,,de ,,la ,d,,mocratie ,,en ,,am,,rique4 ,,p>is4--,,imprim]ie ,,claye ,,et ,,taillef] ,,rue ,,sa9t-,,b5o,t1 #g4 ,,de ,,la ,d,,mocratie ,,en ,,am,,rique ,,p> ,,alexis ,,de ,,tocqueville ,membre de l',in/itut4 ,,c9qui,,me ,,dition ,,revue1 ,,corrig,e et augm5te d'un ,av]tissem5t et d'un ,exam5 comp>atif de la ,dmocratie aux tats-,unis et en ,suisse4 ,,tome ,,troisi,,me4 ,,p>is ,,pagn]re1 ,,diteur ,,rue ,,de ,,se9e1 #ad ,,bis4 #ahdh ,,de ,,la ,d,,mocratie ,,en ,,am,,rique4 ,,av]tissem5t4 ,les ,amrica9s ont un tat social dmocratique qui leur a naturellem5t suggr de c]ta9es lois et de c]ta9es moeurs politiques4 ,ce mme tat social a1 de plus1 fait natre1 p>mi eux1 une multitude de s5tim5ts et d'op9ions qui tai5t inconnus dans les vieilles socits ari/ocratiques de l',europe4 ,il a dtruit ou modifi des rapports qui exi/ai5t jadis1 et en a tabli de n\veaux4 ,l'aspect de la socit civile ne s'e/ pas tr\v mo9s *ang que la physionomie du monde politique4 ,j'ai trait le premi] sujet dans l'ouvrage publi p> moi il y a c9q ans1 sur la ,dmocratie amrica9e4 ,le second fait l'objet du prs5t livre4 ,ces deux p>ties se complt5t l'une p> l'autre et ne =m5t qu'une seule oeuvre4 ,il faut que1 sur-le-*amp1 je prvi5ne le lecteur contre une erreur qui me s]ait =t prjudiciable4 ,en me voyant attribu] tant d'effets div]s l'galit1 il p\rrait en conclure que je considre l'galit comme la cause unique de t\t ce qui arrive de nos j\rs4 ,ce s]ait me suppos] une vue bi5 troite4 ,il y a1 de notre temps1 une f\le d'op9ions1 de s5tim5ts1 d'in/9cts qui ont d la naissance des faits trang]s ou mme contraires l'galit4 ,c'e/ a9si que si je pr5ais les tats-,unis p\r exemple1 je pr\v]ais aism5t que la nature du pays1 l'orig9e de ses habitants1 la religion des premi]s fondateurs1 leurs lumires acquises1 leurs habitudes antrieures1 ont ex]c et ex]c5t encore1 indp5damm5t de la ,dmocratie1 une imm5se influ5ce sur leur manire de p5s] et de s5tir4 ,des causes diffr5tes mais aussi di/9ctes du fait de l'galit se r5contr]ai5t en ,europe et expliqu]ai5t une gr&e p>tie de ce qui s'y passe4 ,je reconnais l'exi/5ce de t\tes ces diffr5tes causes et leur puissance1 mais mon sujet n'e/ po9t d'en p>l]4 ,je n'ai pas entrepris de montr] la raison de t\s nos p5*ants et de t\tes nos ides2 j'ai seulem5t v\lu faire voir en quelle p>tie l'galit avait modifi les uns et les autres4 ,on s'tonn]a peut-tre qu'tant f]mem5t de cette op9ion1 que la rvolution dmocratique dont n\s sommes tmo9s1 e/ un fait irrsi/ible contre lequel il ne s]ait ni dsirable ni sage de lutt]1 il me soit arriv s\v5t dans ce livre d'adress] des p>oles si svres aux socits dmocratiques que cette rvolution a cres4 ,je rpondrai simplem5t que c'e/ p>ce que je n'tais po9t un adv]saire de la ,dmocratie1 que j'ai v\lu tre s9cre env]s elle4 ,les hommes ne reoiv5t po9t la vrit de leurs ennemis1 et leurs amis ne la leur (fr5t gure2 c'e/ p\r cela que je l'ai dite4 ,j'ai p5s que beauc\p se *>g]ai5t d'annonc] les bi5s n\veaux que l'galit promet aux hommes1 mais que peu os]ai5t signal] de lo9 les prils dont elle les m5ace4 ,c'e/ donc pr9cipalem5t v]s ces prils que j'ai dirig mes reg>ds1 et1 ayant cru les dc\vrir clairem5t1 je n'ai pas eu la l*et de les taire4 ,j'espre qu'on retr\v]a dans ce second ouvrage l'imp>tialit qu'on a p>u rem>qu] dans le premi]4 ,plac au milieu des op9ions contradictoires qui n\s divis5t1 j'ai t* de dtruire mom5tanm5t dans mon coeur les sympa?ies favorables ou les in/9cts contraires que m'inspire *acune d'elles4 ,si ceux qui liront mon livre y r5contr5t une seule phrase dont l'objet soit de flatt] l'un des gr&s p>tis qui ont agit notre pays1 ou l'une des petites factions qui1 de nos j\rs1 le tracass5t et l'n]v5t1 que ces lecteurs lv5t la voix et m'accus5t4 ,le sujet que j'ai v\lu embrass] e/ imm5se2 c> il compr5d la plup>t des s5tim5ts et des ides que fait natre l'tat n\veau du monde4 ,un tel sujet excde assurm5t mes =ces2 en le traitant1 je ne suis po9t p>v5u me satisfaire4 ,mais1 si je n'ai pu atte9dre le b auquel j'ai t5du1 les lecteurs me r5dront du mo9s cette ju/ice que j'ai conu et suivi mon entreprise dans l'esprit qui p\vait me r5dre digne d'y russir4 ,,de ,,la ,d,,mocratie ,,en ,,am,,rique4 ,,premi,,re ,,p>tie4 ,,influ5ce ,,de ,,la ,d,,mocratie ,,sur ,,le ,,m\vem5t ,,intellectuel ,,aux ,,tats-,,unis4 ,,*apitre ,i4 ,de la m?ode philosophique des ,amrica9s4 ,je p5se qu'il n'y a pas1 dans le monde civilis1 de pays o l'on s'occupe mo9s de philosophie qu'aux tats-,unis4 ,les ,amrica9s n'ont po9t d'cole philosophique qui leur soit propre1 et ils s'inquit5t =t peu de t\tes celles qui divis5t l',europe2 ils en sav5t pe9e les noms4 ,il e/ facile de voir cep5dant que presque t\s les habitants des tats-,unis dirig5t leur esprit de la mme manire1 et le conduis5t d'aprs les mmes rgles2 c'e/--dire qu'ils possd5t1 sans qu'ils se soi5t jamais donn la pe9e d'en df9ir les rgles1 une c]ta9e m?ode philosophique qui leur e/ commune t\s4 *app] l'esprit de sy/me1 au j\g des habitudes1 aux maximes de familles1 aux op9ions de classe1 et1 jusqu' un c]ta9 po9t1 aux prjugs de nation2 ne pr5dre la tradition que comme un r5seignem5t1 et les faits prs5ts que comme une utile tude p\r faire autrem5t et mieux2 *]*] p> soi-mme et en soi seul la raison des *oses2 t5dre au rsultat sans se laiss] en*an] au moy52 et vis] au fond trav]s la =me1 tels sont les pr9cipaux traits qui c>actris5t ce que j'appell]ai la m?ode philosophique des ,amrica9s4 ,que si je vais plus lo9 encore1 et que p>mi ces traits div]s je *]*e le pr9cipal1 et celui qui peut rsum] presque t\s les autres1 je dc\vre1 que dans la plup>t des oprations de l'esprit1 *aque ,amrica9 n'en appelle qu' l'ef=t individuel de sa raison4 ,l',amrique e/ donc l'un des pays du monde o l'on tudie le mo9s1 et o l'on suit le mieux les prceptes de ,desc>tes4 ,cela ne doit pas surpr5dre4 ,les ,amrica9s ne lis5t po9t les ouvrages de ,desc>tes1 p>ce que leur tat social les dt\rne des tudes spculatives1 et ils suiv5t ses maximes p>ce que ce mme tat social dispose naturellem5t leur esprit les adopt]4 ,au milieu du m\vem5t cont9uel qui rgne au se9 d'une socit dmocratique1 le li5 qui unit les gnrations entre elles se rel*e ou se brise2 *acun y p]d aism5t la trace des ides de ses aeux1 on ne s'en inquite gure4 ,les hommes qui viv5t dans une semblable socit ne saurai5t non plus puis] leurs croyances dans les op9ions de la classe laquelle ils app>ti5n5t1 c> il n'y a1 p\r a9si dire1 plus de classes1 et celles qui exi/5t encore sont composes d'lm5ts si m\vants1 que le corps ne saurait jamais y ex]c] un vritable p\voir sur ses membres4 ,quant l'action que peut avoir l'intellig5ce d'un homme sur celle d'un autre1 elle e/ ncessairem5t =t re/re9te dans un pays o les citoy5s1 dev5us peu prs p>eils1 se voi5t t\s de =t prs1 et1 n'ap]cevant dans aucun d'entre eux les signes d'une gr&eur et d'une supriorit inconte/ables1 sont sans cesse ram5s v]s leur propre raison comme v]s la s\rce la plus visible et la plus pro*e de la vrit4 ,ce n'e/ pas seulem5t alors la confiance en tel homme qui e/ dtruite1 mais le gt d'en croire un homme quelconque sur p>ole4 ,*acun se r5f]me donc troitem5t en soi-mme1 et prt5d de l jug] le monde4 ,l'usage o sont les ,amrica9s de ne pr5dre qu'en eux-mmes la rgle de leur jugem5t conduit leur esprit d'autres habitudes4 ,comme ils voi5t qu'ils p>vi5n5t rs\dre sans aide t\tes les petites difficults que prs5te leur vie pratique1 ils en conclu5t aism5t que t\t dans le monde e/ explicable1 et que ri5 n'y dpasse les bornes de l'intellig5ce4 ,a9si1 ils ni5t volonti]s ce qu'ils ne peuv5t compr5dre3 cela leur donne peu de foi p\r l'extraord9aire1 et un dgt presque inv9cible p\r le surnaturel4 ,comme c'e/ leur propre tmoignage qu'ils ont c\tume de s'en rapport]1 ils aim5t voir trs-clairem5t l'objet dont ils s'occup5t2 ils le db>rass5t donc1 autant qu'ils le peuv5t1 de son enveloppe1 ils c>t5t t\t ce qui les en sp>e1 et enlv5t t\t ce qui le ca*e aux reg>ds1 af9 de le voir de plus prs et en ple9 j\r4 ,cette disposition de leur esprit les conduit bi5tt mpris] les =mes1 qu'ils considr5t comme des voiles inutiles et incommodes placs entre eux et la vrit4 ,les ,amrica9s n'ont donc pas eu beso9 de puis] leur m?ode philosophique dans les livres1 ils l'ont tr\ve en eux-mmes4 ,j'en dirai autant de ce qui s'e/ pass en ,europe4 ,cette mme m?ode ne s'e/ tablie et vulg>ise en ,europe qu' mesure que les conditions y sont dev5ues plus gales et les hommes plus semblables4 ,considrons un mom5t l'en*anem5t des temps3 ,au seizime sicle1 les r=mateurs s\mett5t la raison individuelle quelques-uns des dogmes de l'anci5ne foi2 mais ils cont9u5t lui s\/raire la discussion de t\s les autres4 ,au dix-septime1 ,bacon1 dans les sci5ces naturelles1 et ,desc>tes1 dans la philosophie proprem5t dite1 aboliss5t les =mules reues1 dtruis5t l'empire des traditions et r5v]s5t l'autorit du matre4 ,les philosophes du dix-huitime sicle1 gnralisant enf9 le mme pr9cipe1 entrepr5n5t de s\mettre l'exam5 individuel de *aque homme l'objet de t\tes ses croyances4 ,qui ne voit que ,lu!r1 ,desc>tes et ,voltaire1 se sont s]vis de la mme m?ode1 et qu'ils ne diffr5t que dans le plus ou mo9s gr& usage qu'ils ont prt5du qu'on en fit8 ,d'o vi5t que les r=mateurs se sont si troitem5t r5f]ms dans le c]cle des ides religieuses8 p\rquoi ,desc>tes1 ne v\lant se s]vir de sa m?ode qu'en c]ta9es matires1 bi5 qu'il l'et mise en tat de s'appliqu] t\tes1 a-t-il dcl> qu'il ne fallait jug] p> soi-mme que les *oses de philosophie et non de politique8 ,comm5t e/-il arriv qu'au dix-huitime sicle on ait tir t\t c\p1 de cette mme m?ode1 des applications gnrales que ,desc>tes et ses prdcesseurs n'avai5t po9t ap]ues ou s'tai5t refuss dc\vrir8 ,d'o vi5t enf9 qu' cette poque la m?ode dont n\s p>lons e/ s\da9em5t sortie des coles p\r pntr] dans la socit et dev5ir la rgle commune de l'intellig5ce1 et qu'aprs avoir t populaire *ez les ,franais1 elle a t o/5siblem5t adopte ou secrtem5t suivie p> t\s les peuples de l',europe8 ,la m?ode philosophique dont il e/ "q a pu natre au seizime sicle1 se prcis] et se gnralis] au dix-septime2 mais elle ne p\vait tre communm5t adopte dans aucun des deux4 ,les lois politiques1 l'tat social1 les habitudes d'esprit qui dc\l5t de ces premires causes1 s'y opposai5t4 ,elle a t dc\v]te une poque o les hommes comm5ai5t s'galis] et se ressembl]4 ,elle ne p\vait tre gnralem5t suivie que dans des sicles o les conditions tai5t enf9 dev5ues peu prs p>eilles et les hommes presque semblables4 ,la m?ode philosophique du dix-huitime sicle n'e/ donc pas seulem5t franaise1 mais dmocratique1 ce qui explique p\rquoi elle a t si facilem5t admise dans t\te l',europe dont elle a tant contribu *ang] la face4 ,ce n'e/ po9t p>ce que les ,franais ont *ang leurs anci5nes croyances et modifi leurs anci5nes moeurs qu'ils ont b\lev]s le monde1 c'e/ p>ce que1 les premi]s1 ils ont gnralis et mis en lumire une m?ode philosophique l'aide de laquelle on p\vait aism5t attaqu] t\tes les *oses anci5nes1 et ouvrir la voie t\tes les n\velles4 ,que si ma9t5ant l'on me dem&e p\rquoi1 de nos j\rs1 cette mme m?ode e/ plus rig\reusem5t suivie1 et plus s\v5t applique p>mi les ,franais que *ez les ,amrica9s1 au se9 desquels l'galit e/ cep5dant aussi complte et plus anci5ne1 je rpondrai que cela ti5t en p>tie deux circon/ances qu'il e/ d'abord ncessaire de faire bi5 compr5dre4 ,c'e/ la religion qui a donn naissance aux socits anglo-amrica9es2 il ne faut jamais l'oubli]3 aux tats-,unis la religion se confond donc avec t\tes les habitudes nationales et t\s les s5tim5ts que la patrie fait natre2 cela lui donne une =ce p>ticulire4 cette raison puissante1 aj\tez cette autre qui ne l'e/ pas mo9s3 ,en ,amrique la religion s'e/1 p\r a9si dire1 pos elle-mme ses limites2 l'ordre religieux y e/ re/ entirem5t di/9ct de l'ordre politique1 de telle sorte qu'on a pu *ang] facilem5t les lois anci5nes sans branl] les anci5nes croyances4 ,le *ri/ianisme a donc cons]v un gr& empire sur l'esprit des ,amrica9s1 et1 ce que je veux surt\t rem>qu]1 il ne rgne po9t seulem5t comme une philosophie qu'on adopte aprs exam51 mais comme une religion qu'on croit sans la discut]4 ,aux tats-,unis1 les sectes *rti5nes v>i5t l'inf9i et se modifi5t sans cesse2 mais le *ri/ianisme lui-mme e/ un fait tabli et irrsi/ible qu'on n'entrepr5d po9t d'attaqu] ni de df5dre4 ,les ,amrica9s1 ayant admis sans exam5 les pr9cipaux dogmes de la religion *rti5ne1 sont obligs de recevoir de la mme manire un gr& nombre de vrits morales qui en dc\l5t et qui y ti5n5t4 ,cela ress]re dans des limites troites l'action de l'analyse individuelle1 et lui s\/rait plusieurs des plus importantes op9ions huma9es4 ,l'autre circon/ance dont j'ai p>l e/ celle-ci3 ,les ,amrica9s ont un tat social et une con/itution dmocratiques1 mais ils n'ont po9t eu de rvolution dmocratique4 ,ils sont arrivs peu prs tels que n\s les voyons sur le sol qu'ils occup5t4 ,cela e/ trs-considrable4 ,il n'y a pas de rvolutions qui ne remu5t les anci5nes croyances1 n'n]v5t l'autorit et n'obscurciss5t les ides communes4 ,t\te rvolution a donc plus ou mo9s p\r effet de livr] les hommes eux-mmes et d'ouvrir devant l'esprit de *acun d'eux un espace vide et presque sans bornes4 ,lorsque les conditions devi5n5t gales la suite d'une lutte prolonge entre les diffr5tes classes dont la vieille socit tait =me1 l'envie1 la ha9e et le mpris du vois91 l'orgueil et la confiance exagre en soi-mme1 envahiss5t1 p\r a9si dire1 le coeur huma9 et en font quelque temps leur doma9e4 ,ceci1 indp5damm5t de l'galit1 contribue puissamm5t divis] les hommes2 faire qu'ils se dfi5t du jugem5t les uns des autres et qu'ils ne *]*5t la lumire qu'en eux seuls4 ,*acun entrepr5d alors de se suffire et met sa gloire se faire sur t\tes *oses des croyances qui lui soi5t propres4 ,les hommes ne sont plus lis que p> des intrts et non p> des ides1 et l'on dirait que les op9ions huma9es ne =m5t plus qu'une sorte de p\ssire intellectuelle qui s'agite de t\s cts1 sans p\voir se rassembl] et se fix]4 ,a9si1 l'indp5dance d'esprit que l'galit suppose1 n'e/ jamais si gr&e et ne p>at si excessive qu'au mom5t o l'galit comm5ce s'tablir et durant le pnible travail qui la fonde4 ,on doit donc di/+u] avec so9 l'espce de lib]t intellectuelle que l'galit peut donn]1 de l'an>*ie que la rvolution amne4 ,il faut considr] "p *acune de ces deux *oses1 p\r ne pas concevoir des esprances et des cra9tes exagres de l'av5ir4 ,je crois que les hommes qui vivront dans les socits n\velles f]ont s\v5t usage de leur raison individuelle2 mais je suis lo9 de croire qu'ils en fass5t s\v5t abus4 ,ceci ti5t une cause plus gnralem5t applicable t\s les pays dmocratiques et qui1 la longue1 doit y ret5ir dans des limites fixes1 et quelquefois troites1 l'indp5dance individuelle de la p5se4 ,je vais la dire dans le *apitre qui suit4 ,,*apitre ,,ii4 ,de la s\rce pr9cipale des croyances *ez les peuples dmocratiques4 ,les croyances dogmatiques sont plus ou mo9s nombreuses1 suivant les temps4 ,elles naiss5t de diffr5tes manires1 et peuv5t *ang] de =me et d'objet2 mais on ne saurait faire qu'il n'y ait pas de croyances dogmatiques1 c'e/--dire d'op9ions que les hommes reoiv5t de confiance et sans les discut]4 ,si *acun entrepr5ait lui-mme de =m] t\tes ses op9ions et de p\rsuivre isolm5t la vrit1 dans des *em9s frays p> lui seul1 il n'e/ pas probable qu'un gr& nombre d'hommes dt jamais se runir dans aucune croyance commune4 ,or1 il e/ facile de voir qu'il n'y a pas de socit qui puisse prospr] sans croyances semblables1 ou plutt il n'y en a po9t qui subsi/5t a9si2 c>1 sans ides communes1 il n'y a pas d'action commune1 et1 sans action commune1 il exi/e encore des hommes1 mais non un corps social4 ,p\r qu'il y ait socit1 et1 plus =te raison1 p\r que cette socit prospre1 il faut donc que t\s les esprits des citoy5s soi5t t\j\rs rassembls et t5us ensemble p> quelques ides pr9cipales2 et cela ne saurait tre1 mo9s que *acun d'eux ne vi5ne quelquefois puis] ses op9ions une mme s\rce et ne cons5te recevoir un c]ta9 nombre de croyances t\tes faites4 ,si je considre ma9t5ant l'homme "p1 je tr\ve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas mo9s indisp5sables p\r vivre seul que p\r agir en commun avec ses semblables4 ,si l'homme tait =c de se pr\v] lui-mme t\tes les vrits dont il se s]t *aque j\r1 il n'en f9irait po9t2 il s'puis]ait en dmon/rations prlim9aires sans avanc]2 comme il n'a pas le temps1 cause du c\rt espace de la vie1 ni la facult1 cause des bornes de son esprit1 d'en agir a9si1 il en e/ rduit t5ir p\r assurs une f\le de faits et d'op9ions qu'il n'a eu ni le loisir ni le p\voir d'exam9] et de vrifi] p> lui-mme1 mais que de plus habiles ont tr\vs ou que la f\le adopte4 ,c'e/ sur ce premi] fondem5t qu'il lve lui-mme l'difice de ses propres p5ses4 ,ce n'e/ pas sa volont qui l'amne procd] de cette manire2 la loi inflexible de sa condition l'y contra9t4 ,il n'y a pas de si gr& philosophe dans le monde qui ne croie un million de *oses sur la foi d'autrui1 et qui ne suppose beauc\p plus de vrits qu'il n'en tablit4 ,ceci e/ non-seulem5t ncessaire1 mais dsirable4 ,un homme qui entrepr5drait d'exam9] t\t p> lui-mme1 ne p\rrait accord] que peu de temps et d'att5tion *aque *ose2 ce travail ti5drait son esprit dans une agitation p]ptuelle qui l'emp*]ait de pntr] pr(ondm5t dans aucune vrit et de se fix] avec solidit dans aucune c]titude4 ,son intellig5ce s]ait t\t la fois indp5dante et dbile4 ,il faut donc que1 p>mi les div]s objets des op9ions huma9es1 il fasse un *oix et qu'il adopte beauc\p de croyances sans les discut]1 af9 d'en mieux appr(ondir un petit nombre dont il s'e/ rs]v l'exam54 ,il e/ vrai que t\t homme qui reoit une op9ion sur la p>ole d'autrui met son esprit en esclavage2 mais c'e/ une s]vitude salutaire qui p]met de faire un bon usage de la lib]t4 ,il faut donc t\j\rs1 quoi qu'il arrive1 que l'autorit se r5contre quelque "p dans le monde intellectuel et moral4 ,sa place e/ v>iable1 mais elle a ncessairem5t une place4 ,l'indp5dance individuelle peut tre plus ou mo9s gr&e2 elle ne saurait tre sans bornes4 ,a9si1 la "q n'e/ pas de savoir s'il exi/e une autorit intellectuelle dans les sicles dmocratiques1 mais seulem5t o en e/ le dpt et quelle en s]a la mesure4 ,j'ai montr dans le *apitre prcd5t comm5t l'galit des conditions faisait concevoir aux hommes une sorte d'incrdulit in/9ctive p\r le surnaturel1 et une ide trs-haute et s\v5t =t exagre de la raison huma9e4 ,les hommes qui viv5t dans ces temps d'galit sont donc difficilem5t conduits plac] l'autorit intellectuelle laquelle ils se s\mett5t en dehors et au-dessus de l'humanit4 ,c'e/ en eux-mmes ou dans leurs semblables qu'ils *]*5t d'ord9aire les s\rces de la vrit4 ,cela suffirait p\r pr\v] qu'une religion n\velle ne saurait s'tablir dans ces sicles1 et que t\tes t5tatives p\r la faire natre ne s]ai5t pas seulem5t impies1 mais ridicules et draisonnables4 ,on peut prvoir que les peuples dmocratiques ne croiront pas aism5t aux missions div9es1 qu'ils se riront volonti]s des n\veaux prophtes et qu'ils v\dront tr\v] dans les limites de l'humanit1 et non au-del1 l'arbitre pr9cipal de leurs croyances4 ,lorsque les conditions sont 9gales et les hommes dissemblables1 il y a quelques individus trs-clairs1 trs-savants1 trs-puissants p> leur intellig5ce1 et une multitude trs-ignorante et =t borne4 ,les g5s qui viv5t dans les temps d'ari/ocratie sont donc naturellem5t ports pr5dre p\r guide de leurs op9ions la raison suprieure d'un homme ou d'une classe1 t&is qu'ils sont peu disposs reconnatre l'infaillibilit de la masse4 ,le contraire arrive dans les sicles d'galit4 mesure que les citoy5s devi5n5t plus gaux et plus semblables1 le p5*ant de *acun croire aveuglm5t un c]ta9 homme ou une c]ta9e classe dim9ue4 ,la disposition en croire la masse augm5te1 et c'e/ de plus en plus l'op9ion qui mne le monde4 ,non seulem5t l'op9ion commune e/ le seul guide qui re/e la raison individuelle *ez les peuples dmocratiques1 mais elle a *ez ces peuples une puissance inf9im5t plus gr&e que *ez nul autre4 ,dans les temps d'galit1 les hommes n'ont aucune foi les uns dans les autres1 cause de leur similitude2 mais cette mme similitude leur donne une confiance presque illimite dans le jugem5t du public2 c> il ne leur p>at pas vraisemblable qu'ayant t\s des lumires p>eilles1 la vrit ne se r5contre pas du ct du plus gr& nombre4 ,qu& l'homme qui vit dans les pays dmocratiques se comp>e individuellem5t t\s ceux qui l'environn5t1 il s5t avec orgueil qu'il e/ gal *acun d'eux2 mais lorsqu'il vi5t envisag] l'ensemble de ses semblables et se plac] lui-mme ct de ce gr& corps1 il e/ aussitt accabl de sa propre insignifiance et de sa faiblesse4 ,cette mme galit qui le r5d indp5dant de *acun de ses concitoy5s en p>ticuli]1 le livre isol et sans df5se l'action du plus gr& nombre4 ,le public a donc *ez les peuples dmocratiques une puissance s+ulire dont les nations ari/ocratiques ne p\vai5t pas mme concevoir l'ide4 ,il ne p]suade pas ses croyances1 il les impose et les fait pntr] dans les mes p> une sorte de pression imm5se de l'esprit de t\s sur l'intellig5ce de *acun4 ,aux tats-,unis1 la majorit se *>ge de f\rnir aux individus une f\le d'op9ions t\tes faites1 et les s\lage a9si de l'obligation de s'en =m] qui leur soi5t propres4 ,il y a un gr& nombre de ?ories en matire de philosophie1 de morale ou de politique que *acun y adopte a9si sans exam5 sur la foi du public2 et si l'on reg>de de trs-prs on v]ra que la religion elle-mme y rgne bi5 mo9s comme doctr9e rvle que comme op9ion commune4 ,je sais que p>mi les ,amrica9s1 les lois politiques sont telles que la majorit y rgit s\v]a9em5t la socit2 ce qui accrot beauc\p l'empire qu'elle y ex]ce naturellem5t sur l'intellig5ce4 ,c> il n'y a ri5 de plus famili] l'homme que de reconnatre une sagesse suprieure dans celui qui l'opprime4 ,cette omnipot5ce politique de la majorit aux tats-,unis augm5te1 en effet1 l'influ5ce que les op9ions du public y obti5drai5t sans elle sur l'esprit de *aque citoy51 mais elle ne la fonde po9t4 ,c'e/ dans l'galit mme qu'il faut *]*] les s\rces de cette influ5ce1 et non dans les in/itutions plus ou mo9s populaires que des hommes gaux peuv5t se donn]4 ,il e/ croire que l'empire intellectuel du plus gr& nombre s]ait mo9s absolu *ez un peuple dmocratique s\mis un roi qu'au se9 d'une pure dmocratie2 mais il s]a t\j\rs trs-absolu1 et1 quelles que soi5t les lois politiques qui rgiss5t les hommes dans les sicles d'galit1 l'on peut prvoir que la foi dans l'op9ion commune y devi5dra une sorte de religion dont la majorit s]a le prophte4 ,a9si l'autorit intellectuelle s]a diffr5te1 mais elle ne s]a pas mo9dre2 et1 lo9 de croire qu'elle doive disp>atre1 j'augure qu'elle devi5drait aism5t trop gr&e et qu'il p\rrait se faire qu'elle r5f]mt enf9 l'action de la raison individuelle dans des limites plus troites qu'il ne convi5t la gr&eur et au bonheur de l'espce huma9e4 ,je vois trs-clairem5t dans l'galit deux t5dances2 l'une qui porte l'esprit de *aque homme v]s des p5ses n\velles1 et l'autre qui le rduirait volonti]s ne plus p5s]4 ,et j'ap]ois comm5t1 s\s l'empire de c]ta9es lois1 la dmocratie te9drait la lib]t intellectuelle que l'tat social dmocratique favorise1 de telle sorte qu'aprs avoir bris t\tes les entraves que lui imposai5t jadis des classes ou des hommes1 l'esprit huma9 s'en*an]ait troitem5t aux volonts gnrales du plus gr& nombre4 ,si1 la place de t\tes les puissances div]ses qui gnai5t et ret>dai5t outre mesure l'essor de la raison individuelle1 les peuples dmocratiques sub/ituai5t le p\voir absolu d'une majorit1 le mal n'aurait fait que *ang] de c>actre4 ,les hommes n'aurai5t po9t tr\v le moy5 de vivre indp5dants2 ils aurai5t seulem5t dc\v]t1 *ose difficile1 une n\velle physionomie de la s]vitude4 ,il y a l1 je ne saurais trop le r$ire1 de quoi faire rfl*ir pr(ondm5t ceux qui voi5t dans la lib]t de l'intellig5ce une *ose sa9te et qui ne hass5t po9t seulem5t le despote1 mais le despotisme4 ,p\r moi1 qu& je s5s la ma9 du p\voir qui s'appesantit sur mon front1 il m'importe peu de savoir qui m'opprime1 et je ne suis pas mieux dispos pass] ma tte dans le j\g1 p>ce qu'un million de bras me le prs5t5t4 ,,*apitre ,,iii4 ,p\rquoi les ,amrica9s montr5t plus d'aptitude et de gt p\r les ides gnrales que leurs pres les ,anglais4 ,dieu ne songe po9t au g5re huma91 en gnral4 ,il voit d'un seul c\p d'oeil et sp>m5t t\s les tres dont l'humanit se compose1 et il ap]oit *acun d'eux avec les ressemblances qui le rappro*5t de t\s et les diffr5ces qui l'en isol5t4 ,dieu n'a donc pas beso9 d'ides gnrales2 c'e/--dire qu'il ne s5t jamais la ncessit de r5f]m] un trs-gr& nombre d'objets analogues s\s une mme =me af9 d'y p5s] plus commodm5t4 ,il n'en e/ po9t a9si de l'homme4 ,si l'esprit huma9 entrepr5ait d'exam9] et de jug] individuellem5t t\s les cas p>ticuli]s qui le frapp5t1 il se p]drait bi5tt au milieu de l'imm5sit des dtails et ne v]rait plus ri52 dans cette extrmit1 il a rec\rs un procd imp>fait mais ncessaire1 qui aide sa faiblesse et qui la pr\ve4 ,aprs avoir considr sup]ficiellem5t un c]ta9 nombre d'objets et rem>qu qu'ils se ressembl5t1 il leur donne t\s un mme nom1 les met "p1 et p\rsuit sa r\te4 ,les ides gnrales n'atte/5t po9t la =ce de l'intellig5ce huma9e1 mais plutt son insuffisance1 c> il n'y a po9t d'tres exactem5t semblables dans la nature2 po9t de faits id5tiques2 po9t de rgles applicables indi/9ctem5t et de la mme manire plusieurs objets la fois4 ,les ides gnrales ont cela d'admirable qu'elles p]mett5t l'esprit huma9 de port] des jugem5ts rapides sur un gr& nombre d'objets la fois2 mais1 d'une autre "p1 elles ne lui f\rniss5t jamais que des notions incompltes1 et elles lui font t\j\rs p]dre en exactitude ce qu'elles lui donn5t en t5due4 mesure que les socits vieilliss5t1 elles acquir5t la connaissance de faits n\veaux et elles s'emp>5t *aque j\r1 presque leur insu1 de quelques vrits p>ticulires4 mesure que l'homme saisit plus de vrits de cette espce1 il e/ naturellem5t am5 concevoir un plus gr& nombre d'ides gnrales4 ,on ne saurait voir sp>m5t une multitude de faits p>ticuli]s1 sans dc\vrir enf9 le li5 commun qui les rassemble4 ,plusieurs individus font p]cevoir la notion de l'espce2 plusieurs espces conduis5t ncessairem5t celle du g5re4 ,l'habitude et le gt des ides gnrales s]ont donc t\j\rs d'autant plus gr&s *ez un peuple1 que ses lumires y s]ont plus anci5nes et plus nombreuses4 ,mais il y a d'autres raisons encore qui p\ss5t les hommes gnralis] leurs ides ou les en loign5t4 ,les ,amrica9s font beauc\p plus s\v5t usage que les ,anglais des ides gnrales et s'y complais5t bi5 davantage2 cela p>at =t s+uli] au premi] abord1 si l'on considre que ces deux peuples ont une mme orig9e1 qu'ils ont vcu p5dant des sicles s\s les mmes lois1 et qu'ils se communiqu5t encore sans cesse leurs op9ions et leurs moeurs4 ,le contra/e p>at beauc\p plus frappant encore lorsque l'on conc5tre ses reg>ds sur notre ,europe1 et que l'on comp>e entre eux les deux peuples les plus clairs qui l'habit5t4 ,on dirait que *ez les ,anglais l'esprit huma9 ne s'arra*e qu'avec regret et avec d\leur la contemplation des faits p>ticuli]s p\r remont] de l jusqu'aux causes1 et qu'il ne gnralise qu'en dpit de lui-mme4 ,il semble1 au contraire1 que p>mi n\s le gt des ides gnrales soit dev5u une passion si effrne qu'il faille t\t propos la satisfaire4 ,j'appr5ds1 *aque mat9 en me rveillant1 qu'on vi5t de dc\vrir une c]ta9e loi gnrale et t]nelle dont je n'avais jamais ou p>l] jusque l4 ,il n'y a pas de si mdiocre criva9 auquel il suffise p\r son c\p d'essai de dc\vrir des vrits applicables un gr& royaume1 et qui ne re/e mcont5t de lui-mme1 s'il n'a pu r5f]m] le g5re huma9 dans le sujet de son disc\rs4 ,une p>eille dissemblance entre deux peuples trs-clairs m'tonne4 ,si je reporte enf9 mon esprit v]s l',anglet]re1 et que je rem>que ce qui se passe depuis un demi-sicle dans son se91 je crois p\voir affirm] que le gt des ides gnrales s'y dveloppe mesure que l'anci5ne con/itution du pays s'affaiblit4 ,l'tat plus ou mo9s avanc des lumires ne suffit donc po9t seul p\r expliqu] ce qui suggre l'esprit huma9 l'am\r des ides gnrales ou l'en dt\rne4 ,lorsque les conditions sont =t 9gales et que les 9galits sont p]man5tes1 les individus devi5n5t peu peu si dissemblables1 qu'on dirait qu'il y a autant d'humanits di/9ctes qu'il y a de classes2 on ne dc\vre jamais la fois que l'une d'elles1 et1 p]dant de vue le li5 gnral qui les rassemble t\tes dans le va/e se9 du g5re huma91 on n'envisage jamais que c]ta9s hommes et non pas l'homme4 ,ceux qui viv5t dans ces socits ari/ocratiques ne conoiv5t donc jamais d'ides =t gnrales relativem5t eux-mmes1 et cela suffit p\r leur donn] une dfiance habituelle de ces ides1 et un dgt in/9ctif p\r elles4 ,l'homme qui habite les pays dmocratiques ne dc\vre au contraire1 prs de lui1 que des tres peu prs p>eils2 il ne peut donc song] une p>tie quelconque de l'espce huma9e1 que sa p5se ne s'agr&isse et ne se dilate jusqu' embrass] l'ensemble4 ,t\tes les vrits qui sont applicables lui-mme lui p>aiss5t s'appliqu] galem5t et de la mme manire *acun de ses concitoy5s et de ses semblables4 ,ayant contract l'habitude des ides gnrales dans celle de ses tudes dont il s'occupe le plus1 et qui l'intresse davantage1 il transporte cette mme habitude dans t\tes les autres1 et c'e/ a9si que le beso9 de dc\vrir en t\tes *oses des rgles communes1 de r5f]m] un gr& nombre d'objets s\s une mme =me1 et d'expliqu] un ensemble de faits p> une seule cause1 devi5t une passion ard5te et s\v5t aveugle de l'esprit huma94 ,ri5 ne montre mieux la vrit de ce qui prcde que les op9ions de l'antiquit relativem5t aux esclaves4 ,les gnies les plus pr(onds et les plus va/es de ,rome et de la ,grce n'ont jamais pu arriv] cette ide si gnrale1 mais en mme temps si simple1 de la similitude des hommes1 et du droit gal que *acun d'eux apporte1 en naissant1 la lib]t2 et ils se sont v]tus pr\v] que l'esclavage tait dans la nature1 et qu'il exi/]ait t\j\rs4 ,bi5 plus1 t\t indique que ceux des anci5s qui ont t esclaves avant de dev5ir libres1 et dont plusieurs n\s ont laisss de beaux crits1 envisageai5t eux-mmes la s]vitude s\s ce mme j\r4 ,t\s les gr&s criva9s de l'antiquit faisai5t p>tie de l'ari/ocratie des matres1 ou du mo9s ils voyai5t cette ari/ocratie tablie sans conte/ation s\s leurs yeux2 leur esprit1 aprs s'tre t5du de plusieurs cts1 se tr\va donc born de celui-l1 et il fallut que ,jsus-,*ri/ vnt sur la t]re p\r faire compr5dre que t\s les membres de l'espce huma9e tai5t naturellem5t semblables et gaux4 ,dans les sicles d'galit1 t\s les hommes sont indp5dants les uns des autres1 isols et faibles2 on n'en voit po9t dont la volont dirige d'une faon p]man5te les m\vem5ts de la f\le2 dans ces temps1 l'humanit semble t\j\rs m>*] d'elle-mme4 ,p\r expliqu] ce qui se passe dans le monde1 on en e/ donc rduit re*]*] quelques gr&es causes1 qui1 agissant de la mme manire sur *acun de nos semblables1 les porte a9si suivre t\s volontairem5t une mme r\te4 ,cela conduit encore naturellem5t l'esprit huma9 concevoir des ides gnrales1 et l'amne en contract] le gt4 ,j'ai montr prcdemm5t comm5t l'galit des conditions portait *acun *]*] la vrit p> soi-mme4 ,il e/ facile de voir qu'une p>eille m?ode doit ins5siblem5t faire t5dre l'esprit huma9 v]s les ides gnrales4 ,lorsque je rpudie les traditions de classe1 de pr(ession et de famille1 que j'*appe l'empire de l'exemple p\r *]*]1 p> le seul ef=t de ma raison1 la voie suivre1 je suis encl9 puis] les motifs de mes op9ions dans la nature mme de l'homme1 ce qui me conduit ncessairem5t1 et presque mon insu1 v]s un gr& nombre de notions trs gnrales4 ,t\t ce qui prcde a*ve d'expliqu] p\rquoi les ,anglais montr5t beauc\p mo9s d'aptitude et de gt p\r la gnralisation des ides que leurs fils les ,amrica9s1 et surt\t que leurs vois9s les ,franais1 et p\rquoi les ,anglais de nos j\rs en montr5t plus que ne l'avai5t fait leurs pres4 ,les ,anglais ont t longtemps un peuple trs-clair1 et en mme temps trs-ari/ocratique2 leurs lumires les faisai5t t5dre sans cesse v]s des ides trs-gnrales1 et leurs habitudes ari/ocratiques les ret5ai5t dans des ides trs-p>ticulires4 ,de l1 cette philosophie1 t\t la fois audacieuse et timide1 l>ge et troite1 qui a dom9 jusqu'ici en ,anglet]re1 et qui y ti5t encore tant d'esprits ress]rs et immobiles4 ,indp5damm5t des causes que j'ai montres plus haut1 on en r5contre d'autres encore1 mo9s app>5tes1 mais non mo9s efficaces1 qui produis5t *ez presque t\s les peuples dmocratiques le gt et s\v5t la passion des ides gnrales4 ,il faut bi5 di/+u] entre ces sortes d'ides4 ,il y en a qui sont le produit d'un travail l5t1 dtaill1 consci5cieux de l'intellig5ce1 et celles-l l>giss5t la sphre des connaissances huma9es4 ,il y en a d'autres qui naiss5t aism5t d'un premi] ef=t rapide de l'esprit1 et qui n'amn5t que des notions trs-sup]ficielles et trs-inc]ta9es4 ,les hommes qui viv5t dans les sicles d'galit ont beauc\p de curiosit et peu de loisir2 leur vie e/ si pratique1 si complique1 si agite1 si active1 qu'il ne leur re/e que peu de temps p\r p5s]4 ,les hommes des sicles dmocratiques aim5t les ides gnrales p>ce qu'elles les disp5s5t d'tudi] les cas p>ticuli]s2 elles conti5n5t1 si je puis m'exprim] a9si1 beauc\p de *oses s\s un petit volume1 et donn5t en peu de temps un gr& produit4 ,lors donc qu'aprs un exam5 inatt5tif et c\rt1 ils croi5t ap]cevoir entre c]ta9s objets un rapport commun1 ils ne p\ss5t pas plus lo9 leur re*]*e1 et1 sans exam9] dans le dtail comm5t ces div]s objets se ressembl5t ou diffr5t1 ils se ht5t de les rang] t\s s\s la mme =mule1 af9 de pass] outre4 ,l'un des c>actres di/9ctifs des sicles dmocratiques1 c'e/ le gt qu'y pr\v5t t\s les hommes p\r les succs faciles et les j\issances prs5tes4 ,ceci se retr\ve dans les c>rires intellectuelles comme dans t\tes les autres4 ,la plup>t de ceux qui viv5t dans les temps d'galit sont ple9s d'une ambition t\t la fois vive et molle2 ils veul5t obt5ir sur-le-*amp de gr&s succs1 mais ils dsir]ai5t se disp5s] de gr&s ef=ts4 ,ces in/9cts contraires les mn5t directem5t la re*]*e des ides gnrales1 l'aide desquelles ils se flatt5t de pe9dre de trs-va/es objets peu de frais1 et d'attir] les reg>ds du public sans pe9e4 ,et je ne sais s'ils ont tort de p5s] a9si2 c> leurs lecteurs craign5t autant d'appr(ondir1 qu'ils peuv5t le faire eux-mmes1 et ne *]*5t d'ord9aire dans les travaux de l'esprit que des plaisirs faciles et de l'in/ruction sans travail4 ,si les nations ari/ocratiques ne font pas assez d'usage des ides gnrales1 et leur m>qu5t s\v5t un mpris inconsidr1 il arrive au contraire que les peuples dmocratiques sont t\j\rs prts faire abus de ces sortes d'ides et s'enflamm] indiscrtem5t p\r elles4 ,,*apitre ,,iv4 ,p\rquoi les ,amrica9s n'ont jamais t aussi passionns que les ,franais p\r les ides gnrales en matire politique4 ,j'ai dit prcdemm5t que les ,amrica9s montrai5t un gt mo9s vif que les ,franais p\r les ides gnrales4 ,cela e/ surt\t vrai des ides gnrales relatives la politique4 ,quoique les ,amrica9s fass5t pntr] dans la lgislation inf9im5t plus d'ides gnrales que les ,anglais1 et qu'ils se proccup5t beauc\p plus que ceux-ci d'aju/] la pratique des affaires huma9es la ?orie1 on n'a jamais vu aux tats-,unis de corps politiques aussi am\reux d'ides gnrales1 que l'ont t *ez n\s l',assemble con/ituante et la ,conv5tion2 jamais la nation amrica9e t\t entire ne s'e/ passionne p\r ces sortes d'ides de la mme manire que le peuple franais du dix-huitime sicle1 et n'a fait voir une foi aussi aveugle dans la bont et dans la vrit absolue d'aucune ?orie4 ,cette diffr5ce entre les ,amrica9s et n\s1 nat de plusieurs causes1 mais de celle-ci pr9cipalem5t3 ,les ,amrica9s =m5t un peuple dmocratique qui a t\j\rs dirig p> lui-mme les affaires publiques1 et n\s sommes un peuple dmocratique qui1 p5dant longtemps1 n'a pu que song] la meilleure manire de les conduire4 ,notre tat social n\s portait dj concevoir des ides trs-gnrales en matire de g\v]nem5t1 alors que notre con/itution politique n\s emp*ait encore de rectifi] ces ides p> l'expri5ce1 et d'en dc\vrir peu peu l'insuffisance3 t&is que *ez les ,amrica9s ces deux *oses se balanc5t sans cesse et se corrig5t naturellem5t4 ,il semble1 au premi] abord1 que ceci soit =t oppos ce que j'ai dit prcdemm5t que les nations dmocratiques puisai5t dans les agitations mme de leur vie pratique l'am\r qu'elles montr5t p\r les ?ories4 ,un exam5 plus att5tif fait dc\vrir qu'il n'y a l ri5 de contradictoire4 ,les hommes qui viv5t dans les pays dmocratiques sont =t avides d'ides gnrales p>ce qu'ils ont peu de loisirs et que ces ides les disp5s5t de p]dre leur temps exam9] les cas p>ticuli]s2 cela e/ vrai1 mais ne doit s'ent5dre que des matires qui ne sont pas l'objet habituel et ncessaire de leurs p5ses4 ,des comm]ants saisiront avec empressem5t et sans y reg>d] de =t prs t\tes les ides gnrales qu'on leur prs5t]a relativem5t la philosophie1 la politique1 aux sci5ces et aux arts2 mais ils ne recevront qu'aprs exam5 celles qui auront trait au comm]ce1 et ne les admettront que s\s rs]ve4 ,la mme *ose arrive aux hommes d'tat1 qu& il s'agit d'ides gnrales relatives la politique4 ,lors donc qu'il y a un sujet sur lequel il e/ p>ticulirem5t dang]eux que les peuples dmocratiques se livr5t aveuglm5t et outre mesure aux ides gnrales1 le meilleur correctif qu'on puisse employ]1 c'e/ de faire qu'ils s'en occup5t t\s les j\rs et d'une manire pratique2 il faudra bi5 alors qu'ils entr5t =cm5t dans les dtails1 et les dtails leur f]ont ap]cevoir les cts faibles de la ?orie4 ,le remde e/ s\v5t d\l\reux1 mais son effet e/ sr4 ,c'e/ a9si que les in/itutions dmocratiques qui =c5t *aque citoy5 de s'occup] pratiquem5t du g\v]nem5t1 modr5t le gt excessif des ?ories gnrales en matire politique1 que l'galit suggre4 ,,*apitre ,v4 ,comm5t1 aux tats-,unis1 la religion sait se s]vir des in/9cts dmocratiques4 ,j'ai tabli dans un des *apitres prcd5ts que les hommes ne peuv5t se pass] de croyances dogmatiques1 et qu'il tait mme trs s\hait] qu'ils en euss5t de telles4 ,j'aj\te ici que1 p>mi t\tes les croyances dogmatiques1 les plus dsirables me sembl5t tre les croyances dogmatiques en matire de religion2 cela se dduit trs-clairem5t1 alors mme qu'on ne veut faire att5tion qu'aux seuls intrts de ce monde4 ,il n'y a presque po9t d'action huma9e1 quelque p>ticulire qu'on la suppose1 qui ne pr5ne naissance dans une ide trs-gnrale que les hommes ont conue de ,dieu1 de ses rapports avec le g5re huma91 de la nature de leur me et de leurs devoirs env]s leurs semblables4 ,l'on ne saurait faire que ces ides ne soi5t pas la s\rce commune dont t\t le re/e dc\le4 ,les hommes ont donc un intrt imm5se se faire des ides bi5 arrtes sur ,dieu1 leur me1 leurs devoirs gnraux env]s leur crateur et leurs semblables2 c> le d\te sur ces premi]s po9ts livr]ait t\tes leurs actions au has>d1 et les condamn]ait1 en quelque sorte1 au dsordre et l'impuissance4 ,c'e/ donc la matire sur laquelle il e/ le plus important que *acun de n\s ait des ides arrtes1 et malheureusem5t c'e/ aussi celle dans laquelle il e/ le plus difficile que *acun1 livr lui-mme1 et p> le seul ef=t de sa raison1 en vi5ne arrt] ses ides4 ,il n'y a que des esprits trs-affran*is des proccupations ord9aires de la vie1 trs-pntrants1 trs-dlis1 trs-ex]cs1 qui1 l'aide de beauc\p de temps et de so9s1 puiss5t p]c] jusqu' ces vrits si ncessaires4 ,encore voyons-n\s que ces philosophes eux-mmes sont presque t\j\rs environns d'inc]titudes2 qu' *aque pas la lumire naturelle qui les claire s'obscurcit et m5ace de s'te9dre1 et que1 malgr t\s leurs ef=ts1 ils n'ont encore pu dc\vrir qu'un petit nombre de notions contradictoires1 au milieu desquelles l'esprit huma9 flotte sans cesse depuis des milli]s d'annes1 sans p\voir saisir f]mem5t la vrit ni mme tr\v] de n\velles erreurs4 ,de p>eilles tudes sont =t au-dessus de la capacit moy5ne des hommes1 et qu& mme la plup>t des hommes s]ai5t capables de s'y livr]1 il e/ vid5t qu'ils n'en aurai5t pas le loisir4 ,des ides arrtes sur ,dieu et la nature huma9e sont indisp5sables la pratique j\rnalire de leur vie1 et cette pratique les emp*e de p\voir les acqurir4 ,cela me p>at unique4 ,p>mi les sci5ces1 il en e/ qui1 utiles la f\le1 sont sa porte2 d'autres ne sont abordables qu' peu de p]sonnes et ne sont po9t cultives p> la majorit qui n'a beso9 que de leurs applications les plus loignes2 mais la pratique j\rnalire de celle-ci e/ indisp5sable t\s1 bi5 que son tude soit inaccessible au plus gr& nombre4 ,les ides gnrales relatives ,dieu et la nature