,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,l',,id,e ,,de ,,dieu ,,dans ,,la ,,philosophie ,,religieuse ,,de ,,la ,,chine ,,conf,,rence faite par ,m4 ,l,,on ,,de ,,rosny ,salle du ,muse ,social1 le jeudi #bc mars #ahii ,l',,id,e ,,de ,,dieu ,,dans ,,la ,,philosophie ,,religieuse ,,de ,,la ,,chine ,depuis plus d'un sicle1 la question du disme ou de l'athisme de la ,chine a t controverse par des crivains et par des penseurs plus ou moins en tat de runir1 de comprendre et d'apprcier les pices du procs4 ,voltaire1 par exemple1 sans rien connatre des documents indignes1 reprochait avec aigreur aux thologaux d',occident de soutenir que les ,chinois taient athes1 et la dclaration de la ,sorbonne en #agjj1 suivant laquelle serait rput hrtique quiconque soutiendrait que l',empereur de ,chine croyait en ,dieu1 avait eu pour rsultat de l'exasprer4 ,du moment o il s'agissait de rendre un verdict aussi grave contre les ,chinois1 le moins et t peut-tre de bien s'expliquer sur ce qu'il faut entendre par un athe4 ,un athe1 suivant le paganisme grec ou romain1 tait un homme qui ne professait qu'un mdiocre respect pour les habitants de l',olympe o ,jupiter lui-mme et son pouse ,junon ne jouissaient pas prcisment du privilge de moeurs exemplaires4 ,au moyen ge1 c'tait quelqu'un qui ne prenait gure plus au srieux les lohim de la ,bible que ces vieillards barbe blanche dont les peintres lui montraient l'image comme une reprsentation de l'tre suprme4 ,de nos jours1 un athe--je ne parle pas de quelques gens qui s'affublent de ce titre dans le seul but de provoquer de coupables surexcitations religieuses--un athe1 dis-je1 n'est souvent rien autre chose qu'un sceptique1 c'est--dire un chercheur qui ne trouve pas qu'on lui donne des preuves suffisantes pour admettre une individualit cratrice de notre globe1 des autres boules du mme genre qui roulent dans l'espace1 et enfin de tout ce qui existe ou peut exister encore au del de ce que nous connaissons ou de ce que nous croyons connatre4 ,eh bien6 ,lorsqu'on a soutenu que les ,chinois taient athes1 on a oubli de nous dire auquel de ces trois genres d'athes ils appartenaient4 ,on a fait plus mal encore3 on a englob une nation immense et ses diverses doctrines philosophiques en un tout qui n'a rien d'homogne1 ainsi que nous nous proposons de le dmontrer4 ,cependant1 il est hors de conteste qu'il peut y avoir chez un peuple des athes et des distes1 sans qu'il soit permis pour cela de dire que ce peuple est lui-mme athe ou diste4 ,or1 il me semble qu'il y a avantage rattacher la question du disme ou de l'athisme des ,chinois au moins trois grandes manifestations religieuses ou philosophiques de l',asie ,orientale1 savoir3 la doctrine cosmogonique prconfuciste qu'on peut appeler la thorie du ,ta-kih1--l'enseignement moral et politique de ,confucius et de son cole1--et enfin la philosophie taoste1 dont on considre d'habitude ,lao-tse comme le fondateur4 ,i ,la doctrine cosmogonique1 dont un des termes les plus importants est celui de ,ta-kih#a1 semble remonter aux origines mmes de l'volution intellectuelle des ,chinois1 ou du moins l'poque o l'existence premire de cette nation nous est signale par l'histoire4 ,je suis enclin mettre cette manire de voir1 parce que plus j'tudie les oeuvres littraires de la dynastie des ,tcheou1 c'est--dire les premiers monuments crits que nous possdons dans des conditions srieuses d'authenticit1 plus j'arrive me convaincre que la ,chine avait longtemps vcu avant que de telles oeuvres aient pu se produire1 et parce qu'un examen minutieux des textes de la grande poque de ,confucius me conduit reconnatre qu'ils sont la rsultante de plusieurs systmes cosmogoniques successifs trs diffrents les uns des autres4 ,un sinologue qui s'est livr l'tude de la philosophie n'admettra jamais que le premier des cinq livres dit canoniques1 c'est--dire le ,yih-king par exemple1 puisse appartenir la mme source d'ides que les autres ,king4 ,je crois donc que1 pour dcouvrir la pense qui s'attache au ,ta-kih1 il faut oprer une sorte de classement mthodique pralable des passages o nous en trouvons la mention dans les livres de l'antiquit chinoise4 ,toutefois1 avant de tenter un pareil classement1 il me semble utile de demander aux grands travaux lexicographiques de la ,chine ce qu'il faut entendre philologiquement1--je dirais presque tymologiquement--par ,ta-kih1 c'est--dire le ,grand ,kih1 expression qui dsigne1 dans la thorie cosmogonique dont nous nous occupons en ce moment1 la force ou puissance initiatrice de l',univers4 ,les meilleurs lexiques de la ,chine auxquels j'ai eu recours nous fournissent sur le mot kih des interprtations trs nombreuses1 parfois assez divergentes1 qui ne sont pas sans jeter une certaine somme de doute sur la valeur qu'il convient d'attribuer ce mot1 lorsqu'il figure dans les textes cosmogoniques de l'antiquit4 ,on arrive mme bientt croire1 par la varit et par l'incohrence de ces explications1 que non seulement il a vari de sens dans les diverses coles antrieures notre re1 mais qu'il a fini par perdre sa porte philosophique en pntrant dans le langage des classes populaires4 tablir ces variations de sens constituerait sans doute une oeuvre intressante1 mais elle exigerait de longues recherches dans une foule de livres non encore traduits qu'il serait peut-tre prmatur d'entreprendre aujourd'hui1 et il y a lieu de craindre que1 mme au prix de ces pnibles recherches1 on ne puisse aboutir un rsultat prcis et satisfaisant4 ,je me bornerai donc1 pour l'instant1 signaler un choix d'interprtations