,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,note sur la transcription3 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise4 ,les ,,femmes ,,qui ,,tuent et les ,,femmes ,,qui ,,votent ,il a t tir de cet ouvrage3 #bj exemplaires sur papier de ,hollande4 #aj -- -- de ,chine4 #ab -- -- ,whatman4 ,,tous ,,num,,rot,s ,,alexandre ,,dumas ,,fils de l',acadmie ,franaise ,,les ,,femmes ,,qui ,,tuent ,,et ,,les ,,femmes ,,qui ,,votent ,,douzi,,me ,,dition ,,paris ,,calmann ,l,,vy1 ,,diteur ,,rue ,,auber1 #c1 ,,et ,,boulevard ,,des ,,italiens1 #ae #ahhj ,droits de reproduction et de traduction rservs4 ,,les ,,femmes ,,qui ,,tuent ,,et ,,les ,,femmes ,,qui ,,votent ,a ,,jules ,,claretie #bj aot #ahhj4 ,mon cher ,claretie1 ,vous avez publi le #bd aot un long article dans le ,temps1 sur les derniers procs de mademoiselle ,dumaire et de madame de ,tilly4 ,cet article contenait la fin les lignes suivantes3 ,je m'attendais ce que ,m4 ,dumas prt la parole dans ce vif et poignant dbat4 ,il est le grand avocat consultant de ces causes saignantes1 et je ne sais pas de prsident qui puisse rsumer comme lui les faits de semblables procs et en dduire toutes les consquences4 ,il doit s'applaudir d'avoir si hardiment et tant de fois soulev de pareilles questions1 lorsqu'il voit que la vie1 svre comme un problme de mathmatique1 en rend la solution de plus en plus ncessaire chaque jour4 ,sans doute la comdie est crite1 la ,princesse ,georges a tout dit2 mais j'aurais voulu savoir ce que pensait de la comtesse de ,tilly--cette princesse ,georges au vitriol--le philosophe du thtre contemporain4 ,chose curieuse1 quand cet article m'est arriv de votre part1 j'avais1 depuis trois ou quatre jours1 commenc le travail que vous attendiez de moi1 et j'en tais juste une phrase1 que vous retrouverez dans cette lettre1 o je parlais de l'auteur de la ,princesse ,georges4 ,il y avait l une sympathie manifeste1 des atomes crochus visibles2 aussi1 je vous demande la permission de vous adresser et de vous ddier ce travail2 ce me sera1 de plus1 une occasion de vous tmoigner publiquement toute l'affection et toute l'estime que j'ai pour votre personne1 votre caractre et votre talent4 ,et puis1 nous sommes tout fait l'aise pour causer ainsi de ce sujet1 tant du mme avis1 car vous dites encore dans le mme article3 ,il y a eu1 comme toujours dbordement de sympathie pour les excutrices2 et les victimes1 selon l'usage1 ont sembl fort peu intressantes4 ,il y a cela une raison morale2 car cet enthousiasme pour la brutalit serait ironique s'il n'tait que le produit d'une admiration malsaine pour les tres qui1 se plaant au-dessus de la loi1 ont l'audace de se faire justice eux-mmes4 ,la raison de toutes ces acclamations saluant une meurtrire1 c'est que la femme1 dcidment1 n'est pas suffisamment protge par la loi1 qui est essentiellement et uniquement une loi mle1 si je puis dire4 ,l'auteur de la ,princesse ,georges l'a fort bien montr1 dramatiquement et philosophiquement la fois1 lorsqu'il nous prsente l'pouse trompe s'adressant tour tour sa mre1 c'est--dire la famille1 puis la loi1 c'est--dire la socit1 pour leur rclamer une consolation ou un secours4 ,de consolation1 il n'y en a point2 de secours1 il n'en faut attendre de personne4 ,faut-il donc souffrir1 ternellement souffrir dans son amour et dans son amour-propre1 dans sa dignit de femme1 dans la scurit mme de sa vie1 car la ruine matrielle est possible aprs cette terrible ruine morale8 ,que faut-il faire1 enfin8 ,mais tout le monde ne pense pas comme nous1 mon cher ami1 et1 pour tout dire1 j'avais d'abord pris la plume pour rpondre un article d'un de vos confrres1 ,m4 ,racot1 lequel1 dans le ,figaro1 exprimait des ides1 sinon toutes contraires1 du moins trs opposes aux ntres4 ,je fais donc1 comme on dit1 d'une pierre deux coups2 c'est vous que je m'adresse1 et c'est ,m4 ,racot et ceux qui pensent comme lui que je rponds4 ,votre confrre ne se contentait pas1 lui1 de parler de mademoiselle ,virginie ,dumaire et de madame de ,tilly3 il parlait aussi de madame ,hubertine ,auclert1 et il paraissait mme conclure1 philosophiquement1 contre cette dernire en faveur de madame de ,tilly4 ,c'tait vif2 mais il rsumait quelques-unes des ides que j'ai mises dans la prface de ,monsieur ,alphonse1 et l'enchanement de son ide concordait parfaitement avec l'enchanement des miennes4 ,selon moi1 les femmes qui tuent mnent aux femmes qui votent4 ,de l ce titre dont on a dj fait dans la presse des jeux de mots que j'avais prvus2 car1 en annonant la brochure mon diteur1 je lui disais3 ,recommandez bien l'imprimeur de ne pas se tromper1 et de ne pas mettre les femmes qui1 etc4 ,j'ai donc dj eu1 ce propos1 l'esprit de tout le monde1 et je l'ai eu plus tt2 c'est d'un excellent augure4 ,un ami moi m'a crit pour me conseiller de supprimer au moins la seconde partie du titre2 je n'en fais rien4 ,le titre prte rire1 tant mieux6 cela le popularisera2 et puis le rire est bon4 ,d'ailleurs1 nous trouverons encore1 de temps en temps1 l'occasion de rire1 en route1 je vous le promets4 ,si notre esprit ne nous suffit pas1 la btise des autres nous viendra en aide4 ,maintenant qu'on a bien ri du titre1 entrons dans le sujet4 ,m4 ,racot1 tout en s'tonnant et en s'alarmant de ces nouveaux symptmes d'abaissement dans l'ordre moral1 ne conclut pas comme nous l'avons dj fait1 vous et moi1 dans le pass2 il reste toujours l'adversaire du divorce1 et il demande1 par exemple1 ce qu'au point de vue de l'quit1 de la justice et de la rparation1 madame de ,tilly aurait gagn ce que le divorce existt4 ,il ajoute3 ,supposons le divorce tabli avant la scne du vitriol1 le mari avait le droit de divorcer et tait libre d'pouser la femme qui faisait le dsespoir de la premire4 ,on peut avoir de trs bonnes raisons personnelles1 dans sa conscience1 son idal et ses traditions1 pour tre l'adversaire du divorce2 mais il ne faut pourtant pas le combattre avec des propositions aussi facilement rfutables que celle-l1 et nous ne pouvons1 n'est-ce pas1 laisser circuler cette premire assertion1 sans lui barrer le chemin4 ,dans aucun des pays o le divorce existe1 mme en ,amrique o il jouit de facilits exceptionnelles1 la loi n'et autoris ,m4 de ,tilly divorcer d'avec sa femme1 et pouser ensuite mademoiselle ,marchal4 ,si la loi sur le divorce mme aussi tendue que ,m4 ,naquet l'a propose1 existait en ,france1 aucun des articles de cette loi1 si habilement interprt ou contourn qu'il ft par l'avocat le plus subtil ou l'avou le plus retors1 ne pourrait servir un homme comme ,m4 de ,tilly pour rpudier une femme telle qu'tait madame de ,tilly avant l'attentat qu'elle a commis1 attentat que certaines raisons psychologiques peuvent expliquer1 mais1 disons-le tout de suite1 qu'aucune bonne raison morale n'excuse1 malgr cette sympathie un peu trop aveugle dont bnficie la coupable et qui rentre dans ce que ,lamartine appelait les surprises du coeur4 ,j'ajouterai3 la loi sur le divorce existant1--pas plus aprs cet attentat acquitt par le jury1 qu'auparavant1--,m4 de ,tilly ne pourrait encore user du divorce1 et1 dans l'tat actuel de la lgislation1 il n'aurait mme pas pu obtenir la sparation lgale1 puisqu'il n'avait rien reprocher ni la conduite ni au caractre de madame de ,tilly comme mre et comme pouse1 et qu'aujourd'hui mme o elle est dclare1 sinon innocente1 du moins non coupable1 il n'aurait pas encore le droit ni de divorcer ni de se sparer4 ,a la demande de ,m4 ,racot1 voil la rponse faire1 et le premier venu aurait pu la faire comme moi2 elle est claire1 simple1 irrfutable4 ,l'erreur de ,m4 ,racot et de beaucoup d'autres de nos adversaires1 vient de ce que1 comme tous les partisans de l'indissolubilit du mariage1 il aime se contenter1 un peu trop facilement1 des arguments l'aide desquels l'glise veut mettre les femmes de son ct4 ,elle leur dit1 en effet1 sur tous les tons1 comme on peut le voir dans le livre de ,m4 l'abb ,vidieu auquel j'ai rpondu3 ,le jour o le divorce sera rtabli1 le mari pourra rpudier sa femme quand bon lui semblera et contracter immdiatement d'autres liens4 ,non seulement il n'y a rien de vrai1 mais il n'y a rien de possible dans une pareille assertion1 et il faut toute la candeur et toute la confiance de la foi fminine pour la croire et la propager4 ,si le divorce avait exist1 non seulement ,m4 de ,tilly n'aurait pas pu s'en servir contre sa femme1 mais c'est madame de ,tilly qui aurait pu s'en servir contre lui1 au lieu d'en arriver1 comme moyen suprme de garantie1 l'action lche et dgradante qu'elle a commise4 ,elle aurait demand une protection la loi1 au lieu de demander une vengeance l'acide sulfurique1 et le ,code l'et libre d'un mariage qu'elle ne mritait pas1 au lieu de la librer de la prison qu'elle avait bien mrite4 ,je m'arrte l4 ,je n'ai nulle envie de recommencer une croisade pour le divorce4 ,il sera toujours temps1 si cela est ncessaire1 de reprendre la parole quand le projet sera discut la ,chambre4 ,mais1 si les crimes1 les catastrophes de toute sorte1 ns de l'indissolubilit du mariage1 continuent dans la progression signale par les dernires statistiques1 la question aura fait toute seule de tels progrs1 qu'il n'y aura plus besoin de rien dire et que la ncessit de la loi sera premptoirement dmontre par les faits4 ,mais nous sommes en vacances1 les questions politiques sont momentanment ajournes1 la controverse centrale n'existe pas1 le gouvernement se promne et se repose2 snateurs et dputs sont parpills sur les routes2 gens du monde et bourgeois sont la campagne1 aux bains de mer1 aux eaux2 nul ne se soucie1 en apparence1 des questions d'ensemble1 et chacun se contente1 en lisant son journal1 au grand air1 des nouvelles du jour1 des accidents de chemin de fer1 des assassinats et des boulements4 ,pour moi1 tout au contraire1 ce moment me semble toujours opportun pour soulever certaines discussions et tcher de faire pntrer quelques ides soi-disant subversives ou tout au moins paradoxales dans des esprits et des consciences non influencs par leur milieu habituel et disposs la conciliation par une digestion lente et rparatrice4 ,pour parler srieusement1 la solidarit des intrts1 des passions1 des habitudes1 des traditions1 des compromis1 des ignorances est rompue2 le grand seigneur1 le millionnaire1 l'homme du monde1 le bourgeois1 le fonctionnaire1 l'employ1 le rentier1 le ngociant redeviennent1 par quarante degrs de chaleur1 des hommes peu prs semblables les uns aux autres1 dgags de l'influence des groupes sociaux auxquels ils appartiennent1 et1 en se reposant en face de la nature1 dont l'impassible ternit les domine1 ils sont1 individuellement et leur insu1 accessibles ces mmes ides dont ils se seraient indigns quelques semaines auparavant4 ,il y a certainement alors une dtente1 un laisser aller1 une complaisance rciproque tenant plus de bien-tre1 plus d'espace1 plus d'horizon1 plus de sant4 ,les journaux eux-mmes trahissent plus d'clectisme2 ils se montrent plus accommodants2 les adversaires1 du mois de fvrier ou de mars1 semblent tout prs de s'accorder4 ,aprs tout1 entend-on dire et l dans les deux camps1 aprs tout1 ce rpublicain a du bon1 ce libre penseur n'est pas si mchant qu'on le croit1 dit l'un4--,ce cur de campagne a une bonne figure2 cette petite glise1 ce petit cimetire sont bien potiques et bien touchants1 dit l'autre2 est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de concilier tout cela1 les traditions du pass et les besoins de l'avenir1 les souvenirs de l'enfance et la raison de l'ge mr8 ,ce serait possible1 certainement1 s'il n'y avait pas cette question des jsuites6 ,je vous le demande un peu1 qu'est-ce qu'ils ont contre les jsuites8 ,ce sont de trs braves gens4 ,certainement il y a eu bien des abus1 mais enfin tout pourrait s'arranger1 avec quelques concessions mutuelles4 ,c'est un peu la faute de ,m4 ,thiers4 ,s'il avait voulu1 un certain moment1 en #ahgb1 on ne demandait que a en ,france2 mais aussi les d',orlans ne bougent pas2 et l'autre avec son drapeau blanc6 ,ah6 sans a1 les choses se seraient arranges6 a aurait peut-tre mieux valu4 ,nous verrons aux lections prochaines4--,moi1 je crois que a marchera bien4 ,ah6 il fait bon6 ,la belle journe6 ,eh bien1 mon cher ami1 ce moment de repos1 de paresse1 de faons de voir la ,pangloss1 de justice inconsciente et d'indpendance d'esprit pour ainsi dire involontaire est tout fait propice si l'on veut avoir quelque chance d'inculquer tant de gens1 ordinairement distraits1 hostiles1 ignorants1 les ides que l'on croit vraies et utiles4 ,la nature elle-mme n'a pas d'autre procd l'gard du corps humain2 elle lui communique1 pendant cette mme priode1 les lments vitaux dont il a besoin pour se reconstituer et durer un peu plus longtemps4 ,or il en est du monde moral comme du monde physique3 les lois de l'un sont enchanes et implacables comme les lois de l'autre4 ,a cette heure o je vous cris1 le vent de la mer fouette les vitres de ma chambre1 il soulve en mme temps les flots et enfle les voiles de ceux qui savent se servir de cette colre apparente2 il pousse sur le continent les vapeurs qui retomberont en rose ou en pluie1 il transporte et rpand dans les champs des milliards de germes invisibles1 fcondants ou destructeurs1 selon la disposition particulire des sols o ils vont tomber2 il fortifie les uns1 et tue les autres2 rien ne l'arrte ni ne le dtourne2 il fait ce qu'il a faire1 prcipitant la mort de ce qui doit prir1 crant1 acclrant1 prolongeant la vie de ce qui doit vivre4 ,il en est de mme des ides4 ,elles partent d'un point de l'horizon et elles vont droit devant elles1 fcondes pour les socits prtes les recueillir1 mortelles pour celles qui les repoussent ou les dnaturent4 ,comment naissent-elles8 ,d'o viennent-elles8 ,comment se fait le vent8 ,d'o vient-il8 ,des attractions et des dilatations morales1 du mouvement1 de la pression1 du va-et-vient incessant des esprits1 crant ainsi des courants irrsistibles4 ,tout ce mouvement est une des conditions1 une des lois de l'humanit1 laquelle ne saurait rester immobile dans cet univers o tout se meut1 volue1 se transforme et se combine autour d'elle4 ,temptes dans la nature1 rvolutions dans les socits1 telles sont les consquences immdiates et invitables de la rsistance inerte1 inutile et finalement vaincue1 ces courants naturels traversant dans tous les sens le monde physique et le monde moral4 ,une similitude entre les deux mondes me frappe encore1 c'est celle-ci3 ,ces germes invisibles1 transports par le vent1 prennent1 un beau jour1 une forme2 la vgtation se produit l o ils sont tombs2 l'herbe pousse2 l'arbre s'lve2 la fort s'tend4 ,mme mcanisme pour les socits4 ,au bout d'un certain temps que des ides1 nouvelles premire vue1 7tandis qu'elles ne sont jamais que des phnomnes conscutifs d'autres ides antrieures et du mme ordre71 au bout d'un certain temps que des ides nouvelles sont rpandues dans l'air1 discutes1 nies1 repousses par les moeurs et les lois des peuples routiniers1 elles se condensent tout coup en une ralit palpable et visible1 pensante et agissante1 elles prennent une forme humaine1 elles deviennent une personne avec laquelle il faut compter parce qu'elle produit subitement son action matrielle et contradictoire un tat social incompatible4 ,bref1 quand une ide doit vivre1 elle se fait homme4 ,c'est tout bonnement le mystre de l'incarnation4 ,ceux qui haussaient les paules ou qui pouffaient de rire quand cette ide tait purement thorique1 s'arrtent tonns et entrent bientt en fureur1 quand ils la voient en chair et en os1 marchant un but dtermin4 ,on honnit d'abord ce prcurseur1 cet aptre1 ce prophte2 on le tue souvent2 mais il a fait immdiatement des disciples1 il a suscit des croyants1 des auxiliaires1 des vengeurs1 et la lutte commence4 ,l'ide triomphe toujours1 et1 quand elle est enfin accepte et consacre depuis longtemps1 quand elle est devenue officielle et banale1 elle cherche s'tendre encore1 en raison de besoins nouveaux4 ,on croit une innovation quand ce n'est qu'une dduction logique et une consquence fatale de l'ide premire4 ,nouvelle rsistance des masses stationnaires1 nouvelle incarnation1 nouvelle lutte3 nouveau progrs4 ,si une ide ne produit pas son homme elle est creuse2 si une ide ne produit plus son homme elle est morte4 ,les religions1 les philosophies1 les politiques1 les sciences1 les liberts ne se sont pas dveloppes autrement4 ,regardez bien1 o l'incarnation fait dfaut3 signe de dprissement et de mort prochaine4 ,sans nous aventurer ici dans les grands exemples historiques1 prsents d'ailleurs l'esprit de tous nos lecteurs1 et pour nous en tenir aux personnages1 hier inconnus1 mis en lumire par de rcents procs1 mademoiselle ,marie ,bire1 mademoiselle ,virginie ,dumaire1 madame de ,tilly1 que reprsentent ces personnages8 ,sont-ce des tres isols1 spars de la vie commune par leur temprament1 leurs moeurs1 leurs crimes particuliers et purement individuels8 ,non4 ,ce sont des incarnations vivantes effectives et inconscientes1 en mme temps1 de certaines ides mises par des penseurs1 des moralistes1 des politiques1 des crivains1 des philosophes1 ides justes1 logiques1 tutlaires1 auxquelles1 de l'aveu de ces hommes de rflexion1 le temps est venu de faire droit4 ,que rpond la socit franaise ces ides prsentes seulement sous toutes les formes thoriques et immatrielles8 ,que ceux qui les prsentent sont des fous1 des rveurs1 des rvolutionnaires1 des utopistes1 des gens dangereux4 ,ces hommes signalent cependant des dangers visibles1 ils proposent d'indispensables rformes2 ils disent aux lgislateurs3 ,vous devriez faire des lois protgeant l'innocence de la jeune fille1 la dignit de la femme1 la vie de l'enfant1 les droits de l'poux1 et punissant quelquefois les coupables au lieu de punir toujours les innocents4 ,les lgislateurs ne rpondent mme pas4 ,alors1 au milieu des observations des uns1 de l'indiffrence des autres1 un fait brutal se produit1 un crime se commet1 une victime tombe1 un assassin se montre1 et1 sans transition apparente1 on assiste au dplacement complet de tous les plans sociaux1 au renversement de toutes les lois juridiques et morales2 la victime devient odieuse1 l'assassin devient intressant1 la conscience des jurs s'embarrasse1 la magistrature se trouble1 la loi hsite1 la justice officielle dsarme devant la foule qui s'impose comme dans une assemble populaire ou dans un thtre4 ,c'est l'incarnation de l'ide qui se dresse tout coup en face des vieilles traditions obstines et insuffisantes1 et elle vient1 par le feu et le sang1 poser sa revendication personnelle et ncessaire contre des lois jadis excellentes1 mais qui1 les moeurs s'tant modifies1 apparaissent subitement comme des injustices et des barbaries4 ,le meurtrier a-t-il discut ces questions comme nous le faisons ici8 ,a-t-il lu ce qu'on crivait sur ces matires avant qu'il commt son crime8 ,obit-il un raisonnement8 ,non4 ,il obit aveuglment sa passion1 ce n'est pas douteux4 ,mais sa passion satisfaite vient1 en plein tribunal1 faire appel un droit naturel1 humain1 incontestable1 dont la socit aurait d tenir compte et dont elle ne s'est pas soucie4 ,l'acquittement des coupables1 prononc par le tribunal1 impos par l'opinion1 est-il juste8 ,non4 ,mais ce qui fait l'acquittement de ces coupables arrts1 c'est que la loi ne peut pas svir contre les vritables coupables qu'elle couvre depuis trop longtemps1 et que1 ne pouvant pas appliquer la justice absolue1 elle est condamne elle1 la loi1 n'appliquer que la justice relative1 