur un plan1 non pas prcisment semblable celui des saint-simoniens1 mais du mme genre1 et qui devait commencer par un ,changement de costume4 ,que des ides vagues de rforme aient bouillonn dans la tte1 de quelques jeunes gens lancs au milieu d'une socit peine remise des grandes commotions rvolutionnaires1 cela peut tre admis2 mais quant l'tablissement d'une doctrine srieuse ce sujet1 il ne pouvait rsulter des efforts de quelques pauvres lves en peinture rassembls dans l'entresol1 en admettant mme toute la supriorit d'esprit et de caractre que l'on pourrait attribuer ,maurice ,qua et ,charles ,nodier4 ,le secret de cette petite comdie1 s'il y en a un1 n'aurait pu tre dvoil que par le prsident des primitifs1 devenu le spirituel acadmicien que tout le monde connat2 mais dfaut de renseignements ce sujet1 longtemps mais vainement promis tienne par ,charles ,nodier1 voici l'extrait d'une brochure curieuse que cet crivain publia en l'an ,,xii de la rpublique 7#ahjd71 sous le titre d',essais d'un jeune barde4 ,on y trouve une espce d'loge ou plutt de glorification de ,maurice et de la jeune femme d'un des sectaires1 qui1 en effet1 par la puret de son me et la beaut de sa personne1 tait devenue la ,batrice1 l'ange gardien des penseurs4 ,voici le chapitre o il est question de ces deux personnages3 ,deux beaux types de la plus parfaite organisation humaine4 ,dans les esprances d'une prsomptueuse jeunesse1 j'avais rsolu de leur consacrer un jour un monument1 ci d'attacher leurs noms aux plus belles conceptions de ma vie4 ,mais1 si incertain moi-mme de ce que le sort me rservent du temps qui m'est mesur1 je veux1 du moins1 laisser ici quelque tmoignage qui rvle que je les ai connus1 et qui fasse foi de ma gloire4 ,saady fait dire l'ambre3 ,je ne suis qu'une terre vile1 mais j'ai habit avec la rose4 ,artiste1 jette un voile sur ton ,apollon et sur ta ,vnus4 ,ne consume pas ton admiration strile sur les efforts de l'art impuissant4 ,ici la ,divinit a marqu sa plus noble empreinte1 et c'est ici que tu apprendras ton gnie1 si le ciel t'en a donn4 ,,lui1 c'tait ,,maurice ,,qua1 cet homme qui1 sous les formes d',,antino,s et d',,hercule combines1 reclait l'me de ,,mo,,se1 d',,hom,,re et de ,,pythagore1 et qui unissait le courage des forts la simplicit des enfants1 et la raison des sages a l'enthousiasme des potes4 cette beaut1 qui avait je ne sais quoi d'immuable et d'ternel comme celle des dieux1 ce grand caractre qui le faisait participer du ,,tout-,,puissant1 de ,,rapha,l et du ,,jupiter de ,,myron1 il semblait qu'on allait voir briller autour de sa tte les clairs de l',,olympe et du ,,sina4 ,il tait facile reconnatre1 celui dont le ,seigneur avait dit1 par l'organe d'un de ses disciples3 ,j',,ai ,,crit ,,sur ,,son ,,front ,,le ,,nom ,,de ,,ma ,,cit4 ,c'taient bien l ces sourcils dont un seul mouvement pouvait branler le monde1 et ces yeux d'o devait s'lancer la foudre4 ,c'est cet aspect qu'il aurait fallu emprunter pour se fonder un culte2 et jamais je n'ai lev sur lui ma paupire sans prouver un saint effroi2 jamais je ne l'ai entendu m'appeler ses cts1 avec ce langage ineffable et mlodieux qui lui tait familier1 sans me rappeler que ,,le ,,dieu ,,fait ,,homme aussi aimait s'entourer des malheureux de la terre4 ,ne demandez pas au vulgaire quel tait ,maurice ,qua3 l'avenir sera prive de son nom4 ,oserez-vous1 chaste amiti1 profrer celui de ,,lucile ,,franque8 ,il chappe mes lvres1 et mes lvres sont purifies4 ,elle ne condamnera pas cet hommage4 ,avez-vous vu sur les coupes des ,grecs et sur les bas-reliefs d',herculanum1 ces figures sveltes et lgres1 o tant de noblesse est allie tant de grce et tant de pudeur tant de volupt8 ,vous tes-vous arrt1 pensif1 devant cette image de ,,sainte ,c,,cile qui prte l'oreille aux choeurs clestes8 ,la plaintive ,,malvina1 touchant sur sa harpe des airs douloureux et adressant un regard triste et plein de larmes au barde aveugle qui n'en jouira pas1 vous a-t-elle jamais intress ses malheurs8 ,sterne vous a-t-il trouv sensible pour son ,,lisa1 et ,,rousseau pour sa ,,julie8 ,vous connaissez presque ,,lucile4 ,son regard tait si solennel que ceux sur lesquels il tombait se sentaient saisis d'un respect religieux2 mais il tait si doux qu'il avait un charme secret pour assoupir les chagrins du pauvre4 ,aussi sa vue faisait rver de bonnes actions1 et on ne se souvenait pas d'elle sans avoir envie d'tre meilleur4 ,mais quelque chose de sombre et de pnible voir qui errait sur son visage1 on aurait devin le prsage des maux venir4 ,quand1 dans les beaux jours de l'anne1 elle s'avanait dans la plaine1 avec sa tunique flottante et ses cheveux pars1 semant des fleurs sur les enfants et des bienfaits sur les mres1 vous auriez dit l'ange du hameau2 et quand elle portait pendant le silence des nuits un secours mystrieux vers la chaumire de l'indigent sa marche arienne1 au frissonnement surnaturel qui suivait ses pas1 la divine mlancolie qui rgnait dans tout son air et dans tous ses mouvements1 un sentiment incomparable et merveilleux qui manait d'elle1 et qu'on ne saurait dfinir1 on croyait apercevoir une de ces sublimes intelligences qui veillent autour des tombeaux4 ,mais1 aprs une vie pleine d'amertume1 celle qui et t son gr le ,,michel-,,ange de la posie ou l',,ossian de la peinture1 tomba inconnue sur la terre1 et les larmes de quelques infortuns qui devaient leur existence ses secours firent les frais de sa pompe funbre4 ,elle compta son vingt-deuxime printemps1 et la fin de ce court exil1 elle reprit le chemin de son ternelle patrie4 ,,lucile1 ,,maurice1 mes superbes6 ,o est-il celui qui doute de l'immortalit8 ,a-t-il vcu prs de vous1 celui qui nie la vertu8 ,brutus6 ,ne m'accusez point de vous abuser par quelque heureux mensonge invent l'honneur de l'espce humaine1 ,l'imagination ne fait pas de tels rves4 ,je les ai vus4 ,je suis venu1 et je les cherchais encore4 ,ils n'taient plus1 et j'ai cherch leur fosse4 ,aujourd'hui1 leur fosse mme m'est interdite4 ,plus heureux que moi1 puisqu'il me restait des liens qui m'ont forc leur survivre4 ,il n'y a plus rien sur la terre qui mrite une larme6 ,,unzer4 ,cet loge dithyrambique en prose bariole de rminiscences de la ,bible1 d',homre et d',ossian1 toutes devenues fort la mode en ce temps1 rvle la fois l'espce d'admiration que ,maurice inspirait ceux dont il tait entour et la confusion d'ides au milieu de laquelle la jeunesse la plus distingue par ses sentiments et son esprit se dbattait alors4 ,quoi qu'il en soit1 les prdications de ,maurice1 dans le petit entresol1 sur les questions de morale et d'art ne laissaient pas de produire de l'effet sur la masse des lves de ,david4 ,involontairement ces jeunes gens obissaient chaque jour davantage l'autorit que prenait sur eux le chef des penseurs4 ,un jour ce jeune homme en fit un singulier usage4 ,mais pour que l'on puisse apprcier tout ce qu'il y avait d'trange1 de hardi dans ce qu'osa dire ,maurice dans un lieu peu prs public tel que l'cole de ,david1 il faut se reporter l'an #agig1 alors que la religion tait encore l'objet de la drision publique1 avant que ,bonaparte et rouvert les glises4 ,les ides de ,voltaire avaient tellement t rpandues d'ailleurs pendant la rvolution1 que parmi les lves de l'cole1 si on ne regardait pas comme un crime de parler favorablement du christianisme1 c'tait au moins un ridicule dont personne n'aurait os se couvrir4 ,les discours indvots1 impies mme1 s'y faisaient assez frquemment entendre4 ,or1 il arriva qu'un des lves1 en racontant une histoire bouffonne1 y mla plusieurs reprises le nom de ,jsus-,christ4 ,la premire fois1 ,maurice ne dit rien4 ,seulement sa physionomie devint svre2 mais lorsque le conteur eut rpt de nouveau le nom sacr1 alors les yeux du chef de la secte des penseurs s'enflammrent1 et ,maurice fit taire le mauvais plaisant en lui imposant imprieusement silence4 ,l'tonnement des lves parut grand2 mais il ne fut exprim que sur la physionomie de chacun1 qui resta muet4 ,maurice tait sujet des colres trs-vives1 mais qui duraient peu2 il avait d'ailleurs du tact1 et1 en cette occasion1 il sentit la ncessit de justifier par quelques paroles la hardiesse de la sortie qu'il venait de faire4 ,belle invention vraiment1 dit-il en continuant de peindre1 que de prendre ,jsus-,christ pour sujet de plaisanterie6 ,vous n'avez donc jamais lu l'vangile1 tous tant que vous tes8 ,l'vangile6 c'est plus beau qu',homre1 qu',ossian6 ,jsus-,christ au milieu des bls1 se dtachant sur un ciel bleu6 ,jsus-,christ disant3 ,laissez venir moi les petits enfants6 ,cherchez donc des sujets de tableaux plus grands1 plus sublimes que ceux-l6 ,imbcile1 ajouta-t-il en s'adressant avec un ton de supriorit amicale son camarade qui avait plaisant1 achte donc l'vangile et lis-le avant de parler de ,jsus-,christ4 ,il faut le rpter1 de telles paroles1 dites cette poque et dans un lieu tout fait public1 eussent certainement excit de la rumeur et pu compromettre la sret du harangueur4 ,tous les lves le sentirent bien2 car lorsque ,maurice eut cess de parler1 il y eut un intervalle de silence assez long1 pendant lequel tout le monde se consulta du regard pour savoir comment on prendrait la chose4 ,le brave ,moris trancha la difficult3 ,c'est bien cela1 ,maurice1 dit-il d'une voix ferme2 et peine ces mots eurent-ils t prononcs1 que tous les lves crirent plusieurs reprises3 ,vive ,maurice6 ,on aurait tort de croire cependant que dans le sentiment gnreux que fit clater cette jeunesse1 il entrt des ides de pit4 l'atelier de ,david1 comme par toute la ,france alors1 on tait et l'on affectait surtout d'tre trs-indvot2 mais le courage que montra ,maurice en dfendant un nom et une religion que tout le monde attaquait et vilipendait1 ainsi que la pense heureuse qu'il eut de dcouvrir de jeunes artistes une source de beauts nouvelles au moins pour eux1 sduisit et entrana leurs jeunes mes4 ,cette scne eut toutefois un rsultat important2 elle jeta du ridicule sur ce qui restait encore1 dans le langage des lves1 de locutions rvolutionnaires et irrligieuses1 et1 de plus1 elle assura la libert des consciences4 ,aprs le mouvement oratoire de ,maurice1 et pendant le repos du modle1 ,moris1 ,ducis1 ,roland1 de ,forbin1 ,m4 de ,saint-,aignan1 ,granet et beaucoup d'autres qui reprsentaient assez bien le parti aristocratique l'atelier1 vinrent prendre les mains de ,maurice et le fliciter sur son lan gnreux4 ,lorsque ceux-ci eurent puis leurs louanges fort sincres1 s'avancrent alors vers ,maurice1 ,richard ,fleury et ,rvoil1 les deux amis lyonnais4 ,leurs figures paraissaient mues1 et d'un air timide1 mais o perait un sourire plein de joie1 ces deux jeunes artistes remercirent leur gnreux camarade de manire laisser entendre tous les assistants qu'ils attachaient plus d'importance encore qu'eux ce qui venait de se passer4 ,en effet1 de ,forbin et ,granet1 qui avaient frquent ,richard ,fleury et ,rvoil ,lyon1 avourent leurs condisciples que ces deux jeunes gens taient fort pieux4 ,ce bruit se communiqua d'oreille en oreille1 et jamais1 depuis ce jour1 on ne se permit la plus lgre plaisanterie sur les habitudes religieuses des deux amis lyonnais4 ,maintenant1 on sait ce qu'tait la secte insignifiante des crassons2 on peut juger de l'esprit de celle des penseurs ou primitifs1 qui1 ainsi que son chef ,maurice1 reviendront plus d'une fois en scne4 ,il reste faire connatre le troisime groupe qui compltait l'ensemble des lves les plus importants alors de l'atelier de ,david1 sauf faire intervenir plus tard ceux qui1 ainsi qu',huyot et plusieurs autres1 simples dessinateurs encore d'aprs le relief1 et rangs confusment sous le nom de rapins1 coutaient et regardaient ce qui se passait entre les grands lves1 sans y prendre une part active4 ,achevons donc le dnombrement de nos jeunes hros1 en peignant par quelques traits rapides les coryphes du groupe que1 faute d'une meilleure expression1 on surnommera aristocratique4 ,au milieu de cette foule de jeunes gens dont la fortune1 l'ducation1 les manires et les talents taient si ingaux et si divers1 se faisaient remarquer ceux dont le costume plus rgulier1 dont la tenue plus aise et plus dcente1 dont le langage plus pur et plus mesur1 imposaient aux autres lves4 ,c'tait ,m4 ,auguste de ,saint-,aignan1 dont le nom seul chatouillait agrablement l'oreille4 ,il tait joli cavalier1 d'une figure prvenante et aimable1 et quoiqu'il fut tout aussi simplement mis que les autres1 ses habits taient si bien faits1 si bien ports1 son pied lgant tait chauss dans des bottes si fines1 que toute la sauvagerie pittoresque des lves de ,david cda ces dehors sduisants4 ,m4 de ,saint-,aignan avait d'ailleurs tout l'entranement gnreux qui rend bon camarade dans une cole1 et ce qui achevait de le faire accueillir trs-amicalement taient les dispositions relles et brillantes qu'il montrait pour l'art de la peinture4 ,c'tait ,granet1 qui a produit tant de bons ouvrages et dont le nom est rest clbre2 ,granet1 qui avait alors le mme air bon et fin que nous lui avons connu4 ,alors il tait peu prs vtu simplement1 comme la fin de ses jours2 et ds ce temps o1 jeune encore1 son teint peu color1 sa figure calme1 son maintien modeste et discret et son costume brun fonc lui donnaient l'air d'un habitant des clotres1 on le surnommait le ,moine4 ,richard ,fleury et ,rvoil1 bien levs1 trs-retenus dans leurs discours et habituellement couverts de vtements trs-propres1 faisaient honneur la bonne bourgeoisie et au gros commerce lyonnais1 d'o ils tiraient leur origine4 ,ils parlaient peu1 si ce n'est avec ,granet et de ,forbin2 mais ils se montraient affables et polis envers tous4 ,les lves les respectaient4 ,le nom de ,delavergne sera rapport seulement pour mmoire4 ,sous le rapport du talent1 il tait peu prs nul2 mais ses liaisons avec de ,forbin1 ,r4 ,fleury1 ,rvoil et ,granet1 ainsi que sa qualit de gentilhomme1 lui donnaient une espce d'influence dans le groupe aristocratique qu'il n'est pas indiffrent de signaler pour bien faire connatre tous les lments dont se composait alors l'cole de ,david4 ,mais l'me de cette portion des lves tait ,forbin1 car alors sa qualit de comte et le de qui prcde son nom en taient retranchs4 ,lorsqu'il entra l'atelier1 il n'tait g que de dix-huit vingt ans4 ,quoiqu'un peu grle de formes1 il tait fort bien pris dans sa taille4 ,sa tte tait belle1 et il la portait haut4 ,s'exprimant avec lgance et facilit1 il faisait retentir sa voix mordante que rendait plus incisive encore son accent provenal trs-prononc4 ,auguste de ,forbin1 car malgr tous les efforts encore rcents des rvolutionnaires pour craser l'aristocratie1 les noms illustres plaisaient toujours aux oreilles des ,franais en #agig1 ,auguste le ,forbin apportant1 sous des habits excessivement simples1 toute l'aisance et la familiarit un peu moqueuse d'un gentilhomme au milieu de jeunes gens qui n'avaient de commun avec lui que leur ge1 fit ds le premier jour leur conqute4 l'aide de l'italien et de son patois provenal qu'il parlait avec une gale facilit1 il trouvait moyen1 sans rien perdre de son lgance habituelle1 de faire et de dire les pasquinades1 les charges et les bouffonneries les plus amusantes4 ,rien ne lui cotait moins que de tourner un couplet en franais1 et l'atelier1 o l'on ne se piquait pas d'tre difficile1 il en improvisait souvent pendant le travail4 ,le thtre du ,vaudeville tait alors1 comme aujourd'hui1 fort la mode2 c'tait mme un de ceux que frquentait le plus habituellement ce que l'on appelait alors la socit distingue4 ,forbin1 quoique peu l'aise cette poque1 ne laissait pas de s'y rendre quelquefois1 et l1 il entretenait son got et son talent pour le couplet4 ,d'aprs ce que l'on sait de ,maurice1 des ides et des livres qu'il prfrait1 ainsi que son ami ,ch4 ,nodier1 on peut se faire une ide des colres burlesques dans lesquelles il entrait1 lorsque ,forbin1 qu'il aimait d'ailleurs beaucoup1 lui improvisait un couplet carr se terminant par une galanterie fade ou un jeu de mots4 ,vieille ,pompadour6 lui criait-il tout en riant au milieu de sa fureur1 va donc te faire friser avec de la poudre la marchale#c6 ,puis il rptait plusieurs fois d'une voix sourde et concentre3 ,le ,vaudeville6 le ,vaudeville6 et1 saisissant tout coup ce qui lui tombait sous la main1 une canne1 une queue de chevalet dmanche1 il se mettait frapper tour de bras sur les chaises et les botes couleurs1 jusqu' ce que leurs propritaires trouvassent le moment de le calmer et de sauver leurs ustensiles de sa fureur4 ,alors cette scne se terminait par des rires inextinguibles auxquels ,maurice lui-mme prenait largement part4 ,au milieu de ces temptes bouffonnes se trouvait ,langlois1 peintre froid et de peu d'imagination1 mais imitateur fin1 correct de la nature1 et que ,david choisit pour l'aider lorsqu'il excuta le ,bonaparte passant les ,alpes1 puis lorsqu'il commena le ,lonidas4 ,langlois1 aprs avoir obtenu toutes les couronnes acadmiques1 est mort membre de l',institut en #ahch4 ,on voyait aussi l1 travaillant avec zle et assiduit1 ,m4 le comte d',houdetot1 que l'tude approfondie de la peinture a fait devenir un protecteur si clair des arts2 puis le marquis d',hautpoul qui1 aprs avoir tudi pendant trois ans avec passion l'cole de ,david1 prit tout coup le parti des armes et devint gnral1 pendant la restauration4 ,telles taient les diffrentes nuances dont se composait l'ensemble des lves de ,david4 ,bien qu'anims d'un esprit trs-diffrent1 ils vivaient toutefois cordialement entre eux4 ,parmi les lves que leur caractre isolait davantage1 on a d remarquer le sage ,moris1 qui se mlait peu toutes ces folies et dont la plaisanterie habituelle tait de rpter ses camarades si jeunes et si fous3 ,messieurs1 amusez-vous bien1 mais n'oubliez pas de penser la mort6 ,cet aimable et brave homme n'a laiss aucun ouvrage qui puisse consacrer sa mmoire1 et c'est ce qui fait que l'on parle de lui toutes les fois que l'occasion s'en prsente1 car rien n'est si digne d'intrt que ces mes nobles1 sublimes1 dont nul talent n'a fait ressortir et briller le mrite4 ,il n'en est pas ainsi d'un autre lve que ,david reut dans son cole cette poque et qui non-seulement se fit distinguer par la candeur de son caractre et sa disposition l'isolement1 mais qui donna encore tout aussitt qu'il parut des preuves d'un vritable talent2 c'est ,m4 ,ingres4 ,ainsi que ,granet1 ,ingres n'a chang ni de physionomie ni de manires depuis son adolescence4 ,en retranchant le surplus d'embonpoint que produit l'ge1 ,ingres1 en #ahed1 est encore celui de #agig4 ,ce qui est vrai de sa personne ne l'est pas moins de son caractre1 qui a conserv un fonds d'honntet rude qui ne transige jamais avec rien d'injuste et de mal1 et de son esprit1 qui s'est toujours maintenu dans la mme rgion4 ,c'est un de ces hommes qui ont t mis au monde comme on coule une statue en bronze4 ,en entrant 1 l'atelier de ,david1 ,ingres arrivait de ,montauban1 sa ville natale1 o1 ds l'enfance1 il avait tudi l'art de la peinture sous la direction de son pre4 ,relativement sa jeunesse1 il tait dj habile manier le pinceau1 lorsque ,david se chargea du soin de l'enseigner4 ,dans l'cole1 il tait un des plus studieux1 et cette disposition1 jointe la gravit de son caractre et au dfaut de cet clat de pense que l'on appelle esprit en ,france1 fut cause qu'il prit trs-peu de part toutes les folies turbulentes qui avaient lieu autour de lui2 aussi tudia-t-il avec plus de suite et de persvrance que la plupart de ses condisciples4 tienne fut trs-frapp de la premire figure que ,ingres peignit l'atelier4 ,tout ce qui caractrise aujourd'hui le talent de cet artiste1 la finesse du contour1 le sentiment vrai et profond de la forme et un model d'une justesse et d'une fermet extraordinaires2 toutes ces qualits se faisaient dj remarquer dans ses premiers essais4 ,ce mrit n'chappa aux yeux de personne1 et quoique plusieurs de ses camarades et ,david lui-mme signalassent une disposition l'exagration dans ses tudes1 tout le monde cependant fut frapp de ses grandes dispositions et reconnut mme son talent4 ,il y a cinquante-sept ans que ces souvenirs taient des ralits3 oh6 que de noms compltement oublis on pourrait ajouter ceux dj cits ici1 sans que leurs syllabes runies pussent veiller dans l'me du lecteur d'autre sentiment que cette tristesse vague que l'on prouve en foulant la tombe d'un inconnu6 ,quand on a assist ces joies de la jeunesse1 quand on a vu l'esprance briller galement sur tant de fronts dont la plupart ont t prmaturment jets dans la poussire et privs de la couronne qu'ils attendaient1 on admire les effets de cette ardeur permanente qui travaille rgulirement toutes les gnrations successives et donne au monde une jeunesse ternelle1 une esprance toujours renaissante4 ,de tous les noms dj cits1 combien peu ont chapp l'oubli1 et qui sait s'ils y surnageront longtemps encore6 ,quant la foule de ces jeunes gens qui se sont si ardemment nourris de vains rves de gloire1 le plus grand nombre est mort et la fleur de l'ge4 ,plusieurs sont encore au monde1 mais vivent obscurs et peu satisfaits1 comme il arrive toujours quand on a manqu dans la vie le but que l'on s'tait propos d'atteindre4 ,,iv4 ,,les ,,rapins4 ,chaque profession1 chaque art a ses termes propres2 il en est mme qu'aucune priphrase ne pourrait remplacer2 tel est celui de rapin4 ,on dsigne par ce nom1 dans les ateliers de peinture1 les lves qui ne font encore que copier d'aprs des dessins1 et ceux mme qui dessinent d'aprs le relief1 c'est--dire d'aprs les statues moules en pltre4 ,par extension1 et dans un sens pigrammatique1 on l'applique aux lves dj avancs dans la pratique de leur art1 mais auxquels on ne reconnat ni dispositions ni talent4 ,le rapin1 il faut le croire1 est libre et heureux aujourd'hui1 mais il n'en tait pas ainsi il y a cinquante ans4 ,le rapin tait une espce de vassal1 d'esclave mme1 soumis aux volonts et tous les caprices de celui de ses camarades qui1 plus g que lui et ayant dj eu l'honneur de se servir de la palette et de l'appui-main1 se faisait servir par l'apprenti-artiste et le battait l'occasion1 quand ledit rapin tait rcalcitrant ou s'acquittait mal des commissions dont son tyran l'avait charg4 ,lorsqu'tienne descendit de l'atelier des ,horaces pour prendre place dans celui des lves1 cet usage tait dj tomb en dsutude1 mais non pas entirement aboli1 et le ,petit d'en haut eut le bonheur de contribuer faire encore adoucir le sort des rapins1 ses nouveaux condisciples4 ,l'un des premiers jours de son noviciat l'atelier1 il arriva que ,roland1 dit le ,furieux1 n'ayant pas pu assister au banquet de ,vincennes1 la fin duquel tienne avait lu des vers au matre1 ne connaissait pas le nouveau rapin4 ,brusque comme on l'a dj dpeint1 ,roland s'approcha d'tienne en tenant son appui-main lev et en menaant1 et lui dit3 ,tiens1 voil deux sous1 va me chercher un petit pain pour mon djeuner4 ,l'tonnement et l'indignation se peignirent sur la figure d'tienne d'une manire si forte et si sincre1 que la rsolution de ,roland en fut d'abord branle4 ,mais comme le jeune colon avait vu frapper les noirs la ,martinique1 il croyait pouvoir en agir de la mme manire avec un rapin1 et il leva de nouveau son appui-main pour frapper tienne1 lorsque ,moris1 ,ducis1 ,forbin1 ,maurice et d'autres encore1 s'lancrent au-devant de ,roland1 en lui criant3 ,roland6 ,roland6 prenez donc garde6 c'est le ,petit d'en haut6 car on continuait donner ce sobriquet tienne4 ,roland avait quelque chose de brusque dans le caractre1 mais n'tait nullement mchant4 ,il reprit sa place1 et on lui dit voix basse qu'tienne avait fait des vers pour ,david1 ce qui parut plus que suffisant pour ne pas le traiter comme un ngre4 ,ce petit vnement resserra tout aussitt les liens d'amiti qui s'taient dj forms entre les principaux lves de l'atelier et tienne1 et1 de plus1 fut cause que ses camarades d'infortune1 les autres rapins1 s'entendirent avec lui pour faire en commun une vigoureuse rsistance1 si quelque peintre osait encore exiger d'eux1 par la force1 d'humiliantes complaisances4 ,les rapins firent plus encore1 car chaque matin ils se munirent d'une bche1 aprs avoir eu soin de faire entendre que l'en n'aurait pas bon march d'eux en cas d'attaque4 ,ces prcautions ne furent pas vaines4 ,les peintres1 et ,roland tout le premier1 se le tinrent pour dit1 d'autant mieux que1 parmi les rapins1 on avait eu l'occasion de remarquer ,vermay et ,poussin1 adolescents d'une force extraordinaire pour leur ge1 et dont le coeur bondissait l'apparence d'une menace4 compter de cette poque1 s'il se trouva encore de jeunes lves qui fissent les commissions des peintres1 ce ne fut que parmi les plus paresseux ou les gourmands qui dimaient sur les pains et les gteaux qu'on leur faisait acheter1 ou profitaient de la course pour jouer et polissonner avec les rapins des autres coles1 dans les immenses corridors du ,louvre4 ,parmi tous ces jeunes gens qui dessinaient prs de la porte d'entre1 d'aprs la bosse1 la plupart se distinguaient par un noble caractre1 par d'heureuses dispositions1 et par une activit d'imagination qui1 en gnral1 leur devint fatale2 car les uns puisrent leurs facults dans une contemplation strile1 les autres1 malgr de longs et studieux efforts1 ne purent jamais raliser les esprances dont ils s'taient bercs1 et quelques-uns perdirent la raison1 abrgrent leurs jours la fleur de l'ge1 ou succombrent des maladies de langueur1 que l'tude de leur art acheva de rendre incurables4 ,de toute cette gnration d'artistes avec lesquels tienne entra dans la carrire1 trois seulement se sont fait un nom dans les arts1 et encore l'un est-il devenu architecte et non peintre3 ,huyot1 qui a rapport de si prcieux travaux de ses voyages en gypte1 en ,grce et en ,italie1 et mourut aprs avoir pris place l',institut2 ,granet2 enfin ,m4 ,ingres4 ,quant aux autres1 ,boucher1 ,vermay1 ,poussin1 ,simon1 ,augustin ,d4441 ,colson1 ,mendouze1 ,adolphe ,lullin et tienne1 pour ne citer que ceux qui avaient fait concevoir le plus d'esprances1 aucun d'eux1 malgr quelques clairs de succs1 n'est arriv1 se faire un nom dans l'art de la peinture4 ,et cependant1 plus d'un a dploy une nergie rare pour acqurir du talent2 presque tous cependant avaient l'imagination ardente et productive2 mais il leur manqua d'tre dirigs plus sagement dans le cours de leurs tudes1 ayant eu le malheur de se trouver tudiants une poque o tous les principes sur lesquels repose l'art qu'ils dsiraient apprendre furent remis en question par le matre mme qui devait les diriger4 ,les frquentes recommandations que faisait ,david ses lves1 de se guider sur les ouvrages de l'art grec1 et particulirement sur ceux du style antrieur ,phidias1 avaient port leurs fruits4 ,cette ide1 reprise en sous-oeuvre par une jeunesse fougueuse et inexprimente1 fut pousse jusqu' ses plus rigoureuses consquences1 et ces principes exagrs1 combins avec les utopies humanitaires que dveloppait ,maurice ses adeptes1 ne tardrent pas produire une anarchie complte dans l'cole de ,david4 ,bientt ce ne fut point assez pour ,maurice de rpandre sa doctrine au moyen des entretiens qui avaient lieu dans l'entresol de l'atelier des ,horaces1 ou dans l'atelier des lves aprs les travaux du jour2 il fit entendre ses cosectaires qu'il fallait parler haut et marcher courageusement tte leve2 que ,david avait commenc le grand oeuvre de la rforme de l'art1 il est vrai1 mais que l'incertitude de son caractre et le peu d'tendue de ses ides l'avaient perdu en politique et ne lui donnaient pas l'nergie ncessaire pour complter la rvolution qu'il fallait achever dans l'art4 ,il ajoutait que1 tant que les modles de mauvais got1 tels que ceux qui proviennent de l'art italien1 romain et mme grec1 en remontant jusqu' ,phidias exclusivement1 seraient soufferts dans les coles1 il n'y avait pas lieu d'esprer qu'aucune amlioration se fit sentir dans les tudes2 que1 quant lui1 il ne commencerait esprer le retour du got simple1 vrai1 primitif enfin1 que du moment o il verrait brler et dtruire 7ce sont ses paroles7 tous ces prtendus chefs-d'oeuvre qui font horreur aux gens imbus des pures doctrines4 ,ce jour viendra1 mes amis1 n'en doutez pas1 s'criait-il dans son enthousiasme2 mais il faut en acclrer la venue en provoquant la conversion de ceux qui sont encore plongs dans l'erreur4 ,or1 pour remplir cette mission1 nous devons agir avec audace et courage2 ainsi1 j'en avertis d'avance ceux d'entre vous qui ne se sentiraient pas disposs imiter mon exemple2 qu'ils se retirent6 car je dois vous dire que d'ici peu de jours j'ai rsolu de quitter ces vtements mesquins que je porte ainsi que tous les hommes de notre sicle4 ,dj1 vous le voyez1 j'ai laiss crotre mes cheveux et ma barbe2 l'on achve en ce moment une vaste tunique blanche que je porterai sous un ample manteau bleu1 et je ne chausserai plus mes pieds que de cothurnes4 ,mais je lis dans vos yeux votre incertitude2 vous pensez qu'en homme pusillanime1 j'ai fait prparer ce vtement pour m'en parer dans l'ombre de notre rduit1 et en votre prsence seulement8 ,dtrompez-vous2 dcadi prochain1 vous me verrez ainsi vtu dans les ,tuileries1 me promenant au milieu de ces stupides bourgeois que je ferai rougir de la laideur et de la mesquinerie de leur accoutrement moderne4 ,dans peu vous suivrez mon exemple1 je n'en doute pas1 et je dois vous dire que mon brave ami ,perri que voil1 profitant noblement de sa fortune pour favoriser nos gnreux desseins1 s'est fait faire un costume phrygien complet1 d'aprs celui du ,pris en marbre qui est au ,muse1 vtement avec lequel il a l'intention de m'accompagner la promenade que je vous ai annonce4 ,oui1 mes amis1 il est temps de donner un but pratique et srieux l'art et d'enfermer les grandes et ternelles vrits dans l'enveloppe du beau1 afin qu'on les accepte avec plaisir1 avec empressement mme1 et qu'elles germent et fructifient dans le coeur de l'homme4 ,comme peintres1 tous nos efforts ne doivent donc tendre qu' le prsenter sous ses formes les plus belles1 sous les ides et les images les plus pures2 comme citoyens1 il est de toute ncessit que nous avertissions d'abord les yeux de la rforme importante que nous dsirons faire2 et rien1 cet gard1 n'est plus propre prparer favorablement les yeux et les esprits que de revtir cet admirable costume grec primitif1 dont la disposition est si majestueuse et si lgante4 ,quant aux penses dont nous autres rformateurs devons continuellement entretenir nos esprits et notre coeur1 nous ne saurions les puiser des sources trop primitives et trop pures4 ,c'est dans ,homre1 puis dans ,ossian1 mais surtout dans la ,bible2 c'est dans les scnes et les peintures des peuples primitifs au milieu desquels ces livres ont t crits1 que nous trouverons de quoi rgnrer notre me et notre esprit1 et donner un noble emploi nos talents1 quand ils seront perfectionns4 ,si chaque sicle ne fournissait pas des folies analogues celles-ci1 et qu'il n'existt pas encore un certain nombre de personnes qui ont vu ,maurice et ,perri se promener dans ,paris1 l'un vtu comme ,agamemnon1 l'autre en ,pris1 on craindrait vraiment d'tre tax d'exagration en rapportant l'ensemble d'une thorie telle que celle que l'on vient d'exposer4 ,mais ce n'est que l'exacte vrit1 et il est certain mme qu'on a t au rformateur quelque chose de l'impatience sauvage qu'il montrait dans le dsir d'accomplir ses projets1 en dgageant ses paroles de cet argot d'atelier dont il les accompagnait pour frapper plus fortement ses auditeurs en se mettant leur porte1 en se conformant leurs habitudes4 ,quoi qu'il en soit1 le fanatisme sincre de ,maurice1 la bonne opinion1 que l'on avait de la franchise et de la gnrosit de son caractre1 l'clat de ses premiers essais en peinture1 et1 il faut le dire1 le don qu'il avait de persuader par la parole1 exercrent une trs-forte influence sur les plus clairs de ses condisciples4 ,moris1 ,ducis1 ,saint-,aignan et d'autres1 tout en sentant ce qu'il y avait de ridicule dans ces dclamations demi-morales1 demi-esthtiques1 ne pouvaient s'empcher de reconnatre1 surtout en partant des ides de ,david1 qui taient exagres elles-mmes1 qu'il y avait quelque chose de plausible et de consquent dans les nouveaux projets de rforme lancs par ,maurice4 ,cependant ces extravagances plus ou moins brillantes et spirituelles n'allaient pas jusqu' branler la raison dj mrie de ces premiers lves4 ,mais elles firent un vritable ravage dans l'imagination de quelques-uns de ceux qui1 avec ,huyot et tienne1 composaient alors la classe des rapins4 ,colson1 qui a donn quelques preuves de talent plus tard1 a cependant perdu sa carrire par l'obstination prolonge avec laquelle il s'est attach la secte des penseurs ou primitifs4 ,augustin ,d4441 qui devait mourir si malheureusement et si jeune#d1 dont le caractre tait noble et l'me leve fut souvent dtourn de la belle1 marche qu'il s'tait trace1 par les proccupations que lui causaient les opinions tranges de ,maurice4 ,huyot1 tant qu'il dessina l'atelier1 travaillait toujours silencieusement1 et il serait difficile de savoir si ce dbordement d'ides extravagantes eut quelque empire sur son imagination4 ,la fermet de son esprit1 sa taciturnit1 son application constante au travail et le peu de temps d'ailleurs qu'il passa l'cole de ,david1 portent croire que les ides singulires des primitifs firent peu d'impression sur lui4 ,il y eut un malheureux jeune homme1 ,s4441 dans l'intelligence de qui ces opinions bizarres s'embrouillrent encore en se compliquant avec des chagrins domestiques et la pauvret4 ,prenant la lettre les conseils de ceux des primitifs qui1 par paresse et par incapacit1 prtendaient atteindre le plus haut but de l'art par l'effet seul d'une contemplation potique des ouvrages de l'antiquit1 ,s444 dpassa bientt1 sans avoir rien appris1 l'ge o l'on peut tudier avec fruit4 ,charg prmaturment de famille et hors d'tat de rien produire qui pt l'aider la soutenir1 il obtint grand'peine la place de professeur de dessin dans un lyce de province1 o il acheva de perdre sa raison dj altre4 ,c'tait un bon et brave jeune homme1 qui il vint la fatale ide de se tirer de l'tat obscur o le ciel l'avait jet1 dans l'espoir de cultiver un talent qu'il ne put acqurir et dont1 selon toute apparence1 il n'avait mme pas le germe4 ,il ne serait que trop facile d'augmenter la liste des infortuns de ce genre qui1 jets alors dans l'atelier de ,david1 sans fortune1 quelques-uns sans dispositions et sans nergie de caractre1 ont perdu l toute ide de discipline1 de subordination1 et se sont trouvs trop heureux1 quand ,bonaparte eut besoin de soldats1 d'aller mourir honorablement sur un champ de bataille4 ,si1 parmi tant de souvenirs1 on en rappelle quelques-uns avec plaisir1 combien d'autres demeurent tristes et sombres dans la mmoire6 ,vermay1 ce jeune enfant si turbulent1 si gai1 si spirituel1 et dont les premiers ouvrages1 exposs ensuite au ,salon de #ahjh1 donnaient de si belles esprances1 hlas6 aprs avoir gaspill sa vie ,paris1 a t fonder une cole de dessin la ,havane1 o il est mort malheureusement4 ,poussin1 le contemporain1 l'insparable de ,vermay1 car toutes les grandes espigleries des lves de l'cole taient combines et diriges par eux2 ,poussin1 qui une belle figure joignait une me si belle et si noble1 qui dessinait et peignait bien1 comme un rossignol chante1 sans porter le moindre dommage son insouciance et sa paresse habituelles2 ,poussin que tout le monde aimait comme un frre1 pour qui ses camarades rvaient tous les genres de succs2 ,poussin6 dont le nom mme tait regard comme d'un augure favorable pour lui1 il n'a pas perdu la vie1 grce au ciel1 mais il n'a pas tir de son talent tout ce que l'on avait le droit d'en attendre4 ,enfin1 s'il n'est pas clbre1 il est heureux6 ,mari et entour d'enfants l'le ,bourbon1 il professe avec honneur la peinture et vit l'aise1 entour de la considration gnrale des habitants de la colonie4 ,c'est ici l'occasion de dire quelques mots d'un lve qui fit concevoir alors les plus hautes esprances1 quoiqu'elles ne se soient point compltement ralises4 ,paulin ,duqueylar1 il a dj t nomm1 tait de ,marseille et li d'amiti avec tous les ,mridionaux de l'atelier1 ,forbin1 ,granet1 ,rvoil1 ,richard et ,topino ,le ,brun1 malgr la diffrence de ses opinions avec ce dernier4 ,relativement ses condisciples1 ,duqueylar n'tait pas jeune1 il avait au moins vingt-cinq ans et s'est toujours ressenti de ce retard dans l'tude de la peinture1 o l'on ne profite que quand on commence trs-jeune4 ,duqueylar1 de famille noble1 avait reu une excellente ducation2 il tait bon humaniste1 lettr1 aimant beaucoup la posie4 ,mais1 malgr la politesse de ses manires1 on retrouvait cependant toujours en lui un fonds de rudesse native qui se reproduisait dans la tournure de ses ides et dans son talent comme artiste4 ,les opinions nonces par ,maurice et la lecture assidue d',ossian1 dont les pomes taient devenus fort la mode vers #agif1 produisirent une impression si vive sur l'imagination de ,duqueylar1 que cet vnement fit prendre un pli son esprit et son talent dont la trace est toujours reste4 ,il exposa1 en #agig1 un tableau reprsentant ,ossian chantant ses vers1 ouvrage qui sans doute n'tait pas sans nergie1 mais dont l'aspect tait si sauvage et si bizarre qu'il ne trouva d'indulgence qu'auprs de quelques-uns de ses amis1 dont deux ou trois devinrent ses admirateurs fanatiques4 ,peu de temps aprs1 ,duqueylar se dcida aller se fixer ,rome1 o il exagra tout l'aise le mrite et le dfaut de ses productions4 ,malgr une persvrance peu commune et1 il faut le dire1 une trempe d'esprit trs forte1 cet homme1 remarquable par son caractre1 ne put jamais donner ses ides une forme assez attrayante ni assez claire pour les faire adopter aux autres4 ,il avait contract1 l'atelier1 une amiti tendre pour son jeune camarade ,mendouze1 qui1 bien qu'assez habile lve en peinture1 changea tout coup le but de ses travaux et se mit tudier la langue grecque avec ardeur4 ,ce got nouveau devint une passion dominante chez ,mendouze1 qui1 aprs avoir servi quelque temps dans les armes1 partit pour la ,grce1 o il a pri1 au massacre de ,chio4 ,aprs avoir pass plusieurs annes ,rome1 ,paulin ,duqueylar rentra en ,france et se fixa prs de ,lambesc1 au milieu de sa famille1 o il se livra1 mais pour lui seul1 au got vif qu'il avait toujours eu pour les arts et pour les lettres4 ,son mrite l'avait fait admettre au nombre des correspondants de l',institut1 et vers la fin de sa vie1 dans les intervalles de repos que lui laissait la maladie qui l'a enlev1 il a publi en #ahdj1 ,paris1 un volume intitul3 ,nouvelles tudes du coeur et de l'esprit humain1 ou analyse1 explication et dveloppement de leurs principaux phnomnes1 ouvrage crit avec une lgante simplicit1 et tmoignant des belles et hautes qualits du coeur et de l'esprit de cet homme distingu4 ,c'est d'ailleurs une chose remarquable que le got pour l'rudition qui se manifesta parmi les lves de ,david cette poque4 ,roquefort1 l'auteur du ,dictionnaire de la langue romane et qui a laiss des recherches savantes sur la littrature et la musique au moyen ge1 tait alors lve de ,david et frquentait son cole4 ,npomucne ,lemercier1 le pote1 ainsi que ,letronne1 savant antiquaire1 tinrent galement honneur d'tre mis au nombre des lves de ,david4 ,ce got pour l'rudition1 combin avec les ides de rforme que ,maurice avait rpandues avec tant d'ardeur1 contriburent dterminer la vocation d'un lve de ,david1 d'un ge dj mr lorsqu'il entra dans l'cole1 assez habile peintre1 mais entran invinciblement s'occuper de la thorie de l'art4 ,c'est ,paillot de ,montabert1 homme recommandable par l'affabilit de son caractre et les lumires de son esprit4 ,bien qu'il ft le premier rire des formes extravagantes sous lesquelles ,maurice exposait sa doctrine1 au fond1 il lui tait impossible de ne pas reconnatre la puissance des ides et quelquefois des raisonnements du jeune fou4 ,timide dans l'excution1 mais trs-avide de nouveauts1 de ,montabert1 entre autres tentatives1 essaya de retrouver l'usage de l'encaustique1 ou peinture la cire4 ,enferm dans son atelier1 il travailla longtemps reproduire ce procd antique1 qui1 dans ses ides thoriques1 tait plus favorable l'art que la peinture l'huile4 ,grce ses longues et savantes expriences1 la peinture la cire est employe aujourd'hui pour peindre sur les murs des difices4 ,outre ce service rendu aux arts1 de ,montabert travailla depuis #agii jusqu'en #ahbi la composition d'un ouvrage en neuf volumes1 intitul3 ,trait complet de la peinture4 ,ce livre1 auquel on peut reprocher son trop d'tendue1 est plein d'observations1 de conseils et de principes excellents sur l'art1 et de plus1 renferme une suite bien ordonne de renseignements matriels que l'on ne trouve rassembls dans aucun autre livre de ce genre4 ,mais il n'est pas inutile de faire observer que cet ouvrage si sagement combin1 dont les nombreuses divisions sont traites avec tant de rflexion1 de maturit et de sagesse1 prsente au fond le corps de doctrine de ,maurice1 seulement mis en ordre par un esprit calme et mthodique4 tous ces noms autour desquels ont rayonn tant d'esprances et dont la plupart cependant sont devenus obscurs1 il faut joindre celui d',adolphe ,lullin1 que l'oubli couvre galement de son ombre4 ,ag de dix-sept ans lorsqu'il fut admis chez ,david1 il en avait peine vingt-six quand il est mort1 en #ahjf4 ,la nature semblait avoir puis ses dons sur lui4 ,on a rarement vu une figure plus belle et plus noble que la sienne1 et sur laquelle les hautes facults de l'me et de l'esprit parussent avec autant d'clat4 ,n au sein d'une des familles patriciennes de ,genve1 il joignait l'lgance des manires cette modestie qui rsulte d'une excellente ducation4 ,habituellement calme dans ses gestes et d'un abord presque froid1 il cachait1 sous une rserve qu'il tenait des habitudes de son pays1 une de ces mes ardentes qui sont destines se consumer elles-mmes4 ,adolphe ,lullin ne fit son entre l'atelier que quelques semaines aprs tienne1 mais du jour o ils se virent1 ils contractrent une amiti qui dura entre eux tant que ,lullin vcut1 et dont tienne conserve encore aujourd'hui2 aprs quarante-huit ans1 le plus respectueux et le plus tendre souvenir4 tienne a sans doute le droit de penser que son amiti n'a pas t tout fait strile pour ,lullin2 mais celle de ,lullin a eu une influence si bienfaisante sur le caractre et la culture de l'esprit d'tienne que celui-ci se reconnat toujours l'oblig reconnaissant de son camarade4 ,pendant les annes #agig et #agih1 outre leurs travaux l'atelier1 ils parvinrent faire des progrs assez remarquables dans l'intelligence de la langue grecque4 ,ces tudes1 combines avec celles que l'art de la peinture les conduisit faire sur la statuaire antique1 donnrent aux deux jeunes amis une certaine connaissance de l'archologie qui1 cette poque1 o tout se faisait la grecque1 leur attira tout naturellement de la part de ,david et de ses lves une considration particulire4 ,des deux jeunes amis1 ce fut le plus g et certainement le plus instruit qui rsista avec le moins de force aux avances qui leur furent faites par ,maurice4 tienne ne conut aucune dfiance de ce dernier1 mais1 s'il ne redouta pas l'homme1 il jugea assez bien de la frivolit et surtout de l'incohrence de ses opinions tant morales qu'esthtiques1 et ds l'origine1 il conseilla son ami ,lullin de ne pas agir lgrement propos des engagements qu'on pourrait lui faire prendre4 ,en effet la secte des penseurs ou primitifs faisait des progrs4 ,elle proccupait l'atelier tout ce qu'il y avait d'lves dj moins jeunes et qui se distinguaient par leurs dispositions4 ,elle se recrutait mme de tous ceux qui1 presque enfants encore1 taient avides de nouveauts1 dsireux de remplir leurs ttes1 vides d'ides qu'ils n'auraient jamais eu la force de concevoir1 et enfin dont la paresse habituelle s'arrangeait fort bien d'un systme d'tude qui se rduisait pour eux se promener les bras ballants et les yeux vagues dans la galerie des statues antiques4 ,tout enthousiaste que ,lullin ft de ce qui tait emprunt aux usages et aux arts de la ,grce antique1 cependant cette mascarade des ,agamemnon et des ,pris dans les rues tait loin de lui plaire2 et1 cet gard1 il portait le scrupule assez loin pour s'abstenir mme d'adopter de certaines redingotes courtes1 des tuniques comme on en porte gnralement aujourd'hui1 par cela seul que ce costume1 invent par ,david et choisi par ses lves1 les faisait reconnatre pour tels dans les lieux publics4 tienne n'tait pas si scrupuleux que son ami1 et il adoptait sans y attacher d'importance l'uniforme de ses camarades ,forbin1 ,granet et autres2 mais1 par intrt pour ,lullin1 il avait soin dans les entretiens qu'ils avaient souvent ensemble de faire ressortir l'inopportunit1 l'inconvenance et le ridicule du costume d',agamemnon et du ,phrygien ,pris1 port par de pauvres enfants de ,paris obligs pour rentrer chez eux de ramasser les boues de la rue ,quincampoix ou de la place ,maubert4 ,leurs discussions ne se bornaient pas celles que ces folies faisaient natre1 et pendant longtemps1 la suite de leurs travaux l'atelier et de leurs tudes sur les auteurs grecs1 ils agitaient des questions plus utiles et plus importantes4 ,quoique ,lullin ft dj assez vers dans la lecture des auteurs classiques1 son got cependant n'tait pas plus affermi que sa critique4 la suite d'une conversation qu'tienne et lui avaient eue sur les pomes d',ossian avec ,maurice1 qui ne connaissait ces ouvrages que par la traduction de ,letourneur et les mettait fort au-dessus de ceux d',homre1 ,lullin1 qui lisait l',iliade en grec et le pome de ,fingal en anglais 7car il avait appris cette langue pendant son enfance ,genve71 ,lullin donc1 sur la premire sommation de ce fou de ,maurice1 intervertit l'ordre de son admiration pour le pote grec en faveur du barde irlandais4 ,l'esprit d'tienne s'tait tourn de bonne heure vers la philosophie et la critique2 aussi1 malgr la vogue et le poids que l'admiration d'un homme dj clbre cette poque1 le gnral ,bonaparte1 avait donns aux prtendues posies originales d',ossian1 les trouva-t-il toujours monotones1 cela prs de quelques beauts1 et demeura-t-il incrdule sur leur authenticit4 ,cette opinion1 il l'exprimait ,lullin non-seulement avec toute l'effusion de l'amiti1 mais avec l'ardeur et l'nergie que l'on trouve en soi1 quand on est persuad que l'on combat une erreur dangereuse4 ,cette diffrence d'opinion en matire de got1 qui ne faisait que resserrer les liens de leur amiti1 devint la source d'une foule d'entretiens curieux et solides dont tienne conserve encore maintenant un souvenir sacr1 parce qu'il sent que c'est ces luttes d'intelligence avec son ami qu'il doit de valoir le peu qu'on l'estime aujourd'hui4 ,vers ce temps1 la suite des questions prcdentes1 il s'en prsenta une nouvelle qui1 en indiquant la marche des ides des deux amis1 donnera en mme temps l'occasion de rappeler qu' cette poque commena une tentative assez fortement soutenue pour faire ragir le systme d'art des modernes contre celui de l'antiquit4 ,lullin savait assez bien l'anglais1 mais dans son indiffrence pour toutes les choses modernes1 il s'en occupait fort peu4 tienne1 naturellement fureteur et curieux1 mais ignorant alors la langue de nos voisins1 ouvrait souvent chez son ami un ,shakspeare original4 ,vainement interrogeait-il son ami sur la nature des drames et de l'esprit de ce pote1 il n'en tirait que des rponses vagues qui ne faisaient qu'exciter sa curiosit4 ,impatient de connatre1 tienne se dcida enfin louer dans un cabinet de lecture la traduction que ,letourneur a faite des drames de ,shakspeare1 et1 sans en rien dire son ami1 il lut de suite et avec une avidit extrme les vingt volumes dont elle se compose4 ,lullin n'tait rien moins qu'insensible aux beauts du tragique anglaise et s'il s'abstenait d'en parler tienne1 c'tait1 dans ses ides1 pour prserver son ami du danger de la sduction que pourraient exercer sur lui les ouvrages pleins de beauts1 mais dans le got moderne1 de ,shakspeare2 toutefois1 l'insatiable curiosit d'tienne djoua les prcautions de son ami1 et ds ce moment il s'leva entre eux une interminable discussion sur la possibilit et l'opportunit de l'emploi du systme d'art des anciens1 par les modernes1 plaidoyers o toutes les ides1 toutes les questions renouveles depuis #ahag jusqu'en #ahch1 furent agites alors par ,lullin et tienne4 ,ce dernier prtendait que l'on devait s'appuyer des principes antiques1 mais seulement pour les appliquer tout ce qui se rattache au matriel de l'art1 en se conformant d'ailleurs aux croyances1 aux moeurs1 aux usages et au costume que le temps avait irrvocablement tablis chez les modernes4 ,de son ct1 ,lullin ne faisait aucune concession3 selon lui1 l'art chez les modernes tait dans une voie absolument fausse1 en sorte que pour le traiter il fallait rigoureusement le reprendre son origine grecque1 ou y renoncer compltement4 ,c'taient les mmes ides que celles de ,maurice1 mais engages dans un cerveau plus tenace1 remanies par un esprit plus dli1 plus cultiv2 ce qui rendit le mal si grave que quelques annes plus tard l'infortun jeune homme y succomba4 ,voici quelques passages d'une lettre crite par ,lullin son ami2 ils pourront donner une ide de la varit des questions agites alors1 non-seulement par les deux lves de ,david1 mais par une partie de la jeunesse active et studieuse de cette poque4 tienne1 aprs avoir termin une figure nue peinte d'aprs nature chez ,david1 tait all passer quelque temps la campagne pour s'exercer peindre le paysage4 l'occasion de cette absence1 ,lullin lui adressa la lettre suivante3 ,paris1 #a;er vendmiaire an ,,ix 7#bc septembre #ahjj74 ,bienheureux les habitants des champs6 tu sais ce que c'est que de vivre6 tous tes moments sont de paix et de repos4 ,pour nous1 nous ignorons tout cela1 et nous faisons ronfler le canon pour annoncer l'univers que c'est le premier vendmiaire4 ,peu vous importe1 vous qui voyez lever et coucher le soleil1 qui entendez l'allouette et qui vous battez avec l'aimable jeunesse4 ,je n'ai pu1 mon grand regret1 aller te voir1 mais j'espre m'en ddommager l'un de ces nonidis qu'il fera beau4 ,david est de retour avec une nouvelle composition de son tableau 7le ,lonidas71 qui1 dit-on1 vaut mieux que celle que nous connaissons4 ,je ne sais si tes paroles ont eu une puissance dont tu ne t'tais pas dout1 mais le petit ,vermay est rentr en grce#e1 je l'ai trouv primidi l'atelier2 le matre et l'lve sont prsent les meilleurs amis du monde4 ,hier et avant-hier1 ,m4 ,david a tmoign la satisfaction que lui donnaient ses lves4 ,il a dit ,saint-,aignan de faire un tableau pour le ,salon prochain1 et la fin de sa visite il a institu le citoyen ,damable 7un lve de trente ans71 directeur et trsorier1 pour allger l'excellent ,grandin4 ,tout va donc ravir4 ,j'ai traduit la onzime des podes d',horace1 que je comptais t'envoyer avec cette lettre2 mais en relisant l'original1 j'ai trouv que ma traduction la refroidissait tellement qu'il vaut mieux que tu la relises vierge2 c'est la onzime4 ,saint-,aignan m'a prt ,ossian en anglais4 ,c'est vraiment bien autre chose que dans ,letourneur6 ,voil le sort de toutes les traductions lorsqu'on tte de l'original4 ,en anglais ,ossian a un sens vingt fois plus dtermin4 ,et cependant j'ai fait1 en le lisant ainsi1 une fcheuse dcouverte2 c'est qu'il est impossible d'tre compltement touch par ce qui est crit dans une autre langue que celle avec laquelle on a appris articuler les sons et par laquelle on a reu les premires impressions4 ,ces autres mots1 ces autres accents que nous n'avons vus1 rencontrs1 employs1 qu' l'aide d'une grammaire et d'un dictionnaire1 n'ont jamais un caractre bien prononc pour nous1 et ont le dsagrment de puer la science4 ,je suis bien fch de ce vilain temps pour toi et pour ton paysage4 ,adieu1 le meilleur des ,parisiens1 je ne sais trop quand je pourrai aller te voir1 mais cris-moi4 ,avant de lire le post-scriptum ajout cette lettre1 il est indispensable de savoir qu',hennequin1 lve de ,david1 mais l'poque intermdiaire qui spare ,drouais de ,grard et de ,gros1 rpublicain plus que vif1 venait d'exposer les ,fureurs d',oreste4 ,cet ouvrage1 qui fut jug dtestablement mauvais par les nouveaux lves de ,david1 obtint cependant au ,salon un succs assez clatant1 prpar plutt1 il est vrai1 par la coterie des artistes rvolutionnaires que justifi par son mrite ,lullin1 qui s'tait charg de montrer et de faire corriger la figure peinte qu'avait laisse tienne en partant pour la campagne1 ajouta ce qui suit sa lettre3 #c vendmiaire4 ,p4 ,s4 ,je viens de montrer ta figure2 ,david a insist sur le plaisir que fait la nature navement rendue telle qu'elle se trouvait l4 ,il a lou les pieds2 il a trouv les montants de la table trop vigoureux de ton1 et il a fini par un3 ,allons1 c'est bien44 ,je lui ai dit que tu es la campagne occup tudier le paysage2 et il a fait hum6 d'approbation4 ,puis1 il nous a fait un pompeux loge de l'nergie du tableau d',hennequin2 et comme1 en fin de compte1 personne ne disait oui1 il nous a dit que nous tions un vritable tribunal rvolutionnaire de la peinture2 que tous les genres taient bons4 ,ces citations1 ainsi que ce mlange de folies1 d'enthousiasme d'esprances1 d'nergie et de faiblesse1 dont ces jeunes artistes ont fourni tant d'exemples1 suffiront pour caractriser l'esprit qui animait les lves de ,david pendant les quatre dernires annes du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,on y verra en outre jusqu' quel degr les ides de rforme que le matre voulait mettre en oeuvre avaient t dpasses par ses lves1 et comment le got des tudes classiques et mme de l'rudition s'empara de l'cole de ,david cette poque4 ,v4 ,,david ,,jusqu',,en #aghi4 ,dans l'histoire de l'cole de ,david1 il y a deux choses qu'il ne faut pas perdre de vue3 les ides successives du matre sur son art1 et la manire dont elles ont t suivies1 interprtes ou altres par les diffrentes gnrations d'lves qu'il a formes4 ,on s'accorde assez gnralement aujourd'hui pour reconnatre que l'apoge du talent de ,david se rapporte la priode de temps pendant laquelle il a excut les ,sabines et le ,couronnement de ,napolon4 ,mais c'est particulirement lorsqu'il conut et acheva le premier de ces ouvrages1 de #agie #ahjj1 qu'il poursuivit avec le plus de ferveur et d'nergie la rforme de son art1 rve de toute sa vie4 ,or1 l'poque de cette tentative hardie est prcisment la mme que celle pendant laquelle ceux de ses lves dont il a t question dans les chapitres prcdents en mditaient une bien plus audacieuse encore4 ,d'o venaient originairement ces ides de rgnration de l'art8 ,comment et sous quelles influences ,david a-t-il cherch en faire l'application par l'exercice de son talent8 ,et enfin dans quel but cet artiste et ses nombreux lves ont-ils cherch tablir un corps de doctrine pour fonder une cole8 ,ces questions sont importantes1 et la diversit d'intention et de but1 soit dans l'ensemble des ouvrages mmes de ,david1 soit dans ceux bien plus nombreux encore de toutes ces gnrations d'lves1 est loin d'aider les rsoudre4 ,en tout tat de cause1 on ne peut dbrouiller ce mystre que par le secours d'une analyse approfondie des productions principales de cette cole1 et avant tout par l'examen de la premire partie de la vie de celui qui en est le chef1 ce qui fera le sujet de ce chapitre4 ,jacques-,louis ,david est n ,paris en #agdh4 ,dix ans aprs1 son pre1 qui faisait le commerce du fer1 fut tu en duel4 ,le jeune ,louis ,david1 rest orphelin l'ge de neuf ans1 adopt et lev par son oncle1 nomm ,buron1 fut mis au collge des ,quatre-,nations1 o ses dispositions pour l'art qui l'a rendu illustre et le peu de got qu'il manifesta pour les tudes classiques ne lui permirent pas de demeurer longtemps4 ,on raconte de lui1 quand il tait enfant1 ce que l'on rpte de tous ceux qui ont exerc l'art de la peinture avec clat4 ,il couvrait1 dit-on1 ses livres de classe de dessins de toute espce et ngligeait ses autres tudes4 ,sa mre1 depuis son veuvage1 sentant la ncessit de prparer son fils embrasser une profession lucrative1 fit des efforts pour l'engager s'occuper d'architecture4 ,mais l'enfant1 peu dispos tout ce qui exigeait des travaux scientifiques1 tmoigna de la rpugnance pour cet art et plus d'amour que jamais pour la peinture4 ,cependant on lui faisait toujours continuer ses tudes classiques1 dont il profitait peu4 ,on raconte mme que l'un de ses professeurs1 l'ayant surpris s'occupant de choses trangres la leon1 se saisit de son cahier1 et1 y dcouvrant une marine que le jeune ,david avait dessine1 lui dit en faisant une double allusion son peu de got pour les lettres et ses dispositions pour la peinture1 ainsi qu' un certain dfaut de prononciation qu'il a conserv toute sa vie3 ,je vois bien que vous serez meilleur peintre qu'orateur4 ,ce mot1 que l'on peut regarder aujourd'hui comme une prdiction1 ne fut sans doute1 lorsque le jeune ,david se le sentit appliquer1 qu'une petite humiliation qui l'affermit encore dans son got4 ,quoi qu'il en soit1 ses parents renoncrent l'ide de lui faire achever ses classes4 ,son penchant vers la peinture devint plus fort et si irrsistible mme bientt aprs1 que sa mre et son oncle sentirent qu'ils ne pourraient russir vaincre ses rsolutions4 ,on assure que1 ds son adolescence1 ,david1 dont le caractre tait peu facile dompter1 et qui s'tait dj figur un avenir de gloire1 fit alors1 sans guide1 des efforts dont se sentirent ses premiers essais4 ,ses parents reconnurent alors la ncessit de ne plus lui laisser perdre un temps prcieux en travaillant sans conseils1 et le confirent aux soins de ,boucher#f1 li de parent avec la famille de ,david4 ,boucher1 dont la vie avait t peu rgle1 et qui d'ailleurs se sentait appesanti par l'ge1 accueillit le jeune homme avec bienveillance1 mais ne voulut pas se charger de son instruction1 et la confia l'un de ses amis1 ,vien4 ,celui-ci1 aprs avoir termin ses tudes comme pensionnaire ,rome1 o il avait form son talent sur des modles plus purs et plus svres que ceux qu'avaient adopts les peintres franais qui l'avaient immdiatement prcd1 exerait dj une influence salutaire sur les lves runis dans son cole1 et sur ceux mme de l',acadmie de peinture1 dont ,vien tait devenu membre en #agej4 ,le jeune ,david prsenta son nouveau matre quelques dessins faits d'imagination4 ,frapp de l'intelligence de l'art qui y rgnait dj1 ,vien donna de grands encouragements celui qu'il prenait sous sa direction1 et promit ses parents de surveiller ses tudes avec le plus grand soin4 ,david avait pour parrain un homme qui1 vers cette poque1 lui donna des tmoignages de la plus vive affection4 ,sedaine1 secrtaire perptuel de l',acadmie d'architecture1 et dont le nom est devenu assez clbre dans les lettres1 usa de son crdit pour faire donner un logement son filleul dans le ,louvre4 ,c'est l que ,david tenta ses premiers essais en peinture4 ,aprs avoir tudi pendant plusieurs annes sous la direction de ,vien1 il rsolut de concourir pour le grand prix de ,rome1 et se soumit cinq fois cette preuve4 la seconde il eut le second prix1 mais ce ne fut qu' la cinquime1 en #agge1 qu'il obtint enfin la couronne4 ,david avait alors vingt-sept ans4 ,on raconte sur ce peintre une anecdote qui prouve avec quelle opinitret il poursuivait cette couronne1 qu'il n'obtint qu'avec tant de peine4 ,l'anne qui prcda celle de sa victoire1 il parat que son ouvrage tait dcidment si faible1 que les juges avaient t quitables en ne le couronnant pas4 ,toutefois1 ce jugement parut une injustice aux yeux de l'lve1 qui prit l'affaire tout fait au srieux4 ,le logement que ,david occupait au ,louvre tait prs de celui de ,sedaine1 en sorte que le parrain et le filleul se voyaient presque journellement4 la suite du fameux jugement1 ,sedaine ayant t deux jours sans voir son jeune voisin en conut de l'inquitude1 se rendit la porte de sa chambre1 qui tait ferme1 et crut entendre de sourds gmissements4 ,dans son trouble1 il alla chercher ,doyen#g1 l'un des membres de l',acadmie les plus favorables ,david1 qui trouva le moyen de flchir le jeune homme et de lui faire ouvrir sa porte4 ,david tait ple1 sans forces1 au moment o il obit la voix de ,doyen4 ,depuis vingt-quatre heures le malheureux jeune homme n'avait pris aucune nourriture1 et avait rsolu de mourir4 ,les tentatives ritres de ,david pour obtenir le grand prix1 et cette rsolution funeste qu'il avait prise la suite de l'avant-dernier concours1 ne laissrent pas que d'attirer l'attention sur lui4 ,le ,doux1 l'architecte qui plus tard a lev toutes les barrires de ,paris1 avait bti1 cette poque1 une fort belle maison pour la clbre danseuse de l',opra1 ,mlle ,guimard4 ,le salon devait recevoir des dcorations peintes que ,fragonard pre avait bauches et que l'on chargea ,david de terminer4 ,dans l'intervalle de temps qu'il consacra ces travaux1 il fit aussi un portrait de ,mlle ,guimard1 dont la gnrosit envers le jeune artiste fut aussi noble que dlicate1 procd pour lequel ,david est toujours rest reconnaissant4 ,en #agii1 il montrait tienne ce portrait1 trait tout fait dans le got de ,boucher1 en ajoutant que la vue de cet ouvrage lui tait toujours doublement agrable1 car il lui rappelait une protectrice vraiment gnreuse1 et lui fournissait un tmoignage irrcusable de la rforme qu'il avait apporte dans l'art4 ,ce fut dans l'anne #agge que ,vien ayant t nomm acadmicien et directeur de l'cole franaise ,rome proposa son lve de l'accompagner dans cette ville4 ,malgr des dispositions videntes et les preuves de talent que ,david avait dj donnes1 il travaillait cependant sous l'influence du got qui rgnait alors en ,france1 et n'tait nullement persuad que le mrite des peintres italiens pt mme galer celui des artistes de notre pays4 ,il parat que les premiers ouvrages qui branlrent et dtruisirent mme ses prjugs cet gard1 furent les peintures dont ,corrge a orn la coupole de la cathdrale de ,parme4 ,david tomba dans une espce d'enivrement l'aspect de ces peintures1 ce point mme que ,vien fut oblig de calmer son enthousiasme en lui conseillant d'attendre qu'il ft arriv ,rome1 pour faire encore quelques comparaisons avant de fixer son admiration d'une manire aussi exclusive4 ,pendant les cinq annes1 de #agge #aghj que ,david passa ,rome comme pensionnaire1 il se conforma d'abord l'avis de son matre ,vien1 qui l'engagea s'occuper exclusivement1 pendant la premire anne1 faire des tudes dessines d'aprs l'antique et les grands matres4 ,quoique peu convaincu de l'efficacit de ce mode d'tude1 il obit et fit un nombre trs-considrable de croquis de cette espce1 dont le recueil formait cinq grands volumes in-folio4 ,dans la plupart de ces tudes il est facile de retrouver la trace des efforts qu'il eut faire pour se dbarrasser de ce got acadmique et dvergond dont on assaisonnait alors toutes les copies que l'on essayait de faire d'aprs les ouvrages de l'antiquit et des grands matres4 ,parmi tous les croquis de cette poque1 il en est un donn par ,david tienne et qu'tienne conserve d'autant plus soigneusement que son matre1 en le lui remettant1 y ajouta un commentaire verbal assez curieux4 ,c'est le dessin de deux ttes4 ,l'une est celle d'un jeune sacrificateur couronn de lauriers4 ,celle-ci1 copie fidlement d'aprs l'antique1 porte ce caractre de calme que les anciens imprimaient sur la figure des personnages dont ils voulaient relever la dignit morale4 ,voyez-vous1 mon ami1 disait ,david tienne1 voil ce que j'appelais alors l'antique tout cru4 ,quand j'avais copi ainsi cette tte avec grand soin et grand'peine1 rentr chez moi1 je faisais celle que vous voyez dessine auprs4 ,je l'assaisonnais la sauce moderne1 comme je disais dans ce temps-l4 ,je fronais tant soit peu le sourcil1 je relevais les pommettes1 j'ouvrais lgrement la bouche1 enfin je lui donnais ce que les modernes appellent de l'expression1 et ce qu'aujourd'hui 7c'tait en #ahjg7 j'appelle de la grimace4 ,comprenez-vous1 tienne8--,oui4--,et cependant on est bien embarrass avec les juges de notre temps1 ajoutait le matre1 car si nous faisions prcisment d'aprs les principes des anciens1 on trouverait nos ouvrages froids4 ,outre ces tudes dessines1 faites pendant la premire anne de son sjour ,rome1 ,david a achev dans les quatre suivantes quelques tudes d'aprs nature1 puis deux ouvrages peints3 l'un1 la copie de la ,cne d'aprs ,valentin1 qui dtermina la premire rvolution dans sa manire1 et l'autre1 la ,peste de saint ,roch1 sa premire composition capitale4 ,il peut sembler trange aujourd'hui qu'un peintre franais qui fait le voyage de ,rome pour tudier les matres1 au lieu de se placer tout aussitt devant un tableau de ,raphal ou de ,michel-,ange1 aille choisir une peinture de quatrime ordre1 d'un peintre franais tel que le ,valentin#h4 ,mais tienne qui1 ainsi que d'autres1 prouva cet tonnement1 et eut de plus qu'eux l'occasion de le tmoigner son matre1 reut cette rponse et cet claircissement sur le choix qu'il avait fait de ce modle4 ,lorsque l'on considre1 disait ,david1 les ouvrages des peintres franais depuis les plafonds de ,lemoine jusqu' ceux que fait encore aujourd'hui 7#ahje7 ,berthlemy1 en y comprenant les peintures des ,natoire1 des ,vanloo1 et d'autres1 c'est peut-tre moins encore la faiblesse du style et le dfaut de got qui choquent en les examinant que la faiblesse et la fadeur extrme de leur coloris4 ,le coloris est ce qu'il y a de plus matriel dans l'art2 c'est ce qui s'empare d'abord des sens4 ,aussi1 quand j'arrivai en ,italie1 avec ,m4 ,vien1 ajoutait ,david1 fus-je d'abord frapp1 dans les tableaux italiens qui s'offrirent ma vue1 de la vigueur du ton et des ombres4 ,c'tait la qualit absolument oppose au dfaut de la peinture franaise1 et ce rapport nouveau des clairs aux ombres1 cette vivacit imposante de model dont je n'avais nulle ide1 me frapprent tellement que1 dans les premiers temps de mon sjour en ,italie1 je crus que tout le secret de l'art consistait reproduire1 comme l'ont fait quelques coloristes italiens de la fin du ,x,v,ie sicle1 le model franc et dcid qu'offre presque toujours la nature4 ,j'avouerai1 continuait ,david1 qu'alors mes yeux taient encore tellement grossiers que1 loin de pouvoir les exercer avec fruit en les dirigeant sur des peintures dlicates comme celles d',andrea del ,sarto1 du ,titien ou des coloristes les plus habiles1 ils ne saisissaient vraiment et ne comprenaient bien que les ouvrages brutalement excuts1 mais pleins de mrite d'ailleurs1 des ,caravage1 des ,ribera1 et de ce ,valentin qui fut leur lve4 ,le got1 les habitudes1 l'intelligence mme1 avaient chez moi quelque chose de gaulois1 de barbare1 dont il fallait qu'elle se dpouillt1 pour arriver l'tat d'rudition et de puret sans lequel on admire les stanze de ,raphal1 mais vaguement1 sans y rien comprendre et sans savoir en profiter4 ,en somme1 ,raphal tait une nourriture beaucoup trop dlicate pour mon esprit grossier2 il fallait y arriver par un rgime gradu1 et la premire ration que je me donnai fut de copier la ,cne de ,valentin4 ,il faut mme ajouter que la qualit de ,franais chez le peintre dont je copiai l'ouvrage fut un moyen de rprimer la rvolte intrieure de mon esprit1 qui sentait le besoin d'tre autoris par un exemple pour se soumettre reconnatre la supriorit de l'cole italienne sur l'cole franaise4 ,l'excution de cette copie de la ,cne1 fort bon ouvrage en son genre1 et o ,david dploya une fermet de pinceau qu'il n'avait point encore montre au mme degr dans ses prcdentes tudes1 fut donc un vnement grave dans la vie de cet artiste4 ,aprs cet effort qui n'tait cependant qu'un travail prparatoire1 ,david chercha faire1 sur un sujet de sa composition1 l'emploi des connaissances qu'il avait acquises dans la thorie et la pratique de son art1 pendant l'excution des croquis d'aprs l'antique et de la copi de la ,cne4 ,le rsultat fut la ,peste de saint ,roch1 tableau qui orne aujourd'hui la ,sant du lazaret de ,marseille4 ,cet ouvrage1 termin et expos ,rome en #aggi1 y obtint des applaudissements unanimes et valut particulirement l'artiste les louanges du vieux ,pompeo ,battoni#i1 alors le patriarche des peintres en ,italie4 ,la composition en est bien ordonne3 la ,vierge occupe la partie suprieure du tableau1 et semble couter saint ,roch genoux qui intercde auprs d'elle en faveur des pestifrs4 ,cependant la figure la plus remarquable est celle d'un homme attaqu de la peste4 ,envelopp de haillons1 il semble attendre la mort avec fermet1 tandis que le saint invoque la ,vierge4 ,on ne peut refuser un mrite rel cet ouvrage1 largement peint1 fortement color relativement l'poque1 et o l'artiste a rendu surtout les expressions de l'me avec force et vrit4 ,cependant1 et ,david le disait lui-mme1 c'est un oeuvre de transition et de progrs parmi tous les siens1 et si on ne le considrait pas sous ce point de vue1 on risquerait aujourd'hui de le confondre avec les productions dites acadmiques de l'cole franaise1 dont ,david s'est efforc depuis de combattre les dfauts4 ,on rapporte que les camarades de ,david ayant t invits par lui voir cet ouvrage1 lorsqu'il tait peine achev1 hsitaient exprimer leur satisfaction1 lorsque l'un d'entre eux1 ,giraud1 sculpteur habile1 prenant tout coup la parole1 s'cria3 ,eh6 qui nous empche donc1 de dire que c'est fort beau8 ,ce fut de ce moment que ,david commena acqurir de la clbrit4 ,en #aghj1 ,david tant de retour ,paris1 excuta le ,blisaire#aj4 ,pierre#aa1 alors premier peintre du roi1 l'assista de ses conseils pendant qu'il travaillait cet ouvrage1 dont le style et le coloris sont dj fort diffrents de ceux du ,saint ,roch4 ,alors ,david1 ayant totalement rejet les doctrines dites acadmiques et franaises1 adopta le got1 la manire et le style qu'il dveloppa compltement dans les tableaux des ,horaces1 de ,socrate et de ,brutus4 ,trois ans aprs1 en #aghc1 ,david termina et prsenta1 pour son admission l',acadmie1 ,andromaque pleurant la mort d',hector4 ,dans cette production1 suprieure aux prcdentes par la science et la fermet du dessin et du pinceau1 il est facile de reconnatre que l'artiste avait rassembl tout ce qu'il possdait de connaissances sur les moeurs et les costumes de l'antiquit grecque1 pour traiter convenablement ce sujet4 ,en effet1 si l'on excepte quelques restes de cette teinte jauntre et uniforme dont l'cole franaise conservait si fidlement la tradition depuis ,jouvenet et ,restout1 il y a dans l'attitude simple des personnages1 dans le jet plus naturel et plus large des draperies1 ainsi que dans l'observation assez fidle du costume1 relativement aux tudes archologiques de l'poque1 une amlioration si bien caractrise1 que l'on conoit que cet ouvrage ait d produire une grande sensation lorsqu'il parut4 ,l',andromaque n'est cependant encore qu'une oeuvre de transition et de progrs comme le ,saint ,roch1 mais plus avance4 ,vers cette poque1 ,david1 aprs avoir t reu membre de l',acadmie1 pousa la fille de ,pcoul1 architecte1 entrepreneur des btiments du roi4 ,malgr ses succs1 ,david1 dont la mmoire tait pleine des souvenirs de ,rome1 et qui sentait plus vivement que jamais le besoin d'y mrir les tudes qu'il avait commences1 manifesta le dsir de retourner en ,italie4 ,pcoul1 son beau-pre1 non-seulement l'encouragea dans ce projet1 mais lui fournit les moyens de le mettre fin et profit4 ,c'est alors que vers la fin de #aghc1 il partit pour ,rome avec sa femme et accompagn d'un lve dont le nom est rest clbre par son talent et sa mort prmature1 ,drouais4 ,depuis quelques annes1 on avait pris en ,france1 au sujet des arts1 fort ngligs alors par le gouvernement1 une rsolution dont les suites ont t1 sont encore et seront sans doute longtemps fatales aux arts4 ,sous le rgne de ,louis ,,xv1 ,m4 de ,marigny ayant t nomm directeur des btiments du roi eut l'ide1 fort gnreuse sans doute1 pour relever les arts tombs en dfaveur1 de commander des tableaux aux peintres d'histoire1 et des figures en marbre aux statuaires4 ,le prix1 les dimensions1 les sujets1 tout enfin fut rgl et indiqu1 l'exception toutefois de la clause la plus importante pour l'art1 la destination des ouvrages4 ,c'est en effet depuis l'adoption de cette mesure que les productions des artistes1 multiplies l'excs1 sont devenues beaucoup plus embarrassantes qu'utiles aux arts et la gloire du pays2 c'est depuis cette poque que les diffrents gouvernements qui se sont succd ont contract en quelque sorte l'engagement d'entretenir leurs frais une foule d'artistes dont le nombre s'accrot toujours en proportion de la libralit irrflchie des princes1 des gouvernements ou des grandes administrations4 ,quoi qu'il en soit1 cet usage existait en #aghc1 et ce fut en vertu de cette mesure que l'on commanda ,david le ,serment des ,horaces4 ,l'artiste en conut la composition ,paris1 et partit pour ,rome o il l'excuta4 ,l'ouvrage eut le plus grand succs dans cette ville1 et le vieux ,battoni1 en comblant encore cette fois l'auteur de ses loges1 y joignit les instances les plus vives pour l'engager se fixer en ,italie4 ,mais ,david crut devoir rsister ces sollicitations1 et revint ,paris pour y montrer son tableau1 qui excita un transport universel au ,salon du ,louvre1 l'exposition de #agheab4 ,ce succs eut d'autant plus d'clat qu'il se liait avec celui que venait d'obtenir l'anne prcdente le jeune lve de ,david1 ,j4 ,g4 ,drouais1 qui1 l'ge de dix-sept ans1 avait remport le grand prix de ,rome1 et qui suivit de si prs son matre dans la carrire jusqu'en #aghh1 poque o la mort vint le frapper4 ,s'il tait besoin de justifier les observations qu'ont fait natre les tableaux commands1 mais sans destination1 quoiqu'on en et fix la mesure1 le ,serment des ,horaces en fournirait amplement les moyens4 ,malgr le succs et le mrite de cet ouvrage1 ,m4 d',angivilliers1 alors directeur gnral des btiments du roi1 jugea propos de reprocher l'auteur d'avoir excut le ,serment des ,horaces dans une dimension plus grande que celle qui lui avait t prescrite4 ,cette mauvaise querelle1 jointe des critiques que le directeur fit sur la composition mme1 causrent beaucoup d'ennuis ,david1 qui cependant lut bientt ddommag par les loges du public4 ,mais en bonne conscience1 doit-on tre si rigoureux pour la mesure d'un ouvrage remarquable1 lorsqu'on ne lui a pas affect d'avance une destination8 ,c'est un genre d'absurdit dans lequel on est retomb souvent depuis ,m4 d',angivilliers4 ,mais revenons notre sujet4 ,jusqu' l'poque o ,david montra ses ,sabines1 la clbrit de ce peintre reposait surtout sur le tableau du ,serment des ,horaces4 ,la ,mort de ,socrate1 qui1 selon1 quelques personnes1 est suprieure1 fut beaucoup plus gote par les artistes que par la masse du public2 et le ,brutus1 infrieur aux deux productions prcdentes1 ne releva pas le mrite de ,david dans l'esprit des connaisseurs1 mais fut joint et confondu1 en quelque sorte1 avec celui des ,horaces1 parce que le gros des admirateurs y vit deux pendants1 et que d'ailleurs les sujets taient tirs de l'histoire romaine1 dont tous les esprits se nourrissaient alors4 ,les ,horaces ont t depuis leur apparition l'objet de beaucoup de critiques1 sans parler de celles que ,david exera sur son propre ouvrage1 lorsque ses ides sur l'art se furent modifies4 ,on a dit#ac que le groupe des femmes1 entirement spar de celui des hommes1 pourrait passer pour une faute de composition pittoresque2 que le peintre en mettant d'un ct l'amour exclusif de la patrie et l'enthousiasme militaire1 et de l'autre la crainte et les angoisses qu'prouvent prs de ces guerriers une mre1 une amante et des enfants1 a rompu et dtruit l'unit pittoresque4 ,cette observation ne manque pas de justesse1 et ,david1 qui on l'avait adresse plus d'une fois1 convenait que si un pote1 par la nature de son art1 a le moyen de prsenter successivement1 mais sans dtruire l'unit1 des sentiments trs-contraires1 le peintre1 tenu surtout d'tablir et de conserver l'unit pour les yeux1 doit viter les scnes complexes4 ,cependant vers les annes #agif-ahjj1 lorsqu'il tait tout proccup de retrouver les doctrines grecques1 ,david jugeait ses ,horaces avec une quit svre bien remarquable4 ,il tranchait la difficult relativement la composition1 en disant qu'elle est thtrale2 pour le dessin il le trouvait petit1 mesquin 7ce sont ses expressions71 rendant les dtails anatomiques avec recherche2 et enfin il condamnait le coloris1 comme procdant par chantillons de couleur1 et dtruisant la beaut et la grandeur du ton local4 ,cet ouvrage1 continuait-il1 se sent du got et des monuments romains1 qui taient les seuls dont on s'occupt pendant mon sjour en ,italie4 ,ah6 si je pouvais recommencer mes tudes prsent o l'antiquit est mieux connue et tudie1 j'irais droit au but1 et sans perdre le temps que j'ai employ dblayer la route que je devais parcourir4 ,aprs tout1 ajoutait-il avec un noble orgueil ceux de ses lves qui l'coutaient1 il y a de l'nergie dans ce tableau1 et le groupe des ,horaces est une chose que je ne renierai jamais6#ad ,sa critique tait svre1 mais il ne craignait pas de la faire telle devant des jeunes gens dont il connaissait les dispositions favorables l'gard de son talent et enfin ,david avait un besoin d'tre vrai et sincre quand il enseignait1 ce qui l'entranait dire indiffremment des choses1 dures sur lui-mme comme sur les autres1 quand il s'agissait de l'intrt de l'art4 ,cette histoire de la famille ,horace lui plaisait4 ,il a laiss une esquisse dessine1 reprsentant le vieil ,horace dfendant son fils devant le peuple2 mais il fut dtourn de l'excution de ce projet par la demande que lui fit ,m4 de ,trudaine d'un autre tableau qui devait fournir l'artiste l'occasion de dvelopper son talent sous un aspect tout nouveau4 ,m4 de ,trudaine lui donna traiter3 ,socrate entour de ses disciples1 recevant le