images of public domain material from the ,google ,print project47 ,,avicenne ,,les ,,grands ,,philosophes ,collection dirige par ,,clodius ,,piat ,publie chez ,flix ,alcan4 ,volumes in-#h de #cjj pages environ1 chaque volume #e fr4 ,ont paru3 ,,socrate1 par ,clodius ,piat4 ,,kant1 par ,th4 ,ruyssen1 ancien lve de l'cole normale1 professeur de philosophie au ,lyce de ,limoges4 ,,avicenne1 par le baron ,carra de ,vaux1 ancien lve de l'cole ,polytechnique1 professeur d'arabe l',institut catholique de ,paris4 ,va paratre3 ,,malebranche1 par ,henri ,joly4 ,,du ,m,,me ,,auteur3 ,,cours ,d',,arabe profess l',institut ,catholique de ,paris1 autographie1 #ahib1 l',institut ,catholique4 ,,les ,m,,caniques ,,ou ,l',l,,vateur ,,de ,h,,ron ,d',,alexandrie publies pour la premire fois sur la version arabe de ,qost ibn ,lq et traduites en franais2 extrait du ,journal asiatique1 ,paris1 ,leroux1 #ahid4--,une seconde dition de ce texte accompagne d'une traduction allemande1 par le ,dr ,l4 ,nix1 avec la collaboration de ,m4 ,carra de ,vaux1 est en prparation dans la collection ,teubner3 ,,heronis ,,alexandrini ,,opera ,,quae ,,supersunt ,,omnia1 ,vol4 ,,ii4 ,leipzig1 ,teubner4 ,,ma,,oudi4 ,,le ,,livre ,,de ,l',,avertissement ,,et ,,de ,,la ,,revision2 traduction2 faisant partie de la collection d'ouvrages orientaux publis par la ,socit asiatique4 ,paris1 ,leroux1 #ahif4 ,,notions ,,relatives ,a ,,la ,,philosophie ,,des ,,sciences2 une brochure1 ,paris1 ,hermann1 #ahif4 ,,le ,,mahom,,tisme4 ,,le ,g,,nie ,s,,mitique ,,et ,,le ,g,,nie ,,aryen ,,dans ,l',,islam4 ,paris1 ,champion1 #ahig4 ,l',,abr,g ,,des ,,merveilles1 traduit de l'arabe d'aprs les manuscrits de la ,bibliothque nationale de ,paris2 faisant partie de la collection des ,actes de la ,socit philologique4 ,paris1 ,klincksieck1 #ahih4 ,en cours de publication dans le ,muson de ,louvain3 ,,la ,,destruction ,,des ,,philosophes1 ,,par ,,al-,,gazali traduction4 ,,typographie ,,firmin-,,didot ,,et ,cie4--,,mesnil 7,,eure74 ,,les ,,grands ,,philosophes ,,avicenne ,,par ,,le ,baron ,,carra ,,de ,,vaux ,,paris ,f,,lix ,,alcan1 ,,diteur #ajh1 ,,boulevard ,,saint-,,germain1 #ajh #aijj ,,avant-,,propos ,ce volume n'est pas consacr au seul systme d',avicenne1 mais la description de toute une partie du mouvement philosophique qui s'est produit en ,orient entre l'hgire et la mort d',avicenne1 mouvement o le systme de ce philosophe apparat comme un point culminant4 ,a ct des sectes et des coles dont il est question dans ce livre1 s'en trouvent d'autres qui en sont restes exclues3 les coles thologiques2 les sectes politiques et mystiques4 ,la thologie n'y est prsente qu'au dbut comme point de dpart1 et1 dans le courant de l'exposition1 sous forme de mtaphysique4 ,de la politique1 il est trait sommairement dans les passages o est dessin le cadre historique dans lequel se sont mus nos hros2 il est aussi parl un peu1 en divers endroits1 de la politique comme d'une science distincte faisant partie de la philosophie1 selon la tradition grecque4 ,quant la mystique1 souvent nos auteurs nous conduiront jusqu' son seuil2 mais nous refuserons de nous y engager1 et quoique forcs d'en dire quelques mots pour achever la mtaphysique1 nous ne l'tudierons pas comme systme indpendant4 ,les sciences dont nous aurons spcialement nous occuper sont3 d'abord la logique qui1 dlaisse aujourd'hui1 tint une grande place dans la philosophie de ce temps2 puis1 troitement lies ensemble1 la physique1 la psychologie et la mtaphysique4 ,les trois chapitres que nous consacrerons ces dernires sciences1 prcds d'une introduction logique1 suivis d'un complment mystique1 reprsenteront l'essentiel du systme auquel a abouti le mouvement de pense qui fait l'objet de ce livre4 ,nous demandons au lecteur qu'il veuille bien aborder cet ouvrage sans parti pris2 il sera bon qu'il se laisse conduire par nous comme nous nous sommes nous-mmes laiss conduire par nos auteurs4 ,dans un domaine scientifique encore aussi peu connu du public que la philosophie arabe1 les divisions du sujet et les problmes qu'il comporte ne doivent pas tre poss priori2 il faut plutt attendre qu'ils se dessinent d'eux-mmes1 au fur et mesure des progrs de l'tude4 ,cette remarque cependant ne signifie pas que le sujet que nous allons traiter soit absolument neuf4 ,au contraire--nos notes en feront foi1--il n'est gure de section de ce livre qui ne s'appuie sur des travaux antrieurs solides et profonds4 ,mais ces travaux n'avaient pas1 pour la plupart1 rayonn en dehors d'un milieu spcialiste2 leurs rsultats n'avaient pas t groups en un ensemble4 ,nous croyons le moment venu d'oprer cette synthse1 et de livrer au public lettr la matire labore dans les officines de l'orientalisme4 ,cette entreprise1 pensons-nous1 prsente maintenant assez de scurit4 ,bien que nous ne nous soyons pas interdit de laisser sentir notre action personnelle dans cette oeuvre1 nous croyons nanmoins qu'elle est surtout une oeuvre objective1 consistante par elle-mme1 vivant de sa vie propre et suffisamment indpendante de son auteur1 en laquelle les dtails se groupent et s'enchanent moins par l'artifice de l'crivain que par leur nature mme4 ,nous ne parlerions pas avec autant d'assurance des autres parties de l'histoire de la philosophie dans l'orient musulman1 qui sont restes en dehors de notre cadre4 ,l'tude des coles thologiques1 celle surtout des coles mystiques n'est pas aussi avance que celle de l'cole philosophique proprement dite2 et nous n'oserions pas en prsenter les rsultats aux lettrs1 avant d'avoir reu encore de la main des orientalistes quelques travaux prparatoires et spciaux que nous appelons de tous nos voeux4 ,b4 ,,de ,,vaux4 ,paris1 mai #aijj4 ,,avicenne ,,chapitre ,,premier ,,la ,,th,,odic,e ,,du ,,coran ,le ,coran n'est pas un trait de philosophie1 et ,mahomet n'tait pas proprement un philosophe4 ,mais ,mahomet a1 comme prophte1 touch des questions d'ordre philosophique2 il leur a donn des solutions intuitives qu'il a exprimes dans une forme lyrique2 et ces solutions1 qui ont constitu la dogmatique musulmane1 sont devenues des points fixes1 dans la spculation philosophique chez les ,arabes4 ,le problme le plus gnral de la philosophie arabe n'a donc pas t de rechercher la vrit1 puisque celle-ci tait donne en plusieurs de ses points essentiels2 mais de soutenir cette vrit intuitivement pose par une construction analytique et rationnelle1 et de substituer son expression lyrique une expression conforme aux modes de la philosophie antique4 ,c'est ce qu'on peut appeler le problme scolastique4 ,quelques esprits ont pu ensuite perdre de vue la fin de ce problme1 s'intresser plus la philosophie qu'au dogme dont elle ne devait tre que la forme1 se servir mme de la philosophie pour dnaturer le dogme2 mais ce ne sont l que des mouvements secondaires dans l'histoire de la pense arabe et le mouvement de recherche scolastique est le mouvement primaire4 ,il est donc important de rappeler d'abord le thme dogmatique partir duquel s'est dvelopp ce mouvement4 ,c'est ce que nous ferons en exposant la thodice du ,coran4 ,l'intuition de ,dieu chez ,mahomet est tout d'abord celle de ,dieu un et puissant4 ,la notion de l'unit divine s'imposa au prophte lors de sa retraite au mont ,hirah1 par contraste avec les croyances des ,arabes polythistes2 celle de la puissance divine grandit dans son esprit au fur et mesure que se manifesta1 puis que cda la rsistance des ,arabes incrdules4 ,l'unit de ,dieu est affirme sans preuve dans le texte du ,coran1 comme elle l'est dans la formule de foi musulmane3 ,il n'y a de ,dieu que ,dieu4 ,ce ,dieu un est le ,jhovah biblique1 le ,dieu d',abraham1 l'apparition du buisson ardent3 7,sourate ,,xx1 v4 #h-ada74 ,as-tu entendu raconter l'histoire de ,mose8 ,lorsqu'il aperut un feu1 il dit sa famille3 ,restez ici1 je viens d'apercevoir du feu444 ,et lorsqu'il s'en approcha1 une voix lui cria3 ,o ,mose6 ,en vrit je suis ton seigneur4 ,ote tes souliers1 tu es dans la valle sainte de ,touwa3 ,moi1 je suis ,dieu2 il n'y a point d'autre ,dieu que moi4 ,mahomet retira ,dieu le pouvoir d'engendrer1 condamnant du mme coup les croyances chrtiennes trinitaires1 et diverses croyances populaires telles que celles qui faisaient ,esdras fils de ,dieu ou qui tentaient de voir dans les anges des filles de ,dieu4 ,dieu tait donc pos par lui comme une personne une1 distincte absolument du monde4 ,note #a3 ,nous nous servons de la traduction du ,coran1 par ,kasimirski4 ,mahomet1 le ,koran1 ,paris1 ,bibliothque ,charpentier1 #ahia4 ,les passages relatifs la puissance divine sont extrmement nombreux dans le ,coran et beaucoup plus dvelopps que ceux relatifs l'unit4 ,ils ont presque tous une valeur apologtique4 ,le ,dieu musulman1 comme le ,dieu juif1 se prouve par sa puissance2 sa puissance elle-mme se voit4 ,la puissance divine se manifeste de trois faons3 dans la nature1 dans l'histoire gnrale1 par le miracle actuel4 ,ces trois modes de manifestation sont bibliques4 ,le ,dieu que ,mahomet voit dans la nature est ce crateur et ce gouverneur du monde qui il a suffi de dire dans la ,gense3 ,que la lumire soit1 pour que la lumire ft2 celui devant qui1 dit le psalmiste1 la mer fuit et les collines bondissent1 celui que bnissent les cieux et la terre1 le soleil et les astres1 les vents et les frimas1 et que louent tous les tres4 coutez ,mahomet3 ,n'as-tu pas considr que tout ce qui est dans les cieux et sur la terre publie les louanges de ,dieu1 et les oiseaux aussi en tendant leurs ailes8 ,tout tre sait la prire et le rcit de ses louanges 7,,xxiv1 #da72 et encore3 ,certes1 dit-il1 dans la cration des cieux et de la terre1 dans la succession alternative des jours et des nuits1 dans les vaisseaux qui voguent travers la mer pour apporter aux hommes des choses utiles1 dans cette eau que ,dieu fait descendre du ciel et avec laquelle il rend la vie la terre morte nagure1 et o il a dissmin des animaux de toute espce1 dans les variations des vents et dans les nuages astreints au service entre le ciel et la terre1 dans tout cela il y a certes des avertissements pour tous ceux qui ont de l'intelligence 7,,ii1 #aei74 ,avertissement ici n'a d'autre sens que preuve ou argument de crdibilit4 ,c'est ce qui appert d'un autre verset o ,mahomet reconnat l'origine biblique de sa dmonstration3 ,tels sont les arguments que nous fournmes ,abraham contre son peuple4 ,la preuve de la puissance de ,dieu par l'histoire du peuple hbreu est abondamment fournie dans la ,bible1 o sans cesse rsonne l'cho de la voix de ,jhovah criant3 ,je suis celui qui ai tir vos pres de la terre d'gypte1 qui ai ouvert la mer devant eux1 qui les ai dirigs par la nue1 etc4 ,mahomet reprend cette preuve1 mais il y met moins de force et d'loquence que dans la prcdente2 et comme d'ailleurs l'histoire seule du peuple hbreu n'tait pas assez fconde en motion pour des ,arabes1 il y ajoute des faits lgendaires relatifs l'histoire d',arabie1 par exemple la destruction par la colre divine d'anciennes gnrations corrompues1 et quelques faits vrais et voisins du temps de l'islam1 comme la rupture de la digue de ,mareb#b4 ,ce dernier vnement est petit compar l'exode ou la captivit de ,babylone2 il a du moins cet intrt qu'il tmoigne de l'emploi des procds apologtiques bibliques dans le ,coran4 ,l'on peut remarquer en outre que le prophte a choisi pour prouver ,dieu ce qu'il y a de meilleur dans la nature et de plus terrible dans l'histoire4 ,note #b3 ,v4 ,maoudi1 les ,prairies d'or1 d4 et trad4 ,barbier de ,meynard et ,pavet de ,courteille1 ,,iii1 #cgh et suiv4 ,quant la preuve par le miracle1 ,mahomet a prtendu la fournir2 on la lui demandait au reste4 ,mais on sait que1 dnu du don des prodiges1 il a cherch faire passer le ,coran lui-mme pour un miracle4 ,ce qu'il est curieux de noter1 c'est qu'il a eu conscience des conditions qui doivent rendre effective la preuve par le miracle1 en demandant de la part de ceux qui en sont tmoins les dispositions du coeur3 ,ils ont jur devant ,dieu444 que s'il leur fait voir un miracle1 ils y croiront4 ,dis3444 lorsque le miracle clatera1 ils n'y croiront pas4 ,nous dtournerons leurs coeurs et leurs yeux de la vrit1 puisqu'ils n'ont pas cru la premire fois1 et nous les laisserons errer confus dans leur garement 7,,vi1 #aji-aaj74 ,la science de ,dieu apparat dans le ,coran comme une condition et presque comme une des faces de sa puissance4 ,le ,coran1 bien entendu1 ne renferme pas de thorie de la connaissance ni chez l'homme ni chez ,dieu4 ,la science de ,dieu y est simplement affirme1 et elle y est aussi absolue que sa puissance3 ,il a les clefs des choses caches1 lui seul les connat4 ,il sait ce qui est sur la terre et au fond des mers4 ,il ne tombe pas une feuille qu'il n'en ait connaissance4 ,il n'y a pas un seul grain dans les tnbres de la terre1 un brin vert ou dessch qui ne soit inscrit dans le ,livre vident 7,,vi1 #ei74 ,les ,musulmans pieux ont toujours eu le sentiment que l'homme ne devait pas chercher pntrer trop avant dans les secrets de ,dieu et1 comme l'auteur de l',imitation1 ils ont t bien prs de regarder la curiosit scientifique comme sacrilge4 ,pas plus que ses attributs1 la nature et la vie intime de ,dieu n'ont fait l'objet de la part de ,mahomet d'une tude mthodique4 ,il n'en dit rien que d'intuitif4 ,mais du moins affirme-t-il nettement la spiritualit de ,dieu1 qu'il aperoit dans son rapport avec l'unit1 la puissance1 la science1 et en mme temps que la majest4 ,dieu est ses yeux celui qui ne peut tre atteint1 et qui atteint tout1 qui n'a aucune des infirmits du corps1 dont la nature est suprieure celle de l'homme et de toute chose1 qui est si lev au-dessus du monde qu'il ne peut pas mme tre vu4 ,ce n'est gure l que le type amplifi du potentat oriental1 une image agrandie de cette reine de ,saba qui reoit derrire un voile1 de cet empereur des les lointaines sur le passage duquel les nuques se courbent et les fentres se ferment4 ,a cette notion de la majest divine se rattache une question qui a t fort dbattue dans la thologie musulmane1 et qui fut clbre aussi dans la scolastique chrtienne1 celle de la vision de ,dieu dans la vie batifique4 ,il est remarquable combien1 d'aprs le ,coran1 l'obtention de cette vision semble difficile4 ,on s'en rend compte dans les chapitres qui contiennent des lgendes bibliques3 ,dieu crie ,adam et ne se montre pas4 ,no1 seul sauv du dluge1 ne voit pas ,dieu4 ,abraham1 appel l',ami de ,dieu1 ne reoit que ses anges4 ,mose demande voir ,dieu sur la montagne2 peine l'a-t-il entrevu qu'il tombe vanoui1 et1 revenu lui1 il est pntr de repentir4 ,mahomet lui-mme1 le sceau de la prophtie1 ne voit que l',esprit-,saint1 l',archange ,gabriel4 ,dans les descriptions coraniques du ,paradis1 les lus jouissent de la vue de belles demeures1 de jardins et d'esprits mles ou femelles de diverses formes1 mais il n'est pas dit qu'ils jouissent de celle de ,dieu4 ,au jugement les hommes sont amens en prsence de ,dieu1 sans que l'on comprenne d'aprs le texte en quoi consiste cette prsence ni de quelle faon elle est perue4 ,il y a dans le ,coran quelques versets assez singuliers o ,mahomet dit que ,dieu est lumire1 et que la lumire des lus marchera leur droite au jugement3 ,dieu est la lumire des cieux et de la terre4 ,cette lumire est comme un foyer dans lequel se trouve un flambeau1 un flambeau plac dans un cristal1 cristal semblable une toile brillante2 ce flambeau s'allume avec l'huile d'un arbre bni1 d'un olivier qui n'est ni de l',orient ni de l',occident1 et dont l'huile brille quand mme le feu ne la touche pas 7,,xxiv1 #ce74 ,les commentateurs ne voient que des comparaisons dans ces images tranges#c4 ,nous nous demandons si ces expressions ne proviennent pas plutt de quelque influence gnostique4 ,note #c3 ,v4 le clbre commentaire de ,zamakhchari1 intitul ,kacchaf1 au verset indiqu4 ,l'ternit de ,dieu est affirme par le ,coran1 sans qu'il y soit spcialement insist4 ,cette notion n'est d'ailleurs pas analyse1 et ,mahomet ne s'est pas proccup de rechercher ce que peut tre l'existence de ,dieu hors du monde et hors du temps4 ,l'ide de cration n'est pas parfaitement prcise4 ,le texte du ,coran1 comme celui de la ,bible1 ne rpugne pas l'existence d'un chaos auquel s'appliquerait la cration et dont l'origine serait indfinie4 ,mahomet ne s'est pas complu l'ide d'infinitude de temps4 ,on est presque surpris du vague de ses paroles touchant la perptuit des rcompenses et des peines3 ,les rprouvs seront prcipits dans le feu444 ,ils y demeureront tant que dureront les cieux et la terre1 moins que ,dieu ne le veuille autrement444 ,les bienheureux seront dans le paradis2 ils y sjourneront tant que dureront les cieux et la terre1 sauf si ton ,seigneur ne veut ajouter quelque bienfait qui ne saurait discontinuer 7,,xi1 #ajh-aaj74 ,l'ide d'ternit se prcisa plus tard chez les thologiens1 sous l'influence de la philosophie4 ,l'on voit que ,mahomet la maniait imparfaitement2 son ducation sur ce point n'tait encore que biblique4 ,l'immutabilit de ,dieu est corrlative de sa science et de son ternit4 ,mais ,mahomet a surtout conu ,dieu immuable comme administrateur du monde3 ,c'est la coutume de ,dieu1 telle qu'il l'a pratique l'gard des gnrations passes4 ,tu ne trouveras pas de variations dans les coutumes de ,dieu 7,,xlviii1 #bc74 ,il s'agit ici de l'immutabilit historique et morale2 le prophte n'a pas eu souci de l'immutabilit mtaphysique1 et il ne s'est point demand comment ,dieu pouvait tre actif tout en restant immuable4 ,ayant conu ,dieu d'une faon moins mtaphysique que morale1 ,mahomet a surtout t sensible ses rapports avec l'homme4 ,il a clairement exprim la notion de la ,providence1 et il a pos1 non sans brutalit1 le terrible problme de la prdestination4 ,la science1 la sagesse et la puissance de ,dieu s'tendent l'avenir2 les oeuvres divines ont une fin4 ,l'ensemble de la cration a un but1 qui est reprsent simplement par ces mots3 ,je n'ai cr les hommes et les gnies qu'afin qu'ils m'adorent 7,,li1 #ef74 ,en outre1 chaque dtail de la nature est fait en vue de l'ensemble et est bon par rapport son but4 ,c'est toute une thorie de l'optimisme1 drive sans effort de la notion de ,dieu puissant1 savant et bon3 ,nous avons tendu la terre et nous y avons lanc des montagnes1 et nous y avons fait clore toutes choses dans une certaine proportion4 ,nous y avons mis des aliments pour vous et pour des tres que vous ne nourrissez pas4 ,il n'y a pas de chose dont les trsors n'existent chez nous et nous ne les faisons descendre que dans une proportion dtermine 7,,xv1 #ai-ba74 ,mais ,mahomet fut pouss par son gnie propre et par la lutte s'appesantir plutt sur l'ide qui est en quelque sorte au revers de celle de la ,providence3 celle de la prdestination4 ,il y a insist avec une volont pesante et pre4 ,nanmoins1 si l'on parcourt d'un esprit calme et non prvenu les passages du ,coran relatifs la prdestination1 on voit qu'ils ne sont pas aussi nettement fatalistes que beaucoup l'ont cru1 et que tout en tant effrayants1 ils ne sont nullement opposs toute justice4 ,voici1 je crois1 l'ide qu'ils contiennent3 ,dieu connat tout d'avance1 par consquent les fautes et les chtiments qui les suivront1 de mme que les bonnes oeuvres et leurs rcompenses4 ,tout a t crit d'avance dans un ,livre gard au ciel4 ,peu nous importe ici que ce livre ait un certain mode d'existence mystique ou qu'il ne soit qu'un symbole de la prescience de ,dieu4 ,en tout cas1 il n'quivaut philosophiquement qu' une affirmation de la prescience2 mais une affirmation de la prescience n'est pas encore une ngation de la libert4 ,aucune calamit ne frappe soit la terre1 soit vos personnes qui n'ait t crite dans le ,livre avant que nous les ayons cres 7,,lvii1 #bb74 ,cela ne veut pas dire que ces calamits arrivent injustement4 ,nous ressuscitons les morts et nous inscrivons leurs oeuvres et leurs traces4 ,nous avons tout compt dans le prototype vident 7,,xxxvi1 #aa74 ,cela ne signifie pas que les oeuvres des hommes sont dtermines4 ,il est fait ici allusion deux livres3 ,l'un le livre de la prescience1 prototype ou plan de la vie du monde1 qui est une sorte de budget4 ,l'autre le livre de la science actuelle o sont inscrites les actions des hommes mesure qu'ils les accomplissent1 et qui sera ouvert au jugement2 c'est un livre de comptes4 ,aucun de ces deux livres ne supprime encore la libert4 ,mais voici qui est plus effrayant3 ,si nous avions voulu1 dit ,dieu1 nous aurions donn toute me la direction de son chemin2 mais ma parole immuable a t celle-ci3 je remplirai la ghenne d'hommes et de gnies ensemble 7,,xxxii1 #ac72 et aussi cette affirmation prononce plus d'une fois3 ,dieu gare qui il veut1 il dirige qui il veut 7,,xxxv1 #i74 ,prises isolment1 ces paroles semblent exprimer que ,dieu veut priori la perte d'un certain nombre d'tres1 et que cette perte est invitable4 ,mais la lecture d'autres passages montre clairement que telle n'est pas la pense de ,mahomet3 ,nous avons cr pour la ghenne1 dit ailleurs ,dieu1 un grand nombre de gnies et d'hommes qui ont des coeurs avec lesquels ils ne comprennent rien1 qui ont des yeux avec lesquels ils ne voient rien1 qui ont des oreilles avec lesquelles ils n'entendent rien444 ,tels sont les hommes qui ne prtent aucune attention nos signes 7,,vii1 #agh74 ,et aussi3 ,dieu affermira les croyants444 il garera les mchants 7,,xiv1 #cb74 ,ces deux citations sont parallles des deux prcdentes2 mais elles renferment un complment en plus1 et cette nuance est capitale3 ceux que ,dieu a crs pour la ghenne ne sont plus des hommes quelconques1 arbitrairement choisis1 ce sont ceux qui refusent d'entendre la prdication du prophte2 et ceux qu'il gare ce n'est pas n'importe lesquels d'entre les hommes2 mais bien ce sont les mchants2 de mme ce sont les bons qu'il conduit4 ,il est donc dj vident d'aprs ces seules citations que l'garement et la ghenne ne sont que des chtiments1 consquence d'une faute antrieure1 laquelle sans aucun doute a t commise librement4 ,les autres passages du ,coran1 ayant trait la mme question1 et ils sont nombreux1 viennent tous l'appui de cette manire de voir2 nous croyons celle-ci originale1 et il nous semble que cette interprtation1 insuffisamment aperue jusqu'ici1 peut fort bien servir clore la longue dispute sur le fatalisme du ,coran4 ,le ,coran n'est pas fataliste4 ,il n'y est pas dit que ,dieu dcrte priori le mal ni la perdition pour personne4 ,la thse que l'on a voulu entendre de la sorte est en ralit que ,dieu1 aprs un premier pch1 surtout aprs le premier pch contre la foi1 gare1 aveugle1 endurcit de plus en plus le coupable1 en sorte qu'il marche1 comme forc1 sa perdition4 ,mais l'incrdulit premire reste libre4 ,cette doctrine n'est d'ailleurs pas autre chose que l'expression de l'impatience cause au prophte par la longue rsistance qui fut oppose sa prdication4 ,des hommes qui l'avaient entendu maintes fois et qui avaient t tmoins de tous ses signes1 s'ils ne se rendaient pas enfin1 taient vraiment des hommes dont la raison avait t perdue par quelque force trangre1 des hommes devenus des brutes1--le mot est de ,mahomet1--assourdis1 aveugls1--les termes sont de lui1--dj la proie du chtiment divin4 ,de leur vivant la ghenne envahissait leur me2 et s'ils taient ainsi frapps1 c'est qu'au temps o ils taient libres de leur choix et matres de leur raison1 ils avaient refus de croire4 ,les versets les plus nets en ce sens sont celui-ci3 ,sourds1 muets et aveugles1 ils ne peuvent plus revenir sur leurs pas 7,,ii1 #ag71 et cet autre dj cit3 ,nous dtournerons leurs coeurs et leurs yeux de la vrit1 puisqu'ils n'ont pas cru la premire fois1 et nous les laisserons errer confus dans leur garement4 ,il sera utile d'ajouter cet expos de la thodice de ,mahomet quelques mots relatifs sa thorie de la rvlation et sa thorie des anges4 ,le dieu du ,coran tant fort difficilement accessible l'homme1 la rvlation est1 par ce fait1 rendue ncessaire3 ,il n'est point donn l'homme que ,dieu lui adresse la parole2 s'il le fait1 c'est par la rvlation ou travers un voile 7,,xlii1 #ej74 ,ce dur verset a reu dans la suite bien des dmentis pratiques de la part des mystiques de l'islam4 ,la rvlation elle-mme est conue par ,mahomet d'une manire analogue celle dont il a conu l'administration du monde4 ,l'ide s'en rattache celle de ,dieu potentat4 ,la rvlation est un message de ,dieu4 ,il y a un prototype du livre rvl1 une espce de ,coran cleste1 gard auprs de ,dieu4 ,un ange lit dans ce livre et vient communiquer ce qu'il a lu au prophte4 ,c'est l un mcanisme trs simple et pour ainsi dire tout externe4 ,nous sommes loin ici des ardeurs et de la passion du prophtisme biblique4 ,la notion s'en est restreinte et dessche4 ,mahomet a admis la progression prophtique4 ,a chaque poque1 son livre sacr1 a-t-il dit 7,,xiii1 #ci74 ,ces livres ne se contredisent pas mais s'expliquent et se compltent4 ,cette ide qui est belle en elle-mme et assez sduisante1 fut nuisible l'islam4 ,beaucoup de sectes s'en servirent pour ajouter au ,coran de nouvelles rvlations qui1 sous couleur de l'expliquer1 le dtruisaient4 ,le ,coran conserve ,jsus son titre de ,verbe2 mais ce mot n'a plus aucun sens prcis dans l'ide coranique de la rvlation4 ,la thorie des anges doit tre mentionne uniquement pour rappeler qu'elle ne concde rien aux thories gnostiques de l'manation4 ,l'esprit de ,mahomet fut trs ferme sur le point fondamental de l'unit divine2 et il ne se laissa surprendre par aucun ct4 ,les anges qu'il admit concurremment avec les gnies1 sont crs et aussi distincts de ,dieu que le sont les hommes4 ,ils ont des fonctions auprs de ,dieu2 ils prsident aux grands mouvements de la nature2 ils servent de messagers entre ,dieu et l'homme4 ,mahomet connut la notion de sphre cleste1 mais il n'eut conscience de celle de l'intelligence des sphres1 qu'autant qu'il tait ncessaire pour interdire l'adoration des astres4 ,il admit certains pouvoirs magiques1 qu'il condamna sans s'occuper de les expliquer4 ,mahomet philosophe peut en dfinitive tre jug comme un esprit modr et sage1 net et pratique1 beaucoup plus moral que mtaphysique4 ,il cra une thodice noble et ferme1 imite de la thodice biblique4 ,il fut prserv par son bon sens de divers excs o des thologiens ultrieurs entranrent sa doctrine1 et son ignorance relative ne lui permit pas de pressentir aucune des difficults que la spculation philosophique devait aprs lui soulever dans l'islam4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,motaz,,lites ,la thodice du ,coran commena tre l'objet de la spculation philosophique ds le premier sicle de l'hgire4 ,avant donc l'introduction des ouvrages des philosophes grecs dans l'islam1 il s'y produisit un mouvement philosophique spontan4 ,cette spculation s'affina ensuite et devint plus complexe mesure que l'influence grecque se fit davantage sentir4 ,il est curieux de suivre ces variations de la thodice jusqu'au moment o les oeuvres de l'antiquit ayant t traduites et pleinement comprises1 le problme scolastique se posa4 ,la plus importante ligne des docteurs qui se distingurent dans cette priode est constitue par la secte dite ,motazlite4 ,les thories fondamentales tudies par les ,motazlites furent celles des qualits de ,dieu et celle de la prdestination et du libre arbitre4 ,leurs discussions portrent aussi sur une question d'ordre politique qui eut un grand rle dans l'histoire musulmane1 savoir3 quels signes on reconnat l'imam lgitime4 ,l'imam1 on s'en souvient1 est le prsident de la communaut musulmane1 c'est--dire le khalife ou le sultan4 ,il se forma ce sujet une multitude de sectes1 dont chacune s'attacha1 en mme temps qu' un dogme politique particulier1 certaines croyances mtaphysiques#d4 ,dans cet ouvrage1 nous laisserons absolument de ct les discussions politiques1 pour ne nous occuper que de la suite des ides philosophiques4 ,les ,motazlites constituent une secte vaste que l'on peut diviser en beaucoup de sous-sectes1 mais qui se distingue dans l'ensemble par ses tendances rationalistes et librales2 en elle se concentra une bonne part de la vie philosophique des musulmans1 avant l'apparition puis ct des philosophes proprement dits4 ,note #d3 ,la thorie de l'immat a t longuement dveloppe par ,ibn ,khaldoun dans ses ,prolgomnes1 trad4 ,de ,slane1 ,notices et extraits des ,mss4 de la ,bibliothque nationale1 t4 ,,xix-,,xxi1 premires parties4--,maoudi y revient diverses reprises dans les ,prairies d'or1 et nous en avons nous-mme dit quelque chose dans notre ouvrage le ,mahomtisme1 le gnie smitique et le gnie aryen dans l',islam1 ,paris1 ,champion1 #ahih1 l'endroit o nous traitons des ,alides4 ,nous ne possdons gure les ouvrages des docteurs ,motazlites avant le temps d',avicenne2 mais nous avons sur cette priode quelques bonnes sources secondaires1 dont la principale est le clbre recueil de ,chahrastani sur les ,religions et les sectes#e4 ,ce remarquable historien des ides dans l'islam a consacr un grand nombre de ,motazlites des articles qui mritent confiance1 si l'on en juge par le soin avec lequel est rdig son expos de la philosophie d',avicenne1 o le contrle est possible4 ,il existe d'autres renseignements dans un trait de thologie et de philosophie encore insuffisamment tudi1 le ,mawkif1 compos par ,adod ed-,dn el-,idji 7mort en #gef ,h474 ,soerensen a dit les deux dernires sections de ce livre1 avec leur commentaire par el-,djordjni#f4 ,en se servant de ces deux sources principales1 ,steiner a publi nagure un bon travail sur les ,motazlites#g4 ,note #e3 ,book of religious and philosophical sects1 d4 ,w4 ,cureton1 #b vol4 ,londres1 #ahdg4--;,cet important ouvrage a t traduit en allemand et annot par ,th4 ,haarbrcker1 ,abu'l-,fath ,muhammed asch-,schahrastni's ,religions-partheien und ,philosophenschulen4 #b vol4 ,halle1 #ahej4--;,chahrastani mourut en #ebh de l'hgire 7#aaec ,ch474 ,note #f3 ,statio quinta et sexta et appendix libri ,mevakif1 auctore ,adhad-ed-,dn el-,ig1 ed4 ,th4 ,soerensen4 ,leipzig1 #ahdh4--,le ,mawkif est un volumineux ouvrage4 ,il a t imprim en entier ,constantinople4 ,c'est un trait de philosophie2 ce n'est pas1 comme le livre de ,chahrastani1 une histoire de la philosophie2 mais il contient quelques renseignements historiques4 ,note #g3 ,h4 ,steiner1 ,die ,mutaziliten oder die ,freidenker im ,islm4 ,leipzig1 #ahfe4 ,la question du libre arbitre fut pose1 avant la naissance de la secte ,motazlite1 par ,mabed el-,djohani et ,at fils de ,yasr qui appartenaient l'cole du clbre jurisconsulte ,haan fils d',abou'l-,haan de ,basrah 7mort en #aaj74 ,ces docteurs se dclarrent partisans du libre arbitre de l'homme4 ,la doctrine contraire1 que nous avons refus de voir dans le ,coran1 avait prvalu dans l'islam1 pendant les guerres des ,omeyades4 ,l'on s'tait attach1 implicitement au moins1 au fatalisme1 c'est--dire que l'on croyait que l'homme tait bon ou mauvais1 prpar pour la ghenne ou pour le paradis1 d'aprs les dcrets ternels de ,dieu4 ,les passages du ,coran opposs cette opinion taient l'objet d'une interprtation 7tawl74 ,la doctrine librale de ,mabed ayant amen des troubles1 le khalife ,abd el-,mlik le fit mettre la torture et pendre en l'an #hj de l'hgire4 ,un autre docteur qui avait suivi ses opinions1 ,abou ,merwn de ,damas1 fut crucifi la porte de cette ville par ordre du khalife ,hichm fils d',abd el-,mlik4 ,c'tait un esprit trs hardi4 ,quant ,at fils de ,yasr1 il chappa au martyre et ne mourut qu'en l'an #ajc1 g de #hd ans4 ,il tait un affranchi de l'une des femmes du prophte1 ,mamounah4 ,les premiers partisans du libre arbitre avaient pris le nom de ,kadarites2 mais cette dsignation se trouvait ambigu1 car le mot kadr peut signifier galement le pouvoir1 le dcret de ,dieu1 ou le pouvoir1 la libert de l'homme1 et le terme de ,kadarite pouvait s'entendre en mme temps des partisans du libre arbitre ou de leurs adversaires4 ,les ,motazlites1 en adoptant la croyance au libre arbitre1 rejetrent le nom de ,kadarites1 et dsignrent le libre arbitre par le mot el-adl1 qui1 dans son sens normal1 signifie la justice4 ,wsil fils d',at fut le fondateur de la grande secte des ,motazlites4 ,il naquit ,mdine l'an #hj1 fut un affranchi des ,bnou ,makhzoum ou des ,bnou ,dabbah1 et mourut en #aca4 ,il tait orateur1 mais il ne pouvait pas prononcer la lettre ra qu'il changeait en ghan2 autrement dit il grasseyait2 mais sa connaissance de l'arabe et sa facilit de parole taient telles qu'il russissait viter dans le discours les mots contenant le ra2 ce qui a fait dire un pote3 ,tu m'as rduit l'tat du ra que l'on ne prononce pas2 tu m'as supprim comme si tu tais ,wsil4 ,wsil fut d'abord lve de ,haan de ,basrah2 puis il se spara de lui cause d'une opinion nouvelle qu'il mit sur l'tat des croyants coupables de pch grave4 ,il dit que le croyant pcheur1 le fsik1 tait dans un tat intermdiaire entre le croyant juste et l'impie ou kfir4 ,cette opinion demeura dans sa secte sous la dsignation de doctrine de l'tat mixte4 ,on rapporte cette circonstance l'origine du nom de ,motazlites qui signifie les spars4 ,wsil commena aussi nier les qualits de ,dieu4 ,son intention1 en mettant cette doctrine1 tait de sauver le pur monothisme4 ,il ne comprenait pas l'unit d'un ,dieu possesseur d'attributs1 et il disait3 ,celui qui affirme une qualit ternelle ct de ,dieu affirme deux dieux4 ,cependant il ne semble pas qu'il ait mri cette thorie1 autant que nous pouvons en juger1 en l'absence de ses oeuvres4 ,comme tous les ,motazlites aprs lui1 il fut trs net dans la foi au libre arbitre3 ,il est impossible1 disait-il1 que ,dieu veuille et dcrte le mal1 contrairement ce qu'il ordonne4 ,il admit le dcret divin en ce qui concerne les vnements extrieurs1 l'infortune ou la prosprit1 la maladie ou la sant1 la vie ou la mort4 ,en d'autres termes il admit un fatalisme physique1 mais il condamna le fatalisme moral4 ,amr fils d',obd1 autre chef clbre des ,motazlites1 fut contemporain de ,wsil fils d',at et se spara en mme temps que lui de l'cole de ,haan de ,basrah4 ,c'tait un personnage d'un caractre intressant4 ,il parat tre d'origine afghane1 son aeul ayant fait partie des prisonniers qui tombrent aux mains des ,musulmans ,kaboul4 ,il tait un affranchi des ,bnou ,tmim4 ,sa mort arriva en #add ou #ade4 ,l'historien ,maoudi tmoigne d'une grande admiration pour ,amr fils d',obd1 dont il dit qu' il fut le cheikh des ,motazlites de son temps1 le docteur le plus minent de cette secte et que personne ne l'clipsa depuis4 ,il a laiss des traits1 des discours et un grand nombre de dissertations sur le libre arbitre1 sur l'unit de ,dieu1 etc44 ,nous ne connaissons pas ces crits4 ,l'historien appuie ces loges par quelques anecdotes qui montrent le caractre lev et lgrement cynique de ce personnage#h4 ,note #h3 ,v4 les ,prairies d'or1 ,,vi1 #bjh-bab4 ,ces quelques vers que ,maoudi cite comme ayant t rcits par ,amr en prsence de ,mansour donnent de lui une haute ide3 ,o toi que l'esprance aveugle1 les dceptions et la mort te sparent de ce que tu espres4 ,ne vois-tu pas que le monde avec ses attraits trompeurs n'est qu'une station o le voyageur campe un moment1 puis s'loigne8 ,ses piges sont mortels1 ses plaisirs une angoisse2 sa srnit n'est que trouble2 son empire n'est que rvolutions4 ,la quitude de l'homme y est trouble par de perptuelles alarmes2 ni la douceur ni la violence n'y peuvent rien4 ,l'homme est comme le but des catastrophes et du trpas1 le jouet des adversits filles du destin4 ,il fuit pour sauver sa vie et la mort est en embuscade2 chacun de ses faux pas est une chute4 ,il se consume en efforts au profit de ses hritiers1 et c'est la tombe qui recueille le fruit de ses fatigues4 ,malgr la rputation d',amr fils d',obd1 nous savons en somme peu de chose de sa doctrine4 ,aprs l'poque de ces premiers ,motazlites la connaissance des livres grecs s'introduisit dans l'islam4 ,les ,motazlites les tudirent1 et nous constatons quels progrs cette tude fit faire leur pense1 combien elle l'enrichit et l'affina1 en rencontrant1 aprs une ou deux gnrations1 toute une pliade de docteurs de cette secte1 en tte desquels il convient de citer ,abou'l-,hodl el-,allf de ,basrah4 ,abou'l-,hodl naquit en #ace4 ,il tait affranchi des ,bnou ,abd el-,kas4 ,il tudia la philosophie ,bagdad sous la direction d'un lve de ,wsil fils d',at4 ,il composa de nombreux ouvrages que nous ne possdons point1 et il prit part aux controverses thologiques qui eurent lieu sous ,mamoun4 ,chahrastani le fait mourir l'ge de #ajj ans1 en #bce2 mais ,abou'l-,mahsin donne la date de #bbf1 qui est sans doute prfrable4 ,abou'l-,hodl n'adopta pas l'opinion absolue de ses prdcesseurs touchant la ngation des qualits divines4 ,il admit les qualits comme des modes sous lesquels apparat l'essence divine2 ,chahrastani compare cette conception celle des hypostases chez les chrtiens2 mais cette comparaison ne semble pas trs satisfaisante4 ,les qualits divines1 dit plus clairement le mme historien1 taient pour lui l'essence mme de ,dieu1 non pas des ides annexes cette essence2 elles n'avaient qu'une signification purement ngative1 ou plutt elles exprimaient seulement ce qui tait contenu dans le concept de l'essence4 ,abou'l-,hodl ne disait pas3 ,dieu est savant par son essence et non pas par la science2 il disait3 ,dieu est savant par une science qui est son essence4 ,la premire formule1 qui pouvait tre celle des ,motazlites antrieurs1 niait la qualit2 la seconde reconnaissait une essence qui est identiquement qualit ou une qualit qui est identiquement essence4 ,cette remarquable finesse d'analyse se retrouve dans les autres parties de la philosophie d',abou'l-,hodl4 ,sa thorie de la volont divine et humaine est intressante4 ,la volont en ,dieu n'est qu'un mode de la science2 ,dieu veut ce qu'il sait bon4 ,il y a deux sortes de volitions ou d'actions divines3 les unes qui n'ont pas besoin d'tre formes dans un lieu1 mais qui produisent d'elles-mmes leur effet immdiat1 comme les volitions dans l'ordre de la cration1 exprimes par la parole3 sois2 les autres qui ont besoin de tomber dans un lieu pour produire leur effet2 ce sont les volitions d'ordre moral exprimes par les commandements1 les dfenses1 les communications de ,dieu4 ,en l'homme les volitions et l'activit intrieures sont ncessairement libres4 ,on ne peut pas1 dit notre docteur1 d'aprs ,chahrastani1 se les reprsenter d'une autre sorte4 ,ceci est la preuve du libre arbitre par la conscience que l'on en a4 ,quant l'activit extrieure1 elle n'est pas libre en elle-mme2 mais elle est ordinairement la consquence des volitions libres du dedans4 ,assez trange est la thorie d',abou'l-,hodl sur le mouvement du monde4 ,ce philosophe semble avoir cherch admettre la doctrine grecque de l'ternit du monde1 sans se mettre en contradiction explicite avec le ,coran4 ,ne pouvant croire un mouvement ternel sans commencement ni sans fin1 il enseigna que la cration est la mise en mouvement du monde1 et que la fin du monde est sa rentre dans le repos4 ,il y aurait donc eu de toute ternit et il subsistera jamais une matire en repos4 ,encore ce repos est-il conu d'une manire trs mtaphysique4 ,il ne faut pas prendre ce mot dans son sens ordinaire4 ,l'tat de repos ternel du monde est beaucoup plutt un tat d'ordre absolu1 dans lequel tout arrive conformment des lois ncessaires1 selon une prvoyance indfectible4 ,c'est1 en somme1 un tat dans lequel tout caprice et toute libert cessent2 il n'est pas douteux qu',abou'l-,hodl ne l'ait entendu ainsi4 ,il ne comprit1 dit ,chahrastani1 la libert humaine qu'en ce monde4 ,aprs ce monde les hommes entrent dans une sorte d'tat absolu1 qui est un tat de suprme bonheur pour les uns1 de peine affreuse pour les autres4 ,l'on voit combien sont ingnieuses ces doctrines et comme le contact de l'esprit grec1 tout en menaant de dnaturer le dogme coranique1 avait promptement veill chez les ,mahomtans le gnie philosophique4 ,enfin on doit encore signaler chez ,abou'l-,hodl une autre ide hardie1 non indigne des prcdentes3 c'est celle de la loi naturelle4 ,elle est trs clairement exprime par ,chahrastani4 ,avant toute rvlation1 l'homme peut parvenir la connaissance de ,dieu et la conscience du bien et du mal1 et mme il y est tenu4 ,l'homme doit1 par sa propre raison1 discerner la beaut du bien et la laideur du mal2 il est oblig de s'efforcer d'agir selon la vrit et la justice1 d'viter le mensonge et l'iniquit4 ,s'il manque cette obligation1 il mrite d'tre puni4 ,cette thorie de la loi naturelle fut gnralement admise dans l'cole ,motazlite4 ,a ct d',abou'l-,hodl el-,allf brille un autre grand docteur motazlite1 ,ibrhim fils de ,sayr en-,nazzm1 l'un des principaux dialecticiens de l'cole de ,basrah au temps de ,mamoun#i4 ,ce khalife se plaisait entendre disserter ces deux matres2 il les faisait venir sa cour avec des docteurs des autres sectes1 et il rpandit ainsi dans le public le got et l'habitude de la spculation4 ,nazzm avait lu beaucoup de livres des philosophes grecs1 nous dit ,chahrastani qui1 en l'absence des ouvrages de ce matre1 reste toujours notre principale source4 ,il ne parat pas cependant qu'il soit arriv une philosophie bien diffrente de celle d',abou'l-,hodl2 on peut seulement croire qu'il avait un gnie mtaphysique moins fin et l'esprit davantage port vers les sciences de la nature4 ,il fut un encyclopdiste4 ,note #i3 ,abou'l-,mahsin dit que ,nazzm parut en l'an #bbj4 ,abu'l-,mahasin ,ibn ,tagri ,bardii ,annales1 d4 ,juynboll1 #b vol4 ,leyde1 #aheb-aheg4 ,pour les rfrences1 consultez l'index4 ,nazzm dveloppa d'une manire intressante la doctrine de la justice de ,dieu1 lie celle de l'optimisme4 ,il retira ,dieu le pouvoir de faire le mal4 ,l'opinion rpandue chez les ,motazlites tait que ,dieu pouvait faire le mal1 mais qu'il ne le faisait pas parce que le mal tait laid4 ,nazzm soutint que si la laideur tait une qualit essentielle du laid en acte1 le laid en acte ne pouvait tre attribu ,dieu1 et que comme la laideur se trouvait aussi dans la possibilit du laid1 on ne pouvait pas davantage attribuer ,dieu le laid en puissance4 ,en d'autres termes1 le mal n'tait pas pu par ,dieu ni en puissance ni en acte4 ,nazzm pousse plus loin sa pense4 ,mme le moindre bien n'est pas pu par ,dieu2 il ne peut vouloir que le plus grand bien2 ce serait lui faire injure que de supposer possible un plus grand bien et d'admettre qu'il ne le choist pas4 ,a ceux qui objectaient qu'alors tous les actes du crateur taient dtermins1 ,nazzm rpondait3 ,cette dtermination que j'admets dans la puissance1 vous tes forcs de l'admettre dans l'acte2 car tout en disant que ,dieu a en principe le choix entre l'existence et l'absence d'un bien1 vous reconnaissez qu'en fait il choisit son existence4 ,c'tait dj l une assez haute dispute scolastique4 ,notre docteur se trompa en essayant d'emprunter aux ,grecs cette notion fameuse que l'me est la forme du corps4 ,il comprit mal la pense1 et il enseigna que le corps est la forme extrieure de l'me et de l'esprit1 l'esprit tant pour lui une substance doue elle-mme d'une espce de corps trs subtil qui pntre toutes les parties du corps matriel et y est infuse comme l'essence l'est dans la rose1 l'huile dans le ssame1 le beurre dans le lait4 ,ainsi que le remarque ,chahrastani1 ,nazzm tait plus port vers les physiologues que vers les mtaphysiciens4 ,l'ide qu'il se fit de la cration est curieuse1 bien que ,chahrastani prtende qu'il l'ait prise aux ,grecs2 ,dieu selon lui cra d'un seul coup tout l'ensemble des tres1 mais il les cacha1 et il ne les laissa apparatre que successivement4 ,cette apparition est ce que nous appelons la gnration4 ,en ralit ,adam et tous ses descendants ont exist ensemble depuis le premier jour4 ,il n'y a eu qu'une cration unique aprs laquelle aucune autre cration nouvelle n'est possible4 ,toutes les choses se dveloppent et se manifestent sur ce fond de la nature une fois donne4 ,cette doctrine aboutit chez ,nazzm un dterminisme physique trs net et qui lui fait honneur3 ,il n'y a pour lui qu'une seule activit libre dans la nature1 c'est celle de l'homme4 ,hors de l toutes les choses arrivent par ncessit4 ,la pierre lance en l'air obit quelque temps l'impulsion libre qui lui vient de la main de l'homme2 puis1 l'effet de cette impulsion tant us1 elle revient la place que lui assigne la force naturelle inhrente en elle4 ,ce docteur s'occupa aussi de la question de la divisibilit l'infini des corps1 et il conclut en niant la partie indivisible4 ,il mit une thorie des accidents physiques qu'il identifia avec des corps2 les saveurs1 les couleurs1 les odeurs sont corporelles pour lui4 ,nazzm fut donc un savant et un penseur aux ides hardies et vastes2 son oeuvre et celle d',abou'l-,hodl1 si succinctement qu'elles soient connues1 nous montrent dj la mtaphysique1 la dialectique et la physique des ,grecs pntrant dans le monde musulman4 ,aux deux grands docteurs que nous venons de citer1 on doit encore en joindre d'autres auxquels on attribue des opinions intressantes sur des questions clbres4 ,cette pliade de penseurs a1 en peu de temps1 pouss ses recherches dans les directions les plus varies1 au point qu'on croirait1 en en entendant parler1 qu'ils marquent les tapes d'une longue volution philosophique1 alors qu'en ralit ils sont presque contemporains4 ,l'impulsion donne l'esprit oriental par les lettres grecques fut donc d'une vivacit merveilleuse4 ,bichr1 fils de ,motamir1 posa la question dite du tawallud qui consiste tudier la transmission de l'action d'un agent travers une srie d'objets4 ,le ,mawkif donne comme exemple l'action d'une main tenant une cl2 l'agent meut sa main1 il en rsulte le mouvement de la cl qui peut-tre n'tait pas voulu#aj4 ,cette question prit de l'importance en morale et suscita de nombreuses discussions chez les ,motazlites postrieurs1 comme on peut le voir d'aprs le ,mawkif4 ,il s'agissait de savoir comment des causes extrieures pouvaient modifier l'activit d'un agent libre et diminuer sa responsabilit4 ,c'tait toute une thorie des causes interfrentes qui se constituait4 ,note #aj3 ,sur la question du tawallud1 ,v4 le ,mawkif1 pages #aaf #abe4 ,bichr souleva aussi deux questions fameuses en thodice et qui sont parmi les plus difficiles de cette science3 celle de la justice de ,dieu l'gard des enfants1 et celle de sa ,providence relativement aux peuples qui n'ont pas connaissance de la foi4 ,sur la premire1 il nia que ,dieu pt condamner les enfants1 non pas prcisment parce que ce serait injuste1 mais parce que cela supposerait que l'enfant est capable de dmrite et qu'alors il n'est pas un enfant1 ce qui est contradictoire4 ,sur la seconde question1 ,bichr s'carte de l'optimisme dominant chez les ,motazlites4 ,il croit que ,dieu et pu constituer un autre monde o tous les hommes eussent t appels la foi et eussent mrit d'tre sauvs2 il n'y a pas de limite la perfection que ,dieu peut raliser1 et l'on peut toujours supposer un monde meilleur tout autre donn4 ,dieu donc n'tait pas tenu au meilleur2 ou1 en d'autre termes1 nos jugements sur le bon et sur la justice ne lui sont pas applicables4 ,il tait seulement tenu de donner l'homme le libre arbitre1 et1 quelque moment1 la rvlation2 en dehors de la rvlation1 l'homme a1 pour se conduire1 les lumires de la raison qui lui dcouvrent la loi naturelle4 ,les doctrines de ,bichr paraissent1 d'aprs le bref compte rendu de ,chahrastani1 moins solides et moins hautes que celles des prcdents docteurs4 ,avec ,mamar fils d',ibd es-,solami1 la doctrine motazlite acquiert une hardiesse singulire et s'avance vers le panthisme4 ,pour ce docteur1 ,dieu n'a cr que les corps et non les accidents2 les corps produisent les accidents ou par nature comme le feu produit la chaleur et la brlure1 comme la lune produit la clart1 ou librement1 comme dans le cas de la vie animale4 ,selon ,mamar1 l'tre et le prir sont aussi des accidents2 ils ne seraient donc pas les effets immdiats des actes du crateur1 et celui-ci n'aurait produit qu'une matire universelle d'o sortiraient successivement1 en vertu d'une force immanente1 les formes de tous les tres4 ,ayant exclu ,dieu de la nature1 ,mamar le relgue aussi hors des atteintes de notre connaissance1 par son opinion trs absolue sur la ngation des qualits divines4 ,la science1 par exemple1 ne peut tre attribue ,dieu1 parce que1 ou il est lui-mme l'objet de sa science et alors il y a une distinction entre le connaissant et le connu et par consquent une dualit dans l'tre de ,dieu2 ou l'objet de sa science lui est extrieur1 et alors il n'est savant qu' la condition de cet objet extrieur et il n'est plus absolu4 ,cette critique revient dire que nos concepts ne sont pas applicables l'tre divin et que celui-ci est inconnaissable4 ,les tendances panthistes de ,mamar trouvent leur aboutissement chez ,tommah fils d'el-,achras4 ,ce docteur1 fort connu des historiens1 fut perscut par ,rchd qui l'emprisonna en l'an #ahf1 et jouit au contraire d'une grande faveur auprs de ,mamoun4 ,il mourut en #bac4 ,il avait le don de l'anecdote et de l'ironie1 comme il parat d'aprs les rcits de ,maoudi#aa4 ,l'histoire du parasite qui se glissa dans une troupe de manichens croyant qu'ils allaient une partie de plaisir1 est assez amusante4 ,cet homme s'aperut de son erreur quand il vit les manichens et lui-mme chargs de chanes par ordre de ,mamoun4 ,amens devant le khalife1 ces hrtiques furent excuts4 ,quant au parasite1 il se dclara prt renier ,mans et souiller son image1 expliquant qu'il s'tait tromp1 ce qui divertit fort le khalife4--,on prte ,tommah cette opinion que le monde est un acte de ,dieu selon la nature1 c'est--dire que le monde n'est pas l'effet d'un acte libre du crateur1 mais qu'il sort ncessairement de la nature divine4 ,le monde serait ainsi ternel comme ,dieu et une face de la divinit4 ,note #aa3 ,les ,prairies d'or1 ,,vii1 #ab et suiv4 ,la notion de la mtempsycose reparut chez deux docteurs de la secte de ,nazzm1 ,ahmed fils de ,hbit et ,fadl el-,hodabi4 ,ils l'appliqurent avec limitation et d'une manire assez grossire1 aux hommes qui n'ayant t ni tout fait bons ni tout fait mchants1 ne sont dignes ni du ciel ni de l'enfer4 ,les mes de ces hommes rentrent dans des corps d'hommes ou d'animaux et recommencent d'autres existences4 ,ils eurent aussi une interprtation originale de la vision de ,dieu1 au jour de la rsurrection4 ,les hommes ne verront pas ,dieu lui-mme2 mais ils verront la premire intelligence1 qui est l'intellect agent d'o les formes dcoulent sur les tres2 c'est1 d'aprs eux1 ce qu'a entendu le prophte quand il a dit3 ,vous verrez votre ,seigneur1 comme vous voyez la lune dans la nuit de la nomnie4 ,voil un exemple assez topique de l'application d'une ide grecque un texte musulman4 ,nous arrivons un clbre polygraphe et encyclopdiste1 ,amr1 fils de ,bahr el-,djhiz1 chef des ,motazlites de l'cole de ,basrah4 ,ce docteur avait t au service de ,nzzam en qualit de page4 ,il suivit ses leons et recueillit son enseignement4 ,nos bibliothques renferment un grand nombre d'crits attribus ,djhiz1 et quoique cette attribution soit souvent douteuse1 on peut regretter que ces manuscrits n'aient pas fait l'objet de plus de travaux#ab4 ,djhiz toucha les sujets les plus divers3 belles-lettres1 rhtorique1 folklore1 thologie1 philosophie1 gographie1 histoire naturelle2 son oeuvre embrassa toute la vie religieuse1 sociale et littraire de son temps4 ,elle reut les plus hauts loges4 ,maoudi dit#ac3 ,on ne connat pas parmi les traditionnistes et les savants d'auteur plus fcond que ,djhiz4 ,ses crits1 malgr leurs tendances hrtiques bien connues1 charment l'esprit du lecteur et lui apportent les preuves les plus videntes4 ,ils sont bien coordonns1 rdigs avec un art parfait1 admirablement construits et orns de tous les attraits du style4 ,djhiz parat avoir exerc une influence considrable4 ,il contribua rpandre parmi beaucoup d'auteurs l'esprit libral et critique de sa secte4 ,quant sa philosophie propre1 toujours connue par le rsum sec de ,chahrastani1 elle semble n'avoir pas t dpourvue de finesse ni de puissance4 ,note #ab3 ,van ,vloten a dit un ouvrage attribu el-,djhiz3 ,le livre des beauts et des antithses1 ,leyde1 #ahih4 ,cet ouvrage n'est pas spcialement philosophique4 ,v4 en un compte rendu par ,hirschfeld dans ,journal of the ,royal ,asiatic ,society1 janvier #ahii1 p4 #agg4--,v4 sur les ouvrages d'el-,djhiz ou lui attribus ,brockelmann1 ,geschichte der ,arabischen litteratur1 ,i1 #aec4 ,note #ac3 ,les ,prairies d'or1 ,,viii1 #cc et suiv4 ,il n'y a pas de libert dans la connaissance4 ,la connaissance dcoule d'une ncessit naturelle4 ,la volont elle-mme n'est qu'un mode de la science et une espce d'accident4 ,l'acte volontaire dsigne l'acte qui est connu par son auteur4 ,la volont relative un acte extrieur n'est qu'une inclination4 ,les corps ont aussi de ces inclinations naturelles1 qui dcoulent de leurs forces intimes4 ,les substances sont seules ternelles4 ,les accidents sont le changeant1 le mobile1 et ils expriment1 en raison de la puissance immanente dans les substances1 le processus de la vie des corps et de l'esprit4 ,si ce systme est bien compris1 il aboutit donc une espce de monadologie4 ,el-,djhiz a mis cette opinion bizarre que les damns ne souffraient pas ternellement dans le feu1 mais qu'ils se transformaient dans la nature du feu4 ,relativement la thorie de la rvlation1 on lui attribue cette autre opinion passablement excentrique que le ,coran est un corps cr qui peut se changer en homme ou en animal4 ,dj avec el-,djhiz1 mort en #bee1 nous atteignons l'poque du premier des grands philosophes el-,kindi4 ,mais pour n'avoir pas revenir plus tard sur les ,motazlites1 nous allons poursuivre en peu de mots l'histoire de cette intressante secte jusqu'au temps du thologien ,achari4 ,el-,khayt se distingue pendant cette priode dans l'cole des ,motazlites de ,bagdad4 ,il fonde une thorie aspect subjectiviste et assez originale4 ,il appelle chose ce qui est connu1 ce dont on peut parler2 et la chose1 pour lui1 a une ralit indpendante de son existence4 ,l'tre n'est qu'une qualit qui s'ajoute la chose4 ,le noir1 par exemple1 est noir mme dans la non-existence4 ,autrement dit1 la chose est dj relle dans le simple concept1 avec son essence et ses qualits2 et la production de l'objet se limite l'addition de la qualit d'tre cette essence et ces qualits relles4 ,dans l'cole des ,motazlites de ,basrah1 deux noms prdominent3 ceux d'el-,djobby1 mort en #cjc1 et de son fils ,abou ,hchim4 ,la dispute qui s'leva entre ces deux docteurs au sujet des attributs divins1 est d'une extrme subtilit4 ,jadis le grand docteur ,abou'l-,hodl avait fait disparatre tous les attributs dans le concept mme de l'tre divin4 ,abou ,hchim trouve ce concept pur un peu vide4 ,il essaye de le remplir1 d'en faire une image plus vivante de ,dieu4 ,selon lui1 les attributs sont des modes distincts de l'tre1 mais qui ne sont ni existants ni connus en eux-mmes et qui ne peuvent tre et tre connus qu'avec l'essence divine4 ,la raison distingue la chose connue en soi et la chose connue dans une de ses qualits2 et ces jugements par lesquels elle runit ou elle disjoint les attributs1 ne reviennent ni affirmer l'tre seul1 ni affirmer des accidents ct de l'tre4 ,les attributs sont donc des espces de modes ayant une existence subjective pour celui qui connat l'tre divin4 ,la subjectivit mme de cette thorie dplut el-,djobby4 ,il lui sembla que ces modes se rduiraient des noms ne recouvrant aucun concept ou des ides purement relatives de l'esprit1 incapables de valoir comme qualits2 et il s'en tint peu prs la doctrine d',abou'l-,hodl4 ,djobby eut pour lve1 avec son fils1 le fameux thologien ,achari 7#bfj-cbd7 qui marque un point culminant dans l'histoire de la thologie philosophique chez les ,musulmans2 mais comme nous n'avons pas l'intention de parler de lui dans ce volume1 il convient que nous nous arrtions4 ,nous avons dit que les ,motazlites taient la plus philosophique des sectes musulmanes1 et que nous n'entreprendrions pas l'histoire des sectes thologiques1 juridiques1 mystiques et politiques4 ,quelques lignes sur des sectes opposes aux ,motazlites suffiront faire sentir la supriorit de ceux-ci1 et laisser entrevoir l'immense mouvement d'ides qui eut lieu dans la priode dont nous nous occupons1 et dont nous venons de