,,lettres ,,persanes ,,par ,,montesquieu ,,avec ,,pr,,face1 ,,notes ,,et ,,variantes1 ,,index ,,philosophique1 ,,historique1 ,,litt,,raire1 ,,par ,,andr ,,lef,,vre ,,tome ,i ,,paris ,,alphonse ,,lemerre1 ,,diteur #bg1 ,,passage ,,choiseul1 #bi ,m ,,dccc ,,lxxiii ,,lettres ,,persanes ,tous droits rservs4 ,e4 ,picard4 ,,imp4 ,,eug,,ne ,,heutte ,,et ,ce1 ,a ,,saint ,,germain4 ,,pr,,face4 ,louis ,,xiv tait mort1 laissant le peuple affam1 la ,france appauvrie par la rvocation de l'dit de ,nantes1 par les longs dsastres d'une guerre inique termine grand peine en victoire in extremis1 l'esprit cras sous le joug du pre ,lachaise et de la ,maintenon1 les lettres languissantes4 ,la disparition de la funeste cagote et des confesseurs jsuites fut un soulagement universel4 ,le poids qui oppressait les poitrines s'en tait all ,saint-,denis en pourriture royale4 ,on respirait4 ,mais dans quel chaos1 dans quel dsarroi moral1 politique et financier6 ,trouble encore accru par le dchanement des passions comprimes et le dvergondage effrn qui succde la libration4 ,c'est dans ,michelet qu'il faut chercher la peinture sur le vif de cette ruine pleine de vie1 o1 parmi les scandales de l'agiotage qui touffa dans son germe la gigantesque entreprise de ,law1 parmi les intrigues tratresses des btards auxquels ,louis ,,xiv avait voulu livrer la minorit de ,louis ,,xv1 ,m4 le ,duc1 un ,cond rapace1 roi du systme1 qui se disait pauvre avec un grand gouvernement et dix-huit cent mille livres de rentes1 un ,dubois pourri de vices et de ruse1 des ,tencin mle et femelle1 gouvernaient un fouillis de petits abbs1 de laquais enrichis1 de grands seigneurs et de courtisanes que la spculation mlait dans la fraternit du ruisseau ,quincampoix4 ,les castes s'effaaient4 ,per fas et nefas1 il se formait une nation avide d'une vie nouvelle1 pleine de mpris et de haine dj contre les parasites sociaux acoquins sur la patrie4 ,la ,rvolution se faisait2 par en haut2 dans la bourgeoisie lettre et la petite noblesse de robe2 mais elle se faisait4 ,le sicle1 dit ,michelet1 demandait1 dsirait un gnie qui trancht nettement dans le temps1 partt de l'cart absolu1 qui surtout allt droit la question fondamentale1 la question religieuse1 ne chercht pas1 comme les utopistes d'alors1 de vains raccommodages pour une machine plus qu'use4 ,notez que le catholicisme expirant se signalait encore par d'horribles exploits2 que la rvocation de l'dit de ,nantes1 les dragonnades1 les missions bottes1 la perscution des jansnistes venaient de dpeupler le centre de la ,france1 de ruiner l'industrie2 qu'en #agba 7l'anne des ,lettres persanes7 l'inquisition brlait ,grenade neuf hommes et onze femmes2 que1 vers le mme temps1 les protestants de ,thorn prissaient torturs dans des supplices exquis2 que les parlements de ,paris1 de ,rouen1 de ,bordeaux1 tenaillaient et brlaient les libertins1 libres penseurs du temps2 que le ,chteau-,trompette1 o l'on ne pouvait se tenir ni debout ni couch1 n'avait rien envier aux effrayants in pace de l'inquisition4 ,qui donc proclamera l'iniquit de l'intolrance1 l'inanit des menues pratiques religieuses1 les ridicules de la casuistique1 l'influence nfaste du clibat ecclsiastique1 l'invitable fin du catholicisme2 la supriorit des gouvernements doux1 des chtiments gradus et modrs1 sur les rigueurs pnales et les fantaisies du despotisme2 de la rpublique sur la monarchie8 quel homme osera1 en face et au-dessus de l'arbitraire religieux et politique1 tablir les principes du droit des gens1 subordonner l'quit les coutumes et les lois1 soumettre la justice les princes1 les magistrats1 les prtres1 ,dieu lui-mme1 s'il y a un ,dieu 7,,lxxxiv78 ,ce sera1 contraste piquant1 un homme n et nourri dans un milieu unique pour nerver1 teindre1 admirable pour touffer1 o la routine ractionnaire est une religion1 o la cruaut froide1 indiffrente1 machinale est une seconde nature1 o l'infatuation est une monomanie4 ,une fatalit de famille condamnait ,montesquieu la magistrature4 ,affubl vingt-cinq ans d'une perruque de conseiller1 coiff vingt-sept ans d'un bonnet de prsident mortier1 il semblait calfeutr au foyer ds vingt-six ans par un mariage fort calme et l'ducation de trois enfants4 ,il n'avait gure plus de trente ans quand son petit roman esquissa dj le ,credo de #hi4 ,le prisonnier de la robe s'tait mancip2 cette robe1 qu'il porta douze ans 7#agad-agbf71 dont il n'osait s'arracher couvrait un merveilleux fonds de haine pour l'atroce pass dont elle le faisait complice4 ,son esprit vaste1 vif et doux1 sous ce poids qui le contenait1 n'en fut pas accabl1 mais s'tendit en dessous de tous cts1 tudiant les socits1 les lois qui prsident au dveloppement des nations1 l'closion lente mais sre de la justice1 idal qui se dgage des moeurs passagres et changeantes4 ,dans le recueillement d'une quasi-captivit1 ou parmi les distractions ordinaires d'une vie calme et mondaine1 en allant de son htel au parlement1 du parlement son htel1 parfois ,paris1 il aiguisait et fourbissait l'arme qui allait dcapiter un monde1 ses petites phrases pimpantes et sches1 si fortes dans leur ddaigneuse concision1 mesures et audacieuses4 ,mais comment relier tant de penses parses sur des sujets si vastes1 rduire en un livre le sommaire d'une bibliothque critique1 et en un livre attrayant1 se faire lire et accepter8 ,on tait dans un moment singulier d'inattention o personne n'avait envie de regarder4 ,ecrit au plus fort du systme1 le livre est publi dans la dbcle3 la terreur du visa1 quand chacun se croit ruin4 ,la difficult tait grande pour se faire couter de gens proccups si fortement4 ,quel cadre assez piquant1 quel style assez mordant pouvait s'emparer du public8 ,le petit roman fit cela4 ,il est probable que1 ds #agah1 ,montesquieu s'tait arrt l'ide de lettres crites par des ,orientaux voyageant en ,europe4 ,dj ,charles ,rivire du ,fresny1 dans ses ,amusements srieux et comiques1 ,amsterdam1 #agje1 avait promen un ,siamois ,paris4 ,c'tait un artifice ingnieux et simple4 ,les moeurs de l',orient1 matire comparaison et contraste1 taient suffisamment connues par les ,mille et une nuits1 par les rcits de ,chardin et de ,tavernier1 par les ,mmoires du serrail de ,mme de ,villedieu 7,catherine des ,jardins1 femme galante morte en #afhc74 ,l'auteur causait de son projet avec ses amis1 leur en communiquait des fragments1 profitait de leurs conseils1 rdigeait d'aprs leurs indications plaisantes ou srieuses des pisodes et des rflexions1 esquissait des caractres4 ,a en croire une note manuscrite au verso du feuillet de garde de l'dition #ageh 7,amsterdam et ,leipsik1 ,arkste et ,merkus1 trois volumes in-#d71 la premire des ,o,euvres compltes 7,arsenal1 #bj #iaa ,b471 deux personnes ont travaill avec ,m4 le prsident ,montesquieu aux ,lettres persannes3 ,m4 ,bel1 conseiller au ,parlement de ,bordeaux1 qui a fourni les articles badins1 et ,m4 ,barbaud1 prsident1 qui a crit les rflexions morales4 ,ce dernier tait secrtaire perptuel de l',acadmie de ,bordeaux1 laquelle il lgua sa maison et sa bibliothque4 ,jean-,jacques ,bel1 membre de la mme ,acadmie1 possdait une fort belle bibliothque qu'il voulait rendre publique1 en y attachant1 ses frais1 deux bibliothcaires4 ,on a de lui le ,dictionnaire nologique 7en collaboration avec ,desfontaines71 des lettres critiques sur la ,mariamne de ,voltaire1 et une ironique apologie de ,lamothe-,houdart4 ,il mourut quarante-cinq ans 7#agch71 d'un excs de travail1 ,paris1 o il passoit la plupart de son temps4 ,ces deux hommes taient videmment des lettrs1 et il leur suffit1 pour tre sauvs de l'oubli1 d'avoir touch aux ,lettres persanes4 ,quant leur part de collaboration1 il semble qu'on soit fond la restreindre un change d'ides4 ,le style de ,montesquieu est partout le mme1 d'une concision forte qui n'exclut ni l'affterie1 ni la scheresse4 ,et dans son premier ouvrage se retrouvent en germe aussi bien la curiosit galante du ,temple de ,gnide1 que la gravit quelque peu imprieuse de l',esprit des lois et de la ,grandeur et dcadence des ,romains1 avec un charme de plus1 l'expansive mobilit de la jeunesse et le mlange contrast des sujets et des tons4 ,une occasion se prsenta1 ,montesquieu la saisit4 ,l'ambassadeur turc arrivait 7mars #agba71 avec tout son monde quivoque4 ,la question dbattue partout tait3 ,a-t-il1 n'a-t-il pas un srail8 ,et qu'est-ce donc que la vie du srail8 ,vous le voulez444 ,eh6 bien1 apprenez-le4 ,le nouveau livre vous le dira4 ,ds le commencement1 cinq ou six lettres vous saisissent par cette curiosit d'tre confident du mystre1 au fond du srail mme1 et ce qui est piquant1 d'un srail veuf1 et des humbles aveux que ces belles dlaisses crivent en grand secret4 ,avec un tel prologue1 on ne lchera pas le livre4 ,mais nulle mollesse orientale4 ,il ne s'en doute mme pas4 ,a cent lieues du srail mystique des soufis1 du srail voluptueux du ,ramayan1 celui-ci est franais1 je veux dire amusant et sec4 ,la flamme mme1 s'il y en a quelque peu1 est sche encore1 esprit1 dispute et jalousie4 ,ces disputes ne troublent gure les sens4 ,le tout est une vraie satire contre l'injustice polygamique1 le dur veuvage o elle tient la femme2 mme la polygamie chrtienne 7quoiqu'on en plaisante parfois comme d'une chose qui est dans les moeurs71 il la fltrit trs-prement dans la lettre sur l'homme bonnes fortunes 7,,xlviii74 ,c'est un coup de thtre de voir comme1 aprs ces cinq ou six premires lettres de femmes1 matre de son lecteur1 il l'emporte sur un pic d'o l'on voit toute la terre1 la marche inluctable des socits humaines vers le droit1 vers la libre pense1 vers la rpublique4 ,le rgent rit et tout le monde4 ,et qui sait8 les vques1 tous les pres de l'glise1 ,dubois1 ,tencin1 etc41 et la ,france entire rit1 et l',europe4 ,c'est l bien autre chose qu'un succs littraire4 ,la vogue tout d'abord fut grande4 ,il parut en #agba trois ditions au moins des ,lettres persanes1 deux chez ,brunel1 ,amsterdam1 une ,cologne chez ,pierre ,marteau 7voir la bibliographie la fin du tome ,,ii71 toutes fidles au texte publi chez ,brunel par les soins du secrtaire de ,montesquieu4 ,l'auteur vint ,paris 7#agbb7 jouir de son triomphe4 ,reu dans tous les cercles lettrs1 chez le ,rgent1 chez ,maurepas1 chez ,mme de ,tencin1 il connut l ,duclos1 ,chevrier1 ,voisenon1 ,la ,chausse1 ,crbillon fils1 ,moncrif1 ,sal1 ,pont de ,veyle1 tous aspirants l',acadmie4 ,le ,temple de ,gnide1 que ,mme du ,deffand a si bien nomm l',apocalypse de la galanterie1 allgorie affte compose pour ,mlle de ,clermont1 lui valut1 dit-on1 un certain nombre d'amies influentes 7#agbe74 ,aussitt il se prsenta l',acadmie1 et fut lu4 ,fontenelle1 directeur1 avait dj crit son discours et l'avait remis au rcipiendaire1 lorsque des envieux firent valoir un article des statuts qui interdisait l'admission de membres non rsidants4 ,et puis ,montesquieu avait fort malmen l',acadmie 7,,lxxiii74 ,l'lection ne fut pas valide4 ,montesquieu1 piqu au vif1 vendit sa charge 7#agbf71 s'tablit ,paris1 prit pied chez la marquise de ,lambert qui passait pour mener la coterie acadmique1 et attendit4 ,ces dtails et ceux qui suivent sont habilement groups par ,m4 ,vian1 l'un des hommes qui connaissent le mieux ,montesquieu1 et nous les empruntons sa curieuse brochure3 ,montesquieu1 sa rception l',acadmie1 et la deuxime dition des ,lettres persanes 7sign ,l4 ,v4 #bd4 p4 grand in-#ab1 ,didier1 sans date74 ,enfin1 le #bf octobre #agbg1 la mort d'un certain ,sacy1 avocat1 nullement parent des ,sacy bibliques dont le nom s'est tristement clips sous le second empire1 laissa vacante la place si ardemment convoite4 ,amis et amies d'entrer en campagne et d'carter tout concurrent4 ,patronne dans le monde par ,mme de ,lambert1 dans l',acadmie par l'abb ,mongault1 ancien prcepteur du duc d',orlans1 la candidature n'est point combattue par le cardinal ,fleury qui1 dans une rponse ambigu au directeur1 abb ,dubos1 rappelle1 sans vouloir prendre d'engagement1 que le prsident s'est dj prsent4 ,la russite semble assure4 ,un incident fcheux remet tout en suspens4 ,fleury n'avait pas lu les ,lettres persanes2 on les lui fit lire4 ,le pre ,tournemine1 directeur du journal de ,trvoux1 trnait l'htel ,soubise1 dans les salons d'un certain abb ,oliva1 bibliothcaire du cardinal de ,rohan4 ,montesquieu avait t prsent ce cnacle2 puis tout coup1 effarouch par les prtentions de cet encombrant personnage1 avait cess d'y paratre1 et cela sans dguiser le motif de sa retraite4 ,inde ir4 ,un extrait fort fidle rapidement compos par le pre ,tournemine ouvrit les yeux au cardinal4 ,il parat que la lettre ,,xxiv 7#agba #are ,,xxii7 mit le vieux prtre de fort mchante humeur2 et je le crois3 le roi et le pape y sont traits de grands magiciens qui font croire au peuple1 l'un que du papier est de l'argent1 l'autre que trois ne sont qu'un et que le pain qu'on mange n'est pas du pain4 ,le jeudi #aa dcembre1 au moment de procder au scrutin1 on apprend le mcontentement du cardinal4 ,le cardinal a parl2 le cardinal vient de dire l'abb ,bignon1 en propres termes3 ,le choix que l',acadmie veut faire sera dsapprouv de tous les honntes gens4 ,voil l'lection ajourne huitaine4 ,un candidat srieux1 l'avocat ,mathieu ,marais1 se prsente dans l'intervalle4 ,montesquieu est tenace2 il donne de sa personne2 il court droit l'ennemi2 7c'est--dire qu'il va voir le cardinal7 et le gagne sa cause4 ,sur l'heure1 ,fleury fait savoir qu'aprs les claircissements donns par le prsident1 il n'empchoit point l',acadmie de l'lire4 ,deux scrutins1 non sans boules noires 7#bj dcembre et #e janvier7 donnrent enfin la majorit ,montesquieu4 ,les adversaires ne s'taient pas dcourags et1 la veille du deuxime tour1 ils travaillaient encore contre ce fou4 ,la partie ne fut dcide que le matin mme par une lettre ministrielle que ,m4 ,vian a raison de citer comme un chef-d'oeuvre du genre4 ,il me parot1 monsieur1 crivait ,fleury au secrtaire perptuel1 que la manire dont vous avez dress le registre le #aa dcembre est trs-sage et trs-mesure4 ,il y a certaines choses qu'il vaut mieux ne pas approfondir1 par les suites qu'elles peuvent avoir1 et si on vouloit aller plus loin1 on ne diroit pas assez ou on diroit trop4 ,la soumission de ,m4 le prsident de ,montesquieu a t si entire1 qu'il ne mrite pas qu'on laisse aucun vestige de ce qui pourroit porter prjudice sa rputation1 et tout le monde est si instruit de ce qui s'est pass1 qu'il n'y a aucun inconvnient craindre du silence que gardera l',acadmie4 ,voil mon sentiment1 et je ne prtends point le donner comme une dcision4 ,je serois bien fch de vouloir jamais m'riger en juge de ce que pourra faire la compagnie4 ,en gnral1 je ne puis m'empcher de penser que le parti de prvenir les tracasseries est toujours le plus prudent4 ,l'lection1 approuve le #h janvier1 consacre par la rception le #bd janvier #agbh1 fut pour ,montesquieu une satisfaction d'amour-propre1 et rien de plus4 ,trois sances suffirent pour confirmer le nouvel acadmicien rsidant dans ses projets de voyages lointains4 ,ds avril #agbh1 il partit pour ,vienne avec un homme d'tat anglais4 ,le lecteur1 qui1 dit ,m4 ,vian1 aime les dnouements moraux1 au moins chez les autres1 s'tonne sans doute que ,montesquieu n'ait pas fait expier quelqu'un les ennuis qu'il venait d'prouver4 ,il ne se refusa pas le plaisir d'une fine et discrte vengeance4 ,tout le monde savait que le ,p4 ,tournemine aimait passionnment la clbrit4 ,ds lors1 chaque fois qu'on pronona devant ,montesquieu le nom de ce jsuite1 il prit soin de dire3 ,le pre ,tournemine8 ,je n'en ai jamais entendu parler4 ,ainsi donc ,montesquieu tait acadmicien de par les ,lettres persanes1 malgr les ,lettres persanes4 ,elles demeuraient sous-entendues4 ,mais que s'tait-il pass dans sa visite au cardinal8 quelles soumissions s'tait-il prt8 ,fleury affirme que tout le monde en tait instruit4 ,le fait est qu'on n'en sait rien4 ,trois hypothses se prsentent1 l'une adopte par les trois pangyristes de ,montesquieu1 l'autre insinue1 la suite de la premire1 par d',alembert dans son loge1 l'autre relate dans une note du ,sicle de ,louis ,,xiv1 et soutenue par ,m4 ,vian4 ,d'aprs la premire opinion1 ,montesquieu aurait dclar au cardinal qu'il ne se disoit pas l'auteur des ,lettres persanes1 mais qu'il ne les dsavoueroit jamais4 ,puis il aurait lu lui-mme quelques passages bien choisis1 et le ministre1 sduit par l'habilet du lecteur1 aurait trouv l'ouvrage moins dangereux qu'agrable4 ,d',alembert1 crivant sous l'inspiration des ,secondat1 prtend faux que parmi les vritables ,lettres1 l'imprimeur tranger en avait insr quelques-unes d'une autre main 7,bel8 ,barbaud87 et qu'il aurait fallu du moins1 avant de condamner l'auteur1 dmler ce qui lui appartenoit en propre4 ,ces explications1 qui se tiennent1 peuvent sembler confirmes par une sorte de dsaveu indirect que nous relevons dans le discours de rception3 ,le gnie que le public remarque en vous le dterminera vous attribuer les ouvrages anonymes o il trouvera de l'imagination1 de la vivacit1 et des traits hardis2 et1 pour faire honneur votre esprit1 il vous les donnera1 malgr les prcautions que vous suggre votre prudence4 ,ce compromis1 cette rticence discrte taient probablement connus1 accepts ou imposs par le cardinal4 ,il est permis encore de voir dans les ,rflexions sur les ,lettres persanes 7v4 p4 #a71 publies en tte du ,supplment de #aged1 la substance de l'apologie que ,montesquieu prsenta au ministre4 ,voici maintenant la version de ,voltaire1 rejete par ,sainte-,beuve et beaucoup d'autres3 ,montesquieu fit faire en peu de jours une nouvelle dition de son livre1 dans lequel on retrancha ou on adoucit tout ce qui pouvoit tre condamn par un cardinal ou par un ministre4 ,c'est justement ce que fit ,voltaire lui-mme en #agcb pour obtenir de ,fleury l'autorisation de publier les ,lettres anglaises4 ,l'anecdote n'est donc pas invraisemblable4 ,d'autre part1 il existe une dition des ,lettres persanes1 modifie uniquement dans le premier volume et pourvue d'un sous-titre caractristique3 ,,lettres ,,persanes1 seconde dition1 revue1 corrige1 diminue et augmente par l'auteur4 ,a ,cologne1 chez ,pierre ,marteau1 #agba4 ,notez que le mme ,marteau avait galement donn en #agba un texte conforme celui d',amsterdam-,brunel1 qui a t suivi du vivant de l'auteur par toutes les ditions subsquentes1 #agcj1 #agca1 #agcg1 #agci1 #agdj1 #agdd1 #agdh1 #agec1 jusques et y compris l'dition avec ,supplment1 de #aged1 celle que nous considrons et reproduisons comme dfinitive 7,montesquieu mourut au commencement de #agee74 ,partout1 avant le ,supplment1 le nombre des lettres est de cent cinquante4 ,dans la seconde-,marteau1 il est rduit cent quarante4 ,treize ont t supprimes 7,i1 ,v1 ,x1 ,,xv1 ,,xxiii1 ,,xxx1 ,,xxxix1 ,,xl1 ,,xli1 ,,xlv1 ,,lxiii1 ,,lxviii1 ,,lxix de l'dition type72 huit prsentent quelques changements 7,,vii1 ,,ix1 ,,xi1 ,,xvii1 ,,xxii1 ,,xxxvii1 ,,lxxxiv1 ,,cxxxvii74 ,trois ont t ajoutes3 ,sottise du peuple durant la ,fronde1 ,libralits des princes1 ,embarras des gens d'esprit2 qui portent dans la seconde-,marteau les nos ,,lviii1 ,,lix1 ,,lx1 et qui figurent dans le ,supplment de #aged4 ,m4 ,vian a t tout d'abord et justement frapp de ces suppressions1 de ces remaniements et de la raret relative d'une dition laquelle ,montesquieu ne peut tre tranger1 puisqu'on y relve des additions conserves par le texte dfinitif4 ,ajoutez que les changements s'arrtent au tome #a;er1 que le #b;e demeure intact sauf les numros des lettres1 que ce fait semble l'indice d'une certaine prcipitation1 en tout cas d'une intention cache4 ,la date seule1 #agba1 embarrassait ,m4 ,vian2 mais ds qu'il eut dcouvert1 dans le ,journal littraire de #agbi1 deux comptes rendus logieux1 presque difiants1 de cette seconde dition1 sous la rubrique3 livres parus en #agba et de #agbb #agbh2 il ne douta pas qu'il et entre les mains l'dition cite par ,voltaire2 car s'il n'en avait paru aucune de #agbb #agcj1 et aucune en effet ne porte de date intermdiaire1 pourquoi le ,journal littraire se ft-il occup des ,lettres en #agbi8 ,cette seconde-,marteau ne pouvait-elle pas avoir t antidate pour faire croire l'anciennet de modifications imposes par des circonstances rcentes8 ,voil1 certes1 des remarques intressantes1 des arguments bien prsents1 des dductions correctes4 ,et cependant nous ne sommes pas convaincu4 ,c'est qu' cette seconde dition1 dont ,m4 ,vian croyait il y a peu d'annes possder le seul exemplaire connu1 qui manque la ,bibliothque nationale1 mais que nous avons compulse et collationne l',arsenal1 7#aifcj ,b471 il manque beaucoup pour rpondre au signalement donn par ,voltaire4 ,on n'en a pas retranch1 on n'y a pas adouci tout ce qui pouvoit tre condamn par un cardinal ou par un ministre4 ,a ce point qu'en #agea1 vingt ans aprs la date officielle1 vraie ou fausse1 c'est d'aprs le texte expurg1 en citant les numros nouveaux1 que ,m4 ,g4 7l'abb ,gaultier1 n ,louviers en #afhe1 mort ,paris en #agee1 thologien des vques de ,boulogne 7de ,langle7 et de ,montpellier 7,colbert71 rdigeait un violent factum1 dont nous reparlerons3 ,les ,lettres persannes convaincues d'impit1 ,,mdccli 7#ajc pages1 ,arsenal #aijcb1 ,d1 ,b1 ,l1 reli dans un petit recueil de pices1 grand in-#ab1 avec cette mention manuscrite3 ,ex libris domus orat4 domin nostr virtutum2 ex dono domini ,molin4 ,parisiis74 ,si le lecteur veut bien se reporter aux ,notes et ,variantes du prsent tome1 il jugera comme nous que les suppressions et remaniements1 tous regrettables au point de vue littraire1 sont peu prs insignifiants sous le rapport philosophique et religieux4 ,qu'y a-t-il de retranch8 des pisodes sans importance1 les ,quinze-vingts 7,,xxx1 #cb71 l'aventure de ,pharan qui ne veut pas tre eunuque 7,,xxxix-,,xli1 #da-dc71 des recommandations d',usbek ses femmes 7,,lxiii1 #fe71 une partie de campagne du srail 7,,xlv1 #dg71 l'affront fait ,soliman par son gendre 7,,lxviii1 ,,lxix1 #gj-ga72 les expressions3 ,vierge qui a mis au monde douze prophtes 7,i72 trois ne sont qu'un 7,,xxii1 #bd1 ,,xviii #b;e74 ,reste l'allusion l',eucharistie3 ,le pain qu'on mange n'est pas du pain4 ,qu'y a-t-il d'adouci8 ,les regrets amoureux de ,fatm 7,,vii1 ,v #b;e72 deux mots relatifs l'impuret de la femme et la circoncision2 la dnomination ,revrend pre jsuite dcemment abrge en ,r4 ,p4 ,j4 ,et quoi encore8 absolument rien de significatif4 ,qu'y a-t-il de chang8 des numros de lettres et quelques lettres4 ,les additions ne sont pas un correctif4 ,loin de l4 ,est-ce dire que l'dition subreptice doive tre attribue un caprice d'diteur8 ,nullement1 puisque les additions en ont t conserves par l'auteur dans son ,supplment4 ,qu'elle n'ait jou aucun rle dans l'lection l',acadmie8 il est probable que si1 mais dans une certaine mesure que ,voltaire n'indique pas suffisamment et que ,m4 ,vian exagre4 ,nous sommes port croire que la seconde dition est antidate1 le ,journal littraire semble le prouver2 que ,montesquieu1 pour appuyer ses explications et son apologie 7rsumes dans les ,rflexions sur les ,lettres ,p471 a pu tirer de sa poche deux ou trois ditions de #agba y compris le tome ,ier de la fameuse seconde et1 se plaignant des contrefacteurs1 signaler rapidement quelques numros intervertis1 quelques mots absents1 quelques passages remanis4 ,il a montr le livre1 mais ne l'a point laiss4 ,fleury1 d'ailleurs1 n'avait pas le temps de lire2 et1 pour ne contrarier ni des personnages influents ni un candidat bien n1 bien pos1 contre lequel il n'avait aucun grief srieux1 il s'est ht de reconnatre un acte de dfrence par un acquiescement de bon got4 ,cette conclusion concilie toutes les hypothses probables et vraisemblables et rend justice1 ce nous semble1 la perspicacit de ,m4 ,vian4 ,la seconde dition1 diminue et augmente1 ne parat pas avoir t rimprime4 ,il ne s'en est conserv dans le texte dfinitif que les trois lettres ajoutes4 ,on les trouvera dans le tome ,,ii1 la place indique par le ,supplment4 ,les ditions assez nombreuses1 publies du vivant de ,montesquieu1 sont de simples reproductions de la premire ,amsterdam-,brunel4 ,le ,supplment ne renferme que quelques lettres insignifiantes relatives au petit roman1 deux ou trois correctifs une thorie hardie du suicide1 des doutes sur la prescience divine 7,,lxxvi-,,lxxvii1 ,,lxix71 et ces ,rflexions1 dsormais places en tte de presque toutes les ditions et dont nous avons indiqu le sens et la porte4 ,il est fait allusion dans ce morceau de nombreuses imitations des ,lettres persanes3 on n'a conserv le souvenir que des ,lettres turques par ,saint-,foix1 souvent jointes au livre de ,montesquieu sans en tre absolument indignes 7#agdd-aged71 des ,lettres juives 7#aged71 des ,lettres chinoises1 du marquis d',argens1 enfin des ,lettres d',amabed1 par ,voltaire4 ,ce serait prendre sur le plaisir du lecteur que de relever toutes les grces et tous les mrites des ,lettres persanes4 ,on les dcouvrira du premier coup4 ,nul besoin de cl ou de commentaires4 ,les allusions aux folies dplorables de ,louis ,,xiv1 la rvocation de l'dit de ,nantes1 aux scandales du systme1 aux outres du crdit remplies de vent par un ole qui ressemble ,law1 ne renferment rien de mystrieux ni d'obscur4 ,les peintures de moeurs1 le tableau achev de tous les ridicules sociaux1 les observations qui notent de traits si fins1 si justes et si multiplis toutes les nuances du caractre franais1 l'activit parisienne1 le flegme espagnol1 la morne gravit des orientaux1 cela est de tous les temps1 aussi clair1 aussi vrai1 aujourd'hui qu'il y a cent cinquante ans4 ,les jugements littraires trouvent de mme leur application immdiate4 ,ce que dit ,montesquieu des sots livres1 des compilations vaniteuses1 des coureurs de nouvelles1 des ergoteurs scolastiques1 des thologiens pdantesques1 de l',acadmie franaise1 semblera bien longtemps crit d'hier4 ,quant quelques erreurs bien rares comme l'ide d'une dpopulation progressive du monde1 quelques prjugs contre la mdecine1 l'rudition1 la posie1 et qui sont imputables soit l'esprit du temps1 soit au temprament tranchant de ,montesquieu ou au caractre de son gnie la fois positif et gnralisateur1 nous les signalons sans y insister4 ,mais il est propos de dterminer ici les doctrines philosophiques et morales de ,montesquieu et l'application qu'il en fait aux religions1 au gouvernement1 l'organisation des socits humaines4 ,elles sont exposes dans les ,lettres persanes avec la nettet et la franchise de la jeunesse1 qualits sans prix1 qui ne survivent pas toujours aux compromis et aux prudentes rserves de l'ge mr4 ,l'univers apparat ,montesquieu rgi par des lois gnrales1 ternelles1 immuables4 ,c'est la conception mme de la science4 ,dcouvertes par les philosophes qui1 d'ailleurs1 n'ont point t ravis jusqu'aux trne lumineux1 qui n'ont ni entendu les paroles ineffables dont les concerts des anges retentissent1 ni senti les formidables accs d'une fureur divine1 ces lois1 ces cinq ou six vrits donnent la cl de merveilles cent fois plus stupfiantes que les miracles des prophtes 7,,xcvii73 non qu'elles aient une volont2 elles ne ressemblent en rien aux entits mtaphysiques3 formules induites d'observations rationnelles1 elles ne sont que l'expression des rapports ncessaires qui drivent de la nature des choses4 ,la terre est soumise1 comme les autres plantes1 aux lois du mouvement 7,,xciii72 les hommes n'chappent aucune des conditions de l'existence universelle et de la vie terrestre4 ,les climats1 dont l'auteur esquisse ici la thorie1 dj trop exclusive 7,,cxxi71 constituent une fatalit particulire l'homme et qu'il ne russit gure dominer4 ,l'homme tient dans le monde physique une place infiniment petite1 que son orgueil exagre4 ,cette vanit se manifeste surtout par le dogme de l'immortalit de l'me 7auquel on croit par semestre selon le temprament et les vicissitudes de la sant 7,,lxxv72 il est facile de la retrouver dans la fureur1 bien impuissante au reste1 des lois contre le suicide 7,,lxxvi74 ,le monde moral considr en lui-mme1 ce qu'on a appel le rgne humain1 a ses lois1 ou plutt sa loi propre1 qui n'est ni la foi1 ni l'obissance1 ni mme la charit2 qui est la ,,justice4 ,la justice est un rapport de convenance qui se trouve rellement entre deux choses3 ce rapport est toujours le mme1 quelque tre qui le considre1 dieu1 ange ou homme2 qu'on l'applique aux relations des individus ou celles des nations 7,,lxxxiii1 ,,xcv74 ,c'est l une vue fconde1 d'une importance capitale4 ,quant aux origines de la justice1 dont il dfinit si bien la nature1 ,montesquieu les souponne1 mais il hsite les mettre en pleine lumire4 ,il dit quelque part3 ,la socit est fonde sur un avantage mutuel 7,,lxxvi72 mais il n'ose en conclure que la justice est prcisment la garantie de cet avantage mutuel4 ,il voit dans l'intrt la source de l'injustice2 il n'y voit pas la source de la justice4 ,unilatral1 l'intrt conduit l'injustice2 bilatral1 rciproque1 l'intrt conduit la justice4 ,cette vrit est incluse dans la thorie de ,montesquieu1 mais il ne l'en dgage pas4 ,il sent que la justice dpend des conventions humaines1 mais on ne sait quel scrupule le retient3 il aime mieux penser qu'elle est ternelle4 ,erreur philosophique1 verbale plutt que relle1 et d'ailleurs indiffrente dans la conduite des affaires humaines4 ,en somme1 ,montesquieu fait deux parts dans les choses3 l'une physique1 rgie par des lois fatales2 l'autre morale1 humaine1 subordonne la premire1 et rgie par la justice4 ,de ces principes drivent ses opinions philosophiques et religieuses4 ,les subtilits mtaphysiques lui donnent la nause4 ,logique et catgories d',aristote1 ,scot1 ,paracelse1 ,avicenne1 ,averros1 ,porphyre1 ,plotin1 ,jamblique1 il fait infuser tout cela1 non sans amusante irrvrence1 et en compose pour son mdecin de province un violent purgatif 7,,cxliii74 ,nanmoins il est diste1 irrligieux1 la faon de ,voltaire4 ,et notons que1 de son temps1 c'tait peine dcent4 ,le disme n'a jamais t qu'un euphmisme2 et le dieu d',usbek1 s'il y a un dieu 7,,lxxxiii7 n'est pas gnant3 car il est soumis dans le monde physique aux lois immuables et fatales1 dans le monde moral la justice4 ,la prescience lui est refuse1 parce qu'elle dtruit la libert humaine1 agent ncessaire de la justice 7,,lxix74 ,mais qu'est-ce qu'un ,dieu sans miracles et sans grce efficace8 que deviennent la prire1 le culte8 ,o est l'office1 l'utilit quelconque des religions8 ,sous le masque lger de ses ,persans1 ,montesquieu traite avec une extrme libert les dogmes1 le ,coran1 7les critures dont les commentateurs font tout ce qu'ils veulent 7,,cxxxiv72 les casuistes 7,,lvii71 les asctes1 les prophtes1 les mystiques1 dont les oeuvres infuses constituent un excellent vomitif 7,,cxxxiv1 ,,cxliii72 les lgendes relatives la naissance1 la mission1 l'enseignement de ,mahomet ou d',ali1 le plus beau des hommes 7le messie7 7,,xxxix72 les chapelets1 les rosaires1 les plerinages1 les menues crmonies ridicules ou insignifiantes1 les prescriptions relatives aux jenes et aux viandes immondes 7,,xvii1 ,,xxix1 ,,xlvi47 ,il attaque1 avec un srieux comique1 la maxime3 hors de l'glise point de salut4 ,il raille l'embarras des religions dterminer la nature des plaisirs#a rservs aux lus1 par suite de la rsurrection de la chair 7,,xxxv71 et ridiculise les paradis par la scabreuse peinture des volupts qui inondent le corps glorieux de l'immortelle ,anas 7,,cxxv74 ,note #a3 ,voir dans l'tude sur les doctrines sociales du christianisme1 par ,yves ,guyot et ,sigismond ,lacroix 7in-#ab1 ,brouillet diteur7 les curieuses promesses des premiers pres3 ,les jeunes filles s'y divertiront 7dans le ,paradis7 avec de jeunes garons2 les vieillards auront les mmes privilges1 et leurs chagrins se convertiront en plaisirs444 ,irne4 ,pendant mille ans1 les justes qui seront vivants au moment de la ,jrusalem cleste y procreront un nombre infini d'enfants qui seront saints et chers ,dieu4 ,lactance4 ,il dfinit le pape une vieille idole qu'on encense par habitude1 un grand magicien1 qui fait croire que trois ne sont qu'un1 que le pain qu'on mange n'est pas du pain1 les vques1 des gens de loi qui dispensent1 prix d'argent1 d'obir la loi2 les prtres et les dervis1 des eunuques volontaires enrichis par leur voeu de pauvret4 ,il s'indigne contre l'hypocrite frocit de l'inquisition 7,,xxix1 ,,lxxviii72 il maudit l'intolrance1 le proslytisme1 esprit de vertige1 clipse entire de la raison humaine 7,,lxxxv74 ,enfin1 il bat1 les uns sur le dos des autres1 christianisme1 mahomtisme1 judasme1 et les humilie devant la puret et la spiritualit 7quelque peu supposes7 du mazdisme 7,,lxvii74 ,c'est que ,montesquieu tient extraire de toutes les religions positives un fond commun1 naturel1 sorte d'innocente thophilanthropie laquelle se cramponnent1 aujourd'hui encore1 un certain nombre d'esprits demi mancips1 et dont les pompes sentimentales et champtres s'talent dans l'pisode des ,troglodytes 7,,xii74 ,cette religion naturelle a ses dangers pour les mes tendres et1 pratique par ,rousseau ou ,robespierre1 nous ramne tout droit aux orthodoxies dont nous sortons peine1 aprs tant de sicles d'abaissement intellectuel4 ,mais1 dans l'esprit d'un ,montesquieu1 elle n'a rien de contraignant1 car elle n'existe pas1 n'tant qu'un mot pour caractriser et sanctifier le respect des lois1 l'exercice de la justice1 l'amour des hommes et la pratique de la vertu4 ,les dvots ne s'y trompaient pas4 ,l'homme qui a crit3 ,dans l'tat prsent o est l',europe1 il n'est pas possible que la religion catholique y subsiste cinq cents ans 7,,cxvii72 l'homme qui voit dans l'ide de la divinit444 une numration de toutes les perfections diffrentes que l'homme est capable d'avoir et d'imaginer 7,,lxix72 cet homme est un impie1 et l'abb ,gaultier a raison quand il s'crie3 ,si le ,persan avance quelque impit1 on dit2 ,c'est un ,persan6 mais ce ,persan qui parle est un ,franois trs-connu1 qui met dans la bouche du ,persan ce qu'il pense1 lui ,franois1 en matire de religion4 ,et il ajoute3 ,est-il rien de plus humiliant pour nous1 qu'un livre qui contient ces blasphmes ait t lu1 recherch1 applaudi dans le royaume1 et que les ditions se soient multiplies1 sans que la puissance spirituelle ni la temporelle se soient armes pour venger la majest de ,dieu de l'outrage d'un chtif mortel8444 ,est-ce dire que ,descartes1 ,newton1 et les philosophes modernes 7sauf ,malebranche7 ont raisonn mieux que ,mose8444 ,les philosophes athes ou distes font le monde ternel444 ,un diste compte pour rien tous les miracles sur lesquels la religion chrtienne est fonde6444 ,encore une fois1 quoi mnent ces connoissances8 7,maudite galre67 ,le digne pre n'en revient pas4 ,il lche des phrases dignes de ,molire3 ,voil ce qu'on ne peut entendre sans se boucher les oreilles6 ,et ce ne sont que des3 ,chtif mortel6 ,fantaisies d'un petit crivain6 ,discours plein d'impit6 ,l'impit saute aux yeux6 ,plaisant rformateur6 ,ame de boue6 ,les hommes transforms en talons6 ,drangement de l'esprit et corruption du coeur6 ,avec les pourceaux1 on se tait6 ,l'abb1 cessez de gmir4 ,les ,lettres persanes sont bien et dment convaincues d'impit4 ,partout ,montesquieu est fidle son principe4 ,en morale sociale1 il se prononce pour la libert et l'galit1 seules compatibles avec la justice1 seules favorables l'accomplissement du but que se propose toute socit1 l'avantage mutuel1 la propagation de l'espce1 au dveloppement des richesses par le travail et les arts 7,,cxxii74 ,la libert et l'galit1 il les rclame dans la socit3 et il combat l'esclavage1 conserv par des princes chrtiens dans les pays o il leur profite2 dans la famille 7sauf en ce qui concerne l'autorit paternelle dont il s'exagre l'importance73 et il rclame le rtablissement du divorce 7,,cxvi72 et il dclare que notre empire sur les femmes est une vritable tyrannie6444 que1 les forces seraient gales1 si l'ducation l'tait aussi 7,,xxxviii72 et il condamne la polygamie au nom de la dignit des femmes 7,,cxiv71 comme le clibat au nom de la loi naturelle 7,,cxvii74 ,en lgislation1 il rclame des pnalits sagement gradues1 et des chtiments modrs1 aussi redouts et moins dangereux que les supplices insenss et les tortures arbitraires 7,,lxxx74 ,en politique intrieure1 ennemi dclar du despotisme1 qui anantit le ressort moral1 les forces vives des socits1 et provoque des rvolutions toujours lgitimes 7,,lxxx1 ,,lxxxix1 ,,cii1 ,,ciii71 il juge avec une svre clairvoyance ce ,louis ,,xiv qui a fait illusion ,voltaire lui-mme 7,,xxiv1 ,,xxxvii1 ,,xcii74 ,pour lui1 le gouvernement le plus parfait est celui qui va son but moins de frais2 celui qui conduit les hommes de la manire qui convient le mieux leur penchant et leur inclination 7,,lxxv74 ,de l la rpublique il n'y a qu'un pas1 et ,montesquieu le fait4 ,son histoire des ,troglodytes 7,,xi-,,xiv7 conclut nergiquement la rpublique4 ,les rpubliques de ,suisse et de ,hollande sont places haut dans son estime 7,,cxxii74 ,c'est de lui qu'est cette noble pense3 ,le sanctuaire de l'honneur1 de la rputation et de la vertu semble tre tabli dans les rpubliques et dans les pays o l'on peut prononcer le mot de patrie4 ,il est moins net et moins affirmatif dans l',esprit des lois4 ,sa politique extrieure est domine tout entire par la ncessit de la ,justice4 ,il n'admet point de diffrence originelle entre le droit priv et le droit public4 ,on diroit1 ,rhdi1 qu'il y a deux justices diffrentes3 l'une1 qui rgle les affaires des particuliers1 qui rgne dans le droit civil2 l'autre1 qui rgle les diffrends qui surviennent de peuple peuple1 qui tyrannise dans le droit public3 comme si le droit public n'toit pas lui-mme un droit civil1 non pas la vrit d'un pays particulier1 mais du monde 7,,xciv74 ,dans cette seconde distribution de la justice1 on ne peut employer d'autres maximes que dans la premire4 ,partant de l1 il tablit quelles sont les guerres justes et les guerres injustes1 condamne expressment celles qui ont pour motif les querelles particulires du prince ou quelque manque d'gards pour un ambassadeur1 et approuve celles qui sont entreprises pour la dfense du territoire ou d'un alli4 ,la conqute1 dit-il1 ne donne point un droit par elle-mme444 ,les traits de paix sont lgitimes1 lorsque les conditions en sont telles1 que les deux peuples peuvent se conserver3 sans quoi1 celle des deux socits qui doit prir1 prive de sa dfense naturelle par la paix1 la peut chercher dans la guerre 7,,xcv74 ,enseignements profonds1 bons mditer dans les temps o le droit public est une science qui apprend aux princes 7aux assembles1 aux gouvernants quels qu'ils soient7 jusqu' quel point ils peuvent violer la justice1 sans choquer leurs intrts 7,,xciv74 ,la doctrine de ,montesquieu consiste donc tout entire dans la substitution de la justice l'arbitraire royal1 clrical ou divin4 ,ce sera son ternel honneur1 d'avoir libr la justice des religions et des thories autoritaires4 ,domat exige que la justice soit chrtienne1 le ,x,v,i,i,ie sicle demande si le christianisme est juste 7,michelet74 ,montesquieu a dchristianis le droit4 ,au moment o la raction religieuse1 philosophique et politique tente un suprme et redoutable effort pour tirer l'humanit en arrire1 il a sembl opportun de remettre sous les yeux de ceux qui savent relire tant de vrits de tous les sicles1 tant de fines railleries et de rflexions fortes sur les vices1 les maux et les hommes dont nous souffrons plus que jamais4 ,si les ,lettres persanes n'ont pas vieilli1 si elles sont menaces1 pour ainsi dire1 d'une ternelle jeunesse1 ce n'est point parce que1 sur le canevas lger et commode d'un petit roman oriental aussi simple que bien conduit1 parmi d'aimables digressions discrtement voluptueuses1 sres amorces jetes au lecteur franais1 ,montesquieu a brod1 avec une prcision un peu sche mais toujours piquante1 une peinture de la socit franaise sous la rgence1 les portraits de ces ennemis publics qu'on nomme les prtres intrigants et intolrants1 les agioteurs sans vergogne1 les beaux esprits frivoles1 les hommes bonnes fortunes1 les juges ngligents ou partiaux1 les gnraux vantards1 les rois exploiteurs1 les bourgeois infatus1 les courtisans ridicules1 tout ce pass vreux qui n'est pas extirp encore4 ,non4 ,mais c'est parce que l'oeuvre1 plus primesautire et plus hardie que l',esprit des lois1 plus ramasse aussi et plus concise1 touche librement toutes les grandes questions qui divisent l'humanit1 depuis l'existence de ,dieu jusqu' la forme du gouvernement1 en passant par le mariage et la condition des femmes4 ,de pareils livres sont crits pour l'avenir4 ,charles de ,secondat1 baron de la ,brde et de ,montesquieu1 n le #ah janvier #afhi1 mort le #aj fvrier #agee1 est en avant de ce sicle2 il est devant nous et non derrire l'horizon4 coutez ,michelet3 ,il faut tre bien tourdi et bien lger soi-mme pour trouver son livre lger4 ,a chaque instant il est terrible4 ,les satires de ,voltaire sont si dbonnaires ct6 ,la diffrence est grande4 ,voltaire est libre par le monde4 ,montesquieu est un prisonnier 7de la robe74 ,l'oeuvre est moins merveilleuse encore que le secret1 la patience qui la prparent1 ce recueillement redoutable du solitaire en pleine foule4 ,grande leon6 ,qu'ils apprennent de l1 les prisonniers qui se croient impuissants1 combien la prison sert1 comme en prison le fer devient acier6 qu'ils apprennent1 les hsitants1 les maladroits1 affiler la lame444 ,c'est