breuvage mortel des mains du valet des onze4 ,ce tableau est sans contredit celui o ,david a le plus compltement russi dans l'art de la composition4 ,cette fois il a satisfait de la manire la plus heureuse la condition d'unit si imprieuse dans les ouvrages d'art4 ,socrate en prison1 assis sur son lit1 est entour de ses disciples4 ,le valet des onze lui prsente la coupe empoisonne et le philosophe1 tout en paraissant finir de parler1 porte machinalement sa main pour prendre le breuvage4 ,plac plus haut que tous les assistants1 ,socrate les domine encore par la srnit de son visage1 qui contraste avec la douleur1 le dsespoir ou la taciturnit de ceux qui l'entourent4 ,c'est un sujet bien senti1 heureusement dvelopp1 et o le talent du peintre est encore fort remarquable aprs les grandes qualits du compositeur4 ,la premire ide de ,david avait t de peindre ,socrate tenant dj la coupe que lui prsentait le bourreau2 mais ce fut ,andr ,chnier qui dit au peintre3 ,non1 non1 ,socrate1 tout entier aux grandes penses qu'il exprime1 doit tendre la main vers la coupe1 mais il ne la saisira que quand il aura fini de parler4 ,le pote avait raison2 et lui1 qui plus tard sut aussi mourir victime de l'injustice des hommes1 devait avoir le sentiment de la rsignation avec laquelle le sage reoit la mort4 ,aprs cette production si remarquable1 ,david fit en #aghh1 pour ,m4 le comte d',artois1 depuis le roi ,charles ,x1 les ,amours de ,pris et d',hlne4 ,les sujets de ce genre ne s'adaptaient gure au talent de ce peintre4 ,il aurait fallu y mettre de la passion et de la grce fminine1 deux choses tout fait trangres au gnie de l'auteur des ,horaces4 ,le tableau est faible dans toutes ses parties1 quoique cependant il soit juste de faire observer qu'outre la puret du dessin1 l'observation matrielle du style et du costume grecs y est dj beaucoup plus exacte que dans les productions antrieures du matre4 ,le ,paris est mme reprsent nu1 ce qui ne rend le sujet ni plus agrable1 ni plus satisfaisant1 mais indique au moins l'poque prcise o ,david a eu les premires vellits d'adopter l'usage de peindre ses personnages sans aucun vtement1 selon l'usage des artistes grecs4 ,en #aghi1 quelque temps aprs que la grande rvolution venait d'clater1 le roi ,louis ,,xvi1 ou au moins ceux qui dirigeaient les travaux d'art cette poque1 commandrent ,david un tableau sur le sujet de ,brutus rentrant dans ses foyers1 aprs avoir condamn ses fils4 ,le succs de ce tableau fut brillant1 sans galer toutefois celui des ,horaces4 ,dans l'un et l'autre de ces ouvrages1 le dessin1 le coloris et la composition prsentent peu prs les mmes dfauts et les mmes qualits1 et dans l'un comme dans l'autre1 on crut s'apercevoir du manque d'unit d'action4 ,la figure de ,brutus1 qui s'est retir dans l'ombre et prs de la statue de ,rome pendant que l'on rapporte les corps mutils de ses fils dans l'intrieur de sa maison1 produit de l'effet2 mais ce genre de beaut est plus dramatique que pittoresque1 et dans le tableau dont il est question1 cette pense tragique est tant soit peu obscurcie par l'opposition peu naturelle1 rvoltante surtout1 du groupe de la femme de ,brutus et de ses deux filles1 qui sont spectatrices de la scne sanglante qui occupe le fond du tableau4 ,cet ouvrage offre quelques particularits qui jettent du jour sur la rforme que ,david cherchait toujours introduire dans les habitudes de l'cole franaise4 ,la tte de ,brutus est fidlement copie d'aprs le buste antique de ce personnage1 conserv au ,capitole4 ,la statue de ,rome est galement reproduite d'aprs un monument original1 et dans le bas-relief1 reprsentant ,rmus et ,romulus allaits par la louve1 le peintre s'est efforc de figurer de la sculpture trs-grossire1 comme elle devait l'tre quelque temps aprs la fondation de ,rome4 ,non content de ce genre d'exactitude1 ,david poussa la recherche jusqu' prsenter exactement le costume romain dans les vtements1 dans la dcoration intrieure de l'appartement1 et jusque dans les meubles1 dont il fit faire des modles1 qui dj ont t signals en donnant la description de l'atelier des ,horaces4 ,si ce tableau soutint plutt qu'il n'augmenta la rputation dj trs-tendue de ,david1 il eut sur le got et les modes1 et mme sur les moeurs1 une influence qui se fit sentir l'instant mme4 ,c'est compter de l'apparition de cet ouvrage que l'on commena reprendre l'habitude de porter les cheveux sans poudre2 que les femmes1 et bientt aprs les hommes1 adoptrent des coiffures flottantes4 ,aux contours arrondis des ameublements et des meubles qui dataient de la rgence1 on substitua les formes svres et carres prfres par les anciens4 ,l'architecture se ressentit aussi de ce got pour l'antique1 comme le prouvent les barrires de ,paris1 bties alors par ,le ,doux2 enfin la proscription des corsets et des souliers talon1 ainsi que l'habitude que prirent les femmes de substituer aux robes dites de cour des vtements lgers1 simples1 et plutt lgants que somptueux1 contriburent diminuer l'tiquette1 mme ,versailles1 et simplifier les habitudes rigoureuses de politesse que la bourgeoisie mme avait conserves jusque-l4 ,la cause premire de ces changements de moeurs et de costume tait sans aucun doute la grande rvolution politique dj commence alors1 mais celle qui s'tait dj opre dans les arts contribua puissamment faciliter ce changement dans les habitudes et les habillements vers lequel tout le monde tait naturellement port4 ,aussi la concidence de ces deux vnements mrite-t-elle attention4 ,telle est la premire grande priode de la vie du peintre1 de ,david4 ,mais avant de passer la seconde1 celle o1 devenu homme public1 il prit part la rvolution1 il importe de rechercher d'abord quelle est l'origine du projet de rforme dans les arts auquel le peintre a obi depuis #agge jusqu'en #aghi1 et de dterminer jusqu' quel point il en a saisi l'esprit et l'importance pendant cet espace de temps4 ,si la ,france n'a pas manqu de peintres trs-habiles dans la pratique de leur art depuis la mort de ,louis ,,xiv jusqu' l'avnement de ,louis ,,xvi au trne1 il faut dire aussi que le got n'a jamais t plus perverti que durant cette poque4 ,non-seulement les vritables doctrines de l'art avaient t compltement ngliges1 mais l'objet de l'art mme tait devenu tout fait vain1 comme le prouve sans rplique la mesure administrative de ,m4 de ,marigny1 commandant des tableaux1 dsignant des sujets1 sans indiquer ni prvoir la destination des ouvrages1 mais seulement avec l'intention vague de venir au secours des peintres1 comme on soigne des ours et des perroquets au ,jardin des ,plantes4 ,d'ailleurs les traditions de l'ancien art italien taient perdues2 celles de l'cole des ,carraches avaient t compltement puises1 et en fin de compte1 ,watteau tait rest l'artiste minent de cette poque de dcadence2 aussi les beaux-arts n'taient-ils jamais tombs si bas1 non-seulement en ,france1 mais dans toute l',europe4 ,les choses en taient arrives ce point vers #agej1 lorsque deux jeunes ,allemands1 tout occups de grec et de latin1 se rencontrrent dans une bibliothque4 ,heyne1 conservateur de ce dpt o il amassait les trsors de sciences qui devaient en faire le premier philologue de son temps1 tonn du nombre et de la varit des livres que demandait un jeune savant1 lecteur assidu de la bibliothque1 voulut savoir qui tait cet homme1 si ardent pour la science2 or1 c'tait ,winckelmann4 ,la communaut de leurs gots ne tarda pas les lier d'amiti1 et bientt les engager tudier de concert et se communiquer leurs dcouvertes4 ,heyne tait n philologue et ,winckelmann antiquaire1 et du concours de ces deux intelligences1 il rsulta que ,heyne contrla ses tudes philologiques sur les monuments des arts de l'antiquit1 tandis que de son ct1 ,winckelmann interprta mieux les oeuvres d'art des anciens1 en consultant avec sagacit leurs monuments littraires4 ,si l'on excepte l'cole des rudits de ,florence1 qui avaient entrepris l'lude de l'antiquit avec le secours simultan des oeuvres crites et des oeuvres d'art1 depuis1 la plupart des savants hollandais1 anglais et franais s'taient plutt appliqus connatre le sens des mots que celui des choses4 ,or1 il n'est pas un homme instruit qui ne sache aujourd'hui le pas immense que ,heyne et ,winckelmann firent faire la philologie et l'archologie appliques la connaissance gnrale de l'antiquit4 ,l'effet des lumires que rpandirent ces deux hommes sur cette matire se fit sentir1 d'abord en ,allemagne1 puis plus particulirement en ,italie1 o ,winckelmann alla habiter pour observer l'antiquit1 suivre ses tudes et composer son ,histoire de l'art4 ,le ,laocoon de ,lessing avait dj t publi en #agfc1 lorsque ,mengs1 n en ,allemagne1 rudit1 antiquaire et peintre habile1 vint aussi en ,italie vers ce temps4 ,le nombre des statues antiques extraites des fouilles augmentait chaque jour l'assemblage de richesses le plus propre aider les savants dans leurs recherches sur l'antiquit2 les villes d',herculanum et de ,pompi venaient d'tre tires de dessous les cendres qui les recouvraient depuis dix-huit cents ans1 et l'on possdait enfin des peintures antiques4 ,mengs fit des tableaux o il chercha imiter le style de ces anciens ouvrages1 et il fut un des premiers qui1 par son pinceau et ses crits1 contribua montrer la fausset de la manire des peintres qui l'avaient prcd immdiatement1 et rconcilier les esprits avec la simplicit antique4 ,avec une ardeur non moins grande1 le chevalier ,hamilton1 habitant aussi l',italie1 recherchait les vases dits trusques1 publiait la forme dessine et mesure de ces vases1 et les peintures qui les ornent2 et1 par ce genre d'tude1 concourait au grand travail qui se faisait alors sur tous les monuments de l'antiquit4 ,milizia1 ardent amateur des arts et crivain rudit1 se faisait connatre la mme poque1 comme l'un de ceux qui devaient1 par leurs crits1 servir et accrotre la science nouvelle4 ,enfin aprs la mort funeste et prmature de ,winckelmann1 d',agincourt1 qui arriva ,rome par hasard et y passa le reste de sa vie1 vint grossir ce groupe de savants en continuant dans cette ville l',histoire de l'art partir du point o ,winckelmann l'avait laisse4 ,ces hommes pleins d'ardeur pour les arts1 et qui ne reculaient devant aucun sacrifice pour acqurir les connaissances relatives l'antiquit1 formaient ,rome un noyau d'amateurs1 moins savants qu'eux peut-tre1 mais tout aussi zls pour l'art et qui1 s'entretenant dans le monde des dcouvertes successives que faisaient les savants1 allaient rpandre dans la ville1 en ,italie et bientt aprs dans toute l',europe1 les nouvelles doctrines sur l'art1 sur le beau chez les anciens1 ainsi que les livres o ces nouveauts taient exposes4 ,un ouvrage curieux pour l'histoire de l'art cette poque est le recueil des ,idylles de ,gessner#ae1 traduites en franais et auxquelles l'auteur allemand a joint des gravures composes et excutes par lui4 ,ces compositions1 ainsi que tous les ornements qui les entourent ou les accompagnent1 portent les dates de #agge-gf-gg1 et il serait difficile de trouver des productions modernes o le got1 le style et l'esprit de l'antiquit fussent plus fidlement et plus naturellement reproduits que dans ces charmantes compositions4 ,de tous les faits qui prcdent1 il rsulte qu'avant #agge anne o ,david remporta le premier grand prix ,paris1 et se disposait venir ,rome pour la premire fois1 non-seulement l'ide de la rforme introduire dans les arts tait rpandue dans cette dernire ville1 mais qu'elle avait t tente par des praticiens habiles1 tels que ,mengs#af et ,gessner1 en peinture1 et par ,canova#ag en sculpture4 force de vouloir exalter le mrite de ,david en prsentant cet homme comme le seul rformateur de l'cole de peinture en ,europe1 vers la fin du ,x,v,i,i,ie sicle1 ses admirateurs en ,france1 et surtout ses lves1 ont contribu faire rabaisser le mrite de cet artiste par les trangers4 ,les hommes dous du gnie le plus puissant1 ces astres rares tels que ,dante ou ,raphal1 par exemple1 n'apparaissent mme jamais sans tre prcds et accompagns de prcurseurs et de satellites lumineux4 ,rien dans l'ordre intellectuel ou physique ne nat de rien en ce monde1 et la prtention la moins fonde et la plus nuisible1 quand on veut tablir solidement la rputation d'un homme de mrite1 est d'affirmer qu'il a invent lui tout seul ce qui s'est fait dans le sicle o il a vcu4 ,le mrite particulier de ,david1 et ce qui lui assure un nom illustre parmi les artistes clbres1 c'est d'avoir t le premier ,franais qui ait tent de mettre en pratique les thories exposes par les savants de son temps2 d'avoir puissamment concouru1 par l'opinitret de ses tudes1 tablir un nouveau mode d'enseignement de la peinture1 appuy sur les doctrines des anciens2 et enfin d'avoir produit des tableaux1 tels que le ,saint ,roch1 les ,horaces1 le ,socrate1 le portrait de ,marat1 le ,viala1 le ,serment du ,jeu de ,paume1 les ,sabines1 le ,couronnement de ,napolon et le ,lonidas1 ouvrages dans chacun desquels1 outre les progrs et les tentatives intelligentes faites successivement par l'artiste1 on reconnat une nergie1 un amour du vrai et un talent d'excution dans les diffrentes parties de son art1 qui lui appartiennent en propre4 ,quant l'archasme sur lequel se fondrent les thories des beaux-arts que ,lessing1 ,heyne1 ,winckelmann1 ,sulzer1 ,milizia1 ,hamilton1 ,mengs et ,gessner rpandirent en ,europe1 ,david ne fit aucune dcouverte dans cette science1 mais il en reut naturellement l'influence1 et employa toutes les ressources de son talent pour mettre ces thories en pratique4 cet gard1 ,david1 qui ne parlait jamais qu'avec modestie mme de ce qu'il comprenait le mieux1 la peinture1 loin de chercher faire parade des ides thoriques qu'il avait pu puiser dans la conversation des savants1 affectait de n'en rien dire4 ,pendant les cinq annes de pensionnat que ,david passa ,rome1 de #agge #aggi1 le got des recherches sur les monuments de l'antiquit tait dans toute sa ferveur4 ,alors la vie studieuse de ,david lui faisait suivre1 mais avec ses yeux1 son crayon et ses pinceaux1 toutes les dcouvertes que les hommes de pure intelligence signalaient aux artistes4 ,david n'tait pas immdiatement en contact avec ces derniers1 mais parmi ses camarades il y en avait de plus favorablement placs1 qui1 lisant les thories et exerant eux-mmes les arts1 transmettaient ces ides ,david dans un langage plus familier son esprit4 ,giraud1 son ami1 son contemporain1 ce sculpteur qui ne craignit pas de proclamer hautement1 en #aggi1 que le ,saint ,roch tait un bel ouvrage1 eut une influence trs-salutaire sur la marche que ,david suivit alors dans ses tudes4 ,giraud tait n dans l'opulence1 et se lana de trs-bonne heure dans la carrire des arts4 ,ayant prfr la statuaire presque aussitt qu'il l'eut tudie1 ses yeux furent ouverts sur le mauvais got de son temps par les articles sur la thorie des beaux-arts que ,sulzer avait publis dans l',encyclopdie de d',alembert et de ,diderot4 ,il partit de ,paris pour ,rome avec la ferme intention d'apprendre l'art1 mais surtout de dsapprendre 7c'tait son expression7 les routines acadmiques4 ,rome1 il s'enferma en quelque sorte dans le muse du ,vatican pendant prs de trois annes pour tudier l'antique1 et bannir de ses yeux1 effacer de son esprit les traces du got qui dparait les oeuvres d'art de son temps4 ,aprs avoir tudi l'anatomie l'hpital du ,saint-,esprit1 ,rome1 il se mit travailler d'aprs la nature1 et se distingua rellement parmi ceux des artistes franais qui s'efforaient de faire passer la rforme dans la pratique4 ,alors c'tait tout la fois une innovation et une opration fort coteuse que de faire mouler une statue antique en pltre1 et il ne fallut rien moins qu'un statuaire riche comme l'tait ,giraud1 et aussi amoureux de son art1 pour faire les sacrifices que l'on exigea de lui en pareille occasion4 ,en #agii1 poque o cet artiste avait form ,paris une collection fort nombreuse de pltres mouls d'aprs les antiques1 dans son appartement1 espce de muse o les artistes et les amateurs taient admis travailler1 il racontait toutes les difficults qu'il avait prouves ,rome pour obtenir la permission de faire mouler l',apollon du ,belvdre1 et comment1 outre le prix du moulage1 il avait t oblig de donner au gardien de la statue six couverts et une grande cuiller en argent1 pour le mettre dans ses intrts4 ,ces dtails prouvent la vive ardeur avec laquelle on recherchait alors les ouvrages de l'antiquit1 et l'espce de culte qu'on leur rendait4 ,giraud tait l'un des artistes fixs ,rome qui leur fortune permettait de satisfaire compltement leurs gots ce sujet2 aussi ne se faisait-il pas une fouille et une dcouverte qu'il n'y assistt1 et le soir1 pendant le repos1 il en instruisait ses camarades et ,david surtout1 qu'il distinguait particulirement4 ,si1 aux dtails prcdents1 on joint encore1 par la pense1 l'immense quantit d'crits scientifiques accompagns de planches graves1 sur toutes les espces si varies de monuments antiques1 que l'on a publis en ,europe1 mais particulirement en ,allemagne1 en ,italie et en ,france#ah1 depuis #agdf jusqu'en #aghi1 il sera facile de comprendre comment l'artiste qui alors et t le moins dispos rechercher les connaissances nouvelles devait en quelque sorte en aspirer le got avec l'air au milieu duquel il vivait4 ,rien n'est donc plus facile maintenant que de rpondre aux deux premires questions poses en tte de ce chapitre3 ,les ides de rgnration de l'art1 adoptes par ,david vers #agge-aggi2 ont t mises et dveloppes d'abord par ,lessing1 ,heyne1 ,winckelmann et ,sulzer1 puis pratiques par ,mengs et ,gessner1 et enfin adoptes de nouveau et appliques l'art de la peinture en ,france par ,david4 ,quant l'influence de ces ides sur ,david1 elle ne lui est pas venue immdiatement de ,mengs1 dont il ne gota jamais le talent1 et encore moins des philologues antiquaires1 dont il ne connaissait gure les crits que par le titre et par les gravures qu'ils renferment4 ,mais1 comme il est facile de s'en convaincre en repassant dans son esprit ce qui a t dit des tudes1 des relations et des amitis de ,david pendant ses deux sjours ,rome1 on voit que cet artiste a obi un grand mouvement intellectuel1 mais qu'il ne l'a pas imprim4 ,l'occasion viendra plus tard de dire quels taient les principes que ,david chercha tablir pour pratiquer et enseigner la peinture1 et de dterminer le but que lui et son cole se proposaient dans l'exercice de cet art4 ,cette dernire difficult ne pourra tre claircie1 si toutefois il n'est pas impossible de la rsoudre compltement1 que du moment o les deux autres phases de la vie et du talent de ,david1 celle de #aghi #agie1 et celle de #agie #ahbe1 auront t tudies comme elles le mritent4 ,,vi4 ,,david ,,de #aghi #agie4 ,cette partie de la vie de ,david1 de #aghi jusqu' #agie1 pendant laquelle ses fonctions et ses proccupations comme homme politique lui ont laiss si peu d'instants consacrer la peinture1 est cependant l'une des plus intressantes lorsqu'on la considre dans ses rapports avec les modifications remarquables qui se sont dveloppes1 pendant ces six annes1 dans les ides et le talent de cet artiste4 ,il semblerait que1 domin par l'importance des vnements terribles auxquels le peintre prit malheureusement part plus d'une fois1 son esprit et sa main mme eussent oubli alors ce qu'ils avaient appris prcdemment sur la thorie et dans la pratique de l'art4 ,en effet1 ce qui frappe surtout dans la composition et l'excution du ,serment du ,jeu de ,paume1 des portraits de ,lepelletier de ,saint-,fargeau et de ,marat1 et de la ,mort du jeune ,viala1 les seules productions#ai de ,david pendant la grande tourmente rvolutionnaire1 c'est un retour trs-sensible vers une imitation plus simple de la nature1 et le choix de sujets contemporains en y appliquant la gravit de style que l'on n'avait gure adopte jusque-l que dans les tableaux de l'histoire ancienne4 ,les quatre tableaux cits plus haut sont videmment la transition qui a fait passer l'artiste du systme pittoresque qu'il avait suivi depuis le ,serment des ,horaces et le ,brutus1 de #aghc #aghi1 jusqu' la route nouvelle qu'il tenta partir de son tableau des ,sabines1 en #agie4 ,david n'a point eu d'influence politique1 proprement parler1 pendant les annes o il a t membre de la ,convention4 l'exception de quelques crises terribles1 il est vrai1 o il s'est trouv engag avec des hommes dont il avait aveuglment pous le parti1 on peut s'assurer que dans le cours de sa lgislature1 il n'a le plus souvent pris la parole que pour traiter des matires relatives aux arts1 aux artistes et aux grandes ftes rpublicaines1 dont le dessin gnral et la surveillance lui taient ordinairement confis4 ,ces discours1 ces projets de ftes1 qui trahissent tout la fois l'exaltation excessive d'une partie de la nation et surtout celle de l'artiste devenu1 dans ces occasions1 son interprte1 sont d'autant plus curieux connatre1 qu'ils ont fait excuter1 au moment mme o ,david revenait au naturel et la simplicit dans ses ouvrages1 une foule de productions monstrueuses en peinture et surtout en sculpture1 dont il reste fort peu de traces aujourd'hui4 ,c'est donc particulirement sous ce point de vue qu'il est bon d'tudier ici ce que l'on peut appeler la vie politique de ,david4 ,depuis l'apparition du ,serment des ,horaces1 les antiquits romaines taient devenues la mode dans toutes les classes de la socit en ,france4 ,pour donner une ide de l'engouement dont ce genre de connaissances tait l'objet1 il suffit de rappeler que parmi les sujets commands aux artistes1 en #aghi1 par ,m4 d',angivillierse1 d'aprs les ordres du roi ,louis ,,xvi1 se trouvait dsign celui du ,retour de ,brutus dans sa famille1 aprs la condamnation de ses fils4 ,l'anne prcdente1 ,paris avait t tmoin d'une grande crmonie qui tait aussi un grand vnement3 la translation du corps de ,voltaire au ,panthon4 ,cette fte1 laquelle tienne fut prsent1 donna l'occasion de reconnatre ce got gnral et trs-vif pour les choses de l'antiquit1 et en mme temps cette vellit que presque tout le monde ressentait alors de modifier le costume moderne par des emprunts faits celui des ,romains et des ,grecs4 ,non-seulement le char sur lequel taient les restes de ,voltaire portait l'empreinte du got renaissant de l'antiquit1 mais les gens de lettres1 les artistes1 les musiciens1 les acteurs et les actrices qui marchaient autour du char1 taient habills l'antique et portaient dans leurs mains des signes de triomphe ou des instruments de musique des temps paens1 le tout fait en carton et couvert de papier dor4 tienne n'a point oubli ce spectacle4 g de sept ans1 entour de jeunes gens des deux sexes les plus la mode1 il vit et partagea l'admiration qu'excitrent chez toutes les personnes dont il tait environna cette longue procession d'hommes et de femmes vtus l'antique1 marchant ainsi dans les rues de ,paris1 et semblant1 par leur exemple1 donner libre carrire ceux qui oseraient en faire autant4 ,quelque niaise que puisse paratre aujourd'hui l'ide que l'on eut alors d'adopter le costume grec ou romain1 nous sommes forcs1 aprs avoir t tmoins d'un engouement semblable pour les habillements et les meubles du moyen ge1 non-seulement d'tre indulgents l'gard des fantaisies de nos pres1 mais de les considrer mme comme un objet srieux d'tudes4 ,l'introduction subite d'un costume nouveau chez un peuple n'est jamais un fait isol ni compltement strile2 il prcde ordinairement un changement ou au moins une modification importante dans les moeurs4 ,et selon que la mode nouvelle est plus ou moins gnralement adopte1 la rvolution s'opre plus ou moins vite dans les moeurs1 les usages et quelquefois dans les lois4 ,quelques annes aprs1 un nouveau changement de costume 7celui des sans-culottes7 signala une rvolution bien autrement terrible dans les lois et dans les moeurs4 ,enfin1 comme on l'a vu dj1 il n'est pas jusqu' la tentative purile de ,maurice et de ,perri pour rhabiliter l'antique costume grec1 qui ne se rattache encore une ide de rformation dans les moeurs et dans les arts4 ,puisque ces habitudes extrieures ont tant de puissance sur le commun des hommes1 quel empire ne doivent-elles pas exercer sur les yeux et l'imagination d'un artiste1 qui naturellement s'en exagre toujours l'importance8 ,ainsi que tous ses confrres1 ,david poussait donc l'admiration du costume antique jusqu'au fanatisme1 et les dpenses qu'il fit pour l'tablissement et l'achat des meubles l'antique qu'il copia dans son ,brutus1 et dont il dcora son atelier des ,horaces1 sont la fois un tmoignage et de son got particulier cet gard1 et de la part qu'y prenait dj le public4 ,david prit1 ds l'origine1 l'intrt le plus vif la rvolution de #aghi3 par la nature des sujets romains qui l'avaient particulirement rendu clbre1 ainsi que par une certaine austrit de composition et de pinceau1 il se trouva en quelque sorte dsign comme l'artiste dont le talent pourrait le plus puissamment concourir l'expression et aux dveloppements des opinions nouvelles4 ,toutefois1 dans le cours de l'anne #aghi1 la suite du succs de son ,brutus1 il fit plusieurs portraits#bj qui indiquent qu'il tait recherch par les personnes de la haute socit4 ,mais cette espce de mission de peintre rvolutionnaire1 qui lui tait rserve1 ne tarda pas lui tre officiellement confie4 ,vers le milieu de l'anne #agij1 l',assemble constituante lui donna l'ordre de faire1 sous ses auspices1 un tableau reprsentant le ,serment du ,jeu de ,paume4 ,l'artiste se mit aussitt en devoir d'en prparer la composition2 on lui assigna pour atelier l'glise des ,feuillants1 prs des ,tuileries1 et une souscription fut ouverte pour subvenir aux frais de l'ouvrage4 ,la gravure1 faite d'aprs l'esquisse dessine1 est trop rpandue pour qu'il soit ncessaire de donner ici une description dtaille de la scne qui y est reprsente4 ,quant au tableau1 qui n'a jamais t achev1 mais dont le trait a t arrt et sur lequel l'artiste a peint quelques ttes1 il portait plus de trente pieds de large sur vingt de hauteur1 et sur le premier plan les figures avaient six pieds et quelques pouces de proportion#ba4 ,l'esquisse dessine est bien effectivement de la composition de ,david1 qui a trac de sa main les ttes et les extrmits de chaque figure2 mais la nature de ce sujet et le nombre des personnages exigeant une observation exacte des rgles de la perspective que ,david ne savait pas1 il fut oblig d'avoir recours une main trangre pour remplir ces conditions purement scientifiques4 ,il est rsult de ce travail1 fait par ,charles ,moreau l'architecte1 dont il a dj t parl1 qu'il rgne tant soit peu de roideur dans le mouvement des figures1 dfaut que ,david aurait certainement fait disparatre1 ainsi qu'il est facile d'en juger par les ttes dj peintes par lui sur la toile1 telles que celles du pre ,grard1 de ,bailly1 de ,dubois-,cranc1 de ,barnave1 et d'un ou deux autres4 ,quoi qu'il en soit1 cette scne est fortement conue dans son ensemble2 et si l'on peut reprocher quelque chose de trop thtral dans l'attitude des figures de ,mirabeau1 de ,robespierre et de quelques autres1 la plupart sont pleines d'nergie1 de naturel1 et souvent de simplicit4 ,on sait avec quelle promptitude les ides rpublicaines dtruisirent le systme constitutionnel que l',assemble constituante avait tent d'tablir1 et dj les vnements se prcipitaient trop rapidement pour que le peintre1 au moment de l'installation de l',assemble lgislative1 en octobre #agia1 et eu le temps de terminer un tableau de trente pieds dont le sujet avait t jug digne d'tre peint un an auparavant4 ,la plupart des hommes qui devaient figurer comme des hros dans le ,serment du ,jeu de ,paume taient devenus1 sinon des tratres dj1 au moins des citoyens dont il fallait se dfier2 et comme ,david tait au nombre de ceux qui formaient l'avant-garde rvolutionnaire1 son enthousiasme pour eux se tourna en mpris et bientt en haine4 ,il abandonna donc l'excution du tableau du ,serment1 dont la toile est reste dans l'glise des ,feuillants jusqu' l'poque o ,bonaparte1 devenu empereur1 fit dblayer ce quartier pour construire la rue de la ,paix et la rue de ,rivoli4 ,le nom de ,david apparat dj l'occasion de la sance de l',assemble lgislative du #ad janvier #agia4 ,un dput extraordinaire du dpartement de la ,drme prsenta l',assemble deux frres jumeaux dj clbres1 disait-il1 par leur talent pour le dessin4 ,il annona que ces deux frres1 d'abord simples bergers1 avaient montr de bonne heure un talent naturel qui s'tait bientt dvelopp avec le plus grand clat4 ,ils taillaient des pierres sur les montagnes2 ils gravaient des figures humaines1 dessinaient des paysages1 et avaient t levs aux frais du dpartement de la ,drme2 mais il ne s'y trouvait plus de matres capables de les instruire4 ,m4 ,dumas ayant demand que ces deux jumeaux fussent mis entre les mains de ,david pour achever leur ducation1 cette proposition fut adopte4 ,bientt1 dans le numro du ,moniteur universel du dimanche #i fvrier #agib1 on lut l'article suivant3 ,deux jeunes jumeaux natifs du dpartement de la ,drme1 dj distingus par leur talent naturel pour la peinture1 ont t confis1 par un dcret du #ae janvier 7#agib71 aux soins de ,m4 ,david4 ,le #g fvrier1 cet artiste a adress l',assemble nationale la lettre suivante3 ,monsieur le prsident1 l',assemble m'a charg d'enseigner les principes de mon art deux jeunes enfants que la nature semble avoir destins tre peintres1 mais qui la fortune refusait les moyens d'obtenir les connaissances ncessaires pour le devenir4 ,quel bonheur pour moi d'avoir t choisi pour le premier instituteur de ces jeunes gens1 qu'on pourra justement appeler les enfants de la nation1 puisqu'ils lui devront tout6 ,quel bonheur pour moi6 je le rpte1 mon coeur le sent vivement1 mais il m'est impossible de l'exprimer3 mon art ne consiste pas en paroles1 mon art est tout en action4 ,donnez-moi le temps1 et mes soins assidus vous prouveront combien je suis sensible au choix que vous avez fait de moi4 ,j'en ai reu le prix4 ,je ne suppose pas que l',assemble nationale veuille diminuer en quelque sorte l'honneur de la prfrence qu'elle m'a donne1 en m'offrant un salaire pour le soin que j'apporte l'instruction de ces deux enfants adoptifs4 ,l'amour de l'argent n'a jamais importun dans mon me l'amour de la gloire1 que je mets au-dessus de tout4 ,sign ,,david4 ,mais l'une des premires occasions graves o l'artiste prit une part active aux vnements publics fut le #ae avril #agib1 lorsqu'il se signala comme l'un des principaux ordonnateurs de la fte donne aux soldats du rgiment suisse de ,chteauvieux1 condamns pour insubordination par leurs officiers et selon les lois de leur pays4 ,bientt aprs1 en septembre #agib1 membre du corps lectoral de ,paris1 ,david fut nomm dput de cette ville la ,convention nationale1 qu'il prsida du #af nivse au #a;er pluvise an ,,ii 7du #e au #bj janvier #agia74 ,voici l'extrait de ce qu'a fait et dit ,david dans cette assemble fameuse3 ,aprs la leve du sige de ,lille1 le dput ,gossuin proposa1 le #h octobre #agib1 la ,convention nationale de dcrter que la ville de ,lille avait bien mrit de la patrie2 qu'il serait fait don cette commune d'une bannire aux trois couleurs portant pour exergue3 la ville de ,lille la ,rpublique reconnaissante1 et qu'il serait1 accord une indemnit provisoire de deux millions 7en assignats7 pour ddommager les habitants des malheurs du sige et relever les difices ruins4 ,le #bf du mme mois1 ,david monta la tribune1 et dit ce sujet3 ,quelque glorieuses que soient la bannire et l'inscription que le citoyen ,gossuin vous a propos de dcerner aux habitants de la ville de ,lille1 vous avez pens sans doute que ce monument est trop prissable pour prouver la postrit et l'univers les sentiments de reconnaissance et d'admiration de la rpublique pour le courage1 le dsintressement et le gnreux patriotisme des intrpides citoyens de la ville de ,lille4 ,je vous propose donc d'lever dans cette place1 ainsi que dans celle de ,thionville1 un grand monument1 soit une pyramide1 soit un oblisque en granit franais provenant des carrires de ,rhtel1 de ,cherbourg1 ou de celles de la ci-devant province de ,bretagne4 ,je demande qu' l'exemple des gyptiens et des autres peuples de l'antiquit1 ces deux monuments soient levs en granit1 comme la pierre la plus durable et qui portera la postrit le souvenir de la gloire dont se sont couverts les habitants de ,lille1 ainsi que ceux de ,thionville4 ,je demande aussi que les dbris des marbres provenant des pidestaux des statues de rois dtruites dans ,paris soient employs aux ornements de ces deux monuments4 ,je crois1 et vous penserez comme moi1 qu'il est de l'quit de la ,convention nationale1 comme de la gloire de tous les rpublicains fronais1 que les noms de chacun des habitants des villes de ,lille et de ,thionville1 qui y sont morts en dfendant leurs foyers1 soient inscrits en bronze sur ces monuments4 ,je vous propose de dcerner une couronne civique ou murale ,flix ,wimpfen et aux autres officiers1 soldats et habitants1 soit de ,thionville1 ou de ,lille1 qui se sont distingus pendant ces deux siges1 en attendant qu'aprs leur mort leurs noms soient inscrits sur ces monuments4 ,je propose aussi qu' la manire des anciens1 la ,convention nationale ajoute au nom de ces deux villes une pithte qui caractrisera la gloire que leurs dfenseurs se sont acquise4 ,et afin de donner tout individu de tout sexe1 de tout ge1 un signe non prissable de ces deux siges1 je vous propose de faire frapper une mdaille en bronze pour chacun des habitants de ces deux villes4 ,cette mdaille sera fabrique avec le bronze provenant aussi des cinq statues dtruites1 et il sera expressment dfendu de la faire servir aucun signe extrieur de dcoration4 ,je dsire que cet usage de faire frapper des mdailles soit appliqu aussi tous les vnements glorieux ou heureux dj passs et qui arriveront la rpublique2 et cela l'imitation des ,grecs et des ,romains1 qui1 par leurs suites mtalliques1 nous ont transmis non-seulement la mmoire des poques remarquables1 mais nous ont encore instruits du progrs de leurs arts4 ,nos artistes fianais ont t des premiers se livrer aux lans du patriotisme1 cl plusieurs d'entre eux ont abandonn leurs occupations paisibles pour se livrer ce que la dfense de la rpublique pouvait exiger d'eux4 ,beaucoup ont prfr1 en se rendant aux frontires1 la gloire de la rpublique leur propre gloire4 ,la ,convention ne peut donc1 ce me semble1 exprimer sa reconnaissance d'une manire plus digne qu'en les employant1 au nom de la rpublique1 rpandre sa gloire dans l'univers entier1 et faire passer ses travaux la postrit la plus recule4 ,c'est un incendie que la ville de ,londres doit la largeur1 la beaut et la rgularit des rues dont elle est perce4 ,je crois donc qu'il serait propos de relever les villes de ,lille et de ,thionville sur un plan gnral dans lequel on ferait entrer celui de l'emplacement le plus convenable pour lever dans ces deux villes les monuments de granit que j'ai proposs4 ,un mois aprs1 au moment o les troupes victorieuses de la rpublique s'emparaient de ,mons1 de ,tournay1 de ,gand1 de ,bruxelles1 et qu' ,paris une commission de vingt-quatre dputs faisait un rapport prparatoire pour le jugement de ,louis ,,xvi1 la sance du #aa novembre #agib1 des artistes dessinateurs vinrent demander la ,convention la suppression des acadmies1 ptition qui fut appuye par ,david1 et que1 d'aprs son avis1 on renvoya au comit d'instruction publique4 ,depuis #aghi1 on n'avait pas cess de rcriminer contre les acadmies1 et celles de peinture et de sculpture taient particulirement en butte aux attaques les plus vives4 ,quelques artistes surtout1 intresss dans cette question1 les signalaient sans cesse comme les seules institutions privilgies qui eussent rsist au nivellement rvolutionnaire1 et de plus comme le lieu de refuge de toutes les mauvaises doctrines en fait d'art4 ,david pensait ainsi depuis longtemps2 aussi le vit-on accueillir vivement la ptition1 bien qu'elle ft adresse la ,convention par des artistes obscurs et peu recommandables4 ,cette requte n'eut cependant pas encore de suites srieuses1 car aucune loi ne fut rendue pour supprimer l'acadmie2 mais les membres qui la composaient tant partags d'avis sur la question de suppression1 il en rsulta entre eux des inimitis que rien ne put teindre4 ,d'un ct tait ,david1 chaud partisan des ides rpublicaines1 et ayant vou une guerre mort tous ceux des acadmiciens dont le talent lui paraissait vicieux2 de l'autre se rangeaient autour de ,suve1 royaliste et attach aux anciennes institutions1 les artistes acadmiciens qui partageaient plus ou moins vivement ses opinions4 ,au milieu de ce conflit de passions1 et malgr la fureur dmocratique qui se htait de dtruire tout ce qui se rattachait aux institutions monarchiques1 l'acadmie royale de peinture et de sculpture existait toujours1 et la ,convention n'avait rien dcid qui lui ft contraire4 ,on est mme autoris croire que cela n'tait point dans ses intentions1 puisque1 peu de jours aprs la ptition qui lui avait t prsente1 ,roland1 alors ministre de l'intrieur1 crivit cette acadmie qu'elle et s'assembler extraordinairement1 pour choisir1 la pluralit des voix1 un artiste peintre d'histoire1 en remplacement du directeur de l'cole de ,rome1 ,mnageot1 qui venait de donner sa dmission4 ,or1 la place de directeur de l'cole de ,rome tait envie par ceux mme des acadmiciens qui disaient le plus de mal de cette institution2 aussi se runirent-ils leurs confrres pour donner leur vote4 ,aprs plusieurs sances qui furent orageuses1 la majorit fut cependant favorable ,suve1 et le ministre confirma cette nomination4 ,ceux des acadmiciens qui ce choix dplaisait1 voyant leur attente de rforme trompe1 sentirent alors qu'il fallait agir rvolutionnairement pour arriver leur but4 ,tout pleins encore du grand vnement qui avait ouvert le drame de la rvolution1 le #ad juillet #aghi1 une foule d'artistes sans nom coururent s'emparer de tout le local occup par l'acadmie1 en criant3 ,la voil donc enfin renverse1 cette ,bastille acadmique6 et tout aussitt ils prirent l le titre de ,socit rvolutionnaire des arts4 ,c'est ainsi que fut dtruite1 en #agia1 cette acadmie qui avait t fonde par ,louis ,,xiv en #afdh1 et compter de ce jour1 ,david eut la dictature des arts en ,france4 ,l'acadmie royale de peinture1 menace dans son existence par le mouvement rvolutionnaire1 et voulant essayer de ramener elle le peintre ,david1 qui s'en tait spar ds #aghi1 l'avait nomm1 le #g juillet #agib1 professeur adjoint4 ,david1 devenu membre de la ,convention1 n'en appuya pas moins1 dans la sance du #aa novembre suivant1 une ptition des artistes libres demandant la suppression des acadmies4 ,cependant le corps acadmique ne se tint pas pour battu1 et1 quelques mois aprs1 il invitait ,david venir professer son tour2 mais la lettre en rponse cette imprudente proposition est courte et menaante4 ,la voici3 ,je fus autrefois de l'acadmie4 ,,david1 dput la ,convention nationale4 ,quelques mois aprs1 il faisait d'abord supprimer officiellement le directeur de l'cole de ,rome1 puis enfin l'acadmie elle-mme4 ,les lves franais l'cole de ,rome taient1 ainsi que leurs matres les acadmiciens de ,paris1 diviss d'opinions4 ,le plus grand nombre cependant avait adopt les ides rpublicaines4 ,le peu de discrtion qu'ils mettaient les manifester donna de l'inquitude au gouvernement papal1 qui prit quelques prcautions pour viter des malheurs qui arrivrent cependant quelques jours plus tard4 ,au nombre des artistes franais qui tudiaient alors en ,italie se trouvait ,topino ,le ,brun1 lve de ,david4 la suite des mesures prises par le pape contre les artistes franais ,rome1 ,topino avait quitt cette ville et s'tait rfugi ,florence1 d'o il crivit son matre1 membre de la ,convention nationale1 la lettre qui suit3 ,florence1 #ca octobre #agib4 ,citoyen1 ,je viens offrir votre zle l'occasion d'tre encore utile la patrie1 en la faisant respecter au dehors et en sauvant des flammes inquisitoriales deux patriotes franais4 ,les citoyens ,rater et ,chinard 7,lyonnais1 l'un architecte1 l'autre sculpteur71 rentrant chez eux dans la nuit du #bb au #be septembre1 furent assaillis par des sbires1 qui les garrottrent et les conduisirent dans les prisons du gouvernement papal4 ,peu de jours aprs1 on fit enlever plusieurs modles de ,chinard1 ainsi qu'un chapeau orn d'une cocarde nationale1 mais qu'il ne portait que chez lui4 ,les groupes de sculpture saisis sont3 la ,libert couronnant le gnie de la ,france1 ,jupiter foudroyant l'aristocratie1 et la ,religion assise soutenant le gnie de la ,france1 dont les pieds posent sur les nuages1 et dont la tte1 orne de rayons1 indique qu'il est la lumire du monde4 ,eh bien6 les abbati du gouvernement ont rpandu dans toute la ville que ,chinard avait outrag la religion1 qu'elle tait foule aux pieds1 etc4 ,on a transfr les deux prisonniers au chteau ,saint-,ange1 o ils croupissent dans la malpropret1 et l'inquisition instruit leur procs#bb444 la sance du #ba novembre 7#agib71 ,david donna lecture de cette lettre la ,convention1 qui dcrta qu'il serait fait sur-le-champ des rclamations auprs de la cour de ,rome1 afin que l'on relcht ces deux artistes1 ce qui eut lieu en effet4 ,cependant1 la destruction de tout ce qui touchait l'acadmie de peinture se poursuivait avec ardeur4 ,le #bf novembre1 le dput ,romme1 au nom du comit d'instruction publique1 fit un rapport la ,convention sur l'inutilit de la place de directeur de l'acadmie franaise tablie ,rome1 et proposa de dcrter que cette place serait supprime1 et que cet tablissement serait mis sous la surveillance de l'agent de ,france2 que le rgime de cette cole serait chang1 pour y substituer les principes de libert et d'galit qui dirigeaient la rpublique franaise4 ,david monta la tribune et prit la parole3 ,je demande1 dit-il1 que le ministre des affaires trangres donne ses ordres l'agent de ,france auprs de la cour de ,rome pour faire disparatre les monuments de fodalit et d'idoltrie qui existent encore dans l'htel de l'acadmie de ,france ,rome4 ,je demande la destruction des bustes de ,louis ,,xiv et de ,louis ,,xv1 qui occupent les appartements du premier1 et que ces appartements servent d'atelier aux lves4 ,en vain le dput ,carra chercha-t-il faire sentir le danger auquel cette mesure pouvait exposer les lves franais ,rome2 ,david persista dans son sentiment4 ,le dcret fut lanc et ne tarda pas porter ses fruits4 ,depuis que le pape avait fait mettre ,chinard et ,rater en libert1 les passions des lves franais et du peuple de ,rome semblaient s'tre calmes1 mais les ordres de la ,convention y jetrent un trouble plus grand que jamais4 ,le #ac janvier #agic1 lorsqu'aux termes du dcret de la ,convention on se mit en devoir d'enlever l'cusson royal de l'acadmie et du palais de l'ambassadeur de ,france1 la populace romaine entra en fureur contre les ,franais et se disposa les gorger4 ,basseville1 l'ambassadeur1 fut assailli dans les rues de ,rome par des furieux qui le forcrent de retourner son htel1 o il fut impitoyablement massacr4 ,une partie des pensionnaires et des artistes franais furent sur le point d'prouver le mme sort1 et ceux qui parvinrent s'chapper de ,rome1 aprs avoir err longtemps dans les ,etats du pape1 ne furent en scurit que quand ils touchrent le territoire de la ,toscane4 ,cet vnement affreux eut lieu le #ac janvier1 et le #ag du mme mois1 ,david1 avec la majorit des membres de la ,convention1 votait la mort de ,louis ,,xvi4 ,trois jours aprs1 le #bj1 ,michel ,lepelletier de ,saint-,fargeau1 collgue de ,david1 et qui1 comme lui1 avait vot la mort1 fut assassin par un ancien garde du corps nomm ,paris4 ,robespierre pronona la ,convention l'loge de son collgue1 et fit dcrter que les honneurs du ,panthon lui seraient accords4 ,le #bd1 trois jours aprs l'excution mort du roi ,louis ,,xvi1 on fit ,lepelletier des funrailles solennelles1 auxquelles la ,convention tout entire assista4 ,le lendemain1 la veuve1 les deux frres et la fille de ,lepelletier1 ge de huit ans1 furent admis la barre de la ,convention pour lui tmoigner leur reconnaissance des honneurs qu'elle venait de dcerner la mmoire de leur parent4 ,l'un des frres du dfunt dit3 ,citoyens1 je vous prsente la fille de ,michel ,lepelletier1 votre collgue4 ,puis1 prenant entre ses bras l'enfant laquelle il montra le prsident de la ,convention3 ,ma nice1 lui dit-il1 maintenant1 voil ton pre2 puis1 s'adressant aux reprsentants et aux citoyens prsents la sance3 ,peuple1 ajouta-t-il1 voil votre enfant6 ,aprs ces paroles1 que le frre de ,lepelletier pronona d'une voix altre1 un profond silence rgna dans l'assemble1 puis l'adoption de ,suzanne ,lepelletier fut dcrte l'unanimit4 ,david monta ensuite la tribune4 ,encore tout pntr1 dit-il1 de la douleur que nous avons tous ressentie en assistant au convoi funbre dont vous avez honor les restes inanims de notre collgue1 je vous propose de faire lever un monument en marbre1 qui transmette la postrit la figure de ,lepelletier1 comme tous l'avez vue hier1 lorsqu'il a t port au ,panthon4 ,je demande que cet ouvrage soit mis au concours4 ,le buste fut offert le #bj fvrier la ,convention1 par ,flix ,lepelletier1 frre du dfunt4 ,citoyens1 dit ,david ses confrres en cette occasion1 je viens d'examiner le buste qui vous est prsent4 ,il est trs-bien fait et parfaitement ressemblant4 ,l'artiste est un jeune homme nomm ,fleuriot4 ,je demande pour lui l'encouragement le plus flatteur1 l'inscription de son nom au procs-verbal4 ,je demande1 en second lieu1 que le buste de ,michel ,lepelletier soit plac ct de celui de ,brutus1 et que le prsident pose sur la tte de ce buste la couronne qu'il a place sur la tte de ,michel ,lepelletier1 au moment de sa pompe funbre4 ,cette proposition fut adopte par l'assemble4 ,mais quoique les travaux de la ,convention et ceux du comit d'instruction publique1 dont ,david faisait alors partie1 absorbassent presque tous les moments de l'artiste1 cependant il trouva le temps de faire le tableau de ,michel ,lepelletier mort#bc1 et le prsenta le #bi mars 7#agic7 la ,convention1 en s'exprimant ainsi la tribune3 ,citoyens reprsentants1 ,chacun de nous est comptable la patrie des talents qu'il a reus de la nature2 si la forme est diffrente1 le but doit tre le mme pour tous4 ,le vrai patriote doit saisir avec empressement tous les moyens d'clairer ses concitoyens1 et de prsenter sans cesse leurs yeux les traits sublimes d'hrosme et de vertu4 ,c'est ce que j'ai tent de faire dans l'hommage que j'offre en ce moment la ,convention nationale d'un tableau reprsentant ,michel ,lepelletier1 assassin lchement pour avoir vot la mort du tyran4 ,citoyens1 l'tre suprme1 qui rpartit ses dons entre tous ses enfants1 voulut que j'exprimasse mes sentiments et ma pense par l'organe de la peinture1 et non par les sublimes accents de cette loquence persuasive que font retentir parmi nous les enfants de la libert4 ,plein de respect pour ses dcrets immuables1 je me tais1 et j'aurai rempli ma tche si je fais dire un jour au vieux pre entour de sa nombreuse famille3 ,venez1 mes enfants1 venez voir celui de vos reprsentants qui1 le premier1 est mort pour vous donner la libert4 ,voyez ses traits3 comme ils sont sereins6 c'est1 que1 quand on meurt pour son pays1 on n'a rien se reprocher4 ,voyez-vous cette pe suspendue sur sa tte1 et qui n'est retenue que par un cheveu8 ,eh bien6 mes enfants1 cela veut dire quel courage il a fallu ,michel ,lepelletier1 ainsi qu' ses gnreux collgues1 pour envoyer au supplice l'infme tyran qui nous opprimait depuis si longtemps1 puisqu'au moindre mouvement1 ce cheveu rompu1 ils taient tous immols6 ,voyez-vous cette plaie profonde8444 ,vous pleurez1 mes enfants1 vous dtournez les yeux6 ,mais aussi faites attention cette couronne2 c'est celle de l'immortalit4 ,la patrie la tient prte pour chacun de ses enfants3 sachez la mriter1 les occasions ne manquent pas aux grandes mes4 ,si jamais un ambitieux vous parlait d'un dictateur1 d'un tribun1 d'un rgulateur1 ou tentait d'usurper la plus lgre portion de la souverainet du peuple1 ou bien qu'un lche ost vous proposer un roi1 combattez1 ou mourez comme ,michel ,lepelletier1 plutt que d'y jamais consentir4 ,alors1 mes enfants1 la couronne de l'immortalit sera votre rcompense4 ,je prie donc la ,convention nationale d'accepter l'hommage de mon faible talent2 je me croirai trop rcompens si elle daigne l'accueillir4 ,les paroles de l'orateur furent applaudies1 son hommage accept2 on dcrta mme sur-le-champ que le tableau serait grav aux frais de la rpublique pour tre distribu1 est-il dit avec l'emphase que l'on mettait dans tout cette poque1 aux peuples qui viendraient demander secours et fraternit la nation franaise4 ,une petite discussion1 souleve par une rflexion inopportune du dput ,gnissieux1 sur ce que les tableaux des ,horaces et du ,brutus n'avaient point encore t pays ,david1 fournit ce dernier l'occasion de montrer un dsintressement qui fut souvent la qualit des hommes de son parti4 ,si la nation1 dit-il1 croit me devoir quelque indemnit1 je demande que cet argent soit consacr au soulagement des veuves et des enfants de ceux qui meurent pour la dfense de la libert4 trange poque que celle o1 dans cette mme enceinte1 les passions les plus violentes se paraient quelquefois des dehors les plus calmes1 tandis que peu de jours aprs on admettait la barre de la ,convention1 par exemple1 un particulier venant tout navement offrir une somme d'argent pour les frais d'entretien et de rparation de la guillotine#bd4 ,la composition du tableau de ,michel ,lepelletier donne une ide assez juste de ce mlange d'appareil tout la fois fastueux et sanglant4 ,le personnage est couch sur un lit4 ,sa tte est ceinte d'une couronne de laurier1 et sa poitrine nue laisse voir une large blessure4 ,au-dessus du cadavre est une pe dont la forme rappelle celles des gardes du roi1 dont ,paris avait fait partie4 ,cette pe1 attache par un fil1 est suspendue sur le sein du mort1 et dans la lame est passe une feuille de papier sur laquelle sont crits ces mots3 ,je vote la mort du tyran4 ,au bas du tableau on lit encore3 ,david ,lepelletier1 et la date de la mort de ce dernier3 #bj janvier #agic4 ,mais cet ouvrage1 malgr son mrite1 le cde cependant au tableau de ,marat1 que ,david eut bientt l'occasion de faire4 ,ce n'est point ici le cas de reproduire les dtails de la mort de cet homme1 assassin comme on sait1 dans son bain1 par ,charlotte ,corday1 le #ac juillet #agic2 mais il est ncessaire de revenir sur une circonstance de la carrire lgislative de ,david1 qui se rattache ce dernier vnement4 ,dans le mois d'avril de cette mme anne1 du #c au #abbe1 ,marat1 dit l',ami du peuple1 ayant excit l'horreur de la ,convention1 fut dcrt d'accusation par cette assemble1 la majorit de #bbj voix contre #ib4 ,au milieu des dbats violents auxquels cette affaire donna lieu1 ,ption dit1 en jetant un regard terrible sur ,marat3 ,le moment est venu de chasser de cette enceinte ces hommes audacieux et sclrats qui nous avilissent et nous menacent sans cesse du poignard des assassins6444--,c'est vous6 s'cria ,marat avec fureur1 c'est vous qui tes des assassins6 ,ces derniers mots furent couverts par les cris d'indignation qu'ils arrachrent presque tous les membres de l'assemble2 mais ,david1 prenant la dfense de ,marat1 s'lana avec prcipitation au milieu de la salle1 et s'cria3 ,je vous demande que vous m'assassiniez4442 je suis aussi un homme vertueux444 la libert triomphera6444 ,cette apostrophe frntique1 jointe aux prcdentes1 excita la plus vive agitation1 et il se passa quelques instants avant que ,ption pt se faire entendre et dire3 ,qu'est-ce que prouve l'action de ,david8 ,rien1 si ce n'est le dvouement d'un honnte homme en dlire et tromp par des sclrats444 ,tu t'en apercevras1 ,david6444--,jamais1 rpondit le peintre4 ,en effet1 son erreur se prolongea2 elle se changea mme en une espce de culte lorsque son idole1 cet ignoble ,marat1 aprs avoir t acquitt le #bd avril par jugement du tribunal extraordinaire devant lequel il avait t traduit1 fut ramen en triomphe par la populace jusque dans la salle de la ,convention4 ,il y a trente ans1 dans une histoire comme celle-ci1 o tout ce qui peut faire voir ,david sous un jour favorable est recueilli avec empressement1 on se serait peut-tre abstenu de rapporter la scne qui prcde4 ,mais depuis #ahcj1 malgr soixante cinq ans d'exprience1 malgr des documents historiques que tout le monde connat1 et sans gard pour la sentence unanime prononce par la ,france contre l'impie1 le sanguinaire et le vnal ,marat1 nous avons vu certains hommes chercher rhabiliter ses prtendues vertus et pousser le fanatisme jusqu' faire mouler son buste#bf pour honorer sa mmoire2 il fallait donc revenir sur ce triste sujet2 et s'il est possible1 comme le disait ,ption1 que ,david ait eu en #agic1 au moins1 le dvouement d'un honnte homme en dlire1 quelle peut tre l'excuse de ceux qui de nos jours sont encore atteints d'une si triste folie8 ,le lendemain de la mort de ,marat1 anniversaire du #ad juillet1 une dputation vint exprimer la ,convention les prtendus regrets du peuple4 ,un certain ,guirault porta la parole et dit3 crime6 une main parricide nous a ravi le plus intrpide dfenseur du peuple4 ,il s'tait sacrifi pour la libert4 ,nos yeux le cherchent encore parmi vous1 reprsentants4 spectacle affreux6 il est sur un lit de mort4 ,o es-tu1 ,david8 ,tu as transmis la postrit l'image de ,lepelletier mourant pour la patrie1 il te reste encore un tableau faire444 --,oui1 je le ferai1 s'cria ,david d'une voix mue4 ,le #bj vendmiaire an ,,ii 7#aa octobre #agic71 l'artiste annona la ,convention que son tableau reprsentant ,marat expirant tait termin1 mais qu'il demandait la permission de retirer de la salle des sances celui de ,lepelletier1 afin d'exposer ces deux ouvrages chez lui aux regards du public1 ce qui lui fut accord4 ,enfin1 le #bd brumaire de la mme anne1 il monta de nouveau la tribune o1 aprs avoir fait encore l'loge de ,marat et dplor sa perte1 il finit par voter pour ce monstre les honneurs du ,panthon1 ce qui fut adopt et confirm par un dcret de la ,convention4 ,il est assez difficile1 au milieu de tant de scnes orageuses1 de suivre1 ce qui tait le moins important alors et ce qui fait l'objet de ces mmoires1 la recherche des opinions de ,david sur les arts4 ,en deux occasions diffrentes1 cependant1 il a prononc des discours qui pourront jeter quelque lumire sur cette question4 la mme sance du #ag brumaire an ,,ii1 o ,gobel1 vque de ,paris1 et ses grands vicaires vinrent avec les autorits constitues dans la salle de la ,convention1 pour dclarer qu'ils abdiquaient leurs fonctions sacerdotales et ne voulaient plus exercer d'autre culte que celui de la libert et de l'galit1 ,david monta la tribune et dbita le discours suivant3 ,les rois1 ne pouvant usurper dans les temples la place de la ,divinit1 s'taient empars de leurs portiques4 ,ils y avaient plac leurs effigies1 afin sans doute que les adorations des peuples s'arrtassent eux avant d'arriver jusqu'au sanctuaire4 ,c'est ainsi qu'accoutums tout envahir1 ils osaient disputer ,dieu mme l'encens que lui offraient les hommes4 ,vous avez renvers ces insolents usurpateurs3 objets de la rise des peuples1 ils gisent sur la terre qu'ils ont souille de leurs crimes4 ,qu'un monument lev dans l'enceinte de la commune de ,paris1 non loin de cette glise dont ils avaient fait leur ,panthon#bg1 transmette nos descendants le premier trophe lev par le peuple souverain de sa victoire sur les tyrans4 ,que les dbris tronqus de leurs statues forment un monument durable de la gloire du peuple et de leur avilissement4 ,que le voyageur qui parcourt cette terre nouvelle1 reportant dans sa patrie des leons utiles aux peuples1 dise3 ,j'ai vu des rois dans ,paris1 j'y ai repass3 ils n'y taient plus4 ,aprs des applaudissements prolongs1 l'orateur continua3 ,je propose donc de placer ce monument sur la place du ,pont-,neuf4 ,il reprsentera l'image du peuple gant1 du peuple franais4 ,que cette image1 imposante par son caractre de force et de simplicit1 porte en gros caractres sur son front3 ,lumire sur sa poitrine3 ,nature1 ,vrit sur ses bras1 ,force1 ,courage4 ,que sur l'une de ses mains les figures de la ,libert et de l'galit1 serres l'une contre l'autre et prtes parcourir le monde1 montrent qu'elles ne reposent que sur le gnie et la vertu du peuple6 ,que cette image du peuple1 debout1 tienne dans son autre main cette massue terrible dont les anciens armaient leur ,hercule4 ,c'est nous d'lever un tel monument4 ,les peuples qui ont aim la libert en ont lev de semblables4 ,non loin de nous sont les ossements des esclaves des tyrans qui voulurent attaquer la libert helvtique2 ils sont levs en pyramides et menacent les rois tmraires qui oseraient souiller le territoire des hommes libres4 ,ainsi dans ,paris1 les effigies des rois et les dbris de leurs vils attributs seront entasss confusment et serviront de pidestal l'emblme du peuple franais4 ,aprs ce discours1 pendant lequel ,david fut souvent interrompu par des applaudissements1 il lut et fit adopter un projet de dcret pour l'rection de ce monument4 ,le modle en pltre fut en effet excut dans les proportions de vingt ou vingt-cinq pieds de haut1 et plac sur un pidestal fort lev lui-mme4 ,mais cette trange figure occupa le centre de l'esplanade des ,invalides4 ,de toutes les mauvaises statues faites cette poque1 celle-ci fut la plus dtestable sans doute sous le rapport de l'art1 et la plus hideuse voir4 ,l'excution en tait on ne peut plus faible1 et les membres de ce colosse lourd et trapu dcelaient l'impuissance de l'artiste1 qui n'avait su faire qu'une ignoble caricature de l',hercule ,farnse4 ,ce qui excitait particulirement le dgot gnral taient des crapauds de deux ou trois pieds de proportions1 qui rampaient au pied de la statue et figuraient le ,marais1 par opposition la ,montagne1 dont le peuple tait cens occuper le sommet4 ,dans le mme mois de brumaire 7sance du #be1 an ,,ii71 quatre jours aprs l'excution mort du malheureux ,bailly1 ,david1 membre du comit d'instruction publique1 parla ainsi la ,convention sur les arts et la direction qu'il fallait leur imprimer3 ,citoyens1 dit-il1 votre comit d'instruction publique a considr les arts sous tous les rapports qui doivent les faire contribuer tendre les progrs de l'esprit humain1 propager et transmettre la postrit les exemples frappants des efforts d'un peuple immense1 guid par la raison et la philosophie1 ramenant sur la terre le rgne de la libert1 de l'galit et des lois4 ,les arts doivent donc puissamment contribuer l'instruction publique4 ,trop longtemps les tyrans1 qui redoutent jusqu'aux images des vertus1 avaient1 enchanant jusqu' la pense1 encourag la licence des moeurs1 touff le gnie4 ,les arts sont l'imitation de la nature dans ce qu'elle a de plus beau et de plus parfait2 un sentiment naturel l'homme l'attire vers le mme objet4 ,ce n'est pas seulement en charmant les yeux que les monuments des arts ont atteint le but1 c'est en pntrant l'me1 c'est en faisant sur l'esprit1 une impression profonde1 semblable la ralit4 ,c'est alors que les traits d'hrosme1 de vertus civiques1 offerts aux regards du peuple lectriseront son me et feront germer en lui toutes les passions de la gloire1 de dvouement pour sa patrie4 ,il faut donc que l'artiste ait tudi tous les ressorts du coeur humain1 il faut qu'il ait une grande connaissance de la nature1 il faut1 en un mot1 qu'il soit philosophe4 ,socrate1 habile sculpteur2 ,j4-,j4 ,rousseau1 bon musicien2 l'immortel ,poussin1 traant sur la toile les plus sublimes leons de philosophie1 sont autant de tmoins qui prouvent que le gnie des arts ne doit avoir d'autre guide que le flambeau de la raison4 ,en terminant ce discours1 ,david proposa une liste compose de savants1 d'artistes en tous les genres1 et de magistrats1 pour former1 le jury national des arts4 ,la ,convention1 tout en adoptant cette liste1 dcrta qu'elle serait imprime pour tre d'abord soumise au jugement du public4 ,quelques jours aprs1 l'artiste1 reprsentant du peuple1 demanda l',assemble la suppression d'une foule de commissions des arts1 qui avaient dtourn1 pour achats d'objets inutiles ou peu prcieux1 des fonds fournis par la rpublique4 ,il proposa1 en outre1 de rorganiser la commission du ,musum1 dont les membres taient des peintres qui n'en avaient que le nom1 ou que la faveur des ministres prcdents y avait placs4 ,toutes ces mesures furent adoptes4 la sance du #e nivse 7#agic7 ,david prsenta un projet de fte pour clbrer la reprise de ,toulon sur les ,anglais1 le premier fait d'armes o se soit fait remarquer ,napolon ,bonaparte4 ,l'artiste eut l'ide de saisir cette occasion pour clbrer la fois la valeur de toutes les armes franaises4 ,quatorze chars quatre roues1 trans par six chevaux1 taient orns des drapeaux pris aux diffrentes nations ennemies par chacun des corps d'arme1 et ces trophes taient entours de soldats blesss et invalides de ces quatorze armes4 ,la plupart des ftes rpublicaines jusqu' celle-ci se rapportaient des vnements sinistres1 que l'clat thtral des rjouissances ne dissimulait que faiblement4 ,cette fois1 chacun des chars rpondait une arme1 et l'on y voyait des drapeaux rellement pris sur l'ennemi1 et quelques-uns des braves qui s'taient exposs pour les enlever4 ,ce spectacle fit une vive impression1 et ceux mme qui taient le plus opposs aux violences du gouvernement rpublicain ne purent voir sans motion ces quatorze chars de triomphe4 tienne fut tmoin du dpart de ces chars1 en station dans la grande alle de l',orangerie aux ,tuileries1 en face du pavillon ,marsan1 car c'est de l que partit le cortge pour se rendre au ,champ-de-,mars1 o s'acheva la crmonie4 ,vers cette poque1 o la ,france tait victorieuse1 except contre ses propres enfants1 on annona la ,convention un trait d'hrosme d'un jeune tambour de l'arme de la ,vende4 ,barra1 g de treize ans1 aprs avoir fait des prodiges de valeur pendant toute la campagne1 avait t entour1 disait-on1 au milieu d'un combat1 par un parti considrable de chouans qui le sommrent de crier ,vive le roi4 ,le jeune enfant1 ayant rpondu par le cri de ,vive la rpublique1 mourut sous les baonnettes des ,vendens4 ,l',assemble dcrta d'une voix unanime 7#h nivse an ,,ii7 que les honneurs du ,panthon seraient dcerns cet enfant1 et elle chargea ,david de prparer le plan et les dtails de cette fte4 ,ce sont1 dit l'artiste en cette occasion1 de telles actions que j'aime retracer4 ,je remercie l'tre suprme de m'avoir donn quelques talents pour clbrer la gloire des hros de la rpublique4 ,c'est en les consacrant cet usage que j'en sens surtout le prix4 ,le projet de la fte fut en effet prsent le lendemain1 et c'est quelque temps aprs que ,david excuta cette charmante bauche qui reprsente le jeune ,barra laiss nu sur la terre et serrant contre son coeur la cocarde tricolore4 ,cet ouvrage1 que le peintre n'a jamais achev1 est1 sans contredit1 un des plus dlicats qu'il ait faits1 et le plus gracieux4 ,david tait dj membre du comit d'instruction publique et du comit de sret gnrale4 ,le #af nivse 7#e janvier #agid71 il fut encore lu prsident de la ,convention nationale1 dont il occupa le fauteuil du #ag au #cj de ce mois4 ,l'vnement politique le plus important qui eut lieu pendant sa prsidence est la mise en arrestation de ,fabre d'glantine1 l'auteur comique1 membre de la ,convention1 qui1 trois mois plus tard1 porta sa tte sur l'chafaud avec ,danton et ,camille ,desmoulins4 cette mme sance du #bd1 ,david eut l'occasion de parler des arts1 mais dans des termes qui se sentent des agitations rvolutionnaires4 ,c'est la ,convention1 disait-il1 fondatrice d'une rpublique qui a pour base l'galit et la libert1 c'est aux reprsentants d'un peuple qui ne reconnat d'autre distinction que celle des talents et de la vertu1 encourager les artistes qui consacrent leurs travaux perptuer le souvenir des assassinats commis par les royalistes4 ,les citoyens ,ricard et ,deveaux ont dessin les tableaux de ,lepelletier et de ,marat1 d'aprs les originaux que j'ai peints4 ,je demande qu'il soit fait mention honorable1 dans votre procs-verbal1 de l'ouvrage de ces artistes4 ,je demande aussi que la ,convention approuve le choix fait par notre collgue ,battelier du citoyen ,ricard pour directeur des ateliers de la manufacture des porcelaines de ,svres4 ,ces propositions ayant t dcrtes1 ,david revint1 la sance du #bg1 sur la suppression de la commission du ,muse1 qu'il avait fait adopter quelques jours avant1 et cette occasion ajouta ces paroles3 ,je vous ai indiqu1 citoyens1 le vice des choix qui avaient t faits1 et pour en prparer de meilleurs je vous ai prsent des artistes1 la plupart victimes de l'orgueil acadmique1 qui les accablait de ses ddains et les repoussait loin de ses fauteuils4 ,la liste en a t imprime et le public a t mme de les juger4 ,s'il est un artiste1 s'il est un homme talent qui pense avoir se plaindre de ne pas voir son nom inscrit sur cette liste1 nous lui dirons3 ,mon ami1 tu es un artiste1 nous n'avons pas eu pense de te fermer la carrire1 si tu n'es pas admis l'emploi honorable de garder les plus belles productions des arts1 tu n'es point exclu de l'honneur d'en augmenter le nombre4 ,s'il est parmi les membres de l'ancienne commission du ,musum un homme qui voie une injustice dans son exclusion1 nous lui dirons3 ,mon ami1 tu as du talent1 venge-toi par tes travaux2 embellis le ,musum1 rentres-y par tes ouvrages4 ,oui1 citoyens1 ne vous y trompez pas1 le ,musum n'est pas un vain rassemblement d'objets de luxe et de frivolits2 il faut qu'il devienne une cole importante1 et la vue des productions du gnie1 le jeune ,franais sentira natre en lui la disposition pour le genre d'art ou de science auquel l'appelle la nature#bh4 ,une ngligence coupable a port des coups funestes aux monuments de l'art2 des mains ignorantes1 auxquelles ils taient confis1 ont laiss s'abmer dans la poudre les beaux ouvrages de ,raphal1 du ,dominiquin1 du ,corrge1 du peintre philosophe ,poussin1 et d'une infinit d'autres4 ,des pinceaux grossiers ont gt les chefs-d'oeuvre d'harmonie de ,claude ,lorrain1 qui blouissaient les regards1 et les oeuvres admirables de ce ,vernet1 qu'ils ont crues assez anciennes pour vouloir les restaurer2 en sorte qu'aujourd'hui les amateurs cherchent en vain y voir les premires compositions de l'auteur4 ,cette numration ne finirait pas1 citoyens1 si je voulais vous parler ici de tous les objets d'art que la ngligence a laiss dtruire4 ,dans les mouvements expansifs et les civiques affections qui vous pntrent1 vous sentez tous que de grands vnements doivent laisser d'immortels souvenirs4 ,eh bien6 c'est toujours de cette hauteur qu'il faut considrer le domaine des arts4 ,c'est dans ce sublime mouvement que vous avez voulu dcerner1 en un mme jour1 nos quatorze armes1 un triomphe dont le peuple tait la fois l'ornement et l'objet4 ,david lut ensuite et fit adopter un projet de dcret qui contenait l'organisation dfinitive du ,conservatoire du ,muse national1 et dterminait les appointements des membres#bi4 ,il est inutile de s'arrter toutes les occasions qu'a eues ,david de porter la parole la ,convention4 ,peut-tre et-il t ncessaire cependant de donner ici le programme qu'il avait compos pour la fte de l'tre suprme et qu'il lut la ,convention le #ai prairial an ,,ii2 mais outre qu'il est trs-tendu1 on pourra le trouver en entier dans le ,moniteur1 sous la date prcite4 ,cependant le rgime1 dit avec tant de raison de la ,terreur1 devenait de jour en jour plus terrible4 ,du #bi prairial au #i thermidor an ,,ii1 c'est--dire dans l'espace de quarante jours1 quatre cent quarante-huit ttes tombrent ,paris4 ,cette anne1 les chaleurs furent trs-fortes1 et comme pendant les derniers mois de la vie de ,robespierre les excutions ne se faisaient plus la place de la ,rvolution1 on se portait en foule aux ,champs-,elyses pour prendre l'air le soir4 ,spectacle vraiment trange6 ,on voyait cette population hbte de ,paris1 rpandue dans cette promenade1 o l'on prenait soin de l'entretenir des ides de mort et de carnage qui se ralisaient l'autre extrmit de la ville1 la barrire du ,trne4 ,sous ces arbres des ,champs-,elyses1 les oreilles et les yeux taient poursuivis par des chants1 des propos atroces1 et par des tableaux sanglants4 ,dans son infernale sollicitude pour animer la plus vile populace1 le gouvernement entretenait des chanteurs dbitant1 ou des hymnes ampouls en l'honneur des hros de la rpublique1 ou d'infmes pigrammes sur les malheureux qui avaient t mis mort quelques jours avant1 sur la place voisine4 ,un peu plus loin taient exposes en vente de petites guillotines2 et1 comme si on et voulu que les enfants s'accoutumassent voir prir leurs parents1 on avait substitu1 dans la parade de ,polichinelle1 la scne de la potence celle de la guillotine4 ,l'enfance est sans piti1 et tout ce qui est nouveau a du charme pour elle2 aussi n'tait-ce pas sans peine qu'un pre1 qu'une mre1 qui craignaient1 non sans raison1 d'tre obligs de se trouver bientt en face de cette horrible machine1 arrachaient leurs enfants de devant ces jouets sanguinaires4 ,tant qu'il faisait jour1 les affaires journalires et le mouvement aidaient tromper l'inquitude affreuse dont chacun tait oppress4 ,mais quand le jour dcroissait et que l'on commenait entendre les crieurs faire retentir dans les rues qui se vidaient ces paroles funestes3 ,le ,journal du soir6 ,jugement du tribunal rvolutionnaire qui condamne la peine de mort cinquante-quatre conspirateurs#cj1 alors tous les coeurs se serraient1 et l'on rentrait en tremblant chez soi pour interroger la liste fatale1 et s'assurer si elle ne contenait pas le nom d'un parent ou d'un ami4 ,mais les instants les plus affreux passer taient ceux de huit heures minuit4 ,l'usage de dner deux ou trois heures1 au plus tard1 subsistait encore1 en sorte que l'on faisait une collation le soir4 tienne n'oubliera jamais ces lugubres repas4 ,il a encore chez lui la modeste table ronde autour de laquelle sa famille se rassemblait4 ,un seul plat1 simple1 grossier mme1 car tout pouvait tre transform en crime1 suffisait au souper4 ,le pre1 la mre1 soucieux1 ne mangeaient gure1 et n'taient tirs de leurs rveries que par le soin qu'ils prenaient de leurs enfants4 ,neuf heures sonnaient ordinairement quand on se mettait table2 alors toutes les boutiques taient fermes1 les rues taient dsertes1 et le silence n'tait interrompu que par les pas de quelques personnes attardes1 par celui plus lourd et plus pesant des patrouilles qui circulaient1 ou par les cris de qui vive6 auxquels elles rpondaient4 ,parfois1 ces repas du soir1 tienne et ses deux soeurs 7la plus ge avait douze ans et demi7 emports par la gaiet naturelle leur ge1 se laissaient aller rire entre eux3 ,paix6 disait tout coup leur mre1 j'entends du bruit2 et alors chacun1 respirant peine1 portait la plus grande attention ce que l'on entendait dans la rue4 ,ah6 disait la mre d'tienne1 dont la terreur se calmait en entendant le bruit s'loigner1 c'est une patrouille2 elle est passe6 ,mais parfois le bruit1 tout aussi lourd que celui des patrouilles1 devenait moins rgulier1 alors le battement de coeur prenait toute la famille4 ,c'tait le comit rvolutionnaire du quartier1 accompagn de la garde1 qui venait pour faire des visites domiciliaires ou des arrestations4 ,on restait immobile jusqu'au moment o l'on entendait tomber le marteau d'une grande porte4 ,la terreur tait telle dans les quartiers de ,paris1 que quand on faisait ces expditions nocturnes1 personne n'osait ouvrir sa fentre pour s'assurer de ce qui se passait dans la rue4 ,c'tait alors qu'autour de la table1 ple d'effroi1 chacun faisait sa conjecture sur le numro de la maison la porte de laquelle on avait frapp4 ,pendant un quart d'heure que durait la visite ou l'arrestation1 on tait immobile d'effroi1 et quand on entendait s'loigner la troupe1 dont le bruit des pas s'vanouissait dans le lointain1 on se disait que c'tait fini pour ce jour1 et l'on pensait aller prendre quelque repos4 ,le lendemain1 les portiers fidles leurs matres1 ce qui tait rare1 venaient leur annoncer ce qu'ils avaient appris sur l'arrestation de tel ou tel voisin4 ,on se disait1 en parlant de la victime1 que son tour tait venu1 que le sien viendrait bientt1 et alors on reprenait le petit courant d'affaires1 on allait1 on venait1 on s'agitait pour se distraire pendant toute la dure du jour1 et1 quand le soir revenait1 les inquitudes et les angoisses de la veille se reproduisaient sans que personne et l'ide de faire un effort pour s'arracher cette horrible tyrannie4 ,chose trange6 ,le nombre des spectacles s'tait accru2 et il y a certains thtres1 celui du ,vaudeville entre autres1 dont la vogue a commenc pendant ces jours dsastreux4 ,tandis que ,paris et toute la ,france courbaient la tte sous ce joug affreux1 le #c thermidor il tait question de prsenter un plan de fte nationale4 ,plus jeune encore que le tambour ,barra1 dont il a dj t parl1 un enfant1 ,agricole ,viala1 dans un combat prs d',avignon1 avait pass la ,durance la nage1 disait-on encore1 et tait tomb sous le feu de l'ennemi1 en criant aussi3 ,vive la rpublique6 ,la ,convention avait dcrt que les honneurs du ,panthon seraient accords le mme jour aux deux enfants hros4 ,david prsenta donc la ,convention1 six jours avant la chute de ,robespierre1 un plan pour cette fte1 prcd d'un discours dont quelques passages pourront faire juger jusqu' quel degr d'aveuglement ce malheureux artiste avait t pouss4 ,les hommes1 disait-il1 ne sont que ce que le gouvernement les fait2 le despotisme attnue ou corrompt l'opinion publique1 ou1 pour mieux dire1 l o il rgne il n'en peut exister4 ,il proscrit avec soin toutes les vertus1 et pour assurer son empire1 il se fait prcder de la terreur1 s'enveloppe du fanatisme et se coiffe de l'ignorance4 ,partout la trahison1 l'oeil louche et perfide1 la mort et la dvastation le suivent4 ,il trane aussi aprs lui l'avilissement et les tnbres qu'il rpand sur toutes les rgions qu'il parcourt4 ,c'est dans l'ombre qu'il mdite ses forfaits et rive les fers de ses victimes4 ,ingnieux perscuter les humains1 il lve des ,bastilles dans ses moments de loisirs1 il invente des supplices et repat ses yeux des cadavres immols sa fureur#ca4 ,sous les lois barbares du despotisme1 les hommes avilis et sans morale ne conservent pas mme la forme altire que leur donne la nature2 partout ils portent la dgradation et le dcouragement2 la voix de la patrie ne se fait plus entendre4 ,ils sont avilis1 lches et perfides comme leur gouvernement4 ,o vrit humiliante6 tel tait le ,franais d'autrefois6 ,dtournons1 reprsentants du peuple1 nos regards de cet abme que vous avez combl4 ,offrons vos yeux un tableau plus digne de vous-mmes2 prsentons l'homme son auteur tel qu'il sortit de ses mains divines1 et mettons au grand jour les avantages du gouvernement rpublicain4 ,la dmocratie ne prend conseil que de la nature1 laquelle sans cesse elle ramne les hommes4 ,son tude est de les rendre bons1 de leur faire aimer la justice et l'quit4 ,c'est elle qui leur inspire ce noble dsintressement1 qui lve leurs mes et les rend capables d'entreprendre et d'excuter les plus grandes choses4 ,sous son rgne1 toutes les penses1 toutes les actions se rapportent la patrie3 mourir pour elle1 c'est acqurir l'immortalit2 les sciences et les arts sont encourags4 ,ils concourent l'ducation et au bonheur publics2 ils parent la vertu des charmes qui la rendent chre aux mortels et inspirent l'horreur du crime4 ,sous un ciel aussi pur1 sous un gouvernement aussi beau1 la mre alors enfante presque sans douleur et fait consister sa vritable richesse dans le nombre de ses enfants4 ,la sainte galit plane sur la terre1 et d'une immense population fait une seule famille4 ,o vrit consolante6 tel est le ,franais d'aujourd'hui6 ,ce discours#cb est le dernier que ,david ait prononc la tribune1 et celui sans doute o cet artiste a donn le plus librement cours aux incroyables illusions politiques qu'il entretenait dans son imagination exalte4 ,il fallait mme que sa proccupation cet gard ft bien forte pour qu'il s'tendt aussi complaisamment sur ce sujet1 un moment o dj ,robespierre et tout son parti taient menacs d'une ruine prochaine4 ,en effet1 six jours aprs 7#i thermidor an ,,ii71 sur la dnonciation de ,barrre1 la ,convention dcrta d'accusation ,robespierre avec ceux qui formaient sa faction1 et le lendemain et le surlendemain1 #aj et #aa1 de cette raction1 ce chef et quatre-vingts personnes impliques dans ses crimes furent mises mort sur la place de la ,rvolution#cc4 ,la vie de ,david fut pargne2 mais1 ainsi que beaucoup d'hommes de ce parti1 l'artiste reprsentant du peuple devint l'objet de dnonciations comme complice de ,robespierre1 comme ami de ,marat1 comme membre du comit de salut public et de sret gnrale4 ,un homme dont la tte tait ardente1 et qui ne manquait pas d'une certaine loquence rude et familire1 avait eu le courage1 l'occasion de la fte de l'tre suprme#cd1 d'accuser ,robespierre de tyrannie en affectant de jouer le rle de grand prtre cette crmonie2 ,robespierre1 lui avait-il dit1 j'aime ta fte1 mais je te hais4 ,c'tait le reprsentant du peuple ,lecointre de ,versailles4 ,quelques jours aprs la chute du tyran1 le #ac thermidor1 ce mme ,lecointre dnona la ,convention les membres du comit de salut public1 dont ,david faisait partie1 en les prsentant comme complices de ,robespierre4 ,et presque aussitt ,andr ,dumont attaqua personnellement ,david la tribune4 ,souffrirez-vous1 s'cria-t-il1 qu'un tratre1 qu'un complice de ,catilina1 sige encore dans votre comit de sret gnrale8 ,souffrirez-vous que ,david1 cet usurpateur1 ce tyran des arts1 aussi lche qu'il est sclrat1 souffrirez-vous1 