rapporter ce qui intresse le plus la philosophie pure4 ,en opposition avec la thorie ,motazlite de la ngation des attributs divins1 on vit s'lever une thorie adverse qui affirma ces qualits jusqu' tomber dans l'anthropomorphisme4 ,on appelle en gnral ,siftites du mot ,sift1 qualits1 les ,musulmans qui affirment la ralit des attributs divins1 conformment la tradition orthodoxe4 ,aprs l'apparition de la critique ,motazlite1 quelques ,siftites se rfugirent dans une thorie prudente du divin inconnaissable4 ,ils dirent que1 sans aucun doute1 ,dieu n'tait pas semblable l'homme1 qu'il n'avait ni semblable ni associ1 et que1 en dfinitive1 on ignorait le sens rel des versets du ,coran qui contiennent des images anthropomorphiques4 ,d'autres ,siftites tombrent1 en sens inverse1 dans d'tonnants excs4 ,parmi eux on remarque ,mohammed fils de ,kerrm qui fut le fondateur d'une secte trs importante1 surtout en ,syrie4 ,ce personnage1 issu du ,sdjestan1 mourut en #bef ,zogar et fut enterr ,jrusalem#ad4 ,il enseigna que ,dieu est pourvu d'un corps et d'une figure semblables ceux des cratures1 et il expliqua la manire humaine les qualits divines4 ,chahrastani donne de longs dtails sur cette secte1 et il remarque que les mmes questions existaient dans le judasme o1 selon lui1 elles taient rsolues dans le sens anthropomorphe par les ,karates#ae4 ,note #ad3 ,v4 ,sylvestre de ,sacy1 ,expos de la ,religion des ,druzes1 #b vol4 ,paris1 #ahch1 ,introduction1 p4 xix4 ,note #ae3 ,chahrastani1 d4 ,cureton1 p4 #fe4 ,les thologiens opposs la doctrine du libre arbitre1 reurent le nom gnral de ,djabarites1 du mot djabr1 contrainte4 ,on doit citer parmi eux ,djahm1 fils de ,safwn1 qui prcha ,tirmid1 dans la ,transoxiane1 et fut mis mort la fin du rgne des ,omeyades4 ,djahm soutenait que l'homme n'a pas de pouvoir sur ses actes et qu'il ne peut tre qualifi de soumis ,dieu4 ,il est en vrit contraint2 il n'a ni pouvoir1 ni volont1 ni libert4 ,dieu cre tous ses actes comme il les cre dans les autres tres1 dans l'arbre qui pousse1 dans l'eau qui coule1 dans la pierre qui tombe4 ,les actes bons ou mauvais de l'homme sont ncessits et les chtiments ou les rcompenses sont des consquences ncessaires de ces actes ncessaires4 ,l'on voit combien ces thories brutales nous loignent de la fine analyse des penseurs ,motazlites et de la vraie philosophie4 ,,chapitre ,,iii ,,les ,,traducteurs ,nous avons1 dans les premiers chapitres1 pos la thse du problme scolastique1 c'est--dire la thodice mahomtane et ses variations immdiates2 nous allons maintenant poser l'antithse1 qui consiste dans l'introduction de la philosophie grecque dans l'islam4 ,et ici nous sommes oblig d'largir beaucoup notre cadre4 ,il ne faut pas se reprsenter exclusivement la philosophie musulmane soit comme l'effet d'une renaissance subite survenue aprs la dcouverte d'ouvrages antiques1 soit comme la continuation immdiate de la philosophie grecque4 ,son origine est un peu plus complexe4 ,le mouvement de traduction en arabe commena sous le rgne d'el-,mansour 7#acf-aeh71 et fut encyclopdique4 ,on traduisit des ouvrages scientifiques1 littraires1 philosophiques et religieux appartenant cinq littratures3 les littratures grecque1 hbraque1 syrienne1 persane et indienne4 ,les crits philosophiques ne furent pas compris du premier coup et l'on n'eut en arabe de traductions suffisamment parfaites d',aristote qu'au temps d'el-,farabi1 au commencement du quatrime sicle de l'hgire4 ,mais d'un autre ct la tradition de l'enseignement philosophique grec s'tait continue dans le monde oriental jusqu'au mme temps2 et alors que les grandes oeuvres de la haute poque classique taient oublies ou mal comprises1 des oeuvres secondaires et de basse poque1 contenant des mthodes d'un caractre dj scolastique devaient tre largement rpandues4 ,il ne me parat pas que l'on ait jamais tent un effort assez considrable pour reconstituer l'histoire de l'enseignement philosophique ds aprs le temps d',aristote et jusqu' la formation de la scolastique musulmane4 ,au moment o celle-ci apparut1 la philosophie tait considre1 non pas comme une collection de systmes disparates1 mais comme une science unique et vivante qui se perptuait surtout par la tradition4 ,la renaissance philosophique chez les ,arabes fut produite par l'tude directe des ouvrages anciens la lumire et sous l'influence de cette tradition4 ,plusieurs auteurs arabes1 parmi lesquels ,farabi1 comme nous le verrons1 ont trs nettement exprim cette croyance en l'unit de la philosophie1 confondue leurs yeux avec la science1 et en sa perptuit4 ,maoudi1 se rfrant un de ses livres malheureusement perdu1 dit quelque part#af3 ,nous avons rappel comment le chef-lieu du savoir humain a t transfr d',athnes ,alexandrie1 dans le pays d'gypte4 ,l'empereur ,auguste1 aprs qu'il eut fait prir ,cloptre1 tablit deux foyers d'instructions1 ,alexandrie et ,rome2 l'empereur ,thodose fit cesser l'enseignement ,rome et le reporta tout entier ,alexandrie4 ,nous avons dit encore pourquoi1 sous ,omar fils d',abd el-,aziz1 le chef-lieu de l'enseignement fut transfr d',alexandrie ,antioche1 et comment1 plus tard1 sous le rgne de ,motwekkil1 il fut transfr ,harrn4 ,ces lignes sont un peu brves et elles ne reprsentent peut-tre pas trs exactement la marche relle de la tradition philosophique4 ,mais du moins elles indiquent assez bien l'esprit dans lequel doit tre rdig et lu ce chapitre4 ,note #af3 ,maoudi1 le ,livre de l'avertissement et de la revision1 trad4 ,b4 ,carra de ,vaux1 page #agj1 ,paris1 ,collection de la ,socit asiatique1 #ahif4 ,le texte arabe de ce livre a t dit par ,m4 ,j4 de ,goeje1 ,bibliotheca geographorum arabicorum1 t4 ,,viii1 ,kitb at-tanbh wa'l-ischrf1 ,leyde1 #ahid4 ,avant l'poque de la conqute musulmane1 la branche de la famille smitique qui dominait en ,orient n'tait pas l'arabe2 c'tait l'aramenne1 laquelle appartient la littrature syriaque4 ,l'hellnisme avait pntr de fort bonne heure chez les ,aramens1 et ceux-ci avaient eu tout le temps d'en subir l'influence au moment o ils furent supplants dans leur hgmonie par leurs cousins arabes4 ,les ,arabes trouvrent donc la tradition philosophique dj tablie dans une race apparente la leur1 de qui ils la recueillirent sans peine4 ,nous devons expliquer cette transmission4 ,ce fut ds le milieu du deuxime sicle de l're chrtienne que l'hellnisme commena se rpandre dans le monde aramen1 port par le christianisme et la gnose4 ,vers ce moment-l fut faite de l'hbreu en syriaque la version des critures dite ,pechito1 qui tmoigne de la connaissance de la version grecque des ,septante#ag4 ,dans le mme temps les ,marcionites et les ,valentiniens comptaient des adeptes desse#ah4 ,bardesane1 peu aprs1 fondait1 dans cette ville1 la littrature syriaque et instituait une secte qui1 malgr des doutes rcemment soulevs#ai1 ne peut gure tre rattache qu'au gnosticisme4 ,au commencement du troisime sicle1 un vque d'desse se fit imposer les mains par l'vque d',antioche et affilia1 par cet acte1 l'glise syrienne l'glise hellnique#bj4 ,un lien officiel fut ds lors tabli entre l'aramasme et l'hellnisme4 ,note #ag3 ,rubens ,duval1 ,histoire d'desse1 ,journal ,asiatique1 #ahia1 t4 ,,ii1 p4 #bfb4 ,note #ah3 ,rubens ,duval1 op4 laud41 p4 #bfg4 ,note #ai3 ,m4 ,f4 ,nau1 dans diffrentes publications et notamment dans une note intitule ,bardesane l',astrologue 7,journal ,asiatique1 #ahii1 t4 ,,ii1 pages #ab #ai71 a soutenu que ,bardesane n'avait jamais vers dans le gnosticisme et que tout au plus tait-il tomb dans les erreurs des astrologues4 ,cette opinion1 outre qu'elle conduit accuser saint ,ephrem d'ignorance et presque de mauvaise foi1 rendrait difficilement explicable la tradition ancienne et tenace qui range ,bardesane parmi les dualistes ou les gnostiques1 ct de ,mans et de ,marcion1 et plus difficilement explicable encore l'existence d'une secte dite des ,bardesanites qui fut connue durant tout le haut moyen ge oriental 7,v4 ,maoudi1 le ,livre de l'avertissement1 p4 #ahh2 ,chahrastani1 d4 ,cureton1 p4 #aid74 ,il est noter que la science des ,chaldens dans laquelle on rapporte que ,bardesane excellait1 ne devait pas tre simplement l'astrologie mais devait comprendre une partie philosophique 7cf4 ,brandt1 ,die ,mandische religion au chapitre ,die ,chaldische philosophie1 p4 #ahb et suiv472 en outre il est invraisemblable qu'on ait pu confondre un grand philosophe1 chef d'une importante cole1 avec un vulgaire astrologue4 ,m4 ,f4 ,nau a rcemment publi de ,bardesane un texte1 ,le livre des lois des pays 7,paris1 ,leroux1 #ahii71 qui videmment ne suffit pas trancher la question4 ,note #bj3 ,rubens ,duval1 op4 laud41 p4 #bgc4 ,la ville d'desse en ,osrhone1 situe dans la boucle la plus occidentale de l',euphrate1 l',ouest de la ,msopotamie1 demeura pendant une assez longue priode le centre de la culture aramenne4 ,une cole fameuse s'y forma1 dont le docteur saint ,ephrem 7mort en #cgc du ,christ7 fut une des lumires4 ,a cette cole se pressrent des tudiants chrtiens venus des divers points de la ,msopotamie et des provinces de la ,perse en proie aux perscutions des ,mages4 ,on s'y livra aux tudes grecques considres comme branche de la thologie1 et on commena y faire des traductions4 ,cette cole1 dite cole des ,perses1 se laissa ensuite envahir par le ,nestorianisme1 et l'empereur ,znon la ferma en #dhi4 ,les matres et les disciples rests attachs l'hrsie de ,nestorius s'exilrent2 ils se runirent sur d'autres points1 notamment ,nisibe en territoire persan#ba4--;,a ,djondisbour1 dans la province perse de ,khouzistan1 le roi ,khosros ,anochirwan fonda1 vers l'an #ecj du ,christ1 une acadmie de philosophie et de mdecine qui subsista jusqu'au temps des ,abbasides#bb4--;,ibas1 qui avait t vque d'desse1 avait profess dans l'cole et avait contribu y rpandre l'hrsie nestorienne4 ,le travail de traduction reut de ce personnage une vive impulsion4 ,c'est lui et ses disciples que les ,syriens durent les premires versions d'aprs le grec des oeuvres de ,diodore de ,tarse et de ,thodore de ,mopsueste#bc4 ,a cette occasion1 on traduisit aussi divers crits d',aristote4 ,ibas en interprta lui-mme quelques-uns4 ,un certain ,probus traduisit et commenta les ,hermneia et peut-tre aussi d'autres parties de l',organon4 ,nous retrouverons plus loin d'illustres traducteurs syriens de la croyance nestorienne l'poque mme des ,arabes4 ,note #ba3 ,rubens ,duval1 op4 laud41 p4 #dcb4 ,note #bb3 ,schulze1 ,disputatio de ,gundisapora4 ,commentaria soc4 scient4 ,petropolis1 vol4 ,,xii4 ,note #bc3 ,v4 sur ,ibas et sur les savants syriens monophysites dont nous parlons ci-aprs1 l'excellent livre de ,rubens ,duval3 ,la littrature syriaque1 dans la collection des ,anciennes ,littratures chrtiennes1 ,paris1 ,lecoffre1 #ahii4 ,une deuxime dition est sous presse4--,cf4 la thse latine de ,renan1 ,de philosophia peripatetica apud ,syros1 ,paris1 #aheb4 ,la ruine d'desse comme capitale scientifique n'interrompit pas l'tude des lettres grecques chez les ,syriens appartenant la secte monophysite2 mais cette tude eut ds lors pour centre les couvents4 ,philoxne de ,mabboug qui fut patriarche monophysite d',antioche est l'un de ceux qui avaient sollicit de l'empereur la destruction de l'cole des ,perses4 ,il tait philosophe en mme temps que thologien1 et c'est dans ses crits1 dit-on1 qu'il faudrait chercher les premiers essais de la scolastique#bd4 ,un autre monophysite renomm comme dialecticien fut ,simon1 vque de ,beit-,archam4 ,il vcut au commencement du sixime sicle et il fut appel le ,sophiste perse4 ,note #bd3 ,une mine d'une merveilleuse richesse pour l'histoire des origines de la scolastique sera ouverte par la publication de la patrologie syriaque que prpare ,mgr ,r4 ,graffin4 ,un seul volume de cette importante publication est encore paru4 ,il comprend une rdition des homlies d',aphraste1 avec traduction latine et introduction par ,dom ,parisot4 ,patrologia syriaca1 ,i1 ,paris1 ,didot1 #ahid4 ,mais le plus intressant personnage de cette secte au point de vue qui nous occupe1 est le savant ,sergius de ,rechana 7arabe ,rasan74 ,son oeuvre se compose presque entirement de traductions de livres grecs4 ,prtre1 rudit1 littrateur et mdecin1 ,sergius de ,rasan n'eut pas le caractre la hauteur de son talent4 ,on lui reproche la corruption de ses moeurs2 sa conduite politique parat flottante et complique d'intrigues4 ,quoique monophysite1 il fut l'ami de ,thodore de ,merv1 vque ,nestorien1 et il accomplit une mission diplomatique auprs du pape ,agapet1 de la part du patriarche orthodoxe d',antioche4 ,il amena le pape ,constantinople1 o il mourut presque en mme temps que lui1 en l'an #ecf4 ,il avait appris le grec ,alexandrie4 ,sergius de ,rechana tait loquent1 grand philologue et le premier du corps des mdecins4 ,ses traductions1 faites du grec en syriaque1 portrent sur des livres de philosophie et de mdecine4 ,il traduisit une partie des oeuvres de ,galien4 ,on a de lui une traduction des ,catgories d',aristote1 de l',isagoge de ,porphyre1 du trait du ,monde qui fut attribu ,aristote1 d'un trait de l',ame entirement diffrent du trait de mme titre d ,aristote4 ,sergius ddia son ami ,thodore de ,merv1 vers ainsi que lui dans la philosophie pripatticienne1 un trait original sur la ,logique4 ,il crivit sur la ,ngation et l'affirmation1 sur le ,genre1 l'espce et l'individu1 sur les ,causes de l'univers1 selon les principes d',aristote4 ,les ,syriens et les ,arabes lourent l'envi ses qualits de traducteur1 avec raison selon un rudit moderne1 ,m4 ,victor ,ryssel4 ,pour ce savant la traduction du trait du ,monde par ,sergius doit tre considre comme le chef-d'oeuvre de l'art du traducteur1 et il parat par la comparaison avec les textes grecs de cet ouvrage1 que ,sergius ne se servit pas d'un seul manuscrit1 mais de plusieurs dont il sut faire un examen critique#be4 ,vers la fin du sixime sicle1 ,paul le ,perse brilla dans la philosophie4 ,il composa1 dit ,bar ,hebrus1 une admirable ,introduction la logique qu'il adressa au roi de ,perse ,khosros ,anochirwan#bf4 ,au commencement du septime sicle1 l'enseignement du grec fut florissant dans le couvent de ,kennesr1 sur la rive gauche de l',euphrate4 ,l'vque ,svre ,sebokt1 vers #fdj1 y commenta les ,premiers ,analytiques d',aristote et les ,hermneia4 ,l'oeuvre de ,svre ,sebokt fut poursuivie par ses disciples ,athanase de ,balad 7mort en #fhg ou #fhh7 et le grand encyclopdiste syrien ,jacques d'desse 7mort en #gjh74 ,aprs eux encore1 ,george vque de ,koufah pour les ,arabes monophysites traduisit l',organon d',aristote4 ,mais nous sommes parvenus au temps de la conqute arabe1 avec laquelle la littrature syriaque dcline4 ,note #be3 ,v4 sur ,sergius de ,rechana ,bar ,hebrus1 ,chronique ecclsiastique1 d4 ,abbeloos et ,lamy1 ,louvain1 #ahgb1 t4 ,i1 col4 #bjf4--,sur les traductions syriaques antrieures l'poque mahomtane1 on consultera avec fruit l'ouvrage de ,sachau1 ,inedita syriaca1 ,vienne1 #ahgj4--;,hoffmann a consacr une tude spciale aux versions syriaques des ,hermneia3 ,de hermeneuticis apud ,syros4--,cf4 encore sur ,sergius de ,rechana3 ,land1 ,anecdota syriaca1 ,,iii1 #bhi2 ,baumstark1 ,lucubrationes syro-grc1 p4 #ceh4 ,note #bf3 ,renan1 ,journal ,asiatique1 #aheb1 t4 ,i1 p4 #cab4 ,ainsi pendant cinq sicles les ,syriens s'taient tenus au contact de la science grecque1 s'taient assimil sa tradition1 en avaient traduit et interprt les textes1 et avaient produit eux-mmes des oeuvres importantes dans le domaine de la philosophie thologique4 ,les formes de la philosophie scolastique taient nes entre leurs mains2 les arts de la logique avaient fleuri dans leurs coles4 ,l'esprit1 les oeuvres et la tradition de l'hellnisme se trouvaient donc transports dj1 au moment o parut l'islam1 dans un monde apparent au monde arabe4 ,nous verrons bientt les savants mahomtans s'initier la culture grecque sous la direction de ,syriens ,jacobites et ,nestoriens4 ,avant d'expliquer comment les ,arabes reurent la science principalement des mains des chrtiens1 il convient de reprendre la question d'un peu haut1 afin de dissiper des impressions inexactes qui pourraient exister dans l'esprit de quelques lecteurs4 ,durant cette longue priode antrieure l'islam o nous avons vu la branche aramenne de la famille smitique s'assimiler le christianisme et la culture hellne1 l'lment arabe ne constituait pas lui-mme un monde absolument ferm4 ,on a souvent not1 propos de l'histoire des origines musulmanes1 que le sud-ouest de l',arabie1 le ,ymen1 contenait cette poque des lments chrtiens et qu'il tait en relations avec un royaume chrtien d',afrique1 l',abyssinie4 ,un fait plus important et sur lequel on a moins insist1 ce semble1 est l'extension de la race arabe vers le nord1 antrieurement l'islam1 et la formation de petits royaumes arabes1 vassaux des empires de ,perse ou de ,byzance1 le long des frontires de ces empires4 ,les empereurs et les ,khosros s'taient habilement servis de certaines tribus arabes sdentaires pour s'en faire un rempart contre les incursions des ,arabes nomades ou ,bdouins4 ,maoudi rapporte#bg que les ,arabes de la famille de ,tanoukh vinrent les premiers en ,syrie1 qu'ils s'y allirent aux ,grecs aprs avoir embrass le christianisme et que l'empereur les investit de l'autorit sur tous les ,arabes sdentaires domicilis en ,syrie4 ,la famille de ,salkh succda celle de ,tanoukh et devint chrtienne aussi2 elle fut son tour supplante par la dynastie de ,gassn qui continua gouverner les ,arabes par dlgation des ,roumis4 ,les rois de ,gassn rsidaient ,yarmouk et en d'autres localits entre la ,goutah 7la plaine7 de ,damas et les places frontires dpendant de cette ville4 ,ce royaume sombra au moment de la conqute musulmane et une grande partie des ,arabes de ,syrie embrassa l'islamisme4 ,note #bg3 ,maoudi1 les ,prairies d'or1 t4 ,,iii1 p4 #bae #bbj1 et le ,livre de l',avertissement1 p4 #bea4 ,le royaume de ,hra tait un important royaume arabe dont les princes taient vassaux des rois de ,perse4 ,hra tait situ au sud de ,babylone et l'ouest de l',euphrate1 non loin de l'emplacement o1 dans les premires annes de l'hgire1 les ,musulmans fondrent ,koufah4 ,des ,arabes taient venus de bonne heure s'tablir dans ces rgions4 ,le royaume de ,hra eut1 avant l'islam1 une assez longue histoire1 dans laquelle l'lment chrtien joue un rle important#bh4 ,un roi de ,hra1 nomm ,amr fils de ,moundir1 qui rgna jusqu'en #efh ou #efi1 avait une mre chrtienne1 probablement une captive prise la guerre1 qui fonda un couvent ,hra sous le rgne de ,khosros ,anochirwan4 ,on peut infrer d'une inscription qui fut place dans cette glise que ce prince aussi se fit chrtien#bi4 ,peu aprs ce temps-l on comptait un petit nombre de familles chrtiennes de haut rang dans la ville4 ,elles appartenaient la secte de ,nestorius1 et elles prenaient le nom d',ibadites signifiant serviteurs de ,dieu#cj1 pour se distinguer des paens4 ,un interprte du nom de ,adi l',ibadite1 de la tribu arabe de ,tmm1 se fit alors particulirement remarquer#ca4 ,cet ,adi accomplit le mtier d'interprte auprs de ,kesra ,eperwiz pour qui il traduisait l'arabe en persan4 ,il tait en outre pote1 orateur1 diplomate1 un modle achev de la culture1 tant physique que morale1 des ,perses et des ,arabes4 ,il devait aussi savoir le syriaque qui tait alors la langue des ,arabes chrtiens4 ,adi fut charg de l'ducation de ,noman fils de ,moundir1 que1 grce l'influence dont il jouissait auprs du roi de ,perse1 il fit monter sur le trne de ,hra4 ,il est probable que1 en raison de cette mme influence1 ,noman fit accession au christianisme2 il n'en continua pas moins vivre dans la polygamie1 selon les moeurs paennes1 et il se laissa induire en de longues intrigues au terme desquelles il mit mort son ducateur ,adi4 ,le fils de ce dernier1 qui avait hrit de l'intelligence de son pre et de son crdit auprs des rois de ,perse1 dcida ,eperwiz tirer vengeance de ce meurtre#cb4 ,noman vaincu fut mis mort1 apparemment en #fjb4 ,note #bh3 ,le grand historien ,tabari s'est longuement occup de l'histoire du royaume de ,hra4 ,v4 ,noeldeke1 ,geschichte der ,perser und ,araber zur ,zeit der ,sasaniden1 aus der arabischen ,chronik des ,tabari bersetzt4 ,leyde1 #ahgi4 ,note #bi3 ,noeldeke1 op4 laud41 p4 #agb1 n4 #a4 ,note #cj3 ,noeldeke1 op4 laud41 p4 #bd1 n4 #d4 ,abou'l-,faradj1 ,histoire des dynasties1 d4 ,salhani1 propos de ,honn ibn ,ishk1 donne une interprtation de ce nom1 p4 #bej4 ,cf4 notre note ,maoudi1 ,livre de l',avertissement1 p4 #bje1 n4 #a1 et les ,prairies d'or1 ,,ii1 #cbh4--,quelques auteurs prfrent lire ,abadites1 d'aprs ,ibn ,abi ,oseibia1 ,classes des ,mdecins1 d4 ,mller1 ,i1 #ahd4 ,v4 encore sur ce nom ,ibn ,khallikan1 ,biographical ,dictionary1 trad4 ,mac ,guckin de ,slane1 ,i1 #ahh2 ,dr4 ,gustav ,rothstein1 ,die ,dynastie der ,lahmiden in al-,hra1 ,berlin1 #ahii1 p4 #ai4 ,note #ca3 ,noeldeke1 ,geschichte der ,perser und ,araber1 p4 #cab et suiv4--,un trs clbre recueil arabe1 le ,kitb el-,agni ou ,livre des ,chansons 7dition de ,boulaq1 t4 ,,ii1 p4 #ah et suiv471 a consacr ,adi fils de ,zd une notice qui a t traduite par ,caussin de ,perceval1 novembre #ahch4 ,cf4 ,caussin de ,perceval1 ,essai sur l'histoire des ,arabes avant l'islamisme1 t4 ,,ii1 p4 #ace et suiv4 ,note #cb3 ,on trouve le rcit de cette vengeance dans ,maoudi1 les ,prairies d'or1 t4 ,,iii1 p4 #bje4 ,peu d'annes aprs ces faits et une dizaine d'annes avant l'hgire1 eut lieu la bataille de ,dou ,kr dans laquelle les ,perses allis aux ,arabes de la tribu chrtienne de ,taglib furent vaincus par les ,arabes de la tribu de ,bekr#cc4 ,le royaume de ,hra fut dtruit1 et ce boulevard tant tomb1 la ,perse se trouva sans rempart contre les ,arabes musulmans4 ,hra fut saccage l'anne de la fondation de ,koufah 7#ae ou #ag de l'hgire7 et disparut tout fait sous ,motadid4 ,cette ville1 ajoute ,maoudi1 renfermait plusieurs monastres2 mais quand elle tomba en ruines1 les moines migrrent dans d'autres contres4 ,aujourd'hui elle n'est plus qu'un dsert dont la chouette et le hibou sont les seuls htes#cd4 ,note #cc3 ,maoudi1 le ,livre de l',avertissement1 p4 #cah4 ,note #cd3 ,maoudi1 les ,prairies d'or1 t4 ,,iii1 p4 #bac4 ,l'on voit donc que1 longtemps avant l'hgire1 les ,arabes avaient franchi les limites de leur dsert4 ,on a coutume de comparer la conqute musulmane l'action d'une force qui1 aprs avoir longtemps sommeill au fond des dserts1 aurait soudain fait explosion et renvers devant elle un tiers des royaumes de la terre4 ,cette comparaison est utile si on ne la fait servir qu' donner une ide vive de la rapidit de cette conqute2 mais applique l'histoire intellectuelle1 elle est fausse4 ,il faut au contraire retenir que1 au moment o parut l'islam1 les ,arabes taient dj venus au contact de plusieurs empires1 et qu'ils avaient abord cette civilisation chrtienne de qui ils allaient recevoir le dpt de la science1 pour le lui rendre ensuite aprs l'avoir fait fructifier plusieurs sicles4 ,mahomet eut du respect pour les personnages religieux des diverses croyances1 et son exemple ,ali accorda des immunits beaucoup de couvents chrtiens4 ,de plus le ,coran reconnut aux ,chrtiens et aux ,juifs une certaine dignit dans l'ordre de la foi1 parce qu'ils taient possesseurs de livres rvls2 il les dsigna par le titre de ,gens du ,livre et il eut pour eux moins de mpris que pour les paens4 ,ces circonstances taient favorables la conservation de la science4 ,aprs la prise de ,jrusalem en l'an #fcf1 ,omar accorda aux ,chrtiens une charte ou capitulation1 qui servit de modle la plupart des rglements relatifs aux tributaires chrtiens1 appliqus depuis dans l'islam4 ,le texte de cette capitulation nous a t transmis avec quelques variantes par plusieurs historiens1 notamment par ,tabari#ce4 ,il tait permis aux ,chrtiens de conserver leurs glises2 mais elles devaient tre ouvertes aux inspecteurs musulmans et dfense tait faite d'en btir de nouvelles4 ,on ne devait plus sonner les cloches1 ni exhiber d'emblmes religieux en public4 ,les ,chrtiens devaient garder leur costume1 ne point porter d'anneaux et se ceindre d'une corde appele zonnar1 comme signe distinctif4 ,le port des armes et l'usage du cheval leur taient interdits4 ,enfin ils taient soumis une capitation4 ,ces dispositions gnrales pouvaient1 suivant le caprice des autorits1 tre interprtes avec tolrance ou donner lieu au contraire des vexations pnibles4 ,mais elles taient de peu d'importance dans les cas spciaux o la faveur d'un prince musulman s'attachait directement la personne de quelque infidle notable2 et comme la science est principalement l'oeuvre des individualits1 ce sont ces cas spciaux qui ici nous intressent le plus4 ,note #ce3 ,la grande dition de ,tabari1 #are srie1 t4 ,,viii1 p4 #bdjf4--,le ,p4 ,h4 ,lammens a tudi d'une manire fort intressante la situation des chrtiens sous les premiers ,khalifes dans son mmoire intitul le ,chantre des ,omiades1 notes biographiques et littraires sur le pote arabe chrtien ,ahtal1 paru dans le ,journal ,asiatique1 #ahid4 ,il y est question de la capitulation d',omar la page #aab du tirage part4 ,quatre genres de talents attiraient surtout sur des personnages non musulmans la faveur des khalifes3 les talents artistiques1 mdicaux1 administratifs et scientifiques4 ,l'habilet dans les mtiers tait prise chez les ,chrtiens1 parce qu'elle ne se rencontrait pas au mme degr chez les ,musulmans4 ,le khalife ,omar avait drog une disposition du prophte1 en tolrant en ,arabie la prsence d'un chrtien1 ,abou ,loulouah1 artisan fort habile dans divers mtiers4 ,ce favori devint son meurtrier4 ,la posie et la musique taient des arts vivement gots par les ,arabes1 avant le temps de ,mahomet4 ,la prdication du ,coran ne leur avait pas t trs favorable2 mais les khalifes ,omeyades1 princes un peu sceptiques pour la plupart et amateurs de plaisirs1 leur avaient rendu leur faveur4 ,leur pote prfr fut un chrtien ,ahtal1 l'un des plus grands potes arabes1 contemporain d',abd el-,mlik fils de ,merwn2 il appartenait par son pre la tribu chrtienne de ,taglib tablie ,koufah et dans l',aderbadjan1 et par sa mre la tribu chrtienne d',iyd qui s'tait installe de bonne heure en ,msopotamie#cf4 ,ahtal paraissait firement la cour du khalife1 portant son cou une croix d'or4 ,a cette poque on se divertissait ,koufah en buvant le vin malgr les prohibitions du prophte1 et en coutant les chansons4 ,le frre d',abd el-,mlik y faisait venir de la ville voisine1 de ,hra1 le musicien chrtien ,honn1 et il s'enfermait avec lui au fond de ses appartements1 entour de ses familiers1 le front couronn de fleurs#cg4 ,note #cf3 ,lammens1 op4 laud41 pages #f et #g4 ,note #cg3 ,lammens1 op4 laud41 p4 #afe4 ,les mdecins qui les premiers khalifes se confirent furent ordinairement des ,syriens ou des ,juifs4 ,les ,musulmans n'avaient pas eu le temps encore d'apprendre la mdecine4 ,auprs de l',omeyade ,merwn fils d'el-,hakem1 nous trouvons un mdecin juif de langue syriaque1 ,mserdjaweh1 qui traduisit le trait du prtre ,aaron#ch4 ,cet ,aaron tait un mdecin alexandrin du temps d',hraclius dont le livre fut fort rpandu chez les ,syriens4 ,auprs d'el-,heddjdj1 le terrible gnral d',abd el-,mlik fils de ,merwn1 nous voyons deux mdecins de noms grecs ,tayaduk et ,thodon qui laissrent une cole#ci4 ,un peu plus tard1 ,haroun er-,rchd faisait rveiller par un mdecin indien1 son cousin ,ibrhim tomb en lthargie1 tandis qu'un mdecin chrtien de langue syriaque1 ,yohanna ibn ,msaweh1 traduisait pour lui en arabe les livres de mdecine antique#dj4 ,cet ,ibn ,msaweh assistait avec un autre chrtien ,bokhtichou le khalife ,mamoun mourant#da4 ,note #ch3 ,abou'l-,faradj 7,bar ,hebrus71 ,histoire des ,dynasties1 pages #aib et #aeg4 ,note #ci3 ,abou'l-,faradj1 op4 laud41 #aid4 ,note #dj3 ,abou'l-,faradj1 op4 laud41 p4 #bbg4 ,note #da3 ,maoudi1 les ,prairies d'or1 t4 ,,vii1 p4 #ih4--,nous n'avons pas en principe nous occuper dans ce livre de l'histoire des mdecins4 ,mais comme la science1 l'poque dont nous traitons1 affectait souvent le caractre encyclopdique1 et que plusieurs des philosophes dont nous avons parler ont t mdecins1 il est juste que nous mentionnions ici les deux principaux ouvrages relatifs aux mdecins arabes3 ,les ,classes des mdecins1 par ,ibn abi ,osebia1 d4 ,mller1 ,knigsberg1 #ahhd1 et la ,geschichte der arabischen ,aerzte und ,naturforscher1 ,gttingue1 #ahdj4 ,dans l'ordre de l'administration1 les chrtiens rendirent aux ,musulmans d'minents services2 et sans eux l'empire des khalifes n'aurait pas pu s'organiser4 ,les conqurants mahomtans1 ne trouvant dans leur propre race que les souvenirs et les exemples de la vie de clan1 n'avaient aucune connaissance des pratiques administratives4 ,ils furent contraints de donner beaucoup de place des chrtiens4 ,mowiah1 qui tait moins ferme croyant que rus politique1 laissa1 dans la plupart des provinces qu'il conquit1 les employs chrtiens en place et se contenta de changer les garnisons4 ,il fut imit par ses successeurs ,omeyades4 ,nous voyons un certain ,athanase1 notable chrtien d'desse1 tre en grande faveur auprs d',abd el-,mlik fils de ,merwn1 cause de ses capacits d'homme d'affaires#db4 ,wld fils d',abd el-,mlik dut dfendre aux scribes1 dont beaucoup taient chrtiens1 de tenir leurs registres en grec1 et il leur enjoignit de les tenir en arabe#dc4 ,un chrtien qui occupa des emplois trs levs auprs des ,musulmans fut ,sergius ,mansour ou ,serdjoun le ,roumi1 dont ,maoudi nous apprend qu'il servit de secrtaire quatre khalifes#dd4 ,ce ,sergius eut pour fils un homme qui le dpassa en renomme1 qui devint l'un des derniers ,pres grecs et l'un des premiers scolastiques3 saint ,jean ,damascne4 ,note #db3 ,lammens1 op4 laud41 p4 #abb1 d'aprs ,rubens ,duval1 ,histoire d',edesse4 ,note #dc3 ,abou'l-,faradj1 ,histoire des ,dynasties1 p4 #aie4 ,note #dd3 ,maoudi1 le ,livre de l',avertissement1 ,v4 l',index4 ,les ,khalifes dont il s'agit sont3 ,moawih1 ,yzid son fils1 ,moawih fils de ,yzid et ,abd el-,mlik fils de ,merwn4 ,enfin la science et la philosophie furent pour leurs adeptes un titre la faveur des princes ,mahomtans2 et c'est par les cours que1 en dfinitive1 elles entrrent dans l'islam4 ,c'est au khalife ,abou ,djafar el-,mansour que revient l'honneur d'avoir inaugur la grande poque des tudes arabes et d'avoir orn l'empire mahomtan de l'clat de la science4 ,mansour donna l'ordre de traduire en arabe beaucoup d'ouvrages de littrature trangre comme le livre de ,kalilah et ,dimnah1 le ,sindhind1 diffrents traits de logique d',aristote1 l',almageste de ,ptolme1 le livre des lments d',euclide et d'autres ouvrages grecs1 byzantins1 pehlvis1 parsis et syriaques#de4 ,le livre de ,kalilah et ,dimnah fut traduit par ,ibn el-,mokaffa qui fut l'un des rudits clbres de ce temps4 ,on dit qu'il traduisit aussi du pehlvi et du parsi les ouvrages de ,mans1 de ,bardesane et de ,marcion#df4 ,les ,arabes semblent avoir eu ce moment les yeux tourns surtout vers la ,perse et vers l',inde comme foyers de lumire4 ,cependant ,ibn el-,mokaffa traduisit aussi puis abrgea les ,hermnia d',aristote4 ,ce savant tait lui-mme d'origine persane4 ,il vcut ,basrah4 ,s'tant attir l'inimiti du khalife par ses opinions politiques favorables aux descendants d',ali1 il fut mis mort#dg en l'an #adj4 ,note #de3 ,maoudi1 les ,prairies d'or1 ,,viii1 #bia4--,s4 de ,sacy a crit une tude sur ,calila et ,dimnah ou fables de ,bidpai en arabe1 ,paris1 #ahcj4 ,v4 sur la trs intressante bibliographie de cet ouvrage1 ,v4 ,chauvin1 ,bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux ,arabes1 ,,ii1 ,lige1 #ahig4 ,note #df3 ,maoudi1 les ,prairies d'or1 ,,viii1 #bic4 ,il est regrettable que ces traductions ne se soient pas mieux conserves2 voyez cependant sur le manichisme d'aprs les sources arabes la curieuse tude de ,flgel1 ,mani und seine ,lehre1 #ahfb4 ,note #dg3 ,brockelmann1 ,geschichte der arabischen litteratur1 ,i1 #aea4 ,en l'an #aef de l'hgire1 un ,indien se prsenta la cour d'el-,mansour et apporta un livre de calcul et d'astronomie indienne#dh4 ,ce livre appel sindhind fut traduit en arabe par l'astronome el-,fazari et fut le point de dpart des tudes astronomiques et arithmtiques des ,arabes4 ,le grand astronome ,mohammed fils de ,mousa el-,khrizmi s'en inspira plus tard1 sous le rgne de ,mamoun1 pour composer des tables astronomiques et des traits o il combina les mthodes indiennes avec celles des ,grecs4 ,maoudi raconte encore que de son temps1 c'est--dire antrieurement l'poque d',avicenne1 un livre connu sous le nom de ,mille et une ,nuits et venant de ,perse1 tait rpandu dans le public4 ,c'tait un recueil de contes qui n'tait pas identique celui que nous possdons sous ce nom#di4 ,note #dh3 ,m4 ,cantor1 ,vorlesungen ber ,geschichte der ,mathematik1 ,i1 #eig4 ,il a paru une deuxime dition de cet important volume qui contient les chapitres relatifs aux mathmaticiens arabes4 ,note #di3 ,maoudi1 les ,prairies d'or1 ,,iv1 #ij4--,on peut toujours relire la ,dissertation de ,sylvestre de ,sacy sur les ,mille et une ,nuits1 qui a t place en tte de la traduction de ,galland4 ,les ,arabes connurent certainement la philosophie mazdenne2 mais ils surent ou comprirent fort peu de choses des systmes indiens4 ,l'influence qu'ils ont pu subir de la part de ces systmes n'est gure sensible qu'en mysticisme4 ,le khalife qui complta l'oeuvre scientifique commence par ,mansour1 fut ,mamoun4 ,prince trs intelligent1 d'esprit curieux et libral1 ,mamoun donna une vive impulsion aux tudes4 ,il fonda ,bagdad1 vers l'an #bag1 un bureau officiel de traduction dans le palais dit de la sagesse 7,dr el-hikmet7#ej4 ,a la tte de ce bureau fut plac un savant minent1 ,honn fils d',ishk1 qui occupa ce poste sous les successeurs de ,mamoun1 ,motasim1 ,wtik et ,motwekkil4 ,honn fils d',ishk tait n l'an #aid ,hra#ea o son pre exerait le mtier de pharmacien2 il appartenait l'une des familles ,ibadites ou nestoriennes de la ville4 ,jeune homme1 il vint ,bagdad o il suivit les leons d'un mdecin connu4 ,mais comme il tait trop questionneur1 il importuna son matre qui un jour refusa de lui rpondre4 ,honn s'en alla alors voyager en territoire byzantin4 ,il y resta deux ans pendant lesquels il apprit parfaitement le grec1 et il y acquit une collection de livres de science4 ,il revint ensuite ,bagdad1 voyagea encore en ,perse1 alla ,basrah pour se perfectionner dans la connaissance de l'arabe1 et rentra enfin ,bagdad o il se fixa4 ,la rputation de ,honn grandit2 des savants d'ge vnrable s'inclinaient devant lui1 bien qu'il ft jeune encore1 et affirmaient que sa renomme clipserait celle de ,sergius de ,rechana4 ,ses talents de mdecin galaient ses capacits comme traducteur4 ,motwekkil se l'attacha4 ,voulant l'prouver1 il lui fit remettre un jour cinquante mille dirhams1 puis il lui ordonna brusquement de lui indiquer un poison violent1 par lequel il pourrait se dfaire de quelque ennemi4 ,honn refusa et fut jet en prison4 ,quand l'preuve eut assez dur1 le khalife lui demanda l'explication de sa conduite4 ,deux choses1 lui rpondit ,honn1 m'ont empch de satisfaire ton dsir3 ma religion et mon art4 ,notre religion nous commande de faire du bien nos ennemis1 et mon art a pour but l'utilit des hommes1 non le crime4 ,le khalife ayant entendu cette rponse fut satisfait et le combla d'honneurs4 ,note #ej3 ,v4 dans les ,mlanges ,weil le mmoire de ,h4 ,derenbourg sur les traducteurs arabes d'auteurs grecs et l'auteur musulman des aphorismes des philosophes4 ,paris1 ,fontemoing1 #ahih4 ,note #ea3 ,la biographie suivante est rdige d'aprs ,abou'l-,faradj 7,bar ,hebrus71 ,histoire des ,dynasties1 d4 ,salhani1 p4 #bej et suiv4 ,ce savant rencontra sa perte dans une querelle relative la question1 alors aigu1 du culte des images4 ,il se trouvait un soir chez un chrtien de ,bagdad au milieu de quelques personnes qui le jalousaient2 et il y avait chez ce chrtien une image du ,christ devant laquelle tait allume une lampe4 ,honn dit au matre de la maison3 ,pourquoi gaspilles-tu l'huile8 ce n'est pas l le ,messie1 ce n'est que son image4 ,l'un des assistants rpondit3 ,si cette image ne mrite pas d'honneur1 crache dessus4 ,il cracha4 ,la chose fut bruite et il y eut scandale4 ,le ,khalife consult livra le savant ses coreligionnaires pour qu'ils le jugeassent selon leur loi4 ,honn fut donc excommuni2 on lui coupa sa ceinture1 marque distinctive des chrtiens2 mais le lendemain matin1 il fut trouv mort dans sa chambre4 ,on croit qu'il s'tait empoisonn 7#bfj de l'hgire74 ,honn eut deux lves qui collaborrent avec lui la grande oeuvre des traductions3 son fils ,ishk1 qui devint fort clbre aussi et mourut en #bih ou #bii1 et son neveu ,hobch4 ,l'oeuvre de ces savants fut trs considrable#eb4 ,il convient de citer en premier lieu la traduction arabe de la ,bible que fit ,honn d'aprs le texte des ,septante4 ,honn n'est pas le seul auteur de cette poque qui traduisit la ,bible en arabe4 ,les ,juifs se servirent d'autres traductions1 surtout de celle d',abou ,katr ,yahya fils de ,zakarya1 rabbin de ,tibriade1 mort vers #cbj1 et de celle de ,saadya ,gaon de ,fayoum#ec1 trs illustre rabbin1 disciple du prcdent1 dont on a rcemment rdit les oeuvres l'occasion de son millnaire4 ,note #eb3 ,le principal travail d'ensemble qui ait t fait sur les traductions des auteurs grecs en syriaque et en arabe est toujours celui de ,j4 ,g4 ,wenrich3 ,de auctorum grcorum versionibus et commentariis syriacis1 arabicis1 armeniacis persicisque commentatio1 ,leipzig1 #ahdb4 ,wenrich a principalement puis dans un ouvrage de grande valeur encore manuscrit et que l'on devrait bien diter3 le ,livre de l'histoire des sages 7,kitb tarkh el-hokam7 par ,djml ed-,dn el-,kifti4 ,note #ec3 ,maoudi1 le ,livre de l',avertissement1 #aei-afj4 ,honn traduisit en syriaque les ,hermneia d',aristote1 une partie des ,analytiques1 les livres de la ,gnration et de la ,corruption1 de l',ame1 le livre #cj de la ,mtaphysique1 divers commentaires1 des ouvrages de ,galien et d',hippocrate1 l',isagoge de ,porphyre1 la ,somme de ,nicolas sur la philosophie d',aristote2 en arabe1 il traduisit une grande quantit de livres de mdecine et de science par ,hippocrate1 ,galien1 ,archimde1 ,apollonius et d'autres1 et1 comme ouvrages philosophiques1 la ,rpublique1 les ,lois et le ,time de ,platon1 le commentaire de ,thmistius au livre #cj de la ,mtaphysique d',aristote1 les ,catgories1 la ,physique1 la ,morale d',aristote4 ,il crivit quelques traits originaux inspirs par ces ouvrages4 ,ishk fils de ,honn traduisit en arabe le ,sophiste de ,platon1 la ,mtaphysique d',aristote1 le trait de l',ame1 les ,hermneia1 le trait de la ,gnration et de la corruption1 avec divers commentaires par ,alexandre d',aphrodise1 ,porphyre1 ,thmistius et ,ammonius4 ,avant ces grands hommes1 un bon traducteur nomm ,yahya fils du ,patrique1 affranchi de ,mamoun1 avait donn une version syriaque des ,histoires des animaux d',aristote et une version arabe du ,time4 ,les ,arabes connaissaient deux ,time de ,platon1 qu'ils divisaient en plusieurs livres1 et l'on ne voit pas trs clairement quels ouvrages ils dsignaient par l4 ,ce peut tre le ,time1 le ,time de ,locres et certains commentaires de ,galien sur la philosophie de ,platon#ed4 ,ibn ,nimah1 chrtien d'messe1 avait traduit en syriaque le ,de ,sophisticis elenchis1 et donn une version arabe du commentaire de ,jean ,philoponus aux quatre derniers livres de la ,physique d',aristote4 ,note #ed3 ,cf4 ,wenrich1 op4 laud41 p4 #aah1 et le ,livre de l',avertissement1 p4 #bbc1 n4 #b4 ,abou ,bichr ,matta fils de ,younos rendit aussi comme traducteur d'apprciables services4 ,c'tait un ,nestorien1 originaire de ,dr ,kana1 qui fut lev par des moines jacobites4 ,il mourut ,bagdad en #cbh4 ,on lui doit une dition syriaque du ,de sophisticis elenchis4 ,il traduisit du syriaque les ,seconds analytiques1 la ,potique1 le commentaire d',alexandre d',aphrodise au livre de la ,gnration et de la corruption1 le commentaire de ,thmistius au livre #cj de la ,mtaphysique4 ,il se fit lui-mme commentateur et il interprta en arabe les ,catgories1 le livre du ,sens et du sensible1 l',isagoge de ,porphyre4 ,kosta fils de ,louka qui fleurit sous ,motasim tait encore un syrien chrtien1 originaire de ,balbek4 ,il alla tudier en ,grce et y acquit beaucoup de livres4 ,sa rputation comme savant et traducteur fut considrable4 ,il traduisit les ,vues des philosophes sur la physique1 par ,plutarque#ee4 ,note #ee3 ,barach a publi une traduction latine d'un trait de ,differentia spiritus et anim attribu ,kosta fils de ,louka1 dans la ,bibliotheca ,philosophorum medi tatis1 t4 ,,ii1 ,innsbruck1 #ahgh4 ,yahya fils d',adi de ,tekrit1 chrtien jacobite1 tudia sous la direction du grand musulman ,farabi1 et s'illustra dans la dialectique4 ,il fleurit sous le rgne de ,mouti et mourut en #cfd4 ,il perfectionna beaucoup de traductions antrieurement faites2 on lui doit des versions des ,catgories d',aristote1 avec le commentaire d',alexandre d',aphrodise1 du ,de sophisticis elenchis1 de la ,potique1 de la ,mtaphysique1 des ,lois et du ,time de ,platon1 de l'ouvrage de ,thophraste sur les moeurs4 ,avec ,abou ,ali ,ysa fils de ,zaraah1 autre chrtien jacobite1 nous atteignons le temps d',avicenne4 ,ysa fils de ,zaraah mourut en #cih4 ,il traduisit en arabe d'aprs des versions syriaques antrieures1 les ,catgories1 le ,de sophisticis elenchis1 les ,histoires des animaux et le ,de partibus animalium avec le commentaire de ,jean ,philoponus4 ,il fut l'auteur de traits originaux sur la philosophie d',aristote en gnral et sur l',isagoge de ,porphyre4 ,ces traducteurs dont nous venons de parler taient chrtiens pour la plupart2 mais les ,musulmans s'assimilrent promptement leur science et joignirent leurs efforts aux leurs4 ,il semble mme que1 au jugement des ,arabes1 leurs coreligionnaires dpassrent bientt les ,chrtiens dans la connaissance et l'interprtation des philosophes anciens1 et qu'au-dessus des traducteurs que nous avons cits1 il faille placer les deux illustres ,musulmans el-,kindi et el-,farabi4 ,cependant comme ces deux grands hommes ont d leur gloire moins encore leur talent comme interprtes qu' leur gnie comme philosophes1 nous en parlerons ce titre dans le chapitre suivant4 ,il nous reste nous occuper d'une catgorie de savants qui n'appartenaient ni la religion chrtienne1 ni l'islamisme1 ni mme aux religions de la ,perse ou de l',inde1 mais une secte spciale1 et qui brillrent d'un vif clat aprs l'poque de ,mamoun1 les ,sabens4 ,il n'existe gure de problme plus intrigant et plus irritant dans l'rudition orientale que celui de l'origine de certaines petites sectes ou religions qui survcurent ct de l'islam1 entranant avec elles des dbris de toutes espces de doctrines et de croyances anciennes1 telles que le ,mandisme1 le ,sabisme1 la religion des ,yzidis ou celle des ,nosaris4 ,le ,sabisme est remarquable entre toutes ces sectes par le haut mrite des hommes qui l'ont illustr1 et cause de l'attachement que ces hommes montrrent pour lui4 ,on trouve dans ces petites religions une multitude d'lments dont quelques-uns sont fort antiques1 des restes du paganisme chalden1 des ides noplatoniciennes et gnostiques1 des lgendes juives et quelques pratiques datant des origines du christianisme4 ,mais on n'est pas encore parvenu donner les formules dfinitives de ces singuliers mlanges1 ni restituer avec une prcision satisfaisante les diffrentes phases historiques par o ces sectes ont pass4 ,je suis port croire1 au reste1 que l'influence de ces petites religions1 et du sabisme en particulier1 sur l'islam1 a t plus considrable qu'on ne le supposerait au premier abord1 et plus profonde en tout cas que les auteurs musulmans ne consentent l'avouer4 ,on distingue dans la littrature arabe deux sortes de ,sabens3 ceux dont il est question dans le ,coran et que ,mahomet classe parmi les gens du ,livre1 c'est--dire parmi les peuples possdant un livre rvl1 ct des ,juifs et des ,chrtiens2 et ceux qui se distingurent dans la science aprs le temps de ,mamoun et dont la rsidence principale tait ,ilarrn en ,msopotamie4 ,chwolson1 dans son gros ouvrage sur les ,sabens et le ,sabisme#ef1 est parvenu identifier les ,sabens du ,coran avec les ,elkesates1 secte qui n'tait pas tout fait1 comme il l'a cru1 identique aux ,mandens1 mais qui avait beaucoup de ressemblance avec eux4 ,les ,elkesates avaient t fonds1 au commencement du second sicle de notre re1 au sud de la ,msopotamie1 dans la rgion de ,wsit et de ,basrah1 par un individu du nom d',elkesa venu du nord-ouest de la ,perse1 qui tait imbu principalement d'ides ,zoroastriennes et qui recommandait des pratiques parsies4 ,le baptme et les purifications par l'eau furent les rites essentiels des ,elkesates et des ,mandens4 ,on drive le nom de ,saben de l'aramen sabaa1 se laver1 et l'on pense que ce nom aurait peu prs le sens d'merobaptiste4 ,les ,mandens1 qui nous sont plus connus que les ,elkesates1 eurent des livres saints4 ,brandt a traduit en allemand une partie de ces textes#eg dont la rdaction doit tre place1 selon ,noeldeke#eh1 entre les annes #fej et #ijj de notre re1 soit prcisment l'poque dont nous nous occupons4 ,la thse gnrale de ces crits est gnostique3 une opposition est tablie entre le monde de la lumire et le monde des tnbres2 un envoy du roi de la lumire descend du ciel et s'enfonce dans l'abme pour dtruire la puissance du prince des tnbres4 ,note #ef3 ,die ,ssabier und der ,ssabismus1 von ,dr4 ,d4 ,chwolson1 #b vol4 ,saint-,ptersburg1 #ahef4--,m4 ,j4 de ,goeje a achev et publi dans les ,actes du sixime congrs des ,orientalistes un mmoire posthume de ,dozy3 ,nouveaux documents pour l'tude de la religion des ,harraniens4 ,leyde1 #ahhc1 t4 ,,ii1 p4 #bha et suiv4 ,note #eg3 ,w4 ,brandt1 ,mandasche ,schriften1 ,gttingue1 #ahic4--,w4 ,brandt1 ,die ,mandische religion1 ,leipzig1 #ahhi4 ,note #eh3 ,noeldeke1 ,mandasche ,grammatik1 p4 ,,xxii4 ,le roi de la lumire est clbr en ces termes3 ,il est le premier1 tendu d'une extrmit l'autre1 le crateur de toutes les formes1 l'origine de toutes les choses belles1 celui qui est gard dans sa sagesse1 cach et non manifest444 clat qui ne change pas1 lumire qui ne passe pas444 vie au-dessus de toute vie1 splendeur au-dessus de toute splendeur1 lumire au-dessus de toute lumire sans manque ni dfaut#ei4 ,de ce prince de lumire sortent cinq gros et longs rayons3 le premier est la lumire qui se rpand sur les tres1 le second l'haleine embaume qui souffle sur eux1 le troisime la voix douce qui les fait tressaillir d'allgresse1 le quatrime le ,verbe de sa bouche par lequel il les cultive et les instruit1 le cinquime la beaut de sa forme1 par laquelle ils croissent comme des fruits au soleil#fj4 ,mans naquit dans le ,mandisme4 ,la bataille entre le monde de lumire et le monde des tnbres1 selon le manichisme1 prsente de grandes analogies avec ce qu'on lit dans les crits ,mandens#fa4 ,le roi du ,paradis de lumire a1 selon ,mans1 arm l'homme originel des cinq lments lumineux3 le souffle doux1 le vent1 la lumire1 l'eau et le feu2 et le dmon originel est arm des lments tnbreux3 la fume1 la braise1 l'obscurit1 l'ouragan et la nue4 ,la descente aux enfers de l'envoy lumineux est dcrite dans les livres mandens en une forme pique et en des tonalits trangement fantastiques1 travers lesquelles se distinguent encore de vieux symboles assyriens4 ,note #ei3 ,brandt1 ,mandische ,schriften1 p4 #h4 ,note #fj3 ,brandt1 op4 laud41 p4 #aj4 ,note #fa3 ,brandt1 op4 laud41 p4 #bba4 ,l'autre secte qui reut le nom de ,sabens et qui avait son sige principal ,harrn1 tait une secte paenne adoratrice des astres4 ,on raconte#fb que le khalife ,mamoun tant parti1 en l'an #bae1 en expdition contre l'empire grec1 passa par ,harrn1 et qu'il fut surpris de voir parmi les habitants de cette ville qui vinrent le saluer1 des hommes au costume trange1 vtus de robes troites et portant les cheveux longs4 ,le khalife demanda ces hommes qui ils taient4 ,ils rpondirent3 ,nous sommes ,harraniens4--tes-vous ,chrtiens8 insista le khalife1--non2--,juifs8--non2--,mages#fc 8--non4--,avez-vous un livre saint ou un prophte8 demanda-t-il enfin4--,ils firent une rponse vasive4--,vous tes donc des impies1 s'cria le khalife2 et comme ils demandaient payer la capitation1 il leur dclara qu'il ne pourrait supporter leur existence s'ils ne se faisaient musulmans1 ou si au moins ils n'embrassaient l'une des religions que le prophte avait indiques comme tolrables2 autrement il les exterminerait jusqu'au dernier4 ,le khalife avait donn aux ,harraniens pour se dcider tout le temps qui s'coulerait jusqu' son retour4 ,il mourut en route4 ,mais la question pouvant tre souleve tout moment1 les ,harraniens n'en durent pas moins prendre un parti4 ,quelques-uns embrassrent l'islam ou se firent chrtiens4 ,un assez grand nombre qui taient attachs leur religion1 hsitrent longtemps1 et ils furent la fin tirs d'affaire par un docteur mahomtan qui habitait ,harrn4 ,il y a1 leur dit ce docteur1 une religion fort peu connue1 que le prophte a tolre2 c'est celle des ,sabens4 ,on ne sait gure ce que c'est que les ,sabens2 prenez leur nom4 ,personne n'y objectera rien et vous vivrez en paix4 ,c'est ainsi qu'au temps des successeurs de ,mamoun1 on vit apparatre ,harrn et dans d'autres localits1 des communauts sabennes qui y taient inconnues auparavant et qui taient sans rapport avec le mandisme4 ,note #fb3 ,chwolson1 op4 laud41 ,i1 #adj et ,,ii1 #ae4 ,note #fc3 ,les ,arabes donnaient le nom de ,mages aux sectateurs de la religion de ,zoroastre4 ,dj sous ,rchd les ,harraniens avaient couru de grands dangers4 ,on prtend qu'on avait trouv dans leur temple une tte humaine dessche1 orne de lvres d'or1 qui leur servait rendre des oracles1 et il avait t question de les dtruire4 ,ils avaient fond cette occasion un trsor dit des calamits4 ,la doctrine des ,sabens de ,harrn nous est connue par deux principales sources qui sont indpendantes l'une de l'autre3 le ,fihrist1 important recueil arabe sur l'histoire des sciences1 compos par en-,nedm#fd1 et le livre de ,chahrastani dj familier nos lecteurs4 ,le fondement de cette doctrine religieuse est l'adoration des esprits des astres1 ayant pour corollaire l'astrologie et la magie4 ,c'est1 dit ,m4 de ,goeje1 la continuation du paganisme babylonien#fe4 ,il y a lieu de croire cependant que1 tout au moins pour les savants1 ce paganisme avait t relev par des ides tires du noplatonisme ou de la gnose4 ,les rudits ne se sont pas mis tout fait d'accord sur la question de savoir si les ,harraniens taient monothistes ou rellement paens4 ,il est fort possible que les moins instruits d'entre eux fussent demeurs polythistes2 quant la doctrine des ,sabens que nous rapportent les auteurs arabes1 elle est clairement ordonne vers le monothisme4 ,les divinits des plantes sont subordonnes un ,dieu suprme1 par rapport auquel elles ont peu prs la valeur des ons des gnostiques4 ,une prire la constellation de la ,grande ,ourse l'invoque au nom de la force qu'a place en elle le crateur du tout2 ,jupiter est conjur par le matre du haut difice1 des bienfaits et de la grce1 le premier entre tous1 le seul ternel4 ,le ,soleil est appel cause des causes1 ce qui ne signifie pas qu'il soit le dieu suprme#ff4 ,selon en-,nedm1 les ,harraniens avaient adopt sur la matire1 les lments1 la forme1 le temps1 l'espace1 le mouvement1 beaucoup d'ides pripatticiennes#fg4 ,ils admettaient que les corps sublunaires taient composs des quatre lments ordinaires1 tandis que le corps du ciel tait fait d'un cinquime lment4 ,l'me tait pour eux une substance exempte des accidents du corps4 ,dieu tait une sorte d'inconnaissable ne possdant pas d'attribut et auquel aucun jugement ni aucun raisonnement ne pouvait s'appliquer4 ,d'aprs ,chahrastani1 l'me qui est commune aux hommes et aux anges1 par opposition l'me animale1 est1 pour les ,harraniens1 une substance incorporelle qui achve le corps et le meut librement#fh4 ,elle est en acte chez l'ange1 en puissance chez l'homme4 ,l'intelligence est une fonction ou forme de cette me qui peroit les essences des choses abstraites de la matire4 ,c'en est dj assez pour prouver que1 parmi beaucoup de traditions diverses1 les ,sabens avaient recueilli la grande tradition philosophique4 ,note #fd3 ,kitb al-,fihrist1 d4 ,g4 ,flgel1 #b vol4 ,leipzig1 #ahga-gb4 ,en-,nedm crivit en #cgg de l'hgire4 ,note #fe3 ,mmoire cit plus haut du ,congrs des ,orientalistes de ,leyde1 p4 #bib4 ,note #ff3 ,d'aprs le mmoire de de ,goeje1 pages #cbb1 #cbd et #ceg4 ,note #fg3 ,chwolson1 op4 laud41 ,,ii1 #ab4 ,note #fh3 ,chwolson1 op4 laud41 ,,ii1 #dch4 ,ailleurs1 on retrouve dans leur systme comme dans celui des ,mandens1 l'opposition caractristique entre la lumire et les tnbres1 selon la tradition manichenne#fi3 ,les tres spirituels1 disent-ils d'aprs ,chahrastani1 sont des formes de lumire belles et de nature suprieure1 les tres corporels sont des formes de tnbres444 ,le monde des tres spirituels est en haut1 au plus haut rang de lumire et de beaut2 le monde des tres corporels est dans la profondeur1 au dernier degr de grossiret et de tnbres4 ,les deux mondes sont opposs l'un l'autre4 ,la perfection survient en haut1 non dans la profondeur2 les caractres s'opposent des deux parts1 et l'excellence appartient la lumire1 non aux tnbres4 ,note #fi3 ,chwolson1 op4 laud41 ,,ii1 #dbh1 #ag4 ,les ,sabens reconnurent deux prophtes1 d'origine gyptienne1 ,agathodmon et ,herms4 ,ils furent de grands folkloristes et je pense que cette qualit tait inne leur secte1 et qu'ils ne la dvelopprent pas uniquement pour complaire aux ,musulmans en renchrissant sur leurs lgendes4 ,je crois1 au contraire1 que des lgendes qui figurent dans le ,coran1 venant de la ,bible ou d'ailleurs1 ont dj t travailles selon l'esprit des ,sabens4 ,ceux-ci contriburent certainement rpandre dans les sectes musulmanes l'ide de progression prophtique qui donna l'essor beaucoup d'hrsies4 ,cependant l'tude de ces influences aurait encore besoin d'tre faite avec plus de rigueur4 ,le plus illustre des ,sabens de ,harrn dont le nom mrite d'tre retenu1 cause des services qu'ils rendirent la science1 est ,tbit fils de ,korrah1 n probablement en #bba et mort en #bhh de l'hgire4 ,il appartenait une grande famille4 ,il vcut d'abord ,harrn o il exera la profession de changeur1 puis ,kafartouta1 d'o l'astronome ,mohammed fils de ,mousa ibn ,chkir l'emmena ,bagdad pour le prsenter au khalife4 ,il se lia d'amiti avec le khalife ,motadid avant son avnement au trne1 et il demeura ensuite en grande faveur auprs de ce prince4 ,il usa de son crdit pour fonder une communaut sabenne ,bagdad4 ,esprit encyclopdique1 ,tbit fils de ,korrah est avant tout considr par les ,arabes comme philosophe4 ,nous ne possdons malheureusement plus ses oeuvres philosophiques4 ,ses crits sur la gomtrie1 dont nous connaissons quelques-uns1 lui ont assur une place importante dans l'histoire des mathmatiques4 ,il savait l'arabe1 le syriaque et le grec4 ,bar ,hebrus1 qui peut passer pour bon juge1 fait l'loge de son style en syriaque4 ,l'astronome ,abou ,machar loue ses qualits de traducteur4 ,il corrigea admirablement1 dit-on1 beaucoup de traductions antrieures4 ,sa fcondit fut extrme4 ,bar ,hebrus lui attribue cent cinquante oeuvres en arabe et seize en syriaque4 ,il avait crit sur sa religion un ouvrage dont on doit dplorer la perte2 mais conformment l'esprit de sa secte1 il avait un peu vers dans l'astrologie et dans la ,kabbale4 ,tbit recensa beaucoup d'oeuvres de mathmatique grecque4 ,en ce qui concerne plus spcialement la philosophie1 il traduisit une partie du commentaire de ,proclus sur les ,vers dors de ,pythagore1 le trait de ,optim sect de ,galien2 il tudia les ,catgories d',aristote1 les premiers ,analytiques1 les ,hermneia4 ,il crivit lui-mme un trait de l'argumentation socratique et un autre1 qui devait tre fort curieux1 pour la solution des difficults du livre de la ,rpublique de ,platon4 ,tbit eut beaucoup d'lves1 parmi lesquels ses deux favoris furent un juif et un chrtien qui laissrent quelque rputation4 ,ibn ,ab et-,tana est le juif et ,ysa fils d',asd le chrtien4 ,l'on voit qu'il existait alors entre savants une vritable confraternit n'excluant aucune confession1 et il est pittoresque de se reprsenter le savant saben donnant des leons au disciple