huma9e sont donc p>mi t\tes les ides1 celles qu'il convi5t le mieux de s\/raire l'action habituelle de la raison individuelle1 et p\r laquelle il y a le plus gagn] et le mo9s p]dre1 en reconnaissant une autorit4 ,le premi] objet1 et l'un des pr9cipaux avantages des religions1 e/ de f\rnir sur *acune de ces que/ions primordiales une solution nette1 prcise1 intelligible p\r la f\le et trs-durable4 ,il y a des religions trs-fausses et trs-absurdes2 cep5dant l'on peut dire que t\te religion1 qui re/e dans le c]cle que je vi5s d'indiqu] et qui ne prt5d pas en sortir1 a9si que plusieurs l'ont t5t1 p\r all] arrt] de t\s cts le libre essor de l'esprit huma91 impose un j\g salutaire l'intellig5ce1 et il faut reconnatre que1 si elle ne sauve po9t les hommes dans l'autre monde1 elle e/ du mo9s trs-utile leur bonheur et leur gr&eur dans celui-ci4 ,cela e/ surt\t vrai des hommes qui viv5t dans les pays libres4 ,qu& la religion e/ dtruite *ez un peuple1 le d\te s'emp>e des portions les plus hautes de l'intellig5ce1 et il p>alyse moiti t\tes les autres4 ,*acun s'habitue n'avoir que des notions confuses et *angeantes sur les matires qui intress5t le plus ses semblables et lui-mme2 on df5d mal ses op9ions ou on les ab&onne1 et1 comme on dsespre de p\voir1 soi seul1 rs\dre les plus gr&s problmes que la de/9e huma9e prs5te1 on se rduit l*em5t n'y po9t song]4 ,un tel tat ne peut manqu] d'n]v] les mes2 il dt5d les ressorts de la volont et il prp>e les citoy5s la s]vitude4 ,non-seulem5t il arrive alors que ceux-ci laiss5t pr5dre leur lib]t2 mais s\v5t ils la livr5t4 ,lorsqu'il n'exi/e plus d'autorit en matire de religion1 non plus qu'en matire politique1 les hommes s'effrai5t bi5tt l'aspect de cette indp5dance sans limites4 ,cette p]ptuelle agitation de t\tes *oses les inquite et les fatigue4 ,comme t\t remue dans le monde des intellig5ces1 ils veul5t1 du mo9s1 que t\t soit f]me et /able dans l'ordre matriel et1 ne p\vant plus repr5dre leurs anci5nes croyances1 ils se donn5t un matre4 ,p\r moi1 je d\te que l'homme puisse jamais support] la fois une complte indp5dance religieuse et une entire lib]t politique2 et je suis port p5s] que1 s'il n'a pas de foi1 il faut qu'il s]ve1 et s'il e/ libre1 qu'il croie4 ,je ne sais cep5dant si cette gr&e utilit des religions n'e/ pas plus visible encore *ez les peuples o les conditions sont gales que *ez t\s les autres4 ,il faut reconnatre que l'galit qui introduit de gr&s bi5s dans le monde1 suggre cep5dant aux hommes1 a9si qu'il s]a montr ci-aprs1 des in/9cts =t dang]eux2 elle t5d les isol] les uns des autres1 p\r ne port] *acun d'eux ne s'occup] que de lui seul4 ,elle ouvre dmesurm5t leur me l'am\r des j\issances matrielles4 ,le plus gr& avantage des religions e/ d'inspir] des in/9cts t\s contraires4 ,il n'y a po9t de religion qui ne place l'objet des dsirs de l'homme au-del et au-dessus des bi5s de la t]re1 et qui n'lve naturellem5t son me v]s des rgions =t suprieures celles des s5s4 ,il n'y en a po9t non plus qui n'impose *acun des devoirs quelconques env]s l'espce huma9e1 ou en commun avec elle1 et qui ne le tire a9si1 de temps autre1 de la contemplation de lui-mme4 ,ceci se r5contre dans les religions les plus fausses et les plus dang]euses4 ,les peuples religieux sont donc naturellem5t =ts prcism5t l'endroit o les peuples dmocratiques sont faibles2 ce qui fait bi5 voir de quelle importance il e/ que les hommes g>d5t leur religion en dev5ant gaux4 ,je n'ai ni le droit ni la volont d'exam9] les moy5s surnaturels dont ,dieu se s]t p\r faire p>v5ir une croyance religieuse dans le coeur de l'homme4 ,je n'envisage en ce mom5t les religions que s\s un po9t de vue purem5t huma92 je *]*e de quelle manire elles peuv5t le plus aism5t cons]v] leur empire dans les sicles dmocratiques o n\s entrons4 ,j'ai fait voir comm5t1 dans les temps de lumires et d'galit1 l'esprit huma9 ne cons5tait qu'avec pe9e recevoir des croyances dogmatiques1 et n'en ress5tait vivem5t le beso9 qu'en fait de religion4 ,ceci indique d'abord que1 dans ces sicles-l1 les religions doiv5t se t5ir plus discrtem5t qu'en t\s les autres dans les bornes qui leur sont propres1 et ne po9t *]*] en sortir1 c>1 en v\lant t5dre leur p\voir plus lo9 que les matires religieuses1 elles risqu5t de n'tre plus crues en aucune matire4 ,elles doiv5t donc trac] avec so9 le c]cle dans lequel elles prt5d5t arrt] l'esprit huma91 et au-del le laiss] entirem5t libre et l'ab&onn] lui-mme4 ,mahomet a fait desc5dre du ciel1 et a plac dans le ,coran1 non-seulem5t des doctr9es religieuses1 mais des maximes politiques1 des lois civiles et crim9elles1 des ?ories sci5tifiques4 ,l'vangile ne p>le au contraire que des rapports gnraux des hommes avec ,dieu1 et entre eux4 ,hors de l1 il n'enseigne ri5 et n'oblige ri5 croire4 ,cela seul1 entre mille autres raisons1 suffit p\r montr] que la premire de ces deux religions ne saurait dom9] longtemps dans des temps de lumires et de dmocratie1 t&is que la seconde e/ de/9e rgn] dans ces sicles comme dans t\s les autres4 ,si je cont9ue plus avant cette mme re*]*e1 je tr\ve que1 p\r que les religions puiss5t1 huma9em5t p>lant1 se ma9t5ir dans les sicles dmocratiques1 il ne faut pas seulem5t qu'elles se r5f]m5t avec so9 dans le c]cle des matires religieuses4 ,leur p\voir dp5d encore beauc\p de la nature des croyances qu'elles pr(ess5t1 des =mes extrieures qu'elles adopt5t1 et des obligations qu'elles impos5t4 ,ce que j'ai dit prcdemm5t que l'galit porte les hommes des ides trs-gnrales et trs-va/es1 doit pr9cipalem5t s'ent5dre en matire de religion4 ,des hommes semblables et gaux conoiv5t aism5t la notion d'un ,dieu unique1 imposant *acun d'eux les mmes rgles et leur accordant le bonheur futur au mme prix4 ,l'ide de l'unit du g5re huma9 les ramne sans cesse l'ide de l'unit du ,crateur1 t&is qu'au contraire des hommes trs-sp>s les uns des autres et =t dissemblables en arriv5t volonti]s faire autant de div9its qu'il y a de peuples1 de ca/es1 de classes et de familles1 et trac] mille *em9s p>ticuli]s p\r all] au ciel4 ,l'on ne peut disconv5ir que le *ri/ianisme lui-mme n'ait en quelque faon subi cette influ5ce qu'ex]ce l'tat social et politique sur les croyances religieuses4 ,au mom5t o la religion *rti5ne a p>u sur la t]re1 la ,provid5ce1 qui1 sans d\te1 prp>ait le monde p\r sa v5ue1 avait runi une gr&e p>tie de l'espce huma9e1 comme un imm5se tr\peau1 s\s le sceptre des ,cs>s4 ,les hommes qui composai5t cette multitude diffrai5t beauc\p les uns des autres2 mais ils avai5t cep5dant ce po9t commun qu'ils obissai5t t\s aux mmes lois2 et *acun d'eux tait si faible et si petit p> rapport la gr&eur du pr9ce1 qu'ils p>aissai5t t\s gaux qu& on v5ait les comp>] lui4 ,il faut reconnatre que cet tat n\veau et p>ticuli] de l'humanit dut dispos] les hommes recevoir les vrits gnrales que le *ri/ianisme enseigne1 et s]t expliqu] la manire facile et rapide avec laquelle il pntra alors dans l'esprit huma94 ,la contre-preuve se fit aprs la de/ruction de l'empire4 ,le monde roma9 s'tant alors bris1 p\r a9si dire1 en mille clats1 *aque nation en rev9t son individualit premire4 ,bi5tt1 dans l'intrieur de ces mmes nations1 les rangs se gradur5t l'inf9i2 les races se m>qur5t2 les ca/es p>tagr5t *aque nation en plusieurs peuples4 ,au milieu de cet ef=t commun qui semblait port] les socits huma9es se subdivis] elles-mmes en autant de fragm5ts qu'il tait possible de le concevoir1 le *ri/ianisme ne p]dit po9t de vue les pr9cipales ides gnrales qu'il avait mises en lumire4 ,mais il p>ut nanmo9s se prt]1 autant qu'il tait en lui1 aux t5dances n\velles que le fractionnem5t de l'espce huma9e faisait natre4 ,les hommes cont9ur5t n'ador] qu'un seul ,dieu crateur et cons]vateur de t\tes *oses2 mais *aque peuple1 *aque cit1 et1 p\r a9si dire1 *aque homme crut p\voir obt5ir quelque privilge "p et se crer des protecteurs p>ticuli]s auprs du s\v]a9 matre4 ,ne p\vant divis] la ,div9it1 l'on multiplia du mo9s et l'on gr&it outre mesure ses ag5ts2 l'hommage d aux anges et aux sa9ts dev9t p\r la plup>t des *rti5s un culte presque idoltre1 et l'on put cra9dre un mom5t que la religion *rti5ne ne rtrogradt v]s les religions qu'elle avait va9cues4 ,il me p>at vid5t que plus les b>rires qui sp>ai5t les nations dans le se9 de l'humanit et les citoy5s dans l'intrieur de *aque peuple t5d5t disp>atre1 plus l'esprit huma9 se dirige1 comme de lui-mme1 v]s l'ide d'un tre unique et t\t puissant1 disp5sant galem5t et de la mme manire les mmes lois *aque homme4 ,c'e/ donc p>ticulirem5t dans ces sicles de dmocratie qu'il importe de ne pas laiss] confondre l'hommage r5du aux ag5ts secondaires avec le culte qui n'e/ d qu'au ,crateur4 ,une autre vrit me p>at =t claire3 c'e/ que les religions doiv5t mo9s se *>g] de pratiques extrieures dans les temps dmocratiques que dans t\s les autres4 ,j'ai fait voir1 propos de la m?ode philosophique des ,amrica9s1 que ri5 ne rvolte plus l'esprit huma9 dans les temps d'galit que l'ide de se s\mettre des =mes4 ,les hommes qui viv5t dans ces temps support5t impatiemm5t les figures2 les symboles leur p>aiss5t des artifices purils dont on se s]t p\r voil] ou p>] leurs yeux des vrits qu'il s]ait plus naturel de leur montr] t\tes nues et au gr& j\r2 ils re/5t froids l'aspect des crmonies et ils sont naturellem5t ports n'atta*] qu'une importance secondaire aux dtails du culte4 ,ceux qui sont *>gs de rgl] la =me extrieure des religions dans les sicles dmocratiques doiv5t bi5 faire att5tion ces in/9cts naturels de l'intellig5ce huma9e p\r ne po9t lutt] sans ncessit contre eux4 ,je crois f]mem5t la ncessit des =mes2 je sais qu'elles fix5t l'esprit huma9 dans la contemplation des vrits ab/raites1 et1 l'aidant les saisir =tem5t1 les lui font embrass] avec ardeur4 ,je n'imag9e po9t qu'il soit possible de ma9t5ir une religion sans pratiques extrieures2 mais1 d'une autre "p1 je p5se que1 dans les sicles o n\s entrons1 il s]ait p>ticulirem5t dang]eux de les multipli] outre mesure2 qu'il faut plutt les re/re9dre1 et qu'on ne doit en ret5ir que ce qui e/ absolum5t ncessaire p\r la p]ptuit du dogme lui-mme1 qui e/ la sub/ance des religions#a dont le culte n'e/ que la =me4 ,une religion qui devi5drait plus m9utieuse1 plus inflexible et plus *>ge de petites obs]vances dans le mme temps que les hommes devi5n5t plus gaux1 se v]rait bi5tt rduite une tr\pe de zlateurs passionns au milieu d'une multitude incrdule4 ,note #a3 ,dans t\tes les religions il y a des crmonies qui sont inhr5tes la sub/ance mme de la croyance et auxquelles il faut bi5 se g>d] de ri5 *ang]4 ,cela se voit p>ticulirem5t dans le ca?olicisme o s\v5t la =me et le fond sont si troitem5t unis qu'ils ne font qu'un4 ,je sais qu'on ne manqu]a pas de m'object] que les religions ayant t\tes p\r objet des vrits gnrales et t]nelles1 ne peuv5t a9si se pli] aux in/9cts mobiles de *aque sicle1 sans p]dre aux yeux des hommes les c>actres de la c]titude2 je rpondrai encore ici qu'il faut di/+u] trs-soigneusem5t les op9ions pr9cipales qui con/itu5t une croyance et qui y =m5t ce que les ?ologi5s appell5t des articles de foi1 et les notions accessoires qui s'y ratta*5t4 ,les religions sont obliges de t5ir t\j\rs f]me dans les premires1 quel que soit l'esprit p>ticuli] du temps2 mais elles doiv5t bi5 se g>d] de se li] de la mme manire aux secondes1 dans les sicles o t\t *ange sans cesse de place et o l'esprit1 habitu au spectacle m\vant des *oses huma9es1 s\ffre regret qu'on le fixe4 ,l'immobilit dans les *oses extrieures et secondaires ne me p>at une *ance de dure que qu& la socit civile elle-mme e/ immobile2 p>t\t ailleurs je suis port croire que c'e/ un pril4 ,n\s v]rons que1 p>mi t\tes les passions que l'galit fait natre ou favorise1 il en e/ une qu'elle r5d p>ticulirem5t vive et qu'elle dpose en mme temps dans le coeur de t\s les hommes3 c'e/ l'am\r du bi5-tre4 ,le gt du bi5-tre =me comme le trait saillant et indlbile des ges dmocratiques4 ,il e/ p]mis de croire qu'une religion qui entrepr5drait de dtruire cette passion-mre1 s]ait la f9 dtruite p> elle2 si elle v\lait arra*] entirem5t les hommes la contemplation des bi5s de ce monde p\r les livr] uniquem5t la p5se de ceux de l'autre1 on peut prvoir que les mes s'*app]ai5t enf9 d'entre ses ma9s1 p\r all] se plong] lo9 d'elle dans les seules j\issances matrielles et prs5tes4 ,la pr9cipale affaire des religions e/ de purifi]1 de rgl] et de re/re9dre le gt trop ard5t et trop exclusif du bi5-tre que ress5t5t les hommes dans les temps d'galit2 mais je crois qu'elles aurai5t tort d'essay] de le dompt] entirem5t et de le dtruire4 ,elles ne russiront po9t dt\rn] les hommes de l'am\r des ri*esses2 mais elles peuv5t encore leur p]suad] de ne s'enri*ir que p> des moy5s honntes4 ,ceci m'amne une d]nire considration qui compr5d1 en quelque faon1 t\tes les autres4 mesure que les hommes devi5n5t plus semblables et plus gaux1 il importe davantage que les religions1 t\t en se mettant soigneusem5t l'c>t du m\vem5t j\rnali] des affaires1 ne heurt5t po9t sans ncessit les ides gnralem5t admises1 et les intrts p]man5ts qui rgn5t dans la masse2 c> l'op9ion commune app>at de plus en plus comme la premire et la plus irrsi/ible des puissances1 et il n'y a pas en dehors d'elles d'appui si =t qui p]mette de rsi/] longtemps ses c\ps4 ,cela n'e/ pas mo9s vrai *ez un peuple dmocratique1 s\mis un despote1 que dans une rpublique4 ,dans les sicles d'galit1 les rois font s\v5t obir1 mais c'e/ t\j\rs la majorit qui fait croire2 c'e/ donc la majorit qu'il faut complaire dans t\t ce qui n'e/ pas contraire la foi4 ,j'ai montr dans mon premi] ouvrage comm5t les prtres amrica9s s'c>tai5t des affaires publiques4 ,ceci e/ l'exemple le plus clatant1 mais non le seul exemple de leur ret5ue4 ,en ,amrique1 la religion e/ un monde "p o le prtre rgne1 mais dont il a so9 de ne jamais sortir2 dans ses limites1 il conduit l'intellig5ce2 au dehors1 il livre les hommes eux-mmes et les ab&onne l'indp5dance et l'in/abilit qui sont propres leur nature et au temps4 ,je n'ai po9t vu de pays o le *ri/ianisme s'enveloppt mo9s de =mes1 de pratiques et de figures qu'aux tats-,unis1 et prs5tt des ides plus nettes1 plus simples et plus gnrales l'esprit huma94 ,bi5 que les *rti5s d',amrique soi5t diviss en une multitude de sectes1 ils ap]oiv5t t\s leur religion s\s ce mme j\r4 ,ceci s'applique au ca?olicisme aussi bi5 qu'aux autres croyances4 ,il n'y a pas de prtres ca?oliques qui montr5t mo9s de gt p\r les petites obs]vances individuelles1 les m?odes extraord9aires et p>ticulires de faire son salut1 ni qui s'atta*5t plus l'esprit de la loi et mo9s sa lettre que les prtres ca?oliques des tats-,unis2 nulle "p on n'enseigne plus clairem5t et l'on ne suit davantage cette doctr9e de l'glise qui df5d de r5dre aux sa9ts le culte qui n'e/ rs]v qu' ,dieu4 ,cep5dant les ca?oliques d',amrique sont trs-s\mis et trs-s9cres4 ,une autre rem>que e/ applicable au cl]g de t\tes les communions3 les prtres amrica9s n'essay5t po9t d'attir] et de fix] t\s les reg>ds de l'homme v]s la vie future2 ils ab&onn5t volonti]s une p>tie de son coeur aux so9s du prs5t2 ils sembl5t considr] les bi5s du monde comme des objets importants1 quoique secondaires2 s'ils ne s'associ5t pas eux-mmes l'indu/rie1 ils s'intress5t du mo9s ses progrs et y applaudiss5t1 et t\t en montrant sans cesse au fidle l'autre monde comme le gr& objet de ses cra9tes et de ses esprances1 ils ne lui df5d5t po9t de re*]*] honntem5t le bi5-tre dans celui-ci4 ,lo9 de faire voir comm5t ces deux *oses sont divises et contraires1 ils s'atta*5t plutt tr\v] p> quel endroit elles se t\*5t et se li5t4 ,t\s les prtres amrica9s connaiss5t l'empire intellectuel que la majorit ex]ce1 et le respect5t4 ,ils ne s\ti5n5t jamais contre elle que des luttes ncessaires4 ,ils ne se ml5t po9t aux qu]elles des p>tis1 mais ils adopt5t volonti]s les op9ions gnrales de leur pays et de leur temps1 et ils se laiss5t all] sans rsi/ance dans le c\rant de s5tim5ts et d'ides qui entran5t aut\r d'eux t\tes *oses4 ,ils s'ef=c5t de corrig] leurs contempora9s1 mais ils ne s'en sp>5t po9t4 ,l'op9ion publique ne leur e/ donc jamais ennemie2 elle les s\ti5t plutt et les protge1 et leurs croyances rgn5t la fois et p> les =ces qui lui sont propres et p> celles de la majorit qu'ils emprunt5t4 ,c'e/ a9si qu'en respectant t\s les in/9cts dmocratiques qui ne lui sont pas contraires et en s'aidant de plusieurs d'entre eux1 la religion p>vi5t lutt] avec avantage contre l'esprit d'indp5dance individuelle1 qui e/ le plus dang]eux de t\s p\r elle4 ,,*apitre ,,vi4 ,des progrs du ca?olicisme aux tats-,unis4 ,l',amrique e/ la contre la plus dmocratique de la t]re1 et c'e/ en mme temps le pays o1 suivant des rapports dignes de foi1 la religion ca?olique fait le plus de progrs4 ,cela surpr5d au premi] abord4 ,il faut bi5 di/+u] deux *oses3 l'galit dispose les hommes v\loir jug] p> eux-mmes2 mais d'un autre ct1 elle leur donne le gt et l'ide d'un p\voir social unique1 simple1 et le mme p\r t\s4 ,les hommes qui viv5t dans les sicles dmocratiques sont donc =t encl9s se s\/raire t\te autorit religieuse4 ,mais s'ils cons5t5t se s\mettre une autorit semblable1 ils veul5t du mo9s qu'elle soit une et uni=me2 des p\voirs religieux qui n'ab\tiss5t pas t\s un mme c5tre1 *oqu5t naturellem5t leur intellig5ce1 et ils conoiv5t presque aussi aism5t qu'il n'y ait pas de religion que plusieurs4 ,on voit de nos j\rs1 plus qu'aux poques antrieures1 des ca?oliques qui devi5n5t incrdules et des prote/ants qui se font ca?oliques4 ,si l'on considre le ca?olicisme intrieurem5t1 il semble p]dre2 si on reg>de hors de lui1 il gagne4 ,cela s'explique4 ,les hommes de nos j\rs sont naturellem5t peu disposs croire2 mais1 ds qu'ils ont une religion1 ils r5contr5t aussitt en eux-mmes un in/9ct ca* qui les p\sse leur insu v]s le ca?olicisme4 ,plusieurs des doctr9es et des usages de l'glise roma9e les tonn5t3 mais ils pr\v5t une admiration secrte p\r son g\v]nem5t1 et sa gr&e unit les attire4 ,si le ca?olicisme p>v5ait enf9 se s\/raire aux ha9es politiques qu'il a fait natre1 je ne d\te presque po9t que ce mme esprit du sicle1 qui lui semble si contraire1 ne lui devnt trs-favorable1 et qu'il ne ft t\t c\p de gr&es conqutes4 ,c'e/ une des faiblesses les plus familires l'intellig5ce huma9e1 de v\loir concili] des pr9cipes contraires et d'a*et] la paix aux dp5s de la logique4 ,il y a donc t\j\rs eu et il y aura t\j\rs des hommes qui1 aprs avoir s\mis une autorit quelques unes de leurs croyances religieuses1 v\dront lui en s\/raire plusieurs autres1 et laiss]ont flott] leur esprit au has>d entre l'obissance et la lib]t4 ,mais je suis port croire que le nombre de ceux-l s]a mo9s gr& dans les sicles dmocratiques que dans les autres sicles1 et que nos neveux t5dront de plus en plus ne se divis] qu'en deux p>ts1 les uns sortant entirem5t du *ri/ianisme1 et les autres entrant dans le se9 de l'glise roma9e4 ,,*apitre ,,vii4 ,ce qui fait p5*] l'esprit des peuples dmocratiques v]s le pan?isme4 ,je montr]ai plus t>d comm5t le gt prdom9ant des peuples dmocratiques p\r les ides trs-gnrales se retr\ve dans la politique2 mais je veux indiqu]1 ds prs5t1 son pr9cipal effet en philosophie4 ,on ne saurait ni] que le pan?isme n'ait fait de gr&s progrs de nos j\rs4 ,les crits d'une portion de l',europe en port5t visiblem5t l'empre9te4 ,les ,allem&s l'introduis5t dans la philosophie1 et les ,franais dans la littrature4 ,p>mi les ouvrages d'imag9ation qui se publi5t en ,france1 la plup>t r5f]m5t quelques op9ions ou quelques pe9tures empruntes aux doctr9es pan?i/iques1 ou laiss5t ap]cevoir *ez leurs auteurs une sorte de t5dance v]s ces doctr9es4 ,ceci ne me p>at pas v5ir seulem5t d'un accid5t1 mais t5ir une cause durable4 mesure que1 les conditions dev5ant plus gales1 *aque homme en p>ticuli] devi5t plus semblable t\s les autres1 plus faible et plus petit1 on s'habitue ne plus envisag] les citoy5s p\r ne considr] que le peuple2 on oublie les individus p\r ne song] qu' l'espce4 ,dans ces temps1 l'esprit huma9 aime embrass] la fois une f\le d'objets div]s2 il aspire sans cesse p\voir ratta*] une multitude de consqu5ces une seule cause4 ,l'ide de l'unit l'obsde1 il la *]*e de t\s cts1 et1 qu& il croit l'avoir tr\ve1 il s't5d volonti]s dans son se9 et s'y repose4 ,non seulem5t il en vi5t ne dc\vrir dans le monde qu'une cration et un crateur2 cette premire division des *oses le gne encore1 et il *]*e volonti]s gr&ir et simplifi] sa p5se en r5f]mant ,dieu et l'univ]s dans un seul t\t4 ,si je r5contre un sy/me philosophique suivant lequel les *oses matrielles et immatrielles1 visibles et invisibles1 que r5f]me le monde1 ne sont plus considres que comme les p>ties div]ses d'un tre imm5se qui seul re/e t]nel au milieu du *angem5t cont9uel et de la trans=mation incessante de t\t ce qui le compose1 je n'aurai pas de pe9e conclure qu'un p>eil sy/me1 quoiqu'il dtruise l'individualit huma9e1 ou plutt p>ce qu'il la dtruit1 aura des *>mes secrets p\r les hommes qui viv5t dans les dmocraties2 t\tes leurs habitudes intellectuelles les prp>5t le concevoir et les mett5t sur la voie de l'adopt]4 ,il attire naturellem5t leur imag9ation et la fixe2 il n\rrit l'orgueil de leur esprit et flatte sa p>esse4 ,p>mi les diffr5ts sy/mes l'aide desquels la philosophie *]*e expliqu] l'univ]s1 le pan?isme me p>at l'un des plus propres sduire l'esprit huma9 dans les sicles dmocratiques2 c'e/ contre lui que t\s ceux qui re/5t pris de la vritable gr&eur de l'homme1 doiv5t se runir et combattre4 ,,*apitre ,,viii4 ,comm5t l'galit suggre aux ,amrica9s l'ide de la p]fectibilit indf9ie de l'homme4 ,l'galit suggre l'esprit huma9 plusieurs ides qui ne lui s]ai5t pas v5ues sans elle1 et elle modifie presque t\tes celles qu'il avait dj4 ,je pr5ds p\r exemple l'ide de la p]fectibilit huma9e1 p>ce qu'elle e/ une des pr9cipales que puisse concevoir l'intellig5ce1 et qu'elle con/itue elle seule une gr&e ?orie philosophique dont les consqu5ces se font voir *aque in/ant dans la pratique des affaires4 ,bi5 que l'homme ressemble sur plusieurs po9ts aux animaux1 un trait n'e/ p>ticuli] qu' lui seul3 il se p]fectionne1 et eux ne se p]fectionn5t po9t4 ,l'espce huma9e n'a pu manqu] de dc\vrir ds l'orig9e cette diffr5ce4 ,l'ide de la p]fectibilit e/ donc aussi anci5ne que le monde2 l'galit ne l'a po9t fait natre1 mais elle lui donne un c>actre n\veau4 ,qu& les citoy5s sont classs suivant le rang1 la pr(ession1 la naissance1 et que t\s sont contra9ts de suivre la voie l'entre de laquelle le has>d les a placs1 *acun croit ap]cevoir prs de soi les d]nires bornes de la puissance huma9e1 et nul ne *]*e plus lutt] contre une de/9e 9vitable4 ,ce n'e/ pas que les peuples ari/ocratiques refus5t absolum5t l'homme la facult de se p]fectionn]2 ils ne la jug5t po9t indf9ie2 ils conoiv5t l'amlioration1 non le *angem5t2 ils imag95t la condition des socits v5ir meilleure1 mais non po9t autre1 et1 t\t en admettant que l'humanit a fait de gr&s progrs et qu'elle peut en faire quelques uns encore1 ils la r5f]m5t d'avance dans de c]ta9es limites infran*issables4 ,ils ne croi5t donc po9t tre p>v5us au s\v]a9 bi5 et la vrit absolue 7quel homme ou quel peuple a t assez ins5s p\r l'imag9] jamais871 mais ils aim5t se p]suad] qu'ils ont atte9t peu prs le degr de gr&eur et de savoir que comporte notre nature imp>faite2 et1 comme ri5 ne remue aut\r d'eux1 ils se figur5t volonti]s que t\t e/ sa place4 ,c'e/ alors que le lgislateur prt5d promulgu] des lois t]nelles1 que les peuples et les rois ne veul5t lev] que des monum5ts sculaires1 et que la gnration prs5te se *>ge d'p>gn] aux gnrations futures le so9 de rgl] leurs de/9es4 mesure que les ca/es disp>aiss5t1 que les classes se rappro*5t1 que1 les hommes se mlant tumultueusem5t1 les usages1 les c\tumes1 les lois v>i5t1 qu'il survi5t des faits n\veaux1 que des vrits n\velles sont mises en lumire1 que d'anci5nes op9ions disp>aiss5t1 et que d'autres pr5n5t leur place1 l'image d'une p]fection idale et t\j\rs fugitive se prs5te l'esprit huma94 ,de cont9uels *angem5ts se pass5t alors *aque in/ant s\s les yeux de *aque homme4 ,les uns empir5t sa position1 et il ne compr5d que trop bi5 qu'un peuple1 ou qu'un individu1 quelque clair qu'il soit1 n'e/ po9t infaillible4 ,les autres amlior5t son sort1 et il en conclut que l'homme en gnral e/ d\ de la facult indf9ie de p]fectionn]4 ,ses rev]s lui font voir que nul ne peut se flatt] d'avoir dc\v]t le bi5 absolu2 ses succs l'enflamm5t le p\rsuivre sans rel*e4 ,a9si1 t\j\rs *]*ant1 tombant1 se r$ressant1 s\v5t du1 jamais dc\rag1 il t5d incessamm5t v]s cette gr&eur imm5se qu'il entrevoit confusm5t au b\t de la longue c>rire que l'humanit doit encore p>c\rir4 ,on ne saurait croire combi5 de faits dc\l5t naturellem5t de cette ?orie philosophique suivant laquelle l'homme e/ indf9im5t p]fectible1 et l'influ5ce prodigieuse qu'elle ex]ce sur ceux mme qui1 ne s'tant jamais occups que d'agir et non de p5s]1 sembl5t y con=m] leurs actions sans la connatre4 ,je r5contre un matelot amrica91 et je lui dem&e p\rquoi les vaisseaux de son pays sont con/ruits de manire dur] peu1 et il me rpond sans hsit] que l'art de la navigation fait *aque j\r des progrs si rapides1 que le plus beau navire devi5drait bi5tt presque inutile s'il prolongeait son exi/5ce au-del de quelques annes4 ,dans ces mots prononcs au has>d p> un homme grossi] et propos d'un fait p>ticuli]1 j'ap]ois l'ide gnrale et sy/matique suivant laquelle un gr& peuple conduit t\tes *oses4 ,les nations ari/ocratiques sont naturellem5t portes trop ress]r] les limites de la p]fectibilit huma9e1 et les nations dmocratiques les t5d5t quelquefois outre mesure4 ,,*apitre ,,ix4 ,comm5t l'exemple des ,amrica9s ne pr\ve po9t qu'un peuple dmocratique ne saurait avoir de l'aptitude et du gt p\r les sci5ces1 la littrature et les arts4 ,il faut reconnatre que1 p>mi les peuples civiliss de nos j\rs1 il en e/ peu *ez qui les hautes sci5ces ai5t fait mo9s de progrs qu'aux tats-,unis1 et qui ai5t f\rni mo9s de gr&s arti/es1 de potes illu/res et de clbres criva9s4 ,plusieurs ,europens1 frapps de ce spectacle1 l'ont considr comme un rsultat naturel et 9vitable de l'galit1 et ils ont p5s que1 si l'tat social et les in/itutions dmocratiques v5ai5t une fois prvaloir sur t\te la t]re1 l'esprit huma9 v]rait s'obscurcir peu peu les lumires qui l'clair5t et que les hommes retomb]ai5t dans les tnbres4 ,ceux qui raisonn5t a9si confond5t1 je p5se1 plusieurs ides qu'il s]ait important de divis] et d'exam9] "p4 ,ils ml5t sans le v\loir ce qui e/ dmocratique avec ce qui n'e/ qu'amrica94 ,la religion que pr(essai5t les premi]s migrants1 et qu'ils ont lgue leurs desc5dants1 simple dans son culte1 au/re et presque sauvage dans ses pr9cipes1 ennemie des signes extrieurs et de la pompe des crmonies1 e/ naturellem5t peu favorable aux beaux-arts1 et ne p]met qu' regret les plaisirs littraires4 ,les ,amrica9s sont un peuple trs-anci5 et trs-clair1 qui a r5contr un pays n\veau et imm5se dans lequel il peut s't5dre volont1 et qu'il fconde sans pe9e4 ,cela e/ sans exemple dans le monde4 ,en ,amrique1 *acun tr\ve donc des facilits1 inconnues ailleurs1 p\r faire sa =tune ou p\r l'accrotre4 ,la cupidit y e/ t\j\rs en hale9e1 et l'esprit huma91 di/rait t\t mom5t des plaisirs de l'imag9ation et des travaux de l'intellig5ce1 n'y e/ entran qu' la p\rsuite de la ri*esse4 ,non seulem5t on voit aux tats-,unis1 comme dans t\s les autres pays1 des classes indu/rielles et comm]antes1 mais1 ce qui ne s'tait jamais r5contr1 t\s les hommes s'y occup5t la fois d'indu/rie et de comm]ce4 ,je suis cep5dant conva9cu que si les ,amrica9s avai5t t seuls dans l'univ]s1 avec les lib]ts et les lumires acquises p> leurs pres1 et les passions qui leur tai5t propres1 ils n'euss5t po9t t>d dc\vrir qu'on ne saurait faire longtemps des progrs dans la pratique des sci5ces sans cultiv] la ?orie2 que t\s les arts se p]fectionn5t les uns p> les autres1 et1 quelque absorbs qu'ils euss5t pu tre dans la p\rsuite de l'objet pr9cipal de leurs dsirs1 ils aurai5t bi5tt reconnu qu'il fallait1 de temps en temps1 s'en dt\rn] p\r mieux l'atte9dre4 ,le gt des plaisirs de l'esprit e/ d'ailleurs si naturel au coeur de l'homme civilis que1 *ez les nations polies1 qui sont le mo9s disposes s'y livr]1 il se tr\ve t\j\rs un c]ta9 nombre de citoy5s qui le conoiv5t4 ,ce beso9 intellectuel1 une fois s5ti1 aurait t bi5tt satisfait4 ,mais en mme temps que les ,amrica9s tai5t naturellem5t ports ne dem&] la sci5ce que ses applications p>ticulires aux arts1 que les moy5s de r5dre la vie aise2 la docte et littraire ,europe se *>geait de remont] aux s\rces gnrales de la vrit1 et p]fectionnait en mme temps t\t ce qui peut conc\rir aux plaisirs comme t\t ce qui doit s]vir aux beso9s de l'homme4 ,en tte des nations claires de l'anci5 monde1 les habitants des tats-,unis en di/+uai5t p>ticulirem5t une laquelle les unissai5t troitem5t une orig9e commune et des habitudes analogues4 ,ils tr\vai5t *ez ce peuple des savants clbres1 d'habiles arti/es1 de gr&s criva9s1 et ils p\vai5t recueillir les trsors de l'intellig5ce1 sans avoir beso9 de travaill] les amass]4 ,je ne puis cons5tir sp>] l',amrique de l',europe1 malgr l',ocan qui les divise4 ,je considre le peuple des tats-,unis comme la portion du peuple anglais *>ge d'exploit] les =ts du ,n\veau-,monde2 t&is que le re/e de la nation1 p\rvue de plus de loisirs et mo9s proccupe des so9s matriels de la vie1 peut se livr] la p5se et dvelopp] en t\s s5s l'esprit huma94 ,la situation des ,amrica9s e/ donc entirem5t exceptionnelle1 et il e/ croire qu'aucun peuple dmocratique n'y s]a jamais plac4 ,leur orig9e t\te purita9e1 leurs habitudes uniquem5t comm]ciales1 le pays mme qu'ils habit5t et qui semble dt\rn] leur intellig5ce de l'tude des sci5ces1 des lettres et des arts2 le vois9age de l',europe qui leur p]met de ne po9t les tudi] sans retomb] dans la b>b>ie2 mille causes p>ticulires dont je n'ai pu faire connatre que les pr9cipales1 ont d conc5tr] d'une manire s+ulire l'esprit amrica9 dans le so9 des *oses purem5t matrielles4 ,les passions1 les beso9s1 l'ducation1 les circon/ances1 t\t semble1 en effet1 conc\rir p\r p5*] l'habitant des tats-,unis v]s la t]re4 ,la religion seule lui fait1 de temps en temps1 lev] des reg>ds passag]s et di/raits v]s le ciel4 ,cessons donc de voir t\tes les nations dmocratiques s\s la figure du peuple amrica91 et t*ons de les envisag] enf9 s\s leurs propres traits4 ,on peut concevoir un peuple dans le se9 duquel il n'y aurait ni ca/es1 ni hir>*ie1 ni classes2 o la loi1 ne reconnaissant po9t de privilges1 p>tag]ait galem5t les hritages1 et qui1 en mme temps1 s]ait priv de lumires et de lib]t4 ,ceci n'e/ pas une va9e hypo?se3 un despote peut tr\v] son intrt r5dre ses sujets gaux1 et les laiss] ignorants1 af9 de les t5ir plus aism5t esclaves4 ,non seulem5t un peuple dmocratique de cette espce ne montr]a po9t d'aptitude ni de gt p\r les sci5ces1 la littrature et les arts2 mais il e/ croire qu'il ne lui arriv]a jamais d'en montr]4 ,la loi des successions se *>g]ait elle-mme *aque gnration de dtruire les =tunes1 et p]sonne n'en crerait de n\velles4 ,le pauvre1 priv de lumires et de lib]t1 ne concevrait mme pas l'ide de s'lev] v]s la ri*esse1 et le ri*e se laiss]ait entran] v]s la pauvret sans savoir se df5dre4 ,il s'tablirait bi5tt entre ces deux citoy5s une complte et inv9cible galit4 ,p]sonne n'aurait alors ni le temps1 ni le gt de se livr] aux travaux et aux plaisirs de l'intellig5ce4 ,mais t\s demeur]ai5t eng\rdis dans une mme ignorance et dans une gale s]vitude4 ,qu& je vi5s imag9] une socit dmocratique de cette espce1 je crois aussitt me s5tir dans un de ces lieux bas1 obscurs et t\ffs1 o les lumires1 apportes du dehors1 ne t>d5t po9t plir et s'te9dre4 ,il me semble qu'une pesanteur subite m'accable1 et que je me trane au milieu des tnbres qui m'environn5t p\r tr\v] l'issue qui doit me ram5] l'air et au gr& j\r4 ,mais t\t ceci ne saurait s'appliqu] des hommes dj clairs qui1 aprs avoir dtruit p>mi eux les droits p>ticuli]s et hrditaires qui fixai5t p]ptuit les bi5s dans les ma9s de c]ta9s individus ou de c]ta9s corps1 re/5t libres4 ,qu& les hommes1 qui viv5t au se9 d'une socit dmocratique1 sont clairs1 ils dc\vr5t sans pe9e que ri5 ne les borne ni ne les fixe et ne les =ce de se cont5t] de leur =tune prs5te4 ,ils conoiv5t donc t\s l'ide de l'accrotre1 et1 s'ils sont libres1 ils essai5t t\s de le faire1 mais t\s n'y russiss5t pas de la mme manire4 ,la lgislature n'accorde plus1 il e/ vrai1 de privilges1 mais la nature en donne4 ,l'9galit naturelle tant trs-gr&e1 les =tunes devi5n5t 9gales du mom5t o *acun fait usage de t\tes ses facults p\r s'enri*ir4 ,la loi des successions s'oppose encore ce qu'il se fonde des familles ri*es1 mais elle n'emp*e plus qu'il n'y ait des ri*es4 ,elle ramne sans cesse les citoy5s v]s un commun niveau auquel ils *app5t sans cesse2 ils devi5n5t plus 9gaux en bi5s mesure que leurs lumires sont plus t5dues et leur lib]t plus gr&e4 ,il s'e/ lev de nos j\rs une secte clbre p> son gnie et ses extravagances1 qui prt5dait conc5tr] t\s les bi5s dans les ma9s d'un p\voir c5tral1 et *>g] celui-l de les di/ribu] ensuite1 suivant le mrite1 t\s les p>ticuli]s4 ,on se ft s\/rait1 de cette manire1 la complte et t]nelle galit qui semble m5ac] les socits dmocratiques4 ,il y a un autre remde plus simple et mo9s dang]eux1 c'e/ de n'accord] p]sonne de privilge1 de donn] t\s d'gales lumires et une gale indp5dance1 et de laiss] *acun le so9 de m>qu] lui-mme sa place4 ,l'9galit naturelle se f]a bi5tt j\r et la ri*esse pass]a d'elle-mme du ct des plus habiles4 ,les socits dmocratiques et libres r5f]m]ont donc t\j\rs dans leur se9 une multitude de g5s opul5ts ou aiss4 ,ces ri*es ne s]ont po9t lis aussi troitem5t entre eux que les membres de l'anci5ne classe ari/ocratique2 ils auront des in/9cts diffr5ts et ne possd]ont presque jamais un loisir aussi assur et aussi complet2 mais ils s]ont inf9im5t plus nombreux que ne p\vai5t l'tre ceux qui composai5t cette classe4 ,ces hommes ne s]ont po9t troitem5t r5f]ms dans les proccupations de la vie matrielle1 et ils p\rront1 bi5 qu' des degrs div]s1 se livr] aux travaux et aux plaisirs de l'intellig5ce3 ils s'y livr]ont donc2 c>1 s'il e/ vrai que l'esprit huma9 p5*e p> un b\t v]s le born1 le matriel et l'utile1 de l'autre1 il s'lve naturellem5t v]s l'inf9i1 l'immatriel et le beau4 ,les beso9s physiques l'atta*5t la t]re1 mais1 ds qu'on ne le reti5t plus1 il se r$resse de lui-mme4 ,non seulem5t le nombre de ceux qui peuv5t s'intress] aux oeuvres de l'esprit s]a plus gr&1 mais le gt des j\issances intellectuelles desc5dra1 de pro*e en pro*e1 jusqu' ceux mmes qui1 dans les socits ari/ocratiques1 ne sembl5t avoir ni le temps ni la capacit de s'y livr]4 ,qu& il n'y a plus de ri*esses hrditaires1 de privilges de classes et de prrogatives de naissance1 et que *acun ne tire plus sa =ce que de lui-mme1 il devi5t visible que ce qui fait la pr9cipale diffr5ce entre la =tune des hommes1 c'e/ l'intellig5ce4 ,t\t ce qui s]t =tifi]1 t5dre1 orn] l'intellig5ce1 acqui]t aussitt un gr& prix4 ,l'utilit du savoir se dc\vre avec une cl>t t\te p>ticulire aux yeux mme de la f\le4 ,ceux qui ne gt5t po9t ses *>mes pris5t ses effets1 et font quelques ef=ts p\r l'atte9dre4 ,dans les sicles dmocratiques1 clairs et libres1 les hommes n'ont ri5 qui les sp>e ni qui les reti5ne leur place2 ils s'lv5t ou s'abaiss5t avec une rapidit s+ulire4 ,t\tes les classes se voi5t sans cesse p>ce qu'elles sont =t pro*es4 ,elles se communiqu5t et se ml5t t\s les j\rs1 s'imit5t et s'envi5t2 cela suggre au peuple une f\le d'ides1 de notions1 de dsirs qu'il n'aurait po9t eus si les rangs avai5t t fixes et la socit immobile4 ,*ez ces nations le s]viteur ne se considre jamais comme entirem5t trang] aux plaisirs et aux travaux du matre1 le pauvre ceux du ri*e2 l'homme des *amps s'ef=ce de ressembl] celui des villes1 et les prov9ces la mtropole4 ,a9si1 p]sonne ne se laisse aism5t rduire aux seuls so9s matriels de la vie1 et le plus humble artisan y jette1 de temps autre1 quelques reg>ds avides et furtifs dans le monde suprieur de l'intellig5ce4 ,on ne lit po9t dans le mme esprit et de la mme manire que *ez les peuples ari/ocratiques2 mais le c]cle des lecteurs s't5d sans cesse et f9it p> r5f]m] t\s les citoy5s4 ,du mom5t o la f\le comm5ce s'intress] aux travaux de l'esprit1 il se dc\vre qu'un gr& moy5 d'acqurir de la gloire1 de la puissance1 ou des ri*esses1 c'e/ d'excell] dans quelques-uns d'entre eux4 ,l'inquite ambition que l'galit fait natre se t\rne aussitt de ce ct comme de t\s les autres4 ,le nombre de ceux qui cultiv5t les sci5ces1 les lettres et les arts1 devi5t imm5se4 ,une activit prodigieuse se rvle dans le monde de l'intellig5ce2 *acun *]*e s'y ouvrir un *em91 et s'ef=ce d'attir] l'oeil du public sa suite4 ,il s'y passe quelque *ose d'analogue ce qui arrive aux tats-,unis dans la socit politique2 les oeuvres y sont s\v5t imp>faites1 mais elles sont innombrables2 et1 bi5 que les rsultats des ef=ts individuels soi5t ord9airem5t trs-petits1 le rsultat gnral e/ t\j\rs trs-gr&4 ,il n'e/ donc pas vrai de dire que les hommes qui viv5t dans les sicles dmocratiques soi5t naturellem5t indiffr5ts p\r les sci5ces1 les lettres et les arts2 seulem5t il faut reconnatre qu'ils les cultiv5t leur manire1 et qu'ils apport5t1 de ce ct1 les qualits et les dfauts qui leur sont propres4 ,,*apitre ,x4 ,p\rquoi les ,amrica9s s'atta*5t plutt la pratique des sci5ces qu' la ?orie4 ,si l'tat social et les in/itutions dmocratiques n'arrt5t po9t l'essor de l'esprit huma91 il e/ du mo9s inconte/able qu'ils le dirig5t d'un ct plutt que d'un autre4 ,leurs ef=ts1 a9si limits1 sont encore trs-gr&s1 et l'on me p>donn]a1 j'espre1 de m'arrt] un mom5t p\r les contempl]4 ,n\s avons fait1 qu& il s'e/ agi de la m?ode philosophique des ,amrica9s1 plusieurs rem>ques dont il faut pr(it] ici4 ,l'galit dveloppe dans *aque homme le dsir de jug] t\t p> lui-mme2 elle lui donne1 en t\tes *oses1 le gt du tangible et du rel1 le mpris des traditions et des =mes4 ,ces in/9cts gnraux se font pr9cipalem5t voir dans l'objet p>ticuli] de ce *apitre4 ,ceux qui cultiv5t les sci5ces *ez les peuples dmocratiques craign5t t\j\rs de se p]dre dans les utopies4 ,ils se dfi5t des sy/mes1 ils aim5t se t5ir trs-prs des faits et les tudi] p> eux-mmes2 comme ils ne s'en laiss5t po9t impos] facilem5t p> le nom d'aucun de leurs semblables1 ils ne sont jamais disposs jur] sur la p>ole du matre2 mais1 au contraire1 on les voit sans cesse occups *]*] le ct faible de sa doctr9e4 ,les traditions sci5tifiques ont sur eux peu d'empire2 ils ne s'arrt5t jamais longtemps dans les subtilits d'une cole et se pai5t malaism5t de gr&s mots2 ils pntr5t1 autant qu'ils le peuv5t1 jusqu'aux p>ties pr9cipales du sujet qui les occupe1 et ils aim5t les expos] en langue vulgaire4 ,les sci5ces ont alors une allure plus libre et plus sre1 mais mo9s haute4 ,l'esprit peut1 ce me semble1 divis] la sci5ce en trois p>ts4 ,la premire conti5t les pr9cipes les plus ?oriques1 les notions les plus ab/raites1 celles dont l'application n'e/ po9t connue ou e/ =t loigne4 ,la seconde se compose des vrits gnrales qui1 t5ant encore la ?orie pure1 mn5t cep5dant p> un *em9 direct et c\rt la pratique4 ,les procds d'application et les moy5s d'excution rempliss5t la troisime4 ,*acune de ces diffr5tes portions de la sci5ce peut tre cultive "p1 bi5 que la raison et l'expri5ce fass5t connatre qu'aucune d'elles ne saurait prospr] longtemps1 qu& on la sp>e absolum5t des deux autres4 ,en ,amrique la p>tie purem5t pratique des sci5ces e/ admirablem5t cultive1 et l'on s'y occupe avec so9 de la portion ?orique immdiatem5t ncessaire l'application2 les ,amrica9s font voir de ce ct un esprit t\j\rs net1 libre1 orig9al et fcond2 mais il n'y a presque p]sonne1 aux tats-,unis1 qui se livre la portion ess5tiellem5t ?orique et ab/raite des connaissances huma9es4 ,les ,amrica9s montr5t en ceci l'excs d'une t5dance qui se retr\v]a1 je p5se1 quoiqu' un degr mo9dre1 *ez t\s les peuples dmocratiques4 ,ri5 n'e/ plus ncessaire la culture des hautes sci5ces1 ou de la portion leve des sci5ces que la mditation1 et il n'y a ri5 de mo9s propre la mditation que l'intrieur d'une socit dmocratique4 ,on n'y r5contre pas1 comme *ez les peuples ari/ocratiques1 une classe nombreuse qui se ti5t dans le repos p>ce qu'elle se tr\ve bi52 et une autre qui ne remue po9t p>ce qu'elle dsespre d'tre mieux4 ,*acun s'agite2 les uns veul5t atte9dre le p\voir1 les autres s'emp>] de la ri*esse4 ,au milieu de ce tumulte univ]sel1 de ce *oc rpt des intrts contraires1 de cette m>*e cont9uelle des hommes v]s la =tune1 o tr\v] le calme ncessaire aux pr(ondes comb9aisons de l'intellig5ce8 comm5t arrt] sa p5se sur un seul po9t qu& aut\r de soi t\t remue1 et qu'on e/ soi-mme entran et ballott *aque j\r dans le c\rant imptueux qui r\le t\tes *oses8 ,il faut bi5 disc]n] l'espce d'agitation p]man5te qui rgne au se9 d'une dmocratie tranquille et dj con/itue1 des m\vem5ts tumultueux et rvolutionnaires qui accompagn5t presque t\j\rs la naissance et le dveloppem5t d'une socit dmocratique4 ,lorsqu'une viol5te rvolution a lieu *ez un peuple trs-civilis1 elle ne saurait manqu] de donn] une impulsion s\da9e aux s5tim5ts et aux ides4 ,ceci e/ vrai surt\t des rvolutions dmocratiques1 qui1 remuant la fois t\tes les classes dont un peuple se compose1 font natre en mme temps d'imm5ses ambitions dans le coeur de *aque citoy54 ,si les ,franais ont fait t\t c\p de si admirables progrs dans les sci5ces exactes1 au mom5t mme o ils a*evai5t de dtruire les re/es de l'anci5ne socit fodale1 il faut attribu] cette fcondit s\da9e1 non pas la dmocratie1 mais la rvolution sans exemple qui accompagnait ses dveloppem5ts4 ,ce qui surv9t alors tait un fait p>ticuli]2 il s]ait imprud5t d'y voir l'indice d'une loi gnrale4 ,les gr&es rvolutions ne sont pas plus communes *ez les peuples dmocratiques que *ez les autres peuples2 je suis mme port croire qu'elles le sont mo9s4 ,mais il rgne dans le se9 de ces nations un petit m\vem5t incommode1 une sorte de r\lem5t incessant des hommes les uns sur les autres1 qui tr\ble et di/rait l'esprit sans l'anim] ni l'lev]4 ,non seulem5t les hommes qui viv5t dans les socits dmocratiques se livr5t difficilem5t la mditation1 mais ils ont naturellem5t peu d'e/ime p\r elle4 ,l'tat social et les in/itutions dmocratiques port5t la plup>t des hommes agir con/amm5t2 or1 les habitudes d'esprit qui convi5n5t l'action ne convi5n5t pas t\j\rs la p5se4 ,l'homme qui agit en e/ rduit se cont5t] s\v5t d' peu prs p>ce qu'il n'arriv]ait jamais au b\t de son desse91 s'il v\lait p]fectionn] *aque dtail4 ,il lui faut s'appuy] sans cesse sur des ides qu'il n'a pas eu le loisir d'appr(ondir1 c> c'e/ bi5 plus l'opportunit de l'ide dont il se s]t que sa rig\reuse ju/esse qui l'aide2 et1 t\t pr5dre1 il y a mo9s de risque p\r lui faire usage de quelques pr9cipes faux1 qu' consum] son temps tablir la vrit de t\s ses pr9cipes4 ,ce n'e/ po9t p> de longues et savantes dmon/rations que se mne le monde4 ,la vue rapide d'un fait p>ticuli]1 l'tude j\rnalire des passions *angeantes de la f\le1 le has>d du mom5t et l'habilet s'en saisir1 y dcid5t de t\tes les affaires4 ,dans les sicles o presque t\t le monde agit1 on e/ donc gnralem5t port atta*] un prix excessif aux lans rapides et aux conceptions sup]ficielles de l'intellig5ce1 et1 au contraire1 dprci] outre mesure son travail pr(ond et l5t4 ,cette op9ion publique influe sur le jugem5t des hommes qui cultiv5t les sci5ces1 elle leur p]suade qu'ils peuv5t y russir sans mditation1 ou les c>te de celles qui en exig5t4 ,il y a plusieurs manires d'tudi] les sci5ces4 ,on r5contre *ez une f\le d'hommes un gt g/e1 m]cantile et indu/riel p\r les dc\v]tes de l'esprit qu'il ne faut pas confondre avec la passion ds9tresse qui s'allume dans le coeur d'un petit nombre2 il y a un dsir d'utilis] les connaissances et un pur dsir de connatre4 ,je ne d\te po9t qu'il ne naisse1 de lo9 en lo91 *ez quelques uns1 un am\r ard5t et 9puisable de la vrit1 qui se n\rrit de lui-mme et j\it incessamm5t sans p\voir jamais se satisfaire4 ,c'e/ cet am\r ard5t1 orgueilleux et ds9tress du vrai qui conduit les hommes jusqu'aux s\rces ab/raites de la vrit p\r y puis] les ides mres4 ,si ,pascal n'et envisag que quelque gr& pr(it1 ou si mme il n'et t mu que p> le seul dsir de la gloire1 je ne saurais croire qu'il et jamais pu rassembl]1 comme il l'a fait1 t\tes les puissances de son intellig5ce p\r mieux dc\vrir les secrets les plus ca*s du ,crateur4 ,qu& je le vois arra*]1 en quelque faon1 son me du milieu des so9s de la vie1 af9 de l'atta*] t\t entire cette re*]*e1 et1 brisant prmaturm5t les li5s qui la reti5n5t au corps1 m\rir de vieillesse avant qu>ante ans1 je m'arrte int]dit1 et je compr5ds que ce n'e/ po9t une cause ord9aire qui peut produire de si extraord9aires ef=ts4 ,l'av5ir pr\v]a si ces passions1 si r>es et si fcondes1 naiss5t et se dvelopp5t aussi aism5t au milieu des socits dmocratiques qu'au se9 des ari/ocraties4 ,quant moi1 j'av\e que j'ai pe9e le croire4 ,dans les socits ari/ocratiques1 la classe qui dirige l'op9ion et mne les affaires1 tant place d'une manire p]man5te et hrditaire au-dessus de la f\le1 conoit naturellem5t une ide sup]be d'elle-mme et de l'homme4 ,elle imag9e volonti]s p\r lui des j\issances glorieuses1 et fixe des buts magnifiques ses dsirs4 ,les ari/ocraties font s\v5t des actions =t tyranniques et =t inhuma9es1 mais elles conoiv5t r>em5t des p5ses basses1 et elles montr5t un c]ta9 dda9 orgueilleux p\r les petits plaisirs1 alors mme qu'elles s'y livr5t2 cela y monte t\tes les mes sur un ton =t haut4 ,dans les temps ari/ocratiques on se fait gnralem5t des ides trs-va/es de la dignit1 de la puissance1 de la gr&eur de l'homme4 ,ces op9ions influ5t sur ceux qui cultiv5t les sci5ces comme sur t\s les autres2 elles facilit5t l'lan naturel de l'esprit v]s les plus hautes rgions de la p5se1 et la dispos5t naturellem5t concevoir l'am\r sublime et presque div9 de la vrit4 ,les savants de ces temps sont donc entrans v]s la ?orie1 et il leur arrive mme s\v5t de concevoir un mpris inconsidr p\r la pratique4 ,ar*imde1 dit ,plut>que1 a eu le coeur si haut qu'il ne daigna jamais laiss] p> crit aucune oeuvre de la manire de dress] t\tes ces ma*9es de gu]re1 et rputant t\te cette sci5ce d'inv5t] et compos] ma*9es et gnralem5t t\t art qui rapporte quelque utilit le mettre en pratique1 vil1 bas et m]c5aire1 il employa son esprit et son tude crire seulem5t *oses dont la beaut et la subtilit ne ft aucunem5t mle avec ncessit4 ,voil la vise ari/ocratique des sci5ces4 ,elle ne saurait tre la mme *ez les nations dmocratiques4 ,la plup>t des hommes qui compos5t ces nations sont =t avides de j\issances matrielles et prs5tes2 comme ils sont t\j\rs mcont5ts de la position qu'ils occup5t1 et t\j\rs libres de la quitt]1 ils ne song5t qu'aux moy5s de *ang] leur =tune ou de l'accrotre4 ,p\r des esprits a9si disposs1 t\te m?ode n\velle qui mne p> un *em9 plus c\rt la ri*esse1 t\te ma*9e qui abrge le travail1 t\t in/rum5t qui dim9ue les frais de la production1 t\te dc\v]te qui facilite les plaisirs et les augm5te1 semble le plus magnifique ef=t de l'intellig5ce huma9e4 ,c'e/ pr9cipalem5t p> ce ct que les peuples dmocratiques s'atta*5t aux sci5ces1 les compr5n5t et les honor5t4 ,dans les sicles ari/ocratiques on dem&e p>ticulirem5t aux sci5ces les j\issances de l'esprit2 dans les dmocraties1 celles du corps4 ,comptez que plus une nation e/ dmocratique1 claire et libre1 plus le nombre de ces apprciateurs intresss du gnie sci5tifique ira s'accroissant1 et plus les dc\v]tes immdiatem5t applicables l'indu/rie1 donn]ont de pr(it1 de gloire1 et mme de puissance leurs auteurs2 c>1 dans les dmocraties1 la classe qui travaille pr5d "p aux affaires publiques1 et ceux qui la s]v5t ont att5dre d'elle des honneurs aussi bi5 que de l'arg5t4 ,on peut aism5t concevoir que dans une socit organise de cette manire1 l'esprit huma9 soit ins5siblem5t conduit nglig] la ?orie1 et qu'il doit au contraire1 se s5tir p\ss avec une n]gie sans p>eille v]s l'application1 ou t\t au mo9s v]s cette portion de la ?orie qui e/ ncessaire ceux qui appliqu5t4 ,en va91 un p5*ant in/9ctif l'lve-t-il v]s les plus hautes sphres de l'intellig5ce1 l'intrt le ramne v]s les moy5nes4 ,c'e/ l qu'il dploie sa =ce et son inquite activit1 et enfante des m]veilles4 ,ces mmes ,amrica9s1 qui n'ont pas dc\v]t une seule des lois gnrales de la mcanique1 ont introduit dans la navigation une ma*9e n\velle qui *ange la face du monde4 ,c]tes1 je suis lo9 de prt5dre que les peuples dmocratiques de nos j\rs soi5t de/9s voir te9dre les lumires transc5dantes de l'esprit huma91 ni mme qu'il ne doive pas s'en allum] de n\velles dans leur se94 l'ge du monde o n\s sommes1 et p>mi tant de nations lettres1 que t\rm5te incessamm5t l'ardeur de l'indu/rie1 les li5s qui uniss5t entre elles les diffr5tes p>ties de la sci5ce ne peuv5t manqu] de frapp] les reg>ds2 et le gt mme de la pratique s'il e/ clair1 doit port] les hommes ne po9t nglig] la ?orie4 ,au milieu de tant d'essais d'applications1 de tant d'expri5ces *aque j\r rptes1 il e/ comme impossible que1 s\v5t1 des lois trs-gnrales ne vi5n5t pas app>atre2 de telle sorte que les gr&es dc\v]tes s]ai5t frqu5tes1 bi5 que les gr&s inv5teurs fuss5t r>es4 ,je crois d'ailleurs aux hautes vocations sci5tifiques4 ,si la dmocratie ne porte po9t les hommes cultiv] les sci5ces p\r elles-mmes1 d'une autre "p elle augm5te imm5sm5t le nombre de ceux qui les cultiv5t4 ,il n'e/ pas croire que1 p>mi une si gr&e multitude1 il ne naisse po9t de temps en temps quelque gnie spculatif1 que le seul am\r de la vrit enflamme4 ,on peut tre assur que celui-l s'ef=c]a de p]c] les plus pr(onds my/res de la nature1 quel que soit l'esprit de son pays et de son temps4 ,il n'e/ pas beso9 d'aid] son essor2 il suffit de ne po9t l'arrt]4 ,t\t ce que je veux dire e/ ceci3 l'9galit p]man5te des conditions porte les hommes se r5f]m] dans la re*]*e orgueilleuse et /rile des vrits ab/raites2 t&is que l'tat social et les in/itutions dmocratiques les dispos5t ne dem&] aux sci5ces que leurs applications immdiates et utiles4 ,cette t5dance e/ naturelle et 9vitable4 ,il e/ curieux de la connatre1 et il peut tre ncessaire de la montr]4 ,si ceux qui sont appels dirig] les nations de nos j\rs ap]cevai5t clairem5t et de lo9 ces in/9cts n\veaux qui bi5tt s]ont irrsi/ibles1 ils compr5drai5t qu'avec des lumires et de la lib]t1 les hommes qui viv5t dans les sicles dmocratiques1 ne peuv5t manqu] de p]fectionn] la portion indu/rielle des sci5ces1 et que dsormais t\t l'ef=t du p\voir social doit se port] s\t5ir les hautes tudes1 et crer de gr&es passions sci5tifiques4 ,de nos j\rs1 il faut ret5ir l'esprit huma9 dans la ?orie1 il c\rt de lui-mme la pratique1 et au lieu de le ram5] sans cesse v]s l'exam5 dtaill des effets secondaires1 il e/ bon de l'en di/raire quelquefois1 p\r l'lev] jusqu' la contemplation des causes premires4 ,p>ce que la civilisation roma9e e/ morte la suite de l'invasion des b>b>es1 n\s sommes peut-tre trop encl9s croire que la civilisation ne saurait autrem5t m\rir4 ,si les lumires qui n\s clair5t v5ai5t jamais s'te9dre1 elles s'obscurcirai5t peu peu1 et comme d'elles-mmes4 =ce de se r5f]m] dans l'application1 on p]drait de vue les pr9cipes1 et qu& on aurait entirem5t oubli les pr9cipes1 on suivrait mal les m?odes qui en driv5t2 on ne p\rrait plus en inv5t] de n\velles1 et l'on emploi]ait sans intellig5ce et sans art de savants procds qu'on ne compr5drait plus4 ,lorsque les ,europens abordr5t1 il y a trois c5ts ans1 la ,*9e1 ils y tr\vr5t presque t\s les arts p>v5us un c]ta9 degr de p]fection1 et ils s'tonnr5t1 qu'tant arrivs ce po9t1 on n'et pas t plus avant4 ,plus t>d1 ils dc\vrir5t les ve/iges de quelques hautes connaissances qui s'tai5t p]dues4 ,la nation tait indu/rielle2 la plup>t des m?odes sci5tifiques s'tai5t cons]ves dans son se92 mais la sci5ce elle-mme n'y exi/ait plus4 ,cela leur expliqua l'espce d'immobilit s+ulire dans laquelle ils avai5t tr\v l'esprit de ce peuple4 ,les ,*9ois1 en suivant la trace de leurs pres1 avai5t oubli les raisons qui avai5t dirig ceux-ci4 ,ils se s]vai5t encore de la =mule sans en re*]*] le s5s2 ils g>dai5t l'in/rum5t et ne possdai5t plus l'art de le modifi] et de le reproduire4 ,les ,*9ois ne p\vai5t donc ri5 *ang]4 ,ils devai5t r5onc] amlior]4 ,ils tai5t =cs d'imit] t\j\rs et en t\t leurs pres1 p\r ne pas se jet] dans des tnbres impntrables1 s'ils s'c>tai5t un in/ant du *em9 que ces d]ni]s avai5t trac4 ,la s\rce des connaissances huma9es tait presque t>ie2 et1 bi5 que le fleuve c\lt encore1 il ne p\vait plus grossir ses ondes ou *ang] son c\rs4 ,cep5dant la ,*9e subsi/ait paisiblem5t1 depuis des sicles2 ses conqurants avai5t pris ses moeurs2 l'ordre y rgnait4 ,un sorte de bi5-tre matriel s'y laissait ap]cevoir de t\s cts4 ,les rvolutions y tai5t trs-r>es1 et la gu]re p\r a9si dire inconnue4 ,il ne faut donc po9t se rassur] en p5sant que les b>b>es sont encore lo9 de n\s2 c>1 s'il y a des peuples qui se laiss5t arra*] des ma9s la lumire1 il y en a d'autres qui l't\ff5t eux-mmes s\s leurs pi$s4 ,,*apitre ,,xi4 ,dans quel esprit les ,amrica9s cultiv5t les arts4 ,je croirais p]dre le temps des lecteurs et le mi51 si je m'atta*ais montr] comm5t la mdiocrit gnrale des =tunes1 l'abs5ce du sup]flu1 le dsir univ]sel du bi5-tre1 et les con/ants ef=ts auxquels *acun se livre p\r se le procur]1 font prdom9] dans le coeur de l'homme le gt de l'utile sur l'am\r du beau4 ,les nations dmocratiques1 *ez lesquelles t\tes ces *oses se r5contr5t1 cultiv]ont donc les arts qui s]v5t r5dre la vie commode1 de prfr5ce ceux dont l'objet e/ de l'embellir2 elles prfr]ont habituellem5t l'utile au beau1 et elles v\dront que le beau soit utile4 ,mais je prt5ds all] plus avant1 et aprs avoir indiqu le premi] trait1 en dess9] plusieurs autres4 ,il arrive d'ord9aire que dans les sicles de privilges1 l'ex]cice de presque t\s les arts devi5t un privilge1 et que *aque pr(ession e/ un monde "p o il n'e/ pas loisible *acun d'entr]4 ,et lors mme que l'indu/rie e/ libre1 l'immobilit naturelle aux nations ari/ocratiques1 fait que t\s ceux qui s'occup5t d'un mme art1 f9iss5t nanmo9s p> =m] une classe di/9cte1 t\j\rs compose des mmes familles1 dont t\s les membres se connaiss5t1 et o il nat bi5tt une op9ion publique et un orgueil de corps4 ,dans une classe indu/rielle de cette espce1 *aque artisan n'a pas seulem5t sa =tune faire1 mais sa considration g>d]4 ,ce n'e/ pas seulem5t son intrt qui fait sa rgle1 ni mme celui de l'a*eteur1 mais celui du corps1 et l'intrt du corps e/ que *aque artisan produise des *efs-d'oeuvre4 ,dans les sicles ari/ocratiques1 la vise des arts e/ donc de faire le mieux possible1 et non le plus vite1 ni au meilleur m>*4 ,lorsqu'au contraire *aque pr(ession e/ ouv]te t\s1 que la f\le y entre et en sort sans cesse1 et que ses diffr5ts membres devi5n5t trang]s1 indiffr5ts et presque invisibles les uns aux autres1 cause de leur multitude1 le li5 social e/ dtruit1 et *aque ouvri] ram5 v]s lui-mme1 ne *]*e qu' gagn] le plus d'arg5t possible aux mo9dres frais1 il n'y a plus que la volont du consommateur qui le limite4 ,or1 il arrive que1 dans le mme temps1 une rvolution correspondante se fait s5tir *ez ce d]ni]4 ,dans les pays o la ri*esse comme le p\voir se tr\ve conc5tre1 dans quelques ma9s1 et n'en sort pas1 l'usage de la plup>t des bi5s de ce monde app>ti5t un petit nombre d'individus t\j\rs le mme2 la ncessit1 l'op9ion1 la modration des dsirs en c>t5t t\s les autres4 ,comme cette classe ari/ocratique se ti5t immobile au po9t de gr&eur o elle e/ place sans se ress]r]1 ni s't5dre1 elle pr\ve t\j\rs les mmes beso9s et les ress5t de la mme manire4 ,les hommes qui la compos5t puis5t naturellem5t dans la position suprieure et hrditaire qu'ils occup5t1 le gt de ce qui e/ trs-bi5 fait et trs-durable4 ,cela donne une t\rnure gnrale aux ides de la nation en fait d'arts4 ,il arrive s\v5t que1 *ez ces peuples1 le paysan lui-mme aime mieux se priv] entirem5t des objets qu'il convoite1 que de les acqurir imp>faits4 ,dans les ari/ocraties les ouvri]s ne travaill5t donc que p\r un nombre limit d'a*eteurs1 trs-difficiles satisfaire4 ,c'e/ de la p]fection de leurs travaux que dp5d pr9cipalem5t le ga9 qu'ils att5d5t4 ,il n'en e/ plus a9si lorsque t\s les privilges tant dtruits1 les rangs se ml5t1 et que t\s les hommes s'abaiss5t et s'lv5t sans cesse sur l'*elle sociale4 ,on r5contre t\j\rs dans le se9 d'un peuple dmocratique1 une f\le de citoy5s dont le patrimo9e se divise et dcrot4 ,ils ont contract1 dans des temps meilleurs1 c]ta9s beso9s qui leur re/5t1 aprs que la facult de les satisfaire n'exi/e plus1 et ils *]*5t avec inquitude s'il n'y aurait pas quelques moy5s dt\rns d'y p\rvoir4 ,d'autre "p1 on voit t\j\rs dans les dmocraties un trs-gr& nombre d'hommes dont la =tune crot1 mais dont les dsirs croiss5t bi5 plus vite que la =tune1 et qui dvor5t des yeux les bi5s qu'elle leur promet1 longtemps avant qu'elle ne les livre4 ,ceux-ci *]*5t de t\s cts s'ouvrir des voies plus c\rtes v]s ces j\issances vois9es4 ,de la comb9aison de ces deux causes1 il rsulte qu'on r5contre t\j\rs dans les dmocraties une multitude de citoy5s dont les beso9s sont au-dessus des ress\rces1 et qui cons5tirai5t volonti]s se satisfaire incompltem5t1 plutt que de r5onc] t\t fait l'objet de leur convoitise4 ,l'ouvri] compr5d aism5t ces passions1 p>ce que lui-mme les p>tage3 dans les ari/ocraties1 il *]*ait v5dre ses produits trs-*] quelques uns2 il conoit ma9t5ant qu'il y aurait un moy5 plus expditif de s'enri*ir2 ce s]ait de les v5dre bon m>* t\s4 ,or1 il n'y a que deux manires d'arriv] baiss] le prix d'une m>*&ise4 ,la premire e/ de tr\v] des moy5s meilleurs1 plus c\rts et plus savants de la produire4 ,la seconde e/ de fabriqu] en plus gr&e quantit des objets peu prs semblables1 mais d'une mo9dre valeur4 ,*ez les peuples dmocratiques1 t\tes les facults intellectuelles de l'ouvri] sont diriges v]s ces deux po9ts4 ,il s'ef=ce d'inv5t] des procds qui lui p]mett5t de travaill]1 non pas seulem5t mieux1 mais plus vite1 et mo9dre frais1 et1 s'il ne peut y p>v5ir1 de dim9u] les qualits intr9sques de la *ose qu'il fait1 sans la r5dre entirem5t impropre l'usage auquel on la de/9e4 ,qu& il n'y avait que les ri*es qui euss5t des montres1 elles tai5t presque t\tes excell5tes4 ,on n'en fait plus gure que de mdiocres1 mais t\t le monde en a4 ,a9si1 la dmocratie ne t5d pas seulem5t dirig] l'esprit huma9 v]s les arts utiles2 elle porte les artisans faire trs-rapidem5t beauc\p de *oses imp>faites1 et le consommateur se cont5t] de ces *oses4 ,ce n'e/ pas que dans les dmocraties l'art ne soit capable1 au beso91 de produire des m]veilles4 ,cela se dc\vre p>fois1 qu& il se prs5te des a*eteurs qui cons5t5t pay] le temps et la pe9e4 ,dans cette lutte de t\tes les indu/ries1 au milieu de cette concurr5ce imm5se et de ces essais sans nombre1 il se =me des ouvri]s excell5ts qui pntr5t jusqu'aux d]nires limites de leur pr(ession2 mais ceux-ci ont r>em5t l'occasion de montr] ce qu'ils sav5t faire3 ils mnag5t leurs ef=ts avec so92 ils se ti5n5t dans une mdiocrit savante qui se juge elle-mme1 et qui1 p\vant atte9dre au-del du b qu'elle se propose1 ne vise qu'au b qu'elle atte9t4 ,dans les ari/ocraties au contraire1 les ouvri]s font t\j\rs t\t ce qu'ils sav5t faire1 et lorsqu'ils s'arrt5t1 c'e/ qu'ils sont au b\t de leur sci5ce4 ,lorsque j'arrive dans un pays et que je vois les arts donn] quelques produits admirables1 cela ne m'appr5d ri5 sur l'tat social et la con/itution politique du pays4 ,mais si j'ap]ois que les produits des arts y sont gnralem5t imp>faits1 en trs-gr& nombre et bas prix1 je suis assur que1 *ez le peuple o ceci se passe1 les privilges s'affaibliss5t1 et les classes comm5c5t se ml] et vont bi5tt se confondre4 ,les artisans qui viv5t dans les sicles dmocratiques ne *]*5t pas seulem5t mettre la porte de t\s les citoy5s leurs produits utiles1 ils s'ef=c5t encore de donn] t\s leurs produits des qualits brillantes que ceux-ci n'ont pas4 ,dans la confusion de t\tes les classes1 *acun espre p\voir p>atre ce qu'il n'e/ pas et se livre de gr&s ef=ts p\r y p>v5ir4 ,la dmocratie ne fait pas natre ce s5tim5t qui n'e/ que trop naturel au coeur de l'homme2 mais elle l'applique aux *oses matrielles3 l'hypocrisie de la v]tu e/ de t\s les temps2 celle du luxe app>ti5t plus p>ticulirem5t aux sicles dmocratiques4 ,p\r satisfaire ces n\veaux beso9s de la vanit huma9e1 il n'e/ po9t d'impo/ures auxquelles les arts n'ai5t rec\rs2 l'indu/rie va quelquefois si lo9 dans ce s5s qu'il lui arrive de se nuire elle-mme4 ,on e/ dj p>v5u imit] si p>faitem5t le diamant1 qu'il e/ facile de s'y mpr5dre4 ,du mom5t o l'on aura inv5t l'art de fabriqu] les faux diamants1 de manire ce qu'on ne puisse plus les di/+u] des vritables1 on ab&onn]a vraisemblablem5t les uns et les autres1 et ils r$evi5dront des caill\x4 ,ceci me conduit p>l] de ceux des arts qu'on a nomms1 p> excell5ce1 les beaux-arts4 ,je ne crois po9t que l'effet ncessaire de l'tat social et des in/itutions dmocratiques soit de dim9u] le nombre des hommes qui cultiv5t les beaux-arts2 mais ces causes influ5t puissamm5t sur la manire dont ils sont cultivs4 ,la plup>t de ceux qui avai5t dj contract le gt des beaux-arts dev5ant pauvres1 et1 d'un autre ct1 beauc\p de ceux qui ne sont pas encore ri*es comm5ant concevoir1 p> imitation1 le gt des beaux-arts1 la quantit des consommateurs en gnral s'accrot1 et les consommateurs trs-ri*es et trs-f9s1 devi5n5t plus r>es4 ,il se passe alors dans les beaux-arts quelque *ose d'analogue ce que j'ai dj fait voir qu& j'ai p>l des arts utiles4 ,ils multipli5t leurs oeuvres et dim9u5t le mrite de *acune d'elles4 ,ne p\vant plus vis] au gr&1 on *]*e l'lgant et le joli2 on t5d mo9s la ralit qu' l'app>5ce4 ,dans les ari/ocraties on fait quelques gr&s tableaux1 et1 dans les pays dmocratiques1 une multitude de petites pe9tures4 ,dans les premires on lve des /atues de bronze1 et dans les seconds on c\le des /atues de pltre4 ,lorsque j'arrivai p\r la premire fois ,new-,york p> cette p>tie de l'ocan ,atlantique qu'on nomme la rivire de l',e/1 je fus surpris d'ap]cevoir1 le long du rivage1 quelque di/ance de la ville1 un c]ta9 nombre de petits palais de m>bre blanc1 dont plusieurs avai5t une ar*itecture antique2 le l5dema91 ayant t p\r considr] de plus prs celui qui avait p>ticulirem5t attir mes reg>ds1 je tr\vai que ses murs tai5t de briques blan*ies et ses colonnes de bois pe9t4 ,il en tait de mme de t\s les monum5ts que j'avais admirs la veille4 ,l'tat social et les in/itutions dmocratiques donn5t1 de plus1 t\s les arts d'imitation1 de c]ta9es t5dances p>ticulires qu'il e/ facile de signal]4 ,ils les dt\rn5t s\v5t de la pe9ture de l'me p\r ne les atta*] qu' celle du corps2 et ils sub/itu5t la reprs5tation des m\vem5ts et des s5sations celle des s5tim5ts et des ides2 la place de l'idal ils mett5t enf9 le rel4 ,je d\te que ,raphal ait fait une tude aussi appr(ondie des mo9dres ressorts du corps huma9 que les dess9ateurs de nos j\rs4 ,il n'atta*ait pas la mme importance qu'eux la rig\reuse exactitude sur ce po9t1 c> il prt5dait surpass] la nature4 ,il v\lait faire de l'homme quelque *ose qui ft suprieur l'homme1 il entrepr5ait d'embellir la beaut mme4 ,david et ses lves tai5t1 au contraire1 aussi bons anatomi/es que bons pe9tres4 ,ils reprs5tai5t m]veilleusem5t bi5 les modles qu'ils avai5t s\s les yeux1 mais il tait r>e qu'ils imag9ass5t ri5 au-del2 ils suivai5t exactem5t la nature1 t&is que ,raphal *]*ait mieux qu'elle4 ,ils n\s ont laiss une exacte pe9ture de l'homme1 mais le premi] n\s fait entrevoir la ,div9it dans ses oeuvres4 ,on peut appliqu] au *oix mme du sujet ce que j'ai dit de la manire de le trait]4 ,les pe9tres de la r5aissance *]*ai5t d'ord9aire au-dessus d'eux1 ou lo9 de leur temps1 de gr&s sujets qui laissass5t leur imag9ation une va/e c>rire4 ,nos pe9tres mett5t s\v5t leur tal5t reproduire exactem5t les dtails de la vie prive qu'ils ont sans cesse s\s les yeux1 et ils copi5t de t\s cts de petits objets qui n'ont que trop d'orig9aux dans la nature4 ,,*apitre ,,xii4 ,p\rquoi les ,amrica9s lv5t en mme temps de si petits et de si gr&s monum5ts4 ,je vi5s de dire que1 dans les sicles dmocratiques1 les monum5ts des arts t5dai5t dev5ir plus nombreux et mo9s gr&s4 ,je me hte d'indiqu] moi-mme l'exception cette rgle4 ,*ez les peuples dmocratiques1 les individus sont trs-faibles2 mais l'tat qui les reprs5te t\s1 et les ti5t t\s dans sa ma91 e/ trs-=t4 ,nulle "p les citoy5s ne p>aiss5t plus petits que dans une nation dmocratique4 ,nulle "p la nation elle-mme ne semble plus gr&e et l'esprit ne s'en fait plus aism5t un va/e tableau4 ,dans les socits dmocratiques1 l'imag9ation des hommes se ress]re qu& ils song5t eux-mmes2 elle s't5d indf9im5t qu& ils p5s5t l'tat4 ,il arrive de l que les mmes hommes qui viv5t petitem5t dans d'troites demeures1 vis5t s\v5t au gigantesque ds qu'il s'agit des monum5ts publics4 ,les ,amrica9s ont plac sur le lieu dont ils v\lai5t faire leur capitale1 l'ence9te d'une ville imm5se qui auj\rd'hui encore1 n'e/ gure plus peuple que ,pontoise1 mais qui1 suivant eux1 doit cont5ir un j\r un million d'habitants2 dj1 ils ont drac9 les arbres dix lieues la ronde1 de peur qu'ils ne v9ss5t incommod] les futurs citoy5s de cette mtropole imag9aire4 ,ils ont lev au c5tre de la cit1 un palais magnifique p\r s]vir de sige au congrs et ils lui ont donn le nom pompeux de ,capitole4 ,t\s les j\rs1 les tats p>ticuli]s eux-mmes conoiv5t et excut5t des entreprises prodigieuses dont s'tonn]ait le gnie des gr&es nations de l',europe4 ,a9si1 la dmocratie ne porte pas seulem5t les hommes faire une multitude de m5us ouvrages2 elle les porte aussi lev] un petit nombre de trs-gr&s monum5ts4 ,mais entre ces deux extrmes1 il n'y a ri54 ,quelques re/es p>s de trs-va/es difices n'annonc5t donc ri5 sur l'tat social et les in/itutions du peuple qui les a levs4 ,j'aj\te1 quoique cela sorte de mon sujet1 qu'ils ne font pas mieux connatre sa gr&eur1 ses lumires et sa prosprit relle4 ,t\tes les fois qu'un p\voir quelconque s]a capable de faire conc\rir t\t un peuple une seule entreprise1 il p>vi5dra avec peu de sci5ce et beauc\p de temps tir] du conc\rs de si gr&s ef=ts quelque *ose d'imm5se1 sans que p\r cela il faille conclure que le peuple e/ trs-heureux1 trs-clair ni mme trs-=t4 ,les ,espagnols ont tr\v la ville de ,mexico remplie de temples magnifiques et de va/es palais2 ce qui n'a po9t emp* ,corts de conqurir l'empire du ,mexique avec #fjj fantass9s et #af *evaux4 ,si les ,roma9s avai5t mieux connu les lois de l'hydraulique1 ils n'aurai5t po9t lev t\s ces aqu$ucs qui environn5t les ru9es de leurs cits1 ils aurai5t fait un meilleur emploi de leur puissance et de leur ri*esse4 ,s'ils avai5t dc\v]t la ma*9e vapeur1 peut-tre n'aurai5t-ils po9t t5du jusqu'aux extrmits de leur empire ces longs ro*]s artificiels qu'on nomme des voies roma9es4 ,ces *oses sont de magnifiques tmoignages de leur ignorance en mme temps que de leur gr&eur4 ,le peuple qui ne laiss]ait d'autres ve/iges de son passage que quelques tuyaux de plomb dans la t]re et quelques tr+les de f] sur sa surface1 p\rrait avoir t plus matre de la nature que les ,roma9s4 ,,*apitre ,,xiii4 ,physionomie littraire des sicles dmocratiques4 ,lorsqu'on entre dans la b\tique d'un libraire aux tats-,unis1 et qu'on visite les livres amrica9s qui en g>niss5t les rayons1 le nombre des ouvrages y p>at =t gr&2 t&is que celui des auteurs connus y semble au contraire =t petit4 ,on tr\ve d'abord une multitude de traits lm5taires de/9s donn] la premire notion des connaissances huma9es4 ,la plup>t de ces ouvrages ont t composs en ,europe4 ,les ,amrica9s les rimprim5t en les adaptant leur usage4 ,vi5t ensuite une quantit presque innombrable de livres de religion1 bibles1 s]mons1 anecdotes pieuses1 controv]ses1 comptes-r5dus d'tablissem5ts *>itables4 ,enf91 p>at le long catalogue des pamphlets politiques2 en ,amrique1 les p>tis ne font po9t de livres p\r se combattre1 mais des bro*ures qui circul5t avec une incroyable rapidit1 viv5t un j\r et meur5t4 ,au milieu de t\tes ces obscures productions de l'esprit huma91 app>aiss5t les oeuvres plus rem>quables d'un petit nombre d'auteurs seulem5t qui sont connus des ,europens ou qui devrai5t l'tre4 ,quoique l',amrique soit peut-tre de nos j\rs le pays civilis o l'on s'occupe le mo9s de littrature1 il s'y r5contre cep5dant une gr&e quantit d'individus qui s'intress5t aux *oses de l'esprit1 et qui en font s9on l'tude de t\te leur vie1 du mo9s le *>me de leurs loisirs4 ,mais c'e/ l',anglet]re qui f\rnit ceux-ci1 la plup>t des livres qu'ils rclam5t4 ,presque t\s les gr&s ouvrages anglais sont reproduits aux tats-,unis4 ,le gnie littraire de la ,gr&e-,bretagne d>de encore ses rayons jusqu'au fond des =ts du ,n\veau-,monde4 ,il n'y a gure de cabane de pionni] o l'on ne r5contre quelques tomes dp>eills de ,%akespe>e4 ,je me rappelle avoir lu p\r la premire fois le drame fodal d',h5ri ,v dans une log-h\se4 ,non seulem5t les ,amrica9s vont puis] *aque j\r dans les trsors de la littrature anglaise1 mais on peut dire avec vrit qu'ils tr\v5t la littrature de l',anglet]re sur leur propre sol4 ,p>mi le petit nombre d'hommes qui s'occup5t aux tats-,unis compos] des oeuvres de littrature la plup>t sont ,anglais p> le fond et surt\t p> la =me4 ,ils transport5t a9si au milieu de la dmocratie les ides et les usages littraires qui ont c\rs *ez la nation ari/ocratique qu'ils ont prise p\r modle4 ,ils peign5t avec des c\leurs empruntes des moeurs trangres2 ne reprs5tant presque jamais dans sa ralit le pays qui les a vus natre1 ils y sont r>em5t populaires4 ,les citoy5s des tats-,unis sembl5t eux-mmes si conva9cus que ce n'e/ po9t p\r eux qu'on publie des livres1 qu'avant de se fix] sur le mrite d'un de leurs criva9s1 ils att5d5t d'ord9aire qu'il ait t gt en ,anglet]re4 ,c'e/ a9si1 qu'en fait de tableaux on laisse volonti]s l'auteur de l'orig9al le droit de jug] la copie4 ,les habitants des tats-,unis n'ont donc po9t encore1 proprem5t p>l]1 de littrature4 ,les seuls auteurs que je reconnaisse p\r ,amrica9s sont des j\rnali/es4 ,ceux-ci ne sont pas de gr&s criva9s1 mais ils p>l5t la langue du pays et s'en font ent5dre4 ,je ne vois dans les autres que des trang]s4 ,ils sont p\r les ,amrica9s ce que fur5t p\r n\s les imitateurs des ,grecs et des ,roma9s l'poque de la naissance des lettres1 un objet de curiosit1 non de gnrale sympa?ie4 ,ils amus5t l'esprit1 et n'agiss5t po9t sur les moeurs4 ,j'ai dj dit que cet tat de *oses tait bi5 lo9 de t5ir seulem5t la dmocratie1 et qu'il fallait en re*]*] les causes dans plusieurs circon/ances p>ticulires et indp5dantes d'elle4 ,si les ,amrica9s1 t\t en cons]vant leur tat social et leurs lois1 avai5t une autre orig9e et se tr\vai5t transports dans un autre pays1 je ne d\te po9t qu'ils n'euss5t une littrature4 ,tels qu'ils sont1 je suis assur qu'ils f9iront p> en avoir une2 mais elle aura un c>actre diffr5t de celui qui se manife/e dans les crits amrica9s de nos j\rs et qui lui s]a propre4 ,il n'e/ pas impossible de trac] ce c>actre l'avance4 ,je suppose un peuple ari/ocratique *ez lequel on cultive les lettres2 les travaux de l'intellig5ce1 de mme que les affaires du g\v]nem5t1 y sont rgls p> une classe s\v]a9e4 ,la vie littraire1 comme l'exi/5ce politique1 e/ presque entirem5t conc5tre dans cette classe ou dans celles qui l'avois95t le plus prs4 ,ceci me suffit p\r avoir la cl de t\t le re/e4 ,lorsqu'un petit nombre d'hommes1 t\j\rs les mmes1 s'occup5t en mme temps des mmes objets1 ils s'ent5d5t aism5t1 et arrt5t en commun c]ta9es rgles pr9cipales qui doiv5t dirig] *acun d'eux4 ,si l'objet qui attire l'att5tion de ces hommes e/ la littrature1 les travaux de l'esprit s]ont bi5tt s\mis p> eux quelques lois prcises dont il ne s]a plus p]mis de s'c>t]4 ,si ces hommes occup5t dans le pays une position hrditaire ils s]ont naturellem5t encl9s non-seulem5t adopt] p\r eux-mmes un c]ta9 nombre de rgles fixes1 mais suivre celles que s'tai5t imposes leurs aeux2 leur lgislation s]a t\t la fois rig\reuse et traditionnelle4 ,comme ils ne sont po9t ncessairem5t proccups des *oses matrielles1 qu'ils ne l'ont jamais t1 et que leurs pres ne l'tai5t pas davantage1 ils ont pu s'intress]1 p5dant plusieurs gnrations1 aux travaux de l'esprit4 ,ils ont compris l'art littraire et ils f9iss5t p> l'aim] p\r lui-mme et p> gt] un plaisir savant voir qu'on s'y con=me4 ,ce n'e/ pas t\t encore3 les hommes dont je p>le ont comm5c leur vie et l'a*v5t dans l'aisance ou dans la ri*esse2 ils ont donc naturellem5t conu le gt des j\issances re*]*es et l'am\r des plaisirs f9s et dlicats4 ,bi5 plus1 une c]ta9e mollesse d'esprit et de coeur1 qu'ils contract5t s\v5t au milieu de ce long et paisible usage de tant de bi5s1 les porte c>t] de leurs plaisirs mmes ce qui p\rrait s'y r5contr] de trop inatt5du et de trop vif4 ,ils prfr5t tre amuss que vivem5t mus2 ils veul5t qu'on les intresse1 mais non qu'on les entrane4 ,imag9ez ma9t5ant un gr& nombre de travaux littraires excuts p> les hommes que je vi5s de pe9dre1 ou p\r eux1 et v\s concevrez sans pe9e une littrature o t\t s]a rguli] et coordonn l'avance4 ,le mo9dre ouvrage y s]a soign dans ses plus petits dtails2 l'art et le travail s'y montr]ont en t\tes *oses2 *aque g5re y aura ses rgles p>ticulires dont il ne s]a po9t loisible de s'c>t]1 et qui l'isol]ont de t\s les autres4 ,le /yle y p>atra presque aussi important que l'ide1 la =me que le fond2 le ton en s]a poli1 modr1 s\t5u4 ,l'esprit y aura t\j\rs une dm>*e noble1 r>em5t une allure vive1 et les criva9s s'atta*]ont plus p]fectionn] qu' produire4 ,il arriv]a quelquefois que les membres de la classe lettre1 ne vivant jamais qu'entre eux et n'crivant que p\r eux1 p]dront entirem5t de vue le re/e du monde1 ce qui les jett]a dans le re*]* et le faux2 ils s'impos]ont de petites rgles littraires leur seul usage qui les c>t]ont ins5siblem5t du bon s5s et les conduiront enf9 hors de la nature4 =ce de v\loir p>l] autrem5t que le vulgaire ils en vi5dront une sorte de j>gon ari/ocratique qui n'e/ gure mo9s loign du beau langage que le patois du peuple4 ,ce sont l les cueils naturels de la littrature dans les ari/ocraties4 ,t\te ari/ocratie qui se met entirem5t "p du peuple devi5t impuissante4 ,cela e/ vrai dans les lettres aussi bi5 qu'en politique#b4 ,note #b3 ,t\t ceci e/ surt\t vrai des pays ari/ocratiques1 qui ont t longtemps et paisiblem5t s\mis au p\voir d'un roi4 ,qu& la lib]t rgne dans une ari/ocratie1 les hautes classes sont sans cesse obliges de se s]vir des basses2 et1 en s'en s]vant1 elles s'en rappro*5t4 ,cela fait s\v5t pntr] quelque *ose de l'esprit dmocratique dans leur se94 ,il se dveloppe1 d'ailleurs1 *ez un corps privilgi qui g\v]ne une n]gie et une habitude d'entreprise1 un gt du m\vem5t et du bruit1 qui ne peuv5t manqu] d'influ] sur t\s les travaux littraires4 ,ret\rnons prs5tem5t le tableau et considrons le rev]s4 ,transportons-n\s au se9 d'une dmocratie que ses anci5nes traditions et ses lumires prs5tes r5d5t s5sible aux j\issances de l'esprit4 ,les rangs y sont mls et confondus2 les connaissances comme le p\voir y sont diviss l'inf9i1 et1 si j'ose le dire1 p>pills de t\s cts4 ,voici une f\le confuse dont les beso9s intellectuels sont satisfaire4 ,ces n\veaux amateurs des plaisirs de l'esprit n'ont po9t t\s reu la mme ducation2 ils ne possd5t pas les mmes lumires1 ils ne ressembl5t po9t leurs pres1 et *aque in/ant ils diffr5t d'eux-mmes2 c> ils *ang5t sans cesse de place1 de s5tim5ts et de =tunes4 ,l'esprit de *acun d'eux n'e/ donc po9t li celui de t\s les autres p> des traditions et des habitudes communes1 et ils n'ont jamais eu ni le p\voir1 ni la volont1 ni le temps de s'ent5dre entre eux4 ,c'e/ p\rtant au se9 de cette multitude incohr5te et agite que naiss5t les auteurs1 et c'e/ elle qui di/ribue ceux-ci les pr(its et la gloire4 ,je n'ai po9t de pe9e compr5dre que1 les *oses tant a9si1 je dois m'att5dre ne r5contr] dans la littrature d'un p>eil peuple qu'un petit nombre de ces conv5tions rig\reuses que reconnaiss5t dans les sicles ari/ocratiques les lecteurs et les criva9s4 ,s'il arrivait que les hommes d'une poque tombass5t d'accord sur quelques unes1 cela ne pr\v]ait encore ri5 p\r l'poque suivante1 c>1 *ez les nations dmocratiques1 *aque gnration n\velle e/ un n\veau peuple4 ,*ez ces nations1 les lettres ne saurai5t donc que difficilem5t tre s\mises des rgles troites1 et il e/ comme impossible qu'elles le soi5t jamais des rgles p]man5tes4 ,dans les dmocraties1 il s'en faut de beauc\p que t\s les hommes qui s'occup5t de littrature ai5t reu une ducation littraire et1 p>mi ceux d'entre eux qui ont quelque te9ture de belles-lettres1 la plup>t suiv5t une c>rire politique1 ou embrass5t une pr(ession dont ils ne peuv5t se dt\rn]1 que p> mom5ts1 p\r gt] la drobe les plaisirs de l'esprit4 ,ils ne font donc po9t de ces plaisirs le *>me pr9cipal de leur exi/5ce2 mais ils les considr5t comme un dlassem5t passag] et ncessaire au milieu des srieux travaux de la vie3 de tels hommes ne saurai5t jamais acqurir la connaissance assez appr(ondie de l'art littraire p\r en s5tir les dlicatesses2 les petites nuances leur *app5t4 ,n'ayant qu'un temps =t c\rt donn] aux lettres1 ils veul5t le mettre pr(it t\t enti]4 ,ils aim5t les livres qu'on se procure sans pe9e1 qui se lis5t vite1 qui n'exig5t po9t de re*]*es savantes p\r tre compris4 ,ils dem&5t des beauts faciles qui se livr5t d'elles-mmes et dont on puisse j\ir sur l'heure2 il leur faut surt\t de l'inatt5du et du n\veau4 ,habitus une exi/5ce pratique1 conte/e1 monotone1 ils ont beso9 d'motions vives et rapides1 de cl>ts s\da9es1 de vrits ou d'erreurs brillantes qui les tir5t l'in/ant d'eux-mmes et les introduis5t t\t c\p1 et comme p> viol5ce1 au milieu du sujet4 ,qu'ai-je beso9 d'en dire davantage8 et qui ne compr5d1 sans que je l'exprime1 ce qui va suivre8 ,prise dans son ensemble1 la littrature des sicles dmocratiques ne saurait prs5t]1 a9si que dans les temps d'ari/ocratie1 l'image de l'ordre1 de la rgul>it1 de la sci5ce et de l'art2 la =me s'y tr\v]a1 d'ord9aire1 nglige et p>fois mprise4 ,le /yle s'y montr]a s\v5t biz>re1 incorrect1 sur*>g et m\1 et presque t\j\rs h>di et vhm5t4 ,les auteurs y vis]ont la rapidit de l'excution plus qu' la p]fection des dtails4 ,les petits crits y s]ont plus frqu5ts que les gros livres2 l'esprit que l'rudition1 l'imag9ation que la pr(ondeur2 il y rgn]a une =ce inculte et presque sauvage dans la p5se1 et s\v5t une v>it trs-gr&e et une fcondit s+ulire dans ses produits4 ,on t*]a d'tonn] plutt que de plaire1 et l'on s'ef=c]a d'entran] les passions plus que de *>m] le gt4 ,il se r5contr]a sans d\te de lo9 en lo9 des criva9s qui v\dront m>*] dans une autre voie1 et1 s'ils ont un mrite suprieur1 ils russiront1 en dpit de leurs dfauts et de leurs qualits1 se faire lire2 mais ces exceptions s]ont r>es1 et ceux mme qui1 dans l'ensemble de leurs ouvrages1 s]ont a9si sortis du commun usage1 y r5tr]ont t\j\rs p> quelques dtails4 ,je vi5s de pe9dre deux tats extrmes2 mais les nations ne vont po9t t\t c\p du premi] au second2 elles n'y arriv5t que graduellem5t et trav]s des nuances inf9ies4 ,dans le passage qui conduit un peuple lettr de l'un l'autre1 il survi5t presque t\j\rs un mom5t o le gnie littraire des nations dmocratiques se r5contrant avec celui des ari/ocraties1 t\s deux sembl5t v\loir rgn] d'accord sur l'esprit huma94 ,ce sont l des poques passagres1 mais trs-brillantes3 on a alors la fcondit sans exubrance1 et le m\vem5t sans confusion4 ,telle fut la littrature franaise du dix-huitime sicle4 ,j'irais plus lo9 que ma p5se1 si je disais que la littrature d'une nation e/ t\j\rs subordonne son tat social et sa con/itution politique4 ,je sais que1 indp5damm5t de ces causes1 il en e/ plusieurs autres1 qui donn5t de c]ta9s c>actres aux oeuvres littraires2 mais celles-l me p>aiss5t les pr9cipales4 ,les rapports qui exi/5t entre l'tat social et politique d'un peuple et le gnie de ses criva9s sont t\j\rs trs-nombreux2 qui connat l'un1 n'ignore jamais compltem5t l'autre4 ,,*apitre ,,xiv4 ,de l'indu/rie littraire4 ,la dmocratie ne fait pas seulem5t pntr] le gt des lettres dans les classes indu/rielles1 elle introduit l'esprit indu/riel au se9 de la littrature4 ,dans les ari/ocraties1 les lecteurs sont difficiles et peu nombreux2 dans les dmocraties il e/ mo9s malais de leur plaire1 et leur nombre e/ prodigieux4 ,il rsulte de l que1 *ez les peuples ari/ocratiques1 on ne doit espr] de russir qu'avec d'imm5ses ef=ts1 et que ces ef=ts qui peuv5t donn] beauc\p de gloire1 ne saurai5t jamais procur] beauc\p d'arg5t2 t&is que1 *ez les nations dmocratiques1 un criva9 peut se flatt] d'obt5ir bon m>* une mdiocre r5omme et une gr&e =tune4 ,il n'e/ pas ncessaire p\r cela qu'on l'admire1 il suffit qu'on le gte4 ,la f\le t\j\rs croissante des lecteurs et le beso9 cont9uel qu'ils ont du n\veau1 assur5t le dbit d'un livre qu'ils n'e/im5t gure4 ,dans les temps de dmocratie le public en agit s\v5t avec les auteurs1 comme le font d'ord9aire les rois avec leurs c\rtisans2 il les enri*it et les mprise4 ,que faut-il de plus aux