dis-je1 que ce personnage mprisable1 qui ne se prsenta pas ici dans la nuit mmorable du #i au #aj thermidor1 aille encore impunment dans les lieux o il mditait l'excution des crimes de son matre1 du tyran ,robespierre8 ,il faut faire disparatre ces ombres du sclrat dont la ,france vient d'tre dbarrasse4 ,david n'est pas le seul qui ait t vendu ,robespierre2 la cour de ce ,cromwell n'est pas encore anantie4 ,ses ministres1 sur la figure desquels on lit le crime1 seront bientt dmasqus2 je jure ici de les poursuivre jusqu' la mort4 ,mais en ce moment je me borne demander que le tratre ,david soit l'instant chass du comit1 et qu'il soit procd son remplacement4 ,quand ,andr ,dumont donna le signal de cette violente attaque1 ,david n'tait pas prsent4 ,un membre de la ,convention1 ,bentabole1 fit observer avec raison que la ,convention commettrait une injustice si elle se laissait aller condamner un de ses membres absent1 et sans l'avoir entendu4 ,mais l'effervescence des passions tait telle1 dans ces jours de trouble1 que l'assemble allait dcrter le renvoi et le remplacement de ,david lorsqu'on le vit entrer dans la salle1 ce qui suspendit la dcision4 ,je ne connais pas1 dit alors ,david d'une voix humble1 les dnonciations qui ont t faites contre moi2 mais personne ne peut m'inculper plus que moi-mme4 ,on ne peut concevoir jusqu' quel point ce malheureux 7c'est ainsi qu'il dsigna ,robespierre7 m'a tromp4 ,c'est par ses sentiments hypocrites qu'il m'a abus1 et1 citoyens1 il n'aurait pu y parvenir autrement4 ,j'ai quelquefois mrit votre estime par ma franchise2 eh bien6 citoyens1 je vous prie de croire que la mort est prfrable ce que j'prouve en ce moment4 ,dornavant1 j'en fais le serment1 et j'ai cru le remplir encore dans cette malheureuse circonstance1 je ne m'attacherai plus aux hommes1 mais seulement aux principes4 ,aprs un moment de silence1 un membre de la ,convention l'accusa de nouveau1 et lui reprocha d'avoir embrass ,robespierre aux ,jacobins1 o il tait all prcher l'insurrection4 ,j'interpelle ,david1 ajouta ,goupilleau de ,fontenay en parlant avec force1 de dclarer prcisment si1 au moment1 o ,robespierre descendit de la tribune aprs avoir prononc le discours qui a servi de base son acte d'accusation1 lui1 ,david1 n'alla pas l'embrasser en lui disant3 ,si tu bois la cigu1 je la boirai avec toi6 ,plus les questions devenaient pressantes et plus ,david prouvait de peine rpondre4 ,une difficult de prononciation naturelle1 augmente encore par une exostose qu'il avait la mchoire suprieure1 rendait alors sa parole encore plus confuse que de coutume4 ,forc de rpondre sur-le-champ1 il fit effort sur lui-mme et dit ces paroles3 ,ce n'tait pas pour faire accueil ,robespierre que je descendis de son ct2 c'tait pour remonter la tribune et demander que l'heure de la fte de ,barra et ,viala1 qui devait avoir lieu le #aj1 ft avance4 ,je n'ai pas embrass ,robespierre1 je ne l'ai pas mme touch2 car il repoussait tout le monde4 ,il est vrai que1 lorsque ,couthon lui parla de l'envoi de son discours aux communes1 je dis qu'il pourrait semer le trouble dans toute la rpublique4 ,robespierre s'cria alors qu'il ne lui restait plus qu' boire la cigu1 et je lui dis3 ,je la boirai avec toi4 ,je ne suis pas le seul qui ait t tromp sur son compte4 ,beaucoup de citoyens1 ainsi que moi1 l'ont cru vertueux4 ,thibaudeau1 collgue de ,david au comit d'instruction publique1 demanda avec instance que cette affaire fut renvoye aux deux comits4 ,mais ,tallien s'y opposa et avana que lorsqu'un membre tait aussi gravement inculp que ,david venait de l'tre1 il tait de l'honneur de la reprsentation nationale que l'on exiget une rparation immdiate et authentique2 puis il termina en reprochant encore ,david de n'avoir pas suivi une marche droite et franche dans sa conduite au comit de sret gnrale1 pendant la journe du #i thermidor1 et dclara qu'aucun reprsentant ne pourrait siger auprs de ,david tant qu'il ne se serait pas disculp4 ,j'tais malade depuis huit jours1 rpondit alors ,david1 et le #i je pris de l'mtique qui me fit beaucoup souffrir1 me fora de rester chez moi toute la journe et toute la nuit4 ,je ne vins l'assemble que le lendemain matin4 ,c'tait prcisment ces paroles que balbutiait ,david la tribune de la ,convention lorsqu'tienne et son pre entrrent dans la salle des sances1 et qu' ce moment1 du front ple de l'accus s'chappaient de grosses gouttes de sueur qui allaient tomber jusque sur le parquet4 ,toujours impitoyable1 ,lecointre de ,versailles demandait grands cris un dcret qui exclt pour toujours ,david de tous les comits1 en lui reprochant tout le mal qu'il y avait fait ou auquel il avait pris part4 ,les deux comits de salut public et de sret gnrale1 fit observer ,david en tachant de se remettre1 taient assembls4 ,robespierre nous lut un discours dans lequel j'entendis prononcer mon nom4 ,je crus que c'tait une plaisanterie1 et je vous assure que je ne fus pas peu surpris le lendemain lorsque je l'entendis profrer de nouveau cette tribune4 ,enfin1 citoyens1 je vous assure qu'il me faisait plutt la cour qu'on ne peut dire que je la lui aie faite4 ,plus d'une attaque fut encore dirige contre ,david1 et il ne fallut rien moins que les efforts runis de ,legendre et de ,thibaudeau1 en cette occasion1 pour dcider l'assemble renvoyer cette affaire aux comits runis de salut public1 de sret gnrale et de lgislation4 ,on sait combien quelques jours1 quelques heures mme1 gagns dans une crise rvolutionnaire1 peuvent apporter de changement dans la disposition des esprits4 ,la vie de ,david n'tait plus en danger4 ,cependant1 le #ae thermidor1 ,david1 sur le rapport des trois comits1 fut provisoirement mis en tat d'arrestation4 ,il demeura quatre mois1 jusqu'au #g nivse an ,,iii1 jour o ,merlin de ,douai dclara1 au nom des trois comits1 qu'il n'y avait pas lieu examen4 ,le lendemain de ce jour1 les lves de ,david firent parvenir la ,convention une lettre par laquelle ils demandaient que leur matre ft mis en libert1 ce que l'assemble dcrta en ajoutant1 sur la demande d'un reprsentant1 que ,david rentrerait dans le sein de la ,convention4 ,l1 ,david fut encore tmoin d'un fait pnible pour lui1 car il le blessa la fois comme reprsentant et comme artiste4 ,le #bj pluvise an ,,iii 7#h fvrier #agie71 la ,convention dcrta que les honneurs du ,panthon ne seraient plus dcerns aucun citoyen1 ni son buste plac dans la ,convention nationale et dans les lieux publics que dix ans aprs sa mort1 et rapporta tout dcret dont les dispositions taient contraires celui-ci4 ,le lendemain donc1 l'ouverture de la sance1 on enleva de la salle les bustes de ,marat1 de ,lepelletier1 de ,dampierre et de ,beauvais1 ainsi que les deux tableaux de ,david reprsentant la mort de ,lepelletier et celle de ,marat4 ,on n'y laissa que le buste de ,brutus4 ,cinq mois aprs que ,david eut t rendu la libert1 il la perdit de nouveau4 ,les deux premiers jours de prairial an ,,iii 7#bj et #ba mai #agie7 sont rests clbres dans les fastes de la rvolution franaise4 ,quelques reprsentants rpublicains dits terroristes1 la tte desquels tait ,romme1 formrent une espce de conspiration qu'ils firent excuter par la populace4 ,la foule ayant rencontr le reprsentant ,ferraud l'assassina et porta sa tte au bout d'une pique jusque dans la salle de la ,convention4 ,on sait les ignominies de cette journe et le courage que montra le prsident ,boissy-d',anglas4 ,mais1 outre les dputs qui furent dcrts d'accusation comme fauteurs de ce complot1 il y en eut plusieurs autres qui1 sans tre accuss aussi prcisment d'avoir pris part la rvolte contre la ,convention nationale1 furent compris sur la liste des prvenus4 ,david fut de ce nombre1 et consquemment mis en prison4 ,le #i prairial1 il entra au ,luxembourg o il demeura dtenu pendant trois mois4 ,le #d fructidor suivant 7#ba aot #agie71 on lui accorda la permission de revenir chez lui sous la surveillance d'un garde1 et enfin ce ne fut qu' la faveur de l'amnistie publie le #d brumaire an ,,iv1 lors de l'tablissement du gouvernement du ,directoire1 que la libert lui fut entirement rendue4 ,l se termine la carrire lgislative de ,david4 ,depuis1 il ne prit plus de part active la politique1 si ce n'est en #ahae1 en signant les actes additionnels de la constitution de l'empire1 lorsque ,napolon revint de l'le d',elbe4 ,un fait touchant pourra seul attnuer la teinte sombre de ce rcit4 ,on n'a point oubli sans doute que ,david tait mari1 depuis #aghc1 avec la fille de ,pcoul1 dont il avait eu deux fils et deux filles4 peine les premiers troubles de la rvolution eurent-ils clat1 que la diffrence des opinions politiques se fit sentir entre les deux poux4 ,jusqu'aux jours qui prcdrent la mort de ,louis ,,xvi1 des concessions mutuelles entretinrent une apparence d'harmonie entre eux1 mais elle se dissipa bientt4 ,la femme de ,david1 qui la rvolution faisait horreur1 quitta son mari1 lui laissant ses deux fils et emmenant avec elle ses deux filles4 ,mais1 aprs la chute de ,robespierre1 cette femme ne sut pas plus tt les malheurs de son mari1 qu'elle alla aussitt s'tablir dans sa prison1 et1 depuis ce moment jusqu' la mort de ,david1 en #ahbe1 non-seulement elle ne l'a plus quitt1 mais elle n'a pas cess de lui montrer un attachement inaltrable jusque dans son exil4 ,il est temps de terminer ce chapitre et d'en tirer les conclusions qui rsultent de ce qu'il renferme4 ,l'imagination remplie des histoires et des usages de l'antiquit1 ,david1 ainsi que la plupart des hommes clairs qui assistrent au commencement de la rvolution1 en #aghi1 fut entran par un instinct vague imiter tout ce qu'il ne savait que trs-imparfaitement des rpubliques anciennes4 ,ses tableaux des ,horaces et de ,brutus1 fruits de cette instruction indigeste1 concoururent rpandre ce got et ces ides4 ,mais aussitt que les principes rpublicains prvalurent1 le dsir de reprsenter des scnes contemporaines s'empara de son esprit4 ,de #agib #agic1 il fit successivement le ,serment du ,jeu de ,paume1 ,lepelletier de ,saint-,fargeau1 ,marat et le jeune ,barra1 quatre compositions o la simplicit de l'invention et du faire sont toujours plus frappantes mesure que l'artiste1 plus occup de l'importance politique des sujets qu'il traite1 parat l'tre moins de l'art lui-mme4 videmment1 il y a eu chez ,david1 cette poque1 un retour la navet qui a t d'autant plus marqu1 qu'il n'a pas t provoqu par un systme prconu4 ,le jeune tambour1 mourant en portant la cocarde tricolore son coeur1 est en particulier un morceau dlicieux4 ,quant la doctrine qu'il a professe sur les arts1 et dont on peut chercher l'ensemble dans les divers discours prononcs par lui la ,convention1 elle est toute thorique2 mais elle a cela de particulier qu'elle se rapproche de toutes les doctrines dogmatiques que quelques philosophes de l'antiquit1 et surtout les corps ecclsiastiques ou sacerdotaux des temps modernes1 ont cherch tablir4 ,l'art1 dans ce cas1 n'est plus un but1 mais un moyen1 l'art ne doit tre employ qu'au profit de certaines ides et pour affermir et faire triompher un systme dtermin4 ,dans les discours de ,david1 l'art n'est donc prsent que comme une des branches de l'instruction publique propre1 dans sa sphre d'activit1 propager les ides morales et politiques que l'on jugeait propos d'inculquer dans les esprits4 ,cette ide de l'unit d'action vers un mme but n'est pas nouvelle2 elle a t mise en pratique avec la dernire rigueur par des peuples fort anciens1 tels que ceux de l',inde et de l'gypte1 sous l'empire des collges de prtres4 ,et dans la ,grce mme1 quoique ces doctrines fussent bien moins strictement observes1 elles y ont toujours t recommandes par les plus grands philosophes4 ,on sait jusqu'o la svrit des principes noncs par ,platon1 dans son livre de la ,rpublique1 a conduit ce philosophe1 qui voulait que l'on dfendit la lecture des potes1 sans en excepter ,homre4 ,quelque inattendue1 quelque bizarre mme que puisse paratre la comparaison que le sujet nous conduit tablir entre ,david et ,platon1 il faut reconnatre cependant que ces deux hommes1 malgr la diffrence de leur gnie1 et celle des temps o ils ont vcu1 ayant chacun adopt volontairement un principe qu'ils regardaient comme inattaquable1 en ont dduit logiquement1 une une1 toutes les consquences qui en drivent4 ,de l un dogmatisme inflexible2 de l l'anathme contre tout ce qui tend branler ou dtruire ce principe2 de l enfin1 en morale1 en politique et jusque dans les arts1 des lois fixes1 immuables1 d'aprs lesquelles tous les sentiments1 toutes les actions1 toutes les productions de l'esprit mme sont en quelque sorte rgles d'avance4 ,au berceau du christianisme1 pendant le moyen ge et jusqu' l'aurore de la renaissance1 on vit tous les grands esprits s'puiser en efforts pour arriver cette unit d'action par les sciences1 les lettres1 les arts et la morale runis4 ,mais1 bien que la puissance de l'glise catholique garantit mieux que la philosophie des anciens l'unit des travaux des hommes1 l'exprience a prouv que cette unit d'action des facults humaines est1 sinon entirement chimrique1 au moins de peu de dure4 ,pour l'tablir1 il faut le double concours de la domination sacerdotale et de la tyrannie politique1 comme l',inde et l'gypte en fournissent des exemples4 ,en ,grce et ,rome1 o l'unit n'tait recommande que comme une vrit philosophique1 elle n'a jamais jet de profondes racines2 depuis le ,x,ie sicle jusqu'au ,x,i,ve de l're moderne1 l'unit s'tablit en ,europe avec plus de force1 parce que les institutions religieuses et la forme des gouvernements la protgeaient4 ,depuis #aebj jusqu' #aghi1 elle fut entirement dtruite1 il faut en convenir2 mais que pouvait faire pour la rtablir une rpublique sanglante comme celle de ,robespierre1 et qui n'avait aucune chance de dure8 ,aussi1 aprs la chute de ,robespierre1 lorsque ,david1 jet en prison1 eut achev son triste rve1 revint-il de toutes les illusions qu'il s'tait faites sur la politique et mme sur son art4 ,pendant sa dtention au ,luxembourg1 aprs la journe du #a;er prairial1 et lorsque sa femme vint si gnreusement partager sa captivit1 il oublia toutes les grandes thories qu'il avait dveloppes la tribune4 ,des croises de sa prison1 il peignit les arbres du jardin1 et fit le seul paysage qu'il ait jamais excut4 ,au bas de plusieurs de ses dessins tracs la plume1 on lit ces mots3 ,l4 ,david faciebat in vinculis4 ,c'est dans ce temps de captivit qu'il composa aussi un ,homre rcitant ses vers aux habitants d'une ville1 tandis que ceux-ci lui offrent de la nourriture1 ouvrage plein de charme2 et enfin1 c'est au ,luxembourg qu'il conut et dessina l'esquisse de son tableau des ,sabines4 ,tout semble faire croire que les tableaux du ,serment du jeu de ,paume1 de ,lepelletier1 de ,marat et de ,barra1 avaient t achevs par lui1 comme son insu1 pendant l'accs de sa fivre politique4 ,par la nature des sujets et mme par la manire dont ils sont peints1 ils diffrent entirement de ce que cet artiste avait fait avant et de ce qu'il fit aprs4 ,on pourrait presque comparer ces productions celles d'un somnambule qui a travaill sans s'en douter4 ,aussi ces quatre tableaux caractrisent-ils une phase importante1 mais toute particulire du talent de ,david4 ,au ,luxembourg lorsqu'il combinait la scne des ,sabines1 il faisait abstraction de ses quatre tableaux rvolutionnaires1 et ses souvenirs de peinture le ramenaient aux ,horaces4 ,peut-tre1 disait-il1 ai-je trop laiss voir dans cet ouvrage mes connaissances en anatomie4 ,dans celui des ,sabines1 je traiterai cette partie de l'art avec plus d'adresse et de got4 ,ce tableau sera plus grec4 ,ce fut sous l'influence de cette ide qu'il commena ce nouvel ouvrage lorsqu'il sortit de prison1 au moment o le gouvernement du ,directoire venait d'tre constitu4 ,,vii4 ,l',,atelier ,,et ,,le ,,tableau ,,des ,,sabines4 #agie-ahjj4 ,ceux-l seulement qui ont assist de grandes rvolutions peuvent savoir quel point les flux et reflux sont rapides et violents sur l'ocan politique au temps des temptes4 ,la raction des ides en ,france depuis l'installation du ,directoire 7le #d brumaire an ,,iv7 jusqu'au trait de ,campo-,formio1 que ,bonaparte fit ratifier ce gouvernement en frimaire an ,,iv1 est un des phnomnes moraux les plus curieux que l'on puisse recommander l'observation des hommes4 ,malgr les nombreux crits o l'on a cherch le faire connatre1 les gnrations nouvelles n'en ont qu'une ide incomplte2 et ce qui va suivre ne remplira tout au plus que quelques lacunes dans ce vaste tableau qui reste encore faire4 ,depuis la chute de ,robespierre1 l'action de son gouvernement terrible tait sans doute tempre2 mais son impulsion primitive avait t si forte1 qu'elle se fit sentir longtemps encore aprs le #i thermidor4 ,les citoyens n'taient plus journellement effrays par les proscriptions et les supplices1 mais dans les passions des hommes et dans les formes de la jurisprudence criminelle1 il rgnait encore quelque chose de violent et d'arbitraire peu propre rassurer entirement les esprits4 ,de toutes les mesures prises par le nouveau gouvernement pour calmer les partis1 celle qui produisit le meilleur effet fut l'amnistie accorde pour tous les dlits commis pendant la rvolution1 amnistie dont profita ,david4 ,toutefois la clause qui excluait du bnfice de cette loi les personnes ayant pris part la dernire conspiration1 dont le dnoment avait t la journe du #ac vendmiaire1 entretenait de vives inquitudes dans la nation4 ,beaucoup de citoyens1 aprs cette affaire1 prirent la fuite et furent condamns mort2 et quoique peu de mois aprs les tribunaux institus pour les juger missent beaucoup de douceur dans les formes et offrissent aux condamns toute facilit pour se disculper et purger leur contumace1 cependant la base de cette jurisprudence ressemblait trop celle sur laquelle avaient repos les oprations du tribunal rvolutionnaire1 pour que l'on ne ft pas effray de l'abus que la mchancet ou les passions en pouvaient faire4 ,ces craintes taient d'ailleurs d'autant plus fondes que les intrigues des partisans de ,robespierre d'un ct1 et les tentatives sourdes des royalistes de l'autre1 mettaient alors le gouvernement dans la ncessit de tenir sa disposition des moyens prompts et srs de rpression contre ces deux factions menaantes4 ,de cet tat de choses il rsultait que chacun1 assez tranquille sur le prsent1 conservait des inquitudes continuelles sur l'avenir1 et que dans l'incertitude de ce qui pourrait arriver1 on se livrait avec une passion aveugle tout ce qui pouvait procurer pour le moment des distractions l'intelligence1 l'esprit1 et quelque plaisir aux sens4 ,cette disposition des esprits dura en ,france jusqu'au #ah brumaire an ,,viii1 lorsque ,bonaparte1 aprs s'tre empar des rnes de l'tat1 s'empara galement de l'activit de toutes les imaginations1 pour la fixer sur la gloire militaire et la faire profiter ses vues4 ,mais revenons l'poque qui nous occupe1 de l'an ,,iv l'an ,,viii1 de #agie #ahjj4 ,cette existence prcaire de la nation1 cette inquitude constante des esprits1 causes par les efforts incessants du ,directoire pour combattre alternativement les jacobins et les royalistes1 entretenaient une activit extraordinaire dans toutes les intelligences4 ,pendant le cours de ces cinq annes1 l'esprit humain a t plus excit peut-tre que dans aucun temps1 sans en excepter mme celui de la renaissance4 ,on avait oubli les jours sanglants de #ic1 et1 dans l'espce d'enivrement caus par la certitude de ne plus tre expos mourir le lendemain sur l'chafaud1 on se livrait aux illusions les plus flatteuses4 ,les premiers jours et les premires esprances de la rvolution de #aghi se reproduisaient aux imaginations dans toute leur puret1 dans toute leur force1 et les gnrations nouvelles accueillaient encore une fois l'espoir d'une rgnration complte dans tout ce qui constitue la socit4 ,les progrs extraordinaires des sciences semblaient ouvrir une carrire nouvelle l'homme4 ,en mourant1 l'infortun ,lavoisier avait lgu au monde la science de la chimie2 victime galement de la rvolution1 ,bailly avait rendu presque populaire l'astronomie1 dont ,laplace devait bientt faire connatre le mcanisme et les lois4 ,desault1 mais surtout ,bichat1 donnaient aux tudes anatomiques une porte qu'elles n'avaient point encore eue1 et enfin ,cuvier1 le savant du sicle1 rvlait la ,france et l',europe une science nouvelle1 puisqu'elle n'avait t entrevue et tudie jusqu' lui que par quelques savants inconnus ou trop timides#ce4 ,les lettres semblaient devoir prendre aussi une direction toute nouvelle4 ,le contact de nos armes avec les populations de l',allemagne et de l',italie1 avait familiaris les ,franais avec les idiomes de leurs ennemis4 ,on tudiait1 on admirait mme la rforme thtrale qu'avait introduite ,alfieri2 on traduisait les posies de ,klopstock1 les drames de ,shiller et de ,kotzebue1 le ,werther de ,gothe1 et l'on se plaisait comparer les posies d',homre avec celles d',ossian4 ,les traductions de ,shakespeare taient lues avec une curiosit bienveillante1 et dj on applaudissait aux efforts de ,npomucne ,lemercier1 dont la tragdie d',agamemnon paraissait tre alors une innovation heureuse et propre favoriser la rgnration du thtre et des lettres en ,france4 ,dans ce concours d'efforts pour tout renouveler1 ceux de ,david et de quelques-uns de ses lves1 dj clbres dans les arts1 taient sans doute1 avec les travaux des savants1 ce qu'il y avait de plus avanc dans la carrire nouvelle que croyait s'ouvrir l'esprit humain4 ,dj1 depuis aot #agic1 les anciennes acadmies1 regardes comme le rceptacle de doctrines fausses ou errones1 taient dtruites4 ,ds l'an ,,iii 7#e pluvise7 on avait essay l'cole normale1 au sein de laquelle devaient se former des instituteurs chargs de poser des rgles sres et de propager en ,france1 d'une manire uniforme1 le meilleur mode d'enseignement2 en l'an ,,iv 7#b brumaire71 on jetait les fondements de cette cole polytechnique1 qui a servi de modle1 dans toute l',europe1 des tablissements du mme genre2 enfin1 quelques mois aprs 7germinal an ,,iv7 se tenait la premire sance de cet ,institut national de ,france1 dont la constitution encyclopdique tait le point de dpart de toutes les brillantes esprances intellectuelles dont on se berait alors4 ,ces institutions occupaient les esprits les plus graves1 tandis que d'autres fondations essentiellement frivoles1 et s'adressant particulirement aux sens1 devaient servir de distractions la multitude4 ,de ce nombre tait l'tablissement de sept ftes nationales par an2 celles de la fondation de la ,rpublique1 de la ,jeunesse au #aj germinal2 des poux1 au #aj floral2 de la ,reconnaissance1 au #aj prairial2 de l',agriculture1 au #aj messidor2 de la ,libert1 aux #i et #aj thermidor2 et des ,vieillards1 au #aj fructidor4 ,le nouveau gouvernement du ,directoire1 sans doute dans l'ide d'effacer tout souvenir du costume rvolutionnaire1 si hideux et si dsordonn1 dcrta pour les reprsentants du peuple1 pour les membres du tribunal et du conseil des anciens1 un costume qui se rapprochait autant que possible de la forme antique1 afin de satisfaire et de flatter mme le got qui rgnait alors4 ,enfin les cinq membres du ,directoire s'assirent sur des chaises curules1 s'environnrent de draperies l'antique1 et au moyen de ces dcorations1 tant soit peu thtrales1 ramenrent les esprits supporter l'ide d'une cour assez peu splendide pour ne pas effaroucher les rpublicains non jacobins1 mais propre rassurer les royalistes las de vivre en exil4 ,ces ftes annuelles1 ftes passablement paennes1 se clbraient au ,champ-de-,mars1 ou dans les grands carrs des ,champs-lyses4 ,on levait l des autels antiques et des temples copis d'aprs ceux de ,pstum4 ,on y voyait des processions de figurants et de figurantes de l',opra1 habills en prtres et en prtresses de l'antiquit1 brlant de la poix-rsine au lieu d'encens1 et entonnant les choeurs d',iphignie en ,tauride et le ,chant du dpart4 ,ces crmonies1 toutes ridicules qu'elles nous paraissent aujourd'hui et qu'elles taient en effet1 ne laissrent pas cependant de produire une influence salutaire2 et si1 depuis l'effroyable accs d'athisme qui s'empara des esprits de #aghi #agib1 on passe successivement de la fte de l'tre suprme en messidor an ,,iii1 ces processions paennes des ,champs-lyses1 pour arriver au prtendu culte des thophilanthropes1 fond par ,la ,rveillre-,lepeaux1 on pourra reconnatre la trace du biais que prenait instinctivement l'esprit de la nation et mme celui des hommes qui la gouvernaient alors pour revenir au culte catholique1 auquel ,bonaparte rendit les glises son avnement au consulat4 ,si le temps de ,robespierre peut tre compar un accs de fureur1 les cinq annes du gouvernement du ,directoire doivent passer pour un temps d'ivresse4 ,mais ce qui lui donna un clat particulier1 ce qui en a fait une poque mmorable1 en imprimant une nergie et une audace infinie aux esprances des savants1 des crivains et des artistes de ce temps1 c'est la marche victorieuse de nos armes1 et surtout la savante intrpidit avec laquelle un jeune soldat peine sorti de l'adolescence1 ,bonaparte1 g de vingt six ans1 conquit l',italie et fora bientt aprs l',allemagne d'accepter la paix et de reconnatre la rpublique franaise4 ,quelque grande que puisse tre aujourd'hui l'admiration pour la campagne de l'an ,,vi1 il faut avoir vcu en #agic1 et sous le poids de la tyrannie de ,robespierre1 pour savoir1 au juste1 quel baume bienfaisant rpandirent sur le coeur fltri des ,franais les victoires de ,bonaparte en ,italie4 ,la joie que ce grand vnement causa tenait du vertige2 et l'on ne doit pas s'tonner si toutes les esprances intellectuelles et le besoin imprieux de se dbarrasser de tant de tristes souvenirs1 venant se combiner avec des succs qui donnaient tout coup tant de force et d'clat la patrie1 jetrent les ,franais dans un tat voisin de la folie4 ,les illusions que l'on se fit alors prirent d'autant plus de consistance1 que plusieurs autres vnements politiques contriburent donner de la scurit aux esprits4 ,un grand nombre d'migrs1 parmi lesquels il faut compter ,talleyrand1 qui n'a jamais rien hasard qu' propos1 taient rentrs en ,france ds le mois de fructidor an ,,iii2 en nivse an ,,iv1 on changea ,madame1 fille de ,louis ,,xvi1 contre les membres de la ,convention livrs l',autriche par ,dumouriez2 et le gnral ,hoche avait presque pacifi la ,vende dans cette mme anne1 pendant que ,bonaparte ouvrait sa prodigieuse campagne d',italie4 ,tel tait peu prs l'tat politique et moral de la ,france1 lorsque ,david1 sorti de sa captivit et ayant renonc l'ide de prendre part au gouvernement de son pays1 s'enferma sagement dans son atelier1 pour excuter son tableau des ,sabines4 ,les commencements de cet ouvrage furent lents et pnibles4 ,dans la premire esquisse trace par le matre1 tous ses personnages taient vtus2 ce fut en rflchissant au parti que les anciens ,grecs et les artistes de la renaissance avaient pris de traiter le nu et de poursuivie le beau visible1 qu'il refondit sa composition telle qu'il l'a peinte4 ,lorsque tienne fut admis au nombre des lves de ,david1 ce tableau tait non-seulement entirement bauch1 mais les personnages de ,tatius et de la femme genoux et exposant ses enfants1 avaient dj t repeints4 ,c'tait parmi les lves un grand sujet de curiosit que de savoir quel point en tait l'ouvrage du matre1 et chacun briguait la faveur d'tre admis le voir4 ,comme tous ses condisciples1 tienne attendait impatiemment cette faveur2 elle lui fut accorde beaucoup plus tt qu' la plupart d'entre eux4 ,d'abord les vers composs en l'honneur de ,david l'avaient mis en rapport immdiat avec celui-ci2 puis il tait assez li avec ,alexandre1 qui devait sa clinerie sournoise le rle de complaisant auprs du matre4 ,enfin1 tienne1 plus g d'un an que le fils de ,david1 avait form avec ce jeune homme une amiti qui avait pour lien la communaut de leur amour et de leur tude de la langue grecque4 ,il fut donc assez facile tienne d'obtenir la permission de pntrer dans l'atelier des ,sabines4 ,cet atelier se trouvait pratiqu dans les combles de la partie du ,louvre qui fait face au pont des ,arts1 et l'on y montait par l'escalier du guichet de ce mme ct4 ,il tait cinq heures du soir1 en t1 lorsque tienne y pntra pour la premire fois4 ,david achevait de tracer au crayon la jeune femme qui monte sur une pierre pour montrer son enfant1 et ,pierre ,franque1 l'un de ces deux frres qui avaient t confis ,david par l',assemble constituante1 bauchait la draperie du soldat mort1 gisant la droite de la composition4 ,la lumire venait de trs haut1 et l'heure dj avance du jour donnait au tableau une teinte mystrieuse trs-favorable son effet4 ,la faveur d'tre admis dans cet atelier1 le respect qu'inspirait le matre et l'motion profonde qu'prouva tienne la vue de cette figure de ,tatius1 dont l'imitation lui parut parfaite1 firent battre si fortement son coeur qu'il demeura muet4 ,david s'en aperut et adressa quelques mots obligeants au jeune lve1 de manire lui faire sentir que son silence tait favorablement interprt4 ,aprs que le matre eut indiqu ,pierre quelques prcautions prendre pour terminer l'bauche commence1 il se retira en laissant ,alexandre1 ,pierre et tienne libres d'observer son tableau tout l'aise4 ,l taient les deux esquisses prparatoires2 celle o les personnages sont vtus et l'autre o ils sont nus4 ,pierre1 on doit s'en souvenir1 tait l'un des plus chauds partisans des opinions de ,maurice2 aussi fit-il ressortir la supriorit de la seconde composition sur la premire1 et il donna mme entendre que les conseils de ,maurice son matre1 pour adopter le systme de nudit des ,grecs1 n'avaient pas t sans influence sur la dcision de ,david ce sujet4 ,le lendemain1 l'atelier des lves1 c'tait qui interrogerait le petit d'en haut sur le tableau des ,sabines1 et lorsque tienne parla dans sa famille et aux amis de ses parents du nouveau tableau que faisait ,david1 on l'couta comme on et cout un voyageur de retour de l',inde ou de la ,chine4 cette poque o l'migration retenait encore beaucoup de grandes familles hors de ,france1 et o les personnes titres qui s'taient fait rayer de la liste des migrs affectaient d'tre plus simples dans leurs manires que celles qui n'avaient pas quitt la ,france1 l'aristocratie se composait des hommes de talent et des femmes remarquables par leur beaut4 ,on se vantait alors de connatre ,laplace1 ,cuvier1 ,bichat1 ,n4 ,lemercier1 ,m4-,j4 ,chnier1 ,david ou ,mmes ,tallien et ,rcamier1 comme on tirait vanit1 quinze ans avant1 de frquenter la cour et les grands4 ,aussi1 la faveur qu'tienne avait reue de son matre ne laissa-t-elle pas que de lui donner une certaine importance4 ,mlle ,sophie ,gay#cf1 auteur de quelques romans1 et qui se fit surtout connatre par la traduction du ,confessionnal des pnitents noirs d',anne ,radcliffe adressa la parole au jeune tienne lorsqu'elle sut qu'il avait vu les ,sabines4 ,elle voulut voir de ses vers1 l'invita venir chez elle1 l'entretint sur ses tudes classiques1 et aprs lui avoir donn des conseils sur l'art d'crire1 elle lui prta ses livres et plusieurs numros de la ,dcade philosophique1 espce de revue trs-recherche cette poque4 ,grard1 que son ,blisaire et le portrait de ,mlle ,brongniart avaient rendu clbre depuis l'exposition de #agie1 travaillait alors sa ,psych4 ,quoique extrmement pauvre1 ce jeune artiste1 fort de son mrite1 dou d'une belle figure et d'un esprit remarquable1 tait l'objet de cette bienveillance dont on environnait gnralement alors les hommes distingus4 ,cependant ,grard1 que tout le monde courtisait dj1 accueillit aussi trs-gracieusement le petit d'en haut favoris lui-mme par ,david4 ,depuis que ,moreau1 charg de la restauration de la salle du ,thtre-,franais1 avait t oblig de suspendre l'excution de son tableau de ,virginius1 et qu'tienne travaillait avec les lves de ,david1 l'atelier des ,horaces avait aussi t abandonn par ,mme de ,noailles1 qui d'ailleurs1 recherchant la direction d'un homme habile en peinture1 tudiait et commenait mme peindre dans l'atelier de ,grard4 ,l'cole de ,david1 comme on l'a vu plus haut1 tait devenue1 ds les premiers temps du ,directoire1 une espce de lieu d'asile o venaient se rfugier ceux des migrs1 nobles ou chapps des armes1 qui des dispositions relles ou feintes pour la peinture donnaient accs prs du matre de l'art4 ,selon toute apparence1 ,david accepta d'autant plus volontiers ce rle de protecteur envers une classe d'hommes qu'il avait poursuivie quelques annes avant d'une manire si rigoureuse1 qu'il lui offrait naturellement une occasion de justifier les dernires paroles qu'il avait prononces la tribune1 qu'il s'attacherait aux principes et non pas aux hommes4 ,en somme1 dans l'atelier de ,david comme dans le monde1 les moeurs1 le langage et les manires des sans-culottes furent peu peu combattus et bannis par le retour progressif des habitudes de politesse1 dont la nouvelle aristocratie1 compose des hommes de talent et de quelques femmes remarquables par leur esprit et leur beaut1 sentait le besoin et donnait l'exemple4 tienne eut mainte occasion d'observer cette marche rtroactive des moeurs4 ,mme de ,noailles1 chez qui l'amour des arts s'tait accru pendant qu'elle perfectionnait son talent pour la peinture1 invita tienne venir chez elle peindre une tude1 pour s'assurer1 disait-elle1 de celui des deux qui avait fait le plus de progrs4 ,le jeune artiste connaissait peine la nouvelle socit qui s'tait forme1 et1 lorsqu'il reut cette offre1 il fut plus flatt de l'invitation de son lgante condisciple qu'il ne pensa ce qu'il pourrait rencontrer et voir de nouveau chez elle4 ,quoique les parents d'tienne vcussent dans l'aisance1 tout tait simple chez eux1 et les manires comme les ameublements se sentaient des habitudes de la vieille bourgeoisie parisienne4 ,ce ne fut donc pas sans tonnement que le jeune peintre vit1 en entrant dans les appartements de ,mme de ,noailles situs dans la rue la plus lgante de la ,chausse-d',antin1 des tentures1 des meubles qui lui rappelrent ceux dont l'atelier des ,horaces tait dcor4 ,plusieurs tableaux de peintres vivants et clbres alors#cg achevaient de dcorer les diffrentes pices1 o tout d'ailleurs indiquait le got de la matresse du logis pour les arts1 et ses habitudes lgantes4 ,la premire et la seconde sance de travail se passrent assez silencieusement1 surmonter les difficults d'un ouvrage que l'on commence4 ,jusque-l1 les tudes ne furent interrompues que par les repos du modle1 par un djeuner dlicat que l'on apportait vers onze heures1 et les conversations que provoquait ,mme de ,noailles sur le ,thtre-,franais1 sur les nouvelles tragdies que l'on attendait de ,n4 ,lemercier1 ou sur l'effet que produiraient au ,salon la ,psych de ,grard et les ,sabines de ,david1 quand ces ouvrages seraient exposs4 ,mais1 vers le troisime jour1 dans la pice qui servait d'atelier se trouva plac un fort beau piano de ,pleyel1 instrument dj bien connu des musiciens1 mais que sa chret ne laissait encore pntrer que dans la maison des personnes tout la fois opulentes et curieuses des choses nouvelles4 ,garat va venir aujourd'hui1 dit ,mme de ,noailles2 aimez-vous la musique1 tienne8--,oui1 madame1 beaucoup4--,tant mieux6 car je craignais que vous ne me fissiez une querelle d'avoir consenti recevoir ,garat ce matin pendant notre sance4 ,mais on ne l'a pas comme on veut1 et les dames de ,bellegarde m'ayant fait dire le jour et l'heure o elles pourront l'amener ici1 je n'ai pas hsit les recevoir4 ,vous entendrez du reste un homme d'un grand talent1 et je suis charme que votre got pour la musique vous mette mme d'apprcier son rare mrite#ch4 ,en effet1 vers midi1 une voiture s'arrta la porte de l'htel1 et bientt entrrent dans l'atelier les deux dames de ,bellegarde et ,garat4 ,les trois jeunes dames s'accostrent1 parlrent la fois et assez longtemps1 puis ,mme de ,noailles leur prsenta tienne en leur disant1 avec cette profusion de louanges dont les personnes de la socit n'ont peut-tre jamais plus abus qu' cette poque1 que c'tait un des premiers lves de ,david et sur lequel ce grand matre fondait les plus hautes esprances4 ,le pauvre tienne1 qui ne s'abusait nullement sur son mrite1 devint muet et immobile comme une pierre en entendant l'aimable ,mme de ,noailles1 si simple habituellement1 prendre tout coup un ton si louangeur4 ,mais l'espce d'activit folle laquelle se livraient particulirement les dames de ,bellegarde dtourna bientt son attention1 car toutes deux1 aussitt que ,mme de ,noailles eut indiqu le jeune artiste comme lve de ,david1 vinrent vers tienne et1 se penchant prs de lui pour voir son ouvrage1 inondrent sa figure des longs cheveux qui s'chappaient de leurs coiffures4 ,mme de ,bellegarde tait une brune extrmement jolie1 trs-bien faite1 mise avec toute l'lgance et la libert du costume des femmes en ce temps et qui profitait de sa jeunesse et de sa rputation de femme la mode pour vivre et s'exprimer comme bon lui semblait4 ,tandis que cette dame profitait du laisser aller des moeurs rpublicaines ,paris1 tout en affectant l'lgance de la cour que l'on avait dtruite1 son mari1 officier suprieur au service de l',autriche1 se battait contre les armes de la ,france1 et devait1 quelque temps aprs1 succder ,mlas comme gnral en chef en ,italie4 ,pendant que les chevelures blonde et brune de ces deux dames entouraient tienne1 ,garat qui1 outre la conscience de son mrite rel1 avait encore la fatuit d'un homme de talent la mode1 se regardait au miroir pour remonter son immense cravate tout en essayant sa voix4 ,il chanta ngligemment une ou deux romances1 et la fin de chaque couplet fut accompagne d'un concert de louanges que le chanteur recevait avec assez d'impertinence4 ,les tudes de peinture furent1 comme on le pense bien1 troubles cette fois4 ,elles reprirent et s'achevrent les jours suivants2 mais tienne1 tout jeune et tout inexpriment qu'il tait alors1 s'aperut bien1 lorsqu'il parlait de cette semaine ses camarades1 ses parents et leurs amis1 que1 depuis qu'il tait lve de ,david1 que ,grard l'avait bien reu1 qu'il avait t invit par ,mme de ,noailles1 o il avait vu et entendu ,garat1 et parl avec les dames de ,bellegarde1 on commenait le regarder comme un garon qui pourrait faire son chemin4 ,cependant le tableau des ,sabines avanait4 ,le ,romulus1 l'un des cuyers et quelques femmes de ce tableau taient peints1 mais l',hersilie restait encore inacheve4 ,il n'tait bruit parmi les artistes et mme dans le monde1 qui s'intressait alors trs-vivement ce que faisaient ,isabey1 ,girodet1 ,grard et ,david1 que de la difficult1 que l'auteur des ,sabines prouvait trouver un modle assez beau pour l'aider peindre son ,hersilie4 ,mme de ,noailles et les dames de ,bellegarde furent prcisment admises voir l'ouvrage du grand artiste au moment o cette difficult l'arrtait4 ,la belle figure et les grands cheveux noirs de ,mme de ,bellegarde le frapprent1 et il exprima devant ces trois dames le regret de n'avoir pas eu sa disposition1 pour peindre la tte de la femme genoux qui montre ses enfants1 la figure de ,mme de ,bellegarde4 ,cette observation flatteuse1 faite par un homme dont le talent excitait alors une admiration universelle1 et adresse une jeune femme qui ne manquait pas de vanit1 fut trs-bien prise par ,mme de ,bellegarde1 qui en effet laissa retoucher d'aprs la sienne la tte de la femme genoux#ci4 ,ce fait se rpandit dans la ville1 mais en passant d'abord par tous les ateliers de peinture du ,louvre1 ce qui lui fit prendre un coloris un peu plus cru1 mais absolument faux4 ,ce qu'il sera peut tre difficile de faire comprendre aujourd'hui1 et ce qui est cependant trs-vrai1 c'est que ces mauvaises plaisanteries d'atelier1 loin de blesser les personnes qui en taient l'objet1 flattaient au contraire leur vanit4 ,mme de ,bellegarde en particulier tait si loin de s'en plaindre1 qu'elle affectait de paratre au thtre avec ses grands cheveux noirs disposs peu prs comme ,david les a peints dans son tableau des ,sabines4 ,on tait si entt de tout ce qui se rapportait l'antiquit1 que la complaisance des jeunes beauts grecques qui s'taient prsentes ,apelles pour l'aider peindre sa ,vnus paraissait une action louable1 par cela seul qu'il s'agissait de l'intrt des arts4 ,cependant la raction ultra-rpublicaine suscite par ,babeuf et son parti donnait de l'inquitude4 ,on ne voyait pas tranquillement1 surtout1 s'ouvrir de nouveau dans ,paris ces socits populaires1 ces clubs1 l'aide desquels1 quelques annes auparavant1 on avait si facilement perverti les ides de la multitude4 ,l'une de ces assembles1 la plus nombreuse et la plus violente1 se tenait rue du ,bac1 dans l'glise dvaste de ,saint-,thomas d',aquin4 ,un jour qu',alexandre avait dn avec la famille d'tienne1 il invita son jeune camarade faire une promenade aprs le repas4 tienne1 naturellement peu dispos prendre cette distraction avec un homme taciturne1 et dont on ne dbrouillait jamais facilement la pense1 se vit cependant forc d'accepter l'invitation d'aprs l'avis de ses parents1 qui s'imaginaient ne pouvoir mieux faire que de mettre leur fils sous la tutelle d'un homme plus g et plus expriment que lui4 ,les deux promeneurs se mirent en marche4 ,arriv aux ,tuileries1 ,alexandre dit son jeune compagnon3 ,ah6 j'oubliais que ,david m'a charg d'une commission auprs de ,topino ,le ,brun3 allons son atelier1 il y sera sans doute encore4 ,or cet atelier de ,topino tait l'glise ruine des ,feuillants1 o ,david avait laiss son tableau du ,jeu de ,paume inachev4 ,topino y tait effectivement occup peindre son tableau de ,gracchus1 qu'il exposa au ,louvre deux ans aprs4 ,alexandre s'entretint pendant quelques instants voix basse avec le peintre1 qui dit en lui donnant la main3 ,je ne tarderai pas vous rejoindre4 ,les deux promeneurs se remirent en marche4 ,chemin faisant1 ,alexandre devint plus causeur que de coutume2 il parlait de la rpublique1 de la constitution de #agic avec enthousiasme1 regrettant ces belles ftes comme celle de l'tre suprme1 o ,david1 disait-il1 avait su faire revivre le beau temps de la ,grce antique4 ,tout en parlant ainsi1 l'orateur avait fait traverser les ,tuileries et le pont ,royal tienne1 pour s'engager dans la rue du ,bac1 qu'ils remontrent jusqu' ,saint-,thomas d',aquin4 ,voyons donc cela1 dit ,alexandre tienne1 quand ils furent devant le portail de l'glise1 o se tenait assemble une foule d'hommes prts y entrer4 ,outre l'ge relativement avanc d',alexandre1 cet homme singulier exerait par sa gravit une certaine influence sur tienne1 qui1 bien qu' regret1 car il vit aussitt que c'tait une assemble populaire1 se laissa entraner dans l'glise dj presque remplie4 ,alexandre pntra jusqu'au centre vide1 o se promenait en long un jeune homme faisant les fonctions d'huissier ou de matre des crmonies4 ,c'tait ,dubois1 cet lve de ,david clbre par son rudition dans les obscnits antiques et modernes et1 de plus1 rvolutionnaire ardent4 peine tienne l'eut-il reconnu1 que1 faisant le rapprochement de cette rencontre avec la visite et les dernires paroles de ,topino1 il exprima ,alexandre la ferme volont de se retirer du lieu o ils taient4 ,dubois insista pour les retenir1 mais tienne tint bon et fora ,alexandre de le suivre4 ,en sortant1 et aprs quelques minutes de silence1 ,alexandre n'pargna pas les paroles pour faire entendre tienne qu'il tait bien loin de partager les folles ides des gens qu'ils quittaient2 que c'tait une pure curiosit qu'il avait voulu satisfaire en allant les entendre1 appuyant surtout sur la recommandation qu'il fit son jeune compagnon de ne point en parler ses parents4 ,il n'en fut rien dit1 en effet2 mais ds ce moment tienne se dfia de la sincrit d',alexandre1 surtout lorsque quelque temps aprs 7prairial an ,v71 cet trange personnage vint exprimer avec affectation1 au milieu de la famille d'tienne1 la satisfaction que lui faisait prouver la condamnation de ,babeuf4 ,il y aurait sans doute de l'injustice juger rigoureusement le caractre de cet homme indfinissable1 fils naturel d'un prince allemand1 entran de bonne heure dans l'migration1 rentrant en ,france sous la protection du peintre ,david1 ayant1 comme on vient de le voir1 des vellits de rpublicanisme1 et plus tard1 vivement attach au systme imprial de ,napolon1 mais l'abandonnant vers #ahac pour se joindre aux armes allies qui firent rentrer les ,bourbons en ,france l'anne suivante1 et obtenant sous la restauration je ne sais quel emploi dans l',inde1 o il a fait une espce de fortune dont il est venu jouir ,paris jusqu' sa mort1 vers #ahdb4 ,mais revenons la mmorable poque qui nous occupe4 ,ce tableau tant attendu1 les ,sabines1 auquel les femmes les plus lgantes de ,paris passaient pour avoir concouru1 s'achevait2 mais lentement1 et l'on venait d'entrer dans l'an ,,vi 7#agig-agih74 ,un personnage d'une haute importance allait donner une activit nouvelle cet amour de dissipation qui s'tait empar de ,paris1 et modifier encore une fois les ides du peintre ,david4 ,aprs une suite de victoires qu'il serait superflu d'numrer ici1 le jeune ,bonaparte1 le gnral en chef de l'arme d',italie1 signe les prliminaires de la paix avec les plnipotentiaires de l'empereur d',autriche 7floral an ,v72 six mois aprs 7vendmiaire an ,,vi71 il conclut ,campo-,formio1 prs d',udine1 un trait de paix dfinitif avec les envoys du mme prince1 et bientt 7frimaire an ,,vi7 il apporte lui-mme ,paris et prsente au ,directoire la ratification de ce trait donne par l'empereur4 ,jusque-l les saturnales de ce temps avaient toujours paru extravagantes ceux-mmes qui y prenaient la part la plus active2 mais cette joie de tous les instants1 ce dlire continuel1 cette succession non interrompue de ftes de jour et de nuit et cette disposition permanente l'engouement1 prirent tout coup un caractre d'opportunit et de grandeur1 lorsque le gnral ,bonaparte vint ,paris dposer entre les mains des membres du ,directoire les drapeaux des armes qu'il avait vaincues et le trait de paix qui semblait devoir assurer le repos de l',europe4 ,l'enthousiasme et la confiance qu'inspiraient sa fortune et ses talents taient tels ce moment1 que tous les partis rattachrent leurs esprances diverses lui seul4 ,chacun d'eux se flatta d'attirer sa cause le jeune gnral1 et ce concours d'esprances contraires donna naissance un concert unanime de louanges et d'admiration pour celui que chacun regardait d'avance comme son hros4 ,le ,corps lgislatif lui donna dans les galeries du ,musum une fte et un immense banquet1 auxquels assistrent les membres du ,directoire1 les ministres1 le corps diplomatique et les chefs des grandes administrations4 ,quelques jours aprs1 le gnral ,bonaparte fut nomm membre de l',institut1 et ds que ces honneurs publics lui eurent t rendus1 tous ceux qui avaient ou qui crurent avoir assez d'importance ,paris pour recevoir le hros du jour chez eux sollicitrent la faveur de le voir paratre au moins quelques minutes au milieu de leurs ftes4 ,ce qu'il y eut de bals o l'on attendit vainement l'arrive de ,bonaparte jusqu' deux et trois heures du matin est incalculable4 ,on ne peut se figurer l'espce d'enivrement qu'prouvaient ceux qui avaient pu le voir1 et les tranges questions que leur adressaient ceux qui n'avaient pas joui de la mme faveur4 ,quelques jours aprs le banquet du ,musum1 tienne a entendu dire la belle ,mme ,mchin1 qui y avait assist3 ,enfin j'ai vu le gnral ,bonaparte2 je lui ai touch le coude6 ,de toute cette foule de gens qui s'enivraient du plaisir de voir cet homme1 le parti auquel il plut davantage1 quelques exceptions prs1 fut celui des rpublicains dits jacobins4 ,par ses victoires1 ,bonaparte tait arriv arracher ce que l'on n'avait pu obtenir jusque-l1 la reconnaissance de la rpublique par l',autriche2 et cet acte important semblait avec raison devoir garantir les hommes de ,robespierre de toutes les rcriminations trop violentes que l'on aurait tent de faire contre eux4 ,bonaparte1 d'ailleurs1 avait donn quelques gages ce parti1 et l'on savait que lorsqu'il rdigea les prliminaires de paix signs ,tolentino1 on avait eu assez de peine lui faire effacer certaines lignes o la rpublique franaise tait loue outre mesure#dj4 ,david fut un des premiers que ,bonaparte fascina et l'un des hommes de la rvolution qui lui furent le plus dvous par la suite4 ,comme tout ,paris1 ,david avait cherch voir le gnral ,bonaparte1 et1 en sa qualit de peintre1 la puret des traits et la profondeur de physionomie du visage de cet homme l'avaient vivement frapp4 ,on ne s'occupait plus de la vie rvolutionnaire de ,david2 l'artiste faisait le tableau des ,sabines1 il avait rendu service beaucoup de monde2 ses nombreux lves le vantaient partout1 il tait de l',institut1 confrre du hros par consquent1 et en position d'aller lui rendre visite4 ,mais ce n'tait pas seulement un motif de curiosit ou mme d'admiration qui le portait dsirer de voir ,bonaparte2 la reconnaissance1 ce que l'on assure1 y entrait pour beaucoup4 ,quelques mois avant la signature du trait de ,campo-,formio1 lorsque l'inquitude rgnait ,paris1 aux approches du #ah fructidor an ,v1 et que le parti royaliste menaait les rpublicains ardents1 ,bonaparte1 qui1 alors gnral en chef de l'arme d',italie1 protgeait la cause de ces derniers1 eut l'ide d'arracher ,david aux perscutions auxquelles il pouvait tre en butte s'il restait dans la capitale4 ,on assura que ,julien1 un de ses aides de camp1 fut charg de faire au peintre la proposition de venir au camp du gnral1 pour peindre les batailles1 et se soustraire par ce moyen au danger des agitations politiques4 ,on ignore les raisons qu'a eues ,david de ne pas profiter de cette offre1 mais il n'oublia pas la franchise et la gnrosit avec lesquelles elle lui avait t faite4 ,comme1 malgr les efforts des artistes italiens et franais1 il n'y avait encore ni une mdaille ni une gravure qui rappelassent fidlement les traits du hros pacificateur1 ,david lui proposa de venir poser dans son atelier1 s'offrant reproduire cette image que tout le monde dsirait connatre et possder4 peine cette affaire parut-elle arrange1 que ,david s'empressa de faire les prparatifs1 ncessaires pour recevoir son modle et commencer son ouvrage4 ,l'atelier des ,horaces fut choisi pour les sances1 et tienne et ,alexandre furent chargs par leur matre de disposer convenablement l'estrade sur laquelle ,bonaparte devait se placer4 ,tous ces arrangements taient termins depuis deux jours et le hros de la fte n'avait encore rien fait dire4 ,david avait l'imagination monte au sujet de ce portrait1 et1 aprs avoir envoy plusieurs lettres au petit htel de la rue ,chantereine1 que l'on avait surnomme rue de la ,victoire1 il prit le parti d'aller lui-mme s'entendre avec ,bonaparte4 ,celui-ci avait compltement oubli une promesse faite sans doute plutt par politesse qu'avec l'intention de la tenir2 cependant il dit l'artiste qu'il pouvait compter sur lui pour le lendemain1 et en effet il se rendit l'atelier des ,horaces vers midi4 ,le bruit de sa venue au ,louvre s'tait rpandu dans tous les ateliers1 en sorte que matres et lves formrent une haie dans les corridors que ,bonaparte parcourut avec les deux officiers qui l'accompagnaient4 ,ducis se prcipita tout essouffl dans l'atelier des ,horaces o se tenait ,david avec ,alexandre et tienne1 et dit3 ,voil le gnral ,bonaparte6 ,l'artiste alla au-devant du hros1 qui1 aprs avoir mont rapidement le petit escalier de bois1 entra en tant son chapeau4 ,il tait vtu d'une simple redingote bleue collet1 laquelle1 se confondant avec le noir de sa cravate1 faisait ressortir sa figure jauntre et maigre1 mais qui paraissait alors d'autant plus belle que la disposition artificielle de la lumire en faisait ressortir les formes grandes et bien prononces4 tienne voyait ,bonaparte pour la premire fois2 il fut frapp d'abord de sa jeunesse en pensant ce qu'il avait dj fait1 mais un examen plus attentif lui fit observer dans la physionomie de cet homme une rserve singulire4 ,aprs les premires civilits entre lui et l'artiste1 celui-ci s'entendit avec les deux officiers sur le costume militaire que l'on avait apport et qu'il s'agissait de faire revtir au modle1 dont ses aides de camp eurent soin de ne pas dissimuler l'impatience4 ,pendant cette conversation qui1 bien que tenue voix basse1 pouvait tre parfaitement comprise1 ,bonaparte regarda successivement avec attention1 mais sans laisser paratre sur son visage la moindre de ses impressions1 les deux tableaux des ,horaces et du ,brutus4 ,le seul sentiment qui pert sur sa physionomie tait une certaine impatience1 comme celle que l'on prouve quand on sent que l'on dpense son temps inutilement4 tienne se retira au moment o la sance commenait1 lorsque ,bonaparte monta sur l'estrade avec son costume de gnral1 et il alla rejoindre ses camarades dans l'atelier des lves4 ,david eut sans doute un pressentiment de ce qui devait lui arriver1 car il mit en oeuvre tout ce qu'il avait d'habilet pratique1 et acheva1 dans cette sance de trois heures environ1 l'bauche de la tte#da4 ,le lendemain de ce jour1 bien que l'on connt les rsultats de la sance donne par ,bonaparte1 les lves attendaient avec impatience leur matre pour apprendre de lui-mme des dtails qui excitaient chez eux la plus vive curiosit4 ,vers deux heures1 ,david vint au milieu d'eux1 et s'avanant prs de la table du modle1 au centre vide de l'atelier3 ,vous tes curieux1 dit-il en souriant plus que de coutume et de manire laisser voir la tumeur de sa mchoire suprieure1 vous tes curieux de savoir ce qui s'est pass hier l-haut8 ,ah6 je crois1 7j'espre au moins67 que ce que j'ai fait hier sur ma toile n'est pas infrieur mes productions prcdentes444 ,vous verrez cela1 vous verrez cela2 mais quand j'aurai fini444 ,oh6 mes amis quelle belle tte il a6 ,c'est pur1 c'est grand1 c'est beau comme l'antique6 ,le connaissez-vous8 ,l'avez-vous vu8--,non1 non1 monsieur1 s'crirent quelques-uns des lves4--,eh bien1 continua le matre en prenant le porte-crayon des mains d'un jeune homme1 attendez1 attendez1 je vais faire en sorte de vous en donner une ide444 ,taille-moi donc ce crayon-l un peu plus fin1 dit-il brusquement un petit rapin qui l'coutait bouche bante2 et il ajouta pendant qu'on s'empressait de lui obir3 ,ces maladroits de graveurs italiens et franais n'ont pas seulement eu l'esprit de faire une tte passable avec un profil qui donne une mdaille ou un came tout faits444 ,attendez1 attendez1 vous allez voir ce que c'est que ce profil-l6 ,et en disant ces mots1 il monta sur la table du modle et dessina au crayon blanc1 sur la muraille1 le profil de ,bonaparte1 de la hauteur de quatre cinq pouces4 ,pendant que chacun allait voir de prs le dessin qui excitait si vivement l'admiration et la curiosit des lves1 ,david s'tendit en loges sur ,bonaparte1 sur ses prodigieux succs1 et sur les esprances de bonheur qu'il ralisait dj pour son pays4 ,enfin1 dit-il1 mes amis1 c'est un homme auquel on aurait lev des autels dans l'antiquit2 oui1 mes amis2 oui1 mes chers amis6 ,bonaparte est mon hros6 ,ce qui doit faire croire que ce sentiment chez ,david tait vrai1 c'est qu'il a t durable4 ,cependant1 ceux de ses lves les plus avancs en ge1 et qui n'avaient pas perdu le souvenir du pass1 ne purent s'empcher de sourire intrieurement1 et mme de pardonner bien des carts d'imagination un homme qui se passionnait ainsi pour un gnral rpublicain dont l'influence politique et les manires avaient1 dj cette poque1 quelque chose de si puissant et de si absolu4 ,ce portrait resta inachev2 et comme le temps et surtout la tte de ,bonaparte taient gros d'un avenir immense1 ce petit vnement n'eut de retentissement que dans l'cole du peintre ,david1 qui se remit bientt travailler son tableau des ,sabines4 ,durant les ftes qui furent donnes ,bonaparte pendant son sjour ,paris1 il n'y eut personne qui ne ft1 en le voyant1 l'observation qu'tienne avait faite en se trouvant avec lui dans l'atelier des ,horaces2 on fut gnralement frapp de la rserve extraordinaire d'un homme de cet ge et parvenu sitt un tel degr de gloire4 ,en effet1 tandis que la foule le regardait comme arriv1 lui se sentait seulement au point de dpart4 ,il est vrai qu'il ignorait absolument le but extrme qu'il dsirait atteindre2 mais1 peu curieux des honneurs qu'on lui prodiguait pour ce qu'il avait dj accompli1 son imagination active1 son ambition immense1 roulaient les projets les plus gigantesques4 ,dans le cours des cinq mois qui s'coulrent entre le jour o il apporta la paix signe ,paris1 jusqu' celui 7#a;er floral an ,,vi7 o il partit de ,toulon pour aller en gypte1 mille entreprises audacieuses et folles avaient occup cette tte1 que le peintre ,david trouvait1 non sans raison1 si profondment expressive et si belle4 ,avant que le gouvernement se dcidt entreprendre l'expdition d'gypte1 il avait t souvent question d'une descente en ,angleterre1 dont le hros d',arcole devait diriger les oprations4 ,mais s'il fut rellement tent de conqurir l'gypte1 ou si1 comme on l'assure1 le ,directoire1 fatigu de sa gloire et jaloux de sa popularit1 le nomma gnral en chef de l'expdition d',orient pour lui tendre un pige1 ses envieux le servirent aussi bien que la fortune2 car on avait peine appris le dbarquement des troupes franaises commandes par le gnral ,bonaparte ,alexandrie 7#ac messidor an ,,vi71 qu'un mois aprs1 le #i thermidor1 et pour clbrer l'anniversaire de la chute de ,robespierre1 on fut oblig de faire faire une entre triomphale dans ,paris tous les objets d'art recueillis et conquis en ,italie la suite des victoires de ,bonaparte1 dont le nom se mlait dsormais tout4 ,cette fte laquelle1 selon le got du temps1 on donna toutes les apparences d'une crmonie antique1 flatta singulirement l'amour-propre de la nation1 et fit retentir avec plus d'enthousiasme et de reconnaissance encore le nom du jeune ,bonaparte1 qui tait sur le point de faire son entre dans la ville du ,caire4 ,les objets d'art et de sciences1 livres1 manuscrits1 statues antiques et tableaux conquis par l'arme d',italie1 avaient t dbarqus ,charenton2 et pendant les dix jours qui prcdrent leur entre ,paris1 une foule de curieux remontaient la ,seine jusqu' ce village1 pour considrer1 sous toutes leurs faces1 les caisses renfermant les trsors dus l'pe de ,bonaparte4 ,obissant une inspiration gnreuse et pacifique1 le gouvernement du ,directoire avait saisi cette occasion d'ter la fte du #i thermidor le caractre politique et haineux qu'elle avait conserv jusque-l1 afin de ramener1 autant qu'il tait possible1 les coeurs franais la concorde par un sentiment commun1 l'orgueil national4 ,on rsolut donc de faire entrer triomphalement ,paris1 ce jour-l mme1 toutes les caisses renfermant les manuscrits1 les livres1 les statues et les tableaux provenant de la bibliothque et des muses du ,vatican4 ,ces caisses1 tires des bateaux sur lesquels elles avaient travers une partie de la ,france depuis ,marseille1 furent places sur d'normes chariots attels de chevaux richement harnachs4 ces richesses1 on en avait ajout d'autres pour coordonner ce prcieux convoi et lui imprimer un caractre encyclopdique1 ide qui dominait alors toutes les intelligences spculatives4 ,l'ensemble de ce long cortge tait divis en quatre sections4 ,en tte s'avanaient les caisses remplies de manuscrits et de livres2 puis celles o l'on avait rassembl les produits minraux les plus curieux de l',italie1 et entre autres les fossiles de ,vrone4 ,pour complter cette espce de muse d'histoire naturelle ambulant1 venaient1 portes sur des chars1 des cages de fer renfermant des lions1 des tigres et des panthres1 au-dessus desquelles se balanaient d'normes branches de palmier1 de caroubier et d'autres vgtaux exotiques rapports en ,france par les officiers de notre marine4 ,cette partie du cortge1 symbolique ainsi que les autres1 semblait indiquer que non-seulement aucune connaissance ne resterait dsormais trangre la ,france1 mais qu'elle devait s'approprier et acclimater chez elle les diverses productions du globe4 ,venait ensuite une longue file de chariots portant les tableaux encaisss1 sur lesquels on avait pris le soin d'indiquer les productions les plus clbres1 telles que la ,transfiguration de ,raphal1 le ,christ de ,titien1 etc41 etc41 et1 outre ces dsignations1 on avait ajout encore des vers en l'honneur des grands artistes et de l'arme franaise4 ,enfin1 sur des chars plus solides1 plus lourds1 suivaient les statues1 les groupes en marbre3 l',apollon du ,belvdre1 les ,neuf ,muses1 l',antinous1 trois ou quatre ,bacchus1 le ,laocoon1 le ,gladiateur1 et ce que la statuaire antique offrait alors de plus remarquable4 ,ces chars avec leurs charges prcieuses taient numrots et couverts en grande partie de branches de lauriers1 de bouquets1 de couronnes de fleurs et de drapeaux pris sur l'ennemi1 auxquels taient attaches des inscriptions franaises1 latines et grecques1 faisant allusion aux divinits et aux personnages reprsents en sculpture1 ou clbrant la gloire de l'arme et du gnral qui on devait ces prodigieuses richesses4 ,chacune de ces quatre divisions tait prcde de dtachements de cavalerie et d'infanterie avec tambours et musique en tte2 puis les membres de l',institut1 correspondant aux quatre divisions1 prs desquels se groupaient les savants et les artistes1 derrire lesquels marchaient encore les acteurs des thtres lyriques chantant des hymnes d'allgresse1 et clbrant les armes victorieuses de la ,france4 ,cet immense cortge1 parti du quai bordant le jardin des ,plantes1 accompagn pendant son long trajet par une foule qui croissait incessamment1 traversa tout ,paris pour dfiler au ,champ de ,mars devant les cinq membres du ,directoire1 placs prs de l'autel de la patrie1 et environns des ministres1 des grands fonctionnaires civils1 des gnraux1 de la garnison et d'un concours immense de curieux venus pour assister l'une des ftes publiques o certainement l'enthousiasme fut le plus vif et le plus sincre4 ,il fut grand surtout1 comme on peut le croire1 parmi les artistes et chez tous ceux qui1 regardant la ,france comme le centre d'o devait se rpandre une nouvelle science1 une nouvelle vie intellectuelle1 se flicitaient de voir arriver ,paris les chefs-d'oeuvre d'art de la ,grce et de l',italie4 ,un seul homme eut une ide contraire et le courage de l'exprimer3 ce fut ,david4 ,quelques jours aprs la fte au ,champ de ,mars1 o l'on avait promen en triomphe les soixante ou quatre-vingts chariots sur lesquels taient emballs les statues et les tableaux1 il manifesta ses lves runis l'atelier le regret qu'il prouvait de ce que ces objets d'arts avaient t enlevs l',italie4 ,comme il ne s'tait exprim ce sujet que d'une manire gnrale1 et sans motiver son opinion1 ses paroles1 rptes dans le public1 furent interprtes d'une manire dsavantageuse1 et les dtracteurs du grand artiste ne manqurent pas de dire qu'il ne tenait ce langage que par envie1 et dans la crainte qu'une comparaison immdiate ne ft reconnatre l'infriorit de ses propres ouvrages4 ,d'autres pensrent qu'une autre espce de jalousie lui inspirait ce sentiment1 et qu'il voyait avec peine que ces brillants trophes eussent t gagns sous le gouvernement du ,directoire plutt que sous celui de la ,convention4 tienne1 qui ,david commenait montrer une confiance particulire1 et qui n'avait pas t moins tonn que le public des regrets singuliers exprims par son matre1 rsolut de le questionner ce sujet4 ,sachez bien1 mon cher tienne1 lui dit-il1 que l'on n'aime pas naturellement les arts en ,france2 c'est un got factice4 ,soyez certain1 malgr le vif enthousiasme que l'on tmoigne ces jours-ci1 que les chefs-d'oeuvre apports d',italie ne seront bientt considrs que comme des richesses curieuses4 ,la place qu'occupe un ouvrage1 la distance que l'on parcourt pour l'aller admirer1 contribuent singulirement faire valoir leur mrite1 et les tableaux en particulier1 qui taient l'ornement des glises1 perdront une grande partie de leur charme et de leur effet quand ils ne seront plus la place pour laquelle ils ont t faits4 ,la vue de ces chefs-d'oeuvre formera peut-tre des savants1 des ,winkelmann1 mais des artistes1 non4 ,ce discours fut loin de porter la conviction dans l'esprit d'tienne1 qui1 pensant que ,david1 mcontent et dsabus depuis sa chute politique1 reportait en ce moment cette mauvaise disposition d'esprit jusque sur les questions relatives l'avenir des arts1 crut fermement que son matre se trompait4 ,mais l'exprience a parfaitement ralis ces craintes1 et le sjour des chefs-d'oeuvre antiques et modernes en ,france n'a pas form un seul artiste remarquable dans l'intervalle de #ahjj #ahae4 ,le rsultat immdiat de leur arrive ,paris a t la recrudescence de l'engouement inconcevable dont on tait dj pris pour la statuaire grecque4 ,on publia la traduction du ,laocoon de ,lessing2 tous les critiques recherchrent quelles ont t les causes de la perfection de la sculpture antique et quels seraient les moyens d'y atteindre#db2 en architecture1 les temples de l'gypte1 de la grande ,grce#dc et de la ,sicile furent les seuls modles que l'on voult consulter2 on ne feuilletait pas d'autre livre que les ,antiquits d',athnes1 publies par ,stuart2 on en vint mme promptement mettre la plus simple composition tire d'un vase trusque1 au-dessus des ouvrages nouvellement apports d',italie4 ,toutes ces exagrations1 professes et accrdites surtout par les penseurs et les primitifs1 que dirigeait ,maurice1 augmentrent prodigieusement et tout coup l'influence de cette secte4 ,toutes les coles tenues dans le ,louvre s'en ressentirent1 et celle de ,david la premire4 ,le matre lui-mme ne fut pas pargn3 les ,sabines1 mme avant d'tre acheves1 furent critiques avec amertume par les penseurs1 qui ne tardrent pas signaler cet ouvrage comme fort peu avanc par son style moderne4 ,c'est alors qu'eut lieu1 entre le matre et ceux de ses lves dits primitifs1 cette scission dont il a dj t parl4 ,david devint plus circonspect sur le choix de ceux qu'il laissait pntrer dans son atelier2 il remercia de ses soins ,pierre ,franque1 dont les opinions avaient t compltement modifies par celles de ,maurice1 et il acheva son tableau dans le silence et la solitude1 aid seulement par un de ses lves1 trs-habile praticien1 ,langlois4 ,aucune circonstance remarquable n'accompagna les derniers soins qu'il donna cet ouvrage si longtemps attendu par les artistes et le public1 et l'on ne s'en proccupa de nouveau que quand il fut offert au jugement du public4 ,un vnement artistique1 se rattachant la politique1 suspendit pour quelque temps la curiosit que l'ouvrage de ,david faisait natre4 ,la raction du parti royaliste contre la rvolution agissait sourdement1 mais avec force4 ,le nombre des migrs rentrs tait dj considrable1 et la plupart de ces amnistis avaient assez d'influence personnelle pour agir sur l'opinion publique4 ,dans le monde1 les migrs taient devenus l'objet d'un vif intrt1 qui1 ainsi qu'il arrive ordinairement ,paris1 dgnra bientt en mode4 ,un tableau qui figura l'exposition ouverte le #ah aot #agii dtermina cet engouement4 ,trois ans auparavant1 ,p4 ,gurin1 lve de ,regnault1 chef de l'une des coles rivales de celle de ,david1 avait remport le grand prix de peinture1 et le mrite de l'ouvrage couronn avait fait concevoir de hautes esprances du laurat4 ,en effet1 en #agii1 ,p4 ,gurin exposa la scne de ,marcus ,sextus revenant d'exil1 trouvant sa femme morte et sa fille plonge dans la douleur4 ,la pantomime de ce tableau est dramatique2 et1 bien que son excution manque de soudainet et d'nergie1 cet ouvrage fut accueilli par le public avec des applaudissements dont aucun succs obtenu depuis ne peut donner l'ide4 ,dans les malheurs de l'exil ,marcus ,sextus on vit ceux des migrs1 et toutes les classes de la socit sans exception suivirent l'impulsion donne1 et admirrent galement l'ouvrage et l'intention prsume du jeune artiste4 ,non-seulement le tableau fut constamment environn d'une foule immense pendant les trois mois d'exposition1 mais le peintre fut l'objet d'une suite d'ovations et de triomphes qui faillirent ruiner le peu de sant qu'il avait4 ,outre les invitations qui lui furent faites par l'ancienne aristocratie1 par les banquiers1 par les personnes la mode1 et mme par les fonctionnaires de l'tat1 tous les thtres lui offrirent ses entres gratuites1 et ,gurin ne paraissait jamais dans un de ces lieux publics sans tre couvert d'applaudissements son entre et pendant les entr'actes4 ,pour tre juste1 il faut ajouter la louange de cet homme plein de sens1 de modestie et de talent1 qu'il ne se mprit point sur la cause de ce succs extraordinaire1 et qu'il ne le considra que comme un engagement sacr qu'il avait pris avec le public de redoubler d'efforts pour justifier la bonne opinion que l'on avait de lui#dd4 ,naturellement les artistes qui n'aimaient point ,david et son cole ne virent pas sans plaisir surgir un peintre dont la gloire semblait devoir contre-balancer1 clipser mme celle du matre universellement admir jusque-l2 mais le succs de ,gurin ne porta aucune atteinte la rputation de ,david1 et quelques mois taient peine couls depuis l'apparition clatante du ,marcus ,sextus1 que le tableau des ,sabines1 expos dans une des salles du ,louvre 7nivse an ,,viii71 fit renatre plus vif que jamais l'intrt qu'il avait prcdemment excit4 ,le mode d'exposition adopt par ,david parut une innovation bien plus extraordinaire que l'ide de prsenter ses personnages nus4 ,l'artiste1 ayant entendu parler des exhibitions telles qu'elles se pratiquent en ,angleterre1 c'est--dire en faisant payer un prix d'entre la porte1 rsolut de faire l'essai de cette mthode en ,france4 ,il ne fallut rien moins que la grande clbrit dont jouissait ,david et la curiosit extrme que faisait natre son nouvel ouvrage1 pour que l'on se conformt un usage qui rpugne toutes les habitudes franaises4 ,bien que l'on se soumit ce mode d'exposition1 puisqu'il rapporta vingt mille francs1 on le blma gnralement1 et depuis1 aucun artiste n'a os y recourir de nouveau4 ,voici les motifs qui avaient engag ,david courir cette chance3 depuis le tableau des ,horaces et celui de ,brutus1 pays trois mille francs chacun1 et si l'on excepte quelques portraits1 l'artiste n'avait tir aucun profit de son pinceau#de4 ,le temps de l'orage rvolutionnaire avait donc t dsastreux pour sa fortune et mme pour celle de sa femme1 qui avait reu ses revenus en assignats4 ,on peut donc dire qu'il avait raison de profiter de sa grande clbrit de peintre qui ne lui avait gure rapport jusque-l que des louanges4 ,en outre1 ,david savait1 par exprience1 qu' cette poque tous ses confrres1 ne trouvaient aucune occasion de se faire payer de leurs travaux2 et il pensait qu'en prenant sous sa responsabilit l'essai si peu populaire de faire payer pour montrer son ouvrage1 il assurait1 en cas de russite1 une ressource nouvelle aux peintres qui suivraient son exemple4 ,le got des ouvrages antiques1 des recherches sur les moeurs des ,grecs et enfin la vue des statues apportes d',italie1 avaient tellement prpar les esprits aux diffrences qui existent entre les habitudes des anciens et celles des nations modernes1 que les nudits du tableau des ,sabines1 beaucoup plus choquantes qu'elles ne le sont aujourd'hui1 ne produisirent pas un trs-grand effet4 ,les chevaux sans bride contrarirent bien les ides de la plupart des spectateurs1 mais ils s'accordrent pour admirer le ,tatius1 le gnral de la cavalerie remettant son pe dans le fourreau1 et l'homme mort renvers terre4 ,la femme brune aux grands cheveux1 qui rappelle ,mme de ,bellegarde1 celle qui montre son fils et le groupe des enfants1 fixrent vivement aussi l'attention du public4 ,quant au ,romulus1 que l'on trouva roide et froid1 il ne fut remarqu que par les artistes1 ainsi que les deux cuyers des principaux personnages4 ,c'tait cependant sur ces figures et sur l',hersilie que l'artiste avait cherch donner l'empreinte la plus forte et la plus pure du got qu'il avait puis dans les ouvrages de l'antiquit4 ,en effet1 les artistes lui surent gr des efforts qu'il avait tents dans cette partie de son ouvrage1 mais la masse du public montra sa prfrence pour tout ce qui y est imit plus simplement et dont l'expression est plus dramatique4 l'exception du ,socrate1 tous les tableaux de ,david avaient t critiqus sous le rapport de la composition1 celle des ,sabines le fut plus encore que les prcdentes4 ,la plupart de ceux qui venaient voir ce dernier tableau s'attendaient y trouver l'enlvement des ,sabines1 ce qui nuisit singulirement l'intelligence de la scne que ,david a choisie1 o les ,sabines1 devenues mres1 prsentent leurs enfants aux soldats de ,romulus et de ,tatius1 pour arrter le diffrend qui s'est lev entre ces deux chefs et leurs nations4 ,la partie dramatique des ,sabines1 assez vague effectivement1 produisit donc peu d'effet1 et ce fut le naturel souvent exquis avec lequel plusieurs personnages sont rendus qui fixrent l'attention et ravirent tous les suffrages4 ,les critiques ne furent point pargnes ,david par ceux des artistes qui1 en raison de leur ge1 de leurs opinions politiques et de leur attachement l'institution et aux doctrines de l'ancienne ,acadmie1 dtruite par la rvolution1 blmaient de bonne foi ce nouveau mode de l'art de la peinture4 ,ils n'taient pas fchs de se venger d'un homme dont ils avaient justement se plaindre1 et qui avait ruin l'institution qui leur avait donn du lustre dans le monde4 ,ils critiqurent donc avec assez de succs la composition des ,sabines1 la partie la plus vulnrable en effet de l'ouvrage4 ,tout en rendant justice la supriorit avec laquelle le nu y est rendu1 ils insistrent sur ce que ce dfaut de costume avait d'invraisemblable1 et combien il choquait la fois les habitudes reues et surtout la morale4 ,les chevaux conduits sans bride furent l'objet de plaisanteries interminables1 et en effet la certitude que l'on a aujourd'hui de l'usage qu'avaient les ,grecs1 d'ajouter ces accessoires en bronze leurs statues et leurs bas-reliefs en marbre1 justifie ces critiques4 ,ces divers reproches1 trs-vivement exprims1 ne s'tendirent gure cependant au del des limites du ,louvre1 o demeuraient alors presque tous les artistes4 ,et bien qu'ils trouvassent quelques chos dans le monde1 le tableau des ,sabines obtint1 ds son apparition1 un succs qui s'est affermi d'anne en anne1 et qu'aprs cinquante-quatre ans personne ne conteste aujourd'hui4 ,ce magnifique ouvrage1 exceptionnel comme les vnements1 comme les gots qui dominrent en ,france pendant les cinq ou six annes que ,david employa l'achever1 eut pour effet d'introduire dans les coles l'tude presque exclusive du nu1 et de faire prendre l'architecture1 la sculpture1 la littrature thtrale et mme aux arts de l'industrie1 un caractre de svrit que l'on ne tarda pas porter jusqu' l'excs4 ,,viii4 ,,le ,,tableau ,,des ,,thermopyles4 #ahjj-ahab4 ,l'emploi systmatique du nu en sculpture et en peinture est un accident trop grave dans l'histoire de l'art pour que l'on passe lgrement sur ce fait4 ,on regarde ordinairement la reprsentation du nu comme une prtention pdantesque des artistes1 et plus souvent encore comme le rsultat d'un libertinage d'imagination4 ,sans doute1 ces motifs ont dtermin plus d'une fois des artistes ordinaires2 mais ce serait une grave erreur que de croire que ,phidias1 ,michel-,ange et ,david lui-mme1 qui1 en reproduisant le nu1 se sont efforcs d'lever l'art sa plus haute puissance1 n'auraient eu d'autre ide que de faire parade de leur science1 ou d'exciter les passions les plus grossires4 ,ce besoin si imprieux1 si constant1 qu'ont prouv les grands artistes de tous les temps de reprsenter l'homme dgag des vtements que la varit des climats et des usages lui impose1 tire son origine de cet instinct qui nous pousse tudier1 connatre l'homme1 dmler1 au milieu de toutes les cratures infrieures qui l'entourent1 quelles sont sa nature propre et sa destine vritable4 ,que l'on remonte jusqu' l'poque o ,socrate1 ,platon et ,aristote rvlaient ce qu'il y a de puissant dans l'me et l'intelligence de l'homme pour arriver la connaissance de la vrit et de la justice1 et l'on verra que1 dans ce temps1 ,phidias et les artistes ses contemporains1 tudiant de leur ct l'homme extrieur1 employaient toute la sagacit de leur esprit et la dlicatesse de leur got dcouvrir et fixer les proportions les plus harmonieuses des formes humaines4 ,c'est qu'en effet1 s'il n'y a pas de vritable civilisation tant que les lois de la justice restent inconnues1 il est galement vrai qu'il n'y a point d'art tant qu'on ne s'est pas appliqu la recherche des proportions qui constituent le beau visible4 ,c'tait sous l'influence et le charme de cette ide que se trouvait ,david lorsque1 aprs avoir termin les ,sabines1 il conut le projet de traiter le sujet de ,lonidas aux ,thermopyles4 ,alors1 comme on l'a dj dit1 les publications d'ouvrages sur l'art et les monuments de l'antiquit se succdaient avec rapidit2 les efforts de la critique savante tendaient tous en faire ressortir l'excellence et ceux des jeunes lves de ,david1 les penseurs1 sur qui ces opinions produisaient le plus d'effet1 ne craignaient point d'accuser leur matre de ne pas oser porter une rforme complte dans l'art de la peinture4 ,david ne resta pas tout fait indiffrent ce reproche1 et ce fut alors qu'il rsolut de traiter le sujet de ,lonidas1 en se conformant aussi rigoureusement qu'il lui serait possible aux principes de l'art grec3 non-seulement il persista dans l'ide de peindre les personnages principaux nus1 mais il voulut encore changer son systme de composition4 ,ceux qui ont frquent ,david ont pu seuls savoir quel point cet homme aimait son art1 en tait proccup et cherchait sincrement s'y perfectionner4 ,jusqu' ses derniers moments1 il n'a cess de rpter ceux de ses lves