de ,mose et celui de ,jsus sous le regard favorable du khalife mahomtan4 ,la famille de ,tbit fils de ,korrah continua aprs lui1 pendant plusieurs gnrations1 tenir un haut rang dans la science4 ,sinn1 le fils de ,tbit1 crivit1 entre plusieurs ouvrages1 une vie de son pre4 ,ce ,sinn fut l'ami de l'historien ,maoudi4 ,un autre ,saben qui fut fort clbre aussi1 mais surtout comme savant1 est ,mohammed fils de ,djbir el-,battni4 ,il tait originaire probablement de ,batnah en ,msopotamie et il vcut ,rakkah4 ,ce fut un mathmaticien et un astronome de grand mrite2 ses tables astronomiques eurent beaucoup de vogue durant tout le moyen ge qui le cita sous le nom d',albategnus4 ,on pense qu'il savait le grec2 il commenta le ,tetrabiblos de ,ptolme1 recensa l',almageste et plusieurs oeuvres d',archimde4 ,el-,battni fit ses observations de #bfd #cjf4 ,il fut li avec ,djafar fils du khalife ,moktafi4 ,abou ,djafar el-,khzin1 connu plutt sous le nom d',ibn ,rouh1 fut mathmaticien aussi1 astronome et un peu philosophe4 ,il traduisit du syriaque en arabe le commentaire d',alexandre d',aphrodise au premier livre de la ,physique d',aristote4 ,cette traduction fut revue par ,yahya fils d',adi4 ,ibn ,rouh fut l'ami du philosophe mahomtan ,abou ,zd el-,balkhi que nous rencontrerons au chapitre suivant4 ,l'on peut donc noter que1 dans cette intressante secte des ,sabens1 la philosophie fut troitement lie l'tude des sciences gomtrique1 arithmtique et astronomique4 ,cette circonstance drivait apparemment de l'habitude ancienne qu'avaient ces savants du culte et de l'observation des astres2 mais elle se trouvait aussi assez bien d'accord avec l'esprit du noplatonisme4 ,d'aprs ce chapitre1 dont les rsultats se trouveront complts dans la suite1 il apparat dj que1 antrieurement au temps d',avicenne1 les ,orientaux taient en possession d'une littrature philosophique trs riche et un peu mle4 ,aristote y dominait2 il y figurait par ses oeuvres propres et par ses commentateurs1 ,alexandre d',aphrodise1 ,thmistius1 ,ammonius1 ,jean ,philoponus4 ,ce dernier1 bien connu des ,arabes qui l'appelaient ,jean le ,grammairien1 conduit l'cole grecque jusqu'au seuil du mahomtisme4 ,il mourut en effet peu d'annes avant l'hgire1 et mme une lgende musulmane1 prolongeant ses jours1 l'amne en prsence du terrible conqurant de l'gypte ,amrou fils d'el-,as1 auprs duquel il aurait intercd pour la conservation de la bibliothque d',alexandrie4 ,aprs ,aristote vient ,platon1 dont la philosophie plus difficile saisir1 moins matrialise1 moins bien conserve par la tradition des coles1 a certainement t moins connue des ,arabes que celle de son successeur4 ,au-dessous de ces deux matres se place un cortge un peu disparate o l'on distingue le noplatonicien ,porphyre1 le mdecin ,galien1 le ,perse ,mans1 le gnostique ,marcion et bien d'autres encore4 ,de cet ensemble rsultait une tradition philosophique syncrtique1 qui se rapprochait beaucoup en somme de celle du noplatonisme4 ,maoudi dit assez explicitement que la philosophie la plus en vogue de son temps 7il mourut en #cde7 tait celle de ,pythagore#gj2 on doit entendre le noplatonisme4 ,ce que nous dirons de ,farabi viendra1 je crois1 l'appui de cette affirmation4 ,chez les ,syriens1 on affectionnait la littrature gnomique qui tait assez favorable la diffusion du syncrtisme noplatonicien4 ,des recueils de maximes o figuraient ,pythagore1 ,platon1 ,mnandre1 ,secundus1 taient en grande faveur#ga4 ,il ne parat pas que ce genre ait eu la mme vogue chez les ,arabes4 ,on s'tonnera peut-tre1 s'il est vrai que la tradition noplatonicienne ait t dominante chez ces derniers1 de n'avoir pas vu figurer1 en tte des auteurs grecs connus d'eux1 l'un des principaux matres du noplatonisme ,plotin4 ,plotin est en effet trs rarement cit par les ,arabes qui le distinguent pourtant sous le titre de chekh grec1 chekh el-iounni#gb2 le nom de ,plotin1 au reste1 lorsqu'on fait abstraction des voyelles1 selon l'usage des critures smitiques1 a une ressemblance fcheuse avec celui de ,platon1 et il a d arriver maintes fois que ,platon1 comme le plus illustre1 ait eu accepter la responsabilit des doctrines de son quasi-homonyme4 ,cela est arriv mme1 quoique avec beaucoup moins de raison1 ,aristote4 ,tout un livre qui ne contient en ralit que des extraits des ,ennades ,,iv ,,vi de ,plotin1 traduit l'poque dont nous nous occupons1 a t rpandu pendant le moyen ge sous le nom d',aristote4 ,c'est certainement l l'une des plus curieuses histoires d'apocryphe qu'il y ait en philosophie4 ,elle mrite que nous nous y arrtions un instant avant de clore ce chapitre4 ,note #gj3 ,maoudi1 le ,livre de l',avertissement1 #aga4 ,note #ga3 ,dom ,parisot1 ,revue de l',orient ,chrtien1 recueil trimestriel1 #ahii1 p4 #bib4 ,note #gb3 ,c'est ainsi que l'appelle ,chahrastani4 ,la thologie 7outhouloudjia7 d',aristote#gc--;c'est le titre de ce livre--fut traduite en arabe aux environs de l'an #bbf par ,ibn ,nimah d',emesse et cette traduction fut revue pour ,ahmed fils du khalife ,motasim par le clbre el-,kindi4 ,le livre eut une grande vogue en ,orient4 ,le ,juif ,mose ben ,ezra en parle en l'appelant ,bedolach1 mot qui n'est probablement autre que le mot outhouloudja dform par dplacement de points diacritiques4 ,une paraphrase latine en fut faite la ,renaissance et parut ,rome1 en #aeai1 sous le titre ,sapientissimi ,aristotelis ,stagirit ,theologia sive mistica philosophia1 secundum gyptios noviter reperta et in latinum castigatissime redacta4 ,en #aegb le mme ouvrage fut rimprim ,paris4 ,note #gc3 ,dieterici a dit et traduit en allemand cet ouvrage4 ,die sogenannte ,theologie des ,aristoteles1 #b vol4 ,leipzig1 #ahhb-hc4 ,voici1 en peu de mots1 comment se prsente cette thologie4 ,quoique assez mal ordonne1 il apparat assez vite que le grand problme de l'un et du multiple y domine4 ,l'un pur est cause de toutes choses2 il n'est pas l'une des choses1 mais il est le principe de chaque chose2 il n'est pas lui-mme les choses2 mais toutes les choses sont en lui4 ,toutes dcoulent de lui4 ,l'intelligence en dcoule d'abord sans intermdiaire2 puis toutes les choses qui sont dans le monde suprieur intelligible dcoulent de cette intelligence2 et celles enfin qui sont dans le monde infrieur sortent des choses du monde intelligible1 et par leur intermdiaire1 elles sortent de l'un4 ,on doit concevoir ainsi cet enfantement de la premire intelligence3 ,aprs que le premier tre est sorti de l'un pur1 il s'arrte et jette ses regards sur l'un pour le voir2 il devient alors intelligence1 et ses actes deviennent semblables l'un pur1 car aprs qu'il a jet ses regards sur l'un et qu'il l'a vu selon son pouvoir1 l'un a vers en lui des puissances nombreuses et grandes4 ,c'est alors que de l'intelligence sort la forme de l'me1 sans que l'intelligence se meuve1 de mme que l'intelligence est sortie de l'un pur1 sans que l'un se soit m4 ,l'me est donc un caus de caus4 ,elle ne peut plus produire d'acte sans mouvement1 et ce qu'elle produit est prissable4 ,nous nous apercevrons dans la suite que les philosophes arabes ont retenu cette thorie4 ,l'me1 sortie de l'intelligence1 est une image de l'intelligence1 et son acte ne consiste que dans la connaissance de l'intelligence et de la vie qu'elle fait son tour dcouler sur les choses4 ,l'intelligence universelle est comme le feu1 l'me universelle comme la chaleur qui du feu rayonne alentour4 ,l'acte de l'me s'appelle image4 ,quand l'me veut produire1 elle regarde l'ide de la chose qu'elle veut produire1 et dans ce regard elle s'emplit de force et de lumire2 puis elle se meut en bas1 et l'image qui sort d'elle est sensible4 ,l'me est ainsi intermdiaire entre le monde de l'intelligence et le monde sensible et lie aux deux4 ,quand elle se dtourne de la contemplation de l'intelligence pour se porter vers les choses infrieures1 elle produit les individus selon leurs rangs1 ceux du monde des astres et ceux du monde sublunaire4 ,chaque tre du monde infrieur a son modle dans le monde intelligible4 ,l'me1 lien des deux mondes1 est belle par rapport au sensible1 parce qu'elle tient l'intelligible1 laide par rapport l'intelligible parce qu'elle tient au sensible4 ,mais la forme de l'me est ternellement belle1 et de sa beaut dcoule celle de la nature4 ,la vie appartient l'me2 elle n'appartient pas aux corps qui sont prissables4 ,l'me a son lieu dans l'intelligence4 ,en l'intelligence universelle sont toutes les intelligences et toutes les vies4 ,de mme que dans l'intelligence universelle sont tous les tres au-dessous d'elle1 c'est--dire tous hormis l'un immobile1 de mme dans le vivant universel qui est l'me1 sont toutes les natures vivantes2 et dans chaque vie sont contenues de nombreuses vies1 mais chacune moindre et plus faible que celle qui la prcde2 et la vie ne cesse de dcouler jusqu' ce qu'elle arrive la nature la plus petite et la plus faible en laquelle tombe la puissance universelle1 et c'est l'individu vivant4 ,toutes les choses1 ainsi loignes par le rang1 sont runies par l'amour4 ,l'amour vritable qui est l'intelligence runit tous les tres intelligibles et vivants et les fait uns2 et ils ne se sparent jamais1 car il n'y a rien au-dessus de cet amour4 ,le monde suprieur est amour pur4 ,telles sont les penses que les ,arabes du quatrime sicle de l'hgire attribuaient ,aristote4 ,on comprend maintenant comment la philosophie a pu leur apparatre comme un tout passablement complexe et discordant qu'il s'agissait de concevoir synthtiquement4 ,la philosophie tait une2 mais elle avait mille faces4 ,elle s'tendait de l'empirisme le plus positif au mysticisme le plus exalt4 ,le philosophe par excellence tait celui qui comprenait le mieux l'unit harmonique de ces divers aspects4 ,en dfinitive1 c'est bien ainsi que se posait cette poque le problme philosophique2 et quoique l'on puisse tre tent de le trouver absurde1 si l'on veut bien faire un effort d'imagination et se reporter vers l',orient1 pays des mlanges1 des fusions et des synthses1 on reconnatra qu' tout prendre il ne manquait1 sous cette forme1 ni de posie ni de grandeur4 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,philosophes ,,et ,,les ,,encyclop,,distes ,le nom de philosophe n'a pas dans la littrature arabe le sens gnral et vague qu'il a dans notre langue4 ,ceux que les ,arabes appelrent les philosophes 7falasouf1 pluriel3 falsifah71 par transcription du grec1 n'taient pas tous les chercheurs de la vrit1 tous les manieurs de la pense1 les sages1 les spculatifs2 ils eussent dsign ceux-ci plutt par les noms de hakm ou de nzir4 ,les philosophes proprement dits taient spcifiquement les continuateurs de la tradition philosophique grecque considre comme une4 ,pour eux1 la philosophie grecque tait vraie au mme degr que la rvlation2 il existait priori un accord entre la philosophie et le dogme1 peu prs comme aux yeux des croyants de nos jours1 il existe un accord entre la science et la foi4 ,mais en ralit la philosophie grecque contenait une masse d'ides passablement complexes et divergentes1 et il n'est pas toujours ais de voir du premier coup comment ces thories pouvaient s'adapter la thologie de l'islam4 ,ce doit tre justement l'un des principaux rsultats de notre travail que de faire sentir jusqu' quel point ces savants ont ralis l'harmonie entre la philosophie grecque et l'orthodoxie musulmane et dans quelle mesure ils y ont failli4 ,chahrastani donne une liste d'une vingtaine de personnages#gd qui ont mrit1 dans la littrature arabe1 le titre de philosophe1 antrieurement ,avicenne4 ,on reconnat dans cette liste des noms que nous avons vus figurer au chapitre des traducteurs1 ceux de ,honn fils d',ishk1 ,tbit fils de ,korrah et ,yahya fils d',adi4 ,ces sages n'taient pas musulmans4 ,les deux plus illustres musulmans que1 avec eux1 mentionne ,chahrastani sont ,yakoub fils d',ishk el-,kindi et ,mohammed ,abou ,nasr el-,farabi4 ,el-,kindi et el-,farabi sont les deux grands dynastes dont les noms dominent la priode progressive de la philosophie arabe qui s'tend sur les deux sicles prcdant ,avicenne4 ,note #gd3 ,chahrastani1 d4 ,cureton1 ,,ii1 #cdh4 ,malgr l'norme rputation que s'acquit en ,orient ,yakoub fils d',ishk el-,kindi1 et malgr l'cho que cette renomme trouva en ,occident1 nous connaissons en somme de lui fort peu de chose et nous craignons qu'il nous soit impossible de restituer sa figure avec quelque intensit4 ,el-,kindi fut surnomm le philosophe des ,arabes1 falasouf el-,arab1 titre qu'il dut sa situation de fondateur de la ligne philosophique chez les musulmans et la puret de ses origines arabes4 ,il tait issu d'une famille illustre1 et il appartenait la grande tribu de ,kindah1 de la race de ,kahtan4 ,l'histoire de sa maison1 dont s'est occup l'orientaliste ,flgel#ge1 nous montre son sixime anctre paternel1 venant1 la tte de soixante-dix cavaliers1 faire accession l'islam dans la dixime anne de l'hgire1 et se rangeant ds lors parmi les compagnons du prophte4 ,avant ce temps la famille de ,kindah habitait l',ymen4 ,les aeux plus proches de notre auteur migrrent en ,chalde2 son pre fut mir de ,koufah sous les khalifes ,mehdi et ,rchd2 son grand-pre l'avait t de diverses villes1 et il possdait ses principaux domaines ,basrah2 l'on pense que c'est l que notre philosophe naquit4 ,el-,kindi1 jeune1 alla tudier ,bagdad1 on ne sait sous quels matres2 mais il n'y a aucun doute que ce fut sous des matres chrtiens4 ,de brves indications biographiques1 fournies surtout par el-,kifti et par ,ibn ,abi ,osebiah1 nous le font voir ensuite entrant dans l'intimit des khalifes1 et l'on nous apprend qu'il s'attacha leur service en qualit de lettr4 ,il fut en particulire faveur auprs de ,motasim et d',ahmed l'un des fils de ,motasim1 auquel il ddia plusieurs de ses ouvrages4 ,a la fin de sa vie il fut en proie des attaques et des perscutions que lui attirrent sans doute la jalousie ou le fanatisme4 ,l'astronome ,abou ,machar le hat1 puis se rconcilia avec lui et devint son admirateur et son disciple2 les mathmaticiens fils de ,mousa fils de ,chkir le desservirent aussi4 ,on croit que sa mort arriva vers l'an #bfj sous le rgne de ,motamid#gf4 ,note #ge3 ,flgel1 ,al-,kindi dans les ,abhandlungen de la ,deutsche ,morgenlndische ,geseltschaft1 #aheg4 ,note #gf3 ,die philosophischen ,abhandlungen des ,jaqb ben ,ishq ,al-,kindi1 d4 ,albino ,nagy1 ,introduction1 p4 x4 ,el-,kindi fut un traducteur important1 un encyclopdiste d'une fcondit rare4 ,flgel a recueilli la liste de ses ouvrages qui se montent au chiffre norme de #bfe1 embrassant une vaste portion des sciences de ce temps4 ,il traduisit le livre #ej de la ,mtaphysique d',aristote2 il commenta les premiers et les seconds ,analytiques1 le de ,sophisticis elenchis1 l'ouvrage apocryphe intitul l',apologie d',aristote2 il abrgea la ,potique d',aristote et celle d',alexandre d',aphrodise1 les ,hermneia1 l',isagoge de ,porphyre4 ,il crivit un trait sur les ,catgories4 ,les titres de ses ouvrages tmoignent d'un travail considrable fait en vue de l'interprtation et de l'adaptation des ouvrages grecs4 ,on peut croire qu'il s'effora d'en extraire et d'en clarifier la substance1 d'en simplifier et d'en ordonner les doctrines4 ,un de ses traits a pour objet l',ordre des livres d',aristote1 apparemment l'ordre dans lequel ils doivent tre tudis4 ,el-,kindi s'intressa la philosophie politique4 ,il crivit une thorie des nombres harmoniques dont ,platon parle dans sa ,rpublique4 ,il fut bon polmiste1 ce qui peut encore expliquer qu'il eut beaucoup d'ennemis4 ,son oeuvre plus spcialement scientifique est fort importante4 ,il aurait traduit la ,gographie de ,ptolme1 dont une version syriaque existait antrieurement#gg4 ,il recensa les lments d',euclide et il crivit sur les oeuvres de ce gomtre et sur l',almageste de ,ptolme4 ,ses crits sur les mathmatiques et sur l'astronomie sont nombreux4 ,il s'intressa la mtorologie1 propos de laquelle il eut combattre les ides des ,manichens sur la constitution du ciel1 sur la thorie de la lumire et des tnbres4 ,il s'attaqua d'ailleurs aux ,manichens dans un crit particulier4 ,la mdecine ne lui fut pas trangre1 bien qu'il ne semble pas l'avoir pratique4 ,enfin il connut la musique1 et il enseigna1 avec la thorie1 la pratique de cet art4 ,les aptitudes scientifiques d'el-,kindi constituent certainement un des traits caractristiques de son gnie2 il parat avoir prt une attention gale aux sciences de la nature et aux sciences spculatives4 ,il les considra sans nul doute comme un fondement ncessaire ou comme une partie intgrante de la philosophie4 ,un de ses ouvrages a pour titre3 ,sur ce qu'on ne peut comprendre la philosophie sans tre mathmaticien4 ,contrairement d'autres grands encyclopdistes1 on n'aperoit pas qu'il ait attach beaucoup de prix la mystique4 ,le docteur ,albino ,nagy a rcemment dit des traductions latines de trois opuscules d'el-,kindi#gh4 ,deux de ces opuscules qui portent les titres de ,quinque essentiis et de ,intellectu traitent de thories familires la scolastique arabe1 et il est intressant de montrer en quel tat se prsentaient ces thories au troisime sicle de l'hgire sous la plume de notre philosophe4 ,les cinq essences qu'on appellerait mieux1 d'un terme plus neutre1 les cinq choses1 sont celles1 est-il dit1 qui se trouvent dans toutes les substances1 savoir la matire et la forme1 le mouvement1 le temps et le lieu4 ,le style d'el-,kindi dans ces traits est ferme1 trs concis et non sans beaut4 ,voici en entier son paragraphe sur la matire3 ,la matire est ce qui reoit et n'est pas reu1 ce qui retient et n'est pas retenu4 ,quand la matire est te1 tout ce qui est outre est t2 mais quand ce qui est outre est t1 la matire n'est pas te4 ,toute chose est de matire4 ,elle est ce qui reoit les contraires sans corruption2 et la matire n'a point de dfinition du tout4 ,note #gg3 ,wenrich1 op4 laud41 p4 #bcj4 ,note #gh3 dition cite ci-dessus1 faisant partie des ,beitrge zur ,geschichte der philosophie der mittelalters1 publis par ,cl4 ,baeumker et ,g4 ,f4 von ,hertling1 ,band ,,ii1 ,heft ,v1 ,mnster1 #ahig4 ,la forme est de deux sortes3 celle qui constitue le genre2 celle-l ne fait pas partie des principes simples dont nous parlons1--et celle qui sert distinguer une chose de toutes les autres par la substance1 la quantit1 la qualit et le reste des dix prdicats2 c'est l la forme qui constitue toute chose4 ,en chaque matire est une puissance par laquelle les choses naissent de la matire1 et cette puissance est la forme4 ,par exemple1 de la chaleur et de la siccit1 lorsqu'elles concourent1 nat le feu2 la matire est dans la chaleur et dans la siccit2 la forme est le feu2 la puissance est ce qui rend la matire feu444 ,disons donc que la forme est la diffrence par laquelle une chose se distingue d'une autre dans la vision1 et la vision est la connaissance de cette chose4 ,cette dfinition ne tmoigne pas encore d'une comprhension complte de la pense d',aristote1 d'une possession acheve de l'ide scolastique2 on sent l une thorie en voie de se faire2 il est juste au reste de noter que le latin de cette traduction est mauvais4 ,notre auteur distingue six espces de mouvements1 conformment la tradition pripatticienne3 les mouvements de gnration et de corruption en substance1 d'augmentation et de diminution en quantit1 d'altration en qualit1 et le mouvement dans le lieu1 rectiligne ou circulaire4 ,comme ,aristote1 la dfinition du lieu le trouble3 ,les philosophes1 dit-il1 n'ont pas t d'accord sur cette question1 cause de son obscurit et de sa subtilit4 ,il en est qui ont dit qu'il n'y a pas de lieu du tout1 d'autres que le lieu est un corps1 comme ,platon1 d'autres qu'il est sans tre un corps4 ,et1 pensant suivre l'opinion d',aristote1 il rfute celle qui veut que le lieu soit un corps1 et il admet que le lieu est la surface qui se trouve hors du corps2 en tant que surface1 le lieu est une matire deux dimensions4 ,le lieu1 remarque el-,kindi en physicien1 n'est pas dtruit quand on enlve le corps2 l'air vient dans le lieu o l'on a fait le vide1 et l'eau vient o s'en va l'air4 ,la notion du temps a galement amen des divergences parmi les philosophes4 ,les uns ont dit qu'il tait le mouvement en lui-mme1 d'autres qu'il ne l'tait pas4 ,nous1 affirme notre auteur1 nous voyons que le mouvement est divers dans les diverses choses1 au lieu que le temps se trouve en toutes selon une seule espce et un seul mode4 ,donc le temps n'est pas le mouvement4 ,il faut1 pour dfinir le temps1 dire que l'instant est ce qui runit le pass et le futur1 bien que l'instant ne subsiste pas par lui-mme4 ,le temps n'est en aucune chose1 si ce n'est dans l'avant et dans l'aprs1 et il n'est rien que le nombre4 ,il est le nombre qui compte le mouvement1 et ce nombre est de l'espce des nombres continus4 ,dans la faon dont sont exposes ces notions1 dans ce style mme1 on peroit l'influence directe de la mtaphysique d',aristote2 et1 malgr que la pense soit encore un peu embarrasse et faible1 l'on constate dans cet crit un noble effort vers l'ordre et la clart4 ,la psychologie d'el-,kindi1 telle qu'elle apparat dans le trs bref trait de l',intelligence1 est bien au mme point que sa mtaphysique4 ,la doctrine est dj assez clarifie et fortement condense2 mais elle prsente encore sur plusieurs points un peu d'opacit et de lourdeur4 ,l'auteur prtend rapporter l'opinion d',aristote et de ,platon1 que par consquent il suppose une4 ,il distingue quatre espces1 ou degrs1 d'intelligence1 trois dans l'me et une hors de l'me4 ,de ces trois espces qui sont dans l'me1 la premire est en puissance1 la seconde est en acte de faon que l'me exerce quand elle veut cette intelligence1 comme le scribe exerce l'art d'crire2 la troisime est cette intelligence actuellement mise en usage1 comme l'crit du scribe4 ,quant l'espce qui se trouve hors de l'me1 c'est l'intellect agent4 ,nous verrons le grand rle de cette dernire espce d'intellect dans la philosophie de ,farabi et dans celle d',avicenne4 ,el-,kindi en parle dj avec une certaine vigueur3 ,rien1 dit-il1 de ce qui est en puissance ne sort en acte1 si ce n'est par quelque chose qui est en acte4 ,l'me donc est intelligente en puissance2 mais elle le devient en acte par l'intelligence premire 7l'intellect agent74 ,quand l'me1 regardant l'intellect agent1 s'unit la forme intelligible1 alors cette forme et l'intelligence sont la mme chose dans l'me2 mais l'intelligence qui est toujours en acte hors de l'me1 l'intellect agent1 n'est pas la mme chose que l'intelligible1 et cette identit n'a lieu que dans l'me4 ,el-,kindi eut des disciples1 et son influence personnelle parat avoir t grande4 ,de ces disciples deux mritent une mention4 ,l'un est ,ahmed fils d'et-,tayib ,serakhsi dont ,maoudi cite des traits de gographie et un abrg de logique#gi4 ,hadji ,khalfa lui attribue un commentaire des ,vers dors de ,pythagore4 ,il fut d'abord prcepteur puis devint familier du khalife ,motadid2 mais ayant un jour commis l'imprudence de trahir un secret que lui avait confi ce prince1 celui-ci le fit dcapiter en #bhf4 ,il tait rudit remarquable et crivain de talent4 ,note #gi3 ,maoudi1 le ,livre de l',avertissement4 ,l'autre disciple notable d'el-,kindi est ,abou ,zd1 fils de ,sahl el-,balkhi4 ,assurment beaucoup moins grand que son matre1 ,abou ,zd de ,balkh a eu1 tout au moins par rapport nous1 une meilleure fortune4 ,un de ses principaux ouvrages nous a t conserv1 et il vient d'tre publi et traduit en franais par ,m4 ,clment ,huart#hj4 ,a la lumire de ce texte1 la physionomie d',abou ,zd est redevenue vivante4 ,n dans un village de la province de ,balkh1 ce philosophe alla dans sa jeunesse tudier dans l',irk1 o le poussait le dsir de s'affilier la secte des ,imamiens2 mais y ayant fait la connaissance du clbre el-,kindi1 il s'attacha lui et il se consacra la philosophie et la science4 ,devenu extrmement rudit1 tout en tant demeur modeste et circonspect1 il s'attira l'estime des puissants4 ,le prince de ,balkh fut son principal protecteur4 ,grce son amiti1 notre savant parvint la fortune1 et il acquit ,balkh d'importants domaines que ses descendants conservrent pendant plusieurs gnrations4 ,ses oeuvres qui portent principalement sur la philosophie et la gographie datent du premier quart du quatrime sicle4 ,note #hj3 ,le livre de la cration et de l'histoire d',abou ,zd ,ahmed ben ,sahl el-,balkhi1 d4 et trad4 ,clment ,huart1 t4 ,ier encore seul paru1 ,paris1 ,leroux1 #ahii4 ,cet ouvrage fait partie des ,publications de l'cole des langues orientales vivantes4 ,abou ,zd voyagea en gypte et en ,perse4 ,esprit ouvert et curieux1 non sans un peu de navet1 il s'informa de beaucoup de systmes1 et nous le voyons se rendre ,bild-,sbour1 pour y faire une enqute sur le compte d'un homme dont les doctrines paraissaient contraires celles des autres hommes1 et qui prtendait tre ,dieu lui-mme#ha4 ,il connut des ,karmates1 des ,manichens1 des ,mazdens1 des ,indiens2 la simplicit de son coeur prserva son orthodoxie contre la sduction de leurs doctrines4 ,son ,livre de la ,cration et de l'histoire renferme de piquants renseignements sur les sectes antropomorphes1 dualistes1 panthistes1 sur les ,harraniens1 les ,motazlites et d'autres4 ,que l'on remarque1 par exemple1 cette doctrine dont il ne nomme pas les adeptes3 7p4 #gg7 ,on prtend encore que ,dieu n'a ni corps ni attribut1 qu'on ne peut ni le connatre ni savoir quelque chose de lui1 et qu'il n'est pas permis de le mentionner4 ,au-dessous de lui est la ,raison universelle1 et sous la ,raison l'me universelle et sous l'me la matire1 sous la matire l'ther puis les forces naturelles2 et on juge que tout mouvement ou force1 sensible ou croissant1 provient de lui4 ,cette doctrine1 d'origine gnostique1 est celle peu prs qui fut adopte par la clbre secte des ,ismaliens qui1 au moment o ,abou ,zd crivait1 venait de natre4 ,note #ha3 ,cl4 ,huart1 op4 laud41 ,introduction1 p4 xiv4 ,notre philosophe rpond des thories panthistes voisines de celle-l3 7p4 #ge7 ,une preuve1 dit-il1 que ,dieu n'est ni l'me ni la raison1 ni l'esprit1 comme le croient certains1 c'est que les mes sont divisibles et que les formes et les individus les sparent2 or il n'y a point d'objet qui se partage dont on n'imagine qu'il puisse se rassembler1 et se rassembler c'est un accident de la substance4 ,les uns vivent1 les autres meurent2 et il faut ou que l'me soit anantie par la mort de son possesseur1 ou qu'elle retourne l'me universelle1 ou qu'elle transmigre en un autre4 ,or l'anantissement1 le retour1 ce sont encore des accidents de la substance4--,cette manire de philosopher est certainement originale4 ,abou ,zd s'occupa de la thorie des attributs divins1 tant agite par les ,motazlites1 et de celle de la prdestination4 ,sa croyance sur ces deux points demeura orthodoxe2 sa conclusion est bien humble3 7p4 #ajj7 ,les choses les plus justes sont les moyennes4 ,on a dit3 celui qui rflchit sur le destin est comme celui qui regarde le centre du soleil2 plus il le fixe1 plus il est bloui4 ,celui qui se borne ce qui est crit dans le ,livre1 j'espre qu'il sera des lus4 ,abou ,zd doit donc nous apparatre plutt comme un musulman trs intelligent que comme un philosophe1 au sens que nous avons expliqu4 ,a nos yeux sa physionomie est plus semblable celle des ,motazlites qu' celle des philosophes1 bien qu'il ait combattu ceux-l et qu'il ait t class parmi ces derniers4 ,la multitude des systmes auxquels il a touch nous remet en mmoire cette masse confuse de penses1 ce chaos philosophique au-dessus duquel monta la grande tradition scolastique4 ,il tait utile de le mentionner pour nous donner une fois de plus cette vision4 ,mais1 selon l'ordre que nous suivons1 il ne marque pas un progrs1 et aprs nous tre un instant arrt prs de lui1 nous devons l'oublier dans l'ombre de son matre el-,kindi4 ,mohammed fils de ,mohammed fils de ,tarkhn ,abou ,nasr el-,frbi1 le plus grand philosophe musulman avant ,avicenne1 tait d'origine turque4 ,la ville de ,frb1 o il naquit1 aujourd'hui ,otrar1 est situe sur le ,yaxarte ou ,syr ,darya4 ,farabi fut lve d'un mdecin chrtien1 ,yohanna fils de ,hln qui mourut ,bagdad sous le rgne de ,moktadir2 il recueillit beaucoup de fruit de son enseignement4 ,on dit aussi qu'il tudia en la compagnie d',abou ,bichr ,matta1 un traducteur dont nous avons parl1 et qu'il s'habitua auprs de lui ramasser sa pense dans des phrases brves et profondes4 ,il se rendit la cour de ,sf ed-,daoulah fils de ,hamdn1 et il parat avoir vcu paisiblement sous sa protection1 sous l'habit des ,soufis4 ,ce prince l'estima et lui donna un rang minent parmi les siens4 ,quand ,sf ed-,daoulah eut pris ,damas1 ,farabi se rendit avec lui dans cette ville1 o il mourut en l'an #cci4 ,d'aprs ,ibn ,abi ,osbiah1 il aurait fait un voyage en gypte l'anne qui prcda sa mort4 ,les ,orientaux ont combl ,farabi d'loges4 ,el-,kifti dit de lui3 ,il devana tous ses contemporains et les dpassa dans l'argumentation et dans l'explication des livres de logique2 il dissipa leur obscurit1 dcouvrit leur mystre1 facilita leur comprhension1 et il condensa ce qu'ils contiennent de plus utile dans des crits irrprochables pour le sens1 clairement rdigs1 o il releva les fautes qui taient chappes ,kindi4 ,et ,abou'l-,faradj1 gnralisant d'un coup l'loge1 dit3 ,ses livres de logique1 de physique1 de thologie et de politique atteignirent la limite de ce qu'on peut dsirer et le sommet de l'excellence4 ,mais1 puisque nous possdons plusieurs ouvrages importants de ,farabi1 il sera prfrable que nous en jugions par nous-mmes4 ,la liste complte des oeuvres de ce philosophe serait longue4 ,steinschneider a fait de sa bibliographie une tude fouille1 minutieuse1 charge d'rudition#hb4 ,de mme qu'el-,kindi1 ,farabi est beaucoup plutt un interprte et un commentateur des auteurs grecs qu'un vritable traducteur4 ,note #hb3 ,moritz ,steinschneider1 ,al-,farabi des arabischen philosophen leben und schriften1 dans les ,mmoires de l',acadmie impriale des sciences de ,saint-,ptersbourg1 t4 ,,xiii1 n #d1 ,saint-,ptersbourg1 #ahfi4 ,il crivit une ,introduction la logique1 un ,abrg de logique selon la mthode des thologiens#hc1 une srie de commentaires l',isagoge de ,porphyre1 aux ,catgories1 aux ,hermneia1 aux premiers et aux seconds ,analytiques1 aux ,topiques1 la ,sophistique1 la ,rhtorique et la ,potique1 le tout constituant un ,organon complet divis en neuf parties4 ,il commenta l'thique ,nicomaque1 et composa sur la politique des oeuvres importantes1 comme nous le redirons2 l'une est une somme des ,lois de ,platon2 une autre a pour titre3 de l',obtention de la flicit4 ,il traita maintes questions mtaphysiques dans des crits divers dont quelques-uns subsistent dans nos bibliothques3 l',intelligence et l'intelligible1 l',ame1 la ,force de l'me1 l',unit et l',un1 la ,substance1 le ,temps1 le ,vide1 l',espace et la ,mesure4 ,on lui doit un commentaire au livre de l',ame d',alexandre d',aphrodise4 ,la conciliation entre ,platon et ,aristote le proccupa1 nous le verrons4 ,il crivit sur le ,but de ,platon et d',aristote1 et sur la ,concordance entre ,platon et ,aristote2 il prit la dfense d',aristote contre ses interprtes2 il crivit contre ,galien1 contre ,jean ,philoponus1 en tant qu'ils interprtent mal ,aristote1 et il formula une ,intervention entre ,aristote et ,galien4 ,note #hc3 ,steinschneider1 op4 laud41 p4 #ah4 ,l'oeuvre scientifique de ,farabi n'est pas trs considrable par rapport son oeuvre philosophique4 ,il donna cependant encore des commentaires la ,physique d',aristote1 la ,mtorologie1 aux traits du ,ciel et du ,monde1 un ,commentaire l',almageste de ,ptolme1 un trait sur le ,mouvement des sphres clestes1 mme un essai sur l'explication des propositions difficiles des lments d',euclide4 ,il s'occupa de sciences occultes1 crivit sur l',alchimie1 la ,gomancie1 les ,gnies et les ,songes4 ,il ne fut pas mdecin4 ,on lui doit enfin dans le domaine de l'art de trs importants traits musicaux qui ont t tudis par ,kosegarten#hd4 ,farabi tait un admirable musicien4 ,sa virtuosit excitait l'admiration de ,sf ed-,daoulah1 et la littrature en a gard le souvenir4 ,note #hd3 ,j4 ,g4 ,l4 ,kosegarten1 dans son introduction ,alii ,ispahanensis liber cantilenarum magnus1 ,greifswald1 #ahdj4 ,farabi aima dans ses crits la forme aphoristique2 l'on dit qu'il mit peu de soin les runir4 ,ces circonstances sont aujourd'hui dfavorables leur intelligence2 tel trait publi par ,dieterici#he1 n'est qu'une collection de brefs paragraphes1 sans ordre et sans lien1 dont l'obscurit s'augmente encore de l'usage qui y est fait de la terminologie des mystiques4 ,nous essaierons nanmoins de tirer des crits dits de ,farabi quelques passages caractristiques1 qui puissent donner une ide assez prcise de cette haute et puissante figure4 ,note #he3 ,les traits tudis ci-dessous ont t dits par ,f4 ,dieterici1 ,alfrb's philosophische ,abhandlungen1 ,leyde1 ,brill41 #ahij4 ,farabi fut grand logicien#hf4 ,on le surnomma le second matre1 el-moallim et-tni1 ,aristote tant le premier4 ,dans un trait intitul ptre du second matre en rponse des questions qui lui avaient t poses1 il tranche certaines difficults qui devaient proccuper les logiciens d'alors4 ,voici ce qu'il dcide touchant les ,catgories3 7 #ai du trait7 ,les dix prdicats ne doivent pas tre considrs comme simples absolument4 ,chacun est simple relativement ceux qui sont au-dessous de lui1 et il n'y en a que quatre qui soient simples purs3 la substance1 la quantit1 la qualit et la position4 ,l'agent et le patient drivent de la substance et de la qualit2 le temps et le lieu1 de la substance et de la quantit2 la possession a lieu entre deux substances1 la relation entre chaque groupe de deux prdicats pris dans les dix4--7 #ae7 ,il y a des degrs dans la simplicit de ces prdicats4 ,par exemple la quantit et la qualit reposent directement sur la substance et n'ont besoin pour tre raliss que de cette substance qui les supporte2 au contraire la relation a besoin de plusieurs choses3 de deux substances1 d'une substance et d'un accident ou de deux accidents4--7 #ah7 ,on demande1 tant donn que l'action et la passion se trouvent toujours ensemble1 si elles doivent tre classes sous le prdicat d'annexion4 ,non1 dit ,farabi4 ,quand une chose se trouve toujours avec une autre1 il ne s'ensuit pas que ces deux choses soient dpendantes d'une dpendance d'annexion4 ,par exemple1 la respiration ne se trouve qu'avec le poumon1 le jour qu'avec le lever du soleil1 l'accident qu'avec la substance1 la parole qu'avec la langue2 or toutes ces choses ne doivent pas tre classes dans la dpendance d'annexion1 mais dans celle de ncessit4 ,il y a ncessit essentielle1 comme celle de l'existence du jour quand se lve le soleil1 et ncessit accidentelle1 comme celle du dpart de ,zd quand entre ,amrou4 ,il y a ncessit complte quand chacune des deux choses existe par le fait de la prsence de l'autre1 et ncessit incomplte quand cette dpendance est unilatrale4--,c'est l une fine analyse de l'ide de relation4 ,note #hf3 ,prantl a consacr dans son ,histoire de la ,logique 7,geschichte der ,logik im ,abendlande1 t4 ,,ii1 p4 #cja-cah7 un article la logique de ,farabi principalement d'aprs des extraits tirs des oeuvres d',albert le ,grand4 7 #bd7 ,on demande si l'gal et l'ingal sont propres de la quantit1 le semblable et le dissemblable propres de la qualit4 ,le propre1 rpond ,farabi1 ne peut tre qu'une chose unique1 comme le rire1 le hennir1 le s'asseoir4 ,cependant si nous appelons description ce qui fait connatre l'essence de la chose1 chacun des deux termes gal et ingal pris sparment est propre de la quantit et les deux pris ensemble sont descriptifs de la quantit4 ,il en est de mme du semblable et du dissemblable par rapport la qualit4 ,la thorie des contraires donne lieu des remarques galement pntrantes4--7 #ag7 ,le contraire est-il le manque de son contraire8 ,le blanc est-il le manque du noir8 ,non1 le blanc est quelque chose et n'est pas seulement le manque du noir2 mais le manque du noir est contenu dans l'existence du blanc1 et dans tout contraire est contenu le manque de son contraire4--7 #cg7 ,on dit que la science des contraires est une2 cette proposition est-elle vraie8 ,il faut distinguer1 rpond ,farabi4 ,si l'on veut parler de la science de telle chose en particulier qui a un contraire1 cette science n'est pas identique celle de son contraire2 la science du juste n'est pas celle de l'injuste1 la connaissance du blanc n'est pas la connaissance du noir4 ,mais si l'on entend la science de cette chose en tant qu'elle a un contraire1 alors cette science est une avec celle de son contraire1 car les deux contraires en ce sens sont en ralit deux relatifs4--7 #ch7 ,il faut distinguer les opposs et les contraires4 ,les opposs sont deux choses qui ne peuvent exister dans un mme objet en un mme temps sous le mme rapport1 comme la qualit de pre et celle de fils2 les opposs font partie des relatifs4 ,les contraires sont tels que le pair et l'impair1 l'affirmation et la ngation1 la possession et le manque4 ,la rponse que voici est remarquable par sa forme mathmatique4 ,on demande combien de choses sont ncessaires pour la connaissance d'un inconnu4 ,deux choses sont ncessaires et suffisantes2 s'il y en a plus de deux1 on s'aperoit par un examen attentif que celles qui sont en sus ne sont pas ncessaires la connaissance de l'objet cherch ou qu'elles rentrent dans les connus dj donns4 ,voici encore une question curieuse1 qui ne laisse pas d'tre grave et que ,farabi traite en deux mots avec un vident bon sens4--7 #af7 ,ce jugement3 l'homme existe1 est-il attribut ou sans attribut8 ,les philosophes anciens et modernes1 dit notre auteur1 sont diviss l-dessus4 ,il suffit de distinguer4 ,sous le rapport naturel1 c'est--dire objectif1 si l'on considre les choses en elles-mmes1 ce jugement est sans attribut1 car l'existence d'un objet ne diffre pas de cet objet1 au lieu que l'attribut est distinct de la chose laquelle il se rapporte2 mais1 au point de vue logique1 ce jugement est attribut1 puisqu'il est constitu par deux termes et qu'il peut tre vrai ou faux4 ,la question des universaux nous fait passer de la logique la mtaphysique4 ,farabi1 sur ce sujet1 met en peu de mots quelques vues profondes4--,comment1 demande-t-on 7 #ad71 faut-il concevoir l'ordre des substances qui sont supportes les unes par les autres8 ,il rpond3 ,les substances premires sont les individus2 ils n'ont besoin de rien d'autre qu'eux pour tre4 ,les substances secondes sont les espces et les genres qui ont besoin1 pour tre1 des individus4 ,les individus sont donc antrieurs en substantialit et ont plus de droit au nom de substance que les genres4 ,mais1 ajoute notre auteur1 avec ce got pour les solutions contrastes qui semble le caractriser1 un autre point de vue1 les universaux1 parce qu'ils sont fixes1 permanents1 subsistants1 ont plus de droit au nom de substance que les individus prissables4 ,et interrog alors 7 #aj7 sur le mode d'existence des universaux1 il dit3 ,les universaux n'existent pas en acte2 ils n'existent que par les individus1 et leur existence est alors accidentelle1 ce qui ne signifie pas que les universaux sont des accidents1 mais seulement que leur existence en acte ne peut tre que par accident4--7 #ci et #dj7 ,il y a deux espces d'universaux auxquels correspondent deux espces de particuliers4 ,le particulier de la substance n'est pas dans un objet donn1 dans une matire1 et on ne connat pas par des donnes son essence4 ,les particuliers de cette espce ne peuvent tre connus que par leurs universaux1 et ces universaux n'existent que dans ces particuliers4 ,le particulier de l'accident est connu par des objets donns1 ainsi que l'universel de l'accident qui est lui-mme dans des donnes4 ,l'on peut juger maintenant suffisamment du style de la logique d'el-,farabi1 qui1 dans les dtails1 hardie1 aigu et personnelle1 tmoigne dans l'ensemble d'une profonde connaissance de l',organon et de l',isagoge4 ,pour tudier la psychologie de notre auteur1 nous disposons d'une oeuvre matresse1 le trait publi par ,dieterici sur les ,sens du mot intelligence4 ,cet opuscule1 dont la rdaction est relativement dveloppe1 a eu une grande importance au moyen ge2 la traduction latine en a t imprime plusieurs fois la ,renaissance sous le titre de ,intellectu ou de ,intellectu et ,intelligibili#hg2 ,munk en a donn une analyse#hh4 ,note #hg3 ,cette traduction a t jointe aux ditions latines d',avicenne1 #adie1 #aejj1 #aejh4 ,cf4 ,steinschneider1 op4 laud41 p4 #ij4 ,note #hh3 ,munk1 ,mlanges de philosophie arabe et juive4 ,paris1 #ahei1 p4 #ddh et suivantes4 ,dans cet ouvrage qui traite de la mme question que le trait de l',intelligence d'el-,kindi1 mais avec beaucoup plus de prcision et d'ampleur1 ,farabi s'occupe de dfinir les diffrents sens dans lesquels a t employ le mot intelligence 7arabe 'aql1 grec ,grec3 nous7 par le vulgaire et par les philosophes4 ,l'homme intelligent pour le vulgaire1 c'est l'homme de mrite1 de jugement sr1 qui sait ce qu'il doit faire de bien et viter de mal4 ,on ne dirait pas d'un homme habile dans le mal qu'il est intelligent2 mais on dirait qu'il est astucieux1 fourbe4 ,les thologiens1 en un autre sens1 disent de l'intelligence qu'elle approuve telle proposition1 qu'elle en rejette telle autre2 ils dsignent par l la facult qui peroit les vrits d'vidence commune4 ,en un sens un peu diffrent1 ,aristote a parl dans les ,analytiques de la facult par laquelle l'homme atteint directement la certitude des prmisses gnrales et ncessaires2 c'est1 dit ,farabi1 la partie de l'me en laquelle se produit la connaissance premire et qui saisit les principes des sciences spculatives4 ,il y a aussi une intelligence des vrits morales1 mentionne par ,aristote dans le livre de l',ethique2 c'est la partie de l'me o se produit l'exprience morale par laquelle1 avec le temps et au moyen de certains principes premiers1 on s'accoutume discerner dans les choses volontaires celles qui doivent tre faites et celles qui doivent tre vites4 ,enfin vient l'intelligence dont il est question au livre de l',ame et qui est pour nous l'intelligence proprement dite4 ,farabi1 comme el-,kindi et avec plus de nettet1 la divise en quatre degrs1 qui sont3 l'intelligence en puissance1 l'intelligence en acte1 l'intelligence acquise et l'intellect agent4 ,il y a cependant encore dans la thorie1 ou du moins dans sa nomenclature1 un certain flottement qu'il est intressant de faire remarquer3 ,l'intelligence qui est en puissance1 dit en propres termes notre auteur1 c'est quelque me ou une partie d'me ou une des facults de l'me1 ou une chose quelconque1--ce vague est curieux1--dont l'essence est prpare ou dispose de faon extraire les quiddits ou les formes de tous les tres de leur matire1 pour en faire des formes de soi-mme4 ,ces formes extraites des objets deviennent formes pour l'intelligence en puissance qui passe alors l'tat d'intelligence en acte2 et ces formes sont les intelligibles en acte qui sont identiquement l'intelligence en acte4 ,sur ce point la thorie tait dj nette chez el-,kindi2 mais il importe d'expliquer la manire dont ,farabi a conu l'existence des intelligibles1 puis le rle de l'intellect agent4 ,quand ces formes qui taient dans des matires l'extrieur de l'me sont devenues intelligibles en acte1 leur existence en tant qu'intelligibles en acte n'est pas la mme que leur existence en tant que formes dans la matire4 ,leur existence en elles-mmes1 nous dirions objective1 est lie aux diverses catgories de temps1 de lieu1 de site1 de quantit1 de mode2 en devenant intelligibles en acte1 elles se soustraient plusieurs de ces prdicats4 ,quand les intelligibles en acte se produisent1 ils deviennent des tres du monde et comptent1 en tant qu'intelligibles1 dans la somme des tres4 ,quand l'tre qui est intelligence en acte comprend1 ce qu'il comprend n'est pas un tre extrieur son essence1 mais c'est son essence mme4 ,on appelle intelligence acquise 7el-mostafd71--c'est le nom du troisime tat de l'intelligence1--l'intelligence en acte dans le moment o elle comprend les intelligibles qui sont ses formes4 ,ces intelligibles ont une existence en eux-mmes1 et de la mme manire que nous disons que ce que nous comprenons actuellement est en nous1 de cette manire nous devons dire de ces formes intelligibles qu'elles sont dans le monde4 ,l'intelligence acquise est comme un substratum pour ces intelligibles qui sont ses formes actuelles2 mais elle est elle-mme comme une forme relativement l'intelligence en acte1 tandis que l'intelligence en acte est pour elle comme un substratum et une matire4 ,l'intelligence en acte est son tour forme1 relativement l'intelligence en puissance1 et celle-ci est sa base comme matire4 ,aprs cela1 on descend vers les formes corporelles et matrielles4 ,il y a donc une srie dans laquelle les formes montent partir de la matire premire qui est au fond1 en se sparant peu peu de la matire2 et les formes les plus pures de matire sont prminentes4 ,au-dessous de l'intelligence en puissance1 on trouve les autres puissances de l'me qui sont infrieures ce degr d'intelligence1 puis la nature et les formes des lments qui sont les plus viles des formes dans l'existence4 ,au-dessus de l'intelligence acquise1 on trouve les intelligences spares des corps1 et1 au premier rang1 l'intellect agent4 ,l'intellect agent1 dit ,farabi1 dont ,aristote a parl dans le livre ,,iii du trait de l',ame1 est une forme pure1 non dans une matire444 ,c'est elle qui fait passer cette essence qui tait l'intelligence en puissance l'tat d'intelligence en acte1 et qui rend l'intelligible en puissance intelligible en acte4 ,le rapport de l'intellect agent l'intelligence en puissance est comme le rapport du soleil l'oeil1 lequel est voyant en puissance tant qu'il est dans les tnbres1 et qui1 ds que parat la clart1 devient voyant en acte4 ,de la mme manire1 il dcoule de l'intellect agent une sorte de clart sur l'intelligence en puissance1 qui lui fait voir les intelligibles qui existaient en puissance et qui deviennent ds lors intelligibles en acte4 ,l'intellect agent est une espce d'intelligence acquise2 les formes des tres sont en elle sans s'en sparer jamais2 mais elles y existent selon un autre ordre que celui qu'elles ont dans l'intelligence en acte4 ,notre intelligence en effet procde du connu a l'inconnu1 et souvent le connu est le plus vil1 et le plus parfait est le plus ignor de nous4 ,l'intellect agent procde en ordre inverse3 il comprend d'abord le plus parfait4 ,les formes qui sont divises dans la matire sont unies dans l'intellect agent4 ,il tait juste de faire honneur ,farabi de cette belle thorie4 ,personne assurment avant lui1 chez les ,arabes1 ne l'avait expose avec autant de profondeur et autant de matrise4 ,il est ais de voir d'ailleurs que1 bien qu'il la rapporte ,aristote1 elle n'est pas proprement pripatticienne1 mais qu'elle porte les marques videntes de la pense noplatonicienne4 ,farabi aima1 comme ,platon1 la philosophie politique1 et ,dieterici a dit de lui un trait tendu intitul la ,cit modle#hi4 ,c'est une vritable encyclopdie philosophique1 un peu trop brve comme telle et o la politique ne tient qu'une place infime4 ,on serait du si l'on cherchait dans cet ouvrage un essai d'application des ides antiques l'tat musulman4 ,farabi1 pas plus que les autres philosophes1 ne nous a donn le spectacle de cette tentative hardie2 il s'est born nous prsenter1 en quelques pages leves et calmes1 une description de ce que doit tre la cit modle1 sans engager des discussions scabreuses contre ses matres paens4 ,note #hi3 ,f4 ,dieterici4 ,alfrb's ,abhandlung der ,musterstaat1 ,leyde1 ,brill1 #ahie4 ,farabi est en politique ce que nous appellerions un monarchiste et un clrical4 ,son opinion est que les hommes doivent avoir un gouvernement monarchique et une croyance religieuse4 ,sa monarchie peut d'ailleurs se rsoudre1 d'une faon assez imprvue1 en une rpublique aristocratique4 ,aprs avoir pos en principe1 comme ,platon1 que les hommes sont faits pour vivre en socit1 notre philosophe remarque que l'tat le plus parfait serait celui qui comprendrait toute la terre habite4 ,cette ide d'enfermer toute la terre dans une organisation politique unique1 peut1 de la part d'un philosophe arabe1 surprendre quelques lecteurs4 ,nous sommes accoutums croire qu'une semblable conception n'a pu se faire jour dans quelques esprits qu' la suite des progrs les plus rcents1 et qu'elle n'exprime autre chose que le terme possible et encore lointain de l'volution politique dans le monde4 ,il n'en est pas ainsi2 et sans rappeler que l'ide d'universalit politique tait contenue dans la conception impriale romaine1 puis dans celle de l'glise catholique1 je me contenterai de noter1 en passant1 qu'elle tait implique aussi dans la conception thocratique musulmane1 et qu'elle a t beaucoup plus rpandue dans le moyen ge oriental qu'on ne serait tent de le croire4 ,farabi1 au reste1 ne s'y arrte pas2 et il se borne dcrire l'organisation parfaite d'une cit4 ,son expos n'est pas exempt de quelque navet4 ,la cit qu'il nous montre est une cit de saints gouverne par des sages1 par consquent un modle peu susceptible d'application pratique4 ,pour sentir ce qu'il y a de beau dans sa thorie1 il faut la relier1 comme il le fait lui-mme1 avec la thorie gnrale du monde4 ,de mme que le monde est un tout harmonique1 ordonn sous l'autorit suprme de ,dieu1 de mme que les astres et le monde sublunaire s'enchanent et se suivent l'un l'autre1 que l'esprit humain est compos des degrs successifs d'intelligence que nous expliquions tout l'heure1 que le corps humain est un tout organis auquel le coeur prside1 de mme la cit1 doit tre un tout rgl la ressemblance de ces nobles modles4 ,on institue dans la cit une hirarchie de gouvernants domins par un chef suprme2 les qualits que ,farabi requiert de ce souverain semblent vraiment excessives4 ,ce chef1 qu'aucun autre homme ne gouverne aucunement1 cet imam1 matre de la cit parfaite1 qui devrait tre--c'est ,farabi qui le redit--matre de toute la terre habite1 doit possder les qualits suivantes3 une grande intelligence1 une excellente mmoire1 l'loquence1 le got de l'tude1 la temprance1 l'lvation de l'me1 l'amour de la justice1 l'obstination sans faiblesse1 la fermet dans l'accomplissement du bien4 ,ce sont au reste peu prs les mmes qualits que ,platon requiert de ses gouvernants4 ,mais ,farabi doutant1 aprs ,platon1 qu'on puisse trouver tant de vertus runies en un seul homme1 rsout cette difficult avec une ingniosit nave3 si l'on ne trouve pas ces qualits en un seul1 dit-il1 mais qu'on rencontre les unes dans un homme1 les autres dans un autre1 on mettra ces deux hommes la tte de la cit2 si on ne les trouve runies toutes ensemble que dans trois hommes1 on y mettra ces trois hommes2 s'il en faut davantage1 on en mettra davantage4 ,et c'est ainsi que son systme aboutit la rpublique aristocratique4 ,nous nous abstiendrons de rsumer la mtaphysique de ,farabi4 ,les principales thories qui la constituent1 celles de l'tre ncessaire1 de la procession de la multiplicit1 de la hirarchie des tres1 n'appartiennent pas en propre ce philosophe1 et nous aurons tout le loisir de les tudier dans la suite sous la direction d',avicenne qui les a prsentes avec un dveloppement magnifique4 ,il est plus important pour nous d'achever de caractriser le systme de ,farabi1 en montrant comment ce systme a dans presque toutes ses parties essentielles des tendances et un aboutissement mystiques4 ,la politique1 dont nous nous occupions il n'y a qu'un instant1 a chez notre philosophe une fin mystique4 ,le but de la cit parfaite sur la terre est de procurer aux mes des citoyens le bonheur aprs la mort4 ,et je ne puis rsister au plaisir de citer le passage o ,farabi nous montre ces mes bonnes parvenant en possession de leur fin4 ,quand une troupe d'hommes a pass1 dit-il1 que leurs corps sont anantis et que leurs mes sont dlivres et heureuses1 d'autres hommes leur succdent dans leurs rangs1 prennent leur place et font ce qu'ils faisaient4 ,quand cette autre troupe a pass aussi et est dlivre1 ceux qui la composaient vont aussi vers la flicit1 aux rangs des premiers passs1 et chacun rejoint celui qui lui est semblable par l'espce1 la quantit et le mode4 ,ces mes se joignent entre elles la manire dont se joint un intelligible un intelligible444 ,les volupts des anciens trpasss s'augmentent par l'adjonction de ceux qui les rejoignent1 car chaque me comprend son essence et le semblable de son essence beaucoup de fois2 donc la qualit de sa comprhension s'accrot2 et cet accroissement est pareil l'accroissement du talent du scribe par le temps qu'il passe crire4 ,la jonction des mes les unes aux autres correspond1 pour le progrs du bonheur de chacune1 la rptition des oeuvres du scribe par laquelle il progresse en facilit et en talent4 ,cet accroissement est indfini4 ,la thorie de la causalit chez ,farabi est fort trange4 ,nous la tirons du trait qui a pour titre les ,gemmes de la sagesse1 de l'dition de ,dieterici4 7 #dh7 ,tout ce qui n'tait pas1 puis est1 a une cause4 ,le nant n'est pas cause de la venue dans l'tre4 ,si la cause n'tait d'abord pas cause1 puis le devient1 elle requiert pour le devenir une autre cause2 et l'on aboutit ainsi un principe partir duquel s'ordonnent les causes des choses selon la science qu'il en a4 ,cela n'est encore1 sous une forme concise1 que la fameuse thorie de la cause premire1 parfaitement connue de tous les philosophes arabes4 ,mais immdiatement la pense de ,farabi fait un bond3 ,or1 ajoute-t-il1 nous ne trouvons pas dans le monde de la gnration d'impression produite ni de libre choix nouveau1 si ce n'est d'aprs une cause2 d'o l'on s'lve la cause des causes2 et l'homme ne peut commencer aucune action sans s'appuyer sur des causes extrieures qui ne sont pas de son choix1 et ces causes s'appuient sur l'ordre1 et l'ordre s'appuie sur le dcret1 et le dcret s'appuie sur le jugement1 et le jugement jaillit du commandement1 et toute chose est dcrte4 ,o sommes-nous8 videmment nous avons franchi en trois lignes l'intervalle entre la philosophie grecque et la mystique orientale4 ,mais encore1 sommes-nous parvenus un systme fataliste8 ,il serait malais de le savoir4 ,l'auteur pourtant s'explique3 7 #di7 ,si quelqu'un pense qu'il fait ce qu'il veut et choisit librement1 qu'il recherche si son choix est produit en lui aprs n'y avoir pas t1 ou non produit4 ,s'il est non produit1 il s'ensuit que ce choix l'accompagne depuis l'origine de son existence2 et il faut alors qu'il soit attach ce choix sans pouvoir s'en distraire2 donc son choix est dtermin en lui par quelque autre que lui4 ,et si ce choix est produit1 tout produit requiert un producteur2 et alors son choix est d'aprs une cause qui le dtermine et un producteur qui le produit4 ,ce producteur1 c'est lui1 l'homme1 ou un autre que lui2 si c'est lui-mme1 ou bien il fait ce choix en raison d'un autre choix libre et cela s'enchane sans fin1 ou bien ce choix s'effectue en lui autrement que par choix1 et alors il est port ce choix par un autre que lui4 ,cet homme est ramen ainsi des causes extrieures lui1 qui ne sont pas de son choix2 et il aboutit au choix ternel qui a dtermin l'ordre de tout selon ce qu'il est4 ,donc tout ce qui est de bon ou de mauvais dpend des causes qui jaillissent de la volont ternelle4 ,ce raisonnement si vigoureux conclut-il en dfinitive au dterminisme8 ,en vrit1 je n'oserais l'affirmer4 ,je ne vois dans aucune autre partie de l'oeuvre de ,farabi qu'il ait ni la libert humaine4 ,il a partout le langage et le ton d'un homme qui croit la morale et l'acte libre4 ,au fond ce troublant systme est la fois dterministe et ne l'est pas4 ,aux yeux du philosophe1 j'en demeure certain1 l'homme est libre2 mais pour lui aussi l'acte libre a une cause2 et peut-tre ici il conviendrait de donner au mot de cause un autre sens1 un sens moins absolu que celui qu'il a dans la vie physique2 toute cause1 ft-ce en ce nouveau sens1 est aussi cause1 et la cause des causes est ,dieu4 ,il y a donc l une contradiction ou du moins une opposition mystrieuse2 l'intention de ,farabi est apparemment de ne la rsoudre qu'en mystique4 ,la psychologie de cet auteur s'panouit aussi en mysticisme3 7 #bg du mme trait7 ,tu