,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,,oeuvres ,,de ,c4 ,f4 ,,volney4 ,,deuxi,,me ,,dition ,,compl,,te4 ,,tome ,i4 ,,les ,,ruines1 ,,ou ,m,,ditation ,,sur ,,les ,r,,volutions ,,des ,,empires4 ,,par ,c4 ,f4 ,,volney1 ,,comte ,,et ,,pair ,,de ,,france1 ,,membre ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise1 ,,honoraire ,,de ,,la ,,soci,t ,,asiatique ,s,,ante ,,calcuta4 ,,paris1 ,,parmantier1 ,,libraire1 ,,rue ,,dauphine4 ,,froment1 ,,libraire1 ,,quai ,,des ,,augustins4 ,m ,,dccc ,,xxvi4 ,,imprimerie ,,de ,,firmin ,,didot1 ,,rue ,,jacob1 ,n #bd4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,contenues ,,dans ,,ce ,,volume4 ,,notice sur la vie et les crits de ,c4 ,f4 ,volney4444 ,pag4 i ,,les ,,ruines4 ,,invocation4 #a ,,chapitre ,ier4--,le voyage4 #c ,,chap4 ,,ii4--,la mditation4 #f ,,chap4 ,,iii4--,le fantme4 #ab ,,chap4 ,,iv4--,l'exposition4 #ai ,,chap4 ,v4--,condition de l'homme dans l'univers4 #bf ,,chap4 ,,vi4--tat originel de l'homme4 #bi ,,chap4 ,,vii4--,principe des socits4 #ca ,,chap4 ,,viii4--,source des maux des socits #cd ,,chap4 ,,ix4--,origine des gouvernements et des lois4 #cf ,,chap4 ,x4--,causes gnrales de la prosprit des anciens tats4 #dj ,,chap4 ,,xi4--,causes gnrales des rvolutions et de la ruine des anciens tats4 #df ,,chap4 ,,xii4--,leons des temps passs rptes sur les temps prsents4 #eh ,,chap4 ,,xiii4--,l'espce humaine s'amliorera-t-elle8 #gf ,,chap4 ,,xiv4--,le grand obstacle au perfectionnement4 #hf ,,chap4 ,,xv4--,le sicle nouveau4 #ib ,,chap4 ,,xvi4--,un peuple libre et lgislateur #ih ,,chap4 ,,xvii4--,base universelle de tout droit et de toute loi4 #aja ,,chap4 ,,xviii4--,effroi et conspiration des tyrans #ajd ,,chap4 ,,xix4--,assemble gnrale des peuples #ajh ,,chap4 ,,xx4--,la recherche de la vrit #aad ,,chap4 ,,xxi4--,problme des contradictions religieuses #abg ,,chap4 ,,xxii4--,origine et filiation des ides religieuses #afj ,ier4 ,origine de l'ide de ,dieu3 culte des lments et des puissances physiques de la nature #aff ,,ii4 ,second systme4 ,culte des astres1 ou sabisme #agj ,,iii4 ,troisime systme4 ,culte des symboles1 ou idoltrie #age ,,iv4 ,quatrime systme4 ,culte des deux principes1 ou dualisme #ahg ,v4 ,culte mystique et moral1 ou systme de l'autre monde #aic ,,vi4 ,sixime systme4 ,monde anim1 ou culte de l'univers sous divers emblmes #aig ,,vii4 ,septime systme4 ,culte de l',,ame ,,du ,,monde1 c'est--dire de l'lment du feu1 principe vital de l'univers #bjb ,,viii4 ,huitime systme4 ,,monde-,,machine3 culte du ,dmi-,ourgos1 ou ,grand-,ouvrier #bjd ,,ix4 ,religion de ,mose1 ou culte de l'ame du monde 7,you-piter7 #bjh ,x4 ,religion de ,zoroastre #bji ,,xi4 ,brahmisme1 ou systme indien #baj ,,xii4 ,boudhisme1 ou systme mystique #baa ,,xiii4 ,christianisme1 ou culte allgorique du soleil #bab ,,chap4 ,,xxiii4--,identit du but des religions #bbb ,,chap4 ,,xxiv4--,solution du problme des contradictions #bcf ,,la ,,loi ,,naturelle4 ,,avertissement ,,de ,l',,diteur #bdg ,,chap4 ,,premier4--,de la loi naturelle4 #bdi ,,chap4 ,,ii4--,caractres de la loi naturelle #bec ,,chap4 ,,iii4--,principes de la loi naturelle par rapport l'homme4 #bfj ,,chap4 ,,iv4--,bases de la morale1 du bien1 du mal1 du pch1 du crime1 du vice et de la vertu4 #bff ,,chap4 ,v4--,des vertus individuelles4 #bgj ,,chap4 ,,vi4--,de la temprance4 #bgc ,,chap4 ,,vii44--,de la continence4 #bgg ,,chap4 ,,viii4--,du courage et de l'activit4 #bha ,,chap4 ,,ix4--,de la propret4 #bhe ,,chap4 ,x4--,des vertus domestiques4 #bhg ,,chap4 ,,xi4--,des vertus sociales2 de la justice4 #bic ,,chap4 ,,xii4--,dveloppement des vertus sociales4 #big ,,notes servant d'claircissements et d'autorits divers passages du texte4 #cjh ,,lettre ,,de ,,volney ,,au ,,docteur ,,priestley4 #cec ,,discours ,,sur ,l',,tude ,,philosophique ,,des ,,langues4 #cga ,,avertissement4 #cgc ,ier4 ,nouveaut de cette tude chez les modernes3 ignorance absolue des anciens cet gard4 #cge ,,ii4 cole grecque3 systmes tablis avant les faits observs4 #cgh ,,iii4 cole gyptienne4 #chj ,,iv4 cole juive4 #che ,v4 cole chrtienne4 #cid ,,vi4 cole philosophique3 observation des faits1 tablie comme prliminaire indispensable toute thorie4 #dja ,,fin ,,de ,,la ,,table4 ,,notice ,,sur ,,la ,,vie ,,et ,,les ,,crits ,,de ,c4-,f4 ,,volney4 ,le sage ramne tout au tribunal de la raison1 jusqu' la raison elle-mme4 ,,kant4 ,on a cherch tablir comme un axiome que la vie d'un homme de lettres tait tout entire dans ses crits4 ,il me semble au contraire que la biographie des crivains doit tre l'histoire raisonne de leurs diverses sensations et de la contradiction de leur conduite avec leurs principes avous4 ,si l'on excepte les loges des savants par ,fontenelle1 d',alembert et ,cuvier1 presque toutes les notices de ce genre sont moins une analyse du gnie et du caractre des hommes clbres1 qu'une liste exacte de leurs ouvrages2 cependant1 par l'influence mme que ces productions ont eue sur leur sicle1 les dtails sur la vie prive de leurs auteurs rentrent dans le domaine de l'histoire2 et l'histoire doit tre moins la connaissance des faits1 qu'une tude approfondie du coeur de l'homme4 ,les actions des hros qu'on se plat mettre sous nos yeux ne sont-elles pas moins propres atteindre ce but1 que l'exemple des vices ou des vertus dans les hommes qui ont prtendu enseigner la sagesse8 ,dans les premiers1 une action d'clat n'est souvent que l'lan d'un esprit exalt1 que l'excution rapide d'un dessein extraordinaire et spontan2 dans les seconds1 tout est le fruit d'une mditation soutenue3 la vertu marque le but1 la persvrance y conduit4 ,pourquoi donc s'tre plutt attach nous conserver le souvenir de toutes les sanglantes catastrophes qu' nous prsenter une analyse svre des moeurs et des sentiments des hommes remarquables8 ,c'est que l'homme aime les images fortes et animes2 c'est qu'on peut l'mouvoir plus par la profonde terreur des tableaux sanglants de l'histoire1 que par les douces images des vertus prives4 ,l'tude de la vie des savants est digne de toute notre attention4 ,il est la fois curieux et instructif d'examiner comment ont support les malheurs de la vie1 ceux qui ont enseign les prceptes d'une philosophie impassible4 ,leur histoire est un tissu de contradictions singulires4 ,le citoyen de ,genve1 qui consacre ses veilles au bonheur des enfants1 abandonne froidement les siens2 ennemi dclar des prjugs1 il n'ose les braver2 ce coeur sensible est sourd aux cris de la nature1 et cet esprit fort est sans cesse tourment par les fantmes bizarres de son imagination fivreuse4 ,le plus grand gnie de son sicle1 ,voltaire1 qui porte des coups si audacieux au despotisme1 sollicite et reoit la clef de chambellan des mains de ,frdric4 ,newton1 qui voue sa vie la recherche de la vrit1 commente l',apocalypse4 ,le chancelier ,bacon1 le premier philosophe de l',angleterre1 fait un trait sur la ,justice1 et la vend au plus offrant4 ,on pourrait multiplier les citations2 ce ne seraient que de nouvelles preuves de l'imperfection de la nature de l'homme4 ,cependant il est des savants qui1 joignant l'exemple au prcepte1 n'ont jamais dvi des principes qu'ils ont enseigns4 ,l'auteur des ,ruines est de ce nombre2 il nous est doux d'avoir tracer la vie du philosophe clair1 du lgislateur sage1 et surtout de l'homme austre dont toute l'ambition fut d'tre utile1 et qui ne voulut composer son bonheur que de l'ide d'avoir ht celui des hommes#a4 ,les registres publics#b constatent que ,m4 de ,volney est n le #c fvrier #ageg ,craon1 petite ville du dpartement de la ,mayenne4 ,il reut les prnoms de ,constantin-,franois4 ,son pre dclara ds ce moment qu'il ne lui laisserait point porter son nom de famille#c1 d'abord parce que ce nom ridicule lui avait attir mille dsagrments dans sa jeunesse1 et qu'ensuite1 il tait commun dix mles collatraux dont il ne voulait point qu'on le rendt solidaire sous ce rapport4 ,il l'appela ,boisgirais1 et c'est sous ce nom que le jeune ,constantin-,franois a t connu dans les collges4 ,son pre1 ,jacques-,ren ,chasseboeuf1 devenu veuf deux annes aprs la naissance de son fils1 le laissa aux mains d'une servante de campagne et d'une vieille parente1 pour se livrer avec plus de libert la profession d'avocat au tribunal de ,craon1 d'o sa rputation s'tendit dans toute la province4 ,pendant ses absences trs-frquentes1 l'enfant reut les impressions de ses deux gouvernantes1 dont l'une le gtait1 l'autre le grondait sans cesse1 et toutes deux farcissaient son esprit de prjugs de toute espce et surtout de la terreur des revenants3 l'enfant en resta frapp au point qu' l'ge de onze ans1 il n'osait rester seul la nuit4 ,sa sant se montra ds lors ce qu'elle fut toujours1 faible et dlicate4 ,il n'avait encore que sept ans1 lorsque son pre le mit un petit collge tenu ,ancenis par un prtre bas-breton1 qui passait pour faire de bons latinistes4 ,jet l1 faible1 sans appui1 priv tout coup de beaucoup de soins1 l'enfant devint chagrin et sauvage4 ,on le chtia2 il devint plus farouche1 ne travailla point1 et resta le dernier de sa classe4 ,six ou huit mois se passrent ainsi2 enfin un de ses matres en eut piti1 le caressa1 le consola2 ce fut une mtamorphose en quinze jours3 ,boisgirais s'appliqua si bien1 qu'il se rapprocha bientt des premires places1 qu'il ne quitta plus44444 ,le rgime de ce collge tait fort mauvais1 et la sant des enfants y tait peine soigne2 le directeur tait un homme brutal1 qui ne parlait qu'en grondant et ne grondait qu'en frappant4 ,constantin souffrait d'autant plus1 qu'il pouvait peine se plaindre4 ,jamais son pre ne venait le voir1 jamais il n'avait paru avoir pour son fils cette sollicitude paternelle qui veille sur son enfant1 lors mme qu'elle est force de le confier des soins trangers4 ,dou d'une ame sensible et aimante1 ,constantin ne pouvait s'empcher de remarquer que ses camarades n'avaient pas dplorer la mme indiffrence de la part de leurs parents4 ,les rflexions continuelles qu'il faisait ce sujet1 et les mauvais traitements qu'il prouvait1 le plongeaient dans une mlancolie qui devint habituelle1 et qui contribua peut-tre diriger son esprit vers la mditation4 ,cependant son oncle maternel venait quelquefois le voir4 ,aussi afflig de l'abandon dans lequel on laissait cet enfant que surpris de sa rsignation et de sa douceur1 il dtermina ,m4 ,chasseboeuf retirer son fils de ce collge pour le mettre celui d',angers4 ,constantin avait alors douze ans2 il sentait sa supriorit sur tous ceux de son ge1 et loin de s'en prvaloir et de se ralentir1 il ne s'adonna au travail qu'avec plus d'ardeur4 ,il parcourut toutes ses classes d'une manire assez brillante pour qu'on en gardt long-temps le souvenir dans ce collge4 ,au bout de cinq annes1 le jeune ,constantin ayant fini ses tudes1 brlait du dsir de se lancer dans le monde4 ,son pre le fit revenir d',angers1 et ses occupations ne lui permettant pas sans doute de s'occuper de son fils1 il se hta de le faire manciper1 de lui rendre compte du bien de sa mre1 et de l'abandonner lui-mme4 peine g de dix-sept ans1 ,constantin se trouva donc matre absolu de ses actions et de onze cents livres de rente4 ,cette fortune n'tait pas suffisante1 il fallait prendre une profession2 mais1 naturellement rflchi1 et voulant tout voir par lui-mme avant de se fixer1 ,constantin se rendit ,paris4 ,ce fut un thtre sduisant et nouveau pour le jeune homme1 que cette ville immense o il se trouvait pour la premire fois2 mais au lieu de se laisser entraner par le tourbillon1 ,constantin s'adonnait l'tude3 il passait presque tout son temps dans les bibliothques publiques2 il lisait avec avidit tous les auteurs anciens1 il se livrait surtout une tude approfondie de l'histoire et de la philosophie4 ,cependant son pre le pressait de prendre une profession1 et paraissait dsirer qu'il se ft avocat2 mais ,constantin avait un loignement marqu pour le barreau1 comme s'il avait pressenti que cette profession1 quoique trs-honorable1 tait au-dessous de son gnie crateur4 ,il lui rpugnait de se charger la mmoire de choses inutiles et qui ne lui paraissaient que des redites continuelles2 l'tude des lois n'tait en effet cette poque qu'un immense ddale1 qu'un mlange bizarre de lois fodales1 de coutumes1 et d'arrts rendus par les parlements4 ,la mdecine1 plus positive1 et qui tend par une suite d'expriences au bonheur de l'homme1 convint davantage son esprit observateur4 ,il se plaisait interroger la nature1 tcher de pntrer la profondeur de ses secrets1 et de dcouvrir quelques rapports entre le moral et le physique de l'homme4 ,mais ce n'tait pas vers ce seul but que se dirigeaient ses tudes2 il continuait toujours ses recherches savantes1 ses lectures instructives2 et passant ainsi dans le travail un temps que tous les jeunes gens de son ge perdaient dans les plaisirs1 il acquit un fonds immense de connaissances en tout genre4 ,il suivit ses cours pendant trois annes2 ce fut dans cet intervalle qu'il composa un ,mmoire sur la ,chronologie d',hrodote1 qu'il adressa l',acadmie4 ,le professeur ,larcher1 avec lequel ,constantin se trouvait en opposition1 censura ce petit ouvrage avec amertume2 notre jeune savant soutint son opinion avec chaleur1 et prouva dans la suite qu'il avait raison quant au fond de la question4 ,quelques fautes lgres s'taient1 il est vrai1 glisses dans son ouvrage2 mais plus tard1 instruit par de longues tudes1 il eut le rare mrite de se redresser lui-mme dans ses ,recherches nouvelles sur l',histoire ancienne2 quoi qu'il en soit1 ce ,mmoire fit quelque sensation1 et mit son auteur en rapport avec ce qu'il y avait alors de plus clbre ,paris4 ,le baron d',holbach surtout le devina1 le prit en amiti1 et lui fit faire la connaissance de ,franklin4 ,celui-ci le prsenta madame ,helvtius1 qui l'invitait souvent sa maison de ,passy1 o se runissaient alors nombre de gens de lettres et de savants distingus4 ,nul doute que la socit de tous ces hommes clbres1 que ,constantin frquentait souvent1 n'ait beaucoup contribu dvelopper les brillantes dispositions dont il tait dou4 ,il se dgota de plus en plus de toute espce de profession3 il aspirait1 presque son insu1 quelque chose de plus lev4 ,jeune encore1 il avait dja vieilli dans la mditation1 et son gnie n'attendait que d'tre livr lui-mme pour se dvelopper et prendre un essor rapide4 ,l'occasion ne tarda pas se prsenter2 une modique succession lui chut3#d il rsolut d'en employer l'argent entreprendre un long voyage4 ,comme tous les grands hommes1 il ddaigna les routes frayes1 et choisit la plus inconnue et la plus prilleuse3 il projeta de parcourir l'gypte et la ,syrie4 ,de tous les pays c'taient les moins connus2 aprs d'immenses recherches et de graves rflexions1 ,constantin rsolut d'entreprendre de parvenir o tant d'autres avaient chou4 ,pour se prparer ce prilleux voyage1 il quitta ,paris1 et se rendit chez son oncle4 ,il ne se dissimulait ni les dangers ni les fatigues qui l'attendaient1 mais aussi entrevoyait-il la gloire qu'il devait y acqurir4 ,il mesura d'abord l'tendue de la carrire1 pour calculer1 puis acqurir les forces qu'il lui fallait pour la parcourir4 ,il s'exerait la course1 entreprenait de faire pied des voyages de plusieurs jours2 il s'habituait rester des journes entires sans prendre de nourriture1 franchir de larges fosss1 escalader des murailles leves1 rgulariser son pas afin de pouvoir mesurer exactement un espace par le temps qu'il mettait le parcourir4 ,tantt il dormait en plein air1 tantt il s'lanait sur un cheval et le montait sans bride ni selle1 la manire des ,arabes2 se livrant ainsi mille exercices pnibles et prilleux1 mais propres endurcir son corps la fatigue4 ,on ne savait quoi attribuer son air farouche et sauvage2 on taxait d'extravagance cette conduite extraordinaire1 attribuant ainsi la folie ce qui n'tait que la fermentation du gnie4 ,aprs une anne de ces preuves diverses1 il rsolut de mettre son grand dessein excution4 ,de peur de n'tre pas approuv1 il crut devoir le cacher son pre1 mais il se hta d'en faire part son oncle4 peine lui eut-il communiqu qu'il ne s'agissait rien moins que de visiter des pays presque inconnus aux habitants de l',europe1 et dont les langages sont si diffrents des ntres1 qu'effray de la hardiesse de ce projet qu'il croyait impraticable1 son digne ami ne ngligea aucun moyen de l'en dissuader1 mais en vain3 ,constantin fut inbranlable4 ,ce qui distingue particulirement un homme de gnie1 a dit un crivain1#e c'est cette impulsion secrte qui l'entrane comme malgr lui vers les objets d'tude et d'application les plus propres exercer l'activit de son ame et l'nergie de ses facults intellectuelles4 ,c'est une espce d'instinct qu'aucune force ne peut dompter1 et qui s'exalte au contraire par les obstacles qui s'opposent son dveloppement4 ,aussi ,constantin1 loin de se rebuter1 n'en tait-il que plus impatient d'entreprendre son voyage2 il voyait dja en ide des pays nouveaux2 dja son imagination ardente franchissait l'espace1 devanait le temps1 et planait sur ces dserts o il devait jeter les premiers fondements de sa gloire4 ,cependant il dsirait depuis long-temps de changer de nom2 celui que son pre lui avait donn lui dplaisait2 il rsolut d'en prendre un autre4 ,il faut croire qu'il avait pour cela de fortes raisons2 car son oncle l'approuva1 s'occupa quelque temps de lui en chercher un convenable1 et lui proposa enfin celui de ,volney4 ,constantin le prit1 et ce fut pour l'immortaliser4 ,le jour fix pour le dpart tant arriv1 le jeune voyageur prit cong de ses amis1 et s'arracha des bras de son oncle et de sa famille4 ,un havre-sac contenant un peu de linge1 et qu'il portait la manire des soldats1 une ceinture de cuir contenant six mille francs en or1 un fusil sur l'paule2 tel tait l'quipage de ,volney4 peine fut-il quelque distance d',angers et au moment de le perdre de vue1 qu'il s'arrta malgr lui3 ses regards se fixrent sur la ville1 ses yeux ne pouvaient s'en dtacher2 il abandonnait ce qu'il avait de plus cher1 et peut-tre pour toujours4 ,ses larmes coulaient en abondance1 il sentit chanceler son courage2 mais bientt1 rappelant toute son nergie1 il se hta de s'loigner4 ,il arriva bientt ,marseille1 o il s'embarqua sur un navire qui se trouvait prt mettre la voile pour l',orient4 peine dbarqu en gypte1 ,volney se rendit au ,caire1 o il passa quelques mois observer les moeurs et les coutumes d'un peuple si nouveau pour lui1 mais sans perdre de vue toute l'tendue de la carrire qu'il voulait parcourir4 ,en mditant cette grande entreprise1 l'intrpide voyageur avait non-seulement pour but de s'instruire1 mais encore de faire cesser l'ignorance de l',europe sur des contres qui en sont si voisines1 et cependant aussi inconnues que si elles en taient spares par de vastes mers ou d'immenses espaces4 ,il importait donc qu'il pt tout voir et tout entendre1 il fallait pntrer dans l'intrieur des divers tats1 et il lui tait impossible de le faire avec sret sans parler la langue arabe1 aussi commune tous les peuples de l',orient qu'elle est inconnue parmi nous4 ,pour surmonter ce nouvel obstacle1 le jeune voyageur eut le courage d'aller s'enfermer huit mois chez les ,druses1 dans un couvent arabe situ au milieu des montagnes du ,liban4 ,l1 il se livra l'tude avec son ardeur ordinaire4 ,il eut d'autant plus de difficults vaincre qu'il tait priv du secours des grammaires et des dictionnaires2 il lui fallait1 pour ainsi dire1 tre son propre matre et se crer une mthode2 il sentit la ncessit et conut le projet de faciliter un jour aux ,europens l'tude des langues orientales4 ,il employait ses moments de loisir converser avec les moines1 s'informer des moeurs des ,arabes1 des variations du climat et des diverses formes de gouvernement sous lesquelles gmissent les malheureux habitants de ces contres dvastes4 ,l1 comme en ,europe1 il ne vit que despotisme1 que dilapidation des deniers du peuple2 l1 comme en ,europe1 il vit un petit nombre d'tres privilgis s'arroger insolemment le fruit des sueurs du plus grand nombre1 et1 comptant sur les armes de leurs soldats1 n'opposer aux clameurs du peuple que la violence et l'abus de leur force4 ,ces tristes observations augmentaient sa mlancolie habituelle3 trop profond pour ne pas soulever le voile de l'avenir1 il ne prvoyait que trop les malheurs qui devaient accabler une patrie qui lui tait si chre1 et dont il ne s'tait loign que pour bien mriter d'elle4 ,ce ne fut qu'aprs qu'il put converser en arabe avec facilit1 qu'il prit rellement son essor3 il fit ses adieux aux moines qui l'avaient accueilli1 et1 aprs s'tre muni de lettres de recommandation pour diffrents chefs de tribu1 il commena son voyage4 ,il prit un guide qui le conduisit dans le dsert auprs d'un chef auquel il tait particulirement adress4 ,aussitt qu'il fut arriv prs de lui1 ,volney prsenta une paire de pistolets son fils1 qui accepta ce prsent avec reconnaissance4 ,ds que le chef eut lu la lettre que ,volney lui avait remise1 il lui serra les mains en lui disant3 ,sois le bien venu2 tu peux rester avec nous le temps qu'il te plaira4 ,renvoie ton guide1 nous t'en servirons3 regarde cette tente comme la tienne1 mon fils comme ton frre1 et tout ce qui est ici comme tant ton usage4 ,volney n'hsita pas se fier l'homme qui s'exprimait avec tant de franchise3 il eut tout lieu de voir combien les ,arabes taient fidles observer religieusement les lois de l'hospitalit1 et combien ces hommes que nous nommons des barbares nous sont suprieurs cet gard4 ,il resta six semaines au milieu de cette famille errante1 partageant leurs exercices et se conformant en tout leur manire de vivre4 ,un jour le chef lui demanda si sa nation tait loin du dsert1 et lorsque ,volney eut tch de lui donner une ide de la distance3 ,mais pourquoi es-tu venu ici8 lui dit-il4--,pour voir la terre et admirer les oeuvres de ,dieu4--,ton pays est-il beau8--,trs-beau4--,mais y a-t-il de l'eau dans ton pays8--,abondamment2 tu en rencontrerais plusieurs fois dans une journe4--,il y a tant d'eau1 et ,,tu ,,le ,,quittes6 ,lorsqu'ensuite ,volney leur parlait de la ,france1 ils l'interrompaient souvent pour tmoigner leur surprise de ce qu'il avait quitt un pays o il trouvait tout en abondance1 pour venir visiter une contre aride et brlante4 ,notre voyageur et dsir passer quelques mois parmi ces bons ,arabes2 mais il lui tait impossible de se contenter comme eux de trois ou quatre dattes et d'une poigne de riz par jour3 il avait tellement souffrir de la faim et de la soif qu'il se sentait souvent dfaillir4 ,il prit cong de ses htes1 et reut son dpart des marques de leur amiti4 ,le pre et le fils le reconduisirent une grande distance1 et ne le quittrent qu'aprs l'avoir pri plusieurs fois de venir les revoir4 ,allant de ville en ville1 de tribu en tribu1 demandant franchement une hospitalit qu'on ne lui refusait jamais1 ,volney parcourut toute l'gypte et la ,syrie4 ,il salua ces pyramides colossales1 ces majestueuses ruines de ,palmyre dissmines comme autant de rochers dans ces mers de sables1 et comme les seules traces des nations puissantes qui peuplaient jadis ces plaines immenses1 aujourd'hui si arides4 ,observateur impartial et sage1 il ne portait jamais de jugements d'aprs les opinions d'autrui2 il voulait voir par lui-mme1 et il voyait toujours juste1 parce que1 sans passions et sans prjugs1 il ne dsirait et ne cherchait que la vrit4 ,il employa trois annes faire ce grand voyage1 ce qui parat un prodige lorsqu'on vient songer la modique somme qu'il avait pour l'entreprendre4 ,il ne l'y dpensa pas tout entire1 car son retour il possdait encore vingt-cinq louis4 ,quelle sagesse ne lui a-t-il pas fallu pour vivre et voyager trois annes entires dans un pays ravag1 o tout se paie au poids de l'or6 ,mais c'est que ,volney frquentait peu la socit des villes2 il tait presque continuellement en voyage1 et il voyageait avec la simplicit d'un philosophe et l'austrit d'un ,arabe4 ,toujours la recherche de la vrit1 il avait renonc la trouver parmi les hommes2 il suivait avec avidit les traces des temps anciens pour dcouvrir le sort des gnrations prsentes4 ,occup de hautes penses1 il aimait errer au milieu des ruines1 il semblait se complaire au milieu des tombeaux4 ,l il s'abandonnait des rveries profondes4 ,assis sur les monuments presque en poussire des grandeurs passes1 il mditait sur la fragilit des grandeurs prsentes2 il s'accoutumait suivre les progrs de la destruction gnrale1 mesurer d'un oeil tranquille cet horrible abme o vont s'engouffrer les empires et les gnrations1 o vont s'vanouir les chimres des hommes4 ,c'est l qu'il apprit mpriser ce qu'il appelait les niaiseries humaines1 qu'il puisa ces vrits sublimes qui brillent dans ses nombreux crits1 et cette rigidit de principes qui dirigea toujours ses actions4 ,aprs un voyage de trois annes1 il revint en ,europe1 et signala son retour par la publication de son ,voyage en gypte et en ,syrie4 ,jamais livre n'obtint un succs plus rapide1 plus brillant et moins contest4 ,il valut son jeune auteur l'estime des gens instruits1 l'admiration de ses concitoyens et une clbrit europenne3 il en reut des marques flatteuses4 ,le baron de ,grimm ayant prsent un exemplaire du ,voyage en gypte ,catherine ,,ii1 eut l'obligeante attention de le faire au nom de ,volney4 ,l'impratrice fit offrir l'auteur une trs-belle mdaille en or2 mais lorsque1 quelques annes aprs1 ,catherine eut pris parti contre la ,france1 ,volney se hta d'crire ,grimm la lettre suivante en lui renvoyant la mdaille3 ,paris1 #d dcembre #agia4 ,,monsieur1 ,la protection dclare que ,s4 ,m4 l'impratrice des ,russies accorde des ,franais rvolts1 les secours pcuniaires dont elle favorise les ennemis de ma patrie1 ne me permettent plus de garder en mes mains le monument de gnrosit qu'elle y a dpos4 ,vous sentez que je parle de la mdaille d'or qu'au mois de janvier #aghh vous m'adresstes de la part de ,s4 ,m4 ,tant que j'ai pu voir dans ce don un tmoignage d'estime et d'approbation des principes politiques que j'ai manifests1 je lui ai port le respect qu'on doit un noble emploi de la puissance2 mais aujourd'hui que je partage cet or avec des hommes pervers et dnaturs1 de quel oeil pourrai-je l'envisager8 ,comment souffrirai-je que mon nom se trouve inscrit sur le mme registre que ceux des dprdateurs de la ,france8 ,sans doute l'impratrice est trompe1 sans doute la souveraine qui nous a donn l'exemple de consulter les philosophes pour dresser un code de lois1 qui a reconnu pour base de ces lois l'galit et la libert1 qui a affranchi ses propres serfs1 et qui1 ne pouvant briser les liens de ceux de ses boyards1 les a du moins relchs2 sans doute ,catherine ,,ii n'a point entendu pouser la querelle des champions iniques et absurdes de la barbarie superstitieuse et tyrannique des sicles passs2 sans doute1 enfin1 sa religion sduite n'a besoin que d'un rayon pour s'clairer2 mais en attendant1 un grand scandale de contradiction existe1 et les esprits droits et justes ne peuvent consentir le partager3 veuillez donc1 monsieur1 rendre l'impratrice un bienfait dont je ne puis plus m'honorer2 veuillez lui dire que si je l'obtins de son estime1 je le lui rends pour la conserver2 que les nouvelles lois de mon pays qu'elle perscute ne me permettent d'tre ni ingrat ni lche1 et qu'aprs tant de voeux pour une gloire utile l'humanit1 il m'est douloureux de n'avoir que des illusions regretter4 ,c4-,f4 ,,volney4 ,le succs brillant qu'obtint le ,voyage en gypte et en ,syrie1 ne fut pas de ces succs phmres qui ne sont dus qu'aux circonstances ou la faveur du moment4 ,parmi les nombreux tmoignages qui vinrent attester l'exactitude des rcits et la justesse des observations1 le plus remarquable sans doute est celui que rendit le gnral ,berthier dans la ,relation de la campagne d'gypte3 ,les aperus politiques sur les ressources de l'gypte1 dit-il1 la description de ses monuments1 l'histoire des moeurs et des usages des diverses nations qui l'habitent1 ont t traits par le citoyen ,volney avec une vrit et une profondeur qui n'ont rien laiss ajouter aux observateurs qui sont venus aprs lui4 ,son ouvrage tait le guide des ,franais en gypte2 c'est le seul qui ne les ait jamais tromps4 ,quelques mois aprs la publication de son voyage1 ,volney fut nomm pour remplir les fonctions difficiles et importantes de directeur gnral de l'agriculture et du commerce en ,corse2 il se disposait se rendre dans cette le1 lorsqu'un vnement inattendu vint y mettre obstacle4 ,la ,france1 fatigue d'un joug impos par de mauvaises institutions1 venait de le briser4 ,le cri de libert avait fait tressaillir tous les coeurs franais1 et fait trembler tous les trnes4 ,de toutes parts les lumires se runissaient en un seul faisceau pour dissiper les tnbres de l'ignorance4 ,le peuple venait de nommer ses mandataires1 et ,volney fut appel siger parmi les lgislateurs de la patrie4 ,sur une observation que fit ,goupil de ,prfeln1 il s'empressa de donner sa dmission de la place qu'il tenait du gouvernement1 ne regardant pas1 disait-il1 un emploi salari comme compatible avec l'indpendante dignit de mandataire du peuple4 ,il prit part toutes les dlibrations importantes1 et1 fidle son mandat1 il se montra toujours un des plus fermes soutiens des liberts publiques4 ,malouet ayant propos#f de se runir en comit secret afin de ne point discuter devant des trangers3 ,des trangers6 s'cria ,volney1 en est-il parmi nous8 ,l'honneur que vous avez reu d'eux1 lorsqu'ils vous ont nomms dputs1 vous fait-il oublier qu'ils sont vos frres et vos concitoyens8 ,n'ont-ils pas le plus grand intrt avoir les yeux fixs sur vous8 ,oubliez-vous que vous n'tes que leurs reprsentants1 leurs fonds de pouvoirs8 et prtendez-vous vous soustraire leurs regards lorsque vous leur devez compte de toutes vos dmarches et de toutes vos penses8444444 ,ah6 plutt1 que la prsence de nos concitoyens nous inspire1 nous anime6 elle n'ajoutera rien au courage de l'homme qui aime sa patrie et qui veut la servir1 mais elle fera rougir le perfide et le lche que le sjour de la cour ou la pusillanimit aurait dja pu corrompre4 ,il fut un des premiers provoquer l'organisation des gardes nationales2 celles des communes et des dpartements1 et fut nomm secrtaire ds la premire anne4 ,il prit part aux nombreux dbats qui s'lverent lorsqu'on agita la proposition d'accorder au roi l'exercice du droit de paix et de guerre#g4 ,les nations1 dit-il1 ne sont pas cres pour la gloire des rois1 et vous n'avez vu dans les trophes que des sanglants fardeaux pour les peuples44444 ,jusqu' ce jour l',europe a prsent un spectacle affligeant de grandeur apparente et de misre relle3 on n'y comptait que des maisons de princes et des intrts de familles2 les nations n'y avaient qu'une existence accessoire et prcaire4 ,on possdait un empire comme des troupeaux2 pour les menus plaisirs d'une fte1 on ruinait une contre2 pour les pactes de quelques individus1 on privait un pays de ses avantages naturels2 la paix du monde dpendait d'une pleursie1 d'une chute de cheval2 l',inde et l',amrique taient plonges dans les calamits de la guerre pour la mort d'un enfant1 et les rois1 se disputant son hritage1 vidaient leur querelle par le duel des nations4 ,il finit par proposer un dcret remarquable qui se terminait par ces mots3 ,la nation franaise s'interdit ds ce moment d'entreprendre aucune guerre tendante accrotre son territoire4 ,cette proposition fait honneur au patriotisme clair de ,volney1 et l'assemble se hta d'en consacrer le principe dans la loi qui intervint4 ,ce fut cette mme anne que1 sur la proposition de ,mirabeau1 on s'occupa de la vente des domaines nationaux2 ,volney publia dans le ,moniteur quelques rflexions o il pose ces principes3 ,la puissance d'un tat est en raison de sa population2 la population est en raison de l'abondance2 l'abondance est en raison de l'activit de la culture1 et celle-ci en raison de l'intrt personnel et direct1 c'est--dire de l'esprit de proprit3 d'o il suit que plus le cultivateur se rapproche de l'tat passif de mercenaire1 moins il a d'industrie et d'activit2 au contraire1 plus il est prs de la condition de propritaire libre et plnier1 plus il dveloppe les forces et les produits de la terre et la richesse gnrale de l'tat4 ,en suivant ce raisonnement si juste et si premptoire1 on arrive naturellement cette consquence1 qu'un tat est d'autant plus puissant qu'il compte un plus grand nombre de propritaires1 c'est--dire1 une plus grande division de proprits4 ,jamais aucune assemble lgislative n'avait offert une plus belle runion d'orateurs clbres4 ,dans les discussions importantes1 ils se pressaient en foule la tribune2 tous brlaient du dsir de soutenir la cause de la libert1 mais de cette libert sage et limite1 premier droit des peuples4 ,tout le monde connat ce mouvement oratoire de ,mirabeau dans une discussion relative au clerg34444 ,je vois d'ici la fentre d'o la main sacrilge d'un de nos rois1 etc4244444 mais peu de personnes savent qui ce mouvement oratoire fut emprunt4 ,vingt dputs assigeaient les degrs de la tribune nationale4 ,vous aussi6 dit ,mirabeau ,volney qui tenait un discours la main4--,je ne vous retarderai pas long-temps2--,montrez-moi ce que vous avez dire4444 ,cela est beau1 sublime24444 mais ce n'est pas avec une voix faible1 une physionomie calme1 qu'on tire parti de ces choses-l2 donnez-les moi4 ,mirabeau fondit dans son discours le passage relatif ,charles ,,ix1 et en tira un des plus grands effets qu'ait jamais produits l'loquence4 ,c'tait peu pour le reprsentant du peuple de se dvouer tout entier aux intrts de son pays1 il sacrifiait encore ses veilles l'instruction de ses concitoyens4 ,amant passionn de la libert1 ennemi dclar de tout pouvoir absolu1 ,volney reconnut qu'il n'y avait que la raison qui pt terrasser le despotisme militaire et religieux4 ,dans le cours de ses longs voyages1 il avait toujours vu la tyrannie crotre en raison directe de l'ignorance4 ,il avait parcouru ces brlantes contres1 asile des premiers chrtiens1 et maintenant patrie des enfants de ,mahomet4 ,il avait suivi avec terreur les traces profondes des maux enfants par un fanatisme aveugle2 il avait vu les peuples d'autant plus ignorants qu'ils taient plus religieux1 d'autant plus esclaves et victimes de prjugs absurdes qu'ils taient plus attachs la foi mensongre de leurs aeux4 ,il avait vu les hommes plus ou moins plongs dans d'paisses tnbres2 il conut le hardi projet de les clairer du flambeau de la saine philosophie4 ,c'tait s'imposer la tche de saper jusque dans sa base le monstrueux difice des prjugs et des superstitions2 il fallait pulvriser les traditions absurdes1 les prophties mensongres1 rfuter toutes les saintes fables1 et parler enfin aux hommes le langage de la raison4 ,il mdita long-temps ce sujet important1 et publia#h le fruit de ses rflexions sous le titre de ,ruines1 ou ,mditation sur les rvolutions des empires4 ,dans ce bel ouvrage#i il nous ramne l'tat primitif de l'homme1 sa condition ncessaire dans l'ordre gnral de l'univers2 il recherche l'origine des socits civiles et les causes de leurs formations1 remonte jusqu'aux principes de l'lvation des peuples et de leur abaissement1 dveloppe les obstacles qui peuvent s'opposer l'amlioration de l'homme4 ,en philosophe habile1 en profond connaisseur du coeur humain1 il ne se borne pas mettre des prceptes arides2 il sait captiver l'attention et s'attacher rendre attrayante l'austre vrit2 il anime ses tableaux4 ,tout--coup il dvoile nos regards une immense carrire1 il reprsente nos yeux tonns une assemble gnrale de tous les peuples4 ,toutes les passions1 toutes les sectes religieuses sont en prsence2 c'est un combat terrible de la vrit contre l'erreur4 ,il dpouille d'une main hardie le fanatisme de son masque hypocrite1 il brise les fers honteux forgs par des hommes sacrilges2 il les montre toujours guids par un vil intrt1 tablissant leurs jouissances gostes sur le malheur des humains1 et s'appliquant exclusivement les maintenir dans une ignorance profonde4 ,il leur fait apparatre la libert comme une desse vengeresse2 et comme la tte de ,mduse1 son nom seul frappe d'effroi tous les oppresseurs1 et rveille l'espoir dans le coeur des opprims4 ,le premier lan des peuples clairs est pour la vengeance2 mais le sage lgislateur calme leur fureur1 rprime leur imptuosit1 en leur apprenant que la libert n'existe que par la justice1 ne s'obtient que par la soumission aux lois1 et ne se conserve que par l'observation de ses devoirs4 ,ds #agij1 il avait pressenti les consquences terribles qu'auraient sur nos colonies les principes1 et surtout la conduite de quelques soi-disant amis des noirs4 ,il conut que ce pourrait tre une entreprise d'un grand avantage public et priv1 d'tablir dans la ,mditerrane la culture des productions du tropique2 et parce que plusieurs plages de la ,corse sont assez chaudes pour nourrir en pleine terre des orangers de #bj pieds de hauteur1 des bananiers1 des dattiers1 et que des chantillons de coton avaient dja russi1 il conut le projet d'y cultiver et de susciter par son exemple ce genre d'industrie4 ,volney se rendit en ,corse en #agib1 et y acheta le domaine de la ,confina1 prs d',ajaccio2 il y fit faire ses frais des essais dispendieux1 et bientt des productions nouvelles vinrent attester que la ,france1 plus que tout autre pays1 pourrait prtendre l'indpendance commerciale1 puisque dja si riche de ses propres produits1 elle pourrait encore offrir ceux du ,nouveau-,monde4 ,mais ce n'tait pas seulement vers l'amlioration de l'agriculture que se dirigeaient les efforts de ,volney3 il mditait sur la ,corse un ouvrage dont la perfection aurait sans doute gal l'importance1 si nous en jugeons toutefois par les fragments qu'il en a laisss4 ,les troubles que ,pascal ,paoli suscita en ,corse1 forcrent ,volney d'interrompre ses travaux et de quitter cette le4 ,le domaine de la ,confina1 que l'auteur des ,ruines appelait ses ,petites-,indes1 fut mis l'encan par ce mme ,paoli1 qui lui avait donn tant de fois l'assurance d'une sincre amiti4 ,c'est pendant ce voyage en ,corse qu'il fit la connaissance du jeune ,bonaparte1 qui n'tait encore qu'officier d'artillerie4 ,le jugement qu'il mit ds lors est un de ceux qui dmontrent le plus quel haut degr il portait le gnie de l'observation4 ,quelques annes aprs1 ayant appris en ,amrique que le commandement de l'arme d',italie venait de lui tre confi3 ,pour peu que les circonstances le secondent1 dit-il en prsence de plusieurs rfugis franais1 ce sera la tte de ,csar sur les paules d',alexandre4 ,cependant la libert avait dgnr en licence2 l'anarchie versait sur la ,france ses poisons destructeurs4 ,volney1 qui ne pouvait plus dfendre la tribune les principes de la justice et de l'humanit1 les proclamait dans des crits pleins d'nergie et de patriotisme1 et ne craignit pas de braver les hommes de #ic3 tantt il les accablait sous le poids de l'vidence1 et leur reprochait hardiment leurs forfaits journaliers2 tantt1 maniant l'arme acre du sarcasme1 il s'criait3 ,modernes ,lycurgues1 vous parlez de pain et de fer3 le fer des piques ne produit que du sang2 c'est le fer des charrues qui produit du pain6 ,c'en tait trop sans doute pour ne pas subir le sort de tout homme vertueux1 de tout patriote clair2 ,volney fut dnonc comme royaliste1 et charg de fers3 sa dtention dura dix mois1 et il ne dut sa libert qu'aux vnements du #i thermidor4 ,enfin l'horizon s'claircit aprs l'orage1 et un gouvernement nouveau parut vouloir mettre tous ses efforts obtenir le titre de gouvernement rparateur4 ,on donna une forte impulsion l'instruction publique2 une cole nouvelle fut tablie en ,france1 et les professeurs en furent choisis parmis les savants les plus illustres4 ,l'auteur des ,ruines1 appel la chaire d'histoire1 accepta cette charge pnible1 mais qui portait avec elle une bien douce rcompense pour lui1 puisqu'elle lui offrait les moyens d'tre utile4 ,tout en enseignant l'histoire1 il voulait chercher diminuer l'influence journalire qu'elle exerce sur les actions et les opinions des hommes2 il la regardait juste titre comme l'une des sources les plus fcondes de leurs prjugs et de leurs erreurs3 c'est en effet de l'histoire que drivent la presque totalit des opinions religieuses et la plupart des maximes et des principes politiques souvent si errons et si dangereux qui dirigent les gouvernements1 les consolident quelquefois1 et ne les renversent que trop souvent4 ,il chercha combattre ce respect pour l'histoire1 pass en dogme dans le systme d'ducation de l',europe1 et s'attacha d'autant plus l'branler1 qu'clair par des recherches savantes1 il ajoutait moins de foi ces raconteurs des temps passs1 qui crivaient souvent sur des ou-dire et toujours pousss par leurs passions4 ,comment en effet croirons-nous la vracit des anciens historiens1 lorsque nous voyons sans cesse les vnements d'hier dnaturs aujourd'hui8 ,dans ses leons l'cole ,normale1 ,volney se livra des considrations gnrales1 mais approfondies1 et qui n'taient ses yeux que des lments prparatoires aux cours qu'il se proposait de faire4 ,la suppression de cette cole dja clbre vint interrompre ses travaux4 ,libre alors1 mais fatigu des secousses journalires d'une politique orageuse1 tourment du dsir d'tre utile lors mme qu'on lui en tait les moyens1 ,volney sentit renatre en lui cette passion qui dans sa jeunesse l'avait conduit en gypte et en ,syrie4 ,l',amrique devenue libre marchait pas de gant vers la civilisation3 c'tait sans doute un sujet digne de ses observations2 mais1 en entreprenant ce nouveau voyage1 il tait agit de sentiments bien diffrents de ceux qui l'avaient jadis conduit en ,orient4 ,en #aghe1 nous dit-il lui-mme1 il tait parti de ,marseille1 de plein gr1 avec cette alacrit1 cette confiance en autrui et en soi qu'inspire la jeunesse2 il quittait gaiement un pays d'abondance et de paix1 pour aller vivre dans un pays de barbarie et de misre1 sans autre motif que d'employer le temps d'une jeunesse inquite et active se procurer des connaissances d'un genre neuf1 et embellir par elles le reste de sa vie d'une aurole de considration et d'estime4 ,en #agie1 au contraire1 lorsqu'il s'embarquait au ,hvre1 c'tait avec le dgot et l'indiffrence que donnent le spectacle et l'exprience de l'injustice et de la perscution4 ,triste du pass1 soucieux de l'avenir1 il allait avec dfiance chez un peuple libre1 voir si un ami sincre de cette libert profane trouverait pour sa vieillesse un asile de paix1 dont l',europe ne lui offrait plus l'esprance4 ,mais peine arriv en ,amrique1 aprs une longue et pnible traverse1 loin de se livrer un repos ncessaire et qu'il semblait y tre venu chercher1 ,volney1 toujours avide d'instruction1 ne put rsister la vue du vaste champ d'observations qui s'ouvrait devant lui4 ,il s'tait depuis long-temps persuad de cette vrit1 qu'il n'est rien de si difficile que de parler avec justesse du systme gnral d'un pays ou d'une nation1 et qu'on ne peut le faire qu'en observant et voyant par soi-mme4 ,il se mit donc en devoir d'explorer cette nouvelle contre1 comme douze annes auparavant il avait travers les pays d',orient1 c'est--dire1 presque toujours pied et sans guide4 ,ce fut ainsi qu'il parcourut successivement toutes les parties des tats-,unis1 tudiant le climat1 les lois1 les habitants1 les moeurs1 et lisant dans le grand livre de la nature les divers changements oprs par la force toute-puissante des sicles4 ,le grand ,washington1 le librateur des tats-,unis1 le guerrier patriote qui avait prfr la libert de son pays de vains honneurs1 ,washington ne pouvait voir avec indiffrence l'auteur des ,ruines2 aussi le reut-il avec distinction1 et lui donna-t-il publiquement des marques d'estime et de confiance4 ,il n'en fut pas de mme de ,j4 ,adams1 qui exerait alors les premires fonctions de la rpublique4 ,volney1 toujours sincre1 avait critiqu franchement un livre que le prsident avait publi quelque temps avant d'tre lev la magistrature quinquennale4 ,on attribua gnralement une petite rancune d'auteur une perscution injuste et absurde que ,volney eut essuyer4 ,il fut accus d'tre l'agent secret d'un gouvernement dont la hache n'avait cess de frapper des hommes qui1 comme lui1 taient les amis sincres d'une libert raisonnable4 ,on prtendit qu'il avait voulu livrer la ,louisiane au directoire1 tandis qu'il avait publi ouvertement que1 suivant lui1 l'invasion de cette province tait un faux calcul politique4 ,ce fut dans ce mme temps qu'il fut en butte aux attaques du docteur ,priestley1 aussi clbre par ses talents que remarquable par une manie de catchiser que l'incendie de sa maison ,londres n'avait pu gurir4 ,le physicien anglais n'avait pu lire de sang-froid quelques pages des ,ruines sur les diverses croyances des peuples4 ,pour s'tre plac entre deux sectes galement extrmes1 il se croyait modr1 quoiqu'il proscrivit1 avec toute la violence des hommes les plus exagrs1 quiconque ne reconnaissait pas avec lui la divinit des critures1 et ne niait pas celle de ,j4-,c42 ,priestley1 peut-tre jaloux de la rputation de ,volney1 ne ngligea aucun moyen de l'engager dans une controverse suivie1 voulant sans doute profiter de la clbrit du philosophe franais1 pour mieux tablir la sienne2 le sage voyageur n'opposa d'abord aux attaques souvent grossires du savant anglais que le plus imperturbable silence2 mais enfin1 press vivement par des diatribes o il tait trait d'ignorant et de ,hottentot1 ,volney dut se dcider rpondre1 et ce fut pour dire qu'il ne rpondrait plus4 ,dans cette rponse peu connue#aj1 il n'opposa aux grossirets de son adversaire qu'une froide ironie1 tempre par l'urbanit franaise et soutenue par le langage de la raison2 il y refusa de faire sa profession de foi1 parce que1 disait-il1 soit sous l'aspect politique1 soit sous l'aspect religieux1 l'esprit de doute se lie aux ides de libert1 de vrit1 de gnie1 et l'esprit de certitude aux ides de tyrannie1 d'abrutissment et d'ignorance4 ,ce concours de perscutions dgotait ,volney de son sjour aux tats-,unis1 lorsqu'ayant reu la nouvelle de la mort de son pre1 il fit ses adieux la terre de la libert1 pour venir saluer le sol de la patrie4 peine arriv en ,france#aa1 son premier soin fut de renoncer la succession de son pre en faveur de sa belle-mre1 pour laquelle il avait toujours eu les sentiments d'un fils1 parce qu'elle lui avait montr dans plusieurs occasions la sollicitude d'une mre4 ,volney avait signal son retour d'gypte par la publication de son ,voyage2 on s'attendait gnralement voir paratre la relation de celui qu'il venait de faire en ,amrique3 cette esprance fut en partie due4 l'poque de l'affranchissement des tats-,unis1 cette belle contre attirait l'attention gnrale2 chacun1 fascin par l'enthousiasme de la libert1 y voyait un pays naissant1 mais dja riche son aurore de tous les fruits de l'ge mr4 ,c'tait1 suivant la plupart1 le modle de tout gouvernement2 mais suivant ,volney ce n'tait qu'une sduisante chimre4 ,il avait tout vu en homme impartial2 il tait revenu riche de remarques neuves1 d'observations savantes3 il conut le plan d'un grand ouvrage o il aurait observ la crise de l'indpendance dans toutes ses phases1 o il aurait trait successivement des diverses opinions qui partagent les ,amricains1 de la politique de leur nouveau gouvernement1 de l'extension probable des tats malgr leur division sur quelques points2 enfin il aurait cherch faire sentir l'erreur romanesque des crivains modernes1 qui appellent peuple neuf et vierge une runion d'habitants de la vieille ,europe1 ,allemands1 ,hollandais et surtout ,anglais des trois royaumes4 ,mais cet important ouvrage1 dont cependant plusieurs parties taient acheves1 demandait un grand travail et surtout beaucoup de temps dont les affaires publiques et prives ne lui permirent pas de disposer2 et d'ailleurs ses opinions diffrant sur beaucoup de points de celles des publicistes amricains1 peut-tre fut-il aussi arrt par la crainte trop fonde de se faire de nouveaux ennemis4 ,il se dtermina donc ne publier que le ,tableau du climat et du sol des tats-,unis4 ,le voyage en gypte et en ,syrie avait eu un si brillant succs1 que ce ne fut qu'avec dfiance que ,volney publia le rsultat des observations qu'il avait faites en ,amrique4 ,ce dernier ouvrage fut aussi bien accueilli que le premier4 ,l'auteur y embrasse d'un coup d'oeil ces vastes rgions hrisses de montagnes inaccessibles et couvertes d'immenses forts2 il en trace le plan topographique d'une main hardie2 il analyse avec sagacit les variations du climat4 ,sa dfinition pittoresque des vents est surtout remarquable4 ,il n'a pas song les personnifier1 et cependant1 a dit un crivain#ab1 ils prennent dans ses descriptions animes une sorte de forme et de stature homriques4 ,ce sont des puissances2 les fleuves et le continent sont leur empire2 ils commandent aux nuages1 et les nuages1 comme un corps d'arme1 se rallient sous leurs ordres4 ,les montagnes1 les plaines1 les forts deviennent le thtre bruyant des combats4 ,l'exposition des marches1 des contre-marches de ces tumultueux courants d'air1 qui se brisent les uns contre les autres dans des chocs pouvantables1 ou qui se prcipitent entre les monts pic avec une imptuosit retentissante2 tout ce dsordre de l'atmosphre produit un effet qui saisit la fois l'ame et les sens1 et les fait tressaillir d'motions nouvelles devant ces nouveaux objets de surprise et de terreur4 ,dans cet ouvrage1 comme dans son ,voyage en gypte et en ,syrie1 ,volney ne se borne pas une simple description des pays qu'il parcourt3 il se livre des considrations leves2 l'utilit des hommes est toujours le but de ses recherches4 ,l'tude qu'il avait faite de la mdecine lui donnait un grand avantage sur tous les voyageurs qui l'avaient prcd2 il tait plus mme de juger du climat1 d'analyser la salubrit de l'air2 il nous retrace les effets de la peste1 de la fivre jaune2 il en recherche les diverses causes1 et1 s'il ne nous indique pas des moyens de gurir ces terribles pidmies1 du moins nous apprend-il comment on pourrait les prvenir4 ,diffrent des autres voyageurs1 ,volney ne nous entretient jamais de ses aventures personnelles2 il vite avec soin de se mettre en scne1 et ne parle mme pas des dangers qu'il a courus4 ,ce n'est cependant qu'expos des prils de toute espce qu'il a pu voyager dans les pays ravags de l',orient et dans les sombres forts de l',amrique4 ,il avait d'autant plus craindre la cruaut des hommes et les attaques des btes froces1 qu'il ngligeait de prendre les prcautions les plus simples qu'indique la prudence2 aussi n'chappa-t-il plusieurs fois que par miracle4 ,en traversant une des forts des tats-,unis1 il s'endormit au pied d'un chne2 son rveil1 il secoue son manteau1 et reste ptrifi la vue d'un serpent sonnettes4 ,l'affreux reptile1 troubl dans son repos1 s'lance et disparat parmi les arbres2 on n'entendait plus le bruit de ses cailles1 avant que ,volney1 glac de terreur1 et song s'enfuir444 ,pendant ce voyage1 on avait cr en ,france ce corps littraire qui sut1 en peu d'annes1 se placer au premier rang des socits savantes de l',europe4 ,l'illustre voyageur fut appel siger l',acadmie3 cet honneur lui avait t dcern pendant son absence2 il y acquit de nouveaux droits en publiant les observations qu'il avait faites aux tats-,unis444 ,trois annes s'taient coules depuis qu'il avait quitt la ,france1 et les orages politiques n'taient pas apaiss3 les factions s'agitaient encore et dominaient tour tour4 ,volney ne voulut pas reparatre sur la scne politique1 et chercha dans l'tude des consolations contre les peines que lui causaient les malheurs de sa patrie4 peu prs vers cette poque1 il vit arriver chez lui le gnral ,bonaparte1 qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs annes1 et que le mouvement des partis avait fait priver de son grade4 ,me voil sans emploi1 dit-il ,volney2 je me console de ne plus servir un pays que se disputent les factions4 ,je ne puis rester oisif2 je veux chercher du service ailleurs4 ,vous connaissez la ,turquie2 vous y avez sans doute conserv des relations2 je viens vous demander des renseignements1 et surtout des lettres de recommandation pour ce pays3 mes services dans l'artillerie peuvent m'y rendre trs-utile4 ,c'est parce que je connais ce pays1 rpondit ,volney1 que je ne vous conseillerai jamais de vous y rendre4 ,le premier reproche qu'on vous y fera1 sera d'tre chrtien3 il sera bien injuste sans doute1 mais enfin on vous le fera et vous en souffrirez4 ,vous allez me dire peut-tre que vous vous ferez musulman3 faible ressource1 la tache originelle vous restera toujours2 plus vous dvelopperez de talents1 et plus vous aurez souffrir de perscutions4--,h bien1 n'y songeons plus4 ,j'irai en ,russie2 on y accueille les ,franais4 ,catherine vous a donn des marques de considration2 vous avez des correspondances avec ce pays1 vous y avez des amis4--,le renvoi de ma mdaille a dtruit toutes ces relations4 ,d'ailleurs les ,franais qu'on accueille aujourd'hui en ,russie1 ne sont pas ceux qui appartiennent votre opinion4 ,croyez-moi1 renoncez votre projet2 c'est en ,france que vos talents trouveront le plus de chances favorables3 plus les factions se succdent rapidement dans un pays1 moins une destitution y est durable4--,j'ai tout tent pour tre rintgr2 rien ne m'a russi4--,le gouvernement va prendre une nouvelle forme1 et ,larveillre-,lpeaux y aura sans doute de l'influence3 c'est mon compatriote1 il fut autrefois mon collgue2 j'ai lieu de croire que ma recommandation ne sera pas sans effet auprs de lui4 ,je vais l'inviter djeuner pour demain3 trouvez-vous-y1 nous ne serons que nous trois4 ,le djeuner eut lieu en effet2 la conversation de ,bonaparte frappa ,larveillre1 dja prvenu par ,volney4 ,le dput prsenta le lendemain le gnral son collgue ,barras2 qui le fit rintgrer4 ,une liaison intime ne tarda pas s'tablir entre le vertueux citoyen qui voulait par-dessus tout la libert de son pays1 et l'homme extraordinaire qui devait l'asservir2 mais ,volney1 toujours modr dans sa conduite et ses opinions politiques1 tait loin d'approuver la ptulante activit de ,bonaparte4 ,vers la fin de #agii1 ,volney1 convaincu que la libert allait prir sous les coups de l'anarchie1 seconda le #ah brumaire de tous ses efforts4 ,le surlendemain de cette journe1 ,bonaparte lui envoya en prsent un superbe attelage qu'il refusa2 quelques semaines aprs1 il lui fit offrir par un de ses aides de camp le ministre de l'intrieur4 ,dites au premier consul1 rpondit ,volney1 qu'il est beaucoup trop bon cocher pour que je puisse m'atteler son char4 ,il voudra le conduire trop vite1 et un seul cheval rtif pourrait faire aller chacun de son ct le cocher1 le char et les chevaux4 ,malgr cette indpendance de caractre que le consul n'tait pas accoutum trouver dans ceux qui l'entouraient1 ,volney continua prs de deux ans tre admis dans son intimit2 il ne tarda pas s'apercevoir cependant que l'austrit de son langage commenait dplaire1 et qu'on voulait surtout en carter cette familiarit qu'on avait accueillie jusqu'alors4 ,un jour que dans une discussion importante et secrte le ct avantageux d'une mesure avait t trop vant1 et l'intrt de l'humanit beaucoup trop nglig3 ,c'est encore de la cervelle qu'il y a l6 s'cria ,volney en mettant la main sur le coeur du premier consul4 ,on a cru gnralement que leur rupture avait clat l'occasion de l'influence que le premier consul se prparait rendre au clerg4 ,il est certain que ,volney lui fit quelques observations sur la ncessit d'une extrme circonspection dans cette mesure2 mais si ces observations furent reues froidement1 on peut assurer que le consul dissimula une partie du mcontentement qu'elles lui inspiraient4 ,les dbats furent beaucoup plus vifs sur l'expdition de ,saint-,domingue4 ,volney1 qui avait t appel la discuter dans un conseil priv1 s'y opposa de tout son pouvoir4 ,il reprsenta avec force tous les obstacles qu'on aurait surmonter et tout ce qu'il y aurait encore craindre1 en supposant qu'on parvnt s'emparer de l'le4 ,admettons1 ajouta-t-il1 que les ngres1 libres depuis douze ans1 veuillent bien rentrer dans la servitude1 que ,toussaint-,louverture vous tende les bras1 que votre arme s'acclimate sans danger1 que votre colonie reprenne son ancienne activit2 eh bien6 mme dans ces suppositions qui me semblent contraires aux notions du plus simple bon sens1 vous commettrez la plus grave des fautes4 ,pensez-vous que les ,anglais1 aujourd'hui seuls possesseurs des mers1 ne vous feront pas bientt une nouvelle guerre pour s'emparer de cette colonie8 ,est-ce donc pour eux que vous voulez faire tant de sacrifices8 ,qu'est-ce qu'un domaine qui n'offre point ses matres de communication directe pour l'exploiter1 et encore moins pour le dfendre8 ,quelques mois aprs1 les dsastres de ,saint-,domingue furent connus3 des amis de cour ne manqurent pas de rpter au premier consul les propos que ,volney avait tenus contre cette expdition dont il avait si clairement prdit les suites2 et1 suivant l'usage1 ces propos furent comments et envenims4 ,mais ce qui rompit pour toujours toute communication entre eux1 ce fut la conduite que tint le philosophe au moment de l'avnement l'empire4 ,volney avait concouru au #ah brumaire1 dans l'espoir que la ,france en recueillerait une paix durable et un gouvernement constitutionnel4 ,le titre pompeux de ,snat ,conservateur avait fascin les yeux de la nation1 et ,volney1 comme tant d'autres1 crut y voir un autel sur lequel on alimenterait le feu de la libert4 ,il ne vit dans les snateurs que les mandataires de la nation1 chargs de conserver le dpt sacr des pactes qui tabliraient un juste quilibre entre les droits des peuples et ceux des souverains4 ,il fut aussi flatt que surpris d'tre appel siger sur la chaire curule4 ,il accepta cette dignit1 parce qu'il la considrait moins comme une rcompense honorifique que comme une charge importante1 et dont les devoirs taient beaux remplir4 ,son illusion dura peu4 ,il ne dissimula pas quelques amis intimes sa crainte de voir le snat devenir un instrument d'oppression pour la libert individuelle comme pour la libert publique1 et ds lors il crut devoir sa rputation l'obligation d'un grand acte4 ,au moment mme o l'on proclamait l'empire1 il envoya au nouvel empereur et au snat cette dmission qui fit tant de bruit en ,france et en ,europe4 ,l'empereur en fut vivement irrit2 mais toujours matre de lui-mme quand il n'tait pas pris au dpourvu1 il sut contenir sa colre2 et le lendemain1 apercevant ,volney parmi les snateurs qui taient venus en corps lui rendre hommage et prter serment de fidlit1 il perce la foule1 le tire l'cart1 et reprenant son ancien ton affectueux3 ,qu'avez-vous fait1 ,volney8 lui dit-il2 est-ce le signal de la rsistance que vous avez voulu donner8 ,pensez-vous que cette dmission soit accepte8 ,si1 comme vous le dites1 vous dsirez vous retirer dans le ,midi1 vos congs seront prolongs tant que vous voudrez4 ,quelques jours aprs1 le snat dcrta qu'il n'accepterait la dmission d'aucun de ses membres4 ,forc de reprendre sa dignit de snateur et dcor du titre de comte1 ,volney1 dsirant ne plus paratre sur la scne politique1 se retira la campagne1 o il reprit ses travaux historiques et philologiques4 ,il s'y adonna particulirement l'tude des langues de l',asie4 ,il attribuait notre ignorance absolue des langues orientales1 cet loignement qui existe et se maintient opinitrement depuis tant de sicles entre les ,asiatiques et les ,europens4 ,en effet1 qu'on suppose que l'usage de ces langues devienne tout coup commun et familier1 et cette ligne tranchante de contrastes s'efface en peu de temps2 les relations commerciales n'tant plus entraves par la difficult de s'entendre1 deviendraient plus frquentes1 plus directes2 et bientt s'tablirait un nivellement de connaissances1 qui amnerait insensiblement un rapprochement de moeurs1 d'usages et d'opinions4 ,volney nous dit lui-mme que le but qu'il s'est propos en publiant son premier ouvrage intitul ,simplification des langues orientales1 fut de faire un premier pas fondamental qui pt en faciliter l'tude2 mais ce premier pas parut d'une telle importance la ,socit asiatique sante ,calcutta1 qu'elle s'empressa de compter ,volney au nombre de ses membres4 ,cet hommage flatteur de la seule socit savante qui pt juger du mrite de son ouvrage1 encouragea ,volney donner plus d'tendue au premier plan qu'il s'tait trac2 et il osa entreprendre de rsoudre un problme rput jusqu' prsent insoluble1 celui d'un alphabet universel au moyen duquel on pt crire facilement toutes les langues4 ,en #ahjc1 le gouvernement franais fit entreprendre le grand et magnifique ouvrage de la ,description de l'gypte2 on devait y joindre une carte gographique sur laquelle on voulait tracer la double nomenclature arabe et franaise3 au premier coup d'oeil la chose fut juge impraticable cause de la diffrence des prononciations4 ,volney fut invit faire l'application de son systme2 mais il n'y consentit qu' condition qu'il serait pralablement examin par un comit de savants2 ne voulant pas1 disait-il1 hasarder l'honneur d'un monument public pour une petite vanit personnelle4 ,on nomma une commission de douze membres1 et le nouveau systme de transcription europenne fut admis une grande majorit4 ,ce nouveau succs fut une douce rcompense de ses utiles travaux4 ,il continua de diriger ses recherches vers cette nouvelle branche de savoir1 et publia successivement plusieurs autres crits1 o il continua de prsenter des dveloppements nouveaux sa premire ide philanthropique de concourir rapprocher tous les peuples2 nous avons de lui l',hbreu simplifi1 l',alphabet europen1 un ,rapport sur les vocabulaires compars du professeur ,pallas1 et un ,discours sur l'tude philosophique des langues4 ,la suppression de l'cole ,normale avait mis fin aux cours d'histoire que ,volney avait ouverts d'une manire si brillante2 mais elle n'avait pas interrompu ses nombreuses et profondes recherches sur les anciens historiens4 ,ds #agha1 il avait soumis l',acadmie1 un ,essai sur la chronologie de ces premiers peuples dont il avait t observer les monuments et les traces dans les pays qu'ils avaient habits4 ,en #ahad1 il publia ses ,nouvelles ,recherches sur l'histoire ancienne4 ,il y interroge tour tour les plus anciennes traditions1 les combat les unes par les autres1 et1 par un systme continuel de comparaison1 il parvient dgager les faits des nombreuses fables qui les dnaturaient4 ,peu d'historiens rsistent cette espce d'enqute juridique2 c'est dans leur propre arsenal qu'il va chercher des armes pour les combattre1 et il le fait d'une manire victorieuse4 ,il s'attache surtout rsoudre le grand problme assyrien1 et le rsout l'honneur d',hrodote1 qui est dmontr l'auteur le plus profond et le plus exact des anciens4 ,cet ouvrage1 fruit d'un travail immense et preuve d'une rudition profonde1 et suffi pour la gloire de ,volney4 ,l'tude opinitre laquelle il se livrait sans cesse1 abrgea ses jours4 ,sa sant1 qui avait toujours t dlicate1 devint languissante1 et bientt il sentit approcher sa fin2 elle fut digne de sa vie4 ,je connais l'habitude de votre profession dit-il son mdecin trois jours avant de mourir2 mais je ne veux pas que vous traitiez mon imagination comme celle des autres malades4 ,je ne crains pas la mort4 ,dites-moi franchement ce que vous pensez de mon tat1 parce que j'ai des dispositions faire4 ,le docteur paraissant hsiter3 ,j'en sais assez1 reprit ,volney1 faites venir un notaire4 ,il dicta son testament avec le plus grand calme1 et n'abandonnant pas son dernier moment l'ide qui n'avait cess de l'occuper pendant vingt-cinq ans1 et craignant1 sans doute1 que ses essais ne fussent interrompus aprs lui1 il consacra une somme de vingt-quatre mille francs pour fonder un prix annuel de douze cents francs pour le meilleur ouvrage sur l'tude philosophique des langues4 ,volney mourut le #be avril #ahbj2 les regrets de toute la ,france se sont mls aux larmes d'une pous1 modle de son sexe1 dont la bienfaisance fait oublier aux pauvres la perte de leur protecteur1 et dont les vertus rappellent les qualits de celui dont elle sut embellir la vie4 ,parvenu aux honneurs et une brillante fortune1 et ne les devant qu' ses talents suprieurs1 ,volney n'en faisait usage que pour rendre heureux tous ceux qui l'entouraient4 ,il se plaisait surtout encourager et secourir des hommes de lettres indigents4 ,le malheureux pouvait rclamer l'appui de ce citoyen vertueux1 qui ne rsistait jamais au plaisir d'tre utile4 ,dans sa carrire politique1 il se montra toujours ami sincre d'une libert raisonnable1 et ne dvia jamais de ses principes de justice et de modration4 ,un de ses amis le flicitait un jour sur sa lettre ,catherine3 ,et moi1 je m'en suis repenti1 dit-il aussitt avec une sincrit philosophique4 ,si1 au lieu d'irriter ceux des rois qui avaient montr des dispositions favorables la philosophie1 nous eussions maintenu ces dispositions par une politique plus sage et une conduite plus modre1 la libert n'et pas prouv tant d'obstacles1 ni cot tant de sang4 ,la modestie et la simplicit de son caractre et de ses moeurs ne l'abandonnrent jamais1 et les honneurs dont il fut revtu ne l'blouirent pas un instant4 ,je suis toujours le mme1 crivait-il un de ses intimes amis1 un peu comme ,jean ,la ,fontaine1 prenant le temps comme il vient et le monde comme il va2 pas encore bien accoutum m'entendre appeler monsieur le comte1 mais cela viendra avec les bons exemples4 ,j'ai pourtant mes armes1 et mon cachet dont je vous rgale3 deux colonnes asiatiques ruines1 d'or1 bases de ma noblesse1 surmontes d'une hirondelle1 emblmatique 7fond d'argent71 oiseau voyageur1 mais fidle1 qui chaque anne vient sur ma chemine chanter printemps et libert4 ,on a souvent reproch ,volney un caractre morose et une sorte de disposition misanthropique1 dont il avait montr des germes dans les premires annes de sa vie4 ,ce reproche1 il faut l'avouer1 n'a pas toujours t sans fondement2 ces dispositions furent quelquefois l'effet d'une sant trop languissante2 peut-tre aussi doit-on les attribuer cette tude profonde qu'il avait faite du coeur humain1 dans le cours de sa vie politique4 ,malheur1 a dit un sage1 malheur l'homme sensible qui a os dchirer le voile de la socit1 et refuse de se livrer cette illusion thtrale si ncessaire notre repos6 son ame se trouve en vie dans le sein du nant2 c'est le plus cruel de tous les supplices444444 ,volney dchira le voile4 ,,adolphe ,,bossange4 ,,invocation4 ,je vous salue1 ruines solitaires1 tombeaux saints1 murs silencieux6 c'est vous que j'invoque2 c'est vous que j'adresse ma prire4 ,oui6 tandis que votre aspect repousse d'un secret effroi les regards du vulgaire1 mon coeur trouve vous contempler le charme des sentiments profonds et des hautes penses4 ,combien d'utiles leons1 de rflexions touchantes ou fortes n'offrez-vous pas l'esprit qui sait vous consulter6 ,c'est vous qui1 lorsque la terre entire asservie se taisait devant les tyrans1 proclamiez dja les vrits qu'ils dtestent1 et qui1 confondant la dpouille des rois avec celle du dernier esclave1 attestiez le saint dogme de l',,galit4 ,c'est dans votre enceinte1 qu'amant solitaire de la ,,libert1 j'ai vu m'apparatre son gnie1 non tel que se le peint un vulgaire insens1 arm de torches et de poignards1 mais sous l'aspect auguste de la justice1 tenant en ses mains les balances sacres o se psent les actions des mortels aux portes de l'ternit4 tombeaux6 que vous possdez de vertus6 vous pouvantez les tyrans3 vous empoisonnez d'une terreur secrte leurs jouissances impies2 ils fuient votre incorruptible aspect1 et les lches portent loin de vous l'orgueil de leurs palais4 ,vous punissez l'oppresseur puissant2 vous ravissez l'or au concussionnaire avare1 et vous vengez le faible qu'il a dpouill2 vous compensez les privations du pauvre1 en fltrissant de soucis le faste du riche2 vous consolez le malheureux1 en lui offrant un dernier asyle2 enfin vous donnez l'ame ce juste quilibre de force et de sensibilit qui constitue la sagesse1 la science de la vie4 ,en considrant qu'il faut tout vous restituer1 l'homme rflchi nglige de se charger de vaines grandeurs1 d'inutiles richesses3 il retient son coeur dans les bornes de l'quit2 et cependant1 puisqu'il faut qu'il fournisse sa carrire1 il emploie les instants de son existence1 et use des biens qui lui sont accords4 ,ainsi vous jetez un frein salutaire sur l'lan imptueux de la cupidit2 vous calmez l'ardeur fivreuse des jouissances qui troublent les sens2 vous reposez l'ame de la lutte fatigante des passions2 vous l'levez au-dessus des vils intrts qui tourmentent la foule2 et de vos sommets1 embrassant la scne des peuples et des temps1 l'esprit ne se dploie qu' de grandes affections1 et ne conoit que des ides solides de vertu et de gloire4 ,ah6 quand le songe de la vie sera termin1 quoi auront servi ses agitations1 si elles ne laissent la trace de l'utilit8 ruines6 je retournerai vers vous prendre vos leons6 je me replacerai dans la paix de vos solitudes2 et l1 loign du spectacle affligeant des passions1 j'aimerai les hommes sur des souvenirs2 je m'occuperai de leur bonheur1 et le mien se composera de l'ide de l'avoir ht4 ,,les ,,ruines1 ,,ou ,m,,ditation ,,sur ,,les ,r,,volutions ,,des ,,empires4 ,,chapitre ,,premier4 ,le voyage4 ,la onzime anne du rgne d',abd-ul-,hamid1 fils d',ahmed1 empereur des ,turks1 au temps o les ,russes victorieux s'emparrent de la ,krime et plantrent leurs tendards sur le rivage qui mne ,constantinople1 je voyageais dans l'empire des ,ottomans1 et je parcourais les provinces qui jadis furent les royaumes d'gypte et de ,syrie4 ,portant toute mon attention sur ce qui concerne le bonheur des hommes dans l'tat social1 j'entrais dans les villes et j'tudiais les moeurs de leurs habitants2 je pntrais dans les palais1 et j'observais la conduite de ceux qui gouvernent2 je m'cartais dans les campagnes1 et j'examinais la condition des hommes qui cultivent2 et partout ne voyant que brigandage et dvastation1 que tyrannie et que misre1 mon coeur tait oppress de tristesse et d'indignation4 ,chaque jour je trouvais sur ma route des champs abandonns1 des villages dserts1 des villes en ruines3 souvent je rencontrais d'antiques monuments1 des dbris de temples1 de palais et de forteresses2 des colonnes1 des aqueducs1 des tombeaux3 et ce spectacle tourna mon esprit vers la mditation des temps passs1 et suscita dans mon coeur des penses graves et profondes4 ,et j'arrivai la ville de ,hems1 sur les bords de l',oronte2 et l1 me trouvant rapproch de celle de ,palmyre1 situe dans le dsert1 je rsolus de connatre par moi-mme ses monuments si vants2 et1 aprs trois jours de marche dans des solitudes arides1 ayant travers une valle remplie de grottes et de spulcres1 tout coup1 au sortir de cette valle1 j'aperus dans la plaine la scne de ruines la plus tonnante3 c'tait une multitude innombrable de superbes colonnes debout1 qui1 telles que les avenues de nos parcs1 s'tendaient perte de vue en files symtriques4 ,parmi ces colonnes taient de grands difices1 les uns entiers1 les autres demi-crouls4 ,de toutes parts la terre tait jonche de semblables dbris1 de corniches1 de chapiteaux1 de fts1 d'entablements1 de pilastres1 tous de marbre blanc1 d'un travail exquis4 ,aprs trois quarts d'heure de marche le long de ces ruines1 j'entrai dans l'enceinte d'un vaste difice1 qui fut jadis un temple ddi au soleil1 et je pris l'hospitalit chez de pauvres paysans arabes1 qui ont tabli leurs chaumires sur le parvis mme du temple2 et je rsolus de demeurer pendant quelques jours pour considrer en dtail la beaut de tant d'ouvrages4 ,chaque jour je sortais pour visiter quelqu'un des monuments qui couvrent la plaine2 et un soir que1 l'esprit occup de rflexions1 je m'tais avanc jusqu' la valle des spulcres1 je montai sur les hauteurs qui la bordent1 et d'o l'oeil domine la fois l'ensemble des ruines et l'immensit du dsert4--,le soleil venait de se coucher2 un bandeau rougetre marquait encore sa trace l'horizon lointain des monts de la ,syrie3 la pleine lune l'orient s'levait sur un fond bleutre1 aux planes rives de l',euphrate3 le ciel tait pur1 l'air calme et serein2 l'clat mourant du jour temprait l'horreur des tnbres2 la fracheur naissante de la nuit calmait les feux de la terre embrase2 les ptres avaient retir leurs chameaux2 l'oeil n'apercevait plus aucun mouvement sur la terre monotone et gristre2 un vaste silence rgnait sur le dsert2 seulement de longs intervalles on entendait les lugubres cris de quelques oiseaux de nuit et de quelques chacals444#ac ,l'ombre croissait1 et dja dans le crpuscule mes regards ne distinguaient plus que les fantmes blanchtres des colonnes et des murs4444 ,ces lieux solitaires1 cette soire paisible1 cette scne majestueuse1 imprimrent mon esprit un recueillement religieux4 ,l'aspect d'une grande cit dserte1 la mmoire des temps passs1 la comparaison de l'tat prsent1 tout leva mon coeur de hautes penses4 ,je m'assis sur le tronc d'une colonne2 et l1 le coude appuy sur le genou1 la tte soutenue sur la main1 tantt portant mes regards sur le dsert1 tantt les fixant sur les ruines1 je m'abandonnai une rverie profonde4 ,,chapitre ,,ii4 ,la mditation4 ,ici1 me dis-je1 ici fleurit jadis une ville opulente3 ici fut le sige d'un empire puissant4 ,oui6 ces lieux maintenant si dserts1 jadis une multitude vivante animait leur enceinte2 une foule active circulait dans ces routes aujourd'hui solitaires4 ,en ces murs o rgne un morne silence1 retentissaient sans cesse le bruit des arts et les cris d'allgresse et de fte3 ces marbres amoncels formaient des palais rguliers2 ces colonnes abattues ornaient la majest des temples2 ces galeries croules dessinaient les places publiques4 ,l1 pour les devoirs respectables de son culte1 pour les soins touchants de sa subsistance1 affluait un peuple nombreux3 l1 une industrie cratrice de jouissances appelait les richesses de tous les climats1 et l'on voyait s'changer la pourpre de ,tyr pour le fil prcieux de la ,srique1 les tissus moelleux de ,kachemire pour les tapis fastueux de la ,lydie1 l'ambre de la ,baltique pour les perles et les parfums arabes1 l'or d',ophir pour l'tain de ,thul4 ,et maintenant voil ce qui subsiste de cette ville puissante1 un lugubre squelette6 ,voil ce qui reste d'une vaste domination1 un souvenir obscur et vain6 ,au concours bruyant qui se pressait sous ces portiques a succd une solitude de mort4 ,le silence des tombeaux s'est substitu au murmure des places publiques4 ,l'opulence d'une cit de commerce s'est change en une pauvret hideuse4 ,les palais des rois sont devenus le repaire des fauves2 les troupeaux parquent au seuil des temples1 et les reptiles immondes habitent les sanctuaires des dieux6444 ,ah6 comment s'est clipse tant de gloire6 ,comment se sont anantis tant de travaux6444 ,ainsi donc prissent les ouvrages des hommes6 ainsi s'vanouissent les empires et les nations6 ,et l'histoire des temps passs se retraa vivement ma pense2 je me rappelai ces sicles anciens o vingt peuples fameux existaient en ces contres2 je me peignis l',assyrien sur les rives du ,tigre1 le ,kalden sur celles de l',euphrate1 le ,perse rgnant de l',indus la ,mditerrane4 ,je dnombrai les royaumes de ,damas et de l',idume1 de ,jrusalem et de ,samarie1 et les tats belliqueux des ,philistins1 et les rpubliques commerantes de la ,phnicie4 ,cette ,syrie1 me disais-je1 aujourd'hui presque dpeuple1 comptait alors cent villes puissantes4 ,ses campagnes taient couvertes de villages1 de bourgs et de hameaux#ad4 ,de toutes parts l'on ne voyait que champs cultivs1 que chemins frquents1 qu'habitations presses4444 ,ah6 que sont devenus ces ges d'abondance et de vie8 ,que sont devenues tant de brillantes crations de la main de l'homme8 ,o sont-ils ces remparts de ,ninive1 ces murs de ,babylone1 ces palais de ,perspolis1 ces temples de ,balbeck et de ,jrusalem8 ,o sont ces flottes de ,tyr1 ces chantiers d',arad1 ces ateliers de ,sidon1 et cette multitude de matelots1 de pilotes1 de marchands1 de soldats8 et ces laboureurs1 et ces moissons1 et ces troupeaux1 et toute cette cration d'tres vivants dont s'enorgueillissait la face de la terre8 ,hlas6 je l'ai parcourue1 cette terre ravage6 ,j'ai visit les lieux qui furent le thtre de tant de splendeur1 et je n'ai vu qu'abandon et que solitude4444 ,j'ai cherch les anciens peuples et leurs ouvrages1 et je n'en ai vu que la trace1 semblable celle que le pied du passant laisse sur la poussire4 ,les temples se sont crouls1 les palais sont renverss1 les ports sont combls1 les villes sont dtruites1 et la terre1 nue d'habitants1 n'est plus qu'un lieu dsol de spulcres4444 ,grand ,dieu6 d'o viennent de si funestes rvolutions8 ,par quels motifs la fortune de ces contres a-t-elle si fort chang8 ,pourquoi tant de villes se sont-elles dtruites8 ,pourquoi cette ancienne population ne s'est-elle point reproduite et perptue8 ,ainsi livr ma rverie1 sans cesse de nouvelles rflexions se prsentaient mon esprit4 ,tout1 continuai-je1 gare mon jugement et jette mon coeur dans le trouble et l'incertitude4 ,quand ces contres jouissaient de ce qui compose la gloire et le bonheur des hommes1 c'taient des peuples infidles qui les habitaient3 c'tait le ,phnicien1 sacrificateur homicide ,molok1 qui rassemblait dans ses murs les richesses de tous les climats2 c'tait le ,kalden1 prostern devant un serpent#ae1 qui subjuguait d'opulentes cits1 et dpouillait les palais des rois et les temples des dieux2 c'tait le ,perse1 adorateur du feu1 qui recueillait les tributs