qui avaient sa confiance qu'il cherchait la vritable voie2 qu'il croyait bien n'en pas tre trs-loign2 mais qu'il sentait cependant qu'il ne l'avait pas encore trouve4 ,les pas que j'ai faits1 ajoutait-il1 me seront peut-tre compts comme des efforts dignes de louange2 mais il faudrait que quelqu'un prt aprs le fardeau o je le laisserai1 et le portt sa vritable destination444 ,j'entrevois la route de loin6444 mais je n'y suis pas1 et je n'aurai pas le temps d'y arriver4 ,david possdait plusieurs des plus rares qualits qui constituent rellement un peintre2 il avait un sentiment vrai et fort du naturel dans le mouvement et dans les formes1 et la direction de son esprit l'entranait vers les choses leves4 ,il tait rest compltement tranger l'ironie1 si commune de son temps1 et plus d'une fois1 en parlant des peintures sacres des matres antrieurs ,raphal1 il lui est arriv de reconnatre que ces premiers artistes devaient aux sujets qu'ils ont traits une bonne partie de la grandeur et de la majest qu'ils ont imprime leurs ouvrages4 ,pendant qu'il mditait sur son sujet de ,lonidas1 et que1 livr tout entier l'tude des principes de l'art grec1 il nourrissait son esprit et ses yeux de ce que la statuaire antique nous a laiss de plus svre et de plus beau1 frapp en mme temps1 des beauts analogues qu'il croyait reconnatre dans les vieux matres modernes1 tels que ,giotto1 ,fra-,angelico da ,fiesole1 et surtout ,prugin1 ,david s'inspirait tour tour des compositions fameuses de ces deux poques4 ,ces tudes comparatives exercrent une grande influence sur la rforme qu'il s'effora d'apporter dans la composition de son nouvel ouvrage1 le ,lonidas4 ,dj1 dans ses ,sabines1 il s'tait appuy de l'autorit des anciens pour dgager1 isoler mme1 chacune de ses figures principales1 au lieu de les entasser1 selon l'usage acadmique1 afin de former des groupes compacts1 et de produire plus facilement de grands effets de lumire et d'ombre4 ,entran par les ides nouvelles que lui avait suggres la vue de quelques peintures d',herculanum et de ,pompi1 par les descriptions de ,pausanias#df l'occasion des tableaux que ,polygnote excuta dans le ,poecile ,athnes1 ainsi que par les compositions sur un seul plan de ,prugin et de quelques-uns de ses prdcesseurs1 ,david conut la pense1 pour ramener l'art de la composition cette simplicit antique1 d'intresser le spectateur1 non pas comme l'ont fait les peintres depuis le ,x,v,i,ie sicle1 en sacrifiant tout l'effet dramatique1 mais1 au contraire1 en fixant l'attention successivement sur chaque personnage par la perfection avec laquelle il serait trait4 ,quelque trange que puisse paratre ce systme de composition certains esprits qui ne se hasardent pas volontiers dans le domaine des ides trangres leur sicle1 il faut bien l'admettre1 sinon comme parfait1 au moins comme ayant t adopt et suivi aux diffrentes poques o les arts1 ayant toute leur importance1 taient traits par les gnies rputs les plus forts et les plus levs4 ,ainsi1 sans parler des tableaux de ,polygnote1 dont la description ne nous donne qu'une ide vague1 la plupart des compositions de ,giotto1 de ,signorelli1 de ,fra-,angelico et de ,prugin sont disposes d'aprs ce systme4 ,bien plus1 la ,dispute du ,saint-,sacrement1 l'cole d',athnes1 la ,vierge aux poissons1 la ,vierge de ,foligno1 la ,sainte ,ccile1 de l'immortel ,raphal1 sont des chefs-d'oeuvre1 non pas parce qu'ils prsentent une scne bien dramatiquement enchane1 mais seulement parce que chaque personnage1 plac presque isolment et se rattachant aux autres plutt par une pense que par une attitude et une expression1 soumet peu peu les yeux et l'me1 au lieu de s'attaquer aux passions4 ,comme tous les grands artistes1 ,david avait donc le dsir instinctif de diriger les effets de son art de manire obtenir beaucoup de simplicit et une grande lvation2 et si le conflit des ides contraires qui se combattaient son poque1 si l'tat de la civilisation de son temps1 ne permirent pas que l'on appliqut l'exercice des arts en #ahjj un systme qui s'tait affaibli mme sous le gnie de ,raphal1 et dont la fondation remontait vingt-deux sicles1 il faut au moins savoir gr l'auteur des ,sabines d'avoir eu le courage de remettre ces antiques ides en honneur1 et d'avoir donn des preuves d'un talent assez vigoureux pour communiquer une existence pendant trente ans des doctrines qui taient restes sans application depuis ,prugin et ,raphal4 ,ces esprances de rforme se prsentaient alors plus vives que jamais l'imagination de ,david4 ,rarement il venait corriger ses lves sans qu'il leur parlt de sa nouvelle composition1 des diffrentes ides qui s'taient offertes son esprit1 et de la svrit de style qu'il comptait mettre dans l'excution de ce dernier ouvrage4 ,ce fut cette poque que1 voulant exciter ses lves s'exercer eux-mmes la composition1 il institua dans son cole un concours mensuel4 ,on choisissait cinq ou six sujets tirs de l'histoire grecque1 on les inscrivait sur de petits papiers que l'on jetait dans un chapeau et celui que l'on en tirait au hasard devenait le programme suivre4 ,enfin1 les dix ou douze sous que chaque concurrent remettait au brave caissier ,grandin taient employs acheter un livre ou une gravure1 prix destin au vainqueur4 ,cet usage dura peu4 ,outre la facilit de composer1 comme il fallait encore possder le talent de faire lestement des croquis1 pour prsenter des esquisses passables1 il se trouva que deux ou trois lves seulement remplissant peu prs ces conditions1 le reste refusa bientt de se prsenter ce concours4 ,vermay et tienne ayant successivement remport les prix1 leurs camarades1 aprs les avoir proclams deux fois vainqueurs leurs dpens1 leur laissrent le champ libre4 ,mais tienne1 qui dj avait reu de nombreuses marques de confiance de son matre1 obtint encore de lui une distinction flatteuse1 l'occasion d'une composition qui avait valu cet lve la premire place au concours4 ,le sujet tait ,cimon l',athnien faisant embarquer les femmes et les enfants pour les soustraire aux horreurs d'un sige4 ,non-seulement ,david1 aprs le jugement1 donna des loges son disciple1 mais il lui demanda en souriant la permission de garder l'esquisse dans ses cartons4 ,david peintre1 on ne saurait trop le rpter1 tait d'une bonhomie1 d'une sincrit presque enfantine4 ,toutes les fois qu'il croyait trouver une occasion d'purer son art1 de perfectionner quelque partie de son talent1 il faisait le sacrifice de son amour-propre avec une abngation complte4 ,entre autres choses qui ne lui taient pas familires1 il ignorait les lois de la perspective1 et il lui tait impossible de faire la moindre indication1 le plus simple croquis d'une figure1 sans modle4 ,constamment il en faisait l'aveu ses lves1 en leur recommandant de ne pas tomber dans la mme faute que lui4 ,aussi les forait-il en quelque sorte d'apprendre la perspective1 et leur enjoignait-il de porter toujours sur eux un petit carnet pour y tracer1 au moyen de quelques lignes1 les scnes1 les mouvements et les physionomies qui pourraient attirer leur attention dans les lieux publics4 ,david louait quelquefois ces talents accessoires chez ses lves1 il les admirait mme1 tant il regrettait de ne pas les possder4 tienne eut une occasion de reconnatre l'admirable modestie et l'envie constante de bien faire qui distinguaient ce grand artiste de tous les peintres de son temps4 ,mon ami1 lui dit-il un jour1 lorsqu'il commena tablir sa scne des ,thermopyles1 il faut que vous me rendiez un service3 ce serait1 en vous servant du plan topographique du ,passage des ,thermopyles que voil1 d'en tracer une vue perspective4 ,vous tes peintre1 vous composez assez bien pour connatre les convenances de notre art2 ainsi1 rendez-moi ce service1 car je n'ose m'en fier un ingnieur ou un dmonstrateur de perspective1 qui me ferait de la science1 ce qui n'est pas mon affaire4 ,il faut savoir ce qu'un lve prouve de respect et d'admiration devant un matre justement clbre1 pour se figurer l'ardeur qu'tienne mit rsoudre le problme qui lui fut propos4 ,des vingt essais qu'il fit1 il en acheva trois qu'il porta son matre1 en lui faisant observer sur le plan les trois points de vue diffrents d'o les aspects avaient t pris4 ,david examina attentivement les trois dessins1 puis dit tienne3 ,merci2 voil mon terrain2 prsent il faut que je me dispose livrer ma bataille4 ,quelques jours aprs1 pendant l'inspection des tudes des lves1 il dit en plein atelier3 ,je travaille mes ,thermopyles1 mes amis2 je commence disposer l'ensemble de ma composition1 mais il faut que vous m'aidiez4 ,comme chacun lui lanait des regards interrogatifs pour savoir au juste ce qu'il voulait dire3 ,oui1 ajouta-t-il1 il faut que vous m'aidiez4 ,il y a longtemps que vous n'avez concouru entre vous pour la composition2 je veux que vous repreniez cet exercice1 et je vais vous proposer l'instant mme un sujet3 ,lonidas au passage des ,thermopyles444 ,vous riez8444 ,mais je vous parle trs-srieusement4 ,faites vos efforts pour trouver quelques bons groupes1 quelques figures heureuses d'intention1 et je promets d'avance celui qui cela arrivera de le rcompenser en employant tous mes soins et tout ce qui m'a t dparti de talent1 pour raliser son ide sur ma toile4 ,allons tienne1 dit-il en s'adressant cet lve1 ,lonidas et les ,spartiates prs de livrer combat aux ,thermopyles1 voil un beau sujet6444 ,il se tut pendant quelques instants1 puis3 ,je vois1 ajouta-t-il1 que vous tes des poltrons1 vous laissez l votre matre4 ,le sujet avait sduit tienne1 qui d'ailleurs sentit son amour-propre aiguillonn par la promesse qu'avait faite le matre1 d'excuter dans son tableau une ide heureuse que pourraient lui fournir ses lves4 ,dans l'espace d'une semaine1 tienne composa1 mit au trait et acheva une esquisse sur le sujet donn#dg4 ,d'abord il n'osa la prsenter son matre1 mais encourag par les loges de quelques-uns de ses camarades1 entre autres par ceux de ,lullin1 dans lequel il avait toute confiance1 il se dcida montrer son dessin ,david4 ,rien ne saurait mieux faire apprcier les intentions sincres avec lesquelles cet artiste se rendait compte de son art lui-mme1 et dictait ses conseils ses lves1 que la manire dont il reut l'esquisse qu'tienne lui prsenta4 ,c'est vraiment bien1 lui dit-il1 c'est un sujet si difficile6 vous le savez maintenant4 ,voil plusieurs groupes trs-bons1 bien penss1 bien invents1 et de plus1 bien dans le caractre du sujet444 ,oh6 oh6 il y a l quelques figures1 un groupe mme1 dont je m'arrangerai bien4 ,voulez-vous me les confier8 dit ,david en souriant1 je vous promets de les soigner4 ,la joie d'tienne tait extrme4 ,vous avez choisi1 ajouta le matre aprs quelques minutes d'attention et de silence1 un autre instant que celui que je me propose de rendre4 ,votre ,lonidas donne le signal pour prendre les armes et marcher au combat1 et tous vos ,spartiates rpondent son appel4 ,moi1 je veux donner cette scne quelque chose de plus grave1 de plus rflchi1 de plus religieux4 ,je veux peindre un gnral et ses soldais se prparant au combat comme de vritables ,lacdmoniens1 sachant bien qu'ils n'en chapperont pas2 les uns absolument calmes1 les autres tressant des fleurs pour assister au banquet qu'ils vont faire chez ,pluton4 ,je ne veux ni mouvement ni expression passionns1 except sur les figures qui accompagneront le personnage inscrivant sur le rocher3 ,passant1 va dire ,sparte que ses enfants sont morts pour elle4 ,figurez-vous1 mon cher tienne1 que dans ce tableau1 je veux caractriser ce sentiment profond1 grand et religieux qu'inspire l'amour de la patrie4 ,par consquent1 je dois en bannir toutes les passions qui non-seulement y sont trangres1 mais qui en altreraient encore la saintet4 ,votre ,lonidas n'est pas le mien1 ajouta-t-il en dsignant les figures sur l'esquisse1 vous l'avez fait anim et dcid en venir aux mains2 le mien sera calme1 il pensera avec une joie douce la mort glorieuse qui l'attend ainsi que ses compagnons d'armes4 ,vous devez comprendre prsent1 mon ami1 le sens dans lequel sera dirige l'excution de mon tableau4 ,je veux essayer de mettre de ct ces mouvements1 ces expressions de thtre1 auxquels les modernes ont donn le titre de peinture d'expression4 l'imitation des artistes de l'antiquit1 qui ne manquaient jamais de choisir l'instant avant ou aprs la grande crise d'un sujet1 je ferai ,lonidas et ses soldats calmes et se promettant l'immortalit avant le combat4 ,rappelez-vous cette pierre grave antique reprsentant ,ajax en dmence2 on ne le voit pas l'instant o1 hors de lui-mme1 il gorge les troupeaux en croyant immoler les ,grecs3 l'artiste l'a montr dans un moment o1 reprenant passagrement l'usage de la raison1 accabl de fatigue et honteux de lui-mme1 il rflchit tristement1 prs d'un autel1 au milieu des bestiaux qu'il a abattus4 ,et cet autre came que vous connaissez bien aussi1 o l'on voit ,achille pleurant sur le corps de ,penthsile1 que ce hros vient de tuer dans un combat8 ,quelle belle ide666 ,achille combattant une amazone1 une femme1 n'tait qu'une scne et une pense vulgaires2 mais ,achille1 aprs l'emportement du combat1 s'apitoyant sur le sort et la beaut de la guerrire qu'il vient de renverser1 c'est une ide grande1 morale1 et qui1 de plus1 s'adapte d'une manire merveilleuse aux convenances dlicates de l'art444 ,mais j'aurai bien de la peine1 ajouta ,david1 faire adopter de semblables ides dans notre temps4 ,on aime les coups de thtre1 et quand on ne peint pas les passions violentes1 quand on ne pousse pas l'expression en peinture jusqu' la grimace1 on risque de n'tre ni compris ni got4 tienne coutait toujours en silence2 ,david examina de nouveau la composition de son lve3 ,il y a vraiment de trs-bonnes ides1 reprit-il en dsignant quelques figures2 mais1 mon cher tienne1 il faut que je vous dise le secret de notre mtier4 ,pour un peintre1 une ide n'est qu'une intention1 un projet vague1 tant qu'au moyen d'une excution sre et savante1 l'artiste n'a pu lui donner un corps et la rendre la fois comprhensible et sensible4 ,il y a des gens qui ont des ides on ne peut plus heureuses1 mais il leur est impossible de les rendre2 c'est videmment comme s'ils n'en avaient pas4 ,aussi1 malgr l'opinion des gens d'esprit1 est-il certain qu'un peintre comme ,mazaccio1 par exemple1 qui n'a gure fait autre chose que d'excellentes tudes peintes ou des portraits1 tait rellement un plus grand peintre1 un plus grand artiste1 qu'une foule de compositeurs la toise1 comme ,vasari et d'autres4 ,je prendrai donc quelques ides dans votre composition1 mon cher ami4 ,si je les rends mal1 elles vous resteront2 si je les rends bien1 elles m'appartiendront4 ,au surplus1 les ides que je vous prends ne sont peut-tre pas les meilleures que renferme votre esquisse2 ce sont celles qui me conviennent le mieux relativement au but que je me propose1 et si1 comme je l'espre et je le dsire1 vous parvenez un jour bien possder tous les moyens pratiques de votre art1 je vous laisse encore dans votre esquisse vingt ides dont deux ou trois seulement1 bien rendues1 feraient de vous un grand peintre4 ,les ,grecs1 continuait ,david1 qui certes n'taient pas cela prs des ides1 comme on l'entend de nos jours1 les ,grecs et leurs artistes en particulier taient bien pntrs de cette vrit1 qu'une ide ne vaut rellement que par la perfection avec laquelle on la rend et on l'emploie4 ,repassez dans votre esprit1 mon cher tienne1 les types des principales statues de l'antiquit1 et vous verrez que le nombre en est assez restreint4 ,cependant1 tous les artistes grecs se conformant ces mmes types1 ces mmes ides1 ne se sont pas distingus en en inventant de nouveaux1 mais en y apportant toujours des modifications1 des perfections1 qui rajeunissaient et compltaient le type primitif1 l'ide premire4 ,avoir de l'imagination ne consiste pas seulement trouver une ide1 car cette facult n'agit pas avec moins de force lorsque l'on cherche des ressources pour la rendre1 pour la faire valoir et lui donner cours dans l'esprit de nos semblables4 ,ainsi1 mon cher tienne1 ne ngligez pas la pratique de votre art1 c'est le seul moyen de rendre vos ides profitables4 ,tel tait le cercle de penses dans lequel l'esprit de ,david s'agitait en composant son tableau de ,lonidas4 ,lorsqu'il eut pos les fondements de ce nouveau travail1 il vint encore rclamer l'assistance de ses lves pour l'aider en tracer l'esquisse4 ,l'exercice de la natation tait fort la mode alors ,paris1 et parmi les lves de ,david1 il y en avait plusieurs qui s'y distinguaient4 ,ce got assez gnral se liait avec celui que les ftes publiques et l'amour de l'antiquit avaient inspir pour tous les exercices gymnastiques et athltiques4 ,la plupart des jeunes gens qui frquentaient les bains publics1 ou faisaient des parties de natation sur la ,seine1 entre les ponts de ,paris1 taient tout aussi connus par l'lgance de leur stature et l'agilit de leurs mouvements que par les traits de leur visage4 ,les lves des coles de peinture se distinguaient entre tous1 et dans l'atelier de ,david on comptait plusieurs jeunes gens remarquablement beaux et agiles4 ,david profita tout la fois de cet avantage et de leur complaisance pour tracer1 d'aprs une douzaine d'entre eux1 le groupe du tableau des ,thermopyles1 qui se compose des divers personnages peignant leurs cheveux1 agrafant leur chaussure1 ou prsentant des couronnes de fleurs prs de celui qui crit sur le rocher4 ,ce croquis remarquable1 trac l'atelier mme des lves1 devint le point de dpart de l'ensemble de la composition4 ,car longtemps ,david resta indcis au sujet de l'attitude de ,lonidas1 qu'il n'arrta dfinitivement qu'en s'inspirant d'une figure peu prs pose de la mme manire1 grave sur une pierre antique4 ,lorsqu'il commena l'excution de cet ouvrage1 il prit pour l'aider dans ce travail ,langlois1 l'un de ses lves1 qui alors tait devenu dessinateur et praticien fort habile4 ,en cette occasion1 ,david redoubla d'efforts pour purifier encore son dessin et son style1 et il tait parvenu baucher presque entirement son tableau1 lorsque des vnements politiques de la plus haute importance en suspendirent l'excution4 ,bonaparte avait quitt l'gypte1 et aprs le #ah brumaire 7#agih7 an ,,viii1 s'tait empar des rnes du gouvernement4 ,il tait premier consul de la rpublique franaise4 ,david ne tarda pas faire acte de soumission entre les mains du nouveau chef de l'tat4 ,cependant1 pour ne laisser ignorer aucune des oscillations qui agitaient continuellement l'esprit de cet artiste1 il faut dire que dans la solitude de son atelier1 et l'imagination chauffe par le dvouement des trois cents ,spartiates dont il retraait l'histoire1 ses vieilles ides rpublicaines reprenaient souvent le dessus4 ,je veux au moins1 disait-il quand il tait content de son ouvrage1 montrer mon patriotisme sur la toile4 ,c'tait peu prs la disposition d'esprit o il se trouvait1 lorsque la rvolution du #ah brumaire s'accomplit4 ,ce fut prcisment tienne qui vint lui raconter comment les choses s'taient passes ,saint-,cloud1 la fuite des deux conseils et la russite du nouveau ,csar4 ,allons1 dit ,david1 j'avais toujours bien pens que nous n'tions pas assez vertueux pour tre rpublicains444 ,causa444 diis placuit444 ,comment donc est la fin1 tienne8--,victrix causa diis placuit sed victa ,catoni4--,c'est a mme1 mon bon ami4 ,sed victa ,catoni1 rpta-t-il plusieurs fois1 en lchant chaque reprise une bouffe de fume de sa pipe1 qu'il tenait en ce moment4 ,soit par admiration sincre pour le mrite de ,david1 soit par un instinct prophtique qui lui faisait deviner l'emploi qu'il pourrait faire des talents de cet artiste1 ,bonaparte lui tmoigna toujours de la bienveillance4 ,on n'a pas oubli l'asile qu'il lui offrit son arme1 lors des troubles qui prcdrent la journe du #ah fructidor2 le peintre des ,horaces fut galement un des personnages clbres qu'il attira prs de lui ds les premiers jours du consulat4 ,c'tait ordinairement l'heure de son djeuner que le premier consul entretenait ,david4 ,lorsqu'on organisa les autorits nationales d'aprs la nouvelle constitution1 ,bonaparte dit un jour l'artiste3 qu'il avait mieux aim le laisser ses pinceaux que de lui donner une place4--,je n'en ai point de regret1 rpondit ,david1 le temps et les vnements m'ont appris que ma place est dans mon atelier4 ,j'ai toujours un grand amour pour mon art1 je m'en occupe avec passion1 je veux m'y livrer exclusivement4 ,d'ailleurs1 les places passent1 et j'espre que mes ouvrages resteront4 ,le pouvoir du premier consul tait trop loin d'tre tel que ,bonaparte le convoitait1 pour que cet homme donnt encore beaucoup de temps des projets dont il ne devait s'occuper qu'un peu plus tard4 ,sa popularit et sa puissance ayant t bientt affermies par la victoire de ,marengo1 son retour ,paris1 il pensa1 srieusement cette fois1 faire faire son portrait par ,david4 ,il fit venir le peintre et l'entretint en prsence du ministre de l'intrieur1 ,lucien ,bonaparte1 son frre4 ,que faites-vous en ce moment8 lui demanda le premier consul4 --,je travaille au tableau du ,passage des ,thermopyles4 --,tant pis2 vous avez tort1 ,david1 de vous fatiguer peindre des vaincus4 --,mais1 citoyen consul1 ces vaincus sont autant de hros qui meurent pour la patrie1 et1 malgr leur dfaite1 ils ont repouss pendant plus de cent ans les ,perses de la ,grce4 --,n'importe1 le seul nom de ,lonidas est venu jusqu' nous4 ,tout le reste est perdu pour l'histoire4 --,tout1 interrompit ,david444 except cette noble rsistance une arme innombrable4 ,tout6444 except leur dvouement1 auquel leur nom ne saurait ajouter4 ,tout6444 except les usages1 les moeurs austres des ,lacdmoniens1 dont il est utile de rappeler le souvenir des soldats4 ,ce fut la suite de cet entretien que le premier consul manifesta ,david le dsir qu'il peignt son portrait4 ,le peintre attendait depuis longtemps l'occasion de s'occuper de cet ouvrage2 il accepta avec empressement1 tmoigna l'intention de commencer aussitt1 et pria le premier consul de lui indiquer le jour o il viendrait poser4 ,poser8 dit ,bonaparte qui avait dj laiss voir auparavant combien ce genre de contrainte lui tait dsagrable1 quoi bon8 ,croyez-vous que les grands hommes de l'antiquit dont nous avons les images aient pos8 --,mais je vous peins pour votre sicle1 pour des hommes qui vous ont vu1 qui vous connaissent2 ils voudront vous trouver ressemblant4 --,ressemblant8 ce n'est pas l'exactitude des traits1 un petit pois sur le nez1 qui font la ressemblance4 ,c'est le caractre de la physionomie1 ce qui l'anime1 qu'il faut peindre4 --,l'un n'empche pas l'autre4 --,certainement ,alexandre n'a jamais pos devant ,apelles4 ,personne ne s'informe si les portraits des grands hommes sont ressemblants4 ,il suffit que leur gnie y vive4 --,vous m'apprenez l'art de peindre1 dit ,david1 aprs cette observation4 --,vous plaisantez2 comment8 --,oui1 je n'avais pas encore envisag la peinture sous ce rapport4 ,vous avez raison1 citoyen premier consul2 eh bien6 vous ne poserez pas4 ,laissez-moi faire1 je vous peindrai sans cela4 ,david sortit du cabinet de ,bonaparte avec ,lucien son frre1 qui revint sur le tableau du ,passage des ,thermopyles et dit enfin l'artiste3 ,voyez-vous1 mon cher1 il n'aime que les sujets nationaux1 parce qu'il s'y trouve pour quelque chose4 ,c'est son faible2 il n'est pas fch que l'on parle de lui4 ,plusieurs fois ,bonaparte avait trouv l'occasion1 en s'entretenant avec ,david1 de lui dire que s'il le peignait1 il voudrait tre reprsent calme sur un cheval fougueux4 ,le peintre combina cette ide avec le passage des ,alpes par ,bonaparte1 et arrta la composition du portrait questre de ce clbre personnage4 ,quoiqu'il y et une gravit habituelle dans les ides de ,david1 son imagination mobile lui faisait changer assez brusquement de rsolution4 ,on sait quel point il tait proccup de la composition et de l'excution de son ,lonidas1 tableau qui lui tenait au coeur1 non-seulement comme ouvrage d'art1 mais aussi comme expression des sentiments patriotiques et rpublicains qu'il ne voulait plus exprimer qu'avec son pinceau2 et cependant quelques rflexions hasardes par le premier consul1 l'envie de peindre le moderne ,annibal traversant les ,alpes1 lui firent abandonner1 au moins pour longtemps1 ,lonidas et ses compagnons4 ,en jetant un coup d'oeil sur les variations de ,david1 si rigide rpublicain en thorie1 et toujours allant au-devant du pouvoir1 quelque absolu qu'il ft1 il semble que cet homme ait rassembl en lui toutes les oppositions d'ides qui caractrisent les ,franais1 rpublicains d'opinion et monarchiques par les moeurs1 comme les a si spirituellement dfinis ,chateaubriand4 tienne se trouva dans l'atelier o ,david avait commenc le ,lonidas1 lorsque l'artiste1 cdant aux observations du vainqueur de ,marengo sur les illustres vaincus des ,thermopyles1 interrompit brusquement son travail commenc pour entreprendre le portrait du hros du jour4 ,plusieurs lves furent employs faire le drangement et l'arrangement des toiles2 celle des ,thermopyles fut relgue dans un enfoncement1 bientt le bruit des marteaux se fit entendre1 puis tout fut mis en mouvement pour monter le chssis et la toile sur laquelle ,david portait dj les yeux avec impatience1 pour y tracer la nouvelle composition qui le proccupait4 ,bonaparte avait totalement subjugu ,david4 ,vers cette mme poque1 lorsque le premier consul organisait le nouveau gouvernement1 il fit venir le peintre pour le consulter sur le costume que porteraient les grands fonctionnaires de l'tat4 ,david1 toujours enclin l'imitation des anciens1 imagina d'abord et fit mme les dessins d'un habillement dont la forme et la coupe se rapprochaient de celles de l'uniforme des lves de l'cole de ,mars4 ,mais ce projet n'eut pas plus de succs auprs de ,bonaparte que la composition des ,thermopyles2 et quelques jours aprs avoir reu les dessins de costumes qu'il avait demands1 il fit prendre tout coup l'habit franais1 la culotte courte1 les souliers boucle1 l'pe et le chapeau trois cornes1 aux ministres et tous les grands fonctionnaires4 ,bien plus1 ,david lui-mme fut un des premiers reprendre ce costume de l'ancien rgime pour aller la nouvelle cour du premier consul2 on fit mme la remarque qu'il tait de ceux qui1 ayant le mieux conserv la tradition1 le portaient avec le plus d'aisance et de dignit4 ,la conversion de ,david la monarchie fut1 ce moment du moins1 si complte et l'on peut mme dire si sincre1 qu'il ne s'aperut pas de son changement d'ides et de costume4 ,il avait repris dans son langage et ses manires les habitudes de politesses qui d'ailleurs lui taient naturelles1 et sous son habit de soie1 avec ses boucles et son pe noeud1 il tait impossible de retrouver le rpublicain de #ic1 tant ,david avait dpouill en effet l'homme de cette poque4 ,il y a mme quelques raisons de croire que vers ce temps1 lorsque le premier consul travaillait avec ardeur l'organisation du gouvernement1 ,david1 malgr sa rsolution de rester tranger la politique1 n'aurait pas t loign cependant d'accepter les fonctions de surintendant gnral des arts en ,france4 ,le bruit courut alors que1 circonvenu par quelques personnes de sa famille1 il avait laiss percer cet gard quelques esprances qui ne furent pas bien accueillies par le chef de l'tat4 ,une lettre confidentielle de ce brave et honnte ,moriez1 outre les dtails curieux qu'elle renferme sur cet lve de ,david1 si passionn pour son art1 si mal servi par ses dispositions et si modr dans ses dsirs1 quand tous les coeurs taient agits par l'ambition1 prouve encore que l'ide d'avoir la haute main sur les arts et les artistes proccupa ,david au moins quelque temps cette poque4 ,voici ce que ,moriez1 bien plus occup du choix de bonnes couleurs que du grade militaire qu'on lui offrait1 crivait alors son condisciple ,ducis3 ,paris1 ce #ah ventse an ,,viii4 ,je me suis aperu1 mon cher ami1 que j'avais commis une erreur dans l'envoi de vos couleurs4 ,je ne vous ai point envoy de brun-rouge et en place je vous ai adress une bouteille de terre-d',italie4 ,j'ai dn hier chez ,marmont 7aide de camp du premier consul alors74 ,il part aujourd'hui charg d'une mission importante pour la ,hollande4 ,ce voyage emploiera une quinzaine4 ,aprs cela il se disposera partir pour l'arme du ,rhin1 que ,bonaparte ira commander en personne4 ,on veut porter des coups terribles pour forcer la paix1 et je ne doute pas que ,bonaparte ne mette le comble sa gloire1 si cette fortune qui l'a si bien servi jusqu' prsent le favorise encore4 ,j'aurais eu une belle carrire remplir1 soit que je fusse entr dans le militaire ou dans l'administration civile ou des armes4 ,marmont et bien d'autres de nos camarades l'cole militaire m'ont vivement sollicit d'accepter quelque emploi4 ,mais j'ai tenu ferme4 ,il faut que la froide raison fasse taire les illusions de l'amour-propre et de l'intrt4 ,car enfin1 aprs quatre ans passs tudier dans l'atelier de ,david1 il faut en recueillir le fruit4 ,or pour cela il est indispensable que je fasse au moins un ouvrage444 ,david a refus la place de peintre du gouvernement3 je pense qu'il s'est piqu4 ,cette dnomination est insignifiante2 il aurait voulu tre dclar ministre des arts1 premier peintre de ,france1 surintendant des btiments1 etc41 ou plutt1 sous quelque titre que ce soit1 avoir une influence suprme4 ,son caractre le poussait bien moins cela que la personne que vous savez4 ,qu'il se contente d'tre le premier par ses ouvrages1 et qu'il ne se charge pas de gouverner mme la rpublique des arts4 ,pendant l'excution du portrait du premier consul traversant les ,alpes1 tienne fut tmoin d'une scne assez comique4 ,il avait t convenu que ,bonaparte ne poserait pas4 ,mais outre les visites journalires que lui faisait ,david l'heure du djeuner1 on avait eu soin de mettre la disposition du peintre toutes les pices de l'habillement que ,bonaparte portait ,marengo4 ,l'habit du gnral1 l'pe1 les bottes et le chapeau taient l dans l'atelier1 et l'on en avait affubl un mannequin4 ,un jour que ,ducis1 ,alexandre et ,langlois1 qui assistait alors ,david et fit par la suite une fort bonne copie du portrait questre de ,bonaparte1 taient ainsi qu'tienne dans l'atelier avec leur matre tous taient rangs autour du mannequin revtu des habits de ,bonaparte1 examinant avec une curiosit insurmontable ces paulettes1 ce chapeau1 cet habit et cette pe tmoins sourds et muets de la fameuse campagne de ,marengo4 ,chacun disait son mot plus ou moins juste1 plus ou moins piquant1 lorsque ,david1 dont les mains et les pieds taient assez dlicats1 se prit dire1 aprs avoir fait observer la petitesse des bottes de ,bonaparte1 qu'ordinairement les grands hommes ont les extrmits dlies4 ,cette remarque1 qui pouvait s'appliquer heureusement au peintre1 fut vivement approuve par ses lves1 dont l'un ajouta3 ,et ils ont la tte grosse4 ,david1 avec sa bonhomie qui allait parfois jusqu' la purilit1 dit aussitt en prenant le chapeau du vainqueur de ,marengo3 ,il a raison celui-l2 voyons donc un peu2 puis le portant sur sa tte1 qui tait trs-petite1 il se mit clater de rire en s'apercevant que la large coiffure lui tombait jusque sur les yeux4 ,ce portrait questre occupa exclusivement ,david assez longtemps1 car il en fit faire sous ses yeux plusieurs copies1 qu'il retoucha mme souvent et avec grand soin4 ,c'est une de ses productions auxquelles il attachait le plus d'importance4 ,quoique ,david1 par sa discrtion habituelle et par l'assiduit avec laquelle il s'occupait de son art1 loignt le souvenir du temps o il avait pris part aux affaires publiques1 il se prsenta cependant une occasion qui faillit troubler son repos ainsi que celui de quelques hommes jets comme lui autrefois dans la tempte rvolutionnaire4 ,topino ,le ,brun1 qui ,david son matre avait prt l'atelier du ,jeu de ,paume1 fut impliqu avec ,demerville1 ,ceracchi et ,arna1 dans une conspiration qui avait pour objet le meurtre du premier consul4 ,topino1 natif de ,marseille1 avait pris1 ainsi que beaucoup d'artistes1 une part trs-active la rvolution de #aghi4 ,son exaltation tait telle1 que ,david lui-mme1 craignant les carts auxquels pourrait se livrer son lve s'il allait ,paris1 lui conseilla de rester en ,italie pour calmer sa tte et perfectionner ses tudes4 ,topino suivit le conseil de son matre1 sans toutefois en tirer grand profit1 car ses passions rvolutionnaires y devinrent plus ardentes1 et son talent y gagna peu4 ,pendant les annes sanglantes de #agib-ic1 il remplit ,paris les fonctions de jur au tribunal rvolutionnaire1 et sous le gouvernement du ,directoire1 il ne cessa de prendre part ces conciliabules qu'entretenaient alors les hommes dits terroristes4 ,vers cette mme poque1 il suivit ,bassal1 envoy secret en ,suisse1 et l1 tout en s'occupant de son art1 il prit got aux intrigailleries politiques4 ,sa rputation tait si bien tablie ,paris1 que1 quoiqu'il rsidt encore en ,suisse1 il fut dsign comme l'un des agents prsents l'attaque du camp de ,grenelle4 ,dj il avait t compris dans les mandats dcerns contre les complices de ,babeuf4 ,rentr en ,france en #agig1 il reprit ses pinceaux et acheva le tableau de la ,mort de ,caius ,gracchus2 puis bientt aprs1 en #agii1 il figura parmi les jacobins du mange1 reste obstin des partisans du gouvernement de ,robespierre et du systme de ,babeuf4 ,c'tait un homme comme les vnements de ce temps en mirent beaucoup en vidence4 ,sans instruction solide1 peu susceptible d'application1 dpourvu de grands talents1 ,topino tait au fond un honnte garon1 qui1 sduit par l'esprance des amliorations sociales et politiques que la rvolution avait fait concevoir1 s'tait peu peu guind jusqu' un tat permanent de fureur concentre contre tout ce qui semblait faire obstacle ses vues4 ce travers il joignait celui de quelques artistes de son temps1 qui1 ne rvant que la ,grce1 que ,rome1 et que la chute des tyrans1 mettaient une toge et s'armaient d'un poignard pour frapper un mannequin couronn comme ,csar4 ,en effet1 le pauvre ,topino ,le ,brun1 qui1 mme aprs l'tablissement du gouvernement consulaire1 ne put renoncer ses habitudes de conspirateur1 fut condamn mort pour avoir dessin le modle des poignards avec lesquels ,demerville1 ,ceracchi et ,arna1 s'taient propos d'assassiner le premier consul4 ,pendant le procs auquel cette affaire donna lieu1 les hommes anciennement attachs au parti de ,robespierre1 furent surveills de trs-prs4 ,david eut particulirement supporter quelques preuves d'autant plus pnibles pour lui1 qu'elles rveillrent le souvenir d'un temps de sa vie qu'il cherchait faire oublier1 et que sa position fausse ne lui permit pas en cette occasion de tenter1 pour sauver son lve ,topino de la mort1 tous les efforts qu'il aurait dsir faire4 ,le complot d'assassinat contre le premier consul devait recevoir son excution l',opra1 le jour de la premire reprsentation des ,horaces1 dont la musique avait t compose par un ,italien nomm ,porta1 auquel ,david avait donn asile dans sa maison4 ,ce pauvre musicien1 dsirant assurer le succs de son ouvrage1 avait mis la disposition de ,david un assez grand nombre de billets pour tre distribus ses lves4 ,oblig de faire un voyage en campagne1 ,david remit les billets ,alexandre1 en le priant de les distribuer entre ses camarades4 ,cette circonstance fora ,david et ,alexandre de comparatre au tribunal comme tmoins dcharge pour ,topino1 qui1 en effet1 avait rclam et reu une portion des billets4 ,alexandre fit une dposition insignifiante et vasive2 quant la dclaration de ,david1 elle porta entirement sur le mrite de ,topino comme artiste1 et il n'y fut rien dit touchant les opinions et la moralit de l'accus4 ,en effet1 l'embarras du nouveau courtisan de ,bonaparte devait tre grand dans cette circonstance1 puisqu'il fallait se taire ou condamner en ,topino un crime politique que lui ,david avait commis1 quelques annes avant1 envers la personne de ,louis ,,xvi4 ,l'chauffoure de ,ceracchi et de ,topino contraria donc beaucoup ceux des anciens partisans de ,robespierre qui frquentaient alors la cour du premier consul2 et1 pour dire la vrit1 il est vraisemblable que1 soutenus tout la fois par l'opinion publique qui faisait bon march de ces derniers ,brutus1 et par la volont de ,bonaparte trs-dispos s'en dfaire1 les rpublicains convertis prirent assez tranquillement la sentence qui condamnait mort des extravagants toujours prts troubler le repos que beaucoup d'entre eux commenaient trouver assez doux4 ,rien n'est plus gnant pour un parti vaincu et qui a capitul que la persvrance de ceux qui prfrent mourir plutt que de se rendre4 ,cependant la haute destine de ,bonaparte allait s'accomplir4 ,dj matre de la ,france au moment o il venait de prluder au rtablissement des ides monarchiques en instituant l'ordre de la ,lgion d'honneur1 il n'tait plus indcis que sur le titre qu'il devait prendre4 ,se ferait-il roi ou empereur8 telle tait la question qu'il se posait lui-mme et qu'il eut l'art de faire agiter chacun4 ,mais si l'on disputait encore sur le titre1 on s'accordait sur la nature du pouvoir1 surtout depuis que1 par une combinaison aussi habile que hardie1 le chef de l'arme et de l'tat1 le premier consul1 sous prtexte de rcompenser les services militaires et civils1 mit sur la poitrine de ses compagnons d'armes1 et sur celles des royalistes et des rpublicains qui s'taient rangs sous sa protection1 un signe uniforme qui ne fit qu'un corps de ces lments divers4 ,la satisfaction tant soit peu purile avec laquelle ,david porta toute sa vie l'toile de la ,lgion d'honneur est un trait qu'il faut ajouter tout ce que l'on sait dj des opinions contraires qui ont travers en tout sens l'esprit de cet artiste4 ,ainsi que ceux qui dsiraient alors voir le premier consul monter sur le trne imprial1 ,david invoquait l'exemple de ,charlemagne entour de ses preux2 et les rpublicains convertis1 surtout1 trouvaient naturel et juste qu' une dynastie puise comme celle des ,bourbons1 en succdt une nouvelle1 et qu'enfin le nouveau chef de race s'entourt d'une noblesse choisie parmi les hommes qui s'taient rendus utiles par leur valeur et par leurs talents4 ,parmi les causes secondaires qui ont facilit l'lvation de ,napolon au trne1 cette ide fut peut-tre l'une des plus puissantes2 car il n'y eut pas un de ceux qui le salurent empereur qui ne se flattt au fond de l'me de devenir un jour ou l'autre duc1 comte ou au moins baron de l'empire4 ,enfant de la rvolution1 ,napolon devenu empereur tablit l'quilibre dans sa cour en partageant ses faveurs entre les hommes dont les principes taient le plus opposs4 ,d'un gentilhomme de l'ancien rgime il fit un chambellan1 tandis qu'il nomma le collgue1 l'ami de ,robespierre1 son premier peintre2 car peu aprs que ,napolon eut t proclam empereur1 ,david reut avec une reconnaissance respectueuse cette distinction1 contre laquelle il s'tait lev avec tant de vhmence autrefois4 ,avant mme que la crmonie du couronnement et eu lieu1 l'impatient ,napolon fit venir son premier peintre et lui commanda quatre grands tableaux destins la dcoration de la salle du trne3 #a le ,couronnement de ,napolon2 #b la ,distribution des aigles au champ de ,mars2 #c l',intronisation de ,napolon dans l'glise de ,notre-,dame2 #d l',entre de ,napolon l'htel de ville4 ,cet ordre de l'empereur remplit de joie le coeur de ,david1 et l'artiste tait si impatient d'obir son nouveau matre1 qu'une semaine tait peine coule que l'ide des quatre compositions tait dj dessine sur le papier4 ,l'histoire de ,charlemagne et de ses preux1 laquelle on avait donn du retentissement dans le public pour ramener les esprits aux habitudes monarchiques1 quand ,bonaparte voulut passer de la dignit de consul celle d'empereur1 ne fut pas sans influence sur la raction qui se dclara alors contre le mode svre de peinture que ,david avait adopt2 et en effet1 c'est particulirement compter de cette poque1 #ahjc1 que les ides chevaleresques et les sujets tirs de l'histoire moderne ayant t remis en vogue1 un certain nombre d'artistes abandonnrent le muse des ,antiques du ,louvre pour frquenter celui des ,petits-,augustins4 ,l',assemble constituante1 aprs avoir dcrt que les biens du clerg appartenaient la chose publique1 avait encore charg son comit d'alination de veiller la conservation des monuments des arts recueillis dans les tablissements religieux4 ,m4 de la ,rochefoucauld1 prsident de ce comit1 dsigna des savants et des artistes pour procder au choix des monuments et des livres qu'il importait de conserver4 ,la municipalit de ,paris1 spcialement charge de l'excution de ce dcret1 nomma aussi d'autres savants1 d'autres artistes pour les adjoindre aux premiers4 ,ainsi runis1 ces savants formrent une commission des monuments4 ,on chercha un endroit convenable pour recevoir les objets prcieux que l'on dsirait prserver de la destruction1 et le comit d'alination choisit l'glise1 le clotre et le jardin des ,petits-,augustins pour y placer les monuments de sculpture et les tableaux1 dont la conservation fut confie ,alexandre ,lenoir1 en janvier #agia4 ,telle fut l'origine du ,muse des monuments franais1 qu'un sentiment religieux mal entendu fit dtruire pendant la restauration4 ,le conservateur ,lenoir avait runi et class l1 par ordre de temps1 les monuments la fois religieux et historiques que le hasard et le zle avaient pu soustraire la destruction4 ,c'tait sans doute un grand malheur que tant d'ouvrages eussent t enlevs aux glises de ,france1 pour lesquelles ils avaient t faits originairement2 cependant on ne peut nier que leur runion en un seul lieu1 que la comparaison immdiate que l'on put en faire1 n'aient donn ces monuments une importance qu'ils n'auraient jamais acquise sans cette circonstance4 ,ils excitrent d'abord la curiosit1 puis un intrt trs-vif1 chez quelques hommes qui s'occupaient d'art1 d'antiquit et d'histoire1 et l'poque du consulat et dans les premires annes de l'empire1 ce muse rassemblait dj un certain nombre d'hommes qui firent une tude srieuse des moeurs et de l'histoire de notre pays4 ,parmi les lves de ,david qui le frquentaient avec assiduit et qui en retirrent le plus de fruit1 on distinguait ,roquefort1 qui on doit plusieurs crits sur la littrature du moyen ge et un dictionnaire de la langue romane2 ,rvoil1 peintre1 antiquaire1 et son ami ,fleury ,richard1 qui se vourent ds cette poque reprsenter des sujets tirs de l'histoire de ,france2 le comte de ,forbin1 que son got portait vers les scnes chevaleresques1 et son ami ,granet1 dont toute l',europe a si vivement got les intrieurs de clotres et de couvents2 puis ,verinay1 le jeune homme si tourdi1 si turbulent d'abord1 qui1 au milieu des statues des rois et des grands hommes de notre pays1 sentit natre en lui le dsir de se livrer un genre o il et certainement obtenu de grands succs1 si la mort ne l'et pas arrt au milieu de sa carrire4 ,ces artistes1 et d'autres encore1 allaient s'inspirer au muse des ,petits-,augustins2 et c'est compter de cette poque que le genre anecdotique1 trait avec talent par quelques peintres1 commena dtourner l'attention du public1 dirige presque exclusivement jusque-l sur la peinture de haut style4 ,toutefois ,david1 qui possdait un si haut degr l'art d'enseigner1 loin de contrarier la prdilection que plusieurs de ses lves montraient pour le muse moderne1 les laissa suivre leur penchant3 ,il vaut bien mieux1 disait-il1 faire de bons tableaux de genre que de mdiocres peintures d'histoire4 ,mais lui-mme il n'chappa pas entirement au got nouveau qui s'tait introduit dans l'art1 non pas tant encore par la vue des anciens monuments franais1 que par les brillantes compositions de son lve ,gros sur des sujets contemporains4 videmment le peintre de la ,peste de ,jaffa avait fray une route nouvelle1 et ,david1 toujours impatient d'explorer toutes les voies de son art1 mettant de ct la rigueur des principes grecs1 le nu1 ,lonidas et les rveries rpublicaines1 tout dvou dsormais l'empereur ,napolon1 n'eut plus d'autre ide que de peindre la scne du couronnement1 l'un de ses chefs-d'oeuvre4 ,,ix4 ,l,,ves ,c,l,,bres ,,de ,,david4--,,coles ,,rivales4--#ahje-ahaj4 ,depuis ,poussin et ,lesueur1 aucun peintre franais clbre n'a aim et cultiv son art avec autant d'ardeur et de sincrit que ,david4 ,contre l'habitude de la plupart des artistes1 dont le talent une fois form reste invariablement le mme1 l'auteur des ,horaces1 du ,socrate1 du ,marat1 des ,sabines1 mettait volontairement de ct tout ce que l'exprience lui avait appris1 aussitt que la nouveaut d'un sujet lui faisait entrevoir un mode nouveau pour le rendre4 ,ainsi1 ce fut avec une navet vraiment remarquable qu'il loigna de sa pense ses premiers systmes et le souvenir des ouvrages de l'antiquit1 quand il rsolut de faire1 comme il le disait lui-mme1 une peinture-portrait du couronnement de ,napolon4 ,l'mulation1 pure de toute jalousie1 qu'excitrent en lui cette poque les succs que son lve ,gros venait d'obtenir en peignant des sujets contemporains1 est un fait non moins remarquable2 et pendant l'excution du ,couronnement1 ,david parla plus d'une fois de l'auteur de la ,peste de ,jaffa comme d'un rival qui avait ranim sa verve et tendu le cercle de ses ides4 ,nous laisserons ,david achever ce grand ouvrage4 ,les dtails de son excution n'apprendraient rien de nouveau sur les hautes combinaisons de l'art1 puisque en cette occasion l'artiste se proposa particulirement l'imitation simple de la nature4 ,il fut assist dans ce long travail par ,m4 ,rouget1 son lve1 qui joignait la double qualit d'tre un excellent praticien celle d'entrer facilement dans toutes les ides de son matre1 auquel il tait entirement dvou#dh4 ,il n'est chapp l'observation d'aucun lecteur que la clbrit et l'apparition d'un nouveau personnage1 pour lequel ,david se prenait d'enthousiasme1 ont ordinairement chauff et soutenu sa verve1 chaque fois qu'il a excut l'un de ses ouvrages importants4 ,les ,horaces et ,brutus1 ,bailly1 ,mirabeau et ,marat1 ,lonidas et ,bonaparte1 ont t successivement ses hros de prdilection1 depuis #aghc jusqu'en #ahjd4 ,fort par sa volont1 et entour du prestige de son trne naissant1 ,napolon eut sans doute une prodigieuse influence sur l'esprit de ,david1 puisqu'il le fit renoncer peindre les ,thermopyles pour retracer son couronnement4 ,cependant1 de tous les personnages qui assistrent cette mmorable crmonie1 ce n'est peut-tre pas l',empereur qui a le plus puissamment fcond l'imagination de l'artiste4 ,lorsque1 en #agig1 ,david1 traant le profil de ,bonaparte sur le mur de l'atelier de ses lves1 disait3 ,mes amis1 voil mon hros6 il tait sincre4 ,mais s'il et os faire un aveu de la mme sorte en #ahjd1 il se serait certainement cri en sortant de chez ,pie ,,vii3 ,voici mon pape6 ,le caractre noble et simple de ce pontife tait sans doute de nature faire natre1 mme chez les ,franais si peu dvots alors1 le sentiment de bienveillance et de respect que tout le monde exprima ce vieillard2 mais il serait difficile de se faire une ide de l'espce de ravissement o se trouvait ,david aprs les visites qu'il rendait ,pie ,,vii4 ,ce bon vieillard1 disait-il1 quelle figure vnrable6 ,comme il est simple444 et quelle belle tte il a6 ,une tte bien italienne2 l'enchssement de l'oeil grand1 bien prononc6444 ,celui-l est vraiment un pape2 c'est un vrai prtre444 ,il est pauvre comme saint ,pierre2 les dorures de ses habits sont fausses6444 ,mais cela n'est que plus respectable444 ,enfin1 c'est vanglique1 la lettre444 ,ce brave homme1 continuait ,david en souriant1 il m'a donn sa bndiction444 ,eh6 mon ,dieu oui444 ,cela ne m'tait pas arriv depuis que j'ai quitt ,rome444 ,oh6 il a bien la tradition1 il porte bien sa main avec sa bague444 ,il tait beau voir2 cela m'a rappel ,jules ,,ii que ,raphal a peint dans l',hliodore du ,vatican444 ,mais notre ,pie ,,vii vaut mieux4 ,c'est un vrai pape1 celui-l6 pauvre1 humble2 il n'est que prtre1 tandis que ,jules ,,ii1 ,lon ,x mme1 taient des ambitieux1 des mondains4 ,il faut cependant leur rendre cette justice3 ils aimaient les arts2 ils ont pouss ,michel-,ange et ,raphal4 ,enfin1 ajoutait l'artiste1 entran par le souvenir de ces grands protecteurs et par l'ide de l'homme qui venait de lui commander quatre immenses tableaux1 les grands souverains peuvent faire de grandes choses4 ,jules ,,ii1 ,lon ,x1 ,franois ,ier1 ,louis ,,xiv1 tous ces gens-l ont t de grands princes et ont fait fleurir les arts444 ,je sais bien qu'on peut leur objecter la ,grce rpublicaine444 ,pricls n'tait ni roi ni pape444 quoique1 si on y regarde de bien prs1 on pourrait bien voir en lui une espce de dictateur444 ,hein8 ,n'est-ce pas8444 ,mais ,pie ,,vii aime les arts2 ,sa ,saintet s'est mise ma disposition pour que je fisse une tude d'aprs elle et le cardinal ,caprara444 ,j'avoue que j'ai longtemps envi aux grands peintres qui m'ont prcd des occasions que je ne croyais jamais rencontrer4 ,j'aurai peint un empereur et enfin un pape6 ,il suffit en effet de voir la composition du ,couronnement1 pour reconnatre que ce dernier personnage1 les cardinaux1 les prtres et tout ce qui se rattache la partie religieuse de cette crmonie1 forment le groupe principal sur lequel ,david a dirig instinctivement l'effort de tout son talent4 ,il employa trois ans l'excution de cet immense ouvrage4 ,david tait alors l'apoge de son talent1 jouissant de toute la clbrit qu'il s'tait acquise1 non-seulement par ses propres ouvrages1 mais encore par l'clat toujours croissant qu'avaient jet ses principaux lves1 depuis #aghj jusqu'en #ahjh4 ,cette dernire portion de sa gloire1 dont l'importance est loin de le cder la premire1 mrite d'tre tudie et connue1 puisqu'elle est le complment indispensable de l'histoire de cette cole clbre4 ,de tous les disciples de ,david dont les noms et les ouvrages sont rests1 ,drouais est le plus ancien#di4 l'ge de vingt et un ans1 il traita le sujet de la ,cananenne1 qui lui fit dcerner le grand prix acadmique4 ,deux ans aprs il excuta ,rome le tableau de ,marius menac par le ,cimbre1 et mourut dans cette ville1 puis de travail et enfin frapp par la petite vrole4 ,les souvenirs qu'a laisss ce jeune artiste sont touchants4 ,ador de sa famille1 n avec de la fortune1 cher tous ses camarades cause de sa bont et de sa bienfaisance1 il fut l'lve chri1 l'ami de son matre4 ,on cite le passage d'une lettre crite par ce dernier1 o il exprime la haute estime qu'il avait pour ce disciple distingu tous gards3 ,je pris1 dit-il1 le parti de l'accompagner en ,italie1 autant par attachement pour mon art que pour sa personne4 ,je ne pouvais plus me passer de lui2 je profitais moi-mme en lui donnant des leons1 et les questions qu'il m'adressait seront des leons pour ma vie4 ,j'ai perdu mon mulation4 ,outre les deux ouvrages de ,drouais exposs au ,louvre1 la ,cananenne et le ,marius1 il reste encore dans la famille de ce peintre quelques tudes1 un ,philoctte ventant sa plaie en lanant un regard de reproche vers le ciel1 et l'esquisse d'un tableau de ,rgulus qu'il se proposait de commencer1 lorsqu'il fut surpris par la mort4 ,dans l'ensemble de ces productions1 mais particulirement dans les deux qui sont au ,muse1 on reconnat un talent vritable1 dvelopp mme d'une manire extraordinaire dans un si jeune homme2 et en comparant l'excution matrielle des deux tableaux de ,drouais avec celle des ,horaces1 on y trouve assez peu de diffrence1 la supriorit du matre se manifestant surtout par la hardiesse des attitudes et la grandeur du dessin4 ,cette prcocit dans la pratique de la peinture est sans doute un fait remarquable1 et qui explique l'admiration extraordinaire qu'excita ,paris le ,marius de ,drouais2 cependant cette qualit1 qui avait quelque chose d'excessif chez ce jeune artiste1 n'est pas toujours d'un favorable augure4 ,si dans la scne des ,horaces on saisit quelques dispositions thtrales1 presque partout on sent la tendance vers retour la simplicit4 ,le ,marius de ,drouais1 au contraire1 provoqua une observation inverse2 aussi1 sans prjuger indiscrtement de l'avenir possible de ce peintre1 mort la fleur de l'ge1 doit-on le considrer tel que nous le connaissons1 comme un peintre qui n'tait encore qu'un trs-habile imitateur de son matre4 ,vers le temps o ,drouais mourait ,rome1 ,david avait achev le ,socrate et le ,brutus ,paris1 et comptait au nombre de ses lves1 ,fabre1 ,girodet1 ,gros et ,grard 7#aghh-aghi71 se disputant le prix du concours pour devenir pensionnaires de ,france ,rome4 ,l'an de ces quatre rivaux1 ,fabre1 entra dans la carrire avec clat4 ,couronn l',acadmie de ,paris1 il peignit bientt ,rome une figure d',abel mort1 qui fut reue avec beaucoup d'applaudissement ,paris1 et achete par la belle-mre de ,mme de ,noailles4 ,lorsque la rsolution franaise clata en #aghi1 la plupart des pensionnaires l'cole de ,rome y adhrrent par leurs voeux1 et quelques-uns mme tmoignrent leur opinion d'une manire assez ostensible1 pour que le gouvernement papal prt des prcautions contre eux4 ,fabre fut un de ceux qui1 loin de partager l'enthousiasme de ses compatriotes pour les ides nouvelles venues de ,france1 protesta contre elles et demeura mme dans la condition d'migr en ,italie1 pendant les annes sanglantes de la rvolution4 ,ce ne fut qu'aprs l'tablissement complet du rgime imprial que ,fabre1 pour reprendre en quelque sorte sa qualit de citoyen franais1 accepta l'excution du portrait en pied du gnral ,clark1 destin la dcoration de la salle des ,marchaux1 aux ,tuileries4 ,la gravit extrme de cet artiste tait rachete par les qualits solides de son esprit1 par les connaissances qu'il avait acquises4 ,il gagnait tre connu1 et les amitis qu'il a fait natre1 qu'il a entretenues si longtemps1 prouvent que chez lui le fond tait solide1 si la forme manquait d'attrait4 ,son loignement de ,france1 les succs brillants qu'obtinrent dans leur pays ,girodet et ,grard1 ses anciens rivaux1 et une tendance naturelle vers la paresse1 augmente encore par une affection goutteuse et les habitudes italiennes qu'il avait contractes1 furent autant de causes qui teignirent dans le coeur de ,fabre cette activit1 cette mulation indispensable pour produire de grandes choses dans les arts4 ,trs-fin connaisseur en tableaux1 fort habile les restaurer1 ,fabre sut profiter d'une foule d'occasions frquentes cette poque1 pour faire des achats bien calculs1 et en somme il augmenta sa fortune en achetant des tableaux1 et se forma une riche galerie4 ,c'tait un homme de bonne compagnie2 aussi ses manires et la solidit de son esprit contriburent-elles lui valoir l'amiti du clbre pote tragique italien ,alfieri1 li intimement avec la comtesse d',albany1 dernier rejeton de la famille des ,stuarts4 ,bientt il s'tablit entre ces trois personnes une confiance entire1 une amiti rciproque1 qui ne s'teignit que successivement et la mort de chacun d'eux4 ,alfieri mourut le premier#ej1 lgua sa fortune la comtesse1 et laissa des tmoignages de son attachement ,fabre1 qui devint1 compter de cette poque1 le seul ami de ,mme d',albany4 ,ces deux personnes vivaient ,florence1 en #ahbc1 lorsque tienne eut occasion de les connatre et de les frquenter4 ,chacun d'eux avait sa maison dans des quartiers spars1 et pendant les matines1 ordinairement vers midi1 la comtesse venait passer quelques heures chez ,fabre1 tandis que le soir1 ,fabre se rendait chez la comtesse1 qui tenait salon et recevait la haute socit florentine et les trangers qu'elle jugeait propos d'admettre chez elle4 ,la maison de ,fabre1 ancien palais dans le quartier du ,saint-,esprit1 avait pour ornements principaux une fort belle collection de tableaux recueillis par ,fabre lui-mme1 et la bibliothque d',alfieri1 que ce pote avait lgue en grande partie l'artiste son ami4 ,bien que toutes ces curiosits eussent un grand attrait1 elles cessaient cependant d'attirer l'attention d'tienne lorsque la comtesse d',albany arrivait dans la maison4 ,quoique dj ge1 elle conservait encore toute la vivacit de son esprit et de ses souvenirs1 et rien n'tait plus intressant que de l'entendre parler1 lorsque1 tendue dans un grand fauteuil prs du lit sur lequel ,fabre tait couch1 et usant de toutes les ressources de son esprit1 elle s'efforait de lui faire oublier1 par mille rcits piquants1 les affreuses douleurs de goutte dont il souffrait si frquemment4 ,l'ge de la comtesse permettait que l'on regardt sa mort comme un vnement prochain4 ,aussi ,fabre1 qui a rempli auprs d'elle les devoirs les plus touchants de l'amiti jusqu' la dernire heure1 avait-il pris d'avance toutes ses dispositions pour l'avenir4 ,plusieurs fois il parla de cet vnement douloureux tienne1 ajoutant que son intention tait de quitter ,florence et de se retirer ,montpellier1 sa ville natale1 aprs la mort de ,mme d',albany4 ,il lui parla mme du testament qu'il avait fait depuis la mort de son frre1 son seul parent1 acte par lequel il lguait la ville de ,montpellier sa bibliothque1 provenant d',alfieri1 et la galerie de tableaux qu'il avait forme4 ,tous ces arrangements taient concerts entre la comtesse et ,fabre1 qui prirent tienne de les aider donner toute la publicit possible ce projet1 ce qu'il s'empressa de faire4 ,quinze jours aprs#ea il parut dans le ,journal des ,dbats une description sommaire des objets prcieux que ,fabre avait l'intention de donner la ville de ,montpellier4 ,mme la comtesse d',albany mourut ,florence en #ahbe4 ,la donation fut faite2 ,fabre quitta pour jamais ,florence1 alla s'tablir ,montpellier o1 jusqu' sa mort1 il prsida l'arrangement et la conservation du muse qui porte son nom4 ,des quatre condisciples clbres de cette pique1 ,fabre tait le plus g4 ,aprs lui venait ,girodet#eb4 ,adopt de trs-bonne heure par un mdecin nomm ,triozon1 ,girodet reut une instruction dont il sut faire usage plus tard4 ,confi ensuite aux soins de ,david1 il fit dans son cole des progrs rapides1 et ne tarda pas devenir un rival inquitant pour ,fabre4 ,en #aghi1 vainqueur au concours acadmique1 il tait arriv ,rome1 et quatre ans aprs 7#agib71 il faisait courir tout ,paris1 empress de voir sa figure d',endymion endormi4 ,l'anne suivante 7#agic71 si fertile en grands vnements1 ,girodet1 occup alors de son tableau d',hippocrate refusant les dons des ,perses1 fut tmoin du massacre de ,basseville ,rome4 ,les lettres crites par le jeune artiste cette poque sont doublement intressantes1 car elles peignent l'ardeur avec laquelle il poursuivait ses travaux au milieu des agitations populaires dont il tait dj environn4 ,je continue1 mon bon ami1 dit-il ,m4 ,triozon sous la date du #bg mars #agib1 me bien porter4 ,je vais1 comme je vous l'ai dit1 commencer baucher votre tableau#ec1 o il y aura beaucoup d'ouvrage4 ,j'y mets tous mes soins4 ,le change hausse tous les jours et chasse d'ici tous les ,franais2 il s'entend en cela avec le gouvernement papal1 qui les surveille de prs4 ,nous avons mme t inquits1 et ,m4 ,mnageot#ed m'a conseill de reprendre ma premire coiffure1 attendu que l'on a rpandu dans ,rome que ceux qui portent les cheveux coups et sans poudre sont des jacobins4 ,comme les miens sont trs-courts1 je ne peux encore y remettre que de la poudre2 mais aussitt que je pourrai avoir la plus petite queue possible1 ce sera pour moi une ancre de salut et une protection4 ,je ne m'en irais pas de ce pays-ci avec plaisir1 sans y avoir fait ce que je me suis propos d'y faire4 ,si on me renvoie1 ce ne sera certainement pour aucune imprudence ou indiscrtion4 ,il est vrai que tous les ,franais n'ont pas t aussi circonspects1 et que plusieurs en ont t la dupe4 ,quoique cet gard je n'aie pas besoin de leon1 cependant je me tiens doublement sur mes gardes4 ,dans une autre lettre1 du #c octobre #agib1 lorsqu'il tait livr tout entier l'excution de son tableau d',hippocrate1 il dit1 toujours ,m4 ,triozon3 ,vous tes dans l'erreur1 mon bon ami1 sur la manire d'exister des ,franais dans ce pays-ci1 et surtout des pensionnaires de l',acadmie de ,france1 qui sont1 entre autres1 particulirement dtests et mme excrs4 ,il est vrai que la faute en est plusieurs imprudents1 qui ont assez peu de jugement et de rflexion pour aller semer publiquement les opinions nouvelles1 sous les yeux d'un gouvernement qui les a en horreur2 et cela retombe sur tous en gnral4 ,le massacre des ,suisses 7#aj aot71 de ,mme de ,lamballe1 et dernirement des prtres1 achve de complter les justes craintes que l'on a ici de voir se renouveler les vpres siciliennes4 ,les ,suisses du pape avaient form le projet de mettre le feu l',acadmie et de massacrer les pensionnaires4 ,quatre ou cinq d'entre eux ont t arrts1 et cette affaire n'a pas eu d'autres suites4 ,on vend et on crie tous les jours haute voix1 dans les rues1 des relations exagres de ces excutions4 ,vous pouvez juger de l'effet qu'elles doivent produire4 ,quant moi1 je me conduis avec la plus grande circonspection2 j'vite la compagnie des imprudents1 et je fuis les gens suspects3 lorsque j'ai occasion de voir des ,italiens1 je ne combats jamais leur opinion1 et je crois au moins inutile de leur laisser voir la mienne444 ,le gouvernement a fait arrter1 il y a quelques jours1 deux ,franais qui ne sont pas pensionnaires 7,chinard et ,rater1 dont il a dj t question plus haut74 ,l'un a fait chez lui une esquisse qui avait quelque rapport1 dit-on1 la rvolution4 ,ils ont t mis au secret et de l on les a conduits l'inquisition4 ,on ignore ce que cette affaire deviendra4 ,je ne sais ce que les vnements que l'on attend peuvent faire craindre de plus pour nous autres1 mais je redoublerai1 s'il est possible1 de prudence et d'attention pour ne laisser aucune prise sur moi4 ,enfin les ordres de la ,convention ayant t excuts1 et les insignes de la rpublique franaise substitus aux armes de ,france1 le meurtre de ,basseville fut commis4 ,girodet va nous faire connatre les dtails de cette triste affaire1 et les dangers que ses camarades et lui-mme ont courus4 ,il s'adresse toujours son pre adoptif et date sa lettre de ,naples o il avait t oblig de se rfugier pour viter la fureur de la populace romaine3 ,naples1 le #ai janvier #agic4 ,mon ami1 je ne doute point que1 jusqu'au moment o vous recevrez cette lettre1 vous ne soyez dans une grande inquitude mon gard4 ,c'est pour la faire cesser que je m'empresse de vous crire4 ,je vis et me porte bien1 aprs avoir vu la mort d'assez prs4 ,je suis arriv ici absolument dnu de tout3 sans linge1 sans habits1 sans argent4 ,tous mes effets sont rests l',acadmie1 o le gouvernement a fait apposer les scells aprs y avoir provoqu le meurtre et l'incendie4 ,voici en peu de mots ce qui s'est pass4 ,sur le refus du pape de laisser placer la maison du consul de ,france les armes de la rpublique1 ,basseville1 son agent la cour de ,rome1 nous engagea partir tous pour ,naples4 ,dix de mes camarades partirent sur-le-champ4 ,ayant plus d'affaires terminer1 je restai deux jours de plus2 si je fusse parti1 je n'eusse couru aucun risque4 ,mais cet instant mme1 le major de la division ,latouche arrive ,rome1 charg par ,mackau1 ministre ,naples1 de faire placer les armes4 ,j'avais demand faire celles qui devaient servir pour l',acadmie1 et chacun le dsirait4 ,je crus de mon devoir de rester pour les faire2 en un jour et une nuit elles furent prtes4 ,j'tais aid par trois de mes camarades4 ,nous n'tions plus que quatre l',acadmie et nous avions encore le pinceau la main quand le peuple furieux s'y porta1 et en un instant rduisit en poudre les fentres1 vitres1 portes1 ainsi que les statues des escaliers et des appartements4 ,ils n'avaient que vingt marches monter pour nous assassiner1 nous les prvnmes en allant au-devant d'eux4 ,ces misrables taient si acharns dtruire qu'ils ne nous aperurent mme pas4 ,mais des soldats1 presque aussi bourreaux que les bandits que nous avions craindre1 loin de s'opposer eux1 nous firent descendre plus de cent marches grands coups de crosse de fusil1 jusque dans la rue1 o nous nous trouvmes abandonns et sans secours au milieu de cette populace altre de notre sang4 ,heureusement encore ces bourrades de soldats firent croire la populace que nous faisions parti d'elle-mme1 mais quelques-uns nous reconnurent4 ,un de mes camarades fut poursuivi coups de pavs1 moi coups de couteau4 ,des rues dtournes et notre sang-froid nous sauvrent4 chapp ce danger1 et croyant les prvenir tous1 j'allai me jeter dans un autre4 ,je courus chez ,basseville2 dans ce moment mme on l'assassinait4 ,le major1 la femme de ,basseville1 et ,moutte le banquier1 se sauvent par miracle4 ,je me jette dans une maison italienne deux pas de l1 j'y reste jusqu' la nuit4 ,j'ai l'audace de retourner l',acadmie1 qui tait devenue le palais de ,priam2 on se prparait briser les portes coups de hache et mettre le feu4 ,l1 je fus reconnu dans la foule par un de mes modles4 ,il faillit me perdre par le transport de joie qu'il eut de me voir sauv4 ,je lui serrai nergiquement la main pour toute rponse1 et nous nous arrachmes de ce lieu4 ,je retrouvai1 aprs l'avoir cherch quelque temps1 un de mes camarades4 ,mon bon modle nous donna l'hospitalit chez lui1 d'o je l'envoyai plusieurs fois l',acadmie4 ,il y vit enfoncer et brler les portes4 ,on lui fit crier3 ,vive le ,pape6 ,vive la ,madone6 ,prissent les ,franais6 et il revint nous rendre fidlement compte de tout4 ,pendant ce temps nous allmes deux pas de chez lui1 sur la ,trinit-du-,mont1 d'o nous entendions distinctement les hurlements de ces barbares3 ,clamorque virum1 clangorque tubarum4 ,nous passmes la nuit chez ce brave homme1 qui et pour nous les meilleurs procds1 et deux heures avant le jour nous primes la fuite4 ,il voulut nous accompagner une partie du chemin1 mais enfin il fallut se sparer1 et nos larmes se confondirent4 ,je n'oublierai jamais les services qu'il m'a rendus4 ,nous marchmes deux jours pied et ne trouvmes sur la route que diffrents motifs d'inquitude4 ,albano1 on refusa de nous louer une calche2 nous n'en pmes trouver qu' ,vellettri1 et on nous fit bien payer la ncessit o nous tions de nous en servir4 ,dans les marais ,pontins1 forcs par le temps le plus horrible de nous rfugier dans une curie1 on dlibra de nous y massacrer pour avoir nos dpouilles4 ,un de ces sclrats1 moins sclrat que les autres1 fit rflexion qu'elles n'en valaient pas la peine2 ce fut le dernier danger que nous courmes4 ,hors des tats du pape1 nous fmes vritablement traits en amis1 le roi de ,naples ayant donn les ordres les plus positifs de protger tous les ,franais qui se rfugieraient dans ses tats4 ,en arrivant ici 7 ,naples71 je descendis chez le citoyen ,mackau1 que j'informai de ces dtails et de ma position4 ,l j'appris tout ce qui s'tait pass ,rome3 la mort de ,basseville1 celle de deux ,franais massacrs la place ,colonne2 le secrtaire de ,basseville dangereusement bless ainsi qu'un domestique de l',acadmie2 le feu mis au quartier des ,juifs2 la maison de ,torlonia et la porte de ,france assaillies de pierres2 les palais d',espagne1 de ,farnse1 de ,malte et autres menacs4 ,torlonia est ici1 il faut que je le voie1 car je suis absolument sec4 ,j'ai laiss chez moi quatre-vingts cus romains en argent1 que je regarde comme perdus1 ainsi que tous mes effets4 ,votre tableau 7l',hippocrate7 tait heureusement enlev et encaiss2 je vais crire pour le faire venir ici1 etc4 ,aprs avoir sjourn quelque temps dans le royaume de ,naples1 ,girodet1 dont la sant n'tait naturellement pas forte1 et avait t encore altre par le travail1 ainsi que par les suites de l'affaire de ,basseville1 passa ,venise1 puis de l ,florence et ,gnes1 visitant avec attention toutes ces villes curieuses1 et peignant le paysage1 genre vers lequel il se sentait vivement entran4 ,ce ne fut que vers #agie qu'il rentra en ,france1 o sa rputation de peintre fort habile tait solidement tablie par les deux tableaux1 l',endymion et l',hippocrate1 qu'il avait envoys d',italie4 ,drouais et lui taient les deux lves de ,david dont les noms taient solennellement prononcs avec celui du matre1 car1 depuis son ,abel1 ,fabre n'avait rien fait pour augmenter ou soutenir sa rputation2 et ,grard1 occup alors de composer son ,blisaire1 n'tait pas encore connu du public4 ,girodet1 depuis son retour d',italie1 demeura toujours maladif4 ,entre les deux premiers ouvrages de sa jeunesse1 faits l'acadmie de ,rome et les ouvrages vraiment importants qu'il acheva ensuite ,paris1 il s'coula quatorze annes pendant lesquelles cet artiste ne produisit que des tableaux1 tels que deux paysages1 deux ,dana infrieures sa figure d',endymion1 et l'trange scne o il a introduit ,ossian et ses guerriers recevant dans le sjour arien les ombres des hros franais4 ,pendant ces annes1 il n'excita vraiment l'attention du public que par le portrait en pied d'un dput ngre de ,saint-,domingue1 en #agih1 et l'anne suivante1 en exposant pendant quelques jours au salon un tableau satirique que la rprobation publique le fora d'enlever promptement4 ,cette aventure mrite d'tre rapporte1 car elle peint la vivacit de caractre de ,girodet et le laisser-aller qui rgnait alors dans les moeurs4 ,parmi un assez grand nombre de portraits que ce peintre avait faits depuis son retour en ,france1 il exposa en #agii le buste de ,mme ,simon ,candeille1 actrice du ,thtre-,franais 7alors thtre de la ,rpublique7 et auteur de quelques pices de thtre1 entre autres de la ,belle ,fermire4 ,quoique le peintre et mis tous ses soins la perfection et mme l'ornement de cet ouvrage1 car il peignit des cames allgoriques sur les angles de la bordure1 l'actrice ne trouva pas son portrait ressemblant et en fit chez elle des critiques assez peu mesures1 que des indiscrets rapportrent ,girodet4 ,celui-ci ne souffrait patiemment les observations de personne2 aussi les plaisanteries de ,mme ,simon ,candeille lui parurent-elles une injure insupportable4 ,mais il entra dans une vritable fureur lorsqu'il reut une lettre de cette dame qui lui demandait son portrait et le prix qu'il croyait devoir y mettre4 ,girodet brisa le cadre1 coupa la toile en plusieurs morceaux1 mit le tout dans une caisse qu'il envoya pour toute rponse ,mme ,simon ,candeille4 ,jusque-l l'artiste tait dans son droit1 et on aurait pu lui passer cette boutade quoiqu'un peu vive1 mais il rsolut de se venger et de rendre sa vengeance publique4 ,dans l'espace de quelques jours et de quelques nuits1 il composa et peignit un petit tableau o il reprsenta celle dont il avait dchir le portrait1 nue1 tendue sur un lit1 et1 nouvelle ,dana1 recevant une pluie d'or qui tombait de tous les cts4 ,outre plusieurs dtails plus que satiriques1 on voyait sur le devant de la scne un norme coq d',inde1 dans le profil duquel l'artiste avait trouv moyen de confondre les traits de l'homme dont le nom se trouvait li celui de sa ,dana4 ,enfin les yeux d'un autre personnage taient bouchs chacun par une pice d'or1 et1 pour complter cette parodie1 ,girodet avait peint sur les angles du cadre de ce dernier tableau des cames aussi piquants que ceux qui figuraient autour du portrait taient louangeurs4 ,cette caricature fut expose en plein salon au ,louvre1 o elle ne resta cependant que quelques jours4 ,si elle excita vivement la curiosit maligne du public1 si elle donna la mesure des ressources que l'artiste pouvait trouver dans son esprit1 elle fit prendre une fcheuse ide de son caractre4 ,ds ce moment1 ,girodet fut redout de tout le monde1 et tienne qui l'a connu1 et qui est certain que cette malheureuse caricature a t un sujet de regret amer pour lui dans la suite1 ne doute pas que cette action blmable ne lui soit chappe en quelque sorte malgr lui4 ,ce peintre a toujours eu le grand dfaut de ne consulter personne et de n'couter ni conseils ni critiques pendant l'excution de ses ouvrages4 ,c'tait1 comme on en a pu juger par les lettres cites plus haut1 un homme doux et fort raisonnable au fond1 mais que ses premiers succs1 trs-mrits sans doute1 rendirent trop fier de son mrite et trop sr de lui-mme4 ,aussi1 dans les actions ordinaires de la vie comme dans sa carrire d'artiste1 ne put-il jamais supporter une contradiction4 ,les hommes les plus dignes de sa confiance1 son matre1 ,david lui-mme1 n'avaient aucune autorit sur lui4 la suite de cette malencontreuse affaire1 ,girodet resta prs de deux ans sans produire aucun ouvrage important4 ,vers #ahja1 ,fontaine1 architecte du premier consul1 fut charg de restaurer et d'orner la ,malmaison1 et l'on choisit pour la dcorer les deux lves de ,david les plus clbres alors3 ,girodet1 dont la rputation reposait sur les deux tableaux d',endymion et d',hippocrate1 et ,grard1 qui1 depuis #agie1 s'tait plac comme son rival par ses compositions du ,blisaire et de la ,psych4 ,c'tait le moment o les posies d',ossian1 lues et vantes par ,bonaparte1 taient devenues la mode en ,france4 ,girodet et ,grard1 aprs avoir dlibr sur le choix des sujets qu'ils traiteraient1 s'accordrent pour les tirer des prtendus ouvrages du barde cossais4 ,grard n'attacha qu'une importance secondaire ce travail de dcoration1 et fit1 avec cette facilit qui distinguait son talent1 une esquisse termine fort agrable4 ,mais ,girodet prit l'affaire au srieux1 et voulut craser son rival4 ,il serait difficile et peu amusant de dcrire minutieusement cette prodigieuse quantit de figures de bardes cossais et de gnraux franais prsentes sous l'apparence d'ombres1 et runies dans le palais d',odin4 ,ce tableau1 o toutes les difficults matrielles de l'art ont t surmontes par le peintre1 avec une patience et un talent inconcevables1 est cependant un de ses plus faibles ouvrages1 et en somme1 une composition aussi peu agrable voir que facile comprendre4 ,depuis son ,hippocrate1 le talent de ,girodet tait rest au mme point dans les souvenirs du public1 et mme des artistes2 son ,ossian porta quelque atteinte sa rputation4 ,ce peintre passait1 non sans raison1 pour se creuser inutilement la tte et faire une foule d'essais dans le silence de son atelier1 sans qu'on vt paratre aucune oeuvre importante4 ,les jeunes lves qu'enseignait alors ,david reprochaient galement ,girodet de se donner trop de peine pour si peu de rsultats2 et1 tout en rendant justice son mrite comme dessinateur1 ils lui reprochaient le manir1 l'affterie de ses expressions1 la recherche de ses penses4 ,ils l'accusaient en particulier de reproduire sans cesse l'effet vaporeux1 bleutre et conventionnel de son premier tableau l',endymion4 ,david1 quoique fier d'un lve dont il reconnaissait les qualits trs-relles1 ne s'abusait cependant pas sur ses dfauts4 ,il regrettait mme amrement les rsultats qu'ils pouvaient avoir1 non-seulement pour ,girodet lui-mme1 mais pour les jeunes peintres qui1 sduits par sa manire1 cherchaient l'imiter1 car il commenait faire cole4 ,souvent le matre1 au milieu de ses disciples1 faisait allusion la manire tendue et pnible du peintre d',hippocrate4 ,girodet est trop savant pour nous1 disait-il1 copions tout simplement la nature et ne nous donnons pas tant de soucis pour bien faire2 a vient mieux quand a vient tout seul4--,voyez ,girodet1 disait-il une autre fois1 voil cinq ans qu'il travaille comme un galrien dans le fond de son atelier1 sans que personne voie rien de lui4 ,il est comme une femme qui serait toujours dans les douleurs de l'enfantement1 sans accoucher jamais444 ,j'aime bien la peinture1 assurment2 mais si on ne pouvait la faire qu' ce prix1 je la laisserais l4 ,girodet aimait beaucoup le mystre1 et tant qu'il travaillait un tableau1 non-seulement il ne laissait pntrer personne dans son atelier1 mais il ne parlait qui que ce soit du sujet dont il tait occup4 ,on savait cependant qu'il faisait un ,ossian pour la maison de campagne du premier consul1 et ce n'tait pas sans impatience que les artistes surtout attendaient l'apparition de cette oeuvre mystrieuse1 dont quelques privilgis se parlaient l'oreille4 cette poque1 ,david avait l'habitude de faire une promenade aprs son repas1 et tienne l'accompagnait quelquefois4 ,un soir que l'lve tait venu prendre son matre1 celui-ci lui dit comme il entrait3 ,girodet m'a dit que son ,ossian est termin2 il m'a mme pri de l'aller voir2 voulez-vous venir avec moi8 tienne accepta avec empressement et on se mit en marche4 ,girodet avait alors son atelier dans les combles du ,louvre1 l'angle prs du jardin de l',infante4 ,il fallut monter tant de marches1 qu'tienne fut oblig de donner le bras ,david pour achever cette ascension4 ,arrivs la porte1 ce fut en vain qu'ils cherchrent le cordon d'une sonnette1 il fallut heurter quatre ou cinq fois avant d'entendre remuer3 ,ah ah6 dit ,david1 vous ne connaissez pas encore ,girodet2 c'est l'homme aux prcautions4 ,il est comme les lions1 celui-l1 il se cache pour faire des petits4 ,cependant la porte s'ouvrit1 et ,girodet reut son matre avec ce luxe de politesses qu'il dployait toujours avec ceux qu'il admettait dans son atelier4 ,david1 debout et couvert1 regarda trs-longtemps le tableau d',ossian avec une attention qu'il porta successivement sur toutes les parties de l'ouvrage4 ,girodet1 plac un peu en arrire1 observait son matre1 et sa curiosit mle d'inquitude prit bientt le caractre de l'impatience et mme de l'irritation4 ,cette scne muette1 assez longue et qui sans doute parut durer un sicle ,girodet1 ne put se prolonger longtemps2 ,david rompit le silence1 se mit faire un loge simple1 vrai et fort bien motiv de l'habilet extraordinaire que l'artiste avait dploye dans l'excution difficile de l'ouvrage4 plusieurs reprises1 il renouvela cet loge en vitant de parler du fond de la composition4 ,enfin1 un mouvement interrogatif et quelques mots de ,girodet ayant provoqu une rponse positive ce sujet1 le matre dit l'lve1 avec l'accent de quelqu'un qui se rsume3 ,ma foi1 mon bon ami1 il faut que je l'avoue2 je ne me connais pas cette peinture-l2 non1 mon cher ,girodet1 je ne m'y connais pas du tout4 ,ds lors1 la visite dura peu1 comme on doit le croire1 et ,girodet reconduisit son matre jusqu' la porte1 avec des