es compos de deux substances1 l'une ayant figure1 forme1 mode1 quantit1 mouvement et repos1 corporelle et divisible1 l'autre distincte de la premire par l'absence de ces qualits1 spare d'elle par l'essence1 pouvant tre atteinte par l'intelligence et non par l'imagination4 ,tu as t runi du monde de la cration et du monde du commandement1 car ton esprit est du monde du commandement de ton seigneur et ton corps est de sa cration4 ,il est remarquable dans ce paragraphe combien la division bipartite de l'homme en esprit et en corps est tranche2 le plus souvent1 chez les philosophes1 c'est la division tripartite qui est mise en lumire1 en esprit1 me et corps4 7 #ci7 ,l'esprit humain est comme un miroir1 et l'intelligence spculative est comme son poli4 ,les intelligibles se dessinent en lui par effusion divine1 comme les corps dans les miroirs polis4 ,si le poli de ton esprit tant pur et aucun obstacle ne s'interposant1 tu te tournes vers le monde du commandement1 tu joins le royaume suprieur et tu atteins la flicit suprme4--7 #da7 ,l'esprit humain est ce qui va la rencontre des intelligibles1 substance non corporelle1 indivisible1 insaisissable1 qui n'entre pas dans l'imagination et que le sens n'atteint pas1 parce qu'elle est du domaine du commandement4 ,mainte autre formule exprime cette opposition entre le sens et l'esprit1 dont voici la plus condense3 7 #dd7 ,le sens s'occupe de ce qui est du monde de la cration1 l'intelligence s'occupe de ce qui est du monde du commandement2 et cette formule est suivie de cette conclusion plus mystique encore3 ,ce qui est au-dessus de la cration et du commandement est voil aux sens et l'intelligence1 et ce n'est voil que parce que c'est dcouvert4 ,dieu est connaissable selon ,farabi3 7 #de7 ,l'essence unitaire ne peut tre atteinte par aucune voie2 mais elle peut tre connue par ses qualits4 ,la meilleure voie son endroit consiste reconnatre qu'elle est inaccessible4 ,la thorie de ,dieu est profonde3 7 #h7 ,l'tre ncessaire n'a ni genre1 ni espce1 ni diffrence444 ,il est le principe d'o tout dcoule4 ,il est intrieur et extrieur1 manifeste et cach la fois4 7 #ec7 ,il est extrieur dans son essence1 et1 force d'tre extrieur1 il est intrieur2 c'est--dire3 l'clat de sa manifestation est tel qu'il aveugle et qu'il en est cach4 ,tout ce qui apparat1 apparat par lui2 tout est visible en lui1 comme dans la lumire du soleil4 ,aprs sa manifestation par son essence1 il a une seconde manifestation par ses signes2 cette seconde manifestation est en connexion avec la multiplicit1 et jaillit de la premire manifestation qui est l'unit4 ,voici quelques formules touchant la connaissance en ,dieu3 7 #ed7 ,on ne peut pas dire que la ,vrit premire saisit les choses qui sortent de son dcret du fait de ces choses mmes1 comme les choses sensibles sont perues par le fait de leur prsence et de l'impression qu'elles font en nous444 ,elle saisit les choses par son essence1 car lorsqu'elle regarde son essence1 elle regarde la puissance trs haute qui est en elle1 et en la puissance elle voit ce qui est dcrt2 elle voit donc le tout1 et sa science de son essence est cause de la science qu'elle a d'autre chose444 ,la science qu'a la ,vrit premire de l'obissance de son serviteur1 obissance qu'elle a dcrte1 est cause de la science qu'elle a qu'il obtiendra sa misricorde4--7 #ee7 ,en la science de ,dieu est la multiplicit infinie1 en rapport avec la multiplicit infinie des connus et conformment sa puissance et son dcret infini4 ,il n'y a pas de multiplicit dans l'essence1 mais postrieurement l'essence1 car la qualit est aprs l'essence1 non selon le temps1 mais selon le rang4 ,en tout ceci l'on voit que ,farabi s'carte de la thorie philosophique d'aprs laquelle ,dieu ne connat pas le monde2 et qu'il se laisse verser dans l'opinion mystique o l'tre de ,dieu peut tout1 dcrte tout1 voit tout et connat tout4 ,farabi dpasse en quelque sorte le problme scolastique2 chaque instant il passe les bornes de la philosophie pour entrer dans la mystique4 ,voyez ceci encore3 7 #ac7 ,tu regardes l'unit et elle est la puissance2 tu regardes la puissance et elle appelle la science seconde qui enveloppe la multiplicit4 ,l est l'horizon du monde de la souverainet que suit le monde du commandement o le ,kalam court sur la tablette4 ,l'unit devient multiplicit o l'ombre du lotus cleste porte et o sont projets l'esprit et le verbe4 ,l est l'horizon du monde du commandement que suivent le tabernacle et le trne#ij1 les cieux et tout ce qu'ils renferment1 tout tre chantant les louanges de ,dieu4 ,puis les cieux tournent selon le principe1 et l est le monde de la cration1 d'o l'on retourne au monde du commandement par lequel tout redevient un4 ,note #ij3 ,sur le ,kalam1 plume qui crit les destines des tres1 le lotus qui ombrage le paradis1 le tabernacle et le trne o sige ,dieu1 voir notre mmoire ,fragments d'eschatologie musulmane1 dans les ,comptes rendus du congrs scientifique des catholiques1 ,bruxelles1 #ahid4 ,farabi a ml la nomenclature coranique la nomenclature philosophique2 mais il a en ralit abandonn le ,coran et la philosophie1 pour entrer dans des rgions o nous ne pouvons le suivre1 prsentement au moins4 ,nous nous dtournerons de ces doctrines1 et nous accepterons de lui ce reproche presque pascalien3 7 #aa7 ,tu t'loignes de l'unit2 l'ternit t'pouvante4 ,il nous reste dire quelques mots d'un ouvrage de ,farabi qui semble devoir tre trs intressant1 en juger par son titre1 qui l'est assurment par son intention1 mais dont la lecture est un peu dcevante3 nous voulons parler de son trait sur la ,concordance de la philosophie de ,platon et d',aristote4 ,comme nous l'avons dj indiqu1 ,farabi ne croit pas qu'il y ait plusieurs philosophies1 mais une seule1 et il n'admet pas en principe de diffrence entre les opinions des deux matres grecs4 ,c'tait sans nul doute la croyance traditionnelle cette poque que leurs philosophies concordaient2 mais1 en tudiant leurs oeuvres authentiques ou apocryphes1 un certain nombre de savants contemporains de notre auteur avaient cru remarquer que cette concordance n'existait pas sur plusieurs points1 et c'est eux que ,farabi rpond dans ce trait4 ,il constate d'abord que ,platon et ,aristote ont compris tous deux la philosophie de la mme manire1 comme la science des tres et de leurs tats1 que tout le monde1 dans les diverses langues1 est d'accord pour les placer conjointement en tte de la philosophie1 et que par consquent ils doivent s'accorder2 c'est videmment la thse traditionnelle4 ,il indique ensuite1 au point de vue logique1 quelques causes d'erreurs possibles dans l'interprtation de leurs oeuvres4 ,parmi les diffrences que l'on signalait entre ,platon et ,aristote taient celles-ci3 que ,platon s'tait tenu l'cart des affaires temporelles1 tandis qu',aristote les avait aimes et avait recherch la fortune et les honneurs2 que ,platon avait parl par allgories et par mythes et exig pour l'intelligence de ses livres la puret du coeur1 au lieu qu',aristote avait class et ordonn les ides et les avait expliques pour l'usage de tous2 que ,platon avait plac en tte des substances1 les plus excellentes1 les plus proches de l'esprit et les plus loignes des sens1 au lieu qu',aristote avait enseign que les individus taient les premires substances1--simple diffrence de point de vue1 selon ,farabi2--que1 encore1 en un certain passage du ,time1 ,platon avait paru ne pas regarder comme ncessaire la conclusion d'un syllogisme1 dont les prmisses taient3 ,l'tre est plus excellent que le non-tre2 la nature aspire au plus excellent1 alors que1 d'aprs ,aristote1 la conclusion d'un tel syllogisme et t ncessaire2--sans parler d'autres diffrences sur les chapitres de la physique1 de la logique et de la politique4 ,farabi rsout avec finesse ces contradictions allgues1 sans pourtant mettre de vue assez originale pour mriter que nous nous y arrtions4 ,mais1 propos de la thorie de la connaissance1 il interprte l'hypothse de la rminiscence platonicienne en un sens empiriste qui vaut d'tre not4 ,aristote1 dit-il1 a montr dans les ,analytiques que les connaissances ne viennent dans l'me que par la voie des sens2 ainsi les connaissances viennent d'abord sans qu'on les cherche et la science n'est pas une rminiscence2 mais1 au moment o l'on devient conscient de la science1 il s'est dj form d'une manire insensible des connaissances dans l'me1 et1 cause de cela1 l'me1 apercevant ces connaissances1 croit qu'elles sont permanentes en elle et a l'illusion qu'elle s'en ressouvient4 ,cependant1 en ralit1 l'intelligence n'est autre chose que l'exprience1 et1 par la multiplication des expriences1 se perfectionne l'intelligence4 ,c'est cela mme1 insiste notre auteur1 qu'a entendu ,platon lorsqu'il a dit qu'apprendre est se ressouvenir4 ,celui qui rflchit et cherche fait effort pour s'emparer de ce que l'exprience a dj mis en son me1 et c'est comme s'il se ressouvenait4 ,il faut avouer que voil une tentative de conciliation singulirement hardie4 ,sur la question de l'ternit du monde1 les contemporains de ,farabi1 dit celui-ci1 pensaient qu',aristote avait cru le monde ternel et ,platon au contraire4 ,farabi n'admet pas que telle ait t l'opinion d',aristote4 ,il prtend qu'on lui a attribu cette croyance cause d'un exemple des ,topiques et d'une proposition du trait du ,ciel2 mais que l'enseignement vritable d',aristote a t que le temps est le compte du mouvement de la sphre et produit avec ce mouvement2 il a donc d croire que le ,crateur a fait paratre le monde tout d'un coup sans le temps1 et que du mouvement du monde s'est produit le temps4 ,le reste du trait est peu prs sans valeur pour nous1 les thses qui y sont attribues ,aristote tant tires de l'ouvrage apocryphe intitul la thologie d',aristote4 ,l'on voit maintenant1 je l'espre1 quelle est l'ampleur1 et l'originalit de l'oeuvre de ,farabi1 oeuvre qui contient des oppositions que nous1 moins hardi que ne l'a t notre philosophe l'gard de ses modles grecs1 nous ne nous chargeons pas de rsoudre4 ,empiriste et mystique1 politique et ascte1 logicien et pote1 ,farabi fut une nature vritablement puissante et singulire4 ,il est1 mon sens1 plus attrayant qu',avicenne1 ayant plus de feu intrieur1 capable d'lans plus brusques et de coups moins prvus4 ,sa pense fait des bonds comme celle d'un lyrique2 sa dialectique est aigu1 ingnieuse et contraste2 son style a des mrites de concision et de profondeur rares1 que rehausse encore une sorte de lustre potique4 ,a notre point de vue ,farabi a sans doute rendu de grands services l'tude de la philosophie2 mais il a saut par-dessus le problme scolastique1 et il semble bien qu'au lieu de rechercher une alliance solide et rationnelle entre la tradition grecque et la thologie de l'islam1 il ait simplement accol des opinions tout fait disparates1 dont il se rservait de dcouvrir l'inexplicable lien dans les hauteurs de la mystique4 ,le titre d'encyclopdiste convient certes aux philosophes dont nous venons de parler4 ,encyclopdistes1 ils l'ont t1 et par la nature de leur esprit et par celle de leurs travaux4 ,cependant1 en mettant ce titre en tte de ce chapitre1 nous avons eu plus particulirement en vue une socit de philosophes vulgarisateurs et propagandistes qui s'est donn d'une faon plus expresse la tche de constituer1 l'usage du public1 l'encyclopdie des sciences3 nous voulons parler des frres de la puret4 ,prcisment parce que les frres de la puret ont t des vulgarisateurs1 nous ne leur accorderons pas une trs haute importance1 et nous traiterons d'eux assez brivement4 ,nous sommes d'ailleurs encourags ce laconisme par cette circonstance qu'un orientaliste allemand1 dont nous avons dj cit le nom1 ,frdric ,dieterici1 a consacr ces philosophes une srie de travaux amplement dvelopps qui forment sur ce sujet toute une littrature#ia4 ,note #ia3 ,dieterici a dit des extraits des traits des frres de la puret3 ,die ,abhandlungen der ,ichwn es-,saf in ,auswahl1 ,leipzig1 #ahhc-ahhf4 ,il a en outre consacr principalement ces traits les ouvrages suivants3 ,die ,philosophie der ,araber im ,x4 ,jahrhundert n4 ,chr41 #are partie1 le ,macrocosme1 ,leipzig1 #ahgf2 #b;e partie1 le ,microcosme1 ,leipzig1 #ahgi4--;,die ,logik und ,psychologie der ,araber im zehnten ,jahrhundert n4 ,chr41 ,leipzig1 #ahfh4--;,die ,propdeutik der ,araber im zehnten ,jahrhundert1 ,berlin1 #ahfe4--;,die ,anthropologie der ,araber im zehnten ,jahrhundert1 ,leipzig1 #ahga4--;,die ,naturanschauung und ,naturphilosophie der ,araber im ,x4 ,jahrhundert1 ,leipzig1 #b;e d41 #ahgf4--;,die ,lehre von der ,weltseele bei den ,arabern im ,x4 ,jahrhundert1 ,leipzig1 #ahgb4--;,der ,streit zwischen ,mensch und ,thier1 ein arabisches ,mrchen1 trad4 ,berlin1 #aheh2 d4 #b;e1 ,leipzig1 #ahha4 ,on ne connat pas d'une faon trs prcise l'origine de cette socit4 ,on sait seulement que1 vers le milieu du quatrime sicle de l'hgire1 au moment o le khalifat de ,bagdad touchait son dclin1 quelques philosophes se rassemblrent ,basrah1 en un terrain loign du centre de l'empire1 ouvert diverses influences1 propre devenir un centre de spculation libre et de propagande hardie4 ,l'on a remarqu que cette organisation d'une socit philosophique ferme n'tait pas une nouveaut dans l'islam4 ,le pote ,bacchr fils de ,bord avait fait partie nagure d'une socit semblable#ib avec ,wsil1 fils d',at1 le fondateur de la secte motazlite4 ,les philosophes de ,basrah furent appels half es-saf 7allis de la puret71 nadm es-saf 7commensaux de la puret7 et plus communment les frres de la puret 7ikhwn es-saf7#ic4 ,note #ib3 ,brockelmann1 ,geschichte der ,arabischen ,litteratur1 ,i1 #bac4 ,note #ic3 ,goldzieher1 ,muhammedanische ,studien1 ,i1 p4 #i1 n4 #a4 ,cette association n'tait pas une simple socit philosophique2 elle tait quelque chose de plus2 il serait malais de dire exactement quoi4 ,il plane autour d'elle un certain mystre qui ne laisse pas compltement discerner ni son but ni ses pratiques ni ses moyens d'action4 ,assurment les frres de la puret avaient d'autres outils de propagande que leurs crits4 ,ceux-ci mme ne disent pas tout1 ni tout ce qu'ils taient ni tout ce qu'ils voulaient4 ,ils avaient une action politique2 ils formaient1 dans les villes o ils s'tablissaient1 des espces de loges o seuls les frres pouvaient entrer#id4 ,ils n'admettaient d'ailleurs pas parmi eux uniquement des philosophes4 ,tout le monde1 en principe1 pouvait tre reu dans l'ordre4 ,chacun y avait son rle selon ses capacits4 ,l'un donnait l'enseignement1 l'autre donnait l'argent4 ,ceux qui n'avaient ni la puissance de l'esprit ni celle de la fortune taient vous des oeuvres plus humbles4 ,c'tait en somme une socit universelle compose d'lments ingaux relis entre eux par une administration dont les ressorts nous chappent et par un esprit que nous connaissons un peu4 ,on trouverait sans peine dans notre temps l'exemple de quelque socit semblable4 ,note #id3 ,dieterici1 ,die ,abhandlungen der ,ichwn es-,saf1 p4 #fji3 ,il faut que nos frres1 dans chaque pays o ils se trouvent1 aient une salle particulire pour s'y runir des temps dtermins444 o personne d'autre qu'eux n'ait le droit d'entrer1 et o ils puissent tudier leurs sciences et s'entretenir de leurs secrets4 ,dans leur propagande1 les frres de la puret se prsentaient1 peut-on croire1 tout d'abord comme des moralistes4 ,ce qu'ils offraient leurs recrues1 c'tait les moyens de purifier leurs mes1 c'tait la vrit religieuse1 c'tait la science1 au sens moral et presque mystique du mot1 c'est--dire celle qui enseigne le salut4 ,qu'une socit se permt dans l'islam d'annoncer de sa propre autorit un vangile de salut1 et qu'elle y attirt les mes par des voies secrtes1 cela prouve videmment que sa doctrine s'cartait de celle de l'islamisme4 ,vue dans son ensemble1 telle que nous la connaissons par les traits des frres1 cette doctrine ne se distinguait aprs tout que fort peu de celle des philosophes4 ,les frres de la puret peuvent figurer ct des philosophes comme les vulgarisateurs de leur oeuvre et comme ses propagandistes dans les milieux populaires4 ,mais par ce fait mme que la philosophie est vulgarise chez eux1 elle prsente1 relativement la faon dont elle se manifeste chez les philosophes de profession1 certaines diffrences d'aspect qu'il est utile de noter4 ,la doctrine philosophique est1 dans la socit1 moins ferme que chez ses reprsentants indpendants2 elle est encore plus syncrtique2 elle a plus d'attrait pour les lgendes2 elle verse plus aisment dans le mysticisme2 les ides mystiques y sont voques chaque instant au lieu qu'elles n'apparaissaient que comme couronnement ou comme terme dans la philosophie savante4 ,la science y est plus mle de religiosit2 les frres de la puret admettaient concurremment avec les crits des philosophes ceux de ,mose et des autres prophtes1 et ce petit mot autres doit tre interprt avec beaucoup de latitude4 ,enfin la note morale est dominante dans leur enseignement4 ,pour chaque dcade d'annes il tait promis quelque avantage ceux qui avaient persvr pendant ce temps2 celui qui avait persvr cinquante ans acqurait cet ge l'intelligence anglique4 ,mais le point le plus curieux signaler propos de cette doctrine1 c'est la faon dont les frres de la puret posrent le problme scolastique4 ,ils le posrent en effet1 et d'une manire absolument formelle1 mais avec une restriction aussi brve qu'importante qui ne se trouve pas chez les philosophes et par laquelle la question est fausse4 ,jamais les philosophes ne prononcrent aucune attaque directe contre la foi musulmane4 ,la position du problme scolastique comportait chez eux l'acceptation intgrale de la science et de la loi4 ,les frres de la puret furent1 cet gard1 beaucoup plus hardis ou peut-tre simplement plus francs4 ,ils pensrent--nous apprend le soufi ,abou ,hayn et-,tauhdi#ie1 qui mourut en #chj ou #djj et qui fut lui-mme encyclopdiste1--que la loi religieuse n'tait pas parfaite1 qu'elle contenait des erreurs dont elle avait besoin d'tre purifie et qu'elle ne pouvait l'tre que par la philosophie4 ,ils croyaient que1 si l'on liait troitement la loi arabe avec la philosophie grecque1 on arriverait la vritable perfection doctrinale4 ,c'est pour atteindre ce but qu'ils rdigrent leur encyclopdie4 ,note #ie3 ,g4 ,flgel1 ,ueber ,inhalt und ,verfasser der arabischen ,encyclopdie ,resil ,ikhwn es-,saf2 ,z4 ,d4 ,m4 ,g41 t4 ,,xiii1 #ahei1 p4 #bb4 ,les crits des frres de la puret comprennent cinquante et un traits portant sur l'ensemble des sciences humaines4 ,les sciences y sont groupes un peu autrement que les philosophes n'ont coutume de le faire1 en quatre classes renfermant3 les sciences des mathmatiques et de la philosophie gnrale1 celles de la nature et des corps1 de l'me et de l'esprit1 de la loi et de ,dieu4 ,ces traits furent rdigs probablement par plusieurs membres de la socit parmi lesquels on nomme ,abou ,solman el-,mokaddasi4 ,un mathmaticien espagnol ,maslamah de ,madrid 7mort en #cie ou #cih71 ayant voyag en ,orient1 en rapporta dans sa patrie la collection des traits et il en refit peut-tre une rdaction nouvelle laquelle il prposa son nom2 cause de cela1 cette encyclopdie lui fut quelquefois attribue4 ,les traits s'adressaient aux frres4 ,ils taient censs renfermer la science synthtique et complte1 et ils devaient fournir au lecteur la substance mle de tous les autres livres4 ,d'une faon gnrale1 y est-il dit#if1 il ne faut pas que nos frres ddaignent aucune des sciences ni qu'ils critiquent aucun des livres des sages1 ni qu'ils mprisent aucune croyance1 parce que notre doctrine et notre croyance englobent toutes les croyances et rassemblent toutes les sciences4 ,note #if3 ,abhandlungen der ,ichwn es-,saf1 p4 #fji4 ,aux indications que nous venons de donner1 il suffira d'ajouter deux ou trois citations pour achever de faire comprendre le caractre de cette encyclopdie1 beaucoup moins intressante comme dpt de science qu' cause des tendances philosophiques et sociales qu'elle reprsente4 ,dans l'un des traits se trouve un apologue tendu#ig et dont la rdaction est assez colore1 dans lequel on voit des hommes de diverses nations1 ,grecs1 ,indiens1 ,persans1 ,tartares1 ,arabes1 disputer avec les animaux sur les avantages relatifs de l'homme et de l'animal1 en prsence du roi des gnies4 ,l'homme1 aprs avoir vu rduits nant tous les avantages qu'il croyait pouvoir tirer du raffinement de ses plaisirs sensibles1 de la perfection de ses mtiers et de ses arts1 est conduit reconnatre qu'il n'a pas sur l'animal d'autre supriorit relle que celle de sa moralit4 ,cette conclusion est exprime en ces termes#ih3 ,maintenant1 mon frre1 demeure convaincu que ces qualits par lesquelles l'homme remporta la victoire sur les espces animales en prsence du roi des gnies1 consistent dans la garde de ces sciences et de ces connaissances1 que nous1 d'une faon aussi brve et aussi directe que possible1 nous avons runies dans ces cinquante et un traits4 ,voil bien l'indication d'un systme de propagande base morale4 ,note #ig3 ,dieterici1 ,der ,streit zwischen ,mensch und ,thier4 ,note #ig3 ,dieterici1 op4 laud41 p4 #bag4 ,il est amusant de trouver dans ces crits certains aspects infrieurs de thories philosophiques en elles-mmes trs hautes1 qui sous ces formes grossires ont joui d'une grande vogue jusque vers notre temps4 ,par exemple1 la profonde thorie pythagoricienne des nombres y apparat telle que parfois encore de nos jours on la prsente aux jeunes enfants4 ,le crateur a ordonn les tres selon la srie des nombres#ii et chaque espce d'tre convient un nombre dtermin4 ,telles choses s'associent par deux3 la matire et la forme1 la cause et l'effet1 le jour et la nuit1 le mle et la femelle2 telles s'associent par trois3 les trois dimensions de l'espace1 les trois divisions du temps1 pass1 prsent et avenir1 les trois modes des choses1 possible1 impossible et ncessaire2 telles par quatre3 les quatre natures physiques1 le chaud1 le froid1 le sec et l'humide1 les quatre lments1 les quatre humeurs du corps humain1 les quatre saisons1 les quatre points cardinaux1 etc4 ,c'est de la philosophie tout fait populaire4 ,note #ii3 ,abhandlungen1 p4 #dcg et suivantes4 ,une autre thorie1 qui fut aussi trs rpandue au moyen ge et dont l'origine est trs leve1 c'est celle du macrocosme et du microcosme4 ,le monde est un grand homme4 ,la sphre extrieure forme son corps1 les parties du monde sont ses membres4 ,le monde est anim1 comme l'homme1 par l'me universelle2 comme l'homme se gouverne par son intelligence1 le monde est rgi par l'intellect universel4 ,les forces de la nature sont ses facults motrices4 ,l'homme l'inverse est un petit monde4 ,son corps est le chef-d'oeuvre de la nature2 son imagination1 son intelligence saisissent l'ensemble des tres et enferment en elles un rsum de toutes les choses4 ,ces comparaisons ne sont au premier abord que belles2 mais si on y insiste1 elles ne laissent pas de donner lieu des considrations assez savantes4 ,les frres de la puret y ont insist1 et en un sens trs noplatonicien#ajj3 ,dieu a l'tre et l'excellence parfaites2 il connat toutes les choses avant qu'elles soient2 il peut les appeler l'tre quand il veut4 ,en sa sagesse il rpand la plnitude et l'excellence1 comme le soleil rpand la lumire4 ,le commencement de cette effusion qui mane de lui s'appelle la raison cratrice4 ,c'est une substance simple1 lumire pure1 de la plus grande perfection2 les formes de toutes choses sont en elles1 comme les formes de l'objet connu sont dans l'esprit connaissant4 ,un second degr d'effusion produit l'me universelle1 substance spirituelle et simple4 ,de l'me sort une autre manation que l'on appelle la matire universelle4 ,la premire forme que reoit cette matire originelle est celle de l'tendue4 ,la matire seconde qui en rsulte devient matire des corps4 ,a ce point s'arrte l'manation4 ,puis l'me s'unit aux corps1 leur donne excellence et beaut4 ,la premire forme que l'me cre dans les corps est celle de la sphre cleste4 ,le plus pais et le plus tnbreux des corps est la terre4 ,dieu1 pour ainsi dire1 laisse faire cette cration2 mais il la veut et la connat en acte4 ,note #ajj3 ,dieterici1 ,die ,lehre von der ,weltseele1 p4 #bd4 ,enfin voici un appel des frres leurs adeptes#aja1 qui fournit un trs curieux exemple du syncrtisme de leur doctrine3 ,monte1 disent-ils1 comme ,no1 le vaisseau du salut4 ,nous te sauverons des vagues de la mer de matire1 pour que tu n'y sombres pas4 ,viens dans le royaume des cieux qui fut montr ,abraham notre pre4 ,ne voudrais-tu pas apparatre avec ,mose au ct droit de la montagne du ,sn8 ,ne voudrais-tu pas tre pur des impurets de la chair1 comme ,jsus qui est si prs de ,dieu8 ,ne voudrais-tu pas sortir hors des tnbres d',ahriman pour voir ,jezdan8 ,ou bien encore ne voudrais-tu pas tre introduit dans les temples d',ad et de ,tamoud1 pour y voir les sphres clestes dont parle ,platon1 et qui ne sont pas les sphres des toiles1 mais des intelligences8 ,note #aja3 ,dieterici1 le ,macrocosme1 p4 #ia4 ,nous sommes arriv au terme de la premire partie de notre oeuvre4 ,nous nous sommes m le long de quatre sicles1 suivant le mouvement de la pense philosophique dans le monde musulman4 ,nous avons vu que le travail de ce temps a principalement consist dans la position du problme scolastique et dans le dgagement progressif de ses solutions4 ,maintenant nous nous arrterons et1 nous tablissant sur un sol stable1 nous examinerons loisir la premire grande solution que reut ce problme de la main d',avicenne4 ,,chapitre ,v ,,avicenne4--,,sa ,,vie ,,et ,,sa ,,bibliographie ,le lecteur qui a bien voulu nous suivre jusqu'ici1 doit tre dbarrass maintenant d'un certain prjug avec lequel il se peut qu'il ait abord cette histoire4 ,quelques personnes en effet ont d supposer1 en nous entendant parler de grands philosophes arabes1 que ces hommes n'taient grands que par rapport leur temps et leur race1 mais qu'il serait tmraire de prtendre les comparer aux philosophes et aux savants illustres ns dans d'autres milieux4 ,or il est dj visible que des rudits comme ceux que nous avons nomms1 des ,sergius de ,rasan1 des ,honn fils d',ishk1 des ,tbit fils de ,korrah1 des ,kindi et des ,farabi1 pour n'en rappeler que quelques-uns1 sont dignes1 tant par la puissance et l'originalit de leur nature que par le nombre et la valeur de leurs travaux1 d'tre classs parmi ceux qui1 sans gard au milieu ni au temps1 ont le mieux mrit de l'esprit humain4 ,mais lorsque nous aurons parl d',avicenne1 il ne sera plus possible1 je pense1 de conserver aucun doute sur le rang auquel de tels hommes doivent tre placs2 aprs qu'on se sera rendu compte de la physionomie extraordinaire de ce personnage1 de la prcocit de ses talents1 de la promptitude et de l'lvation de son intelligence1 de la nettet et de la force de sa pense1 de la multiplicit et de l'ampleur de ses oeuvres composes au milieu des agitations incessantes de sa vie1 de l'imptuosit et de la diversit de ses passions1 on demeurera convaincu que la somme d'activit dpense dans une telle existence1 dpasse normment celle dont seraient capables1 mme encore de nos jours1 des types humains moyens4 ,nous connaissons la vie d',avicenne par une source excellente1 qui a peu d'analogues dans la littrature arabe4 ,c'est une biographie que le philosophe lui-mme rdigea et qui fut recueillie et acheve par son disciple el-,djouzdjni4 ,ibn abi ,osebia nous a conserv ce prcieux document#ajb2 nous ne pouvons mieux faire que de le reproduire en majeure partie4 ,mais afin de lire ce rcit sans trop de trouble1 il convient de se replacer d'abord dans l'histoire gnrale de l',orient musulman l'poque d',avicenne4 ,note #ajb3 ,les classes des mdecins1 d4 ,mller1 #b;e partie1 pages #b #bj4 ,la vie de notre philosophe s'tend sous les rgnes des khalifes ,ty1 ,kdir et ,km4 ,les noms de ces souverains sont dpourvus d'clat1 relativement ceux des ,mansour1 des ,rchd et des ,mamoun4 ,c'est qu'en effet1 nous sommes arrivs l'poque de la dcadence du khalifat abbaside4 ,l'autorit centrale des khalifes de ,bagdad s'affaiblit1 et de divers cts se lvent des aventuriers qui fondent des dynasties rivales4 ,dj1 sous le rgne de ,mottaki1 les princes ,hamdanites de ,mosoul1 ,nasr ed-,daoulah et ,sf ed-,daoulah1 dont les armes glorieuses se tournrent1 en dehors du monde musulman1 contre les ,byzantins et contre les ,russes1 avaient disput aux mirs turcs la garde du khalife avec le titre d'mir el-omar4 ,nous avons vu ,farabi s'attacher la personne de ,sf ed-,daoulah4 ,sous ,mostakfi1 les ,bouyides1 fils d'un pauvre pcheur des bords de la ,caspienne qui prtendait descendre du roi de ,perse ,sassanide ,sbour ,dou'l-,aktf1 entrrent ,bagdad la tte de troupes du ,delem en #ccd2 ,mostakfi fut dpos et aveugl et remplac par ,mouti4 ,le chef bouyide ,moizz ed-,daoulah s'tant arrog le titre nouveau de sultan1 fit adjoindre son nom1 dans les prires publiques1 celui du khalife4 ,les princes ,bouyides penchrent pour les croyances des ,rafdites3 ils institurent et firent clbrer ,bagdad mme1 au jour d',achoura1 en l'anne #ceb et les annes suivantes1 la fte chiite de la commmoration de ,hosn1 fils d',ali4 ,appuys sur les mirs ,delmites1 les sultans ,bouyides jourent pendant quelques annes1 ct des khalifes1 le rle de maires du palais4 ,ils contraignirent le faible ,mouti1 devenu paralytique1 abdiquer4 ,ty rgna dix-huit ans1 presque inconnu2 il fut la fin dpos et emprisonn2 ,kdir1 mis sa place1 rgna quarante et un ans1 sans que sa personnalit marqut dans l'histoire2 enfin sous son successeur ,km1 la dynastie des ,bouyides1 use par des querelles intestines1 sombra2 mais ce ne fut que pour tre remplace par la dynastie plus fameuse des ,turcs ,seldjoukides4 ,pendant le temps de leur domination1 les membres de la famille ,bouyide s'taient disperss dans l'empire4 ,en #cfe1 ,rokn ed-,daoulah1 le frre de ,moizz ed-,daoulah1 tant devenu vieux1 avait partag les pays soumis son autorit entre ses enfants4 ,a l'un il avait donn la ,perse et le ,kerman1 un autre ,rey et ,ispahan1 un troisime ,hamadan et ,dnawer#ajc2 nous allons voir ,avicenne se transporter de l'une l'autre de ces rsidences4 ,note #ajc3 ,v4 ,ab'l-,mahsin1 d4 ,juynboll1 ,,ii1 #dia4 ,a ,bokhra1 rgnait la dynastie des ,samanides dont la puissance datait de la fin du troisime sicle de l'hgire4 ,mansour fils de ,nouh le ,samanide1 surnomm le matre du ,khorsan1 mourut en #cfe et eut pour successeur ,nouh fils de ,mansour4 ,celui-ci fut le premier protecteur d',avicenne4 ,dans le sud de l'empire des khalifes avait paru1 ds le rgne encore glorieux de ,moktafi1 la secte trange des ,karmates4 ,nous en avons parl dans un autre ouvrage#ajd4 ,l'lan des ,karmates tait dj arrt l'poque d',avicenne2 mais la grande et fameuse secte des ,ismaliens1 laquelle se rattachait celle-l1 avait conquis alors le pouvoir politique en gypte et fond1 sur les ruines de dynasties passagres1 l'importante dynastie des ,ftimides4 ,note #ajd3 ,le ,mahomtisme2 le gnie smitique et le gnie aryen dans l'islam1 p4 #aej et suivantes4 ,l'tat de l'empire musulman au temps o nous sommes placs1 peut donc tre reprsent comme celui d'une fodalit indiscipline et orageuse1 o1 sous un pouvoir central nerv et dsorganis1 une foule de pouvoirs vassaux s'lvent tour tour1 dominent dans une portion de l'empire1 puis s'clipsent4 ,des races et des croyances s'entre-choquent1 progressant ou reculant selon la fortune des aventuriers politiques qui les incarnent4 ,d'une faon gnrale1 l'esprit arabe dcline2 l'ancien esprit persan a des rveils1 mais il ne parvient pas se dgager tout fait du chaos1 empch qu'il en est par des ressauts de barbarie que produit surtout l'lment turc#aje4 ,cependant la science poursuit ses destines1 au hasard des protections phmres que lui accordent de-ci de-l quelques personnages princiers4 ,c'est dans un tel milieu1 dont la vie d',avicenne reflte le caractre trouble et temptueux1 que ce philosophe donna pour la premire fois une expression claire1 ordonne et complte de ce systme grandiose et calme que nous nommons la scolastique4 ,abou ,ali el-,hosn fils d',abd ,allah fils de ,sn1 vulgairement appel ,avicenne#ajf1 raconte ce qui suit3 ,son pre qui tait originaire de ,balkh tait venu dans le pays de ,bokhra au temps de ,nouh fils de ,mansour2 il habitait le bourg de ,kharmetan1 dans le voisinage de ,bokhra1 o il exerait la profession de changeur2 il avait pous une femme d',afchanah4 ,cette femme lui donna deux fils1 dont notre philosophe tait l'an4 ,il naquit l'an #cge dans le mois de ,safar4 ,aprs la naissance de ces enfants1 les parents d',avicenne se transportrent ,bokhra4 ,note #aje3 ,on aura une ide prcise de l'histoire orientale de ce temps1 en lisant le beau travail de ,m4 ,f4 ,grenard1 la ,lgende de ,satok ,boghra ,khn et l'histoire1 ,journal ,asiatique1 janvier #aijj4 ,les princes turcs1 pris individuellement1 furent parfois protecteurs de la science2 le jugement que nous portons ici est gnral et s'applique la race4 ,note #ajf3 ,le nom d',avicenne est une corruption de l'arabe ,ibn ,sn1 par l'intermdiaire de l'hbreu ,aven ,sn4 ,avicenne est connu aussi sous le surnom d'ech-,chekh er-,rais1 le seigneur1 le chef4 ,avicenne tout jeune fut confi un matre pour apprendre le ,coran et les lments des belles-lettres4 ,a dix ans1 il avait dj fait tant de progrs qu'il excitait l'admiration4 ,il vint vers ce temps-l dans la ville de ,bokhra des missionnaires ismaliens d'gypte1 qui enseignaient la thorie de leur secte touchant l'me et la raison2 le pre d',avicenne embrassa leur doctrine2 quant notre philosophe1 il nous dit qu'il entendait et qu'il comprenait ce que ces gens disaient1 mais que son me ne le recevait pas4 ,ces missionnaires enseignaient aussi des sciences profanes1 la philosophie grecque1 la gomtrie et le calcul indien4 ,avicenne apprit cette espce de calcul d'un marchand de lgumes4 ,il tudia aussi avec succs la jurisprudence et la controverse sous un ascte du nom d',ibrhim4 ,aprs cela vint ,bokhra un individu du nom d'en-,ntili qui posait en philosophe4 ,le pre d',avicenne1 trs ami des sciences ce qu'il semble et zl pour l'avancement de son fils1 fit loger ce personnage dans sa maison1 dans l'espoir que le jeune homme apprendrait beaucoup de lui4 ,avicenne tudia sous sa direction les principes de la logique2 mais quant aux dtails de cette science1 cet homme n'en avait pas connaissance1 et toutes les fois qu'une question se posait1 le disciple la rsolvait mieux que son matre4 ,avicenne se mit alors tudier par lui-mme2 il lut les traits de logique et il en examina attentivement les commentaires4 ,il fit de mme pour la gomtrie d',euclide4 ,il en apprit les cinq ou six premires propositions avec ,ntili1 puis il acheva le livre seul4 ,il passa ensuite l'tude de l',almageste qu'il nous dit avoir compris avec une facilit merveilleuse4 ,ntili le quitta et s'en alla ,korkandj4 ,avicenne lut encore les ,aphorismes des philosophes puis divers commentaires sur la physique et la thologie1 et1 selon son expression1 les portes de la science lui furent ouvertes4 ,il dsira alors apprendre la mdecine1 et comme cette science1 affirme-t-il1 n'est pas difficile1 il y fit de trs rapides progrs4 ,aprs s'y tre initi dans les livres1 il se mit visiter les malades1 et il acquit des traitements empiriques plus d'exprience qu'on ne saurait dire4 ,les mdecins commencrent venir tudier sous sa direction4 ,il n'avait en ce temps-l que seize ans4 ,parvenu ce point1 il consacra un an et demi la lecture2 il ne fit plus1 durant ce temps1 autre chose que de lire et de relire les livres de logique et de philosophie4 ,toutes les fois que j'tais embarrass dans une question1 raconte-t-il1 et que je ne trouvais pas le terme moyen d'un syllogisme1 je m'en allais la mosque1 et je priais et suppliais l'auteur de toutes choses de m'en dcouvrir le sens difficile et ferm4 ,la nuit1 je revenais ma maison2 j'allumais le flambeau devant moi1 et je me mettais lire et crire4 ,quand j'tais domin par le sommeil ou que je me sentais faiblir1 j'avais coutume de boire un verre de vin qui me rendait des forces1 aprs quoi je recommenais lire4 ,quand enfin je succombais au sommeil1 je rvais de ces mmes questions qui m'avaient tourment dans la veille1 en sorte qu'il arriva que1 pour plusieurs d'entre elles1 j'en dcouvris la solution en dormant4 ,le jeune philosophe approfondit ainsi la srie des sciences logiques1 physiques et mathmatiques1 jusqu'au point o l'homme peut atteindre2 et il n'y fit plus1 dit-il1 de progrs depuis lors4 ,puis il se tourna vers la mtaphysique4 ,mais malgr cette extrme facilit et cette prodigieuse puissance de travail dont il se vante1 non sans insistance1 la ,mtaphysique d',aristote lui resta longtemps inaccessible4 ,je lus ce livre1 dit-il1 mais je ne le compris pas1 et la donne m'en resta obscure au point que1 aprs l'avoir relu quarante fois1 je le savais par coeur et ne le comprenais pas encore4 ,je dsesprai et je me dis3 ,ce livre est incomprhensible4 ,un jour1 je me rendis l'heure de l'asr chez un libraire1 et j'y rencontrai un intermdiaire qui avait en mains un volume dont il faisait l'loge et qu'il me montra4 ,je le lui rendis d'un air ennuy1 convaincu qu'il n'y avait pas d'utilit dans cet ouvrage4 ,mais cet homme me dit3 ,achte-le-moi2 c'est un livre bon march2 je te le vends trois dirhems2 son possesseur a besoin d'argent4 ,je le lui achetai4 ,c'tait un ouvrage d',abou ,nasr el-,farabi sur les intentions d',aristote dans le livre de la mtaphysique#ajg4 ,je rentrai chez moi et je m'empressai de le lire4 ,aussitt tout ce qu'il y avait d'obscur dans ce livre se dcouvrit moi1 car dj je le savais par coeur4 ,j'en conus une grande joie1 et le lendemain1 je distribuai aux pauvres des aumnes abondantes pour rendre grces ,dieu4 ,note #ajg3 ,farabi a crit sur les intentions1 buts ou tendances 7agrd7 d',aristote et de ,platon dans plusieurs de leurs livres4 ,v4 ,steinschneider1 ,al-,farabi1 p4 #abd et #acc4 ,en ce temps-l le sultan de ,bokhra tait toujours ,nouh fils de ,mansour4 ,ce prince tant tomb malade1 ,avicenne fut appel et le gurit4 ,il devint ensuite l'un de ses familiers4 ,avicenne demanda ,nouh la permission d'entrer dans sa bibliothque4 ,c'tait1 nous dit-il1 une bibliothque incomparable1 forme de plusieurs chambres qui contenaient des coffres superposs1 remplis de livres2 dans une chambre taient les livres de droit1 dans une autre la posie1 et ainsi de suite4 ,avicenne dcouvrit l des livres extrmement rares qu'il n'avait jamais vus auparavant et qu'il ne retrouva plus depuis4 ,cette bibliothque brla quelque temps aprs4 ,des envieux prtendirent que le philosophe l'avait lui-mme incendie pour tre assur de possder seul les connaissances qu'il y avait acquises4 ,avicenne n'avait pas encore dix-huit ans qu'il avait achev de parcourir le cycle des sciences4 ,a ce moment-l1 affirme-t-il1 je possdais la science par coeur2 maintenant elle a mri en moi2 mais c'est toujours la mme science2 je ne l'ai pas renouvele depuis4 ,il commena crire l'ge de vingt et un ans4 ,il crivit ordinairement la requte de diffrents personnages1 pour la plupart peu connus4 ,l'un de ses voisins nomm ,abou'l-,hosn el-,aroudi lui demanda un livre gnral sur la science2 il le fit et l'appela du nom de cet homme3 la ,philosophie d',aroudi2 un autre1 ,abou ,bekr el-,barki1 lui demanda un commentaire philosophique1 et il rdigea le trait du ,rsultant et du rsult1 ainsi qu'un trait sur les ,moeurs4 ,a l'ge de vingt-deux ans1 notre philosophe perdit son pre1 et sa situation changea4 ,il entra dans la vie politique et fut investi de quelques charges par le sultan4 ,mais la ncessit1 dit-il1 le fora quitter ,bokhra et migrer ,korkandj4 ,l1 ,abou'l-,hosn es-,sahli1 qui tait ami des sciences1 remplissait les fonctions de vizir auprs de l'mir ,ali fils de ,mamoun4 ,avicenne sjourna dans cette petite cour sous l'habit de jurisconsulte4 ,puis la ncessit1 selon son expression1 le fora encore quitter ,korkandj4 ,il passa ,nas1 ,bwerd1 ,tous et dans d'autres villes1 et il parvint enfin ,djordjn4 ,son intention avait t de se placer sous la protection de l'mir ,kbous2 mais tandis qu'il tait en la compagnie de ce personnage1 il arriva que celui-ci fut fait prisonnier et mourut4 ,avicenne se transporta ,dihistan o il fut gravement malade2 il revint ,djordjn et il fit la connaissance d',abou ,obd el-,djouzdjni qui s'attacha lui4 ,a ce moment il composa sur sa situation un pome o se trouvait ce vers3 ,je ne suis pas grand1 mais il n'y a pas de ville qui me contienne2 mon prix n'est pas cher1 mais je manque d'acheteur4 ,la situation qu',avicenne dpeint ainsi symbolise fort bien ce qu'tait cette poque celle mme de la science4 ,ici s'arrte l'autobiographie4 ,avicenne la rdigea vraisemblablement la demande d'el-,djouzdjni1 et c'est ce dernier1 qui fut ds lors le tmoin oculaire des errements du philosophe1 que nous devons la suite du rcit4 ,il y avait ,djordjn un homme du nom de ,mohammed ech-,chrzi1 qui avait du got pour les sciences4 ,cet homme acheta une maison au chekh1 c'est--dire ,avicenne1 dans son voisinage1 et chaque jour le chekh lui donna des leons d'astronomie et de logique4 ,avicenne composa pour lui1 dans cette rsidence1 une partie de ses ouvrages4 ,ensuite le philosophe passa ,rey o il fut au service de la dame de ,rey et de son fils ,madjd ed-,daoulah4 ,il traita ce prince qui souffrait de mlancolie4 ,il demeura ,rey jusqu'aprs le meurtre de ,hill fils de ,bedr et la dfaite de l'arme de ,bagdad4 ,la ncessit le fit alors passer ,kazwn et de l ,hamadan o il se mit au service de ,kadbnawh et fit fonction d'intendant4 ,sur ces entrefaites l'mir de ,hamadan1 ,chems ed-,daoulah1 qui tait malade1 le fit appeler4 ,il le traita et le gurit aprs quarante jours de soins assidus2 l'mir le rcompensa magnifiquement et le mit au nombre de ses familiers4 ,le philosophe prit part1 quelque temps aprs1 une petite expdition que ,chems ed-,daoulah dirigea du ct de ,kirmissn4 ,il revint1 battu1 ,hamadan4 ,on lui demanda ensuite de se charger du vizirat et il accepta4 ,mais les soldats se rvoltrent contre lui1 et redoutant son chtiment1 ils assigrent sa maison1 se saisirent de lui et le jetrent en prison4 ,en mme temps ils s'emparrent de tous ses biens1 et ils cherchrent obtenir sa mort de ,chems ed-,daoulah4 ,l'mir s'y refusa2 mais pour leur donner quelque satisfaction1 il consentit l'loigner du pouvoir4 ,le chekh se rfugia dans la maison d'un de ses amis1 ,abou ,sad fils de ,dakhdouk1 et il y resta cach quarante jours4 ,au bout de ce temps1 l'mir tant tomb malade fit rechercher ,avicenne1 et il lui confia le vizirat une seconde fois4 ,el-,djouzdjni choisit ce moment pour demander au chekh de rdiger un commentaire gnral des livres d',aristote2 ,avicenne rpondit qu'il n'avait pas le temps1 mais que cependant1 si ,djouzdjni ne dsirait de lui qu'un expos direct de ses opinions sans la rfutation des opinions adverses1 il s'y mettrait2 et il commena rdiger la physique du ,chif4 ,or dj ,avicenne avait crit le premier livre de son ,canon sur la mdecine4 ,il mena de front la composition de ces deux normes ouvrages4 ,tous les soirs1 il runissait dans sa maison des rudits et des tudiants2 el ,djouzdjni lisait un passage du ,chif1 un autre assistant en lisait un du ,canon1 et l'on continuait ainsi alternativement jusqu' ce que chacun et lu son tour2 aprs quoi l'on buvait4 ,on crivait pendant la nuit parce que le temps de la journe tait occup par le service de l'mir4 ,ainsi se passait la vie du chekh ,hamadan4 ,mais son protecteur ,chems ed-,daoulah1 tant reparti en expdition contre un mir voisin1 fut pris de colique en route et mourut4 ,quand ,chems ed-,daoulah fut mort1 son fils fut proclam sa place2 on demanda ,avicenne de se charger encore du vizirat2 mais il refusa1 et il alla se cacher dans la maison du droguiste ,abou ,glib o il continua ses travaux4 ,il composa l tous les chapitres de la physique et de la mtaphysique du livre du ,chif1 l'exception des deux traits des animaux et des plantes4 ,il crivait cinquante folios par jour4 ,ne se sentant plus assez en sret ,hamadan1 il adressa en secret une lettre ,al ed-,daoulah1 l'mir d',ispahan1 pour lui demander de se rendre auprs de lui4 ,tdj el-,mlik1 qui tait devenu tout-puissant ,hamadan1 eut connaissance de cette lettre2 il en fut mcontent et il mit des gens la recherche du chekh4 ,celui-ci1 ayant t dnonc par quelques-uns de ses ennemis1 fut pris et envoy dans une forteresse appele ,ferdadjn4 ,en y entrant1 il rcita un pome1 o tait ce vers3 ,mon entre est certaine1 comme tu vois2 tout le doute est dans la question de ma sortie4 ,il resta dans ce chteau quatre mois4 ,a ce moment1 ,al ed-,daoulah fit une expdition ,hamadan2 ,tdj el-,mlik1 accompagn du fils de ,chems ed-,daoulah1 s'enfuit1 et il vint chercher asile dans ce chteau mme o tait enferm ,avicenne4 ,al ed-,daoulah retourna peu aprs ,ispahan2 ,tdj el-,mlik quitta alors son abri et rentra ,hamadan1 ramenant avec lui le chekh4 ,celui-ci avait compos plusieurs ouvrages dans sa prison4 ,a la suite de ces vnements1 ,avicenne1 de plus en plus dsireux de quitter ,hamadan1 sortit secrtement de cette ville1 avec ,djouzdjni1 son frre et deux domestiques1 tous cinq dguiss en soufis4 ,aprs un pnible voyage1 ils atteignirent ,ispahan4 ,le philosophe fut bien reu par ,al ed-,daoulah2 il trouva sa cour les dignits et l'honneur dont un homme tel que lui tait digne4 ,il se remit travailler la nuit et tenir des sances philosophiques1 selon la mthode qu'il avait suivie ,hamadan4 ,l'mir lui-mme prsidait ces sances1 les nuits de vendredi4 ,avicenne composa beaucoup de livres dans la compagnie d',al ed-,daoulah4 ,il acheva le ,chif une anne o il se rendit avec ce prince ,sbour ,khst2 en route il produisit encore plusieurs ouvrages1 notamment le ,nadjt4 ,le philosophe continua demeurer jusqu' sa mort sous la protection d',al ed-,daoulah4 ,un jour il fit remarquer au prince que les observations astronomiques des anciens se trouvaient suspendues dans l'empire musulman1 par suite des troubles et des guerres1 et qu'il serait bon de les reprendre4 ,al ed-,daoulah lui accorda aussitt une subvention cet effet4 ,le chekh chargea ,djouzdjni de prsider l'installation des instruments2 mais les observations durent tre abandonnes cause de la frquence des distractions et des voyages4 ,avicenne composa encore dans cette priode divers ouvrages1 notamment celui qui porte le nom de son protecteur1 le ,hikmet el-,ali1 ouvrage en persan sur la philosophie4 ,djouzdjni remarque avec tonnement que pendant les vingt-cinq annes qu'il fut au service d',avicenne1 il ne lui vit jamais lire un livre nouveau de suite2 il se reportait immdiatement aux passages difficiles1 et d'aprs eux il jugeait l'ouvrage4 ,cette mthode ne nous surprendrait plus aujourd'hui4 ,notre philosophe1 dit pittoresquement son biographe1 avait puissantes toutes les puissances de l'me2 mais sa facult dominante tait la facult rotique4 ,elle l'occupait souvent1 et ces excs usrent son temprament4 ,la cause de sa mort fut une colique qui lui arriva2 il dsirait tant en gurir qu'il prit huit lavements en un jour4 ,une partie de ses intestins fut ulcre et une dysenterie se dclara4 ,la prostration vint1 qui suit la colique1 et il tomba en un tat de faiblesse qui ne lui permit plus de se lever4 ,il continua cependant se traiter jusqu' ce qu'il pt de nouveau marcher4 ,mais il ne se garda pas bien2 il se livra divers excs1 et il fit beaucoup de mlanges dans ses traitements1 ce qui l'empcha de recouvrer tout fait la sant4 ,il allait tantt mieux et tantt retombait4 ,on prtend qu'il avait ordonn un jour de mettre deux dnik de cleri dans une potion avec laquelle il se traitait1 et que le mdecin qui le soignait en mit pour cinq dirhems4 ,l'acidit du cleri augmenta son mal4 ,en outre son domestique jeta dans une de ses drogues une grande quantit d'opium4 ,ce domestique l'avait ls en quelque chose1 et il redoutait son ressentiment au cas o le chekh aurait guri4 ,al ed-,daoulah partit pour ,hamadan2 il emmena avec lui le chekh4 ,celui-ci fut repris de colique en chemin2 arriv ,hamadan1 il se sentit bout de forces et il comprit qu'il ne pourrait plus repousser la maladie4 ,alors il renvoya ses mdecins et il se mit dire3 ,le gouverneur qui tait dans mon corps n'est plus capable de le rgir2 maintenant tout remde est inutile4 ,puis il tourna ses penses vers son ,seigneur4 ,il fit des ablutions1 se repentit de ses pchs1 distribua d'abondantes aumnes1 affranchit ses esclaves1 et tous les trois jours il marquait un sceau4 ,au bout de peu de jours il expira4 ,sa mort arriva l'an #dbh et sa vie avait t de #eh ans4 ,quelqu'un fit sur lui ces vers3 ,le chekh er-,ras n'a tir aucune utilit de sa science de la mdecine ni de sa science des astres4 ,le ,chif ne l'a pas guri de la douleur de la mort2 le ,nadjt ne l'a pas sauv4 ,la destine qu'eut la mmoire d',avicenne en ,orient et en ,occident1 et l'influence qu'exera sa philosophie1 ne sont pas prsentement de notre ressort1 puisque dans cet ouvrage1 nous considrons son systme comme un point d'arrive et non pas comme un point de dpart4 ,mais nous ne pouvons rsister au plaisir d'indiquer un des aspects que prit sa physionomie aux yeux des ,orientaux1 d'autant que cet aspect lgendaire doit avoir son origine dans quelques traits de son caractre rel4 ,dans les littratures populaires de l',orient et en particulier dans la littrature turque1 il existe un ,avicenne fantastique1 espce de sorcier bouffon et bienfaisant1 dont l'imagination du peuple a fait le hros d'aventures singulires et de farces burlesques4 ,tout un recueil de contes turcs lui est consacr1 et voici1 d'aprs une chrestomathie turque#ajh1 l'une de ces plaisanteries auxquelles ce profond et joyeux philosophe est cens s'tre livr4 ,note #ajh3 ,ch4 ,wells1 ,the litterature of the ,turks1 p4 #aad4 ,il y avait une fois un roi ,alep1 et1 dans ce temps-l1 la ville tait ravage par une norme quantit de rats1 dont les habitants se plaignaient sans cesse4 ,un jour1 tandis que le roi causait avec ,avicenne1 la conversation tomba sur les rats4 ,le roi demanda au docteur s'il ne connatrait pas un moyen de les faire disparatre4 ,je puis faire en sorte1 rpondit celui-ci1 qu'en quelques heures il n'en subsiste plus un seul dans la ville2 mais c'est la condition que vous alliez vous placer aux portes de la cit1 et que1 quoi que vous voyiez1 vous ne riiez pas4 ,le roi accepta avec plaisir2 il fit seller son cheval1 se rendit la porte et attendit4 ,avicenne de son ct alla dans la rue qui conduisait la porte1 et il se mit lire une incantation4 ,un rat vint2 ,avicenne le prit et le tua2 il le mit dans un cercueil1 et il appela quatre rats pour le porter4 ,puis il continua ses incantations et les rats1 frappant leurs pattes l'une contre l'autre1 commencrent marcher4 ,tous les rats de la cit vinrent assister aux funrailles2 ils s'avancrent en rang vers la porte o se tenait le roi1 les uns prcdant le convoi1 les autres suivant4 ,le roi regardait2 mais quand il vit les rats qui portaient le cercueil sur leurs paules1 il ne put se retenir et clata de rire4 ,aussitt tous les rats qui avaient franchi la porte moururent2 mais ceux qui taient encore dans la ville se dbandrent et s'enfuirent4 ,avicenne dit3 ,o roi1 si tu t'tais retenu de rire encore quelques instants1 il n'aurait plus subsist dans la ville un seul de ces animaux1 et tout le monde et t soulag4 ,le roi se repentit2 mais que faire8 ,repentir tardif est de nul profit4 ,ainsi ,avicenne connut1 du moins de faon posthume1 la grosse popularit et les petits cts de la gloire4 ,les ouvrages qu',avicenne composa et ceux qui existent encore dans nos bibliothques1 sont nombreux4 ,el-,djouzdjni a donn la bibliographie de ce philosophe au cours du rcit qu'il nous a laiss de sa vie1 et ,ibn ,abi ,osebia l'a revue4 ,il n'importe pas que nous transcrivions les titres des ouvrages mentionns par ,djouzdjni1 ni que nous dressions la liste de ceux qui se trouvent dans toutes les bibliothques de l',europe4 ,ce serait un travail aussi ais que fastidieux1 et sans intrt immdiat pour nos lecteurs4 ,nous devons seulement indiquer quels sont1 parmi ces livres1 les plus importants1 quels sont ceux qui ont dj fait l'objet de travaux de la part des savants occidentaux1 desquels on peut aujourd'hui se servir pour connatre la philosophie de l'auteur1 et nous ajouterons ces renseignements des dtails suffisants pour que l'on puisse se former une ide assez prcise de l'activit littraire de ce grand homme4 ,il y a dans l'oeuvre d',avicenne des traits gnraux sur la philosophie4 ,le plus considrable de ses crits en ce genre1 est son volumineux ouvrage intitul le ,chif1 c'est--dire la gurison4 ,nous avons vu qu',avicenne le composa diverses reprises1 dans ses diffrentes rsidences4 ,quand il l'eut achev1 il en fit un abrg qu'il intitula le ,nadjt1 c'est--dire le salut4 ,le ,chif embrasse l'ensemble des quatre parties de la science1 logique1 mathmatique1 physique et mtaphysique4 ,il a t de bonne heure traduit en latin1 du moins en partie2 on parat avoir rendu alors inexactement le mot de ,chif par celui de ,sufficientiae#aji4 ,dans une vaste dition latine d',avicenne1 publie ,venise en #adie1 on remarque une partie mtaphysique dveloppe qui est apparemment celle du ,chif4 ,ce trait intitul ,metaphysica ,avicennae sive ejus prima philosophia est divis en dix livres et subdivis en chapitres4 ,la traduction1 qui est due ,franois de ,macerata1 frre mineur1 et ,antoine ,frachantianus ,vicentinus1 lecteur en philosophie au collge de ,padoue1 ne semble pas dpourvue de mrite4 ,il serait louable aujourd'hui d'tudier la philosophie d',avicenne dans le ,chif1 dont les manuscrits ne manquent pas2 mais cette tude longue et pnible exigerait de ceux qui s'y livreraient beaucoup de dsintressement1 une poque o la philosophie1 et surtout la scolastique1 est peu en honneur4 ,il est possible1 avec moins de temps et de peine1 de s'initier la pense d',avicenne1 dans le rsum qu'il a lui-mme fait du ,chif1 le ,nadjt4 ,le ,nadjt est un fort beau livre1 trs net et plein de vigueur4 ,il est facilement accessible dans l'dition qui en a t donne ,rome1 en #aeic1 la suite de celle du ,canon4 ,la partie logique du ,nadjt a t traduite en franais au dix-septime sicle par ,pierre ,vattier#aaj4 ,le ,nadjt a t comment par ,fakhr ed-,dn er-,rzi 7mort en #fjf de l'hgire7#aaa4 ,note #aji3 ,le mot en question dans le sens de remde1 gurison1 est vocalis chaf dans le grand dictionnaire arabe-latin de ,freytag1 et chif dans les dictionnaires de l'universit de ,beyrouth1 dition franaise de #ahic et dition anglaise de #ahii4 ,les diteurs romains du ,nadjt1 de #aeic1 ont donn ce livre un fort beau titre vocalis dans lequel entre le mot qui nous occupe et o ils ont prcisment omis cette voyelle scabreuse4 ,note #aaj3 ,la logique du fils de ,sna1 ,paris1 #afeh4 ,ce ,vattier1 qui tait un crivain distingu et un habile traducteur1 a rendu ,chif 7lu ,sapha7 par nouvelle lune et ,nadjt par mersion4 ,note #aaa3 ,v4 le catalogue des manuscrits de ,sainte-,sophie de ,constantinople1 n #bdca4 ,a ct de ces deux ouvrages1 il faut placer le ,livre des thormes et des avertissements 7,kitb el-ichrt wa't-tanbht7 que nous dsignerons par le nom d',ichrt4 ,c'est1 dit el-,djouzdjni1 le dernier des ouvrages qu',avicenne composa et le plus excellent2 son auteur y attachait beaucoup de prix4 ,malgr un jugement aussi autoris1 je me permettrai d'exprimer une prfrence pour le ,nadjt relativement aux ,ichrt4 ,le plan des ,ichrt est moins parfait que celui du ,nadjt1 la logique y tient une trop grande place notre gr1 et la rdaction du ,nadjt est plus concise et plus rigoureuse4 ,les ,ichrt n'en sont pas moins un important ouvrage2 il a t mis la porte des arabisants par l'dition du chanoine ,forget1 ,leyde1 #ahib4 ,il en existe un commentaire par ,nasr ed-,dn et-,tousi 7mort en #fgb7aab4 ,le ,nadjt a pass en bonne partie dans le livre de ,chahrastani4 ,note #aab3 ,ce commentaire existe la ,bibliothque ,nationale de ,paris1 n #bcff du fonds arabe1 la bibliothque de ,leyde1 #adeb #adeg4 ,d'autres traits gnraux d',avicenne sur la philosophie sont3 la ,philosophie d',aroudi 7el-hikmet el-aroudiet71 son premier ouvrage1 dont nous avons fait mention2 cet ouvrage existe la bibliothque d',upsal#aac2--la ,philosophie d',al compose pour ,al ed-,daoulah1 qui