de cent nations2 c'taient les habitants de cette ville mme1 adorateurs du soleil et des astres1 qui levaient tant de monuments de prosprit et de luxe4444 ,troupeaux nombreux1 champs fertiles1 moissons abondantes1 tout ce qui devait tre le prix de la pit tait aux mains de ces idoltres3 et maintenant que des peuples croyants et saints occupent ces montagnes1 ce n'est plus que solitude et strilit4 ,la terre1 sous ces mains bnites1 ne produit que des ronces et des absinthes4 ,l'homme sme dans l'angoisse1 et ne recueille que des larmes et des soucis2 la guerre1 la famine1 la peste l'assaillent tour tour444 ,cependant1 ne sont-ce pas l les enfants des prophtes8 ,ce musulman1 ce chrtien1 ce juif1 ne sont-ils pas les peuples lus du ciel1 combls de graces et de miracles8 ,pourquoi donc ces races privilgies ne jouissent-elles plus des mmes faveurs8 ,pourquoi ces terres sanctifies par le sang des martyrs1 sont-elles prives des bienfaits anciens8 ,pourquoi en sont-ils comme bannis et transfrs depuis tant de sicles d'autres nations1 en d'autres pays8444 ,et ces mots1 mon esprit suivant le cours des vicissitudes qui ont tour tour transmis le sceptre du monde des peuples si diffrents de cultes et de moeurs1 depuis ceux de l',asie antique jusqu'aux plus rcents de l',europe1 ce nom d'une terre natale rveilla en moi le sentiment de la patrie2 et tournant vers elle mes regards1 j'arrtai toutes mes penses sur la situation o je l'avais quitte#af4 ,je me rappelai ses campagnes si richement cultives ses routes si somptueusement traces1 ses villes habites par un peuple immense1 ses flottes rpandues sur toutes les mers1 ses ports couverts des tributs de l'une et de l'autre ,inde2 et comparant l'activit de son commerce1 l'tendue de sa navigation1 la richesse de ses monuments1 aux arts et l'industrie de ses habitants1 tout ce que l'gypte et la ,syrie purent jadis possder de semblable1 je me plaisais retrouver la splendeur passe de l',asie dans l',europe moderne2 mais bientt le charme de ma rverie fut fltri par un dernier terme de comparaison4 ,rflchissant que telle avait t jadis l'activit des lieux que je contemplais3 ,qui sait1 me dis-je1 si tel ne sera pas un jour l'abandon de nos propres contres8 ,qui sait si sur les rives de la ,seine1 de la ,tamise1 ou du ,sviderze1 l o maintenant1 dans le tourbillon de tant de jouissances1 le coeur1 et les yeux ne peuvent suffire la multitude des sensations2 qui sait si un voyageur comme moi ne s'asseoira pas un jour sur de muettes ruines et ne pleurera pas solitaire sur la cendre des peuples et la mmoire de leur grandeur8 ces mots mes yeux se remplirent de larmes1 et couvrant ma tte du pan de mon manteau1 je me livrai de sombres mditations sur les choses humaines4 ,ah6 malheur l'homme1 dis-je dans ma douleur2 une aveugle fatalit se joue de sa destine6 ,une ncessit funeste rgit au hasard le sort des mortels4 ,mais non3 ce sont les dcrets d'une justice cleste qui s'accomplissent6 ,un ,dieu mystrieux exerce ses jugements incomprhensibles6 ,sans doute il a port contre cette terre un anathme secret2 en vengeance des races passes1 il a frapp de maldiction les races prsentes4 ,oh6 qui osera sonder les profondeurs de la ,divinit#ag8 ,et je demeurai immobile1 absorb dans une mlancolie profonde4 ,,chapitre ,,iii4 ,le fantme4 ,cependant un bruit frappa mon oreille2 tel que l'agitation d'une robe flottante et d'une marche pas lents sur des herbes sches et frmissantes4 ,inquiet1 je soulevai mon manteau1 et jetant de tous cts un regard furtif1 tout coup ma gauche1 dans le mlange du clair-obscur de la lune1 au travers des colonnes et des ruines d'un temple voisin1 il me sembla voir un fantme blanchtre envelopp d'une draperie immense1 tel que l'on peint les spectres sortant des tombeaux4 ,je frissonnai2 et tandis qu'mu d'effroi j'hsitais de fuir ou de m'assurer de l'objet1 les graves accents d'une voix profonde me firent entendre ce discours3 ,jusques quand l'homme importunera-t-il les cieux d'une injuste plainte8 ,jusques quand1 par de vaines clameurs1 accusera-t-il le ,,sort de ses maux8 ,ses yeux seront-ils donc toujours ferms la lumire1 et son coeur aux insinuations de la vrit et de la raison8 ,elle s'offre partout lui1 cette vrit lumineuse1 et il ne la voit point6 ,le cri de la raison frappe son oreille1 et il ne l'entend pas6 ,homme injuste6 si tu peux un instant suspendre le prestige qui fascine tes sens6 si ton coeur est capable de comprendre le langage du raisonnement1 interroge ces ruines6 ,lis les leons qu'elles te prsentent64444 ,et vous1 tmoins de vingt sicles divers1 temples saints6 tombeaux vnrables6 murs jadis glorieux1 paraissez dans la cause de la nature mme6 ,venez au tribunal d'un sain entendement dposer contre une accusation injuste6 venez confondre les dclamations d'une fausse sagesse ou d'une pit hypocrite1 et vengez la terre et les cieux de l'homme qui les calomnie6 ,quelle est-elle1 cette aveugle fatalit1 qui1 sans rgle et sans lois1 se joue du sort des mortels8 ,quelle est cette ncessit injuste qui confond l'issue des actions1 et de la prudence1 et de la folie8 ,en quoi consistent ces anathmes clestes sur ces contres8 ,o est cette maldiction divine qui perptue l'abandon de ces campagnes8 ,dites1 monuments des temps passs6 les cieux ont-ils chang leurs lois1 et la terre sa marche8 ,le soleil a-t-il teint ses feux dans l'espace8 ,les mers n'lvent-elles plus leurs nuages8 ,les pluies et les roses demeurent-elles fixes dans les airs8 ,les montagnes retiennent-elles leurs sources8 ,les ruisseaux se sont-ils taris8 et les plantes sont-elles prives de semences et de fruits8 ,rpondez1 race de mensonge et d'iniquit1 ,dieu a-t-il troubl cet ordre primitif et constant qu'il assigna lui-mme la nature8 ,le ciel a-t-il dni la terre1 et la terre ses habitants1 les biens que jadis ils leur accordrent8 ,si rien n'a chang dans la cration1 si les mmes moyens qui existrent subsistent encore1 quoi tient donc que les races prsentes ne soient ce que furent les races passes8 ,ah6 c'est faussement que vous accusez le sort et la ,divinit6 c'est tort que vous reportez ,dieu la cause de vos maux6 ,dites1 race perverse et hypocrite6 si ces lieux sont dsols1 si des cits puissantes sont rduites en solitudes1 est-ce ,dieu qui en a caus la ruine8 ,est-ce sa main qui a renvers ces murailles1 sap ces temples1 mutil ces colonnes2 ou est-ce la main de l'homme8 ,est-ce le bras de ,dieu qui a port le fer dans la ville et le feu dans la campagne1 qui a tu le peuple1 incendi les moissons1 arrach les arbres et ravag les cultures1 ou est-ce le bras de l'homme8 ,et lorsqu'aprs la dvastation des rcoltes1 la famine est survenue1 est-ce la vengeance de ,dieu qui l'a produite1 ou la fureur insense de l'homme8 ,lorsque dans la famine le peuple s'est repu d'aliments immondes1 si la peste a suivi1 est-ce la colre de ,dieu qui l'a envoye1 ou l'imprudence de l'homme8 ,lorsque la guerre1 la famine et la peste ont moissonn les habitants1 si la terre est reste dserte1 est-ce ,dieu qui l'a dpeuple8 ,est-ce son avidit qui pille le laboureur1 ravage les champs producteurs et dvaste les campagnes1 ou est-ce l'avidit de ceux qui gouvernent8 ,est-ce son orgueil qui suscite des guerres homicides1 ou l'orgueil des rois et de leurs ministres8 ,est-ce la vnalit de ses dcisions qui renverse la fortune des familles1 o la vnalit des organes des lois8 sont-ce enfin ses passions qui1 sous mille formes1 tourmentent les individus et les peuples1 ou sont-ce les passions des hommes8 ,et si1 dans l'angoisse de leurs maux1 ils n'en voient pas les remdes1 est-ce l'ignorance de ,dieu qu'il en faut inculper1 o leur ignorance8 ,cessez donc1 mortels1 d'accuser la fatalit du ,,sort ou les jugements de la ,divinit6 ,si ,dieu est bon1 sera-t-il l'auteur de votre supplice8 ,s'il est juste1 sera-t-il le complice de vos forfaits8 ,non1 non2 la bizarrerie dont l'homme se plaint n'est point la bizarrerie du destin2 l'obscurit o sa raison s'gare n'est point l'obscurit de ,dieu2 la source de ses calamits n'est point recule dans les cieux2 elle est prs de lui sur la terre3 elle n'est point cache au sein de la ,divinit2 elle rside dans l'homme mme2 il la porte dans son coeur4 ,tu murmures et tu dis3 ,comment des peuples infidles ont-ils joui des bienfaits des cieux et de la terre8 ,comment des races saintes sont-elles moins fortunes que des peuples impies8 ,homme fascin6 o est donc la contradiction qui te scandalise8 ,o est l'nigme que tu supposes la justice des cieux8 ,je remets toi-mme la balance des graces et des peines1 des causes et des effets4 ,dis3 ,quand ces infidles observaient les lois des cieux et de la terre1 quand ils rglaient d'intelligents travaux sur l'ordre des saisons et la course des astres1 ,dieu devait-il troubler l'quilibre du monde pour tromper leur prudence8 ,quand leurs mains cultivaient ces campagnes avec soins et sueurs1 devait-il dtourner les pluies1 les roses fcondantes1 et y faire crotre des pines8 ,quand1 pour fertiliser ce sol aride1 leur industrie construisait des aqueducs1 creusait des canaux1 amenait1 travers les dserts1 des eaux lointaines1 devait-il tarir les sources des montagnes8 devait-il arracher les moissons que l'art faisait natre1 dvaster les campagnes que peuplait la paix1 renverser les villes que faisait fleurir le travail1 troubler enfin l'ordre tabli par la sagesse de l'homme8 ,et quelle est cette infidlit qui fonda des empires par la prudence1 les dfendit par le courage1 les affermit par la justice2 qui leva des villes puissantes1 creusa des ports profonds1 desscha des marais pestilentiels1 couvrit la mer de vaisseaux1 la terre d'habitants1 et1 semblable l'esprit crateur1 rpandit le mouvement et la vie sur le monde8 ,si telle est l'impit1 qu'est-ce donc que la vraie croyance8 ,la saintet consiste-t-elle dtruire8 ,le ,dieu qui peuple l'air d'oiseaux1 la terre d'animaux1 les ondes1 de reptiles2 ,dieu qui anime la nature entire1 est-il donc un ,dieu de ruines et de tombeaux8 ,demande-t-il la dvastation pour hommage1 et pour sacrifice l'incendie8 ,veut-il pour hymnes des gmissements1 des homicides pour adorateurs1 pour temple un monde dsert et ravag8 ,voil cependant1 races saintes et fidles1 quels sont vos ouvrages6 voil les fruits de votre pit6 ,vous avez tu les peuples1 brl les villes1 dtruit les cultures1 rduit la terre en solitude1 et vous demandez le salaire de vos oeuvres6 ,il faudra sans doute vous produire des miracles6 ,il faudra ressusciter les laboureurs que vous gorgez1 relever les murs que vous renversez1 reproduire les moissons que vous dtruisez1 rassembler les eaux que vous dispersez1 contrarier enfin toutes les lois des cieux et de la terre2 ces lois tablies par ,dieu mme1 pour dmonstration de sa magnificence et de sa grandeur2 ces lois ternelles antrieures tous les codes1 tous les prophtes2 ces lois immuables que ne peuvent altrer1 ni les passions1 ni l'ignorance de l'homme6 ,mais la passion qui les mconnat1 l'ignorance qui n'observe point les causes1 qui ne prvoit point les effets1 ont dit dans la sottise de leur coeur3 ,tout vient du hasard1 une fatalit aveugle verse le bien et le mal sur la terre1 sans que la prudence ou le savoir puisse s'en prserver4 ,ou1 prenant un langage hypocrite1 elles ont dit3 ,tout vient de ,dieu2 il se plat tromper la sagesse et confondre la raison44444 ,et l'ignorance s'est applaudie dans sa malignit4 ,ainsi1 a-t-elle dit1 je m'galerai la science qui me blesse2 je rendrai inutile la prudence qui me fatigue et m'importune4 ,et la cupidit a ajout3 ,ainsi j'opprimerai le faible et je dvorerai les fruits de sa peine2 et je dirai3 ,c'est ,dieu qui l'a dcrt1 c'est le sort qui l'a voulu4--,mais moi1 j'en jure par les lois du ciel et de la terre1 et par celles qui rgissent le coeur humain6 l'hypocrite sera du dans sa fourberie1 l'injuste dans sa rapacit2 le soleil changera son cours avant que la sottise prvale sur la sagesse et le savoir1 et que l'aveuglement l'emporte sur la prudence1 dans l'art dlicat et profond de procurer l'homme ses vraies jouissances1 et d'asseoir sur des bases solides sa flicit4 ,,chapitre ,,iv4 ,l'exposition4 ,ainsi parla le ,fantme4 ,interdit de ce discours1 et le coeur agit de diverses penses1 je demeurai long-temps en silence4 ,enfin1 m'enhardissant prendre la parole1 je lui dis3 ,gnie des tombeaux et des ruines6 ta prsence et ta svrit ont jet mes sens dans le trouble2 mais la justesse de ton discours rend la confiance mon ame4 ,pardonne mon ignorance4 ,hlas6 si l'homme est aveugle1 ce qui fait son tourment fera-t-il encore son crime8 ,j'ai pu mconnatre la voix de la raison2 mais je ne l'ai point rejete aprs l'avoir connue4 ,ah6 si tu lis dans mon coeur1 tu sais combien il dsire la vrit1 tu sais qu'il la recherche avec passion44444 ,et n'est-ce pas sa poursuite que tu me vois en ces lieux carts8 ,hlas6 j'ai parcouru la terre2 j'ai visit les campagnes et les villes2 et voyant partout la misre et la dsolation1 le sentiment des maux qui tourmentent mes semblables a profondment afflig mon ame4 ,je me suis dit en soupirant3 ,l'homme n'est-il donc cr que pour l'angoisse et pour la douleur8 ,et j'ai appliqu mon esprit la mditation de nos maux1 pour en dcouvrir les remdes4 ,j'ai dit3 ,je me sparerai des socits corrompues2 je m'loignerai des palais o l'ame se dprave par la satit1 et des cabanes o elle s'avilit par la misre2 j'irai dans la solitude vivre parmi les ruines2 j'interrogerai les monuments anciens sur la sagesse des temps passs2 j'voquerai du sein des tombeaux l'esprit qui jadis1 dans l',asie1 fit la splendeur des tats et la gloire des peuples4 ,je demanderai la cendre des lgislateurs par quels mobiles s'lvent et s'abaissent les empires2 de quelles causes naissent la prosprit et les malheurs des nations2 sur quels principes enfin doivent s'tablir la paix des socits et le bonheur des hommes3 ,je me tus2 et1 les yeux baisss1 j'attendis la rponse du ,gnie4 ,la paix1 dit-il1 et le bonheur descendent sur celui qui pratique la justice4 jeune homme6 puisque ton coeur cherche avec droiture la vrit1 puisque tes yeux peuvent encore la reconnatre travers le bandeau des prjugs1 ta prire ne sera point vaine3 j'exposerai tes regards cette vrit que tu appelles2 j'enseignerai ta raison cette sagesse que tu rclames2 je te rvlerai la sagesse des tombeaux et la science des sicles444 ,alors s'approchant de moi et posant sa main sur ma tte3 lve-toi1 mortel1 dit-il1 et dgage tes sens de la poussire o tu rampes444 ,et soudain1 pntr d'un feu cleste1 les liens qui nous fixent ici-bas me semblrent se dissoudre2 et tel qu'une vapeur lgre1 enlev par le vol du ,gnie1 je me sentis transport dans la rgion suprieure4 ,l1 du plus haut des airs1 abaissant mes regards vers la terre1 j'aperus une scne nouvelle4 ,sous mes pieds1 nageant dans l'espace1 un globe1 semblable celui de la lune2 mais moins gros et moins lumineux1 me prsentait l'une de ses faces#ah2 et cette face avait l'aspect d'un disque sem de grandes taches1 les unes blanchtres et nbuleuses1 les autres brunes1 vertes ou gristres2 et tandis que je m'efforais de dmler ce qu'taient ces taches3 ,homme qui cherches la vrit1 me dit le ,gnie1 reconnais-tu ce spectacle8-- ,gnie6 rpondis-je1 si d'autre part je ne voyais le globe de la lune1 je prendrais celui-ci pour le sien2 car il a les apparences de cette plante vue au tlescope dans l'ombre d'une clipse3 on dirait que ces diverses taches sont des mers et des continents4 --,oui2 me dit-il1 ce sont des mers et des continents1 ceux-l mmes de l'hmisphre que tu habites444 --,quoi6 m'criai-je1 c'est l cette terre o vivent les mortels6444 --,oui1 reprit-il3 cet espace brumeux qui occupe irrgulirement une grande portion du disque1 et l'enceint presque de tous cts1 c'est l ce que vous appelez le vaste ,ocan1 qui1 du ple du sud s'avanant vers l'quateur1 forme d'abord le grand golfe de l',inde et de l',afrique1 puis se prolonge l'orient travers les les ,malaises jusqu'aux confins de la ,tartarie1 tandis qu' l'ouest il enveloppe les continents de l',afrique et de l',europe jusque dans le nord de l',asie4 ,sous nos pieds1 cette presqu'le de forme carre est l'aride contre des ,arabes2 sa gauche ce grand continent presque aussi nu dans son intrieur1 et seulement verdtre sur ses bords1 est le sol brl qu'habitent les hommes noirs#ai4 ,au nord1 par del une mer irrgulire et longuement troite#bj1 sont les campagnes de l',europe1 riche en prairies et en champs cultivs3 sa droite1 depuis la ,caspienne1 s'tendent les plaines neigeuses et nues de la ,tartarie4 ,en revenant nous1 cet espace blanchtre est le vaste et triste dsert du ,gobi1 qui spare la ,chine du reste du monde4 ,tu vois cet empire dans le terrain sillonn qui fuit nos regards sous un plan obliquement courb4 ,sur ces bords1 ces langues dchires et ces points pars sont les presqu'les1 et les les des peuples ,malais1 tristes possesseurs des parfums et des aromates4 ,ce triangle qui s'avance au loin dans la mer1 est la presqu'le trop clbre de l',inde4 ,tu vois le cours tortueux du ,gange1 les pres montagnes du ,tibet1 le vallon fortun de ,kachemire1 les dserts sals du ,persan1 les rives de l',euphrate et du ,tigre1 et le lit encaiss du ,jourdain1 et les canaux du ,nil solitaire444 -- ,gnie1 dis-je1 en l'interrompant1 la vue d'un mortel n'atteint pas ces objets dans un tel loignement444 ,aussitt1 m'ayant touch la vue1 mes yeux devinrent plus perants que ceux de l'aigle2 et cependant les fleuves ne me parurent encore que des rubans sinueux1 les montagnes1 des sillons tortueux1 et les villes que de petits compartiments semblables des cases d'checs4 ,et le ,gnie m'indiquant du doigt les objets3 ,ces monceaux1 me dit-il1 que tu aperois dans l'aride et longue valle que sillonne le ,nil1 sont les squelettes des villes opulentes dont s'enorgueillissait l'ancienne thiopie2 voil cette ,thbes aux cent palais1 mtropole premire des sciences et des arts1 berceau mystrieux de tant d'opinions qui rgissent encore les peuples leur insu4 ,plus bas1 ces blocs quadrangulaires sont les pyramides dont les masses t'ont pouvant3 au del1 le rivage troit que bornent et la mer et de raboteuses montagnes1 fut le sjour des peuples phniciens4 ,l furent les villes de ,tyr1 de ,sidon1 d',ascalon1 de ,gaze et de ,beryte4 ,ce filet d'eau sans issue est le fleuve du ,jourdain1 et ces roches arides furent jadis le thtre d'vnements qui ont rempli le monde4 ,voil ce dsert d',horeb et ce mont ,sinai1 o1 par des moyens qu'ignore le vulgaire1 un homme profond et hardi fonda des institutions qui ont influ sur l'espce entire4 ,sur la plage aride qui confine1 tu n'aperois plus de trace de splendeur1 et cependant ici fut un entrept de richesses4 ,ici taient ces ports idumens1 d'o les flottes phniciennes et juives1 ctoyant la presqu'le arab1 se rendaient dans le golfe ,persique pour y prendre les perles d',hvila1 et l'or de ,saba et d',ophir4 ,oui1 c'est l1 sur cette cte d',oman et de ,bahrain1 qu'tait le sige de ce commerce de luxe1 qui1 dans ses mouvements et ses rvolutions1 fit le destin des anciens peuples3 c'est l que venaient se rendre les aromates et les pierres prcieuses de ,ceylan1 les schals de ,kachemire1 les diamants de ,golconde1 l'ambre des ,maldives1 le musc du ,tibet1 l'alos de ,cochin1 les singes et les paons du continent de l',inde1 l'encens d',hadramat1 la myrrhe1 l'argent1 la poudre d'or et l'ivoire d',afrique3 c'est de l que prenant leur route1 tantt par la mer ,rouge1 sur les vaisseaux d'gypte et de ,syrie1 ces jouissances alimentrent successivement l'opulence de ,thbes1 de ,sidon1 de ,memphis et de ,jrusalem2 et que1 tantt remontant le ,tigre et l',euphrate1 elles suscitrent l'activit des nations assyriennes1 mdes1 kaldennes et perses2 et ces richesses1 selon l'abus et l'usage qu'elles en firent1 levrent ou renversrent tour tour leur domination4 ,voil le foyer qui suscitait la magnificence de ,perspolis1 dont tu aperois les colonnes2 d',ecbatane1 dont la septuple enceinte est dtruite2 de ,babylone qui n'a plus que des monceaux de terre fouille2 de ,ninive1 dont le nom peine subsiste2 de ,tapsaque1 d',anatho1 de ,gerra1 de cette dsole ,palmyre4 noms jamais glorieux6 champs clbres1 contres mmorables6 combien votre aspect prsente de leons profondes6 combien de vrits sublimes sont crites sur la surface de cette terre6 ,souvenirs des temps passs1 revenez ma pense6 ,lieux tmoins de la vie de l'homme en tant de divers ges1 retracez-moi les rvolutions de sa fortune6 ,dites quels en furent les mobiles et les ressorts6 ,dites quelles sources il puisa ses succs et ses disgrces6 ,dvoilez lui-mme les causes de ses maux6 ,redressez-le par la vue de ses erreurs6 ,enseignez-lui sa propre sagesse1 et que l'exprience des races passes devienne un tableau d'instruction et un germe de bonheur pour les races prsentes et futures6 ,,chapitre ,v4 ,condition de l'homme dans l'univers4 ,et aprs quelques moments de silence1 le ,gnie reprit en ces termes3 ,je te l'ai dit1 ami de la vrit6 l'homme reporte en vain ses malheurs des agents obscurs et imaginaires2 il recherche en vain ses maux des causes mystrieuses4444 ,dans l'ordre gnral de l'univers1 sans doute sa condition est assujettie des inconvnients2 sans doute son existence est domine par des puissances suprieures2 mais ces puissances ne sont1 ni les dcrets d'un destin aveugle1 ni les caprices d'tres fantastiques et bizarres3 ainsi que le monde dont il fait partie1 l'homme est rgi par des lois naturelles1 rgulires dans leur cours1 consquentes dans leurs effets1 immuables dans leur essence2 et ces lois1 source commune des biens et des maux1 ne sont point crites au loin dans les astres1 ou caches dans des codes mystrieux2 inhrentes la nature des tres terrestres1 identifies leur existence1 en tout temps1 en tout lieu1 elles sont prsentes l'homme1 elles agissent sur ses sens1 elles avertissent son intelligence1 et portent chaque action sa peine et sa rcompense4 ,que l'homme connaisse ces lois6 qu'il comprenne la nature des tres qui l'environnent1 et sa propre nature1 et il connatra les moteurs de sa destine2 il saura quelles sont les causes de ses maux et quels peuvent en tre les remdes4 ,quand la puissance secrte qui anime l'univers forma le globe que l'homme habite1 elle imprima aux tres qui le composent des proprits essentielles qui devinrent la rgle de leurs mouvements individuels1 le lien de leurs rapports rciproques1 la cause de l'harmonie de l'ensemble2 par-l1 elle tablit un ordre rgulier de causes et d'effets1 de principes et de consquences1 lequel1 sous une apparence de hasard1 gouverne l'univers et maintient l'quilibre du monde3 ainsi1 elle attribua au feu le mouvement de l'activit2 l'air1 l'lasticit2 la pesanteur et la densit la matire2 elle fit l'air plus lger que l'eau1 le mtal plus lourd que la terre1 le bois moins tenace que l'acier2 elle ordonna la flamme de monter1 la pierre de descendre1 la plante de vgter2 l'homme1 voulant l'exposer au choc de tant d'tres divers1 et cependant prserver sa vie fragile1 elle lui donna la facult de sentir4 ,par cette facult1 toute action nuisible son existence lui porta une sensation de mal et de douleur2 et toute action favorable1 une sensation de plaisir et de bien-tre4 ,par ces sensations2 l'homme1 tantt dtourn de ce qui blesse ses sens1 et tantt entran vers ce qui les flatte1 a t ncessit d'aimer et de conserver sa vie4 ,ainsi1 l'amour de soi1 le dsir du bien-tre1 l'aversion de la douleur1 ont t les lois essentielles et primordiales imposes l'homme par la ,,nature mme2 les lois que la puissance ordonnatrice quelconque a tablies pour le gouverner1 et qui1 semblables celles du mouvement dans le monde physique1 sont devenues le principe simple et fcond de tout ce qui s'est pass dans le monde moral4 ,telle est donc la condition de l'homme3 d'un ct1 soumis l'action des lments qui l'environnent1 il est assujetti plusieurs maux invitables2 et si dans cet arrt la ,,nature s'est montre svre1 d'autre part juste1 et mme indulgente1 elle a non-seulement tempr ces maux par des biens quivalents1 elle a encore donn l'homme le pouvoir d'augmenter les uns et d'allger les autres2 elle a sembl lui dire3 ,faible ouvrage de mes mains1 je ne te dois rien1 et je te donne la vie2 le monde o je te place ne fut pas fait pour toi1 et cependant je t'en accorde l'usage3 tu le trouveras ml de biens et de maux2 c'est toi de les distinguer1 c'est toi de guider tes pas dans des sentiers de fleurs et d'pines4 ,sois l'arbitre de ton sort2 je te remets ta destine4--,oui1 l'homme est devenu l'artisan de sa destine2 lui-mme a cr tour tour les revers ou les succs de sa fortune2 et si1 la vue de tant de douleurs dont il a tourment sa vie1 il a eu lieu de gmir de sa faiblesse ou de son imprudence1 en considrant de quels principes il est parti et quelle hauteur il a su s'lever1 peut-tre a-t-il plus droit encore de prsumer de sa force et de s'enorgueillir de son gnie4 ,,chapitre ,,vi4 tat originel de l'homme4 ,dans1 l'origine1 l'homme form nu de corps et d'esprit2 se trouva jet au hasard sur la terre confuse et sauvage3 orphelin dlaiss de la puissance inconnue qui l'avait produit1 il ne vit point ses cts des tres descendus des cieux pour l'avertir de besoins qu'il ne doit qu' ses sens1 pour l'instruire de devoirs qui naissent uniquement de ses besoins4 ,semblable aux autres animaux1 sans exprience du pass1 sans prvoyance de l'avenir1 il erra au sein des forts1 guid seulement et gouvern par les affections de sa nature2 par la douleur de la faim1 il fut conduit aux aliments1 et il pourvut sa subsistance2 par les intempries de l'air1 il dsira de couvrir son corps1 et il se fit des vtements2 par l'attrait d'un plaisir puissant1 il s'approcha d'un tre semblable lui1 et il perptua son espce444444 ,ainsi1 les impressions qu'il reut de chaque objet1 veillant ses facults1 dvelopprent par degrs son entendement1 et commencrent d'instruire sa profonde ignorance2 ses besoins suscitrent son industrie1 ses prils formrent son courage2 il apprit distinguer les plantes utiles des nuisibles1 combattre les lments1 saisir une proie1 dfendre sa vie1 et il allgea sa misre4 ,ainsi1 l'amour de soi1 l'aversion de la douleur1 le dsir du bien-tre1 furent les mobiles simples et puissants qui retirrent l'homme de l'tat sauvage et barbare o la ,,nature l'avait plac2 et lorsque maintenant sa vie est seme de jouissances1 lorsqu'il peut compter chacun de ses jours par quelques douceurs1 il a le droit de s'applaudir et de se dire3 ,c'est moi qui ai produit les biens qui m'environnent1 c'est moi qui suis l'artisan de mon bonheur3 habitation sre1 vtements commodes1 aliments abondants et sains1 campagnes riantes1 coteaux fertiles1 empires peupls1 tout est mon ouvrage2 sans moi1 cette terre livre au dsordre ne serait qu'un marais immonde1 qu'une fort sauvage1 qu'un dsert hideux4 ,oui1 homme crateur1 reois mon hommage6 ,tu as mesur l'tendue des cieux1 calcul la masse des astres1 saisi l'clair dans les nuages1 dompt la mer et les orages1 asservi tous les lments3 ah6 comment tant d'lans sublimes se sont-ils mlangs de tant d'garements8 ,,chapitre ,,vii4 ,principe des socits4 ,cependant1 errants dans les bois et aux bords des fleuves1 la poursuite des fauves et des poissons1 les premiers humains1 chasseurs et pcheurs1 entours de dangers1 assaillis d'ennemis1 tourments par la faim1 par les reptiles1 par les btes froces1 sentirent leur faiblesse individuelle2 et1 mus d'un besoin commun de sret et d'un sentiment rciproque de mmes maux1 ils unirent leurs moyens et leurs forces2 et quand l'un encourut un pril1 plusieurs l'aidrent et le secoururent2 quand l'un manqua de subsistance1 un autre le partagea de sa proie3 ainsi les hommes s'associrent pour assurer leur existence1 pour accrotre leurs facults1 pour protger leurs jouissances2 et l'amour de soi devint le principe de la socit4 ,instruits ensuite par l'preuve rpte d'accidents divers1 par les fatigues d'une vie vagabonde1 par les soucis de disettes frquentes1 les hommes raisonnrent en eux-mmes1 et se dirent3 ,pourquoi consumer nos jours chercher des fruits pars sur un sol avare8 ,pourquoi nous puiser poursuivre des proies qui nous chappent dans l'onde et les bois8 ,que ne rassemblons-nous sous notre main les animaux qui nous sustentent8 ,que n'appliquons-nous nos soins les multiplier et les dfendre8 ,nous nous alimenterons de leurs produits1 nous nous vtirons de leurs dpouilles1 et nous vivrons exempts des fatigues du jour et des soucis du lendemain4 ,et les hommes1 s'aidant l'un et l'autre1 saisirent le chevreau lger1 la brebis timide2 ils captivrent le chameau patient1 le taureau farouche1 le cheval imptueux2 et1 s'applaudissant de leur industrie1 ils s'assirent dans la joie de leur ame1 et commencrent de goter le repos et l'aisance2 et l'amour de soi1 principe de tout raisonnement1 devint le moteur de tout art et de toute jouissance4 ,alors que les hommes purent couler des jours dans de longs loisirs et dans la communication de leurs penses1 ils portrent sur la terre1 sur les cieux1 et sur leur propre existence1 des regards de curiosit et de rflexion2 ils remarqurent le cours des saisons1 l'action des lments1 les proprits des fruits et des plantes1 et ils appliqurent leur esprit multiplier leurs jouissances4 ,et dans quelques contres1 ayant observ que certaines semences contenaient sous un petit volume une substance saine1 propre se transporter et se conserver1 ils imitrent le procd de la nature2 ils confirent la terre le riz1 l'orge et le bl1 qui fructifirent au gr de leur esprance1 et ayant trouv le moyen d'obtenir1 dans un petit espace1 et sans dplacement1 beaucoup de subsistances et de longues provisions1 ils se firent des demeures sdentaires2 ils construisirent des maisons1 des hameaux1 des villes1 formrent des peuples1 des nations2 et l'amour de soi produisit tous les dveloppements du gnie et de la puissance4 ,ainsi1 par l'unique secours de ses facults1 l'homme a su lui-mme s'lever l'tonnante hauteur de sa fortune prsente4 ,trop heureux si1 observateur scrupuleux de la loi imprime son tre1 il en et fidlement rempli l'unique et vritable objet6 ,mais1 par une imprudence fatale1 ayant tantt mconnu1 tantt transgress sa limite1 il s'est lanc dans un ddale d'erreurs et d'infortunes2 et l'amour de soi1 tantt drgl et tantt aveugle1 est devenu un principe fcond de calamits4 ,,chapitre ,,viii4 ,source des maux des socits4 ,en effet1 peine les hommes purent-ils dvelopper leurs facults1 que1 saisis de l'attrait des objets qui flattant les sens1 ils se livrrent des dsirs effrns4 ,il ne leur suffit plus de la mesure des sensations douces que la ,,nature avait attaches leurs vrais besoins pour les lier leur existence3 non contents des biens que leur offrait la terre1 ou que produisait leur industrie1 ils voulurent entasser les jouissances1 et convoitrent celles que possdaient leurs semblables2 et un homme fort s'leva contre un homme faible1 pour lui ravir les fruits de ses peines2 et le faible invoqua un autre faible1 pour rsister la violence2 et deux forts se dirent3 ,pourquoi fatiguer nos bras produire des jouissances qui se trouvent dans les mains des faibles8 ,unissons-nous1 et dpouillons-les2 ils fatigueront pour nous1 et nous jouirons sans peine4 ,et les forts s'tant associs pour l'oppression1 les faibles pour la rsistance1 les hommes se tourmentrent rciproquement2 et il s'tablit sur la terre une discorde gnrale et funeste1 dans laquelle les passions1 se produisant sous mille formes nouvelles1 n'ont cess de former un enchanement successif de calamits4 ,ainsi1 ce mme amour de soi qui1 modr et prudent1 tait un principe de bonheur et de perfection1 devenu aveugle et dsordonn1 se transforma en un poison corrupteur2 et la cupidit1 fille et compagne de l'ignorance1 s'est rendue la cause de tous les maux qui ont dsol la terre4 ,oui1 l',,ignorance ,,et ,,la ,,cupidit6 voil la double source de tous les tourments de la vie de l'homme6 ,c'est par elles que1 se faisant de fausses ides de bonheur1 il a mconnu ou enfreint les lois de la nature1 dans les rapports de lui-mme aux objets extrieurs1 et que1 nuisant son existence1 il a viol la morale individuelle2 c'est par elles que1 fermant son coeur la compassion et son esprit l'quit1 il a vex1 afflig son semblable1 et viol la morale sociale4 ,par l'ignorance et la cupidit1 l'homme s'est arm contre l'homme1 la famille contre la famille1 la tribu contre la tribu1 et la terre est devenue un thtre sanglant de discorde et de brigandage3 par l'ignorance et la cupidit1 une guerre secrte1 fermentant au sein de chaque tat1 a divis le citoyen du citoyen2 et une mme socit s'est partage en oppresseurs et en opprims1 en matres et en esclaves3 par elles1 tantt insolents et audacieux1 les chefs d'une nation ont tir ses fers de son propre sein1 et l'avidit mercenaire a fond le despotisme politique2 tantt hypocrites et russ1 ils ont fait descendre du ciel des pouvoirs menteurs1 un joug sacrilge2 et la cupidit crdule a fond le despotisme religieux3 par elles enfin se sont dnatures les ides du bien et du mal1 du juste et de l'injuste1 du vice et de la vertu2 et les nations se sont gares dans un labyrinthe d'erreurs et de calamits4444 ,la cupidit de l'homme et son ignorance6444 voil les gnies malfaisants qui ont perdu la terre6 voil les dcrets du sort qui ont renvers les empires6 voil les anathmes clestes qui ont frapp ces murs jadis glorieux1 et converti la splendeur d'une ville populeuse en une solitude de deuil et de ruines6444 ,mais puisque ce fut du sein de l'homme que sortirent tous les maux qui l'ont dchir1 ce fut aussi l qu'il en dut trouver les remdes1 et c'est l qu'il faut les chercher4 ,,chapitre ,,ix4 ,origine des gouvernements et des lois4 ,en effet1 il arriva bientt que les hommes1 fatigus des maux qu'ils se causaient rciproquement1 soupirrent aprs la paix2 et1 rflchissant sur les causes de leurs infortunes1 ils se dirent3 ,nous nous nuisons mutuellement par nos passions1 et pour vouloir chacun tout envahir1 il rsulte que nul ne possde2 ce que l'un ravit aujourd'hui1 on le lui enlve demain1 et notre cupidit retombe sur nous-mmes4 tablissons-nous des arbitres1 qui jugent nos prtentions et pacifient nos discordes4 ,quand le fort s'lvera contre le faible1 l'arbitre le rprimera1 et il disposera de nos bras pour contenir la violence2 et la vie et les proprits de chacun de nous seront sous la garantie et la protection communes1 et nous jouirons tous des biens de la nature4 ,et1 au sein des socits1 il se forma des conventions1 tantt expresses et tantt tacites1 qui devinrent la rgle des actions des particuliers1 la mesure de leurs droits1 la loi de leurs rapports rciproques2 et quelques hommes furent prposs pour les faire observer1 et le peuple leur confia la balance pour peser les droits1 et l'pe pour punir les transgressions4 ,alors s'tablit entre les individus un heureux quilibre de forces et d'action1 qui fit la sret commune4 ,le nom de l'quit et de la justice fut reconnu et rvr sur la terre2 chaque homme pouvant jouir en paix des fruits de son travail1 se livra tout entier aux mouvements de son ame2 et l'activit1 suscite et entretenue par la ralit ou par l'espoir des jouissances1 fit clore toutes les richesses de l'art et de la nature2 les champs se couvrirent de moissons1 les vallons de troupeaux1 les coteaux de fruits1 la mer de vaisseaux1 et l'homme fut heureux et puissant sur la terre4 ,ainsi le dsordre que son imprudence avait produit1 sa propre sagesse le rpara2 et cette sagesse en lui fut encore l'effet des lois de la nature dans l'organisation de son tre4 ,ce fut pour assurer ses jouissances qu'il respecta celles d'autrui2 et la cupidit trouva son correctif dans l'amour clair de soi-mme4 ,ainsi l'amour de soi1 mobile ternel de tout individu1 est devenu la base ncessaire de toute association2 et c'est de l'observation de cette loi naturelle qu'a dpendu le sort de toutes les nations4 ,les lois factices et conventionnelles ont-elles tendu vers son but et rempli ses indications1 chaque homme1 m d'un instinct puissant1 a dploy toutes les facults de son tre2 et de la multitude des flicits particulires s'est compose la flicit publique4 ,ces lois1 au contraire1 ont-elles gn l'essor de l'homme vers son bonheur1 son coeur1 priv de ses vrais mobiles1 a langui dans l'inaction1 et l'accablement des individus a fait la faiblesse publique4 ,or1 comme l'amour de soi1 imptueux et imprvoyant1 porte sans cesse l'homme contre son semblable1 et tend par consquent dissoudre la socit1 l'art des lois et la vertu de leurs agents ont t de temprer le conflit des cupidits1 de maintenir l'quilibre entre les forces1 d'assurer chacun son bien-tre1 afin que1 dans le choc de socit socit1 tous les membres portassent un mme intrt la conservation et la dfense de la chose publique4 ,la splendeur et la prosprit des empires ont donc eu l'intrieur1 pour cause efficace1 l'quit des gouvernements et des lois2 et leur puissance respective a eu pour mesure1 l'extrieur1 le nombre des intresss1 et le degr d'intrt la chose publique4 ,d'autre part1 la multiplication des hommes1 en compliquant leurs rapports1 ayant rendu la dmarcation de leurs droits difficile2 le jeu perptuel des passions ayant suscit des incidents non prvus2 les conventions ayant t vicieuses1 insuffisantes ou nulles2 enfin les auteurs des lois en ayant tantt mconnu et tantt dissimul le but2 et leurs ministres1 au lieu de contenir la cupidit d'autrui1 s'tant livrs la leur propre2 toutes ces causes ont jet dans les socits le trouble et le dsordre2 et le vice des lois et l'injustice des gouvernements1 drivs de la cupidit et de l'ignorance1 sont devenus les mobiles des malheurs des peuples et de la subversion des tats4 ,,chapitre ,x4 ,causes gnrales de la prosprit des anciens tats4 jeune homme qui demande la sagesse1 voil quelles ont t les causes des rvolutions de ces anciens tats dont tu contemples les ruines6 ,sur quelque lieu que s'arrte ma vue1 quelque temps que se porte ma pense1 partout s'offrent mon esprit les mmes principes d'accroissement ou de destruction1 d'lvation ou de dcadence4 ,partout1 si un peuple est puissant1 si un empire prospre1 c'est que les lois de convention y sont conformes aux lois de la nature2 c'est que le gouvernement y procure aux hommes l'usage respectivement libre de leurs facults1 la sret gale de leurs personnes et de leurs proprits4 ,si1 au contraire1 un empire tombe en ruines ou se dissout1 c'est que les lois sont vicieuses ou imparfaites1 ou que le gouvernement corrompu les enfreint4 ,et si les lois et les gouvernements1 d'abord sages et justes1 ensuite se dpravent1 c'est que l'alternative du bien et du mal tient la nature du coeur de l'homme1 la succession de ses penchants1 au progrs de ses connaissances1 la combinaison des circonstances et des vnements1 comme le prouve l'histoire de l'espce4 ,dans l'enfance des nations1 quand les hommes vivaient encore dans les forts1 soumis tous aux mmes besoins1 dous tous des mmes facults1 ils taient tous presque gaux en forces2 et cette galit fut une circonstance fconde et avantageuse dans la composition des socits3 par elle1 chaque individu se trouvant indpendant de tout autre1 nul ne fut l'esclave d'autrui1 nul n'avait l'ide d'tre matre4 ,l'homme novice ne connaissait ni servitude ni tyrannie2 muni de moyens suffisants son tre1 il n'imaginait pas d'en emprunter d'trangers4 ,ne devant rien1 n'exigeant rien1 il jugeait des droits d'autrui par les siens1 et il se faisait des ides exactes de justice3 ignorant d'ailleurs l'art des jouissances1 il ne savait produire que le ncessaire2 et faute de superflu1 la cupidit restait assoupie3 que si elle osait s'veiller1 l'homme1 attaqu dans ses vrais besoins1 lui rsistait avec nergie1 et la seule opinion de cette rsistance entretenait un heureux quilibre4 ,ainsi1 l'galit originelle1 dfaut de convention1 maintenait la libert des personnes1 la sret des proprits1 et produisait les bonnes moeurs et l'ordre4 ,chacun travaillait par soi et pour soi2 et le coeur de l'homme1 occup1 n'errait point en dsirs coupables4 ,l'homme avait peu de jouissances1 mais ses besoins taient satisfaits2 et comme la nature indulgente les fit moins tendus que ses forces1 le travail de ses mains produisit bientt l'abondance2 l'abondance1 la population3 les arts se dvelopprent1 les cultures s'tendirent1 et la terre1 couverte de nombreux habitants1 se partagea en divers domaines4 ,alors que les rapports des hommes se furent compliqus1 l'ordre intrieur des socits devint plus difficile maintenir4 ,le temps et l'industrie ayant fait natre les richesses1 la cupidit devint plus active2 et parce que l'galit1 facile entre les individus1 ne put subsister entre les familles1 l'quilibre naturel fut rompu3 il fallut y suppler par un quilibre factice2 il fallut prposer des chefs1 tablir des lois1 et1 dans l'inexprience primitive1 il dut arriver qu'occasiones par la cupidit1 elles en prirent le caractre2 mais diverses circonstances concoururent temprer le dsordre1 et faire aux gouvernements une ncessit d'tre justes4 ,en effet1 les tats1 d'abord faibles1 ayant redouter des ennemis extrieurs1 il devint important aux chefs de ne pas opprimer les sujets3 en diminuant l'intrt des citoyens leurs gouvernement1 ils eussent diminu leurs moyens de rsistance1 ils eussent facilit les invasions trangres1 et1 pour des jouissances superflues1 compromis leur propre existence4 l'intrieur1 le caractre des peuples repoussait la tyrannie4 ,les hommes avaient contract de trop longues habitudes d'indpendance2 ils avaient trop peu de besoins et un sentiment trop prsent de leurs propres forces4 ,les tats tant resserrs1 il tait difficile de diviser les citoyens pour les opprimer les uns par les autres3 ils se communiquaient trop aisment1 et leurs intrts taient trop clairs et trop simples4 ,d'ailleurs1 tout homme tant propritaire et cultivateur1 nul n'avait besoin de se vendre1 et le despote n'et point trouv de mercenaires4 ,si donc il s'levait des dissensions1 c'tait de famille famille1 de faction faction1 et les intrts taient toujours communs un grand nombre2 les troubles en taient sans doute plus vifs1 mais la crainte des trangers apaisait les discordes3 si l'oppression d'un parti s'tablissait1 la terre tant ouverte1 et les hommes1 encore simples1 rencontrant partout les mmes avantages1 le parti accabl migrait1 et portait ailleurs son indpendance4 ,les anciens tats jouissaient donc en eux-mmes de moyens nombreux de prosprit et de puissance3 de ce que chaque homme trouvait son bien-tre dans la constitution de son pays1 il prenait un vif intrt sa conservation2 si un tranger l'attaquait1 ayant dfendre son champ1 sa maison1 il portait aux combats la passion d'une cause personnelle1 et le dvouement pour soi-mme occasionait le dvouement pour la patrie4 ,de ce que toute action utile au public attirait son estime et sa reconnaissance1 chacun s'empressait d'tre utile1 et l'amour-propre multipliait les talents et les vertus civiles4 ,de ce que tout citoyen contribuait galement de ses biens et de sa personne1 les armes et les fonds taient inpuisables1 et les nations dployaient des masses imposantes de forces4 ,de ce que la terre tait libre et sa possession sre et facile1 chacun tait propritaire2 et la division des proprits conservait les moeurs en rendant le luxe impossible4 ,de ce que chacun cultivait pour lui-mme1 la culture tait plus active1 les denres plus abondantes1 et la richesse particulire faisait l'opulence publique4 ,de ce que l'abondance des denres rendait la subsistance facile1 la population fut rapide et nombreuse1 et les tats atteignirent en peu de temps le terme de leur plnitude4 ,de ce qu'il y eut plus de production que de consommation1 le besoin du commerce naquit1 et il se fit1 de peuple peuple1 des changes qui augmentrent leur activit et leurs jouissances rciproques4 ,enfin1 de ce que certains lieux1 certaines poques1 runirent l'avantage d'tre bien gouverns celui d'tre placs sur la route de la plus active circulation1 ils devinrent des entrepts florissants de commerce et des siges puissants de domination4 ,et sur les rives du ,nil et de la ,mditerrane1 du ,tigre et de l',euphrate1 les richesses de l',inde et de l',europe1 entasses1 levrent successivement la splendeur de cent mtropoles4 ,et les peuples1 devenus riches1 appliqurent le superflu de leurs moyens des travaux d'utilit commune et publique2 et ce fut l1 dans chaque tat1 l'poque de ces ouvrages dont la magnificence tonne l'esprit2 de ces puits de ,tyr1 de ces digues de l',euphrate1 de ces conduits souterrains de la ,mdie#ba1 de ces forteresses du dsert1 de ces aqueducs de ,palmyre1 de ces temples1 de ces portiques4444 ,et ces travaux purent tre immenses sans accabler les nations1 parce qu'ils furent le produit d'un concours gal et commun des forces d'individus passionns et libres4 ,ainsi1 les anciens tats prosprrent1 parce que les institutions sociales y furent conformes aux vritables lois de la nature1 et parce que les hommes1 y jouissant de la libert et de la sret de leurs personnes et de leurs proprits1 purent dployer toute l'tendue de leurs facults1 toute l'nergie de l'amour de soi-mme4 ,,chapitre ,,xi4 ,causes gnrales des rvolutions et de la ruine des anciens tats4 ,cependant la cupidit avait suscit entre les hommes une lutte constante et universelle qui1 portant sans cesse les individus et les socits des invasions rciproques1 occasiona des rvolutions successives et une agitation renaissante4 ,et d'abord1 dans l'tat sauvage et barbare des premiers humains1 cette cupidit audacieuse et froce enseigna la rapine1 la violence1 le meurtre2 et long-temps1 les progrs de la civilisation en furent ralentis4 ,lorsqu'ensuite les socits commencrent de se former1 l'effet des mauvaises habitudes passant dans les lois et les gouvernements1 il en corrompit les institutions et le but2 et il s'tablit des droits arbitraires et factices1 qui dpravrent les ides de justice et la moralit des peuples4 ,ainsi1 parce qu'un homme fut plus fort qu'un autre1 cette ingalit1 accident de la nature1 fut prise pour sa loi2 et parce que le fort put ravir au faible la vie1 et qu'il la lui conserva1 il s'arrogea sur sa personne un droit de proprit abusif1 et l'esclavage des individus prpara l'esclavage des nations4 ,parce que le chef de famille put exercer une autorit absolue dans sa maison1 il ne prit pour rgle de sa conduite que ses gots et ses affections3 il donna ou ta ses biens sans galit1 sans justice2 et le despotisme paternel jeta les fondements du despotisme politique4 ,et dans les socits formes sur ces bases1 le temps et le travail ayant dvelopp les richesses1 la cupidit1 gne par les lois1 devint plus artificieuse sans tre moins active4 ,sous des apparences d'union et de paix civile1 elle fomenta1 au sein de chaque tat1 une guerre intestine1 dans laquelle les citoyens1 diviss en corps opposs de professions1 de classes1 de familles1 tendirent ternellement s'approprier1 sous le nom de pouvoir suprme1 la facult de tout dpouiller et de tout asservir au gr de leurs passions2 et c'est cet esprit d'invasion qui1 dguis sous toutes les formes1 mais toujours le mme dans son but et dans ses mobiles1 n'a cess de tourmenter les nations4 ,tantt1 s'opposant au pacte social1 ou rompant celui qui dja existait1 il livra les habitants d'un pays au choc tumultueux de toutes leurs discordes2 et les tats dissous furent1 sous le nom d'anarchie1 tourments par les passions de tous leurs membres4 ,tantt1 un peuple jaloux de sa libert1 ayant prpos des agents pour administrer1 ces agents s'approprirent les pouvoirs dont ils n'taient que les gardiens3 ils employrent les fonds publics corrompre les lections1 s'attacher des partisans1 diviser le peuple en lui-mme4 ,par ces moyens1 de temporaires qu'ils taient1 ils se rendirent perptuels2 puis d'lectifs1 hrditaires2 et l'tat1 agit par les brigues des ambitieux1 par les largesses des riches factieux1 par la vnalit des pauvres oiseux1 par l'empirisme des orateurs1 par l'audace des hommes pervers1 par la faiblesse des hommes vertueux1 fut travaill de tous les inconvnients de la dmocratie4 ,dans un pays1 les chefs gaux en force1 se redoutant mutuellement1 firent des pactes impies1 des associations sclrates2 et se partageant les pouvoirs1 les rangs1 les honneurs1 ils s'attriburent des privilges1 des immunits2 s'rigrent en corps spars1 en classes distinctes2 s'asservirent en commun le peuple2 et1 sous le nom d'aristocratie1 l'tat fut tourment par les passions des grands et des riches4 ,dans un autre pays1 tendant au mme but par d'autres moyens1 des imposteurs sacrs abusrent de la crdulit des hommes ignorants4 ,dans l'ombre des temples1 et derrire les voiles des autels1 ils firent agir et parler les dieux1 rendirent des oracles1 montrrent des prodiges1 ordonnrent des sacrifices1 imposrent des offrandes1 prescrivirent des fondations2 et1 sous le nom de thocratie et de religion1 les tats furent tourments par les passions des prtres4 ,quelquefois1 lasse de ses dsordres ou de ses tyrans1 une nation1 pour diminuer les sources de ses maux1 se donna un seul matre2 et alors1 si elle limita les pouvoirs du prince1 il n'eut d'autre dsir que de les tendre2 et si elle les laissa indfinis1 il abusa du dpt qui lui tait confi2 et1 sous le nom de monarchie1 les tats furent tourments par les passions des rois et des princes4 ,alors des factieux1 profitant du mcontentement des esprits1 flattrent le peuple de l'espoir d'un meilleur matre2 ils rpandirent les dons1 les promesses1 renversrent le despote pour s'y substituer1 et leurs disputes pour la succession ou pour le partage1 tourmentrent les tats des dsordres et des dvastations des guerres civiles4 ,enfin1 parmi ces rivaux1 un individu plus habile ou plus heureux1 prenant l'ascendant1 concentra en lui toute la puissance3 par un phnomne bizarre1 un seul homme matrisa des millions de ses semblables contre leur gr ou sans leur aveu1 et l'art de la tyrannie naquit encore de la cupidit4 ,en effet1 observant l'esprit d'gosme qui sans cesse divise tous les hommes1 l'ambitieux le fomenta adroitement2 il flatta la vanit de l'un1 aiguisa la jalousie de l'autre1 caressa l'avarice de celui-ci1 enflamma le ressentiment de celui-l1 irrita les passions de tous2 opposant les intrts ou les prjugs1 il sema les divisions et les haines1 promit au pauvre la dpouille du riche1 au riche l'asservissement du pauvre1 menaa un homme par un homme1 une classe par une classe2 et isolant tous les citoyens par la dfiance1 il fit sa force de leur faiblesse1 et leur imposa un joug d'opinion1 dont ils se serrrent mutuellement les noeuds4 ,par l'arme1 il s'empara des contributions2 par les contributions1 il disposa de l'arme2 par le jeu correspondant des richesses et des places1 il enchana tout un peuple d'un lien insoluble1 et les tats tombrent dans la consomption lente du despotisme4 ,ainsi1 un mme mobile1 variant son action sous toutes les formes1 attaqua sans cesse la consistance des tats1 et un cercle ternel de vicissitudes naquit d'un cercle ternel de passions4 ,et cet esprit constant d'gosme et d'usurpation engendra deux effets principaux galement funestes3 l'un1 que divisant sans cesse les socits dans toutes leurs fractions1 il en opra la faiblesse et en facilita la dissolution2 l'autre1 que tendant toujours concentrer le pouvoir en une seule main1 il occasiona un engloutissement successif de socits et d'tats1 fatal leur paix et leur existence commune4 ,en effet1 de mme que dans un tat1 un parti avait absorb la nation1 puis une famille le parti1 un individu la famille2 de mme il s'tablit d'tat tat un mouvement d'absorption1 qui dploya en grand1 dans l'ordre politique1 tous les maux particuliers de l'ordre civil4 ,et une cit ayant subjugu une cit1 elle se l'asservit1 et en composa une province2 et deux provinces s'tant englouties1 il s'en forma un royaume3 enfin1 deux royaumes s'tant conquis1 l'on vit natre des empires d'une tendue gigantesque2 et dans cette agglomration1 loin que la force interne des tats s'accrt en raison de leur masse1 il arriva1 au contraire1 qu'elle fut diminue2 et1 loin que la condition des peuples ft rendue plus heureuse1 elle devint de jour en jour plus fcheuse et plus misrable1 par des raisons sans cesse drives de la nature des choses4444 ,par la raison qu' mesure que les tats acquirent plus d'tendue1 leur administration devenant plus pineuse et plus complique1 il fallut1 pour remuer ces masses1 donner plus d'nergie au pouvoir1 et il n'y eut plus de proportion entre les devoirs des souverains et leurs facults2 ,par la raison que les despotes1 sentant leur faiblesse1 redoutrent tout ce qui dveloppait la force des nations1 et qu'ils firent leur tude de l'attnuer2 ,par la raison que les nations1 divises par des prjugs d'ignorance et des haines froces1 secondrent la perversit des gouvernements2 et que1 se servant rciproquement de satellites1 elles aggravrent leur esclavage2 ,par la raison que la balance s'tant rompue entre les tats1 les plus forts accablrent plus facilement les faibles2 ,enfin1 par la raison qu' mesure que les tats se concentrrent1 les peuples1 dpouills de leurs lois1 de leurs usages et des gouvernements qui leur taient propres1 perdirent l'esprit de personnalit qui causait leur nergie4 ,et les despotes1 considrant les empires comme des domaines1 et les peuples comme des proprits1 se livrrent aux dprdations et aux drglements de l'autorit la plus arbitraire4 ,et toutes les forces et les richesses des nations furent dtournes des dpenses particulires1 des fantaisies personnelles2 et les rois1 dans les ennuis de leur satit1 se livrrent tous les gots factices et dpravs3 il leur fallut des jardins suspendus sur des votes1 des fleuves levs sur des montagnes2 ils changrent des campagnes fertiles en parcs pour des fauves1 creusrent des lacs dans les terrains secs1 levrent des rochers dans les lacs1 firent construire des palais de marbre et de porphyre1 voulurent des ameublements d'or et de diamants4 ,sous prtexte de religion1 leur orgueil fonda des temples1 dota des prtres oiseux1 btit1 pour de vains squelettes1 d'extravagants tombeaux1 mausoles et pyramides4 ,pendant des rgnes entiers1 on vit des millions de bras employs des travaux striles3 et le luxe des princes1 imit par leurs parasites et transmis de grade en grade jusqu'aux derniers rangs1 devint une source gnrale de corruption et d'appauvrissement4 ,et1 dans la soif insatiable des jouissances1 les tributs ordinaires ne suffisant plus1 ils furent augments2 et le cultivateur1 voyant accrotre sa peine sans indemnit1 perdit le courage2 et le commerant1 se voyant dpouill1 se dgota de son industrie2 et la multitude1 condamne demeurer pauvre1 restreignit son travail au seul ncessaire1 et toute activit productive fut anantie4 ,la surcharge rendant la possession des terres onreuse1 l'humble propritaire abandonna son champ1 ou le vendit l'homme puissant2 et les fortunes se concentrrent en un moindre nombre de mains4 ,et toutes les lois et les institutions favorisant cette accumulation1 les nations se partagrent entre un groupe d'oisifs opulents et une multitude pauvre de mercenaires4 ,le peuple indigent s'avilit1 les grands rassasis se dpravrent2 et le nombre des intresss la conservation de l'tat dcroissant1 sa force et son existence devinrent d'autant plus prcaires4 ,d'autre part1 nul objet n'tant offert l'mulation1 nul encouragement l'instruction1 les esprits tombrent dans une ignorance profonde4 ,et l'administration tant secrte et mystrieuse1 il n'exista aucun moyen de rforme ni d'amlioration2 les chefs ne rgissant que par la violence et la fraude1 les peuples ne virent plus en eux qu'une faction d'ennemis publics1 et il n'y eut plus aucune harmonie entre les gouverns et les gouvernants4 ,et tous ces vices ayant nerv les tats de l',asie opulente1 il arriva que les peuples vagabonds et pauvres des dserts et des monts adjacents convoitrent les jouissances des plaines fertiles2 et1 par une cupidit commune1 ayant attaqu les empires polics1 ils renversrent les trnes des despotes2 et ces rvolutions furent rapides et faciles1 parce que la politique des tyrans avait amolli les sujets1 ras les forteresses1 dtruit les guerriers2 et parce que les sujets accabls restaient sans intrt personnel1 et les soldats mercenaires sans courage4 ,et des hordes barbares ayant rduit des nations entires l'tat d'esclavage1 il arriva que les empires forms d'un peuple conqurant et d'un peuple conquis1 runirent en leur sein deux classes essentiellement opposes et ennemies4 ,tous les principes de la socit furent dissous3 il n'y eut plus ni intrt commun1 ni esprit public2 et il s'tablit une distinction de castes et de races1 qui rduisit en systme rgulier le maintien du dsordre2 et selon que l'on naquit d'un certain sang1 l'on naquit serf ou tyran1 meuble ou propritaire4 ,et les oppresseurs tant moins nombreux que les opprims1 il fallut1 pour soutenir ce faux quilibre1 perfectionner la science de l'oppression4 ,l'art de gouverner ne fut plus que celui d'assujettir au plus petit nombre le plus grand4 ,pour obtenir une obissance si contraire l'instinct1 il fallut tablir des peines plus svres2 et la cruaut des lois rendit les moeurs atroces4 ,et la distinction des personnes tablissant dans l'tat deux codes1 deux justices1 deux droits2 le peuple1 plac entre le penchant de son coeur et le serment de sa bouche1 eut deux consciences contradictoires1 et les ides du juste et de l'injuste n'eurent plus de base dans son entendement4 ,sous un tel rgime1 les peuples tombrent dans le dsespoir et l'accablement4 ,et les accidents de la nature s'tant joints aux maux qui les assaillaient1 perdus de tant de calamits1 ils en reportrent les causes des puissances suprieures et caches2 et parce qu'ils avaient des tyrans sur la terre1 ils en supposrent dans les cieux2 et la superstition aggrava les malheurs des nations4 ,et il naquit des doctrines funestes1 des systmes de religion atrabilaires et misanthropiques1 qui peignirent les dieux mchants et envieux comme les despotes4 ,et pour les apaiser1 l'homme leur offrit le sacrifice de toutes ses jouissances3 il s'environna de privations1 et renversa les lois de la nature4 ,prenant ses plaisirs pour des crimes1 ses souffrances pour des expiations1 il voulut aimer la douleur1 abjurer l'amour de soi-mme2 il perscuta ses sens1 dtesta sa vie2 et une morale abngative et antisociale plongea les nations dans l'inertie de la mort4 ,mais parce que la nature prvoyante avait dou le coeur de l'homme d'un espoir inpuisable1 voyant le bonheur tromper ses dsirs sur cette terre1 il le poursuivit dans un autre monde3 par une douce illusion1 il se fit une autre patrie1 un asile o1 loin des tyrans1 il reprt les droits de son tre2 de l rsulta un nouveau dsordre3 pris d'un monde imaginaire1 l'homme mprisa celui de la nature2 pour des esprances chimriques1 il ngligea la ralit4 ,sa vie ne fut plus ses yeux qu'un voyage fatigant1 qu'un songe pnible2 son corps qu'une prison1 obstacle sa flicit2 et la terre un lieu d'exil et de plerinage1 qu'il ne daigna plus cultiver4 ,alors une oisivet sacre s'tablit dans le monde politique2 les campagnes se dsertrent2 les friches se multiplirent1 les empires se dpeuplrent1 les monuments furent ngligs2 et de toutes parts l'ignorance1 la superstition1 le fanatisme1 joignant leurs effets1 multiplirent les dvastations et les ruines4 ,ainsi1 agits par leurs propres passions1 les hommes en masse ou en individus1 toujours avides et imprvoyants1 passant de l'esclavage la tyrannie1 de l'orgueil l'avilissement1 de la prsomption au dcouragement1 ont eux-mmes t les ternels instruments de leurs infortunes4 ,et voil par quels mobiles simples et naturels fut rgi le sort des anciens tats2 voil par quelle srie de causes et d'effets lis et consquents1 ils s'levrent ou s'abaissrent1 selon que les lois physiques du coeur humain y furent observes ou enfreintes2 et dans le cours successif de leurs vicissitudes1 cent peuples divers1 cent empires tour tour abaisss1 puissants1 conquis1 renverss1 en ont rpt pour la terre les instructives leons444 ,et ces leons aujourd'hui demeurent perdues pour les gnrations qui ont succd6 ,les dsordres des temps passs ont reparu chez les races prsentes6 les chefs des nations ont continu de marcher dans des voies de mensonge et de tyrannie6 les peuples de s'garer dans les tnbres des superstitions et de l'ignorance6 ,eh bien6 ajouta le ,gnie en se recueillant1 puisque l'exprience des races passes reste ensevelie pour les races vivantes1 puisque les fautes des aeux n'ont pas encore instruit leurs descendants1 les exemples anciens vont reparatre3 la terre va voir se renouveler les scnes imposantes des temps oublis4 ,de nouvelles rvolutions vont agiter les peuples et les empires4 ,des trnes puissants vont tre de nouveau renverss1 et des catastrophes terribles rappelleront aux hommes que ce n'est point en vain qu'ils enfreignent les lois de la nature et les prceptes de la sagesse et de la vrit4 ,,chapitre ,,xii4 ,leons des temps passs rptes sur les temps prsents4 ,ainsi parla le ,gnie3 frapp de la justesse et de la cohrence de tout son discours2 assailli d'une foule d'ides1 qui en choquant mes habitudes captivaient cependant ma raison1 je demeurai absorb dans un profond silence444 ,mais tandis que1 d'un air triste et rveur1 je tenais les yeux fixs sur l',asie1 soudain du ct du nord1 aux rives de la mer ,noire et dans les champs de la ,krime1 des tourbillons de fume et de flammes attirrent mon attention3 ils semblaient s'lever la fois de toutes les parties de la presqu'le3 puis1 ayant pass par l'isthme dans le continent1 ils coururent1 comme chasss d'un vent d'ouest1 le long du lac fangeux d',azof1 et furent se perdre dans les plaines herbageuses du ,kouban2 et considrant de plus prs la marche de ces tourbillons1 je m'aperus qu'ils taient prcds ou suivis de pelotons d'tres mouvants1 qui1 tels que des fourmis ou des sauterelles troubles par le pied d'un passant1 s'agitaient avec vivacit3 quelquefois ces pelotons semblaient marcher les uns vers les autres et se heurter2 puis1 aprs le choc1 il en restait plusieurs sans mouvement44444 ,et tandis qu'inquiet de tout ce spectacle1 je m'efforais de distinguer les objets3--,vois-tu1 me dit le ,gnie1 ces feux qui courent sur la terre1 et comprends-tu leurs effets et leurs causes8-- ,gnie6 rpondis-je1 je vois des colonnes de flammes et de fume1 et comme des insectes qui les accompagnent2 mais quand dja je saisis peine les masses des villes et des monuments1 comment pourrais-je discerner de si petites cratures8 seulement on dirait que ces insectes simulent des combats2 car ils vont1 viennent1 se choquent1 se poursuivent4--,ils ne les simulent pas1 dit le ,gnie1 ils les ralisent4--,et quels sont1 repris-je1 ces animalcules insenss qui se dtruisent8 ne priront-ils pas assez tt1 eux qui n vivent qu'un jour844444 ,alors le ,gnie me touchant encore une fois la vue et l'oue3 ,vois1 me dit-il1 et entends4--,aussitt1 dirigeant mes yeux sur les mmes objets3 ,ah6 malheureux1 m'criai-je1 saisi de douleur1 ces colonnes de feux6 ces insectes6 ,gnie6 ce sont les hommes1 ce sont les ravages de la guerre6444444 ,ils partent des villes et des hameaux1 ces torrents de flammes6 ,je vois les cavaliers qui les allument1 et qui1 le sabre la main1 se rpandent dans les campagnes2 devant eux fuient des troupes perdues d'enfants1 de femmes1 de vieillards2 j'aperois d'autres cavaliers qui1 la lance sur l'paule1 les accompagnent et les guident4 ,je reconnais mme leurs chevaux en laisse1 leurs kalpaks1 leur touffe de cheveux1 que ce sont des ,tartares2 et sans doute ceux qui les poursuivent1 coiffs d'un chapeau triangulaire et vtus d'uniformes verts1 sont des ,moscovites4 ,ah6 je le comprends1 la guerre vient de se rallumer entre l'empire des tsars et celui des sultans4--,non1 pas encore1 rpliqua le ,gnie4 ,ce n'est qu'un prliminaire4 ,ces ,tartares ont t et seraient encore des voisins incommodes1 on s'en dbarrasse2 leur pays est d'une grande convenance1 on s'en arrondit2 et pour prlude d'une autre rvolution1 le trne des ,gurais est dtruit4 ,et en effet1 je vis les tendards russes flotter sur la ,krime2 et leur pavillon se dploya bientt sur l',euxin4 ,cependant aux cris des ,tartares fugitifs1 l'empire des ,musulmans s'mut4 ,on chasse nos frres1 s'crirent les enfants de ,mahomet3 on outrage le peuple du ,prophte6 des infidles occupent une terre consacre1 et profanent les temples de l',islamisme4 ,armons-nous2 courons aux combats pour venger la gloire de ,dieu et notre propre cause4 ,et un mouvement gnral de guerre s'tablit dans les deux empires4 ,de toutes parts on assembla des hommes arms1 des provisions1 des munitions1 et tout l'appareil meurtrier des combats fut dploy2 et1 chez les deux nations1 les temples1 assigs d'un peuple immense1 m'offrirent un spectacle qui fixa mon attention4 ,d'un ct1 les ,musulmans assembls devant leurs mosques1 se lavaient les mains1 les pieds1 se taillaient les ongles1 se peignaient la barbe2 puis tendant par terre des tapis1 et se tournant vers le midi1 les bras tantt ouverts et tantt croiss1 ils faisaient des gnuflexions et des prostrations2 et dans le souvenir des revers essuys pendant leur dernire guerre1 ils s'criaient3 ,dieu clment1 ,dieu misricordieux6 as-tu donc abandonn ton peuple fidle8 ,toi qui a promis au ,prophte l'empire des nations et signal ta religion par tant de triomphes1 comment livres-tu les vrais croyants aux armes des infidles8 et les ,imans et les ,santons disaient au peuple3 ,c'est le chtiment de vos pchs4 ,vous mangez du porc1 vous buvez du vin2 vous touchez les choses immondes3 ,dieu vous a punis4 ,faites pnitence1 purifiez-vous1 dites la profession de foi#bb1 jenez de l'aurore au coucher1 donnez la dme de vos biens aux mosques1 allez la ,mekke1 et ,dieu vous rendra la victoire4 ,et le peuple1 reprenant courage1 jetait de grands cris3 ,il n'y a qu'un ,dieu1 dit-il saisi de fureur1 et ,mahomet est son prophte3 anathme quiconque ne croit pas64444 ,dieu de bont1 accorde-nous d'exterminer ces chrtiens3 c'est pour ta gloire que nous combattons1 et notre mort est un martyre pour ton nom4--,et alors1 offrant des victimes1 ils se prparrent aux combats4 ,d'autre part1 les ,russes1 genoux1 s'criaient3 ,rendons graces ,dieu1 et clbrons sa puissance2 il a fortifi notre bras pour humilier ses ennemis4 ,dieu bienfaisant1 exauce nos prires3 pour te plaire1 nous passerons trois jours sans manger ni viande ni oeufs4 ,accorde-nous d'exterminer ces ,mahomtans impies1 et de renverser leur empire2 nous te donnerons la dme des dpouilles1 et nous t'lverons de nouveaux temples4 ,et les prtres remplirent les glises de nuages de fume1 et dirent au peuple3 ,nous prions pour vous1 et ,dieu agre notre encens et bnit vos armes4 ,continuez de jener et de combattre2 dites-nous vos fautes secrtes2 donnez vos biens l'glise3 nous vous absoudrons de vos pchs1 et vous mourrez en tat de grace4 ,et ils jetaient de l'eau sur le peuple1 lui distribuaient des petits os de morts pour servir d'amulettes et de talismans2 et le peuple ne respirait que guerre et combats4 ,frapp de ce tableau contrastant des mmes passions1 et m'affligeant de leurs suites funestes1 je mditais sur la difficult qu'il y avait pour le juge commun d'accorder des demandes si contraires1 lorsque le ,gnie saisi d'un mouvement de colre s'cria avec vhmence3 ,quels accents de dmence frappent mon oreille8 quel dlire aveugle et pervers trouble l'esprit des nations8 ,prires sacrilges1 retombez sur la terre6 et vous1 ,cieux1 repoussez des voeux homicides1 des actions de graces impies6 ,mortels insenss8 est-ce donc ainsi que vous rvrez la ,divinit6 ,dites6 comment celui que vous appelez votre pre commun doit-il recevoir l'hommage de ses enfants qui s'gorgent8 ,vainqueurs6 de quel oeil doit-il voir vos bras fumants du sang qu'il a cr8 ,et vous1 vaincus6 qu'esprez-vous de ces gmissements inutiles8 ,dieu a-t-il donc le coeur d'un mortel1 pour avoir des passions changeantes8 est-il1 comme vous1 agit par la vengeance ou la compassion1 par la fureur ou le repentir8 quelles ides basses ils ont conues du plus lev des tres6 les entendre1 il semblerait que1 bizarre et capricieux1 ,dieu se fche ou s'apaise comme un homme2 que tour tour il aime ou il hait2 qu'il bat ou qu'il caresse2 que1 faible ou mchant1 il couve sa haine2 que1 contradictoire et perfide1 il tend des piges pour y faire tomber2 qu'il punit le mal qu'il permet2 qu'il prvoit le crime sans l'empcher2 que1 juge partial1 on le corrompt par des offrandes2 que1 despote imprudent1 il fait des lois qu'ensuite il revoque2 que1 tyran farouche1 il te ou donne ses graces sans raison1 et ne seflchit qu' force de bassesses444 ,ah6 c'est maintenant que j'ai reconnu le mensonge de l'homme6 ,en voyant le tableau qu'il a trac de la ,divinit1 je me suis dit3 ,non1 non1 ce n'est point ,dieu qui a fait l'homme son image1 c'est l'homme qui a figur ,dieu sur la sienne2 il lui a donn son esprit1 l'a revtu de ses penchants1 lui a prt ses jugements44444 ,et lorsqu'en ce mlange il s'est surpris contradictoire ses propres principes1 affectant une humilit hypocrite1 il a tax d'impuissance sa raison1 et nomm mystre de ,dieu les absurdits de son entendement4 ,il a dit3 ,dieu est immuable1 et il lui a adress des voeux pour le changer4 ,il l'a dit incomprhensible1 et il l'a sans cesse interprt4 ,il s'est lev sur la terre des imposteurs qui se sont dits confidents de ,dieu1 et qui1 s'rigeant en docteurs des peuples1 ont ouvert des voies de mensonge et d'iniquit3 ils ont attach des mrites des pratiques indiffrentes ou ridicules2 ils ont rig en vertu de prendre certaines postures1 de prononcer certaines paroles1 d'articuler de certains noms2 ils ont transform en dlit1 de manger de certaines viandes1 de boire certaines liqueurs tels jours plutt qu' tels autres4 ,c'est le juif qui mourrait plutt que de travailler un jour de sabbat2 c'est le ,perse qui se laisserait suffoquer avant de souffler le feu de son haleine2 c'est l',indien qui place la suprme perfection se frotter de fiente de vache1 et prononcer mystrieusement ,am2 c'est le musulman qui croit avoir tout rpar en se lavant la tte et les bras1 et qui dispute1 le sabre la main1 s'il faut commencer par le coude ou par le bout des doigts2 c'est le chrtien qui se croirait damn s'il mangeait de la graisse au lieu de lait ou de beurre4 doctrines sublimes et vraiment clestes6 morales parfaites et dignes du martyre et de l'apostolat6 je passerai les mers pour enseigner ces lois admirables aux peuples sauvages1 aux nations recules2 je leur dirai3 ,enfants de la nature6 jusques quand marcherez-vous dans le sentier de l'ignorance8 ,jusques quand mconnatrez-vous les vrais principes de la morale et de la religion8 ,venez en chercher les leons chez les peuples pieux et savants1 dans des pays civiliss2 ils vous apprendront comment1 pour plaire ,dieu1 il faut1 en certains mois de l'anne1 languir de soif et de faim tout le jour2 comment on peut verser le sang de son prochain1 et s'en purifier en faisant une profession de foi et une ablution mthodique2 comment on peut lui drober son bien1 et s'en absoudre en le partageant avec certains hommes qui se vouent le dvorer4 ,pouvoir souverain et cach de l'univers6 moteur mystrieux de la nature6 ame universelle des tres6 toi que1 sous tant de noms divers1 les mortels ignorent et rvrent2 tre incomprhensible1 infini2 ,,dieu qui1 dans l'immensit des cieux1 diriges la marche des mondes1 et peuples les abmes de l'espace de millions de soleils tourbillonnants1 dis1 que paraissent tes yeux ces insectes humains que dja ma vue perd sur la terre6 ,quand tu t'occupes guider les astres dans leurs orbites1 que sont pour toi les vermisseaux qui s'agitent sur la poussire8 ,qu'importent ton immensit leurs distinctions de partis1 de sectes8 et que te font les subtilits dont se tourmente leur folie8 ,et vous1 hommes crdules1 montrez-moi l'efficacit de vos pratiques6 ,depuis tant de sicles que vous les suivez ou les altrez1 qu'ont chang vos recettes aux lois de la nature8 ,le soleil en a-t-il plus lui8 le cours des saisons est-il autre8 la terre en est-elle plus fconde8 les peuples sont-ils plus heureux8 ,si ,dieu est bon1 comment se plat-il vos pnitences8 ,s'il est infini1 qu'ajoutent vos hommages sa gloire8 ,si ses dcrets ont tout prvu1 vos prires en changent-elles l'arrt8 ,rpondez1 hommes inconsquents6 ,vous1 vainqueurs1 qui dites servir ,dieu1 a-t-il donc besoin de votre aide8 ,s'il veut punir1 n'a-t-il pas en main les tremblements1 les volcans1 la foudre8 et le ,dieu clment ne sait-il corriger qu'en exterminant8 ,vous1 musulmans1 si ,dieu vous chtie pour le viol des cinq prceptes1 comment lve-t-il les ,francs qui s'en rient8 ,si c'est par le ,qran qu'il rgit la terre1 sur quels principes jugea-t-il les nations avant le prophte1 tant de peuples qui buvaient du vin1 mangeaient du porc1 n'allaient point la ,mekke1 qui cependant il fut donn d'lever des empires puissants8 ,comment jugea-t-il les ,sabens de ,ninive et de ,babylone2 le ,perse1 adorateur du feu2 le ,grec1 le ,romain1 idoltres2 les anciens royaumes du ,nil1 et vos propres aeux ,arabes et ,tartares8 ,comment juge-t-il encore maintenant tant de nations qui mconnaissent ou ignorent votre culte1 les nombreuses castes des ,indiens1 le vaste empire des ,chinois1 les noires tribus de l',afrique1 les insulaires de l',ocan1 les peuplades de l',amrique8 ,hommes prsomptueux et ignorants1 qui vous arrogez vous seuls la terre6 si ,dieu rassemblait la fois toutes les gnrations passes et prsentes1 que seraient1 dans leur ocan1 ces sectes soi-disant universelles du chrtien et du musulman8 ,quels seraient les jugements de sa justice gale et commune sur l'universalit relle des humains8 ,c'est l que votre esprit s'gare en systmes incohrents1 et c'est l que la vrit brille avec vidence2 c'est l que se manifestent les lois puissantes et simples de la nature et de la raison3 lois d'un moteur commun1 gnral2 d'un ,dieu impartial et juste1 qui1 pour pleuvoir sur un pays1 ne demande point quel est son prophte2 qui fait luire galement son soleil sur toutes les races des hommes1 sur le blanc2 comme sur le noir1 sur le juif1 sur le musulman1 sur le chrtien1 et sur l'idoltre2 qui fait prosprer1 les moissons l o des mains soigneuses les cultivent2 qui multiplie toute nation chez qui rgnent l'industrie et l'ordre2 qui fait prosprer tout empire o la justice est pratique1 o l'homme puissant est li par les lois1 o le pauvre est protg par elles1 o le faible vit en sret1 o chacun enfin jouit des droits qu'il tient de la nature et d'un contrat dress avec quit4 ,voil par quels principes sont jugs les peuples6 voil la vraie religion qui rgit le sort des empires1 et qui1 de vous-mmes1 ,ottomans1 n'a cess de faire la destine6 ,interrogez vos anctres6 demandez-leur par quels moyens ils levrent leur fortune1 alors qu'idoltres1 peu nombreux et pauvres1 ils vinrent des dserts tartares camper dans ces riches contres2 demandez si ce fut par l'islamisme1 jusque-l mconnu par eux1 qu'ils vainquirent les ,grecs1 les ,arabes1 ou si ce fut par le courage1 la prudence1 la modration1 l'esprit d'union1 vraies puissances de l'tat social4 ,alors le sultan lui-mme rendait la justice et veillait la discipline2 alors taient punis le juge prvaricateur1 le gouverneur concussionnaire1 et la multitude vivait dans l'aisance3 le cultivateur tait garanti des rapines du janissaire1 et les campagnes prospraient2 les routes publiques taient assures1 et le commerce rpandait l'abondance4 ,vous tiez des brigands ligus1 mais entre vous1 vous tiez justes3 vous subjuguiez les peupls1 mais vous ne les opprimiez pas4 ,vexs par leurs princes1 ils prfraient d'tre vos tributaires4 ,que m'importe1 disait le chrtien1 que mon matre aime ou brise les images1 pourvu qu'il me rende justice8 ,dieu jugera sa doctrine aux cieux4 ,vous tiez sobres et endurcis2 vos ennemis taient nervs et lches3 vous tiez savants dans l'art des combats2 vos ennemis en avaient perdu les principes3 vos chefs taient expriments1 vos soldats aguerris1 dociles3 le butin excitait l'ardeur2 la bravoure tait rcompense2 la lchet1 l'indiscipline punies2 et tous les ressorts du coeur humain taient en activit3 ainsi vous vainqutes cent nations1 et d'une foule de royaumes conquis vous fondtes un immense empire4 ,mais d'autres moeurs ont succd2 et dans les revers qui les accompagnent1 ce sont encore les lois de la nature qui agissent4 ,aprs avoir dvor vos ennemis1 votre cupidit1 toujours allume1 a ragi sur son propre foyer2 et1 concentre dans votre sein1 elle vous a dvors vous-mmes4 ,devenus riches1 vous vous tes diviss pour le partage et la jouissance2 et le dsordre s'est introduit dans toutes les classes de votre socit4 ,le sultan1 enivr de sa grandeur1 a mconnu l'objet de ses fonctions2 et tous les vices du pouvoir arbitraire se sont dvelopps4 ,ne rencontrant jamais d'obstacles ses gots1 il est devenu un tre dprav2 homme faible et orgueilleux1 il a repouss de lui le peuple1 et la voix du peuple ne l'a plus instruit et guid4 ,ignorant1 et pourtant flatt1 il a nglig toute instruction1 toute tude1 et il est tomb dans l'incapacit2 devenu inepte aux affaires1 il en a jet le fardeau sur des mercenaires1 et les mercenaires l'ont tromp4 ,pour satisfaire leurs propres passions1 ils ont stimul1 tendu les siennes2 ils ont agrandi ses besoins1 et son luxe norme a tout consum2 il ne lui a plus suffi de la table frugale1 des vtements modestes1 de l'habitation simple de ses aeux2 pour satisfaire son faste1 il a fallu puiser