dmonstrations de respect qui cachaient mal son motion4 ,arriv dans la cour du ,louvre1 ,david1 dont la figure n'avait pu se dbarrasser encore de l'tonnement o ce qu'il venait de voir l'avait plong1 dit enfin tienne3 ,ah a6 il est fou1 ,girodet6444 il est fou1 ou je n'entends plus rien l'art de la peinture4 ,ce sont des personnages de cristal qu'il nous a faits l444 ,quel dommage6 avec son beau talent1 cet homme ne fera jamais que des folies444 il n'a pas le sens commun4 plusieurs reprises1 pendant la promenade1 tienne revint sur le tableau1 pour savoir si la rflexion aurait suggr quelques ides nouvelles au matre2 mais celui-ci1 avec l'accent de la mme bonne foi1 rpta toujours3 ,je vous assure1 tienne1 que j'ai dit ce que je pense3 je ne connais absolument rien ce genre de peinture2 c'est lettres closes pour moi4 ,malgr les loges prodigus cet ouvrage par les amis et les lves de ,girodet1 devenu alors chef d'une cole1 le tableau d',ossian n'eut pas plus de succs auprs des habitants de la ,malmaison que dans le public4 ,l'artiste le sentit intrieurement1 et la meilleure preuve que l'on en puisse donner est l'ardeur avec laquelle1 aprs quatre ans d'tudes solitaires1 il travailla des sujets d'un tout autre genre1 et excuts dans une manire fort diffrente4 ,en #ahjf1 il exposa au ,louvre une ,scne de ,dluge2 en #ahjh1 les ,funrailles d',atala et ,napolon recevant les clefs de ,vienne1 et enfin1 en #ahaj1 la ,rvolte du ,caire4 ,ces quatre compositions importantes1 acheves dans l'espace de quatre annes1 sont videmment celles qui dterminent l'apoge du talent de l'auteur4 ,on trouve dans ces tableaux la maturit complte du talent de l'homme qui1 dix-sept ans auparavant1 s'tait annonc par la figure d',endymion et par l',hippocrate4 ,l'imagination de ,girodet tait de l'espce de celles qui s'excitent1 s'chauffent et s'enflamment plutt en triturant une ide qu'elles ont enfante1 qu'en traduisant les impressions que fait natre la nature4 ,dans la ,scne de ,dluge1 dans l',atala1 son meilleur ouvrage peut-tre1 il y a toujours une recherche savante1 une vraisemblance calcule1 une perfection gale dans les plus petites parties de l'ouvrage1 qui ne laissent pas l'aise celui qui le considre4 ,dans les ,clefs de ,vienne ainsi que dans la ,rvolte du ,caire il y a des parties vraiment belles et qui sont traites de main de matre2 cependant le travail excessif1 la tension perptuelle du peintre en achevant ces tableaux1 labeur dont la trace proccupe sans cesse les yeux1 ne laisse ni aux sens ni l'me ce calme doux si ncessaire pour goter pleinement une production d'art4 ,aussi ,david rsumait-il on ne peut mieux ce qui manque aux ouvrages de son lve1 quand il disait3 ,en regardant les tableaux de ,raphal ou de ,p4 ,vronse1 on est content de soi2 ces gens-l vous font croire que la peinture est un art facile2 mais quand on voit ceux de ,girodet1 peindre parat un mtier de galrien4 ,quoi qu'il en soit1 la ,scne de ,dluge et l',atala obtinrent un grand et lgitime succs dans le public1 et ,david lui-mme1 quoique peu dispos se faire ce qu'il y a de tendu dans l'ensemble de ces tableaux1 loua d'autant plus leur excution fort savante1 qu'il tait trs-fier du succs de ses lves1 mme1 quand ils taient devenus ses rivaux4 ,la faiblesse de la sant de ,girodet1 et les excs de travail qu'il avait faits pour terminer ces quatre grands ouvrages1 semblent avoir port quelque atteinte ses facults4 compter de ce moment son talent ne fit plus de progrs2 le dernier de ses grands tableaux1 ,pygmalion et ,galate1 achev en #ahai1 se sent de l'puisement de ses forces4 ,girodet1 comme on en peut juger par ses lettres1 tait un homme bon1 aimable1 heureusement dou comme peintre et fort bien partag quant aux dons de l'esprit4 ,les dfauts1 qui lui ont nui dans l'exercice de son art1 venaient de la nature de son imagination1 trs-ardente1 et cependant peu fertile1 disposition fort commune en ,france4 ,ceux qui l'ont connu savent qu'il a pass plus des deux tiers de sa vie nourrir des projets1 se livrer des travaux de fantaisie1 au lieu de faire usage tout simplement de son pinceau4 ,il a perdu un temps considrable faire sur les odes d',anacron et sur le pome de ,virgile des suites de compositions au trait1 qui1 malgr leur mrite1 ne compenseront pas en gloire1 pour l'auteur1 le temps qu'il y a employ4 ,une quantit norme de compositions fugitives1 de croquis et de vignettes dessins dans les salons1 lui ont pris un temps prcieux1 et il serait impossible de calculer les mois1 les annes peut-tre1 pendant lesquels il faisait et dfaisait sans cesse les accessoires des grands portraits qu'il a peints4 ,quand il avait termin une composition quelconque1 sa conscience n'tait tranquille qu'autant qu'il s'tait donn beaucoup de peine en l'achevant4 ,son got pour les lettres et pour la posie est peut-tre celui qui a contribu lui faire perdre le plus de temps et altrer le plus sa sant4 ,on a imprim aprs sa mort une imitation en vers des odes d',anacron1 et un pome en six chants1 intitul3 le ,peintre1 prcd d'un discours prliminaire et suivi de notes4 ,ces ouvrages1 qui furent commencs vers #ahjg1 le pome en particulier1 rappellent la ,navigation1 les ,fleurs1 le ,printemps d'un proscrit1 et autres pomes descriptifs et admiratifs imits de l',imagination de ,delille4 ,l'diteur des oeuvres posthumes de ,girodet s'est abstenu d'y insrer la seule pice de vers o l'artiste ait laiss couler librement sa verve1 l'occasion des critiques qui parurent en #ahjf sur la ,scne de ,dluge4 ,le style en est bien moins correct1 il faut l'avouer1 que celui de son pome2 mais l'artiste de talent1 l'artiste spirituel et piqu au vif1 s'y est laiss aller avec une ptulance et quelquefois un bonheur d'expressions1 qui auraient d faire conserver ce morceau1 ne ft-ce que comme pice historique4 ,les posies sont suivies1 dans l'dition des oeuvres de ,girodet1 de deux morceaux en prose1 l'un sur le ,gnie1 l'autre sur la ,grce1 dans lesquels la pompe acadmique remplace souvent les ides neuves ou fortes4 ,enfin1 les deux volumes se terminent par un recueil de lettres dont nous avons donn quelques fragments2 elles sont vraiment intressantes1 parce que l'homme et l'artiste y parlent avec abandon et navet4 ,trois choses ont empch ,girodet de goter le moindre repos pendant toute sa vie3 la peinture1 le got des vers et la gestion de sa fortune4 ,non-seulement il avait contract de trs-bonne heure l'habitude de travailler plus que ses forces ne le lui permettaient2 mais compter des annes #ahjd et #ahje1 il peignit la nuit la lueur de lampes prpares pour ce genre de travail2 et ses quatre grands ouvrages1 le ,dluge1 l',atala1 ,napolon ,vienne1 la ,rvolte du ,caire1 ainsi que tout ce qu'il a produit jusques et y compris le ,pygmalion1 ont t en grande partie achevs d'aprs ce systme4 ,il avait commenc par dire que la lumire artificielle tait aussi favorable pour peindre que celle du jour1 et il finit par prtendre qu'elle tait meilleure4 ,c'tait un homme qui se donnait un mal infini pour tre original2 aussi parlait-il avec les plus grands loges de ,michel-,ange et de ,jules ,romain1 et rptait-il souvent ses lves que dans le choix de deux dfauts il prfrait le bizarre au plat4 ,mais sa liaison avec l'abb ,delille lui a t fatale1 en ce sens qu'il gagna de ce pote1 comme tant d'autres alors1 la maladie de la posie descriptive4 ,ce got1 combin avec les travaux de son atelier1 forcrent ,girodet prendre encore sur le peu de temps qu'il donnait auparavant au sommeil et aux distractions journalires4 ,aussi ses amis et ses lves1 qui lui portaient un sincre attachement1 virent-ils avec effroi cette nouvelle cause d'insomnies4 ,girodet tait n avec de la fortune1 et elle s'accrut singulirement en #ahab1 lorsque son pre adoptif1 ,m4 de ,triozon1 lui lgua encore la sienne en mourant4 ,on estime qu'il avait de vingt-quatre trente mille livres de rentes4 ,chose certaine1 quoique difficile croire1 il avait tellement embrouill l'administration de ses biens2 les contestations1 les petits procs s'taient tellement accumuls1 que c'est tout au plus s'il avait de liquide l'argent habituellement ncessaire pour son entretien4 ,prodigue ou conome jusqu' l'excs1 il avait fait btir une fort grande maison dont l'intrieur n'a jamais t dcor ni mme meubl4 ,il y entassait de magnifiques meubles de ,boule1 des vases de ,chine1 des livres1 des armes prcieuses2 mais les murs n'taient point tendus1 les chemines restaient sans chambranles et dans la chambre o se trouvait son mauvais lit1 il y avait demeure une table ronde couverte de papiers crits ou dessins toujours en dsordre4 ,chez lui1 son costume vieux et dchir lui donnait l'aspect le plus sauvage2 mais quand il allait dans le monde1 il mettait dans sa toilette de l'affectation et mme de la recherche1 jusqu' se parfumer d'odeurs4 ,de toutes ses manies1 la plus trange tait le petit charlatanisme qu'il mettait en usage lorsqu'il tait cens tre sur le point de terminer un tableau et que1 par une prtendue faveur spciale1 il admettait la haute socit et quelques artistes dans son atelier4 ,girodet n'tait pas homme montrer un ouvrage sans l'avoir revu et corrig plutt vingt fois qu'une2 aussi ses confrres n'taient-ils pas dupes du pige qui leur tait tendu4 ,quoi qu'il en ft1 on tait introduit mystrieusement dans le sanctuaire o se trouvait dj nombreuse compagnie4 ,l1 ,girodet laissait1 prs de son tableau sur chevalet1 une bote couleurs ouverte1 avec la palette charge et l'appui-main tout prpars4 ,puis de temps en temps1 et comme s'il lui ft venu une ide soudaine1 il faisait des excuses aux assistants1 leur demandant en grce la permission de donner encore quelques touches444 quelques touches seulement6 un endroit qui avait besoin de correction2 et saisissant un pinceau qu'il agitait prs de la palette1 il le promenait lgrement sur les contours comme s'il et cherch leur donner plus de puret ou de mollesse4 ,cette petite manoeuvre avait ordinairement le plus grand succs auprs des belles dames de ,paris1 qui racontaient ensuite qu'elles avaient vu peindre ,girodet1 et qu'il n'tait pas tonnant que les ouvrages de ce peintre fussent si parfaits1 puisqu'il les corrigeait jusqu'au dernier moment4 ,c'est la petite comdie que ce peintre a joue lorsqu'il laissa voir en #ahai sa ,galate1 ouvrage dont il sentait vraisemblablement la faiblesse1 puisqu'il prenait tant de peine pour en assurer le succs4 ,le biographe de ,girodet#ee a t discret sur les affections tendres de ce peintre4 ,on sait que dans ses fantaisies passagres1 le dieu d'amour lui a lanc des flches cruelles4 ,mais quant aux sentiments plus dlicats qui ncessairement ont d agiter le coeur d'un homme dont l'imagination tait si inflammable1 son historien se borne dire qu'il ressentit en effet plusieurs affections passionnes1 et les entretint avec une extrme discrtion4 ,la grande quantit de lettres qui furent religieusement dtruites le jour mme de sa mort1 selon la prire qu'il en avait faite ses amis1 prouve la place que ces affections occupaient dans son existence intrieure4 ,mais malgr toute sa circonspection1 ceux de ses amis intimes et de ses lves qui le quittaient peu purent s'apercevoir des visites frquentes qu'il recevait aprs les longues journes de travail de l'atelier4 ,la mort de cet artiste fut douloureuse4 ,depuis son retour d',italie1 sa constitution naturellement bonne1 mais altre par des maladies et surtout par l'irrgularit du rgime et les excs du travail1 luttait contre un principe de destruction toujours menaant4 ,enfin une affection gangreneuse qui1 deux fois dj1 des intervalles loigns1 s'tait manifeste aux extrmits infrieures1 se porta sur la vessie4 ,les soins de ,larrey1 son ami1 assist de ,portal et de ,l',herminier1 ne purent arrter les progrs du mal1 et aprs six jours de douleurs croissantes1 il fallut se rsoudre une opration prilleuse dont le succs n'aboutit qu' retarder la mort de cinq jours4 ,on rapporte que quelques instants avant de subir cette opration1 surmontant ses douleurs il s'chappa en quelque sorte de son lit1 et que1 soutenu par sa seule domestique1 il se trana jusqu' son atelier4 ,l1 la vue de ce lieu et des objets tmoins et compagnons de ses longs travaux1 il ne put contenir les motions profondes qu'il ressentait4 ,mais bientt1 voulant se soustraire une situation trop violente1 il se retira4 ,prs de sortir de son atelier1 il se retourna sur le seuil de la porte1 en disant d'une voix teinte3 ,adieu6 je ne vous verrai plus4 ,girodet est mort le #ab dcembre #ahbd1 l'ge de cinquante-sept ans1 clibataire1 et laissant une succession qui1 tant en biens-fonds que par la vente de ses ouvrages1 a produit #hjj1jjj francs son unique hritire1 sa nice1 ,mme ,becquerel-,despraux4 ,ses obsques furent clbres avec la plus grande pompe1 et de plusieurs discours prononcs sur sa tombe1 le plus extraordinaire fut celui de son condisciple ,gros4 ,tous les artistes1 les plus clbres et les plus humbles1 assistrent cette crmonie4 ,gros pleurait comme un enfant2 ,grard tait ple1 silencieux et triste4 ,grard 7,franois7 avait trois ans de moins que ,girodet4 ,n ,rome en #aggj1 d'un pre franais et d'une mre italienne attachs l'ambassadeur de ,france1 on l'envoya jeune encore ,paris1 pour y tudier l'art de la peinture1 vers lequel son penchant le porta naturellement et de trs-bonne heure4 ,il frquenta successivement les coles de ,pajou1 habile statuaire1 de ,brennet1 peintre en grande rputation alors et rival de ,vien1 enfin on le confia aux soins de ,david1 qui venait de donner une impulsion nouvelle aux arts4 ,ses condisciples ,fabre et ,girodet remportrent le prix acadmique1 et1 par une singularit remarquable1 ,grard1 dont le talent fut toujours facile et sduisant1 ne put jamais obtenir ce genre de succs4 ,dans une lettre crite de ,rome par ,girodet en date du mois de juin #agia1 on apprend que son jeune camarade tait revenu dans cette ville pour y chercher sa mre1 qu'il ramena en ,france4 ,la mre est la meilleure femme du monde1 dit ,girodet ,m4 de ,triozon1 et le fils1 par son esprit et ses talents1 ne peut manquer d'exciter votre attention4 ,sans l'injustice de l'acadmie1 nous serions partis ensemble1 et lui le premier4 ,pauvre et press de tirer parti de son talent1 ,grard fut oblig de renoncer un encouragement qui lui tait si ncessaire2 il lutta avec un rare courage contre la pauvret1 et redoubla d'efforts pour se perfectionner ,paris1 o il passa alors quelques mauvaises annes4 ,entran comme tant d'autres artistes1 par les passions de son matre1 dans le tourbillon des ides rvolutionnaires1 quoique bien jeune alors1 il tait dans sa vingt-troisime anne1 on inscrivit son nom parmi ceux des jurs au tribunal rvolutionnaire1 o il ne sigea cependant pas4 ,vers ce temps il aida ,david dans l'excution du tableau de ,lepelletier de ,saint-,fargeau1 et composa1 d'aprs la scne du #aj aot1 la ,convention1 une esquisse qui lui valut alors de grands loges1 et dont il se proposait de faire le tableau4 ,la malheureuse importance politique que ,david avait acquise et le succs de son dessin du ,serment du ,jeu de ,paume entranrent momentanment dans cette voie le jeune ,grard1 que la nature de son esprit et l'amnit de son caractre devaient prserver bientt de pareils carts4 ,son ami1 son rival ,girodet avait dj envoy de ,rome deux ouvrages qui le plaaient au nombre des hommes appels soutenir et augmenter la gloire de leur cole4 ,l',endymion1 cette composition gracieuse1 avait paru au ,salon pendant la sanglante anne de #agic1 et l',hippocrate avait captiv l'attention des connaisseurs l'exposition suivante4 ,quoique bien pauvre1 ,grard coutait sa jeune me1 qui lui disait qu' tout prix il fallait lutter contre son condisciple dj clbre et qui l'tat de sa fortune permettait de tenter facilement de nouveaux efforts4 ,plusieurs portraits en pied1 faits d'aprs ses amis1 furent les premiers ouvrages sur lesquels l'attention du public se fixa4 ,dans l'attitude1 l'expression et le coloris de ces divers personnages1 on remarqua une vrit et une dlicatesse1 et en mme temps une convenance gracieuse1 qui n'chapprent personne4 ,le portrait de son camarade ,isabey fut le premier ouvrage qui fit retentir le nom de ,grard ,paris#ef4 ,dj clbre comme peintre en miniature1 et trs-rpandu dans le monde par l'exercice de son art1 ,m4 ,isabey proposa son ami de lui servir de modle1 pour lui fournir l'occasion de peindre quelqu'un dont la figure tait bien connue4 ,ce petit artifice prpar par l'amiti eut un tel succs1 que ,grard inspira bientt confiance des amateurs4 ,cependant il tait toujours extrmement pauvre4 force de travail1 et aid encore par ,m4 ,isabey1 qui acheta et paya l'ouvrage d'avance1 il entreprit un tableau d'histoire1 et au ,salon de #agie parurent son ,blisaire rapportant son guide piqu par un serpent1 et le charmant portrait de ,mlle ,brongniart4 ,le succs de ces ouvrages fut complet4 ,ds ce moment les deux noms de ,girodet et de ,grard jouirent d'une clbrit gale1 et on vit natre entre ces deux artistes1 d'abord de l'mulation1 puis de la rivalit1 et enfin une jalousie qui dura autant qu'eux4 ,il n'en tait pas dans ce temps comme dans le ntre2 malgr la grandeur et la solidit du succs qu'obtint alors l'auteur du ,blisaire1 malgr les louanges qui lui furent prodigues et l'accueil distingu qu'il reut de tout ce qu'il y avait de personnes considrables ,paris1 ,grard1 encore un peu plus pauvre d'argent depuis qu'il tait devenu riche de gloire1 fut oblig de se commander lui-mme un autre tableau pour justifier et soutenir ses succs prcdents4 ,la socit se sentait encore des branlements causs par la rvolution2 les fortunes prives taient compromises1 et ceux qui possdaient des biens n'osaient acqurir des objets de luxe1 lorsque tant de gens autour d'eux manquaient encore du ncessaire4 ,le jeune artiste n'aurait peut-tre pas mme excut son tableau de ,blisaire1 si son camarade1 ,m4 ,isabey1 dj favoris de la fortune par la nature de son talent1 n'et pas achet et pay d'avance cet ouvrage son ami4 ,mais le noble coeur d',isabey ne s'en tint pas l1 car1 ayant revendu le ,blisaire plus cher qu'il ne l'avait achet1 l'habile peintre en miniature restitua l'auteur du tableau d'histoire le surplus du prix1 comme une dette qu'il aurait contracte4 ,riche de ce noble trsor1 et avide de gloire1 ,grard1 sans s'inquiter de la destination incertaine de l'ouvrage qu'il voulait faire1 composa et excuta le tableau de ,psych et l',amour4 ,le temps qu'il employa l'achever a t le plus heureux de sa vie1 sans doute4 ,tranquillis par un brillant succs2 peu prs certain d'en obtenir bientt un second2 recherch par toutes les personnes que leur esprit1 leur talent ou leur position dans le monde mettaient en vidence2 et enfin distingu alors par une personne dont le coeur et l'esprit taient guids par cette tendresse intelligente qui excite et inspire si favorablement le gnie1 ,grard1 encore la fleur de l'ge et travaillant sous de si doux auspices1 termina avec amour l'un de ses meilleurs tableaux4 ,mais si la ,psych fut gote au ,salon de #agig1 elle eut aussi y essuyer de nombreuses critiques4 ,dans ce personnage de l',amour1 on trouva une ide trop recherche1 trop mtaphysique1 et l'expression gracieuse des deux figures parut dgnrer en affterie4 ,quelques-uns1 envisageant le tableau sous le rapport technique1 pensrent qu' force de chercher simplifier et purer les formes1 l'auteur ne les avait souvent rendues que d'une manire vague et imparfaite4 ,de ces dernires critiques1 celle que lana ,giraut1 ce sculpteur qui le premier osa consacrer le talent et la clbrit de ,david ,rome1 fut la plus vive et la plus spirituelle4 ,en faisant observer ses voisins la portion du corps au-dessous de la poitrine1 trop mollement accuse dans ,psych1 il demanda malignement si les ctes y taient peintes en long ou en large4 ,quoi qu'il en soit1 et malgr l'ensemble de ces reproches1 qui sont loin d'tre dnus de fondement1 le tableau de ,psych est rest une production fort remarquable de l'poque1 et l'une des meilleures de ,grard4 ,trois portraits peints dans le mme temps par cet artiste sont peut-tre plus remarquables encore1 et donnent une ide plus juste et plus avantageuse du point de vue vrai1 simple et nouveau1 sous lequel ,grard envisageait alors l'art de la peinture2 ce sont ceux de ,mlle ,brongniart1 de la famille d',auguste1 orfvre clbre en ce temps et de ,mme ,barbier-,valbonne1 cantatrice renomme4 ,cette exposition ne produisit pour ,grard qu'une partie des rsultats qu'il avait droit d'en attendre4 ,sa rputation de peintre de portraits s'tablit1 mais le tableau de ,psych n'ayant point t achet1 le peintre devint moins entreprenant et n'osa pas commencer d'autre ouvrage de haut style4 ,les hommes de talent et les femmes clbres par leur esprit et leurs grces remplaaient alors1 comme on l'a dit1 l'ancienne aristocratie4 ,c'tait eux qui accueillaient1 favorisaient et protgeaient mme au besoin1 le talent son aurore4 ,dj le condisciple1 l'ami de ,grard1 ,m4 ,isabey1 avait montr la noblesse d'me d'un vritable artiste1 en employant un dtour dlicat pour venir au secours d'un homme distingu aux prises avec la pauvret4 ,cet exemple ne fut pas inutile1 et lorsque toute esprance de voir le tableau de ,psych achet par un amateur1 ou1 ce qui et t plus convenable1 par le gouvernement1 fut perdue1 deux hommes de coeur et d'intelligence1 l'architecte ,fontaine et ,breton1 secrtaire de l',institut1 se cotisrent pour raliser la somme de #fjjj francs1 qu'ils offrirent ,grard en change de son tableau4 ,depuis #agig jusqu' l'poque o ,bonaparte premier consul commena faire entrer les arts dans les rouages accessoires de son gouvernement1 ,grard1 ainsi que les autres artistes1 eut fort peu d'occasions d'exercer son talent4 ,ces longs et pnibles efforts tents pour l'tude sincre de son art1 ces succs si flatteurs obtenus du public1 mais qui ne fournissaient pas les moyens d'en mriter de nouveaux2 et1 il faut bien le dire1 cette pauvret si dure pour un homme dj clbre1 forcrent ,grard employer son talent des ouvrages d'un ordre infrieur4 ,il partagea cet gard le sort de quelques-uns de ses contemporains1 et1 ainsi que ,girodet et ,prudhon1 ,grard fit des vignettes pour les grandes ditions de ,virgile et de ,racine publies par ,didot4 ,quoique l'ducation de ,grard et t peu soigne1 il avait naturellement les avantages d'un esprit cultiv4 ,son intelligence lucide1 dlie et pntrante1 son got juste et dlicat1 lui faisaient saisir facilement les penses1 les faits et les combinaisons d'ides les plus trangres ses proccupations habituelles4 ,au temps de ses premiers succs1 lorsque1 recherch par tout ce qu'il y avait de distingu dans la socit parisienne1 il y paraissait tout la fois modeste comme un homme qui commence1 et brillant dj d'une gloire solidement acquise1 il tait facile de reconnatre tout ce qu'il y avait de distingu1 d'minent mme1 dans ce jeune artiste coutant avec tant de respect et d'attention les gens instruits1 qui1 eux-mmes1 se sentaient flatts de l'avoir pour auditeur4 ,aimant naturellement les lettres1 dou de l'instinct de la musique1 portant un intrt trs-vif toute espce de science1 ,grard1 entour de fort bonne heure de tout ce qu'il y a eu d'hommes intelligents de son temps1 et ayant eu le bon esprit si rare de les couter attentivement1 acquit des connaissances tellement varies1 que1 quels que fussent le talent et les occupations de ceux qui lui adressaient la parole1 sa rponse tait toujours pertinente1 spirituelle et flatteuse4 ,ces qualits prcieuses1 mais accessoires pour un artiste1 exercrent des influences diverses sur son talent et sur sa vie4 ,elles contriburent sans doute l'accroissement de sa fortune2 mais en lui donnant l'occasion de briller dans le monde1 o il fut toujours recherch1 elles lui firent obtenir1 comme peintre de portraits1 des succs qui le firent longtemps dvier de sa carrire de peintre d'histoire4 ,le portrait de ,mme ,bonaparte1 expos en #agii1 l'avait plac au premier rang parmi ceux qui russissaient le mieux en ce genre4 ,son matre1 ,david lui-mme1 malgr la grande clbrit dont il jouissait alors1 se ressentit des effets de la vogue qu'obtenaient les productions de son lve4 ,mme ,rcamier1 dans tout l'clat de sa jeunesse1 de sa beaut et de sa position sociale1 avait eu l'ide de se faire peindre par le premier peintre de son temps1 par ,david4 ,le portrait fut mme conduit jusqu' l'bauche complte4 ,la jeune beaut1 vtue d'une simple robe blanche1 avec le col et les bras dcouverts1 selon l'usage et la mode du temps1 tait reprsente moiti tendue sur un canap4 ,le peintre1 dans son bauche1 avait montr les deux pieds sans chaussures4 ,cette dernire circonstance tait une fantaisie de l'artiste1 fort innocente alors1 mais qui sans doute blessa les susceptibilits du modle4 ,on dit aussi que le peintre1 distrait par d'autres occupations1 travailla trop lentement au gr des dsirs de ,mme ,rcamier1 et que1 domine par une impatience assez commune chez les jeunes femmes1 elle eut recours au pinceau de ,grard1 dj dsign dans l'opinion publique comme l'artiste dont le talent gracieux rendait avec le plus de bonheur la beaut fminine4 ,enfin1 on ajoute que ,mme ,rcamier1 tout en faisant faire son portrait par ,grard1 n'en tenait pas moins avoir celui qu'avait bauch ,david4 ,l'bauche du portrait de ,mme ,rcamier1 aprs avoir t vue et trs-admire par les lves de ,david1 avait t galement montre ,grard4 ,confident de ce travail1 et plein d'gards et de respect pour son matre1 ,grard lui confia la demande qui lui avait t faite4 ,sans hsiter1 ,david conseilla l'auteur de ,psych d'y satisfaire4 ,mais lorsque ,mme ,rcamier se prsenta dans l'espoir de voir achever le premier portrait3 ,madame1 lui dit ,david1 les dames ont leurs caprices2 les artistes en ont aussi4 ,permettez que je satisfasse le mien1 je garderai votre portrait dans l'tat o il se trouve4 ,et en effet1 rien depuis n'a pu le dcider le finir#eg4 ,de #ahjj #ahaj1 le nombre des portraits que fit ,grard est incalculable4 ,en #ahjh seulement1 il en exposa douze au ,salon2 en #ahaj1 quatorze4 ,il peignit peu prs tout ce qu'il y avait d'hommes et de femmes clbres en ,europe4 ,les sommes qu'il gagna furent immenses1 et quoiqu'il ft fastueux et parfois prodigue1 il amassa cependant une fortune assez considrable4 ,le tour piquant de son esprit1 la varit de ses connaissances1 et une certaine manire modeste1 mais lgante et trs-spirituelle de traiter tous les sujets1 faisaient de cet artiste1 si habile d'ailleurs dans son art1 un homme du monde des plus aimables4 ,depuis les premiers temps de sa clbrit1 dans son petit logement au ,louvre1 quoique d'autant plus pauvre qu'il tait mari et forc de tenir maison1 il runissait dj tous ses amis le mercredi soir de chaque semaine4 ,ce furent d'abord de simples runions d'artistes1 de camarades4 ,mais ce noyau d'amis1 qui lui restrent toujours fidles1 se joignirent successivement1 et mesure que le talent et la renomme du peintre s'accrurent1 tout ce que la socit de ,paris et des pays trangers offrait de plus lev par les connaissances1 l'agrment1 la naissance et les dignits4 ,pendant tout le rgne de ,napolon1 ,grard tint certainement le salon le plus curieux1 le plus amusant et le plus habituellement frquent par les personnes clbres en tout genre4 ,l'tiquette y tait remplace par une politesse exquise1 et le mrite servait ordinairement de rgle pour assigner chacun l'importance et le rang qu'il devait prendre4 ,par une bienveillance naturelle1 qu'il mlait une politique habile1 ,grard tait toujours dispos accueillir chez lui les jeunes gens qui commenaient se faire remarquer par leurs talents4 ,par cette protection accorde ceux qui entraient dans la carrire1 il mettait les jeunes esprits en relation directe avec ses anciens amis1 et ralliait ainsi ses intrts toutes les gnrations dont il tait environn4 ,vers #ahaj et #ahaa1 aprs avoir fait le portrait de presque tous les rois et toutes les reines de l',europe2 lorsque les plus hauts dignitaires de l'empire franais briguaient la faveur d'tre peints par lui2 quand1 accabl sous les faveurs de toute espce1 ses amis qui1 sans croire le flatter1 lui disaient dans toute la sincrit de leur me que ,grard tait le roi des peintres1 comme il tait le peintre des rois1 lui1 ,grard1 profitait de cet engouement sans en tre dupe4 ,il y avait certainement de la force d'me et une grande pntration d'esprit dans cet homme1 qui1 n'ayant pu faire une fortune mdiocre en augmentant peu peu son talent1 et qui s'tant trouv forc de profiter d'une chance inattendue pour ne plus retomber dans la pauvret1 jouait1 badinait ainsi avec sa clbrit1 en conservant au fond de l'me le dsir et l'esprance d'acqurir une vraie gloire4 ,car1 au milieu de ce concert de louanges dont on l'tourdissait1 dans son salon mme1 o il tait flatt par l'aristocratie intellectuelle et nobiliaire1 o on lui rptait sans cesse qu'il avait surpass tous ses rivaux1 lui1 se jugeait1 et en #ahjg il se disait lui-mme que depuis dix ans1 depuis sa ,psych1 il n'avait rellement rien produit2 c'est parce qu'il se sentait peintre au fond de l'me4 ,les succs de ,david1 de ,girodet1 de ,gros et de ,gurin1 pendant ces dix annes1 retremprent l'esprit de ,grard en l'irritant4 ,en #ahjh il exposa les ,quatre ges4 ,l'ouvrage tait faible1 mais le peintre ne se dcouragea pas1 et deux ans aprs 7#ahaj71 avec quatorze portraits1 la plupart en pied et des meilleurs qu'il ait faits1 il prsenta au ,salon la ,bataille d',austerlitz1 ouvrage remarquable et le meilleur de ceux qu'il a achevs sous le rgne de ,napolon4 ,cette composition1 destine originairement dcorer le plafond du conseil d'tat1 tait accompagne dans cette salle de quatre grandes figures allgoriques droulant et soutenant le tableau2 dans ces figures1 ,grard a peut-tre exprim mieux que dans tous ses autres ouvrages ce grandiose vers lequel son esprit le portait et cette largeur d'invention qui tait une disposition naturelle de son talent4 ,mais la rputation de peintre de portraits a pes fatalement sur cet artiste pendant les plus belles annes de sa vie4 ,son atelier se transforma en une espce de manufacture1 surtout aprs les vnements de #ahad1 lorsque les rois1 les princes et les gnraux des puissances allies vinrent ,paris4 ,le nombre des demandes qui lui furent faites alors1 et la promptitude avec laquelle il fut oblig d'y rpondre1 eurent les plus tristes rsultats4 ,presque tous les portraits que ,grard excuta cette poque sont assez faibles1 et en partie sortis d'autres mains que de la sienne4 ,l'empereur avait bien trait ,grard2 ,louis ,,xviii et les princes de la restauration ne lui furent pas moins favorables4 ,les grces qu'il obtint sous la restauration1 entre autres le titre de premier peintre du roi1 parurent l'attacher ce gouvernement d'une manire sincre1 et il montra du dvouement en rappelant toutes les forces de son imagination et de son talent pour faire l'ouvrage que l'on regarde gnralement comme son chef-d'oeuvre1 l',entre d',henri ,,iv ,paris4 ,ce tableau fut expos en #ahag1 et ce fut la dernire satisfaction que ,grard prouva comme artiste et comme homme4 ,sa ,corinne1 en #ahbb2 son ,philippe ,v et ,daphnis et ,chlo1 en #ahbd1 et enfin le tableau faible du ,sacre de ,charles ,x1 en #ahbg1 furent des signes non quivoques de dcadence4 ,grard avait atteint sa cinquante-septime anne1 ge auquel est mort ,girodet1 prcisment aprs avoir termin sa ,galate1 oeuvre qui indiquait aussi que l'artiste dclinait4 ,ce rapport entre l'ge et le dclin de ces deux rivaux put frapper ,grard1 qui ne s'est jamais fait intrieurement illusion sur lui-mme4 tienne1 qui le vit l'enterrement de son camarade ,girodet1 remarqua1 ainsi que tous les assistants1 combien il tait ple et quel point il tait triste4 ,grard tait aim2 son chagrin concentr fit impression1 et l'on prouva quelque chose de douloureux le voir rpondre par des sourires mlancoliques aux politesses que lui adressaient tous les jeunes gens de l'cole nouvelle1 dont au fond il redoutait le jugement4 ,la rvolution de #ahcj mit le comble l'espce de dcouragement qui s'tait empar de lui4 ,pour un homme qui n'tait pas rest entirement tranger aux ides de la rvolution1 et qui avait vu crotre sa rputation et sa fortune sous ,napolon1 c'tait dj beaucoup que de s'tre produit facilement et de s'tre encore illustr sous les auspices des ,bourbons2 mais lorsque1 aprs les fatigues d'une vie laborieuse qu'il avait t oblig de refaire sous trois gouvernements contraires1 il se vit dans la ncessit1 ainsi qu'un homme qui entre dans la carrire1 de combiner pour la quatrime fois un nouveau mode d'existence pour ne pas perdre les avantages dont il avait joui prcdemment2 l'ide de ce nouvel effort1 le peu de succs de ses derniers ouvrages1 l'affaiblissement de sa vue et quelques atteintes de paralysie la main1 lui ravirent la confiance qu'il avait toujours eue en lui-mme4 ,il fit encore un assez grand nombre de portraits1 et le tableau de ,louis-,philippe l'htel de ville2 mais tous les soins1 tous les travaux de ses dernires annes furent particulirement consacrs l'achvement des quatre pendentifs de l'glise de ,sainte-,genevive1 ouvrage peu digne de lui4 ,le ,blisaire1 la ,psych1 la ,bataille d',austerlitz1 l',entre d',henri ,,iv et huit ou dix portraits1 sont donc les rsultats importants des travaux de toute la vie de ,grard1 ses vritables titres de gloire4 ,quoiqu'il et plusieurs infirmits1 elles furent trangres sa mort4 ,atteint d'une fivre pernicieuse1 le #h janvier #ahcg1 trois jours aprs il mourut de ce mal4 ,girodet1 membre de l',institut1 n'avait reu la dcoration de la ,lgion d'honneur que tard4 ,sous la restauration1 il fut fait chevalier de l'ordre de ,saint-,michel1 et ,charles ,x lui envoya la croix d'officier de la ,lgion d'honneur la veille de sa mort4 ,la vie retire et singulire de cet artiste peut expliquer ceux qui connaissent le monde pourquoi ces honneurs lui ont t accords si tardivement4 ,grard1 au contraire1 dont le caractre tait facile1 le talent riche et brillant1 fut combl de ces distinctions flatteuses pendant la vie et compltement striles aprs la mort4 ,nomm baron de l'empire1 officier de la ,lgion d'honneur1 chevalier de l'ordre de ,saint-,michel1 membre de l',institut de ,france1 professeur l'cole royale des beaux-arts1 membre de l',institut de ,hollande et des ,acadmies de ,vienne1 ,berlin1 ,munich1 ,copenhague1 ,turin1 ,milan et ,saint-,luc de ,rome1 aucun tmoignage de considration ne lui a manqu pendant sa vie4 ,et cependant cet homme est mort triste1 regrettant sa jeunesse1 ne pouvant s'accoutumer l'ide de ne plus exciter cet engouement dont il avait t le premier signaler l'extravagance1 tourment par la faiblesse de certains de ses ouvrages1 inquiet mme sur le mrite rel de ceux qui avaient eu le plus de succs1 et poursuivi par l'ide qu'une gnration nouvelle d'artistes tait l toute prte prendre la place de celle que l'ge et la mort allaient bientt mettre hors de lice4 ,c'est vraiment bien tort que l'on adresse ceux qui composent des romans le reproche de les terminer ordinairement par des scnes tristes4 ,pour peu qu'un crivain tienne retracer la vie humaine avec vrit1 comment ne pas tomber dans cet inconvnient8 ,on connat dj quelles ont t les destines de ,drouais1 de ,fabre1 de ,girodet et de ,grard2 maintenant voici celle de ,gros4 ,il tait le plus jeune de la premire couve d'lves de ,david4 ,n ,paris en #agga1 ,gros 7,antoine-,jean71 issu d'une famille sans fortune1 s'adonna tout jeune l'art de la peinture4 ,ses progrs furent aussi brillants que rapides l'atelier de ,david1 et1 couronn l',acadmie en #agij1 il alla continuer ses tudes ,rome4 ,mais1 comme tous les artistes et pensionnaires franais1 qui1 depuis l'affaire de ,basseville1 portaient ombrage au gouvernement papal1 ,gros fut oblig d'abandonner ,rome1 et de se rfugier successivement dans plusieurs villes d',italie4 ,ne recevant point de secours de sa famille1 et press par le besoin1 ,gros se mit peindre la miniature ,florence et ,gnes4 ,la hardiesse et l'imptuosit avec lesquelles il traitait un genre que l'on ne fait ordinairement que froidement et avec timidit devinrent pour lui une cause de succs1 et le jeune ,gros1 dont la figure tait belle et prvenante1 dont l'esprit1 quoique inculte1 plaisait par sa franchise et un certain tour original1 tira parti de son talent1 et se fit aimer de ceux qui le connurent4 ,sa jeunesse1 son obscurit et son dfaut de fortune alors1 lui permirent de rester en ,italie1 sans tre compris au nombre des migrs1 pendant les annes les plus orageuses de la rvolution franaise4 ,ainsi que ,girodet1 ,gros ne fut pas atteint par les passions politiques de son temps1 et1 tout occup de son art et de ses plaisirs1 il profita de son talent et de son caractre pour se faufiler intact1 ou plutt indiffrent1 au milieu de toutes les opinions qui agitaient alors ses contemporains4 ,le jeune ,gros avait donc pu1 grce son obscurit1 se tenir loign de la tourmente rvolutionnaire1 et ce fut avec la mme indpendance d'esprit qu'il profita de son talent pour se joindre ses compatriotes1 lorsque l'arme franaise1 conduite par ,bonaparte1 vint conqurir l',italie1 en #agif4 ,le jeune peintre franais tait avec l'arme1 prs d',arcole1 lorsque ,bonaparte et ,augereau plantrent le drapeau tricolore sur le pont qu'il fallait traverser en affrontant la mitraille des ,autrichiens1 et le premier ouvrage de ,gros1 que l'on vit au ,salon 7#agii71 est un beau portrait mi-corps de ,bonaparte tenant le drapeau d',arcole la main1 et franchissant le pont4 ,jusqu'alors les ouvrages qui reprsentaient le vainqueur de l',italie taient si faibles1 ou offraient des traits si peu semblables1 que le tableau de ,gros ne fut gure1 au premier moment1 qu'un objet de curiosit pour la multitude4 ,cependant1 quelques artistes furent frapps d'une certaine libert dans l'attitude du personnage1 et d'une facilit de pinceau1 auxquelles on n'tait plus habitu depuis que ,david1 ainsi que ses lves ,girodet et ,grard1 avait fait tant d'efforts pour se rapprocher de la manire svre1 pure et tant soit peu austre de l'art antique4 ,dans les ateliers de peinture1 et parmi les jeunes lves1 cette peinture de ,gros fut prise comme une innovation qui fit quelque fortune1 et donna le dsir de voir de cet artiste1 alors nouveau pour la ,france1 quelque production plus importante4 ,cependant ,gros1 que ,bonaparte avait distingu et qui s'tait fait aimer de tous les officiers de l'arme1 obtint lui-mme un grade au moyen duquel il pouvait suivre toutes les oprations militaires4 ,c'est lorsqu'il se trouva dans cette position1 qu'il prit sur les champs de batailles mme1 ce got qu'il a toujours conserv pour les brillants uniformes1 pour les chevaux et les scnes guerrires4 ,ds ce moment sa carrire et son genre taient nettement tracs2 son gnie allait trouver son emploi4 ,parmi les causes nombreuses qui empchent la plupart des hommes de mettre profit les dons qu'ils ont reus de la nature1 la plus commune est l'ignorance o ils sont presque toujours de la facult et du talent qui les distinguent rellement4 ,les fausses vocations1 indiscrtement suivies1 ruinent l'avenir de la plupart des jeunes gens1 et troublent ordinairement la vie des hommes qui passent pour l'avoir remplie le plus compltement4 ,sans aller chercher de nombreux exemples hors du sujet qui nous occupe1 il suffit de jeter un coup d'oeil sur la carrire des artistes de notre temps1 pour reconnatre la vrit de cette proposition4 ,en effet1 quelle a t la vie de ,david8 ,celle d'un artiste trs-heureusement dou pour exercer1 et mme perfectionner la peinture1 mais qu'une manie insense de devenir lgislateur a interrompue1 trouble et fltrie2 ,girodet galement1 n peintre1 se met dans l'esprit qu'il est pote et perd la partie la plus prcieuse de son existence polir des vers l'imitation de ceux de l'abb ,delille4 ,grard1 non moins naturellement peintre que ses rivaux1 sacrifie sa gloire d'artiste au titre d'homme du monde1 et meurt d'ennui et de chagrin en pesant dans son esprit1 chancelant et sceptique1 si1 tout compte fait1 il n'y a pas autant d'avantage mourir conseiller d'tat ou pair de ,france1 que premier artiste de son poque4 ,enfin1 ,gros1 dont le caractre tait prime-sautier1 irrflchi1 dont l'esprit obissait une verve dont il ne connaissait ni l'tendue ni la force1 ,gros1 comme on le verra bientt1 avait aussi sa marotte1 sa manie1 qui l'a proccup pendant toute sa vie et jusqu'au moment de sa mort1 qui a t si cruelle4 ,aprs le ,bonaparte ,arcole1 et l'exposition suivante 7#ahjb71 ,gros reprsenta ,napolon sur un cheval blanc1 donnant une arme d'honneur un grenadier4 ,quoique trs-imparfaite1 cette production attira cependant l'attention gnrale1 et c'est compter de ce moment que la rputation du peintre alla en croissant4 ,malgr les observations1 assez justes d'ailleurs1 des puristes vous au culte exclusif des doctrines antiques1 le ,bonaparte de ,gros1 avec ses teintes fouettes et hardies1 avec son cheval en satin blanc1 ne laissa pas de tourner la tte du public et des jeunes artistes4 ,david lui-mme ne craignit pas de dire en plein ,salon que cet ouvrage1 avec ses qualits solides1 produirait un bon effet sur les travaux de l'cole de ,paris1 o l'on ngligeait trop le coloris4 ,girodet1 ,grard et tous les peintres en renom furent unanimes pour vanter le mrite de ,gros1 qui cependant ne fut que trs-imparfaitement satisfait de cette victoire4 ,on voyait cette mme exposition une autre composition de ,gros1 reprsentant ,sapho claire par la lune au moment o elle se prcipite du rocher de ,leucade dans la mer1 en tenant sa lyre entre ses bras4 ,cet ouvrage1 qui parut faible alors et qui l'est rellement1 aprs avoir t le but des tudes particulires de l'artiste dans son atelier1 tait encore au ,salon l'objet de sa sollicitude et de ses esprances les plus chres4 ,ces portraits1 ces tableaux de personnages et de sujets modernes2 ces habits bleus et ces paulettes d'uniforme qu'il avait su si bien rendre1 ne lui paraissaient que des passe-temps agrables1 et propres tout au plus flatter la vanit des hommes du jour2 tandis que sa ,sapho tait pour lui un tableau du genre lev1 un sujet antique1 o il s'imaginait avoir dvelopp entirement toute sa science et son talent4 ,heureusement pour cet artiste que ,bonaparte1 qui1 comme on l'a vu1 n'tait pas trs-amateur des sujets tirs de la mythologie ou de l'histoire ancienne1 voulut que les principaux vnements de sa vie fussent reprsents par ,gros4 ,mais ce qu'il est curieux de savoir pour connatre l'histoire du coeur et de l'esprit humain1 c'est qu'il ne fallut rien moins que la volont de ,bonaparte pour que ,gros ne manqut pas sa vocation et se dcidt faire de bons tableaux de l'histoire de son temps1 au lieu de se traner sur les traces de ceux qui1 malgr ,minerve1 se sont obstins potiser dans des modes qui ne leur convenaient nullement4 ,cdant la volont du chef de l'tat1 ,gros fit d'abord plusieurs portraits reprsentant le premier consul pied ou cheval2 puis il donna sa belle esquisse de la ,bataille du ,mont-,thabor1 qui fut juge1 avec raison1 la meilleure de toutes celles qui avaient t prsentes un concours qui n'eut cependant point de rsultat4 ,une fois engag dans la voie qui lui convenait1 ,gros n'eut plus qu' produire pour bien faire4 tranger toutes les tudes spculatives auxquelles taient forcs de se livrer ceux qui voulaient rendre sans autre secours que leur imagination des objets qu'ils n'avaient jamais vus1 le peintre de la ,peste de ,jaffa1 d',aboukir et d',eylau1 improvisant en quelque sorte ces grands ouvrages1 sans prjugs et sans peine1 eut un avantage immense sur tous ses rivaux1 celui de profiter de sa facilit et de peindre de verve4 ,il y eut un bel lan chez les artistes l'exposition de #ahjf1 lorsque ,gros y produisit les ,pestifrs de ,jaffa4 ,la mmoire de l'expdition d'gypte tait encore frache dans tous les esprits1 et la gloire du jeune artiste1 qui consacrait le souvenir d'un vnement de cette campagne1 se trouvait comme mle celle du hros qui l'avait dirige4 ,l'admiration sincre qu'excita cette composition fut si gnrale1 que les peintres de toutes les coles en rputation alors se runirent pour porter au ,louvre une grande palme1 que l'on suspendit au-dessus du tableau de ,gros4 ,david a rpt souvent que ce succs1 obtenu par l'un de ses lves qu'il chrissait personnellement1 avait t un des moments de sa vie o il s'tait senti le plus heureux4 ,et en effet1 qu'y avait-il de plus flatteur pour le matre que de voir couronner l'ouvrage d'un disciple dont le mrite tait si grand1 et si diffrent du sien2 pour ,david1 qui comprenait si bien que l'enseignement n'est pas la transmission d'une manire1 mais le dveloppement de l'intelligence artistique d'un lve confi aux soins d'un matre8 ,cet aspect si neuf et si inattendu des productions de ,gros devint pour lui la preuve vidente de la supriorit de sa mthode4 ,cette satisfaction tait d'autant mieux fonde1 qu' cette mme exposition la ,scne du ,dluge1 par ,girodet1 production si diffrente de celles de ,gros et de ,david1 fournissait encore une preuve clatante de l'impartialit savante du matre et du respect qu'il avait port l'originalit native de chacun de ses disciples4 ,il est hors de doute qu'aprs ,david1 ,gros est le peintre qui a exerc le plus d'influence sur les doctrines et la pratique des artistes ses contemporains4 ,l'indpendance de ses ides ainsi que la libert savante de son pinceau enhardirent et protgrent les talents d'une foule de peintres qui1 accabls jusqu' lui sous les difficults que prsente la composition des ouvrages du style le plus lev1 purent marcher plus l'aise dans des voies moins ardues et moins prilleuses4 ,en adoptant le genre svre et pur trait par ,david1 il fallait encore un talent remarquable et une disposition trs-forte aux tudes srieuses1 pour produire un ouvrage passable et mme mdiocre2 tandis que les scnes d'histoire contemporaine mises en vogue par ,gros1 et dans lesquelles il entrait peu de nu et beaucoup d'accessoires1 faisaient parfois produire des peintres secondaires des tableaux trs-satisfaisants pour le public1 bien que leur mrite ft des plus quivoques4 ,d'ailleurs la vue et l'tude des monuments franais1 au muse des ,petits-,augustins1 avaient dj fait concevoir l'ide d'une raction contre l'admiration exclusive des ouvrages de l'antiquit1 quand l'apparition des trois ou quatre premiers ouvrages de ,gros la dterminrent4 ,c'est en effet de #ahjc #ahjh que le genre anecdotique commena tre cultiv avec succs par ,richard1 ,revoil et ,verney2 mais c'est aussi de cette mme poque1 il faut bien le dire1 que datent ces ternelles batailles ou scnes d'tiquette que ,bonaparte a fait excuter durant son rgne1 sous la surveillance de son directeur des beaux-arts ,denon1 et qu'enfin la peinture de genre proprement dite fut remise en honneur et prpara la vogue excessive qu'elle devait obtenir quelques annes plus tard4 ,cette opinion tait celle de ,gros lui-mme1 et il l'a exprime avec tant de franchise et dans une occasion si solennelle1 qu'il est bon que l'on sache comment ce grand artiste se reprochait lui-mme d'avoir port atteinte aux doctrines professes par ,david son matre1 et s'accusait d'tre cause du dclin des grands principes de l'art en ,france4 ,le jour de l'enterrement de ,girodet1 au moment o les membres de l',institut et les plus habiles artistes taient runis dans la chambre du dfunt1 dont on allait conduire les dpouilles mortelles au cimetire1 la conversation eut naturellement pour objet le mrite du mort et la perte irrparable que faisait l'cole dans un moment o elle avait besoin d'une main puissante qui la retint sur la pente o elle tait entrane par l'cole dite romantique4 ,grard1 malgr la tristesse dont il paraissait accabl1 essaya de faire l'loge de son ancien camarade1 regrettant que ,girodet ne ft plus l pour maintenir les jeunes artistes par son exemple4 ,que ne le remplacez-vous1 ,grard1 lui dit aussitt l'un de ses confrres1 et que ne vous levez-vous pour remettre l'cole dans la bonne voie1 puisque ,david est exil8--,c'est ce que je devrais faire1 dit ,grard2 mais je confesse que je ne m'en sens pas la force3 j'en suis incapable4--,pour moi1 s'cria tout coup ,gros1 dont les yeux taient tout rouges et la voix altre1 non-seulement je n'ai point assez d'autorit pour diriger l'cole1 mais je dois m'accuser encore d'avoir t l'un des premiers donner le mauvais exemple que l'on a suivi1 en ne mettant pas dans le choix des sujets que j'ai traits et dans leur excution cette svrit que recommandait notre matre1 et qu'il n'a jamais cess de montrer dans ses ouvrages#eh4 ,ainsi1 on le voit1 cet homme regardait ses meilleurs ouvrages avec ddain2 il se reprochait mme en quelque sorte de les avoir produits2 et lorsqu' la fin de sa carrire1 devenu riche et matre de traiter les sujets de son got1 il reprit le cours des ides qu'il avait t oblig de quitter1 aprs son faible tableau de ,sapho1 il exposa au ,salon de #ahcd un norme et monstrueux tableau mythologique1 qui compromit son talent dans l'esprit railleur et mprisant de tous les apprentis en peinture4 ,l'poque brillante du talent et de la vie de ,gros a commenc et fini avec ,napolon4 ,ses meilleurs ouvrages sont la ,peste de ,jaffa1 la ,bataille d',eylau et celle d',aboukir1 et le premier de ces tableaux est son chef-d'oeuvre4 ,en #ahjf1 il vit ce chef-d'oeuvre ombrag par l'immense palme qu'y placrent unanimement les artistes4 ,en #ahjh1 l'empereur ,napolon1 aprs avoir considr la bataille d',eylau1 dtacha de son habit l'toile de la ,lgion d'honneur qu'il portait et la remit ,gros au milieu du grand ,salon1 en le nommant baron de l'empire4 ,combl d'honneurs et dj assez favoris de la fortune1 ,gros fit un mariage qui lui assura1 sinon le bonheur1 du moins une existence indpendante et fixe4 ,une grande quantit de travaux secondaires augmentrent encore sa fortune jusqu' la ,restauration4 ,sous les ,bourbons1 ,gros fit encore quelques grands ouvrages excuts avec verve1 mais conus faiblement et comme regret4 ,l',arrive de la duchesse d',angoulme ,bordeaux et la ,fuite nocturne de ,louis ,,xviii du chteau des ,tuileries1 taient des sujets bien tristes pour le peintre brillant et fougueux de la ,peste de ,jaffa et de la ,bataille d',aboukir4 ,ces compositions1 soutenues quelque temps par le talent et la popularit du peintre1 ne purent vaincre cependant l'indiffrence du public1 et elles furent promptement oublies1 ,gros ne produisit donc1 pendant la restauration1 qu'un ouvrage vraiment digne de lui1 la ,coupole de l'glise de ,sainte-,genevive4 ,il devait son existence et sa gloire ,napolon4 ,la chute terrible de l'empire1 le peu de succs qu'eurent les tableaux faits sous la monarchie1 les annes qui commenaient s'accumuler sur la tte du peintre et les critiques dj amres d'une nouvelle gnration d'artistes tout prts danser sur la tombe de leurs prdcesseurs1 avaient avanc pour ,gros le temps de la vieillesse1 quand la rvolution de #ahcj la complta4 ,naturellement spirituel1 mais sans instruction et peu dispos en acqurir1 ,gros tait artiste1 peintre par instinct4 ,il composait au bout du pinceau et faisait bien ou mal sans que son got et son esprit tentassent le moindre effort pour faire ressortir les parties excellentes d'un ouvrage ou en corriger les dfauts4 ,cette disposition1 qu'il apporta en naissant et qu'il conserva toute sa vie1 a imprim un caractre particulier ses compositions1 qui renferment ordinairement une ou deux portions trs-remarquables au milieu d'une foule d'objets sans rapport et sans proportion entre eux4 ,c'est ce que l'on peut observer dans les batailles d',eylau et d',aboukir1 car le seul ouvrage de ,gros exempt de ces disparates est la ,peste de ,jaffa1 son chef-d'oeuvre4 ,lorsque ,gros1 de retour d',italie1 vint s'tablir ,paris 7#ahjj-ahja71 il exera de suite une double influence1 sur le public et sur les artistes4 ,l'exposition de son portrait de ,bonaparte ,arcole et du ,premier ,consul distribuant des sabres d'honneur fit effet sur les masses4 ,mais la personne de ,gros1 ses manires et celles des personnes qui frquentaient son atelier1 ainsi que son habitude de travailler devant tmoins et presque en jouant1 aprs avoir tonn les artistes1 finit par modifier leur manire d'tre1 leurs habitudes et enfin leur got4 ,au commencement de ce sicle1 rien n'tait si rare qu'un local propre devenir un atelier de peinture4 ,ceux qui avaient t pratiqus anciennement dans le ,louvre n'existaient plus1 et lorsque ,david fut sur le point de commencer son tableau du ,couronnement1 on ne trouva rien de mieux que de lui abandonner la vieille glise de ,cluny pour qu'il en ft son atelier4 ,en gnral1 les vieilles glises et les vieux couvents dvasts et vendus pendant la rvolution taient devenus le refuge ordinaire des artistes4 ,de tous ces anciens difices1 celui du couvent des ,capucines#ei1 dans lequel on avait fabriqu les assignats pendant la dure de ce papier-monnaie1 devint un des points sur lesquels les peintres et mme quelques statuaires vinrent se rassembler4 ,girodet y fit sa scne de ,dluge1 son ,atala et sa ,rvolte du ,caire4 ,mais toujours mystrieux dans ses travaux1 n'admettant chez lui que ses lves1 ,girodet travaillait solitairement dans l'angle gauche du clotre4 ,les choses ne se passaient pas ainsi vers l'angle droite1 de #ahja #ahje4 ,un long corridor1 par lequel on parvenait une vingtaine d'anciennes cellules de capucines1 transformes en autant de petits ateliers1 servait d'antichambre et de salon de conversation aux artistes habitant les cellules4 ,l'aile droite du btiment semblait leur tre particulirement rserve4 ,m4 ,ingres et son ami ,bartolini1 le sculpteur florentin1 occupaient deux cellules en commun2 prs d'eux tait ,m4 ,bergeret1 admirateur et ami de ,m4 ,ingres4 ,ces trois artistes1 qui dirigeaient alors les efforts de leurs tudes sur les ouvrages des artistes italiens de la renaissance1 formaient une espce d'acadmie part dans les ,capucines4 ,personne n'tait admis chez eux1 et l'on n'avait qu'une ide vague de ce qu'ils faisaient dans le mystre de leurs ateliers4 ,m4 ,bergeret doit tre compt au nombre de ceux qui1 lorsque le muse des ,petits-,augustins contrebalana l'influence du muse des ,antiques1 ont contribu fonder le genre anecdotique et rpandre le got des petits tableaux d'amateurs4 ,le plus connu de ceux de cet habile artiste que la gravure ait reproduits1 reprsente les ,honneurs rendus ,raphal aprs sa mort4 ,deux ou trois cellules plus loin que celle habite par ,m4 ,ingres1 se trouvait l'atelier de ,granet4 ,ce peintre1 qui devait se rendre clbre en imitant des intrieurs de couvent1 commena en effet par peindre les longs et obscurs corridors de celui des ,capucines4 ,bon1 aimable1 spirituel et modeste comme il a toujours t1 chaque jour ,granet1 que l'on surnommait le ,moine1 tait tabli dans le clotre avec son chevalet et sa toile1 saisissant toutes les heures les effets varis de la lumire4 ,granet tait aim de tous1 il causait amicalement avec chacun1 laissait voir ses ouvrages tous ceux qui l'approchaient1 les consultait mme au besoin1 et donnait d'excellents avis ses confrres4 ,ceux qui voyaient ses tudes si originales lui prdisaient dj un avenir qu'il a si bien ralis4 ,non loin de ces cellules1 tienne1 ,chauvin1 ,dupaty et enfin ,gros avaient chacun la leur4 ,chauvin tait un habile paysagiste qui s'tait form en ,italie1 o il avait fait connaissance avec ,gros4 tienne occupait la cellule suivante et avait pour voisin1 de l'autre ct1 le statuaire ,charles ,dupaty1 l'un des fils du prsident de ce nom1 clbre par ses ,lettres sur l',italie4 ,dupaty achevait alors la premire figure de ronde bosse qu'il ait expose au ,louvre1 un ,amour4 ,gros avait pour atelier la dernire cellule au fond du corridor4 ,jusqu'au jour de son arrive1 rien n'tait plus silencieux que les longs corridors des ,capucines1 dont la plupart des habitants travaillaient dans la retraite et sans communiquer habituellement entre eux4 ,mais aussitt que ,gros fut tabli dans ce lieu1 le rgime changea compltement4 ,en sa qualit de peintre de l'arme d',italie1 le jeune artiste recevait sans cesse des visites d'officiers suprieurs et de gnraux1 mesure que1 revenant de l'arme1 ils rentraient ,paris4 ,la porte de son atelier tait presque toujours ouverte1 et la plupart du temps il travaillait entour de ses amis1 parlant haut1 allant et venant1 maniant des armes1 remuant des selles de chevaux ou de riches toffes qu'il accaparait pour les copier au besoin4 ,c'est dans cette cellule que ,gros fit successivement les esquisses si brillantes de plusieurs portraits du premier consul1 de la ,bataille du mont ,thabor et de celle d',aboukir1 ainsi que le tableau de ,sapho4 ,le coloris brillant1 la hardiesse de pinceau1 et jusqu' l'espce de dsordre qui rgnait dans ces compositions faites tout la fois avec tant d'aisance et mme d'audace1 peintes en quelque sorte en plein air et devant tout le monde2 ces habitudes et ces qualits si diffrentes de celles qui rgnaient depuis dix ans dans les coles de ,paris1 parurent tout coup un grand nombre d'artistes celles qui devaient tre prfres et dont les rsultats seraient les plus satisfaisants pour l'exercice de l'art4 ,il est donc certain que la manire aise et quelque peu cavalire de ,gros porta aussitt atteinte aux doctrines svres que ,david avait enseignes et mises en pratique jusqu' ce moment2 et qu'aprs l'exil de son matre1 et la mort de ,girodet1 lorsque la nouvelle cole1 dite romantique1 avait dj fait des progrs si rapides1 ,gros ne s'accusait peut-tre pas sans raison d'avoir contribu branler les principes de son matre4 ,quoique son organisation ft robuste1 ,gros avait t affect de bonne heure de douleurs rhumatismales qui le faisaient souffrir certaines poques de l'anne4 ,pendant la ,restauration1 lorsque le grand clat de sa clbrit commenait s'affaiblir1 les premiers signes de la vieillesse se manifestrent chez lui1 et aprs la rvolution de #ahcj1 ils devinrent plus apparents encore4 ,plac par son talent dans la classe des hommes minents de son poque1 ,gros eut le tort1 et il en prouva tous les inconvnients1 de mener un genre de vie en contradiction avec le rang lev qu'on lui assignait parmi les hommes de talent4 ,mari1 matre d'une belle fortune qui lui et fourni tous les moyens de s'entourer1 non-seulement d'amis1 mais de personnes distingues qui se seraient trouves honores d'tre admises dans sa socit1 il vivait de la manire la plus trange1 passant presque tous ses moments de loisir jouer aux dames avec les obscurs habitus d'un caf4 ,ces gots1 si peu en harmonie avec sa position1 augmentrent mesure que les annes diminuaient pour lui les chances de trouver des distractions moins vulgaires4 ,des chagrins domestiques1 les regrets excessifs que lui causaient et les jours si brillants de si gloire1 et les succs menaants de la nouvelle cole romantique2 et enfin1 ce qui n'est que trop certain1 les douleurs amres dont quelques crivains l'abreuvrent en critiquant indignement ses ouvrages1 portrent le dcouragement dans l'me de cet homme combl jusque-l de louanges et d'honneurs1 mais que la rflexion n'avait prmuni contre aucun des maux rservs l'homme1 qui tout manque la fois quand il vieillit4 ,pendant les dernires annes de sa vie1 il n'opposa ces chagrins que les ressources de jouissances purement physiques1 dont il fut priv tout coup4 ,aussi sa mort fut-elle aussi inattendue que terrible4 ,on le trouva noy sur les bords de la ,seine1 prs de ,svres4 ,il avait eu le soin de laisser dans son chapeau un papier sur lequel tait crit que las de la vie et trahi par les dernires facults qui la lui rendaient supportable1 il avait rsolu de s'en dfaire4 ,drouais1 ,fabre1 ,girodet1 ,grard et ,gros1 lves de ,david1 furent aussi des rivaux pour leur matre4 ,deux chefs d'coles1 contemporains de ,david1 ,regnault#fj et ,vincent#fa1 exercrent quelque influence sur les arts1 mais bien plutt par les lves qu'ils formrent que par les ouvrages qu'ils produisirent4 ,tous deux taient d'habiles artistes1 praticiens consomms1 mais qui il manquait cette fixit dans les ides qui fait que l'on choisit un but vers lequel on tend sans cesse1 ce qui donne aux productions un caractre fort et dcid4 ,regnault n'avait reu aucune instruction1 et son esprit comme son imagination tait sans porte4 ,c'tait un de ces praticiens trs-adroits1 savants mme1 dont les talents matriels n'auraient pu devenir rellement utiles que s'ils eussent t sous la direction d'un gnie suprieur qui les et vivifis4 ,les meilleurs ouvrages de ,regnault sont l'ducation d',achille1 charmante composition1 et une ,descente de croix1 o l'on remarque une fermet et une flexibilit de pinceau qui feraient honneur un bon lve de l'cole des ,carrache4 ,ces ouvrages furent lous comme ils mritaient de l'tre1 servirent de titre leur auteur pour entrer l',acadmie et ouvrir une cole de peinture1 mais ils n'exercrent aucune influence sur la marche de l'art1 l'poque o ils parurent1 c'est--dire vers #aghh4 ,regnault1 qui est mort fort riche l'ge de soixante-quinze ans1 passa paisiblement les dernires annes de sa vie faire de petits tableaux de boudoirs4 ,ce n'est que par l'intermdiaire de deux de ses lves que ,regnault a rellement pris part au mouvement qui s'est opr dans l'exercice des arts1 depuis #ahjj jusqu' nos jours2 ces deux lves sont ,pierre ,gurin et ,m4 ,hersent4 ,quant ,vincent1 homme instruit1 fort spirituel et peintre trs-habile1 de la grande quantit d'ouvrages qu'il a achevs1 on n'a gure conserv le souvenir que de son tableau du ,prsident ,mol1 peu connu de la gnration actuelle4 ,ainsi que ,regnault1 ,vincent a form un assez grand nombre d'lves qui1 pendant quinze ou vingt ans1 ont disput les prix acadmiques ceux plus nombreux qui sortaient de l'cole de ,david4 ,mais de tous les soldats que ,vincent a forms pour ces combats1 il n'en est qu'un seul dont le nom et les ouvrages soient connus2 c'est ,m4 ,horace ,vernet1 peintre original dont le rare mrite et l'influence seront apprcis quand il en sera temps4 ,en suivant l'ordre chronologique1 il se prsente1 comme contemporain de ,david1 un homme isol qui ne fut ni son lve1 ni son rival1 ni son imitateur1 mais dont le talent exceptionnel se dveloppa et grandit pendant ce sicle1 quoiqu'il fut en contradiction ouverte avec les ides que ,winckelmann1 ,heine1 ,mengs et ,david avaient mises en honneur depuis #aghj4 ,pierre-,paul ,prudhon1 n en #agfe1 g de vingt-cinq ans en #agij1 pendant que la plupart des artistes s'efforaient d'imiter les ouvrages de l'antiquit1 formait1 lui1 son talent dans la solitude1 n'ayant d'autre ide et d'autre but que de rendre son pinceau l'interprte fidle de ce qu'prouvait son me1 de ce que prfrait son got4 ,n de parents trs-pauvres1 forc de travailler pour vivre tout en tudiant1 le besoin le rendit de bonne heure ingnieux pour tirer parti de son talent4 ,il se fit bientt remarquer par un genre de compositions gracieuses et tendres1 peu varies quant au fond1 mais auxquelles l'artiste trouvait moyen de donner des formes nouvelles et un aspect nouveau4 ,le plus ordinairement1 ,prudhon faisait des dessins ou des tableaux sur des sujets tendres1 passionns et amoureux4 ,l'attention se porta d'abord sur des vignettes reprsentant ,landre et ,hro1 ,crs et ,stellion1 et ,phrosine et ,mlidor1 ainsi que sur d'autres productions analogues1 graves au pointill1 et dont le succs devint populaire4 ,le charme particulier de ces ouvrages rsultait d'une certaine atmosphre d'amour1 si l'on peut dire ainsi1 travers laquelle on les voyait apparatre4 ,on y remarquait ordinairement des femmes dont les vtements n'taient d'aucun pays ni d'aucun temps1 mais qui1 par leurs formes suaves et une expression vive de tendresse1 sduisaient toutes les classes d'amateurs4 ,ces femmes n'taient point belles et se ressemblaient toutes2 leur bouche tait grande1 leurs yeux profondment enchsss et couverts1 mais le peintre1 qui avait soin de faire tomber la lumire de haut sur ses groupes1 trouvait moyen1 en multipliant les demi-teintes et en noyant les contours1 de donner quelque chose de fantastique et de sduisant ces tres imaginaires4 ,prudhon ne russissait pas moins bien reprsenter des amours1 des petits enfants2 et son ,zphyre1 se balanant au-dessus de l'eau d'une fontaine est peut-tre son chef-d'oeuvre en peinture4 ,en abusant des effets du clair-obscur1 ce peintre sacrifia souvent la vrit d'imitation pour exprimer le genre de posie qu'il cherchait rpandre avant tout dans ses ouvrages2 mais soit que l'on aime ou que l'on rprouve son genre1 il faut convenir au moins que le sentiment qui l'animait en peignant tait toujours fort1 et que ses ouvrages portent toujours un caractre bien dcid4 ,ce fut la fameuse exposition de #ahaj1 o les ouvrages de ,david1 de ,girodet1 de ,grard et de ,gros se trouvaient en prsence1 que parurent aussi les deux tableaux de ,prudhon qui ont mis le sceau sa rputation3 le ,zphyre dj cit et la ,vengeance et la ,justice poursuivant le ,crime4 ,la svrit de style et la gravit des sujets taient devenues des conditions si imprieuses depuis que les doctrines de l'cole de ,david avaient t gnralement adoptes1 que le pauvre ,prudhon1 qui n'avait fait et n'aimait rellement faire que des sujets gracieux et rotiques1 se vit forc de concevoir et d'excuter le tableau de la ,vengeance et la ,justice pour obtenir la faveur d'tre plac au nombre de ce qu'on appelle les peintres d'histoire4 ,cette dernire production fait sans doute grand honneur au talent de ,prudhon1 mais ce talent se trouve plus complet et surtout mieux employ dans son ,zphyre4 ,de son vivant1 ,prudhon n'eut qu'un assez petit nombre d'admirateurs et dans l'esprit de ceux qui avaient adopt les doctrines de l'art antique1 qu'ils fussent artistes ou amateurs1 il passait pour un peintre de mauvais got1 que l'on comparait aux artistes des temps de dcadence4 ,lorsqu'il considrait l'art dans son ensemble1 ,david1 toujours impartial1 disait en parlant de ,prudhon3 ,enfin celui-l a son genre lui1 c'est le ,boucher1 le ,watteau de notre temps2 il faut le laisser faire1 cela ne peut produire aucun mauvais effet aujourd'hui dans l'tat o est l'cole4 ,il se trompe1 mais il n'est pas donn tous de se tromper comme lui2 il a un talent sr4 ,ce que je ne lui pardonne pas1 ajoutait-il en souriant1 c'est de faire toujours les mmes ttes1 les mmes bras et les mmes mains4 ,toutes ses figures ont la mme expression1 et cette expression est toujours la mme grimace4 ,ce n'est pas ainsi que nous devons envisager la nature1 nous autres disciples et admirateurs des anciens6 ,si les scnes gracieuses1 si l'emploi souvent exagr du clair-obscur donnaient aux productions de ,prudhon un aspect qui les faisait distinguer parmi celles de ses contemporains1 elles taient recommandables surtout par un clat et une originalit dans le coloris qui tranchaient avec la teinte gristre et peu transparente des tableaux de l'cole svre4 ,il n'est pas jusqu'aux procds matriels employs par ,prudhon pour peindre1 qui ne fussent contraires ceux dont les autres artistes faisaient gnralement usage4 ,depuis l'excution du tableau des ,sabines surtout1 ,david avait pratiqu et enseign l'art de peindre en procdant par l'emploi de teintes faites d'aprs la nature1 et qu'il fallait appliquer l'une auprs de l'autre en s'efforant de les fondre1 non pas avec le pinceau1 mais en les juxtaposant avec assez de justesse pour qu'elles se succdassent sans blesser l'oeil1 et en exprimant la diffrence des tons et la dgradation de la lumire4 ,ce procd1 l'un de ceux qui demandent le plus d'attention et de talent1 et qui a t mis en pratique par ,raphal dans la ,transfiguration1 ainsi que par ,paul ,vronse et ,poussin dans leurs plus beaux ouvrages1 est celui que ,david s'effora de remettre en vigueur4 ,prudhon peignait tout diffremment4 ,en commenant un tableau1 il lui donnait l'aspect d'une grisaille1 et ce n'tait que successivement et peu peu qu'il coloriait les diffrents objets compris dans son tableau1 jusqu'au moment o1 satisfait de l'intention qu'il avait prte ses personnages1 il leur donnait toute la vivacit requise par de nombreux glacis poss les uns sur les autres4 ,plusieurs compositions laisses par le peintre l'tat d'bauches fournissent l'occasion de suivre les progrs successifs de ce procd4 ,un an ou deux ans avant sa mort1 ,prudhon mit au ,salon un petit tableau qui fit sensation4 ,il y avait introduit trois figures2 un ouvrier ressentant les premires atteintes du mal dont il devait mourir1 et prs de lui sa femme et son jeune fils inquiets et cherchant les moyens de le soulager4 ,c'tait le dernier ouvrage qu'il dt faire2 et dans cette scne1 si diffrente de celles o il avait peint ce que l'amour a de plus intime et de plus tendre1 on voyait l'empreinte d'une douleur profonde1 d'un chagrin que rien ne peut gurir1 d'un prsage d'une mort invitable et que l'on dsire4 ,des cinquante-huit annes que ,prudhon a passes sur la terre1 c'est tout au plus s'il en a eu dix de tolrables4 ,son enfance1 sa jeunesse et une partie de son ge mr ont t employes combattre la misre1 travailler jour et nuit1 et former seul un talent que l'exemple ou les conseils des autres artistes ne pouvaient l'aider perfectionner4 ,malgr sa pauvret1 ,prudhon se maria jeune1 et le malheur voulut que sa compagne1 loin de l'aider dans sa pnible carrire1 et des gots aussi vulgaires que le pauvre artiste avait l'me tendre et dlicate4 ,charg de famille sans pouvoir se reposer sur sa femme des soins que de jeunes enfants rclamaient1 il resta seul avec eux4 ,c'est dans cet isolement1 et lorsque1 forc de faire face une foule de petits travaux sans lesquels ses enfants et lui n'auraient pu vivre1 qu'il s'attacha ,mlle ,mayer1 son lve4 ,cette femme1 qui pour tous charmes extrieurs n'avait que des yeux trs-couverts et une expression de bont et de tendresse comme ,prudhon aimait les rendre dans ses ouvrages1 devint1 par son dvouement et son attachement inviolable1 l'ange sauveur de l'artiste et de ses enfants4 ,jeunes encore1 ceux-ci rclamaient les soins journaliers qu'on ne reoit que d'une mre4 ,mlle ,mayer les leur prodigua comme si elle et t la leur1 et les modifia selon l'ge de ces tres intressants1 que son coeur avait adopts4 ,ces devoirs n'empchaient cependant pas cette femme courageuse de se livrer l'art de la peinture1 qu'elle exerait non sans talent4 ,entirement dvoue ,prudhon1 enseigne par lui1 travaillant sans cesse ses cts1 elle s'tait si compltement identifie avec son ami1 son matre1 qu'elle tait parvenue reproduire sa manire1 et qu'elle l'aidait souvent dans la prparation de ses ouvrages4 ,il ne nous est rest aucune lettre1 aucun tmoignage authentique de la longue tendresse de ces deux tres1 toujours runis sous le mme toit et dans le mme atelier2 on sait seulement que pendant de longues annes ils ont t unis par les liens de l'amiti la plus profonde et par des occupations communes4 ,cependant les enfants de ,prudhon1 levs par les soins de son amie1 grandirent1 se formrent et il fallut pourvoir leur tablissement dans le monde4 ,ils quittrent la maison paternelle4 ,dj ,mlle ,mayer n'tait plus jeune4 ,parvenue cet ge o les femmes1 perdant de leurs charmes1 n'en sentent qu'avec plus de force le besoin d'aimer1 son imagination1 naturellement ardente1 lui prsenta sa position comme incertaine et fcheuse4 ,son me1 qui s'tait sentie calme tant que la prsence des enfants lui avait assur le titre et le rang de mre1 s'effraya tout coup du nouveau rle dont elle tait menace4 ,dans son innocence1 cette me honnte s'exagra sa faute1 en fit un crime1 eut l'ide qu'elle serait mprise1 abandonne peut-tre par celui qu'elle s'tait accoutume regarder comme son poux1 et sa tte se perdit4 ,dans un de ces moments critiques o l'avenir se prsente tout coup comme un malheur invitable1 ,mlle ,mayer1 dans ce mme atelier o elle avait convers1 travaill1 vcu si longtemps auprs de ,prudhon1 se coupa la gorge avec un rasoir4 ,prudhon ne peut se consoler de ce malheur4 ,deux ans aprs il mourut de langueur1 en #ahbc4 ,c'est quelque temps aprs la mort de ,mlle ,mayer que ,prudhon fit ce tableau de l',ouvrier mourant4 ,il y avait mis toute sa douleur2 depuis il ne fit plus rien4 ,cet artiste avait acquis sa clbrit peu peu1 et par le dveloppement lent et successif de son talent4 ,en outre1 quoiqu'il et form plusieurs lves habiles1 aucun cependant n'a contribu augmenter l'clat de son cole4 ,mais il n'en fut pas de mme d'un peintre de la mme poque peu prs1 dont les ouvrages firent grand bruit1 et qui eut pour lves des hommes qui devaient bientt oprer une nouvelle rvolution dans l'art1 bouleverser les doctrines adoptes par ,david1 par ses lves et ses imitateurs3 c'est ,pierre ,gurin#fb1 form l'cole de ,regnault4 ,laurat l',acadmie en #agid1 ce peintre exposa au ,salon1 quatre ans aprs1 le tableau de ,marcus ,sextus revenant d'exil et retrouvant chez lui sa femme morte et sa fille dans les larmes4 ,cet ouvrage dont le succs1 comme on l'a vu1 fut immense1 et du en partie l'importance que le parti royaliste et les migrs attachrent alors au sujet1 est cependant une production assez faible4 ,ce succs fixa le choix du genre de composition que ,gurin adopta1 genre dont le style est particulirement thtral4 ,en effet1 la conception premire de ses ouvrages tend toujours surprendre et mouvoir1 et l'artifice avec lequel il place ordinairement ses personnages1 tient de la symtrie calcule laquelle les acteurs ont recours pour se donner le temps de se reconnatre1 et1 comme on dit au thtre1 pour arrondir la scne4 ,ces artifices1 ces compositions o tout est calcul1 comprennent les qualits et les dfauts du talent de ,gurin1 homme de pure rflexion4 ,ce peintre prsenta successivement3 l'exposition fameuse de #ahjh1 un sujet tir d'une idylle de ,gessner et ,bonaparte pardonnant aux rvolts du ,caire1 tableau o il y a de la posie2 celle de #ahaj1 ,andromaque et l',aurore et ,cphale2 et celle de #ahag1 l'une de ses bonnes compositions1 ,didon coutant le rcit d'ne4 ,la sant de ,gurin1 dj chancelante1 s'affaiblit encore aprs l'excution de ces divers ouvrages4 ,depuis la ,didon il ne fit plus rien d'important1 l'exception de l'bauche reste imparfaite d'une grande scne de la dernire nuit de ,troie4 ,la vogue extraordinaire de plusieurs productions de cet artiste fut de courte dure1 et il survcut au moins de six ou sept annes sa gloire4 ,cependant1 considr comme chef d'cole1 et directeur de l',acadmie de ,france ,rome1 ,gurin mrite les plus grands loges4 ,il est le seul de son temps1 aprs ,david toutefois1 qui ait eu le sentiment vritable de l'enseignement4 ,comme ,david1 il reconnut qu'un matre ne doit pas chercher transmettre sa manire1 mais que son devoir est de cultiver et de dvelopper les facults saillantes de ses lves4 ,or1 cette prcieuse qualit qui distinguait particulirement ,david1 matre de ,drouais1 de ,girodet1 de ,grard1 de ,gros1 de ,m4 ,isabey1 de ,m4 ,ingres1 de ,granet1 de ,m4 ,schnetz et de ,lopold ,robert1 on la retrouve encore1 quoique affaiblie1 dans ,gurin1 dont l'cole a produit ,gricault1 ,,mm4 ,p4 ,delaroche1 ,e4 ,delacroix et ,scheffer4 ,peut-tre et-il t propos de restreindre l'tendue de ces analyses biographies2 mais il tait indispensable1 au moment o nous avons laiss ,david occup achever le tableau du ,couronnement1 de donner une ide prcise du talent et du caractre des artistes que la voix publique et que lui-mme reconnaissaient1 quelques gards1 pour ses rivaux cette poque4 ,quoique ayant exerc de #ahjf #ahah une immense influence sur les arts1 les ouvrages de ,david n'taient plus exclusivement admirs2 et le chef de l'tat1 l'empereur ,napolon1 crut pouvoir1 sans faire tort la rputation de son premier peintre1 ordonner un concours dcennal o figureraient les meilleurs ouvrages faits pendant les dix annes prcdentes par les artistes en renom1 y compris le chef de l'cole4 ,ce dcret imprial qui agita vivement la rpublique des lettres et celle des arts1 sans qu'il pt jamais recevoir d'excution1 fut un vnement grave1 en ce qu'il porta une forte atteinte la suprmatie1 jusque-l inattaque1 du talent de ,david1 ainsi qu' l'unit de doctrine en fait d'art que ce peintre avait tablie en ,france et presque dans toute l',europe4 ,cet vnement important pour l'art1 mais provoqu par des intrts politiques et privs1 ne pouvait tre bien compris1 sans que l'on connt d'abord les droits plus ou moins bien fonds des principaux artistes dont les ouvrages furent mis en concurrence avec ceux de ,david4 ,x4 ,,les ,,prix ,d,,cennaux4 #ahaj4 ,david employa prs de quatre annes l'excution du tableau du ,couronnement1 et pendant les derniers temps1 ,napolon envoyait souvent chez lui pour savoir quel point en tait l'ouvrage4 ,lorsque l'artiste crut avoir puis toutes les ressources de son talent1 il alla lui-mme annoncer l'empereur que sa tche tait remplie1 et bientt le nouveau monarque dsigna un jour pour se rendre l'atelier de son premier peintre4 ,ce jour venu1 l'empereur ,napolon1 l'impratrice ,josphine et toute leur famille1 accompagns des officiers de leur maison et des ministres1 prcds et suivis d'un cortge nombreux de musiciens et de cavalerie1 s'acheminrent vers la rue ,saint-,jacques et mirent pied terre sur la place de la ,sorbonne1 prs de la petite porte latrale de l'ancienne glise de ,cluny4 ,depuis quelque temps1 il avait t fort question dans les salons de ,paris1 de la manire dont ,david avait dispos de sa scne principale4 ,les personnes de la cour surtout critiquaient l'attitude de l'empereur1 et reprochaient au peintre d'avoir fait de l',impratrice l'hrone du tableau1 en reprsentant plutt son couronnement que celui de ,napolon4 ,l'objection n'tait certainement pas sans fondement1 et tous les gens jaloux de la gloire et de la faveur de ,david espraient avec malignit que ,napolon1 en critiquant cette disposition1 dprcierait par cela seul toute l'conomie de l'oeuvre du peintre4 ,il est assez difficile de