ce qui est bien prs de l'injustice4 99 99 99 99 99 ,vous vous rappelez sans doute l'affaire ,morambat1 il y a trois ou quatre ans8 ,j'crivais ce propos1 dans l',opinion nationale1 une lettre comme celle-ci4 ,j'y annonais l'acquittement invitable du meurtrier1 et je demandais la loi de protger la virginit des filles1 virginit que j'appelais leur capital4 ,le mot fit beaucoup rire4 ,toujours6 ,en ,france1 nous rions beaucoup des choses srieuses2 c'est mme de celles-l1 je crois pouvoir l'affirmer1 qu'on rit le plus4 ,moi1 c'est un got particulier1 j'aime mieux rire des choses qui ne sont pas srieuses1 et qui n'en ont pas moins la prtention de l'tre2 ma conscience se trouve ainsi en repos1 je suis sr d'avoir plus longtemps des sujets de gaiet et d'avoir finalement raison4 ,vive le rire1 mon cher ami1 quand il ne se trompe pas4 ,si j'voque aujourd'hui cette affaire ,morambat1 c'est pour m'aider montrer les incarnations successives1 varies1 de plus en plus rapproches les unes des autres1 de plus en plus menaantes et triomphantes de l'ide propose de certaines rformes dans de certaines lois4 ,cette affaire se rsumait en ceci1 7soyez tranquille1 je serai bref73 ,une jeune fille1 ouvrire laborieuse et d'une conduite irrprochable jusque-l1 s'tait laiss1 faut-il dire sduire1 disons plutt entraner par un jeune homme1 commis dans le magasin o elle tait en apprentissage3 elle tait devenue enceinte1 ce que voyant1 le jeune homme l'avait abandonne4 ,voil le commencement et le milieu de l'histoire4 ,c'est vieux1 c'est banal1 c'est connu2 le soleil aussi est vieux1 banal1 connu1 et il reparat toujours et on ne s'en dshabitue pas4 ,mais il passe tout coup1 par l'esprit1 par le coeur1 par la conscience du pre de la jeune fille de modifier le dnouement traditionnel1 aussi vieux1 aussi banal1 aussi connu que le soleil et les dbuts de l'histoire et qui consistait1 pour la jeune fille1 se dsoler1 cacher sa honte dans un coin1 lever son enfant avec ses seules ressources ou lui tordre le cou1 se tuer elle-mme ou se prostituer1 tout cela parce que le ,code avait oubli de faire une loi qui protget le capital moral des femmes comme le capital matriel et qui condamnt un homme qui leur aurait pris leur honneur comme elle condamnerait le voleur qui leur aurait pris leur montre ou leur parapluie4 ,il advint donc1 cette fois1 une chose nouvelle4 ,le pre de mademoiselle ,morambat se trouvait tre un trs honnte ouvrier2 il adorait sa fille1 et il ne permit pas aux choses de finir selon la coutume4 ,il cacha un couteau sous son vtement1 s'en alla trouver le commis1 lui demanda s'il voulait pouser sa fille1 et1 sur les refus ritrs de celui-ci1 il le frappa en pleine poitrine4 ,la vie du jeune homme fut en danger2 on arrta l'assassin2 grande motion dans ,paris2 instruction2 procs4 ,si vous voulez bien donner un peu d'attention ce cas particulier1 mon cher ami1 vous y remarquerez facilement un fait curieux4 ,dans ce procs1 prvenu1 plaignant1 victime1 tout le monde tait coupable1 et1 nantie de toutes les lois imaginables pour punir tous les attentats possibles1 la justice a d s'avouer publiquement impuissante et inutile4 ,voyons comment4 ,nous voici dans la salle de la cour d'assises4 ,rien n'y manque pour que le droit soit respect1 pour que l'quit rayonne1 pour que la solennit soit imposante1 pour que la leon soit profitable4 ,foule norme1 avec sergents de ville1 pour la contenir et au besoin la disperser si elle manque de respect au tribunal1 si elle proteste ou si elle applaudit2 gendarmes aux deux cts de l'accus1 pour qu'il ne puisse ni s'enfuir1 ni sauter sur les juges1 ni se suicider2 avocats runis autour de la cause1 pour s'clairer dans leurs consciences et leur art1 comme des carabins autour d'un cadavre dans un amphithtre d'anatomie2 conseillers en robe rouge1 avocat gnral charg de soutenir l'accusation et de venger la morale et la socit compromises2 avocat clbre la barre de la dfense1 ayant mission de dfendre et de sauver le prvenu2 jury choisi au sort parmi les citoyens les plus recommandables de leurs quartiers1 peintures allgoriques reprsentant le crime terrass1 l'innocence protge1 ,thmis en pplum bleu et blanc tenant en quilibre les deux plateaux de sa balance2 enfin1 au fond de la salle1 en face du public1 des tmoins1 du jury et des accuss1 au-dessus des juges et de tout1 le ,christ mourant pour la justice et la vrit1 et sur lequel tmoins et jurs vont faire le serment1 les uns de ne dire que la vrit1 rien que la vrit1 les autres de n'avoir en vue que la justice1 rien que la justice4 ,ceci pos1 donnons en quelques mots le rsum philosophique et les conclusions morales du procs4 ,,la ,,loi1 reprsente par le ,prsident1 s'adressant la jeune fille3 ,mademoiselle1 vous tiez une personne honnte et laborieuse1 tout le monde l'atteste4 ,,la ,,jeune ,,fille ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,vous avez t sduite par ce jeune homme8 ,,la ,,jeune ,,fille ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,il vous avait promis le mariage8 ,,la ,,jeune ,,fille ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,il vous a abandonne8 ,,la ,,jeune ,,fille ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,quand il a su que vous tiez enceinte8 ,,la ,,jeune ,,fille ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,c'est bien de lui que vous tiez enceinte8 ,,la ,,jeune ,,fille ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,vous le jurez8 ,,la ,,jeune ,,fille ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,vous avez caus le dsespoir et le crime de votre pre4 ,vous allez mettre au monde un enfant sans pre1 sans tat civil1 probablement sans morale et sans instruction1 puisque vous tes sans ressources1 enfant qui va tre un danger ou une charge pour la socit1 tout cela parce que vous n'avez pas su rsister votre passion4 ,c'est abominable1 ce que vous avez fait l2 mais nous n'y pouvons rien1 rasseyez-vous4--,qu'on amne le jeune homme4 ,,la ,,loi1 au jeune homme4 ,vous avez t l'amant de cette jeune fille8 ,,le ,,jeune ,,homme ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,vous tiez le premier8 ,,le ,,jeune ,,homme1 aprs hsitation4 ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,elle est enceinte de vous8 ,,le ,,jeune ,,homme1 toujours aprs hsitation4 ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,vous refusez de l'pouser8 ,,le ,,jeune ,,homme1 sans hsitation4 ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,vous refusez de reconnatre votre enfant8 ,,le ,,jeune ,,homme ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,vous avez dshonor une jeune fille1 vous l'abandonnez1 ainsi que votre enfant2 c'est abominable1 ce que vous faites l6 nous n'y pouvons rien4 ,rasseyez-vous4--,faites lever le pre4 ,,la ,,loi1 au pre4 ,vous reconnaissez que vous avez voulu tuer ce jeune homme8 ,,le ,p,,re ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,parce qu'il avait sduit votre fille8 ,,le ,p,,re ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,alors vous avez pris un couteau8 ,,le ,p,,re ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,avec l'intention de tuer cet homme1 s'il vous refusait d'pouser votre fille8 ,,le ,p,,re ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,avec prmditation alors8 ,,le ,p,,re ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,et vous l'avez frapp avec la ferme intention de lui donner la mort8 ,,le ,p,,re ,oui1 monsieur4 ,,la ,,loi ,vous avez voulu vous faire justice vous-mme1 ce qui est dfendu par toutes les lois2 vous avez voulu tuer1 ce qui est dfendu par toutes les morales1 humaine et divine2 vous avez frapp d'un couteau1 vous avez accompli volontairement1 sans hsitation1 sans remords1 un homicide1 un crime1 ce qui doit tre puni de l'chafaud ou des galres4 ,c'est abominable1 ce que vous avez fait l6 mais nous n'y pouvons rien4 ,ne vous rasseyez pas2 vous pouvez tous rentrer chez vous4 99 99 99 99 99 ,alors1 magistrats1 jury1 gendarmes huissiers1 ,code civil1 justice1 allgories mythologiques1 menaantes et rassurantes1 ,christ en croix1 qu'est-ce que vous faites l8 ,pourquoi tout cet appareil inutile1 toute cette solennit vide1 toute cette dpense1 tout ce drangement8 ,ces trois individus coupables1 tous les trois1 de dlits et de crimes qui compromettent non seulement leur propre honneur1 leur propre morale1 mais la morale universelle et la scurit des citoyens lecteurs1 pourquoi les renvoyez-vous finalement chez eux1 sans condamnation1 sans fltrissure1 sans amende mme8 ,parce que1 me rpondrez-vous1 c'est l un cas exceptionnel4 ,cette jeune fille tait vraiment sympathique par sa bonne conduite antrieure1 le pre par l'honntet de toute sa vie3 il n'a pas pu rsister sa douleur et sa colre1 devant la froide ingratitude et la cynique cruaut de ce jeune homme1 nous l'avons compris et nous l'avons acquitt4 ,non2 ces raisons-l1 vous les donnez parce que vous ne pouvez pas1 vous ne voulez pas donner les vraies raisons4 ,les vraies raisons1 les voici3 ne pouvant pas punir les vrais coupables1 vous tes fatalement amens absoudre ceux dont le crime n'est que la consquence directe de cette culpabilit non seulement impunie1 mais dont1 dans certains cas1 il ne vous est pas permis de connatre1 dont il vous est interdit de faire mention1 que vous devez respecter en un mot1 qui vous est sacre pour ainsi dire1 comme la rputation la plus intacte1 comme le dogme le plus rvr4 ,il est tel cas o vous n'avez mme pas le droit de prononcer le nom du vritable coupable1 et o vous ne pouvez punir que l'innocent et mme la victime4 ,j'ai assist1 il y a deux ou trois ans1 un procs criminel o la coupable1 du moins la personne amene la barre1 tait une jeune femme4 ,elle s'tait marie1 enceinte1 avec un jeune homme1 lequel ignorait absolument ce dtail4 ,elle accoucha1 terme1 sans que son mari se ft dout de cette grossesse et en l'absence de ce mari4 ,elle se dlivra elle-mme2 puis elle perdit la tte et tua son enfant1 dont elle cacha le corps dans une armoire4 ,le crime fut dcouvert et la jeune femme arrte et traduite devant les assises4 ,l'homme qui l'avait rendue mre tait mari1 c'est--dire doublement coupable2 il l'avait eue sous sa protection1 ce qui le rendait triplement coupable2 il l'avait garantie comme la plus honnte fille du monde au jeune homme1 lorsque celui-ci tait venu lui demander des renseignements1 ce qui le constituait quadruplement coupable2 ni l'accuse1 ni l'accusation1 ni la dfense n'avaient le droit de prononcer le nom de cet homme1 le premier1 le seul coupable1 parce que la recherche de la paternit est interdite par nos lois4 ,cet homme tait ngociant4 ,s'il n'avait pas pay un de ses billets1 vous lui auriez saisi ses meubles1 et tout ce qu'il possdait2 vous l'auriez dclar en faillite1 en faillite frauduleuse1 si ses livres n'avaient pas t bien en rgle1 et vous l'auriez condamn la prison4 ,il avait trahi le mariage1 trahi la tutelle1 trahi la confiance d'un honnte homme1 donn le jour un enfant illgitime2 il tait la cause d'un meurtre1 du meurtre de son propre enfant2 l'action qu'il avait commise amenait la femme qu'il avait dit aimer sur les bancs de la cour d'assises1 la faisait condamner aux galres1 car elle fut condamne2 condamnait le mari de cette femme la honte1 au dsespoir1 au ridicule1 au clibat1 la strilit1 n'avoir plus d'pouse lgale1 n'avoir plus d'enfant lgitime1 et vous ne pouviez rien contre le vrai coupable1 peine le rprimander1 dans le vide1 et encore anonyme4 ,s'il plaisait ce coupable de se reconnatre dans ce que j'cris en ce moment1 il pourrait m'attaquer en diffamation2 je ne pourrais pas faire la preuve1 et vous me condamneriez comme diffamateur1 probablement un franc d'amende1 ce qui ne serait pas cher1 mais ce qui serait encore une condamnation suprieure celle que vous pouviez lui infliger4 ,qui avez-vous donc vritablement puni du double crime commis par cet homme et par cette fille8 ,celui qui n'en avait commis aucun1 le mari1 l'honnte homme1 l'innocent4 ,l'amant n'a mme pas t inquit2 l'infanticide1 son temps fait1 redeviendra libre1 et trs probablement elle n'aura fait que la moiti de son temps1 si elle s'est ce qu'on appelle bien conduite1 depuis son emprisonnement2 quant au mari1 qui vous n'avez rien reprocher que d'avoir eu confiance1 que d'avoir voulu aimer selon les lois1 d'avoir voulu constituer la famille1 le foyer1 l'exemple1 ce qui est recommand par toutes les religions et toutes les morales1 dont vous vous dclarez les dfenseurs1 il reste et demeure ternellement la victime de cet homme adultre et de cette femme infanticide2 et si1 demain1 il avait un enfant d'une autre femme que celle-l1 vous condamneriez cet enfant n'avoir jamais ni famille rgulire1 ni nom lgal1 moins que sa mre n'et l'ide comme l'autre de le tuer1 auquel cas1 le mari1 devenu son tour adultre et pre illgal et dnatur1 n'encourrait1 comme coupable1 aucune des peines qui lui ont t infliges comme innocent6 ,vous me rpondrez encore3 ,ce sont l des exceptions trs rares dont la loi n'a pas tenir compte4 ,o avez-vous vu cela8 ,le caractre fondamental1 la proprit spcifique d'une loi font que mme une seule injustice ne puisse pas tre commise en son nom1 et1 tant que cette injustice peut tre commise1 cette loi est incomplte1 par consquent insuffisante1 de l prjudiciable1 et le premier venu1 comme moi1 peut l'attaquer et en demander la revision4 ,et1 comme cette revision demande ne se fait pas1 les faits1 depuis quelques annes que ces questions ont t de plus en plus dbattues par l'opinion publique1 les faits concluant en faveur de cette revision se succdent et se prcipitent les uns sur les autres2 les incarnations se multiplient avec une rapidit1 une loquence1 un retentissement1 une plus value de scandale effrayants1 et la ,providence parat tre absolument dcide vous forcer la main4 ,du reste1 pour les vrais observateurs1 ce qu'on appelle la ,providence a des procds qui devraient commencer tre connus4 ,quand une socit ne voit pas ou ne veut pas voir ce qu'elle doit faire1 cette ,providence le lui indique d'abord par de petits accidents symptomatiques et facilement remdiables2 puis l'indiffrence ou l'aveuglement persistant1 elle renouvelle ses indications par des phnomnes priodiques1 se rapprochant de plus en plus les uns des autres1 s'accentuant de plus en plus1 jusqu' quelque catastrophe d'une dmonstration tellement claire1 qu'elle ne laisse aucun doute sur les volonts de ladite ,providence4 ,c'est alors que la socit imprvoyante s'tonne1 s'pouvante1 crie la fatalit1 l'injustice des choses et se dcide comprendre4 ,ce qui est encore constater au milieu de tout cela1 c'est l'obstination que mettent non seulement la masse des gens1 mais les hommes chargs de veiller la moralit et au salut des socits1 donner pour cause aux drames et aux crimes ns de l'insuffisance des lois1 les examens et les propositions philosophiques que1 tout au contraire1 cette insuffisance inspire certains esprits4 ,pour tous les routiniers1 les auteurs de la dmoralisation sociale sont ceux qui la dcouvrent ou la dnoncent l'avance4 ,quand on a dit une socit3 ,prends garde6 si tu continues tels ou tels errements1 tu provoqueras telle ou telle catastrophe2 on est pour cette socit1 qui ne veut pas reconnatre ses torts1 la cause mme de cette catastrophe1 le jour o elle se produit4 ,l'glise catholique en est encore nous dire que ce sont les abominables passions et les dtestables conseils de ,luther qui ont fait tant de mal au catholicisme2 elle oublie de se rappeler ou de rechercher les causes qui ont produit ,luther et ncessit la ,rforme4 ,les dfenseurs de la monarchie de droit divin et des traditions fodales nous disent que c'est l'esprit diabolique de ,voltaire et des encyclopdistes qui a produit la ,rvolution et les excs du ,x,v,i,i,ie sicle2 ils se gardent bien de reconnatre et d'avouer les faits qui ont suscit les attaques de ,voltaire et de l',encyclopdie4 ,mme observation en littrature4 ,ce sont les crivains qui crivent contre les moeurs immorales de leur temps qui dmoralisent leur temps4 ,on commence par prtendre que le mal dont ils parlent n'existe pas2 puis1 quand il est notoire1 que ce sont leurs crits qui l'ont fait natre1 puis1 quand il gagne de plus en plus1 qu'il vaut mieux n'en rien dire4 ,ainsi1 celui qui crit ces lignes 7formule ingnieuse trouve par un grand orgueilleux qui n'osait pas dire moi aussi souvent qu'il l'aurait voulu71 ainsi celui qui crit ces lignes a1 de cette faon1 beaucoup contribu la dmoralisation de son poque2 seulement ceux qui emploient le mot dmoralisation1 propos de moi ou de tout autre1 l'emploient tort et le confondent souvent1 tromps qu'ils sont par un phnomne purement extrieur1 avec un autre mot qui1 du reste1 n'existe pas et que l'on ferait peut-tre bien de crer4 ,une socit dont on dit qu'elle se dmoralise1 ce que l'on a dit d'ailleurs de toutes les socits depuis que le monde existe1 une socit qui se dmoralise n'est pas toujours une socit qui modifie sa morale1 mais une socit qui modifie ses moeurs1 ce qui n'est pas la mme chose1 et ce qui est mme l'avantage de la morale ternelle1 dont on ne peut pas plus supprimer un des principes fondamentaux qu'on ne peut supprimer un des lments qui composent l'air respirable4 ,aucun rvolutionnaire1 aucun novateur1 aucun radical n'aura jamais l'ide de proclamer que l'on doit1 que l'on peut tuer1 voler1 manquer sa parole1 l'honneur1 sduire les jeunes filles1 abandonner sa femme1 dlaisser ses enfants1 renier1 trahir et vendre sa patrie4 ,celui qui soutiendrait une pareille thse passerait pour fou1 et tout le monde lui tournerait le dos4 ,la morale ne s'altre donc pas1 mais elle s'largit1 elle se dveloppe1 elle se rpand1 et1 pour cela1 elle brise ces formules troites et partiales dans lesquelles elle tait ingalement contenue et dose et qu'on appelle les moeurs et les lois4 ,les esprits soi-disant rvolutionnaires ou subversifs sont ceux qui aident la morale ternelle1 inalinable briser ces formules particulires1 locales1 se frayer un chemin travers les plaines striles qu'elle doit fertiliser4 ,quand nous demandons1 par exemple1 la recherche de la paternit1 ou le divorce1 ou le rtablissement des tours1 c'est--dire que les innocents ne souffrent plus pour les coupables1 quand alors il s'lve des clameurs contre nous1 ce n'est pas la morale qui s'indigne1 car ce que nous demandons est de la morale la plus lmentaire1 ce sont les moeurs et les lois qui s'effrayent4 ,nous avons contre nous les ,lovelaces de toute classe1 pour qui ces moeurs et ces lois sont un privilge dont leur gosme et leurs passions peuvent user sans reprsailles1 les ,prud'hommes de tous rangs pour lesquels le monde finit leurs habitudes1 leurs traditions1 leurs ides1 leur famille1 et qui ne se sentant pas atteints1 et convaincus qu'ils ne pourront jamais l'tre1 par les calamits que ces moeurs produisent1 ne voient pas qu'il y ait lieu de changer quoi que ce soit aux lois qui les protgent2 nous avons encore contre nous les ignorants qui ne veulent rien apprendre1 les hypocrites qui ne veulent rien avouer1 les gens de foi et mme de bonne foi qui croient leur ,dieu compromis ds qu'on leur parle d'un progrs en contradiction avec leurs dogmes religieux1 les timides qui ont peur d'un changement1 les contribuables qui redoutent une dpense2 autrement dit1 nous avons contre nous les quatre-vingt-dix-neuf centimes de nos compatriotes2 mais c'est sans aucune importance1 puisque le centime auquel nous appartenons depuis le commencement du monde a fait faire aux quatre-vingt-dix-neuf