la mer et la terre2 faire venir du ple les plus rares fourrures2 de l'quateur1 les plus chers tissus2 il a dvor1 dans un mets1 l'impt d'une ville2 dans l'entretien d'un jour1 le revenu d'une province4 ,il s'est investi d'une arme de femmes1 d'eunuques1 de satellites4 ,on lui a dit que la vertu des rois tait la libralit1 la magnificence2 et les trsors des peuples ont t livrs aux mains des adulateurs4 l'imitation du matre1 les esclaves ont aussi voulu avoir des maisons superbes1 des meubles d'un travail exquis1 des tapis brods grands frais1 des vases d'or et d'argent pour les plus vils usages1 et toutes les richesses de l'empire se sont englouties dans le ,sera4 ,pour suffire ce luxe effrn1 les esclaves et les femmes ont vendu leur crdit1 et la vnalit a introduit une dpravation gnrale3 ils ont vendu la faveur suprme au visir1 et le visir a vendu l'empire4 ,ils ont vendu la loi au cadi1 et le cadi a vendu la justice4 ,ils ont vendu au prtre l'autel1 et le prtre a vendu les cieux2 et l'or conduisant tout1 l'on a tout fait pour obtenir l'or3 pour l'or1 l'ami a trahi son ami2 l'enfant1 son pre2 le serviteur1 son matre2 la femme1 son honneur2 le marchand1 sa conscience2 et il n'y a plus eu dans l'tat ni bonne foi1 ni moeurs1 ni concorde1 ni force4 ,et le pacha1 qui a pay le gouvernement de sa province1 l'a considre comme une ferme1 et il y a exerc toute concussion4 son tour1 il a vendu la perception des impts1 le commandement des troupes1 l'administration des villages2 et comme tout emploi a t passager1 la rapine1 rpandue de grade en grade1 a t htive et prcipite4 ,le douanier a ranonn le marchand1 et le ngoce s'est ananti2 l'aga a dpouill le cultivateur1 et la culture s'est amoindrie4 ,dpourvu d'avances1 le laboureur n'a pu ensemencer3 l'impt est survenu1 il n'a pu payer2 on l'a menac du bton1 il a emprunt2 le numraire1 faute de sret1 s'est trouv cach2 l'intrt a t norme1 et l'usure du riche a aggrav la misre de l'ouvrier4 ,et des accidents de saison1 des scheresses excessives ayant fait manquer les rcoltes1 le gouvernement n'a fait pour l'impt ni dlai ni grace2 et la dtresse s'appesantissant sur un village1 une partie de ses habitants a fui dans les villes2 et leur charge1 reverse sur ceux qui ont demeur1 a consomm leur ruine1 et le pays s'est dpeupl4 ,et il est arriv que1 pousss bout par la tyrannie et l'outrage1 des villages se sont rvolts2 et le pacha s'en est rjoui3 il leur a fait la guerre1 il a pris d'assaut leurs maisons1 pill leurs meubles1 enlev leurs animaux2 et quand la terre a demeur dserte1 que m'importe8 a-t-il dit1 je m'en vais demain4 ,et la terre manquant de bras1 les eaux du ciel ou des torrents dbords ont sjourn en marcages2 et1 sous ce climat chaud1 leurs exhalaisons putrides ont caus des pidmies1 des pestes1 des maladies de toute espce2 et il s'en est suivi un surcrot de dpopulation1 de pnurie et de ruine4 ,oh1 qui dnombrera tous les maux de ce rgne tyrannique6 ,tantt les pachas se font la guerre1 et1 pour leurs querelles personnelles1 les provinces d'un tat identique sont dvastes4 ,tantt1 redoutant leurs matres1 ils tendent l'indpendance1 et attirent sur leurs sujets les chtiments de leur rvolte4 ,tantt1 redoutant ces sujets1 ils appellent et soudoient des trangers1 et1 pour se les affider1 ils leur permettent tout brigandage4 ,en un lieu1 ils intentent un procs un homme riche1 et le dpouillent sur un faux prtexte2 en un autre1 ils apostent de faux tmoins1 et imposent une contribution pour un dlit imaginaire3 partout ils excitent la haine des sectes1 provoquent leurs dlations pour en retirer des avanies2 ils extorquent les biens1 frappent les personnes2 et quand leur avarice imprudente a entass en un monceau toutes les richesses d'un pays1 le gouvernement1 par une perfidie excrable1 feignant de venger le peuple opprim1 attire lui sa dpouille dans celle du coupable1 et verse inutilement le sang pour un crime dont il est complice4 sclrats1 monarques ou ministres1 qui vous jouez de la vie et des biens du peuple6 est-ce vous qui avez donn le souffle l'homme1 pour le lui ter8 est-ce1 vous qui faites natre les produits de la terre1 pour les dissiper8 fatiguez-vous sillonner le champ8 endurez-vous l'ardeur du soleil et le tourment de la soif1 couper la moisson1 battre la gerbe8 veillez-vous la rose nocturne comme le pasteur8 traversez-vous les dserts comme le marchand8 ,ah6 en voyant la cruaut et l'orgueil des puissants1 j'ai t transport d'indignation1 et j'ai dit1 dans ma colre3 ,eh quoi1 il ne s'lvera pas sur la terre des hommes qui vengent les peuples et punissent les tyrans6 ,un petit nombre de brigands dvorent la multitude1 et la multitude se laisse dvorer6 peuples avilis6 connaissez vos droits6 ,toute autorit vient de vous1 toute puissance est la vtre4 ,vainement les rois vous commandent de par ,dieu et de par leur lance1 soldats1 restez immobiles3 puisque ,dieu soutient le sultan1 votre secours est inutile2 puisque son pe lui suffit1 il n'a pas besoin de la vtre3 voyons ce qu'il peut par lui-mme4444 ,les soldats ont baiss les armes2 et voil les matres du monde faibles comme le dernier de leurs sujets6 ,peuples6 sachez donc que ceux qui vous gouvernent sont vos chefs et non pas vos matres1 vos prposs et non pas vos propritaires1 qu'ils n'ont d'autorit sur vous que par vous et pour votre avantage2 que vos richesses sont vous1 et qu'ils vous en sont comptables2 que rois ou sujets1 ,dieu a fait tous les hommes gaux1 et que nul des mortels n'a droit d'opprimer son semblable4 ,mais cette nation et ses chefs ont mconnu ces vrits saintes44444 ,eh bien6 ils subiront les consquences de leur aveuglement44444 ,l'arrt en est port2 le jour approche o ce colosse de puissance1 bris1 s'croulera sous sa propre masse3 oui1 j'en jure par les ruines de tant d'empires dtruits6 l'empire du ,croissant subira le sort des tats dont il a imit le rgime4 ,un peuple tranger chassera les sultans de leur mtropole2 le trne d',orkhan sera renvers1 le dernier rejeton de sa race sera retranch1 et la horde des ,oguzians1 prive de chef1 se dispersera comme celle des ,nogais3 dans cette dissolution1 les peuples de l'empire1 dlis du joug qui les rassemblait1 reprendront leurs anciennes distinctions1 et une anarchie gnrale surviendra comme il est arriv dans l'empire des ,sophis1 jusqu' ce qu'il s'lve chez l',arabe1 l',armnien ou le ,grec1 des lgislateurs qui recomposent de nouveaux tats4444 ,oh6 s'il se trouvait sur la terre des hommes profonds et hardis6 quels lments de grandeur et de gloire644444 ,mais dja l'heure du destin sonne4 ,le cri de la guerre frappe mon oreille1 et la catastrophe va commencer4 ,vainement le sultan oppose ses armes2 ses guerriers ignorants sont battus1 disperss3 vainement il appelle ses sujets2 les coeurs sont glacs2 les sujets rpondent2 ,cela est crit2 et qu'importe qui soit notre matre8 nous ne pouvons perdre changer4 ,vainement les vrais croyants invoquent les cieux et le ,prophte3 le ,prophte est mort1 et les cieux1 sans piti1 rpondent3 ,cessez de nous invoquer2 vous avez fait vos maux1 gurissez-les vous-mme4 ,la nature a tabli des lois1 c'est vous de les pratiquer3 observez1 raisonnez1 profitez de l'exprience4 ,c'est la folie de l'homme qui le perd1 c'est sa sagesse de le sauver4 ,les peuples sont ignorants1 qu'ils s'instruisent2 leurs chefs sont pervers1 qu'ils se corrigent et s'amliorent2 car tel est l'arrt de la nature3 ,puisque les maux des socits viennent de la cupidit et de l'ignorance1 les hommes ne cesseront d'tre tourments qu'ils ne soient clairs et sages2 qu'ils ne pratiquent l'art de la justice1 fond sur la connaissance de leurs rapports et des lois de leur organisation4 ,,chapitre ,,xiii4 ,l'espce humaine s'amliorera-t-elle8 ces mots1 oppress du sentiment douloureux dont m'accabla leur svrit3 ,malheur aux nations6 m'criai-je en fondant en larmes2 malheur moi-mme6 ,ah6 c'est maintenant que j'ai dsespr du bonheur de l'homme4 ,puisque ses maux procdent de son coeur1 puisque lui seul peut y porter remde1 malheur jamais son existence6 ,qui pourra1 en effet1 mettre un frein la cupidit du fort et du puissant8 ,qui pourra clairer l'ignorance du faible8 ,qui instruira la multitude de ses droits1 et forcera les chefs de remplir leurs devoirs8 ,ainsi1 la race des hommes est pour toujours dvoue la souffrance6 ,ainsi1 l'individu ne cessera d'opprimer l'individu1 une nation d'attaquer une autre nation2 et jamais il ne renatra pour ces contres des jours de prosprit et de gloire4 ,hlas6 des conqurants viendront2 ils chasseront les oppresseurs et s'tabliront leur place2 mais1 succdant leur pouvoir1 ils succderont leur rapacit1 et la terre aura chang de tyrans sans changer de tyrannie4 ,alors me tournant vers le ,gnie3 ,gnie6 lui dis-je1 le dsespoir est descendu dans mon ame3 en connaissant la nature de l'homme1 la perversit de ceux qui gouvernent et l'avilissement de ceux qui sont gouverns1 m'ont dgot de la vie2 et quand il n'est de choix que d'tre complice ou victime de l'oppression1 que reste-t-il l'homme vertueux1 que de joindre sa cendre celle des tombeaux6 ,et le ,gnie1 gardant le silence1 me fixa d'un regard svre ml de compassion2 et1 aprs quelques instants1 il reprit3 ,ainsi1 c'est mourir que la vertu rside6 ,l'homme pervers est infatigable consommer le crime1 et l'homme juste se rebute au premier obstacle faire le bien64444 ,mais tel est le coeur humain2 un succs l'enivre de confiance1 un revers l'abat et le consterne3 toujours entier la sensation du moment1 il ne juge point des choses par leur nature1 mais par l'lan de sa passion4 ,homme qui dsespres du genre humain1 sur quel calcul profond de faits et de raisonnements as-tu tabli ta sentence8 ,as-tu scrut l'organisation de l'tre sensible1 pour dterminer avec prcision si les mobiles qui le portent au bonheur sont essentiellement plus faibles que ceux qui l'en repoussent8 ,ou bien1 embrassant d'un coup d'oeil l'histoire de l'espce1 et jugeant du futur par l'exemple du pass1 as-tu constat que tout progrs lui est impossible8 ,rponds6 depuis leur origine1 les socits n'ont-elles fait aucun pas vers l'instruction et un meilleur sort8 ,les hommes sont-ils encore dans les forts1 manquant de tout1 ignorants1 froces1 stupides8 ,les nations sont-elles encore toutes ces temps o1 sur le globe1 l'oeil ne voyait que des brigands brutes ou des brutes esclaves8 ,si1 dans un temps1 dans un lieu1 des individus sont devenus meilleurs1 pourquoi la masse ne s'amliorerait-elle pas8 ,si des socits partielles se sont perfectionnes1 pourquoi n se perfectionnerait pas la socit gnrale8 ,et si les premiers obstacles sont franchis1 pourquoi les autres seraient-ils insurmontables8 ,voudrais-tu penser que l'espce va se dtriorant8 ,gardez-toi de l'illusion et des paradoxes du misanthrope3 l'homme mcontent du prsent1 suppose au pass une perfection mensongre1 qui n'est que le masque de son chagrin4 ,il loue les morts en haine des vivants1 il bat les enfants avec les ossements de leurs pres4 ,pour dmontrer une prtendue perfection rtrograde1 il faudrait dmentir le tmoignage des faits et de la raison2 et s'il reste aux faits passs de l'quivoque1 il faudrait dmentir le fait subsistant de l'organisation de l'homme2 il faudrait prouver qu'il nat avec un usage clair de ses sens2 qu'il sait1 sans exprience1 distinguer du poison l'aliment2 que l'enfant est plus sage que le vieillard1 l'aveugle plus assur dans sa marche que le clairvoyant2 que l'homme civilis est plus malheureux que l'anthropophage2 en un mot1 qu'il n'existe pas d'chelle progressive d'exprience et d'instruction4 ,jeune homme1 crois-en la voix des tombeaux et le tmoignage des monuments3 des contres sans doute ont dchu de ce qu'elles furent certaines poques2 mais si l'esprit sondait ce qu'alors mme furent la sagesse et la flicit de leurs habitants1 il trouverait qu'il y eut dans leur gloire moins de ralit que d'clat2 il verrait que dans les anciens tats1 mme les plus vants1 il y eut d'normes vices1 de cruels abus1 d'o rsulta prcisment leur fragilit2 qu'en gnral les principes des gouvernements taient atroces2 qu'il rgnait de peuple peuple un brigandage insolent1 des guerres barbares1 des haines implacables2 que le droit naturel tait ignor2 que la moralit tait pervertie par un fanatisme insens1 par des superstitions dplorables2 qu'un songe1 qu'une vision1 un oracle1 causaient chaque instant de vastes commotions3 et peut-tre les nations ne sont-elles pas encore bien guries de tant de maux2 mais du moins l'intensit en a diminu1 et l'exprience du pass n'a pas t totalement perdue4 ,depuis trois sicles surtout1 les lumires se sont accrues1 propages2 la civilisation1 favorise de circonstances heureuses1 a fait des progrs sensibles2 les inconvnients mmes et les abus ont tourn son avantage2 car si les conqutes ont trop tendu les tats1 les peuples1 en se runissant sous un mme joug1 ont perdu cet esprit d'isolement et de division qui les rendait tous ennemis3 si les pouvoirs se sont concentrs1 il y a eu1 dans leur gestion1 plus d'ensemble et plus d'harmonie3 si les guerres sont devenues plus vastes dans leurs masses1 elles ont t moins meurtrires dans leurs dtails3 si les peuples y ont port moins de personnalit1 moins d'nergie1 leur lutte a t moins sanguinaire1 moins acharne2 ils ont t moins libres1 mais moins turbulents2 plus amollis1 mais plus pacifiques4 ,le despotisme mme les a servis2 car si les gouvernements ont t plus absolus1 ils ont t moins inquiets et moins orageux2 si les trnes ont t des proprits1 ils ont excit1 titre d'hritage1 moins de dissensions1 et les peuples ont eu moins de secousses2 si enfin les despotes1 jaloux et mystrieux1 ont interdit toute connaissance de leur administration1 toute concurrence au maniement des affaires1 les passions1 cartes de la carrire politique1 se sont portes vers les arts1 les sciences naturelles1 et la sphre des ides en tout genre s'est agrandie3 l'homme1 livr aux tudes abstraites1 a mieux saisi sa place dans la nature1 ses rapports dans la socit2 les principes ont t mieux discuts1 les fins mieux connues1 les lumires plus rpandues1 les individus plus instruits1 les moeurs plus sociales1 la vie plus douce3 en masse1 l'espce1 surtout dans certaines contres1 a sensiblement gagn2 et cette amlioration dsormais ne peut que s'accrotre1 parce que ses deux principaux obstacles1 ceux-l mmes qui l'avaient rendue jusque-l si lente et quelquefois rtrograde1 la difficult de transmettre et de communiquer rapidement les ides1 sont enfin levs4 ,en effet1 chez les anciens peuples1 chaque canton1 chaque cit1 par la diffrence de son langage1 tant isol de tout autre1 il en rsultait un chaos favorable l'ignorance et l'anarchie4 ,il n'y avait point de communications d'ides1 point de participation d'invention1 point d'harmonie d'intrts ni de volonts1 point d'unit d'action1 de conduite3 en outre1 tout moyen de rpandre et de transmettre les ides se rduisant la parole fugitive et limite1 des crits longs d'excution1 dispendieux et rares1 il s'ensuivait empchement de toute instruction pour le prsent1 perte d'exprience de gnration gnration1 instabilit1 rtrogradation de lumires1 et perptuit de chaos d'enfance4 ,au contraire1 dans l'tat moderne1 et surtout dans celui de l',europe1 de grandes nations ayant contract l'alliance d'un mme langage1 il s'est tabli de vastes communauts d'opinions2 les esprits se sont rapprochs1 les coeurs se sont entendus2 il y a eu accord de penses1 unit d'action3 ensuite un art sacr1 un don divin du gnie1 l'imprimerie1 ayant fourni le moyen de rpandre1 de communiquer en un mme instant une mme ide des millions d'hommes1 et de la fixer d'une manire durable1 sans que la puissance des tyrans pt l'arrter ni l'anantir1 il s'est form une masse progressive d'instruction1 une atmosphre croissante de lumires1 qui dsormais assure solidement l'amlioration4 ,et cette amlioration devient un effet ncessaire des lois de la nature2 car1 par la loi de la sensibilit1 l'homme tend aussi invinciblement se rendre heureux1 que le feu monter1 que la pierre graviter1 que l'eau se niveler4 ,son obstacle est son ignorance1 qui l'gare dans les moyens1 qui le trompe sur les effets et les causes4 force d'exprience il s'clairera2 force d'erreurs il se redressera2 il deviendra sage et bon1 parce qu'il est de son intrt de l'tre2 et1 dans une nation1 les ides se communiquant1 des classes entires seront instruites1 et la science deviendra vulgaire2 et tous les hommes connatront quels sont les principes du bonheur individuel et de la flicit publique2 ils sauront quels sont leurs rapports1 leurs droits1 leurs devoirs dans l'ordre social2 ils apprendront se garantir des illusions de la cupidit2 ils concevront que la morale est une science physique1 compose1 il est vrai1 d'lments compliqus dans leur jeu1 mais simples et invariables dans leur nature1 parce qu'ils sont les lments mmes de l'organisation de l'homme4 ,ils sentiront qu'ils doivent tre modrs et justes1 parce que l est l'avantage et la sret de chacun2 que vouloir jouir aux dpens d'autrui est un faux calcul d'ignorance1 parce que de l rsultent des reprsailles1 des haines1 des vengeances1 et que l'improbit est l'effet constant de la sottise4 ,les particuliers sentiront que le bonheur individuel est li au bonheur de la socit2 ,les faibles1 que1 loin de se diviser d'intrts1 ils doivent s'unir1 parce que l'galit fait leurs forces2 ,les riches1 que la mesure des jouissances est borne par la constitution des organes1 et que l'ennui suit la satit2 ,le pauvre1 que c'est dans l'emploi du temps et la paix du coeur que consiste le plus haut degr du bonheur de l'homme4 ,et l'opinion publique atteignant les rois jusque sur leurs trnes1 les forcer de se contenir dans les bornes d'une autorit rgulire4 ,le hasard mme1 servant les nations1 leur donnera tantt des chefs incapables1 qui1 par faiblesse1 les laisseront devenir libres2 tantt des chefs clairs1 qui1 par vertu1 les affranchiront4 ,et alors qu'il existera sur la terre de grands individus1 des corps de nations claires et libres1 il arrivera l'espce ce qui arrive ses lments3 la communication des lumires d'une portion s'tendra de proche en proche1 et gagnera le tout4 ,par la loi de l'imitation1 l'exemple d'un premier peuple sera suivi par les autres2 ils adopteront son esprit1 ses lois4 ,les despotes mme1 voyant qu'ils ne peuvent plus maintenir leur pouvoir sans la justice et la bienfaisance1 adouciront leur rgime par besoin1 par rivalit2 et la civilisation deviendra gnrale4 ,et il s'tablira de peuple peuple un quilibre de forces1 qui1 les contenant tous dans le respect de leurs droits rciproques1 fera cesser leurs barbares usages de guerre1 et soumettra des voies civiles le jugement de leurs contestations2 et l'espce entire deviendra une grande socit1 une mme famille gouverne par un mme esprit1 par de communes lois1 et jouissant de toute la flicit dont la nature humaine est capable4 ,ce grand travail sans doute sera long1 parce qu'il faut qu'un mme mouvement se propage dans un corps immense2 qu'un mme levain assimile une norme masse de parties htrognes1 mais enfin ce mouvement s'oprera1 et dja les prsages de cet avenir se dclarent4 ,dja la grande socit1 parcourant dans sa marche les mmes phases que les socits partielles1 s'annonce pour tendre aux mmes rsultats4 ,dissoute d'abord en toutes ses parties1 elle a vu long-temps ses membres sans cohsion2 et l'isolement gnral des peuples forma son premier ge d'anarchie et d'enfance3 partage ensuite au hasard en sections irrgulires d'tats et de royaumes1 elle a subi les fcheux effets de l'extrme ingalit des richesses1 des conditions2 et l'aristocratie des grands empires a form son second ge3 puis1 ces grands privilgis se disputant la prdominance1 elle a parcouru la priode du choc des factions4 ,et maintenant les partis1 las de leurs discordes1 sentant le besoin des lois1 soupirent aprs l'poque de l'ordre et de la paix4 ,qu'il se montre un chef vertueux6 qu'un peuple puissant et juste paraisse6 et la terre l'lve au pouvoir suprme3 la terre attend un peuple lgislateur2 elle le dsire et l'appelle1 et mon coeur l'attend44444 ,et tournant la tte du ct de l'occident44444 ,oui1 continua-t-il1 dja un bruit sourd frappe mon oreille3 un cri de libert1 prononc sur des rives lointaines1 a retenti dans l'ancien continent4 ce cri1 un murmure secret contre l'oppression s'lve chez une grande nation2 une inquitude salutaire l'alarme sur sa situation2 elle s'interroge sur ce qu'elle est1 sur ce qu'elle devrait tre2 et surprise de sa faiblesse1 elle recherche quels sont ses droits1 ses moyens2 quelle a t la conduite de ses chefs44444 ,encore un jour1 une rflexion344444 et un mouvement immense va natre2 un sicle nouveau va s'ouvrir6 sicle d'tonnement pour le vulgaire1 de surprise et d'effroi pour les tyrans1 d'affranchissement pour un grand peuple1 et d'esprance pour toute la terre6 ,,chapitre ,,xiv4 ,le grand obstacle au perfectionnement4 ,le gnie se tut4444 ,cependant1 prvenu de noirs sentiments1 mon esprit demeura rebelle la persuasion2 mais craignant de le choquer par ma rsistance1 je demeurai silencieux4444 ,aprs quelque intervalle1 se tournant vers moi et me fixant d'un regard perant344444 ,tu gardes le silence1 reprit-il1 et ton coeur agite des penses qu'il n'ose produire64444 ,interdit et troubl3 ,gnie6 lui dis-je1 pardonne ma faiblesse3 sans doute ta bouche ne peut profrer que la vrit2 mais ta cleste intelligence en saisit les traits l o mes sens grossiers ne voient que des nuages4 ,j'en fais l'aveu3 la conviction n'a point pntr dans mon ame1 et j'ai craint que mon doute ne te ft une offense4 ,et qu'a le doute1 rpondit-il1 qui en fasse un crime8 l'homme est-il matre de sentir autrement qu'il n'est affect844444 ,si une vrit est palpable et d'une pratique importante1 plaignons celui qui la mconnat3 sa peine natra de son aveuglement4 ,si elle est incertaine1 quivoque1 comment lui trouver le caractre qu'elle n'a pas8 ,croire sans vidence1 sans dmonstration1 est un acte d'ignorance et de sottise3 le crdule se perd dans un ddale d'inconsquences2 l'homme sens examine1 discute1 afin d'tre d'accord dans ses opinions2 et l'homme de bonne foi supporte la contradiction1 parce qu'elle seule fait natre l'vidence4 ,la violence est l'argument du mensonge2 et imposer d'autorit une croyance1 est l'acte et l'indice d'un tyran4 ,enhardi par ces paroles3 ,gnie1 rpondis-je1 puisque ma raison est libre1 je m'efforce en vain d'accueillir l'espoir flatteur dont tu la consoles3 l'ame vertueuse et sensible se livre aisment aux rves du bonheur1 mais sans cesse une ralit cruelle la rveille la souffrance et la misre3 plus je mdite sur la nature de l'homme1 plus j'examine l'tat prsent des socits1 moins un monde de sagesse et de flicit me semble possible raliser4 ,je parcours de mes regards toute la face de notre hmisphre3 en aucun lieu je n'aperois le germe1 ou ne pressens le mobile d'une heureuse rvolution4 ,l',asie entire est ensevelie dans les plus profondes tnbres4 ,le ,chinois1 avili par le despotisme du bambou1 aveugl par la superstition astrologique1 entrav par un code immuable de gestes1 par le vice radical d'une langue et surtout d'une criture mal construites1 ne m'offre1 dans sa civilisation avorte1 qu'un peuple automate4 ,l',indien1 accabl de prjugs1 enchan par les liens sacrs de ses castes1 vgte dans une apathie incurable4 ,le ,tartare1 errant ou fix1 toujours ignorant et froce1 vit dans la barbarie de ses aeux4 ,l',arabe1 dou d'un gnie heureux1 perd sa force et le fruit de sa vertu dans l'anarchie de ses tribus et la jalousie de ses familles4 ,l',africain1 dgrad de la condition d'homme1 semble vou sans retour la servitude4 ,dans le nord1 je ne vois que des serfs avilis1 que des peuples troupeaux1 dont se jouent de grands propritaires4 ,partout l'ignorance1 la tyrannie1 la misre1 ont frapp de stupeur les nations2 et les habitudes vicieuses1 dpravant les sens naturels1 ont dtruit jusqu' l'instinct du bonheur et de la vrit3 il est vrai que dans quelques contres de l',europe1 la raison a commenc de prendre un premier essor2 mais l mme1 les lumires des particuliers sont-elles communes aux nations8 ,l'habilet des gouvernements a-t-elle tourn l'avantage des peuples8 ,et ces peuples qui se disent polics1 ne sont-ils pas ceux qui1 depuis trois sicles1 remplissent la terre de leurs injustices8 ne sont-ce pas eux qui1 sous des prtextes de commerce1 ont dvast l',inde1 dpeupl le nouveau continent1 et soumettent encore aujourd'hui l',afrique au plus barbare des esclavages8 ,la libert natra-t-elle du sein des tyrans1 et la justice sera-t-elle rendue par des mains spoliatrices et avares8 ,gnie6 j'ai vu les pays civiliss1 et l'illusion de leur sagesse s'est dissipe devant mes regards3 j'ai vu les richesses entasses dans quelques mains1 et la multitude pauvre et dnue3 j'ai vu tous les droits1 tous les pouvoirs concentrs dans certaines classes1 et la masse des peuples passive et prcaire3 j'ai vu des maisons de prince1 et point de corps de nation2 des intrts de gouvernement1 et point d'intrt ni d'esprit publics3 j'ai vu que toute la science de ceux qui commandent consistait opprimer prudemment2 et la servitude raffine des peuples polics m'a paru plus irremdiable4 ,un obstacle surtout1 ,gnie6 a profondment frapp ma pense3 en portant mes regards sur le globe1 je l'ai vu partag en vingt systmes de cultes diffrents3 chaque nation a reu ou s'est fait des opinions religieuses opposes2 et chacune1 s'attribuant exclusivement la vrit1 veut croire toute autre en erreur4 ,or si1 comme il est de fait1 dans leur discordance1 le grand nombre des hommes se trompe1 et se trompe de bonne foi1 il s'ensuit que notre esprit se persuade du mensonge comme de la vrit2 et alors1 quel moyen de l'clairer8 ,comment dissiper le prjug qui d'abord a saisi l'esprit8 ,comment1 surtout1 carter son bandeau1 quand le premier article de chaque croyance1 le premier dogme de toute religion1 est la proscription absolue du doute1 l'interdiction de l'examen1 l'abngation de son propre jugement8 ,que fera la vrit pour tre reconnue8 ,si elle s'offre avec les preuves du raisonnement1 l'homme pusillanime rcuse sa conscience2 si elle invoque l'autorit des puissances clestes1 l'homme proccup lui oppose une autorit du mme genre1 et traite toute innovation de blasphme4 ,ainsi l'homme1 dans son aveuglement1 rivant sur lui-mme ses fers1 s'est jamais livr sans dfense au jeu de son ignorance et de ses passions4 ,pour dissoudre des entraves si fatales1 il faudrait un concours inou d'heureuses circonstances2 il faudrait qu'une nation entire1 gurie du dlire de la superstition1 ft inaccessible aux impulsions du fanatisme2 qu'affranchi du joug d'une fausse doctrine1 un peuple s'impost lui-mme celui de la vraie morale et de la raison2 qu'il ft la fois hardi et prudent1 instruit et docile2 que chaque individu1 connaissant ses droits1 n'en transgresst pas la limite2 que le pauvre st rsister la sduction1 le riche l'avarice2 qu'il se trouvt des chefs dsintresss et justes2 que les oppresseurs fussent saisis d'un esprit de dmence et de vertige2 que le peuple1 recouvrant ses pouvoirs1 sentt qu'il ne les peut exercer1 et qu'il se constitut des organes2 que1 crateur de ses magistrats1 il st la fois les censurer et les respecter2 que1 dans la rforme subite de toute une nation vivant d'abus1 chaque individu disloqu souffrt patiemment les privations et le changement de ses habitudes2 que cette nation enfin ft assez courageuse pour conqurir sa libert1 assez instruite pour l'affermir1 assez puissante pour la dfendre1 assez gnreuse pour la partager3 et tant de conditions pourront-elles jamais se rassembler8 ,et lorsqu'en ses combinaisons infinies1 le sort produirait enfin celle-l1 en verrai-je les jours fortuns8 et ma cendre ne sera-t-elle pas ds long-temps refroidie8 ces mots1 ma poitrine oppresse se refusa la parole4444 ,le ,gnie ne me rpondit point2 mais j'entendis qu'il disait voix basse3 ,soutenons l'espoir de cet homme2 car si celui qui aime ses semblables se dcourage1 que deviendront les nations8 ,et peut-tre le pass n'est-il que trop propre fltrir le courage8 ,eh bien6 anticipons le temps venir2 dvoilons la vertu le sicle tonnant prs de natre1 afin qu' la vue du but qu'elle dsire1 ranime d'une nouvelle ardeur1 elle redouble l'effort qui doit l'y porter4 ,,chapitre ,,xv4 ,le sicle nouveau4 peine eut-il achev ces mots1 qu'un bruit immense s'leva du ct de l'occident2 et1 y tournant mes regards1 j'aperus l'extrmit de la ,mditerrane1 dans le domaine de l'une des nations de l',europe1 un mouvement prodigieux2 tel qu'au sein d'une vaste cit1 lorsqu'une sdition violente clate de toutes parts1 on voit un peuple innombrable s'agiter et se rpandre flots dans les rues et les places publiques4 ,et mon oreille1 frappe de cris pousss jusqu'aux cieux1 distingua par intervalles ces phrases3 ,quel est donc ce prodige nouveau8 quel est ce flau cruel et mystrieux8 ,nous sommes une nation nombreuse1 et nous manquons de bras6 nous avons un sol excellent1 et nous manquons de denres6 nous sommes actifs1 laborieux1 et nous vivons dans l'indigence6 nous payons des tributs normes1 et l'on nous dit qu'ils ne suffisent pas6 nous sommes en paix au dehors1 et nos personnes et nos biens ne sont pas en sret au dedans6 ,quel est donc l'ennemi cach qui nous dvore8 ,et des voix parties du sein de la multitude rpondirent3 levez un tendard distinctif autour duquel se rassemblent tous ceux qui1 par d'utiles travaux1 entretiennent et nourrissent la socit1 et vous connatrez l'ennemi qui vous ronge4 ,et1 l'tendard ayant t lev1 cette nation se trouva tout coup partage en deux corps ingaux1 et d'un aspect contrastant3 l'un innombrable et presque total1 offrait1 dans la pauvret gnrale des vtements et l'air maigre et hl des visages1 les indices de la misre et du travail2 l'autre1 petit groupe1 fraction insensible1 prsentait1 dans la richesse des habits chamarrs d'or et d'argent1 et1 dans l'embonpoint des visages1 les symptmes du loisir et de l'abondance4 ,et1 considrant ces hommes plus attentivement1 je reconnus que le grand corps tait compos de laboureurs1 d'artisans1 de marchands1 de toutes les professions laborieuses et studieuses utiles la socit1 et que1 dans le petit groupe1 il ne se trouvait que des ministres du culte de tout grade 7moines et prtres71 que des gens de finance1 d'armoirie1 de livre1 des chefs militaires et autres salaris du gouvernement4 ,et ces deux corps en prsence1 front front1 s'tant considrs avec tonnement1 je vis1 d'un ct1 natre la colre et l'indignation2 de l'autre1 un mouvement d'effroi2 et le grand corps dit au plus petit3 ,pourquoi tes-vous spars de nous8 ,n'tes-vous donc pas de notre nombre8 ,non1 rpondit le groupe3 vous tes le peuple2 nous autres1 nous sommes un corps distinct1 une classe privilgie1 qui avons nos lois1 nos usages1 nos droits parts4 ,,le ,,peuple4 ,et de quel travail viviez-vous dans notre socit8 ,,le ,,privil,,gi,s4 ,nous ne sommes pas faits pour travailler4 ,,le ,,peuple4 ,comment avez-vous donc acquis tant de richesses8 ,,le ,,privil,,gi,s4 ,en prenant le soin de vous gouverner4 ,,le ,,peuple4 ,quoi1 nous fatiguons1 et vous jouissez6 nous produisons1 et vous dissipez6 ,les richesses viennent de nous1 vous les absorbez1 et vous appelez cela gouverner6444444 ,classe privilgie1 corps distinct qui nous tes tranger1 formez votre nation part1 et voyons comment vous subsisterez4 ,alors le petit groupe dlibrant sur ce cas nouveau1 quelques hommes justes et gnreux dirent3 ,il faut nous rejoindre au peuple1 et partager ses fardeaux2 car ce sont des hommes comme nous1 et nos richesses viennent d'eux4 ,mais d'autres dirent avec orgueil3 ,ce serait une honte de nous confondre avec la foule1 elle est faite pour nous servir2 ne sommes-nous pas la race noble et pure des conqurants de cet empire8 ,rappelons cette multitude nos droits et son origine4 ,,les ,,nobles4 ,peuple6 oubliez-vous que nos anctres ont conquis ce pays1 et que votre race n'a obtenu la vie qu' condition de nous servir8 ,voil notre contrat social2 voil le gouvernement constitu par l'usage et prescrit par le temps4 ,,le ,,peuple4 ,race pure des conqurants6 montrez-nous vos gnalogies6 nous verrons ensuite si ce qui1 dans un individu1 est vol et rapine1 devient vertu dans une nation4 ,et l'instant1 des voix leves de divers cts commencrent d'appeler par leurs noms une foule d'individus nobles2 et1 citant leur origine et leur parent1 elles racontrent comment l'aeul1 le bisaeul1 le pre lui-mme1 ns marchands1 artisans1 aprs s'tre enrichis par des moyens quelconques1 avaient achet1 prix d'argent1 la noblesse3 en sorte qu'un trs-petit nombre de familles taient rellement de souche ancienne4 ,voyez1 disaient ces voix1 voyez ces roturiers parvenus qui renient leurs parents2 voyez ces recrues plbiennes qui se croient des vtrans illustres6 ,et ce fut une rumeur de rise4 ,pour la dtourner1 quelques hommes astucieux s'crirent3 ,peuple doux et fidle1 reconnaissez l'autorit lgitime3 le ,roi veut1 la loi ordonne4 ,,le ,,peuple4 ,classe privilgie1 courtisans de la fortune1 laissez les rois s'expliquer2 les rois ne peuvent vouloir que le salut de l'immense multitude1 qui est le peuple2 la loi ne saurait tre que le voeu de l'quit4 ,alors les privilgis militaires dirent3 ,la multitude ne sait obir qu' la force1 il faut la chtier4 ,soldats1 frappez ce peuple rebelle6 ,,le ,,peuple4 ,soldats6 vous tes notre sang6 frapperez-vous vos parents1 vos frres8 ,si le peuple prit1 qui nourrira l'arme8 ,et les soldats1 baissant les armes1 dirent3 ,nous sommes aussi le peuple1 montrez-nous l'ennemi6 ,alors les privilgis ecclsiastiques dirent3 ,il n'y a plus qu'une ressource3 le peuple est superstitieux2 il faut l'effrayer par les noms de ,dieu et de religion4 ,nos chers frres6 nos enfants6 ,dieu nous a tablis pour vous gouverner4 ,,le ,,peuple4 ,montrez-nous vos pouvoirs clestes4 ,,le ,,pr,,tres4 ,il faut de la foi3 la raison gare4 ,,le ,,peuple4 ,gouvernez-vous sans raisonner8 ,,le ,,pr,,tres4 ,dieu veut la paix3 la religion prescrit l'obissance4 ,,le ,,peuple4 ,la paix suppose la justice2 l'obissance veut la conviction d'un devoir4 ,,le ,,pr,,tres4 ,on n'est ici-bas que pour souffrir4 ,,le ,,peuple4 ,montrez-nous l'exemple4 ,,le ,,pr,,tres4 ,vivrez-vous sans dieux et sans rois8 ,,le ,,peuple4 ,nous voulons vivre sans oppresseurs4 ,,le ,,pr,,tres4 ,il vous faut des mdiateurs1 des intermdiaires4 ,,le ,,peuple4 ,mdiateurs prs de ,dieu et des rois6 courtisans et prtres1 vos services sont trop dispendieux2 nous traiterons dsormais directement nos affaires4 ,et alors le petit groupe dit3 ,tout est perdu1 la multitude est claire4 ,et le peuple rpondit3 ,tout est sauv1 car si nous sommes clairs1 nous n'abuserons pas de notre force3 nous ne voulons que nos droits4 ,nous avons des ressentiments1 nous les oublions3 nous tions esclaves1 nous pourrions commander2 nous ne voulons qu'tre libres1 et la libert n'est que la justice4 ,,chapitre ,,xvi4 ,un peuple libre et lgislateur4 ,alors1 considrant que toute puissance publique tait suspendue1 que le rgime habituel de ce peuple cessait tout coup1 je fus saisi d'effroi par la pense qu'il allait tomber dans la dissolution de l'anarchie2 mais tout coup des voix s'levrent et dirent3 ,ce n'est pas assez de nous tre affranchis des parasites et des oppresseurs1 il faut empcher qu'il n'en renaisse4 ,nous sommes hommes1 et l'exprience nous a trop appris que chacun de nous tend sans cesse dominer et jouir aux dpens d'autrui4 ,il faut donc nous prmunir contre un penchant auteur de discorde2 il faut tablir des rgles certaines de nos actions et de nos droits3 or1 la connaissance de ces droits1 le jugement de ces actions sont des choses abstraites1 difficiles1 qui exigent tout le temps et toutes les facults d'un homme4 ,occups chacun de nos travaux1 nous ne pouvons vaquer de telles tudes1 ni exercer par nous-mmes de telles fonctions4 ,choisissons donc parmi nous quelques hommes dont ce soit l'emploi propre4 ,dlguons-leur nos pouvoirs communs pour nous crer un gouvernement et des lois2 constituons-les reprsentants de nos volonts et de nos intrts4 ,et1 afin qu'en effet ils en soient une reprsentation aussi exacte qu'il sera possible1 choisissons-les nombreux et semblables nous1 pour que la diversit de nos volonts et de nos intrts se trouve rassemble en eux4 ,et ce peuple1 ayant choisi dans son sein une troupe nombreuse d'hommes qu'il jugea propres son dessein1 il leur dit3 ,jusqu'ici nous avons vcu en une socit forme au hasard1 sans clauses fixes1 sans conventions libres1 sans stipulation de droits1 sans engagements rciproques2 et une foule de dsordres et de maux ont rsult de cet tat prcaire4 ,aujourd'hui nous voulons1 de dessein rflchi1 former un contrat rgulier2 nous vous avons choisis pour en dresser les articles3 examinez donc avec maturit quelles doivent tre ses bases et ses conditions2 recherchez avec soin quel est le but1 quels sont les principes de toute association3 connaissez les droits que chaque membre y porte1 les facults qu'il y engage1 et celles qu'il y doit conserver3 tracez-nous des rgles de conduite1 des lois quitables2 dressez-nous un systme nouveau de gouvernement1 car nous sentons que les principes qui nous ont guids jusqu' ce jour1 sont vicieux4 ,nos pres ont march dans des sentiers d'ignorance1 et l'habitude nous a gars sur leurs pas3 tout s'est fait par violence1 par fraude1 par sduction1 et les vraies lois de la morale et de la raison sont encore obscures3 dmlez-en donc le chaos1 dcouvrez-en l'enchanement1 publiez-en le code1 et nous nous y conformerons4 ,et ce peuple leva un trne immense en forme de pyramide2 et y faisant asseoir les hommes qu'il avait choisis1 il leur dit3 ,nous vous levons aujourd'hui au-dessus de nous1 afin que vous dcouvriez mieux l'ensemble de nos rapports1 et que vous soyez hors de l'atteinte de nos passions4 ,mais souvenez-vous que vous tes nos semblables2 que le pouvoir que nous vous confrons est nous2 que nous vous le donnons en dpt1 non en proprit ni en hritage2 que les lois que vous ferez1 vous y serez les premiers soumis2 que demain vous redescendrez parmi nous1 et que nul droit ne vous sera acquis1 que celui de l'estime et de la reconnaissance4 ,et pensez de quel tribut de gloire l'univers qui rvre tant d'aptres d'erreur1 honorera la premire assemble d'hommes raisonnables qui aura solennellement dclar les principes immuables de la justice1 et consacr1 la face des tyrans1 les droits des nations6 ,,chapitre ,,xvii4 ,base universelle de tout droit et de toute loi4 ,alors les hommes choisis par le peuple pour rechercher les vrais principes de la morale et de la raison procdrent l'objet sacr de leur mission2 et1 aprs un long examen1 ayant dcouvert un principe universel et fondamental1 il s'leva un lgislateur qui dit au peuple2 ,voici la base primordiale1 l'origine physique de toute justice et de tout droit4 ,quelle que soit la puissance active1 la cause motrice qui rgit l'univers1 ayant donn tous les hommes les mmes organes1 les mmes sensations1 les mmes besoins1 elle a1 par ce fait mme1 dclar qu'elle leur donnait tous les mmes droits l'usage de ses biens1 et que tous les hommes sont gaux dans l'ordre de la nature4 ,en second lieu1 de ce qu'elle a donn chacun des moyens suffisants de pourvoir son existence1 il rsulte avec vidence qu'elle les a tous constitus indpendants les uns des autres2 qu'elle les a crs libres2 que nul n'est1 soumis autrui2 que chacun est propritaire absolu de son tre4 ,ainsi1 l'galit et la libert sont deux attributs essentiels de l'homme2 deux lois de la ,divinit1 inabrogeables et constitutives comme les proprits physiques des lments4 ,or1 de ce que tout individu est matre absolu de sa personne1 il s'ensuit que la libert pleine de son consentement est une condition insparable de tout contrat et de tout engagement4 ,et de ce que tout individu est gal un autre1 il suit que la balance de ce qui est rendu ce qui est donn1 doit tre rigoureusement en quilibre3 en sorte que l'ide de libert contient essentiellement celle de justice1 qui nat de l'galit4 ,l'galit et la libert sont donc les bases physiques et inaltrables de toute runion d'hommes en socit1 et1 par suite1 le principe ncessaire et rgnrateur de toute loi et de tout systme de gouvernement rgulier4 ,c'est pour avoir drog cette base que chez vous1 comme chez tout peuple1 se sont introduits les dsordres qui vous ont enfin soulevs4 ,c'est en revenant cette rgle que vous pourrez les rformer1 et reconstituer une association heureuse4 ,mais observez qu'il en rsultera une grande secousse dans vos habitudes1 dans vos fortunes1 dans vos prjugs4 ,il faudra dissoudre des contrats vicieux1 des droits abusifs2 renoncer des distinctions injustes1 de fausses proprits2 rentrer enfin un instant dans l'tat de la nature4 ,voyez si vous saurez consentir tant de sacrifices4 ,alors1 pensant la cupidit inhrente au coeur de l'homme1 je crus que ce peuple allait renoncer toute ide d'amlioration4 ,mais1 dans l'instant1 une foule d'hommes gnreux et des plus hauts rangs1 s'avanant vers le trne1 y firent abjuration de toutes leurs distinctions et de toutes leurs richesses3 ,dictez-nous1 dirent-ils1 les lois de l'galit et de la libert2 nous ne voulons plus rien possder qu'au titre sacr de la justice4 galit1 justice1 libert1 voil quel sera dsormais notre code et notre tendard4 ,et sur-le-champ le peuple leva un drapeau immense1 inscrit de ces trois mots1 auxquels-il assigna trois couleurs4 ,et l'ayant plant sur le sige du lgislateur1 l'tendard de la justice universelle flotta pour l premire fois sur la terre2 et le peuple dressa en avant du sige un autel nouveau1 sur lequel il plaa une balance d'or1 une pe et un livre1 avec cette inscription3 ,,la ,,loi ,,gale1 ,,qui ,,juge ,,et ,,prot,,ge4 ,puis1 ayant environn le sige et l'autel d'un amphithtre immense1 cette nation s'y assit tout entire pour entendre la publication de la loi4 ,et des millions d'hommes1 levant la fois les bras vers le ciel1 firent le serment solennel de vivre libres et justes2 de respecter leurs droits rciproques1 leurs proprits2 d'obir la loi et ses agents rgulirement prposs4 ,et ce spectacle si imposant de force et de grandeur1 si touchant de gnrosit1 m'mut jusqu'aux larmes2 et m'adressant au ,gnie3 ,que je vive maintenant1 lui dis-je1 car dsormais je puis esprer4 ,,chapitre ,,xviii4 ,effroi et conspiration des tyrans4 ,cependant1 peine le cri solennel de l'galit et de la libert eut-il retenti sur la terre1 qu'un mouvement de trouble et de surprise s'excita au sein des nations2 et d'une part la multitude mue de dsir1 mais indcise entre l'esprance et la crainte1 entre le sentiment de ses droits et l'habitude de ses chanes1 commena de s'agiter2 d'autre part1 les rois rveills subitement du sommeil de l'indolence et du despotisme1 craignirent de voir renverser leurs trnes2 et partout ces classes de tyrans civils et sacrs qui trompent les rois et oppriment les peuples1 furent saisies de rage et d'effroi2 et tramant des desseins perfides3 ,malheur nous1 dirent-ils1 si le cri funeste de la libert parvient l'oreille de la multitude6 ,malheur nous1 si ce pernicieux esprit de justice se propage644444 ,et voyant flotter l'tendard3 ,concevez-vous l'essaim de maux renferms dans ces seules paroles8 ,si tous les hommes sont gaux1 o sont nos droits exclusifs d'honneur et de puissance8 ,si tous sont ou doivent tre libres1 que deviennent nos esclaves1 nos serfs1 nos proprits8 ,si tous sont gaux dans l'tat civil1 o sont nos prrogatives de naissance1 d'hrdit8 et que devient la noblesse8 ,s'ils sont tous gaux devant ,dieu1 o est le besoin de mdiateurs8 et que devient le sacerdoce8 ,ah6 pressons-nous de dtruire un germe si fcond1 si contagieux6 ,employons tout notre art contre cette calamit2 effrayons les rois1 pour qu'ils s'unissent notre cause4 ,divisons les peuples1 et suscitons-leur des troubles et des guerres4 ,occupons-les de combats1 de conqutes et de jalousies4 ,alarmons-les sur la puissance de cette nation libre4 ,formons une grande ligue contre l'ennemi commun4 ,abattons cet tendard sacrilge1 renversons ce trne de rbellion1 et touffons dans son foyer cet incendie de rvolution4 ,et en effet1 les tyrans civils et sacrs des peuples formrent une ligue gnrale2 entranant sur leurs pas une multitude contrainte ou sduite1 ils se portrent d'un mouvement hostile contre la nation libre1 et investirent grands cris l'autel et le trne de la loi naturelle3 ,quelle est1 dirent-ils1 cette doctrine hrtique et nouvelle8 ,quel est cet autel impie1 ce culte sacrilge84444 ,sujets fidles et croyants6 ne semblerait-il pas que ce ft d'aujourd'hui que l'on vous dcouvre la vrit1 que jusqu'ici vous eussiez march dans l'erreur1 que ces rebelles1 plus heureux que vous1 ont seuls le privilge d'tre sages6 ,et vous2 peuple gar1 ne voyez-vous pas que vos nouveaux chefs vous trompent1 qu'ils altrent les principes de votre foi1 qu'ils renversent la religion de vos pres8 ,ah6 tremblez que le courroux du ciel ne s'allume1 et htez-vous1 par un prompt repentir1 de rparer votre erreur4 ,mais1 inaccessible la suggestion comme la terreur1 la nation libre garda le silence2 et1 se montrant tout entire en armes1 elle tint une attitude imposante4 ,et le lgislateur dit aux chefs des peuples3 ,si1 lorsque nous marchions un bandeau sur les yeux1 la lumire clairait nos pas1 pourquoi1 aujourd'hui qu'il est lev1 fuira-t-elle nos regards qui la cherchent8 ,si les chefs qui prescrivent aux hommes d'tre clairvoyants1 les trompent et les garent1 que font ceux qui ne veulent guider que des aveugles8 ,chefs des peuples6 si vous possdez la vrit1 faites-nous la voir3 nous la recevrons avec reconnaissance2 car nous la cherchons avec dsir1 et nous avons intrt de la trouver3 nous sommes hommes1 et nous pouvons nous tromper2 mais vous tes hommes aussi1 et vous tes galement faillibles4 ,aidez-nous donc dans ce labyrinthe o1 depuis tant de sicles1 erre l'humanit2 aidez-nous dissiper l'illusion de tant de prjugs et de vicieuses habitudes2 concourez avec nous1 dans le choc de tant d'opinions qui se disputent notre croyance1 dmler le caractre propre et distinctif de la vrit4 ,terminons dans un jour les combats si longs de l'erreur3 tablissons entre elle et la vrit une lutte solennelle3 appelons les opinions des hommes de toutes les nations3 convoquons l'assemble gnrale des peuples3 qu'ils soient juges eux-mmes dans la cause qui leur est propre2 et que1 dans le dbat de tous les systmes1 nul dfenseur1 nul argument ne manquant aux prjugs ni la raison1 le sentiment d'une vidence gnrale et commune fasse enfin natre la concorde universelle des esprits et des coeurs4 ,,chapitre ,,xix4 ,assemble gnrale des peuples4 ,ainsi parla le lgislateur2 et la multitude1 saisie de ce mouvement qu'inspire d'abord toute proposition raisonnable1 ayant applaudi1 les tyrans1 rests sans appui1 demeurrent confondus4 ,alors s'offrit mes regards une scne d'un genre tonnant et nouveau3 tout ce que la terre compte de peuples et de nations1 tout ce que les climats produisent de races d'hommes divers1 accourant de toutes parts1 me sembla se runir dans une mme enceinte2 et l1 formant un immense congrs1 distingu en groupes par l'aspect vari des costumes1 des traits du visage1 des teintes de la peau1 leur foule innombrable me prsenta le spectacle le plus extraordinaire et le plus attachant4 ,d'un ct1 je voyais l',europen1 l'habit court et serr1 au chapeau pointu et triangulaire1 au menton ras1 aux cheveux blanchis de poudre2 de l'autre1 l',asiatique1 la robe tranante1 la longue barbe1 la tte rase et au turban rond4 ,ici j'observais les peuples ,africains1 la peau d'bne1 aux cheveux laineux1 au corps ceint de pagnes blancs et bleus1 orns de bracelets et de colliers de corail1 de coquilles et de verre3 l les races septentrionales1 enveloppes dans leurs sacs de peau2 le ,lapon1 au bonnet pointu1 aux souliers de raquette2 le ,samoyde1 l'odeur forte et au corps brlant2 le ,tongouze1 au bonnet cornu1 portant ses idoles pendues sur son sein2 le ,yakoute1 au visage piquet2 le ,calmouque1 au nez aplati1 aux petits yeux renverss4 ,plus loin taient le ,chinois1 au vtement de soie aux tresses pendantes2 le ,japonais1 au sang mlang2 le ,malais1 aux grandes oreilles1 au nez perc d'un anneau1 au vaste chapeau de feuilles de palmier1 et les habitants tatous des les de l',ocan et du continent antipode4 ,et l'aspect de tant de varits d'une mme espce1 de tant d'inventions bizarres d'un mme entendement1 de tant de modifications diffrentes d'une mme organisation1 m'affecta la fois de mille sensations et de mille penses4 ,je considrais avec tonnement cette gradation de couleurs1 qui1 de l'incarnat vif passe au brun clair1 puis fonc1 fumeux1 bronz1 olivtre1 plomb1 cuivr1 enfin jusqu'au noir d'bne et du jais2 et trouvant le ,kachemirien1 au teint de roses1 ct de l',indou hl1 le ,gorgien ct du ,tartare1 je rflchissais sur les effets du climat chaud ou froid1 du sol lev ou profond1 marcageux ou sec1 dcouvert ou ombrag2 je comparais l'homme nain du ple au gant des zones tempres2 le corps grle de l',arabe l'ample corps du ,hollandais2 la taille paisse et courte du ,samoyde la taille svelte du ,grec et de l',esclavon2 la laine grasse et noire du ,ngre la soie dore du ,danois2 la face aplatie du ,calmouque1 ses petits yeux en angle1 son nez cras1 la face ovale et saillante1 aux grands yeux bleus1 au nez aquilin du ,circassien et de l',abasan4 ,j'opposais aux toiles peintes de l',indien1 aux toffes savantes de l',europen1 aux riches fourrures du ,sibrien1 les pagnes d'corce1 les tissus de jonc1 de feuilles1 de plumes1 des nations sauvages1 et les figures bleutres de serpents1 de fleurs et d'toiles dont leur peau tait imprime4 ,et tantt le tableau bigarr de cette multitude me retraait les prairies mailles du ,nil et de l',euphrate1 lorsqu'aprs les pluies ou le dbordement1 des millions de fleurs naissent de toutes parts2 tantt il me reprsentait1 par son murmure et son mouvement1 les essaims innombrables de sauterelles qui1 du dsert1 viennent au printemps couvrir les plaines du ,hauran4 ,et1 la vue de tant d'tres anims et sensibles1 embrassant tout coup l'immensit des penses et des sensations rassembles dans cet espace2 d'autre part1 rflchissant l'opposition de tant de prjugs1 de tant d'opinions1 au choc de tant de passions d'hommes si mobiles1 je flottais entre l'tonnement1 l'admiration et une crainte secrte44441 quand le lgislateur1 ayant rclam le silence1 attira toute mon attention4 ,habitants de la terre1 dit-il1 une nation libre et puissante vous adresse des paroles de justice et de paix1 et elle vous offre de srs gages de ses intentions dans sa conviction et son exprience4 ,long-temps afflige des mmes maux que vous1 elle en a recherch la source2 et elle a trouv qu'ils drivaient tous de la violence et de l'injustice1 riges en lois par l'inexprience des races passes1 et maintenues par les prjugs des races prsentes3 alors1 annulant ses institutions factices et arbitraires1 et remontant l'origine de tout droit et de toute raison1 elle a vu qu'il existait dans l'ordre mme de l'univers1 et dans la constitution physique de l'homme1 des lois ternelles et immuables1 qui n'attendaient que ses regards pour le rendre heureux4 hommes6 levez les yeux vers ce ciel qui vous claire6 jetez-les sur cette terre qui vous nourrit6 ,quand ils vous offrent tous les mmes dons1 quand vous avez reu de la puissance qui les meut la mme vie1 les mmes organes1 n'en avez-vous pas reu les mmes droits l'usage de ses bienfaits8 ,ne vous a-t-elle pas1 par-l mme1 dclars tous gaux et libres8 ,quel mortel osera donc refuser son semblable ce que lui accorde la nature8 nations6 bannissons toute tyrannie et toute discorde2 ne formons plus qu'une mme socit1 qu'une grande famille2 et puisque le genre humain n'a qu'une mme constitution1 qu'il n'existe plus pour lui qu'une loi1 celle de la nature2 qu'un mme code1 celui de la raison2 qu'un mme trne1 celui de la justice2 qu'un mme autel1 celui de l'union4 ,il dit2 et une acclamation immense s'leva jusqu'aux cieux3 mille cris de bndiction partirent du sein de la multitude2 et les peuples1 dans leurs transports1 firent retentir la terre des mots d'galit1 de justice1 d'union4 ,mais bientt ce premier mouvement en succda un diffrent2 bientt les docteurs1 les chefs des peuples1 les excitant la dispute1 je vis natre d'abord un murmure1 puis une rumeur1 qui1 se communiquant de proche en proche1 devint un vaste dsordre2 et chaque nation levant des prtentions exclusives1 rclamait la prdominance pour son code et son opinion4 ,vous tes dans l'erreur1 se disaient les partis en se montrant du doigt les uns les autres2 nous seuls possdons la vrit et la raison2 nous seuls avons la vraie loi1 la vraie rgle de tout droit1 de toute justice1 le seul moyen du bonheur1 de la perfection2 tous les autres hommes sont des aveugles ou des rebelles4 ,et il rgnait une agitation extrme4 ,mais le lgislateur ayant rclam le silence3 ,peuples1 dit-il1 quel mouvement de passion vous agite8 ,o vous conduira cette querelle8 ,qu'attendez-vous de cette dissension6 ,depuis des sicles la terre est un champ de dispute1 et vous avez vers des torrents de sang pour des opinions chimriques3 qu'ont produit tant de combats et de larmes8 ,quand le fort a soumis le faible son opinion1 qu'a-t-il fait pour la vrit et pour l'vidence8 nations6 prenez conseil de votre propre sagesse6 ,quand1 parmi vous1 une contestation divise des individus1 des familles1 que faites-vous pour les concilier8 ,ne leur donnez-vous pas des arbitres8 ,oui1 s'cria unanimement la multitude4 ,eh bien6 donnez-en de mme aux auteurs de vos dissentiments4 ,ordonnez ceux qui se font vos instituteurs1 et qui vous imposent leur croyance1 d'en dbattre devant vous les raisons4 ,puisqu'ils invoquent vos intrts1 connaissez comment ils les traitent4 ,et vous1 chefs et docteurs des peuples1 avant de les entraner dans la lutte de vos systmes1 discutez-en contradictoirement les preuves4 tablissons une controverse solennelle1 une recherche publique de la vrit1 non devant le tribunal d'un individu corruptible ou d'un parti passionn1 mais en face de toutes les lumires et de tous les intrts dont se compose l'humanit1 et que le sens naturel de toute l'espce soit notre arbitre et notre juge4 ,,chapitre ,,xx4 ,la recherche de la vrit4 ,et les peuples ayant applaudi1 le lgislateur dit3 ,afin de procder avec ordre et sans confusion1 laissez dans l'arne1 en avant de l'autel de l'union et de la paix1 un spacieux demi-cercle libre2 et que chaque systme de religion1 chaque secte levant un tendard propre et distinctif1 vienne le planter aux bords de la circonfrence2 que ses chefs et ses docteurs se placent autour1 et que leurs sectateurs se placent la suite sur une mme ligne4 ,et le demi-cercle ayant t trac et l'ordre publi1 l'instant il s'leva une multitude innombrable d'tendards de toutes couleurs et de toutes formes2 tel qu'en un port frquent de cent nations commerantes1 l'on voit aux jours de ftes des milliers de pavillons et de flammes flotter sur une fort de mts4 ,et l'aspect de cette diversit prodigieuse1 me tournant vers le ,gnie3 ,je croyais1 lui dis-je1 que la terre n'tait divise qu'en huit ou dix systmes de croyance1 et je dsesprais de toute conciliation3 maintenant que je vois des milliers de partis diffrents1 comment esprer la concorde8444 ,et cependant1 me dit-il1 ils n'y sont pas encore tous3 et ils veulent tre intolrants6444 ,et mesure que les groupes vinrent se placer1 me faisant remarquer les symboles et les attributs de chacun1 il commena de m'expliquer leurs caractres en ces mots3 ,ce premier groupe1 me dit-il1 form d'tendards verts1 qui portent un croissant1 un bandeau et un sabre1 est celui des sectateurs du prophte arabe4 ,dire qu'il y a un ,dieu 7sans savoir ce qu'il est71 croire aux paroles d'un homme 7sans entendre sa langue71 aller dans un dsert prier ,dieu 7qui est partout71 laver ses mains d'eau 7et ne pas s'abstenir de sang71 jener le jour 7et manger de nuit71 donner l'aumne de son bien 7et ravir celui d'autrui73 tels sont les moyens de perfection institus par ,mahomet1 tels sont les cris de ralliement de ses fidles croyants4 ,quiconque n'y rpond pas est un rprouv1 frapp d'anathme et dvou au glaive4 ,un ,dieu clment1 auteur de la vie1 a donn ces lois d'oppression et de meurtre3 il les a faites pour tout l'univers1 quoiqu'il ne les ait rvles qu' un homme3 il les a tablies de toute ternit1 quoiqu'il ne les ait publies que d'hier3 elles suffisent tous les besoins1 et cependant il y a joint un volume3 ce volume devait rpandre la lumire1 montrer l'vidence1 amener la perfection1 le bonheur2 et cependant1 du vivant mme de l'aptre1 ses pages offrant chaque phrase des sens obscurs1 ambigus1 contraires1 il a fallu l'expliquer1 le commenter2 et ses interprtes1 diviss d'opinions1 se sont partags en sectes opposes et ennemies4 ,l'une soutient qu',ali est le vrai successeur2 l'autre dfend ,omar et ,aboubekre3 celle-ci nie l'ternit du ,qran1 celle-l la ncessit des ablutions1 des prires3 le ,carmate proscrit le plerinage et permet le vin2 le ,hakemite prche la transmigration des ames3 ainsi jusqu'au nombre de soixante-douze partis1 dont tu peux compter les enseignes4 ,dans cette opposition1 chacun s'attribuant exclusivement l'vidence1 et taxant les autres d'hrsie1 de rbellion1 a tourn contre tous son apostolat sanguinaire4 ,et cette religion qui clbre un ,dieu clment et misricordieux1 auteur et pre commun de tous les hommes1 devenue un flambeau de discorde1 un motif de meurtre et de guerre1 n'a cess depuis douze cents ans d'inonder la terre de sang1 et de rpandre le ravage et le dsordre d'un bout l'autre de l'ancien hmisphre4 ,ces hommes remarquables par leurs normes turbans blancs1 par leurs amples manches1 par leurs longs chapelets1 sont les imams1 les mollas1 les muphtis1 et prs d'eux les derviches au bonnet pointu1 et les santons aux cheveux pars4 ,les voil qui font avec vhmence la profession de foi1 et commencent de disputer sur les souillures graves ou lgres1 sur la matire et la forme des ablutions1 sur les attributs de ,dieu et ses perfections1 sur le chatan et les anges mchants ou bons1 sur la mort1 la rsurrection1 l'interrogatoire dans le tombeau1 le jugement1 le passage du pont troit comme un cheveu1 la balance des oeuvres1 les peines de l'enfer et les dlices du paradis4 ct1 ce second groupe1 encore plus nombreux1 compos d'tendards fond blanc1 parsems de croix1 est celui des adorateurs de ,jsus4 ,reconnaissant le mme ,dieu que les musulmans1 fondant leur croyance sur les mmes livres1 admettant comme eux un premier homme qui perd tout le genre humain en mangeant une pomme1 ils leur vouent cependant une sainte horreur1 et par pit ils se traitent mutuellement de blasphmateurs et d'impies4 ,le grand point de leur dissension rside surtout en ce qu'aprs avoir admis un ,dieu un et indivisible1 les chrtiens le divisent ensuite en trois personnes1 qu'ils veulent tre chacune un ,dieu entier et complet1 sans cesser de former entre elles un tout identique4 ,et ils ajoutent que cet tre1 qui remplit l'univers1 s'est rduit dans le corps d'un homme1 et qu'il a pris des organes matriels1 prissables1 circonscrits1 sans cesser d'tre immatriel1 ternel1 infini4 ,les musulmans1 qui ne comprennent pas ces mystres1 quoiqu'ils conoivent l'ternit du ,qran et la mission du ,prophte1 les taxent de folie1 et les rejettent comme des visions de cerveaux malades2 et de l des haines implacables4 ,d'autre part1 diviss entre eux sur plusieurs points de leur propre croyance1 les chrtiens forment des partis non moins divers2 et les querelles qui les agitent sont d'autant plus opinitres et plus violentes1 que les objets sur lesquels elles se fondent tant inaccessibles aux sens1 et par consquent d'une dmonstration impossible1 les opinions de chacun n'ont de rgle et de base que dans le caprice et la volont4 ,ainsi1 convenant que ,dieu est un tre incomprhensible1 inconnu1 ils disputent nanmoins sur son essence1 sur sa manire d'agir1 sur ses attributs3 convenant que la transformation qu'ils lui supposent en homme1 est une nigme au-dessus de l'entendement1 ils disputent cependant sur la confusion ou la distinction des deux volonts et des deux natures1 sur le changement de substance1 sur la prsence relle ou feinte1 sur le mode de l'incarnation1 etc4 ,et de l des sectes innombrables1 dont deux ou trois cents ont dja pri1 et dont trois ou quatre cents autres1 qui subsistent encore1 t'offrent cette multitude de drapeaux o ta vue s'gare4 ,le premier en tte1 qu'environne ce groupe d'un costume bizarre1 ce mlange confus de robes violettes1 rouges1 blanches1 noires1 bigarres1 de ttes tonsures1 cheveux courts ou rass1 chapeaux rouges1 bonnets carrs1 mitres pointues1 mme longues barbes1 est l'tendard du pontife de ,rome1 qui1 appliquant au sacerdoce la prminence de sa ville dans l'ordre civil1 a rig sa suprmatie en point de religion1 et a fait un article de foi de son orgueil4 sa droite tu vois le pontife grec1 qui1 fier de la rivalit leve par sa mtropole1 oppose d'gales prtentions1 et les soutient contre l'glise d',occident par l'antriorit de l'glise d',orient4 gauche1 sont les tendards de deux chefs rcents#bc1 qui1 secouant un joug devenu tyrannique1 ont1 dans leur rforme1 dress autels contre autels1 et soustrait au pape la moiti de l',europe4 ,derrire eux sont les sectes subalternes qui subdivisent encore tous ces grands partis1 les nestoriens1 les eutychens1 les jacobites1 les iconoclastes1 les anabaptistes1 les presbytriens1 les viclefites1 les osiandrins1 les manichens1 les mthodistes1 les adamites1 les contemplatifs1 les trembleurs1 les pleureurs1 et cent autres semblables2 tous partis distincts1 se perscutant quand ils sont forts1 se tolrant quand ils sont faibles1 se hassant au nom d'un ,dieu de paix1 se faisant chacun un paradis exclusif dans une religion de charit universelle1 se vouant rciproquement dans l'autre monde des peines sans fin1 et ralisant dans celui-ci l'enfer que leurs cerveaux placent dans celui-l4 ,aprs ce groupe1 voyant un seul tendard de couleur hyacinthe1 autour duquel taient rassembls des hommes de tous les costumes de l',europe et de l',asie3 ,du moins1 dis-je au ,gnie1 trouverons-nous ici de l'humanit4--,oui1 me rpondit-il1 au premier aspect1 et par cas fortuit et momentan3 ne reconnais-tu pas ce systme de culte8 ,alors apercevant le monogramme du nom de ,dieu en lettres hbraques1 et les palmes que tenaient en main les rabbins3 ,il est vrai1 lui dis-je1 ce sont les enfants de ,mose disperss jusqu' ce jour1 et qui1 abhorrant toute nation1 ont t partout abhorrs et perscuts4--,oui1 reprit-il1 et c'est par cette raison que1 n'ayant ni le temps ni la libert de disputer1 ils ont gard l'apparence de l'unit2 mais peine1 dans leur runion1 vont-ils confronter leurs principes et raisonner sur leurs opinions1 qu'ils vont1 comme jadis1 se partager au moins en deux sectes principales#bd1 dont l'une1 s'autorisant du silence du lgislateur1 et s'attachant au sens littral de ses livres1 niera tout ce qui n'y est point clairement exprim1 et1 ce titre1 rejettera1 comme invention des circoncis1 la survivance de l'ame au corps1 et sa transmigration dans des lieux de peines ou de dlices1 et sa rsurrection1 et le jugement final1 et les bons et les mauvais anges1 et la rvolte du mauvais gnie1 et tout le systme potique d'un monde ultrieur3 et ce peuple privilgi1 dont la perfection consiste se couper un petit morceau de chair1 ce peuple atome1 qui1 dans l'ocan des peuples1 n'est qu'une petite vague1 et qui veut que ,dieu n'ait rien fait que pour lui seul1 rduira encore de moiti1 par son schisme1 le poids dja si lger qu'il tablit dans la balance de l'univers4 ,et me montrant un groupe voisin1 compos d'hommes vtus de robes blanches1 portant un voile sur la bouche1 et rangs autour d'un tendard de couleur aurore1 sur lequel tait peint un globe tranch en deux hmisphres1 l'un noir et l'autre blanc3 ,il en sera ainsi1 continua-t-il1 de ces enfans de ,zoroastre1 restes obscurs de peuples jadis si puissants3 maintenant perscuts comme les juifs1 et disperss chez les autres peuples1 ils reoivent1 sans discussion1 les prceptes du reprsentant de leur prophte2 mais sitt que le mbed et les destours seront rassembls1 la controverse s'tablira sur le bon et le mauvais principe2 sur les combats d',ormuzd1 dieu de lumire1 contre ,ahrimanes1 dieu de tnbres2 sur leur sens direct ou allgorique2 sur les bons et mauvais gnies2 sur le culte du feu et des lments2 sur les ablutions et sur les souillures2 sur la rsurrection en corps ou seulement en ame1 et sur le renouvellement du monde existant1 et sur le monde nouveau qui lui doit succder4 ,et les ,parsis se diviseront en sectes d'autant plus nombreuses1 que dans leur dispersion les familles auront contract les moeurs1 les opinions des nations trangres4 ct d'eux1 ces tendards fond d'azur1 o sont peintes des figures monstrueuses de corps humains doubles1 triples1 quadruples1 tte de lion1 de sanglier1 d'lphant1 queue de poisson1 de tortue1 etc41 sont les tendards des sectes indiennes1 qui trouvent leurs dieux dans les animaux et les ames de leurs parents dans les reptiles et les insectes4 ,ces hommes fondent des hospices pour des perviers1 des serpents1 des rats1 et ils ont eu horreur leurs semblables6 ,ils se purifient avec la fiente et l'urine de vache1 et ils se croient souills du contact d'un homme6 ,ils portent un rseau sur la bouche1 de peur d'avaler1 dans une mouche1 une ame en souffrance1 et ils laissent mourir de faim un paria6 ,ils admettent les mmes divinits1 et ils se partagent en drapeaux ennemis et divers4 ,ce premier1 isol l'cart1 o tu vois une figure quatre ttes1 est celui de ,brahma1 qui1 quoique dieu crateur1 n'a plus ni sectateurs ni temples1 et qui1 rduit servir de pidestal au ,lingam1 se contente d'un peu d'eau que chaque matin le brmane lui jette par-dessus l'paule1 en lui rcitant un cantique strile4 ,ce second1 o est peint milan au corps roux et la tte blanche1 est celui de ,vichenou1 qui1 quoique dieu conservateur1 a pass une partie de sa vie en aventures malfaisantes4 ,considre-le sous les formes hideuses de sanglier et de lion1 dchirant des entrailles humaines1 ou sous la figure d'un cheval1 devant venir1 le sabre la main1 dtruire l'ge prsent1 obscurcir les astres1 abattre les toiles1 branler la terre1 et faire au grand serpent un feu qui consumera les globes4 ,ce troisime est celui de ,chiven1 dieu de destruction1 de ravage1 et qui a cependant pour emblme le signe de la production3 il est le plus mchant des trois1 et il compte le plus de sectateurs4 ,fiers de son caractre1 ses partisans mprisent1 dans leur dvotion#be1 les autres dieux1 ses gaux et ses frres2 et par une imitation de sa bizarrerie1 professant la pudeur et la chastet1 ils couronnent publiquement de fleurs1 et arrosent de lait et de miel l'image obscne du ,lingam4 ,derrire eux viennent les moindres drapeaux d'une foule de dieux1 mles1 femelles1 hermaphrodites1 qui1 parents et amis des trois principaux1 ont pass leur vie se livrer des combats2 et leurs adorateurs les imitent4 ,ces dieux n'ont besoin de rien1 et sans cesse ils reoivent des offrandes2 ils sont tout-puissants1 remplissent l'univers2 et un brmane1 avec quelques paroles1 les enferme dans une idole ou dans une cruche1 pour vendre son gr leurs faveurs4 ,au del1 cette multitude d'autres tendards que1 sur un fond jaune qui leur est commun1 tu vois porter des emblmes diffrents1 sont ceux d'un mme dieu1 lequel1 sous des noms divers1 rgne chez les nations de l',orient4 ,le ,chinois l'adore dans ,ft1 le ,japonais le rvre dans ,budso1 l'habitant de ,ceylan dans ,bedhou et ,boudah1 celui de ,laos dans ,chekia1 le ,pgouan dans ,phta1 le ,siamois dans ,sommona ,kodom1 le ,tibetain dans ,boudd et dans ,la3 tous1 d'accord sur le fond de son histoire1 clbrent sa vie pnitente1 ses mortifications1 ses jenes1 ses fonctions de mdiateur et d'expiateur1 les haines d'un dieu son ennemi1 leurs combats et son ascendant4 ,mais discords entre eux sur les moyens de lui plaire1 ils disputent sur les rites et sur les pratiques1 sur les dogmes de la doctrine intrieure et de la doctrine publique4 ,ici1 ce bonze japonais1 la robe jaune1 la tte nue1 prche l'ternit des ames1 leurs transmigrations successives dans divers corps2 et prs de lui le sintoste1 niant leur existence spare des sens1 soutient qu'elles ne sont qu'un effet des organes auxquels elles sont lies1 et avec qui elles prissent1 comme le son avec l'instrument4 ,l1 le ,siamois1 aux sourcils rass1 l'cran talipat la main1 recommande l'aumne1 les expiations1 les offrandes2 et cependant il croit au destin aveugle et l'impassible fatalit4 ,le hochang chinois sacrifie aux ames des anctres1 et prs de lui le sectateur de ,confutze cherche son horoscope dans des fiches jetes au hasard1 et dans le mouvement des cieux4 ,cet enfant1 environn d'un essaim de prtres robes et chapeaux jaunes1 est le grand ,lama1 en qui vient de passer le dieu que le ,tibet adore4 ,un rival s'est lev pour partager ce bienfait avec lui2 et sur les bords du lac ,baikal1 le ,calmouque a aussi son dieu comme l'habitant de ,la-sa2 mais d'accord en ce point important1 que ,dieu ne peut habiter qu'un corps d'homme1 tous deux rient de la grossiret de l',indien1 qui honore la fiente de la vache1 tandis qu'eux consacrent les excrments de leur pontife4 ,aprs ces drapeaux1 une foule d'autres que l'oeil ne pouvait dnombrer1 s'offrant encore nos regards3 ,je ne terminerais point1 dit le ,gnie1 si je te dtaillais tous les systmes divers de croyance qui partagent encore les nations4 ,ici les hordes tartares adorent1 dans des figures d'animaux1 d'oiseaux et d'insectes1 les bons et les mauvais gnies1 qui1 sous un dieu principal1 mais insouciant1 rgissent l'univers2 dans leur idoltrie1 elles retracent le paganisme de l'ancien ,occident4 ,tu vois l'habillement bizarre de leurs chamans1 qui1 sous une robe de cuir garnie de clochettes1 de grelots1 d'idoles de fer1 de griffes d'oiseaux1 de peaux de serpents1 de ttes de chouettes1 s'agitent en convulsions factices1 et1 par des cris magiques1 voquent les morts pour tromper les vivans4 ,l1 les peuples noirs de l',afrique1 dans le culte de leurs ftiches1 offrent les mmes opinions4 ,voici l'habitant de ,juida1 qui adore ,dieu dans un grand serpent1 dont par malheur les porcs sont avides4444 ,voil le ,teleute1 qui se le reprsente1 vtu de toutes couleurs1 ressemblant un soldat russe2 voil le ,kamtschadale qui1 trouvant que tout va mal dans ce monde et dans son climat1 se le figure un vieillard capricieux et chagrin1 fumant sa pipe1 et chassant en traneau les renards et les martres2 enfin1 voil cent nations sauvages qui1 n'ayant aucune des ides des peuples polics sur ,dieu1 ni sur l'ame1 ni sur un monde ultrieur et une autre vie1 ne forment aucun systme de culte1 et n'enjouissent pas moins des dons de la nature dans l'irrligion o elle-mme les a cres4 ,,chapitre ,,xxi4 ,problme des contradictions religieuses4 ,cependant les divers groupes s'tant placs1 et un vaste silence ayant succd la rumeur de la multitude1 le lgislateur dit3 ,chefs et docteurs des peuples1 vous voyez comment jusqu'ici les nations1 vivant isoles1 ont suivi des routes diffrentes3 chacune croit suivre celle de la vrit2 et cependant si la vrit n'en a qu'une1 et que les opinions soient opposes1 il est bien vident que quelqu'un se trouve en erreur4 ,or1 si tant d'hommes se trompent1 qui osera garantir que lui-mme n'est pas abus8 ,commencez donc par tre indulgents sur vos dissentiments et sur vos discordances4 ,cherchons tous la vrit comme si nul ne la possdait4 ,jusqu' ce jour les opinions qui ont gouvern la terre1 produites au hasard1 accrdites par l'amour de la nouveaut et par l'imitation1 propages par l'enthousiasme et l'ignorance populaires1 ont en quelque sorte usurp clandestinement leur empire4 ,il est temps1 si elles sont fondes1 de donner leur certitude un caractre de solennit1 et de lgitimer leur existence4 ,rappelons les donc aujourd'hui un examen gnral et commun2 que chacun expose sa croyance1 et que tous devenant le juge de chacun1 cela seul soit reconnu vrai1 qui l'est pour le genre humain4 ,alors la parole ayant t dfre par ordre de position au premier tendard de la gauche3 ,il n'est pas permis de douter1 dirent les chefs1 que notre doctrine ne soit la seule vritable1 la seule infaillible4 ,d'abord elle est rvle de ,dieu mme4444 ,et la ntre aussi1 s'crirent tous les autres tendards2 il n'est pas permis d'en douter4 ,mais du moins faut-il l'exposer1 dit le lgislateur2 car l'on ne peut croire ce que l'on ne connat pas4 ,notre doctrine est prouve1 reprit le premier tendard1 par des faits nombreux1 par une multitude de miracles1 par des rsurrections de morts1 des torrents mis sec1 des montagnes transportes1 etc4 ,et nous aussi1 s'crirent tous les autres1 nous avons une foule de miracles2 et ils commencrent chacun raconter les choses les plus incroyables4 ,leurs miracles1 dit le premier tendard1 sont des prodiges supposs ou des prestiges de l'esprit malin1 qui les a tromps4 ,ce sont les vtres1 rpliqurent-ils1 qui sont supposs2 et chacun parlant de soi1 dit3 ,il n'y a que les ntres de vritables2 tous les autres sont des faussets4 ,et le lgislateur dit3 ,avez-vous des tmoins vivants8 ,non1 rpondirent-ils tous3 les faits sont anciens1 les tmoins sont morts1 mais ils ont crit4 ,soit1 reprit le lgislateur2 mais s'ils sont en contradiction1 qui les conciliera8 ,juste arbitre6 s'cria un des tendards1 la preuve que nos tmoins ont vu la vrit1 c'est qu'ils sont morts pour la tmoigner1 et notre croyance est scelle du sang des martyrs4 ,et la ntre aussi1 dirent les autres tendards3 nous avons des milliers de martyrs qui sont morts dans des tourments affreux1 sans jamais se dmentir4 ,et alors les chrtiens de toutes les sectes1 les musulmans1 les ,indiens1 les ,japonais1 citrent des lgendes sans fin de confesseurs1 de martyrs1 de pnitents1 etc4 ,et l'un de ces partis ayant ni les martyrs des autres3 ,eh bien6 dirent-ils1 nous allons mourir pour prouver que notre croyance est vraie4 ,et dans l'instant une foule d'hommes de toute religion1 de toute secte1 se prsentrent pour souffrir des tourments et la mort4 ,plusieurs mme commencrent de se dchirer les bras1 de se frapper la tte et la poitrine1 sans tmoigner de douleur4 ,mais le lgislateur les arrtant3 hommes6 leur dit-il1 coutez de sang-froid mes paroles3 si vous mouriez pour prouver que deux et deux font quatre1 cela les ferait-il davantage tre quatre8 ,non1 rpondirent-ils tous4 ,et si vous mourriez pour prouver qu'ils font cinq1 cela les ferait-il tre cinq8 ,non1 dirent-ils tous encore4 ,eh bien6 que prouve donc votre persuasion1 si elle ne change rien l'existence des choses8 ,la vrit est une1 vos opinions sont diverses2 donc plusieurs de vous se trompent4 ,si1 comme il est vident1 ils sont persuads de l'erreur1 que prouve la persuasion de l'homme8 ,si l'erreur a ses martyrs1 o est le cachet de la vrit8 ,si l'esprit malin opre des miracles1 o est le caractre distinctif de la ,divinit8 ,et d'ailleurs1 pourquoi toujours des miracles incomplets et insuffisants8 ,pourquoi1 au lieu de ces bouleversements de la nature1 ne pas changer plutt les opinions8 ,pourquoi tuer les hommes ou les effrayer1 au lieu de les instruire et de les corriger8 mortels crdules1 et pourtant opinitres6 nul de nous n'est certain de ce qui s'est pass hier1 de ce qui se passe aujourd'hui sous ses yeux1 et nous jurons de ce qui s'est pass il y a deux mille ans4 ,hommes faibles et pourtant orgueilleux6 les lois de la nature sont immuables et profondes1 nos esprits sont pleins d'illusion et de lgret2 et nous voulons tout dmontrer1 tout comprendre6 ,en vrit1 il est plus facile tout le genre humain de se tromper que de dnaturer un atome4 ,eh bien6 dit un docteur1 laissons l les preuves de fait1 puisqu'elles peuvent tre quivoques2 venons aux preuves du raisonnement1 celles qui sont inhrentes la doctrine4 ,alors un imam de la loi de ,mahomet s'avanant plein de confiance dans l'arne1 aprs s'tre tourn vers la ,mekke et avoir profr avec emphase la profession de foi3 ,louange ,dieu6 dit-il d'une voix grave et imposante6 ,la lumire brille avec vidence1 et la vrit n'a pas besoin d'examen3 et montrant le ,qran3 ,voil la lumire et la vrit dans leur propre essence4 ,il n'y a point de doute en ce livre2 il conduit droit celui qui marche aveuglment1 qui reoit sans discussion la parole divine descendue sur le ,prophte pour sauver le simple et confondre le savant4 ,dieu a tabli ,mahomet son ministre sur la terre2 il lui a livr le monde pour soumettre par le sabre celui qui refuse de croire sa loi3 les infidles disputent et ne veulent pas croire2 leur endurcissement vient de ,dieu2 il a scell leur coeur pour les livrer d'affreux chtiments444444#bf ces mots un violent murmure1 lev de toutes parts1 interrompit l'orateur4 ,quel est cet homme1 s'crirent tous les groupes1 qui nous outrage aussi gratuitement8 ,de quel droit prtend-il nous imposer sa croyance comme un vainqueur et comme un tyran8 ,dieu ne nous a-t-il pas donn1 comme lui1 des yeux1 un esprit1 une intelligence8 et n'avons-nous pas droit d'en user galement1 pour savoir ce que nous devons rejeter ou croire8 ,s'il a le droit de nous attaquer1 n'avons-nous pas celui de nous dfendre8 ,s'il lui a plu de croire sans examen1 ne sommes-nous pas matres de croire avec discernement8 ,et quelle est cette doctrine lumineuse qui craint la lumire8 ,quel est cet aptre d'un ,dieu clment1 qui ne prche