,notes sur la transcription3 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,l'orthographe d'origine a t conserve4 ,le texte de la note #hi a t adapt ce livre lectronique4 ,,montesquieu ,,esprit ,,des ,,lois ,,livres ,i-,v ,,pr,c,d,s ,d',,une ,,introduction ,,de ,l',,diteur et suivis d'un ,appendice ,,contenant ,,des ,,extraits ,,de ,,montesquieu et des ,notes explicatives ,,par ,,paul ,,janet ,,membre ,,de ,l',,institut ,,professeur ,a ,,la ,,facult ,,des ,,lettres ,,deuxi,,me ,,dition ,,paris ,,librairie ,,ch4 ,,delagrave #ae1 ,,rue ,,soufflot1 #ae #ahib ,,de ,l',,esprit ,,des ,,lois ,,introduction#a ,le plus grand livre du ,x,v,i,i,ie sicle1 sans aucun doute1 est l',esprit des lois2 et mme1 dans l'histoire de la science politique1 le seul ouvrage qui lui soit comparable 7j'ose peine dire suprieur71 pour l'tendue du plan1 la richesse des faits1 la libert des investigations et la force des principes1 est la ,politique d',aristote4 ,machiavel#b avait peut-tre autant de profondeur et de sagacit que ,montesquieu1 mais il connaissait trop peu de faits1 et d'ailleurs son esprit corrompu ne lui permettait pas de s'lever jamais bien haut2 enfin il n'a pas1 au mme degr qu',aristote ou ,montesquieu1 le don suprieur de la gnralisation4 ,quant ,grotius et ,bodin#c1 quelque juste estime qu'on leur doive1 il n'entrera jamais1 je crois1 dans l'esprit de personne de les comparer1 pour la porte des vues et du gnie1 l'auteur de l',esprit des lois4 #a ,cette ,introduction est extraite de notre ,histoire de la science politique dans ses rapports avec la morale 7#b vol4 in-#h1 #c;e dition1 #ahhg74 ,notre diteur1 ,m4 ,flix ,alcan1 a bien voulu nous autoriser la publier4 #b ,machiavel1 auteur du ,prince et des ,discours sur ,tite-,live 7,x,ve sicle74 #c ,grotius 7,x,v,i,ie sicle71 auteur du ,trait du droit de la paix et de la guerre4--,bodin 7,x,v,ie sicle71 de la ,rpublique4 tudions d'abord1 dans ,montesquieu lui-mme1 les antcdents de son oeuvre fondamentale1 qui avait t prcde1 comme on sait1 par deux livres de gnie3 les ,lettres persanes et la ,grandeur et la ,dcadence des ,romains#d4 ,montesquieu entrait dans la politique par deux voies diffrentes1 la satire et l'histoire4 ,plus tard1 on retrouvera ces deux influences dans le monument dfinitif de sa pense4 #d ,les ,lettres persanes sont de #agba2 les ,considrations sur les causes de la grandeur des ,romains et de leur dcadence sont de #agcd2 l',esprit des lois de #agdh4 7,voir ,louis ,vian1 ,montesquieu1 sa vie et ses oeuvres d'aprs des documents nouveaux et indits4--,caro1 la ,fin du ,x,v,i,i,ie sicle1 vol4 ,i1 c4 #b47 ,,les ,,lettres ,,persanes4--,les ,lettres persanes sont remarquables par le ton de libert irrespectueuse avec laquelle l'auteur s'exprime l'gard de toutes les autorits sociales et religieuses4 ,ce n'est plus la profonde ironie de ,pascal1 qui insulte la grandeur tout en l'imposant aux hommes comme ncessaire3 c'est le dtachement d'un esprit qui voit le vide des vieilles institutions1 et commence en rver d'autres4 ,mais que pouvait-il advenir d'une socit o les meilleurs et les plus clairs commenaient dj n'tre plus dupes de rien8 ,qu'et dit ,bossuet en entendant parler ainsi du grand roi3 ,il prfre un homme qui le dshabille ou qui lui donne la serviette1 un autre qui lui prend des villes ou lui gagne des batailles444 ,on lui a vu donner une petite pension un homme qui a fui deux lieues1 et un bon gouvernement un autre qui en avait fui quatre444 ,il y a plus de statues dans son palais que de citoyens dans une grande ville#e4 coutons-le maintenant parler du pape3 ,le pape est le chef des chrtiens4 ,c'est une vieille idole qu'on encense par habitude#f4 ,des parlements3 ,les parlements ressemblent ces grandes ruines que l'on foule aux pieds444 ,ces grands corps ont suivi le destin des choses humaines2 ils ont cd au temps qui dtruit tout1 la corruption des moeurs qui a tout affaibli1 l'autorit suprme qui a tout abattu#g4 ,de la noblesse3 ,le corps des laquais est plus respectable en ,france qu'ailleurs3 c'est un sminaire de grands seigneurs4 ,il remplit le vide des autres tats#h4 ,des prtres3 ,les dervis ont entre leurs mains presque toutes les richesses de l'tat3 c'est une socit de gens avares qui prennent toujours et ne rendent jamais#i4 ,des riches3 ,a force de mpriser les riches1 on vient enfin mpriser les richesses4 ,des fermiers gnraux3 ,ceux qui lvent les tributs nagent au milieu des trsors3 parmi eux il y a peu de ,tantales#aj4 ,de l',universit3 ,l',universit est la fille ane des rois de ,france1 et trs ane2 car elle a plus de neuf cents ans2 aussi rve-t-elle quelquefois#aa4 ,enfin l'abus des pensions et des faveurs royales lui suggre un morceau d'une ironie sanglante1 inspire la fois par le mpris des cours et par l'amour du peuple#ab4 #e ,lettre ,,xxxviii4 #f ,lettre ,,xxix4 #g ,lettre ,,xcii4 #h ,lettre ,,xcviii4 #i ,lettre ,,cxvii4 #aj ,lettre ,,xcviii4 #aa ,lettre ,,cix4 #ab ,voir la lettre ,,cxxiv tout entire3 ,ordonnons444 que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera journellement la cinquime partie du pain qu'il leur donne1 etc4 ,cet esprit de satire et d'ironie1 dans ce qu'il a ici d'excessif1 tient sans doute la jeunesse2 car ,montesquieu nous a appris plus tard qu'il n'avait pas l'esprit dsapprobateur4 ,mais quelques-unes des ides des ,lettres persanes subsisteront et se retrouveront dans l',esprit des lois4 ,l'une des plus importantes1 c'est l'effroi du despotisme1 et le sentiment des vices de cette forme de gouvernement4 ,il voit dj la pente qui entrane les monarchies europennes vers le despotisme3 ,la plupart des gouvernements d',europe1 dit-il1 sont monarchiques1 ou plutt sont ainsi appels2 car je ne sais pas s'il y en a jamais eu vritablement de tels4 ,au moins est-il difficile qu'ils aient subsist longtemps dans leur puret4 ,c'est un tat violent qui dgnre toujours en despotisme ou en rpublique4 ,la puissance ne peut jamais tre galement partage entre le prince et le peuple4 ,l'quilibre est trop difficile garder#ac4 ,a cette poque ,montesquieu n'est pas encore frapp du mcanisme gouvernemental par lequel les ,anglais ont essay de trouver un moyen terme entre le despotisme et la rpublique2 il ne connaissait encore que les institutions de la monarchie traditionnelle et aristocratique1 antrieures ,richelieu2 mais dj il avait remarqu le caractre niveleur de cette autorit qui avait tout abattu2 dj il pressentait1 comme il le dira plus tard dans l',esprit des lois1 qu'elle tendait soit au despotisme soit l'tat populaire4 ,dj aussi il avait ce don remarquable de saisir dans un fait particulier et prcis toute une srie de causes et d'effets4 ,c'est ainsi que l'invention des bombes lui parat tre une des causes qui ont amen en ,europe la monarchie absolue4 ,ce fut un prtexte pour eux d'entretenir de gros corps de troupes rgles1 avec lesquelles ils ont dans la suite opprim leurs sujets#ad4 #ac ,lettre ,,cii4 #ad ,lettre ,,cv4 ,nanmoins ,montesquieu a trs bien saisi la diffrence des monarchies europennes et des monarchies asiatiques4 ,il montre admirablement comment le pouvoir des monarques europens est en ralit plus grand que celui des despotes asiatiques1 prcisment parce qu'il est plus limit#ae4 #ae ,lettre ,,cii4 ,mais dj on voit poindre dans ,montesquieu le got d'un autre tat politique que celui de la monarchie absolue4 ,dj la libert anglaise exerce videmment un grand prestige sur son esprit4 ,il parle1 non sans admiration secrte1 de l'humeur impatiente des ,anglais qui ne laissent gure leur roi le temps d'appesantir son autorit2 et qui1 se trouvant les plus forts contre un de leurs rois1 ont dclar que c'tait un crime de lse-majest un prince de faire la guerre ses sujets4 ,il ne saisit pas bien encore les ressorts du gouvernement anglais1 qu'il dcouvrira plus tard avec une merveilleuse profondeur3 mais il est frapp du spectacle trange qu'offre ses yeux un pays o l'on voit la libert sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sdition3 le prince toujours chancelant sur un trne inbranlable2 une nation impatiente1 sage dans sa fureur mme4 ,a ct de ce noble tableau1 ,montesquieu en ajoute d'autres1 tous favorables aux rpubliques3 ,cette rpublique de ,hollande1 si respecte en ,europe1 si formidable en ,asie1 o ses ngociants voient tant de rois prosterns devant eux2444 la ,suisse1 qui est l'image de la libert4 ,il fait remarquer que la ,hollande et la ,suisse1 qui sont les deux pays les plus mauvais de l',europe1 sont cependant les plus peupls4 ,la supriorit morale des rpubliques clate enfin dans ces paroles3 ,le sanctuaire de l'honneur1 de la rputation et de la vertu semble tre tabli dans les rpubliques1 et dans les pays o l'on peut prononcer le mot de patrie4 ,a ,rome1 ,athnes1 ,lacdmone1 l'honneur payait seul les services les plus signals#af4 #af ,lettre ,,lxxxix4 ,on voit par ce passage que ,montesquieu ne distinguait pas encore1 comme il l'a fait plus tard1 l'honneur et la vertu4 ,ce passage suffit montrer ce qu'il y a d'artificiel dans sa thorie des trois principes4 ,l'origine de la thorie de l'honneur1 comme principe monarchique1 se trouve dans la lettre suivante1 ,,xc4 ,cette analyse suffira pour faire saisir dans les ,lettres persanes la premire origine des ides politiques de ,montesquieu4 ,les autres analogies et affinits seront indiques plus loin dans l'analyse mme de l',esprit des lois4 ,du satiriste passons maintenant l'historien1 et relevons dans l'admirable crit sur les ,causes de la grandeur et de la dcadence des ,romains 7#agcd7 les vues gnrales qui s'y rapportent la politique4 ,,consid,,rations ,,sur ,,les ,,romains4--,l'ouvrage de ,montesquieu peut tre rapproch de celui de ,machiavel sur ,tite-,live2 c'est de part et d'autre une philosophie de l'histoire romaine4 ,mais le livre de ,montesquieu est beaucoup plus historique2 celui de ,machiavel plus politique4 ,les ,discours sur ,tite-,live sont un manuel de politique pratique2 les ,considrations sont une recherche des lois gnrales de l'histoire4 ,on y trouvera donc ncessairement moins de principes politiques4 ,en outre la politique de ,montesquieu diffrera de celle de ,machiavel non seulement par la hauteur morale1 mais par l'esprit4 ,la politique de ,machiavel est toute empirique3 celle de ,montesquieu est plus scientifique3 l'un et l'autre s'appuient sur l'histoire2 mais l'un pour y trouver des exemples et des moyens d'action1 l'autre pour y trouver des lois et des raisons4 ,l'une ressemble plus la mcanique pratique1 l'autre la mcanique abstraite1 toutes deux tant nanmoins fondes sur l'exprience4 ,ce caractre scientifique1 qui fera la grandeur de l',esprit des lois1 est dj sensible dans les ,considrations sur les ,romains4 ,il y montre admirablement comment un tat aristocratique tend toujours devenir populaire1 de mme qu'il indiquait dj dans les ,lettres persanes et accusera davantage encore dans l',esprit des lois la tendance de la monarchie devenir despotique4 ,on voit comment les patriciens1 pour s'affranchir des rois1 furent obligs de donner au peuple un amour immodr de la libert2 comment le peuple s'aperut que cette libert dont on voulait lui donner tant d'amour1 il ne l'avait pas2 comment les sujets d'un roi sont moins dvors d'envie que ceux qui obissent aux grands1 c'est pourquoi on a vu de tout temps le peuple dtester les snateurs2 comment par une maladie ternelle des hommes1 les plbiens qui avaient obtenu des tribuns pour se dfendre1 s'en servent pour attaquer2 comment enfin1 pendant plusieurs sicles la constitution fut admirable1 en ce que tout abus de pouvoir y pouvait toujours tre corrig2 d'o cette loi admirable1 releve par ,montesquieu1 qu'un pays libre1 c'est--dire toujours agit1 ne saurait se maintenir s'il n'est1 par ses propres lois1 capable de correction#ag4 #ag ,considrations1 ,,viii4 ,on voit que le gouvernement anglais est dj devenu pour lui l'objet d'un examen plus attentif2 car il le cite1 prcisment l'appui de la loi prcdente1 comme tant toujours capable de correction3 ,le gouvernement d',angleterre est plus sage1 parce qu'il y a un corps qui l'examine continuellement1 et qui s'examine continuellement lui-mme2 et telles sont ses erreurs1 qu'elles ne sont jamais longues1 et que par l'esprit d'attention qu'elles donnent la nation1 elles sont souvent utiles#ah4 #ah ,considrations1 ,,viii4 ,dj aussi voyons-nous apparatre en germe dans les ,considrations le principe de la sparation des pouvoirs3 ,les lois de ,rome avaient sagement divis la puissance publique en un grand nombre de magistratures qui se soutenaient1 s'arrtaient et se tempraient l'une l'autre4 ,une des plus belles penses de ,montesquieu1 et des plus vrifies par l'exprience1 c'est la ncessit des divisions1 c'est--dire des partis dans les tats libres2 il n'est nullement effray de ces divisions1 et il y voit le signe d'une vraie vie politique1 tandis que la paix apparente du despotisme n'est qu'une mort lente3 c'est1 dira-t-il plus tard dans l',esprit des lois1 le silence d'une ville que l'ennemi vient d'occuper4 ,aussi pour lui la lutte des plbiens et des patriciens n'est point du tout1 comme l'ont pens tous les auteurs1 la cause de la perte de la rpublique4 ,cette vraie cause1 ce fut la grandeur exagre de la ville et de l'empire4 ,ces divisions au contraire taient ncessaires ,rome3 ,demander un tat libre des gens hardis dans la guerre et timides dans la paix1 c'est vouloir des choses impossibles2 et1 pour rgle gnrale1 toutes les fois qu'on verra tout le monde tranquille dans un tat qui se donne le nom de rpublique1 on peut tre assur que la libert n'y est pas#ai4 #ai ,ibid41 ,,xi4 ,ce n'est pas1 bien entendu1 que ,montesquieu soit un partisan de l'anarchie et un ennemi de l'ordre3 personne ne le supposera3 il n'entend parler bien videmment que des divisions pacifiques1 tout au plus de ces retraites volontaires du peuple qui amenaient les nobles composition sans effusion de sang4 ,ce qu'il combattait1 c'tait l'ordre mensonger des tats despotiques1 sous l'apparence duquel il y a toujours une division relle444 et si l'on y voit de l'union1 ce ne sont pas des citoyens qui sont amis1 mais des corps ensevelis les uns auprs des autres#bj4 #bj ,ibid41 ,,ix4 ,on ne saurait assez dire quel point ,montesquieu a dtest le despotisme3 rien de plus trange que cette passion chez un homme n dans les rangs privilgis1 et aprs tout sous un gouvernement assez doux2 il dteste non seulement le despotisme odieux des monarques asiatiques ou des ,csars romains1 mais ce despotisme tempr et rgulier tel qu',auguste avait essay de l'tablir4 ,auguste1 dit-il1 tablit l'ordre1 c'est--dire une servitude durable2 car dans un tat libre o l'on vient d'usurper la souverainet1 on appelle rgle tout ce qui peut fonder l'autorit sans bornes d'un seul1 et on appelle trouble1 dissension1 mauvais gouvernement tout ce qui peut maintenir l'honnte libert des sujets#ba4 #ba ,considrations1 ,,xiii4 ,l',esprit des lois4--,nous avons vu natre et grandir la pense politique de ,montesquieu3 il est temps de saisir cette pense dans toute sa maturit et dans toute sa force1 et de revenir au chef-d'oeuvre du matre1 l',esprit des lois#bb4 #bb ,l',esprit des lois parut ,genve1 sans date 7#b vol4 in-#d72 mais la critique est d'accord pour en fixer la date en #agdh4 ,l'ouvrage contient #ad cartons exigs par la censure2 ,m4 ,vian 7,hist4 de ,montesquieu1 sa vie et ses oeuvres1 ,paris1 #ahgg7 a relev sur deux exemplaires qui subsistent1 le texte primitif4 ,les changements sont de peu d'importance d'ailleurs4 ,,les ,,principes4--,on a reproch ,montesquieu la pense et la mthode de son livre4 ,montesquieu1 a-t-on dit1 a plutt tudi ce qui est que ce qui doit tre2 il a des raisons pour tout2 tous les faits trouvent grce ses yeux1 et quand il peut dire pourquoi une loi a t faite1 il est satisfait1 sans se demander si elle aurait d l'tre4 ,il semblerait1 entendre ces critiques1 que ,montesquieu ft de l'cole de ,machiavel1 et qu' l'exemple du politique du ,x,ve sicle1 il ait lev un monument l'utile au dtriment de la justice#bc4 #bc ,voy4 ,barthlemy ,saint-,hilaire1 ,introduction sa traduction de la ,politique d',aristote4--,le droit politique est encore natre1 dit ,j4-,j4 ,rousseau 7mile1 l4 ,,ii74 ,le seul moderne en tat de crer cette grande science et t ,montesquieu2 mais il n'eut garde de traiter des principes des droits politiques2 il se contenta de traiter des droits positifs des gouvernements tablis4 ,rien n'est plus injuste que ces imputations4 ,le premier chapitre de l',esprit des lois y rpond d'abord suffisamment4 ,que dit ,montesquieu8 ,qu'il y a des rapports ncessaires drivant de la nature des choses3 et c'est l ce qu'il appelle les lois4 ,que dit-il encore8 ,qu'il y a une raison primitive1 et que les lois sont les rapports qui se trouvent entre elle et les diffrents tres1 et les rapports de ces diffrents tres en eux4442 que les tres particuliers et intelligents peuvent avoir des lois qu'ils ont faites1 mais qu'ils en ont aussi qu'ils n'ont pas faites2 qu'avant qu'il y et des lois1 il y avait des rapports de justice possible2 que dire qu'il n'y a rien de juste ni d'injuste que ce qu'ordonnent ou dfendent les lois positives1 c'est dire qu'avant qu'on et trac des cercles1 tous les rayons n'taient pas gaux4 ,qu'est-ce qu'une telle doctrine8 ,est-ce celle d'un homme qui subordonne tout la loi1 qui admire tout ce que le lgislateur fait1 sans tenir compte de ce qu'il doit faire1 qui enfin fait tout dpendre des circonstances8 ,est-ce l la philosophie d'un ,hobbes1 d'un ,machiavel8 ,non1 c'est la philosophie de ,malebranche et de ,platon2 c'est cette philosophie qui place le juste primitif et ternel avant le juste lgal1 et fait driver celui-ci de celui-l4 ,montesquieu ne pense pas autrement1 lui qui dfinit la loi la raison humaine1 en tant qu'elle gouverne tous les peuples de la terre#bd2 et qui ajoute que les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent tre que les cas particuliers o s'applique cette raison humaine4 #bd ,espr4 des lois1 l4 ,i1 c4 ,,iii4 ,la mme doctrine est exprime dans les ,lettres persanes3 ,la justice est un rapport de convenance qui se trouve rellement entre deux choses3 ce rapport est toujours le mme444 ,quand il n'y aurait pas de ,dieu1 nous devrions toujours aimer la justice444 ,voil ce qui m'a fait penser que la justice est ternelle et ne dpend pas des conventions humaines4 ,mais1 poursuit-on1 si ,montesquieu a vu que les lois civiles et politiques ne sont que l'expression de la raison humaine en gnral1 pourquoi ne s'est-il pas appliqu dterminer d'abord les conditions absolues du juste1 afin de montrer ensuite comment les lois positives s'en loignent1 et comment elles peuvent s'en approcher8 ,au contraire1 peine a-t-il pos les principes qu'il abandonne les consquences1 et que1 renonant la mthode rationnelle pour la mthode historique et exprimentale1 il n'examine plus que ce qui est1 et nglige ce qui devrait tre4 ,j'avoue que ,montesquieu aurait pu suivre le plan qu'on imagine4 ,mais pourquoi demander un auteur ce qu'il aurait pu faire au lieu de se rendre compte de ce qu'il a fait8 ,combattre l',esprit des lois1 tel qu'il est1 au nom d'un ,esprit des lois possible et idal1 n'est-ce pas comme si l'on demandait ,aristote pourquoi il n'a pas fait la ,rpublique de ,platon2 ou encore comme si l'on demandait ,montesquieu lui-mme pourquoi1 au lieu de ce livre admirable de la ,grandeur et de la ,dcadence des ,romains1 o il rsume si fortement toutes les causes des rvolutions de ,rome1 il n'a pas crit1 comme ,vico1 une sorte de philosophie de l'histoire1 et montr le rle du peuple romain dans le dveloppement de l'humanit8 ,si je comprends bien ce que l'on regrette de ne pas trouver dans ,montesquieu1 c'est une sorte de trait de droit naturel1 tel que l'ont fait ,puffendorf ou ,burlamaqui2 mais il me semble que c'est mconnatre prcisment ce qu'il y a d'original et de nouveau dans le livre de ,montesquieu4 ,il vit que le principe des lois est sans doute la justice1 mais qu'en fait elles dpendent d'un trs grand nombre de rapports qui peuvent les faire varier l'infini4 ,quels sont ces rapports8 ,montesquieu nous le dit3 ,elles sont relatives la nature et au principe du gouvernement2 elles sont relatives au physique du pays2 au climat glac1 brlant ou tempr2 la qualit du terrain1 sa situation1 sa grandeur1 au genre de vie des peuples1 laboureurs1 chasseurs ou pasteurs2 elles doivent se rapporter au degr de libert que la constitution peut souffrir2 la religion de leurs habitants1 leurs inclinations1 leurs richesses1 leur nombre1 leur commerce1 leurs moeurs1 leurs manires4 ,enfin1 elles ont des rapports entre elles1 elles en ont avec leur origine1 avec l'objet du lgislateur1 avec l'ordre des choses sur lesquelles elles sont tablies4 ,c'est dans toutes ces vues qu'il faut les considrer4 ,c'est ce que j'entreprendrai de faire dans cet ouvrage4 ,j'examinerai tous ces rapports3 ils forment tous ensemble ce que l'on appelle l',,esprit ,,des ,,lois#be4 ,combien une telle philosophie1 qui1 au lieu de considrer seulement les lois dans leur rapport la vrit abstraite1 les tudie dans les rapports prochains qu'elles soutiennent avec les faits gnraux et invitables de la vie et de l'organisation des peuples2 combien1 dis-je1 cette philosophie des causes secondes et moyennes n'est-elle pas plus instructive qu'une thorie abstraite du droit1 qui laisse indcise la question de savoir comment ce droit pourra tre appliqu dans telle ou telle circonstance8 ,enfin1 on peut critiquer l'excution1 et1 dans un ouvrage si considrable et si neuf1 il serait trange qu'il en ft autrement2 mais l'ide fondamentale n'en est pas moins grande et juste#bf4 #be ,esprit des lois1 l4 ,i1 c4 ,,iii4 #bf ,aug4 ,comte 7,cours de philosophie positive1 t4 ,,iv1 #dg;e leon7 a bien vu le grand mrite de ,montesquieu1 et le considre comme le vrai crateur de la science sociale4 ,lorsqu'on semble croire que ,montesquieu est indiffrent entre tous les faits qu'il expose1 qu'il leur accorde tous la mme valeur1 qu'il ne distingue pas le juste et l'injuste1 on oublie les plus belles et les meilleures parties de son livre4 ,pour parler d'abord de ses thories politiques1 o trouver1 mme au ,x,v,i,i,ie sicle1 une aversion plus dclare1 une critique plus amre et plus sanglante du despotisme2 o trouver1 une plus vive sympathie pour les monarchies tempres et libres1 et mme plus de prvention en faveur des rpubliques et des gouvernements populaires8 ,quel publiciste a jamais eu un sentiment plus noble et plus lev de la libert politique8 n'est-il pas le premier qui a enseign ou rappel la ,france l'amour de cette libert1 qu'elle avait dsapprise1 si elle l'avait jamais connue1 rve que tant de fautes commises en son nom ou contre