existe au ,british ,museum#aad2--le ,guide la sagesse 7el-hidiet f'l-hikmet7 compos dans la prison de ,ferdadjn et qui a t souvent comment#aae2--les ,notes sur la science philosophique 7et-talkt f'l-hikmet el-filsafiet72--et une petite ptre fort agrable sur les ,fontaines de la sagesse 7,oyoun el-hikmet7 dont il existe des copies ,leyde et en d'autres lieux2 cette ptre a t avec plusieurs autres imprime en ,orient#aaf4--,nous relevons de plus dans les listes de ,djouzdjni un titre qu'accompagne une glose assez singulire3 ,c'est celui du ,kitb el-ansf1 le ,livre des moitis4 ,c'est1 dit le biographe1 un commentaire sur l'ensemble des livres d',aristote1 o un partage est tabli entre les ,orientaux et les ,occidentaux2 ce livre prit dans le pillage du ,sultan ,masoud4 ,nous ne savons ce que signifie cette rpartition gographique laquelle ,djouzdjni fait allusion4 ,note #aac3 ,v4 le ,catalogue de ,tornberg1 p4 #bdb1 n #cfd4 ,note #aad3 ,v4 le ,catalogue persan du ,british ,museum1 p4 #dcc2 or4 #af4hcj4--,le titre de cet ouvrage est ,dnich nmeh ali2 il est divis en sept parties3 logique1 mtaphysique1 physique1 gomtrie1 astronomie1 arithmtique1 musique4 ,une huitime partie sur les mathmatiques serait perdue4--,cf4 le catalogue de la ,nouri-,osmanieh de ,constantinople1 n #bfhb4 ,note #aae3 ,v4 le ,catalogue de ,sainte-,sophie1 n #bdcb4 ,note #aaf3 ,dans un recueil intitul3 ptres sur la philosophie et la physique 7,resil f'l-hikmet wa't-tab't72 ,constantinople1 #abih de l'hgire4 ,la logique1 qui a beaucoup proccup ,avicenne1 a fait de sa part l'objet de travaux importants4 ,on distingue trois logiques d',avicenne1 une grande logique 7,kitb el-modjaz el-kbr f'l-mantik71--une moyenne logique 7,kitb el-aousat7 compose ,djordjn pour ,abou ,mohammed ech-,chrzi#aag1--;et une petite1 qui est celle du ,nadjt que traduisit ,vattier4--,en outre ,avicenne composa sur la logique un curieux pome qui a t dit et traduit par ,schmlders#aah4 ,l'on y peut joindre aussi l'ptre sur les ,divisions des sciences 7f taksm el-hikmet wa'l-oloum7 publie ,constantinople#aai4 ,note #aag3 ,un ,kitb el-aousat se trouve ,constantinople la bibliothque de la mosque cathdrale ,ahmdieh1 n #bac du ,catalogue4 ,note #aah3 ,dr4 ,augustus ,schmlders1 ,documenta philosophiae ,arabum1 ,bonne1 #ahcf1 p4 #bf #db4 ,note #aai3 ,dans la collection des ,resil f'l-hikmet4--,cf4 le ,catalogue de la ,bodlienne1 vol4 ,i1 p4 #bad1 n #ihj4 ,en psychologie1 nous rencontrons dans nos bibliothques de trs nombreux ,traits de l'me attribus notre philosophe2 il est difficile de savoir par ce seul titre si ces traits sont des extraits des ouvrages gnraux sur la philosophie1 notamment du ,nadjt1 ou s'ils sont des compositions indpendantes4 ,landauer a publi d'aprs un manuscrit de ,leyde et un manuscrit de l',ambrosienne de ,milan1 une psychologie d',avicenne#abj2 une ancienne traduction latine de ce trait1 conserve ,florence1 porte une ddicace au sultan ,nouh fils de ,mansour1 ce qui indiquerait qu'il s'agit d'une oeuvre de la jeunesse d',avicenne4 ,un trait de l',ame du philosophe1 traduit en latin par ,andr de ,bellune1 existe en manuscrit la bibliothque ,bodlienne d',oxford 7,,ii1 n #cff71 et a t imprim avec d'autres opuscules d',avicenne1 ,venise1 en #aedf4--;,dans la plupart des catalogues des bibliothques de l',europe on trouve des ptres sur l'me 7rislet f'n-nefs71 par exemple ,sainte-,sophie1 n #bjeb1 ,leyde1 #adfd1 #adfg1 etc41 l',escurial1 #fef1 #ffc1 au ,british ,museum 7seconde partie du catalogue1 page #bji7 et en d'autres lieux4 ,il existe d',avicenne un petit pome sur l'me 7el-,kasdah f'n-nefs7 qu',ibn ,abi ,osebia a reproduit incompltement la suite de la vie du philosophe1 et parmi d'autres fragments potiques4 ,ce pome fut clbre en ,orient et plusieurs fois comment2 nous l'avons dit1 traduit et analys dans le ,journal ,asiatique#aba4 ,el-,djouzdjni cite en outre diffrents travaux psychologiques de notre auteur1 tels que3 les ,vues sur l'me 7,monzart f'n-nefs71 controverse avec ,abou ,ali en-,nesbouri2--des ,chapitres sur l'me 7fosoul f'n-nefs72--et l'ptre sur les facults humaines et leurs perceptions 7f'l-,kowa el-insnet wa drktih7 imprime ,constantinople dans la collection des ,resil f'l-hikmet4 ,note #abj3 ,die ,psychologie des ,ibn ,sn dans ,z4 ,d4 ,m4 ,g41 #ahgf1 ,b4 p4 #cce4 ,note #aba3 ,la ,kadah d',avicenne sur l'me2 ,j4 ,as41 #ahii1 t4 ,,ii1 p4 #aeg4 ,avicenne a peu crit spcialement sur la morale4 ,une ptre de lui sur les ,moeurs 7rislet el-akhlk7 existe dans une bibliothque de ,constantinople#abb4--,sa mtaphysique est amplement dveloppe dans ses traits gnraux de philosophie1 et ses crits mtaphysiques spciaux sont rares et apparemment de faible importance4--,en revanche ses crits mystiques ont un intrt assez considrable4 ,note #abb3 ,bibliothque de ,keuprili ,mehemmed ,pacha1 n #gbf du ,catalogue4 ,m4 ,mehren a tudi une srie de traits mystiques d',avicenne#abc3 le ,hy ben ,yakzn qui fut compos dans la forteresse de ,ferdadjn et qui eut beaucoup de clbrit au moyen ge2 ,aben ,ezra l'imita2--le ,trait de l'oiseau 7rislet el-tar71 comment en persan par ,safdji2--la ,rfutation des astrologues2--le ,trait sur l'amour2--le ,trait sur le destin 7rislet el-kadr7 qui fut compos sur le chemin d',ispahan1 lorsque le philosophe s'y rendit en fugitif aprs avoir quitt ,hamadan4--,dans le mme ordre d'ides1 il convient de citer le mythe de ,salmn et d',absl1 tudi1 la suite d',avicenne1 par ,nasr ed-,dn et-,tousi#abd2--un trait sur le ,retour de l'me 7,kitb el-mad71 compos ,rey pour ,madjd ed-,daoulah1--et une ,philosophie de la mort 7hikmet el-maout7 que le philosophe composa pour son frre et qui existe en persan au ,british ,museum 7,add4 #af4fei74 ,note #abc3 ,voici les titres des ouvrages de ,a4 ,f4 ,mehren sur la mystique d',avicenne4--,l'oiseau1 trait mystique d',avicenne rendu littralement en franais et expliqu selon le commentaire persan de ,sawedji1 extrait du ,muson1 ,louvain1 #ahhg4--,l'allgorie mystique ,hy ben ,yaqzn1 traduite et en partie commente1 extrait du ,muson1 #ahhf4--,traits mystiques d',abou ,ali al-,hosan ben ,abdallah ben ,sina1 texte arabe avec l'explication en franais2 ,leyde3 ,i4 ,l'allgorie mystique ,hy ben ,yaqzn1 #ahhi2 ,,ii4 ,les trois dernires sections de l'ouvrage al-icharat wa-t-tan-bihat2 indications et annotations sur la doctrine soufique1 et le trait mystique et-tir1 l'oiseau1 #ahia2 ,,iii4 ,trait sur l'amour2 trait sur la nature de la prire2 missive sur l'influence produite par la frquentation des lieux saints et les prires que l'on y fait2 trait sur la dlivrance de la crainte de la mort1 #ahid2 ,,iv4 ,trait sur le destin1 #ahii4 ,note #abd3 ,v4 la collection des ,resil f'l-hikmet4 ,djouzdjni et d'autres auteurs ont parl d'un ouvrage d',avicenne1 qui doit tre un ouvrage principalement mystique1 avec l'air d'y attacher un grand prix4 ,c'est celui que l'on nomme ordinairement la ,philosophie orientale 7el-hikmet el-machraket7 et qu'il vaudrait sans doute mieux appeler la ,philosophie illuminative 7el-hikmet el-mochriket74 ,djouzdjni dit que cet ouvrage ne se trouve pas au complet4 ,ibn ,tofail en parle en ces termes dans son ,hy ben ,yakzn qu'il ne faut pas confondre avec celui d',avicenne#abe3 ,avicenne composa le ,chif selon la doctrine des pripatticiens2 mais celui qui veut la vrit complte sans obscurit doit lire sa ,philosophie illuminative4 ,averros en fait mention dans sa ,destruction de la destruction propos d'une discussion sur la nature de l'tre premier3 les disciples d',avicenne1 dit-il#abf1 pensent que tel est le sens qu'il a indiqu dans sa ,philosophie orientale2 selon eux1 il ne l'a appele orientale que parce qu'elle contient les croyances des gens de l',orient2 la divinit tait pour eux les corps clestes1 etc44 ,note #abe3 ,philosophus autodidacticus sive epistola ,abi ,jaafar ebn ,tophai de ,hai ebn ,yokdhan1 d4 et trad4 ,e4 ,pocok1 #b;e d4 #agjj1 p4 #ah4 ,note #abf3 ,le ,tehfut d',ibn ,rochd1 d4 de ,boulaq1 #acjb de l'hgire1 p4 #ajh4 ,l'erreur donc qui a fait traduire par orientale l'pithte contenue dans ce titre1 est ancienne1 puisqu'elle remonte des disciples d',avicenne qui auront voulu faire dvier sa doctrine dans le sens du paganisme chalden ou du mysticisme indien4 ,il est bien probable que ces disciples taient des interprtes infidles de leur matre4 ,rien ne nous autorise croire que les grands crits philosophiques d',avicenne ne reprsentent pas sa pense vritable1 et que sa ,philosophie illuminative ait contenu une doctrine autre que celle des traits mystiques que nous connaissons de lui4 ,un passage du bibliographe ,hadji ,khalfa explique trs clairement et avec une entire vraisemblance1 ce qu'il faut entendre par la philosophie de l'illumination 7hikmet el-ichrk74 ,il y a1 dit-il#abg1 deux voies pour atteindre la connaissance de l'auteur des choses4 ,la premire est celle de la spculation et de l'argumentation4 ,ceux qui la suivent sont appels thologiens 7motakallimoun71 s'ils croient la rvlation et s'ils s'y attachent1 philosophes s'ils n'y croient pas ou s'ils en font plus ou moins abstraction4 ,l'autre voie est celle des exercices de l'ascse2 on donne ceux qui la suivent le nom de ,soufis s'ils sont musulmans fidles1 et s'ils ne le sont pas on les appelle les sages illumins 7el-hokam el-ichr-koun74 ,la philosophie illuminative tient dans les sciences philosophiques1 au sens grec du mot1 le mme rang que le soufisme dans les sciences de l'islam4 ,en d'autres termes1 la philosophie illuminative est la mystique grecque2 et ,flgel n'a sans doute pas eu tort lorsque1 traduisant le passage de ,hadji ,khalfa auquel nous venons de nous reporter1 il a ajout aux mots philosophie de l'illumination1 philosophia illuminationis1 cette glose3 sive neoplatonica1 ou noplatonicienne#abh4 ,note #abg3 ,hadji ,khalfa1 ,lexicon biographicum1 d4 et trad4 ,g4 ,flgel1 t4 ,,iii1 p4 #hg4 ,note #abh3 ,il existe ,sainte-,sophie de ,constantinople un ouvrage d',avicenne intitul la ,philosophie illuminative1 n #bdjc2 un autre intitul ,philosophie de l'illumination par ,chehb ed-,dn es-,suhrawerdi1 nos #bdjj-bdjb2 un commentaire de ce dernier par ,kotb ed-,din ech-,chrzi1 n #bdbf2 un trait sur les ,secrets de la philosophie illuminative par ,abou ,bekr l',andalou1 n #bchc4 ,fakhr ed-,din er-,rzi a crit un ,kitb el-mebhith el-mochraket1 ,livre des questions illuminatives1 qui se trouve ,berlin1 catalogue t4 ,,iv1 p4 #djc1 n #ejfd4 ,nous ajouterons quelques indications brves sur les ouvrages mdicaux d',avicenne et ses crits divers4 ,son fameux et norme ,canon de mdecine1 qui existe en manuscrit ,paris 7nos #bhhe #bhia7 et ailleurs1 a t dit en arabe ,rome1 en #aeic1 et a eu en outre plusieurs ditions latines4 ,des chapitres d',hippocrate sur la mdecine1 recenss par notre auteur1 se trouvent la bibliothque de ,sainte-,sophie 7n #cgjf74 ,un livre sur les ,remdes pour le coeur 7el-adwiet el-kalbiet7 existe ,sainte-,sophie 7n #cgii1 supplment71 la ,nouri ,osmanieh 7n #cdef71 ,leyde 7n #accj74 ,avicenne composa un certain nombre de pomes sur la mdecine1 dont plusieurs qui sont du mtre radjaz1 sont appels cause de cela ordjouzah2 par exemple un long pome sur la ,mdecine1 qui existe la ,bodlienne 7n #ide7 et ,leyde1 un pome sur les ,fivres et les tumeurs 7 la ,bodlienne1 mme numro71 une ordjouzah sur les ,ventouses 7 ,paris1 n #befb71 l',ordjouzah el-manzoumah qui se trouve ,sainte-,sophie 7n #cdeh7 et plusieurs fois ,paris 7nos #aagf1 #biib1 #cjch74 ,notre auteur crivit encore sur l'alchimie 7rislet f'l-,km7 d'aprs ,djouzdjni#abi2--sur la musique2 un trait de musique sous son nom est conserv la ,bodlienne 7n #ajbf72--sur l'astronomie2 un trait sur la ,situation de la terre au milieu de l'univers1 se trouve la ,bodlienne 7n #ihj7 et est indiqu par ,djouzdjni comme ayant t compos pour ,ahmed fils de ,mohammed es-,sahli4 ,a l'occasion des observations astronomiques que ,al ed-,daoulah commanda au philosophe1 celui-ci crivit un chapitre sur un ,instrument d'astronomie 7f lat rasadiet74 ,avicenne abrgea ,euclide et l',almageste4 ,note #abi3 ,avicenne1 au moyen ge1 a t clbre comme alchimiste4 ,il nous est tomb sous la main un recueil latin de traits d'alchimie intitul3 ,turba philosophorum ou aurifer artis1 quam chemiam vocant1 antiquissimi doctores1 publi ,basle en #aegb4 ,ce recueil contient deux traits attribus ,avicenne3 ,avicenn tractatulus et ,de congelatione et conglutinatione lapidum4 ,enfin l'on dut ,avicenne quelques morceaux de controverse ou de correspondance1 dont les plus intressants furent probablement ses rponses au fameux rudit et voyageur el-,brouni#acj4 ,comme pote persan1 ,avicenne a t tudi par l'orientaliste ,eth#aca4 ,note #acj3 ,djouzdjni cite une ,rponse dix questions d'el-,brouni1 une autre ,rponse seize questions d'el-,brouni4 ,dans le mme genre1 il mentionne une ,rponse d',avicenne aux questions de son disciple ,abou'l-,hasan ,bahmanir1 fils du ,marzabn4 ,la bibliothque de ,leyde possde1 sous le n #adgf du catalogue arabe1 des lettres d',avicenne el-,brouni4--,abou ,rahan ,mohammed fils d ,ahmed el-,brouni naquit en #cfb1 dans un faubourg de ,khrizm aujourd'hui ,khiva4 ,il fut d'abord le protg ,khrizm de la maison de ,mamoun1 maison vassale de celle des ,samanides2 il vcut ensuite plusieurs annes ,djordjn ou ,hyrcania1 au sud-est de la ,caspienne1 la cour de l'mir ,kbous4 ,revenu dans son pays natal1 il y fut tmoin du meurtre de l'mir ,mamoun et de la conqute de la contre par ,mahmoud le ,ghaznwide qui l'emmena en ,afghanistan1 en l'anne #djh4 ,il rsida ds lors principalement ,ghazna1 et il voyagea1 surtout dans l',inde4 ,sa mort arriva l'an #ddj4 ,el-,brouni est trs clbre comme gographe1 chronologiste1 mathmaticien1 astronome1 et pour sa grande connaissance de la littrature1 des moeurs et des coutumes des ,hindous4 ,note #aca3 ,eth1 ,avicenne comme lyrique persan4 ,en face d'une oeuvre aussi immense1 dont nous ne pouvons pratiquement connatre qu'une faible partie1 au moment o nous entreprenons d'en parler avec dtail1 nous nous sentirions envahi de vertige et d'effroi1 si nous ne savions que les grands esprits du moyen ge et de l'antiquit taient souvent moins proccups d'inventer que de recueillir et qu'ils taient plus sincrement pris de science que d'originalit4 ,nous devons1 croyons-nous1 saluer ici1 propos d',avicenne1 ces grandes personnalits de jadis1 dont les oeuvres et les vies galement encyclopdiques1 si elles n'taient pas toujours un parfait exemple d'ordre moral1 taient du moins comme un rsum et comme un symbole de toutes les activits humaines4 ,nos temps ne prsentent plus de figures comparables2 nous nous plaisons croire qu'il n'en peut plus exister1 parce que la science1 aujourd'hui trop dveloppe1 ne serait plus capable de tenir dans le cerveau d'un seul homme4 ,cela peut tre2 mais aussi il serait juste d'avouer que la science a moins d'unit et d'harmonie aujourd'hui qu'autrefois et qu'elle est moins simple qu'elle ne le fut sous la grande discipline pripatticienne4 ,en outre notre attitude vis--vis d'elle est moins humble et moins sincre4 ,nous avons plus de souci de faire briller notre nom que de rflchir une grande tendue de science2 nous avons plus de zle pour les carrires que de passion pour l'tude2 nous recherchons plus les titres que les connaissances2 et pour tre des spcialistes plus parfaits que nos anctres1 nous consentons tre aussi des esprits moins vastes1 des natures moins fortes et des mes moins libres4 ,,chapitre ,,vi ,,la ,,logique ,d',,avicenne ,la logique n'est plus fort la mode de nos jours1 et c'est dommage notre avis4 ,c'tait jadis une jolie science et l'une des constructions les plus acheves de l'esprit humain4 ,elle est tombe dans le discrdit cause de quelques abus qui s'taient introduits dans la syllogistique4 ,mais outre qu'il et t facile de rformer ces abus et de purifier le style de la syllogistique1 cette dernire n'tait pas toute la logique2 elle n'en a jamais t qu'une partie et non la plus intressante#acb4 ,la logique dans son ensemble constituait depuis l'antiquit une science vaste et vivante1 place la base de toutes les autres parties de la philosophie1 psychologie1 physique1 mtaphysique1 morale1 voire politique2 elle tait vraiment l'organe1 l'instrument des sciences1 la mthode qui en prparait les progrs1 la loi qui en cartait les erreurs4 ,elle-mme tenait et dpendait en une certaine mesure de quelques-unes de ces sciences1 notamment de la psychologie et de la mtaphysique2 et cette dpendance mutuelle ne constituait pas en ralit un cercle vicieux1 mais plutt un accord1 une mise au point de l'instrument par rapport son objet1 une adaptation par laquelle se ralisait l'unit philosophique1 les principes de la logique prparant les rsultats des sciences1 les sciences contrlant la logique4 ,note #acb3 ,nous avons eu occasion de donner notre opinion prcise sur le ,syllogisme dans les ,annales de philosophie chrtienne1 #ahih4 ,si telle tait l'importance de cette science dans les systmes anciens1 il est indispensable que nous nous en occupions1 et1 quelque opinion qu'en ait aujourd'hui le lecteur1 il doit1 s'il veut nous suivre1 souffrir d'en entendre parler4 ,nous ne nous enfoncerons pas d'ailleurs dans un ddale d'arguties4 ,ce n'est pas non plus ce qu'a fait ,avicenne2 sa logique est nette1 claire et d'un grand style4 ,elle est une construction de bonne poque4 ,elle n'a rien des formes compliques et barbares qu'affecta cette science dans le bas moyen ge4 ,il n'est donc pas besoin pour rendre prsentable la pense d',avicenne de la dpouiller de tout un fatras d'ornements de mauvais got2 dans l'oeuvre de notre philosophe1 ce fatras n'existe pas4 ,ces avertissements tant donns1 nous nous bornerons expliquer dans ce chapitre quel a t le but de la logique1 selon l'esprit d',avicenne1 quelles ont t1 dans son cole1 les principales parties de cette science1 et quelle conception ce philosophe s'est faite de la science en gnral4 ,voici comme ,avicenne explique dans le ,nadjt le but de la logique#acc3 ,toute connaissance et toute science a lieu ou par reprsentation ou par persuasion4 ,la reprsentation constitue la science premire et s'acquiert par la dfinition ou ce qui en tient lieu1 comme lorsque nous nous reprsentons la quiddit de l'homme4 ,la dmonstration ne s'acquiert que par le raisonnement ou ce qui en tient lieu1 comme lorsque nous dmontrons que le tout a un principe4 ,la dfinition et le raisonnement sont les deux instruments par lesquels s'acquirent les connus1 lorsque d'inconnus ils deviennent connus par la considration intellectuelle4 ,chacun de ces deux instruments peut tre soit juste1 soit imparfaitement juste mais ayant encore une utilit1 soit faux avec l'apparence d'tre juste4 ,l'entendement de l'homme n'est pas toujours capable1 du premier coup1 de distinguer ces cas4 ,autrement il ne se produirait pas de divergence entre les hommes intelligents1 et l'on ne verrait jamais l'un d'entre eux se contredire lui-mme4 ,note #acc3 ,nadjt1 dition de ,rome1 page #a4 ,le raisonnement et la dfinition sont composs1 suivant des modes dtermins1 d'lments intelligibles4 ,chacun d'eux a une matire dont il est fait et une forme qui en achve la composition4 ,de mme que toute sorte de matire ne convient pas pour faire une maison ou un trne1 et qu'il n'est pas possible de prendre toute sorte de forme pour faire une maison avec la matire de la maison ou un trne avec la matire du trne1 de mme qu' chaque chose il faut une matire particulire et une forme particulire1 de mme tout ce qui peut tre connu par la considration intellectuelle a sa matire propre et sa forme propre qui1 ensemble1 le constituent4 ,et de mme que le dfaut de la maison vient quelquefois de la matire pendant que la forme est bonne1 et quelquefois de la forme pendant que la matire est intgre1 et quelquefois de toutes les deux ensemble1 de mme le dfaut dans la considration intellectuelle vient quelquefois de la matire quoique la forme soit lgitime et quelquefois de la forme bien que la matire soit convenable et quelquefois de toutes les deux ensemble4 ,la logique est l'art spculatif qui reconnat de quelle forme et matire se fait la dfinition correcte qui peut tre appele justement dfinition1 et le raisonnement correct qui peut tre appel justement dmonstration1 de quelle forme et matire se fait la dfinition passable qui s'appelle description2 de quelle se fait le raisonnement probable qu'on appelle dialectique lorsqu'il est fort et qu'il produit une persuasion voisine de la certitude1 et rhtorique lorsqu'il est faible et qu'il ne produit qu'une opinion prvalente2 de quelle encore se fait la dfinition vicieuse1 de quelle le raisonnement vicieux qui s'appelle erron et sophistique1 dont on dirait qu'il est dmonstratif ou persuasif alors qu'il ne l'est pas2 de quelle le raisonnement qui ne produit aucune persuasion mais une imagination capable d'tre agrable ou dsagrable l'me1 de l'panouir ou de la resserrer et que l'on nomme le raisonnement potique4 ,voil quelle est l'utilit de l'art de la logique1 dont le rapport l'entendement est comme celui de la grammaire la parole1 de la prosodie au vers1 si ce n'est qu'avec un esprit sain et un got sr1 on peut quelquefois se passer d'apprendre la grammaire et la prosodie1 au lieu qu'aucun entendement humain ne peut ngliger1 avant de considrer les choses1 de se munir de l'instrument de la logique1 moins qu'il ne soit clair de par ,dieu4 ,dans cet loquent prambule1 on doit noter l'importance qu',avicenne a donne la dfinition et comment il l'a oppos au raisonnement1 en les considrant tous deux ensemble comme les deux moyens essentiels de l'art de la logique4 ,cette circonstance montre combien tait vaste l'ide qu'il s'est faite de cet art1 remarque que fortifie encore le soin qu'il a pris de faire rentrer dans l'objet de la logique l'tude de tous les divers degrs de certitude et celle de tous les procds de persuasion1 depuis la dmonstration rigoureuse jusqu' la suggestion potique4 ,dans les ,ichrt1 ,avicenne1 tout en assignant le mme but cette science1 la dfinit d'une manire plus sche et plus brve1 o l'on aperoit mieux les limites dans lesquelles il entend la renfermer3 ,le but de la logique1 dit-il#acd1 est de donner l'homme une rgle canonique dont l'observation le prserve d'errer dans son raisonnement4 ,note #acd3 ,ichrt1 d4 ,forget1 p4 #b4 ,il apparat1 d'aprs cet nonc1 que selon ,avicenne1 la valeur de la logique est beaucoup moins positive que ngative4 ,la logique n'a pas pour fonction de dcouvrir la vrit2 ce serait l le rle des facults actives des sens et de l'esprit2 celui de la logique est de poser des lois pour l'exercice de ces facults et de prserver celles-ci de l'erreur4 ,la puissance active qui acquiert la vrit n'est point dans la loi1 mais dans l'esprit qui l'observe1 ni dans l'instrument mais dans l'intelligence qui s'en sert2 et si nous voulions ajouter une image celle de notre auteur1 nous dirions que ce n'est pas l'quitation qui porte le cavalier d'un lieu un autre1 mais le cheval1 et que l'quitation sert au cavalier conduire le cheval1 comme la logique sert l'homme conduire sa raison et la prserver des chutes4 ,cette image du transport se trouve au reste chez ,avicenne lui-mme1 qui conclut ainsi sa dfinition des ,ichrt3 ,donc la logique est une science qui apprend l'homme passer des choses prsentes dans son esprit aux choses absentes qui en rsultent4 ,il peut tre intressant1 au point de vue de l'histoire de l'enseignement philosophique1 d'insister sur les divisions de la logique dont la citation prcdente donne dj l'ide4 ,les diffrentes logiques d',avicenne1 bien qu'elles soient rdiges avec une grande clart1 sont partages en beaucoup de sections dont l'ordre n'est pas vident tout d'abord4 ,vattier1 qui avait eu conscience de ce dfaut1 avait propos dans sa traduction une division fort ingnieuse#ace4 ,remarquant l'importance de l'opposition tablie par l'auteur entre la dfinition et le raisonnement1 il avait partag le livre en trois traits3 l'un du raisonnement1 l'autre de la dfinition1 le troisime de la sophistique2 puis se fondant sur la distinction de la matire et de la forme1 il avait tabli une subdivision de ces traits selon la matire et la forme du raisonnement1 de la dfinition et du sophisme4 ,cette ordonnance est assez satisfaisante pour l'esprit2 nanmoins1 comme elle n'est point explicite chez ,avicenne qui n'et point t embarrass de la marquer clairement s'il l'avait dsir1 nous ne croyons pas qu'il faille s'y attacher4 ,note #ace3 ,vattier1 la ,logique du fils de ,sina1 prface4 ,le fait historique que nous dsirions signaler1 c'est celui de la prsence des grandes divisions scolastiques1 visibles travers la rdaction trs libre des logiques de cette poque4 ,un petit trait de la classification des sciences attribu ,avicenne#acf1 prcise cette division avec toute la nettet dsirable4 ,note #acf3 ,trait #e des ,resil fi'l-hikmet1 page #gi4 ,la logique1 classe part des autres sciences dans ce trait1 est divise en neuf parties correspondant huit livres d',aristote prcds de l',isagoge de ,porphyre4 ,l'objet de ces neuf parties et les livres auxquels elles se rapportent sont noncs de la faon suivante3 ,la premire a pour objet les termes et les lments abstraits2 il en est parl dans l',isagoge2 la seconde1 l'numration des lments abstraits simples1 essentiels1 applicables tous les tres1 dont il est parl au livre des ,catgories2 la troisime1 la composition des abstraits simples pour en former une proposition2 il en est trait dans les ,hermneia2 la quatrime1 la composition des propositions pour en former une dmonstration qui donne la connaissance d'un inconnu2 c'est l'objet des premiers ,analytiques2 la cinquime1 les conditions que doivent remplir les prmisses des raisonnements2 c'est l'objet des seconds ,analytiques2 la sixime1 les raisonnements probables1 utiles quand la preuve complte fait dfaut2 c'est ce dont traite le livre des ,topiques ou de la ,dialectique2 la septime1 les erreurs2 c'est la matire de la ,sophistique2 la huitime1 les discours persuasifs adresss la foule1 et c'est l'objet de la ,rhtorique2 la neuvime1 les discours versifis1 et c'est celui de la ,potique4 ,porphyre1 dont les travaux sur la logique exercrent une grande influence au moyen ge1 institua dans son ,introduction la logique ou ,isagoge une espce de philosophie du langage qui demeura prfixe l',organon d',aristote et qui parat avoir assez plu aux ,arabes en particulier4 ,les ,arabes furent de trs habiles grammairiens2 de fort bonne heure ils eurent le culte de leur langue1 et ils l'analysrent avec un sens philosophique profond4 ,leur idiome en lui-mme prtait ce travail4 ,simple1 souple1 compose de propositions brves dont les lments ont des rles nettement dfinis1 et que relient entre elles de cent faons diverses tout un jeu de particules1 la phrase arabe se trouvait fort bien prpare pour le raisonnement scolastique2 le procd mme de drivation des mots qui1 prenant d'abord l'ide dans la racine1 en indique ensuite tous les modes et tous les aspects au moyen d'un petit nombre de lettres adventices ou de flexions1 tait de nature aiguiser aussi bien qu' servir l'esprit philosophique4 ,les deux grandes coles des grammairiens arabes1 celle de ,basrah et celle de ,koufah1 se fondrent de fort bonne heure1 ds le premier sicle aprs l'hgire2 elles tudirent les anciennes posies nationales et le texte du ,coran2 la rvlation coranique1 descendue dans la langue des ,arabes et qui ne devait pas tre traduite1 rendait cet idiome vnrable et saint mme aux trangers1 et ceux-ci s'empressaient servir sa gloire4 ,l'on trouve le rsultat des travaux de ces premiers grammairiens condens dans des oeuvres un peu postrieures1 mais encore trs anciennes1 telles que la fameuse grammaire du persan ,sibawahi4 ,cet rudit mourut en #agg ou #ahj de l'hgire4 ,par consquent1 ds avant le dbut du grand mouvement philosophique arabe1 la langue arabe avait t tudie philosophiquement1 et les grammairiens avaient pos1 comme ,porphyre1 une espce d',isagoge ou d',introduction aux dveloppements qui allaient suivre4 ,il est peine utile de rappeler comment se prsente cette premire partie de la logique dans ces vieux systmes scolastiques4 ,il s'y agit1 on le sait1 de la valeur qu'ont les mots par rapport aux sens qu'ils recouvrent2 l'on y voit ce que c'est que le terme simple et le terme compos1 le terme essentiel et le terme accidentel1 le fini et l'indfini1 le particulier et l'universel4 ,on y apprend ce qu'on appelle les cinq termes qui sont le genre1 l'espce1 la diffrence1 le propre et l'accident commun1 et comment on doit rpondre aux questions3 qu'est-ce que c'est8 et quelle chose est-ce8 ,ces questions conduisent la doctrine des catgories et celle des causes2 mais ces doctrines ne sont que trs superficiellement effleures dans ce dbut2 et mieux vaut attendre1 pour en parler1 que nous les retrouvions ailleurs4 ,l'tude des propositions1 qui sont destines former les lments des raisonnements1 se rattache encore l'analyse grammaticale4 ,cette tude a t faite avec grand soin et longuement dveloppe par ,avicenne1 en particulier dans les ,ichrt#acg4 ,c'est l qu'on trouve une explication de ce que notre auteur a dans l'esprit lorsqu'il parle de la matire des jugements et de leurs modes4 ,la matire du jugement1 c'est ce qui est vrai en ralit du rapport de l'attribut au sujet1 le mode c'est ce qui est pens de ce rapport4 ,matire et mode sont ou ncessaires1 ou impossibles ou possibles4 ,ainsi le terme d'animal donn comme attribut homme forme un jugement dont la matire est ncessaire1 parce que1 absolument et en tout temps1 l'homme est un animal2 mais si j'nonce le jugement sous cette forme3 il se peut que l'homme soit animal1 alors le mode du jugement est possible1 tandis que sa matire ne cesse pas d'tre ncessaire4 ,cet exemple tendrait prouver que l'introduction des notions physiques et mtaphysiques de matire et de forme en logique est quelque peu superflue4 ,note #acg3 ,chapitres #c #f du livre4 ,au cours de son tude sur les jugements1 ,avicenne a signal une ou deux particularits curieuses de la langue arabe4 ,lorsqu'il parle1 par exemple1 de certaines propositions mal dtermines dont on ne sait pas si le sujet1 tel que homo1 est pris en un sens gnral ou en un sens particulier1 il remarque que ce cas-l ne peut pas se prsenter en arabe2 en effet dans cette langue on reconnat infailliblement par la prsence de l'article devant le nom1 er-radjoul1 qu'il s'agit de l'homme en gnral1 et par celle de la nunation la fin du nom1 radjouloun1 qu'il s'agit d'un homme en particulier4 ,voici un autre exemple intressant tir de cette partie de la logique2 il nous servira montrer la finesse qui rgne dans tout cet expos1 sur lequel nous ne voulons pas autrement insister#ach3 ,sur la ngative universelle et ses modes4 ,tu sais1 d'aprs les explications qui ont prcd1 que dans l'universelle ngative absolue d'absolutisme commun la ngation doit porter sur chacun des individus dsigns par le sujet1 sans aucune spcification de circonstance ni de temps4 ,cela doit tre comme si tu disais3 chacun des tres qui est ,c n'est pas ,b1 sans spcifier le temps ni les circonstances de la ngation4 ,or dans les langues que nous connaissons1 la ngation n'a pas ce sens et l'on emploie1 dans ces langues1 pour exprimer la ngation universelle1 une tournure qui ne donne pas exactement le sens absolu requis4 ,ainsi l'on dit en arabe3 aucune chose de ,c n'est ,b1 ce qui signifie qu'aucune chose de ce qui est ,c ne peut tre jamais qualifie de ,b1 tant que cette chose reste qualifie de ,c2 et la ngation porte sur chacune des choses qualifies de ,c1 tant que cette qualification dure1 mais non plus si elle cesse4 ,de mme dans la bonne langue persane1 on dit3 aucun ,c n'est ,b1 et cette formule s'applique la fois au ncessaire et une espce d'absolu indique par le sujet4 ,cela a induit beaucoup de gens en erreur4 ,la meilleure manire d'exprimer la ngative universelle absolue d'absolutisme commun est de dire3 tout ,c est non ,b1 ou ,b en est ni1 sans spcification de circonstance ni de temps2 et pour exprimer la ngative essentielle d'absolutisme propre1 c'est de dire3 tout ,c1 ,b en est ni d'une ngation qui n'est ni ncessaire ni perptuelle4 ,dans le mode ncessaire1 la diffrence entre dire3 tout ,c ncessairement n'est pas ,b1 et dire3 ncessairement rien de ,c n'est ,b consiste en ce que dans le premier cas la ngation porte sur chacun des individus ,c1 au lieu que dans le second elle porte directement sur l'ensemble et ne s'applique aux individus qu'en puissance4 ,la distinction serait analogue dans le mode possible4 ,note #ach3 ,ichrt1 p4 #ch4 ,la syllogistique1 avons-nous dit dj1 est trs sobre chez ,avicenne4 ,nous n'avons nulle intention de nous y arrter4 ,le lecteur peut aisment se reprsenter ce qu'est une syllogistique simple1 bien ordonne1 rdige sans embarras ni prolixit aucune1 dans laquelle il est fait1 comme dans l'exemple ci-dessus1 un usage convenable des lettres pour reprsenter les termes du syllogisme1 et qu'illustrent de loin en loin quelques exemples4 ,a l'tude du syllogisme est jointe celle des combinaisons de syllogismes que l'auteur appelle les raisonnements composs4 ,nous extrayons de ce dernier chapitre une page prise presque au hasard qui en montrera bien le style#aci3 ,le raisonnement compos joint est celui dans lequel on ne supprime pas la conclusion1 mais o on l'nonce une fois comme conclusion et une fois comme prmisse1 de cette faon3 tout ,c est ,b1 tout ,b est ,e1 donc tout ,c est ,e2 tout ,c est ,e1 tout ,e est ,d1 donc tout ,c est ,d2 et ainsi de suite4 ,le raisonnement compos spar est celui dans lequel on retranche les conclusions1 comme lorsqu'on dit3 tout ,c est ,b1 tout ,b est ,e1 tout ,e est ,d1 donc tout ,c est ,d4 ,le raisonnement que les modernes ont ajout au syllogisme rduplicatif est un raisonnement compos1 mais une seule fois1 dont voici un exemple3 ,si le soleil est lev1 il fait jour2 s'il fait jour1 le hibou n'y voit goutte4 ,or le soleil est lev2 donc le hibou n'y voit goutte4 ,note #aci3 ,page #ad de l'dition du ,nadjt et p4 #aec de la traduction de ,vattier4 ,nous ne pouvons pas reproduire purement et simplement le franais de ,vattier1 quoiqu'il soit joli1 parce qu'il semblerait un peu vieilli4 ,tout ce que nous venons de citer ou de dire fait suffisamment sentir le caractre net1 concis1 subtil et ferme de cette logique d',avicenne o l'auteur suit trs librement ,aristote et ses commentateurs1 sans jamais se rendre esclave ni de leur plan ni de leur enseignement1 mais au contraire les compltant1 les combattant1 les corrigeant parfois4 ,cependant nous craignons bien que le lecteur ne s'impatiente1 et que l'importance de ces progrs de dtail qu',avicenne a raliss dans la logique grecque ne lui chappe1 et nous avons hte de le faire parvenir la partie de cette logique reste la plus vivante1 celle qui a pour objet l'art de la persuasion en gnral et la thorie de la science4 ,nous avons vu dans la dfinition mme de la logique que la science tait faite de reprsentation et de persuasion4 ,avicenne1 qui ne fut pas moins pntrant psychologue que dli logicien1 a montr dans sa logique que ces deux lments sont intimement unis1 et qu'ils se mlent dans une troite collaboration tous les degrs du travail de l'esprit4 ,toute persuasion et reprsentation1 ou s'acquiert par quelque recherche ou a lieu d'abord#adj4 ,la persuasion s'acquiert par le raisonnement1 la reprsentation par la dfinition4 ,le raisonnement ne peut se faire sans reprsentation2 il a des parties qu'on se persuade et d'autres qu'on se reprsente4 ,la dfinition aussi repose sur des reprsentations4 ,mais ces persuasions et ces reprsentations dont l'esprit se sert un moment quelconque de l'tude de la science1 reposent elles-mmes sur des persuasions et des raisonnements antrieurs2 et la srie n'en saurait aller l'infini1 non plus que celle des effets et des causes4 ,il faut donc qu'elle aboutisse des choses que l'on se persuade et que l'on se reprsente d'abord immdiatement et que l'on emploie sans intermdiaire4 ,ce terme d'o part la logique se rencontre videmment dans les premires expriences des sens et dans les principes premiers de l'esprit4 ,note #adj3 ,la thorie suivante est principalement renferme dans la section du ,nadjt intitule3 ,section sur les ,sensibles1 page #af du texte arabe1 correspondant aux pages #ahc et suivantes de la traduction de ,vattier4 ,avicenne s'tend peu en logique sur le rle de la sensation comme principe de la connaissance2 il aura l'occasion d'en reparler plus tard4 ,les quelques mots qu'il en dit ici ont nanmoins de l'intrt4 ,de mme qu'il a remarqu qu'il n'y a pas de raisonnement sans reprsentation1 de mme il affirme qu'il n'y a pas de sensible sans raisonnement3 ,les choses sensibles sont celles que le sens persuade conjointement avec la raison4 ,l'on comprend qu'il entend par les sensibles1 les donnes de l'exprience des sens4 ,il explique le rle que joue la mmoire dans cette exprience1 et comment celle-ci ne peut se produire sans un certain raisonnement3 ,quand nos sens ont constat souvent l'existence d'une chose en une autre1 comme la proprit de relcher le ventre dans la scammone1 cette relation se reprsente souvent notre mmoire2 et cette rptition dans notre mmoire produit l'exprience1 par le moyen d'un raisonnement qui se noue dans la mmoire mme1 et qui est tel3 si cette relation1 par exemple celle du relchement du ventre la scammone1 tait fortuite et accidentelle et non la consquence d'une loi de la nature1 elle ne se produirait pas dans la plupart des cas sans diffrence1 de telle faon que1 lorsqu'elle fait dfaut1 l'esprit s'en tonne et recherche la cause de ce manque4 ,quand donc cette sensation et ce souvenir sont joints dans ce raisonnement1 l'esprit en reoit une persuasion qui lui fait juger que la scammone a la proprit de relcher le ventre celui qui en boit4 ,outre la mmoire1 l'opinion#ada joue1 selon ,avicenne1 un rle important dans le principe de nos raisonnements2 car elle nous fournit1 comme les sens1 des reprsentations que nous considrons la faon des choses sensibles1 et d'o proviennent une quantit d'erreurs4 ,note #ada3 ,il faut prendre garde que ce qui est dsign ici par l'opinion est la facult appele en arabe el-wahm1 dont le rle ne pourra tre exactement dfini qu'en psychologie4 ,les prmisses intellectuelles sont de diverses sortes2 mais1 de toute manire1 ne vont-elles pas sans reprsentations3 ,la raison commence par des prmisses dans lesquelles l'imagination la seconde4 ,ces prmisses comportent des certitudes ingales4 ,il y en a qui sont de foi1 que l'on se persuade parce qu'elles sont dites par une personne en qui l'on croit1 soit cause d'une qualit cleste qui lui est propre1 soit cause d'une prudence ou d'une intelligence extraordinaires qui paraissent en elles4 ,d'autres sont des prmisses de sentiment commun1 des opinions gnralement reues dont on se persuade1 soit par le tmoignage de tout le monde1 comme de ce que la justice est une belle chose1 soit par celui de la majorit des hommes1 ou des savants ou de la majorit des savants1 quand le vulgaire n'y contredit pas4 ,analogues ce genre de prmisses sont aussi les principes qui reposent sur des habitudes prises ds l'enfance1 ou sur des passions auxquelles on est sujet1 ou sur une grande quantit d'exemples quivalant une induction4 ,la certitude de telles prmisses n'a rien d'absolu4 ,enfin il y a les principes de raison4 ,les principes de raison sont des jugements ou prmisses qui sont produits dans l'homme par sa facult intellectuelle1 sans aucun motif qui oblige se les persuader1 autre qu'eux-mmes444 ,l'esprit s'en trouve ncessairement persuad1 sans mme qu'il s'aperoive qu'il vient d'acqurir cette connaissance4 ,l'un de ces principes est1 par exemple1 que le tout est plus grand que la partie4 ,le sens a aussi une part dans la formation de cette sorte de prmisses1 mais non la principale3 il aide former l'ide du tout1 du plus grand et de la partie2 mais la persuasion qu'a l'esprit de la vrit de la proposition1 est primitive4 ,les sciences ont des objets1 des questions et des prmisses#adb3 des objets dont on dmontre1 des questions que l'on dmontre1 des prmisses par lesquelles on dmontre4 ,nous venons de parler des prmisses universelles4 ,il en est d'autres1 particulires chaque science2 ce sont les axiomes de cette science1 et en outre certaines suppositions ou certains postulats1 que le matre requiert1 soit parce que ces suppositions ont t dmontres dans une science voisine ou le seront dans celle mme qu'il enseigne1 soit simplement parce que le disciple qui apprend la science n'y trouve rien contredire4 ,voici un exemple de ces postulats pour la gomtrie3 que si une ligne qui en coupe deux autres fait avec elles1 d'un mme ct1 deux angles dont la somme soit moindre que deux droits1 ces deux lignes se rencontrent de ce mme ct4 ,note #adb3 ,la thorie suivante est principalement extraite des sections du ,nadjt sur les objets1 les questions et les prmisses2 les dfinitions1 les donnes et les certitudes1 pages #ag-ah du texte4 ,cf4 ,vattier1 p4 #bje et suivantes4 ,les objets des sciences sont les choses donnes dont on recherche les attributs essentiels4 ,ce sont1 par exemple1 la quantit continue en gomtrie1 le nombre en arithmtique1 le corps1 en tant qu'il se meut ou se repose1 en physique1 l'tre1 et l'un en mtaphysique4 ,chacun de ces objets a des attributs essentiels qui lui sont propres3 le rationnel et l'irrationnel pour la quantit continue1 le pair et l'impair pour le nombre1 l'altration1 l'accroissement et la diminution pour le corps1 la puissance1 l'action1 la perfection ou l'imperfection pour l'tre4 ,la notion des objets des sciences est fournie par la dfinition1 dont il faut dire quelques mots4 ,les philosophes arabes distinguent la dfinition et la description#adc4 ,avicenne s'explique l-dessus dans les ,ichrt#add3 ,la dfinition1 dit-il1 est un discours qui dmontre la quiddit de la chose2 il faut qu'elle englobe tous ses caractres essentiels2 elle est ncessairement compose de son genre et de sa diffrence1 parce que les caractres essentiels que cette chose a en commun avec d'autres constituent son genre1 et ceux qu'elle a en propre constituent sa diffrence4 ,tant qu'un compos n'unit pas le commun et le propre1 sa ralit comme compos est incomplte1 et toutes les fois qu'une chose n'a pas de composition en son essence1 il n'est pas possible de la dmontrer par un discours4 ,donc tout dfini est abstraitement compos4 ,avicenne dit de la mme manire dans le ,nadjt#ade3 ,la dfinition et la dmonstration ont leurs parties communes1 et des choses dont il n'est point de dmonstration1 il n'est point non plus de dfinition4 ,comment en effet auraient-elles une dfinition1 puisqu'elles ne se distinguent que par les accidents non essentiels1 et que leurs accidents essentiels sont communs8 ,note #adc3 ,cf4 les traits des frres de la puret2 d4 ,dieterici1 p4 #egg4 ,le mot rendu par dfinition est hadd et le mot rendu par description est rasm4 ,note #add3 ,ichrt1 p4 #ag4 ,note #ade3 ,cf4 p4 #bbg de la traduction de ,vattier4 ,la faon dont se fait la description est moins dtermine que celle dont s'obtient la dfinition4 ,lorsqu'une chose1 dit notre philosophe#adf1 est connue par un discours compos de ses accidents et de ses propres qui la caractrisent ensemble1 cette chose est alors connue par sa description4 ,la meilleure des descriptions est celle dans laquelle on place d'abord le genre1 pour ensuite dlimiter l'essence de la chose1 comme lorsqu'on dit de l'homme qu'il est un animal marchant sur deux pieds1 aux ongles larges et riant par nature1 ou lorsqu'on dit du triangle qu'il est la figure qui a trois angles4 ,il faut que la description par les propres et les accidents spcifie clairement la chose4 ,faire connatre le triangle en disant qu'il est la figure dont les angles sont gaux deux droits1 ce n'est pas le dcrire1 sinon pour les gomtres4 ,note #adf3 ,ichrt1 p4 #ai4 ,les questions que l'on pose dans les sciences sont1 outre celles de savoir ce qu'est une chose et si elle est1 ce quoi l'on commence rpondre par la dfinition et par la description1 celles encore de savoir o est cette chose1 quand elle est1 comment1 pourquoi elle est1 et ces diffrentes questions qui voquent la thorie des catgories et celle des causes1 nous amnent aux confins de la logique et au point o cette science touche la mtaphysique4 ,dj la question des causes tait connexe de celle de la dfinition4 ,les rponses la demande pourquoi la chose est1 dit ,avicenne#adg1 et la demande3 qu'est-ce qu'elle est8 conviennent ensemble1 parce qu'elles se font toutes deux par ce qui entre dans l'essence de la chose4 ,par exemple si on demande3 pourquoi la lune s'clipse1 on rpondra3 parce que la terre se trouve entre elle et le soleil et lui te sa lumire2 et si l'on demande ensuite3 qu'est-ce que l'clipse de la lune1 on rpondra que c'est le dfaut de sa lumire survenant cause de la terre qui se place entre elle et le soleil4 ,la rponse normale la question pourquoi8 dans les dmonstrations1 est la cause prochaine et actuelle4 ,les causes essentielles d'tendue gale ou suprieure la chose1 entrent dans sa dfinition2 mais les causes de moindre tendue n'y entrent pas1 et ne peuvent tre invoques que dans les dmonstrations que l'on fournit propos d'elle4 ,quelquefois les quatre causes de la scolastique1 matrielle1 formelle1 efficiente et finale1 entrent ensemble dans la dfinition de la chose1 par exemple lorsqu'on dfinit la hache en disant#adh3 qu'elle est un outil de mtier1 en fer1 de telle figure1 pour couper le bois2 l'outil est le genre1 le mtier correspond la cause efficiente1 le fer est la matire1 la figure la forme1 et l'abatage du bois est la cause finale4 ,d'une faon gnrale1 il faut que la cause ou l'ensemble des causes invoques1 soit de mme tendue que l'effet1 pour valoir dans les dmonstrations logiques4 ,note #adg3 ,nadjt1 p4 #bj2 ,vattier1 p4 #bec4 ,note #adh3 ,vattier1 p4 #bff4 ,les diffrentes sciences se relient entre elles par leurs objets1 et elles se classent les unes au-dessous des autres selon la hirarchie de ces objets4 ,comme le problme de la classification des sciences a t populaire au moyen ge1 nous achverons de donner le tableau rsum des sciences tel que l'a dress l'cole d',avicenne1 d'aprs l'ptre d'o nous avons dj tir les divisions de la logique#adi4 ,c'est par quoi nous terminerons ce chapitre4 ,note #adi3 ,resil fi'l-hikmet1 p4 #ga et suivantes4 ,la philosophie1 qui est le nom de l'ensemble des sciences 7el-hikmet71 ou si l'on veut la sagesse1 se divise en deux parts3 la philosophie spculative et la philosophie pratique4 ,le but de la premire est la vrit2 celui de la deuxime est le bien4 ,la philosophie spculative a trois parties3 la science infrieure dite physique1 la science moyenne dite mathmatique et la science suprieure dite thologique4 ,la philosophie pratique a galement trois parties3 la science de ce que doit tre l'homme comme individu3 c'est l'thique2 celle de la conduite que doit tenir l'homme par rapport sa maison1 sa femme1 ses enfants et ses biens3 c'est l'conomique2 celle des gouvernements et de l'organisation des cits parfaites et imparfaites3 c'est la politique4 ,chacune des trois sciences qui composent la philosophie spculative se subdivise en un groupe de sciences pures ou premires et en un groupe de sciences appliques ou secondes4 ,les sciences qui se rangent dans la physique pure sont3 celle des tres en gnral1 de la matire1 de la forme1 du mouvement1 et du premier moteur2 celle des corps premiers qui constituent le monde1 les cieux1 les lments1 et de leurs mouvements2 celle de la gnration et de la corruption2 des influences clestes et de la mtorologie2 des minraux2 des plantes2 des animaux2 de l'me et de ses facults1 tant chez les animaux que chez l'homme4 ,a cette dernire partie de la science physique pure1 l'auteur rattache le problme de l'immortalit de l'me4 ,la physique applique comprend3 la mdecine2 l'astrologie1 la physiognomonie1 l'interprtation des songes1 la science des talismans1 celle des charmes et l'alchimie4 ,dans la mathmatique premire sont places quatre sciences3 l'arithmtique1 la gomtrie1 l'astronomie et la musique4 ,a ces sciences correspondent1 dans la mathmatique seconde1 diverses sciences appliques4 ,a l'arithmtique se rattachent le calcul indien sexagsimal et l'algbre2 la gomtrie1 la mesure des surfaces1 la mcanique1 la traction des fardeaux1 la construction des poids et des balances1 celle des instruments gradus1 celle des viseurs et des miroirs1 et l'hydraulique2 l'astronomie1 l'art de dresser des tables astronomiques et gographiques2 la musique1 la construction des instruments merveilleux1 orgues et autres4 ,la thologie premire a cinq parties3 #a la science des notions abstraites qui enveloppent tous les tres3 l'ipsit1 l'un et le multiple1 le mme1 le divers et le contraire1 la puissance et l'acte1 la cause et l'effet2 #b la connaissance des principes premiers des sciences2 #c la preuve de la vrit premire1 de son unit1 de sa souverainet et de ses autres attributs2 #d la science des substances premires spirituelles qui sont les cratures les plus proches de la vrit premire1 comme les chrubins1 et celle des substances spirituelles secondes qui sont au-dessous des prcdentes1 comme les anges prposs aux cieux1 porteurs du trne de ,dieu ou administrateurs de la nature2 #e la science de la manire dont les substances corporelles clestes et terrestres sont soumises ces substances spirituelles4 ,enfin la thologie seconde comprend la science de la rvlation1 et celle de la rtribution1 c'est--dire des joies et des peines de l'autre vie4 ,,chapitre ,,vii ,,la ,,physique ,d',,avicenne ,la physique1 dans les usages de l'antiquit et du moyen ge1 faisait partie de la philosophie1 parce que celle-ci tait en gnral1 conformment sa dfinition antique1 la science des tres et de leurs tats4 ,plus prcisment1 la physique entrait dans la philosophie1 parce qu'elle avait besoin de la mtaphysique et que la mtaphysique avait besoin d'elle4 ,aux yeux des anciens philosophes1 la physique se trouvait la fois dans le champ de l'observation et dans celui de la raison2 ni l'observation sensible ne se passait du raisonnement1 ni la raison ne se passait des sens1 et il n'y avait point d'abme entre leurs deux domaines4 ,on a t injuste envers les systmes scolastiques1 lorsqu'on les a accuss de se former sur les tres des opinions priori1 sans se soucier de l'exprience4 ,si l'on comprend bien l'esprit de ces vieilles doctrines1 on verra que rien n'est plus faux4 ,le raisonnement et l'observation s'y compntrent2 la spculation y a pour fondement la science positive1 et la science s'y ordonne au moyen de la spculation4 ,une harmonie y existe entre l'ide et l'objet1 entre l'abstrait et le concret1 entre l'intelligence et les choses1 et le seul principe qui y soit pos priori est celui mme qui affirme l'existence de cet accord et qui rclame du philosophe la foi pralable en la possibilit de l'application de l'intelligence aux choses4 ,que l'on examine avec soin la formation de la philosophie du moyen ge1 et l'on se rendra compte que ses erreurs sont dues1 non pas ce qu'elle a ddaign la science positive1 mais justement au contraire ce qu'elle s'est place dans une dpendance trop troite d'une science encore imparfaite4 ,nous commencerons clairer cette thse dans le prsent chapitre1 et ce que nous dirons ensuite de la psychologie et de la mtaphysique achvera de l'tablir4 ,la psychologie tient la physique sans discontinuit1 et dans la scolastique d',avicenne toute une partie de la psychologie1 celle qui a pour objet la science des mes1 par opposition celle des intelligences1 rentre sous la rubrique de la physique4 ,en outre la physique se relie la mtaphysique1 parce que la chane des tres est continue de la matire l'intelligence4 ,enfin il est intressant de rappeler que des relations mutuelles unissent la physique la logique4 ,la logique emprunte au monde physique plusieurs des notions dont elle a besoin1 celles nommment des catgories et des causes2 et la logique d'autre part prte la physique l'instrument de ses mthodes1 le ressort de ses raisonnements1 puisqu'il a t admis que les lois de la raison s'appliquent la nature4 ,nous ne nous proposons pas de faire ici un expos complet de la physique d',avicenne4 ,c'est d'histoire de la philosophie que nous devons nous occuper et non d'histoire des sciences4 ,mais comme prcisment nous venons d'indiquer que la physique scolastique contient de la philosophie1 il faut que nous en extrayions ce qui se lie notre objet4 ,c'est ce que nous ferons commodment1 en examinant quelques-unes des principales notions ou thses de cette science4 ,les grandes notions mtaphysiques de matire et de forme ont videmment une base physique4 ,elles apparaissent au commencement de la physique du ,nadjt#aej4 ,nous disons que les corps sont composs d'une matire1 c'est--dire d'un lieu1 et d'une forme qui est dedans4 ,le rapport de la matire la forme est le rapport du cuivre la statue4 ,les catgories sont aussi des notions suggres par la physique3 ,dans la matire du corps1 il y a des formes autres que la forme corporelle4 ,ces formes sont relatives la quantit1 au lieu et d'autres choses analogues4 ,s'il en est ainsi1 les corps physiques absolument parlant ne sont constitus que de deux principes1 la matire et la forme2 mais ces corps s'attachent les accidents qui surviennent du fait des neuf catgories4 ,il y a une diffrence entre la forme proprement dite et ces accidents3 la forme a pour lieu la matire qui n'a pas par elle-mme la nature spciale du corps1 tandis que les accidents ont pour lieu le corps qui subsiste par la matire et par la forme4 ,la nature spcifique du corps a lieu antrieurement selon le principe4 ,note #aej3 ,nadjt1 p4 #be4 ,le corps a des qualits premires et secondes ainsi dfinies3 les premires sont telles que1 si on les enlve1 l'objet qu'elles qualifient s'anantit2 les secondes sont telles que leur enlvement n'a pas pour consquence l'anantissement de l'objet1 mais nuit seulement sa perfection4 ,avicenne passe de cette notion des qualits celle de force dont l'analyse est intressante4 ,aucun corps1 dit-il d'abord1 ne se meut ni se repose de lui-mme1 ce qui constitue un nonc trs net du principe d'inertie4 ,aussitt aprs la pense devient plus profonde3 le corps ne se meut pas non plus par un autre corps ou par une force dcoulant en lui d'un corps1 s'il n'a pas en lui-mme une force convenable4 ,on pourrait interprter cette ide comme une conception dynamique1 suivant laquelle la force serait toujours intrieure l'objet qu'elle meut1 contrairement aux conceptions statiques courantes d'aprs lesquelles la force semble agir sur des objets extrieurs4 ,mais ,avicenne lui-mme s'explique3 ,ces forces qui sont inhrentes au corps ne sont autres que les qualits premires d'o procdent les qualits secondes1 et des qualits secondes procdent les actions du corps4 ,on distingue trois classes de forces4 ,les premires sont celles qui conservent au corps ses qualits relatives la figure et au lieu naturels1 et qui l'y font retourner lorsqu'il en a t cart2 c'est par exemple la pesanteur4 ,cette espce de forces s'appellent naturelles2 elles sont le principe du mouvement ou du repos essentiels et des autres qualits que le corps possde par essence4--,la seconde espce de forces sont celles qui mettent le corps en mouvement ou en repos et lui conservent ses qualits au moyen d'organes et de manires diverses1 soit sans conscience ni libert de la part du corps1 et ce sont alors les facults de l'me vgtative1 soit avec conscience1 et ce sont celles de l'me animale4 ,dans cette espce rentrent les facults de l'me humaine qui peut rflchir sur les tres et les examiner2 et par l nous rejoignons la psychologie4 ,l'me est en gnral une qualit premire du corps qui a la vie par des facults4--,enfin la troisime espce comprend les forces qui accomplissent des actions analogues sans intermdiaire d'organe et avec une volont constante1 savoir les facults des mes des sphres2 et1 par cette espce1 nous atteignons la mtaphysique4 ,voici donc une analyse de la notion physique de force qui nous a fait en quelques mots traverser toute la philosophie4 ,cette analyse1 d'ailleurs1 est belle1 et cette conception toute dynamique de la force