autres toutes les rformes dont ils se trouvent1 d'ailleurs1 trs bien aujourd'hui1 tout en protestant contre celles qui restent faire4 ,c'est par suite de tout ce malentendu sur la signification et la valeur relle des institutions1 des faits et des mots qu'aprs l'acquittement de mademoiselle ,marie ,bire1 un conseiller la ,cour1 qui avait assist aux dbats ct de celui qui crit ces lignes1 disait ce dernier1 d'une voix vritablement mue1 avec l'accent amical mais convaincu du reproche et de l'inquitude3 ,voil pourtant ce dont vous tes cause avec votre ,tue-la6 ,ainsi1 c'est moi qui1 en crivant la lettre qui se terminait par ce mot1 et en l'crivant aprs l'assassinat de madame ,dubourg par son mari2 c'est moi qui suis cause que ,m4 ,dubourg a tu sa femme6 ,ainsi1 voil un magistrat des plus honorables1 des plus intelligents et1 comme homme priv1 des plus spirituels et des plus fins1 qui aime mieux croire la pernicieuse influence d'un crivain isol qu' une insuffisance de la loi ancienne et une rclamation des moeurs nouvelles6 ,o sont les socits qui suivent le conseil d'un homme1 si ce conseil ne rpond pas1 d'une manire quelconque1 ses besoins4 ,mais si on a reproch l'auteur de l',homme-,femme d'avoir dit3 ,tue-la6 on n'a pas moins reproch l'auteur de la ,princesse ,georges de n'avoir pas t1 dans son dnouement1 jusqu'au meurtre du mari par la femme1 et le public aurait volontiers cri l'hrone3 ,tue-le6 ,la presse l'a cri le lendemain pour le public1 et l'auteur a t forc1 dans une prface1 d'expliquer pourquoi il n'y avait pas eu mort d'homme4 ,il a donn ses raisons1 bonnes ou mauvaises1 l n'est pas la question4 ,ce qui est certain1 c'est qu'il a d s'expliquer1 s'excuser mme de n'avoir pas fait tuer par une honnte femme1 indignement sacrifie1 un mari qui la trompait pour une drlesse4 ,croyez-vous que madame de ,tilly avait vu ou lu la ,princesse ,georges1 et qu'elle se soit dit3 ,eh bien1 moi1 je vais aller plus loin que l'hrone de ,m4 ,dumas1 et je vais brler la figure madame de ,terremonde8 ,non1 n'est-ce pas8 ,n'admettons donc pas1 comme le conseiller la ,cour et tous ceux qui s'en prennent aux effets au lieu de s'en prendre aux causes1 n'admettons donc pas que la littrature ait la moindre influence sur les moeurs4 ,tandis que la corruption du ,x,v,i,i,ie sicle se peint dans ,manon ,lescaut1 le besoin d'idal qui domine toutes les socits1 quel que soit le numro du sicle1 se traduit dans ,paul et ,virginie4 ,on pleure sur ,manon1 on pleure sur ,virginie2 on ne devient ni meilleur ni pire2 on a deux points de comparaison et deux chefs-d'oeuvre de plus1 voil la vrit1 et voil le bnfice pour l'humanit pensante4 ,cependant1 si la littrature1 par le drame ou le roman est incapable de produire un mouvement des ides et de les faire natre1 elle est capable1 par le plus ou moins d'motion qu'elle produit1 en traitant certains sujets1 de faire voir et de constater o les ides en sont de leur mouvement naturel1 et le chemin parcouru depuis une certaine poque1 et l'imminence de certains dangers1 et la ncessit de certaines proccupations1 de certaines tudes1 de certains efforts4 ,ainsi ne prendre l',homme-,femme et la ,princesse ,georges que pour ce qu'ils valent au point de vue de la moralisation ou de la dmoralisation de la socit1 ne les prendre que comme thermomtres particuliers chargs de mesurer la temprature morale de notre socit actuelle1 il rsulterait de l'exprience1 surtout si l'on y ajoute le mauvais accueil fait la ,femme de ,claude1 que1 il y a dj huit ans1 le public ne voulait pas qu'on tut la femme coupable1 en matire d'amour1 mais que1 pour l'homme coupable en cette mme matire1 il voulait qu'on le tut4 ,il faut tenir compte aussi1 je le sais bien1 dans ce jugement du public1 des ingales influences atmosphriques du thtre et du livre1 du spectateur collectif et du lecteur individuel1 ce qui peut supposer un cart de quinze degrs sur vingt1 la chaleur crbrale dveloppe par la discussion imprime1 par la dduction philosophique d'un cas ne pouvant jamais atteindre celle que dveloppe le mme cas1 mis en forme et en action par des personnages des deux sexes devant des spectateurs mles et femelles4 ,il faut faire aussi la part des raisons secrtes et spcieuses que les gens d'esprit1 mls une foule1 dans une proportion trs modeste1 il est vrai1 mais cependant toujours apprciable1 peuvent avoir de confirmer l'opinion de la foule instinctive et de premire impression4 ,ces raisons1 on peut les traduire ainsi3 ,le pch d'amour adultre dont si peu d'hommes sont ou se savent les victimes1 et dont tant d'autres hommes sont ou peuvent tre les bnficiaires1 mrite-t-il qu'on inflige la femme un chtiment aussi disproportionn que la mort et qui peut priver tant de gens d'un bonheur phmre mais recherch que cette femme aurait pu donner encore2 car videmment elle devait tre jeune1 jolie1 et destine1 dans un avenir prochain1 trahir son amant comme elle avait trahi son mari1 soit qu'elle et se venger d'un abandon toujours facile prvoir1 soit qu'elle se ft lasse d'une distraction dont la continuit devient une servitude8 ,le meurtre1 dans ce cas1 serait donc cause d'une non-valeur qu'on ne doit jamais autoriser4 ,d'un autre ct1 il n'y aurait pas justice gale entre les deux parties1 puisque1 tandis que l'on conseillerait le meurtre de la femme1 si facile surveiller1 suivre et surprendre1 on ne saurait conseiller la femme1 tre faible et timide1 ne sachant se servir d'aucune arme feu1 de tuer son mari adultre1 celui-ci ayant1 d'ailleurs1 tous les moyens de se soustraire ses recherches1 et allant o bon lui semble sans avoir jamais lui en demander la permission ni lui en rendre compte4 ,pour ces motifs1 il ne nous cote pas du tout1 propos de la pice de ,m4 ,dumas1 dans laquelle mademoiselle ,descle est si remarquable1 de donner une petite satisfaction aux femmes1 en dclarant que l'auteur de l',homme-,femme a eu tort de dire3 ,tue-la6 et que l'auteur de la ,princesse ,georges a eu tort de ne pas dire3 ,tue-le6 ,eh bien1 nous le rptons1 en mlant comme des cartes de toutes couleurs les raisons de toute nature1 videmment un grand mouvement s'tait opr dans l'opinion2 on commenait reprocher le trop d'indulgence pour les passions de l'homme et le pas assez de piti pour les souffrances et mme pour les faiblesses de la femme4 ,c'est alors qu'aprs les incarnations littraires1 symptmes sympathiques et prcurseurs1 appartenant au monde fictif1 se sont produites des incarnations vivantes1 appartenant au monde rel1 incarnations dont les dernires ont t1 en quelques mois et coup sur coup1 mademoiselle ,marie ,bire1 mademoiselle ,virginie ,dumaire1 madame de ,tilly4 ,il n'est pas besoin d'tre prophte pour en prdire d'autres1 dans de trs brefs dlais1 et encore plus effrayantes1 encore plus significatives que celles dont nous nous occupons en ce moment4 99 99 99 99 99 ,soyons donc srieux en face des faits rels4 ,ici1 nous ne sommes plus au thtre1 nous sommes en pleine vie2 il ne s'agit plus d'esthtique et de thses1 il s'agit de crimes et de sang2 ce ne sont plus des comdiens dbitant leurs rles que nous allons applaudir ou siffler1 ce sont des victimes et des bourreaux que nous allons condamner ou absoudre2 il s'agit de la libert1 de l'honneur et de la vie2 le bagne et l'chafaud sont l4 ,regardons bien attentivement1 nous allons voir les mmes causes1 les mmes effets1 les mmes consquences se produire4 ,ces trois criminelles vont formuler la mme plainte1 proclamer la mme injustice1 en appeler la mme revendication1 et cependant elles appartiennent toutes les trois des milieux tout fait diffrents1 tout fait opposs mme4 ,la premire est une femme de thtre1 la seconde une servante1 une prostitue1 dit-on1 la troisime une femme du monde2 l'une tait vierge1 l'autre avait dj eu un enfant d'un autre homme1 la dernire tait une femme marie qui avait des enfants lgitimes1 qui les aimait et qui avait toujours t digne de tous les respects comme fille1 comme pouse1 comme mre4 ,si ces trois crimes n'avaient pas t commis1 si les choses avaient suivi leur cours naturel1 si la fille de mademoiselle ,bire avait vcu1 et que1 plus tard1 le fils de mademoiselle ,virginie ,dumaire la prostitue et voulu l'pouser1 mademoiselle ,marie ,bire ne l'aurait pas voulu4 ,si l'un des enfants de madame de ,tilly avait voulu s'allier avec l'enfant de ,marie ,bire ou de ,virginie ,dumaire1 madame de ,tilly s'y serait oppose4 ,avant leurs crimes respectifs1 la premire se croyait hirarchiquement en droit de mpriser la seconde1 la dernire de mpriser les deux autres4 ,les voici cependant sur les mmes bancs1 entre les mmes gendarmes1 ayant rpondre la mme accusation1 inspirant la mme sympathie4 ,pourquoi8 parce que1 arrives l1 elles ne sont plus la comdienne1 la servante1 la femme du monde1 elles ne sont plus telles ou telles femmes1 elles sont la ,femme1 qui vient violemment et publiquement demander justice contre l'homme et qui l'opinion1 mise en demeure de se prononcer1 accorde cette justice1 avec des manifestations telles que la loi en est rduite s'incliner4 ,or quel est cet homme1 contre lequel ces trois femmes viennent demander justice8 ,on l'appelle ici ,m4 ,g4441 l ,m4 ,p4441 plus loin ,m4 ,t4 ,sont-ce trois hommes diffrents8 ,non4 ,c'est un seul homme1 toujours le mme1 sous des noms divers1 c'est l',homme1 non pas tel que le veulent la nature et la morale1 mais tel que nos lois l'autorisent tre4 ,en effet1 la nature dit l'homme3 ,je t'ai donn des curiosits1 des besoins1 des dsirs1 des passions1 des sentiments que peut seul satisfaire cet tre nomm femme qui j'ai donn un coeur1 une imagination et quelquefois des sens qui la disposent se laisser convaincre et entraner par toi2 prends cette femme2 une fois tes curiosits1 tes besoins1 tes dsirs1 tes passions satisfaits1 si tu sais te servir de l'intelligence1 de la conscience1 des sentiments dont je t'ai dou1 tu aimeras cette femme1 tu feras d'elle la compagne de toute ta vie1 la mre de tes enfants4 ,s'il y a une chance de bonheur pour toi1 sur cette terre1 elle est l4 ,la morale dit ensuite cet homme3 ,ce n'est pas assez4 ,cette femme1 tu l'as choisie1 tu l'aimes1 tu veux la possder et la rendre mre8 ,n'attends pas la possession et la maternit pour te l'attacher tout jamais4 ,tu ne dois pas seulement avoir de l'amour pour elle1 mais aussi du respect2 il n'y a pas d'amour durable sans cela1 et pourquoi ton amour ne serait-il pas durable1 puisque tu le dclares irrsistible8 ,prouve donc l'un et l'autre cette personne1 en lui donnant d'avance ce que d'autres ne lui donnent qu'aprs1 en te bornant elle1 en l'honorant de ton nom1 en travaillant pour elle et les enfants qui natront de vous deux4 ,les moeurs et les lois disent ensuite au mme homme3 ,mfie toi2 il y a l une amorce dcevante1 une solidarit douteuse1 un bonheur incertain4 ,prends le plaisir1 laisse le mariage1 c'est une chane2 laisse l'enfant1 c'est une charge2 et recommence avec d'autres femmes tant que tu pourras4 ,tu auras ainsi le plaisir1 et tu garderas la libert4 ,personne n'aura le droit de te rien dire1 mais si1 par hasard1 on te demande des comptes1 sois sans honte et sans crainte1 nous sommes l1 lois et moeurs1 nous rpondrons pour toi et de toi4 ,et nombre d'hommes1 surtout parmi les plus civiliss1 laissent de ct ce que les principes de la morale ont d'assujettissant1 et joignant directement ce que les invitations de la nature ont d'agrable ce que les insuffisances de la loi ont de commode1 ces hommes1 depuis des sicles1 se sont mis et ont continu et continuent prendre des filles sans fortune1 sans famille1 sans dfense sociale1 les possder tant qu'elles leur plaisent et les abandonner quand elles ne leur plaisent plus4 ,la chose tait accepte ainsi1 la prostitution et le suicide faisant le reste4 ,par le suicide1 la socit est dbarrasse d'un souci et d'un reproche2 par la prostitution1 d'autres hommes1 plus moraux1 plus mthodiques1 plus garantis encore1 moralement1 se procurent un plaisir de seconde main1 moins raffin1 mais souvent plus agrable que le premier1 dont le commerce des carrossiers et des couturires se trouve d'ailleurs trs bien1 ce qui fait que l'conomie sociale gagne d'un ct ce que la morale et la dignit humaine perdent de l'autre4 ,les grandes civilisations ont besoin1 parat-il1 de ces changes et aprs tout1 dirait ,m4 ,prud'homme1 qui apparat toujours quand il s'agit de rsoudre les problmes momentanment insolubles1 ces demoiselles n'taient pas si intressantes2 pourquoi ne se sont-elles pas mieux dfendues8 ,elles devaient bien prvoir le rsultat2 elles savaient bien qu'elles faisaient le mal1 puisqu'elles le faisaient en cachette2 il est tout naturel que le mal soit puni4 ,elles ont eu les agrments de l'amour sans en accepter les devoirs1 elles en ont les chagrins sans en avoir les droits1 elles ont ce qu'elles mritent4 ,il y a du vrai2 il y en a toujours dans ce que dit ,m4 ,prud'homme1 sans quoi il ne serait pas si universel et si triomphant4 ,les choses continuaient donc leur marche ascendante et il n'y avait ni esprer ni craindre un changement de route1 quand1 tout coup1 un troisime personnage est intervenu dans la question1 personnage toujours muet1 quelquefois mort1 et cependant d'une loquence terrifiante4 ,voyons comment il procde1 celui-l1 depuis quelque temps4 ,voyons ce qui ressort1 en substance1 des dbats rcents o il intervient avec obstination4 ,,la ,,justice1 mademoiselle ,bire4 ,pourquoi avez-vous frapp cet homme8 ,l',,accus,e ,parce que l'enfant que j'avais eu de lui est mort par lui1 et que1 mon enfant tant mort1 et son pre m'ayant abandonne1 je voulais que cet homme mourt4 ,,la ,,justice ,pourquoi1 tant dans ces ides1 avez-vous renou des relations avec cet homme8 ,l',,accus,e ,parce que j'aurais voulu avoir un autre enfant4 ,,la ,,justice ,expliquez-nous cela4 ,l',,accus,e ,je ne peux pas2 mais toutes les mres me comprendront444 ,depuis le mot de ,marie-,antoinette devant le tribunal rvolutionnaire1 jamais l'me de la femme traque par la frocit de l'homme n'avait trouv un mot plus profond1 plus troublant1 plus vrai4 99 99 99 99 99 ,passons mademoiselle ,virginie ,dumaire4 ,,la ,,justice1 l'accuse4 ,vous avez tu votre amant8 ,l',,accus,e ,oui4 ,,la ,,justice ,vous regrettez d'avoir donn la mort cet homme8 ,l',,accus,e ,non2 ce serait recommencer que je recommencerais4 ,,la ,,justice ,pourquoi l'avez-vous tu8 ,l',,accus,e ,parce que j'avais un enfant de lui et que je voulais qu'il reconnt cet enfant et que je ne voulais pas qu'il l'abandonnt4 ,,la ,,justice ,mais vous avez dj eu un enfant d'un autre homme8 ,l',,accus,e ,c'est vrai1 mais il tait mort4 ,,la ,,justice ,ainsi1 vous aviez appartenu dj d'autres hommes8 ,l',,accus,e ,oui1 mais j'avais un enfant vivant de celui-l4 ,passons madame de ,tilly4 ,,la ,,justice1 l'accuse4 ,vous avez jet du vitriol au visage de mademoiselle ,marchal4 ,l',,accus,e ,oui4 ,,la ,,justice ,parce qu'elle tait la matresse de votre mari8 ,l',,accus,e ,non4 ,s'il n'y avait que cette raison1 j'aurais pardonn4 ,,la ,,justice ,pourquoi alors8 ,l',,accus,e ,parce que j'ai des enfants et que mon mari1 leur pre1 n'attendait que ma mort pour faire de cette femme la mre de mes enfants2 il me l'avait dit3 et je ne voulais pas que mes enfants eussent d'autre mre que moi1 mme moi morte4 99 99 99 99 99 ,voil donc les enfants1 ou plutt l'enfant qui entre dans le dbat1 et qui1 par la voix de la femme1 de la mre1 de celle qui1 comdienne1 servante1 grande dame1 dans la honte ou la glorification1 dans le secret ou en pleine lumire1 a mis cet enfant au monde1 au risque de sa propre vie1 au milieu des angoisses1 des terreurs1 des tortures et des cris1 voil l'enfant qui entre dans le dbat1 et qui1 lgitime ou non1 vivant ou mort1 du sein de sa mre1 du fond de son berceau ou du fond de sa tombe1 prend la dfense de sa mre1 que vous voulez condamner1 contre son pre1 qui vous chappe2 et le voil dfiant la loi qui recule4 ,est-ce clair8 ,c'est que vous aurez beau faire et surtout beau dire1 les lois de la nature resteront toujours antrieures aux lois du code et mme de la morale2 c'est qu'elles seront1 en dfinitive1 les plus fortes et que vous n'aurez de repos et de scurit vritables que quand vous aurez mis d'accord ces trois termes3 la nature1 la morale et la loi4 ,il y en a deux qui s'entendent1 la loi et la morale2 mais la nature n'est pas admise dans leur convention et il faut qu'elle le soit4 ,c'est peut-tre trs moral et surtout trs simple de dire3 ,les enfants naturels n'auront pas le droit de rechercher leur pre2 nous ne reconnatrons comme ayant des droits quelconques que les enfants ns d'un mariage ou reconnus par acte authentique et encore ceux-ci n'auront que des droits restreints la notorit1 l'estime1 l'hritage2 il n'y a de femme respectable et pouvant invoquer notre protection que la femme marie2 partir de quinze ans et trois mois1 la jeune fille qui aura cd un homme1 sans que celui-ci ait employ le rapt ou la violence1 n'aura rien nous demander si cet homme la rend mre et l'abandonne2 le meurtre volontaire est puni de la prison ou des galres3 s'il est accompagn de prmditation1 il est puni de mort1 etc4 ,tout cela est trs moral1 trs simple1 trs clair1 trs joli1 si vous voulez1 mais cela n'a aucun rapport avec les instincts1 les besoins1 les exigences de la cration universelle2 ce sont des vues particulires1 des menaces inutiles dont elle ne tient1 dont elle ne peut tenir aucun compte dans son volution providentielle et progressive2 et1 lorsque cette grande lutte du masculin et du fminin1 lutte dans laquelle1 comme mles1 nous nous sommes donns tous les droits1 vient finalement aboutir au champ clos du tribunal1 la femme1 sacrifie depuis des sicles vos combinaisons sociales comme fille1 comme pouse1 comme mre1 se rvolte et vous dit en face1 car telle est la conclusion que l'on doit tirer de la rptition de certains faits dclars jadis infmes par vos lois et aujourd'hui indemnes par vos jugements1 et la femme criminelle1 rvolte1 entre deux gendarmes1 sans repentir1 menaante1 prte recommencer1 vous dit en face3 ,eh bien1 oui1 j'ai aim2 oui1 j'ai ce que vous appelez failli1 c'est--dire cd la nature2 oui1 je me suis donne un homme1 plusieurs mme2 oui1 j'ai ensuite prmdit un crime1 je me suis exerce manier les armes des mles2 oui1 j'ai attendu cet homme et je l'ai frapp par surprise1 lchement1 dans le dos et en pleine rue2 oui1 j'ai demand celui-ci un dernier baiser1 et1 tandis qu'il me serrait dans ses bras et qu'il ne pouvait m'chapper1 je lui ai brl la cervelle2 oui1 j'ai marqu mon mari infidle et ingrat sur le visage de sa complice1 de cette jeune fille qui ne m'avait rien fait personnellement1 qui ne me devait rien1 qui ne se dfiait pas de moi1 qui ne pouvait pas me croire capable1 moi femme du monde et respecte1 d'une lchet et d'une ignominie2 tout cela est vrai2 mais je suis la mre1 l'tre sacr s'il n'a jamais failli1 l'tre rachet s'il aime l'enfant n de sa faute4 ,eh bien1 ce que j'ai fait1 je l'ai fait au nom de mon enfant qui est innocent1 quelle que soit sa mre1 que vous auriez d protger et que vous ne protgez pas4 ,vous avez permis l'homme de me prendre vierge1 de me rendre mre1 de me rejeter ensuite dshonore et sans ressources1 et de me laisser la fois la honte et la charge de son enfant2 vous lui avez permis aussi1 quand il m'avait pouse1 de me trahir1 d'avoir d'autres femmes1 contre lesquelles vous ne pouvez pas ou ne voulez pas me dfendre1 de me prendre ma fortune1 celle de mes enfants pour la porter l'autre1 et vous m'avez condamne tre ternellement la