elle ne peuvent effacer des mes bien nes8 ,aucun philosophe de ce temps1 ,voltaire lui-mme1 a-t-il plus fait que ,montesquieu pour l'humanit1 et pour l'amlioration des lois8 ,c'est lui qui a combattu le plus efficacement les restes derniers de la barbarie1 la cruaut dans les lois1 l'esclavage1 et surtout l'esclavage des noirs1 enfin la contradiction rvoltante d'une morale divine et d'un culte perscuteur4 ,la philosophie des lois dans ,montesquieu repose sur cette formule clbre3 ,les lois sont les rapports ncessaires qui drivent de la nature des choses4 ,cette dfinition a t souvent critique comme abstraite et obscure4 ,destutt de ,tracy a dit3 ,une loi n'est pas un rapport et un rapport n'est pas une loi4 ,helvtius a dit de son ct que les lois n'taient pas des rapports1 mais des rsultats de rapports4 ,ce sont l des chicanes4 ,suivant ,tracy1 l'ide de loi implique l'ide d'autorit positive1 et c'est par analogie que l'on a transport cette ide la nature en disant que les choses se passent comme si un lgislateur y et tabli des lois4 ,cela est possible1 quant l'origine de l'ide2 car il est certain que l'homme a commenc par personnifier la nature4 ,mais s'il est vrai que ce soit par analogie avec nos lois positives que l'homme ait appel lois non crites les lois de la morale1 et plus tard lois de la nature les rapports constants et rguliers des phnomnes naturels1 cependant1 par l'analyse et la rflexion1 il a pu arriver reconnatre plus tard que ces rapports constants et rguliers taient le rsultat de la nature des choses4 ,par exemple1 la gomtrie lui offrait des rapports constants entre les figures ou les lments des figures2 de mme la morale lui montrait certains rapports constants entre les hommes2 enfin la physique1 des rapports constants entre les corps4 ,gnralisant cette ide1 on a pu dire qu'une chose quelconque n'existe qu' la condition d'avoir une certaine nature1 et des rapports qui rsultent de cette nature1 et c'est ce qu'on appelle des lois4 ,revenant ensuite l'ordre civil d'o l'on tait parti1 on peut dire alors avec ,montesquieu que les lois civiles elles-mmes sont des rapports ncessaires drivant de la nature des choses1 c'est--dire qu'elles ne drivent pas de la fantaisie des lgislateurs1 mais qu'elles tiennent aux conditions sociales1 historiques1 climatriques1 etc42 c'est ainsi que la dfinition de ,montesquieu se rapporte la pense gnrale de son livre4 ,d'autres critiques sont venues s'lever contre la dfinition de ,montesquieu1 mais d'un tout autre ct2 si les lois sont des rapports ncessaires1 tout est ncessaire1 comme le veut ,spinoza#bg4 ,montesquieu est donc spinoziste4 ,telle tait l'objection des ,nouvelles ecclsiastiques1 journal jansniste4 ,montesquieu ne se donne pas beaucoup de peine dans sa ,dfense de l',esprit des lois pour rpondre cette objection4 ,il se contente3 #a de rappeler les textes du chapitre ,ier qui sont contraires au spinozisme#bh2 #b d'expliquer son but1 qui est prcisment de rfuter ,hobbes et ,spinoza1 lesquels ramenaient les lois de pures conventions1 tandis que lui1 au contraire1 soutient qu'il y a des lois ternelles et immuables4 ,il aurait pu ajouter qu'il y a deux sortes de ncessit3 la ncessit absolue et la ncessit conditionnelle4 ,dieu est ncessaire d'une ncessit absolue2 les lois de la nature sont d'une ncessit conditionnelle3 elles ne sont ncessaires qu'en ce sens qu'elles ne sont pas arbitraires4 #bg ,spinoza1 philosophe du ,x,v,i,ie sicle qui soutenait le fatalisme1 c'est--dire la doctrine de la ncessit universelle4 #bh ,quelle apparence qu'une cause inintelligente ait donn naissance des tres intelligents8 ,,les ,,doctrines ,,politiques4--,l'analyse raisonne de l',esprit des lois serait elle-mme un ouvrage considrable2 le ,commentaire de ,destutt de ,tracy en est la preuve#bi4 ,nous nous bornerons en tudier les deux points que nous venons de signaler3 #a les thories politiques2 #b les thories philanthropiques et rformatrices4 #bi ,cet intressant et instructif ouvrage est de #agif4 ,la nature des lois tant explique1 passons au fond mme du livre4 ,l'objet de l',esprit des lois n'est point la politique1 et cependant la politique domine tout l'ouvrage4 ,la raison en est que1 selon ,montesquieu1 la principale diffrence des lois vient de la diffrence des gouvernements4 ,il suffit de connatre les principes de chaque gouvernement1 pour en voir1 dit-il1 couler les lois1 comme de leur source#cj4 #cj ,l4 ,i1 c4 ,,ii4 ,on peut distinguer1 dans les lgislations diverses qui sont parmi les hommes1 trois caractres principaux4 ,dans certains tats1 les lois semblent inspires par le sentiment de la vertu publique et tre faites par des hommes ou pour des hommes qui savent ou doivent savoir se commander eux-mmes2 elles exigent et supposent une certaine force du citoyen sacrifier ses passions la patrie2 une frugalit qui empche chaque homme de dsirer plus qu'il n'a besoin1 et qui1 tant le superflu1 te le principe de la domination des hommes les uns sur les autres et les met tous dans un mme rang2 un amour naturel et volontaire de cette galit1 qui ne va pas jusqu'au refus d'obir aux magistrats1 mais n'est au contraire assure que par le respect de tous pour la loi2 enfin un dsintressement qui fait rechercher la vertu pour elle-mme et non pour la gloire qui l'accompagne4 ,dans un autre ordre d'tats1 les lois favorisent l'amour naturel des distinctions qui est dans l'homme1 et paraissent inspires par cet amour2 elles semblent prescrire particulirement tout ce qui tend rendre certains hommes respectables aux autres hommes2 elles mettent des degrs entre les citoyens2 elles introduisent des privilges1 des exceptions honorables pour ceux qui en sont l'objet3 elles rendent l'autorit presque divine1 et lui donnent non ce caractre de force terrible qui abat et humilie1 mais au contraire cette majest qui relve ceux qui s'en approchent2 elles laissent chaque citoyen une certaine scurit et lui permettent mme une certaine grandeur1 non pas la grandeur hroque qui nat de la simple pratique de la vertu1 mais celle qui vient de l'clat attach certaines actions rputes belles4 ,enfin1 il y a des tats o les lois traitent les hommes comme les brutes1 ne leur demandent aucune vertu1 aucun sacrifice1 mais une matrielle obissance2 qui ne laissent aucune dignit mme ni aucune scurit aux sujets2 qui les obligent au bien1 c'est--dire ce qu'une certaine personne dclare arbitrairement tre le bien1 non par un sentiment de gloire1 ni mme par un noble amour des honneurs et de l'lvation1 mais par la force seule3 ces lois avilissantes ne gouvernent que par la terreur4 ,en un mot1 il y a des peuples dont les lois reposent sur la vertu et prissent avec elle2 d'autres o l'empire de la loi est plus fort que l'empire du bien1 et o les lois ne commandent qu'au nom de ce sentiment brillant et chevaleresque que ,montesquieu appelle l'honneur2 enfin1 il est des peuples qui n'obissent qu' la force et la crainte4 ,la vertu1 l'honneur1 la crainte1 tels sont les trois principes d'o dcoulent les diffrents systmes de lgislation qui sont parmi les hommes1 et qui rpondent trois formes essentielles de gouvernement3 #a celle o le peuple1 ayant des vertus1 peut se gouverner lui-mme1 ou la rpublique2 #b celle o le peuple1 obissant aux lois plutt qu' la vertu et l'honneur plutt qu'aux lois1 doit tre gouvern1 mais gouvern par des lois fixes qui assurent sa scurit et sa vanit1 ou la monarchie2 #c enfin1 celle o le peuple n'obissant qu' la crainte1 doit tre gouvern non par les lois1 mais par la force1 et la force la plus terrible1 celle d'un seul1 ou le despotisme#ca4 #ca ,l4 ,,ii1 c4 ,i4 ,il faut donc distinguer avec ,montesquieu deux choses dans tout gouvernement3 sa nature et son principe3 sa nature est ce qui le fait tre ce qu'il est1 son principe est le ressort qui le fait agir2 l'une est sa structure particulire1 l'autre1 les passions humaines qui le font mouvoir#cb4 ,voyons les rapports de ces deux choses dans chaque espce de gouvernement4 #cb ,l4 ,,iii1 c4 ,,ii4 ,la nature de la rpublique1 c'est que le peuple en corps1 ou seulement une partie du peuple1 y a la souveraine puissance2 dans le premier cas1 la rpublique est une dmocratie2 dans le second1 une aristocratie#cc4 #cc ,l4 ,,ii1 c4 ,,ii4 ,dans la dmocratie1 le peuple est la fois monarque et sujet4 ,il est monarque par ses suffrages1 qui sont ses volonts2 il est sujet par son obissance aux magistrats qu'il nomme lui-mme1 car c'est l'essence du gouvernement dmocratique que le peuple nomme les magistrats#cd4 ,enfin1 la rgle gnrale de ce gouvernement1 c'est que le peuple fasse par lui-mme tout ce qu'il peut faire1 et qu'il fasse faire le reste par des ministres nomms par lui4 #cd ,espr4 des lois1 l4 ,,ii1 c4 ,,ii4 ,le peuple est admirable pour choisir ceux qui il doit confier une partie de son autorit4 ,il n'a qu' se dterminer par des choses qu'il ne peut ignorer et des faits qui tombent sous les sens4 ,il sait trs bien qu'un homme a t souvent la guerre1 qu'il y a eu tels ou tels succs3 il est donc trs capable d'lire un gnral444 ,un gouvernement ainsi constitu est une dmocratie2 mais il ne suffit pas d'tre1 il faut vivre1 et la dmocratie la mieux organise peut prir si elle n'a un principe intrieur d'action et de conservation qui est la vertu#ce4 ,lorsque tous font les lois1 les lois sont inutiles s'il n'y a pas de vertu publique2 car le peuple sait d'avance qu'il portera lui-mme le poids des lois qu'il aura faites2 il les fera donc faciles1 complaisantes1 corruptrices4 ,et d'ailleurs qu'importe que le peuple1 comme monarque1 fasse des lois1 si1 comme sujet1 il ne les excute pas8 #ce ,esprit des lois1 l4 ,,iii1 c4 ,,iii4 ,lorsque parut l',esprit des lois1 on fit beaucoup d'objections cette maxime de ,montesquieu3 que la vertu est le principe des rpubliques4 ,on demanda s'il n'y avait de vertu que dans les rpubliques1 si les monarchies ne sont composes que de vices1 si toutes les rpubliques sont vertueuses1 si l'honneur n'y a pas aussi sa place1 etc4 ,montesquieu dut expliquer sa pense3 ,il faut observer1 dit-il1 que ce que j'appelle vertu dans la rpublique est l'amour de la patrie1 c'est--dire l'amour de l'galit4 ,ce n'est point une vertu morale ni une vertu chrtienne1 c'est la vertu politique1 et celle-ci est le ressort qui fait mouvoir le gouvernement rpublicain1 comme l'honneur est le ressort qui fait mouvoir la monarchie4 ,j'ai donc appel vertu politique l'amour de la patrie et de l'galit4 ,il faut faire attention qu'il y a une trs grande diffrence entre dire qu'une certaine qualit1 modification de l'me1 ou vertu1 n'est pas le ressort qui fait agir un gouvernement1 et dire qu'elle n'est point dans ce gouvernement4 ,tant s'en faut que les vertus morales et chrtiennes soient exclues de la monarchie1 que mme la vertu politique ne l'est pas4 ,en un mot1 l'honneur est dans les rpubliques1 quoique la vertu politique en soit le ressort2 la vertu politique est dans la monarchie1 quoique l'honneur en soit le ressort#cf4 #cf ,l4 ,,ii1 c4 ,,iii4 ,dans la dmocratie1 le peuple fait ses affaires lui-mme2 dans l'aristocratie ce sont les grands qui les font pour lui2 le peuple y est l'gard des nobles ce que les sujets sont dans la monarchie l'gard du prince4 ,cependant1 la sagesse d'une rpublique aristocratique est de diminuer1 autant que possible1 la distance qui spare le peuple des grands1 de donner au peuple un moyen de sortir de son abaissement et de jouer un rle dans l'tat4 ,la plus parfaite aristocratie est celle o la noblesse est peuple1 et le peuple si pauvre1 qu'elle n'ait aucun intrt l'opprimer4 ,la plus mauvaise est celle o le peuple est dans l'esclavage#cg4 ,ce gouvernement a moins besoin de vertu que le gouvernement dmocratique2 cependant1 la vertu lui est ncessaire4 ,le peuple1 qui est contenu par les lois1 peut obir sans avoir de vertu2 mais les nobles ne sont contenus que par leur propre volont1 il leur faut donc une certaine force pour rsister leurs passions4 ,cette force leur peut venir ou d'une grandeur d'me qui leur apprend se regarder comme les gaux du peuple1 ou d'une modration qui les maintient du moins dans l'galit avec eux-mmes3 la modration est la vertu propre et le principe de l'aristocratie#ch2 elle y sauve l'odieux d'une ingalit toujours prsente aux yeux du peuple1 et d'une obissance qu'il doit seul1 au lieu que dans la monarchie il la partage avec les grands4 #cg ,l4 ,,iii1 c4 ,,iv4 #ch ,avertissement4 ,ce qui constitue le gouvernement monarchique1 c'est l'empire d'un seul sur tous1 conformment des lois stables et fixes#ci4 ,or1 ces lois1 conditions de la monarchie1 ne sont rien s'il n'existe en dehors du prince1 non des pouvoirs indpendants1 mais des pouvoirs subordonns1 intermdiaires entre le prince et le peuple1 et qui sont comme des canaux moyens par o coule la puissance4 ,ces pouvoirs1 malgr leur dpendance du monarque1 le mettent lui-mme dans une certaine dpendance des lois et des tablissements traditionnels1 puisqu'il ne peut agir que par leur intermdiaire4 #ci ,esp4 des lois1 l4 ,,ii1 c4 ,,iv4 ,la monarchie ne subsiste donc pas sans noblesse1 sans prrogatives1 sans privilges4 ,privilges des nobles1 du clerg1 des villes1 juridiction seigneuriale1 ecclsiastique1 etc41 autant de limites au pouvoir arbitraire du prince ou l'envahissement du peuple4 tez ces rangs et ces prrogatives1 l'tat devient ncessairement despotique ou populaire4 ,outre ces rangs intermdiaires1 il faut un dpt de lois pour que les limites de l'autorit monarchique soient sans cesse prsentes au prince et aux sujets1 et un certain corps politique qui annonce les lois lorsqu'elles sont faites et les rappelle lorsqu'on les oublie4 ,a ce systme si admirablement organis pour concilier la toute-puissance du monarque et la scurit des sujets1 il faut un ressort1 un principe de mouvement4 ,ce n'est pas la vertu1 c'est l'honneur3 c'est--dire le prjug de chaque personne et de chaque condition#dj4 ,en effet1 la vertu peut bien se rencontrer dans un gouvernement monarchique4 ,mais cela n'a rien de ncessaire4 ,ce qui est ncessaire pour que l'tat ne prisse pas1 c'est que le prince ait un certain prjug de sa propre grandeur et de ses prrogatives1 et qu'il confonde cette grandeur avec celle de l'tat1 en un mot une certaine opinion d'imagination qui lui fasse rechercher le bien1 non pour le bien en lui-mme1 mais pour raliser cet idal de grandeur qu'il porte en soi4 ,seulement cette opinion de sa grandeur dgnrerait facilement chez le prince en adoration de soi-mme1 en mpris des sujets1 en indiffrence des intrts publics1 et l'tat deviendrait despotique1 si tous les corps de l'tat n'avaient chacun leur prjug1 comme le prince lui-mme1 si la noblesse1 le clerg1 la magistrature1 les villes1 n'opposaient au prjug du prince des prjugs contraires2 cet ensemble de prjugs qui se limitent et se respectent les uns les autres1 fonde la hirarchie sociale1 et tient lieu du droit qui est la base des rpubliques3 c'est l l'honneur1 le principe conservateur des institutions monarchiques4 #dj ,l4 ,,iii1 c4 ,,vi et l4 ,,iv1 c4 ,,ii4 ,la rpublique1 la monarchie ont une constitution1 une structure1 un mcanisme particulier4 ,le despotisme1 par cela seul qu'il ne repose que sur la volont d'un seul1 ne peut avoir rien de dtermin et d'assur2 il n'a donc point de constitution4 ,la seule constitution1 c'est que les hommes n'y sont rien1 que le prince y est tout4 ,mais le prince tant tout1 et tant le matre de tout1 il serait trange qu'il prt de la peine pour un peuple qui n'est rien2 aussi ne garde-t-il que le plaisir et la force de la puissance1 et il en laisse un autre l'emploi4 ,ce reprsentant du prince est absolu comme lui1 pour que celui-ci soit tranquille2 mais tout absolu qu'il est1 il n'en est pas moins toujours entre les mains du prince1 qui peut abattre quand il veut et comme il lui plat1 ceux qu'il lve quand il veut et comme il lui plat4 ,le principe d'un tel gouvernement ne peut tre la vertu ni l'honneur1 car l'un et l'autre s'opposent un tel pouvoir et une telle obissance3 le despotisme ne repose que sur la crainte4 ,la crainte du souverain est la fois le frein du peuple et sa protection2 car le peuple tant trop faible pour que le prince le craigne1 c'est surtout contre les grands que s'exerce sa puissance1 et la crainte des grands fait seule la scurit des petits4 ,nous avons dj remarqu dans les ,lettres persanes et dans les ,considrations l'nergique aversion de ,montesquieu pour le despotisme2 mais c'est surtout dans l',esprit des lois qu'il rassemble et aiguise les traits les plus amers et les plus sanglants de son loquence ironique pour peindre ces gouvernements monstrueux3 ,quand les sauvages de la ,louisiane1 dit-il1 veulent avoir des fruits1 ils coupent l'arbre au pied et cueillent le fruit4 ,voil le gouvernement despotique#da4 ,charles ,,xii tant ,bender1 trouvant quelque rsistance dans le snat de ,sude1 crivit qu'il leur enverrait une de ses bottes pour commander4 ,cette botte aurait command comme un roi despotique#db4 ,dans un gouvernement despotique1 tout doit rouler sur deux ou trois ides2 il n'en faut donc pas de nouvelles4 ,quand vous instruisez une bte1 vous vous donnez bien de garde de lui faire changer de matre1 de leons et d'allure3 vous frappez son cerveau par deux ou trois mouvements et pas davantage#dc4 ,comme le principe du gouvernement despotique est la crainte1 le but en est la tranquillit2 mais ce n'est point une paix1 c'est le silence de ces villes que l'ennemi est prs d'occuper#dd4 ,il n'est pas difficile de voir l'intention secrte de ces paroles amres4 ,cette peinture du despotisme est une menace que ,montesquieu fait peser sur la tte des gouvernements modrs1 qui1 pour se donner une force vaine1 brisent les barrires heureuses qui les sparent du despotisme4 #da ,l4 ,,ii1 c4 ,v1 et l4 ,v1 c4 ,,xiv1 ,,xv4 #db ,l4 ,,iii1 c4 ,,ix4 #dc ,l4 ,,viii1 c4 ,i4 #dd ,l4 ,,viii1 c4 ,,ii1 ,,iii1 ,,iv4 ,nous avons considr deux choses dans les gouvernements3 d'abord ce qui les fait tre1 leur structure2 ensuite ce qui les fait agir1 ou leurs principes4 ,il reste tudier ce qui les perd1 c'est--dire leur corruption4 ,la corruption de chaque gouvernement commence toujours par celle des principes#de4 ,le principe de la rpublique tant la vertu1 la rpublique se corrompt lorsqu'elle perd sa vertu4 ,mais comme il y a deux espces de rpubliques1 la corruption n'est pas la mme pour toutes les deux4 ,la dmocratie se perd par la perte de l'esprit d'galit1 ou par l'exagration de cet esprit#df4 ,le premier de ces maux conduit l'aristocratie ou au gouvernement d'un seul1 et le second entrane d'abord au despotisme de tous1 et ensuite au despotisme d'un seul4 ,le caractre de la dmocratie est bien l'galit1 mais l'galit rgle3 ,dans la vraie dmocratie1 on n'est gal que comme citoyen2 dans la dmocratie corrompue1 on est encore gal comme magistrat1 comme snateur1 comme juge1 comme pre1 comme mari1 comme matre4 ,lorsque la corruption est arrive ce point que le peuple ne reconnat plus aucun lien1 qu'il n'obit plus aux magistrats1 qu'il cesse de respecter les vieillards1 que le libertinage est partout1 la libert est bien prs de prir4 ,plus il paratra tirer d'avantages de sa libert1 plus il s'approchera du moment o il doit la perdre4 ,il se forme de petits tyrans qui ont tous les vices d'un seul4 ,bientt ce qui reste de libert devient insupportable2 un seul tyran s'lve1 et le peuple perd tout1 jusqu'aux avantages de la corruption4 ,ce passage de la dmocratie extrme la tyrannie a t observ par tous les publicistes4 ,platon exprimait cette grande vrit dans son langage potique et figur quand il disait3 ,le peuple1 en voulant viter la fume de la dpendance sous les hommes libres1 tombe dans le feu du despotisme des esclaves1 changeant une libert excessive et extravagante contre la plus dure et la plus amre servitude4 #de ,l4 ,,viii4 #df ,ib41 c4 ,,ii4 ,quant l'aristocratie1 elle se corrompt lorsque la noblesse cesse d'tre unie avec le peuple1 lorsqu'elle ne commande plus par les lois ou par la justice1 lorsque le pouvoir se resserre ou se relche1 et devient ou tyrannique ou faible2 enfin quand les nobles sentent plus les dlices du commandement que ses prils1 et qu'ils croient n'avoir plus rien redouter#dg4 #dg ,l4 ,,viii1 c4 ,v4 ,l'me du gouvernement monarchique tant l'honneur ou le prjug de chaque tat et de chaque condition1 ce gouvernement se perd avec ce prjug mme1 lorsque l'obissance se change en servitude1 que le peuple et les grands1 au lieu de sujets loyaux1 deviennent des instruments mpriss du prince et d'eux-mmes2 lorsque l'honneur est mis en contradiction avec les honneurs1 et que l'on peut tre la fois charg d'infamie et de dignits2 lorsqu' la place des lois le monarque met sa volont2 lorsque1 changeant sa justice en svrit1 il place1 comme les empereurs romains1 une tte de ,mduse sur sa poitrine2 lorsque1 supprimant les pouvoirs intermdiaires1 il veut tout faire par lui-mme et ramne l'tat entier lui seul1 enfin lorsqu'il est plus amoureux de ses fantaisies que de ses volonts#dh4 ,quant au gouvernement despotique1 il se corrompt sans cesse1 puisqu'il est corrompu de sa nature#di4 #dh ,l4 ,,viii1 c4 ,,vi et ,,vii4 #di ,l4 ,,viii1 c4 ,x4 ,,critique ,,de ,,la ,,th,,orie ,,des ,,gouvernements4--,telle est la thorie clbre des trois gouvernements et de leurs principes4 ,nous avons expos les ides de ,montesquieu sans y intervenir1 afin qu'on les vt dans leur suite et dans leur force4 ,mais il faut les examiner de plus prs4 ,selon ,montesquieu1 il y a trois gouvernements primitifs1 qui se distinguent par leur nature et par leur principe3 c'est le rpublicain1 le monarchique et le despotique4 ,cette division a soulev beaucoup d'objections qui nous paraissent fondes4 ,et d'abord1 le gouvernement rpublicain se divise1 selon ,montesquieu1 en deux espces3 l'aristocratique et le dmocratique4 ,sont-ce bien l deux espces diffrentes d'un mme genre1 et ne sont-ce pas deux genres essentiellement diffrents8 ,dans l'un1 c'est le peuple en corps2 dans l'autre1 c'est seulement une partie du peuple qui occupe la souverainet4 ,ce n'est pas l une diffrence secondaire4 ,si le fait constitutif de l'tat est la souverainet1 la diffrence caractristique entre les tats doit tre cherche dans la manire dont la souverainet est distribue4 ,il suffit que le pouvoir souverain soit rserv quelques-uns au lieu d'appartenir tous1 pour que l'esprit de l'tat soit radicalement chang4 ,il est vrai que la dmocratie et l'aristocratie ont cela de commun de n'tre pas soumises un roi4 ,mais l'aristocratie et la monarchie ont aussi cela de commun d'ter tout pouvoir au peuple4 ,si l'on prend pour principe de la division des gouvernements la diffrence de un et de tous1 il faut videmment y introduire1 comme intermdiaire1 le gouvernement de plusieurs3 