un esprit serein1 mondain1 ce semble1 et pacifique1 qui fait en riant voler1 briller le glaive444 ,jamais main plus lgre4 ,l',orient lui apprit jouer du damas4 ,en badinant1 il dcapite un monde4441 il accomplit la radicale excution1 l'extermination du pass et1 dans l'clair du glaive1 il fait voir l'avenir6 ,,andr ,,lef,,vre4 ,,quelques ,r,,flexions ,,sur ,,les ,,lettres ,,persanes4 7#aged7 ,rien n'a plu davantage1 dans les ,lettres persanes1 que d'y trouver1 sans y penser1 une espce de roman4 ,on en voit le commencement1 le progrs1 la fin3 les divers personnages sont placs dans une chane qui les lie4 ,a mesure qu'ils font un plus long sjour en ,europe1 les moeurs de cette partie du monde prennent dans leur tte un air moins merveilleux et moins bizarre2 et ils sont plus ou moins frapps de ce bizarre et de ce merveilleux1 suivant la diffrence de leurs caractres4 ,d'un autre ct1 le dsordre crot dans le srail d',asie proportion de la longueur de l'absence d',usbek1 c'est--dire mesure que la fureur augmente et que l'amour diminue4 ,d'ailleurs1 ces sortes de romans russissent ordinairement1 parce que l'on rend compte soi-mme de sa situation actuelle2 ce qui fait plus sentir les passions que tous les rcits qu'on en pourroit faire4 ,et c'est une des causes du succs de quelques ouvrages charmants qui ont paru depuis les ,lettres persanes4 ,enfin1 dans les romans ordinaires1 les digressions ne peuvent tre permises que lorsqu'elles forment elles-mmes un nouveau roman4 ,on n'y sauroit mler de raisonnements1 parce qu'aucuns des personnages n'y ayant t assembls pour raisonner1 cela choqueroit le dessein et la nature de l'ouvrage4 ,mais1 dans la forme des lettres1 o les acteurs ne sont pas choisis1 et o les sujets qu'on traite ne sont dpendants d'aucun dessein ou d'aucun plan dj form1 l'auteur s'est donn l'avantage de pouvoir joindre de la philosophie1 de la politique et de la morale un roman1 et de lier le tout par une chane secrte et1 en quelque faon1 inconnue4 ,les ,lettres persanes eurent d'abord un dbit si prodigieux1 que les libraires mirent tout en usage pour en avoir des suites4 ,ils alloient tirer par la manche tous ceux qu'ils rencontroient3 ,monsieur1 disoient-ils1 faites-moi des ,lettres persanes4 ,mais ce que je viens de dire suffit pour faire voir qu'elles ne sont susceptibles d'aucune suite1 encore moins d'aucun mlange avec des lettres crites d'une autre main1 quelque ingnieuses qu'elles puissent tre4 ,il y a quelques traits que bien des gens ont trouvs bien hardis2 mais ils sont pris de faire attention la nature de cet ouvrage4 ,les ,persans qui doivent y jouer un si grand rle se trouvoient tout coup transplants en ,europe1 c'est--dire dans un autre univers4 ,il y avoit un temps o il falloit ncessairement les reprsenter pleins d'ignorance et de prjugs3 on n'toit attentif qu' faire voir la gnration et le progrs de leurs ides4 ,leurs premires penses devoient tre singulires3 il sembloit qu'on n'avoit rien faire qu' leur donner l'espce de singularit qui peut compatir avec de l'esprit2 on n'avoit peindre que le sentiment qu'ils avoient eu chaque chose qui leur avoit paru extraordinaire4 ,bien loin qu'on penst intresser quelque principe de notre religion1 on ne se souponnoit pas mme d'imprudence4 ,ces traits se trouvent toujours lis avec le sentiment de surprise et d'tonnement1 et point avec l'ide d'examen1 et encore moins avec celle de critique4 ,en parlant de notre religion1 ces ,persans ne doivent pas parotre plus instruits que lorsqu'ils parloient de nos coutumes et de nos usages2 et1 s'ils trouvent quelquefois nos dogmes singuliers1 cette singularit est toujours marque au coin de la parfaite ignorance des liaisons qu'il y a entre ces dogmes et nos autres vrits4 ,on fait cette justification par amour pour ces grandes vrits1 indpendamment du respect pour le genre humain1 que l'on n'a certainement pas voulu frapper par l'endroit le plus tendre4 ,on prie donc le lecteur de ne pas cesser un moment de regarder les traits dont je parle comme des effets de la surprise de gens qui devoient en avoir1 ou comme des paradoxes faits par des hommes qui n'toient pas mme en tat d'en faire4 ,il est pri de faire attention que tout l'agrment consistoit dans le contraste ternel entre les choses relles et la manire singulire1 nave ou bizarre1 dont elles toient aperues4 ,certainement la nature et le dessein des ,lettres persanes sont si dcouvert1 qu'elles ne tromperont jamais que ceux qui voudront se tromper eux-mmes4 ,,introduction4 7#agba7 ,je ne fais point ici d'ptre ddicatoire1 et je ne demande point de protection pour ce livre3 on le lira1 s'il est bon2 et1 s'il est mauvais1 je ne me soucie pas qu'on le lise4 ,j'ai dtach ces premires lettres1 pour essayer le got du public3 j'en ai un grand nombre d'autres dans mon portefeuille1 que je pourrai lui donner dans la suite4 ,mais c'est condition que je ne serai pas connu3 car1 si l'on vient savoir mon nom1 ds ce moment je me tais4 ,je connois une femme qui marche assez bien1 mais qui boite ds qu'on la regarde4 ,c'est assez des dfauts de l'ouvrage1 sans que je prsente encore la critique ceux de ma personne4 ,si l'on savoit qui je suis1 on diroit3 ,son livre jure avec son caractre1 il devroit employer son temps quelque chose de mieux1 cela n'est pas digne d'un homme grave4 ,les critiques ne manquent jamais ces sortes de rflexions1 parce qu'on les peut faire sans essayer beaucoup son esprit4 ,les ,persans qui crivent ici toient logs avec moi2 nous passions notre vie ensemble4 ,comme ils me regardoient comme un homme d'un autre monde1 ils ne me cachoient rien4 ,en effet1 des gens transplants de si loin ne pouvoient plus avoir de secrets4 ,ils me communiquoient la plupart de leurs lettres2 je les copiai4 ,j'en surpris mme quelques-unes dont ils se seroient bien gards de me faire confidence1 tant elles toient mortifiantes pour la vanit et la jalousie persane4 ,je ne fais donc que l'office de traducteur3 toute ma peine a t de mettre l'ouvrage nos moeurs4 ,j'ai soulag le lecteur du langage asiatique autant que je l'ai pu1 et l'ai sauv d'une infinit d'expressions sublimes1 qui l'auroient ennuy jusque dans les nues4 ,mais ce n'est pas tout ce que j'ai fait pour lui4 ,j'ai retranch les longs compliments1 dont les ,orientaux ne sont pas moins prodigues que nous2 et j'ai pass un nombre infini de ces minuties qui ont tant de peine soutenir le grand jour1 et qui doivent toujours mourir entre deux amis4 ,si la plupart de ceux qui nous ont donn des recueils de lettres avoient fait de mme2 ils auroient vu leur ouvrage s'vanouir4 ,il y a une chose qui m'a souvent tonn3 c'est de voir ces ,persans quelquefois aussi instruits que moi-mme des moeurs et des manires de la nation1 jusqu' en connotre les plus fines circonstances1 et remarquer des choses qui1 je suis sr1 ont chapp bien des ,allemands qui ont voyag en ,france4 ,j'attribue cela au long sjour qu'ils y ont fait3 sans compter qu'il est plus facile un ,asiatique de s'instruire des moeurs des ,franois dans un an1 qu'il ne l'est un ,franois de s'instruire des moeurs des ,asiatiques dans quatre2 parce que les uns se livrent autant que les autres se communiquent peu4 ,l'usage a permis tout traducteur1 et mme au plus barbare commentateur1 d'orner la tte de sa version1 ou de sa glose1 du pangyrique de l'original1 et d'en relever l'utilit1 le mrite et l'excellence4 ,je ne l'ai point fait3 on en devinera facilement les raisons4 ,une des meilleures est que ce seroit une chose trs-ennuyeuse1 place dans un lieu dj trs-ennuyeux de lui-mme1 je veux dire une prface4 ,,lettres ,,persanes ,,lettre ,i4 ,,usbek ,a ,,son ,,ami ,,rustan4 ,a ,ispahan4 ,nous n'avons sjourn qu'un jour ,com4 ,lorsque nous emes fait nos dvotions sur le tombeau de la vierge qui a mis au monde douze prophtes1 nous nous remmes en chemin1 et hier1 vingt-cinquime jour de notre dpart d',ispahan1 nous arrivmes ,tauris4 ,rica et moi sommes peut-tre les premiers parmi les ,persans que l'envie de savoir ait fait sortir de leur pays1 et qui aient renonc aux douceurs d'une vie tranquille pour aller chercher laborieusement la sagesse4 ,nous sommes ns dans un royaume florissant2 mais nous n'avons pas cru que ses bornes fussent celles de nos connoissances1 et que la lumire orientale dt seule nous clairer4 ,mande-moi ce que l'on dit de notre voyage2 ne me flatte point3 je ne compte pas sur un grand nombre d'approbateurs4 ,adresse ta lettre ,erzeron1 o je sjournerai quelque temps4 ,adieu1 mon cher ,rustan4 ,sois assur qu'en quelque lieu du monde o je sois1 tu as un ami fidle4 ,de ,tauris1 le #ae de la lune de ,saphar1 #agaa4 ,,lettre ,,ii4 ,,usbek ,,au ,,premier ,,eunuque ,,noir4 ,a son srail d',ispahan4 ,tu es le gardien fidle des plus belles femmes de ,perse2 je t'ai confi ce que j'avois dans le monde de plus cher3 tu tiens en tes mains les clefs de ces portes fatales1 qui ne s'ouvrent que pour moi4 ,tandis que tu veilles sur ce dpt prcieux de mon coeur1 il se repose1 et jouit d'une scurit entire4 ,tu fais la garde dans le silence de la nuit1 comme dans le tumulte du jour4 ,tes soins infatigables soutiennent la vertu lorsqu'elle chancelle4 ,si les femmes que tu gardes vouloient sortir de leur devoir1 tu leur en ferois perdre l'esprance4 ,tu es le flau du vice et la colonne de la fidlit4 ,tu leur commandes1 et leur obis4 ,tu excutes aveuglment toutes leurs volonts1 et leur fais excuter de mme les lois du srail2 tu trouves de la gloire leur rendre les services les plus vils2 tu te soumets avec respect et avec crainte leurs ordres lgitimes2 tu les sers comme l'esclave de leurs esclaves4 ,mais1 par un retour d'empire1 tu commandes en matre comme moi-mme1 quand tu crains le relchement des lois de la pudeur et de la modestie4 ,souviens-toi toujours du nant d'o je t'ai fait sortir1 lorsque tu tois le dernier de mes esclaves1 pour te mettre en cette place1 et te confier les dlices de mon coeur3 tiens-toi dans un profond abaissement auprs de celles qui partagent mon amour2 mais fais-leur en mme temps sentir leur extrme dpendance4 ,procure-leur tous les plaisirs qui peuvent tre innocents2 trompe leurs inquitudes2 amuse-les par la musique1 les danses1 les boissons dlicieuses2 persuade-leur de s'assembler souvent4 ,si elles veulent aller la campagne1 tu peux les y mener2 mais fais faire main-basse sur tous les hommes qui se prsenteront devant elles4 ,exhorte-les la propret1 qui est l'image de la nettet de l'me2 parle-leur quelquefois de moi4 ,je voudrois les revoir dans ce lieu charmant qu'elles embellissent4 ,adieu4 ,de ,tauris1 le #ah de la lune de ,saphar1 #agaa4 ,,lettre ,,iii4 ,,zachi ,a ,,usbek4 ,a ,tauris4 ,nous avons ordonn au chef des eunuques de nous mener la campagne3 il te dira qu'aucun accident ne nous est arriv4 ,quand il fallut traverser la rivire et quitter nos litires1 nous nous mmes1 selon la coutume1 dans des botes3 deux esclaves nous portrent sur leurs paules1 et nous chappmes tous les regards4 ,comment aurois-je pu vivre1 cher ,usbek1 dans ton srail d',ispahan2 dans ces lieux qui1 me rappelant sans cesse mes plaisirs passs1 irritoient tous les jours mes dsirs avec une nouvelle violence8 ,j'errois d'appartements en appartements1 te cherchant toujours et ne te trouvant jamais1 mais rencontrant partout un cruel souvenir de ma flicit passe4 ,tantt je me voyois en ce lieu o1 pour la premire fois de ma vie1 je te reus dans mes bras2 tantt dans celui o tu dcidas cette fameuse querelle entre tes femmes4 ,chacune de nous se prtendoit suprieure aux autres en beaut4 ,nous nous prsentmes devant toi1 aprs avoir puis tout ce que l'imagination peut fournir de parures et d'ornements3 tu vis avec plaisir les miracles de notre art2 tu admiras jusqu'o nous avoit emportes l'ardeur de te plaire4 ,mais tu fis bientt cder ces charmes emprunts des grces plus naturelles2 tu dtruisis tout notre ouvrage3 il fallut nous dpouiller de ces ornements qui t'toient devenus incommodes2 il fallut parotre ta vue dans la simplicit de la nature4 ,je comptai pour rien la pudeur1 je ne pensai qu' ma gloire4 ,heureux ,usbek1 que de charmes furent tals tes yeux6 ,nous te vmes longtemps errer d'enchantements en enchantements3 ton me incertaine demeura longtemps sans se fixer1 chaque grce nouvelle te demandoit un tribut1 nous fmes en un moment toutes couvertes de tes baisers2 tu portas tes curieux regards dans les lieux les plus secrets2 tu nous fis passer en un instant dans mille situations diffrentes2 toujours de nouveaux commandements1 et une obissance toujours nouvelle4 ,je te l'avoue1 ,usbek1 une passion encore plus vive que l'ambition me fit souhaiter de te plaire4 ,je me vis insensiblement devenir la matresse de ton coeur2 tu me pris1 tu me quittas1 tu revins moi1 et je sus te retenir3 le triomphe fut tout pour moi1 et le dsespoir pour mes rivales4 ,il nous sembla que nous fussions seuls dans le monde3 tout ce qui nous entouroit ne fut plus digne de nous occuper4 ,plt au ciel que mes rivales eussent eu le courage de rester tmoins de toutes les marques d'amour que je reus de toi6 ,si elles avoient bien vu mes transports1 elles auroient senti la diffrence qu'il y a de mon amour au leur2 elles auroient vu que1 si elles pouvoient disputer avec moi de charmes1 elles ne pouvoient pas disputer de sensibilit444 ,mais o suis-je8 ,o m'emmne ce vain rcit8 ,c'est un malheur de n'tre point aime2 mais c'est un affront de ne l'tre plus4 ,tu nous quittes1 ,usbek1 pour aller errer dans des climats barbares4 ,quoi6 tu comptes pour rien l'avantage d'tre aim8 ,hlas6 tu ne sais pas mme ce que tu perds6 ,je pousse des soupirs qui ne sont point entendus2 mes larmes coulent1 et tu n'en jouis pas2 il semble que l'amour respire dans le srail1 et ton insensibilit t'en loigne sans cesse6 ,ah6 mon cher ,usbek1 si tu savois tre heureux6 ,du srail de ,fatm1 le #ba de la lune de ,maharram1 #agaa4 ,,lettre ,,iv4 ,z,,phis ,a ,,usbek4 ,a ,erzeron4 ,enfin ce monstre noir a rsolu de me dsesprer4 ,il veut toute force m'ter mon esclave ,zlide1 ,zlide qui me sert avec tant d'affection1 et dont les adroites mains portent partout les ornements et les grces2 il ne lui suffit pas que cette sparation soit douloureuse1 il veut encore qu'elle soit dshonorante4 ,le tratre veut regarder comme criminels les motifs de ma confiance2 et parce qu'il s'ennuie derrire la porte1 o je le renvoie toujours1 il ose supposer qu'il a entendu ou vu des choses1 que je ne sais pas mme imaginer4 ,je suis bien malheureuse6 ,ma retraite1 ni ma vertu1 ne sauroient me mettre l'abri de ses soupons extravagants3 un vil esclave vient m'attaquer jusque dans ton coeur1 et il faut que je m'y dfende6 ,non1 j'ai trop de respect pour moi-mme pour descendre jusqu' des justifications3 je ne veux d'autre garant de ma conduite que toi-mme1 que ton amour1 que le mien1 et1 s'il faut te le dire1 cher ,usbek1 que mes larmes4 ,du srail de ,fatm1 le #bi de la lune de ,maharram1 #agaa4 ,,lettre ,v4 ,,rustan ,a ,,usbek ,a ,erzeron4 ,tu es le sujet de toutes les conversations d',ispahan2 on ne parle que de ton dpart3 les uns l'attribuent une lgret d'esprit1 les autres quelque chagrin2 tes amis seuls te dfendent1 et ils ne persuadent personne4 ,on ne peut comprendre que tu puisses quitter tes femmes1 tes parents1 tes amis1 ta patrie1 pour aller dans des climats inconnus aux ,persans4 ,la mre de ,rica est inconsolable2 elle te demande son fils1 que tu lui as1 dit-elle1 enlev4 ,pour moi1 mon cher ,usbek1 je me sens naturellement port approuver tout ce que tu fais3 mais je ne saurois te pardonner ton absence2 et1 quelques raisons que tu m'en puisses donner1 mon coeur ne les gotera jamais4 ,adieu4 ,aime-moi toujours4 ,d',ispahan1 le #bh de la lune de ,rebiab #a1 #agaa ,,lettre ,,vi4 ,,usbek ,a ,,son ,,ami ,,nessir4 ,a ,ispahan4 ,a une journe d'rivan1 nous quittmes la ,perse pour entrer dans les terres de l'obissance des ,turcs4 ,douze jours aprs1 nous arrivmes ,erzeron1 o nous sjournerons trois ou quatre mois4 ,il faut que je te l'avoue1 ,nessir2 j'ai senti une douleur secrte quand j'ai perdu la ,perse de vue1 et que je me suis trouv au milieu des perfides ,osmanlins4 ,a mesure que j'entrois dans le pays de ces profanes1 il me sembloit que je devenois profane moi-mme4 ,ma patrie1 ma famille1 mes amis se sont prsents mon esprit2 ma tendresse s'est rveille2 une certaine inquitude a achev de me troubler1 et m'a fait connotre que1 pour mon repos1 j'avois trop entrepris4 ,mais ce qui afflige le plus mon coeur1 ce sont mes femmes4 ,je ne puis penser elles que je ne sois dvor de chagrins4 ,ce n'est pas1 ,nessir1 que je les aime3 je me trouve cet gard dans une insensibilit qui ne me laisse point de dsirs4 ,dans le nombreux srail o j'ai vcu1 j'ai prvenu l'amour et l'ai dtruit par lui-mme3 mais1 de ma froideur mme1 il sort une jalousie secrte1 qui me dvore4 ,je vois une troupe de femmes laisses presque elles-mmes2 je n'ai que des mes lches qui m'en rpondent4 ,j'aurois peine tre en sret1 si mes esclaves toient fidles3 que sera-ce1 s'ils ne le sont pas8 ,quelles tristes nouvelles peuvent m'en venir1 dans les pays loigns que je vais parcourir6 ,c'est un mal o mes amis ne peuvent porter de remde3 c'est un lieu dont ils doivent ignorer les tristes secrets2 et qu'y pourroient-ils faire8 ,n'aimerois-je pas mille fois mieux une obscure impunit qu'une correction clatante8 ,je dpose en ton coeur tous mes chagrins1 mon cher ,nessir3 c'est la seule consolation qui me reste dans l'tat o je suis4 ,d',erzeron1 le #aj de la lune de ,rebiab #b1 #agaa4 ,,lettre ,,vii4 ,,fatm ,a ,,usbek4 ,a ,erzeron4 ,il y a deux mois que tu es parti1 mon cher ,usbek2 et1 dans l'abattement o je suis1 je ne puis pas me le persuader encore4 ,je cours tout le srail1 comme si tu y tois2 je ne suis point dsabuse4 ,que veux-tu que devienne une femme qui t'aime2 qui toit accoutume te tenir dans ses bras2 qui n'toit occupe que du soin de te donner des preuves de sa tendresse2 libre par l'avantage de sa naissance1 esclave par la violence de son amour8 ,quand je t'pousai1 mes yeux n'avoient point encore vu le visage d'un homme3 tu es le seul dont la vue m'ait t permise#b2 car je ne compte point au rang des hommes ces eunuques affreux dont la moindre imperfection est de n'tre point des hommes4 ,quand je compare la beaut de ton visage avec la difformit du leur1 je ne puis m'empcher de m'estimer heureuse3 mon imagination ne me fournit point d'ide plus ravissante que les charmes enchanteurs de ta personne4 ,je te le jure1 ,usbek1 quand il me seroit permis de sortir de ce lieu o je suis enferme par la ncessit de ma condition2 quand je pourrois me drober la garde qui m'environne2 quand il me seroit permis de choisir parmi tous les hommes qui vivent dans cette capitale des nations2 ,usbek1 je te le jure1 je ne choisirois que toi4 ,il ne peut y avoir que toi dans le monde qui mrites d'tre aim4 ,note #b3 ,les femmes persanes sont beaucoup plus troitement gardes que les femmes turques et les femmes indiennes4 ,ne pense pas que ton absence m'ait fait ngliger une beaut qui t'est chre3 quoique je ne doive tre vue de personne1 et que les ornements dont je me pare soient inutiles ton bonheur1 je cherche cependant m'entretenir dans l'habitude de plaire2 je ne me couche point que je ne me sois parfume des essences les plus dlicieuses4 ,je me rappelle ce temps heureux o tu venois dans mes bras2 un songe flatteur1 qui me sduit1 me montre ce cher objet de mon amour2 mon imagination se perd dans ses dsirs1 comme elle se flatte dans ses esprances3 je pense quelquefois que1 dgot d'un pnible voyage1 tu vas revenir nous3 la nuit se passe dans des songes qui n'appartiennent ni la veille ni au sommeil2 je te cherche mes cts1 et il me semble que tu me fuis2 enfin le feu qui me dvore dissipe lui-mme ces enchantements1 et rappelle mes esprits4 ,je me trouve pour lors si anime444 ,tu ne le croirois pas1 ,usbek2 il est impossible de vivre dans cet tat2 le feu coule dans mes veines3 que ne puis-je t'exprimer ce que je sens si bien8 et comment sens-je si bien ce que je ne puis t'exprimer8 ,dans ces moments1 ,usbek1 je donnerois l'empire du monde pour un seul de tes baisers4 ,qu'une femme est malheureuse d'avoir des dsirs si violents1 lorsqu'elle est prive de celui qui peut seul les satisfaire2 que1 livre elle-mme1 n'ayant rien qui puisse la distraire1 il faut qu'elle vive dans l'habitude des soupirs et dans la fureur d'une passion irrite2 que1 bien loin d'tre heureuse1 elle n'a pas mme l'avantage de servir la flicit d'un autre3 ornement inutile d'un srail1 garde pour l'honneur et non pas pour le bonheur de son poux6 ,vous tes bien cruels1 vous autres hommes6 ,vous tes charms que nous ayons des dsirs que nous ne puissions satisfaire3 vous nous traitez comme si nous tions insensibles1 et vous seriez bien fchs que nous le fussions3 vous croyez que nos dsirs1 si longtemps mortifis1 seront irrits votre vue4 ,il y a de la peine se faire aimer2 il est plus court d'obtenir de notre temprament ce que vous n'osez esprer de votre mrite4 ,adieu1 mon cher ,usbek1 adieu4 ,compte que je ne vis que pour t'adorer3 mon me est toute pleine de toi2 et ton absence1 bien loin de te faire oublier1 animeroit mon amour s'il pouvoit devenir plus violent4 ,du srail d',ispahan1 le #ab de la lune de ,rebiab #a1 #agaa4 ,,lettre ,,viii4 ,,usbek ,a ,,son ,,ami ,,rustan4 ,a ,ispahan4 ,ta lettre m'a t rendue ,erzeron1 o je suis4 ,je m'tois bien dout que mon dpart feroit du bruit3 je ne m'en suis point mis en peine3 que veux-tu que je suive1 la prudence de mes ennemis1 ou la mienne8 ,je parus la cour ds ma plus tendre jeunesse2 je le puis dire1 mon coeur ne s'y corrompit point3 je formai mme un grand dessein1 j'osai y tre vertueux4 ,ds que je connus le vice1 je m'en loignai2 mais je m'en approchai ensuite pour le dmasquer4 ,je portai la vrit jusqu'au pied du trne3 j'y parlai un langage jusqu'alors inconnu2 je dconcertai la flatterie1 et j'tonnai en mme temps les adorateurs et l'idole4 ,mais quand je vis que ma sincrit m'avoit fait des ennemis2 que je m'tois attir la jalousie des ministres sans avoir la faveur du prince2 que1 dans une cour corrompue1 je ne me soutenois plus que par une foible vertu1 je rsolus de la quitter4 ,je feignis un grand attachement pour les sciences2 et1 force de le feindre1 il me vint rellement4 ,je ne me mlai plus d'aucunes affaires1 et je me retirai dans une maison de campagne4 ,mais ce parti mme avoit ses inconvnients3 je restois toujours expos la malice de mes ennemis1 et je m'tois presque t les moyens de m'en garantir4 ,quelques avis secrets me firent penser moi srieusement3 je rsolus de m'exiler de ma patrie1 et ma retraite mme de la cour m'en fournit un prtexte plausible4 ,j'allai au roi2 je lui marquai l'envie que j'avois de m'instruire dans les sciences de l',occident2 je lui insinuai qu'il pourroit tirer de l'utilit de mes voyages3 je trouvai grce devant ses yeux2 je partis1 et je drobai une victime mes ennemis4 ,voil1 ,rustan1 le vritable motif de mon voyage4 ,laisse parler ,ispahan2 ne me dfends que devant ceux qui m'aiment4 ,laisse mes ennemis leurs interprtations malignes3 je suis trop heureux que ce soit le seul mal qu'ils me puissent faire4 ,on parle de moi prsent3 peut-tre ne serai-je que trop oubli1 et que mes amis444 ,non1 ,rustan1 je ne veux point me livrer cette triste pense3 je leur serai toujours cher2 je compte sur leur fidlit1 comme sur la tienne4 ,d',erzeron1 le #bj de la lune de ,gemmadi #b1 #agaa4 ,,lettre ,,ix4 ,,le ,,premier ,,eunuque ,a ,,ibbi4 ,a ,erzeron4 ,tu suis ton ancien matre dans ses voyages2 tu parcours les provinces et les royaumes2 les chagrins ne sauroient faire d'impression sur toi2 chaque instant te montre des choses nouvelles2 tout ce que tu vois te rcre1 et te fait passer le temps sans le sentir4 ,il n'en est pas de mme de moi1 qui1 enferm dans une affreuse prison1 suis toujours environn des mmes objets et dvor des mmes chagrins4 ,je gmis accabl sous le poids des soins et des inquitudes de cinquante annes2 et1 dans le cours d'une longue vie1 je ne puis pas dire avoir eu un jour serein et un moment tranquille4 ,lorsque mon premier matre eut form le cruel projet de me confier ses femmes1 et m'eut oblig1 par des sductions soutenues de mille menaces1 de me sparer pour jamais de moi-mme2 las de servir dans les emplois les plus pnibles1 je comptai sacrifier mes passions mon repos et ma fortune4 ,malheureux que j'tois6 mon esprit proccup me faisoit voir le ddommagement1 et non pas la perte3 j'esprois que je serois dlivr des atteintes de l'amour par l'impuissance de le satisfaire4 ,hlas6 on teignit en moi l'effet des passions1 sans en teindre la cause2 et1 bien loin d'en tre soulag1 je me trouvai environn d'objets qui les irritoient sans cesse4 ,j'entrai dans le srail1 o tout m'inspiroit le regret de ce que j'avois perdu3 je me sentois anim chaque instant2 mille grces naturelles sembloient ne se dcouvrir ma vue que pour me dsoler2 pour comble de malheurs1 j'avois toujours devant les yeux un homme heureux4 ,dans ce temps de trouble1 je n'ai jamais conduit une femme dans le lit de mon matre1 je ne l'ai jamais dshabille1 que je ne sois rentr chez moi la rage dans le coeur1 et un affreux dsespoir dans l'me4 ,voil comme j'ai pass ma misrable jeunesse3 je n'avois de confident que moi-mme4 ,charg d'ennuis et de chagrins1 il me les falloit dvorer2 et ces mmes femmes que j'tois tent de regarder avec des yeux si tendres1 je ne les envisageois qu'avec des regards svres3 j'tois perdu si elles m'avoient pntr2 quel avantage n'en auroient-elles pas pris6 ,je me souviens qu'un jour que je mettois une femme dans le bain1 je me sentis si transport que je perdis entirement la raison1 et que j'osai porter ma main dans un lieu redoutable4 ,je crus1 la premire rflexion1 que ce jour toit le dernier de mes jours4 ,je fus pourtant assez heureux pour chapper mille morts2 mais la beaut que j'avois faite confidente de ma faiblesse me vendit bien cher son silence2 je perdis entirement mon autorit sur elle1 et elle m'a oblig depuis des condescendances qui m'ont expos mille fois perdre la vie4 ,enfin1 les feux de la jeunesse ont pass2 je suis vieux1 et je me trouve1 cet gard1 dans un tat tranquille2 je regarde les femmes avec indiffrence1 et je leur rends bien tous leurs mpris1 et tous les tourments qu'elles m'ont fait souffrir4 ,je me souviens toujours que j'tois n pour les commander2 et il me semble que je redeviens homme dans les occasions o je leur commande encore4 ,je les hais depuis que je les envisage de sang-froid1 et que ma raison me laisse voir toutes leurs foiblesses4 ,quoique je les garde pour un autre1 le plaisir de me faire obir me donne une joie secrte2 quand je les prive de tout1 il me semble que c'est pour moi1 et il m'en revient toujours une satisfaction indirecte3 je me trouve dans le srail comme dans un petit empire2 et mon ambition1 la seule passion qui me reste1 se satisfait un peu4 ,je vois avec plaisir que tout roule sur moi1 et qu' tous les instants je suis ncessaire2 je me charge volontiers de la haine de toutes ces femmes1 qui m'affermit dans le poste o je suis4 ,aussi n'ont-elles pas affaire un ingrat3 elles me trouvent au-devant de tous leurs plaisirs les plus innocents1 je me prsente toujours elles comme une barrire inbranlable2 elles forment des projets1 et je les arrte soudain3 je m'arme de refus1 je me hrisse de scrupules2 je n'ai jamais dans la bouche que les mots de devoir1 de vertu1 de pudeur1 de modestie4 ,je les dsespre en leur parlant sans cesse de la foiblesse de leur sexe1 et de l'autorit du matre2 je me plains ensuite d'tre oblig tant de svrit1 et je semble vouloir leur faire entendre que je n'ai d'autre motif que leur propre intrt1 et un grand attachement pour elles4 ,ce n'est pas qu' mon tour je n'aie un nombre infini de dsagrments1 et que tous les jours ces femmes vindicatives ne cherchent renchrir sur ceux que je leur donne3 elles ont des revers terribles4 ,il y a entre nous comme un flux et un reflux d'empire et de soumission3 elles font toujours tomber sur moi les emplois les plus humiliants2 elles affectent un mpris qui n'a point d'exemple2 et1 sans gard pour ma vieillesse1 elles me font lever1 la nuit1 dix fois pour la moindre bagatelle2 je suis accabl sans cesse d'ordres1 de commandements1 d'emplois1 de caprices2 il semble qu'elles se relayent pour m'exercer1 et que leurs fantaisies se succdent4 ,souvent elles se plaisent me faire redoubler de soins2 elles me font faire de fausses confidences3 tantt on vient me dire qu'il a paru un jeune homme autour de ces murs1 une autre fois qu'on a entendu du bruit1 ou bien qu'on doit rendre une lettre3 tout ceci me trouble1 et elles rient de ce trouble2 elles sont charmes de me voir ainsi me tourmenter moi-mme4 ,une autre fois elles m'attachent derrire leur porte1 et m'y enchanent nuit et jour4 ,elles savent bien feindre des maladies1 des dfaillances1 des frayeurs3 elles ne manquent point de prtexte pour me mener au point o elles veulent4 ,il faut1 dans ces occasions1 une obissance aveugle et une complaisance sans bornes3 un refus dans la bouche d'un homme comme moi seroit une chose inoue2 et1 si je balanois leur obir1 elles seroient en droit de me chtier4 ,j'aimerois autant perdre la vie1 mon cher ,ibbi1 que de descendre cette humiliation4 ,ce n'est pas tout3 je ne suis jamais sr d'tre un instant dans la faveur de mon matre2 j'ai autant d'ennemies dans son coeur1 qui ne songent qu' me perdre3 elles ont des quarts d'heure o je ne suis point cout1 des quarts d'heure o l'on ne refuse rien1 des quarts d'heure o j'ai toujours tort4 ,je mne dans le lit de mon matre des femmes irrites3 crois-tu que l'on y travaille pour moi1 et que mon parti soit le plus fort8 ,j'ai tout craindre de leurs larmes1 de leurs soupirs1 de leurs embrassements1 et de leurs plaisirs mmes3 elles sont dans le lieu de leurs triomphes2 leurs charmes me deviennent terribles3 les services prsents effacent dans un moment tous mes services passs2 et rien ne peut me rpondre d'un matre qui n'est plus lui-mme4 ,combien de fois m'est-il arriv de me coucher dans la faveur1 et de me lever dans la disgrce6 ,le jour que je fus fouett si indignement autour du srail1 qu'avois-je fait8 ,je laisse une femme dans les bras de mon matre3 ds qu'elle le vit enflamm1 elle versa un torrent de larmes2 elle se plaignit1 et mnagea si bien ses plaintes1 qu'elles augmentoient mesure de l'amour qu'elle faisoit natre4 ,comment aurois-je pu me soutenir dans un moment si critique8 ,je fus perdu lorsque je m'y attendois le moins2 je fus la victime d'une ngociation amoureuse1 et d'un trait que les soupirs avoient fait4 ,voil1 cher ,ibbi1 l'tat cruel dans lequel j'ai toujours vcu4 ,que tu es heureux6 tes soins se bornent uniquement la personne d',usbek4 ,il t'est facile de lui plaire et de te maintenir dans sa faveur jusques au dernier de tes jours4 ,du srail d',ispahan1 le dernier de la lune de ,saphar1 #agaa4 ,,lettre ,x4 ,,mirza ,a ,,son ,,ami ,,usbek4 ,a ,erzeron4 ,tu tois le seul qui pt me ddommager de l'absence de ,rica2 et il n'y avoit que ,rica qui pt me consoler de la tienne4 ,tu nous manques1 ,usbek3 tu tois l'me de notre socit4 ,qu'il faut de violence pour rompre les engagements que le coeur et l'esprit ont forms6 ,nous disputons ici beaucoup2 nos disputes roulent ordinairement sur la morale4 ,hier on mit en question si les hommes toient heureux par les plaisirs et les satisfactions des sens1 ou par la pratique de la vertu4 ,je t'ai souvent ou dire que les hommes toient ns pour tre vertueux1 et que la justice est une qualit qui leur est aussi propre que l'existence4 ,explique-moi1 je te prie1 ce que tu veux dire4 ,j'ai parl des mollaks1 qui me dsesprent avec leurs passages de l',alcoran3 car je ne leur parle pas comme vrai croyant1 mais comme homme1 comme citoyen1 comme pre de famille4 ,adieu4 ,d',ispahan1 le dernier de la lune de ,saphar1 #agaa4 ,,lettre ,,xi4 ,,usbek ,a ,,mirza4 ,a ,ispahan4 ,tu renonces ta raison pour essayer la mienne2 tu descends jusqu' me consulter2 tu me crois capable de t'instruire4 ,mon cher ,mirza1 il y a une chose qui me flatte encore plus que la bonne opinion que tu as conue de moi3 c'est ton amiti1 qui me la procure4 ,pour remplir ce que tu me prescris1 je n'ai pas cru devoir employer des raisonnements fort abstraits4 ,il y a de certaines vrits qu'il ne suffit pas de persuader1 mais qu'il faut encore faire sentir3 telles sont les vrits de morale4 ,peut-tre que ce morceau d'histoire te touchera plus qu'une philosophie subtile4 ,il y avoit en ,arabie un petit peuple1 appel ,troglodyte1 qui descendoit de ces anciens ,troglodytes qui1 si nous en croyons les historiens1 ressembloient plus des btes qu' des hommes4 ,ceux-ci n'toient point si contrefaits1 ils n'toient point velus comme des ours1 ils ne siffloient point1 ils avoient des yeux2 mais ils toient si mchants et si froces1 qu'il n'y avoit parmi eux aucun principe d'quit ni de justice4 ,ils avoient un roi d'une origine trangre1 qui1 voulant corriger la mchancet de leur naturel1 les traitoit svrement2 mais ils conjurrent contre lui1 le turent1 et exterminrent toute la famille royale4 ,le coup tant fait1 ils s'assemblrent pour choisir un gouvernement2 et1 aprs bien des dissensions1 ils crrent des magistrats4 ,mais peine les eurent-ils lus1 qu'ils leur devinrent insupportables2 et ils les massacrrent encore4 ,ce peuple1 libre de ce nouveau joug1 ne consulta plus que son naturel sauvage4 ,tous les particuliers convinrent qu'ils n'obiroient plus personne2 que chacun veilleroit uniquement ses intrts1 sans consulter ceux des autres4 ,cette rsolution unanime flattoit extrmement tous les particuliers4 ,ils disoient3 ,qu'ai-je affaire d'aller me tuer travailler pour des gens dont je ne me soucie point8 ,je penserai uniquement moi4 ,je vivrai heureux3 que m'importe que les autres le soient8 ,je me procurerai tous mes besoins2 et1 pourvu que je les aie1 je ne me soucie point que tous les autres ,troglodytes soient misrables4 ,on toit dans le mois o l'on ensemence les terres2 chacun dit3 ,je ne labourerai mon champ que pour qu'il me fournisse le bl qu'il me faut pour me nourrir2 une plus grande quantit me seroit inutile3 je ne prendrai point de la peine pour rien4 ,les terres de ce petit royaume n'toient pas de mme nature3 il y en avoit d'arides et de montagneuses1 et d'autres qui1 dans un terrain bas1 toient arroses de plusieurs ruisseaux4 ,cette anne1 la scheresse fut trs-grande2 de manire que les terres qui toient dans les lieux levs manqurent absolument1 tandis que celles qui purent tre arroses furent trs-fertiles3 ainsi les peuples des montagnes prirent presque tous de faim par la duret des autres1 qui leur refusrent de partager la rcolte4 ,l'anne d'ensuite fut trs-pluvieuse3 les lieux levs se trouvrent d'une fertilit extraordinaire1 et les terres basses furent submerges4 ,la moiti du peuple cria une seconde fois famine2 mais ces misrables trouvrent des gens aussi durs qu'ils l'avoient t eux-mmes4 ,un des principaux habitants avoit une femme fort belle2 son voisin en devint amoureux1 et l'enleva3 il s'mut une grande querelle2 et1 aprs bien des injures et des coups1 ils convinrent de s'en remettre la dcision d'un ,troglodyte qui1 pendant que la rpublique subsistoit1 avoit eu quelque crdit4 ,ils allrent lui1 et voulurent lui dire leurs raisons4 ,que m'importe1 dit cet homme1 que cette femme soit vous ou vous8 ,j'ai mon champ labourer2 je n'irai peut-tre pas employer mon temps terminer vos diffrends et travailler vos affaires1 tandis que je ngligerai les miennes2 je vous prie de me laisser en repos1 et de ne m'importuner plus de vos querelles4 ,l-dessus il les quitta1 et s'en alla travailler ses terres4 ,le ravisseur1 qui toit le plus fort1 jura qu'il mourroit plutt que de rendre cette femme2 et l'autre1 pntr de l'injustice de son voisin et de la duret du juge1 s'en retournoit dsespr1 lorsqu'il trouva dans son chemin une femme jeune et belle1 qui revenoit de la fontaine4 ,il n'avoit plus de femme1 celle-l lui plut2 et elle lui plut bien davantage lorsqu'il apprit que c'toit la femme de celui qu'il avoit voulu prendre pour juge1 et qui avoit t si peu sensible son malheur3 il l'enleva1 et l'emmena dans sa maison4 ,il y avoit un homme qui possdoit un champ assez fertile1 qu'il cultivoit avec grand soin3 deux de ses voisins s'unirent ensemble1 le chassrent de sa maison1 occuprent son champ2 ils firent entre eux une union pour se dfendre contre tous ceux qui voudroient l'usurper2 et effectivement ils se soutinrent par l pendant plusieurs mois2 mais un des deux1 ennuy de partager ce qu'il pouvoit avoir tout seul1 tua l'autre1 et devint seul matre du champ4 ,son empire ne fut pas long3 deux autres ,troglodytes vinrent l'attaquer2 il se trouva trop foible pour se dfendre1 et il fut massacr4 ,un ,troglodyte presque tout nu vit de la laine qui toit vendre2 il en demanda le prix2 le marchand dit en lui-mme3 ,naturellement je ne devrois esprer de ma laine qu'autant d'argent qu'il en faut pour acheter deux mesures de bl2 mais je la vais vendre quatre fois davantage1 afin d'avoir huit mesures4 ,il fallut en passer par l1 et payer le prix demand4 ,je suis bien aise1 dit le marchand2 j'aurai du bl prsent4 ,que dites-vous8 reprit l'tranger2 vous avez besoin de bl8 ,j'en ai vendre3 il n'y a que le prix qui vous tonnera peut-tre2 car vous saurez que le bl est extrmement cher1 et que la famine rgne presque partout3 mais rendez-moi mon argent1 et je vous donnerai une mesure de bl2 car je ne veux pas m'en dfaire autrement1 dussiez-vous crever de faim4 ,cependant une maladie cruelle ravageoit la contre4 ,un mdecin habile y arriva du pays voisin1 et donna ses remdes si propos1 qu'il gurit tous ceux qui se mirent dans ses mains4 ,quand la maladie eut cess1 il alla chez tous ceux qu'il avoit traits demander son salaire2 mais il ne trouva que des refus3 il retourna dans son pays1 et il y arriva accabl des fatigues d'un si long voyage4 ,mais bientt aprs il apprit que la mme maladie se faisoit sentir de nouveau1 et affligeoit plus que jamais cette terre ingrate4 ,ils allrent lui cette fois1 et n'attendirent pas qu'il vnt chez eux4 ,allez1 leur dit-il1 hommes injustes1 vous avez dans l'me un poison plus mortel que celui dont vous voulez gurir2 vous ne mritez pas d'occuper une place sur la terre1 parce que vous n'avez point d'humanit1 et que les rgles de l'quit vous sont inconnues3 je croirois offenser les dieux1 qui vous punissent1 si je m'opposois la justice de leur colre4 ,a ,erzeron1 le #c de la lune de ,gemmadi #b1 #agaa4 ,,lettre ,,xii4 ,,usbek ,,au ,m,,me4 ,a ,ispahan4 ,tu as vu1 mon cher ,mirza1 comment les ,troglodytes prirent par leur mchancet mme1 et furent les victimes de leurs propres injustices4 ,de tant de familles1 il n'en resta que deux qui chapprent aux malheurs de la nation4 ,il y avoit dans ce pays deux hommes bien singuliers3 ils avoient de l'humanit2 ils connaissoient la justice2 ils aimoient la vertu2 autant lis par la droiture de leur coeur que par la corruption de celui des autres1 ils voyoient la dsolation gnrale1 et ne la ressentoient que par la piti3 c'toit le motif d'une union nouvelle4 ,ils travailloient avec une sollicitude commune pour l'intrt commun2 ils n'avoient de diffrends que ceux qu'une douce et tendre amiti faisoit natre2 et dans l'endroit du pays le plus cart1 spars de leurs compatriotes indignes de leur prsence1 ils menoient une vie heureuse et tranquille3 la terre sembloit produire d'elle-mme1 cultive par ces vertueuses mains4 ,ils aimoient leurs femmes1 et ils en toient tendrement chris4 ,toute leur attention toit d'lever leurs enfants la vertu4 ,ils leur reprsentoient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes1 et leur mettoient devant les yeux cet exemple si touchant2 ils leur faisoient surtout sentir que l'intrt des particuliers se trouve toujours dans l'intrt commun2 que vouloir s'en sparer1 c'est vouloir se perdre2 que la vertu n'est point une chose qui doive nous coter2 qu'il ne faut point la regarder comme un exercice pnible2 et que la justice pour autrui est une charit pour nous4 ,ils eurent bientt la consolation des pres vertueux1 qui est d'avoir des enfants qui leur ressemblent4 ,le jeune peuple qui s'leva sous leurs yeux s'accrut par d'heureux mariages3 le nombre augmenta1 l'union fut toujours la mme2 et la vertu1 bien loin de s'affoiblir dans la multitude1 fut fortifie1 au contraire1 par un plus grand nombre d'exemples4 ,qui pourroit reprsenter ici le bonheur de ces ,troglodytes8 ,un peuple si juste devoit tre chri des dieux4 ,ds qu'il ouvrit les yeux pour les connotre1 il apprit les craindre2 et la religion vint adoucir dans les moeurs ce que la nature y avoit laiss de trop rude4 ,ils institurent des ftes en l'honneur des dieux4 ,les jeunes filles1 ornes de fleurs1 et les jeunes garons1 les clbroient par leurs danses1 et par les accords d'une musique champtre2 on faisoit ensuite des festins1 o la joie ne rgnoit pas moins que la frugalit4 ,c'toit dans ces assembles que parloit la nature nave1 c'est l qu'on apprenoit donner le coeur et le recevoir2 c'est l que la pudeur virginale faisoit en rougissant un aveu surpris1 mais bientt confirm par le consentement des pres2 et c'est l que les tendres mres se plaisoient prvoir par avance une union douce et fidle4 ,on alloit au temple pour demander les faveurs des dieux3 ce n'toit pas