femme de cet homme1 tant qu'il vivrait1 si misrable qu'il ft4 ,vous me ridiculisez si je reste fille1 vous me dshonorez et me conspuez si1 en restant fille1 je deviens mre2 vous m'emprisonnez et m'annihilez si je me constitue pouse pour devenir mre2 soit1 j'en ai assez1 et je tue4 ,vous avez permis que mon enfant1 illgitime ou lgitime1 puisse ne pas avoir de pre2 emprisonnez-lui ou tuez-lui maintenant sa mre3 il ne nous manque plus que a2 allez6 ,qu'est-ce que vous pouvez rpondre8 qu'on n'a pas le droit de se faire justice soi-mme8 que l'homicide volontaire est prvu par tel article du ,code pnal et doit tre puni de telle et telle peine par tel autre8 ,essayez4 ,les criminelles sont-elles donc vritablement dans leur droit8 ,non2 mais elles montrent l'homme dans son tort1 la loi dans son tort1 et alors c'est la foule1 c'est--dire l'instinct naturel qui devient l'arbitre et qui vous force rendre votre verdict au nom de l'innocent qui est l'enfant4 ,et ce sentiment naturel et cette motion sont monts un tel degr1 que1 si celui que vous appelez le ministre public1 le dfenseur de vos lois1 le protecteur de la morale1 l'organe de la justice 7un incident nouveau se produisant qui peut donner aux dbats un cours moins favorable l'accuse71 si ce magistrat inquiet1 responsable1 demande un surcrot d'enqute pour mieux connatre de la vrit1 le public prsent proteste comme dans une salle de spectacle1 l'opinion s'irrite1 la presse s'indigne4 ,on ne rend pas assez tt la libert cette femme qui a tu1 cette meurtrire qui ne nie pas son crime1 qui ne le regrette pas1 qui le recommencerait si elle l'avait manqu4 ,et c'est le magistrat1 c'est l'accusateur qui devient pour ainsi dire l'accus4 99 99 99 99 99 ,qu'est-ce que cela signifie vraiment8 o en est la majest de la justice8 que devient le respect d la loi8 ,celui-ci a reu deux balles dans les reins2 il peut en mourir d'un moment l'autre1 on vous l'a dit4 ,celui-l est mort assassin2 c'est encore plus net et plus sr2 ces hommes aussi avaient une mre1 une famille1 le dernier avait une profession1 il servait quelque chose2 il n'avait ni vol ni tu1 il n'avait commis aucun des dlits que les lgislateurs1 dans leurs longues et minutieuses mditations1 ont prvus1 numrots1 fltris1 frapps d'une peine infamante ou taxs d'une rparation matrielle4 ,cette autre est dfigure1 estropie1 condamne la honte1 au clibat1 la misre et la maladie4 ,ces trois personnes n'ont cependant agi comme elles l'ont fait qu'avec l'autorisation et la garantie de vos lois2 elles n'ont commis ni un des crimes1 ni un des dlits1 ni une des contraventions que vous avez incrimins ou mme signals comme immoraux et justiciables d'une forte ou d'une petite peine2 elles seraient en droit de vous dire3 ,vous ne nous avez pas renseigns2 vous ne nous avez pas indiqu nos devoirs2 vous nous avez mme dvolu des droits2 nous ne pensions pas mal agir1 puisque votre ,code1 si clair et si dtaill la fois1 n'indique nulle part que notre conduite soit rprhensible4 ,la religion laquelle nous avons t vous par nos parents en venant au monde et la morale qu'on nous a inculque depuis nous apprenaient bien que notre conduite n'tait pas trs rgulire1 puisque nous pratiquions l'amour autrement que dans le mariage2 mais les habitudes et les moeurs autorisent de tous cts autour de nous ce que vos lois ne punissent ni ne dfendent1 et1 d'ailleurs la religion et la morale dfendent tout aussi bien la sduction1 l'abandon des enfants1 les vengeances et les meurtres dont nous sommes victimes4 ,puis cette religion et cette morale n'ont aucun moyen coercitif leur disposition1 et1 n'ayant plus discuter qu'avec notre conscience1 nous tions toujours srs1 tant que nos forces physiques resteraient la disposition de nos fantaisies1 de trouver cette conscience aussi lastique et accommodante que la socit au milieu de laquelle nous vivons2 en outre1 cette religion et cette morale tenant le repentir notre service sans lui fixer d'poque1 nous avions cru devoir remettre cette formalit aux derniers moments de cette vie terrestre et rjouir ainsi le ciel plus que ne le feraient les justes qui n'ont jamais pch4 ,voil ce que ces trois personnes seraient en droit de vous dire si vous les coutiez2 mais vous en tes rduits ne plus les couter1 et1 aprs leur avoir donn tant de droits de faire le mal1 ne pouvoir les dfendre contre celui qu'on leur fait4 ,la loi de ,lynch tout bonnement4 ,les reprsailles personnelles1 la justice par soi-mme1 oeil pour oeil1 dent pour dent1 voil o vous en tes1 avec votre ,code1 objet d'admiration pour tous les peuples6 ,et tous ces dsordres1 tous ces crimes1 tous ces scandales1 toutes ces illgalits parce que vous n'avez pas le courage1 car ce n'est pas le temps qui vous manque1 de faire des lois qui assurent l'honneur des filles les mmes garanties qu' la plus grossire marchandise1 qui rendent la mme justice tous les enfants de la mme espce1 de la mme patrie1 de la mme destine1 et qui autorisent celui des deux poux que l'autre dshonore1 abandonne1 ruine ou trahit1 reprendre sa dignit1 sa libert1 son utilit1 sans avoir recours l'adultre1 la strilit1 au suicide ou au meurtre4 ,alors1 faute d'quit prvoyante et de justice prventive1 maris qui gorgent leurs femmes1 filles qui tuent leurs amants1 pouses qui mutilent leurs rivales1 applaudissements de la foule1 prdominance des sentiments1 dfaite de la loi--et triomphe de l'ide4 ,car tout se tient4 ,cette incarnation nouvelle de l'ide dans les femmes qui tuent n'est pas la seule laquelle vous allez avoir rpondre1 et nous en voyons dj une autre1 soeur de la premire1 poindre dans les brumes de l'horizon1 du ct o le soleil se lve4 99 99 99 99 99 ,dieu sait si1 dans notre beau pays de ,france1 raisonnable1 prvoyant1 logique comme nous venons essayer de le dmontrer une fois de plus1 ,dieu sait s'il y a des gens qui se tordent de rire chaque fois qu'on avance cette proposition3 que les femmes1 ces ternelles mineures des religions et des codes1 ces tres tellement faibles1 tellement incapables de se diriger1 ayant tellement besoin d'tre guids1 protgs et dfendus que la loi a mieux aim y renoncer1 voyant qu'elle aurait trop faire1 ,dieu sait1 disons-nous1 s'il y a des gens qui se tordent de rire cette seule proposition que les femmes pourraient bien1 un jour1 revendiquer les mmes droits politiques que les hommes et prtendre exercer le vote tout comme eux4 ,jusqu' prsent1 cette proposition n'avait t nonce et soutenue que dans des journaux rdigs par des femmes et le seul retentissement qu'elle avait en tait dans le rire presque universel dont elle avait t accueillie2 ceux qui ne riaient pas1 les personnages srieux haussaient les paules2 quelques-uns1 dont je suis1 se demandaient tout bas si les rclamantes n'avaient pas raison4 ,a vrai dire1 la rclamation tait faite le plus souvent dans des termes tellement exalts1 proclamant si haut la supriorit intellectuelle1 morale1 civile de la femme sur l'homme1 qu'en effet elle disposait au rire4 ,mais1 de ce qu'un droit est maladroitement revendiqu1 il ne s'ensuit pas qu'il ne soit point un droit4 ,tous les jours1 un crancier sans instruction1 dans une lettre dont l'orthographe aussi fait pouffer de rire1 rclame ce qui lui est d pour son travail1 et1 si comique que soit la forme de la rclamation1 il n'en faut pas moins y faire droit et payer la crance4 99 99 99 99 99 ,en janvier #ahgi1 je trouvais et relevais1 dans un journal1 une proclamation des femmes1 et1 comme en ce moment-l mme1 avec cette manie de prvoir qu'on a pu facilement constater dans mes habitudes1 je touchais la question dans la prface de ,monsieur ,alphonse1 j'imprimai en note cette proclamation que je vais reproduire ici pour en arriver o je veux4 ,,appel ,,aux ,,femmes ,aprs ce dernier appel au triomphe de la ,rpublique1 voici venir l'heure de conqurir notre libert4 ,la question politique tranche1 on va s'occuper de la question sociale4 ,si nous ne sortons pas de notre indiffrence1 si nous ne rclamons pas contre notre situation de mortes civiles1 la libert1 l'galit viendront pour l'homme2 pour nous femmes1 ce sera toujours de vains mots4 ,les ministres se succderont1 la ,rpublique de nom deviendra ,rpublique de fait2 si la femme se contente d'tre rsigne1 elle continuera sa vie d'esclave sans pouvoir se rendre indpendante de l'homme1 dont le droit seul est reconnu1 le travail seul rtribu4 ,femmes de ,france1 ,trois projets de loi qui nous concernent sont en ce moment soumis aux ,chambres4 ,eh bien1 pas une de nous ne pourra les soutenir ou les amender4 ,une assemble d'hommes va faire des lois pour les femmes comme on fait des rglements pour les fous4 ,les femmes sont-elles donc des folles auxquelles on puisse appliquer un rglement8 ,l'homme fait les lois son avantage1 et nous sommes forces de courber le front4 ,parias de la socit1 debout6 ,ne souffrons plus que l'homme commette ce crime de lse-crature de donner la mre moins de droits qu' son fils4 ,entendons-nous pour revendiquer la libert et la facult de nous instruire1 la possibilit de vivre indpendantes en travaillant1 la libre accession toutes les carrires pour lesquelles elles justifieront des capacits ncessaires2 ,l'association1 et non la subordination dans le mariage2 ,l'admission des femmes aux fonctions de juges consulaires1 de juges civils1 de jurs2 ,le droit d'tre lecteurs et ligibles dans la commune et dans l'tat4 ,femmes de ,paris1 il ne tient qu' nous de changer notre sort4 ,affirmons nos droits1 rclamons-les avec persvrance et insistance4 ,nos soeurs de la province nous suivront1 et les rpublicains sincres nous donneront leur concours la tribune et au scrutin1 parce que tous savent qu'manciper la femme1 c'est affranchir la gnration naissante1 c'est rpublicaniser le foyer4 ,tel est cet appel1 rest et devant rester sans cho4 ,en le transcrivant dans ma prface1 je le faisais suivre de cette seule rflexion3 ,le rdacteur du journal qui a cit cette proclamation trouve cela drle4 ,s'il est encore de ce monde dans vingt ans1 il reconnatra que cela n'tait pas aussi drle qu'il le croyait le #bc janvier #ahgi4 99 99 99 99 99 ,reprenons aujourd'hui cette proclamation1 tenons-la pour une expression sincre1 et jugeons-la avec l'impartialit laquelle tout ce qui est sincre a droit1 quelle que soit la forme2 tchons d'tablir le vrai1 le faux1 les contradictions1 les rsultats d'un pareil manifeste et mettons toute la mthode1 toute la justice1 toute la clart1 toute la logique possibles dans cette discussion4 ,ce n'est pas trs facile quand on discute de la femme telle qu'elle doit tre avec la femme telle qu'elle est1 telle que nous l'avons faite1 avouons-le1 nous les hommes2 car nous l'autorisons tantt par notre despotisme1 tantt par notre admiration1 tantt par notre mpris1 dire que tout ce qu'elle a de bon vient d'elle et que tout ce qu'elle a de mauvais vient de nous4 ,prenons le fond mme des choses et traitons-les avec le mme srieux que l'auteur du manifeste4 ,la question n'est pas nouvelle4 ,cette revendication politique des femmes1 ce dsir de vouloir tre associes l'homme et mme substitues lui dans le gouvernement de l'tat1 date de loin2 il y a deux mille trois cents ans1 ,aristophane crivait sur ce sujet une de ses meilleures comdies et la tentative fminine a maintes et maintes fois t rpte depuis lors4 ,prenons la dernire1 elle est reste et restera longtemps peut-tre sans acquiescement1 du moins parmi les femmes4 ,les raisons de l'insuccs sont bien simples et bien faciles donner4 ,d'abord1 nombre de femmes n'ont pas lu ce manifeste2 mais toutes les femmes de l'univers l'eussent-elles lu1 le rsultat obtenu et t absolument le mme4 ,dans quel groupe fminin et-il pu trouver de l'approbation et de l'appui4 ,voyons comment se rpartit l'espce fminine dans notre pays et dans tous les pays civiliss4 ,il y a d'abord 7 tout bonheur tout honneur71 il y a d'abord les femmes heureuses dans l'tat actuel des choses4 ,celles-l non seulement ne demandent pas la moindre rforme1 mais elles la redoutent et elles traitent de folles ou de dclasses celles qui en demandent une4 ,il est vrai de dire que le bonheur personnel n'est pas un argument dans une discussion gnrale1 ce n'est qu'un privilge et il devient aisment de l'gosme4 ,nombre d'hommes aussi avaient trouv le bonheur dans l'tat social au milieu duquel ils vivaient2 cela n'a pas empch d'autres hommes1 ayant souffrir de cet tat social1 de faire des rvolutions ncessaires1 et ce n'est pas fini1 quels que soient la satisfaction et le profit que des hommes nouveaux tirent des rformes nouvelles4 ,il n'y a donc pas compter sur l'adhsion des femmes heureuses du moins tant qu'elles seront heureuses1 et1 en attendant1 si elles se comptent1 elles verront qu'elles seront loin d'tre la majorit4 ,il y a les femmes habiles1 intelligentes1 si vous aimez mieux1 qui1 munies de certaines qualits physiques et morales1 ont tourn l'obstacle1 comme on dit1 et faisant ce qu'elles veulent du milieu qu'elles occupent1 tiennent les hommes pour des tres infrieurs et dclarent que celles qui ne se tirent pas d'affaire1 comme elles1 sont des niaises et des maladroites4 ,il n'y a pas non plus compter sur celles-l1 encore moins que sur les premires4 ,non seulement elles ne se plaindront jamais de l'tat des choses1 mais elles le trouvent parfait et comptent bien qu'il n'y sera rien chang4 ,en tout cas1 si le changement arrivait1 elles seraient toutes prtes en tirer parti comme de ce qui est4 ,mais1 dans cette discussion1 la ruse n'est pas plus un argument irrfutable que le bonheur4 ,il y a1 et c'est la masse1 les femmes du peuple et de la campagne1 suant du matin au soir pour gagner le pain quotidien1 faisant ainsi ce que faisaient leurs mres1 et mettant au monde1 sans savoir pourquoi ni comment1 des filles qui1 leur tour1 feront comme elles1 moins que1 plus jolies1 et par consquent plus insoumises1 elles ne sortent du groupe par le chemin tentant et facile de la prostitution1 mais o le labeur est encore plus rude4 ,le dos courb sous le travail du jour1 regardant la terre quand elles marchent1 domptes par la misre1 vaincues par l'habitude1 asservies aux besoins des autres1 ces cratures forme de femme ne supposent pas que leur condition puisse tre modifie jamais4 ,elles n'ont pas le temps1 elles n'ont jamais eu la facult de penser et de rflchir2 peine un souhait vague et bientt refoul de quelque chose de mieux6 ,quand la charge est trop lourde elles tombent1 elles geignent comme des animaux terrasss1 elles versent de grosses larmes l'ide de laisser leurs petits sans ressources1 ou elles remercient instinctivement la mort1 c'est--dire le repos dont elles ont tant besoin4 ,il n'y a donc pas compter sur l'adhsion de ces malheureuses4 ,si le journal o se trouve l',appel aux femmes leur tombe entre les mains1 elles en enveloppent le morceau de hareng sal ou de fromage mang la hte sur un morceau de pain dur1 et elles ne le liront pas mme aprs1 par la meilleure de toutes les raisons3 elles ne savent pas lire4 ,vienne l'meute1 quelques-unes1 dans les grandes villes1 assassineront1 incendieront et se feront fusiller dans le vin1 le ptrole et le sang2 voil tout2 mais l'ignorance1 la misre et la servitude ne sont pas plus que le bonheur et la ruse des arguments en faveur du maintien des choses4 ,il y a les femmes honntes1 esclaves du devoir1 pieuses4 ,leur religion leur a enseign le sacrifice4 ,non seulement elles ne se plaignent pas des preuves traverser1 mais elles les appellent pour mriter encore plus la rcompense promise1 et elles les bnissent quand elles viennent4 ,tout arrive1 pour elles1 par la volont de ,dieu1 et tout est comme il doit tre dans cette valle de larmes1 chemin de l'ternit bienheureuse4 ,non seulement celles-l ne rclameraient1 dans aucun cas1 ce que l',appel aux femmes demande1 mais elles ne l'accepteraient pas si on le leur offrait4 ,d'ailleurs1 elles ne lisent ni les journaux1 ni les livres o il est question de ces choses-l2 cette lecture leur est interdite4 ,si1 par hasard1 elles avaient connaissance de pareilles ides1 suggres certainement par l'esprit du mal1 elles en rougiraient1 elles en souffriraient pour leur sexe1 et elles prieraient pour celles qui se laissent aller propager de si dangereuses erreurs et donner de si dplorables exemples4 ,il ne faut donc pas non plus compter sur celles-l1 quoi qu'elles aient souffrir de notre tat social1 puisque la soumission est leur rgle1 le sacrifice leur joie et le martyre leur esprance4 ,mais1 pas plus que le bonheur1 la ruse1 l'ignorance1 la misre et la servitude1--la foi aveugle1 l'extase et l'immobilit volontaire de l'esprit ne sont des arguments sans rplique4 ,il y a celles qui ne sont ni heureuses1 ni adroites1 ni abruties1 ni pieuses1 qui ont assez de dignit pour vouloir rester dans le bien1 assez d'intelligence pour pouvoir tre associes n'importe quel homme1 ou pour entrer seules dans n'importe quelle carrire1 o il n'est besoin que de volont1 de patience1 d'nergie1 de probit2 assez d'idal1 de tendresse1 et de dvouement pour tre pouses et mres2 assez de rserve et de respect d'elles-mmes pour ne jamais rcriminer1 et qui1 parce qu'elles sont femmes1 et femmes ou moins belles1 ou moins hardies ou moins riches surtout que d'autres1 se voient refuser1 non seulement les sentiments et les joies1 mais les positions1 les moyens d'existence auxquels elles pourraient prtendre4 ,trop affines par l'ducation pour le travail des manoeuvres1 trop fires pour la domesticit ou la galanterie1 trop timides pour la rvolte ou l'aventure1 trop femmes pour les voeux monastiques1 sous la pression rgulirement pesante1 circulaire et infranchissable de l'gosme collectif1 celles-l voient1 de jour en jour1 en sondant l'horizon toujours le mme1 s'effeuiller dans l'isolement1 dans l'inaction1 dans l'impuissance1 les facults divines qui leur avaient d'abord fait faire de si beaux rves et dont il leur semble que l'expansion et pu tre matriellement et moralement si profitable aux autres et elles-mmes4 ,elles sentent qu'elles auraient pu donner au moins autant de bonheur qu'elles en auraient reu1 et elles meurent sans avoir t ni amantes1 ni pouses1 ni mres4 ,de temps en temps1 elles font une tentative individuelle1 isole1 avec leurs seules ressources et leurs seules forces dans quelqu'une de ces carrires ou de ces entreprises des mles1 o l'appui si ncessaire de l'homme et de l'argent leur manque presque toujours et qui avorte1 ajoutant des soucis pour l'avenir aux tristesses du prsent et du pass2 quelquefois une esprance secrte de revanche par le coeur1 par l'amour1 amne un cart mystrieux1 une faute dsintresse et touchante cruellement et silencieusement expie sans recours l'assassinat4 ,s'il est un groupe de femmes auquel l',appel aux femmes devrait s'adresser1 o il devrait trouver des allies1 c'est celui-l4 ,mais il ne faut pas compter non plus sur ces femmes4 ,leur intelligence1 leur instruction1 leurs chagrins1 leurs dceptions sans cesse renouveles1 tout leur dit qu'il y aurait autre chose faire d'elles et pour elles que ce qu'on fait2 mais1 leur modestie1 l'habitude de l'effort inutile1 la peur du bruit et du scandale ne leur permettent que des adhsions secrtes et des complicits tout intrieures4 ,elles souffrent1 elles doutent1 elles se taisent1 et1 pass un certain ge1 elles n'esprent mme plus4 ,enfin1 il y a les femmes intelligentes1 dont l'intelligence1 grce la fortune ou l'indpendance matrielle1 n'a pas besoin d'aller jusqu' l'habilet2 ces femmes1 ne se considrent pas seulement comme des tres de sentiment1 de fonction et