car il y a autant de diffrence entre plusieurs et tous qu'entre un et plusieurs4 ,si donc on admet la division de ,montesquieu1 il faudra sparer l'aristocratie au mme titre que la monarchie1 et l'on aura quatre gouvernements au lieu de trois4 ,mais c'est un autre dfaut de la thorie de ,montesquieu de sparer absolument1 comme deux genres part1 le despotisme de la monarchie4 ,il a raison1 sans doute1 de distinguer le gouvernement d'un seul1 limit par des lois fondamentales1 et le gouvernement d'un seul livr au seul caprice4 ,mais cette distinction peut avoir lieu dans tous les gouvernements4 ,il y a des dmocraties o le peuple ne commande que par ses caprices1 au lieu de gouverner par les lois2 il y a aussi des aristocraties o la volont des nobles tient lieu de lois fondamentales4 ,de l la distinction antique des six gouvernements1 trois bons et trois mauvais3 les premiers obissant aux lois et voulant le bien des sujets1 les seconds n'obissant qu' leur fantaisie et ne cherchant que leur propre bien4 ,on peut choisir1 sans doute1 ce principe de division et commencer par reconnatre deux grandes classes de gouvernements1 selon qu'ils obissent ou n'obissent pas des lois1 et diviser ensuite chacune de ces classes en trois espces1 selon que le pouvoir est entre les mains d'un1 de plusieurs et de tous2 on peut1 au contraire1 prendre pour principe de division la distribution de la souverainet1 et obtenir ainsi trois gouvernements fondamentaux1 que l'on subdivisera ensuite chacun en deux espces4 ,mais on ne peut pas mler ces deux principes1 et distinguer la monarchie de la dmocratie par l'un1 et la monarchie du despotisme par l'autre4 ,en outre1 si on y regarde de plus prs1 on verra que la diffrence de la monarchie et du despotisme n'est pas aussi grande que le dit l'auteur4 ,car1 dans la monarchie pure 7et c'est de celle-l qu'il s'agit2 car on ne traite encore que des gouvernements simples71 dans la monarchie1 dis-je1 le prince1 except un trs petit nombre de lois fondamentales1 peut toujours changer les lois2 s'il ne les change pas1 c'est qu'il ne le veut pas4 ,sa volont est la suprme loi3 c'est l le principe mme du despotisme4 ,pour qu'il ne pt absolument pas changer les lois1 il faudrait qu'elles fussent protges et garanties par un pouvoir ou par certains pouvoirs dtermins4 ,mais c'est alors une monarchie limite1 aristocratique1 parlementaire1 reprsentative1 selon la nature des limites qui sont opposes au pouvoir royal4 ,c'est un gouvernement mixte2 ce n'est plus la monarchie proprement dite4 ,sans doute1 il y a des monarchies o le monarque gouverne selon les lois1 et cela est ordinaire dans les pays clairs et civiliss2 mais en droit1 la monarchie1 si elle est absolue1 peut toujours changer la loi2 et si elle n'est pas absolue1 elle n'est plus la monarchie dont il est question2 elle est une de ces innombrables transactions1 qui s'tablissent dans la pratique entre les formes lmentaires de la politique1 mais qui ne doit pas entrer dans une division abstraite et scientifique1 o l'on prend les ides dans leur gnralit4 ,d'ailleurs1 s'il n'est pas exact de dire que la monarchie soit ncessairement soumise des lois fixes1 est-il plus exact de dire que le despotisme n'est soumis absolument aucune loi8 ,a qui fera-t-on croire que le gouvernement des ,turcs1 des ,persans et des ,chinois soit absolument sans rgle1 sans frein1 sans usages1 sans quelque chose enfin qui limite la volont arbitraire du prince ou de ses subordonns8 ,qu'une telle forme de gouvernement se rencontre par hasard1 lorsqu'un ,caracalla ou un ,hliogabale occupe le trne1 cela ne peut pas se nier2 mais que ce soit l une forme normale et vraiment essentielle de gouvernement parmi les hommes1 c'est ce qui est contraire la nature des choses4 ,je veux que1 dans les gouvernements orientaux1 il y ait moins de lois que parmi nous1 moins de respect de la personne et des biens1 et surtout rien qui ressemble ce que nous appelons une constitution2 enfin1 il y a sans doute des diffrences entre les gouvernements barbares et les gouvernements civiliss2 mais cette diffrence n'ira pas jusqu' faire que les hommes ne soient que des brutes4 ,c'est ce qui arriverait1 s'il pouvait exister un gouvernement semblable celui que dpeint ,montesquieu sous le nom de despotisme4 ,en un mot1 il n'y a point de diffrence essentielle entre le despotisme et la monarchie3 ,ce sont1 dit ,voltaire1 deux frres qui ont tant de ressemblance qu'on les prend souvent l'un pour l'autre4 ,avouons que ce furent de tout temps deux gros chats qui les rats essayrent de pendre une sonnette au cou#ej4 #ej ,voltaire1 ,comment4 sur l',esprit des lois1 ,,iv4 ,si la diffrence que ,montesquieu signale entre la monarchie et le despotisme n'est pas essentielle1 si la monarchie ne gouverne pas ncessairement selon des lois fixes1 et si le despotisme n'est pas ncessairement priv de toutes lois1 il s'ensuit que le despotisme n'est qu'une forme abusive de la monarchie1 comme la dmagogie est une forme abusive de la dmocratie1 et l'oligarchie de l'aristocratie4 ,nous revenons donc la division d',aristote1 qui nous parat simple1 rigoureuse1 scientifique1 et qui suffit parfaitement toutes les thories4 ,de la division des gouvernements selon leur nature1 passons l'examen de leurs principes4 ,il y a l sans doute une ide originale et profonde4 ,un gouvernement existe1 il dure4 ,pourquoi dure-t-il8 ,n'est-ce pas en vertu d'un ressort intrieur1 qui l'anime1 qui le meut1 qui le fait agir1 et qui enfin le fait vivre jusqu' ce que1 s'usant lui-mme1 il entrane l'tat avec lui#ea8 ,cette recherche philosophique du principe des gouvernements est donc une des innovations heureuses de ,montesquieu dans la science politique2 et quoiqu'elle soit souvent paradoxale et arbitraire1 peut-tre mme insuffisante1 elle est cependant digne d'admiration4 #ea ,esprit des lois1 l4 ,,iii1 c4 ,,vi4 ,parmi les trois1 ou plutt les quatre principes reconnus par ,montesquieu1 il y en a deux qui sont vrais3 c'est le principe de la vertu et le principe de la crainte4 ,nous y reviendrons tout l'heure4 ,il y en a deux autres qui paraissent vagues et mal dfinis3 c'est le principe de l'honneur et celui de la modration4 ,ce dernier surtout est certainement ce qu'il y a de plus faible dans la thorie de ,montesquieu4 ,la modration n'est qu'une limite1 elle n'est pas un principe d'action2 elle empche de se perdre1 mais elle ne donne ni la vie ni le mouvement4 ,elle n'est d'ailleurs pas plus propre au gouvernement aristocratique qu' tout autre4 ,il est vident qu'elle est ncessaire tout gouvernement qui veut vivre4 ,la monarchie sans modration tombe dans le despotisme1 et la dmocratie sans modration tombe dans la dmagogie ou dans la tyrannie4 ,la modration est le principe conservateur de tous les tats et de toutes les formes de gouvernement2 elle n'est pas le principe particulier d'aucune d'elles4 ,l'honneur est un principe ingnieusement trouv pour expliquer la diffrence de la monarchie et du despotisme#eb4 ,mais c'est un principe vague et mal expliqu4 ,c'est1 dit ,montesquieu1 le prjug de chaque personne et de chaque condition4 ,mais en quoi consiste ce prjug8 ,la nature de l'honneur est de demander des prfrences et des distinctions4 ,l'honneur semble donc tre la mme chose que la vanit4 ,l'ambition1 continue ,montesquieu1 a de bons effets dans la monarchie4 ,voici l'honneur qui devient l'ambition4 ,plus loin1 ,montesquieu dfinit l'honneur3 ce matre universel qui doit partout nous conduire4 ,rien n'est plus vague4 ,il le dtermine un peu plus quand il dit que c'est moins ce qu'on doit aux autres que ce que l'on se doit soi-mme2 et non pas tant ce qui nous appelle vers nos concitoyens que ce qui nous en distingue444 c'est la noblesse dans les vertus1 la franchise dans les moeurs1 la politesse dans les manires4 ,enfin1 lorsqu'il ajoute que l'honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous dshonore1 il est vident qu'ici l'honneur n'est plus seulement le prjug de chaque personne et de chaque condition2 il est dj une sorte de vertu et une partie de la vertu#ec4 #eb ,nous avons vu que1 dans les ,lettres persanes 7voir plus haut71 ,montesquieu confondait encore l'honneur et la vertu1 et leur attribuait un rle gal dans les rpubliques2 mais en mme temps il tait frapp du rle que jouait en ,france l'amour de la gloire et le point d'honneur4 ,c'est cette vue particulire trs juste dont il a fait1 plus tard1 un principe systmatique passablement arbitraire4 #ec ,sur le principe de l'honneur dans les monarchies1 voyez surtout liv4 ,,iii1 ch4 ,,vi et ,,vii2 liv4 ,,iv1 ch4 ,,ii2 liv4 ,v1 ch4 ,,ix1 et liv4 ,,viii1 ch4 ,,vi et ,,vii4 ,je ne veux pas nier ce qu'il y a d'ingnieux et de vrai en partie dans la thorie de la monarchie et de son principe4 ,mais ce principe de l'honneur1 qui est tout moderne1 compos d'ides fodales1 chevaleresques1 chrtiennes1 et enfin de ce sentiment naturel de fiert propre l'homme dans toutes les formes de gouvernement1 suffit-il expliquer la monarchie de ,philippe et d',alexandre1 des premires monarchies grecques1 des monarchies du ,x,ve sicle8 ,d'un autre ct1 l'honneur n'est-il pas le principe des aristocraties autant et plus peut-tre que des monarchies8 ,l'honneur1 entendu dans un sens troit1 est surtout le prjug aristocratique2 dans un sens large il est la vertu proprement dite1 ou du moins une de ses parties4 ,c'tait l'honneur non moins que la crainte qui interdisait aux nobles de ,venise de trahir les secrets de l'tat1 et c'tait certainement l'honneur autant que l'amour de la patrie qui ramenait ,rgulus ,carthage pour y mourir d'une mort atroce4 ,l'honestum antique1 le pulchrum et decorum ressemble beaucoup ce que ,montesquieu appelle l'honneur3 or c'est une ide qui est ne dans les rpubliques4 ,reprenons la thorie de ,montesquieu1 et nous inspirant librement de ses principes1 cherchons lui donner plus de clart et de prcision4 ,il y a deux principes naturels dans l'homme1 et qui donnent naissance aux deux formes principales de gouvernement1 celles que ,platon appelle les deux constitutions mres1 la monarchie et la dmocratie4 ,ces deux principes sont l'amour du repos et de la libert4 ,ces deux principes sont identiques3 car1 aimer la libert1 est-ce autre chose que vouloir jouir en repos et en paix de toutes les forces de notre nature qui ne sont point contraires au bonheur des autres8 ,et aimer le repos n'est-ce pas vouloir ne pas tre troubl dans l'usage lgitime de sa libert8 ,mais quoique ces deux principes soient identiques par leur nature1 ils se distinguent cependant dans leurs effets4 ,car l'un a plus de rapport avec le got du mouvement1 et l'autre avec le got de l'inertie et de l'immobilit4 ,l'un demande agir1 se dvelopper dans tous les sens1 tenter toujours de nouvelles aventures2 l'autre aime demeurer dans certaines limites consacres1 tourner dans un cercle toujours le mme1 et ne pas s'affranchir de certaines habitudes et de certains liens4 ,l'un prfre la nouveaut la scurit4 ,l'autre craint la nouveaut1 comme ennemie de toute scurit4 ,l'un se contente peu du bien-tre matriel1 et se repat toujours d'un bien-tre d'imagination4 ,l'autre craint l'inconnu1 et aime jouir tranquillement de ce qu'il possde certainement4 ,l'un aime critiquer1 censurer1 discuter1 et ne veut pas se soumettre sans savoir pourquoi4 ,l'autre ne veut pas se troubler d'examiner ce qu'il ne comprend pas1 ce qu'il ne tient pas comprendre3 il abandonne volontiers le soin des affaires1 et ne s'en mle que le moins qu'il peut4 ,or1 c'est l'amour du repos qui donne naissance la monarchie1 et l'amour de la libert la dmocratie4 ,dans le gouvernement d'un seul1 les actions sont plus promptes1 plus uniformes1 plus constantes elles-mmes4 ,il y a moins de discussions1 moins de dissentiments1 moins de temps perdu1 moins de troubles1 moins de rvolutions4 ,on sait ce qu'il y aura demain par ce qu'il y avait hier4 ,les changements de rgne1 qui sont les mouvements les plus considrables dans ces sortes de gouvernements1 se font d'une manire presque insensible1 lorsque les lois de succession sont bien dtermines4 ,il y a des troubles quelquefois dans les rgences3 cela vient prcisment de ce qu'alors le gouvernement d'un seul penche toujours vers le gouvernement de plusieurs2 mais lorsque l'autorit royale devient matresse1 l'ordre et le repos renaissent avec elle4 ,dans la monarchie1 l'individu est en gnral tranquille1 pourvu qu'il ne se mle pas des affaires de l'tat4 ,par consquent1 lorsque le plus grand nombre des citoyens d'un pays aura ce got du repos et cette indiffrence des affaires publiques1 l'tat sera monarchique4 ,supposez1 au contraire1 un peuple anim de l'amour de la libert1 tel que nous l'avons dcrit1 il est vident qu'il ne souffrira aucune forme de gouvernement laquelle il n'aurait pas la plus grande part4 ,si tous1 ou la plupart1 ont ce got du mouvement1 de l'aventure1 de la critique1 de la discussion et de l'examen1 tous voudront tre quelque chose dans l'tat3 ils voudront participer la confection des lois1 de peur qu'elles ne rpriment leur ardeur et leurs dsirs4 ,ils voudront nommer leurs magistrats1 pour tre srs de la sincre excution de leurs volonts2 ils voudront les soumettre la censure1 et refuseront de s'y soumettre eux-mmes4 ,ils voudront conserver le droit d'examiner et de discuter1 afin de pouvoir changer demain ce qu'ils auront fait aujourd'hui4 ,ils seront dfiants1 tumultueux1 amis de la parole1 souvent incertains dans l'action4 ,mais1 par-dessus tout1 ils voudront tablir parmi eux l'galit4 ,la libert est difficilement conciliable avec l'ingalit4 ,en effet1 si les uns possdent des privilges auxquels il me soit absolument interdit de prtendre1 je ne suis pas libre1 puisqu'un certain dveloppement naturel et lgitime de mes facults m'est interdit4 ,si quelques-uns font les lois1 ou ont seuls droit certains emplois1 je ne suis pas libre3 car quelle garantie ai-je contre eux8 ,il peut arriver1 sans doute1 qu' la suite de beaucoup d'expriences1 un peuple consente l'ingalit pour garantir sa libert2 mais c'est l une de ces transactions qui peuvent se faire entre tous les principes de gouvernement1 et nous les examinons ici dans leur puret et leur distinction4 ,c'est en ce sens que nous disons3 le principe constitutif de la dmocratie1 c'est l'amour de la libert et de l'galit4 ,il faut distinguer le principe constitutif et le principe conservateur d'un gouvernement4 ,l'un le fait tre1 l'autre le fait durer4 ,quels sont donc les principes conservateurs de la monarchie et de la dmocratie8 ,je commence par la dmocratie4 ,ici ,montesquieu est admirable2 et1 quoi qu'on en ait dit1 je pense qu'il faut considrer comme un axiome de la science politique ce grand principe1 que la dmocratie repose sur la vertu4 ,en effet1 lorsque l'on donne la libert un peuple1 il faut permettre beaucoup d'actions qui ne seront pas permises dans un autre gouvernement4 ,parmi ces actions1 les unes seront mauvaises et les autres bonnes2 et l'on se console des mauvaises parce qu'elles doivent tre compenses par les bonnes4 ,mais si elles sont toutes mauvaises1 quel principe de dsordre et de corruption introduit dans l'tat6 ,par exemple on permettra tout le monde d'exprimer sa pense1 dans l'espoir que les bonnes penses triompheront des mauvaises1 et que la vrit l'emportera sur l'erreur4 ,mais si tout le monde abuse de la pense1 si les uns la vendent1 si les autres l'immolent leurs passions1 si tous ne se servent de la libert donne que pour insulter les lois1 les magistrats1 les hommes vertueux1 etc41 une telle libert n'est-elle pas l'anarchie et l'oppression8 et comme rien de violent ne peut durer1 une rpublique corrompue ne peut manquer de prir infailliblement4 ,on ne peut nier d'ailleurs que la libert n'introduise la division dans l'tat4 ,cette division est un bien1 quand elle n'est pas porte l'extrme4 ,mais supposez-la sans contrepoids1 elle deviendra la guerre de tous contre tous1 et le plus beau des gouvernements sera semblable l'tat sauvage4 ,or1 dans un tat o on donne peu la force1 prcisment pour laisser beaucoup la libert1 le seul contrepoids naturel1 c'est la vertu4 ,en outre1 l'un des grands prils de la dmocratie1 c'est l'amour de l'galit4 ,car1 comme il y a une galit naturelle et vraie1 il y en a aussi une qui n'est pas lgitime3 c'est celle qui met sur la mme ligne l'ignorant et l'homme clair1 le vicieux et l'homme de bien4 ,si les hommes vicieux sont en majorit1 ils s'indigneront de la supriorit de l'homme intelligent et distingu4 ,de l les suspicions1 les ostracismes1 les perscutions1 tout ce qui a souill les dmocraties antiques et modernes1 et les a mises souvent au-dessous du despotisme mme4 ,il faut donc assez de vertu dans le peuple pour reconnatre1 estimer et respecter la vertu chez les meilleurs4 ,ajoutez que dans la dmocratie c'est le peuple qui fait les lois1 et c'est lui qui obit aux lois2 or1 s'il fait des lois sans y obir1 autant n'en pas faire2 si1 prvoyant sa propre faiblesse1 et y compatissant d'avance1 il accommode ses lois sa corruption1 qu'est-ce qu'un tel gouvernement8 ,enfin1 de quelque ct qu'on examine la dmocratie1 on verra qu'elle n'est1 qu'elle ne vit1 qu'elle ne dure que par la vertu4 ,tous les grands politiques de l'antiquit l'ont dit3 saint ,thomas et ,machiavel l'ont dit galement4 ,il faut que ce soit une grande vrit pour tre admise la fois par des gnies si divers1 qui partent de principes si diffrents4 ,on peut dire des publicistes d'aujourd'hui ce que ,montesquieu disait de ceux de son temps3 ,les politiques grecs1 qui vivaient dans le gouvernement populaire1 ne reconnaissent d'autre force qui pt le soutenir que la vertu4 ,ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures1 de commerce1 de finances1 de richesses1 de luxe mme4 ,on a raison de dire que ,montesquieu a trop obi aux prjugs antiques1 lorsqu'il a fait consister la vertu dmocratique dans l'amour de la frugalit et dans le renoncement soi-mme4 ,c'est demander l'individu1 au nom de l'tat1 un sacrifice que la religion obtient peine en le demandant au nom de ,dieu et de l'ternit4 ,mais s'il est vrai que les dmocraties modernes ne peuvent ressembler aux dmocraties antiques1 il n'est pas vrai qu'elles aient cess d'avoir un mme principe1 c'est--dire l'obissance aux lois1 le respect du magistrat1 l'amour de la patrie1 le respect des droits d'autrui1 en un mot1 la justice4 ,c'est la justice qui est le vrai principe de la dmocratie1 sous quelque forme qu'elle se prsente4 ,c'est elle seule qui rend la libert possible1 durable1 dsirable4 ,ainsi la dmocratie aura donc pour principe constitutif l'amour de la libert et de l'galit1 et pour principe conservateur la vertu4 ,passons maintenant la monarchie3 le principe constitutif de cette forme de gouvernement1 avons-nous dit1 est l'amour du repos3 quel en est le principe conservateur8 ,nous ne nous refuserons pas d'accorder que ce principe est l'honneur2 seulement que faut-il entendre par honneur8 ,nous avons vu qu'il y a dans ce principe1 tel que ,montesquieu le dcrit1 une assez grande confusion3 tantt c'est une sorte de vanit frivole ou le prjug troit d'une caste et d'une corporation1 tantt c'est la grandeur d'me et la fiert des sentiments4 ,dans lequel de ces deux sens l'honneur est-il le principe conservateur des monarchies8 ,il faudrait distinguer ces nuances importantes1 et ne pas faire un seul principe de tant d'lments contraires4 ,cette sorte d'honneur que l'on mettait dans l'ancienne monarchie tre le domestique du roi1 ne ressemble gure celui du vicomte d',orte1 qui refusa de servir de bourreau ,charles ,,ix contre les huguenots1 ou de ,crillon1 qui refusa ,henri ,,iii d'assassiner le duc de ,guise4 ,dans le premier sens l'honneur n'est qu'une partie de cette adoration du prince1 qui est commune aux tats monarchiques et aux tats despotiques4 ,dans le second sens1 l'honneur n'est qu'une partie de la vertu elle-mme4 ,or c'est dans ce second sens surtout que l'honneur est propre au gouvernement monarchique4 ,car1 dans le despotisme1 il y aura aussi une sorte de vanit qui recherchera les distinctions1 les prfrences1 les faveurs du prince1 et qui tiendra occuper la place la plus proche de sa personne4 ,l'honneur monarchique sera donc surtout cette fiert qui refuse l'obissance au prince lorsqu'il commande des actions contraires la conscience4 ,c'est l1 ce qu'il nous semble1 le trait le plus particulier de l'honneur monarchique4 ,car le confondre avec l'ambition1 avec l'amour de la gloire1 c'est lui ter toute physionomie propre1 puisque l'ambition n'est pas moins frquente dans le despotisme1 et l'amour de la gloire dans les rpubliques4 ,l'honneur monarchique est donc le sentiment de ce que nous devons au prince1 tempr par le sentiment de ce que nous nous devons nous-mmes3 c'est par consquent une limite au pouvoir du prince4 ,il repose sur ce principe1 que le prince ne peut pas tout et ne doit pas tout vouloir4 ,c'est donc une partie de l'amour de la libert transport dans un gouvernement qui ne repose pas sur ce principe4 ,comment l'amour de la libert a-t-il sa place dans un gouvernement monarchique8 ,il peut se la faire de deux manires4 ,la monarchie succde ordinairement1 soit au despotisme1 soit l'aristocratie4 ,le premier cas est rare1 le second a t le plus frquent dans les temps modernes4 ,la monarchie succde au despotisme1 lorsque le despotisme vient s'clairer4 ,or la premire lumire qui se fait dans l'esprit des sujets1 c'est que le prince ne peut pas tout1 qu'il y a des choses suprieures son pouvoir4 ,de l le premier sentiment de l'honneur1 et de l une premire limite apporte au pouvoir d'un seul4 ,dans l'autre cas1 le sentiment de l'honneur n'est pas autre chose qu'un reste de libert aristocratique qui se dfend jusqu' la dernire extrmit4 ,c'est ce qu'il est facile de voir dans l'histoire de notre monarchie4 ,l'honneur exigeait bien plus d'un grand du ,x,v,ie sicle que d'un courtisan du ,x,v,i,i,ie4 ,l'honneur1 au ,x,v,ie sicle1 commandait encore d'avoir des chteaux forts1 et des armes pour se dfendre contre la couronne elle-mme2 au ,x,v,i,i,ie l'honneur n'interdisait pas de passer sa vie dans les antichambres du roi et le boudoir de ses favorites4 ,ainsi1 l'honneur monarchique n'est autre chose que le signe de ce qui reste ou de ce qui se forme d'aristocratique dans un pays monarchique4 ,un principe qui se rapporte celui de l'honneur1 dans les tats monarchiques1 et qui les distingue encore du despotisme1 c'est le principe de l'opinion4 ,il y a une opinion dans la monarchie4 ,il est vrai qu'elle ne s'exprime pas librement comme dans la dmocratie1 ou les monarchies limites et reprsentatives2 mais elle existe1 on a le sentiment commun que le roi1 quelque sacr que soit son pouvoir1 se doit au