que meurtre et carnage8 ,quel est ce ,dieu de justice1 qui punit un aveuglement que lui-mme cause8 ,si la violence et la perscution sont les arguments de la vrit1 la douceur et la charit seront-elles les indices du mensonge8 ,alors un homme s'avanant d'un groupe voisin vers l'imam1 lui dit3 ,admettons que ,mahomet soit l'aptre de la meilleure doctrine1 le prophte de la vraie religion2 veuillez du moins nous dire qui nous devons suivre pour la pratiquer3 sera-ce son gendre ,ali1 ou ses vicaires ,omar et ,aboubekre#bg8 peine eut-il prononc ces noms1 qu'au sein mme des musulmans clata un schisme terrible3 les partisans d',omar et d',ali1 se traitant mutuellement d'hrtiques1 d'impies1 de sacrilges1 s'accablrent de maldictions4 ,la querelle mme devint si violente qu'il fallut que les groupes voisins s'interposassent pour les empcher d'en venir aux mains4 ,enfin1 le calme s'tant un peu rtabli1 le lgislateur dit au imams3 ,voyez quelles consquences rsultent de vos principes6 ,si les hommes les mettaient en pratique1 vous-mmes1 d'opposition en opposition1 vous vous dtruiriez jusques au dernier2 et la premire loi de ,dieu n'est-elle pas que l'homme vive8 ,puis s'adressant aux autres groupes3 ,sans doute cet esprit d'intolrance et d'exclusion choque toute ide de justice1 renverse toute base de morale et de socit2 cependant1 avant de rejeter entirement ce code de doctrine1 ne conviendrait-il pas d'entendre quelques-uns de ses dogmes1 afin de ne pas prononcer sur les formes1 sans avoir pris connaissance du fond8 ,et les groupes y ayant consenti1 l'iman commena d'exposer comment ,dieu1 aprs avoir envoy vingt-quatre mille-prophtes aux nations qui s'garaient dans l'idoltrie1 en avait enfin envoy un dernier1 le sceau et la perfection de tous1 ,mahomet1 sur qui soit le salut de paix2 comment1 afin que les infidles n'altrassent plus la parole divine1 la suprme clmence avait elle-mme trac les feuillets du ,qran3 et dtaillant les dogmes de l'islamisme1 l'imam expliqua comment1 titre de parole de ,dieu1 le ,qran tait incr1 ternel1 ainsi que la source dont il manait2 comment il avait t envoy feuillet par feuillet en vingt-quatre mille apparitions nocturnes de l'ange ,gabriel2 comment l'ange s'annonait par un petit cliquetis1 qui saisissait le ,prophte d'une sueur froide2 comment1 dans la vision d'une nuit1 il avait parcouru quatre-vingt-dix cieux1 mont sur l'animal ,boraq1 moiti cheval1 moiti femme2 comment1 dou du don des miracles1 il marchait au soleil sans ombre1 faisait reverdir d'un seul mot les arbres1 remplissait d'eau les puits1 les citernes1 et avait fendu en deux le disque de la lune2 comment1 charg des ordres du ciel1 ,mahomet avait propag1 le sabre la main1 la religion la plus digne de ,dieu par sa sublimit1 et la plus propre aux hommes par la simplicit de ses pratiques1 puisqu'elle ne consistait qu'en huit ou dix points3 professer l'unit de ,dieu2 reconnatre ,mahomet pour son seul prophte2 prier cinq fois par jour2 jeuner un mois par an2 aller la ,mekke une fois dans sa vie2 donner la dme de ses biens2 ne point boire de vin1 ne point manger de porc1 et faire la guerre aux infidles2 qu' ce moyen1 tout musulman devenant lui-mme aptre et martyr1 jouissait1 ds ce monde1 d'une foule de biens2 et qu' sa mort1 son ame1 pese dans la balance des oeuvres1 et absoute par les deux anges noirs1 traversait par-dessus l'enfer1 le pont troit comme un cheveu et tranchant comme un sabre2 et qu'enfin elle tait reue dans un lieu de dlices1 arros de fleuves de lait et de miel1 embaum de tous les parfums indiens et arabes1 o des vierges toujours chastes1 les clestes houris1 comblaient de faveurs toujours renaissantes les lus toujours rajeunis4 ces mots1 un rire involontaire se traa sur tous les visages2 et les divers groupes raisonnant sur ces articles de croyance1 dirent unanimement3 ,comment se peut-il que des hommes raisonnables admettent de telles rveries8 ,ne dirait-on pas entendre un chapitre des ,mille et une nuits8 ,et un ,samoyde s'avanant dans l'arne3 ,le paradis de ,mahomet1 dit-il1 me parat fort bon2 mais un des moyens de le gagner m'embarrasse2 car s'il ne faut ni boire ni manger entre deux soleils1 ainsi qu'il l'ordonne1 comment pratiquer un tel jene dans notre pays1 o le soleil reste sur l'horizon quatre mois entiers sans se coucher8 ,cela est impossible1 dirent les docteurs musulmans pour soutenir l'honneur du ,prophte2 mais cent peuples ayant attest le fait1 l'infaillibilit de ,mahomet ne laissa pas que de recevoir une fcheuse atteinte4 ,il est singulier1 dit un ,europen1 que ,dieu ait sans cesse rvl1 tout ce qui se passait dans le ciel1 sans jamais nous instruire de ce qui se passe sur la terre6 ,pour moi1 dit un ,amricain1 je trouve une grande difficult au plerinage2 car supposons vingt-cinq ans par gnration1 et seulement cent millions de mles sur le globe3 chacun tant oblig d'aller la ,mekke une fois dans sa vie1 ce sera par an quatre millions d'hommes en route2 on ne pourra pas revenir dans la mme anne2 et le nombre devient double1 c'est--dire de huit millions3 o trouver les vivres1 la place1 l'eau2 les vaisseaux pour cette procession universelle8 ,il faudrait bien l des miracles4 ,la preuve1 dit un thologien catholique1 que la religion de ,mahomet n'est pas rvle1 c'est que la plupart des ides qui en font la base existaient long-temps avant elle1 et qu'elle n'est qu'un mlange confus de vrits altres de notre sainte religion et de celle des juifs1 qu'une homme ambitieux a fait servir ses projets de domination et ses vues mondaines4 ,parcourez son livre2 vous n'y verrez que des histoires de la ,bible et de l'vangile1 travesties en contes absurdes1 et du reste un tissu de dclamations contradictoires et vagues1 de prceptes ridicules ou dangereux4 ,analysez l'esprit de ces prceptes et la conduite de l'aptre2 vous n'y verrez qu'un caractre rus et audacieux1 qui1 pour arriver son but1 remue assez habilement1 il est vrai1 les passions du peuple qu'il veut gouverner4 ,il parle des hommes simples et crdules1 il leur suppose des prodiges2 ils sont ignorants et jaloux1 il flatte leur vanit en mprisant la science2 ils sont pauvres et avides1 il excite leur cupidit par l'espoir du pillage2 il n'a rien donner d'abord sur la terre1 il se cre des trsors dans les cieux2 il fait dsirer la mort comme un bien suprme2 il menace les lches de l'enfer2 il promet le paradis aux braves2 il affermit les faibles par l'opinion de la fatalit2 en un mot1 il produit le dvouement dont il a besoin par tous les attraits des sens1 par les mobiles de toutes les passions4 ,quel caractre diffrent dans notre doctrine6 et combien son empire1 tabli sur la contradiction de tous les penchants1 sur la ruine de toutes les passions1 ne prouve-t-il pas son origine cleste8 ,combien sa morale douce1 compatissante1 et ses affections toutes spirituelles n'attestent-elles pas son manation de la ,divinit8 ,il est vrai que plusieurs de ses dogmes s'lvent au-dessus de l'entendement1 et imposent la raison un respectueux silence2 mais par-l mme sa rvlation n'est que mieux constate1 puisque jamais les hommes n'eussent imagin de si grands mystres4 ,et tenant d'une main la ,bible1 et de l'autre1 les quatre vangiles1 le docteur commena de raconter que1 dans l'origine1 ,dieu 7aprs avoir pass une ternit sans rien faire7 prit enfin le dessein1 sans motif connu1 de produire le monde de rien2 qu'ayant cr l'univers entier en six jours1 il se trouva fatigu le septime2 qu'ayant plac un premier couple d'humains dans un lieu de dlices1 pour les y rendre parfaitement heureux1 il leur dfendit nanmoins de goter d'un fruit qu'il leur laissa sous la main2 que ces premiers parents ayant cd la tentation1 toute leur race 7qui n'tait pas ne7 avait t condamne porter la peine d'une faute qu'elle n'avait pas commise2 qu'aprs avoir laiss le genre humain se damner pendant quatre ou cinq mille ans1 ce ,dieu de misricorde avait ordonn un fils bien-aim1 qu'il avait engendr sans mre1 et qui tait aussi g que lui1 d'aller se faire mettre mort sur terre2 et cela1 afin de sauver les hommes1 dont cependant depuis ce temps-l le trs-grand nombre continuait de se perdre2 que1 pour1 remdier ce nouvel inconvnient1 ce dieu1 n d'une femme reste vierge1 aprs tre mort et ressuscit1 renaissait encore chaque jour2 et1 sous la forme d'un peu de levain1 se multipliait par milliers la voix du dernier des hommes4 ,et de l passant la doctrine des sacrements1 il allait traiter fond de la puissance de lier et de dlier1 des moyens de purger tout crime avec de l'eau et quelques paroles2 quand1 ayant profr les mots indulgence1 pouvoir du pape1 grace suffisante ou efficace1 il fut interrompu par mille cris4 ,c'est un abus horrible1 dirent les luthriens1 de prtendre1 pour de l'argent1 remettre les pchs4 ,c'est une chose contraire au texte de l'vangile1 dirent les calvinistes1 de supposer une prsence vritable4 ,le pape n'a pas le droit de rien dcider par lui-mme1 dirent les jansnistes3 et trente sectes la fois s'accusant mutuellement d'hrsie et d'erreur1 il ne fut plus possible de s'entendre4 ,aprs quelque temps1 le silence s'tant rtabli1 les musulmans dirent au lgislateur3 ,lorsque vous avez repouss notre doctrine1 comme proposant des choses incroyables1 pourrez-vous admettre celle des chrtiens8 n'est-elle pas encore plus contraire au sens naturel et la justice8 ,dieu immatriel1 infini1 se faire homme6 avoir un fils aussi g que lui6 ce dieu-homme devenir du pain que l'on mange et que l'on digre6 avons-nous rien de semblable cela8 ,les chrtiens ont-ils le droit exclusif d'exiger une foi aveugle8 et leur accorderez-vous des privilges de croyance notre dtriment8 ,et des hommes sauvages s'tant avancs3 ,quoi1 dirent-ils1 parce qu'un homme et une femme1 il y a six mille ans1 ont mang une pomme1 tout le genre humain se trouve damn1 et vous dites ,dieu juste6 quel tyran rendit jamais les enfants responsables des fautes de leurs pres6 ,quel homme peut rpondre des actions d'autrui6 ,n'est-ce pas renverser toute ide de justice et de raison8 ,et o sont1 dirent d'autres1 les tmoins1 les preuves de tous ces prtendus faits allgus8 ,peut-on les recevoir ainsi sans aucun examen de preuves8 ,pour la moindre action en justice il faut deux tmoins2 et l'on nous fera croire tout ceci sur des traditions1 des ou-dire6 ,alors un rabbin prenant la parole3 ,quant aux faits1 dit-il1 nous en sommes garants pour le fond3 l'gard de la forme et de l'emploi que l'on en a fait1 le cas est diffrent1 et les chrtiens se condamnent ici par leurs propres arguments2 car ils ne peuvent nier que nous ne soyons la source originelle dont ils drivent1 le tronc primitif sur lequel ils se sont ents2 et de l un raisonnement premptoire3 ,ou notre loi est de ,dieu1 et alors la leur est une hrsie1 puisqu'elle en diffre2 ou notre loi n'est pas de ,dieu1 et la leur tombe en mme temps4 ,il faut distinguer1 rpondit le chrtien3 votre loi est de ,dieu1 comme figure et prparative1 mais non pas comme finale et absolue2 vous n'tes que le simulacre dont nous sommes la ralit4 ,nous savons1 repartit le rabbin1 que telles sont vos prtentions2 mais elles sont absolument gratuites et fausses4 ,votre systme porte tout entier sur des bases de sens mystiques1 d'interprtations visionnaires et allgoriques2 et ce systme1 violentant la lettre de nos livres1 substitue sans cesse au sens vrai les ides les plus chimriques1 et y trouve tout ce qu'il lui plat1 comme une imagination vagabonde trouve des figures dans les nuages4 ,ainsi1 vous avez fait un messie spirituel de ce qui1 dans l'esprit de nos prophtes1 n'tait qu'un roi politique3 vous avez fait une rdemption du genre humain de ce qui n'tait que le rtablissement de notre nation3 vous avez tabli une prtendue conception virginale sur une phrase prise contre-sens4 ,ainsi vous supposez votre gr tout ce qui vous convient2 vous voyez dans nos livres mmes votre trinit1 quoiqu'il n'en soit pas dit le mot le plus indirect1 et que ce soit une ide des nations profanes1 admise avec une foule d'autres opinions de tout culte et de toute secte1 dont se composa votre systme dans le chaos et l'anarchie de vos trois premiers sicles4 ces mots1 transports de fureur et criant au sacrilge1 au blasphme1 les docteurs chrtiens voulurent s'lancer sur le juif4 ,et des moines bigarrs de noir et de blanc s'tant avancs avec un drapeau o taient peints des tenailles1 un gril1 un bcher et ces mots3 justice1 charit et misricorde3 ,il faut1 dirent-ils1 faire un acte de foi de ces impies1 et les brler pour la gloire de ,dieu4 ,et dja ils traaient le plan d'un bcher1 quand les musulmans leur dirent d'un ton ironique3 ,voil donc cette religion de paix1 cette morale humble et bienfaisante que vous nous avez vante8 ,voil cette charit vanglique qui ne combat l'incrdulit que par la douceur1 et n'oppose aux injures que la patience8 ,hypocrites6 c'est ainsi que vous trompez les nations2 c'est ainsi que vous avez propag vos funestes erreurs6 ,avez-vous t faibles1 vous avez prch la libert1 la tolrance1 la paix3 tes-vous devenus forts1 vous avez pratiqu la perscution1 la violence44444 ,et ils allaient commencer l'histoire des guerres et des meurtres du christianisme1 quand le lgislateur rclamant le silence1 suspendit ce mouvement de discorde4 ,ce n'est pas nous1 rpondirent les moines bigarrs1 d'un ton de voix toujours humble et doux1 ce n'est pas nous que nous voulons venger1 c'est la cause de ,dieu1 c'est sa gloire que nous dfendons4 ,et de quel droit1 repartirent les imams1 vous constituez-vous ses reprsentants plus que nous8 ,avez-vous des privilges que nous n'ayons pas8 tes-vous d'autres hommes que nous8 ,dfendre ,dieu1 dit un autre groupe1 prtendre le venger1 n'est-ce pas insulter sa sagesse1 sa puissance8 ,ne sait-il pas mieux que les hommes ce qui convient sa dignit8 ,oui1 mais ses voies sont caches1 reprirent les moines4 ,et il vous restera toujours prouver1 repartirent les rabbins1 que vous avez le privilge exclusif de les comprendre4 ,et alors1 fiers de trouver des soutiens de leur cause1 les juifs crurent que leur loi allait triompher1 lorsque le mbed 7grand-prtre7 des ,parsis1 ayant demand la parole1 dit au lgislateur3 ,nous avons entendu le rcit des juifs et des chrtiens sur l'origine du monde2 et1 quoique altr1 nous y avons reconnu beaucoup de choses que nous admettons2 mais nous rclamons contre l'attribution qu'ils en font leur prophte ,mose1 d'abord parce qu'ils ne sauraient prouver que les livres inscrits de son nom soient rellement son ouvrage2 qu'au contraire nous offrons de dmontrer1 par vingt passages positifs1 que leur rdaction lui est postrieure de plus de six sicles1 et qu'elle provient de la connivence manifeste d'un grand-prtre et d'un roi dsigns#bh2 qu'ensuite1 si vous parcourez avec attention le dtail des lois1 des rites et des prceptes prsums venir directement de ,mose1 vous ne trouverez en aucun article une indication1 mme tacite1 de ce qui compose aujourd'hui la doctrine thologique des juifs et de leurs enfants les chrtiens4 ,en aucun lieu vous ne verrez de trace1 ni de l'immortalit de l'ame1 ni d'une vie ultrieure1 ni de l'enfer et du paradis1 ni de la rvolte de l'ange1 principal auteur des maux du genre humain1 etc4 ,mose n'a point connu ces ides1 et la raison en est premptoire1 puisque ce ne fut que plus de deux sicles aprs lui que notre prophte ,zerdoust1 dit ,zoroastre1 les vanglisa dans l',asie4444 ,aussi1 ajouta le mbed en s'adressant aux rabbins1 n'est-ce que depuis cette poque1 c'est--dire aprs le sicle de vos premiers rois1 que ces ides apparaissent dans vos crivains2 et elles ne s'y montrent que par degrs1 et d'abord furtivement1 selon les relations politiques que vos pres eurent avec nos aeux2 ce fut surtout lorsque1 vaincus et disperss par les rois de ,ninive et de ,babylone1 vos pres furent transports sur les bords du ,tigre et de l',euphrate1 et qu'levs pendant trois gnrations successives dans notre pays1 ils s'imprgnrent de moeurs et d'opinions jusqu'alors repousses comme contraires leur loi4 ,alors que notre roi ,kyrus les eut dlivrs de l'esclavage1 leurs coeurs se rapprochrent de nous par la reconnaissance2 ils devinrent nos imitateurs1 nos disciples2 les familles les plus distingues1 que les rois de ,babylone avaient fait lever dans les sciences chaldennes1 rapportrent ,jrusalem des ides nouvelles1 des dogmes trangers4 ,d'abord la masse du peuple1 non migre1 opposa le texte de la loi et le silence absolu du prophte2 mais la doctrine pharisienne ou parsie prvalut3 et1 modifie selon votre gnie et les ides qui vous taient propres1 elle causa une nouvelle secte4 ,vous attendiez un roi restaurateur de votre puissance2 nous annoncions un ,dieu rparateur et sauveur3 de la combinaison de ces ides1 vos essniens firent la base du christianisme3 et1 quoi qu'en supposent vos prtentions1 juifs1 chrtiens1 musulmans1 vous n'tes1 dans votre systme des tres spirituels1 que des enfants gars de ,zoroastre4 ,le mbed1 passant de suite au dveloppement de sa religion1 et s'appuyant du ,sad-der et du ,zend-avesta1 raconta1 dans le mme ordre que la ,gense1 la cration du monde en six gahns3 la formation d'un premier homme et d'une premire femme dans un lieu cleste1 sous le rgne du bien2 l'introduction du mal dans le monde par la grande couleuvre1 emblme d',ahrimanes2 la rvolte et les combats de ce gnie du mal et des tnbres contre ,ormuzd1 dieu du bien et de la lumire2 la division des anges en blancs et en noirs1 en bons et en mchants2 leur ordre hirarchique en chrubins1 sraphins1 trnes1 dominations1 etc41 la fin du monde au bout de six mille ans2 la venue de l'agneau rparateur de la nature2 le monde nouveau2 la vie future dans des lieux de dlices ou de peines3 le passage des ames sur le pont de l'abme2 les crmonies des mystres de ,mithras2 le pain azyme qu'y mangent les initis2 le baptme des enfants nouveau-ns2 les onctions des morts1 et les confessions de leurs pchs4 ,en un mot1 il exposa tant de choses analogues aux trois religions prcdentes1 qu'il semblait que ce ft un commentaire ou une continuation du ,qran et de l',apocalypse4 ,mais les docteurs juifs1 chrtiens1 musulmans1 se rcriant sur cet expos1 et traitant les parsis d'idoltres et d'adorateurs du feu1 les taxrent de mensonge1 de supposition1 d'altration de faits3 et il s'leva une violente dispute sur les dates des vnements1 sur leur succession et sur leur srie2 sur la source premire des opinions1 sur leur transmission de peuple peuple1 sur l'authenticit des livres qui les tablissent1 sur l'poque de leur composition1 le caractre de leurs rdacteurs1 la valeur de leurs tmoignages2 et les divers partis1 se dmontrant rciproquement des contradictions1 des invraisemblances1 des apocryphits1 s'accusrent mutuellement d'avoir tabli leur croyance sur des bruits populaires1 sur des traditions vagues1 sur des fables absurdes1 inventes sans discernement1 admises sans critique par des crivains inconnus1 ignorants ou partiaux1 des poques incertaines ou fausses4 ,d'autre part un grand murmure s'excita sous les drapeaux des sectes indiennes2 et les brahmanes1 protestant contre les prtentions des juifs et des parsis1 dirent3 ,quels sont ces peuples nouveaux et presque inconnus qui s'tablissent ainsi1 de leur droit priv1 les auteurs des nations et les dpositaires de leurs archives8 entendre leurs calculs de cinq six mille ans1 il semblerait que le monde ne ft n que d'hier1 tandis que nos monuments constatent une dure de plusieurs milliers de sicles4 ,et de quel droit leurs livres seraient-ils prfrs aux ntres8 ,les ,vdas1 les ,chastras1 les ,pourans1 sont-ils donc infrieurs aux ,bibles1 au ,zend-avesta1 au ,sad-der8 ,le tmoignage de nos pres et de nos dieux ne vaudra-t-il pas celui des dieux et des pres des ,occidentaux8 ,ah6 s'il nous tait permis d'en rvler les mystres des hommes profanes6 si un voile sacr ne devait pas couvrir notre doctrine tous les regards64444 ,et les brahmanes s'tant tus ces mots3 ,comment admettre votre doctrine1 leur dit le lgislateur1 si vous ne la manifestez pas8 ,et comment ses premiers auteurs l'ont-ils propage1 alors qu'tant seuls la possder1 leur propre peuple leur tait profane8 ,le ciel la rvla-t-il pour la taire8 ,mais les brahmanes persistant ne pas s'expliquer3 ,nous pouvons leur laisser les honneurs du secret1 dit un homme d',europe4 ,dsormais leur doctrine est dcouvert2 nous possdons leurs livres1 et je puis vous en rsumer la substance4 ,en effet1 en analysant les quatre ,vdas1 les dix-huit ,pourans et les cinq ou six ,chastras1 il exposa comment un tre immatriel1 infini1 ternel et rond1 aprs avoir pass un temps sans bornes se contempler1 voulant enfin se manifester1 spara les facults mle et femelle qui taient en lui1 et opra un acte de gnration dont le lingam est rest l'emblme2 comment de ce premier acte naquirent1 trois puissances divines1 appeles ,brahma1 ,bichen ou ,vichenou1 et ,chib ou ,chiven1 charges1 la premire de crer1 la seconde de conserver1 la troisime de dtruire ou de changer les formes de l'univers3 et1 dtaillant l'histoire de leurs oprations et de leurs aventures1 il expliqua comment ,brahma1 fier d'avoir cr le monde et les huit sphres de purifications1 s'tant prfr son gal ,chib1 ce mouvement d'orgueil causa entre eux un combat qui fracassa les globes ou orbites clestes1 comme un panier d'oeufs2 comment ,brahma1 vaincu dans ce combat1 fut rduit servir de pidestal ,chib1 mtamorphos en lingam2 comment ,vichenou1 dieu mdiateur1 a pris1 des poques diverses1 neuf formes animales et mortelles pour conserver le monde3 comment d'abord1 sous celle de poisson1 il sauva du dluge universel une famille qui repeupla la terre2 comment ensuite1 sous la forme d'une tortue1 il tira de la mer de lait la montagne ,mandreguiri 7le ple72 puis1 sous celle de sanglier1 dchira le ventre du gant ,erennachessen1 qui submergeait la terre dans l'abme du ,djle1 dont il la retira sur ses dfenses2 comment incarn sous la forme de berger noir1 et sous le nom de ,chris-en1 il dlivra le monde du venimeux serpent ,calengam1 et parvint1 aprs en avoir t mordu au pied1 lui craser la tte4 ,puis1 passant l'histoire des gnies secondaires1 il raconta comment l'ternel1 pour faire clater sa gloire1 avait cr divers ordres d'anges1 chargs de chanter ses louanges et de diriger l'univers2 comment une partie de ces anges se rvoltrent sous la conduite d'un chef ambitieux1 qui voulut usurper le pouvoir de ,dieu et tout gouverner2 comment ,dieu les prcipita dans le monde de tnbres1 pour y subir le traitement de leur malfaisance2 comment ensuite1 touch de compassion1 il consentit les en retirer1 et les rappeler en grace aprs qu'ils eurent subi de longues preuves2 comment cet effet ayant cr quinze orbites ou rgions de plantes1 et des corps pour les habiter1 il soumit ces anges rebelles y subir quatre-vingt-sept transmigrations2 il expliqua comment les ames ainsi purifies retournaient la source premire1 l'ocan de vie et d'animation dont elles taient manes2 comment tous les tres vivants contenant une portion de cette ame universelle1 il tait trs-coupable de les en priver4 ,enfin il allait dvelopper les rites et les crmonies1 lorsqu'ayant parl des offrandes et des libations de lait et de beurre des dieux de cuivre et de bois1 et des purifications par la fiente et l'urine de vache1 il s'leva de toutes parts des murmures mls d'clats de rire1 qui interrompirent l'orateur4 ,et chaque groupe raisonnant sur cette religion3 ,ce sont des idoltres1 dirent les musulmans1 il faut les exterminer44444 ,ce sont des cerveaux drangs1 dirent les sectateurs de ,confutze1 qu'il faut tcher de gurir4 ,les plaisants dieux1 disaient quelques autres1 que ces marmousets graisseux et enfums1 qu'on lave comme des enfants malpropres1 et dont il faut chasser les mouches friandes de miel1 qui viennent les salir d'ordures6 ,et un brahmane indign1 prenant la parole3 ,ce sont des mystres profonds1 s'cria-t-il1 des emblmes de vrits que vous n'tes pas dignes d'entendre4 ,de quel droit1 rpondit un lama du ,tibet1 en tes-vous plus dignes que nous6 ,est-ce parce que vous vous prtendez issus de la tte de ,brahma1 et que vous rejetez de moins nobles parties le reste des humains8 ,mais1 pour soutenir l'orgueil de vos distinctions d'origines et de castes1 prouvez-nous d'abord que vous tes d'autres hommes que nous4 ,prouvez-nous ensuite1 comme faits historiques1 les allgories que vous nous racontez3 prouvez-nous mme que vous tes les auteurs de toute cette doctrine2 car nous1 s'il le faut1 nous prouverons que vous n'en tes que les plagiaires et les corrupteurs2 que vous n'tes que les imitateurs de l'ancien paganisme des ,occidentaux1 auquel vous avez1 par un mlange bizarre1 alli la doctrine toute spirituelle de notre ,dieu2 cette doctrine dgage des sens1 entirement ignore de la terre avant que ,boudh l'et enseigne aux nations4 ,et une foule de groupes ayant demand quelle tait cette doctrine et quel tait ce dieu1 dont la plupart n'avaient jamais ou le nom1 le lama reprit la parole et dit3 ,qu'au commencement un ,dieu unique1 existant par lui-mme1 aprs avoir pass une ternit absorb dans la contemplation de son tre1 voulut manifester ses perfections hors de lui-mme1 et cra la matire du monde2 que les quatre lments tant produits1 mais encore confus1 il souffla sur les eaux1 qui s'enflrent comme une bulle immense de la forme d'un oeuf1 laquelle en se dveloppant devint la vote et l'orbe du ciel qui enceint le monde2 qu'ayant fait la terre et les corps des tres1 ce ,dieu1 essence du mouvement1 leur dpartit1 pour les animer1 une portion de son tre2 qu' ce titre1 l'ame de tout ce qui respire tant une fraction de l'ame universelle2 aucune ne prit1 mais que seulement elles changent de moule et de forme1 en passant successivement en des corps divers2 que de toutes les formes1 celle qui plat le plus l'tre divin est celle de l'homme1 comme approchant le plus de ses perfections2 que quand un homme1 par un dgagement absolu de ses sens1 s'absorbe dans la contemplation de lui-mme1 il parvient y dcouvrir la ,divinit1 et il la devient en effet2 que parmi les incarnations de cette espce que ,dieu a dja revtues1 l'une des plus saintes et des plus solennelles fut celle dans laquelle il parut il y a vingt-huit sicles dans le ,kachemire1 sous le nom de ,ft ou ,boudh1 pour enseigner la doctrine de l'anantissement1 du renoncement soi-mme4 ,et traant l'histoire de ,ft1 le lama dit qu'il tait n du ct droit d'une vierge de sang royal1 qui n'avait pas cess d'tre vierge en devenant mre2 que le roi du pays1 inquiet de sa naissance1 voulut le faire prir1 et qu'il fit massacrer tous les mles ns son poque2 que1 sauv par des ptres1 ,boudh en mena la vie dans le dsert jusqu' l'ge de trente ans1 o il commena sa mission d'clairer les hommes1 et de les dlivrer des dmons2 qu'il fit une foule de miracles les plus tonnants2 qu'il vcut dans le jene et dans les pnitences les plus rudes1 et qu'il laissa en mourant un livre ses disciples1 o tait contenue sa doctrine2 et le lama1 commena de lire444 ,celui qui abandonne son pre et sa mre pour me suivre1 dit ,ft1 devient un parfait samanen 7homme cleste74 ,celui qui pratique mes prceptes jusqu'au quatrime degr de perfection1 acquiert la facult de voler en l'air1 de faire mouvoir le ciel et la terre1 de prolonger ou de diminuer la vie 7de ressusciter74 ,le samanen rejette les richesses1 n'use que du plus troit ncessaire2 il mortifie son corps2 ses passions sont muettes2 il ne dsire rien2 il ne s'attache rien2 il mdite sans cesse ma doctrine2 il souffre patiemment les injures2 il n'a point de haine contre son prochain4 ,le ciel et la terre priront1 dit ,ft3 mprisez donc votre corps compos de quatre lments prissables1 et ne songez qu' votre ame immortelle4 ,n'coutez pas la chair3 les passions produisent la crainte et le chagrin2 touffez les passions1 vous dtruirez la crainte et le chagrin4 ,celui qui meurt sans avoir embrass ma religion1 dit ,ft1 revient parmi les hommes jusqu' ce qu'il la pratique4 ,le lama allait continuer1 lorsque les chrtiens1 rompant le silence1 s'crirent que c'tait leur propre religion que l'on altrait1 que ,ft n'tait que ,isous lui-mme dfigur1 et que les lamas n'taient que des nestoriens et des manichens dguiss et abtardis4 ,mais le lama1 soutenu de tous les chamans1 bonzes1 gonnis1 talapoins de ,siam1 de ,ceylan1 du ,japon1 de la ,chine1 prouva aux chrtiens1 par leurs auteurs mmes1 que la doctrine des samanens tait rpandue dans tout l',orient plus de mille ans avant le christianisme2 que leur nom tait cit ds avant l'poque d',alexandre1 et que ,boutta ou ,boudh tait mentionn long-temps avant ,isous4 ,et rtorquant contre eux leur prtention3 ,prouvez-nous maintenant1 leur dit-il1 que vous mmes n'tes pas des samanens dgnrs2 que l'homme dont vous faites l'auteur de votre secte n'est pas ,ft lui mme altr4 ,dmontrez-nous son existence par des monuments historiques l'poque que vous nous citez2 car1 pour nous1 fonds sur l'absence de tout tmoignage authentique1 nous vous la nions formellement2 et nous soutenons que vos vangiles mmes ne sont que les livres des mithriaques de ,perse et des essniens de ,syrie1 qui n'taient eux-mmes que des samanens rforms4 ces mots1 les chrtiens jetant de grands cris1 une nouvelle dispute plus violente allait s'lever1 lorsqu'un groupe de chamans chinois et de talapoins de ,siam1 s'avanant en scne1 dirent qu'ils allaient mettre d'accord tout le monde2 et l'un d'eux prenant la parole3 ,il est temps1 dit-il1 que nous terminions toutes ces contestations frivoles en levant pour vous le voile de la doctrine intrieure que ,ft lui-mme1 au lit de la mort1 a rvle ses disciples4 ,toutes ces opinions thologiques1 a-t-il dit1 ne sont que des chimres2 tous ces rcits de la nature des dieux1 de leurs actions1 de leur vie1 ne sont que des allgories1 des emblmes mythologiques1 sous lesquels sont enveloppes des ides ingnieuses de morale1 et la connaissance des oprations de la nature dans le jeu des lments et la marche des astres4 ,la vrit est que tout se rduit au nant2 que tout est illusion1 apparence1 songe2 que la mtempsycose morale n'est que le sens figur de la mtempsycose physique1 de ce mouvement successif par lequel les lments d'un mme corps qui ne prissent point1 passent1 quand il se dissout1 dans d'autres milieux et forment d'autres combinaisons4 ,l'ame n'est que le principe vital qui rsulte des proprits de la matire et du jeu des lments dans les corps o ils crent un mouvement spontan4 ,supposer que ce produit du jeu des organes1 n avec eux1 dvelopp avec eux1 endormi avec eux1 subsiste quand ils ne sont plus1 c'est un roman peut-tre agrable1 mais rellement chimrique de l'imagination abuse4 ,dieu lui-mme n'est autre chose que le principe moteur1 que la force occulte rpandue dans les tres2 que la somme de leurs lois et de leurs proprits2 que le principe animant1 en un mot1 l'ame de l'univers2 laquelle1 raison de l'infinie varit de ses rapports et de ses oprations1 considre tantt comme simple et tantt comme multiple1 tantt comme active et tantt comme passive1 a toujours prsent l'esprit humain une nigme insoluble4 ,tout ce qu'il peut y comprendre de plus clair1 c'est que la matire ne prit point2 qu'elle possde essentiellement des proprits par lesquelles le monde est rgi comme un tre vivant et organis2 que la connaissance de ces lois1 par rapport l'homme1 est ce qui constitue la sagesse2 que la vertu et le mrite rsident dans leur observation2 et le mal1 le pch1 le vice1 dans leur ignorance et leur infraction2 que le bonheur et le malheur en sont le rsultat1 par la mme ncessit qui fait que les choses pesantes descendent1 que les lgres s'lvent1 et par une fatalit de causes et d'effets dont la chane remonte depuis le dernier atome jusqu'aux astres les plus levs4 ,voil ce qu'a rvl au lit du trpas notre ,boudah ,somona ,goutama4 ces mots1 une foule de thologiens de toute secte s'crirent que cette doctrine tait un pur matrialisme2 que ceux qui la professaient taient des impies1 des athes1 ennemis de ,dieu et des hommes1 qu'il fallait exterminer4--,h bien1 rpondirent les chamans1 supposons que nous soyons en erreur2 cela peut tre1 car le premier attribut de l'esprit humain est d'tre sujet l'illusion2 mais de quel droit terez-vous des hommes comme vous1 la vie que le ciel leur a donne8 ,si ce ciel nous tient pour coupables1 nous a en horreur1 pourquoi nous distribue-t-il les mmes biens qu' vous8 ,et s'il nous traite avec tolrance1 quel droit avez-vous d'tre moins indulgents8 ,hommes pieux1 qui parlez de ,dieu avec tant de certitude et de confiance1 veuillez nous dire ce qu'il est3 faites-nous comprendre ce que sont ces tres abstraits et mtaphysiques que vous appelez ,dieu et ame1 substance sans matire1 existence sans corps1 vie sans organes ni sensations4 ,si vous connaissez ces tres par vos sens ou par leur rflexion1 rendez-nous-les de mme perceptibles3 que si vous n'en parlez que sur tmoignage et par tradition1 montrez-nous un rcit uniforme1 et donnez notre croyance des bases identiques et fixes4 ,alors il s'leva entre les thologiens une grande controverse sur ,dieu1 et sur sa nature2 sur sa manire d'agir et de se manifester2 sur la nature de l'ame et son union avec le corps2 sur son existence avant les organes1 ou seulement depuis leur formation2 sur la vie future et sur l'autre monde3 et chaque secte1 chaque cole1 chaque individu diffrant sur tous ces points1 et motivant son dissentiment de raisons plausibles1 d'autorits respectables1 et cependant opposes1 ils tombrent tous dans un labyrinthe inextricable de contradictions4 ,alors le lgislateur ayant rclam le silence1 et ramenant la question son premier but3 ,chefs et instituteurs des peuples1 dit-il1 vous tes venus en prsence pour la recherche de la vrit2 et d'abord chacun de vous croyant la possder1 a exig une foi implicite2 mais apercevant la contrarit de vos opinions1 vous avez conu qu'il fallait les soumettre un rgulateur commun d'vidence1 les rapporter un terme gnral de comparaison1 et vous tes convenus d'exposer chacun vos preuves de croyance4 ,vous avez allgu des faits2 mais chaque religion1 chaque secte ayant galement ses miracles et ses martyrs1 chacune produisant galement des tmoignages et les soutenant de son dvouement la mort1 la balance1 par droit de parit1 est reste gale sur ce premier point4 ,vous avez ensuite pass aux preuves de raisonnement2 mais les mmes arguments s'appliquant galement des thses contraires2 les mmes assertions1 galement gratuites1 tant galement avances et repousses2 l'assentiment de chacun tant dni par les mmes droits1 rien ne s'est trouv dmontr4 ,bien plus1 la confrontation de vos dogmes a suscit de nouvelles et plus grandes difficults2 car1 travers les diversits apparentes ou accessoires1 leur dveloppement vous a prsent un fond ressemblant1 un canevas commun2 et chacun de vous s'en prtendant l'inventeur autographe1 le dpositaire premier1 vous vous tes taxs les uns les autres d'tre des altrateurs et des plagiaires2 et il nat de l une question pineuse de transmission de peuple peuple des ides religieuses4 ,enfin1 pour combler l'embarras1 ayant voulu vous rendre compte de ces ides elles-mmes1 il s'est trouv qu'elles vous taient tous confuses et mme trangres2 qu'elles portaient sur des bases inaccessibles vos sens2 que1 par consquent1 vous tiez sans moyens d'en juger1 et qu' leur gard vous conveniez vous-mmes de n'tre que les chos de vos pres3 de l cette autre question de savoir comment elles ont pu venir vos pres1 qui1 eux-mmes1 n'avaient pas d'autres moyens que vous de les concevoir3 de manire que1 d'une part1 la succession de ces ides tant inconnue1 d'autre part leur origine et leur existence dans l'entendement tant un mystre1 tout l'difice de vos opinions thologiques devient un problme compliqu de mtaphysique et d'histoire444 ,comme nanmoins ces opinions1 quelque extraordinaires qu'elles puissent tre1 ont une origine quelconque2 comme les ides les plus abstraites et les plus fantastiques ont1 dans la nature1 un modle physique1 une cause1 quelle qu'elle soit1 il s'agit de remonter cette origine1 de dcouvrir quel fut ce modle2 en un mot1 de savoir d'o sont venues1 dans l'entendement de l'homme1 ces ides maintenant si obscures de la divinit1 de l'ame1 de tous les tres immatriels qui font la base de tant de systmes1 et de dmler la filiation qu'elles ont suivie1 les altrations qu'elles ont prouves dans leur succession et leurs embranchements4 ,si donc il se trouve des hommes qui aient port leurs tudes sur ces objets1 qu'ils s'avancent et qu'ils tentent de dissiper1 la face des nations1 l'obscurit des opinions o depuis si long-temps elles s'garent4 ,,chapitre ,,xxii4 ,origine et filiation des ides religieuses4 ces mots1 un groupe nouveau1 form l'instant d'hommes de divers tendards1 mais lui-mme n'en arborant point1 s'avana dans l'arne2 et l'un de ses membres portant la parole1 dit3 ,lgislateur1 ami de l'vidence et de la vrit6 ,il n'est pas tonnant que tant de nuages enveloppent le sujet que nous traitons1 puisque1 outre les difficults qui lui sont propres1 la pense n'a1 jusqu' ce moment1 cess d'y rencontrer des obstacles accessoires1 et que tout travail libre1 toute discussion lui ont t interdits par l'intolrance de chaque systme2 mais puisqu'enfin il lui est permis de se dvelopper1 nous allons exposer au grand jour1 et soumettre au jugement commun1 ce que de longues recherches ont appris de plus raisonnable des esprits dgags de prjugs2 et nous l'exposerons1 non avec la prtention d'en imposer la croyance1 mais avec l'intention de provoquer de nouvelles lumires et de plus grands claircissements4 ,vous le savez1 docteurs et instituteurs des peuples6 d'paisses tnbres couvrent la nature1 l'origine1 l'histoire des dogmes que vous enseignez3 imposs par la force et l'autorit1 inculqus par l'ducation1 entretenus par l'exemple1 ils se perptuent d'ge en ge1 et affermissent leur empire par l'habitude et l'inattention4 ,mais si l'homme1 clair par la rflexion et l'exprience1 rappelle un mr examen les prjugs de son enfance1 il y dcouvre bientt une foule de disparates et de contradictions qui veillent sa sagacit et provoquent son raisonnement4 ,d'abord1 remarquant la diversit et l'opposition des croyances qui partagent les nations1 il s'enhardit contre l'infaillibilit que toutes s'arrogent2 et1 s'armant de leurs prtentions rciproques1 il conoit que les sens et la raison1 mans immdiatement de ,dieu1 ne sont pas une loi moins sainte1 un guide moins sr que les codes mdiats et contradictoires des prophtes4 ,s'il examine ensuite le tissu de ces codes eux-mmes1 il observe que leurs lois prtendues divines1 c'est--dire immuables et ternelles1 sont nes par circonstances de temps1 de lieux et de personnes2 qu'elles drivent les unes des autres dans une espce d'ordre gnalogique1 puisqu'elles s'empruntent mutuellement un fonds commun et ressemblant d'ides1 que chacune modifie son gr4 ,que s'il remonte la source de ces ides1 il trouve qu'elle se perd dans la nuit des temps1 dans l'enfance des peuples1 jusqu' l'origine du monde mme1 laquelle elles se disent lies2 et l1 places dans l'obscurit du chaos et dans l'empire fabuleux des traditions1 elles se prsentent accompagnes d'un tat de choses si prodigieux1 qu'il semble interdire tout accs au jugement2 mais cet tat mme suscite un premier raisonnement1 qui en rsout la difficult2 car1 si les faits prodigieux que nous prsentent les systmes thologiques ont rellement exist2 si1 par exemple1 les mtamorphoses1 les apparitions1 les conversations d'un seul ou de plusieurs dieux1 traces dans les livres sacrs des ,indiens1 des ,hbreux1 des ,parsis1 sont des vnements historiques1 il faut convenir que la nature d'alors diffrait entirement de celle qui subsiste2 que les hommes actuels n'ont rien de commun avec ceux de ces sicles-l1 et qu'ils ne doivent plus s'en occuper4 ,si1 au contraire1 ces faits prodigieux n'ont pas rellement exist dans l'ordre physique1 ds lors on conoit qu'ils sont du genre des crations de l'entendement2 et sa nature1 capable encore aujourd'hui des compositions les plus fantastiques1 rend d'abord raison de l'apparition de ces monstres dans l'histoire2 il ne s'agit plus que de savoir comment et pourquoi ils se sont forms dans l'imagination3 or1 en examinant avec attention les sujets de leurs tableaux1 en analysant les ides qu'ils combinent et qu'ils associent1 et pesant avec soin toutes les circonstances qu'ils allguent1 l'on parvient dcouvrir1 ce premier tat incroyable1 une solution conforme aux lois de la nature2 on s'aperoit que ces rcits d'un genre fabuleux ont un sens figur autre que le sens apparent2 que ces prtendus faits merveilleux sont des faits simples et physiques1 mais qui1 mal conus ou mal peints1 ont t dnaturs par des causes accidentelles dpendantes de l'esprit humain2 par la confusion des signes qu'il a employs pour peindre les objets2 par l'quivoque des mots1 le vice du langage1 l'imperfection de l'criture2 on trouve que ces dieux1 par exemple1 qui jouent des rles si singuliers dans tous les systmes1 ne sont que les puissances physiques de la nature1 les lments1 les vents1 les astres1 et les mtores1 qui ont t personnifis par le mcanisme ncessaire du langage et de l'entendement2 que leur vie1 leurs moeurs1 leurs actions ne sont que le jeu de leurs oprations1 de leurs rapports2 et que toute leur prtendue histoire n'est que la description de leurs phnomnes1 trace par les premiers physiciens qui les observrent1 et prise contre-sens par le vulgaire1 qui ne l'entendit pas1 ou par les gnrations suivantes1 qui l'oublirent4 ,on reconnat1 en un mot1 que tous les dogmes thologiques sur l'origine du monde1 sur la nature de ,dieu1 la rvlation de ses lois1 l'apparition de sa personne1 ne sont que des rcits de faits astronomiques1 que des narrations figures et emblmatiques du jeu des constellations4 ,on se convaincra que l'ide mme de la divinit1 cette ide aujourd'hui si obscure1 n'est1 dans son modle primitif1 que celle des puissances physiques de l'univers1 considres tantt comme multiples raison de leurs agents et de leurs phnomnes1 et tantt comme un tre unique et simple par l'ensemble et le rapport de toutes leurs parties3 en sorte que l'tre appel ,dieu a t tantt le vent1 le feu1 l'eau1 tous les lments2 tantt le soleil1 les astres1 les plantes et leurs influences2 tantt la matire du monde visible1 la totalit de l'univers2 tantt les qualits abstraites et mtaphysiques1 telles que l'espace1 la dure1 le mouvement et l'intelligence2 et toujours avec ce rsultat1 que l'ide de la divinit n'a point t une rvlation miraculeuse d'tres invisibles1 mais une production naturelle de l'entendement1 une opration de l'esprit humain2 dont elle a suivi les progrs et subi les rvolutions dans la connaissance du monde physique et de ses agents4 ,oui1 vainement les nations reportent leur culte des inspirations clestes2 vainement leurs dogmes invoquent un premier tat de choses surnaturel3 la barbarie originelle du genre humain1 atteste par ses propres monuments1 dment d'abord toutes ces assertions2 mais de plus1 un fait subsistant et irrcusable dpose victorieusement contre les faits incertains et douteux du pass4 ,de ce que l'homme n'acquiert et ne reoit d'ides que par l'intermde de ses sens1 il suit avec vidence que toute notion qui s'attribue une autre origine que celle de l'exprience et des sensations1 est la supposition errone d'un raisonnement dress dans un temps postrieur3 or1 il suffit de jeter un coup d'oeil rflchi sur les systmes sacrs de l'origine du monde1 l'action des dieux1 pour dcouvrir chaque ide1 chaque mot1 l'anticipation d'un ordre de choses qui ne naquit que long-temps aprs2 et la raison1 forte de ces contradictions1 rejetant tout ce qui ne trouve pas sa preuve dans l'ordre naturel1 et n'admettant pour bon systme historique que celui qui s'accorde avec les vraisemblances1 la raison tablit le sien1 et dit avec assurance3 ,avant qu'une nation et reu d'une autre nation des dogmes dja invents2 avant qu'une gnration et hrit des ides acquises par une gnration antrieure1 nul de tous les systmes composs n'existait encore dans le monde4 ,enfants de la nature1 les premiers humains1 antrieurs tout vnement1 novices toute connaissance1 naquirent sans aucune ide1 ni de dogmes issus de disputes scolastiques2 ni de rites fonds sur des usages et des arts natre2 ni de prceptes qui supposent un dveloppement de passions2 ni de codes qui supposent un langage1 un tat social encore au nant2 ni de divinit1 dont tous les attributs se rapportent des choses physiques1 et toutes les actions un tat despotique de gouvernement2 ni enfin d'ame et de tous ces tres mtaphysiques que l'on dit ne point tomber sous les sens1 et qui cependant1 par toute autre voie1 l'accs l'entendement demeure impossible4 ,pour arriver tant de rsultats1 il fallut parcourir un cercle ncessaire de faits pralables2 il fallut que des essais rpts et lents apprissent l'homme brut l'usage de ses organes2 que l'exprience accumule de gnrations successives et invent et perfectionn les moyens de la vie1 et que l'esprit1 dgag de l'entrave des premiers besoins1 s'levt l'art compliqu de comparer des ides1 d'asseoir des raisonnements1 et de saisir des rapports abstraits4 4 ,i4 ,origine de l'ide de ,dieu3 culte des lments et des puissances physiques de la nature4 ,ce ne fut qu'aprs avoir franchi ces obstacles et parcouru dja une longue carrire dans la nuit de l'histoire1 que l'homme1 mditant sur sa condition1 commena de s'apercevoir qu'il tait soumis des forces suprieures la sienne et indpendantes de sa volont4 ,le soleil l'clairait1 l'chauffait2 le feule brlait1 le tonnerre l'effrayait1 l'eau le suffoquait1 le vent l'agitait2 tous les tres exeraient sur lui une action puissante et irrsistible4 ,long-temps automate1 il subit cette action sans en rechercher la cause2 mais du moment qu'il voulut s'en rendre compte1 il tomba dans l'tonnement2 et passant de la surprise d'une premire pense la rverie de la curiosit1 il forma une srie de raisonnements4 ,d'abord1 considrant l'action des lments sur lui1 il conclut de sa part une ide de faiblesse1 d'assujettissement1 et de leur part une ide de puissance1 de domination2 et cette ide de puissance fut le type primitif et fondamental de toute ide de la divinit4 ,secondement1 les tres naturels1 dans leur action1 excitaient en lui des sensations de plaisir ou de douleur1 de bien ou de mal3 par un effet naturel de son organisation1 il conut pour eux de l'amour ou de l'aversion2 il dsira ou redouta leur prsence3 et la crainte ou l'espoir furent le principe de toute ide de religion4 ,ensuite1 jugeant de tout par comparaison1 et remarquant dans ces tres un mouvement spontan comme le sien1 il supposa ce mouvement une volont1 une intelligence de l'espce de la sienne2 et de l1 par induction1 il fit un nouveau raisonnement4--,ayant prouv que certaines pratiques envers ses semblables avaient l'effet de modifier son gr leurs affections et de diriger leur conduite1 il employa ces pratiques avec les tres puissants de l'univers2 il se dit3 ,quand mon semblable1 plus fort que moi1 veut me faire du mal1 je m'abaisse devant lui1 et ma prire a l'art de le calmer4 ,je prierai les tres puissants qui me frappent2 je supplierai les intelligences des vents1 des astres1 des eaux1 et elles m'entendront2 je les conjurerai de dtourner les maux1 de me donner les biens dont elles disposent2 je les toucherai par mes larmes1 je les flchirai par mes dons1 et je jouirai du bien-tre4 ,et l'homme1 simple dans l'enfance de sa raison1 parla au soleil1 la lune2 il anima de son esprit et de ses passions les grands agents de la nature2 il crut1 par de vains sons1 par de vaines pratiques1 changer leurs lois inflexibles3 erreur funeste6 ,il pria la pierre de monter1 l'eau de s'lever1 les montagnes de se transporter1 et substituant un monde fantastique au monde vritable1 il se constitua des tres d'opinion1 pour l'pouvantail de son esprit et le tourment de sa race4 ,ainsi les ides de ,dieu et de religion1 l'gal de toutes les autres1 ont pris leur origine dans les objets physiques1 et ont t1 dans l'entendement de l'homme1 le produit de ses sensations1 de ses besoins1 des circonstances de sa vie et de l'tat progressif de ses connaissances4 ,or1 de ce que les ides de la divinit eurent pour premiers modles les tres physiques1 il rsulta que la divinit fut d'abord varie et multiple1 comme les formes sous lesquelles elle parut agir3 chaque tre fut une puissance1 un gnie2 et l'univers pour les premiers hommes fut rempli de dieux innombrables4 ,et de ce que les ides de la divinit eurent pour moteurs les affections du coeur humain1 elles subirent un ordre de division calqu sur ses sensations de douleur et de plaisir1 d'amour ou de haine2 les puissances de la nature1 les dieux1 les gnies furent partags en bienfaisants et en malfaisants1 en bons et en mauvais2 et de l l'universalit de ces deux caractres dans tous les systmes de religion4 ,dans le principe1 ces ides analogues la condition de leurs inventeurs1 furent long-temps confuses et grossires4 ,errants dans les bois1 obsds de besoins1 dnus de ressources1 les hommes sauvages n'avaient pas le loisir de combiner des rapports et des raisonnements3 affects de plus de maux qu'ils n'prouvaient de jouissances1 leur sentiment le plus habituel tait la crainte1 leur thologie la terreur2 leur culte se bornait quelques pratiques de salut1 et d'offrande des tres qu'ils se peignaient froces et avides comme eux4 ,dans leur tat d'galit et d'indpendance1 nul ne s'tablissait mdiateur auprs de dieux insubordonns et pauvres comme lui-mme4 ,nul n'ayant de superflu donner1 il n'existait ni parasite sous le nom de prtre1 ni tribut sous le nom de victime1 ni empire sous le nom d'autel2 le dogme et la morale confondus n'taient que la conservation de soi-mme2 et la religion1 ide arbitraire1 sans influence sur les rapports des hommes entre eux1 n'tait qu'un vain hommage rendu aux puissances visibles de la nature4 ,telle fut l'origine ncessaire et premire de toute ide de la divinit4 ,et l'orateur s'adressant aux nations sauvages3 ,nous vous le demandons1 hommes qui n'avez pas reu d'ides trangres et factices2 dites-nous si jamais vous vous en tes form d'autres8 ,et vous1 docteurs1 nous vous en attestons2 dites-nous si tel n'est pas le tmoignage unanime de tous les anciens monuments8 ,,ii4 ,second systme4 ,culte des astres1 ou sabisme4 ,mais ces mmes monuments nous offrent ensuite un systme plus mthodique et plus compliqu1 celui du culte de tous les astres1 adors tantt sous leur forme propre1 tantt sous des emblmes et des symboles figurs2 et ce culte fut encore l'effet des connaissances de l'homme en physique1 et driva immdiatement des causes premires de l'tat social1 c'est--dire des besoins et des arts de premier degr qui entrrent comme lments dans la formation de la socit4 ,en effet1 alors que les hommes commencrent de se runir en socit1 ce fut pour eux une ncessit d'tendre leurs moyens de subsistance1 et par consquent de s'adonner l'agriculture3 or1 l'agriculture1 pour tre exerce1 exigea l'observation et la connaissance des cieux4 ,il fallut connatre le retour priodique des mmes oprations de la nature1 des mmes phnomnes de la vote des cieux2 en un mot1 il fallut rgler la dure1 la succession des saisons et des mois de l'anne4 ,ce fut donc un besoin de connatre d'abord la marche du soleil1 qui1 dans sa rvolution zodiacale1 se montrait le premier et suprme agent de toute cration2 puis de la lune1 qui1 par ses phases et ses retours1 rglait et distribuait le temps2 enfin des toiles et mme des plantes1 qui1 par leurs apparitions et disparitions sur l'horizon et l'hmisphre nocturnes1 formaient de moindres divisions2 enfin il fallut dresser un systme entier d'astronomie1 un calendrier2 et de ce travail rsulta bientt et spontanment une manire nouvelle d'envisager les puissances dominatrices et gouvernantes4 ,ayant observ que les productions terrestres taient dans des rapports rguliers et constants avec les tres clestes2 que la naissance1 l'accroissement1 le dprissement de chaque plante taient lis l'apparition1 l'exaltation1 au dclin d'un mme astre1 d'un mme groupe d'toiles2 qu'en un mot la langueur ou l'activit de la vgtation semblaient dpendre d'influences clestes1 les hommes en conclurent une ide d'action1 de puissance de ces tres clestes1 suprieurs1 sur les corps terrestres2 et les astres dispensateurs d'abondance ou de disette1 devinrent des puissances1 des gnies1 des dieux auteurs des biens et des maux4 ,or1 comme l'tat social avait dja introduit une hirarchie mthodique de rangs1 d'emplois1 de conditions1 les hommes1 continuant de raisonner par comparaison1 transportrent leurs nouvelles notions dans leur thologie2 et il en rsulta un systme compliqu de divinits graduelles1 dans lequel le soleil1 dieu premier1 fut un chef militaire1 un roi politique2 la lune1 une reine sa compagne2 les plantes1 des serviteurs1 des porteurs d'ordre1 des messagers2 et la multitude des toiles1 un peuple1 une arme de hros1 de gnies chargs de rgir le monde sous les ordres de leurs officiers2 et chaque individu eut des noms1 des fonctions1 des attributs tirs de ses rapports et de ses influences1 enfin mme un sexe tir du genre de son appellation4 ,et comme l'tat social avait introduit des usages et des pratiques composs1 le culte1 marchant de front1 en prit de semblables3 les crmonies1 d'abord simples et prives1 devinrent publiques et solennelles2 les offrandes furent plus riches et plus nombreuses1 les rites plus mthodiques2 on tablit des lieux d'assemble1 et l'on eut des chapelles1 des temples2 on institua des officiers pour administrer1 et l'on eut des pontifes1 des prtres2 on convint de formules1 d'poques1 et la religion devint un acte civil1 un lien politique4 ,mais dans ce dveloppement1 elle n'altra point ses premiers principes1 et l'ide de ,dieu fut toujours l'ide d'tres physiques agissant en bien ou en mal1 c'est--dire imprimant des sensations de peine ou de plaisir2 le dogme fut la connaissance de leurs lois ou manires d'agir2 la vertu et le pch1 l'observation ou l'infraction de ces lois2 et la morale1 dans sa simplicit native1 fut une pratique judicieuse de tout ce qui contribue la conservation de l'existence1 au bien-tre de soi et de ses semblables4 ,si l'on nous demande quelle poque naquit ce systme1 nous rpondrons1 sur l'autorit des monuments de l'astronomie elle-mme1 que ses principes paraissent remonter avec certitude au del de quinze mille ans3 et si l'on demande quel peuple il doit tre attribu1 nous rpondrons que ces mmes monuments1 appuys de traditions unanimes1 l'attribuent aux premires peuplades de l'gypte3 et lorsque le raisonnement trouve runies dans cette contre toutes les circonstances physiques qui ont pu le susciter2 lorsqu'il y rencontre la fois une zone du ciel1 voisine du tropique1 galement purge des pluies de l'quateur et des brumes du nord2 lorsqu'il y trouve le point central de la sphre antique1 un climat salubre1 un fleuve immense et cependant docile1 une terre fertile sans art1 sans fatigue1 inonde sans exhalaisons morbifiques1 place entre deux mers qui touchent aux contres les plus riches1 il conoit que l'habitant du ,nil1 agricole par la nature de son sol1 gomtre par le besoin annuel de mesurer ses possessions1 commerant par la facilit de ses communications1 astronome enfin par l'tat de son ciel1 sans cesse ouvert l'observation1 dut le premier passer de la condition sauvage l'tat social1 et par consquent arriver aux connaissances physiques et morales qui sont propres l'homme civilis4 ,ce fut donc sur les bords suprieurs du ,nil1 et chez un peuple de race noire1 que s'organisa le systme compliqu du culte des astres1 considrs dans leurs rapports avec les productions de la terre et les travaux de l'agriculture2 et ce premier culte1 caractris par leur adoration sous leurs formes ou leurs attributs naturels1 fut une marche simple de l'esprit humain3 mais bientt la multiplicit des objets1 de leurs rapports1 de leurs actions rciproques1 ayant compliqu les ides et les signes qui les reprsentaient1 il survint une confusion aussi bizarre dans sa cause que pernicieuse dans ses effets4 ,,iii4 ,troisime systme4 ,culte des symboles1 ou idoltrie4 ,ds l'instant o le peuple agricole eut port un regard observateur sur les astres1 il sentit le besoin d'en distinguer les individus ou les groupes1 et de les dnommer chacun proprement1 afin de s'entendre dans leur dsignation3 or1 une grande difficult se prsenta pour cet objet3 car d'un ct les corps clestes1 semblables en formes1 n'offraient aucun caractre spcial pour tre dnomms2 de l'autre1 le langage1 pauvre en sa naissance1 n'avait point d'expressions pour tant d'ides neuves et mtaphysiques4 ,le mobile ordinaire du gnie1 le besoin1 sut tout surmonter4 ,ayant remarqu que dans la rvolution annuelle1 le renouvellement et l'apparition priodiques des productions terrestres taient constamment associs au lever ou au coucher de certaines toiles et leur position relativement au soleil1 terme fondamental de toute comparaison1 l'esprit1 par un mcanisme naturel1 lia dans sa pense les objets terrestres et clestes qui taient lis dans le fait2 et leur appliquant un mme signe1 il donna aux toiles ou aux groupes qu'il en formait1 les noms mmes des objets terrestres qui leur rpondaient4 ,ainsi l',ethiopien de ,thbes appela astres de l'inondation ou du verse-eau1 ceux sous lesquels le fleuve commenait son dbordement2 astres du boeuf ou du taureau1 ceux sous lesquels il convenait d'appliquer la charrue la terre2 astres du lion1 ceux o cet animal1 chass des dserts par la soif1 se montrait sur les bords du fleuve2 astres de l'pi ou de la vierge moissonneuse1 ceux o se recueillait la moisson2 astres de l'agneau1 astres des chevreaux1 ceux o naissent ces animaux prcieux3 et ce premier moyen rsolut une premire partie des difficults4 ,d'autre part1 l'homme avait remarqu1 dans les tres qui l'environnaient1 des qualits distinctives et propres chaque espce2 et1 par une premire opration1 il en avait retir un nom pour les dsigner2 par une seconde1 il y trouva un moyen ingnieux de gnraliser ses ides2 et1 transportant le nom dja invent tout ce qui prsentait une proprit1 une action analogue ou semblable1 il enrichit son langage d'une mtaphore perptuelle4 ,ainsi le mme thiopien1 ayant observ que le retour de l'inondation rpondait constamment l'apparition d'une trs-belle toile qui1 cette poque1 se montrait vers la source du ,nil1 et semblait avertir le laboureur de se garder de la surprise des eaux1 il compara cette action celle de l'animal qui1 par son aboiement1 avertit d'un danger1 et il appela cet astre le chien1 l'aboyeur 7,sirius72 de mme1 il nomma astres du crabe ceux o le soleil1 parvenu la borne du tropique1 revenait sur ses pas1 en marchant reculons et de ct1 comme le crabe ou cancer2 astres du bouc sauvage1 ceux o1 parvenu au point le plus culminant du ciel1 au fate du gnomon horaire1 le soleil imitait l'action de l'animal qui se plat grimper aux fates des rochers2 astres de la balance1 ceux o les jours et les nuits gaux semblaient en quilibre comme cet instrument2 astres du scorpion1 ceux o certains vents rguliers apportaient une vapeur brlante comme le venin du scorpion4 ,ainsi encore1 il appela anneaux et serpents la trace figure des orbites des astres et des plantes2 et tel fut le moyen gnral d'appellation de toutes les toiles1 et mme des plantes prises par groupes ou par individus1 selon leurs rapports aux oprations champtres et terrestres1 et selon les analogies que chaque nation y trouva avec les travaux agricoles et avec les objets de son climat et de son sol4 ,de ce procd il rsulta que des tres abjects et terrestres entrrent en association avec les tres suprieurs et puissants1 des cieux2 et cette association se resserra chaque jour par la constitution mme du langage et le mcanisme de l'esprit4 ,on disait1 par une mtaphore naturelle3 ,le taureau rpand sur la terre les germes de la fcondit 7au printemps72 il ramne l'abondance et la cration des plantes 7qui nourrissent74 ,l'agneau 7ou belier7 dlivre les cieux des gnies malfaisants de l'hiver2 il sauve le monde du serpent 7emblme de l'humide saison71 et il ramne le rgne du bien 7de lt1 saison de toute jouissance74 ,le scorpion verse son venin sur la terre1 et rpand les maladies et la mort1 etc42 et ainsi de tous les effets semblables4 ,ce langage1 compris de tout le monde1 subsista d'abord sans inconvnient2 mais1 par le laps du temps1 lorsque le calendrier eut t rgl1 le peuple1 qui n'eut plus besoin de l'observation du ciel1 perdit de vue le motif de ces expressions2 et leur allgorie1 reste dans l'usage de la vie1 y devint un cueil fatal l'entendement et la raison4 ,habitu joindre aux symboles les ides de leurs modles1 l'esprit finit par les confondre3 alors1 ces mmes animaux1 que la pense avait transports aux cieux1 en redescendirent sur la terre2 mais dans ce retour1 vtus des livres des astres1 ils s'en arrogrent les attributs1 et ils en imposrent leurs propres auteurs4 ,alors le peuple1 croyant voir prs de lui ses dieux1 leur adressa plus facilement sa prire2 il demanda au belier de son troupeau les influences qu'il attendait du belier cleste2 il pria le scorpion de ne point rpandre son venin sur la nature2 il rvra le crabe de la mer1 le scarabe du limon1 le poisson du fleuve2 et1 par une srie d'analogies vicieuses1 mais enchanes1 il se perdit dans un labyrinthe d'absurdits consquentes4 ,voil quelle fut l'origine de ce culte antique et bizarre des animaux2 voil par quelle marche d'ides le caractre de la divinit passa aux plus viles des brutes1 et comment se forma le systme thologique trs-vaste1 trs-compliqu1 trs-savant1 qui1 des bords du ,nil1 port de contre en contre par le commerce1 la guerre et les conqutes1 envahit tout l'ancien monde2 et qui1 modifi par les temps1 par les circonstances1 par les prjugs1 se montre encore dcouvert chez cent peuples1 et subsiste comme base intime et secrte de la thologie de ceux-l mmes qui le mprisent et le rejettent4 ces mots1 quelques murmures s'tant fait entendre dans divers groupes3 ,oui1 continua l'orateur1 voil d'o vient1 par exemple1 chez vous1 peuples africains6 l'adoration de vos ftiches1 plantes1 animaux1 cailloux1 morceaux de bois1 devant qui vos anctres n'eussent pas eu le dlire de se courber1 s'ils n'y eussent vu des talismans en qui la vertu des astres s'tait insre4 ,voil1 nations tartares1 l'origine de vos marmousets et de tout cet appareil d'animaux dont vos chamans bigarrent leurs robes magiques4 ,voil l'origine de ces figures d'oiseaux1 de serpents1 que toutes les nations sauvages s'impriment sur la peau avec des crmonies mystrieuses et sacres4 ,vous1 ,indiens6 vainement vous enveloppez-vous du voile du mystre3 l'pervier de votre dieu ,vichenou n'est que l'un des mille emblmes du soleil en gypte2 et vos incarnations d'un dieu en poisson1 en sanglier1 en lion1 en tortue1 et toutes ces monstrueuses aventures1 ne sont que les mtamorphoses de l'astre qui1 passant successivement dans les signes des douze animaux1 fut cens en prendre les figures et en remplir les rles astronomiques4 ,vous1 ,japonais6 votre taureau qui brise l'oeuf du monde n'est que celui du ciel qui1 jadis1 ouvrait l'ge de la cration1 l'quinoxe du printemps4 ,c'est ce mme boeuf ,apis qu'adorait l'gypte1 et que vos anctres1 rabbins juifs6 adorrent aussi dans l'idole du veau d'or4 ,c'est encore votre taureau1 enfants de ,zoroastre6 qui1 sacrifi dans les mystres symboliques de ,mithra1 versait un sang fcond pour le monde4 ,et vous1 chrtiens6 votre boeuf de l',apocalypse1 avec ses ailes1 symbole de l'air1 n'a pas une autre origine2 et votre agneau de ,dieu1 immol1 comme le taureau de ,mithra1 pour le salut du monde1 n'est encore que ce mme soleil au signe du belier cleste1 lequel1 dans un ge postrieur1 ouvrant son tour l'quinoxe1 fut cens dlivrer le monde du rgne du mal1 c'est--dire de la constellation du serpent1 de cette grande couleuvre1 mre de l'hiver1 et emblme de l',ahrimanes ou ,satan des ,perses1 vos instituteurs4 ,oui1 vainement votre zle imprudent dvoue les idoltres aux tourments du ,tartare qu'ils ont invent2 toute la base de votre systme n'est que le culte du soleil1 dont vous avez rassembl les attributs sur votre principal personnage4 ,c'est le soleil qui1 sous le nom d',orus1 naissait1 comme votre dieu1 au solstice d'hiver1 dans les bras de la vierge cleste1 et qui passait une enfance obscure1 dnue1 disetteuse1 comme l'est la saison des frimas4 ,c'est lui qui1 sous le nom d',osiris1 perscut par ,typhon et par les tyrans de l'air1 tait mis mort1 renferm dans un tombeau obscur1 emblme de l'hmisphre d'hiver1 et qui ensuite1 se relevant de la zone infrieure vers le point culminant des cieux1 ressuscitait vainqueur des gants et des anges destructeurs4 ,vous1 prtres6 qui murmurez1 vous portez ses signes sur tout votre corps3 votre tonsure est le disque du soleil1 votre tole est son zodiaque1 vos chapelets sont l'emblme des astres et des plantes4 ,vous1 pontifes et prlats6 votre mitre1 votre crosse1 votre manteau1 sont ceux d',osiris2 et cette croix1 dont vous vantez le mystre sans le comprendre1 est la croix de ,srapis1 trace par la main des prtres gyptiens sur le plan d'un monde figur1 laquelle1 passant par les quinoxes et par les tropiques1 devenait l'emblme de la vie future et de la rsurrection1 parce qu'elle touchait au portes d'ivoire et de corne1 par o les ames passaient aux cieux4 ces mots1 les docteurs de tous les groupes commencrent de se regarder avec tonnement2 mais nul ne rompant le silence1 l'orateur continua3 ,et trois causes principales concoururent cette confusion des ides4 ,premirement1 les expressions figures par lesquelles le langage naissant fut contraint de peindre les rapports des objets2 expressions qui1 passant ensuite d'un sens propre un sens gnral1 d'un sens physique un sens moral1 causrent1 par leurs quivoques et leurs synonymes1 une foule de mprises4 ,ainsi1 ayant dit d'abord que le soleil surmontait1 venait bout de douze animaux1 on crut par la suite qu'il les tuait1 les combattait1 les domptait2 et l'on en fit la vie historique d',hercule4 ,ayant dit qu'il rglait le temps des travaux1 des semailles1 des moissons1 qu'il distribuait les saisons1 les occupations2 qu'il parcourait les climats1 qu'il dominait sur la terre1 etc41 on le prit pour un roi lgislateur1 pour un guerrier conqurant2 et l'on en composa l'histoire d',osiris1 de ,bacchus et de leurs semblables4 ,ayant dit qu'une plante entrait dans un signe1 on fit de leur conjonction un mariage1 un adultre1 un inceste4 ,ayant dit qu'elle tait cache1 ensevelie1 parce qu'aprs avoir disparu elle revenait la lumire et remontait en exaltation1 on la dit morte1 ressuscite1 enleve au ciel1 etc4 ,une seconde cause de confusion fut les figures matrielles elles-mmes par lesquelles on peignit d'abord les penses1 et qui1 sous le nom d'hiroglyphes ou caractres sacrs1 furent la premire invention de l'esprit4 ,ainsi1 pour avertir de l'inondation et du besoin de s'en prserver1 l'on avait peint une nacelle1 le navire ,argo2 pour dsigner le vent1 l'on avait peint une aile d'oiseau2 pour spcifier la saison1 le mois1 l'on avait peint l'oiseau de passage1 l'insecte1 l'animal qui apparaissait cette poque2 pour exprimer l'hiver1 on peignit un porc1 un serpent1 qui se plaisent dans les lieux humides2 et la runion de ces figures avait des sens convenus de phrases et de mots4 ,mais comme ce sens ne portait par lui-mme rien de fixe et de prcis2 comme le nombre de ces figures et de leurs combinaisons devint excessif1 et surchargea la mmoire1 il en rsulta d'abord des confusions1 des explications fausses4 ,ensuite le gnie ayant invent l'art plus simple d'appliquer les signes aux sons1 dont le nombre est limit1 et de peindre la parole au lieu des penses1 l'criture alphabtique fit tomber en dsutude les peintures hiroglyphiques2 et1 de jour en jour1 leurs significations oublies donnrent lieu une foule d'illusions1 d'quivoques et d'erreurs4 ,enfin1 une troisime cause de confusion fut l'organisation civile des anciens tats4 ,en effet1 lorsque les peuples commencrent de se livrer l'agriculture1 la formation du calendrier rural exigeant des observations astronomiques continues1 il fut ncessaire d'y prposer quelques individus chargs de veiller l'apparition et au coucher de certaines toiles2 d'avertir du retour de l'inondation1 de certains vents1 de l'poque des pluies1 du temps propre semer chaque espce de grain3 ces hommes1 raison de leur service1 furent dispenss des travaux vulgaires1 et la socit pourvut leur entretien4 ,dans cette position1 uniquement occups de l'observation1 ils ne tardrent pas de saisir les grands phnomnes de la nature1 de pntrer mme le secret de plusieurs de ses oprations3 ils connurent la marche des astres et des plantes2 le concours de leurs phases et de leurs retours avec les productions de la terre et le mouvement de la vgtation2 les proprits mdicinales ou nourrissantes des fruits et des plantes2 le jeu des lments et leurs affinits rciproques4 ,or1 parce qu'il n'existait de moyens de communiquer ces connaissances que par le soin pnible de l'instruction orale1 ils ne les transmettaient qu' leurs amis et leurs parents2 et il en rsulta une concentration de toute science et de toute instruction dans quelques familles1 qui1 s'en arrogeant le privilges exclusif1 prirent un esprit de corps et d'isolement funeste la chose publique4 ,par cette succession continue des mmes recherches et des mmes travaux1 le progrs des connaissances fut la vrit plus htif2 mais par le mystre qui l'accompagnait1 le peuple1 plong de jour en jour dans de plus paisses tnbres1 devint plus superstitieux et plus asservi4 ,voyant des mortels produire certains phnomnes1 annoncer1 comme volont1 des clipses et des comtes1 gurir des maladies1 manier des serpents1 il les crut en communication avec les puissances clestes2 et pour obtenir les biens ou repousser les maux qu'il en attendait1 il les prit pour ses mdiateurs et ses interprtes2 et il s'tablit1 au sein des tats1 des corporations sacrilges d'hommes hypocrites et trompeurs1 qui attirrent eux tous les pouvoirs2 et les prtres1 la fois astronomes1 thologues1 physiciens1 mdecins1 magiciens1 interprtes des dieux1 oracles des peuples1 rivaux des rois1 ou leurs complices1 tablirent1 sous le nom de religion1 un empire de mystre et un monopole d'instruction1 qui ont perdu jusqu' ce jour les nations44444 ces mots1 les prtres de tous les groupes interrompirent l'orateur2 et jetant de grands cris1 ils l'accusrent d'impit1 d'irrligion1 de blasphme1 et voulurent l'empcher de continuer3 mais le lgislateur ayant observ que ce n'tait qu'une exposition de faits historiques2 que1 si ces faits taient faux ou controuvs1 il serait ais de les dmentir2 que jusque-l l'nonc de toute opinion tait libre1 sans quoi il tait impossible de dcouvrir la vrit1 l'orateur reprit3 ,or1 de toutes ces causes et de l'association continuelle d'ides disparates1 rsultrent une foule de dsordres dans la thologie1 dans la morale1 dans les traditions2 et d'abord1 parce que les animaux figurrent les astres1 il arriva que les qualits des brutes1 leurs penchants1 leurs sympathies1 leurs aversions passrent aux dieux1 et furent supposs tre leurs actions3 ainsi1 le dieu ichneumon fit la guerre au dieu crocodile1 le dieu loup voulut manger le dieu mouton1 le dieu ibis dvora le dieu serpent2 et la divinit devint un tre bizarre1 capricieux1 froce1 dont l'ide drgla le jugement de l'homme1 et corrompit sa morale avec sa raison4 ,et parce que1 dans l'esprit de leur culte1 chaque famille1 chaque nation avait pris pour patron spcial un astre1 une constellation1 les affections et les antipathies de l'animal-symbole passrent ses sectateurs2 et les partisans du dieu chien furent ennemis de ceux du dieu loup2 les adorateurs du dieu boeuf eurent en horreur ceux qui le mangeaient2 et la religion devint un mobile de haine et de combats1 une cause insense de dlire et de superstition4 ,d'autre part1 les noms des astres-animaux ayant1 par cette mme raison de patronage1 t imposs des peuples1 des pays1 des montagnes1 des fleuves1 ces objets furent pris pour des dieux1 et il en rsulta un mlange d'tres gographiques1 historiques et mythologiques1 qui confondit toutes les traditions4 ,enfin1 par l'analogie des actions qu'on leur supposa1 les dieux-astres ayant t pris pour des hommes1 pour des hros1 pour des rois1 les rois et les hros prirent leur tour les actions des dieux pour modles1 et devinrent par imitation guerriers1 conqurants1 sanguinaires1 orgueilleux1 lubriques1 paresseux2 et la religion consacra les crimes des despotes1 et pervertit les principes des gouvernements4 ,,iv4 ,quatrime systme4 ,culte des deux principes1 ou dualisme4 ,cependant les prtres astronomes1 dans l'abondance et la paix de leurs1 temples1 firent de jour en jour de nouveaux progrs dans les sciences2 et le systme du monde s'tant dvelopp graduellement leurs yeux1 ils levrent successivement diverses hypothses de ses effets et de ses agents1 qui devinrent autant de systmes thologiques4 ,et d'abord les navigations des peuples maritimes et les caravanes des nomades d',asie et d',afrique leur ayant fait connatre la terre depuis les les ,fortunes jusqu' la ,srique1 et depuis la ,baltique jusqu'aux sources du ,nil1 la comparaison des phnomnes de diverses zones leur dcouvrit la rondeur du globe1 et fit natre une nouvelle thorie4 ,ayant remarqu que toutes les oprations de la nature1 dans la priode annuelle1 se rsumaient en deux principales1 celle de produire et celle de dtruire2 que1 sur la majeure partie du globe1 chacune de ces oprations s'accomplissait galement de l'un l'autre quinoxe2 c'est--dire que pendant les six mois d't tout se procrait1 se multipliait1 et que pendant les six mois d'hiver tout languissait1 tait presque mort1 ils supposrent1 dans la ,,nature1 des puissances contraires en un tat continuel de lutte et d'effort2 et1 considrant sous ce rapport la sphre cleste1 ils divisrent les tableaux qu'ils en figuraient en deux moitis ou hmisphres1 tels que les constellations qui se trouvaient dans le ciel d't formrent un empire direct et suprieur1 et celles qui se trouvaient dans le ciel d'hiver formrent un empire antipode et infrieur4 ,or1 de ce que les constellations d't accompagnaient la saison des jours longs1 brillants et chauds1 ainsi que des fruits et des moissons1 elles furent censes des puissances de lumire1 de fcondit1 de cration1 et1 par transition du sens physique au moral1 des gnies1 des anges de science1 de bienfaisance1 de puret et de vertu3 et de ce que les constellations d'hiver se liaient aux longues nuits1 aux brumes polaires1 elles furent des gnies de tnbres1 de destruction1 de mort1 et1 par transition1 des anges d'ignorance1 de mchancet1 de pch et de vice4 ,par une telle disposition1 le ciel se trouva partag en deux domaines1 en deux factions3 et dja l'analogie des ides humaines ouvrait une vaste carrire aux carts de l'imagination2 mais une circonstance particulire dtermina1 si mme elle n'occasiona1 la mprise et l'illusion4 7,suivez la planche ,,iii47 ,dans la projection de la sphre cleste que traaient les prtres astronomes1 le zodiaque et les constellations1 disposs circulairement1 prsentaient leurs moitis en opposition diamtrale2 l'hmisphre d'hiver1 antipode celui d't1 lui tait adverse1 contraire1 oppos4 ,par la mtaphore perptuelle1 ces mots passrent au sens moral2 et les anges1 les gnies adverses devinrent des rvolts1 des ennemis4 ,ds lors1 toute l'histoire astronomique des constellations se changea en histoire politique2 le ciel fut un tat humain o tout se passa ainsi que sur la terre4 ,or1 comme les tats1 la plupart despotiques1 avaient leur monarque1 et que dja le soleil en tait un apparent des cieux1 l'hmisphre d't1 empire de lumire1 et ses constellations1 peuple d'anges blancs1 eurent pour roi un dieu clair1 intelligent1 crateur et bon4 ,et1 comme toute faction rebelle doit avoir son chef1 le ciel d'hiver1 empire souterrain de tnbres et de tristesse1 et ses astres1 peuple d'anges noirs1 gans ou dmons1 eurent pour chef un gnie malfaisant1 dont le rle fut attribu la constellation la plus remarque par chaque peuple4 ,en gypte1 ce fut d'abord le scorpion1 premier signe zodiacal aprs la balance1 et long-temps chef des signes de l'hiver2 puis ce fut l'ours1 ou l'ne polaire1 appel ,typhon1 c'est--dire dluge1 raison des pluies qui inondent la terre pendant que cet astre domine4 ,dans la ,perse1 en un temps postrieur1 ce fut le serpent qui1 sous le nom d',ahrimanes1 forma la base du systme de ,zoroastre2 et c'est lui1 chrtiens et juifs6 qui est devenu votre serpent d've 7la vierge cleste7 et celui de la croix1 dans les deux cas1 emblme de ,satan1 l'ennemi1 le grand adversaire de l'ancien des jours1 chant par ,daniel4 ,dans la ,syrie1 ce fut le porc ou le sanglier ennemi d',adonis1 parce que1 dans cette contre1 le rle de l'ours boral fut rempli par l'animal dont les inclinations fangeuses sont emblmatiques de l'hiver2 et voil pourquoi1 enfants de ,mose et de ,mahomet6 vous l'avez pris en horreur1 l'imitation des prtres de ,memphis et de ,baalbek1 qui dtestaient en lui le meurtrier de leur dieu soleil4 ,c'est aussi le type premier de votre ,chib-en1 ,indiens6 lequel fut jadis le ,pluton de vos frres les ,romains et les ,grecs3 ainsi que votre ,brahma1 ce dieu crateur n'est que l',ormuzd persan et l',osiris gyptien1 dont le nom mme exprime un pouvoir crateur1 producteur de formes4 ,et ces dieux reurent un culte analogue leurs attributs vrais ou