de plaisir3 elles s'intressent aux grandes questions humaines et sociales2 elles lisent1 s'clairent1 vivent1 sans le pdantisme fustig par ,molire1 dans le commerce des esprits suprieurs1 et1 se faisant accessibles aux ides de progrs et de civilisation en dehors des formules traditionnelles et consacres1 dites bonnes pour les femmes1 elles se tiennent pour aussi capables que les hommes de comprendre1 de rflchir1 de savoir et de juger4 ,ces femmes-l ne doutent pas que la femme1 en qualit de personne humaine1 doue d'un coeur et d'un cerveau1 tout comme l'autre personne humaine1 ne doive avoir un jour les mmes droits1 noms1 raisons et actions que celle-ci4 ,seulement1 elles savent que ce progrs1 elles ne sauraient le conqurir de prime abord par elles seules1 que c'est l1 au commencement1 oeuvre d'homme1 et que ce progrs ne peut tre que retard tre violemment et publiquement revendiqu par elles4 ,dans le groupe des hommes o ces questions de l'avenir s'agitent et qui sont appels les traiter un jour dans la politique1 groupe qu'elles traversent constamment1 elles sont par leur ducation1 par leurs aptitudes1 par leur droiture1 par leur morale leve1 large1 conciliante1 par leurs qualits intellectuelles et morales1 par leurs perceptions fines et leur interprtation ingnieuse des choses1 elles sont le meilleur exemple et le plus puissant tmoignage en faveur de l'galit sociale1 morale1 lgale de l'homme et de la femme4 ,mais ces femmes ne sont pas nombreuses1 et l'appel public qui leur est fait ne doit pas compter sur leur adhsion publique4 ,la question1 pour elles1 est la fois trop srieuse1 trop complexe et trop dlicate pour tre livre aux hasards des discussions en plein air1 et compromise par les utopies des impatientes et des excessives1 sur lesquelles seulement un tel manifeste pouvait compter1 de sorte que les auxiliaires qu'il recrute et qui adhrent lui publiquement sont justement celles qui le compromettent et qui loignent les autres4 ,d'o viennent l'impatience1 l'exagration1 l'agitation extrieure de ces adhrentes dangereuses8 ,de convictions sincres1 nous n'en doutons pas1 mais plus souvent nes de souffrances1 de dceptions1 d'erreurs individuelles que d'observations dsintresses4 ,ce sont ceux qui souffrent qui crient6 diront ces femmes2 ce n'est pas douteux2 et1 si ceux qui souffrent ne criaient pas1 on ne saurait pas qu'ils souffrent et personne ne songerait soulager les maux ou rparer les injustices dont ils ont se plaindre1 c'est tout aussi vident4 ,mais la souffrance par elle seule n'est pas plus un argument irrfutable que le bonheur4 ,toute souffrance a droit la piti et l'assistance2 mais elle est quelquefois la consquence logique et le chtiment fatal d'une imagination exalte1 d'une insoumission irrflchie1 d'un rve du1 d'un orgueil trop grand1 d'un manque d'nergie et de volont4 ,on n'arrive1 trs souvent1 homme ou femme1 craindre et tenter de dtruire un tat social1 qu'aprs l'avoir longtemps exploit tel qu'il tait4 ,on n'a donc lui reprocher que de ne s'tre pas prt certaines combinaisons peut-tre trop exigeantes4 ,ce n'est pas l une raison suffisante pour ceux que l'on veut troubler dans leur repos et leurs habitudes4 ,de l cette rsistance instinctive et naturelle des rformes radicales dont la cause peut tre attribue aux intrts purement personnels et mme mal dfinis de ceux qui les rclament4 ,il faut voir1 disent les gens sans parti pris2 mais1 pour bien voir1 il faut du temps1 et les impatients dclarent qu'ils ont vu et bien vu pour tout le monde4 ,cela n'est pas toujours convaincant4 ,la personne humaine1 homme ou femme1 est continuellement la recherche du bonheur2 mais le bonheur est relatif et dpend des tempraments1 des caractres1 des milieux4 ,chacun se rve un bonheur particulier1 et celui-l serait le fou des fous qui croirait qu'en donnant chacun le bonheur particulier qu'il dsire1 on constituerait le bonheur universel4 ,d'un autre ct1 disons-le1 au risque de passer une fois de plus pour un esprit paradoxal1 si nous ne pouvons pas toujours nous procurer le bonheur que nous souhaitons1 nous pouvons toujours nous soustraire aux malheurs qui nous frappent1 lesquels ne sont jamais1 passez-moi le mot1 que des bonheurs qui n'ont pas voulu se laisser faire4 ,il n'y a pour l'homme que deux malheurs involontaires1 qu'il puisse qualifier d'immrits1 dont il ait vraiment le droit de se plaindre et auxquels la socit doive vraiment assistance et piti2 ce sont ceux qu'il peut trouver sa naissance3 la misre et la maladie4 ,en dehors de ces fatalits congnitales1 ce qu'il appelle son malheur est toujours son oeuvre4 ,la vie ne ralise pas toutes ses esprances1 et alors il se dclare malheureux4 ,il veut le plaisir1 il veut la fortune1 il veut l'amour1 il veut la gloire1 il veut la famille6 ,un jour1 le plaisir se drobe1 la fortune chappe1 l'amour trompe1 la gloire trahit1 la famille se dissout par l'ingratitude ou la mort2 alors l'homme maudit la destine1 il crie l'injustice4 ,en ralit le malheur de l'homme se rduit ceci3 ce qu'il n'a pas t aussi heureux qu'il comptait l'tre1 qu'il s'attribuait le droit de l'tre4 ,si cet homme qui se plaint tant1 avait su pour lui-mme ce qu'il savait si bien pour les autres1 et ce qu'il leur disait si bien1 quand il les entendait gmir en lui demandant de les consoler3 que le plaisir est phmre1 que la fortune est changeante1 que l'amour est volage1 que la gloire est trompeuse1 que l'enfant est mortel et souvent ingrat1 il n'aurait pas connu les malheurs qu'au lieu et place du bonheur espr1 lui ont causs la famille1 la gloire1 l'amour1 la fortune et le plaisir4 ,il a jou1 avec l'espoir de gagner1 il a perdu1 il paye4 ,qu'y faire8 ,il n'avait qu' ne pas jouer4 ,un homme qui ne se marie pas est sr de ne pas avoir les ennuis1 les dangers1 les chagrins du mariage2 un homme qui n'a pas d'enfants est sr de ne pas en perdre et de ne pas les voir ingrats2 un homme qui a de quoi vivre1 qui s'en contente et qui ne cherche pas devenir millionnaire est sr de ne pas perdre ce qu'il possde2 un homme qui n'a pas de matresse est sr de ne pas tre trahi par elle2 un homme qui n'a pas l'ambition des hautes destines est sr de ne pas tre prcipit des sommets1 et il se soucie fort peu que la roche tarpienne soit prs du ,capitole4 ,ce n'est pour lui que de la gographie et de l'architecture4 ,ce qui fait le malheur de l'tre humain1 toujours en dehors de la misre et de la maladie natives1 c'est qu'il met son bonheur dans les choses prissables1 lesquelles1 en se dsagrgeant par la loi des puisements et des mtamorphoses1 laissent dans le vide1 dans la stupeur et dans le dsespoir ceux qui se sont fis elles4 ,tout tre qui ne s'attachera qu'aux choses ternelles ne connatra pas ces malheurs-l4 ,de l cette srnit des grands religieux et des grands philosophes2 de l leur mpris bienveillant1 charitable et doux pour les infortunes humaines dont ils ont trouv la cause dans les erreurs et les faiblesses du petit dsir humain4 ,pas de dceptions1 pas de fatalits1 pas de rcriminations pour ceux qui se vouent l'amour exclusif1 sans calculs et sans ambitions terrestres1 de la nature1 de ,dieu1 de l'art1 de la science1 de l'humanit4 ,alors plus d'action1 plus de mouvement1 plus d'idal1 plus d'esprances2 plus de but1 plus de liens1 plus de familles1 plus de socits par consquent6 ,la vie1 non pas mme des animaux1 lesquels obissent encore des instincts1 des besoins1 des motions1 des sentiments1 mais des automates et des machines1 ou alors un monde de raisonneurs1 de saints1 de contemplatifs1 s'extasiant devant la cration sans rien demander1 sans rien comprendre la crature1 et1 en dfinitive1 la strilit et la mort pour viter l'illusion1 la faute et la douleur4 ,voil ce que vous nous demandez8 ,moi1 je ne vous demande rien4 ,j'tablis tout bonnement ce qu'on appelle un tat de situation4 ,je me trouve en face de personnes qui se plaignent et qui accusent la socit de tous les maux dont elles souffrent4 ,je cherche si1 en effet1 collectivement1 les hommes sont aussi coupables que certaines personnes le disent de leurs malheurs particuliers4 ,je trouve et je prouve que l'initiative personnelle y entre pour beaucoup1 je dmontre mathmatiquement qu'il n'y a vraiment que deux malheurs involontaires et immrits1 et1 ce point tabli que nous ne saurions poursuivre la ralisation du bonheur humain travers tous les alea de ce monde1 sans avoir la chance de nous garer et de nous perdre1 j'indique le moyen certain1 bien connu1 qui est et restera peu usit de n'avoir rien redouter des douleurs communes1 et1 aprs ce prliminaire indispensable mes conclusions1 j'en reviens l',appel aux femmes1 et je m'occupe de discerner en toute conscience1 avec ceux qui ne se croient pas le droit de tout railler premire vue1 ce qu'il faut prendre1 ce qu'il faut laisser des revendications fminines qui1 par des actes violents ou des manifestes libells1 se proposent et vont bientt s'imposer la discussion politique4 99 99 99 99 99 tablissons avant tout ceci3 ,quand la femme demande ne pas tre esclave de l'homme1 et quand1 en mme temps1 elle croit pouvoir tre indpendante de l'homme1 elle a tort4 ,d'abord la femme n'est esclave de l'homme que quand elle le veut bien1 quand elle l'pouse1 et rien1 lgalement1 ne la force de l'pouser4 ,ensuite elle ne peut pas avoir une vie part1 indpendante de l'homme1 puisque l'homme remplit certaines fonctions matrielles qu'elle ne peut remplir1 et sans lesquelles sa vie elle1 sa vie part1 sa vie indpendante comme elle la voudrait1 n'aurait aucune scurit1 aucune possibilit d'tre2 ainsi l'homme est soldat et la femme ne l'est pas4 ,elle dpend donc de l'homme1 mme si elle reste clibataire1 pour la dfense de son foyer4 ,quant son esclavage1 il est1 nous le rptons1 volontaire2 elle est lgalement libre1 aussi libre1 plus libre que l'homme1 partir de vingt et un ans1 et pas un pouvoir au monde ne saurait lui prendre la moindre parcelle de cette libert lgale1 si elle veut la garder1 libert bien autrement tendue1 bien autrement avantageuse1 toujours lgalement1 que la ntre4 ,en effet1 vingt et un ans1 la femme peut se marier sans le consentement de ses parents ou plutt en passant outre2 vingt-cinq ans seulement1 l'homme peut se marier dans les mmes conditions2 autrement dit1 il est1 pendant quatre ans de plus qu'elle1 esclave de la loi1 et1 sur ce point1 dans l'tat social1 infrieur la femme4 ,ce n'est pas tout4 ,l'homme est astreint1 non de son plein gr1 mais par un de ces rglements que la femme l'accuse d'avoir dirigs contre elle seule1 l'homme est astreint au service militaire et1 s'il dserte1 s'il se rvolte1 les galres ou la mort4 ,de cet esclavage qui pse sur l'homme et dont elle est dispense1 la femme ne parle pas4 ,cette dispense1 vaut cependant bien quelque chose4 ,la femme est donc mal venue demander son admission aux fonctions de juge civil et de jur2 il n'y a pas plus lieu de lui accorder le droit de diriger l'tat qu'il n'y a eu lieu de lui imposer le devoir de le dfendre4 ,qu'elle soit soldat d'abord1 elle sera juge1 consul ou jur ensuite4 ,voil donc de grands avantages sur les hommes concds par les lois la femme4 ,en les lui attribuant1 les lois se sont conformes aux indications de la nature4 ,la femme leur a paru tre organiquement plus prcoce1 musculairement plus faible que l'homme2 elle a tenu compte de sa prcocit1 quant au mariage2 de sa faiblesse1 quant aux fonctions4 ,la femme lui paraissant plus faible que l'homme1 la loi1 dans le mariage1 a voulu la mettre non pas sous le pouvoir1 mais sous la protection de l'homme4 ,l encore1 elle a suivi les indications de la nature4 ,l'enfantement1 l'allaitement1 les soins assidus donner l'enfant pendant son enfance1 c'est--dire pendant dix ou douze ans1 tout cela1 joint la faiblesse naturelle de la femme1 exigeait la tutelle du mari4 ,cette tutelle devient facilement de la surveillance1 de la tyrannie1 parce que la loi a d compenser pour l'homme les trop grands privilges que1 dans l'union conjugale1 la nature accordait la femme et qui taient un danger incessant pour le mari4 ,en effet1 avec un peu d'habilet1 qui n'est pas rare1 la femme peut introduire dans le foyer commun1 donner le nom et appeler des biens patrimoniaux ou acquis1 la succession de son poux1 l'enfant d'un autre homme1 tandis que l'homme ne peut jamais1 quoi qu'il fasse1 imposer sa femme l'enfant d'une autre femme4 ,l'homme s'est donc attribu certains droits ou plutt certaines garanties qui ne le garantissent pas toujours1 bien qu'il en abuse souvent l'gard de ces femmes irrprochables et sacrifies1 en faveur desquelles nous demandons le divorce4 ,la femme peut donc avoir se plaindre de l'homme dans le mariage2 mais alors elle rentre dans les alea de la recherche du bonheur commune aux deux sexes4 ,elle a espr tre heureuse par le mariage1 elle ne l'est pas2 elle s'est trompe1 et elle paye son erreur4 ,l'homme est soumis comme elle la mme dception1 s'il a commis la mme faute2 ce n'est pas l une loi spciale prise en dfaut1 c'est une loi gnrale1 pour les uns et les autres4 ,la femme pouvait viter les chagrins du mariage4 ,elle n'avait qu' ne pas se marier4 ,rien ne l'y forait4 ,elle a cd l'esprance d'tre plus heureuse par le mariage que par le clibat1 soit2 la loi humaine1 jusque-l1 n'a rien se reprocher4 ,savez-vous ce qui fait le malentendu dans cette interminable discussion de la revendication des droits des femmes8 ,c'est que les femmes se trompent de mot1 involontairement bien entendu1 dans l'expos de cette revendication et qu'elles s'en prennent aux lois de ce qui est1 encore une fois1 l'oeuvre des moeurs4 ,voil la vrit4 ,les droits accords par les lois sont identiques pour elles comme pour l'homme1 et1 mme1 nous l'avons dit1 s'il y a un avantage1 il est pour la femme4 ,la loi lui laisse faire tout ce qu'elle permet l'homme4 ,elle lui donne toute la libert compatible avec la scurit publique1 et l'homme n'en a pas plus qu'elle4 ,c'est seulement quand la femme a fait une chose1 non pas commande1 mais recommande par les moeurs1 lesquelles n'ont pas de rglement fixe1 ni de moyens matriels de contrainte1 c'est seulement enfin lorsque la femme a cd aux conseils et l'influence des moeurs1 toujours avec l'esprance de les utiliser son profit1 c'est alors seulement qu'il lui vient l'ide d'accuser les lois de son insuccs ou de son erreur4 ,la loi n'impose la femme aucun mode particulier d'existence2 elle se borne les prvoir tous1 autant que possible1 pour le cas o1 une difficult survenant par suite de la mauvaise excution d'un contrat particulier volontaire1 sign par les deux parties1 on vient rclamer son intervention et son arbitrage4 ,la femme n'a donc pas rclamer les mmes droits lgaux que les hommes2 elle les a4 ,la femme majeure1 comme l'homme majeur1 est compltement libre3 elle peut quitter sa famille1 aller1 venir1 voyager1 s'expatrier1 acheter1 vendre1 ngocier1 entrer dans toutes les carrires en accord avec son intelligence1 son instruction1 ses aptitudes1 ses forces1 son sexe4 ,elle peut vivre sa fantaisie et avoir autant d'enfants qu'il lui plat1 si la nature s'y prte1 avec qui bon lui semble4 ,mais cette femme qui vit selon sa fantaisie1 qui a des enfants avec qui bon lui semble1 elle est compromise1 dshonore1 honnie4 ,par qui8 pas par les lois1 par les moeurs4 ,mais il est dans la destine de la femme de se marier1 d'avoir un poux lgal1 des enfants lgitimes4 ,o avez-vous vu cela8 ,dans les moeurs4 ,il n'en est pas question dans les lois4 ,les lois rglementent le mariage1 mais elles ne l'ordonnent pas1 elles ne le conseillent mme pas4 ,je comprendrais les rclamations des femmes1 si ces rclamations se produisaient contre les moeurs4 ,je comprendrais les femmes disant3 ,nous avons un idal3 l'amour2 nous avons une mission3 la maternit4 ,nous demandons raliser notre idal1 accomplir notre mission4 ,c'est non seulement notre idal1 c'est non seulement notre mission1 c'est encore1 au nom de la nature qui prime toutes les institutions humaines et morales1 toutes les lois et toutes les moeurs1 c'est notre droit et c'est notre devoir4 ,nous demandons les moyens d'exercer notre droit et de faire notre devoir4 ,a quoi la socit rpondrait3 ,le mariage a t justement institu pour la satisfaction de cet idal1 de cette mission1 de ce droit et de ce devoir4 --,mais les hommes veulent seulement pouser celles qui leur apportent une dot1 et un trs grand nombre parmi nous1 n'ayant pas cette dot1 ne peuvent pas se marier4 ,pouvez-vous forcer les hommes nous pouser8 --,non4 --,soit2 nous comprenons l'homme ne voulant pas perdre dfinitivement et irrparablement sa libert2 il a une action faire comme nous avons une mission accomplir2 il ne recule pas devant l'amour1 il recule devant un contrat par lequel il se trouve trop engag4 ,il y a un moyen de tout concilier1 c'est l'union libre1 nous demandons le droit de la contracter1 au risque d'tre abandonnes par l'homme demeur libre4 --,vous avez ce droit1 personne ne s'y oppose2 mais la morale le rprouve4 --,qui a dict cette morale8 --,des lgislateurs religieux et politiques4 --,des hommes alors8 --,oui4 --,ont-ils appel des femmes dans leurs conseils avant de prendre ces arrts8 --,non4 --,cependant les femmes composent la moiti du genre humain1 et elles taient fort intresses dans la question4 --,ils ont pris cette dcision tout seuls4 --,et qu'ont-ils tabli pour les filles que les hommes n'pousaient pas8 --,qu'elles se rsigneraient au clibat et la strilit2 elles peuvent aussi se faire religieuses et servir le ,dieu au nom duquel cette morale a t proclame4 --,et si elles ne se rsignent pas8 --,elles seront ce qu'on appelle des femmes de mauvaise vie1 elles seront mprises et exclues de la socit des honntes gens4 --,alors les hommes qui ne se marient pas et qui se donnent avec ces femmes les plaisirs de l'amour sans en assumer les charges1 qu'ils leur laissent1 sont encore plus mpriss qu'elles et plus ignominieusement chasss de la socit des honntes gens8 --,non4 --,pourquoi8 --,parce que ce sont les hommes qui ont tabli ces lois morales et qu'ils les ont tablies naturellement leur avantage4 --,alors1 moi qui enfante dans la douleur et dans les cris1 les entrailles ouvertes1 en face de la mort1 je suis1 mme si j'ai succomb par ignorance1 sans savoir ce que je faisais1 je suis plus coupable et plus mprise que l'homme qui de la gnration ne connat que le plaisir8 --,oui4 --,c'est souverainement injuste6 --a dure ainsi depuis trs longtemps2 maintenant1 c'est consacr4 --,trs bien2 mais1 dans cette socit des honntes gens1 dont nous serions exclues en cas d'unions libres publiquement contractes1 nous voyons beaucoup d'unions libres malgr les mariages lgaux contracts antrieurement4 ,nous voyons des hommes maris qui ont d'autres femmes que les leurs1 des femmes maries qui ont d'autres hommes que leurs maris2 tout le monde le sait1 personne ne leur dit rien2 comment cela se fait-il8 --,ces gens-l ont eu la bonne chance et la prcaution de se mettre en rgle avec la socit par leur mariage4 --,mais la morale8 --,elle n'a rien voir l dedans2 c'est affaire de moeurs4 --,nous demandons des lois qui changent ces moeurs4 --,impossible4 ,les moeurs modifient quelquefois les lois2 les lois ne modifient pas les moeurs4 --,soit2 je cours la chance de la honte pour avoir l'enfant2 car1 mon enfant1 je pourrai au moins le garder8 --,peut-tre6 --,comment1 peut-tre8 qui me le prendrait8 --,son pre4 --,mais puisqu'il ne sera pas mon mari4 --,il pourra le reconnatre1 et1 si tu as approuv la reconnaissance et que ce soit un garon1 c'est--dire ton