bonheur de ses sujets4 ,on juge ses actes1 on juge ses ministres4 ,et quoique en droit il puisse tout ce qu'il veut1 il est souvent oblig en fait de compter avec cette opinion mme muette4 ,il y avait en ,france une opinion publique1 mme sous ,richelieu1 mme sous ,louis ,,xiv4 ,on approuvait et on blmait dans une certaine mesure4 ,sans doute aussi1 dans une certaine mesure1 il en est de mme dans les tats despotiques2 mais c'est un signe que le despotisme se transforme en monarchie4 ,d'autre part1 l'opinion peut tre trs faible dans les tats monarchiques3 c'est alors un signe qu'ils tournent au despotisme4 ,la puissance de l'opinion dans les monarchies est encore une des formes de l'amour de la libert4 ,c'est la part que la monarchie fait l'esprit public1 l'esprit d'examen et de critique1 qui est ce qu'il y a de plus cher la libert4 ,je distingue l'honneur et l'opinion4 ,le premier est surtout un sentiment aristocratique2 le second est un principe dmocratique4 ,l'un et l'autre sont le signe de la part que la noblesse et le peuple ont dans le gouvernement4 ,je ne dis pas qu'ils y aient une part lgale3 car alors ce serait une aristocratie1 ou une dmocratie1 ou une monarchie mixte2 mais enfin ils sont pour quelque chose dans l'tat1 et leur importance se mesure par l'importance de l'honneur et de l'opinion4 ,la monarchie bien explique1 et ramene1 comme le veut ,montesquieu1 au principe de l'honneur auquel nous ajoutons celui de l'opinion1 il sera facile d'expliquer le despotisme et son principe4 ,le despotisme est une forme abusive de la monarchie2 c'est cette forme basse de gouvernement1 la dernire de toutes1 suivant ,platon#ed1 o1 par faiblesse et par amour excessif du repos1 les citoyens abandonnent tous les pouvoirs au souverain1 lui mettent entre les mains une force irrsistible1 et ne se rservent que l'obissance sans limites4 ,un tel gouvernement ne repose que sur la crainte4 ,c'est celui que ,hobbes rvait comme le modle des gouvernements1 mais qui en est en ralit le plus imparfait2 car il est contradictoire4 ,en effet1 l'homme ne peut sacrifier la libert que pour le repos4 ,mais le repos est impossible sans scurit2 et la scurit est incompatible avec la crainte4 ,ainsi1 un gouvernement qui1 par hypothse1 reposerait sur l'extrme crainte1 dtruirait par l mme ce pourquoi on l'aurait subi1 la scurit et la paix4 ,le despotisme1 tel que ,montesquieu le dcrit1 est donc un gouvernement absurde1 c'est--dire contradictoire dans les termes mmes4 #ed ,platon1 ,rp41 l4 ,,ix1 ,grec3 h men aristokratia arist1 h de tyrannis kakist4 ,voir t4 ,i1 p4 #adc4 ,pour qu'un gouvernement fond sur la crainte soit possible et durable1 il faut videmment que la crainte ne soit pas universelle et perptuelle3 il ne faut pas que tous craignent1 et craignent pour tout ce qu'ils possdent3 car alors1 que leur servirait-il de ne pas s'appartenir eux-mmes8 ,il faut qu'en gnral1 ils trouvent assez de tranquillit et de paix dans la vie prive pour n'tre pas tents de se mler des affaires publiques4 ,en un mot1 la crainte ne doit tre que pour ceux qui veulent rsister l'tat1 et non pas pour ceux qui1 contents des limites qui leur sont imposes1 ne demandent qu' ne pas tre tourments dans ces limites4 ,mais si la crainte s'introduit jusque-l1 ce n'est plus un gouvernement1 c'est un brigandage4 ,quid sunt regna1 dit saint ,augustin1 remot justiti1 nisi magna latrocinia#ee8 #ee ,aug41 de ,civit4 ,dei1 liv4 ,,iv1 c4 ,v4 ,dans le despotisme mme1 la crainte n'est pas le principe unique du gouvernement4 ,d'abord1 elle n'est pas toujours sentie4 ,on a commenc d'obir par crainte2 puis on obit par habitude4 ,aprs tout1 ce serait une erreur de croire qu'un pouvoir tient absolument tre craint3 il tient surtout faire ce qu'il veut2 s'il y russit sans employer la crainte1 il la rserve pour les cas ncessaires4 ,c'est ce qui arrive en pratique dans les gouvernements despotiques4 ,les sujets obissent par habitude1 et ils oublient qu'ils sont sous un gouvernement terrible4 ,l'tat de crainte est trop violent pour tre continuel4 ,l'habitude est donc un principe qui tempre l'action de la crainte4 ,ce n'est pas tout2 les sujets qui naissent dans un gouvernement despotique1 reoivent tout d'abord des impressions trs vives de ce pouvoir suprieur1 invisible1 qui peut tout et qui est entour de toutes les grandeurs et de tout l'clat que l'imagination peut concevoir3 il conoit donc pour ce pouvoir une admiration sans bornes4 ,plus il le regarde de bas1 plus il est tonn et confondu de sa hauteur3 ce n'est pas seulement de la crainte qu'il a pour lui1 c'est du respect4 ,ceux qui tudient le despotisme du dehors1 et au point de vue d'un gouvernement meilleur1 peuvent se persuader qu'un tel pouvoir ne mrite que le mpris3 ceux qui ne connaissent que celui-l1 et n'en ont jamais souponn d'autre1 ont pour lui ce respect naturel que les hommes ont en gnral pour l'autorit des suprieurs4 ,ainsi1 le respect est ml la crainte1 dans l'obissance des sujets d'un prince despotique4 ,un autre sentiment se mle encore celui-l pour le relever1 c'est le sentiment religieux4 ,dans les monarchies d',orient1 o l'on va chercher d'ordinaire les types les plus purs du despotisme1 le monarque est un tre sacr4 ,selon ,manou1 le roi est une grande divinit#ef4 ,c'est d',orient que nous est venue la doctrine du droit divin1 qui n'est encore qu'une attnuation de la doctrine indienne4 ,en gnral1 dans un gouvernement despotique1 le monarque est le chef de la religion4 ,quelle source de grandeur cela lui donne6 ,enfin1 la religion1 qui est un principe d'obissance pour les sujets1 est une limite pour le prince4 ,montesquieu nous le dit lui-mme3 ,c'est la religion qui corrige un peu la constitution turque4 ,les sujets qui ne sont pas attachs la grandeur de l'tat par honneur1 le sont par la force et par le principe de la religion#eg4 ,voil donc un nouveau principe1 qui tempre et qui relve celui de la crainte4 #ef ,lois de ,manou1 l4 ,,vii1 #h4 #eg ,l4 ,v1 c4 ,,xiv4 ,terminons enfin cette analyse par l'tude de l'aristocratie et de ses principes4 ,dans l'aristocratie1 le peuple est l'gard de la noblesse comme l'gard d'un monarque2 et la noblesse est1 par rapport elle-mme1 comme le peuple dans la dmocratie4 ,ainsi1 l'aristocratie est une rpublique pour les nobles1 et une monarchie pour le peuple4 ,elle participe donc aux principes de ces deux gouvernements4 ,comme rpublique1 elle repose sur l'amour de la libert et de l'galit4 ,en effet1 les nobles dans l'aristocratie ont aussi horreur de la domination d'un seul que le peuple dans la dmocratie4 ,mais ils doivent craindre par l mme l'ingalit4 ,car ce qui tablit l'ingalit dans l'aristocratie la rapproche du gouvernement monarchique4 ,si quelques familles l'emportent trop sur les autres1 ce n'est plus une aristocratie1 c'est une oligarchie3 si une seule russit se mettre au premier rang1 la monarchie n'est pas loin4 ,mais l'aristocratie1 reposant comme la dmocratie sur la libert et l'galit 7au moins des nobles71 a besoin1 comme elle1 de la vertu4 ,il faut que les nobles aiment plus l'tat que leur propre grandeur2 sans quoi ils chercheront dominer1 et l'quilibre sera dtruit4 ,il faut qu'ils obissent aux lois1 sans quoi la rpublique prira par l'anarchie4 ,il faut qu'ils ne se rendent pas indignes de leur prminence par la bassesse et la corruption2 sans quoi le peuple perdra la crainte1 le respect et l'obissance4 ,mais la vertu dans l'aristocratie aura un autre caractre que dans la dmocratie3 elle y aura plus de pompe et d'clat4 ,la vertu dmocratique1 qui n'appartient qu' des citoyens tous gaux1 peut tre modeste et simple3 elle peut consister seulement dans la sobrit1 l'conomie1 l'amour du travail2 telle fut par exemple la vertu de la rpublique hollandaise2 telle fut dans les premiers temps la vertu de la rpublique amricaine4 ,la vertu aristocratique n'est pas seulement une vertu de citoyens1 mais de souverains et en quelque sorte de monarques3 de l un certain caractre de fiert et de hauteur4 ,or il me semble que c'est prcisment cette sorte de vertu qui mrite le nom d'honneur1 et qui est plutt encore le principe de l'aristocratie que de la monarchie4 ,elle est aussi dans la monarchie1 mais au mme titre que la noblesse4 ,plus la noblesse est indpendante du roi1 plus l'honneur y joue un rle considrable3 elle est la rsistance morale de l'aristocratie soumise dans une monarchie inconteste4 ,mais si l'aristocratie est rpublique par le ct des nobles1 elle est monarchie par le ct des sujets4 ,a ce point de vue1 elle reposera sur les mmes principes que la monarchie1 et pourra en prendre toutes les formes4 ,l'aristocratie1 comme la monarchie1 repose sur l'amour du repos3 en effet1 il y a moins d'agitation dans un tat aristocratique que dans une dmocratie2 le peuple1 ne se mlant pas des affaires d'tat1 vit paisiblement dans la limite des droits qui lui sont laisss4 ,ainsi un peuple ami du repos et une noblesse amie de la libert1 voil l'aristocratie4 ,elle repose donc aussi1 comme la monarchie1 sur une certaine crainte du peuple pour les grands2 mais cette crainte peut tre galement tempre par tous les principes qui1 nous l'avons vu1 signalent le passage du despotisme illimit la monarchie restreinte4 ,il y aura de mme une oligarchie oppressive1 et une aristocratie librale1 et un nombre infini d'intermdiaires3 c'est dans ce sens que la modration peut tre un des principes de ce gouvernement4 ,,les ,,lois ,,dans ,,leurs ,,rapports ,,avec ,,les ,,gouvernements4--,aprs avoir tudi les trois formes primordiales de gouvernement dans leur nature et dans leurs principes1 rsumons1 pour donner plus de prcision ces gnralits1 les diffrentes espces de lois qui drivent dans chaque gouvernement de sa nature ou de son principe#eh4 #eh ,esp4 des lois1 l4 ,,ii et l4 ,v4 ,dans la dmocratie1 par exemple1 les lois qui sont relatives sa nature sont3 #a les lois de suffrages3 il est essentiel de fixer le nombre des citoyens qui doivent former les assembles2 #b les lois relatives aux magistratures3 c'est une maxime fondamentale que le peuple nomme les magistrats2 #c le suffrage par le sort#ei1 #d la publicit des votes2 #e le pouvoir lgislatif direct attribu au peuple4 #ei ,montesquieu ne pense qu'aux rpubliques anciennes2 on ne voit pas pourquoi le mrite ne serait pas considr dans les dmocraties 7voir les ,notes74 ,dans la dmocratie1 les lois relatives au principe sont#ei3 #a les lois agraires1 et les mesures limitatives de la transmission des biens2 #b la modicit des partages2 #c des lois somptuaires et une censure trs svre pour maintenir les anciennes moeurs4 ,ces lois sont indispensables pour conserver la frugalit et la vertu1 principes de ce gouvernement4 ,dans l'aristocratie1 les lois relatives la nature sont3 #a l'lection par le choix2 #b un snat qui gouverne1 le corps des nobles formant le peuple2 #c l'institution de la dictature pour ramener quand il le faut l'tat ses principes2 #d une certaine part d'influence donne au peuple2 #e la grandeur des magistratures compense par leur brivet4 ,les lois relatives au principe sont3 #a pas de prrogatives personnelles ni de privilges 7exemptions de taxes1 etc472 #b interdiction du commerce aux nobles2 #c justice rigoureuse pour le peuple3 ,si les lois n'ont pas tabli un tribun1 il faut qu'elles en soient un elles-mmes4 ,les lois relatives au principe sont surtout ngatives3 #a pas de confiscations1 de lois agraires1 d'abolition de dettes2 #b pas de droit d'anesse1 de substitutions1 de retrait lignager4 ,les lois relatives la monarchie quant sa nature sont3 #a l'existence d'une noblesse3 ,point de monarque1 point de noblesse2 point de noblesse1 point de monarque2 autrement c'est un despote2 #b l'existence d'un clerg3 ,autant le pouvoir du clerg est dangereux dans une rpublique1 autant il est convenable dans une monarchie444 barrire toujours bonne1 quand il n'y en a pas d'autres4 #c ,l'existence d'un dpt de lois entre les mains d'un corps judiciaire indpendant4 ,les lois relatives au principe sont3 #a les substitutions qui conservent les biens dans une famille2 #b le retrait lignager1 qui rend aux nobles les terres que la prodigalit d'un parent aura alines2 #c les privilges des terres nobles1 la dignit du noble ne se sparant pas de celle de son fief2 #d le droit d'anesse4 ,quant au despotisme1 c'est peine s'il a des lois2 et l'on n'y distingue pas facilement les lois relatives la nature de celles qui sont relatives au principe4 ,dans ce gouvernement1 l'institution d'un vizir est une loi fondamentale4 ,les guerres s'y font dans toutes leurs fureurs naturelles4 ,si le prince est prisonnier1 il est cens mort4 ,l'arme est souveraine matresse4 ,la religion a une grande influence2 c'est une crainte ajoute une crainte4 ,pas de loi de succession la couronne3 le prince choisit son successeur4 ,pas de cession de biens2 usure exagre2 pculat et confiscation4 ,,montesquieu ,,parlementaire4--,nous n'avons trait jusqu'ici de la thorie de ,montesquieu que comme d'une thorie abstraite et scientifique1 o il n'aurait t guid que par la curiosit spculative4 ,en y regardant de plus prs1 il est impossible d'y mconnatre une intention1 un dessein et la trace de l'esprit du temps4 ,s'il fait dans son livre une si grande place au despotisme1 s'il insiste avec tant d'amertume sur les maux qu'il produit1 et avec tant de complaisance sur la diffrence du despotisme et de la monarchie1 c'est videmment parce qu'il croit voir dans la transformation des institutions monarchiques de ,france une pente manifeste vers le despotisme4 ,la monarchie telle qu'il la dcrit1 c'est l'ancienne monarchie franaise1 la monarchie parlementaire et encore fodale1 entoure de corps d'tat1 fonde sur une hirarchie de privilges1 de prrogatives1 de franchises1 de droits particuliers1 qui tiennent lieu des droits gnraux1 enfin une monarchie tempre reposant sur des lois fondamentales1 et soutenue par des pouvoirs intermdiaires1 subordonns et dpendants4 ,tel tait dans le pass l'idal de ,montesquieu3 c'est un parlementaire1 et il y a en lui un vieux reste des thories de la ,fronde4 ,il oublie les tats gnraux1 et il ne dit pas un mot de cette grande institution de l'ancienne monarchie4 ,mais il recommande les privilges des seigneurs1 du clerg1 de la noblesse et des villes#fj4 ,il n'est pas ennemi des tribunaux ecclsiastiques#fa4 ,et enfin1 ce qui est le trait le plus remarquable de sa politique1 il demande qu'il y ait dans la monarchie un dpt de lois#fb4 ,il ne dit pas o doit tre ce dpt2 mais il le laisse deviner3 ,le conseil du prince n'est pas un dpt convenable4 ,cependant l'ignorance de la noblesse et son mpris pour le gouvernement civil exigent qu'il y ait un corps qui fasse sans cesse sortir les lois de la poussire4 ,ce corps1 c'est videmment le parlement4 ,or1 ,montesquieu dit que ce dpt de lois ne peut tre que dans des corps politiques4 ,les parlements taient donc des corps politiques3 c'est la doctrine de la ,fronde4 #fj ,l4 ,,ii1 c4 ,x4 #fa ,ib4 #fb ,ib4 ,il n'est pas non plus difficile de comprendre les nombreuses allusions que ,montesquieu fait ce nivellement gradu et incessant1 qui a t le travail de l'ancienne monarchie jusqu' ce qu'elle-mme y prisse4 ,il en a vu avec une profonde sagacit les infaillibles consquences4 ,dtruisez les prrogatives dans une monarchie1 vous aurez bientt un tat populaire ou un tat despotique4 ,c'est ce qui est arriv en ,france2 mais l'tat despotique a amen l'tat populaire4 ,lorsqu'il parle des ,anglais1 qui1 s'ils dtruisaient les corps intermdiaires1 seraient par l mme1 dans leur libert1 le peuple le plus esclave de la terre1 il est impossible de ne pas voir l un retour sur le gouvernement franais4 ,au reste1 ce rapprochement devient sensible lorsque ,montesquieu ajoute immdiatement aprs3 ,m4 ,law fut un des plus grands promoteurs du despotisme en ,europe4 ,le despotisme s'introduisait donc en ,europe3 ,il voulait ter les rangs intermdiaires et anantir les corps politiques4 ,n'tait-ce pas la cause de la haine de ,saint-,simon contre ,louis ,,xiv8 ,n'tait-ce pas le principe des rformes politiques que l'on rvait dans le petit cercle du duc de ,beauvilliers1 de ,fnelon et du duc de ,bourgogne8 ,que voulaient ces rformateurs1 sinon une restauration de la monarchie aristocratique1 qui de jour en jour disparaissait visiblement devant la monarchie pure8 ,montesquieu1 en attribuant un tel dessein ,law1 pouvait-il ne pas voir que la royaut l'avait dj en grande partie accompli8 ,la manire dont il parle du cardinal de ,richelieu indique bien qu'il considre la monarchie franaise comme altre4 ,le cardinal de ,richelieu veut que l'on vite dans les monarchies les pines des compagnies qui font des difficults sur tout4 ,quand cet homme n'aurait pas eu le despotisme dans le coeur1 il l'aurait eu dans la tte4 ,mais ce qu'avait voulu ,richelieu1 n'est-ce pas ce qu'a aussi voulu ,louis ,,xiv8 et n'en tait-il pas encore de mme sous ,louis ,,xv8 ,dans un autre passage1 ,montesquieu dit que ,richelieu a avili les ordres de l'tat#fc4 ,mais il ne dit pas qu'on les ait rtablis depuis lui4 ,or une monarchie o les ordres sont avilis incline au despotisme4 ,la monarchie franaise inclinait donc au despotisme4 ,remarquez que ,montesquieu ne dit pas un mot de ,louis ,,xiv4 ,ce silence sur un rgne si grand1 qu'il avait dj jug dans ses ,lettres persanes avec une si perante svrit1 n'est-il pas aussi le signe d'une pense qui ne se montre pas tout entire1 mais qui se laisse deviner8 ,n'est-ce pas une description amre de la monarchie franaise que cette peinture#fd8 ,les monarchies se corrompent lorsqu'on te peu peu les prrogatives des corps ou les privilges des villes444 ,ce qui perdit les dynasties de ,tsin et des ,soi1 dit un auteur chinois1444 c'est que les princes voulurent gouverner tout immdiatement par eux-mmes4 ,que nous font ,tsin et ,soi8 ,ces noms chinois ne sont-ils pas l la place d'autres noms qu'on ne veut pas prononcer8 ,la monarchie se perd lorsque le prince1 rapportant tout uniquement lui1 appelle l'tat sa capitale1 la capitale sa cour1 et la cour sa seule personne4 ,n'est-ce pas l une allusion directe et frappante8 ,versailles n'tait-il pas devenu toute la ,france et le roi tout l'tat8 ,la monarchie se corrompt lorsque l'honneur a t mis en contradiction avec les honneurs1 et que l'on peut tre la fois couvert d'infamie et de dignits4 ,pouvait-on lire ces lignes sans songer au cardinal ,dubois8 #fc ,l4 ,v4 c4 ,,xi4 #fd ,l4 ,,viii1 c4 ,,vi4 ,enfin ,montesquieu nous donne son secret dans les lignes qui suivent3 ,l'inconvnient1 dit-il1 n'est pas lorsque l'tat passe d'un gouvernement modr un gouvernement modr444 mais quand il tombe et se prcipite du gouvernement modr au despotisme#fe4 ,et si l'on pouvait croire que c'est encore l une proposition gnrale et sans application1 le passage suivant nous dtromperait d'une manire dcisive4 ,la plupart des peuples d',europe sont encore gouverns par les moeurs2 mais si par un long abus du pouvoir1 si par une conqute1 le despotisme s'tablissait certain point1 il n'y aurait pas de moeurs ni de climats qui tinssent2 et1 dans cette belle partie du monde1 la nature humaine souffrirait1 au moins pour un temps1 les insultes qu'on lui fait dans les trois autres#ff4 #fe ,l4 ,,viii1 c4 ,,viii4 #ff ,l4 ,,viii1 c4 ,,viii4 ,tel est donc le vrai sens de cette thorie du despotisme1 que l'on a considre comme occupant une trop grande place dans son livre4 ,c'est une sorte d'pouvantail qu'il prsente aux gouvernements modrs1 ces gouvernements qui1 soutenus auparavant par des institutions1 des lois et des corps indpendants1 avaient laiss peu peu1 ou mme avaient fait tomber ces obstacles1 et se rapprochaient chaque jour davantage du despotisme4 ,si maintenant1 en face de cet pouvantail1 que ,montesquieu fait peser comme une menace sur ces gouvernements dgnrs1 vous contemplez cet admirable tableau d'un gouvernement libre1 o ,montesquieu a concentr toutes les forces de son analyse et de son gnie1 l'intention politique de l',esprit des lois peut-elle demeurer obscure8 ,il montre1 on peut dire avec excs1 que le despotisme est le plus barbare des gouvernements2 il insinue que la monarchie incline de toutes parts au despotisme2 il dmonte et dcompose avec amour un systme de gouvernement libre1 dont tous les lments existent1 il le croit du moins1 dans le pays mme o il crit4 ,enfin1 aprs avoir tudi la distribution des pouvoirs1 soit dans la constitution d',angleterre1 soit dans la constitution romaine1 il ajoute3 ,je voudrais rechercher1 dans tous les gouvernements modrs que nous connaissons1 quelle est la distribution des trois pouvoirs1 et calculer par l des degrs de libert dont chacun d'eux peut jouir4 ,mais il ne faut pas toujours tellement puiser un sujet qu'on ne laisse rien faire au lecteur2 il ne s'agit pas de faire lire1 mais de faire penser#fg4 #fg ,l4 ,,xi1 c4 ,,xx4 ,,la ,,constitution ,,anglaise4--,examinons donc cette thorie de la constitution d',angleterre1 qui a merveill le sicle dernier1 et a eu depuis une si grande influence sur les destines politiques de notre pays#fh4 #fh ,voir la lettre ,m4 l'auditeur ,bertolini1 qui avait fait honneur ,montesquieu d'avoir rvl aux ,anglais eux-mmes la beaut de leur gouvernement4 ,montesquieu rcuse cet loge1 qui n'en est pas moins vrai4 ,les ides philosophiques dont parle ,montesquieu sont assez peu dtermines4 ,voici sa dfinition de la libert3 ,la libert1 dit-il1 consiste pouvoir faire ce qu'on doit vouloir1 et n'tre pas contraint de faire ce qu'on ne doit pas vouloir#fi4 ,cette dfinition est trs juste2 mais il en conclut que la libert est le droit de faire tout ce que permettent les lois4 ,c'est l restreindre beaucoup le sens du mot libert4 ,il est vrai que je ne suis pas libre si je ne puis pas faire ce que les lois permettent1 ou forc de faire ce qu'elles n'ordonnent pas2 il est vrai aussi que c'est une fausse libert de pouvoir faire ce que la loi dfend3 car si les autres peuvent en faire autant1 c'est l'anarchie2 si je le puis seul1 c'est l'arbitraire4 ,mais il ne s'ensuit pas qu'obir la loi et rien qu' loi soit toute la libert3 car la loi peut tre tyrannique4 ,il est trs vrai encore que la libert consiste pouvoir faire ce que l'on doit vouloir2 mais la loi peut prcisment m'interdire ce que je dois vouloir4 ,par exemple je dois vouloir honorer ,dieu selon ma conscience4 ,si la loi m'ordonne de l'honorer selon la conscience du prince1 suis-je libre8 ,j'avoue que c'est un gouvernement arbitraire que celui qui ne juge pas selon la loi2 mais un gouvernement o l'on n'obirait qu' la loi ne serait pas pour cela un gouvernement libre3 car il s'agit de savoir par qui la loi est faite1 et comment elle est faite4 ,l'erreur de ,montesquieu vient de ce que1 comme presque tous les publicistes de son temps1 