feints1 lequel1 raison de leur diffrence1 se partagea en deux branches diverses4 ,dans l'une1 le dieu bon reut le culte d'amour et de joie1 d'o drivent tous les actes religieux du genre gai2 les ftes1 les danses1 les festins1 les offrandes de fleurs1 de lait1 de miel1 de parfums1 en un mot1 de tout ce qui flatte les sens et l'ame4 ,dans l'autre1 le dieu mauvais reut1 au contraire1 un culte de crainte et de douleur1 d'o drivent tous les actes religieux du genre triste2 les pleurs1 la dsolation1 le deuil1 les privations1 les offrandes sanglantes et les sacrifices cruels4 ,de l vient encore ce partage des tres terrestres en purs ou impurs1 en sacrs ou abominables1 selon que leurs espces se trouvrent du nombre des constellations de l'un des deux dieux1 et firent partie de leur domaine3 ce qui produisit d'une part les superstitions de souillures et de purifications1 et de l'autre les prtendues vertus efficaces des amulettes et des talismans4 ,vous concevez maintenant1 continua l'orateur en s'adressant aux ,indiens1 aux ,perses1 aux juifs1 aux chrtiens1 aux musulmans2 vous concevez l'origine de ces ides de combats1 de rbellions1 qui remplissent galement vos mythologies4 ,vous voyez ce que signifient les anges blancs et les anges noirs1 les chrubins et les sraphins la tte d'aigle1 de lion ou de taureau2 les des1 diables ou dmons cornes de bouc1 queue de serpent2 les trnes et les dominations rangs en sept ordres ou gradations comme les sept sphres des plantes2 tous tres jouant les mmes rles1 ayant les mmes attributs dans les ,vdas1 les ,bibles ou le ,zend-avesta1 soit qu'ils aient pour chef ,ormuzd ou ,brachma1 ,typhon ou ,chiven1 ,michel ou ,satan2 soit qu'ils se prsentent sous la forme de gants cent bras et pieds de serpent1 ou de dieux mtamorphoss en lions1 en ibis1 en taureaux1 en chats1 comme dans les contes sacrs des ,grecs et des gyptiens2 vous apercevez la filiation successive de ces ides1 et comment1 mesure qu'elles se sont loignes de leurs sources1 et que les esprits se sont polics1 ils en ont adouci les formes grossires pour les rapprocher d'un tat moins choquant4 ,or1 de mme que le systme de deux principes1 ou dieux opposs1 naquit de celui des symboles1 entrs tous dans sa contexture1 de mme vous allez voir natre de lui un systme nouveau1 auquel il servit son tour de base et d'chelon4 ,v4 ,culte mystique et moral1 ou systme de l'autre monde4 ,en effet1 alors que le vulgaire entendit parler d'un nouveau ciel et d'un autre monde1 il donna bientt un corps ces fictions2 il y plaa un thtre solide1 des scnes relles2 et les notions gographiques et astronomiques vinrent favoriser1 si mme elles ne provoqurent cette illusion4 ,d'une part1 les navigateurs phniciens1 ceux qui1 passant les colonnes d',hercule1 allaient chercher l'tain de ,thul et l'ambre de la ,baltique1 racontaient qu' l'extrmit du mond1 au bout de l',ocan 7la ,mditerrane71 o le soleil se couche pour les contres asiatiques1 taient des les fortunes1 sjour d'un printemps ternel1 et plus loin des rgions hyperborennes places sous terre 7relativement aux tropiques71 o rgnait une ternelle nuit#bi4 ,sur ces rcits mal compris1 et sans doute confusment faits1 l'imagination du peuple composa les ,champs lyses#cj1 lieux de dlices placs dans un monde infrieur1 ayant leur ciel1 leur soleil1 leurs astres2 et le ,tartare1 lieu de tnbres1 d'humidit1 de fange1 de frimas4 ,or1 parce que l'homme1 curieux de tout ce qu'il ignore et avide d'une longue existence1 s'tait dja interrog sur ce qu'il devenait aprs sa mort1 parce qu'il avait de bonne heure raisonn sur le principe de vie qui anime son corps1 qui s'en spare sans le dformer1 et qu'il avait imagin les substances dlies1 les fantmes1 les ombres1 il aima croire qu'il continuerait1 dans le monde souterrain1 cette vie qu'il lui cotait trop de perdre2 et les lieux infernaux furent un emplacement commode pour recevoir les objets chris auxquels il ne pouvait renoncer4 ,d'autre part1 les prtres astrologues et physiciens faisaient de leurs cieux des rcits1 et ils en traaient des tableaux qui s'encadraient parfaitement dans ces fictions4 ,ayant appel1 dans leur langage mtaphorique1 les quinoxes et les solstices1 les portes des cieux ou entres des saisons1 ils expliquaient les phnomnes terrestres en disant que par la porte de corne 7d'abord le taureau1 puis le belier7 et par celle du cancer1 descendaient les feux vivifiants qui animent au printemps la vgtation1 et les esprits aqueux qui causent au solstice le dbordement du ,nil2 que par la porte d'ivoire 7la balance1 et auparavant l'arc ou sagittaire7 et par celle du capricorne ou de l'urne1 s'en retournaient leur source et remontaient leur origine les manations ou influences des cieux2 et la voie lacte1 qui passait par ces portes des solstices1 leur semblait place l exprs pour leur servir de route et de vhicule2 de plus1 dans leur atlas1 la scne cleste prsentait un fleuve 7le ,nil1 figur par les plis de l'hydre71 une barque 7le navire ,argo7 et le chien ,sirius1 tous deux relatifs ce fleuve1 dont1 ils prsageaient l'inondation4 ,ces circonstances1 associes aux premires et y ajoutant des dtails1 en augmentrent les vraisemblances2 et pour arriver au ,tartare ou l'lyse1 il fallut que les ames traversassent les fleuves du ,styx et de l',achron dans la nacelle du nocher ,caron1 et qu'elles passassent par les portes de corne ou d'ivoire1 que gardait le chien ,cerbre4 ,enfin1 un usage civil se joignit toutes ces fictions1 et acheva de leur donner de la consistance4 ,ayant remarqu que dans leur climat brlant1 la putrfaction des cadavres tait un levain de peste et de maladies1 les habitants de l'gypte avaient1 dans plusieurs tats1 institu l'usage d'inhumer les morts hors de la terre habite1 dans le dsert qui est au couchant4 ,pour y arriver1 il fallait passer les canaux du fleuve1 et par consquent tre reu dans une barque1 payer un salaire au nocher1 sans quoi1 le corps priv de spulture et t la proie des btes froces4 ,cette coutume inspira aux lgislateurs civils et religieux un moyen puissant d'influer sur les moeurs2 et saisissant par la pit filiale et par le respect pour les morts1 des hommes grossiers et froces1 ils tablirent pour condition ncessaire1 d'avoir subi un jugement pralable qui dcidt si le mort mritait d'tre admis au rang de sa famille dans la noire cit4 ,une telle ide s'adaptait trop bien toutes les autres pour ne pas s'y incorporer2 le peuple ne tarda pas de l'y associer1 et les enfers eurent leur ,minos et leur ,rhadamanthe1 avec la baguette1 le sige1 les huissiers et l'urne1 comme dans l'tat terrestre et civil4 ,alors la divinit devint un tre moral et politique1 un lgislateur social d'autant plus redout1 que ce lgislateur suprme1 ce juge final1 fut inaccessible aux regards3 alors ce monde fabuleux et mythologique1 si bizarrement compos de membres pars1 se trouva un lieu de chtiment et de rcompense1 o la justice divine fut cense corriger ce que celle des hommes eut de vicieux1 d'erron2 et ce systme spirituel et mystique acquit d'autant plus de crdit1 qu'il s'empara de l'homme par tous ses penchants3 le faible opprim y trouva l'espoir d'une indemnit1 la consolation d'une vengeance future2 l'oppresseur comptant1 par de riches offrandes1 arriver toujours l'impunit1 se fit de l'erreur du vulgaire une arme de plus pour le subjuguer2 et les chefs des peuples1 les rois et les prtres y virent de nouveaux moyens de le matriser1 par le privilge qu'ils se rservrent de rpartir les graces ou les chtiments du grand juge1 selon des dlits ou des actions mritoires qu'ils caractrisrent leur gr4 ,voil comment s'est introduit1 dans le monde visible et rel1 un monde invisible et imaginaire2 voil l'origine de ces lieux de dlices et de peines dont vous1 ,perses6 avez fait votre terre rajeunie1 votre ville de rsurrection place sous l'quateur1 avec l'attribut singulier que les heureux n'y donneront point d'ombre4 ,voil1 juifs et chrtiens1 disciples des ,perses6 d'o sont venus votre ,jrusalem de l',apocalypse2 votre paradis1 votre ciel1 caractriss par tous les dtails du ciel astrologique d',herms4 ,et vous1 musulmans6 votre enfer1 abme souterrain1 surmont d'un pont1 votre balance des ames et de leurs oeuvres1 votre jugement par les anges ,monkir et ,nkir1 ont galement pris leurs modles dans les crmonies mystrieuses de l'antre de ,mithra2 et votre ciel ne diffre en rien de celui d',osiris1 d',ormuzd et de ,brahma4 ,,vi4 ,sixime systme4 ,monde anim1 ou culte de l'univers sous divers emblmes4 ,tandis que les peuples s'garrent dans le labyrinthe tnbreux de la mythologie et des fables1 les prtres physiciens1 poursuivant leurs tudes et leurs recherches sur l'ordre et la disposition de l'univers1 arrivrent de nouveaux rsultats2 et dressrent de nouveaux systmes de puissances et de causes motrices4 ,long-temps borns aux simples apparences1 ils n'avaient vu dans les mouvements des astres qu'un jeu inconnu de corps lumineux1 qu'ils croyaient rouler autour de la terre1 point central de toutes les sphres2 mais alors qu'ils eurent dcouvert la rondeur de notre plante1 les consquences de ce premier fait les conduisirent des considrations nouvelles2 et1 d'induction en induction1 ils s'levrent aux plus hautes conceptions de l'astronomie et de la physique4 ,en effet1 ayant conu cette ide lumineuse et simple1 que le globe terrestre est un petit cercle inscrit dans le cercle plus grand des cieux1 la thorie des cercles concentriques s'offrit d'elle-mme leur hypothse1 pour rsoudre le cercle inconnu du globe terrestre par des points connus du cercle cleste2 et la mesure d'un ou de plusieurs degrs du mridien donna avec prcision la circonfrence totale4 ,alors1 saisissant pour compas le diamtre obtenu de la terre1 un gnie heureux l'ouvrit d'une main hardie sur les orbites immenses des cieux2 et1 par un phnomne inou1 du grain de sable qu' peine il couvrait1 l'homme embrassant les distances infinies des astres1 s'lana dans les abmes de l'espace et de la dure3 l se prsenta ses regards un nouvel ordre de l'univers2 le globe atome qu'il habitait ne lui en parut plus le centre3 ce rle important fut dfr la masse norme du soleil2 et cet astre devint le pivot enflamm de huit sphres environnantes1 dont les mouvements furent dsormais soumis la prcision du calcul4 ,c'tait dja beaucoup pour l'esprit humain1 d'avoir entrepris de rsoudre la disposition et l'ordre des grands tres de la ,,nature2 mais non content de ce premier effort1 il voulut encore en rsoudre le mcanisme1 en deviner l'origine et le principe moteur2 et c'est l qu'engags dans les profondeurs abstraites et mtaphysiques du mouvement et de sa cause premire1 des proprits inhrentes ou communiques de la matire1 de ses formes successives1 de son tendue1 c'est--dire de l'espace et du temps sans bornes1 les physiciens thologues se perdirent dans un chaos de raisonnements subtils et de controverses scolastiques4 ,et d'abord l'action du soleil sur les corps terrestres leur ayant fait regarder sa substance comme un feu pur et lmentaire1 ils en firent le foyer et le rservoir d'un ocan de fluide ign1 lumineux1 qui1 sous le nom d'ther1 remplit l'univers1 et alimenta les tres4 ,ensuite1 les analyses d'une physique savante leur ayant fait dcouvrir ce mme feu1 ou un autre parfaitement semblable1 dans la composition de tous les corps1 et s'tant aperus qu'il tait l'agent essentiel de ce mouvement spontan que l'on appelle vie dans les animaux et vgtation dans les plantes1 ils conurent le jeu et le mcanisme de l'univers comme celui d'un ,,tout homogne1 d'un corps identique1 dont les parties1 quoique distantes1 avaient cependant une liaison intime2 et le monde fut un tre vivant1 anim par la circulation organique d'un fluide ign ou mme lectrique1 qui1 par un premier terme de comparaison pris dans l'homme et les animaux1 eut le soleil pour coeur ou foyer4 ,alors1 parmi les philosophes thologues1 les uns partant de ces principes1 rsultats de l'observation1 que rien ne s'anantit dans le monde2 que les lments sont indestructibles2 qu'ils changent de combinaisons1 mais non de nature2 que la vie et la mort des tres n sont que des modifications varies des mmes atomes2 que la matire possde par elle-mme des proprits d'o rsultent toutes ses manires d'tre2 que le monde est ternel1 sans bornes d'espace et de dure2 les uns dirent que l'univers entier tait ,dieu2 et selon eux1 ,dieu fut un tre la fois effet et cause1 agent et patient1 principe moteur et chose mue1 ayant pour lois les proprits invariables qui constituent la fatalit2 et ceux-l peignirent leur pense tantt par l'emblme de ,,pan 7le ,,grand ,,tout71 ou de ,jupiter au front d'toiles1 au corps plantaire1 aux pieds d'animaux1 ou de l'oeuf orphique1 dont le jaune1 suspendu au milieu d'un liquide enceint d'une vote1 figura le globe du soleil nageant dans l'ther au milieu de la vote des cieux3 tantt par celui d'un grand serpent rond1 figurant les cieux o ils plaaient le premier mobile1 par cette raison de couleur d'azur1 parsem de taches d'or 7les toiles71 dvorant sa queue1 c'est--dire rentrant en lui-mme et se repliant ternellement comme les rvolutions des sphres3 tantt par celui d'un homme ayant les pieds lis et joints1 pour signifier l'existence immuable2 envelopp d'un manteau de toutes les couleurs1 comme le spectacle de la nature1 et portant sur la tte une sphre d'or1 emblme de la sphre des toiles3 ou par celui d'un autre homme quelquefois assis sur la fleur du lotos porte sur l'abme des eaux2 quelquefois couch sur une pile de douze carreaux1 figurant les douze signes clestes4 ,et voil ,indiens1 ,japonais1 ,siamois1 ,tibetains1 ,chinois6 la thologie qui1 fonde par les gyptiens1 s'est transmise et garde1 chez vous dans les tableaux que vous tracez de ,brahma1 de ,beddou1 de ,sommonacodom1 d',omito3 ,voil mme1 hbreux et chrtiens6 l'opinion dont vous avez conserv une parcelle dans votre dieu1 souffle port sur les eaux1 par une illusion au vent1 qui1 l'origine du monde1 c'est--dire au dpart des sphres du signe du cancer1 annonait l'inondation1 du ,nil1 et semblait prparer la cration4 ,,vii4 ,septime systme4 ,culte de l',a,m,edu ,,monde1 c'est--dire de l'lment du feu1 principe vital de l'univers4 ,mais d'autres1 rpugnant cette ide d'un tre la fois effet et cause1 agent et patient1 et rassemblant en une mme nature des natures contraires1 distingurent le principe moteur de la chose mue2 et posant que la matire tait inerte en elle-mme1 ils prtendirent que ses proprits lui taient communiques par un agent distinct1 dont elle n'tait que l'enveloppe et le fourreau4 ,cet agent pour les uns fut le principe ign1 reconnu l'auteur de tout mouvement2 pour les autres ce fut le fluide appel ther1 cru plus actif et plus subtil2 or1 comme ils appelaient dans les animaux le principe vital et moteur1 une ame1 un esprit1 et comme il raisonnaient sans cesse par comparaison1 surtout par celle de l'tre humain1 ils donnrent au principe moteur de tout l'univers le nom d'ame1 d'intelligence1 d'esprit2 et ,dieu fut l'esprit vital qui1 rpandu dans tous les tres1 anima le vaste corps du monde4 ,et ceux-l peignirent leur pense tantt par ,you-piter1 essence du mouvement et de l'animation1 principe de l'existence1 ou plutt l'existence elle-mme2 tantt par ,vulcain on ,phtha1 feu-principe et lmentaire1 ou par l'autel de ,vesta1 plac centralement dans son temple1 comme le soleil dans les sphres2 et tantt par ,kneph1 tre humain vtu de bleu fonc1 ayant en main un sceptre et une ceinture 7le zodiaque71 coiff d'un bonnet de plumes1 pour exprimer la fugacit de sa pense1 et produisant de sa bouche le grand oeuf4 ,or1 par une consquence de ce systme1 chaque tre contenant en soi une portion du fluide ign ou thrien1 moteur universel et commun2 et ce fluide ame du monde tant la divinit1 il s'ensuivit que les ames de tous les tres furent une portion de ,dieu mme1 participant tous ses attributs1 c'est--dire tant une substance indivisible1 simple1 immortelle2 et de l tout le systme de l'immortalit de l'ame1 qui d'abord fut ternit4 ,de l aussi ses transmigrations connues sous le nom de mtempsycose1 c'est--dire de passage du principe vital d'un corps un autre2 ide ne de la transmigration vritable des lments matriels4 ,et voil1 ,indiens1 boudhistes1 chrtiens1 musulmans6 d'o drivent toutes vos opinions sur la spiritualit de l'ame3 voil quelle fut la source des rveries de ,pythagore et de ,platon1 vos instituteurs1 qui eux-mmes ne furent que les chos d'une dernire secte de philosophes visionnaires qu'il faut dvelopper4 ,,viii4 ,huitime systme4 ,,monde-,,machine3 culte du ,dmi-,ourgos ou ,grand-,ouvrier4 ,jusque-l les thologiens1 en s'exerant sur les substances dlies et subtiles de l'ther et du feu-principe1 n'avaient cependant pas cess de traiter d'tres palpables et perceptibles aux sens1 et la thologie avait continu d'tre la thorie des puissances physiques1 places tantt spcialement dans les astres1 tantt dissmines dans tout l'univers2 mais cette poque1 des esprits superficiels1 perdant le fil des ides qui avaient dirig ces tudes profondes1 ou ignorant les faits qui leur servaient de base1 en dnaturrent tous les rsultats par l'introduction d'une chimre trange et nouvelle4 ,ils prtendirent que cet univers1 ces cieux1 ces astres1 ce soleil1 n'taient qu'une machine d'un genre ordinaire2 et cette premire hypothse appliquant une comparaison tire des ouvrages de l'art1 ils levrent l'difice des sophismes les plus bizarres4 ,une machine1 dirent-ils1 ne se fabrique point elle-mme3 elle a un ouvrier antrieur1 elle l'indique par son existence4 ,le monde est une machine3 donc il existe un fabricateur4 ,de l1 le dmi-ourgos ou grand-ouvrier1 constitu divinit autocratrice et suprme4 ,vainement l'ancienne philosophie objecta que l'ouvrier mme avait besoin de parents et d'auteurs1 et que l'on ne faisait qu'ajouter un chelon en tant l'ternit au monde pour la lui donner4 ,les innovateurs1 non contents de ce premier paradoxe1 passrent un second2 et1 appliquant leur ouvrier la thorie de l'entendement humain1 ils prtendirent que le dmi-ourgos avait fabriqu sa machine sur un plan ou ide rsidant en son entendement4 ,or1 comme leurs matres1 les physiciens1 avaient plac dans la sphre des fixes le grand mobile rgulateur1 sous le nom d'intelligence1 de raisonnement1 les spiritualistes1 leurs mimes1 s'emparant de cet tre1 l'attriburent au dmi-ourgos1 en en faisant une substance distincte1 existante par elle-mme1 qu'ils appelrent mens ou logos 7parole et raisonnement74 ,et comme d'ailleurs ils admettaient l'existence de l'ame du monde1 ou principe solaire1 ils se trouvrent obligs de composer trois grades ou chelons de personnes divines1 qui furent #a le dmi-ourgos ou dieu-ouvrier2 #b le logos1 parole et raisonnement2 et #c l'esprit ou l'ame 7du monde74 ,et voil1 chrtiens6 le roman sur lequel vous avez fond votre ,trinit2 voil le systme qui1 n hrtique dans les temples gyptiens1 transport paen dans les coles de l',italie et de la ,grce1 se trouve aujourd'hui catholique orthodoxe par la conversion de ses partisans1 les disciples de ,pythagore et de ,platon devenus chrtiens4 ,et c'est ainsi que la divinit1 aprs avoir t dans son origine l'action sensible1 multiple1 des mtores et des lments2 ,puis la puissance combine des astres considrs sous leurs rapports avec les tres terrestres2 ,puis ces tres terrestres eux-mmes par la confusion des symboles avec leurs modles2 ,puis la double puissance de la nature dans ses deux oprations principales de production et de destruction2 ,puis le monde anim sans distinction d'agent et de patient1 d'effet et de cause2 ,puis le principe solaire ou l'lment du feu reconnu pour moteur unique2 ,c'est ainsi que la divinit est devenue1 en dernier rsultat1 un tre chimrique et abstrait2 une subtilit scolastique de substance sans forme1 de corps sans figure2 un vrai dlire de l'esprit1 auquel la raison n'a plus rien compris4 ,mais vainement dans ce dernier passage veut-elle se drober aux sens3 le cachet de son origine lui demeure ineffaablement empreint2 et ses attributs1 tous calqus1 ou sur les attributs physiques de l'univers1 tels que l'immensit1 l'ternit1 l'indivisibilit1 l'incomprhensibilit2 ou sur les affections morales de l'homme1 telles que la bont1 la justice1 la majest1 etc2 ses noms mmes1 tous drivs des tres physiques qui lui ont servi de types1 et spcialement du soleil1 des plantes et du monde1 retracent incessamment1 en dpit de ses corrupteurs1 les traits indlbiles de sa vritable nature4 ,telle est la chane des ides que l'esprit humain avait dja parcourue une poque antrieure aux rcits positifs de l'histoire2 et puisque leur continuit prouve qu'elles ont t le produit d'une mme srie d'tudes et de travaux1 tout engage en placer le thtre dans le berceau de leurs lments primitifs1 dans l'gypte3 et leur marche y put tre rapide1 parce que la curiosit oiseuse des prtres physiciens n'avait pour aliment1 dans la retraite des temples1 que l'nigme toujours prsente de l'univers2 et que1 dans la division politique qui long-temps partagea cette contre1 chaque tat eut son collge de prtres1 lesquels tour tour auxiliaires ou rivaux1 htrent1 par leurs disputes1 les progrs des sciences et des dcouvertes4 ,et dja il tait arriv sur les bords du ,nil ce qui depuis s'est rpt par toute la terre4 mesure que chaque systme s'tait form1 il avait suscit dans sa nouveaut des querelles et des schismes3 puis1 accrdit par la perscution mme1 tantt il avait dtruit les idoles antrieures1 tantt il se les tait incorpores en les modifiant2 et les rvolutions politiques tant survenues1 l'agrgation des tats et le mlange des peuples confondirent toutes les opinions2 et le fil des ides s'tant perdu1 la thologie tomba dans le chaos1 et ne fut plus qu'un logogriphe de vieilles traditions1 qui ne furent plus comprises4 ,la religion1 gare d'objet1 ne fut plus qu'un moyen politique de conduire un vulgaire crdule1 dont s'emparrent tantt des hommes crdules eux-mmes et dupes de leurs propres visions1 et tantt des hommes hardis et d'une ame nergique1 qui se proposrent de grands objets d'ambition4 ,,ix4 ,religion de ,mose1 ou culte de l'ame du monde 7,you-piter74 ,tel fut le lgislateur des ,hbreux1 qui1 voulant sparer sa nation de toute autre1 et se former un empire isol et distinct1 conut le dessein d'en asseoir les bases sur les prjugs religieux1 et d'lever autour de lui un rempart sacr d'opinions et de rites4 ,mais vainement proscrit-il le culte des symboles rgnant dans la ,basse-gypte et la ,phnicie2 son dieu n'en fut pas moins un dieu gyptien de l'invention de ces prtres dont ,mose avait t le disciple2 et ,yahouh1 dcel par son propre nom1 l'essence 7des tres71 et par son symbole1 le buisson de feu1 n'est que l'ame du monde1 le principe moteur1 que1 peu aprs1 la ,grce adopta sous la mme dnomination dans son ,you-piter1 tre gnrateur1 et sous celle d'i1 l'existence2 que les ,thbains consacraient sous le nom de ,kneph2 que ,sas adorait sous l'emblme d',isis voile1 avec cette inscription3 ,je suis tout ce qui a t1 tout ce qui est1 tout ce qui sera1 et nul mortel n'a lev mon voile2 que ,pythagore honorait sous le nom de ,vesta1 et que la philosophie stocienne dfinissait avec prcision en l'appelant le principe du feu4 ,mose voulut en vain effacer de sa religion tout ce qui rappelait le culte des astres3 une foule de traits restrent malgr lui pour le retracer2 et les sept lumires ou plantes du grand chandelier1 les douze pierres ou signes de l'urim du grand-prtre1 la fte des deux quinoxes1 ouvertures et portes de deux hmisphres1 la crmonie de l'agneau ou belier cleste2 enfin1 le nom d',osiris mme conserv dans son cantique1 et l'arche ou coffre imit du tombeau o ce dieu fut enferm1 demeurent pour servir de tmoins la filiation de ses ides et leur extraction de la source commune4 ,x4 ,religion de ,zoroastre4 ,tel fut aussi ,zoroastre1 qui1 deux sicles aprs ,mose1 rajeunit et moralisa1 chez les ,mdes et les ,bactriens tout le systme gyptien d',osiris et de ,typhon1 sous le nom d',ormuzd et d',ahrimanes2 qui1 pour expliquer le systme de la nature1 supposa deux grands dieux ou pouvoirs1 l'un occup a crer1 produire1 dans un empire de lumire et de douce chaleur 7dont le type est l't71 et par cela1 dieu de science1 de bienfaisance1 de vertu2 l'autre occup dtruire dans un empire de tnbres et de froid 7dont le type est le ple d'hiver71 et par cela dieu d'ignorance1 de malfaisance et de pch2 qui1 par des expression figures1 ensuite mconnues1 appela cration du monde le renouvellement de la scne physique chaque printemps2 appela rsurrection le renouvellement des priodes des astres dans leurs conjonctions2 vie future1 enfer1 paradis1 ce qui n'tait que le ,tartare et l'lyse des astrologues et des gographes2 en un mot1 qui ne fit que consacrer les rveries dja existantes du systme mystique4 ,,xi4 ,brahmisme1 ou systme indien4 ,tel encore fut le lgislateur indien1 qui1 sous le nom de ,mnou1 antrieur ,zoroastre et ,mose1 consacra1 sur les bords du ,gange1 la doctrine des trois principes ou dieux que connut la ,grce1 l'un desquels1 nomm ,brahuma ou ,ioupiter1 fut l'auteur de toute production ou cration 7le soleil du printemps72 le second1 nomm ,chiven ou ,pluton1 fut le dieu de toute destruction 7le soleil d'hiver72 et le troisime1 nomm ,vichenou ou ,neptune1 fut le dieu conservateur de l'tat stationnaire 7le soleil solstitial1 stator71 tous trois distincts1 et cependant tous trois ne formant qu'un seul dieu ou pouvoir1 lequel1 chant dans les vedas comme dans les hymnes orphiques1 n'est autre chose que le ,youpiter aux trois yeux#ca1 ou soleil aux trois formes d'action1 dans les trois ritous ou saisons3 l vous avez la source de tout le systme trinitaire subtilis par ,pythagore et ,platon1 totalement dfigur par leurs interprtes4 ,,xii4 ,boudhisme1 ou systmes mystiques4 ,tels enfin ont t les rformateurs moralistes rvrs depuis ,mnou1 sous les noms de ,boudah1 ,gaspa1 ,chekia1 ,goutama1 etc41 qui des principes de la mtempsycose1 diversement modifis1 ont dduit des doctrines mystiques d'abord utiles en ce qu'elles inspiraient leurs sectateurs l'horreur du meurtre1 la compassion pour tout tre sensible1 la crainte des peines et l'espoir des rcompenses destines la vertu et au vice1 dans une autre vie1 sous une forme nouvelle2 mais ensuite devenues pernicieuses par l'abus d'une mtaphysique visionnaire1 qui1 prenant tche de contrarier l'ordre naturel1 voulut que le monde palpable et matriel ft une illusion fantastique2 que l'existence de l'homme ft un rve dont la mort tait le vrai rveil1 que son corps ft une prison impure dont il devait se hter de sortir1 ou une enveloppe grossire que1 pour rendre permable la lumire interne1 il devait attnuer1 diaphaniser1 par le jene1 les macrations1 les contemplations1 et par une foule de pratiques anachortiques si tranges1 que le vulgaire tonn ne put s'expliquer le caractre de leurs auteurs qu'en les considrant comme des tres surnaturels1 avec cette difficult de savoir s'ils furent dieu devenu homme1 ou l'homme devenu dieu4 ,voil les matriaux qui1 depuis des sicles nombreux1 existaient pars dans l',asie1 quand un concours fortuit d'vnements et de circonstances vint1 sur les bords de l',euphrate et de la ,mditerrane1 en former de nouvelles combinaisons4 ,,xiii4 ,christianisme1 ou culte allgorique du soleil1 sous ses noms cabalistiques de ,chris-en ou ,christ1 et d',ysus ou ,jsus4 ,en constituant un peuple spar1 ,mose avait vainement prtendu le dfendre de l'invasion de toute ide trangre3 un penchant invincible1 fond sur les affinits d'une mme origine1 avait sans cesse ramen les ,hbreux vers le culte des nations voisines2 et les relations indispensables du commerce et de la politique qu'il entretenait avec elles en avaient de jour en jour fortifi l'ascendant4 ,tant que le rgime national se maintint1 la force corcitive du gouvernement et des lois1 en s'opposant aux innovations1 retarda leur marche2 et cependant les hauts lieux taient pleins d'idoles1 et le dieu soleil avait son char et ses chevaux peints dans les palais des rois et jusque dans le temple d',yhouh2 mais lorsque les conqutes des sultans de ,ninive et de ,babylone eurent dissous le lien de la puissance publique1 le peuple1 livr lui-mme1 et sollicit par ses conqurants1 ne contraignit plus son penchant pour les opinions profanes1 et elles s'tablirent publiquement en ,jude4 ,d'abord les colonies assyriennes1 transportes la place des tribus1 remplirent le royaume de ,samarie des dogmes des mages1 qui bientt pntrrent dans le royaume de ,juda2 ensuite ,jrusalem ayant t subjugue1 les gyptiens1 les ,syriens1 les ,arabe1 accourus dans ce pays ouvert1 y apportrent de toutes parts les leurs1 et la religion de ,mose fut dja doublement altre4 ,d'autre part les prtres et les grands1 transports ,babylone et levs dans les sciences des ,kaldens1 s'imburent1 pendant un sjour de cinquante ans1 de toute leur thologie2 et de ce moment se naturalisrent chez les ,juifs les dogmes du gnie ennemi 7,satan71 de l'archange ,michel1 de l'ancien des jours 7,ormuzd71 des anges rebelles1 du combat des cieux1 de l'ame immortelle et de la rsurrection2 toutes choses inconnues ,mose1 ou condamnes par le silence mme qu'il en avait gard4 ,de retour dans leur patrie1 les migrs y rapportrent ces ides2 et d'abord leur innovation y suscita les disputes de leurs partisans les ,pharisiens1 et de leurs opposants les ,sadducens1 reprsentants de l'ancien culte national4 ,mais les premiers1 seconds du penchant du peuple et de ses habitudes dja contractes1 appuys de l'autorit des ,perses1 leurs librateurs et leurs matres1 terminrent par prendre l'ascendant sur les seconds1 et les enfants de ,mose consacrrent la thologie de ,zoroastre4 ,une analogie fortuite entre deux ides principales favorisa surtout cette coalition1 et devint la base d'un dernier systme1 non moins tonnant dans sa fortune que dans les causes de sa formation4 ,depuis que les ,assyriens avaient dtruit le royaume de ,samarie1 des esprits judicieux1 prvoyant la mme destine pour ,jrusalem1 n'avaient cess de l'annoncer1 de la prdire2 et leurs prdictions avaient toutes eu ce caractre particulier1 d'tre termines par des voeux de rtablissement et de rgnration1 noncs sous la forme de prophties3 les hirophantes1 dans leur enthousiasme1 avaient peint un roi librateur qui devait rtablir la nation dans son ancienne gloire2 le peuple hbreu devait redevenir un peuple puissant1 conqurant1 et ,jrusalem la capitale d'un empire tendu surtout l'univers4 ,les vnements ayant ralis la premire partie de ces prdictions1 la ruine de ,jrusalem1 le peuple attacha la seconde une croyance d'autant plus entire1 qu'il tomba dans le malheur2 et les ,juifs affligs attendirent avec l'impatience du besoin et du dsir1 le roi victorieux et librateur qui devait venir sauver la nation de ,mose et relever l'empire de ,david4 ,d'autre part1 les traditions sacres et mythologiques des temps antrieurs avaient rpandu dans toute l',asie un dogme parfaitement analogue4 ,on n'y parlait que d'un grand mdiateur1 d'un juge final1 d'un sauveur futur1 qui1 roi1 dieu conqurant et lgislateur1 devait ramener l'ge d'or sur la terre1 la dlivrer de l'empire du mal1 et rendre aux hommes le rgne du bien1 la paix et le bonheur4 ,ces ides occupaient d'autant plus les peuples1 qu'ils y trouvaient des consolations de l'tat funeste et des maux rels o les avaient plongs les dvastations successives des conqutes et des conqurants1 et le barbare despotisme de leurs gouvernements4 ,cette conformit entre les oracles des nations et ceux des prophtes1 excita l'attention des ,juifs2 et sans doute les prophtes avaient eu l'art de calquer leurs tableaux sur le style et le gnie des livres sacrs employs aux mystres paens3 c'tait donc en ,jude une attente gnrale que celle du grand envoy1 du sauveur final1 lorsqu'une circonstance singulire vint dterminer l'poque de sa venue4 ,il tait crit dans les livres sacrs des ,perses et des ,kaldens1 que le monde1 compos d'une rvolution totale de douze mille1 tait partag en deux rvolutions partielles1 dont l'une1 ge et rgne du bien1 se terminait au bout de six mille1 et l'autre1 ge et rgne du mal1 se terminait au bout de six autres mille4 ,par ces rcits1 les premiers auteurs avaient entendu la rvolution annuelle du grand orbe cleste1 appel le monde 7rvolution compose de douze mois ou signes1 diviss chacun en mille parties72 et les deux priodes systmatiques de l'hiver et de l't1 compose chacune galement de six mille4 ,ces expressions1 toutes quivoques1 ayant t mal expliques1 et ayant reu un sens absolu et moral au lieu de leur sens physique et astrologique1 il arriva que le monde annuel fut pris pour un monde sculaire1 les mille de temps pour des mille d'annes2 et supposant1 d'aprs les faits1 que l'on vivait dans l'ge du malheur1 on en infra qu'il devait finir au bout des six mille ans prtendus4 ,or1 dans les calculs admis par les ,juifs1 on commenait compter prs de six mille ans depuis la cration 7fictive7 du monde4 ,cette concidence produisit de la fermentation dans les esprits4 ,on ne s'occupa plus que d'une fin prochaine2 on interrogea les hirophantes et leurs livres mystiques1 qui en assignrent divers termes2 on attendit le rparateur2 force d'en parler1 quelqu'un dit l'avoir vu1 ou mme un individu exalt crut l'tre et se fit des partisans1 lesquels1 privs de leur chef par un incident vrai sans doute1 mais pass obscurment1 donnrent lieu1 par leurs rcits1 une rumeur graduellement organise en histoire3 sur ce premier canevas tabli1 toutes les circonstances des traditions mythologiques vinrent bientt se placer1 et il en rsulta un systme authentique et complet1 dont il ne fut plus permis de douter4 ,elles portaient1 ces traditions mythologiques3 ,que dans l'origine1 une femme et un homme avaient1 par leur chute1 introduit dans le monde le mal et le pch4 7,suivez la pl4 ,,iii47 ,et par-l elles indiquaient le fait astronomique de la vierge cleste et de l'homme bouvier 7,bootes71 qui1 en se couchant hliaquement l'quinoxe d'automne1 livraient le ciel aux constellations de l'hiver1 et semblaient1 en tombant sous l'horizon1 introduire dans le monde le gnie du mal1 ,ahrimanes1 figur par la constellation du serpent4 ,elles portaient1 ces traditions3 ,que la femme avait entran1 sduit l'homme4 ,et en effet1 la vierge se couchant la premire1 semble entraner sa suite le bouvier4 ,que la femme l'avait tent en lui prsentant des fruits beaux voir et bons manger1 qui donnaient la science du bien et du mal4 ,et en effet1 la vierge tient en main une branche de fruits qu'elle semble tendre vers le bouvier2 et le rameau1 emblme de l'automne1 plac dans le tableau de ,mithra1 sur la frontire de l'hiver et de l't1 semble ouvrir la porte et donner la science1 la clef du bien et du mal4 ,elles portaient3 ,que ce couple avait t chass du jardin cleste1 et qu'un chrubin pe flamboyante avait t plac la porte pour le garder4 ,et en effet1 quand la vierge et le bouvier tombent sous l'horizon du couchant1 ,perse monte de l'autre ct1 et1 l'pe la main1 ce gnie semble les chasser du ciel de l't1 jardin et rgne des fruits et des fleurs4 ,elles portaient3 ,que de cette vierge devait natre1 sortir un rejeton1 un enfant qui craserait la tte du serpent1 et dlivrerait le monde du pch4 ,et par-l elles dsignaient le soleil1 qui1 l'poque du solstice d'hiver1 au moment prcis o les mages des ,perses tiraient l'horoscope de la nouvelle anne1 se trouvait plac dans le sein de la vierge1 en lever hliaque l'horizon oriental1 et qui1 ce titre1 tait figur dans leurs tableaux astrologiques sous la forme d'un enfant allait par une vierge chaste1 et devenait ensuite1 l'quinoxe du printemps1 le belier ou l'agneau1 vainqueur de la constellation du serpent1 qui disparaissait des cieux4 ,elles portaient3 ,que1 dans son enfance1 ce rparateur de nature divine ou cleste vivrait abaiss1 humble1 obscur1 indigent4 ,et cela1 parce que le soleil d'hiver est abaiss sous l'horizon1 et que cette priode premire de ses quatre ges ou saisons1 est un temps d'obscurit1 de disette1 de jene1 de privations4 ,elles portaient3 ,que1 mis mort par des mchants1 il tait ressuscit glorieusement2 qu'il tait remont des enfers aux cieux1 o il rgnerait ternellement4 ,et par-l elles retraaient la vie du soleil1 qui1 terminant sa carrire au solstice d'hiver1 lorsque dominaient ,typhon et les anges rebelles1 semblait tre mis mort par eux2 mais qui1 bientt aprs1 renaissait1 rsurgeait dans la vote des cieux1 o il est encore4 ,enfin ces traditions1 citant jusqu' ses noms astrologiques et mystrieux1 disaient qu'il s'appelait tantt ,chris1 c'est--dire le conservateur2 et voil ce dont vous1 ,indiens1 avez fait votre dieu ,chris-en ou ,chris-na2 et vous1 chrtiens1 ,grecs et ,occidentaux1 votre ,cris-tos1 fils de ,marie2 et tantt1 qu'il s'appelait ,ys1 par la runion de trois lettres1 lesquelles1 en valeur numrale1 formaient le nombre #fjh1 l'une des priodes solaires3 et voil1 ,europens6 le nom qui1 avec la finale latine1 est devenu votre ,is-us ou ,jsus1 nom ancien et cabalistique attribu au jeune ,bacchus1 fils clandestin 7nocturne7 de la vierge ,minerve1 lequel1 dans toute l'histoire de sa vie et mme de sa mort1 retrace l'histoire du dieu des chrtiens1 c'est--dire de l'astre du jour1 dont ils sont tous les deux l'emblme4 ces mots1 un grand murmure s'leva de la part des groupes chrtiens3 mais les musulmans1 les lamas1 les ,indiens les rappelrent l'ordre1 et l'orateur achevant son discours3 ,vous savez maintenant1 dit-il1 comment le reste de ce systme se composa dans le chaos et l'anarchie des trois premiers sicles2 comment une foule d'opinions bizarres partagrent les esprits1 et les partagrent avec un enthousiasme et une opinitret rciproques1 parce que1 fondes galement sur des traditions anciennes1 elles taient galement sacres4 ,vous savez comment1 aprs trois cents ans1 le gouvernement s'tant associ l'une de ces sectes1 en fit la religion orthodoxe1 c'est--dire dominante1 l'exclusion des autres1 lesquelles1 par leur infriorit1 devinrent des hrsies2 comment et par quels moyens de violence et de sduction cette religion s'est propage1 accrue1 puis divise et affaiblie2 comment1 six cents ans aprs l'innovation du christianisme1 un autre systme se forma encore de ses matriaux et de ceux des juifs1 et comment ,mahomet sut se composer un empire politique et thologique aux dpens de ceux de ,mose et des vicaires de ,jsus4444 ,maintenant1 si vous rsumez l'histoire entire de l'esprit religieux1 vous verrez que dans son principe il n'a eu pour auteur que les sensations et les besoins de l'homme2 que l'ide de ,dieu n'a eu pour type et modle que celle des puissances physiques1 des tres matriels agissant en bien ou en mal1 c'est--dire en impressions de plaisir ou de douleur sur l'tre sentant2 que1 dans la formation de tous ces systmes1 cet esprit religieux a toujours suivi la mme marche1 les mmes procds2 que dans tous1 le dogme n'a cess de reprsenter1 sous le nom des dieux1 les oprations de la nature1 les passions des hommes et leurs prjugs2 que dans tous1 la morale a eu pour but le dsir du bien-tre et l'aversion de la douleur2 mais que les peuples et la plupart des lgislateurs1 ignorant les routes qui y conduisaient1 se sont fait des ides fausses1 et par-l mme opposes1 du vice et de la vertu1 du bien et du mal1 c'est--dire de ce qui rend l'homme heureux ou malheureux2 que dans tous1 les moyens et les causes de propagation et d'tablissement ont offert les mmes scnes de passions et d'vnements1 toujours des disputes de mots1 des prtextes de zle1 des rvolutions et des guerres suscites par l'ambition des chefs1 par la fourberie des promulgateurs1 par la crdulit des proslytes1 par l'ignorance du vulgaire1 par la cupidit exclusive et l'orgueil intolrant de tous3 enfin1 vous verrez que l'histoire entire de l'esprit religieux n'est que celle des incertitudes de l'esprit humain1 qui1 plac dans un monde qu'il ne comprend pas1 veut cependant en deviner l'nigme2 et qui1 spectateur toujours tonn de ce prodige mystrieux et visible1 imagine des causes1 suppose des fins1 btit des systmes3 puis1 en trouvant un dfectueux1 le dtruit pour un autre non moins vicieux2 hait l'erreur qu'il quitte1 mconnat celle qu'il embrasse1 repousse la vrit qui l'appelle1 compose des chimres d'tres disparates1 et1 rvant sans cesse sagesse et bonheur1 s'gare dans un labyrinthe de peines et de folies4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,identit du but des religions4 ,ainsi parla l'orateur des hommes qui avaient recherch l'origine et la filiation des ides religieuses4444 ,et les thologiens des divers systmes raisonnant sur ce discours3 ,c'est un expos impie1 dirent les uns1 qui ne tend rien moins qu' renverser toute croyance1 jeter l'insubordination dans les esprits1 anantir notre ministre et notre puissance3 c'est un roman1 dirent les autres1 un tissu de conjectures dresses avec art1 mais sans fondement4 ,et les gens modrs et prudents ajoutaient3 ,supposons que tout cela soit vrai1 pourquoi rvler ces mystres8 ,sans doute nos opinions sont pleines d'erreurs2 mais ces erreurs sont un frein ncessaire la multitude4 ,le monde va ainsi depuis deux mille ans1 pourquoi le changer aujourd'hui8 ,et dja la rumeur du blme qui s'lve contre toute nouveaut1 commenait de s'accrotre1 quand un groupe nombreux d'hommes des classes du peuple et de sauvages de tout pays et de toute nation1 sans prophtes1 sans docteurs1 sans code religieux1 s'avanant dans l'arne1 attirrent sur eux l'attention de toute l'assemble2 et l'un d'eux1 portant la parole1 dit au lgislateur3 ,arbitre et mdiateur des peuples6 depuis le commencement de ce dbat1 nous entendons des rcits tranges1 inous pour nous jusqu' ce jour2 notre esprit1 surpris1 confondu de tant de choses1 les unes savantes1 les autres absurdes1 qu'galement il ne comprend pas1 reste dans l'incertitude et le doute4 ,une seule rflexion nous frappe3 en rsumant tant de faits prodigieux1 tant d'assertions opposes1 nous nous demandons3 ,que nous importent toutes ces discussions8 ,qu'avons nous besoin de savoir ce qui s'est pass il y a cinq ou six mille ans1 dans des pays que nous ignorons1 chez des hommes qui nous resteront inconnus8 ,vrai ou faux1 quoi nous sert de savoir si le monde existe depuis six ou depuis vingt mille ans1 s'il s'est fait de rien ou de quelque chose1 de lui-mme ou par un ouvrier1 qui1 son tour1 exige un auteur8 ,quoi6 nous ne sommes pas assurs de ce qui se passe prs de nous1 et nous rpondrons de ce qui peut se passer dans le soleil1 dans la lune ou dans les espaces imaginaires6 ,nous avons oubli notre enfance1 et nous connatrons celle du monde8 ,et qui attestera ce que nul n'a vu8 qui certifiera ce que personne ne comprend8 ,qu'ajoutera d'ailleurs ou que diminuera notre existence de dire oui ou non sur toutes ces chimres8 ,jusqu'ici nos pres et nous n'en avons pas eu la premire ide1 et nous ne voyons pas que nous en ayons eu plus ou moins de soleil1 plus ou moins de subsistance1 plus ou moins de mal ou de bien4 ,si la connaissance en est ncessaire1 pourquoi avons-nous aussi-bien vcu sans elle1 que ceux qui s'en inquitent si fort8 ,si elle est superflue1 pourquoi en prendrons-nous aujourd'hui le fardeau8 ,et s'adressant aux docteurs et aux thologiens3 ,quoi6 il faudra que nous1 hommes ignorants et pauvres1 dont tous les moments suffisent peine aux soins de notre subsistance et aux travaux dont vous profitez1 il faudra que nous apprenions tant d'histoires que vous racontez1 que nous lisions tant de livres que vous nous citez1 que nous apprenions tant de diverses langues dans lesquelles ils sont composs6 ,mille ans de vie n'y suffiraient pas4444 ,il n'est pas ncessaire1 dirent ls docteurs1 que vous acquriez tant de science3 nous l'avons pour vous4444 ,mais vous-mmes1 rpliqurent les hommes simples1 avec toute votre science vous n'tes pas d'accord6 quoi sert de la possder8 ,d'ailleurs1 comment pouvez-vous rpondre pour nous8 ,si la foi d'un homme s'applique plusieurs1 vous-mmes quel besoin avez-vous de croire8 ,vos pres auront cru pour vous1 et cela sera raisonnable2 puisque c'est pour vous qu'ils ont vu4 ,ensuite1 qu'est-ce que croire1 si croire n'influe sur aucune action8 ,et sur quelle action influe1 par exemple1 de croire le monde ternel ou non8 ,cela offense ,dieu1 dirent les docteurs4--,o en est la preuve8 dirent les hommes simples4--,dans nos livres1 rpondirent les docteurs4--,nous ne les entendons pas1 rpliqurent les hommes simples4 ,nous les entendons pour vous1 dirent les docteurs4 ,voil la difficult1 reprirent les hommes simples4 ,de quel droit vous tablissez-vous mdiateurs entre ,dieu et nous8 ,par ses ordres1 dirent les docteurs4 ,o est la preuve de ses ordres8 dirent les hommes simples4--,dans nos livres1 dirent les docteurs4--,nous ne les entendons pas1 dirent les hommes simples2 et comment ce ,dieu juste vous donne-t-il ce privilge sur nous8 ,comment ce pre commun nous oblige-t-il de croire un moindre degr d'vidence que vous8 ,il vous a parl1 soit2 il est infaillible1 et il ne vous trompe pas2 vous nous parlez1 vous6 qui nous garantit que vous n'tes pas en erreur1 ou que vous ne sauriez nous y induire8 ,et si nous sommes tromps1 comment ce ,dieu juste nous sauvera-t-il contre la loi1 ou nous condamnera-t-il sur celle que nous n'avons pas connue8 ,il vous a donn la loi naturelle1 dirent les docteurs4 ,qu'est-ce que la loi naturelle8 rpondirent les hommes simples4 ,si cette loi suffit1 pourquoi en a-t-il donn d'autres8 si elle ne suffit pas1 pourquoi l'a-t-il donne imparfaite8 ,ses jugements sont des mystres1 reprirent les docteurs1 et sa justice n'est pas comme celle des hommes4--,si sa justice1 rpliqurent les hommes simples1 n'est pas comme la ntre1 quel moyen avons-nous d'en juger8 et1 de plus1 pourquoi toutes ces lois1 et quel est le but qu'elles se proposent8 ,de vous rendre plus heureux1 reprit un docteur1 en vous rendant meilleurs et plus vertueux3 c'est pour apprendre aux hommes user de ses bienfaits1 et ne point se nuire entre eux1 que ,dieu s'est manifest par tant d'oracles et de prodiges4 ,en ce cas1 dirent les hommes simples1 il n'est pas besoin de tant d'tudes ni de raisonnements3 montrez-nous quelle est la religion qui remplit le mieux le but qu'elles se proposent toutes4 ,aussitt1 chacun des groupes vantant sa morale1 et la prfrant toute autre1 il s'leva de culte culte une nouvelle dispute plus violente4 ,c'est nous1 dirent les musulmans1 qui possdons la morale par excellence1 qui enseignons toutes les vertus utiles aux hommes et agrables ,dieu4 ,nous professons la justice1 le dsintressement1 le dvouement la ,providence1 la charit pour nos frres1 l'aumne1 la rsignation2 nous ne tourmentons point les ames par des craintes superstitieuses2 nous vivons sans alarmes et nous mourons sans remords4 ,comment osez-vous1 rpondirent les prtres chrtiens1 parler de morale1 vous dont le chef a pratiqu la licence et prch le scandale8 vous dont le premier prcepte est l'homicide et la guerre8 ,nous en prenons tmoin l'exprience3 depuis douze cents ans votre zle fanatique n'a cess de rpandre chez les nations le trouble et le carnage2 et si aujourd'hui l',asie1 jadis florissante1 languit dans la barbarie et l'anantissement1 c'est votre doctrine qu'il en faut attribuer la cause2 cette doctrine ennemie de toute instruction1 qui1 d'un ct1 sanctifiant l'ignorance et consacrant le despotisme le plus absolu dans celui qui commande1 de l'autre1 imposant l'obissance la plus aveugle et la plus passive ceux qui sont gouverns1 a engourdi toutes les facults de l'homme1 touff toute industrie1 et plong les nations dans l'abrutissement4 ,il n'en est pas ainsi de notre morale sublime et cleste2 c'est elle qui a retir la terre de sa barbarie primitive1 des superstitions insenses ou cruelles de l'idoltrie1 des sacrifices humains1 des orgies honteuses des mystres paens2 qui a pur les moeurs1 proscrit les incestes1 les adultres1 polic les nations sauvages1 fait disparatre l'esclavage1 introduit des vertus nouvelles et inconnues1 la charit pour les hommes1 leur galit devant ,dieu1 le pardon1 l'oubli des injures1 la rpression de toutes les passions1 le mpris des grandeurs mondaines2 en un mot1 une vie toute sainte et toute spirituelle4 ,nous admirons1 rpliqurent les musulmans1 comment vous savez allier cette charit1 cette douceur vanglique1 dont vous faites tant d'ostentation1 avec les injures et les outrages dont vous blessez sans cesse votre prochain4 ,quand vous inculpez si gravement les moeurs du grand homme que nous rvrons1 nous pourrions trouver des reprsailles dans la conduite de celui que vous adorez2 mais ddaignant de tels moyens1 et nous bornant au vritable objet de la question1 nous soutenons que votre morale vanglique n'a point la perfection que vous lui attribuez2 qu'il n'est point vrai qu'elle ait introduit dans le monde des vertus inconnues1 nouvelles3 et1 par exemple1 cette galit des hommes devant ,dieu1 cette fraternit et cette bienveillance qui en sont la suite1 taient des dogmes formels de la secte des hermtiques ou samanens1 dont vous descendez4 ,et quant au pardon des injures1 les paens mmes l'avaient enseign2 mais1 dans l'extension que vous lui donnez1 loin d'tre une vertu1 il devient une immoralit1 un vice4 ,votre prcepte si vant de tendre une joue aprs l'autre1 n'est pas seulement contraire tous les sentiments de l'homme1 il est encore oppos toute ide de justice2 il enhardit les mchants par l'impunit2 il avilit les bons par la servitude2 il livre le monde au dsordre1 la tyrannie2 il dissout la socit2 et tel est l'esprit vritable de votre doctrine3 vos vangiles1 dans leurs prceptes et leurs paraboles1 ne reprsentent jamais ,dieu que comme un despote sans rgle d'quit2 c'est un pre partial1 qui traite un enfant dbauch1 prodigue1 avec plus de faveur que ses autres enfants respectueux et de bonnes moeurs2 c'est un matre capricieux1 qui donne le mme salaire aux ouvriers qui ont travaill une heure et ceux qui ont fatigu pendant toute la journe1 et qui prfre les derniers venus aux premiers3 partout c'est une morale misanthropique1 antisociale1 qui dgote les hommes de la vie1 de la socit1 et ne tend qu' faire des ermites et des clibataires4 ,et quant la manire dont vous l'avez pratique1 nous en appelons notre tour au tmoignage des faits3 nous vous demandons si c'est la douceur vanglique qui a suscit vos interminables guerres de sectes1 vos perscutions atroces de prtendus hrtiques1 vos croisades contre l'arianisme1 le manichisme1 le protestantisme1 sans parler de celles que vous avez faites contre nous1 et de vos associations sacrilges1 encore subsistantes1 d'hommes asserments pour les continuer4 ,nous vous demandons si c'est la charit vanglique qui vous a fait exterminer les peuples entiers de l',amrique1 anantir les empires du ,mexique et du ,prou2 qui vous fait continuer de dvaster l',afrique1 dont vous vendez les habitants comme des animaux1 malgr votre abolition de l'esclavage2 qui vous fait ravager l',inde1 dont vous usurpez les domaines2 enfin1 si c'est elle qui depuis trois sicles vous fait troubler dans leurs foyers les peuples des trois continents1 dont les plus prudents1 tels que le ,chinois et le ,japonais1 ont t obligs de vous chasser pour viter vos fers et recouvrer la paix intrieure4 ,et l'instant les brames1 les rabbins1 les bonzes1 les chamans1 les prtres des les ,moluques et des ctes de la ,guine accablant les docteurs chrtiens de reproches2 ,oui6 s'crirent-ils1 ces hommes sont des brigands1 des hypocrites1 qui prchent la simplicit pour surprendre la confiance2 l'humilit1 pour asservir plus facilement2 la pauvret1 pour s'approprier toutes les richesses2 ils promettent un autre monde1 pour mieux envahir celui-ci2 et tandis qu'ils vous parlent de tolrance et de charit1 ils brlent au nom de ,dieu les hommes qui ne l'adorent pas comme eux4 ,prtres menteurs1 rpondirent des missionnaires1 c'est vous qui abusez de la crdulit des nations ignorantes pour les subjuguer2 c'est vous qui de votre ministre faites un art d'imposture et de fourberie3 vous avez converti la religion en un ngoce d'avarice et de cupidit4 ,vous feignez d'tre en communication avec des esprits1 et ils ne rendent pour oracles que vos volonts2 vous prtendez lire dans les astres1 et le destin ne dcrte que vos dsirs2 vous faites parler les idoles1 et les dieux ne sont que les instruments de vos passions2 vous avez invent les sacrifices et les libations pour attirer vous le lait des troupeaux1 la chair et la graisse des victimes2 et1 sous le manteau de la pit1 vous dvorez les offrandes des dieux1 qui ne mangent point1 et la substance des peuples1 qui travaillent4 ,et vous1 rpliqurent les brames1 les bonzes1 les chamans1 vous vendez aux vivants crdules de vaines prires pour les ames des morts2 avec vos indulgences et vos absolutions1 vous vous tes arrog la puissance et les fonctions de ,dieu mme2 et faisant un trafic de ses graces et de ses pardons1 vous avez mis le ciel l'encan1 et fond1 par votre systme d'expiation1 un tarif de crimes qui a perverti toutes les consciences4 ,ajoutez1 dirent les imans1 que ces hommes ont invent la plus profonde des sclratesses3 l'obligation absurde et impie de leur raconter les secrets les plus intimes des actions1 des penses1 des vellits 7la confession72 en sorte que leur curiosit insolente a port son inquisition jusque dans le sanctuaire sacr du lit nuptial1 dans l'asile inviolable du coeur4 ,alors de reproche en reproche1 les docteurs des diffrents cultes commencrent rvler tous les dlits de leur ministre1 tous les vices cachs de leur tat2 et il se trouva que chez tous les peuples l'esprit des prtres1 leur systme de conduite1 leurs actions1 leurs moeurs taient absolument les mmes2 ,que partout ils avaient compos des associations secrtes1 des corporations ennemies du reste de la socit2 ,que partout ils s'taient attribu des prrogatives1 des immunits1 au moyen desquelles ils vivaient l'abri de tous les fardeaux des autres classes2 ,que partout ils n'essuyaient ni les fatigues du laboureur1 ni les dangers du militaire1 ni les revers du commerant2 ,que partout ils vivaient clibataires1 afin de s'pargner jusqu'aux embarras domestiques2 ,que partout1 sous le manteau de la pauvret1 ils trouvaient le secret d'tre riches et de se procurer toutes les jouissances2 ,que1 sous le nom de mendicit1 ils percevaient des impts plus forts que les princes2 ,que1 sous celui de dons et offrandes1 ils se procuraient des revenus certains et exempts de frais2 ,que1 sous celui de recueillement et de dvotion1 ils vivaient dans l'oisivet et dans la licence2 ,qu'ils avaient fait de l'aumne une vertu1 afin de vivre tranquillement du travail d'autrui2 ,qu'ils avaient invent des crmonies du culte1 afin d'attirer sur eux le respect du peuple1 en jouant le rle des dieux dont ils se disaient les interprtes et les mdiateurs1 pour s'en attribuer toute la puissance2 que1 dans ce dessein1 selon les lumires ou l'ignorance des peuples1 ils s'taient faits tour tour astrologues1 tireurs d'horoscopes1 devins1 magiciens1 ncromanciens1 charlatans1 mdecins1 courtisans1 confesseurs de princes1 toujours tendant au but de gouverner pour leur propre avantage2 ,que tantt ils avaient lev le pouvoir des rois et consacr leurs personnes1 pour s'attirer leurs faveurs ou participer leur puissance2 ,et que tantt ils avaient prch le meurtre des tyrans 7se rservant de spcifier la tyrannie71 afin de se venger de leur mpris ou de leur dsobissance2 ,que toujours ils avaient appel impit ce qui nuisait leurs intrts2 qu'ils rsistaient toute instruction publique1 pour exercer le monopole de la science2 qu'enfin en tout temps1 en tout lieu1 ils avaient trouv le secret de vivre en paix au milieu de l'anarchie qu'ils causaient1 en sret sous le despotisme qu'ils favorisaient1 en repos au milieu du travail qu'ils prchaient1 dans l'abondance au sein de la disette2 et cela1 en exerant le commerce singulier de vendre des paroles et des gestes des gens crdules1 qui les paient comme des denres du plus grand prix4 ,alors les peuples1 saisis de fureur1 voulurent mettre en pices les hommes qui les avaient abuss2 mais le lgislateur arrtant ce mouvement de violence1 et s'adressant aux chefs et aux docteurs3 ,quoi6 leur dit-il1 instituteurs des peuples1 est-ce donc ainsi que vous les avez tromps8 ,et les prtres troubls rpondirent3 lgislateur6 nous sommes hommes2 et les peuples sont si superstitieux6 ils ont eux-mmes provoqu nos erreurs4 ,et les rois dirent3 lgislateur6 les peuples sont si serviles et si ignorants6 eux-mmes se sont prosterns devant le joug1 qu' peine nous osions leur montrer4 ,alors le lgislateur se tournant vers les peuples3 ,peuples6 leur dit-il1 souvenez-vous de ce que vous venez d'entendre3 ce sont deux profondes vrits4 ,oui1 vous-mmes causez les maux dont vous vous plaignez2 c'est vous qui encouragez les tyrans par une lche adulation de leur puissance1 par un engouement imprudent de leurs fausses bonts1 par l'avilissement dans l'obissance1 par la licence dans la libert1 par l'accueil crdule de toute imposture3 sur qui punirez-vous les fautes de votre ignorance et de votre cupidit8 ,et les peuples interdits demeurrent dans un morne silence4 ,,chapitre ,,xxiv4 ,solution du problme des contradictions4 ,et le lgislateur reprenant la parole1 dit3 nations6 nous avons entendu les dbats de vos opinions2 et les dissentiments qui vous partagent nous ont fourni plusieurs rflexions1 et nous prsentent plusieurs questions claircir et vous proposer4 ,d'abord1 considrant la diversit et l'opposition des croyances auxquelles vous tes attachs1 nous vous demandons sur quels motifs vous en fondez la persuasion3 est-ce par un choix rflchi que vous suivez l'tendard d'un prophte plutt que celui d'un autre8 ,avant d'adopter telle doctrine plutt que telle autre1 les avez-vous d'abord compares8 en avez-vous fait un mr examen8 ou bien ne les avez-vous reues que du hasard de la naissance1 que de l'empire de l'habitude et de l'ducation8 ,ne naissez-vous pas chrtiens sur les bords du ,tibre1 musulmans sur ceux de l',euphrate1 idoltres aux rives de l',indus1 comme vous naissez blonds dans les rgions froides1 et brls sous le soleil africain8 ,et si vos opinions sont l'effet de votre position fortuite sur la terre1 de la parent1 de l'imitation1 comment le hasard vous devient-il un motif de conviction1 un argument de vrit8 ,en second lieu1 lorsque nous mditons sur l'exclusion respective et l'intolrance arbitraire de vos prtentions1 nous sommes effrays des consquences qui dcoulent de vos propres principes4 ,peuples6 qui vous dvouez tous rciproquement aux traits de la colre cleste1 supposez qu'en ce moment l'tre universel que vous rvrez1 descendit des cieux sur cette multitude1 et qu'investi de toute sa puissance1 il s'asst sur ce trne pour vous juger tous2 supposez qu'il vous dt3 ,mortels6 c'est votre propre justice que je vais exercer sur vous4 ,oui1 de tant de cultes qui vous partagent1 un seul aujourd'hui sera prfr2 tous les autres1 toute cette multitude d'tendards1 de peuples1 de prophtes1 seront condamns une perte ternelle2 et ce n'est point assez4444 parmi les sectes du culte choisi1 une seule peut me plaire1 et toutes les autres seront condamnes2 mais ce n'est point encore assez3 de ce petit groupe rserv1 il faut que j'exclue tous ceux qui n'ont pas rempli les conditions qu'imposent ses prceptes3 hommes6 quel petit nombre d'lus avez-vous born votre race6 quelle pnurie de bienfaits rduisez-vous mon immense bont8 quelle solitude d'admirateurs condamnez-vous ma grandeur et ma gloire8 ,et le lgislateur se levant3 ,n'importe2 vous l'avez voulu2 peuples6 voil l'urne o vos noms sont placs3 un seul sortira4444 ,osez tirer cette loterie terrible4444 ,et les peuples1 saisis de frayeur1 s'crirent3 ,non1 non2 nous sommes tous frres1 tous gaux2 nous ne pouvons nous condamner4 ,alors le lgislateur s'tant rassis1 reprit3 hommes6 qui disputez sur tant de sujets1 prtez une oreille attentive un problme que vous m'offrez1 et que vous devez rsoudre vous-mmes4 ,et les peuples ayant prt une grande attention1 le lgislateur leva un bras vers le ciel2 et montrant le soleil3 ,peuples1 dit-il1 ce soleil qui vous claire vous parat-il carr ou triangulaire8 ,non1 rpondirent-ils unanimement1 il est rond4 ,puis prenant la balance d'or qui tait sur l'autel3 ,cet or que vous maniez tous les jours1 est-il plus pesant qu'un mme volume de cuivre8 ,oui1 rpondirent unanimement tous les peuples1 l'or est plus pesant que le cuivre4444 ,et le lgislateur prenant l'pe3 ,ce fer est-il moins dur que du plomb8 ,non1 dirent les peuples4 ,le sucre est-il doux et le fiel amer8--,oui4 ,aimez-vous tous le plaisir1 et hassez-vous la douleur8--,oui4 ,ainsi vous tes tous d'accord sur ces objets et sur une foule d'autres semblables4 ,maintenant1 dites1 y a-t-il un gouffre au centre de la terre et des habitants dans la lune8 cette question1 ce fut une rumeur universelle2 et chacun y rpondant diversement1 les uns disaient oui1 d'autres disaient non2 ceux-ci1 que cela tait probable2 ceux-l1 que la question tait oiseuse1 ridicule2 et d'autres1 que cela tait bon savoir3 et ce fut une discordance gnrale4 ,aprs quelque temps1 le lgislateur ayant rtabli le silence3 ,peuples1 dit-il1 expliquez-nous ce problme4 ,je vous ai propos plusieurs questions1 sur lesquelles vous avez tous t d'accord1 sans distinction de race ni de secte3 hommes blancs1 hommes noirs1 sectateurs de ,mahomet ou de ,mose1 adorateurs de ,boudda ou de ,isous1 vous avez tous fait la mme rponse4 ,je vous en propose une autre1 et vous tes tous discordants6 ,pourquoi cette unanimit dans un cas1 et cette discordance dans un autre8 ,et le groupe des hommes simples et sauvages prenant la parole1 rpondit3 ,la raison en est simple3 dans le premier cas1 nous voyons1 nous sentons les objets1 nous en parlons par sensation2 dans le second1 ils sont hors de la porte de nos sens2 nous n'en parlons que par conjecture4 ,vous avez rsolu le problme1 dit le lgislateur2 ainsi1 votre propre aveu tablit cette premire vrit3 ,que toutes les fois que les objets peuvent tre soumis vos sens1 vous tes d'accord dans votre prononc2 ,et que vous ne diffrez d'opinion1 de sentiment1 que quand les objets sont absents et hors de votre porte4 ,or1 de ce premier fait en dcoule un second1 galement clair et digne de remarque4 ,de ce que vous tes d'accord sur ce que vous connaissez avec certitude1 il s'ensuit que vous n'tes discordants que sur ce que vous ne connaissez pas bien1 sur ce dont vous n'tes pas assurs2 c'est--dire que vous vous disputez1 que vous vous querellez1 que vous vous battez pour ce qui est incertain1 pour ce dont vous doutez4 hommes6 n'est-ce pas l folie8 ,et n'est-il pas alors dmontr que ce n'est point pour la vrit que vous contestez2 que ce n'est point sa cause que vous dfendez1 mais celle de vos affections1 de vos prjugs2 que ce n'est point l'objet tel qu'il est en lui que vous voulez prouver1 mais l'objet tel que vous le voyez2 c'est--dire que vous voulez faire prvaloir1 non pas l'vidence de la chose1 mais l'opinion de votre personne1 votre manire de voir et de juger4 ,c'est une puissance que vous voulez exercer1 un intrt que vous voulez satisfaire1 une prrogative que vous vous arrogez2 c'est la lutte de votre vanit4 ,or1 comme chacun de vous1 en se comparant tout autre1 se trouve son gal1 son semblable1 il rsiste par le sentiment d'un mme droit4 ,et vos disputes1 vos combats1 votre intolrance1 sont l'effet de ce droit que vous vous dniez1 et de la conscience inhrente de votre galit4 ,or1 le seul moyen d'tre d'accord est de revenir la nature1 et de prendre pour arbitre et rgulateur l'ordre de choses qu'elle-mme a pos2 et alors votre accord prouve encore cette autre vrit3 ,que les tres rels ont en eux-mmes une manire d'exister identique1 constante1 uniforme1 et qu'il existe dans vos organes une manire semblable d'en tre affects4 ,mais en mme temps1 raison de la mobilit de ces organes par votre volont1 vous pouvez concevoir des affections diffrentes1 et vous trouver avec les mmes objets dans des rapports divers1 en sorte que vous tes leur gard comme une glace rflchissante1 capable de les rendre tels qu'ils sont en effet1 mais capable aussi de les dfigurer et de les altrer4 ,d'o il suit que1 toutes les fois que vous percevez les objets tels qu'ils sont1 vous tes d'accord entre vous et avec eux-mmes1 et cette similitude entre vos sensations et la manire dont existent les tres1 est ce qui constitue pour vous leur vrit2 ,qu'au contraire1 toutes les fois que vous diffrez d'opinions1 votre dissentiment est la preuve que vous ne reprsentez pas les objets tels qu'ils sont1 que vous les changez4 ,et de l se dduit encore1 que les causes de vos dissentiments n'existent pas dans les objets eux-mmes1 mais dans vos esprits1 dans la manire dont vous percevez ou dont vous jugez4 ,pour tablir l'unanimit d'opinion1 il faut donc pralablement bien tablir la certitude1 bien constater que les tableaux que se peint l'esprit sont exactement ressemblants leurs modles2 qu'il rflchit les objets correctement tels qu'ils existent4 ,or1 cet effet ne peut s'obtenir qu'autant que ces objets peuvent tre rapports au tmoignage1 et soumis l'examen des sens4 ,tout ce qui ne peut subir cette preuve est par-l mme impossible juger2 il n'existe son gard aucune rgle1 aucun terme de comparaison1 aucun moyen de certitude4 ,d'o il faut conclure que1 pour vivre en concorde et en paix1 il faut consentir ne point prononcer sur de tels objets1 ne leur attacher aucune importance2 en un mot1 qu'il faut tracer une ligne de dmarcation entre les objets vrifiables et ceux qui ne peuvent tre vrifis1 et sparer d'une barrire inviolable le monde des tres fantastiques du monde des ralits2 c'est--dire qu'il faut ter tout effet civil aux opinions thologiques et religieuses4 ,voil1 peuples6 le but que s'est propos une grande nation affranchie de ses fers et de ses prjugs2 voil l'ouvrage que nous avions entrepris sous ses regards et par ses ordres1 quand vos rois et vos prtres sont venus le troubler4444 rois et prtres6 vous pouvez suspendre encore quelque temps la publication solennelle des lois de la nature1 mais il n'est plus en votre pouvoir de les anantir ou de les renverser4 ,alors un cri immense s'leva de toutes les parties de l'assemble2 et l'universalit des peuples1 par un mouvement unanime1 tmoignant son adhsion aux paroles du lgislateur3 ,reprenez1 lui dirent-ils1 votre saint et sublime ouvrage1 et portez-le sa perfection6 ,recherchez des lois que la nature a poses en nous pour nous diriger1 et dressez-en l'authentique et immuable code2 mais que ce ne soit plus pour une seule nation1 pour une seule famille3 que ce soit pour nous tous sans exception6 ,soyez le lgislateur de tout le genre humain1 ainsi que vous serez l'interprte de la mme nature2 montrez-nous la ligne qui spare le monde des chimres de celui des ralits1 et enseignez-nous1 aprs tant de religions et d'erreurs1 la religion de l'vidence et de la vrit6 ,alors le lgislateur1 ayant repris la recherche et l'examen des attributs physiques et constitutifs de l'homme1 des mouvements et des affections qui le rgissent dans l'tat individuel et social1 dveloppa en ces mots les lois sur lesquelles la nature elle-mme a fond son bonheur4 ,,la ,,loi ,,naturelle1 ou ,,principes ,,physiques ,,de ,,la ,,morale1 ,d,,duits ,,de ,l',,organisation ,,de ,l',,homme ,,et ,,de ,l',,univers4 ,,avertissement ,,de ,l',,diteur4 ,si les livres se prisent par leur poids1 celui-ci sera compt pour peu de chose2 s'ils s'estiment par leur contenu1 peut-tre sera-t-il plac au rang des plus importants4 ,en gnral1 rien de plus important qu'un bon livre lmentaire2 mais aussi rien de plus difficile composer et mme lire3 pourquoi cela8 parce que tout devant y tre analyse et dfinition1 tout doit y-tre dit avec vrit et prcision3 si la vrit et la prcision manquent1 le but est manqu2 si elles existent1 il devient abstrait par sa force mme4 ,le premier de ces dfauts a t sensible jusqu' ce jour dans tous les livres de morale3 on n'y trouve qu'un chaos de maximes dcousues1 de prceptes sans causes1 d'actions sans motifs4 ,les pdants du genre humain l'ont trait comme un petit enfant3 ils lui ont prescrit d'tre sage par la frayeur des esprits et des revenants4 ,maintenant que le genre humain grandit1 il est temps de lui parler raison1 il est temps de prouver aux hommes que les mobiles de leur perfectionnement se tirent de leur organisation mme1 de l'intrt de leurs passions1 et de tout ce qui compose leur existence4 ,il est temps de dmontrer que la morale est une science physique et gomtrique1 soumise aux rgles et au calcul des autres sciences exactes2 et tel est l'avantage du systme expos dans ce livre1 que les bases de la moralit y tant fondes sur la nature mme des choses1 elle est fixe et immuable comme elles2 tandis que dans tous les systmes thologiques la morale tant assise sur des opinions arbitraires1 non dmontrables et souvent absurdes1 elle change1 s'affaiblit1 prit avec elles1 et laisse les hommes dans une dpravation absolue4 ,il est vrai que1 par la raison mme que notre systme se fonde sur des faits et non sur des rves1 il trouvera plus de difficult se rpandre et s'tablir2 mais il tirera des forces de cette lutte mme1 et tt ou tard l'ternelle religion de la nature renversera les religions passagres de l'esprit humain4 ,ce livre fut publi pour la premire fois en #agic1 sous le titre de ,catchisme du ,citoyen franais3 il avait d'abord t destin tre un livre national2 mais il pourrait galement bien s'intituler ,catchisme du bon sens et des honntes gens2 il faut esprer qu'il deviendra un livre commun toute l',europe4 ,il est possible que dans sa brivet il n'ait pas suffisamment rempli le but d'un livre classique populaire2 mais l'auteur sera satisfait s'il a du moins le mrite d'indiquer le moyen d'en faire de meilleurs4 ,,la ,,loi ,,naturelle1 ou ,,principes ,,physiques ,,de ,,la ,,morale4 ,,chapitre ,,premier4 ,de la loi naturelle4 ,d4 ,qu'est-ce que la loi naturelle8 ,r4 ,c'est l'ordre rgulier et constant des faits1 par lequel ,,dieu rgit l'univers2 ordre que sa sagesse prsente aux sens et la raison des hommes1 pour servir leurs actions de rgle gale et commune1 et pour les guider1 sans distinction de pays ni de secte1 vers la perfection et le bonheur4 ,d4 ,dfinissez-moi clairement le mot loi4 ,r4 ,le mot loi1 pris littralement1 signifie lecture#cb1 parce que1 dans l'origine1 les ordonnances et rglements taient la lecture par excellence que l'on faisait au peuple1 afin qu'il les observt et n'encourt pas les peines portes contre leur infraction3 d'o il suit que l'usage originel expliquant l'ide vritable1 la loi se dfinit3 ,un ordre ou une dfense d'agir1 avec la clause expresse d'une peine attache l'infraction1 ou d'une rcompense attache l'observation de cet ordre4 ,d4 ,est-ce qu'il existe de tels ordres dans la nature8 ,r4 ,oui4 ,d4 ,que signifie ce mot nature8 ,r4 ,le mot nature prend trois sens divers3 #a ,il dsigne l'univers1 le monde matriel3 on dit1 dans ce premier sens1 la beaut de la nature1 la richesse de la nature1 c'est--dire les objets du ciel et de la terre offerts nos regards2 #b ,il dsigne la puissance qui anime1 qui meut l'univers1 en la considrant comme un tre distinct1 comme l'ame est au corps2 on dit1 dans ce second sens3 ,les intentions de la nature1 les secrets incomprhensibles de la nature4 #c ,il dsigne les oprations partielles de cette puissance dans chaque tre ou dans chaque classe d'tres2 et l'on dit1 dans ce troisime sens3 ,c'est une nigme que la nature de l'homme2 chaque tre agit selon sa nature4 ,or1 comme les actions de chaque tre ou de chaque espce d'tres sont soumises des rgles constantes et gnrales1 qui ne peuvent tre enfreintes sans que l'ordre gnral o particulier soit interverti et troubl1 l'on donne ces rgles d'actions et de mouvements le nom de lois naturelles ou lois de la nature4 ,d4 ,donnez-moi des exemples de ces lois4 ,r4 ,c'est une loi de la nature1 que le soleil claire successivement la surface du globe terrestre2--que sa prsence y excite la lumire et la chaleur2--que la chaleur agissant sur l'eau forme des vapeurs2--que ces vapeurs leves en nuages dans les rgions de l'air s'y rsolvent en pluies ou en neiges1 qui renouvellent sans cesse les eaux des sources et des fleuves4 ,c'est une loi de la nature1 que l'eau coule de haut en bas2 qu'elle cherche son niveau2 qu'elle soit plus pesante que l'air2--que tous les corps tendent1 vers la terre2--que la flamme s'lve vers les cieux2 qu'elle dsorganise les vgtaux et les animaux2--que l'air soit ncessaire la vie de certains animaux2 que1 dans certaines circonstances1 l'eau les suffoque et les tue2 que certains sucs de plantes1 certains minraux attaquent leurs organes1 dtruisent leur vie1 et ainsi d'une foule d'autres faits4 ,or1 parce que tous ces faits et leurs semblables sont immuables1 constants1 rguliers1 il en rsulte pour l'homme autant de vritables ordres de s'y conformer1 avec la clause expresse d'une peine attache leur infraction1 ou d'un bien-tre attach leur observation2 de manire que si l'homme prtend voir clair dans les tnbres1 s'il contrarie la marche des saisons1 l'action des lments2 s'il prtend vivre dans l'eau sans se noyer1 toucher la flamme sans se brler1 se priver d'air sans s'touffer1 boire des poisons sans se dtruire1 il reoit de chacune de ces infractions aux lois naturelles une punition corporelle et proportionne sa faute2--qu'au contraire1 s'il observe et pratique chacune de ces lois dans les rapports exacts et rguliers qu'elles ont avec lui1 il conserve son existence1 et la rend aussi heureuse qu'elle peut l'tre2 et parce que toutes ces lois1 considres relativement l'espce humaine1 ont pour but unique et commun de la conserver et de la rendre heureuse1 on est convenu d'en rassembler l'ide sous un mme mot1 et de les appeler collectivement la loi naturelle4 ,,chapitre ,,ii ,caractres de la loi naturelle4 ,d4 ,quels sont les caractres de la loi naturelle8 ,r4 ,on en peut compter dix principaux4 ,d4 ,quel est le premier8 ,r4 ,c'est d'tre inhrente l'existence des choses1 par consquent1 d'tre primitive et antrieure toute autre loi2 en sorte que toutes celles qu'ont reues les hommes n'en sont que des imitations1 dont la perfection se mesure sur leur ressemblance avec ce modle primordial4 ,d4 ,quel est le second8 ,r4 ,c'est de venir immdiatement de ,,dieu1 d'tre prsente par lui chaque homme1 tandis que les autres ne nous sont prsentes que par des hommes qui peuvent tre tromps ou trompeurs4 ,d4 ,quel est le troisime8 ,r4 ,c'est d'tre commune tous les temps1 tous les pays1 c'est--dire1 d'tre une et universelle4 ,d4 ,est-ce qu'aucune autre loi n'est universelle8 ,r4 ,non1 car aucune ne convient1 aucune n'est applicable tous les peuples de la terre2 toutes sont locales et accidentelles1 nes par des circonstances de lieux et de personnes2 en sorte que si tel homme1 tel vnement n'et pas exist1 telle loi n'existerait pas4 ,d4 ,quel est le quatrime caractre8 ,r4 ,c'est d'tre uniforme et invariable4 ,d4 ,est-ce qu'aucune autre n'est uniforme et invariable8 ,r4 ,non2 car ce qui est bien et vertu selon l'une1 est mal et vice selon l'autre2 et ce qu'une mme loi approuve dans un temps1 elle le condamne souvent dans un autre4 ,d4 ,quel est le cinquime caractre8 ,r4 ,d'tre vidente et palpable1 parce qu'elle consiste tout entire en faits sans cesse prsents aux sens et la dmonstration4 ,d4 ,est-ce que les autres lois ne sont pas videntes8 ,r4 ,non2 car elles se fondent sur des faits passs et douteux1 sur des tmoignages quivoques et suspects1 et sur des preuves inaccessibles aux sens4 ,d4 ,quel est le sixime caractre8 ,r4 ,d'tre raisonnable1 parce que ses prceptes et toute sa doctrine sont conformes la raison et l'entendement humain4 ,d4 ,est-ce qu'aucune autre loi n'est raisonnable8 ,r4 ,non2 car toutes contrarient la raison et l'entendement de l'homme1 et lui imposent avec tyrannie une croyance aveugle et impraticable4 ,d4 ,quel est le septime caractre8 ,r4 ,d'tre juste1 parce que dans cette loi les peines sont proportionnes aux infractions4 ,d4 ,est-ce que les autres lois ne sont pas justes8 ,r4 ,non2 car elles attachent souvent aux mrites ou aux dlits des peines ou des rcompenses dmesures1 et elles imputent mrite ou dlit des actions nulles ou indiffrentes4 ,d4 ,quel est le huitime caractre8 ,r4 ,d'tre pacifique et tolrante1 parce que1 dans la loi naturelle1 tous les hommes tant frres et gaux en droits1 elle ne leur conseille tous que paix et tolrance1 mme pour leurs erreurs4 ,d4 ,est-ce que les autres lois ne sont pas pacifiques8 ,r4 ,non2 car toutes prchent la dissension1 la discorde1 la guerre1 et divisent les hommes par des prtentions exclusives de vrit et de domination4 ,d4 ,quel est le neuvime caractre8 ,r4 ,d'tre galement bienfaisante pour tous les hommes1 en leur enseignant tous les vritables moyens d'tre meilleurs et plus heureux4 ,d4 ,est-ce que les autres ne sont pas aussi bienfaisantes8 ,r4 ,non2 car aucune n'enseigne les vritables moyens du bonheur3 toutes se rduisent des pratiques pernicieuses ou futiles1 et les faits le prouvent1 puisque aprs tant de lois1 tant de religions1 de lgislateurs et de prophtes1 les hommes sont encore aussi malheureux et aussi ignorants qu'il y a six mille ans4 ,d4 ,quel est le dernier caractre de la loi naturelle8 ,r4 ,c'est de suffire seule rendre les hommes plus heureux et meilleurs1 parce qu'elle embrasse tout ce que les autres lois civiles ou religieuses ont de bon ou d'utile1 c'est--dire qu'elle en est essentiellement la partie morale2 de