soutien et ton dfenseur dans l'avenir1 son pre pourra te le prendre quand il aura sept ans1 en prouvant qu'il a1 lui1 le pre1 plus de moyens d'existence que toi1 ce qui arrive presque toujours2 mais ne crains rien3 le pre tient bien rarement lever son enfant1 moins que ce ne soit pour se venger de la mre4 --,se venger1 et de quoi8 --,nous ne savons pas2 cela rentre dans la conscience4 --,mais je puis nier1 m'a-t-on dit1 que cet homme soit le pre de mon enfant4 --,parfaitement4 --,alors on me laissera mon fils4 --,oui4 --,et je pourrai lui donner mon nom8 --,si tu le veux4 --,et1 si j'acquiers du bien en travaillant pour lui1 je pourrai lui laisser mon bien pour qu'il ait au moins l'indpendance8 --,non4 ,si tu lui donnes ton nom1 et que tu aies un pre1 une mre1 des frres1 des soeurs1 tu ne pourras lui donner qu'une partie de ton bien4 --,mme si mon pre1 ma mre1 mes frres et mes soeurs m'ont chasse pour l'avoir mis au monde4 --,oui2 mais tu n'as qu' ne pas lui donner ton nom1 qu' ne pas l'appeler ton fils1 qu' le traiter comme un tranger1 tu pourras lui donner tout ton bien4 --,qui a dcid cela8 --,les lois4 --,qui a fait les lois8 --,les hommes4 --,ceux qui avaient dj fait la morale et les moeurs8 --,les mmes4 --,merci4 99 99 99 99 99 ,l videmment et non dans l'occupation des carrires et des fonctions publiques1 est le vrai1 l'unique1 l'ternel sujet1 l'ternel droit des revendications de la femme4 ,sur ce terrain1 elle a pour elle la nature1 la justice1 la vrit et tous ceux qui ont un coeur et une conscience4 ,voil pourquoi1 quand1 pousse bout par la lchet de l'homme et la sauvagerie de la loi1 et se faisant lche comme l'un et sauvage comme l'autre1 elle tue et mutile1 voil pourquoi la justice en est rduite l'absoudre et l'opinion l'acclamer4 ,mais toutes les femmes abandonnes par leur amant1 trahies par leur mari1 victimes de l'ingratitude ou de l'gosme de l'homme ne peuvent pas jouer du revolver ou du vitriol et elles n'en souffrent pas moins1 pour avoir une douleur moins retentissante et moins meurtrire2 c'est alors que certaines femmes1 qui ces moyens rpugnent1 posent dans des manifestes exagrs1 maladroits1 ridicules1 des conclusions irralisables4 ,elles veulent dclarer l'homme1 dans les lois1 la guerre que l'homme leur fait dans les moeurs2 elles veulent lui prouver qu'elles peuvent tre moralement et intellectuellement leurs gales2 qu'elles peuvent mme leur tre suprieures4 ,lasses de voir l'homme leur prendre impunment l'honneur1 la libert1 l'amour1 elles veulent lui prendre ses travaux et ses places1 et elles s'tonnent du silence ou du rire qui leur rpondent4 ,c'est que1 tout le monde le sait1 et elles le savent tout aussi bien1 les femmes ne tiennent en aucune faon faire le mtier des hommes1 leur mtier de femmes leur suffit bien4 ,seulement1 celui-l1 elles veulent le faire et le faire compltement1 en quoi elles ont raison4 ,alors1 elles disent aux hommes3 ,ou donnez-nous ce que la nature vous a dit de nous donner1 l'amour1 le respect1 la protection1 la famille rgulire1 ou donnez-nous ce que vous avez gard pour vous seuls1 la libert4 ,ce dilemme a du bon4 ,voyons comment cette libert rclame par la femme lui arrivera1 en dehors des lois qu'elle sollicite4 99 99 99 99 99 videmment1 au train que suivent les choses1 l'homme va de moins en moins donner l'amour1 le respect1 la protection1 la famille rgulire la femme4 ,entran par la libert qu'il s'adjuge de plus en plus1 il va tendre supprimer de plus en plus toutes les entraves et toutes les attaches2 il va vouloir de plus en plus tre matre de lui4 ,je ne l'en blme pas4 ,croire1 esprer qu'au milieu de l'branlement1 de la dcomposition et de l'parpillement de toutes les choses du pass1 l'homme va faire un retour sur lui-mme l'endroit de la femme1 et se mettre reconstituer la famille sur les bases de l'idal1 de l'amour et de l'unit1 c'est une erreur nouvelle joindre toutes les erreurs connues4 ,la femme va donc tre de plus en plus dans son droit de se plaindre et de rclamer4 ,les revendications personnelles deviendront plus nombreuses et plus inquitantes2 la justice lgale ayant dj dsarm plusieurs fois1 les justices individuelles et arbitraires se feront jour et place de plus en plus2 l'opinion sera constamment appele en tmoignage1 l'motion sera sollicite par des avocats habiles1 dsireux de s'illustrer et de s'enrichir2 la question pose dans les faits et souvent1 toujours rsolue en faveur des accuses1 commencera s'imposer aux lois4 ,les scandales seront si grands1 si contagieux1 si applaudis1 qu'il faudra se dcider prendre un parti4 ,quand1 en dehors du mariage1 les femmes auront gorg un plus grand nombre d'hommes et tordu le cou un plus grand nombre d'enfants2 quand1 dans le mnage1 les hommes et les femmes qui auront t assez btes pour contracter des unions indissolubles1 auront enrichi les armuriers et les piciers force de se tirer des coups de fusil ou de revolver et de se jeter du vitriol au visage1 il faudra bien s'apercevoir qu'il y a un vice fondamental de construction dans ce beau monument du ,code civil1 y faire quelques rparations1 y changer quelques pierres de place et arer davantage les articles trop troits et devenus inhabitables4 ,de temps en temps1 la justice officielle essayera de ressaisir son autorit et de rendre quelques jugements destins inspirer une salutaire terreur et arrter le mouvement2 elle verra alors ce qui se passera3 les jurs et les magistrats seront siffls1 hus1 maltraits peut-tre4 ,notre magistrature1 que l'tranger nous envie1 sera compromise2 notre belle institution du jury1 soit qu'elle reste dans la sentimentalit1 soit qu'elle tourne la rsistance1 sera traite d'institution caduque et grotesque2 personne ne voudra plus tre jur1 pas mme l'auteur du manifeste qui nous occupe1 et la rforme depuis longtemps ncessaire1 obstinment refuse1 se fera1 comme1 hlas6 se font chez nous toutes les rformes1 par la violence et les excs4 ,dans le mariage1 le divorce sera rtabli1 fatalement1 invitablement4 ,le divorce tant rtabli1 la femme tant par consquent moins opprime1 elle n'aura plus d'excuses de recourir l'adultre et elle aura moins besoin d'tre console4 ,l'amant se trouvera limin1 le prtre sera remis son plan respectif1 et la femme1 ayant conquis plus de droits1 aura ainsi acquis plus de valeur4 ,voil pour le mariage1 qui1 ainsi quilibr par des devoirs et des droits quipollents1 comme et dit ,montaigne1 deviendra pour les contractants la fois plus attrayant1 plus moral et plus sr4 ,quant aux amours libres1 ils ne vont faire que crotre et embellir1 pour une foule de raisons que j'ai dveloppes autre part#a et qu'il n'y a pas lieu de rappeler ici4 ,la prostitution de la femme va perdre peu peu son caractre d'autrefois4 ,sauve qui peut1 aprs tout1 dans une socit o personne ne s'occupe de son voisin que pour l'entraver1 le mpriser ou le dtruire6 ,ce qui fut jadis une honte pour quelques-unes1 un danger pour quelques autres1 va devenir une carrire1 un fait1 un monde1 avec lesquels la civilisation devra compter1 et qui amneront d'abord des modifications imprvues dans les moeurs1 encore plus imprvues dans les lois4 ,cette carrire1 toujours disponible pour les filles pauvres doues de jeunesse1 de beaut1 d'esprit2 ce monde de la sensation et du plaisir toujours ouvert aux hommes jeunes ou vieux1 dots d'apptits et d'argent2 ce monde trange1 sans droits et sans devoirs1 mesure qu'il se dveloppera1 se prendra au srieux comme tous les autres mondes concidant avec un tat nouveau des socits1 comme l'aristocratie1 comme la bourgeoisie1 comme la dmocratie actuelle1 dont il a merg4 ,semblable ces les jaillissant tout coup d'une mer tourmente par quelques mouvements gologiques et devenant un jour des forts1 puis des cits1 ce monde aura bientt son autonomie1 ses institutions1 ses intrts communs1 ses sentiments de progrs et de solidarit1 son idal1 sa morale mme4 ,c'est certain4 ,ce sera une colonie comme beaucoup d'autres1 fondes par des exils1 des criminels et des parias4 ,au bout d'un certain temps elles ont oubli leur origine dans la fortune acquise1 et elles rclament et elles obtiennent le droit de s'appeler tat ou ,nation4 ,il vient mme un moment o elles traitent avec les grandes puissances4 ,il en sera de mme de la prostitution fminine1 dont le luxe1 la notorit1 l'accroissement dj considrables1 depuis un quart de sicle1 permettent de prvoir ce que j'annonce aujourd'hui4 #a ,prface de ,monsieur ,alphonse4 ,des hommes du monde1 des millionnaires1 des princes1 ont dj pous quelques-unes des indignes2 et nombre des filles de ces dernires1 sans rougir encore de la profession maternelle1 n'ont plus besoin de l'exercer et viennent1 par des unions rgulires ds le commencement1 fconder de leurs dots l'industrie1 le commerce1 les affaires et quelquefois redorer et mme nettoyer des blasons historiques4 ,ce n'est pas tout2 et la nature humaine a des enchanements inconscients1 mystrieux1 bien intressants tudier4 ,ces femmes n'ont pas de remords1 elles n'ont mme pas de regrets2 elles sont maintenant trop nombreuses1 trop groupes1 trop riches1 trop clbres pour cela4 ,le monde qui les exclut et qui souvent les envie1 ne leur manque pas du tout4 ,non seulement elles y exercent des reprsailles sur les hommes1 mais quelquefois elles font de bonnes recrues parmi les femmes2 tout irait donc pour le mieux1 si elles ne vieillissaient pas4 ,malheureusement1 dans ce monde1 on vieillit encore plus vite que dans l'autre4 ,il s'agit donc d'occuper les annes du crpuscule et du soir4 ,arrive alors le dsir d'imiter les femmes comme il faut1 le besoin de faire parler de soi autrement que par le pass et de franchir les limites de leur activit connue1 une sorte de proccupation du mystre de la mort1 peut-tre un vague et secret espoir d'un rachat par la charit1 espoir dpos temps et utilement entretenu dans leur me par un bon prtre subitement intervenu1 indulgent et attentif4 ,dieu lui-mme ordonne qu'on aime1 ,sauvez-vous par la charit4 ,l'vangile finit par demander le concours de ,branger6 ,tout cela joint la sensibilit naturelle leur sexe1 dveloppe par le bien-tre1 tout cela fait que ces femmes appliquent1 l'tonnement de tous1 une part de leur fortune des oeuvres pies4 ,voil tout coup ces filles du mal qui se passionnent pour le bien1 plein d'attraits souvent pour les consciences attardes4 ,cela les amuse1 d'tre utiles1 et la nouveaut de cet amusement leur tient lieu de traditions et d'habitude4 ,elles donnent aux glises de leurs villages1 elles couronnent des rosires dans leurs communes natales ou dans le village voisin de leurs domaines1 et elles finissent par fonder des tablissements de secours1 de refuge1 d'ducation pour les leurs et les enfants des leurs qui ont eu moins de chance ou de prvoyance qu'elles4 ,les voil donc dj en rapport avec l'administration1 non pour en subir comme autrefois les rglements particuliers1 mais pour lui communiquer ceux qu'elles font4 ,voil cette administration garante1 auxiliaire1 respectueuse4 ,voil ces femmes patronnesses1 quteuses1 utiles1 mles la civilisation1 la religion ou du moins l'glise1 la morale publique1 sans rien changer leur genre de vie4 ,elles n'ont impos leurs vieillards ou leurs enfants recueillis aucune formule religieuse particulire4 ,enfants et vieillards catholiques1 protestants1 isralites1 musulmans1 libres penseurs1 athes1 tous bien venus1 surtout s'ils viennent on ne sait d'o4 ,elles gardent pour elles leur foi particulire1 elles ne l'exigent pas de leurs obligs4 ,qui fait la charit sans prfrence et sans exclusion1 a toutes les glises et toutes les philosophies pour soi4 ,ne sommes-nous pas dans l're de l'indulgence et de la conciliation8 ,leurs pauvres augmentent de plus en plus2 elles ne peuvent plus ou elles ne veulent plus suffire1 elles seules1 aux besoins croissants des oeuvres4 ,parmi les orphelins1 les abandonns dont on s'occupe l1 beaucoup d'enfants naturels1 adultrins de gens de thtre1 de petits artistes misrables ou morts4 ,cela donne le droit d'invoquer l'assistance et de demander le patronage de quelques grandes et honorables clbrits fminines4 ,on organise des concerts1 des reprsentations1 des ftes1 des tombolas4 ,le secours de la presse est sollicit et obtenu4 ,quelques articles bien faits1 les larmes coulent2 le public est convoqu1 au nom du plaisir et de la charit runis4 ,les amants4441--pardon6 ne parlons plus des amants1 ce serait de mauvais got en un pareil sujet6--les amis de ces dames1 enchants d'avoir une nouvelle occasion de parler d'elles et de les vanter1 aprs avoir pris part leur premire organisation1 aprs les avoir aides de leur bourse1 et aprs avoir bien ri ensemble de les voir dans ce rle nouveau et tout fait imprvu1 leurs amis leur apportent l'offrande1 les encouragements1 les conseils de leurs autres amies du monde1 de leurs parents1 de leurs soeurs1 de leurs mres1 de leurs femmes1 en attendant que ces dames1 charitables aussi1 et curieuses1 autorisent1 provoquent des rencontres1 dont elles reviennent en disant3 ,il y a vraiment1 parmi ces cratures1 des femmes trs intelligentes1 trs bonnes1 trs distingues4 ,voyez-vous les contacts1 les infiltrations1 les enchevtrements1 les concessions1 les indulgences1 les sympathies1 les intrts1 les mlanges1 l'galit4 99 99 99 99 99 ,mais ce n'est pas l1 heureusement1 pour le fminin opprim par les moeurs et les coutumes1 le seul dbouch ouvert son volution instinctive et providentielle4 ,il prend maintenant d'autres routes1 plus dures1 dans le commencement1 que celle-l1 plus solitaires1 plus tristes1 mais sres pour toute nergie et toute persvrance1 et o l'homme qui la rencontre devient un auxiliaire et non un ennemi4 ,je ne parle mme pas du thtre1 o la femme trne et passionne ce point1 qu'il faut rvoquer des diplomates qui abandonnent le char de l'tat pour s'atteler au sien1 o elle s'enrichit si vite et par le thtre seul1 qu'elle peut donner un million pour racheter sa libert conjugale1 acheter des rsidences royales1 fonder des hpitaux et des coles dans les pays qu'elle traverse4 ,je ne parle pas non plus des autres arts1 comme la peinture et la sculpture1 o elle forme un groupe qu'on pourrait appeler l'cole des femmes et dont ,rosa ,bonheur est le chef illustre et respect4 ,elle est dj dans le thtre1 dans l'atelier2 la voil comdienne1 peintre1 statuaire4 ,nous allons la voir bachelier1 tudiant en droit1 lve en mdecine1 clerc et carabin4 ,en effet1 elle tente aujourd'hui l'tude des sciences rserves jadis l'autre sexe4 ,j'en suis dsol pour ,molire1 mais ,chrysale a tort3 la femme trouve dcidment que son esprit a mieux faire que de se hausser connatre un pourpoint d'avec un haut de chausses2 elle ne borne plus son tude et sa philosophie faire aller son mnage1 avoir l'oeil sur ses gens1 former aux bonnes moeurs l'esprit de ses enfants1 savoir comment va le pot dont son mari a besoin par la raison bien simple qu'elle perdait sa jeunesse attendre le mnage qui ne venait pas1 et qu'elle ne pouvait ni surveiller les gens qu'elle n'avait pas le moyen d'avoir1 ni former aux bonnes moeurs l'esprit des enfants qu'aucun mari ne songeait lui donner4 ,entre ,chrysale1 qui ne voulait pas d'elle1 et don ,juan1 dont elle ne voulait pas1 elle a pris le parti d'essayer de se suffire elle-mme et d'escalader toute seule les hautes rgions de la science et de la philosophie4 ,voyant son me mal comprise et son corps mal convoit1 elle a immol son sexe et elle en a appel son esprit2 elle prend ses inscriptions2 elle subit des examens dans les sciences et dans les lettres1 dans la mdecine et dans le droit2 elle troque la robe de la faiseuse en renom contre la robe noire de ,pancrace et de ,marphurius4 ,le bourgeois dont riait ,molire a beaucoup ri en voyant cela1 comme il fait toujours quand il voit quelque chose de nouveau2 mais1 lorsque ce n'est pas ,molire qui rit des choses1 les choses ne courent aucun danger4 ,s'il vivait de nos jours1 il n'en rirait pas4 ,molire avait le grand bonheur de vivre dans une poque o l'on pouvait rire de la sottise humaine sans tre forc d'y chercher remde4 ,le pote riait1 le roi riait1 la cour riait1 la chose dont on riait tait tenue pour risible4 ,aujourd'hui1 il n'en va plus tout fait de mme4 ,non seulement le roi ne rit plus1 mais il a disparu1 la cour a disparu1 et ,molire a fait comme eux1 malheureusement1 car cet esprit profond et sagace verrait certainement1 le mieux du monde1 ce qu'alors il ne pouvait mme pas prvoir4 ,voil donc la femme ou plutt une des formes de la femme se drobant la domination de l'homme par le travail jusqu'alors attribu l'homme et dont l'homme seul passait pour tre capable2 la voil non pas lui dclarant la guerre1 mais rclamant et venant prendre sa place dans le domaine o il croyait pouvoir tout jamais rester seul occupant4 ,a-t-elle1 pour cela1 demand l'intervention des lois ou une loi nouvelle8 ,non4 ,elle a tout simplement us de son droit et de ses facults intellectuelles qui se sont trouves tre la hauteur de son ambition1 sans qu'elle s'en ft doute auparavant1 prise qu'elle tait dans les classements arbitraires des dominations politiques et religieuses4 ,cette femme nouvelle va faire souche1 et son schisme va avoir ses consquences non seulement dans l'ordre social1 mais mme dans l'ordre psychologique4 ,dans toutes les classes de la socit1 la jeune fille1 riche ou pauvre1 belle ou laide tait leve ou dresse en vue non pas du mari1 entendons-nous bien1 mais d'un mari4 ,sans ce mari1 rv1 espr1 cherch et l1 elle ne pouvait rien tre4 ,si le mari ne se prsentait pas1 mlancolie ridicule1 strilit physique et intellectuelle pour la pauvre crature4 ,elle voyait toutes ses contemporaines partir en riant pour les rgions soi-disant enchantes du mariage et de la libert1 et elle restait seule sur le rivage dsert o ,thse non seulement ne revenait pas la prendre1 mais ne venait mme pas l'abandonner4 ,elle n'avait d',ariane que le dsespoir2 elle n'avait pas ses souvenirs4 ,aujourd'hui1 la femme commence1 et1 si quelqu'un l'approuve1 c'est bien moi1 ne plus faire du mariage son seul but et de l'amour son seul idal4 ,elle peut se passer de l'homme pour conqurir la libert2 elle commence l'entrevoir1 sans pour cela faire abandon de sa pudeur et de sa dignit3 tout au contraire1 en dveloppant son intelligence1 en largissant son domaine2 et la libert qui lui viendra par le travail sera bien autrement relle et complte que la libert purement nominale qui lui venait par le mariage4 ,quant l'amour1 il perd ainsi ses yeux beaucoup de ses tentations premires1 dont les ncessits sociales o elle tait parque lui exagraient normment l'importance4 ,rduite sa seule valeur de sentiment1 il faut bien le dire1 l'amour fait souvent assez pitre figure4 ,il est volage1 dominateur1 phmre1 ingrat1 aveugle2 il est d'amorce sduisante1 mais voil tout4 ,la nature s'en sert trs habilement pour la cration universelle et indispensable2 les socits s'en servent religieusement et politiquement1 s'efforant d'en tirer le mariage1 c'est--dire le groupement des tres1 rendus plus soumis et plus producteurs par le stationnement et les solidarits locales de la famille4 ,si on l'examine de prs1 on voit qu'il produit1 somme toute1 plus d'inquitudes1 de dceptions1 de douleurs que de joies4 ,aussi a-t-il besoin d'une forte doublure pour tre un peu durable et rsister aux intempries de l'me humaine4 ,il a fallu1 pour arriver le rendre d'apparence ternelle1 le flanquer1 quant l'homme1 d'une compensation matrielle1 d'une dot1 et1 quant la femme1 d'une garantie lgale1 en dehors de l'esprance