comprendre comment les gens de cour et les artistes de ce temps ont pu s'imaginer que ,david et pris sous sa responsabilit l'attitude qu'il devait donner ,napolon pendant la crmonie de son sacre4 ,on aurait d s'en reposer sur la prudence et la susceptibilit du nouveau souverain1 et penser qu'il avait tout prvu1 tout calcul1 tout arrang d'avance avec son premier peintre4 ,le vrai programme donn ,david et scrupuleusement suivi par lui1 tait de montrer ,napolon dj couronn1 imposant la couronne sur la tte de ,josphine devant le pape1 qui n'assistait l que comme tmoin4 ,lorsque toute la cour fut range devant le tableau1 ,napolon1 la tte couverte1 se promena pendant plus d'une demi-heure devant cette toile large de trente pieds1 en examina tous les dtails avec la plus scrupuleuse attention1 tandis que ,david et tous les assistants demeuraient dans l'immobilit et le silence4 ,la solennit de cette visite et la curiosit extrme que chacun prouvait de savoir le jugement que l'empereur allait porter de cette oeuvre produisirent1 ce qu'ont rapport ceux qui taient prsents1 une motion profonde4 ,enfin1 portant encore les yeux sur le tableau1 ,napolon prit la parole et dit3 ,c'est bien1 trs-bien1 ,david4 ,vous avez devin toute ma pense1 vous m'avez fait chevalier franais4 ,je vous sais gr d'avoir transmis aux sicles venir la preuve d'affection que j'ai voulu donner celle qui partage avec moi les peines du gouvernement4 ,en ce moment1 l'impratrice ,josphine s'approchait de la droite de l'empereur1 tandis que ,david coutait sa gauche4 ,bientt ,napolon1 faisant deux pas vers ,david1 leva son chapeau1 et faisant une lgre inclination de tte1 lui dit d'une voix trs-leve3 ,david1 je vous salue4--,sire1 rpondit le peintre1 qui se sentit mu1 je reois votre salut au nom de tous les artistes1 heureux d'tre celui auquel vous daignez l'adresser4 ,pendant que ,napolon remontait en voiture1 tous les courtisans s'empressrent de faire au peintre des flicitations sur son ouvrage1 et chacun se retira bien persuad que le couronnement de ,napolon ne pouvait tre autrement reprsent que comme on venait de le voir4 ,aprs cette preuve1 le tableau du ,couronnement expos au ,salon de #ahaj1 en subit une nouvelle non moins importante4 ,il n'y eut qu'une voix sur le mrite minent qui brille dans tout le groupe form par ,napolon1 par le pape et le clerg4 ,l'ampleur avec laquelle sont dessins et peints les grands dignitaires de l'empire1 placs la droite du tableau1 rappelle tout ce qu'il y a d'nergique dans le talent de ,david2 mais quant aux princes1 aux princesses et aux personnes de la cour qui occupent la gauche1 ainsi que les personnages placs comme spectateurs dans les tribunes de l'glise1 ils furent jugs faibles sous le double rapport du dessin et du coloris4 ,on fut frapp surtout de l'immensit du champ du tableau compar la petitesse relative des figures1 disparate qui semblait dtruire l'importance qu'il et t si propos de conserver aux personnages4 ,malgr les imperfections qu'une critique svre peut dcouvrir dans cet ouvrage1 la plus grande partie des figures places sur les marches et prs de l'autel peuvent tre considres comme ce que ,david a peint avec le plus de simplicit et de puissance tout la fois4 ,la tte du pape ,pie ,,vii et ses deux mains sont un vritable chef-d'oeuvre2 et bien que ,david ait presque galement russi dans le portrait isol de ce pontife1 plac au muse du ,louvre1 cependant il rgne dans celui du couronnement quelque chose de grand1 d'auguste et de candide qui forme un ensemble d'expression leve que l'artiste n'avait jamais eu l'occasion de rendre aussi heureusement#fc4 ,mais partir de ce tableau1 le talent de ,david commena faiblir4 ,la ,distribution des aigles au ,champ-de-,mars1 peinte bientt aprs1 en donne la preuve vidente4 ,ce que l'on appelle communment les sujets d'expression et de mouvement ne convenaient point ce peintre1 dont l'imagination tait bien plus propre rendre les beauts de dtail que l'ensemble et la combinaison d'une action vive et d'une scne complique4 ,en faisant accourir tous les officiers vers les marches de l'estrade d'o ,napolon distribue ses drapeaux1 le peintre n'a t proccup que du mouvement isol des personnages2 en sorte que chacun d'eux remue et se tourmente d'une manire excessive1 bien que la masse qu'ils forment paraisse froide et inanime4 ,avec moins d'originalit et de verve que dans la composition du ,serment du ,jeu de ,paume1 la distribution des aigles rappelle le systme de composition tant soit peu thtrale que ,david avait adopt de #aghc #agij4 ,au surplus1 ce matre1 dont l'admiration pour les ouvrages de ,gros tait aussi vive que sincre1 sentit qu'il fallait laisser traiter ce genre de sujets son lve2 et soit qu'il se sentit dcourag par le peu de succs du tableau des aigles1 ou qu'on lui et fait entendre que les quatre grands tableaux qui lui avaient t commands par ,napolon ne seraient pas tous excuts1 il ne compta plus sur les deux grands ouvrages qui restaient faire et qui1 en effet1 ne furent mme pas commencs4 ,david tait alors tranquille sur sa fortune et sur le sort de ses enfants#fd4 ,peu dispos au fond peindre des uniformes1 des sabres et des bas de soie2 certain1 d'ailleurs1 par le succs du tableau du ,couronnement1 qu'il pouvait encore se considrer comme matre en ce genre1 il revint son got naturel1 aux tudes de toute sa vie1 la peinture qui a le nu et le beau pour objets1 et se remit1 avec une ardeur toute juvnile1 son tableau des ,thermopyles4 ,il y a lieu de croire aussi qu'un des motifs de cette espce de retraite fut le mode d'administration des arts tabli cette poque4 ,comme on l'a vu dans la lettre de ,moriez1 ,david1 qui n'tait pas sans prtendre au gouvernement des arts sous ,bonaparte premier consul1 sentit renatre cette ambition aprs avoir peint le ,couronnement1 et quand ,napolon1 dans tout l'clat de sa puissance1 fit restaurer et achever le vieux ,louvre1 ,david demanda l'empereur de lui confier la dcoration des appartements de ce palais1 en s'engageant faire une suite de compositions dont les principales eussent t peintes par lui-mme1 et les autres sous sa direction1 par ses lves les plus distingus4 ,ce projet qui n'a peut-tre exist rellement que dans l'imagination de ,david1 tait un des rves dont il se berait lorsqu'il reprit le tableau des ,thermopyles1 et quand dj les prsages malheureux de la fin de l'empire ne permettaient plus ,napolon de porter srieusement son attention sur des objets de cette espce4 ,c'est ici l'occasion de faire connatre ,vivant ,denon1 dont l'influence sur les vicissitudes de l'cole pendant prs de quatorze ans mrite d'tre signale4 ,le baron ,vivant ,denon#fe1 admis de bonne heure aux emplois de la cour de ,louis ,,xv1 fut trs-favoris par ce prince1 qui se plaisait voir les dessins et les gravures l'eau-forte de son jeune page d'abord1 puis de son gentilhomme de sa chambre4 ,nomm bientt gentilhomme d'ambassade ,saint-,ptersbourg1 cet emploi donna assez d'importance ,denon auprs de son ambassadeur1 ,m4 le baron de ,talleyrand1 pour qu'il ft forc de ralentir ses tudes d'artiste1 afin de se livrer entirement la correspondance diplomatique avec ,versailles1 travail dont il avait t particulirement charg4 la mort de ,louis ,,xv1 ,vivant ,denon quitta la ,russie pour la ,sude1 d'o ,m4 de ,vergennes le fit bientt revenir en ,france pour l'envoyer en mission prs du corps helvtique1 puis ,naples1 o il demeura sept ans en qualit de charg d'affaires4 ,dans cette ville1 le got de ,denon pour les arts se rveilla plus vif que jamais1 et c'est alors qu'il prit une part trs-active la publication du ,voyage pittoresque de ,sicile de l'abb de ,saint-,non4 ,de ,naples il alla ,rome1 o il ne sjourna que peu de temps auprs de l'ambassadeur de ,france1 le cardinal de ,bernis4 ,il revint en ,france1 et aprs s'tre fait recevoir membre de l',acadmie1 il abandonna la carrire diplomatique et alla ,venise1 ,florence et en ,suisse1 pour se livrer exclusivement son got particulier pour la culture des arts4 ,quoiqu'il y et une forte dissidence d'opinions politiques entre ,denon et ,david1 leur profession commune parat avoir t un lien sacr entre eux2 et lorsque l'artiste diplomate attach la cour fut sur le point d'tre dcrt d'accusation comme migr1 par la ,convention1 ,david le dfendit et lui fournit mme l'occasion de rentrer en ,france1 en lui donnant1 pour lui faire obtenir un certificat de civisme1 la commission de graver l'eau-forte les costumes rpublicains1 dont on discutait alors l'adoption#ff4 ,sous le ,directoire1 ,denon1 li intimement avec le jeune ,eugne ,beauharnais1 s'attacha la fortune de ,bonaparte1 et fit partie de l'expdition d'gypte en qualit de savant et d'artiste4 ,de retour en ,france1 il publia1 en #ahjb1 son ,voyage dans la haute gypte pendant les campagnes du gnral ,bonaparte1 ouvrage dont les planches se sentent tout la fois de la promptitude avec laquelle les dessins ont t faits sous le feu de l'ennemi1 et de l'incertitude de la main de l'auteur4 ,mais la relation crite qu'il y a jointe est pleine d'intrt et de vivacit1 et souvent remarquable par la vrit avec laquelle l'auteur a peint ce qu'il a vu1 et exprim les motions que lui ainsi que ses compagnons ont prouves4 ,parmi les qualits qui honorent le caractre de ,bonaparte1 la constance de ses amitis1 la dure de sa reconnaissance envers ceux qui l'ont accompagn et suivi dans ses diverses expditions1 ne sont pas les moindres4 ,comme presque tous ceux qui avaient fait partie de l'expdition d'gypte et dont les travaux et les crits avaient concouru en consacrer la mmoire1 ,vivant ,denon avait des droits la reconnaissance du gnral ,bonaparte1 qui1 en #ahjd1 tant devenu empereur1 le nomma directeur gnral des ,muses4 ,on peut dire que l'influence exerce par ce ministre des arts1 car il l'tait en effet1 eut toujours un double caractre3 trs-librale1 trs-impartiale tant qu'il agissait de lui-mme1 elle devenait absolue et peu favorable aux arts quand il tait oblig de suivre les ides de l'empereur1 ce qui tait le cas le plus frquent4 ,le conseil donn ,david par ,bonaparte1 d'abandonner les sujets tirs de l'histoire ancienne pour peindre les vnements de la sienne2 la commande que le nouvel empereur fit de quatre grands tableaux pour consacrer le souvenir de son couronnement2 et enfin1 le salut tant soit peu thtral donn par ,napolon son premier peintre dans son atelier1 suffisent pour faire apprcier le genre d'importance que ce souverain prtait rellement aux arts1 et particulirement la peinture4 ,denon veilla l'excution des ordres de son matre2 mais cette immense srie de tableaux de crmonies1 de batailles et d'entrevues1 excuts pendant le cours de dix annes par une foule d'artistes mdiocres1 et offerts la multitude comme une espce de ,moniteur visible o le fait reprsent captivait toute l'attention1 sans que le travail des artistes en rclamt la moindre part1 est une des circonstances qui1 cette poque1 a t le plus nuisible au dveloppement de l'art considr srieusement4 ,c'est surtout ce mode de peinture1 o l'imitation des accessoires finit par devenir l'objet principal1 que l'on doit le dveloppement excessif des peintures anecdotiques et comiques dont on a t inond bientt aprs4 ,on peut donc avancer sans injustice que tous les hommes de talent tels que ,david et ses principaux lves1 ainsi que ,prudhon et ,gurin1 taient forms et avaient produit leurs plus importants ouvrages avant que ,napolon ft empereur2 et que la nature1 le genre et le nombre des tableaux qui ont t faits sous son rgne1 on peut mme ajouter par ses ordres1 n'ont t rien moins que favorables l'avenir de l'cole franaise4 ,l'exprience aurait d apprendre depuis longtemps1 ceux qui gouvernent les tats1 que les artistes1 tout aussi bien que les potes et les crivains1 ne sont que trop ports flatter ceux dont ils attendent un salaire ou des faveurs4 ,pour les gouvernements et les rois1 l'important est qu'il se fasse leur poque de bons ouvrages1 abstraction faite du choix des sujets4 ,le ,saint ,bruno de ,lesueur1 la ,rebecca et le ,dluge du ,poussin1 jettent plus d'clat sur le nom et le rgne de ,louis ,,xiv que les immenses tableaux que ,le ,brun a faits pour clbrer la gloire et les conqutes de ce monarque4 ,ce fut en se laissant aller ces ides de fausse grandeur et d'apparat1 que ,napolon prit la rsolution d'instituer des prix dcennaux2 son intention tait que tous les ouvrages scientifiques1 littraires et toutes les productions des arts achevs depuis #ahjj fussent prsents des concours1 jugs par l',institut1 et que l'auteur du meilleur ouvrage en chaque genre ft couronn et ret une rcompense nationale4 ,cette ide gigantesque1 accueillie d'abord avec enthousiasme par le public1 se rduisit bientt rien2 et dans cette circonstance1 ,napolon aurait pu reconnatre que1 malgr l'excs de la puissance1 les choses du domaine exclusif de l'intelligence ne peuvent se plier aux fantaisies du pouvoir le plus absolu4 ,les journaux1 qui alors taient soumis une censure si rigide1 ressaisirent une espce de libert en cette occasion4 ,pour ce qui appartenait aux arts1 comme le fond des sujets traits par les peintres ne pouvait prter aucune allusion politique1 les journalistes ne disputrent que sur la forme de la composition1 sur le mrite relatif de l'excution1 de telle sorte qu'ils purent noncer leurs gots diffrents avec une entire libert4 ,il est dj curieux aujourd'hui 7#ahed71 et il le sera sans doute bien plus encore dans trente ans1 de lire la liste des tableaux prsents en #ahaj au concours du prix dcennal1 avec le nom des auteurs2 la voici3 ,,peinture4 ,,tableaux ,d',,histoire4 ,les ,sabines par ,david4 ,la ,consternation de la famille de ,priam ,garnier4 ,les ,trois ges ,grard4 ,scne de dluge ,girodet4 ,atala ,girodet4 ,marcus ,sextus ,gurin4 ,phdre et ,hippolyte ,gurin4 ,les ,remords d',oreste ,hennequin4 ,tlmaque dans l'le de ,calypso ,meynier4 ,la ,justice et la ,vengeance divine ,prudhon4 ,deux plafonds allgoriques au ,louvre ,berthlemi4 ,,tableaux ,,repr,,sentant ,,un ,,sujet ,,honorable ,,pour ,,le ,,caract,,re ,,national4 ,couronnement de ,napolon par ,david4 ,l',empereur saluant des blesss ennemis ,debret4 ,allocution de l',empereur ses troupes ,gautherot4 ,l',empereur recevant les clefs de ,vienne ,girodet4 ,la ,peste de ,jaffa ,gros4 ,champ de bataille d',eylau ,gros4 ,bataille d',aboukir ,gros4 ,les soldats du #gf;e retrouvant leurs drapeaux ,inspruck ,meynier4 ,rvolte du ,caire ,gurin4 ,passage du ,saint-,bernard ,thvenin4 ,matin de la bataille d',austerlitz ,carle ,vernet4 ,de tous les peintres d'histoire1 les deux seuls qui entrrent rellement en lutte1 au jugement du public1 furent ,david et son lve ,girodet1 et parmi les tableaux reprsentant un sujet honorable pour le caractre national1 on ne mit en opposition que le ,couronnement et la ,peste de ,jaffa4 ,il s'tablit sur cette rivalit une polmique trs-anime dans les journaux de ,paris1 la suite de laquelle les avis furent plus diviss que jamais4 ,cependant1 aux termes du dcret qui instituait les prix dcennaux1 l',institut restait charg de faire un rapport sur le mrite relatif de l'ensemble des travaux1 et il devait dsigner absolument quel tait le meilleur4 ,les savants1 les littrateurs et les artistes de l',institut1 dont plusieurs se trouvaient tre eux-mmes concurrents1 sentirent combien la tche qu'on leur avait impose tait devenue de jour en jour plus dlicate2 aussi1 quant la peinture au moins1 la commission fit un rapport vasif1 dans lequel les ouvrages de tous les concurrents reurent une dose de louanges mles d'observations critiques qui ne pouvaient contenter ni blesser personne4 ,en rsum1 les avis comme les gots restrent partags dans le public ainsi qu' l',institut1 et ,napolon laissa peu peu s'apaiser le grand fracas que cette affaire avait excit1 sans qu'il y et aucun jugement dfinitif de rendu ni de rcompenses dcernes4 ,ce concours eut cependant une influence1 passagre il est vrai1 mais qu'il faut signaler1 puisque la rivalit qui en rsulta entre ,girodet et son matre porta pendant quelque temps atteinte la prminence de ,david4 ,cet chec1 joint au succs douteux de la ,distribution des aigles1 fut le premier prsage de l'affaiblissement du chef de l'cole4 ,si l'institution des prix dcennaux ne put prendre racine1 l'anne #ahaj1 pendant laquelle on en fit l'essai1 restera comme une poque capitale dans l'histoire des arts en ,france1 sous le rgne de ,napolon#fg4 ,quand on considre avec attention les meilleurs ouvrages d'art faits depuis #ahjj jusqu' #ahaj1 dcade pendant laquelle l'cole franaise a donn les tmoignages les plus clatants de sa force1 il est facile de dterminer la cause pour laquelle la plupart de ces productions n'ont pas conserv dans la mmoire des hommes cette importance monumentale qui donne encore tant de prix1 aprs plusieurs sicles1 aux peintures religieuses ou historiques faites en ,italie et dans quelques parties de l',europe4 ,il faut le reconnatre1 il a manqu ,david1 ses lves1 ainsi qu' tous leurs contemporains1 une ide mre1 qui1 comme une toile1 les guidt dans la marche qu'ils avaient suivre4 ,par suite des rvolutions terribles qui se sont opres de leur temps en religion1 en morale et en politique1 ils se sont vus forcs d'obir la multiplicit des systmes diffrents qui se sont succd dans les croyances1 dans les gots1 dans les habitudes4 ,la plupart d'entre eux1 et ,david principalement1 auteur1 depuis #aggi jusqu' #ahaj1 de la ,peste de saint ,roch1 des ,horaces1 de ,marat1 des ,sabines1 du ,couronnement de ,napolon et du ,portrait de ,pie ,,vii1 n'a pu donner la partie visible de ses productions cette unit matrielle qui rsulte de l'harmonie et de l'unit des penses1 sans lesquelles il est impossible de faire des choses grandes et durables4 ,enfin il a manqu cet homme1 ainsi qu' tous ceux dont il tait entour1 une foi quelconque1 fixe et inbranlable4 ,de l cette diversit dans les sujets2 de l l'inutilit1 l'inopportunit de la plupart de ces productions1 fort remarquables sous le rapport de l'art1 mais qui distraient les esprits au lieu de les captiver et de les instruire2 qui font diverger les ides au lieu de les ramener un centre unique1 et dont en somme l'incohrence et la multiplicit affaiblissent promptement le souvenir4 ,si les travaux donns arbitrairement aux artistes par ,m4 de ,marigny ont port un coup fatal ce que l'art de la peinture peut avoir d'action dans l'instruction morale et intellectuelle d'un peuple1 il faut convenir que les expositions au ,louvre1 cres dans l'intrt de ceux qui font profession de la peinture1 ont encore bien plus puissamment contribu diminuer l'importance de cet art4 ,c'est depuis cette institution surtout que les salons du ,louvre ont pris d'anne en anne le caractre d'un bazar1 o chaque marchand s'efforce de prsenter les objets les plus varis et les plus bizarres1 pour provoquer et satisfaire les fantaisies des chalands4 ,cet usage des expositions publiques combines avec la formation des muses1 qui date peu prs du mme temps1 ont ananti l'effet moral que pouvait avoir la peinture sur les masses4 ,dans ces lieux1 o l'on arrive malgr soi avec la disposition d'esprit froide et impartiale d'un critique jugeant l'art1 abstraction faite du sujet1 on regarde tout avec indiffrence comme dans un march1 jusqu' ce que l'on ait trouv ce qui est sa convenance et sa fantaisie4 ,pendant toute la priode comprise entre l'tablissement du systme d'archasme1 par ,heyne et ,winckelmann1 jusqu' #ahaj1 poque o l'on ouvrit le concours des prix dcennaux1 ce dfaut d'lment moral dans les arts a t senti et signal par tous les bons esprits4 ,parmi les artistes1 ,david est celui que son instinct a port faire les plus constants efforts pour dcouvrir un principe vivifiant1 au moyen duquel il esprait toujours donner de l'importance et de la grandeur aux productions de l'art4 ,malgr la mobilit extrme des ides de cet artiste1 pour qui tous les rgimes et tous les personnages politiques nouveaux devenaient l'objet d'une admiration et d'un enthousiasme purils1 il est facile de distinguer chez lui la recherche habituelle d'une base politique ou morale sur laquelle il et pu appuyer solidement l'difice qu'il voulait lever4 ,en ces occasions1 l'homme1 chez ,david1 s'est montr sans doute irrflchi1 imprudent1 coupable mme2 cependant quand il a fait successivement1 de #aggi #ahaj1 ,saint ,roch1 les ,horaces1 ,socrate1 le ,serment du ,jeu de ,paume1 ,marat1 les ,sabines1 ,napolon1 ,pie ,,vii et les ,thermopyles1 on sent qu'il s'est berc1 en travaillant chacun de ces ouvrages1 de l'espoir d'avoir trouv des sujets1 des vnements et des personnages dont l'intrt profond1 dont la mmoire durable1 devaient donner ses productions cette valeur historique et mme morale dont ne peuvent se passer les ouvrages d'art les plus habilement travaills4 ,aussi1 malgr la frquence et la diversit de ses tentatives1 doit-on lui rendre cette justice qu'il a toujours t travaill du besoin de rattacher ses conceptions un principe grand1 fort et solennel4 ,napolon reconnut comme tout le monde1 et plus rapidement que beaucoup d'autres1 combien la voie suivie par les artistes tait vague et mme fausse4 ,mais au lieu de mditer sur cette question comme l'aurait pu faire un prince pacifique1 il la trancha brusquement et dans l'intrt de son ambition4 ,par gard pour le talent de plusieurs hommes clbres aims du public1 il fit1 propos des prix dcennaux1 une catgorie des tableaux d'histoire admis au concours2 mais ce qui formait videmment pour lui le lot le plus important tait cette suite de tableaux reprsentant un sujet honorable pour le caractre national1 qui tous1 l'exception d'un seul sur onze1 la ,bataille d',aboukir1 se rapportent des vnements qui lui sont personnels4 ,que l'on se rappelle la puissance exorbitante de ce souverain1 dont tous les dsirs et les rves mme taient en quelque sorte raliss par le pinceau des artistes1 et il sera facile de comprendre l'effet que produisit sur l'esprit d'une foule de peintres1 las de chercher des sujets et embarrasss depuis si longtemps d'en trouver parmi les saints et les hros1 l'ouverture d'une carrire nouvelle1 o ils purent exercer leur pinceau sans grands frais d'imagination et sans que l'on exiget mme d'eux une grande perfection4 compter des prix dcennaux1 chaque exposition fut encombre d'une foule de cadres grands1 moyens et petits1 o les moindres circonstances de la vie de l'empereur ,napolon taient reproduites4 ,ce qui se fit de mauvais tableaux en ce genre1 de #ahaj #ahac1 est innombrable2 c'taient le plus souvent de plates gazettes qui1 par la nature des sujets1 excitaient la curiosit1 mais qu'il tait impossible de regarder deux fois1 et qui encombrent aujourd'hui les greniers du ,louvre et de quelques grands tablissements publics4 ,tel fut le rsultat du concours pour les prix dcennaux1 sans compter que les comparaisons critiques faites sur les ouvrages prsents1 ainsi que le refus d'un jugement dfinitif sur leur mrite1 tirent natre entre les artistes des jalousies plus vives qu'elles ne l'avaient jamais t4 ,,xi4 ,,david ,,reprend ,,le ,,tableau ,,des ,,thermopyles4 ,,son ,,exil4 ,si1 comme on le pense gnralement1 les ,sabines et le ,couronnement de ,napolon sont les deux ouvrages1 l'un du genre lev1 l'autre du genre tempr1 dans lesquels ,david a donn la mesure de toute la force de son talent1 ce n'est pas pendant la priode de temps qu'il a employe les faire que ce chef d'cole a form les meilleurs lves4 l'exception de ,granet1 de ,m4 ,ingres1 puis de ,lopold ,robert et de ,m4 ,schnetz1 qui tudirent vers ce temps1 les autres sont demeurs plus ou moins obscurs4 ,un bon nombre de ceux qui1 malgr la bizarrerie de leurs ides1 donnaient cependant de si brillantes esprances1 sont morts jeunes4 ,tel fut le sort de ,maurice1 le chef des penseurs1 et de tant d'autres que nous avons dj fait connatre4 ,ordinairement1 dans les coles1 les plus jeunes lves se font un point d'honneur d'imiter les plus gs1 surtout dans leurs travers4 ,c'est ce qui ne manqua pas d'arriver vers #ahjj-ahja1 lorsque la secte des primitifs eut pris tout son dveloppement3 ,maurice eut parmi les jeunes dessinateurs un imitateur ou plutt un singe1 qui donna dans toutes les folies de la secte des penseurs4 ,ce nouvel inspir tait ,monrose1 auquel s'taient joints plusieurs autres lves4 ,tandis que son frre an jouait la comdie au ,thtre-,franais1 dans l'emploi des grandes livres1 ,monrose le jeune tait attach comme danseur au thtre des ,jeunes ,artistes#fh1 et il en tait l quand des dispositions plus que douteuses lui firent prendre la rsolution d'tudier la peinture chez ,david4 ,lorsqu'il entra dans cette cole1 il se ressentait encore des habitudes de sa premire profession1 et il lui arriva longtemps de faire plus de pirouettes que de dessins4 ,forc d'tre conome1 mais mourant d'envie de se singulariser par son costume1 l'imitation des primitifs ses ans1 il laissa crotre ses cheveux et sa barbe1 espce de travers qui se reproduit tous les dix ans chez les lves en peinture1 et se mit prcher de la morale et commenter les posies d',ossian devant son petit auditoire4 ,les pomes de ce barde taient exclusivement le livre1 la ,bible de ces sous-sectaires1 qui se recrutaient de tout ce que l'atelier de ,david avait de plus turbulent et de plus inepte parmi les rapins4 ,mais une aventure burlesque1 mit fin ces niaiseries4 ,vers #ahje1 ,monrose et sa troupe dsirant s'chapper de ,paris1 que dans leurs discours boursoufls ils ne dsignaient jamais autrement que comme une nouvelle ,babylone1 rceptacle de tous les vices1 rsolurent de fuir dans les forts pour passer une journe la manire des hros d',ossian4 ,le chef de la bande1 ,monrose1 muni d'une guitare dont il raclait tant bien que mal1 conduisit ses adeptes au bois de ,boulogne1 o ,dieu sait comme la journe se passa4 ,vers le soir1 il leur vint l'ide1 toujours dans le but de se conformer aux moeurs et usages des hros d',ossian1 de mettre le feu un arbre2 mais les surveillants et les gendarmes1 accourus la vue de cet incendie menaant1 mirent la main sur le collet des jeunes bardes1 que l'on conduisit la prfecture de police1 o on leur enjoignit de se faire raser et de s'habiller comme tout le monde4 ,telle fut la fin des derniers rejetons de la secte des penseurs ou primitifs1 dont les principaux chefs taient morts cette poque1 ou au moins rentrs dans la vie commune1 et compltement dsabuss4 ,mais tandis que l'cole de ,david runissait une foule de jeunes gens dont les qualits intellectuelles taient si diverses1 bien que tous fussent atteints d'un certain degr de folie1 dans la mme enceinte1 au milieu de ces jeunes gens dont l'imagination devait rester strile1 s'exeraient journellement une pratique laborieuse quelques hommes1 habiles de la main1 mais dpourvus d'ides et d'invention1 et qui bientt1 par l'insignifiance et la pdanterie de leurs travaux1 jetrent de la dfaveur sur les doctrines professes par leur matre4 ,ces artisans de peinture taient parvenus rduire l'art la perfection d'un dessin et d'un coloris purement matriels1 destins raliser entre leurs mains une manire de beaut conventionnelle qui consistait particulirement dans la rptition de certaines attitudes et de certaines formes extraites systmatiquement des statues ou des bas-reliefs antiques4 ,depuis l'apparition des ouvrages de ,gros et de quelques peintres traitant des sujets tirs de l'histoire moderne1 ces praticiens avaient pris tche de former une opposition ce mode nouveau1 en se cramponnant avec opinitret aux sujets de la mythologie grecque1 qui exigeaient l'emploi du nu et faisaient rejeter toute espace d'accessoires comme contraires la gravit requise pour les compositions dites historiques4 ,ce qui explique assez bien pourquoi les compositions de ces peintres taient si roides1 si inanimes1 c'est la disposition de leur esprit et de leurs habitudes intellectuelles4 ,entirement privs du don de l'invention1 n'ayant t sujets aucune de ces passions1 folles sans doute1 mais qui dans la jeunesse sont indispensables pour ouvrir l'me et faire prendre un essor rapide l'esprit1 ces hommes1 apprenaient leur art comme un mtier1 commenaient et terminaient une tude d'aprs nature comme un colier mdiocre achve sa page d'criture4 ,pour eux1 le bien-faire tait tout jusque dans les mots dont ils faisaient usage pour exprimer les diffrents degrs o tait parvenue leur besogne2 chaque terme trahissait l'apprenti qui se forme son mtier1 qui brosse sa figure et va livrer son ouvrage4 ,pour l'tude de la composition1 le mode qu'ils employaient n'tait ni plus relev ni plus dlicat4 ,ils s'exeraient faire une foule de croquis d'aprs l'antique et les estampes des grands matres1 de manire se graver dans la mmoire et se mettre dans la main l'apparence1 le croisement et toutes les combinaisons matrielles des formes1 des lignes et des grands effets de la lumire2 alors ils taient censs savoir la composition2 et en l'absence d'une ide1 d'un sentiment ou d'une scne que leur et fourni et inspir la nature1 ils prenaient ,homre1 les tragiques grecs ou plus souvent encore un dictionnaire mythologique1 pour en tirer au hasard un sujet dont ils agenaient les personnages de placage au moyen des souvenirs ou des imitations qu'ils empruntaient leurs croquis prparatoires4 ,une habitude non moins dplorable adopte par ces praticiens1 c'tait de ne parler qu'avec ironie des sujets levs qu'ils se proposaient de traiter4 ,ces faiseurs de peinture riaient des ,hercule1 des ,apollon et des ,junon dont ils s'efforaient en vain de reproduire l'image2 aussi1 quoique leurs tableaux ne fussent pas ouvertement ironiques1 le dfaut de foi envers les idoles que le hasard offrait leurs pinceaux se trahissait par la scheresse et le manque de ralit qui glaaient leurs compositions4 ,depuis #ahjd jusqu' #ahae1 ce furent des praticiens de cette espce1 dous de plus ou moins de talent manuel1 qui1 en sortant de l'cole de ,david1 recueillirent les couronnes acadmiques1 tudirent comme pensionnaires ,rome1 et enfin mirent aux expositions du ,louvre1 vers cette poque et quelques annes plus tard1 ces ennuyeuses productions que l'on signala comme des oeuvres classiques1 et qui prparrent la raction qui se manifesta plus tard contre l'cole de ,david4 ,pour signaler cette dcadence pdantesque par un fait important1 il faut dire que ce fut cette mme affectation de classicisme et ce got surann pour les sujets mythologiques qui entranrent ,gros braver le got du public en traitant cet inconcevable sujet d',hercule tuant ,rhsus faisant manger le cadavre de ses ennemis par ses chevaux4 ,par cet ouvrage1 indignement trait alors par la critique1 bien que1 sous le rapport de l'excution1 il ne ft pas infrieur aux meilleures productions du peintre de la ,peste de ,jaffa1 ,gros1 qui avait tant de respect et de reconnaissance pour son matre1 porta cependant un coup terrible son cole4 ,avant de terminer les dtails relatifs aux lves de ,david1 il faut revenir encore une fois1 mais pour la dernire1 cette me d'lite1 ce ,moriez qu'aucun talent n'a fait connatre et qui n'a laiss que les nobles souvenirs que l'on s'est plu consigner dans ce livre4 ,rien n'est si frquent1 dans les coles1 que de rencontrer des tres organiss demi1 les uns1 comme les praticiens dont il a t question1 ayant l'oeil et la main trop habiles1 tandis que l'intelligence est inerte2 les autres1 mes pleines de gnrosit1 d'ardeur et d'esprances1 mais prives du secours indispensable des talents pour produire leurs ides1 et qui languissent et s'teignent sur la terre comme un aigle qui l'on a ravi l'usage de ses ailes4 ,parmi les lves de ,david1 il n'y en avait pas un qui ne ft secrtement des voeux pour que le talent de ,moriez se dveloppt tout coup3 on l'entourait de soins1 on lui prodiguait les conseils2 les plus habiles lui eussent mme achev ses ouvrages1 s'il et t possible de partager avec lui des facults intellectuelles1 comme on partage sa bourse avec un ami4 ,hlas6 vains efforts1 voeux inutiles6 le pauvre ,moriez1 que son amour strile pour la peinture avait loign de la carrire des armes1 o il se serait indubitablement distingu1 vcut pauvre et bnissant le ciel quand il trouvait l'occasion de peindre un triste portrait qu'on lui payait peine4 ,il exerait encore sa chtive profession vers #ahab1 ,saint-,germain en ,laye1 excutant ses ouvrages avec conscience1 et supportant sa pauvret avec une force d'me vritablement hroque1 lorsqu'il fit une chute grave4 ,ceux qui ont pass leur jeunesse dans les collges et les coles savent que les camarades qui s'aiment et s'estiment le plus sont presque toujours entrans dans des directions diffrentes en entrant dans le monde4 ,ducis1 ,duphot et ,moriez continurent se frquenter1 tout en exerant leur profession d'artistes2 mais tienne1 lanc dans une autre direction1 n'eut qu' de rares intervalles l'occasion de voir ,moriez1 auquel il tmoignait toujours et ses respects et la constance de son amiti quand il le rencontrait4 ,un jour cet excellent homme vint chez tienne2 c'tait la premire fois qu'il s'y prsentait4 tonn1 quoique satisfait de cette visite inattendue1 tienne reut cordialement son ancien camarade1 et l'engagea s'asseoir1 ce que son hte fit pniblement4 ,il tait ple1 fort maigri1 et sur son visage tout indiquait la souffrance1 bien que son sourire bienveillant et noble donnt toujours du charme l'expression de ses traits4 ,je ne saurais vous exprimer1 mon cher ,moriez1 dit tienne1 le plaisir vritable que je ressens en vous voyant chez moi2 mais comme c'est la premire fois que j'ai cette bonne fortune1 est-ce que j'aurais encore celle de pouvoir vous tre utile8--,non1 mon cher tienne1 non2 je n'ai besoin de rien4 ,je viens vous voir444 c'est un projet que j'ai form bien des fois et que je n'ai pu raliser444 ,vous savez comment la vie est faite1 et que les gens que l'on voit le plus souvent ne sont pas toujours ceux que l'on aime le mieux4442 mais une fois entr dans la vie relle1 celui-ci va droite1 celui-l gauche1 et il faudrait achever le tour du monde pour se rencontrer4 ,cette fois1 comme je n'ai pas de temps perdre1 et que je ne voulais pas laisser au hasard le soin de nous joindre1 je suis venu vous voir1 et me voil6 ,malgr la franchise naturelle de ,moriez1 sa pleur1 l'affaiblissement visible de sa sant1 et plus encore peut-tre l'inattendu de sa visite et l'indcision de son discours1 firent penser tienne que peut-tre son camarade1 press par un dfaut subit d'argent1 avait eu la bonne ide d'avoir recours lui en cette occasion4 ,moriez devina la pense d'tienne1 et lui dit3 ,non1 mon cher ami1 je n'ai besoin que de vous voir2 puis1 appelant sur ses lvres un sourire fin et plein de noblesse qui seyait si bien sa physionomie1 il ajouta3 ,je suis sur le point de faire un long voyage1 et je n'ai pas voulu partir sans vous faire mes adieux4 ,comme tienne fit un mouvement de surprise qui allait tre suivi d'une question1 ,moriez1 mettant doucement sa main sur celle de son camarade pour rclamer le silence1 continua en ces termes3 ,j'ai fait1 il y a quelques mois1 une chute fcheuse3 je me suis lux une vertbre1 et depuis ce moment ma sant va toujours en s'affaiblissant4 ,je n'ai plus que peu de temps vivre1 et je viens faire ma visite pour prendre cong de vous4 ,le calme1 la douceur du sourire avec lesquels ,moriez pronona ces paroles ne permirent pas tienne de rpondre1 et d'autant moins que le malade reprit sur-le-champ la parole pour rpter tienne1 en lui rappelant le temps o ils frquentaient la mme cole1 ces recueils de sentences sur le mpris de la vie et de la mort qu'il se plaisait dbiter autrefois ses camarades dans les instants o ceux-ci se livraient avec le plus d'emportement aux plaisirs de la jeunesse4 ,pour dire toute la vrit1 tienne1 en entendant ces tranges paroles et en voyant surtout le calme parfois ironique avec lequel elles taient prononces1 eut l'ide que l'esprit de son ancien camarade pouvait tre altr4 ,cette pense l'engagea ne pas insister sur ce sujet1 mais faire tourner la conversation sur le charme que l'on prouve recevoir des compagnons d'tudes et de jeunesse4 ,tout en acceptant cette diversion1 ,moriez1 toujours avec le mme calme et la mme aisance1 fit sentir de nouveau tienne le prix qu'il attachait cette visite suprme2 et aprs l'avoir embrass et lui avoir serr tendrement les mains1 il lui dit adieu et se retira4 ,l'esprit de ,moriez tait parfaitement sain1 et tout ce qu'il avait accus tait vrai4 ,il mourut1 en effet1 peu de temps aprs cette visite et au jour qu'il avait dsign4 ,depuis sa mort1 on sut qu'il tait all voir plusieurs de ses camarades pour leur faire1 ainsi qu' tienne1 un dernier adieu4 ,cependant ,david avait senti ses entrailles d'artiste mues de nouveau par le tableau des ,thermopyles1 dlaiss si longtemps4 ,les vnements politiques1 depuis la guerre d',espagne1 taient loin d'ailleurs de se montrer sous un jour favorable1 et l'me mobile du premier peintre de ,napolon s'tait assez enivre d'images monarchiques pour qu'elle prouvt le besoin de se rafrachir quelque peu dans l'atmosphre rpublicaine des guerriers de ,lacdmone4 ,lorsqu'il reprit son ,lonidas1 l'admiration excessive que l'on avait eue pour les ouvrages antiques s'tait affaiblie parmi le public et chez les artistes4 ,david lui-mme1 en achevant le ,couronnement et les ,aigles1 s'tait laiss aller peindre tout simplement en copiant la nature1 et en faisant1 selon son expression1 des tableaux-portraits2 son imagination1 ainsi que sa main1 taient moins disposes l'imitation des productions de l'antiquit1 quelque parfaites qu'elles lui parussent toujours4 ,il est certain1 comme on peut s'en convaincre en regardant le ,lonidas avec attention1 que cet ouvrage1 considr sous le rapport de la composition et de l'excution1 a t achev sous l'influence de deux manires1 de deux systmes trs-distincts4 ,le jeune homme qui lie sa chaussure1 les deux autres qui offrent des couronnes1 celui qui trace l'inscription1 et le groupe du vieillard et de son fils se tenant embrasss1 ont t conus1 tracs et presque entirement peints la premire poque2 tandis que l'aveugle1 le personnage assis la gauche de ,lonidas1 les deux soldats nus qui vont prendre leurs armes un arbre1 ainsi que les figures du fond1 ont t dessins et entirement peints lorsque ,david termina cet ouvrage2 en effet1 l'oeil le plus faiblement exerc ne pourra manquer de saisir l'extrme diffrence qu'il y a entre les attitudes lgantes et la fermet du dessin des figures peintes vers #ahjb1 et le laisser-aller de celles que l'artiste n'excuta que douze annes aprs4 ,cette disparate est sensible au point d'en devenir parfois choquante4 ,quant ,lonidas1 l'intention prte ce personnage1 son attitude et son expression n'taient point encore entirement arrtes dans l'esprit du peintre que dj le reste du tableau tait presque entirement termin4 ,ce qui fixa ses ides ce sujet est un came antique#fi1 qui reprsente un hros de la mythologie grecque ayant absolument la mme attitude que le ,lonidas4 ,ce plagiat reproch1 avec beaucoup d'autres1 ,david1 ne portait aucune atteinte sa conscience d'artiste2 il allait mme jusqu' prtendre que les emprunts faits aux anciens loin d'tre1 ainsi qu'on le prtendait1 une faiblesse de sa part1 devaient lui tre reprochs comme des actes de prsomption et mme de tmrit1 parce que rien n'est si dangereux pour un artiste1 disait-il1 que de s'emparer d'un type consacr1 pour le reproduire4 ,plus d'une fois aussi on lui objecta le choix de ses sujets tirs de l'histoire proprement dite1 tels que ceux des ,sabines et du ,lonidas1 tandis qu'il les traitait potiquement comme des scnes hroques1 mythologiques4 cette critique1 dont il ne pouvait dtruire toute la force1 il rpondait3 ,je sais que pour tre consquent aux principes que j'ai adopts1 je ne devrais tirer mes sujets que des pomes d',homre ou de ses successeurs2 mais j'ai cru remarquer que les ouvrages des artistes de notre temps qui en ont agi ainsi sont toujours rests1 dans l'opinion du public1 fort au-dessous de l'ide qu'ils devaient exprimer et des personnages qu'on s'tait propos de rendre4 ,quant moi1 j'ai cru montrer plus de prudence qu'eux1 en adoptant un fait historique dont je restais matre1 et que je potisais ma faon1 au lieu de peindre un sujet de posie pure1 pris dans ,homre ou ,sophocle1 par exemple1 sujet auprs duquel1 malgr tous mes efforts1 je paratrais toujours infrieur et prosaque4 ,d'ailleurs1 ajoutait-il avec une bonne foi qui fait bien connatre la nature de son gnie1 je n'aime ni je ne sens le merveilleux2 je ne puis marcher l'aise qu'avec le secours d'un fait rel4 ,malgr ce qu'il y a de juste dans ces rflexions1 on ne saurait disconvenir que leur runion est loin de former un systme qui soit susceptible de recevoir une application facile et satisfaisante4 ,si le sujet des ,sabines ne ralise pas cet ensemble et cette unit dramatique que les modernes exigent si imprieusement1 cependant la vue de ces guerriers prs de combattre1 mais spars par des femmes jetant entre eux leurs enfants1 prsente une scne si simple1 que le spectateur1 sans s'inquiter de ce qui a prcd ou de ce qui suivra1 peut y prendre intrt instinctivement4 ,mais il n'en est pas ainsi des prparatifs du combat des ,spartiates1 ni surtout de la figure de ,lonidas4 ,l'expression mditative de ce personnage1 son attitude vague1 restent isoles de tout ce qui les entoure4 ,en admettant le systme de composition choisi par l'auteur1 on est en droit d'observer que dans celle des ,thermopyles1 le choix de l'action et du moment exigeait une combinaison plus dramatique4 ,la position critique de ,lonidas et de ses guerriers inquite trop ceux qui en sont instruits1 pour que le peintre n'ait pas fait quelques efforts afin de la rendre intelligible4 ,ce qui nuit donc le plus l'effet gnral de cette scne est sa nature1 qui la classe au nombre des sujets dramatiques1 tandis que ,david l'a traite originairement dans un mode lyrique1 s'il est permis d'appliquer cette qualification l'art de la peinture4 ,mais1 outre cette premire incohrence1 il s'en manifeste encore une autre toute matrielle1 qui rsulte des poques diffrentes et assez loignes auxquelles ce tableau a t commenc et fini4 ,dans ce dernier temps ,david1 ramen par ses travaux intermdiaires du ,couronnement et des ,aigles une imitation de la nature plus exacte1 finit en prosateur ce tableau1 qu'il avait entrepris en pote4 ,le jeune homme qui se chausse1 les trois jeunes gens offrant des couronnes1 et le groupe du pre embrassant son fils1 conus1 dessins et peints vers #ahjj1 offrent des beauts lyriques1 que l'on passe encore une fois sur cette expression1 qui ne le cdent en rien celles qui brillent dans le tableau des ,sabines4 ,quant aux figures accessoires1 telles que le compagnon de ,lonidas1 les deux jeunes soldats dcrochant leurs armes suspendues un arbre1 et l'aveugle1 cette partie prosaque du tableau est infrieure aux personnages analogues introduits dans les ,sabines1 tels que les enfants1 le soldat tendu mort1 le chef de la cavalerie et plusieurs autres figures du fond1 o le peintre cette fois avait rendu et imit la nature simple1 vulgaire mme1 avec une supriorit de talent que l'on ne retrouve que dans le groupe du pape et du clerg1 du ,couronnement de ,napolon4 ,quant la figure de ,lonidas1 elle semble tenir prcisment le milieu entre ces deux modes extrmes1 et quoique fort remarquable par la largeur de son excution1 elle est infrieure celle du ,tatius des ,sabines1 laquelle on peut la comparer4 ,pendant que ,david achevait cet ouvrage 7#ahab-ac71 les vnements politiques commenaient faire natre de vives inquitudes dans tous les esprits4 ,quoique habituellement trs-rserv sur ces matires1 il en parlait franchement lorsque l'occasion s'en prsentait et qu'il pouvait s'exprimer en toute confiance4 ,sans que son attachement et sa reconnaissance pour ,napolon fussent le moins du monde altrs1 il trouvait cependant que son hros avait l'humeur un peu trop guerrire1 et que le chef de la nouvelle dynastie tait au moins aussi absolu dans ses volonts que ceux de l'ancienne4 ,parfois mme1 lorsqu'il reportait ses souvenirs aux annes d'esprances de #aghi1 il lui arrivait de dire en soupirant3 ,ah6 ah6 ce n'est pas l ce que l'on dsirait prcisment6 ,souvent il paraissait soucieux1 et au plaisir qu'il prenait au travail de son atelier1 au soin avec lequel il amenait constamment la conversation sur son art1 il tait facile de voir qu'il redoutait les entretiens que provoquaient partout ailleurs les entreprises prilleuses o le chef de l'tat s'tait engag4 ,tout changement de gouvernement tait naturellement un sujet d'inquitude profonde pour l'homme que la puissance de ,napolon avait replac dans le monde2 pour le chef d'cole dont l'influence sur les artistes tait une sorte de magistrature2 pour celui dont les fils taient employs dans l'administration et dans l'arme1 et dont les filles avaient pous des gnraux4 ,david n'tait pas dou de ce besoin de s'pancher qui force certains hommes exprimer ce qu'ils prouvent4 ,l'affection qu'il portait sa famille1 ses amis ou ceux qu'il distinguait1 ne se manifestait gure que par la bienveillance gale1 mais calme1 peu expansive1 qu'il leur montrait toujours de la mme manire et en toute circonstance4 ,il faisait peu de caresses ses enfants1 mais il s'occupait de leur sort et ne ngligeait aucune des occasions qui pouvaient leur devenir favorables4 ,depuis l'poque o sa femme tait venue le rejoindre1 le secourir1 le soigner en prison1 son affection pour elle ne s'tait jamais dmentie2 quant ses lves1 ceux au moins qui1 comme ,gros1 se trouvaient honors de son amiti et fiers de sa confiance1 c'tait pour eux qu'il se laissait presque aller la tendresse d'un pre4 ,ses habitudes journalires taient trs-exactement rgles4 ,toujours simplement mais trs-proprement vtu ds le matin1 c'tait vers neuf ou dix heures1 l'instant de son djeuner1 que ses lves et les artistes des autres coles taient reus par lui4 ,ordinairement on venait pour lui soumettre le projet d'un tableau1 ou pour le prier de venir donner ses avis sur un ouvrage commenc ou auquel il fallait mettre la dernire main avant l'ouverture du ,salon4 ,sur les derniers temps de son sjour en ,france1 non-seulement ses lves1 mais la plupart des artistes rclamaient et obtenaient de lui cette faveur1 et pendant les expositions au ,louvre1 il n'y avait pas d'ouvrage1 quelque faible qu'il ft1 s'il renfermait toutefois quelque qualit enfouie1 qu'il ne dcouvrt et dont il ne trouvt moyen de faire complimenter l'auteur4 ,ses ides taient toujours tournes vers son art chri1 et ordinairement pendant les visites du matin que lui faisaient ses lves1 il leur montrait la gravure de l'ouvrage de quelque grand matre1 dont il faisait ressortir les beauts avec un tact particulier2 ou bien1 prsentant une composition sur laquelle il travaillait lui-mme1 il recueillait les avis1 recevait les observations1 profitait d'un bon conseil donn par ses jeunes htes1 et cela avec une simplicit qui n'appartient qu'aux hommes rellement passionns pour leur art4 ,ses rcrations se bornaient frquenter le ,thtre-,franais1 mais plus particulirement l',opra-,italien1 dont la musique avait conserv pour lui un attrait particulier depuis son sjour ,rome4 ,quant au monde1 il n'y allait pas et en recevait peu2 l'exception de quelques ftes de famille qu'il donna vers le temps o il maria ses filles1 les habitudes de sa maison taient habituellement graves1 et mme austres4 ,pendant la belle saison1 ,david prenait souvent le plaisir de la promenade et1 comme on a eu l'occasion de le dire plus d'une fois1 il se plaisait assez dans la compagnie d'tienne4 ,pendant ces courses1 l'entretien roulait habituellement sur les arts1 quelquefois cependant sur la politique2 alors tienne coutait avec avidit et sans se permettre la moindre interruption1 les rflexions de cet homme1 toujours aveuglment conduit par son instinct1 et aux ides duquel l'exprience la plus dure et les vnements les plus extraordinaires n'avaient apport presque aucune modification4 ,david croyait encore de la meilleure foi du monde que ,robespierre et ,marat taient des hommes vertueux2 il signalait ,fouquier-,tinville comme un monstre et un sclrat2 il mprisait ,fabre d'glantine en disant que c'tait un insigne fripon2 aimant1 d'ailleurs1 tous les hommes dont les manires rappelaient la politesse de l'ancienne cour2 admirant alors ,napolon et ,pie ,,vii comme il avait admir ,robespierre et ,marat1 et1 en somme1 parlant des grands vnements dont il avait t tmoin et des hommes qu'il avait connus1 avec un sang-froid apparent qui lui donnait l'air du philosophe le plus impartial jugeant les affaires de ce monde4 ,ce sang-froid1 cette impassibilit prirent quelquefois chez lui le caractre du courage4 ,dans une de ces longues promenades qu'il faisait avec tienne1 il leur arriva un jour1 en revenant du ,jardin des ,plantes1 de suivre les boulevards du ,temple1 o ils s'arrtaient en observant nonchalamment les baraques des baladins1 les boutiques des restaurateurs et des marchands d'oiseaux qui y taient tablis4 ,arrivs au cabinet des figures de cire de ,curtius1 et aprs avoir considr pendant quelques instants le ,turc et le grenadier de la ,garde impriale placs aux deux cts de la porte d'entre1 ,david1 souriant aux invitations bruyantes du crieur charg de faire entrer les curieux1 se tourna vers tienne en lui disant3 ,eh bien6 entrons-nous8444 ,allons1 tienne1 je vous rgale6 et ils entrrent en effet4 ,pendant que l'homme arm de sa baguette expliquait l'histoire tragique d',holopherne et le couronnement de ,napolon1 ,david faisait observer son lve quelques manques en cire qui videmment avaient t mouls sur la nature2 et1 profitant de l'occasion que lui offrait la comparaison de ces empreintes avec d'autres masques qui avaient t faits par la main des sculpteurs1 l'artiste ne put s'empcher de faire plusieurs rflexions pleines de sens sur l'imperfection de toutes les imitations4 ,pendant l'entretien que ce sujet fit natre1 le dmonstrateur1 aprs avoir cess d'expliquer1 parce qu'il s'tait aperu qu'on ne l'coutait pas1 s'appuya sur la balustrade en prtant l'oreille la conversation des deux curieux1 qui bientt se mirent en marche pour se retirer4 ,mais la conversation qu'il venait d'entendre1 le garon de ,curtius s'tait aperu qu'il avait affaire des amateurs dont il pourrait tirer quelque profit supplmentaire4 ,s'approchant donc de ,david avec un air avis et respectueux tout la fois3 ,je vois1 ,messieurs1 dit-il1 que vous tes des connaisseurs4 ,nous avons ici quelques pices curieuses1 mais que nous ne montrons pas tout le monde2 et ces messieurs1 ajouta-t-il en saluant profondment1 seront sans doute satisfaits des pices en rserve que je puis leur montrer4 ,la premire ide qui vint l'esprit de ,david et d'tienne1 en entendant cette proposition1 fut de penser qu'il s'agissait de quelque reprsentation licencieuse1 et ils remercirent le garon4 ,mais celui-ci1 la manire dont le refus lui fut indiqu1 s'tant aperu de la supposition que l'on avait faite1 affirma que l'tablissement ne renfermait rien de semblable et que l'on serait content4 ,en achevant ces mots1 il conduisit ,david et tienne prs d'un renfoncement1 dans lequel tait tabli une espce de coffre dont il leva le couvercle4 ,dans la longueur de ce coffre taient suspendues1 une tringle de fer1 les ttes moules en cire d',hbert1 de ,robespierre et de quelques hommes supplicis la mme poque4 ,vous voyez1 messieurs1 dit le garon en rcitant son explication banale1 ceci est la tte d',hbert1 dit le pre ,duchesne1 que ses crimes ont conduit l'chafaud2 cette autre1 c'est la tte de ,robespierre2 remarquez1 messieurs1 qu'elle est encore entoure du bandeau qui retenait la mchoire fracasse par un coup de pistolet1 qui lui fut tir lorsque444 ,david1 conservant le plus grand calme1 fit un petit signe de la main au garon1 pour lui faire entendre que son explication tait superflue1 regarda assez longtemps et avec la plus grande attention ces deux ttes sur lesquelles on avait exprim1 avec un soin minutieux1 tous les accidents qui rsultent du supplice1 et dit enfin1 en se mettant en marche et sans s'adresser directement tienne ou au dmonstrateur1 auquel il mit une pice de monnaie dans la main3 ,c'est bien imit1 c'est trs-bien fait4 ,david et tienne quittrent ce lieu et parcoururent presque tout un boulevard sans changer une parole4 ,la conversation reprit cependant son cours sur les objets indiffrents qui s'offrirent leurs yeux1 mais jamais ni l'un ni l'autre ne reparlrent de la visite au salon de ,curtius4 ,cette singulire aventure est reste ignore tant que ,david a vcu4 tienne pensa que du vivant du matre il devait respecter son secret4 ,l'anecdote une fois connue aurait pu tre infidlement raconte en passant de bouche en bouche1 et tre transforme en sarcasme4 ,mais tienne a conserv de cette scne inattendue et terrible un souvenir entirement favorable pour son malheureux matre1 qui1 dans cette occasion1 montra1 tant par le calme de ses traits que par la convenance du peu de paroles qu'il pronona1 une dignit sans ombre d'affectation qui prouve que son me n'tait pas sans grandeur4 ,les derniers ouvrages de ,david o il ait imprim nettement le sceau de son talent sont l'tude peinte qui fut faite d'aprs le pape ,pie ,,vii1 reprsent avec le cardinal ,caprara1 et le beau portrait du pontife seul1 vu de face1 dont l'original est au muse du ,louvre4 ,ces productions du genre tempr1 mais o la navet de l'imitation est si heureusement jointe la dignit qu'il convenait de donner ces deux personnages historiques1 sont de celles qui font le plus d'honneur ,david4 ,il fut moins heureux dans les portraits de l',empereur qu'il fit dans les annes qui prcdrent les vnements de #ahad4 ,celui o ,napolon est reprsent dans le costume imprial1 et qui tait destin ,jrme ,bonaparte1 alors roi de ,westphalie1 se sent de la contrainte o le peintre s'est trouv1 oblig qu'il tait de donner son personnage et ses vtements un aspect thtral4 ,quelque temps aprs1 un ,anglais1 le comte de ,douglas1 lui demanda un portrait en pied de ,napolon1 mais reprsent dans son cabinet1 et vtu comme ce souverain avait coutume de l'tre4 ,david qui1 pendant l'excution du tableau prcdent1 n'avait que trop de fois reconnu l'inconvnient du costume imprial1 saisit avec empressement l'occasion de faire un portrait simple et naturel de ,napolon4 ,sur ce tableau1 haut de six pieds et demi1 on voit l',empereur debout1 dans son cabinet1 vtu d'un frac vert uniforme1 avec les paulettes de gnral4 ,il est prs de son bureau charg de papiers1 et cens avoir travaill pendant une partie de la nuit4 ,le jour parat1 et pour exprimer cette circonstance1 le peintre a eu soin de laisser fumer plusieurs bougies qui viennent de s'teindre dans un flambeau branches4 ,considr au point de vue de l'art1 on peut reprocher ce morceau de manquer de fermet4 ,quant l'ide principale de la composition1 qui tait heureuse1 ,david n'a peut-tre pas os la rendre avec assez de franchise4 ,la tte de ,napolon1 mdiocrement ressemblante1 a surtout le dfaut d'tre rendue d'une manire trop idale4 ,tout en conservant cet homme infatigable l'nergie mme corporelle qui lui tait propre1 il et t possible cependant d'exprimer la lassitude passagre dont les travaux nocturnes laissaient ordinairement des traces sur sa physionomie2 c'tait mme le seul moyen de faire ressortir l'espce de posie qui devait rsulter d'un pareil sujet4 ,napolon ayant entendu parler de ce portrait1 dont sa vanit fut sans doute intrieurement flatte1 en apprenant qu'il avait t command par un ,anglais1 voulut voir l'ouvrage4 ,on rapporte qu'il en parut trs-satisfait1 et qu'aprs l'avoir attentivement regard1 il dit son premier peintre3 ,vous m'avez devin1 mon cher ,david2 la nuit je m'occupe du bonheur de mes sujets1 et le jour je travaille leur gloire4 ,on a avanc1 mais sans preuves1 que quelques rponses un peu brusques avaient failli plusieurs fois attirer sur ,david la disgrce de ,napolon4 ,tous les faits connus semblent prouver le contraire2 et1 sans rappeler ici ce qui a t dit ce sujet1 le brevet de commandant de la ,lgion d'honneur que ,david reut en #ahab suffirait pour prouver que s'il a exist quelques petits dissentiments entre ces deux hommes1 ces dissentiments n'ont t que passagers4 ,tout concourt1 au contraire1 faire croire que ,napolon1 indpendamment de l'importance qu'il pouvait attacher comme souverain au talent de ,david1 a toujours port l'homme une affection sincre4 ,parlant un jour avec son premier peintre1 l',empereur lui dit qu'il avait conu le projet de runir tous ses tableaux dans le muse imprial4 ,il y a une galerie de ,rubens1 ajouta-t-il1 je veux que la ,france me doive la galerie de ,david4--,sire1 rpondit ,david aprs l'avoir remerci1 je crois qu'il est impossible aujourd'hui de former cette collection4 ,mes ouvrages sont trop disperss2 ils sont entre les mains d'amateurs trop riches pour esprer qu'ils veuillent s'en dtacher4 ,ainsi1 par exemple1 je sais que le propritaire de la ,mort de ,socrate1 ,m4 ,trudaine1 met une grande importance conserver ce tableau4--,nous l'obtiendrons avec de l'or1 lui dit l',empereur2 offrez-en quarante mille francs1 et allez s'il le faut jusqu' soixante mille4 ,ce tableau1 command originairement par ,m4 ,trudaine le pre1 pour le prix de six mille francs1 avait t pay dix mille l'auteur pour lui tmoigner la satisfaction que l'on avait eue de l'ouvrage4 ,cependant1 malgr les offres qui furent faites plusieurs reprises et avec beaucoup d'instances au propritaire du ,socrate1 par ,david lui-mme1 de quarante et de cinquante mille francs1 il ne put l'obtenir4 ,ce refus me flatte1 dit alors le peintre1 mais je dois insister2 j'en ai l'ordre de ,napolon4 ,il m'a autoris aller jusqu' soixante mille francs4--,je les refuse1 lui rpondit-on1 et je vous prie de dire ,napolon que j'estime votre ouvrage au-dessus de toute offre4 ,si je lui faisais ce sacrifice1 je voudrais qu'il ft gratuit4 ,on ajoute que lorsque ,david alla rendre compte1 de la commission dont il avait t charg1 ,napolon1 se levant brusquement de son fauteuil1 dit avec humeur3 ,il faut bien que je respecte la proprit2 je ne puis forcer cet enthousiaste nous abandonner sa matresse6 ,mais le temps approchait o tous ces rves de gloire allaient s'vanouir4 ,les dsastres de l'arme de ,napolon ,moscou1 l'approche menaante de celles des trangers du territoire de l'empire1 et les bruits prcurseurs de la restauration des princes de la maison de ,bourbon sur le trne de ,france1 portrent un coup terrible dans l'me de ceux dont les intrts de tout genre et jusqu' leur sret personnelle dpendaient presque exclusivement de la puissance de ,napolon4 ,ceux qui1 ainsi que ,david1 pouvaient concevoir de justes craintes sur les actes de rigueur et de vengeance mme que les ,bourbons exerceraient contre les hommes qui avaient pris une part si active la chute du trne et la mort du dernier roi tremblrent pour leur existence4 ,ds que le territoire franais eut t envahi1 et que l'alarme fut donne jusqu' ,paris1 ,david1 craignant que le fruit de ses longs travaux ne devnt la proie de vainqueurs dont on redoutait la furie1 fit transporter loin de la capitale menace tous ceux de ses ouvrages dont il put disposer4 ,ils furent dposs sur les ctes de l',ouest1 comme le lieu le plus favorable pour leur faire prendre la mer1 ainsi qu' ,david1 si les chances de la guerre et de la nouvelle rvolution imminente ne laissaient point d'autre voie de salut#gj4 ,on ne reviendra pas ici sur les grands vnements de la fin de #ahac et du commencement de #ahad4 ,ceux qui en ont t tmoins n'ont pas besoin qu'on les leur rappelle1 et les jeunes gnrations en ont sans doute lu le rcit4 ,un seul fait sur lequel il est important d'appuyer pour l'intelligence de cette histoire est la terreur profonde que l'on prouva ,paris en voyant approcher les armes au #cj mars 7#ahad71 et l'espce de dsappointement que reut l'orgueil national quelques jours aprs1 lorsque l'on fut certain que la prudence des ennemis jointe une gnrosit que l'on reconnut plus tard1 avait pargn la capitale de la ,france les violences1 les rapines et les scnes que l'on attendait d'une douzaine d'armes victorieuses aprs avoir t si longtemps vaincues4 ,pendant les jours qui prcdrent et suivirent la capitulation de ,paris1 chacun tait tellement proccup et des siens et de soi-mme1 qu' moins d'habiter le mme quartier1 les amis avaient suspendu leurs relations habituelles4 tienne tait dans ce dernier cas l'gard de son matre ,david1 log alors dans la rue d',enfer1 en face du ,luxembourg4 ,cependant il tait impatient de le voir1 et tout en se rendant chez lui1 il se reprsentait la douloureuse impression qu'avaient d faire sur cet homme la chute de ,napolon et surtout la prsence des troupes trangres dans ,paris4 ,comme dans beaucoup de quartiers on avait tabli des logements militaires1 il pensait que ,david habitant une maison assez vaste1 dans une partie moins peuple de la ville1 avait sans doute t compris au nombre de ceux qui payaient cette contribution aux vainqueurs4 ,alors1 chemin faisant1 il s'affligeait pour son matre de ce voisinage humiliant1 et allait mme jusqu' craindre que quelque rustre vainqueur ne se ft un malin plaisir de reprocher brutalement l'artiste son dvouement ,napolon1 ou mme ses ides rpublicaines4 ,l'esprit rempli de ces inquitudes1 tienne entra1 non sans que le coeur lui battt1 dans la maison de son matre4 ,la vue de soldats russes bouchonnant dans la cour le cheval d'un officier ne fit qu'augmenter cette disposition1 et tienne tait rellement mal son aise quand il ouvrit la porte de la pice o ,david se tenait ordinairement4 ,prs de lui et de sa femme se trouvaient effectivement deux officiers russes1 qui se levrent trs-civilement de leurs siges lorsque tienne entra et que ,david le leur eut prsent comme un de ses lves4 ,tromps par cette qualification1 laquelle ils attachaient plus d'importance que n'en avait rellement celui qui le matre l'avait donne1 les jeunes ,russes regardrent tienne avec la mme curiosit respectueuse qu'ils auraient prouve s'ils eussent vu ,grard1 ,girodet ou ,gros1 tant le seul titre d'lve de ,david avait alors de retentissement en ,europe4 ,cependant la conversation ne tarda pas reprendre son cours1 et tienne n'prouva pas un mdiocre tonnement en voyant les deux jeunes officiers s'exprimer en franais de la manire la plus pure1 et prier ,david d'avoir la complaisance de continuer les rcits qu'il leur faisait1 soit des habitudes journalires de l'empereur ,napolon1 soit des circonstances de son couronnement1 ou de la naissance du roi de ,rome4 ,en un mot1 les vainqueurs taient les vaincus1 ils taient enthousiastes de la ,france1 se trouvaient particulirement heureux que le sort les et conduits chez un de ses plus grands artistes1 pour lequel ils avaient dans toutes les circonstances de la vie journalire les gards les plus dlicats et les plus flatteurs4 ,les tableaux de ,david ne tardrent pas tre rapports ,paris2 tous les trangers s'empressrent d'aller les voir1 et il n'y eut que le portrait questre de ,napolon1 plac ,saint-,cloud1 qui fut violemment enlev par les ,prussiens4 ,la mansutude des princes allis en s'emparant de ,paris en #ahad est une des choses qui ont le plus contribu alors adoucir les rapports de nation nation et de proche en proche1 dtruire ces haines si invtres et si honteuses qui divisaient instinctivement les peuples de l',europe4 ,cet exemple de modration donn par les ennemis de la ,france fut sans doute aussi ce qui aplanit le chemin du trne aux ,bourbons1 qui1 sans ce prcdent1 se seraient peut-tre cru le droit d'user de plus de rigueur4 ,pendant la premire restauration1 les hommes qui concevaient le patriotisme de la manire la plus rude et la plus sauvage furent souvent obligs de supporter avec le plus de sang-froid certaines mortifications qui les eussent fait entrer en fureur quelques mois auparavant4 ,david en fournira un exemple4 ,les personnes qui cet artiste tmoignait de l'affection avaient l'habitude d'aller lui souhaiter sa fte le jour de la ,saint-,louis4 ,parmi celles qui taient les plus attentives lui donner cette marque d'intrt se faisait remarquer une dame de l'ancienne noblesse1 fort ge en #ahad1 et laquelle ,david1 ce qu'il parat1 avait eu l'occasion de rendre un service trs-important1 lorsqu'il tait membre du comit de sret gnrale4 ,cette dame1 toute dvoue l'ancienne monarchie1 n'en avait pas moins conserv pour ,david une reconnaissance que le temps semblait rendre toujours plus vive4 ,aussi1 sans compter certaines poques de l'anne o elle rendait visite ,david et sa famille1 ne manquait-elle pas de se prsenter rgulirement le jour de la ,saint-,louis avec un fort beau bouquet4 la suite de la premire restauration1 pendant tout le cours de l'anne #ahad1 les lis qui distinguent l'cu de ,france avaient mis cette fleur la mode1 et on la cultivait profusion4 ,si le lis1 symbole de la puissance de la maison de ,bourbon1 tait chri de ceux qui se rattachaient l'ancienne monarchie1 les partisans de ,napolon et surtout les anciens rpublicains l'avaient en excration4 ,sans faire attention ces signes d'amour ou de haine politiques1 la bonne dame1 tout occupe de payer le tribut annuel de sa reconnaissance ,david1 et voulant lui offrir ce qu'elle avait trouv de plus beau parmi les fleurs1 lui prsenta1 le #bd aot #ahad1 une tige de lis si grande et si fournie de fleurs1 que l'on aurait pu difficilement retrouver la pareille dans ,paris4 tienne se trouvait l lorsque ,mme de 999999 entra avec son bouquet1 et sa premire ide fut d'observer la physionomie de son matre1 pour dcouvrir si la distraction de la vieille dame ne donnerait pas lieu quelque scne embarrassante4 ,mais ,david se levant tout coup en la voyant entrer1 sourit spirituellement la vue de cette fleur intempestive1 et fit celle qui la lui offrait des remercments o il parut mettre plus d'effusion que de coutume1 comme s'il et voulu lui tenir compte de son innocente mprise4 ,lorsque la bonne dame se fut retire1 ,david pria sa femme de donner ordre d'enlever le lis1 en faisant observer que l'odeur pourrait incommoder4 ,puis se tournant vers tienne1 auquel il fit un sourire en montrant la fleur3 ,cette excellente personne1 dit-il1 m'a donn ce lis avec la mme candeur que la vieille femme qui portait son fagot pour brler ,jean de ,hus4 ,il faut que je m'crie aussi3 ,o sancta simplicitas6 ,pendant la premire anne de la ,restauration1 ,david1 peu satisfait comme tous les hommes de son parti qui espraient mourir tranquilles sous le gouvernement de ,napolon1 n'eut cependant pas se plaindre des princes de la maison de ,bourbon ni de leurs ministres4 ,il vcut retir chez lui1 vitant de se prsenter dans les lieux publics et s'occupant faire plusieurs portraits de personnes de sa famille1 entre autres celui de sa femme qui avait redoubl de soins et de tendresse pour lui1 depuis que la rentre des ,bourbons semblait donner des craintes pour son avenir4 ,en se livrant ces travaux1 dont il se faisait plutt une distraction qu'une occupation relle1 il acheva plusieurs compositions parmi lesquelles il soigna particulirement celle d',apelles et ,campaspe qu'il excuta bientt aprs en exil4 ,cependant cette anne de la vie de ,david fut perdue pour son art1 et la seule satisfaction qu'il ait prouve alors lui vint des visites de la foule d'trangers de marque venus ,paris1 qui ne voyaient en lui que le grand artiste1 le chef d'une cole clbre4 ,l'anne #ahae ne lui fut pas plus favorable sous le rapport de l'art2 et lorsque ,napolon rentra ,paris1 au #bj mars1 il n'est pas certain que ce retour1 qui excita si vivement l'enthousiasme chez tous les ,franais qui portaient les armes1 ait produit un effet analogue dans l'esprit des bonapartistes dont l'existence et l'avenir taient mis en loterie sur la chance1 juge dj fort douteuse1 d'une victoire4 ,ce grand vnement politique du gouvernement de ,napolon pendant les cent-jours compromit le repos d'une foule de gens rests obscurs depuis le #ah brumaire1 et qui tout coup1 au #ba mars #ahae1 se trouvrent obligs de prendre parti de nouveau dans la lutte qui s'engageait4 ,david tait plus qu'un autre dans ce cas4 ,il avait atteint sa soixante-septime anne2 non-seulement il tait las et dgot tout jamais des affaires publiques1 auxquelles il avait renonc et dont on l'avait loign1 mais1 environn d'une considration qu'il ne devait qu' son talent1 il ne voyait pas sans inquitude des vnements qui menaaient de le priver de cet avantage sans espoir d'en retrouver aucun qui le compenst4 ,nanmoins1 li par la reconnaissance1 par des serments et par l'imminence mme du danger auquel ,napolon se trouvait expos ainsi que ses partisans1 ,david alla faire visite l',empereur1 et l',empereur1 malgr la complication de ses travaux et de ses inquitudes1 tmoigna l'intention de voir le ,lonidas aux ,thermopyles1 tableau dont il avait condamn le sujet1 mais qu'il voulut connatre d'aprs ce qu'il en avait entendu dire4 ,cette fois la visite de ,napolon l'atelier de ,david ne fut pas si pompeuse que quand1 dans toute sa puissance1 il tait all voir le ,couronnement2 et quoique ce ft bien plus un acte de souverain qu'il prtendait faire qu'une fantaisie d'amateur qu'il voult contenter1 en cette occasion1 ,napolon mit cette visite la rserve et la brivet que la gravit des circonstances commandait4 ,bien qu'en entrant chez le peintre1 il lui et dit qu'il connaissait le tableau avant de l'avoir vu1 et qu'il en avait entendu faire un grand loge1 cependant1 aprs avoir considr l'ouvrage1 lui qui s'tait toujours attendu la reprsentation de l'attaque des ,perses et de la dfense vigoureuse des ,spartiates1 il tmoigna son tonnement sur la disposition de la scne telle que ,david l'avait compose4 ,l'artiste toujours plein de sa premire pense1 expliqua alors son intention1 fit connatre en dtail son sujet tel qu'il l'avait conu1 mais ,napolon ne put jamais se faire l'ide de ,david1 qui1 au lieu de peindre le combat mme1 avait choisi le moment qui le prcde4 ,quoi qu'il en soit1 l',empereur tmoigna sa satisfaction son premier peintre1 et lui dit au moment de le quitter3 ,continuez1 ,david1 illustrer la ,france par vos travaux4 ,j'espre que des copies de ce tableau ne tarderont pas tre places dans les coles militaires2 elles rappelleront aux jeunes lves les vertus de leur tat4 ,cette visite de ,napolon dans le malheur faite au peintre rappelait celle dont il avait honor l'artiste dans tout l'clat de sa puissance2 cela seul et engag ,david4 ,bientt le fils an de l'artiste fut nomm prfet1 et le plus jeune obtint le grade de chef d'escadron dans les cuirassiers de la garde4 ,quant ses deux gendres1 gnraux de ,bonaparte1 ils taient rentrs sous les drapeaux de ,napolon4 ,c'est dans de telles circonstances que se trouva ,david1 lorsque1 la suite de la constitution de l'empire1 furent prsents les actes additionnels1 par lesquels1 en jurant de la maintenir1 on excluait les ,bourbons du trne4 ,l'acceptation de ces actes additionnels fut sans doute1 pour une grande partie de ceux qui se rallirent ,napolon pendant les cent-jours1 une rsolution des plus hasardeuses1 mais pour les hommes qui1 ainsi que ,david1 ayant vot la mort de ,louis ,,xvi1 n'avaient eu se plaindre cependant d'aucune vengeance particulire ou juridique du gouvernement de ,louis ,,xviii1 il est clair qu' la veille de la bataille de ,waterloo1 c'tait pour eux une question de vie ou de mort4 ,sans parler des intrts de l'avenir de sa famille1 lis au sort de ,napolon1 ,david avait peser1 pour ce qui le touchait personnellement en cette affaire1 si l'indulgence du gouvernement de ,louis ,,xviii son gard pouvait entrer en comparaison avec la protection de ,bonaparte1 qui lui avait offert un asile dans son arme1 la suite de la terreur2 qui1 premier consul1 l'avait rtabli honorablement dans le monde et l'avait enfin combl de faveurs et d'honneurs pendant son rgne4 ,la comparaison tait videmment tout en faveur du dernier souverain1 pour lequel d'ailleurs il est inutile de dire que ,david avait une prdilection aussi marque qu'il avait d'aversion pour l'autre4 ,ce qui fit honneur ,david en signant les actes additionnels1 en s'exposant la vengeance des ,bourbons et en restant fidle ,napolon1 c'est que dans les premiers jours de juin 7#ahae71 lorsque tout le parti militaire s'enivrait d'avance de la victoire sur laquelle il comptait1 l'artiste faisait partie du grand nombre de ceux qui regardaient la destine de ,napolon comme accomplie1 et d'autre part1 qu'en outre il tait certain que s'abstenir de signer les actes additionnels1 c'tait assurer la tranquillit du reste de ses jours4 ,mais vaincu ,waterloo1 ,napolon abdiqua l'empire1 et ,david n'eut plus d'autre protection que celle de son talent4 ,ainsi que les rgicides signataires des actes additionnels1 il fut donc condamn l'exil cinq mois aprs1 en vertu d'une loi rendue par les deux chambres le #ab janvier #ahaf4 ,pendant l'espace de temps qui s'coula depuis la journe de ,waterloo jusqu' sa condamnation1 ,david vcut plus retir que jamais1 s'occupant faire des tudes1 des portraits et des compositions4 ,son art paraissait avoir un charme nouveau pour lui depuis que1 dj charg d'annes1 forc de se faire une existence nouvelle1 il prvoyait qu'il ne finirait pas ses jours dans son pays4 ,les derniers temps que cet artiste passa en ,france furent pour lui pleins de tristesse1 et quoique l'austrit de ses manires ne lui permit jamais de se laisser aller la plainte1 mme au sein de l'amiti1 cependant1 pour ceux qui le connaissaient1 il tait facile de juger par certains souvenirs qu'il invoquait1 par les attentions dlicates qu'il montrait plus souvent que de coutume ceux qui l'entouraient1 que son me tait habituellement et profondment mue4 ,quelques-uns de ses lves se montrrent plus assidus que jamais auprs de lui pendant ces tristes jours4 ,mais ,gros fut celui de tous qui obit le mieux en cette occasion la gnrosit de son coeur4 ,sans faire la moindre attention aux fcheux rsultats que sa conduite pourrait avoir pour lui1 homme clbre1 peintre habile1 qui ne renonait point participer aux travaux que pourrait lui confier le gouvernement des ,bourbons1 ,gros tout occup de l'abandon de son matre1 inquiet sur son avenir1 ne cessait d'aller le soutenir de sa courageuse amiti et de l'entretenir de ses gnreuses esprances4 ,protg par son obscurit1 tienne n'avait point le mme mrite en assistant son matre1 mais il se rendait souvent prs de lui1 parce qu'il savait que sa socit lui tait douce et que sa conversation interrompait le cours habituel de ses tristes penses4 ,ils s'entretenaient sur les arts1 sur les ouvrages de l'antiquit1 vers lesquels ,david se sentait alors vivement ramen4 ,vers dans la thorie et la pratique de la perspective1 tienne offrait le secours de son talent son matre1 qui plus d'une fois ne ddaigna pas d'en faire usage1 lorsqu'il voulait coordonner les personnages d'une esquisse avec les accessoires qui devaient les entourer4 ,d'autres fois ils parcouraient des cartons remplis de gravures1 de grands livres o ,david avait fait rassembler les tudes qu'il fit ,rome quand il tudiait l'antiquit pour chapper la manire acadmique2 en revoyant ces tentatives laborieuses1 ces tudes faites dans sa jeunesse1 et auxquelles s'taient attaches tant d'esprances1 plus d'une fois il laissait chapper un soupir qui semblait rsumer tous les vnements qui avaient agit les trente dernires annes de sa vie4 ,un jour1 en feuilletant ainsi ces cartons1 ,david retrouva deux esquisses de la main d'tienne4 ,l'une reprsente ,cimon faisant embarquer les femmes et les enfants au ,pire1 pour dfendre ,athnes2 et l'autre1 ,lonidas se prparant avec ses ,spartiates au combat4 ,ces deux compositions1 que ,david avait distingues dans les concours institus dans l'atelier de ses lves1 avaient t honorablement places par lui dans ses cartons4 ,le matre1 m par une bienveillance que la disposition de son me rendait sans doute plus vive encore1 renouvela les loges qu'il avait donns autrefois ces essais2 puis1 tirant tout coup l'esquisse de ,lonidas du carton3 ,tenez1 mon cher tienne1 dit-il1 je vous rends ce dessin que vous m'avez prt et qui m'a fourni l'ide de deux groupes que j'ai placs dans mon tableau des ,thermopyles4 ,gardez-le1 ce sera tout la fois un souvenir de vos tudes et de la manire dont travaillait votre matre4 ,quant celui de ,cimon1 cette esquisse me plat1 vous me l'avez donne1 je la garde#ga4 tienne ne put pas voir alors ,david aussi souvent qu'il l'et dsir2 la prsence des troupes trangres ,paris multipliait tellement les devoirs que les citoyens avaient remplir pour assurer le repos de la ville1 que l'on tait rarement matre de son temps et de ses actions4 ,plusieurs jours s'taient passs sans qu'tienne et pu remplir ce devoir1 lorsqu'il reut de son matre l'invitation de dner chez lui1 la veille de son dpart pour l'exil4 ,l'lve s'y rendit4 ,la famille de ,david tait absente l'exception de sa femme4 ,si quelque chose peut faire connatre le caractre d'un homme1 c'est coup sr la contenance que ,david conserva en faisant les honneurs d'un pareil repas4 ,il tait plac au milieu de la table1 ayant sa femme sa droite1 son lve sa gauche4 ,pendant tout le dner1 il servit lui-mme1 en parlant de choses indiffrentes1 comme de coutume1 et sans laisser chapper un seul mot qui ft allusion son loignement de la ,france1 l'avenir qui l'attendait ou aux hommes qui le frappaient d'exil4 ,attentif prvenir les dsirs d'tienne table1 il ne lui donna aucune marque extraordinaire de tendresse1 mais sut lui faire sentir1 par l'exactitude et la frquence de ses soins1 qu'il avait besoin de le sentir prs de lui en ce moment suprme4 ,plusieurs fois la femme de ,david1 qui1 dans ce jour1 paraissait tre soutenue1 anime mme par des esprances qu'elle exprima plutt par des mouvements de joie que par des paroles bien claires1 devint