mes vnales qui naiss5t dans les c\rs1 ou qui sont dignes d'y vivre8 ,les littratures dmocratiques f\rmill5t t\j\rs de ces auteurs qui n'ap]oiv5t dans les lettres qu'une indu/rie1 et1 p\r quelques gr&s criva9s qu'on y voit1 on y compte p> milli]s des v5deurs d'ides4 ,,*apitre ,,xv4 ,p\rquoi l'tude de la littrature grecque et lat9e e/ p>ticulirem5t utile dans les socits dmocratiques4 ,ce qu'on appelait le peuple dans les rpubliques les plus dmocratiques de l'antiquit ne ressemblait gure ce que n\s nommons le peuple4 ,a?nes1 t\s les citoy5s pr5ai5t "p aux affaires publiques2 mais il n'y avait que v+t mille citoy5s sur plus de trois c5t c9quante mille habitants2 t\s les autres tai5t esclaves1 et remplissai5t la plup>t des fonctions qui app>ti5n5t de nos j\rs au peuple et mme aux classes moy5nes4 ,a?nes1 avec son suffrage univ]sel1 n'tait donc1 aprs t\t1 qu'une rpublique ari/ocratique o t\s les nobles avai5t un droit gal au g\v]nem5t4 ,il faut considr] la lutte des patrici5s et des plbi5s de ,rome s\s le mme j\r et n'y voir qu'une qu]elle inte/9e entre les cadets et les ans de la mme famille4 ,t\s t5ai5t en effet l'ari/ocratie1 et en avai5t l'esprit4 ,l'on doit1 de plus1 rem>qu] que dans t\te l'antiquit les livres ont t r>es et *]s1 et qu'on a pr\v une gr&e difficult les reproduire et les faire circul]4 ,ces circon/ances v5ant conc5tr] dans un petit nombre d'hommes le gt et l'usage des lettres1 =mai5t comme une petite ari/ocratie littraire de l'lite d'une gr&e ari/ocratie politique4 ,aussi ri5 n'annonce que *ez les ,grecs et les ,roma9s les lettres ai5t jamais t traites comme une indu/rie4 ,ces peuples1 qui ne =mai5t pas seulem5t des ari/ocraties1 mais qui tai5t encore des nations trs-polices et trs-libres1 ont donc d donn] leurs productions littraires les vices p>ticuli]s et les qualits spciales qui c>actris5t la littrature dans les sicles ari/ocratiques4 ,il suffit1 en effet1 de jet] les yeux sur les crits que n\s a laisss l'antiquit1 p\r dc\vrir que si les criva9s y ont quelquefois manqu de v>it et de fcondit dans les sujets1 de h>diesse1 de m\vem5t et de gnralisation dans la p5se1 ils ont t\j\rs fait voir un art et un so9 admirables dans les dtails2 ri5 dans leurs oeuvres ne semble fait la hte ni au has>d2 t\t y e/ crit p\r les connaisseurs1 et la re*]*e de la beaut idale s'y montre sans cesse4 ,il n'y a pas de littrature qui mette plus en relief que celle des anci5s les qualits qui manqu5t naturellem5t aux criva9s des dmocraties4 ,il n'exi/e donc po9t de littrature qu'il convi5ne mieux d'tudi] dans les sicles dmocratiques4 ,cette tude e/1 de t\tes1 la plus propre combattre les dfauts littraires inhr5ts ces sicles2 quant leurs qualits naturelles1 elles natront bi5 t\tes seules1 sans qu'il soit ncessaire d'appr5dre les acqurir4 ,c'e/ ici qu'il e/ beso9 de bi5 s'ent5dre4 ,une tude peut tre utile la littrature d'un peuple1 et ne po9t tre approprie ses beso9s sociaux et politiques4 ,si l'on s'ob/9ait n'enseign] que les belles-lettres1 dans une socit o *acun s]ait habituellem5t conduit faire de viol5ts ef=ts p\r accrotre sa =tune1 ou p\r la ma9t5ir1 on aurait des citoy5s trs-polis et trs-dang]eux2 c> l'tat social et politique leur donnant1 t\s les j\rs1 des beso9s que l'ducation ne leur appr5drait jamais satisfaire1 ils tr\bl]ai5t l'tat1 au nom des ,grecs et des ,roma9s1 au lieu de le fcond] p> leur indu/rie4 ,il e/ vid5t que1 dans les socits dmocratiques1 l'intrt des individus1 aussi bi5 que la sret de l'tat1 exig5t que l'ducation du plus gr& nombre soit sci5tifique1 comm]ciale et indu/rielle1 plutt que littraire4 ,le grec et le lat9 ne doiv5t pas tre enseigns dans t\tes les coles2 mais il importe que ceux que leur naturel ou leur =tune de/95t cultiv] les lettres1 ou prdispos5t les gt]1 tr\v5t des coles o l'on puisse se r5dre p>faitem5t matre de la littrature antique1 et se pntr] entirem5t de son esprit4 ,quelques ,univ]sits excell5tes vaudrai5t mieux1 p\r atte9dre ce rsultat1 qu'une multitude de mauvais collges1 o des tudes sup]flues qui se font mal1 emp*5t de bi5 faire des tudes ncessaires4 ,t\s ceux qui ont l'ambition d'excell] dans les lettres1 *ez les nations dmocratiques1 doiv5t s\v5t se n\rrir des oeuvres de l'antiquit4 ,c'e/ une hygine salutaire4 ,ce n'e/ pas que je considre les productions littraires des anci5s comme irrpro*ables4 ,je p5se seulem5t qu'elles ont des qualits spciales qui peuv5t m]veilleusem5t s]vir contrebalanc] nos dfauts p>ticuli]s4 ,elles n\s s\ti5n5t p> le bord o n\s p5*ons4 ,,*apitre ,,xvi4 ,comm5t la dmocratie amrica9e a modifi la langue anglaise4 ,si ce que j'ai dit prcdemm5t1 propos des lettres en gnral1 a t bi5 compris du lecteur1 il concevra sans pe9e quelle espce d'influ5ce l'tat social et les in/itutions dmocratiques peuv5t ex]c] sur la langue elle-mme1 qui e/ le premi] in/rum5t de la p5se4 ,les auteurs amrica9s viv5t plus1 vrai dire1 en ,anglet]re que dans leur propre pays1 puisqu'ils tudi5t sans cesse les criva9s anglais1 et les pr5n5t *aque j\r p\r modle4 ,il n'en e/ pas a9si de la population elle-mme3 celle-ci e/ s\mise plus immdiatem5t aux causes p>ticulires qui peuv5t agir sur les tats-,unis4 ,ce n'e/ donc po9t au langage crit1 mais au langage p>l1 qu'il faut faire att5tion1 si l'on veut ap]cevoir les modifications que l'idiome d'un peuple ari/ocratique peut subir en dev5ant la langue d'une dmocratie4 ,des ,anglais in/ruits et apprciateurs plus compt5ts de ces nuances dlicates que je ne puis l'tre moi-mme1 m'ont s\v5t assur que les classes claires des tats-,unis diffrai5t notablem5t1 p> leur langage1 des classes claires de la ,gr&e-,bretagne4 ,ils ne se plaignai5t pas seulem5t de ce que les ,amrica9s avai5t mis en usage beauc\p de mots n\veaux2 la diffr5ce et l'loignem5t des pays et suffi p\r l'expliqu]2 mais de ce que ces mots n\veaux tai5t p>ticulirem5t emprunts1 soit au j>gon des p>tis1 soit aux arts mcaniques1 ou la langue des affaires4 ,ils aj\tai5t que les anci5s mots anglais tai5t s\v5t pris p> les ,amrica9s dans une acception n\velle4 ,ils disai5t enf9 que les habitants des tats-,unis entremlai5t frquemm5t les /yles d'une manire s+ulire1 et qu'ils plaai5t quelquefois ensemble des mots qui1 dans le langage de la mre-patrie1 avai5t c\tume de s'vit]4 ,ces rem>ques1 qui me fur5t faites plusieurs reprises p> des g5s qui me p>ur5t mrit] d'tre crus1 me portr5t moi-mme rfl*ir sur ce sujet1 et mes rflexions m'am5r5t1 p> la ?orie1 au mme po9t o ils tai5t arrivs p> la pratique4 ,dans les ari/ocraties1 la langue doit naturellem5t p>ticip] au repos o se ti5n5t t\tes *oses4 ,on fait peu de mots n\veaux1 p>ce qu'il se fait peu de *oses n\velles2 et ft-on des *oses n\velles1 on s'ef=c]ait de les pe9dre avec les mots connus1 et dont la tradition a fix le s5s4 ,s'il arrive que l'esprit huma9 s'y agite enf9 de lui-mme1 ou que la lumire1 pntrant du dehors1 le rveille1 les expressions n\velles qu'on cre ont un c>actre savant1 intellectuel et philosophique1 qui indique qu'elles ne doiv5t pas la naissance une dmocratie4 ,lorsque la *ute de ,con/ant9ople eut fait reflu] les sci5ces et les lettres v]s l'occid5t1 la langue franaise se tr\va presque t\t c\p envahie p> une multitude de mots n\veaux1 qui t\s avai5t leur rac9e dans le grec et le lat94 ,on vit alors en ,france un nologisme rudit1 qui n'tait l'usage que des classes claires1 et dont les effets ne se fir5t jamais s5tir1 ou ne p>v9r5t qu' la longue jusqu'au peuple4 ,t\tes les nations de l',europe donnr5t successivem5t le mme spectacle4 ,le seul ,milton a introduit dans la langue anglaise plus de six c5ts mots1 presque t\s tirs du lat91 du grec et de l'hbreu4 ,le m\vem5t p]ptuel qui rgne au se9 d'une dmocratie1 t5d au contraire y r5\vel] sans cesse la face de la langue1 comme celle des affaires4 ,au milieu de cette agitation gnrale et de ce conc\rs de t\s les esprits1 il se =me un gr& nombre d'ides n\velles2 des ides anci5nes se p]d5t ou rep>aiss5t2 ou bi5 elles se subdivis5t en petites nuances inf9ies4 ,il s'y tr\ve donc s\v5t des mots qui doiv5t sortir de l'usage1 et d'autres qu'il faut y faire entr]4 ,les nations dmocratiques aim5t d'ailleurs le m\vem5t p\r lui-mme4 ,cela se voit dans la langue aussi bi5 que dans la politique4 ,alors qu'elles n'ont pas le beso9 de *ang] les mots1 elles en s5t5t quelquefois le dsir4 ,le gnie des peuples dmocratiques ne se manife/e pas seulem5t dans le gr& nombre de n\veaux mots qu'ils mett5t en usage1 mais encore dans la nature des ides que ces mots n\veaux reprs5t5t4 ,*ez ces peuples c'e/ la majorit qui fait la loi en matire de langue1 a9si qu'en t\t le re/e4 ,son esprit se rvle l comme ailleurs4 ,or1 la majorit e/ plus occupe d'affaires que d'tudes1 d'intrts politiques et comm]ciaux que de spculations philosophiques1 ou de belles-lettres4 ,la plup>t des mots crs ou admis p> elle1 port]ont l'empre9te de ces habitudes2 ils s]viront pr9cipalem5t exprim] les beso9s de l'indu/rie1 les passions des p>tis ou les dtails de l'adm9i/ration publique4 ,c'e/ de ce ct-l que la langue s't5dra sans cesse1 t&is qu'au contraire elle ab&onn]a peu peu le t]ra9 de la mtaphysique et de la ?ologie4 ,quant la s\rce o les nations dmocratiques puis5t leurs mots n\veaux1 et la manire dont elles s'y pr5n5t p\r les fabriqu]1 il e/ facile de les dire4 ,les hommes qui viv5t dans les pays dmocratiques ne sav5t gure la langue qu'on p>lait ,rome et ,a?nes1 et ils ne se s\ci5t po9t de remont] jusqu' l'antiquit1 p\r y tr\v] l'expression qui leur manque4 ,s'ils ont quelquefois rec\rs aux savantes tymologies1 c'e/ d'ord9aire la vanit qui les leur fait *]*] au fond des langues mortes2 et non l'rudition qui les (fre naturellem5t leur esprit4 ,il arrive mme quelquefois que ce sont les plus ignorants d'entre eux qui en font le plus d'usage4 ,le dsir t\t dmocratique de sortir de sa sphre les porte s\v5t v\loir rehauss] une pr(ession trs-grossire1 p> un nom grec ou lat94 ,plus le mti] e/ bas et loign de la sci5ce1 plus le nom e/ pompeux et rudit4 ,c'e/ a9si que nos danseurs de corde se sont trans=ms en acrobates et en funambules4 dfaut de langues mortes1 les peuples dmocratiques emprunt5t volonti]s des mots aux langues vivantes4 ,c>1 ils communiqu5t sans cesse entre eux1 et les hommes des diffr5ts pays s'imit5t volonti]s1 p>ce qu'ils se ressembl5t *aque j\r davantage4 ,mais c'e/ pr9cipalem5t dans leur propre langue que les peuples dmocratiques *]*5t les moy5s d'innov]4 ,ils repr5n5t de temps en temps dans leur vocabulaire1 des expressions oublies qu'ils remett5t en lumire2 ou bi51 ils retir5t une classe p>ticulire de citoy5s1 un t]me qui lui e/ propre p\r le faire entr] avec un s5s figur dans le langage habituel2 une multitude d'expressions qui n'avai5t d'abord app>t5u qu' la langue spciale d'un p>ti ou d'une pr(ession1 se tr\v5t a9si entranes dans la circulation gnrale4 ,l'expdi5t le plus ord9aire qu'emploi5t les peuples dmocratiques p\r innov] en fait de langage1 consi/e donn] une expression dj en usage un s5s inusit4 ,cette m?ode-l e/ trs-simple1 trs-prompte et trs-commode4 ,il ne faut pas de sci5ce p\r s'en bi5 s]vir1 et l'ignorance mme en facilite l'emploi4 ,mais elle fait c\rir de gr&s prils la langue4 ,les peuples dmocratiques en d\blant a9si le s5s d'un mot1 r5d5t quelquefois d\teux celui qu'ils lui laiss5t et celui qu'ils lui donn5t4 ,un auteur comm5ce p> dt\rn] quelque peu une expression connue de son s5s primitif1 et1 aprs l'avoir a9si modifie1 il l'adapte de son mieux son sujet4 ,un autre survi5t qui attire la signification d'un autre ct2 un troisime l'entrane avec lui dans une n\velle r\te2 et1 comme il n'y a po9t d'arbitre commun1 po9t de tribunal p]man5t qui puisse fix] df9itivem5t le s5s du mot1 celui-ci re/e dans une situation ambulatoire4 ,cela fait que les criva9s n'ont presque jamais l'air de s'atta*] une seule p5se1 mais qu'ils sembl5t t\j\rs vis] au milieu d'un gr\pe d'ides1 laissant au lecteur le so9 de jug] celle qui e/ atte9te4 ,ceci e/ une consqu5ce f*euse de la dmocratie4 ,j'aim]ais mieux qu'on hrisst la langue de mots *9ois1 t>t>es ou hurons1 que de r5dre inc]ta9 le s5s des mots franais4 ,l'h>monie et l'homognx ne sont que des beauts secondaires du langage4 ,il y a beauc\p de conv5tions dans ces sortes de *oses1 et l'on peut la rigueur s'en pass]4 ,mais il n'y a pas de bonne langue sans t]mes clairs4 ,l'galit apporte ncessairem5t plusieurs autres *angem5ts au langage4 ,dans les sicles ari/ocratiques1 o *aque nation t5d se t5ir l'c>t de t\tes les autres1 et aime avoir une physionomie qui lui soit propre1 il arrive s\v5t que plusieurs peuples qui ont une orig9e commune devi5n5t cep5dant =t trang]s les uns aux autres1 de telle sorte1 que sans cess] de p\voir t\s s'ent5dre1 ils ne p>l5t plus t\s de la mme manire4 ,dans ces mmes sicles *aque nation e/ divise en un c]ta9 nombre de classes qui se voi5t peu et ne se ml5t po9t2 *acune de ces classes pr5d et cons]ve inv>iablem5t des habitudes intellectuelles qui ne sont propres qu' elle1 et adopte de prfr5ce c]ta9s mots et c]ta9s t]mes qui pass5t ensuite de gnration en gnration comme des hritages4 ,on r5contre alors dans le mme idiome une langue de pauvres et une langue de ri*es1 une langue de roturi]s et une langue de nobles1 une langue savante et une langue vulgaire4 ,plus les divisions sont pr(ondes et les b>rires infran*issables1 plus il doit en tre a9si4 ,je p>i]ais volonti]s que p>mi les ca/es de l',inde le langage v>ie prodigieusem5t1 et qu'il se tr\ve presque autant de diffr5ce entre la langue d'un p>ia et celle d'un brame qu'entre leurs habits4 ,qu&1 au contraire1 les hommes1 n'tant plus t5us leur place1 se voi5t et se communiqu5t sans cesse1 que les ca/es sont dtruites et que les classes se r5\vell5t et se confond5t1 t\s les mots de la langue se ml5t4 ,ceux qui ne peuv5t pas conv5ir au plus gr& nombre priss5t2 le re/e =me une masse commune o *acun pr5d peu prs au has>d4 ,presque t\s les diffr5ts dialectes qui divisai5t les idiomes de l',europe t5d5t visiblem5t s'effac]2 il n'y a pas de patois dans le n\veau monde1 et ils disp>aiss5t *aque j\r de l'anci54 ,cette rvolution dans l'tat social influe aussi bi5 sur le /yle que sur la langue4 ,non seulem5t t\t le monde se s]t des mmes mots1 mais on s'habitue employ] indiffremm5t *acun d'eux4 ,les rgles que le /yle avait cres sont presque dtruites4 ,on ne r5contre gure d'expressions qui1 p> leur nature1 sembl5t vulgaires1 et d'autres qui p>aiss5t di/+ues4 ,des individus sortis de rangs div]s ayant am5 avec eux1 p>t\t o ils sont p>v5us1 les expressions et les t]mes dont ils avai5t l'usage1 l'orig9e des mots s'e/ p]due comme celle des hommes1 et il s'e/ fait une confusion dans le langage comme dans la socit4 ,je sais que dans la classification des mots il se r5contre des rgles qui ne ti5n5t pas une =me de socit plutt qu' une autre1 mais qui driv5t de la nature mme des *oses4 ,il y a des expressions et des t\rs qui sont vulgaires p>ce que les s5tim5ts qu'ils doiv5t exprim] sont rellem5t bas1 et d'autres qui sont relevs p>ce que les objets qu'ils veul5t pe9dre sont naturellem5t =t haut4 ,les rangs1 en se mlant1 ne f]ont jamais disp>atre ces diffr5ces4 ,mais l'galit ne peut manqu] de dtruire ce qui e/ purem5t conv5tionnel et arbitraire dans les =mes de la p5se4 ,je ne sais mme si la classification ncessaire1 que j'indiquais plus haut1 ne s]a pas t\j\rs mo9s respecte *ez un peuple dmocratique que *ez un autre2 p>ce que1 *ez un p>eil peuple1 il ne se tr\ve po9t d'hommes que leur ducation1 leurs lumires et leurs loisirs dispos5t d'une manire p]man5te tudi] les lois naturelles du langage et qui les fass5t respect] en les obs]vant eux-mmes4 ,je ne veux po9t ab&onn] ce sujet sans pe9dre les langues dmocratiques p> un d]ni] trait qui les c>actris]a plus peut-tre que t\s les autres4 ,j'ai montr prcdemm5t que les peuples dmocratiques avai5t le gt et s\v5t la passion des ides gnrales2 cela ti5t des qualits et des dfauts qui leur sont propres4 ,cet am\r des ides gnrales se manife/e1 dans les langues dmocratiques1 p> le cont9uel usage des t]mes gnriques et des mots ab/raits1 et p> la manire dont on les emploie4 ,c'e/ l le gr& mrite et la gr&e faiblesse de ces langues4 ,les peuples dmocratiques aim5t passionnm5t les t]mes gnriques et les mots ab/raits1 p>ce que ces expressions agr&iss5t la p5se et p]mettant de r5f]m] en peu d'espace beauc\p d'objets1 aid5t le travail de l'intellig5ce4 ,un criva9 dmocratique dira volonti]s d'une manire ab/raite les capacits p\r les hommes capables1 et sans entr] dans le dtail des *oses auxquelles cette capacit s'applique4 ,il p>l]a des actualits p\r pe9dre d'un seul c\p les *oses qui se pass5t en ce mom5t s\s ses yeux1 et il compr5dra1 s\s le mot v5tualits1 t\t ce qui peut arriv] dans l'univ]s p>tir du mom5t o il p>le4 ,les criva9s dmocratiques font sans cesse des mots ab/raits de cette espce1 ou ils pr5n5t dans un s5s de plus en plus ab/rait les mots ab/raits de la langue4 ,bi5 plus1 p\r r5dre le disc\rs plus rapide1 ils p]sonnifi5t l'objet de ces mots ab/raits et le font agir comme un individu rel4 ,ils diront que la =ce des *oses veut que les capacits g\v]n5t4 ,je ne dem&e pas mieux que d'expliqu] ma p5se p> mon propre exemple3 ,j'ai s\v5t fait usage du mot galit dans un s5s absolu2 j'ai1 de plus1 p]sonnifi l'galit en plusieurs endroits1 et c'e/ a9si qu'il m'e/ arriv de dire que l'galit faisait de c]ta9es *oses1 ou s'ab/5ait de c]ta9es autres4 ,on peut affirm] que les hommes du sicle de ,l\is ,,xiv n'euss5t po9t p>l de cette sorte2 il ne s]ait jamais v5u dans l'esprit d'aucun d'entre eux d'us] du mot galit sans l'appliqu] une *ose p>ticulire1 et ils aurai5t plutt r5onc s'en s]vir que de cons5tir faire de l'galit une p]sonne vivante4 ,ces mots ab/raits qui rempliss5t les langues dmocratiques1 et dont on fait usage t\t propos sans les ratta*] aucun fait p>ticuli]1 agr&iss5t et voil5t la p5se2 ils r5d5t l'expression plus rapide et l'ide mo9s nette4 ,mais1 en fait de langage1 les peuples dmocratiques aim5t mieux l'obscurit que le travail4 ,je ne sais d'ailleurs si le vague n'a po9t un c]ta9 *>me secret p\r ceux qui p>l5t et qui criv5t *ez ces peuples4 ,les hommes qui y viv5t tant s\v5t livrs aux ef=ts individuels de leur intellig5ce1 sont presque t\j\rs travaills p> le d\te4 ,de plus1 comme leur situation *ange sans cesse1 ils ne sont jamais t5us f]mes aucune de leurs op9ions p> l'immobilit mme de leur =tune4 ,les hommes qui habit5t les pays dmocratiques1 ont donc s\v5t des p5ses vacillantes2 il leur faut des expressions trs-l>ges p\r les r5f]m]4 ,comme ils ne sav5t jamais si l'ide qu'ils exprim5t auj\rd'hui convi5dra la situation n\velle qu'ils auront dema91 ils conoiv5t naturellem5t le gt des t]mes ab/raits4 ,un mot ab/rait e/ comme une bote d\ble fond2 on y met les ides que l'on dsire1 et on les en retire sans que p]sonne le voie4 ,*ez t\s les peuples les t]mes gnriques et ab/raits =m5t le fond du langage2 je ne prt5ds donc po9t qu'on ne r5contre ces mots que dans les langues dmocratiques2 je dis seulem5t que la t5dance des hommes1 dans les temps d'galit1 e/ d'augm5t] p>ticulirem5t le nombre des mots de cette espce2 de les pr5dre t\j\rs isolm5t dans leur acception la plus ab/raite1 et d'en faire usage t\s propos1 lors mme que le beso9 du disc\rs ne le requi]t po9t4 ,,*apitre ,,xvii4 ,de quelques s\rces de posie *ez les nations dmocratiques4 ,on a donn plusieurs significations =t div]ses au mot posie4 ,ce s]ait fatigu] les lecteurs que de re*]*] avec eux lequel de ces diffr5ts s5s il convi5t le mieux de *oisir2 je prfre leur dire sur-le-*amp celui que j'ai *oisi4 ,la posie1 mes yeux1 e/ la re*]*e et la pe9ture de l'idal4 ,celui qui1 retran*ant une p>tie de ce qui exi/e1 aj\tant quelques traits imag9aires au tableau1 comb9ant c]ta9es circon/ances relles1 mais dont le conc\rs ne se r5contre pas1 complte1 agr&it la nature1 celui-l e/ le pote4 ,a9si1 la posie n'aura pas p\r b de reprs5t] le vrai1 mais de l'orn]1 et d'(frir l'esprit une image suprieure4 ,les v]s me p>atront comme le beau idal du langage1 et1 dans ce s5s1 ils s]ont m9emm5t potiques2 mais1 eux seuls1 ils ne con/itu]ont pas la posie4 ,je veux re*]*] si p>mi les actions1 les s5tim5ts et les ides des peuples dmocratiques1 il ne s'en r5contre pas quelques uns qui se prt5t l'imag9ation de l'idal1 et qu'on doive1 p\r cette raison1 considr] comme des s\rces naturelles de posie4 ,il faut d'abord reconnatre que le gt de l'idal et le plaisir que l'on pr5d en voir la pe9ture ne sont jamais aussi vifs et aussi rp&us *ez un peuple dmocratique qu'au se9 d'une ari/ocratie4 ,*ez les nations ari/ocratiques1 il arrive quelquefois que le corps agit comme de lui-mme1 t&is que l'me e/ plonge dans un repos qui lui pse4 ,*ez ces nations1 le peuple lui-mme fait s\v5t voir des gts potiques1 et son esprit s'lance p>fois au-del et au-dessus de ce qui l'environne4 ,mais1 dans les dmocraties1 l'am\r des j\issances matrielles1 l'ide du mieux1 la concurr5ce1 le *>me pro*a9 du succs1 sont comme autant d'aiguillons qui prcipit5t les pas de *aque homme dans la c>rire qu'il a embrasse1 et lui df5d5t de s'en c>t] un seul mom5t4 ,le pr9cipal ef=t de l'me va de ce ct4 ,l'imag9ation n'e/ po9t te9te2 mais elle s'adonne presque exclusivem5t concevoir l'utile et reprs5t] le rel4 ,l'galit ne dt\rne pas seulem5t les hommes de la pe9ture de l'idal2 elle dim9ue le nombre des objets pe9dre4 ,l'ari/ocratie1 en t5ant la socit immobile1 favorise la f]met et la dure des religions positives1 comme la /abilit des in/itutions politiques4 ,non seulem5t elle ma9ti5t l'esprit huma9 dans la foi1 mais elle le dispose adopt] une foi plutt qu'une autre4 ,un peuple ari/ocratique s]a t\j\rs encl9 plac] des puissances int]mdiaires entre ,dieu et l'homme4 ,on peut dire qu'en ceci l'ari/ocratie se montre trs favorable la posie4 ,qu& l'univ]s e/ peupl d'tres surnaturels qui ne tomb5t po9t s\s les s5s1 mais que l'esprit dc\vre2 l'imag9ation se s5t l'aise1 et les potes1 tr\vant mille sujets div]s pe9dre1 r5contr5t des spectateurs sans nombre prts s'intress] leurs tableaux4 ,dans les sicles dmocratiques1 il arrive1 au contraire1 quelquefois que les croyances s'en vont flottantes1 comme les lois4 ,le d\te ramne alors l'imag9ation des potes sur la t]re1 et les r5f]me dans le monde visible et rel4 ,lors mme que l'galit n'branle po9t les religions1 elle les simplifie2 elle dt\rne l'att5tion des ag5ts secondaires1 p\r la port] pr9cipalem5t sur le s\v]a9 matre4 ,l'ari/ocratie conduit naturellem5t l'esprit huma9 la contemplation du pass1 et l'y fixe4 ,la dmocratie1 au contraire1 donne aux hommes une sorte de dgt in/9ctif p\r ce qui e/ anci54 ,en cela1 l'ari/ocratie e/ bi5 plus favorable la posie2 c> les *oses gr&iss5t d'ord9aire et se voil5t mesure qu'elles s'loign5t2 et1 s\s ce d\ble rapport1 elles prt5t davantage la pe9ture de l'idal4 ,aprs avoir t la posie le pass1 l'galit lui enlve en p>tie le prs5t4 ,*ez les peuples ari/ocratiques1 il exi/e un c]ta9 nombre d'individus privilgis1 dont l'exi/5ce e/ p\r a9si dire en dehors et au-dessus de la condition huma9e2 le p\voir1 la ri*esse1 la gloire1 l'esprit1 la dlicatesse et la di/9ction en t\tes *oses p>aiss5t app>t5ir en propre ceux-l4 ,la f\le ne les voit jamais de =t prs2 ou ne les suit po9t dans les dtails2 on a peu faire p\r r5dre potique la pe9ture de ces hommes4 ,d'une autre "p1 il exi/e *ez ces mmes peuples des classes ignorantes1 humbles et ass]vies2 et celles-ci prt5t la posie1 p> l'excs mme de leur grossiret et de leur misre1 comme les autres p> leur raff9em5t et leur gr&eur4 ,de plus1 les diffr5tes classes dont un peuple ari/ocratique se compose tant =t sp>es les unes des autres1 et se connaissant mal entre elles1 l'imag9ation peut t\j\rs1 en les reprs5tant1 aj\t] ou t] quelque *ose au rel4 ,dans les socits dmocratiques1 o les hommes sont t\s trs petits et =t semblables1 *acun1 en s'envisageant soi-mme1 voit l'in/ant t\s les autres4 ,les potes qui viv5t dans les sicles dmocratiques ne saurai5t donc jamais pr5dre un homme en p>ticuli] p\r sujet de leur tableau2 c> un objet d'une gr&eur mdiocre1 et qu'on ap]oit di/9ctem5t de t\s les cts1 ne prt]a jamais l'idal4 ,a9si donc l'galit1 en s'tablissant sur la t]re1 t>it la plup>t des s\rces anci5nes de la posie4 ,essayons de montr] comm5t elle en dc\vre de n\velles4 ,qu& le d\te eut dpeupl le ciel1 et que les progrs de l'galit eur5t rduit *aque homme des proportions mieux connues et plus petites1 les potes1 n'imag9ant pas encore ce qu'ils p\vai5t mettre la place de ces gr&s objets qui fuyai5t avec l'ari/ocratie1 t\rnr5t les yeux v]s la nature inanime4 ,p]dant de vue les hros et les dieux1 ils entreprir5t d'abord de pe9dre des fleuves et des montagnes4 ,cela donna naissance1 dans le sicle d]ni]1 la posie qu'on a appele1 p> excell5ce1 descriptive4 ,quelques uns ont p5s que cette pe9ture1 embellie des *oses matrielles et inanimes qui c\vr5t la t]re1 tait la posie propre aux sicles dmocratiques2 mais je p5se que c'e/ une erreur4 ,je crois qu'elle ne reprs5te qu'une poque de passage4 ,je suis conva9cu qu' la longue la dmocratie dt\rne l'imag9ation de t\t ce qui e/ extrieur l'homme p\r ne la fix] que sur l'homme4 ,les peuples dmocratiques peuv5t bi5 s'amus] un mom5t considr] la nature2 mais ils ne s'anim5t rellem5t qu' la vue d'eux-mmes4 ,c'e/ de ce ct seulem5t que se tr\v5t *ez ces peuples les s\rces naturelles de la posie1 et il e/ p]mis de croire que t\s les potes qui ne v\dront po9t y puis] p]dront t\t empire sur l'me de ceux qu'ils prt5d5t *>m]1 et qu'ils f9iront p> ne plus avoir que de froids tmo9s de leurs transports4 ,j'ai fait voir comm5t l'ide du progrs et de la p]fectibilit indf9ie de l'espce huma9e tait propre aux ges dmocratiques4 ,les peuples dmocratiques ne s'inquit5t gure de ce qui a t2 mais ils rv5t volonti]s ce qui s]a1 et1 de ce ct1 leur imag9ation n'a po9t de limites2 elle s'y t5d et s'y agr&it sans mesure4 ,ceci (fre une va/e c>rire aux potes et leur p]met de recul] lo9 de l'oeil leur tableau4 ,la dmocratie1 qui f]me le pass la posie1 lui ouvre l'av5ir4 ,t\s les citoy5s qui compos5t une socit dmocratique tant peu prs gaux et semblables1 la posie ne saurait s'atta*] aucun d'entre eux2 mais la nation elle-mme s'(fre son p9ceau4 ,la similitude de t\s les individus1 qui r5d *acun d'eux sp>m5t impropre dev5ir l'objet de la posie1 p]met aux potes de les r5f]m] t\s dans une mme image1 et de considr] enf9 le peuple lui-mme4 ,les nations dmocratiques ap]oiv5t plus clairem5t que t\tes les autres leur propre figure1 et cette gr&e figure prte m]veilleusem5t la pe9ture de l'idal4 ,je convi5drai aism5t que les ,amrica9s n'ont po9t de potes2 je ne saurais admettre de mme qu'ils n'ont po9t d'ides potiques4 ,on s'occupe beauc\p en ,europe des ds]ts de l',amrique2 mais les ,amrica9s eux-mmes n'y song5t gure4 ,les m]veilles de la nature inanime les tr\v5t ins5sibles1 et ils n'ap]oiv5t p\r a9si dire les admirables =ts qui les environn5t qu'au mom5t o elles tomb5t s\s leurs c\ps4 ,leur oeil e/ rempli d'un autre spectacle4 ,le peuple amrica9 se voit m>*] lui-mme trav]s ces ds]ts1 dess*ant les m>ais1 r$ressant les fleuves1 peuplant la solitude et domptant la nature4 ,cette image magnifique d'eux-mmes ne s'(fre pas seulem5t de lo9 en lo9 l'imag9ation des ,amrica9s2 on peut dire qu'elle suit *acun d'entre eux dans les mo9dres de ses actions comme dans les pr9cipales1 et qu'elle re/e t\j\rs susp5due devant son intellig5ce4 ,on ne saurait ri5 concevoir de si petit1 de si t]ne1 de si rempli de misrables intrts1 de si anti-potique1 en un mot1 que la vie d'un homme aux tats-,unis2 mais1 p>mi les p5ses qui la dirig5t1 il s'en r5contre t\j\rs une qui e/ ple9e de posie1 et celle-l e/ comme le n]f ca* qui donne la vigueur t\t le re/e4 ,dans les sicles ari/ocratiques1 *aque peuple comme *aque individu1 e/ encl9 se t5ir immobile et sp> de t\s les autres4 ,dans les sicles dmocratiques1 l'extrme mobilit des hommes et leurs impati5ts dsirs font qu'ils *ang5t sans cesse de place1 et que les habitants des diffr5ts pays se ml5t1 se voi5t1 s'c\t5t et s'emprunt5t4 ,ce ne sont donc pas seulem5t les membres d'une mme nation qui devi5n5t semblables2 les nations elles-mmes s'assimil5t1 et t\tes ensemble ne =m5t plus l'oeil du spectateur qu'une va/e dmocratie dont *aque citoy5 e/ un peuple4 ,cela met p\r la premire fois au gr& j\r la figure du g5re huma94 ,t\t ce qui se rapporte l'exi/5ce du g5re huma9 pris en enti]1 ses vicissitudes1 son av5ir1 devi5t une m9e trs-fconde p\r la posie4 ,les potes qui vcur5t dans les ges ari/ocratiques ont fait d'admirables pe9tures en pr5ant p\r sujets c]ta9s incid5ts de la vie d'un peuple ou d'un homme2 mais aucun d'entre eux n'a jamais os r5f]m] dans son tableau les de/9es de l'espce huma9e1 t&is que les potes qui criv5t dans les ges dmocratiques peuv5t l'entrepr5dre4 ,dans le mme temps que *acun1 levant les yeux au-dessus de son pays1 comm5ce enf9 ap]cevoir l'humanit elle-mme1 ,dieu se manife/e de plus en plus l'esprit huma9 dans sa ple9e et entire maje/4 ,si dans les sicles dmocratiques la foi aux religions positives e/ s\v5t *ancelante1 et que les croyances des puissances int]mdiaires1 quelque nom qu'on leur donne1 s'obscurciss5t2 d'autre "p les hommes sont disposs concevoir une ide beauc\p plus va/e de la ,div9it elle-mme1 et son int]v5tion dans les affaires huma9es leur app>at s\s un j\r n\veau et plus gr&4 ,ap]cevant le g5re huma9 comme un seul t\t1 ils conoiv5t aism5t qu'un mme desse9 prside ses de/9es2 et1 dans les actions de *aque individu1 ils sont ports reconnatre la trace de ce plan gnral et con/ant suivant lequel ,dieu conduit l'espce4 ,ceci peut encore tre considr comme une s\rce trs-abondante de posie1 qui s'ouvre dans ces sicles4 ,les potes dmocratiques p>atront t\j\rs petits et froids s'ils essai5t de donn] des dieux1 des dmons ou des anges1 des =mes corporelles1 et s'ils *]*5t les faire desc5dre du ciel p\r se disput] la t]re4 ,mais s'ils veul5t ratta*] les gr&s vnem5ts qu'ils retrac5t aux desse9s gnraux de ,dieu sur l'univ]s1 et1 sans montr] la ma9 du s\v]a9 matre1 faire pntr] dans sa p5se1 ils s]ont admirs et compris1 c> l'imag9ation de leurs contempora9s suit d'elle-mme cette r\te4 ,on peut galem5t prvoir que les potes qui viv5t dans les ges dmocratiques pe9dront des passions et des ides plutt que des p]sonnes et des actes4 ,le langage1 le co/ume et les actions j\rnalires des hommes dans les dmocraties se refus5t l'imag9ation de l'idal4 ,ces *oses ne sont pas potiques p> elles-mmes1 et elles cess]ai5t d'ailleurs de l'tre1 p> cette raison qu'elles sont trop bi5 connues de t\s ceux auxquels on entrepr5drait d'en p>l]4 ,cela =ce les potes p]c] sans cesse au-dess\s de la surface extrieure que les s5s leur dc\vr5t1 af9 d'entrevoir l'me elle-mme4 ,or1 il n'y a ri5 qui prte plus la pe9ture de l'idal que l'homme a9si envisag dans les pr(ondeurs de sa nature immatrielle4 ,je n'ai pas beso9 de p>c\rir le ciel et la t]re p\r dc\vrir un objet m]veilleux ple9 de contra/es1 de gr&eurs et de petitesses inf9ies1 d'obscurits pr(ondes et de s+ulires cl>ts2 capable la fois de faire natre la piti1 l'admiration1 le mpris1 la t]reur4 ,je n'ai qu' me considr] moi-mme3 l'homme sort du nant1 trav]se le temps1 et va disp>atre p\r t\j\rs dans le se9 de ,dieu4 ,on ne le voit qu'un mom5t err] sur la limite des deux abmes1 o il se p]d4 ,si l'homme s'ignorait compltem5t1 il ne s]ait po9t potique2 c> on ne peut pe9dre ce dont on n'a pas l'ide4 ,s'il se voyait clairem5t1 son imag9ation re/]ait oisive1 et n'aurait ri5 aj\t] au tableau4 ,mais l'homme e/ assez dc\v]t p\r qu'il ap]oive quelque *ose de lui-mme1 et assez voil p\r que le re/e s'enfonce dans des tnbres impntrables p>mi lesquelles il plonge sans cesse1 et t\j\rs en va91 af9 d'a*ev] de se saisir4 ,il ne faut donc pas s'att5dre ce que1 *ez les peuples dmocratiques1 la posie vive de lg5des1 qu'elle se n\rrisse de traditions et d'antiques s\v5irs1 qu'elle essaie de repeupl] l'univ]s d'tres surnaturels auxquels les lecteurs et les potes eux-mmes ne croi5t plus1 ni qu'elle p]sonnifie froidem5t des v]tus et des vices1 qu'on veut voir s\s leur propre =me4 ,t\tes ces ress\rces lui manqu5t2 mais l'homme lui re/e1 et c'e/ assez p\r elle4 ,les de/9es huma9es1 l'homme1 pris "p de son temps et de son pays1 et plac en face de la nature et de ,dieu1 avec ses passions1 ses d\tes1 ses prosprits in\ies et ses misres incomprh5sibles1 devi5dront p\r ces peuples l'objet pr9cipal et presque unique de la posie2 et c'e/ ce dont on peut dj s'assur]1 si l'on considre ce qu'ont crit les plus gr&s potes qui ai5t p>u depuis que le monde a*ve de t\rn] la dmocratie4 ,les criva9s qui1 de nos j\rs1 ont si admirablem5t reproduit les traits de ,*ild-,h>old1 de ,r5 et de ,jocelyn1 n'ont pas prt5du racont] les actions d'un homme2 ils ont v\lu illum9] et agr&ir c]ta9s cts encore obscurs du coeur huma94 ,ce sont l les pomes de la dmocratie4 ,l'galit ne dtruit donc pas t\s les objets de la posie2 elle les r5d mo9s nombreux et plus va/es4 ,,*apitre ,,xviii4 ,p\rquoi les criva9s et les orateurs amrica9s sont s\v5t b\rs\fls4 ,j'ai s\v5t rem>qu que les ,amrica9s qui trait5t en gnral les affaires dans un langage clair et sec1 dp\rvu de t\t ornem5t et dont l'extrme simplicit e/ s\v5t vulgaire1 donn5t volonti]s dans le b\rs\fl1 ds qu'ils veul5t abord] le /yle potique4 ,ils se montr5t alors pompeux sans rel*e d'un b\t l'autre du disc\rs1 et l'on croirait1 en les voyant prodigu] a9si les images t\t propos1 qu'ils n'ont jamais ri5 dit simplem5t4 ,les ,anglais tomb5t plus r>em5t dans un dfaut semblable4 ,la cause de ceci peut tre indique sans beauc\p de pe9e4 ,dans les socits dmocratiques1 *aque citoy5 e/ habituellem5t occup contempl] un trs-petit objet1 qui e/ lui-mme4 ,s'il vi5t lev] plus haut les yeux1 il n'ap]oit alors que l'image imm5se de la socit1 ou la figure plus gr&e encore du g5re huma94 ,il n'a que des ides trs-p>ticulires et trs-claires1 ou des notions trs-gnrales et trs-vagues2 l'espace int]mdiaire e/ vide4 ,qu& on l'a tir de lui-mme1 il s'att5d donc t\j\rs qu'on va lui (frir quelque objet prodigieux reg>d]1 et ce n'e/ qu' ce prix qu'il cons5t s'arra*] un mom5t aux petits so9s compliqus qui agit5t et *>m5t sa vie4 ,ceci me p>at expliqu] assez bi5 p\rquoi les hommes des dmocraties1 qui ont1 en gnral1 de si m9ces affaires1 dem&5t leurs potes des conceptions si va/es et des pe9tures si dmesures4 ,de leur ct1 les criva9s ne manqu5t gure d'obir ces in/9cts qu'ils p>tag5t3 ils gonfl5t leur imag9ation sans cesse1 et l't5dant outre mesure1 ils lui font atte9dre le gigantesque p\r lequel elle ab&onne s\v5t le gr&4 ,de cette manire1 ils espr5t attir] sur-le-*amp les reg>ds de la f\le1 et les fix] aism5t aut\r d'eux1 et ils russiss5t s\v5t le faire2 c> la f\le qui ne *]*e dans la posie que des objets trs-va/es1 n'a pas le temps de mesur] exactem5t les proportions de t\s les objets qu'on lui prs5te1 ni le gt assez sr p\r ap]cevoir facilem5t en quoi ils sont disproportionns4 ,l'auteur et le public se corromp5t la fois l'un p> l'autre4 ,n\s avons vu d'ailleurs que1 *ez les peuples dmocratiques1 les s\rces de la posie tai5t belles1 mais peu abondantes4 ,on f9it bi5tt p> les puis]4 ,ne tr\vant plus matire l'idal dans le rel et dans le vrai1 les potes en sort5t entirem5t et crent des mon/res4 ,je n'ai pas peur que la posie des peuples dmocratiques se montre timide ni qu'elle se ti5ne trs-prs de t]re4 ,j'apprh5de plutt qu'elle ne se p]de *aque in/ant dans les nuages1 et qu'elle ne f9isse p> pe9dre des contres entirem5t imag9aires4 ,je cra9s que les oeuvres des potes dmocratiques n'(fr5t s\v5t des images imm5ses et incohr5tes1 des pe9tures sur*>ges1 des composs biz>res et que les tres fanta/iques sortis de leur esprit ne fass5t quelquefois regrett] le monde rel4 ,,*apitre ,,xix4 ,quelques obs]vations sur le ?tre des peuples dmocratiques4 ,lorsque la rvolution qui a *ang l'tat social et politique d'un peuple ari/ocratique comm5ce se faire j\r dans la littrature1 c'e/ en gnral p> le ?tre qu'elle se produit d'abord1 et c'e/ l qu'elle demeure t\j\rs visible4 ,le spectateur d'une oeuvre dramatique e/1 en quelque sorte1 pris au dp\rvu p> l'impression qu'on lui suggre4 ,il n'a pas le temps d'int]rog] sa mmoire1 ni de consult] les habiles2 il ne songe po9t combattre les n\veaux in/9cts littraires qui comm5c5t se manife/] en lui2 il y cde avant de les connatre4 ,les auteurs ne t>d5t pas dc\vrir de quel ct incl9e a9si secrtem5t le gt du public4 ,ils t\rn5t de ce ct-l leurs oeuvres1 et les pices de ?tre1 aprs avoir s]vi faire ap]cevoir la rvolution littraire qui se prp>e1 a*v5t bi5tt de l'accomplir4 ,si v\s v\lez jug] d'avance la littrature d'un peuple qui t\rne la dmocratie1 tudiez son ?tre4 ,les pices de ?tre =m5t d'ailleurs *ez les nations ari/ocratiques elles-mmes la portion la plus dmocratique de la littrature4 ,il n'y a pas de j\issance littraire plus porte de la f\le que celles qu'on pr\ve la vue de la scne4 ,il ne faut ni prp>ation ni tude p\r les s5tir4 ,elles v\s saisiss5t au milieu de vos proccupations et de votre ignorance4 ,lorsque l'am\r encore moiti grossi] des plaisirs de l'esprit comm5ce pntr] dans une classe de citoy5s1 il la p\sse aussitt au ?tre4 ,les ?tres des nations ari/ocratiques ont t\j\rs t remplis de spectateurs qui n'app>t5ai5t po9t l'ari/ocratie4 ,c'e/ au ?tre seulem5t que les classes suprieures se sont mles avec les moy5nes et les infrieures1 et qu'elles ont cons5ti s9on recevoir l'avis de ces d]nires1 du mo9s s\ffrir que celles-ci le donnass5t4 ,c'e/ au ?tre que les rudits et les lettrs ont t\j\rs eu le plus de pe9e faire prvaloir leur gt sur celui du peuple1 et se df5dre d'tre entrans eux-mmes p> le si54 ,le p>t]re y a s\v5t fait la loi aux loges4 ,s'il e/ difficile une ari/ocratie de ne po9t laiss] envahir le ?tre p> le peuple1 on compr5dra aism5t que le peuple doit y rgn] en matre1 lorsque les pr9cipes dmocratiques ayant pntr dans les lois et dans les moeurs1 les rangs se confond5t1 et les intellig5ces se rappro*5t comme les =tunes1 et que la classe suprieure p]d1 avec ses ri*esses hrditaires1 son p\voir1 ses traditions et ses loisirs4 ,les gts et les in/9cts naturels aux peuples dmocratiques1 en fait de littrature1 se manife/]ont donc d'abord au ?tre1 et on peut prvoir qu'ils s'y introduiront avec viol5ce4 ,dans les crits1 les lois littraires de l'ari/ocratie se modifi]ont peu peu1 d'une manire graduelle et p\r a9si dire lgale4 ,au ?tre1 elles s]ont r5v]ses p> des meutes4 ,le ?tre met en relief la plup>t des qualits et presque t\s les vices inhr5ts aux littratures dmocratiques4 ,les peuples dmocratiques n'ont qu'une e/ime =t mdiocre p\r l'rudition1 et ils ne se s\ci5t gure de ce qui se passait ,rome et ,a?nes2 ils ent5d5t qu'on leur p>le d'eux-mmes1 et c'e/ le tableau du prs5t qu'ils dem&5t4 ,aussi1 qu& les hros et les moeurs de l'antiquit sont reproduits s\v5t sur la scne1 et qu'on a so9 d'y re/] trs-fidle aux traditions antiques1 cela suffit p\r en conclure que les classes dmocratiques ne dom95t po9t encore au ?tre4 ,rac9e s'excuse =t humblem5t dans la prface de ,britannicus d'avoir fait entr] ,junie au nombre des ve/ales1 o1 selon ,aulu-,gelle1 dit-il1 on ne recevait p]sonne au-dess\s de six ans1 ni au-dessus de dix4 ,il e/ croire qu'il n'et pas song s'accus] ou se df5dre d'un p>eil crime s'il avait crit de nos j\rs4 ,un semblable fait m'claire1 non seulem5t sur l'tat de la littrature dans les temps o il a lieu1 mais encore sur celui de la socit elle-mme4 ,un ?tre dmocratique ne pr\ve po9t que la nation e/ en dmocratie1 c> comme n\s v5ons de le voir1 dans les ari/ocraties mmes il peut arriv] que les gts dmocratiques influ5t sur la scne2 mais1 qu& l'esprit de l'ari/ocratie rgne seul au ?tre1 cela dmontre inv9ciblem5t que la socit t\t entire e/ ari/ocratique1 et l'on peut h>dim5t en conclure que cette mme classe rudite et lettre1 qui dirige les auteurs1 comm&e les citoy5s et mne les affaires4 ,il e/ bi5 r>e que les gts raff9s et les p5*ants hauta9s de l'ari/ocratie1 qu& elle rgit le ?tre1 ne la port5t po9t faire1 p\r a9si dire1 un *oix dans la nature huma9e4 ,c]ta9es conditions sociales l'intress5t pr9cipalem5t1 et elle se plat en retr\v] la pe9ture sur la scne2 c]ta9es v]tus1 et mme c]ta9s vices1 lui p>aiss5t mrit] plus p>ticulirem5t d'y tre reproduits2 elle agre le tableau de ceux-ci t&is qu'elle loigne de ses yeux t\s les autres4 ,au ?tre1 comme ailleurs1 elle ne veut r5contr] que de gr&s seigneurs1 et elle ne s'meut que p\r des rois4 ,a9si des /yles4 ,une ari/ocratie impose volonti]s1 aux auteurs dramatiques1 de c]ta9es manires de dire1 elle veut que t\t soit dit sur ce ton4 ,le ?tre arrive s\v5t a9si ne pe9dre qu'un des cts