non avoue d'une libert plus grande4 ,les religions et les philosophies le tiennent pour si mprisable1 qu'elles ont pour premier principe d'essayer d'en dgager compltement l'homme4 ,en dehors des religieux et des philosophes1 tous les grands esprits ayant vraiment quelque chose faire dans ce monde ou le tiennent pour dangereux ou monotone1 ou en font un culte secret1 s'alliant avec leur gnie et leur libert1 avec le mystre et l'idal1 avec le rve et la forme1 avec l'imagination et l'infini4 ,hlose1 ,batrix1 ,laure1 ,lonore1 la ,fornarine1 ,victoria ,colonna1 sont les incarnations suprieures de cette combinaison particulire1 inaccessible la masse des hommes4 ,les femmes qui vont aux arts1 aux sciences1 aux professions librales sont des femmes auxquelles le mariage ne vient pas1 parce qu'elles manquent de la dot compensatrice pour l'homme1 ou parce qu'elles ne se sentent aucun got pour cette association4 ,du moment qu'elles font le travail1 qu'elles entrent dans les carrires et qu'elles aspirent au talent des hommes1 c'est pour conqurir comme eux la fortune ou la libert1 ou l'une et l'autre4 ,une fois la fortune et la libert acquises1 que leur reprsentera le mariage1 sinon une dpossession1 le mari tant le chef de la communaut1 et un esclavage1 la femme devant obissance au mari8 ,tout cela tait bon quand il n'y avait pas d'autre moyen pour la femme d'accomplir sa destine sexuelle et sociale2 mais1 maintenant1 elle perdrait trop rentrer volontairement dans les compartiments du pass4 ,l'amour l'y ramnera8 ,le croyez-vous8 ,ce doit tre l'orgueil d'un homme qui me fait cette objection4 tes-vous sr que les femmes aiment tant que a les hommes8 ,il y avait dans l'glise catholique un grand prlat qui me faisait quelquefois l'honneur de philosopher avec moi en dehors du dogme1 et tout en maudissant mes hrsies4 ,un matin du mois d'aot1 sous les grands arbres de son jardin piscopal1 nous devisions1 et je me permettais de soutenir cette proposition1 savoir3 qu'il n'y a pour la femme1 au milieu de toutes ses transformations naturelles et sociales1 que deux tats1 bien diffrents l'un de l'autre1 auxquels elle aspire vritablement1 qu'elle comprenne bien1 et dont elle jouisse pleinement3 c'est l'tat de maternit ou l'tat de libert4 ,la virginit1 l'amour et le mariage sont pour elle des tats passagers1 intermdiaires1 sans donnes prcises1 n'ayant qu'une valeur d'attente et de prparation4 ,il y a du vrai dans ce que vous me dites1 me rpondait mon illustre interlocuteur4 ,j'ai pu constater que1 sur cent jeunes filles dont j'avais fait l'ducation religieuse et qui se mariaient1 il y en avait au moins quatre-vingts qui1 en revenant me voir1 aprs un mois de mariage1 me disaient qu'elles regrettaient de s'tre maries4--,cela tient1 monseigneur1 ce que le mariage surtout1 au bout d'un mois1 n'a pas encore initi la femme ou la maternit qu'elle souhaite ou la libert qu'elle rve4 ,sautons de l chez les ,mormons1 c'est--dire aux antipodes4 ,ce peuple m'intresse beaucoup2 je l'ai beaucoup tudi1 sans me contenter d'en rire tout de suite1 parce que toute socit qui se forme contient toujours pour l'observateur des bases intressantes d'exprimentations physiologiques1 les instincts naturels s'y mouvant leur aise4 ,chez les ,mormons1 o la polygamie existe1 l'homme ne peut pouser une seconde femme qu'avec le consentement de la premire2 une troisime1 qu'avec le consentement des deux autres1 et ainsi de suite4 ,jamais ce consentement n'a t refus1 bien que la femme ne puisse1 elle1 avoir plusieurs maris1 et il y a eu1 en vingt ans1 deux cas seulement d'adultre fminin et de prostitution4 ,pas un seul adultre d'homme4 ,mais les femmes mormonnes aiment et soignent les enfants les unes des autres4 ,ce n'est pas tout2 non seulement elles donnent leur consentement leurs maris1 quand ils le leur demandent pour un nouveau mariage1 mais elles sont quelquefois les premires leur proposer une nouvelle femme qui a1 disent-elles1 des qualits ncessaires la communaut1 en ralit pour augmenter un peu la possession d'elles-mmes1 c'est--dire leur libert4 ,je ne serais pas tonn que les missionnaires mormons qui viennent chercher des femmes en ,europe pour les hommes du lac ,sal finissent par emmener beaucoup de nos filles franaises1 lasses d'attendre le mari franais4 ,cela vaudrait beaucoup mieux que la strilit des unes et la prostitution des autres4 ,les missionnaires mormons ne font pas plus de proslytes femmes chez nous1 parce qu'ils s'y prennent mal4 ,nous avons en ,france1 grce nos lois et nos moeurs1 un fminin considrable leur disposition4 ,en attendant il semble dmontr1 par cette nouvelle exprience de la polygamie1 que la femme se contente trs bien d'une portion d'homme et n'est mme pas fche de voir d'autres femmes lui prendre une part de ce qu'elle appelle ses sentiments et ses droits1 surtout dans les pays o les devoirs lui paraissent trop lourds4 ,en somme1 chez nous1 coutume1 curiosit1 ncessit sociale et morale1 voil ce qui dcide les jeunes filles au mariage2 mais d'amour dans le vritable sens du mot1 point4 ,une femme marie peut dire qu'elle aime son mari ou un autre homme1 elle sait bien ce que veut dire le mot amour1 elle sait ce qu'elle fait et o elle va2 une jeune fille1 je parle des plus droites1 des plus innocentes et en mme temps des plus enthousiastes1 une jeune fille ne peut jamais dire avec certitude qu'elle aime son fianc4 ,une jeune fille qui fait ce qu'on appelle un mariage d'amour n'aime pas l'homme qu'elle pouse1 elle le prfre1 ce n'est pas la mme chose4 ,de l ce mot beaucoup plus juste3 mariage d'inclination4 ,comment saurait-elle1 la pauvre enfant1 n'en pouvoir douter1 quoi reconnatrait-elle srement qu'elle aime8 ,l'amour n'est pas fait que de rve1 d'idal1 d'esprance1 de sympathie3 il est fait de ralits physiologiques qui ne se rvlent qu'aprs le mariage1 qui peuvent fortifier et complter l'amour dans le coeur de la jeune fille1 mais qui peuvent aussi ramener au confessionnal1 avec des regrets au taux de quatre-vingts pour cent1 certaines natures dlicates qui ne les avaient pas prvues4 ,l'homme sait toujours comment1 pourquoi1 avec quoi il aime2 la femme l'ignore4 ,de l le conflit si frquent et quelquefois si rapide dans les mariages d'amour4 ,l'amour ne ramnera donc pas au mariage les femmes libres par le travail1 la connaissance et la libert des mles4 ,qui sait mme si l'amour subsistera en elles8 ,parmi les grandes artistes vivantes dont nous parlions tout l'heure1 nous en pourrions nommer une arrive aujourd'hui soixante ans1 qui ne sait pas plus qu'il y a des hommes que ,newton arriv au mme ge ne savait qu'il y avait des femmes4 ,si1 au contraire1 l'amour subsiste1 s'il est un vrai besoin de la nature de ces femmes mancipes par les professions librales1 elles aimeront selon la loi1 dans le cas o la loi aura t modifie de faon rendre le mariage supportable pour les contractants3 sinon1 elles aimeront selon la nature et s'en tiendront aux unions libres1 dont la dure reposera purement et simplement sur la volont et la loyaut de chacun4 ,l'tude et le travail diminuent considrablement les proportions des lgalits rputes ncessaires aux sentiments comme ils diminuent1 il faut bien le reconnatre1 l'importance de ces mmes sentiments4 ,quand on ne regarde plus qu'avec son cerveau1 on voit de plus haut et plus loin4 ,quiconque s'est donn la peine d'tudier un peu attentivement la nature de l'homme dans le fonctionnement social1 sait que1 l o le sentiment vrai existe1 aucune lgalit ne l'arrte1 et que1 l o il est mort1 aucune lgalit ne le rveille4 ,une lgalit peut contraindre un tre vivant traner ternellement un cadavre avec lui1 mais ce sera tout4 ,est-ce absolument ncessaire8 ,oui1 pour les intrts sociaux et moraux de ceux qui sont ns du rapprochement de cet tre vivant et de ce cadavre1 vivant aussi jadis4 ,mais1 si une nouvelle lgalit a pourvu ces intrts1 la premire n'aura plus sa raison d'tre et cette nouvelle lgalit va bien tre force de se produire par suite des mouvements nouveaux que nous constatons4 ,le ,code fera comme le ,dictionnaire1 il subira et il sanctionnera l'usage4 ,enfin la science1 et1 principalement1 la recherche des causes et des fins de l'homme1 des moyens et du but de la nature1 la science va faire1 sous l'impulsion et sous la garantie de la libert1 des progrs rapides1 effrayants pour tout ce qui est de rvlation purement sentimentale et surnaturelle4 ,la science est la religion de l'avenir1 ,auguste ,comte et ,littr sont ses prophtes1 le positivisme est son dogme fondamental2 vous aurez beau faire1 vous n'y chapperez pas2 cela est vident pour tout esprit de bonne foi1 n'ayant pas d'intrt voir autre chose que ce qui est4 ,cette religion1 comme toutes les autres1 va avoir ses fanatiques1 ses aptres1 ses martyrs4 ,le docteur ,tanner1 s'il n'est pas une invention amricaine1 est dj l pour le prouver4 ,s'il est une invention1 un autre le prouvera bientt et les sectaires suivront4 ,ces sectaires1 on ne les comptera pas seulement parmi les hommes1 mais aussi parmi les femmes1 les curieuses par excellence1 drobeuses de pommes comme ve1 ouvreuses de botes comme ,pandore1 et toujours prtes pour le nouveau1 pour l'imprvu1 pour tout ce qui les fait sortir de la pure fonction sexuelle1 de l'tat terrien4 ,une fois entranes par certains exemples1 une fois leur cadre conventionnel bris1 les femmes vont donc se jeter dans la science comme elles se jettent dans tout ce qui les passionne1 la tte en avant1 corps perdu1 c'est le vrai mot4 ,prenant leur revanche de l'immobilit sculaire laquelle on les a condamnes1 elles vont courir1 par n'importe quels chemins ct de l'homme1 devant lui si elles peuvent1 contre lui s'il le faut1 la conqute d'un nouveau monde4 ,en matire de sensation1 la femme est l'extrme1 l'excs de l'homme4 ,quand on sait avec quel mpris de toute raison et de toute souffrance1 la femme va l'hallucination et au martyre1 ds qu'elle est vraiment dans la foi2 avec quel oubli de toute dignit et de toute pudeur elle va la soumission et la dbauche ds qu'elle est vraiment dans l'amour1 on peut prvoir l'audace et la frnsie avec lesquelles elle tentera la dcouverte et affrontera le fait lorsqu'elle sera vraiment dans la science4 ,elle se soumettra comme l'homme aux plus rudes travaux1 aux expriences les plus douloureuses1 aux preuves les plus tranges pour trouver le mot de l'nigme4 ,elle se laissera arracher les seins comme sainte ,agathe1 si cela peut rvler le mystre de la lactation2 elle passera son enfant sa voisine1 comme sainte ,flicit1 pour aller se livrer aux btes1 non pour prouver que ,jsus a dit la vrit1 mais pour savoir si ,darwin a raison4 ,jeune homme de quinze ans1 qui lisez ces pages en cachette1 vous vivrez peut-tre encore soixante ans2 je vous le souhaite1 car il va tre la fois de plus en plus difficile et de plus en plus intressant de vivre jusqu' soixante-quinze ans4 ,vous entendrez probablement1 avant votre mort1 un de mes futurs confrres rclamer comme nous le faisons si inutilement d'ailleurs aujourd'hui pour les enfants ns de l'homme et de la femme1 rclamer la cration d'tablissements destins recueillir les enfants ns des hommes et des guenons1 des femmes et des singes4 ,la premire fois que vous entendrez cette rclamation1 venez sur ma tombe1 frappez-la trois fois du fer de votre canne et dites tout haut3 ,c'est fait4 ,quelque passant vous demandera peut-tre de quoi il s'agit1 vous le lui expliquerez1 si toutefois cette poque il passe encore quelqu'un dans les cimetires et s'il y a encore des tombes6 99 99 99 99 99 ,jusque-l1 tenons-nous-en aux phnomnes prsents1 de constatation vidente4 ,donc1 dveloppement du meurtre1 de la prostitution1 du travail intellectuel1 c'est--dire reprsailles sur l'homme1 exploitation de l'homme1 concurrence l'homme4 ,telle est la triple indication nouvelle et symptomatique que nous donne la femme moderne4 99 99 99 99 99 ,mais tout s'enchane1 nous le rptons1 tout est de logique et de dduction1 dans le monde moral comme dans le monde physique1 et nous avons vu la revendication politique de la femme se produire paralllement ces diverses revendications morales4 ,nous allons voir maintenant ces ides politiques parses1 informes1 commencer s'incarner dans une personne humaine1 corps et verbe1 comme doit tre toute incarnation et venir publiquement et rsolument mettre opposition et faire rsistance la loi4 ,en un mot1 une femme1 mademoiselle ,hubertine ,auclert1 a refus tout coup de payer l'impt1 prtendant1 puisque les femmes n'taient pas admises le voter1 qu'il n'y avait pas de raisons pour qu'elles le payassent2 que1 du moment qu'on leur imposait les mmes charges qu'aux hommes1 on devait leur reconnatre les mmes droits qu' eux1 et qu'elle demandait finalement que les femmes eussent le droit de voter1 comme les hommes1 puisqu'elles payent comme eux4 ,on a beaucoup ri1 et la loi a pass outre3 l'officier public est venu saisir les meubles et objets appartenant mademoiselle ,hubertine ,auclert1 pour qu'elle et payer ce qu'elle doit l'tat4 ,elle a pay1 mais en protestant et en prenant acte de cet abus de pouvoir4 ,on a encore beaucoup ri4 ,la loi a pass outre1 parce que le terrain n'tait pas suffisamment prpar pour cette lutte lgale4 ,la loi n'est pas toujours si fire1 mme dans les pays o elle a le plus d'autorit4 ,quand elle rencontre un adversaire bien rsolu et bien arm sur un terrain bien choisi1 elle bat en retraite immdiatement1 cet adversaire ft-il aussi seul que l'tait mademoiselle ,hubertine ,auclert4 ,il y a toujours eu1 de par le monde1 mais en ce moment plus que jamais1 une foule de gens qui ne croient pas la ,bible comme livre divin4 ,ces gens ont raison4 ,la ,bible est1 par endroits1 un beau livre de conception religieuse1 d'autorit sacerdotale1 de thocratie politique1 mais que ,dieu n'a pas plus dict qu'il n'a dict les livres sacrs indous1 les ,vdas1 dont la ,bible est sortie1 ainsi que toute la mythologie grecque4 ,cependant l',angleterre ayant fait retour1 avec ,henri ,,viii1 aprs ,luther1 la religion pure1 a tenu et dclare tenir encore ce livre pour la parole mme de ,dieu4 ,on le donne toutes les jeunes filles1 et les nobles membres du ,parlement1 quand ils entrent pour la premire fois la ,chambre1 font voeu de fidlit et de respect la reine et aux lois sur un exemplaire1 probablement trs ancien1 de ce livre4 ,dernirement1 ,m4 ,bradlaugh1 nomm membre du ,parlement1 eut prter le serment traditionnel4 ,il refusa1 non parce qu'il ne voulait pas tre fidle la reine et soumis aux lois1 mais parce que1 ne croyant pas la ,bible1 comme livre divin1 il refusait justement de prter un serment dans lequel il voulait qu'on et de la confiance sur un livre dans lequel il n'en avait pas4 ,m4 ,bradlaugh tait prt faire le serment exig1 mais tout simplement sur son honneur1 dont il tait plus sr que du ,dieu d',abraham et de ,jacob4 ,grand moi4 ,un ,anglais envoy par ses lecteurs au ,parlement1 charg par consquent de faire respecter les lois anciennes1 tout en en faisant de nouvelles1 ds son entre dans la ,chambre1 refusait de se soumettre la loi qui en gardait la porte6 ,un ,anglais de la grande ,angleterre protestante rejetait et niait l'autorit de la ,bible consacre4 ,et le livre divin attendait6 ,parmi tous les miracles qu'il relate1 il ne s'en trouvait pas un pour forcer la langue de ,m4 ,bradlaugh4 ,ni l'ange avec son pe de feu1 ni ,mose avec sa verge de fer1 ni ,samson avec sa mchoire d'ne ne pouvaient venir bout de ce mcrant4 ,il fallut recourir aux moyens humains1 la menace d'exclusion4 ,exclure le dlgu d'un groupe nombreux d'lecteurs qui ne le dlguaient que parce qu'ils pensaient probablement comme lui1 c'tait grave2 mais renier la ,bible1 c'est srieux aussi1 en ,angleterre surtout4 ,on vote3 ,m4 ,bradlaugh est exclu4 ,il proteste4 ,on lui ordonne de sortir4 ,il refuse4 ,je suis ici par la volont du peuple1 je ne sortirai que par la force4 ,toujours ,mirabeau4 ,seulement ce n'est pas1 cette fois1 un des trois ordres qui parle ainsi2 c'est un homme seul1 tout seul1 mais fort de sa conviction et de son bon sens1 en face d'une coutume d'un autre ge1 d'une loi suranne1 en contradiction absolue avec l'esprit des temps modernes4 ,on met la main sur l'paule du parlementaire et on le fait sortir de la salle des sances3 voil qui est fait4 ,le livre triomphe4 ,trois jours aprs1 ,m4 ,bradlaugh est rintgr sur son sige et donne son serment la forme qu'il prfrait4 ,comme c'est simple6 on avait reconnu qu'il tait dans son droit1 que cela n'empchait pas la ,bible d'tre un livre divin1 surtout pour ceux qui le croient1 mais qu' l'avenir elle ne serait plus associe au serment politique1 probablement pour qu'elle ne soit plus expose aux mmes dsagrments4 ,le livre divin rentra dans la bibliothque1 ,m4 ,bradlaugh rentra dans le ,parlement1 et tout fut dit4 ,voil donc la loi du serment sur la ,bible abroge en ,angleterre aprs des sicles d'existence4 ,la libre pense1 incarne politiquement en ,m4 ,bradlaugh1 a eu raison1 en trois jours1 d'une tradition sculaire4 ,david1 avec sa petite fronde1 a de nouveau tu ,goliath4 ,pourquoi8 ,parce que ce que ,m4 ,bradlaugh venait dire tout haut1 tout le monde qui pense1 le pensait depuis longtemps et le disait tout haut ou tout bas4 ,a son interpellation subite et rsolue1 la lgende1 la coutume1 la routine1 ont fait leur rsistance accoutume en pareil cas2 puis elles se sont vanouies et ont disparu dans les brumes o elles taient nes4 ,eh bien1 mademoiselle ,hubertine ,auclert fait aujourd'hui chez nous contre l'impt ce que ,m4 ,bradlaugh vient de faire contre le serment biblique4 ,seulement mademoiselle ,hubertine ,auclert n'a ni le sexe reconnu1 ni le lieu consacr1 ni l'arrire-garde indispensable pour ces sortes de dclarations de guerre2 elle est femme1 elle proteste en plein air1 en son nom seul1 sans groupe d'lecteurs1 ayant fait une premire lection avec une intention formelle qu'ils sont prts confirmer par une ou plusieurs lections semblables4 ,mademoiselle ,hubertine ,auclert est donc battue4 ,est-ce parce que le payement de l'impt est plus admir et surtout plus aim en ,france1 que le serment biblique en ,angleterre8 ,non1 certainement4 ,celui qui crit ces lignes ne paye jamais ses contributions qu' la dernire extrmit1 sur invitation verte1 sur contrainte avec frais1 et il n'est pas le seul parmi ceux qui pourraient s'excuter tout de suite4 ,qu'est-ce que ce doit tre pour ceux qui ont peine de quoi vivre6 ,l'impt est tout ce qu'il y a de plus impopulaire chez nous2 seulement il a pour lui un argument hors de toute discussion3 aucune socit ne peut fonctionner sans lui4 ,il faut donc le payer quand mme4 ,aussi mademoiselle ,hubertine ,auclert ne refuse-t-elle pas de le payer2 seulement elle demande savoir pourquoi on le lui fait payer2 elle demande prendre part aux droits des citoyens dont on lui impose les charges4 ,en un mot1 elle demande tre assimile aux hommes1 qui payent aussi l'impt1 mais qui le votent1 directement ou par dlgation4 ,elle consent donner son argent1 mais elle voudrait donner son avis4 ,bref1 elle rclame ses droits politiques1 qu'elle borne pour le moment au droit de voter4 ,elle ne demande pas1 comme l'auteur de la proclamation1 tre juge consulaire1 juge civil1 jur1 ligible1 elle demande tre lecteur4 ,eh bien1 pourquoi ne serait-elle pas lecteur1 elle et toutes les autres femmes de ,france aussi8 ,quel empchement y voyez-vous8 ,quelles raisons premptoires peut-on opposer cette revendication8 ,mademoiselle ,hubertine ,auclert dit3 ,je ne dois pas payer l'impt puisque