serait encore aujourd'hui de nature plaire certains esprits4 ,en un autre passage#aea1 ,avicenne se rapproche un peu plus des notions de la statique moderne4 ,il y insiste sur cette remarque1 qui a aussi son intrt en mtaphysique1 qu'il n'y a pas de force infinie1 attendu que les effets des forces sont toujours finis et susceptibles de plus ou de moins2 puis il reprsente les effets de la force par la traction des fardeaux1 le soulvement des poids2 et il rappelle ce principe de mcanique que ce que l'on gagne en intensit d'effet1 on le perd en espace parcouru2 nous dirions3 ce que l'on gagne en puissance1 on le perd en vitesse4 ,note #aea3 ,nadjt1 p4 #cd4 ,section sur ce qu'il ne peut pas exister de force infinie4 ,avicenne a donc une intelligence claire des notions mcaniques2 et l'introduction de l'esprit mtaphysique dans cet ordre de questions a eu pour effet de le porter ngliger un peu la conception de la force statique pour s'appesantir sur la conception dynamique1 qui est videmment plus haute4 ,les notions de temps et de mouvement sont connexes1 ou pour entrer plus avant dans l'esprit de l'cole d',avicenne1 la notion de temps est dpendante de celle de mouvement3 ,le temps ne s'imagine qu'avec le mouvement#aeb4 ,l o l'on ne sent pas le mouvement1 on ne sent pas le temps4 ,et notre philosophe appuie sur l'aspect psychologique de cette ide en voquant cette comparaison3 ,c'est ce que l'on voit dans l'histoire des ,compagnons de la ,caverne4--,cette histoire est la lgende des sept dormants2 l'on sait que d'aprs elle1 sept jeunes hommes qui s'taient rfugis dans une caverne pour chapper la perscution de ,dcius1 s'y endormirent d'un sommeil miraculeux1 et se rveillrent #bdj ans plus tard1 avec le sentiment d'avoir dormi une seule nuit4--,la mme ide est exprime d'une manire plus mtaphysique dans un passage d'une ptre d',avicenne sur les ,fontaines de la ,sagesse#aec3 ,le temps1 est-il dit en cet endroit1 n'a rien faire avec le repos4 ,ce n'est que par simultanit qu'il le mesure4 ,comme la coude mesure les choses par l'intermdiaire d'un morceau de bois1 de mme un seul temps peut tre la mesure de beaucoup de mouvements divers4 ,en ralit1 selon ce systme1 les corps physiques ne sont pas directement dans le temps2 ils sont d'abord dans le mouvement lequel est dans le temps4 ,cette ide trs fine est trs explicitement exprime dans la phrase qui suit celles que nous tions en train de citer3 ,le corps naturel est dans le temps1 non par son essence1 mais parce qu'il est dans le mouvement1 dans le temps4 ,note #aeb3 ,nadjt1 p4 #ca4 ,note #aec3 ,premire ptre de la collection des ,resil fi'l-hikmet1 intitule3 ,la physique des fontaines de la sagesse1 ,et-tab'it min oyoun el-hikmet4 ,l'on juge dj par le commencement de cette analyse1 de l'aisance avec laquelle taient manies ces notions4 ,les scolastiques orientaux ont t trs libres dans leurs ides sur le temps2 ils n'ont prouv aucune gne le considrer comme un produit1 comme une crature1 et frquemment leur pense s'est suppose affranchie de cette condition du temps qui aujourd'hui nous semblerait plus tyrannique4 ,voyez avec quelle simplicit en parle ,avicenne#aed3 ,le temps1 dit-il1 n'a pas t produit dans le temps1 mais il a t produit comme principe1 son producteur ne le prcdant pas dans le temps ni dans la dure1 mais dans l'essence4 ,si en effet il avait un principe dans le temps1 il serait produit aprs n'avoir pas t1 c'est--dire aprs un temps antrieur1 ce qui est contraire l'hypothse qu'il a une origine4 ,donc le temps est principe1 c'est--dire qu'il n'est prcd que par son crateur seul4 ,quelques personnes peuvent tre tentes de trouver ces rflexions transcendantes2 mais le lecteur qui voudra bien s'abandonner sans parti pris la conduite de notre auteur1 jugera plutt qu'elles sont naves force d'tre rationnelles4 ,suivons donc l'analyse4 ,note #aed3 ,nadjt1 p4 #ca4 ,ce qui est produit dans le temps est ce qui n'tait pas1 puis est4 ,dire que cette chose n'tait pas1 signifie qu'il y a eu un tat dans lequel elle manquait2 mais cet tat lui-mme tait4 ,quant au temps1 il n'est pas produit dans le temps1 et il en est de mme du mouvement1 non pas de tout mouvement1 mais du mouvement circulaire des cieux4--,il faut en effet nous habituer cette ide que1 dans ce systme1 le mouvement des sphres clestes ou du moins de la sphre extrieure1 est pos comme principe de toute l'activit du monde1 d'une manire que nous expliquerons4 ,le temps n'est qu'une dpendance essentielle de ce mouvement2 le temps est la quantit du mouvement circulaire2--c'est la thorie que nous avons dj rencontre chez el-,kindi2--et comme ce mouvement est continu1 le temps est continu4 ,tous les tres1 poursuit ,avicenne1 ne sont pas dans le temps d'une manire immdiate4 ,ce qui existe primairement dans le temps a pour parties le pass et l'avenir et pour extrmit l'instant2 il y a des choses qui y existent secondairement3 ce sont les mouvements2 et d'autres qui ne s'y trouvent qu'au troisime degr3 ce sont les mobiles1 car les mobiles sont dans le mouvement et le mouvement est dans le temps4 ,les instants sont dans le temps comme les units dans le nombre1 et les mobiles sont comme les choses dnombres4 ,tout ce qui est continu est divisible et susceptible de recevoir le nombre4 ,il ne faut donc pas s'tonner que l'on ait divis le temps4 ,les choses qui ne rentrent pas dans les trois classes que nous venons de dire ne sont pas dans le temps2 ce n'est que par une sorte de transposition qu'on leur en applique la notion2 ces choses sont dans une fixit que l'on compare la fixit qui se trouve au fond du temps et que l'on appelle la dure 7dahr74 ,le temps s'coule dans la dure2 et la mesure temporaire est applique aux choses qui ne sont pas dans le temps par l'intermdiaire de cette dure fixe4--,c'est l1 il faut le reconnatre1 une analyse pntrante dont beaucoup aujourd'hui pourraient tirer profit4 ,il peut tre intressant encore d'couter ce qu',avicenne dit de la vitesse1 parce qu'il en parle dans un esprit bien scolastique4 ,aprs avoir remarqu#aee que tout mouvement donn est dans une certaine quantit de vitesse1 il se pose la question3 quoi s'applique cette quantit8 ,cette quantit existe dans une matire1 parce que ses parties ont lieu l'une aprs l'autre1 donc elles sont produites1 et tout ce qui est produit est ou dans une matire ou fait d'une matire4 ,or cette quantit n'est pas faite d'une matire1 parce qu'ici ce n'est pas l'assemblage de la matire et de la forme qui est produit en premier lieu1 mais bien l'assemblage de la forme avec une disposition qui est dans la matire4 ,donc il faut que cette quantit soit dans une matire4 ,mais toute quantit qui se trouve dans une matire et dans une donne1 est ou quantit de cette matire ou quantit de sa disposition4 ,or1 dans le cas actuel1 elle ne saurait appartenir la matire1 parce que1 si elle lui appartenait par essence1 son accroissement ferait crotre la matire1 et alors tout ce qui est plus rapide serait plus gros ou plus grand4 ,cette consquence tant fausse1 l'hypothse l'est aussi4 ,donc la quantit de la vitesse appartient la disposition qui est dans la matire4 ,note #aee3 ,nadjt1 p4 #cj-ca4 ,nous avons traduit ce passage qui est assez curieux par son style2 mais la conclusion en est remarquable aussi4 ,avicenne place en somme le principe du mouvement dans une disposition de la matire du mobile2 le mouvement est en puissance dans cette disposition1 puis il passe peu peu l'acte3 ,le mouvement1 dit-il en un autre endroit#aef1 est ce que l'on conoit de l'tat du corps lorsqu'il se modifie partir d'une disposition qui rside en lui2 c'est un passage de la puissance l'acte qui a lieu d'une manire continue1 non d'un seul coup4 ,cette dfinition nous conduit une conception assez analogue la notion moderne de force vive1 mais plus mtaphysique en mme temps que moins mathmatique1 et elle nous ramne au point de vue dynamique o nous avons vu qu',avicenne s'tait de prfrence plac dans l'analyse de la notion de force4 ,le lieu est dfini chez ,avicenne comme chez el-,kindi4 ,le lieu du corps1 dit notre auteur#aeg1 est la surface qu'entoure ce qui avoisine le corps et dans laquelle il est1 et en un autre endroit#aeh3 ,le lieu est la limite du contenant qui touche la limite du contenu2 c'est l le lieu rel4 ,le lieu virtuel1 c'est le corps qui entoure le corps considr4 ,note #aef3 ,nadjt1 p4 #bh4 ,note #aeg3 ,les ,fontaines de la sagesse1 p4 #i4 ,note #aeh3 ,nadjt1 p4 #cc4 ,notre philosophe tire d'intressants effets de la notion du lieu physique ou naturel1 qu'il faut distinguer de la prcdente4 ,tout corps a un lieu naturel1 identiquement un3 ,c'est le lieu vers lequel il tend dans son mouvement naturel4 ,autrement dit tout corps abandonn lui-mme tend vers un lieu qui est toujours le mme4 ,le corps a aussi une figure et une position naturelles3 ,le corps abandonn lui-mme#aei prend une certaine position et une certaine figure4 ,il a dans sa nature quelque chose qui l'y oblige4 ,le corps simple a pour figure naturelle la figure sphrique4 ,il faut remarquer dans cette thorie la notion d'inclination et de tendance dont on n'a pas tir parti dans la physique moderne et qui est pourtant philosophique et simple4 ,le corps cart de son lieu ou de sa figure a une tendance y revenir par le moyen du mouvement4 ,le corps en tat de mouvement a aussi une tendance par laquelle il se meut1 et que l'on sent si l'on lui fait obstacle4 ,plus l'inclination du corps vers son lieu naturel a de force1 plus faible est l'inclination autre que l'on peut lui donner par contrainte4 ,cette notion de la tendance ou de l'inclination se gnralise dans cette philosophie1 comme se gnralise celle de mouvement4 ,avicenne l'applique expressment au mouvement vital qui emporte les tres1 les faisant passer d'une forme une autre entre leur gnration et leur destruction#afj3 ,tout tre sujet la naissance et la mort a en lui une tendance au mouvement rectiligne qui le porte chaque instant de sa forme actuelle sa forme subsquente4 ,tout cela est trs profondment senti et heureusement formul4 ,cette thorie est toujours en conformit avec la conception dynamique de la force que nous avons dj loue ci-dessus4 ,note #aei3 ,ichrt1 p4 #aji4 ,note #afj3 ,ichrt1 p4 #aab4 ,mais1 en une circonstance particulire1 l'ide du lieu naturel a trahi ,avicenne1 et lui a fait rejeter une vue physique propose de son temps et qui longtemps aprs devait tre reconnue juste4 ,il s'agit de la doctrine des pressions atmosphriques et hydrauliques4 ,quelques philosophes1 au temps d',avicenne1 entrevoyaient cette doctrine4 ,des gens ont pens1 nous dit-il lui-mme#afa1 que le feu se porte en haut1 la terre en bas1 par contrainte444 ,cette contrainte serait une pression4 ,le feu surmonterait l'air1 l'air1 l'eau1 et l'eau1 la terre1 cause de la pression du lourd sur le lger s'exerant par en haut2 le corps chapperait la pression en se plaant en sens contraire de celui o elle s'exerce1 par rapport au corps pressant444 ,ces philosophes pensent que tous les corps tendent vers le bas1 mais que le lourd refoule le lger4 ,il tait impossible d'exposer plus nettement que ne le faisaient ces savants du onzime sicle la thorie de la pesanteur atmosphrique et de la pression des fluides1 dont la dcouverte fit la gloire des savants du dix-septime4 ,nous regrettons pour l'honneur d',avicenne1 d'avoir constater qu'il mconnut la justesse de cette vue1 et qu'il maintint1 conformment l'enseignement d',aristote1 que le lger allait en haut et que le lourd allait en bas comme leurs lieux naturels4 ,note #afa3 ,nadjt1 p4 #da4 ,enfin de l'ide du lieu naturel la philosophie d',avicenne tira cette consquence un peu singulire noncer qu'il n'est pas possible#afb qu'il y ait un autre monde que celui-ci4 ,la raison en est que un mme corps ne peut pas avoir deux lieux naturels2 qu'alors les corps semblables en formes et en force ont aussi le mme centre et les mmes inclinations naturels4 ,il ne saurait donc y avoir deux terres au milieu de deux mondes1 ni deux feux dans deux sphres enveloppant deux mondes4 ,note #afb3 ,nadjt1 p4 #cg4 ,une question fameuse au moyen ge et jusque dans la science du dix-septime sicle1 celle du vide1 a t traite par ,avicenne avec des dveloppements qui nous fourniront encore un intressant exemple de l'tat de la mthode scolastique cette poque4 ,avicenne prtend dmontrer l'impossibilit de l'existence du vide4 ,voici un abrg de son raisonnement4 ,je dis d'abord1 commence notre philosophe#afc1 que si l'on suppose un vide vide1 il n'est pas rien pur1 mais qu'il est essence1 quantit1 substance4 ,car pour tout vide vide donn1 on peut trouver un autre vide plus petit ou plus grand que lui2 il se trouve donc tre susceptible de division dans son essence suppose manquante2 or il n'en est pas ainsi du rien pur4 ,donc le vide n'est pas rien4--,ensuite3 ,tout ce qui est divisible a de la quantit2 donc le vide a de la quantit4 ,toute quantit est continue ou discontinue4 ,or le vide n'est pas discontinu2 en effet tout discontinu est tel ou par accident ou par essence4 ,tout ce qui est discontinu par accident est continu par nature4 ,ce qui est discontinu par essence manque de commune limite entre ses parties2 et en ce qui est tel1 chaque partie est indivisible2 et ce en quoi chaque partie est indivisible1 n'est pas susceptible de recevoir en son essence la continuit3 ,donc le vide n'est pas discontinu par essence4 ,alors il est continu par essence4 ,et comment cela8 ,on admet que le plein peut le recouvrir dans sa quantit4 ,ce qui peut tre recouvert par le plein peut l'tre par le continu2 et ce qui peut tre recouvert par le continu est continu4 ,donc le vide est continu4--,et encore3 ,le vide a une essence fixe1 aux parties continues1 pouvant tre traverse suivant des directions4 ,tout ce qui est ainsi est une quantit susceptible de position4 ,avicenne poursuit cette argumentation1 montrant que1 si le vide existe1 il a de la distance1 qu'il possde les trois dimensions1 qu'il est mesurable par essence4 ,puis il explique que le vide n'a pas de matire1 par cette raison que tout ce qui est susceptible de discontinuit a une matire1 et que le vide n'est pas susceptible de discontinuit4 ,aprs quoi il entame une assez longue discussion sur l'impntrabilit1 qui ne manque pas d'intrt4 ,note #afc3 ,nadjt1 p4 #bh4 ,cette thse a son commencement dans la section sur le lieu4 ,deux corps solides1 par exemple deux cubes gaux sont impntrables1 c'est--dire que leurs dimensions ne peuvent pas se superposer respectivement les unes aux autres4 ,avicenne recherche si cette impossibilit a lieu entre les matires des deux corps ou entre leurs dimensions1 ou entre la matire de l'un et la dimension de l'autre1 ou entre les matires et les dimensions la fois4 ,il conclut qu'elle a lieu entre les dimensions4 ,ce raisonnement un peu aride est prsent sous une forme plus coulante dans la petite ptre des ,fontaines de la sagesse#afd4 ,il s'agit de rechercher comment les dimensions du corps pourraient pntrer celles du vide3 ,ou bien les dimensions du corps pntrent celles du vide ou bien non4 ,si elles ne les pntrent pas1 le vide est impntrable1 et alors il est plein1 ce qui est contradictoire4 ,si elles les pntrent1 des dimensions pntrent des dimensions2 et de la runion de deux dimensions gales1 rsulte une dimension gale chacune d'elles1 ce qui est encore contradictoire4 ,les corps sensibles ne sont pas pntrables1 et ce sont leurs dimensions qui empchent de les concevoir tels4 ,celles-ci1 en tant que dimensions1 ne peuvent pas tre pntres1 non pas parce qu'elles sont blanches ou chaudes ou qu'elles ont d'autres qualits analogues2 mais1 par leur essence mme1 les dimensions ne se pntrent pas4 ,il faut ncessairement que deux dimensions soient plus grandes qu'une seule1 parce que deux units sont plus qu'une unit1 deux nombres plus qu'un nombre1 deux points plus qu'un point1 nous ne disons pas plus grands qu'un point car le point n'a pas de grandeur1 mais il est susceptible de multiplicit4 ,ainsi donc1 pour placer un corps dans le vide1 il faudrait supposer qu'au mme moment on anantit le vide2 et pour employer la conclusion du ,nadjt#afe3 ou bien le corps donn existe ailleurs que dans les dimensions du vide1 ou bien le vide existe et aucun corps n'y peut tre plac4 ,note #afd3 ,les ,fontaines de la sagesse1 p4 #g4 ,note #afe3 ,nadjt1 p4 #cc4 ,il apparat d'aprs ces principes1 ajoute ,avicenne1 qu'il n'y a pas de mouvement dans le vide2 parce que1 si une chose se mouvait dans le vide1 ou bien ses dimensions pntreraient celles du vide1 et nous avons dit que cela ne se peut1 ou bien cette chose entrerait dans le vide en le fendant1 et nous avons vu aussi que cela est absurde4 ,il n'y a donc point de mouvement dans le vide et de mme il n'y a point de repos4 ,la conclusion de tout le raisonnement est que le vide n'existe aucunement4 ,il n'est qu'un nom1 comme l'a dit le premier matre4 ,si1 aprs nous tre intress la mthode de cette discussion1 qui est trs serre et trs rigoureuse1 nous dsirons porter une apprciation sur les ides mmes qui y sont contenues1 nous remarquerons sans peine que le point prcis de cette thorie qui heurte nos ides actuelles1 est celui o il est affirm que les dimensions du vide sont impntrables4 ,il y a dans cette affirmation une espce de matrialisation de la notion d'tendue qui nous tonne4 ,pour nous qui ne parlons plus gure de lieu ni de vide1 mais qui parlons sans cesse d'espace et d'tendue1 les dimensions de l'espace ont justement cette proprit que l'on y peut superposer celles des corps matriels4 ,l'espace est essentiellement pntrable pour nous2 l'tendue matrielle lie aux corps ne l'est pas4 ,pourquoi la scolastique a-t-elle rejet cette notion si commode de l'espace vide et pntrable8 ,ce ne doit pas tre uniquement pour les arguments rationnels donns ci-dessus2 c'est plutt1 je le croirais1 parce que1 nonobstant certains prjugs1 la scolastique tait un systme foncirement empiriste et que1 selon l'observation empiriste1 l'espace vide n'existe pas4 ,la plupart des thories prcdentes trouvent leur achvement dans la manire dont ,avicenne a trait le redoutable et ternel problme de l'infini4 ,dans cette philosophie ce problme revtait plusieurs aspects dont les principaux taient ceux-ci3 y a-t-il un vide infini8 y a-t-il un pass infini8 les corps sont-ils divisibles l'infini8 existe-t-il un nombre infini8 ,la solution gnrale donne ces questions tait3 l'infini n'existe pas en acte2 il existe en puissance4 ,farabi avait su1 avec une concision saisissante1 formuler cette rponse1 propos de la question de l'infinitude du monde#aff3 ,toutes les sphres sont finies1 et il n'y a pas derrire elles de substance ni quelque chose ni plein ni vide4 ,la preuve en est qu'elles sont en acte et que tout ce qui existe en acte est fini4 ,il est impossible de trancher plus rsolument un plus difficile problme4 ,farabi au reste1 non plus qu',avicenne1 ne prtend1 dans cette solution1 aucune originalit2 non content de la rapporter ,aristote1 il la fait remonter jusqu' ,socrate3 ,on raconte1 ajoute-t-il de ,socrate1 d'aprs ,platon1 qu'il avait coutume d'exercer l'esprit de ses lves en disant3 si un tre est infini1 il faut qu'il soit en puissance1 non en acte4 ,note #aff3 ,al-,frb's philosophische ,abhandlungen1 p4 #ii2 #cf4 ,illustration ,voici le raisonnement type que propose ,avicenne1 pour prouver l'impossibilit d'un infini actuel4 ,ce raisonnement se retrouve plusieurs fois dans son oeuvre sous des formes un peu diverses4 ,nous le donnons d'abord sous une forme gomtrique1 tel qu',avicenne l'a formul dans le passage o il nie la possibilit du vide infini2 et nous prions le lecteur de le suivre avec attention1 afin d'en remarquer l'imperfection4 ,c'est ici un document important de l'histoire de l'esprit humain2 cette dmonstration aise mais vicieuse1 a mis au dveloppement de la philosophie et des sciences une entrave pesante et durable4 ,soit un mouvement circulaire#afg dans un vide infini1 si l'on suppose que le vide infini est possible4 ,soit le mobile la sphre ,,abcd de centre ,o4 ,supposons dans le vide sans fin la ligne ,,xy4 ,soit ,,oc une ligne tire du centre vers le ct ,c et ne rencontrant pas 7dans ce sens7 la ligne ,,xy1 mme si on la prolonge l'infini4 ,quand la sphre tourne1 cette ligne arrive couper la ligne ,,xy1 et elle se meut en la coupant et en tant coupe par elle4 ,l'intersection a lieu videmment par l'arrive au contact de deux points 7un sur chaque ligne74 ,soient ,k et ,l ces points4 ,il est visible qu'il y a toujours un point ,m qui arrive au contact avant le point ,k4 ,or le point ,k a t suppos le premier point touch4 ,donc il y a contradiction1 et l'hypothse est fausse4--,nous le voyons sans peine1 l'hypothse fausse est qu'on puisse marquer sur la ligne fixe un point ,k qui soit le premier rencontr par la ligne tournante2 mais ,avicenne a cru que l'hypothse fausse tait celle qu'il avait place en tte de sa dmonstration1 l'existence du vide infini4 ,ce raisonnement1 s'il tait juste1 aurait donc pour consquence non seulement l'impossibilit du vide infini1 ce qui nous toucherait assez peu1 mais aussi l'impossibilit de l'espace gomtrique infini et celle de la science gomtrique l'infini4 ,celle-ci n'tait pas constitue au temps d',avicenne1 et la philosophie en a souffert4 ,il est juste pourtant de remarquer que l'analyse de cette question dpendait au moins autant de l'esprit philosophique que de l'esprit mathmatique1 et l'on peut blmer ensemble la science d'avoir gar la philosophie1 et la philosophie de n'avoir pas redress la science4 ,note #afg3 ,nadjt1 p4 #cc4 ,voici une autre forme de la mme dmonstration3 ,je dis qu'il ne se peut pas qu'il existe une quantit infinie1 continue et susceptible de position1 ni un nombre infini ordonn1 et j'entends par ordonn qu'une de ses parties soit antrieure par nature une autre4 ,en effet1 supposons qu'une quantit soit infinie dans un sens4 ,il est possible d'en retrancher1 par l'imagination1 une partie1 du ct fini4 ,cette quantit1 prise avec cette partie1 a une limite2 prise sans cette partie1 elle en a galement une4 ,faisons concider en imagination les deux extrmits du ct fini4 ,cela fait1 ou bien les deux quantits s'tendront ensemble1 se recouvrant dans toute leur tendue1 et la quantit entire sera gale la quantit diminue1 ce qui est absurde2 ou bien l'une des quantits sera moindre que l'autre1 et alors elle sera finie2 mais la diffrence entre elles est finie2 donc la somme de la plus petite et de la diffrence sera finie2 donc la quantit entire le sera4 ,or elle est infinie2 par consquent l'hypothse est absurde4 ,il est aujourd'hui vident que toutes ces sortes de raisonnements sont sophistiques4 ,nous l'avons dit2 il est inutile d'insister davantage4 ,mais nous saisissons1 non sans plaisir1 cette occasion de faire remarquer qu'il est bien possible que la plupart des fameuses thses et antithses de ce que l'on appelle dans la philosophie kantienne les antinomies de la raison pure1 n'aient jamais t dmontres par des raisonnements de plus de valeur4 ,peut-tre qu'aujourd'hui1 une poque o la connaissance mathmatique de la notion d'infini est vulgarise1--elle ne l'tait pas au temps de ,kant1--si l'on examinait sans parti pris les preuves de ces antinomies1 on ne les trouverait pas plus fondes que celles que fournissaient les coles adverses au temps d',avicenne4 ,je ne serais nullement tonn qu'on en arrivt promptement la conclusion que1 en ces matires1 ni la thse1 ni l'antithse ne sont dmontrables1 et qu'il n'y a point d'antinomies1 mais seulement des raisonnements faux4 ,cependant1 pour nous renfermer dans notre rle d'historien1 bornons-nous ici conclure que1 selon que nous l'avons dj fait remarquer1 si la philosophie d',avicenne a err1 c'est qu'elle a pti des faiblesses de la science4 ,touchant l'infinitude dans le pass1 l'enseignement d',avicenne est affirmatif4 ,notre philosophe admet la possibilit de sries infinies coules1 en considrant que ces sries passes n'existent plus que comme en puissance4 ,cette vue n'est pas vidente du premier coup1 et ,avicenne a d se livrer quelques efforts pour la justifier4 ,mais1 puisque nous avons tout l'heure voqu le souvenir de ,kant1 qu'il nous soit encore permis de remarquer combien est factice la critique de ce philosophe propos des antinomies2 la thse que ,kant a formule1 de la premire antinomie3 le monde a un commencement dans le temps1 il est limit dans l'espace1 est en elle-mme si peu solide et si peu une1 que toute la grande cole scolastique orientale1 la suite de l'antiquit1 n'en a admis que la moiti3 le monde est limit dans l'espace1 et y a adjoint la moiti de l'antithse3 le monde n'a pas de commencement dans le temps4 ,avicenne appuie cette dernire proposition peu prs en ces termes3 ,les mthodes que l'on emploie1 dit-il#afh1 pour nier la possibilit de l'infinitude dans le pass1 reposent ou sur une argumentation fausse ou sur des prmisses sophistiques4 ,pour nous1 nous soutenons qu'il y a nombre sans fin et mouvement sans fin2 seulement ils ont une sorte d'existence qui est l'existence en puissance1 non pas de cette puissance qui passe l'acte1 mais de celle qui signifie que le nombre peut tre augment sans fin4 ,et ailleurs#afi3 ,des parties en nombre infini peuvent exister1 n'tant pas ensemble1 si par exemple elles se trouvent dans le pass ou dans l'avenir2 elles peuvent exister successivement4 ,de mme rien ne rpugne l'existence d'un nombre infini non ordonn en position ni en nature4 ,et encore#agj3 l'existence des choses en nombre infini dans le pass ne leur appartient pas dans leur essence2 elles ne la possdent que successivement1 et si on commence les compter partir du moment actuel1 le compte continue sans fin4 ,note #afh3 ,nadjt1 p4 #cd4 ,section sur la ngation de l'infini4 ,note #afi3 ,v4 la section prcdente du ,nadjt4 ,note #agj3 ,nadjt1 p4 #cd4 ,avicenne ne prcise pas les objections que l'on faisait contre la possibilit de la srie infinie passe4 ,nous pouvons en rappeler une fort ingnieuse d'aprs ,gazali4 ,supposons qu'une srie infinie d'tres immortels1 par exemple des mes1 soient ns successivement dans le pass4 ,au moment actuel1 tous ces tres existent1 et par consquent un nombre infini existe en acte1 ce que l'cole d',avicenne dclare impossible4 ,les corps1 selon ,avicenne1 sont divisibles l'infini en puissance4 ,notre philosophe rejette l'atomisme comme rationnellement faux4 ,il parat cependant que l'atomisme avait alors des partisans et ,avicenne croit utile de citer quelques-unes de leurs objections3 ,il y a1 dit-il#aga1 cette objection que la divisibilit l'infini rendrait le mouvement impossible4 ,supposons en effet qu'un mobile parcoure une ligne limite divisible l'infini2 cette ligne est divisible par moitis1 la moiti l'est aussi1 de mme la moiti de sa moiti1 et ainsi de suite1 et l'on arrive ce rsultat que le mobile parcourt en un temps fini une infinit de moitis1 ce qui est absurde4--,voici une autre objection3 ,il n'y a pas de multiplicit sans que l'unit ne se trouve en elle4 ,si donc une multiplicit existe en acte1 l'unit y existe en acte4 ,mais l'unit en acte est indivisible2 donc le corps dou de multiplicit a ses parties premires indivisibles4 ,note #aga3 ,nadjt1 p4 #bf4 ,il est clair que ces objections ne valent rien4 ,celles qu',avicenne fait de son ct l'atomisme ne valent pas davantage4 ,il rpond ainsi la seconde des objections prcdentes3 ,supposons qu'on puisse composer un corps d'un nombre fini de parties2 le corps simple sera celui qui ne sera pas compos de plusieurs parties2 mais le corps simple est divisible4 ,donc il y a contradiction et l'hypothse est fausse4 ,la dmonstration favorite d',avicenne en faveur de la divisibilit l'infini est celle qu'il tire de la notion du contact#agb4 ,il y a des savants1 dit-il1 qui pensent que tout corps a des divisions le long desquelles se touchent des parties qui ne sont pas des corps1 dont les corps sont composs4 ,ces parties ne seraient divisibles ni par brisure1 ni par coupure1 ni en imagination ou en hypothse2 et chaque partie intermdiaire en empcherait deux autres de chaque ct de se toucher4 ,la rponse d',avicenne est1 en somme1 que ou bien cette partie intermdiaire est touche de la mme manire par les parties qui sont ses cts1 c'est--dire qu'elle est pntre par elles1 que toutes les parties se compntrent et qu'il ne se forme point de volume1 ou bien cette partie n'est pas touche par la partie qui est d'un ct de la mme manire qu'elle l'est par la partie de l'autre ct1 et alors elle est divisible4 ,en d'autres termes1 ou il y a contact complet et alors pntration1 ou il y a contact partiel et alors division4 ,note #agb3 ,ichrt1 p4 #ij1 ,nadjt1 p4 #bf1 ,chahrastani1 p4 #cig1 et l'ptre des ,fontaines de la sagesse1 p4 #i4 ,enfin ,avicenne1 ayant affirm que le mouvement est divisible l'infini en puissance1 parce qu'il a lieu le long de lignes divisibles l'infini en puissance1 croit rfuter ainsi la thse adverse que le mouvement est compos de parties indivisibles spares par des repos#agc3 ,le mouvement de la flche ou celui de l'oiseau1 qui sont trs rapides1 tant supposs composs de parties indivisibles1 le sont ou sans intercalation de repos ou avec intercalation de repos trs petits par rapport aux parties du mouvement4 ,s'ils sont composs sans intercalation de repos1 alors ces mouvements sont gaux au mouvement du soleil ou plus rapides que lui1 ce qui est absurde2 et s'ils le sont avec intercalation de repos moindres que les parties de mouvement1 l'excs de la vitesse du soleil sur celle de l'oiseau ou de la flche sera moindre que le double2 or l'on sait qu'il n'y a aucune proportion mesurable entre ces deux vitesses4 ,donc l'hypothse est insoutenable4--,une fois de plus1 il est vident que l'hypothse est insoutenable telle que la prsente ,avicenne1 mais qu'elle cesserait de l'tre moyennant quelques modifications faciles imaginer4 ,note #agc3 ,nadjt1 p4 #bi4 ,nous avons1 sans crainte de fatiguer le lecteur1 insist sur tous ces raisonnements4 ,nous les croyons importants1 non pas certes par eux-mmes1--ils sont tous faux1--mais parce qu'ils marquent une tape laquelle s'est longtemps arrt l'esprit humain4 ,plusieurs sicles durant1 sur ces questions o entrait le concept d'infini mathmatique1 les philosophes se sont oppos des solutions contradictoires4 ,kant a prtendu mettre un terme au dbat en rejetant ces contradictions sur le compte de la raison4 ,il et t plus simple et1 notre avis1 infiniment plus juste1 de reconnatre1 la lumire d'une science plus avance1 la vanit de toutes ces dmonstrations opposes1 et de conclure que1 dans ce genre de questions1 la thse et l'antithse sont galement acceptables et qu'elles ne sont ni l'une ni l'autre dans la dpendance d'aucune ncessit rationnelle4 ,,chapitre ,,viii ,,la ,,psychologie ,d',,avicenne4 ,la psychologie d',avicenne forme une trs belle et trs solide construction1 qui doit sembler neuve selon l'ordre historique que nous suivons4 ,je veux dire qu'on ne la rencontrerait pas acheve avec tous ses caractres essentiels1--l'oeuvre de ,farabi ne nous tant pas suffisamment connue1--chez aucun des auteurs antrieurs ,avicenne4 ,nous voudrions1 pour tre interprte fidle de notre philosophe1 donner de cet ensemble une reprsentation peu prs complte4 ,la psychologie comprend chez ,avicenne l'tude de l'me et celle de l'intelligence1 deux lments que nous distinguons mal1 mais qui1 ce stade de renseignement scolastique1 prsentaient une diffrence trs claire de genre espce4 ,l'me d'abord est1 en thse gnrale1 une sorte de collection de facults ou de puissances surajoutes au corps matriel qui est par elles complt et rendu actif4 ,l'me1 dit ,avicenne1 est le premier complment au corps naturel1 et auparavant3 ,toutes les actions vgtales1 animales et humaines proviennent de forces ajoutes la corporit et au mlange des lments qui constitue les corps#agd4 ,en d'autres termes toutes les actions des corps anims proviennent de facults4 ,l'on comprend combien cette thse met en rapport troit l'ide mtaphysique de puissance avec l'ide psychologique de facult4 ,de la puissance mtaphysique sort l'acte en gnral1 de mme que des puissances de l'me sortent les actes des corps2 il y a harmonie parfaite1 presque identit entre les deux notions1 et l'arabe n'a d'ailleurs qu'un mot pour exprimer ces deux ides1 le mot kowah1 force4 ,note #agd3 ,nadjt1 p4 #dc4 ,l'me est un genre qui comprend trois espces3 l'me vgtale1 l'me animale et l'me raisonnable ou intelligence4 ,chacune de ces espces a ses caractres et ses facults propres4 ,l'me vgtale a trois facults selon ,avicenne#age3 les facults de gnration1 d'accroissement et de nutrition4 ,la force nutritive est celle qui change un autre corps en la figure du corps dans lequel cette force rside1 et qui le rend partie inhrente de ce dernier corps la place de celui dont il dpendait d'abord4 ,la force d'accroissement est celle qui ajoute au corps o elle rside un corps qui lui est semblable selon les trois dimensions et dans les proportions convenables pour qu'il atteigne la perfection de sa croissance4 ,la force gnratrice est celle qui prend du corps o elle rside une partie qui lui est semblable en puissance1 laquelle1 avec l'aide d'autres corps semblables au premier par la nature et le mlange1 lui devient semblable en acte4 ,note #age3 ,nadjt1 loc4 cit4 ,les frres de la puret avaient compt sept facults de l'me animale2 le systme des vulgarisateurs tait sur ce point moins simple que celui du savant1 et ce nous peut tre une occasion de reconnatre ici en ,avicenne cette puissance de condensation qui parat tre une des qualits matresses des principaux philosophes arabes4 ,les facults de l'me vgtale dans le systme des frres de la puret sont#agf3 une facult attractive qui suce les sucs de la terre et en retire les lments convenables la plante2 une facult de rtention qui saisit et retient ces lments2 une facult digestive qui les triture et les mle1 aprs quoi une facult distributive les envoie en les rpartissant jusqu'aux extrmits de la plante2 une facult nutritive l'en nourrit2 une facult d'accroissement l'en augmente2 enfin une facult formative donne la plante sa forme et sa couleur4 ,note #agf3 ,die ,abhandlungen der ,ichwn es-,saf1 d4 ,dieterici1 p4 #adb4 ,les caractres de l'me animale consistent en ce qu'elle saisit les particuliers et qu'elle se meut volontairement4 ,elle est jointe chez les animaux l'me vgtale4 ,l'me raisonnable1 jointe chez l'homme l'me vgtale et l'me animale1 a pour caractres qu'elle saisit les universaux et qu'elle agit par libre choix4 ,les mes animales et raisonnable ont en propre des facults de perception et des facults d'action4 ,l'tude des secondes constitue la thorie des passions1 qui n'est pas trs dveloppe chez ,avicenne4 ,l'tude des premires constitue1 dans l'me animale1 la thorie de la perception et1 dans l'me raisonnable1 la thorie de la connaissance2 nous allons nous en occuper4 ,pour bien comprendre l'ensemble de la thorie de la perception sensible et de la connaissance intellectuelle dans ce systme1 il ne faut pas perdre de vue la disposition gnrale du plan de toute cette philosophie1 qui est un plan en chelle4 ,les rgnes vgtal1 animal et humain s'y superposent dans l'chelle des tres1 reposant en bas sur le rgne minral et sur la matire1 touchant en haut le rgne anglique et le monde de l'esprit4 ,les caractres essentiels des trois espces d'mes forment une progression qui s'tend depuis la vitalit inconsciente des vgtaux jusqu' l'activit libre et raisonnable de l'homme4 ,la psychologie proprement dite est ordonne selon le mme principe de gradation4 ,les mes animale et humaine prises ensemble prsentent toute une chelle de facults1 depuis celles qui procurent la sensation brute jusqu' celles qui ont pour fin l'illumination mystique4 ,au bas1 donc1 de l'me animale sont les facults lmentaires des sens2 au-dessus de celles-ci sont des facults qui retiennent1 groupent et interprtent d'une manire immdiate les donnes sensibles4 ,la force perceptive1 dit ,avicenne#agg1 parlant de l'me animale1 est de deux sortes3 celle qui peroit du dehors et celle qui peroit du dedans4 ,la perception externe comprend les sens2 la perception interne comprend la mmoire1 l'imagination et un premier degr de rflexion4 ,note #agg3 ,nadjt1 p4 #dd4 ,il y a cinq sens qui sont ceux que connat le vulgaire1 moins qu'on ne prfre en compter huit1 en divisant en quatre le sens du toucher1 de cette faon3 ,le toucher est un genre1 dit notre philosophe#agh1 divisible en quatre espces qui ont communment pour organe la peau et qui peroivent respectivement3 le chaud et le froid1 le sec et l'humide1 le dur et le mou1 le rugueux et le lisse4 ,avicenne a tudi la faon dont oprent les divers sens2 mais cette analyse1 qui relve plutt de l'histoire naturelle que de la philosophie1 n'offre pas1 je crois1 un bien grand intrt1 et il suffira de rsumer1 titre d'exemple1 ce qu'il dit du sens de la vue#agi4 ,note #agh3 ,nadjt1 loc4 cit4 ,note #agi3 ,le ,nadjt1 p4 #dd1 contient une section spciale sur la vue4 ,quelques personnes ont pens que de la vue sort quelque chose que l'on appelle un rayon 7cho71 qui va la rencontre des objets et qui saisit leurs formes du dehors4 ,d'autres croient qu'il y a autour des corps visibles un milieu corporel transparent et que1 quand la lumire tombe travers ce milieu sur l'objet1 l'image de celui-ci est renvoye par une sorte de rflexion dans la prunelle o elle est perue4 ,cette seconde thorie nous semblerait1 quoique un peu vague1 fort raisonnable aujourd'hui4 ,avicenne rfute la premire avec minutie4 ,il dit1 entre autres choses1 que1 si le rayon mis par l'oeil n'est pas un corps1 on ne peut lui appliquer l'ide de mouvement longitudinal1 et que1 s'il en est un1 au moment o il parvient la sphre des fixes1 il serait un corps d'une dimension norme sortant de l'oeil qui est tout petit4 ,notre philosophe admet qu'il y a1 dans la vision1 un fantme 7chabah7 de l'objet1 qui se trouve renvoy par la lumire vers l'oeil2 mais il ne prcise pas davantage cette thorie que nous ne l'avons fait ci-dessus4 ,dans le trait de psychologie publi par ,landauer#ahj1 il rapporte l'opinion qu'il accepte ,aristote et la premire1 celle qu'il rejette1 ,platon4 ,d'une faon gnrale1 le thme de la thorie de la perception sensible dans cette scolastique est celui-ci#aha3 ,la perception d'une chose consiste en ce que sa ralit s'imite dans le percevant2 la forme de l'objet peru est dans le sujet qui peroit4 ,cette doctrine est1 au reste1 exactement la mme que celle de la perception intellectuelle4 ,note #ahj3 ,die ,psychologie des ,ibn ,sn1 ,z4 ,d4 ,m4 ,g4 #ahgf1 p4 #cib4 ,note #aha3 ,ichrt1 p4 #ab4 ,une question en dcoule naturellement3 comment ces formes envoyes aux organes se conservent-elles8 ,la rponse gnrale est1 pour les sensibles1 que les formes viennent au sens commun2 l elles sont mises la porte de diverses facults qui leur font subir une srie d'oprations4 ,la thorie d',avicenne1 non plus que les perceptions sensibles1 ne s'arrte longtemps au sens commun2 celui-ci n'a pas par lui-mme de rle bien dtermin2 il est peine une facult1 et il n'a gure que la fonction1 pour ainsi dire administrative1 d'tre une espce de bureau central o passent les perceptions venues du dehors avant d'tre labores par les facults du dedans4 ,au point de vue de la localisation anatomique1 le sens commun a pour organe l'esprit rpandu dans le systme nerveux et surtout dans la partie antrieure du cerveau#ahb4 ,les localisations des facults sont chelonnes comme ces facults mmes4 ,note #ahb3 ,ichrt1 p4 #abd4 ,le tableau des facults de l'me animale qui agissent1 au dedans1 sur les donnes des sens1 n'est pas absolument fixe chez les philosophes arabes ni dans les oeuvres d',avicenne en particulier4 ,landauer a tudi une partie de ces variantes#ahc2 cela nous permettra de ne pas nous en embarrasser et de ne donner ici que le dessin que nous jugerons le plus clair4 ,les rles respectifs de ces facults sont d'ailleurs assez dlicats dfinir4 ,elles servent ensemble oprer un travail incomplet d'abstraction sur les donnes des sens1 sans les dpouiller tout fait de la matire1 ce qui est le propre de l'intelligence2 elles servent aussi les grouper par une espce de synthse imaginative1 sans que pourtant dans ce systme le rle de l'imagination soit parfaitement lucid1 et sans que l'imagination y ait une existence nettement distincte2 en outre1 elles retiennent les rsultats de cette abstraction et de cette synthse1 comme le ferait la mmoire4 ,note #ahc3 ,landauer1 op4 laud41 p4 #djc4--,landauer a tudi dans ses notes les rapports entre la thorie d',avicenne et celle d',aristote4 ,nous renvoyons le lecteur ces observations qui prouvent que les forces de l'me selon ,avicenne ne correspondent pas identiquement ce qu'elles sont chez ,aristote4 ,celle que nous appelons l'opinion 7el-wahm7 correspond en partie la ,grec3 doxa2 la cogitative 7el-mofakkirah7 est mise en parallle par ,landauer avec la force logistique ,grec3 logistik4 ,l'imaginative 7el-motakhayilah7 rpond la force esthtique ,grec3 aisthtik4 ,il est difficile en dfinitive d'arriver des rapports stables dans cette matire un peu mouvante4 ,on peut noncer que ces facults internes sont au nombre de quatre1 nommes3 la formative1 la cogitative1 l'opinion et la mmoire4 ,la formative 7el-mosawirah7 est le trsor de ce que saisissent les sens4 ,elle retient la forme sensible1 partiellement dgage des conditions de lieu1 de site1 de quantit1 de mode1 aprs que l'objet sensible a cess d'impressionner les sens4 ,une goutte qui tombe1 un point embras qui tourne avec rapidit nous laissent voir une droite liquide1 un cercle de feu#ahd4 ,nous continuons donc percevoir l'objet en un lieu o il n'est plus2 il y a l un phnomne de conservation de l'image1 un premier degr de mmoire4 ,le rle mnmonique de la formative est cependant plus tendu1 sans doute1 qu'on ne le jugerait d'aprs cet exemple4 ,l'eau1 dit ailleurs ,avicenne#ahe1 a la facult de recevoir l'image et non pas celle de la retenir2 de mme le sens la reoit2 mais il faut1 pour la retenir1 une autre facult1 et c'est la formative4 ,en termes plus mtaphysiques#ahf1 quand la forme sensible est te de la matire qui la supportait dans la ralit1 elle ne s'vanouit pas du coup1 ce qui rendrait toute connaissance jamais impossible2 mais elle se conserve1 dpouille de cette matire1 sinon de toutes les dpendances de la matire1 dans une certaine facult qui est la formative4 ,cette facult est appele en cet endroit d'un nom qui la rapprocherait davantage de l'imagination3 el-khail1 la fantaisie 7phantasia7#ahg4 ,avicenne dit de mme en un autre passage#ahh3 ,la chose est sensible tandis qu'elle est perue2 ensuite elle devient imaginable4 ,nous pouvons donc en somme nous reprsenter la formative comme un degr embryonnaire de mmoire et d'imagination4 ,cette facult est localise dans la cavit antrieure du cerveau4 ,note #ahd3 ,ichrt1 p4 #abd4 ,note #ahe3 ,nadjt1 p4 #de4 ,cf4 ,ichrt1 #abb4 ,note #ahf3 ,nadjt1 p4 #dg4 ,note #ahg3 ,cf4 ,ichrt1 #abd1 l4 ult4 et la dfinition du ,tarift reproduite dans ,freytag1 ,lexicon arabico-latinum au mot ,khil4 ,note #ahh3 ,ichrt1 p4 #abb4 ,la formative est suivie par une facult qui ressemble un embryon d'intelligence1 bien qu'il ne faille pas oublier qu'elle n'est1 comme tout ce groupe de puissances1 qu'une facult animale4 ,on appelle cette puissance la cogitative 7el-mofakkirah7 et aussi l'imaginative 7el-motakhayilah7 et encore la collective 7el-mokallidah74 ,le rle assez mal dfini de la cogitative est d'oprer un premier travail1 encore trs fruste1 d'abstraction1 de groupement1 d'association1 de gnralisation sur les donnes des sens retenues par la formative4 ,elle labore les notions qui vont servir la facult suivante1 ou opinion1 pour former ses espces de jugements4 ,cependant1 on l'entend bien1 ni les notions de la cogitative ne sont vraiment des ides1 ni les jugements de l'opinion ne sont vraiment des jugements intellectuels1 car les objets sur lesquels agissent ces facults ne sont pas des universaux1 mais seulement des particuliers trs imparfaitement dgags des conditions de la matire4 ,la cogitative a son sige dans la partie antrieure de la cavit moyenne du cerveau tout prs de l'opinion4 ,l'opinion 7el-wahm71 localise dans la partie postrieure de la cavit moyenne du cerveau1 a le pouvoir de grouper dans des espces de jugements ayant de la gnralit1 les notions grossirement abstraites par la cogitative des donnes des sens4 ,cette facult1 qui est videmment la puissance dominante dans l'me animale a1 comme on s'en rend compte1 un rle et une importance normes4 ,elle concide en somme peu prs avec ce que1 chez l'animal1 nous appelons l'instinct1 et dans l'homme elle englobe tout cet ensemble d'opinions1 de sentiments1 de prjugs qui naissent en nous par l'effet d'expriences rudimentaires ou d'impulsions inconscientes2 nous aimerions l'appeler simplement1 si nous ne craignions de heurter la terminologie scolastique1 l'intelligence animale4 ,la brebis1 pour tirer un exemple des crits d',avicenne1 a une certaine notion du loup1 distincte de la perception d'un loup particulier2 cette notion est1 je suppose1 pour ce philosophe comme une espce de forme sensible assez grossirement trace dans l'me de la brebis par la facult cogitative#ahi4 ,note #ahi3 ,ichrt1 #abd3 ,la brebis peroit du loup un abstrait non sensible1 et le blier peroit de la brebis un abstrait non sensible1 d'une perception particulire4 ,quant l'opinion1 elle fait natre1 propos de cette notion1 certains sentiments1 moins semblables des jugements intellectuels qu' des impulsions physiques1 par lesquels la brebis est avertie1 entre autres choses1 lorsqu'elle voit un loup1 qu'il doit tre fui4 ,de la mme faon un homme voyant un enfant sent1 avant tout raisonnement1 qu'il doit le traiter doucement#aij4 ,note #aij3 ,nadjt1 p4 #de4 ,l'ensemble de ces puissances est complt par une quatrime facult1 la mmoire 7el-hfizah ou ez-zkirah7 qui conserve les jugements labors par l'opinion4 ,la mmoire a son sige dans la partie postrieure du cerveau4 ,voici quelques lignes extraites du ,nadjt qui pourront servir comme pice justificative pour la thorie que nous venons d'exposer1 en mme temps qu'elles donneront quelques aperus de plus sur ce point un peu obscur de l'existence d'espces d'ides gnrales dans l'me animale#aia3 ,le sens 7externe7 tire la forme de la matire avec toutes ses dpendances 7de lieu1 de site1 de quantit1 de mode7444 ,la formative et l'imaginative purifient davantage la forme extraite de la matire2 il n'est plus ncessaire1 pour que ces facults saisissent la forme1 qu'elle soit dans une matire 7comme cela tait ncessaire pour la perception par le sens externe72 car1 quand la matire est absente ou vanouie1 la forme subsiste dans la formative1 mais non dpouille des dpendances de la matire4 ,le sens donc ne sparait pas compltement la forme de la matire1 et il ne la dpouillait pas du tout des dpendances matrielles4 ,la formative la spare tout--fait de la matire2 mais elle ne la dpouille pas du tout des dpendances matrielles1 car la forme dans la formative est selon la forme sensible444 ,l'opinion produit un degr plus lev de purification2 elle saisit les abstraits qui1 par leur essence1 ne sont pas dans des matires1 lorsqu'il leur arrive accidentellement d'tre placs dans une matire4 ,par exemple le bien et le mal1 le convenable et le contraire sont des choses qui par elles-mmes ne sont pas dans une matire 7parce qu'elles sont intelligibles72 mais il leur arrive d'y tre1 et alors l'opinion les atteint et les saisit4 ,cette espce de perception est plus condense et plus simple que les deux prcdentes2 mais la forme n'y est pas encore dpouille des dpendances matrielles4 ,l'intelligence seule peroit la forme dpouille de la matire et de toutes ses dpendances4 ,note #aia3 ,nadjt1 p4 #dg4 ,nous avons donn la thorie de l'intelligence en parlant de ,farabi4 ,si nous y revenons ici1 brivement1 c'est pour ne pas rompre l'unit de notre exposition1 et en observant au reste que cette doctrine est l'une des plus importantes1 des plus caractristiques et des plus belles de toute cette philosophie1 et que la manire dont la prsente ,avicenne diffre sur quelques points de celle de son devancier4 ,le sens1 dit ,avicenne1 copiant ,farabi1 mais sans le nommer1 est du monde de la crature4 ,l'intelligence est du monde du commandement4 ,ce qui est au-dessus de ces deux mondes est voil au sens et l'intelligence4 ,l'intelligence ou me raisonnable se divise comme nous l'avons indiqu dj1 en intelligence pratique et en intelligence spculative4 ,la premire est la facult motrice qui prside l'action2 elle est en relation avec ce qui est au-dessous d'elle1 le monde animal qu'elle doit gouverner4 ,la deuxime est la facult perceptive que nous1 nous appelons proprement intelligence2 elle est en relation avec ce qui est au-dessus d'elle1 les principes suprieurs auxquels elle doit obir4 ,l'on reconnat toujours la disposition gradue sur laquelle nous avons attir l'attention de nos lecteurs4 ,l'intelligence spculative son tour se divise1 selon que ,farabi nous l'a antrieurement appris1 en une srie chelonne d'intelligences spciales1 dont les fonctions sont ordonnes d'aprs la notion mtaphysique de la puissance et de l'acte2 le thme de la doctrine consiste prendre l'intelligence l'tat de puissance et la faire passer en acte4 ,farabi s'tait pour cela servi de trois chelons placs dans l'me humaine1 au-dessus desquels il avait tabli1 hors de l'me1 l'intellect agent4 ,avicenne a recours quatre chelons1 auxquels il soude en haut une intelligence mystique que son prdcesseur avait laisse un peu en dehors de cette thorie4 ,a ces cinq intelligences1 il n'omet pas d'adjoindre l'intellect agent4 ,voici comment notre philosophe procde#aib3 ,la puissance1 remarque-t-il1 est de trois sortes4 ,elle est d'abord un tat absolu de possibilit d'o rien ne sort en acte2 telle la puissance qu'a l'enfant d'crire2 c'est la puissance matrielle4 ,elle est ensuite une disposition prochaine l'acte1 mais o l'acte ne se ralise pas1 par dfaut de quelque instrument ou de quelque connaissance2 telle est chez l'enfant la puissance d'crire1 s'il ne sait pas tout--fait bien ou si la plume est absente4 ,on appelle cette puissance possible1 d'autres disent de possession4 ,enfin dans le troisime tat la disposition est complte et il ne manque plus que la volont4 ,c'est la puissance d'crire chez le scribe lorsqu'il a ses instruments4 ,avicenne appelle cette espce puissance de possession2 d'autres la nomment puissance acheve4 ,note #aib3 ,ce qui suit est rdig principalement d'aprs ,nadjt1 #de1 section sur la force intellectuelle4 ,cf4 ,ichrt1 #abh4 ,or de mme qu'il y a trois tats de la puissance1 de mme l'intelligence qui n'est au fond1 comme nous avons dit1 qu'une facult ou une puissance1 a tout d'abord trois tats4 ,le premier est celui de l'intelligence matrielle1 qui n'est qu'une possibilit absolue de connatre4 ,le philosophe remarque expressment qu'on lui donne ce nom par comparaison avec la matire premire1 qui n'est qu'une possibilit absolue de recevoir des formes2 c'est de la psychologie base mtaphysique4 ,le second tat est celui de l'intelligence possible ou de possession qui est dj en acte par rapport la prcdente1 car elle a acquis quelque chose3 les vrits premires et ncessaires1 telles que le tout est plus grand que la partie ou deux choses gales une troisime sont gales entre elles4 ,ce degr l n'est pas dans ,farabi4 ,le troisime degr est celui de l'intelligence qui est dans un tat de prparation parfaite1 et en laquelle peuvent tout moment se produire les formes des intelligibles acquises aprs les vrits premires4 ,on appelle ce degr intelligence en acte1 quoiqu'il ne soit encore en ralit que le plus haut degr de l'intelligence en puissance4 ,alors l'intelligence tant ainsi prte1 la comprhension des formes s'y ralise et cette intelligence devient ce que l'on devrait proprement nommer l'intelligence en acte1 mais ce que cette terminologie un peu dfectueuse nomme l'intelligence acquise4 ,au-dessus de ce degr d'intelligence1 ,avicenne place un cinquime tat1 commun seulement quelques hommes2 c'est celui que l'on appelle l'esprit saint4 ,cette sorte d'intelligence connat immdiatement les choses1 et avec elle on entre dans le mystique4 ,on lira peut-tre avec plaisir cette comparaison tire des ,ichrt qui illustre les rles successifs de ces intelligences#aic3 ,d'autres facults de l'me sont relatives au besoin qu'elle a de rendre sa substance acheve comme intelligence en acte4 ,la premire de ces facults est une facult dispose pour recevoir les intelligibles1 que quelques-uns appellent l'intelligence matrielle4 ,c'est la niche destine recevoir une lampe4 ,elle est suivie par une autre facult qui se manifeste en elle quand les premiers intelligibles y paraissent1 et par laquelle elle est prpare acqurir les seconds intelligibles1 soit par la rflexion qui est comme l'huile d'olive si elle est faible1 soit par l'intuition qui est encore comme l'huile d'olive si elle est plus forte2 cette autre facult s'appelle intelligence de possession et elle est comparable au verre de la lampe4 ,puis vient la facult noble1 celle qui atteint au plus haut degr3 c'est la facult sainte2 l'huile est presque allume4 ,ensuite paraissent une facult et une perfection4 ,par la perfection les intelligibles se produisent en acte1 d'une manire comparative1 dans l'esprit2 et c'est comme une lumire sur une lumire4 ,la facult produit l'intelligible acquis dont on s'occupe1 comme un spectacle1 quand elle veut1 sans avoir besoin d'une acquisition nouvelle2 elle est la mche de la lampe1 la perfection s'appelle l'intelligence acquise1 et la facult s'appelle l'intelligence en acte4 ,ce qui fait passer l'intelligence de possession l'acte complet1 et l'intelligence matrielle l'tat d'intelligence de possession1 c'est l'intellect agent2 et c'est le feu4 ,note #aic3 ,ichrt1 p4 #abf4 ,l'intellect agent a dans le systme d',avicenne le mme rle que dans celui de ,farabi4 ,il est clair1 dit notre auteur1 que l'intelligence en puissance ne sort en acte qu' cause d'une intelligence toujours en acte4 ,toute espce de perception ou de connaissance consiste en ce qu'une forme de l'objet vient se tracer dans le sujet4 ,or ces formes sensibles ou intelligibles ne sont pas toujours en prsence du sujet2 il faut qu'elles soient gardes quelque part4 ,les formes sensibles se conservent dans la mmoire2 mais les formes intelligibles qui ne peuvent rsider que dans une substance incorporelle1 tant par hypothse sorties de notre intelligence1 ne peuvent plus se retrouver que dans une substance extrieure nous4 ,cette substance est intelligente en acte4 ,quand l'me raisonnable se joint elle1 elle saisit en elle les formes intelligibles1 ou telle ou telle de ces formes selon qu'elle est dispose4 ,l'me raisonnable#aid ne comprend une chose que par sa jonction avec l'intellect agent4 ,note #aid3 ,ichrt1 p4 #agi4 ,avicenne combat les philosophes qui prtendent que l'me1 dans sa jonction avec l'intellect agent1 devient cet intellect mme2 il remarque que cela rendrait l'intellect agent divisible1 l'me s'identifiant l'une de ses parties1 ou bien que cela supposerait l'me parfaite1 en possession de tous les intelligibles4 ,il avait auparavant rfut cette opinion sous cette forme3 que l'me comprenant une forme1 la devient4 ,que faut-il penser1 demandait-il1 de l'me lorsque1 aprs avoir compris ,a1 elle comprend ,b8 ,devient-elle une autre me1 ou lui est-il impossible de jamais comprendre ,b1 une fois qu'elle s'est identifie avec ,a8 ,la fonction propre de l'intelligence1 dans la thorie d',avicenne1 c'est de saisir les universaux2 celle des sens tait de saisir le particulier4 ,mais l'tude des universaux chez ce philosophe n'aboutit pas une thorie indpendante1 et cette thorie se prsente plutt comme un corollaire en divers endroits de sa philosophie4 ,nous l'avons rencontre en logique1 nous la retrouverons en mtaphysique o elle est annexe la thorie des causes4 ,ici1 en psychologie1 nous pouvons la dduire de tout ce qui vient d'tre dit sur les sens et sur l'intelligence4 ,les intelligibles existent2 cela est affirm maintes reprises dans l'expos d',avicenne comme dans celui de ,farabi1 et ces intelligibles se confondent en somme avec les universaux4 ,le vulgaire se figure1 dit quelque part ,avicenne#aie1 que l'existant1 c'est le sensible1 et que ce qui n'est pas sensible n'existe pas4 ,mais il suffit de rflchir un peu pour sentir l'inanit de cette croyance4 ,un mme terme abstrait1 celui d'homme1 par exemple1 s'applique deux objets sensibles ,zd et ,amrou4 ,or ce terme est ou non saisi par les sens4 ,s'il l'est1 il faut qu'il ait1 comme tout sensible1 un lieu1 une position1 une quantit1 une manire d'tre dtermins4 ,mais on voit bien qu'il n'en est rien2 le concept d'homme n'a ni nombre1 ni site1 ni lieu1 ni mode spcial4 ,donc ce concept n'est pas sensible1 mais intelligible pur2 et il en est de mme de tous les universaux4 ,note #aie3 ,ichrt1 p4 #ach4 ,les sens amnent l'me les particuliers1 qui sont sensibles2 l'me en extrait les universaux1 qui sont intelligibles2 mais elle ne les comprend en acte que par sa jonction avec l'intellect agent o les intelligibles rsident4 ,quant aux particuliers1 outre qu'ils sont perus par les sens1 ils sont aussi susceptibles d'tre compris par l'intelligence1 non en tant que particuliers1 mais en tant qu'effets de leur cause2 et c'est ici que cette thorie relve de la mtaphysique4 ,cette comprhension constitue la science du particulier1 laquelle est une opration intellectuelle et ne doit pas tre confondue avec la perception du particulier par les sens4 ,ainsi1 selon un exemple que nous avons vu en logique1 et qu',avicenne lui-mme rpte1 l'clipse particulire est perue1 en mme temps qu'elle est comprise comme effet des mouvements des astres4 ,d'ailleurs les universaux aussi1 tout en tant saisis par l'intelligence1 sont en mme temps compris dans leurs relations avec leurs effets et leurs causes4 ,l'clipse en gnral est comprise comme l'effet de l'interposition de la lune entre le soleil et la terre4 ,en somme la perception sensible est la base de toutes les oprations de l'me2 mais l'me raisonnable aprs s'tre servie du sensible pour se disposer recevoir en elle les intelligibles1 se spare de plus en plus des sens et se rapproche1 selon sa nature1 des ralits universelles4 ,l'me1 dit fort bien ,avicenne#aif1 aprs s'tre servie des sens1 revient de plus en plus son essence1 c'est--dire qu'elle se dgage de plus en plus de la matire pour s'lever des jugements purement intelligibles4 ,note #aif3 ,nadjt1 p4 #ej4 ,que cette thorie soit belle1 cela n'est gure douteux4 ,je conviens cependant qu'elle est de nature irriter les gens qui tiennent faire rentrer les esprits ou les systmes dans des cadres pralablement tracs4 ,elle unit fort adroitement des vues que l'on est habitu considrer comme opposes4 ,empiriste son dbut par le rle fondamental qu'elle donne aux sens1 et aussi par l aristotlicienne1 elle se dploie en un idalisme tout platonicien1 car l'intellect agent est bien prs d'tre identique au monde des ides4 ,a qui revient en dfinitive le mrite de cette synthse1 il serait difficile de l'tablir avec prcision4 ,je ne crois pas que nous puissions encore douter maintenant qu'un effort personnel d'adaptation et de coordination n'ait t accompli sur le fond de la tradition philosophique par les philosophes arabes4 ,la principale part dans cet effort appartient bien selon toute vraisemblance ,avicenne lui-mme1 la suite de son grand devancier ,farabi4 ,quant la tradition sur laquelle ont opr ces penseurs1 il apparat avec une vidence croissante que c'est celle de l'clectisme noplatonicien4 ,la preuve de la spiritualit de l'me raisonnable1 ayant pour corollaire celle de son immortalit1 est fournie par ,avicenne avec abondance1 et nous essaierons de reproduire la substance de ce qu'il dit ce sujet4 ,un premier mode de preuve est tir de la conscience immdiate que l'me a d'elle-mme ou plus spcialement de ses puissances4 ,cet argument est analogue celui qui prouve la libert par la conscience que l'on en a4 ,en tout tat l'me saisit sa propre essence2 elle la saisit sans intermdiaire1 et elle ne confond pas cette perception avec les perceptions sensibles4 ,y a-t-il1 demande l'auteur dans les ,ichrt#aig1 un tat o l'on doute de l'existence de sa propre essence et o l'on ne soit pas sr de soi-mme8 ,que l'on soit absorb dans une mditation1 endormi ou ivre1 on se saisit soi-mme4 ,suppose ton essence spare de tout1 que ses parties ne soient pas vues1 que ses membres ne soient pas touchs1 qu'elle soit en quelque sorte suspendue dans le vide1 elle cessera de s'occuper de toute autre chose except d'affirmer sa propre certitude4 ,tu saisis ton essence sans avoir besoin d'aucune autre puissance ni d'aucun intermdiaire2 et ce que tu perois comme tant toi1 ce n'est pas ce que tu vois1 ni ce que tu touches1 ce n'est pas un membre de ton corps1 ni ton coeur ni ton cerveau2 ce n'est non plus une collection de choses3 ,ce que tu perois comme tant toi n'est pas le sensible ni rien qui y ressemble4 ,note #aig3 ,ichrt1 p4 #aai-abj4 ,peut-tre1 insiste ,avicenne1 penses-tu que tu saisis ton essence par le moyen de ton acte4 ,mais si tu affirmes l'acte1 tu affirmes l'agent1 et si tu es certain de ton activit1 tu es certain de toi-mme comme agent1 non par voie de consquence1 mais immdiatement4 ,le principe des forces qui peroivent et de celles qui conservent et meuvent l'assemblage des lments du corps humain est quelque chose que tu nommes l'me4 ,c'est une substance qui se rpand dans ton corps comme un tronc tale ses branches1 et cette substance est toi vraiment4 ,l'argument que la force intellectuelle saisit sans organe est fourni avec plus de vigueur dans le ,nadjt4 ,il a la valeur d'un second mode de preuve2 il ne s'agit plus seulement de dmontrer que l'me raisonnable a directement conscience d'elle-mme1 mais que la substance intellectuelle comprend par son essence et non par un instrument4--,nous disons#aih que si la force intellectuelle comprend par un instrument corporel1 de telle sorte que son acte propre ne s'achve que par l'emploi de cet instrument1 il faut en conclure qu'elle ne comprend pas son essence et qu'elle ne comprend pas l'instrument et qu'elle ne comprend pas qu'elle comprend1 car il n'y a pas d'autre instrument entre elle et son essence1 ni entre elle et son instrument1 ni entre elle et le fait de sa comprhension4 ,note #aih3 ,nadjt1 p4 #di4 ,en gnral les puissances qui saisissent par un organe saisissent quelque chose d'extrieur leur essence et cet organe mme4 ,toute perception particulire des sens et des autres facults de l'me animale se fait par un organe2 mais les sens et ces facults saisissent seulement des choses extrieures2 ils ne saisissent ni leurs organes ni leurs essences propres4 ,seule la force intellectuelle saisit sa propre essence2 donc elle comprend sans organe4 ,ce qui confirme encore cette preuve1 continue ,avicenne1 c'est que les facults qui peroivent par l'impression des formes dans les organes1 sont sujettes se fatiguer la longue1 parce que le travail rpt use les organes en altrant le mlange d'humeurs qui constitue leur substance et leur nature physiques444 ,les choses se passent l'inverse pour la puissance intellectuelle4 ,elle gagne en force et en facilit par un exercice prolong1 et quand elle reoit les formes des intelligibles les plus difficiles#aii4 ,si la puissance intellectuelle tait une facult du corps analogue aux autres1 elle devrait s'affaiblir aprs l'ge de quarante ans4 ,sans doute on objecte que dans la vieillesse et dans certaines maladies1 l'me oublie ce qu'elle a compris4 ,mais cette objection n'a pas de valeur1 car si1 aprs avoir prouv que l'me agit par son essence1 nous admettons de plus qu'elle cesse d'agir quand le corps vient faire dfaut1 on ne saurait trouver l de contradiction ni de difficult4 ,note #aii3 ,cf4 ,ichrt1 p4 #agf4 ,un autre mode de preuve consiste montrer que le lieu des intelligibles est une substance non corporelle4 ,cette dmonstration s'applique l'me raisonnable et pourrait s'appliquer aussi l'intellect agent4 ,avicenne la donne dans le ,nadjt sous une forme trs mathmatique qu'il est curieux de reproduire4 ,si le lieu des intelligibles1 dit l'auteur#bjj1 est un corps1 ou bien il est une partie extrme indivisible de ce corps1 ou bien il en est une partie divisible4--,je dis d'abord qu'il n'en est pas une partie indivisible4 ,en effet si l'on considre le point seulement comme un terme qui ne se distingue pas en site de la ligne ou de la quantit laquelle il appartient1 en sorte que rien ne puisse reposer dans le point qui ne soit en mme temps dans cette ligne ou dans cette quantit1 alors le point n'est qu'une extrmit accidentelle de ce qui est par essence quantit1 et il peut seulement y avoir par accident dans le point une extrmit de ce qui est par essence dans la quantit4--,si au contraire1 on regarde le point comme distinct de la ligne ou de la quantit1 et si l'on admet qu'il est susceptible de recevoir quelque chose sparment1 alors le point a deux sens1 l'un du ct de la ligne1 distincte de lui1 dont il forme l'extrmit1 l'autre du ct oppos4 ,en ce cas ce point est spar de cette ligne2 et l'on peut considrer que cette ligne a une autre extrmit avant le point1 laquelle est encore un point auquel le mme raisonnement peut tre appliqu4 ,il s'ensuit que la ligne est compose en acte d'une succession de points en nombre fini ou infini2 or on a vu en physique que cela n'est pas4 ,donc le point n'a pas de site propre2 et la forme intelligible ne peut pas tre situe dans le point indivisible4--,considrons encore1 dans la mme hypothse1 deux points spars par un seul autre4 ,ou bien le point intermdiaire spare rellement les deux autres1 et il faut que chacun des deux touche une partie spciale de ce point moyen qui alors se divise2 cette conclusion est absurde4 ,ou bien il n'y a pas sparation relle des points1 et alors la forme intelligible que nous avons suppose rsidant dans un des points en particulier1 se trouve reposer du mme coup dans tous1 et cela est contradictoire4 ,donc1 une fois de plus1 le lieu des intelligibles n'est pas le point corporel indivisible4 ,note #bjj3 ,nadjt1 p4 #dh-di4 ,je dis maintenant que ce lieu n'est pas non plus une partie divisible d'un corps4 ,s'il l'est1 la forme intelligible se divise avec la division du corps4 ,supposons une division en deux parties4 ,si ces deux parties sont semblables1 il faut chercher comment1 de leur runion1 peut natre quelque chose de diffrent4 ,cette rsultante ne pourrait diffrer des parties qu'en figure ou en nombre2 mais la forme intelligible n'a pas de figure ni de nombre1 ou bien elle devient forme imaginaire4--,si les parties sont dissemblables1 examinons comment la forme intelligible peut avoir des parties dissemblables4 ,ces parties ne pourraient tre que celles de la dfinition qui sont les genres et les diffrences2 mais de l rsulteraient plusieurs impossibilits4 ,d'abord il faudrait que les genres et les diffrences fussent divisibles l'infini en puissance comme le corps2 mais les parties de la dfinition d'une mme chose sont finies4 ,les divisions du corps correspondant celles de la dfinition1 telle partie un genre1 telle une diffrence1 il arriverait1 si l'on modifiait le sectionnement du corps1 que l'on couperait par exemple un genre en deux1 une diffrence en deux1 et que l'on mettrait ensemble dans une section la moiti d'un genre avec la moiti d'une diffrence2 cela ne se comprend pas4 ,et encore1 tout intelligible ne peut pas se diviser en intelligibles plus simples que lui4 ,il y a des intelligibles qui sont les plus simples de tous1 sans genre ni diffrence1 et qui servent de principe dans la synthse intellectuelle4 ,le corps au contraire est divisible l'infini4--,il est donc prouv que le lieu des intelligibles n'est pas une partie divisible d'un corps1 et1 absolument1 qu'il n'est pas un corps4 ,je ne sais ce qu'on pensera de cette preuve2 peut-tre faut-il avoir l'esprit bien gomtrique pour la goter4 ,j'avoue que1 toute tendue qu'elle est1 je l'ai transcrite avec plaisir et que je lui trouve beaucoup de saveur4 ,il est certain au reste qu',avicenne y attachait une haute importance4 ,chahrastani qui la rpte1 en en abrgeant la premire partie1 l'appelle la preuve dcisive4 ,nous sommes donc excusable de l'avoir cite4 ,avicenne fait suivre cette longue dmonstration d'une autre beaucoup plus courte qui en est comme un autre mode4 ,aujourd'hui que les esprits ne sont plus habitus la rigueur de l'argumentation scolastique1 cette seconde forme de la preuve paratrait peut-tre la meilleure3 ,on a expliqu que la facult intellectuelle purifie les intelligibles des dpendances de la matire1 du lieu1 du site1 de la quantit1 de la qualit4 ,or cette essence intelligible existe-t-elle ainsi purifie dans la ralit extrieure1 ou bien est-ce dans l'intelligence8 ,il est clair que c'est dans l'intelligence4 ,si donc cette essence ne peut tre dsigne par des termes de lieu1 de site et autres semblables1 c'est que l'intelligence1 dans laquelle elle est1 n'est pas un corps4 ,la force intellectuelle1 ajoute encore l'auteur1 saisit les intelligibles un un en acte1 et en puissance elle en saisit l'infini4 ,or il rsulte de ce qui a t dit en physique que ce qui est capable de saisir en puissance des choses sans fin1 n'a pas son lieu dans un corps ni dans une simple facult du corps4 ,l'immortalit de l'me est la consquence immdiate de sa spiritualit4 ,du moment que l'me raisonnable n'est pas imprime dans le corps1 qu'elle est une substance spirituelle indpendante dont le corps n'est que l'outil1 le dfaut de cet outil n'atteint pas cette substance4 ,du moment que l'me1 quand elle est jointe l'intellect agent1 comprend par son essence1 sans avoir besoin d'organes1 le dfaut de ces organes ne saurait lui nuire4 ,ces conclusions sont videntes#bja4 ,aussi ,avicenne s'applique-t-il moins maintenant dmontrer l'immortalit de l'me raisonnable qu' rechercher par quel mode de dpendance elle est relie au corps4 ,note #bja3 ,ichrt1 p4 #agf4 ,il y a1 dit-il#bjb1 trois sortes de dpendance3 dpendances d'galit dans l'tre1 de postriorit et d'antriorit4 ,si le corps et l'me dpendent rciproquement l'un de l'autre d'une dpendance d'galit1 et que cette dpendance soit essentielle1 alors chacun d'eux est annex par l'essence son compagnon et il n'y a pas en ralit deux substances1 mais une substance unique2 ce qui est faux4 ,si cette dpendance n'est qu'accidentelle1 alors l'un des deux ne prit pas par la mort de l'autre1 mais il y a deux substances1 le corps et l'me1 pouvant exister sparment#bjc4--,si la dpendance est une dpendance de postriorit dans l'tre1 l'me tant postrieure au corps1 alors le corps est cause de l'me dans l'tre4 ,or il y a quatre causes1 comme on sait4 ,il est absurde que le corps soit cause efficiente1 cause agente de l'me1 car le corps1 en tant que corps1 n'agit pas2 il n'agit que par ses facults4 ,il est absurde aussi qu'il soit cause matrielle4 ,nous avons dit que l'me est une substance qui n'est pas imprime dans le corps comme la forme de la statue est imprime dans le cuivre4 ,il ne se peut pas non plus que le corps s'imprime dans l'me par l'effet d'une certaine composition dans laquelle l'me entrerait1 en sorte que le corps serait comme la cause formelle de l'me4 ,impossible est-il aussi que le corps soit la cause finale de l'me2 l'inverse serait plutt vrai4 ,le corps ne peut donc en aucune faon tre la cause essentielle de l'me2 mais il peut en tre la cause accidentelle2 quand le corps et le mlange des humeurs ont t produits1 ils sont adapts pour tre l'instrument et la proprit de l'me4--,le troisime mode de dpendance est la dpendance d'antriorit1 l'me tant antrieure au corps et cause du corps dans l'tre4 ,si cette antriorit est dans le temps1 il est absurde que l'me dpende de l'existence du corps1 lui tant antrieure4 ,si cette antriorit est dans l'essence1 cela signifie que de l'essence antrieure dcoule ncessairement l'essence postrieure4 ,mais alors le manque du consquent oblige poser le manque de l'antcdent4 ,or le consquent ne peut manquer s'il n'est pas d'abord arriv dans l'antcdent quelque chose par quoi celui-ci a manqu4 ,donc il faudrait1 pour que le corps prt1 qu'une cause arrivt tout d'abord qui ferait prir l'me1 et le corps ne prirait pas par des causes qui lui seraient propres4 ,il est clair que ceci est faux puisque le corps prit par l'altration de ses humeurs ou de sa composition1 qui est une cause qui lui est propre4--,de tout ceci rsulte qu'il n'y a pas de dpendance essentielle de l'me au corps1 mais seulement une dpendance accidentelle venant de principes suprieurs4 ,et puisqu'il n'y a qu'une dpendance accidentelle1 l'me ne prit pas par la mort du corps4 ,note #bjb3 ,nadjt1 p4 #ea4 ,note #bjc3 ,dans le trait publi par ,landauer1 p4 #chc1 ,avicenne donne cet endroit un argument d'ordre physique un peu bizarre3 ,si les lments taient placs en galit avec les forces1 il ne pourrait pas y avoir de mouvement2 le corps ne pourrait se mouvoir en haut1 parce que la chaleur l'emporterait1 ni en bas1 parce que le froid l'emporterait2 le corps ne pourrait pas non plus tre en repos dans aucune des positions occupes normalement par les lments1 parce qu'alors la force naturelle relative la position o il se trouverait serait prdominante4 ,le corps en somme ne pourrait tre ni en mouvement ni en repos1 ce qui est absurde4 ,de plus1 l'me tant une substance simple ne peut pas runir en elle l'acte de subsister et la puissance de prir4 ,ces deux conditions1 selon ,avicenne1 se contrarieraient et ne pourraient pas se concilier avec la simplicit de la substance4 ,la puissance de prir ne peut se rencontrer que dans les choses composes ou dans les choses simples qui subsistent dans les composs4 ,toutes ces preuves de l'immortalit de l'me sont hautement mtaphysiques4 ,il ne parat pas qu',avicenne se soit beaucoup occup des preuves morales ou mystiques4 ,cela ne signifie pas qu'elles taient ignores alors4 ,on les trouverait sans doute dans les thologiens4 ,les frres de la puret1 dont le systme a un caractre plus moral que celui des philosophes1 ont donn un joli argument populaire en faveur de l'immortalit#bjd3 ,on voit tous les hommes1 disent-ils1 pleurer sur leurs morts4 ,ce n'est pas sur les corps qu'ils pleurent1 puisque les corps sont sous leurs yeux et qu'au lieu de les embaumer pour les voir plus longtemps1 ordinairement ils les enterrent4 ,c'est donc cause d'autre chose qui s'est enfui loin des cadavres4 ,dans le systme d',avicenne1 l'me humaine n'existe pas avant le corps4 ,chaque me est cre au moment de la gnration du corps#bje1 et elle reoit1 relativement lui1 une adaptation spciale4 ,il est impossible que les mes existent avant leurs corps1 parce qu'elles ne pourraient tre ce moment-l ni multiples ni unes4 ,elles ne pourraient tre multiples parce qu'elles ne pourraient se distinguer l'une de l'autre4 ,les choses abstraites pures1 en gnral1 ne peuvent devenir multiples que par d'autres choses concrtes qui les supportent4 ,en elles-mmes elles ne diffrent pas et ne sauraient tre spcifies4 ,d'autre part les mes1 avant leur entre dans les corps1 ne sont pas unes ensemble2 car les mes qui sont dans les corps ou bien seraient des fragments de cette me unique2 mais une chose une1 sans grandeur ni volume1 n'est pas divisible en puissance2 ou bien ces mes seraient unes aussi dans les corps1 et cela est faux par l'vidence de la conscience4 ,note #bjd3 ,abhandlungen1 p4 #fjh4 ,note #bje3 ,nadjt1 p4 #ea4 ,donc les mes sont produites1 multiples1 au moment o naissent les corps2 elles subissent une certaine prparation par laquelle chacune d'elles s'adapte au corps qu'elle doit rgir4 ,la manire dont se fait cette prparation parat rester un peu mystrieuse aux regards d',avicenne4 ,au moment o les mes quittent les corps1 cette diffrence originelle1 jointe la diffrence des temps de leur production et de leur dpart hors des corps1 les empche de se confondre et fait qu'elles restent essences distinctes4 ,enfin#bjf tout tre anim peroit en sa conscience qu'il n'y a en lui qu'une seule me qui sent et agit par son corps et par laquelle le corps est gouvern librement4 ,une autre me dans le mme corps ne sentirait pas par lui1 n'agirait pas sur lui1 ne se manifesterait en aucune faon2 et il n'y aurait pas de dpendance entre elle et ce corps4 ,de cette unit de l'me individuelle1 ,avicenne conclut l'impossibilit de la mtempsycose#bjg4 ,note #bjf3 ,nadjt1 p4 #eb4 ,note #bjg3 ,dans la ,kacdah sur l'me que nous avons publie1 ,avicenne se prononce aussi contre la mtempsycose1 mais sans donner d'argument4 ,il est vident que dans ces derniers raisonnements1 ,avicenne1 que je crois sincre1 s'efforce de combattre les tendances panthistes dans lesquelles son systme et pu tre entran4 ,cet effort est trs intressant1 car il nous fait bien percevoir la limite o1 dans l'esprit du philosophe1 l'influence du dogme l'emporte sur celle de la philosophie4 ,au del de cette limite1 la philosophie doit plier devant la thologie2 en de1 il a fallu que tout le systme ft ordonn de faon que1 prolong jusqu' ce point1 il n'y vint pas heurter le dogme4 ,en franchissant sans encombre ce prilleux passage1 ,avicenne a montr qu'il avait russi tablir une continuit entre la science et le dogme1 qu'il les avait convenablement souds l'un l'autre1 en d'autres termes qu'il avait fait oeuvre de scolastique4 ,,chapitre ,,ix ,,la ,m,,taphysique ,d',,avicenne ,la mtaphysique1 appele par les philosophes arabes la philosophie premire et plus spcialement dans le ,nadjt1 la science divine 7el-ilhit7 est la science du monde des tres supraterrestres et de ,dieu4 ,elle forme dans le systme d',avicenne1 un noble tableau dont les lignes matresses rayonnent autour de deux grandes doctrines3 celle de la procession des tres et celle de la causalit4 ,dans le monde suprieur s'achve l'chelle des tres1 dont nous avons vu les degrs traverser le monde physique et le monde psychologique4 ,voici1 d'aprs une curieuse ptre attribue notre auteur1 mentionne par ,ibn abi ,osebiah et publie dans la collection des ,resil f'l-hikmet1 l'ptre ,nrouzieh#bjh1 comment se droule l'ordre des tres entre notre monde et ,dieu4 ,note #bjh3 ,page #ic de la collection4 ,cette ptre est un prsent de nouvel an 7nrouz7 offert par ,avicenne l'mir ,abou ,bekr ,mohammed1 fils d',abder-,rahim1 dans la bibliothque duquel il avait travaill4 ,le sujet principal de l'ptre est l'explication des lettres alphabtiques qui sont en tte de plusieurs sourates du ,coran4 ,avicenne suppose que ces lettres reprsentent les divers degrs des tres dans l'chelle mtaphysique4 ,au sommet de tout est l'tre ncessaire1 principe des principes1 qui n'est pas multiple et que rien ne contient4 ,il n'y a pas de rang qu'il ne dpasse1 pas d'existence qu'il ne procure4 ,il est tre pur1 vrit pure1 bien pur1 science pure1 puissance pure1 vie pure1 et tous ces termes ne dsignent ensemble qu'une seule abstraction et une seule essence4 ,ce qui sort tout d'abord de l'tre ncessaire est le monde des ides4 ,c'est une collection qui renferme un certain nombre d'tres1 exempts des conditions de puissance et de dpendance1 pures intelligences1 formes belles1 dont la nature ne comporte ni changement ni multiplication1 ni inclusion dans une matire1 toutes orientes vers le premier tre1 occupes son imitation1 la manifestation de son commandement1 la volupt de son approche intellectuelle1 galement ternelles pendant toute la dure4 ,au-dessous est le monde des mes4 ,ce monde comprend une collection nombreuse d'essences intelligibles qui ne sont pas compltement spares de la matire1 mais qui en sont revtues d'une certaine faon4 ,leurs matires sont des matires fixes clestes2 et elles sont les plus excellentes des formes matrielles4 ,ce sont elles qui administrent les corps des sphres et1 par leur intermdiaire1 les lments4 ,leur nature comporte une espce de multiplication1 mais non absolue4 ,toutes aiment passionnment le monde des ides4 ,chacune a en propre un nombre qui la relie une des ides1 et elle agit conformment l'exemplaire universel que lui fournit son principe immatriel qui dcoule de l'tre premier4 ,le monde physique vient ensuite1 comprenant les forces infuses dans les corps1 compltement revtues de matires4 ,elles oprent dans ces corps les mouvements et les repos essentiels1 et elles les soumettent la vertu des perfections substantielles par le moyen de la magie4 ,enfin se place le monde corporel divis en thr et en lmentaire1 le premier ayant en propre la figure et le mouvement sphriques1 le second caractris par des figures diverses et des mouvements changeants4 ,la forme ordinaire que revt la thorie de la procession des sphres chez ,avicenne et apparemment dans toute l'cole philosophique arabe1 n'est cependant pas celle qui est prsente par cette belle ptre4 ,sous son aspect normal1 cette thorie est plus sche1 et le monde des ides1 bien qu'il y existe encore1 n'y est pas nomm par son nom ni expressment dgag4 ,voici quelle est cette forme commune3 ,au sommet de tout est ,dieu1 que les philosophes n'appellent pas par son nom1 ,allah1 mais qu'ils dsignent par les termes mtaphysiques de l',un1 le ,premier1 l'tre ncessaire1 la ,cause premire1 la ,vrit premire4 ,de ,dieu dcoule un second tre1 un esprit pur1 que l'on nomme le premier caus4 ,du premier caus dcoulent ensemble l'me et le corps de la sphre limite du monde1 et une intelligence4 ,de cette intelligence dcoulent l'me et le corps de la plante la plus loigne1 soit ,saturne1 et une troisime intelligence4 ,de cette troisime intelligence dcoulent l'me et le corps de la plante subsquente1 soit ,jupiter1 et une quatrime intelligence qui sera celle de la sphre qui suit ,jupiter1 dans l'ordre des plantes4 ,la procession continue1 suivant cet ordre4 ,de l'intelligence de la dernire plante1 soit la ,lune1 dcoule une dernire intelligence pure qui est l'intellect agent4 ,de l'intellect agent dcoule le monde sublunaire4 ,selon cet nonc1 l'intellect agent et les intelligences pures des astres forment ensemble le monde des ides qui tait plus distinct dans le premier systme4 ,mais nous croyons sentir qu' l'audition de cette thse trange1 certains lecteurs auront conu contre ,avicenne une mauvaise impression2 et il nous semble qu'ils s'apprtent fermer le livre1 en nous reprochant d'avoir dpens beaucoup de science et de subtilit pour surprendre leur admiration et pour la faire retomber en dfinitive sur le systme d'un barbare ou sur celui d'un enfant4 ,nous avons le devoir de dfendre notre hros contre ces sentiments injustes1 et aussi celui de soutenir le lecteur qui un instant de dpit ou de dfaillance pourrait faire perdre tout le fruit de sa patience antrieure4 ,certes1 nous ne prtendons pas que l'ide de fixer les astres sur des sphres de cristal s'enveloppant l'une et l'autre et de donner ces sphres des mes et des intelligences1 ait en elle-mme rien de bien intressant pour notre temps2 mais nous voulons indiquer que1 mise sa place dans l'histoire des croyances humaines1 cette ide1 par le trs long temps qu'elle a occup l'esprit de l'homme1 redevient importante1 intressante et belle1 et qu'elle acquiert une espce de vnrabilit cause de la profondeur des racines qu'elle plonge dans le pass4 ,la croyance l'animation des astres n'est point autre chose1 en ralit1 qu'un cas particulier et remarquable de la croyance l'animation de la nature1 que dans l'histoire des religions on nomme naturisme4 ,pour l'homme primitif1 les esprits gouvernaient les astres1 comme ils gouvernaient les vents1 les nues1 le cours des eaux ou la croissance des plantes4 ,mais de bonne heure1 aux regards des observateurs de la ,chalde1 les esprits des astres se distingurent des puissances animiques de la nature terrestre et s'levrent au-dessus d'elles par la majest1 la srnit et l'eurythmie de leurs manifestations4 ,la science la plus primitive constata le contraste entre la nature des tres infrieurs soumis la naissance et la destruction1 emports dans l'inextricable complexit de phnomnes capricieux et changeants1 et celle des tres astronomiques qui1 paraissant affranchis de la naissance et de la mort1 droulent solennellement leurs mouvements rythms dans des espaces immuables4 ,si le calme et la prennit convenaient aux dieux suprieurs1 les astres taient ces dieux2 et puisqu'ils semblaient immortels1 c'est que leurs corps divins taient faits d'une autre matire que nos corps dcomposables4 ,cela n'est donc pas douteux1 la thorie de l'me des sphres dans la philosophie grecque et dans la philosophie mdivale1 est la continuation mme de l'astroltrie primitive et plus prcisment de l'astroltrie chaldenne4 ,cette croyance1 rehausse par des considrations sur l'harmonie des nombres1 avait domin la philosophie de ,pythagore2 elle avait eu un rle important dans celle de ,platon2 les interprtes arabes prtendent la retrouver dans les crits d',aristote1 bien qu' nos yeux1 elle y soit peu visible2 elle reparut dans le noplatonisme2 elle s'immatrialisa en quelque sorte dans les manations gnostiques2 enfin quand se dessina la scolastique orientale1 elle se trouva ramene son lieu d'origine1 dans cette ,chalde au firmament pur o pour la premire fois les hommes avaient1 avec rflexion1 attach leurs yeux sur les astres4 ,a ce moment1 nous l'avons dit1 le culte des astres subsistait encore2 les savants ,harraniens taient astroltres4 ,quand donc la thorie1 sous sa forme philosophique1 revint vers ces contres1 elle y rencontra des esprits qui taient encore sous l'impression de sa forme religieuse1 et1 la faveur de cette circonstance1 elle eut sans difficult accs dans le cerveau des penseurs4 ,lorsque plus tard1 l'origine de l'ge moderne1 s'opra la rvolution qui transforma l'astronomie1 on admira la hardiesse du savant qui avait renvers le systme des sphres en dplaant la terre de son antique lieu et en y substituant le soleil4 ,mais en vrit1 l'ide nouvelle n'tait pas celle qui cartait la terre du centre du monde1 car cette ide1 sous forme d'hypothse1 s'tait depuis longtemps prsente l'esprit des chercheurs4 ,le fait seul que plusieurs philosophes1 et entre autres ,avicenne1 crivirent pour dmontrer que la terre tait situe dans le milieu de l'univers#bji1 prouve que la thse contraire tait pour eux au moins intellectuellement recevable4 ,la vritable dcouverte de l'ge moderne est celle par laquelle l'esprit humain1 rompant dfinitivement avec les habitudes prhistoriques du naturisme1 cessa de croire la transcendance des essences clestes et reconnut que les astres taient composs des mmes substances chimiques que les corps de notre monde et soumis aux mmes lois physiques et mcaniques4 ,avicenne1 antrieur l'ge de cette dcouverte1 n'est donc passible d'aucun reproche pour avoir conform son systme la science de son temps1 et1 cette fois encore1 le dfaut de sa philosophie n'est que la reproduction du dfaut de la science4 ,note #bji3 ,v4 plus haut1 p4 #aed4 ,cf4 dans le mme sens une note de notre mmoire sur l',astrolabe linaire1 ,journal ,asiatique #ahie1 ,i1 #dff4 ,maintenant reprenons le cours de notre exposition4 ,le grand problme qui se posait tout d'abord dans la thorie gnrale de la procession des tres tait celui de la procession de la multiplicit4 ,il s'agissait de savoir comment de l'tre un dcoule le monde multiple4 ,ce principe existait que de l'un ne peut sortir que l'un1 du moins d'une faon immdiate4 ,il fallait donc dcouvrir quelque procd qui permt de tirer le multiple de l'un de faon mdiate4 ,c'est dans ce but que fut imagin le premier caus4 ,l'invention du premier caus avait une utilit pour ainsi dire mathmatique dont il est ais de se rendre compte4 ,aucune multiplicit n'existant dans l'un considr isolment1 il et t jamais impossible de tirer de l'un seul la multiplicit des choses2 mais une fois le premier caus1 qui est lui-mme un1 tant sorti du premier un1 on avait deux uns1 et l'on obtenait du coup une certaine multiplicit de rapports4 ,les notions psychologiques de conscience et de connaissance mles aux notions mtaphysiques de possible et de ncessaire1 dterminaient la nature de ces rapports4 ,le premier caus se connaissait lui-mme et connaissait l'tre premier2 cela constituait une dualit4 ,de plus le premier caus tait possible par lui-mme1 ncessaire par l'tre premier2 se connaissant lui-mme1 il se connaissait sous ces deux modes1 et l'on obtenait ainsi une triplicit4 ,cela tait suffisant pour donner naissance la multiplicit cherche4 ,la thorie prenait donc la forme didactique que voici#baj3 ,note #baj3 ,ce qui suit est rdig principalement d'aprs ,nadjt1 p4 #ge1 section sur l'ordre d'existence des intelligences1 des mes clestes et des corps suprieurs4 ,il n'y a dans le premier tre aucune multiplicit2 dans le premier caus1 il y a une triplicit qui ne lui vient pas du premier tre4 ,la ncessit seule du premier caus vient du premier tre2 sa possibilit est en lui-mme4 ,la triplicit qu'il renferme consiste1 comme nous venons de le dire1 en ce qu'il connat le premier tre et qu'il se connat lui-mme comme possible par lui-mme et comme ncessaire par le premier tre4 ,du fait que le premier caus connat le premier tre dcoule une intelligence qui est la premire situe au-dessous de lui1 soit celle de la sphre de ,saturne2 du fait que le premier caus se connat lui-mme comme ncessaire par le premier tre1 dcoule l'existence d'une me qui est celle de la sphre limite2 du fait qu'il se connat comme possible par lui-mme dcoule l'existence du corps de cette sphre limite4 ,ce mode de procession se rpte ensuite en descendant l'chelle astronomique4 ,de l'intelligence de ,saturne1 en tant qu'elle connat ,dieu1 dcoule l'intelligence de la sphre de ,jupiter2 de la mme intelligence1 en tant qu'elle se connat elle-mme1 dcoulent l'me et le corps de la sphre de ,saturne4 ,la drivation continue ainsi jusqu' ce qu'on arrive l'intellect agent2 l elle s'arrte2 il n'y a en effet aucune ncessit1 observe ,avicenne1 qu'elle continue indfiniment4 ,dans ce systme1 on voit bien comme l'intervention du premier caus pour produire un commencement de multiplicit est ingnieuse2 mais on ne voit pas tout d'abord comment les diverses faces de la connaissance du premier caus et des intelligences subsquentes donnent naissance des corps et des mes d'tres astronomiques4 ,sur ce point1 je reconnais qu'une explication rationnelle est difficile fournir2 et nous pouvons bien croire que ce n'est pas notre incomptence ou notre comprhension insuffisante du systme d',avicenne qui nous cause cet embarras1 car un autre grand philosophe arabe1 ,gazali1 voulant critiquer cette thorie1 ne juge pas ncessaire de recourir aucun argument ni aucune dmonstration1 mais la dclare purement et simplement incomprhensible4 ,il a cependant d exister des motifs qui ont port d'aussi puissants esprits qu',avicenne et que ,farabi s'attacher ce systme4 ,avicenne remarque quelque part#baa que chaque intelligence engendre des substances spirituelles par la partie de sa connaissance qui ressemble le plus la forme1 et une substance corporelle par la partie de cette connaissance qui ressemble la matire2 mais cette analogie subtile n'est encore pas une dmonstration4 ,les vritables motifs que je crois discerner comme ayant pu dcider nos philosophes recevoir ce systme1 sont3 d'abord qu'il pouvait tre considr comme une rduction des thories de l'manation aux limites du dogme mahomtan1 vue intressante1 parce qu'elle montrerait les grands philosophes de l'orient1 mme les plus sages1 en raction contre le simplisme de la conception coranique de ,dieu et toujours mus par une sympathie plus ou moins avoue pour toutes les doctrines qui1 opposes ce simplisme1 tendaient dissoudre l'tre divin pour le fusionner avec le monde2--ensuite que ces mmes philosophes ont toujours eu cette conception profonde que les vritables substances taient actives1 que l'activit d'un tre avait pour effet non seulement des phnomnes1 mais plutt encore des tres1 qu'en consquence il n'y avait rien que de normal ce que les intelligences les plus hautes produisissent des tres eux-mmes suprieurs4 ,cette ide est puissante2 nous la retrouverons plus loin4 ,note #baa3 ,ichrt1 p4 #agd4 ,la thorie de la procession des sphres se continue par celle de la motion des sphres1 o l'on voit la scheresse de la premire se dissiper sous une sorte d'effluve potique4 ,nous avons laiss entendre en physique qu'il y a trois sortes de mouvement2 le mouvement naturel qui ramne le corps vers son lieu naturel lorsqu'il en a t cart1 le mouvement par contrainte qui est celui qui produit cet loignement du corps de son lieu naturel ou qui l'empche d'y revenir1 et le mouvement volontaire qui est le propre des tres anims et dont le principe rside dans les facults motrices de l'me4 ,le mouvement des sphres appartient cette troisime espce4 ,le mouvement naturel est rectiligne1 ainsi que nous l'avons expliqu1 puisque c'est celui qui ramne par voie directe les corps leurs lieux4 ,un mouvement circulaire1 tel que celui des sphres1 ne peut donc tre que contraint ou libre2 et comme il n'y a nulle apparence que celui-ci soit contraint1 nous en concluons que les sphres se meuvent d'un mouvement libre#bab4 ,le moteur proche des cieux1 dit ,avicenne#bac1 n'est pas une force naturelle ni une intelligence1 mais une me1 et leur moteur loign est une intelligence4 ,l'me de la sphre est la cause prochaine de chaque partie du mouvement1 l'intelligence en est la cause loigne et gnrale4 ,cette me de la sphre#bad renouvelle en elle-mme les formes perues et les volitions2 elle est doue de la facult opinante1 c'est--dire qu'elle saisit les particuliers changeants1 et elle a de la volont pour les choses particulires2 elle est le complment du corps de la sphre et sa forme444 elle est dans la sphre comme notre me animale est en nous1444 si ce n'est que ses opinions ou ce qui correspond en elle nos opinions1 sont vritables1 et que ses imaginations ou ce qui correspond nos imaginations1 sont justes4 ,l'analogie de l'me de la sphre avec notre me animale n'est cependant pas complte4 ,avicenne la rapproche plutt en d'autres endroits de notre intelligence pratique1 c'est--dire de la partie morale de notre me raisonnable4 ,cette me meut la sphre pour un certain motif moral1 comme notre intelligence pratique meut notre corps en vue des actes bons4 ,il faut1 dit notre auteur#bae1 que le principe de ce mouvement soit le choix et la volont d'un bien vritable4 ,note #bab3 ,nadjt1 p4 #bh4 ,note #bac3 ,nadjt1 p4 #ga4 ,note #bad3 ,nadjt1 p4 #gb4 ,note #bae3 ,nadjt1 loc4 cit4 ,que peut tre ce bien que recherche l'me de la sphre8 ,de ce que le mouvement sphrique est en apparence ternel1 on dduit que ce bien recherch ne peut tre qu'un bien subsistant par lui-mme et qui n'est jamais atteint4 ,tel tant ce bien1 l'me peut seulement chercher lui ressembler dans la mesure du possible4 ,en tant qu'une certaine partie de ce bien est atteint1 la sphre doit se trouver dans un certain tat constant1 et en tant qu'une partie en est inaccessible1 la sphre doit se mouvoir toujours comme pour l'atteindre4 ,ainsi s'expliquent la rgularit et la perptuit du mouvement des astres4 ,ce qui justifie cette doctrine1 ajoute l'auteur1 c'est que la substance cleste se meut videmment par une puissance infinie2 or la puissance de son me ne peut tre que finie2 mais parce que son intelligence comprend le premier tre1 et qu'il dcoule toujours de lui sur elle de sa lumire et de sa force1 elle devient comme doue d'une puissance sans fin444 ,le principe du mouvement de la sphre est donc la passion de ressembler au bien suprme1 en subsistant1 autant que possible1 dans un tat de perfection4 ,de mme que les corps physiques sont mus par leurs passions naturelles jusqu' ce qu'ils soient en acte dans le lieu auquel ils tendent1 de mme on doit comprendre que les corps clestes dsirent passionnment d'tre1 parmi les situations o ils peuvent se trouver1 dans celle o se ralise leur tat le plus parfait#baf4 ,note #baf3 ,cf4 ,ichrt1 p4 #afj4 ,l'observation montre que les mouvements des sphres diffrent entre eux en vitesse et en sens4 ,on en dduit que le but auquel tend la passion des sphres n'est pas le mme pour elles toutes1 car elles auraient alors des mouvements gaux4 ,chacune a pour objet propre de sa passion une intelligence pure spciale1 et selon la diffrence de ces intelligences se diffrencient les mouvements#bag4 ,mais la cause premire de la motion de toutes les sphres et leur attrait loign sont les mmes1 et c'est la cause premire ou ,dieu4 ,de la communaut de cet attrait dernier rsultent les caractres communs de leurs mouvements1 la circularit et la rgularit4 ,tel est1 dit ,avicenne#bah1 le sens de cette parole des anciens1 que le tout a un unique moteur aim et que chacune des sphres a un moteur spcial et un aim spcial4 ,note #bag3 ,nadjt1 p4 #ge4 ,note #bah3 ,nadjt1 p4 #gc4 ,la srie des mouvements qui se transmettent dans les tres1 ne peut1 lorsqu'on la remonte1 aller l'infini1 et elle doit ncessairement aboutir un moteur qui ne se meut pas4 ,s'il en tait autrement1 il y aurait une srie infinie de corps mus1 ayant ensemble un volume infini et exigeant pour se mouvoir une puissance infinie1 toutes choses que l'on a dmontres impossibles4 ,le premier moteur1 dont la force est infinie1 est donc hors des corps2 c'est une essence spirituelle qui n'est pas en mouvement1 puisqu'elle est elle-mme l'auteur du mouvement1 ni en repos1 puisqu'elle n'est pas susceptible de se mouvoir et que le repos ne s'entend que des corps capables de recevoir le mouvement4 ,le premier moteur est au-dessus des corps1 du mouvement et du temps#bai4 ,il rsulte de l'expos qui a prcd que le premier moteur effectif est l'me de la sphre limite1 et que le premier moteur loign est l'intelligence de cette mme sphre1 c'est--dire le premier caus1 qui meut cette sphre par la voie du dsir4 ,note #bai3 ,d'aprs l'ptre sur les ,fontaines de la sagesse1 collection des ,resil fi'l-hikmet1 p4 #ab4 ,en deux passages#bbj ,avicenne attribue l'ensemble de cette thorie ,aristote et il reproche ses disciples de l'avoir fausse4 ,cette attribution n'est gure recevable2 mais on peut noter1 je crois1 dans le sens de la prtention d',avicenne et contrairement une interprtation rpandue1 que le premier moteur1 pour ,aristote1 n'est pas ,dieu mme1 mais une intelligence postrieure ,dieu4 ,l'intellect agent1 dernire venue des intelligences pures1 gouverne notre monde#bba4 ,c'est d'elle que dcoulent1 grce l'influence des mouvements clestes1 les formes que doit recevoir la matire sublunaire4 ,il se fait1 sous l'action de la nature et des rvolutions des astres1 une certaine appropriation de chaque partie de cette matire des formes dtermines1 et la portion matrielle ainsi dispose reoit sa forme de l'intellect agent4 ,il est clair1 en effet1 qu'il y a dans la matire certaines dispositions spcifiques qui la prparent des formes dtermines4 ,par exemple1 dit ,avicenne1 la matire de l'eau1 lorsqu'on la chauffe1 devient de moins en moins dispose recevoir la forme de l'eau et de plus en plus prte recevoir celle du feu4 ,mais la manire prcise dont se fait cette spcification nous demeure un peu obscure1 et nous croyons apercevoir qu'il en tait de mme pour l'esprit d',avicenne4 ,au reste cette question nous ramne l'tude du monde physique qui ne rentre pas dans le sujet de ce chapitre1 et elle nous conduit au vestibule de la science astrologique dans laquelle nous ne comptons pas pntrer au cours de ce volume4 ,arrtons donc ici la thorie de la procession des tres1 et occupons-nous maintenant de la grande doctrine des causes4 ,note #bbj3 ,nadjt1 p4 #gc2 ,ichrt1 p4 #afg4 ,note #bba3 ,v4 sur ce sujet ,nadjt1 p4 #gg1 section sur la manire dont les lments procdent des causes premires4 ,cf4 ,ichrt1 p4 #age4 ,avicenne dfinit et analyse ainsi la notion de cause#bbb3 ,un principe 7ou cause7 est tout ce dont l'existence tant complte par son essence ou par celle d'un autre1 il en rsulte une autre chose que ce principe fait subsister4 ,la cause peut tre ou non comme une partie dans son effet4 ,si elle est telle1 elle peut l'tre de deux manires3 ou bien son existence en acte ne ncessite pas l'existence en acte de l'effet2 elle est alors l'lment1 lequel peut exister sans que l'objet qui est en compos se produise2 ce sera par exemple le bois pour le trne2 ou bien l'existence en acte de la cause ncessite l'existence en acte de l'effet2 elle est alors la forme du compos1 et elle sera par exemple l'assemblage et la figure du trne4--,si la cause n'est pas comme une partie dans son effet1 ou bien elle est distincte de l'essence de l'effet ou bien elle s'y relie4 ,si elle se relie l'essence de l'effet1 cela peut arriver de deux manires3 ou la cause est pithte de l'effet1 comme la forme de la matire1 ou elle a l'effet pour pithte1 comme la donne a l'accident4--,la cause tant distincte de l'essence de l'effet1 peut tre soit ce dont vient l'existence de l'effet1 et alors elle est l'agent1 soit ce en vue de quoi cette existence vient1 et dans ce cas la cause est la fin4 ,note #bbb3 ,nadjt1 p4 #eh2 ,cf4 ,chahrastani1 p4 #cfh4 ,en rsum il y aurait six espces de causes3 la matire du compos1 la forme du compos1 la donne de l'accident1 la forme de la matire1 l'agent et la fin4 ,mais la matire du compos se confond avec la donne de l'accident1 parce que toutes deux sont ce en quoi rside la puissance1 et la forme du compos se confond avec la forme de la matire1 parce que toutes deux sont ce par quoi l'effet est produit en acte4 ,on aboutit ainsi la fameuse doctrine des quatre causes qui a t effleure en logique4 ,ces quatre causes sont comme l'on sait3 la matrielle1 la formelle1 l'efficiente et la finale4 ,la partie la plus mtaphysique de cette doctrine est celle o l'auteur recherche la place relative dans l'tre de la cause efficiente et de la cause finale4 ,la cause finale suit dans l'tre la production de l'effet2 mais1 en tant qu'elle est quelque chose1 elle prcde toutes les autres causes4 ,il ne faut pas confondre en effet tre et tre quelque chose4 ,un abstrait a une existence dans les objets rels et une existence dans l'me4 ,ce qu'il y a de commun ces deux existences1 c'est que dans l'une et l'autre1 l'abstrait est quelque chose4 ,la fin1 en tant qu'elle est quelque chose1 prcde toutes les causes2 en tant qu'elle existe dans la ralit externe1 elle les suit4 ,les causes ne deviennent causes en acte que par la fin4 ,en vrit donc1 le premier agent et le premier moteur en toutes choses est sa fin4--,cette doctrine1 aussi simple que belle1 a son application immdiate dans la thorie1 que nous exposions plus haut1 de la motion des sphres1 o nous avons vu que le premier caus tait la fois le premier moteur et la fin du mouvement des sphres4 ,il y a autre chose ct des causes3 ce sont les trois motifs#bbc auxquels nous avons dj fait allusion1 la nature1 la volont et la contrainte4 ,a propos du mouvement naturel1 ,avicenne remarque que la nature n'est pas la cause prochaine de ce mouvement1 puisque prcisment au moment o il se meut1 le corps est cart de sa nature et qu'il se meut pour y rentrer4 ,c'est donc plutt la non-convenance entre chacun de ses tats successifs et son tat naturel qui est la cause prochaine et efficiente du mouvement du corps1 tandis que la nature n'en apparat gure que comme la cause loigne et finale4 ,cette non-convenance va en diminuant par degrs pendant le mouvement et c'est ce qui en dtermine le sens4 ,de mme1 dans le mouvement volontaire1 la volont d'ensemble qui y prside n'est qu'un motif gnral et fixe1 fond sur la considration de la cause finale2 mais chaque partie du mouvement est produite par quelque chose qui change et se renouvelle au fur et mesure des progrs du mobile1 et cette chose consiste dans les imaginations particulires du but et les volitions varies qu'a l'me en chaque instant du mouvement4 ,l'me est justement le principe en lequel se fait ce renouvellement des volitions prochaines1 tandis que l'intelligence pure n'est qu'un principe moteur loign4 ,c'est pourquoi1 ajoute ,avicenne1 ,aristote a dit3 ,a ceci1 c'est--dire l'intelligence spculative1 le jugement universel2 cela1 les actions et les intellections particulires1 c'est--dire l'intelligence pratique4--,il est impossible de ne pas se plaire d'aussi dlicates thories4 ,note #bbc3 ,nadjt1 p4 #ff4 ,avicenne a tent de faire de la doctrine de la causalit des applications prcises celle de la procession des sphres1 de manire tablir cette dernire d'une manire rigoureuse4 ,ce sont des essais sur lesquels nous ne croyons pas utile d'insister4 ,ils se rsument en quelques thormes1 tels que#bbd3 la matire et la forme d'un corps ne sont pas causes l'une de l'autre2 les corps ni les mes clestes ne peuvent tre causes les uns des autres2 ces corps et ces mes ne peuvent tre que les effets de causes spirituelles2 toute intelligence pure est cause2--thormes desquels il ressort en dfinitive qu',avicenne considrait l'tre intelligent comme tant cause1 de par sa nature mme1 ce qui est en accord avec les tendances dynamistes que nous avons dj rencontres dans plusieurs parties de son systme4 ,toute intelligence pure est cause2 l'tre premier est cause de tout4 ,les intelligences et l'tre premier1 en ayant conscience d'eux-mmes1 se connaissent immdiatement comme cause2 et ici la thorie de la causalit se ramifie dans la thorie fort importante de la connaissance en l'tre suprme4 ,voici comme en parle ,avicenne#bbe4 ,note #bbd3 ,ichrt1 p4 #agb-agd4 ,note #bbe3 ,nadjt1 p4 #ge-gf4 ,le tout ne peut pas sortir de l'tre premier en raison d'un but que celui-ci aurait notre faon4 ,il y aurait alors en l'tre premier quelque chose cause de quoi il se proposerait la production du tout1 et il en rsulterait une dualit dans son essence1 ce qui est impossible4 ,de plus1 ce qui porterait l'tre premier rechercher le tout serait la connaissance d'un bien et d'une utilit qui en rsulterait pour lui2 or il n'y a rien d'utile l'tre ncessaire4 ,le tout ne procde pas non plus de lui par pure voie de nature1 de telle faon que le premier tre ignorerait l'existence du tout et n'en prouverait aucune satisfaction4 ,ce mode de procession est impossible puisque le ,premier est intelligence pure1 comprenant son essence2 il faut donc bien qu'il comprenne que l'existence du tout est un effet de son essence1 d'autant qu'il ne se comprend lui-mme que comme intelligence pure et principe premier et qu'il ne comprend l'existence du tout qu'en tant qu'il en est le principe4 ,toute essence qui connat ce qui procde d'elle et qui n'y renferme en elle-mme aucune opposition1 en prouve satisfaction4 ,donc le ,premier est satisfait de la procession du tout4 ,en outre le ,premier comprend l'ordre du bien dans l'tre1 puisqu'il comprend son essence qui est le principe de cet ordre2 il comprend quel il faut que ce soit cet ordre1 non pas d'une intelligence qui s'lve de la puissance l'acte1 ni d'une intelligence qui se transporte d'intelligible en intelligible2 car son intelligence est pure de tout ce qui est en puissance2 mais il le saisit d'une intuition une1 simultane4 ,l'intelligence qu'il a de l'ordre du bien dans l'tre l'oblige d'ailleurs comprendre comment cet ordre est possible et comment c'est le meilleur de tout ce qui est possible4 ,l'existence du tout est produite selon des jugements intelligibles2 la ralit intelligible est identiquement chez l'tre premier science1 pouvoir1 volont4 ,nous1 nous avons besoin1 en tout ce que nous projetons1 d'un but1 d'un mouvement et d'une volont1 pour que cela parvienne l'tre2 mais il n'en est pas de mme chez l'tre premier4 ,chaque chose a sa cause dans la comprhension qu'il a d'elle1 et elle existe de par lui1 comme effet de son existence4 ,avicenne1 dans ce passage1 a surtout identifi l'intelligence et la cause2 en un autre endroit1 il identifie surtout l'tre et l'intelligence4 ,l'tre premier est la fois1 dit-il#bbf1 par essence1 intelligence1 intelligent et intelligible4 ,l'on sait que la nature de l'tre ne rpugne pas comprendre2 il lui arrive seulement de ne pas comprendre lorsqu'elle est dans la matire1 revtue des accidents de la matire2 elle est alors sensible et imaginative2 mais1 normalement1 l'tre est intelligible4 ,l'tre premier et ncessaire est pur de la matire et de ses accidents4 ,donc1 en tant qu'il est tre pur1 il est intelligence2 en tant qu'on dit de lui que son ipsit pure appartient son essence1 il est intelligible par son essence2 et en tant qu'on dit de lui que son essence est ipsit pure1 il est intelligent de son essence4 ,l'tre premier est quiddit et ipsit pures4 ,note #bbf3 ,nadjt1 p4 #fg4 ,l'tre ncessaire comprend ainsi1 par son essence1 son essence mme1 avec toutes les choses dont elle est le principe#bbg4 ,or il est le principe des tres compltement raliss1 dans leur ralit1 et des tres soumis au natre et au prir1 dans leurs espces d'abord1 et1 par l'intermdiaire des espces1 dans leurs individualits4 ,il n'est pas possible qu'il comprenne ces tres changeants avec leur changement1 en sorte que tantt il comprenne d'eux qu'ils sont et ne manquent pas1 tantt qu'ils manquent et ne sont pas2 chacun des deux cas correspondrait une forme intelligible spciale qui ne subsisterait pas avec l'autre2 et alors l'essence de l'tre ncessaire changerait4 ,les choses prissables sont comprises par la quiddit pure1 non en tant qu'elles sont prissables4 ,quand elles sont saisies comme associes la matire et ses accidents1 elles ne sont plus intelligibles1 mais sensibles et imaginables4 ,or nous avons dmontr que les formes sensibles et imaginables ne sont saisies que par des organes divisibles2 cette sorte de perception ne peut donc s'entendre de l'tre premier4 ,de mme que beaucoup d'actions sont au-dessous de l'tre ncessaire1 de mme beaucoup de penses4 ,il ne comprend toutes choses que d'une manire universelle1 et1 malgr cela1 rien ne lui reste cach des choses individuelles1 pas le poids d'un dirrah dans les cieux et la terre4 ,c'est l une merveille qui ne peut tre conue que par des esprits trs habiles4 ,note #bbg3 ,nadjt1 loc4 cit4 ,section sur ce que l'tre premier est la fois intelligence1 intelligent et intelligible4 ,il semblerait1 d'aprs ces derniers mots1 qu',avicenne ait eu conscience de l'habilet qu'il a lui-mme dploye dans cette trs intressante doctrine4 ,il est en somme parvenu identifier tant bien que mal1 par un ingnieux emploi de la notion de causalit1 le ,dieu philosophique qui ignore peu prs le monde1 avec le ,dieu dogmatique qui en connat jusqu'au dernier dirrah4 ,ce n'tait certes pas l le passage le moins ardu de la question scolastique4 ,peut-tre1 en concluant ce chapitre1 dirons-nous que la solution d',avicenne sur ce point n'est pas compltement satisfaisante2 en tout cas elle est adroite et elle est tout l'honneur de son gnie philosophique4 ,cette solution peut au fond se rsumer en disant que la connaissance que ,dieu a du monde n'est que le prolongement de la conscience qu'il a de lui-mme1 et par cet nonc apparat bien la lgre teinte panthiste qu'affecte cette thorie4 ,dieu connat le monde comme son effet1 du point de vue de la gnralit1 suivant l'ordre de la srie des causes et des effets dont il est le premier chanon4 ,il connat tout parce qu'il ncessite tout3 ,il connat#bbh toutes les choses comme principes et comme effets1 selon l'ordre qui les lie2 et c'est ainsi qu'il tient les cls des choses caches4 ,note #bbh3 ,nadjt1 p4 #fi4 ,une autre thorie1 ramifie sur celle des causes1 est celle des universaux4 ,nous allons montrer comment ,avicenne1 dans sa mtaphysique1 en expose les thses essentielles1 aprs quoi nous expliquerons quel lien elle a avec la doctrine des causes4 ,l'abstrait1 dit notre auteur#bbi1 considr isolment1 en sa nature1 est une chose2 considr comme gnral ou particulier1 un ou multiple1 en puissance ou en acte1 il est une autre chose4 ,l'abstrait homme1 pos sans aucune condition1 est homme seulement2 l'universalit est une condition qui s'ajoute cette nature1 de mme que la particularit1 l'unit ou la multiplicit1 la puissance ou l'acte4 ,note #bbi3 ,nadjt1 p4 #fj-fa4 ,l'universel1 sans condition1 existe en acte dans les choses2 il est support par chacune d'elles1 non pas parce qu'il est un par essence ni parce qu'il est multiple1 car cela ne lui appartient pas en tant qu'universel4 ,l'universel n'est pas dans l'tre une chose une et identique supporte en un certain temps par chaque individu4 ,l'humanit1 par exemple1 n'est pas un tre identique en tout homme4 ,l'homme qui est revtu des accidents propres