il fait driver le droit de la loi1 au lieu de faire driver la loi du droit4 #fi ,l4 ,,vi1 c4 ,,iii4 ,la libert civile1 dans son vrai sens1 c'est le droit que nous avons d'user de nos facults comme nous l'entendons1 en tant qu'elles ne portent pas atteinte au mme droit chez les autres hommes1 rserve faite d'ailleurs des sacrifices ncessaires la sret commune4 ,la libert politique1 c'est la garantie ou l'ensemble de garanties par lesquelles chaque individu et le peuple en masse est assur1 autant qu'il est possible1 que la libert naturelle sera sauvegarde par les lois de l'tat4 ,ces dfinitions une fois poses1 voyons ce que c'est1 selon ,montesquieu1 qu'une constitution libre4 ,une constitution est libre1 lorsque nul ne peut y abuser du pouvoir4 ,mais pour cela1 il est ncessaire que le pouvoir ne soit pas sans limites3 car tout homme qui a du pouvoir est port en abuser4 ,ainsi1 dans une constitution libre1 le pouvoir arrte le pouvoir4 ,tel est le principe de l'quilibre et de la pondration des pouvoirs1 dont il a t si souvent question en politique1 depuis ,montesquieu4 ,mais pour que le pouvoir puisse arrter le pouvoir1 il faut videmment qu'il y ait plusieurs pouvoirs dans l'tat4 ,de l la thorie des trois pouvoirs#gj4 #gj ,l4 ,,xi1 c4 ,,vi4 ,aristote1 le premier1 a distingu trois fonctions dans le gouvernement de la socit1 et c'est lui que revient la clbre division des trois pouvoirs ou puissances1 que ,locke a reproduite et ,montesquieu aprs lui3 la puissance excutive1 la puissance lgislative et la puissance de juger4 ,montesquieu n'a donc pas cr cette thorie2 mais ce qui lui appartient1 c'est d'avoir montr dans la sparation des pouvoirs la premire garantie1 et dans leur distribution la vraie mesure de la libert4 ,c'est l le principe qu'il a dcouvert dans l'examen de la constitution d',angleterre1 principe ignor avant lui de tous les publicistes1 et qui est rest depuis acquis la science politique4 ,si celui qui excute les lois dans un tat fait en mme temps les lois1 il n'y a point de libert1 car il peut faire des lois tyranniques pour les excuter tyranniquement4 ,que si la puissance excutive veut s'emparer des biens ou d'une partie des biens des sujets1 elle dclarera par la loi que ces biens convoits sont elle1 et par la force dont elle dispose pour l'excution1 elle s'en emparera4 ,elle peut enlever ainsi aux citoyens leur libert et mme leur vie1 et cela en vertu de la constitution1 moins que le respect des lois fondamentales1 les moeurs1 la prudence du chef ne s'y opposent1 et alors le citoyen peut tre libre en fait1 mais la constitution n'assure pas sa libert4 ,cela n'est pas moins vident1 si l'on accorde la puissance lgislative la force de l'excution1 cette puissance ft-elle lue par le peuple1 ft-elle le peuple lui-mme4 ,le peuple1 en corps1 peut menacer par ses lois et par sa force la sret de chacun1 et1 dans un tel tat1 la multitude est puissante1 mais personne n'est tranquille3 car on ne peut jamais s'assurer que l'on ne sera pas bientt dans le nombre de ceux que menace la puissance du peuple4 ,la sret des citoyens n'est assure que par la sparation des deux puissances4 ,la puissance lgislative s'oppose l'excutive et lui trace le cercle de son action2 son tour1 la puissance excutive empche par son vto les entreprises despotiques de la lgislative2 en un mot1 le pouvoir arrte le pouvoir3 c'est le secret des constitutions libres4 ,mais le plus grand danger de la libert serait que la puissance de juger ft unie l'une des deux autres puissances1 et surtout toutes les deux4 ,dans ce cas1 le magistrat a1 comme excuteur des lois1 la puissance qu'il s'est donne comme lgislateur4 ,il peut ravager l'tat par ses volonts gnrales2 et1 comme il a encore la puissance de juger1 il peut dtruire chaque citoyen par ses volonts particulires4 ,il rsulte de l que la justice1 cette puissance si sacre parmi les hommes1 doit tre confie une magistrature indpendante tire du corps mme des citoyens1 se confondant avec eux1 et qui1 n'ayant aucun intrt au pouvoir1 n'en a pas l'iniquit4 ,le pouvoir lgislatif doit tre ou le peuple ou une manation du peuple3 car dans un tat libre1 tout homme qui est cens avoir une me libre1 doit tre gouvern par lui-mme#ga4 ,s'il ne se gouverne pas immdiatement lui-mme1 il doit se gouverner par ses reprsentants1 et par consquent les choisir4 ,tous les citoyens1 dit ,montesquieu1 doivent donner leur voix pour choisir les reprsentants1 except ceux qui sont dans un tel tat de bassesse qu'ils sont rputs n'avoir point de volont propre4 #ga ,l4 ,,xi1 c4 ,,vi4 ,en face du pouvoir lgislatif est l'excutif1 qui doit avoir1 pour arrter les entreprises injustes du pouvoir lgislatif1 une certaine part ce pouvoir1 non pas une part directe et positive1 mais une part indirecte et ngative1 non pas la facult de statuer1 ce qui confondrait les attributions des puissances1 mais la facult d'empcher3 distinction qui a produit tant d'orages au commencement de notre ,rvolution4 ,le pouvoir excutif doit tre libre dans son action1 ce qui est l'essence de l'excution1 mais ses actes sont soumis l'apprciation du pouvoir lgislatif2 car1 faire des actes contraires aux lois1 c'est pour ainsi dire porter des lois3 c'est donc un empitement sur l'autorit lgislative1 et celle-ci en est juge4 ,la personne en qui est le pouvoir excutif doit tre une pour la promptitude des entreprises1 et de plus elle doit tre hors d'atteinte2 car1 si le lgislateur pouvait la juger et la dtruire1 il serait tout-puissant1 et il n'y aurait plus de limites1 ni par consquent de libert4 ,mais comme il faut une sanction1 les agents du pouvoir irresponsable sont responsables sa place4 ,un pouvoir un et irresponsable est une monarchie4 ,le pouvoir excutif doit donc tre entre les mains d'un monarque4 ,entre le pouvoir excutif ou le roi1 et le pouvoir lgislatif ou le peuple1 pouvoirs contraires qui s'observent et se menacent continuellement1 il y a une puissance moyenne qui les unit et les modre4 ,quelle est cette puissance8 ,a priori1 il semble que ce devrait tre la puissance judiciaire1 puisque nous avons reconnu trois pouvoirs1 l'excutif1 le lgislatif et le judiciaire4 ,cependant ,montesquieu nous dit3 ,des trois puissances dont nous avons parl1 celle de juger est en quelque sorte nulle1 il n'en reste que deux4 ,que veut dire ici cette expression trange1 que la puissance judiciaire est nulle8 ,faut-il croire que ,montesquieu a entendu par l que le pouvoir judiciaire n'est qu'une partie du pouvoir excutif1 et qu'il se confond avec lui8 ,non1 car rien ne serait plus oppos au principe de la sparation des pouvoirs1 qui est la doctrine fondamentale de ,montesquieu4 ,la pense prcdente s'explique par un autre passage de l',esprit des lois4 ,il veut dire que le pouvoir de juger ne doit pas tre confi un snat permanent1 un corps spcial1 mais des personnes tires du corps du peuple1 c'est--dire ce qu'on appelle le jury4 ,de cette faon la puissance de juger1 si terrible pour les hommes1 n'tant attribue ni un certain tat ni une certaine profession1 devient pour ainsi dire invisible et nulle4 ,on n'a point continuellement des juges devant les yeux1 et l'on craint la magistrature1 sinon les magistrats#gb4 #gb ,cette ingnieuse et exacte explication d'un passage obscur1 trs important dans le systme de ,montesquieu1 a t donne par l'auteur d'un ,mmoire couronn par l',institut sur la ,sparation des pouvoirs 7voir le rapport de ,m4 ,aucoc sur le concours relatif la ,sparation des pouvoirs1 extrait des ,comptes rendus de l',acadmie des sciences morales et politiques1 #ahgi74 ,la puissance judiciaire tant ainsi carte de la balance des pouvoirs1 il faut une autre puissance intermdiaire entre la lgislative et l'excutive4 ,cette puissance se compose de ceux qui1 ayant des privilges dans l'tat1 privilges dont ,montesquieu1 la vrit1 ne nous donne pas la raison1 doivent avoir le moyen de les conserver et d'empcher qu'on n'y porte atteinte4 ,la part qu'ils auront la lgislation doit tre proportionne aux avantages qu'ils ont dans l'tat1 et ils auront le droit d'arrter les entreprises du peuple1 comme le peuple a le droit d'arrter les leurs4 ,ils devront ainsi partager la puissance lgislative et former un corps intermdiaire intress d'une part contre le monarque1 la dfense des liberts1 de l'autre contre le peuple1 la dfense des prrogatives du monarque1 et assurer ainsi la stabilit des deux principes lmentaires de la constitution4 ,montesquieu rsume de cette manire ce savant mcanisme3 ,le corps lgislatif tant compos de deux parties1 l'une enchanera l'autre par sa facult mutuelle d'empcher4 ,toutes les deux seront lies par la puissance excutive1 qui le sera elle-mme par la lgislative4 ,montesquieu prvoit la principale objection ce beau systme3 ,ces trois puissances1 dit-il1 devraient former un repos ou une inaction2 mais1 comme par le mouvement ncessaire des choses elles seront contraintes d'aller1 elles seront forces d'aller de concert4 ,rponse spcieuse une spcieuse objection4 ,telle est la clbre thorie de la constitution d',angleterre1 thorie sur laquelle nous voulons prsenter quelques rflexions4 ,il faut se garder ici d'une facile confusion4 ,il y a trois sortes de gouvernements1 et il y a trois sortes de pouvoirs dans le gouvernement3 ce sont deux choses trs diffrentes4 ,le gouvernement est rpublicain1 ou aristocratique1 ou monarchique1 selon que le peuple1 ou les nobles1 ou le roi gouvernent4 ,chacun de ces gouvernements est bon ou mauvais2 on peut prfrer l'un l'autre et prfrer chacun d'eux la combinaison des trois4 ,cette dernire ide est celle que l'on trouve en germe dans ,aristote1 que ,cicron a dveloppe aprs ,polybe1 et ,machiavel aprs ,cicron4 ,nous la retrouvons ici dans l'analyse du gouvernement anglais2 mais elle n'est pas l'ide fondamentale de la thorie1 elle ne vient qu'en seconde ligne4 ,la base de la thorie de ,montesquieu n'est pas la distinction des gouvernements1 mais la distinction des pouvoirs2 non pas la combinaison des trois formes de gouvernement1 mais la sparation des trois pouvoirs4 ,les trois pouvoirs sont-ils runis1 c'est le despotisme2 spars1 c'est la libert4 ,or1 la constitution d',angleterre est fonde sur la sparation des pouvoirs2 elle est donc une constitution libre4 ,on voit qu'il ne faut pas confondre la thorie de la sparation des pouvoirs avec la thorie des gouvernements mixtes3 car il peut y avoir sparation des pouvoirs dans un gouvernement simple1 comme aux tats-,unis2 et il peut se faire que les pouvoirs soient confondus dans un gouvernement mixte1 comme ,rome1 o le snat participait la fois l'excution et au pouvoir lgislatif1 o le peuple avait en mme temps la puissance de faire des lois et la puissance de juger4 ,ce qui me parat incontestable dans la thorie de ,montesquieu1 c'est le principe de la sparation des pouvoirs4 ,que le pouvoir judiciaire doive tre ncessairement indpendant1 c'est ce qui saute d'abord aux yeux de tout le monde4 ,on ne peut rien dire de plus fort que ces paroles3 ,si la puissance de juger tait jointe la lgislative1 le pouvoir sur la vie et la libert des citoyens serait arbitraire1 car le juge serait lgislateur2 si elle tait jointe la puissance excutrice1 le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur4 ,ainsi1 c'est dj un premier principe du gouvernement modr de laisser le pouvoir judiciaire absolument indpendant du pouvoir souverain4 ,mais est-il ncessaire que le pouvoir excutif soit spar du lgislatif8 ,il le faut sans doute2 car1 si celui qui a la force fait les lois1 qui peut l'empcher de les faire comme il l'entend1 c'est--dire tyranniques et oppressives8 ,est-ce le pouvoir lgislatif qui est en possession de la force1 le rsultat est le mme4 ,mais1 disent les partisans de la dmocratie extrme1 le peuple1 titre de souverain1 doit avoir la fois le pouvoir excutif et le pouvoir lgislatif1 et il est impossible qu'il en abuse1 puisqu'il est compos de tous les citoyens2 or nul ne se fait d'injustice soi-mme4 ,je rponds que le peuple peut certainement tre injuste et oppresseur1 qu'il peut faire des lois tyranniques contre la minorit1 contre les riches1 contre les citoyens distingus1 contre tel ou tel culte qui lui dplat4 ,ce n'est donc pas une garantie satisfaisante de libert que le pouvoir absolu du peuple4 ,il ne faut pas confondre le pouvoir du peuple avec la libert du peuple1 dit ,montesquieu1 et rien n'est plus sens4 ,or si l'on admet que le peuple peut1 titre de lgislateur1 faire des lois injustes1 les mmes raisons qui valent contre la runion des deux pouvoirs entre les mains d'un monarque1 valent aussi contre la runion de ces deux pouvoirs dans les mains du peuple4 ,je ne veux point dire que le pouvoir excutif ne doive pas maner du peuple3 mais le peuple ne doit pas exercer lui-mme et directement ce pouvoir4 ,il faut remarquer1 d'ailleurs1 que le peuple1 surtout dans les tats modernes1 ne fait plus la loi directement1 mais par des assembles4 ,si vous mettez le pouvoir excutif entre les mains d'une assemble1 qui empche cette assemble de se changer en oligarchie et de se prolonger indfiniment1 comme le ,long ,parlement d',angleterre8 ,ajoutez encore que l'assemble elle-mme ne peut pas exercer directement le pouvoir excutif2 elle le fait par des comits4 ,mais ces comits deviennent les vritables souverains2 ils dictent les lois l'assemble1 qui n'est plus que leur instrument2 et c'est encore l'oligarchie4 ,je n'ai pas rechercher comment1 dans les dmocraties1 le pouvoir excutif doit tre constitu pour pouvoir tre spar du pouvoir lgislatif1 et en tre indpendant sans lui tre suprieur2 mais il est certain que1 mme dans ce cas1 il faut encore sparer les pouvoirs4 ,une objection trs frquente contre la sparation des pouvoirs est celle-ci3 ,ou les trois pouvoirs de l'tat marchent d'accord1 ou ils sont en dissentiment4 ,s'ils marchent d'accord1 ils forment une unit1 leur action est souveraine et absolue et ils peuvent abuser du pouvoir tout aussi bien qu'un monarque1 tout aussi bien que le peuple lui-mme4 ,supposez1 en effet1 un pays protestant et libre1 tel que l',angleterre ou la ,sude2 ne peut-il pas arriver que le roi1 les chambres1 les tribunaux1 tous les corps publics soient tous d'accord pour opprimer les catholiques8 ,o est la garantie pour la libert8 ,si1 au contraire1 on suppose les pouvoirs en dissentiment1 il n'y aura pas d'action2 les tiraillements gneront l'excution3 la jalousie rciproque des pouvoirs les empchera de s'entendre pour faire le bien4 ,ce sera l'immobilit1 ou l'anarchie4 ,je rponds cette objection qu'il n'y a pas de principe politique qui soit en tat de rendre impossibles tous les abus qui peuvent natre des constitutions humaines4 ,le principe de la sparation des pouvoirs n'a pas cette porte ni cette efficacit4 ,il empche certains abus1 mais non pas tous les abus2 il empche certaines oppressions1 mais non pas toutes les oppressions4 ,par exemple1 il rend impossible le despotisme du pouvoir excutif par l'intrt contraire du pouvoir lgislatif1 et le despotisme de celui-ci par l'intrt contraire de celui-l1 et enfin le despotisme du pouvoir judiciaire par sa sparation d'avec les deux autres4 ,mais1 s'ils s'entendent tous les trois pour exercer en commun un mme despotisme1 il est certain que le principe mme de la sparation des pouvoirs n'offre pas de garantie contre cet abus4 ,mais remarquez que1 dans ce cas1 ce ne peut tre qu'un petit nombre d'intrts qui soient blesss4 ,car 7 moins que la constitution ne soit corrompue7 il est impossible que la grande majorit des intrts les plus gnraux ne soit pas reprsente dans la runion des trois pouvoirs4 ,ainsi l'oppression ne peut tre que limite1 et sur des points trs circonscrits4 ,d'ailleurs1 dans un pays constitu de cette manire1 il y a toujours en dehors des pouvoirs publics un pouvoir moral1 invisible1 qui tend incessamment se transformer1 sous l'influence de la libert d'examen3 c'est l'opinion4 ,or l'opinion exprime par la presse1 voil la dernire garantie de la libert1 lorsque la constitution elle-mme n'en offre plus4 ,mais je prends l'hypothse contraire1 celle o les pouvoirs1 se dfiant l'un de l'autre et se surveillant mutuellement1 ne russissent pas s'entendre3 de l les conflits1 les tiraillements1 les ralentissements des affaires1 et enfin les crises politiques1 qui tent toute scurit aux esprits1 aux intrts1 aux personnes4 ,je rponds encore cette objection qu'aucune machine politique ne peut remdier tout1 suppler tout1 tout prvenir et tout empcher4 ,un gouvernement ne peut vivre que par la bonne volont et par l'amour de ceux qui le soutiennent4 ,suppos que cet amour fasse dfaut1 et que les corps politiques mettent leur intrt au-dessus de l'amour du pays1 il est vident que la moindre discussion dgnrera en dchirement1 et que l'tat sera chaque instant menac de prir par la guerre civile4 ,mais je ne connais aucun principe de gouvernement qui puisse tenir lieu de l'amour du pays4 ,supposez1 au contraire 7et c'est ce qu'il faut supposer71 que les divers pouvoirs publics aiment assez leur pays pour ne pas le sacrifier leur orgueil ou leur ambition1 les rsistances seront bien un ralentissement1 mais non une dissolution de la machine4 ,or dire que ces rsistances forment un ralentissement dans le mouvement des affaires1 ce n'est pas une objection au systme3 car c'est prcisment ce rsultat que l'on veut obtenir4 ,le ralentissement dans les affaires humaines1 ce n'est pas un mal1 c'est un bien3 car c'est la rflexion1 le sang-froid1 l'examen1 par consquent beaucoup de chances pour la vrit1 et beaucoup contre l'erreur4 ,de plus1 la rsistance1 qui irrite1 il est vrai1 quand elle est pousse l'extrme imite1 inquite et arrte lorsqu'elle-mme sait s'arrter temps4 ,il y a dans cette lutte rciproque un moyen de lumire pour l'un et pour l'autre pouvoir1 et une limite leurs empitements rciproques4 ,ainsi la sparation des pouvoirs demeure1 notre avis1 la condition indispensable des gouvernements libres4 ,mais il faut1 en thorie1 s'en tenir ce principe gnral1 sans vouloir prciser en particulier de quelle manire les pouvoirs peuvent tre diviss et distribus4 ,car il y a l mille combinaisons diverses1 qui dpendent des circonstances et de l'tat des esprits4 ,de plus1 il ne suffit pas de sparer les pouvoirs1 il faut les unir et les accorder4 ,il ne suffit pas de donner des garanties la libert1 il faut des moyens pour l'action2 car un gouvernement n'est pas seulement fait pour l'examen des questions1 il l'est encore pour la solution4 ,de plus1 la ncessit mme de l'indpendance des pouvoirs exige que chacun ait une certaine part dans l'action de l'autre4 ,si le pouvoir lgislatif ne peut rien sur l'excutif1 celui-ci rendra le premier tout fait vain2 si l'excutif ne peut rien sur le lgislatif1 celui-ci s'emparera de l'excutif4 ,on voit quelles sont les complications pratiques du problme3 je n'ai voulu insister que sur le principe4 ,mais considrons maintenant la thorie de ,montesquieu par un autre ct1 que l'on a souvent confondu avec celui-l4 ,remarquons d'abord que lorsque ,montesquieu distingue trois pouvoirs1 il parle du pouvoir excutif1 du lgislatif et du judiciaire4 ,puis il dit que de ces trois puissances1 celle de juger est en quelque faon nulle4 ,il n'en reste donc que deux1 l'excutive et la lgislative4 ,or1 selon ,montesquieu1 le pouvoir excutif1 pour tre fort et indpendant1 doit tre entre les mains d'un monarque4 ,d'un autre ct1 pour que le pouvoir lgislatif dfende la sret et la libert de tous1 il faut qu'il soit compos de tous ou lu par tous1 c'est--dire par le peuple4 ,voil donc le peuple et le monarque en prsence4 ,cette opposition appelle un mdiateur1 garantie commune et commune limite des droits et des pouvoirs du peuple et du roi4 ,ce mdiateur1 c'est la noblesse4 ,voil donc trois nouveaux pouvoirs3 le roi1 les nobles et le peuple2 et il faut distinguer ces trois pouvoirs de ceux que nous avons dj nomms3 l'excutif1 le lgislatif et le judiciaire4 ,il y a l une confusion de termes qu'il est important de dmler1 lorsque l'on parle de la thorie des trois pouvoirs4 ,qu'entend-on par pouvoir8 ,est-ce dans le premier sens1 est-ce dans le second que l'on prend cette expression8 ,dans le premier sens1 il y a trois pouvoirs1 mme dans une rpublique1 quand ils sont convenablement spars2 ainsi1 la sparation des pouvoirs est le principe de la constitution amricaine1 comme de la constitution anglaise4 ,dans le second1 il n'y a trois pouvoirs que dans la monarchie mixte1 c'est--dire dans une forme particulire de gouvernement4 ,il me semble qu'on n'a pas suffisamment remarqu la diffrence de ces deux thories1 que ,montesquieu a fondues ensemble avec beaucoup d'habilet1 mais qui n'en sont pas moins essentiellement distinctes4 ,nous avons examin la premire de ces thories1 examinons la seconde4 ,on a dit que tous les plus grands esprits avaient t partisans de cette forme de gouvernement1 compose des trois formes lmentaires3 monarchie1 aristocratie et dmocratie4 ,cela est vrai1 mais cependant avec quelques restrictions4 ,platon1 par exemple1 dit bien qu'il faut runir l'autorit et la libert1 et former une constitution moyenne avec les deux constitutions mres2 mais il ne parle que de la monarchie et de la dmocratie et ne dit rien de l'aristocratie4 ,aristote admire1 il est vrai1 cet quilibre dans le gouvernement de ,sparte et de ,carthage4 ,mais lui-mme1 lorsqu'il propose une forme de gouvernement1 ne choisit pas ce modle1 et sa rpublique est une vritable dmocratie1 avec l'esclavage4 ,polybe a repris cette pense et l'a heureusement applique l'intelligence de la constitution romaine4 ,mais nous avons dj remarqu qu' ,rome le pouvoir monarchique manquait compltement2 car c'est changer le sens des termes que d'appeler du nom de monarchie le pouvoir annuel et divis du consulat4 ,de ,polybe1 cette thorie a pass ,cicron1 qui n'y a rien chang4 ,tacite l'a jete en passant dans ses ,annales2 saint ,thomas1 sans la bien comprendre1 l'a reproduite son tour2 ,machiavel l'a emprunte de nouveau ,polybe et ,cicron2 mais ce n'est chez lui qu'une rminiscence sans porte3 tout son esprit et toute son me sont pour les gouvernements simples1 monarchie ou dmocratie4 ,au ,x,v,ie sicle1 cette thorie est un lieu commun de la politique4 rasme est trop cicronien pour ne pas l'adopter4 ,bellarmin l'emprunte saint ,thomas1 et en trouve une admirable application dans le gouvernement de l'glise catholique4 ,les dmocrates protestants1 quand ils sont au bout de leurs attaques rvolutionnaires et qu'il faut proposer quelque chose1 en reviennent cette doctrine4 ,bodin1 au contraire1 la combat nergiquement1 et dit qu'il faut mlanger les principes et non les formes de gouvernement4 ,enfin1 ce lieu commun avait perdu tout son sens force d'tre reproduit1 lorsque ,montesquieu l'a rajeuni1 l'a