de l'homme1 ou mme quelquefois reprs5t] ce qui ne se r5contre po9t dans la nature huma9e2 il s'lve au-dessus d'elle et en sort4 ,dans les socits dmocratiques les spectateurs n'ont po9t de p>eilles prfr5ces1 et ils font r>em5t voir de semblables antipa?ies2 ils aim5t retr\v] sur la scne le mlange confus de conditions1 de s5tim5ts et d'ides qu'ils r5contr5t s\s leurs yeux2 le ?tre devi5t plus frappant1 plus vulgaire1 et plus vrai4 ,quelquefois cep5dant ceux qui criv5t p\r le ?tre1 dans les dmocraties1 sort5t aussi de la nature huma9e1 mais c'e/ p> un autre b\t que leurs devanci]s4 =ce de v\loir reproduire m9utieusem5t les petites s+ul>its du mom5t prs5t1 et la physionomie p>ticulire de c]ta9s hommes1 ils oubli5t de retrac] les traits gnraux de l'espce4 ,qu& les classes dmocratiques rgn5t au ?tre1 elles introduis5t autant de lib]t dans la manire de trait] le sujet que dans le *oix mme de ce sujet4 ,l'am\r du ?tre tant1 de t\s les gts littraires1 le plus naturel aux peuples dmocratiques1 le nombre des auteurs et celui des spectateurs s'accrot sans cesse *ez ces peuples comme celui des spectacles4 ,une p>eille multitude1 compose d'lm5ts si div]s et rp&us en tant de lieux diffr5ts1 ne saurait reconnatre les mmes rgles et se s\mettre aux mmes lois4 ,il n'y a pas d'accord possible entre des juges trs-nombreux1 qui ne sa*ant po9t o se retr\v]1 port5t *acun "p leur arrt4 ,si l'effet de la dmocratie e/ en gnral de r5dre d\teuses les rgles et les conv5tions littraires1 au ?tre elle les abolit entirem5t p\r n'y sub/itu] que le caprice de *aque auteur et de *aque public4 ,c'e/ galem5t au ?tre que se fait surt\t voir ce que j'ai dj dit ailleurs1 d'une manire gnrale1 propos du /yle et de l'art dans les littratures dmocratiques4 ,lorsqu'on lit les critiques que faisai5t natre les ouvrages dramatiques du sicle de ,l\is ,,xiv1 on e/ surpris de voir la gr&e e/ime du public p\r la vraisemblance et l'importance qu'il mettait ce qu'un homme1 re/ant t\j\rs d'accord avec lui-mme1 ne ft ri5 qui ne pt tre aism5t expliqu et compris4 ,il e/ galem5t surpr5ant combi5 on atta*ait alors de prix aux =mes du langage et quelles petites qu]elles de mots on faisait aux auteurs dramatiques4 ,il semble que les hommes du sicle de ,l\is ,,xiv atta*ai5t une valeur =t exagre ces dtails qui s'ap]oiv5t dans le cab9et1 mais qui *app5t la scne4 ,c>1 aprs t\t1 le pr9cipal objet d'une pice de ?tre e/ d'tre reprs5te et son premi] mrite d'm\voir4 ,cela v5ait de ce que les spectateurs de cette poque tai5t en mme temps des lecteurs4 ,au sortir de la reprs5tation1 ils att5dai5t *ez eux l'criva91 af9 d'a*ev] de le jug]4 ,dans les dmocraties on c\te les pices de ?tre1 mais on ne les lit po9t4 ,la plup>t de ceux qui assi/5t aux jeux de la scne n'y *]*5t pas les plaisirs de l'esprit1 mais les motions vives du coeur4 ,ils ne s'att5d5t po9t y tr\v] une oeuvre de littrature1 mais un spectacle1 et p\rvu que l'auteur p>le assez correctem5t la langue du pays p\r se faire ent5dre1 et que ses p]sonnages excit5t la curiosit et veill5t la sympa?ie1 ils sont cont5ts2 sans ri5 dem&] de plus la fiction1 ils r5tr5t aussitt dans le monde rel4 ,le /yle y e/ donc mo9s ncessaire2 c>1 la scne1 l'obs]vation de ses rgles *appe davantage4 ,quant aux vraisemblances1 il e/ impossible d'tre s\v5t n\veau1 inatt5du1 rapide en leur re/ant fidle4 ,on les nglige donc et le public le p>donne4 ,on peut compt] qu'il ne s'inquit]a po9t des *em9s p> o v\s l'avez conduit1 si v\s l'am5ez enf9 devant un objet qui le t\*e4 ,il ne v\s repro*]a jamais de l'avoir mu en dpit des rgles4 ,les ,amrica9s mett5t au gr& j\r les diffr5ts in/9cts que je vi5s de pe9dre1 qu& ils vont au ?tre4 ,mais il faut reconnatre qu'il n'y a encore qu'un petit nombre d'entre eux qui y aill5t4 ,quoique les spectateurs et les spectacles se soi5t prodigieusem5t accrus depuis qu>ante ans aux tats-,unis1 la population ne se livre encore ce g5re d'amusem5t qu'avec une extrme ret5ue4 ,cela ti5t des causes p>ticulires1 que le lecteur connat dj1 et qu'il suffit de lui rappel] en deux mots3 ,les ,purita9s qui ont fond les rpubliques amrica9es n'tai5t pas seulem5t ennemis des plaisirs2 ils pr(essai5t de plus une horreur t\te spciale p\r le ?tre4 ,ils le considrai5t comme un div]tissem5t abom9able1 et1 tant que leur esprit a rgn sans p>tage1 les reprs5tations dramatiques ont t absolum5t inconnues p>mi eux4 ,ces op9ions des premi]s pres de la colonie ont laiss des traces pr(ondes dans l'esprit de leurs desc5dants4 ,l'extrme rgul>it d'habitude et la gr&e rigidit de moeurs qui se voi5t aux tats-,unis1 ont d'ailleurs t jusqu' prs5t peu favorables au dveloppem5t de l'art ?tral4 ,il n'y a po9t de sujets de drames dans un pays qui n'a pas t tmo9 de gr&es cata/rophes politiques1 et o l'am\r mne t\j\rs p> un *em9 direct et facile au m>iage4 ,des g5s qui emploi5t t\s les j\rs de la sema9e faire =tune1 et le diman*e pri] ,dieu1 ne prt5t po9t la muse comique4 ,un seul fait suffit p\r montr] que le ?tre e/ peu populaire aux tats-,unis4 ,les ,amrica9s1 dont les lois autoris5t la lib]t et mme la lic5ce de la p>ole en t\tes *oses1 ont nanmo9s s\mis les auteurs dramatiques une sorte de c5sure4 ,les reprs5tations ?trales ne peuv5t avoir lieu que qu& les adm9i/rateurs de la commune les p]mett5t4 ,ceci montre bi5 que les peuples sont comme les individus4 ,ils se livr5t sans mnagem5t leurs passions pr9cipales1 et ensuite ils pr5n5t bi5 g>de de ne po9t trop cd] l'entranem5t des gts qu'ils n'ont pas4 ,il n'y a po9t de portion de la littrature qui se ratta*e p> des li5s plus troits et plus nombreux l'tat actuel de la socit que le ?tre4 ,le ?tre d'une poque ne saurait jamais conv5ir l'poque suivante1 si1 entre les deux1 une importante rvolution a *ang les moeurs et les lois4 ,on tudie encore les gr&s criva9s d'un autre sicle4 ,mais on n'assi/e plus des pices crites p\r un autre public4 ,les auteurs dramatiques du temps pass ne viv5t que dans les livres4 ,le gt traditionnel de quelques hommes1 la vanit1 la mode1 le gnie d'un acteur peuv5t s\t5ir quelque temps ou relev] un ?tre ari/ocratique au se9 d'une dmocratie2 mais bi5tt il tombe de lui-mme4 ,on ne le r5v]se po9t1 on l'ab&onne4 ,,*apitre ,,xx4 ,de quelques t5dances p>ticulires aux hi/ori5s dans les sicles dmocratiques4 ,les hi/ori5s qui criv5t dans les sicles ari/ocratiques font dp5dre d'ord9aire t\s les vnem5ts de la volont p>ticulire et de l'humeur de c]ta9s hommes1 et ils ratta*5t volonti]s aux mo9dres accid5ts les rvolutions les plus importantes4 ,ils font ressortir avec sagacit les plus petites causes1 et s\v5t ils n'ap]oiv5t po9t les plus gr&es4 ,les hi/ori5s qui viv5t dans les sicles dmocratiques montr5t des t5dances t\tes contraires4 ,la plup>t d'entre eux n'attribu5t presque aucune influ5ce l'individu sur la de/9e de l'espce1 ni aux citoy5s sur le sort du peuple4 ,mais1 en ret\r1 ils donn5t de gr&es causes gnrales t\s les petits faits p>ticuli]s4 ,ces t5dances opposes s'expliqu5t4 ,qu& les hi/ori5s des sicles ari/ocratiques jett5t les yeux sur le ?tre du monde1 ils y ap]oiv5t t\t d'abord un trs petit nombre d'acteurs pr9cipaux qui conduis5t t\te la pice4 ,ces gr&s p]sonnages1 qui se ti5n5t sur le devant de la scne1 arrt5t leur vue et la fix5t3 t&is qu'ils s'appliqu5t dvoil] les motifs secrets qui font agir et p>l] ceux-l1 ils oubli5t le re/e4 ,l'importance des *oses qu'ils voi5t faire quelques hommes leur donne une ide exagre de l'influ5ce que peut ex]c] un homme1 et les dispose naturellem5t croire qu'il faut t\j\rs remont] l'action p>ticulire d'un individu p\r expliqu] les m\vem5ts de la f\le4 ,lorsque1 au contraire1 t\s les citoy5s sont indp5dants les uns des autres1 et que *acun d'eux e/ faible1 on n'en dc\vre po9t qui ex]ce un p\voir =t gr&1 ni surt\t =t durable1 sur la masse4 ,au premi] abord1 les individus sembl5t absolum5t impuissants sur elle2 et l'on dirait que la socit m>*e t\te seule p> le conc\rs libre et spontan de t\s les hommes qui la compos5t4 ,cela porte naturellem5t l'esprit huma9 re*]*] la raison gnrale qui a pu frapp] a9si la fois tant d'intellig5ces1 et les t\rn] simultanm5t du mme ct4 ,je suis trs conva9cu que1 *ez les nations dmocratiques elles-mmes1 le gnie1 les vices ou les v]tus de c]ta9s individus ret>d5t ou prcipit5t le c\rs naturel de la de/9e du peuple2 mais ces sortes de causes =tuites et secondaires sont inf9im5t plus v>ies1 plus ca*es1 plus compliques1 mo9s puissantes1 et p> consqu5t plus difficiles dml] et suivre dans des temps d'galit que dans des sicles d'ari/ocratie1 o il ne s'agit que d'analys]1 au milieu des faits gnraux1 l'action p>ticulire d'un seul homme ou de quelques uns4 ,l'hi/ori5 se fatigue bi5tt d'un p>eil travail2 son esprit se p]d au milieu de ce labyr9!2 et1 ne p\vant p>v5ir ap]cevoir clairem5t1 et mettre suffisamm5t en lumire les influ5ces individuelles1 il les nie4 ,il prfre n\s p>l] du naturel des races1 de la con/itution physique du pays1 ou de l'esprit de la civilisation4 ,cela abrge son travail1 et mo9s de frais satisfait mieux le lecteur4 ,m4 de ,lafayette a dit quelque "p1 dans ses ,mmoires1 que le sy/me exagr des causes gnrales procurait de m]veilleuses consolations aux hommes publics mdiocres4 ,j'aj\te qu'il en donne d'admirables aux hi/ori5s mdiocres4 ,il leur f\rnit t\j\rs quelques gr&es raisons qui les tir5t promptem5t d'affaire l'endroit le plus difficile de leur livre1 et favoris5t la faiblesse ou la p>esse de leur esprit1 t\t en faisant honneur sa pr(ondeur4 ,p\r moi1 je p5se qu'il n'y a pas d'poque o il ne faille attribu] une p>tie des vnem5ts de ce monde des faits trs gnraux1 et une autre des influ5ces trs p>ticulires4 ,ces deux causes se r5contr5t t\j\rs2 leur rapport seul diffre4 ,les faits gnraux expliqu5t plus de *oses dans les sicles dmocratiques que dans les sicles ari/ocratiques1 et les influ5ces p>ticulires mo9s4 ,dans les temps d'ari/ocratie1 c'e/ le contraire3 les influ5ces p>ticulires sont plus =tes1 et les causes gnrales sont plus faibles1 mo9s qu'on ne considre comme une cause gnrale le fait mme de l'9galit des conditions1 qui p]met quelques individus de contr>i] les t5dances naturelles de t\s les autres4 ,les hi/ori5s qui *]*5t pe9dre ce qui se passe dans les socits dmocratiques ont donc raison de faire une l>ge "p aux causes gnrales1 et de s'appliqu] pr9cipalem5t les dc\vrir2 mais ils ont tort de ni] entirem5t l'action p>ticulire des individus1 p>ce qu'il e/ mal ais de la retr\v] et de la suivre4 ,non seulem5t les hi/ori5s qui viv5t dans les sicles dmocratiques sont entrans donn] *aque fait une gr&e cause1 mais ils sont encore ports li] les faits entre eux et en faire sortir un sy/me4 ,dans les sicles d'ari/ocratie1 l'att5tion des hi/ori5s tant dt\rne t\s mom5ts sur les individus1 l'en*anem5t des vnem5ts leur *appe2 ou plutt ils ne croi5t pas un en*anem5t semblable4 ,la trame de l'hi/oire leur semble *aque in/ant rompue p> le passage d'un homme4 ,dans les sicles dmocratiques1 au contraire1 l'hi/ori5 voyant beauc\p mo9s les acteurs1 et beauc\p plus les actes1 peut tablir aism5t une filiation et un ordre m?odique entre ceux-ci4 ,la littrature antique1 qui n\s a laiss de si belles hi/oires1 n'(fre po9t un seul gr& sy/me hi/orique1 t&is que les plus misrables littratures mod]nes en f\rmill5t4 ,il semble que les hi/ori5s anci5s ne faisai5t pas assez usage de ces ?ories gnrales dont les ntres sont t\j\rs prs d'abus]4 ,ceux qui criv5t dans les sicles dmocratiques ont une autre t5dance plus dang]euse4 ,lorsque la trace de l'action des individus sur les nations se p]d1 il arrive s\v5t qu'on voit le monde se remu] sans que le moteur se dc\vre4 ,comme il devi5t trs difficile d'ap]cevoir et d'analys] les raisons qui1 agissant sp>m5t sur la volont de *aque citoy51 f9iss5t p> produire le m\vem5t du peuple1 on e/ t5t de croire que ce m\vem5t n'e/ pas volontaire1 et que les socits obiss5t sans le savoir une =ce suprieure qui les dom9e4 ,alors mme que l'on croit dc\vrir sur la t]re le fait gnral qui dirige la volont p>ticulire de t\s les individus1 cela ne sauve po9t la lib]t huma9e4 ,une cause assez va/e p\r s'appliqu] la fois des millions d'hommes1 et assez =te p\r les incl9] t\s ensemble du mme ct1 semble aism5t irrsi/ible2 aprs avoir vu qu'on y cdait1 on e/ bi5 prs de croire qu'on ne p\vait y rsi/]4 ,les hi/ori5s qui viv5t dans les temps dmocratiques ne refus5t donc pas seulem5t quelques citoy5s la puissance d'agir sur la de/9e du peuple1 ils t5t encore aux peuples eux-mmes1 la facult de modifi] leur propre sort1 et ils les s\mett5t soit une provid5ce inflexible1 soit une sorte de fatalit aveugle4 ,suivant eux1 *aque nation e/ inv9ciblem5t atta*e1 p> sa position1 son orig9e1 ses antcd5ts1 son naturel1 une c]ta9e de/9e que t\s ses ef=ts ne saurai5t *ang]4 ,ils r5d5t les gnrations solidaires les unes des autres1 et remontant a9si1 d'ge en ge et d'vnem5ts ncessaires en vnem5ts ncessaires1 jusqu' l'orig9e du monde1 ils font une *ane s]re et imm5se qui enveloppe t\t le g5re huma9 et le lie4 ,il ne leur suffit pas de montr] comm5t les faits sont arrivs2 ils se plais5t encore faire voir qu'ils ne p\vai5t arriv] autrem5t4 ,ils considr5t une nation p>v5ue un c]ta9 endroit de son hi/oire1 et ils affirm5t qu'elle a t contra9te de suivre le *em9 qui l'a conduite l4 ,cela e/ plus ais que d'enseign] comm5t elle aurait pu faire p\r pr5dre une meilleure r\te4 ,il semble1 en lisant les hi/ori5s des ges ari/ocratiques1 et p>ticulirem5t ceux de l'antiquit1 que1 p\r dev5ir matre de son sort et p\r g\v]n] ses semblables1 l'homme n'a qu' savoir se dompt] lui-mme4 ,on dirait1 en p>c\rant les hi/oires crites de notre temps1 que l'homme ne peut ri51 ni sur lui1 ni aut\r de lui4 ,les hi/ori5s de l'antiquit enseignai5t comm&]1 ceux de nos j\rs n'appr5n5t gure qu' obir4 ,dans leurs crits l'auteur p>at s\v5t gr&1 mais l'humanit e/ t\j\rs petite4 ,si cette doctr9e de la fatalit1 qui a tant d'attraits p\r ceux qui criv5t l'hi/oire dans les sicles dmocratiques1 passant des criva9s leurs lecteurs1 pntrait a9si la masse entire des citoy5s et s'emp>ait de l'esprit public1 on peut prvoir qu'elle p>alys]ait bi5tt le m\vem5t des socits n\velles1 et rduirait les *rti5s en ,turcs4 ,je dirai de plus qu'une p>eille doctr9e e/ p>ticulirem5t dang]euse l'poque o n\s sommes2 nos contempora9s ne sont que trop encl9s d\t] du libre arbitre1 p>ce que *acun d'eux se s5t born de t\s cts p> sa faiblesse1 mais ils accord5t encore volonti]s de la =ce et de l'indp5dance aux hommes runis en corps social4 ,il faut se g>d] d'obscurcir cette ide1 c> il s'agit de relev] les mes et non d'a*ev] de les abattre4 ,,*apitre ,,xxi4 ,de l'loqu5ce p>lem5taire aux tats-,unis4 ,*ez les peuples ari/ocratiques1 t\s les hommes se ti5n5t et dp5d5t les uns des autres2 il exi/e entre t\s un li5 hir>*ique l'aide duquel on peut ma9t5ir *acun sa place et le corps enti] dans l'obissance4 ,quelque *ose d'analogue se retr\ve t\j\rs au se9 des assembles politiques de ces peuples4 ,les p>tis s'y rang5t naturellem5t s\s de c]ta9s *efs auxquels ils obiss5t1 p> une sorte d'in/9ct qui n'e/ que le rsultat d'habitudes contractes ailleurs4 ,ils transport5t dans la petite socit les moeurs de la plus gr&e4 ,dans les pays dmocratiques1 il arrive s\v5t qu'un gr& nombre de citoy5s se dirig5t v]s un mme po9t2 mais *acun n'y m>*e1 ou se flatte du mo9s de n'y m>*] que de lui-mme4 ,habitu ne rgl] ses m\vem5ts que suivant ses impulsions p]sonnelles1 il se plie mal aism5t recevoir du dehors sa rgle4 ,ce gt et cet usage de l'indp5dance le suiv5t dans les conseils nationaux4 ,s'il cons5t s'y associ] d'autres p\r la p\rsuite du mme desse91 il veut du mo9s re/] matre de coopr] au succs commun sa manire4 ,de l vi5t que dans les contres dmocratiques1 les p>tis s\ffr5t si impatiemm5t qu'on les dirige1 et ne se montr5t subordonns que qu& le pril e/ trs-gr&4 ,encore1 l'autorit des *efs1 qui dans ces circon/ances peut all] jusqu' faire agir et p>l]1 ne s't5d-elle presque jamais jusqu'au p\voir de faire taire4 ,*ez les peuples ari/ocratiques1 les membres des assembles politiques sont en mme temps les membres de l'ari/ocratie4 ,*acun d'eux possde p> lui-mme un rang lev et /able1 et la place qu'il occupe dans l'assemble e/ s\v5t mo9s importante ses yeux que celle qu'il remplit dans le pays4 ,cela le console de n'y po9t j\] un rle dans la discussion des affaires1 et le dispose n'en pas re*]*] avec trop d'ardeur un mdiocre4 ,en ,amrique1 il arrive d'ord9aire que le dput n'e/ quelque *ose que p> sa position dans l'assemble4 ,il e/ donc sans cesse t\rm5t du beso9 d'y acqurir de l'importance1 et il s5t un dsir ptulant d'y mettre t\s mom5ts ses ides au gr& j\r4 ,il n'e/ pas seulem5t p\ss de ce ct p> sa vanit1 mais p> celle de ses lecteurs et p> la ncessit cont9uelle de leur plaire4 ,*ez les peuples ari/ocratiques1 le membre de la lgislature e/ r>em5t dans une dp5dance troite des lecteurs2 s\v5t il e/ p\r eux un reprs5tant en quelque faon ncessaire2 quelquefois il les ti5t eux-mmes dans une troite dp5dance1 et1 s'ils vi5n5t enf9 lui refus] leur suffrage1 il se fait aism5t nomm] ailleurs1 ou1 r5onant la c>rire publique1 il se r5f]me dans une oisivet qui a encore de la spl5deur4 ,dans un pays dmocratique1 comme les tats-,unis1 le dput n'a presque jamais de prise durable sur l'esprit de ses lecteurs4 ,quelque petit que soit un corps lectoral1 l'in/abilit dmocratique fait qu'il *ange sans cesse de face4 ,il faut donc le captiv] t\s les j\rs4 ,il n'e/ jamais sr d'eux2 et1 s'ils l'ab&onn5t1 il e/ aussitt sans ress\rce2 c> il n'a pas naturellem5t une position assez leve p\r tre facilem5t ap]u de ceux qui ne sont pas pro*es2 et1 dans l'indp5dance complte o viv5t les citoy5s1 il ne peut espr] que ses amis ou le g\v]nem5t l'impos]ont aism5t un corps lectoral qui ne le connatra pas4 ,c'e/ donc dans le canton qu'il reprs5te que sont dposs t\s les g]mes de sa =tune2 c'e/ de ce co9 de t]re qu'il lui faut sortir p\r s'lev] comm&] le peuple et influ] sur les de/9es du monde4 ,a9si1 il e/ naturel que1 dans les pays dmocratiques1 les membres des assembles politiques song5t leurs lecteurs plus qu' leur p>ti1 t&is que1 dans les ari/ocraties1 ils s'occup5t plus de leur p>ti que de leurs lecteurs4 ,or1 ce qu'il faut dire p\r plaire aux lecteurs n'e/ pas t\j\rs ce qu'il convi5drait de faire p\r bi5 s]vir l'op9ion politique qu'ils pr(ess5t4 ,l'intrt gnral d'un p>ti e/ s\v5t que le dput qui en e/ membre ne p>le jamais des gr&es affaires qu'il ent5d mal2 qu'il p>le peu des petites dont la m>*e des gr&es s]ait emb>rasse1 et le plus s\v5t enf9 qu'il se taise entirem5t4 ,g>d] le sil5ce e/ le plus utile s]vice qu'un mdiocre disc\reur puisse r5dre la *ose publique4 ,mais ce n'e/ po9t a9si que les lecteurs l'ent5d5t4 ,la population d'un canton *>ge un citoy5 de pr5dre "p au g\v]nem5t de l'tat1 p>ce qu'elle a conu une trs-va/e ide de son mrite4 ,comme les hommes p>aiss5t plus gr&s en proportion qu'ils se tr\v5t ent\rs d'objets plus petits1 il e/ croire que l'op9ion qu'on se f]a du m&ataire s]a d'autant plus haute que les tal5ts s]ont plus r>es p>mi ceux qu'il reprs5te4 ,il arriv]a donc s\v5t que les lecteurs espr]ont d'autant plus de leur dput qu'ils auront mo9s en att5dre2 et1 quelque incapable qu'il puisse tre1 ils ne saurai5t manqu] d'exig] de lui des ef=ts signals qui rpond5t au rang qu'ils lui donn5t4 ,indp5damm5t du lgislateur de l'tat1 les lecteurs voi5t encore en leur reprs5tant le protecteur naturel du canton prs de la lgislature2 ils ne sont pas mme loigns de le considr] comme le fond de p\voirs de *acun de ceux qui l'ont lu1 et ils se flatt5t qu'il ne dploi]a pas mo9s d'ardeur faire valoir leurs intrts p>ticuli]s que ceux du pays4 ,a9si1 les lecteurs se ti5n5t d'avance p\r assurs que le dput qu'ils *oisiront s]a un orateur2 qu'il p>l]a s\v5t s'il le peut1 et que1 au cas o il lui faudrait se re/re9dre1 il s'ef=c]a du mo9s de r5f]m] dans ses r>es disc\rs l'exam5 de t\tes les gr&es affaires de l'tat1 jo9t l'expos de t\s les petits griefs dont ils ont eux-mmes se pla9dre2 de telle faon que1 ne p\vant se montr] s\v5t1 il fasse voir *aque occasion ce qu'il sait faire1 et que1 au lieu de se rp&re incessamm5t1 il se ress]re de temps autre t\t enti] s\s un petit volume1 f\rnissant a9si une sorte de rsum brillant et complet de ses commettants et de lui-mme4 ce prix1 ils promett5t leurs pro*a9s suffrages4 ,ceci p\sse au dsespoir d'honntes mdiocrits qui1 se connaissant1 ne se s]ai5t pas produites d'elles-mmes4 ,le dput1 a9si excit1 pr5d la p>ole au gr& *agr9 de ses amis1 et1 se jetant imprudemm5t au milieu des plus clbres orateurs1 il embr\ille le dbat et fatigue l'assemble4 ,t\tes les lois qui t5d5t r5dre l'lu plus dp5dant de l'lecteur1 ne modifi5t donc pas seulem5t la conduite des lgislateurs1 a9si que je l'ai fait rem>qu] ailleurs1 mais aussi leur langage4 ,elles influ5t t\t la fois sur les affaires et sur la manire d'en p>l]4 ,il n'e/ p\r a9si dire pas de membre du congrs qui cons5te r5tr] dans ses foy]s sans s'y tre fait prcd] au mo9s p> un disc\rs1 ni qui s\ffre d'tre int]rompu avant d'avoir pu r5f]m] dans les limites de sa h>angue t\t ce qu'on peut dire d'utile aux v+t-quatre tats dont l'union se compose1 et spcialem5t au di/rict qu'il reprs5te4 ,il fait donc pass] successivem5t devant l'esprit de ses auditeurs de gr&es vrits gnrales qu'il n'ap]oit s\v5t lui-mme1 et qu'il n'indique que confusm5t1 et de petites p>ticul>its =t tnues qu'il n'a que trop de facilit dc\vrir et expos]4 ,aussi arrive-t-il trs-s\v5t que dans le se9 de ce gr& corps1 la discussion devi5t vague et emb>rasse1 et qu'elle semble se tran] v]s le b qu'on se propose plutt qu'y m>*]4 ,quelque *ose d'analogue se f]a t\j\rs voir1 je p5se1 dans les assembles publiques des dmocraties4 ,d'heureuses circon/ances et de bonnes lois p\rrai5t p>v5ir attir] dans la lgislature d'un peuple dmocratique des hommes beauc\p plus rem>quables que ceux qui sont envoys p> les ,amrica9s au congrs2 mais on n'emp*]a jamais les hommes mdiocres qui s'y tr\v5t de s'y expos] complaisamm5t1 et de t\s les cts au gr& j\r4 ,le mal ne me p>at pas entirem5t gurissable1 p>ce qu'il ne ti5t pas seulem5t au rglem5t de l'assemble1 mais sa con/itution et celle mme du pays4 ,les habitants des tats-,unis sembl5t considr] eux-mmes la *ose s\s ce po9t de vue1 et ils tmoign5t leur long usage de la vie p>lem5taire1 non po9t en s'ab/5ant de mauvais disc\rs1 mais en se s\mettant avec c\rage les ent5dre4 ,ils s'y rsign5t comme au mal que l'expri5ce leur a fait reconnatre 9vitable4 ,n\s avons montr le petit ct des discussions politiques dans les dmocraties2 faisons voir le gr&4 ,ce qui s'e/ pass depuis c5t c9quante ans dans le p>lem5t d',anglet]re n'a jamais eu un gr& ret5tissem5t au dehors2 les ides et les s5tim5ts exprims p> les orateurs ont t\j\rs tr\v peu de sympa?ie *ez les peuples mme qui se tr\vai5t placs le plus prs du gr& ?tre de la lib]t britannique4 ,t&is que1 ds les premi]s dbats qui ont eu lieu dans les petites assembles coloniales d',amrique l'poque de la rvolution1 l',europe fut mue4 ,cela n'a pas t5u seulem5t des circon/ances p>ticulires et =tuites1 mais des causes gnrales et durables4 ,je ne vois ri5 de plus admirable ni de plus puissant qu'un gr& orateur discutant de gr&es affaires1 dans le se9 d'une assemble dmocratique4 ,comme il n'y a jamais de classe qui y ait ses reprs5tants *>gs de s\t5ir ses intrts1 c'e/ t\j\rs la nation t\t entire1 et au nom de la nation t\t entire qu'on p>le4 ,cela agr&it la p5se et relve le langage4 ,comme les prcd5ts y ont peu d'empire2 qu'il n'y a plus de privilges atta*s c]ta9s bi5s1 ni de droits inhr5ts c]ta9s corps ou c]ta9s hommes1 l'esprit e/ oblig de remont] jusqu' des vrits gnrales puises dans la nature huma9e p\r trait] l'affaire p>ticulire qui l'occupe4 ,de l nat dans les discussions politiques d'un peuple dmocratique1 quelque petit qu'il soit1 un c>actre de gnralit qui les r5d s\v5t atta*antes p\r le g5re huma94 ,t\s les hommes s'y intress5t p>ce qu'il s'agit de l'homme qui e/ p>t\t le mme4 ,*ez les plus gr&s peuples ari/ocratiques1 au contraire1 les que/ions les plus gnrales sont presque t\j\rs traites p> quelques raisons p>ticulires tires des usages d'une poque ou des droits d'une classe2 ce qui n'intresse que la classe dont il e/ "q1 ou t\t au plus le peuple dans le se9 duquel cette classe se tr\ve4 ,c'e/ cette cause autant qu' la gr&eur de la nation franaise1 et aux dispositions favorables des peuples qui l'c\t5t1 qu'il faut attribu] le gr& effet que nos discussions politiques produis5t quelquefois dans le monde4 ,nos orateurs p>l5t s\v5t t\s les hommes1 alors mme qu'ils ne s'adress5t qu' leurs concitoy5s4 ,,deuxi,,me ,,p>tie4 ,,influ5ce ,,de ,,la ,d,,mocratie ,,sur ,,les ,,s5tim5ts ,,des ,,am,,rica9s4 ,,*apitre ,i4 ,p\rquoi les peuples dmocratiques montr5t un am\r plus ard5t et plus durable p\r l'galit que p\r la lib]t4 ,la premire et la plus vive des passions que l'galit des conditions fait natre1 je n'ai pas beso9 de le dire1 c'e/ l'am\r de cette mme galit4 ,on ne s'tonn]a donc pas que j'en p>le avant t\tes les autres4 ,*acun a rem>qu que de notre temps1 et spcialem5t en ,france1 cette passion de l'galit pr5ait *aque j\r une place plus gr&e dans le coeur huma94 ,on a dit c5t fois que nos contempora9s avai5t un am\r bi5 plus ard5t et bi5 plus t5ace p\r l'galit que p\r la lib]t2 mais je ne tr\ve po9t qu'on soit encore suffisamm5t remont jusqu'aux causes de ce fait4 ,je vais l'essay]4 ,on peut imag9] un po9t extrme o la lib]t et l'galit se t\*5t et se confond5t4 ,je suppose que t\s les citoy5s conc\r5t au g\v]nem5t et que *acun ait un droit gal d'y conc\rir4 ,nul ne diffrant alors de ses semblables1 p]sonne ne p\rra ex]c] un p\voir tyrannique2 les hommes s]ont p>faitem5t libres1 p>ce qu'ils s]ont t\s entirem5t gaux2 et ils s]ont t\s p>faitem5t gaux p>ce qu'ils s]ont entirem5t libres4 ,c'e/ v]s cet idal que t5d5t les peuples dmocratiques4 ,voil la =me la plus complte que puisse pr5dre l'galit sur la t]re2 mais il en e/ mille autres1 qui1 sans tre aussi p>faites1 n'en sont gure mo9s *res ces peuples4 ,l'galit peut s'tablir dans la socit civile1 et ne po9t rgn] dans le monde politique4 ,on peut avoir le droit de se livr] aux mmes plaisirs1 d'entr] dans les mmes pr(essions1 de se r5contr] dans les mmes lieux2 en un mot1 de vivre de la mme manire et de p\rsuivre la ri*esse p> les mmes moy5s1 sans pr5dre t\s la mme "p au g\v]nem5t4 ,une sorte d'galit peut mme s'tablir dans le monde politique1 quoique la lib]t politique n'y soit po9t4 ,on e/ l'gal de t\s ses semblables1 mo9s un1 qui e/1 sans di/9ction1 le matre de t\s1 et qui pr5d galem5t1 p>mi t\s1 les ag5ts de son p\voir4 ,il s]ait facile de faire plusieurs autres hypo?ses suivant lesquelles une =t gr&e galit p\rrait aism5t se comb9] avec des in/itutions plus ou mo9s libres1 ou mme avec des in/itutions qui ne le s]ai5t po9t du t\t4 ,quoique les hommes ne puiss5t dev5ir absolum5t gaux sans tre entirem5t libres1 et que p> consqu5t l'galit1 dans son degr le plus extrme1 se confonde avec la lib]t1 on e/ donc fond di/+u] l'une de l'autre4 ,le gt que les hommes ont p\r la lib]t1 et celui qu'ils ress5t5t p\r l'galit1 sont1 en effet1 deux *oses di/9ctes1 et je ne cra9s pas d'aj\t] que1 *ez les peuples dmocratiques1 ce sont deux *oses 9gales4 ,si l'on veut y faire att5tion1 on v]ra qu'il se r5contre dans *aque sicle un fait s+uli] et dom9ant auquel les autres se ratta*5t2 ce fait donne presque t\j\rs naissance une p5se mre1 ou une passion pr9cipale qui f9it ensuite p> attir] elle et p> entran] dans son c\rs t\s les s5tim5ts et t\tes les ides4 ,c'e/ comme le gr& fleuve v]s lequel *acun des ruisseaux environnants semble c\rir4 ,la lib]t s'e/ manife/e aux hommes dans diffr5ts temps et s\s diffr5tes =mes2 elle ne s'e/ po9t atta*e exclusivem5t un tat social1 et on la r5contre autre "p que dans les dmocraties4 ,elle ne saurait donc =m] le c>actre di/9ctif des sicles dmocratiques4 ,le fait p>ticuli] et dom9ant qui s+ul>ise ces sicles1 c'e/ l'galit des conditions2 la passion pr9cipale qui agite les hommes dans ces temps-l1 c'e/ l'am\r de cette galit4 ,ne dem&ez po9t quel *>me s+uli] tr\v5t les hommes des ges dmocratiques vivre gaux1 ni les raisons p>ticulires qu'ils peuv5t avoir de s'atta*] si ob/9m5t l'galit plutt qu'aux autres bi5s que la socit leur prs5te3 l'galit =me le c>actre di/9ctif de l'poque o ils viv5t2 cela seul suffit p\r expliqu] qu'ils la prfr5t t\t le re/e4 ,mais1 indp5damm5t de cette raison1 il en e/ plusieurs autres qui1 dans t\s les temps1 port]ont habituellem5t les hommes prfr] l'galit la lib]t4 ,si un peuple p\vait jamais p>v5ir dtruire ou seulem5t dim9u] lui-mme dans son se9 l'galit qui y rgne1 il n'y arriv]ait que p> de longs et pnibles ef=ts4 ,il faudrait qu'il modifit son tat social1 abolt ses lois1 r5\velt ses ides1 *anget ses habitudes1 altrt ses moeurs4 ,mais1 p\r p]dre la lib]t politique1 il suffit de ne pas la ret5ir1 et elle s'*appe4 ,les hommes ne ti5n5t donc pas seulem5t l'galit p>ce qu'elle leur e/ *re2 ils s'y atta*5t encore p>ce qu'ils croi5t qu'elle doit dur] t\j\rs4 ,que la lib]t politique puisse1 dans ses excs1 compromettre la tranquillit1 le patrimo9e1 la vie des p>ticuli]s1 on ne r5contre po9t d'hommes si borns et si lg]s qui ne le dc\vr5t4 ,il n'y a au contraire1 que les g5s att5tifs et clairvoyants qui ap]oiv5t les prils dont l'galit n\s m5ace1 et d'ord9aire ils vit5t de les signal]4 ,ils sav5t que les misres qu'ils r$\t5t sont loignes1 et ils se flatt5t qu'elles n'atte9dront que les gnrations v5ir1 dont la gnration prs5te ne s'inquite gure4 ,les maux que la lib]t amne quelquefois sont immdiats2 ils sont visibles p\r t\s1 et t\s1 plus ou mo9s1 les ress5t5t4 ,les maux que l'extrme galit peut produire ne se manife/5t que peu peu2 ils s'ins9u5t graduellem5t dans le corps social2 on ne les voit que de lo9 en lo91 et au mom5t o ils devi5n5t les plus viol5ts1 l'habitude a dj fait qu'on ne les s5t plus4 ,les bi5s que la lib]t procure ne se montr5t qu' la longue2 et il e/ t\j\rs facile de mconnatre la cause qui les fait natre4 ,les avantages de l'galit se font s5tir ds prs5t1 et *aque j\r on les voit dc\l] de leur s\rce4 ,la lib]t politique donne de temps en temps1 un c]ta9 nombre de citoy5s1 de sublimes plaisirs4 ,l'galit f\rnit *aque j\r une multitude de petites j\issances *aque homme4 ,les *>mes de l'galit se s5t5t t\s mom5ts1 et ils sont la porte de t\s2 les plus nobles coeurs n'y sont pas ins5sibles1 et les mes les plus vulgaires en font leurs dlices4 ,la passion que l'galit fait natre doit donc tre t\t la fois n]gique et gnrale4 ,les hommes ne saurai5t j\ir de la lib]t politique sans l'a*et] p> quelques sacrifices1 et ils ne s'en emp>5t jamais qu'avec beauc\p d'ef=ts4 ,mais les plaisirs que l'galit procure s'(fr5t d'eux-mmes4 ,*acun des petits incid5ts de la vie prive sembl5t les faire natre1 et p\r les gt] il ne faut que vivre4 ,les peuples dmocratiques aim5t l'galit dans t\s les temps1 mais il e/ de c]ta9es poques o ils p\ss5t jusqu'au dlire la passion qu'ils ress5t5t p\r elle4 ,ceci arrive au mom5t o l'anci5ne hir>*ie sociale1 longtemps m5ace1 a*ve de se dtruire1 aprs une d]nire lutte inte/9e1 et que les b>rires qui sp>ai5t les citoy5s sont enf9 r5v]ses4 ,les hommes se prcipit5t alors sur l'galit comme sur une conqute1 et ils s'y atta*5t comme un bi5 prcieux qu'on veut leur ravir4 ,la passion d'galit pntre de t\tes p>ts dans le coeur huma91 elle s'y t5d1 elle le remplit t\t enti]4 ,ne dites po9t aux hommes qu'en se livrant a9si aveuglm5t une passion exclusive1 ils compromett5t leurs intrts les plus *]s2 ils sont s\rds4 ,ne leur montrez pas la lib]t qui s'*appe de leurs ma9s1 t&is qu'ils reg>d5t ailleurs2 ils sont aveugles1 ou plutt ils n'ap]oiv5t dans t\t l'univ]s qu'un seul bi5 digne d'envie4 ,ce qui prcde s'applique t\tes les nations dmocratiques4 ,ce qui suit ne reg>de que n\s-mmes4 ,*ez la plup>t des nations mod]nes1 et en p>ticuli] *ez t\s les peuples du cont95t de l',europe1 le gt et l'ide de la lib]t n'ont comm5c natre et se dvelopp] qu'au mom5t o les conditions comm5ai5t s'galis]1 et comme consqu5ce de cette galit mme4 ,ce sont les rois absolus1 qui ont le plus travaill nivel] les rangs p>mi leurs sujets4 ,*ez ces peuples1 l'galit a prcd la lib]t2 l'galit tait donc un fait anci51 lorsque la lib]t tait encore une *ose n\velle2 l'une avait dj cr des op9ions1 des usages1 des lois qui lui tai5t propres1 lorsque l'autre se produisait seule1 et p\r la premire fois1 au gr& j\r4 ,a9si1 la seconde n'tait encore que dans les ides et dans les gts1 t&is que la premire avait dj pntr dans les habitudes1 s'tait emp>e des moeurs1 et avait donn un t\r p>ticuli] aux mo9dres actions de la vie4 ,comm5t s'tonn] si les hommes de nos j\rs prfr5t l'une l'autre8 ,je p5se que les peuples dmocratiques ont un gt naturel p\r la lib]t2 livrs eux-mmes1 ils la *]*5t1 ils l'aim5t1 et ils ne voi5t qu'avec d\leur qu'on les en c>te4 ,mais ils ont p\r l'galit une passion ard5te1 insatiable1 t]nelle1 inv9cible2 ils veul5t l'galit dans la lib]t1 et1 s'ils ne peuv5t l'obt5ir1 ils la veul5t encore dans l'esclavage4 ,ils s\ffriront la pauvret1 l'ass]vissem5t1 la b>b>ie1 mais ils ne s\ffriront pas l'ari/ocratie4 ,ceci e/ vrai dans t\s les temps1 et surt\t dans le ntre4 ,t\s les hommes et t\s les p\voirs qui v\dront lutt] contre cette puissance irrsi/ible1 s]ont r5v]ss et dtruits p> elle4 ,de nos j\rs1 la lib]t ne peut s'tablir sans son appui1 et le despotisme lui-mme ne saurait rgn] sans elle4 ,,*apitre ,,ii4 ,de l'individualisme dans les pays dmocratiques4 ,j'ai fait voir comm5t1 dans les sicles d'galit1 *aque homme *]*ait en lui-mme ses croyances2 je veux montr] comm5t1 dans les mmes sicles1 il t\rne t\s ses s5tim5ts v]s lui seul4 ,l'individualisme e/ une expression rc5te qu'une ide n\velle a fait natre4 ,nos pres ne connaissai5t que l'gsme4 ,l'gsme e/ un am\r passionn et exagr de soi-mme1 qui porte l'homme ne ri5 rapport] qu' lui seul et se prfr] t\t4 ,l'individualisme e/ un s5tim5t rfl*i et paisible qui dispose *aque citoy5 s'isol] de la masse de ses semblables1 et se retir] l'c>t avec sa famille et ses amis2 de telle sorte que1 aprs s'tre a9si cr une petite socit son usage1 il ab&onne volonti]s la gr&e socit elle-mme4 ,l'gsme nat d'un in/9ct aveugle2 l'individualisme procde d'un jugem5t erron plutt que d'un s5tim5t dprav4 ,il pr5d sa s\rce dans les dfauts de l'esprit autant que dans les vices du coeur4 ,l'gsme dess*e le g]me de t\tes les v]tus2 l'individualisme ne t>it d'abord que la s\rce des v]tus publiques2 mais1 la longue1 il attaque et dtruit t\tes les autres1 et va enf9 s'absorb] dans l'gsme4 ,l'gsme e/ un vice aussi anci5 que le monde4 ,il n'app>ti5t gure plus une =me de socit qu' une autre4 ,l'individualisme e/ d'orig9e dmocratique1 et il m5ace de se dvelopp] mesure que les conditions s'galis5t4 ,*ez les peuples ari/ocratiques1 les familles re/5t p5dant des sicles dans le mme tat1 et s\v5t dans le mme lieu4 ,cela r5d1 p\r a9si dire1 t\tes les gnrations contempora9es4 ,un homme connat presque t\j\rs ses aeux et les respecte2 il croit dj ap]cevoir ses arrire-petits-fils1 et il les aime4 ,il se fait volonti]s des devoirs env]s les uns et les autres1 et il lui arrive frquemm5t de sacrifi] ses j\issances p]sonnelles ces tres qui ne sont plus ou qui ne sont pas encore4 ,les in/itutions ari/ocratiques ont1 de plus1 p\r effet de li] troitem5t *aque homme plusieurs de ses concitoy5s4 ,les classes tant =t di/9ctes et immobiles dans le se9 d'un peuple ari/ocratique1 *acune d'elles devi5t p\r celui qui en fait p>tie une sorte de petite patrie1 plus visible et plus *re que la gr&e4 ,comme1 dans les socits ari/ocratiques1 t\s les citoy5s sont placs po/e fixe1 les uns au-dessus des autres1 il en rsulte encore que *acun d'entre eux ap]oit t\j\rs plus haut que lui un homme dont la protection lui e/ ncessaire1 et plus bas il en dc\vre un autre dont il peut rclam] le conc\rs4 ,les hommes qui viv5t dans les sicles ari/ocratiques sont donc presque t\j\rs lis d'une manire troite quelque *ose qui e/ plac en dehors d'eux1 et ils sont s\v5t disposs s'oubli] eux-mmes4 ,il e/ vrai que1 dans ces mmes sicles1 la notion gnrale du semblable e/ obscure1 et qu'on ne songe gure s'y dv\] p\r la cause de l'humanit2 mais on se sacrifie s\v5t c]ta9s hommes4 ,dans les sicles dmocratiques1 au contraire1 o les devoirs de *aque individu env]s l'espce sont bi5 plus clairs1 le dv\em5t env]s un homme devi5t plus r>e3 le li5 des affections huma9es s't5d et se dess]re4 ,*ez les peuples dmocratiques1 de n\velles familles sort5t sans cesse du nant1 d'autres y retomb5t sans cesse1 et t\tes celles qui demeur5t *ang5t de face2 la trame des temps se rompt t\t mom5t1 et le ve/ige des gnrations s'efface4 ,on oublie aism5t ceux qui v\s ont prcd1 et l'on n'a aucune ide de ceux qui v\s suivront4 ,les plus pro*es seuls intress5t4 ,*aque classe v5ant se rappro*] des autres et s'y ml]1 ses membres devi5n5t indiffr5ts et comme trang]s entre eux4 ,l'ari/ocratie avait fait de t\s les citoy5s une longue *ane qui remontait du paysan au roi3 la dmocratie brise la *ane et met *aque anneau "p4 mesure que les conditions s'galis5t1 il se r5contre un plus gr& nombre d'individus qui1 n'tant plus assez ri*es ni assez puissants p\r ex]c] une gr&e influ5ce sur le sort de leurs semblables1 ont acquis cep5dant ou ont cons]v assez de lumires et de bi5s p\r p\voir se suffire eux-mmes4 ,ceux-l ne doiv5t ri5 p]sonne1 ils n'att5d5t p\r a9si dire ri5 de p]sonne2 ils s'habitu5t se considr] t\j\rs isolm5t1 et ils se figur5t volonti]s que leur de/9e t\t entire e/ entre leurs ma9s4 ,a9si1 non seulem5t la dmocratie fait oubli] *aque homme ses aeux1 mais elle lui ca*e ses desc5dants et le sp>e de ses contempora9s2 elle le ramne sans cesse v]s lui seul1 et m5ace de le r5f]m] enf9 t\t enti] dans la solitude de son propre coeur4 ,,*apitre ,,iii4 ,comm5t l'individualisme e/ plus gr& au sortir d'une rvolution dmocratique qu' une autre poque4 ,c'e/ surt\t au mom5t o une socit dmocratique a*ve de se =m] sur les dbris d'une ari/ocratie1 que cet isolem5t des hommes les uns des autres1 et l'gsme qui en e/ la suite1 frapp5t le plus aism5t les reg>ds4 ,ces socits ne r5f]m5t pas seulem5t un gr& nombre de citoy5s indp5dants1 elles sont j\rnellem5t remplies d'hommes qui1 arrivs d'hi] l'indp5dance1 sont enivrs de leur n\veau p\voir3 ceux-ci conoiv5t une prsomptueuse confiance dans leurs =ces1 et n'imag9ant pas qu'ils puiss5t dsormais avoir beso9 de rclam] le sec\rs de leurs semblables1 ils ne font pas difficult de montr] qu'ils ne song5t qu' eux-mmes4 ,une ari/ocratie ne succombe d'ord9aire qu'aprs une lutte prolonge1 durant laquelle il s'e/ allum entre les diffr5tes classes des ha9es implacables4 ,ces passions surviv5t la victoire2 et l'on peut en suivre la trace au milieu de la confusion dmocratique qui lui succde4 ,ceux d'entre les citoy5s qui tai5t les premi]s dans la hir>*ie dtruite ne peuv5t oubli] aussitt leur anci5ne gr&eur2 longtemps ils se considr5t comme des trang]s au se9 de la socit n\velle4 ,ils voi5t dans t\s les gaux que cette socit leur donne des oppresseurs1 dont la de/9e ne saurait excit] la sympa?ie2 ils ont p]du de vue leurs anci5s gaux1 et ne se s5t5t plus lis p> un intrt commun leur sort2 *acun1 se retirant "p1 se croit donc rduit ne s'occup] que de lui-mme4 ,ceux1 au contraire1 qui jadis tai5t placs au bas de l'*elle sociale1 et qu'une rvolution s\da9e a rappro*s du commun niveau1 ne j\iss5t qu'avec une sorte d'inquitude secrte de l'indp5dance n\vellem5t acquise2 s'ils retr\v5t leurs cts quelques uns de leurs anci5s suprieurs1 ils jett5t sur eux des reg>ds de triomphe et de cra9te1 et s'en c>t5t4 ,c'e/ donc ord9airem5t l'orig9e des socits dmocratiques que les citoy5s se montr5t le plus disposs s'isol]4 ,la dmocratie porte les hommes ne pas se rappro*] de leurs semblables2 mais les rvolutions dmocratiques les dispos5t se fuir1 et p]ptu5t au se9 de l'galit les ha9es que l'9galit a fait natre4 ,le gr& avantage des ,amrica9s e/ d'tre arrivs la dmocratie sans avoir s\ffrir de rvolutions dmocratiques1 et d'tre ns gaux au lieu de le dev5ir4 ,,*apitre ,,iv4 ,comm5t les ,amrica9s combatt5t l'individualisme p> des in/itutions libres4 ,le despotisme1 qui1 de sa nature1 e/ cra9tif1 voit dans l'isolem5t des hommes le gage le plus c]ta9 de sa propre dure1 et il met d'ord9aire t\s ses so9s les isol]4 ,il n'e/ pas de vice du coeur huma9 qui lui agre autant que l'gsme3 un despote p>donne aism5t aux g\v]ns de ne po9t l'aim]1 p\rvu qu'ils ne s'aim5t pas entre eux4 ,il ne leur dem&e pas de l'aid] conduire l'tat2 c'e/ assez qu'ils ne prt5d5t po9t le dirig] eux-mmes4 ,il appelle esprits