les richesses et une onreuse abondance2 de pareils souhaits toient indignes des heureux ,troglodytes2 ils ne savoient les dsirer que pour leurs compatriotes4 ,ils n'toient au pied des autels que pour demander la sant de leurs pres1 l'union de leurs frres1 la tendresse de leurs femmes1 l'amour et l'obissance de leurs enfants4 ,les filles y venoient apporter le tendre sacrifice de leur coeur1 et ne leur demandoient d'autre grce que celle de pouvoir rendre un ,troglodyte heureux4 ,le soir1 lorsque les troupeaux quittoient les prairies1 et que les boeufs fatigus avoient ramen la charrue1 ils s'assembloient2 et1 dans un repas frugal1 ils chantoient les injustices des premiers ,troglodytes et leurs malheurs1 la vertu renaissante avec un nouveau peuple1 et sa flicit3 ils chantoient ensuite les grandeurs des dieux1 leurs faveurs toujours prsentes aux hommes qui les implorent1 et leur colre invitable ceux qui ne les craignent pas2 ils dcrivoient ensuite les dlices de la vie champtre et le bonheur d'une condition toujours pare de l'innocence4 ,bientt ils s'abandonnoient un sommeil que les soins et les chagrins n'interrompoient jamais4 ,la nature ne fournissoit pas moins leurs dsirs qu' leurs besoins4 ,dans ce pays heureux1 la cupidit toit trangre3 ils se faisoient des prsents1 o celui qui donnoit croyoit toujours avoir l'avantage4 ,le peuple troglodyte se regardoit comme une seule famille2 les troupeaux toient presque toujours confondus2 la seule peine qu'on s'pargnoit ordinairement1 c'toit de les partager4 ,d',erzeron1 le #f de la lune de ,gemmadi #b1 #agaa4 ,,lettre ,,xiii4 ,,usbek ,,au ,m,,me4 ,je ne saurois assez te parler de la vertu des ,troglodytes4 ,un d'eux disoit un jour3 ,mon pre doit demain labourer son champ2 je me lverai deux heures avant lui1 et quand il ira son champ1 il le trouvera tout labour4 ,un autre disoit en lui-mme3 ,il me semble que ma soeur a du got pour un jeune ,troglodyte de nos parents2 il faut que je parle mon pre1 et que je le dtermine faire ce mariage4 ,on vint dire un autre que des voleurs avoient enlev son troupeau3 ,j'en suis bien fch1 dit-il2 car il y avoit une gnisse toute blanche que je voulois offrir aux dieux4 ,on entendoit dire un autre3 ,il faut que j'aille au temple remercier les dieux2 car mon frre1 que mon pre aime tant et que je chris si fort1 a recouvr la sant4 ,ou bien3 ,il y a un champ qui touche celui de mon pre1 et ceux qui le cultivent sont tous les jours exposs aux ardeurs du soleil2 il faut que j'aille y planter deux arbres1 afin que ces pauvres gens puissent aller quelquefois se reposer sous leur ombre4 ,un jour que plusieurs ,troglodytes toient assembls1 un vieillard parla d'un jeune homme qu'il souponnoit d'avoir commis une mauvaise action1 et lui en fit des reproches4 ,nous ne croyons pas qu'il ait commis ce crime1 dirent les jeunes ,troglodytes2 mais1 s'il l'a fait1 puisse-t-il mourir le dernier de sa famille6 ,on vint dire un ,troglodyte que des trangers avoient pill sa maison et avoient tout emport4 ,s'ils n'toient pas injustes1 rpondit-il1 je souhaiterois que les dieux leur en donnassent un plus long usage qu' moi4 ,tant de prosprits ne furent pas regardes sans envie3 les peuples voisins s'assemblrent2 et1 sous un vain prtexte1 ils rsolurent d'enlever leurs troupeaux4 ,ds que cette rsolution fut connue1 les ,troglodytes envoyrent au-devant d'eux des ambassadeurs1 qui leur parlrent ainsi3 ,que vous ont fait les ,troglodytes8 ,ont-ils enlev vos femmes1 drob vos bestiaux1 ravag vos campagnes8 ,non3 nous sommes justes1 et nous craignons les dieux4 ,que demandez-vous donc de nous8 ,voulez-vous de la laine pour vous faire des habits8 voulez-vous du lait de nos troupeaux1 ou des fruits de nos terres8 ,posez bas les armes2 venez au milieu de nous1 et nous vous donnerons de tout cela4 ,mais nous jurons1 par ce qu'il y a de plus sacr1 que1 si vous entrez dans nos terres comme ennemis1 nous vous regarderons comme un peuple injuste1 et que nous vous traiterons comme des btes farouches4 ,ces paroles furent renvoyes avec mpris2 ces peuples sauvages entrrent arms dans la terre des ,troglodytes1 qu'ils ne croyoient dfendus que par leur innocence4 ,mais ils toient bien disposs la dfense4 ,ils avoient mis leurs femmes et leurs enfants au milieu d'eux4 ,ils furent tonns de l'injustice de leurs ennemis1 et non pas de leur nombre4 ,une ardeur nouvelle s'toit empare de leur coeur3 l'un vouloit mourir pour son pre1 un autre pour sa femme et ses enfants1 celui-ci pour ses frres1 celui-l pour ses amis1 tous pour le peuple troglodyte2 la place de celui qui expiroit toit d'abord prise par un autre1 qui1 outre la cause commune1 avoit encore une mort particulire venger4 ,tel fut le combat de l'injustice et de la vertu4 ,ces peuples lches1 qui ne cherchoient que le butin1 n'eurent pas honte de fuir2 et ils cdrent la vertu des ,troglodytes1 mme sans en tre touchs4 ,d',erzeron1 le #i de la lune de ,gemmadi #b1 #agaa4 ,,lettre ,,xiv4 ,,usbek ,,au ,m,,me4 ,comme le peuple grossissoit tous les jours1 les ,troglodytes crurent qu'il toit propos de se choisir un roi3 ils convinrent qu'il falloit dfrer la couronne celui qui toit le plus juste2 et ils jetrent tous les yeux sur un vieillard vnrable par son ge et par une longue vertu4 ,il n'avoit pas voulu se trouver cette assemble2 il s'toit retir dans sa maison1 le coeur serr de tristesse4 ,lorsqu'on lui envoya des dputs pour lui apprendre le choix qu'on avoit fait de lui3 ,a ,dieu ne plaise1 dit-il1 que je fasse ce tort aux ,troglodytes1 que l'on puisse croire qu'il n'y a personne parmi eux de plus juste que moi6 ,vous me dfrez la couronne1 et1 si vous le voulez absolument1 il faudra bien que je la prenne2 mais comptez que je mourrai de douleur d'avoir vu en naissant les ,troglodytes libres1 et de les voir aujourd'hui assujettis4 ,a ces mots1 il se mit rpandre un torrent de larmes4 ,malheureux jour6 disoit-il2 et pourquoi ai-je tant vcu8 ,puis il s'cria d'une voix svre3 ,je vois bien ce que c'est1 ,troglodytes6 votre vertu commence vous peser4 ,dans l'tat o vous tes1 n'ayant point de chef1 il faut que vous soyez vertueux malgr vous2 sans cela vous ne sauriez subsister1 et vous tomberiez dans le malheur de vos premiers pres4 ,mais ce joug vous parot trop dur3 vous aimez mieux tre soumis un prince1 et obir ses lois1 moins rigides que vos moeurs4 ,vous savez que pour lors vous pourrez contenter votre ambition1 acqurir des richesses1 et languir dans une lche volupt2 et que1 pourvu que vous vitiez de tomber dans les grands crimes1 vous n'aurez pas besoin de la vertu4 ,il s'arrta un moment1 et ses larmes coulrent plus que jamais4 ,et que prtendez-vous que je fasse8 ,comment se peut-il que je commande quelque chose un ,troglodyte8 ,voulez-vous qu'il fasse une action vertueuse parce que je la lui commande1 lui qui la feroit tout de mme sans moi1 et par le seul penchant de la nature8 ,o ,troglodytes6 je suis la fin de mes jours1 mon sang est glac dans mes veines1 je vais bientt revoir vos sacrs aeux3 pourquoi voulez-vous que je les afflige1 et que je sois oblig de leur dire que je vous ai laisss sous un autre joug que celui de la vertu8 ,d',erzeron1 le #aj de la lune de ,gemmadi #b1 #agaa4 ,,lettre ,,xv4 ,,le ,,premier ,,eunuque ,a ,,jaron1 ,,eunuque ,,noir4 ,a ,erzeron4 ,je prie le ciel qu'il te ramne dans ces lieux1 et te drobe tous les dangers4 ,quoique je n'aie gure jamais connu cet engagement qu'on appelle amiti1 et que je me sois envelopp tout entier dans moi-mme1 tu m'as cependant fait sentir que j'avois encore un coeur2 et1 pendant que j'tois de bronze pour tous ces esclaves qui vivoient sous mes lois1 je voyois crotre ton enfance avec plaisir4 ,le temps vint o mon matre jeta sur toi les yeux4 ,il s'en falloit bien que la nature et encore parl1 lorsque le fer te spara de la nature4 ,je ne te dirai point si je te plaignis1 ou si je sentis du plaisir te voir lev jusqu' moi4 ,j'apaisai tes pleurs et tes cris4 ,je crus te voir prendre une seconde naissance1 et sortir d'une servitude o tu devois toujours obir1 pour entrer dans une servitude o tu devois commander4 ,je pris soin de ton ducation4 ,la svrit1 toujours insparable des instructions1 te fit longtemps ignorer que tu m'tois cher4 ,tu me l'tois pourtant2 et je te dirai que je t'aimois comme un pre aime son fils1 si ces noms de pre et de fils pouvoient convenir notre destine4 ,tu vas parcourir les pays habits par les chrtiens1 qui n'ont jamais cru4 ,il est impossible que tu n'y contractes bien des souillures4 ,comment le prophte pourroit-il te regarder au milieu de tant de millions de ses ennemis8 ,je voudrois que mon matre ft1 son retour1 le plerinage de la ,mecque3 vous vous purifieriez tous dans la terre des anges4 ,du srail d',ispahan1 le #aj de la lune de ,gemmadi #b1 #agaa4 ,,lettre ,,xvi4 ,,usbak ,,au ,,mollak ,m,h,,met ,,ali1 ,,gardien ,,des ,,trois ,,tombeaux4 ,a ,com4 ,pourquoi vis-tu dans les tombeaux1 divin mollak8 ,tu es bien plus fait pour le sjour des toiles4 ,tu te caches sans doute de peur d'obscurcir le soleil3 tu n'as point de taches comme cet astre2 mais1 comme lui1 tu te couvres ,pde nuages4 ,ta science est un abme plus profond que l',ocan2 ton esprit est plus perant que ,zufagar1 cette pe d',ali1 qui avoit deux pointes2 tu sais ce qui se passe dans les neuf choeurs des puissances clestes2 tu lis l',alcoran sur la poitrine de notre divin prophte2 et1 lorsque tu trouves quelque passage obscur1 un ange1 par son ordre1 dploie ses ailes rapides1 et descend du trne pour t'en rvler le secret4 ,je pourrois par ton moyen avoir avec les sraphins une intime correspondance3 car enfin1 treizime immaum1 n'es-tu pas le centre o le ciel et la terre aboutissent1 et le point de communication entre l'abme et l'empyre8 ,je suis au milieu d'un peuple profane3 permets que je me purifie avec toi2 souffre que je tourne mon visage vers les lieux sacrs que tu habites2 distingue-moi des mchants1 comme on distingue1 au lever de l'aurore1 le filet blanc d'avec le filet noir2 aide-moi de tes conseils2 prends soin de mon me2 enivre-la de l'esprit des prophtes2 nourris-la de la science du paradis1 et permets que je mette ses plaies tes pieds4 ,adresse tes lettres sacres ,erzeron1 o je resterai quelques mois4 ,d',erzeron1 le #aa de la lune de ,gemmadi #b1 #agaa4 ,,lettre ,,xvii4 ,,usbek ,,au ,m,,me4 ,je ne puis1 divin mollak1 calmer mon impatience3 je ne saurois attendre ta sublime rponse4 ,j'ai des doutes1 il faut les fixer3 je sens que ma raison s'gare2 ramne-la dans le droit chemin2 viens m'clairer1 source de lumire2 foudroie avec ta plume divine les difficults que je vais te proposer2 fais-moi piti de moi-mme1 et rougir de la question que je vais faire4 ,d'o vient que notre lgislateur nous prive de la chair de pourceau1 et de toutes les viandes qu'il appelle immondes8 ,d'o vient qu'il nous dfend de toucher un corps mort1 et que1 pour purifier notre me1 il nous ordonne de nous laver sans cesse le corps8 ,il me semble que les choses ne sont en elles-mmes ni pures ni impures3 je ne puis concevoir aucune qualit inhrente au sujet qui puisse les rendre telles4 ,la boue ne nous parot sale que parce qu'elle blesse notre vue1 ou quelque autre de nos sens3 mais1 en elle-mme1 elle ne l'est pas plus que l'or et les diamants4 ,l'ide de souillure contracte par l'attouchement d'un cadavre ne nous est venue que d'une certaine rpugnance naturelle que nous en avons4 ,si les corps de ceux qui ne se lavent point ne blessoient ni l'odorat ni la vue1 comment auroit-on pu s'imaginer qu'ils fussent impurs8 ,les sens1 divin mollak1 doivent donc tre les seuls juges de la puret ou de l'impuret des choses4 ,mais1 comme les objets n'affectent point les hommes de la mme manire2 que ce qui donne une sensation agrable aux uns en produit une dgotante chez les autres1 il suit que le tmoignage des sens ne peut servir ici de rgle1 moins qu'on ne dise que chacun peut sa fantaisie dcider ce point1 et distinguer1 pour ce qui le concerne1 les choses pures d'avec celles qui ne le sont pas4 ,mais cela mme1 sacr mollak1 ne renverseroit-il pas les distinctions tablies par notre divin prophte1 et les points fondamentaux de la loi qui a t crite de la main des anges8 ,d',erzeron1 le #bj de la lune de ,gemmadi #b1 #agaa4 ,,lettre ,,xviii4 ,m,h,,met ,,ali1 ,,serviteur ,,des ,,proph,,tes1 ,a ,,usbek4 ,vous nous faites toujours des questions qu'on a faites mille fois notre saint prophte4 ,que ne lisez-vous les traditions des docteurs8 que n'allez-vous cette source pure de toute intelligence8 vous trouveriez tous vos doutes rsolus4 ,malheureux1 qui1 toujours embarrasss des choses de la terre1 n'avez jamais regard d'un oeil fixe celles du ciel1 et qui rvrez la condition des mollaks1 sans oser ni l'embrasser ni la suivre6 ,profanes1 qui n'entrez jamais dans les secrets de l'ternel1 vos lumires ressemblent aux tnbres de l'abme1 et les raisonnements de votre esprit sont comme la poussire que vos pieds font lever lorsque le soleil est dans son midi1 dans le mois ardent de ,chahban4 ,aussi le znith de votre esprit ne va pas au nadir de celui du moindre des immaums#c4 ,votre vaine philosophie est cet clair qui annonce l'orage et l'obscurit3 vous tes au milieu de la tempte1 et vous errez au gr des vents4 ,note #c3 ,ce mot est plus en usage chez les ,turcs que chez les ,persans4 ,il est bien facile de rpondre votre difficult3 il ne faut pour cela que vous raconter ce qui arriva un jour notre saint prophte1 lorsque1 tent par les chrtiens1 prouv par les juifs1 il confondit galement et les uns et les autres4 ,le juif ,abdias ,ibesalon lui demanda pourquoi ,dieu avoit dfendu de manger de la chair de pourceau4 ,ce n'est pas sans raison1 reprit le prophte3 c'est un animal immonde2 et je vais vous en convaincre4 ,il fit sur sa main1 avec de la boue1 la figure d'un homme2 il la jeta terre et lui cria3 ,levez-vous6 ,sur-le-champ1 un homme se leva1 et dit3 ,je suis ,japhet1 fils de ,no4 ,avois-tu les cheveux aussi blancs quand tu es mort8 lui dit le saint prophte4 ,non1 rpondit-il3 mais1 quand tu m'as rveill1 j'ai cru que le jour du jugement toit venu3 et j'ai eu une si grande frayeur1 que mes cheveux ont blanchi tout coup4 ,or 1 raconte-moi1 lui dit l'envoy de ,dieu1 toute l'histoire de l'arche de ,no4 ,japhet obit1 et dtailla exactement tout ce qui s'toit pass les premiers mois2 aprs quoi il parla ainsi3 ,nous mmes les ordures de tous les animaux dans un ct de l'arche2 ce qui la fit si fort pencher1 que nous en emes une peur mortelle1 surtout nos femmes1 qui se lamentoient de la belle manire4 ,notre pre ,no ayant t au conseil de ,dieu1 il lui commanda de prendre l'lphant1 de lui faire tourner la tte vers le ct qui penchait4 ,ce grand animal fit tant d'ordures1 qu'il en naquit un cochon4 ,croyez-vous1 ,usbek1 que1 depuis ce temps-l nous nous en soyons abstenus1 et que nous l'ayons regard comme un animal immonde8 ,mais1 comme le cochon remuoit tous les jours ces ordures1 il s'leva une telle puanteur dans l'arche1 qu'il ne put lui-mme s'empcher d'ternuer2 et il sortit de son nez un rat1 qui alloit rongeant tout ce qui se trouvoit devant lui3 ce qui devint si insupportable ,no1 qu'il crut qu'il toit propos de consulter ,dieu encore4 ,il lui ordonna de donner au lion un grand coup sur le front1 qui ternua aussi1 et fit sortir de son nez un chat4 ,croyez-vous que ces animaux soient encore immondes8 ,que vous en semble8 ,quand donc vous n'apercevez pas la raison de l'impuret de certaines choses1 c'est que vous en ignorez beaucoup d'autres1 et que vous n'avez pas la connoissance de ce qui s'est pass entre ,dieu1 les anges et les hommes4 ,vous ne savez pas l'histoire de l'ternit2 vous n'avez point lu les livres qui sont crits au ciel2 ce qui vous en a t rvl n'est qu'une petite partie de la bibliothque divine2 et ceux qui1 comme nous1 en approchent de plus prs1 tandis qu'ils sont en cette vie1 sont encore dans l'obscurit et les tnbres4 ,adieu4 ,mahomet soit dans votre coeur4 ,a ,com1 le dernier de la lune de ,chahban1 #agaa4 ,,lettre ,,xix4 ,,usbek ,a ,,son ,,ami ,,rustan4 ,a ,ispahan4 ,nous n'avons sjourn que huit jours ,tocat3 aprs trente-cinq jours de marche1 nous sommes arrivs ,smyrne4 ,de ,tocat ,smyrne1 on ne trouve pas une seule ville qui mrite qu'on la nomme4 ,j'ai vu avec tonnement la foiblesse de l'empire des ,osmanlins4 ,ce corps malade ne se soutient pas par un rgime doux et tempr1 mais par des remdes violents1 qui l'puisent et le minent sans cesse4 ,les pachas1 qui n'obtiennent leurs emplois qu' force d'argent1 entrent ruins dans les provinces1 et les ravagent comme des pays de conqute4 ,une milice insolente n'est soumise qu' ses caprices4 ,les places sont dmanteles1 les villes dsertes1 les campagnes dsoles1 la culture des terres et le commerce entirement abandonns4 ,l'impunit rgne dans ce gouvernement svre3 les chrtiens qui cultivent les terres1 les juifs qui lvent les tributs1 sont exposs mille violences4 ,la proprit des terres est incertaine1 et1 par consquent1 l'ardeur de les faire valoir ralentie3 il n'y a ni titre1 ni possession1 qui vaillent contre le caprice de ceux qui gouvernent4 ,ces barbares ont tellement abandonn les arts1 qu'ils ont nglig jusques l'art militaire4 ,pendant que les nations d',europe se raffinent tous les jours1 ils restent dans leur ancienne ignorance1 et ils ne s'avisent de prendre leurs nouvelles inventions qu'aprs qu'elles s'en sont servi mille fois contre eux4 ,ils n'ont nulle exprience sur la mer1 nulle habilet dans la manoeuvre4 ,on dit qu'une poigne de chrtiens sortis d'un rocher#d font suer tous les ,ottomans1 et fatiguent leur empire4 ,note #d3 ,ce sont apparemment les chevaliers de ,malte4 ,incapables de faire le commerce1 ils souffrent presque avec peine que les ,europens1 toujours laborieux et entreprenants1 viennent le faire3 ils croient faire grce ces trangers de permettre qu'ils les enrichissent4 ,dans toute cette vaste tendue de pays que j'ai traverse1 je n'ai trouv que ,smyrne qu'on puisse regarder comme une ville riche et puissante4 ,ce sont les ,europens qui la rendent telle1 et il ne tient pas aux ,turcs qu'elle ne ressemble toutes les autres4 ,voil1 cher ,rustan1 une juste ide de cet empire1 qui1 avant deux sicles1 sera le thtre des triomphes de quelque conqurant4 ,a ,smyrne1 le #b de la lune de ,rhamazan1 #agaa4 ,,lettre ,,xx4 ,,usbek ,a ,,zachi1 ,,sa ,,femme4 ,au srail d',ispahan4 ,vous m'avez offens1 ,zachi2 et je sens dans mon coeur des mouvements que vous devriez craindre1 si mon loignement ne vous laissoit le temps de changer de conduite1 et d'apaiser la violente jalousie dont je suis tourment4 ,j'apprends qu'on vous a trouve seule avec ,nadir1 eunuque blanc1 qui payera de sa tte son infidlit et sa perfidie4 ,comment vous tes-vous oublie jusqu' ne pas sentir qu'il ne vous est pas permis de recevoir dans votre chambre un eunuque blanc1 tandis que vous en avez de noirs destins vous servir8 ,vous avez beau me dire que des eunuques ne sont pas des hommes1 et que votre vertu vous met au-dessus des penses que pourroit faire natre en vous une ressemblance imparfaite2 cela ne suffit ni pour vous ni pour moi3 pour vous1 parce que vous faites une chose que les lois du srail vous dfendent2 pour moi1 en ce que vous m'tez l'honneur1 en vous exposant des regards2 que dis-je1 des regards8 peut-tre aux entreprises d'un perfide qui vous aura souille par ses crimes1 et plus encore par ses regrets et le dsespoir de son impuissance4 ,vous me direz peut-tre que vous m'avez t toujours fidle4 ,eh6 pouviez-vous ne l'tre pas8 ,comment auriez-vous tromp la vigilance des eunuques noirs1 qui sont si surpris de la vie que vous menez8 ,comment auriez-vous pu briser ces verrous et ces portes qui vous tiennent enferme8 ,vous vous vantez d'une vertu qui n'est pas libre3 et peut-tre que vos dsirs impurs vous ont t mille fois le mrite et le prix de cette fidlit que vous vantez tant4 ,je veux que vous n'ayez point fait tout ce que j'ai lieu de souponner2 que ce perfide n'ait point port sur vous ses mains sacrilges2 que vous ayez refus de prodiguer sa vue les dlices de son matre2 que1 couverte de vos habits1 vous ayez laiss cette foible barrire entre lui et vous2 que1 frapp lui-mme d'un saint respect1 il ait baiss les yeux2 que1 manquant sa hardiesse1 il ait trembl sur les chtiments qu'il se prpare3 quand tout cela seroit vrai1 il ne l'est pas moins que vous avez fait une chose qui est contre votre devoir4 ,et1 si vous l'avez viol gratuitement sans remplir vos inclinations drgles1 qu'eussiez-vous fait pour les satisfaire8 ,que feriez-vous encore si vous pouviez sortir de ce lieu sacr1 qui est pour vous une dure prison1 comme il est pour vos compagnes un asile favorable contre les atteintes du vice1 un temple sacr o votre sexe perd sa foiblesse1 et se trouve invincible1 malgr tous les dsavantages de la nature8 ,que feriez-vous si1 laisse vous-mme1 vous n'aviez pour vous dfendre que votre amour pour moi1 qui est si grivement offens1 et votre devoir1 que vous avez si indignement trahi8 ,que les moeurs du pays o vous vivez sont saintes1 qui vous arrachent l'attentat des plus vils esclaves6 ,vous devez me rendre grce de la gne o je vous fais vivre1 puisque ce n'est que par l que vous mritez encore de vivre4 ,vous ne pouvez souffrir le chef des eunuques1 parce qu'il a toujours les yeux sur votre conduite1 et qu'il vous donne ses sages conseils4 ,sa laideur1 dites-vous1 est si grande que vous ne pouvez le voir sans peine3 comme si1 dans ces sortes de postes1 on mettoit de plus beaux objets4 ,ce qui vous afflige est de n'avoir pas sa place l'eunuque blanc qui vous dshonore4 ,mais que vous a fait votre premire esclave8 ,elle vous a dit que les familiarits que vous preniez avec la jeune ,zlide toient contre la biensance3 voil la raison de votre haine4 ,je devrois tre1 ,zachi1 un juge svre2 je ne suis qu'un poux qui cherche vous trouver innocente4 ,l'amour que j'ai pour ,roxane1 ma nouvelle pouse1 m'a laiss toute la tendresse que je dois avoir pour vous1 qui n'tes pas moins belle4 ,je partage mon amour entre vous deux2 et ,roxane n'a d'autre avantage que celui que la vertu peut ajouter la beaut4 ,a ,smyrne1 le #ab de la lune de ,zilcad1 #agaa4 ,,lettre ,,xxi4 ,,usbek ,,au ,,premier ,,eunuque ,,blanc4 ,vous devez trembler l'ouverture de cette lettre1 ou plutt vous le deviez lorsque vous souffrtes la perfidie de ,nadir4 ,vous qui1 dans une vieillesse froide et languissante1 ne pouvez sans crime lever les yeux sur les redoutables objets de mon amour2 vous qui il n'est jamais permis de mettre un pied sacrilge sur la porte du lieu terrible qui les drobe tous les regards1 vous souffrez que ceux dont la conduite vous est confie aient fait ce que vous n'auriez pas la tmrit de faire1 et vous n'apercevez pas la foudre toute prte tomber sur eux et sur vous8 ,et qui tes-vous1 que de vils instruments que je puis briser ma fantaisie2 qui n'existez qu'autant que vous savez obir2 qui n'tes dans le monde que pour vivre sous mes lois1 ou pour mourir ds que je l'ordonne2 qui ne respirez qu'autant que mon bonheur1 mon amour1 ma jalousie mme1 ont besoin de votre bassesse2 et enfin qui ne pouvez avoir d'autre partage que la soumission1 d'autre me que mes volonts1 d'autre esprance que ma flicit8 ,je sais que quelques-unes de mes femmes souffrent impatiemment les lois austres du devoir2 que la prsence continuelle d'un eunuque noir les ennuie2 qu'elles sont fatigues de ces objets affreux1 qui leur sont donns pour les ramener leur poux2 je le sais3 mais vous qui vous prtez ce dsordre1 vous serez puni d'une manire faire trembler tous ceux qui abusent de ma confiance4 ,je jure par tous les prophtes du ciel1 et par ,ali1 le plus grand de tous1 que1 si vous vous cartez de votre devoir1 je regarderai votre vie comme celle des insectes que je trouve sous mes pieds4 ,a ,smyrne1 le #ab de la lune de ,zilcad1 #agaa4 ,,lettre ,,xxii4 ,,jaron ,,au ,,premier ,,eunuque4 ,a mesure qu',usbek s'loigne du srail1 il tourne sa tte vers ses femmes sacres2 il soupire1 il verse des larmes2 sa douleur s'aigrit1 ses soupons se fortifient4 ,il veut augmenter le nombre de leurs gardiens4 ,il va me renvoyer1 avec tous les noirs qui l'accompagnent4 ,il ne craint plus pour lui3 il craint pour ce qui lui est mille fois plus cher que lui-mme4 ,je vais donc vivre sous tes lois1 et partager tes soins4 ,grand ,dieu6 qu'il faut de choses pour rendre un seul homme heureux6 ,la nature sembloit avoir mis les femmes dans la dpendance1 et les en avoir retires3 le dsordre naissoit entre les deux sexes1 parce que leurs droits toient rciproques4 ,nous sommes entrs dans le plan d'une nouvelle harmonie3 nous avons mis entre les femmes et nous la haine2 et entre les hommes et les femmes1 l'amour4 ,mon front va devenir svre4 ,je laisserai tomber des regards sombres4 ,la joie fuira de mes lvres4 ,le dehors sera tranquille1 et l'esprit inquiet4 ,je n'attendrai point les rides de la vieillesse pour en montrer les chagrins4 ,j'aurois eu du plaisir suivre mon matre dans l',occident2 mais ma volont est son bien4 ,il veut que je garde ses femmes2 je les garderai avec fidlit4 ,je sais comment je dois me conduire avec ce sexe qui1 quand on ne lui permet pas d'tre vain1 commence devenir superbe1 et qu'il est moins ais d'humilier que d'anantir4 ,je tombe sous tes regards4 ,de ,smyrne1 le #ab de la lune de ,zilcad1 #agaa4 ,,lettre ,,xxiii4 ,,usbek ,a ,,son ,,ami ,,ibben4 ,nous sommes arrivs ,livourne dans quarante jours de navigation4 ,c'est une ville nouvelle2 elle est un tmoignage du gnie des ducs de ,toscane1 qui ont fait d'un village marcageux la ville d',italie la plus florissante4 ,les femmes y jouissent d'une grande libert3 elles peuvent voir les hommes travers certaines fentres qu'on nomme jalousies1 elles peuvent sortir tous les jours avec quelques vieilles qui les accompagnent3 elles n'ont qu'un voile#e4 ,leurs beaux-frres1 leurs oncles1 leurs neveux peuvent les voir sans que le mari s'en formalise presque jamais4 ,note #e3 ,les ,persanes en ont quatre4 ,c'est un grand spectacle pour un mahomtan de voir pour la premire fois une ville chrtienne4 ,je ne parle pas des choses qui frappent d'abord tous les yeux1 comme la diffrence des difices1 des habits1 des principales coutumes3 il y a1 jusque dans les moindres bagatelles1 quelque chose de singulier que je sens et que je ne sais pas dire4 ,nous partirons demain pour ,marseille3 notre sjour n'y sera pas long4 ,le dessein de ,rica et le mien est de nous rendre incessamment ,paris1 qui est le sige de l'empire d',europe4 ,les voyageurs cherchent toujours les grandes villes1 qui sont une espce de patrie commune tous les trangers4 ,adieu4 ,sois persuad que je t'aimerai toujours4 ,a ,livourne1 le #ab de la lune de ,saphar1 #agab4 ,,lettre ,,xxiv4 ,,rica ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,nous sommes ,paris depuis un mois1 et nous avons toujours t dans un mouvement continuel4 ,il faut bien des affaires avant qu'on soit log1 qu'on ait trouv les gens qui on est adress1 et qu'on se soit pourvu des choses ncessaires1 qui manquent toutes la fois4 ,paris est aussi grand qu',ispahan3 les maisons y sont si hautes1 qu'on jugerait qu'elles ne sont habites que par des astrologues4 ,tu juges bien qu'une ville btie en l'air1 qui a six ou sept maisons les unes sur les autres1 est extrmement peuple2 et que1 quand tout le monde est descendu dans la rue1 il s'y fait un bel embarras4 ,tu ne le croirois pas peut-tre1 depuis un mois que je suis ici1 je n'y ai encore vu marcher personne4 ,il n'y a pas de gens au monde qui tirent mieux partie de leur machine que les ,franais2 ils courent2 ils volent3 les voitures lentes d',asie1 le pas rgl de nos chameaux1 les feroient tomber en syncope4 ,pour moi1 qui ne suis point fait ce train1 et qui vais souvent pied sans changer d'allure1 j'enrage quelquefois comme un chrtien3 car encore passe qu'on m'clabousse depuis les pieds jusqu' la tte2 mais je ne puis pardonner les coups de coude que je reois rgulirement et priodiquement4 ,un homme qui vient aprs moi et qui me passe me fait faire un demi-tour2 et un autre qui me croise de l'autre ct me remet soudain o le premier m'avoit pris2 et je n'ai pas fait cent pas1 que je suis plus bris que si j'avois fait dix lieues4 ,ne crois pas que je puisse1 quant prsent1 te parler fond des moeurs et des coutumes europennes3 je n'en ai moi-mme qu'une lgre ide1 et je n'ai eu peine que le temps de m'tonner4 ,le roi de ,france est le plus puissant prince de l',europe4 ,il n'a point de mines d'or comme le roi d',espagne son voisin2 mais il a plus de richesses que lui1 parce qu'il les tire de la vanit de ses sujets1 plus inpuisable que les mines4 ,on lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres1 n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur vendre2 et1 par un prodige de l'orgueil humain1 ses troupes se trouvoient payes1 ses places munies1 et ses flottes quipes4 ,d'ailleurs ce roi est un grand magicien3 il exerce son empire sur l'esprit mme de ses sujets2 il les fait penser comme il veut4 ,s'il n'a qu'un million d'cus dans son trsor1 et qu'il en ait besoin de deux1 il n'a qu' leur persuader qu'un cu en vaut deux1 et ils le croient4 ,s'il a une guerre difficile soutenir1 et qu'il n'ait point d'argent1 il n'a qu' leur mettre dans la tte qu'un morceau de papier est de l'argent1 et ils en sont aussitt convaincus4 ,il va mme jusqu' leur faire croire qu'il les gurit de toutes sortes de maux en les touchant1 tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits4 ,ce que je te dis de ce prince ne doit pas t'tonner3 il y a un autre magicien plus fort que lui1 qui n'est pas moins matre de son esprit qu'il l'est lui-mme de celui des autres4 ,ce magicien s'appelle le pape3 tantt il lui fait croire que trois ne sont qu'un2 que le pain qu'on mange n'est pas du pain1 ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin1 et mille autres choses de cette espce#f4 ,note #f3 ,il faut qu'un ,turc voie1 parle et pense en ,turc3 c'est quoi des gens ne font point attention en lisant les ,lettres persanes4 7,mont41 ,lettre l'abb de ,guasco1 du #d octobre #ageb47 ,et1 pour le tenir toujours en haleine et ne point lui laisser perdre l'habitude de croire1 il lui donne de temps en temps1 pour l'exercer1 de certains articles de croyance4 ,il y a deux ans qu'il lui envoya un grand crit qu'il appela constitution1 et voulut obliger1 sous de grandes peines1 ce prince et ses sujets de croire tout ce qui y toit contenu4 ,il russit l'gard du prince1 qui se soumit aussitt1 et donna l'exemple ses sujets2 mais quelques-uns d'entre eux se rvoltrent1 et dirent qu'ils ne vouloient rien croire de tout ce qui toit dans cet crit4 ,ce sont les femmes qui ont t les motrices de toute cette rvolte qui divise toute la cour1 tout le royaume et toutes les familles4 ,cette constitution leur dfend de lire un livre que tous les chrtiens disent avoir t apport du ciel3 c'est proprement leur ,alcoran4 ,les femmes1 indignes de l'outrage fait leur sexe1 soulvent tout contre la constitution3 elles ont mis les hommes de leur parti1 qui1 dans cette occasion1 ne veulent point avoir de privilge4 ,il faut pourtant avouer que ce moufti ne raisonne pas mal2 et1 par le grand ,ali1 il faut qu'il ait t instruit des principes de notre sainte loi3 car1 puisque les femmes sont d'une cration infrieure la ntre1 et que nos prophtes nous disent qu'elles n'entreront point dans le paradis1 pourquoi faut-il qu'elles se mlent de lire un livre qui n'est fait que pour apprendre le chemin du paradis8 ,j'ai ou raconter du roi des choses qui tiennent du prodige1 et je ne doute pas que tu ne balances les croire4 ,on dit que1 pendant qu'il faisoit la guerre ses voisins1 qui s'toient tous ligus contre lui1 il avoit dans son royaume un nombre innombrable d'ennemis invisibles qui l'entouroient2 on ajoute qu'il les a cherchs pendant plus de trente ans1 et que1 malgr les soins infatigables de certains dervis qui ont sa confiance1 il n'en a pu trouver un seul4 ,ils vivent avec lui3 ils sont sa cour1 dans sa capitale1 dans ses troupes1 dans ses tribunaux2 et cependant on dit qu'il aura le chagrin de mourir sans les avoir trouvs4 ,on diroit qu'ils existent en gnral1 et qu'ils ne sont plus rien en particulier3 c'est un corps2 mais point de membres4 ,sans doute que le ciel veut punir ce prince de n'avoir pas t assez modr envers les ennemis qu'il a vaincus1 puisqu'il lui en donne d'invisibles1 et dont le gnie et le destin sont au-dessus du sien4 ,je continuerai t'crire1 et je t'apprendrai des choses bien loignes du caractre et du gnie persan4 ,c'est bien la mme terre qui nous porte tous deux2 mais les hommes du pays o je vis1 et ceux du pays o tu es1 sont des hommes bien diffrents4 ,de ,paris1 le #d de la lune de ,rebiab #b1 #agab4 ,,lettre ,,xxv4 ,,usbek ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,j'ai reu une lettre de ton neveu ,rhdi3 il me mande qu'il quitte ,smyrne1 dans le dessein de voir l',italie2 que l'unique but de son voyage est de s'instruire1 et de se rendre par l plus digne de toi4 ,je te flicite d'avoir un neveu qui sera quelque jour la consolation de ta vieillesse4 ,rica t'crit une longue lettre2 il m'a dit qu'il te parloit beaucoup de ce pays-ci4 ,la vivacit de son esprit fait qu'il saisit tout avec promptitude3 pour moi1 qui pense plus lentement1 je ne suis en tat de te rien dire4 ,tu es le sujet de nos conversations les plus tendres3 nous ne pouvons assez parler du bon accueil que tu nous as fait ,smyrne1 et des services que ton amiti nous rend tous les jours4 ,puisses-tu1 gnreux ,ibben1 trouver partout des amis aussi reconnaissants et aussi fidles que nous6 ,puiss-je te revoir bientt1 et retrouver avec toi ces jours heureux qui coulent si doucement entre deux amis6 ,adieu4 ,de ,paris1 le #d de la lune de ,rebiab #b1 #agab4 ,,lettre ,,xxvi4 ,,usbek ,a ,,roxane4 ,au srail d',ispahan4 ,que vous tes heureuse1 ,roxane1 d'tre dans le doux pays de ,perse1 et non pas dans ces climats empoisonns o l'on ne connot ni la pudeur ni la vertu6 ,que vous tes heureuse6 ,vous vivez dans mon srail comme dans le sjour de l'innocence1 inaccessible aux attentats de tous les humains2 vous vous trouvez avec joie dans une heureuse impuissance de faillir2 jamais homme ne vous a souille de ses regards lascifs2 votre beau-pre mme1 dans la libert des festins1 n'a jamais vu votre belle bouche3 vous n'avez jamais manqu de vous attacher un bandeau sacr pour la couvrir4 ,heureuse ,roxane1 quand vous avez t la campagne1 vous avez toujours eu des eunuques1 qui ont march devant vous1 pour donner la mort tous les tmraires qui n'ont pas fui votre vue4 ,moi-mme1 qui le ciel vous a donne pour faire mon bonheur1 quelle peine n'ai-je pas eue pour me rendre matre de ce trsor1 que vous dfendiez avec tant de constance6 ,quel chagrin pour moi1 dans les premiers jours de notre mariage1 de ne pas vous voir6 ,et quelle impatience quand je vous eus vue6 ,vous ne la satisfaisiez pourtant pas2 vous l'irritiez1 au contraire1 par les refus obstins d'une pudeur alarme3 vous me confondiez avec tous ces hommes qui vous vous cachez sans cesse4 ,vous souvient-il de ce jour o je vous perdis parmi vos esclaves1 qui me trahirent1 et vous drobrent mes recherches8 ,vous souvient-il de cet autre o1 voyant vos larmes impuissantes1 vous employtes l'autorit de votre mre pour arrter les fureurs de mon amour8 ,vous souvient-il1 lorsque toutes les ressources vous manqurent1 de celles que vous trouvtes dans votre courage8 ,vous mtes le poignard la main1 et menates d'immoler un poux qui vous aimoit1 s'il continuoit exiger de vous ce que vous chrissiez plus que votre poux mme4 ,deux mois se passrent dans ce combat de l'amour et de la vertu4 ,vous pousstes trop loin vos chastes scrupules3 vous ne vous rendtes pas mme aprs avoir t vaincue2 vous dfendtes jusqu' la dernire extrmit une virginit mourante3 vous me regardtes comme un ennemi qui vous avoit fait un outrage2 non pas comme un poux qui vous avoit aime2 vous ftes plus de trois mois que vous n'osiez me regarder sans rougir3 votre air confus sembloit me reprocher l'avantage que j'avois pris4 ,je n'avois pas mme une possession tranquille2 vous me drobiez tout ce que vous pouviez de ces charmes et de ces grces2 et j'tois enivr des plus grandes faveurs sans avoir obtenu les moindres4 ,si vous aviez t leve dans ce pays-ci1 vous n'auriez pas t si trouble3 les femmes y ont perdu toute retenue3 elles se prsentent devant les hommes visage dcouvert1 comme si elles vouloient demander leur dfaite2 elles les cherchent de leurs regards2 elle les voient dans les mosques1 les promenades1 chez elles mme2 l'usage de se faire servir par des eunuques leur est inconnu4 ,au lieu de cette noble simplicit et de cette aimable pudeur qui rgne parmi vous1 on voit une impudence brutale laquelle il est impossible de s'accoutumer4 ,oui1 ,roxane1 si vous tiez ici1 vous vous sentiriez outrage dans l'affreuse ignominie o votre sexe est descendu2 vous fuiriez ces abominables lieux1 et vous soupireriez pour cette douce retraite1 o vous trouvez l'innocence1 o vous tes sre de vous-mme1 o nul pril ne vous fait trembler1 o enfin vous pouvez m'aimer sans craindre de perdre jamais l'amour que vous me devez4 ,quand vous relevez l'clat de votre teint par les plus belles couleurs2 quand vous vous parfumez tout le corps des essences les plus prcieuses2 quand vous vous parez de vos plus beaux habits2 quand vous cherchez vous distinguer de vos compagnes par les grces de la danse et par la douceur de votre chant2 que vous combattez gracieusement avec elles de charmes1 de douceur et d'enjouement1 je ne puis pas m'imaginer que vous ayez d'autre objet que celui de me plaire2 et quand je vous vois rougir modestement1 que vos regards cherchent les miens1 que vous vous insinuez dans mon coeur par des paroles douces et flatteuses1 je ne saurois1 ,roxane1 douter de votre amour4 ,mais que puis-je penser des femmes d',europe8 ,l'art de composer leur teint1 les ornements dont elles se parent1 les soins qu'elles prennent de leur personne1 le dsir continuel de plaire qui les occupe1 sont autant de taches faites leur vertu et d'outrages leur poux4 ,ce n'est pas1 ,roxane1 que je pense qu'elles poussent l'attentat aussi loin qu'une pareille conduite devroit le faire croire1 et qu'elles portent la dbauche cet excs horrible1 qui fait frmir1 de violer absolument la foi conjugale4 ,il y a bien peu de femmes assez abandonnes pour porter le crime si loin3 elles portent toutes dans leur coeur un certain caractre de vertu qui y est grav1 que la naissance donne et que l'ducation affoiblit1 mais ne dtruit pas4 ,elles peuvent bien se relcher des devoirs extrieurs que la pudeur exige2 mais1 quand il s'agit de faire les derniers pas1 la nature se rvolte4 ,aussi1 quand nous vous enfermons si troitement1 que nous vous faisons garder par tant d'esclaves1 que nous gnons si fort vos dsirs lorsqu'ils volent trop loin1 ce n'est pas que nous craignions la dernire infidlit1 mais c'est que nous savons que la puret ne sauroit tre trop grande1 et que la moindre tache peut la corrompre4 ,je vous plains1 ,roxane4 ,votre chastet1 si longtemps prouve1 mritoit un poux qui ne vous et jamais quitte1 et qui pt lui-mme rprimer les dsirs que votre seule vertu sait soumettre4 ,de ,paris1 le #g de la lune de ,rhgeb1 #agab4 ,,lettre ,,xxvii4 ,,usbek ,a ,,nessir4 ,a ,ispahan4 ,nous sommes prsent ,paris1 cette superbe rivale de la ville du soleil#g4 ,note #g3 ,ispahan 7c'est ville des chevaux1 qu'il et fallu dire74 ,lorsque je partis de ,smyrne1 je chargeai mon ami ,ibben de te faire tenir une bote o il y avoit quelques prsents pour toi2 tu recevras cette lettre par la mme voie4 ,quoique loign de lui de cinq ou six cents lieues1 je lui donne de mes nouvelles1 et je reois des siennes aussi facilement que s'il toit ,ispahan1 et moi ,com4 ,j'envoie mes lettres ,marseille1 d'o il part continuellement des vaisseaux pour ,smyrne2 de l1 il envoie celles qui sont pour la ,perse par les caravanes d',armniens qui partent tous les jours pour ,ispahan4 ,rica jouit d'une sant parfaite3 la force de sa constitution1 sa jeunesse et sa gaiet naturelle1 le mettent au-dessus de toutes les preuves4 ,mais1 pour moi1 je ne me porte pas bien3 mon corps et mon esprit sont abattus2 je me livre des rflexions qui deviennent tous les jours plus tristes2 ma sant1 qui s'affoiblit1 me tourne vers ma patrie1 et me rend ce pays-ci plus tranger4 ,mais1 cher ,nessir1 je te conjure1 fais en sorte que mes femmes ignorent l'tat o je suis4 ,si elles m'aiment1 je veux pargner leurs larmes2 et si elles ne m'aiment pas1 je ne veux point augmenter leur hardiesse4 ,si mes eunuques me croyoient en danger1 s'ils pouvoient esprer l'impunit d'une lche complaisance1 ils cesseroient bientt d'tre sourds la voix flatteuse de ce sexe qui se fait entendre aux rochers et remue les choses inanimes4 ,adieu1 ,nessir2 j'ai du plaisir te donner des marques de ma confiance4 ,de ,paris1 le #e de la lune de ,chahban1 #agab4 ,,lettre ,,xxviii4 ,,rica ,a 9999994 ,je vis hier une chose assez singulire1 quoiqu'elle se passe tous les jours ,paris4 ,tout le peuple s'assemble sur la fin de l'aprs-dne1 et va jouer une espce de scne que j'ai entendu appeler comdie4 ,le grand mouvement est sur une estrade1 qu'on nomme le thtre4 ,aux deux cts on voit1 dans de petits rduits qu'on nomme loges1 des hommes et