l'objet de l'attention de son mari1 qui l'engagea conserver plus de calme4 ,en somme1 quoiqu'il s'en faille bien qu'tienne soit rest froid en cette occasion1 cependant ni son matre ni lui par consquent ne se laissrent aller ces lans de tendresse que l'on se prodigue ordinairement en semblable circonstance4 tienne en se retirant dit adieu son matre1 qui l'embrassa1 ce qui n'tait jamais arriv2 il embrassa ensuite ,mme ,david1 qui lui dit en lui donnant la main3 ,soyez tranquille1 j'aurai bien soin de votre matre4 ,le lendemain1 ,david tait en route pour ,bruxelles4 ,jamais peut-tre l'influence d'un homme de talent n'a t plus forte que celle qu'exerait ,david ,paris et dans toute la ,france2 mais1 ds le lendemain de son dpart pour l'exil1 les artistes1 peu d'exceptions prs1 se sentant affranchis de sa longue autorit1 affectrent tout coup mille prtentions qu'ils avaient tenues soigneusement caches jusqu'alors4 ,ce fut1 dans des proportions plus grandes et dans des intentions beaucoup plus graves1 un hourra tumultueux qui rappelait les bruyantes espigleries des lves de ce matre lorsque1 aprs les avoir corrigs1 il s'loignait de l'atelier4 ,l'cole et les principes de ,david taient presque universellement rejets4 ,,xii4 ,,temps ,d',,exil4--,,mort ,,de ,,david4--,,cole ,,nouvelle4--#ahaf-ahbe4 ,rien n'est plus dangereux pour la gloire d'un artiste que les louanges qui lui sont indiscrtement prodigues4 ,les regrets qu'excita l'exil de ,david chez ses admirateurs sincres1 et surtout les dclamations des partisans de ,napolon1 qui exploitrent l'expulsion de ,david au profit de la haine qu'ils portaient aux ,bourbons1 furent les premires causes du refroidissement du public l'gard de ,david et de ses doctrines4 en croire les crivains et les critiques qui exaltrent le mrite de l'artiste1 ,david tait dans toute la force de son talent2 le tableau des ,thermopyles devait passer pour le meilleur ouvrage qu'il et encore fait1 et on pouvait attendre de sa main un nouveau chef-d'oeuvre qui surpasserait tout ce que l'on connaissait dj de lui4 ,bien plus1 ces paroles inconsidrment avances furent rptes1 soutenues avec passion2 et pendant tout le temps de l'exil de l'artiste1 chaque production nouvelle qu'il acheva sur la terre trangre1 on ne manqua pas d'assigner la dernire une supriorit marque sur la prcdente4 ,deux motifs que la faiblesse humaine doit faire juger avec indulgence ont entretenu cette illusion pendant les annes que ,david a passes ,bruxelles3 l'esprit de parti dans la capitale de la ,france1 et ,bruxelles1 le dsir qu'avaient tous les amis de ,david de l'entourer en pays tranger d'une atmosphre de gloire qui ne lui permt pas de s'apercevoir des rigueurs de l'exil4 ,en effet1 la plupart de ses lves belges1 ,,mm4 ,odewaere1 ,navetz1 ,paelinck1 ,moll et ,stapleaux1 entre autres1 n'ont pas manqu un seul instant1 par leurs efforts particuliers ou runis1 de rendre les dernires annes de leur matre aussi douces1 aussi belles qu'il tait possible qu'elles le fussent4 ,si1 dans l'estime qu'ils ont tmoigne pour les derniers ouvrages de leur matre1 ils ont t1 ainsi que beaucoup de critiques de ,paris1 au del de ce que la stricte vrit exigeait de dire1 loin de les en blmer1 il n'est personne au contraire qui ne respecte cette illusion filiale4 ,mais si les malheurs et l'ge de ,david rendaient excusable et mme juste cette prolongation de sa gloire jusqu'au moment de sa mort1 partir de son dernier jour il a fallu dire la vrit4 ,cette tche a t remplie par celui qui retrace cette histoire1 et la postrit1 qui a dj commenc son action sur les oeuvres de ,david1 signale les ,sabines et le ,couronnement comme les deux plus grands efforts de son talent dans des sujets de genres diffrents4 ,quant aux ouvrages qu'il acheva en exil1 quoique dans tous on retrouve des dtails et parfois des parties importantes1 o tantt l'accent de la nature et tantt1 l'lvation du style ne le cdent pas aux qualits analogues qui brillent dans des productions beaucoup plus compltes de lui1 il faut avouer cependant que pris dans leur ensemble1 ce que ,david a peint ,bruxelles est infrieur aux grands ouvrages qu'il acheva plusieurs annes avant son exil4 ,quoi qu'il en soit1 la clbrit de ,david tait non-seulement intacte lorsqu'il quitta la ,france1 mais son malheur le rendit plus grande en pays tranger qu'elle n'avait jamais t4 ,ds qu'il fut arriv ,bruxelles1 le roi de ,prusse1 par l'intermdiaire du comte de ,gortz1 son ambassadeur prs de la cour de ,france1 lui fit offrir la direction des arts dans son royaume4 ,monsieur1 lui crivait de ,paris 7#ab mars #ahaf7 le comte de ,gortz1 le roi1 mon matre1 me charge de vous faire savoir que ,sa ,majest1 charme de fixer un artiste aussi distingu que vous1 aimerait que vous vinssiez vous tablir dans sa capitale1 o ,sa ,majest est dispose vous procurer une existence agrable et tous les secours dont vous pourriez avoir besoin4 ,votre dpart pour ,bruxelles ne m'ayant pas permis de m'entretenir avec vous des intentions de ,sa ,majest1 je vous engage crire de suite et directement ,son ,altesse ,monseigneur le prince d',hardenberg1 qui vous ferez connatre vos voeux4 ,je prends toutefois le parti de vous adresser un passe-port avec lequel vous vous rendrez1 si vous voulez1 ,berlin1 o vous trouverez un accueil digne de vos talents444 ,m4 ,alexandre de ,humboldt1 ,prussien de nation et collgue de ,david l',institut de ,france1 unit ses instances celles du comte de ,gortz pour engager l'artiste proscrit se rendre aux offres du roi de ,prusse4 ,mais1 malgr ce qu'elles avaient d'honorable et de flatteur1 ,david1 naturellement peu dispos mettre son talent et sa personne au service d'un autre pays que le sien1 voulut prendre le temps de se consulter4 ,une indisposition grave de sa femme lui en fournit l'occasion2 s'adressant donc au prince d',hardenberg1 comme le comte de ,gortz le lui avait conseill1 il tmoigna sa reconnaissance de ce que l'on voulait faire pour lui1 tout en priant le prince d'attendre sa rponse dfinitive jusqu'au moment o sa femme serait rtablie4 ,le prince de ,hardenberg rpondit ,david qu'il trouvait la cause du retard de son voyage ,berlin trop lgitime pour que le roi ne l'approuvt pas2 qu'on l'y attendait toujours avec impatience2 et il finissait sa lettre par ces mots3 ,sa ,majest vous accordera toutes les facilits que vous pourrez dsirer pour votre tablissement1 et je serai charm de pouvoir m'entendre avec vous ce sujet immdiatement aprs votre arrive ,berlin1 dont je vous prie de vouloir bien me prvenir4 ,cependant la maladie de ,mme ,david se prolongeait et la rponse si vivement attendue ,berlin n'arrivait pas4 ,le prince d',hatzfeld1 alors ambassadeur de ,prusse auprs du roi des ,pays-,bas1 fut charg de joindre ses instructions verbales aux offres qui avaient dj t faites par son souverain1 et il se rendit chez l'artiste1 qui tait absent de chez lui4 ,le lendemain ,david se prsenta chez l'ambassadeur1 qui1 aprs lui avoir rappel l'objet des lettres qu'il avait dj reues1 ajouta3 ,mais pourquoi ne pas vous rendre aux invitations de mon roi8 ,il met le plus grand prix vous voir habiter sa capitale444 ,quel tait votre traitement comme premier peintre de ,napolon8--,douze mille francs4--,oh6 le roi ferait mieux que cela2 l'intention de ,sa ,majest est de vous possder comme ministre des arts4 ,vous jouirez de tous les avantages et des honneurs dus ce titre2 allez ,berlin crer une cole de peinture1 soyez-en le directeur2 la reconnaissance du roi sera sans bornes si vous acceptez4--,mon grand ge1 la faiblesse de la sant de ma femme1 rpondit ,david1 mon amour de l'indpendance1 les bonts dont le gouvernement des ,pays-,bas m'honore1 et le dsir de rpondre des instances aussi flatteuses que celles que vous me faites1 toutes ces causes1 prince1 sont de nature me jeter dans une grande perplexit2 permettez-moi donc de prendre quelques jours pour rpondre4 ,david jugea propos de ne pas se dcider sans prendre conseil4 ,il s'adressa deux de ses compagnons d'exil1 ,cambacrs et ,sieys1 auxquels1 aprs avoir expos l'offre qui lui tait faite1 il fit part encore de toutes les lettres qu'il avait reues ce sujet1 et de son dernier entretien avec le prince d',hatzfeld4 ,l'ex-archi-chancelier de ,napolon l'engagea d'accepter2 ,sieys1 au contraire1 lui conseilla de n'en rien faire4 ,libre1 indpendant1 honor et dans l'aisance1 pourquoi1 dit-il l'artiste1 renonceriez-vous ces avantages8 ,cet avis prvalut1 et ds le jour suivant1 ,david alla chez l'ambassadeur1 qui il porta son refus en s'excusant ainsi3 ,les bonts de votre roi m'honorent1 et j'en sens tout le prix4 ,elles signaleront une poque remarquable de ma vie1 et prsenteront le roi de ,prusse la postrit comme l'ami des arts et le protecteur de ,david dans son exil4 ,veuillez tre auprs de ,sa ,majest l'interprte de ma profonde gratitude4 ,je suis vieux1 j'ai soixante-sept ans2 qu'elle me permette de conserver la tranquillit dont je jouis sous un gouvernement conforme mes opinions4 ,malgr ce refus positif1 la cour de ,prusse ne perdit pas encore tout espoir4 ,la princesse d',hatzfeld1 accompagne de ses trois filles1 voulant faire une nouvelle tentative1 alla chez ,david au moment mme o la comtesse ,l4441 amie particulire du roi de ,prusse1 s'y rendait avec les mmes intentions4 ,je regarde comme un heureux prsage1 dit la princesse cette dame1 que vous runissiez vos efforts aux ntres4 ,m4 ,david est inbranlable2 veuillez bien peindre sa rsistance ,sa ,majest1 de manire la convaincre que nous avons employ tous les moyens pour le persuader4 ,malgr ces instances nouvelles1 ,david tint bon et refusa4 ,enfin1 le frre du roi de ,prusse vint chez l'artiste sous le nom du prince de ,mansfeld1 et lui dit qu'il avait ordre de son souverain de l'emmener ,berlin dans sa voiture1 ,eh bien6 monsieur ,david1 lui dit-il1 vous rendez-vous enfin nos voeux8 ,allons1 dcidez-vous partir avec moi2 nous voyagerons ensemble4 ,puis1 se tournant vers le portrait du gnral ,grard1 qui tait commenc et sur le chevalet3 ,j'espre1 ajouta-t-il1 que vous dbuterez par me peindre comme le gnral4 ,votre prsence nous comblera de joie4 ,mais ,david resta inbranlable dans sa rsolution1 s'tablit ,bruxelles et reprit le cours de ses travaux de peinture4 ,l'ardeur nouvelle que mit ,david produire pendant son exil1 et les nobles efforts qu'il fit pour dvelopper son talent sous des formes et dans des modes qu'il n'avait pas encore employs1 indiquent peut-tre mieux que tous les travaux prcdents de sa vie quel point son me tait vivace1 nergique et susceptible de grandes rsolutions quand il s'agissait de son art4 ,les paroles qu'il dit quelque temps avant sa mort1 et lorsque sa main lui tait devenue tout fait inutile1 serviront encore faire clater cette vrit1 et prouver ce que l'exprience a dmontr si frquemment1 que chez les hommes d'un mrite extraordinaire1 l'me ne s'affaiblit pas1 mais qu'elle est seulement trahie par les organes de la vie matrielle4 ,je me sens l'imagination aussi vive et aussi frache que dans les premires annes de ma jeunesse1 disait-il ses amis qui l'entouraient1 je compose avec la mme facilit tous les sujets qui me viennent la pense2 mais quand je prends mes crayons pour les tracer sur la toile1 ma main s'y refuse4 ,cet affaiblissement de la main1 dont l'artiste ne dut naturellement s'apercevoir que quand il fut complet1 on en saisit les symptmes dans les dernires figures qu'il a peintes dans le tableau des ,thermopyles et surtout dans les personnages qui occupent le fond de cette composition4 ,il est juste1 cependant1 de faire observer que dans le premier et le dernier des grands ouvrages qu'il a achevs en exil1 on remarque plusieurs parties que le peintre a traites avec une audace et une verve qui n'appartiennent ordinairement qu' la jeunesse4 ,c'est l',amour quittant ,psych et ,mars dsarm par ,vnus#gb4 ,sensible au reproche qu'on lui avant souvent adress de n'tre qu'un imitateur1 qu'un copiste mme de l'antique1 ,david1 rassemblant tout ce que son instinct et son talent avaient encore de force pour imiter la nature sans chercher la modifier et l'embellir1 acheva le tableau de l',amour et ,psych1 et prouva qu'il pouvait reprsenter le naturel1 mme sans choix1 copi immdiatement sur le modle4 ,cet ouvrage1 lorsqu'il fut expos ,paris1 vers #ahbc1 valut les louanges et attira les critiques les plus excessives l'auteur1 et on peut le regarder comme le dernier de ceux de ,david qui ont eu de l'influence sur l'esprit des jeunes artistes qui en ce moment s'apprtaient faire une rvolution dans l'art de la peinture4 ,les admirateurs exclusifs des anciens ouvrages du peintre des ,sabines et des ,horaces ne purent lui pardonner d'avoir ainsi reprsent la nature telle quelle1 dans un sujet appartenant la plus haute posie2 tandis qu'au contraire ceux qui repoussaient les doctrines antiques et demandaient du naturel tout prix surent gr au vieil artiste exil de se rajeunir en quelque sorte la fin de sa carrire1 en admettant des principes contraires ceux qu'il avait professs jusque-l4 ,sans aborder encore cette querelle1 il faut ajouter cependant que1 dans ce tableau de l',amour et ,psych1 si ,david a sacrifi certaines convenances que semble exiger le sujet1 il a imprim ses figures un accent de vrit dans les formes1 au coloris mme et l'expression1 qui classe ce tableau dans une catgorie toute diffrente de celle o se rangent ses autres productions4 videmment il a cherch cette fois rendre la nature avec cet instinct fort qui a dirig plusieurs peintres hollandais et flamands4 ,cet effort tent l'ge de soixante-huit ans1 et par un artiste qui avait affermi sa rputation en ,europe en travaillant jusque-l dans une direction toute contraire1 un tel effort mrite d'tre consign dans l'histoire de ce peintre4 ,toutes les autres productions1 mme les plus faibles1 acheves en exil1 ont au moins ce grand mrite1 qu'elles tmoignent que le peintre s'est aventur chaque fois dans une voie nouvelle1 ce qui fut la disposition d'esprit naturelle et constante de l'auteur du ,saint ,roch1 des ,horaces1 du ,socrate1 du ,marat1 des ,sabines et du ,couronnement4 ,la composition du ,mars dsarm par ,vnus peut tre considre comme le retour et le dernier hommage du peintre ses ides1 ses rves de prdilection pendant sa longue carrire4 ,contre les principes qu'il s'tait prescrits et qu'il a toujours observs en ,france1 de potiser1 comme il disait1 les sujets tirs des historiens2 pendant ses annes d'exil1 il puisa plus d'une fois ses sujets dans des livres de posie1 comme le prouve le choix des scnes de l',amour et ,psych1 de ,tlmaque et ,eucharis1 de la ,colre d',achille1 et enfin de ,mars et ,vnus4 ,pour juger ce dernier tableau avec quit1 il ne faut pas oublier que ,david l'a achev l'ge de soixante-seize ans2 et alors on reste confondu de la dlicatesse et de l'nergie d'excution qui brillent en plusieurs parties de cet ouvrage de sa vieillesse4 ,lorsqu'il parut ,bruxelles1 il produisit le plus grand effet1 et la rtribution que l'on exigeait de ceux qui venaient le voir fut consacre au soulagement des vieillards des hospices de ,sainte-,gertrude et des ,ursulines4 ,la curiosit des ,parisiens ne fut pas moins vivement excite par ce dernier ouvrage du peintre de l'empereur ,napolon1 et si l'exposition que l'on en fit1 en #ahbe1 ,paris1 avec beaucoup d'autres tableaux du matre1 fut pour la nouvelle cole1 qui allait renverser momentanment celle de ,david1 une occasion de triomphe1 elle eut l'avantage de rendre publiques plusieurs productions1 le ,marat entre autres1 qui n'taient point connues des dernires gnrations4 ,nul doute que le conseil donn ,david par ,sieys ne ft le bon2 et1 quelque distingu qu'et pu tre l'accueil que le roi de ,prusse aurait fait au premier peintre de ,napolon1 ,david n'et pas vcu au milieu de plus d'hommages qu' ,bruxelles1 et et t beaucoup moins indpendant la cour de ce prince que dans la position qu'il s'tait choisie4 ,cette position tait vraiment honorable1 et1 en s'y tenant1 l'artiste usa du seul moyen qu'il et de rester ,franais malgr l'exil dont on l'avait frapp4 ,contre l'ordinaire1 la vie de ,david a mieux fini qu'elle n'avait commenc1 et l'on serait tent de croire que la peine de l'exil1 si terrible ordinairement pour les hommes1 devait donner celui-ci un calme d'esprit1 une justesse de jugement et une fermet de rsolution qu'il n'avait jamais montres auparavant4 ,relativement sa satisfaction intrieure d'artiste1 peut-tre n'a-t-il jamais exerc la peinture avec plus d'indpendance et d'agrment qu' ,bruxelles4 ,sa fortune s'y est accrue1 car1 outre les sommes que lui valut l'exhibition de plusieurs de ses ouvrages 7celle de ,mars et ,vnus1 notamment1 rapporta #de #jjj francs71 on lui commanda une copie du ,couronnement de ,napolon qui lui fut paye #ge #jjj francs4 ,quant aux gards et aux honneurs1 il en tait continuellement combl1 et il ne passait pas un tranger marquant ,bruxelles qui ne s'empresst d'aller rendre hommage au talent du peintre de ,napolon4 ,le roi des ,pays-,bas lui-mme1 ,guillaume1 se sentait fier de possder ,david dans ses tats1 et souvent1 la promenade1 il prvenait la politesse du peintre en lui faisant un salut affectueux4 ,ses lves belges1 on l'a dj dit1 ne perdaient aucune occasion de lui tre utiles ou agrables1 et il avait auprs de lui sa femme et fort souvent le reste de sa famille4 ,david avait repris ,bruxelles ses habitudes de ,paris2 sa journe tait remplie par les travaux de son atelier1 la conversation avec ses amis ou avec ses lves1 et le spectacle4 ,chaque soir il se rendait au thtre1 o il avait adopt une place l'orchestre1 et lorsque par hasard il ne l'occupait pas1 elle tait respecte4 ,si quelque tranger la prenait par mprise1 tous les voisins l'avertissaient1 en disant3 ,c'est la place de ,david4 ,plus d'une fois mme1 lorsque dans les pices que l'on reprsentait quelque passage faisait allusion ou au talent ou aux infortunes d'un artiste1 il arriva qu'on lui en ft l'application en lui adressant d'une manire directe des applaudissements4 ,c'tait mme au thtre que se rendaient les trangers curieux de voir l'artiste clbre1 mais qui n'avaient pu avoir accs chez lui4 l'occasion de ces visites faites ainsi par des curieux1 on a rapport1 dans quelques journaux de ce temps1 une anecdote qui pourrait bien avoir t forge malignement par ceux qui voyaient avec regret l'exil de ,david chang en une espce de triomphe4 ,on prtend que1 l'artiste exil tant l'orchestre du thtre de ,bruxelles1 un ,anglais1 qui depuis longtemps tmoignait le plus vif dsir de le voir et de lui parler1 parvint s'approcher de lui pendant un entr'acte1 et qu'aprs quelques civilits rciproques1 l'tranger tmoigna au peintre le plaisir1 le bonheur mme qu'il ressentait de se trouver prs d'un si grand homme et d'avoir pu lui toucher la main4 ,quoique assez accoutum ces tmoignages d'admiration1 ,david1 flatt cependant de la dmarche d'un homme qui semblait avoir choisi un lieu public pour mieux faire clater son enthousiasme1 dit l',anglais3 ,vous tes donc un amateur bien passionn des arts1 monsieur1 que vous veuillez les honorer ainsi en tmoignant une admiration si grande pour ceux qui les cultivent8--,moi1 monsieur1 point du tout1 dit l'tranger1 je voulais voir les traits et toucher la main de l'homme qui a t l'ami de ,robespierre4 ,cette anecdote1 il faut le redire1 a probablement t faite plaisir2 cependant l'incroyable admiration des radicaux de tous les pays pour ,robespierre1 pour ,marat et d'autres hommes de la rvolution1 ne rend pas improbable qu'il se soit trouv un ,anglais assez fou pour fliciter sincrement ,david de ses anciennes amitis de #agic4 ,outre les tmoignages de considration qu'il reut des princes trangers et des hommes marquants dont il fut entour pendant son exil1 il lui en vint de ,france qui n'taient pas moins clatants et qui durent le toucher bien davantage4 ,plusieurs dames levrent la voix en sa faveur2 et soit par leurs crits1 soit par leurs dmarches1 elles firent de nobles efforts auprs du gouvernement des ,bourbons1 pendant les dernires annes de l'exil du peintre1 pour le faire rentrer en ,france4 ,mme de ,genlis1 dans ses ,mmoires1 crivit ces gnreuses paroles3 ,j'ai blm ,david1 j'ose le dire1 avec nergie1 dans le temps de ses erreurs2 mais il est malheureux1 il est exil1 il gmit sous le poids de la vieillesse et des infirmits2 je ne vois plus en lui que son infortune et son talent sublime4 ,enfin1 tout le rappelle ma pense quand j'admire le talent suprieur de ses lves3 oui1 les nombreux chefs-d'oeuvre de ,grard1 de ,girodet1 de ,gros1 semblent implorer son rappel2 et la gloire1 la conduite1 les sentiments de ces illustres artistes1 leur donnent cet gard les droits les plus touchants4 ,mme ,rcamier1 qui avait des sympathies pour toutes les infortunes nes de nos rvolutions1 fit les dmarches les plus actives1 et usa du crdit de ses amis les plus puissants pour obtenir le rappel de ,david en ,france4 ,enfin1 ,gros1 son lve1 qui eut pour lui la tendresse d'un fils1 employa tout ce que son talent et son me gnreuse pouvaient lui donner d'nergie1 de patience et de crdit pour obtenir la grce de son matre2 mais inutilement4 ,on ignore les conditions prcises imposes ,david par le gouvernement des ,bourbons pour se racheter de l'exil1 mais tout indique qu'elles furent telles1 que l'artiste eut raison de ne pas les accepter4 ,le tmoignage de respect et d'admiration qui dut le plus toucher ,david1 aprs les vains efforts que l'on avait tents pour le faire rentrer dans sa patrie1 fut sans doute la mdaille que ses anciens lves firent frapper en son honneur en #ahbc4 ,l'excution en avait t confie ,galle1 et lorsqu'il fut question de choisir celui qui serait charg d'aller l'offrir au matre1 tous ses lves dsignrent ,gros1 qui1 en effet1 la porta ,bruxelles#gc4 ,les derniers mois de la vie de ,david prouvent combien sa vocation pour la peinture tait irrsistible4 ,quand il s'aperut que sa sant dclinait1 que sa main devenait lourde1 il rsolut de ne plus peindre4 ,pour se distraire il faisait alors des promenades plus frquentes1 mais une passion invincible le poussait toujours prendre de prfrence les rues qui le ramenaient vers son atelier1 situ l'ancien archevch de ,bruxelles4 ,l il faisait l'inspection de tous ses meubles d'artiste1 prenait un crayon et traait quelques croquis sur les murs4 ,parfois1 lorsqu'il croyait se sentir anim d'une force inaccoutume1 il allait jusqu' reprendre ses pinceaux2 mais1 accabl par le poids de la palette1 devenue un fardeau pour son bras affaibli1 il la jetait loin de lui en s'criant avec chagrin3 ,ma main s'y refuse6 ,pendant l't de #ahbe1 il tomba malade au point que l'on craignit pour ses jours2 sa femme devint paralytique1 et leurs enfants1 qui habitaient ,paris1 vinrent tour tour ,bruxelles pour rendre les derniers soins leurs parents4 ,pendant l'automne de la mme anne1 ,david se rtablit1 il se sentit mme plus de forces qu'il n'en avait eu depuis longtemps3 ,je rajeunis1 je vais me remettre peindre1 disait il ceux qui l'entouraient2 et1 en effet1 il entreprit un tableau de demi-figures de grandeur naturelle1 reprsentant la ,colre d',achille4 ,l'ardeur avec laquelle il commena cet ouvrage et en acheva une partie tient du prodige1 ou plutt prouve combien l'organisation de cet homme tait vivace et nergique4 ,il ne pouvait quitter son chevalet2 et1 bien qu'il s'apert que cet excs de travail lui tait contraire1 il disait en souriant ceux qui le regardaient s'acharnant cet ouvrage3 ,voil mon ennemi2 c'est lui qui me tuera4 ,enfin1 dans les premiers jours de dcembre1 une rechute qui lui ravit tout espoir de gurison l'empcha de continuer2 mais1 ayant dsign ,m4 ,stapleaux pour finir l'ouvrage1 il l'y fit travailler sous ses yeux1 dictant en quelque sorte ses penses son lve4 ,enfin1 au milieu de douleurs cruelles et lorsque sa vie allait s'teindre1 il eut assez de courage et put encore rassembler assez de force d'attention pour voir et corriger une preuve du ,lonidas aux ,thermopyles1 qui venait de lui tre envoye par ,laugier1 charg d'en faire la gravure ,paris4 ,david alit fit placer la gravure devant lui1 demanda sa canne1 avec laquelle il indiqua ,m4 ,stapleaux les diverses corrections qu'il dsirait que l'on ft3 ,trop noir444 ,trop clair444 ,la dgradation de la lumire n'est pas assez bien exprime444 ,cet endroit papillote444 ,cependant444 c'est bien l une tte de ,lonidas444 dit-il1 ne pouvant presque plus se faire entendre4 ,bientt sa voix s'teignit entirement1 la canne tomba de sa main et il rendit le dernier soupir4 ,c'tait le #bi dcembre #ahbe1 dix heures du matin4 ,les honneurs funbres qui lui furent rendus ,bruxelles sont encore des preuves de l'immense clbrit que cet artiste avait acquise mme depuis son exil4 ,aprs l'autopsie1 on embauma le corps1 qui fut expos le #e janvier #ahbf4 ,le #g1 on le transporta de sa demeure l'glise de ,sainte-,gudule4 ,le cortge du deuil qui l'accompagnait tait compos3 #a ,des lves de l'acadmie royale de peinture et de sculpture1 portant des couronnes de laurier et des palmes2 #b ,des lves de ,m4 ,stapleaux et de ,m4 ,rude1 statuaire1 portant des bannires surmontes de couronnes d'immortelle et de laurier4 ,sur chacune des bannires taient inscrits les titres des principaux ouvrages de ,david1 tels que ,lonidas1 les ,sabines1 ,brutus1 les ,horaces1 ,mars et ,vnus1 etc41 etc42 #c ,de la musique de la garnison1 excutant des marches lugubres2 #d ,d'un char funbre portant le cercueil1 tran par six chevaux noirs qu'autant de laquais vtus de deuil conduisaient par la bride2 #e ,de ,m4 ,eugne ,david1 fils du dfunt1 ex-officier suprieur en ,france1 accompagn de ,,mm4 ,merlin de ,douai1 ,ramel1 ,hennery1 le directeur de l'acadmie royale de peinture1 et ,michel1 ecclsiastique attach l'glise de ,sainte-,gudule2 #f ,le pole tait port par six personnes3 trois lves de ,david1 ,,mm4 ,navez1 ,paelinck et ,stapleaux1 et ,,mm4 ,rude1 ,vangel et ,bodumont2 #g ,du valet de chambre de ,david1 en grand deuil1 tenant l'habit de son matre1 habit uniforme de l',institut1 dcor des insignes de commandeur de l'ordre de la ,lgion d'honneur4 ,ce cortge s'tait encore grossi des amis du dfunt1 des artistes de ,bruxelles portant des flambeaux ou des couronnes1 et d'une foule d'autres personnes1 les uns suivant pied et les autres en voiture4 ,tels furent les derniers tmoignages d'admiration que l'on donna au peintre ,david sur la terre d'exil4 ,en ,france1 ses lves et les personnes qui continuaient d'apprcier ses ouvrages et ses principes avaient conserv pour lui et pour ses productions une respectueuse admiration4 ,cependant1 ds le lendemain de l'exil de ,david on avait vu apparatre une secte nouvelle1 d'artistes qui1 par leurs discours d'abord1 puis bientt par leurs productions1 avaient attaqu et taient mme parvenus ternir momentanment la rputation et les ouvrages de ,david4 ,mais cet vnement tient une place trop importante dans l'histoire de l'art cette poque1 et fait ressortir trop vivement l'une des infirmits du coeur humain pour que nous ne nous y arrtions pas4 ,sans parler des quatorze gouvernements sous lesquels tienne a vcu1 il a vu se succder deux gnrations d'artistes1 et de tous les spectacles pnibles dont il a t tmoin dans sa vie1 celui du mpris1 de l'ingratitude cruelle des gnrations nouvelles l'gard de celles qui les ont prcdes1 est l'un des plus tristes et des plus humiliants pour l'humanit4 ,quoique moins g de dix ou douze ans que ,girodet1 ,grard et leurs contemporains1 tienne a connu la plupart de ces artistes lorsque1 jeunes encore1 ils taient dans l'ivresse de leurs premiers succs et de leurs triomphes sur les vieux acadmiciens2 cela est triste dire1 mais ils furent sans piti1 et je ne doute pas que quelques-uns1 vieux vers #ahcj1 et se sentant presss1 menacs mme par l'assurance orgueilleuse d'une cole nouvelle1 ne se soient reproch intrieurement d'avoir donn quarante ans avant l'exemple des durets qu'on leur a fait subir4 ,dans les annes qui prcdrent #ahaf1 les indices de dclin qu'on remarqua dans le tableau des ,thermopyles1 et surtout les malencontreuses productions de quelques-uns des derniers lves forms par ,david1 qui affectaient de n'admettre que le mode rigoureusement classique1 lassrent1 non sans quelque raison1 la patience de la jeune gnration d'artistes qui la prsence du matre imposait encore1 mais qui s'affranchirent de toute contrainte quand il fut sur la route de ,bruxelles4 ,cette rvolution dans les arts fut aussi subite et aussi complte que l'est dans un tat le passage de la monarchie un gouvernement populaire4 ,l'importance des quarante ans de gloire et d'influence acquise par ,david et son cole fut conteste1 puis nie1 et devint enfin un sujet de sarcasmes4 ,les jeunes peintres se rvoltrent contre la longue tyrannie de ,david1 qui pendant quarante ans1 disaient-ils1 avait impos son got au public et aux artistes2 les entendre1 ses ouvrages n'taient que la copie de statues antiques colories en camaeux2 ses compositions n'avaient ni sens ni posie1 et ses personnages1 placs un un et sans intelligence1 semblaient couls en pltre4 ,quant au respect que ,david professait et recommandait aux autres pour l'antiquit1 ce n'tait qu'un fanatisme au moyen duquel le matre et son cole dissimulaient l'aridit de leur imagination et l'incertitude de leur but2 enfin l'exactitude du dessin et de l'imitation des formes1 ainsi que la recherche de la beaut visible1 tant recommande par ce matre1 tout cela n'tait dans l'ide des jeunes restaurateurs de l'art qu'un matrialisme paen introduit dans la peinture1 ou une imitation machinale des objets dont les peintres d'alors ne pntraient pas le sens4 ,de la critique du matre et de son cole1 ils remontaient celle de leur doctrine et des principes mme qui avaient servi la fonder4 ,l'ide de la recherche du beau visible comme l'avaient faite les anciens fut rpute fausse et ridicule dans son application chez les modernes1 et il fut reconnu que les ouvrages de la statuaire antique1 uniquement faits pour plaire aux yeux1 laissent l'me froide et inactive4 ,mais1 sans mme chercher dterminer le principe qu'il serait propos de substituer celui que l'on rejetait1 ces jeunes artistes1 fiers de leur indpendance et impatients de l'augmenter encore1 avancrent que l'unit d'cole1 quel que ft son principe1 tait une donne fcheuse2 que la dure de celle de ,david en tait la preuve1 et qu'il tait bien temps que chacun1 n'obissant qu' son inspiration propre1 son originalit native1 fixt lui-mme les principes qui lui conviennent1 tudit la nature selon son got et produisit des compositions sa fantaisie4 ,de l est rsulte cette diffusion ou plutt cette confusion de systmes1 dont le plus remarquable et le plus important est l'admission1 la recherche mme du laid1 ce qui a fait admettre dans l'art l'imitation du naturel1 quel qu'il soit et sous quelque forme qu'il se prsente4 ,quoi qu'on en ait dit1 il est fort douteux que si ,david ft rest en ,france il et eu assez d'influence sur la jeunesse qui menaait depuis longtemps son cole pour arrter ou mme pour temprer la violence de la rvolution dont on vient d'indiquer l'origine et la marche4 ,avec le dclin de son talent et son affaiblissement caus par l'ge et les maladies1 il n'aurait pu rsister cette attaque4 ,plus jeunes et soutenus encore par l'opinion publique1 ,girodet1 ,grard et ,gros lui-mme ne se sentirent pas assez forts pour rsister avec leurs ides vieillies des ides nouvelles4 ,tout concourt donc faire penser que pendant l'exil1 o ,david a t constamment environn d'hommages flatteurs et entour si soigneusement d'une atmosphre de louanges1 cet artiste a d penser que sa gloire et celle de son cole taient demeures intactes ,paris comme ,bruxelles2 tout porte croire qu'il a fini ses jours plus doucement sur la terre trangre que s'il tait mort ,paris1 avec la conviction d'avoir survcu sa gloire4 ,de tous les griefs imputs ,david par l'cole romantique1 car tel fut le nom qu'elle se donna1 le plus trange et le moins fond est sans doute l'influence tyrannique reproche ce chef d'cole4 ,si l'autorit qu'a pu prendre un artiste sur l'esprit de ses contemporains par des tudes et des travaux o il a montr la puissance d'un talent qui s'est transform compltement quatre ou cinq fois2 si la soumission volontaire des doctrines consacres dans l'antiquit1 renouveles en #aggb et mises en pratique jusqu'en #ahbe peuvent tre considres1 l'une comme une tyrannie de la part du matre1 et l'autre comme une lche complaisance de la part de quinze ou seize cents artistes qui se sont fait un honneur de les suivre1 certes ,david a gouvern l'art tyranniquement pendant l'espace de prs de quarante ans1 comme cela tait arriv prs de trois sicles avant ,michel-,ange4 ,ce n'est donc pas chose commune qu'une ide1 un systme1 une doctrine dont les rsultats ont t3 un matre d'une grande habilet2 sept ou huit lves qui se sont distingus par une manire qui leur tait propre et dans des genres souvent opposs1 et enfin une cole qui pendant quarante ans a donn une forte impulsion tous les arts et mme l'industrie4 ,en somme1 quarante annes d'existence glorieuse suffiraient pour constater l'importance qu'ont eue ,david et son cole1 si1 comme on le verra1 le mrite de trois de ses lves n'avait pas prouv1 aprs la mort du matre et au fort de l'anarchie qui rgnait dans les arts en #ahbe1 l'excellence des principes qu'ils avaient reus et qui les mit en tat de produire des ouvrages qui calmrent l'effervescence de quelques novateurs imprudents et firent rentrer l'art dans ses vritables limites4 ,revenons d'abord sur quelques faits antrieurs4 ,en #ahai1 lorsque ,david1 honor ,bruxelles1 tait presque tourn en ridicule ,paris1 parurent l'exposition du ,louvre deux ouvrages qui attirrent particulirement l'attention3 le ,gustave ,wasa de ,m4 ,hersent1 dont le mrite remarquable augmenta l'importance qu'avaient dj les sujets anecdotiques1 et le ,radeau de la ,mduse du jeune ,gricault#gd4 ,on ne parle pas ici de la vogue extraordinaire qu'eurent1 compter de #ahae1 les sujets militaires1 les dtails stratgiques auxquels le talent si ferme et si brillant de ,m4 ,hocace ,vernet donna tant de popularit1 parce que ce mode de peinture1 considr comme il doit l'tre ici1 ne fut rellement alors que la continuation de celui que ,gros avait remis en honneur1 par ses compositions de la ,peste de ,jaffa1 et des ,batailles du mont ,thabor1 d',aboukir et d',eylau4 ,mais dans le tableau du ,radeau de la ,mduse1 il se trouvait des innovations importantes1 si toutefois le mot innovation1 qui n'est ici que relatif1 convient des moyens que ,gricault avait emprunts aux peintres de l'cole des ,carraches et quelques artistes franais1 ,jouvenet entre autres4 ,sans entrer dans les dtails de la composition de la ,mduse1 une fois que l'on connat et que l'on a adopt le point de dpart de l'artiste1 ainsi que le but qu'il se proposait1 on ne peut disconvenir que son ouvrage ne soit remarquable et ne mrite de grands loges4 ,mais1 pour s'expliquer aujourd'hui le succs extraordinaire qu'il eut au ,salon de #ahai1 il faut remarquer qu'il servit peu prs galement le parti d'opposition politique qui rejetait la faute du malheur des naufrags sur la complaisance coupable avec laquelle le gouvernement des ,bourbons distribuait ses faveurs1 et la raction violente des jeunes artistes qui voulaient dtrner ,david et renverser son cole4 ,on reprochait au peintre des ,sabines le choix des sujets pris dans les temps du paganisme1 la recherche exagre du beau visible1 l'tude pdantesque du dessin1 et surtout l'emploi du nu pris abstraitement1 potiquement1 et sans qu'il ft raisonnablement motiv4 ,jusqu' l'apparition du tableau de la ,mduse1 ces reproches ne furent gure que le sujet de conversations satiriques plus ou moins mordantes1 plus ou moins spirituelles4 ,gricault1 en homme de talent et d'excution1 car il n'y a jamais que ceux-l qui avancent les affaires1 mit la main l'oeuvre et ralisa1 dans un tableau fort grand1 toutes les ides1 toutes les esprances de rforme artistique rves jusque-l par ses jeunes confrres4 ,dans le ,radeau de la ,mduse1 il dveloppa un sujet non-seulement moderne1 mais du moment2 l'tat o se trouvaient les naufrags n'admettait pas la recherche du beau2 le beau n'y tant pas ncessaire1 le choix des formes1 et le plus ou moins de puret avec laquelle elles taient rendues1 devenait chose indiffrente2 enfin le nu qui y tait prodigu se trouvait tre une circonstance invitable1 puisqu'il tait inhrent au sujet4 ,l'ouvrage prsentant des qualits incontestables1 et faisant par cela mme la satire la plus juste de l'abus que quelques lves de ,david avaient fait des principes de leur matre1 il arriva que la ,mduse de ,gricault1 mise en avant par la jeune cole comme l'expression la plus nette et la plus nergique de son systme1 occasionna une leve de boucliers contre le peintre exil4 ,de ce moment1 les jeunes artistes se rurent dans la carrire avec l'imptuosit de jeunes soldats montant la brche4 ,au fond1 ,gricault n'avait eu l'ide que d'imiter la nature1 sans choix il est vrai1 mais sans s'appuyer systmatiquement sur le laid2 il avait peint du nu parce que son sujet l'y obligeait1 et il n'avait point affect1 comme cela arriva bientt aprs1 de subordonner l'imitation des formes humaines celle des vtements et des accessoires4 ,cet artiste si regrett1 et si regrettable en effet1 fit une chute de cheval qui le mit hors d'tat d'entreprendre de grands travaux4 ,aprs avoir langui plusieurs annes1 il mourut en #ahbd1 l'ge de trente-quatre ans4 ,il avait donn des preuves clatantes de la franchise et de l'nergie avec lesquelles il pouvait rendre les sujets compris dans le cercle de la ralit et dans les compositions2 dans plusieurs croquis des dernires annes de sa vie1 on remarque une lgance et une lvation de pense et de style qui donnent lieu de croire qu'il tait appel devenir un peintre trs-distingu4 ,les ouvrages laisss par ,gricault1 si on les considre relativement son ge et aux circonstances au milieu desquels ils les a produits1 lui font donc beaucoup d'honneur2 mais1 forc d'envisager ici son ,radeau de la ,mduse comme reprsentant une doctrine mise en opposition celle de ,david1 on ne peut plus y voir qu'une rnovation de l'cole et de la manire de ,jouvenet1 en sorte que l'on est amen conclure que l'effort de ce jeune peintre fut dirig dans un sens rtrograde1 et qu'il est loin d'avoir fait avancer l'art1 comme on l'a cru pendant quelque temps4 ,mais enfin1 le grand coup tait port contre les lments matriels qui servait de premiers remparts la doctrine de ,david4 ,le nu tait proscrit1 le beau rejet1 et le choix des sujets antiques absolument condamn4 ,si les ,franais sont avides d'innovations en matire d'art1 il faut remarquer aussi qu'ils s'y montrent peu inventifs4 ,les ,italiens appels en ,france par ,charles ,,viii et ,franois ,ier y introduisirent la peinture2 ce fut en ,italie et d'aprs les matres de ce pays que se formrent plus tard ,poussin1 ,lesueur et ,claude le ,lorrain2 vers #aggb1 ainsi qu'on l'a dj dit1 deux ,allemands1 ,winckelmann et ,heyne1 ouvrirent la route de l'archasme que ,david a parcourue1 et enfin l'poque o nous sommes arrivs1 vers #ahai1 la rvolte contre l'cole de ,david fut encore excite par une influence trangre4 ,mais cette fois l'impulsion a t double1 car elle vint simultanment de l',allemagne et de l',angleterre4 ,pendant les prparatifs de guerre que les nations du ,nord firent de #ahab #ahad pour se soustraire au joug de ,napolon1 l'amour de la patrie se combina si fortement avec l'esprit religieux1 qu'une espce de posie nouvelle o les souvenirs de la vieille ,allemagne se liaient aux anciennes croyances chrtiennes servit exalter l'enthousiasme militaire des populations germaniques1 dj sous les armes4 ,tous les souvenirs mythologiques et historiques des temps paens furent rejets1 et des armes entires se mirent en marche contre la ,france1 en invoquant ceux de la terre natale et en relevant le signe de la croix4 ,ce grand mouvement patriotique et religieux1 qui produisit d'abord la double invasion de #ahad et de #ahae1 aprs avoir donn une forme nouvelle la posie en ,allemagne1 ne tarda pas1 en s'insinuant dans les autres arts1 renouveler les formes de la peinture4 ,c'est de cette poque peu prs que date la nouvelle cole allemande dont ,cornelius et ,overbeck peuvent passer pour les fondateurs et ont t les plus solides appuis4 ,l'humeur tant soit peu indvote des ,franais1 jointe la rpugnance fort naturelle qu'ils prouvrent tudier l'origine et les rsultats d'un enthousiasme qui leur avait t si fatal1 fut cause que le systme religieux des nouveaux peintres allemands ne fut reu avec quelque calme en ,france que vers #ahbb et #bc4 ,mais on l'accepta alors d'autant plus facilement1 que depuis #ahaf les ides audacieuses d'un pote anglais1 lord ,byron1 et l'originalit d'un prosateur de la mme nation1 sir ,walter ,scott1 avaient prpar les voies en effaant de la mmoire des jeunes gnrations toutes les ides qui y avaient t le plus profondment enracines jusque-l4 ,ainsi1 en moins de deux ans1 le rsultat de la lecture des posies de ,byron fut de substituer une ironie amre et srieuse aux formes moqueuses1 mais gaies1 du scepticisme de ,voltaire1 et de remettre en question l'importance des principes de toutes les grandes poques et le mrite de tous les grands hommes4 ,l'antiquit1 dont on avait fait depuis ,winkelmann l'objet d'une tude presque exclusive1 fut tourne en ridicule1 bafoue et entirement abandonne4 ,la mode fut de prendre la vie en ddain1 la socit en haine2 et conformment aux exemples donns par les hros des pomes de ,byron et par le pote lui-mme1 on se fit moqueur1 insolent par vanit1 on affecta de n'tablir aucune diffrence entre un divertissement et la dbauche1 pourvu que l'on trouvt un moyen de s'tourdir sur l'inanit reconnue des choses de ce monde4 ,les lecteurs enthousiastes de ,byron affectrent cet impertinent ddain1 ce dgot de la vie1 cette insouciance pour le bien et le mal1 cette indiffrence pour le vice et la vertu1 que l'on n'avait trouvs jusque-l que chez quelques individus rares1 malheureusement organiss ou pervertis par l'orgueil de la naissance1 par l'abus des richesses et des jouissances4 ,bref1 les crits de ,byron produisirent en moins de deux ans tout un peuple de marquis plbiens1 cent fois plus insolents et plus dsabuss que ,byron lui-mme1 et se croyant le talent et le droit de tout penser et de tout dire4 ,cette dplorable influence des crits et des manires du pote anglais se manifesta en ,france ds les premires annes de la ,restauration1 dans les oeuvres littraires ainsi que dans les arts4 ,mais cette impulsion fut double1 avons-nous dit1 et1 en effet1 dans le mme moment o la bise potique de ,byron soufflait sur la ,france4 ,walter ,scott1 dont les romans charmaient les lecteurs de toutes les classes1 prparait1 grce au point de vue dont il a envisag l'histoire1 une rvolution importante dans les esprits1 mme les plus srieux4 ,par l'attrait qu'offrent ses productions1 par l'rudition piquante et solide qu'il mit si heureusement en oeuvre1 il sortit des vieilles habitudes des savants1 et trouva le moyen de donner l'histoire moderne un charme qu'elle n'avait point eu jusque-l4 ,dplaant l'intrt1 concentr jusqu' lui sur les vnements1 sur leur importance et leur enchainement1 il le porta plus particulirement sur les personnages1 peignant les moeurs de prfrence aux faits1 faisant connatre les allures des hommes plutt que leurs desseins secrets1 en un mot1 ramenant l'histoire la chronique et au mmoire4 ,ce mode littraire1 qui1 ainsi que celui de ,gricault en peinture1 tait au fond une marche rtrograde1 fit cependant illusion aux meilleurs esprits2 aussi les crits1 les romans de ,walter ,scott1 aprs avoir videmment dgot la gnration prsente de l'tude de l'antiquit1 et lui avoir donn cet engouement exclusif pour celle du moyen ge1 ont-ils conduit beaucoup de gens traiter l'histoire en minutieux archologues4 ,enhardie par la tentative de ,gricault1 la nouvelle cole de peinture1 travaille bientt par la triple influence du mysticisme allemand1 des posies sataniques de ,byron et de l'rudition pittoresque de ,walter ,scott1 trois systmes opposs1 mais d'accord au moins pour mettre l'antiquit hors de cause1 la jeune cole se sentit assez forte pour jeter dfinitivement l'anathme sur le systme de ,david1 pour le stigmatiser en lui donnant le nom classique1 mot qui alors1 et dans l'opinion des romantiques1 ne voulait dire autre chose que faux1 us et hors de la sphre des ides reues4 ,peu aprs l'exposition du ,radeau de la ,mduse1 de ,gricault1 on avait vu surgir du sein de la tourbe romantique trois hommes de talent pleins d'ides et d'imagination3 ,,mm4 ,scheffer1 ,e4 ,delacroix et ,p4 ,delaroche4 ,le premier1 que l'origine de sa famille1 la tournure de son esprit et de son talent rattachent aux ides et aux gots des nations septentrionales1 devint l'artiste de prdilection de la jeune cole franaise1 qui1 l'instar des jeunes peintres allemands1 traita des sujets modernes et nationaux en mlant des sentiments de patriotisme des scnes passionnes ou tendres1 sentimentales et quelque peu religieuses4 ,jamais ,m4 ,scheffer ne fit du laid de propos dlibr2 mais1 beaucoup plus proccup de l'action dramatique ou du sentiment intrieur de ses personnages que de leur extrieur1 il s'appliqua surtout l'expression du sens intime1 ngligeant d'abord l'imitation rigoureuse de la forme4 ,les sujets o son talent se dveloppa le plus compltement sont ceux qui se prtaient le mieux cette forme de l'art2 aussi russit-il particulirement peindre ,faust1 ,marguerite1 le ,vieux chevalier pleurant sur le corps de son jeune fils4 ,enfin la tendance mystique de son esprit1 que l'on avait pu reconnatre dj dans plusieurs de ses productions1 s'est tout fait dveloppe dans les deux tableaux qu'il a exposs depuis3 l'un reprsentant ,franoise de ,rimini1 l'autre le ,christ consolateur444 videmment ,m4 ,scheffer1 l'un de ceux qui ont introduit la manire romantique en ,france1 a reu et transmis l'influence de la nouvelle cole de ,cornlius et d',overbeck4 ,d'un esprit plus tmraire et d'un got moins sr1 ,m4 ,delacroix fut sduit par la posie tour tour sauvage1 tendre et ironique de ,byron1 et crut se sentir appel par la nature peindre avec le laisser aller grandiose qui frappe dans les crits du pote anglais4 ,comme son modle1 mais plus souvent que lui1 le jeune artiste franais se permit des productions bizarres4 ,on crut mme voir1 dans son ,massacre de ,chio1 en #ahbf1 la thorie du laid oppose systmatiquement celle du beau1 et depuis1 ce peintre n'a cru devoir modifier ni ses ides ni sa manire4 ,son ,sardanapale1 les scnes de ,lara et du ,corsaire1 son ,samaritain et sa ,mde1 ouvrages empreints de talent1 offrent cependant des scnes sans clart1 o l'imitation du naturel exclut sans cesse les convenances du got4 ,c'est ,byron1 avec ses grands dfauts excessivement exagrs4 ,comme ,walter ,scott1 ,m4 ,delaroche ne sort pas de la vie relle1 ne dpasse jamais le degr d'lvation que comporte la chronique plutt que l'histoire2 enfin il a charm1 attach et subjugu le public par la vrit des expressions et le fini des dtails de plusieurs de ses ouvrages1 sa ,jeanne ,gray1 entre autres4 ,tel est le caractre du talent des trois hommes qui ont mis flot la barque romantique1 qui ont contredit le systme classique de ,david1 puisque tous trois ont trait exclusivement1 et de parti pris1 des sujets modernes1 puisqu'ils ont rejet l'tude de l'idal de la forme et l'emploi du nu1 puisqu'enfin leur intention a t de substituer absolument1 dans l'art de la peinture1 le beau moral au beau visible4 ,s'il ne se ft prsent dans l'arne romantique que des athltes de la force et du mrite de ces trois jeunes peintres1 le danger n'et t ni de longue dure ni redoutable2 mais1 comme il arrive ordinairement dans les rvolutions1 les hommes qui les font sont bientt dpasss dans leurs projets par ceux qui les ont aids et qui les suivent4 ,aussi n'entreprendra-t-on pas d'numrer les inconcevables extravagances barbouilles sur la toile par les mille et un imitateurs des trois peintres qui l'cole allemande1 ,byron ou ,walter ,scott avaient servi d'toiles lumineuses2 ce fut qui d'entre eux reproduirait les scnes et les formes les plus laides1 les plus ignobles1 les plus rvoltantes4 ,sous prtexte de faire naturel1 il n'y eut pas de formes gauches et dsagrables1 d'infirmits mme que ces peintres ne recherchassent avec soin pour les reprsenter dans leurs tableaux2 et si l'on joint ces inconcevables fantaisies celle de traiter le dessin et le model avec une incorrection prmdite1 on pourra se former une ide juste de la cacophonie de tous ces ouvrages discordants et du dsordre profond qui rgnait dans l'esprit de la plupart de ces jeunes artistes4 ,mais le public1 malgr son amour des nouveauts1 est juste au fond1 et lorsqu'il s'aperut1 vers #ahbd et #ahbe1 qu'en dernire analyse cette nouvelle cole1 qui promettait tant de varit dans ses productions1 tait tout aussi esclave que l'ancienne des systmes qu'elle avait adopts2 que1 par exemple1 aux ,grecs d',homre on substituait constamment les ,grecs modernes2 qu' la nudit des hros paens on faisait succder les ternelles armures chevaleresques2 qu' la recherche1 peut-tre trop constante1 du beau1 on opposait le parti pris de reprsenter l'horrible et le laid2 on rabattit un peu des esprances qu'avait donnes l'cole romantique1 et deux de ses chefs1 ,,mm4 ,delaroche et ,scheffer1 sentirent bientt qu'en ne se mettant pas en garde contre ces extravagances1 ils risquaient de compromettre l'avenir de leur talent4 ,c'est ainsi que la partie tait engage parmi les jeunes peintres de la nouvelle cole1 lorsque les ouvrages d'un lve de ,david1 qui1 sans avoir obtenu le prix1 tait all tudier ,rome et y avait perfectionn son talent dans la solitude1 fixrent l'attention de tous les spectateurs quels que fussent leur got et leur cole4 ,les sujets n'taient que des scnes familires entre des paysans d',italie1 mais il y rgnait une grce1 une lvation unie au naturel1 qui charmaient sans que l'on st pourquoi4 ,ces compositions1 beaucoup mieux colories que celles qui sortaient ordinairement de l'atelier des lves de ,david1 se recommandaient particulirement par le choix heureux des attitudes et des formes1 et par une certaine puret de dessin qui trahissait l'cole o le peintre avait t enseign4 ,m4 ,v4 ,schnetz1 car c'est lui dont il est question1 fut1 depuis l'exil de son matre et l'invasion des peintres romantiques1 le premier qui eut le privilge de ramener l'attention du public sur des tableaux dont la composition tait attrayante sans tre bizarre1 et dont le coloris n'tait pas entach d'exagration4 ,traitant des sujets modernes1 et les ajustant avec une originalit et un naturel qui leur donnaient le charme de la nouveaut1 ,m4 ,schnetz1 quoique lve de ,david1 prit une place part au milieu des nouveaux peintres1 et se forma un groupe d'admirateurs que ses autres ouvrages rendirent chaque jour plus nombreux4 ,l'ami de ,m4 ,schnetz1 son condisciple chez ,david1 l'infortun ,lopold ,robert parut bientt aprs4 ,on sait la glorieuse carrire qu'a fournie ce peintre1 et certes ses beaux et nombreux ouvrages n'ont pas peu contribu1 pendant le temps de l'anarchie romantique1 ramener les esprits vers les lois immuables de la raison et du bon got#ge4 la vue de ses tableaux1 chacun1 par instinct ou par raisonnement1 fut oblig de reconnatre que quelque nouveau1 quelque bizarre mme que soit en lui-mme un sujet1 le spectateur l'accepte avec plaisir lorsque le peintre a mis en oeuvre toutes les ressources relles de son art pour lui donner de la vraisemblance et du charme2 quand1 au lieu d'exagrer ce qu'il peut avoir d'trange1 on donne cette singularit tout l'attrait d'une chose simple1 tout le mrite d'une scne humble1 mais qui a t ennoblie et leve par le talent de l'artiste4 ,aucun des disciples de ,david n'a mieux mis en pratique ce que le matre avait l'intention de faire1 lorsqu'il disait qu'il prenait ses sujets dans les historiens et les prosateurs1 pour tre matre de les potiser sa manire4 ,de quelques tribus de paysans1 ,lopold ,robert a fait un peuple1 un monde avec lequel chacun de nous vit1 pense ou au moins dsire de vivre et de penser4 ,la gravit et la vigueur du talent de ,lopold ,robert imposrent le respect aux peintres romantiques ds #ahbd1 lorsqu'il exposa son ,improvisateur napolitain et ses ,plerines dans la campagne de ,rome4 ,mais les plus abandonns de cette secte1 ceux qui se riaient de la forme et du dessin1 qui ne parlaient de la beaut des anciens et des sujets mythologiques qu'en assaisonnant leurs discours de sarcasmes contre les artistes qui s'occupaient encore de ces rveries surannes1 ces imprudents causeurs reurent un rude chec lorsque ,m4 ,ingres1 aprs avoir expos le ,voeu de ,louis ,,xiii1 en #ahbd1 traita bientt aprs le sujet de l',apothose d',homre4 ,m4 ,ingres1 destin par le sort rester le dernier rejeton brillant de l'cole de ,david1 y tait entr fort jeune1 en #agif1 et s'y tait fait remarquer1 ds ses premiers essais1 comme l'un des lves les plus distingus4 ,pendant le cours de ses tudes1 il ne cessa d'attirer l'attention sur lui2 et aprs avoir remport le grand prix1 en #ahjj1 il employa les cinq annes de son pensionnat perfectionner son talent et revint en ,france pour le faire connatre4 ,le mrite particulier de cet artiste consiste dans l'nergie et la finesse avec lesquelles il sent1 voit et sait rendre les modifications de la forme4 ,cette rare et prcieuse qualit1 cet instinct presque crateur au moyen duquel le peintre poursuit l'me jusque dans les plus lgres ondulations de l'piderme1 ,m4 ,ingres l'a toujours possde un degr minent1 et toujours il a vu se presser autour de lui un petit nombre d'hommes qui n'ont cess de reconnatre et d'apprcier le caractre particulier de son talent4 ,cependant1 lorsque vers #ahje il envoya de ,rome le tableau de ,thtis implorant ,jupiter2 quand1 plus tard1 il peignit ,napolon sous le costume imprial et assis sur son trne1 non-seulement ces productions ne furent pas gotes du public1 mais ceux mme qui exeraient alors la critique dans les journaux ne s'aperurent pas des qualits relles de l'auteur4 ,sensible aux critiques amres auxquelles il avait t en butte1 mais dcid suivre avec persvrance la voie dans laquelle il se sentait entran par la nature1 ,m4 ,ingres1 renonant tous les secours qu'il esprait trouver ,paris pour dvelopper son talent1 prit la rsolution de retourner en ,italie et d'y exercer son art selon son got1 sans s'inquiter des avantages qu'il pourrait en retirer pour son bien-tre4 ,pendant plus de quinze ans il vcut obscur et dans une honorable pauvret1 n'accordant rien aux exigences du got et des modes qui se succdaient1 mais perfectionnant toujours son talent au contraire dans la direction que son instinct lui avait fait choisir ds sa jeunesse4 ,cette constance dans les rsolutions d'un artiste et le noble courage avec lequel il en a support si longtemps les tristes consquences seront toujours un fait honorable pour ,m4 ,ingres1 et qui devra ternellement servir d'exemple ceux qui s'engageront dans la mme carrire que lui4 ,en #ahbc1 il tait encore ,florence1 pauvre et assez dcourag1 bien que le gouvernement franais l'et charg de l'excution d'un tableau reprsentant le ,voeu de ,louis ,,xiii4 tienne1 passant alors par cette ville1 alla voir son ancien camarade1 et le trouva en effet ayant peu prs termin la figure de la ,vierge1 mais prouvant des incertitudes et du dcouragement l'ide de complter son ouvrage4 ,frapp de la beaut de la ,vierge1 tienne pressa vivement l'artiste de mettre la dernire main un tableau qui devait incontestablement tre got ,paris par tout ce qu'il y avait de connaisseurs clairs et impartiaux4 ,m4 ,ingres acheva en effet le ,voeu de ,louis ,,xiii1 l'exposa au ,salon du ,louvre en #ahbd1 et1 pour la premire fois1 reut les justes loges que mritait son talent4 ,dans tout autre moment1 cette justice n'et t que naturelle2 mais si l'on rflchit que cette composition1 dont la donne est si simple1 si svre1 brille par la puret et la correction du dessin2 les figures1 et particulirement celles de la ,vierge et des anges1 rappellent la majest et le grandiose des personnages sacrs ou hroques introduits dans les ouvrages de la renaissance ou de l'antiquit1 on a peine concevoir comment elle put trouver grce auprs de cet essaim de jeunes artistes livrs alors tout le dvergondage de leur imagination1 et qui n'estimaient une oeuvre qu'en raison de l'excs de sa bizarrerie et de son tranget4 ,mais1 dans les ides les plus extravagantes que puissent admettre les hommes1 on trouve toujours1 quand on observe de bonne foi1 un lment de raison qui leur sert parfois d'excuse4 ,depuis le tableau des ,aigles de ,david1 o l'affaiblissement de sa verve s'tait fait sentir1 et aprs l',entre de ,henri ,,iv1 le dernier bon ouvrage de ,grard1 matre et disciples1 tous avaient dclin4 ,la ,galate de ,girodet1 le ,couronnement de ,charles ,x1 par ,grard1 et la ,fuite de ,louis ,,xviii1 de ,gros1 en fournissaient des preuves irrcusables4 ,quant aux peintres plus jeunes que ceux-ci1 forms par ,david1 la plupart1 on l'a dj dit1 avaient si faiblement compris ses principes et tellement exagr ce qu'il pouvait y avoir de dfectueux dans ses doctrines et sa manire1 que cette espce d'puisement de l'cole dite classique1 combin avec le renouvellement complet des ides pendant les premires annes de la ,restauration1 justifiait1 jusqu' un certain point1 le besoin imprieux que ressentaient les jeunes peintres de produire des choses absolument diffrentes et entirement nouvelles4 ,cependant1 lorsque cette jeunesse eut senti sa premire ivresse calme par la vue des ouvrages de ,m4 ,schnetz et de ,lopold ,robert1 et qu'enfin1 arrive devant le tableau du ,voeu de ,louis ,,xiii1 de ,m4 ,ingres1 elle se vit force de convenir que l'effet d'une composition1 si belle qu'elle soit1 gagne encore en charme et en puissance lorsqu'elle est soutenue par l'nergie1 la puret et le bon got de l'excution1 toute la nouvelle cole applaudit au talent de ,m4 ,ingres1 et ce que ,girodet1 ,grard ni ,gros n'avaient os tenter1 lui l'entreprit4 ,ds ce moment1 la raction contre la direction romantique en peinture tait commence4 ,la simplicit dans les lignes et dans la disposition de la lumire d'une composition2 l'exactitude1 la puret et l'lgance porte dans le dessin et le model des formes humaines1 qualits techniques1 objet constant des tudes de ,david1 avaient t remises en honneur par ,m4 ,ingres dans le ,voeu de ,louis ,,xiii4 ,mais il restait une difficult plus grave surmonter3 c'tait la rpugnance1 pousse jusqu'au fanatisme1 que l'cole romantique exprimait sans cesse pour l'antiquit et les sujets tirs de la mythologie et du paganisme4 ,m4 ,ingres1 charg de dcorer le plafond d'un des salons de la galerie de ,charles ,x1 osa braver les prjugs qui rgnaient alors4 lev dans l'admiration de l'antiquit1 il choisit pour sujet l',apothose d',homre4 ,partant de l'ide d'un bas-relief antique reprsentant le vieux pote1 qui1 plac au sommet d'un mont et panchant une urne1 laisse couler le fleuve de sa posie1 o tous les hommes qui l'ont suivi courent se dsaltrer1 ,m4 ,ingres plaa ,homre sur un trne1 la tte ceinte du diadme1 tenant le sceptre et assis devant le temple de ,mmoire dont il semble garder l'entre4 sa droite et sa gauche sont rangs les orateurs1 historiens1 statuaires1 peintres et savants les plus fameux de la ,grce2 et continuant cette srie chronologique d'hommes clbres1 sans oublier ceux de l'ancienne ,rome1 de la nouvelle ,italie1 de l',angleterre et de la ,france1 il fit1 vers la partie infrieure de sa toile1 une suite de portraits de grands hommes modernes dont la ralit et la ressemblance forment un contraste piquant avec ce qu'il a mis d'idal et de potique dans les autres personnages que leur nation et leur temps rapprochent d',homre4 ,non-seulement ,m4 ,ingres se montra peintre suprieur en cette occasion1 mais1 eu gard la disposition fausse et exalte o se trouvaient les esprits par suite de mille ides contraires1 il se fit connatre homme d'esprit et de bon got4 ,profitant de toute la latitude que lui offrait son sujet1 aprs avoir reprsent ,homre1 les muses de la posie et de l'histoire1 ,sophocle1 ,hrodote et ,phidias1 comme aurait pu le faire un peintre de l'antiquit1 il peignit avec toute l'exactitude d'un portraitiste moderne ,dante et ,shakspeare1 idoles de la nouvelle gnration1 prs de ,racine et de ,boileau1 qu'elle avait pris en horreur4 ,il n'tait pas possible de faire plus spirituellement1 dans un ouvrage d'ailleurs si lev et si grave1 la critique des esprits brouillons et exclusifs de ce temps4 ,l'apparition de l',apothose d',homre marque la limite o s'arrte pour nous l'histoire de l'cole de ,david4 ,par ce grand et bel ouvrage1 ,m4 ,ingres ayant fait justice de ce que plusieurs des derniers lves forms par cet artiste avaient introduit de faible et de conventionnel dans leurs productions1 a rendu la vigueur1 a donn une nouvelle vie aux principes fondamentaux du grand matre dont il a reu lui-mme les leons4 ,voil soixante-quatorze ans que l'influence de cette cole rgne 7#aghj-ahed7 en ,france1 et c'est ,m4 ,ingres qui est charg maintenant de conserver et de transmettre ce prcieux hritage4 ,,xiii4 ,,conclusion4 ,david n'tait pas un savant1 encore moins un homme systmatique2 ses instincts taient imprieux1 il leur obissait4 ,c'est en vertu de cette disposition1 qu'aprs avoir suivi assez longtemps les principes de l'cole acadmique1 au sein de laquelle il avait t lev1 conduit ,rome par son matre ,vien1 et lanc tout coup dans cette ville o il n'tait bruit que des merveilles de l'art antique1 ses yeux se dessillrent1 son got s'pura1 et1 pour la premire fois1 il apprcia leur juste valeur les oeuvres des peintres de son temps4 ,l'esprit se dbarrasse plus facilement des habitudes prises que la main2 aussi ,david vit-il tout ce qu'il avait faire longtemps avant de pouvoir raliser ses projets de rforme2 et cette poque de sa vie est sans doute celle o il a dploy le plus de courage et de constance1 pour se corriger des dfauts qui lui avaient t inculqus et prendre entire possession de lui-mme4 ,on peut rsumer les efforts et les progrs que ,david a faits pendant sa longue carrire en citant les tableaux les plus parfaits traits dans chacune des manires qu'il a adoptes1 depuis le ,saint ,roch1 peint en #aggi1 jusqu'au ,couronnement de ,napolon1 termin en #ahaj4 ,dans le premier de ces ouvrages1 on aperoit encore l'empreinte du vieux style acadmique2 mais dans les ,horaces 7#aghd71 ,david apparat comme un homme nouveau1 matre de diriger son talent selon sa volont et son got4 ,quelques parties de cet ouvrage peuvent soulever des critiques2 mais aucun tableau1 soit des maitres anciens1 soit des contemporains de ,david1 n'a le moindre rapport avec les ,horaces4 ,ce fait incontestable explique et justifie l'enthousiasme avec lequel il fut reu au ,salon de #aghe1 et comment1 partir de ce moment1 ,david fit cole4 ,deux ans aprs 7#aghg7 paraissait la ,mort de ,socrate1 composition suprieure celle des ,horaces1 la plus parfaite peut-tre que ,david ait conue4 ,dans cet ouvrage1 l'artiste se montre plus original par l'tude heureusement combine de la nature et de l'antiquit4 ,l'appareil un peu thtral des deux groupes des ,horaces ne se retrouve point dans le ,socrate1 o d'ailleurs l'lvation du style ne nuit en rien au naturel de la scne et des personnages4 ,les ,horaces et le ,socrate1 telles sont les deux productions capitales de la premire manire de ,david4 ,on n'y trouve plus trace de la vieille cole acadmique2 mais l'oeil exerc du connaisseur peut encore y reprendre quelque chose de tendu dans l'excution et de recherch dans le coloris4 ,la seconde transformation de son talent concide avec la grande rvolution de #aghi1 et il ne reste comme tmoignage de ce changement que deux tableaux3 l'un dont on n'a qu'une esquisse dessine et le trait sur la toile1 le ,serment du ,jeu de ,paume 7#agij71 l'autre1 ,marat1 l'une des productions les plus simples et les plus originales qu'ait laisses ,david 7#agic74 ,en comparant les ,horaces et le ,socrate au ,marat1 il serait impossible1 si l'on n'tait pas prvenu1 de croire que le mme peintre a excut ces tableaux six ou huit ans de distance1 tant sa manire s'est simplifie et agrandie4 ,c'est au milieu de l'emportement des passions politiques les plus violentes que ,david produisit ce dernier ouvrage1 dont lui-mme1 il l'a dit bien des fois1 ne reconnut tout le mrite que lorsque1 plus calme1 il oublia sa triste idole et put en considrer l'image terrible comme une oeuvre d'art4 ,en se renouvelant1 le talent du grand artiste avait mri2 il semble mme que le malheur ait modifi les ides gigantesques qu'il s'tait faites de l'art la tribune de la ,convention4 ,en prairial an ,,iii 7#agid71 pendant sa dtention au ,luxembourg1 il conut la premire ide du tableau des ,sabines1 termin en #ahjj4 ,une disposition saillante de l'esprit de ,david fut qu'au lieu de se croire arriv la perfection1 comme la plupart des hommes qui ont obtenu de grands succs1 il obissait une voix intrieure1 qui lui criait sans cesse de faire encore mieux2 que l'homme n'arrive jamais la perfection et qu'il doit toujours s'efforcer de parvenir un degr suprieur celui qu'il a atteint4 ,quant son dernier grand ouvrage1 le ,couronnement de ,napolon 7#ahaj71 si la nature du sujet n'a pas permis ,david de dployer les qualits essentiellement artistiques qui brillent avec tant d'clat dans les ,sabines1 le style en est si majestueux et si simple tout la fois2 l'effet gnral en est si beau1 le coloris si vrai1 et toute la partie principale de la composition1 depuis l',empereur et l'impratrice jusqu'au pape et au clerg qui l'entoure1 est traite avec une telle supriorit1 que l'on peut affirmer que ,david a abondamment fait preuve dans cet ouvrage de toutes les belles qualits dont il avait montr sparment les germes dans ses productions prcdentes4 ,les ,horaces1 le ,socrate1 le ,marat1 les ,sabines et le ,couronnement sont donc les grands jalons qui indiquent la marche ascendante de ,david dans son art4 ,mais l ne se bornent pas son mrite et sa gloire1 car il a droit une place trs-leve comme chef d'cole4 ,a cet gard on ne peut mieux rsumer ses titres qu'en rappelant les noms de ses plus clbres lves3 ,drouais1 ,wicar1 ,fabre1 ,girodet1 ,grard1 ,gros1 ,granet1 ,revoil1 ,richard-,fleury1 ,daguerre1 ,bouton1 et ,lopold ,robert1 parmi ceux qui ne sont plus2 puis1 ,,mm4 ,isabey pre1 ,ingres et ,schnetz4 ,l'influence exerce par ,david s'est mme tendue jusque sur la statuaire2 car1 indpendamment de ,chaudet et ,dejoux1 qui le consultaient souvent1 c'est de son cole que sont sortis plusieurs sculpteurs habiles1 entre autres ,bartolini de ,florence1 l',espagnol ,alvarez1 ,tieck1 le frre du fameux pote allemand1 et ,,mm4 ,valois et ,rude4 ,depuis #aghh1 poque de la mort de ,drouais1 le premier lve clbre de ,david1 jusqu'au jour o ce livre est publi 7#ahed71 ,m4 ,schnetz tant directeur de l'cole de ,france ,rome1 et ,m4 ,ingres exerant son art ,paris1 ainsi que son habile lve1 ,m4 ,flandrin1 il s'est coul soixante-cinq annes1 pendant lesquelles les grands principes de l'cole de ,david ont t observs sans interruption1 malgr les nombreuses attaques dont ils ont t l'objet et travers les variations presque annuelles du got dans notre pays4 ,quant une thorie proprement dite1 ,david n'en eut pas1 car on ne peut donner ce nom aux systmes purement imaginaires sur l'art qui lui furent souffls et qu'il dbita emphatiquement la tribune de la ,convention4 ,on ne saurait trop le redire3 ,david tait un homme d'instinct1 toujours entran par les ides qui le dominaient successivement2 et dans le cas o l'on voudrait faire de lui un homme systmes1 il faudrait dire qu'il a adopt et suivi quatre thories1 ou plutt quatre manires1 principalement caractrises par les ,horaces1 le ,marat1 les ,sabines et le ,couronnement de ,napolon4 ,aprs avoir considr les ouvrages et le talent de ,david sous leurs diffrents aspects1 il reste indiquer la place que ce peintre mrite d'occuper parmi les artistes ses contemporains1 puis dterminer la valeur de ses oeuvres relativement celles des grands matres du ,x,v,ie sicle4 ,quant au premier point1 il n'est pas vraisemblable qu'on lui dispute aujourd'hui la supriorit qui lui fut gnralement accorde pendant sa vie2 mais il est moins facile de faire une apprciation comparative de ce matre moderne avec ceux qui vivaient il y a trois sicles4 cette dernire poque1 les ides et les habitudes religieuses tant familires toutes les classes de la socit1 les sujets qui en drivent taient compris et accueillis de tout le monde4 ,les artistes1 trouvant une thorie et une potique consacres par un long usage1 s'y conformaient sans rflexion1 comme on obit une loi tablie depuis longtemps4 ,or1 rien n'est plus favorable au dveloppement du talent des artistes que la permanence du got fond sur des croyances srieuses1 et l'on ne fait pas assez d'attention l'immense avantage qu'ont eu les peintres de la ,renaissance en n'prouvant pas1 ainsi que ceux de nos jours1 l'embarras que causent incessamment la recherche et le choix des sujets de peinture4 ,en lisant dans ,vasari que l'intelligence de ,prugin tait si paisse que l'on ne put jamais y faire pntrer l'ide de l'immortalit de l'me1 et que1 d'autre part1 on voit les peintures religieuses et vraiment angliques du matre de ,raphal1 on est bien forc de conclure que ce bon ,prugin1 imbib1 satur de l'atmosphre religieuse et monacale au milieu de laquelle il vivait1 a obi aux exigences de son sicle et a fait des chefs-d'oeuvre en quelque sorte son insu4 ,depuis longtemps on n'en est plus l2 la potique religieuse1 celle que fournit la mythologie1 car toutes deux marchrent de front pendant trois sicles1 ont cess presque tout coup d'chauffer le gnie des artistes et de satisfaire aux gots des amateurs4 ,entre la fin du ,x,v,i,ie sicle et le commencement du ,x,v,i,i,ie se dveloppa une ide nouvelle3 on prtendit qu' la faveur de la libert du choix des sujets1 le gnie des artistes1 dgag de toute entrave1 prendrait un essor plus hardi1 plus vigoureux1 et s'lancerait dans des sphres immenses et inconnues jusque-l4 ,de cette poque date l'introduction de ce que l'on appelle encore aujourd'hui tableau d'histoire1 oeuvre conue et excute sans destination prcise1 sans que le sujet ait ordinairement aucun rapport avec l'difice et la place que sa dimension et le hasard permettent de lui assigner1 et qui1 faute de cette dernire faveur1 est enfin relgu dans un de ces hpitaux de la peinture auxquels on donne le nom fastueux de muses4 ,telle tait la direction donne l'art de la peinture1 lorsque ,david exposa ses tableaux des ,horaces et de ,brutus 7#aghe et #aghi71 commands par un des ministres de ,louis ,,xvi4 ,or1 voici quelle a t la destine relle de ces deux tableaux4 ,ils portent seize pieds de long sur douze de haut environ1 et consquemment ne peuvent trouver de place que dans l'une des grandes salles d'un difice public2 premire difficult4 ,ensuite1 du nombre des monuments auxquels de pareils sujets pourraient convenir1 il faut retrancher d'abord les glises1 puis ,versailles1 les ,tuileries1 et toutes les rsidences alors royales4 ,l'htel de ville1 le palais de justice et les ,invalides ne pouvaient admettre aussi de pareils tableaux dans leur enceinte4 ,qu'arriva-t-il donc8 que les deux ouvrages de ,david1 malgr leur mrite et leur grande clbrit1 restrent l'auteur1 qui les plaa dans un de ses ateliers au ,louvre1 l'atelier des ,horaces1 o ils ont demeur jusqu'en #ahjb1 poque laquelle ils furent achets par le gouvernement pour tre placs au ,louvre1 o ils sont encore4 ,ce dfaut de destination prcise pour les ouvrages d'art1 cette espce de loterie laquelle les peintres sont forcs de jouer continuellement pour veiller la curiosit du public par la varit des sujets1 tels sont les grands obstacles que ,david a si souvent rencontrs dans sa carrire1 et qu'il n'a surmonts en partie que par la franchise et la vigueur de son talent4 ,il a donc manqu ,david1 ainsi qu' tous ceux de son temps dont le gnie tait port vers les beaux-arts1 ce qui a si puissamment aid les artistes des ,x,i,ve1 ,x,ve et ,x,v,ie sicles en ,italie3 un public qui et une croyance vraie ou factice1 mais fortement empreinte dans son imagination4 ,sans cet lment1 sans ce lien1 sans ce langage commun entre les artistes et les populations1 il est impossible1 quelle que soit la force1 l'lvation du talent1 de produire des choses rellement grandes1 parce que les grands ouvrages ne sont que la haute expression des ides et des opinions gnralement adoptes par un peuple4 ,lorsque1 vers #aghd1 ,david1 si heureusement dou par la nature1 se sentit en tat de produire1 jamais peut-tre le conflit des opinions contraires n'avait encore excit une telle tempte dans les ides4 ,aussi le voit-on jusqu'en #agib1 avant que les passions politiques eussent pouss les hommes vers une certaine unit accidentelle1 traiter les sujets les plus disparates et la plupart sans vritable destination2 aussi est-ce comme l'aventure qu'il a peint successivement la ,peste de saint ,roch1 la danseuse ,mlle ,guymard1 les ,horaces1 ,pris et ,hlne1 ,andromaque1 ,brutus et ,socrate1 jusqu'en #agij4 ,dj le talent pratique de ,david tait fort dvelopp2 cependant la diversit des sujets1 tout en faisant briller la flexibilit de son pinceau1 avait suspendu jusque-l l'exercice d'une des facults les plus importantes d'un artiste1 celle d'imprimer dans l'imagination des hommes la trace profonde et ineffaable de ce qu'il a senti le plus vivement1 de ce quoi il a cru4 ,par une fatalit dplorable1 ,david n'a cru qu' la rpublique de #agic et n'a eu qu'une idole1 ,marat4 ,c'est regret que nous revenons sur cette triste circonstance1 mais cela est indispensable pour expliquer l'un des principaux mystres de l'art4 ,pleurez1 dit ,horace1 si vous voulez que je pleure2 et1 en effet1 peintres ou crivains1 nul ne fera natre une motion forte dans l'me des autres s'il ne l'a pas prouve lui-mme1 au moins momentanment4 ,jusqu' la composition du ,jeu de ,paume et du tableau de ,marat1 les ouvrages de ,david peuvent tre considrs comme de nobles jeux de son esprit et de son imagination2 mais ds que1 pouss par l'ouragan rvolutionnaire1 il mit sur la toile ,bailly1 ,mirabeau1 ,barnave1 ,robespierre et enfin ,marat1 au lieu de consulter les chos vagues et lointains de l'histoire d',athnes et de ,rome1 il se sentit tout coup aux prises avec la ralit1 avec la vie qu'il voulait exprimer4 ,aussi le ,marat1 s'il n'est pas prcisment le chef-d'oeuvre du matre1 doit-il tre regard comme le premier ouvrage de sa main o percent toute la puissance et l'originalit de son talent4 ,il avait vu1 il avait senti ce qu'il a peint1 et ce fut un trait de lumire qui lui fit envisager son art sous un point de vue tout nouveau4 ,de cet essai1 fruit d'un enthousiasme rel1 sont rsults d'abord les ,sabines1 puis le ,couronnement1 les deux chefs-d'oeuvre de ,david2 car1 malgr la diversit de ces sujets et le peu de rapport qu'ils ont heureusement avec celui de ,marat1 la composition et l'excution de ces trois tableaux drivent du mme principe3 le renoncement toute pratique1 toute manire usite jusque-l par les grands matres et par ,david lui-mme1 pour obtenir une imitation vraie1 simple et noble de la nature4 ,ce n'est point dans la composition que brille particulirement l'originalit de ,david2 il fut trop proccup pendant toute sa carrire du soin de combattre et de rformer le systme vicieux d'imitation suivi en ,europe depuis la dcadence de l'cole des ,carraches jusqu'aux faibles successeurs de ,c4 ,le ,brun1 pour avoir pu porter toute son attention sur l'art de dvelopper et de faire valoir une ide4 ,son grand mrite consiste avoir refait la grammaire et la syntaxe de l'art de peindre1 que ses prdcesseurs avaient si trangement corrompues4 ,il apprit d'abord pour son compte1 puis enseigna d'autres dessiner1 peindre et colorier avec vrit et distinction1 ce que personne ne faisait plus avant lui1 il y a soixante ans4 ,comme chef d'cole1 il doit donc tre plac au rang des grands matres1 avec cette distinction particulire qu'il est celui de tous qui a form le plus grand nombre d'lves habiles1 sans qu'aucun d'eux soit devenu son imitateur1 loge que l'on pourrait peut-tre donner ,raphal1 mais qui ne peut tre accord ,lonard de ,vinci et encore moins au grand ,michel-,ange4 ,mais parmi ces hommes fameux1 quel rang faut-il assigner ,david comme dessinateur1 comme interprte de la forme8 ,n et lev au milieu du ,x,v,i,i,ie sicle1 ,david1 dont le naturel n'tait rien moins que port aux sentiments tendres et aux rveries gracieuses de l'imagination1 avait dj produit les ,horaces1 sans que son instinct lui et fait pressentir le mode qui convenait le mieux son talent4 ,selon toute apparence1 il fut arrach cette incertitude par le hasard qui le fit tomber ,rome prcisment lorsque la passion des ouvrages de l'antiquit1 surexcite par la dcouverte rcente des villes d',herculanum et de ,pompi1 dtermina le renouvellement complet de l'art4 ,jusque-l1 flottant sans tre guid par une thorie1 et n'ayant pas le gnie de s'en crer une1 ,david accepta avec empressement le systme d'archasme prpar par ,winkelmann et quelques savants1 et ds ce moment il marcha d'un pas toujours plus ferme dans la carrire4 ,entre le retour vers les ides de l'antiquit la fin du ,x,ve sicle et l'archasme adopt au milieu du ,x,v,i,i,ie1 il y a une diffrence dont il faut tenir compte4 ,au temps de la ,renaissance1 les savants et les artistes1 loin de faire entre les ouvrages de l'antiquit des distinctions de temps1 de got et de style1 les confondaient peu prs tous dans la chaleur de leur admiration2 de telle sorte que les compositions1 celles mme