by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,,le ,,po,,me ,,de ,,myrza ,durant les quatre ou cinq sicles au milieu desquels est jet le grand vnement de la vie du ,christ1 l'intelligence humaine fut en proie aux douleurs et aux dchirements de l'enfantement4 ,les hommes suprieurs de la civilisation1 sentant la ncessit d'un renouvellement total dans les ides et dans la conduite des nations1 furent clairs de ces lueurs divines dont ,jsus fut le centre et le foyer4 ,les sectes se formrent autour de sa courte et sublime apparition1 comme des rayons plus ou moins chauds de son astre4 ,il y eut des carates1 des saducens et des essniens1 des manichens et des gnostiques1 des picuriens1 des stociens et des cyniques1 des philosophes et des prophtes1 des devins et des astrologues1 des solitaires et des martyrs3 les uns partant du spiritualisme de ,jsus1 comme ,origne et ,mans2 les autres essayant d'y aller1 sur les pas de ,platon et de ,pythagore2 tous escortant l'vangile1 soit devant1 soit derrire1 et travaillant par leur dvouement ou leur rsistance consolider son triomphe4 ,dans cette confusion de croyances1 dans ce conflit de rves1 de travaux fivreux de la pense1 de divinations maladives et de vertiges sublimes1 une nouvelle forme fut donne certains esprits1 une forme agrable1 lastique1 qui seule convenait aux esprits clairs et aux caractres faciles3 cette disposition de l'esprit humain qui domine dans tous les temps de dpravation1 et chez toutes les nations trs-civilises1 nous l'appellerons1 pour nous servir d'une expression moderne1 clectisme1 quoique cette dnomination n'ait pas eu dans tout temps le mme sens2 nous nous en tenons celui qu'elle implique aujourd'hui1 pour qualifier la situation morale des hommes qui n'appartenaient aucune religion au temps dont il est question ici4 ,parmi ces clectiques1 on vit des hommes d'un caractre et d'un esprit tout opposs1 des hommes graves et des hommes frivoles1 des savants et des femmes2 car cette doctrine1 qui consistait dans l'absence de toute rgle1 accueillit toute sorte de pdantisme et toute sorte de posie4 ,les rhteurs s'y remplissaient l'estomac d'arguments1 et les potes s'y gonflaient le cerveau de mtaphores4 ,l',inde et la ,chalde1 ,homre et ,mose1 tout tait bon ces esprits avides et curieux de nouveauts1 indiffrents en face des solutions3 heureux caractres qui1 ,dieu merci1 fleurirent toujours ici-bas au milieu de nos lourdes polmiques4 ,grands diseurs de sentences1 sincres admirateurs de la vertu et de la foi1 le tout par amour du beau et par estime de la sagesse1 vrais picuriens dans la pratique de la vie1 prophtes lgants et joyeux1 bardes demi-bibliques et demi-paens1 intelligences saisissantes1 fines1 claires1 pleines de crdulits potiques et de scepticisme modeste2 en un mot1 ce que sont aujourd'hui nos vritables artistes4 ,le petit pome qu'on va lire fut rcit1 en vers hbraques1 sous un portique de ,csare1 par une femme nomme ,myrza1 laquelle tait une des prophtesses de ce temps-l1 espce mixte entre la bohmienne et la sibylle1 pote en jupons comme il en existe encore1 mais d'un caractre hardi et tranch qui s'est perdu dans le monde1 aventurire sans patrie1 sans famille et sans dieux1 grande liseuse de romans et de psaumes1 initie successivement par ses amants et ses confesseurs aux diverses religions qui s'arrachaient lambeau par lambeau l'empire de l'esprit humain4 ,cette femme tait belle1 quoique n'appartenant plus la premire jeunesse2 elle jouait habilement le luth et la cithare1 et1 changeant de rhythme1 de croyance et de langage selon les pays qu'elle parcourait1 elle traversait les querelles philosophiques et religieuses de son sicle1 semant partout quelques fleurs de posie1 et laissant sur ses traces un trange et vague parfum d'amour1 de saintet et de folie2 bonne personne du reste1 que les princes faisaient asseoir par curiosit leur table1 et que le peuple coutait avec admiration sur la place publique4 ,voici son pome tel que1 de traduction en traduction1 il a pu arriver jusqu' nous4 ,nous osons parfaitement le livrer aux savants1 aux potes et aux chrtiens de ce temps-ci1 sachant le bon march que notre sicle panthiste fait de toutes choses1 et la complaisance que son ennui lui inspire pour toutes sortes de rves4 ,i4 ,en ce temps-l1 longtemps avant le commencement des jours que les hommes ont essay de compter1 ,dieu appela devant lui quatre ,esprits1 qui parcouraient d'un vol capricieux les plaines de l'espace3 ,allez1 leur dit-il1 prenez-vous par la main1 marchez ensemble1 et travaillez de concert4 ,ils obirent1 et1 ne se quittant plus1 prsidrent chacun une des oeuvres de ,dieu2 et un nouvel astre parut dans l'ther3 cet astre est la terre que nous habitons aujourd'hui1 et ces quatre ,esprits sont les lments qui la composent4 ,mais deux de ces ,esprits1 se sentant plus puissants1 firent la guerre aux deux autres4 ,l'eau et le feu ravagrent la terre1 et l'air fut tantt infect des vapeurs humides des marais1 et tantt embras des feux d'un soleil dvorant4 ,et pendant un nombre de sicles que l'homme ne sait pas1 mais qui sont dans l'ternit de ,dieu moins qu'une heure dans la vie de l'homme1 notre globe bondit dans l'immensit1 comme une cavale sauvage1 sans guide et sans frein2 sa course ne fut rgle que par le caprice des ,esprits qui ,dieu l'avait abandonn2 tantt1 emport d'un essor fougueux1 il s'approcha du soleil jusqu' s'y brler2 tantt il s'endormit languissant et morne1 loin des rayons vivifiants que chaque printemps nous ramne4 ,il y eut des jours d'une anne et des nuits d'un sicle4 ,le globe n'ayant pas encore arrt sa forme1 les froides rgions qu'habitent le ,caldonien et le ,scandinave furent calcines par des ts brlants4 ,les contres o la chaleur bronze les hommes se couvrirent de glaciers incommensurables4 ,l',esprit du feu descendit dans le sein de la terre2 on et dit qu'un dmon enfonait ses ongles et ses dents dans les entrailles du globe3 des rugissements sourds s'chappaient des rochers branls1 et la terre s'agitait comme une femme dans les convulsions de l'enfantement4 ,quelquefois le monstre1 en se retournant dans le ventre de sa mre1 sapait les fondements d'une montagne1 et creusait sous les valles des votes sans appui4 ,la montagne et la valle disparaissaient ensemble1 et des lacs de bitume s'tendaient en bouillonnant sur les dbris amoncels2 une fume cre et ftide empoisonnait l'atmosphre2 les plantes se desschaient1 et l'eau1 appele par le feu1 ravageait son tour le flanc dchir de sa soeur4 ,illustration3 ,que le peuple coutait sur la place publique4 ,enfin le feu s'ouvrit un passage travers le roc et l'argile1 et se rpandit au dehors comme un fleuve dbord4 ,la mer1 brisant ses digues de la veille1 fit chaque jour de nouvelles invasions1 et chaque jour dserta ses nouveaux rivages comme un lit trop troit4 ,on voyait1 dans l'espace d'une nuit1 s'lever des montagnes de fange ou de cendre1 que le soleil et le vent faonnaient leur gr2 des ravins se creusaient tels que la vie d'un homme voyageant le jour et la nuit n'et pas suffi pour en trouver le fond2 des mtores gigantesques erraient sur les eaux comme des soleils dtachs de la vote cleste1 et les vagues de l'ocan roulaient sur les sommets que les nuages enveloppent aujourd'hui bien loin au-dessus de la demeure des hommes4 ,dans cette lutte1 la terre et l'eau1 jalouses l'une de l'autre1 se mirent crer des plantes et des animaux qui leur tour se firent la guerre entre eux2 des lianes immenses essayrent d'arrter le cours des fleuves1 mais les fleuves enfantrent des polypes monstrueux1 qui saisirent les lianes dans leurs bras vivants1 et leur treinte fut telle1 que des myriades de races d'animaux s'y arrtrent et y prirent2 et de tous ces dbris se forma