manire que1 si les autres lois taient dpouilles1 elles se trouveraient rduites des opinions chimriques et imaginaires1 sans aucune utilit pratique4 ,d4 ,rsumez-moi tous ces caractres4 ,r4 ,j'ai dit que la loi naturelle est1 #a ,primitive2 #b ,immdiate2 #c ,universelle2 #d ,invariable2 #e vidente2 #f ,raisonnable2 #g ,juste2 #h ,pacifique2 #i ,bienfaisante2 #aj ,et seule suffisante4 ,et telle est la puissance de tous ces attributs de perfection et de vrit1 que1 lorsqu'en leurs disputes les thologiens ne peuvent s'accorder sur aucun point de croyance1 ils ont recours la loi naturelle1 dont l'oubli1 disent-ils1 a forc ,dieu d'envoyer de temps en temps des prophtes publier des lois nouvelles3 comme si ,dieu faisait des lois de circonstance1 la manire des hommes1 surtout quand la premire subsiste avec tant de force1 qu'on peut dire qu'en tout temps et en tout pays1 elle n'a cess d'tre la loi de conscience de tout homme raisonnable et sens4 ,d4 ,si1 comme vous le dites1 elle mane immdiatement de ,dieu1 enseigne-t-elle son existence8 ,r4 ,oui1 trs-positivement2 car pour tout homme qui observe avec rflexion le spectacle tonnant de l'univers1 plus il mdite sur les proprits et les attributs de chaque tre1 sur l'ordre admirable et l'harmonie de leurs mouvements1 plus il lui est dmontr qu'il existe un agent suprme1 un moteur universel et identique1 dsign par le nom de ,,dieu2 et il est si vrai que la loi naturelle suffit pour lever la connaissance de ,,dieu1 que tout ce que les hommes ont prtendu en connatre par des moyens trangers1 s'est constamment trouv ridicule1 absurde1 et qu'ils ont t obligs d'en revenir aux immuables notions de la raison naturelle4 ,d4 ,il n'est donc pas vrai que les sectateurs de la loi naturelle soient athes8 ,r4 ,non1 cela n'est pas vrai2 au contraire1 ils ont de la ,divinit des ides plus fortes et plus nobles que la plupart des autres hommes2 car ils ne la souillent point du mlange de toutes les faiblesses et de toutes les passions de l'humanit4 ,d4 ,quel est le culte qu'ils lui rendent8 ,r4 ,un culte tout entier d'action3 la pratique et l'observation de toutes les rgles que la suprme sagesse a imposes aux mouvements de chaque tre2 rgles ternelles et inaltrables1 par lesquelles elle maintient l'ordre et l'harmonie de l'univers1 et qui1 dans leurs rapports avec l'homme1 composent la loi naturelle4 ,d4 ,a-t-on connu avant ce jour la loi naturelle8 ,r4 ,on en a de tout temps parl3 la plupart des lgislateurs ont dit la prendre pour base de leurs lois2 mais ils n'en ont cit que quelques prceptes1 et ils n'ont eu de sa totalit que des ides vagues4 ,d4 ,pourquoi cela8 ,r4 ,parce que1 quoique simple dans ses bases1 elle forme1 dans ses dveloppements et ses consquences1 un ensemble compliqu qui exige la connaissance de beaucoup de faits1 et toute la sagacit du raisonnement4 ,d4 ,est-ce que l'instinct seul n'indique pas la loi naturelle8 ,r4 ,non2 car par instinct l'on n'entend que ce sentiment aveugle qui porte indistinctement vers tout ce qui flatte les sens4 ,d4 ,pourquoi dit-on donc que la loi naturelle est grave dans le coeur de tous les hommes8 ,r4 ,on le dit par deux raisons3 #a parce que l'on a remarqu qu'il y avait des actes et des sentiments communs tous les hommes1 ce qui vient de leur commune organisation2 #b parce que les premiers philosophes ont cru que les hommes naissaient avec des ides dja formes1 ce qui est maintenant dmontr une erreur4 ,d4 ,les philosophes se trompent donc8 ,r4 ,oui1 cela leur arrive4 ,d4 ,pourquoi cela8 ,r4 ,i ,parce qu'ils sont hommes2 #b parce que les ignorants appellent philosophes tous ceux qui raisonnent bien ou mal2 #c parce que ceux qui raisonnent sur beaucoup de choses1 et qui en raisonnent les premiers1 sont sujets se tromper4 ,d4 ,si la loi naturelle n'est pas crite1 ne devient-elle pas une chose arbitraire et idale8 ,r4 ,non2 parce qu'elle consiste tout entire en faits dont la dmonstration peut sans cesse se renouveler aux sens1 et composer une science aussi prcise et aussi exacte que la gomtrie et les mathmatiques2 et c'est par la raison mme que la loi naturelle forme une science exacte1 que les hommes1 ns ignorants et vivant distraits1 ne l'ont connue1 jusqu' nos jours1 que superficiellement4 ,,chapitre ,,iii4 ,principes de la loi naturelle par rapport l'homme4 ,d4 ,dveloppez-moi les principes de la loi naturelle par rapport l'homme8 ,r4 ,ils sont simples2 ils se rduisent un prcepte fondamental et unique4 ,d4 ,quel est ce prcepte8 ,r4 ,c'est la conservation de soi-mme4 ,d4 ,est-ce que le bonheur n'est pas aussi un prcepte de la loi naturelle8 ,r4 ,oui2 mais comme le bonheur est un tat accidentel qui n'a lieu que dans le dveloppement des facults de l'homme et du systme social1 il n'est point le but immdiat et direct de la nature2 c'est1 pour ainsi dire1 un objet de luxe1 surajout l'objet ncessaire et fondamental de la conservation4 ,d4 ,comment la nature ordonne-t-elle l'homme de se conserver8 ,r4 ,par deux sensations puissantes et involontaires1 qu'elle a attaches comme deux guides1 deux gnies gardiens toutes ses actions3 l'une1 sensation de douleur1 par laquelle elle l'avertit et le dtourne de tout ce qui tend le dtruire2 l'autre1 sensation de plaisir1 par laquelle elle l'attire et le porte vers tout ce qui tend conserver et dvelopper son existence4 ,d4 ,le plaisir n'est donc pas un mal1 un pch1 comme le prtendent les casuistes8 ,r4 ,non3 il ne l'est qu'autant qu'il tend dtruire la vie et la sant1 qui1 du propre aveu de ces casuistes1 nous viennent de ,dieu mme4 ,d4 ,le plaisir est-il l'objet principal de notre existence1 comme l'on dit quelques philosophes8 ,r4 ,non3 il ne l'est pas plus que la douleur2 le plaisir est un encouragement vivre1 comme la douleur est un repoussement mourir4 ,d4 ,comment prouvez-vous cette assertion8 ,r4 ,par deux faits palpables3 l'un1 que le plaisir1 s'il est pris au del du besoin1 conduit la destruction2 par exemple1 un homme qui abuse du plaisir de manger ou de boire1 attaque sa sant et nuit sa vie4 ,l'autre1 que la douleur conduit quelquefois la conservation2 par exemple1 un homme qui se fait couper un membre gangren souffre de la douleur1 et c'est afin de ne pas prir tout entier4 ,d4 ,mais cela mme ne prouve-t-il pas que nos sensations peuvent nous tromper sur le but de notre conservation8 ,r4 ,oui3 elles le peuvent momentanment4 ,d4 ,comment nos sensations nous trompent-elles8 ,r4 ,de deux manires3 par ignorance1 et par passion4 ,d4 ,quand nous trompent-elles par ignorance8 ,r4 ,lorsque nous agissons sans connatre l'action et l'effet des objets sur nos sens2 par exemple1 lorsqu'un homme touche des orties sans connatre leur qualit piquante1 ou lorsqu'il mche de l'opium dont il ignore la qualit endormante4 ,d4 ,quand nous trompent-elles par passion8 ,r4 ,lorsque1 connaissant l'action nuisible des objets1 nous nous livrons cependant la fougue de nos dsirs et de nos apptits2 par exemple1 lorsqu'un homme qui sait que le vin enivre en boit avec excs4 ,d4 ,que rsulte-t-il de l8 ,r4 ,il en rsulte que l'ignorance dans laquelle nous naissons1 et que les apptits drgls auxquels nous nous livrons1 sont contraires notre conservation2 que par consquent l'instruction de notre esprit et la modration de nos passions sont deux obligations1 deux lois qui drivent immdiatement de la premire loi de la conservation4 ,d4 ,mais si nous naissons ignorants1 l'ignorance n'est-elle pas une loi naturelle8 ,r4 ,pas davantage que de rester enfants1 nus et faibles4 ,loin d'tre pour l'homme une loi de la nature1 l'ignorance est un obstacle la pratique de toutes ses lois4 ,c'est le vritable pch originel4 ,d4 ,pourquoi donc s'est-il trouv des moralistes qui l'ont regarde comme une vertu et une perfection8 ,r4 ,parce que par bizarrerie d'esprit1 ou par misanthropie1 ils ont confondu l'abus des connaissances avec les connaissances mmes3 comme si1 parce que les hommes abusent de la parole1 il fallait leur couper la langue3 comme si la perfection et la vertu consistaient dans la nullit1 et non dans le dveloppement et le bon emploi de nos facults4 ,d4 ,l'instruction est donc une ncessit indispensable l'existence de l'homme8 ,r4 ,oui3 tellement indispensable1 que sans elle il est chaque instant frapp1 et bless par tous les tres qui l'environnent2 car1 s'il ne connat pas les effets du feu1 il se brle2 ceux de l'eau1 il se noie2 ceux de l'opium1 il s'empoisonne3 si dans l'tat sauvage il ne connat pas les ruses des animaux et l'art de saisir le gibier1 il prit de faim2 si dans l'tat social il ne connat pas la marche des saisons1 il ne peut ni labourer1 ni s'alimenter2 ainsi de toutes ses actions dans tous les besoins de sa conservation4 ,d4 ,mais toutes ces notions ncessaires son existence et au dveloppement de ses facults1 l'homme isol peut-il se les procurer8 ,r4 ,non3 il ne le peut qu'avec l'aide de ses semblables1 que vivant en socit4 ,d4 ,mais la socit n'est-elle pas pour l'homme un tat contre nature8 ,r4 ,non3 elle est au contraire un besoin1 une loi que la nature lui impose par le propre fait de son organisation2 car1 #a la nature a tellement constitu l'tre humain1 qu'il ne voit point son semblable d'un autre sexe sans prouver des motions et un attrait dont les suites le conduisent vivre en famille1 qui dja est un tat de socit2 #b en le formant sensible1 elle l'a organis de manire que les sensations d'autrui se rflchissent en lui-mme1 et y excitent des co-sentiments de plaisir1 de douleur1 qui sont un attrait et un lien indissoluble de la socit1 #c enfin l'tat de socit1 fond sur les besoins de l'homme1 n'est qu'un moyen de plus de remplir la loi de se conserver2 et dire que cet tat est hors de nature parce qu'il est plus parfait1 c'est dire qu'un fruit amer et sauvage dans les bois1 n'est plus le produit de la nature1 alors qu'il est devenu doux et dlicieux dans les jardins o on l'a cultiv4 ,d4 ,pourquoi donc les philosophes ont-ils appel la vie sauvage l'tat de perfection8 ,r4 ,parce que1 comme je vous l'ai dit1 le vulgaire a souvent donn le nom de philosophes des esprits bizarres1 qui1 par morosit1 par vanit blesse1 par dgot des vices de la socit1 se sont fait de l'tat sauvage des ides chimriques1 contradictoires leur propre systme de l'homme parfait4 ,d4 ,quel est le vrai sens de ce mot philosophe8 ,r4 ,le mot philosophe signifie amant de la sagesse3 or1 comme la sagesse consiste dans la pratique des lois naturelles1 le vrai philosophe est celui qui connat ces lois avec tendue et justesse1 et qui y conforme toute sa conduite4 ,d4 ,qu'est-ce que l'homme dans l'tat sauvage8 ,r4 ,c'est un animal brut1 ignorant1 une bte mchante et froce1 la manire des ours et des orang-outangs4 ,d4 ,est-il heureux dans cet tat8 ,r4 ,non2 car il n'a que les sensations du moment2 et ces sensations sont habituellement celles de besoins violents qu'il ne peut remplir1 attendu qu'il est ignorant par nature et faible par son isolement4 ,d4 ,est-il libre8 ,r4 ,non3 il est le plus esclave des tres2 car sa vie dpend de tout ce qui l'entoure2 il n'est pas libre de manger quand il a faim1 de se reposer quand il est las1 de se rchauffer quand il a froid2 il court risque chaque instant de prir3 aussi la nature n'a-t-elle prsent que par hasard de tels individus2 et l'on voit que tous les efforts de l'espce humaine depuis son origine n'ont tendu qu' sortir de cet tat violent1 par le besoin pressant de sa conservation4 ,d4 ,mais ce besoin de conservation ne produit-il pas dans les individus l'gosme1 c'est--dire l'amour de soi8 et l'gosme n'est-il pas contraire l'tat social8 ,r4 ,non2 car1 si par gosme vous entendez le penchant nuire autrui1 ce n'est plus l'amour de soi1 c'est la haine des autres4 ,l'amour de soi1 pris dans son vrai sens1 non-seulement n'est pas contraire la socit1 il en est le plus ferme appui1 par la ncessit de ne pas nuire autrui1 de peur qu'en retour autrui ne nous nuise4 ,ainsi la conversation de l'homme1 et le dveloppement de ses facults dirig vers ce but1 sont la vritable loi de la nature dans la production de l'tre humain2 et c'est de ce principe simple et fcond que drivent1 c'est lui que se rapportent1 c'est sur lui que se mesurent toutes les ides de bien et de mal1 de vice et de vertu1 de juste ou d'injuste1 de vrit ou d'erreur1 de permis ou de dfendu1 qui fondent la morale de l'homme individu1 ou de l'homme social4 ,,chapitre ,,iv4 ,bases de la morale2 du bien1 du mal1 du pch1 du crime1 du vice et de la vertu4 ,d4 ,qu'est-ce que le bien selon la loi naturelle8 ,r4 ,c'est tout ce qui tend conserver et perfectionner l'homme4 ,d4 ,qu'est-ce que le mal8 ,r4 ,c'est tout ce qui tend dtruire et dtriorer l'homme4 ,d4 ,qu'entend-on par mal et bien physique1 mal et bien moral8 ,r4 ,on entend par ce mot physique1 tout ce qui agit immdiatement sur le corps4 ,la sant est un bien physique2 la maladie est un mal physique4 ,par moral1 on entend ce qui n'agit que par des consquences plus ou moins prochaines4 ,la calomnie est un mal moral2 la bonne rputation est un bien moral1 parce que l'une et l'autre occasionent notre gard des dispositions et des habitudes#cc de la part des autres hommes1 qui sont utiles ou nuisibles notre conservation1 et qui attaquent ou favorisent nos moyens d'existence4 ,d4 ,tout ce qui tend conserver ou produire est donc un bien8 ,r4 ,oui3 et voil pourquoi certains lgislateurs ont plac au rang des ouvres agrables ,dieu1 la culture d'un champ et la fcondit d'une femme4 ,d4 ,tout ce qui tend donner la mort est donc un mal8 ,r4 ,oui3 et voil pourquoi des lgislateurs ont tendu l'ide du mal et du pch jusque sur le meurtre des animaux4 ,d4 ,le meurtre d'un homme est donc un crime dans la loi naturelle8 ,r4 ,oui3 et le plus grand que l'on puisse commettre2 car tout autre mal peut se rparer1 mais le meurtre ne se rpare point4 ,d4 ,qu'est-ce qu'un pch dans la loi naturelle8 ,r4 ,c'est tout ce qui tend troubler l'ordre tabli par la nature1 pour la conservation et la perfection de l'homme et de la socit4 ,d4 ,l'intention peut-elle tre un mrite ou un crime8 ,r4 ,non2 car ce n'est qu'une ide sans ralit2 mais elle est un commencement de pch et de mal1 par la tendance qu'elle donne vers l'action4 ,d4 ,qu'est-ce que la vertu selon la loi naturelle8 ,r4 ,c'est la pratique des actions utiles l'individu et la socit4 ,d4 ,que signifie ce mot individu8 ,r4 ,il signifie un homme considr isolement de tout autre4 ,d4 ,qu'est-ce que le vice selon la loi naturelle8 ,r4 ,c'est la pratique des actions nuisibles l'individu et la socit4 ,d4 ,est-ce que la vertu et le vice n'ont pas un objet purement spirituel et abstrait des sens8 ,r4 ,non3 c'est toujours un but physique qu'ils se rapportent en dernire analyse1 et ce but est toujours de dtruire ou de conserver le corps4 ,d4 ,le vice et la vertu ont-ils des degrs de force et d'intensit8 ,r4 ,oui3 selon l'importance des facults qu'ils attaquent ou qu'ils favorisent1 et selon le nombre d'individus en qui ces facults sont favorises ou lses4 ,d4 ,donnez-m'en des exemples8 ,r4 ,l'action de sauver la vie d'un homme est plus vertueuse que celle de sauver son bien2 l'action de sauver la vie de dix hommes l'est plus que de sauver la vie d'un seul2 et l'action utile tout le genre humain est plus vertueuse que l'action utile une seule nation4 ,d4 ,comment la loi naturelle prescrit-elle la pratique du bien et de la vertu1 et dfend-elle celle du mal et du vice8 ,r4 ,par les avantages mmes qui rsultent de la pratique du bien et de la vertu pour la conservation de notre corps1 et par les dommages qui rsultent1 pour notre existence1 de la pratique du mal et du vice4 ,d4 ,ses prceptes sont donc dans l'action8 ,r4 ,oui3 ils sont l'action mme considre dans son effet prsent et dans ses consquences futures4 ,d4 ,comment divisez-vous les vertus8 ,r4 ,nous les divisons en trois classes3 #a vertus individuelles ou relatives l'homme seul2 #b vertus domestiques ou relatives la famille2 #c et vertus sociales ou relatives la socit4 ,,chapitre ,v4 ,des vertus individuelles4 ,d4 ,quelles sont les vertus individuelles8 ,r4 ,elles sont au nombre de cinq principales1 savoir3 #a ,la science1 qui comprend la prudence et la sagesse2 #b ,la temprance1 qui comprend la sobrit et la chastet2 #c ,le courage1 ou la force du corps et de l'ame2 #d ,l'activit1 c'est--dire l'amour du travail et l'emploi du temps2 #e ,enfin la propret1 ou puret du corps1 tant dans les vtements que dans l'habitation4 ,d4 ,comment la loi naturelle prescrit-elle la science8 ,r4 ,par la raison que l'homme qui connat les causes et les effets des choses1 pourvoit d'une manire tendue et certaine sa conservation et au dveloppement de ses facults4 ,la science est pour lui l'oeil et la lumire1 qui lui font discerner avec justesse et clart tous les objets au milieu desquels il se meut2 et voil pourquoi l'on dit un homme clair1 pour dsigner un homme savant et instruit4 ,avec la science et l'instruction on a sans cesse des ressources et des moyens de subsister2 et voil pourquoi un philosophe1 qui avait fait naufrage1 disait au milieu de ses compagnons qui se dsolaient de la perte de leurs fonds3 ,pour moi1 je porte tous mes fonds en moi4 ,d4 ,quel est le vice contraire la science8 ,r4 ,c'est l'ignorance4 ,d4 ,comment la loi naturelle dfend-elle l'ignorance8 ,r4 ,par les graves dtriments qui en rsultent pour notre existence2 car l'ignorant1 qui ne connat ni les causes ni les effets1 commet chaque instant les erreurs les plus pernicieuses lui et aux autres2 c'est un aveugle qui marche ttons1 et qui1 chaque pas1 est heurt ou heurte ses associs4 ,d4 ,quelle diffrence y a-t-il entre un ignorant et un sot8 ,r4 ,la mme diffrence qu'entre un aveugle de bonne foi et un aveugle qui prtend voir clair3 la sottise est la ralit de l'ignorance1 plus la vanit du savoir4 ,d4 ,l'ignorance et la sottise sont-elles communes8 ,r4 ,oui1 trs-communes2 ce sont les maladies habituelles et gnrales du genre humain3 il y a trois mille ans que le plus sage des hommes disait3 ,le nombre des sots est infini2 et le monde n'a point chang4 ,d4 ,pourquoi cela8 ,r4 ,parce que1 pour tre instruit1 il faut beaucoup de travail et de temps1 et que les hommes1 ns ignorants et craignant la peine1 trouvent plus commode de rester aveugles et de prtendre voir clair4 ,d4 ,quelle diffrence y a-t-il du savant au sage8 ,r4 ,le savant connat1 et le sage pratique4 ,d4 ,qu'est-ce que la prudence8 ,r4 ,c'est la vue anticipe1 la prvoyance des effets et des consquences de chaque chose2 prvoyance au moyen de laquelle l'homme vite les dangers qui le menacent1 saisit et suscite les occasions qui lui sont favorables3 d'o il rsulte qu'il pourvoit sa conservation pour le prsent et pour l'avenir d'une manire tendue et sre1 tandis que l'imprudent qui ne calcule ni ses pas1 ni sa conduite1 ni les efforts1 ni les rsistances1 tombe chaque instant dans mille embarras1 mille prils1 qui dtruisent plus ou moins lentement ses facults et son existence4 ,d4 ,lorsque l'vangile appelle bienheureux les pauvres d'esprit1 entend-il parler des ignorants et des imprudents8 ,d4 ,non2 car1 en mme temps qu'il conseille la simplicit des colombes1 il ajoute la prudente finesse des serpents4 ,par simplicit d'esprit on entend la droiture1 et le prcepte de l'vangile n'est que celui de la nature4 ,,chapitre ,,vi4 ,de la temprance4 ,d4 ,qu'est-ce que la temprance8 ,r4 ,c'est un usage rgl de nos facults1 qui fait que nous n'excdons jamais1 dans nos sensations1 le but de la nature nous conserver2 c'est la modration des passions4 ,d4 ,quel est le vice contraire la temprance8 ,r4 ,c'est le drglement des passions1 l'avidit de toutes les jouissances1 en un mot3 la cupidit4 ,d4 ,quelles sont les branches principales de la temprance8 ,r4 ,ce sont la sobrit1 la continence ou la chastet4 ,d4 ,comment la loi naturelle prescrit-elle la sobrit8 ,r4 ,par son influence puissante sur notre sant4 ,l'homme sobre digre avec bien-tre2 il n'est point accabl du poids des aliments2 ses ides sont claires et faciles1 il remplit bien toutes ses fonctions2 il vaque avec intelligence ses affaires2 il vieillit exempt de maladies2 il ne perd point son argent en remdes1 et il jouit avec allgresse des biens que le sort et sa prudence lui ont procurs4 ,ainsi1 d'une seule vertu la nature gnreuse tire mille rcompenses4 ,d4 ,comment prohibe-t-elle la gourmandise8 ,r4 ,par les maux nombreux qui y sont attachs4 ,le gourmand1 oppress d'aliments1 digre avec anxit2 sa tte trouble par les fumes de la digestion ne conoit point d'ides nettes et claires2 il se livre avec violence des mouvements drgls de luxure et de colre qui nuisent sa sant2 son corps devient gras1 pesant et impropre au travail2 il essuie des maladies douloureuses et dispendieuses2 il vit rarement vieux1 et sa vieillesse est remplie de dgots et d'infirmits4 ,d4 ,doit-on considrer l'abstinence et le jene comme des actions vertueuses8 ,r4 ,oui1 lorsque l'on a trop mang2 car alors l'abstinence et le jene sont des remdes efficaces et simples2 mais lorsque le corps a besoin d'aliments1 les lui refuser et le laisser souffrir de soif ou de faim1 c'est un dlire et un vritable pch contre la loi naturelle4 ,d4 ,comment cette loi considre-t-elle l'ivrognerie8 ,r4 ,comme le vice le plus vil et le plus pernicieux4 ,l'ivrogne1 priv du sens et de la raison que ,dieu nous a donns1 profane le bienfait de la ,divinit2 il se ravale la condition des brutes2 incapable de guider mme ses pas1 il chancelle et tombe comme l'pileptique2 il se blesse et peut mme se tuer2 sa faiblesse dans cet tat le rend le jouet et le mpris de tout ce qui l'environne2 il contracte dans l'ivresse des marchs ruineux1 et il perd ses affaires2 il lui chappe des propos outrageux qui lui suscitent des ennemis1 des repentirs2 il remplit sa maison de troubles1 de chagrins1 et finit par une mort prcoce ou par une vieillesse cacochyme4 ,d4 ,la loi naturelle interdit-elle absolument l'usage du vin8 ,r4 ,non3 elle en dfend seulement l'abus2 mais comme de l'usage l'abus le passage est facile et prompt pour le vulgaire1 peut-tre les lgislateurs qui ont proscrit l'usage du vin ont-ils rendu service l'humanit4 ,d4 ,la loi naturelle dfend-elle l'usage de certaines viandes1 de certains vgtaux1 certains jours1 dans certaines saisons8 ,r4 ,non3 elle ne dfend absolument que ce qui nuit la sant2 ses prceptes varient cet gard comme les personnes1 et ils composent mme une science trs-dlicate et trs-importante2 car la qualit1 la quantit1 la combinaison des aliments1 ont la plus grande influence1 non-seulement sur les affections momentanes de l'ame1 mais encore sur ses dispositions habituelles4 ,un homme n'est point1 jeun le mme qu'aprs un repas1 ft-il sobre4 ,un verre de liqueur1 une tasse de caf donnent des degrs divers de vivacit1 de mobilit1 de disposition la colre1 la tristesse ou la gaiet2 tel mets1 parce qu'il pse l'estomac1 rend morose et chagrin2 et tel autre1 parce qu'il se digre bien1 donne de l'allgresse1 du penchant obliger1 aimer4 ,l'usage des vgtaux1 parce qu'ils nourrissent peu1 rend le corps faible1 et porte vers le repos1 la paresse1 la douceur2 l'usage des viandes1 parce qu'elles nourrissent beaucoup1 et des spiritueux1 parce qu'ils stimulent les nerfs1 donne de la vivacit1 de l'inquitude1 de l'audace4 ,or de ces habitudes d'aliments rsultent des habitudes de constitution et d'organes qui forment ensuite les tempraments marqus chacun de leur caractre4 ,et voil pourquoi1 surtout dans les pays chauds1 les lgislateurs ont fait des lois de rgime4 ,de longues expriences avaient appris aux anciens que la science dittique composait une grande partie de la science morale2 chez les gyptiens1 chez les anciens ,perses1 chez les ,grecs mme1 l'aropage1 on ne traitait les affaires graves qu' jeun2 et l'on a remarqu que chez les peuples o l'on dlibre dans la chaleur des repas ou dans les fumes de la digestion1 les dlibrations taient fougueuses1 turbulentes1 et leurs rsultats frquemment draisonnables et perturbateurs4 ,,chapitre ,,vii4 ,de la continence4 ,d4,la loi naturelle prescrit-elle la continence8 ,r4 ,oui3 parce que la modration dans l'usage de la plus vive de nos sensations est non-seulement utile1 mais indispensable au maintien des forces et de la sant2 et parce qu'un calcul simple prouve que1 pour quelques minutes de privation1 l'on se procure de longues journes de vigueur d'esprit et de corps4 ,d4 ,comment dfend-elle le libertinage8 ,r4 ,par les maux nombreux qui en rsultent pour l'existence physique et morale4 ,l'homme qui s'y livre s'nerve1 s'allanguit2 il ne peut plus vaquer ses tudes ou ses travaux2 il contracte des habitudes oiseuses1 dispendieuses1 qui portent atteinte ses moyens de vivre1 sa considration publique1 son crdit3 ses intrigues lui causent des embarras1 des soucis1 des querelles1 des procs2 sans compter les maladies graves et profondes1 la perte de ses forces par un poison intrieur et lent1 l'hbtude de son esprit par l'puisement du genre nerveux1 et enfin une vieillesse prmature et infirme4 ,d4 ,la loi naturelle considre-t-elle comme vertu cette chastet absolue si recommande dans les institutions monastiques8 ,r4 ,non2 car cette chastet n'est utile ni la socit o elle a lieu1 ni l'individu qui la pratique3 elle est mme nuisible l'un et l'autre4 ,d'abord elle nuit la socit en ce qu'elle la prive de la population1 qui est un de ses principaux moyens de richesse et de puissance2 et de plus1 en ce que les clibataires1 bornant toutes leurs vues et leur affections au temps de leur vie1 ont en gnral un gosme peu favorable aux intrts gnraux de la socit4 ,en second lieu1 elle nuit aux individus qui la pratiquent1 par cela mme qu'elle les dpouille d'une foule d'affections et de relations qui sont la source de la plupart des vertus domestiques et sociales2 et de plus1 il arrive souvent1 par des circonstances d'ge1 de rgime1 de temprament1 que la continence absolue nuit la sant et cause de graves maladies1 parce qu'elle contrarie les lois physiques sur lesquelles la nature a fond le systme de la reproduction des tres3 et ceux qui vantent si fort la chastet1 mme en supposant qu'ils soient de bonne foi1 sont en contradiction avec leur propre doctrine1 qui consacre la loi de la nature par le commandement si connu3 ,croissez et multipliez4 ,d4 ,pourquoi la chastet est-elle plus considre comme vertu dans les femmes que dans les hommes8 ,r4 ,parce que le dfaut de chastet dans les femmes a des inconvnients bien plus graves et bien plus dangereux pour elles et pour la socit2 car1 sans compter les chagrins et les maladies qui leur sont communs avec les hommes1 elles sont encore exposes toutes les incommodits qui prcdent1 accompagnent et suivent l'tat de maternit dont elles courent les risques4 ,que si cet tat leur arrive hors des cas de la loi1 elles deviennent un objet de scandale et de mpris public1 et remplissent d'amertume et de trouble le reste de leur vie4 ,de plus1 elles demeurent charges des frais d'entretien et d'ducation d'enfants dnus de pres2 frais qui les appauvrissent et nuisent de toute manire leur existence physique et morale4 ,dans cette situation1 prives de la fracheur et de la sant qui font leurs appas1 portant avec elles une surcharge trangre et coteuse1 elles ne sont plus recherches par les hommes1 elles ne trouvent point d'tablissement solide1 elles tombent dans la pauvret1 la misre1 l'avilissement1 et tranent avec peine une vie malheureuse4 ,d4 ,la loi naturelle descend-elle jusqu'au scrupule des dsirs et des penses8 ,r4 ,oui1 parce que dans les lois physiques du corps humain1 les penses et les dsirs allument les sens1 et provoquent bientt les actions3 de plus1 par une autre loi de la nature dans l'organisation de notre corps1 ces actions deviennent un besoin machinal qui se rpte par priodes de jours ou de semaines1 en sorte qu' telle poque renat le besoin de telle action1 de telle scrtion2 si cette action1 cette scrtion1 sont nuisibles la sant1 leur habitude devient destructive de la vie mme4 ,ainsi les dsirs et les penses ont une vritable importance naturelle4 ,d4 ,doit-on considrer la pudeur comme une vertu8 ,r4 ,oui1 parce que la pudeur1 n'tant que la honte de certaines actions1 maintient l'ame et le corps dans toutes les habitudes utiles au bon ordre et la conservation de soi-mme4 ,la femme pudique est estime1 recherche1 tablie avec des avantages de fortune qui assurent son existence et la lui rendent agrable1 tandis que l'impudente et la prostitue sont mprises1 repousses et abandonnes la misre et l'avilissement4 ,,chapitre ,,viii4 ,du courage et de l'activit4 ,d4 ,le courage et la force de corps et d'esprit sont-ils des vertus dans la loi naturelle8 ,r4 ,oui1 et des vertus trs-importantes2 car elles sont des moyens efficaces et indispensables de pourvoir notre conservation et notre bien-tre4 ,l'homme courageux et fort repousse l'oppression1 dfend sa vie1 sa libert1 sa proprit2 par son travail il se procure une subsistance abondante1 et il en jouit avec tranquillit et paix d'ame4 ,que s'il lui arrive des malheurs dont n'ait pu le garantir sa prudence1 il les supporte avec fermet et rsignation2 et voil pourquoi les anciens moralistes avaient compt la force et le courage au rang des quatre vertus principales4 ,d4 ,doit-on considrer la faiblesse et la lchet comme des vices8 ,r4 ,oui1 puisqu'il est vrai qu'elles portent avec elles mille calamits4 ,l'homme faible ou lche vit dans des soucis1 dans des angoisses perptuelles2 il mine sa sant par la terreur1 souvent mal fonde d'attaques et de dangers2 et cette terreur1 qui est un mal1 n'est pas un remde2 elle le rend au contraire l'esclave de quiconque veut l'opprimer2 par la servitude et l'avilissement de toutes ses facults1 elle dgrade et dtriore ses moyens d'existence1 jusqu' voir dpendre sa vie des volonts et des caprices d'un autre homme4 ,d4 ,mais1 d'aprs ce que vous avez dit de l'influence des aliments1 le courage et la force1 ainsi que plusieurs autres vertus1 ne sont-ils pas en grande partie l'effet de notre constitution physique1 de notre temprament8 ,r4 ,oui1 cela est vrai2 tel point que ces qualits se transmettent par la gnration et le sang1 avec les lments dont elles dpendent3 les faits les plus rpts et les plus constants prouvent que dans les races des animaux de toute espce1 l'on voit certaines qualits physiques et morales attaches tous les individus de ces races1 s'accrotre ou diminuer selon les combinaisons et les mlanges qu'elles en font avec d'autres races4 ,d4 ,mais alors que notre volont ne suffit plus nous procurer ces qualits1 est-ce un crime d'en tre privs8 ,r4 ,non2 ce n'est point un crime1 c'est un malheur2 c'est ce que les anciens appelaient une fatalit funeste2 mais alors mme1 il dpend encore de nous de les acqurir2 car1 du moment que nous connaissons sur quels lments physiques se fonde telle ou telle qualit1 nous pouvons en prparer la naissance1 en exciter les dveloppements par un maniement habile de ces lments2 et voil ce que fait la science de l'ducation1 qui1 selon qu'elle est dirige1 perfectionne ou dtriore les individus ou les races1 au point d'en changer totalement la nature et les inclinations2 et c'est ce qui rend si importante la connaissance des lois naturelles par lesquelles se font avec certitude et ncessit ces oprations et ces changements4 ,d4 ,pourquoi dites-vous que l'activit est une vertu selon la loi naturelle8 ,r4 ,parce que l'homme qui travaille et emploie utilement son temps1 en retire mille avantages prcieux pour son existence4 ,est-il n pauvre1 son travail fournit sa subsistance2 et si de plus il est sobre1 continent1 prudent1 il acquiert bientt de l'aisance1 et il jouit des douceurs de la vie3 son travail mme lui donne ces vertus2 car1 tandis qu'il occupe son esprit et son corps1 il n'est point affect de dsirs drgls1 il ne s'ennuie point1 il contracte de douces habitudes1 il augmente ses forces1 sa sant1 et parvient une vieillesse paisible et heureuse4 ,d4 ,la paresse et l'oisivet sont donc des vices dans la loi naturelle8 ,r4 ,oui1 et les plus pernicieux de tous les vices2 car elles conduisent tous les autres4 ,par la paresse et l'oisivet1 l'homme reste ignorant et perd mme la science qu'il avait acquise3 il tombe dans tous les malheurs qui accompagnent l'ignorance et la sottise2 par la paresse et l'oisivet1 l'homme1 dvor d'ennuis1 se livre1 pour les dissiper1 tous les dsirs de ses sens1 qui1 prenant de jour en jour plus d'empire1 le rendent intemprant1 gourmand1 luxurieux1 nerv1 lche1 vil et mprisable4 ,par l'effet certain de tous ces vices1 il ruine sa fortune1 consume sa sant1 et termine sa vie dans toutes les angoisses des maladies et de la pauvret4 ,d4 vous entendre1 il semblerait que la pauvret ft un vice8 ,r4 ,non3 elle n'est pas un vice1 mais elle est encore moins une vertu2 car elle est bien plus prs de nuire que d'tre utile3 elle est mme communment le rsultat du vice1 ou son commencement2 car tous les vices individuels ont l'effet de conduire l'indigence1 la privation des besoins de la vie2 et quand un homme manque du ncessaire1 il est bien prs de se le procurer par des moyens vicieux1 c'est--dire nuisibles la socit4 ,toutes les vertus individuelles1 au contraire1 tendent procurer l'homme une subsistance abondante2 et quand il a plus qu'il ne consomme1 il lui est bien plus facile de donner aux autres1 et de pratiquer les actions utiles la socit4 ,d4 ,est-ce que vous regardez la richesse comme une vertu8 ,r4 ,non2 mais elle est encore moins un vice2 c'est son usage que l'on peut appeler vertueux ou vicieux1 selon qu'il est utile ou nuisible l'homme et la socit4 ,la richesse est un instrument dont l'usage seul et l'emploi dterminent la vertu ou le vice4 ,,chapitre ,,ix4 ,de la propret4 ,d4 ,pourquoi comptez-vous la propret au rang des vertus8 ,r4 ,parce qu'elle en est rellement une des plus importantes1 en ce qu'elle influe puissamment sur la sant du corps et sur sa conservation4 ,la propret1 tant dans les vtements que dans la maison1 empche les effets pernicieux de l'humidit1 des mauvaises odeurs1 des miasmes contagieux qui s'lvent de toutes les choses abandonnes la putrfaction3 la propret entretient la libre transpiration2 elle renouvelle l'air1 rafrachit le sang1 et porte l'allgresse mme dans l'esprit4 ,aussi voit-on que les personnes soigneuses de la propret de leur corps et de leur habitation1 sont en gnral plus saines1 moins exposes aux maladies que celles qui vivent dans la crasse et dans l'ordure2 et l'on remarque de plus1 que la propret entrane avec elle1 dans tout le rgime domestique1 des habitudes d'ordre et d'arrangement1 qui sont l'un des premiers moyens et des premiers lments du bonheur4 ,d4 ,la malpropret ou salet est donc un vice vritable8 ,r4 ,oui1 aussi vritable que l'ivrognerie1 ou que l'oisivet dont elle drive en grande partie4 ,la malpropret est la cause seconde et souvent premire d'une foule d'incommodits1 mme de maladies graves2 il est constat en mdecine qu'elle n'engendre pas moins les dartres1 la gale1 la teigne1 la lpre1 que l'usage des aliments corrompus ou cres2 qu'elle favorise les influences contagieuses de la peste1 des fivres malignes2 qu'elle les suscite mme dans les hpitaux et dans les prisons2 qu'elle occasione des rhumatismes en encrotant la peau de crasse et s'opposant la transpiration1 sans compter la honteuse incommodit d'tre dvor d'insectes1 qui sont l'apanage immonde de la misre et de l'avilissement4 ,aussi la plupart des anciens lgislateurs avaient-ils fait de la propret1 sous le nom de puret1 l'un des dogmes essentiels de leurs religions3 voil pourquoi ils chassaient de la socit et punissaient mme corporellement ceux qui se laissaient atteindre des maladies qu'engendre la malpropret2 pourquoi ils avaient institu et consacr des crmonies d'ablutions1 de bains1 de baptmes1 de purifications mme par la flamme et par les fumes aromatiques de l'encens1 de la myrrhe1 du benjoin1 etc2 en sorte que tout le systme des souillures1 tous ces rites des choses mondes ou immondes1 dgnrs depuis en abus et en prjugs1 n'taient fonds dans l'origine que sur l'observation judicieuse que des hommes sages et instruits avaient faite de l'extrme influence que la propret du corps1 dans les vtements et l'habitation1 exerce sur sa sant1 et par une consquence immdiate1 sur celle de l'esprit et des facults morales4 ,ainsi1 toutes les vertus individuelles ont pour but plus ou moins direct1 plus ou moins prochain1 la conservation de l'homme qui les pratique2 et par la conservation de chaque homme1 elles tendent celle de la famille et de la socit1 qui se composent de la somme runie des individus4 ,,chapitre ,x4 ,des vertus domestiques4 ,d4 ,qu'entendez-vous par vertus domestiques8 ,r4 ,j'entends la pratique des actions utiles la famille1 cense vivre dans une mme maison#cd4 ,d4 ,quelles sont ces vertus8 ,r4 ,ce sont l'conomie1 l'amour paternel1 l'amour conjugal1 l'amour filial1 l'amour fraternel1 et l'accomplissement des devoirs de matre et de serviteur4 ,d4 ,qu'est-ce que l'conomie8 ,r4 ,c'est1 selon le sens le plus tendu du mot#ce1 la bonne administration de tout ce qui concerne l'existence de la famille ou de la maison2 et comme la subsistance y tient le premier rang1 on a resserr le nom d'conomie l'emploi de l'argent aux premiers besoins de la vie4 ,d4 ,pourquoi l'conomie est-elle une vertu8 ,r4 ,parce que l'homme qui ne fait aucune dpense inutile se trouve avoir un surabondant qui est la vraie richesse1 et au moyen duquel il procure lui et sa famille tout ce qui est vritablement commode et utile2 sans compter que par-l il s'assure des ressources contre les pertes accidentelles et imprvues1 en sorte que lui et sa famille vivent dans une douce aisance1 qui est la base de la flicit humaine4 ,d4 ,la dissipation et la prodigalit sont donc des vices4 ,r4 ,oui2 car par elles l'homme finit par manquer du ncessaire2 il tombe dans la pauvret1 la misre1 l'avilissement2 et ses amis mmes1 craignant d'tre obligs de lui restituer ce qu'il a dpens avec eux ou pour eux1 le fuient comme le dbiteur fuit son crancier1 et il reste abandonn de tout le monde4 ,d4 ,qu'est-ce que l'amour paternel8 ,r4 ,c'est le soin assidu que prennent les parents1 de faire contracter leurs enfants l'habitude de toutes les actions utiles eux et la socit4 ,d4 ,en quoi la tendresse paternelle est-elle une vertu pour les parents8 ,r4 ,en ce que les parents qui lvent leurs enfants dans ces habitudes1 se procurent pendant le cours de leur vie des jouissances et des secours qui se font sentir chaque instant1 et qu'ils assurent leur vieillesse des appuis et des consolations contre les besoins et les calamits de tout genre qui assigent cet ge4 ,d4 ,l'amour paternel est-il une vertu commune8 ,r4 ,non2 malgr que tous les parents en fassent ostentation1 c'est une vertu rare2 ils n'aiment pas leurs enfants1 ils les caressent1 et ils les gtent2 ce qu'ils aiment en eux1 ce sont les agents de leurs volonts1 les instruments de leur pouvoir1 les trophes de leur vanit1 les hochets de leur oisivet3 ce n'est pas tant l'utilit des enfants qu'ils se proposent1 que leur soumission1 leur obissance2 et si parmi les enfants on compte tant de bienfaits ingrats1 c'est que parmi les parents il y a autant de bienfaiteurs despotes et ignorants4 ,d4 ,pourquoi dites-vous que l'amour conjugal est une vertu8 ,r4 ,parce que la concorde et l'union qui rsultent de l'amour des poux tablissent au sein de la famille une foule d'habitudes utiles sa prosprit et sa conservation4 ,les poux unis aiment leur maison1 et ne la quittent que peu2 ils en surveillent tous les dtails et l'administration2 ils s'appliquent l'ducation de leurs enfants2 ils maintiennent le respect et la fidlit des domestiques2 ils empchent tout dsordre1 toute dissipation2 et1 par toute leur bonne conduite1 ils vivent dans l'aisance et la considration2 tandis que les poux qui ne s'aiment point remplissent leur maison de querelles et de troubles1 suscitent la guerre parmi les enfants et les domestiques2 livrent les uns et les autres toute espce d'habitudes vicieuses3 chacun dans la maison dissipe1 pille1 drobe de son ct2 les revenus s'absorbent sans fruit2 les dettes surviennent2 les poux mcontents se fuient1 se font des procs2 et toute cette famille tombe dans le dsordre1 la ruine1 l'avilissement et le manque du ncessaire4 ,d4 ,l'adultre est-il un dlit dans la loi naturelle8 ,r4 ,oui2 car il trane avec lui une foule d'habitudes nuisibles aux poux et la famille4 ,la femme ou le mari1 pris d'affections trangres1 ngligent leur maison1 la fuient1 en dtournent autant qu'ils peuvent les revenus pour les dpenser avec l'objet de leurs affections3 de l les querelles1 les scandales1 les procs1 le mpris des enfants et des domestiques1 le pillage et la ruine finale de toute la maison2 sans compter que la femme adultre commet un vol trs-grave1 en donnant son mari des hritiers d'un sang tranger1 qui frustrent de leur lgitime portion les vritables enfants4 ,d4 ,qu'est-ce que l'amour filial8 ,r4 ,c'est1 de la part des enfants1 la pratique des actions utiles eux et leurs parents4 ,d4 ,comment la loi naturelle prescrit-elle l'amour filial8 ,r4 ,par trois motifs principaux3 #a par sentiment1 car les soins affectueux des parents inspirent ds le bas ge de douces habitudes d'attachement2 #b par justice1 car les enfants doivent leurs parents le retour et l'indemnit des soins et mme des dpenses qu'ils leur ont causs2 #c par intrt personnel1 car s'ils les traitent mal1 ils donnent leurs propres enfants des exemples de rvolte et d'ingratitude1 qui les autorisent un jour leur rendre la pareille4 ,d4 ,doit-on entendre par amour filial une soumission passive et aveugle8 ,r4 ,non1 mais une soumission raisonnable1 et fonde sur la connaissance des droits et des devoirs mutuels des pres et des enfants2 droits et devoirs sans l'observation desquels leur conduite mutuelle n'est que dsordre4 ,d4 ,pourquoi l'amour fraternel est-il une vertu8 ,r4 ,parce que la concord et l'union1 qui rsultent de l'amour des frres1 tablissent la force1 la sret1 la conservation de la famille3 les frres unis se dfendent mutuellement de toute oppression2 ils s'aident dans leurs besoins1 se secourent dans leurs infortunes1 et assurent ainsi leur commune existence2 tandis que les frres dsunis1 abandonns chacun leurs forces personnelles1 tombent dans tous les inconvnients de l'isolement et de la faiblesse individuelle4 ,c'est ce qu'exprimait ingnieusement ce roi scythe1 qui1 au lit de la mort1 ayant appel ses enfants1 leur ordonna de rompre un faisceau de flches3 les jeunes gens1 quoique nerveux1 ne l'ayant pu1 il le prit son tour1 et l'ayant dli1 il brisa du bout des doigts chaque flche spare4 ,voil1 leur dit-il1 les effets de l'union3 unis en faisceau1 vous serez invincibles2 pris sparment1 vous serez briss comme des roseaux4 ,d4 ,quels sont les devoirs rciproques des matres et des serviteurs8 ,r4 ,c'est la pratique des actions qui leur sont respectivement et justement utiles2 et l commencent les rapports de la socit2 car la rgle et la mesure de ces actions respectives est l'quilibre ou l'galit entre le service et la rcompense1 entre ce que l'un rend et ce que l'autre donne2 ce qui est la base fondamentale de toute socit4 ,ainsi1 toutes les vertus domestiques et individuelles se rapportent plus ou moins mdiatement1 mais toujours avec certitude1 l'objet physique de l'amlioration et de la conservation de l'homme1 et sont par-l des prceptes rsultants de la loi fondamentale de la nature dans sa formation4 ,,chapitre ,,xi4 ,des vertus sociales2 de la justice4 ,d4 ,qu'est-ce que la socit8 ,r4 ,c'est toute runion d'hommes vivant ensemble sous les clauses d'un contrat exprs ou tacite1 qui a pour but leur commune conservation4 ,d4 ,les vertus sociales sont-elles nombreuses8 ,r4 ,oui3 l'on en peut compter autant qu'il y a d'espces d'actions utiles la socit2 mais toutes se rduisent un seul principe4 ,d4 ,quel est ce principe fondamental8 ,r4 ,c'est la justice1 qui seul comprend toutes les vertus de la socit4 ,d4 ,pourquoi dites-vous que la justice est la vertu fondamentale et presque unique de la socit8 ,r4 ,parce qu'elle seule embrasse la pratique de toutes les actions qui lui sont utiles1 et que toutes les autres vertus1 sous les noms de charit1 d'humanit1 de probit1 d'amour de la patrie1 de sincrit1 de gnrosit1 de simplicit de moeurs et de modestie1 ne sont que des formes varies et des applications diverses de cet axiome3 ,ne fais autrui que ce que tu veux qu'il te fasse1 qui est la dfinition de la justice4 ,d4 ,comment la loi naturelle veut-elle la justice8 ,r4 ,par trois attributs physiques1 inhrents l'organisation de l'homme4 ,d4 ,quels sont ces attributs8 ,r4 ,ce sont l'galit1 la libert1 la proprit4 ,d4 ,comment l'galit est-elle un attribut physique de l'homme8 ,r4 ,parce que tous les hommes ayant galement des yeux1 des mains1 une bouche1 des oreilles1 et le besoin de s'en servir pour vivre1 ils ont par ce fait mme un droit gal la vie1 l'usage des lments qui l'entretiennent2 ils sont tous gaux devant ,dieu4 ,d4 ,est-ce que vous prtendez que tous les hommes entendent galement1 voient galement1 sentent galement1 ont des besoins gaux1 des passions gales8 ,r4 ,non2 car il est d'vidence et de fait journalier1 que l'un a la vue courte1 et l'autre longue2 que l'un mange beaucoup1 et l'autre peu2 que l'un a des passions douces1 et l'autre violentes2 en un mot1 que l'un est faible de corps et d'esprit1 tandis que l'autre est fort4 ,d4 ,ils sont donc rellement ingaux8 ,r4 ,oui1 dans les dveloppements de leurs moyens1 mais non pas dans la nature et l'essence de ces moyens2 c'est une mme toffe1 mais les dimensions n'en sont pas gales2 le poids1 la valeur1 n'en sont pas les mmes4 ,notre langue n'a pas le mot propre pour dsigner la fois l'identit de la nature1 et la diversit de la forme et de l'emploi4 ,c'est une galit proportionnelle2 et voil pourquoi j'ai dit1 gaux devant ,dieu et dans l'ordre de nature4 ,d4 ,comment la libert est elle un attribut physique de l'homme8 ,r4 ,parce que tous les hommes ayant des sens suffisants leur conservation1 nul n'ayant besoin de l'oeil d'autrui pour voir1 de son oreille pour entendre1 de sa bouche pour manger1 de son pied pour marcher1 ils sont tous par ce fait mme constitus naturellement indpendants1 libres2 nul n'est ncessairement soumis un autre1 ni n'a le droit de le dominer4 ,d4 ,mais si un homme est n fort1 n'a-t-il pas le droit naturel de matriser l'homme n faible8 ,r4 ,non3 car ce n'est ni une ncessit pour lui1 ni une convention entre eux2 c'est une extension abusive de sa force2 et l'on abuse ici du mot droit1 qui1 dans son vrai sens1 ne peut dsigner que justice ou facult rciproque4 ,d4 ,comment la proprit est-elle un attribut physique de l'homme8 ,r4 ,en ce que tout homme tant constitu gal ou semblable un autre1 et par consquent indpendant1 libre1 chacun est le matre absolu1 le propritaire plnier de son corps et des produits de son travail4 ,d4 ,comment la justice drive-t-elle de ces trois attributs8 ,r4 ,en ce que les hommes tant gaux1 libres1 ne se devant rien1 ils n'ont le droit de rien se demander les uns aux autres1 qu'autant qu'ils se rendent des valeurs gales2 qu'autant que la balance du donn au rendu est en quilibre3 et c'est cette galit1 cet quilibre qu'on appelle justice1 quit#cf2 c'est--dire qu'galit et justice sont un mme mot1 sont la mme loi naturelle1 dont les vertus sociales ne sont que des applications et des drivs4 ,,chapitre ,,xii ,dveloppement des vertus sociales4 ,d4 ,dveloppez-moi comment les vertus sociales drivent de la loi naturelle2 comment la charit ou l'amour du prochain en est-il un prcepte1 une application8 ,r4 ,par raison d'galit et de reciprocit3 car1 lorsque nous nuisons autrui1 nous lui donnons le droit de nous nuire son tour3 ainsi1 en attaquant l'existence d'autrui1 nous portons atteinte la ntre par l'effet de la rciprocit2 au contraire1 en faisant du bien autrui1 nous avons lieu et droit d'en attendre l'change1 l'quivalent3 et tel est le caractre de toutes les vertus sociales1 d'tre utiles l'homme qui les pratique1 par le droit de rciprocit qu'elles lui donnent sur ceux qui elles ont profit4 ,d4 ,la charit n'est donc que la justice8 ,r4 ,non1 elle n'est que la justice1 avec cette nuance1 que la stricte justice se borne dire3 ,ne fais pas autrui le mal que tu ne voudrais pas qu'il te ft2 et que la charit ou l'amour du prochain s'tend jusqu' dire3 ,fais autrui le bien que tu en voudrais recevoir4 ,ainsi l'vangile1 en disant que ce prcepte renfermait toute la loi et tous les prophtes1 n'a fait qu'noncer le prcepte de la loi naturelle4 ,d4 ,ordonne-t-elle le pardon des injures8 ,r4 ,oui1 en tant que ce pardon s'accorde avec la conservation de nous-mmes4 ,d4 ,donne-t-elle le prcepte de tendre l'autre joue1 quand on a reu un soufflet8 ,r4 ,non2 car d'abord il est contraire celui d'aimer le prochain comme soi-mme1 puisqu'on l'aimerait plus que soi1 lui qui attente notre conservation4 #b ,un tel prcepte1 pris la lettre1 encourage le mchant l'oppression et l'injustice2 et la loi naturelle a t plus sage1 en prescrivant une mesure calcule de courage et de modration1 qui fait oublier une premire injure de vivacit1 mais qui punit tout acte tendant l'oppression4 ,d4 ,la loi naturelle prescrit-elle de faire du bien autrui sans compte et sans mesure8 ,r4 ,non2 car c'est un moyen certain de le conduire l'ingratitude4 ,telle est la force du sentiment de la justice implant dans le coeur des hommes1 qu'ils ne savent pas mme gr des bienfaits donns sans discrtion4 ,il n'est qu'une seule mesure avec eux1 c'est d'tre juste4 ,d4 ,l'aumne est-elle une action vertueuse8 ,r4 ,oui1 quand elle est faite selon cette rgle2 sans quoi elle devient une imprudence et un vice1 en ce qu'elle fomente l'oisivet1 qui est nuisible au mendiant et la socit1 nul n'a droit de jouir du bien et du travail d'autrui1 sans rendre un quivalent de son propre travail4 ,d4 ,la loi naturelle considre-t-elle comme vertus l'esprance et la foi1 que l'on joint la charit8 ,r4 ,non3 car ce sont des ides sans ralit2 que s'il en rsulte quelques effets1 ils sont plutt l'avantage de ceux qui n'ont pas ces ides que de ceux qui les ont2 en sorte que l'on peut appeler la foi et l'esprance les vertus des dupes au profit des fripons4 ,d4 ,la loi naturelle prescrit-elle la probit8 ,r4 ,oui3 car la probit n'est autre chose que le respect de ses propres droits dans ceux d'autrui2 respect fond sur un calcul prudent et bien combin de nos intrts compars ceux des autres4 ,d4 ,mais ce calcul1 qui embrasse des intrts et des droits compliqus dans l'tat social1 n'exiget-il pas des lumires et des connaissances qui en font une science difficile8 ,r4 ,oui1 et une science d'autant plus dlicate1 que l'honnte homme prononce dans sa propre cause4 ,d4 ,la probit est donc un signe d'tendue et de justesse dans l'esprit8 ,r4 ,oui3 car presque toujours l'honnte homme nglige un intrt prsent afin de ne pas en dtruire un venir2 tandis que le fripon fait le contraire1 et perd un grand intrt venir pour un petit intrt prsent4 ,d4 ,l'improbit est donc un signe de fausset dans le jugement1 et de rtrcissement dans l'esprit8 ,r4 ,oui3 et l'on peut dfinir les fripons1 des calculateurs ignorants ou sots2 car ils n'entendent point leurs vritables intrts1 et ils ont la prtention d'tre fins2 et cependant leurs finesses n'aboutissent jamais qu' tre connus pour ce qu'ils sont2 perdre la confiance1 l'estime1 et tous les bons services qui en rsultent pour l'existence sociale et physique4 ,ils ne vivent en paix ni avec les autres1 ni avec eux-mmes2 et sans cesse menacs par leur conscience et par leurs ennemis1 ils ne jouissent d'autre bonheur rel que de celui de n'tre pas encore pendus4 ,d4 ,la loi naturelle dfend donc le vol8 ,r4 ,oui3 car l'homme qui vole autrui lui donne le droit de le voler lui-mme2 ds lors plus de sret dans sa proprit ni dans ses moyens de conservation3 ainsi1 en nuisant autrui1 il se nuit par contre-coup lui-mme4 ,d4 ,dfend-elle mme le dsir du vol8 ,r4 ,oui3 car ce dsir mne naturellement l'action2 et voil pourquoi l'on a fait un pch de l'envie4 ,d4 ,comment dfend-elle le meurtre8 ,r4 ,par les motifs les plus puissants de la conservation de soi-mme2 car1 #a l'homme qui attaque s'expose au risque d'tre tu1 par droit de dfense2 #b s'il tue1 il donne aux parents1 aux amis du mort1 et toute la socit un droit gal1 celui de le tuer lui-mme2 et il ne vit plus en sret4 ,d4 ,comment peut-on1 dans la loi naturelle1 rparer le mal que l'on a fait8 ,r4 ,en rendant ceux qui on a fait ce mal1 un bien proportionnel4 ,d4 ,permet-elle de le rparer par des prires1 des voeux1 des offrandes ,dieu1 des jenes1 des mortifications8 ,r4 ,non3 car toutes ces choses sont trangres l'action que l'on veut rparer2 elles ne rendent ni le boeuf celui qui on l'a vol1 ni l'honneur celui que l'on en a priv1 ni la vie celui qui on l'a arrache2 par consquent elles manquent le but de la justice2 elles ne sont qu'un contrat pervers1 par lequel un homme vend un autre un bien qui ne lui appartient pas2 elles sont une vritable dpravation de la morale1 en ce qu'elles enhardissent consommer tous les crimes par l'espoir de les expier3 aussi ont-elles t la cause vritable de tous les maux qui ont toujours tourment les peuples chez qui ces pratiques expiatoires ont t usites4 ,d4 ,la loi naturelle ordonne-t-elle la sincrit8 ,r4 ,oui3 car le mensonge1 la perfidie1 le parjure1 suscitent parmi les hommes les dfiances1 les querelles1 les haines1 les vengeances1 et une foule de maux qui tendent leur destruction commune2 tandis que la sincrit et la fidlit tablissent la confiance1 la concorde1 la paix1 et les biens infinis qui rsultent d'un tel tat de choses pour la socit4 ,d4 ,prescrit-elle la douceur et la modestie8 ,r4 ,oui3 car la rudesse et la duret1 en alinant de nous le coeur des autres hommes1 leur donnent des dispositions nous nuire2 l'ostentation et la vanit1 en blessant leur amour-propre et leur jalousie1 nous font manquer le but d'une vritable utilit4 ,d4 ,prescrit-elle l'humilit comme une vertu8 ,r4 ,non3 car il est dans le coeur humain de mpriser secrtement tout ce qui lui prsente l'ide de la faiblesse2 et l'avilissement de soi encourage dans autrui l'orgueil et l'oppression3 il faut tenir la balance juste4 ,d4 ,vous avez compt pour vertu sociale la simplicit des moeurs2 qu'entendez-vous par ce mot8 ,r4 ,j'entends le resserrement des besoins et des dsirs ce qui est vritablement utile l'existence du citoyen et de sa famille2 c'est--dire que l'homme de moeurs simples a peu de besoins1 et vit content de peu4 ,d4 ,comment cette vertu nous est-elle prescrite8 ,r4 ,par les avantages nombreux que sa pratique procure l'individu et la socit2 car l'homme qui a besoin de peu1 s'affranchit tout coup d'une foule de soins1 d'embarras1 de travaux2 vite une foule de querelles et de contestations qui naissent de l'avidit et du dsir d'acqurir2 il s'pargne les soucis de l'ambition1 les inquitudes de la possession et les regrets de la perte3 trouvant partout du superflu1 il est le vritable riche2 toujours content de ce qu'il a1 il est heureux peu de frais2 et les autres1 ne craignant point sa rivalit1 le laissent tranquille1 et sont disposs au besoin lui rendre service4 ,que si cette vertu de simplicit s'tend tout un peuple1 il s'assure par elle l'abondance2 riche de tout ce qu'il ne consomme point1 il acquiert des moyens immenses d'change et de commerce2 il travaille1 fabrique1 vend meilleur march que les autres1 et atteint tous les genres de prosprit au dedans et au dehors4 ,d4 ,quel est le vice contraire cette vertu8 ,r4 ,c'est la cupidit et le luxe4 ,d4 ,est-ce que le luxe est un vice pour l'individu et la socit8 ,r4 ,oui3 tel point1 que l'on peut dire qu'il embrasse avec lui tous les autres2 car l'homme qui se donne le besoin de beaucoup de choses1 s'impose par-l mme tous les soucis1 et se soumet tous les moyens justes ou injustes de leur acquisition4 ,a-t-il une jouissance1 il en dsire une autre2 et au sein du superflu de tout1 il n'est jamais riche3 un logement commode ne lui suffit pas1 il lui faut un htel superbe2 il n'est pas content d'une table abondante1 il lui faut des mets rares et coteux3 il lui faut des ameublements fastueux1 des vtements dispendieux1 un attirail de laquais1 de chevaux1 de voitures1 des femmes1 des spectacles1 des jeux4 ,or1 pour fournir tant de dpenses1 il lui faut beaucoup d'argent2 et pour se le procurer1 tout moyen lui devient bon1 et mme ncessaire3 il emprunte d'abord1 puis il drobe1 pille1 vole1 fait banqueroute1 est en guerre avec tous1 ruine et est ruin4 ,que si le luxe s'applique une nation1 il y produit en grand les mmes ravages2 par cela qu'elle consomme tous ses produits1 elle se trouve pauvre avec l'abondance2 elle n'a rien vendre l'tranger2 elle manufacture grand frais2 elle vend cher2 elle se rend tributaire de tout ce qu'elle retire2 elle attaque au dehors sa considration1 sa puissance1 sa force1 ses moyens de dfense et de conservation1 tandis qu'au dedans elle se mine et tombe dans la dissolution de ses membres4 ,tous les citoyens tant avides de jouissances1 se mettent dans une lutte violente pour se les procurer2 tous se nuisent ou sont prts se nuire3 et de l des actions et des habitudes usurpatrices qui composent ce que l'on appelle corruption morale1 guerre intestine de citoyen citoyen4 ,du luxe nat l'avidit2 de l'avidit1 l'invasion par violence1 par mauvaise foi3 du luxe nat l'iniquit du juge1 la vnalit du tmoin1 l'improbit de l'poux1 la prostitution de la femme1 la duret des parents1 l'ingratitude des enfants1 l'avarice du matre1 le pillage du serviteur1 le brigandage de l'administrateur1 la perversit du lgislateur1 le mensonge1 la perfidie1 le parjure1 l'assassinat1 et tous les dsordres de l'tat social2 en sorte que c'est avec un sens profond de vrit que les anciens moralistes ont pos la base des vertus sociales sur la simplicit des moeurs1 la restriction des besoins1 le contentement de peu2 et l'on peut prendre pour mesure certaine des vertus ou des vices d'un homme1 la mesure de ses dpenses proportionnes son revenu1 et calculer sur ses besoins d'argent1 sa probit1 son intgrit remplir ses engagements1 son dvouement la chose publique1 et son amour sincre ou faux de la patrie4 ,d4 ,qu'entendez-vous par ce mot patrie8 ,r4 ,j'entends la communaut des citoyens qui1 runis par des sentiments fraternels et des besoins rciproques1 font de leurs forces respectives une force commune1 dont la raction sur chacun d'eux prend le caractre conservateur et bienfaisant de la paternit4 ,dans la socit1 les citoyens forment une banque d'intrt3 dans la patrie1 ils forment une famille de doux attachements2 c'est la charit1 l'amour du prochain tendu toute une nation4 ,or1 comme la charit ne peut s'isoler de la justice1 nul membre de la famille ne peut prtendre la jouissance de ces avantages1 que dans la proportion de ses travaux2 s'il consomme plus qu'il ne produit1 il empite ncessairement sur autrui2 et ce n'est qu'autant qu'il consomme au-dessous de ce qu'il produit ou de ce qu'il possde1 qu'il peut acqurir des moyens de sacrifice et de gnrosit4 ,d4 ,que concluez-vous de tout ceci8 ,r4 ,j'en conclus que toutes les vertus sociales ne sont que l'habitude des actions utiles la socit et l'individu qui les pratique2 ,qu'elles reviennent toutes l'objet physique de la conservation de l'homme2 ,que la nature1 ayant implant en nous le besoin de cette conservation1 elle nous fait une loi de toutes ses consquences1 et un crime de tout ce qui s'en carte2 ,que nous portons en nous le germe de toute vertu1 de toute perfection2 ,qu'il ne s'agit que de le dvelopper2 ,que nous ne sommes heureux qu'autant que nous observons les rgles tablies par la nature dans le but de notre conservation2 ,et que toute sagesse1 toute perfection1 toute loi1 toute vertu1 toute philosophie1 consistent dans la pratique de ces axiomes fonds sur notre propre organisation3 ,conserve-toi2 ,instruis-toi2 ,modre-toi2 ,vis pour tes semblables1 afin qu'ils vivent pour toi4 ,,notes ,,servant ,d',,claircissements ,,et ,d',,autorit,s ,,divers ,,passages ,,du ,,texte4 ,,page #g1 ligne #ab4 7,le fil de la ,srique47 ,c'est--dire la soie1 originaire du pays montueux o se termine la grande muraille1 pays qui parat avoir t le berceau de l'empire chinois1 connu des ,latins sous le nom de ,regio ,serarum1 ,serica4 ,ibidem4 7,les tissus de ,kachemire47 ,c'est--dire les chales1 qu'zchiel1 cinq sicles avant notre re1 parat avoir dsigns sous le nom de ,choud-,choud4 ,pag4 #bc1 ligne #g4 7,la presqu'le trop clbre de l',inde47 ,quel bien vritable le commerce de l',inde1 entirement compos d'objets de luxe1 procure-t-il la masse d'une nation8 quels sont ses effets1 sinon d'en exporter1 par une marine dispendieuse en hommes1 des matires de besoin et d'utilit1 pour y importer des denres inutiles1 qui ne servent qu' marquer mieux la distinction du riche et du pauvre2 et quelle masse de superstitions l',inde n'a-t-elle pas ajoute la superstition gnrale8 ,ibidem1 ligne #be4 7,voil ,thbes aux cent palais47 ,l'expdition franaise en gypte a prouv que ,thbes1 divise en quatre grandes cits1 sur les deux bords du ,nil1 ne put avoir les cent portes dont parle ,homre1 7,voy4 le tom4 ,,ii de la ,commission d'gypte47 ,l'historien ,diodore de ,sicile avait dja indiqu la cause de l'erreur1 en observant que le mot oriental1 porte1 signifiait aussi palais 7 cause du vestibule public qui en forme toujours l'entre71 et cet auteur semble avoir saisi la cause de cette tradition grecque1 quand il ajoute3 ,depuis ,thbes jusqu' ,memphis il a exist le long du fleuve cent vastes curies royales1 dont on voit encore les ruines1 et qui contenaient chacune deux cents chevaux 7pour le service du monarque73 tous ces nombres sont exactement ceux d',homre4 7,voy4 ,diodore de ,sicile1 liv4 ,i1 sect4 ,,ii1 des premiers rois d'gypte47 ,le nom d'thiopiens appliqu ici aux ,thbains1 est justifi par l'exemple d',homre1 et par la peau rellement noire de ces peuples4 ,les expressions d',hrodote1 lorsqu'il dit que les gyptiens avaient la peau noire et les cheveux crpus1 d'accord avec la tte du sphinx des pyramides1 ont pu et d faire croire l'auteur du ,voyage en ,syrie1 que cet ancien peuple fut de race ngre2 mais tout ce que l'expdition franaise a fait connatre de momies et de ttes sculptes est venu dmentir cette ide2 et le voyageur1 docile aux leons des faits1 a dlaiss son opinion1 avec plusieurs autres qu'il avait consignes dans un ,mmoire chronologique1 compos l'ge de vingt-deux ans1 et qui1 mal propos1 occupe une place dans l',encyclopdie in-#d1 tom4 ,,iii des ,antiquits4 ,l'exprience et l'tude lui ont procur le mrite de se redresser lui-mme sur bien des points1 dans un dernier ouvrage publi ,paris en #ahad et #ahae1 sous le titre de ,recherches nouvelles sur l',histoire ancienne1 #b vol4 in-#h1 7,chez ,bossange frres1 rue de ,seine1 n #ab4 ,voy4 le tom4 ,,ii pour les gyptiens47 ,pag4 #bd1 lig4 #ad4 7,ici taient ces ports idumens47 ,les villes d',alah et d',atsiom ,gaber1 d'o les ,juifs de ,salomon1 guids par les ,tyriens de ,hiram1 partaient pour se rendre ,ophir1 lieu inconnu sur lequel on a beaucoup crit1 mais qui parat avoir laiss sa trace dans ,ofor1 canton arabe1 l'entre du golfe ,persique4 7,voy4 ce sujet les ,recherches nouvelles1 cites ci-dessus1 tom4 ,i1 et le ,voyage en ,syrie tom4 ,,ii47 ,pag4 #df1 lig4 #ag4 7,ainsi1 parce qu'un homme fut plus fort1 cette ingalit1 accident de la nature1 fut prise pour sa loi47 ,presque tous les anciens philosophes et politiques ont tabli en principe et en dogme1 que les hommes naissent ingaux2 que la nature a cr les uns pour tre libres1 les autres pour tre esclaves4 ,ce sont les expressions positives d',aristote dans sa ,politique1 et de ,platon1 appel divin1 sans doute dans le sens des rveries mythologiques qu'il a dbites4 ,le droit du plus fort a t le droit des gens de tous les anciens peuples1 des ,gaulois1 des ,romains1 des ,athniens2 et c'est de l prcisment que sont drivs les grands dsordres politiques et les crimes publics des nations4 ,pag4 #dg1 lig4 #g 7,et le despotisme paternel fonda le despotisme politique47 ,qu'est-ce qu'une famille8 ,c'est la portion lmentaire dont se compose le grand corps appel nation4 ,l'esprit de ce grand corps n'est que la somme de ses fractions2 telles les moeurs de la famille1 telles celles du tout4 ,les grands vices de l',asie sont1 #a le despotisme paternel2 #b la polygamie1 qui dmoralise toute la maison1 et qui1 chez les rois et les princes1 cause le massacre des frres chaque succession1 et ruine le peuple en apanages2 #c le dfaut de proprit des biens-fonds1 par le droit tyrannique que s'arroge le despote2 #d l'ingalit de partage entre les enfants2 #e le droit abusif de tester2 #f et l'exclusion donne aux femmes dans l'hritage4 ,changez ces lois1 vous changerez l',asie4 ,pag4 #ej1 lig4 #bc4 7,l'autre 7effet de l'gosme71 que tendant toujours concentrer le pouvoir en une seule main47 ,il est trs-remarquable que la marche constante des socits a t dans ce sens1 que1 commenant toutes par un tat anarchique ou dmocratique1 c'est--dire par une grande division des pouvoirs1 elles ont ensuite pass l'aristocratie1 et de l'aristocratie la monarchie4 ,de ce fait historique il rsulterait que ceux qui constituent des tats sous la forme dmocratique1 les destinent subir tous les troubles qui doivent amener la monarchie2 mais il faudrait en mme temps prouver que les expriences sociales sont dja puises pour l'espce humaine1 et que ce mouvement spontan n'est pas l'effet mme de son ignorance et de ses habitudes4 ,pag4 #eb1 lig4 #bf4 7,sous prtexte de religion1 leur orgueil fonda des temples1 dota des prtres oiseux1 btit pour de vains squelettes d'extravagants tombeaux1 mausoles et pyramides47 ,le savant ,dupuis n'a pu croire que les pyramides fussent des tombeaux2 mais1 outre le tmoignage positif des historiens1 lisez ce que dit ,diodore de l'importance religieuse et superstitieuse que tout gyptien attachait btir sa demeure ternelle1 lib4 #a4 ,pendant vingt ans1 dit ,hrodote1 cent mille hommes travaillrent chaque jour btir la pyramide du roi gyptien ,cheops4--,supposons par an seulement trois cents jours1 cause du sabbat2 ce sera #cj millions de journes de travail en un anne1 et #fjj millions de journes en vingt ans2 #ae sous par jour1 ce sera #dej millions de francs perdus sans aucun produit ultrieur4--,avec cette somme1 si ce roi et ferm l'isthme de ,suez d'une forte muraille1 comme celle de la ,chine1 la destine de l'gypte et t tout autre3 les invasions trangres eussent t arrtes1 ananties1 et les ,arabes du dsert n'eussent ni conquis1 ni vex ce pays4--,travaux striles6 que de millards perdus mettre pierre sur pierre1 en forme de temples et d'glises6 ,les alchimistes changent les pierres en or1 les architectes changent l'or en pierres4 ,malheur aux rois 7comme aux bourgeois7 qui livrent leur bourse ces deux classes d'empiriques6 ,pag4 #fe1 lig4 #a4 7 prononcer mystrieusement ,am47 ,ce mot pour le sens1 et presque pour le son1 ressemble l',aeuum 7vum7 des ,latins1 l'ternit1 le temps sans bornes4 ,selon les ,indiens1 ce mot est l'emblme de la divinit tripartite3 ,a dsigne ,bramha 7le temps pass1 qui a cr72 ,u1 ,vichenou 7le temps prsent1 qui conserve72 ,m1 ,chiven 7le temps futur1 qui dtruira74 ,ibid41 lig4 #d4 7,s'il faut commencer par le coude47 ,c'est un des grands points de schisme entre les partisans d',omar et ceux d',ali4 ,supposons que deux musulmans se rencontrent en voyage1 et qu'ils s'abordent fraternellement2 l'heure de la prire venue1 l'un commenc l'ablution par le bout des doigts1 l'autre par le coude1 et les voil ennemis mort4 ,en d'autres pays1 qu'un homme veuille manger de la viande tel jour plutt que tel autre2 ce sera un cri d'indignation4 ,quel nom donner de telles folies8 ,pag4 #gd1 lig4 #bi4 7,la horde des ,oguzians47 ,avant que les ,turcs eussent pris le nom de leur chef ,othman ,ier1 ils portaient celui d',oguzians2 et c'est sous cette dnomination qu'ils furent chasss de la ,tartarie par ,gengiz1 et vinrent des bords du ,gihoun s'tablir dans l',anadoli4 ,pag4 #hj1 lig4 #ai4 7,qu'il rgnait de peuple peuple444 des haines implacables47 ,lisez l'histoire des guerres de ,rome et de ,carthage1 de ,sparte et de ,messne1 d',athnes et de ,syracuse1 des ,hbreux et des ,phniciens1 et voil cependant ce que l'antiquit vante de plus polic6 ,pag4 #hg1 lig4 #bf4 7,le ,chinois avili par le despotisme du bambou47 ,les jsuites se sont efforcs de peindre sous de belles couleurs le gouvernement chinois1 aujourd'hui l'on sait que c'est un pur despotisme oriental 7entrav par le vice d'une langue et surtout d'une criture mal construites74 ,le peuple chinois est pour nous la preuve que dans l'antiquit1 jusqu' l'invention de l'criture alphabtique1 l'esprit humain eut beaucoup de peine se dployer1 comme avant les chiffres arabes on avait beaucoup de peine compter4 ,tout dpend des mthodes3 on ne changera la ,chine qu'en changeant sa langue4 ,pag4 #if1 lig4 #e4 7,reconnaissez l'autorit lgitime47 ,pour apprcier le sens du mot lgitime1 il faut remarquer qu'il vient du latin legi-intimus1 intrinsque la loi1 crit en elle4 ,si donc la loi est faite par le prince seul1 le prince seul se fait lui-mme lgitime3 alors il est purement despote2 sa volont est la loi4 ,ce n'est pas l ce qu'on veut dire2 car le mme droit serait acquis tout pouvoir qui le renverserait4 ,qu'est-ce que la loi 7source de droit78 ,le latin va encore nous le dire3 le radical leg-ere1 lire1 lectio1 a fait lex1 res lecta1 chose lue3 cette chose lue est un ordre de faire ou de ne pas faire telle action dsigne1 et ce1 sous la condition d'une peine ou d'une rcompense attaches l'observation ou l'infraction4 ,cet ordre est lu ceux qu'il concerne1 afin qu'ils n'en ignorent4 ,il a t crit1 afin d'tre lu sans altration3 tel est le sens1 et telle fut l'origine du mot loi4 ,de l les diverses pithtes dont il est susceptible3 loi sage1 loi absurde1 loi juste1 loi injuste1 selon l'effet qui en rsulte2 et c'est cet effet qui caractrise le pouvoir d'o elle mane4 ,or1 dans l'tat social1 dans le gouvernement des hommes1 qu'est-ce que le juste et l'injuste8 ,le juste est de maintenir ou de rendre chaque individu ce qui lui appartient3 par consquent1 d'abord la vie1 qu'il tient d'un pouvoir au-dessus de tout2 #b l'usage des sens et des facults qu'il tient de ce mme pouvoir2 #c la jouissance des fruits de son travail2 et tout cela en ce qui ne blesse pas les mmes droits en autrui2 car s'il les blesse1 il y a injustice1 c'est--dire rupture d'galit et d'quilibre d'homme homme4 ,or1 plus il y a de lss1 plus il y a d'injustices3 par consquent1 si1 comme il est de fait1 ce qu'on appelle le peuple compose l'immense majorit de la nation1 c'est l'intrt1 c'est le bien-tre de cette majorit qui constitue la justice3 ainsi la vrit se trouve dans l'axiome qui a dit1 ,salus populi suprema lex esto4 ,le salut du peuple1 voil la loi1 voil la lgitimit4 ,et remarquez que le salut ne veut pas dire la volont1 comme l'ont suppos quelques fanatiques2 car d'abord le peuple peut se tromper2 puis comment exprimer cette volont collective et abstraite8 l'exprience nous l'a prouv4 ,salus populi6 ,l'art est de le connatre et de l'effectuer4 ,pag4 #ajb1 lig4 #ag4 7,l'ide de libert contient essentiellement celle de justice1 qui nat de l'galit47 ,les mots retracent eux-mmes cette connexion2 car quilibrium1 quitas1 qualitas sont tous d'une mme famille1 et l'ide de l'galit matrielle1 de la balance1 est le type de toutes ces ides abstraites4 ,la libert elle-mme1 bien analyse1 n'est encore que la justice3 car si un homme1 parce qu'il se dit libre1 en attaque un autre1 celui-ci1 par le mme droit de libert1 peut et doit le repousser2 le droit de l'un est gal au droit de l'autre3 la force peut rompre cet quilibre1 mais elle devient injustice et tyrannie de l part du plus bas dmocrate1 comme de celle du plus haut potentat4 ,pag4 #aaf1 lig4 #ae4 7,et cette religion 7de ,mahomet7 n'a cess d'inonder de sang la terr47 ,lisez l'histoire de l'islamisme par ses propres crivains1 et vous vous convaincrez que toutes les guerres qui ont dsol l',asie et l',afrique depuis ,mahomet1 ont eu pour cause principale le fanatisme apostolique de sa doctrine4 ,on a calcul que ,csar avait fait prir trois millions d'hommes3 il serait curieux de faire le mme calcul sur chaque fondateur de religion4 ,pag4 #aai1 lig4 #ba4 7,et cent autres sectes47 ,lisez ce sujet le ,dictionnaire des hrsies1 par l'abb ,pluquet1 qui en a omis un grand nombre2 #b vol4 in-#h1 petit caractre4 ,pag4 #abb1 lig4 #c4 7,et les ,parsis se diviseront47 ,les sectateurs de ,zoroastre1 nomms ,parsis1 comme descendants des ,perses1 sont plus connus en ,asie sous le nom injurieux de ,gaures ou ,gubres1 qui veut dire infidles2 ils y sont ce que sont les ,juifs en ,europe4 ,mbed est le nom de leur pape ou grand-prtre4 ,voy4 ,henri lord ,hyde1 et le ,zend-avesta1 sur les rites de cette religion4 ,ibidem1 lig4 #bf 7,brahma444 rduit servir de pidestal au lingam47 ,voy4 le tome ,ier in-#d du ,voyage de ,sonnerat aux ,indes4 ,pag4 #abd1 lig4 #ac4 7,le ,chinois l'adore dans ,ft74 ,la langue chinoise n'ayant ni le ,b ni le ,d1 ce peuple a prononc ,ft ce que les ,indiens et les ,persans prononcent ,bodd1 ou ,bodd 7par o bref74 ,ft1 ou ,pgou1 est devenu ,fota et ,fta1 etc4 ,ce n'est que depuis peu d'annes que l'on commence d'avoir des notions exactes de la doctrine de ,boudd et de ses divers sectaires3 nous devons ces notions aux savants anglais1 qui1 mesure que leur nation subjugue les peuples de l',inde1 en tudient les religions et les moeurs1 pour les faire connatre4 ,l'ouvrage intitul ,asiatick ,researches est une collection prcieuse en ce genre3 on trouve dans le tome ,,vi1 pag4 #afc1 dans le tome ,,vii1 pag4 #cb et pag4 #cii1 trois mmoires instructifs sur les ,boudistes de ,ceylan et de ,birmah ou ,ava4 ,un crivain anonyme1 mais qui parat avoir mdit ce sujet1 a publi dans l',asiatick journal de #ahaf1 mois de janvier et suivants1 jusqu'en mai1 des lettres qui font dsirer de plus grands dveloppements4 ,nous reviendrons cet article dans une note du chapitre ,,xxi4 ,ibidem1 lig4 #bi4 7,le sintoste nie l'existence47 ,voyez dans ,kempfer la doctrine des sintostes qui est celle d'picure mle celle des stociens4 ,pag4 #abe1 lig4 #d1 7,le ,siamois1 l'cran talipat la main47 ,c'est une feuille de palmier latanier2 de l est venu aux bonzes le nom de ,talapoin4 ,l'usage de cet cran est un privilge exclusif4 ,ibidem1 lig4 #i4 7,le sectateur de ,confutze cherche son horoscope47 ,les sectateurs de ,confucius ne sont pas moins adonns l'astrologie que les bonzes3 c'est la maladie morale de tout l',orient4 ,ibidem1 lig4 #ac4 ,le ,dala-,lama1 ou l'immense prtre de ,la1 est ce que nos vieilles relations appelaient le prtre ,jean1 par l'abus du mot persan ,djehn1 qui veut dire le monde4 ,ainsi le prtre ,monde1 le dieu ,monde1 se lient parfaitement4 ,dans une expdition rcente1 les ,anglais ont trouv des idoles des lamas qui contenaient des pastilles sacres de la garde-robe du grand-prtre4 ,on peut citer pour tmoins ,hastings1 et le colonel ,pollier1 qui a pri dans les troubles d',avignon4 ,on sera bien tonn d'apprendre que cette ide si rvoltante tient une ide profonde1 celle de la mtempsycose1 qu'admettent les lamas4 ,lorsque les ,tartares avaient les reliques du pontife 7comme ils le pratiquent71 ils imitent le jeu de l'univers1 dont les parties s'absorbent et passent sans cesse les unes dans les autres4 ,c'est le serpent qui dvore sa queue2 et ce serpent est ,boudd ou le monde4 ,pag4 #abf1 lig4 #ab4 7,qui adorent un serpent dont les porcs sont avides47 ,il arrive souvent que les porcs dvorent des serpents de l'espce que les ngres adorent1 et c'est une grande dsolation dans le pays4 ,le prsident de ,brosses a rassembl1 dans son ,histoire des ,ftiches1 un tableau curieux de toutes ces folies4 7,voil le ,teleute7 ,les ,teleutes1 nation tartare1 se peignent ,dieu portant un vtement de toutes les couleurs1 et surtout des couleurs rouge et verte2 et parce qu'ils les trouvent dans un habit de dragon russe1 ils en font la comparaison ce genre de soldat4 ,les gyptiens habillaient aussi le dieu ,monde d'un habit de toutes couleurs4 ,eusbe1 ,prep4 evang41 p4 #aae1 lib4 #aaa4 ,les ,teleutes appellent ,dieu ,bou1 ce qui n'est qu'une altration de ,boudd1 le dieu ,o,euf et ,monde4 7,voil le ,kamtschadale47 ,consultez ce sujet l'ouvrage intitul ,description des peuples soumis la ,russie1 et vous verrez que le tableau n'est point charg4 ,pag4 #adj1 lig4 #bh4 7,votre systme porte tout entier sur des sens allgoriques47 ,quand on lit les ,pres de l'glise1 et que l'on voit sur quels arguments ils ont lev l'difice de la religion1 l'on a peine comprendre tant de crdulit ou de mauvaise foi2 mais c'tait alors la manie des allgories3 les paens s'en servaient pour expliquer les actions des dieux1 et les chrtiens ne firent que suivre l'esprit de leur sicle1 en le tournant vers un autre ct4 ,il serait curieux de publier aujourd'hui de tels livres1 ou seulement leurs extraits4 ,pag4 #add1 lig4 #bd 7,les ,juifs devinrent nos imitateurs1 nos disciples47 ,voy4 ce sujet le tome ,ier des ,recherches nouvelles sur l',histoire ancienne1 o il est dmontr que le ,pentateuque n'est point l'ouvrage de ,mose3 cette opinion tait rpandue dans les premiers temps du christianisme1 comme on le voit dans les ,clmentines1 homlie ,i1 #ea1 et homlie ,,viii1 #db2 mais personne n'avait dmontr que le vritable auteur ft le grand-prtre ,helkias1 l'an #fah avant ,j4 ,c4 ,pag4 #adf1 lig4 #e4 7,tant de choses analogues