renouvel et lui a donn une vie inattendue en l'associant au principe nouveau de la sparation des pouvoirs4 ,que conclure de ce rapide historique de la question8 ,que tous les esprits sages avaient toujours compris la ncessit d'un gouvernement tempr1 mais qu'avant ,montesquieu aucun n'avait indiqu avec autant de prcision l'union de l'hrdit monarchique1 du privilge aristocratique et du droit populaire1 comme la combinaison la plus ncessaire la libert4 ,or c'est l qu'est la question4 ,qu'un gouvernement doive tre tempr1 pondr1 je l'admets3 car ce principe1 c'est le principe mme de la sparation des pouvoirs4 ,mais doit-il tre prcisment pondr de telle ou telle manire2 et si tel lment1 soit monarchique1 soit aristocratique1 fait dfaut1 s'ensuit-il qu'il ne puisse pas tre libre8 ,je crois que la thorie de ,montesquieu trop prise la lettre conduit cette alternative1 ou de changer le sens des mots1 et d'appeler monarchie1 aristocratie1 ce qui n'est ni l'un ni l'autre1 ou bien de prtendre que la libert ne peut exister que dans une certaine situation sociale1 qui peut trs bien ne pas se rencontrer et qui ne se rencontrera peut-tre qu'une seule fois dans l'histoire4 ,en effet1 jugez1 la lumire de cette thorie1 soit le gouvernement romain1 soit le gouvernement des tats-,unis1 vous devez appeler monarchie le consulat ou la prsidence4 ,or le consulat ne ressemble gure la monarchie1 et la prsidence1 qui s'en rapproche un peu plus1 n'est elle-mme qu'une image trs loigne et trs affaiblie de la royaut2 car il est vident que l'hrdit1 ou tout au moins le pouvoir vie est le caractre essentiel de la royaut4 ,ce sont pourtant l de grands exemples de gouvernements libres et de gouvernements temprs4 ,de mme1 vous trouverez quelque image de l'aristocratie dans le snat des tats-,unis2 mais cette aristocratie ressemblera la noblesse comme la prsidence la royaut1 c'est--dire n'y ressemblera pas du tout4 ,le privilge est le vritable caractre politique de l'aristocratie4 ,une aristocratie qui n'a pas de privilges1 qui n'est que la supriorit du mrite1 de l'ge et de l'exprience1 n'est pas une aristocratie3 c'est simplement la vraie dmocratie4 ,il est vrai que le gouvernement anglais donne raison la thorie de ,montesquieu4 ,mais ce gouvernement peut-il se reproduire volont8 ,y a-t-il toujours dans un pays1 un moment donn1 une famille avec une situation historique assez grande et assez populaire pour former une monarchie8 ,y aura-t-il toujours les lments suffisants d'une aristocratie vritable8 ,si ces lments ne sont pas donns par la ralit1 faut-il les crer artificiellement8 ,une cration artificielle de forces politiques peut-elle russir8 ,si l'on ne peut pas crer artificiellement ces forces1 est-il donc impossible d'y suppler8 ,un pays est-il condamn n'tre jamais libre1 parce que telles conditions particulires ne s'y rencontrent pas8 ,allons plus loin4 ,quel est le fond de la constitution anglaise8 ,c'est l'aristocratie1 c'est une aristocratie qui consent tre gouverne par un roi1 et faire la part aux besoins du peuple4 ,grande aristocratie1 sans aucun doute2 mais enfin1 voici la question3 faut-il absolument une noblesse dans un pays libre8 ,la libert politique ne peut-elle s'acheter que par l'ingalit sociale8 ,il est difficile de le croire4 ,si la raison fait dsirer l'homme la libert politique1 la mme raison lui fait dsirer aussi l'galit civile4 ,il serait trop trange que le privilge ft un principe de libert1 et l'galit de droits un principe de servitude4 ,si l'on reconnat1 ce qui nous parat incontestable1 que la socit civilise marche partout vers l'abolition des privilges et que le travail d'galit dans les lois et dans les moeurs ne cesse pas de se faire1 il y aura lieu de se poser la question autrement que n'a fait ,montesquieu4 ,car il regarde comme indispensable aux gouvernements libres un lment qui va sans cesse en s'amoindrissant4 ,il en rsulterait que la libert elle-mme devrait devenir de plus en plus difficile1 et la fin impossible1 mesure que l'galit augmenterait4 ,c'est l une consquence qu'il est difficile d'admettre4 ,,les ,,doctrines ,,sociales4--,quoique les thories politiques soient la partie la plus clbre et la plus importante de l',esprit des lois1 ce serait rendre ,montesquieu une infidle justice que de ne pas signaler les grands services qu'il a rendus la cause de l'humanit1 les rformes qu'il a provoques1 les abus qu'il a combattus4 ,sur ce terrain1 o est l'honneur de son sicle1 ,montesquieu ne le cde aucun de ses contemporains1 pas mme ,voltaire4 ,on peut mme dire qu'il l'a devanc3 car dj dans les ,lettres persanes il demandait l'adoucissement des peines et la tolrance religieuse4 ,il dveloppe les mmes ides dans l',esprit des lois4 ,en premier lieu1 au nom de ses principes et de l'exprience1 il proteste contre la barbarie dans les peines#gc4 ,la svrit1 dit-il1 et il entend par l la svrit extrme1 convient plus au gouvernement despotique1 qui agit par la terreur1 qu'aux gouvernements monarchique ou rpublicain1 qui agissent par l'honneur et par la vertu4 ,dans ces gouvernements1 il est clair que la honte doit tre plus puissante que la peine3 car la honte tant impuissante1 la peine l'est galement4 ,dans les bons gouvernements1 il vaut mieux prvenir que punir1 et en punissant employer une certaine douceur1 plus analogue au principe du gouvernement4 ,la svrit des peines est contraire la libert1 et avec la libert les peines s'adoucissent4 ,les peines cruelles sont inutiles1 car l'imagination s'y habitue4 ,d'ailleurs1 dans les tats modrs1 la perte de la vie est plus cruelle que dans les tats malheureux les plus affreux supplices4 ,a force d'augmenter la svrit des peines1 on te le ressort du gouvernement1 et l'abus des supplices ne fait qu'y rendre les hommes indiffrents1 et dans bien des cas assurer l'impunit du criminel4 ,on ne voit point que la duret dans les lois est un plus grand mal que les maux qu'on veut punir3 car elle corrompt le principe mme de l'tat4 ,le mal partiel peut se gurir2 le mal qui atteint la racine est incurable4 ,montesquieu1 dans ses beaux chapitres sur la douceur des peines1 se garde bien d'attaquer les lois de sa patrie3 car il n'a point1 comme il le dit1 l'esprit dsapprobateur2 mais il est vident qu'en associant la cruaut des peines au principe des gouvernements despotiques1 il invitait les gouvernements modrs faire disparatre la barbarie de leurs codes4 ,il ne consacre que quelques lignes la torture1 mais elles en disent assez2 par un tour particulier de son gnie1 il pntre au fond des choses en paraissant les effleurer4 ,nous voyons1 dit-il1 aujourd'hui1 une nation trs bien police la rejeter sans inconvnient4 ,elle n'est donc pas ncessaire de sa nature4--,j'allais dire qu'elle pouvait convenir dans le gouvernement despotique1 o tout ce qui inspire la crainte entre plus dans les ressorts des gouvernements1 j'allais dire que les esclaves chez les ,grecs et les ,romains444 ,mais j'entends la voix de la nature qui crie contre moi#gd4 ,on a pens que ,montesquieu avait presque voulu justifier la torture par ces paroles1 et qu'il ne s'tait arrt que par une sorte de honte4 ,mais dire que la torture peut convenir au despotisme1 est-ce justifier la torture1 ou fltrir le despotisme8 ,dire qu'elle est une des consquences de l'esclavage1 est-ce justifier la torture1 ou fltrir l'esclavage8 #gc ,l4 ,,vi1 c4 ,,ix et c4 ,,xii4 ,comparez ,lettres persanes1 lettre ,,lxxx4 #gd ,l4 ,,vi1 c4 ,,xvii4 ,l'esclavage est la question que ,montesquieu a traite avec le plus de force1 de profondeur et d'clat#ge4 ,grotius fondait le droit de l'esclavage sur un prtendu droit de guerre qui autorise le vainqueur tuer son prisonnier4 ,sa vie lui appartient1 plus forte raison sa libert2 le rduire l'esclavage1 c'est lui faire grce4 ,montesquieu rpond3 ,il n'est pas permis de tuer dans la guerre1 sauf le cas de ncessit2 mais ds qu'un homme en a fait un autre esclave1 on ne peut pas dire qu'il ait t dans la ncessit de le tuer1 puisqu'il ne l'a pas fait4 ,la consquence tombe avec le principe2 il reste seulement le droit de retenir le vaincu prisonnier pour se garantir de ses entreprises 7consquence invitable du malheureux droit de guerre71 mais non pas d'asservir et d'approprier notre usage celui qui est notre gal par le droit de la nature4 ,on fonde encore l'esclavage sur un prtendu contrat1 une sorte de trafic4 ,l'homme libre1 dit-on1 peut se vendre4 ,montesquieu rpond admirablement3 ,la vente suppose un prix2 l'esclave se vendant1 tous ses biens entreraient dans la proprit du matre1 le matre ne donnerait rien1 et l'esclave ne recevrait rien444 ,en outre1 la libert de chaque citoyen est une partie de la libert publique4 ,on rapporte aussi l'origine de l'esclavage la naissance3 le fils d'esclave nat esclave2 car le pre ne peut lui communiquer que sa propre qualit4 ,mais si un homme n'a pu se vendre1 encore moins a-t-il pu vendre son fils qui n'tait pas n4 ,si un prisonnier de guerre ne peut tre rduit en servitude1 encore moins ses enfants4 ,enfin ,montesquieu observe que toutes les lois sociales sont faites en faveur de ceux mmes qu'elles frappent4 ,elles punissent la violation du droit1 cela est vrai2 mais elles protgeaient le droit dans la personne mme de celui qui les viole4 ,au contraire1 la loi de l'esclavage est toujours contre l'esclave1 jamais pour lui4 ,si l'on dit que l'esclavage assure la subsistance de l'esclave1 il ne faudrait l'entendre que des hommes incapables de gagner leur vie par leur travail4 ,mais on ne veut pas de ces esclaves-l4 ,l'esclavage1 en un mot1 ou ce droit qui rend un homme tellement propre un autre homme1 qu'il est le matre absolu de sa vie et de ses biens1 n'est pas bon par sa nature#gf4 #ge ,l4 ,,xv1 c4 ,,ii4 #gf ,l4 ,,xv1 c4 ,i4 ,montesquieu avait discut par le raisonnement l'esclavage en gnral2 mais il fallait attaquer par des armes plus vives et plus perantes une coutume que soutenaient tant d'intrts et dont l'loignement adoucissait l'horreur l'imagination4 ,a la discussion il substitua l'ironie1 non l'ironie douce de ,socrate1 non pas l'ironie trop souvent glace de ,voltaire1 mais une ironie sanglante et en mme temps touchante1 parce qu'elle part du coeur4 ,le sucre serait trop cher1 dit ,montesquieu1 si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves444 ,ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu' la tte1 et ils ont le nez si cras1 qu'il est presque impossible de les plaindre4 ,on ne peut se mettre dans l'esprit que ,dieu1 qui est un tre trs sage1 ait mis une me1 surtout une me bonne1 dans un corps tout noir444 ,une preuve que les ngres n'ont pas le sens commun1 c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or1 qui1 chez des nations polices1 est d'une si grande consquence444 ,de petits esprits exagrent trop l'injustice que l'on fait aux ,africains2 car1 si elle tait telle qu'ils le disent1 ne serait-il pas venu la tte des princes d',europe1 qui font entre eux tant de conventions inutiles1 d'en faire une gnrale en faveur de la misricorde et de la piti#gg8 ,grandes et gnreuses paroles1 qui font honneur la raison et au coeur dont elles sont sorties1 au sicle o elles ont pu tre prononces1 la libert qui les a inspires1 aux peuples enfin qui ont essay leurs risques et prils de raliser ce noble voeu6 #gg ,l4 ,x1 c4 ,v4 ,enfin1 ,montesquieu1 qui rien d'humain n'tait tranger1 eut aussi1 comme tous les grands crivains ses contemporains1 de fortes paroles contre l'intolrance religieuse4 ,faire de la religion une arme de mort1 forcer ce qu'il y a au monde de plus libre1 la conscience2 pouvanter pour convertir1 et1 par une fraternit sanglante1 faire le salut des hommes en les assassinant1 telle tait la violente politique que la superstition et l'abus de la domination avaient substitue la politique de douceur et la morale de pardon qui respire dans l'vangile4 ,elle rgnait encore1 quoique affaiblie1 dans le ,x,v,i,i,ie sicle4 ,montesquieu oppose ces pratiques insenses la prudence du politique et la compassion de l'homme4 ,tolrer une religion1 dit-il1 ce n'est pas l'approuver#gh4 ,dans un tat qui repose sur l'unit et la paix1 s'il y a plusieurs religions1 il faut qu'elles se tolrent1 c'est--dire qu'elles vivent en paix4 ,car il ne suffit pas qu'un citoyen n'agite pas l'tat1 il faut encore qu'il ne trouble pas un autre citoyen4 ,les disputes des religions1 leurs proscriptions mutuelles dchirent l'tat et1 au lieu d'une mulation de bonnes moeurs et de bons principes1 en font une lutte de tyrannie4 ,ainsi parle le politique2 voici les paroles de l'homme3 il les met dans la bouche d'un juif de ,lisbonne3 ,vous prouvez que votre religion est divine1 parce qu'elle s'est accrue par la perscution des paens et le sang de vos martyrs2 mais aujourd'hui1 vous prenez le rle de ,diocltien1 et vous nous faites prendre le vtre4 ,nous vous conjurons1 non pas par le ,dieu puissant que nous servons1 vous et nous1 mais par le ,christ que vous nous dites avoir pris la condition humaine pour vous proposer des exemples que vous puissiez suivre3 nous vous conjurons d'agir avec nous comme il agirait lui-mme s'il tait encore sur la terre4 ,vous voulez que nous soyons chrtiens1 et vous ne voulez pas l'tre444 ,il faut que nous vous avertissions d'une chose1 c'est que si quelqu'un dans la postrit ose jamais dire que dans le sicle o nous vivons les peuples d',europe taient polics1 on vous citera pour prouver qu'ils taient barbares2 et l'ide que l'on aura de vous sera telle1 qu'elle fltrira votre sicle et portera la haine sur tous vos contemporains#gi4 #gh ,l4 ,,xxv1 c4 ,,ix4 #gi ,l4 ,,xxv1 c4 ,,xiii4 ,introduire l'quit et l'humanit dans les lois criminelles1 abolir l'esclavage et la traite des noirs1 mettre fin aux auto-da-fs et aux perscutions religieuses1 tels sont les trois objets poursuivis avec passion1 dfendus avec loquence1 et enfin obtenus de la raison des peuples et de celle des gouvernements par ,montesquieu4 ,pour la cause de la tolrance1 il a eu sans doute ,voltaire pour alli2 et cet alli mme a agi de son ct avec tant de persvrance et d'ardeur1 qu'il semble avoir usurp lui seul la gloire que ,montesquieu doit partager avec lui2 mais quant l'esclavage1 nul n'a donn le signal1 si ce n'est ,montesquieu4 ,c'est lui qui a trouv sur cette question les arguments les plus forts1 les plus pressants1 les plus dcisifs1 qui y a joint les accents les plus amers et les plus touchants4 ,que l'on cherche avant lui un rquisitoire aussi profond et aussi sens4 ,le ,x,v,i,ie sicle n'avait gure de doutes sur l'esclavage4 ,bossuet l'admettait sans hsitation1 comme un fait autoris par l'criture4 ,locke1 il est vrai1 le combattait1 mais sans beaucoup d'originalit et de force1 et encore le conservait-il dans certains cas4 ,la seule discussion qui mrite d'tre rappele avant ,montesquieu1 est celle de ,bodin1 au ,x,v,ie sicle#hj4 ,seul dans ce sicle de rvolutions1 il avait lev la voix contre l'esclavage4 ,quant au moyen ge1 accord unanime en faveur de cette institution1 que le christianisme semblait avoir dtruite4 ,il faut remonter jusqu'aux ,pres de l'glise et aux stociens pour trouver une protestation aussi vive que celle du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,mais les ,pres de l'glise1 ne s'appuyant que sur l'galit religieuse des hommes1 admettant au nom du droit humain ce qu'ils rejetaient au nom du droit mystique et chrtien1 n'avaient point coup la racine ce mal corrupteur4 ,c'est ce qui fit que1 malgr les adoucissements de l'esclavage1 transform en servage1 tout tait prt pour une recrudescence de ce flau1 attnu mais non dtruit1 lorsque la dcouverte de l',amrique et des hommes de couleur fournit un prtexte la cupidit1 la superstition et l'ignorance2 et la voix des docteurs et des thologiens1 celle de ,las ,casas excepte1 ne s'leva pas contre cet attentat au droit humain4 ,il faut donc le dire1 c'est le ,x,v,i,i,ie sicle qui1 le premier1 a port l'esclavage un coup mortel2 c'est ,montesquieu qui a eu ce courage et cet honneur2 c'est claires par lui1 par ,j4-,j4 ,rousseau et d'autres leur suite1 que les nations de l',europe se sont dcides s'affranchir de cette tache1 et l'ont laisse l',amrique#ha4 ,qu'on dclame tant qu'on voudra contre la philosophie et ses prtentions orgueilleuses1 on ne lui tera par la gloire d'avoir fait ce que ni les thologiens1 ni les jurisconsultes1 ni les politiques n'avaient os entreprendre avant que la raison publique les y fort4 #hj ,voy4 notre ,histoire de la science politique1 l4 ,,iii1 c4 ,,iv4 #ha ,depuis que ces pages ont t crites1 on sait que l'esclavage a t aboli aux tats-,unis1 et le servage en ,russie3 nouvelles conqutes des publicistes du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,j'en dirai autant des rformes dans la pnalit4 ,l encore1 ,montesquieu est novateur1 initiateur4 ,la lgislation tait pleine des vestiges du moyen ge4 ,la cruaut1 l'exagration des peines1 leur disproportion avec les dlits et entre elles1 par qui tous ces restes d'un temps brutal et barbare avaient-ils t combattus avant ,montesquieu8 ,quelle voix loquente les avait signals aux princes1 l',europe1 l'avenir8 ,plus tard1 ,voltaire1 ,beccaria1 beaucoup d'autres1 ont repris les vues de ,montesquieu1 les ont ou dveloppes ou corriges2 mais l'initiative lui appartient1 et ici1 comme pour l'esclavage1 il a russi1 il a gagn sa cause4 ,c'est lui1 en grande partie1 que nous devons de vivre sous des lois pnales en harmonie avec nos moeurs et nos lumires1 qui rpriment sans avilir1 qui punissent sans opprimer1 qui enfin ne troublent pas le sentiment de la justice en blessant celui de l'humanit4 ,il est une dernire question sur laquelle l'auteur de l',esprit des lois a jet encore de ces vues hardies que les problmes soulevs depuis lui rendent plus intressantes aujourd'hui peut-tre qu'elles ne l'taient de son temps4 ,c'est la question du devoir d'assistance de l'tat par rapport aux misrables#hb4 ,un homme n'est pas pauvre1 dit-il1 parce qu'il n'a rien1 mais parce qu'il ne travaille pas4 ,n'est-ce pas l1 trente ans avant ,smith1 le principe de ,smith8 ,dans le temps o les conomistes plaaient toute la richesse dans la terre1 c'tait toute une nouveaut dans la science que de dire3 ,l'ouvrier qui a laiss ses enfants son art pour hritage leur a laiss un bien qui s'est multipli proportion de leur nombre4 ,il n'en est pas de mme de celui qui a dix arpents de fonds pour vivre et qui les partage ses enfants4 ,mais1 malgr ce travail1 les citoyens n'ont pas toujours ce qu'il faut pour leur subsistance4 ,il y a des vieillards1 des malades1 des orphelins4 ,montesquieu n'est pas de cette cole qui considre la bienfaisance comme contraire la saine conomie politique4 ,mais il ne voit pas non plus le remde tous les maux dans une aumne strile4 ,quelques aumnes que l'on fait un homme nu dans les rues ne remplissent point l'obligation de l'tat1 qui doit tous les citoyens une subsistance assure#hc1 la nourriture1 un vtement convenable et un genre de vie qui ne soit pas contraire la sant4 ,mais comment un tat remplirait-il ces vastes obligations8 ,un tat bien polic tire cette subsistance du fond des arts mmes3 il donne aux uns les travaux dont ils sont capables1 il enseigne aux autres travailler1 ce qui fait dj un travail4 ,ainsi1 c'est dans le travail ou dans l'apprentissage du travail que ,montesquieu voit le remde aux infortunes naturelles ou passagres que l'ge1 les infirmits1 les chmages amnent dans les classes qui travaillent4 ,l'esprit de travail est plus ncessaire que tous les hpitaux du monde2 ceux-ci1 au contraire1 favorisent l'esprit de paresse et augmentent ainsi la pauvret gnrale et particulire4 ,a ,rome1 les hpitaux font que tout le monde est son aise1 except ceux qui travaillent1 except ceux qui ont de l'industrie1 except ceux qui cultivent les arts1 except ceux qui ont des terres1 except ceux qui font le commerce4 ,il ne faut pas tirer de ces paroles la conclusion que ,montesquieu favorise cette doctrine extrme que tout citoyen a le droit d'exiger de l'tat de l'occupation et du travail4 ,contraire toutes les opinions extraordinaires1 ,montesquieu n'aurait pas plus admis cette doctrine que celle qui ramne tout la charit1 la bienfaisance1 qui deviennent1 quand elles sont sans contrepoids et employes d'une manire inopportune1 un encouragement la paresse et une rcompense du vice4 ,il croit que l'tat peut d'une manire gnrale favoriser le travail1 distribuer certains travaux1 donner l'ducation qui conduit au travail1 sans tre tenu quelque chose de plus que ce que permet la prudence et impose la ncessit4 ,mais que de penses perantes et hardies dans ces pages perdues au milieu d'un si vaste ouvrage6 ,qui et pu prvoir alors les applications qu'on pouvait faire de paroles telles que celles-ci3 ,henri ,,viii1 voulant rformer l'glise en ,angleterre1 dtruisit les moines1 nation paresseuse par elle-mme et qui entretenait la paresse des autres1 parce que1 pratiquant l'hospitalit1 une infinit de gens oisifs1 gentilshommes et bourgeois1 passaient leur vie courir de couvents en couvents4 ,il ta encore les hpitaux o le bas peuple trouvait sa subsistance1 comme les gentilshommes trouvaient la leur dans les monastres4 ,depuis ces changements1 l'esprit de commerce et d'industrie s'tablit en ,angleterre4 ,on n'aura jamais dit combien ,montesquieu fut hardi1 sous les apparences d'une extrme modration4 #hb ,l4 ,,xxiii1 c4 ,,xxix4 #hc ,c'est l un principe bien dangereux1 dont ,montesquieu ne voyait pas toutes les consquences4 ,voltaire a consacr l',esprit des lois un de ces excellents petits crits o brille toute sa sagacit de critique4 ,les principaux dfauts de ce livre admirable1 mais imparfait1 y sont indiqus avec cette justesse de touche et cette finesse de got qui sont les qualits originales de ,voltaire4 ,un philosophe distingu du dernier sicle1 ,m4 de ,tracy1 a consacr aussi l'examen et la critique de l',esprit des lois un ouvrage solide et instructif qui redresse galement avec bonheur quelques-unes des erreurs de ,montesquieu4 ,mais un commentaire de l',esprit des lois devrait-il tre une perptuelle critique de l',esprit des lois#hd8 ,je voudrais que quelqu'un ft voir avec dtail la beaut du livre de ,montesquieu1 la vaste tendue de l'obscurit du sujet choisi par lui et la force avec laquelle il s'en est rendu matre1 les difficults de la matire et le succs de l'entreprise4 ,je sais que ,montesquieu a trop aim l'esprit1 que l'ordre de son ouvrage n'est pas parfait1 qu'il a cit des autorits douteuses1 avanc des faits controverss ou mme faux1 que quelques-uns de ses principes sont troits1 que sa critique n'est point assez ferme contre quelques abus2 mais je sais que le sujet tait immense et l'un des plus grands que l'on pt tenter4 ,que l'on imagine tous les systmes de lgislation