le sol que nous foulons aujourd'hui1 et sous lequel a disparu l'ancien monde4 ,cependant toutes ces existences d'un jour succdaient d'autres existences2 les races se perdaient et se renouvelaient2 la matire inpuisable se reproduisait sous mille formes4 ,du sein des mers sortaient les baleines semblables des les1 et les lviathans hideux rampant sur le sable avec des crocodiles de vingt bras1 ses4 ,nul ne sait le nombre et la forme des espces tombes en poussire2 l'imagination de l'homme ne saurait les reconstruire2 si elle le pouvait1 l'homme mourrait d'pouvante la seule ide de les voir4 ,l'abeille fut peut-tre la soeur de l'lphant2 peut-tre une race d'insectes1 aujourd'hui perdue1 dtruisit celle du mammouth1 que l'homme appelle le colosse de la cration4 ,dans ces marcages qui couvraient des continents entiers1 il dut natre des serpents qui1 en se droulant1 faisaient le tour du globe1 et les aigles de ces montagnes1 infranchissables pour nos gazelles abtardies1 enlevaient dans leurs serres des rhinocros de cent coudes4 ,en mme temps que les dragons ails arrivaient des nuages de l'orient1 les licornes indomptables descendaient de l'occident1 et quand une troisime race de monstres1 pousse par le vent du sud1 avait dvor les deux autres1 elle prissait gorge de nourriture1 et l'odeur de la corruption appelait l'hyne du nord1 des vautours plus grands que l'hyne1 et des fourmis plus grandes que les vautours2 et sur ces montagnes de cadavres1 parmi ces lacs de sang livide1 au milieu de ces btes immondes1 dvores et dvorantes1 des arbres sans nom levaient jusqu'aux nues la profusion de leurs rameaux splendides1 et des roses plus belles et plus grandes que les filles des hommes ne le furent jamais1 exhalaient des parfums dont s'enivraient les esprits de la terre1 couverts de robes diapres1 aujourd'hui rduits la taille du papillon1 et aux trois grains d'or de l'tamine de nos fleurs4 ,illustration3 ,l'ange du sommeil l'appela4 ,ces volcans1 ces dluges1 ces cataclysmes1 cet ouvrage informe du temps et de la matire1 les saintes critures l'appellent l'ge du chaos4 ,or1 tandis que les quatre ,esprits se livraient la guerre1 il arriva qu'ils passrent prs du char de ,dieu1 et1 frapps de terreur1 ils s'arrtrent4 ,dieu les appela et leur dit3 ,qu'avez-vous fait8 ,pourquoi ce monde que je vous ai confi marche-t-il comme s'il tait ivre8 ,avez-vous bu la coupe de l'orgueil8 ,prtendez-vous faire les oeuvres de l'ternel8 ,un esprit plus puissant que vous va se lever ma voix2 il vous enchanera1 et vous forcera de vivre en paix4 ,l'ternel passa2 et quand les quatre ,esprits virent s'effacer dans l'espace le cercle de feu que traaient les roues de son char1 ils reprirent courage1 et1 se regardant1 ils se dirent3 ,pourquoi ne rsisterions-nous pas l'ternel8 ,ne sommes-nous pas ternels1 nous aussi8 ,il nous a crs1 mais il ne peut nous dtruire1 car il nous a dit3 ,vous n'aurez pas de fin4 ,l'ternel ne peut reprendre sa parole4 ,il nous a donn ce monde4 ,mais c'est nous qui l'avons couvert de plantes et d'animaux4 ,nous aussi1 nous sommes crateurs4 ,unissons-nous1 armons nos volcans en guerre4 ,que l'ocan gronde1 que la lave bouillonne1 que la foudre sillonne les airs1 et vienne l'ternel pour nous donner des lois6 ,en parlant ainsi1 ils cessrent de se har2 et1 abaissant leur vol sur les montagnes les plus leves de la terre3 ,nous allons1 dirent-ils1 entasser ces monts les uns sur les autres1 et nous atteindrons ainsi la demeure de ,dieu4 ,nous le renverserons1 et nous rgnerons sur tous les mondes4 ,mais comme ils commenaient leur travail insens1 un ange envoy par le ,seigneur versa sur eux la coupe du mpris1 et1 saisis de torpeur1 ils s'endormirent comme des hommes pris de vin4 ,et quand ils se rveillrent1 ils virent sur la mousse un tre inconnu1 plus beau qu'eux1 quoique dlicat et frle4 ,sa tte n'tait pas flamboyante1 et son corps n'tait pas couvert d'une armure d'cailles de serpent2 le ver soie semblait avoir fil l'or de sa chevelure1 et sa peau tait lisse et blanche comme le tissu des lis4 ,les ,esprits tonns l'entourrent pour le contempler1 s'merveillant de sa beaut1 et se demandant l'un l'autre si c'tait l un esprit ou un corps4 ,cependant cette crature dormait paisiblement sur la mousse1 et les fleurs se penchaient sur elle comme pour l'admirer2 les oiseaux et les insectes voltigeaient autour d'elle1 n'osant becqueter ses lvres de pourpre1 et formant un rideau d'ailes doucement agites entre son visage et le soleil du matin1 qui semblait jaloux aussi de le regarder4 ,alors l',esprit des eaux3--,quel est celui-ci8 et qui de nous l'a produit l'insu des autres8 ,si c'est de la terre qu'il est sorti1 d'o vient que les vapeurs de mes rives n'en savent rien8 et o est le feu qui l'a fcond8 ,est-ce une plante1 pour qu'il soit sans plumes1 et sans fourrure1 et sans caille8 ,et si c'est une plante1 d'o vient que je n'ai point arros son germe1 d'o vient que l'air n'a pas aid sa tige s'lever et son calice se colorer8 ,si c'est une crature1 o est son crateur8 ,si c'est un esprit1 de quel droit vient-il s'tablir dans notre empire1 et comment souffrons-nous qu'il s'y repose8 ,enchanons le1 et que la bouche des volcans se referme derrire lui1 car il faut qu'il aille au fond de la terre et qu'il n'en sorte plus4 ,l',esprit de la terre rpondit3 ,ceci est un corps1 car le sommeil l'engourdit et le gouverne comme les animaux2 ce n'est pas une plante1 car il respire et semble destin au mouvement comme l'oiseau ou le quadrupde3 cependant il n'a point d'ailes1 et ne saurait voler2 il n'a pas les dfenses du sanglier1 ni les ongles du tigre pour combattre1 ni mme l'caille de la tortue pour s'abriter4 ,c'est un animal faible1 que le moindre de nos animaux pourrait empcher de se reproduire et d'exister4 ,et puisque aucun de nous ne l'a cr1 il faut que ce soit l'ternel qui1 par drision1 l'ait fait clore1 afin de nous surprendre et de nous effrayer2 mais il suffira du froid pour lui donner la mort4 --,ne nous en inquitons point1 dirent les autres1 il est en notre pouvoir1 veillons-le1 et voyons comme il marche et comme il se nourrit4 ,puisqu'il n'a ni ailes1 ni nageoires1 ni arme d'aucune espce1 pour s'ouvrir un chemin et se construire une demeure1 il ne saurait vivre dans aucun lment4 ,et les quatre ,esprits de rvolte se mirent railler et mpriser l'oeuvre du ,dieu tout-puissant4 ,alors cet tre nouveau s'veilla1 et1 leur grande surprise1 il ne se mit ni fuir1 ni ramper comme les serpents1 ni marcher comme les quadrupdes2 il se dressa sur ses pieds1 et sa tte se trouvant tourne vers le ciel1 il leva son regard1 et les ,esprits de rvolte virent1 dans sa prunelle1 tinceler un feu divin4 ,quel est1 dirent-ils1 celui-ci1 qui ne rampe1 ni ne vole1 et qui a un rayon du soleil dans les yeux8 ,va-t-il monter vers le ciel comme une fume8 et d'o vient qu'avec un corps si chtif il est plus beau que le plus beau des anges du ciel8--,alors ils furent saisis de crainte1 et l'interrogrent en tremblant4 ,mais celle crature ne les entendit pas2 on et dit que ses yeux ne pouvaient distinguer leur forme1 car elle ne leur donna aucun signe d'attention1 et ne rpondit rien leurs questions4 ,ils se rjouirent donc de nouveau1 en disant3 ,cette bte n'a ni le sens de l'oue1 ni le sens de la vue2 elle ne saurait faire entendre aucun cri1 elle est plus stupide que les autres btes4 ,celles-ci ne nous comprennent pas et ne nous voient pas non plus2 mais l'instinct les avertit de notre prsence2 et un tressaillement secret s'empare du plus petit oiseau1 lorsque le volcan gronde1 ou lorsque l'orage s'approche2 l'ours et le chien s'enfuient en hurlant1 le dauphin s'loigne des rivages1 et le dragon se rfugie sur les arbres les plus levs des forts2 mais cette