des premiers artistes1 furent des espces de macdoines1 plus souvent produites par le hasard de la dcouverte de certaines antiquits que par la rflexion4 ,l'archasme moderne1 au contraire1 fruit de la science et du raisonnement1 a t provoqu par des antiquaires1 par des savants1 et il se sentira toujours de cette origine4 ,un enthousiasme souvent dsordonn entranait les artistes de la ,renaissance2 le calcul domine toujours dans les productions modernes4 ,cette distinction n'est pas frivole3 elle peut aider faire l'apprciation comparative de l'art d'exprimer les formes1 c'est--dire de l'art du dessin et du model1 comme l'ont trait de leur temps ,lonard de ,vinci1 ,raphal et ,michel-,ange1 et tel que nous le retrouvons dans les ouvrages de ,david4 ,dans le petit nombre de tableaux authentiques qui restent de ,lonard de ,vinci1 il y a peu de figures nues4 ,la composition du ,cnacle ,milan et celle de la ,vierge assise sur les genoux de sainte ,anne sont celles o les personnages de grandeur naturelle offrent le dveloppement le plus complet4 ,dans ce dernier groupe1 outre l'art du dessin qui y est si savamment trait1 le peintre a rpandu sur tout cet ouvrage un charme1 une vnust1 pour rappeler un mot latin qui nous manque1 dont aucune production moderne n'est aussi profondment empreinte2 et si jamais l'expression peint avec amour a d tre applique un tableau1 c'est certainement celui de la ,sainte ,anne4 ,eh bien6 c'est cet amour profond et respectueux de la forme qui caractrise particulirement le talent de ,lonard de ,vinci et des grands peintres de la ,renaissance4 ,cet amour1 cette interprtation intelligente de la nature1 mais plus passionne1 plus pittoresque encore1 est aussi ce qui donne tant de puissance et d'attrait aux ouvrages de ,raphal4 ,moins exact1 moins correct que ,lonard de ,vinci1 ,raphal a parfois laiss chapper des incorrections matrielles2 mais ces peccadilles1 qu'il faut chercher avec soin pour les dcouvrir1 sont comme les fautes de grammaire que quelques pdants ont trouves dans les vers de ,racine ou dans la prose de ,bossuet2 elles disparaissent au milieu des radieuses beauts qui les entourent4 cet amour du beau1 du dlicat dans la forme1 qui conduisit ,lonard de ,vinci et ,raphal continuer instinctivement l'art dans la voie ouverte par les anciens1 succde une espce d'amour passionn pour la forme1 que l'imagination gigantesque de ,michel-,ange ,bonarotti exagra outre mesure4 ,de son temps mme1 et malgr les applaudissements prodigus son ,jugement dernier1 s'leva contre lui le reproche de multiplier plaisir le nombre des muscles du corps humain1 de donner quelques-uns de ses personnages des attitudes et des mouvements impossibles4 ,l'exactitude et la correction matrielles proccupaient si peu ce gnie fougueux1 que plus d'une fois le marbre lui a manqu pour achever ses statues1 faute d'avoir pris les prcautions que le plus humble des praticiens de nos jours se garderait de ngliger4 ,mais le mtier de praticien s'apprend1 tandis qu'il faut tre dou1 comme un ,michel-,ange1 d'une intuition extraordinaire de la forme pour l'exagrer sans sortir du vrai1 au point d'avoir la facult de reprsenter des tres humains dont la puissance vitale et intellectuelle semble tre dcuple de la ntre4 ,david n'a eu un degr suprieur ni cette disposition amoureuse de la forme qui distingue ,lonard de ,vinci et ,raphal1 ni cette audace potique qui fit crer ,michel-,ange un monde de gants4 ,la qualit minente de ,david est d'tre un peintre vrai4 ,il ne composait ni ne peignait la manire de ,virgile ou d',eschyle2 son vritable modle est ,tite ,live1 dont les tableaux nobles1 levs1 nergiques1 ont toujours pour fond la ralit4 ,au surplus1 ce jugement est celui que ,david portait de lui-mme4 ,depuis les trois grands matres italiens1 ,david est certainement celui qui a exprim la forme1 qui a dessin et model1 pour parler la langue technique1 avec le plus de puret et d'lvation4 ,aprs tout1 si puissant que soient le gnie et la volont de certains artistes1 comme les autres hommes1 ils sont toujours tellement modifis par les opinions et les prjugs de leur temps1 qu'il serait bien difficile d'imaginer ce que ,raphal et ,michel-,ange auraient produit s'ils eussent t les contemporains de ,louis ,,xv1 de ,voltaire1 de ,mirabeau et de ,robespierre1 et d'imaginer la direction qu'aurait prise le gnie de ,david1 si cet artiste1 accoutum ds l'enfance respecter les institutions et les hommes qui gouvernaient la socit1 et t protg1 caress et combl de biens par ,lon ,x1 comme ,raphal1 ou employ d'immenses travaux par ,jules ,,ii1 ,paul ,,iii et les ,mdicis1 ainsi que cela est arriv l'auteur de la chapelle ,sixtine et de la coupole de ,saint-,pierre de ,rome4 ,laissons donc les anciens matres italiens1 et terminons en considrant ,l4 ,david comme peintre franais1 afin de lui assigner la place qui lui est due parmi ceux de ses prdcesseurs qui se sont le plus distingus dans notre pays1 partir de ,n4 ,poussin et d',e4 ,le ,sueur4 ,ces deux grands hommes ont eu ce mrite suprme1 qu'tant ns une poque o la peinture italienne1 en pleine dcadence1 servait cependant de modle presque tous ceux qui maniaient le pinceau en ,europe1 seuls ils ont eu la volont et la force de rsister cette dplorable influence4 ,l'un solitaire et studieux1 au sein de cette ,rome si turbulente et si corrompue alors1 se corrigea patiemment des dfauts que sa premire ducation de peintre lui avait fait contracter4 ,poussin s'abstint de regarder les ouvrages des artistes modernes1 ne fixa son attention que sur ceux des grands matres1 et se trouva graduellement port n'admirer et n'tudier1 comme modles entirement purs1 que ce qui a t produit par l'antiquit4 ,solitaire aussi1 mais ,paris1 mais loin de cette ,italie possdant presque exclusivement alors toutes les richesses d'art1 ,e4 ,le ,sueur1 guid seulement par les copies graves des ouvrages de ,raphal et de quelques grands matres1 pauvre et squestr du monde1 deux conditions1 il est vrai1 qui favorisent souvent l'essor du gnie1 chappa aussi la triste influence des derniers peintres italiens transmise en ,france par ,simon ,vouet2 tandis que ,charles ,le ,brun1 son condisciple1 entran sans doute plutt par la ncessit de faire face aux grands travaux qui lui furent confis que par son got et ses instincts1 qui taient levs1 fit prendre l'cole franaise la fausse route ouverte par ,carle ,marotte et ,pietre de ,cortone1 et la poussa ds son origine vers la dcadence o elle tait tombe quand ,david parut4 ,d'aprs cet aperu rapide de la marche de l'art en ,france de #affj #agge1 on voit qu' un peu plus d'un sicle de distance1 ,david1 se trouvant dans des conditions analogues celles o avaient t ,n4 ,poussin et ,e4 ,le ,sueur1 fut aussi forc de rompre en visire avec les artistes de son temps1 de remonter peu peu de l'tude des grands matres celle de l'antiquit1 et d'exercer son art d'aprs des principes nouveaux2 effort courageux et si rare1 qu'il faut remonter jusqu' nos deux premiers grands peintres1 ,poussin et ,le ,sueur1 pour en retrouver l'exemple4 ,mais il y a trop de diffrence1 soit en ,italie1 soit en ,france1 entre les ides admises au commencement du ,x,v,ie sicle et celles du milieu du ,x,v,i,ie1 pour qu'il soit possible de comparer les lments potiques des compositions des anciens matres italiens et de nos deux grands peintres franais4 plus forte raison l'embarras s'accroit-il1 si ces apprciations on cherche ajouter celle de ce que les ouvrages de ,david renferment de potique4 ,ces trois sicles ont eu une vie intellectuelle propre chacun d'eux1 et chaque poque les ouvrages d'art en ont fidlement conserv et transmis le reflet4 ,au temps de ,michel-,ange et de ,raphal1 les sujets tirs de la ,bible ou de la mythologie faisaient admettre le merveilleux4 ,dj vers la moiti de sa carrire1 le ,poussin1 renonant l'emploi des symboles et de l'allgorie1 s'attachait la ralit4 ,quant ,david1 entran tout la fois par les ides de son temps et par une tude plus exacte et plus profonde de l'art des anciens1 l'instar de l'cole grecque1 il mit toute son application chercher et rendre la posie de la forme1 travers laquelle s'chappent la vie et la pense1 au lieu de suivre le systme oppos1 adopt par les artistes modernes1 et qui consiste rendre l'ide sans trop se soucier de la forme qui l'exprime4 ,tels sont les efforts faits par ,david pendant toute sa vie1 et dont le rsultat le plus brillant1 et presque complet1 est le tableau des ,sabines1 ouvrage puissant1 plus original qu'on ne le pense encore1 et qui1 aprs avoir dj triomph de toute espce de critique pendant plus d'un demi-sicle1 sera toujours compt1 selon toute apparence1 au nombre des premiers chefs-d'oeuvre de l'cole franaise4 ,,liste4 ,,des ,l,,ves ,,de ,,louis ,,david1 ,,depuis #aghj ,,jusqu',,en #ahaf4 ,abel de ,pujol 1 ,institut4 ,alberti4 ,allais4 ,allier1 sculpteur4 ,alvarez1 sculpteur espagnol4 ,aparicio4 ,auger4 ,augustin4 ,bain1 graveur4 ,barbier-,valbonne 4 ,bataglini4 ,bailly4 ,bayard4 ,beaudoin4 ,beauvoir4 ,beaugard4 ,bellefonds 7les frres74 ,bergeret 4 ,bernier4 ,berthon 4 ,besselivre1 miniaturiste4 ,bither4 ,bodard1 miniaturiste4 ,bonvoisin4 ,bourgeois1 dit ,perroquet4 ,bourgeot4 ,bourgeois1 paysagiste4 ,bourgeois4 ,bosio1 an1 peintre4 ,bouch4 ,bouchet4 ,bouchot 4 ,broc 4 ,bruslard 7le marquis de74 ,bruloy4 ,buguet4 ,bulgari1 ,grec4 ,cagnot4 ,cailier4 ,camerenda4 ,caminade 4 ,camus 7,ponce74 ,chambray1 ingnieur4 ,chandepie4 ,carbonnier4 ,casanova4 ,cathelineau4 ,cayer4 ,chaix 7deux de ce nom74 ,chry4 ,clesse4 ,cochereau1 peintre de genre4 ,collet4 ,collot4 ,colombet4 ,colson4 ,constantin1 de ,smyrne4 ,cotteau1 dessinateur4 ,couder 1 ,institut4 ,crignier4 ,craft1 de ,colmar4 ,damame4 ,d',aubusson 7le marquis74 ,david 7d',angers7 1 ,institut4 ,debourge1 ingnieur4 ,debret 7,j4 ,b474 ,degeorge4 ,d',hardivilliers4 ,d',hautpoult 7marquis gnral d'7 ,c4 4 ,delaille1 ,corse4 ,delafontaine1 ciseleur4 ,delanoue4 ,delaperche4 ,delaroche 7,jules74 ,delaville4 ,delavoipierre1 de ,rouen4 ,delcluze 7,e4 ,j47 4 ,delorme1 miniaturiste4 ,demontabert 7,paillot7 4 ,drolling 1 ,institut4 ,drouais 7,j4 ,g474 ,desaint 4 ,desaubiers4 ,destoucbes4 ,desormerie1 musicien4 ,despois4 ,devze4 ,desvosge 7,anatole74 ,devienne4 ,devillers 7,georges74 ,devouge4 ,dubois4 ,dubois1 antiquaire4 ,dubufe1 pre 4 ,ducis 4 ,duffau4 ,dumont 1 ,institut4 ,dumont4 ,dupavillon4 ,dupont4 ,dupr 7,louis7 4 ,durand1 amateur de tableaux4 ,duval ,le ,camus 4 pinat4 this4 ,espercieux1 statuaire4 ,fabre 7de ,montpellier7 4 ,franque 7,joseph74 ,fontenay4 ,fouques4 ,franque 7,pierre7 4 ,fragonard 7,alexandre74 ,gachot4 ,gaillot 4 ,gatan4 ,galimard4 ,garnerey 7,f4 ,j474 ,garreau4 ,gassies4 ,gaston4 ,gauffier1 pensionnaire4 ,gautherot4 ,genty4 ,grard 7,franois71 baron1 ,o4 1 ,institut4 ,girodet de ,trioson 7,a4 ,l471 ,c4 1 ,institut4 ,giroust1 statuaire4 ,godefroy4 ,gondret4 ,gossard1 graveur4 ,gossuin4 ,goupilleau de ,fontenay1 fils4 ,granet1 ,o4 1 ,institut4 ,grandin1 de ,louviers4 ,granger 4 ,grgorius1 de ,bruxelles4 ,grenier4 ,gros1 baron1 ,o4 1 ,institut4 ,gudin4 ,gu 7,j4 ,m474 ,guillemot 4 ,harriet 7,f4 ,j474 ,hennequin4 ,hervier1 miniaturiste4 ,hesse1 pre4 ,hollier1 miniaturiste4 ,houdetot 7le comte d'7 4 ,hubert4 ,hue1 fils4 ,huin 7les deux frres74 ,huyot1 arch4 1 ,institut4 ,ingres1 ,c4 1 ,institut4 ,isabey1 pre1 miniaturiste1 ,o4 4 ,jacques1 miniaturiste4 ,jeuffrain1 de ,tours4 ,laby4 ,lacroix 7,pierre74 ,lafaye1 de ,grenoble4 ,laguiche4 ,langlois1 de ,rouen1 antiquaire4 ,langlois 1 ,institut4 ,lamadelaine 7de74 ,laneuville1 portraitiste4 ,larivire1 pre4 ,lavalette4 ,laville ,le ,roux 7,mme ,benoit74 ,laville ,le ,roux 7,mlle74 ,lavit1 professeur de perspective4 ,lebel 7,c4 ,j474 ,lebrun1 peintre4 ,le ,brun 7,topino74 ,lebrun1 architecte4 ,le ,cerf4 ,lemaire4 ,lg1 ami de ,gros4 ,legendre4 ,lemasle4 ,leroy4 ,leroux1 graveur4 ,letronne1 antiquaire1 ,c4 1 ,institut4 ,letronne1 frre du prcdent4 ,lisignol1 de ,genve4 ,loche4 ,lubin1 dcapit1 #aj thermidor4 ,lullin 7,a471 de ,genve4 ,macipe4 ,madrazo 7,d4 ,jos de74 ,madou1 ,belge4 ,massard1 an4 ,massard 7,flix74 ,massard 7,v474 graveur4 ,mlion4 ,mendouze4 ,mercier 7,napomucne71 ,institut4 ,mergerie4 ,meslin4 ,milon4 ,mongetz 7,mme74 ,moll1 ,belge4 ,monrose1 frre de l'acteur4 ,moreau1 peintre4 ,moreau 7,c71 archit4 et peintre4 ,moriez4 ,mourette1 fameux joueur d'checs4 ,mouron4 ,mulard4 ,mullard1 deuxime du nom4 ,muller1 graveur4 ,musson4 ,mutin4 ,naigeon1 pre4 ,naigeon1 fils4 ,navet4 ,navetz1 de ,bruxelles4 ,odevaere1 ,belge4 ,paradis4 ,parseval de ,grandmaison 1 ,institut4 ,parizeau4 ,pt-,desormes4 ,patry 4 ,pelletier4 ,pernaux1 professeur ,versailles4 ,perri1 de ,nmes4 ,peron 7,alexandre74 ,peyranne4 ,pimentel4 ,peytavin4 ,pichaux1 dessinateur1 architecte4 ,paelinck1 ,belge4 ,poisson4 ,poussin 7,a71 ,bourbon4 ,prial4 ,prot4 ,quay 7,maurice74 ,queylar 7,paulin du74 ,raffeneau de ,lisle4 ,rathier4 ,remy4 ,rtig4 ,reven4 ,revoil1 de ,lyon 4 ,reverdin 7,g47 de ,genve4 ,richard-,fleury1 de ,lyon4 ,richard1 professeur4 ,ribera4 ,riesner1 portraitiste4 ,rioult4 ,ris4 ,robert 7,lopold7 4 ,robert4 ,robin4 ,rogues 7,g471 de ,toulouse4 ,roland1 de la ,jamaque4 ,roquefort1 antiquaire4 ,rouen-,delignire4 ,rouget 4 ,rouillard1 portraitiste 4 ,rude1 statuaire4 ,rumeau4 ,rutxhiel1 statuaire4 ,saint-,aignan 7le ,cte de71 ,o4 4 ,saint-,omer4 ,saint-,romain 7de74 ,saurin4 ,sauv1 graveur4 ,schnetz 7,v471 ,o4 4 ,schnetz1 deuxime du nom4 ,schwekle1 ,allemand1 statuaire4 ,sedaine1 fils1 architecte4 ,senave4 ,simon4 ,smitz1 dit l',espagnol4 ,souchon4 ,souflot fils4 ,stapleaux1 ,belge4 ,svoboda4 ,suau4 ,taban4 ,tarin4 ,ternie4 ,tieck1 de ,berlin1 statuaire4 ,taunay1 sculpteur4 ,vinach1 an1 ingnieur4 ,vinache1 jeune4 ,vincent 7,f4 ,p47 ,valois1 statuaire 4 ,vallin 7,mme ,nanine74 ,vanderval4 ,vanestadt4 ,vangael4 ,vanheglen4 ,varlencourt4 ,vaudran4 ,vermay4 ,veron-,bellecourt1 p4 de fleurs4 ,wicar4 ,wolf4 ,,appendice4 ,pour complter autant qu'il est possible ce qui se rattache l'histoire de l'cole de ,david1 et en particulier celle de la secte des ,penseurs1 ne dans son sein1 nous ajoutons ce volume deux pices publies ce sujet en #ahcb4 ,l'une1 les ,barbus d' prsent et les ,barbus de #ahjj1 est comprise dans le ,v,i,ie volume des ,cent-un2 l'autre1 qui parut quelque temps aprs1 est un article que feu ,charles ,nodier publia dans le journal le ,temps1 la date du #e octobre #ahcb4 ,le jour quelque peu diffrent sous lequel les auteurs de ces deux pices ont envisag le caractre de ,maurice ,quay1 et la secte dont il fut le chef1 prsentera peut-tre quelque intrt4 ,sans prtendre donner ce mouvement intellectuel1 qui n'a fait que paratre et s'arrter1 une importance qu'il n'a point eue et qu'il ne pouvait avoir1 le souvenir mrite d'en tre conserv par cela seul que la secte fonde par ,maurice ,quay1 et dont ,charles ,nodier a fait partie pendant les dernires annes du ,x,v,i,i,ie sicle et les quatre premires du ,x,i,xe peut donner une ide de l'esprit qui animait une partie de la jeunesse vers #ahjj1 alors que1 revenue des exagrations rvolutionnaires et irrligieuses de #agic1 et aprs avoir pass par les moineries des thophilanthropes1 la ,france tait ramene par une pente invincible vers les autels chrtiens que le premier consul venait de relever4 ,,les ,,barbus ,d' ,,pr,,sent ,,et ,,les ,,barbus ,,de #ahjj4 ,je me suis toujours ras1 cependant j'ai eu autrefois et j'ai encore aujourd'hui des amis qui ont eu et ont la manie de porter leur barbe1 de s'habiller d'une manire trange et bizarre2 de se donner beaucoup de peine1 en un mot1 pour ne pas avoir l'air d'tre de leur pays1 de leur sicle1 de leur temps4 ,au nombre de ces amis1 de ces connaissances1 il s'est trouv et il se trouve encore des hommes qui n'ont manqu ni d'esprit1 ni de mrite1 ni mme de talent4 ,or1 il n'y a que les bizarreries des sots qui ne m'occupent pas4 ,quant celles des gens d'une certaine toffe1 je les observe1 je les tudie mme volontiers et avec soin1 comme on coute avec d'autant plus d'attention la touche fausse d'un instrument qu'on dsire le mettre d'accord4 ,j'ai donc eu deux gnrations d'amis barbus4 ,les uns1 de #agii #ahjc2 les autres1 depuis #ahbg1 ce que je crois1 jusqu' l'anne prsente #ahcb4 ,remontons d'abord l'histoire des premiers4 ,on sait que la rvolution qui s'est opre dans les beaux-arts et dans la science de l'antiquit en ,europe a prcd la grande rvolution politique de la ,france de quelques annes4 ,les tudes srieuses que ,heyne et ,winkelmann tirent sur les crits et les monuments de l'antiquit ayant remis le ,grecs et les ,romains en faveur1 il est assez naturel de croire que cette prdisposition des esprits put contribuer donner aux rvolutionnaires politiques de #aghi cette tendance qu'ils ont eue nous gouverner1 nous habiller mme la ,spartiate et la romaine4 ,quoi qu'il en soit1 le fait est que cette manie d'imiter les anciens s'est empare alors1 sinon des meilleurs esprits1 au moins des plus nergiques et des plus entreprenants4 ,les arts d'imitation1 les thtres1 la littrature en gnral et jusqu'aux ameublements1 tout se ressentit de cette fureur d'imiter les ,romains d'abord1 puis1 plus tard1 les ,grecs4 ,ce fut quelque temps aprs la terreur que la connaissance des vases grecs1 dits trusques1 devint plus familire aux artistes2 et c'est de cette poque que date prcisment le got pour les formes et les ornements grecs1 dont on lit l'application aux modes de femmes1 la dcoration des appartements et aux ustensiles les plus communs4 ,mes premiers amis barbus taient de ce temps4 ,jusque-l ils s'taient rass et vtus comme tout le monde4 ,mais il arriva que ,david1 dont ils taient lves ainsi que moi1 venait d'exposer son tableau des ,sabines4 ,cet ouvrage1 qui excita l'admiration du public1 n'eut pas l'approbation entire de quelques disciples du matre4 ,ces jeunes gens osrent hasarder d'abord des critiques lgres1 puis plus graves1 tant qu'enfin le jugement port sur ce tableau fut qu'il y avait bien quelque bonne intention de marcher dans la voie des ,grecs1 mais qu'on n'y trouvait rien de simple1 de grandiose1 de primitif enfin1 car c'tait l le grand mot1 comme dans les peintures des vases grecs1 et sance tenante1 ,david fut dclar1 par ses lves hrtiques1 ,vanloo1 ,pompadour et ,rococo2 car il est bon que l'on sache que ces sobriquets1 ns dans les ateliers de peinture1 ont plus de vingt-cinq uns de date4 ,cependant ,david ne put souffrir que l'on exert de pareilles critiques contre lui1 dans son cole mme4 ,sans faire d'clat1 il trouva moyen de donner entendre ceux de ses disciples qui ses leons ne convenaient pas1 de ne plus troubler les tudes de leurs anciens camarades4 ,c'est alors que se forma la secte des penseurs ou des primitifs1 car on leur donnait indiffremment ces deux noms4 ,sans parler encore des principes singuliers d'aprs lesquels ils entendaient exercer l'art de la peinture1 il fut convenu entre eux que1 pour se garantir plus srement de toutes les habitudes manires et grimacires de la socit des temps modernes1 ils prendraient des costumes grecs1 et parmi ces habillements1 ceux encore qui taient en usage dans l'ancienne ,grce2 car pour eux1 ,pricls tait un autre ,louis ,,xiv et son sicle sentait dj la dcadence4 ,bref1 ils firent tailler leurs habits sur le patron de ceux qui couvrent les figures reprsentes sur les vases siciliens1 rputs les plus antiques de tous1 et ils laissrent crotre leurs cheveux et leur barbe4 ,le nombre de ceux qui eurent la volont ferme et les moyens de se passer cette fantaisie ne fut pas grand2 il se monte cinq ou six2 mais ils ont excit la curiosit2 et il y a sans doute encore ,paris des personnes qui doivent se souvenir d'avoir vu1 vers #agii1 se promener dans les rues deux jeunes gens portant leur barbe1 dont l'un tait vtu en ,agamemnon1 et l'autre en ,pris1 avec l'habit phrygien4 ,j'tais li d'amiti avec tous deux1 mais plus particulirement avec ,agamemnon1 qui venait assez souvent chez moi1 au grand tonnement du portier de la maison et de mes voisins4 ,agamemnon#gf avait alors vingt ans environ4 ,grand1 maigre1 les cheveux et la barbe noirs et touffus1 son regard ardent1 et son expression tout la fois passionne et bienveillante1 avaient quelque chose qui imposait et attirait en mme temps4 ,on retrouvait dans cet homme du ,mahomet et du ,jsus-,christ1 deux personnages pour lesquels il avait du reste une profonde vnration4 ,agamemnon1 jeune homme fort spirituel1 avait l'locution facile1 nombreuse1 lgante2 et1 soit que cela lui fut naturel1 ou que ce ft une qualit acquise1 il trahissait toujours par le choix de ses expressions1 par l'arrangement de ses phrases et par le frquent emploi qu'il faisait des comparaisons et des images les plus brillantes1 cette abondance un peu emphatique que l'on remarque dans les discours et les crits des ,orientaux4 ,cependant sa conversation tait pleine1 substantielle et varie4 ,quant son costume1 qui consistait en une grande tunique descendant jusqu' la cheville du pied1 et en un vaste manteau dont il couvrait sa tte en cas de pluie ou de soleil1 il tait fort simple1 et j'ai vu peu d'hommes de thtre1 je n'en excepte pas mme ,talma1 qui portassent cette espce de vtement avec plus de grce et d'aisance que mon ami ,agamemnon4 ,il faut croire que le fond de mon caractre plaisait ,agamemnon1 car j'tais loin de partager ses doctrines exorbitantes sur la pratique des arts d'imitation4 ,je ne prenais mme aucune prcaution pour combattre ses opinions1 bien qu'il ft habitu les voir reconnues comme des lois par ses adeptes et ses imitateurs4 ,je ne le vis qu'une ou deux fois dans son atelier4 ,c'tait une immense pice dans laquelle une toile de trente pieds de long tait place diagonalement4 ,dans le triangle noir derrire la toile taient de la paille pour dormir et quelques ustensiles de mnage4 ,l'autre triangle formait l'atelier proprement dit1 et c'est l o j'ai vu mon ami ,agamemnon chargeant sa palette1 qui avait quatre pieds de diamtre1 devant sa toile1 o tait dessin seulement le sujet de ,patrocle renvoyant ,brisis ,agamemnon1 le roi des rois4 ,cet ouvrage n'a jamais t mme bauch4 ,toutefois ,agamemnon le peintre tait fort laborieux1 contre l'usage de tous les penseurs et primitifs1 ses imitateurs4 l'cole de ,david1 il a fait une assez grande quantit d'tudes1 auxquelles il a imprim un cachet de vrit1 de grandeur et de beaut qui frappait tout le monde4 ,depuis ce temps1 o mon jugement s'est form par la comparaison d'un grand nombre de peintures1 j'ai eu l'occasion de revoir les productions de ce jeune homme1 et il est certain qu'elles promettaient un peintre4 ,ce fut lorsqu'il se dclara chef de secte et qu'il abandonna l'atelier de ,david1 que ses ides1 fort exagres dj1 s'embrouillrent et le conduisirent peu peu un tat d'extase et d'enthousiasme permanent1 qui tenait1 je crois1 de la folie4 ,mais c'est avant cette catastrophe qu'il est venu assez souvent chez moi1 o nous nous runissions avec quelques-uns de ses amis et des miens4 ,on sait dj le petit nombre de monuments antiques qu'il admettait parmi ceux qui pouvaient servir de modles pour appuyer les tudes et former le got4 ,selon lui1 afin de couper court aux pernicieuses doctrines et d'empcher le faux got de se propager1 il aurait fallu ne conserver que trois ou quatre statues du muse des antiques d'alors et mettre le feu la galerie des tableaux1 aprs en avoir t une douzaine de productions1 tout au plus4 ,le fond de son systme tait d'observer l'antique et de ne travailler que d'aprs nature2 mais il ne regardait l'imitation que comme un moyen trs-accessoire1 et la plus sublime beaut comme le seul but vritable de l'art4 ,parmi les raisons qui ont pu lui rendre ma socit agrable1 malgr notre dissentiment d'opinion sur la nature et le but rel des arts dans nos socits modernes1 j'ai pens que l'tude assez suivie que je faisais alors de la langue grecque en tait une assez forte4 ,ses gots littraires taient tout aussi exclusifs que ses doctrines d'artiste4 ,de mme que dans l'art antique grec1 il n'estimait que les peintures de vases1 les statues et les bas-reliefs du plus ancien style2 en fait d'crits1 il ne trouvait de mrite vrai1 solide1 inattaquable1 qu' la ,bible1 aux pomes d',homre et d',ossian4 ,il ramenait tout ces trois chefs1 et n'accordait d'attention d'autres crits qu'autant qu'ils participaient plus ou moins de ces trois monuments littraires4 ,agamemnon avait rpar les inconvnients d'une ducation nglige par des lectures en gnral bien choisies et faites avec une rare pntration d'esprit4 ,il tait trs-vers dans la connaissance de l',ancien et du ,nouveau ,testament2 il avait lu1 outre la traduction des pomes d',homre1 celles de tous les crivains grecs du meilleur temps1 et enfin il savait la traduction franaise d',ossian presque par coeur4 ,j'eus alors l'occasion d'observer combien un petit nombre de livres1 lus avec amour et intelligence1 fcondent heureusement l'esprit4 ,agamemnon m'en donna une preuve frappante par un jugement1 fort exagr sans doute dans sa forme1 mais vrai pour le fond4 ,aprs avoir parl d',homre1 l'un de nos sujets de conversation favoris1 le nom de ,sophocle fut prononc et ses tragdies passes en revue avec le respect d un disciple d',homre1 un pote qui avait eu la force de conserver intactes les hautes traditions de l'antiquit grecque4 ,mais lorsque le malheur voulut que le nom d',euripide chappt de ma bouche1 ce mot1 mon peintre ,agamemnon se leva et1 furieux1 il s'cria avec l'accent du mpris3 ,euripide6 ,vanloo6 ,pompadour6 ,rococo6 ,c'est comme ,m4 de ,voltaire6 ,originairement1 ses camarades d'atelier1 chez ,david1 l'avaient surnomm don ,quichotte4 ,ce sobriquet1 comme l'on voit1 lui convenait assez bien4 ,mais ce qui mrite attention1 c'est la satisfaction qu'prouvait ,agamemnon d'tre compar ce personnage1 pour lequel il avait une admiration respectueuse et qu'il mettait1 quoique une immense distance1 sur la ligne de ceux qui1 comme ,jsus-,christ1 sont ns pour faire de grandes choses et pour tre raills par les hommes4 ,aussi l'ironie1 qu'il supportait d'ailleurs d'assez bonne grce1 tait-elle le dfaut qui lui donnait la plus dfavorable ide du caractre de ceux qui s'y laissaient aller4 ,l'loignement que j'ai toujours eu pour la moquerie m'avait donc mis tout fait dans les bonnes grces d',agamemnon4 ,je me souviens d'un soir d't o nous tions tous deux ensemble chez moi2 il avait apport une traduction spare de l',ecclsiaste1 livre de la ,bible que je n'avais pas encore eu l'occasion de connatre4 ,il me le lut presque en entier avec une simplicit la fois tendre et majestueuse1 dont le souvenir s'est vivement empreint dans ma mmoire4 ,en le remerciant1 et de m'avoir fait connatre ce bel ouvrage1 et de me l'avoir lu d'une manire si touchante1 je lui demandai si1 parmi les livres qu'il voyait prs de nous1 il y en avait dont il voult connatre quelques beaux passages4--,oui1 me dit-il aussitt1 lis-moi un morceau d',homre1 mais en grec6--,en grec6 ,je ne sais si sa barbe et l'trange habit qu'il portait me firent illusion1 ou si ce fut la rapidit et la franchise avec lesquelles il manifesta son dsir1 qui m'interdirent toute rflexion en ce moment1 mais je pris aussitt un volume d',homre1 et je lui lus en grec l'admirable description de la tempte1 dans le cinquime chant de l',odysse1 que j'tudiais alors4 ,je le lui lus comme si j'eusse t certain qu'il dt comprendre2 et1 de son ct1 il couta avec toute l'attention et la satisfaction apparente de quelqu'un qui aurait possd fond l'intelligence de la langue grecque4 ,lorsque j'eus fini1 il paraissait mu4 ,il se leva2 et1 m'imposant gravement la main sur la tte1 il me dit d'un ton qui exprimait la fois un remerciement et le regret de ne pas me voir plus enthousiaste3--,pauvre enfant6 merci2 mais tu ne connais pas ton bonheur6 ,je ne savais pas trop o j'en tais1 et je me demandais intrieurement s'il n'tait pas prfrable d'tre mu par le son des syllabes grecques1 plutt que de comprendre raisonnablement le sens des mots et des phrases de cette langue4 ,toutefois1 ni lui ni moi ne jugemes propos de faire de trop longs commentaires sur cette bizarre lecture1 et la conversation tomba bientt sur les posies d',ossian4 ,alors personne ne doutait de leur authenticit4 ,les uns seulement1 comme mon ami ,agamemnon1 les trouvaient sublimes1 admirables2 les autres les jugeaient monotones et parfois ennuyeuses3 j'tais de ces derniers4 ,aprs de nombreuses citations qu'il me fit du pome de ,fingal1 citations qui me fournirent l'occasion de donner encore plus de force et de justesse mes critiques1 ,agamemnon1 peu sensible aux reproches que je faisais ses posies de prdilection1 et sans daigner rpondre mes critiques1 me dit1 avec l'autorit et l'enthousiasme grave d'un prophte3--,homre est admirable2 mais la ,gense1 ,joseph1 ,job1 l',ecclsiaste et l'vangile1 sont bien suprieurs aux livres d',homre1 voil qui est certain4 ,mais1 je te le dis 7ajouta-t-il avec plus d'emphase encore71 ,ossian surpasse tout cela en grandeur6 et en voici la raison3 il est beaucoup plus vrai1 coute bien6 il est plus primitif6 ,comme ces phrases avaient plutt l'air de l'exposition d'un dogme que d'une critique littraire1 je ne rpondis rien1 et je promenai mon regard incertain et douteux1 comme quelqu'un qui n'est dispos ni approuver une opinion qu'il condamne1 ni combattre une erreur qu'il regarde comme une folie4 ,ma perplexit accrut encore l'assurance de mon ami ,agamemnon1 qui1 envelopp dans son manteau ce moment1 caressant sa longue barbe et ayant l'air de concentrer toutes ses rflexions sur un point pour les rduire en une pense1 en une phrase ferme et courte3--,homre8 ,ossian8 se demanda-t-il1 le soleil8 la lune8 ,voil la question4 ,en vrit1 je crois que je prfre la lune4 ,c'est plus simple1 plus grand2 c'est plus primitif6 ,tels taient peu prs les opinions et les discours du grand matre des hommes portant la barbe ,paris1 dans la dernire anne du ,x,v,i,i,ie sicle2 d'un homme qui1 malgr les travers de son esprit1 a captiv l'estime1 l'amiti et quelquefois l'admiration passagre de ceux qui l'ont vu et entendu4 ,quant la plupart de ses imitateurs1 qui n'taient que des ,grecs1 des primitifs honteux2 qui n'mettaient leurs opinions que devant ceux qui les partageaient2 qui s'attachaient de fausses barbes et des tuniques le soir en rentrant chez eux1 pour se regarder dans une glace2 qui s'endormaient auprs des statues antiques1 en se donnant l'air de rflchir sur l'art1 et qui1 enfin1 parlaient tort et travers de la lune et du soleil1 nous n'en dirons rien4 ,c'tait alors le troupeau des imitateurs niais et serviles2 comme chaque poque fournit le sien4 ,chose bien commune6 qu'il est triste mais utile de dire3 de tant d'efforts d'imagination1 de ces conversations bizarres1 originales mme1 qu'en est-il rest8 ,rien2 pas un ouvrage de peinture1 pas mme une notice historique1 une lettre du temps qui prouve que je ne conte pas ici une histoire faite plaisir6 ,cette secte d'artistes penseurs1 primitifs1 a t la partie la plus aigu et la plus audacieusement leve de cette espce de cne o la socit d'alors tait contenue4 ,c'tait sous le ,directoire cependant le ,consulat4 ,depuis la fin de la terreur1 le got des arts antiques avait remplac momentanment les sentiments religieux et toutes les distractions sociales et littraires qui avaient occup les facults de l'me et de l'esprit avant la rvolution4 ,c'tait comme une reprsentation du paganisme que la ,france se donnait4 ,toutes les classes se confondaient dans les spectacles et au milieu des plaisirs4 ,dans les jardins publics1 les femmes1 vtues la grecque1 allaient faire admirer la grce et la beaut de leurs formes4 ,tous les jeunes gens1 depuis les plus pauvres jusqu'aux plus riches1 exposaient journellement leurs membres nus sur les bords de la ,seine1 et rivalisaient de force et d'adresse en nageant4 ,au bois de ,boulogne il y avait1 chaque soir d't1 une partie de barres clbre4 ,les jours de ftes1 on faisait au ,champ-de-,mars des courses pied1 cheval et en chars1 le tout la grecque4 ,dans les crmonies publiques1 on apercevait des grands prtres en faon de ,calchas1 des canphores comme sur les frises du ,parthnon1 et plus d'une fois j'ai vu brler1 dans les grands carrs des ,champs-lyses1 de la poix-rsine au lieu d'encens1 devant un temple de carton copi d'aprs ceux de ,pstum4 ,alors toutes les classes de la socit1 confondues1 se promenaient1 riaient1 dansaient ensemble sous les auspices de la seule aristocratie vritable que l'on reconnt pour le moment en ,france1 la beaut4 vrai dire1 l'histoire de la barbe de mon ami ,agamemnon est le rsum de celle du temps o il a vcu1 car il est mort jeune1 et sa fin a concid avec celle des saturnales ouvertes par le ,directoire4 ,agamemnon mort1 tous ses cosectaires se couprent la barbe1 remirent des bas et endossrent de nouveau le vil frac4 ,bonaparte tait dj l avec son chapeau trois cornes et l'pe au ct4 ,je ne parlerais pas d'une vingtaine de mauvais petits cervels1 maladroits imitateurs de la secte d',agamemnon1 s'ils n'eussent pas port la barbe4 ,mais comme ils ne se rasaient point et qu'ils fagotaient leurs vtements la grecque ou la ,scandinave1 ils appartiennent de droit au sujet que je traite4 ,ceux-l donc1 bien que passant la plupart de leur temps en extase devant les vases trusques1 car ils taient peintres aussi1 s'embrouillaient particulirement l'esprit avec les pomes et la mythologie ossianiques4 ,tout en habitant ,paris1 ils parlaient sans cesse du bruit de la mer sur les rcifs et des forts de ,morven4 ,un soir1 aprs avoir bu un peu trop de bire1 qu'ils prfraient au vin parce que c'tait plus ossianique1 ils rsolurent1 d'un commun accord1 de quitter la cit des vices1 ,paris1 pour aller vivre dans les forts4 ,ils partent1 ayant leur tte le plus extravagant d'entre eux1 charg d'une guitare1 dfaut de la harpe des bardes4 ,voil mes gens qui1 force de marcher1 arrivent au bois de ,boulogne et se mettent rciter et mme chanter la prose de ,m4 ,le ,tourneur4 ,c'tait en automne3 nos inspirs n'avaient pas rflchi que la nuit vient vite1 et que les soires sont fraches cette poque de l'anne4 ,surpris par l'obscurit et le froid1 ils s'avisrent1 dans un accs d'enthousiasme1 de se comporter tout fait comme les hros d',ossian1 et1 aprs avoir battu le briquet1 ils voulurent mettre le feu un arbre4 ,mais peine la flamme commenait-elle briller que la gendarmerie1 alarme de ce commencement d'incendie1 vint1 sur les lieux1 vous empoigna tous les bardes parisiens et les conduisit la prfecture de police1 d'o on ne les lcha qu'aprs les avoir fait raser4 ,depuis ce temps1 #ahjb1 jusqu' #ahbe et #bf1 except les sapeurs de nos rgiments1 personne ne s'est promen dans ,paris sans avoir fait sa barbe4 ,c'est la dernire poque que je viens d'indiquer1 lorsque la mort de lord ,byron en ,grce eut dcidment mis la mode chez nous la dlivrance de ce malheureux pays1 que l'on vit les jeunes ,parisiens qui s'occupaient des lettres et des arts commencer laisser crotre leurs moustaches1 se coiffer avec la petite toque orientale et fumer avec des pipes turques1 en se tenant tout de travers sur leurs siges et sur les canaps4 ,la rvolution que ,heyne1 ,winkelmann et ,hamilton avaient faite par leurs travaux1 en #aggb1 pour remettre en honneur l'antiquit1 l'art antique1 et opposer une digue au got dprav qui rgnait dans toute l',europe1 lord ,byron1 par ses ouvrages1 l'arrta court1 en refit une autre1 et imposa aux hommes de son temps un got tout particulier1 excentrique1 comme disent les ,anglais1 et qui n'est autre chose que les fantaisies nergiques et fashionables tout lu fois de l'auteur de ,lara et de don ,juan4 ,depuis #ahbd1 tout ce qui a t fait en prose1 en vers et en peinture1 sur le thtre ou dans les romans1 l'aspect donn aux appartements1 la forme des meubles1 tout enfin s'est senti et se sent encore de cette volont fantasque1 cruellement impartiale et moqueuse1 qui se plat garrotter le bien et le beau avec le mal et le laid2 de cette volont qui1 du mme effort1 apprcie et rabaisse le mrite de chaque tre1 de chaque objet1 de chaque chose2 enfin de cette volont puissante1 il est vrai1 mais satanique1 qui a imprim aux ouvrages de lord ,byron leurs beauts sublimes et leurs tristes dfauts4 ,c'est encore aujourd'hui le souffle capricieux de cet homme qui fait voguer depuis les frles barques jusqu'aux grands navires sur lesquels nos crivains et nos artistes se confient l'ocan potique4 ,l'impulsion donne aux lettres et aux arts par ,byron1 quoique excessivement puissante1 n'ayant cependant frapp que de biais1 si je puis m'exprimer ainsi1 ne peut se faire sentir bien longtemps4 ,en effet1 l'exprience a dj prouv la vrit de ce que j'avance2 car1 de l'imitation des ouvrages de ce pote1 o il s'est plu dpeindre les rveries de personnages fantastiques dont on ne connat ni le pays1 ni le nom1 ni prcisment les malheurs1 on n'a pas tard1 en imitant ,walter ,scott 7car nous autres ,franais nous avons toujours besoin de quelqu'un qui nous pousse pour faire du nouveau72 on n'a pas tard1 dis-je donc1 se jeter dans les pastiches des ouvrages du moyen ge4 ,on a fait des chroniques des ,x,i,ie1 ,x,i,i,ie et ,x,i,ve sicles2 on a contrefait le langage de ,rabelais1 en regrettant beaucoup de ne pouvoir faire revivre celui de ,joinville et de ,villehardouin2 et1 non content de remettre en lumire ces curiosits du style ancien1 on a compuls les manuscrits1 tudi les miniatures qu'ils renferment1 pour donner au surcot1 l'aumnire et aux souliers la poulaine1 tout le degr de ralit possible dans les reprsentations que l'on en devait faire4 ,dans le moyen ge1 on portait de la barbe4 ,l'engouement que l'on avait eu ,paris pour les ,grecs modernes avait dj introduit l'usage de la moustache4 ,on laissa pousser la royale1 et au bout de quelque temps on se dcida tre compltement barbu4 ,or1 c'est en tudiant avec un amour dsordonn les peintures des vases trusques et la statuaire antique1 que mon ami ,agamemnon et ses imitateurs en sont arrivs s'habiller la grecque et laisser crotre leur barbe2 de mme1 dans les quatre ou cinq annes qui viennent de s'couler1 tous ceux qui ont recherch curieusement les points de centre des ogives1 qui se sont passionns pour les costumes du temps de ,charles ,,vi1 qui ont tudi les diablotins symboliques et nigmatiques sculpts sur les cathdrales1 qui se nourrissent l'esprit de l',enfer du ,dante et de l'espce de mythologie infernale introduite en ,europe par le catholicisme et la chevalerie1 tous ceux-l donc1 apprenant par les manuscrits et les peintures qui les ornent que les hommes qui vivaient dans les temps o l'on a invent1 chant1 peint et aim toutes ces choses1 portaient la barbe1 ont laiss pousser la leur1 et1 autant que la mode et les biensances l'ont permis1 ils ont mme port et portent encore des habits taills et orns comme ceux que l'on portait au moyen ge4 ,cependant1 il faut le dire1 les gothiques de #ahcb ne sont pas aussi sincrement enthousiastes du moyen ge que les antiques de #agii l'taient de la ,grce du temps d',homre4 ,ce n'est pas le costume de l'poque d',alexandre ou mme de ,pricls qu'avait t prendre mon peintre primitif1 mais celui d',agamemnon1 de ,calchas4 ,quelle honte pour les crivains1 les peintres1 et mme pour un certain nombre de fashionables d'aujourd'hui1 pris des charmes du moyen ge1 lorsque1 au lieu de les trouver couverts des vlements des ,x,i,ie et ,x,i,i,ie sicles1 temps hroques de la chevalerie1 on les voit adopter l'habit 7imparfaitement copi encore7 de ,henri ,,iii1 et se donner l'air et la tournure de crispins sombres et proccups6 ,mais cette diffrence peut s'expliquer par un mot3 nos maniaques de moyen ge ne sont pas si fous qu'ils voudraient l'tre1 et1 par ncessit comme par got1 ils portent des gants blancs1 frquentent le monde et les salons4 ,mon pauvre ami ,agamemnon avait la socit en horreur1 parce qu'il y rencontrait des fracs et des bonnets dentelles1 et il s'habillait la grecque pour rgnrer les habitudes1 les gots1 les moeurs mmes de ses contemporains4 part le degr de bonne foi ou de folie des uns et des autres1 et en considrant cette manie qui s'est manifeste en ,europe depuis la information de ,luther1 de restaurer les moeurs1 les croyances1 les gouvernements1 les gots1 les arts1 et jusqu'aux habillements d'aprs de vieux types uss par le temps et les amliorations progressives1 on s'tonne que ces tentatives1 qui en gnral ont eu un si mince succs et si peu de bons rsultats1 sduisent encore priodiquement toutes les jeunes ttes1 chaque gnration4 ,le comique de la chose est de voir les fous enthousiastes venus en dernier se moquer trs-justement et trs-raisonnablement de ceux qui les ont prcds4 ,ainsi je me souviens d'avoir vu mon ami ,agamemnon rire se tenir les cts en entendant le rcit du repas o ,m4 ,dacier1 le traducteur d',homre sous ,louis ,,xiv1 faillit empoisonner ses amis avec un brouet noir prpar la lacdmonienne4 ,ceux de nos lecteurs qui portent la barbe pointue et des gilets pincs1 comme on en vit1 en #aeha1 aux noces du duc de ,joyeuse1 ne vont pas manquer de se rcrier sur l'inconcevable folie de mon pauvre ,agamemnon et de ses cosectaires4--,mais c'est un conte que nous brode l l'auteur1 diront-ils2 comment est-il possible que des hommes qui n'taient pas fous lier aient eu l'ide de faire revivre les ides1 les usages et le costume du paganisme grec1 dans un pays chrtien8 ,ces ides taient toutes contraires nos croyances religieuses2 les pratiques des statuaires grecs et tout le systme artistique de l'antiquit1 bas sur une mythologie et des ides morales ptrifies aujourd'hui comme les statues qui en consacrent le souvenir1 ne sont plus en harmonie avec nos habitudes religieuses et nationales6--,cela est hors de doute1 dira un autre qui grand'peine s'est donn l'air ple et chevel du chevalier ,bertram dans ,robert le ,diable1 ces gens-l taient fous avec leur ,grce antique et leur costume d',opra4 ,mais tout ce qui se faisait alors dans les arts tait thtral4 ,rien n'tait naturel1 parce qu'on allait chercher le principe de tout ce que l'on avait faire ou dire1 hors de notre religion1 hors de notre pays1 hors de nos moeurs4 ,nous sommes chrtiens2 disons mieux1 nous sommes catholiques4 ,la vritable civilisation moderne date du moyen ge2 elle est ne avec les monuments ogives1 avec les pomes religieux et chevaleresques de la ,table ronde et du ,dante4 ,notre imagination sympathise avec les gants1 les nains1 les anges1 les fes1 les diables1 les goules et ,satan4 ,c'est l qu'il faut retourner pour reprendre la vritable route que les crivains et les artistes de la prtendue renaissance sous ,franois ,ier1 et du classicisme sous ,louis ,,xiv1 nous ont fait abandonner4 ,alors nous serons vritablement originaux et naturels dans nos productions1 et1 si nous nous y prenons avec tant soit peu d'adresse1 nous arriverons tre nafs1 soyez-en srs4 ,ce qu'il y a de curieux et de trs-amusant1 quand on compare les faits et les discours des barbus de #agii avec ceux des barbus de #ahcb1 c'est de reconnatre l'analogie qui se trouve dans les plus petits dtails des opinions de ces deux sectes4 ,ainsi l',homre des uns s'oppose le ,dante des autres2 les premiers voulaient redevenir primitifs1 les seconds prtendent modestement la navet2 mon ami ,agamemnon n'admettait en architecture que les temples de ,sicile et de ,pstum1 que les vases grecs comme modles de peinture2 les nafs de nos jours tudient religieusement la cathdrale de ,cologne1 les peintures de la premire cole allemande et les vignettes des plus anciens manuscrits4 ,enfin il n'est pas jusqu'aux posies septentrionales et vaporeuses de ce pauvre ,ossian1 si compltement oubli de nos jours1 dont les nafs de ce temps n'aient retrouv l'analogue dans les ballades anglaises et cossaises du moyen ge1 publies par ,percy et mises en oeuvre par ,walter ,scott4 ,on voit que1 sans compter celle de la barbe1 toutes ces analogies sont frappantes4 ,mais revenons la barbe et examinons scrupuleusement l'influence qu'elle a pu avoir sur le mrite1 les talents et les productions des primitifs qui l'ont porte en #agii1 afin de prjuger des avantages qu'en retireront les nafs barbus de #ahcb4 la premire poque1 nous voyons que mon ami ,agamemnon et ses cosectaires n'ont rien produit1 n'ont transmis aucun ouvrage qui tmoigne de leur passage en ce monde1 tandis que les deux ,chnier1 les ,ducis1 les ,delille1 les ,parny1 les ,david1 les ,girodet1 ,m4 de ,chateaubriand1 ,m4 ,l4 ,lemercier1 ,m4 ,grard1 ,m4 ,gros1 ,m4 ,ingres1 ,m4 ,hersent1 et quelques autres qui se sont toujours rass1 ne laissent pas cependant d'avoir leur mrite et nous ont donn des ouvrages qui1 bien que pour ne pas tre la mode1 ont fait et font encore quelque bruit dans le monde4 ,la barbe1 en #agii1 a donc t un indice du mrite que l'on voulait avoir1 du gnie dont on se croyait dou1 mais point du tout d'un talent acquis et rel que l'on possdt4 ,or1 j'observe que1 de nos jours1 outre les vivants dj nomms ci-dessus1 ,,mm4 de ,la ,mennais1 de ,lamartine1 ,casimir ,delavigne1 ,victor ,hugo1 ,p4 ,mrime1 ,sainte-,beuve1 ,alfred de ,vigny1 ,robert1 ,schnetz1 ,p4 ,delaroche1 ,h4 ,vernet1 ,champmartin1 ,e4 ,delacroix1 les frres ,johannot1 et quelques autres1 se rasent4 ,porter la barbe longue quand tout le monde se rase n'est donc pas1 comme quelques personnes le croient aujourd'hui1 un moyen infaillible de devenir naf1 original2 d'avoir un talent vrai1 fort ou potique1 et de donner une direction nouvelle et heureuse aux lettres et aux arts3 cela indique tout simplement que l'on dsire avoir ces qualits1 ce mrite1 et assez souvent que l'on croit les possder4 ,dans tous les pays et chez tous les peuples1 la barbe porte par des hommes isols au milieu d'une population imberbe a toujours t la preuve non quivoque d'une prtention de leur part restaurer1 rgnrer quelques vieux usages ou des gots anciens que le temps avait uss4 ,depuis qu',octavien-,auguste avait pris pour lui et donn la haute socit de ,rome l'habitude de se raser chaque jour1 tous les marchands de philosophie1 tous les gens qui colportaient de la rhtorique et des vers dans cette ville1 ainsi que ces petits rpublicains entts et hargneux qui1 sous les empereurs1 parodirent ,caton l'ancien et ,rgulus1 se teignaient la ligure de cumin1 afin d'tre bien jaunes1 et portaient le bton1 la barbe et des poignards1 pour avoir l'air d'tre plus vertueux et meilleurs citoyens que les autres4 ,les folies des hommes changent de forme2 au fond ce sont toujours les mmes4 ,e4 ,j4 ,,del,,cluze4 ,,les ,,barbus1 par ,ch4 ,,nodier4 ,je ne veux pas en vrit vous reparler aujourd'hui du ,livre des ,cent-un1 dont nous vous parlons souvent1 parce que les gens qui le font sont presque tous de nos amis4 ,j'attendrai un autre volume4 ,je ne veux pas mme vous parler en particulier du chapitre de ,m4 ,delcluze1 parce que nous avons dj dit qu'il tait extrmement joli4 ,je veux vous parler des ,barbus d'autrefois1 dont il est question dans le chapitre de ,m4 ,delcluze1 et j'ai un certain intrt la chose1 pour avoir t de ma personne un des ,barbus d'autrefois1 avantage de doyennet que j'changerais volontiers contre un brevet de ,bousingot la moustache vierge4 ,vous me direz peut-tre l-dessus que ,bousingot et ,doyennet ne sont pas dans le dictionnaire de ,m4 ,boiste1 o se trouvent tant de mots franais et tant de mots qui ne demandent qu' l'tre2 vous pouvez vous tenir bien tranquille sur cette petite difficult1 je vous donne ma parole d'honneur qu'ils y seront demain4 ,il y a vingt-cinq ans1 au moins1 que je ptillais d'crire sur les ,barbus d'autrefois4 ,c'tait la fois une pense si dlicieuse et si imposante dans ma vie6 ,je ne sais quoi de plus qu'une pense1 un rve1 un pome1 un enchantement6 ,souvent je me demandais si j'avais vu cela en effet1 et si le souvenir qui m'en tait rest n'appartenait pas tout bonnement aux hallucinations du sommeil4 ,voil ,m4 ,delcluze qui m'a dtromp1 grce au ,livre des ,cent-un1 car il ne l'aurait jamais crit ailleurs2 il avait peur aussi de son sommeil1 de son hallucination2 il reculait1 homme grave1 devant ses impressions de jeune homme2 il s'imaginait qu'on ne le croirait pas1 et sa belle petite composition se ressent de cette innocente pudeur du sage4 ,on sait que je n'ai pas les mmes motifs de rticence1 moi qui me fie mes crits par une puissance de crdibilit intime qui est le rsultat trs-naf de ma sensation4 ,ce n'est pas ma faute1 c'est celle d'un organe ou d'un instrument1 celle des lunettes travers lesquelles on voit la vie vingt ans1 avec ce drle de regard d'un enfant tte folle qui prend toutes ses illusions pour des ralits4 ,convenez que c'est bien dommage qu'il n'en soit pas ainsi1 vous qui croyez qu'il n'en est pas ainsi2 et cependant1 c'est vrai comme autre chose1 entre nous1 vrai comme ce que l'on appelle la vrit6 ,la preuve1 c'est que ,m4 ,delcluze est venu et que me voil parti4 ,il vous a trs-lgamment racont cette socit barbue d'hommes de gnie qui ne savaient pas leur porte1 ou qui se souciaient peu d'y atteindre2 de coeurs vite lasss1 d'mes soudaines et impatientes qui avaient travers brusquement l'art et la posie pour se rfugier dans la mditation2 il vous a parl de ces pythagoriciens costumes de thtre1 que ,david appelait ses ,grecs1 et qu'il repoussa sans faon1 quand ,napolon1 effray de l'habit de ,plopidas et de ,philopoemen1 craignit d'en retrouver l'inflexible caractre dans l'atelier d'un peintre ou la mansarde d'un publiciste4 ,la mort1 qui l'a toujours servi souhait1 mme quand elle l'a frapp dans la gloire de sa solitude1 le dbarrassa en peu de temps de cette inquitude frivole4 ,l'me de ces gens-ci dvorait promptement son enveloppe4 ,la consomption ou le suicide en faisait raison avant l'ge de vingt-cinq ans4 ,ainsi s'vanouirent dans leur fleur les individualits les plus fortes et les plus tendres qui aient jamais honor la race de l'homme2 et ce que je dis l1 je n'aurais pas os le dire avant ,m4 ,delcluze1 quoiqu'il reste1 grce au ciel1 cent tmoins dignes de foi l'appui de son tmoignage4 ,les sages se dsintressrent peu peu d'un sentiment qui pouvait n'tre qu'une aberration3 tout le monde le disait4 ,les faibles s'accoutumrent vivre autrement qu'ils n'avaient vcu4 ,certains consentirent rejeter tout ce pass d'amour et de posie dans les trsors striles de la mmoire4 ,je suis des faibles et je me souviens4 ,m4 ,delcluze1 qui se formait alors de belles et savantes tudes1 et qui avait dj pour nous ce relief social que donnent une instruction acquise et une position prpare1 ne nous connaissait que par des superficies1 et je lui sais gr de n'avoir pas jug dsavantageusement une association d'hommes et de femmes dont la vie extrieure ne se distinguait que par la bizarrerie des vtements4 ,cependant il s'agissait trs-peu pour les penseurs ou primitifs de ,m4 ,delcluze de se montrer sous le manteau d',agamemnon ou sous le bonnet phrygien de ,pris1 sous les voiles d',andromaque veuve ou de ,cassandre prtresse4 ,d'autres penses dominaient cette pense1 et l',agamemnon dont il est question dans le ,livre des ,cent-un l'exprimait avec une haute puissance quand ,napolon1 devenu son tour roi des rois comme ,agamemnon1 le fit appeler pour donner des leons de dessin aux filles de son frre1 le comte de ,survilliers1 ou ,napolon ,,iii4 ,dieu me pardonne2 je me brouille toujours avec les noms6 ,pourquoi1 lui dit le futur ,empereur 7il s'en fallait de deux ou trois mois71 pourquoi avez-vous adopt une forme d'habillement qui vous spare du monde8 --,pour me sparer du monde1 rpondit le peintre4 ,et le consul lui tendit cette main de fer qui ne se fermait que sur une pe4 ,il s'y connaissait4 ,les penseurs ou primitifs ne s'taient pas donn de nom4 ,ils n'avaient pas1 comme toutes les thories d'aujourd'hui1 une raison de commerce comptable et spculative4 ,ils taient pour cela trop au-dessus des combinaisons de l'orgueil et de l'intrt2 mais ils reconnaissaient des principes fixes qu'il n'est pas inutile de rappeler pour expliquer le nom qu'ils acceptrent quand ils devinrent quelque chose1 une agrgation1 une secte1 une espce de parti2 je ne rpugne pas aux qualifications4 ,une telle socit ne s'lve que dans une vieille socit qui sent le besoin de se renouveler4 ,leur thosophie se rduisait peu de chose1 un sentiment immense1 mais vague1 du gnie de la cration1 un dsir ardent1 mais douteux1 de l'immortalit4 ,leur morale tait plus positive4 ,dans les caractres mdiocres1 elle n'tait qu'austre et judaque2 dans les caractres puissants1 elle tait proslytique et passionne4 ,c'est le propre des belles mes qui cherchent se faire une foi de leurs affections4 ,il y avait en eux du gymnosophiste1 de l'essnien1 du morave et du quaker2 mais ce n'tait rien de tout cela2 ce n'tait peut-tre pas mieux1 c'tait plus4 ,c'tait ce qui n'a jamais t deux fois et qui ne sera peut-tre jamais4 ,le sentiment gnral qui leur tenait lieu d'abord de religion 7il faut le dire et surtout il faut le comprendre1 car il n'y avait pas alors de religion dans le pays71 c'tait au commencement l'amour1 le fanatisme de l'art4 force de le perfectionner1 de l'purer au foyer de leur me1 ils taient arrivs la nature modle1 la nature grande et sublime1 et l'art ne leur offrit plus1 cette seconde poque d'une institution fortuite qui se crait sans se connatre et sans se nommer1 qu'un objet de comparaison et qu'une ressource de mtier4 ,la nature elle-mme se rapetissa enfin devant leur pense1 parce que la sphre de leurs ides s'tait largie4 ,ils conurent qu'il y avait quelque chose de merveilleux et d'incomprhensible derrire le dernier voile d',isis1 et ils se retirrent du monde1 car ils devinrent fous1 c'est le mot1 comme les thrapeutes et les saints1 fous comme ,pythagore et ,platon4 ,ils continurent cependant frquenter les ateliers1 visiter les muses1 mais ils ne produisirent plus4 ,leurs costumes1 leurs moeurs1 leur svrit1 dirai-je la solennit qui leur tait naturelle et qui tait l'expression sans effort d'une habitude infatigable de contemplation1 d'une vie intrieure toute spiritualisme1 imposrent l'cole entire 7je ne crois pas exagrer ce sentiment7 une sorte de piti respectueuse4 ,aucune dnomination satirique ne vint fltrir leurs illusions d'enfants ou leurs superstitions de portes1 et on sait si l'atelier en est avare4 ,on appela les jeunes hommes les mditateurs et les jeunes femmes les dormeuses1 parce que la mditation mme a sa pudeur dans les femmes et qu'elles n'assistaient aux leons parles que la tte appuye sur leurs mains4 ,un jour ils se retirrent tous pour se distribuer par groupes dans deux ou trois solitudes philosophiques1 mais les gazettes n'en ont rien dit4 ,au-dessus de cette socit1 puisqu'on effet c'en tait une1 au-dessus de cette lite ardente et potique d'une gnration1 s'levait sans lection1 sans titre1 sans privilges1 sans l'avoir voulu et sans le savoir1 l',agamemnon de ,m4 ,delcluze4 ,nous ne l'appelions pas ,agamemnon cependant4 ,la modestie svre1 la modestie des hommes suprieurs aurait repouss tous les noms qui pouvaient impliquer une comparaison flatteuse2 sa religiosit instinctive s'tait souleve contre les premiers qui lui dcernrent celui de ,jsus-,christ1 dont il rappelait l'idal divin par la gravit de sa vie comme par son costume et par sa beaut4 ,entre nous il n'tait connu que sous le nom de ,maurice1 et le nom de ,maurice1 tout tranger qu'il soit au reste des hommes1 a encore un culte dans le coeur de tous ceux de ses contemporains qui ont eu le bonheur d'approcher de lui et le bonheur plus prcieux d'en tre aims4 ,si l'on pouvait retrouver quelque part les innocentes pages1 toutes boursoufles de mauvaises phrases et de mauvais got que je dposais sur son tombeau il y a trente1 ans et dont le pilon a fait justice#gg1 on verrait du moins que je n'ai pas attendu vieillir au milieu des sectes nouvelles pour reconnatre l'homme que la ,divinit avait marque d'un vritable sceau d'apostolat4 ,je dsignais alors ,maurice comme le plus beau type de l'organisation humaine1 et il me semble que je ne disais rien de trop4 ,l'ge1 qui a dessill mes yeux sur tant de choses et de rputations1 me l'a encore agrandi4 ,l'obscurit mme dans laquelle il a vcu tait une consquence ncessaire de sa supriorit4 ,maurice ,quay1 dont rien ne m'empche de prononcer le nom tout entier1 tait plac trop haut pour s'accommoder aux penses et la marche du vulgaire1 pour prendre intrt ses passions et pour avoir foi dans ses perfectionnements4 ,il l'avait pris en ddain vingt ans2 il n'en a compt que vingt-quatre et je me suis demand souvent ce qu'il aurait pu faire au del1 dans l'ge de la maturit1 au milieu du train irrsistible des choses4 ,je suis encore me rpondre4 ,essai progressif mais impuissant d'une cration qui cherche le mieux1 il tait arm avant le jour de sa mission1 et il est mort de mort1 sans tenter de l'accomplir4 ,son dernier regard sur le monde a d tre empreint d'une drision bien amre4 ,pour se faire une ide complte de cette destination inacheve d'une me qui a cependant influ sur nous tous1 et qui prolonge un reflet rel1 quoique inaperu travers notre littrature et nos arts1 il faudrait me suivre dans des dveloppements dont ces lignes ne sont que la prface imparfaite1 et qui ne peuvent trouver place que dans un cadre plus large4 ,il faudrait avoir vu ,maurice1 non tel que l'a vu ,m4 ,delcluze trois ans trop tt1 et qui ne se rappelle de lui que le galbe maigre et ple d'un bel adolescent malade4 ,il faudrait l'avoir entendu parler posie1 philosophie1 et cette science toute nouvelle alors sur laquelle se fondait dans son esprance la rgnration de l'humanit1 quand il enchantait nos oreilles de tant de prestiges d'loquence et d'harmonie1 sous les jolis cerisiers en fleur de nos terrasses de ,chaillot4 tranges facilits dont les souvenirs peuvent s'amasser sur une seule mmoire d'homme6 ,c'est l qu'on a trac depuis l'emplacement des palais d'un empereur enfant1 pauvre crature royale que la nature a brise ainsi qu'un insecte phmre1 comme pour prouver par un exemple de plus qu'il n'y a que vanit dans les plus hautes gloires et dans les plus hautes ambitions6 ,qui dirait1 au milieu de ces dbris1 que c'est l que le genre humain aurait pu trouver un jour son lgislateur8 ,qui dirait que c'est l que le genre humain attendait son matre8 ,vous rencontrerez cependant1 sans aller bien loin de chez vous1 des gens hardiment sincres qui croient tre quelque chose4 ,on attache beaucoup d'importance aujourd'hui1 dans une secte quasi-religieuse1 dont nous avons vu les progrs et dont nous pourrions bien voir la chute1 ces avantages extrieurs que ,montaigne appelle la recommandation corporelle2 et c'est le propre de toutes les socits qui se matrialisent4 ,c'est seulement pour satisfaire ce genre de curiosit1 plus naturel et plus dvelopp chez les femmes1 qu'il convient d'ajouter ici que ,maurice ,quay tait le plus beau des hommes4 ,la nature avait voulu qu'il ft aussi imposant par ses formes sensibles que par son gnie1 et comme elle n'arrive ce point de perfectionnement qu'en expiant son chef-d'oeuvre par de grandes compensations1 elle ne fit que le montrer4 ,il disparut avant d'avoir atteint les annes viriles o la jeunesse commence promettre l'ge mr1 et l'difice dont il tait la pierre angulaire s'croula sur lui1 la socit des mditateurs descendit inconnue dans le tombeau de ,maurice inconnu4 ,on me demandera maintenant si la socit des mditateurs avait un but rationnel1 une institution fixe1 un systme1 si elle se proposait un avenir4 ,quelle agrgation nergiquement vitale d'tres bien organiss s'est compose sur la terre sans marcher quelque chose8 ,ce n'est pas ici le lieu de pntrer dans ce mystre de palingnsie o l'on voit que le sentiment et l'imagination prirent plus de part que le jugement et l'exprience4 ,la seule manire de considrer ce peuple de soixante enfants1 unis par les liens d'amour et de posie1 par l'enthousiasme du beau et du bon1 de la gloire et de la vertu1 c'est d'y chercher le modle d'une civilisation presque fantastique o les moeurs de l'ge d'or1 enrichis par toutes les perceptions du gnie1 brillaient d'un mlange inexprimable d'innocence et de grandeur1 tant s'taient facilement confondues en elle la navet du coeur et la perfection de l'esprit4 ,cet exemple1 unique la vrit1 des nouvelles combinaisons sociales que l'homme peut essuyer d'appliquer sa malheureuse espce1 ne m'a pas rendu fort indulgent pour celles qui les ont suivies1 et je craindrais qu'on ne vit dans le pome de cette tribu d'anges1 o ma jeunesse a pass des jours si doux1 une satire indirecte de nos essais philosophiques et de nos fires utopies4 ,ce dessein est loin de ma pense1 et mes facults altres par l'ge ne me permettraient pas d'ailleurs de fournir une carrire o j'ai plus d'une raison de m'arrter au premier pas4 ,les couleurs de ce temps-l1 vivent encore blouissantes devant le prisme de ma mmoire1 mais j'prouve depuis longtemps qu'elles plissent sous le pinceau et qu'elles meurent sur la toile4 ,l'image reste dans l'optique1 mais la lumire n'y est plus4 ,croirait-on enfin ce qui me reste dire8 ,et croit-on1 hlas6 ce que j'ai dit8 ,ch4 ,,nodier4 ,,notes #a3 ,poser le modle1 expression consacre dans les coles de peinture4 ,dans celle de ,david1 on posait le modle deux fois par semaine1 ou plutt par dcade1 cette poque4 ,pendant les six premiers jours on posait un modle nu2 les trois derniers1 un modle pour la tte seulement1 et l'atelier tait ferm le dcadi4 ,pour viter les querelles au sujet du choix des places1 on mettait dans un chapeau autant de numros qu'il y avait d'lves prsents1 et chacun d'eux choisissait une place au tour que le sort lui avait assign4 #b3 cette poque1 l'usage de la poudre friser tait encore fort rpandu1 et la boutique1 les meubles et les habits des perruquiers taient couverts et imprgns de poudre blanche pour la toilette4 #c3 ,ces expressions3 ,pompadour1 rococo1 peu prs admises aujourd'hui dans la conversation1 pour dsigner le got la mode pendant le rgne de ,louis ,,xv1 ont t employes pour la premire fois par ,maurice ,qua en #agif-agig4 ,alors ces locutions 7on pourrait dire cet argot7 n'taient usites et comprises que dans les ateliers de peinture4 #d3 ,augustin ,d4441 tourment tout la fois par des chagrins domestiques trs-rels et des inquitudes imaginaires causes par la lecture constante du roman de ,werther1 se prcipita du haut des tours de ,notre-,dame en #ahjd ou #ahje4 #e3 ,le jeune ,vermay1 dont il a dj t question1 avait tant fait d'espigleries et de tapage1 que ,david l'avait chass de son cole4 ,il l'y reut de nouveau par l'intervention d'tienne en faveur de son jeune camarade4 #f3 ,boucher 7,franois71 n ,paris en #agjd1 mort en #agfh1 tait un peintre de talent1 dont le got fut perverti par celui qui rgnait de son temps4 ,jamais les doctrines de l'art n'ont t plus fausses que pendant la vogue dont jouit ,boucher pendant sa longue existence4 #g3 ,doyen 7,franois71 n ,paris en #agbf1 mort ,saint-,ptersbourg en #ahjf4 lve de ,carle ,vanloo1 il fut membre de l',acadmie et professeur1 puis professeur de peinture ,saint-,ptersbourg sous le rgne de l'impratrice ,catherine1 qui l'appela en ,russie1 et sous celui de ,paul ,ier1 qui fut toujours favorable cet artiste4 ,l'ouvrage le plus connu et le plus important de ,doyen est le ,miracle des ,ardents1 qui fait pendant celui de ,saint ,paul1 de ,vien1 dans l'glise de ,saint-,roch ,paris4 #h3 ,mose ,valentin1 de ,coulommiers prs ,paris1 n en #afjj1 mort en #afcj1 lve de ,caravage1 contemporain de ,ribera dit l',espagnolet1 et de ,nicolas ,poussin1 dont il fut mme l'ami4 #i3 ,pompeo ,battoni1 n ,lucques en #agjh1 mort en #aghi4 ,en mourant1 il lgua sa palette et ses pinceaux ,david4 #aj3 ,david a fait1 en #aghd1 une rptition en petit du ,blisaire4 ,elle est la galerie du ,louvre4 #aa3 ,pierre1 peintre d'histoire1 n ,paris en #agae1 mort en #aghi4 #ab3 ,il existe une mauvaise gravure du temps avec ce titre ,coup d'oeil exact de l'arrangement des peintures au ,salon du ,louvre1 en #aghe4 ,on y voit figurer le ,serment des ,horaces1 au-dessous duquel est le portrait en pied de la reine ,marie-,antoinette avec le dauphin1 mort en #aghg1 et son frre1 peints par ,mme ,lebrun4 #ac3 ,m4 ,a4 ,coupin de la ,couperie1 auteur d'un ,essai sur ,david1 consult par celui qui crit ce livre4 #ad3 ,j4-,b4 ,debret1 lve de ,david1 parmi plusieurs croquis de son matre1 qu'il a fait graver1 a reproduit l'tude des trois femmes nues1 dessines d'aprs nature4 ,ce groupe est bien plus vrai et plus naturel que celui du tableau4 #ae3 ,o,euvres de ,salomon ,gessner1 traduits 7sic7 de l'allemand ,zurich1 chez l'auteur1 #aggg1 #b vol4 in-#d4 #af3 ,mengs est n en #agbh et mort en #aggi4 ,tous ses ouvrages capitaux1 en peinture et en critique1 taient faits et crits avant l'arrive de ,david ,rome4 #ag3 ,canova1 n ,possagno 7tats vnitiens71 en #ageg1 mort en #ahbb ,venise4 #ah3 ,on peut consulter ce sujet le ,catalogue d'estampes d'aprs l'antique1 qui se trouve dans le premier volume du ,trait complet de peinture de ,paillot de ,montabert4 #ai3 ,david a fait la mme poque quelques portraits3 ceux de ,bailly1 de ,grgoire1 de ,prieur de la ,marne1 de ,bazire1 tudes prparatoires pour l'excution du ,serment du ,jeu de ,paume4 #bj3 ,voici la liste des portraits et de quelques ouvrages qu'il excuta cette poque4 ,les portraits de ,m4 et ,mme ,lavoisier1 de ,m4 ,thlusson de ,sorcy1 de ,mme de ,sorcy1 de la marquise d',orvilliers1 de la comtesse de ,brehan1 de ,m4 et ,mme ,vassal1 de ,m4 ,lecouteulx1 de ,m4 ,hocquart2 puis une ,vestale couronne de fleurs1 une rptition de ,pris et ,hlne1 et une ,psych abandonne par l',amour1 non termine4 #ba3 ,ce tableau au trait est maintenant dans le muse des dessins1 au ,louvre4 #bb3 ,j4 ,b4 ,topino ,le ,brun1 n ,marseille vers #agei1 lve de ,david1 embrassa avec ardeur1 comme on le voit1 les ides rvolutionnaires de #agic1 et ne cessa pas de tremper dans toutes les conspirations rpublicaines4 ,sous le ,directoire1 il suivit en ,suisse ,bassal1 envoy secret en ce pays4 ,l1 tout en s'occupant de son art1 ,topino prit un got trs-vif pour les intrigues politiques4 ,bien qu'il ft encore en ,suisse1 on le dsigna comme l'un des agents prsents l'attaque du camp de ,grenelle ,paris1 en prairial an ,,iv4 ,dj il avait t compris dans les mandats dcerns contre les complices de ,babeuf4 ,rentr en ,france en #agig1 il reprit ses pinceaux et acheva le tableau de la ,mort de ,caus ,gracchus1 expos au ,louvre l'anne suivante4 ,aprs cet ouvrage1 qui obtint quelque succs1 il entreprit le ,sige de ,lacdmone1 tableau de cinquante pieds de large sur dix de haut1 mais qu'il n'eut pas le temps d'achever4 ,en #agii il figura parmi les jacobins du ,mange1 et enfin1 aprs l'installation du gouvernement consulaire1 il continua d'tre regard comme l'un des chefs de ce parti4 ,impliqu dans l'affaire de ,cerachi1 ,arna et autres1 il fut condamn mort et excut ainsi qu'eux en place de ,grve1 le #aa janvier #ahja4 #bc3 ,la tte a t peinte par ,david1 mais le torse1 qui est nu en partie1 est de la main de son lve ,grard1 ainsi qu'une bonne partie des accessoires1 il n'en est pas ainsi du portrait de ,marat1 dont il sera question plus loin2 ce dernier est en entier du matre4 #bd3 ,voy4 #ag germinal an ,,ii1 n #aih du ,moniteur4 #be3 ,voy4 ces dates au ,moniteur4 #bf3 ,aprs la mort de ,marat1 ,david fit mouler son masque pour l'excution de son tableau4 ,c'est ce masque qui a t surmoul en pltre et vendu avec celui de ,robespierre et de quelques autres4 ,en #ahce1 la police finit par dfendre qu'ils fussent exposs publiquement4 #bg3 ,l'glise ,notre-,dame4 #bh3 ,aprs le #aj aot #agib1 et lorsque la monarchie fut renverse1 tous les tableaux1 statues1 bronzes et objets prcieux qui ornaient ,versailles et les ,tuileries1 furent transports dans la grande galerie du ,louvre4 ,telle est l'origine du ,muse qui existe aujourd'hui4 #bi3 ,d'aprs ce dcret1 le ,conservatoire du ,muse national fut compos1 pour la peinture1 de quatre membres3 ,fragonard1 ,bonvoisin1 ,lesueur et ,picault2 pour la sculpture1 de ,dardet et ,pasquier2 pour l'architecture1 de ,david ,leroy et ,launoy2 pour les antiquits1 de ,wicar et ,varon1 chacun desquels il fut allou un traitement de #bdjj livres et le logement4 #cj3 ,le #bi prairial an ,,ii2 ce jour1 cinquante-quatre personnes ont t conduites la mort1 entre autres3 ,l',admiral1 la fille ,regnault1 ,virat de ,sombreuil1 ,mme ,saint-,amaranthe1 etc4 #ca3 ,voici quelles taient en ce moment les prisons tablies dans ,paris2 la ,conciergerie1 la ,force1 ,sainte-,plagie1 les ,carmes1 le ,plessis1 le ,luxembourg1 les ,madelonnettes1 l',abbaye1 ,saint-,lazare1 ,port-,libre dit la ,bourbe1 et dans les deux jours qui suivirent celui o ce discours fut prononc1 les #d et #e thermidor1 il y eut soixante-dix personnes condamnes mort et excutes la place de la barrire du ,trne4 #cb3 ,tous les discours prononcs par ,david taient revus et quelquefois mme composs par ses confrres de la ,convention4 ,il consultait souvent ,chnier 7,m4-,j47 ce sujet et l'on dit que son lve ,gautherot l'assistait dans ce travail4 ,la vrit est qu'il n'tait pas en tat d'crire les discours tels qu'ils sont cits au ,moniteur4 #cc3 ,d'o il suit que si l'on ajoute aux quatre cent quarante huit personnes condamnes du #bi prairial jusqu'au #i thermidor1 les quatre-vingt deux qui furent mises mort en deux jours aprs la chute de ,robespierre1 on a pour quarante deux jours cinq cent trente condamns4 ,voy4 plus haut1 note #bh4 #cd3 #bj prairial an ,,ii4 #ce3 ,les premiers lments distincts de la science de la gologie ont t donns dans le ,x,v,ie sicle1 par ,bernard ,palissy1 le fameux mailleur4 #cf3 ,elle tait tante de ,mlle ,delphine ,gay1 depuis ,mme mile ,girardin4 #cg3 ,l',abel tu1 de ,fabre1 lve de ,david2 le ,triomphe de ,paul-mile1 ouvrage que ,carle ,vernet1 pre d',horace1 fit pour son morceau de rception l',acadmie en #aghg4 #ch3 ,p4-,j4 ,garat1 n ,ustaritz vers #agfh1 mort en #ahbc1 fut le plus habile chanteur franais de la fin du ,x,v,i,i,ie sicle4 #ci3 ,quoique cette tte ne puisse passer pour un portrait d'une exacte ressemblance1 il rappelle cependant les traits et l'expression 7beaucoup plus forte7 de ,mme de ,bellegarde4 ,les grands cheveux noirs du personnage1 du tableau ont t peints d'aprs les siens4 #dj3 ,cet article ray portait3 ,que ,sa ,majest l',empereur reconnat la rpublique franaise2 que la rpublique est comme le soleil sur l'horizon2 et que bien aveugles sont ceux que son clat n'a pas encore frapps6 #da3 ,cette tte bauche a t faite sur une toile de sept pieds de haut sur neuf de large1 et l'ensemble du personnage n'a jamais t que dessin au crayon blanc4 ,l'intention du peintre tait de reprsenter le gnral tenant le trait de paix avec l',empereur1 et1 quelque distance de lui1 son cheval et des personnes de sa suite4 ,david n'a jamais touch depuis cette tte bauche1 fort ressemblante1 admirablement peinte et pleine de vie4 ,elle appartient aujourd'hui ,m4 le duc de ,bassano1 qui l'a achete la vente qui eut lieu aprs la mort de ,david1 et qui l'a fait lithographier4 #db3 ,cette question fut propose quelque temps aprs1 en l'an ,,viii1 #agii1 par l',institut national de ,france1 et rsolue par un ouvrage couronn1 intitul3 ,recherches sur l'art statuaire1 considr chez les anciens et chez les modernes1 par meric ,david4 ,ce livre eut une grande vogue en ce temps4 #dc3 ,on publia alors les antiquits de ,pstum1 ce qui a fait construire dans le quartier ,feydeau cette lourde et triste rue des ,colonnes1 dont une partie subsiste encore1 puis la place du ,caire et quelques maisons particulires dans le style gyptien4 #dd3 ,pierre ,narcisse ,gurin1 n ,paris en #aggd1 mort dans la mme ville en juillet #ahcd4 ,ses principaux ouvrages sont3 ,marcus ,sextus1 ,phdre1 ,orphe1 les ,rvolts du ,caire1 ,andromaque1 ,didon1 etc4 ,ses principaux lves sont ,gricault1 ,,mm4 ,p4 ,delaroche1 ,delacroix4 ,scheffer4 #de3 ,les tableaux de ,marat1 de ,lepelletier1 de ,barra et les commencements du ,serment du ,jeu de ,paume n'ont point t pays ,david4 #df3 ,pausanias1 ,attique1 chap4 ,,xv4 #dg3 tienne conserve ce dessin1 qui porte deux pieds et demi de large sur deux pieds de haut4 #dh3 ,napolon fit mettre l'glise de ,cluny1 prs de la ,sorbonne1 la disposition de son premier peintre1 pour y achever le tableau du ,couronnement4 #di3 ,drouais 7,jean-,germain71 n ,paris1 le #be dcembre #agfc1 mort ,rome1 l'ge de vingt-cinq ans1 le #ae fvrier #aghh4 #ej3 ,victor ,alfieri1 n ,asti en #agdi1 mort ,florence en #ahjc4 #ea3 ,voir le ,journal des ,dbats du #i aot #ahbd4 #eb3 ,anne-,louis ,girodet de ,roussy1 dit de ,triozon1 n ,montargis1 le #e janvier #agfg1 mort ,paris1 en #ahbd4 #ec3 ,l',hippocrate tait destin ,m4 ,triozon1 qui en a fait don l'cole de mdecine4 #ed3 ,alors directeur de l',acadmie de ,france ,rome4 #ee3 ,m4 ,coupin de la ,couperie1 diteur des oeuvres posthumes de ,girodet1 #b vol4 in-#h4--,paris1 ,jules ,renouard1 #ahbi4 #ef3 ,ce portrait a t donn au ,muse du ,louvre par ,m4 ,isabey pre4 ,il fait partie des ouvrages d'lite placs dans la salle des ,sept-,chemines4 #eg3 ,ce portrait1 achet par ,m4 ,c4 ,lenormand1 neveu de ,mme ,rcamier1 fait partie aujourd'hui du muse du ,louvre1 cole franaise4 #eh3 ,quatorze ans avant que ,gros se fit ces reproches1 ,m4 ,guizot1 dans une brochure qu'il publia en #ahaj1 sur l'tat des arts1 disait 7prophtiquement7 propos de ce peintre3 ,il n'a ni froideur1 ni roideur1 ni appareil thtral2 peut-tre mme son genre est-il celui qui convient le mieux aux sujets nationaux2 ses dfauts sont ceux de son cole1 et son cole n'aura pas son gnie2 accoutume ne chercher que la vrit1 sans y joindre la beaut comme condition ncessaire1 elle tombera facilement dans une exagration hideuse1 car elle n'en sera point prserve par l'habitude de vouloir des formes nobles et rgulires2 elle s'appuiera sur des exemples tirs des ouvrages de son matre4 #ei3 ,le couvent des ,capucins et son jardin occupaient toute la longueur de la rue de la ,paix1 depuis la rue des ,petits-,champs jusqu'aux boulevards4 ,outre une grande quantit d'artistes qui y logeaient alors1 il y avait de petits spectacles1 et entre autres le cirque de ,franconi1 dans le jardin4 #fj3 ,a4 ,b4 ,regnault1 n en #aged1 mort le #ab octobre #ahbi4 #fa3 ,f4-,a4 ,vincent1 n ,paris en #agdf1 mort en #ahaf4 #fb3 ,pierre ,gurin1 n ,paris en #aggd1 mort ,rome1 directeur de l',acadmie de ,france1 en #ahcc4 #fc3 ,voil quarante-trois ans que le ,couronnement a t termin et qu'il a subi l'preuve des critiques plus ou moins justes de plusieurs gnrations1 et les nombreuses beauts de dtail qu'il renferme sont devenues de plus en plus clatantes4 ,plac aujourd'hui dans les galeries historiques de ,versailles1 fondes par ,louis-,philippe1 cet ouvrage1 dont la composition est si simple quoique si solennelle1 dont le dessin est si vrai et si pur1 a pris avec le temps un aspect et un coloris dont l'harmonie est saisissante4 tienne1 qui l'a vu peindre1 peut affirmer1 avec tous les hommes de son ge1 que ce tableau1 auquel tout le monde rend justice maintenant1 a pris1 avec les annes1 une solidit de ton et une harmonie1 mme dans les parties qui ont le plus justement excit la critique il y a quarante ans1 qui achvent de donner cette composition toutes les qualits d'un chef-d'oeuvre4 #fd3 ,david eut quatre enfants1 deux fils et deux filles4 ,jules1 l'an1 qui vient de mourir en #ahed1 remplit les fonctions de consul sous le gouvernement imprial2 il s'tait adonn l'tude de la langue grecque1 dont il a laiss un dictionnaire4 ,eugne1 le cadet1 prit le parti des armes vers #ahjh1 fut nomm chef d'escadron de cuirassiers en #ahae1 et mourut vers #ahbf4 ,les deux filles taient jumelles2 elles ont pous1 l'une le gnral ,meunier1 l'autre le gnral ,jannin4 #fe3 ,n en #agdg ,chlons-sur-,sane1 mort ,paris en #ahbe4 #ff3 ,ces costumes rpublicains civils1 militaires et pour les magistrats ont en effet t gravs par ,denon4 #fg3 ,voici les noms des principaux artistes qui ont expos au ,louvre cette anne3 peintres1 ,david1 ,girodet1 ,grard1 ,gros1 ,gurin1 ,prudhon1 ,carle ,vernet1 ,granet1 ,valenciennes1 ,chauvin1 ,,mm4 ,hersent et le comte ,turpin de ,criss4 ,sculpteurs3 ,chaudet1 ,cartellier1 ,bosio4 ,architectes3 ,percier1 ,fontaine1 ,brongniart4 ,graveurs3 ,berwik et ,m4 ,b4 ,desnoyers4 #fh3 ,ce thtre tait situ dans la rue ,basse1 l'encoignure de la rue de ,lancri4 ,c'taient des enfants1 dont les plus gs avaient seize dix-sept ans1 qui y jouaient1 et c'est l qu'ont dbut les deux ,monrose dont il est question ici4 #fi3 ,ce came est grav dans les ,monuments indits de ,winckelmann4 #gj3 ,les tableaux que ,david fit passer dans l',ouest sont3 le ,couronnement1 les ,aigles1 les ,sabines1 les ,thermopyles1 et plusieurs portraits de l',empereur4 #ga3 tienne a conserv l'esquisse de ,lonidas4 #gb3 ,voici la liste des ouvrages faits par ,david1 pendant son exil de #ahaf #ahbe3 l',amour quittant ,psych1 ,tlmaque et ,eucharis1 une rptition du ,couronnement de ,napolon1 expose successivement en ,angleterre et aux tats-,unis2 la ,colre d',achille1 demi-figures2 une ,bohmienne disant la bonne aventure2 ,mars dsarm par ,vnus et les ,grces2 ,alexandre1 ,apelles et ,campaspe1 non termin4 ,quant aux portraits1 il a fait ceux du baron ,alquier1 de ,mme ,vilain et de sa fille1 du gnral ,grard1 de ,sieys1 de ,ramel1 de ,mme ,ramel1 des filles de ,joseph ,bonaparte1 et de ,mme ,villeneuve1 nice de ,j4 ,bonaparte4 #gc3 ,un hommage semblable fut rendu ,david par la ville de ,gand1 en reconnaissance des expositions de plusieurs ouvrages dont le produit fut consacr au soulagement des pauvres de cette ville4 #gd3 ,jean-,louis-,thodore-,andr ,gricault1 n en #agij1 mort le #ah janvier #ahbd4 ,il a t successivement lve de ,carle ,vernet et de ,pierre ,gurin4 #ge3 ,voy4 la ,notice sur la vie et les ouvrages de ,lopold ,robert1 par tienne ,delcluze4 ,paris1 #ahch4 #gf3 ,m4 ,maurice ,quay1 n vers #aggi1 mort en #ahjd4 #gg3 ,voy4 chapitre ,,iii4