que m'ont fournies les oeuvres lexicographiques les plus autorises1 interprtations que je m'efforcerai de rattacher aux diffrentes tentatives d'exgse entreprises sur la dfinition du ,ta-kih par les penseurs chinois4 ,dans les textes o cette expression figure comme terme fondamental de l'ide cosmogonique1 le mot kih veut dire le principe et la fin1 la condition suprme#b4 ,c'est la ,loi suprme qui prside aux transformations#c ou1 en d'autres termes1 la condition immuable qui rsulte de la ,justice fatale1 intransigeante et ininfluenable4 ,joint au qualificatif ta qui signifie grand1 il nous est donn comme la dnomination de l',unit absolue et primordiale#d1 antrieure la sparation originelle des lments chaotiques de l'univers#e4 ,cette ,unit absolue et primordiale1 que nous verrons bientt identifie un ,ciel plus ou moins dpourvu de personnalit1 est une force rationnelle 7,li7 qui reprsente la ,raison d'tre du firmament1 de la terre et de tous les tres#f4 ,puis l'ide cosmogonique se dveloppant dj d'une faon remarquable dans l'esprit de la race ,jaune1 cette priode trs ancienne1 le ta-kih se trouve associ aux deux principes gnrateurs du ,dualisme chinois1 le yin ou principe femelle et le yang ou principe mle4 ,la doctrine dualiste elle-mme nous est prsente sous plusieurs formes qui prouvent les ttonnemens des premiers philosophes de la ,chine pour arriver rendre intelligible leur systme relatif la cration4 ,de la sorte1 la place du principe mle et du principe femelle1 nous voyons mentionns les ,leang-i ou ,deux ,i#g1 qui reprsentent les manifestations primordiales cratrices de la ,raison initiatrice 7,li71 lorsque celle-ci devient active dans la ,nature ou1 en d'autres termes1 se matrialise4 ,ces deux manifestations cratrices primordiales sont contraires l'une l'autre2 elles constituent1 dans la pense chinoise1 deux conditions ncessaires la production de la vie et du mouvement4 ,opposes de la sorte dans leur mode d'action1 l'une reprsente le principe actif1 l'autre le principe passif2 mais ces deux principes sont eux-mmes inhrents au ,ta-kih1 dont le principe mle ou yang drive par son tat d'activit et le principe femelle ou yin par son tat de repos#h4 ,plus tard1 le systme se dveloppe et le ,ta-kih devient multiple par son identification avec les ,san ,tsa ou ,trois ,principes volutifs de l'univers et par d'autres complications que je crois inutile de signaler pour rsoudre le problme dont je m'occupe en ce moment4 ,je me bornerai ajouter que lorsque les cosmogonistes chinois identifient le ,ta-kih au ,ciel1 ils n'accordent pas celui-ci la puissance cratrice sans le concours des deux principes dualistes qui manent de lui4 ,le ,ciel1 disent-ils1 seul ne peut produire ou crer1 pas plus que le principe mle ou le principe femelle isolment4 ,le concours des trois forces est ncessaire pour que la cration devienne effective#i4 ,pour en revenir la question que je me propose d'tudier ici1 les ,chinois1 qui comprennent de la sorte leur ,ta-kih1 sont-ils oui ou non des athes8 ,ils ne le sont pas pour ceux qui se refusent attacher l'ide de ,dieu celle d'une individualit plus ou moins conue l'image de l'tre humain et qui aurait cr le monde par un acte de son bon plaisir2 ils le sont coup sr pour ceux qui admettent que ,dieu est un personnage capable de prendre forme et mme de parler1 comme le ,jehovah de la ,bible1 ou d'entendre les rcriminations des hommes comme les ,dieux d'une foule de cultes anciens et modernes4 ,tant qu'il demeure dans le domaine peu prs exclusif de la recherche philosophique1 le ,ta-kih semble exempt de toute matrialisation1 de tout anthropomorphisme2 et1 comme je l'ai dit1 je suis port croire que cette manire d'en comprendre le caractre est celle qui remonte le plus haut dans ce qui nous est possible de dcouvrir des origines philosophiques et religieuses de la race ,jaune4 ,la matrialisation du ,ta-kih commence alors que nous voyons ce grand principe primordial identifi avec le ,ciel#aj4 ,on ne peut pas dire cependant que les ,chinois1 par cette identification1 en soient arrivs ds l'abord l'ide soit anthropomorphique1 soit mme individualiste de ,dieu4 ,le ,ciel1 qu'ils nous donnent comme assimil au ,ta-kih1 est quelque chose d'autre que le firmament3 c'est une pure ,loi directrice1 qui1 plus tard seulement1 devient une personnalit4 ,on nous explique bien les mots ,ta-kih par une formule qui signifie l'air du ,ciel#aa1 si l'on fait seulement acte de traducteur sans s'tre d'abord pntr suffisamment du gnie de la cosmogonie primitive de la ,chine1 mais qu'il faut expliquer par manation cleste1 interprtation qui est d'ailleurs justifie par cette autre qui veut dire ,vertu cleste#ab4 ,et1 dans ce cas encore1 il faut prendre les plus grandes prcautions pour ne pas dvoyer4 ,par ,vertu cleste1 en effet1 il ne faut pas comprendre les bons sentiments ou les actes gnreux du ,ciel#ac1 mais la ,vertu dans le sens de ,caractre spcial1 comme lorsqu'on dit la vertu d'un principe1 la vertu d'un mdicament4 ,j'insiste sur la ncessit de tenir compte de pareilles nuances dont les sinologues se sont malheureusement trop peu proccups lorsqu'ils ont traduit des textes philosophiques1 cosmogoniques ou religieux4 ,faute d'y avoir prt attention1 ils ont fait dire des crits dignes de tout notre respect1--j'oserais peut-tre ajouter1 de notre admiration1-- des paroles incohrentes et mme des insanits dont les anciens ,chinois ne sauraient tre rendus responsables aucun titre4 ,j'ai acquis de la sorte la conviction qu'en recourant aux sources originales1 il tait possible de suivre en