bte n'a pas de sens1 et les polypes seuls suffiront pour la dvorer4 ,alors la crature inconnue leva la voix1 une voix plus douce que celle des oiseaux les plus mlodieux1 et elle chanta un cantique d'actions de grces au ,seigneur1 dans une langue que les ,esprits de rvolte ne comprirent pas4 ,et leur colre fut grande1 car ils se crurent insults par cette langue mystrieuse1 et ces accents d'amour et de ferveur remplirent leur sein de haine et de rage4 ,ils voulurent saisir leur ennemi2 mais l'ennemi1 ne daignant pas les voir1 se prosterna devant l'ternel1 puis se releva avec un front rempli d'allgresse1 et se mit descendre vers la valle1 sans cesser d'tre debout1 et posant ses pieds sur le bord des abmes avec autant d'adresse et de tranquillit que l'antilope ou le renard4 ,comme les pierres et les pines offensaient sa peau1 il cueillit des herbes et des feuilles1 et se fit une chaussure avec tant de promptitude et d'industrie1 que les ,esprits de rvolte prirent plaisir le regarder4 ,cependant1 mesure que la crature de ,dieu marchait1 la terre semblait devenir plus riante1 et la nature se parait de mille grces nouvelles4 ,les plantes exhalaient de plus doux parfums1 et la crature1 comme saisie d'un amour universel1 se courbait1 respirait les fleurs1 se penchait sur les cailloux transparents1 souriait aux oiseaux1 aux arbres1 aux vents du matin4 ,et le vent caressait mollement sa poitrine2 les oiseaux la suivaient avec des chants de joie2 les papillons venaient se poser sur les fleurs qu'elle leur prsentait2 les arbres se courbaient vers elle et lui offraient leurs fruits l'envi l'un de l'autre4 ,elle mangeait les fruits1 et1 loin de dvorer avidement comme les btes1 semblait savourer avec dlices les sucs parfums de l'orange et de la grenade4 ,une biche1 suivie de son faon1 vint elle1 et lui offrit son lait qu'elle recueillit dans une conque de nacre1 qu'elle porta joyeusement ses lvres en caressant la biche2 puis elle prsenta la coquille au faon1 qui but aprs elle1 et qui la suivit1 ainsi que sa mre4 ,les ,esprits suivaient en silence1 et ne concevaient rien ce qu'ils voyaient2 enfin ils se rveillrent de leur stupeur et dirent3 ,c'est assez nous laisser insulter par une oeuvre de tnbres et d'ignorance2 ce vain fantme d'ange a un corps et se repat comme les btes2 il doit tre1 comme elles1 sujet la mort et la pourriture4 ,si la biche et son faon1 si l'oiseau et l'insecte1 si l'arbre et son fruit1 si l'herbe et la brise se soumettent lui1 voici venir le lopard et la panthre qui vont le dchirer4 ,mais le lopard passa sans toucher la crature de ,dieu1 et la panthre1 l'ayant regarde un instant avec mfiance1 vint offrir son dos souple et doux la main caressante de son nouveau matre4 --,voici le serpent qui va le couvrir de morsures empoisonnes1 dirent les ,esprits de haine4 ,le serpent dormait sur le sable4 ,la crature divine l'appela dans cette langue inconnue qu'elle avait parle l'ternel1 et le serpent1 droulant ses anneaux1 vint mettre sa tte humilie sous le pied du matre1 qui se dtourna sans lui faire ni mal ni injure4 ,l'lphant s'approchant1 les ,esprits esprrent qu'il les dbarrasserait de l'tranger1 mais l'lphant1 ayant pris des fruits dans sa main1 le suivit1 obissant sa parole1 et cueillant son tour les fruits et les fleurs sur les branches les plus leves pour les lui offrir avec sa trompe4 ,le chameau arriva1 et1 pliant les genoux1 offrit son dos l'tranger1 et le porta dans la valle4 ,alors les ,esprits1 transports de colre1 s'assemblrent sur une cime leve2 ils runirent leurs efforts pour crer un monstre qui surpasst en laideur1 en force et en cruaut les monstres les plus hideux qu'et produits la terre4 ,mais comme le ,seigneur1 qui jusqu'alors avait habit avec eux1 s'tait retir1 ils ne purent rien crer d'abord4 ,enfin1 aprs beaucoup de conjurations adresses aux lments qu'ils croyaient gouverner1 ils firent sortir de terre un dragon redoutable1 et le forcrent avec des menaces de marcher contre la crature de ,dieu4 ,mais celle-ci1 le voyant venir1 monta sur le cheval1 appela l'hippopotame1 le taureau1 et tous les animaux forts de la terre et de la mer1 et les oiseaux forts du ciel1 et tous se rangrent autour d'elle comme une arme4 ,le cheval bondit d'orgueil sous son matre1 et le porta comme un roi la rencontre de l'ennemi4 ,alors le dragon pouvant revint vers ceux qui l'avaient envoy1 et leur dit3--,vous voyez ce qui arrive2 toutes les cratures se rangent sous sa loi1 celui-ci est le roi de la terre1 et l'esprit de ,dieu est en lui4--,et le dragon tendant ses ailes1 l',esprit de tnbres qui tait en lui s'envola1 et sa dpouille restant par terre1 l'tranger la ramassa1 la regarda1 et s'en fit un vtement pour traverser les rgions froides4 ,car elle continua sa course vers le nord1 et parcourut le monde entier1 se construisant partout des chariots avec les arbres des forts et les mtaux de la terre2 mangeant de tous les fruits2 se faisant aimer et servir par toutes les cratures2 traversant les fleuves la nage1 ou sur des nacelles que son adresse improvisait2 s'habituant tous les climats2 prenant son sommeil l'ombre des forts1 l'abri dans les grottes1 ou dans des tentes de feuillage qu'elle dressait au coucher du soleil2 sachant tirer le feu d'un caillou ou d'une branche sche1 et partout louant l'ternel1 chantant ses bienfaits1 et implorant son appui4 ,quand cet tre singulier eut fait le tour de la terre et s'y fut install comme dans son domaine1 les ,esprits de rvolte1 enchans jusque-l par la curiosit1 rsolurent de dtruire ce qu'ils croyaient tre leur ouvrage1 et de bouleverser le globe1 afin d'anantir leur ennemi avec lui4--,ouvre une crevasse sous ses pieds1 dirent-ils la terre1 et dvore-le dans la gueule bante de tes abmes4--,mais la terre refusa d'obir1 et rpondit3 ,celui-ci est l'envoy de ,dieu1 le roi de la cration4 ,ils dirent au volcan de l'envelopper d'un lac de feu et de faire pleuvoir sur lui des pierres embrases2 mais le volcan refusa1 et rpondit comme la terre4 ,la mer refusa d'inonder1 et l'air de laisser passer la foudre4 ,alors les ,esprits virent qu'ils n'avaient plus de pouvoir1 et1 feignant de se soumettre l'envoy de ,dieu1 ils s'offrirent au ,seigneur pour tre les ministres de son favori4 ,mais ,dieu1 connaissant leur dessein1 rpondit3 ,la mer ne sortira plus de ses bornes1 la terre ne quittera plus la voie que je lui ai trace dans l'espace1 le soleil ne s'teindra plus1 l'air ne sera plus infect de miasmes ftides2 vous serez enchans jamais1 et vous obirez en esclaves1 non pas mon envoy1 mais l'ordre que je vous assigne1 et qui est ma parole1 la loi ternelle de l'univers4 ,quant celui-ci1 que vous ne connaissez pas1 c'est mon oeuvre1 et je l'ai faite en souriant pour vous railler et vous montrer que par vous-mmes vous ne pouvez rien4 ,je lui ai donn les besoins des animaux1 un corps frle1 sans dfense et sans vtement2 je l'ai mise nue sur la terre4 ,et vous voyez qu'en un jour elle a eu des chaussures1 des vtements1 des esclaves1 de quoi pourvoir tous ses besoins1 et rgner sur la force sans possder la force4 ,vous n'avez pas compris o tait sa puissance1 et voyant qu'elle n'avait les avantages naturels d'aucun animal1 vous vous tes demand comment elle savait gouverner l'instinct de tous les animaux et leur commander4 ,c'est que j'ai mis en elle une tincelle de mon esprit1 et qu'elle est la fois corps et intelligence1 matire et lumire4 ,allez1 et que le monde soit son hritage4 ,elle ne vous commandera pas1 car elle pourrait1 comme vous1 s'enivrer d'orgueil et succomber son tour4 ,allez1 et sachez le nom du plus beau de mes anges1 c'est l'homme4 ,,ii ,la terre devint donc l'apanage de l'homme3 il n'avait ni ailes d'or1 ni aurole de lumire2 il ne pouvait contempler