je ne le vote pas1 ni par moi-mme1 ni par des dlgus nomms par moi4 ,c'est une raison1 mais ce n'est pas la meilleure4 ,les orphelins mineurs et propritaires payent aussi l'impt sans le voter ni par eux-mmes1 ni par leurs dlgus4 ,mademoiselle ,hubertine ,auclert aurait pu ajouter3 ,je ne dois pas payer l'impt comme les hommes1 parce que la socit1 qui me rclame cet impt1 me fournit moins qu'aux hommes le moyen de le gagner1 et que les moyens personnels que j'ai de le gagner sont infrieurs ceux des hommes4 ,c'est une meilleure raison que la sienne1 mais ce ne serait toujours pas la meilleure4 ,la meilleure de toutes les raisons est qu'il n'y a aucune raison pour que les femmes ne votent pas comme les hommes4 ,en #ahdg1 des hommes politiques1 peu exigeants en vrit1 demandaient au gouvernement l'abaissement du cens lectoral et l'adjonction des capacits4 ,le gouvernement refusait4 ,de bonnes raisons1 il n'en donnait pas non plus4 ,je ne sais mme pas s'il en donnait de mauvaises4 ,cette rsistance fut la cause de la rvolution de #ahdh1 qui ne se contenta naturellement pas du projet1 c'tait son droit de rvolution1 et qui nous dota du suffrage universel1 c'est--dire du cens nul et de l'adjonction non seulement de toutes les capacits masculines1 mais de toutes les incapacits possibles du mme sexe4 ,aujourd'hui1 bien ou mal1 le suffrage universel fonctionne pour les hommes et rien ne le supprimera plus4 ,les femmes arrivent leur tour et disent3 ,et nous8 ,nous demandons l'adjonction de nos capacits4 ,quoi de plus consquent8 quoi de plus raisonnable8 quoi de plus juste8 ,quelle diffrence constatez-vous entre l'homme et la femme1 pour refuser celle-ci le droit de voter1 quand vous l'avez donn celui-l8 ,aucune diffrence4 ,et le sexe8 --,quel sexe8 --,le sexe de la femme4 --,qu'est-ce qu'il a faire l dedans1 le sexe de la femme8 ,rien2 pas plus que le ntre4 ,la femme n'a pas la barbe de l'homme1 mais l'homme n'a pas les cheveux de la femme4 ,quant aux autres dissemblances1 elles sont tellement l'avantage de la femme1 que nous ferons mieux de ne pas en parler4 --,soyons srieux4 --,je le veux bien4 --,il ne s'agit pas de son sexe physique1 il s'agit de son sexe moral4 --,je ne comprends pas4 --,c'est pourtant bien clair4 ,par son sexe1 la femme est plus faible que l'homme1 et la preuve1 c'est que l'homme est continuellement forc de la dfendre4 --,nous la dfendons si peu que1 comme vous venez de le voir plus haut1 elle est force de se dfendre toute seule coups de revolver1 et nous avions pris si peu de prcautions en sa faveur1 que nous sommes ensuite forcs de l'acquitter4 --,ce sont des cas exceptionnels2 mais il est notoire que1 comme intelligence1 la femme est infrieure l'homme4 ,vous l'avez crit vous-mme4 --,si je l'ai crit1 j'ai crit une btise1 et je change d'opinion aujourd'hui4 ,je ne serai pas le premier qui aura crit une btise1 ni le premier qui aura chang d'opinion1 voil tout4 ,mais1 cette btise1 je ne l'ai jamais dite2 on me l'aura fait dire1 ce qui n'est pas quivalent1 mais ce qui est trs commode dans la discussion4 --,si vous n'avez pas crit1 non pas cette btise1 mais cette vrit1 vous avez eu tort2 car elle est crite et dmontre dans tous les livres de religion1 de philosophie1 de mdecine4 ,nos livres de religion nous disent que la femme a fait perdre le paradis l'homme1 ce qui n'est peut-tre pas bien sr et ce qui1 en tout cas1 prouverait qu' l'origine du monde1 si l'on en croit cette ,bible laquelle ,m4 ,bradlaugh ne veut pas croire1 la femme non seulement n'tait pas infrieure1 mais tait suprieure l'homme puisqu'elle lui faisait faire ce qu'elle voulait4 ,c'est peut-tre pour cela que vous ne voulez pas la laisser voter1 dans la crainte qu'elle ne vous fasse encore perdre le paradis que nous avons reconquis et que nous habitons1 comme chacun peut voir4 ,mais les livres de religion indous1 antrieurs aux livres de notre religion de sept ou huit mille ans1 disent1 au contraire1 qu',adam a perdu le paradis malgr les conseils de sa femme ve1 qui ne voulait pas lui laisser franchir les limites que ,dieu avait fixes ce paradis4 ,je trouve aussi dans nos livres de religion1 quand j'y reviens1 que la femme crasera la tte du serpent1 tout en tant mordue au talon4 ,prenez donc garde2 les livres de religion ne s'entendent pas trs bien2 en tout cas1 l'homme y parat bien au-dessous d'elle4 ,quant aux livres de philosophie1 ils nous conseillent d'viter le plus possible le commerce des femmes1 parce que ces tres sduisants sont capables d'carter l'homme de ses grandes destines et de le dissoudre dans le sentiment4 ,les philosophes constatent ainsi1 non pas l'infriorit certaine de la femme1 mais la faiblesse possible de l'homme4 ,pour les livres de mdecine1 ils tablissent tout bonnement que l'homme et la femme sont deux tres de fonctions diffrentes1 apportant chacun dans la fonction qu'il accomplit les forces ncessaires cette fonction4 ,ils vous dmontreront ensuite que1 si la force musculaire de l'homme est plus grande que celle de la femme1 la force nerveuse de la femme est plus grande que celle de l'homme2 que1 si l'intelligence tient1 comme on l'affirme aujourd'hui1 au dveloppement et au poids de la matire crbrale1 l'intelligence de la femme pourrait tre dclare suprieure celle de l'homme1 le plus grand cerveau et le plus lourd comme poids1 tant un cerveau de femme1 lequel pesait #b1bjj grammes1 c'est--dire #djj grammes de plus que celui de ,cuvier4 ,on ne dit pas1 il est vrai1 que cette femme ait crit l'quivalent du livre de ,cuvier sur les fossiles4 ,mais1 comme1 pour dposer un vote dans une urne1 il n'est pas plus ncessaire d'avoir invent la poudre1 comme le prouvent suffisamment les sept millions d'lecteurs que nous avons en ,france1 que de porter #ejj kilos sur ses paules1 je ne vois pas en quoi l'infriorit musculaire de la femme1 dfalcation faite1 cependant1 des femmes de la halle1 des porteuses de galets et des acrobates femelles1 je ne vois pas en quoi l'infriorit musculaire de la femme lui interdirait de voter4 ,en revanche1 je vois beaucoup de raisons pour le contraire4 ,si madame de ,svign vivait de nos jours1 elle n'amnerait certainement pas d'un coup de poing le #ejj sur la tte du ,turc1 la fte des ,loges2 est-ce pour cela qu'elle ne voterait pas2 car madame de ,svign ne voterait pas1 et matre ,paul1 son jardinier1 voterait4 ,pourquoi8 ,quel inconvnient verriez-vous ce que madame de ,svign vott tout comme son jardinier8 --,mais1 madame de ,svign est une exception1 et on ne modifie pas les coutumes1 les ides et les lois de tout un pays pour une exception4 --,et1 sa grand'mre1 madame de ,chantal8 ,et madame de la ,fayette8 ,et madame de ,maintenon8 ,et madame ,dacier8 ,et madame ,guyon8 ,et madame de ,longueville8 ,et madame du ,chtelet8 ,et madame du ,deffand8 ,et madame de ,stal8 ,et madame ,rolland8 ,et madame ,sand8 --,toujours des exceptions4 --,un sexe qui fournit de pareilles exceptions a bien conquis le droit de donner son avis sur la nomination des maires1 des conseillers municipaux et mme des dputs4 ,mais les exceptions ne s'arrtent pas l4 ,et ,clotilde1 qui a fait convertir les ,francs1 et nous1 par consquent1 au catholicisme1 croyez-vous qu'elle ait eu quelque influence sur ,clovis1 et les destines de notre pays8 ,et ,anne de ,beaujeu et la bonne reine ,anne1 et ,blanche de ,castille1 et lisabeth de ,hongrie1 et lisabeth d',angleterre1 et ,catherine la ,grande1 et ,marie-,thrse4 --,c'taient des reines4 --,cela ne change pas leur sexe1 et1 si elles ont rgn comme elles l'ont fait1 elles ont prouv qu'elles pouvaient rgner par l'intelligence et l'nergie aussi bien que les hommes4 ,jamais on ne me fera croire que des femmes qui peuvent tre reines comme celles-l1 malgr leur sexe1 ne puissent pas tre lecteurs cause de leur sexe4 --,mais enfin il n'y a pas que ces femmes-l2 il y a la masse des femmes1 n'ayant aucune ide et aucun sens de la politique et du gouvernement4 --,sens peu difficile acqurir1 si j'en juge par les hommes qui prtendent l'avoir4 ,en effet1 il y a la masse des femmes1 c'est--dire toutes celles1 dont tous les hommes distingus disent3 ,ma mre tait la plus intelligente et la plus honnte des femmes2 sans elle1 je ne serais pas ce que je suis4 ,je ne sais pas pourquoi tant de femmes obscures1 mais honntes et intelligentes1 ne voteraient pas aussi justement que tous les gredins et imbciles d'un autre sexe4 --,mais1 enfin1 vous le disiez tout l'heure1 ici mme1 deux cents lignes plus haut1 les devoirs doivent tre gaux aux droits1 et les femmes ne font pas et ne peuvent pas faire la guerre comme les hommes4 --,et ,jeanne de ,france1 et ,jeanne de ,flandres1 et ,jeanne de ,blois et ,jeanne ,hachette8 propos de laquelle ,louis ,,xi donna le pas aux femmes sur les hommes dans les processions de la fte de ,beauvais1 qu'elle avait si bien dfendu1 la tte des autres femmes de la ville1 contre ,charles le ,tmraire8 ,et ,jeanne d',arc1 enfin8 ,alors aucune de ces femmes1 ayant fait de nos jours ce qu'elles ont fait de leur temps1 ne serait admise lire des reprsentants dans le pays qu'elles auraient sauv8 ,c'est bien comique4 --,ces femmes ont t trs extraordinaires certainement1 et elles font grand honneur leur sexe2 mais ce sont des exceptions1 et plus elles ont t extraordinaires1 plus elles ont prouv que ce qu'elles faisaient tait en dehors de leur sexe4 ,quelques femmes ont t braves et hroques1 comme des hommes de guerre1 mais toutes les femmes ne peuvent pas tre soldats1 tandis que tous les hommes le sont4 --,o avez-vous vu cela8 ,et ceux qui n'ont pas un mtre cinquante-quatre centimtres de taille1 ce qui est1 je crois1 la taille rglementaire pour tre enrl8 ,et les bossus8 ,et les bancals8 ,et les myopes8 ,et les phtisiques8 ,et tous les souffreteux8 ,et les soutiens de famille8 ,et les fils des septuagnaires4 ,et les prix de ,rome8 ,et ceux qui tirent un bon numro1 c'est--dire trois cent cinquante sur cinq cents et qui ne sont plus astreints qu' un service que toutes les femmes pourraient faire8 ,et les cent cinquante mille prtres de ,france8 ,est-ce que tous ces hommes-l portent le fusil8 et cependant ils votent4 ,la femme ne doit pas tre soldat parce qu'elle a mieux faire que de l'tre3 elle a l'enfanter1 et1 quand il passe un conqurant comme ,napolon qui lui tue dix-huit cent mille enfants1 si elle n'a pas eu1 comme femme1 le droit de voter contre cette forme de gouvernement1 elle a bien gagn comme mre1 par sa fcondit1 ses angoisses et ses douleurs1 le droit de voter contre lui s'il voulait revenir4 ,non2 toutes les objections que l'on fait contre le droit que rclame mademoiselle ,hubertine ,auclert et que bien d'autres rclameront prochainement1 toutes ces objections sont de pure fantaisie4 ,quand la loi franaise dclare la femme infrieure l'homme1 ce n'est jamais pour librer la femme d'un devoir vis--vis de l'homme ou de la socit1 c'est pour armer l'homme ou la socit d'un droit de plus contre elle4 ,il n'est jamais venu l'ide de la loi de tenir compte de la faiblesse de la femme dans les diffrents dlits qu'elle peut commettre2 au contraire1 la loi en abuse4 ,c'est ainsi qu'elle permet l'enfant naturel de rechercher sa mre1 mais non son pre2 c'est ainsi qu'elle permet au mari d'aller o bon lui semble1 de s'expatrier sans la permission de sa femme1 et1 en cas d'adultre1 de sa part elle1 bien entendu1 de lui retirer sa dot et mme de la tuer4 ,quant la femme veuve ou non marie1 elle est absolument assimile l'homme dans toutes les responsabilits imposes celui-ci4 ,ce serait bien le moins cependant que1 comme l'hrone de ,domrmi1 ayant t au danger1 elle ft l'honneur4 ,quand une femme libre exerce une industrie quelconque1 elle a besoin d'une patente1 elle doit tenir des livres en rgle2 si elle ne paye pas ses effets de commerce1 on la poursuit1 on la met en faillite4 ,si1 comme mademoiselle ,hubertine ,auclert1 elle refuse de payer l'impt1 on lui fait des sommations avec frais1 tout comme moi2 on lui vend ses meubles et jusqu' ses dernires nippes1 et elle est force de payer1 comme je paye4 ,si elle vole1 si elle fait des faux1 on l'arrte1 on l'emprisonne1 on la condamne4 ,il ne vient jamais l'ide de la loi de dire3 ,cette pauvre petite femme6 elle peut ne pas payer son loyer1 ses billets ou ses impositions2 elle peut voler dans les magasins et faire des faux en criture prive ou publique1 laissez-la faire1 c'est un tre irresponsable1 faible et infrieur l'homme4 ,il commence lui tre permis de tirer des coups de revolver sur les hommes ou de jeter du vitriol la figure de ses semblables2 mais nous avons vu que c'est encore par la faute de la loi2 et c'est justement pour que la loi et la morale soient plus respectes qu'elles ne sont que nous demandons que les femmes soient admises1 par leur concours au vote et par consquent aux lois1 la connaissance et par consquent au respect des lois qu'elles auraient contribu faire4 ,de deux choses l'une1 ou1 malgr leur admission au scrutin1 la loi ne sera pas modifie1 en ce qui les regarde1 et ce serait bien extraordinaire1 car elles auront soin de nommer des hommes dcids obtenir les modifications ncessaires1 urgentes que nous rclamons1 ou la loi sera modifie4 ,dans le premier cas1 la femme saura bien que l'homme a le droit de la prendre partir d'un certain ge1 de la rendre mre1 de l'abandonner avec son enfant1 sans qu'elle ait le droit de rien lui dire et encore moins de le tuer ou d'estropier les femmes qui passent dans la rue2 et alors vous pourrez condamner ces femmes comme de vulgaires meurtrires qui1 aprs s'tre maries ou donnes en sachant bien quoi elles s'exposaient1 tuent ou se vengent en sachant bien quoi elles s'exposent2 dans le second cas1 justice sera faite d'avance1 et1 les droits de l'homme et de la femme tant gaux1 leurs responsabilits seront les mmes4 --,alors1 c'est srieux2 vous demandez que les femmes votent8 --,tout bonnement4 --,mais vous voulez donc leur faire perdre toutes leurs grces1 tous leurs charmes4 ,la femme444 --,nous voil dans les platitudes6 ,soyez tranquille1 elles voteront avec grce4 ,on rira encore beaucoup dans le commencement1 puisque1 chez nous1 il faut toujours commencer par rire4 ,eh bien1 on rira4 ,les femmes se feront faire des chapeaux l'urne1 des corsages au suffrage universel et des jupes au scrutin secret4 ,aprs8 ,ce sera d'abord un tonnement1 puis une mode1 puis une habitude1 puis une exprience1 puis un devoir1 puis un bien4 ,en tout cas1 c'est dj un droit4 ,quelques belles dames dans les villes1 quelques grandes propritaires dans les provinces1 quelques grosses fermires dans les campagnes1 donneront l'exemple et les autres suivront4 ,elles auront des runions1 des assembles1 des clubs comme nous2 elles diront des btises comme nous1 elles en feront comme nous1 elles les payeront comme nous1 et elles apprendront peu peu les rparer1 comme nous4 ,un peu plus mles la politique de l'tat1 elles feront moins de propagande celle de l'glise1 ce ne sera pas un mal4 ,nous entendons tous les jours des gens se plaindre1 et quelquefois avec raison1 du suffrage universel1 o nombre d'lecteurs ne savent mme pas lire le nom qu'ils dposent dans l'urne et pour lesquels il faut le faire imprimer1 incapables qu'ils seraient de voter1 s'il leur fallait l'crire4 ,les gens qui se plaignent rclament le suffrage deux degrs2 eh bien1 voil une excellente occasion de faire l'exprience de ce suffrage1 en l'appliquant aux femmes pour commencer4 ,enfin la preuve que la chose est possible c'est qu'elle existe dj4 99 99 99 99 99 ,je lis dans un journal3 ,une loi rcente de ,new-,york a donn aux femmes le droit de participer l'lection des directeurs et des administrateurs des coles publiques4 ,les partisans des droits de la femme font une propagande trs active en vue d'obtenir que1 le #ab octobre prochain1 les nouveaux lecteurs prennent part au scrutin dans les #aa1jjj districts scolaires de l'tat de ,new-,york4 ,un premier essai fait ces jours derniers dans quatre localits1 et notamment ,staten-,island1 dans la banlieue de ,new-,york1 a donn des rsultats assez satisfaisants4 ,on pense gnralement1 dit le ,herald1 que les femmes1 quand elles votent1 suivent les indications de leurs maris1 moins toutefois qu'il ne s'agisse pour elles d'une manifestation faite en masse contre leur ennemi commun3 l'homme4 ,cette supposition se trouve contredite par le rsultat du scrutin qui a eu lieu ,staten-,island4 ,sauf les cas o le vote du meeting a t unanime1 les voix fminines ont t gnralement partages2 il y a mme eu1 un moment donn1 un mouvement d'hilarit gnrale1 quand1 une femme ayant vot non immdiatement aprs que son mari venait de voter oui1 celui-ci a flicit sa moiti d'avoir eu le courage de son opinion4 ,c'est concluant4 99 99 99 99 99 ,donc1 la femme1 c'est--dire la mre1 l'pouse1 la fille1 cette moiti de nous-mmes tous les ges de la vie1 ayant1 ainsi que nous1 devant la loi1 toute la responsabilit de ses devoirs1 comme personne publique2 ayant1 plus que nous1 comme personne prive1 devant l'opinion1 la responsabilit de ses sentiments2 cet tre vivant1 pensant1 aimant1 souffrant1 ayant un cerveau1 un coeur1 une me tout comme nous1 si dcidment nous en avons une1 a aussi des besoins1 des aspirations1 des intrts particuliers1 des progrs accomplir1 et1 par consquent1 des droits faire valoir1 qui veulent1 qui doivent tre reprsents directement dans la discussion des choses publiques1 par des dlgus nomms par elle4 tablissez cette loi nouvelle du vote des femmes1 comme vous l'entendrez1 au commencement1 avec toutes les prcautions et toutes les rserves possibles dans ce pays qui la routine est si chre2 mettez les lections un1 deux1 trois degrs1 si bon vous semble1 mais tablissez cette loi4 ,il doit y avoir la ,chambre des dputs des femmes de ,france4 ,la ,france doit au monde civilis l'exemple de cette grande initiative4 ,qu'elle se hte4 ,l',amrique est l qui va le donner4 ,ces premiers dputs des femmes ne seront pas1 ne doivent pas tre nombreux tout d'abord l',assemble nationale1 je l'accorde1 mais ils auront un grand avantage sur leurs collgues1 ils sauront bien ce qu'ils viennent y faire4 ,les dputs de la ,rpublique n'taient pas nombreux non plus en #ahed1 ils taient cinq4 ,ils sont la majorit aujourd'hui4 ,les majorits1 il est vrai1 ne prouvent rien1 quand les minorits sont bien convaincues et bien unies4 ,les majorits ne sont que la preuve de ce qui est2 les minorits sont souvent le germe de ce qui doit tre et de ce qui sera4 ,avant dix ans1 les femmes seront lecteurs comme les hommes4 ,quant tre ligibles1 nous verrons aprs2 si elles sont bien sages4 ,mais alors1 me demandera son tour quelque dame pieuse et discipline qui croit sincrement que l'humanit doit se tirer ternellement d'affaire avec les ,codes et les vangiles1 avec le droit romain et la foi romaine2 mais alors o allons-nous1 monsieur1 avec toutes ces ides-l8 ,eh6 madame1 nous allons o nous avons toujours t1 ce qui doit tre4 ,nous y allons tout doucement parce que nous avons encore des millions d'annes devant nous et qu'il faut bien laisser quelque chose faire ceux qui viendront plus tard4 ,pour le moment1 nous sommes en train de dlivrer la femme2 quand ce sera fait1 nous tcherons de dlivrer ,dieu2 et1 comme alors il y aura entente parfaite entre les trois corps d'tat ternels1 ,dieu1 l'homme et la femme1 nous verrons plus clair et nous marcherons plus vite4 ,a4 ,,dumas ,,fils #i septembre #ahhj4 ,,imprimerie ,,centrale ,,des ,,chemins ,,de ,,fer4--,a4 ,,chaix et ,cie1 ,,rue ,,berg,,re1 #bj1 ,a ,,paris4--#ahfef-j4