quelque sorte pas pas les transformations de la philosophie laquelle appartient cette haute expression de ,ta-kih4 ,,ii ,l'apparition de ,confucius est un vnement gigantesque dans l'histoire de la civilisation chinoise4 ,ce grand moraliste1 qui professait une doctrine essentiellement utilitaire1 c'est--dire une doctrine qui se rapproche bien des gards de ce que nous appelons aujourd'hui le ,positivisme1 ,confucius1 dis-je1 avait jug opportun1 pour le succs de son oeuvre1 de se prsenter comme le restaurateur de la sagesse antique et de s'appuyer sur des documents qu'il attribuait aux ges primitifs de son pays4 ,ses dclarations cet gard laissent beaucoup dsirer4 ,non seulement nous savons qu'il n'eut aucun scrupule d'altrer les textes offerts par lui la vnration publique1 alors que ces textes ne se prtaient pas aux succs de ses thories politiques et sociales1 mais il suffit de lire avec attention les ,king ou livres ,canoniques dont il est considr comme l'diteur1 et les ,sse-chou qui renferment les chos de ses enseignements recueillis par ses disciples1 pour se convaincre que son esprit tait inapte tout travail de spculation intellectuelle et mme d'exgse et de critique4 ,il tait coup sr un merveilleux observateur1 et nul mieux que lui ne sut comprendre1 ni son poque1 ni plus tard1 ce qui rpondait le mieux aux sentiments et aux aspirations de sa race4 ,son contemporain1 ,lao-tse1 ne l'avait toutefois qu'en assez mdiocre estime1 et il n'eut pas de scrupule le lui dclarer lui-mme4 ,que pouvait faire ,confucius dans de telles conditions1 alors qu'il se trouvait en prsence d'une philosophie cosmogonique dont il n'tait pas capable de saisir les concepts et dans laquelle il ne voyait1 en tout cas1 rien qui puisse servir sa nation au point de vue pratique1 le seul qu'il tait mme d'embrasser dans toute son tendue8 ,la rponse nous la trouvons dans les livres primitifs de la ,chine et1 en attendant que nous les ayons compulss avec le soin dsirable1 dans les grands et trs remarquables travaux de philosophie publis d'ge en ge par les crivains chinois4 ,pour aboutir son but1 ,confucius avait jug propos de faire accepter par ses compatriotes le culte de ce qu'il nomme le ,hiao1 mot que nous avons l'habitude de traduire par ,pit filiale1 mais qui possde une signification bien autrement large dans les traits de morale et dans tout ce qui touche l'difice politique et intellectuel des ,chinois1 aussi bien de ceux des temps anciens que de ceux qui vivent encore de nos jours dans le plus vieil empire du monde4 ,faisant reposer sa doctrine sur la ,pit ,filiale1 ,confucius a tabli comme une institution indispensable pour un peuple le ,culte des ,anctres4 ,il a su1 de la sorte1 faire vivre les hommes dans le respect du pass et n'avoir aucune ambition plus haute que celle de survivre par le souvenir chez leurs descendants4 ,dans nos pays civiliss1 nous ambitionnons des honneurs pendant notre vie2 les ,chinois en ambitionnent mme aprs leur mort1 et les lois du ,cleste-,empire permettent de confrer des titres1 des grades1 des dcorations des dfunts comme rcompense des services rendus par leur progniture4 ,cette manire de donner satisfaction l'orgueil humain nous fait sourire4 ,sur les bords du fleuve ,jaune1 on la prend au srieux et l'on n'aurait garde de rien dire1 de rien faire qui lui soit attentatoire4 ,si nous nous moquons des ,chinois en cette circonstance1 ils nous rendent bien la pareille1 ne ft-ce que par le ddain qu'ils professent pour une foule de nos progrs matriels et de nos institutions politiques4 ,avec une telle manire de comprendre la vie1 le clbre moraliste de ,lou ne voyait aucun avantage s'occuper de la loi initiatrice reprsente par le ,ta-kih1 et les raisonnements fonds sur les deux principes du ,dualisme primitif lui semblaient pour le moins des spculations infructueuses4 ,il avait toutefois des motifs pour ne pas le dire tout haut2 nul doute ne subsiste cet gard sur sa manire de voir4 ,ayant pris coeur de concilier les intrts du peuple et ceux du monarque1 de proclamer hautement les prrogatives de celui-ci1 tout en rendant les abus de son autocratie difficiles et mme prilleux1 il comprit combien il pouvait tirer parti pour dominer la masse d'une doctrine tablissant l'existence d'autorits extra-terrestres4 ,ces autorits imaginaires1 il en trouva d'abord la formule dans celle du ,ciel immatriel de la philosophie antique2 mais1 dans les livres qui existaient de son temps1 cette formule tait exprime en des termes fort au dessus de la comprhension des masses4 ,il chercha donc la mettre la porte du grand nombre4 ,le ,ta-kih fut en consquence reprsent comme l'anctre de toutes les cratures#ad et par suite comme le principe magnanime et gnreux qui a produit la vie sur la terre#ae4 ,l'ide de premier anctre des cratures devait conduire rapidement celle qui avait pour effet de personnaliser la ,loi suprme1 c'est--dire la mention de cet tre suprieur appel ,chang-ti1 expression que beaucoup de sinologues considrent comme l'quivalent de notre mot ,dieu4 ,toutefois1 la mme poque sans doute1 cette dnomination en apparence monothiste vint s'associer aux rminiscences populaires d'un polythisme grossier dont quelques anciens livres1 notamment le ,chang-ha ,king1 nous fait connatre l'existence dans la haute antiquit chinoise4 ,le ,chang-ti reprsente de la sorte le grand prince ou chef de tous les gnies#af4 ,ces gnies1 associs sans cesse aux ,koue1 mot qu'on a quelquefois traduit par dmons1 taient trs nombreux4 ,on rendait aux uns et aux autres des hommages dans les sacrifices#ag4 ,puisque c'est surtout propos de cette expression ,chang-ti qu'ont t engages les grandes disputes au sujet du ,disme ou de l',athisme des ,chinois1 il ne me semble pas inutile de m'y arrter un instant et de faire connatre les principales explications des lexicographes chinois sur son compte4 ,dans cette expression ,chang-ti1 il y a le mot ti qui isolment est d'habitude traduit par ,empereur1 et le mot chang qui est un qualificatif signifiant lev1 d'o l',empereur lev4 ,on a prfr traduire3 le suprme ,empereur4 ,ce mot ti signifie en outre gouverner#ah2 c'est communment le titre que l'on donne au prince#ai et la dnomination honorifique de celui qui gouverne le monde#bj4 ,a une poque recule1 c'est--dire celle o il convient de faire remonter la rdaction des ,king ou ,livres canoniques1 nous le trouvons dj1 avec son qualificatif chang suprme assimil au ,ciel#ba4 ,par suite de certaines interprtations des lexicographes chinois les plus autoriss1 il reste peu douteux qu'il s'agisse alors d'un ,ciel idal1 distinct du ,ciel matriel4 ,car si le mot ti dsigne celui qui est arriv par sa vertu se mettre en accord avec le ,ciel#bb1 ou bien encore celui qui par sa vertu1 en s'identifiant au ,ciel et la ,terre1 se tient dans la rectitude et n'a point d'gosme#bc1 on nous dit aussi qu'il exprime l'ide de ,gnie ,cleste#bd1 c'est--dire quelque chose qu'on peut assimiler au ,dieu du monothisme smitique1 bien qu'une telle assimilation soit peut-tre un peu excessive4 ,le ,chang-ti1 dans le ,chou-king ou ,bible des ,chinois#be1 nous est bien prsent comme une divinit suprieure1 mais cette divinit n'est pas seule l'objet du culte indigne3 on lui associe d'autres puissances qu'on offre la vnration de la foule1 voire mme les montagnes et les rivires1 ainsi qu'un nombre indtermin de gnies4 ,et comme parmi ces objets de vnration1 on mentionne les saisons1 le froid et le chaud1 le soleil1 la lune1 les toiles et la scheresse1 on s'aperoit bientt combien il tait difficile pour ces anciens cosmogonistes d'arriver une notion abstraite de ,dieu1 dtache de toute assimilation avec le ,ciel matriel et les phnomnes de l'atmosphre4 ,il me parat toutefois peu contestable que1 ds une haute antiquit1 les ,chinois ont admis l'existence d'une personnalit cleste gouvernant le monde et appele ,chang-ti2 mais il me semble en mme temps qu'il y avait l une croyance populaire qu'il faut distinguer de la thorie cosmogonique suivant laquelle ce ,chang-ti aurait t le ,ciel initiateur#bf considr comme la ,loi ou la ,cause primordiale de l',univers#bg4 ,le ,yih-king ou ,livre traditionnel des ,transformations fait bien partie de la collection des ouvrages dits canoniques que ,confucius se crut la mission de runir et de transmettre la postrit2 mais l'esprit qui en a inspir la composition est tellement diffrent de celui des autres ,king qu'on a une tendance l'en sparer compltement pour y voir un autre genre de manifestations philosophiques et morales de la ,chine primitive4 ,or1 dans ce livre trange et sur lequel on a fond les thories les plus bizarres1 au point de vouloir lui attribuer une origine babylonienne#bh1 il est galement fait mention du ti1 et plusieurs sinologues autoriss1 notamment le ,rev4 ,james ,legge1 n'ont pas hsit y voir une mention de ,dieu#bi4 ,le ,p4 ,gaubil et ,medhurst1 tout en adoptant la mme manire de traduire1 n'avaient cependant pu cacher au sujet du sens de ce mot une certaine hsitation#bi4 ,s'il est vrai que le doute n'est plus gure possible l'poque du philosophe ,tchou-hi1 qui dfinit le ti par seigneur et gouverneur du ,ciel et mme au temps plus recul de cinq sicles o vivait le clbre ,wang-pi 7,i,i,ie sicle de notre re71 il n'en est pas ainsi pour le sicle de ,confucius et surtout pour les priodes qui ont prcd ce clbre instituteur4 ,ces priodes1 il est vrai1 sont tellement obscures1 on pourrait peut-tre dire hypothtiques1 qu'il est bien difficile de rien affirmer formellement au sujet de ce qui s'y passait2 il est nanmoins aussi sr que possible que l'closion des thories cosmogoniques auxquelles se rattachent les termes de ,ta-kih et de ,chang-ti sont de beaucoup antrieures l'ge durant lequel vcurent les deux grands philosophes chinois ,lao-tse et ,confucius4 ,l'obscurit profonde du ,yih-king permet malheureusement d'y trouver peu prs tout ce qu'on veut sur la cosmogonie4 ,il est mme assez probable qu'il doit cette obscurit le plus grand nombre de ses admirateurs4 ,parmi ceux-ci1 il convient de citer ,confucius qui1 dans sa vieillesse1 n'hsita pas dire qu'il avait commis la faute de trop ngliger son tude alors qu'il tait jeune et qu'il ne cultivait plus d'autre ambition que celle de parvenir le bien comprendre avant sa mort#cj4 ,je ne voudrais pas me prononcer d'une faon trop svre1 et encore moins en termes trop enthousiastes sur ce que peut valoir ce premier des cinq ,king1 et cela pour un motif trs srieux1 savoir que1 dans ma pense1 il n'a pas t jusqu' ce jour tudi d'une faon satisfaisante1 surtout au point de vue philosophique et religieux qui m'occupe en ce moment4 ,qu'il me suffise de soutenir qu'en tout cas l'ide d'un ,dieu ou ,principe invisible1 immatriel et directeur de l'univers y est nonce dans des termes suffisamment clairs pour qu'on ne puisse aucun gard le considrer comme une oeuvre de source athiste4 ,,iii ,il me reste1 pour complter cet aperu rapide des ides chinoises relatives la ,loi directrice de l',univers1 vous dire quelques mots de ce qu'a t cette conception dans la grande cole chinoise du ,taosme4 ,la doctrine que reprsente le ,tao-teh ,king tmoigne d'une puissance