les splendeurs du tabernacle de ,jhovah2 mais la part d'intelligence qu'il avait reue tait si grande1 qu'il savait toutes les merveilles de l'univers sans les avoir jamais vues1 et qu'il aimait ,dieu et le servait mieux que les ,sraphins brlants qui environnent son trne4 ,son me voyait ce que les yeux de son corps ne pouvaient apercevoir4 ,il devinait par la rflexion les plus profonds mystres de la nature1 et sa pense tait plus rapide que l'clair4 ,ce que voyant1 les ,esprits jaloux se disaient entre eux3 ,dieu a fait pour celui-ci plus que pour nous tous4 ,le plus petit insecte1 il est vrai1 s'lve plus haut que lui dans l'air qu'il respire2 mais le plus puissant des ,archanges ne saurait monter aussi hardiment et aussi vite dans l'ther de l'immensit que l'esprit de l'homme par sa volont4 ,et ,dieu1 se complaisant dans son ouvrage1 cra beaucoup d'autres hommes semblables au premier1 et en couvrit la face de la terre1 en leur disant3 ,la terre est vous1 cultivez-la1 et vivez de ses fruits4 ,gouvernez les animaux2 les espces ne priront plus1 la terre ne sera plus ravage1 les plantes et les animaux se reproduiront toujours1 et vous1 vous ne mourrez point4 ,les hommes vivaient ensemble1 et ils taient heureux2 ils ne connaissaient pas le mal1 et ils taient purs1 sans avoir la vanit de savoir qu'ils l'taient2 car ils l'taient tous galement1 et ils ne s'imaginaient point que la source de leur grandeur ft en eux-mmes4 ,ils adoraient le ,seigneur1 et se servaient de ses dons avec frugalit4 ,ils respectaient la vie des animaux1 et n'employaient leur dpouille leur usage que lorsque les animaux mouraient selon les lois de la nature4 ,ils considraient les btes comme des productions choisies de la matire1 qui1 tant doues de sensibilit et d'une sorte de volont1 avaient des droits sacrs leur protection4 ,les btes ne s'enfuyaient pas leur approche1 et comme le chien obit encore aujourd'hui son matre et comprend ses ordres1 le lion1 le castor et tous les autres animaux comprenaient le geste1 le regard et l'autorit de l'homme2 ils l'aidaient btir des maisons1 des temples1 excuter des migrations sur les continents1 cultiver la terre1 travailler les mtaux et les faonner1 non en vile monnaie ou en armes cruelles1 mais en instruments de travail et en ornements pour les temples4 ,or1 tout tait commun parmi les hommes1 le travail et les fruits de la terre4 ,ils se regardaient tous comme vivant sous la volont de ,dieu1 chargs de veiller l'quilibre de cette nature dont ils taient rois2 ils s'occupaient sans cesse rparer les ravages des prcdents cataclysmes1 desscher les marais ftides qui corrompaient l'air et engendraient trop de reptiles et d'insectes1 ouvrir des canaux pour l'coulement des lacs et des tangs1 rassembler en troupeaux les animaux trop nombreux sur certains points du globe1 et les conduire vers d'autres rgions dsertes1 distribuer de mme la vgtation selon les climats qui lui convenaient2 car1 avant l'homme1 la matire1 livre sa vorace facult de produire1 s'puisait sans cesse1 et1 renaissant de ses propres dbris1 offrait partout des ruines auprs des crations nouvelles4 ,cet homme1 que les ,esprits des terribles lments avaient pris d'abord pour un souffle dbile dans le corps d'une bte avorte1 devint donc1 sans autre magie et sans autre prestige que sa patience et son industrie1 plus puissant que les lments eux-mmes4 ,la terre fut bientt un jardin si beau et si fcond1 que les anges du ciel venaient s'y promener1 et ne pouvant converser directement avec les hommes1 parce que ,dieu l'avait dfendu1 ils chantaient doucement dans les brises et dans les flots1 et les hommes les voyaient alors en songe avec les yeux de l'me4 ,mais il arriva que1 la terre tant pacifie et embellie1 et l'ordre des saisons rgl1 le travail devint moins actif4 ,les hommes eurent plus de temps donner la prire et la mditation3 leur nombre n'augmentait pas et ne diminuait pas2 il avait t calcul par l',eternel1 pour oprer les grands travaux1 qui se terminaient maintenant1 et l'esprit humain commenait souffrir de sa propre force1 et dsirer quelque chose au del de ce qu'il possdait4 ,les hommes voulaient1 pour faire cesser leur inquitude1 que ,dieu leur accordt un don2 mais ils ne savaient lequel1 car ils ne souffraient que parce qu'ils ne manquaient plus de rien4 ,leur sommeil devint moins paisible2 durant les belles nuits d't1 ils s'asseyaient par groupes sur les hauteurs1 et au lieu de contempler avec bonheur1 comme autrefois1 le cours des astres et la beaut de la vote cleste1 ils soupiraient tristement1 et dans leurs cantiques plors ils demandaient ,dieu de faire cesser leur ennui4 ,alors il y en eut qui dirent3--,les btes souffrent les maladies du corps1 et elles meurent2 les hommes ne sont pas soumis aux maux de la chair1 et ne meurent pas4 ,bnissons ,dieu4 ,mais l'esprit de l'homme souffre une douleur dont il ne sait pas le remde4 ,demandons ,dieu qu'il nous te la rflexion1 et nous laisse seulement l'intelligence ncessaire pour commander aux animaux4 ,mais cet avis fut combattu par quelques-uns1 qui considraient la richesse de leur intelligence comme ce qu'ils avaient de plus prcieux au monde4 ,il y en eut alors d'autres qui s'avisrent d'un dsir plus noble1 et dirent3--,nous avons compar le sommeil paisible des btes aux aspirations de nos veilles brlantes1 et nous avons dcouvert les causes de nos ennuis2 dpchons les oiseaux en messagers aux hommes de tous les pays4 ,et quand la foule1 accourue de toutes parts1 se fut runie autour de ces sages1 debout sous le portique des temples1 ils parlrent ainsi3 --,le malheur de l'homme ne vient pas d'une cause accidentelle2 cette cause est son organisation dfectueuse et le triste destin qu'il accomplit dans l'univers4 ,c'est un tre born dans ses jouissances1 quoique infini dans ses dsirs4 ,il souffre1 et ne sait comment se gurir3 cela est injuste1 car les animaux connaissent la plante qui doit leur rendre l'apptit lorsqu'ils l'ont perdu1 et l'me de l'homme ne peut embrasser le but de ses vagues dsirs4 ,mais ce n'est pas le seul avantage que les btes aient sur nous4 ,elles sont divises en sexes diffrents2 c'est pourquoi elles se cherchent1 se rapprochent et s'unissent dans une extase qui les lve au-dessus d'elles-mmes1 et qui nous est inconnue4 ,le charme qui les attire est si puissant1 qu'il n'est aucune caresse1 aucune menace de l'homme1 aucun attrait de la gourmandise1 aucune injonction de la faim qui les empche de courir au fond des bois et des valles la suite les unes des autres4 ,le tigre ou le lion enferm loin de sa compagne se couche en rugissant1 et semble renoncer la vie1 car il refuse toute nourriture4 ,le cheval spar de la cavale1 le taureau de la gnisse1 au temps de leurs amours1 deviennent indociles1 et brisent les chariots4 ,tous devinent l'approche de leur compagne3 le loup sent venir la louve du fond des forts tnbreuses1 le chien hurle et tressaille l'arrive de la lice sans la voir ni l'entendre2 l'oiseau sait se frayer une route au travers des plaines immenses de l'air pour aller rejoindre sa compagne3 il n'a vu qu'un point noir vers l'horizon1 et pourtant il ne se trompe pas2 l'ibis ne court point aprs la grue1 ni le chardonneret aprs la msange4 ,qui donc leur enseigne ces merveilleux instincts qui ne sont pas donns l'homme8 ,c'est l'amour qu'ils ont pour un sexe diffrent du leur4 ,quant nous1 nous ne connaissons pas ces sublimes extases1 ces transports de joie et ces caresses enivrantes3 nous aimons converser ensemble1 partager nos repas2 mais cette amiti n'est pas assez puissante pour que la sparation soit dsespre1 ni pour que le battement du coeur nous annonce l'approche de l'ami absent4 ,nous n'avons que des peines lgres et des joies tides4 ,dieu