aux trois religions47 ,les ,parsis modernes et les ,mithriaques anciens1 qui sont la mme chose1 ont tous les sacrements des chrtiens1 mme le soufflet de la confirmation4 ,le prtre de ,mithra1 dit ,tertullien1 ,de prscriptione1 c4 #dj1 promet la dlivrance des pchs par leur aveu et par le baptme2 et1 s'il m'en souvient bien1 ,mithra marque ses soldats au front 7avec le chrme1 ,kouphi gyptien72 il clbre l'oblation du pain1 l'image de la rsurrection1 et prsente la couronne1 en menaant de l'pe1 etc4 ,dans ces mystres on prouvait l'initi par mille terreurs1 par la menace du feu1 de l'pe1 etc41 et on lui prsentait une couronne1 qu'il refusait1 en disant3 ,dieu est ma couronne4 7,voyez cette couronne dans la sphre cleste1 ct de ,bootes47 ,les personnages de ces mystres portaient tous des noms d'animaux constells4 ,la messe n'est pas autre chose que la clbration de ces mystres et de ceux d'leusis4 ,le ,dominus vobiscum est la lettre la formule de rception1 chon-k1 m1 p-ak4 ,voy4 ,beausobre1 ,histoire du ,manichisme1 tom4 ,,ii4 ,pag4 #adg1 lig4 #aj4 ,les ,vdas ou ,vedams sont les livres sacrs ds ,indous1 comme les ,bibles chez nous4 ,on en compte trois3 le ,rick ,veda1 le ,yadjour ,veda1 et le ,sama ,veda4 ,ils sont si rares dans l',inde1 que les ,anglais ont eu beaucoup de peine en trouver l'original1 dont ils ont fait faire une copie dpose au ,british ,musum4 ,ceux qui comptent quatre ,vdas1 y comprennent l',attar ,veda1 qui traite des crmonies1 et qui est perdu4 ,il y a en suite des commentaires nomms ,upanishada1 dont l'un a t publi par ,anquetil ,duperron1 sous le titre de ,oupnekhat1 livre curieux en ce qu'il donne une ide de tous les autres4 ,la date de ces livres passe #be sicles au-dessus de notre re2 leur contenu prouve que toutes les rveries des mtaphysiciens grecs viennent de l',inde et de l'gypte4--,depuis l'an #aghh1 les savants ,anglais exploitent dans l',inde une mine de littrature dont on n'avait aucune ide en ,europe1 et qui prouve que la civilisation de l',inde remonte une trs-haute antiquit4 ,aprs les ,vdas viennent les ,chastras1 au nombre de six4 ,ils traitent de thologie et de sciences4 ,puis viennent au nombre de #ah1 les ,pouranas1 qui traitent de mythologie et d'histoire3 voyez le ,bahgouet-guta1 le ,baga ,vedam1 et l'zour-,vedam1 traduits en franais1 etc4 ,pag4 #aea1 lig4 #ad4 ,toute cette cosmogonie des lamas1 des bonzes1 et mme des brames1 comme l'atteste ,henri ,lord1 revient littralement celle des anciens gyptiens4 ,les gyptiens1 dit ,porphyre1 appellent ,kneph l'intelligence ou cause effective 7de l'univers74 ,ils racontent que ce dieu rendit par la bouche un oeuf1 duquel fut produit un autre dieu1 nomm ,phtha ou ,vulcain 7le feu principe1 le soleil27 et ils ajoutent que cet oeuf est le monde4 ,eusoeb41 ,prep4 evang41 pag4 #aae4 ,ils reprsentent1 dit-il ailleurs1 le dieu ,kneph ou la cause efficiente1 sous la forme d'un homme de couleur bleu fonc 7celle du ciel71 ayant en main un sceptre1 portant une ceinture1 et coiff d'un petit bonnet royal de plumes trs-lgres1 pour marquer combien est subtile et fugace l'ide de cet tre4 ,sur quoi j'observerai que ,kneph1 en hbreu1 signifie une aile1 une plume2 que cette couleur bleue 7cleste7 se trouve dans la plupart des dieux de l',inde1 et qu'elle est1 sous le nom de narayan1 une de leurs pithtes les plus clbres4 ,pag4 #aec1 lig4 #be4 7,que les lamas ne sont que des manichens47 ,voyez l',histoire du ,manichisme1 par ,beausobre1 qui prouve que ces sectaires furent purement des zoroastriens2 ce qui fait remonter l'existence de leurs opinions #abjj ans avant ,j4 ,c4 ,il suit de l que ,boudd ,chaucasam fut encore antrieur1 puisque la doctrine boudiste se trouve dans les plus anciens livres indiens1 dont la date passe #cajj ans avant notre re 7tel que le ,bahgouet-guta74 ,observez d'ailleurs que ,boudd est la #i;e avatar ou incarnation de ,vichenou1 ce qui le place l'origine de cette thologie4 ,en outre1 chez les ,indiens1 les ,chinois1 les ,thibtains1 etc41 ,boudd est le nom de la plante que nous appelons ,mercure1 et du jour de la semaine consacr cette plante 7le mercredi72 cela le remonte l'origine du calendrier2 en mme temps cela nous l'indique primitivement identique ,herms1 ce qui tend son existence jusqu'en gypte4 ,maintenant remarquez que les prtres gyptiens racontaient qu',herms mourant avait dit3 ,jusqu'ici j'ai vcu exil de ma vritable patrie2 j'y retourne3 ne me pleurez pas2 je retourne la cleste patrie o chacun se rend son tour3 l est ,dieu2 cette vie n'est qu'une mort4 ,voyez ,chalcidius in ,timoeum4 ,or1 cette doctrine est prcisment celle des boudistes anciens1 ou samanens1 des pythagoriciens et des orphiques4 ,dans la doctrine d',orphe1 le dieu monde est reprsent par un oeuf3 dans les idiomes hbreu et arabe1 l'oeuf se nomme baidh1 analogue ,bodd 7,dieu71 et ,bod1 en persan l'existence1 ce qui est 7le monde71 ,bodd est encore analogue bed et vad1 qui chez les ,indiens signifie science4 ,herms en tait le dieu3 il tait l'auteur des livres sacrs ou ,vdas gyptiens4 ,on voit quels rameaux prsente1 et quelle antiquit tout ceci nous porte4 ,maintenant le prtre boudiste d',ava ajoute3 ,qu'il est de foi que1 de temps autre1 le ciel envoie sur la terre des ,boudda pour amender les hommes1 les retirer de leurs vices1 et les remettre en voie de salut4 ,avec un tel dogme rpandu dans l',inde1 dans la ,perse1 dans l'gypte1 dans la ,jude1 on sent combien les esprits ont d tre disposs ds long-temps ce que des sicles postrieurs nous offrent4 ,pag4 #aed1 lig4 #f4 7,long-temps avant ,isous47 ,d'aprs les notions des savants anglais de l',inde1 la doctrine de ,boudda y est trs-ancienne4 ,l'crivain anonyme que nous avons cit1 pag4 #cai1 lig4 #bc1 cite un trait crit il y a peu d'annes par le chef des prtres bouddites d',ava1 la prire de l'vque catholique de cette ville1 qui dit3 ,que les dieux qui ont apparu dans le prsent monde jusqu' ce jour1 sont au nombre de quatre1 savoir3 ,boudda ,chaucasam1 ,boudda ,gonagom1 ,boudda ,gaspa1 et ,boudda ,gautama1 duquel la loi rgne actuellement2 il obtint la divinit trente-cinq ans1 et passa l'immortalit #bcfb ans 7avant la date du dit crit1 qui se place vers #ahje47 ,par consquent ,gautama serait mort vers l'an #eeg avant l're chrtienne1 au temps o rgnait ,kyrus en ,perse1 et o florissait ,pythagore4 #b ,d'autre part1 des crivains arabes et persans1 cits dans l',hist4 des ,huns1 tom4 ,,ii1 par de ,guignes2 dans l',hist4 de la ,chine1 tom4 ,v1 in-#d1 note de la page #ej1 et dans la prface de l',ezour ,vedam 7,yadjour-,veda71 placent l'apparition d'un autre ,boudda l'anne #ajbg avant notre re 7ce serait ,gaspa74 #c ,le tableau statistique de l'empereur mogol ,akbar1 intitul ,ain ,akberi1 traduit par ,gladwin1 dit1 pag4 #dcc1 tom4 ,,ii1 que ,boudd avait disparu #bifb ans avant l'an #dj de cet empereur1 c'est--dire #acff ans avant ,j4-,c4 7ce serait ,gonagom47 ,pag4 #aed1 lig4 #ad 7,fonds sur l'absence de tout tmoignage authentique47 ,tout le monde sait1 disait ,fauste1 qui1 quoique manichen1 fut un des plus savants hommes du ,i,i,ie sicle1 tout le monde sait que les vangiles n'ont t crits ni par ,j4-,c4 ni par ses aptres1 mais long-temps aprs1 par des inconnus1 qui1 jugeant bien qu'on ne les croirait pas sur des choses qu'ils n'avaient pas vues1 mirent la tte de leurs rcits des noms d'aptres ou d'hommes apostoliques et contemporains4 ,sur cette question1 voyez l',histoire des ,apologistes de la ,religion chrtienne1 attribue ,frret1 mais qui est de ,burigny1 membre de l',acadmie des inscriptions4 ,voyez aussi ,mosheim1 ,de rbus christianorum2 ,correspondance of ,atterbury1 ,archbishop1 #e vol4 in-#h1 #agih2 ,toland1 ,nazarenus2 et ,beausobre1 ,histoire du ,manichisme1 tom1 ,i4 ,il rsulte de tout ce qu'on a crit pour et contre1 que l'origine prcise du christianisme n'est pas connue2 que les prtendus tmoignages de ,josphe 7,antiq4 jud41 lib4 ,,xviii1 c4 #c7 et de ,tacite 7,annales1 lib4 ,,xv1 c4 #dd7 ont t interpols vers le temps du concile de ,nike1 et que personne n'a encore mis en vidence le fait radical1 c'est--dire l'existence relle du personnage qui a occasion le systme4 ,sans cette existence nanmoins1 il serait difficile de concevoir l'apparition du systme son poque connue1 encore qu'il ne soit pas sans exemple en histoire de voir des suppositions gratuites et absolues4 ,pour rsoudre ce problme1 vraiment curieux et important1 il faudrait qu'un esprit dou de sagacit1 muni d'instruction1 et surtout d'impartialit1 profitant des recherches dja faites1 y ajoutt un tableau comparatif de la doctrine des boudistes1 et spcialement de la secte de ,samana ,gautama1 contemporain de ,kyrus2 qu'il examint quelle fut la facilit des communications de l',inde avec la ,perse et la ,syrie1 surtout depuis le rgne de ,darius ,hystaspe1 qui1 selon ,agathias et ,ammien1 consulta les sages de l',inde1 et introduisit plusieurs de leurs ides chez les mages2 quelle fut encore cette facilit depuis ,alexandre1 sous les ,sleucides1 qui entretenaient des relations diplomatiques avec les rois indiens1 il verrait que1 par suite de ces communications1 le systme des samanens put se rpandre de proche en proche jusqu'en gypte2 qu'il put tre la cause dterminante de la corporation des essniens en ,jude1 etc13 alors il ne resterait plus qu' examiner si1 toutes choses tant ainsi prpares1 l'exaltation gnrale des esprits n'a pas pu susciter un individu qui aurait rempli le rle dsign3 soit que lui-mme se ft cru et annonc pour tre le personnage attendu1 soit que ce ft la multitude qui1 enthousiasme de sa conduite1 de sa doctrine et de ses prdications1 lui en et attribu l'emploi4 ,dans l'un et l'autre cas1 il serait conforme aux probabilits humaines que des attroupements populaires eussent excit la surveillance et l'inquitude du gouvernement romain1 et qu'enfin un incident remarquable1 tel que l'entre en ,jrusalem1 et dtermin le prfet une mesure de rigueur1 un acte de svice qui aurait brusquement termin ce drame 7 peu prs comme il est racont71 mais qui n'aurait fait qu'accrotre l'intrt pour le personnage regrett1 et par-l donn lieu des rcits et des associations dont le rsultat cadrerait parfaitement avec l'tat de choses qui apparat ensuite dans l'histoire4 ,sans doute l o manque son tmoignage positif1 l'on ne pourrait tablir ce qu'on appelle certitude morale2 mais par l'enchanement des causes et des effets1 on pourrait arriver un degr de probabilit qui en produirait l'effet2 puisque d'ailleurs1 avec les tmoignages les plus positifs1 l'histoire n'a jamais de droit qu'aux plus ou moins grandes probabilits4 ,ibidem1 lig4 #bg4 7,la doctrine intrieure7 ,les boudistes ont deux doctrines1 l'une publique et ostensible1 l'autre intrieure et secrte1 prcisment comme les prtres gyptiens4 ,pourquoi cette diffrence8 demandera-t-on4 ,c'est que la doctrine publique enseignant les offrandes1 les expiations1 les fondations1 etc41 il est utile de la prcher au peuple2 au lieu que l'autre enseignant le nant et ne rapportant rien1 il convient de ne la faire connatre qu'aux adeptes4 ,on ne peut classer plus videmment les hommes en fripons et en dupes4 ,pag4 #aef1 lig4 #ah4 7,voil ce qu'a rvl notre ,boudah47 ,ce sont les propres termes de ,la ,loubre1 dans sa ,description du royaume de ,siam et de la thologie des bonzes4 ,leurs dogmes1 compars ceux des anciens philosophes de la ,grce et de l',italie1 retracent absolument tout le systme des stociens et des picuriens1 ml avec des superstitions astrologiques et quelques traits du pythagorisme4 ,pag4 #afe1 lig4 #d4 7,la barbarie originelle du genre humain47 ,c'est le tmoignage unanime de toutes les histoires1 et mme des lgendes1 que les premiers hommes furent partout des sauvages1 et que ce fut pour les civiliser et leur apprendre faire du pain1 que les dieux se manifestrent4 ,ibidem1 lig4 #i4 7,n'acquiert d'ides que par l'intermde de ses sens74 ,voil prcisment o ont chou les anciens1 et d'o sont venues leurs erreurs3 ils ont suppos les ides de ,dieu innes1 coternelles l'ame2 et de l toutes les rveries dveloppes dans ,platon et ,iamblique4 ,voy4 le ,time1 le ,phdon1 et de ,mysteriis gyptiorum1 sect4 ,ire1 chap1 #c4 ,pag4 #agj1 lig4 #ba4 7,le tmoignage de tous les anciens monuments47 ,il rsulte clairement1 dit ,plutarque1 des vers d',orphe et des livres sacrs des gyptiens et des ,phrygiens que la thologie ancienne1 non-seulement des ,grecs1 mais en gnral de tous les peuples1 ne fut autre chose qu'un systme de physique1 qu'un tableau des oprations de la nature1 envelopp d'allgories mystrieuses et de symboles enigmatiques3 de manire que la multitude ignorante s'attacht plutt au sens apparent qu'au sens cach1 et que mme dans ce qu'elle comprenait de ce dernier1 elle suppost toujours quelque chose de plus profond que ce qui paraissait4 ,plutarque1 fragment d'un ouvrage perdu1 cit dans ,eusbe1 ,prpar4 evang4 lib4 ,,iii1 chap4 ,i1 page #he4 ,la plupart des philosophes1 dit ,porphyre1 et entre autres ,chremon 7qui vcut en gypte dans le premier sicle de l're chrtienne7 ne pensent pas qu'il ait jamais exist d'autre monde que celui que nous voyons3 et ils ne reconnaissent pas d'autres dieux1 de tous ceux qu'allguent les gyptiens1 que ce que l'on appelle vulgairement les plantes1 les signes du zodiaque et les constellations1 qui jouent avec eux en aspect 7de lever et de coucher72 quoi ils ajoutent leurs divisions de signes en dcans ou matres du temps1 qu'ils appellent les chefs forts et puissants dont les noms1 les vertus curatives des maladies1 les couchers1 les levers1 les prsages de ce qui doit arriver1 font la matire des almanachs 7c'est--dire que les prtres gyptiens faisaient de vritables almanachs de ,mathieu ,laensberg72 car lorsque les prtres disaient que le soleil tait l'architecte de l'univers1 ,chremon sentait que tous leurs rcits sur ,isis et sur ,osiris1 que toutes leurs fables sacres se rapportaient en partie aux plantes1 aux phases de la lune2 au cours du soleil1 en partie 7aux toiles de7 l'hmisphre du jour et de la nuit1 ou au fleuve du ,nil1 en un mot1 des tres physiques1 naturels1 et rien des tres immatriels et dpourvus de corps444 ,tous ces philosophes croient que les mouvements de notre volont et de nos actions dpendent de ceux des astres1 qu'ils en sont dirigs2 et ils se soumettent aux lois d'une ncessit 7physique7 qu'ils appellent destin ou fatum1 supposant une chane 7de causes et d'effets7 qui lie1 par je ne sais quel lien1 tous les hommes entre eux 7depuis l'atome7 jusqu' la puissance suprieure et l'influence premire de ces dieux2 en sorte que1 soit dans les temples1 soit dans les simulacres ou idoles1 ils n'adorent autre chose que la puissance de la destine1 7,porphyr4 ,epis4 ad ,ianebonem47 ,pag4 #aga1 lign4 #aa4 7,exigea la connaissance des cieux47 ,jusqu' ce jour on a rpt1 sur l'autorit indirecte de la ,gense1 que l'astronomie avait t invente par les enfants de ,no4 ,on a racont gravement que1 ptres errants dans les plaines de ,sennaar1 ils employaient leur dsoeuvrement rdiger un systme des cieux2 comme si des ptres avaient besoin de connatre plus que l'toile polaire1 et comme si le besoin n'tait pas l'unique motif de toute invention6 ,si les anciens pasteurs furent si studieux et si habiles1 comment arrive-t-il que les modernes soient si ignorants et si ngligents8 ,or1 il est de fait que les ,arabes du dsert ne connaissent pas six constellations1 et qu'ils n'entendent pas un mot d'astronomie4 ,pag4 #agb1 lign4 #ab4 7,des gnies auteurs des biens et des maux47 ,il parat que par le mot genius les anciens ont entendu proprement une qualit1 une facult gnratrice1 productrice2 car tous les mots de cette famille reviennent ce sens3 generare1 genos1 genesis1 genus1 gens4 ,les sabens anciens et modernes1 dit ,maimonides1 reconnaissent un dieu principal1 fabricateur du monde et possesseur du ciel2 mais cause de son loignement trop grand1 ils le pensent inaccessible2 et imitant la conduite du peuple l'gard des rois1 ils emploient auprs de lui pour mdiateurs les plantes et leurs anges1 auxquels ils donnent le titre de princes et de rois1 et qu'ils supposent habiter dans ces corps lumineux1 comme dans des palais ou tabernacles1 etc4 7,more ,nebuchim1 pars ,,iii1 c4 #bi47 ,ibidem1 lign4 #bh4 7,un sexe tir du genre de son appellation47 ,selon qu'un objet se trouva du genre masculin ou fminin dans la langue d'un peuple1 le dieu qui porta son nom se trouva mle ou femelle chez ce peuple4 ,ainsi les ,cappadociens disaient le dieu ,lunus et la desse ,soleil2 et ceci prsente sans cesse les mmes tres sous des formes diverses1 dans la mythologie des anciens4 ,pag4 #agc1 lig4 #bj4 7,ce qui contribue la conservation de soi et de ses semblables47 ceci ,plutarque ajoute que ces prtres 7gyptiens7 ont toujours fait le plus grand cas de la conservation de la sant4441 et qu'ils la regardent comme une condition ncessaire au service des dieux et la pit1 etc4 7,voy4 ,isis et ,osiris1 la fin47 ,ibidem1 lig4 #bf47,paraissent remonter au del de quinze mille ans47 ,l'orateur historien suit ici l'opinion du savant ,dupuis1 qui d'abord en son mmoire sur l',origine des ,constellations1 puis dans son grand ouvrage sur l',origine de tous les ,cultes1 rassembl une foule de preuves que jadis la balance tait place l'quinoxe du printemps1 et le belier l'quinoxe d'automne1 c'est--dire que la prcession des quinoxes a caus un dplacement de plus de sept signes4 ,l'action de ce phnomne est incontestable3 les calculs les plus rcents l'valuent #ej secondes1 #ab ou #ae tierces par an2 donc chaque degr de signe zodiacal est dplac et mis en arrire1 en #ga ans #h ou #i mois2 donc un sign entier1 en #baeb ou #ec ans4 ,or si1 comme il est de fait1 le point quinoxial du printemps fut juste au #a;er degr du belier1 l'an #chh avant ,j4-,c42 c'est--dire si1 cette poque1 le soleil avait parcouru et mis en arrire tout ce signe pour entrer dans les poissons1 qu'il a quitts de nos jours1 il s'ensuit qu'il avait quitt le taureau #baec ans auparavant1 c'est--dire vers l'an #bedj avant ,j4-,c41 et qu'il y tait entr vers l'an #dfib avant ,j4-,c4 ,ainsi1 remontant de signe en signe1 le #a;er degr du belier avait t le point quinoxial d'automne environ #ab1iab ans avant l'an #chh1 c'est--dire #ac1cjj ans avant l're chrtienne3 ajoutez nos dix-huit sicles1 vous avez #ae1ajj ans1 et de plus la quantit de temps et de sicles qu'il fallut pour amener les connaissances astronomiques ce degr d'lvation4 ,maintenant remarquez que le culte du signe taureau joue un rle principal chez les gyptiens1 les ,perses1 les ,japonais1 etc42 ce qui indique cette poque une marche commune d'ides chez ces divers peuples4 ,les #e ou #fjjj ans de la ,gense ne font objection que pour ceux qui y croient par ducation3 7,voy4 ce sujet l'analyse de la ,gense1 dans le tom4 ,ier des ,recherches nouvelles sur l'histoire ancienne2 voy4 aussi l',origine des ,constellations1 par ,dupuis1 #agha2 l',origine des ,cultes1 en #c vol4 in-#d1 #agid1 et le ,zodiaque chronologique1 in-#d1 #ahjf47 ,pag4 #agf1 lig4 #b4 7,les noms des objets terrestres qui leur rpondaient47 ,les anciens1 dit ,maimonides1 portant toute leur attention sur l'agriculture1 donnrent aux toiles des noms tirs de leurs occupations pendant l'anne4 7,more ,neb44441 pars ,v47 ,pag4 #agg1 lig4 #ai4 7,tel fut le moyen d'appellation47 ,les anciens disaient3 crabiser1 capriser1 tortuiser1 comme nous disons serpenter1 coqueter2 tout le langage a t construit sur ce mcanisme4 ,pag4 #agi1 lig4 #bf4 7,en qui la vertu des astres s'tait insre47 ,les anciens astrologues1 dit le plus savant des ,juifs 7,maimonides71 ayant consacr chaque plante une couleur1 un animal1 un bois1 un mtal1 un fruit1 une plante1 ils formaient de toutes ces choses une figure ou reprsentation de l'astre1 observant pour cet effet de choisir un instant appropri1 un jour heureux1 tel que la conjonction ou tout autre aspect favorable2 par leurs crmonies 7magiques71 ils croyaient pouvoir faire passer dans ces figures ou idoles les influences des tres suprieurs 7leurs modles74 ,c'taient ces idoles qu'adoraient les ,kaldens-sabens3 dans le culte qu'on leur rendait1 il fallait tre vtu de la couleur propre4444 ,ainsi1 par leurs pratiques1 les astrologues introduisirent l'idoltrie1 ayant pour objet de se faire regarder comme les dispensateurs des faveurs des cieux2 et parce que les peuples anciens taient entirement adonns l'agriculture1 ils leur persuadaient qu'ils avaient le pouvoir de disposer des pluies et des autres biens des saisons2 ainsi1 toute l'agriculture s'exerait par des rgles d'astrologie1 et les prtres faisaient des talismans pour chasser les sauterelles1 les mouches1 etc4 ,voy4 ,maimonides1 ,more ,nebuchim1 pars #aaa1 c4 #i4 ,les prtres gyptiens1 indiens1 perses1 etc41 prtendent lier les dieux leurs idoles1 les faire descendre du ciel leur gr2 ils menacent le soleil et la lune de rvler les secrets des mystres1 d'branler les cieux1 etc4 ,eusbe1 ,prparat4 evang41 pag4 #aih2 et ,iamblique1 de ,mysteriis gyptiorum4 ,pag4 #ahj1 lign4 #ab4 7,fut cens en remplir les rles astronomiques47 ,ce sont les propres paroles de ,iamblique1 de ,symbolis gyptiorum1 c4 #b1 sect4 #g4 ,il tait le grand ,prote1 le mtamorphiste universel4 ,pag4 #aha1 lig4 #bb4 7,votre tonsure est le disque du soleil47 ,les ,arabes1 dit ,hrodote1 lib4 ,,iii1 se rasent la tte en rond et autour des tempes1 ainsi que se la rasait1 disaient-ils1 ,bacchus 7qui est le soleil74 ,jrmie1 c4 #be1 ,v4 #bc1 parle de cette coutume4 ,la touffe que conservent les musulmans est encore prise du soleil1 qui1 chez les gyptiens1 tait peint1 au solstice d'hiver1 n'ayant plus qu'un cheveu sur la tte4 7,votre tole est son zodiaque74 ,les toles de la desse de ,syrie et de la ,diane d'phse1 d'o drive celle des prtres1 portent les douze animaux du zodiaque4 ,les chapelets se retrouvent dans toutes les idoles indiennes1 composes il y a plus de #dejj ans1 et leur usage est universel et immmorial en ,asie4 ,la crosse est prcisment le bton de ,bootes ou ,osiris4 7,voy4 la planche ,,iii47 ,tous les lamas portent la mitre1 ou bonnet conique1 qui tait l'emblme du soleil4 ,pag4 #ahb1 lig4 #ba4 7,on en fit la vie historique d',hercule47 ,voy4 l'ouvrage de ,dupuis1 ,origine des ,constellat1 et ,origine de tous les ,cultes4 ,pag4 #ahc1 lig4 #ai4 7,la runion de ces figures avait des sens convenus47 ,le lecteur verra sans doute avec plaisir plusieurs exemples des hiroglyphes des anciens4 ,les gyptiens1 dit ,hor-,apollo1 dsignent l'ternit par les figures du soleil et de la lune4 ,ils figurent le monde par un serpent bleu cailles jaunes 7les toiles2 c'est le dragon chinois74 ,s'ils veulent exprimer l'anne1 ils reprsentent ,isis1 qui dans leur langue se nomme aussi ,sothis1 ou la canicule1 premire des constellations1 par le lever de qui l'anne commenait4 ,son inscription ,sas tait3 ,c'est moi qui me lve dans la constellation du chien4 ,ils figurent aussi l'anne par un palmier1 et le mois par un rameau1 parce que1 chaque mois1 le palmier pousse une branche4 ,ils la figurent encore par le quart d'un arpent4 7,l'arpent entier1 divis en quatre1 dsignait la priode bissextile de quatre ans3 l'abrviation de cette figure du champ quadripartite est visiblement la lettre ha ou hth1 septime de l'alphabet samaritain2 les lettres alphabtiques pourraient bien n'tre que des abrviations d'hiroglyphes astronomiques1 et par cette raison on aurait crit de droite gauche1 dans le sens de la marche des toiles47 ,ils dsignent un prophte par l'image d'un chien1 attendu que l'astre-chien 7,anoubis7 annonce par son lever l'inondation4 ,ils peignent l'inondation par un lion1 parce qu'elle arrive sous ce signe2 et de l1 dit ,plutarque1 l'usage des figures de lion vomissant de l'eau la porte des temples4 ,ils expriment ,dieu et la destine par une toile4 ,ils reprsentent aussi ,dieu1 dit ,porphyre1 par une pierre noire1 parce que sa nature est tnbreuse1 obscure4 ,toutes les choses blanches expriment les dieux clestes1 lumineux2 toutes les circulaires expriment le monde1 la lune1 le soleil1 les orbites2 tous les arcs et croissans1 la lune4444 ,ils figurent le feu et les dieux de l',olympe par des pyramides et des oblisques 7le nom du soleil1 ,baal1 se trouve dans ce dernier mot72 le soleil par un cne 7la mitre d',osiris72 la terre par un cylindre 7qui roule72 la puissance gnratrice 7de l'air7 par le phallus1 et celle de la terre par un triangle1 emblme de l'organe femelle4 7,euseb41 ,prpar4 evang41 p4 #ih47 ,le limon1 dit ,iamblique1 de ,symbolis1 sect4 #g1 c4 #b1 dsigne la matire1 la puissance gnrative et nutritive2 tout ce qui reoit la chaleur1 la fermentation de la vie4 ,un homme assis sur le lotos ou nnuphar dsigne l'esprit moteur 7le soleil71 qui1 de mme que cette plante vit dans l'eau sans toucher au limon1 existe pareillement spar de la matire1 nageant dans l'espace1 se reposant sur lui-mme2 rond dans toutes ses parties1 comme le fruit1 les feuilles et les fleurs du lotos4 7,brahma a des yeux de lotos1 dit le ,chaster ,nardisen1 pour dsigner son intelligence1 son oeil1 qui surnage tout1 comme la fleur du lotos sur l'eau47 ,un homme au timon d'un vaisseau1 continue ,iamblique1 dsigne le soleil qui gouverne tout4 ,et ,porphyre nous dit que c'est encore lui que reprsente un homme dans un vaisseau sur un crocodile 7amphibie1 emblme de l'air et de l'eau47 lphantine on adorait une figure d'homme assis1 de couleur bleue1 ayant une tte de belier1 et des cornes de bouc qui embrassaient le disque2 le tout pour figurer la conjonction du soleil dans le belier avec la lune4 ,la couleur bleue dsigne la puissance attribue la lune dans cette conjonction1 d'lever les eaux en nuages 7apud ,euseb41 ,prpar4 evang41 pag4 #aaf74 ,l'pervier est l'emblme du soleil et de la lumire1 raison de son vol rapide et lev au plus haut de l'air1 o abonde la lumire4 ,le poisson est l'emblme de l'aversion1 et l'hippopotame de la violence1 parce que1 dit-on1 il tue son pre et viole sa mre4 ,de l1 dit ,plutarque1 l'inscription hiroglyphique du temple de ,sas1 o l'on voit peints sur le vestibule1 #a un enfant1 #b un vieillard1 #c un pervier1 #d un poisson1 et #e un hippopotame2 ce qui signifie3 #a arrivants 7 la vie71 et #b partants1 #c dieu1 #d hait1 #e l'injustice4 7,voyez ,isis et ,osiris47 ,les gyptiens1 ajoute-t-il1 peignent le monde par un scarabe1 parce que cet insecte pousse contre-sens de sa marche une boule qui contient ses oeufs1 comme le ciel des fixes pousse le soleil 7jaune de l'oeuf7 contre-sens de sa rotation4 ,ils peignent le monde par le nombre cinq1 qui est celui des lments1 savoir1 dit ,diodore1 la terre1 l'eau1 l'air1 le feu et l'ther ou spiritus 7ils sont les mmes chez les ,indiens72 et1 selon les mystiques1 dans ,macrobe1 ce sont le ,dieu suprme ou premier mobile1 l'intelligence ou mens ne de lui1 l'ame du monde qui en procde1 les sphres clestes et les choses terrestres4 ,de l1 ajoute ,plutarque1 l'analogie de pent1 cinq 7en grec71 ,pan1 le tout4 ,l'ne1 dit-il encore1 dsigne ,typhon1 parce qu'il est de couleur rousse1 comme lui3 or1 ,typhon est tout ce qui est bourbeux1 limoneux 7et j'observerai qu'en hbreu1 limon1 couleur rousse1 et ne1 sont des mots forms de la mme racine hamr74 ,de plus1 ,iamblique nous a dit que le limon dsignait la matire1 et il ajoute ailleurs que tout mal1 toute corruption viennent de la matire2 ce qui1 compar au mot de ,macrobe1 tout est prissable1 sujet au changement dans la sphre cleste1 nous donne la thorie du systme d'abord physique1 puis moralis1 d bien et du mal des anciens4 7,voy4 encore le ,mmoire sur le zodiaque de ,dendera1 que le savant ,dupuis a insr dans le journal intitul3 ,revue philosophique1 anne #ahja47 ,pag4 #ahg1 lig4 #a4 7,une cause insense de superstition47 ,c'est le propre texte de ,plutarque1 qui raconte que ces divers cultes furent donns par un roi d'gypte1 aux diffrentes villes1 pour les dsunir et les asservir 7et ces rois taient pris dans la caste des prtres74 ,v4 ,isis et ,osiris4 ,pag4 #ahi1 lig4 #ae4 7,dans la projection de la sphre que traaient les prtres astronomes47 ,les anciens prtres eurent trois espces de projection1 qu'il est utile de faire connatre au lecteur4 ,nous lisons dans ,eubulus1 dit ,porphyre1 que ,zoroastre fut le premier qui1 ayant choisi dans les montagnes voisines de la ,perse une caverne agrablement situe1 la consacra ,mithra 7le soleil71 crateur et pre de toutes choses1 c'est--dire qu'ayant partag cet antre en divisions gomtriques qui reprsentaient les climats et les lments1 il imita en petit l'ordre et la disposition de l'univers par ,mithra4 ,aprs ,zoroastre1 ce devint un usage de consacrer les antres la clbration des mystres2 en sorte que1 de mme que les temples sont affects aux dieux clestes1 les autels champtres aux hros et aux dieux terrestres1 les souterrains aux dieux infernaux 7infrieurs72 de mme les antres et les grottes furent spcialement attribus au monde1 l'univers et aux nymphes3 de l est venue ,pythagore et ,platon l'ide d'appeler le monde une caverne1 un antre4 7,porphyre1 ,de antro ,nympharum47 ,voici donc une premire projection en relief2 et quoique les ,perses aient fait honneur de son invention ,zoroastre1 on peut assurer qu'elle eut lieu chez les gyptiens1 et que mme tant la plus simple1 elle dut y tre la plus ancienne2 les cavernes de ,thbes1 remplies de peintures1 autorisent ce sentiment4 ,en voici une seconde4 ,les prophtes ou hirophantes des gyptiens1 dit l'vque ,synnesius1 qui avait t initi aux mystres1 ne permettent pas aux ouvriers ordinaires de faire les idoles ou images des dieux2 mais ils descendent eux-mmes dans les antres sacrs1 o ils ont des coffres cachs1 qui renferment certaines sphres sur lesquelles ils composent ces images en secret et l'insu du peuple1 qui mprise les choses simples et naturelles1 et qui veut des prodiges et des fables4 7,syn41 in ,calvit47 ,c'est--dire que les prtres avaient des sphres armillaires comme les ntres2 et ce passage1 si concordant avec celui de ,chrmon1 nous donne la cl de toute leur thologie astrologique4 ,enfin1 ils avaient des plans plats1 dans le genre de la planche ,,iii2 avec cette diffrence1 que leurs plans1 trs-compliqus1 portaient toutes leurs divisions fictives de dcans et sous-dcans1 avec les indications 7hiroglyphiques7 de leurs influences4 ,kirker en a donn une copie dans son ,o,edipe gyptien1 et ,gbelin un fragment figur dans son volume du calendrier 7sous le nom de ,zodiaque gyptien74 ,les anciens gyptiens1 dit l'astrologue ,julius ,firmicus 7,astron41 lib4 ,,ii1 c4 #d1 et lib4 ,,iv1 c4 #af71 divisent chaque signe du zodiaque en trois sections2 et chaque section fut sous la direction d'un tre fictif1 qu'ils appelrent dcan ou chef de dixaine2 en sorte qu'il y eut trois dcans par mois et trente-six par an4 ,or1 ces dcans1 qui furent aussi appels dieux 7,thoi71 rglent les destines des hommes4441 et ils taient spcialement placs dans certaines toiles4444 ,dans la suite on imagina en chaque dixaine trois autres dieux1 que l'on appela les dispensateurs2 de sorte qu'il y en eut neuf par mois1 qui furent encore diviss en un nombre infini de puissances4 7,les ,perses et les ,indiens firent leurs sphres sur des plans semblables2 et si l'on dressait un tableau de la description qu'en donne ,scaliger la fin de ,manilius1 l'on y verrait prcisment la dfinition de leurs hiroglyphes1 car chaque article en est un47 ,ibidem1 lig4 #ah4 7,l'hmisphre d'hiver lui tait antipode47 ,voil prcisment pourquoi le nom d',ahrimanes tait toujours crit par les ,perses renvers ainsi3 ,ahrimn note du transcripteur3 mot en sens dessus dessous en arrire44 ,pag4 #aij1 lig4 #ab4 7,typhon1 c'est--dire le dluge1 raison des pluies47 ,typhon1 prononc touphon par les ,grecs1 est prcisment le touphan arabe1 qui veut dire dluge2 et tous ces dluges des mythologies ne sont1 tantt que l'hiver et les pluies1 et tantt le dbordement du ,nil2 de mme que les prtendus incendies qui doivent terminer le monde1 ne sont que la saison d't4 ,voil pourquoi ,aristote1 ,de meteoris1 lib4 #a1 c4 #ad1 dit que l'hiver de la grande anne cyclique est un dluge1 et son t un incendie4 ,les gyptiens1 dit ,porphyre1 emploient chaque anne un talisman en mmoire du monde2 au solstice d't1 ils marquent de rouge les maisons1 les troupeaux1 les arbres1 disant que ce jour-l tout le monde a t incendi4 ,c'tait aussi alors que se clbrait la danse pyrrhique ou de l'incendie4 7,et ceci explique l'origine des purifications par le feu et par l'eau1 car ayant appel le tropique du cancer portes des cieux et de la chaleur ou feu cleste1 et celui du capricorne porte du dluge ou de l'eau1 il fut cens que les esprits ou ames qui passaient par ces portes pour aller et venir aux cieux1 taient rtis ou baigns3 de l le baptme de ,mithra1 et le passage travers les flammes1 pratiqus dans tout l',orient long-temps avant ,mose47 ,ibidem1 lig4 #ad4 7,dans la ,perse1 en un temps postrieur47 ,dans un temps postrieur1 c'est--dire lorsque le belier devint le signe quinoxial1 ou plutt lorsque le drangement du ciel eut fait apercevoir que ce n'tait plus le taureau4 ,pag4 #aia1 lig4 #aa4 7,tous les actes religieux du genre gai47 ,toutes les ftes anciennes1 relatives au retour ou l'exaltation du soleil1 portaient ce caractre3 de l les hilaria du calendrier romain au passage 7pascha7 de l'quinoxe vernal4 ,les danses taient des imitations de la marche des plantes4 ,celle des derviches la figure encore aujourd'hui4 ,ibid41 lig4 #ag4 7,tous les actes religieux du genre triste47 ,on n'offre1 dit ,porphyre1 de sacrifices sanglants qu'aux dmons et aux gnies malfaisants1 pour dtourner leur colre4444 ,les dmons aiment le sang1 l'humidit1 la puanteur4 ,apud ,euseb41 ,prp4 evang41 p4 #agc4 ,les gyptiens1 dit ,plutarque1 n'offrent de victimes sanglantes qu' ,typhon4 ,on lui immole un boeuf roux2 et l'animal de sacrifice est un animal excr1 charg de tous les pchs du peuple 7le bouc de ,mose74 ,voyez ,de ,iside et ,osiride4 7,ce partage des animaux en sacrs et abominables47 ,strabon dit1 l'occasion de ,mose et des ,juifs3 ,de la superstition sont nes les prohibitions de certaines viandes et les circoncisions4--,et j'observe1 l'gard de cette dernire pratique1 que son but tait d'enlever au symbole d',osiris 7phallus7 l'obstacle prtendu de la fcondation3 obstacle qui portait le sceau de ,typhon1 dont la nature1 dit ,plutarque1 est tout ce qui empche1 s'oppose1 fait obstruction4 ,pag4 #aig1 lig4 #f4 7,les heureux n'y donneront point d'ombre47 ,il est ce sujet un passage de ,plutarque si intressant et si explicatif de tout ce systme1 que le lecteur nous saura gr de le lui citer en entier2 aprs avoir dit que la thorie du bien et du mal avait de tout temps exerc les physiciens et les thologiens3 ,plusieurs1 ajoute-t-il1 croient qu'il y a deux dieux dont le penchant oppos se plat1 l'un au bien1 et l'autre au mal2 ils appellent spcialement dieu le premier1 et gnie ou dmon le second4 ,zoroastre les a nomms ,oromaze et ,ahrimanes1 et il a dit que de tout ce qui tombe sous nos sens1 la lumire est l'tre qui reprsente le mieux l'un2 les tnbres et l'ignorance1 l'autre4 ,il ajoute que ,mithra leur est intermdiaire2 et voil pourquoi les ,perses appellent ,mithra le mdiateur ou l'intermdiaire4 ,chacun de ces dieux a des plantes et des animaux qui lui sont particulirement consacrs3 par exemple1 les chiens1 les oiseaux1 les hrissons1 sont affects au bon gnie2 tous les animaux aquatiques au mauvais4 ,les ,perses disent encore qu',oromaze naquit ou fut form de la lumire la plus pure2 ,ahrimanes1 au contraire1 des tnbres les plus paisses2 qu',oromaze fit six dieux aussi bons que lui1 et qu',ahrimanes leur en opposa six mchants2 qu'ensuite ,oromaze se tripla 7,herms trismgiste71 et s'loigna du soleil autant que le soleil est loign de la terre1 et qu'il fit les toiles1 et entre autres ,sirius1 qu'il plaa dans les cieux comme un gardien et une sentinelle4 ,or1 il fit encore vingt-quatre autres dieux1 qu'il plaa dans un oeuf2 mais ,ahrimanes en cra vingt-quatre autres qui percrent l'oeuf1 et alors les biens et les maux furent mls 7dans l'univers74 ,mais enfin ,ahrimanes doit tre un jour vaincu1 et la terre deviendra gale et aplanie1 afin que tous les hommes vivent heureux4 ,thopompe ajoute1 d'aprs les livres des mages1 que tour tour l'un de ces dieux domine tous les trois mille ans1 pendant que l'autre a du dessous2 qu'ensuite ils combattent armes gales pendant trois autres mille ans2 mais enfin que le mauvais gnie doit succomber 7sans retour74 ,alors les hommes deviendront heureux1 et ne donneront point d'ombre4 ,or1 le dieu qui mdite ces choses1 se repose en attendant qu'il lui plaise de les excuter4 7,de ,iside et ,osiride47 ,l'allgorie se montre dcouvert dans tout ce passage4 ,l'oeuf est la sphre des fixes1 le monde2 les six dieux d',oromaze sont les six signes d't2 les six signes d',ahrimanes1 les six signes d'hiver4 ,les quarante-huit dieux crs ensuite sont les quarante-huit constellations de la sphre ancienne1 partage galement entre ,ahrimanes et ,oromaze4 ,le rle de ,sirius1 gardien1 sentinelle1 dcle l'origine gyptienne de ces ides2 enfin cette expression1 que la terre deviendra gale et aplanie1 et que les hommes heureux ne donneront point d'ombre1 nous montre que le paradis vritable tait l'quateur4 ,ibidem1 lig4 #ae4 7,les crmonies de l'antre de ,mithra47 ,dans les antres factices que les prtres pratiqurent partout1 on clbrait des mystres qui consistaient1 dit ,origne contre ,celse1 imiter les mouvemens des astres1 des plantes et de tous les cieux4 ,les initis portaient des noms de constellations1 et prenaient des figures d'animaux4 ,l'un tait dguis en lion1 l'autre en corbeau1 celui-ci en belier4 ,de l les masques de la premire comdie4 ,voy4 ,antiq4 dvoile1 tom4 ,,ii pag4 #bdd4 ,dans les mystres de ,crs1 le chef de la procession s'appelait le crateur2 le porteur de flambeau1 le soleil2 celui qui tait prs de l'autel1 la lune2 le hraut ou diacre1 ,mercure4 ,en gypte1 il y avait une fte o des hommes et des femmes reprsentaient l'anne1 le sicle1 les saisons1 les parties du jour1 et ils suivaient ,bacchus4 7,athne1 lib4 ,v1 c4 #g47 ,dans l'antre de ,mithra il y avait une chelle sept chelons ou degrs1 figurant les sept sphres des plantes1 par ou montaient et descendaient les ames2 c'est prcisment l'chelle de la vision de ,jacob2 ce qui indique1 cette poque1 tout le systme form4 ,il y a la ,bibliothque royale un superbe volume de peinture des dieux de l',inde1 o l'chelle se trouve represente avec les ames qui y montent1 planche dernire4 ,voy4 l'astronomie ancienne par ,bailly1 o nos assertions sur les connaissances des prtres sont amplement prouves4 ,pag4 #bjj1 lig4 #a4 7,dont toutes les parties avaient une liaison intime47 ,ce sont les propres paroles de ,iamblique4 ,de myst4 gypt4 ,ibidem1 lig4 #d4 7,un fluide ign1 lectrique47 ,plus je considre ce que les anciens ont entendu par ther et esprit1 et ce que les ,indiens nomment l'akache1 plus j'y trouve d'analogie avec le fluide lectrique4 ,un fluide lumineux remplissant l'univers1 composant la matire des astres1 principe de mouvement et de chaleur1 ayant des molcules rondes1 lesquelles s'insinuant dans un corps1 le remplissent en s'y dilatant1 quelle que soit son tendue3 quoi de plus ressemblant l'lectricit8 ,ibidem1 lig4 #g4 7,le coeur ou le foyer47 ,les physiciens1 dit ,macrobe1 appelrent le soleil coeur du monde1 c4 #bj1 ,som4 ,scip4 ,les gyptiens1 dit ,plutarque1 appellent l'orient le visage1 le nord le ct droit1 le midi le ct gauche du monde 7parce que le coeur y est plac74 ,sans cesse ils comparaient l'univers un homme1 et de l le ,microcosme si clbre des alchimistes4 ,observons1 en passant1 que les alchimistes1 les cabalistes1 les francs-maons1 les magntiseurs1 les martinistes1 et tous les visionnaires de ce genre1 ne sont que des disciples gars de cette cole antique4 ,consultez1 encore le pythagoricien ,ocellus ,lucanus1 et l',o,edipus gypliacus de ,kirker1 t4 ,,ii1 page #bje4 ,ibidem1 lig4 #bh4 7,dans l'ther1 au milieu de la vote des cieux47 ,cette comparaison un jaune d'oeuf porte1 #a sur l'analogie de la figure ronde et jaune2 #b sur la situation au milieu2 #c sur le germe ou principe de vie plac dans le jaune4 ,la figure ovale serait-elle relative l'ellipse des orbites8 ,je suis port le croire4 ,le mot orphique offre d'ailleurs une remarque nouvelle4 ,macrobe dit 7,som4 ,scipion41 c4 #ad et c4 #bj7 que le soleil est la cervelle de l'univers1 et que c'est par analogie que dans l'homme le crne est rond1 comme l'astre sige de l'intelligence3 or1 le mot rph 7par an7 signifie en hbreu le cerveau et son sige 7cervix72 alors ,orphe est le mme que ,bedou ou ,baits2 et les bonzes sont ces mmes orphiques que ,plutarque nous peint comme des charlatans qui ne mangeaient point de viande1 vendaient des talismans1 des pierres1 etc41 et trompaient les particuliers et mme les gouvernements4 ,voy4 un savant ,mmoire de ,frret1 sur les ,orphiques4 ,acad des ,inscrip4 tom4 ,,xxiii1 in-#d4 ,pag4 #bja1 lig4 #aj4 7,sur l tte une sphre d'or47 ,voy4 ,porphyre1 dans ,eusbe1 ,prpar4 evangel41 lib4 ,,iii1 pag41 #aae4 ,pag4 #bjc1 lig4 #ac4 7,de la tout le systme de l'immortalit de l'ame47 ,dans le systme des premiers spiritualistes1 l'ame n'tait point cre avec le corps1 ou en mme temps que lui1 pour y tre insre2 elle existait antrieurement et de toute ternit4 ,voici1 en peu de mots1 la doctrine qu'expose ,macrobe cet gard4 ,som4 ,scip4 passim4 ,il existe un fluide lumineux1 ign1 et trs subtil1 qui1 sous le nom d'ther et de spiritus1 remplit l'univers2 il compose la substance du soleil et des astres2 il est le principe et l'agent essentiel de tout mouvement1 de toute vie2 il est la ,divinit4 ,quand un corps doit tre anim sur la terre1 une molcule ronde de ce fluide gravite par la voie lacte vers la sphre lunaire2 et parvenue l1 elle se combine avec un air plus grossier1 et devient propre s'associer la matire3 alors elle entre dans le corps qui se forme1 le remplit tout entier1 l'anime1 crot1 souffre1 grandit et diminue avec lui3 lorsque ensuite il prit et que ses lments grossiers se dissolvent1 cette molcule incorruptible s'en spare1 et elle se runirait de suite au grand ocan de l'ther1 si sa combinaison avec l'air lunaire ne la retenait3 c'est cet air 7ou gaz7 qui1 conservant les formes du corps1 reste dans l'tat d'ombre ou de fantme1 image parfaite du dfunt4 ,les ,grecs appelaient cette ombre l'image ou l'idole de l'ame2 les pythagoriciens la nommaient son char1 son enveloppe2 et l'cole rabbinique son vaisseau1 sa nacelle4 ,lorsque l'homme avait bien vcu1 cette ame entire1 c'est--dire1 son char et son ther1 remontaient la lune1 o il s'en faisait une sparation2 le char vivait dans l'lyse lunaire1 et l'ther retournait aux fixes1 c'est--dire ,dieu2 car1 dit ,macrobe1 plusieurs appellent ,dieu le ciel des fixes 7c4 #ad74 ,si l'homme n'avait pas bien vcu1 l'ame restait sur terre pour se purifier1 et elle errait et l la manire des ombres d',homre1 qui connut toute cette doctrine1 en ,asie1 trois sicles avant que ,phrcyde et ,pythagore l'eussent rajeunie en ,grce4 ,hrodote dit1 cette occasion1 que tout le roman de l'ame et de ses transmigrations a t invent par les gyptiens1 et rpandu en ,grce par des hommes qui s'en sont prtendus les auteurs4 ,je sais leurs noms1 dit-il1 mais je veux les taire 7lib4 ,,ii74 ,cicron y supple1 en nous apprenant positivement que ce fut ,phrcyde1 matre de ,pythagore 7,tuscul41 lib4 ,i1 #af74 ,dans la ,syrie et dans la ,jude1 nous trouvons une preuve palpable de son existence1 cinq sicles avant ,pythagore1 en cette phrase de ,salomon1 o il dit3 ,qui sait si l'esprit de l'homme monte dans les rgions suprieures8 ,pour moi1 mditant sur la condition des hommes1 j'ai vu qu'elle tait la mme que celle des animaux4 ,leur fin est la mme2 l'homme prit comme l'animal2 ce qui reste de l'un n'est pas plus que ce qui reste de l'autre2 tout est nant4 ,eccles41 c4 ,,iii1 ,v4 ,,ii4 ,et telle avait t l'opinion de ,mose1 comme l'a bien observ le traducteur d',hrodote 7,larcher1 dans sa premire dition1 note #chi du liv4 ,,ii71 o il dit aussi que l'immortalit ne s'introduisit chez les ,hbreux que par la communication des ,assyriens4 ,du reste1 tout le systme pythagoricien1 bien analys1 n'est qu'un pur systme de physique mal entendu4 ,pag4 #bjf1 lig4 #bg4 7,ses noms mmes1 tous drivs47 ,en dernire analyse1 tous les noms de la ,divinit reviennent celui d'un objet matriel quelconque1 qui en fut cens le sige4 ,nous en avons vu une foule d'exemples3 donnons-en un encore dans notre propre mot dieu4 ,ce terme1 comme on le sait1 est le deus des ,latins1 qui lui-mme est le theos des ,grecs4 ,or1 de l'aveu de ,platon 7in ,cratylo71 de ,macrobe 7,saturn4 lib4 ,i1 c4 #bd71 et de ,plutarque 7,isis et ,osiris71 sa racine est thin1 qui signifie errer1 comme planin2 c'est--dire qu'il est synonyme plantes1 parce que1 ajoutent ces auteurs1 les anciens ,grecs1 ainsi que les barbares1 adoraient spcialement les plantes4 ,je sais que l'on a beaucoup dcri cette recherche des tymologies2 mais si1 comme il est vrai1 les mots sont les signes reprsentatifs des ides1 la gnalogie des uns devient celle des autres1 et un bon dictionnaire tymologique serait la plus parfaite histoire de l'entendement humain4 ,seulement il faut porter dans cette recherche des prcautions que l'on n'a pas prises jusqu' ce jour1 et entre autres il faut avoir fait une comparaison exacte de la valeur des lettres des divers alphabets4 ,mais1 pour continuer notre sujet1 nous ajouterons que dans le phnicien1 le mot thh 7par an7 signifi aussi errer1 et qu'il parat tre la source de thin3 si l'on veut que dus drive du grec ,zeus1 nom propre de ,youpiter1 ayant pour racine zaw1 je vis1 il reviendra prcisment au sens de you1 qui signifiera l'ame du monde1 le feu principe4 ,div-us1 qui ne signifie que gnie1 dieu du second ordre1 me parat venir de l'oriental div pour dib1 loup et chacal1 l'un des emblmes du soleil4 ,thbes1 dit ,macrobe1 le soleil tait peint sous la forme d'un loup ou chacal 7car il n'y a pas de loups en gypte74 ,la raison de cet emblme est sans doute que le chacal annonce par ses cris le lever du soleil1 ainsi que le coq2 et cette raison se confirme par l'analogie du mot lykos1 loup1 et lyk1 lumire du matin1 d'o est venu lux4 ,dius1 qui s'entend aussi du soleil1 doit venir de dh1 pervier4 ,les gyptiens1 dit ,porphyre 7,euseb41 ,prp4 evang41 p4 #ib71 peignent le soleil sous l'emblme d'un pervier1 parce que cet oiseau vole au plus haut des airs1 o abonde la lumire4 ,et1 en effet1 on voit sans cesse au ,kaire des milliers de ces oiseaux planer dans l'air1 d'o ils ne descendent que pour importuner par leur cri qui imite la syllabe dh2 et ici comme dans l'exemple prcdent1 se retrouve l'analogie des mots dies1 jour1 lumire1 et dius1 dieu1 soleil4 ,pag4 #bjg1 lig4 #af4 7,htrent par leurs disputes le progrs des sciences et des dcouvertes47 ,l'une des preuves les plus plausibles que ces systmes furent invents en gypte1 rside surtout en ce que ce pays est le seul o l'on voie un corps complet de doctrine form ds la plus haute antiquit4 ,clment d',alexandrie nous a transmis 7,stromat4 lib4 ,,vi7 un dtail curieux de #db volumes que l'on portait dans la procession d',isis4 ,le chef1 dit-il1 ou chantre1 porte un des instruments1 symboles de la musique1 et deux livres de ,mercure1 contenant1 l'un des hymnes aux dieux1 l'autre la liste des rois4 ,aprs lui l'horoscope 7l'observateur du temps7 porte une palme et une horloge1 symboles de l'astrologie2 il doit savoir par coeur les quatre livres de ,mercure qui traitent de l'astrologie1 le premier sur l'ordre des plantes1 le second sur les levers du soleil et de la lune1 et les deux autres sur les levers et aspects des astres4 ,l'crivain sacr vient ensuite1 ayant des plumes sur la tte 7comme ,kneph71 et en main un livre1 de l'encre et un roseau pour crire 7ainsi que le pratiquent encore les ,arabes72 il doit connatre les hiroglyphes1 la description de l'univers1 le cours du soleil1 de la lune1 des plantes2 la division de l'gypte 7en #cf nomes71 le cours du ,nil1 les instruments1 les ornements sacrs1 les lieux saints1 les mesures1 etc4 ,puis vient le porte-tole1 qui porte la coude de justice1 ou mesure du ,nil1 et un calice pour les libations3 dix volumes concernent les sacrifices1 les hymnes1 les prires1 les offrandes1 les crmonies1 les ftes4 ,enfin arrive le prophte1 qui porte dans son sein et dcouvert une cruche3 il est suivi par ceux qui portent les pains 7comme aux noces de ,cana74 ,ce prophte1 en qualit de prsident des mystres1 apprend dix 7autres7 volumes sacrs qui traitent des lois1 des dieux et de toute la discipline des prtres1 etc4 ,or1 il y a en tout quarante-deux volumes1 dont trente-six sont appris par ces personnages2 les six autres sont du ressort des pastophores3 ils traitent de la mdecine1 de la construction du corps humain 7l'anatomie71 des maladies1 des mdicaments1 des instruments1 etc4 ,nous laissons au lecteur dduire toutes les consquences d'une pareille encyclopdie4 ,on l'attribuait ,mercure2 mais ,iamblique nous avertit que tout livre compos par les prtres tait ddi ce dieu1 qui1 titre de gnie ou dcan ouvreur du zodiaque1 prsidait l'ouverture de toute entreprise3 c'est le ,janus des ,romains1 le ,guianesa des ,indiens1 et il est remarquable que ,ianus et ,guianes sont homonymes4 ,du reste1 il parat que ces livres sont la source de tout ce que nous ont transmis les ,latins et les ,grecs dans toutes les sciences1 mme en alchimie1 en ncromancie1 etc4 ,ce que l'on doit le plus regretter est la partie de l'hygine et de la dittique1 dans lesquelles il parat que les gyptiens avaient rellement fait de grands progrs et d'utiles observations4 ,pag4 #bjh1 lig4 #ah4 7,son dieu n'en fut pas moins un dieu gyptien47 une certaine poque1 dit ,plutarque 7,de ,iside71 tous les gyptiens font peindre leurs dieux-animaux4 ,les ,thbains sont les seuls qui ne paient pas de peintres1 parce qu'ils adorent un dieu dont les formes ne tombent pas sous les sens et ne se figurent point4 ,et voil le dieu que ,mose1 lev ,hliopolis1 adopta par prfrence1 mais qu'il n'inventa point4 ,ibid41 lig4 #bj4 7,et ,yahouh1 dcel par son propre nom47 ,telle est la vraie prononciation du ,jehovah de nos modernes1 qui choquent en cela toutes les rgles de la critique1 puisqu'il est constant que les anciens1 surtout les orientaux ,syriens et ,phniciens1 ne connurent jamais ni le ,j ni le v1 venus des ,tartares4 ,l'usage subsistant des ,arabes1 que nous rtablissons ici1 est confirm par ,diodore1 qui nomme ,iaw le dieu de ,mose 7lib4 ,i72 et l'on voit que ,iaw et ,iahouh sont le mme mot3 l'identit se continue dans celui de ,ioupiter2 mais afin de la rendre plus complte1 nous allons la dmontrer par le sens mme4 ,en hbreu1 c'est--dire dans l'un des dialectes de la langue commune la basse ,asie1 le mot ,yahouh quivaut notre priphrase celui qui est lui1 l'tre existant1 c'est--dire le principe de la vie1 le moteur ou mme le mouvement 7l'ame universelle des tres74 ,or1 qu'est-ce que ,jupiter8 coutons les ,latins et les ,grecs expliquant leur thologie3 ,les gyptiens1 dit ,diodore d'aprs ,manethon1 prtre de ,memphis1 les gyptiens1 donnant des noms aux cinq lments1 ont appel l'esprit 7ou ther7 ,youpiter1 raison du sens propre de ce mot2 car l'esprit est la source de la vie1 l'auteur du principe vital dans les animaux2 et c'est par cette raison qu'ils le regardrent comme le pre1 le gnrateur des tres4 ,voil pourquoi ,homre dit pre et roi des hommes et des dieux4 7,diod41 lib4 ,i1 sect4 ,i47 ,chez les thologiens1 dit ,macrobe1 ,youpiter est l'ame du monde2 de l le mot de ,virgile3 ,muses1 commenons par ,youpiter3 tout est plein de ,youpiter 7,songe de ,scipion1 c4 #ag72 et dans les ,saturnales1 il dit3 ,jupiter est le soleil lui-mme2 c'est encore ce qui a fait dire ,virgile3 ,l'esprit alimente la vie 7des tres71 et l'ame rpandue dans les vastes membres 7de l'univers7 en agite la masse1 et ne forme qu'un corps immense4 ,youpiter1 disent les vers trs-anciens de la secte des orphiques ns en gypte1 vers recueillis par ,onomacrite1 au temps de ,pisistrate2 ,youpiter1 que l'on peint la foudre la main1 est le commencement1 l'origine1 la fin et le milieu de toutes choses3 puissance une et universelle1 il rgit tout1 le ciel1 la terre1 le feu1 l'eau1 les lments1 le jour1 la nuit4 ,voil ce qui compose son corps immense2 ses yeux sont le soleil et la lune2 il l'ternit1 l'espace4 ,enfin1 ajoute ,porphyre1 ,jupiter est le monde1 l'univers1 ce qui constitue l'existence et la vie de tous les tres4 ,or1 continue le mme auteur1 comme les philosophes dissertaient sur la nature et les parties constituantes de ce dieu1 et qu'ils n'imaginaient aucune figure qui reprsentt tous ses attributs1 ils le peignirent sous l'apparence d'un homme4444 ,il est assis1 pour faire allusion son essence immuable2 il est dcouvert dans la partie suprieure du corps1 parce que c'est dans les parties suprieures de l'univers 7les astres7 qu'il s'offre le plus dcouvert4 ,il est couvert depuis la ceinture1 parce qu'il est le plus voil dans les choses terrestres4 ,il tient un sceptre de la main gauche1 parce que le coeur est de ce ct1 et que le coeur est le sige de l'entendement1 qui 7dans les hommes7 rgle toutes les actions4 7,voy4 ,euseb41 ,prpar4 evang41 page #ajj47 ,enfin1 voici un passage du gographe philosophe ,strabon1 qui lve tous les doutes sur l'identit des ides de ,mose et de celles des thologiens paens4 ,mose1 qui fut un des prtres gyptiens1 enseigna que c'tait une erreur monstrueuse de reprsenter la ,divinit sous les formes des animaux1 comme faisaient les gyptiens1 ou sous les traits de l'homme1 ainsi que le pratiquent les ,grecs et les ,africains3 cela seul est la ,divinit1 disait-il1 qui compose le ciel1 la terre et tous les tres1 ce que nous appelons le monde1 l'universalit des choses1 la nature2 or1 personne d'un esprit raisonnable ne s'avisera d'en reprsenter l'image par celle de quelqu'une des choses qui nous environnent4 ,c'est pourquoi1 rejetant toute espce de simulacres 7idoles71 ,mose voulut qu'on adort cette ,divinit sans emblme et sous sa propre nature2 il ordonna qu'on lui levt un temple digne d'elle1 etc4 ,geograph41 lib4 ,,xvi1 pag4 #aajd1 dit4 de #agjg4 ,la thologie de ,mose n'a donc point diffr de celle des sectateurs de l'ame du monde1 c'est -dire des stociens1 et mme des picuriens4 ,quant l'histoire de ,mose1 ,diodore la prsente sous un jour naturel1 quand il dit1 lib4 ,,xxxiv et ,,xl1 que les ,juifs furent chasss d'gypte dans un temps de disette1 o le pays tait surcharg d'trangers1 et que ,mose1 homme suprieur par sa prudence et par son courage1 saisit cette occasion pour tablir sa nation dans les montagnes de ,jude4 l'gard des six cent mille hommes arms que l',exode lui donne1 c'est une erreur de copiste1 dont le lecteur trouvera la dmonstration tire des livres mmes1 au tom4 #a;er des ,recherches nouvelles sur l',histoire ancienne1 pag4 #afb et suivantes4 ,ibid41 lig4 #be4 7,sous le nom d'i47 ,c'tait le monosyllabe crit sur la porte du temple de ,delphes4 ,plutarque en a fait le sujet d'un trait4 ,pag4 #bji1 lig4 #ac4 7,le nom d',osiris mme47 ,il se trouve en propres termes au chap4 #cb du ,deutronome4 ,les ouvrages de ,tsour sont parfaits4 ,on a traduit ,tsour par crateur2 en effet1 il signifie donner des formes2 et c'est l'une des dfinitions d',osiris dans ,plutarque4 ,pag4 #bac1 lig4 #bc4 7,satan1 l'archange ,michel47 ,les noms des anges et des mois1 tels que ,gabriel1 ,michel1 ,yar1 ,nisan1 etc41 vinrent de ,babylone avec les ,juifs1 dit en propres termes le ,talmud de ,jrusalem4 ,voyez ,beausobre1 ,hist4 du ,manich41 tom4 ,,ii1 pag4 #fbd1 o il prouve que les saints du calendrier sont imits des #cfe anges des ,perses2 et ,iamblique1 dans ses ,mystres gyptiens1 sect4 #b1 ch4 #c1 parle des anges1 archanges1 sraphins1 etc41 comme un vrai chrtien4 ,pag4 #bad1 lig4 #i4 7,consacrrent la thologie de ,zoroastre47 ,toute la philosophie des gymnosophistes1 dit ,diogne ,larce1 sur l'autorit d'un ancien1 est issue de celle des mages1 et plusieurs assurent que celle de ,juifs en a aussi tir son origine2 7lib4 ,i1 c4 #i47 ,mgastne1 historien distingu du temps de ,sleucus ,nicanor1 et qui avait crit particulirement sur l',inde1 parlant de la philosophie des anciens sur les choses naturelles1 joint dans un mme sens les brachmanes et les ,juifs4 ,pag4 #bae1 lig4 #ac4 7,ramener l'ge d'or sur la terre47 ,voil la raison de tous ces oracles paens que l'on a appliqus ,jsus1 et1 entre autres1 de la quatrime glogue de ,virgile et des vers sibyllins si clbres chez les anciens4 ,pag4 #baf lig4 #ba4 7,au bout des six mille ans prtendus47 ,lisez ce sujet le chapitre #ag du tome ,i des ,recherches nouvelles sur l',histoire ancienne1 o est explique la ,mythologie de la cration4 ,la version des ,septante comptait cinq mille et prs de six cents ans2 et ce calcul tait le plus suivi3 on sait combien1 dans les premiers sicles de l'glise1 cette opinion de la fin du monde agita les esprits4 ,par la suite1 les saints conciles s'tant rassurs1 ils la taxrent d'hrsie dans la secte des millnaires2 ce qui forme un cas bien singulier2 car1 d'aprs les propres vangiles que nous suivons1 il est vident que ,jsus et t un millnaire1 c'est--dire un hrtique4 ,pag4 #bag1 lig4 #bb4 7,figur par la constellation du serpent47 ,les ,perses1 dit ,chardin1 appellent la constellation du serpent ,ophiuchus1 serpent d've2 et ceser pent ,ophiuchus ou ,ophioneus jouait le mme rle dans la thologie des ,phniciens2 car ,phrcydes1 leur disciple et le matre de ,pythagore1 disait3 qu',ophioneus serpentinus avait t le chef des rebelles ,jupiter4 ,voy4 ,mars4 ,ficin4 ,apol4 ,socrat41 p4 m1 #gig1 col4 #b4 ,et j'ajouterai qu'oephah 7par an7 signifie en hbreu vipre1 serpent4 ,au sens physique1 sduire1 seducere1 n'est qu'attirer soi1 mener avec soi4 ,voy4 dans ,hyde1 pag4 #aaa1 dit4 de #agfj1 ,de religione veterum ,persarum1 le tableau de ,mithra1 cit ici4 ,pag4 #bah1 ligne #ab4 7,perse monte de l'autre ct47 ,bien plus1 la tte de ,mduse1 cette tte de femme jadis si belle1 que ,perse coupa et qu'il tient la main1 n'est que celle de la ,vierge1 dont la tte tombe sous l'horizon prcisment lorsque ,perse se lve2 et les serpents qui l'entourent sont ,ophiuchus et le dragon polaire1 qui alors occupent le znith4 ,ceci nous indique la manire dont les anciens astrologues ont compos toutes leurs figures et toutes leurs fables2 ils prenaient les constellations qui se trouvaient en mme temps sur la bande de l'horizon1 et en assemblant les parties1 ils en formaient des groupes qui leur servaient d'almanach1 en caractres hiroglyphiques3 voil le secret de tous leurs tableaux1 et la solution de tous les monstres mythologiques4 ,la ,vierge est encore ,andromde dlivre par ,perse de la baleine qui la poursuit 7pro-sequitur74 ,ibid41 lig4 #bf4 7,allait par une vierge chaste47 ,tel tait le tableau de la sphre persique1 cit par ,aben-,ezra1 dans le ,coelum poeticum de ,blaeu1 pag4 #ga4 ,la case du premier dcan de la ,vierge1 dit cet crivain1 reprsente cette belle vierge longue chevelure1 assise dans un fauteuil1 deux pis dans une main1 allaitant un enfant appel ,isus par quelques nations1 et ,christ en grec4 ,il existe la ,bibliothque du ,roi un manuscrit arabe1 n #aafe1 dans lequel sont peints les douze signes1 et celui de la vierge reprsente une jeune fille ayant ct d'elle un enfant2 d'ailleurs1 toute la scne de la naissance de ,jsus se trouve rassemble dans le ciel voisin4 ,l'table est la constellation du cocher et de la chvre1 jadis le bouc2 constellation appele proesepe ,jovis ,heniochi1 table d',iou2 et ce mot ,iou se retrouve dans le nom d',iou-seph 7,joseph74 ,non loin est l'ne de ,typhon 7la grande ourse71 et le boeuf ou taureau1 accompagnements antiques de la crche4 ,pierre1 portier1 est ,janus avec ses clefs et son front chauve3 les douze aptres sont les gnies des douze mois1 etc4 ,cette vierge a jou les rles les plus varis dans toutes les mythologies2 elle a t l',isis des gyptiens1 laquelle disait dans l'inscription cite par ,julien3 ,le fruit que j'ai enfant est le soleil4 ,la plupart des traits cits par ,plutarque lui sont relatifs1 de mme que ceux d',osiris conviennent ,bootes4 ,aussi les sept toiles principales de l'ourse1 appeles chariot de ,david1 s'appelaient-elles chariot d',osiris 7voy4 ,kirker72 et la couronne qu'il a derrire lui tait forme de lierre1 appel chen-,osiris1 arbre d',osiris4 ,la ,vierge a aussi t ,crs1 dont les mystres furent les mmes que ceux d',isis et de ,mithra2 elle a t la ,diane d'phse2 la grande desse de ,syrie1 ,cyble trane par les lions2 ,minerve1 mre de ,bacchus2 ,astre1 vierge pure1 qui fut enleve au ciel la fin de l'ge d'or2 ,thmis aux pieds de qui est la balance qu'on lui mit en main2 la ,sibylle de ,virgile1 qui descend aux enfers ou sous l'hmisphre avec son rameau la main1 etc4 ,pag4 #bai1 lig4 #b4 7,vivrait abaiss1 humble47 ,ce mot humble vient du latin humi-lis1 humi-jacens1 couch ou pench terre2 et toujours le sens physique se montre la racine du sens abstrait et moral4 ,ibid41 lig4 #af4 7,renaissait ou rsurgeait dans la vote des cieux47 ,resurgere1 se lever une seconde fois1 n'a signifi revenir la vie que par une mtaphore hardie2 et l'on voit l'effet perptuel des sens quivoques de tous les mots employs dans les traditions4 ,ibid41 lig4 #bj4 7,chris1 c'est--dire le conservateur47 ,selon leur usage constant1 les ,grecs ont rendu par x ou jota espagnol le h aspir des ,orientaux1 qui disaient hris2 en hbreu1 hres s'entend du soleil2 mais en arabe1 le mot radical signifie garder1 conserver1 et hris1 gardien1 conservateur4 ,c'est l'pithte propre de ,vichenou2 et ceci dmontre la fois l'identit des trinits indienne et chrtienne1 et leur commune origine4 ,il est vident que c'est un mme systme1 qui1 divis en deux branches1 l'une l'orient1 l'autre l'occident1 a pris deux formes diverses3 son tronc principal est le systme pythagoricien de l'ame du monde1 ou ,ioupiter4 ,cette pithte de piter ou pre ayant pass au ,dmi-,ourgos des platoniciens1 il en naquit une quivoque qui fit chercher le fils4 ,pour les philosophes1 ce fut l'entendement1 nous et logos1 dont les ,latins firent leur verbum2 et l'on touche ici au doigt et l'oeil l'origine du pre ternel et du verbe son fils1 qui procde de lui 7mens ex ,deo nata1 dit ,macrobe72 l'anima ou spiritus mundi fut le ,saint-,esprit2 et voil pourquoi ,mnes1 ,basilide1 ,valentin1 et d'autres prtendus hrtiques des premiers sicles1 qui remontaient aux sources1 disaient que ,dieu le pre tait la lumire inaccessible et suprme du ciel 7premier cercle1 l'aplans72 que le fils tait la lumire seconde rsidante dans le soleil1 et le ,saint-,esprit l'air qui enveloppe la terre4 7,voy4 ,beausobre1 t4 ,,ii1 p4 #ehf47 ,de l1 chez les ,syriens1 son emblme de pigeon1 oiseau de ,vnus ,uranie1 c'est--dire de l'air4 ,les ,syriens 7dit ,nigidius in ,germanico7 disent qu'une colombe couva plusieurs jours dans l',euphrate un oeuf de poisson1 d'o naquit ,vnus4 ,aussi ne mangent-ils pas de pigeon1 dit ,sextus ,empiricus1 ,inst4 ,pyrrh41 lib4 ,,iii1 c4 #bc2 et ceci nous indique une priode commence au signe des poissons 7solstice d'hiver74 ,remarquons d'ailleurs que si ,chris vient de ,harisch par un chin1 il signifiera fabricateur2 pithte propre du soleil4 ,ces variantes1 qui ont d embarrasser les anciens1 prouvent toujours galement qu'il est le vritable type de ,jsus1 ainsi qu'on l'avait dja aperu ds le temps de ,tertullien4 ,plusieurs1 dit cet crivain1 pensent1 avec plus de vraisemblance1 que le soleil est notre ,dieu2 et ils nous renvoient la religion des ,perses4 7,apologtique1 c4 #af47 ,ibid41 lig4 #bf4 7,l'une des priodes solaires74 ,voy4 l'ode curieuse de ,martianus ,capella au soleil1 traduite par ,gbelin1 volume du ,calendrier1 pag4 #edg et #edh4 ,pag4 #bbh1 lig4 #ag4 7,des sacrifices humains47 ,lisez la froide dclamation d',eusbe1 ,proep4 ev41 lib4 ,i1 pag4 ,,ii1 qui prtend que depuis que ,christ est venu1 il n'y a plus eu ni guerres1 ni tyrans1 ni anthropophages1 ni pdrastes1 ni incestueux1 ni sauvages mangeant leurs parents1 etc4 ,quand on lit ces premiers docteurs de l'glise1 on ne cesse de s'tonner de leur mauvaise foi ou de leur aveuglement4 ,un travail curieux serait de publier aujourd'hui un demi-volume de leurs passages les plus remarquables1 pour mettre en vidence leur folie4 ,la vrit est que le christianisme n'a rien invent en morale1 et que tout son mrite a t de mettre en pratique des principes dont le succs a t d aux circonstances du temps2 c'est--dire que le despotisme orgueilleux et dur des ,romains1 dans ses diverses branches militaires1 judiciaires et administratives1 ayant lass la patience des peuples1 il se fit1 dans les classes infrieures ou populaires1 un mouvement de raction absolument semblable celui qui1 depuis vingt-cinq ans1 a lieu en ,europe de la part des peuples contre l'oppression des deux castes dites sacerdotale et fodale4 ,pag4 #bcj1 lig4 #ai4 7,association d'hommes asserments pour nous faire la guerre47 ,c'tait l'ordre de ,malte1 dont les chevaliers faisaient voeu de tuer ou de rduire en esclavage des musulmans1 pour la gloire de ,dieu4 ,pag4 #bcb1 lig4 #ab4 7,un tarif de crimes47 ,tant qu'il existera des moyens de se purger de tout crime1 de se racheter de tout chtiment avec de l'argent ou de frivoles pratiques2 tant que les grands et les rois croiront se faire absoudre de leurs oppressions et de leurs homicides en btissant des temples1 en faisant des fondations2 tant que les particuliers croiront pouvoir tromper et voler1 pourvu qu'ils jenent le carme1 qu'ils aillent confesse1 qu'ils reoivent l'extrme-onction1 il est impossible qu'il existe aucune morale prive ou publique1 aucune saine lgislation pratique4 ,au reste1 pour voir les effets de ces doctrines1 lisez l',histoire de la puissance temporelle des ,papes1 #b vol4 in-#h1 ,paris1 #ahaa4 ,ibid41 lig4 #ai4 7,jusque dans le sanctuaire du lit nuptial47 ,la confession est une trs-ancienne invention des prtres1 qui n'ont pas manqu de saisir ce moyen de gouverner4444 ,elle tait pratique dans les mystres gyptiens1 grecs1 phrygiens1 persans1 etc4 ,plutarque nous a conserv le mot remarquable d'un ,spartiate qu'un prtre voulait confesser4 ,est-ce toi ou ,dieu que je me confesserai8 ,dieu1 rpondit le prtre4 ,en ce cas1 dit le ,spartiate1 homme1 retire-toi4 7,dits remarquables des ,lacdmoniens47 ,les premiers chrtiens confessrent leurs fautes publiquement comme les essniens4 ,ensuite commencrent de s'tablir des prtres1 avec l'autorit d'absoudre du pch d'idoltrie4444 ,au temps de ,thodose1 une femme s'tant publiquement confesse d'avoir eu commerce avec un diacre1 l'vque ,nectaire1 et son successeur ,chrysostme1 permirent de communier sans confession4 ,ce ne fut qu'au septime sicle que les abbs des couvents imposrent aux moines et moinesses la confession deux fois l'anne2 et ce ne fut que plus tard encore que les vques de ,rome la gnralisrent4 ,quant aux musulmans1 qui ont en horreur cette pratique1 et qui n'accordent aux femmes ni un caractre moral1 ni presque une ame1 ils ne peuvent concevoir qu'un honnte homme puisse entendre le rcit des actions et des penses les plus secrtes d'une fille ou d'une femme4 ,nous1 ,franais1 chez qui l'ducation et les sentimens rendent beaucoup de femmes meilleures que les hommes1 ne pourrions-nous pas nous tonner qu'une honnte femme pt les soumettre l'impertinente curiosit d'un moine ou d'un prtre8 ,pag4 #bcc1 lig4 #a4 7,corporations ennemies de la socit47 ,veut-on connatre l'esprit gnral des prtres envers les autres hommes1 qu'ils dsignent toujours par le nom de peuple1 coutons les docteurs de l'glise eux-mmes4 ,le peuple1 dit l'vque ,synnsius 7in ,calvit41 pag4 #eae71 veut absolument qu'on le trompe2 on ne peut en agir autrement avec lui4444 ,les anciens prtres d'gypte en ont toujours us ainsi2 c'est pour cela qu'ils s'enfermaient dans leurs temples1 et y composaient1 son insu1 leurs mystres2 7et oubliant ce qu'il vient de dire7 si le peuple et t du secret1 il se serait fch qu'on le trompt4 ,cependant1 comment faire autrement avec le peuple1 puisqu'il est peuple8 ,pour moi1 je serai toujours philosophe avec moi1 mais je serai prtre avec le peuple4 ,il ne faut que du babil pour en imposer au peuple1 crivait ,grgoire de ,nazianze ,jrme4 7,hieron4 ad ,nep47 ,moins il comprend1 plus il admire4444 ,nos ,pres et docteurs ont souvent dit1 non ce qu'ils pensaient1 mais ce que leur faisaient dire les circonstances et le besoin4 ,on cherchait1 dit ,sanchoniaton1 exciter l'admiration par le merveilleux4 7,proep4 ev41 lib4 ,,iii47 ,tel fut le rgime de toute l'antiquit2 tel est encore celui des brahmes et des lamas1 qui retrace parfaitement celui des prtres d'gypte4 ,pour excuser ce systme de fourberie et de mensonge1 on dit qu'il serait dangereux d'clairer le peuple1 parce qu'il abuserait de ses lumires4 ,est-ce dire qu'instruction et friponnerie sont synonymes8 ,non2 mais comme le peuple est malheureux par la sottise1 l'ignorance1 et la cupidit de ceux qui le mnent et l'endoctrinent1 ceux-ci ne veulent pas qu'il y voie clair4 ,sans doute il serait dangereux d'attaquer de front la croyance errone d'une nation2 mais il est un art philanthropique et mdical de prparer les yeux la lumire1 comme les bras la libert4 ,si jamais il se forme une corporation dans ce sens1 elle tonnera le monde par ses succs4 ,pag4 #bcd1 lig4 #c4 7,devins1 magiciens4 ,qu'est-ce qu'un7 magicien1 dans le sens que le peuple donne ce mot8 ,c'est un homme qui1 par des paroles et de gestes1 prtend agir sur les tres surnaturels1 et les forcer de descendre sa voix1 d'obir ses ordres4 ,voil ce qu'ont fait tous les anciens prtres1 ce que font encore ceux de tous les idoltres1 et ce qui1 de notre part1 leur mrite le nom de magiciens4 ,maintenant quand un prtre chrtien prtend faire descendre ,dieu du ciel1 le fixer sur un morceau de levain1 et rendre1 avec ce talisman1 les ames pures et en tat de grace1 que fait-il lui-mme1 sinon un acte de magie8 ,et quelle diffrence y a-t-il entre lui et un chaman tartare1 qui invoque les gnies1 ou un brahme indien1 qui fait descendre ,vichenou dans un vase d'eau1 pour chasser les mauvais esprits8 ,mais telle est la magie de l'habitude et de l'ducation1 que nous trouvons simple et raisonnable en nous1 ce qui dans autrui nous parat extravagant et absurde4444 ,ibid41 lig4 #be4 7,denres du plus grand prix47 ,ce serait une curieuse histoire que l'histoire compare des agnus du pape et des pastilles du grand-lama6 ,en tendant cette ide toutes les pratiques religieuses1 il y a un trs-bon ouvrage faire3 ce serait d'accoler par colonnes les traits analogues ou contrastants de croyance et de superstition de tous les peuples4 ,un autre genre de superstition dont il serait galement utile de les gurir1 est le respect exagr pour les grands2 et1 pour cet effet1 il suffirait d'crire les dtails de la vie prive de ceux qui gouvernent le monde1 princes1 courtisans et ministres4 ,il n'est point de travail plus philosophique que celui-l3 aussi avons-nous vu quels cris ils jetrent quand on publia les ,anecdotes de la cour de ,berlin4 ,que serait-ce si nous avions celles de chaque cour8 ,si le peuple voyait dcouvert toutes les misres et toutes les turpitudes de ses idoles1 il ne serait pas tent de dsirer leurs fausses jouissances1 dont l'aspect mensonger le tourmente1 et l'empche de jouir du bonheur plus vrai de sa condition4 ,,fin ,,des ,,notes4 ,,lettre ,,au ,,docteur ,,priestley4 ,,reponse ,,de ,,volney ,,au ,,docteur ,,priestley1#cg ,sur un pamphet intitul3 ,,observations ,,sur ,,les ,,progr,s ,,de ,l',,infid,,lit1 ,,avec ,,des ,,remarques ,,critiques ,,sur ,,les ,,crits ,,de ,,divers ,,incr,,dules ,,modernes1 ,,et ,,particuli,,rement ,,sur ,,les ,,ruines ,,de ,m4 ,,de ,,volney1 portant cette pigraphe3 ,l'esprit peu pntrant se tient volontiers la surface des choses3 il n'aime pas les creuser1 parce qu'il redoute le travail1 la peine1 et quelquefois il redoute plus encore la vrit4 ,j'ai reu dans son temps1 ,m4 le docteur1 votre brochure sur les ,progrs de l'infidlit1 ainsi que le billet1 sans date1 qui l'accompagnait4 ,ma rponse a t diffre par des incidents d'affaires et mme de sant que srement vous excuserez4 ,d'ailleurs ce dlai n'a pas d'inconvnients3 l'affaire qui est entre nous n'est pas de celles qui pressent4 ,le monde n'en irait pas moins bien avec ou sans ma rponse1 comme avec ou sans votre livre4 ,j'aurais mme pu me dispenser de vous rpondre du tout1 et j'y eusse t autoris par la manire dont vous avez pos la question entre nous1 et par l'opinion assez gnralement reue que dans certaines occasions1 et avec certaines personnes la plus noble rponse est le silence4 ,vous-mme paraissez l'avoir senti1 vu l'extrme prcaution que vous avez prise de m'interdire cette ressource2 mais comme dans nos moeurs franaises une rponse quelconque est toujours un acte de civilit1 je n'ai point voulu perdre1 vis--vis de vous1 l'avantage de la politesse2 d'ailleurs1 quoique le silence soit quelquefois trs-expressif1 tout le monde n'entend pas son loquence2 et le public1 qui n'a pas le temps d'approfondir des dbats souvent de peu d'intrt1 a le droit raisonnable d'exiger du moins un premier claircissement1 sauf ensuite1 si la question dgnre en clameurs opinitres d'un amour-propre bless1 d'accorder le droit de se taire celui en qui il devient un acte de modration4 ,j'ai donc lu vos remarques critiques sur mon livre des ,ruines que vous classez charitablement au rang des crits des incrdules modernes2 et puisque vous voulez absolument que je vous exprime devant le public mes opinions1 je vais remplir cette tche peu agrable avec le plus de brivet qu'il me sera possible1 pour conomiser le temps de nos lecteurs communs4 ,d'abord1 ,m4 le docteur1 il me parat rsulter clairement de votre brochure que c'est bien moins mon livre que vous avez eu dessein d'attaquer1 que mon caractre moral et ma propre personne2 et afin que le public prononce cet gard avec connaissance de cause1 je vais lui soumettre ici divers passages propres l'clairer4 #a ,vous dites1 page #ab de la prface de vos sermons3 ,au reste il y a des incrdules plus ignorants que ,m4 ,paine1 tels que ,,mm4 ,volney1 ,lequinio et autres en ,france qui prtendent1 etc4 #b ,dans la prface de vos ,observations sur les progrs de l'infidlit3 ,je puis dire avec vrit que dans les crits de ,hume1 de ,m4 ,gibbon1 de ,voltaire1 de ,m4 ,volney1 il n'y a pas un seul bon raisonnement3 tous sont remplis d'erreurs grossires et de faux exposs4 ,idem1 page #ch3 ,si ,m4 ,volney et donn quelque attention l'histoire des premiers temps du christianisme1 jamais il n'et dout1 etc4 ,mais il est aussi inutile de raisonner avec un tel homme1 qu'avec un ,chinois ou mme un ,hottentot4 ,idem1 page #aai3 ,m4 ,volney1 si nous en jugeons par ses nombreuses citations d'crivains anciens dans toutes les langues savantes de l'ancien monde oriental et occidental1 doit les savoir toutes2 car il ne parle jamais de traduction3 cependant1 juger de son savoir par cet chantillon1 il ne peut avoir la plus petite teinture de l'hbreu ni mme du grec#ch4 ,enfin1 aprs m'avoir placard et affich dans votre titre mme pour un infidle et un incrdule2 aprs m'avoir indiqu dans votre pigraphe pour l'un de ces esprits superficiels qui ne savent pas trouver1 qui mme ne veulent pas voir la vrit1 vous dites1 page #abd1 immdiatement la suite d'un article o vous avez parl de moi sous toutes ces dnominations3 ,de nos jours le progrs de l'infidlit est accompagn d'une circonstance qui1 dans aucun autre temps1 n'avait t aussi frquente1 du moins en ,angleterre1 savoir que les incrdules1 en fait de rvlation1 commencent par nier l'existence et la ,providence de ,dieu1 c'est--dire deviennent proprement athes4 ,de manire que1 selon vous1 je suis un ,hottentot1 un ,chinois1 un incrdule1 un athe1 un ignorant1 un homme de mauvaise foi1 qui n'crit que des faussets et des sottises1 etc41 etc4 ,or1 je vous demande1 ,m4 le docteur1 qu'importait tout cela au fond de la question8 qu'a de commun mon livre avec ma personne8 et puis1 comment voulez-vous traiter avec un homme de si mauvaise compagnie8 ,en second lieu1 l'invitation ou plutt la sommation que vous me faites d'indiquer au public les mprises o je croirai que vous tes tomb l'gard de mes opinions1 m'offre plusieurs remarques4 #a ,vous supposez que le public attache une haute importance vos mprises et mes opinions4 ,mais je ne puis agir sur une supposition1 ne suis-je pas un incrdule8 #b ,vous dites que le public attendra cela de moi4 ,o sont vos pouvoirs de faire agir et parler le public8 est-ce l aussi une rvlation8 #c ,vous voulez que je redresse vos mprises3 je ne m'en connais point l'obligation2 je ne vous les ai pas reproches4 ,sans doute il n'est pas exact de m'attribuer choix ou indistinctement1 comme vous l'avez fait1 toutes les opinions semes dans mon livre1 parce qu'ayant fait parler des personnages trs-divers1 j'ai d leur donner des langages trs-diffrents raison de leurs diffrents caractres4 ,le rle qui m'y appartient1 puisque j'y parle moi-mme1 est celui du voyageur assis sur les ruines1 mditant sur les causes des malheurs de l'humanit4 ,pour tre consquent1 vous eussiez d m'attribuer celui du sauvage hottentot ou samoyde qui argumente contre les docteurs1 chap4 #bc1 et je l'eusse accept4 ,vous avez prfr celui de l'rudit historien1 chap4 #bb2 mais je ne puis voir l une mprise3 j'y vois au contraire un projet insidieusement calcul1 d'engager entre vous et moi1 devant le public amricain1 un duel d'amour-propre dans lequel