turbul5ts et inquiets ceux qui prt5d5t unir leurs ef=ts p\r crer la prosprit commune1 et *angeant le s5s naturel des mots1 il nomme bons citoy5s ceux qui se r5f]m5t troitem5t en eux-mmes4 ,a9si1 les vices que le despotisme fait natre sont prcism5t ceux que l'galit favorise4 ,ces deux *oses se complt5t et s'entr'aid5t d'une manire fune/e4 ,l'galit place les hommes ct les uns des autres1 sans li5 commun qui les reti5ne4 ,le despotisme lve des b>rires entre eux et les sp>e4 ,elle les dispose ne po9t song] leurs semblables1 et il leur fait une sorte de v]tu publique de l'indiffr5ce4 ,le despotisme1 qui e/ dang]eux dans t\s les temps1 e/ donc p>ticulirem5t cra9dre dans les sicles dmocratiques4 ,il e/ facile de voir que dans ces mmes sicles les hommes ont un beso9 p>ticuli] de la lib]t4 ,lorsque les citoy5s sont =cs de s'occup] des affaires publiques1 ils sont tirs ncessairem5t du milieu de leurs intrts individuels et arra*s1 de temps autre1 la vue d'eux-mmes4 ,du mom5t o l'on traite en commun les affaires communes1 *aque homme ap]oit qu'il n'e/ pas aussi indp5dant de ses semblables qu'il se le figurait d'abord1 et que1 p\r obt5ir leur appui1 il faut s\v5t leur prt] son conc\rs4 ,qu& le public g\v]ne1 il n'y a pas d'homme qui ne s5te le prix de la bi5veillance publique et qui ne *]*e la captiv] en s'attirant l'e/ime et l'affection de ceux au milieu desquels il doit vivre4 ,plusieurs des passions qui glac5t les coeurs et les divis5t sont alors obliges de se retir] au fond de l'me et de s'y ca*]4 ,l'orgueil se dissimule2 le mpris n'ose se faire j\r4 ,l'gsme a peur de lui-mme4 ,s\s un g\v]nem5t libre1 la plup>t des fonctions publiques tant lectives1 les hommes que la hauteur de leur me ou l'inquitude de leurs dsirs mett5t l'troit dans la vie prive1 s5t5t *aque j\r qu'ils ne peuv5t se pass] de la population qui les environne4 ,il arrive alors que l'on songe ses semblables p> ambition1 et que s\v5t on tr\ve en quelque sorte son intrt s'oubli] soi-mme4 ,je sais qu'on peut m'oppos] ici t\tes les intrigues qu'une lection fait natre2 les moy5s honteux dont les c&idats se s]v5t s\v5t et les calomnies que leurs ennemis rp&5t4 ,ce sont l des occasions de ha9e1 et elles se reprs5t5t d'autant plus s\v5t que les lections devi5n5t plus frqu5tes4 ,ces maux sont gr&s sans d\te1 mais ils sont passag]s1 t&is que les bi5s qui naiss5t avec eux demeur5t4 ,l'envie d'tre lu peut port] mom5tanm5t c]ta9s hommes se faire la gu]re2 mais ce mme dsir porte la longue t\s les hommes se prt] un mutuel appui2 et1 s'il arrive qu'une lection divise accid5tellem5t deux amis1 le sy/me lectoral rappro*e d'une manire p]man5te une multitude de citoy5s qui s]ai5t t\j\rs re/s trang]s les uns aux autres4 ,la lib]t cre des ha9es p>ticulires2 mais le despotisme fait natre l'indiffr5ce gnrale4 ,les ,amrica9s ont combattu p> la lib]t l'individualisme que l'galit faisait natre1 et ils l'ont va9cu4 ,les lgislateurs de l',amrique n'ont pas cru que1 p\r gurir une maladie si naturelle au corps social dans les temps dmocratiques et si fune/e1 il suffisait d'accord] la nation t\t entire une reprs5tation d'elle-mme2 ils ont p5s que de plus il conv5ait de donn] une vie politique *aque portion du t]ritoire1 af9 de multipli] l'inf9i1 p\r les citoy5s1 les occasions d'agir ensemble1 et de leur faire s5tir t\s les j\rs qu'ils dp5d5t les uns des autres4 ,c'tait se conduire avec sagesse4 ,les affaires gnrales d'un pays n'occup5t que les pr9cipaux citoy5s4 ,ceux-l ne se rassembl5t que de lo9 en lo9 dans les mmes lieux2 et comme il arrive s\v5t qu'ensuite ils se p]d5t de vue1 il ne s'tablit pas entre eux de li5s durables4 ,mais qu& il s'agit de faire rgl] les affaires p>ticulires d'un canton p> les hommes qui l'habit5t1 les mmes individus sont t\j\rs en contact1 et ils sont en quelque sorte =cs de se connatre et de se complaire4 ,on tire difficilem5t un homme de lui-mme p\r l'intress] la de/9e de t\t l'tat1 p>ce qu'il compr5d mal l'influ5ce que la de/9e de l'tat peut ex]c] sur son sort4 ,mais faut-il faire pass] un *em9 au b\t de son doma9e1 il v]ra d'un premi] c\p d'oeil qu'il se r5contre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus gr&es affaires prives1 et il dc\vrira1 sans qu'on le lui montre1 le li5 troit qui unit ici l'intrt p>ticuli] l'intrt gnral4 ,c'e/ donc en *>geant les citoy5s de l'adm9i/ration des petites affaires1 bi5 plus qu'en leur livrant le g\v]nem5t des gr&es1 qu'on les intresse au bi5 public1 et qu'on leur fait voir le beso9 qu'ils ont sans cesse les uns des autres p\r le produire4 ,on peut1 p> une action d'clat1 captiv] t\t c\p la faveur d'un peuple2 mais1 p\r gagn] l'am\r et le respect de la population qui v\s ent\re1 il faut une longue succession de petits s]vices r5dus1 de bons (fices obscurs1 une habitude con/ante de bi5veillance et une rputation bi5 tablie de ds9tressem5t4 ,les lib]ts locales1 qui font qu'un gr& nombre de citoy5s mett5t du prix l'affection de leurs vois9s et de leurs pro*es1 ramn5t donc sans cesse les hommes les uns v]s les autres1 en dpit des in/9cts qui les sp>5t1 et les =c5t s'entr'aid]4 ,aux tats-,unis1 les plus opul5ts citoy5s ont bi5 so9 de ne po9t s'isol] du peuple2 au contraire1 ils s'en rappro*5t sans cesse1 ils l'c\t5t volonti]s1 et lui p>l5t t\s les j\rs4 ,ils sav5t que les ri*es des dmocraties ont t\j\rs beso9 des pauvres1 et que dans les temps dmocratiques on s'atta*e le pauvre p> les manires plus que p> les bi5faits4 ,la gr&eur mme des bi5faits1 qui met en lumire la diffr5ce des conditions1 cause une irritation secrte ceux qui en pr(it5t2 mais la simplicit des manires a des *>mes presque irrsi/ibles3 leur famili>it entrane1 et leur grossiret mme ne dplat pas t\j\rs4 ,ce n'e/ pas du premi] c\p que cette vrit pntre dans l'esprit des ri*es4 ,ils y rsi/5t d'ord9aire tant que dure la rvolution dmocratique1 et ils ne l'admett5t mme po9t aussitt aprs que cette rvolution e/ accomplie4 ,ils cons5t5t volonti]s faire du bi5 au peuple2 mais ils veul5t cont9u] le t5ir soigneusem5t di/ance4 ,ils croi5t que cela suffit2 ils se tromp5t4 ,ils se ru9]ai5t a9si sans r*auff] le coeur de la population qui les environne4 ,ce n'e/ pas le sacrifice de leur arg5t qu'elle leur dem&e2 c'e/ celui de leur orgueil4 ,on dirait qu'aux tats-,unis il n'y a pas d'imag9ation qui ne s'puise inv5t] des moy5s d'accrotre la ri*esse et de satisfaire les beso9s du public4 ,les habitants les plus clairs de *aque canton se s]v5t sans cesse de leurs lumires p\r dc\vrir des secrets n\veaux propres accrotre la prosprit commune2 et1 lorsqu'ils en ont tr\v quelques uns1 ils se ht5t de les livr] la f\le4 ,en exam9ant de prs les vices et les faiblesses que font voir s\v5t en ,amrique ceux qui g\v]n5t1 on s'tonne de la prosprit croissante du peuple1 et on a tort4 ,ce n'e/ po9t le magi/rat lu qui fait prospr] la dmocratie amrica9e2 mais elle prospre p>ce que le magi/rat e/ lectif4 ,il s]ait inju/e de croire que le patriotisme des ,amrica9s et le zle que montre *acun d'eux p\r le bi5-tre de ses concitoy5s n'ai5t ri5 de rel4 ,quoique l'intrt priv dirige1 aux tats-,unis aussi bi5 qu'ailleurs1 la plup>t des actions huma9es1 il ne les rgle pas t\tes4 ,je dois dire que j'ai s\v5t vu des ,amrica9s faire de gr&s et vritables sacrifices la *ose publique1 et j'ai rem>qu c5t fois qu'au beso9 ils ne manquai5t presque jamais de se prt] un fidle appui les uns aux autres4 ,les in/itutions libres que possd5t les habitants des tats-,unis1 et les droits politiques dont ils font tant d'usage1 rappell5t sans cesse1 et de mille manires1 *aque citoy5 qu'il vit en socit4 ,elles ramn5t t\s mom5ts son esprit v]s cette ide1 que le devoir aussi bi5 que l'intrt des hommes e/ de se r5dre utiles leurs semblables2 et comme il ne voit aucun sujet p>ticuli] de les har1 puisqu'il n'e/ jamais ni leur esclave ni leur matre1 son coeur p5*e aism5t du ct de la bi5veillance4 ,on s'occupe d'abord de l'intrt gnral p> ncessit1 et puis p> *oix2 ce qui tait calcul devi5t in/9ct2 et1 =ce de travaill] au bi5 de ses concitoy5s1 on pr5d enf9 l'habitude et le gt de les s]vir4 ,beauc\p de g5s en ,france considr5t l'galit des conditions comme un premi] mal1 et la lib]t politique comme un second4 ,qu& ils sont obligs de subir l'une1 ils s'ef=c5t du mo9s d'*app] l'autre4 ,et moi je dis que1 p\r combattre les maux que l'galit peut produire1 il n'y a qu'un remde efficace3 c'e/ la lib]t politique4 ,,*apitre ,v4 ,de l'usage que les ,amrica9s font de l'association dans la vie civile4 ,je ne veux po9t p>l] de ces associations politiques l'aide desquelles les hommes *]*5t se df5dre contre l'action despotique d'une majorit ou contre les empitem5ts du p\voir royal4 ,j'ai dj trait ce sujet ailleurs4 ,il e/ clair que si *aque citoy51 mesure qu'il devi5t individuellem5t plus faible1 et p> consqu5t plus incapable de prs]v] isolm5t sa lib]t1 n'appr5ait pas l'art de s'unir ses semblables p\r la df5dre1 la tyrannie crotrait ncessairem5t avec l'galit4 ,il ne s'agit ici que des associations qui se =m5t dans la vie civile1 et dont l'objet n'a ri5 de politique4 ,les associations politiques qui exi/5t aux tats-,unis ne =m5t qu'un dtail au milieu de l'imm5se tableau que l'ensemble des associations y prs5te4 ,les ,amrica9s de t\s les ges1 de t\tes les conditions1 de t\s les esprits1 s'uniss5t sans cesse4 ,non seulem5t ils ont des associations comm]ciales et indu/rielles auxquelles t\s pr5n5t "p2 mais ils en ont encore de mille autres espces3 de religieuses1 de morales1 de graves1 de futiles1 de =t gnrales et de trs-p>ticulires1 d'imm5ses et de =t petites2 les ,amrica9s s'associ5t p\r donn] des ftes1 fond] des sm9aires1 btir des aub]ges1 lev] des glises1 rp&re des livres1 envoy] des missionnaires aux antipodes2 ils crent de cette manire des hpitaux1 des prisons1 des coles4 ,s'agit-il enf9 de mettre en lumire une vrit1 ou de dvelopp] un s5tim5t p> l'appui d'un gr& exemple3 ils s'associ5t4 ,p>t\t o1 la tte d'une entreprise n\velle1 v\s voyez en ,france le g\v]nem5t1 et en ,anglet]re un gr& seigneur1 comptez que v\s ap]cevrez aux tats-,unis une association4 ,j'ai r5contr en ,amrique des sortes d'associations dont je confesse que je n'avais pas mme l'ide1 et j'ai s\v5t admir l'art inf9i avec lequel les habitants des tats-,unis p>v5ai5t fix] un b commun aux ef=ts d'un gr& nombre d'hommes1 et les y faire m>*] librem5t4 ,j'ai p>c\ru depuis l',anglet]re1 o les ,amrica9s ont pris quelques unes de leurs lois et beauc\p de leurs usages1 et il m'a p>u qu'on tait =t lo9 d'y faire un aussi con/ant et un aussi habile emploi de l'association4 ,il arrive s\v5t que des ,anglais excut5t isolm5t de trs-gr&es *oses1 t&is qu'il n'e/ gure de si petite entreprise p\r laquelle les ,amrica9s ne s'uniss5t4 ,il e/ vid5t que les premi]s considr5t l'association comme un puissant moy5 d'action2 mais les autres sembl5t y voir le seul moy5 qu'ils ai5t d'agir4 ,a9si le pays le plus dmocratique de la t]re se tr\ve tre celui de t\s o les hommes ont le plus p]fectionn de nos j\rs l'art de p\rsuivre en commun l'objet de leurs communs dsirs1 et ont appliqu au plus gr& nombre d'objets cette sci5ce n\velle4 ,ceci rsulte-t-il d'un accid5t1 ou s]ait-ce qu'il exi/e en effet un rapport ncessaire entre les associations et l'galit8 ,les socits ari/ocratiques r5f]m5t t\j\rs dans leur se91 au milieu d'une multitude d'individus qui ne peuv5t ri5 p> eux-mmes1 un petit nombre de citoy5s trs-puissants et trs-ri*es2 *acun de ceux-ci peut excut] lui seul de gr&es entreprises4 ,dans les socits ari/ocratiques1 les hommes n'ont pas beso9 de s'unir p\r agir1 p>ce qu'ils sont ret5us =tem5t ensemble4 ,*aque citoy51 ri*e et puissant1 y =me comme la tte d'une association p]man5te et =ce qui e/ compose de t\s ceux qu'il ti5t dans sa dp5dance et qu'il fait conc\rir l'excution de ses desse9s4 ,*ez les peuples dmocratiques1 au contraire1 t\s les citoy5s sont indp5dants et faibles2 ils ne peuv5t presque ri5 p> eux-mmes1 et aucun d'entre eux ne saurait oblig] ses semblables lui prt] leur conc\rs4 ,ils tomb5t donc t\s dans l'impuissance s'ils n'appr5n5t s'aid] librem5t4 ,si les hommes qui viv5t dans les pays dmocratiques n'avai5t ni le droit1 ni le gt de s'unir dans des buts politiques1 leur indp5dance c\rrait de gr&s has>ds2 mais ils p\rrai5t cons]v] longtemps leurs ri*esses et leurs lumires2 t&is que s'ils n'acqurai5t po9t l'usage de s'associ] dans la vie ord9aire1 la civilisation elle-mme s]ait en pril4 ,un peuple *ez lequel les p>ticuli]s p]drai5t le p\voir de faire isolm5t de gr&es *oses sans acqurir la facult de les produire en commun ret\rn]ait bi5tt v]s la b>b>ie4 ,malheureusem5t le mme tat social qui r5d les associations si ncessaires aux peuples dmocratiques les leur r5d plus difficiles qu' t\s les autres4 ,lorsque plusieurs membres d'une ari/ocratie veul5t s'associ] ils russiss5t aism5t le faire4 ,comme *acun d'eux apporte une gr&e =ce dans la socit1 le nombre des socitaires peut tre =t petit1 et1 lorsque les socitaires sont en petit nombre1 il leur e/ trs-facile de se connatre1 de se compr5dre et d'tablir des rgles fixes4 ,la mme facilit ne se r5contre pas *ez les nations dmocratiques1 o il faut t\j\rs que les associs soi5t trs-nombreux p\r que l'association ait quelque puissance4 ,je sais qu'il y a beauc\p de mes contempora9s que ceci n'emb>rasse po9t4 ,ils prt5d5t qu' mesure que les citoy5s devi5n5t plus faibles1 et plus incapables1 il faut r5dre le g\v]nem5t plus habile et plus actif1 af9 que la socit puisse excut] ce que les individus ne peuv5t plus faire4 ,ils croi5t avoir rpondu t\t en disant cela4 ,mais je p5se qu'ils se tromp5t4 ,un g\v]nem5t p\rrait t5ir lieu de quelques unes des plus gr&es associations amrica9es1 et1 dans le se9 de l',union1 plusieurs tats p>ticuli]s l'ont dj t5t4 ,mais quel p\voir politique s]ait jamais en tat de suffire la multitude innombrable de petites entreprises que les citoy5s amrica9s excut5t t\s les j\rs l'aide de l'association8 ,il e/ facile de prvoir que le temps appro*e o l'homme s]a de mo9s en mo9s en tat de produire p> lui seul les *oses les plus communes et les plus ncessaires sa vie4 ,la t*e du p\voir social s'accrotra donc sans cesse1 et ses ef=ts mmes la r5dront *aque j\r plus va/e4 ,plus il se mettra la place des associations1 et plus les p>ticuli]s1 p]dant l'ide de s'associ]1 auront beso9 qu'ils vi5n5t leur aide3 ce sont des causes et des effets qui s'eng5dr5t sans repos4 ,l'adm9i/ration publique f9ira-t-elle p> dirig] t\tes les indu/ries auxquelles un citoy5 isol ne peut suffire8 et s'il arrive enf9 un mom5t o1 p> une consqu5ce de l'extrme division de la proprit foncire1 la t]re se tr\ve p>tage l'inf9i1 de sorte qu'elle ne puisse plus tre cultive que p> des associations de lab\reurs1 faudra-t-il que le *ef du g\v]nem5t quitte le timon de l'tat p\r v5ir t5ir la *>rue8 ,la morale et l'intellig5ce d'un peuple dmocratique ne c\rrai5t pas de mo9dres dang]s que son ngoce et son indu/rie1 si le g\v]nem5t v5ait y pr5dre p>t\t la place des associations4 ,les s5tim5ts et les ides ne se r5\vell5t1 le coeur ne s'agr&it1 et l'esprit huma9 ne se dveloppe que p> l'action rciproque des hommes les uns sur les autres4 ,j'ai fait voir que cette action e/ presque nulle dans les pays dmocratiques4 ,il faut donc l'y crer artificiellem5t4 ,et c'e/ ce que les associations seules peuv5t faire4 ,qu& les membres d'une ari/ocratie adopt5t une ide neuve1 ou conoiv5t un s5tim5t n\veau1 ils les plac5t1 en quelque sorte1 ct d'eux sur le gr& ?tre o ils sont eux-mmes1 et1 les exposant a9si aux reg>ds de la f\le1 ils les introduis5t aism5t dans l'esprit ou le coeur de t\s ceux qui les environn5t4 ,dans les pays dmocratiques il n'y a que le p\voir social qui soit naturellem5t en tat d'agir a9si1 mais il e/ facile de voir que son action e/ t\j\rs insuffisante et s\v5t dang]euse4 ,un g\v]nem5t ne saurait pas plus suffire entret5ir seul et r5\vel] la circulation des s5tim5ts et des ides *ez un gr& peuple1 qu' y conduire t\tes les entreprises indu/rielles4 ,ds qu'il essai]a de sortir de la sphre politique p\r se jet] dans cette n\velle voie1 il ex]c]a1 mme sans le v\loir1 une tyrannie insupportable2 c>1 un g\v]nem5t ne sait que dict] des rgles prcises2 il impose les s5tim5ts et les ides qu'il favorise1 et il e/ t\j\rs malais de disc]n] ses conseils de ses ordres4 ,ce s]a bi5 pis encore s'il se croit rellem5t intress ce que ri5 ne remue4 ,il se ti5dra alors immobile1 et se laiss]a appesantir p> un sommeil volontaire4 ,il e/ donc ncessaire qu'il n'agisse pas seul4 ,ce sont les associations qui1 *ez les peuples dmocratiques1 doiv5t t5ir lieu des p>ticuli]s puissants que l'galit des conditions a fait disp>atre4 ,sitt que plusieurs des habitants des tats-,unis ont conu un s5tim5t ou une ide qu'ils veul5t produire dans le monde1 ils se *]*5t1 et1 qu& ils se sont tr\vs1 ils s'uniss5t4 ,ds lors ce ne sont plus des hommes isols1 mais une puissance qu'on voit de lo91 et dont les actions s]v5t d'exemple2 qui p>le1 et qu'on c\te4 ,la premire fois que j'ai ent5du dire aux tats-,unis que c5t mille hommes s'tai5t engags publiquem5t ne pas faire usage de liqueurs =tes1 la *ose m'a p>u plus plaisante que srieuse1 et je n'ai pas bi5 vu d'abord p\rquoi ces citoy5s si temprants ne se cont5tai5t po9t de boire de l'eau dans l'intrieur de leur famille4 ,j'ai f9i p> compr5dre que ces c5t mille ,amrica9s1 effrays des progrs que faisait aut\r d'eux l'ivrogn]ie1 avai5t v\lu accord] la sobrit leur patronage4 ,ils avai5t agi prcism5t comme un gr& seigneur qui se vtirait trs-unim5t af9 d'inspir] aux simples citoy5s le mpris du luxe4 ,il e/ croire que si ces c5t mille hommes euss5t vcu en ,france1 *acun d'eux se s]ait adress individuellem5t au g\v]nem5t1 p\r le pri] de surveill] les cab>ets sur t\te la surface du royaume4 ,il n'y a ri51 suivant moi1 qui mrite plus d'attir] nos reg>ds que les associations intellectuelles et morales de l',amrique4 ,les associations politiques et indu/rielles des ,amrica9s tomb5t aism5t s\s nos s5s2 mais les autres n\s *app5t2 et1 si n\s les dc\vrons1 n\s les compr5ons mal1 p>ce que n\s n'avons presque jamais vu ri5 d'analogue4 ,on doit reconnatre cep5dant qu'elles sont aussi ncessaires que les premires au peuple amrica91 et peut-tre plus4 ,dans les pays dmocratiques1 la sci5ce de l'association e/ la sci5ce-mre2 le progrs de t\tes les autres dp5d des progrs de celle-l4 ,p>mi les lois qui rgiss5t les socits huma9es1 il y en a une qui semble plus prcise et plus claire que t\tes les autres4 ,p\r que les hommes re/5t civiliss ou le devi5n5t1 il faut que p>mi eux l'art de s'associ] se dveloppe et se p]fectionne dans le mme rapport que l'galit des conditions s'accrot4 ,,*apitre ,,vi4 ,du rapport des associations et des j\rnaux4 ,lorsque les hommes ne sont plus lis entre eux d'une manire solide et p]man5te on ne saurait obt5ir d'un gr& nombre d'agir en commun1 mo9s de p]suad] *acun de ceux dont le conc\rs e/ ncessaire que son intrt p>ticuli] l'oblige unir volontairem5t ses ef=ts aux ef=ts de t\s les autres4 ,cela ne peut se faire habituellem5t et commodm5t qu' l'aide d'un j\rnal2 il n'y a qu'un j\rnal qui puisse v5ir dpos] au mme mom5t dans mille esprits la mme p5se4 ,un j\rnal e/ un conseill] qu'on n'a pas beso9 d'all] *]*]1 mais qui se prs5te de lui-mme1 et qui v\s p>le t\s les j\rs et brivem5t de l'affaire commune1 sans v\s drang] de vos affaires p>ticulires4 ,les j\rnaux devi5n5t donc plus ncessaires mesure que les hommes sont plus gaux et l'individualisme plus cra9dre4 ,ce s]ait dim9u] leur importance que de croire qu'ils ne s]v5t qu' g>antir la lib]t2 ils ma9ti5n5t la civilisation4 ,je ne ni]ai po9t que1 dans les pays dmocratiques1 les j\rnaux ne port5t s\v5t les citoy5s faire en commun des entreprises =t inconsidres2 mais s'il n'y avait pas de j\rnaux1 il n'y aurait presque pas d'action commune4 ,le mal qu'ils produis5t e/ donc bi5 mo9dre que celui qu'ils guriss5t4 ,un j\rnal n'a pas seulem5t p\r effet de suggr] un gr& nombre d'hommes un mme desse92 il leur f\rnit les moy5s d'excut] en commun les desse9s qu'ils aurai5t conu d'eux-mmes4 ,les pr9cipaux citoy5s qui habit5t un pays ari/ocratique s'ap]oiv5t de lo92 et s'ils veul5t runir leurs =ces1 ils m>*5t les uns v]s les autres1 entranant une multitude leur suite4 ,il arrive s\v5t1 au contraire1 dans les pays dmocratiques1 qu'un gr& nombre d'hommes qui ont le dsir ou le beso9 de s'associ] ne peuv5t le faire1 p>ce qu'tant t\s =t petits et p]dus dans la f\le1 ils ne se voi5t po9t et ne sav5t o se tr\v]4 ,survi5t un j\rnal qui expose aux reg>ds le s5tim5t ou l'ide qui s'tait prs5te simultanm5t1 mais sp>m5t1 *acun d'entre eux4 ,t\s se dirig5t aussitt v]s cette lumire1 et ces esprits errants1 qui se *]*ai5t depuis longtemps dans les tnbres1 se r5contr5t enf9 et s'uniss5t4 ,le j\rnal les a rappro*s1 et il cont9ue leur tre ncessaire p\r les t5ir ensemble4 ,p\r que *ez un peuple dmocratique une association ait quelque puissance1 il faut qu'elle soit nombreuse4 ,ceux qui la compos5t sont donc dissm9s sur un gr& espace1 et *acun d'entre eux e/ ret5u dans le lieu qu'il habite p> la mdiocrit de sa =tune et p> la multitude des petits so9s qu'elle exige4 ,il leur faut tr\v] un moy5 de se p>l] t\s les j\rs sans se voir1 et de m>*] d'accord sans s'tre runis4 ,a9si il n'y a gure d'association dmocratique qui puisse se pass] d'un j\rnal4 ,il exi/e donc un rapport ncessaire entre les associations et les j\rnaux3 les j\rnaux font les associations1 et les associations font les j\rnaux2 et1 s'il a t vrai de dire que les associations doiv5t se multipli] mesure que les conditions s'galis5t1 il n'e/ pas mo9s c]ta9 que le nombre des j\rnaux s'accrot mesure que les associations se multipli5t4 ,aussi1 l',amrique e/-elle le pays du monde o l'on r5contre la fois le plus d'associations et le plus de j\rnaux4 ,cette relation entre le nombre des j\rnaux et celui des associations1 n\s conduit en dc\vrir une autre entre l'tat de la presse priodique et la =me de l'adm9i/ration du pays1 et n\s appr5d que le nombre des j\rnaux doit dim9u] ou crotre *ez un peuple dmocratique1 proportion que la c5tralisation adm9i/rative e/ plus ou mo9s gr&e4 ,c>1 *ez les peuples dmocratiques1 on ne saurait confi] l'ex]cice des p\voirs locaux aux pr9cipaux citoy5s comme dans les ari/ocraties4 ,il faut abolir ces p\voirs ou en remettre l'usage un trs-gr& nombre d'hommes4 ,ceux-l =m5t une vritable association tablie d'une manire p]man5te p> la loi p\r l'adm9i/ration d'une portion du t]ritoire1 et ils ont beso9 qu'un j\rnal vi5ne les tr\v] *aque j\r au milieu de leurs petites affaires1 et leur appr5ne en quel tat se tr\ve l'affaire publique4 ,plus les p\voirs locaux sont nombreux1 plus le nombre de ceux que la loi appelle les ex]c] e/ gr&1 et plus1 cette ncessit se faisant s5tir t\s mom5ts1 les j\rnaux pullul5t4 ,c'e/ le fractionnem5t extraord9aire du p\voir adm9i/ratif1 bi5 plus encore que la gr&e lib]t politique et l'indp5dance absolue de la presse1 qui multiplie si s+ulirem5t le nombre des j\rnaux en ,amrique4 ,si t\s les habitants de l',union tai5t lecteurs1 s\s l'empire d'un sy/me qui born]ait leur droit lectoral au *oix des lgislateurs de l'tat1 ils n'aurai5t beso9 que d'un petit nombre de j\rnaux1 p>ce qu'ils n'aurai5t que quelques occasions trs-importantes1 mais trs-r>es1 d'agir ensemble2 mais1 au d$ans de la gr&e association nationale1 la loi a tabli dans *aque prov9ce1 dans *aque cit1 et p\r a9si dire dans *aque village1 de petites associations ayant p\r objet l'adm9i/ration locale4 ,le lgislateur a =c de cette manire *aque ,amrica9 de conc\rir j\rnellem5t avec quelques uns de ses concitoy5s une oeuvre commune1 et il faut *acun d'eux un j\rnal p\r lui appr5dre ce que font t\s les autres4 ,je p5se qu'un peuple dmocratique#c qui n'aurait po9t de reprs5tation nationale1 mais un gr& nombre de petits p\voirs locaux1 f9irait p> possd] plus de j\rnaux qu'un autre *ez lequel une adm9i/ration c5tralise exi/]ait ct d'une lgislature lective4 ,ce qui m'explique le mieux le dveloppem5t prodigieux qu'a pris aux tats-,unis la presse quotidi5ne1 c'e/ que je vois *ez les ,amrica9s la plus gr&e lib]t nationale s'y comb9] avec des lib]ts locales de t\tes espces4 ,note #c3 ,je dis un peuple dmocratique4 ,l'adm9i/ration peut tre trs dc5tralise *ez un peuple ari/ocratique1 sans que le beso9 des j\rnaux se fasse s5tir1 p>ce que les p\voirs locaux sont alors dans les ma9s d'un trs petit nombre d'hommes qui agiss5t isolm5t ou qui se connaiss5t et peuv5t aism5t se voir et s'ent5dre4 ,on croit gnralem5t en ,france et en ,anglet]re qu'il suffit d'abolir les impts qui ps5t sur la presse1 p\r augm5t] indf9im5t les j\rnaux4 ,c'e/ exagr] beauc\p les effets d'une semblable r=me4 ,les j\rnaux ne se multipli5t pas seulem5t suivant le bon m>*1 mais suivant le beso9 plus ou mo9s rpt qu'un gr& nombre d'hommes ont de communiqu] ensemble et d'agir en commun4 ,j'attribu]ais galem5t la puissance croissante des j\rnaux des raisons plus gnrales que celles dont on se s]t s\v5t p\r l'expliqu]4 ,un j\rnal ne peut subsi/] qu' la condition de reproduire une doctr9e ou un s5tim5t commun un gr& nombre d'hommes4 ,un j\rnal reprs5te donc t\j\rs une association dont ses lecteurs habituels sont les membres4 ,cette association peut tre plus ou mo9s df9ie1 plus ou mo9s troite1 plus ou mo9s nombreuse2 mais elle exi/e au mo9s en g]me dans les esprits1 p> cela seul que le j\rnal ne meurt pas4 ,ceci n\s mne une d]nire rflexion qui t]m9]a ce *apitre4 ,plus les conditions devi5n5t gales1 mo9s les hommes sont individuellem5t =ts1 plus ils se laiss5t aism5t all] au c\rant de la f\le1 et ont de pe9e se t5ir seuls dans une op9ion qu'elle ab&onne4 ,le j\rnal reprs5te l'association2 l'on peut dire qu'il p>le *acun de ses lecteurs au nom de t\s les autres1 et il les entrane d'autant plus aism5t qu'ils sont individuellem5t plus faibles4 ,l'empire des j\rnaux doit donc crotre mesure que les hommes s'galis5t4 ,,*apitre ,,vii4 ,rapport des associations civiles et des associations politiques4 ,il n'y a qu'une nation sur la t]re o l'on use *aque j\r de la lib]t illimite de s'associ] dans des vues politiques4 ,cette mme nation e/ la seule dans le monde dont les citoy5s ai5t imag9 de faire un cont9uel usage du droit d'association dans la vie civile1 et soi5t p>v5us se procur] de cette manire t\s les bi5s que la civilisation peut (frir4 ,*ez t\s les peuples o l'association politique e/ int]dite l'association civile e/ r>e4 ,il n'e/ gure probable que ceci soit le rsultat d'un accid5t2 mais on doit plutt en conclure qu'il exi/e un rapport naturel et peut-tre ncessaire entre ces deux g5res d'associations4 ,des hommes ont p> has>d un intrt commun dans une c]ta9e affaire4 ,il s'agit d'une entreprise comm]ciale dirig]1 d'une opration indu/rielle conclure2 ils se r5contr5t et s'uniss5t2 ils se famili>is5t peu peu de cette manire avec l'association4 ,plus le nombre de ces petites affaires communes augm5te1 et plus les hommes acquir5t1 leur insu mme1 la facult de p\rsuivre en commun les gr&es4 ,les associations civiles facilit5t donc les associations politiques2 mais1 d'une autre "p1 l'association politique dveloppe et p]fectionne s+ulirem5t l'association civile4 ,dans la vie civile *aque homme peut1 la rigueur1 se figur] qu'il e/ en tat de se suffire4 ,en politique1 il ne saurait jamais l'imag9]4 ,qu& un peuple a une vie publique1 l'ide de l'association et l'envie de s'associ] se prs5t5t donc *aque j\r l'esprit de t\s les citoy5s3 quelque rpugnance naturelle que les hommes ai5t agir en commun1 ils s]ont t\j\rs prts le faire dans l'intrt d'un p>ti4 ,a9si la politique gnralise le gt et l'habitude de l'association2 elle fait dsir] de s'unir et appr5d l'art de le faire une f\le d'hommes qui aurai5t t\j\rs vcu seuls4 ,la politique ne fait pas seulem5t natre beauc\p d'associations1 elle cre des associations trs-va/es4 ,dans la vie civile il e/ r>e qu'un mme intrt attire naturellem5t v]s une action commune un gr& nombre d'hommes4 ,ce n'e/ qu'avec beauc\p d'art qu'on p>vi5t en crer un semblable4 ,en politique l'occasion s'en (fre t\s mom5ts d'elle-mme4 ,or1 ce n'e/ que dans de gr&es associations que la valeur gnrale de l'association se manife/e4 ,des citoy5s individuellem5t faibles ne se font pas d'avance une ide claire de la =ce qu'ils peuv5t acqurir en s'unissant2 il faut qu'on le leur montre p\r qu'ils le compr5n5t4 ,de l vi5t qu'il e/ s\v5t plus facile de rassembl] dans un b commun une multitude que quelques hommes2 mille citoy5s ne voy5t po9t l'intrt qu'ils ont s'unir2 dix mille l'ap]oiv5t4 ,en politique1 les hommes s'uniss5t p\r de gr&es entreprises1 et le p>ti qu'ils tir5t de l'association dans les affaires importantes leur enseigne1 d'une manire pratique1 l'intrt qu'ils ont s'en aid] dans les mo9dres4 ,une association politique tire la fois une multitude d'individus hors d'eux-mmes2 quelque sp>s qu'ils soi5t naturellem5t p> l'ge1 l'esprit1 la =tune1 elle les rappro*e et les met en contact4 ,ils se r5contr5t une fois et appr5n5t se retr\v] t\j\rs4 ,l'on ne peut s'engag] dans la plup>t des associations civiles qu'en exposant une portion de son patrimo9e2 il en e/ a9si p\r t\tes les compagnies indu/rielles et comm]ciales4 ,qu& les hommes sont encore peu v]ss dans l'art de s'associ] et qu'ils en ignor5t les pr9cipales rgles1 ils r$\t5t1 en s'associant p\r la premire fois de cette manire1 de pay] *] leur expri5ce4 ,ils aim5t donc mieux se priv] d'un moy5 puissant de succs1 que de c\rir les dang]s qui l'accompagn5t4 ,mais ils hsit5t mo9s pr5dre "p aux associations politiques qui leur p>aiss5t sans pril p>ce qu'ils n'y risqu5t pas leur arg5t4 ,or1 ils ne saurai5t faire longtemps p>tie de ces associations-l sans dc\vrir comm5t on ma9ti5t l'ordre p>mi un gr& nombre d'hommes1 et p> quel procd on p>vi5t les faire m>*]1 d'accord et m?odiquem5t1 v]s le mme b4 ,ils y appr5n5t s\mettre leur volont celle de t\s les autres1 et subordonn] leurs ef=ts p>ticuli]s l'action commune1 t\tes *oses qu'il n'e/ pas mo9s ncessaire de savoir dans les associations civiles que dans les associations politiques4 ,les associations politiques peuv5t donc tre considres comme de gr&es coles gratuites1 o t\s les citoy5s vi5n5t appr5dre la ?orie gnrale des associations4 ,alors mme que l'association politique ne s]virait pas directem5t au progrs de l'association civile1 ce s]ait encore nuire celle-ci que de dtruire la premire4 ,qu& les citoy5s ne peuv5t s'associ] que dans c]ta9s cas1 ils reg>d5t l'association comme un procd r>e et s+uli]1 et ils ne s'avis5t gure d'y song]4 ,lorsqu'on les laisse s'associ] librem5t en t\tes *oses1 ils f9iss5t p> voir1 dans l'association1 le moy5 univ]sel1 et p\r a9si dire unique1 dont les hommes peuv5t se s]vir p\r atte9dre les div]ses f9s qu'ils se propos5t4 ,*aque beso9 n\veau en rveille aussitt l'ide4 ,l'art de l'association devi5t alors1 comme je l'ai dit plus haut1 la sci5ce mre2 t\s l'tudi5t et l'appliqu5t4 ,qu& c]ta9es associations sont df5dues et d'autres p]mises1 il e/ difficile de di/+u] d'avance les premires des secondes4 ,dans le d\te on s'ab/i5t de t\tes1 et il s'tablit une sorte d'op9ion publique qui t5d faire considr] une association quelconque comme une entreprise h>die et presque illicite#d4 ,note #d3 ,cela e/ surt\t vrai lorsque c'e/ le p\voir excutif qui e/ *>g de p]mettre ou de df5dre les associations suivant sa volont arbitraire4 ,qu& la loi se borne prohib] c]ta9es associations et laisse aux tribunaux le so9 de punir ceux qui dsobiss5t1 le mal e/ bi5 mo9s gr&2 *aque citoy5 sait alors peu prs d'avance sur quoi compt]2 il se juge en quelque sorte lui-mme avant ses juges1 et s'c>tant des associations df5dues1 il se livre aux associations p]mises4 ,c'e/ a9si que t\s les peuples libres ont t\j\rs compris qu'on p\vait re/re9dre le droit d'association4 ,mais s'il arrivait que le lgislateur *>get un homme de dml] d'avance quelles sont les associations dang]euses et utiles1 et le laisst libre de dtruire t\tes les associations dans leur g]me ou de les laiss] natre1 p]sonne ne p\vant plus prvoir d'avance dans quel cas on peut s'associ]1 et dans quel autre il faut s'en ab/5ir1 l'esprit d'association s]ait entirem5t frapp d'in]tie4 ,la premire de ces deux lois n'attaque que c]ta9es associations1 la seconde s'adresse la socit elle-mme et la blesse4 ,je conois qu'un g\v]nem5t rguli] ait rec\rs la premire1 mais je ne reconnais aucun g\v]nem5t le droit de port] la seconde4 ,c'e/ donc une *imre que de croire que l'esprit d'association1 comprim sur un po9t1 ne laiss]a pas de se dvelopp] avec la mme vigueur sur t\s les autres1 et qu'il suffira de p]mettre aux hommes d'excut] en commun c]ta9es entreprises1 p\r qu'ils se ht5t de le t5t]4 ,lorsque les citoy5s auront la facult et l'habitude de s'associ] p\r t\tes *oses1 ils s'associ]ont aussi volonti]s p\r les petites que p\r les gr&es4 ,mais s'ils ne peuv5t s'associ] que p\r les petites1 ils ne tr\v]ont pas mme l'envie et la capacit de le faire4 ,en va9 leur laiss]ez-v\s l'entire lib]t de s'occup] en commun de leur ngoce3 ils n'us]ont que non*alamm5t des droits qu'on leur accorde2 et1 aprs v\s tre puiss en ef=ts p\r les c>t] des associations df5dues1 v\s s]ez surpris de ne p\voir leur p]suad] de =m] les associations p]mises4 ,je ne dis po9t qu'il ne puisse pas y avoir d'associations civiles dans un pays o l'association politique e/ int]dite2 c> les hommes ne saurai5t jamais vivre en socit sans se livr] quelque entreprise commune4 ,mais je s\ti5s que1 dans un semblable pays1 les associations civiles s]ont t\j\rs en trs-petit nombre1 faiblem5t conues1 inhabilem5t conduites1 et qu'elles n'embrass]ont jamais de va/es desse9s1 ou *\]ont en v\lant les excut]4 ,ceci me conduit naturellem5t p5s] que la lib]t d'association en matire politique n'e/ po9t aussi dang]euse p\r la tranquillit publique qu'on le suppose1 et qu'il p\rrait se faire qu'aprs avoir quelque temps branl l'tat1 elle l'aff]misse4 ,dans les pays dmocratiques1 les associations politiques =m5t p\r a9si dire les seuls p>ticuli]s puissants qui aspir5t rgl] l'tat4 ,aussi les g\v]nem5ts de nos j\rs considr5t-ils ces espces d'associations du mme oeil que les rois du moy5-ge reg>dai5t les gr&s vassaux de la c\ronne3 ils s5t5t une sorte d'horreur in/9ctive p\r elles1 et les combatt5t en t\tes r5contres4 ,ils ont1 au contraire1 une bi5veillance naturelle p\r les associations civiles1 p>ce qu'ils ont aism5t dc\v]t que celles-ci1 au lieu de dirig] l'esprit des citoy5s v]s les affaires publiques1 s]v5t l'en di/raire1 et1 les engageant de plus en plus dans des projets qui ne peuv5t s'accomplir sans la paix publique1 les dt\rn5t des rvolutions4 ,mais ils ne pr5n5t po9t g>de que les associations politiques multipli5t et facilit5t prodigieusem5t les associations civiles1 et qu'en vitant un mal dang]eux ils se priv5t d'un remde efficace4 ,lorsque v\s voyez les ,amrica9s s'associ] librem5t1 *aque j\r1 dans le b de faire prvaloir une op9ion politique1 d'lev] un homme d'tat au g\v]nem5t1 ou d'arra*] la puissance un autre1 v\s avez de la pe9e compr5dre que des hommes si indp5dants ne tomb5t pas t\s mom5ts dans la lic5ce4 ,si v\s v5ez1 d'autre "p1 considr] le nombre inf9i d'entreprises indu/rielles qui se p\rsuiv5t en commun aux tats-,unis1 et que v\s ap]ceviez de t\s cts les ,amrica9s travaillant sans rel*e l'excution de quelque desse9 important et difficile1 que la mo9dre rvolution p\rrait confondre1 v\s concevez aism5t p\rquoi ces g5s si bi5 occups ne sont po9t t5ts de tr\bl] l'tat ni de dtruire un repos public dont ils pr(it5t4 ,e/-ce assez d'ap]cevoir ces *oses sp>m5t1 et ne faut-il pas dc\vrir le noeud ca* qui les lie8 ,c'e/ au se9 des associations politiques que les ,amrica9s de t\s les tats1 de t\s les esprits et de t\s les ges pr5n5t *aque j\r le gt gnral de l'association1 et se famili>is5t son emploi4 ,l1 ils se voi5t en gr& nombre1 se p>l5t1 s'ent5d5t1 et s'anim5t en commun t\tes sortes d'entreprises4 ,ils transport5t ensuite dans la vie civile les notions qu'ils ont a9si acquises1 et les font s]vir mille usages4 ,c'e/ donc en j\issant d'une lib]t dang]euse que les ,amrica9s appr5n5t l'art de r5dre les prils de la lib]t mo9s gr&s4 ,si l'on *oisit un c]ta9 mom5t dans l'exi/5ce d'une nation1 il e/ facile de pr\v] que les associations politiques tr\bl5t l'tat et p>alys5t l'indu/rie2 mais qu'on pr5ne la vie t\te entire d'un peuple1 et il s]a peut-tre ais de dmontr] que la lib]t d'association en matire politique e/ favorable au bi5-tre et mme la tranquillit des citoy5s4 ,j'ai dit dans la premire p>tie de cet ouvrage3 ,la lib]t illimite d'association ne saurait tre confondue avec la lib]t d'crire3 l'une e/ t\t la fois mo9s ncessaire et plus dang]euse que l'autre4 ,une nation peut y mettre des bornes sans cess] d'tre matresse d'elle-mme2 elle doit quelquefois le faire p\r cont9u] l'tre4 ,et plus lo9 j'aj\tais3 ,on ne peut se dissimul] que la lib]t illimite d'association en matire politique ne soit1 de t\tes les lib]ts1 la d]nire qu'un peuple puisse support]4 ,si elle ne le fait pas tomb] dans l'an>*ie1 elle la lui fait p\r a9si dire t\*] *aque in/ant4 ,a9si1 je ne crois po9t qu'une nation soit t\j\rs matresse de laiss] aux citoy5s le droit absolu de s'associ] en matire politique1 et je d\te mme que1 dans aucun pays et aucune poque1 il ft sage de ne pas pos] des bornes la lib]t d'association4 ,tel peuple ne saurait1 dit-on1 ma9t5ir la paix dans son se91 inspir] le respect des lois1 ni fond] de g\v]nem5t durable1 s'il ne r5f]me le droit d'association dans d'troites limites4 ,de p>eils bi5s sont prcieux sans d\te1 et je conois que1 p\r les acqurir ou les cons]v]1 une nation cons5te s'impos] mom5tanm5t de gr&es gnes2 mais encore e/-il bon qu'elle sa*e prcism5t ce que ces bi5s lui cot5t4 ,que1 p\r sauv] la vie d'un homme1 on lui c\pe un bras1 je le compr5ds2 mais je ne veux po9t qu'on m'assure qu'il va se montr] aussi adroit que s'il n'tait pas man*ot4 ,,*apitre ,,viii4 ,comm5t les ,amrica9s combatt5t l'individualisme p> la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du4 ,lorsque le monde tait conduit p> un petit nombre d'individus puissants et ri*es1 ceux-ci aimai5t se =m] une ide sublime des devoirs de l'homme2 ils se plaisai5t pr(ess] qu'il e/ glorieux de s'oubli] soi-mme et qu'il convi5t de faire le bi5 sans intrt1 comme ,dieu mme4 ,c'tait la doctr9e (ficielle de ce temps en matire de morale4 ,je d\te que les hommes fuss5t plus v]tueux dans les sicles ari/ocratiques que dans les autres1 mais il e/ c]ta9 qu'on y p>lait sans cesse des beauts de la v]tu2 ils n'tudiai5t qu'en secret p> quel ct elle e/ utile2 mais1 mesure que l'imag9ation pr5d un vol mo9s haut1 et que *acun se conc5tre en soi-mme1 les morali/es s'effrai5t cette ide de sacrifice1 et ils n'os5t plus l'(frir l'esprit huma92 ils se rduis5t donc re*]*] si l'avantage individuel des citoy5s ne s]ait pas de travaill] au bonheur de t\s1 et1 lorsqu'ils ont dc\v]t un de ces po9ts o l'intrt p>ticuli] vi5t se r5contr] avec l'intrt gnral1 et s'y confondre1 ils se ht5t de le mettre en lumire2 peu peu les obs]vations semblables se multipli5t4 ,ce qui n'tait qu'une rem>que isole devi5t une doctr9e gnrale1 et l'on croit enf9 ap]cevoir que l'homme en s]vant ses semblables se s]t lui-mme1 et que son intrt p>ticuli] e/ de bi5 faire4 ,j'ai dj montr1 dans plusieurs endroits de cet ouvrage1 comm5t les habitants des tats-,unis savai5t presque t\j\rs comb9] leur propre bi5-tre avec celui de leurs concitoy5s4 ,ce que je veux rem>qu] ici1 c'e/ la ?orie gnrale l'aide de laquelle ils y p>vi5n5t4 ,aux tats-,unis1 on ne dit presque po9t que la v]tu e/ belle4 ,on s\ti5t qu'elle e/ utile1 et on le pr\ve t\s les j\rs4 ,les morali/es amrica9s ne prt5d5t pas qu'il faille se sacrifi] ses semblables1 p>ce qu'il e/ gr& de le faire2 mais ils dis5t h>dim5t que de p>eils sacrifices sont aussi ncessaires celui qui se les impose qu' celui qui en pr(ite4 ,ils ont ap]u que1 dans leur pays et de leur temps1 l'homme tait ram5 v]s lui-mme p> une =ce irrsi/ible et1 p]dant l'espoir de l'arrt]1 ils n'ont plus song qu' le conduire4 ,ils ne ni5t donc po9t que *aque homme ne puisse suivre son intrt1 mais ils s'v]tu5t pr\v] que l'intrt de *acun e/ d'tre honnte4 ,je ne veux po9t entr] ici dans le dtail de leurs raisons1 ce qui m'c>t]ait de mon sujet2 qu'il me suffise de dire qu'elles ont conva9cu leurs concitoy5s4 ,il y a longtemps que ,montaigne a dit3 ,qu&1 p\r sa droicture1 je ne suyvray pas le droict *em91 je le suyvray p\r avoir tr\v p> expri5ce1 qu'au b\t du compte c'e/ communm5t le plus heureux et le plus utile4 ,la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du n'e/ donc pas n\velle1 mais *ez