seul1 ,dieu notre immortel principe1 nous ravit d'une joie inaccoutume2 mais pouvons-nous toujours penser lui8 ,sa grandeur1 que nous adorons1 nous dfend-elle de comparer notre destine celle des autres cratures1 et de leur envier les biens que nous n'avons pas8 ,d'autres hommes se levrent leur tour1 et dirent3--,les btes ont encore un avantage que nous n'avons pas4 ,elles se reproduisent d'elles-mmes1 elles donnent la vie des cratures de leur espce1 qui sont leur chair et leur sang4 ,il y a plusieurs sicles1 avant que la terre ft tranquille et fconde1 la reproduction nous semblait une tche pnible1 un sceau de misre imprim la matire4 ,nous avions compassion de la jument oblige de porter son fruit dans son flanc durant le cours de plusieurs lunes1 de la perdrix force de couver patiemment ses oeufs et de les fconder par la chaleur de son sein4 ,nous pensions que l'homme avait assez de cultiver la terre et de protger les animaux2 que ,dieu1 dans sa sagesse1 l'avait dispens du rude travail de la gnration1 et lui avait donn l'immortalit1 la jeunesse et la sant ternelle1 pour marquer sa royaut sur la terre4 ,mais aujourd'hui nos grands travaux sont accomplis4 ,les animaux1 libres et paisibles sous notre domination1 s'aiment avec plus de bonheur encore1 et nous voyons en eux des joies et des forces que nous n'avons pas4 ,nous admirons le soin avec lequel l'hirondelle nourrit sa compagne accroupie sur ses oeufs1 nous admirons surtout la mre qui dcrit de grands cercles dans les cieux pour attraper une pauvre mouche1 dont elle se prive afin de l'apporter ses enfants1 car les oiseaux cette poque sont maigres et malades2 mais le gazouillement de leurs oisillons semble les rjouir plus que toutes les graines d'un champ1 et plus encore peut-tre que les caresses de l'amour4 ,les plus faibles cratures acquirent alors une folle audace pour la dfense de ce qu'elles ont de plus cher3 la brebis dfend son agneau contre le loup1 et la poule1 cachant ses poussins sous son aile1 glousse avec colre quand le renard approche2 c'est elle qui meurt la premire1 et l'ennemi est forc de passer sur son cadavre pour s'emparer de la famille abandonne4 ,tout cela n'est-il pas digne d'admiration8 et s'il y a des fatigues et des douleurs attaches ces devoirs1 n'y a-t-il pas des ravissements et des motions qui les rachtent8 ,quand ce ne serait que pour chasser l'ennui que nous prouvons1 ne devrions-nous pas les demander ,dieu8 ,quand ceux-l eurent dit1 il y en eut d'autres qui rpondirent3--,avez-vous song ce que vous proposez8 ,si l'homme se reproduisait sans cesser d'tre immortel1 la terre ne pourrait bientt lui suffire4 ,voulez-vous accepter la maladie1 la vieillesse et la mort en change des biens et des maux dont vous parlez8 ,lequel de nous peut concevoir l'ide de mourir8 ,n'est-ce pas demander ,dieu qu'il fasse de nous la dernire crature du monde8 ,lequel de nous voudra renoncer tre ange8 --,nous ne sommes pas des anges1 reprirent les premiers4 ,les anges que nous voyons dans nos rves ont des ailes pour parcourir l'immensit1 et quoiqu'ils se rvlent nous sous une forme peu prs semblable la ntre1 cette forme n'est pas saisissable2 nous ne pouvons les retenir au matin1 lorsqu'ils s'loignent2 nous embrassons le vide1 ils nous chappent comme notre ombre au soleil4 ,ils n'ont de commun avec nous que l'esprit1 lequel n'est que la moiti de nous-mmes4 ,nous appartenons la terre o notre corps est jamais fix4 ,si nous sommes condamns la misre d'exister corporellement1 pouvons-nous sans injustice tre privs des avantages accords aux autres animaux8 ,pourquoi serions-nous imparfaits et dshrits du bonheur qui leur est chu8 ,ces diffrents avis excitrent dans l'esprit des hommes une douloureuse inquitude4 ,les uns pensaient qu'en effet la partie physique tait incomplte chez eux2 les autres rpondaient que l'immortalit1 l'absence de maladie et de caducit1 taient des compensations suffisantes cette absence de sexe4 ,et1 en effet1 rien n'tait plus suave et plus paisible en ce temps-l que le sort de l'homme4 ,n'prouvant que des besoins immdiatement satisfaits par la fcondit de la terre et la libert commune1 la faim1 la soif et le sommeil taient pour lui une source de jouissance douce et jamais de douleur4 ,la privation tait inconnue2 aucun despotisme social n'imposait les corves et la fatigue2 il n'y avait ni larmes1 ni jalousies1 ni injustices1 ni violences4 ,rien n'tait un sujet de rivalit ou de contestation4 ,l'abondance rgnait avec l'amiti et la bienveillance4 ,mais cette secrte inquitude1 qui est la cause de toutes les grandeurs et de toutes les misres de l'esprit1 tourmentait presque galement ceux qui dsiraient un changement dans leur sort et ceux qui le redoutaient4 ,alors les hommes firent de grandes prires dans les temples1 et ils invoqurent ,dieu afin qu'il daignt se manifester4 ,mais l',eternel garda le silence2 car il veut que les hommes et les anges soient librement placs entre l'erreur et la vrit4 ,autrement l'ange et l'homme seraient ,dieu4 ,,iii4 ,mais comme le coeur de l'homme tait humble et doux en ce temps-l1 la sagesse ternelle fut touche2 car les hommes ne disaient pas3--,il nous faut cela1 fais-le2 mais ils disaient3--,tu sais ce qui nous convient1 sois bni2--et ils souffraient sans blasphmer4 ,la ,sagesse1 la ,misricorde et la ,ncessit1 les trois essences infinies du ,dieu vivant1 tinrent conseil dans le sein de l',eternel2 et comme il fallait que l'homme connt l'amour ou la mort1 la matire ne pouvant s'augmenter indfiniment1 l',esprit saint dit par la bouche de la ,sagesse3 ,livrons l'homme aux chances de sa destine2 que sa vie sur la terre soit phmre et douloureuse1 qu'il connaisse le bien et le mal1 et qu'entre les deux il soit libre de choisir4 ,alors le ,verbe de misricorde ajouta3 ,que dans la douleur il ait pour remde l'esprance1 et dans le bonheur pour loi la charit4 ,jhovah envoya donc ses anges sur la terre en leur disant3 ,qu'il soit fait chaque homme selon son dsir4 ,et l'ange tant entr la nuit dans la demeure des hommes1 et au nom de l',eternel ayant interrog leurs penses1 il n'en trouva qu'un seul qui dsirt l'amour au point d'accepter la mort sans crainte4 ,c'tait un de ceux qui n'avaient jamais rien demand au ,seigneur4 ,il vivait retir sur une montagne1 occup le soir contempler les toiles1 et le jour nourrir les chevrettes et les chamois4 ,c'tait une me forte et un des plus beaux parmi les anges terrestres4 ,l'ange du sommeil l'appela1 et lui dit comme aux autres hommes3--,fils de ,dieu1 demandes-tu la fille de ,dieu8 ,et cet homme1 au lieu de rpondre en frissonnant comme les autres3 ,que la volont de ,dieu soit faite1 s'cria1 en se soulevant sur sa couche3--,o est la fille de ,dieu8 ,l'ange lui rpondit3--,sors de ta demeure1 tu la trouveras au bord de la source1 elle vient vers toi1 elle vient du sein de ,dieu4 ,alors l'ange disparut1 et l'homme1 s'tant lev plein de surprise1 se sentit accabl d'une grande tristesse2 car il pensa que c'tait un vain songe1 et que la fille de ,dieu n'tait pas au bord de la source4 ,cependant il se leva et sortit de sa demeure1 et il trouva la fille de ,dieu qui marchait vers lui1 mais qui1 le voyant venir1 s'arrta tremblante au bord de la source4 ,et comme la source tait sombre1 et qu'il distinguait peine une forme vague1 il lui dit3--,etes-vous la fille de ,dieu8--,oui1 rpondit-elle1 et je cherche le fils de ,dieu4 --,je suis le fils de ,dieu1 reprit l'homme1 vous tes ma soeur et mon amour4 ,que venez-vous m'annoncer de la part de ,dieu8 --,rien1 rpondit la femme1 car ,dieu ne m'a rien enseign1 et je ne sais pourquoi il m'envoie4 ,il y a un instant que j'existe2 j'ai entendu une voix qui m'a dit3 ,fille de ,dieu1 va sur la terre1 et tu trouveras le fils