de pense et de conception telle que je ne puis me rsoudre croire qu'elle ait t l'oeuvre d'un seul homme1 d'un seul philosophe1 dans un pays o le travail de nombreuses gnrations antrieures ne lui aurait pas prpar toutes les voies4 ,j'admets comme une certitude l'existence du progrs1 mais je sais que le progrs s'accomplit lentement et avec le concours indispensable d'un nombre considrable de collaborateurs dvous1 tenaces et intelligents4 ,lorsque je songe que ,lao-tse a vcu six sicles avant notre re et dans un milieu en apparence aussi peu favorable que le pays des anciens ,chinois1 j'prouve un certain trouble pour indiquer la place relle qu'il convient de lui affecter1 dans le travail volutif de l'ide religieuse chez les riverains du fleuve ,jaune4 ,autant l'apparition de ,confucius1 la mme poque qui fut celle de kya-mouni et de ,pythagore#ca1 semble une rsultante logique des faits qu'on nous rapporte sur les sicles antrieurs au sien1 autant la prsence dans cette mme rgion d'un gnie aussi pntrant et aussi original que le fut ,lao-tse me parat difficile comprendre avec les donnes que nous possdons jusqu' prsent sur l'tat volutif de la ,chine antique4 ,j'avais1 en consquence de cette considration1 suppos priori durant la premire priode de mes tudes sur le ,taosme1 l'existence en ,chine d'une philosophie absolument distincte de l'enseignement moral et socialiste de ,confucius1 philosophie qui aurait vu le jour aux poques dites prhistoriques de la civilisation chinoise4 ,de patientes recherches dans les textes originaux et dans les crits de plusieurs sinologues autoriss ont eu pour rsultat de me convaincre que mon hypothse relative aux origines du ,cleste-,empire rpondait une ralit historique4 ,je n'ai donc plus aucune hsitation soutenir dsormais que la philosophie taoste a t la consquence d'un labeur intellectuel dont les premires manifestations se perdent dans la nuit des temps ou ont t du moins fort antrieures au ,v,ie sicle avant notre re4 ,de longs dveloppements et l'numration d'une foule de petits faits qui ne peuvent gure intresser que les spcialistes seraient ncessaires pour tablir la doctrine que je professe aujourd'hui sur les dbuts du ,taosme et sur les efforts de pense qu'il a fallu accomplir en ,chine pour rendre possible l'apparition dans ce pays d'un homme de la trempe de ,lao-tse4 ,on me pardonnera de ne pas entreprendre un tel dploiement d'rudition dans une confrence o je ne me suis propos en somme qu'un seul but1 celui de dmontrer que non seulement les ,chinois croyaient en ,dieu1 mais en plus qu'ils avaient nonc sur l'existence de ,dieu des ides d'une remarquable porte et dignes tous gards de la respectueuse sollicitude des chercheurs du monde contemporain4 ,je ne m'occuperai donc point ici des prcurseurs de ,lao-tse sur lesquels on commence seulement runir quelques indices qui ont besoin d'tre examins de trs prs et discuts avec connaissance de cause avant qu'on soit en droit d'en faire un usage srieux pour l'histoire de la philosophie chinoise4 ,je me bornerai parler du ,taosme tel qu'il rsulte de l'tude de son livre canonique1 le ,tao-teh ,king4 ,cet ouvrage d'une valeur considrable1 mais dont l'intelligence prsente d'normes difficults1 a t dj l'objet de plusieurs traductions en langues europennes4 ,toutefois1 si le proverbe traductore traditore est souvent vrai1 je n'hsite pas dclarer qu'il l'est d'une faon tout fait exceptionnelle lorsqu'on l'applique l'oeuvre de ,lao-tse4 ,malgr le profond respect que je professe pour les connaissances sinologiques de mon ancien matre ,stanislas ,julien1 l'un des deux premiers traducteurs du ,tao-teh ,king#cb1 j'ai le devoir de dire qu'il n'a pas compris les parties essentielles de la grande oeuvre de l'illustre contemporain de ,confucius1 de cet homme extraordinaire qu'un savant orientaliste anglais1 ,m4 ,chalmers1 n'a pas hsit placer au premier rang des philosophes de la ,chine antique#cc4 ,pauthier1 le concurrent malheureux de ,stanislas ,julien1 qui avait traduit quelques annes avant celui-ci le livre fondamental du ,taosme#cd1 connaissait insuffisamment la langue chinoise1 mais il n'tait pas beaucoup prs un homme sans talent1 et en maintes circonstances il suppla par son esprit clair l'insuffisance de son savoir1 au point de vue philologique4 ,s'il n'a pas compris lui non plus dans son ensemble l'oeuvre de ,lao-tse1 il a su du moins lui donner une apparence acceptable en certains endroits dont l'nonc semble rvoltant dans la version de son savant rival4 ,de graves divergences ont dj t formules sur les essais de ces deux rudits#ce4 ,toutefois la valeur exceptionnelle du texte antique qu'ils avaient eu l'intention de faire connatre au monde europen et qui est encore aujourd'hui assez mdiocrement connu1 mrite que ces critiques soient reprises en sous-oeuvre et mme longtemps discutes avant qu'une traduction acceptable puisse enfin tre mise au jour4 ,un orientaliste de mrite1 ,abel-,rmusat1 matre de ,stanislas ,julien1 s'tait lui aussi occup du ,tao-teh ,king#cf sur lequel les travaux des anciens missionnaires de ,pking#cg avaient appel tout particulirement son attention4 ,faute de pouvoir lire et comprendre les nombreux commentaires composs d'ge en ge par les ,chinois pour faciliter l'intelligence de ce livre1 il s'tait trouv hors d'tat d'y dcouvrir les importantes ides qu'il renferme4 ,il se livra donc des observations enfantines sur quelques passages o l'on avait cru dcouvrir des rapports entre l'enseignement taoste et la religion juive4 ,parmi ces observations1 l'une d'elles provoqua avec raison