les ,amrica9s de nos j\rs elle a t univ]sellem5t admise2 elle y e/ dev5ue populaire3 on la retr\ve au fond de t\tes les actions2 elle p]ce trav]s t\s les disc\rs4 ,on ne la r5contre pas mo9s dans la b\*e du pauvre que dans celle du ri*e4 ,en ,europe1 la doctr9e de l'intrt e/ beauc\p plus grossire qu'en ,amrique1 mais en mme temps elle y e/ mo9s rp&ue et surt\t mo9s montre1 et l'on fe9t encore t\s les j\rs p>mi n\s de gr&s dvom5ts qu'on n'a plus4 ,les ,amrica9s1 au contraire1 se plais5t expliqu]1 l'aide de l'intrt bi5 ent5du1 presque t\s les actes de leur vie2 ils montr5t complaisamm5t comm5t l'am\r clair d'eux-mmes les porte sans cesse s'aid] entre eux1 et les dispose sacrifi] volonti]s au bi5 de l'tat une p>tie de leur temps et de leurs ri*esses4 ,je p5se qu'en ceci il leur arrive s\v5t de ne po9t se r5dre ju/ice3 c>1 on voit p>fois aux tats-,unis1 comme ailleurs1 les citoy5s s'ab&onn] aux lans ds9tresss et irrfl*is qui sont naturels l'homme2 mais les ,amrica9s n'av\5t gure qu'ils cd5t des m\vem5ts de cette espce2 ils aim5t mieux faire honneur leur philosophie qu' eux-mmes4 ,je p\rrais m'arrt] ici et ne po9t essay] de jug] ce que je vi5s de dcrire4 ,l'extrme difficult du sujet s]ait mon excuse4 ,mais je ne veux po9t en pr(it]1 et je prfre que mes lecteurs1 voyant clairem5t mon b1 refus5t de me suivre que de les laiss] en susp5s4 ,l'intrt bi5 ent5du e/ une doctr9e peu haute1 mais claire et sre4 ,elle ne *]*e pas atte9dre de gr&s objets2 mais elle atte9t sans trop d'ef=ts1 t\s ceux auxquels elle vise4 ,comme elle e/ la porte de t\tes les intellig5ces1 *acun la saisit aism5t et la reti5t sans pe9e4 ,s'accommodant m]veilleusem5t aux faiblesses des hommes1 elle obti5t facilem5t un gr& empire1 et il ne lui e/ po9t difficile de le cons]v]1 p>ce qu'elle ret\rne l'intrt p]sonnel contre lui-mme et se s]t1 p\r dirig] les passions1 de l'aiguillon qui les excite4 ,la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du ne produit pas de gr&s dv\em5ts2 mais elle suggre *aque j\r de petits sacrifices2 elle seule1 elle ne saurait faire un homme v]tueux1 mais elle =me une multitude de citoy5s1 rgls1 temprants1 modrs1 prvoyants1 matres d'eux-mmes2 et1 si elle ne conduit pas directem5t la v]tu1 p> la volont1 elle en rappro*e ins5siblem5t p> les habitudes4 ,si la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du v5ait dom9] entirem5t le monde moral1 les v]tus extraord9aires s]ai5t sans d\te plus r>es4 ,mais je p5se aussi qu'alors les grossires dpravations s]ai5t mo9s communes4 ,la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du emp*e peut-tre quelques hommes de mont] =t au-dessus du niveau ord9aire de l'humanit2 mais un gr& nombre d'autres qui tombai5t au-dess\s la r5contr5t et s'y reti5n5t4 ,considrez quelques individus1 elle les abaisse4 ,envisagez l'espce1 elle l'lve4 ,je ne cra9drai pas de dire que la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du me semble1 de t\tes les ?ories philosophiques1 la mieux approprie aux beso9s des hommes de notre temps1 et que j'y vois la plus puissante g>antie qui leur re/e contre eux-mmes4 ,c'e/ donc pr9cipalem5t v]s elle que l'esprit des morali/es de nos j\rs doit se t\rn]4 ,alors mme qu'ils la jug]ai5t imp>faite1 il faudrait encore l'adopt] comme ncessaire4 ,je ne crois pas1 t\t pr5dre1 qu'il y ait plus d'gsme p>mi n\s qu'en ,amrique2 la seule diffr5ce1 c'e/ que l il e/ clair et qu'ici il ne l'e/ po9t4 ,*aque ,amrica9 sait sacrifi] une p>tie de ses intrts p>ticuli]s1 p\r sauv] le re/e4 ,n\s v\lons t\t ret5ir1 et s\v5t t\t n\s *appe4 ,je ne vois aut\r de moi que des g5s qui sembl5t v\loir enseign] *aque j\r leurs contempora9s1 p> leur p>ole et leur exemple1 que l'utile n'e/ jamais d%onnte4 ,n'en dc\vrirai-je donc po9t enf9 qui entrepr5n5t de leur faire compr5dre comm5t l'honnte peut tre utile8 ,il n'y a pas de p\voir sur la t]re qui puisse emp*] que l'galit croissante des conditions ne porte l'esprit huma9 v]s la re*]*e de l'utile1 et ne dispose *aque citoy5 se ress]r] en lui-mme4 ,il faut donc s'att5dre que l'intrt individuel devi5dra plus que jamais le pr9cipal1 s9on l'unique mobile des actions des hommes2 mais il re/e savoir comm5t *aque homme ent5dra son intrt individuel4 ,si les citoy5s1 en dev5ant gaux1 re/ai5t ignorants et grossi]s1 il e/ difficile de prvoir jusqu' quel /upide excs p\rrait se port] leur gsme1 et l'on ne saurait dire l'avance dans quelles honteuses misres ils se plong]ai5t eux-mmes1 de peur de sacrifi] quelque *ose de leur bi5-tre la prosprit de leurs semblables4 ,je ne crois po9t que la doctr9e de l'intrt1 telle qu'on la pr*e en ,amrique1 soit vid5te dans t\tes ses p>ties2 mais elle r5f]me un gr& nombre de vrits si vid5tes1 qu'il suffit d'clair] les hommes p\r qu'ils les voi5t4 clairez-les donc t\t prix2 c> le sicle des dv\em5ts aveugles et des v]tus in/9ctives fuit dj lo9 de n\s1 et je vois s'appro*] le temps o la lib]t1 la paix publique et l'ordre social lui-mme ne p\rront se pass] des lumires4 ,,*apitre ,,ix4 ,comm5t les ,amrica9s appliqu5t la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du en matire de religion4 ,si la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du n'avait en vue que ce monde1 elle s]ait lo9 de suffire2 c> il y a un gr& nombre de sacrifices qui ne peuv5t tr\v] leur rcomp5se que dans l'autre2 et1 quelque ef=t d'esprit que l'on fasse p\r pr\v] l'utilit de la v]tu1 il s]a t\j\rs malais de faire bi5 vivre un homme qui ne veut pas m\rir4 ,il e/ donc ncessaire de savoir si la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du peut se concili] aism5t avec les croyances religieuses4 ,les philosophes qui enseign5t cette doctr9e dis5t aux hommes que1 p\r tre heureux dans la vie1 on doit veill] sur ses passions et en rprim] avec so9 l'excs2 qu'on ne saurait acqurir un bonheur durable qu'en se refusant mille j\issances passagres1 et qu'il faut enf9 triomph] sans cesse de soi-mme p\r se mieux s]vir4 ,les fondateurs de presque t\tes les religions ont t5u peu prs le mme langage4 ,sans indiqu] aux hommes une autre r\te1 ils n'ont fait que recul] le b2 au lieu de plac] en ce monde le prix des sacrifices qu'ils impos5t1 ils l'ont mis dans l'autre4 ,t\tefois1 je me refuse croire que t\s ceux qui pratiqu5t la v]tu p> esprit de religion n'agiss5t que dans la vue d'une rcomp5se4 ,j'ai r5contr des *rti5s zls qui s'oubliai5t sans cesse af9 de travaill] avec plus d'ardeur au bonheur de t\s1 et je les ai ent5dus prt5dre qu'ils n'agissai5t a9si que p\r mrit] les bi5s de l'autre monde2 mais je ne puis m'emp*] de p5s] qu'ils s'abus5t eux-mmes4 ,je les respecte trop p\r les croire4 ,le *ri/ianisme n\s dit1 il e/ vrai1 qu'il faut prfr] les autres soi1 p\r gagn] le ciel2 mais le *ri/ianisme n\s dit aussi qu'on doit faire le bi5 de ses semblables p> am\r de ,dieu4 ,c'e/ l une expression magnifique2 l'homme pntre p> son intellig5ce dans la p5se div9e2 il voit que le b de ,dieu e/ l'ordre2 il s'associe librem5t ce gr& desse91 et1 t\t en sacrifiant ses intrts p>ticuli]s cet ordre admirable de t\tes *oses1 il n'att5d d'autres rcomp5ses que le plaisir de le contempl]4 ,je ne crois donc pas que le seul mobile des hommes religieux soit l'intrt2 mais je p5se que l'intrt e/ le pr9cipal moy5 dont les religions elles-mmes se s]v5t p\r conduire les hommes1 et je ne d\te pas que ce ne soit p> ce ct qu'elles saisiss5t la f\le et devi5n5t populaires4 ,je ne vois donc pas clairem5t p\rquoi la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du c>t]ait les hommes des croyances religieuses1 et il me semble1 au contraire1 que je dmle comm5t elle les en rappro*e4 ,je suppose que1 p\r atte9dre le bonheur de ce monde1 un homme rsi/e en t\tes r5contres l'in/9ct1 et raisonne froidem5t t\s les actes de sa vie2 qu'au lieu de cd] aveuglm5t la f\gue de ses premi]s dsirs1 il ait appris l'art de les combattre1 et qu'il se soit habitu sacrifi] sans ef=ts le plaisir du mom5t l'intrt p]man5t de t\te sa vie4 ,si un p>eil homme a foi dans la religion qu'il pr(esse1 il ne lui en cot]a gure de se s\mettre aux gnes qu'elle impose4 ,la raison mme lui conseille de le faire1 et la c\tume l'a prp> d'avance le s\ffrir4 ,que s'il a conu des d\tes sur l'objet de ses esprances1 il ne s'y laiss]a po9t aism5t arrt]1 et il jug]a qu'il e/ sage de has>d] quelques uns des bi5s de ce monde p\r cons]v] ses droits l'imm5se hritage qu'on lui promet dans l'autre4 ,de se tromp] en croyant la religion *rti5ne vraie1 a dit ,pascal1 il n'y a pas gr&'*ose p]dre2 mais quel malheur de se tromp] en la croyant fausse6 ,les ,amrica9s n'affect5t po9t une indiffr5ce grossire p\r l'autre vie2 ils ne mett5t pas un puril orgueil mpris] des prils auxquels ils espr5t se s\/raire4 ,ils pratiqu5t donc leur religion sans honte et sans faiblesse2 mais on voit d'ord9aire1 jusqu'au milieu de leur zle1 je ne sais quoi de si tranquille1 de si m?odique et de si calcul1 qu'il semble que ce soit la raison bi5 plus que le coeur qui les conduit au pi$ des autels4 ,non seulem5t les ,amrica9s suiv5t leur religion p> intrt1 ils plac5t s\v5t dans ce monde l'intrt qu'on peut avoir la suivre4 ,au moy5 ge1 les prtres ne p>lai5t que de l'autre vie2 ils ne s'inquitai5t gure de pr\v] qu'un *rti5 s9cre peut tre un homme heureux ici-bas4 ,mais les prdicateurs amrica9s revi5n5t sans cesse la t]re1 et ils ne peuv5t qu' gr&e pe9e en dta*] leurs reg>ds4 ,p\r mieux t\*] leurs auditeurs1 ils leur font voir *aque j\r comm5t les croyances religieuses favoris5t la lib]t et l'ordre public1 et il e/ s\v5t difficile de savoir1 en les c\tant1 si l'objet pr9cipal de la religion e/ de procur] l't]nelle flicit dans l'autre monde ou le bi5-tre en celui-ci4 ,,*apitre ,x4 ,du gt du bi5-tre matriel en ,amrique4 ,en ,amrique1 la passion du bi5-tre matriel n'e/ pas t\j\rs exclusive1 mais elle e/ gnrale2 si t\s ne l'pr\v5t po9t de la mme manire1 t\s la ress5t5t4 ,le so9 de satisfaire les mo9dres beso9s du corps et de p\rvoir aux petites commodits de la vie y proccupe univ]sellem5t les esprits4 ,quelque *ose de semblable se fait voir de plus en plus en ,europe4 ,p>mi les causes qui produis5t ces effets p>eils dans les deux mondes1 il en e/ plusieurs qui se rappro*5t de mon sujet1 et que je dois indiqu]4 ,qu& les ri*esses sont fixes hrditairem5t dans les mmes familles1 on voit un gr& nombre d'hommes qui j\iss5t du bi5-tre matriel1 sans ress5tir le gt exclusif du bi5-tre4 ,ce qui atta*e le plus vivem5t le coeur huma91 ce n'e/ po9t la possession paisible d'un objet prcieux1 mais le dsir imp>faitem5t satisfait de le possd] et la cra9te incessante de le p]dre4 ,dans les socits ari/ocratiques1 les ri*es1 n'ayant jamais connu un tat diffr5t du leur1 ne r$\t5t po9t d'en *ang]2 pe9e s'ils en imag95t un autre4 ,le bi5-tre matriel n'e/ donc po9t p\r eux le b de la vie2 c'e/ une manire de vivre4 ,ils le considr5t1 en quelque sorte1 comme l'exi/5ce1 et en j\iss5t sans y song]4 ,le gt naturel et in/9ctif que t\s les hommes ress5t5t p\r le bi5-tre1 tant a9si satisfait sans pe9e et sans cra9te1 leur me se porte ailleurs et s'atta*e quelque entreprise plus difficile et plus gr&e1 qui l'anime et l'entrane4 ,c'e/ a9si qu'au se9 mme des j\issances matrielles les membres d'une ari/ocratie font s\v5t voir un mpris orgueilleux p\r ces mmes j\issances1 et tr\v5t des =ces s+ulires qu& il faut enf9 s'en priv]4 ,t\tes les rvolutions1 qui ont tr\bl ou dtruit les ari/ocraties1 ont montr avec quelle facilit des g5s acc\tums au sup]flu p\vai5t se pass] du ncessaire1 t&is que des hommes qui sont arrivs laborieusem5t jusqu' l'aisance1 peuv5t pe9e vivre aprs l'avoir p]due4 ,si1 des rangs suprieurs1 je passe aux basses classes1 je v]rai des effets analogues produits p> des causes diffr5tes4 ,*ez les nations o l'ari/ocratie dom9e la socit1 et la ti5t immobile1 le peuple f9it p> s'habitu] la pauvret comme les ri*es leur opul5ce4 ,les uns ne se proccup5t po9t du bi5-tre matriel p>ce qu'ils le possd5t sans pe9e2 l'autre n'y p5se po9t p>ce qu'il dsespre de l'acqurir et qu'il ne le connat pas assez p\r le dsir]4 ,dans ces sortes de socits l'imag9ation du pauvre e/ rejete v]s l'autre monde2 les misres de la vie relle la ress]r5t2 mais elle leur *appe et va *]*] ses j\issances au dehors4 ,lorsque1 au contraire1 les rangs sont confondus et les privilges dtruits1 qu& les patrimo9es se divis5t et que la lumire et la lib]t se rp&5t1 l'envie d'acqurir le bi5-tre se prs5te l'imag9ation du pauvre1 et la cra9te de le p]dre l'esprit du ri*e4 ,il s'tablit une multitude de =tunes mdiocres4 ,ceux qui les possd5t ont assez de j\issances matrielles p\r concevoir le gt de ces j\issances1 et pas assez p\r s'en cont5t]4 ,ils ne se les procur5t jamais qu'avec ef=t et ne s'y livr5t qu'en tremblant4 ,ils s'atta*5t donc sans cesse p\rsuivre ou ret5ir ces j\issances si prcieuses1 si incompltes et si fugitives4 ,je *]*e une passion qui soit naturelle des hommes que l'obscurit de leur orig9e ou la mdiocrit de leur =tune excit5t et limit5t1 et je n'en tr\ve po9t de mieux approprie que le gt du bi5-tre4 ,la passion du bi5-tre matriel e/ ess5tiellem5t une passion de classe moy5ne2 elle gr&it et s't5d avec cette classe2 elle devi5t prpondrante avec elle4 ,c'e/ de l qu'elle gagne les rangs suprieurs de la socit et desc5d jusqu'au se9 du peuple4 ,je n'ai pas r5contr1 en ,amrique1 de si pauvre citoy5 qui ne jett un reg>d d'esprance et d'envie sur les j\issances des ri*es1 et dont l'imag9ation ne se saist l'avance des bi5s que le sort s'ob/9ait lui refus]4 ,d'un autre ct1 je n'ai jamais ap]u *ez les ri*es des tats-,unis ce sup]be dda9 p\r le bi5-tre matriel qui se montre quelquefois jusque dans le se9 des ari/ocraties les plus opul5tes et les plus dissolues4 ,la plup>t de ces ri*es ont t pauvres2 ils ont s5ti l'aiguillon du beso92 ils ont longtemps combattu une =tune ennemie1 et1 ma9t5ant que la victoire e/ remporte1 les passions qui ont accompagn la lutte lui surviv5t2 ils re/5t comme enivrs au milieu de ces petites j\issances qu'ils ont p\rsuivies qu>ante ans4 ,ce n'e/ pas qu'aux tats-,unis1 comme ailleurs1 il ne se r5contre un assez gr& nombre de ri*es qui1 t5ant leurs bi5s p> hritage1 possd5t sans ef=ts une opul5ce qu'ils n'ont po9t acquise4 ,mais ceux-ci mme ne se montr5t pas mo9s atta*s aux j\issances de la vie matrielle4 ,l'am\r du bi5-tre e/ dev5u le gt national et dom9ant2 le gr& c\rant des passions huma9es porte de ce ct1 il entrane t\t dans son c\rs4 ,,*apitre ,,xi4 ,des effets p>ticuli]s que produit l'am\r des j\issances matrielles dans les sicles dmocratiques4 ,on p\rrait croire1 d'aprs ce qui prcde1 que l'am\r des j\issances matrielles doit entran] sans cesse les ,amrica9s v]s le dsordre des moeurs1 tr\bl] les familles et compromettre enf9 le sort de la socit mme4 ,mais il n'en e/ po9t a9si3 la passion des j\issances matrielles produit dans le se9 des dmocraties d'autres effets que *ez les peuples ari/ocratiques4 ,il arrive quelquefois que la lassitude des affaires1 l'excs des ri*esses1 la ru9e des croyances1 la dcad5ce de l'tat1 dt\rn5t peu peu v]s les seules j\issances matrielles le coeur d'une ari/ocratie4 ,d'autres fois1 la puissance du pr9ce ou la faiblesse du peuple1 sans ravir aux nobles leur =tune1 les =ce s'c>t] du p\voir1 et1 leur f]mant la voie aux gr&es entreprises1 les ab&onn5t l'inquitude de leurs dsirs2 ils retomb5t alors pesamm5t sur eux-mmes1 et ils *]*5t dans les j\issances du corps l'oubli de leur gr&eur passe4 ,lorsque les membres d'un corps ari/ocratique se t\rn5t a9si exclusivem5t v]s l'am\r des j\issances matrielles1 ils rassembl5t d'ord9aire de ce seul ct t\te l'n]gie que leur a donne la longue habitude du p\voir4 de tels hommes la re*]*e du bi5-tre ne suffit pas2 il leur faut une dpravation somptueuse et une corruption clatante4 ,ils r5d5t un culte magnifique la matire1 et ils sembl5t l'envi v\loir excell] dans l'art de s'abrutir4 ,plus une ari/ocratie aura t =te1 glorieuse et libre1 plus alors elle se montr]a dprave1 et1 quelle qu'ait t la spl5deur de ses v]tus1 j'ose prdire qu'elle s]a t\j\rs surpasse p> l'clat de ses vices4 ,le gt des j\issances matrielles ne porte po9t les peuples dmocratiques de p>eils excs4 ,l'am\r du bi5-tre s'y montre une passion t5ace1 exclusive1 univ]selle1 mais cont5ue4 ,il n'e/ pas "q d'y btir de va/es palais1 d'y va9cre ou d'y tromp] la nature1 d'puis] l'univ]s p\r mieux ass\vir les passions d'un homme2 il s'agit d'aj\t] quelques toises ses *amps1 de plant] un v]g]1 d'agr&ir une demeure1 de r5dre *aque in/ant la vie plus aise et plus commode1 de prv5ir la gne1 et de satisfaire les mo9dres beso9s sans ef=ts et presque sans frais4 ,ces objets sont petits1 mais l'me s'y atta*e3 elle les considre t\s les j\rs et de =t prs2 ils f9iss5t p> lui ca*] le re/e du monde1 et ils vi5n5t quelquefois se plac] entre elle et ,dieu4 ,ceci1 dira-t-on1 ne saurait s'appliqu] qu' ceux d'entre les citoy5s dont la =tune e/ mdiocre2 les ri*es montr]ont des gts analogues ceux qu'ils faisai5t voir dans les sicles d'ari/ocratie4 ,je le conte/e4 ,en fait de j\issances matrielles1 les plus opul5ts citoy5s d'une dmocratie ne montr]ont pas des gts =t diffr5ts de ceux du peuple1 soit que1 tant sortis du se9 du peuple1 ils les p>tag5t rellem5t1 soit qu'ils croi5t devoir s'y s\mettre4 ,dans les socits dmocratiques1 la s5sualit du public a pris une c]ta9e allure modre et tranquille1 laquelle t\tes les mes sont t5ues de se con=m]4 ,il y e/ aussi difficile d'*app] la rgle commune p> ses vices que p> ses v]tus4 ,les ri*es qui viv5t au milieu des nations dmocratiques vis5t donc la satisfaction de leurs mo9dres beso9s plutt qu' des j\issances extraord9aires2 ils cont5t5t une multitude de petits dsirs1 et ne se livr5t aucune gr&e passion dsordonne4 ,ils tomb5t a9si dans la mollesse plutt que dans la dbau*e4 ,ce gt p>ticuli] que les hommes des sicles dmocratiques conoiv5t p\r les j\issances matrielles n'e/ po9t naturellem5t oppos l'ordre2 au contraire1 il a s\v5t beso9 de l'ordre p\r se satisfaire4 ,il n'e/ pas non plus ennemi de la rgul>it des moeurs2 c> les bonnes moeurs sont utiles la tranquillit publique et favoris5t l'indu/rie4 ,s\v5t mme il vi5t se comb9] avec une sorte de moralit religieuse2 on veut tre le mieux possible en ce monde1 sans r5onc] aux *ances de l'autre4 ,p>mi les bi5s matriels1 il en e/ dont la possession e/ crim9elle2 on a so9 de s'en ab/5ir4 ,il y en a d'autres dont la religion et la morale p]mett5t l'usage2 ceux-l on livre sans rs]ve son coeur1 son imag9ation1 sa vie1 et l'on p]d de vue1 en s'ef=ant de les saisir1 ces bi5s plus prcieux qui font la gloire et la gr&eur de l'espce huma9e4 ,ce que je repro*e l'galit1 ce n'e/ pas d'entran] les hommes la p\rsuite des j\issances df5dues2 c'e/ de les absorb] entirem5t dans la re*]*e des j\issances p]mises4 ,a9si1 il p\rrait bi5 s'tablir dans le monde une sorte de matrialisme honnte qui ne corromprait pas les mes1 mais qui les amollirait et f9irait p> dt5dre sans bruit t\s leurs ressorts4 ,,*apitre ,,xii4 ,p\rquoi c]ta9s ,amrica9s font voir un spiritualisme si exalt4 ,quoique le dsir d'acqurir les bi5s de ce monde soit la passion dom9ante des ,amrica9s1 il y a des mom5ts de rel*e o leur me semble bris] t\t c\p les li5s matriels qui la reti5n5t1 et s'*app] imptueusem5t v]s le ciel4 ,on r5contre quelquefois dans t\s les tats de l',union1 mais pr9cipalem5t dans les contres moiti peuples de l'oue/1 des prdicateurs ambulants qui colport5t de place en place la p>ole div9e4 ,des familles entires1 vieill>ds1 femmes et enfants1 trav]s5t des lieux difficiles et p]c5t des bois ds]ts1 p\r v5ir de trs-lo9 les ent5dre2 et1 qu& elles les ont r5contrs1 elles oubli5t plusieurs j\rs et plusieurs nuits1 en les c\tant1 le so9 des affaires et jusqu'aux plus pressants beso9s du corps4 ,on tr\ve et l1 au se9 de la socit amrica9e1 des mes t\tes remplies d'un spiritualisme exalt et presque f>\*e1 qu'on ne r5contre gure en ,europe4 ,il s'y lve de temps autres des sectes biz>res qui s'ef=c5t de s'ouvrir des *em9s extraord9aires v]s le bonheur t]nel4 ,les folies religieuses y sont =t communes4 ,il ne faut pas que ceci n\s surpr5ne4 ,ce n'e/ pas l'homme qui s'e/ donn lui-mme le gt de l'inf9i et l'am\r de ce qui e/ immortel4 ,ces in/9cts sublimes ne naiss5t po9t d'un caprice de sa volont3 ils ont leur fondem5t immobile dans sa nature2 ils exi/5t en dpit de ses ef=ts4 ,il peut les gn] et les d=m]1 mais non les dtruire4 ,l'me a des beso9s qu'il faut satisfaire2 et1 quelque so9 que l'on pr5ne de la di/raire d'elle-mme1 elle s'ennuie bi5tt1 s'inquite et s'agite au milieu des j\issances des s5s4 ,si l'esprit de la gr&e majorit du g5re huma9 se conc5trait jamais dans la seule re*]*e des bi5s matriels1 on peut s'att5dre qu'il se f]ait une raction prodigieuse dans l'me de quelques hommes4 ,ceux-l se jett]ai5t p]duem5t dans le monde des esprits1 de peur de re/] emb>rasss dans les entraves trop troites que veut leur impos] le corps4 ,il ne faudrait donc pas s'tonn] si1 au se9 d'une socit qui ne song]ait qu' la t]re1 on r5contrait un petit nombre d'individus qui v\luss5t ne reg>d] que le ciel4 ,je s]ais surpris si1 *ez un peuple uniquem5t proccup de son bi5-tre1 le my/icisme ne faisait pas bi5tt des progrs4 ,on dit que ce sont les p]scutions des emp]eurs et les supplices du cirque qui ont peupl les ds]ts de la ,?bade2 et moi je p5se que ce sont bi5 plutt les dlices de ,rome et la philosophie picuri5ne de la ,grce4 ,si l'tat social1 les circon/ances et les lois ne ret5ai5t pas si troitem5t l'esprit amrica9 dans la re*]*e du bi5-tre1 il e/ croire que1 lorsqu'il vi5drait s'occup] des *oses immatrielles1 il montr]ait plus de rs]ve et plus d'expri5ce1 et qu'il se modr]ait sans pe9e4 ,mais il se s5t emprisonn dans des limites dont on semble ne pas v\loir le laiss] sortir4 ,ds qu'il dpasse ces limites il ne sait o se fix] lui-mme1 et il c\rt s\v5t1 sans s'arrt]1 p> del les bornes du s5s commun4 ,,*apitre ,,xiii4 ,p\rquoi les ,amrica9s se montr5t si inquiets au milieu de leur bi5-tre4 ,on r5contre encore quelquefois dans c]ta9s cantons retirs de l'anci5 monde1 de petites populations qui ont t comme oublies au milieu du tumulte univ]sel et qui sont re/es immobiles qu& t\t remuait aut\r d'elles4 ,la plup>t de ces peuples sont =t ignorants et =t misrables2 ils ne se ml5t po9t aux affaires du g\v]nem5t1 et s\v5t les g\v]nem5ts les opprim5t4 ,cep5dant1 ils montr5t d'ord9aire un visage s]e91 et ils font s\v5t p>atre une humeur enj\e4 ,j'ai vu en ,amrique les hommes les plus libres et les plus clairs1 placs dans la condition la plus heureuse qui soit au monde2 il m'a sembl qu'une sorte de nuage c\vrait habituellem5t leurs traits2 ils m'ont p>u graves et presque tri/es jusque dans leurs plaisirs4 ,la pr9cipale raison de ceci e/ que les premi]s ne p5s5t po9t aux maux qu'ils endur5t1 t&is que les autres song5t sans cesse aux bi5s qu'ils n'ont pas4 ,c'e/ une *ose trange de voir avec quelle sorte d'ardeur fbrile les ,amrica9s p\rsuiv5t le bi5-tre1 et comme ils se montr5t t\rm5ts sans cesse p> une cra9te vague de n'avoir pas *oisi la r\te la plus c\rte qui peut y conduire4 ,l'habitant des tats-,unis s'atta*e aux bi5s de ce monde1 comme s'il tait assur de ne po9t m\rir1 et il met tant de prcipitation saisir ceux qui pass5t sa porte1 qu'on dirait qu'il cra9t *aque in/ant de cess] de vivre avant d'en avoir j\i4 ,il les saisit t\s1 mais sans les tre9dre1 et il les laisse bi5tt *app] de ses ma9s p\r c\rir aprs des j\issances n\velles4 ,un homme aux tats-,unis btit avec so9 une demeure p\r y pass] ses vieux j\rs1 et il la v5d p5dant qu'on en pose le fate2 il plante un j>d91 et il le l\e comme il allait en gt] les fruits2 il dfri*e un *amp1 et il laisse d'autres le so9 d'en rcolt] les moissons4 ,il embrasse une pr(ession1 et la quitte4 ,il se fixe dans un lieu dont il "p peu aprs p\r all] port] ailleurs ses *angeants dsirs4 ,ses affaires prives lui donn5t-elles quelque rel*e1 il se plonge aussitt dans le t\rbillon de la politique4 ,et qu&1 v]s le t]me d'une anne remplie de travaux1 il lui re/e encore quelques loisirs1 il promne et l dans les va/es limites des tats-,unis sa curiosit inquite4 ,il f]a a9si c9q c5ts lieues en quelques j\rs1 p\r se mieux di/raire de son bonheur4 ,la mort survi5t enf9 et elle l'arrte avant qu'il se soit lass de cette p\rsuite inutile d'une flicit complte qui fuit t\j\rs4 ,on s'tonne d'abord en contemplant cette agitation s+ulire que font p>atre tant d'hommes heureux1 au se9 mme de leur abondance4 ,ce spectacle e/ p\rtant aussi vieux que le monde2 ce qui e/ n\veau1 c'e/ de voir t\t un peuple qui le donne4 ,le gt des j\issances matrielles doit tre considr comme la s\rce premire de cette inquitude secrte qui se rvle dans les actions des ,amrica9s1 et de cette incon/ance dont ils donn5t j\rnellem5t l'exemple4 ,celui qui a r5f]m son coeur dans la seule re*]*e des bi5s de ce monde e/ t\j\rs press1 c> il n'a qu'un temps limit p\r les tr\v]1 s'en emp>] et en j\ir4 ,le s\v5ir de la brivet de la vie l'aiguillonne sans cesse4 ,indp5damm5t des bi5s qu'il possde1 il en imag9e *aque in/ant mille autres que la mort l'emp*]a de gt]1 s'il ne se hte4 ,cette p5se le remplit de tr\bles1 de cra9tes et de regrets1 et ma9ti5t son me dans une sorte de trpidation incessante qui le porte *ang] t\t mom5t de desse9s et de lieu4 ,si au gt du bi5-tre matriel vi5t se jo9dre un tat social dans lequel la loi ni la c\tume ne reti5n5t plus p]sonne sa place1 ceci e/ une gr&e excitation de plus p\r cette inquitude d'esprit3 on v]ra alors les hommes *ang] cont9uellem5t de r\te1 de peur de manqu] le plus c\rt *em91 qui doit les conduire au bonheur4 ,il e/ d'ailleurs facile de concevoir1 que si les hommes qui re*]*5t avec passion les j\issances matrielles dsir5t vivem5t1 ils doiv5t se rebut] aism5t2 l'objet f9al tant de j\ir1 il faut que le moy5 d'y arriv] soit prompt et facile1 sans quoi la pe9e d'acqurir la j\issance surpass]ait la j\issance4 ,la plup>t des mes y sont donc la fois ard5tes et molles1 viol5tes et n]ves4 ,s\v5t1 la mort y e/ mo9s r$\te que la cont9uit des ef=ts v]s le mme b4 ,l'galit conduit p> un *em9 plus direct encore1 plusieurs des effets que je vi5s de dcrire4 ,qu& t\tes les prrogatives de naissance et de =tune sont dtruites1 que t\tes les pr(essions sont ouv]tes t\s1 et qu'on peut p>v5ir de soi-mme au sommet de *acune d'elles1 une c>rire imm5se et aise semble s'ouvrir devant l'ambition des hommes1 et ils se figur5t volonti]s qu'ils sont appels de gr&es de/9es4 ,mais c'e/ l une vue errone que l'expri5ce corrige t\s les j\rs4 ,cette mme galit qui p]met *aque citoy5 de concevoir de va/es esprances1 r5d t\s les citoy5s individuellem5t faibles4 ,elle limite de t\s cts leurs =ces1 en mme temps qu'elle p]met leurs dsirs de s't5dre4 ,non-seulem5t ils sont impuissants p> eux-mmes1 mais ils tr\v5t *aque pas d'imm5ses ob/acles qu'ils n'avai5t po9t ap]u d'abord4 ,ils ont dtruit les privilges gnants de quelques uns de leurs semblables2 ils r5contr5t la concurr5ce de t\s4 ,la borne a *ang de =me plutt que de place4 ,lorsque les hommes sont peu prs semblables et suiv5t une mme r\te1 il e/ bi5 difficile qu'aucun d'entre eux m>*e vite et p]ce trav]s la f\le uni=me qui l'environne et le presse4 ,cette opposition con/ante qui rgne entre les in/9cts que fait natre l'galit1 et les moy5s qu'elle f\rnit p\r les satisfaire1 t\rm5te et fatigue les mes4 ,on peut concevoir des hommes arrivs un c]ta9 degr de lib]t qui les satisfasse entirem5t4 ,ils j\iss5t alors de leur indp5dance sans inquitude et sans ardeur4 ,mais les hommes ne fond]ont jamais une galit qui leur suffise4 ,un peuple a beau faire des ef=ts1 il ne p>vi5dra pas r5dre les conditions p>faitem5t gales dans son se92 et s'il avait le malheur d'arriv] ce nivellem5t absolu et complet1 il re/]ait encore l'9galit des intellig5ces1 qui1 v5ant directem5t de ,dieu1 *app]a t\j\rs aux lois4 ,quelque dmocratique que soit l'tat social et la con/itution politique d'un peuple1 on peut donc compt] que *acun de ses citoy5s ap]cevra t\j\rs prs de soi plusieurs po9ts qui le dom95t1 et l'on peut prvoir qu'il t\rn]a ob/9m5t ses reg>ds de ce seul ct4 ,qu& l'9galit e/ la loi commune d'une socit1 les plus =tes 9galits ne frapp5t po9t l'oeil2 qu& t\t e/ peu prs de niveau les mo9dres le bless5t4 ,c'e/ p\r cela que le dsir de l'galit devi5t t\j\rs plus insatiable mesure que l'galit e/ plus gr&e4 ,*ez les peuples dmocratiques les hommes obti5n5t aism5t une c]ta9e galit2 ils ne saurai5t atte9dre celle qu'ils dsir5t4 ,celle-ci recule *aque j\r devant eux1 mais sans jamais se drob] leurs reg>ds1 et1 en se retirant1 elle les attire sa p\rsuite4 ,sans cesse ils croy5t qu'ils vont la saisir1 et elle *appe sans cesse leurs tre9tes4 ,ils la voi5t d'assez prs p\r connatre ses *>mes1 ils ne l'appro*5t pas assez p\r en j\ir1 et ils meur5t avant d'avoir sav\r ple9em5t ses d\ceurs4 ,c'e/ ces causes qu'il faut attribu] la mlancolie s+ulire que les habitants des contres dmocratiques font s\v5t voir au se9 de leur abondance1 et ces dgts de la vie qui vi5n5t quelquefois les saisir au milieu d'une exi/5ce aise et tranquille4 ,on se pla9t en ,france que le nombre des suicides s'accrot2 en ,amrique le suicide e/ r>e1 mais on assure que la dm5ce e/ plus commune que p>t\t ailleurs4 ,ce sont l des symptmes diffr5ts du mme mal4 ,les ,amrica9s ne se tu5t po9t1 quelque agits qu'ils soi5t1 p>ce que la religion leur df5d de le faire1 et que *ez eux le matrialisme n'exi/e p\r a9si dire pas1 quoique la passion du bi5-tre matriel soit gnrale4 ,leur volont rsi/e1 mais s\v5t leur raison fl*it4 ,dans les temps dmocratiques les j\issances sont plus vives que dans les sicles d'ari/ocratie1 et surt\t le nombre de ceux qui les gt5t e/ inf9im5t plus gr&2 mais1 d'une autre "p1 il faut reconnatre que les esprances et les dsirs y sont plus s\v5t du1 les mes plus mues et plus inquites1 et les s\cis plus cuisants4 ,,*apitre ,,xiv4 ,comm5t le gt des j\issances matrielles s'unit *ez les ,amrica9s l'am\r de la lib]t et au so9 des affaires publiques4 ,lorsqu'un tat dmocratique t\rne la mon>*ie absolue1 l'activit qui se portait prcdemm5t sur les affaires publiques et sur les affaires prives1 v5ant1 t\t c\p1 se conc5tr] sur ces d]nires1 il en rsulte1 p5dant quelque temps1 une gr&e prosprit matrielle2 mais bi5tt le m\vem5t se ral5tit et le dveloppem5t de la production s'arrte4 ,je ne sais si l'on peut cit] un seul peuple manufacturi] et comm]ant1 depuis les ,tyri5s jusqu'aux ,flor5t9s et aux ,anglais1 qui n'ait t un peuple libre4 ,il y a donc un li5 troit et un rapport ncessaire entre ces deux *oses3 lib]t et indu/rie4 ,cela e/ gnralem5t vrai de t\tes les nations1 mais spcialem5t des nations dmocratiques4 ,j'ai fait voir plus haut comm5t les hommes qui viv5t dans les sicles d'galit avai5t un cont9uel beso9 de l'association p\r se procur] presque t\s les bi5s qu'ils convoit5t1 et1 d'une autre "p1 j'ai montr comm5t la gr&e lib]t politique p]fectionnait et vulg>isait dans leur se9 l'art de s'associ]4 ,la lib]t1 dans ces sicles1 e/ donc p>ticulirem5t utile la production des ri*esses4 ,on peut voir1 au contraire1 que le despotisme lui e/ p>ticulirem5t ennemi4 ,le naturel du p\voir absolu1 dans les sicles dmocratiques1 n'e/ ni cruel ni sauvage1 mais il e/ m9utieux et tracassi]4 ,un despotisme de cette espce1 bi5 qu'il ne f\le po9t aux pi$s l'humanit1 e/ directem5t oppos au gnie du comm]ce et aux in/9cts de l'indu/rie4 ,a9si1 les hommes des temps dmocratiques ont beso9 d'tre libres1 af9 de se procur] plus aism5t les j\issances matrielles aprs lesquelles ils s\pir5t sans cesse4 ,il arrive cep5dant1 quelquefois1 que le gt excessif qu'ils conoiv5t p\r ces mmes j\issances les livre au premi] matre qui se prs5te4 ,la passion du bi5-tre se ret\rne alors contre elle-mme1 et loigne sans l'ap]cevoir l'objet de ses convoitises4 ,il y a1 en effet1 un passage trs-prilleux dans la vie des peuples dmocratiques4 ,lorsque le gt des j\issances matrielles se dveloppe *ez un de ces peuples plus rapidem5t que les lumires et que les habitudes de la lib]t1 il vi5t un mom5t o les hommes sont emports1 et comme hors d'eux-mmes1 la vue de ces bi5s n\veaux qu'ils sont prts saisir4 ,proccups du seul so9 de faire =tune1 ils n'ap]oiv5t plus le li5 troit qui unit la =tune p>ticulire de *acun d'eux la prosprit de t\s4 ,il n'e/ pas beso9 d'arra*] de tels citoy5s les droits qu'ils possd5t2 ils les laiss5t volonti]s *app] eux-mmes4 ,l'ex]cice de leurs devoirs politiques leur p>at un contre-temps f*eux qui les di/rait de leur indu/rie4 ,s'agit-il de *oisir leurs reprs5tants1 de prt] ma9 =te l'autorit1 de trait] en commun la *ose commune1 le temps leur manque2 ils ne saurai5t dissip] ce temps si prcieux en travaux inutiles4 ,ce sont l jeux d'oisifs qui ne convi5n5t po9t des hommes graves et occups des intrts srieux de la vie4 ,ces g5s-l croi5t suivre la doctr9e de l'intrt1 mais ils ne s'en font qu'une ide grossire1 et1 p\r mieux veill] ce qu'ils nomm5t leurs affaires1 ils nglig5t la pr9cipale1 qui e/ de re/] matres d'eux-mmes4 ,les citoy5s qui travaill5t ne v\lant pas song] la *ose publique1 et la classe qui p\rrait se *>g] de ce so9 p\r remplir ses loisirs n'exi/ant plus1 la place du g\v]nem5t e/ comme vide4 ,si1 ce mom5t critique1 un ambitieux habile vi5t s'emp>] du p\voir1 il tr\ve que la voie t\tes les usurpations e/ ouv]te4 ,qu'il veille quelque temps ce que t\s les intrts matriels prospr5t2 on le ti5dra aism5t quitte du re/e4 ,qu'il g>antisse surt\t le bon ordre4 ,les hommes qui ont la passion des j\issances matrielles dc\vr5t d'ord9aire comm5t les agitations de la lib]t tr\bl5t le bi5-tre1 avant que d'ap]cevoir comm5t la lib]t s]t se le procur]2 et1 au mo9dre bruit des passions publiques qui pntr5t au milieu des petites j\issances de leur vie prive1 ils s'veill5t et s'inquit5t2 p5dant longtemps la peur de l'an>*ie les ti5t sans cesse en susp5s et t\j\rs prts se jet] hors de la lib]t au premi] dsordre4 ,je convi5drai sans pe9e que la paix publique e/ un gr& bi52 mais je ne veux pas oubli] cep5dant que c'e/ trav]s le bon ordre que t\s les peuples sont arrivs la tyrannie4 ,il ne s'ensuit pas assurm5t que les peuples doiv5t mpris] la paix publique2 mais il ne faut pas qu'elle leur suffise4 ,une nation qui ne dem&e son g\v]nem5t que le ma9ti5 de l'ordre e/ dj esclave au fond du coeur2 elle e/ esclave de son bi5-tre1 et l'homme qui doit l'en*an] peut p>atre4 ,le despotisme des factions n'y e/ pas mo9s r$\t] que celui d'un homme4 ,lorsque la masse des citoy5s ne veut s'occup] que d'affaires prives1 les plus petits p>tis ne doiv5t pas dsespr] de dev5ir matres des affaires publiques4 ,il n'e/ pas r>e de voir alors sur la va/e scne du monde1 a9si que sur nos ?tres1 une multitude reprs5te p> quelques hommes4 ,ceux-ci p>l5t seuls au nom d'une f\le abs5te ou inatt5tive2 seuls ils agiss5t au milieu de l'immobilit univ]selle2 ils dispos5t1 suivant leur caprice1 de t\tes *oses1 ils *ang5t les lois1 et tyrannis5t leur gr les moeurs2 et l'on s'tonne en voyant le petit nombre de faibles et d'indignes ma9s dans lesquelles peut tomb] un gr& peuple4 ,jusqu' prs5t1 les ,amrica9s ont vit avec bonheur t\s les cueils que je vi5s d'indiqu]2 et en cela ils mrit5t vritablem5t qu'on les admire4 ,il n'y a peut-tre pas de pays sur la t]re o l'on r5contre mo9s d'oisifs qu'en ,amrique1 et o t\s ceux qui travaill5t soi5t plus enflamms la re*]*e du bi5-tre4 ,mais si la passion des ,amrica9s p\r les j\issances matrielles e/ viol5te1 du mo9s elle n'e/ po9t aveugle1 et la raison1 impuissante la modr]1 la dirige4 ,un ,amrica9 s'occupe de ses intrts privs comme s'il tait seul dans le monde1 et1 le mom5t d'aprs1 il se livre la *ose publique comme s'il les avait oublis4 ,il p>at tantt anim de la cupidit la plus g/e1 et tantt du patriotisme le plus vif4 ,le coeur huma9 ne saurait se divis] de cette manire4 ,les habitants des tats-,unis tmoign5t alt]nativem5t une passion si =te et si semblable p\r leur bi5-tre et leur lib]t1 qu'il e/ croire que ces passions s'uniss5t et se confond5t dans quelque endroit de leur me4 ,les ,amrica9s voi5t1 en effet1 dans leur lib]t le meilleur in/rum5t et la plus gr&e g>antie de leur bi5-tre4 ,ils aim5t ces deux *oses l'une p> l'autre4 ,ils ne p5s5t donc po9t que se ml] du public ne soit pas leur affaire2 ils croi5t1 au contraire1 que leur pr9cipale affaire e/ de s'assur] p> eux-mmes un g\v]nem5t qui leur p]mette d'acqurir les bi5s qu'ils dsir5t1 et qui ne leur df5de pas de gt] en paix ceux qu'ils ont acquis4 ,,*apitre ,,xv4 ,comm5t les croyances religieuses dt\rn5t de temps en temps l'me des ,amrica9s v]s les j\issances immatrielles4 ,aux tats-,unis1 qu& arrive le septime j\r de *aque sema9e1 la vie comm]ciale et indu/rielle de la nation semble susp5due1 t\s les bruits cess5t4 ,un pr(ond repos1 ou plutt une sorte de recueillem5t sol5nel lui succde1 l'me r5tre enf9 en possession d'elle-mme1 et se contemple4 ,durant ce j\r1 les lieux consacrs au comm]ce sont ds]ts2 *aque citoy51 ent\r de ses enfants1 se r5d dans un temple2 l1 on lui ti5t d'tranges disc\rs qui sembl5t peu faits p\r son oreille4 ,on l'entreti5t des maux innombrables causs p> l'orgueil et la convoitise4 ,on lui p>le de la ncessit de rgl] ses dsirs1 des j\issances dlicates atta*es la seule v]tu1 et du vrai bonheur qui l'accompagne4 ,r5tr dans sa demeure1 on ne le voit po9t c\rir aux regi/res de son ngoce4 ,il ouvre le livre des sa9tes critures2 il y tr\ve des pe9tures sublimes ou t\*antes1 de la gr&eur et de la bont du ,crateur1 de la magnific5ce inf9ie des oeuvres de ,dieu1 de la haute de/9e rs]ve aux hommes1 de leurs devoirs et de leurs droits l'immortalit4 ,c'e/ a9si que1 de temps en temps1 l',amrica9 se drobe en quelque sorte lui-mme1 et que1 s'arra*ant p\r un mom5t aux petites passions qui agit5t sa vie et aux intrts passag]s qui la rempliss5t1 il pntre t\t c\p dans un monde idal o t\t e/ gr&1 pur1 t]nel4 ,j'ai re*]* dans un autre endroit de cet ouvrage1 les causes auxquelles il fallait attribu] le ma9ti5 des in/itutions politiques des ,amrica9s1 et la religion m'a p>u l'une des pr9cipales4 ,auj\rd'hui que je m'occupe des individus1 je la retr\ve et j'ap]ois qu'elle n'e/ pas mo9s utile *aque citoy5 qu' t\t l'tat4 ,les ,amrica9s montr5t1 p> leur pratique1 qu'ils s5t5t t\te la ncessit de moralis] la dmocratie p> la religion4 ,ce qu'ils p5s5t cet g>d sur eux-mmes e/ une vrit dont t\te nation dmocratique doit tre pntre4 ,je ne d\te po9t que la con/itution sociale et politique d'un peuple ne le dispose c]ta9es croyances1 et c]ta9s gts dans lesquels il abonde ensuite sans pe9e2 t&is que ces mmes causes l'c>t5t de c]ta9es op9ions et de c]ta9s p5*ants1 sans qu'il y travaille de lui-mme1 et p\r a9si dire sans qu'il s'en d\te4 ,t\t l'art du lgislateur consi/e bi5 disc]n] d'avance ces p5tes naturelles des socits huma9es1 af9 de savoir o il faut aid] l'ef=t des citoy5s1 et o il s]ait plutt ncessaire de le ral5tir4 ,c> ses obligations diffr5t suivant les temps4 ,il n'y a d'immobile que le b v]s lequel doit t\j\rs t5dre le g5re huma92 les moy5s de l'y faire arriv] v>i5t sans cesse4 ,si j'tais n dans un sicle ari/ocratique1 au milieu d'une nation o la ri*esse hrditaire des uns et la pauvret irrmdiable des autres1 dt\rnass5t galem5t les hommes de l'ide du mieux1 et t9ss5t les mes comme eng\rdies dans la contemplation d'un autre monde2 je v\drais qu'il me ft possible de /imul] *ez un p>eil peuple le s5tim5t des beso9s1 je song]ais dc\vrir des moy5s plus rapides et plus aiss de satisfaire les n\veaux dsirs que j'aurais fait natre1 et1 dt\rnant v]s les tudes physiques les plus gr&s ef=ts de l'esprit huma91 je t*]ais de l'excit] la re*]*e du bi5-tre4 ,s'il arrivait que quelques hommes s'enflammass5t inconsidrm5t la p\rsuite de la ri*esse et fiss5t voir un am\r excessif p\r les j\issances matrielles1 je ne m'en al>m]ais po9t2 ces traits p>ticuli]s disp>atrai5t bi5tt dans la physionomie commune4 ,les lgislateurs des dmocraties ont d'autres so9s4 ,donnez aux peuples dmocratiques des lumires et de la lib]t1 et laissez-les faire4 ,ils arriv]ont sans pe9e1 retir] de ce monde t\s les bi5s qu'il peut (frir2 ils p]fectionn]ont *acun des arts utiles1 et r5dront t\s les j\rs la vie plus commode1 plus aise1 plus d\ce2 leur tat social les p\sse naturellem5t de ce ct4 ,je ne r$\te pas qu'ils s'arrt5t4 ,mais t&is que l'homme se complat dans cette re*]*e honnte et lgitime du bi5-tre1 il e/ cra9dre qu'il ne p]de enf9 l'usage de ses plus sublimes facults1 et1 qu'en v\lant t\t amlior] aut\r de lui1 il ne se dgrade enf9 lui-mme4 ,c'e/ l qu'e/ le pril et non po9t ailleurs4 ,il faut donc que les lgislateurs des dmocraties et t\s les hommes honntes et clairs qui y viv5t1 s'appliqu5t sans