de ,dieu qui t'attend4 ,j'ai reconnu que c'tait la voix de l',eternel1 et je suis venue4 ,l'homme lui dit3--,suis-moi1 car tu es le don de ,dieu1 et tout ce qui m'appartient t'appartient4 ,il marcha devant elle1 et elle le suivit jusqu' la porte de sa demeure1 qui tait faite de bois de cdre et recouverte d'corce de palmier4 ,il y avait un lit de mousse frache2 l'homme cueillit les fleurs d'un rosier qui tapissait le seuil1 et1 les effeuillant sur sa couche1 il y fit asseoir la femme en lui disant3--,l',eternel soit bni4 ,et1 allumant une torche de mlze1 il la regarda1 et la trouva si belle qu'il pleura1 et il ne sut quelle rose tombait de ses yeux1 car jusque-l l'homme n'avait jamais pleur4 ,et l'homme connut la femme dans les pleurs et dans la joie4 ,quand l'toile du matin vint plir sur la mer1 l'homme s'veilla1 il ne faisait pas encore jour dans sa demeure4 ,se souvenant de ce qui lui tait arriv1 il n'osait point tter sa couche1 car il craignait d'avoir fait un rve1 et il attendit le jour1 dsirant et redoutant ce qu'il attendait4 ,mais la femme1 qui s'tait veille1 lui parla1 et sa voix fut plus douce l'homme que celle de l'alouette qui venait chanter sur sa fentre au lever de l'aube4 ,mais aussitt il se mit verser des pleurs d'amertume et de dsolation4 ,ce que voyant1 elle pleura aussi1 et lui dit3--,pourquoi pleures-tu8 --,c'est1 dit l'homme1 que je t'ai1 et que bientt je ne t'aurai plus1 car il faut que je meure2 c'est ce prix que je t'ai reue de l',eternel4 ,avant de te voir1 je ne m'inquitais pas de mourir2 la faiblesse et la peur sont entres en moi avec l'amour4 ,car tu vaux mieux que la vie1 et pourtant je te perdrai avec elle4 ,la femme cessa de pleurer1 et1 avec un sourire qui fit passer dans le coeur de l'homme une esprance inconnue1 elle lui dit3--,si tu dois mourir1 je mourrai aussi1 et j'aime mieux un seul jour avec toi que l'ternit sans toi4 ,cette parole de la femme endormit la douleur de l'homme4 ,il courut chercher des fruits et du lait pour la nourrir1 et des fleurs pour la parer4 ,et1 dans le jour1 quand il se remit au travail1 il planta de nouveaux arbres fruitiers1 en songeant au surcrot de besoins que la prsence d'un nouvel tre apportait dans sa retraite1 sans songer qu'un arbre serait moins prompt grandir que lui et la femme mourir4 ,cependant le souci avait pntr chez lui avec la femme4 ,la pense de la mort empoisonnait toutes ses joies4 ,il priait ,dieu avec plus de crainte que d'amour2 les moindres bruits de la nuit l'effrayaient1 et1 au lieu d'couter avec une religieuse admiration les murmures des grandes mers1 il tressaillait sur son lit1 comme si la voix des lments et pleur son oreille1 comme si les oiseaux de la tempte lui eussent apport des nouvelles funbres4 ,la femme tait plus courageuse ou plus imprvoyante4 ,ses faibles membres se fatiguaient vite1 et1 quand son poux trouvait dans le travail une excitation douloureuse1 elle s'tendait nonchalante sur les fleurs de la montagne1 et s'endormait dans une sainte langueur en murmurant des paroles de bndiction pour son poux et pour son ,dieu4 ,elle ne savait rien des choses de la terre o elle venait d'tre jete2 elle trouvait partout de la joie1 et ne s'effrayait de rien4 ,la brivet de la vie1 si terrible pour l'homme1 lui semblait un bienfait de la ,providence4 ,l'homme la contemplait chaque jour avec une surprise et une admiration nouvelles4 ,il la regardait comme suprieure lui1 malgr sa faiblesse1 et souvent il lui disait3--,tu n'es pas ma soeur1 tu n'es pas ma femme1 tu es un ange que ,dieu m'a envoy pour me consoler1 et qu'il me reprendra peut-tre dans quelques jours1 car il est impossible que tu meures4 ,une si belle cration ne peut pas tre anantie4 ,promets-moi que1 si tu me vois mourir1 tu retourneras aux cieux pour n'appartenir personne aprs moi4 ,et elle promettait en souriant tout ce qu'il voulait1 car elle ne savait pas si elle tait immortelle1 elle ne s'en inquitait pas1 pourvu que son poux lui rptt sans cesse qu'il l'aimait plus que sa vie4 ,or1 ils vivaient sur une montagne leve1 loin des lieux habits par les autres hommes2 car l'poux de la femme1 tourment de crainte1 avait transport sa demeure et ses troupeaux dans le dsert1 afin de mieux cacher le trsor qui faisait son bonheur et ses angoisses4--,je ne comprends pas1 lui disait-il1 le sentiment que vous m'avez inspir pour mes frres4 ,je les chrissais avant de vous connatre1 et1 malgr mon got pour la solitude1 j'aurais tout partag volontiers avec eux4 ,quand je descendais dans la valle aux jours de fte1 leur vue rjouissait mon me1 et je priais avec plus de ferveur prostern au milieu d'eux dans le temple4 ,aujourd'hui leur approche m'est odieuse1 et quand je les vois de loin je me cache1 de peur qu'ils ne m'abordent et ne cherchent pntrer aux lieux o vous tes4 ,a la seule ide qu'un de mes frres pourrait vous apercevoir1 je frissonne comme si l'heure de ma mort tait venue4 ,l'autre jour j'ai vu prs d'ici la trace d'un pied humain sur le sable1 et j'aurais voulu tre un rocher pour attendre au bord du sentier l'audacieux qui pouvait revenir1 et l'craser son passage4 ,mais1 hlas6 ajoutait-il1 les autres hommes sont immortels1 et seul je puis craindre la chute d'un rocher4 ,si je tombais dans un prcipice1 vous descendriez dans la valle pour tre nourrie et protge par un autre homme1 et vous m'auriez bientt oubli2 car il n'est pas un de ces immortels qui ne ft le sacrifice de son immortalit pour vous possder4 ,c'est pourquoi1 malgr mon amour pour vous1 je ne puis m'empcher de dsirer que la mort vous atteigne aussi tt que moi4 ,et la femme lui rpondait3--,si tu tombais dans un ravin1 je m'y jetterais aprs toi2 et si ,dieu me refusait la mort1 je mutilerais mon corps et je dtruirais ma beaut pour ne pas plaire un autre4 ,lorsque la femme mit au monde son premier-n1 il lui sembla que sa mort tait proche1 car elle sentait de grandes douleurs2 et comme son poux criait avec angoisses vers le ,seigneur1 elle lui dit3--,ne pleurez point et rjouissez-vous1 car mon corps se brise1 et mon me est heureuse de ce qui m'arrive2 je sens que je ne suis pas immortelle1 et que je ne resterai pas sans vous sur la terre4 ,l'poux de la femme fut rencontr dans les montagnes par quelques-uns de ses frres1 et ceux-ci virent qu'il tait ple et maigri1 et qu'une singulire inquitude tait rpandue sur sa figure4 ,ils racontrent ce qu'ils avaient vu2 et comme jusque-l les fatigues et l'ennui n'avaient point t assez rudes l'esprit de l'homme pour que son corps indestructible pt en recevoir une telle altration1 chacun s'tonna de ce qu'il entendait de la bouche de ces tmoins1 comme s'ils eussent annonc l'apparition d'une nouvelle race dans le monde1 ou une perturbation dans l'ordre de la nature4 ,plusieurs1 entrans par la curiosit1 s'enfoncrent dans les montagnes pour chercher leur frre2 mais il avait si bien cach sa demeure derrire les lianes des forts et les pics des rochers1 qu'il se passa plusieurs annes avant qu'on la dcouvrt4 ,enfin il fut rencontr1 et ceux qui le virent s'crirent3--,homme1 quel mal as-tu fait pour tre ainsi vieilli et malade comme les animaux prissables8 ,il rpondit3--,je ne ressemble pas mes frres1 mais je n'ai fait aucun mal1 et ,dieu m'a visit et rvl plusieurs secrets que je vous enseignerai4 ,il parlait ainsi pour donner le change leur curiosit1 et pendant la nuit il essaya de transporter sa famille dans un lieu encore plus inaccessible4 ,mais le jour le surprit avant qu'il ft parvenu sa nouvelle retraite1 et il fut rencontr avec sa femme monte sur un ne sauvage1 et ses enfants1 dont le plus jeune tait dans ses bras4 ,a cette vue1 les voyageurs se prosternrent2 la femme leur parut si belle qu'ils la prirent pour un ange2 et1 malgr la rsistance