les remontrances de son lve ,stanislas ,julien1 qui en fit justice dans la prface de son livre4 ,je veux parler de l'identification du nom de ,jehovah avec trois particules contenues dans un des chapitres du king ou texte traditionnel de ,lao-tse#ch4 ,on me pardonnera1 je l'espre1 si j'ai cru utile de donner ici ces explications presque exclusivement bibliographiques1 avant de parler des passages du ,tao-teh ,king qui nous permettent de discuter la question de savoir si les adeptes de la doctrine du ,tao doivent tre considrs comme des athes1 ou bien comme des distes4 ,dans ce dernier cas1 dont j'ai la prtention d'tablir l'exactitude1 il y aura lieu de dterminer quel genre de distes appartenait ,lao-tse4 ,j'insiste sur cette dclaration1 car je tiens essentiellement soutenir que les prtendus sectateurs de ce puissant gnie n'ont plus que quelques rares rapports logomachiques avec l'enseignement de celui qu'ils appellent leur ,matre4 ,c'est pour ce motif que j'ai jug indispensable de faire usage du mot ,taosseisme pour dsigner la religion de ces derniers et ne pas la confondre avec la philosophie originale et si remarquable du ,tao que je nomme ,taosme4 ,la question que je dsire discuter dpend du sens qu'il convient d'attribuer au ,tao1 expression fondamentale sur laquelle repose la doctrine de ,lao-tse4 ,j'ai consacr l'examen de ce mot un chapitre entier d'un ouvrage que j'ai publi sur cette antique doctrine de la race ,jaune#ci4 ,je rsumerai mes recherches aussi brivement que possible pour arriver aux conclusions que j'ai en vue1 sans abuser outre mesure de votre bienveillante attention4 ,si l'on cherche le sens de ce mot ,tao dans les dictionnaires chinois composs pour l'usage des ,europens1 on trouve qu'il en a plusieurs et de fort distincts1 ce qui en rend l'interprtation difficile lorsqu'il s'agit de son emploi dans le langage philosophique4 ,les principaux de ces sens1--ou du moins les plus habituels1 sont1 route1 parler et doctrine4 ,stanislas ,julien a cru devoir choisir celui de voie#dj4 ,pauthier s'est beaucoup plus rapproch de la vrit en employant celui de ,raison primordiale ou ,principe suprme#da4 ,la signification en langue vulgaire de parler1 l'a fait identifier par quelques auteurs au ,grec3 logos des ,no-platoniciens et celle de lumire la ,bdhi ou ,connaissance absolue des ,bouddhistes4 ,plusieurs orientalistes#db1 et je suis du nombre1 n'ont pas hsit le rendre par ,dieu1 dans l'espoir que cette traduction serait1 tout bien calcul1 moins obscure que celle qui rsulterait de longs considrants aussi difficiles comprendre que le mot ,dieu lui-mme4 ,on doit nanmoins tenir compte1 mais avec de grandes rserves1 de l'explication suivant laquelle le ,tao serait la ,raison ternelle1 antrieure ,dieu1 et sans laquelle ,dieu n'aurait jamais pu exister#dc4 ,j'aurais sans doute des remarques intressantes vous faire sur cette singulire explication qui rvoltera non sans motif plus d'un penseur2 mais ces remarques m'entraneraient trop loin et je dois revenir1 sans plus de parenthses1 la formule de l'ide de ,dieu1 suivant la doctrine de ,lao-tse1 telle qu'elle s'est prsente mon esprit aprs plusieurs annes d'tude du ,tao-teh ,king et des travaux de ses commentateurs les plus autoriss4 ,faute de pouvoir vous prsenter aujourd'hui mes ides avec tous les dveloppements voulus1 je me bornerai vous dire que je ne puis pas admettre que le ,tao de ,lao-tse soit quelque chose d'autre que ,dieu et qui ait prcd la manifestation de la divinit4 ,seulement il s'applique la conception d'un ,dieu d'une nature non seulement immatrielle1 mais indfinissable4 ,lao-tse s'exprime cet gard de la faon la plus formelle3 ,le ,dieu qu'on peut dfinir1 dit-il1 n'est pas le ,dieu absolu 7en chinois3 ,tao ko tao1 fe ,tchang ,tao47 ,en d'autres termes1 nous ne pouvons avoir qu'une simple intuition du ,dieu vritable4 ,l'enseignement bouddhique des coles les plus avances1 en adoptant la mme manire de voir au sujet de ,dieu1 ajoute toutefois que cette intuition peut tre de plus en plus complte1 de plus en plus suggestive1 suivant la mesure dans laquelle nous parvenons par nos efforts anantir en nous le sentiment goste1 le sentiment de notre personnalit1 pour nous associer et nous confondre avec le ,grand-,tout4 ,sans la crainte d'abuser outre mesure de votre bienveillante attention1 je vous aurais entretenu d'un autre terme fondamental du ,taosme1 savoir de la ,teh dont le nom figure dans le titre du ,tao-teh ,king de ,lao-tse1 titre que ,stanislas ,julien1 comme je l'ai dit1 a rendu par le ,livre de la ,voie et de la ,vertu1 interprtation que je me refuse absolument accepter4 ,je vous ai fourni tout l'heure quelques explications sommaires au sujet du mot ,tao4 ,le mot ,king1 qu'on traduit d'habitude par ,livre sacr signifie1 simplement un crit traditionnel4 ,quant au mot ,teh1 il veut bien dire vertu dans le langage ordinaire1 mais dans celui de la philosophie taoste1 il a une bien autre porte3 il y exprime l'lment muable1 qui est la seconde caractristique de ,dieu1 dont la premire est l'immuabilit4 ,en d'autres termes1 il dsigne l',activit slective et le ,devenir4 ,c'est seulement1 je crois1 en raisonnant de la sorte1 et nullement avec les arguments dont ont fait usage ce propos plusieurs orientalistes1 que nous pouvons tablir l'existence en ,chine1 ds le ,v,ie sicle avant notre re1 de la notion thologique trinitaire qui nous reprsente ,dieu tout la fois crateur de l'univers et en voie de se crer lui-mme par l'appoint indispensable de l'universalit de ses cratures4 ,dans une autre occasion1 je