des femmes qui jouent ensemble des scnes muettes1 peu prs comme celles qui sont en usage en notre ,perse4 ,tantt c'est une amante afflige qui exprime sa langueur2 tantt une autre1 avec des yeux vifs et un air passionn1 dvore des yeux son amant1 qui la regarde de mme3 toutes les passions sont peintes sur les visages1 et exprimes avec une loquence qui n'en est que plus vive pour tre muette4 ,l les acteurs ne paroissent qu' demi-corps1 et ont ordinairement un manchon1 par modestie1 pour cacher leurs bras4 ,il y a en bas une troupe de gens debout qui se moquent de ceux qui sont en haut sur le thtre1 et ces derniers rient leur tour de ceux qui sont en bas4 ,mais ceux qui prennent le plus de peine sont quelques jeunes gens1 qu'on prend pour cet effet dans un ge peu avanc pour soutenir la fatigue4 ,ils sont obligs d'tre partout3 ils passent par des endroits qu'eux seuls connoissent1 montent avec une adresse surprenante d'tage en tage2 ils sont en haut1 en bas1 dans toutes les loges2 ils plongent1 pour ainsi dire2 on les perd1 ils reparoissent2 souvent ils quittent le lieu de la scne1 et vont jouer dans un autre4 ,on en voit mme qui1 par un prodige qu'on n'auroit os esprer de leurs bquilles1 marchent et vont comme les autres4 ,enfin on se rend des salles o l'on joue une comdie particulire3 on commence par des rvrences1 on continue par des embrassades4 ,on dit que la connoissance la plus lgre met un homme en droit d'en touffer un autre3 il semble que le lieu inspire de la tendresse4 ,en effet1 on dit que les princesses qui y rgnent ne sont point cruelles2 et1 si on en excepte deux ou trois heures par jour1 o elles sont assez sauvages1 on peut dire que le reste du temps elles sont traitables1 et que c'est une ivresse qui les quitte aisment4 ,tout ce que je te dis ici se passe peu prs de mme dans un autre endroit qu'on nomme l',opra3 toute la diffrence est que l'on parle l'un1 et chante l'autre4 ,un de mes amis me mena l'autre jour dans la loge o se dshabilloit une des principales actrices4 ,nous fmes si bien connoissance1 que le lendemain je reus d'elle cette lettre3 ,monsieur1 ,je suis la plus malheureuse fille du monde2 j'ai toujours t la plus vertueuse actrice de l',opra4 ,il y a sept ou huit mois1 que j'tois dans la loge o vous me vtes hier2 comme je m'habillois en prtresse de ,diane1 un jeune abb vint m'y trouver2 et1 sans respect pour mon habit blanc1 mon voile et mon bandeau1 il me ravit mon innocence4 ,j'ai beau exagrer le sacrifice que je lui ai fait1 il se met rire1 et me soutient qu'il m'a trouve trs-profane4 ,cependant je suis si grosse1 que je n'ose plus me prsenter sur le thtre3 car je suis1 sur le chapitre de l'honneur1 d'une dlicatesse inconcevable2 et je soutiens toujours qu' une fille bien ne il est plus facile de faire perdre la vertu que la modestie4 ,avec cette dlicatesse1 vous jugez bien que ce jeune abb n'et jamais russi1 s'il ne m'avoit promis de se marier avec moi3 un motif si lgitime me fit passer sur les petites formalits ordinaires1 et commencer par o j'aurois d finir4 ,mais1 puisque son infidlit m'a dshonore1 je ne veux plus vivre l',opra1 o1 entre vous et moi1 l'on ne me donne gure de quoi vivre3 car1 prsent que j'avance en ge1 et que je perds du ct des charmes1 ma pension1 qui est toujours la mme1 semble diminuer tous les jours4 ,j'ai appris par un homme de votre suite que l'on faisoit un cas infini1 dans votre pays1 d'une bonne danseuse1 et que1 si j'tois ,ispahan1 ma fortune seroit aussitt faite4 ,si vous vouliez m'accorder votre protection1 et m'emmener avec vous dans ce pays-l1 vous auriez l'avantage de faire du bien une fille qui1 par sa vertu et sa conduite1 ne se rendroit pas indigne de vos bonts4 ,je suis444 ,de ,paris1 le #b de la lune de ,chalval1 #agab4 ,,lettre ,,xxix4 ,,ricca ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,le pape est le chef des chrtiens4 ,c'est une vieille idole qu'on encense par habitude4 ,il toit autrefois redoutable aux princes mmes1 car il les dposoit aussi facilement que nos magnifiques sultans dposent les rois d',irimette et de ,gorgie4 ,mais on ne le craint plus4 ,il se dit successeur d'un des premiers chrtiens1 qu'on appelle saint ,pierre3 et c'est certainement une riche succession1 car il a des trsors immenses et un grand pays sous sa domination4 ,les vques sont des gens de loi qui lui sont subordonns1 et ont sous son autorit deux fonctions bien diffrentes4 ,quand ils sont assembls1 ils font1 comme lui1 des articles de foi2 quand ils sont en particulier1 ils n'ont gure d'autre fonction que de dispenser d'accomplir la loi4 ,car tu sauras que la religion chrtienne est charge d'une infinit de pratiques trs-difficiles2 et1 comme on a jug qu'il est moins ais de remplir ses devoirs que d'avoir des vques qui en dispensent1 on a pris ce dernier parti pour l'utilit publique4 ,ainsi1 si on ne veut pas faire le rhamazan1 si on ne veut pas s'assujettir aux formalits des mariages1 si on veut rompre ses voeux1 si on veut se marier contre les dfenses de la loi1 quelquefois mme si on veut revenir contre son serment1 on va l'vque ou au pape1 qui donne aussitt la dispense4 ,les vques ne font pas des articles de foi de leur propre mouvement4 ,il y a un nombre infini de docteurs1 la plupart dervis1 qui soulvent entre eux mille questions nouvelles sur la religion3 on les laisse disputer longtemps1 et la guerre dure jusqu' ce qu'une dcision vienne la terminer4 ,aussi puis-je t'assurer qu'il n'y a jamais eu de royaume o il y ait eu tant de guerres civiles que dans celui de ,christ4 ,ceux qui mettent au jour quelque proposition nouvelle sont d'abord appels hrtiques4 ,chaque hrsie a son nom1 qui est1 pour ceux qui y sont engags1 comme le mot de ralliement4 ,mais n'est hrtique qui ne veut3 il n'y a qu' partager le diffrend par la moiti1 et donner une distinction ceux qui accusent d'hrsie2 et1 quelle que soit la distinction1 intelligible ou non1 elle rend un homme blanc comme de la neige1 et il peut se faire appeler orthodoxe4 ,ce que je te dis est bon pour la ,france et l',allemagne3 car j'ai ou dire qu'en ,espagne et en ,portugal il y a de certains dervis qui n'entendent point raillerie1 et qui font brler un homme comme de la paille4 ,quand on tombe entre les mains de ces gens-l1 heureux celui qui a toujours pri ,dieu avec de petits grains de bois la main1 qui a port sur lui deux morceaux de drap attachs deux rubans1 et qui a t quelquefois dans une province qu'on appelle la ,galice6 sans cela un pauvre diable est bien embarrass4 ,quand il jureroit comme un paen qu'il est orthodoxe1 on pourroit bien ne pas demeurer d'accord des qualits1 et le brler comme hrtique3 il auroit beau donner sa distinction2 point de distinction2 il seroit en cendres avant que l'on et seulement pens l'couter4 ,les autres juges prsument qu'un accus est innocent2 ceux-ci le prsument toujours coupable4 ,dans le doute1 ils tiennent pour rgle de se dterminer du ct de la rigueur2 apparemment parce qu'ils croient les hommes mauvais2 mais1 d'un autre ct1 ils en ont si bonne opinion1 qu'ils ne les jugent jamais capables de mentir2 car ils reoivent le tmoignage des ennemis capitaux1 des femmes de mauvaise vie1 de ceux qui exercent une profession infme4 ,ils font dans leur sentence un petit compliment ceux qui sont revtus d'une chemise de soufre1 et leur disent qu'ils sont bien fchs de les voir si mal habills1 qu'ils sont doux1 qu'ils abhorrent le sang1 et sont au dsespoir de les avoir condamns2 mais1 pour se consoler1 ils confisquent tous les biens de ces malheureux leur profit4 ,heureuse la terre qui est habite par les enfants des prophtes6 ,ces tristes spectacles y sont inconnus#h4 ,la sainte religion que les anges y ont apporte se dfend par sa vrit mme2 elle n'a point besoin de ces moyens violents pour se maintenir4 ,note #h3 ,les ,persans sont les plus tolrants de tous les mahomtans4 ,a ,paris1 le #d de la lune de ,chalval1 #agab4 ,,lettre ,,xxx4 ,,rica ,,au ,m,,me4 ,a ,smyrne4 ,les habitants de ,paris sont d'une curiosit qui va jusqu' l'extravagance4 ,lorsque j'arrivai1 je fus regard comme si j'avois t envoy du ciel3 vieillards1 hommes1 femmes1 enfants1 tous vouloient me voir4 ,si je sortois1 tout le monde se mettoit aux fentres2 si j'tois aux ,tuileries1 je voyois aussitt un cercle se former autour de moi2 les femmes mmes faisoient un arc-en-ciel nuanc de mille couleurs1 qui m'entouroit4 ,si j'tois aux spectacles1 je voyois aussitt cent lorgnettes dresses contre ma figure3 enfin jamais homme n'a tant t vu que moi4 ,je souriois quelquefois d'entendre des gens qui n'toient presque jamais sortis de leur chambre1 qui disoient entre eux3 ,il faut avouer qu'il a l'air bien persan4 ,chose admirable6 ,je trouvois de mes portraits partout2 je me voyois multipli dans toutes les boutiques1 sur toutes les chemines1 tant on craignoit de ne m'avoir pas assez vu4 ,tant d'honneurs ne laissent pas d'tre charge3 je ne me croyois pas un homme si curieux et si rare2 et1 quoique j'aie trs-bonne opinion de moi1 je ne me serois jamais imagin que je dusse troubler le repos d'une grande ville o je n'tois point connu4 ,cela me fit rsoudre quitter l'habit persan1 et en endosser un l'europenne1 pour voir s'il resteroit encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable4 ,cet essai me fit connotre ce que je valois rellement4 ,libre de tous les ornements trangers1 je me vis apprci au plus juste4 ,j'eus sujet de me plaindre de mon tailleur1 qui m'avoit fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique2 car j'entrai tout coup dans un nant affreux4 ,je demeurois quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'et regard1 et qu'on m'et mis en occasion d'ouvrir la bouche2 mais1 si quelqu'un1 par hasard1 apprenoit la compagnie que j'tois ,persan1 j'entendois aussitt autour de moi un bourdonnement3 ,ah6 ah6 ,monsieur est ,persan8 ,c'est une chose bien extraordinaire6 ,comment peut-on tre ,persan8 ,a ,paris1 le #f de la lune de ,chalval1 #agab4 ,,lettre ,,xxxi4 ,,rh,,di ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,je suis prsent ,venise1 mon cher ,usbek4 ,on peut avoir vu toutes les villes du monde1 et tre surpris en arrivant ,venise3 on sera toujours tonn de voir une ville1 des tours et des mosques sortir de dessous l'eau1 et de trouver un peuple innombrable dans un endroit o il ne devroit y avoir que des poissons4 ,mais cette ville profane manque du trsor le plus prcieux qui soit au monde1 c'est--dire d'eau vive2 il est impossible d'y accomplir une seule ablution lgale4 ,elle est en abomination notre saint prophte1 et il ne la regarde jamais du haut du ciel qu'avec colre4 ,sans cela1 mon cher ,usbek1 je serois charm de vivre dans une ville o mon esprit se forme tous les jours4 ,je m'instruis des secrets du commerce1 des intrts des princes1 de la forme de leur gouvernement2 je ne nglige pas mme les superstitions europennes2 je m'applique la mdecine1 la physique1 l'astronomie2 j'tudie les arts2 enfin je sors des nuages qui couvroient mes yeux dans le pays de ma naissance4 ,a ,venise1 le #af de la lune de ,chalval1 #agab4 ,,lettre ,,xxxii4 ,,rica 9999994 ,j'allai l'autre jour voir une maison o l'on entretient environ trois cents personnes assez pauvrement4 ,j'eus bientt fait1 car l'glise ni les btiments ne mritent pas d'tre regards4 ,ceux qui sont dans cette maison toient assez gais2 plusieurs d'entre eux jouoient aux cartes1 ou d'autres jeux que je ne connois point4 ,comme je sortois1 un de ces hommes sortoit aussi2 et1 m'ayant entendu demander le chemin du ,marais1 qui est le quartier le plus loign de ,paris3 ,j'y vais1 me dit-il1 et je vous y conduirai2 suivez-moi4 ,il me mena merveille1 me tira de tous les embarras1 et me sauva adroitement des carrosses et des voitures4 ,nous tions prs d'arriver1 quand la curiosit me prit4 ,mon bon ami1 lui dis-je1 ne pourrois-je point savoir qui vous tes8 ,je suis aveugle1 ,monsieur1 me rpondit-il4 ,comment6 lui dis-je1 vous tes aveugle6 ,et que ne priiez-vous cet honnte homme qui jouoit aux cartes avec vous de nous conduire8 ,il est aveugle aussi1 me rpondit-il3 il y a quatre cents ans que nous sommes trois cents aveugles dans cette maison o vous m'avez trouv4 ,mais il faut que je vous quitte3 voil la rue que vous demandiez2 je vais me mettre dans la foule2 j'entre dans cette glise1 o1 je vous jure1 j'embarrasserai plus les gens qu'ils ne m'embarrasseront4 ,a ,paris1 le #ag de la lune de ,chalval1 #agab4 ,,lettre ,,xxxiii4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,le vin est si cher ,paris1 par les impts que l'on y met1 qu'il semble qu'on ait entrepris d'y faire excuter les prceptes du divin ,alcoran1 qui dfend d'en boire4 ,lorsque je pense aux funestes effets de cette liqueur1 je ne puis m'empcher de la regarder comme le prsent le plus redoutable que la nature ait fait aux hommes4 ,si quelque chose a fltri la vie et la rputation de nos monarques1 'a t leur intemprance2 c'est la source la plus empoisonne de leurs injustices et de leur cruauts4 ,je le dirai1 la honte des hommes3 la loi interdit nos princes l'usage du vin1 et ils en boivent avec un excs qui les dgrade de l'humanit mme2 cet usage1 au contraire1 est permis aux princes chrtiens1 et on ne remarque pas qu'il leur fasse faire aucune faute4 ,l'esprit humain est la contradiction mme3 dans une dbauche licencieuse1 on se rvolte avec fureur contre les prceptes2 et la loi faite pour nous rendre plus justes ne sert souvent qu' nous rendre plus coupables4 ,mais quand je dsapprouve l'usage de cette liqueur qui fait perdre la raison1 je ne condamne pas de mme ces boissons qui l'gayent4 ,c'est la sagesse des ,orientaux de chercher des remdes contre la tristesse avec autant de soin que contre les maladies les plus dangereuses4 ,lorsqu'il arrive quelque malheur un ,europen1 il n'a d'autre ressource que la lecture d'un philosophe qu'on appelle ,snque2 mais les ,asiatiques1 plus senss qu'eux et meilleurs physiciens en cela1 prennent des breuvages capables de rendre l'homme gai1 et de charmer le souvenir de ses peines4 ,il n'y a rien de si affligeant que les consolations tires de la ncessit du mal1 de l'inutilit des remdes1 de la fatalit du destin1 de l'ordre de la ,providence1 et du malheur de la condition humaine4 ,c'est se moquer de vouloir adoucir un mal par la considration que l'on est n misrable2 il vaut bien mieux enlever l'esprit hors de ses rflexions1 et traiter l'homme comme sensible1 au lieu de le traiter comme raisonnable4 ,l'me1 unie avec le corps1 en est sans cesse tyrannise4 ,si le mouvement du sang est trop lent1 si les esprits ne sont pas assez purs1 s'ils ne sont pas en quantit suffisante1 nous tombons dans l'accablement et dans la tristesse2 mais1 si nous prenons des breuvages qui puissent changer cette disposition de notre corps1 notre me redevient capable de recevoir des impressions qui l'gayent1 et elle sent un plaisir secret de voir sa machine reprendre1 pour ainsi dire1 son mouvement et sa vie4 ,a ,paris1 le #be de la lune de ,zilcad1 #agac4 ,,lettre ,,xxxiv4 ,,usbek ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,les femmes de ,perse sont plus belles que celles de ,france2 mais celles de ,france sont plus jolies4 ,il est difficile de ne point aimer les premires1 et de ne se point plaire avec les secondes3 les unes sont plus tendres et plus modestes1 les autres sont plus gaies et plus enjoues4 ,ce qui rend le sang si beau en ,perse1 c'est la vie rgle que les femmes y mnent3 elles ne jouent ni ne veillent1 elles ne boivent point de vin1 et ne s'exposent presque jamais l'air4 ,il faut avouer que le srail est plutt fait pour la sant que pour les plaisirs3 c'est une vie unie1 qui ne pique point2 tout s'y ressent de la subordination et du devoir2 les plaisirs mmes y sont graves1 et les joies svres2 et on ne les gote presque jamais que comme des marques d'autorit et de dpendance4 ,les hommes mmes n'ont pas en ,perse la mme gaiet que les ,franois3 on ne leur voit point cette libert d'esprit et cet air content que je trouve ici dans tous les tats et dans toutes les conditions4 ,c'est bien pis en ,turquie1 o l'on pourroit trouver des familles o1 de pre en fils1 personne n'a ri depuis la fondation de la monarchie4 ,cette gravit des ,asiatiques vient du peu de commerce qu'il y a entre eux3 ils ne se voient que lorsqu'ils y sont forcs par la crmonie2 l'amiti1 ce doux engagement du coeur1 qui fait ici la douceur de la vie1 leur est presque inconnue3 ils se retirent dans leurs maisons1 o ils trouvent toujours une compagnie qui les attend2 de manire que chaque famille est1 pour ainsi dire1 isole des autres4 ,un jour que je m'entretenois l-dessus avec un homme de ce pays-ci1 il me dit3 ,ce qui me choque le plus de vos moeurs1 c'est que vous tes obligs de vivre avec des esclaves dont le coeur et l'esprit se sentent toujours de la bassesse de leur condition4 ,ces gens lches affoiblissent en vous les sentiments de la vertu1 que l'on tient de la nature1 et ils les ruinent depuis l'enfance qu'ils vous obsdent4 ,car1 enfin1 dfaites-vous des prjugs3 que peut-on attendre de l'ducation qu'on reoit d'un misrable qui fait consister son honneur garder les femmes d'un autre1 et s'enorgueillit du plus vil emploi qui soit parmi les humains1 qui est mprisable par sa fidlit mme1 qui est la seule de ses vertus1 parce qu'il y est port par envie1 par jalousie et par dsespoir2 qui1 brlant de se venger des deux sexes dont il est le rebut1 consent tre tyrannis par le plus fort1 pourvu qu'il puisse dsoler le plus faible2 qui1 tirant de son imperfection1 de sa laideur et de sa difformit1 tout l'clat de sa condition1 n'est estim que parce qu'il est indigne de l'tre2 qui enfin1 riv pour jamais la porte o il est attach1 plus dur que les gonds et les verrous qui la tiennent1 se vante de cinquante ans de vie dans ce poste indigne1 o1 charg de la jalousie de son matre1 il a exerc toute sa bassesse8 ,a ,paris1 le #ad de la lune de ,zilhag1 #agac4 ,,lettre ,,xxxv4 ,,usbek ,a ,,gemchid1 ,,son ,,cousin1 ,,dervis ,,du ,,brillant ,,monast,,re ,,de ,,tauris4 ,que penses-tu des chrtiens1 sublime dervis8 ,crois-tu qu'au jour du jugement ils seront comme les infidles ,turcs1 qui serviront d'nes aux ,juifs1 et seront mens par eux au grand trot en enfer8 ,je sais bien qu'ils n'iront point dans le sjour des prophtes1 et que le grand ,ali n'est point venu pour eux4 ,mais1 parce qu'ils n'ont pas t assez heureux pour trouver des mosques dans leur pays1 crois-tu qu'ils soient condamns des chtiments ternels1 et que ,dieu les punisse pour n'avoir pas pratiqu une religion qu'il ne leur a pas fait connotre8 ,je puis te le dire3 j'ai souvent examin ces chrtiens2 je les ai interrogs pour voir s'ils avoient quelque ide du grand ,ali1 qui toit le plus beau de tous les hommes2 j'ai trouv qu'ils n'en avoient jamais ou parler4 ,ils ne ressemblent point ces infidles que nos saints prophtes faisoient passer au fil de l'pe1 parce qu'ils refusoient de croire aux miracles du ciel2 ils sont plutt comme ces malheureux qui vivoient dans les tnbres de l'idoltrie avant que la divine lumire vnt clairer le visage de notre grand prophte4 ,d'ailleurs1 si on examine de prs leur religion1 on y trouvera comme une semence de nos dogmes4 ,j'ai souvent admir les secrets de la ,providence1 qui semble les avoir voulu prparer par l la conversion gnrale4 ,j'ai ou parler d'un livre de leurs docteurs1 intitul la ,polygamie triomphante1 dans lequel il est prouv que la polygamie est ordonne aux chrtiens4 ,leur baptme est l'image de nos ablutions lgales2 et les chrtiens n'errent que dans l'efficacit qu'ils donnent cette premire ablution1 qu'ils croient devoir suffire pour toutes les autres4 ,leurs prtres et les moines prient comme nous sept fois le jour4 ,ils esprent de jouir d'un paradis o ils goteront mille dlices par le moyen de la rsurrection des corps4 ,ils ont1 comme nous1 des jenes marqus1 des mortifications avec lesquelles ils esprent flchir la misricorde divine4 ,ils rendent un culte aux bons anges1 et se mfient des mauvais4 ,ils ont une sainte crdulit pour les miracles que ,dieu opre par le ministre de ses serviteurs4 ,ils reconnoissent1 comme nous1 l'insuffisance de leurs mrites1 et les besoins qu'ils ont d'un intercesseur auprs de ,dieu4 ,je vois partout le mahomtisme1 quoique je n'y trouve point ,mahomet4 ,on a beau faire1 la vrit s'chappe1 et perce toujours les tnbres qui l'environnent4 ,il viendra un jour o l'ternel ne verra sur la terre que de vrais croyants4 ,le temps1 qui consume tout1 dtruira les erreurs mmes4 ,tous les hommes seront tonns de se voir sous le mme tendard3 tout1 jusqu' la loi1 sera consomm2 les divins exemplaires seront enlevs de la terre1 et ports dans les clestes archives4 ,a ,paris1 le #bj de la lune de ,zilhag1 #agac4 ,,lettre ,,xxxvi4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,le caf est trs en usage ,paris3 il y a un grand nombre de maisons publiques o on le distribue4 ,dans quelques-unes de ces maisons1 on dit des nouvelles2 dans d'autres1 on joue aux checs4 ,il y en a une o l'on apprte le caf de telle manire qu'il donne de l'esprit ceux qui en prennent3 au moins1 de tous ceux qui en sortent1 il n'y a personne qui ne croie qu'il en a quatre fois plus que lorsqu'il y est entr4 ,mais ce qui me choque de ces beaux esprits1 c'est qu'ils ne se rendent pas utiles leur patrie1 et qu'ils amusent leurs talents des choses puriles4 ,par exemple1 lorsque j'arrivai ,paris1 je les trouvai chauffs sur une dispute la plus mince qu'il se puisse imaginer3 il s'agissoit de la rputation d'un vieux pote grec dont1 depuis deux mille ans1 on ignore la patrie1 aussi bien que le temps de sa mort4 ,les deux partis avouoient que c'toit un pote excellent3 il n'toit question que du plus ou du moins de mrite qu'il falloit lui attribuer4 ,chacun en vouloit donner le taux2 mais1 parmi ces distributeurs de rputation1 les uns faisoient meilleur poids que les autres3 voil la querelle4 ,elle toit bien vive1 car on se disoit cordialement de part et d'autre des injures si grossires1 on faisoit des plaisanteries si amres1 que je n'admirois pas moins la manire de disputer que le sujet de la dispute4 ,si quelqu'un1 disois-je en moi-mme1 toit assez tourdi pour aller devant l'un de ces dfenseurs du pote grec attaquer la rputation de quelque honnte citoyen1 il ne seroit pas mal relev2 et je crois que ce zle si dlicat sur la rputation des morts s'embraseroit bien pour dfendre celle des vivants6 ,mais1 quoi qu'il en soit1 ajoutois-je1 ,dieu me garde de m'attirer jamais l'inimiti des censeurs de ce pote1 que le sjour de deux mille ans dans le tombeau n'a pu garantir d'une haine si implacable6 ,ils frappent prsent des coups en l'air3 mais que seroit-ce si leur fureur toit anime par la prsence d'un ennemi8 ,ceux dont je te viens de parler disputent en langue vulgaire2 et il faut les distinguer d'une autre sorte de disputeurs qui se servent d'une langue barbare qui semble ajouter quelque chose la fureur et l'opinitret des combattants4 ,il y a des quartiers o l'on voit comme une mle noire et paisse de ces sortes de gens2 ils se nourrissent de distinctions1 ils vivent de raisonnements obscurs et de fausses consquences4 ,ce mtier1 o l'on devroit mourir de faim1 ne laisse pas de rendre4 ,on a vu une nation entire chasse de son pays1 traverser les mers pour s'tablir en ,france1 n'emportant avec elle1 pour parer aux ncessits de la vie1 qu'un redoutable talent pour la dispute4 ,adieu4 ,a ,paris1 le dernier de la lune de ,zilhag1 #agac4 ,,lettre ,,xxxvii4 ,,usbek ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,le roi de ,france est vieux4 ,nous n'avons point d'exemple dans nos histoires d'un monarque qui ait si longtemps rgn4 ,on dit qu'il possde un trs-haut degr le talent de se faire obir3 il gouverne avec le mme gnie sa famille1 sa cour1 son tat4 ,on lui a souvent entendu dire que1 de tous les gouvernements du monde1 celui des ,turcs1 ou celui de notre auguste sultan1 lui plairoit le mieux3 tant il fait de cas de la politique orientale4 ,j'ai tudi son caractre1 et j'y ai trouv des contradictions qu'il m'est impossible de rsoudre3 par exemple1 il a un ministre qui n'a que dix-huit ans1 et une matresse qui en a quatre-vingts2 il aime sa religion1 et il ne peut souffrir ceux qui disent qu'il la faut observer la rigueur2 quoiqu'il fuie le tumulte des villes1 et qu'il se communique peu1 il n'est occup depuis le matin jusqu'au soir qu' faire parler de lui2 il aime les trophes et les victoires1 mais il craint autant de voir un bon gnral la tte de ses troupes qu'il auroit sujet de le craindre la tte d'une arme ennemie4 ,il n'est1 je crois1 jamais arriv qu' lui d'tre en mme temps combl de plus de richesses qu'un prince n'en sauroit esprer1 et accabl d'une pauvret qu'un particulier ne pourroit soutenir4 ,il aime gratifier ceux qui le servent2 mais il paye aussi libralement les assiduits1 ou plutt l'oisivet de ses courtisans1 que les campagnes laborieuses de ses capitaines2 souvent il prfre un homme qui le dshabille1 ou qui lui donne la serviette lorsqu'il se met table1 un autre qui lui prend des villes ou lui gagne des batailles3 il ne croit pas que la grandeur souveraine doive tre gne dans la distribution des grces2 et1 sans examiner si celui qu'il comble de biens est homme de mrite1 il croit que son choix va le rendre tel2 aussi lui a-t-on vu donner une petite pension un homme qui avoit fui deux lieues1 et un beau gouvernement un autre qui en avoit fui quatre4 ,il est magnifique1 surtout dans ses btiments3 il y a plus de statues dans les jardins de son palais que de citoyens dans une grande ville4 ,sa garde est aussi forte que celle du prince devant qui tous les trnes se renversent2 ses armes sont aussi nombreuses1 ses ressources aussi grandes1 et ses finances aussi inpuisables4 ,a ,paris1 le #g de la lune de ,maharram1 #agac4 ,,lettre ,,xxxviii4 ,,rica ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,c'est une grande question parmi les hommes de savoir s'il est plus avantageux d'ter aux femmes la libert que de la leur laisser4 ,il me semble qu'il y a bien des raisons pour et contre4 ,si les ,europens disent qu'il n'y a pas de gnrosit rendre malheureuses les personnes que l'on aime1 nos ,asiatiques rpondent qu'il y a de la bassesse aux hommes de renoncer l'empire que la nature leur a donn sur les femmes4 ,si on leur dit que le grand nombre de femmes enfermes est embarrassant1 ils rpondent que dix femmes qui obissent embarrassent moins qu'une qui n'obit pas4 ,que s'ils objectent leur tour que les ,europens ne sauroient tre heureux avec des femmes qui ne leur sont pas fidles1 on leur rpond que cette fidlit qu'ils vantent tant n'empche point le dgot qui suit toujours les passions satisfaites2 que nos femmes sont trop nous2 qu'une possession si tranquille ne nous laisse rien dsirer ni craindre2 qu'un peu de coquetterie est un sel qui pique et prvient la corruption4 ,peut-tre qu'un homme plus sage que moi serait embarrass de dcider3 car1 si les ,asiatiques font fort bien de chercher des moyens propres calmer leurs inquitudes1 les ,europens font fort bien aussi de n'en point avoir4 ,aprs tout1 disent-ils1 quand nous serions malheureux en qualit de maris1 nous trouverions toujours moyen de nous ddommager en qualit d'amants4 ,pour qu'un homme pt se plaindre avec raison de l'infidlit de sa femme1 il faudroit qu'il n'y et que trois personnes dans le monde2 ils seront toujours but quand il y en aura quatre4 ,c'est une autre question de savoir si la loi naturelle soumet les femmes aux hommes4 ,non1 me disoit l'autre jour un philosophe trs-galant3 la nature n'a jamais dict une telle loi2 l'empire que nous avons sur elles est une vritable tyrannie2 elles ne nous l'ont laiss prendre que parce qu'elles ont plus de douceur que nous1 et par consquent plus d'humanit et de raison2 ces avantages1 qui devoient sans doute leur donner la supriorit si nous avions t raisonnables1 la leur ont fait perdre1 parce que nous ne le sommes point4 ,or1 s'il est vrai que nous n'avons sur les femmes qu'un pouvoir tyrannique1 il ne l'est pas moins qu'elles ont sur nous un empire naturel1 celui de la beaut1 qui rien ne rsiste4 ,le ntre n'est pas de tous les pays2 mais celui de la beaut est universel4 ,pourquoi aurions-nous donc un privilge8 ,est-ce parce que nous sommes les plus forts8 ,mais c'est une vritable injustice4 ,nous employons toutes sortes de moyens pour leur abattre le courage2 les forces seroient gales1 si l'ducation l'toit aussi2 prouvons-les dans les talents que l'ducation n'a point affoiblis1 et nous verrons si nous sommes si forts4 ,il faut l'avouer1 quoique cela choque nos moeurs3 chez les peuples les plus polis1 les femmes ont toujours eu de l'autorit sur leurs maris2 elle fut tablie par une loi chez les gyptiens en l'honneur d',isis1 et chez les ,babyloniens en l'honneur de ,smiramis4 ,on disoit des ,romains qu'ils commandoient toutes les nations1 mais qu'ils obissoient leurs femmes4 ,je ne parle point des ,sauromates1 qui toient vritablement dans la servitude du sexe2 ils toient trop barbares pour que leur exemple puisse tre cit4 ,tu vois1 mon cher ,ibben1 que j'ai pris le got de ce pays-ci1 o l'on aime soutenir des opinions extraordinaires et rduire tout en paradoxe4 ,le prophte a dcid la question1 et a rgl les droits de l'un et de l'autre sexe4 ,les femmes1 dit-il1 doivent honorer leurs maris3 leurs maris les doivent honorer2 mais ils ont l'avantage d'un degr sur elles4 ,a ,paris1 le #bf de la lune de ,gemmadi #b1 #agac4 ,,lettre ,,xxxix4 ,,hagi#i ,,ibbi ,,au ,,juif ,,ben ,,josu1 ,,pros,,lyte ,,mahom,,tan4 ,a ,smyrne4 ,note #i3 ,hagi est un homme qui a fait le plerinage de la ,mecque4 ,il me semble1 ,ben ,josu1 qu'il y a toujours des signes clatants qui prparent la naissance des hommes extraordinaires2 comme si la nature souffroit une espce de crise1 et que la puissance cleste ne produist qu'avec effort4 ,il n'y a rien de si merveilleux que la naissance de ,mahomet4 ,dieu1 qui par les dcrets de sa providence avoit rsolu ds le commencement d'envoyer aux hommes ce grand prophte pour enchaner ,satan1 cra une lumire deux mille ans avant ,adam1 qui1 passant d'lu en lu1 d'anctre en anctre de ,mahomet1 parvint enfin jusques lui comme un tmoignage authentique qu'il toit descendu des patriarches4 ,ce fut aussi cause de ce mme prophte que ,dieu ne voulut pas qu'aucun enfant ft conu que la nature de la femme ne cesst d'tre immonde1 et que le membre viril ne ft livr la circoncision4 ,il vint au monde circoncis1 et la joie parut sur son visage ds sa naissance2 la terre trembla trois fois1 comme si elle et enfant elle-mme2 toutes les idoles se prosternrent2 les trnes des rois furent renverss2 ,lucifer fut jet au fond de la mer2 et ce ne fut qu'aprs avoir nag pendant quarante jours qu'il sortit de l'abme1 et s'enfuit sur le mont ,cabs1 d'o1 avec une voix terrible1 il appela les anges4 ,cette nuit1 ,dieu posa un terme entre l'homme et la femme1 qu'aucun d'eux ne pt passer4 ,l'art des magiciens et ncromants se trouva sans vertu4 ,on entendit une voix du ciel qui disoit ces paroles3 ,j'ai envoy au monde mon ami fidle4 ,selon le tmoignage d',isben ,aben1 historien arabe1 les gnrations des oiseaux1 des nues1 des vents1 et tous les escadrons des anges1 se runirent pour lever cet enfant1 et se disputrent cet avantage4 ,les oiseaux disoient dans leurs gazouillements qu'il toit plus commode qu'ils l'levassent1 parce qu'ils pouvoient plus facilement rassembler plusieurs fruits de divers lieux4 ,les vents murmuroient1 et disoient3 ,c'est plutt nous1 parce que nous pouvons lui apporter de tous les endroits les odeurs les plus agrables4 ,non1 non1 disoient les nues1 non2 c'est nos soins qu'il sera confi1 parce que nous lui ferons part tous les instants de la fracheur des eaux4 ,l-dessus les anges indigns s'crioient3 ,que nous restera-t-il donc faire8 ,mais une voix du ciel fut entendue1 qui termina toutes les disputes3 ,il ne sera point t d'entre les mains des mortels1 parce que heureuses les mamelles qui l'allaiteront1 et les mains qui le toucheront1 et la maison qu'il habitera1 et le lit o il reposera4 ,aprs tant de tmoignages si clatants1 mon cher ,josu1 il faut avoir un coeur de fer pour ne pas croire sa sainte loi4 ,que pouvoit faire davantage le ciel pour autoriser sa mission divine1 moins de renverser la nature1 et de faire prir les hommes mmes qu'il vouloit convaincre8 ,a ,paris1 le #bj de la lune de ,rhgeb1 #agac4 ,,lettre ,,xl4 ,,usbek ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,ds qu'un grand est mort1 on s'assemble dans une mosque1 et l'on fait son oraison funbre1 qui est un discours sa louange1 avec lequel on seroit bien embarrass de dcider au juste du mrite du dfunt4 ,je voudrois bannir les pompes funbres3 il faut pleurer les hommes leur naissance1 et non pas leur mort4 ,a quoi servent les crmonies et tout l'attirail lugubre qu'on fait paratre un mourant dans ses derniers moments1 les larmes mmes de sa famille1 et la douleur de ses amis1 qu' lui exagrer la perte qu'il va faire8 ,nous sommes si aveugles1 que nous ne savons quand nous devons nous affliger ou nous rjouir3 nous n'avons presque jamais que de fausses tristesses ou de fausses joies4 ,quand je vois le ,mogol1 qui toutes les annes va sottement se mettre dans une balance et se faire peser comme un boeuf1 quand je vois les peuples se rjouir de ce que ce prince est devenu plus matriel1 c'est--dire moins capable de les gouverner1 j'ai piti1 ,ibben1 de l'extravagance humaine4 ,de ,paris1 le #bj de la lune de ,rhgeb1 #agac4 ,,lettre ,,xli4 ,,le ,,premier ,,eunuque ,,noir ,a ,,usbek4 ,ismal1 un des eunuques noirs1 vient de mourir1 magnifique seigneur2 et je ne puis m'empcher de le remplacer4 ,comme les eunuques sont extrmement rares prsent1 j'avois pens de me servir d'un esclave noir que tu as la campagne2 mais je n'ai pu jusqu'ici le porter souffrir qu'on le consacrt cet emploi4 ,comme je vois qu'au bout du compte c'est son avantage1 je voulus l'autre jour user son gard d'un peu de rigueur2 et1 de concert avec l'intendant de tes jardins1 j'ordonnai que1 malgr lui1 on le mt en tat de te rendre les services qui flattent le plus ton coeur1 et de vivre comme moi dans ces redoutables lieux qu'il n'ose pas mme regarder3 mais il se mit hurler comme si on avoit voulu l'corcher1 et fit tant qu'il chappa de nos mains1 et vita le fatal couteau4 ,je viens d'apprendre qu'il veut t'crire pour te demander grce1 soutenant que je n'ai conu ce dessein que par un dsir insatiable de vengeance sur certaines railleries piquantes qu'il dit avoir faites de moi4 ,cependant je te jure par les cent mille prophtes que je n'ai agi que pour le bien de ton service1 la seule chose qui me soit chre1 et hors laquelle je ne regarde rien4 ,je me prosterne tes pieds4 ,du srail de ,fatm1 le #g de la lune de ,maharram1 #agac4 ,,lettre ,,xlii4 ,,pharan ,a ,,usbek1 ,,son ,,souverain ,,seigneur4 ,si tu tois ici1 magnifique seigneur1 je parotrois ta vue tout couvert de papier blanc2 et il n'y en auroit pas assez pour crire toutes les insultes que ton premier eunuque noir1 le plus mchant de tous les hommes1 m'a faites depuis ton dpart4 ,sous prtexte de quelques railleries qu'il prtend que j'ai faites sur le malheur de sa condition1 il exerce sur ma tte une vengeance inpuisable2 il a anim contre moi le cruel intendant de tes jardins1 qui depuis ton dpart m'oblige des travaux insurmontables1 dans lesquels j'ai pens mille fois laisser la vie sans perdre un moment l'ardeur de te servir4 ,combien de fois ai-je dit en moi-mme3 ,j'ai un matre rempli de douceur1 et je suis le plus malheureux esclave qui soit sur la terre6 ,je te l'avoue1 magnifique seigneur1 je ne me croyois pas destin de plus grandes misres1 mais ce tratre d'eunuque a voulu mettre le comble sa mchancet4 ,il y a quelques jours que1 de son autorit prive1 il me destina la garde de tes femmes sacres1 c'est--dire une excution qui seroit pour moi mille fois plus cruelle que la mort4 ,ceux qui en naissant ont eu le malheur de recevoir de leurs cruels parents un traitement pareil1 se consolent peut-tre sur ce qu'ils n'ont jamais connu d'autre tat que le leur2 mais qu'on me fasse descendre de l'humanit et qu'on m'en prive1 je mourrois de douleur si je ne mourois pas de cette barbarie4 ,j'embrasse tes pieds1 sublime seigneur1 dans une humilit profonde3 fais en sorte que je sente les effets de cette vertu si respecte1 et qu'il ne soit pas dit que par ton ordre il y ait sur la terre un malheureux de plus4 ,des jardins de ,fatm1 le #g de la lune de ,maharram1 #agac4 ,,lettre ,,xliii4 ,,usbek ,a ,,pharan4 ,aux jardins de ,fatm4 ,recevez la joie dans votre coeur1 et reconnaissez ces sacrs caractres3 faites-les baiser au grand eunuque et l'intendant de mes jardins4 ,je leur dfends de mettre la main sur vous jusqu' mon retour2 dites-leur d'acheter l'eunuque qui manque4 ,acquittez-vous de votre devoir comme si vous m'aviez toujours devant les yeux2 car sachez que plus mes bonts sont grandes plus vous serez puni si vous en abusez4 ,de ,paris1 le #be de la lune de ,rhgeb1 #agac4 ,,lettre ,,xliv4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,il y a en ,france trois sortes d'tats3 l'glise1 l'pe et la robe4 ,chacun a un mpris souverain pour les deux autres3 tel1 par exemple1 que l'on devroit mpriser parce qu'il est un sot1 ne l'est souvent que parce qu'il est homme de robe4 ,il n'y a pas jusqu'aux plus vils artisans qui ne disputent sur l'excellence de l'art qu'ils ont choisi3 chacun s'lve au-dessus de celui qui est d'une profession diffrente1 proportion de l'ide qu'il s'est faite de la supriorit de la sienne4 ,les hommes ressemblent tous1 plus ou moins1 cette femme de la province d'rivan qui1 ayant reu quelque grce d'un de nos monarques1 lui souhaita mille fois1 dans les bndictions qu'elle lui donna1 que le ciel le ft gouverneur d'rivan4 ,j'ai lu1 dans une relation1 qu'un vaisseau franais ayant relch la cte de ,guine1 quelques hommes de l'quipage voulurent aller terre acheter quelques moutons4 ,on les mena au roi1 qui rendoit la justice ses sujets sous un arbre4 ,il toit sur son trne1 c'est--dire sur un morceau de bois1 aussi fier que s'il et t sur celui du ,grand ,mogol2 il avoit trois ou quatre gardes avec des piques de bois2 un parasol en forme de dais le couvroit de l'ardeur du soleil2 tous ses ornements et ceux de la reine sa femme consistoient en leur peau noire et quelques bagues4 ,ce prince1 plus vain encore que misrable1 demanda ces trangers si l'on parloit beaucoup de lui en ,france4 ,il croyoit que son nom devoit tre port d'un ple l'autre2 et1 la diffrence de ce conqurant de qui on a dit qu'il avoit fait taire toute la terre1 il croyoit1 lui1 qu'il devoit faire parler tout l'univers4 ,quand le kan de ,tartarie a dn1 un hraut crie que tous les princes de la terre peuvent aller dner1 si bon leur semble2 et ce barbare1 qui ne mange que du lait1 qui n'a pas de maison1 qui ne vit que de brigandages1 regarde tous les rois du monde comme ses esclaves1 et les insulte rgulirement deux fois par jour4 ,de ,paris1 le #bh de la lune de ,rhgeb1 #agac4 ,,lettre ,,xlv4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,hier matin1 comme j'tois au lit1 j'entendis frapper rudement ma porte1 qui fut soudain ouverte ou enfonce par un homme avec qui j'avois li quelque socit1 et qui me parut tout hors de lui-mme4 ,son habillement toit beaucoup plus que modeste1 sa perruque de travers n'avoit pas mme t peigne2 il n'avoit pas eu le temps de faire recoudre son pourpoint noir1 et il avoit renonc1 pour ce jour-l1 aux sages prcautions avec lesquelles il avoit coutume de dguiser le dlabrement de son quipage4 ,levez-vous1 me dit-il2 j'ai besoin de vous tout aujourd'hui2 j'ai mille emplettes faire1 et je serai bien aise que ce soit avec vous3 il faut premirement que nous allions la rue ,saint-,honor parler un notaire qui est charg de vendre une terre de cinq cent mille livres2 je veux qu'il m'en donne la prfrence4 ,en venant ici1 je me suis arrt un moment au faubourg ,saint-,germain1 o j'ai lou un htel deux mille cus1 et j'espre passer le contrat aujourd'hui4 ,ds que je fus habill1 ou peu s'en falloit1 mon homme me fit prcipitamment descendre3 ,commenons par aller acheter un carrosse1 et tablissons d'abord l'quipage4 ,en effet1 nous achetmes non-seulement un carrosse1 mais encore pour cent mille francs de marchandises1 en moins d'une heure2 tout cela se fit promptement1 parce que mon homme ne marchanda rien1 et ne compta jamais3 aussi ne dplaa-t-il pas4 ,je rvois sur tout ceci2 et quand j'examinois cet homme1 je trouvois en lui une complication singulire de richesses et de pauvret3 de manire que je ne savois que croire4 ,mais enfin je rompis le silence1 et1 le tirant quartier1 je lui dis3 ,monsieur1 qui est-ce qui payera tout cela8 ,moi1 me dit-il2 venez dans ma chambre2 je vous montrerai des trsors immenses1 et des richesses envies des plus grands monarques2 mais elles ne le seront pas de vous1 qui les partagerez toujours avec moi4 ,je le suis4 ,nous grimpons son cinquime tage1 et par une chelle nous nous guindons un sixime1 qui toit un cabinet ouvert aux quatre vents1 dans lequel il n'y avoit que deux ou trois douzaines de bassins de terre remplis de diverses liqueurs4 ,je me suis lev de grand matin1 me dit-il1 et j'ai fait d'abord ce que je fais depuis vingt-cinq ans1 qui est d'aller visiter mon oeuvre3 