de l'poux1 ils l'entranrent dans la valle1 la firent entrer dans le temple1 et1 lui levant un autel1 ils l'adorrent4 ,ce fut la premire idoltrie4 ,l'poux esprait que le respect les empcherait de convoiter cette femme2 mais elle1 craignant d'offenser le ,seigneur1 brisa les liens de fleurs dont on l'avait enlace1 et tomba dans les bras de son poux en s'criant3--,je ne suis point une divinit1 mais une esclave de ,dieu1 une crature prissable et faible1 la femme et la soeur de cet homme4 ,je lui appartiens1 parce que ,dieu m'a envoye vers lui2 si vous essayez de m'en sparer1 je me briserai la tte contre cet autel1 et vous me verrez mourir1 car je suis mortelle1 et mon poux l'est aussi4 ,a ces mots1 les voyageurs prouvrent une motion inconnue1 et furent saisis d'une sympathie trange pour ces deux infortuns2 comme ils taient bons et justes1 ils respectrent la fidlit de la femme4 ,ils la contemplrent avec admiration1 prirent ses enfants dans leurs bras1 et1 ravis de leur beaut dlicate et de leurs naves paroles1 ils se mirent les aimer4 ,alors le peuple immortel1 tombant genoux1 s'cria3--,o ,dieu1 te-nous l'immortalit1 et donne chacun de nous une femme comme celle-ci2 nous aimerons ses enfants1 et nous travaillerons pour notre famille jusqu' l'heure o tu nous enverras la mort2 nous te bnirons tous les jours si tu exauces notre voeu4 ,la vote du temple fut enleve par une main invisible1 un escalier ardent1 dont chaque marche tait une nuance de l'arc-en-ciel1 parut se drouler jusqu' la terre4 ,du sommet invisible de cet escalier1 on vit descendre des formes vagues et lumineuses1 qui peu peu se dessinrent en se rapprochant2 des choeurs de femmes plus belles que toutes les fleurs de la terre et toutes les toiles des cieux remplirent le sanctuaire en chantant2 un ange tait venu s'abattre sur le dernier degr1 et chaque femme qui le franchissait1 il appelait un homme qu'il choisissait selon les desseins de ,dieu1 et mettait la main de l'poux dans la sienne4 ,quelques hommes1 cependant1 voulurent conserver leur immortalit4 ,mais l'amour de la femme tait si enivrant et si prcieux1 qu'ils ne purent rsister au dsir de le goter1 et qu'ils essayrent de sduire les femmes de leurs frres4 ,mais ils moururent de mort violente2 ,dieu les chtia1 afin que le premier crime commis sur la terre n'et point d'imitateurs4 ,pendant longtemps1 malgr les souffrances de cette race phmre1 l'ge d'or rgna parmi les hommes1 et la fidlit fut observe entre les poux4 ,mais peu peu le principe divin et immortel qui avait anim les premiers hommes s'affaiblissant de gnration en gnration1 l'adultre1 la haine1 la jalousie1 la violence1 le meurtre et tous les maux de la race prsente se rpandirent dans l'humanit2 ,dieu fut oblig de voiler sa face et de rappeler lui ses anges4 ,la ,providence devint de plus en plus mystrieuse et muette1 la terre moins fconde1 l'homme plus dbile1 et sa conscience plus voile et plus incertaine4 ,les socits inventrent1 pour se maintenir1 des lois qui htrent leur chute2 la vertu devint difficile et se rfugia dans quelques mes choisies4 ,mais ,dieu infligea pour chtiment ternel cette race perverse le besoin d'aimer4 ,a mesure que les lois plus absurdes ou plus cruelles multipliaient l'adultre1 l'instinct de mutuelle fidlit devenait de jour en jour plus imprieux3 aujourd'hui encore il fait le tourment et le regret des coeurs les plus corrompus4 ,les courtisanes se retirent au dsert pour pleurer l'amour qu'elles n'ont plus droit d'attendre de l'homme1 et la demandent ,dieu4 ,les libertins se dsolent dans la dbauche et appellent avec des sanglots furieux une femme chaste et fidle qu'ils ne peuvent trouver4 ,l'homme a oubli son immortalit2 il s'est consol de ne plus tre l'gal des anges1 mais il ne se consolera jamais d'avoir perdu l'amour1 l'amour qui avait amen la mort par la main1 et si beau qu'il avait obtenu grce pour la laideur de cette soeur terrible3 il ne sera guri qu'en le retrouvant4 ,car1 coutez les ,juifs3 ils disent que la femme a apport en dot le pch et la mort1 mais ils disent aussi qu'au dernier jour elle crasera la tte du serpent1 qui est le gnie du mal4444 ,comme ,myrza achevait les derniers versets de son pome1 des prophtes austres1 qui l'avaient entendue1 dirent au peuple assembl autour d'elle3--,lapidez cette femme impie2 elle insulte la vraie religion et toutes les religions1 en confondant sous la forme allgorique les dogmes et les principes de toutes les genses4 ,elle joue sur les cordes de son luth avec les choses les plus saintes1 et la posie qu'elle chante est un poison subtil qui gare les hommes4 ,ramassez des pierres et lapidez cette femme de mauvaise vie1 qui ose venir ici prcher les vertus qu'elle a foules aux pieds2 lapidez-la1 car ses lvres souilles profanent les noms de divinit et de chastet4 ,mais le peuple refusa de lapider ,myrza4--,la vertu1 rpondit un vieux prtre d',esculape1 est comme la science3 elle est toujours belle1 utile et sainte1 quelle que soit la bouche qui l'annonce1 et nous tirons des plantes les plus humbles que chaque jour le passant foule sur les chemins un baume prcieux pour les blessures4 ,laissez partir cette sibylle2 elle vient souvent ici1 nous la connaissons et nous l'aimons4 ,ses fictions nous plaisent1 nous1 vieux adorateurs des puissants dieux de l',olympe1 et les jeunes partisans des religions nouvelles y trouvent un fonds de saine morale et de douce philosophie4 ,nous l'coutons en souriant1 et nos femmes lui font d'innocents prsents de jeunes agneaux et de robes de laine sans tache4 ,qu'elle parle et qu'elle revienne1 nous ne la maudissons point2 et si ses voies sont mauvaises1 que ,minerve les redresse et l'accompagne4 --,mais nous parlons au nom de la vertu1 reprirent les prophtes2 nous avons fait serment de ne jamais connatre un embrassement fminin44444 --,hier1 interrompit une femme1 d'autres prophtes nous engageaient1 au nom de je sais quel nouveau dieu1 nous abandonner notre apptit2 et la veille1 d'autres nous disaient d'tre esclaves d'un seul matre3 les uns fixent la chastet d'une femme au nombre de sept maris1 les autres veulent qu'elle n'en ait point1 nous ne savons plus qui entendre4 ,mais ce que dit cette ,myrza nous plat3 elle nous amuse et ne nous enseigne point4 ,que ses fautes soient oublies1 et qu'elle soit vtue d'une robe de pourpre1 pour tre conduite au temple du ,destin1 qui est le dieu des dieux4 ,et comme les disciples des prophtes furieux s'acharnaient la maudire1 et ramassaient de la boue et des pierres1 le peuple prit parti pour elle1 et voulut la porter en triomphe4 ,mais elle se dgagea1 et1 montant sur le dromadaire qui l'avait amene1 elle dit ce peuple en le quittant3--,laissez-moi partir1 et si ces hommes vous disent quelque chose de bon1 coutez-le1 et recueillez-le de quelque part qu'il vienne4 ,pour moi1 je vous ai dit ma foi1 c'est l'amour4 ,et voyez pourtant que je suis seule1 que j'arrive seule1 et que je pars seule4444 ,alors ,myrza rpandit beaucoup de larmes1 puis elle ajouta3--,comprenez-vous mes pleurs1 et savez-vous o je vais8 ,et elle s'en alla par la route qui mne au dsert de ,thbade4 ,,george ,,sand4 ,,hamlet4 ,o ,hamlet1 dis-nous le secret de ta douleur immense1 et pourquoi nous nous sentons vibrer autour de toi1 comme autant d'chos de ta plainte mystrieuse8 ,est-ce seulement qu'on a assassin ton pre1 et que tu ne te sens pas la force de le venger8 ,c'est l une destine tragique1 mais exceptionnelle et bizarre1 qui se peint seulement notre imagination et qui ne remuerait gure nos coeurs1 s'il n'y avait pas en toi autre chose qu'un souvenir1 une vision et un serment4 ,hamlet le danois#a1 que nous importe nous1 hommes d'aujourd'hui1 le crime d'une reine1 le meurtre d'un roi1 et la colre d'un