vous exciteriez tout l'intrt des spectateurs1 en soutenant la cause qu'ils approuvent1 tandis que celle que vous m'imposez ne m'attirerait1 mme dans son succs1 que des sentiments disgracieux4 ,telle est l'astuce de votre plan1 que1 m'attaquant comme incrdule l'existence de ,jsus1 vous vous conciliez d'emble la faveur de toutes les sectes chrtiennes1 quoique1 dans le fait1 votre propre incrdulit sa nature divine ne ruine pas moins le christianisme que l'opinion profane qui ne voit pas dans l'histoire les tmoignages exigs par les lois anglaises1 pour constater l'existence d'un fait2 et que d'ailleurs il y ait un orgueil d'un genre extraordinaire dans la comparaison tacite1 mais palpable1 que vous faites de vous saint ,paul et ,jsus-,christ1 par la ressemblance des mmes travaux pour les mmes objets4 ,prface1 p4 ,x4 ,cependant1 comme en fait d'attaque1 la premire impression a toujours un grand avantage1 vous avez droit de vous promettre encore d'obtenir la couronne de l'apostolat3 malheureusement pour votre plan1 je ne me sens aucune disposition pour celle du martyre2 et quelque glorieux qu'il me ft de tomber sous les coups de celui qui a terrass ,hume1 ,gibbon1 ,voltaire1 et mme ,frdric ,,ii1 je me trouve oblig de refuser son cartel thologique1 et cela pour une foule de bonnes raisons3 #a ,parce que les querelles religieuses sont interminables1 attendu que les prjugs de l'enfance et de l'ducation en excluent presque invinciblement une raison impartiale2 que de plus1 la vanit des champions se trouve1 par la publicit mme1 intresse ne jamais se dsister d'une premire assertion2 enttement qui engendre l'esprit de secte et de faction4 #b ,parce que personne au monde n'a le droit de me demander compte de mes opinions religieuses2 que toute inquisition1 cet gard1 est une prtention la souverainet1 un premier pas la perscution2 et que la tolrance de ce pays1 que vous invoquez1 a bien moins pour but d'engager parler que d'inviter se taire4 #c ,parce qu'en supposant que j'aie l'opinion que vous m'attribuez1 je ne veux pas engager ma vanit ne jamais s'en ddire1 ni m'ter la ressource de me convertir un jour sur un plus ample inform4 #d ,parce que1 en soutenant votre propre thse1 ,m4 le docteur1 si vous alliez tre battu devant l'auditoire chrtien1 ce serait un scandale effroyable2 et je n'aime point le scandale1 mme pour faire le bien4 #e ,parce que1 dans notre combat mtaphysique1 les armes seraient par trop ingales2 parlant votre langue naturelle qu' peine je bgaye1 vous feriez des volumes quand je ne ferais que des pages1 et le public qui ne nous lirait point1 prendrait le poids des livres pour celui des raisons4 #f ,parce qu'encore1 tant dou du don de la foi une assez honnte dose1 vous croiriez en un quart d'heure plus d'articles que ma logique n'en analyserait dans une semaine4 #g ,parce que1 si vous alliez m'obliger d'assister vos sermons1 comme lire votre livre1 le public dvot ne croirait jamais qu'un homme poudr et vtu comme tout autre mondain1 pt avoir raison contre un homme grand chapeau#ci1 cheveux plats1 face mortifie1 quoique l'vangile1 en parlant des ,pharisiens de ce temps-l1 dise qu'il faut se parfumer quand on jene#dj4 #h ,parce qu'une dispute serait toute jouissance pour vous qui n'avez rien autre chose faire1 tandis qu'elle serait toute perte pour moi qui puis employer mon temps d'une manire autrement utile4 ,je ne vous ferai donc point ma confession1 ,m4 le docteur1 sur l'objet religieux de votre question2 mais1 en revanche1 je puis vous dire mon avis comme littrateur sur le fond mme de votre livre4 ,ayant lu autrefois beaucoup d'ouvrages thologiques1 j'tais curieux de savoir si1 par quelque procd chimique1 vous aviez aussi dcouvert des tres rels dans ce monde d'tres invisibles3 malheureusement je me trouve oblig de dclarer au public1 qui1 selon votre expression1 prface1 p4 ,,xix1 espre d'tre instruit1 d'tre conduit la vrit et non l'erreur par moi1 que je n'y ai pas vu un seul argument neuf1 mais seulement la rptition de tout ce qu'ont dit et rebattu des milliers de gros volumes1 dont tout le fruit a t de procurer leurs auteurs une courte mention dans le dictionnaire des hrsies4 ,vous supposez partout comme prouv ce qui est en question1 avec cette circonstance singulire1 que faisant feu1 comme le dit ,gibbon1 de votre double batterie contre ceux qui croient trop et contre ceux qui ne croient pas assez1 vous donnez pour mesure prcise de la vrit votre propre sensation1 en sorte qu'il faudra avoir tout juste votre taille pour1 passer par la porte de la nouvelle ,jrusalem que vous btissez ,northumberland4 ,aprs cela votre rputation comme thologien et pu me devenir un problme2 mais je me suis rappel le principe de l'association des ides1 si bien dvelopp par ,locke1 que vous estimez1 et que par cette raison je me trouve heureux de vous citer1 quoique ce soit lui que je doive ce pernicieux usage de ma raison qui me fait refuser de croire ce que je ne comprends pas3 j'ai donc compris que le public1 ayant d'abord attach l'ide du talent au nom de ,m4 ,priestley1 docteur en chimie1 avait continu de l'unir et de l'associer au nom de ,m4 ,priestley1 devenu docteur en thologie2 ce qui pourtant n'est pas la mme chose1 et ce qui est un mcanisme d'autant plus vicieux qu'il pourrait par la suite donner lieu l'inverse#da4 ,heureusement1 vous avez vous-mme lev une barrire de sparation entre vos admirateurs1 en avertissant1 des la premire page de votre pamphlet actuel1 qu'il tait spcialement destin aux croyants4 ,pour cooprer ce but judicieux1 je dois nanmoins vous faire observer qu'il est deux passages essentiels en retrancher1 vu qu'ils donnent une grande prise aux arguments des incrdules4 ,vous dites1 prface1 page ,,xii3 ,ce qui est manifestement contraire la raison naturelle ne peut tre reu par elle3 ,et page #fb4 ,quant l'intellect1 les hommes et les animaux naissent dans le mme tat1 ayant les mmes sens externes1 qui sont les seuls canaux de toutes les ides1 et par consquent la source de toutes les connaissances et de toutes les habitudes1 morales qu'ils acquirent4 ,or1 si vous admettez1 avec ,locke et avec nous autres infidles1 que chacun a le droit de rejeter ce qui rpugne sa raison naturelle1 et que toutes nos ides1 toutes nos connaissances ne s'acquirent que par l'intermde de nos sens1 que devient le systme de la rvlation1 et tout cet ordre de choses du temps pass si contradictoire l'tat prsent1 except quand on le considre comme un rve de l'esprit humain ignorant et superstitieux8 ,avec vos deux seules phrases1 ,m4 le docteur1 je renverserais tout l'difice de votre foi4 ,mais ne redoutez point de ma part cette abondance de zle3 par la raison que je n'ai point la fantaisie du martyre1 je n'ai point non plus celle des conversions2 elle appartient ces tempraments ardents1 ou plutt acrimonieux1 qui prennent la violence de leur persuasion pour l'enthousiasme de la vrit2 la manie de faire du bruit1 pour la passion de la gloire2 et pour l'amour du prochain1 la haine de ses opinions et le dsir secret de le gouverner4 ,pour moi1 qui n'ai point reu de la nature les qualits inquites d'un aptre1 et qui n'eus point en ,europe le caractre d'un dissenteur1 je ne suis venu en ,amrique1 ni pour agiter les consciences1 ni pour fonder une secte1 pas mme pour tablir une colonie o1 sous prtexte de religion1 je me ferais un petit empire4 ,on ne m'a vu vangliser mes ides1 ni dans les temples1 ni dans les places publiques1 et je n'ai point exerc ce charlatanisme de bienfaisance par lequel un prdicateur connu#db1 mettant contribution la gnrosit du public1 s'est procur ici les honneurs d'un auditoire plus nombreux1 et le mrite de distribuer1 son gr1 un argent qui ne lui cote rien1 et qui lui attire une gratitude et des remercments drobs la main des vrais donateurs4 ,comme tranger ou comme citoyen1 ami sincre de la paix1 je ne porte dans la socit1 ni l'esprit de dissension1 ni le dsir de causer des secousses2 et parce que je respecte en chacun ce que je veux qu'il respecte en moi1 le nom de la libert n'est pour moi que le synonyme de la justice3 comme homme1 soit modration1 soit paresse1 spectateur du monde plutt qu'acteur1 je suis de jour en jour moins tent de conduire les ames et les corps des autres3 n'est-ce pas assez pour chacun de gouverner ses fantaisies et ses propres passions8 ,si par l'une de ces fantaisies1 croyant tre utile1 je publie quelquefois mes penses1 je le fais sans enttement1 et sans exiger cette foi implicite dont vous voudriez bien me communiquer le ridicule1 page #abc4 ,tout mon livre des ,ruines1 que vous traitez si mal1 et qui vous a pourtant amus1 porte videmment ce caractre3 au moyen des opinions contrastantes que j'y ai jetes1 il respire en gnral un esprit de doute et d'incertitude qui me parat le plus convenable la faiblesse de l'entendement humain1 et le plus propre son perfectionnement1 en ce qu'il y laisse toujours une porte ouverte des vrits nouvelles2 tandis que l'esprit de certitude et de croyance fixe1 bornant nos progrs une premire opinion reue1 nous enchane au hasard1 et pourtant sans retour1 au joug de l'erreur ou du mensonge1 et cause les plus graves dsordres dans l'tat social2 car1 se combinant avec les passions1 il engendre le fanatisme1 qui1 tantt de bonne foi et tantt hypocrite1 toujours intolrant et despote1 attaque tout ce qui n'est pas lui1 se fait perscuter quand il est faible1 devient perscuteur quand il est fort1 et fonde une religion de terreur qui anantit toutes les facults1 et dmoralise toutes les consciences2 tellement que1 soit sous l'aspect politique1 soit sous l'aspect religieux1 l'esprit de doute se lie aux ides de libert1 de vrit1 de gnie2 et l'esprit de certitude aux ides de tyrannie1 d'abrutissement et d'ignorance4 ,d'ailleurs1 si1 comme il est vrai1 l'exprience d'autrui et la ntre nous apprennent chaque jour que ce qui nous a paru vrai dans un temps1 nous semble ensuite prouv faux dans un autre1 comment pouvons-nous attribuer nos jugements cette confiance aveugle et prsomptueuse qui poursuit de tant de haine ceux d'autrui8 ,il est raisonnable1 sans doute1 et il est honnte d'agir selon la sensation prsente et selon sa conviction2 mais si1 par la nature des choses1 cette sensation varie en elle-mme et dans ses causes1 comment ose-t-on imposer soi et aux autres une invariable conviction8 comment surtout ose-t-on exiger cette conviction dans des cas o il n'y a point rellement de sensation1 ainsi qu'il arrive dans les questions purement spculatives1 o l'on ne peut dmontrer aucun fait prsent8 ,aussi lorsqu'ouvrant le livre de la nature1 bien plus authentique et bien plus facile lire que des feuilles de papier noirci de grec ou d'hbreu2 lorsque je considre que la diffrence d'opinions de trente ou quarante religions1 et de deux ou trois mille sectes1 n'a pas apport et n'apporte pas encore le plus petit changement dans le monde physique2 lorsque je considre que le cours des saisons1 la marche du soleil1 la quantit de pluie et de beau temps sont les mmes pour les habitants de chaque pays1 chrtiens1 musulmans1 idoltres1 catholiques1 protestants1 etc41 etc41 je suis port croire que l'univers est gouvern par d'autres lois de justice et de sagesse que celles que suppose un gosme troit et intolrant3 et comme1 en vivant avec des hommes de cultes trs-divers1 j'ai remarqu qu'ils avaient cependant des moeurs trs-semblables2 c'est--dire que dans toute secte chrtienne1 mahomtane1 et mme parmi des gens qui n'appartiennent aucune1 j'ai trouv des hommes qui pratiquaient toutes les vertus prives ou publiques1 et cela sans affectation2 tandis que d'autres1 parlant sans cesse de ,dieu et de la religion1 se livraient toutes les habitudes perverses condamnes par leur propre croyance1 je me suis persuad que la partie morale tait la seule essentielle comme elle est la seule dmontrable des systmes religieux2 et comme de votre aveu mme1 page #fb1 le seul but de la religion est de rendre les hommes meilleurs pour les rendre plus heureux1 j'ai conclu qu'il n'y avait rellement dans le monde que deux religions1 celle du bon sens et de la bienfaisance1 et celle de la malice et de l'hypocrisie4 ,en terminant cette lettre1 ,m4 le docteur1 je me trouve embarrass du sentiment que je dois vous offrir2 car en me dclarant1 page #abc1 qu'en tout cas vous ne vous souciez gure du mpris de gens comme moi#dc1 quoique je ne vous en eusse jamais tmoign1 vous m'indiquez clairement que vous ne vous souciez pas non plus de mon estime3 c'est donc votre bon got et votre discernement que je laisse le soin d'apprcier le sentiment qui convient ma situation1 et qui appartient votre caractre4 ,c4-,f4 ,,volney4 ,philadelphie1 #b mars #agig4 ,,discours ,,sur ,l',,tude ,,philosophique ,,des ,,langues4 ,,avertissement ,,de ,l',,auteur4 ,l'acadmie franaise a des sances de trois espces1 qu'il ne faut pas confondre3 chaque semaine1 elle tient une sance d'office1 consacre la rdaction du ,dictionnaire1 objet spcial de son institution2 chaque anne1 elle tient une sance publique1 o elle rend compte de ses travaux2 enfin1 depuis deux ans1 le premier mardi de chaque mois elle tient une sance prive1 que l'on pourrait appeler runion de famille4 ,en s'imposant librement celle-ci1 avec l'agrment du gouvernement1 l',acadmie franaise a eu le double but de resserrer les liens de l'amiti entre ses membres1 et d'exciter leur mulation rciproque par la communication confidentielle de leurs ouvrages1 projets ou excuts3 ces lectures1 auxquelles les seuls membres de l',institut sont admis1 procurent leurs auteurs des observations dictes par la bienveillance et le bon got4 ,de ces sances1 sont dja sorties1 sur le sujet toujours profond de la grammaire1 des ides lumineuses1 et des fragmens d'histoire et de posie d'un mrite minent4 la sance d'octobre dernier1 un acadmicien1 dont le public a toujours accueilli les productions ingnieuses1 termina la lecture d'une ,dissertation sur l'origine1 la formation1 la varit1 le progrs et le dclin des langues3 les opinions se partagrent sur certains points de sa thorie dja indique dans une feuille du ,moniteur1 il y a quelques annes2 ce partage est devenu le motif du prsent discours4444 ,son auteur1 conduit par ses tudes d'autres rsultats1 a trouv convenable de les exposer son tour4 ,son travail1 prpar rapidement pour novembre1 n'a t lu que le premier mardi de dcembre4444 ,les avis ont pu se partager aussi2 mais le temps qui appartenait une autre lecture1 n'a pas permis d'entrer en discussion sur celle-ci444444#dd2 c'est donc sur sa propre responsabilit qu'il publie aujourd'hui son opinion1 laquelle le principal intrt qu'il attache est d'appeler l'attention des esprits mditatifs sur une branche de connaissances trop peu cultive en ,france4 ,,discours ,,sur ,l',,tude ,,philosophique ,,des ,,langues4 4 #a;er4 ,,nouveaut ,,de ,,cette ,,tude ,,chez ,,les ,,modernes3 ,,ignorance ,,absolue ,,des ,,anciens ,,cet ,,gard4 ,,messieurs1 ,j'appelle tude philosophique des langues toute recherche impartiale tendante connatre ce qui concerne les langues en gnral2 expliquer comment elles naissent et se forment2 comment elles s'accroissent1 s'tablissent1 s'altrent et prissent2 montrer leurs affinits ou leurs diffrences1 leur filiation1 l'origine mme de cette admirable facult de parler1 c'est--dire de manifester les ides de l'esprit par les sons de la bouche1 sons qui leur tour deviennent1 titre d'lments1 un sujet digne de mditation4 ,l'un de nos confrres1 pour qui nous professons tous des sentimens d'estime et d'amiti1 a dja mrit nos remercments par le soin qu'il a pris de porter notre attention vers un sujet si intimement li nos fonctions de grammairiens franais3 ,m4 ,andrieux1 en s'interrogeant sur la plupart des questions que je viens de citer1 nous en a fait sentir l'importance et l'tendue1 en mme temps que1 par le doute mthodique dont il a revtu ses opinions et ses vues1 il nous a indiqu combien ce sujet nous est encore neuf et difficile4 ,aujourd'hui1 ,messieurs1 si je marche sur sa trace1 c'est moins avec la prtention de vous apporter un surcrot d'instruction qu'un surcrot de preuves de notre inexprience1 permettez-moi de dire nationale1 et de notre infriorit1 sur ces questions1 relativement aux trangers4 ,eh6 comment serions-nous avancs dans l'tude des langues1 surtout dans l'tude philosophique1 lorsque rien1 dans notre ducation franaise1 ne nous y prpare1 lorsque1 dans notre ducation littraire et religieuse1 divers prjugs y sment des obstacles3 nous nous vantons d'avoir eu pour matres les beaux esprits de ,rome et de la ,grce2 voyons-nous qu'aucun d'eux se soit occup de l'tude des langues sous les rapports tendus que je viens de citer8 ,trouvons-nous dans leurs crivains d'autre mention de langues et de langage que pour mpriser1 sous le nom de ,barbare1 ce qui n'est pas romain ou grec8 ,l'encyclopdiste ,pline l'ancien nous instruit agrablement1 sans doute1 quand il nous dit que dans une ville de la ,colchide1 ,rome entretenait cent trente interprtes pour rpondre cent trente peuples divers qui venaient y pratiquer un commerce dja dclinant1 puisque ,pline ajoute qu'antrieurement ils venaient au nombre de trois cents4 ,j'entends encore avec un vif intrt cet auteur me dire que dans l',ibrie1 la ,gaule1 l',italie1 on avait compt les langues par centaines2 et je le conois1 quand je songe qu'avant les conqurants1 chaque ville1 chaque territoire nourrissait un peuple ennemi de son voisin1 et spar de lui en toutes choses2 mais de telles citations et autres semblables n'atteignent point nos questions3 il y a plus1 je ne me rappelle point avoir lu1 en aucun auteur grec ou latin1 la mention d'aucune grammaire trangre compose par curiosit ou par motif de commerce ou d'instruction4 ,avons-nous mme aucune grammaire grecque compose avant notre re8 ,chez les ,romains de la rpublique1 ce genre d'tude fut tardif2 ,varron seul le signale par son rudition et ses vues philosophiques4 4 ,,ii4 ,,cole ,,grecque3 ,,syst,,mes ,,tablis ,,avant ,,les ,,faits ,,observ,s4 ,chez les ,grecs comme chez les ,romains1 on peut dire que l'tude du langage n'a eu qu'un but rhtorique1 je veux dire l'art d'mouvoir les passions1 art suscit par la nature du gouvernement de ces peuples1 long-temps rest plus ou moins dmocratique3 on ne peut le nier1 ces peuples furent d'habiles artistes cet gard2 mais sous le point de vue d'tude philosophique du langage1 je ne crains pas de dire qu'ils sont rests presque aussi enfants que les sauvages de l',amrique du nord1 les uns et les autres nous racontant gravement1 sur l'autorit de leurs anctres1 que l'art de parler fut invent par les manitous1 les gnies et les dieux4 ,un peuple peut produire de grands peintres1 de grands potes1 de grands orateurs1 sans tre avanc dans aucune science exacte3 ces talents tiennent l'art d'exprimer les sensations et les passions2 mais approfondir des connaissances mtaphysiques telles que la formation des ides et leur manifestation par le langage1 cela est d'une tout autre difficult4 ,je ne vois que ,platon1 cette abeille de toute science1 ce pote de toute philosophie1 qui montre en ce genre quelques aperus dans son dialogue intitul ,kratyle2 et cependant1 aprs la lecture de ce morceau1 on se trouve peu avanc dans la solution des deux questions proposes ,socrate3 il est mme permis de dire que le rsultat le plus clair est l'artificieux procd du compositeur1 qui1 ayant pos la double question de savoir si le langage est n de la nature des choses1 ou de la convention des hommes1 a dguis son embarras sous les tergiversations de ,socrate1 qui raisonne tantt pour et tantt contre1 et qui indique plutt le faible que le fort de chaque opinion4 ,aujourd'hui que1 par les progrs gnraux de la civilisation humaine et de toutes les connaissances physiques et morales1 nous avons sous nos yeux plus de six cents vocabulaires de nations diverses1 et plus de cent grammaires2 aujourd'hui que1 dans ces vocabulaires1 nous voyons les objets des besoins les plus simples et les plus naturels exprims par des noms totalement divers1 les raisonnements de ,platon deviennent bien peu de chose1 et c'est aux faits que nous devons demander de l'instruction4 ct des ttonnements systmatiques et des thories prmatures des anciens1 je ne vois qu'un seul fait1 presque puril en apparence1 mais qui donne lieu des inductions assez lumineuses3 je veux parler de exprience imagine par un roi d'gypte1 dans l'intention de dcouvrir la race d'hommes l plus ancienne4 ,cette exprience nous est raconte par un historien dont les anciens n'ont point su apprcier le mrite1 mais dont la fidlit1 et l'instruction1 constates aujourd'hui par une lite de savants dans l'expdition franaise en gypte1 replacent l'autorit et le crdit au premier rang des tmoignages anciens4 ,voici ce que dit cet historien1 qui est ,hrodote3 4 ,,iii4 ,,cole ,,gyptienne4 ,le roi ,psammticus fit remettre deux enfants nouveau-ns1 pris au hasard1 entre les mains d'un berger1 charg de les lever au milieu de ses troupeaux royaux1 avec l'injonction de ne jamais profrer devant eux une seule parole1 et de les laisser constamment seuls dans une habitation spare4 ,ce berger devait leur amener des chvres1 certains intervalles1 les faire tter1 et ne plus s'en occuper ensuite4 ,psammticus1 en prescrivant ces diverses prcautions1 se proposait de connatre1 lorsque le temps des vagissements du premier ge serait pass1 dans quel langage ces enfants commenceraient s'exprimer4 ,les choses s'tant excutes comme il l'avait ordonn1 il arriva qu'aprs deux ans couls1 au moment o le berger1 qui s'tait conform aux instructions qu'il avait reues1 ouvrait la porte et se prparait entrer1 les deux enfants1 tendant les mains vers lui1 se mirent crier ensemble1 ,bkos4 ,le berger n'y fit d'abord pas beaucoup d'attention2 mais en ritrant ses visites et ses observations1 il remarqua que les enfants rptaient toujours le mme mot3 il en instruisit le roi1 qui ordonna de les amener en sa prsence4 ,psammticus ayant ou de leur bouche le mot bkos1 fit rechercher si cette expression avait un sens dans la langue de quelque peuple2 il apprit que les ,phrygiens s'en servaient pour dire du pain4 ,les gyptiens1 aprs avoir pes les consquences de cette exprience1 consentirent regarder les ,phrygiens comme d'une race plus ancienne qu'eux4 ,raisonnons sur ce fait3 des savants d'gypte veulent1 par l'entremise de leur roi1 savoir quelle est la langue naturelle de l'homme2 quelle langue il parle avant d'avoir eu aucun matre1 et reu ou fait aucune convention4 ,ils ont donc cru1 ces savants1 qu'il y a une langue naturelle1 un langage inn1 un instinct de parler comme un instinct de manger et de marcher4 ,si leur opinion tait vraie1 toute langue originale1 toute langue de peuple sauvage devrait tre la mme2 tout individu gar dans les forts de ,hanovre et de ,champagne1 comme nous en avons vu1 devait dire bk2 or1 nous ne voyons rien de semblable4 ,nos savants de ,psammtique ont cru que deux enfants squestrs parleraient sans matre2 ils n'ont donc pas cru le langage n des conventions de l'tat social4 ,mais que serait1 quoi servirait une langue sans la socit8 ,les deux enfants ont prononc un premier mot2 ce mot1 vous le sentez1 n'a pas t prcisment le grec bk-os3 l'historien s'est pli au gnie de sa langue1 l'intolrante habitude de sa nation1 qui veut toujours ajouter ses finales harmonieuses la roideur des mots barbares4 ,les enfants ont dit bk3 les savants gyptiens ont suppos que ce mot tait de pure invention2 mais vous1 ,messieurs1 qui calculez toutes les circonstances de cette preuve1 vous n'oubliez pas que ces enfants ont chaque jour entendu le cri de deux chvres1 et vous sentez qu'ils n'ont fait qu'imiter ce cri3 cette imitation est une chose naturelle1 et ici nous voyons l'onomatope se montrer comme moyen premier du langage4 ,ces petites machines nerveuses ont rpt le cri qui les frappait1 et qui1 s'tant li l'action de l'animal dont elles tiraient leur subsistance1 est devenu l'indice de leurs besoins1 de leur dsir de boire et de manger2 par cette liaison1 la convention s'est tablie entre les deux enfants et le berger ou tout autre tre humain1 mme entre les enfants et la chvre2 et comme nous savons que la chvre sent elle-mme ce langage1 nous y voyons la preuve que les animaux mmes y participent dans la proportion de leurs facults4 ,en vrit1 c'est un sujet d'tonnement que de voir les savants de ,psammticus1 sourds et aveugles de tels indices2 mais en mme temps1 c'est pour nous une nouvelle preuve que1 quand notre esprit est imbu d'un prjug1 il perd la facult de voir tout ce qui est hors de sa ligne2 ce sont les yeux d'un malade de la jaunisse1 qui ne peut voir les objets que jaunes2 pourrions-nous bien rpondre de notre sant nous-mmes1 sur un nombre de sujets8 ,nos gyptiens s'enquirent chez quel peuple existe le mot bk2 le hasard veut que dans la langue phrygienne il signifie pain1 et les voil qui concluent qu'il y a liaison intime1 affinit naturelle entre le mot bk et la substance pain3 quelle misrable logique6 ,d'abord le mot bk a pu exister en d'autres langues2 les gyptiens en ont-ils fait la recherche chez les ,chinois1 les ,tartares1 les ,indous1 les ,celtes1 mmes chez leurs voisins ,arabico-,phniciens8 nous le trouverions1 s'il tait ncessaire1 certainement avec d'autres sens4 ,mais en outre1 comment ont-ils pu supposer un mot naturel1 pour un objet qui ne l'est pas1 qui est objet d'art1 invent tardivement1 pour une opration trs-complique1 puisqu'il a fallu semer du froment1 le recueillir1 le battre1 le moudre1 le ptrir1 le lever1 le cuire pour en faire du pain2 ensuite1 comment sur un seul mot fonder une opinion gnralise8 comment n'avoir pas continu l'exprience pour en voir le dveloppement1 et surtout la solution de la grande difficult1 celle de la construction grammaticale8 ,qui pourra nier qu' cette poque tous ces savants n'aient t de grands enfants dans l'art des expriences1 dans l'tude de la nature1 dans la science subtile de l'idologie8 ,prenons acte de ce fait1 pour apprcier les connaissances mtaphysiques de l'ancien monde connu cette poque2 nous pouvons croire que les druides et les brahmanes n'taient pas plus avancs4 ,c'tait vers l'an #fdh1 ,thals venait de natre2 moins de deux sicles aprs1 l'an #dfj1 ,hrodote tait en gypte1 o il recevait cette anecdote consigne dans des mmoires historiques2 il la racontait1 quatorze ans plus tard1 la multitude des ,grecs assembls dans le ,cirque ,olympique 7vers #ddf72 quarante-six ans plus tard 7vers l'an #djj71 ,platon1 qui avait voyag et sjourn en gypte1 et qui connaissait le livre d',hrodote1 professait dans son dialogue de ,kratyle l'opinion des savants gyptiens4 ,ne devient-il pas trs-probable que ,platon1 ici1 comme sur tant d'autres points1 n'a t que l'cho des mtaphysiciens d'gypte8 ,aristote1 qui suivit ,platon1 et qui lui est suprieur en toute branche de science positive1 n'est pas plus avanc ici2 dira-t-on qu'il a implicitement rsolu la question de la formation du langage par son axiome profond et clbre1 ,nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu 7,rien n'est dans l'entendement qui n'ait d'abord t dans la sensation78 ,sans doute1 la consquence est bien que l'homme seul a pu inventer les signes de ses ides2 qu'aucun agent extrieur n'a pu lui souffler ou suggrer ces signes quand leurs modles n'existaient pas2 qu'en un mot le langage est le fruit de son organisation physique1 et de ses conventions artificielles et sociales4 ,mais quand on voit combien peu ,aristote lui-mme a su tirer parti de son grand principe mtaphysique1 on ne peut nier que les consquences n'en soient restes bien occultes1 jusqu' ce que ,locke1 il y a cent trente ans seulement1 soit venu les mettre en une vidence qui a paru une cration2 encore est-il vrai que malgr qu'aprs lui l'esprit lumineux des ,condillac et des ,tracy ait de plus en plus clairci le problme1 il n'a point encore reu tous les dveloppements qu'il requiert4 ,l'cole d',alexandrie1 qui fut le plus heureux fruit des conqutes d',alexandre1 dut produire des recherches et des raisonnements sur nos questions2 mais on a droit de penser qu'elle ne fut que l'cho du pass4 ,,iv4 ,,cole ,,juive4 ct de cette cole1 je ne dirai pas1 naquit1 je dis1 sortit de son obscurit l'cole juive1 qui1 loin d'offrir rien de nouveau1 ne fit que reproduire des doctrines surannes4 ,en effet1 lorsque la cosmogonie juive nous parle d'un premier couple humain1 cre par ,dieu1 ou par les dieux1 elle nous prsente d'une manire seulement diffrente ce que disent la plupart des autres cosmogonies2 et lorsqu'elle ajoute que le premier homme donna des noms propres tous les oiseaux du ciel1 tous les animaux de la terre2 comme plusieurs de ces noms1 en langue hbraque1 sont caractristiques de leurs facults ou actions et proprits1 c'est--dire1 de leur nature1 il s'ensuit que l'auteur1 ou les auteurs de cette cosmogonie1 ont t dans l'opinion gyptienne que nous venons de voir1 et laquelle les ides innes de ,platon ont du donner une nouvelle force4 ,cette induction en acquiert elle-mme1 quand les ,juifs nous attestent que les sciences gyptiennes ont t la souche des leurs4 ,je n'aperois pas une semblable analogie un autre fait qu'ils nous citent1 relatif encore la question des langues1 je veux dire1 celui de leur confusion l'occasion de la tour de ,babel1 c'est--dire de la pyramide de ,babylone1 qui fut l'observatoire astronomique des prtres chaldens1 cit par tous les historiens1 comme existant depuis un temps immmorial4 ,il m'est d'autant plus ncessaire d'exposer ici le propre texte1 ,messieurs1 que1 par un cas trange1 vous allez voir qu'il se trouve ne pas porter le sens qu'on lui a donn jusqu' ce jour4 ,toute la terre avait une seule lvre 7c'est--dire un seul langage1 et un seul parler ou discours71 et des hommes partis de l',orient1 s'tablirent dans la valle de ,sennar1 et ils se dirent3 ,ptrissons de la terre1 cuisons des briques2 et la brique leur devint pierre1 la boue1 mortier2 et ils se dirent3 ,btissons-nous une ville et une tour dont la tte soit dans le ciel2 faisons-nous un nom 7ou un signal3 le mot hbreu a les deux sens71 afin que nous ne soyons pas disperss sur la terre3 et ,dieu1 descendit pour voir cette tour1 et il dit3 ,ce peuple n'a qu'une lvre ou langue3 rien ne les empchera d'excuter leur pense 7leur projet73 descendons1 et confondons leur lvre2 qu'ils ne s'entendent plus l'un l'autre2 et ,dieu les dispersa ainsi1 et ils cessrent de btir leur ville444 ,voil1 ,messieurs1 le texte littral3 il veut quelques observations grammaticales4 ,d'abord1 le mot hbreu traduit1 la terre 7,ars1 en arabe ,ard71 n'a pas rigoureusement le sens que les interprtes lui donnent2 ils avouent que les ,hbreux n'ont eu aucune ide de la terre globe2 que ce peuple a cru confusment qu'elle tait une grande le porte sur l'eau1 sans savoir sur quoi portait l'eau2 que ce peuple parfaitement ignorant en toutes choses physiques#de1 ne connaissait rien trois cents lieues au del de ses frontires1 etc4 ,la vrit est que dans la langue hbraque1 le mot terre est habituellement pris pour pays1 lequel n'a point de terme propre2 partout on lit1 la terre de ,juda1 la terre d',isral1 la terre de ,chanaan1 la terre d'gypte1 la terre de ,sennar1 ce qui ne signifie que pays3 or1 l'on n'a aucun droit de distinguer en franais ou en latin1 ce que l'original ne distingue pas2 et si l'on veut raisonner par probabilits naturelles1 on ouvre la porte un genre de discussions que les interprtes entendent rejeter leur gr4 ,secondement1 les interprtes et la ,vulgate1 qui les guide1 ont traduit3 ,faisons-nous un nom1 une renomme1 afin que nous ne soyons pas disperss4 ,entre les deux membres de cette phrase1 il n'y a aucune analogie4 ,je traduis avec le savant ,vossius1 faisons-nous un signal2 ce qui est un des sens reconnus du mot hbreu 7shem73 l1 il y a analogie2 un signal lev1 visible de loin1 est propre empcher la dispersion4 ,serai-je hrtique pour ces observations8 ,je pourrais en faire encore une sur ce mot3 ,dieu descendit1 et de suite il est dit3 descendons4 ,si je ne comprends pas ce surcrot de descente1 l'une au singulier et l'autre au pluriel1 serai-je traduit devant un jury anglais8 ,j'arrive au fond de la question4 ,le narrateur dit que toute la terre ou contre n'avait qu'une langue1 il ne la spcifie pas cette langue4 ,quelqu'un a-t-il le droit de dcrter que ce fut l'hbraque8 il me semble que non2 d'abord parce que le texte lui-mme ne le spcifie pas2 #b parce que dans l'histoire d',abraham1 ce pre de la race hbraque1 lorsque le texte dit qu'il naquit dans la terre de ,sennar 7bien connue pour tre un pays syrien71 qu'ensuite son pre l'emmena dans le pays de ,harran 7galement syrien71 ce texte donne droit de penser que la langue nationale de la famille d',abraham fut le syrien ou syriaque1 dont1 au temps de ,jacob et de ,laban1 l'existence formelle nous est atteste1 et se continue sans interruption jusqu' des poques postrieures et certaines2 #c enfin1 parce que l'on peut dmontrer historiquement et grammaticalement que l'hbreu n'est qu'un dialecte phnicien form depuis ,abraham1 par l'incorporation que lui et ses descendants ne cessrent de faire leur naissante et faible tribu1 des naturels du pays o ils s'tablirent4 ,je ne prtends point contester aux interprtes1 que les constructeurs de la tour de ,babylone aient tout coup oubli leur langue2 je ne me fais pas juge des possibilits naturelles3 une langue peut s'oublier par un mal subit de cerveau2 mais dcrter1 comme le font nos infaillibles1 que ces constructeurs parlrent tout coup des langues nouvelles1 c'est ce que je nierais dans un concile1 parce que le texte m'y autorise par son silence2 il dit nment3 ,confondons leur langage1 afin qu'ils ne s'entendent plus l'un l'autre2 or1 ceci ne dit pas du tout qu'ils parlrent d'autres langues1 mais seulement qu'ils cessrent de se comprendre2 et ils purent cesser par dfaut de prononciation1 par bredouillage1 par confusion de termes1 par emploi involontaire d'un mot pour l'autre2 enfin1 d'une manire que l'on n'a ni l'obligation1 ni le droit de spcifier2 ils ne s'entendirent plus1 voil tout4 ,actuellement1 ,messieurs1 apprciez l'extrme lgret1 la proccupation aveugle de tant de docteurs qui ont voulu1 qui veulent encore que cet vnement soit la source o il faut chercher l'origine des innombrables langues qu'a parles et que parle l'espce humaine4 ,lesquels des savants de ,psammticus ou des ntres sont les plus aveugles1 les plus entts de prjugs8 ,si je trouve l'ancienne doctrine juive1 sur le langage naturel1 une analogie1 et presqu'une origine profane1 je n'assurerai pas que j'en trouve une semblable au rcit historique que je viens de vous prsenter2 nanmoins1 vous me permettrez une citation qui est du moins singulire2 elle m'est fournie par les historiens de cette mme ville de ,babylone1 dans un rcit que nous a transmis ,diodore de ,sicile4 ,aprs la mort de ,ninus1 fondateur de l'empire assyrien1 sa femme1 ,smiramis1 compagne et rivale de sa gloire1 voulut1 par des actions tonnantes1 surpasser son mari4 ,ninus avait employ plusieurs annes btir une ville1 immense la vrit1 mais qui1 place en pays montueux1 sur un fleuve rebelle 7le ,tigre71 n'tait qu'une grande et inerte bourgade4 ,smiramis voulut construire une cit commerciale et militaire1 qui ft la fois l'entrept des marchandises de l',inde et de la basse ,asie1 le boulevard d'un pays riche par lui-mme1 l'asyle d'une population nombreuse contre l'invasion de l'ennemi1 l'pouvantail des ,arabes du dsert1 et en mme temps le march ncessaire et opulent qui les attirt en temps de paix3 en un mot1 ,smiramis traa le plan de ,babylone2 ce fut un carr de douze mille mtres1 ou trois lieues de longueur sur chaque ct1 flanqu d'un mur de soixante-quinze pieds de hauteur1 etc4 ,smiramis projetant dja d'autres grandes entreprises1 statua que celle-ci ne durerait qu'un an2 pour cet effet1 elle leva une corve de deux millions d'hommes1 pris dans la population bigarre de son vaste empire1 depuis les sources de l',indus jusqu' l',euxin 7ou mer ,noire71 et depuis le ,caucase jusqu' l',arabie ,heureuse4 ,qu'on se figure la sensation1 la rumeur que dut causer le spectacle d'une telle multitude diverse de costumes1 de moeurs1 et surtout de langages ou de dialectes dont le nombre a pu passer quatre-vingts ou cent6 ,qu'on voie cette multitude1 jete confusment1 distribu militairement sur ses ateliers2 occupe principalement fabriquer l'incroyable quantit de briques qu'exigrent de telles murailles1 et des quais proportionns sur l',euphrate1 et un pont1 et deux chteaux forts2 enfin1 une pyramide appele tour par les gens du pays1 c'est--dire par les ,arabes chaldens1 dont le dialecte1 comme l'hbreu et le syrien1 n'a que le mot tour pour exprimer tout difice saillant et lev#df4 ,cette tour1 encore subsistante au temps d',hrodote1 et qui1 sur trois cent sept pieds de base1 et autant d'lvation1 dut tre un objet si frappant dans une plaine rase1 ne fut pas un strile monument comme ceux d'gypte3 ce fut un magnifique et utile cadeau que l'habile ,smiramis fit aux prtres du pays1 les chaldens1 pour leur servir d'observatoire astronomique1 et favoriser de plus en plus l'tude d'une science qui les avait rendus clbres au dehors1 et puissants au dedans1 sur l'esprit d'un peuple conquis que cette reine voulait apprivoiser4 ,qu'on juge de l'tonnement de ce peuple ignorant et superstitieux1 ne connaissant que sa langue arabe et que le dsert qui entourait son le4 ,supposons que deux ou trois cents ans aprs ont et demand de telles gens pourquoi et comment avait t btie cette montagne1 il me semble entendre ces ,arabes rpondre3 ,aux temps anciens1 il vint du ct de la ,perse 7qui est l',orient7 des hommes puissants qui il prit fantaisie d'lever cette tour2 ils voulaient1 dit-on1 monter au ciel1 et cela pour regarder nos dieux 7c'est--dire les astres1 dieux du temps et du pays72 mais la confusion se mit dans leur langage1 par un pouvoir divin1 et ils furent obligs de se disperser 7comme firent les ouvriers de ,smiramis72 en mmoire de cet vnement1 cette ville a gard chez nous le nom de ,babul1 c'est--dire confusion#dg4 ,entre ce rcit et celui des ,juifs1 je conviens que plusieurs circonstances diffrent1 et surtout que des objections chronologiques peuvent tre suscites contre l'identit2 mais en traitant mon sujet didactique et sec par lui-mme1 en traversant les plaines arides du vieil ,orient1 j'ai pens1 ,messieurs1 que vous me permettriez de cueillir une fleur historique pour vous l'offrir en dlassement4 ,v4 ,,cole ,,chr,,tienne4 ,du sein de l'cole juive sortit l'cole chrtienne2 pendant le premier sicle1 ses disciples1 tous illettrs1 tous de la classe du peuple1 uniquement livrs la morale pratique1 ngligrent et repoussrent1 comme futilit1 toute tude qui n'et pas pour but d'obtenir l'autre vie4 ,dans le second et troisime sicle1 des hommes lettrs1 convertis aux ides nouvelles1 y joignirent celles de leur ducation1 c'est presque dire celles de ,platon1 alors dominantes4 ,il ne put manquer de natre bientt des dissentiments sur toute question abstraite2 mais parce que l'essence du systme naissant tait la charit fraternelle1 l'galit des droits1 la communaut des biens1 tout ce qui n'attaqua point ces bases fut laiss au libre arbitre2 on put disserter sur le langage d',adam1 savoir s'il fut hbreu ou syriaque2 sur la manire dont il put donner des noms aux animaux sans les connatre2 sur la confusion du langage1 sur la prtendue naissance des langues1 dont quelques docteurs voulurent compter soixante-douze1 quand d'autres les rduisaient quatre1 qu'ils nommaient langues mres1 etc4 ,un vque1 pre de l'glise1 put nier cette confusion1 comme cause1 et l'admettre seulement comme consquence de la dispersion1 sans en tre moins reconnu pour un saint4 7,grgoire de ,nysse47 ,cet tat de libert dura jusqu'au commencement du quatrime sicle2 alors se fit une vritable rvolution dans la socit chrtienne1 et cela par suite des dcrets de l'assemble de ,nice1 qui introduisant dans le rgime des fidles la hirarchie civile et presque militaire de l'empereur grco-romain1 changea la dmocratie de l'glise primitive en une oligarchie sacerdotale rapidement devenue despotique4 ,ds lors il ne fut plus permis d'tablir des raisonnements sans l'approbation des suprieurs surveillants 7epi-scopoi72 comme toute opinion devint affaire de parti1 il devint dangereux ou inutile de suivre toute tude oppose ou trangre aux passions ou aux volonts des puissants3 tout emploi de la raison humaine fut une acte d'indpendance vis--vis des docteurs qui se constiturent interprtes de ,dieu1 qui se firent presque dieux parlants4 ,tout ce que nous appelons idologie1 tude raisonnable de l'entendement humain1 fut dcrdit au point que je pourrais citer des sentences d'vques qui ont interdit l'tude de la grammaire3 elles me seraient fournies par un de nos savants confrres qui je dois ma remarque4 ,on peut dire que cette lthargie de l'esprit humain n'a cess qu'au seizime sicle1 et cela1 par le concours de plusieurs circonstances2 par la prise de ,constantinople 7#adec71 qui tout coup jeta en ,europe une quantit de livres et d'hommes savants2 par le dsir que firent natre ces livres de multiplier leurs copies2 par la naissance de l'imprimerie1 qui tendit rapidement l'instruction ou le moyen de l'acqurir2 enfin1 par l'insurrection de l',allemagne contre la thocratie italienne1 d'o sont nes des liberts de tout genre1 qui chaque jour ont tendu dvelopper le bon sens naturel et la raison de l'homme4 ,parmi les tudes qui se ranimrent1 celle des langues fut une des premires1 raison du besoin d'entendre et d'interprter les livres anciens4 ,les esprits curieux ne tardrent pas d'tablir des comparaisons rendues plus piquantes par leur nouveaut4 ,le premier essai connu en ce genre1 fut un vocabulaire que l'italien ,pigafetta fit imprimer vers #aecf1 contenant un recueil de mots de divers peuples chez qui il avait voyag4 ,deux travaux plus rguliers1 plus importants1 le suivirent2 l'un de ,guillaume ,postel1 n ,franais1 qui1 la date de #aecf1 publia en langue latine1 ,paris1 son livre intitul1 ,linguarum ,,xii1 characteribus differentium1 alphabeti introductio ac legendi modus facillimus1 avec une dissertation sur l'origine et l'antiquit de l'hbreu1 et une comparaison des langues orientales entre elles1 et avec le latin et le franais3 l'autre1 de ,teseo ,ambrogio1 n ,pavie1 o il fit imprimer aussi en latin1 en #aeci1 son ,introduction aux langues chaldaque1 syriaque1 armnienne1 et ses remarques sur dix autres langues4 ,ces deux productions ont le mrite de prsenter les essais ou ttonnements de l'art en tout genre4 ,ambrogio avait eu pour matres des moines syriens1 armniens1 abyssins1 appels ,rome par les largesses des papes3 ,postel avait voyag au ,levant aux frais du roi de ,france2 ceci donne un mrite particulier leur mthode de prononciation4 ,dix ans plus tard 7#aedh71 le ,hollandais ,thodore ,buchmann1 qui a grcis son nom en celui de ,bibliander1 mit au jour son livre intitul1 de ,ratione communi omnium linguarum1 etc41 o il prtendit expliquer leurs principes communs par les exemples de dix ou de douze langues3 il faut lui savoir gr d'avoir excit l'mulation de ses successeurs1 en leur ayant prsent le premier essai du ,pater noster1 traduit ou crit en quatorze langues4 ,il serait trop long de citer en dtail tous les ouvrages accumuls depuis lui sur cette matire2 il me suffira d'indiquer les principaux qui suivent3 ,en #aeeh1 le livre de ,conrad ,gesner1 intitul1 ,mithridates1 seu de differentiis linguarum2 ,en #aehj1 le trait de ,jean ,gorop ,bkan1 intitul1 ,hermathena1 ou ,mercure et ,minerve2 ,en #aeib et #aeic1 ,specimen #dj diversarum linguarum et dialectorum1 de ,jrme ,mejeser1 avec le ,pater noster en cinquante langues2 ,en #afaj1 le fragment de ,scaliger1 de ,europeorum linguis2 ,en #afac1 le ,trsor de l'histoire des langues1 par ,duret2 ,en #afaf1 l',harmonie tymologique des langues1 par tienne ,guichart2 ,en #affg1 les ,prolgomnes de ,walton1 auteur de la clbre ,polyglotte2 ,en #afgi1 l',atlantica de ,olas ,rudbek1 en mme temps que le jsuite ,kirker publiait sa ,tour de ,babel2 ,en #afig1 le ,glossarium universale hebraicum1 de ,thomassin2 ,en #agjc1 le ,pater noster en plus de cent langues1 par l'anglais ,muller2 ,en #agae1 le mme ,pater1 par ,chamberlayne1 encore plus tendu et plus correct4 cette poque1 l'on avait dja beaucoup fait pour l'rudition2 beaucoup de matriaux taient rassembls pour le raisonnement3 presque aucun pas n'tait fait encore vers la connaissance de la vrit1 parce qu'aucun pas n'avait t dirig par un sens droit1 libre de prjug4 ,tous les crivains que j'ai cits1 et leurs semblables que j'ai omis1 taient partis de deux faits principaux1 considrs comme indubitables2 savoir1 qu'un premier homme1 appel ,adam1 avait naturellement ou miraculeusement parl la langue hbraque2 et en second lieu1 qu'un vnement1 appel la confusion de ,babel1 avait subitement introduit dans le monde une foule de langues1 d'o procdaient toutes les diversits que nous voyons4 ,les efforts des savants n'avaient tendu qu' mieux dmontrer l'un et l'autre fait par des tymologies dont l'abus tait d'autant plus grand1 que trs-souvent la vraie prononciation des mots tait dnature4 ,en voyant cette unanimit de tant de docteurs1 qui ne croirait que rellement leurs opinions avaient des bases positives8 ,ici se montre un nouvel exemple de l'aveuglement invincible que causent les prjugs de l'ducation1 rivs par une autorit corcitive4 ,vous venez de voir1 ,messieurs1 qu'au sujet de la confusion et de la dispersion1 le texte original ne disait point ce qu'on lui faisait dire sur l'apparition de langues nouvelles2 eh bien6 en scrutant le texte relatif au langage d',adam1 vous allez voir qu'il n'autorise pas mieux l'ide que ce langage ait t l'idiome hbraque4 ,voici ce texte trs-littral2 ,gense1 chap4 ,,ii1 vers4 #f3 ,et ,dieu forma l'homme de la poussire de la terre2 il souffla sur sa face un souffle de vie1 et l'homme devint une ame vivante4 ,puis1 mme chap41 vers4 #bf3 ,et ,dieu forma de la terre1 toute bte des champs1 tout volatile du ciel1 et il les amena l'homme1 pour voir comme il les nommerait2 et tout ce que l'homme nomma est le nom de cette ame vivante2 et l'homme donna des noms tout gros animal1 et tout volatile du ciel1 et toute bte des champs4 ,rien autre que ces passages n'est relatif au langage d',adam2 l'on ne saurait me citer aucune autre phrase qui y ait trait4 ,or1 il est vident que ce texte ne dcide point qu',adam ait donn des noms en langue hbraque3 aucune autorit n'a le droit de voir ici plus qu'il ne s'y trouve3 dira-t-on que cela est probable1 que cela est conforme au raisonnement naturel8 ,j'accepterai l'arbitrage des probabilits et de la raison naturelle1 si l'on veut l'tablir constant2 mais par ces moyens mmes1 je prouverais que ce put1 que ce dut tre plutt en langue syriaque4 ,toute dispute part1 je m'en tiens au texte2 rien n'y est spcifi2 les assertions des savants ne sont que des hypothses1 et les interprtes ont pos en principe ce qui est en problme2 aussi ne peuvent-ils s'accorder entre eux4 ,,vi4 ,,cole ,,philosophique4 ,,observation ,,des ,,faits1 ,,tablie ,,comme ,,pr,,liminaire ,,indispensable ,,toute ,,th,,orie4 ,ce ne fut que vers #agaj1 qu'un homme d'un esprit simple et droit1 sortant de la route commune1 mit les premires ides judicieuses sur la manire de poser la question de l'tude des langues2 cet homme fut ,guillaume ,leibnitz4 ,en lisant dans les ,mlanges de ,berlin sa dissertation ou mditation sur les origines des peuples1 dduites principalement des indices de leurs langues1 on voit qu'il n'osa heurter de front des prjugs qui ont pour logique ordinaire le sabre ou le tison4 ,il prend un circuit ingnieux1 mais efficace1 pour arriver son but2 sa doctrine peut se rsumer dans les articles suivants3 ,l'tude des langues ne doit pas tre conduite par d'autres principes que ceux des autres sciences exactes4 ,pourquoi commencer par l'inconnu afin d'arriver au connu8 ,le bon sens n'indique-t-il pas d'tudier d'abord les langues modernes qui nous sont palpables1 afin de les comparer l'une l'autre1 de constater leurs diffrences ou leurs affinits1 et de passer ensuite aux langues qui les ont prcdes dans les sicles antrieurs1 afin de rendre sensibles leur filiation1 leur origine1 et par ce moyen remonter d'chelon en chelon aux langues les plus anciennes1 dont l'analyse devra fournir les seules conclusions que nous puissions nous permettre8 ,l'on voit que ,leibnitz proposa aux juges d'un grand procs1 de ne pas prononcer sans avoir examin les pices2 il est des temps o le coeur passionn rejetterait mme cette vidence2 son poque on se lassait de disputes tnbreuses3 ce rayon produisit un effet conciliant4 ,l'ide de ,leibnitz est devenue le guide des recherches philologiques qui se sont multiplies dans le dix-huitime sicle2 des voyageurs de toute nation1 des missionnaires de toute secte1 ont rivalis recueillir des grammaires et des vocabulaires4 ,les savants d',europe ont pu comparer une foule d'idiomes des tribus sauvages d',amrique1 d',afrique1 de ,tartarie1 et des les de l',ocan4 ,il restait mettre en ordre tous ces matriaux2 la fin du sicle dernier et le commencement de celui-ci ont vu1 en moins de trente ans1 trois grandes tentatives de cette opration1 aussi honorables pour leurs auteurs qu'instructives pour leur auditoire#dh4 ,la premire fut celle dont l'impratrice ,catherine ,,ii traa de sa propre main le plan en #aghd4 ,par ses ordres1 le professeur ,pallas fit paratre1 ds #aghf1 le clbre ouvrage crit en langue russe1 ayant pour titre ,vocabulaire de toutes les langues du monde1 au nombre d'environ deux cents4 ,j'ai rendu compte de ce livre l',acadmie ,celtique1 en #ahjf2 je n'en connaissais que deux volumes in-#d2 j'ai appris depuis qu'un troisime avait paru1 mais n'avait t distribu qu' un nombre assez limit de personnes4 ,j'ai fait voir1 dans l'excution de cet ouvrage1 plusieurs dfauts assez graves1 ns sans doute de la prcipitation du travail1 puisque les deux premiers volumes1 recueillis jusqu'en ,italie1 furent imprims en deux ans2 cela ne l'empche pas d'tre un des plus beaux prsents faits la philosophie par un gouvernement4 ,la seconde tentative a t le livre de l'abb don ,lorenzo ,hervas1 intitul3 ,catalogue des langues des nations connues1 dnombres et classes selon la diversit de leurs idiomes et dialectes1 etc4 ,l'ouvrage1 crit en espagnol1 est en six volumes in-#h1 dont le premier est dat de ,madrid1 l'an #ahjj1 et le sixime1 ,madrid1 l'an #ahjf4 ,vous rendre1 ,messieurs1 un compte dtaill de cette composition tendue et complique1 et exig plus de temps que vous ne pouvez m'en accorder4 ,je me bornerai vous dire que l'auteur1 favoris de beaucoup de moyens de fortune et de crdit2 usant de tous les secours littraires que lui procurrent ,rome et l',italie pendant vingt-cinq ans de sjour2 trouvant sous sa main la plupart des livres imprims en son genre d'tude2 jouissant des matriaux accumuls la propagande par des missionnaires de toute robe1 ainsi que des ,mmoires recueillis par les jsuites dans les quatre parties du monde1 n'a pu manquer d'acqurir des notions plus justes1 plus tendues qu'aucun de ses prdcesseurs1 principalement sur ce qui concerne les lments grammaticaux1 les affinits1 les diffrences des langues modernes4 ,quant aux langues anciennes1 et surtout quant aux filiations et aux origines en gnral1 il n'a pu se garantir des prjugs que lui imposaient et son ducation et sa robe1 et le respect de l'vque de ,rome1 et la terreur de l'inquisition2 il n'a pas dout un instant que la confusion de ,babel n'ait produit la diversit des langues1 et qu'il ne faille reprendre l'origine des principales dans la personne de quelque enfant ou petit-enfant de ,no encore qu'il soit thologiquement impossible de prouver par les textes1 hbreu ou grec1 la prsence d'aucun membre de cette famille l'vnement cit2 et encore qu'il soit permis par le gnie ou caractre de la langue hbraque et de ses analogues1 de regarder comme des noms collectifs de peuples et de pays1 les noms qu'il a plu des interprtes superficiels d'tablir comme des noms d'individus4 ,ce prjug d',hervas1 dont je pense avoir bien dmontr l'erreur1 l'a jet dans beaucoup de conclusions fausses1 et l'on ne doit le lire qu'avec la dfiance due aux opinions systmatiques2 cela n'empche pas de regretter qu'un tel livre1 si rapproch de nous par son idiome espagnol1 n'ait pas t traduit1 ou du moins largement extrait par quelque bon esprit franais4 ,la troisime tentative a t l'ouvrage allemand intitul3 ,mithridates1 ou ,science gnrale des langues1 avec le ,pater noster1 traduit en plus de cinq cents idiomes ou dialectes1 par ,adelung1 conseiller aulique1 et bibliothcaire de l'lecteur de ,saxe4 ,le premier volume de cet ouvrage in-#h a paru en #ahjf ,berlin1 lorsque se terminait ,madrid celui d',hervas4 ,un second volume a suivi en #ahji3 l'auteur n'a pas eu la consolation d'achever son entreprise1 fruit de trente ans d'tudes assidues4 ,une digne supplant1 le savant professeur ,vater1 a publi1 en #ahab1 un troisime volume nourri en partie des matriaux d',adelung2 en #ahaf1 un quatrime en deux parties1 et enfin1 un volume de supplment4 ,le quatrime traite des langues des deux ,amriques1 le troisime de celles de l',afrique2 les deux premiers de celles d',asie et d',europe1 tant anciennes que modernes4 ,comme je n'ai pas le bonheur d'entendre l'idiome allemand1 je n'ai pu prendre une connaissance directe de cet important et curieux ouvrage3 seulement1 quelques portions de traductions que je me suis procures1 celle entre autres de la prface1 que je dois l'amiti d'un honorable collgue1 ,m4 le comte de la ,roche-,aimon1 me permettent d'avoir une ide approximative du plan et de l'esprit de l'auteur4 ,il diffre d',hervas en beaucoup de points1 et surtout en indpendance d'opinions3 il a connu quelques parties du livre espagnol1 mais non pas toutes2 il envisage son sujet1 moins sous le point de vue historique1 que sous l'aspect philosophique et grammatical2 il s'applique surtout tudier les oprations de l'esprit humain dans la construction du langage1 dans ce que l'on appelle syntaxe1 ordre et disposition des ides4 ,quoique protestant1 il ne se tient point li par la ,bible1 ni par les rcits de la tour de ,babel4 ,l'tendue de son instruction excite l'tonnement2 la droiture de son esprit et de son intention inspire le respect4 ,il est naturel que sur des sujets si divers1 il y ait quelques parties faibles2 l'on ne pourrait gure se permettre une traduction littrale de ce livre1 quelquefois diffus1 et surtout dans les deux premiers volumes2 mais ce serait un grand service rendu notre littrature1 que d'en publier un volumineux extrait4 ,il me reste observer qu'il partage avec tous ceux de son genre1 un dfaut1 un vice radical qui a jusqu'ici entrav la science1 et qui1 s'il n'est corrig1 empchera son perfectionnement4 ,ce vice consiste en ce que les vocabulaires de tant de nations diverses1 recueillis par les ,europens1 ont t soumis un mme systme de lettres1 qui nanmoins n'ont point les mmes valeurs2 de l1 il est rsult qu'un mme vocabulaire1 par exemple le chinois1 le malais1 l'arabe1 le mexicain1 etc41 se prsente notre lecture sous des formes tout--fait diffrentes1 selon qu'il a t transcrit par un crivain anglais ou italien ou allemand2 les mots deviennent surtout mconnaissables1 si1 par un cas frquent1 ils se composent de prononciations inusites dans la langue du copiste2 car1 alors1 pour les exprimer1 ce copiste a tantt imagin1 tantt emprunt de son propre alphabet1 des combinaisons de lettres qui aggravent la confusion4 ,par exemple1 les ,arabes ont une consonne appele djim1 qui vaut notre dj2 les ,allemands1 qui n'ont point notre ja1 ont imagin de rendre l'arabe par dsch1 ce qui donne quatre lettres pour une1 sans exprimer1 ou plutt en dnaturant la vraie prononciation4 ,il en rsulte que1 pour peindre le mot arabe djahs1 une bte de somme1 ils crivent dschahhsch1 c'est--dire dix lettres pour cinq1 ou plutt pour quatre1 avec une file vraiment ridicule de lettres h4 ,leurs voyageurs nous sont inintelligibles en mots gographiques et patronymiques3 ils peuvent en dire autant de nous1 et des ,anglais1 et des ,italiens2 par suite de ce vice1 le ,pater noster1 qui en hbreu1 en syriaque1 en arabe1 en thiopien1 a rellement des mots et des prononciations extrmement ressemblantes1 offre dans les transcriptions des savants polyglottes une vritable confusion de ,babel4 ,pour remdier ce vice capital1 j'ai depuis vingt-cinq ans propos et poursuivi un systme d'orthographe dont j'ai discut les principes et dmontr les nombreux avantages dans mes deux traits de la ,simplification des langues orientales1 et de l',alphabet europen appliqu aux langues asiatiques4 ,les principes sur lesquels mon systme est fond sont aujourd'hui reconnus pour aussi solides1 aussi clairs que ceux de l'algbre2 mais leur application1 et l'emploi des lettres nouvelles que je n'ai pu me dispenser de proposer1 sont1 et seront combattus par les anciennes habitudes1 jusqu' ce que le temps ait amen des habitudes nouvelles dans une nouvelle gnration4 ,maintenant1 ,messieurs1 si vous dsirez que je rsume les consquences des raisonnements et des faits que j'ai eu l'honneur de vous exposer1 vous en trouverez plusieurs1 je pense1 dignes de votre attention1 les unes par leur importance1 les autres par leur nouveaut4 ,d'abord1 si vous considrez d'un ct tout ce que nous avons ignor jusqu' notre poque sur les langues en gnral 7sans parler de ce que nous ignorons encore72 si vous comparez le vaste thtre gographique des langues ci-devant inconnues1 l'troite sphre de celles o nous n'avons cess de rouler1 vous penserez qu'il ne suffit pas de savoir le grec et le latin pour raisonner sur la philosophie du langage1 pour btir de ces thories que l'on appelle des grammaires universelles2 vous sentirez que notre exclusive admiration du grec et du latin n'est qu'un tribut irrflchi pay par notre enfance la vanit scolastique de nous instituteurs1 qui veulent tout savoir1 et l'orgueil militaire des peuples anciens1 qui tinrent pour non existant ce qu'ils ignoraient4 ,que diraient-ils aujourd'hui1 ces ,grecs et ces ,romains si fiers de leurs idiomes1 issus des dieux comme leurs anctres1 si nous1 leur prouvions que leur latin plasgique1 que leur grec soi-disant autochthone1 ne furent qu'une manation1 qu'un des dialectes de la langue d'une nation scythique dont le sige ou foyer fut la ,boukarie1 au nord de l',indus1 et touchant la ,bactriane par les quarante degrs de latitude2 que du sein de cette nation1 favorise d'un1 beau ciel et d'un beau sol1 et qui vcut la fois agricole et pastorale1 sortirent1 a des poques ignores de l'histoire1 des essaims de guerriers1 qui1 comme on a vu plus tard les ,gaulois1 comme on a vu ensuite les ,tartares de ,tamerlan et les ,mongols de ,techinguiz-,kan1 tendirent leurs invasions successives depuis les plaines du ,gange1 o leur race persiste1 jusqu'aux les britanniques1 o leurs traces s'aperoivent encore8 ,depuis cent ans1 le langage de cette nation scythique1 retrouv par nos savants europens dans les livres sacrs de l',inde1 sous le nom de sanscrit1 est de plus en plus reconnu pour tre la base1 non seulement d'une infinit de mots1 mais encore du systme grammatical d'une foule de langues modernes et anciennes3 de presque tous les dialectes actuels de l',indostan2 de l'ancien dialecte goth et moesogoth1 du vieux teuton ou ,deutche1 qui fut le ,dace des ,romains2 de son driv1 le plat allemand1 d'o drivent leur tour1 le hollandais et l'anglo-saxon2 enfin de l'ancien grec lui-mme1 et de ses collatraux1 l'trusque et le latin2 de manire que les ,plasgues1 si clbres par leurs migrations1 ont du tre1 comme les ,tchingares 7nos ,bohmiens71 une tribu d'origine indoscythe1 chasse l'ouest par des convulsions guerrires3 sans doute ce furent les descendants de ces ,scythes sanskritiques1 qui1 sous le nom grec de massagtes 7quivalant au sanscrit ,maha ,sagatai1 grands ,scythes71 soutinrent contre les gyptiens le procs d'antiquit nationale dont parle ,hrodote2 et ce fait1 lui seul1 rend communs aux ,scythes les huit ou neuf mille ans dont les gyptiens citaient ,solon et ,platon1 des preuves que ces hommes clbres nous attestent tre1 non des fables1 mais des faits authentiques portant avec eux leurs preuves4 ,en rsum1 les ,grecs si fiers de leur langue et de leur gnie1 n'ont t que les cousins germains des ,gtes et des ,thraces3 la situation gographique a fait la diffrence2 et nos littrateurs ddaigneux1 qui repousseraient cette commune origine1 les feraient ressembler ces parvenus qui mconnaissent leurs parents4 ,une seconde consquence1 nouvelle et importante1 est que dsormais il est prouv que l'homme seul1 par ses moyens naturels1 a pu1 a d inventer plusieurs langues4 ,cette vrit rsulte des diffrences tranchantes remarques entre divers systmes grammaticaux1 dont quelques-uns sont vraiment bizarres4 ,les savants philologues s'accordent reconnatre plus de trente idiomes originaux ou langues mres2 or1 il suffit qu'une seule langue soit d'invention humaine1 pour conclure que toutes peuvent l'tre3 ds lors disparat le besoin que se fit l'ignorance des premiers raisonneurs en ce genre1 d'appeler les dieux1 les gnies l'ducation primitive de l'homme1 et la suggestion de son langage4 ,expliquer ce qu'on ne conoit point par des moyens encore plus inconcevables1 est un procd par trop bizarre2 imaginer que l'homme puisse rciter subitement des mots dont il n'a ni l'habitude ni le besoin1 et qui seraient les signes d'ides qui ne sont pas nes1 c'est une autre contradiction qui seule caractrise et les inventeurs et leurs disciples4 ,du reste1 la cration naturelle des langues ne doit point alarmer ceux qui veulent absolument que toutes les races humaines soient issues d'un seul couple primitif3 j'avoue que je n'entends pas mieux l'apparition naturelle d'un premier couple que de plusieurs2 mais comme je ne vois aucune utilit morale et politique l'une et l'autre hypothse1 je demande la permission de rester indiffrent3 seulement je remarque qu'en admettant un seul couple primitif1 il a pu arriver1 par la suite1 que quelque couple de sourds et de muets ait vcu isol1 et qu'il ait produit une race bien conforme1 qui aurait t contrainte de se faire une langue4 ,nier la possibilit de cette invention1 c'est prtendre que tout ce que l'on ne conoit pas ne peut exister2 plus je vieillis1 moins j'ai cette prtention2 sans sortir du cours des choses naturelles1 il me semble que les lois de l'entendement humain suffisent seules rsoudre le problme2 aussi a-t-il t dja tent deux fois de manire faire esprer un succs final2 une premire fois par le prsident de ,brosses1 en son trait de la ,formation mcanique des langues#di2 une seconde fois par l'auteur cossais1 lord ,munboddo et son ,essai sur l'origine et les progrs du langage2 ce second ouvrage a sur le premier ce grand avantage1 que ,munboddo ne s'est pas restreint la mthode didactique1 comme l'a fait de ,brosses2 mais il a nourri ses raisonnements d'une foule d'observations et d'anecdotes curieuses1 fournies par les voyageurs et les historiens sur les peuples sauvages et les individus trouvs solitaires dans les bois3 de manire que sa thorie prend un coloris anim qui la rend plus persuasive4 ,munboddo prouve par des faits que l'homme solitaire n'a ni motif ni moyen de parler2 que le langage nat seulement de l'tat social2 que ses premiers lments sont1 #a les cris ou interjections2 #b les imitations des bruits naturels1 d'o nat l'onomatope1 ou cration des mots1 sur laquelle vient se greffer la convention de prendre un son pour signe d'une ide4 ,ds lors que la question de l'origine du langage est explique1 toutes ses subsquentes dcoulent aisment les unes des autres4 ,par exemple1 celle de l'accroissement ou extension d'une langue1 n'offre pas de difficult relle3 l'on conoit comment1 sur un premier canevas donn1 l'esprit humain prolonge de nouvelles lignes dans la direction de celles qui existent2 comment1 en acqurant des ides nouvelles1 il les peint par des mots tirs de la mme famille2 comment il combine les anciens mots pour en faire de nouveaux3 l'tude des tymologies est dmonstrative cet gard2 les procds des enfants le seraient galement1 si au lieu d'en faire des perroquets1 nous les laissions un peu raisonner et parler d'eux-mmes4 ,une seconde question1 l'tat stationnaire d'une langue1 se conoit facilement3 en effet1 qu'un peuple vive isol2 qu'il ait acquis une somme d'ides suffisante ses besoins1 ses habitudes2 que par la nature de son gouvernement il ne puisse tendre la sphre de ses connaissances3 chez un tel peuple1 la langue peut subsister des sicles sans avancer ni reculer2 j'en fournirais des exemples au besoin4 ,cet tat stationnaire et limit est bien plus rpandu qu'on ne pense2 il a lieu chez presque tous les peuples montagnards1 chez les peuples pasteurs1 s'ils peuvent se prserver des guerres externes2 enfin chez les nations mme civilises1 et cela dans les classes et professions o le temps de l'homme et de la famille est absorb par les soins de la subsistance2 ces classes ne connaissent de la langue nationale1 que la portion qui leur est ncessaire3 amenez un paysan1 un ouvrier1 dans nos assembles scientifiques1 vous verrez combien de mots ils ne comprennent pas2 faites-les suivre un raisonnement ou une narration1 vous verrez qu'ils n'ont pas l'usage de plusieurs modes et temps de nos verbes4 ,on se fait illusion1 lorsqu'on parle des nations comme de corps sociaux homognes la manire des corps physiques2 elles ne sont que des confdrations de peuples diffrents1 qui1 sous le nom de riches1 de pauvres1 de propritaires1 de proltaires1 d'oisifs1 de laborieux1 ont des sphres d'ides1 et par consquent des dictionnaires de mots trs-diffrents4 ,nous qui en faisons un1 ne sentons-nous pas chaque instant1 qu' ct de nous il en existe d'autres relatifs aux arts1 aux sciences1 aux mtiers1 tous faisant partie de l'idiome franais1 et qui cependant nous sont plus ou moins trangers8 ,une troisime question1 celle de l'altration d'une langue1 veut tre divise en deux branches4 ,l'altration par le mlange des mots trangers3 c'est l'effet des guerres1 des invasions1 du commerce4 ,ce mal vient de l'extrieur4 ,l'altration par l'amaigrissement1 l'appauvrissement1 c'est--dire1 par l'oubli ou le non emploi des expressions et des tournures lgantes1 par l'introduction des termes et des tournures triviales1 de mauvais got1 de peu de justesse4 ,ce mal vient de l'intrieur4 ,l'altration par mots trangers1 effet des invasions1 des conqutes1 est trop claire pour s'y arrter2 elle est plus ou moins grande1 selon l'affinit ou la dissemblance des deux langues qui se mlent2 elle devient totale1 si leur construction grammaticale est diverse1 c'est--dire1 si l'exposition des ides marche dans un ordre diffrent4 ,ce cas amne des dcompositions du langage existant1 d'o sort un langage nouveau1 mixte de ceux qui prcdent4 ,notre langue franaise en a fourni un exemple trs-instructif1 depuis que l'un de nos savants et ingnieux confrres#ej a dmontr sa formation de toutes pices1 par un travail fait pour servir de modle4 ,l'altration par appauvrissement intrieur s'explique aisment par un exemple4 ,lorsqu'en #aghi la nation franaise concourut par toutes les classes qui la composent1 nommer ses reprsentants dans l'assemble dite ,constituante1 les lois et les harangues1 pendant trois ans1 parlrent le franais le plus noble et le plus correct4 ,la ,convention succda3 vous savez quel langage parlrent alors les harangues et les lois8 ,pourquoi cette diffrence8 parce que1 dans le premier cas1 le langage fut celui des classes cultives et lettres2 tandis que1 dans le second1 il fut celui des classes qui ne connaissaient que le dictionnaire des besoins4 ,les choses furent au point1 que l'on dut parler un mauvais style1 comme l'on dut porter un mauvais habit de sans-culotte4 ,les ternels ,romains1 que ramne sans cesse notre ducation de collge1 vont me fournir un autre exemple4 ,dans l'origine1 ce peuple est un mlange d'hommes bannis de divers tats de l',italie1 sur un mauvais sol volcanique que personne n'envie2 ils ont un langage o domine le grec ml de mots gaulois1 phniciens1 teutons1 introduits par les guerres et le commerce2 ce langage s'amalgame1 s'identifie par la communaut d'habitude entre ceux qui s'en servent2 il s'augmente d'une gnration l'autre en proportion des ides nouvelles2 ,rome s'agrandit1 rassemble une croissante population1 qui1 par sa concentration1 prend bientt identit de moeurs et de langage2 aprs la ruine de ,carthage1 cette population1 dbarrasse du souci des guerres1 commence s'occuper de jouissances1 cultiver les sciences et les arts3 la langue se polit et s'adoucit2 les prononciations dures deviennent pnibles des bouches effmines et dlicates3 on substitue les consonnes douces aux fortes4 ,on dit3 leguiones 7legiones7 pour lekiones2 maguistratus pour makistratos2 effugiunt pour exfokiont2 dictatori alto pour dictatored altod#ea4 ,dans cette population partage en deux nations ou factions rivales 7les plbiens et les patriciens71 leurs forces respectives balances mettent chaque citoyen dans le cas d'exprimer librement ses sentiments1 ses penses3 cette libert donne aux expressions de l'nergie1 de l'tendue2 le besoin de persuader perfectionne l'art de prsenter les ides2 l'homme devient loquent parce qu'il est libre2 la langue acquiert son maximum de perfection2 l'esprit produit ses chefs-d'oeuvre4 ,bientt survient un changement dans l'tat des choses et dans la forme du gouvernement3 les riches se sont unis pour opprimer1 ils se divisent pour rgner4 ,du sein des rivaux s'lve un matre2 ,rome tremble devant l'imperator entour de soldats licteurs2 les courages ont t briss par les proscriptions2 la terreur est maintenue par les dlations4 ,que deviendra le langage8 l'homme n'a plus de sentiments gnreux manifester1 plus d'ides hardies ou justes mettre2 ses expressions vont devenir incertaines1 timides1 tortueuses1 mme fausses et menteuses2 ses phrases seront manires1 embarrasses2 son style n'aura de couleur que pour l'adulation et le pangyrique3 on croira la langue appauvrie2 ce sera le coeur et l'esprit4 ,les barbares viendront2 leur langage se mlera au latin1 la confusion suivra1 et ce ne sera qu'avec le temps que l'on verra natre un amalgame nouveau et bizarre4 ,une dernire question1 celle de la disparition1 de la perte totale d'une langue1 trouve un exemple singulier dans le rcit d'un voyageur que je crois ,pallas3 deux hordes tartares taient en guerre2 l'une surprit l'autre1 elle extermina tous les mles1 et garda seulement les petits enfants et les femmes1 comme un moyen d'accrotre promptement sa population2 les femmes des vaincus ne surent ou ne voulurent pas apprendre la langue de leurs matres2 les enfants qui naquirent1 levs dans la langue des mres1 la conservrent de prfrence1 et par un cas singulier1 la langue des vaincus supplanta1 en deux gnrations1 la langue des vainqueurs4 ,mais il est bien temps de terminer ces considrations traces la hte2 je pense avoir prouv que l'tude des langues fut peu prs nulle chez les anciens1 que chez les modernes elle a d'abord t remplie de prjugs et d'erreurs2 qu'elle n'a commenc d'tre rellement philosophique1 c'est--dire conforme au sens droit et l'indication des faits1 que depuis un sicle2 que de nombreux matriaux se trouvent enfin rassembls2 mais qu'il reste encore beaucoup faire pour en construire un difice rgulier qui nous prsente la thorie et la pratique1 s'appuyant et s'expliquant rciproquement2 enfin1 comme dans l'crit mme que j'ai l'honneur de vous soumettre1 je ne puis me dissimuler quelques lacunes1 et que je dois y souponner d'involontaires erreurs1 il devient une nouvelle preuve de cette exprience nationale dont nous devons nous faire le reproche1 relativement cette branche de connaissances3 heureux s'il devenait un motif d'mulation1 et si l',acadmie franaise en prenait occasion de dlibrer sur les moyens de rpandre parmi nous l'lite ou du moins les principaux rsultats des ouvrages qui honorent et enrichissent l'esprit de nos voisins4 ,,fin4 ,,notes3 #a ,quelques jours avant de mourir1 ,m4 de ,volney avait commenc l'histoire de sa vie2 tout ce qui est marqu par des guillemets1 est copi sur des notes crites au crayon1 et qui furent trouves parmi ses papiers4 #b ,la ,chambre des ,pairs1 l',acadmie4 #c ,chasseboeuf4 #d peu prs #f1jjj fr4 #e ,suard1 ,vie du ,tasse4 #f ,moniteur du #bh mai #aghi4 #g ,moniteur du #bj mai #agij4 #h ,en #agia4 #i ,pastoret1 ,discours de rception l',acadmie4 #aj ,voyez page #cee4 #aa ,en juin #agih4 #ab ,laya1 ,discours de l',acadmie4 #ac ,espce de renard qui ne vague que pendant la nuit4 #ad ,d'aprs les calculs de ,josphe et de ,strabon1 la ,syrie a d contenir dix millions d'habitants2 elle n'en a pas deux aujourd'hui4 #ae ,le dragon ,bel4 #af ,en #aghb1 la fin de la guerre d',amrique4 #ag ,la fatalit est le prjug universel et enracin des ,orientaux3 ,,cela ,,tait ,,crit1 est leur rponse tout2 de l leur apathie et leur ngligence1 qui sont un obstacle radical toute instruction et civilisation4 #ah ,voyez la planche ,,ii1 qui rprsente une moiti de la terre4 #ai ,l',afrique4 #bj ,la ,mditerrane4 #ba ,voyez pour ces faits le ,voyage en ,syrie1 tome ,,ii1 et les ,recherches nouvelles sur l',histoire ancienne1 tom4 ,,ii4 #bb ,il n'y a qu'un ,dieu1 et ,mahomet est son prophte4 #bc ,luther et ,calvin4 #bd ,les saducens et les pharisiens4 #be ,quand un sectateur de ,chiven entend prononcer le nom de ,vichenou1 il s'enfuit en se bouchant les oreilles et va se purifier4 #bf ,ces paroles sont le sens et presque le texte littral du premier chapitre du ,qran4 #bg ,ce sont ces deux grands partis qui divisent les musulmans4 ,les ,turks ont embrass le second1 les ,persans le premier4 #bh ,voyez ce sujet le tome ,i des ,recherches nouvelles sur l',histoire ancienne1 o cette question est dveloppe fond1 depuis le chapitre ,v4 #bi ,les nuits de six mois4 #cj ,alitz1 en phnicien ou hbreu1 signifie dansant et joyeux4 #ca ,o,eil et soleil s'expriment par un mme mot dans la plupart des anciennes langues d',asie4 #cb ,du latin lex1 lectio3 ,alcoran signifie aussi la lecture1 et n'est qu'une traduction littrale du mot loi4 #cc ,c'est de ce mot habitudes1 actions rptes1 en latin mores1 que vient le mot moral et toute sa famille4 #cd ,domestique vient du mot latin domus1 maison4 #ce ,oico-nomos1 en grec1 bon ordre de la maison4 #cf quitas1 quilibrium1 qualitas1 sont tous de la mme famille4 #cg ,cet crit est le texte original sur lequel fut faite la traduction anglaise1 publie ,philadelphie en ventose an #e4 #ch ,volney se contente de rappeler cette assertion du docteur et ddaigne de la rfuter4 ,il n'y rpondit1 plusieurs annes aprs1 que par la publication de ses savans ouvrages sur les langues orientales4 7,note de l'diteur47 #ci ,le docteur ,priestley tait de la secte des ,quakers4 #dj ,quand vous jenez n'affectez pas la tristesse des hypocrites1 qui se rendent le visage ple et dfait1 afin que les hommes remarquent qu'ils jenent3 ,mais1 quand vous jenez1 parfumez-vous la tte et lavez-vous le visage4 ,saint ,matthieu1 chap4 ,,vii1 vers4 #af et #ag4 #da ,le docteur ,n4441 thologien1 et le docteur ,black1 chimiste1 taient au caf ,edimbourg4 ,on jeta sur la table une nouvelle brochure thologique du docteur ,priestley3 ,en vrit1 dit le docteur ,n4441 cet homme ferait mieux de s'en tenir la chimie2 car1 d'honneur1 il n'entend rien en thologie4 ,pardonnez-moi1 rpondit le docteur ,black1 il est prtre1 il fait son mtier2 car1 de bonne foi1 il n'entend rien en chimie4 #db ,le docteur ,priestley lui-mme1 qui donna un sermon au profit des immigrants1 comme les comdiens donnent une pice au profit des pauvres4 #dc ,et que m'en revient-il ici 7de mes travaux de ministre vanglique71 si ce n'est peut-tre de m'attirer le mpris de gens tels que ,m4 ,volney1 qu' la vrit cependant je me sens assez capable de supporter8 ,ce langage est d'autant plus trange1 que ds long-temps ,m4 ,priestley n'avait reu de ma part que des honntets4 ,en #agia je lui adressai un mmoire sur la chronologie1 l'occasion des tableaux qu'il avait publis3 pour toute rponse il m'injuria en #agib44444 ,aprs m'avoir injuri1 me trouvant ici l'hiver dernier1 il me fit prier dner chez son hte et ami ,m4 ,russell2 aprs m'avoir fait beaucoup de politesses ce dner1 il m'invective de nouveau dans un pamphlet2 aprs m'avoir invectiv1 il me rencontre dans la rue de ,spruce1 veut me prendre la main comme un ami1 et il parle de moi sous ce nom en grande compagnie4 ,je demande au public1 qu'est-ce que le docteur ,priestley8 #dd ,elle dura cinq quarts d'heure4 #de ,voyez les ,commentaires de dom ,calmet4 #df ,tour1 en arabe et en hbreu bourdj et bourg2 d'o viennent l'allemand et l'anglais1 burg1 borough1 et le franais1 bourg1 par la raison que les tours ou clochers ont toujours t le signal d'un lieu habit4 #dg ,babil1 en franais1 est bien analogue2 et en gyptien1 le mot barbar on berber1 pour dsigner l'homme tranger1 semble n'tre que l'quivalent de babul1 comme signe d'un bredouillage qu'on ne comprend pas4 #dh ,je ne parle point de celle de ,court de ,gbelin1 qui appartient plutt aux romans qu' la science4 #di ,publi en #agfe2 #b vol4 in-#ab4 ,voyez chap4 ,,vi1 t4 #a #ej ,m4 ,raynouard1 dans ses ,recherches sur l'origine et la formation de la langue romane1 etc4 7,chez ,firmin-,didot1 rue ,jacob74 #ea ,vieux latin de la deuxime guerre punique4