j'ai vu que le grand jour toit venu qui devoit me rendre plus riche qu'homme qui soit sur la terre4 ,voyez-vous cette liqueur vermeille8 elle a prsent toutes les qualits que les philosophes demandent pour faire la transmutation des mtaux4 ,j'en ai tir ces grains que vous voyez1 qui sont de vrai or par leur couleur1 quoiqu'un peu imparfaits par leur pesanteur4 ,ce secret1 que ,nicolas ,flamel trouva1 mais que ,raimond ,lulle et un million d'autres cherchrent toujours1 est venu jusques moi1 et je me trouve aujourd'hui un heureux adepte4 ,fasse le ciel que je ne me serve de tant de trsors qu'il m'a communiqus1 que pour sa gloire6 ,je sortis1 et je descendis1 ou plutt je me prcipitai par cet escalier1 transport de colre1 et laissai cet homme si riche dans son hpital4 ,adieu1 mon cher ,usbek4 ,j'irai te voir demain1 et1 si tu veux1 nous reviendrons ensemble ,paris4 ,a ,paris1 le dernier de la lune de ,rhgeb1 #agac4 ,,lettre ,,xlvi4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,je vois ici des gens qui disputent sans fin sur la religion1 mais il semble qu'ils combattent en mme temps qui l'observera le moins4 ,non-seulement ils ne sont pas meilleurs chrtiens1 mais mme meilleurs citoyens2 et c'est ce qui me touche3 car1 dans quelque religion qu'on vive1 l'observation des lois1 l'amour pour les hommes1 la pit envers les parents1 sont toujours les premiers actes de religion4 ,en effet1 le premier objet d'un homme religieux ne doit-il pas tre de plaire la divinit qui a tabli la religion qu'il professe8 ,mais le moyen le plus sr pour y parvenir est sans doute d'observer les rgles de la socit et les devoirs de l'humanit4 ,car1 en quelque religion qu'on vive1 ds qu'on en suppose une1 il faut bien que l'on suppose aussi que ,dieu aime les hommes1 puisqu'il tablit une religion pour les rendre heureux2 que s'il aime les hommes1 on est sr de lui plaire en les aimant aussi1 c'est--dire en exerant envers eux tous les devoirs de la charit et de l'humanit1 en ne violant point les lois sous lesquelles ils vivent4 ,on est bien plus sr par l de plaire ,dieu qu'en observant telle ou telle crmonie2 car les crmonies n'ont point un degr de bont par elles-mmes2 elles ne sont bonnes qu'avec gard1 et dans la supposition que ,dieu les a commandes2 mais c'est la matire d'une grande discussion3 on peut facilement s'y tromper1 car il faut choisir les crmonies d'une religion entre celles de deux mille4 ,un homme faisoit tous les jours ,dieu cette prire3 ,seigneur1 je n'entends rien dans les disputes que l'on fait sans cesse votre sujet2 je voudrois vous servir selon votre volont2 mais chaque homme que je consulte veut que je vous serve la sienne4 ,lorsque je veux vous faire ma prire1 je ne sais en quelle langue je dois vous parler4 ,je ne sais non plus en quelle posture je dois me mettre3 l'un dit que je dois vous prier debout2 l'autre veut que je sois assis2 l'autre exige que mon corps porte sur mes genoux4 ,ce n'est pas tout3 il y en a qui prtendent que je dois me laver tous les matins avec de l'eau froide2 d'autres soutiennent que vous me regarderez avec horreur1 si je ne me fais pas couper un petit morceau de chair4 ,il m'arriva l'autre jour de manger un lapin dans un caravansrail3 trois hommes qui toient auprs de l me firent trembler2 ils me soutinrent tous trois que je vous avois grivement offens2 l'un#aj1 parce que cet animal toit immonde2 l'autre#aa1 parce qu'il toit touff2 l'autre enfin#ab1 parce qu'il n'toit pas poisson4 ,un brachmane qui passoit par l1 et que je pris pour juge1 me dit3 ,ils ont tort1 car apparemment vous n'avez pas tu vous-mme cet animal4 ,si fait1 lui dis-je4 ,ah6 vous avez commis une action abominable1 et que ,dieu ne vous pardonnera jamais1 me dit-il d'une voix svre3 que savez-vous si l'me de votre pre n'toit pas passe dans cette bte8 ,toutes ces choses1 ,seigneur1 me jettent dans un embarras inconcevable3 je ne puis remuer la tte que je ne sois menac de vous offenser2 cependant je voudrois vous plaire1 et employer cela la vie que je tiens de vous4 ,je ne sais si je me trompe2 mais je crois que le meilleur moyen pour y parvenir est de vivre en bon citoyen dans la socit o vous m'avez fait natre1 et en bon pre dans la famille que vous m'avez donne4 ,note #aj3 ,un ,juif4 ,note #aa3 ,un ,turc4 ,note #ab3 ,un ,armnien4 ,a ,paris1 le #h de la lune de ,chahban1 #agac4 ,,lettre ,,xlvii4 ,,zachi ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,j'ai une grande nouvelle t'apprendre3 je me suis rconcilie avec ,zphis2 le srail1 partag entre nous1 s'est runi4 ,il ne manque que toi dans ces lieux1 o la paix rgne3 viens1 mon cher ,usbek1 viens y faire triompher l'amour4 ,je donnai ,zphis un grand festin1 o ta mre1 tes femmes et tes principales concubines furent invites2 tes tantes et plusieurs de tes cousines s'y trouvrent aussi2 elles toient venues cheval1 couvertes du sombre nuage de leurs voiles et de leurs habits4 ,le lendemain1 nous partmes pour la campagne1 o nous esprions tres plus libres2 nous montmes sur nos chameaux1 et nous nous mmes quatre dans chaque loge4 ,comme la partie avoit t faite brusquement1 nous n'emes pas le temps d'envoyer la ronde annoncer le courouc2 mais le premier eunuque1 toujours industrieux1 prit une autre prcaution3 car il joignit la toile qui nous empchoit d'tre vues un rideau si pais1 que nous ne pouvions absolument voir personne4 ,quand nous fmes arrives cette rivire qu'il faut traverser1 chacune de nous se mit1 selon la coutume1 dans une bote1 et se fit porter dans le bateau2 car on nous dit que la rivire toit pleine de monde4 ,un curieux1 qui s'approcha trop prs du lieu o nous tions enfermes1 reut un coup mortel1 qui lui ta pour jamais la lumire du jour2 un autre1 qu'on trouva se baignant tout nu sur le rivage1 eut le mme sort2 et tes fidles eunuques sacrifirent ton honneur et au ntre ces deux infortuns4 ,mais coute le reste de nos aventures4 ,quand nous fmes au milieu du fleuve1 un vent si imptueux s'leva et un nuage si affreux couvrit les airs1 que nos matelots commencrent dsesprer4 ,effrayes de ce pril1 nous nous vanoumes presque toutes4 ,je me souviens que j'entendis la voix et la dispute de nos eunuques1 dont les uns disoient qu'il falloit nous avertir du pril et nous tirer de notre prison2 mais leur chef soutint toujours qu'il mourroit plutt que de souffrir que son matre ft ainsi dshonor1 et qu'il enfonceroit un poignard dans le sein de celui qui feroit des propositions si hardies4 ,une de mes esclaves1 toute hors d'elle1 courut vers moi dshabille1 pour me secourir2 mais un eunuque noir la prit brutalement1 et la fit rentrer dans l'endroit d'o elle toit sortie4 ,pour lors je m'vanouis1 et ne revins moi que lorsque le pril fut pass4 ,que les voyages sont embarrassants pour les femmes6 ,les hommes ne sont exposs qu'aux dangers qui menacent leur vie1 et nous sommes tous les instants dans la crainte de perdre notre vie ou notre vertu4 ,adieu1 mon cher ,usbek4 ,je t'adorerai toujours4 ,du srail de ,fatm1 le #b de la lune de ,rhamazan1 #agac4 ,,lettre ,,xlviii4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,ceux qui aiment s'instruire ne sont jamais oisifs3 quoique je ne sois charg d'aucune affaire importante1 je suis cependant dans une occupation continuelle4 ,je passe ma vie examiner2 j'cris le soir ce que j'ai remarqu1 ce que j'ai vu1 ce que j'ai entendu dans la journe2 tout m'intresse1 tout m'tonne3 je suis comme un enfant1 dont les organes encore tendres sont vivement frapps par les moindres objets4 ,tu ne le croirois pas peut-tre2 nous sommes reus agrablement dans toutes les compagnies et dans toutes les socits3 je crois devoir beaucoup l'esprit vif et la gaiet naturelle de ,rica1 qui fait qu'il recherche tout le monde1 et qu'il en est galement recherch4 ,notre air tranger n'offense plus personne2 nous jouissons mme de la surprise o l'on est de nous trouver quelque politesse3 car les ,franois n'imaginent pas que notre climat produise des hommes4 ,cependant1 il faut l'avouer1 ils valent la peine qu'on les dtrompe4 ,j'ai pass quelques jours dans une maison de campagne auprs de ,paris1 chez un homme de considration1 qui est ravi d'avoir de la compagnie chez lui4 ,il a une femme fort aimable1 et qui joint une grande modestie une gaiet que la vie retire te toujours nos dames de ,perse4 tranger que j'tois1 je n'avois rien de mieux faire que d'tudier1 selon ma coutume1 sur cette foule de gens qui y abordoit sans cesse1 dont les caractres me prsentoient toujours quelque chose de nouveau4 ,je remarquai d'abord un homme dont la simplicit me plut2 je m'attachai lui1 il s'attacha moi3 de sorte que nous nous trouvions toujours l'un auprs de l'autre4 ,un jour que1 dans un grand cercle1 nous nous entretenions en particulier1 laissant les conversations gnrales elles-mmes3 ,vous trouverez peut-tre en moi1 lui dis-je1 plus de curiosit que de politesse2 mais je vous supplie d'agrer que je vous fasse quelques questions2 car je m'ennuie de n'tre au fait de rien et de vivre avec des gens que je ne saurois dmler4 ,mon esprit travaille depuis deux jours3 il n'y a pas un seul de ces hommes qui ne m'ait donn la torture plus de deux cents fois2 et cependant je ne les devinerois de mille ans3 ils me sont plus invisibles que les femmes de notre grand monarque4 ,vous n'avez qu' dire1 me rpondit-il1 et je vous instruirai de tout ce que vous souhaiterez2 d'autant mieux que je vous crois homme discret1 et que vous n'abuserez pas de ma confiance4 ,qui est cet homme1 lui dis-je1 qui nous a tant parl des repas qu'il a donns aux grands1 qui est si familier avec vos ducs1 et qui parle si souvent vos ministres qu'on me dit d'tre d'un accs si difficile8 ,il faut bien que ce soit un homme de qualit2 mais il a la physionomie si basse1 qu'il ne fait gures honneur aux gens de qualit2 et d'ailleurs je ne lui trouve point d'ducation4 ,je suis tranger2 mais il me semble qu'il y a en gnral une certaine politesse commune toutes les nations2 je ne lui trouve point de celle-l3 est-ce que vos gens de qualit sont plus mal levs que les autres8 ,cet homme1 me rpondit-il en riant1 est un fermier3 il est autant au-dessus des autres par ses richesses qu'il est au-dessous de tout le monde par sa naissance2 il auroit la meilleure table de ,paris1 s'il pouvoit se rsoudre ne manger jamais chez lui4 ,il est bien impertinent1 comme vous le voyez1 mais il excelle par son cuisinier3 aussi n'en est-il pas ingrat3 car vous avez entendu qu'il l'a lou tout aujourd'hui4 ,et ce gros homme vtu de noir1 lui dis-je1 que cette dame a fait placer auprs d'elle1 comment a-t-il un habit si lugubre avec un air si gai et un teint si fleuri8 ,il sourit gracieusement ds qu'on lui parle2 sa parure est plus modeste1 mais plus arrange que celle de vos femmes4 ,c'est1 me rpondit-il1 un prdicateur1 et1 qui pis est1 un directeur4 ,tel que vous le voyez1 il en sait plus que les maris2 il connot le foible des femmes3 elles savent aussi qu'il a le sien4 ,comment8 dis-je1 il parle toujours de quelque chose qu'il appelle la grce8 ,non pas toujours1 me rpondit-il3 l'oreille d'une jolie femme1 il parle encore plus volontiers de sa chute3 il foudroie en public1 mais il est doux comme un agneau en particulier4 ,il me semble1 dis-je pour lors1 qu'on le distingue beaucoup1 et qu'on a de grands gards pour lui4 ,comment6 si on le distingue6 ,c'est un homme ncessaire2 il fait la douceur de la vie retire3 petits conseils1 soins officieux1 visites marques2 il dissipe un mal de tte mieux qu'homme du monde2 c'est un homme excellent4 ,mais1 si je ne vous importune pas1 dites-moi qui est celui qui est vis--vis de nous1 qui est si mal habill2 qui fait quelquefois des grimaces1 et a un langage diffrent des autres2 qui n'a pas d'esprit pour parler1 mais qui parle pour avoir de l'esprit8 ,c'est1 me rpondit-il1 un pote1 et le grotesque du genre humain4 ,ces gens-l disent qu'ils sont ns ce qu'ils sont2 cela est vrai1 et aussi ce qu'ils seront toute leur vie1 c'est--dire presque toujours les plus ridicules de tous les hommes3 aussi ne les pargne-t-on point2 on verse sur eux le mpris pleines mains4 ,la famine a fait entrer celui-ci dans cette maison2 et il y est bien reu du matre et de la matresse1 dont la bont et la politesse ne se dmentent l'gard de personne2 il fit leur pithalame lorsqu'ils se marirent3 c'est ce qu'il a fait de mieux en sa vie2 car il s'est trouv que le mariage a t aussi heureux qu'il l'a prdit4 ,vous ne le croiriez pas peut-tre1 ajouta-t-il1 entt comme vous tes des prjugs de l',orient3 il y a parmi nous des mariages heureux1 et des femmes dont la vertu est un gardien svre4 ,les gens dont nous parlons gotent entre eux une paix qui ne peut tre trouble2 ils sont aims et estims de tout le monde3 il n'y a qu'une chose2 c'est que leur bont naturelle leur fait recevoir chez eux toute sorte de monde2 ce qui fait qu'il y a quelquefois mauvaise compagnie4 ,ce n'est pas que je les dsapprouve2 il faut vivre avec les gens tels qu'ils sont3 les gens qu'on dit tre de bonne compagnie ne sont souvent que ceux dont le vice est plus raffin2 et peut-tre qu'il en est comme des poisons1 dont les plus subtils sont aussi les plus dangereux4 ,et ce vieux homme1 lui dis-je tout bas1 qui a l'air si chagrin8 je l'ai pris d'abord pour un tranger2 car outre qu'il est habill autrement que les autres1 il censure tout ce qui se fait en ,france1 et n'approuve pas votre gouvernement4 ,c'est un vieux guerrier1 me dit-il1 qui se rend mmorable tous ses auditeurs par la longueur de ses exploits4 ,il ne peut souffrir que la ,france ait gagn des batailles o il ne se soit pas trouv1 ou qu'on vante un sige o il n'ait pas mont la tranche3 il se croit si ncessaire notre histoire1 qu'il s'imagine qu'elle finit o il a fini2 il regarde quelques blessures qu'il a reues1 comme la dissolution de la monarchie2 et1 la diffrence de ces philosophes qui disent qu'on ne jouit que du prsent1 et que le pass n'est rien1 il ne jouit1 au contraire1 que du pass1 et n'existe que dans les campagnes qu'il a faites3 il respire dans les temps qui se sont couls1 comme les hros doivent vivre dans ceux qui passeront aprs eux4 ,mais pourquoi1 dis-je1 a-t-il quitt le service8 ,il ne l'a point quitt1 me rpondit-il2 mais le service l'a quitt2 on l'a employ dans une petite place o il racontera le reste de ses jours2 mais il n'ira jamais plus loin3 le chemin des honneurs lui est ferm4 ,et pourquoi cela8 lui dis-je4 ,nous avons une maxime en ,france1 me rpondit-il3 c'est de n'lever jamais les officiers dont la patience a langui dans les emplois subalternes2 nous les regardons comme des gens dont l'esprit s'est comme rtrci dans les dtails1 et qui1 par une habitude de petites choses1 sont devenus incapables des plus grandes4 ,nous croyons qu'un homme qui n'a pas les qualits d'un gnral trente ans ne les aura jamais2 que celui qui n'a pas ce coup d'oeil qui montre tout d'un coup un terrain de plusieurs lieues dans toutes ses situations diffrentes1 cette prsence d'esprit qui fait que dans une victoire on se sert de tous ses avantages1 et dans un chec de toutes ses ressources1 n'acquerra jamais ces talents3 c'est pour cela que nous avons des emplois brillants pour ces hommes grands et sublimes que le ciel a partags non-seulement d'un coeur1 mais aussi d'un gnie hroque2 et des emplois subalternes pour ceux dont les talents le sont aussi4 ,de ce nombre sont ces gens qui ont vieilli dans une guerre obscure2 ils ne russissent tout au plus qu' faire ce qu'ils ont fait toute leur vie2 et il ne faut point commencer les charger dans le temps qu'ils s'affoiblissent4 ,un moment aprs1 la curiosit me reprit1 et je lui dis3 ,je m'engage ne vous plus faire de questions1 si vous voulez encore souffrir celle-ci4 ,qui est ce grand jeune homme qui a des cheveux1 peu d'esprit et tant d'impertinence8 ,d'o vient qu'il parle plus haut que les autres1 et se sait si bon gr d'tre au monde8 ,c'est un homme bonnes fortunes1 me rpondit-il4 ,a ces mots1 des gens entrrent1 d'autres sortirent1 on se leva1 quelqu'un vint parler mon gentilhomme1 et je restai aussi peu instruit qu'auparavant4 ,mais un moment aprs1 je ne sais par quel hasard ce jeune homme se trouva auprs de moi1 et1 m'adressant la parole3 ,il fait beau2 voudriez-vous1 monsieur1 faire un tour de parterre8 ,je lui rpondis le plus civilement qu'il me fut possible1 et nous sortmes ensemble4 ,je suis venu la campagne1 me dit-il1 pour faire plaisir la matresse de la maison1 avec laquelle je ne suis pas mal3 il y a bien certaine femme dans le monde qui pestera un peu1 mais qu'y faire8 ,je vois les plus jolies femmes de ,paris2 mais je ne me fixe pas une1 et je leur en donne bien garder3 car1 entre vous et moi1 je ne vaux pas grand chose4 ,apparemment1 monsieur1 lui dis-je1 que vous avez quelque charge ou quelque emploi1 qui vous empche d'tre plus assidu auprs d'elles4 ,non1 monsieur1 je n'ai d'autre emploi que de faire enrager un mari1 ou dsesprer un pre2 j'aime alarmer une femme qui croit me tenir1 et la mettre deux doigts de ma perte4 ,nous sommes quelques jeunes gens qui partageons ainsi tout ,paris1 et l'intressons nos moindres dmarches4 ,a ce que je comprends1 lui dis-je1 vous faites plus de bruit que le guerrier le plus valeureux1 et vous tes plus considr qu'un grave magistrat4 ,si vous tiez en ,perse1 vous ne jouiriez pas de tous ces avantages2 vous deviendriez plus propre garder nos dames qu' leur plaire4 ,le feu me monta au visage2 et je crois que1 pour peu que j'eusse parl1 je n'aurois pu m'empcher de le brusquer4 ,que dis-tu d'un pays o l'on tolre de pareilles gens1 et o l'on laisse vivre un homme qui fait un tel mtier8 o l'infidlit1 la trahison1 le rapt1 la perfidie et l'injustice conduisent la considration8 o l'on estime un homme parce qu'il te une fille son pre1 une femme son mari1 et trouble les socits les plus douces et les plus saintes8 ,heureux les enfants d',ali1 qui dfendent leurs familles de l'opprobre et de la sduction6 ,la lumire du jour n'est pas plus pure que le feu qui brle dans le coeur de nos femmes3 nos filles ne pensent qu'en tremblant au jour qui doit les priver de cette vertu1 qui les rend semblables aux anges et aux puissances incorporelles4 ,terre natale et chrie1 sur qui le soleil jette ses premiers regards1 tu n'es point souille par les crimes horribles qui obligent cet astre se cacher ds qu'il parot dans le noir ,occident4 ,a ,paris1 le #e de la lune de ,rhamazan1 #agac4 ,,lettre ,,xlix4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 tant l'autre jour dans ma chambre1 je vis entrer un dervis extraordinairement habill3 sa barbe descendoit jusqu' sa ceinture de corde2 il avoit les pieds nus2 son habit toit gris1 grossier1 et en quelques endroits pointu4 ,le tout me parut si bizarre1 que ma premire ide fut d'envoyer chercher un peintre pour en faire une fantaisie4 ,il me fit d'abord un grand compliment1 dans lequel il m'apprit qu'il toit homme de mrite1 et de plus capucin4 ,on m'a dit1 ajouta-t-il1 monsieur1 que vous retournez bientt la cour de ,perse1 o vous tenez un rang distingu3 je viens vous demander protection1 et vous prier de nous obtenir du roi une petite habitation1 auprs de ,casbin1 pour deux ou trois religieux4 ,mon pre1 lui dis-je1 vous voulez donc aller en ,perse8 ,moi1 monsieur6 me dit-il2 je m'en donnerai bien de garde4 ,je suis ici provincial1 et je ne troquerois pas ma condition contre celle de tous les capucins du monde4 ,et que diable me demandez-vous donc8 ,c'est1 me rpondit-il1 que si nous avions cet hospice1 nos pres d',italie y enverroient deux ou trois de leurs religieux4 ,vous les connoissez apparemment1 lui dis-je1 ces religieux8 ,non1 monsieur1 je ne les connois pas4 ,eh morbleu6 que vous importe donc qu'ils aillent en ,perse8 ,c'est un beau projet de faire respirer l'air de ,casbin deux capucins3 cela sera trs-utile et l',europe et l',asie2 il est fort ncessaire d'intresser l-dedans des monarques3 voil ce qui s'appelle de belles colonies6 ,allez1 vous et vos semblables n'tes point faits pour tre transplants1 et vous ferez bien de continuer ramper dans les endroits o vous vous tes engendrs4 ,a ,paris1 le #ae de la lune de ,rhamazan1 #agac4 ,,lettre ,l4 ,,rica ,a 9999994 ,j'ai vu des gens chez qui la vertu toit si naturelle1 qu'elle ne se faisoit pas mme sentir3 ils s'attachoient leur devoir sans s'y plier1 et s'y portoient comme par instinct2 bien loin de relever par leurs discours leurs rares qualits1 il sembloit qu'elles n'avoient pas perc jusqu' eux4 ,voil les gens que j'aime2 non pas ces gens vertueux qui semblent tre tonns de l'tre1 et qui regardent une bonne action comme un prodige dont le rcit doit surprendre4 ,si la modestie est une vertu ncessaire ceux qui le ciel a donn de grands talents1 que peut-on dire de ces insectes qui osent faire parotre un orgueil qui dshonoreroit les plus grands hommes8 ,je vois de tous cts des gens qui parlent sans cesse d'eux-mmes3 leurs conversations sont un miroir qui prsente toujours leur impertinente figure2 ils vous parleront des moindres choses qui leur sont arrives1 et ils veulent que l'intrt qu'ils y prennent les grossisse vos yeux2 ils ont tout fait1 tout vu1 tout dit1 tout pens3 ils sont un modle universel1 un sujet de comparaison inpuisable1 une source d'exemples qui ne tarit jamais4 ,oh6 que la louange est fade lorsqu'elle rflchit vers le lieu d'o elle part6 ,il y a quelques jours qu'un homme de ce caractre nous accabla pendant deux heures de lui1 de son mrite et de ses talents2 mais1 comme il n'y a point de mouvement perptuel dans le monde1 il cessa de parler2 la conversation nous revint donc1 et nous la prmes4 ,un homme qui paraissoit assez chagrin commena par se plaindre de l'ennui rpandu dans les conversations4 ,quoi6 toujours des sots qui se peignent eux-mmes1 et qui ramnent tout eux8 ,vous avez raison1 reprit brusquement notre discoureur3 il n'y a qu' faire comme moi2 je ne me loue jamais2 j'ai du bien1 de la naissance1 je fais de la dpense1 mes amis disent que j'ai quelque esprit2 mais je ne parle jamais de tout cela3 si j'ai quelques bonnes qualits1 celle dont je fais le plus de cas1 c'est ma modestie4 ,j'admirois cet impertinent2 et pendant qu'il parloit tout haut1 je disois tout bas3 ,heureux celui qui a assez de vanit pour ne dire jamais de bien de lui2 qui craint ceux qui l'coutent2 et ne compromet point son mrite avec l'orgueil des autres6 ,a ,paris1 le #bj de la lune de ,rhamazan1 #agac4 ,,lettre ,,li4 ,,nargum1 ,,envoy ,,de ,,perse ,,en ,,moscovie1 ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,on m'a crit d',ispahan que tu avois quitt la ,perse1 et que tu tois actuellement ,paris4 ,pourquoi faut-il que j'apprenne de tes nouvelles par d'autres que par toi8 ,les ordres du roi des rois me retiennent depuis cinq ans dans ce pays-ci1 o j'ai termin plusieurs ngociations importantes4 ,tu sais que le czar est le seul des princes chrtiens dont les intrts soient mls avec ceux de la ,perse1 parce qu'il est ennemi des ,turcs comme nous4 ,son empire est plus grand que le ntre3 car on compte deux mille lieues depuis ,moscou jusqu' la dernire place de ses tats du ct de la ,chine4 ,il est le matre absolu de la vie et des biens de ses sujets1 qui sont tous esclaves1 la rserve de quatre familles4 ,le lieutenant des prophtes1 le roi des rois1 qui a le ciel pour marchepied1 ne fait pas un exercice plus redoutable de sa puissance4 ,a voir le climat affreux de la ,moscovie1 on ne croiroit jamais que ce ft une peine d'en tre exil3 cependant1 ds qu'un grand est disgraci1 on le relgue en ,sibrie4 ,comme la loi de notre prophte nous dfend de boire du vin1 celle du prince le dfend aux ,moscovites4 ,ils ont une manire de recevoir leurs htes1 qui n'est point du tout persane4 ,ds qu'un tranger entre dans une maison1 le mari lui prsente sa femme2 l'tranger la baise2 et cela passe pour une politesse faite au mari4 ,quoique les pres1 au contrat de mariage de leurs filles1 stipulent ordinairement que le mari ne les fouettera pas1 cependant on ne sauroit croire combien les femmes moscovites aiment tre battues3 elles ne peuvent comprendre qu'elles possdent le coeur de leur mari1 s'il ne les bat comme il faut2 une conduite oppose1 de sa part1 est une marque d'indiffrence impardonnable4 ,voici une lettre qu'une d'elles crivit dernirement sa mre3 ,ma chre mre1 ,je suis la plus malheureuse femme du monde2 il n'y a rien que je n'aie fait pour me faire aimer de mon mari1 et je n'ai jamais pu y russir4 ,hier1 j'avois mille affaires dans la maison2 je sortis1 et je demeurai tout le jour dehors3 je crus1 mon retour1 qu'il me battroit bien fort2 mais il ne me dit pas un seul mot4 ,ma soeur est bien autrement traite3 son mari la roue de coups tous les jours2 elle ne peut pas regarder un homme1 qu'il ne l'assomme soudain3 ils s'aiment beaucoup aussi1 et ils vivent de la meilleure intelligence du monde4 ,c'est ce qui la rend si fire2 mais je ne lui donnerai pas longtemps sujet de me mpriser4 ,j'ai rsolu de me faire aimer de mon mari1 quelque prix que ce soit3 je le ferai si bien enrager1 qu'il faudra bien qu'il me donne des marques d'amiti4 ,il ne sera pas dit que je ne serai pas battue1 et que je vivrai dans la maison sans que l'on pense moi4 ,la moindre chiquenaude qu'il me donnera1 je crierai de toute ma force1 afin qu'on s'imagine qu'il y va tout de bon2 et je crois que1 si quelque voisin venoit au secours1 je l'tranglerois4 ,je vous supplie1 ma chre mre1 de vouloir bien reprsenter mon mari qu'il me traite d'une manire indigne4 ,mon pre1 qui est un si honnte homme1 n'agissoit pas de mme2 et il me souvient1 lorsque j'tois petite fille1 qu'il me sembloit quelquefois qu'il vous aimoit trop4 ,je vous embrasse1 ma chre mre4 ,les ,moscovites ne peuvent point sortir de l'empire1 quand ce seroit pour voyager4 ,ainsi1 spars des autres nations par les lois du pays1 ils ont conserv leurs anciennes coutumes avec d'autant plus d'attachement qu'ils ne croyoient pas qu'il ft possible qu'on en pt avoir d'autres4 ,mais le prince qui rgne prsent a voulu tout changer3 il a eu de grands dmls avec eux au sujet de leur barbe3 le clerg et les moines n'ont pas moins combattu en faveur de leur ignorance4 ,il s'attache faire fleurir les arts1 et ne nglige rien pour porter dans l',europe et l',asie la gloire de sa nation1 oublie jusqu'ici1 et presque uniquement connue d'elle-mme4 ,inquiet et sans cesse agit1 il erre dans ses vastes tats1 laissant partout des marques de sa svrit naturelle4 ,il les quitte1 comme s'ils ne pouvoient le contenir1 et va chercher dans l',europe d'autres provinces et de nouveaux royaumes4 ,je t'embrasse1 mon cher ,usbek3 donne-moi de tes nouvelles1 je te conjure4 ,de ,moscou1 le #b de la lune de ,chalval1 #agac4 ,,lettre ,,lii4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,j'tois l'autre jour dans une socit o je me divertis assez bien4 ,il y avoit l des femmes de tous les ges3 une de quatre-vingts ans1 une de soixante1 une de quarante1 laquelle avoit une nice qui pouvoit en avoir vingt ou vingt-deux4 ,un certain instinct me fit approcher de cette dernire1 et elle me dit l'oreille3 ,que dites-vous de ma tante1 qui son ge veut avoir des amants1 et fait la jolie8 ,elle a tort1 lui dis-je3 c'est un dessein qui ne convient qu' vous4 ,un moment aprs1 je me trouvai auprs de sa tante1 qui me dit3 ,que dites-vous de cette femme qui a pour le moins soixante ans1 qui a pass aujourd'hui plus d'une heure sa toilette8 ,c'est du temps perdu1 lui dis-je2 et il faut avoir vos charmes pour devoir y songer4 ,j'allai cette malheureuse femme de soixante ans1 et la plaignois dans mon me1 lorsqu'elle me dit l'oreille3 ,y a-t-il rien de si ridicule8 voyez-vous cette femme qui a quatre-vingts ans1 et qui met des rubans couleur de feu2 elle veut faire la jeune1 et elle y russit3 car cela approche de l'enfance4 ,ah6 bon ,dieu1 dis-je en moi-mme1 ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres8 ,c'est peut-tre un bonheur1 disois-je ensuite1 que nous trouvions de la consolation dans les faiblesses d'autrui4 ,cependant j'tois en train de me divertir1 et je dis3 ,nous avons assez mont2 descendons prsent1 et commenons par la vieille qui est au sommet4 ,madame1 vous vous ressemblez si fort1 cette dame qui je viens de parler et vous1 qu'il semble que vous soyez deux soeurs2 et je ne crois pas que vous soyez plus ge l'une que l'autre4 ,eh6 vraiment1 monsieur1 me dit-elle1 lorsque l'une mourra1 l'autre devra avoir grand'peur3 je ne crois pas qu'il y ait d'elle moi deux jours de diffrence4 ,quand je tins cette femme dcrpite1 j'allai celle de soixante ans3 ,il faut1 madame1 que vous dcidiez un pari que j'ai fait2 j'ai gag que cette dame et vous 7lui montrant la femme de quarante ans7 tiez de mme ge4 ,ma foi1 dit-elle1 je ne crois pas qu'il y ait six mois de diffrence4 ,bon1 m'y voil2 continuons4 ,je descendis encore1 et j'allai la femme de quarante ans4 ,madame1 faites-moi la grce de me dire si c'est pour rire que vous appelez cette demoiselle1 qui est l'autre table1 votre nice8 ,vous tes aussi jeune qu'elle2 elle a mme quelque chose dans le visage de pass1 que vous n'avez certainement pas2 et ces couleurs vives qui paroissent sur votre teint444 ,attendez1 me dit-elle3 je suis sa tante1 mais sa mre avoit pour le moins vingt-cinq ans plus que moi3 nous n'tions pas de mme lit2 j'ai ou dire feu ma soeur que sa fille et moi naqumes la mme anne4 ,je le disois bien1 madame1 et je n'avois pas tort d'tre tonn4 ,mon cher ,usbek1 les femmes qui se sentent finir d'avance par la perte de leurs agrments voudroient reculer vers la jeunesse4 ,eh6 comment ne chercheroient-elles pas tromper les autres8 elles font tous leurs efforts pour se tromper elles-mmes1 et pour se drober la plus affligeante de toutes les ides4 ,a ,paris1 le #c de la lune de ,chalval1 #agac4 ,,lettre ,,liii4 ,z,,lis ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,jamais passion n'a t plus forte et plus vive que celle de ,cosrou1 eunuque blanc1 pour mon esclave ,zlide2 il la demande en mariage avec tant de fureur1 que je ne puis la lui refuser4 ,et pourquoi ferois-je de la rsistance1 lorsque sa mre n'en fait pas1 et que ,zlide elle-mme parot satisfaite de l'ide de ce mariage imposteur1 et de l'ombre vaine qu'on lui prsente8 ,que veut-elle faire de cet infortun1 qui n'aura d'un mari que la jalousie2 qui ne sortira de sa froideur que pour entrer dans un dsespoir inutile2 qui se rappellera toujours la mmoire de ce qu'il a t1 pour la faire souvenir de ce qu'il n'est plus2 qui1 toujours prt se donner1 et ne se donnant jamais1 se trompera1 la trompera sans cesse1 et lui fera essuyer chaque instant tous les malheurs de sa condition8 ,h quoi6 tre toujours dans les images et dans les fantmes8 ne vivre que pour imaginer8 se trouver toujours auprs des plaisirs et jamais dans les plaisirs8 languissante dans les bras d'un malheureux1 au lieu de rpondre ses soupirs1 ne rpondre qu' ses regrets8 ,quel mpris ne doit-on pas avoir pour un homme de cette espce1 fait uniquement pour garder1 et jamais pour possder8 ,je cherche l'amour1 et je ne le vois pas4 ,je te parle librement1 parce que tu aimes ma navet1 et que tu prfres mon air libre et ma sensibilit pour les plaisirs la pudeur feinte de mes compagnes4 ,je t'ai ou dire mille fois que les eunuques gotent avec les femmes une sorte de volupt qui nous est inconnue2 que la nature se ddommage de ses pertes2 qu'elle a des ressources qui rparent le dsavantage de leur condition2 qu'on peut bien cesser d'tre homme1 mais non pas d'tre sensible2 et que1 dans cet tat1 on est comme dans un troisime sens1 o l'on ne fait1 pour ainsi dire1 que changer de plaisirs4 ,si cela toit1 je trouverois ,zlide moins plaindre2 c'est quelque chose de vivre avec des gens moins malheureux4 ,donne-moi tes ordres l-dessus1 et fais-moi savoir si tu veux que le mariage s'accomplisse dans le srail4 ,adieu4 ,du srail d',ispahan1 le #e de la lune de ,chalval1 #agac4 ,,lettre ,,liv4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,j'tois ce matin dans ma chambre1 laquelle1 comme tu sais1 n'est spare des autres que par une cloison fort mince1 et perce en plusieurs endroits2 de manire qu'on entend tout ce qui se dit dans la chambre voisine4 ,un homme1 qui se promenoit grand pas1 disoit un autre3 ,je ne sais ce que c'est1 mais tout se tourne contre moi2 il y a plus de trois jours que je n'ai rien dit qui m'ait fait honneur2 et je me suis trouv confondu ple-mle dans toutes les conversations1 sans qu'on ait fait la moindre attention moi1 et qu'on m'ait deux fois adress la parole4 ,j'avois prpar quelques saillies pour relever mon discours2 jamais on n'a voulu souffrir que je les fisse venir3 j'avois un conte fort joli faire2 mais mesure que j'ai voulu l'approcher1 on l'a esquiv comme si on l'avoit fait exprs3 j'ai quelques bons mots1 qui depuis quatre jours vieillissent dans ma tte1 sans que j'en aie pu faire le moindre usage4 ,si cela continue1 je crois qu' la fin je serai un sot3 il semble que ce soit mon toile1 et que je ne puisse m'en dispenser4 ,hier1 j'avois espr de briller avec trois ou quatre vieilles femmes qui certainement ne m'imposent point1 et je devois dire les plus jolies choses du monde3 je fus plus d'un quart d'heure diriger ma conversation2 mais elles ne tinrent jamais un propos suivi1 et elles couprent1 comme des parques fatales1 le fil de tous mes discours4 ,veux-tu que je te dise8 la rputation de bel esprit cote bien soutenir4 ,je ne sais comment tu as fait pour y parvenir4 ,il me vient dans l'ide une chose1 reprit l'autre3 travaillons de concert nous donner de l'esprit2 associons-nous pour cela4 ,nous nous dirons chacun tous les jours de quoi nous devons parler2 et nous nous secourrons si bien que1 si quelqu'un vient nous interrompre au milieu de nos ides1 nous l'attirerons nous-mmes2 et s'il ne veut pas venir de bon gr1 nous lui ferons violence4 ,nous conviendrons des endroits o il faudra approuver1 de ceux o il faudra sourire1 des autres o il faudra rire tout fait1 et gorge dploye4 ,tu verras que nous donnerons le ton toutes les conversations1 et qu'on admirera la vivacit de notre esprit et le bonheur de nos reparties4 ,nous nous protgerons par des signes de tte mutuels4 ,tu brilleras aujourd'hui1 demain tu seras mon second4 ,j'entrerai avec toi dans une maison1 et je m'crierai en te montrant3 ,il faut que je vous dise une rponse bien plaisante que monsieur vient de faire un homme que nous avons trouv dans la rue2 et je me tournerai vers toi2 il ne s'y attendoit pas2 il a t bien tonn4 ,je rciterai quelques-uns de mes vers1 et tu diras3 ,j'y tois quand il les fit2 c'toit dans un souper1 et il ne rva pas un moment4 ,souvent mme nous nous raillerons toi et moi2 et l'on dira3 ,voyez comme ils s'attaquent1 comme ils se dfendent2 ils ne s'pargnent pas2 voyons comme il sortira de l2 merveille6 quelle prsence d'esprit6 voil une vritable bataille4 ,mais on ne dira pas que nous nous tions escarmouchs ds la veille4 ,il faudra acheter de certains livres qui sont des recueils de bons mots composs l'usage de ceux qui n'ont pas d'esprit et qui en veulent contrefaire3 tout dpend d'avoir des modles4 ,je veux qu'avant six mois nous soyons en tat de tenir une conversation d'une heure toute remplie de bons mots4 ,mais il faudra avoir une attention2 c'est de soutenir leur fortune3 ce n'est pas tout que de dire un bon mot1 il faut le rpandre et le semer partout2 sans cela1 autant de perdu2 et je t'avoue qu'il n'y a rien de si dsolant que de voir une jolie chose qu'on a dite mourir dans l'oreille d'un sot qui l'entend4 ,il est vrai que souvent il y a une compensation1 et que nous disons aussi bien des sottises qui passent incognito2 et c'est la seule chose qui peut nous consoler dans cette occasion4 ,voil1 mon cher1 le parti qu'il nous faut prendre4 ,fais ce que je te dirai1 et je te promets avant six mois une place l',acadmie3 c'est pour te dire que le travail ne sera pas long1 car pour lors tu pourras renoncer ton art2 tu seras homme d'esprit1 malgr que tu en aies4 ,on remarque en ,france que1 ds qu'un homme entre dans une compagnie1 il prend d'abord ce qu'on appelle l'esprit du corps3 tu en seras de mme2 et je ne crains pour toi que l'embarras des applaudissements4 ,a ,paris1 le #f de la lune de ,zilcad1 #agad4 ,,lettre ,,lv4 ,,rica ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,chez les peuples d',europe1 le premier quart d'heure du mariage aplanit toutes les difficults2 les dernires faveurs sont toujours de mme date que la bndiction nuptiale3 les femmes n'y font point comme nos ,persanes1 qui disputent le terrain quelquefois des mois entiers2 il n'y a rien de si plnier3 si elles ne perdent rien1 c'est qu'elles n'ont rien perdre2 mais on sait toujours1 chose honteuse6 le moment de leur dfaite2 et1 sans consulter les astres1 on peut prdire au juste l'heure de la naissance de leurs enfants4 ,les ,franois ne parlent presque jamais de leurs femmes3 c'est qu'ils ont peur d'en parler devant des gens qui les connoissent mieux qu'eux4 ,il y a parmi eux des hommes trs-malheureux que personne ne console3 ce sont les maris jaloux2 il y en a que tout le monde hait3 ce sont les maris jaloux2 il y en a que tous les hommes mprisent3 ce sont encore les maris jaloux4 ,aussi n'y a-t-il point de pays o ils soient en si petit nombre que chez les ,franois4 ,leur tranquillit n'est pas fonde sur la confiance qu'ils ont en leurs femmes2 c'est au contraire sur la mauvaise opinion qu'ils en ont3 toutes les sages prcautions des ,asiatiques1 les voiles qui les couvrent1 les prisons o elles sont dtenues1 la vigilance des eunuques1 leur paroissent des moyens plus propres exercer l'industrie du sexe qu' la lasser4 ,ici les maris prennent leur parti de bonne grce1 et regardent les infidlits comme des coups d'une toile invitable4 ,un mari qui voudroit seul possder sa femme seroit regard comme perturbateur de la joie publique1 et comme un insens qui voudroit jouir de la lumire du soleil l'exclusion des autres hommes4 ,ici un mari qui aime sa femme est un homme qui n'a pas assez de mrite pour se faire aimer d'une autre2 qui abuse de la ncessit de la loi1 pour suppler aux agrments qui lui manquent2 qui se sert de tous ses avantages au prjudice d'une socit entire2 qui s'approprie ce qui ne lui avoit t donn qu'en engagement1 et qui agit autant qu'il est en lui pour renverser une convention tacite qui fait le bonheur de l'un et de l'autre sexe4 ,ce titre de mari d'une jolie femme1 qui se cache en ,asie avec tant de soin1 se porte ici sans inquitude3 on se sent en tat de faire diversion partout4 ,un prince se console de la perte d'une place par la prise d'une autre3 dans le temps que le ,turc nous prenoit ,bagdad1 n'enlevions-nous pas au ,mogol la forteresse de ,candahar8 ,un homme qui1 en gnral1 souffre les infidlits de sa femme n'est point dsapprouv2 au contraire1 on le loue de sa prudence3 il n'y a que les cas particuliers qui dshonorent4 ,ce n'est pas qu'il n'y ait des dames vertueuses1 et on peut dire qu'elles sont distingues2 mon conducteur me les faisoit toujours remarquer3 mais elles toient toutes si laides1 qu'il faut tre un saint pour ne pas har la vertu4 ,aprs ce que je t'ai dit des moeurs de ce pays-ci1 tu t'imagines facilement que les ,franois ne s'y piquent gure de constance3 ils croient qu'il est aussi ridicule de jurer une femme qu'on l'aimera toujours1 que de soutenir qu'on se portera toujours bien1 ou qu'on sera toujours heureux4 ,quand ils promettent une femme qu'ils l'aimeront toujours1 ils supposent qu'elle1 de son ct1 leur promet d'tre toujours aimable2 et si elle manque sa parole1 ils ne se croient plus engags la leur4 ,a ,paris1 le #g de la lune de ,zilcad1 #agad4 ,,lettre ,,lvi4 ,,usbek ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,le jeu est trs en usage en ,europe3 c'est un tat que d'tre joueur2 ce seul titre tient lieu de naissance1 de bien1 de probit3 il met tout homme qui le porte au rang des honntes gens1 sans examen2 quoiqu'il n'y ait personne qui ne sache qu'en jugeant ainsi il s'est tromp trs-souvent3 mais on est convenu d'tre incorrigible4 ,les femmes y sont surtout trs-adonnes2 il est vrai qu'elles ne s'y livrent gure dans leur jeunesse que pour favoriser une passion plus chre2 mais1 mesure qu'elles vieillissent1 leur passion pour le jeu semble rajeunir1 et cette passion remplit tout le vide des autres4 ,elles veulent ruiner leurs maris2 et pour y parvenir1 elles ont des moyens pour tous les ges1 depuis la plus tendre jeunesse jusqu' la vieillesse la plus dcrpite3 les habits et les quipages commencent le drangement1 la coquetterie l'augmente1 le jeu l'achve4 ,j'ai vu souvent neuf ou dix femmes1 ou plutt neuf ou dix sicles1 ranges autour d'une table2 je les ai vues dans leurs esprances1 dans leurs craintes1 dans leurs joies1 surtout dans leurs fureurs3 tu aurois dit qu'elles n'auroient jamais le temps de s'apaiser1 et que la vie alloit les quitter avant leur dsespoir2 tu aurois t en doute si ceux qu'elles payoient toient leurs cranciers1 ou leurs lgataires4 ,il semble que notre saint prophte ait eu principalement en vue de nous priver de tout ce qui peut troubler notre raison3 il nous a interdit l'usage du vin1 qui la tient ensevelie2 il nous a1 par un prcepte exprs1 dfendu les jeux de hasard2 et quand il lui a t impossible d'ter la cause des passions1 il les a amorties4 ,l'amour parmi nous ne porte ni trouble ni fureur3 