me propose de dmontrer la valeur tout fait exceptionnelle de cette ide qui se retrouve dans l'antiquit orientale non seulement chez les ,indiens 7la trimourti71 mais encore chez d'autres peuples1 notamment chez les ,japonais1 au sein de leur ,sintauisme primitif#dd4 ,malgr l'admirable puissance de sa thorie philosophique1 ,lao-tse ne devait obtenir d'cho dans les masses ignorantes que lorsque sa doctrine aurait t matrialise de fond en comble et abtardie de faon devenir intelligible pour la foule inculte et satisfaire ses instincts grossiers4 ,a ce point de vue1 il a eu la destine de tous les grands instituteurs religieux3 rien dans la pratique n'a survcu de son oeuvre qu'une grossire et mercantile contrefaon de son enseignement4 ,n'hsitons pas le reconnatre avec tristesse3 tel est le sort des penseurs qui esprent trop de la pauvre humanit ou qui1 du moins1 devancent avec trop de gnie le travail lent et sans cesse interrompu de son mancipation4 ,du moment o la souffrance a t l'apanage de tout ce qui vit1 il tait invitable que l'homme qui souffre ait la vellit de croire un tre de sa propre nature1 mais plus puissant que lui1 auquel il puisse demander de mettre un terme ses maux et parfois mme de lui accorder des jouissances ici-bas4 ,quelque soit l'tat de son esprit1 il ne peut s'abstenir d'invoquer pour son service et ses besoins un ou plusieurs magots fabriqus son image4 ,de grands progrs intellectuels devront tre accomplis avant qu'on puisse retirer aux malheureux la douce illusion de la prire et le droit de pousser le cri qui chappe sans cesse1 aussi bien aux savants qu'aux ignorants1 aux forts et aux faibles d'esprit3 ,ah6 mon ,dieu4 ,au dbut de cette confrence1 j'ai signal les graves inconvnients qui rsultent de l'emploi insuffisamment rflchi du mot athe pour dsigner un individu et bien plus encore pour qualifier une race ou une fraction quelconque de l'humanit4 ,il n'est pas moins fcheux de soutenir qu'un peuple est suprieur ou infrieur parce qu'on l'a qualifi plus ou moins la lgre de monothiste1 de polythiste1 de panthiste1 de ftichiste ou d'idoltre4 ,le monothisme est parfois la consquence d'un puissant et splendide travail intellectuel2 parfois aussi1 il n'est rien de plus que la rsultante d'un dfaut d'imagination4 ,le ,disme est1 sans aucun doute1 une trs haute conception de l'homme suprieur1 mais alors seulement qu'il rpond la culture d'une ide intuitive dont chaque tre a le devoir de provoquer la naissance dans son organisation intime4 ,si le temps ne m'avait pas manqu pour soutenir devant vous cette manire de voir1 je vous aurais entretenu de l'tat dplorablement rudimentaire de l'ide diste chez de nombreuses populations du globe4 ,je vous aurais parl notamment des ,corens qui sculptent plaisir de petits dieux grotesques sur des bches de bois et qui les entourent de fleurs et de parfums lorsque le hasard leur fait croire qu'ils leur doivent les faveurs dont ils leur ont adress la demande en prire4 ,en revanche1 lorsque par malheur ces petits dieux de bois ne leur sont pas propices1 ils se font une fte avec leurs amis de les dmolir coups de pierre4 ,on ne peut cependant pas dire que ces ,corens sont des athes1 puisqu'ils rendent un culte une foule de divinits de leur invention2 mais il me rpugne de les compter parmi les distes pour lesquels toutes les cratures honntes et intelligentes doivent professer des sentiments de haute estime et d'inpuisable admiration4 ,il est temps de m'arrter4 ,je me crois autoris1 en terminant1 soutenir que la civilisation chinoise ne professe pas plus l'athisme qu'aucune autre des grandes civilisations du monde1 et que le ,disme de la ,chine1 ds la haute antiquit1 a mme atteint une hauteur de conception que notre orgueilleuse ,europe ne peut gure prtendre avoir srieusement dpasse4 ,c'est l ce que je tenais surtout vous dire dans cette petite improvisation4 #a3 ,ta-kih1 litt4 le grand terme1 le grand extrme4 #b3 ,en chinois3 pen tchoung4 #c3 ,en chinois3 tchi hoa tchi tchi ye2 wouh kih hoe tchi pien4 #d3 ,en chinois3 ,ta-,yih ye4 #e3 ,en chinois3 ,ta-kih oe tien-ti we-fen i-tsien youen-ki oell we yih4 7,voy4 ,pe-wen-yun-fou1 t4 ,,cii1 a1 p4 #aeh47 #f3 ,tien ti wan-wouh tchi li4 7,voy4 ,pe-wen yun-fou1 loc4 cit47 #g3 ,le systme des ,leang-i se rencontre dans toutes les manifestations religieuses de l'antiquit asiatique4 ,je crois qu'il y aurait un grand intrt l'tudier dans ses rapports avec l'ide trinitaire que j'ai rencontre jusque dans les les de l',extrme-,orient4 #h3 ,d'aprs le ,ta-kih tou-choueh4 #i3 ,voy4 ,kouh-liang1 ,commentaire du ,tchun-tsieou le ,printemps et l',automne de ,confucius1 cit par le ,youen-kien loui-han1 t4 ,,xii1 p4 #bd1 et la mention de ce passage dans ma traduction de ,ni-hon-,syo-ki1 publie dans la collection des travaux de l'cole des ,langues ,orientales1 t4 ,,ii1 p4 ,,xxix4 #aj3 ,en chinois3 ,ta-kih tien ye4 #aa3 ,en chinois3 ,tien-ki ye4 #ab3 ,en chinois3 ,tien tchi teh4 #ac3 ,en chinois3 ,tien tchi kouan4 #ad3 ,voy4 le ,tcheou-li mouh-loh4 #ae3 ,en chinois3 ,tien-tche chi-seng4 #af3 ,voy4 ,ho-kouan-tse1 ,tien-kouan4 #ag3 ,voy4 ,li-ki1 chap4 ,kioh-li1 part4 #a4--,l'abb ,callery traduit les mots koue-chin1 litt4 les ,dmons et les ,gnies1 par les ,esprits et les ,dieux4 ,il croit pouvoir1 de la sorte1 constater l'existence du polythisme dans le ,grand-,rituel de l'cole dite des ,lettrs1 et mentionne1 sans en indiquer clairement la diffrence1 deux sortes d'tres surnaturels qui ont droit au culte des hommes4 ,ce fameux ,rituel nous apprend d'ailleurs comment nous devons chercher obtenir la