prince dpossd8 ,nous avons vu bien d'autres drames de sang que ce drame imaginaire o ton prestige nous entrane4 ,quel mystre de poignante sympathie le pote qui t'a donn l'tre1 a-t-il donc enferm dans ton sein et comme attach ton nom8 ,note #a3 ,this is ,i4 ,hamlet the dane6444 ,cration sublime1 n'est-ce donc pas que tu rsumes en toi toutes les souffrances d'une me pure jete au milieu de la corruption et condamne lutter contre le mal qui l'treint et la brise8 ,il n'y a pas d'autre fatalit dans ta vie1 ,hamlet1 et ton dlire n'a pas d'autre cause4 ,jeune1 tendre et confiant1 l'me ouverte l'amour et l'amiti1 la dcouverte du crime commis dans ta maison vient bouleverser toutes tes affections1 toutes tes croyances4 ,tu pleurais un mort chri1 et tu t'tonnais de le pleurer seul4 ,un vague soupon planait peine sur ton esprit3 tout coup ce soupon devient certitude2 une vision dchirante1 un songe peut-tre1 t'a clair1 et ds lors1 frapp de vertige1 tu sens ta raison branle1 et ta vie n'est plus qu'un accs de dlire amer et sombre4 ,car tu es fou1 ,hamlet1 et tu ne mens pas quand tu dis3 ,his madness is poor ,hamlet's ennemy4 ,on ne se joue pas impunment avec la folie1 et1 d'ailleurs1 le choix de ton rle de fou atteste que tu es domin par la proccupation1 l'angoisse et la terreur de la dmence4 ,tu ne feins pas la manire de ,brutus1 car tu n'es pas l'austre ,brutus4 ,amoureux et pote1 rveur tendre et studieux colier1 tu n'as rien de cette nature implacable et patiente du conspirateur4 ,pauvre ,hamlet1 ton me est trop fire et trop aimante pour supporter la douleur et couver la vengeance4 ,te voil forc de har les hommes1 toi qui naquis pour les aimer1 et ds ce premier choc te voil bris sans retour4 ,c'est l'horreur du crime1 le mpris du mensonge et l'effroi du mal1 qui mettent tous les lments de ton tre en guerre les uns contre les autres4 ,oh6 qui ne te plaindrait d'tre ainsi dtourn de tes voies et lanc sur une pente fatale6 ,l'harmonie de tes facults est bien amrement trouble1 victime de l'iniquit6 ,aux heures o tu philosophes sur la vie et sur la mort1 sur le mystre de la tombe et la peur de l'inconnu1 tu sembles avoir retrouv toutes les lumires de ton intelligence3 mais c'est ces heures-l mme que nous devinons le mieux ton dsastre1 ce dsastre moral dont tu ne peux plus mesurer l'tendue1 et qui se voile en vain sous de brillantes et solennelles paroles4 ,plus que jamais divis contre toi-mme1 peut-on dire que1 dans ces moments de rverie o ton me quitte la terre1 tu t'appartiennes rellement8 ,non1 car alors le souvenir de tes maux et de tes excs est comme effac de ta mmoire affaiblie1 et la moiti de ton me est paralyse4 ,lorsque tu te demandes ce que c'est qu'tre ou n'tre pas1 mourir ou dormir444 ou rver6444 tu ne vois pas ,ophlia agenouille prs de toi2 et lorsque tu songes au destin d',alexandre et au nant de la gloire1 en soulevant le crne d',yorick1 tu ne te souviens pas du meurtre que tu as commis1 et de ton amante que tu as rendue folle4 ,tu n'as mme pas song t'enqurir de son sort2 tu ne te doutes pas que c'est sa fosse que tu regardes creuser4 ,il est donc des heures o ton pauvre coeur est mort1 et alors ton intelligence se perd dans des abstractions o tu n'as pas la notion distincte de ton propre malheur4 ,est-ce un tat de raison que celui o le cerveau fonctionne dans l'oubli absolu des dchirements du coeur8 ,l'homme n'est-il pas dcomplt quand il ne peut plus penser et sentir que sparment et tour tour8 ,qu'on ne nous dise donc plus que tu n'es pas fou1 car tu serais odieux1 et nous sentons si bien au contraire que tu ne t'appartiens plus1 que ta violence et ta cruaut nous font plus souffrir que toi-mme4 ,le noble ,hamlet brise la frle ,ophlia en brisant l'amour dans son propre sein1 et il ne comprend pas qu'il la tue4 ,il ne la reconnat que dans son linceul1 et ses regrets disent sa surprise et son repentir4 ,le noble ,hamlet brise l'orgueil impuni de sa mre1 et son propre coeur se brise de remords et de piti en accomplissant ce devoir effroyable4 ,le noble ,hamlet raille et insulte ,larte1 et bientt il s'accuse et se repent devant lui1 mais sans paratre se rendre compte du mal qu'il lui a fait1 et en lui disant3 ,le ciel m'est tmoin que je vous ai toujours aim4 ,partout ,hamlet est noble et bon1 mais aussi partout ,hamlet est hors de lui et gouvern par la dmence1 dmence rveuse et accablante quand il est seul ou avec ,horatio1 dmence furieuse et mprisante quand il est en contact avec les sots et les mchants de ce monde4 ,la folie est toujours ou si repoussante1 ou si navrante1 que nous en dtournons les yeux avec effroi4 ,la pauvre ,ophlia elle-mme1 si pure1 si douce et si belle1 n'a le don de nous intresser qu'un instant1 aprs que sa raison l'a abandonne4 ,son dlire est trop complet1 bien qu'inoffensif4 ,ce n'est l qu'une douleur toute personnelle4 ,d'o vient donc1 triste ,hamlet1 que ta folie1 toi1 nous attache et nous passionne du commencement la fin8 ,c'est cause que ta douleur est la ntre tous1 et c'est cela qui la fait si humaine et si vraie4 ,c'est ce desschement qui se fait en toi de toutes les sources de la vie1 l'amour1 la confiance1 la franchise et la bont4 ,c'est ce dplorable adieu que tu es forc de dire la paix de la conscience et aux instincts de ta tendresse4 ,c'est cette ncessit de devenir ombrageux1 hautain1 violent1 ironique1 vindicatif et cruel4 ,c'est cette fatalit qui arme contre ton semblable ta main loyale et brave4 ,c'est cet amour mme du vrai et du juste qui te condamne devenir stupide ou mchant2 et1 ne pouvant tre ni l'un ni l'autre1 tu te sens devenir fou3 ,they fool me to the top of my bent ,they compell me to play the fool till ,i can endure to do it no longer4 ,hlas6 cette amertume de ta vie1 ce dsespoir tour tour furieux et morne se rsument en un cri intrieur dont le retentissement se fait en nous tous1 et qui peut se traduire ainsi3 ,mon ,dieu1 pourquoi des mchants parmi nous8 ,mon ,dieu1 mon ,dieu1 pourquoi le mal dans ton oeuvre8 ,oui1 te voil tout entier1 ,hamlet1 dans ce cri de l'humanit rvolte contre elle-mme4 ,voil le secret de tes larmes1 de tes fureurs et de tes pouvantes4 ,voil le secret de notre piti1 de notre tendresse et de notre effroi pour ton mal4 ,lequel de nous oserait dire1 quand il contemple l'tendue de ce mal auquel la terre est livre1 qu'il sera plus fort1 plus juste et plus patient que toi8 ,lequel de nous1 quand il s'gare aux abstractions de la mtaphysique1 ou1 quand il s'abandonne aux entranements de la ralit1 aux jouissances de l'esprit1 aux amusements de la jeunesse1 aux esprances de l'amour1 oserait s'assurer qu'il n'est pas un fou1 un esprit dbile et troubl en qui le souvenir de l'invitable fatalit s'efface trop aisment1 en qui le moi goste ou frivole touffe le sentiment de la vrit et le culte de la sagesse8 ,soit que nous cherchions dans les livres la cause du malheur et de l'impuissance de l'homme1 soit que nous demandions ce secret fatal la rverie1 soit que nous tchions de nous y soustraire par l'tourdissement du plaisir1 nous sommes toujours des infirmes de corps et d'esprit1 domins par d'insondables mystres1 pouvants avec excs1 oublieux avec ivresse1 poltrons ou fanfarons1 prompts puiser la coupe de nos joies1 prompts nous lasser de la recherche du vrai1 et tristes surtout1 toujours tristes6 ,pleure1 ,hamlet1 pleure6 ,il n'y a vraiment que des sujets de larmes ici-bas6 ,tremble aussi2 car il n'est rien de si effrayant que notre destine en ce monde4 ,tue et meurs1 dtruis et disparais3 c'est le sort de l'homme4 ,depuis le berceau jusqu' la tombe1 depuis ,adam jusqu' toi1 ,hamlet1 depuis tes jours jusqu'aux ntres1 la voix de la terre est un ternel sanglot qui se perd dans l'ternel silence des cieux4 ,,george ,,sand4