c'est une passion languissante qui laisse notre me dans le calme2 la pluralit des femmes nous sauve de leur empire2 elle tempre la violence de nos dsirs4 ,a ,paris1 le #aj de la lune de ,zilhag1 #agad4 ,,lettre ,,lvii4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,les libertins entretiennent ici un nombre infini de filles de joie2 et les dvots un nombre innombrable de dervis4 ,ces dervis font trois voeux1 d'obissance1 de pauvret et de chastet4 ,on dit que le premier est le mieux observ de tous2 quant au second1 je te rponds qu'il ne l'est point3 je te laisse juger du troisime4 ,mais1 quelque riches que soient ces dervis1 ils ne quittent jamais la qualit de pauvres2 notre glorieux sultan renonceroit plutt ses magnifiques et sublimes titres3 ils ont raison2 car ce titre de pauvres les empche de l'tre4 ,les mdecins1 et quelques-uns de ces dervis1 qu'on appelle confesseurs1 sont toujours ici ou trop estims ou trop mpriss2 cependant on dit que les hritiers s'accommodent mieux des mdecins que des confesseurs4 ,je fus l'autre jour dans un couvent de ces dervis2 un d'entre eux1 vnrable par ses cheveux blancs1 m'accueillit fort honntement2 et1 aprs m'avoir fait voir toute la maison1 il me mena dans le jardin1 o nous nous mmes discourir4 ,mon pre1 lui dis-je1 quel emploi avez-vous dans la communaut8 ,monsieur1 me rpondit-il avec un air trs-content de ma question1 je suis casuiste4 ,casuiste8 repris-je3 depuis que je suis en ,france1 je n'ai pas ou parler de cette charge4 ,quoi6 vous ne savez pas ce que c'est qu'un casuiste8 ,eh bien6 coutez1 je vais vous en donner une ide qui ne vous laissera rien dsirer4 ,il y a deux sortes de pchs3 de mortels1 qui excluent absolument du paradis2 de vniels1 qui offensent ,dieu la vrit1 mais ne l'irritent pas au point de nous priver de la batitude4 ,or tout notre art consiste bien distinguer ces deux sortes de pchs3 car1 la rserve de quelques libertins1 tous les chrtiens veulent gagner le paradis2 mais il n'y a gures personne qui ne le veuille gagner meilleur march qu'il est possible4 ,quand on connot bien les pchs mortels1 on tche de ne pas commettre de ceux-l1 et l'on fait son affaire4 ,il y a des hommes qui n'aspirent pas une si grande perfection2 et comme ils n'ont point d'ambition1 ils ne se soucient pas des premires places3 aussi ils entrent en paradis le plus juste qu'ils peuvent2 pourvu qu'ils y soient1 cela leur suffit3 leur but est de n'en faire ni plus ni moins4 ,ce sont des gens qui ravissent le ciel plutt qu'ils ne l'obtiennent1 et qui disent ,dieu3 ,seigneur1 j'ai accompli les conditions la rigueur2 vous ne pouvez vous empcher de tenir vos promesses3 comme je n'en ai pas fait plus que vous n'en avez demand1 je vous dispense de m'en accorder plus que vous n'en avez promis4 ,nous sommes donc des gens ncessaires1 monsieur4 ,ce n'est pas tout pourtant2 vous allez bien voir autre chose4 ,l'action ne fait pas le crime1 c'est la connoissance de celui qui la commet3 celui qui fait un mal1 tandis qu'il peut croire que ce n'en est pas un1 est en sret de conscience2 et comme il y a un nombre infini d'actions quivoques1 un casuiste peut leur donner un degr de bont qu'elles n'ont point1 en les qualifiant telles2 et pourvu qu'il puisse persuader qu'elles n'ont pas de venin1 il le leur te tout entier4 ,je vous dis ici le secret d'un mtier o j'ai vieilli2 je vous en fais voir les raffinements3 il y a un tour donner tout1 mme aux choses qui en paroissent les moins susceptibles4 ,mon pre1 lui dis-je1 cela est fort bon2 mais comment vous accommodez-vous avec le ciel8 ,si le grand sophi avoit sa cour un homme qui ft son gard ce que vous faites contre votre ,dieu1 qui mt de la diffrence entre ses ordres1 et qui apprt ses sujets dans quel cas ils doivent les excuter1 et dans quel autre ils peuvent les violer1 il le feroit empaler sur l'heure4 ,l-dessus1 je saluai mon dervis1 et le quittai sans attendre sa rponse4 ,a ,paris1 le #bc de la lune de ,maharram1 #agad4 ,,lettre ,,lviii4 ,,rica ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,a ,paris1 mon cher ,rhdi1 il y a bien des mtiers4 ,l un homme obligeant vient1 pour un peu d'argent1 vous offrir le secret de faire de l'or4 ,un autre vous promet de vous faire coucher avec les esprits ariens1 pourvu que vous soyez seulement trente ans sans voir de femmes4 ,vous trouverez ensuite des devins si habiles1 qu'ils vous diront toute votre vie1 pourvu qu'ils aient seulement eu un quart d'heure de conversation avec vos domestiques4 ,des femmes adroites font de la virginit une fleur qui prit et renat tous les jours1 et se cueille la centime fois plus douloureusement que la premire4 ,il y en a d'autres qui1 rparant par la force de leur art toutes les injures du temps1 savent rtablir sur un visage une beaut qui chancelle1 et mme rappeler une femme du sommet de la vieillesse pour la faire redescendre jusqu' la jeunesse la plus tendre4 ,tous ces gens-l vivent ou cherchent vivre dans une ville qui est la mre de l'invention4 ,les revenus des citoyens ne s'y afferment point3 ils ne consistent qu'en esprit et en industrie2 chacun a la sienne1 qu'il fait valoir de son mieux4 ,qui voudroit nombrer tous les gens de loi qui poursuivent le revenu de quelque mosque1 auroit aussitt compt les sables de la mer1 et les esclaves de notre monarque4 ,un nombre infini de matres de langues1 d'arts et de sciences1 enseignent ce qu'ils ne savent pas2 et ce talent est bien considrable3 car il ne faut pas beaucoup d'esprit pour montrer ce qu'on sait2 mais il en faut infiniment pour enseigner ce qu'on ignore4 ,on ne peut mourir ici que subitement2 la mort ne sauroit autrement exercer son empire3 car il y a dans tous les coins des gens qui ont des remdes infaillibles contre toutes les maladies imaginables4 ,toutes les boutiques sont tendues de filets invisibles o se vont prendre tous les acheteurs4 ,l'on en sort pourtant quelquefois bon march3 une jeune marchande cajole un homme une heure entire1 pour lui faire acheter un paquet de cure-dents4 ,il n'y a personne qui ne sorte de cette ville plus prcautionn qu'il n'y est entr3 force de faire part de son bien aux autres1 on apprend le conserver2 seul avantage des trangers dans cette ville enchanteresse4 ,de ,paris1 le #aj de la lune de ,saphar1 #agad4 ,,lettre ,,lix4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,j'tois l'autre jour dans une maison o il y avoit un cercle de gens de toute espce3 je trouvai la conversation occupe par deux vieilles femmes1 qui avoient en vain travaill tout le matin se rajeunir4 ,il faut avouer1 disoit une d'entre elles1 que les hommes d'aujourd'hui sont bien diffrents de ceux que nous voyions dans notre jeunesse3 ils toient polis1 gracieux1 complaisants2 mais prsent je les trouve d'une brutalit insupportable4 ,tout est chang1 dit pour lors un homme qui paroissoit accabl de goutte1 le temps n'est plus comme il toit3 il y a quarante ans1 tout le monde se portoit bien1 on marchoit1 on toit gai1 on ne demandoit qu' rire et danser2 prsent tout le monde est d'une tristesse insupportable4 ,un moment aprs1 la conversation tourna du ct de la politique4 ,morbleu6 dit un vieux seigneur1 l'tat n'est plus gouvern1 trouvez-moi prsent un ministre comme ,monsieur ,colbert4 ,je le connoissois beaucoup1 ce ,monsieur ,colbert2 il toit de mes amis1 il me faisoit toujours payer de mes pensions avant qui que ce ft3 le bel ordre qu'il y avoit dans les finances6 tout le monde toit son aise2 mais aujourd'hui je suis ruin4 ,monsieur1 dit pour lors un ecclsiastique1 vous parlez l du temps le plus miraculeux de notre invincible monarque2 y a-t-il rien de si grand que ce qu'il faisoit alors pour dtruire l'hrsie8 ,et comptez-vous pour rien l'abolition des duels8 dit d'un air content un autre homme qui n'avoit point encore parl4 ,la remarque est judicieuse1 me dit quelqu'un l'oreille3 cet homme est charm de l'dit1 et il l'observe si bien1 qu'il y a six mois il reut cent coups de bton pour ne le pas violer4 ,il me semble1 ,usbek1 que nous ne jugeons jamais des choses que par un retour secret que nous faisons sur nous-mmes4 ,je ne suis pas surpris que les ,ngres peignent le diable d'une blancheur blouissante1 et leurs dieux noirs comme du charbon2 que la ,vnus de certains peuples ait des mamelles qui lui pendent jusqu'aux cuisses2 et qu'enfin tous les idoltres aient reprsent leurs dieux avec une figure humaine1 et leur aient fait part de toutes leurs inclinations4 ,on a dit fort bien que si les triangles faisoient un dieu1 ils lui donneroient trois cts4 ,mon cher ,usbek1 quand je vois des hommes qui rampent sur un atome1 c'est--dire la terre1 qui n'est qu'un point de l'univers1 se proposer directement pour modles de la ,providence1 je ne sais comment accorder tant d'extravagance avec tant de petitesse4 ,de ,paris1 le #ad de la lune de ,saphar2 #agad4 ,,lettre ,,lx4 ,,usbek ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,tu me demandes s'il y a des ,juifs en ,france8 ,sache que1 partout o il y a de l'argent1 il y a des ,juifs4 ,tu me demandes ce qu'ils y font8 prcisment ce qu'ils font en ,perse3 rien ne ressemble plus un ,juif d',asie qu'un ,juif europen4 ,ils font parotre chez les chrtiens1 comme parmi nous1 une obstination invincible pour leur religion1 qui va jusqu' la folie4 ,la religion juive est un vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert toute la terre1 je veux dire le mahomtisme et le christianisme2 ou plutt c'est une mre qui a engendr deux filles qui l'ont accable de mille plaies3 car1 en fait de religion1 les plus proches sont les plus grandes ennemies4 ,mais1 quelques mauvais traitements qu'elle en ait reus1 elle ne laisse pas de se glorifier de les avoir mises au monde2 elle se sert de l'une et de l'autre pour embrasser le monde entier1 tandis que d'un autre ct sa vieillesse vnrable embrasse tous les temps4 ,les ,juifs se regardent donc comme la source de toute saintet et l'origine de toute religion2 ils nous regardent au contraire comme des hrtiques qui ont chang la loi1 ou plutt comme des ,juifs rebelles4 ,si le changement s'toit fait insensiblement1 ils croient qu'ils auroient t facilement sduits3 mais comme il s'est fait tout coup et d'une manire violente1 comme ils peuvent marquer le jour et l'heure de l'une et de l'autre naissance1 ils se scandalisent de trouver en nous des ges1 et se tiennent fermes une religion que le monde mme n'a pas prcde4 ,ils n'ont jamais eu dans l',europe un calme pareil celui dont ils jouissent4 ,on commence se dfaire parmi les chrtiens de cet esprit d'intolrance qui les animoit3 on s'est mal trouv en ,espagne de les avoir chasss1 et en ,france d'avoir fatigu des chrtiens dont la croyance diffroit un peu de celle du prince4 ,on s'est aperu que le zle pour les progrs de la religion est diffrent de l'attachement qu'on doit avoir pour elle2 et que1 pour l'aimer et l'observer1 il n'est pas ncessaire de har et de perscuter ceux qui ne l'observent pas4 ,il seroit souhaiter que nos musulmans pensassent aussi sensment sur cet article que les chrtiens2 que l'on pt une bonne fois faire la paix entre ,ali et ,abubeker1 et laisser ,dieu le soin de dcider des mrites de ces saints prophtes3 je voudrois qu'on les honort par des actes de vnration et de respect1 et non pas par de vaines prfrences2 et qu'on chercht mriter leur faveur1 quelque place que ,dieu leur ait marque1 soit sa droite1 ou bien sous le marchepied de son trne4 ,a ,paris1 le #ah de la lune de ,saphar1 #agad4 ,,lettre ,,lxi4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,j'entrai l'autre jour dans une glise fameuse qu'on appelle ,notre-,dame3 pendant que j'admirois ce superbe difice1 j'eus occasion de m'entretenir avec un ecclsiastique que la curiosit y avoit attir comme moi4 ,la conversation tomba sur la tranquillit de sa profession4 ,la plupart des gens1 me dit-il1 envient le bonheur de notre tat1 et ils ont raison3 cependant il a ses dsagrments2 nous ne sommes point si spars du monde1 que nous n'y soyons appels en mille occasions3 l1 nous avons un rle trs-difficile soutenir4 ,les gens du monde sont tonnants2 ils ne peuvent souffrir notre approbation1 ni nos censures2 si nous les voulons corriger1 ils nous trouvent ridicules2 si nous les approuvons1 ils nous regardent comme des gens au-dessous de notre caractre4 ,il n'y a rien de si humiliant de penser qu'on a scandalis les impies mmes3 nous sommes donc obligs de tenir une conduite quivoque1 et d'imposer aux libertins1 non pas par un caractre dcid1 mais par l'incertitude o nous les mettons de la manire dont nous recevons leurs discours4 ,il faut avoir beaucoup d'esprit pour cela2 cet tat de neutralit est difficile3 les gens du monde1 qui hasardent tout1 qui se livrent toutes leurs saillies1 qui1 selon le succs1 les poussent ou les abandonnent1 russissent bien mieux4 ,ce n'est pas tout3 cet tat si heureux et si tranquille1 que l'on vante tant1 nous ne le conservons pas dans le monde4 ,ds que nous y paroissons1 on nous fait disputer2 on nous fait entreprendre1 par exemple1 de prouver l'utilit de la prire un homme qui ne croit pas en ,dieu1 la ncessit du jene un autre qui a ni toute sa vie l'immortalit de l'me3 l'entreprise est laborieuse1 et les rieurs ne sont pas pour nous4 ,il y a plus3 une certaine envie d'attirer les autres dans nos opinions nous tourmente sans cesse1 et est pour ainsi dire attache notre profession4 ,cela est aussi ridicule que si on voyoit les ,europens travailler1 en faveur de la nature humaine1 blanchir le visage des ,africains4 ,nous troublons l'tat1 nous nous tourmentons nous-mmes1 pour faire recevoir des points de religion qui ne sont point fondamentaux2 et nous ressemblons ce conqurant de la ,chine1 qui poussa ses sujets une rvolte gnrale pour les avoir voulu obliger se rogner les cheveux ou les ongles4 ,le zle mme que nous avons pour faire remplir ceux dont nous sommes chargs les devoirs de notre sainte religion est souvent dangereux1 et il ne sauroit tre accompagn de trop de prudence4 ,un empereur nomm ,thodose fit passer au fil de l'pe tous les habitants d'une ville1 mme les femmes et les petits enfants3 s'tant ensuite prsent pour entrer dans une glise1 un vque nomm ,ambroise lui fit fermer les portes1 comme un meurtrier et un sacrilge2 et en cela il fit une action hroque4 ,cet empereur ayant ensuite fait la pnitence qu'un tel crime exigeoit1 ayant t admis dans l'glise1 s'alla placer parmi les prtres2 le mme vque l'en fit sortir2 et en cela il commit l'action d'un fanatique et d'un fou3 tant il est vrai que l'on doit se dfier de son zle4 ,qu'importoit la religion ou l'tat que ce prince et1 ou n'et pas1 une place parmi les prtres8 ,de ,paris1 le #a;er de la lune de ,rebiab #a1 #agad4 ,,lettre ,,lxii4 ,z,,lis ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,ta fille ayant atteint sa septime anne1 j'ai cru qu'il toit temps de la faire passer dans les appartements intrieurs du srail1 et de ne point attendre qu'elle ait dix ans pour la confier aux eunuques noirs4 ,on ne sauroit de trop bonne heure priver une jeune personne des liberts de l'enfance1 et lui donner une ducation sainte dans les sacrs murs o la pudeur habite4 ,car je ne puis tre de l'avis de ces mres qui ne renferment leurs filles que lorsqu'elles sont sur le point de leur donner un poux2 qui1 les condamnant au srail plutt qu'elles ne les y consacrent1 leur font embrasser violemment une manire de vie qu'elles auroient d leur inspirer4 ,faut-il tout attendre de la force de la raison1 et rien de la douceur de l'habitude8 ,c'est en vain que l'on nous parle de la subordination o la nature nous a mises3 ce n'est pas assez de nous la faire sentir2 il faut nous la faire pratiquer1 afin qu'elle nous soutienne dans ce temps critique o les passions commencent natre1 et nous encourager l'indpendance4 ,si nous n'tions attaches vous que par le devoir1 nous pourrions quelquefois l'oublier2 si nous n'y tions entranes que par le penchant1 peut-tre un penchant plus fort pourroit l'affoiblir4 ,mais quand les lois nous donnent un homme1 elles nous drobent tous les autres1 et nous mettent aussi loin d'eux que si nous en tions cent mille lieues4 ,la nature1 industrieuse en faveur des hommes1 ne s'est pas borne leur donner des dsirs2 elle a voulu que nous en eussions nous-mmes1 et que nous fussions des instruments anims de leur flicit3 elle nous a mises dans le feu des passions1 pour les faire vivre tranquilles2 s'ils sortent de leur insensibilit1 elle nous a destines les y faire rentrer1 sans que nous puissions jamais goter cet heureux tat o nous les mettons4 ,cependant1 ,usbek1 ne t'imagine pas que ta situation soit plus heureuse que la mienne3 j'ai got ici mille plaisirs que tu ne connois pas3 mon imagination a travaill sans cesse m'en faire connotre le prix3 j'ai vcu1 et tu n'as fait que languir4 ,dans la prison mme o tu me retiens1 je suis plus libre que toi3 tu ne saurois redoubler tes attentions pour me faire garder1 que je ne jouisse de tes inquitudes2 et tes soupons1 ta jalousie1 tes chagrins1 sont autant de marques de ta dpendance4 ,continue1 cher ,usbek3 fais veiller sur moi nuit et jour2 ne te fie pas mme aux prcautions ordinaires2 augmente mon bonheur en assurant le tien2 et sache que je ne redoute rien1 que ton indiffrence4 ,du srail d',ispahan1 le #b de la lune de ,rebiab #a1 #agad4 ,,lettre ,,lxiii4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,je crois que tu veux passer ta vie la campagne4 ,je ne te perdois au commencement que pour deux ou trois jours2 et en voil quinze que je ne t'ai vu3 il est vrai que tu es dans une maison charmante1 que tu y trouves une socit qui te convient1 que tu y raisonnes tout ton aise3 il n'en faut pas davantage pour te faire oublier tout l'univers4 ,pour moi1 je mne peu prs la mme vie que tu m'as vu mener2 je me rpands dans le monde1 et je cherche le connotre3 mon esprit perd insensiblement tout ce qui lui reste d'asiatique1 et se plie sans effort aux moeurs europennes4 ,je ne suis plus si tonn de voir dans une maison cinq ou six femmes avec cinq ou six hommes2 et je trouve que cela n'est pas mal imagin4 ,je le puis dire1 je ne connois les femmes que depuis que je suis ici2 j'en ai plus appris dans un mois que je n'aurois fait en trente ans dans un srail4 ,chez nous les caractres sont tous uniformes1 parce qu'ils sont forcs3 on ne voit pas les gens tels qu'ils sont1 mais tels qu'on les oblige d'tre2 dans cette servitude du coeur et de l'esprit on n'entend parler que la crainte1 qui n'a qu'un langage1 et non pas la nature1 qui s'exprime si diffremment1 et qui parot sous tant de formes4 ,la dissimulation1 cet art parmi nous si pratiqu et si ncessaire1 est ici inconnue3 tout parle1 tout se voit1 tout s'entend2 le coeur se montre comme le visage2 dans les moeurs1 dans la vertu1 dans le vice mme1 on aperoit toujours quelque chose de naf4 ,il faut1 pour plaire aux femmes1 un certain talent diffrent de celui qui leur plat encore davantage3 il consiste dans une espce de badinage dans l'esprit1 qui les amuse en ce qu'il semble leur promettre chaque instant ce qu'on ne peut tenir que dans de trop longs intervalles4 ,ce badinage1 naturellement fait pour les toilettes1 semble tre venu former le caractre gnral de la nation3 on badine au conseil1 on badine la tte d'une arme1 on badine avec un ambassadeur2 les professions ne paroissent ridicules qu' proportion du srieux qu'on y met3 un mdecin ne le seroit plus1 si ses habits toient moins lugubres1 et s'il tuoit ses malades en badinant4 ,a ,paris1 le #aj de la lune de ,rebiab #a1 #agad4 ,,lettre ,,lxiv4 ,,le ,,chef ,,des ,,eunuques ,,noirs ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,je suis dans un embarras que je ne saurois t'exprimer1 magnifique seigneur3 le srail est dans un dsordre et une confusion pouvantables2 la guerre rgne entre tes femmes2 tes eunuques sont partags2 on n'entend que plaintes1 que murmures1 que reproches2 mes remontrances sont mprises2 tout semble permis dans ce temps de licence1 et je n'ai plus qu'un vain titre dans le srail4 ,il n'y a aucune de tes femmes qui ne se juge au-dessus des autres par sa naissance1 par sa beaut1 par ses richesses1 par son esprit1 par ton amour2 et qui ne fasse valoir quelques-uns de ces titres-l pour avoir toutes les prfrences3 je perds chaque instant cette longue patience1 avec laquelle nanmoins j'ai eu le malheur de les mcontenter toutes2 ma prudence1 ma complaisance mme1 vertu si rare et si trangre dans le poste que j'occupe1 ont t inutiles4 ,veux-tu que je te dcouvre1 magnifique seigneur1 la cause de tous ces dsordres8 ,elle est toute dans ton coeur1 et dans les tendres gards que tu as pour elles4 ,si tu ne me retenois par la main2 si1 au lieu de la voie des remontrances1 tu me laissois celle des chtiments2 si1 sans te laisser attendrir leurs plaintes et leurs larmes1 tu les envoyois pleurer devant moi1 qui ne m'attendris jamais1 je les faonnerois bientt au joug qu'elles doivent porter1 et je lasserois leur humeur imprieuse et indpendante4 ,enlev ds l'ge de quinze ans du fond de l',afrique1 ma patrie1 je fus d'abord vendu un matre qui avoit plus de vingt femmes1 ou concubines4 ,ayant jug mon air grave et taciturne que j'tois propre au srail1 il ordonna qu'on achevt de me rendre tel2 et me fit faire une opration pnible dans les commencements1 mais qui me fut heureuse dans la suite1 parce qu'elle m'approcha de l'oreille et de la confiance de mes matres4 ,j'entrai dans ce srail1 qui fut pour moi un nouveau monde4 ,le premier eunuque1 l'homme le plus svre que j'aie vu de ma vie1 y gouvernoit avec un empire absolu4 ,on n'y entendoit parler ni de divisions1 ni de querelles3 un silence profond rgnoit partout2 toutes ces femmes toient couches la mme heure d'un bout de l'anne l'autre1 et leves la mme heure2 elles entroient dans le bain tour tour1 elles en sortoient au moindre signe que nous leur en faisions2 le reste du temps1 elles toient presque toujours enfermes dans leurs chambres4 ,il avoit une rgle1 qui toit de les faire tenir dans une grande propret1 et il avoit pour cela des attentions inexprimables3 le moindre refus d'obir toit puni sans misricorde4 ,je suis1 disoit-il1 esclave2 mais je le suis d'un homme qui est votre matre1 et le mien2 et j'use du pouvoir qu'il m'a donn sur vous3 c'est lui qui vous chtie1 et non pas moi1 qui ne fais que prter ma main4 ,ces femmes n'entroient jamais dans la chambre de mon matre qu'elles n'y fussent appeles2 elles recevoient cette grce avec joie1 et s'en voyoient prives sans se plaindre4 ,enfin moi1 qui tois le dernier des noirs dans ce srail tranquille1 j'tois mille fois plus respect que je ne le suis dans le tien1 o je les commande tous4 ,ds que ce grand eunuque eut connu mon gnie1 il tourna les yeux de mon ct2 il parla de moi mon matre1 comme d'un homme capable de travailler selon ses vues1 et de lui succder dans le poste qu'il remplissoit2 il ne fut point tonn de ma grande jeunesse1 il crut que mon attention me tiendroit lieu d'exprience4 ,que te dirai-je8 je fis tant de progrs dans sa confiance1 qu'il ne faisoit plus difficult de me confier les clefs des lieux terribles qu'il gardoit depuis si longtemps4 ,c'est sous ce grand matre que j'appris l'art difficile de commander1 et que je me formai aux maximes d'un gouvernement inflexible3 j'tudiai sous lui le coeur des femmes2 il m'apprit profiter de leurs foiblesses et ne point m'tonner de leurs hauteurs4 ,souvent il se plaisoit de me les faire exercer mme1 et de les conduire jusqu'au dernier retranchement de l'obissance2 il les faisoit ensuite revenir insensiblement1 et vouloit que je parusse pour quelque temps plier moi-mme4 ,mais il falloit le voir dans ces moments1 o il les trouvoit tout prs du dsespoir1 entre les prires et les reproches3 il soutenoit leurs larmes sans s'mouvoir4 ,voil1 disoit-il d'un air content1 comment il faut gouverner les femmes3 leur nombre ne m'embarrasse pas2 je conduirois de mme toutes celles de notre grand monarque4 ,comment un homme peut-il esprer de captiver leur coeur1 si ses fidles eunuques n'ont commenc par soumettre leur esprit8 ,il avoit non-seulement de la fermet1 mais aussi de la pntration3 il lisoit leurs penses et leurs dissimulations2 leurs gestes tudis1 leur visage feint ne lui droboient rien2 il savoit toutes leurs actions les plus caches et leurs paroles les plus secrtes2 il se servoit des unes pour connotre les autres1 et il se plaisoit rcompenser la moindre confidence4 ,comme elles n'abordoient leur mari que lorsqu'elles toient averties1 l'eunuque y appeloit qui il vouloit1 et tournoit les yeux de son matre sur celles qu'il avoit en vue2 et cette distinction toit la rcompense de quelque secret rvl3 il avoit persuad son matre qu'il toit du bon ordre qu'il lui laisst ce choix1 afin de lui donner une autorit plus grande4 ,voil comme on gouvernoit1 magnifique seigneur1 dans un srail qui toit1 je crois1 le mieux rgl qu'il y et en ,perse4 ,laisse-moi les mains libres3 permets que je me fasse obir2 huit jours remettront l'ordre dans le sein de la confusion2 c'est ce que ta gloire demande1 et que ta sret exige4 ,de ton srail d',ispahan1 le #i de la lune de ,rebiab #a1 #agad4 ,,lettre ,,lxv4 ,,usbek ,a ,,ses ,,femmes4 ,au srail d',ispahan4 ,j'apprends que le srail est dans le dsordre1 et qu'il est rempli de querelles et de divisions intestines4 ,que vous recommandai-je en partant1 que la paix et la bonne intelligence8 ,vous me le promtes2 toit-ce pour me tromper8 ,c'est vous qui seriez trompes1 si je voulois suivre les conseils que me donne le grand eunuque1 si je voulois employer mon autorit pour vous faire vivre comme mes exhortations le demandoient de vous4 ,je ne sais me servir de ces moyens violents que lorsque j'ai tent tous les autres3 faites donc en votre considration ce que vous n'avez pas voulu faire la mienne4 ,le premier eunuque a grand sujet de se plaindre3 il dit que vous n'avez aucun gard pour lui4 ,comment pouvez-vous accorder cette conduite avec la modestie de votre tat8 ,n'est-ce pas lui que1 pendant mon absence1 votre vertu est confie8 ,c'est un trsor sacr1 dont il est le dpositaire4 ,mais ces mpris que vous lui tmoignez sont une marque que ceux qui sont chargs de vous faire vivre dans les lois de l'honneur vous sont charge4 ,changez donc de conduite1 je vous prie2 et faites en sorte que je puisse une autre fois rejeter les propositions que l'on me fait contre votre libert et votre repos4 ,car je voudrois vous faire oublier que je suis votre matre1 pour me souvenir seulement que je suis votre poux4 ,a ,paris1 le #e de la lune de ,chahban1 #agad4 ,,lettre ,,lxvi4 ,,rica ,a 9999994 ,on s'attache ici beaucoup aux sciences1 mais je ne sais si on est fort savant4 ,celui qui doute de tout comme philosophe n'ose rien nier comme thologien2 cet homme contradictoire est toujours content de lui1 pourvu qu'on convienne des qualits4 ,la fureur de la plupart des ,franois1 c'est d'avoir de l'esprit2 et la fureur de ceux qui veulent avoir de l'esprit1 c'est de faire des livres4 ,cependant il n'y a rien de si mal imagin3 la nature sembloit avoir sagement pourvu ce que les sottises des hommes fussent passagres1 et les livres les immortalisent4 ,un sot devroit tre content d'avoir ennuy tous ceux qui ont vcu avec lui3 il veut encore tourmenter les races futures2 il veut que sa sottise triomphe de l'oubli dont il auroit pu jouir comme du tombeau2 il veut que la postrit soit informe qu'il a vcu1 et qu'elle sache jamais qu'il a t un sot4 ,de tous les auteurs1 il n'y en a point que je mprise plus que les compilateurs1 qui vont de tous cts chercher des lambeaux des ouvrages des autres1 qu'ils plaquent dans les leurs1 comme des pices de gazon dans un parterre3 ils ne sont point au-dessus de ces ouvriers d'imprimerie qui rangent des caractres1 qui1 combins ensemble1 font un livre o ils n'ont fourni que la main4 ,je voudrois qu'on respectt les livres originaux2 et il me semble que c'est une espce de profanation de tirer les pices qui les composent du sanctuaire o elles sont1 pour les exposer un mpris qu'elles ne mritent point4 ,quand un homme n'a rien dire de nouveau1 que ne se tait-il8 ,qu'a-t-on affaire de ces doubles emplois8 ,mais je veux donner un nouvel ordre4 ,vous tes un habile homme3 c'est--dire que vous venez dans ma bibliothque et vous mettez en bas les livres qui sont en haut1 et en haut ceux qui sont en bas3 vous avez fait un chef-d'oeuvre4 ,je t'cris sur ce sujet1 9999991 parce que je suis outr d'un livre que je viens de quitter1 qui est si gros qu'il sembloit contenir la science universelle2 mais il m'a rompu la tte sans m'avoir rien appris4 ,adieu4 ,a ,paris1 le #h de la lune de ,chahban1 #agad4 ,,lettre ,,lxvii4 ,,ibben ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,trois vaisseaux sont arrivs ici sans m'avoir apport aucune de tes nouvelles4 ,es-tu malade8 ou te plais-tu m'inquiter8 ,si tu ne m'aimes pas dans un pays o tu n'es li rien1 que sera-ce au milieu de la ,perse1 et dans le sein de ta famille8 ,mais peut-tre que je me trompe3 tu es assez aimable pour trouver partout des amis2 le coeur est citoyen de tous les pays3 comment une me bien faite peut-elle s'empcher de former des engagements8 ,je te l'avoue1 je respecte les anciennes amitis2 mais je ne suis pas fch d'en faire partout de nouvelles4 ,en quelque pays que j'aie t1 j'y ai vcu comme si j'avois d y passer ma vie3 j'ai eu le mme empressement pour les gens vertueux1 la mme compassion ou plutt la mme tendresse pour les malheureux1 la mme estime pour ceux que la prosprit n'a point aveugls4 ,c'est mon caractre1 ,usbek2 partout o je trouverai des hommes1 je me choisirai des amis4 ,il y a ici un ,gubre qui1 aprs toi1 a1 je crois1 la premire place dans mon coeur3 c'est l'me de la probit mme4 ,des raisons particulires l'ont oblig de se retirer dans cette ville1 o il vit tranquille du produit d'un trafic honnte avec une femme qu'il aime4 ,sa vie est toute marque d'actions gnreuses2 et1 quoiqu'il cherche la vie obscure1 il y a plus d'hrosme dans son coeur que dans celui des plus grands monarques4 ,je lui ai parl mille fois de toi1 je lui montre toutes tes lettres2 je remarque que cela lui fait plaisir1 et je vois dj que tu as un ami qui t'est inconnu4 ,tu trouveras ici ses principales aventures3 quelque rpugnance qu'il et les crire1 il n'a pu les refuser mon amiti1 et je les confie la tienne4 ,,histoire ,d',,aph,,ridon ,,et ,d',,astart4 ,je suis n parmi les ,gubres1 d'une religion qui est peut-tre la plus ancienne qui soit au monde4 ,je fus si malheureux que l'amour me vint avant la raison4 ,j'avois peine six ans1 que je ne pouvois vivre qu'avec ma soeur2 mes yeux s'attachoient toujours sur elle2 et lorsqu'elle me quittoit un moment1 elle les retrouvoit baigns de larmes3 chaque jour n'augmentoit pas plus mon ge que mon amour4 ,mon pre1 tonn d'une si forte sympathie1 auroit bien souhait de nous marier ensemble1 selon l'ancien usage des ,gubres introduit par ,cambyse2 mais la crainte des mahomtans1 sous le joug desquels nous vivons1 empche ceux de notre nation de penser ces alliances saintes1 que notre religion ordonne plutt qu'elle ne permet1 et qui sont des images si naves de l'union dj forme par la nature4 ,mon pre1 voyant donc qu'il auroit t dangereux de suivre mon inclination et la sienne1 rsolut d'teindre une flamme qu'il croyoit naissante1 mais qui toit dj son dernier priode2 il prtexta un voyage1 et m'emmena avec lui1 laissant ma soeur entre les mains d'une de ses parentes2 car ma mre toit morte depuis deux ans4 ,je ne vous dirai point quel fut le dsespoir de cette sparation3 j'embrassai ma soeur toute baigne de larmes2 mais je n'en versai point1 car la douleur m'avoit rendu comme insensible4 ,nous arrivmes ,tefflis2 et mon pre1 ayant confi mon ducation un de nos parents1 m'y laissa et s'en retourna chez lui4 ,quelque temps aprs1 j'appris qu'il avoit1 par le crdit d'un de ses amis1 fait entrer ma soeur dans le beiram du roi1 o elle toit au service d'une sultane4 ,si l'on m'avoit appris sa mort1 je n'en aurois pas t plus frapp3 car1 outre que je n'esprois plus de la revoir1 son entre dans le beiram l'avoit rendue mahomtane2 et elle ne pouvoit plus1 suivant le prjug de cette religion1 me regarder qu'avec horreur4 ,cependant1 ne pouvant plus vivre ,tefflis1 las de moi-mme et de la vie1 je retournai ,ispahan4 ,mes premires paroles furent amres mon pre2 je lui reprochai d'avoir mis sa fille en un lieu o l'on ne peut entrer qu'en changeant de religion4 ,vous avez attir sur votre famille1 lui dis-je1 la colre de ,dieu et du ,soleil qui vous claire2 vous avez plus fait que si vous aviez souill les lments1 puisque vous avez souill l'me de votre fille1 qui n'est pas moins pure3 j'en mourrai de douleur et d'amour2 mais puisse ma mort tre la seule peine que ,dieu vous fasse sentir6 ,a ces mots1 je sortis2 et pendant deux ans je passai ma vie aller regarder les murailles du beiram1 et considrer le lieu o ma soeur pouvoit tre1 m'exposant tous les jours mille fois tre gorg par les eunuques qui font la ronde autour de ces redoutables lieux4 ,enfin mon pre mourut2 et la sultane que ma soeur servoit1 la voyant tous les jours crotre en beaut1 en devint jalouse1 et la maria avec un eunuque qui la souhaitoit avec passion4 ,par ce moyen1 ma soeur sortit du srail1 et prit avec son eunuque une maison ,ispahan4 ,je fus plus de trois mois sans pouvoir lui parler2 l'eunuque1 le plus jaloux de tous les hommes1 me remettant toujours1 sous divers prtextes4 ,enfin j'entrai dans son beiram1 et il me lui fit parler au travers d'une jalousie3 des yeux de lynx ne l'auroient pas pu dcouvrir1 tant elle toit enveloppe d'habits et de voiles2 et je ne la pus reconnotre qu'au son de sa voix4 ,quelle fut mon motion quand je me vis si prs et si loign d'elle6 ,je me contraignis1 car j'tois examin4 ,quant elle1 il me parut qu'elle versa quelques larmes4 ,son mari voulut me faire quelques mauvaises excuses2 mais je le traitai comme le dernier des esclaves4 ,il fut bien embarrass quand il vit que je parlois ma soeur une langue qui lui toit inconnue3 c'toit l'ancien persan1 qui est notre langue sacre4 ,quoi6 ma soeur1 lui dis-je1 est-il vrai que vous avez quitt la religion de vos pres8 ,je sais qu'en entrant au beiram vous avez d faire profession du mahomtisme2 mais1 dites-moi1 votre coeur a-t-il pu consentir1 comme votre bouche1 quitter une religion qui me permet de vous aimer8 ,et pour qui la quittez-vous1 cette religion1 qui nous doit tre si chre8 pour un misrable encore fltri des fers qu'il a ports2 qui1 s'il toit homme1 seroit le dernier de tous6 ,mon frre1 dit-elle1 cet homme dont vous parlez est mon mari2 il faut que je l'honore1 tout indigne qu'il vous parot2 et je serois aussi la dernire des femmes si444 ,ah6 ma soeur1 lui dis-je1 vous tes gubre2 il n'est ni votre poux1 ni ne peut l'tre3 si vous tes fidle comme vos pres1 vous ne devez le regarder que comme un monstre4 ,hlas6 dit-elle1 que cette religion se montre moi de loin6 peine en savois-je les prceptes1 qu'il les fallut oublier4 ,vous voyez que cette langue que je vous parle ne m'est plus familire1 et que j'ai toutes les peines du monde m'exprimer3 mais comptez que le souvenir de notre enfance me charme toujours2 que1 depuis ce temps-l1 je n'ai eu que de fausses joies2 qu'il ne s'est pas pass de jour que je n'aie pens vous2 que vous avez eu plus de part que vous ne croyez mon mariage1 et que je n'y ai t dtermine que par l'esprance de vous revoir4 ,mais que ce jour qui m'a tant cot va me coter encore4 ,je vous vois tout hors de vous-mme3 mon mari frmit de rage et de jalousie3 je ne vous verrai plus2 je vous parle sans doute pour la dernire fois de ma vie3 si cela toit1 mon frre1 elle ne seroit pas longue4 ,a ces mots elle s'attendrit2 et1 se voyant hors d'tat de tenir la conversation1 elle me quitta le plus dsol de tous les hommes4 ,trois ou quatre jours aprs je demandai voir ma soeur3 le barbare eunuque auroit bien voulu m'en empcher2 mais1 outre que ces sortes de maris n'ont pas sur leurs femmes la mme autorit que les autres1 il aimoit si perdument ma soeur1 qu'il ne savoit rien lui refuser4 ,je la vis encore dans le mme lieu et dans le mme quipage1 accompagne de deux esclaves2 ce qui me fit avoir recours notre langue particulire4 ,ma soeur1 lui dis-je1 d'o vient que je ne puis vous voir sans me trouver dans une situation affreuse8 ,les murailles qui vous tiennent enferme1 ces verrous et ces grilles1 ces misrables gardiens qui vous observent1 me mettent en fureur4 ,comment avez-vous perdu la douce libert dont jouissoient vos anctres8 ,votre mre1 qui toit si chaste1 ne donnoit son mari1 pour garant de sa vertu1 que sa vertu mme3 ils vivoient heureux l'un et l'autre dans une confiance mutuelle2 et la simplicit de leurs moeurs toit pour eux une richesse plus prcieuse mille fois que le faux clat dont vous semblez jouir dans cette maison somptueuse4 ,en perdant votre religion1 vous avez perdu votre libert1 votre bonheur1 et cette prcieuse galit qui fait l'honneur de votre sexe4 ,mais ce qu'il y a de pis encore1 c'est que vous tes1 non pas la femme1 car vous ne pouvez pas l'tre2 mais l'esclave d'un esclave1 qui a t dgrad de l'humanit4 ,ah6 mon frre1 dit-elle1 respectez mon poux1 respectez la religion que j'ai embrasse3 selon cette religion1 je n'ai pu vous entendre ni vous parler sans crime4 ,quoi6 ma soeur1 lui dis-je tout transport1 vous la croyez donc vritable1 cette religion8 ,ah6 dit-elle1 qu'il me seroit avantageux qu'elle ne le ft pas6 ,je fais pour elle un trop grand sacrifice1 pour que je puisse ne la pas croire2 et si mes doutes444 ,a ces mots elle se tut4 ,oui1 vos doutes1 ma soeur1 sont bien fonds1 quels qu'ils soient4 ,qu'attendez-vous d'une religion qui vous rend malheureuse dans ce monde-ci1 et ne vous laisse point d'esprance pour l'autre8 ,songez que la ntre est la plus ancienne qui soit au monde2 qu'elle a toujours fleuri dans la ,perse2 et n'a pas d'autre origine que cet empire1 dont les commencements ne sont point connus2 que ce n'est que le hasard qui y a introduit le mahomtisme2 que cette secte y a t tablie1 non par la voie de la persuasion1 mais de la conqute4 ,si nos princes naturels n'avoient pas t foibles1 vous verriez rgner encore le culte de ces anciens mages4 ,transportez-vous dans ces sicles reculs3 tout vous parlera du magisme1 et rien de la secte mahomtane1 qui1 plusieurs milliers d'annes aprs1 n'toit pas mme dans son enfance4 ,mais1 dit-elle1 quand ma religion seroit plus moderne que la vtre1 elle est au moins plus pure1 puisqu'elle n'adore que ,dieu2 au lieu que vous adorez encore le ,soleil1 les toiles1 le ,feu1 et mme les lments4 ,je vois1 ma soeur1 que vous avez appris parmi les musulmans calomnier notre sainte religion4 ,nous n'adorons ni les ,astres ni les lments1 et nos pres ne les ont jamais adors3 jamais ils ne leur ont lev des temples1 jamais ils ne leur ont offert des sacrifices2 ils leur ont seulement rendu un culte religieux1 mais infrieur1 comme des ouvrages et des manifestations de la ,divinit4 ,mais1 ma soeur1 au nom de ,dieu qui nous claire1 recevez ce livre sacr que je vous porte2 c'est le livre de notre lgislateur ,zoroastre2 lisez-le sans prvention3 recevez dans votre coeur les rayons de lumire qui vous claireront en le lisant2 souvenez-vous de vos pres1 qui ont si longtemps honor le ,soleil dans la ville sainte de ,balk2 et enfin souvenez-vous de moi1 qui n'espre de repos1 de fortune1 de vie1 que de votre changement4 ,je la quittai tout transport1 et la laissai seule dcider la plus grande affaire que je pusse avoir de ma vie4 ,j'y retournai deux jours aprs2 je ne lui parlai point3 j'attendis dans le silence l'arrt de ma vie ou de ma mort4 ,vous tes aim1 mon frre1 me dit-elle1 et par une ,gubre4 ,j'ai longtemps combattu3 mais dieux6 que l'amour lve de difficults6 que je suis soulage6 ,je ne crains plus de vous trop aimer1 je puis ne mettre point de bornes mon amour2 l'excs mme en est lgitime4 ,ah6 que ceci convient bien l'tat de mon coeur6 ,mais vous1 qui avez su rompre les chanes que mon esprit s'tait forges1 quand romprez-vous celles qui me lient les mains8 ,ds ce moment je me donne vous3 faites voir1 par la promptitude avec laquelle vous m'accepterez1 combien ce prsent vous est cher4 ,mon frre1 la premire fois que je pourrai vous embrasser1 je crois que je mourrai dans vos bras4 ,je n'exprimerois jamais bien la joie que je sentis ces douces paroles1 je me crus et je me vis en effet1 en un instant1 le plus heureux de tous les hommes2 je vis presque accomplir tous les dsirs que j'avois forms en vingt-cinq ans de vie1 et vanouir tous les chagrins qui me l'avoient rendue si laborieuse4 ,mais1 quand je me fus un peu accoutum ces douces ides1 je trouvai que je n'tois pas si prs de mon bonheur que je m'tois figur tout coup1 quoique j'eusse surmont le plus grand de tous les obstacles4 ,il falloit surprendre la vigilance de ses gardiens2 je n'osois confier personne le secret de ma vie3 il falloit que nous fissions tout1 elle et moi3 si je manquois mon coup1 je courois risque d'tre empal2 mais je ne voyois pas de peine plus cruelle que de le manquer4 ,nous convnmes qu'elle m'enverroit demander une horloge1 que son pre lui avoit laisse1 et que j'y mettrois dedans une lime1 pour scier les jalousies de sa fentre qui donnoient dans la rue1 et une corde noue pour descendre2 que je ne la verrois plus dornavant1 mais que