d'un individu n'est pas revtu des accidents d'un autre2 il n'y aurait plus alors de diffrence entre un homme et un autre1 entre ,zd et ,amrou4 ,il n'y a donc pas dans l'tre d'universel commun2 l'universel commun n'existe en acte que dans l'intelligence2 il est la forme que l'intelligence rapporte1 en acte ou en puissance1 chaque individu4 ,en somme1 comme l'on sait1 la notion d'universel nous force distinguer deux espces d'existence3 l'existence dans l'esprit1 l'existence dans la ralit externe4 ,de mme1 la notion de puissance nous avait aussi fait distinguer deux espces d'existence3 l'existence en puissance et l'existence en acte4 ,au fond1 dans ces systmes antiques et mdivaux1 la notion d'tre n'est pas absolue4 tre n'est pas quelque chose d'aussi strictement dtermin que nous le sentons d'aprs nos habitudes positivistes ou cartsiennes4 ,il y a diverses manires d'tre et diverses manires de n'tre pas4 tre ou nant ne sont plus les deux termes d'une fatale alternative1 et l'on dirait qu'une pnombre s'tend entre l'tre et le non-tre#bcj4 ,note #bcj3 ,la mtaphysique bouddhiste connat des tats intermdiaires entre l'tre et le non-tre4 ,v4 notre mmoire sur les ,religions non chrtiennes dans un ,sicle1 t4 ,,iii1 p4 #df4 ,il y a dans ,platon1 la fin du ,livre ,v de la ,rpublique un passage curieux o la mme conception est plusieurs fois exprime3 ,que faire de ces choses et o les placer mieux qu'entre l'tre et le nant8444 elles ne sont sans doute pas plus obscures que le nant444 ni plus lumineuses que l'tre444 ,cette multitude de choses444 roule pour ainsi dire entre le nant et la vraie existence1 etc4 7,trad4 ,cousin1 ,,ix1 #cai74 ,lors donc que l'on recherche les causes des choses1 il arrive que l'on est amen distinguer entre ces divers degrs d'existence2 et1 pour nous exprimer avec plus de prcision1 la doctrine d',avicenne est conduite distinguer entre la quiddit et l'tre de la chose4 ,autre est la quiddit1 c'est--dire ce qu'est la chose en elle-mme1 dans son concept et dans sa dfinition1 autre est la ralisation concrte et externe de cette chose dans l'tre4 ,par suite la chose a une cause de sa quiddit et une autre cause de son tre4 ,une chose est cause1 dit l'auteur#bca1 soit dans sa quiddit et dans son essence1 soit dans son tre4 ,considrez par exemple le triangle4 ,son essence dpend du plan o il se trouve et de la ligne qui lui sert de ct4 ,ce sont eux qui le font subsister en tant qu'il est triangle et qu'il a l'essence de la triangularit1 et ils constituent tous deux ses causes matrielle et formelle4 ,mais1 dans son existence externe1 le triangle dpend d'une cause diffrente2 c'est la cause efficiente et la cause finale1 et cette dernire est la cause efficiente de la cause efficiente4 ,ailleurs1 l'auteur dmontre que la quiddit ne peut pas tre elle-mme la cause de l'tre3 ,il se peut1 dit-il#bcb1 que la quiddit d'une chose soit motif d'une de ses qualits1 et qu'une de ses qualits le soit d'une autre1 comme la diffrence l'est du propre2 mais il ne se peut pas que la qualit de l'tre survienne la chose cause de sa quiddit1 qui n'est pas lie l'tre1 ni cause d'une autre qualit1 parce que toute cause est antrieure son effet dans l'tre1 et qu'il ne saurait y avoir d'antriorit dans l'tre avant l'tre4 ,note #bca3 ,ichrt1 p4 #aci4 ,note #bcb3 ,ichrt1 p4 #adb-adc4 ,de mme qu'il faut deux causes distinctes pour la quiddit et pour l'tre1 de mme il en faut deux pour l'universel et pour le particulier4 ,toute espce a sa cause2 tout individu de l'espce a la sienne4 ,au-dessous des causes gnrales qui dfinissent l'espce1 il faut des causes particulires qui spcifient l'individu4 ,les choses qui ont une mme dfinition de genre diffrent seulement par d'autres causes4 ,si une chose n'a pas la puissance de recevoir l'effet de ces causes spciales1 puissance qui est la matire1 elle ne peut tre individualise1 sauf le cas o il est de l'essence de son genre de n'tre applicable qu' une personne unique2 mais s'il est dans la nature de son genre de pouvoir tre support par plusieurs individus1 alors l'individualisation de chacun d'eux a lieu par une cause spciale4 ,l'tre ncessaire est un en raison mme de son essence4 ,il ne participe pas la quiddit d'aucune autre chose2 son essence n'a ni genre ni diffrence et il ne se dfinit pas4 ,on a souvent pens1 dit ,avicenne#bcc1 que l'tre1 pris en dehors de toute donne1 est un abstrait qui est commun l'tre premier et d'autres tres d'une communaut de genre1 et qu'il rentre sous le genre de la substance4 ,cela est faux4 ,la notion de genre ne convient pas l'tre ncessaire2 il n'a pas une quiddit laquelle s'appliquerait ce concept4 ,l'existence ncessaire est en lui ce que la quiddit est en un autre4 ,note #bcc3 ,ichrt1 p4 #ade4 ,maintenant que nous avons montr comment se soudent les thories de l'tre1 de la cause et des universaux1 sans nous y arrter davantage1 nous achverons la synthse de toutes ces grandes doctrines et1 du mme coup1 la mtaphysique1 en exposant1 la suite d',avicenne1 la fameuse thorie de la cause premire4 ,l'tre ncessaire1 dit l'auteur#bcd qui commence par approfondir la notion mme de ncessit1 est l'tre tel que1 si on le suppose manquant1 il en rsulte une impossibilit4 ,l'tre possible est tel que1 existant ou manquant1 il ne donne lieu aucune impossibilit4 ,note #bcd3 ,la thorie qui suit est tire du ,nadjt1 p4 #fb et suivantes4 ,l'tre qui est ncessaire l'est ou par son essence1 ou par autre chose que son essence4 ,l'tre ncessaire par son essence est tel que la supposition qu'il manquerait est absurde par son essence mme et non par autre chose4 ,l'tre ncessaire1 mais non par son essence1 est celui qui devient ncessaire1 une autre chose tant pose4 ,ainsi #d devient ncessaire si l'on pose #b et #b2 la brlure le devient si l'on met en prsence la puissance active et la puissance passive1 c'est--dire le comburant et le combustible4 ,une mme chose ne peut pas tre ncessaire par elle-mme et par autre chose la fois4 ,tout ce qui est ncessaire par autre chose est possible par sa propre essence4 ,tout ce qui est possible par sa propre essence est inversement ncessaire par autre chose4 ,deux choses distinctes ne peuvent pas tre ncessaires l'une par l'autre4 ,on ne peut avoir ,a ncessaire par ,b1 ,b ncessaire par ,a1 et ,a et ,b ncessaires ensemble4 ,en effet chacun des deux1 tant ncessaire par l'autre serait possible par lui-mme4 ,ce qui est possible par soi-mme doit avoir une cause dans l'tre qui lui soit antrieure4 ,mais aucun des deux n'est antrieur l'autre dans l'tre4 ,ils devraient donc avoir tous deux des causes extrieures et antrieures eux deux1 et ils ne seraient plus ncessaires l'un par l'autre4 ,l'essence de l'tre ncessaire ne peut pas avoir un principe compos par lequel elle subsisterait et qui serait divisible1 soit selon la quantit1 soit selon la dfinition1 en matire et forme ou autrement4 ,en effet1 en tout ce qui est tel1 l'essence d'une partie n'est pas l'essence d'une autre1 ni celle du tout4 ,alors ou chaque partie aurait son existence par elle-mme2 mais le tout n'aurait la sienne que par les parties et il ne serait plus ncessaire2 ou quelques parties seulement existeraient par elles-mmes1 et les autres1 non plus que le tout1 ne seraient ncessaires4 ,en termes plus gnraux1 les parties sont en essence antrieures au tout4 ,la cause qui ncessite l'existence du tout ncessite d'abord celle de ses parties4 ,d'o aucun tre divisible ne peut tre ncessaire4 ,il suit de l que l'tre ncessaire n'a ni corps1 ni matire de corps1 ni forme de corps1 ni matire intelligible1 ni forme intelligible1 ni divisibilit d'aucune sorte selon la quantit1 le mode1 les principes ou la dfinition4 ,il est un sous tous ces rapports4 ,l'tre ncessaire par son essence est ncessaire sous tous rapports4 ,s'il y avait un ct par lequel il ne ft pas ncessaire1 il aurait par ce ct besoin d'une cause1 et alors il ne serait plus ncessaire absolument1 mais avec cette cause4 ,ceci prouve qu'il n'y a aucune partie de l'essence de l'tre premier dont l'existence soit en retard sur celle de cet tre mme4 ,tout ce qui est possible de lui1 en est en mme temps ncessaire4 ,il n'y a en lui nulle volont1 nulle science1 nul caractre ni qualit d'aucune sorte qui attende pour tre et soit postrieure sa propre existence4 ,aprs ceci la pense d',avicenne s'lve vers les rgions morales2 ayant prouv que l'tre ncessaire est absolument un1 il va montrer1 conformment la doctrine platonicienne1 qu'il est aussi bien pur et vrit pure1 et nous osons prier le lecteur de remarquer les admirables formules d'optimisme qu'il rencontre dans cette exposition4 ,tout tre ncessaire1 dit-il1 est bien pur et perfection pure4 ,le bien en gnral est ce que chaque chose dsire et ce qui complte son existence4 ,le mal n'a pas d'essence2 il est ou le dfaut d'une substance ou le dfaut d'intgrit de l'tat d'une substance4 ,donc l'existence est par elle-mme bont1 et la perfection de l'existence est la bont de l'existence4 ,l'existence en laquelle ne se trouve aucun manque1 ni manque de la substance ni manque de quelque chose en la substance1 mais qui est toujours en acte1 est bien pur4 ,le possible par essence1 pouvant supporter le manque1 n'est pas bien pur4 ,le bien pur ne peut tre que l'tre ncessaire par son essence4 ,on appelle aussi bien ce qui est utile aux perfections des choses4 ,nous verrons que l'tre ncessaire est ncessairement utile tout tre et toute perfection des choses4 ,il est donc encore bien dans ce second sens4 ,tout tre ncessaire par essence est vrit pure2 car la ralit vritable de toute chose est ce qui tablit en propre son existence4 ,il n'y a donc rien de plus vrai que l'tre ncessaire4 ,on appelle aussi vrai ce dont l'affirmation de l'existence est juste4 ,il n'y a donc rien de plus vrai que ce dont il est juste d'affirmer qu'il est et qu'il est toujours et que1 tant toujours1 il est par son essence et non par celle d'un autre4 ,l'analyse de la notion de l'tre ncessaire est ensuite prcise et acheve par ces thormes que la ncessit ne peut s'affirmer de plusieurs1 que l'tre ncessaire est unique en son espce et qu'il est cause de cela1 complet en son existence2 puis l'auteur arrive la dmonstration directe de l'existence de l'tre ncessaire1 et c'est ici que reparat explicitement la thorie de la causalit4 ,il y a des tres1 dit-il4 ,or tout tre est ou ncessaire ou possible4 ,s'il est ncessaire1 l'existence de l'tre ncessaire est prouve2 s'il est possible1 nous allons montrer que l'existence du possible conclut celle d'un tre ncessaire4 ,la dmonstration s'effectue en trois lemmes4 ,lemme #a4 ,il ne se peut pas que tous les possibles aient la fois une cause possible1 et cela sans fin4 ,en effet1 s'il n'y a pas d'tre ncessaire dans la srie des possibles1 celle-ci1 en tant que srie1 est ou ncessaire ou possible4 ,si elle est ncessaire1 chacun de ses termes tant possible1 le ncessaire subsiste par les possibles1 ce qui est absurde4 ,si elle est possible1 alors sa somme a besoin pour exister de quelque chose qui lui donne l'tre4 ,cette chose est ou extrieure ou intrieure la srie4 ,si intrieure et ncessaire1 l'un des termes de la srie est ncessaire2 et on les a supposs possibles2 si intrieure et possible1 cette chose est cause de la srie1 donc cause de ses parties et cause de sa propre existence1 donc ncessaire1 et on vient de la supposer possible2 si extrieure1 elle ne peut tre une cause possible2 car tous les possibles sont dans la srie2 elle est donc ncessaire1 et alors les possibles aboutissent cette unique cause ncessaire4 ,lemme #b4 ,une srie de causes en nombre fini ne peuvent pas tre possibles en elles-mmes et ncessaires l'une par l'autre1 en sorte qu'elles dpendraient l'une de l'autre en cercle4 ,la dmonstration a t donne plus haut pour le cas de deux causes2 elle peut se gnraliser d'une manire analogue celle du lemme #a1 avec ceci de particulier que l'on aboutit la consquence que chaque terme serait cause et effet de sa propre existence1 ce qui est absurde4 ,lemme #c4 ,un produit et sa cause tant donns1 ou ce produit s'vanouit au temps mme de sa production1 ou il s'vanouit quelque temps aprs1 ou il est subsistant4 ,la premire hypothse est absurde2 la seconde l'est aussi1 parce qu'elle supposerait que les instants se suivent d'une manire discontinue1 ce qui n'est pas4 ,donc les tres sont et sont subsistants4 ,tout tre a alors une cause de son existence et une cause de sa subsistance4 ,ces deux causes peuvent se confondre1 comme dans le moule qui donne et garde sa forme au liquide1 ou tre distinctes1 comme pour la forme de la statue que produit l'artisan et que conserve la solidit de la matire4 ,ce n'est pas parce qu'il est produit que le produit dure2 mais il dure1 une fois qu'est ralise une certaine condition de sa cause1 qui le fait durer4 ,cette condition tant remplie1 il dure ncessairement1 tant qu'elle l'est4 ,le possible devient ncessaire par une condition2 il est alors ncessaire par autre chose que par son essence4 ,le possible rel manque2 tout ce qui existe1 au moment o cela existe1 est ncessaire2 inversement tout ce qui manque1 au moment o cela manque1 manque ncessairement4 ,ce dernier lemme reprsente le couronnement et la mise en pratique de la thorie de la causalit2 nous le formulerions ainsi3 ,tout produit a une cause2 toute cause est dterminante4 ,l'union de ces trois lemmes achve en un instant la thorie de l'tre premier4 ,les possibles existant ont besoin de causes 7lemme #c72 ces causes ne s'enchanent pas sans fin 7lemme #a71 ni ne retournent sur elles-mmes 7lemme #b74 ,donc elles aboutissent l'tre ncessaire4 ,nous aimerions nous taire1 aprs cette dmonstration1 et laisser le lecteur en savourer lui-mme l'originalit1 l'ingniosit1 l'harmonie et la puissance4 ,nous ne pouvons cependant pas nous effacer compltement devant notre auteur et abdiquer la conduite de cet ouvrage au moment o le devoir nous incombe d'en fixer les conclusions4 ,le peu qui nous reste dire de la mystique n'a plus en effet qu'une valeur complmentaire1 et l'essentiel de notre oeuvre est ds maintenant achev4 ,or il me parat que les conclusions auxquelles nous devons nous arrter sont bien celles que nous avons vues poindre et se renforcer de page en page dans le cours de cette analyse4 ,tout d'abord1 le principe dominant dans l'cole philosophique arabe a t que la philosophie tait une2 plus exactement elle tait science1 et elle avait les caractres qu'aujourd'hui nous reconnaissons la science1 mais que nous n'accordons plus la philosophie3 l'universalit et la fixit4 ,il ne pouvait y avoir qu'une philosophie pour tout l'univers1 comme il n'y a qu'une science2 et1 une fois trouve et dmontre1 cette philosophie ne devait plus tre susceptible d'aucun changement1 d'aucune variation1 d'aucune volution dans toute la suite des temps4 ,c'est pourquoi1 sous la plume d',avicenne1 dont le gnie mathmatique ne fut pourtant pas spcialement fort1 nous voyons la philosophie revtir l'aspect1 non seulement d'une science1 mais mme d'une science exacte#bce4 ,note #bce3 ,je suis persuad que le point de vue de ,descartes tait absolument le mme2 je ne comprends pas pourquoi l'habitude s'est rpandue de considrer ,descartes comme un esprit libral en matire philosophique4 ,il n'y eut pas en vrit d'esprit plus gomtrique et plus dogmatique que le sien4 ,la philosophie qu'il prtendait fonder devait embrasser toutes les sciences1 tre mathmatiquement dmontrable et absolument dfinitive4 ,la rforme accomplie par lui dans la philosophie n'avait donc pas besoin de l'tre en dehors de la scolastique2 elle pouvait aussi bien s'effectuer sans sortir de la scolastique1 en remontant vers ses origines4 ,en second lieu il me semble que la ligne gnrale du mouvement philosophique1 telle que nous l'avons indique1 est juste4 ,le problme capital qui s'est pos l'cole arabe a bien t celui de la synthse de deux vrits3 une vrit philosophique et une vrit de foi4 ,l'cole arabe avait t prcde un peu dans une recherche analogue par l'cole syriaque4 ,pour connatre exactement la part d'originalit des philosophes arabes dans la solution qu'ils ont donne de ce problme1 il faudrait savoir parfaitement l'histoire de l'enseignement philosophique jusque vers le neuvime sicle de notre re4 ,en l'absence de cette connaissance prcise1 on peut seulement affirmer que dans l'cole arabe et particulirement chez ,avicenne1 le travail de coordination et de dmonstration des thses a t fort important4 ,au point de vue de l'tat d'esprit gnral dans lequel se sont trouvs ces penseurs1 il faut retenir1 comme nous l'avons dit plusieurs fois1 que le syncrtisme a t pendant de longs sicles une habitude intellectuelle rpandue en ,orient4 ,cette habitude explique que les auteurs musulmans aient pu poser1 sans avoir presque aucun doute sur sa solubilit1 le problme scolastique qui1 dans d'autres contres1 et effray ou rebut les chercheurs4 ,le systme philosophique qui constituait l'un des termes de ce problme1--ceci encore peut tre accept comme une conclusion1--n'tait pas un systme individuel1 le platonisme1 le pripattisme ou tel autre2 il tait dj lui-mme un ensemble syncrtique form par voie traditionnelle sous l'influence dominante du noplatonisme et avec quelques infiltrations plus expressment gnostiques4 ,en outre1 des rminiscences d'anciennes fois religieuses se rattachant au dualisme et la gnose1 des retours de sympathie mal cls vers des doctrines panthistes se manifestent de temps en temps chez les scolastiques arabes1 et jusque chez les plus sages4 ,cette dernire remarque ne peut tre cependant que sommairement indique1 car elle dpend plutt de l'tude de la philosophie mystique4 ,nous devons encore nous demander si1 en dfinitive1 l'effort de pense 7peut-tre doit-on dire de gnie7 des philosophes arabes a abouti une solution peu prs satisfaisante du problme scolastique4 ,nous craignons qu'il faille rpondre par la ngative1 et cela pour des motifs intrinsques et extrinsques4 ,les motifs intrinsques1 nous les avons sentis4 ,si nous nous rappelons ce qu'tait le ,dieu biblique et coranique d'une part et ce que fut de l'autre le ,dieu des philosophes1 nous avons l'impression qu'une si grande distance spare encore ces deux conceptions que la synthse sur ce point ne peut pas tre considre comme dcidment accomplie4 ,la mystique sans doute est l pour corriger ce qu'il y a de hautain1 de ferm1 de sec et d'abstrait dans la conception philosophique de ,dieu2 mais la mystique elle-mme prsente pour l'orthodoxie des dangers redoutables2 si la mtaphysique renferme quelques traces de panthisme1 ce n'est certes pas la mystique qui l'en purifiera4 ,en vrit1 pour qui se place en imagination au point de vue du dogme musulman1 le ,dieu des philosophes est tonnant et ingrat4 ,il a une impassibilit et un achvement d'tre o l'on ne reconnat plus l'activit vivante et1 par suite1 changeante1 la vertu cratrice1 la bont providentielle1 les longs desseins1 les misricordieuses tendresses1 les effrayantes vengeances du ,dieu biblique4 ,le ,dieu de la philosophie1 force d'tre en acte1 a l'air d'tre inactif2 nous ne pouvons plus le connatre2 nous ne sommes plus ports l'aimer1 quoi qu'on nous prouve qu'il est la vrit suprme2 nous ne le sentons pas bon1 quoi qu'on nous dmontre rationnellement qu'il l'est4 ,surtout1 nous sommes effrays de voir ses attributs essentiels1 sa volont1 sa science1 sa puissance1 s'identifier et se fondre dans une espce de potentialit inconcevable pour nous1 d'o dcoule le monde1 sans qu'il nous soit possible de comprendre jusqu' quel point ce ,dieu reste l'auteur libre du monde1 et je dirai mme l'auteur conscient4 ,nous n'avons pas insist dans notre analyse sur cette question dlicate de la libert de ,dieu dans la production du monde2 nous n'aurions vraisemblablement rien gagn chercher l'approfondir4 ,dans cet endroit1 ,dieu devient absolument mystrieux1 et l'on dirait que la pense d',avicenne1 l'exemple du ,premier1 se drobe4 ,toujours est-il qu'en fait1--et c'est ici le motif extrinsque auquel nous faisions allusion plus haut1--le systme d',avicenne a soulev l'horreur des esprits religieux4 ,gazali qui reprsente dans l'islam le point culminant de la scolastique dominante thologique1 comme ,avicenne reprsente la scolastique dominante philosophique1--,gazali1 dis-je1 s'est attaqu avec violence au systme d',avicenne et en a ruin la fortune en ,orient4 ,un sicle aprs ,gazali1 ces mmes doctrines renaissaient en ,occident1 et1 franchissant les limites de l'islam1 elles allaient1 la manire d'une hrsie redoutable1 jeter l'pouvante dans le monde chrtien1 sous le nom d'averrosme4 ,,chapitre ,x ,,la ,,mystique ,d',,avicenne4 ,nous avons annonc au dbut de cet ouvrage que nous ne traiterions pas de la mystique considre en elle-mme comme systme indpendant4 ,ce que nous allons en dire dans ce dernier chapitre est seulement destin servir de complment la mtaphysique4 ,il est intressant de voir comment la notion mtaphysique de ,dieu se complte et certains gards se corrige en mystique1 comment ,avicenne conoit les rapports de ,dieu l'homme dans les grandes questions de la providence et de la prdestination4 ,nous allons entendre ce propos notre philosophe exposer une thorie gnrale de l'optimisme qui est fort leve4 ,nous verrons aussi quelle est dans son systme la place de la morale1 place dont l'importance1 fort peu marque dans les chapitres prcdents1 risquait d'chapper nos lecteurs1 et laquelle tous les dveloppements antrieurs laissaient subsister une lacune qu'il est ncessaire de combler4 ,avicenne dfinit dans les ,ichrt la ,providence de la faon suivante#bcf3 ,la ,providence est l'enveloppement du tout par la science de l'tre premier2 et c'est la science qu'a le ,premier de ce qu'il faut que soit le tout pour tre dans le plus bel ordre1 jointe la conscience que cela rsulte ncessairement de lui et de l'environnement du tout par lui4 ,l'tre s'accorde avec ce qui est connu comme le mieux ordonn1 sans qu'il soit besoin d'une recherche ni d'un effort de la part du ,premier et du ,vrai4 ,la science qu'a le ,premier du mode de bont applicable l'ordre de l'tre universel est la source d'o le bien dcoule sur le tout4 ,note #bcf3 ,ichrt1 p4 #ahe4 ,dans cette profonde dfinition1 nous ne remarquerons plus principalement l'espce d'identification qui est tablie entre la science de ,dieu1 sa volont1 sa puissance et sa bont1 puisque nous nous sommes dj arrt sur ce point de vue dans le chapitre de la mtaphysique4 ,en ce moment c'est surtout comme l'expression d'une thorie de l'optimisme que nous considrerons ces lignes1 et nous en prendrons prtexte pour demander ,avicenne1 puisque l'ordre des choses lui semble le meilleur1 comment il comprend le rle du mal et quelle ide il se fait du destin4 ,dieu tant le bien pur et le tout dcoulant de ,dieu1 la grande difficult est de concevoir d'o provient le mal qui parat dans le tout4 ,la thse gnrale de notre auteur est que le mal n'est pas dans le jugement divin par essence et qu'il n'y entre que par accident4 ,il y a trois espces de mal3 le dfaut ou manque1 la souffrance et le pch4 ,le mal par essence est le mal par dfaut2 par consquent il est ngatif4 ,voici comme en parle ,avicenne#bcg3 ,note #bcg3 ,nadjt1 p4 #gh2 section sur la ,providence et comment le mal entre dans le jugement divin4 ,le mal par essence est le manque1 non pas tout manque1 mais le manque des perfections qu'exigent le genre et la nature de la chose4 ,le mal par accident est ce qui cause ce dfaut et ce qui empche la perfection d'tre ralise4 ,le mal suppose la puissance1 et par l cette thorie est essentiellement aristotlicienne4 ,toute chose qui existe en son achvement extrme et sans qu'il y ait plus rien en elle en puissance1 n'a pas de mal2 le mal atteint seulement ce qui est en puissance1 et cela du fait de la matire4 ,ou bien il produit dans la matire une certaine disposition contraire l'une des perfections que doit avoir l'objet1 par exemple lorsque les nues1 les pluies abondantes ou l'ombre des hautes montagnes empchent les fruits de mrir2 ou bien il agit en cartant ou en dtruisant la perfection acquise de l'objet1 comme lorsque le froid1 venant frapper les plantes1 les dtruit4 ,toute la cause du mal se trouve renferme dans ce qui est sous la sphre de la lune4 ,le mal n'a pas de prise sur les intelligibles2 il n'atteint que les individus1 dans des temps limits1 et les espces y sont soustraites4 ,l'on se demande s'il n'et pas t possible que le premier administrateur ait fait exister un bien pur tout fait exempt de mal4 ,non1--dit ,avicenne1--cela n'et pas t possible dans le mode d'existence de notre monde1 quand mme cela le serait dans l'tre en gnral4 ,la pense de notre philosophe est que le bien absolu n'et pas t possible dans un monde auquel s'applique la mtaphysique pripatticienne1 c'est--dire celle de la puissance et de l'acte4 ,o il y a puissance1 il y a possibilit de dfaut1 donc de mal2 mais le ,crateur n'et pas pu abandonner le bien universel qui est bien par essence1 mme quand il n'existe qu'en puissance1 cause des maux accidentels possibles qui s'y trouvent mls4 ,un monde dans lequel la possibilit du mal ne serait pas implique ne serait plus du tout comparable notre monde2 il serait quelque chose de tout autre1 on ne sait quoi d'inimaginable pour nous4 ,l'optimisme d',avicenne sacrifie avec une grande facilit les victimes des maux particuliers au bien gnral1 soit les victimes des accidents temporels1 soit mme1 semble-t-il1 celles de l'enfer4 ,le mal qui ne consiste pas dans le manque ne peut tre que relatif1 selon lui1 et il est toujours un bien par quelque endroit2 plus prcisment encore1 il est toujours un bien par son principe1 et il n'est un mal que par accident4 ,tout ce qui est dsign sous le nom de mal1 dans le sens de l'action1 est toujours une perfection pour sa cause active1 et il est seulement possible que cela soit mal dans le sens de la passion1 pour le sujet qui reoit l'effet de l'acte ou pour un autre agent qui1 par cet acte1 se trouve gn dans le sien4 ,ainsi l'injustice est sans doute un mal pour l'opprim ou pour l'me raisonnable dont la perfection consiste tre matresse de ses passions2 mais elle est tout d'abord un bien1 dans le sens actif1 pour la facult irascible qui1 de sa nature1 recherche la domination4 ,le feu est bon en lui-mme1 et il a une multitude d'utilits et d'avantages dans le monde physique2 ce n'est qu'accidentellement qu'il produit la brlure qui est un mal pour le sujet qui la souffre4 ,il n'et pas t bon videmment que l'auteur du tout supprimt la facult irascible ou anantt le feu cause des accidents de dtail qui rsultent de l'une et de l'autre4 ,il n'entre pas dans la sagesse divine1 dit ,avicenne1 de dlaisser les biens durables et gnraux cause de maux passagers dans les choses individuelles4 ,la supriorit du bien sur le mal dans le monde1 selon cette doctrine1 n'est pas seulement une supriorit mtaphysique1 comme nous venons de l'expliquer1 c'est aussi une supriorit numrique et quantitative4 ,les choses qui sont tout entires mauvaises1 affirme notre auteur1 ou qui le sont seulement en majeure partie1 ou qui mme renferment le mal galit avec le bien1 n'existent pas4 ,tout ce qui existe contient plus de bien que de mal4 ,il est d'ailleurs faux de dire que le mal est plus frquent que le bien4 ,le mal est commun1 cela est vrai2 mais il n'est pas le plus frquent4 ,les maladies1 par exemple1 sont trs nombreuses2 elles sont cependant encore moins communes que la sant4 ,le mal1 tel que nous l'avons dfini1 est toujours moins frquent que le bien qui lui correspond4 ,les maux extrmement nombreux qui consistent dans le dfaut des qualits secondes du sujet1 comme1 par exemple1 l'ignorance de la gomtrie pour l'homme1 ne portent pas atteinte aux qualits premires et ne sont pas en vrit des maux1 mais seulement l'absence de certaines perfections que le sujet pourrait recevoir par surcrot4 ,avicenne dveloppe des considrations galement optimistes dans son trait sur le ,destin#bch1 et il ajoute cette vue que les biens et les maux ne sont pas les mmes aux yeux de ,dieu que ce qu'ils sont pour nous2 nous n'avons pas non plus le droit de demander ,dieu1 dont l'action s'tend travers tous les sicles1 une compensation pour chaque mal qui rsulte du plan du monde1 comme nous le faisons pour les dommages qu'il nous arrive de subir de la part des autres hommes dans le cours born de notre vie4 ,si le beau et le laid1 le bien et le mal taient aux yeux de ,dieu ce qu'ils sont aux yeux des hommes1 il n'aurait pas cr le lion redoutable aux dents disloques et aux jambes tortues1 dont la faim n'est satisfaite qu'en mangeant la chair crue et sanglante1 nullement en broutant des herbes et des baies2 ses mchoires1 ses griffes1 ses tendons solides1 son cou imposant1 sa nuque1 sa crinire1 ses ctes et son ventre1 la forme de tous ses membres excitent en nous l'tonnement1 quand nous considrons que tout cela lui est donn pour atteindre le btail fugitif1 le saisir et le dchirer4 ,il n'aurait pas non plus cr l'aigle aux griffes crochues1 au bec recourb1 avec ses ailes souples et divises1 son crne chauve1 ses yeux pntrants1 son cou lev1 ses jambes si robustes2 et cet aigle n'a pas t cr ni pour cueillir des baies1 ni pour mcher ses aliments et brouter des herbes1 mais pour saisir et dchirer sa proie4 ,dieu en le crant n'a pas eu le mme gard que toi aux sentiments de compassion1 ni suivi les mmes principes d'intelligence4 ,lui1 il ne s'est pas conform ton avis1 qui et t d'loigner les malheurs et d'teindre la flamme brlante4 ,dans sa sagesse impntrable aux yeux de notre intelligence1 il y a donn son consentement1 et tu n'aurais pas le droit d'exiger de lui la compensation des membres dchirs1 ni des cous casss4 ,le temps fait oublier les douleurs1 teint la vengeance1 apaise la colre et touffe la haine2 alors le pass est comme s'il n'et jamais exist2 les douleurs affligeantes et les pertes subies ne sont nullement prises en considration2 ,dieu ne fait aucune distinction entre la compensation et le don gratuit1 entre l'initiative de sa grce et la rcompense2 les sicles qui passent1 les vicissitudes du temps effacent tout rapport causal4 ,ces loquents dveloppements reviennent en somme dire que les principes des desseins divins se cachent dans un mystre1 o la raison humaine ne peut pas pntrer2 la mystique parfois nous en dcouvre quelque chose1 et c'est ainsi qu'elle a sa place comme supplment la mtaphysique4 ,note #bch3 ,rislet el-,kadr1 d4 et trad4 ,mehren1 quatrime fascicule des ,traits mystiques d',avicenne4 ,le fragment cit ci-aprs se trouve aux pages #i-aj de la traduction2 nous sommes d'autant plus heureux de le reproduire que cette traduction franaise est l'oeuvre d'un savant tranger4 ,la thorie de l'optimisme se prolonge par la doctrine beaucoup plus mystique encore du retour de l'me1 c'est--dire de ses destines aprs la mort1 des peines et des joies qui lui sont rparties dans l'autre vie4 ,ce sujet comporte une thorie du plaisir et de la peine ,avicenne l'a traite dans le ,nadjt avec tant de beaut et un charme si intense1 que nous ne pouvons mieux faire que de reproduire1 en l'abrgeant un peu1 ce qu'il en a dit#bci4 ,chaque facult humaine1 enseigne-t-il1 a un plaisir et un bien qui lui sont propres1 une souffrance et un mal qui lui sont propres4 ,le plaisir de la facult apptitive1 par exemple1 est de recevoir une sensation qui s'accorde avec son dsir2 celui de la facult irascible#bdj est l'attaque2 celui de la facult opinante1 l'espoir2 celui de la mmoire1 le souvenir4 ,et les maux de ces diverses puissances sont l'inverse4 ,d'une faon gnrale1 le plaisir de ces facults consiste dans ce qui les rend parfaites en actes4 ,note #bci3 ,nadjt1 pages #hj-hc2 section sur les tats des mes humaines4 ,note #bdj3 ,la facult apptitive et la facult irascible sont les deux facults essentielles de l'intelligence pratique1 dont nous avons dit que l'tude tait peu dveloppe chez ,avicenne4 ,toutes ces puissances de l'me ont en commun la facult de jouir2 mais elles diffrent en rang4 ,leur perfection peut tre ou plus excellente1 ou plus intense1 ou plus durable1 et il rsulte de l une diffrence de degr dans le plaisir obtenu4 ,il ne faut pas que l'homme intelligent se figure1 dit ,avicenne1 que tout plaisir est pareil celui que l'ne prouve dans son ventre et ses parties honteuses1 et que les premiers principes1 voisins du ,trs-,haut1 sont privs de jouissance et de flicit1 ni qu'il n'existe pas pour le ,trs-,haut1 en sa puissance et sa force infinies1 une chose qui atteint le sommet de la dignit1 de l'excellence et de la perfection1 mais qu'on n'oserait pas appeler plaisir1 comme on le fait pour l'me et pour les btes4 ,ces satisfactions1 ces volupts divines sont bien au-dessus de tout ce que nous pouvons concevoir2 mais nous sommes assurs de leur ralit par la rvlation et par la raison1 comme le sourd de naissance qui1 incapable d'imaginer le plaisir que donnent les mlodies1 est pourtant certain qu'il existe4 ,il arrive quelquefois que la perfection propre une facult et l'objet convenable qui pourrait la lui procurer sont porte de cette facult mme1 mais que celle-ci est empche par quelque obstacle de les recevoir ou qu'elle est occupe ailleurs4 ,c'est ainsi que l'on voit certains malades avoir horreur des mets sucrs et demander des mets qui rpugnent aux hommes sains2 dans d'autres cas1 si le malade n'a pas positivement horreur des mets succulents1 du moins se trouve-t-il incapable d'en jouir2 et de mme1 il ne souffre pas des mauvais4 ,la bouche ne ressent pas l'amertume de la myrrhe tant que le mlange de ses humeurs1 drang par la soif1 n'est pas rtabli et qu'elle n'est pas dsaltre4 ,la perfection propre de l'me raisonnable1 enseigne notre auteur1 est de devenir savante1 intelligente1 de recevoir en elle la forme du tout et de l'ordre qui est intelligible dans le tout et du bien qui y est rpandu1 en commenant par le principe premier1 en suivant la srie des substances spirituelles suprieures et pures1 puis des mes dpendantes des corps1 puis des corps clestes avec leurs formes et leurs forces1 jusqu' ce qu'elle imprime en elle-mme la ressemblance de l'tre universel1 et qu'elle y reproduise un monde intelligible l'image du monde rel2 qu'elle voie alors ce qui est le beau absolu1 le bien absolu1 la perfection vritable2 qu'elle s'y unisse2 qu'elle se travaille ce modle1 qu'elle coure dans ce sentier et qu'elle devienne comme si elle tait de la substance mme du bien4 ,il n'y a pas de comparaison possible entre cette perfection de l'me raisonnable et les perfections propres aux autres facults4 ,comment comparer la dure de ce qui est ternel avec la dure de ce qui est changeant et prissable8 ,comment comparer la jonction des sensibles le long d'une surface1 avec l'union dans la substance1 par laquelle il ne semble plus y avoir aucune distinction entre cette substance et ce qu'elle reoit1 puisque l'intelligence1 l'intelligent et l'intelligible sont un ou proches d'tre un8 ,il est vident aussi que les conceptions de l'me raisonnable sont plus intimes1 plus profondes et plus intenses que les perceptions des sens4 ,comment donc encore comparer les plaisirs de cette me1 lorsqu'elle saisit les intelligibles1 aux plaisirs sensuels et bestiaux8 ,les fins intellectuelles sont dj plus honorables pour l'me que les fins temporelles et sensibles1 dans les choses de peu de valeur4 ,combien plus forte raison1 dans les choses importantes et hautes4 ,cependant les mes corrompues ne sont plus capables de sentir le bien et le mal dans les choses leves1 ainsi que nous l'avons dit des malades qui ne peroivent plus la saveur des mets4 ,quand donc l'me se trouve spare du corps1 elle s'en va vers sa fin1 elle l'atteint et elle en jouit1 moins que1 semblable aux malades1 son got n'ait t vici et qu'elle n'ait point recherch sa fin2 alors elle ne l'atteint pas et elle souffre4 ,quand la puissance intellectuelle qui est l'me immortelle1 est parvenue durant la vie un certain degr de perfection1 elle entre en possession de cette perfection en acte au moment o elle quitte le corps2 et en mme temps que la perfection1 elle obtient le plaisir1 plaisir qui est du genre de celui qu'ont les substances pures1 plus noble et plus lev que le plaisir des sens4 ,c'est ce qu'on appelle la flicit4 ,ce que connat l'me quand elle approche du terme o se ralise cette flicit1 il serait difficile de le dire exactement4 ,mais il est probable qu'en cet instant l'me de l'homme possde une image prcise des principes intellectuels ou intelligences pures1 qu'elle connat les secrets des mouvements gnraux1 mais non pas tous les particuliers1 qui sont sans fin1 et que la forme du tout se dessine en elle1 avec le rapport mutuel de ses parties et l'ordre selon lequel elles s'enchanent dans la srie des tres4 ,la flicit de l'me raisonnable ne s'obtient que par le perfectionnement de l'intelligence pratique#bda4 ,et c'est en quoi consiste la morale4 ,le caractre est un pouvoir de l'me par lequel celle-ci produit avec facilit des actes1 sans avoir besoin d'une dlibration qui les prcde4 ,le plus souvent le caractre de l'homme durant sa vie n'est que moyennement bon2 la soumission de l'intelligence pratique l'intelligence spculative n'est pas complte2 l'me n'a pas un got pur des choses spirituelles1 et elle conserve une inclination pour les choses corporelles qui l'empche aprs la mort d'atteindre en acte sa complte perfection4 ,l'me1 spare du corps1 sent l'opposition qui existe entre ces gots vicis dont elle avait l'habitude et son bien vritable1 et cette opposition devient pour elle la cause d'une grande souffrance4 ,cependant1 comme elle tait bonne en principe1 cette souffrance ne lui est pas quelque chose de ncessaire et d'essentiel2 ce n'est qu'une condition qui lui est trangre2 et1 puisque ce qui est accidentel et tranger ne dure pas1 lorsque la mort vient interrompre les actes dont la rptition entretenait en elle ces habitudes mauvaises1 celles-ci se perdent et s'effacent2 la souffrance qui en rsultait pour l'me diminue au fur et mesure de sa purification1 et aprs ce chtiment passager1 elle parvient sa flicit4 ,les mes toutes spirituelles entrent la mort dans la plnitude de la misricorde de ,dieu4 ,celles qui ont t compltement mauvaises et qui n'ont eu de got que pour le corps souffrent horriblement d'en manquer parce que l'outil de leur plaisir s'est ananti1 tandis que l'habitude de leurs attaches corporelles subsiste4 ,note #bda3 ,avicenne renvoie ici son trait sur les ,moeurs mentionn par el-,djouzdjni4 ,cf4 plus haut1 p4 #aej4 ,l'on peut admettre aussi ce que disent certains docteurs1 que l'me spare du corps peut agir sur les matires clestes et continuer d'imaginer des formes avec ces matires comme donnes4 ,les mes bonnes imaginent les tats heureux auxquels elles ont aspir durant la vie2 les mauvaises imaginent les chtiments et les souffrances4 ,les formes imaginatives ne sont pas plus faibles que les sensibles1 au contraire2 on en juge par le sommeil1 o ce que l'on voit en rve est quelquefois plus intense que ce que l'on peroit dans la veille4 ,les impressions formes dans l'intrieur de l'me proviennent d'une cause essentielle2 celles qui sont formes de l'extrieur1 d'une cause accidentelle4 ,les mes saintes atteignent leur perfection par leur essence2 elles sont plonges dans la joie2 elles ne regardent plus ce qui est derrire elles4 ,elles se purifient des traces d'attaches sensibles qu'elles ont pu conserver1 en demeurant quelque temps au dessous des plus hauts degrs4 ,nous achverons ce livre1 la manire platonicienne1 par un mythe4 ,il y a plusieurs mythes dans l'oeuvre d',avicenne2 tels celui de l'oiseau et celui de ,hy qui servent de thme deux crits mystiques#bdb4 ,le mythe de ,salmn et d',absl que nous allons rapporter1 n'est pas directement connu comme tant d',avicenne2 il est seulement cit en deux endroits des oeuvres de cet auteur1 et c'est par le commentaire de ,nasr ed-,dn et-,tousi aux ,ichrt1 que nous en possdons des versions4 ,cette histoire revt des formes trs diverses2 elle fut souvent traite et remanie1 et elle finit par recevoir le dveloppement d'une pope sous la plume du pote persan ,djmi4 ,en la forme que nous allons maintenant reproduire1 elle nous est prsente comme ayant t traduite du grec par ,honn fils d',ishk1 et il y a lieu de croire en effet qu'elle est d'origine alexandrine#bdc4 ,note #bdb3 ,voyez ci-dessus1 pages #aej-aea4 ,note #bdc3 ,l'opuscule de ,nasr ed-,dn et-,tous sur ce mythe a t publi dans la collection des ,resil fi'l-hikmet1 p4 #aab4 ,v4 la note mise par ,mehren sa traduction des trois dernires sections des ,ichrt1 deuxime fascicule des ,traits mystiques1 p4 #aa4 ,on remarquera que ce conte prsente beaucoup d'analogie de manire avec les contes gyptiens recueillis dans l',abrg des ,merveilles1 trad4 ,b4 ,carra de ,vaux1 ,paris1 #ahih4 ,v4 sur l'origine de ces lgendes1 le compte rendu de ce dernier ouvrage par ,m4 ,maspero1 ,journal des ,savants1 #ahii1 ainsi qu'une note de ,m4 ,berthelot au mme lieu4 ,il y avait dans les temps anciens1 antrieurement au dluge de feu1 un roi nomm ,hermnos fils d',hercule4 ,ce roi possdait le pays de ,roum jusqu'au rivage de la mer1 avec le pays de ,grce et la terre d'gypte4 ,il avait une science profonde1 un pouvoir tendu1 et il tait vers dans la connaissance des influences astrologiques4 ,parmi les contemporains de ce prince se trouvait un philosophe du nom d',iklkouls qui possdait toutes les sciences occultes4 ,ce sage vivait depuis un cycle1 retir dans une grotte appele ,srikoun4 ,il djeunait tous les quarante jours de quelques lgumes sauvages1 et sa vie atteignait trois cycles4 ,le roi ,hermnos le consultait souvent4 ,un jour1 le roi alla se plaindre au sage de manquer de descendant4 ,ce prince1 en effet1 n'avait pas de penchant pour les femmes2 il abhorrait leur commerce et refusait de les approcher4 ,le sage lui conseilla1 puisqu'il avait dj vcu trois couples#bdd1 de prendre une femme belle et bonne1 un moment o la sphre1 son lever1 lui promettrait un enfant mle4 ,il refusa4 ,le sage lui dit alors qu'il n'y avait pas d'autre moyen pour lui de se procurer un hritier que d'observer un lever astrologique convenable1 et au moment que fixeraient les astres1 de choisir une mandragore et d'y placer un peu de sa liqueur sminale4 ,il se chargerait ensuite de soigner cette mandragore et de la transformer en un enfant vivant4 ,note #bdd3 ,ce mot traduit le terme arabe ,koroun dont la valeur exacte ne me parat pas connue4 ,ainsi fut-il fait4 ,l'enfant n de la sorte fut appel ,salmn4 ,on lui chercha une femme pour le nourrir4 ,on en trouva une fort belle1 ge de dix-huit ans1 qui s'appelait ,absl4 ,cette femme prit soin de l'enfant et le roi se rjouit4 ,l'on dit qu'alors ,hermnos promit au sage de construire1 en tmoignage de sa gratitude1 deux gigantesques btiments1 capables de rsister aux dluges d'eau et de feu1 dans lesquels on enfermerait les secrets des sciences4 ,ce furent les deux pyramides4 ,quand l'enfant ,salmn fut nourri et qu'il eut grandi1 le roi voulut le sparer d',absl2 mais l'enfant s'en affligea vivement1 et le roi le laissa4 ,salmn tant ensuite parvenu la pubert1 l'affection qu'il avait pour sa nourrice ,absl s'accrut et se changea en amour2 et cette passion devint telle que le jeune homme ngligea tout fait le service du roi1 pour ne plus s'occuper que d',absl4 ,le roi fit venir son fils et lui adressa des remontrances4 ,je n'ai que toi au monde1 lui dit-il2 sache1 fils trs cher1 que les femmes sont artificieuses et instigatrices de mal1 et qu'il n'y a nul bien en elles4 ,ne donne pas place une femme dans ton coeur2 le pouvoir de ta raison en serait asservi1 la lumire de ta vue obscurcie1 toute ton existence submerge4 ,apprends1 mon fils1 qu'il n'y a que deux chemins1 l'un qui monte et l'autre qui descend4 ,nous te disons cela sous une forme sensible afin que tu comprennes4 ,celui qui ne prend pas le chemin de la justice n'approche pas de sa demeure2 mais l'homme qui suit la voie de l'intelligence1 en matrisant les forces de son corps qui doivent tre ses servantes1 s'lve vers le monde de lumire et approche sans cesse davantage de son vritable sjour4 ,il n'est pas pour l'homme de demeure plus vile que celle des choses sensibles4 ,il y a aussi pour lui une rsidence moyenne qui est celle des lumires victorieuses qu'il peut encore atteindre1 aprs s'tre attard dans le monde infrieur4 ,mais sa plus haute demeure est celle o il connat les essences des tres1 et c'est celle-l qu'il parvient par la justice et par la vrit4 ,laisse donc l cette misrable ,absl qui ne peut te procurer aucun bien4 ,reste pur1 jusqu' ce que je te trouve une fiance du monde suprieur qui t'attirera la grce de l'ternel et qui donnera satisfaction au ,matre des mondes4 ,salmn1 emport par sa passion1 ne se rendit pas aux avis du roi4 ,il alla rpter ,absl ce que ,hermnos lui avait dit1 et celle-ci lui conseilla de n'en tenir aucun compte4 ,il veut1 dit-elle1 t'ter les plaisirs vrais pour des esprances dont la plupart sont trompeuses1 te sevrer des joies immdiates pour des biens loigns4 ,quant moi je te suis soumise2 je me plie tous tes caprices4 ,si tu as de l'intelligence et de la dcision1 va dire au roi que tu ne m'abandonneras jamais1 et que moi non plus je ne t'abandonnerai pas4 ,le jeune homme alla rapporter les paroles d',absl1 non pas au roi lui-mme1 mais son vizir1 qui les transmit au roi4 ,celui-ci1 rempli de chagrin1 rappela son fils et il lui fit de nouvelles remontrances4 ,mais voyant qu'il ne parvenait pas toucher son me1 il s'avisa d'un compromis4 ,fais de ton temps deux parts1 lui dit-il2 l'une tu la passeras dans le commerce des sages2 pendant l'autre1 tu jouiras d',absl ton plaisir4 ,salmn consentit2 mais pendant toute une moiti du temps1 il avait l'esprit occup de l'autre4 ,le roi s'en tant aperu1 se dcida consulter les sages sur l'opportunit de faire prir ,absl4 ,c'tait le seul moyen qui lui restt de se dlivrer d'elle4 ,les sages blmrent ce projet2 et le vizir rpondit au roi que ce meurtre branlerait son trne sans lui ouvrir l'accs dans le choeur des ,chrubins4 ,l'cho de cette discussion parvint ,salmn qui s'empressa d'en avertir ,absl2 ils cherchrent ensemble le moyen de djouer les desseins du roi et de se mettre l'abri de sa colre4 ,ils dcidrent de s'enfuir jusqu'au rivage de la mer d',occident et d'habiter l4 ,or le roi possdait1 grce sa science magique1 deux fltes d'or munies de sept trous correspondant aux sept climats du monde4 ,lorsqu'il soufflait dans l'un de ces trous1 tout ce qui se passait dans un climat lui apparaissait4 ,il dcouvrit ainsi le lieu o s'taient retirs ,salmn et ,absl1 et il vit qu'ils taient dans un trs misrable tat4 ,il eut d'abord piti d'eux1 et il leur fit envoyer quelques subsistances4 ,puis1 irrit de nouveau par la force de leur amour1 il les fit tourmenter dans leur passion mme par des esprits qui leur infligeaient des dsirs qu'ils ne pouvaient satisfaire4 ,salmn comprit que ces maux lui venaient de son pre4 ,il se leva et il se rendit1 accompagn d',absl1 la porte du roi pour implorer son pardon4 ,le roi exigea encore de lui le renvoi d',absl1 en lui rptant qu'il demeurerait incapable de s'asseoir sur le trne tant qu'il la garderait auprs de lui1 parce que cette femme et l'empire le rclameraient chacun tout entier4 ,absl serait comme une entrave attache ses pieds1 qui l'empcherait d'atteindre aussi le trne cleste des sphres4 ,et1 ayant dit1 il les fit attacher tout un jour dans la position indique par cette comparaison4 ,lorsqu'on les dlia1 la nuit venue1 tous deux se prirent par la main et ils allrent ensemble se jeter dans la mer4 ,cependant ,hermnos veillait sur eux2 il commanda l'esprit des eaux d'pargner ,salmn jusqu' ce qu'il et eu le temps d'envoyer des hommes sa recherche4 ,quant ,absl1 il la laissa se noyer4 ,lorsque ,salmn eut acquis la certitude de la mort d',absl1 il fut sur le point d'en mourir de douleur1 et il devint comme insens4 ,le roi alla consulter le sage ,iklkouls1 qui exprima le voeu de revoir le jeune homme4 ,celui-ci tant venu1 le sage lui demanda s'il dsirait rejoindre ,absl4--,comment ne le dsirerais-je pas8 rpondit-il4--,viens donc avec moi1 dit le sage1 dans la grotte de ,srikoun2 nous y prierons quarante jours aprs lesquels ,absl retournera toi4--,ils allrent ensemble la grotte4 ,le sage avait mis sa promesse trois conditions3 que le jeune homme ne lui cacherait rien1 qu'il imiterait tout ce qu'il lui verrait faire1 sauf un adoucissement qui lui serait accord pour le jene1 et qu'il n'aimerait point d'autre femme qu',absl toute sa vie durant4 ,ils se mirent alors prier ,vnus2 et chaque jour ,salmn voyait la figure d',absl1 qui s'asseyait prs de lui et s'entretenait avec lui1 et il rapportait au sage tout ce qu'il avait dit et entendu4 ,mais1 au bout de quarante jours1 parut une autre figure1 trange et merveilleuse au del de toute beaut4 ,c'tait la figure de ,vnus4 ,salmn s'prit pour elle d'un amour si grand qu'il en oublia l'amour d',absl4 ,je ne dsire plus ,absl1 dit-il au sage1 je ne veux plus que cette image4--,n'as-tu pas promis de n'aimer qu',absl8 rpliqua le sage2 nous voici prs du moment o elle va t'tre rendue2 mais le jeune homme rpta3 ,je ne veux plus que cette image4 ,alors le sage conjura l'esprit de cette image1 qui vint en tous temps visiter ,salmn2 et cela dura tant qu' la fin le coeur de ,salmn se lassa de cette image mme2 et son esprit s'claircit et son me fut purifie du trouble de la passion4 ,le roi rendit grces au sage1 et ,salmn s'tant assis sur le trne de l'empire1 n'eut plus en vue que la sagesse1 et il s'acquit une grande gloire4 ,de nombreuses merveilles furent accomplies sous son rgne4 ,cette histoire fut crite sur sept tablettes d'or2 on inscrivit sur sept autres tablettes des invocations aux plantes1 et on plaa le tout dans les deux pyramides prs des tombeaux des anctres de ,salmn4 ,aprs que les deux dluges eurent eu lieu1 celui d'eau et celui de feu1 ,platon1 le sage divin1 parut1 et il voulut rechercher les ouvrages des sciences cachs dans les pyramides4 ,il alla les visiter2 mais les rois de ce temps-l ne lui permirent pas de les ouvrir1 et il recommanda en mourant cette tche son disciple ,aristote4 ,celui-ci1 la faveur des conqutes d',alexandre1 fit ouvrir les pyramides par un moyen que lui avait indiqu ,platon1 et ,alexandre y tant entr en tira les tables d'or qui renfermaient cette histoire4 ,il serait difficile de dire prcisment si un conte de cette sorte recouvrait1 dans la pense de son auteur1 un systme philosophique dfini1 ou s'il n'tait qu'un symbole large o chacun pouvait introduire quelque chose de sa pense4 ,ce que nous pouvons faire remarquer cependant1 c'est que ce mythe tait visiblement appropri la philosophie noplatonicienne et qu'il fut appliqu d'une manire expresse au systme d',avicenne4 ,voici l'interprtation qu'en fournit ,nasr ed-,dn et-,tousi3 ,le roi ,hermnos est l'intellect agent2 le sage est ce qui dcoule sur cet intellect des intelligences suprieures4 ,salmn figure l'me raisonnable1 issue de l'intellect agent sans dpendance des choses corporelles4 ,absl est l'ensemble des facults animales4 ,l'amour de ,salmn pour ,absl signifie l'inclination de l'me aux plaisirs physiques4 ,leur fuite la mer d',occident reprsente la submersion de l'me dans les choses prissables4 ,leur chtiment par l'amour non satisfait signifie la persistance des inclinations mauvaises de l'me1 aprs que les facults corporelles affaiblies par l'ge se sont relches de leurs actes4 ,le retour d',absl chez son pre marque le got de la perfection et le repentir4 ,le suicide des deux amants dans la mer1 c'est la chute du corps et de l'me dans la mort4 ,le salut de ,salmn est l'indication de la survivance de l'me aprs la mort du corps4 ,l'lvation de son amour jusqu' ,vnus reprsente la jouissance des perfections intelligibles4 ,l'avnement de ,salmn au trne1 c'est l'arrive de l'me la perfection essentielle4 ,quant aux pyramides subsistant travers les sicles1 elles symbolisent la forme et la matire corporelles4 ,si nous osions encore glisser sous le mythe une ide personnelle1 aprs avoir entendu cette ingnieuse interprtation1 nous proposerions de voir dans les pyramides1 bties en gypte dans des temps trs anciens1 rouvertes par ,platon et ,aristote1 et permanentes travers toutes les rvolutions des ges1 le symbole mme de la philosophie4 ,les conclusions de cet ouvrage ont t donnes la fin du prcdent chapitre4 ,en achevant celui-ci et le livre1 au moment de prendre cong non seulement de nos lecteurs1 mais aussi de ces nobles et anciens morts dont la pense a fait l'objet de cette tude1 je ne veux ajouter qu'un mot pour exprimer publiquement le plaisir que j'ai prouv passer plusieurs mois dans le commerce d'hommes qui ont eu foi en la raison1 qui ont dissert selon les lois logiques1 qui en chaque question ont numr toutes les hypothses1 qui en chaque terme en ont distingu tous les sens1 qui ont cru la vrit universelle1 qui l'ont crue ternelle1 qui ont considr que la philosophie est science1 qui ont enseign que la politique est une partie de la science1 qui ont jug que les tats doivent tre gouverns1 non par la plbe1 mais par les sages2 hommes de grand coeur qui n'ont pas cru amoindrir l'estime dans laquelle ils tenaient la raison1 en avouant qu'elle est borne1 et en admettant au-dessus d'elle une certaine possibilit de connatre intuitivement1 qui a donn leurs mes le moyen de s'lancer dans les rgions mystiques2 hommes au reste d'esprit si vaste que l'tendue et la varit de leurs vues mriteraient d'exciter l'envie des dilettantes de notre ge1 puisque dj dans le leur ils se sont efforcs de comprendre tous les systmes1 qu'ils ont tent de les synthtiser tous1 qu'ils n'ont connu nulle barrire dans le domaine de la recherche intellectuelle1 qu'ils se sont promens en libert travers toutes les sciences1 qu'ils ont voulu que tous les champs d'activit leur fussent ouverts1 et qu'ils ont mont ou descendu avec une facilit gale tous les degrs de l'chelle des tres entre lesquels la nature de l'esprit de l'homme lui permet de se mouvoir1 depuis les terres profondes jusqu'aux sphres suprieures1 depuis les tnbres insaisissables de la matire jusqu'aux blouissements de l'intelligence pure4 ,,fin4 ,,concordance des dates musulmanes 7,h47 et chrtiennes 7,ch47 de l'hgire la mort d',avicenne4 ,h4 ,ch4 ,h4 ,ch4 ,h4 ,ch4 ,h4 ,ch4 ,h4 ,ch4 #a #fbb #dd #ffd #hg #gje #acj #gdg #agc #ghi #b #fbc #de #ffe #hh #gjf #aca #gdh #agd #gij #c #fbd #df #fff #hi #gjg #acb #gdi #age #gia #d #fbe #dg #ffg #ij #gjh #acc #gej #agf #gib #e #fbf #dh #ffh #ia #gji #acd #gea #agg #gic #f #fbg #di #ffi #ib #gaj #ace #geb #agh #gid #g #fbh #ej #fgj #ic #gaa #acf #gec #agi #gie #h #fbi #ea #fga #id #gab #acg #ged #ahj #gif #i #fcj #eb #fgb #ie #gac #ach #gee #aha #gig #aj #fca #ec #fgb #if #gad #aci #gef #ahb #gih #aa #fcb #ed #fgc #ig #gae #adj #geg #ahc #gii #ab #fcc #ee #fgd #ih #gaf #ada #geh #ahd #hjj #ac #fcd #ef #fge #ii #gag #adb #gei #ahe #hja #ad #fce #eg #fgf #ajj #gah #adc #gfj #ahf #hjb #ae #fcf #eh #fgg #aja #gai #add #gfa #ahg #hjb #af #fcg #ei #fgh #ajb #gbj #ade #gfb #ahh #hjc #ag #fch #fj #fgi #ajc #gba #adf #gfc #ahi #hjd #ah #fci #fa #fhj #ajd #gbb #adg #gfd #aij #hje #ai #fdj #fb #fha #aje #gbc #adh #gfe #aia #hjf #bj #fdj #fc #fhb #ajf #gbd #adi #gff #aib #hjg #ba #fda #fd #fhc #ajg #gbe #aej #gfg #aic #hjh #bb #fdb #fe #fhd #ajh #gbf #aea #gfh #aid #hji #bc #fdc #ff #fhe #aji #gbg #aeb #gfi #aie #haj #bd #fdd #fg #fhf #aaj #gbh #aec #ggj #aif #haa #be #fde #fh #fhg #aaa #gbi #aed #ggj #aig #hab #bf #fdf #fi #fhh #aab #gcj #aee #gga #aih #hac #bg #fdg #gj #fhi #aac #gca #aef #ggb #aii #had #bh #fdh #ga #fij #aad #gcb #aeg #ggc #bjj #hae #bi #fdi #gb #fia #aae #gcc #aeh #ggd #bja #haf #cj #fej #gc #fib #aaf #gcd #aei #gge #bjb #hag #ca #fea #gd #fic #aag #gce #afj #ggf #bjc #hah #cb #feb #ge #fid #aah #gcf #afa #ggg #bjd #hai #cc #fec #gf #fie #aai #gcg #afb #ggh #bje #hbj #cd #fed #gg #fif #abj #gcg #afc #ggi #bjf #hba #ce #fee #gh #fig #aba #gch #afd #ghj #bjg #hbb #cf #fef #gi #fih #abb #gci #afe #gha #bjh #hbc #cg #feg #hj #fii #abc #gdj #aff #ghb #bji #hbd #ch #feh #ha #gjj #abd #gda #afg #ghc #baj #hbe #ci #fei #hb #gja #abe #gdb #afh #ghd #baa #hbf #dj #ffj #hc #gjb #abf #gdc #afi #ghe #bab #hbg #da #ffa #hd #gjc #abg 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