rel*e y s\lev] les mes et les t5ir dresses v]s le ciel4 ,il e/ ncessaire que t\s ceux qui s'intress5t l'av5ir des socits dmocratiques1 s'uniss5t1 et que t\s de conc]t fass5t de cont9uels ef=ts p\r rp&re dans le se9 de ces socits le gt de l'inf9i1 le s5tim5t du gr& et l'am\r des plaisirs immatriels4 ,que1 s'il se r5contre p>mi les op9ions d'un peuple dmocratique1 quelques unes de ces ?ories malfaisantes qui t5d5t faire croire que t\t prit avec le corps2 considrez les hommes qui les pr(ess5t comme les ennemis naturels de ce peuple4 ,il y a bi5 des *oses qui me bless5t dans les matriali/es4 ,leurs doctr9es me p>aiss5t p]nicieuses1 et leur orgueil me rvolte4 ,si leur sy/me p\vait tre de quelque utilit l'homme1 il semble que ce s]ait en lui donnant une mode/e ide de lui-mme4 ,mais ils ne font po9t voir qu'il en soit a9si2 et1 qu& ils croi5t avoir suffisamm5t tabli qu'ils ne sont que des brutes1 ils se montr5t aussi fi]s que s'ils avai5t dmontr qu'ils tai5t des ,dieux4 ,le matrialisme e/ *ez t\tes les nations une maladie dang]euse de l'esprit huma92 mais il faut p>ticulirem5t le r$\t] *ez un peuple dmocratique1 p>ce qu'il se comb9e m]veilleusem5t avec le vice de coeur le plus famili] ces peuples4 ,la dmocratie favorise le gt des j\issances matrielles4 ,ce gt1 s'il devi5t excessif1 dispose bi5tt les hommes croire que t\t n'e/ que matire2 et le matrialisme1 son t\r1 a*ve de les entran] avec une ardeur ins5se v]s ces mmes j\issances4 ,tel e/ le c]cle fatal dans lequel les nations dmocratiques sont p\sses4 ,il e/ bon qu'elles voi5t le pril1 et se reti5n5t4 ,la plup>t des religions ne sont que des moy5s gnraux1 simples et pratiques1 d'enseign] aux hommes l'immortalit de l'me4 ,c'e/ l le plus gr& avantage qu'un peuple dmocratique retire des croyances1 et ce qui les r5d plus ncessaires un tel peuple qu' t\s les autres4 ,lors donc qu'une religion quelconque a jet de pr(ondes rac9es au se9 d'une dmocratie1 g>dez-v\s de l'branl]2 mais cons]vez-la plutt avec so9 comme le plus prcieux hritage des sicles ari/ocratiques2 ne *]*ez pas arra*] aux hommes leurs anci5nes op9ions religieuses1 p\r en sub/itu] de n\velles1 de peur que1 dans le passage d'une foi une autre1 l'me se tr\vant un mom5t vide de croyances1 l'am\r des j\issances matrielles ne vi5ne s'y t5dre1 et la remplir t\t entire4 ,assurm5t1 la mtempsy*ose n'e/ pas plus raisonnable que le matrialisme2 cep5dant1 s'il fallait absolum5t qu'une dmocratie ft un *oix entre les deux1 je n'hsit]ais pas1 et je jug]ais que ses citoy5s risqu5t mo9s de s'abrutir en p5sant que leur me va pass] dans le corps d'un porc1 qu'en croyant qu'elle n'e/ ri54 ,la croyance un pr9cipe immatriel et immortel1 uni p\r un temps la matire1 e/ si ncessaire la gr&eur de l'homme1 qu'elle produit encore de beaux effets lorsqu'on n'y jo9t pas l'op9ion des rcomp5ses et des pe9es1 et que l'on se borne croire qu'aprs la mort le pr9cipe div9 r5f]m dans l'homme s'absorbe en ,dieu ou va anim] une autre crature4 ,ceux-l mme considr5t le corps comme la portion secondaire et infrieure de notre nature2 et ils le mpris5t alors mme qu'ils subiss5t son influ5ce2 t&is qu'ils ont une e/ime naturelle et une admiration secrte p\r la p>tie immatrielle de l'homme1 encore qu'ils refus5t quelquefois de se s\mettre son empire4 ,c'en e/ assez p\r donn] un c]ta9 t\r lev leurs ides et leurs gts1 et p\r les faire t5dre sans intrt1 et comme d'eux-mmes1 v]s les s5tim5ts purs et les gr&es p5ses4 ,il n'e/ pas c]ta9 que ,socrate et son cole euss5t des op9ions bi5 arrtes sur ce qui devait arriv] l'homme dans l'autre vie2 mais la seule croyance sur laquelle ils tai5t fixs1 que l'me n'a ri5 de commun avec le corps et qu'elle lui survit1 a suffi p\r donn] la philosophie platonici5ne cette sorte d'lan sublime qui la di/+ue4 ,qu& on lit ,platon1 on ap]oit que dans les temps antrieurs lui1 et de son temps1 il exi/ait beauc\p d'criva9s qui prconisai5t le matrialisme4 ,ces criva9s ne sont pas p>v5us jusqu' n\s1 ou n'y sont p>v5us que =t incompltem5t4 ,il en a t a9si dans presque t\s les sicles3 la plup>t des gr&es rputations littraires se sont jo9tes au spiritualisme4 ,l'in/9ct et le gt du g5re huma9 s\ti5n5t cette doctr9e2 ils la sauv5t s\v5t en dpit des hommes eux-mmes1 et font surnag] les noms de ceux qui s'y atta*5t4 ,il ne faut donc pas croire que dans aucun temps1 et quel que soit l'tat politique1 la passion des j\issances matrielles et les op9ions qui s'y ratta*5t p\rront suffire t\t un peuple4 ,le coeur de l'homme e/ plus va/e qu'on ne le suppose2 il peut r5f]m] la fois le gt des bi5s de la t]re et l'am\r de ceux du ciel2 quelquefois il semble se livr] p]duem5t l'un des deux2 mais il n'e/ jamais longtemps sans song] l'autre4 ,s'il e/ facile de voir que c'e/ p>ticulirem5t dans les temps de dmocratie qu'il importe de faire rgn] les op9ions spirituali/es2 il n'e/ pas ais de dire comm5t ceux qui g\v]n5t les peuples dmocratiques doiv5t faire p\r qu'elles y rgn5t4 ,je ne crois pas la prosprit non plus qu' la dure des philosophies (ficielles1 et1 quant aux religions d'tat1 j'ai t\j\rs p5s que si p>fois elles p\vai5t s]vir mom5tanm5t les intrts du p\voir politique1 elles dev5ai5t t\j\rs tt ou t>d fatales l'glise4 ,je ne suis pas non plus du nombre de ceux qui jug5t que p\r relev] la religion aux yeux des peuples1 et mettre en honneur le spiritualisme qu'elle pr(esse1 il e/ bon d'accord] indirectem5t ses m9i/res une influ5ce politique que leur refuse la loi4 ,je me s5s si pntr des dang]s presque 9vitables que c\r5t les croyances qu& leurs int]prtes se ml5t des affaires publiques1 et je suis si conva9cu qu'il faut t\t prix ma9t5ir le *ri/ianisme dans le se9 des dmocraties n\velles1 que j'aim]ais mieux en*an] les prtres dans le sanctuaire que de les en laiss] sortir4 ,quels moy5s re/e-t-il donc l'autorit p\r ram5] les hommes v]s les op9ions spirituali/es ou p\r les ret5ir dans la religion qui les suggre8 ,ce que je vais dire va bi5 me nuire aux yeux des politiques4 ,je crois que le seul moy5 efficace dont les g\v]nem5ts puiss5t se s]vir p\r mettre en honneur le dogme de l'immortalit de l'me1 c'e/ d'agir *aque j\r comme s'ils y croyai5t eux-mmes2 et je p5se que ce n'e/ qu'en se con=mant scrupuleusem5t la morale religieuse dans les gr&es affaires1 qu'ils peuv5t se flatt] d'appr5dre aux citoy5s la connatre1 l'aim] et la respect] dans les petites4 ,,*apitre ,,xvi4 ,comm5t l'am\r excessif du bi5-tre peut nuire au bi5-tre4 ,il y a plus de liaison qu'on ne p5se entre le p]fectionnem5t de l'me et l'amlioration des bi5s du corps2 l'homme peut laiss] ces deux *oses di/9ctes1 et envisag] alt]nativem5t *acune d'elles2 mais il ne saurait les sp>] entirem5t sans les p]dre enf9 de vue l'une et l'autre4 ,les btes ont les mmes s5s que n\s et peu prs les mmes convoitises3 il n'y a pas de passions matrielles qui ne n\s soi5t communes avec elles1 et dont le g]me ne se tr\ve dans un *i5 aussi bi5 qu'en n\s-mmes4 ,d'o vi5t donc que les animaux ne sav5t p\rvoir qu' leurs premi]s et leurs plus grossi]s beso9s1 t&is que n\s v>ions l'inf9i nos j\issances et les accroissons sans cesse8 ,ce qui n\s r5d suprieurs en ceci aux btes1 c'e/ que n\s employons notre me tr\v] les bi5s matriels v]s lesquels l'in/9ct seul les conduit4 ,*ez l'homme1 l'ange enseigne la brute l'art de se satisfaire4 ,c'e/ p>ce que l'homme e/ capable de s'lev] au-dessus des bi5s du corps1 et de mpris] jusqu' la vie1 ce dont les btes n'ont pas mme l'ide1 qu'il sait multipli] ces mmes bi5s un degr qu'elles ne saurai5t non plus concevoir4 ,t\t ce qui lve1 gr&it1 t5d l'me1 la r5d plus capable de russir celle mme de ses entreprises o il ne s'agit po9t d'elle4 ,t\t ce qui l'n]ve1 au contraire1 ou l'abaisse1 l'affaiblit p\r t\tes *oses1 les pr9cipales comme les mo9dres1 et m5ace de la r5dre presque aussi impuissante p\r les unes que p\r autres4 ,a9si1 il faut que l'me re/e gr&e et =te1 ne ft-ce que p\r p\voir1 de temps autre1 mettre sa =ce et sa gr&eur au s]vice du corps4 ,si les hommes p>v5ai5t jamais se cont5t] des bi5s matriels1 il e/ croire qu'ils p]drai5t peu peu l'art de les produire1 et qu'ils f9irai5t p> en j\ir sans disc]nem5t et sans progrs1 comme les brutes4 ,,*apitre ,,xvii4 ,comm5t1 dans les temps d'galit et de d\te1 il importe de recul] l'objet des actions huma9es4 ,dans les sicles de foi1 on place le b f9al de la vie aprs la vie4 ,les hommes de ces temps-l s'acc\tum5t donc naturellem5t1 et1 p\r a9si dire1 sans le v\loir1 considr] p5dant une longue suite d'annes1 un objet immobile v]s lequel ils m>*5t sans cesse1 et ils appr5n5t1 p> des progrs ins5sibles1 rprim] mille petits dsirs passag]s1 p\r mieux arriv] satisfaire ce gr& et p]man5t dsir qui les t\rm5te4 ,lorsque les mmes hommes veul5t s'occup] des *oses de la t]re1 ces habitudes se retr\v5t4 ,ils fix5t volonti]s leurs actions d'ici bas un b gnral et c]ta91 v]s lequel t\s leurs ef=ts se dirig5t4 ,on ne les voit po9t se livr] *aque j\r des t5tatives n\velles2 mais ils ont des desse9s arrts qu'ils ne se lass5t po9t de p\rsuivre4 ,ceci explique p\rquoi les peuples religieux ont s\v5t accompli des *oses si durables4 ,il se tr\vait qu'en s'occupant de l'autre monde1 ils avai5t r5contr le gr& secret de russir dans celui-ci4 ,les religions donn5t l'habitude gnrale de se comport] en vue de l'av5ir4 ,en ceci elles ne sont pas mo9s utiles au bonheur de cette vie qu' la flicit de l'autre4 ,c'e/ un de leurs plus gr&s cts politiques4 ,mais mesure que les lumires de la foi s'obscurciss5t1 la vue des hommes se ress]re1 et l'on dirait que *aque j\r l'objet des actions huma9es leur p>at plus pro*e4 ,qu& ils se sont une fois acc\tums ne plus s'occup] de ce qui doit arriv] aprs leur vie1 on les voit retomb] aism5t dans cette indiffr5ce complte et brutale de l'av5ir qui n'e/ que trop con=me c]ta9s in/9cts de l'espce huma9e4 ,aussitt qu'ils ont p]du l'usage de plac] leurs pr9cipales esprances long t]me1 ils sont naturellem5t ports v\loir ralis] sans ret>d leurs mo9dres dsirs1 et il semble que du mom5t o ils dsespr5t de vivre une t]nit ils sont disposs agir comme s'ils ne devai5t exi/] qu'un seul j\r4 ,dans les sicles d'incrdulit il e/ donc t\j\rs cra9dre que les hommes ne se livr5t sans cesse au has>d j\rnali] de leurs dsirs1 et que1 r5onant entirem5t obt5ir ce qui ne peut s'acqurir sans de longs ef=ts1 ils ne fond5t ri5 de gr&1 de paisible et de durable4 ,s'il arrive que1 *ez un peuple a9si dispos1 l'tat social devi5ne dmocratique1 le dang] que je signale s'en augm5te4 ,qu& *acun *]*e sans cesse *ang] de place1 qu'une imm5se concurr5ce e/ ouv]te t\s1 que les ri*esses s'accumul5t et se dissip5t en peu d'in/ants au milieu du tumulte de la dmocratie1 l'ide d'une =tune subite et facile1 de gr&s bi5s aism5t acquis et p]dus1 l'image du has>d1 s\s t\tes ses =mes1 se prs5te l'esprit huma94 ,l'in/abilit de l'tat social vi5t favoris] l'in/abilit naturelle des dsirs4 ,au milieu de ces fluctuations p]ptuelles du sort1 le prs5t gr&it2 il ca*e l'av5ir qui s'efface1 et les hommes ne veul5t song] qu'au l5dema94 ,dans ces pays o1 p> un conc\rs malheureux1 l'irrligion et la dmocratie se r5contr5t1 les philosophes et les g\v]nants doiv5t s'atta*] sans cesse recul] aux yeux des hommes l'objet des actions huma9es2 c'e/ leur gr&e affaire4 ,il faut que se r5f]mant dans l'esprit de son sicle et de son pays1 le morali/e appr5ne s'y df5dre4 ,que *aque j\r il s'ef=ce de montr] ses contempora9s1 comm5t au milieu mme du m\vem5t p]ptuel qui les environne1 il e/ plus facile qu'ils ne le suppos5t de concevoir et d'excut] de longues entreprises4 ,qu'il leur fasse voir que1 bi5 que l'humanit ait *ang de face1 les m?odes l'aide desquelles les hommes peuv5t se procur] la prosprit de ce monde sont re/es les mmes1 et que1 *ez les peuples dmocratiques1 comme ailleurs1 ce n'e/ qu'en rsi/ant mille petites passions p>ticulires de t\s les j\rs1 qu'on peut arriv] satisfaire la passion gnrale du bonheur1 qui t\rm5te4 ,la t*e des g\v]nants n'e/ pas mo9s trace4 ,dans t\s les temps il importe que ceux qui dirig5t les nations se conduis5t en vue de l'av5ir4 ,mais cela e/ plus ncessaire encore dans les sicles dmocratiques et incrdules que dans t\s les autres4 ,en agissant a9si1 les *efs des dmocraties font non seulem5t prospr] les affaires publiques1 mais ils appr5n5t encore1 p> leur exemple1 aux p>ticuli]s l'art de conduire les affaires prives4 ,il faut surt\t qu'ils s'ef=c5t de bannir autant que possible le has>d du monde politique4 ,l'lvation subite et immrite d'un c\rtisan1 ne produit qu'une impression passagre dans un pays ari/ocratique1 p>ce que l'ensemble des in/itutions et des croyances1 =c5t habituellem5t les hommes m>*] l5tem5t dans des voies dont ils ne peuv5t sortir4 ,mais il n'y a ri5 de plus p]nicieux que de p>eils exemples1 (f]ts aux reg>ds d'un peuple dmocratique4 ,ils a*v5t de prcipit] son coeur sur une p5te o t\t l'entrane4 ,c'e/ donc pr9cipalem5t dans les temps de scepticisme et d'galit1 qu'on doit vit] avec so9 que la faveur du peuple1 ou celle du pr9ce1 dont le has>d v\s favorise ou v\s prive1 ne ti5ne lieu de la sci5ce et des s]vices4 ,il e/ s\hait] que *aque progrs y p>aisse le fruit d'un ef=t1 de telle sorte qu'il n'y ait pas de gr&eurs trop faciles1 et que l'ambition soit =ce de fix] longtemps ses reg>ds sur le b avant de l'atte9dre4 ,il faut que les g\v]nem5ts s'appliqu5t r$onn] aux hommes ce gt de l'av5ir1 qui n'e/ plus inspir p> la religion et l'tat social1 et que1 sans le dire1 ils enseign5t *aque j\r pratiquem5t aux citoy5s que la ri*esse1 la r5omme1 le p\voir1 sont les prix du travail2 que les gr&s succs se tr\v5t placs au b\t des longs dsirs1 et qu'on n'obti5t ri5 de durable que ce qui s'acqui]t avec pe9e4 ,qu& les hommes se sont acc\tums prvoir de trs-lo9 ce qui doit leur arriv] ici bas1 et s'y n\rrir d'esprances1 il leur devi5t malais d'arrt] t\j\rs leur esprit aux bornes prcises de la vie1 et ils sont bi5 prts d'en fran*ir les limites1 p\r jet] leurs reg>ds au-del4 ,je ne d\te donc po9t qu'en habituant les citoy5s song] l'av5ir dans ce monde1 on les rappro*t peu peu1 et sans qu'ils le suss5t eux-mmes1 des croyances religieuses4 ,a9si1 le moy5 qui p]met aux hommes de se pass]1 jusqu' un c]ta9 po9t1 de religion1 e/ peut-tre1 aprs t\t1 le seul qui n\s re/e p\r ram5] p> un long dt\r le g5re huma9 v]s la foi4 ,,*apitre ,,xviii4 ,p\rquoi1 *ez les ,amrica9s1 t\tes les pr(essions honntes sont rputes honorables4 ,*ez les peuples dmocratiques1 o il n'y a po9t de ri*esses hrditaires1 *acun travaille p\r vivre1 ou a travaill1 ou e/ n de g5s qui ont travaill4 ,l'ide du travail comme condition ncessaire1 naturelle et honnte de l'humanit s'(fre donc de t\t ct l'esprit huma94 ,non-seulem5t le travail n'e/ po9t en d%onneur *ez ces peuples1 mais il e/ en honneur1 le prjug n'e/ pas contre lui1 il e/ p\r lui4 ,aux tats-,unis1 un homme ri*e croit devoir l'op9ion publique de consacr] ses loisirs quelque opration d'indu/rie1 de comm]ce1 ou quelques devoirs publics4 ,il s'e/im]ait mal fam s'il n'employait sa vie qu' vivre4 ,c'e/ p\r se s\/raire cette obligation du travail que tant de ri*es ,amrica9s vi5n5t en ,europe3 l ils tr\v5t des dbris de socits ari/ocratiques p>mi lesquelles l'oisivet e/ encore honore4 ,l'galit ne rhabilite pas seulem5t l'ide du travail1 elle relve l'ide du travail procurant un lucre4 ,dans les ari/ocraties1 ce n'e/ pas prcism5t le travail qu'on mprise1 c'e/ le travail en vue d'un pr(it4 ,le travail e/ glorieux qu& c'e/ l'ambition ou la seule v]tu qui le fait entrepr5dre4 ,s\s l'ari/ocratie cep5dant1 il arrive sans cesse que celui qui travaille p\r l'honneur n'e/ pas ins5sible l'appt du ga94 ,mais ces deux dsirs ne se r5contr5t qu'au plus pr(ond de son me4 ,il a bi5 so9 de drob] t\s les reg>ds la place o ils s'uniss5t4 ,il se la ca*e volonti]s lui-mme4 ,dans les pays ari/ocratiques1 il n'y a gure de fonctionnaires publics qui ne prt5d5t s]vir sans intrt l'tat4 ,leur salaire e/ un dtail auquel quelquefois ils p5s5t peu1 et auquel ils affect5t t\j\rs de ne po9t p5s]4 ,a9si1 l'ide du ga9 re/e di/9cte de celle du travail4 ,elles ont beau tre jo9tes au fait1 la p5se les sp>e4 ,dans les socits dmocratiques1 ces deux ides sont au contraire t\j\rs visiblem5t unies4 ,comme le dsir du bi5-tre e/ univ]sel1 que les =tunes sont mdiocres et passagres1 que *acun a beso9 d'accrotre ses ress\rces ou d'en prp>] de n\velles ses enfants1 t\s voi5t bi5 clairem5t que c'e/ le ga9 qui e/ s9on en t\t1 du mo9s en p>tie ce qui les porte au travail4 ,ceux mmes qui agiss5t pr9cipalem5t en vue de la gloire s'apprivois5t =cm5t avec cette p5se qu'ils n'agiss5t pas uniquem5t p> cette vue1 et ils dc\vr5t1 quoi qu'ils en ai5t1 que le dsir de vivre se mle *ez eux au dsir d'illu/r] leur vie4 ,du mom5t o1 d'une "p1 le travail semble t\s les citoy5s une ncessit honorable de la condition huma9e1 et o1 de l'autre1 le travail e/ t\j\rs visiblem5t fait1 en t\t ou en p>tie1 p> la considration du salaire1 l'imm5se espace qui sp>ait les diffr5tes pr(essions dans les socits ari/ocratiques disp>at4 ,si elles ne sont pas t\tes p>eilles1 elles ont du mo9s un trait semblable4 ,il n'y a pas de pr(ession o l'on ne travaille pas p\r de l'arg5t4 ,le salaire qui e/ commun t\tes1 donne t\tes un air de famille4 ,ceci s]t expliqu] les op9ions que les ,amrica9s entreti5n5t relativem5t aux div]ses pr(essions4 ,les s]viteurs amrica9s ne se croi5t pas dgrads p>ce qu'ils travaill5t2 c> aut\r d'eux t\t le monde travaille4 ,ils ne se s5t5t pas abaisss p> l'ide qu'ils reoiv5t un salaire2 c> le prsid5t des tats-,unis travaille aussi p\r un salaire4 ,on le paie p\r comm&]1 aussi bi5 qu'eux p\r s]vir4 ,aux tats-,unis1 les pr(essions sont plus ou mo9s pnibles1 plus ou mo9s lucratives1 mais elles ne sont jamais ni hautes ni basses4 ,t\te pr(ession honnte e/ honorable4 ,,*apitre ,,xix4 ,ce qui fait p5*] presque t\s les ,amrica9s v]s les pr(essions indu/rielles4 ,je ne sais si de t\s les arts utiles l'agriculture n'e/ pas celui qui se p]fectionne le mo9s vite *ez les nations dmocratiques4 ,s\v5t mme on dirait qu'il e/ /ationnaire1 p>ce que plusieurs autres sembl5t c\rir4 ,au contraire1 presque t\s les gts et les habitudes qui naiss5t de l'galit conduis5t naturellem5t les hommes v]s le comm]ce et l'indu/rie4 ,je me figure un homme actif1 clair1 libre1 ais1 ple9 de dsirs4 ,il e/ trop pauvre p\r p\voir vivre dans l'oisivet2 il e/ assez ri*e p\r se s5tir au-dessus de la cra9te immdiate du beso91 et il songe amlior] son sort4 ,cet homme a conu le gt des j\issances matrielles2 mille autres s'ab&onn5t ce gt s\s ses yeux2 lui-mme a comm5c s'y livr]1 et il brle d'accrotre les moy5s de le satisfaire davantage4 ,cep5dant la vie s'c\le1 le temps presse4 ,que va-t-il faire8 ,la culture de la t]re promet ses ef=ts des rsultats presque c]ta9s1 mais l5ts4 ,on ne s'y enri*it que peu peu et avec pe9e4 ,l'agriculture ne convi5t qu' des ri*es qui ont dj un gr& sup]flu1 ou des pauvres qui ne dem&5t qu' vivre4 ,son *oix e/ fait3 il v5d son *amp1 quitte sa demeure1 et va se livr] quelque pr(ession has>deuse1 mais lucrative4 ,or1 les socits dmocratiques abond5t en g5s de cette espce2 et1 mesure que l'galit des conditions devi5t plus gr&e1 leur f\le augm5te4 ,la dmocratie ne multiplie donc pas seulem5t le nombre des travailleurs2 elle porte les hommes un travail plutt qu' un autre2 et1 t&is qu'elle les dgte de l'agriculture1 elle les dirige v]s le comm]ce et l'indu/rie#e4 ,note #e3 ,on a rem>qu plusieurs fois que les indu/riels et les comm]ants tai5t possds du gt immodr des j\issances matrielles1 et on a accus de cela le comm]ce et l'indu/rie1 je crois qu'ici on a pris l'effet p\r la cause4 ,ce n'e/ pas le comm]ce et l'indu/rie qui suggr5t le gt des j\issances matrielles aux hommes1 mais plutt ce gt qui porte les hommes v]s les c>rires indu/rielles et comm]antes1 o ils espr5t se satisfaire plus compltem5t et plus vite4 ,si le comm]ce et l'indu/rie font augm5t] le dsir du bi5-tre1 cela vi5t de ce que t\te passion se =tifie mesure qu'on s'en occupe davantage1 et s'accrot p> t\s les ef=ts qu'on t5te p\r l'ass\vir4 ,t\tes les causes qui font prdom9] dans le coeur huma9 l'am\r des bi5s de ce monde dvelopp5t le comm]ce et l'indu/rie4 ,l'galit e/ une de ces causes4 ,elle favorise le comm]ce1 non po9t directem5t en donnant aux hommes le gt du ngoce1 mais indirectem5t en =tifiant et gnralisant dans leurs mes l'am\r du bi5-tre4 ,cet esprit se fait voir *ez les plus ri*es citoy5s eux-mmes4 ,dans les pays dmocratiques1 un homme1 quelque opul5t qu'on le suppose1 e/ presque t\j\rs mcont5t de sa =tune p>ce qu'il se tr\ve mo9s ri*e que son pre1 et qu'il cra9t que ses fils le soi5t mo9s que lui4 ,la plup>t des ri*es des dmocraties rv5t donc sans cesse aux moy5s d'acqurir des ri*esses1 et ils t\rn5t naturellem5t leurs yeux v]s le comm]ce et l'indu/rie1 qui leur p>aiss5t les moy5s les plus prompts et les plus puissants de se les procur]4 ,ils p>tag5t sur ce po9t les in/9cts du pauvre sans avoir ses beso9s1 ou plutt ils sont p\sss p> le plus imprieux de t\s les beso9s3 celui de ne pas d*oir4 ,dans les ari/ocraties1 les ri*es sont en mme temps les g\v]nants4 ,l'att5tion qu'ils donn5t sans cesse de gr&es affaires publiques les dt\rne des petits so9s que dem&5t le comm]ce et l'indu/rie4 ,si la volont de quelqu'un d'entre eux se dirige nanmo9s p> has>d v]s le ngoce1 la volont du corps vi5t aussitt lui b>r] la r\te2 c> on a beau se s\lev] contre l'empire du nombre1 on n'*appe jamais compltem5t son j\g1 et1 au se9 mme des corps ari/ocratiques qui refus5t le plus op9itrem5t de reconnatre les droits de la majorit nationale1 il se =me une majorit p>ticulire qui g\v]ne#f4 ,note #f3 ,voir la note la f9 du volume4 ,dans les pays dmocratiques1 o l'arg5t ne conduit pas au p\voir celui qui le possde1 mais s\v5t l'en c>te1 les ri*es ne sav5t que faire de leurs loisirs4 ,l'inquitude et la gr&eur de leurs dsirs1 l't5due de leurs ress\rces1 le gt de l'extraord9aire1 que ress5t5t presque t\j\rs ceux qui s'lv5t1 de quelque manire que ce soit1 au-dessus de la f\le1 les press5t d'agir4 ,la seule r\te du comm]ce leur e/ ouv]te4 ,dans les dmocraties1 il n'y a ri5 de plus gr& ni de plus brillant que le comm]ce2 c'e/ lui qui attire les reg>ds du public et remplit l'imag9ation de la f\le2 v]s lui t\tes les passions n]giques se dirig5t4 ,ri5 ne saurait emp*] les ri*es de s'y livr]1 ni leurs propres prjugs1 ni ceux d'aucun autre4 ,les ri*es des dmocraties ne =m5t jamais un corps qui ait ses moeurs et sa police2 les ides p>ticulires de leur classe ne les arrt5t pas1 et les ides gnrales de leur pays les p\ss5t4 ,les gr&es =tunes qu'on voit au se9 d'un peuple dmocratique ayant1 d'ailleurs1 presque t\j\rs une orig9e comm]ciale1 il faut que plusieurs gnrations se succd5t avant que leurs possesseurs ai5t entirem5t p]du les habitudes du ngoce4 ,ress]rs dans l'troit espace que la politique leur laisse1 les ri*es des dmocraties se jett5t donc de t\tes p>ts dans le comm]ce2 l ils peuv5t s't5dre et us] de leurs avantages naturels2 et c'e/1 en quelque sorte1 l'audace mme et la gr&eur de leurs entreprises indu/rielles qu'on doit jug] le peu de cas qu'ils aurai5t fait de l'indu/rie s'ils tai5t ns au se9 d'une ari/ocratie4 ,une mme rem>que e/ de plus applicable t\s les hommes des dmocraties1 qu'ils soi5t pauvres ou ri*es4 ,ceux qui viv5t au milieu de l'in/abilit dmocratique ont sans cesse s\s les yeux l'image du has>d1 et ils f9iss5t p> aim] t\tes les entreprises o le has>d j\e un rle4 ,ils sont donc t\s ports v]s le comm]ce1 non seulem5t cause du ga9 qu'il leur promet1 mais p> l'am\r des motions qu'il leur donne4 ,les tats-,unis d',amrique ne sont sortis que depuis un demi-sicle de la dp5dance coloniale dans laquelle les t5ait l',anglet]re2 le nombre des gr&es =tunes y e/ =t petit1 et les capitaux encore r>es4 ,il n'e/ pas cep5dant de peuple sur la t]re qui ait fait des progrs aussi rapides que les ,amrica9s dans le comm]ce et l'indu/rie4 ,ils =m5t auj\rd'hui la seconde nation m>itime du monde2 et bi5 que leurs manufactures ai5t lutt] contre des ob/acles naturels presque insurmontables1 elles ne laiss5t pas de pr5dre *aque j\r de n\veaux dveloppem5ts4 ,aux tats-,unis1 les plus gr&es entreprises indu/rielles s'excut5t sans pe9e1 p>ce que la population t\t entire se mle d'indu/rie1 et que le plus pauvre aussi bi5 que le plus opul5t citoy5 uniss5t volonti]s en ceci leurs ef=ts4 ,on e/ donc tonn *aque j\r de voir les travaux imm5ses qu'excute sans pe9e une nation qui ne r5f]me p\r a9si dire po9t de ri*es4 ,les ,amrica9s ne sont arrivs que d'hi] sur le sol qu'ils habit5t1 et ils y ont dj b\lev]s t\t l'ordre de la nature leur pr(it4 ,ils ont uni l',hudson au ,mississipi1 et fait communiqu] l',ocan atlantique avec le golfe du ,mexique1 trav]s plus de c9q c5ts lieues de cont95t qui sp>5t ces deux m]s4 ,les plus longs *em9s de f] qui ai5t t faits jusqu' nos j\rs sont en ,amrique4 ,mais ce qui me frappe le plus aux tats-,unis1 ce n'e/ pas la gr&eur extraord9aire de quelques entreprises indu/rielles2 c'e/ la multitude innombrable des petites entreprises4 ,presque t\s les agriculteurs des tats-,unis ont jo9t quelque comm]ce l'agriculture2 la plup>t ont fait de l'agriculture un comm]ce4 ,il e/ r>e qu'un cultivateur amrica9 se fixe p\r t\j\rs sur le sol qu'il occupe4 ,dans les n\velles prov9ces de l'oue/ pr9cipalem5t1 on dfri*e un *amp p\r le rev5dre1 et non p\r le rcolt]2 on btit une f]me dans la prvision que1 l'tat du pays v5ant bi5tt *ang] p> suite de l'accroissem5t de ses habitants1 on p\rra en obt5ir un bon prix4 ,t\s les ans un essaim d'habitants du nord desc5d v]s le midi1 et vi5t s'tablir dans les contres o croiss5t le coton et la canne sucre4 ,ces hommes cultiv5t la t]re dans le b de lui faire produire en peu d'annes de quoi les enri*ir1 et ils entrevoi5t dj le mom5t o ils p\rront ret\rn] dans leur patrie j\ir de l'aisance a9si acquise4 ,les ,amrica9s transport5t donc dans l'agriculture l'esprit du ngoce1 et leurs passions indu/rielles se montr5t l comme ailleurs4 ,les ,amrica9s font d'imm5ses progrs en indu/rie1 p>ce qu'ils s'occup5t t\s la fois d'indu/rie2 et p\r cette mme cause ils sont sujets des crises indu/rielles trs-inatt5dues et trs-=midables4 ,comme ils font t\s du comm]ce1 le comm]ce e/ s\mis *ez eux des influ5ces tellem5t nombreuses et si compliques1 qu'il e/ impossible de prvoir l'avance les emb>ras qui peuv5t natre4 ,comme *acun d'eux se mle plus ou mo9s d'indu/rie1 au mo9dre *oc que les affaires y pr\v5t1 t\tes les =tunes p>ticulires trbu*5t en mme temps1 et l'tat *ancelle4 ,je crois que le ret\r des crises indu/rielles e/ une maladie endmique *ez les nations dmocratiques de nos j\rs4 ,on peut la r5dre mo9s dang]euse1 mais non la gurir1 p>ce qu'elle ne ti5t pas un accid5t1 mais au tempram5t mme de ces peuples4 ,,*apitre ,,xx4 ,comm5t l'ari/ocratie p\rrait sortir de l'indu/rie4 ,j'ai montr comm5t la dmocratie favorisait les dveloppem5ts de l'indu/rie1 et multipliait sans mesure le nombre des indu/riels2 n\s allons voir p> quel *em9 dt\rn l'indu/rie p\rrait bi5 son t\r ram5] les hommes v]s l'ari/ocratie4 ,on a reconnu que qu& un ouvri] ne s'occupait t\s les j\rs que du mme dtail1 on p>v5ait plus aism5t1 plus rapidem5t et avec plus d'conomie la production gnrale de l'oeuvre4 ,on a galem5t reconnu que plus une indu/rie tait entreprise en gr&1 avec de gr&s capitaux1 un gr& crdit1 plus ses produits tai5t bon m>*4 ,ces vrits tai5t entrevues depuis longtemps1 mais on les a dmontres de nos j\rs4 ,dj on les applique plusieurs indu/ries trs-importantes1 et successivem5t les mo9dres s'en emp>5t4 ,je ne vois ri5 dans le monde politique1 qui doive proccup] davantage le lgislateur que ces deux n\veaux axiomes de la sci5ce indu/rielle4 ,qu& un artisan se livre sans cesse et uniquem5t la fabrication d'un seul objet1 il f9it p> s'acquitt] de ce travail avec une dextrit s+ulire4 ,mais il p]d1 en mme temps1 la facult gnrale d'appliqu] son esprit la direction du travail4 ,il devi5t *aque j\r plus habile et mo9s indu/rieux1 et l'on peut dire qu'en lui1 l'homme se dgrade mesure que l'ouvri] se p]fectionne4 ,que doit-on att5dre d'un homme qui a employ v+t ans de sa vie faire des ttes d'p+les8 et quoi peut dsormais s'appliqu] *ez lui cette puissante intellig5ce huma9e1 qui a s\v5t remu le monde1 s9on re*]*] le meilleur moy5 de faire des ttes d'p+les6 ,lorsqu'un ouvri] a consum de cette manire une portion considrable de son exi/5ce1 sa p5se s'e/ arrte p\r jamais prs de l'objet j\rnali] de ses labeurs2 son corps a contract c]ta9es habitudes fixes dont il ne lui e/ plus p]mis de se dp>tir4 ,en un mot1 il n'app>ti5t plus lui-mme1 mais la pr(ession qu'il a *oisie4 ,c'e/ en va9 que les lois et les moeurs ont pris so9 de bris] aut\r de cet homme t\tes les b>rires1 et de lui ouvrir de t\s cts mille *em9s diffr5ts v]s la =tune2 une ?orie indu/rielle plus puissante que les moeurs et les lois1 l'a atta* un mti]1 et s\v5t un lieu qu'il ne peut quitt]4 ,elle lui a assign dans la socit une c]ta9e place dont il ne peut sortir4 ,au milieu du m\vem5t univ]sel1 elle l'a r5du immobile4 mesure que le pr9cipe de la division du travail reoit une application plus complte1 l'ouvri] devi5t plus faible1 plus born et plus dp5dant4 ,l'art fait des progrs1 l'artisan rtrograde4 ,d'un autre ct1 mesure qu'il se dc\vre plus manife/em5t que les produits d'une indu/rie sont d'autant plus p>faits et d'autant mo9s *]s que la manufacture e/ plus va/e et le capital plus gr&1 des hommes trs-ri*es et trs-clairs se prs5t5t p\r exploit] des indu/ries qui1 jusque-l1 avai5t t livres des artisans ignorants ou malaiss4 ,la gr&eur des ef=ts ncessaires et l'imm5sit des rsultats obt5ir les attire4 ,a9si donc1 dans le mme temps que la sci5ce indu/rielle abaisse sans cesse la classe des ouvri]s elle lve celle des matres4 ,t&is que l'ouvri] ramne de plus en plus son intellig5ce l'tude d'un seul dtail1 le matre promne *aque j\r ses reg>ds sur un plus va/e ensemble1 et son esprit s't5d en proportion que celui de l'autre se ress]re4 ,bi5tt il ne faudra plus au second que la =ce physique sans l'intellig5ce2 le premi] a beso9 de la sci5ce1 et presque du gnie p\r russir4 ,l'un ressemble de plus en plus l'adm9i/rateur d'un va/e empire1 et l'autre une brute4 ,le matre et l'ouvri] n'ont donc ici ri5 de semblable1 et ils diffr5t *aque j\r davantage4 ,ils ne se ti5n5t que comme les deux anneaux extrmes d'une longue *ane4 ,*acun occupe une place qui e/ faite p\r lui1 et dont il ne sort po9t4 ,l'un e/ dans une dp5dance cont9uelle1 troite et ncessaire de l'autre1 et semble n p\r obir comme celui-ci p\r comm&]4 ,qu'e/-ce ceci s9on de l'ari/ocratie8 ,les conditions v5ant s'galis] de plus en plus dans le corps de la nation1 le beso9 des objets manufacturs s'y gnralise et s'y accrot1 et le bon m>* qui met ces objets la porte des =tunes mdiocres1 devi5t un plus gr& lm5t de succs4 ,il se tr\ve donc *aque j\r que des hommes plus opul5ts et plus clairs1 consacr5t l'indu/rie leurs ri*esses et leurs sci5ces1 et *]*5t en ouvrant de gr&s ateli]s1 et en divisant /rictem5t le travail1 satisfaire les n\veaux dsirs qui se manife/5t de t\tes p>ts4 ,a9si1 mesure que la masse de la nation t\rne la dmocratie1 la classe p>ticulire qui s'occupe d'indu/rie devi5t plus ari/ocratique4 ,les hommes se montr5t de plus en plus semblables dans l'une1 et de plus en plus diffr5ts dans l'autre1 et l'9galit augm5te dans la petite socit1 en proportion qu'elle dcrot dans la gr&e4 ,c'e/ a9si que1 lorsqu'on remonte la s\rce1 il semble qu'on voie l'ari/ocratie sortir p> un ef=t naturel du se9 mme de la dmocratie4 ,mais cette ari/ocratie-l ne ressemble po9t celles qui l'ont prcde4 ,on rem>qu]a d'abord1 que ne s'appliquant qu' l'indu/rie et quelques unes des pr(essions indu/rielles seulem5t1 elle e/ une exception1 un mon/re dans l'ensemble de l'tat social4 ,les petites socits ari/ocratiques que =m5t c]ta9es indu/ries au milieu de l'imm5se dmocratie de nos j\rs1 r5f]m5t comme les gr&es socits ari/ocratiques des anci5s temps1 quelques hommes trs-opul5ts et une multitude trs-misrable4 ,ces pauvres ont peu de moy5s de sortir de leur condition et de dev5ir ri*es1 mais les ri*es devi5n5t sans cesse des pauvres1 ou quitt5t le ngoce aprs avoir ralis leurs pr(its4 ,a9si1 les lm5ts qui =m5t la classe des pauvres sont peu prs fixes2 mais les lm5ts qui compos5t la classe des ri*es ne le sont pas4 vrai dire1 quoiqu'il y ait des ri*es1 la classe des ri*es n'exi/e po9t2 c> ces ri*es n'ont pas d'esprit ni d'objets communs1 de traditions ni d'esprances communes4 ,il y a donc des membres1 mais po9t de corps4 ,non-seulem5t les ri*es ne sont pas unis solidem5t entre eux1 mais on peut dire qu'il n'y a pas de li5 vritable entre le pauvre et le ri*e4 ,ils ne sont pas fixs p]ptuit l'un prs de l'autre2 *aque in/ant l'intrt les rappro*e et les sp>e4 ,l'ouvri] dp5d en gnral des matres1 mais non de tel matre4 ,ces deux hommes se voi5t la fabrique et ne se connaiss5t pas ailleurs1 et t&is qu'ils se t\*5t p> un po9t1 ils re/5t =t loigns p> t\s les autres4 ,le manufacturi] ne dem&e l'ouvri] que son travail1 et l'ouvri] n'att5d de lui que le salaire4 ,l'un ne s'engage po9t protg]1 ni l'autre df5dre1 et ils ne sont lis d'une manire p]man5te1 ni p> l'habitude1 ni p> le devoir4 ,l'ari/ocratie que fonde le ngoce ne se fixe presque jamais au milieu de la population indu/rielle qu'elle dirige2 son b n'e/ po9t de g\v]n] celle-ci1 mais de s'en s]vir4 ,une ari/ocratie a9si con/itue ne saurait avoir une gr&e prise sur ceux qu'elle emploie2 et p>vnt-elle les saisir un mom5t1 bi5tt ils lui *app5t4 ,elle ne sait pas v\loir et ne peut agir4 ,l'ari/ocratie t]ritoriale des sicles passs tait oblige p> la loi1 ou se croyait oblige p> les moeurs1 de v5ir au sec\rs de ses s]viteurs et de s\lag] leurs misres4 ,mais l'ari/ocratie manufacturire de nos j\rs1 aprs avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se s]t1 les livre en temps de crise la *>it publique p\r les n\rrir4 ,ceci rsulte naturellem5t de ce qui prcde4 ,entre l'ouvri] et le matre1 les rapports sont frqu5ts1 mais il n'y a pas d'association vritable4 ,je p5se1 qu' t\t pr5dre1 l'ari/ocratie manufacturire que n\s voyons s'lev] s\s nos yeux1 e/ une des plus dures qui ai5t p>u sur la t]re2 mais elle e/ en mme temps une des plus re/re9tes et des mo9s dang]euses4 ,t\tefois1 c'e/ de ce ct que les amis de la dmocratie doiv5t sans cesse t\rn] avec inquitude leurs reg>ds2 c>1 si jamais l'9galit p]man5te des conditions et l'ari/ocratie pntr5t de n\veau dans le monde1 on peut prdire qu'elles y entr]ont p> cette porte4 ,,f9 ,,du ,,tome ,,troisi,,me4 ,,note1 ,,page #caf4 ,il y a cep5dant des ari/ocraties qui ont fait avec ardeur le comm]ce1 et cultiv avec succs l'indu/rie4 ,l'hi/oire du monde en (fre plusieurs clatants exemples4 ,mais1 en gnral1 on doit dire que l'ari/ocratie n'e/ po9t favorable au dveloppem5t de l'indu/rie et du comm]ce4 ,il n'y a que les ari/ocraties d'arg5t qui fass5t exception cette rgle4 ,*ez celles-l1 il n'y a gure de dsir qui n'ait beso9 des ri*esses p\r se satisfaire4 ,l'am\r des ri*esses devi5t1 p\r a9si dire1 le gr& *em9 des passions huma9es4 ,t\s les autres y ab\tiss5t ou le trav]s5t4 ,le gt de l'arg5t et la soif de la considration et du p\voir se confond5t alors si bi51 dans les mmes mes1 qu'il devi5t difficile de disc]n] si c'e/ p> ambition que les hommes sont cupides1 ou si c'e/ p> cupidit qu'ils sont ambitieux4 ,c'e/ ce qui arrive en ,anglet]re o l'on veut tre ri*e p\r p>v5ir aux honneurs1 et o l'on dsire les honneurs comme manife/ation de la ri*esse4 ,l'esprit huma9 e/ alors saisi p> t\s les b\ts et entran v]s le comm]ce et l'indu/rie qui sont les r\tes les plus c\rtes qui mn5t l'opul5ce4 ,ceci1 du re/e1 me semble un fait exceptionnel et transitoire4 ,qu& la ri*esse e/ dev5ue le seul signe de l'ari/ocratie1 il e/ bi5 difficile que les ri*es se ma9ti5n5t seuls au p\voir et en exclu5t t\s les autres4 ,l'ari/ocratie de naissance et la pure dmocratie sont aux deux extrmits de l'tat social et politique des nations2 au milieu se tr\ve l'ari/ocratie d'arg5t2 celle-ci se rappro*e de l'ari/ocratie de naissance en ce qu'elle confre un petit nombre de citoy5s de gr&s privilges2 elle ti5t la dmocratie en ce que les privilges peuv5t tre successivem5t acquis p> t\s2 elle =me s\v5t comme une transition naturelle entre ces deux *oses1 et l'on ne saurait dire si elle t]m9e le rgne des in/itutions ari/ocratiques1 ou si dj elle ouvre la n\velle re de la dmocratie4 ,,table4 ,,premi,,re ,,p>tie4 ,influ5ce de la ,dmocratie sur le ,m\vem5t intellectuel aux tats-,unis4 ,,*apitre ,i4--,de la m?ode philosophique des ,amrica9s4 #a ,,*apitre ,,ii4--,de la s\rce pr9cipale des croyances *ez les peuples dmocratiques4 #aj ,,*apitre ,,iii4--,p\rquoi les ,amrica9s montr5t plus d'aptitude et de gt p\r les ides gnrales que leurs pres les ,anglais4 #ba ,,*apitre ,,iv4--,p\rquoi les ,amrica9s n'ont jamais t aussi passionns que les ,franais p\r les ides gnrales en matire politique4 #ca ,,*apitre ,v4--,comm5t1 aux tats-,unis1 la religion sait se s]vir des in/9cts dmocratiques4 #ce ,,*apitre ,,vi4--,des progrs du ca?olicisme aux tats-,unis4 #ec ,,*apitre ,,vii4--,ce qui fait p5*] l'esprit des peuples dmocratiques v]s le pan?isme4 #eg ,,*apitre ,,viii4--,comm5t l'galit suggre aux ,amrica9s l'ide de la p]fectibilit indf9ie de l'homme4 #fa ,,*apitre ,,ix4--,comm5t l'exemple des ,amrica9s ne pr\ve po9t qu'un peuple dmocratique ne saurait avoir de l'aptitude et du gt p\r les sci5ces1 la littrature et les arts4 #fg ,,*apitre ,x4--,p\rquoi les ,amrica9s s'atta*5t plutt la pratique des sci5ces qu' la ?orie4 #gi ,,*apitre ,,xi4--,dans quel esprit les ,amrica9s cultiv5t les arts4 #ic ,,*apitre ,,xii4--,p\rquoi les ,amrica9s lv5t en mme temps de si petits et de si gr&s monum5ts4 #ajc ,,*apitre ,,xiii4--,physionomie littraire des sicles dmocratiques4 #ajg ,,*apitre ,,xiv4--,de l'indu/rie littraire4 #aai ,,*apitre ,,xv4--,p\rquoi l'tude de la littrature grecque et lat9e e/ p>ticulirem5t utile dans les socits dmocratiques4 #aba ,,*apitre ,,xvi4--,comm5t la dmocratie amrica9e a modifi la langue anglaise4 #abe ,,*apitre ,,xvii4--,de quelques s\rces de posie *ez les nations dmocratiques4 #aci ,,*apitre ,,xviii4--,p\rquoi les criva9s et les orateurs amrica9s sont s\v5t b\rs\fls4 #aec ,,*apitre ,,xix4--,quelques obs]vations sur le ?tre des peuples dmocratiques4 #aeg ,,*apitre ,,xx4--,de quelques t5dances p>ticulires aux hi/ori5s dans les sicles dmocratiques4 #afg ,,*apitre ,,xxi4--,de l'loqu5ce p>lem5taire aux tats-,unis4 #age ,,deuxi,,me ,,p>tie4 ,influ5ce de la ,dmocratie sur les s5tim5ts des ,amrica9s4 ,,*apitre ,i4--,p\rquoi les peuples dmocratiques montr5t un am\r plus ard5t et plus durable p\r l'galit que p\r la lib]t4 #ahe ,,*apitre ,,ii4--,de l'individualisme dans les pays dmocratiques4 #aie ,,*apitre ,,iii4--,comm5t l'individualisme e/ plus gr& au sortir d'une rvolution dmocratique qu' une autre poque4 #bja ,,*apitre ,,iv4--,comm5t les ,amrica9s combatt5t l'individualisme p> des in/itutions libres4 #bje ,,*apitre ,v4--,de l'usage que les ,amrica9s font de l'association dans la vie civile4 #bac ,,*apitre ,,vi4--,du rapport des associations et des j\rnaux4 #bbc ,,*apitre ,,vii4--,rapport des associations civiles et des associations politiques4 #bca ,,*apitre ,,viii4--,comm5t les ,amrica9s combatt5t l'individualisme p> la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du4 #bdc ,,*apitre ,,ix4--,comm5t les ,amrica9s appliqu5t la doctr9e de l'intrt bi5 ent5du en matire de religion4 #bea ,,*apitre ,x4--,du gt du bi5-tre matriel en ,amrique4 #beg ,,*apitre ,,xi4--,des effets p>ticuli]s que produit l'am\r des j\issances matrielles dans les sicles dmocratiques4 #bfc ,,*apitre ,,xii4--,p\rquoi c]ta9s ,amrica9s font voir un spiritualisme si exalt4 #bfi ,,*apitre ,,xiii4--,p\rquoi les ,amrica9s se montr5t si inquiets au milieu de leur bi5-tre4 #bgc ,,*apitre ,,xiv4--,comm5t le gt des j\issances matrielles s'unit *ez les ,amrica9s l'am\r de la lib]t et au so9 des affaires publiques4 #bha ,,*apitre ,,xv4--,comm5t les croyances religieuses dt\rn5t de temps en temps l'me des ,amrica9s v]s les j\issances immatrielles4 #bhi ,,*apitre ,,xvi4--,comm5t l'am\r excessif du bi5-tre peut nuire au bi5-tre4 #bii ,,*apitre ,,xvii4--,comm5t1 dans les temps d'galit et de d\te1 il importe de recul] l'objet des actions huma9es4 #cjc ,,*apitre ,,xviii4--,p\rquoi1 *ez les ,amrica9s1 t\tes les pr(essions honntes sont rputes honorables4 #cji ,,*apitre ,,xix4--,ce qui fait p5*] presque t\s les ,amrica9s v]s les pr(essions indu/rielles4 #cac ,,*apitre ,,xx4--,comm5t l'ari/ocratie p\rrait sortir de l'indu/rie4 #cba ,,f9 ,,de ,,la ,,table4