j'irois toutes les nuits sous cette fentre attendre qu'elle pt excuter son dessein4 ,je passai quinze nuits entires sans voir personne1 parce qu'elle n'avoit pas trouv le temps favorable4 ,enfin1 la seizime1 j'entendis une scie qui travailloit2 de temps en temps l'ouvrage toit interrompu1 et dans ces intervalles ma frayeur toit inexprimable4 ,enfin1 aprs une heure de travail1 je la vis qui attachoit la corde2 elle se laissa aller1 et glissa dans mes bras4 ,je ne connus plus le danger1 et je restai longtemps sans bouger de l2 je la conduisis hors de la ville1 o j'avois un cheval tout prt2 je la mis en croupe derrire moi1 et m'loignai1 avec toute la promptitude imaginable1 d'un lieu qui pouvoit nous tre si funeste4 ,nous arrivmes avant le jour chez un ,gubre1 dans un lieu dsert o il toit retir1 vivant frugalement du travail de ses mains2 nous ne jugemes pas propos de rester chez lui2 et1 par son conseil1 nous entrmes dans une paisse fort1 et nous nous mmes dans le creux d'un vieux chne1 jusqu' ce que le bruit de notre vasion se ft dissip4 ,nous vivions tous deux dans ce sjour cart1 sans tmoins1 nous rptant sans cesse que nous nous aimerions toujours1 attendant l'occasion que quelque prtre gubre pt faire la crmonie du mariage prescrite par nos livres sacrs4 ,ma soeur1 lui dis-je1 que cette union est sainte6 la nature nous avoit unis1 notre sainte loi va nous unir encore4 ,enfin un prtre vint calmer notre impatience amoureuse4 ,il fit dans la maison du paysan toutes les crmonies du mariage2 il nous bnit1 et nous souhaita mille fois toute la vigueur de ,gustaspe et la saintet de l',hohoraspe4 ,bientt aprs nous quittmes la ,perse1 o nous n'tions pas en sret1 et nous nous retirmes en ,gorgie4 ,nous y vcmes un an1 tous les jours plus charms l'un de l'autre3 mais comme mon argent alloit finir1 et que je craignois la misre pour ma soeur1 non pas pour moi1 je la quittai pour aller chercher quelque secours chez nos parents4 ,jamais adieu ne fut plus tendre4 ,mais mon voyage me fut non-seulement inutile1 mais funeste3 car1 ayant trouv d'un ct tous nos biens confisqus1 de l'autre mes parents presque dans l'impuissance de me secourir1 je ne rapportai d'argent prcisment que ce qu'il falloit pour mon retour4 ,mais quel fut mon dsespoir6 je ne trouvai plus ma soeur4 ,quelques jours avant mon arrive1 des ,tartares avoient fait une excursion dans la ville o elle toit2 et1 comme ils la trouvrent belle1 ils la prirent1 et la vendirent des ,juifs qui alloient en ,turquie1 et ne laissrent qu'une petite fille dont elle toit accouche quelques mois auparavant4 ,je suivis ces ,juifs1 et je les joignis trois lieues de l3 mes prires1 mes larmes furent vaines2 ils me demandrent toujours trente tomans1 et ne se relchrent jamais d'un seul4 ,aprs m'tre adress tout le monde1 avoir implor la protection des prtres turcs et chrtiens1 je m'adressai un marchand armnien2 je lui vendis ma fille1 et me vendis aussi pour trente-cinq tomans2 j'allai aux ,juifs1 je leur donnai trente tomans1 et portai les cinq autres ma soeur1 que je n'avois pas encore vue4 ,vous tes libre1 lui dis-je1 ma soeur1 et je puis vous embrasser3 voil cinq tomans que je vous porte2 j'ai du regret qu'on ne m'ait pas achet davantage4 ,quoi6 dit-elle1 vous vous tes vendu8 ,oui1 lui dis-je4 ,ah6 malheureux1 qu'avez-vous fait8 n'tois-je pas assez infortune1 sans que vous travaillassiez me la rendre davantage8 ,votre libert me consoloit1 et votre esclavage va me mettre au tombeau4 ,ah6 mon frre1 que votre amour est cruel6 ,et ma fille8 je ne la vois point4 ,je l'ai vendue aussi1 lui dis-je4 ,nous fondmes tous deux en larmes1 et n'emes pas la force de nous rien dire4 ,enfin j'allai trouver mon matre1 et ma soeur y arriva presque aussitt que moi2 elle se jeta ses genoux4 ,je vous demande1 dit-elle1 la servitude comme les autres vous demandent la libert3 prenez-moi1 vous me vendrez plus cher que mon mari4 ,ce fut alors qu'il se fit un combat qui arracha les larmes des yeux de mon matre4 ,malheureux6 dit-elle1 as-tu pens que je pusse accepter ma libert aux dpens de la tienne8 ,seigneur1 vous voyez deux infortuns qui mourront si vous nous sparez3 je me donne vous1 payez-moi2 peut-tre que cet argent et mes services pourront quelque jour obtenir de vous ce que je n'ose vous demander3 il est de votre intrt de ne nous point sparer2 comptez que je dispose de sa vie4 ,l',armnien tait un homme doux1 qui fut touch de nos malheurs4 ,servez-moi l'un et l'autre avec fidlit et avec zle1 et je vous promets que dans un an je vous donnerai votre libert3 je vois que vous ne mritez1 ni l'un ni l'autre1 les malheurs de votre condition2 si1 lorsque vous serez libres1 vous tes aussi heureux que vous le mritez1 si la fortune vous rit1 je suis certain que vous me satisferez de la perte que je souffrirai4 ,nous embrassmes tous deux ses genoux1 et le suivmes dans son voyage4 ,nous nous soulagions l'un et l'autre dans les travaux de la servitude1 et j'tois charm lorsque j'avois pu faire l'ouvrage qui toit tomb ma soeur4 ,la fin de l'anne arriva3 notre matre tint sa parole1 et nous dlivra4 ,nous retournmes ,tefflis3 l je trouvai un ancien ami de mon pre1 qui exeroit avec succs la mdecine dans cette ville2 il me prta quelque argent avec lequel je fis quelque ngoce4 ,quelques affaires m'appelrent ensuite ,smyrne1 o je m'tablis4 ,j'y vis depuis six ans1 et j'y jouis de la plus aimable et de la plus douce socit du monde3 l'union rgne dans ma famille1 et je ne changerois pas ma condition pour celle de tous les rois du monde4 ,j'ai t assez heureux pour retrouver le marchand armnien qui je dois tout1 et lui ai rendu des services signals4 ,a ,smyrne1 le #bg de la lune de ,gemmadi #b1 #agad4 ,,lettre ,,lxviii4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,j'allai l'autre jour dner chez un homme de robe1 qui m'en avoit pri plusieurs fois4 ,aprs avoir parl de bien des choses1 je lui dis3 ,monsieur1 il me parot que votre mtier est bien pnible4 ,pas tant que vous vous imaginez1 rpondit-il3 de la manire dont nous le faisons1 ce n'est qu'un amusement4 ,mais comment6 n'avez-vous pas toujours la tte remplie des affaires d'autrui8 n'tes-vous pas toujours occup de choses qui ne sont point intressantes8 ,vous avez raison3 ces choses ne sont point intressantes1 car nous nous y intressons si peu que rien2 et cela mme fait que le mtier n'est pas si fatigant que vous dites4 ,quand je vis qu'il prenoit la chose d'une manire si dgage1 je continuai1 et lui dis3 ,monsieur1 je n'ai point vu votre cabinet4 ,je le crois1 car je n'en ai point4 ,quand je pris cette charge1 j'eus besoin d'argent pour payer mes provisions2 je vendis ma bibliothque2 et le libraire qui la prit1 d'un nombre prodigieux de volumes1 ne me laissa que mon livre de raison4 ,ce n'est pas que je les regrette3 nous autres juges ne nous enflons point d'une vaine science4 ,qu'avons-nous affaire de tous ces volumes de lois8 ,presque tous les cas sont hypothtiques et sortent de la rgle gnrale4 ,mais ne seroit-ce pas1 monsieur1 lui dis-je1 parce que vous les en faites sortir8 ,car enfin pourquoi chez tous les peuples du monde y auroit-il des lois si elles n'avoient pas leur application8 et comment peut-on les appliquer si on ne les sait pas8 ,si vous connaissiez le ,palais1 reprit le magistrat1 vous ne parleriez pas comme vous faites3 nous avons des livres vivants1 qui sont les avocats2 ils travaillent pour nous1 et se chargent de nous instruire4 ,et ne se chargent-ils pas aussi quelquefois de vous tromper8 lui repartis-je4 ,vous ne feriez donc pas mal de vous garantir de leurs embches2 ils ont des armes avec lesquelles ils attaquent votre quit2 il seroit bon que vous en eussiez aussi pour la dfendre1 et que vous n'allassiez pas vous mettre dans la mle1 habills la lgre1 parmi des gens cuirasss jusqu'aux dents4 ,a ,paris1 le #ac de la lune de ,chahban1 #agad4 ,,lettre ,,lxix4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,tu ne te serois jamais imagin que je fusse devenu plus mtaphysicien que je ne l'tois3 cela est pourtant1 et tu en seras convaincu quand tu auras essuy ce dbordement de ma philosophie4 ,les philosophes les plus senss qui ont rflchi sur la nature de ,dieu ont dit qu'il toit un tre souverainement parfait2 mais ils ont extrmement abus de cette ide3 ils ont fait une numration de toutes les perfections diffrentes que l'homme est capable d'avoir et d'imaginer1 et en ont charg l'ide de la divinit1 sans songer que souvent ces attributs s'entr'empchent1 et qu'ils ne peuvent subsister dans un mme sujet sans se dtruire4 ,les potes d',occident disent qu'un peintre ayant voulu faire le portrait de la desse de la beaut1 assembla les plus belles ,grecques1 et prit de chacune ce qu'elle avoit de plus gracieux1 dont il fit un tout pour ressembler la plus belle de toutes les desses4 ,si un homme en avoit conclu qu'elle toit blonde ou brune1 qu'elle avoit les yeux noirs et bleus1 qu'elle toit douce et fire1 il auroit pass pour ridicule4 ,souvent ,dieu manque d'une perfection qui pourroit lui donner une grande imperfection2 mais il n'est jamais limit que par lui-mme2 il est lui-mme sa ncessit3 ainsi1 quoique ,dieu soit tout-puissant1 il ne peut pas violer ses promesses1 ni tromper les hommes4 ,souvent mme l'impuissance n'est pas dans lui1 mais dans les choses relatives2 et c'est la raison pourquoi il ne peut pas changer les essences4 ,ainsi il n'y a point sujet de s'tonner que quelques-uns de nos docteurs aient os nier la prescience infinie de ,dieu1 sur ce fondement qu'elle est incompatible avec sa justice4 ,quelque hardie que soit cette ide1 la mtaphysique s'y prte merveilleusement4 ,selon ses principes1 il n'est pas possible que ,dieu prvoie les choses qui dpendent de la dtermination des causes libres1 parce que ce qui n'est point arriv n'est point1 et par consquent ne peut tre connu2 car le rien1 qui n'a point de proprits1 ne peut tre aperu3 ,dieu ne peut point lire dans une volont qui n'est point1 et voir dans l'me une chose qui n'existe point en elle2 car1 jusqu' ce qu'elle se soit dtermine1 cette action qui la dtermine n'est point en elle4 ,l'me est l'ouvrire de sa dtermination2 mais il y a des occasions o elle est tellement indtermine qu'elle ne sait pas mme de quel ct se dterminer4 ,souvent mme elle ne le fait que pour faire usage de sa libert2 de manire que ,dieu ne peut voir cette dtermination par avance ni dans l'action de l'me1 ni dans l'action que les objets font sur elle4 ,comment ,dieu pourroit-il prvoir les choses qui dpendent de la dtermination des causes libres8 ,il ne pourroit les voir que de deux manires3 par conjecture1 ce qui est contradictoire avec la prescience infinie2 ou bien il les verroit comme des effets ncessaires qui suivroient infailliblement d'une cause qui les produiroit de mme1 ce qui est encore plus contradictoire3 car l'me seroit libre par la supposition2 et1 dans le fait1 elle ne le seroit pas plus qu'une boule de billard n'est libre de se remuer1 lorsqu'elle est pousse par une autre4 ,ne crois pas pourtant que je veuille borner la science de ,dieu4 ,comme il fait agir les cratures sa fantaisie1 il connot tout ce qu'il veut connotre4 ,mais1 quoiqu'il puisse voir tout1 il ne se sert pas toujours de cette facult2 il laisse ordinairement la crature la facult d'agir ou de ne pas agir1 pour lui laisser celle de mriter ou de dmriter3 c'est pour lors qu'il renonce au droit qu'il a d'agir sur elle1 et de la dterminer4 ,mais quand il veut savoir quelque chose1 il le sait toujours1 parce qu'il n'a qu' vouloir qu'elle arrive comme il la voit1 et dterminer les cratures conformment sa volont4 ,c'est ainsi qu'il tire ce qui doit arriver du nombre des choses purement possibles1 en fixant par ses dcrets les dterminations futures des esprits1 et les privant de la puissance qu'il leur a donne d'agir ou de ne pas agir4 ,si l'on peut se servir d'une comparaison dans une chose qui est au-dessus des comparaisons2 un monarque ignore ce que son ambassadeur fera dans une affaire importante3 s'il le veut savoir1 il n'a qu' lui ordonner de se comporter d'une telle manire1 et il pourra assurer que la chose arrivera comme il la projette4 ,l'alcoran et les livres des ,juifs s'lvent sans cesse contre le dogme de la prescience absolue3 ,dieu y parot partout ignorer la dtermination future des esprits2 et il semble que ce soit la premire vrit que ,mose ait enseigne aux hommes4 ,dieu met ,adam dans le paradis terrestre1 condition qu'il ne mangera pas d'un certain fruit3 prcepte absurde dans un tre qui connotroit les dterminations futures des mes2 car enfin un tel tre peut-il mettre des conditions ses grces1 sans les rendre drisoires8 ,c'est comme si un homme qui auroit su la prise de ,bagdad avoit dit un autre3 ,je vous donne mille cus si ,bagdad n'est pas pris4 ,ne feroit-il pas l une mauvaise plaisanterie8 ,mon cher ,rhdi1 pourquoi tant de philosophie8 ,dieu est si haut1 que nous n'apercevons pas mme ses nuages4 ,nous ne le connoissons bien que dans ses prceptes4 ,il est immense1 spirituel1 infini4 ,que sa grandeur nous ramne notre foiblesse4 ,s'humilier toujours1 c'est l'adorer toujours4 ,a ,paris1 le dernier de la lune de ,chahban1 #agad4 ,,lettre ,,lxx4 ,z,,lis ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,soliman1 que tu aimes1 est dsespr d'un affront qu'il vient de recevoir4 ,un jeune tourdi1 nomm ,suphis1 recherchoit depuis trois mois sa fille en mariage3 il paroissoit content de la figure de la fille1 sur le rapport et la peinture que lui en avoient faits les femmes qui l'avoient vue dans son enfance2 on toit convenu de la dot1 et tout s'toit pass sans aucun incident4 ,hier1 aprs les premires crmonies1 la fille sortit cheval1 accompagne de son eunuque1 et couverte1 selon la coutume1 depuis la tte jusqu'aux pieds4 ,mais1 ds qu'elle fut arrive devant la maison de son mari prtendu1 il lui fit fermer la porte1 et il jura qu'il ne la recevroit jamais si on n'augmentoit la dot3 ,les parents accoururent1 de ct et d'autre1 pour accommoder l'affaire2 et aprs bien de la rsistance1 ils firent convenir ,soliman de faire un petit prsent son gendre4 ,enfin1 les crmonies du mariage accomplies1 on conduisit la fille dans le lit avec assez de violence2 mais1 une heure aprs1 cet tourdi se leva furieux1 lui coupa le visage en plusieurs endroits1 soutenant qu'elle n'toit pas vierge1 et la renvoya son pre4 ,on ne peut pas tre plus frapp qu'il l'est de cette injure4 ,il y a des personnes qui soutiennent que cette fille est innocente4 ,les pres sont bien malheureux d'tre exposs de tels affronts3 si pareil traitement arrivoit ma fille1 je crois que j'en mourrois de douleur4 ,adieu4 ,du srail de ,fatm1 le #i de la lune de ,gemmadi #a1 #agad4 ,,lettre ,,lxxi4 ,,usbek ,a ,z,,lis4 ,je plains ,soliman1 d'autant plus que le mal est sans remde1 et que son gendre n'a fait que se servir de la libert de la loi4 ,je trouve cette loi bien dure1 d'exposer ainsi l'honneur d'une famille aux caprices d'un fou4 ,on a beau dire que l'on a des indices certains pour connotre la vrit1 c'est une vieille erreur dont on est aujourd'hui revenu parmi nous2 et nos mdecins donnent des raisons invincibles de l'incertitude de ces preuves4 ,il n'y a pas jusqu'aux chrtiens qui ne les regardent comme chimriques1 quoiqu'elles soient clairement tablies par leurs livres sacrs1 et que leur ancien lgislateur en ait fait dpendre l'innocence ou la condamnation de toutes les filles4 ,j'apprends avec plaisir le soin que tu te donnes de l'ducation de la tienne4 ,dieu veuille que son mari la trouve aussi belle et aussi pure que ,fatima2 qu'elle ait dix eunuques pour la garder2 qu'elle soit l'honneur et l'ornement du srail o elle est destine2 qu'elle n'ait sur sa tte que des lambris dors1 et ne marche que sur des tapis superbes2 et1 pour comble de souhaits1 puissent mes yeux la voir dans toute sa gloire6 ,a ,paris1 le #e de la lune de ,chalval1 #agad4 ,,lettre ,,lxxii4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,je me trouvai l'autre jour dans une compagnie o je vis un homme bien content de lui4 ,dans un quart d'heure1 il dcida trois questions de morale1 quatre problmes historiques1 et cinq points de physique3 je n'ai jamais vu un dcisionnaire si universel2 son esprit ne fut jamais suspendu par le moindre doute4 ,on laissa les sciences2 on parla des nouvelles du temps3 il dcida sur les nouvelles du temps4 ,je voulus l'attraper1 et je dis en moi-mme3 ,il faut que je me mette dans mon fort2 je vais me rfugier dans mon pays4 ,je lui parlai de la ,perse2 mais peine lui eus-je dis quatre mots1 qu'il me donna deux dmentis1 fonds sur l'autorit de messieurs ,tavernier et ,chardin4 ,ah6 bon ,dieu6 dis-je en moi-mme1 quel homme est-ce l8 ,il connotra tout l'heure les rues d',ispahan mieux que moi6 ,mon parti fut bientt pris3 je me tus1 je le laissai parler1 et il dcide encore4 ,a ,paris1 le #h de la lune de ,zilcad1 #agae4 ,,lettre ,,lxxiii4 ,,rica ,a 9999994 ,j'ai ou parler d'une espce de tribunal qu'on appelle l',acadmie franoise3 il n'y en a point de moins respect dans le monde2 car on dit qu'aussitt qu'il a dcid1 le peuple casse ses arrts1 et lui impose des lois qu'il est oblig de suivre4 ,il y a quelque temps que1 pour fixer son autorit1 il donna un code de ses jugements4 ,cet enfant de tant de pres toit presque vieux quand il naquit2 et quoiqu'il ft lgitime1 un btard1 qui avoit dj paru1 l'avoit presque touff dans sa naissance4 ,ceux qui le composent n'ont d'autre fonction que de jaser sans cesse3 l'loge va se placer comme de lui-mme dans leur babil ternel2 et sitt qu'ils sont initis dans ses mystres1 la fureur du pangyrique vient les saisir1 et ne les quitte plus4 ,ce corps a quarante ttes1 toutes remplies de figures1 de mtaphores et d'antithses2 tant de bouches ne parlent presque que par exclamation2 ses oreilles veulent toujours tre frappes par la cadence et l'harmonie4 ,pour les yeux1 il n'en est pas question3 il semble qu'il soit fait pour parler1 et non pas pour voir4 ,il n'est point ferme sur ses pieds2 car le temps1 qui est son flau1 l'branle tous les instants1 et dtruit tout ce qu'il a fait4 ,on a dit autrefois que ses mains toient avides2 je ne t'en dirai rien1 et je laisse dcider cela ceux qui le savent mieux que moi4 ,voil des bizarreries1 9999991 que l'on ne voit point dans notre ,perse4 ,nous n'avons point l'esprit port ces tablissements singuliers et bizarres2 nous cherchons toujours la nature dans nos coutumes simples et nos manires naves4 ,a ,paris1 le #bg de la lune de ,zilhag1 #agae4 ,,lettre ,,lxxiv4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,il y a quelques jours qu'un homme de ma connoissance me dit3 ,je vous ai promis de vous produire dans les bonnes maisons de ,paris2 je vous mne prsent chez un grand seigneur qui est un des hommes du royaume qui reprsentent le mieux4 ,que cela veut-il dire1 monsieur8 est-ce qu'il est plus poli1 plus affable qu'un autre8 ,ce n'est pas cela1 me dit-il4 ,ah6 j'entends3 il fait sentir tous les instants la supriorit qu'il a sur tous ceux qui l'approchent2 si cela est1 je n'ai que faire d'y aller2 je prends dj condamnation1 et je la lui passe tout entire4 ,il fallut pourtant marcher3 et je vis un petit homme si fier1 il prit une prise de tabac avec tant de hauteur1 il se moucha si impitoyablement1 il cracha avec tant de flegme1 il caressa ses chiens d'une manire si offensante pour les hommes1 que je ne pouvois me lasser de l'admirer4 ,ah6 bon ,dieu6 dis-je en moi-mme1 si lorsque j'tois la cour de ,perse1 je reprsentois ainsi1 je reprsentois un grand sot6 ,il auroit fallu1 ,usbek1 que nous eussions eu un bien mauvais naturel pour aller faire cent petites insultes des gens qui venoient tous les jours chez nous nous tmoigner leur bienveillance2 ils savoient bien que nous tions au-dessus d'eux2 et s'ils l'avoient ignor1 nos bienfaits le leur auroient appris chaque jour4 ,n'ayant rien faire pour nous faire respecter1 nous faisions tout pour nous rendre aimables3 nous nous communiquions aux plus petits2 au milieu des grandeurs1 qui endurcissent toujours1 ils nous trouvoient sensibles2 ils ne voyoient que notre coeur au-dessus d'eux2 nous descendions jusqu' leurs besoins4 ,mais lorsqu'il falloit soutenir la majest du prince dans les crmonies publiques2 lorsqu'il falloit faire respecter la nation aux trangers2 lorsque enfin1 dans les occasions prilleuses1 il falloit animer les soldats1 nous remontions cent fois plus haut que nous n'tions descendus2 nous ramenions la fiert sur notre visage2 et l'on trouvoit quelquefois que nous reprsentions assez bien4 ,de ,paris1 le #aj de la lune de ,saphar1 #agae4 ,,lettre ,,lxxv4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,il faut je que te l'avoue1 je n'ai point remarqu chez les chrtiens cette persuasion vive de leur religion qui se trouve parmi les musulmans2 il y a bien loin chez eux de la profession la croyance1 de la croyance la conviction1 de la conviction la pratique4 ,la religion est moins un sujet de sanctification qu'un sujet de disputes qui appartient tout le monde3 les gens de cour1 les gens de guerre1 les femmes mme1 s'lvent contre les ecclsiastiques1 et leur demandent de leur prouver ce qu'ils sont rsolus de ne pas croire4 ,ce n'est pas qu'ils se soient dtermins par raison1 et qu'ils aient pris la peine d'examiner la vrit ou la fausset de cette religion qu'ils rejettent3 ce sont des rebelles qui ont senti le joug1 et l'ont secou avant de l'avoir connu4 ,aussi ne sont-ils pas plus fermes dans leur incrdulit que dans leur foi2 ils vivent dans un flux et reflux qui les porte sans cesse de l'un l'autre4 ,un d'eux me disoit un jour3 ,je crois l'immortalit de l'me par semestre2 mes opinions dpendent absolument de la constitution de mon corps2 selon que j'ai plus ou moins d'esprits animaux1 que mon estomac digre bien ou mal1 que l'air que je respire est subtil ou grossier1 que les viandes dont je me nourris sont lgres ou solides1 je suis spinosiste1 socinien1 catholique1 impie ou dvot4 ,quand le mdecin est auprs de mon lit1 le confesseur me trouve son avantage4 ,je sais bien empcher la religion de m'affliger quand je me porte bien2 mais je lui permets de me consoler quand je suis malade3 lorsque je n'ai plus rien esprer d'un ct1 la religion se prsente et me gagne par ses promesses2 je veux bien m'y livrer1 et mourir du ct de l'esprance4 ,il y a longtemps que les princes chrtiens affranchirent tous les esclaves de leurs tats1 parce1 disoient-ils1 que le christianisme rend tous les hommes gaux4 ,il est vrai que cet acte de religion leur toit trs-utile3 ils abaissoient par l les seigneurs1 de la puissance desquels ils retiroient le bas peuple4 ,ils ont ensuite fait des conqutes dans des pays o ils ont vu qu'il leur toit avantageux d'avoir des esclaves2 ils ont permis d'en acheter et d'en vendre1 oubliant ce principe de religion qui les touchoit tant4 ,que veux-tu que je te dise8 vrit dans un temps1 erreur dans un autre4 ,que ne faisons-nous comme les chrtiens8 ,nous sommes bien simples de refuser des tablissements et des conqutes faciles dans des climats heureux#ac1 parce que l'eau n'y est pas assez pure pour nous laver selon les principes du saint ,alcoran6 ,note #ac3 ,les mahomtans ne se soucient point de prendre ,venise1 parce qu'ils n'y trouveroient point d'eau pour leurs purifications4 ,je rends grce au ,dieu tout-puissant1 qui a envoy ,ali son grand prophte1 de ce que je professe une religion qui se fait prfrer tous les intrts humains1 et qui est pure comme le ciel1 dont elle est descendue4 ,de ,paris1 le #ac de la lune de ,saphar1 #agae4 ,,lettre ,,lxxvi4 ,,usbek ,a ,,son ,,ami ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,les lois sont furieuses en ,europe contre ceux qui se tuent eux-mmes3 on les fait mourir1 pour ainsi dire1 une seconde fois2 ils sont trans indignement par les rues2 on les note d'infamie2 on confisque leurs biens4 ,il me parot1 ,ibben1 que ces lois sont bien injustes4 ,quand je suis accabl de douleur1 de misre1 de mpris1 pourquoi veut-on m'empcher de mettre fin mes peines1 et me priver cruellement d'un remde qui est en mes mains8 ,pourquoi veut-on que je travaille pour une socit1 dont je consens de n'tre plus8 que je tienne1 malgr moi1 une convention qui s'est faite sans moi8 ,la socit est fonde sur un avantage mutuel3 mais lorsqu'elle me devient onreuse1 qui m'empche d'y renoncer8 ,la vie m'a t donne comme une faveur2 je puis donc la rendre lorsqu'elle ne l'est plus3 la cause cesse1 l'effet doit donc cesser aussi4 ,le prince veut-il que je sois son sujet quand je ne retire point les avantages de la sujtion8 ,mes concitoyens peuvent-ils demander ce partage inique de leur utilit et de mon dsespoir8 ,dieu1 diffrent de tous les bienfaiteurs1 veut-il me condamner recevoir des grces qui m'accablent8 ,je suis oblig de suivre les lois quand je vis sous les lois3 mais quand je n'y vis plus1 peuvent-elles me lier encore8 ,mais1 dira-t-on1 vous troublez l'ordre de la providence4 ,dieu a uni votre me avec votre corps2 et vous l'en sparez3 vous vous opposez donc ses desseins1 et vous lui rsistez4 ,que veut dire cela8 ,troubl-je l'ordre de la providence1 lorsque je change les modifications de la matire1 et que je rends carre une boule que les premires lois du mouvement1 c'est--dire les lois de la cration et de la conservation1 avoient faite ronde8 ,non1 sans doute3 je ne fais qu'user du droit qui m'a t donn2 et1 en ce sens1 je puis troubler ma fantaisie toute la nature1 sans que l'on puisse dire que je m'oppose la providence4 ,lorsque mon me sera spare de mon corps1 y aura-t-il moins d'ordre et moins d'arrangement dans l'univers8 croyez-vous que cette nouvelle combinaison soit moins parfaite1 et moins dpendante des lois gnrales8 que le monde y ait perdu quelque chose8 et que les ouvrages de ,dieu soient moins grands1 ou plutt moins immenses8 ,croyez-vous que mon corps1 devenu un pi de bl1 un ver1 un gazon1 soit chang en un ouvrage de la nature moins digne d'elle1 et que mon me1 dgage de tout ce qu'elle avoit de terrestre1 soit devenue moins sublime8 ,toutes ces ides1 mon cher ,ibben1 n'ont d'autre source que notre orgueil3 nous ne sentons point notre petitesse2 et1 malgr qu'on en ait1 nous voulons tre compts dans l'univers1 y figurer1 et y tre un objet important4 ,nous nous imaginons que l'anantissement d'un tre aussi parfait que nous dgraderoit toute la nature2 et nous ne concevons pas qu'un homme de plus ou de moins dans le monde1 que dis-je8 tous les hommes ensemble1 cent millions de ttes comme la ntre1 ne sont qu'un atome subtil et dli que ,dieu n'aperoit qu' cause de l'immensit de ses connoissances4 ,a ,paris1 le #ae de la lune de ,saphar1 #agae4 ,,lettre ,,lxxvii4 ,,ibben ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,mon cher ,usbek1 il me semble que1 pour un vrai musulman1 les malheurs sont moins des chtiments que des menaces4 ,ce sont des jours bien prcieux que ceux qui nous portent expier les offenses4 ,c'est le temps des prosprits qu'il faudroit abrger4 ,que servent toutes ces impatiences1 qu' faire voir que nous voudrions tre heureux1 indpendamment de celui qui donne les flicits1 parce qu'il est la flicit mme8 ,si un tre est compos de deux tres1 et que la ncessit de conserver l'union marque plus la soumission aux ordres du ,crateur1 on en a pu faire une loi religieuse2 si cette ncessit de conserver l'union est un meilleur garant des actions des hommes1 on en a pu faire une loi civile4 ,de ,smyrne1 le dernier jour de la lune de ,saphar1 #agae4 ,,lettre ,,lxxviii4 ,,rica ,a ,,usbek4 ,a 9999994 ,je t'envoie la copie d'une lettre qu'un ,franois qui est en ,espagne a crite ici2 je crois que tu seras bien aise de la voir4 ,je parcours depuis six mois l',espagne et le ,portugal1 et je vis parmi des peuples qui1 mprisant tous les autres1 font aux seuls ,franois l'honneur de les har4 ,la gravit est le caractre brillant des deux nations3 elle se manifeste principalement de deux manires2 par les lunettes1 et par la moustache4 ,les lunettes font voir dmonstrativement que celui qui les porte est un homme consomm dans les sciences et enseveli dans de profondes lectures1 un tel point que sa vue s'en est affoiblie2 et tout nez qui en est orn ou charg peut passer1 sans contredit1 pour le nez d'un savant4 ,pour la moustache1 elle est respectable par elle-mme1 et indpendamment des consquences2 quoique pourtant on ne laisse pas d'en tirer souvent de grandes utilits pour le service du prince et l'honneur de la nation1 comme le fit bien voir un fameux gnral portugais dans les ,indes#ad3 car1 se trouvant avoir besoin d'argent1 il se coupa une de ses moustaches1 et envoya demander aux habitants de ,goa vingt mille pistoles sur ce gage2 elles lui furent prtes d'abord1 et dans la suite il retira sa moustache avec honneur4 ,note #ad3 ,jean de ,castro4 ,on conoit aisment que des peuples graves et flegmatiques comme ceux-l peuvent avoir de la vanit3 aussi en ont-ils4 ,ils la fondent ordinairement sur deux choses bien considrables4 ,ceux qui vivent dans le continent de l',espagne et du ,portugal se sentent le coeur extrmement lev1 lorsqu'ils sont ce qu'ils appellent de vieux chrtiens2 c'est--dire1 qu'ils ne sont pas originaires de ceux qui l'inquisition a persuad dans ces derniers sicles d'embrasser la religion chrtienne4 ,ceux qui sont dans les ,indes ne sont pas moins flatts lorsqu'ils considrent qu'ils ont le sublime mrite d'tre1 comme ils disent1 hommes de chair blanche4 ,il n'y a jamais eu dans le srail du ,grand ,seigneur de sultane si orgueilleuse de sa beaut que le plus vieux et le plus vilain mtin ne l'est de la blancheur olivtre de son teint1 lorsqu'il est dans une ville du ,mexique1 assis sur sa porte1 les bras croiss4 ,un homme de cette consquence1 une crature si parfaite1 ne travailleroit pas pour tous les trsors du monde1 et ne se rsoudroit jamais1 par une vile et mcanique industrie1 de compromettre l'honneur et la dignit de sa peau4 ,car il faut savoir que lorsqu'un homme a un certain mrite en ,espagne1 comme1 par exemple1 quand il peut ajouter aux qualits dont je viens de parler celle d'tre le propritaire d'une grande pe1 ou d'avoir appris de son pre l'art de faire jurer une discordante guitare1 il ne travaille plus3 son honneur s'intresse au repos de ses membres4 ,celui qui reste assis dix heures par jour obtient prcisment la moiti plus de considration qu'un autre qui n'en reste que cinq1 parce que c'est sur les chaises que la noblesse s'acquiert4 ,mais quoique ces invincibles ennemis du travail fassent parade d'une tranquillit philosophique1 ils ne l'ont pourtant pas dans le coeur2 car ils sont toujours amoureux4 ,ils sont les premiers hommes du monde pour mourir de langueur sous la fentre de leurs matresses2 et tout ,espagnol qui n'est pas enrhum ne sauroit passer pour galant4 ,ils sont premirement dvots1 et secondement jaloux4 ,ils se garderont bien d'exposer leurs femmes aux entreprises d'un soldat cribl de coups1 ou d'un magistrat dcrpit2 mais ils les enfermeront avec un novice fervent qui baisse les yeux1 ou un robuste franciscain qui les lve4 ,ils connoissent mieux que les autres le foible des femmes2 ils ne veulent pas qu'on leur voie le talon1 et qu'on les surprenne par le bout des pieds3 ils savent que l'imagination va toujours1 que rien ne l'amuse en chemin2 elle arrive1 et l on toit quelquefois averti d'avance4 ,on dit partout que les rigueurs de l'amour sont cruelles1 elles le sont encore plus pour les ,espagnols3 les femmes les gurissent de leurs peines2 mais elles ne font que leur en faire changer1 et il leur reste toujours un long et fcheux souvenir d'une passion teinte4 ,ils ont de petites politesses qui en ,france paratroient mal places3 par exemple1 un capitaine ne bat jamais son soldat sans lui en demander permission2 et l'inquisition ne fait jamais brler un ,juif sans lui faire ses excuses4 ,les ,espagnols qu'on ne brle pas paroissent si attachs l'inquisition1 qu'il y auroit de la mauvaise humeur de la leur ter3 je voudrois seulement qu'on en tablt une autre2 non pas contre les hrtiques1 mais contre les hrsiarques qui attribuent de petites pratiques monacales la mme efficacit qu'aux sept sacrements2 qui adorent tout ce qu'ils vnrent2 et qui sont si dvots qu'ils sont peine chrtiens4 ,vous pourrez trouver de l'esprit et du bon sens chez les ,espagnols2 mais n'en cherchez point dans leurs livres3 voyez une de leurs bibliothques1 les romans d'un ct1 et les scolastiques de l'autre3 vous diriez que les parties en ont t faites1 et le tout rassembl1 par quelque ennemi secret de la raison humaine4 ,le seul de leurs livres qui soit bon est celui qui a fait voir le ridicule de tous les autres4 ,ils ont fait des dcouvertes immenses dans le nouveau monde1 et ils ne connoissent pas encore leur propre continent3 il y a sur leurs rivires tel port qui n'a pas encore t dcouvert1 et dans leurs montagnes des nations qui leur sont inconnues4 ,ils disent que le soleil se lve et se couche dans leur pays3 mais il faut dire aussi qu'en faisant sa course il ne rencontre que des campagnes ruines et des contres dsertes4 ,je ne serois pas fch1 ,usbek1 de voir une lettre crite ,madrid par un ,espagnol qui voyageroit en ,france2 je crois qu'il vengeroit bien sa nation4 ,quel vaste champ pour un homme flegmatique et pensif6 ,je m'imagine qu'il commenceroit ainsi la description de ,paris4 ,il y a ici une maison o l'on met les fous3 on croiroit d'abord qu'elle est la plus grande de la ville2 non3 le remde est bien petit pour le mal4 ,sans doute que les ,franois1 extrmement dcris chez leurs voisins1 enferment quelques fous dans une maison1 pour persuader que ceux qui sont dehors ne le sont pas4 ,je laisse l mon ,espagnol4 ,adieu1 mon cher ,usbek4 ,de ,paris1 le #ag de la lune de ,saphar1 #agae4 ,,lettre ,,lxxix4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,la plupart des lgislateurs ont t des hommes borns1 que le hasard a mis la tte des autres et qui n'ont presque consult que leurs prjugs et leurs fantaisies4 ,il semble qu'ils aient mconnu la grandeur et la dignit mme de leur ouvrage3 ils se sont amuss faire des institutions puriles1 avec lesquelles ils se sont la vrit conforms aux petits esprits1 mais dcrdits auprs des gens de bon sens4 ,ils se sont jets dans des dtails inutiles2 ils ont donn dans les cas particuliers3 ce qui marque un gnie troit qui ne voit les choses que par parties1 et n'embrasse rien d'une vue gnrale4 ,quelques-uns ont affect de se servir d'une autre langue que la vulgaire2 chose absurde pour un faiseur de lois3 comment peut-on les observer1 si elles ne sont pas connues8 ,ils ont souvent aboli sans ncessit celles qu'ils ont trouves tablies2 c'est--dire qu'ils ont jet les peuples dans les dsordres insparables des changements4 ,il est vrai que1 par une bizarrerie qui vient plutt de la nature que de l'esprit des hommes1 il est quelquefois ncessaire de changer certaines lois4 ,mais le cas est rare2 et lorsqu'il arrive1 il n'y faut toucher que d'une main tremblante3 on y doit observer tant de solennits1 et apporter tant de prcautions1 que le peuple en conclue naturellement que les lois sont bien saintes1 puisqu'il faut tant de formalits pour les abroger4 ,souvent ils les ont faites trop subtiles1 et ont suivi des ides logiciennes plutt que l'quit naturelle4 ,dans la suite1 elles ont t trouves trop dures2 et1 par un esprit d'quit1 on a cru devoir s'en carter3 mais ce remde toit un nouveau mal4 ,quelles que soient les lois1 il faut toujours les suivre1 et les regarder comme la conscience publique1 laquelle celle des particuliers doit se conformer toujours4 ,il faut pourtant avouer que quelques-uns d'entre eux ont eu une attention qui marque beaucoup de sagesse2 c'est qu'ils ont donn aux pres une grande autorit sur leurs enfants3 rien ne soulage plus les magistrats2 rien ne dgarnit plus les tribunaux2 rien enfin ne rpand plus de tranquillit dans un tat1 o les moeurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois4 ,c'est de toutes les puissances celle dont on abuse le moins2 c'est la plus sacre de toutes les magistratures2 c'est la seule qui ne dpend pas des conventions1 et qui les a mme prcdes4 ,on remarque que1 dans les pays o l'on met dans les mains paternelles plus de rcompenses et de punitions1 les familles sont mieux rgles3 les pres sont l'image du crateur de l'univers1 qui1 quoiqu'il puisse conduire les hommes par son amour1 ne laisse pas de se les attacher encore par les motifs de l'esprance et de la crainte4 ,je ne finirai pas cette lettre sans te faire remarquer la bizarrerie de l'esprit des ,franois4 ,on dit qu'ils ont retenu des lois romaines un nombre infini de choses inutiles1 et mme pis2 et ils n'ont pas pris d'elles la puissance paternelle1 qu'elles ont tablie comme la premire autorit lgitime4 ,a ,paris1 le #ah de la lune de ,saphar1 #agae4 ,,lettre ,,lxxx4 ,,le ,,grand ,,eunuque ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,hier des ,armniens menrent au srail une jeune esclave de ,circassie1 qu'ils vouloient vendre4 ,je la fis entrer dans les appartements secrets1 je la dshabillai1 je l'examinai avec les regards d'un juge2 et plus je l'examinai1 plus je lui trouvai de grces4 ,une pudeur virginale sembloit vouloir les drober ma vue2 je vis tout ce qu'il lui en cotoit pour obir3 elle rougissoit de se voir nue1 mme devant moi1 qui1 exempt des passions qui peuvent alarmer la pudeur1 suis inanim sous l'empire de ce sexe1 et qui1 ministre de la modestie dans les actions les plus libres1 ne porte que de chastes regards1 et ne puis inspirer que l'innocence4 ,ds que je l'eus juge digne de toi1 je baissai les yeux3 je lui jetai un manteau d'carlate1 je lui mis au doigt un anneau d'or2 je me prosternai ses pieds1 je l'adorai comme la reine de ton coeur2 je payai les ,armniens2 je la drobai tous les yeux4 ,heureux ,usbek6 tu possdes plus de beauts que n'en enferment tous les palais d',orient4 ,quel plaisir pour toi de trouver1 ton retour1 tout ce que la ,perse a de plus ravissant1 et de voir dans ton srail renatre les grces1 mesure que le temps et la possession travaillent les dtruire6 ,du srail de ,fatm1 le #a;er de la lune de ,rebiab #a1 #agae4 ,,lettre ,,lxxxi4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,depuis que je suis en ,europe1 mon cher ,rhdi1 j'ai vu bien des gouvernements3 ce n'est pas comme en ,asie1 o les rgles de la politique se trouvent partout les mmes4 ,j'ai souvent pens en moi-mme1 pour savoir quel de tous les gouvernements toit le plus conforme la raison4 ,il m'a sembl que le plus parfait est celui qui va son but moins de frais2 et qu'ainsi celui qui conduit les hommes de la manire qui convient le plus leur penchant et leur inclination est le plus parfait4 ,si1 dans un gouvernement doux1 le peuple est aussi soumis que dans un gouvernement svre1 le premier est prfrable1 puisqu'il est plus conforme la raison1 et que la svrit est un motif tranger4 ,compte1 mon cher ,rhdi1 que dans un tat les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l'on obisse plus aux lois4 ,dans les pays o les chtiments sont modrs1 on les craint comme dans ceux o ils sont tyranniques et affreux4 ,soit que le gouvernement soit doux1 soit qu'il soit cruel1 on punit toujours par degrs2 on inflige un chtiment plus ou moins grand un crime plus ou moins grand4 ,l'imagination se plie d'elle-mme aux moeurs du pays o l'on vit3 huit jours de prison1 ou une lgre amende1 frappent autant l'esprit d'un ,europen nourri dans un pays de douceur1 que la perte d'un bras intimide un ,asiatique4 ,ils attachent un certain degr de crainte un certain degr de peine1 et chacun la partage sa faon3 le dsespoir de l'infamie vient dsoler un ,franois qu'on vient de condamner une peine qui n'teroit pas un quart d'heure de sommeil un ,turc4 ,d'ailleurs je ne vois pas que la police1 la justice et l'quit soient mieux observes en ,turquie1 en ,perse1 chez le ,mogol1 que dans les rpubliques de ,hollande1 de ,venise1 et dans l',angleterre mme2 je ne vois pas qu'on y commette moins de crimes2 et que les hommes1 intimids par la grandeur des chtiments1 y soient plus soumis aux lois4 ,je remarque au contraire une source d'injustice et de vexations au milieu de ces mmes tats4 ,je trouve mme le prince1 qui est la loi mme1 moins matre que partout ailleurs4 ,je vois que1 dans ces moments rigoureux1 il y a toujours des mouvements tumultueux2 o personne n'est le chef2 et que1 quand une fois l'autorit violente est mprise1 il n'en reste plus assez personne pour la faire revenir2 ,que le dsespoir mme de l'impunit confirme le dsordre1 et le rend plus grand2 ,que1 dans ces tats1 il ne se forme point de petite rvolte1 et qu'il n'y a jamais d'intervalle entre le murmure et la sdition2 ,qu'il ne faut point que les grands vnements y soient prpars par de grandes causes2 au contraire1 le moindre accident produit une grande rvolution1 souvent aussi imprvue de ceux qui la font que de ceux qui la souffrent4 ,lorsqu',osman1 empereur des ,turcs1 fut dpos1 aucun de ceux qui commirent cet attentat ne songeoit le commettre2 ils demandoient seulement en suppliants qu'on leur ft justice sur quelque grief3 une voix1 qu'on n'a jamais connue1 sortit de la foule par hasard2 le nom de ,mustapha fut prononc1 et soudain ,mustapha fut empereur4 ,de ,paris1 le #b de la lune de ,rebiab #a1 #agae4 ,,lettre ,,lxxxii4 ,,nargum1 ,,envoy ,,de ,,perse ,,en ,,moscovie1 ,a ,,usbek4 ,a ,paris4 ,de toutes les nations du monde1 mon cher ,usbek1 il n'y en a pas qui ait surpass celle des ,tartares1 ni en gloire1 ni dans la grandeur des conqutes4 ,ce peuple est le vrai dominateur de l'univers2 tous les autres semblent tre faits pour le servir3 il est galement le fondateur et le destructeur des empires2 dans tous les temps il a donn sur la terre des marques de sa puissance2 dans tous les ges il a t le flau des nations4 ,les ,tartares ont conquis deux fois la ,chine1 et ils la tiennent encore sous leur obissance4 ,ils dominent sur les vastes pays qui forment l'empire du ,mogol4 ,matres de la ,perse1 ils sont assis sur le trne de ,cyrus et de ,gustape4 ,ils ont soumis la ,moscovie4 ,sous le nom de ,turcs1 ils ont fait des conqutes immenses dans l',europe1 l',asie et l',afrique2 et ils dominent sur ces trois parties de l'univers4 ,et1 pour parler de temps plus reculs1 c'est d'eux que sont sortis presque tous les peuples qui ont renvers l'empire romain4 ,qu'est-ce que les conqutes d',alexandre1 en comparaison de celles de ,genghiscan8 ,il n'a manqu cette victorieuse nation que des historiens1 pour clbrer la mmoire de ses merveilles4 ,que d'actions immortelles ont t ensevelies dans l'oubli6 que d'empires par eux fonds1 dont nous ignorons l'origine6 ,cette belliqueuse nation1 uniquement occupe de sa gloire prsente1 sre de vaincre dans tous les temps1 ne songeoit point se signaler dans l'avenir par la mmoire de ses conqutes passes4 ,de ,moscou1 le #d de la lune de ,rebiab #a1 #agae4 ,,lettre ,,lxxxiii4 ,,rica ,a ,,ibben4 ,a ,smyrne4 ,quoique les ,franois parlent beaucoup1 il y a cependant parmi eux une espce de dervis taciturnes qu'on appelle chartreux3 on dit qu'ils se coupent la langue en entrant dans le couvent2 et on souhaiteroit fort que tous les autres dervis se retranchassent de mme tout ce que leur profession leur rend inutile4 ,a propos de gens taciturnes1 il y en a de bien plus singuliers que ceux-l1 et qui ont un talent bien extraordinaire4 ,ce sont ceux qui savent parler sans rien dire1 et qui amusent une conversation pendant deux heures de temps sans qu'il soit possible de les dceler1 d'tre leur plagiaire1 ni de retenir un mot de ce qu'ils ont dit4 ,ces sortes de gens sont adors des femmes3 mais ils ne le sont pourtant pas tant que d'autres1 qui ont reu de la nature l'aimable talent de sourire propos1 c'est--dire chaque instant1 et qui portent la grce d'un gracieuse approbation sur tout ce qu'elles disent4 ,mais ils sont au comble de l'esprit lorsqu'ils savent entendre finesse tout1 et trouver mille petits traits ingnieux dans les choses les plus communes4 ,j'en connois d'autres qui se sont bien trouvs d'introduire dans les conversations les choses inanimes1 et d'y faire parler leur habit brod1 leur perruque blonde1 leur tabatire1 leur canne et leurs gants4 ,il est bon de commencer de la rue se faire couter par le bruit du carrosse1 et du marteau qui frappe rudement la porte3 cet avant-propos prvient pour le reste du discours2 et quand l'exorde est beau1 il rend supportables toutes les sottises qui viennent ensuite1 mais qui par bonheur arrivent trop tard4 ,je te promets que ces petits talents1 dont on ne fait aucun cas chez nous1 servent bien ici ceux qui sont assez heureux pour les avoir1 et qu'un homme de bons sens ne brille gure devant ces sortes de gens4 ,de ,paris1 le #f de la lune de ,rebiab #b1 #agae4 ,,lettre ,,lxxxiv4 ,,usbek ,a ,,rh,,di4 ,a ,venise4 ,s'il y a un ,dieu1 mon cher ,rhdi1 il faut ncessairement qu'il soit juste3 car1 s'il ne l'toit pas1 il seroit le plus mauvais et le plus imparfait de tous les tres4 ,la justice est un rapport de convenance1 qui se trouve rellement entre deux choses3 ce rapport est toujours le mme1 quelque tre qui le considre1 soit que ce soit ,dieu1 soit que ce soit un ange1 ou enfin que soit un homme4 ,il est vrai que les hommes ne voient pas toujours ces rapports2 souvent mme lorsqu'ils les voient1 ils s'en loignent2 et leur intrt est toujours ce qu'ils voient le mieux4 ,la justice lve sa voix2 mais elle a peine se faire entendre dans le tumulte des passions4 ,les hommes peuvent faire des injustices1 parce qu'ils ont intrt de les commettre1 et qu'ils aiment mieux se satisfaire que les autres4 ,c'est toujours par un retour sur eux-mmes qu'ils agissent3 nul n'est mauvais gratuitement2 il faut qu'il y ait une raison qui dtermine1 et cette raison est toujours une raison d'intrt4 ,mais il n'est pas possible que ,dieu fasse jamais rien d'injuste3 ds qu'on suppose qu'il voit la justice1 il faut ncessairement qu'il la suive2 car1 comme il n'a besoin de rien1 et qu'il se suffit lui-mme1 il seroit le plus mchant de tous les tres1 puisqu'il le seroit sans intrt4 ,ainsi1 quand il n'y auroit pas de ,dieu1 nous devrions toujours aimer la justice2 c'est--dire faire nos efforts pour ressembler cet tre dont nous avons une si belle ide1 et qui1 s'il existoit1 seroit ncessairement juste4 ,libres que nous serions du joug de la religion1 nous ne devrions pas l'tre de celui de l'quit4 ,voil1 ,rhdi1 ce qui m'a fait penser que la justice est ternelle1 et ne dpend point des conventions humaines2 et quand elle en dpendroit1 ce seroit une vrit terrible qu'il faudrait se drober soi-mme4 ,nous sommes entours d'hommes plus forts que nous2 ils peuvent nous nuire de mille manires diffrentes1 les trois quarts du temps ils peuvent le faire impunment3 quel repos pour nous de savoir qu'il y a dans le coeur de tous ces hommes un principe intrieur qui combat en notre faveur1 et nous met couvert de leurs entreprises6 ,sans cela nous devrions tre dans une frayeur continuelle2 nous passerions devant les hommes comme devant les lions2 et nous ne serions jamais assurs un moment de notre vie1 de notre bien1 ni de notre honneur4 ,toutes ces penses m'animent contre ces docteurs qui reprsentent ,dieu comme un tre qui fait un exercice tyrannique de sa puissance2 qui le font agir d'une manire dont nous ne voudrions pas agir nous-mmes1 de peur de l'offenser2 qui le chargent de toutes les imperfections qu'il punit en nous2 et1 dans leurs opinions contradictoires1 le reprsentent tantt comme un tre mauvais1 tantt comme un tre qui hait le mal et le punit4 ,quand un homme s'examine1 quelle satisfaction pour lui de trouver qu'il a le coeur juste6 ,ce plaisir1 tout svre qu'il est1 doit le ravir3 il voit son tre autant au-dessus de ceux qui ne l'ont pas qu'il se voit au-dessus des tigres et des ours4 ,oui1 ,rhdi1 si j'tois sr de suivre toujours inviolablement cette quit que j'ai devant les yeux1 je me croirois le premier des hommes4 ,a ,paris1 le #a;er de la lune de ,gemmadi #a1 #agae4 ,,lettre ,,lxxxv4 ,,rica ,a 9999994 ,je fus hier aux ,invalides3 j'aimerois autant avoir fait cet tablissement1 si j'tois prince1 que d'avoir gagn trois batailles4 ,on y trouve partout la main d'un grand monarque4 ,je crois que c'est le lieu le plus respectable de la terre4 ,quel spectacle que de voir dans un mme lieu rassembles toutes ces victimes de la patrie1 qui ne respirent que pour la dfendre2 et qui1 se sentant le mme coeur1 et non pas la mme force1 ne se plaignent que de l'impuissance o elles sont de se sacrifier encore pour elle6 ,quoi de plus admirable que de voir ces guerriers dbiles1 dans cette retraite1 observer une discipline aussi exacte que s'ils y toient contraints par la prsence d'un ennemi1 chercher leur dernire satisfaction dans cette image de la guerre1 et partager leur coeur et leur esprit entre les devoirs de la religion et ceux de l'art militaire6 ,je voudrois que les noms de ceux qui meurent pour la patrie fussent crits et conservs dans les temples1 dans des registres qui fussent comme la la source de la gloire et de la noblesse4 ,a ,paris1 le #ae de la lune de ,gemmadi #a1 #agae4 ,,lettre ,,lxxxvi4 ,,usbek ,a ,,mirza4 ,a ,ispahan4 ,tu sais1 ,mirza1 que quelques ministres de ,cha-,soliman avoient form le dessein d'obliger tous les ,armniens de ,perse de quitter le royaume1 ou de se faire mahomtans1 dans la pense que notre empire seroit toujours pollu1 tandis qu'il garderoit dans son sein ces infidles4 ,c'toit fait de la grandeur persane1 si dans cette occasion l'aveugle dvotion avoit t coute4 ,on ne sait comment la chose manqua2 ni ceux qui firent la proposition1 ni ceux qui la rejetrent1 n'en connurent les consquences3 le hasard fit l'office de la raison et de la politique1 et sauva l'empire d'un pril plus grand que celui qu'il auroit pu courir de la perte de trois batailles et de la prise de deux villes4 ,en proscrivant les ,armniens1 on pensa dtruire en un seul jour tous les ngociants1 et presque tous les artisans du royaume4 ,je suis sr que le grand ,cha-,abas auroit mieux aim se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil1 et qu'en envoyant au ,mogol et aux autres rois des ,indes ses sujets les plus industrieux1 il auroit cru leur donner la moiti de ses tats4 ,les perscutions que nos mahomtans zls ont faites aux ,gubres les ont obligs de passer en foule dans les ,indes2 et ont priv la ,perse de cette laborieuse nation1 si applique au labourage1 qui seule1 par son travail1 toit en tat de vaincre la strilit de nos terres4 ,il ne restoit la dvotion qu'un second coup faire3 c'toit de ruiner l'industrie2 moyennant quoi l'empire tomboit de lui-mme1 et avec lui1 par une suite ncessaire1 cette mme religion qu'on vouloit rendre si florissante4 ,s'il faut raisonner sans prvention1 je ne sais1 ,mirza1 s'il n'est pas bon que dans un tat il y ait plusieurs religions4 ,on remarque que ceux qui vivent dans des religions tolres se rendent ordinairement plus utiles leur patrie que ceux qui vivent dans la religion dominante2 parce que1 loigns des honneurs1 ne pouvant se distinguer que par leur opulence et leurs richesses1 ils sont ports en acqurir par leur travail1 et embrasser les emplois de la socit les plus pnibles4 ,d'ailleurs1 comme toutes les religions contiennent des prceptes utiles la socit1 il est bon qu'elles soient observes avec zle4 ,or qu'y a-t-il de plus capable d'animer ce zle1 que leur multiplicit8 ,ce sont des rivales qui ne se pardonnent rien4 ,la jalousie descend jusqu'aux particuliers3 chacun se tient sur ses gardes1 et craint de faire des choses qui dshonoreroient son parti1 et l'exposeroient aux mpris et aux censures impardonnables du parti contraire4 ,aussi a-t-on toujours remarqu qu'une secte nouvelle introduite dans un tat toit le moyen le plus sr pour corriger tous les abus de l'ancienne4 ,on a beau dire qu'il n'est pas de l'intrt du prince de souffrir plusieurs religions dans son tat4 ,quand toutes les sectes du monde viendroient s'y rassembler1 cela ne lui porteroit aucun prjudice2 parce qu'il n'y en a aucune qui ne prescrive l'obissance et ne prche la soumission4 ,j'avoue que les histoires sont remplies des guerres de religion3 mais1 qu'on y prenne bien garde1 ce n'est point la multiplicit des religions qui a produit ces guerres1 c'est l'esprit d'intolrance qui animoit celle qui se croyoit la dominante4 ,c'est cet esprit de proslytisme1 que les ,juifs ont pris des gyptiens1 et qui d'eux est pass1 comme une maladie pidmique et populaire1 aux mahomtans et aux chrtiens4 ,c'est enfin cet esprit de vertige1 dont les progrs ne peuvent tre regards que comme une clipse entire de la raison humaine4 ,car enfin1 quand il n'y auroit pas de l'inhumanit affliger la conscience des autres1 quand il n'en rsulteroit aucun des mauvais effets qui en germent milliers1 il faudroit tre fou pour s'en aviser4 ,celui qui veut me faire changer de religion ne le fait sans doute que parce qu'il ne changeroit pas la sienne quand on voudroit l'y forcer3 il trouve donc trange que je ne fasse pas une chose qu'il ne feroit pas lui-mme1 peut-tre pour l'empire du monde4 ,a ,paris1 le #bf de la lune de ,gemmadi #a1 #agae4 ,,lettre ,,lxxxvii4 ,,rica ,a 9999994 ,il semble ici que les familles se gouvernent toutes seules3 le mari n'a qu'une ombre d'autorit sur sa femme1 le pre sur ses enfants1 le matre sur ses esclaves2 la justice se mle de tous leurs diffrends2 et sois sr qu'elle est toujours contre le mari jaloux1 le pre chagrin1 le matre incommode4 ,j'allai l'autre jour dans le lieu o se rend la justice4 ,avant que d'y arriver1 il faut passer sous les armes d'un nombre infini de jeunes marchandes1 qui vous appellent d'une voix trompeuse4 ,ce spectacle d'abord est assez riant2 mais il devient lugubre lorsqu'on entre dans les grandes salles1 o l'on ne voit que des gens dont l'habit est encore plus grave que la figure4 ,enfin on entre dans le lieu sacr o se rvlent tous les secrets des familles1 et o les actions les plus caches sont mises au grand jour4 ,l1 une fille modeste vient avouer les tourments d'une virginit trop longtemps garde1 ses combats1 et sa douloureuse rsistance3 elle est si peu fire de sa victoire1 qu'elle menace toujours d'une dfaite prochaine2 et pour que son pre n'ignore plus ses besoins1 elle les expose tout le peuple4 ,une femme effronte vient ensuite exposer les outrages qu'elle a faits son poux1 comme une raison d'en tre spare4 ,avec une modestie pareille1 une autre vient dire qu'elle est lasse de porter le titre de femme sans en jouir3 elle vient rvler les mystres cachs dans la nuit du mariage2 elle veut qu'on la livre aux regards des experts les plus habiles1 et qu'une sentence la rtablisse dans tous les droits de la virginit4 ,il y en a mme qui osent dfier leurs maris1 et leur demander en public un combat que les tmoins rendent si difficile3 preuve aussi fltrissante pour la femme qui la soutient que pour le mari qui y succombe4 ,un nombre infini de filles ravies ou sduites font les hommes beaucoup plus mauvais qu'ils ne sont4 ,l'amour fait retentir ce tribunal3 on n'y entend parler que de pres irrits1 de filles abuses1 d'amants infidles1 et de maris chagrins4 ,par la loi qui y est observe1 tout enfant n pendant le mariage est cens tre au mari3 il a beau avoir de bonnes raisons pour ne le pas croire2 la loi le croit pour lui1 et le soulage de l'examen et des scrupules4 ,dans ce tribunal1 on prend les voix la majeure2 mais on a reconnu par exprience qu'il vaudrait mieux les recueillir la mineure3 et cela est bien naturel2 car il y a trs-peu d'esprits justes1 et tout le monde convient qu'il y en a une infinit de faux4 ,a ,paris1 le #a;er de la lune de ,gemmadi #b1 #agae4 ,,lettre ,,lxxxviii4 ,,rica ,a 9999994 ,on dit que l'homme est un animal sociable4 ,sur ce pied-l1 il me parot que le ,franois est plus homme qu'un autre1 c'est l'homme par excellence2 car il semble tre fait uniquement pour la socit4 ,mais j'ai remarqu parmi eux des gens qui non-seulement sont sociables1 mais sont eux-mmes la socit universelle4 ,ils se multiplient dans tous les coins1 et peuplent en un instant les quatre quartiers d'une ville3 cent hommes de cette espce abondent plus que deux mille citoyens2 ils pourroient rparer aux yeux des trangers les ravages de la peste ou de la famine4 ,on demande dans les coles si un corps peut tre en un instant en plusieurs lieux2 ils sont une preuve de ce que les philosophes mettent en question4 ,ils sont toujours empresss1 parce qu'ils ont l'affaire importante de demander tous ceux qu'ils voient o ils vont et d'o ils viennent4 ,on ne leur teroit jamais de la tte qu'il est de la biensance de visiter chaque jour le public en dtail1 sans compter les visites qu'ils font en gros dans les lieux o l'on s'assemble2 mais1 comme la voie en est trop abrge1 elles sont comptes pour rien dans les rgles de leur crmonial4 ,ils fatiguent plus les portes des maisons coups de marteau1 que les vents et les temptes4 ,si l'on alloit examiner la liste de tous les portiers1 on y trouveroit chaque jour leur nom estropi de mille manires en caractres suisses4 ,ils passent leur vie la suite d'un enterrement1 dans des compliments de condolance1 ou dans des sollicitations de mariage4 ,le roi ne fait point de gratification quelqu'un de ses sujets1 qu'il ne leur en cote une voiture pour lui en aller tmoigner leur joie4 ,enfin1 ils reviennent chez eux1 bien fatigus1 se reposer1 pour pouvoir reprendre le lendemain leurs pnibles fonctions4 ,un d'eux mourut l'autre jour de lassitude1 et on mit cette pitaphe sur son tombeau3 ,c'est ici que repose celui qui ne s'est jamais repos4 ,il s'est promen cinq cent trente enterrements4 ,il s'est rjoui de la naissance de deux mille six cent quatre-vingts enfants4 ,les pensions dont il a flicit ses amis1 toujours en des termes diffrents1 montent deux millions six cent mille livres2 le chemin qu'il a fait sur le pav1 neuf mille six cents stades2 celui qu'il a fait dans la campagne1 trente-six4 ,sa conversation toit amusante2 il avoit un fonds tout fait de trois cent soixante-cinq contes3 il possdoit d'ailleurs1 depuis son jeune ge1 cent dix-huit apophthegmes tirs des anciens1 qu'il employoit dans les occasions brillantes4 ,il est mort enfin la soixantime anne de son ge4 ,je me tais1 voyageur2 car comment pourrois-je achever de te dire ce qu'il a fait et ce qu'il a vu8 ,a ,paris1 le #c de la lune de ,gemmadi #b1 #agae4 ,,fin ,,du ,,tome ,,premier4 ,,calendrier ,,employ ,,dans ,,les ,,lettres ,,persanes4 ,les ,persans possdaient anciennement une anne solaire compose de douze mois4 ,mais le triomphe de l'islamisme mit fin l'usage du calendrier national et introduisit chez tous les peuples musulmans les noms des mois arabes1 qui sont employs dans les ,lettres persanes4 ,l'anne des ,arabes et des musulmans est purement lunaire et ne reoit point de mois intercalaires comme l'anne juive4 ,elle se divise en douze mois de #bi ou de #cj jours1 dont voici les noms1 selon la transcription adopte aujourd'hui3 ,moharrem1 ,safar1 ,rbi premier1 ,rbi second1 ,djoumda premier1 ,djoumda second1 ,redjeb1 ,cha'ban1 ,ramadhn 7que les ,persans prononcent ,ramazn71 ,cheoual1 ,dhou'l-qa'da et ,dhou'l-hidja 7les ,persans disent3 ,zou'l-qad1 ,zou'l-hidj74 ,il est facile de reconnatre dans ces noms ceux qui figurent successivement dans les dates de chaque lettre3 ,maharram1 ,saphar1 ,rbiab #a et #b1 ,gemmadi #a et #b1 ,rgheb1 ,chahban1 ,rhamazan1 ,chalval1 ,zilcad1 ,zilhag4 ,le dfaut absolu de concordance entre cette anne lunaire et notre anne solaire fait qu'un mois quelconque1 celui de ,ramadhn1 par exemple1 qui est celui du carme musulman1 tombe successivement en dcembre1 novembre1 octobre1 etc41 par une avance annuelle de onze douze jours4 ,les ,persans1 ainsi que les ,arabes1 commencent la semaine au dimanche1 l'imitation des ,juifs1 et par consquent la finissent au samedi1 que les ,arabes nomment yaum-el-sebt et les ,persans rouz-i-chembeh1 c'est--dire jour du sabbat4 ,le vendredi1 qui chez les musulmans est le jour de repos1 s'appelle en arabe yaum-el-djouma'1 jour de l'assemble1 et en persan adne'i ou azneh1 fte4 ,les autres jours n'ont pas de nom particulier2 les ,arabes disent3 premier1 second1 troisime1 quatrime1 cinquime jour 7yaum el-ahad1 yaum el-ithnn1 yaum el-thalath1 yaum el-arba'1 yaum el-khams72 les ,persans3 un du sabbat1 deux du sabbat1 trois du sabbat1 quatre du sabbat1 cinq du sabbat 7yek chembeh1 dou chembeh1 seh chembeh1 tchr chembeh1 pendj chembeh74 7,cette note est due l'obligeance de ,m4 ,marcel ,devic1 traducteur d',antar47 ,,notes ,,et ,,variantes4 7,voir l',index1 t4 ,,ii1 pour l'histoire1 la religion1 la philosophie1 le droit public et priv1 les moeurs orientales et europennes47 ,quelques rflexions sur les lettres persanes4 ,cet avant-propos n'a t publi qu'en #aged1 en tte du ,supplment4 7,cologne1 ,pierre ,marteau1 deux tomes in-#ab1 avec les ,lettres turques de ,saint-,foix47 ,en parlant de notre religion1 ces ,persans ne doivent pas444 7,voir la note de la page #ec47 ,l'abb ,gaultier 7,les ,lettres persannes convaincues d'impit1 #agea7 n'admet pas cette excuse commode4 ,infinit d'expressions sublimes1 qui l'auroient envoy jusque dans les nues4 7,texte de #agba47 ,l'dition de #aged et la plupart des suivantes donnent3 ennuy jusque dans les nues4 ,il semble qu'il y ait l une coquille4 ,lettre ,i4 ,supprime dans la seconde dition1 revue1 corrige1 diminue et augmente par l'auteur 7#b tomes in-#ab1 ,cologne1 ,pierre ,marteau1 #agba74 ,la suppression a peut-tre t motive par ces mots3 le tombeau de la ,vierge qui a mis au monde douze prophtes4 7,fatime1 fille de ,mahomet1 pouse d',ali47 ,lettre ,,ii4 ,tu leur commandes1 et leur obis4 7#aged47 #agba #are3 et tu leur obis4 ,lettre ,,iii4 ,je comptai pour rien la pudeur4 7#aged47 #agba #are3 je comptois444 ,lettre ,v4 ,supprime dans #agba #b;e ,marteau4 ,lettre ,,vi 7,i de #agba #b;e ,marteau74 ,au milieu des perfides ,osmanlins4 7#aged47 #agba #are3 ,osmalins4 ,je n'ai que des mes lches qui m'en rpondent4 7#aged47 #agba #are3 que des lches444 ,lettre ,,vii 7,v de #agba #b;e ,marteau74 que toi dans le monde qui mrites d'tre aim4 #agba #are1 #aged3 qui mrite4 ,je donnerois l'empire du monde pour un seul de tes baisers444 prive de celui qui peut seul les satisfaire444 dans la fureur d'une passion irrite444 #agba #b;e ,marteau3 ,je quitterois pour toi l'empire du monde444 prive de celui qui peut seul les calmer444 dans la fureur des passions4 ,lettre ,,viii 7,,vi de #agba #b;e ,marteau74 #agba #are1 #aged3 #bj ,gemmadi #b1 #agaa4 #agba #b;e3 #ab ,gemmadi #b1 #agaa4 ,lettre ,,ix 7,,vii de #agba #b;e ,marteau74 ,un flux et un reflux d'empire4 7#aged47 #agba #are3 un flux et reflux4 me font faire de fausses confidences4 7#aged47 #agba #are3 faire fausses confidences4 ,j'ai autant d'ennemies dans son coeur qui ne songent qu' me perdre4 #agba #b;e ajoute3 qu'il y a de femmes dans le srail4 ,lettre ,x 7fondue avec la suivante dans #agba #b;e ,marteau74 ,dans #agba #b;e1 le #a;er paragraphe est supprim1 les deux autres sont modifis4 7,voir la suivante47 ,lettre ,,xi 7,,viii de #agba #b;e ,marteau74 ,les ,troglodytes4 ,voyez ,hrodote1 ,,iv1 #acc2 ,pomponius ,mla1 ,i2 ,plutarque1 ,marc ,antoine4 ,dans #agba #b;e1 le premier paragraphe1 supprim1 est remplac par un rsum de la prcdente1 sans altration de sens4 ,mais ils conjurrent contre lui4 ,tournure latine4 ,le franais a prfr la forme rflchie3 se conjurer4 ,je me procurerai tous mes besoins et pourvu que je les aie444 ,locutions elliptiques et peu correctes4 que cette femme soit vous1 ou vous4 7#aged74 #agba #are3 moi ou vous4 ,ce qui n'a pas de sens4 ,lettre ,,xii 7,,ix de #agba #b;e ,marteau74 ,lettre ,,xiii 7,x de #agba #b;e74 ,lettre ,,xiv 7,,xi de #agba #b;e74 ,lettre ,,xv 7#are du ,supplment de #aged74 ,lettre ,,xvi 7,,xv de #agba #are1 supprime dans #agba #b;e ,marteau74 ,les trois tombeaux3 ceux de ,fatime et de deux personnages de sa famille4 ,il y a aussi ,com des tombeaux de rois4 ,lettre ,,xvii 7,,xvi de #agba #are1 ,,xii de #agba #b;e ,marteau74 ,lettre ,,xviii 7,,xvii de #agba #are1 ,,xiii de #agba #b;e ,marteau74 ,lettre ,,xix 7,,xviii de #agba #are2 ,,xiv de #agba #b;e74 ,lettre ,,xx 7,,xix de #agba #are1 ,,xv de #agba #b;e74 ,lettre ,,xxi 7,,xx de #agba #are1 ,,xvi de #agba #b;e74 ,lettre ,,xxii 7#b;e du ,supplment de #aged74 ,lettre ,,xxiii 7,,xxi de #agba #are1 ,,xvii de #agba #b;e74 tmoignage du gnie des ducs de ,toscane4 #agba #are3 de gnie4444 ,leurs beaux-frres4 #agba #are1 et #aged3 beaufrres4 ,les persanes en ont quatre 7voiles74 ,aujourd'hui1 elles n'en ont plus qu'un1 nomm ,roubend4 ,lettre ,,xxiv 7,,xxii de #agba #are1 ,,xviii de #agba #b;e74 ,il lui fait croire que trois ne sont qu'un444 ,supprim dans #agba #b;e ,marteau4 ,le papier monnaie tait connu anciennement en ,chine1 et ds le ,x,i,i,ie sicle en ,perse4 ,constitution 7bulle ,unigenitus7 du pape ,clment ,,xi contre les ,rflexions morales du pre ,quesnel4 ,lettre ,,xxv 7,,xxiii de #agba #are1 supprime dans #agba #b;e74 ,lettre ,,xxvi 7,,xxiv de #agba #are1 ,,xix de #agba #b;e74 parmi vos esclaves1 qui me trahirent444 #agba #are et #aged3 qui vous trahirent444 ,coquille4 enivr des plus grandes faveurs sans avoir obtenu les moindres4 7#aged47 #agba #are3 sans en avoir444 ,lettre ,,xxvii 7,,xxv de #agba #are1 ,,xx de #agba #b;e74 par les caravanes d',armniens444 #agba #are3 d',armnie444 ,lettre ,,xxviii 7,,xxvi de #agba #are1 ,,xxi de #agba #b;e74 ,lettre ,,xxix 7,,xxvii de #agba #are1 ,,xxii de #agba #b;e74 ,lettre ,,xxx 7,,xxviii de #agba #are1 ,,xxiii de #agba #b;e74 ,lettre ,,xxxi 7,,xxix de #agba #are1 ,,xxiv de #agba #b;e74 ,lettre ,,xxxii 7,,xxx de #agba #are1 supprime dans #agba #b;e74 ,maison o l'on entretient environ trois cents personnes assez pauvrement4 ,les ,quinze-,vingts4 ,lettre ,,xxxiii 7,,xxxi de #agba #are1 ,,xxv de #agba #b;e74 ,lettre ,,xxxiv 7,,xxxii de #agba #are1 ,,xxvi de #agba #b;e74 ,les deux ditions1 #agba1 donnent ,rica ,ibben2 #aged3 ,usbek ,ibben4 ,mme contexte4 ,lettre ,,xxxv 7,,xxxiii de #agba #are1 ,,xxvii de #agba #b;e74 ,vivement incrimine dans la brochure du pre ,gaultier1 #agea3 ,les ,lettres persannes convaincues d'impit4 ,ali1 qui tait le plus beau de tous les hommes4 ,expressions d'un psaume1 qu'on applique au ,messie4 ,lettre ,,xxxvi 7,,xxxiv de #agba #are1 ,,xxviii de #agba #b;e74 ,dispute la plus mince qu'il se puisse imaginer4 #agba1 #are3 qui se puisse imaginer4 ,lettre ,,xxxvii 7,,xxxv de #agba #are1 ,,xxix de #agba #b;e74 ,louis ,,xiv avait en #agac #ge ans2 il rgnait depuis soixante-dix4 ,le ministre de #ah ans3 peut-tre ,barbezieux1 fils de ,louvois1 ministre #bc ans1 mort en #agja 7874 ,la matresse de #hj ans3 la ,maintenon4 nous n'avons point d'exemple dans nos histoires4 #agba #are3 d'exemples4 ,lettre ,,xxxviii 7,,xxxvi de #agba #are1 ,,xxx de #agba #b;e74 ,lettre ,,xxxix 7,,xxxvii de #agba #are1 ,,xxxi de #agba1 #b;e74 qui a fait le plerinage de la ,mecque4 #agba #are3 la ,mecque4 que la nature de la femme ne cesst d'tre immonde1 et que le membre viril ne ft livr la circoncision4 #agba #b;e ,marteau3 que la femme ne cesst d'tre immonde et que l'homme ne ft livr444 ,lettre ,,xl 7,,xxxviii #agba #are1 ,,xxxii #agba #b;e74 va sottement se mettre dans une balance et se faire peser4 #agba #are3 et se fait peser4 ,lettres ,,xli-,,xliii 7,,xxxix-,,xli de #agba #are2 supprimes dans #agba #b;e74 ,lettre ,,xliv 7,,xlii de #agba #are1 ,,xxxiii #agba #b;e74 quand le ,kan de ,tartarie4 #agba #are3 le ,cam4 ,lettre ,,xlv 7,,xliii de #agba #are1 ,,xxxiv #agba #b;e74 faubourg ,saint-,germain4 #agba1 #aged3 faux bourg4 ,j'ai lou un htel deux mille cus4 #agba #are3 de deux mille cus4 ,lettre ,,xlvi 7,,xliv #agba #are1 ,,xxxv #agba #b;e74 dans un caravansrail4 #agba #are3 caravanserai2 #aged3 caravansera4 ,incrimine dans la brochure3 ,lettres persannes convaincues d'impit1 #ageb1 cause de la prire du diste4 ,lettre ,,xlvii 7,,xlv #agba #are1 supprime dans #agba #b;e74 annoncer le courouc4 ,pour les femmes du roi1 le courouc se publie d'avance1 et tout homme qui n'en tient compte court risque de la vie4 ,pour les autres femmes1 les eunuques cheval autour des litires crient courouc1 courouc 7arrire67 et btonnent ou transpercent les curieux4 ,lettre ,,xlviii 7,,xlvi #agba #are1 ,,xxxvi #agba #b;e74 ,ils valent bien la peine qu'on les dtrompe4 7#agba #are47 #aged3 ,ils valent la peine2 semble une omission4 tudier sur cette foule de gens qui y abordoit sans cesse1 dont les caractres me prsentoient444 7#aged47 ,beaucoup d'ditions plus modernes1 entre autres ,lefvre #ahbj1 donnent3 tudier cette foule de gens qui y abordoient et dont444 qui ne m'ait donn la torture plus de deux cents fois2 et cependant je444 7#agba1 #aged47 ,ed4 ,lefvre #ahbj3 qui ne m'ait donn deux cents fois la torture1 et je444 7d'aprs quelle autorit87 ,il excelle par son cuisinier3 aussi n'en est-il pas ingrat444 ,singulire tournure4 ,c'est un homme excellent4 7#aged47 ,ed4 ,lefvre #ahbj3 il est excellent4 787 certaine femme dans le monde qui pestera un peu4 7#aged47 ,ed4 ,lefvre #ahbj3 qui ne sera pas de bonne humeur4 787 ,la mettre deux doigts de ma perte4 7#agba1 #aged47 ,c'est le texte vrai et le plus fin aussi4 ,la plupart des ditions1 y compris ,lefvre #ahbj1 donnent3 de sa perte4 ,ce qui n'a pas de sens4 ,lettre ,,xlix 7,,xlvii de #agba #are1 ,,xxxvii de #agba #b;e74 ,lettre ,l 7,,xlviii de #agba #are1 ,,xxxviii de #agba #b;e74 ,lettre ,,li 7,,xlix de #agba #are1 ,,xxxix de #agba #b;e74 ,depuis ,moscou4 #agba #are3 ,moscov2 #aged3 ,moscow4 ,svrit de ,pierre le grand4 ,v4 ,esprit des lois1 ,,xix1 #ad4 ,lettre ,,lii 7,l de #agba #are1 ,,xl de #agba #b;e74 ,j'ai ou dire feu ma soeur4 #agba #are1 et #aged3 feu ma soeur4 se drober la plus affligeante de toutes les ides4 #agba #are3 se drober la plus affligeante444 ,lettre ,,liii 7,,li de #agba #are1 ,,xli de #agba #b;e74 ,lettres ,,liv-,,lxiv 7,,lii-,,lxii #agba #are1 ,,xlii-,,lii #agba #b;e74 ,,lxi1 ,ambroise et ,thodose1 ,v4 ,spinoza1 ,tractatus theologico-politicus1 #di4 ,incrimine dans les ,lettres persannes convaincues d'impit4 ,,lxiii3 et se plie sans effort aux moeurs444 #agba #are1 #aged3 et je plie4 ,lettre ,,lxiv3 ,se plaisoit de me les faire exercer mme et de444 #agba #b;e3 me les faire exercer mme et 444 ,lettre ,,lxv 7,,lxiii #agba #are1 supprime dans #agba #b;e74 ,lettre ,,lxvi 7,,lxiv #agba #are1 ,,liii #agba #b;e74 ,lettre ,,lxvii 7,,lxv #agba #are1 ,,liv #agba #b;e74 ,tefflis 7,tiflis71 capitale de la ,gorgie4 ,lettre ,,lxviii 7,,lxvi #agba #are1 ,,lv #agba #b;e74 ,lettre ,,lxix 7,,lxvii #agba #are1 ,,lvi #agba #b;e74 ,violemment incrimine dans les ,lettres persannes convaincues d'impit1 o elle est cite d'aprs #agba #b;e4 dont il fit un tout pour ressembler4 7#aged47 #agba #are3 un tout qu'il crut ressembler4 ,le dernier alina est une addition du ,supplment de #aged4 ,lettre ,,lxx 7,,lxviii #agba #are1 supprime dans #agba #b;e74 ,lettre ,,lxxi 7,,lxix #agba #are1 supprime dans #agba #b;e74 ,lettre ,,lxxii 7,,lxx #agba #are1 ,,lvii #agba #b;e74 ,rica ,usbek4 7#aged47 ditions antrieures3 ,rica ,ibben4 ,lettre ,,lxxiii 7,,lxxi #agba #are1 ,,lxi #agba #b;e74 ,le code des jugements de l',acadmie1 c'est son dictionnaire4 un btard1 qui avait dj paru1 c'est le dictionnaire de ,furetire1 dont la publication anticipe fit expulser l'auteur de l',acadmie4 ,il semble qu'il soit fait pour parler444 7#aged47 #agba #are3 qu'ils soient faits444 ,lettre ,,lxxiv 7,,lxxii #agba #are1 ,,lxii #agba #b;e74 ,lettre ,,lxxv 7,,lxxiii #agba #are1 ,,lxiii #agba #b;e74 ,leur demandent de leur prouver ce qu'ils sont rsolus de ne pas croire4 #agba #are3 demandent qu'ils prouvent ce qu'ils ne veulent pas croire4 ,je sais bien empcher la religion4 #agba #are3 je sais empcher444 ,ils abaissoient par l les seigneurs4 #agba #are3 parce qu'ils abaissoient444 ,lettre ,,lxxvi 7,,lxxiv #agba #are1 ,,lxiv #agba #b;e74 ,incrimine dans les ,lettres persannes convaincues d'impit4 ,cent millions de ttes comme la ntre4 7#aged1 #ageh1 etc47 #agba1 #agcj1 etc43 cent millions de terres444 ,lettre ,,lxxvii 7#c;e du ,supplment de #aged74 ,correctif tardif la prcdente4 ,lettre ,,lxxviii 7,,lxxv #agba #are1 ,,lxv #agba #b;e74 ,le seul de leurs livres qui soit bon4 ,don ,quichotte4 ,des nations qui leur sont inconnues2 ce qu'il parat1 les ,batucas4 ,mais l'accusation est invraisemblable4 ,lettre ,,lxxix 7,,lxxvi #agba #are1 ,,lxvi #agba #b;e74 ,lettre ,,lxxx 7,,lxxvii #agba #are1 ,,lxvii #agba #b;e74 ,lettres ,,lxxxi-,,lxxxiii 7,,lxxviii-,,lxxx #agba #are1 ,,lxviii-,,lxx #agba #b;e74 ,lettre ,,lxxxiv 7,,lxxxi #agba #are1 ,,lxxi #agba #b;e74 ,incrimine dans les ,lettres persannes convaincues d'impit4 ,cette raison est toujours une raison d'intrt4 7#aged47 #agba #are3 est toujours raison d'intrt4 ,lettre ,,lxxxv 7,,lxxxii #agba #are2 ,,lxxxii #agba #b;e74 ,lettre ,,lxxxvi 7,,lxxxiii #agba #are1 ,,lxxiii #agba #b;e74 ,lettre ,,lxxxvii 7,,lxxxiv #agba #are1 ,,lxxiv #agba #b;e74 ,la justice se mle de tous leurs diffrends4 7#ageh47 ,cette proposition ncessaire est omise dans #agba #are et #aged4 ,elle se trouve dans #agba #b;e1 avec une lgre diffrence3 se mle de toutes leurs affaires4 nombre infini de jeunes marchandes4 ,allusion aux galeries du palais 7sujet d'une comdie de ,corneille7 habites et frquentes comme le sont les galeries du ,palais ,royal4 ,lettre ,,lxxxviii 7,,lxxxv #agba #are1 ,,lxxv #agba #b;e74 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,du ,,tome ,,premier4 ,prface de l'diteur ,i ,,xvi ,quelques rflexions sur les ,lettres persanes #a ,introduction #e ,lettre ,i4 ,usbek son ami ,rustan #g ,lettre ,,ii4 ,usbek au premier eunuque noir 7,roman74 ,il lui recommande ses femmes #h ,lettre ,,iii4 ,zachi ,usbek 7,roman74 ,elle lui rappelle dans quelles circonstances il l'a prfre ses compagnes #i ,lettre ,,iv4 ,zphis ,usbek 7,roman74 ,ce qu'elle faisait avec son esclave ,zlide #ab ,lettre ,v4 ,rustan ,usbek #ac ,lettre ,,vi4 ,usbek son ami ,nessir 7,roman74 ,ses inquitudes sur la conduite de ses femmes #ac ,lettre ,,vii4 ,fatm ,usbek 7,roman74 ,hallucinations d'une femme ardente1 prive de son mari #ae ,lettre ,,viii4 ,usbek son ami ,rustan4 ,vritable cause du voyage d',usbek #ag ,lettre ,,ix4 ,le premier eunuque ,ibbi4 ,position des eunuques dans le srail4 ,leurs tortures morales #ai ,lettre ,x4 ,mirza son ami ,usbek #bd ,lettre ,,xi4 ,usbek ,mirza4 ,histoire des ,troglodytes #be ,lettre ,,xii4 ,usbek ,mirza4 ,mme sujet #bi ,lettre ,,xiii4 ,usbek ,mirza4 ,mme sujet #cb ,lettre ,,xiv4 ,usbek ,mirza4 ,mme sujet #cd ,lettre ,,xv4 ,le premier eunuque ,jaron 7,roman7 #cf ,lettre ,,xvi4 ,usbek au mollak ,mhmet-,ali gardien des trois tombeaux ,com #cg ,lettre ,,xvii4 ,usbek au mme4 ,il l'interroge sur certaines prohibitions relatives aux viandes immondes #ch ,lettre ,,xviii4 ,mhmet-,ali1 serviteur des prophtes1 ,usbek4 ,lgendes mahomtanes sur l'lphant1 le cochon1 le rat1 le lion et le chat #dj ,lettre ,,xix4 ,usbek son ami ,rustan4 ,faiblesse de l'empire turc #dc ,lettre ,,xx4 ,usbek ,zachi1 sa femme 7,roman74 ,jalousie contre un eunuque blanc4 ,familiarits de ,zachi avec la jeune ,zlide #de ,lettre ,,xxi4 ,usbek au premier eunuque blanc 7,roman7 #dg ,lettre ,,xxii4 ,jaron au premier eunuque 7,roman74 ,inquitudes conjugales d',usbek #di ,lettre ,,xxiii4 ,usbek son ami ,ibben4 tonnement des ,orientaux qui entrent pour la premire fois dans une ville chrtienne #ej ,lettre ,,xxiv4 ,rica ,ibben4 ,activit des ,parisiens4 ,puissance de ,louis ,,xiv4 ,le roi et le pape grands magiciens4 ,la ,constitution de ,clment ,,xi contre le pre ,quesnel #ea ,lettre ,,xxv4 ,usbek ,ibben #ee ,lettre ,,xxvi4 ,usbek ,roxane 7,roman74 ,avantage de la rclusion pour la chastet des femmes4 ,longue rsistance de ,roxane4 ,coquetterie des ,europennes #ef ,lettre ,,xxvii4 ,usbek ,nessir 7,roman7 #fj ,lettre ,,xxviii4 ,rica 9999994 ,peinture anime du thtre en ,france4 ,lettre d'une fille d',opra sduite par un abb #fa ,lettre ,,xxix4 ,rica ,ibben4 ,le pape1 les vques1 les hrsies1 l'inquisition #fd ,lettre ,,xxx4 ,rica au mme4 ,curiosit et badauderie parisiennes #fg ,lettre ,,xxxi4 ,rhdi ,usbek4 ,venise prive d'eau vive #fh ,lettre ,,xxxii ,rica 9999994 ,les ,quinze-vingts4 ,adresse des aveugles se conduire #fi ,lettre ,,xxxiii4 ,usbek ,rhdi4 ,ivrognerie des princes orientaux4 ,breuvages consolateurs #gj ,lettre ,,xxxiv4 ,usbek ,ibben4 ,beaut des ,persanes4 ,gravit des ,asiatiques #gb ,lettre ,,xxxv4 ,usbek ,gemchid1 son cousin1 dervis du brillant monastre de ,tauris4 ,nombreuses conformits du christianisme et du mahomtisme #gd ,lettre ,,xxxvi4 ,usbek ,rhdi4 ,le caf ,procope4 ,querelle des anciens et des modernes4 ,barbarie des ergoteurs scolastiques #gf ,lettre ,,xxxvii4 ,usbek ,ibben4 ,vieillesse1 gots et dfauts de ,louis ,,xiv #gh ,lettre ,,xxxviii4 ,rica ,ibben4 ,la libert des femmes limite par la tyrannie des hommes #hj ,lettre ,,xxxix4 ,hagi ,ibbi au ,juif ,ben ,josu1 proslyte mahomtan4 ,lgendes relatives la naissance de ,mahomet #hb ,lettre ,,xl4 ,usbek ,ibben4 ,vanit des pompes et crmonies funbres #hd ,lettre ,,xli4 ,le premier eunuque noir ,usbek 7,roman74 ,il veut mutiler un esclave #he ,lettre ,,xlii4 ,pharan ,usbek1 son souverain seigneur 7,roman74 ,il ne veut pas tre mutil #he ,lettre ,,xliii4 ,usbek ,pharan 7,roman74 ,il lui fait grce de la mutilation #hh ,lettre ,,xliv4 ,usbek ,rhdi4 ,mpris rciproque o se tiennent l'glise1 l'pe et la robe4 ,portrait d'un roi de ,guine4 ,orgueil du kan de ,tartarie #hh ,lettre ,,xlv4 ,rica ,usbek4 ,monomanie d'un alchimiste #ij ,lettre ,,xlvi4 ,usbek ,rhdi4 ,purilit des crmonies et observances religieuses4 ,prire d'un diste #ib ,lettre ,,xlvii4 ,zachi ,usbek 7,roman74 ,les parties de campagne des ,persanes #id ,lettre ,,xlviii4 ,usbek ,rhdi4 ,portrait du fermier gnral1 du directeur de consciences1 du pote parasite1 du vieux militaire grognon1 de l'homme bonnes fortunes #if ,lettre ,,xlix4 ,rica ,usbek4 ,le capucin et les missions #ajd ,lettre ,l4 ,rica 9999994 ,la modestie naturelle la vertu4 ,portrait d'un fat #aje ,lettre ,,li4 ,nargum1 envoy de ,perse en ,moscovie1 ,usbek4 ,moeurs1 climat1 puissance1 politique de la ,russie4 ,voyages et rformes de ,pierre le ,grand4 ,lettre d'une jeune marie russe #ajg ,lettre ,,lii4 ,rica ,usbek4 ,quatre ges de femmes #aaj ,lettre ,,liii4 ,zlis ,usbek 7,roman74 ,passion d'un eunuque blanc pour ,zlide4 ,rflexions piquantes de ,zlis ce sujet #aab ,lettre ,,liv4 ,rica ,usbek4 ,utilit des compres dans les conversations du monde #aad ,lettre ,,lv4 ,rica ,ibben4 ,brutalits du mariage en ,europe4 ,infidlit tolre par les maris #aag ,lettre ,,lvi4 ,usbek ,ibben4 ,portrait de vieilles joueuses #aai ,lettre ,,lvii4 ,usbek ,rhdi4 ,les casuistes et la casuistique #aba ,lettre ,,lviii4 ,rica ,rhdi4 ,les mtiers et les industries de ,paris #abc ,lettre ,,lix4 ,rica ,usbek4 ,les vieillards jugent tout d'aprs les ides de leur jeunesse4 ,les dieux faits l'image des hommes #abe ,lettre ,,lx4 ,usbek ,ibben4 ,les ,juifs partout semblables eux-mmes4 ,calme dont ils jouissent en ,europe4 ,antiquit de leur religion #abg ,lettre ,,lxi4 ,usbek ,rhdi4 ,difficults de la position des ecclsiastiques dans le monde laque #abi ,lettre ,,lxii4 ,zlis ,usbek 7,roman74 ,discipline du srail ncessaire pour inculquer aux femmes la subordination #aca ,lettre ,,lxiii4 ,rica ,usbek4 ,avantage de la libert des femmes #acc ,lettre ,,lxiv4 ,le chef des eunuques noirs ,usbek 7,roman74 ,dsordres dans le srail4 ,conseils dicts par l'exprience du grand eunuque #ace ,lettre ,,lxv4 ,usbek ses femmes 7,roman74 ,menaces et adjurations #aci ,lettre ,,lxvi4 ,rica 9999994 ,contre les sots livres et les compilateurs #adj ,lettre ,,lxvii4 ,ibben ,usbek4 ,histoire d',aphridon et d',astart1 frre et soeur maris selon la loi des ,gubres #adb ,lettre ,,lxviii4 ,rica ,usbek4 ,frivolit des juges1 rle des avocats #aed ,lettre ,,lxix4 ,usbek ,rhdi4 ,limites de la puissance divine4 ,incompatibilit de la prescience divine avec la libert humaine #aee ,lettre ,,lxx4 ,zlis ,usbek 7,roman74 ,affront fait une jeune marie par son mari #aei ,lettre ,,lxxi4 ,usbek ,zlis 7,roman74 ,usbek plaint le beau-pre4 ,incertitude des preuves de la virginit #afj ,lettre ,,lxxii4 ,rica ,ibben4 ,contre ceux qui tranchent sur tout #afa ,lettre ,,lxxiii4 ,rica 9999994 ,peinture satirique de l',acadmie franaise #afb ,lettre ,,lxxiv4 ,rica ,usbek4 ,la morgue des grands seigneurs #afc ,lettre ,,lxxv4 ,usbek ,rhdi4 ,tideur de la foi des chrtiens4 ,le christianisme laisse subsister la traite des ngres #afe ,lettre ,,lxxvi4 ,usbek son ami ,ibben4 ,apologie du suicide #afg ,lettre ,,lxxvii4 ,ibben ,usbek4 ,justification des lois qui fltrissent le suicide #afi ,lettre ,,lxxviii4 ,rica ,usbek4 ,lettre d'un ,franais sur les moeurs1 le flegme1 la dvotion1 la jalousie1 la politesse1 la littrature des ,espagnols et des ,portugais #agj ,lettre ,,lxxix4 ,usbek ,rhdi4 ,prjugs1 minuties1 subtilits1 omissions des lgislateurs #agd ,lettre ,,lxxx4 ,le grand eunuque ,usbek 7,roman74 ,examen et achat d'une ,circassienne #agf ,lettre ,,lxxxi4 ,usbek ,rhdi4 ,supriorit rationnelle des gouvernements doux1 des pnalits modres et des institutions rpublicaines4 ,prils du despotisme pour le despote lui-mme #agg ,lettre ,,lxxxii4 ,nargum1 envoy de ,perse en ,moscovie1 ,usbek4 ,les conqutes des ,tartares #ahj ,lettre ,,lxxxiii4 ,rica ,ibben4 ,les taciturnes 7chartreux71 les diseurs de rien1 les poseurs #aha ,lettre ,,lxxxiv4 ,usbek ,rhdi4 ,dieu et la justice4 ,l'un ne serait pas que l'autre resterait obligatoire #ahc ,lettre ,,lxxxv4 ,rica 9999994 loge des invalides et de ceux qui meurent pour la patrie #ahe ,lettre ,,lxxxvi4 ,usbek ,mirza4 ,allusions aux dsastreux effets de la rvocation de l'dit de ,nantes4 ,appel la tolrance #ahf ,lettre ,,lxxxvii4 ,rica 9999994 ,les querelles de famille devant les tribunaux #ahi ,lettre ,,lxxxviii4 ,rica 9999994 ,sociabilit1 ubiquit d'un franais4 pitaphe d'un curieux mort de lassitude #aia ,calendrier employ dans les lettres persanes #aic ,notes et variantes #aie ,,fin ,,de ,,la ,,table ,,du ,,tome ,,premier4 ,,ouvrages ,,de ,m4 ,,andr ,,lef,,vre4 ,les ,finances de ,champagne aux ,x,i,i,ie et ,x,i,ve sicles4 ,la ,flute de ,pan1 #b;e dition4 ,hetzel4 ,la ,lyre intime4 ,ibid4 ,virgile et ,kalidasa4 ,ibid4 ,l',epope terrestre4 ,marpon4 ,la ,valle du ,nil 7avec ,m4 ,h4 ,cammas74 ,hachette4 ,les ,merveilles de l'architecture1 #c;e dit4 ,ibid4 ,les ,parcs et les ,jardins1 #b;e dit4 ,ibid4 ,la ,pense nouvelle1 en collaboration avec ,,mm4 ,louis ,asseline1 ,a4 ,coudereau1 ,ch4 ,letourneau1 ,p4 ,lacombe1 etc4 #b vol4 gr4 in-#ho4 ,napolon ,ier 7in-#cb74 ,bureaux de l'clipse4 ,les ,finances particulires de ,napolon ,,iii4 ,j4 ,rouquette4 ,imp4 ,eugne ,,heutte et ,ce1 ,saint-,germain4