solution de nos doutes4 ,il suffit pour cela de les soumettre au sort2 on ne sera jamais induit en erreur7674 7,voy4 ,mmorial des ,rites1 p4 #e47--;,je ne crois pas aller trop loin en disant que pour bien saisir l'ide des ,chinois sur les chin et les koue1 il serait ncessaire de produire les dfinitions des indignes les plus autoriss relatives ces deux classes de personnifications mtaphysiques de leur panthon1 travail qui ne me parat pas encore t accompli d'une faon quelque peu satisfaisante4 #ah3 ,en chinois3 ti4 #ai3 ,suivant l'antique dictionnaire oell-ya4 #bj3 ,voy4 ,pe-wen yun-fou1 t4 ,,lxvii1 part4 ,,ii1 p4 #g4 #ba3 ,li-ki 7,grand ,rituel71 chap4 ,ming-ling4 #bb3 ,en chinois3 ,teh hoh tien tche1 ching ti4 #bc3 ,en chinois3 ,teh pe tien-ti1 tsa tching1 pouh tsai sse1 youeh ti4 #bd3 ,en chinois3 ,ti tien-chin ye4 #be3 ,en chinois3 ,chou-king 7,bible de l'antiquit chinoise71 chap4 ,chun-tien4 #bf3 ,en chinois3 ,youen-tien4 #bg3 ,ta-yih1 expression que ,wells ,williams traduit par the primordial ,cause2 the ground or reason of4 ,c'est aussi le nom d'une toile dans la constellation du ,dragon4 #bh3 ,terrien de la ,couperie4 #bi3 ,the ,sacred ,books of ,china1 part ,,ii1 ,introduction1 p4 #ea4 #cj3 ,legge1 dans les ,sacred ,books of the ,east1 de ,f4 ,max ,muller1 t4 ,,xvi1 pp4 #a-b et pass4 de l',introduction jointe cet ouvrage4 ,ajoutons que quelques auteurs chinois ont t jusqu' prtendre qu'on rencontrait dans le ,yih-king des traces manifestes de plusieurs grandes vrits scientifiques dcouvertes depuis par les savants du monde occidental4 7,oper4 supr4 cit41 p4 #ed47 #ca3 ,inutile de dire que ces synchronismes ont fait rver bien des savants et mme des penseurs4 ,je crois nanmoins qu'on ne saurait montrer trop de rserve adopter les suppositions de quelques orientalistes au sujet de ce sicle considrable dans les fastes de l'humanit intellectuelle1 comme par exemple celle qui rsulte des ressemblances de noms signales par le ,dr ,leitner1 de ,woking1 entre le bouddhiste ,bouddhagoras et le philosophe ,pythagore2 etc41 etc4 7,voy4 ,congrs international des ,sciences ,ethnographiques1 session de ,paris1 #ahgh2 compte-rendu1 p4 #cjg47 #cb3 ,stanislas ,julien1 ,le ,livre de la ,voie et de la ,vertu1 compos dans le ,v,ie sicle avant l're chrtienne par le philosophe ,lao-tseu4 ,traduit en franais1 et publi avec le texte chinois et un commentaire perptuel4 ,paris1 #ahdb2 in-#ho4 #cc3 ,cette opinion est d'ailleurs celle de quelques-uns des plus clbres crivains de la ,chine4 ,le grand historiographe ,sse-ma ,tsien1 par exemple1 avait plus d'estime pour ,hoang-tao 7,lao-tse7 que pour les six ,king1 communment dsigns comme les livres sacrs par excellence de l',ecole de ,confucius4 7,voy4 le ,p4 ,prmare1 dans les ,annales de ,philosophie ,chrtienne de ,bonnetty1 sixime srie1 t4 ,,viii1 p4 #ai47 #cd3 ,g4 ,pauthier1 ,le ,livre rvr de la ,raison suprme et de la ,vertu1 par ,lao-tseu1 traduit en franais et publi pour la premire fois en ,europe1 avec une version latine et le texte chinois en regard1 accompagn du commentaire complet de ,sie-hoi1 d'origine occidentale1 et de notes tires de divers autres commentateurs chinois4 ,paris1 #ahch2 in-#ho 7ouvrage dont la publication n'a pas t termine74 #ce3 ,voy4 notamment le ,dr ,james ,legge1 ,the ,religions of ,china1 p4 #bbj2 ,mayers1 ,the ,speculations of the ,old ,philosopher ,lao-tse1 ,introduction1 p4 ,,xi2 ,g4 de ,harlez1 dans les ,mmoires couronns par l',acadmie ,royale de ,belgique1 #ahhd2 ,balfour1 ,the ,divine ,classic of ,nan-hua1 ,excursus1 p4 xxxv2 ,callery1 dans les ,memorie della ,r4 ,accademia delle ,scienze1 de ,turin1 ,sciences morales1 srie ,,ii1 t4 ,,xv1 p4 #de2 ,carlo ,puini1 ,il ,buddha1 ,confucio e ,lao-tse1 p4 #dgc2 ,fr4 ,neumann1 de ,munich1 ,das ,buch von der ,kraft und ,wirkung2 ,chantepie de la ,saussaye1 ,lehrbuch der ,religionsgeschichte1 t4 ,i1 p4 #bec4 #cf3 ,abel-,rmusat1 ,mmoire sur la vie et les opinions de ,lao-tseu1 philosophe chinois du ,v,ie sicle avant notre re qui a profess les opinions communment attribues ,pythagore1 ,platon et leurs disciples4 ,paris1 #ahbc2 in-#do4 #cg3 ,notamment le ,p4 ,amyot1 dans les ,mmoires concernant les ,chinois1 t4 ,i4 #ch3 ,abel-,rmusat1 ,libr4 cit41 p4 #db2 ,stanislas ,julien1 ,le ,livre de la ,voie et de la ,vertu1 introduction1 p4 ,v4 #ci3 ,voy4 dans mon ,taosme1 chap4 ,v1 la dfinition du ,tao et mon article sur la ,philosophie du ,tao-teh-king1 dans les ,mmoires de la ,socit ,sinico-,japonaise1 #ahhg1 t4 ,,vi1 p4 #e4 #dj3 ,voy4 les motifs allgus par ,julien pour traduire le mot tao par voie1 dans son ,livre de la ,voie et de la ,vertu1 introduction1 p4 ,,xiii4 #da3 ,voy4 ,pauthier1 ,le ,tao-te-king1 p4 #e4 #db3 ,notamment ,m4 ,victor von ,straus1 ,lao-tse's ,tao-te-king1 #ahgj4 #dc3 ,lao-tzes ,tao-teh-king1 trad4 ,carus1 ,introd41 p4 #ac4 #dd3 ,j'ai runi les lments d'un mmoire tendu sur la question de la ,teh dans le taosme3 je diffre cependant sa publication1 parce qu'il me reste lire et tudier plusieurs ouvrages chinois1 notamment l'oeuvre de ,sou ,tse-yeou1 auxquels j'attache la plus srieuse importance4--,quant la ,trinit du ,sintauisme primitif1 j'en ai dcouvert l'existence en prparant ma traduction du ,ni-hon ,syo-ki 7la ,bible de l'antiquit japonaise1 accompagne d'un commentaire que j'ai cru devoir rdiger en langue chinoise1 ouvrage dont le second volume est sous presse74 ,j'espre avoir le temps d'en exposer un jour le caractre et la haute porte philosophique qui font le plus grand honneur la civilisation originelle des insulaires de l',extrme-,orient4