qui sont parmi les hommes1 ces lois1 ces coutumes1 ces institutions qui rglent la vie politique1 publique1 domestique des citoyens1 ces usages qui sont entre les nations1 les matires de toutes sortes qui tombent sous les rglements1 le chaos enfin3 voil ce que ,montesquieu a os entreprendre de dbrouiller1 de mettre en ordre1 de ramener quelques principes4 ,jusque-l les jurisconsultes1 mme philosophes1 prenaient pour objet d'tude les lois romaines2 ils en interprtaient les articles1 ils en montraient le lien logique et les consquences2 et l'esprit le plus pntrant tait celui qui1 expliquant les articles les uns par les autres1 dmlait le mieux la signification des termes4 ,mais commenter une loi1 ce n'est point en donner la raison4 ,cette raison est en dehors de la loi mme1 soit dans les principes du gouvernement soit dans le caractre et le temprament du peuple1 dans les religions1 dans mille causes enfin qu'il fallait dcouvrir et ramener un petit nombre4 ,ce qui augmente la difficult1 c'est que souvent le principe d'une loi n'est lui-mme que la consquence d'un autre principe1 c'est que ces principes ont des rapports entre eux et se modifient les uns les autres3 ainsi la religion est un principe et le gouvernement en est un autre1 et ils peuvent tre alternativement la cause ou la consquence l'un de l'autre4 ,le luxe a de l'influence sur les lois1 et la population aussi2 mais le luxe et la population en ont l'un sur l'autre4 ,il fallait donc la fois examiner ces rapports isolment et les considrer ensemble4 ,que si l'on se fait une ide juste de toute cette complication1 peut-tre sera-t-on moins frapp de ce qui manque au livre de ,montesquieu2 peut-tre admirera-t-on davantage la belle lumire qu'il a jete sur un sujet si confus1 et l'on ne s'tonnera point de cette fire parole de sa prface3 ,quand j'ai dcouvert mes principes1 tout ce que je cherchais est venu moi4 ,en parlant ainsi1 il se faisait sans doute illusion1 et l'on peut trouver que ses principes sont loin d'avoir la porte et l'tendue qu'il leur prte2 lui-mme les oublie souvent4 ,il n'en est pas moins le premier qui ait appliqu l'esprit scientifique1 l'esprit moderne aux faits politiques et sociaux4 ,il est au moins le ,descartes1 s'il n'est pas le ,newton de la politique4 #hd ,par exemple nous avons dj dit que ,tracy commence ds le premier livre par une chicane de mots sur la dfinition du mot loi4 ,les lois ne sont pas1 comme le dit ,montesquieu1 les rapports ncessaires qui drivent de la nature1 de la nature des choses2 une loi n'est pas un rapport1 et un rapport n'est pas une loi4 ,dans le livre ,,ii la division des gouvernements de ,montesquieu3 rpublique1 monarchie1 despotisme1 il en substitue une tout abstraite et difficile suivre dans la pratique3 #a les gouvernements fonds sur les droits gnraux des hommes2 #b ceux qui se prtendent fonds sur des droits particuliers4 ,il carte dans le livre ,,iii les trois principes admis par ,montesquieu3 la vertu1 l'honneur et la crainte1 et il en substitue un seul d'un caractre tout abstrait1 la raison4 ,de l ces rgles abstraites2 les gouvernements fonds sur la raison peuvent seuls dvelopper l'instruction publique2 les gouvernements fonds sur la raison n'ont qu' laisser agir la nature1 etc4 ,on approuvera davantage ce principe trop peu connu jusqu'alors des publicistes3 l'effet du luxe est d'employer le travail d'une manire inutile et nuisible4--,le chapitre le plus important du livre de ,tracy est celui o il combat les opinions de ,montesquieu sur la monarchie constitutionnelle1 et substitue ses ides propres1 qui sont peu prs celles qui avaient t ralises dans la constitution de l'an ,,iii2 mais dans une note supplmentaire1 publie sous la ,restauration1 il parat dsavouer ces ides4 ,on peut dire encore que la critique des ides conomiques de ,montesquieu est gnralement judicieuse4 ,en rsum l'ouvrage de ,tracy fait penser4 ,il est surtout trs important comme tant le rsum des ides politiques de l'cole idologique4 ,,loge ,,de ,m4 ,,le ,,pr,,sident ,,de ,,montesquieu ,,par ,d',,alembert 7,mis la tte du cinquime volume de l',encyclopdie74 ,l'intrt que les bons citoyens prennent l',encyclopdie1 et le grand nombre de gens de lettres qui lui consacrent leurs travaux1 semblent nous permettre de la regarder comme un des monuments les plus propres tre dpositaires des sentiments de la patrie1 et des hommages qu'elle doit aux hommes clbres qui l'ont honore4 ,persuads nanmoins que ,m4 de ,montesquieu tait en droit d'attendre d'autres pangyristes que nous1 et que la douleur publique et mrit des interprtes plus loquents1 nous eussions renferm au dedans de nous-mmes nos justes regrets et notre respect pour sa mmoire2 mais l'aveu de ce que nous lui devons nous est trop prcieux pour en laisser le soin d'autres4 ,bienfaiteur de l'humanit par ses crits1 il a daign l'tre aussi de cet ouvrage2 et notre reconnaissance ne veut tracer que quelques lignes au pied de sa statue4 ,charles de ,secondat1 baron de la ,brde et de ,montesquieu1 ancien prsident mortier au parlement de ,bordeaux1 de l',acadmie franaise1 de l',acadmie royale des sciences et belles-lettres de ,prusse1 et de la ,socit royale de ,londres1 naquit au chteau de la ,brde1 prs de ,bordeaux1 le #ah janvier #afhj1 d'une famille noble de ,guienne4 ,son trisaeul1 ,jean de ,secondat1 matre d'htel de ,henri ,,ii1 roi de ,navarre1 et ensuite de ,jeanne1 fille de ce roi1 qui pousa ,antoine de ,bourbon1 acquit la terre de ,montesquieu1 d'une somme de #aj #jjj livres1 que cette princesse lui donna par un acte authentique1 en rcompense de sa probit et de ses services4 ,henri ,,iii1 roi de ,navarre1 depuis ,henri ,,iv1 roi de ,france1 rigea en baronnie le titre de ,montesquieu en faveur de ,jacob de ,secondat1 fils de ,jean1 d'abord gentilhomme ordinaire de la chambre de ce prince et ensuite matre de camp du rgiment de ,chtillon4 ,jean-,gaston de ,secondat1 son second fils1 ayant pous la fille du prsident du parlement de ,bordeaux1 acquit dans cette compagnie une charge de prsident mortier4 ,il eut plusieurs enfants1 dont un entra dans le service1 s'y distingua et le quitta de fort bonne heure2 ce fut le pre de ,charles de ,secondat1 auteur de l',esprit des lois4 ,ces dtails paratront peut-tre dplacs la tte de l'loge d'un philosophe1 dont le nom a si peu besoin d'anctres2 mais n'envions point leur mmoire l'clat que ce nom rpand sur elle4 ,les succs de l'enfance1 prsage quelquefois si trompeur1 ne le furent point dans ,charles de ,secondat2 il annona de bonne heure ce qu'il devait tre1 et son pre donna tous ses soins cultiver ce gnie naissant1 objet de son esprance et de sa tendresse4 ,ds l'ge de vingt ans1 le jeune ,montesquieu prparait dj les matriaux de l',esprit des lois1 par un extrait raisonn des immenses volumes qui composent le corps du droit civil4 ,ainsi autrefois ,newton avait jet1 ds sa premire jeunesse1 les fondements des ouvrages qui l'ont rendu immortel4 ,cependant l'tude de la jurisprudence1 quoique moins aride pour ,m4 de ,montesquieu que pour la plupart de ceux qui s'y livrent1 parce qu'il la cultivait en philosophe1 ne suffisait pas l'tendue et l'activit de son gnie4 ,il approfondissait1 dans le mme temps1 des matires encore plus importantes et plus dlicates1 et les discutait dans le silence avec la sagesse1 la dcence et l'quit qu'il a depuis montres dans ses ouvrages4 ,un oncle paternel1 prsident mortier au parlement de ,bordeaux1 juge clair et citoyen vertueux1 l'oracle de sa compagnie et de sa province1 ayant perdu un fils unique1 et voulant conserver1 dans son coeur1 l'esprit d'lvation qu'il avait tch d'y rpandre1 laissa ses biens et sa charge ,m4 de ,montesquieu4 ,il tait conseiller au parlement de ,bordeaux depuis le #bd fvrier #agad1 et fut reut prsident mortier le #ac juillet #agaf4 ,quelques annes aprs1 en #agbb1 pendant la minorit du roi1 sa compagnie le chargea de prsenter des remontrances l'occasion d'un nouvel impt4 ,plac entre le trne et le peuple1 il remplit1 en sujet respectueux et en magistrat plein de courage1 l'emploi si noble et si peu envi de faire parvenir au souverain le cri des malheureux1 et la misre publique1 reprsente avec autant d'habilet que de force1 obtint la justice qu'elle demandait4 ,ce succs1 il est vrai1 par malheur pour l'tat bien plus que pour lui1 fut aussi passager que s'il et t injuste2 peine la voix des peuples eut-elle cess de se faire entendre1 que l'impt supprim fut remplac par un autre2 mais le citoyen avait fait son devoir4 ,il fut reu1 le #c avril #agaf1 dans l'acadmie de ,bordeaux1 qui ne faisait que de natre4 ,le got pour la musique et pour les ouvrages de pur agrment1 avait d'abord rassembl les membres qui la formaient4 ,m4 de ,montesquieu crut1 avec raison1 que l'ardeur naissante et les talents de ses confrres pourraient s'exercer encore avec plus d'avantage sur les objets de la physique4 ,il tait persuad que la nature1 si digne d'tre observe partout1 trouvait aussi partout des yeux dignes de la voir3 qu'au contraire les ouvrages de got ne souffrant point de mdiocrit1 et la capitale tant en ce genre le centre des lumires et des secours1 il tait trop difficile de rassembler loin d'elle un assez grand nombre d'crivains distingus4 ,il regardait les socits de bel esprit1 si trangement multiplies dans nos provinces1 comme une espce1 ou plutt comme une ombre de luxe littraire1 qui nuit l'opulence relle sans mme en offrir l'apparence4 ,heureusement ,m4 le duc de la ,force1 par un prix qu'il venait de fonder ,bordeaux1 avait second des vues si claires et si justes4 ,on jugea qu'une exprience bien faite serait prfrable un discours faible ou un mauvais pome1 et ,bordeaux eut une acadmie des sciences4 ,m4 de ,montesquieu1 nullement empress de se montrer au public1 semblait attendre1 selon l'expression d'un grand gnie1 un ge mr pour crire4 ,ce ne fut qu'en #agba1 c'est--dire g de trente-deux ans1 qu'il mit au jour les ,lettres persanes4 ,le ,siamois des ,amusements srieux et comiques#he pouvait lui en avoir fourni l'ide1 mais il surpassa son modle4 ,la peinture des moeurs orientales1 relles ou supposes1 de l'orgueil et du flegme de l'amour asiatique1 n'est que le moindre objet de ces lettres2 elle n'y sert1 pour ainsi dire1 que de prtexte une satire fine de nos moeurs et des matires importantes que l'auteur approfondit en paraissant glisser sur elles4 ,dans cette espce de tableau mouvant1 ,usbek expose surtout1 avec autant de lgret que d'nergie1 ce qui a le plus frapp parmi nous ses yeux pntrants3 notre habitude de traiter srieusement les choses les plus futiles1 et de tourner les plus importantes en plaisanterie2 nos conversations si bruyantes et si frivoles2 notre ennui dans le sein du plaisir mme2 nos prjugs et nos actions en contradiction continuelle avec nos lumires2 tant d'amour pour la gloire1 joint tant de respect pour l'idole de la faveur2 nos courtisans si rampants et si vains2 notre politesse extrieure1 et notre mpris rel pour les trangers1 ou notre prdilection affecte pour eux2 la bizarrerie de nos gots1 qui n'a rien au-dessus d'elle que l'empressement de l',europe les adopter2 notre ddain barbare pour deux des plus respectables occupations d'un citoyen1 le commerce et la magistrature2 nos disputes littraires si vives et si inutiles2 notre fureur d'crire avant que de penser1 et de juger avant que de connatre4 ,a cette peinture vive1 mais sans fiel1 il oppose dans l'apologue des ,troglodytes#hf le tableau d'un peuple vertueux1 devenu sage par le malheur3 morceau digne du ,portique4 ,ailleurs1 il montre la philosophie longtemps touffe1 reparaissant tout coup1 regagnant par ses progrs le temps qu'elle a perdu2 pntrant jusque chez les ,russes la voix d'un gnie qui l'appelle2 tandis que1 chez d'autres peuples de l',europe1 la superstition1 semblable une atmosphre paisse1 empche la lumire qui les environne de toutes parts d'arriver jusqu' eux4 ,enfin1 par les principes qu'il tablit sur la nature des gouvernements anciens et modernes1 il prsente le germe de ces ides lumineuses dveloppes depuis par l'auteur dans son grand ouvrage4 #he ,ouvrage de ,dufresny1 dans lequel le ,siamois joue un rle analogue celui du ,persan dans les ,lettres persanes4 #hf ,lettres persanes1 ,,xi1 ,,xii1 ,,xiii1 ,,xiv4 ,ces diffrents ouvrages1 privs aujourd'hui des grces de la nouveaut qu'ils avaient dans la naissance des ,lettres persannes1 y conserveront toujours le mrite du caractre original qu'on a su leur donner1 mrite d'autant plus rel1 qu'il vient ici du gnie seul de l'crivain1 et non du voile tranger dont il s'est couvert3 car ,usbek a pris durant son sjour en ,france1 non seulement une connaissance si parfaite de nos moeurs1 mais une si forte teinture de nos manires1 que son style fait souvent oublier son pays4 ,ce lger dfaut de vraisemblance peut n'tre pas sans dessein et sans adresse2 en relevant nos ridicules et nos vices1 il a voulu sans doute aussi rendre justice nos avantages4 ,il a senti toute la faveur d'un loge direct1 et il nous a plus finement lous1 en prenant si souvent notre ton pour mdire plus agrablement de nous4 ,malgr le succs de cet ouvrage1 ,m4 de ,montesquieu ne s'en tait pas dclar ouvertement l'auteur4 ,peut-tre croyait-il chapper plus aisment par ce moyen la satire littraire1 qui pargne plus volontiers les crits anonymes1 parce que c'est toujours la personne1 et non l'ouvrage1 qui est le but de ses traits4 ,peut-tre craignait-il d'tre attaqu sur le prtendu contraste des ,lettres persannes avec l'austrit de sa place3 espce de reproche1 disait-il1 que les critiques ne manquent jamais de faire1 parce qu'il ne demande aucun effort d'esprit4 ,mais son secret tait dcouvert1 et dj le public le montrait l',acadmie franaise4 ,l'vnement fit voir combien le silence de ,m4 de ,montesquieu avait t sage4 ,usbek s'exprime quelquefois assez librement1 non sur le fond du christianisme1 mais sur des matires que trop de personnes affectent de confondre avec le christianisme mme3 sur l'esprit de perscution dont tant de chrtiens ont t anims2 sur les usurpations temporelles de la puissance ecclsiastique2 sur la multiplication excessive des monastres1 qui enlvent des sujets l'tat sans donner ,dieu des adorateurs2 sur quelques opinions qu'on a vainement tent d'riger en dogmes2 sur nos disputes de religion1 toujours violentes et souvent funestes4 ,s'il parat toucher ailleurs des questions plus dlicates1 et qui intressent de plus prs la religion chrtienne1 ses rflexions1 apprcies avec justesse1 sont en effet trs favorables la rvlation1 puisqu'il se borne montrer combien la raison humaine1 abandonne elle-mme1 est peu claire sur ces objets4 ,enfin parmi les vritables lettres de ,m4 de ,montesquieu1 l'imprimeur tranger en avait insr quelques-unes d'une autre main1 et il et fallu du moins1 avant que de condamner l'auteur1 dmler ce qui lui appartenait en propre4 ,sans gard ces considrations1 d'un ct la haine sous le nom de zle1 de l'autre le zle sans discernement ou sans lumires se soulvent et se runissent contre les ,lettres persanes4 ,des dlateurs1 espce d'hommes dangereuse et lche1 que mme dans un gouvernement sage on a quelquefois le malheur d'couter1 alarmrent par un extrait infidle1 la pit du ministre4 ,m4 de ,montesquieu1 par le conseil de ses amis1 soutenu de la voix publique1 s'tant prsent pour la place de l',acadmie franaise1 vacante par la mort de ,m4 de ,sacy1 le ministre crivit cette compagnie que ,sa ,majest ne donnerait jamais son agrment l'auteur des ,lettres persanes2 qu'il n'avait point lu ce livre2 mais que des personnes en qui il avait confiance lui en avaient fait connatre le poison et le danger4 ,m4 de ,montesquieu sentit le coup qu'une pareille accusation pouvait porter sa personne1 sa famille1 la tranquillit de sa vie4 ,il n'attachait pas assez de prix aux honneurs littraires1 ni pour les rechercher avec avidit1 ni pour affecter de les ddaigner quand ils se prsentaient lui1 ni enfin pour en regarder la simple privation comme un malheur2 mais l'exclusion perptuelle1 et surtout les motifs de l'exclusion1 lui paraissaient une injure4 ,il vit le ministre1 lui dclara que1 pour des raisons particulires1 il n'avouait point les ,lettres persanes1 mais qu'il tait encore plus loign de dsavouer un ouvrage dont il croyait n'avoir point rougir1 et qu'il devait tre jug d'aprs une lecture1 et non sur une dlation3 le ministre prit enfin le parti par o il aurait d commencer2 il lut le livre1 aima l'auteur1 et apprit mieux placer sa confiance4 ,l',acadmie franaise ne fut pas prive d'un de ses plus beaux ornements1 et la ,france eut le bonheur de conserver un sujet que la superstition ou la calomnie taient prtes lui faire perdre3 car ,m4 de ,montesquieu avait dclar au gouvernement1 qu'aprs l'espce d'outrage qu'on allait lui faire1 il irait chercher1 chez les trangers qui lui tendraient les bras1 la socit1 le repos et peut-tre les rcompenses qu'il aurait d esprer dans son pays4 ,la nation et dplor cette perte et la honte en serait pourtant retombe sur elle4 ,feu ,m4 le marchal d',estres1 alors directeur de l',acadmie franaise1 se conduisit dans cette circonstance en courtisan vertueux et d'une me vraiment leve2 il ne craignit ni d'abuser de son crdit ni de le compromettre3 il soutint son ami et justifia ,socrate4 ,ce trait de courage1 si prcieux aux lettres1 si digne aujourd'hui d'avoir des imitateurs1 et si honorable la mmoire de ,m4 le marchal d',estres1 n'aurait pas d tre oubli dans son loge4 ,m4 de ,montesquieu fut reu le #bd janvier #agbh4 ,son discours est un des meilleurs qu'on ait prononcs dans une pareille occasion3 le mrite en est d'autant plus grand1 que les rcipiendaires1 gns jusqu'alors par ces formules et ces loges d'usage auxquels une espce de prescription les assujettit1 n'avaient encore os franchir ce cercle pour traiter d'autres sujets1 ou n'avaient point pens du moins les y renfermer4 ,dans cet tat mme de contrainte1 il eut l'avantage de russir4 ,entre plusieurs traits dont brille son discours1 on reconnatra l'crivain qui pense au seul portrait du cardinal de ,richelieu1 qui apprit la ,france le secret de ses forces1 et l',espagne celui de sa faiblesse2 qui ta l',allemagne ses chanes1 et lui en donna de nouvelles4 ,il faut admirer ,m4 de ,montesquieu d'avoir su vaincre la difficult de son sujet1 et pardonner ceux qui n'ont pas eu le mme succs4 ,le nouvel acadmicien tait d'autant plus digne de ce titre qu'il avait1 peu de temps auparavant1 renonc tout autre travail pour se livrer entirement son gnie et son got4 ,quelque importante que ft la place qu'il occupait1 avec quelques lumires et quelque intgrit qu'il en et rempli les devoirs1 il sentait qu'il y avait des objets plus dignes d'occuper ses talents2 qu'un citoyen est redevable sa nation et l'humanit de tout le bien qu'il peut leur faire1 et qu'il serait plus utile l'un et l'autre en les clairant par ses crits1 qu'il ne pourrait l'tre en discutant quelques contestations particulires dans l'obscurit4 ,toutes ces rflexions le dcidrent vendre sa charge4 ,il cessa d'tre magistrat1 il ne fut plus qu'homme de lettres4 ,mais pour se rendre utile1 par ses ouvrages1 aux diffrentes nations1 il tait ncessaire qu'il les connt4 ,ce fut dans cette vue qu'il entreprit de voyager4 ,son but tait d'examiner partout le physique et le moral2 d'tudier les lois et la constitution de chaque pays2 de visiter les savants1 les crivains1 les artistes clbres2 de chercher surtout ces hommes rares et singuliers dont le commerce a suppl quelquefois plusieurs annes d'observations et de sjour4 ,m4 de ,montesquieu et pu dire comme ,dmocrite3 ,je n'ai rien oubli pour m'instruire1 j'ai quitt mon pays et parcouru l'univers pour mieux connatre la vrit1 j'ai vu tous les personnages illustres de mon temps4 ,mais il y eut cette diffrence entre le ,dmocrite franais et celui d',abdre1 que le premier voyageait pour instruire les hommes1 et le second pour s'en moquer4 ,il alla d'abord ,vienne1 o il vit souvent le clbre prince ,eugne4 ,ce hros si funeste la ,france 7 laquelle il aurait pu tre si utile71 aprs avoir balanc la fortune de ,louis ,,xiv et humili la fiert ottomane1 vivait sans faste durant la paix1 aimant et cultivant les lettres dans une cour o elles sont peu en honneur1 et donnant ses matres l'exemple de les protger4 ,m4 de ,montesquieu crut entrevoir1 dans ses discours1 quelques restes d'intrt pour son ancienne patrie4 ,le prince ,eugne en laissait voir surtout1 autant que le peut faire un ennemi1 sur les suites funestes de cette division intestine qui trouble depuis si longtemps l'glise de ,france3 l'homme d'tat en prvoyait la dure et les effets1 et les prdit au philosophe4 ,m4 de ,montesquieu partit de ,vienne pour voir la ,hongrie1 contre opulente et fertile1 habite par une nation fire et gnreuse1 le flau de ses tyrans et l'appui de ses souverains4 ,comme peu de personnes connaissent bien ce pays1 il a crit avec soin cette partie de ses voyages4 ,d',allemagne1 il passa en ,italie4 ,il vit ,venise le fameux ,law1 qui il ne restait de sa grandeur passe que des projets destins mourir dans sa tte1 et un diamant qu'il engageait pour jouer aux jeux de hasard4 ,un jour1 la conversation roulait sur le fameux systme que ,law avait invent1 poque de malheurs et de fortunes1 et surtout d'une dpravation remarquable dans nos moeurs4 ,comme le ,parlement de ,paris1 dpositaire immdiat des lois dans les temps de minorit1 avait fait prouver au ministre cossais quelque rsistance dans cette occasion1 ,m4 de ,montesquieu lui demanda pourquoi on n'avait pas essay de vaincre cette rsistance par un moyen presque toujours infaillible en ,angleterre1 par le grand mobile des actions des hommes1 en un mot1 par l'argent4--,ce ne sont point1 rpondit ,law1 des gnies aussi ardents et aussi gnreux que mes compatriotes1 mais ils sont beaucoup plus incorruptibles4 ,nous ajouterons1 sans aucun prjug de vanit nationale1 qu'un corps1 libre pour quelques instants1 doit mieux rsister la corruption que celui qui l'est toujours3 le premier1 en vendant sa libert1 la perd2 le second ne fait pour ainsi dire que la prter et l'exerce mme en l'engageant4 ,ainsi1 les circonstances et la nature du gouvernement font les vices et les vertus des nations4 ,un autre personnage non moins fameux que ,m4 de ,montesquieu vit encore plus souvent ,venise1 fut le comte de ,bonneval4 ,cet homme si connu par ses aventures1 qui n'taient pas encore leur terme1 et flatt de converser avec un juge digne de l'entendre1 lui faisait avec plaisir le dtail singulier de sa vie1 le rcit des actions militaires o il s'tait trouv1 le portrait des gnraux et des ministres qu'il avait connus4 ,m4 de ,montesquieu se rappelait souvent ces conversations et en racontait diffrents traits ses amis4 ,il alla de ,venise ,rome4 ,dans cette ancienne capitale du monde1 qui l'est encore certains gards1 il s'appliqua surtout examiner ce qui la distingue aujourd'hui le plus3 les ouvrages des ,raphal1 des ,titien et des ,michel-,ange4 ,il n'avait point fait une tude particulire des beaux-arts1 mais l'expression dont brillent les chefs-d'oeuvre en ce genre saisit infailliblement tout homme de gnie4 ,accoutum tudier la nature1 il la reconnat quand elle est imite1 comme un portrait ressemblant frappe tous ceux qui l'original est familier4 ,malheur aux productions de l'art dont toute la beaut n'est que pour les artistes6 ,aprs avoir parcouru l',italie1 ,m4 de ,montesquieu vint en ,suisse4 ,il examina soigneusement les vastes pays arross par le ,rhin1 et il ne lui resta plus rien voir en ,allemagne1 car ,frdric ne rgnait pas encore4 ,il s'arrta ensuite quelque temps dans les ,provinces-,unies1 monument admirable de ce que peut l'industrie humaine anime par l'amour de la libert4 ,enfin il se rendit en ,angleterre o il demeura deux ans4 ,digne de voir et d'entretenir les plus grands hommes1 il n'eut regretter que de n'avoir pas fait plus tt ce voyage3 ,locke et ,newton taient morts4 ,mais il eut souvent l'honneur de faire sa cour leur protectrice1 la clbre reine d',angleterre1 qui cultivait la philosophie sur le trne et qui gota1 comme elle le devait1 ,m4 de ,montesquieu4 ,il ne fut pas moins accueilli par la nation1 qui n'avait pas besoin1 sur cela1 de prendre le ton de ses matres4 ,il forma ,londres des liaisons intimes avec des hommes exercs mditer et se prparer aux grandes choses par des tudes profondes4 ,il s'instruisit avec eux de la nature du gouvernement1 et parvint le bien connatre4 ,nous parlons ici d'aprs les tmoignages publics que lui en ont rendus les ,anglais eux-mmes1 si peu disposs reconnatre en nous aucune supriorit4 ,comme il n'avait rien examin ni avec la prvention d'un enthousiaste ni avec l'austrit d'un cynique1 il n'avait remport de ses voyages ni un ddain outrageant pour les trangers ni un mpris encore plus dplac pour son propre pays4 ,il rsultait de ses observations que l',allemagne tait faite pour y voyager1 l',italie pour y sjourner1 l',angleterre pour y penser1 et la ,france pour y vivre4 ,de retour enfin dans sa patrie1 ,m4 de ,montesquieu se retira pendant deux ans sa terre de la ,brde4 ,il y jouit en paix de cette solitude que le spectacle et le tumulte du monde servent rendre plus agrable3 il vcut avec lui-mme1 aprs en tre sorti longtemps1 et1 ce qui nous intresse le plus1 il mit la dernire main son ouvrage ,sur les causes de la grandeur et de la dcadence des ,romains1 qui parut en #agcd4 ,les empires1 ainsi que les hommes1 doivent crotre1 dprir et s'teindre4 ,mais cette rvolution ncessaire a souvent des causes caches1 que la nuit des temps nous drobe1 et que le mystre ou leur petitesse apparente a mme quelquefois voiles aux yeux des contemporains4 ,rien ne ressemble plus1 sur ce point1 l'histoire moderne que l'histoire ancienne4 ,celle des ,romains mrite nanmoins1 cet gard1 quelque exception4 ,elle prsente une politique raisonne1 un systme suivi d'agrandissement1 qui ne permet pas d'attribuer la fortune de ce peuple des ressorts obscurs et subalternes4 ,les causes de la grandeur romaine se trouvent donc dans l'histoire1 et c'est au philosophe les y dcouvrir4 ,d'ailleurs1 il n'en est pas des systmes dans cette tude comme dans celle de la physique4 ,ceux-ci sont presque toujours prcipits1 parce qu'une observation nouvelle et imprvue peut les renverser en un instant2 au contraire1 quand on recueille avec soin les faits que nous transmet l'histoire ancienne d'un pays1 si on ne rassemble pas toujours tous les matriaux qu'on peut dsirer1 on ne saurait du moins esprer d'en avoir un jour davantage4 ,l'tude rflchie de l'histoire1 tude si importante et si difficile1 consiste combiner1 de la manire la plus parfaite1 ces matriaux dfectueux3 tel serait le mrite d'un architecte qui1 sur des ruines savantes1 tracerait1 de la manire la plus vraisemblable1 le plan d'un difice antique1 en supplant1 par le gnie et par d'heureuses conjectures1 des restes informes et tronqus4 ,c'est sous ce point de vue qu'il faut envisager l'ouvrage de ,m4 de ,montesquieu4 ,il trouve les causes de la grandeur des ,romains dans l'amour de la libert1 du travail et de la patrie qu'on leur inspirait ds l'enfance2 dans ces dissensions intestines1 qui donnaient du ressort aux esprits1 et qui cessaient tout coup la vue de l'ennemi2 dans cette constance aprs le malheur1 qui ne dsesprait jamais de la rpublique2 dans le principe o ils furent toujours de ne faire jamais la paix qu'aprs des victoires2 dans l'honneur du triomphe1 sujet d'mulation pour les gnraux2 dans la protection qu'ils accordaient aux peuples rvolts contre leurs rois2 dans l'excellente politique de laisser aux vaincus leurs dieux et leurs coutumes2 dans celle de n'avoir jamais deux puissants ennemis sur les bras1 et de tout souffrir de l'un jusqu' ce qu'ils eussent ananti l'autre4 ,il trouve les causes de leur dcadence dans l'agrandissement mme de l'tat1 qui changea en guerres civiles les tumultes populaires2 dans les guerres loignes qui1 forant les citoyens une trop longue absence1 leur faisaient perdre insensiblement l'esprit rpublicain2 dans le droit de bourgeoisie accord tant de nations1 et qui ne fit plus du peuple romain qu'une espce de monstre plusieurs ttes2 dans la corruption introduite par le luxe de l',asie2 dans les proscriptions de ,sylla1 qui avilirent l'esprit de la nation1 et l'esclavage2 dans la ncessit o les ,romains se trouvrent souffrir des matres1 lorsque leur libert leur fut devenue charge2 dans l'obligation o ils furent de changer de maximes en changeant de gouvernement2 dans cette suite de monstres qui rgnrent1 presque sans interruption1 depuis ,tibre jusqu' ,nerva1 et depuis ,commode jusqu' ,constantin2 enfin1 dans la translation et le partage de l'empire1 qui prit d'abord en ,occident par la puissance des barbares1 et qui1 aprs avoir langui plusieurs sicles en ,orient sous des empereurs imbciles ou froces1 s'anantit insensiblement1 comme ces fleuves qui disparaissent dans les sables4 ,un assez petit volume a suffi ,m4 de ,montesquieu pour dvelopper un tableau si intressant et si vaste4 ,comme l'auteur ne s'appesantit point sur les dtails et ne saisit que les branches fcondes de son sujet1 il a su renfermer en trs peu d'espace un grand nombre d'objets distinctement aperus et rapidement prsents1 sans fatigue pour le lecteur4 ,en laissant beaucoup voir1 il laisse encore plus penser3 et il aurait pu intituler son livre3 ,histoire romaine l'usage des hommes d'tat et des philosophes4 ,quelque rputation que ,m4 de ,montesquieu se ft acquise par ce dernier voyage et par ceux qui l'avaient prcd1 il n'avait fait que se frayer le chemin une plus grande entreprise1 celle qui doit immortaliser son nom et le rendre respectable aux sicles futurs4 ,il en avait ds longtemps form le dessein2 il en mdita pendant vingt ans l'excution2 ou pour parler plus exactement1 toute sa vie en avait t la mditation continuelle4 ,d'abord il s'tait fait en quelque faon tranger dans son propre pays1 afin de le mieux connatre4 ,il avait ensuite parcouru toute l',europe et profondment tudi les diffrents peuples qui l'habitent4 ,l'le fameuse qui se glorifie tant de ses lois et qui en profite si mal avait t pour lui dans ce long voyage ce que l'le de ,crte fut autrefois pour ,lycurgue1 une cole o il avait su s'instruire sans tout approuver4 ,enfin il avait1 si on peut parler ainsi1 interrog et jug les nations et les hommes clbres qui n'existent plus aujourd'hui que dans les annales du monde4 ,ce fut ainsi qu'il s'leva par degrs au plus beau titre qu'un sage puisse mriter1 celui de lgislateur des nations4 ,s'il tait anim par l'importance de la matire1 il tait effray en mme temps par son tendue3 il l'abandonna et y revint plusieurs reprises4 ,il sentit plus d'une fois1 comme il l'avoue lui-mme1 tomber les mains paternelles4 ,encourag enfin par ses amis1 il ramassa toutes ses forces et donna l',esprit des lois4 ,dans cet important ouvrage1 ,m4 de ,montesquieu1 sans s'appesantir1 l'exemple de ceux qui l'ont prcd1 sur des difficults mtaphysiques relatives l'homme suppos dans un tat d'abstraction2 sans se borner1 comme d'autres1 considrer certains peuples dans quelques relations ou circonstances particulires1 envisage les habitants de l'univers dans l'tat rel o ils sont1 et dans tous les rapports qu'ils peuvent avoir entre eux4 ,la plupart des autres crivains en ce genre sont presque toujours1 ou de simples moralistes1 ou de simples jurisconsultes1 ou mme quelquefois de simples thologiens4 ,pour lui1 l'homme est de tous les pays et de toutes les nations2 il s'occupe moins de ce que le devoir exige de nous que des moyens par lesquels on peut nous obliger de le remplir2 de la perfection mtaphysique des lois que de celle dont la nature humaine les rend susceptibles2 des lois qu'on a faites que de celles qu'on a d faire2 des lois d'un peuple particulier que de celles de tous les peuples4 ,ainsi1 en se comparant lui-mme ceux qui ont couru avant lui cette grande et noble carrire1 il a pu dire1 comme le ,corrge1 quand il eut vu les ouvrages de ses rivaux3 ,et moi aussi je suis peintre4 ,rempli et pntr de son objet1 l'auteur de l',esprit des lois y embrasse un si grand nombre de matires et les traite avec tant de brivet et de profondeur1 qu'une lecture assidue et mdite peut faire seule sentir le mrite de ce livre4 ,elle servira surtout1 nous osons le dire1 faire disparatre le prtendu dfaut de mthode1 dont quelques lecteurs ont accus ,m4 de ,montesquieu1 avantage qu'ils n'auraient pas d le taxer lgrement d'avoir nglig dans une matire philosophique et dans un ouvrage de vingt annes4 ,il faut distinguer le dsordre rel de celui qui n'est qu'apparent4 ,le dsordre est rel1 quand l'analogie et la suite des ides n'est point observe2 quand les conclusions sont riges en principes ou les prcdent2 quand le lecteur1 aprs des dtours sans nombre1 se retrouve au point d'o il est parti4 ,le dsordre n'est qu'apparent quand l'auteur1 mettant leur vritable place les ides dont il fait usage1 laisse suppler aux lecteurs les ides intermdiaires4 ,et c'est ainsi que ,m4 de ,montesquieu a cru pouvoir et devoir en user dans un livre destin des hommes qui pensent1 dont le gnie doit suppler des omissions volontaires et raisonnes4 ,l'ordre1 qui se fait apercevoir dans les grandes parties de l',esprit des lois1 ne rgne pas moins dans les dtails3 nous croyons que1 plus on approfondira l'ouvrage1 plus on en sera convaincu4 ,fidle ses divisions gnrales1 l'auteur rapporte chacun les objets qui lui appartiennent exclusivement2 et1 l'gard de ceux qui1 par diffrentes branches1 appartiennent plusieurs divisions la fois1 il a plac sous chaque division la branche qui lui appartient en propre4 ,par l on aperoit aisment1 et sans confusion1 l'influence que les diffrentes parties du sujet ont les unes sur les autres1 comme1 dans un arbre du systme bien entendu des connaissances humaines1 on peut voir le rapport mutuel des sciences et des arts4 ,cette comparaison d'ailleurs est d'autant plus juste1 qu'il en est du plan qu'on peut se faire dans l'examen philosophique des lois comme de l'ordre qu'on peut observer dans un arbre encyclopdique des sciences2 il y restera toujours de l'arbitraire1 et tout ce qu'on peut exiger de l'auteur1 c'est qu'il suive sans dtour et sans cart le systme qu'il s'est une fois form4 ,nous dirons de l'obscurit que l'on peut se permettre dans un tel ouvrage1 la mme chose que du dfaut d'ordre4 ,ce qui serait obscur pour les lecteurs vulgaires ne l'est pas pour ceux que l'auteur a eus en vue4 ,d'ailleurs l'obscurit volontaire n'en est pas une4 ,m4 de ,montesquieu ayant prsenter quelquefois des vrits importantes1 dont l'nonc absolu et direct aurait pu blesser sans fruit1 a eu la prudence de les envelopper1 et1 par cet innocent artifice1 les a voiles ceux qui elles seraient nuisibles1 sans qu'elles fussent perdues pour les sages4 ,parmi les ouvrages qui lui ont fourni des secours1 et quelquefois des vues pour le sien1 on voit qu'il a surtout profit des deux historiens qui ont pens le plus1 ,tacite et ,plutarque2 mais quoiqu'un philosophe qui a fait ces deux lectures soit dispens de beaucoup d'autres1 il n'avait pas cru devoir1 en ce genre1 rien ngliger ni ddaigner de ce qui pouvait tre utile son objet4 ,la lecture que suppose l',esprit des lois est immense2 et l'usage raisonn que l'auteur a fait de cette multitude prodigieuse de matriaux paratra encore plus surprenant1 quand on saura qu'il tait presque entirement priv de la vue et oblig d'avoir recours des yeux trangers4 ,cette vaste lecture contribue non seulement l'utilit1 mais l'agrment de l'ouvrage4 ,sans droger la majest de son sujet1 ,m4 de ,montesquieu sait en temprer l'austrit1 et procurer aux lecteurs des moments de repos1 soit par des faits singuliers et peu connus1 soit par des allusions dlicates1 soit par ces coups de pinceau nergiques et brillants qui peignent d'un seul trait les peuples et les hommes4 ,enfin1 car nous ne voulons pas jouer ici le rle des commentateurs d',homre1 il y a sans doute des fautes dans l',esprit des lois comme il y en a dans tout ouvrage de gnie1 dont l'auteur a le premier os se frayer des routes nouvelles4 ,m4 de ,montesquieu a t parmi nous1 pour l'tude des lois1 ce que ,descartes a t pour la philosophie3 il claire souvent1 et se trompe quelquefois2 et en se trompant mme1 il instruit ceux qui savent lire4 ,cette nouvelle dition montrera1 par les additions et les corrections qu'il y a faites1 que1 s'il est tomb de temps en temps1 il a su le reconnatre et se relever4 ,par l1 il acquerra du moins le droit un nouvel examen1 dans les endroits o il n'aura pas t du mme avis que ses lecteurs4 ,peut-tre mme ce qu'il aura jug le plus digne de correction leur a-t-il absolument chapp1 tant l'envie de nuire est ordinairement aveugle4 ,mais ce qui est la porte de tout le monde dans l',esprit des lois1 ce qui doit rendre l'auteur cher toutes les nations1 ce qui servirait mme couvrir des fautes plus grandes que les siennes1 c'est l'esprit de citoyen qui l'a dict4 ,l'amour du bien public1 le dsir de voir les hommes heureux1 s'y montrent de toutes parts1 et1 n'et-il que ce mrite si rare et si prcieux1 il serait digne par cet endroit seul d'tre la lecture des peuples et des rois4 ,nous voyons dj1 par une heureuse exprience1 que les fruits de cet ouvrage ne se bornent pas1 dans ses lecteurs1 des sentiments striles4 ,quoique ,m4 de ,montesquieu ait peu survcu la publication de l',esprit des lois1 il a eu la satisfaction d'entrevoir les effets qu'il commence produire parmi nous2 l'amour naturel des ,franais pour leur patrie1 tourn vers son vritable objet2 ce got pour le commerce1 pour l'agriculture et pour les arts utiles1 qui se rpand insensiblement dans notre nation2 cette lumire gnrale sur les principes du gouvernement1 qui rend les peuples plus attachs ce qu'ils doivent aimer4 ,ceux qui ont si indcemment attaqu cet ouvrage1 lui doivent peut-tre plus qu'ils ne s'imaginent4 ,l'ingratitude1 au reste1 est le moindre reproche qu'on ait leur faire4 ,ce n'est pas sans regret et sans honte pour notre sicle que nous allons les dvoiler3 mais cette histoire importe trop la gloire de ,m4 de ,montesquieu et l'avantage de la philosophie1 pour tre passe sous silence4 ,puisse l'opprobre1 qui couvre enfin ses ennemis1 leur devenir salutaire6 ,a peine l',esprit des lois parut-il qu'il fut recherch avec empressement1 sur la rputation de l'auteur2 mais quoique ,m4 de ,montesquieu ait crit pour le bien du peuple1 il ne devait pas avoir le peuple pour juge3 la profondeur de l'objet tait une suite de son importance mme4 ,cependant les traits qui taient rpandus dans l'ouvrage1 et qui auraient t dplacs s'ils n'taient pas ns du fond du sujet1 persuadrent trop de personnes qu'il tait crit pour elles4 ,on cherchait un livre agrable1 et on ne trouvait qu'un livre utile1 dont on ne pouvait d'ailleurs1 sans quelque attention1 saisir l'ensemble et les dtails4 ,on traita lgrement l',esprit des lois2 le titre mme fut un sujet de plaisanterie2 enfin1 l'un des plus beaux monuments littraires qui soient sortis de notre nation fut regard d'abord avec assez d'indiffrence4 ,il fallut que les vritables juges eussent eu le temps de lire3 bientt ils ramenrent la multitude toujours prompte changer d'avis4 ,la partie du public qui enseigne dicta la partie qui coute ce qu'elle devait penser et dire1 et le suffrage des hommes clairs1 joint aux chos qui le rptrent1 ne forma plus qu'une voix dans toute l',europe4 ,ce fut alors que les ennemis publics et secrets des lettres et de la philosophie 7car elles en ont de ces deux espces7 runirent leurs traits contre l'ouvrage4 ,de l cette foule de brochures qui lui furent lances de toutes parts1 et que nous ne tirerons pas de l'oubli o elles sont dj plonges4 ,si leurs auteurs n'avaient pris de bonnes mesures pour tre inconnus la postrit1 elle croirait que l',esprit des lois a t crit au milieu d'un peuple de barbares4 ,m4 de ,montesquieu mprisa sans peine les critiques tnbreuses de ces auteurs sans talents1 qui1 soit par une jalousie qu'ils n'ont pas droit d'avoir1 soit pour satisfaire la malignit du public qui aime la satire et la mprise1 outragent ce qu'ils ne peuvent atteindre1 et1 plus odieux par le mal qu'ils veulent faire que redoutables par celui qu'ils font1 ne russissent pas mme dans un genre d'crire que sa facilit et son objet rendent galement vil4 ,il mettait les ouvrages de cette espce sur la mme ligne que ces nouvelles hebdomadaires de l',europe1 dont les loges sont sans autorit et les traits sans effets1 que les lecteurs oisifs parcourent sans y ajouter foi et dans lesquelles les souverains sont insults sans le savoir ou sans daigner s'en venger4 ,il ne fut pas aussi indiffrent sur les principes d'irrligion qu'on l'accusa d'avoir sems dans l',esprit des lois4 ,en mprisant de pareils reproches il aurait cru les mriter1 et l'importance de l'objet lui ferma les yeux sur la valeur de ses adversaires4 ,ces hommes galement dpourvus de zle1 et galement empresss d'en faire paratre2 galement effrays de la lumire que les lettres rpandent1 non au prjudice de la religion1 mais leur dsavantage1 avaient pris diffrentes formes pour lui porter atteinte4 ,les uns1 par un stratagme aussi puril que pusillanime1 s'taient crit eux-mmes2 aprs l'avoir dchir sous le masque de l'anonyme1 s'taient ensuite dchirs entre eux son occasion4 ,m4 de ,montesquieu1 quoique jaloux de les confondre1 ne jugea pas propos de perdre un temps prcieux les combattre les uns aprs les autres3 il se contenta de faire un exemple sur celui qui s'tait le plus signal par ses excs4 ,c'tait l'auteur d'une feuille anonyme et priodique1 qui croit avoir succd ,pascal parce qu'il a succd ses opinions3 pangyriste d'ouvrages que personne ne lit1 et apologiste de miracles que l'autorit sculire a fait cesser ds qu'elle l'a voulu#hg2 qui appelle impit et scandale le peu d'intrt que les gens de lettres prennent ses querelles1 et s'est alin1 par une adresse digne de lui1 la partie de la nation qu'il avait le plus d'intrt mnager4 ,les coups de ce redoutable athlte furent dignes des vues qui l'inspirrent3 il accusa ,m4 de ,montesquieu de spinozisme et de disme 7deux imputations incompatibles71 d'avoir suivi le systme de ,pope 7dont il n'y avait pas un mot dans l'ouvrage72 d'avoir cit ,plutarque1 qui n'est pas un auteur chrtien2 de n'avoir point parl du pch originel et de la grce4 ,il prtendit enfin que l',esprit des lois tait une production de la constitution ,unigenitus2 ide qu'on nous souponnera peut-tre de prter par drision au critique4 ,ceux qui ont connu ,m4 de ,montesquieu1 l'ouvrage de ,clment ,,xi et le sien1 peuvent par cette accusation juger de toutes les autres4 ,le malheur de cet crivain dut bien le dcourager3 il voulait perdre un sage par l'endroit le plus sensible tout citoyen1 il ne fit que lui procurer une nouvelle gloire1 comme homme de lettres3 la ,dfense de l',esprit des lois parut4 ,cet ouvrage1 par la modration1 la vrit1 la finesse de la plaisanterie qui y rgnent1 doit tre regard comme un modle de ce genre4 ,m4 de ,montesquieu1 charg par son adversaire d'imputations atroces1 pouvait le rendre odieux sans peine2 il fit mieux1 il le rendit ridicule4 ,s'il faut tenir compte l'agresseur d'un bien qu'il a fait sans le vouloir1 nous lui devons une ternelle reconnaissance de nous avoir procur ce chef-d'oeuvre4 ,mais1 ce qui ajoute encore au mrite de ce morceau prcieux1 c'est que l'auteur s'y est peint lui-mme sans y penser3 ceux qui l'ont connu croient l'entendre2 et la postrit s'assurera1 en lisant la ,dfense1 que sa conversation n'tait pas infrieure ses crits3 loge que bien peu de grands hommes ont mrit4 #hg ,allusion au parti jansniste et aux miracles du diacre ,pris4 ,une autre circonstance lui assura pleinement l'avantage dans cette dispute4 ,le critique1 qui pour preuve de son attachement la religion en dchire les ministres1 accusait hautement le clerg de ,france1 et surtout la ,facult de thologie1 d'indiffrence pour la cause de ,dieu en ce qu'ils ne proscrivaient pas authentiquement un si prcieux ouvrage4 ,la ,facult tait en droit de mpriser le reproche d'un crivain sans aveu2 mais il s'agissait de la religion2 une dlicatesse louable lui a fait prendre le parti d'examiner l',esprit des lois4 ,quoiqu'elle s'en occupe depuis plusieurs annes1 elle n'a rien prononc jusqu'ici2 et ft-il chapp ,m4 de ,montesquieu quelques inadvertances lgres1 presque invitables dans une carrire si vaste1 l'attention longue et scrupuleuse qu'elles auraient demande de la part du corps le plus clair de l'glise1 prouverait au moins combien elles seraient excusables4 ,mais ce corps1 plein de prudence1 ne prcipita rien dans une si importante matire4 ,il connat les bornes de la raison et de la foi2 il sait que l'ouvrage d'un homme de lettres ne doit point tre examin comme celui d'un thologien2 que les mauvaises consquences auxquelles une proposition peut donner lieu par des interprtations odieuses1 ne rendent point blmable la proposition en elle-mme2 que d'ailleurs1 nous vivons dans un sicle malheureux1 o les intrts de la religion ont besoin d'tre mnags2 et qu'on peut lui nuire auprs des simples1 en rpandant mal propos1 sur des gnies du premier ordre1 le soupon d'incrdulit2 qu'enfin1 malgr cette accusation injuste1 ,m4 de ,montesquieu fut toujours estim1 recherch et accueilli par tout ce que l'glise a de plus respectable et de plus grand4 ,et-il conserv auprs des gens de bien la considration dont il jouissait1 s'ils l'eussent regard comme un crivain dangereux8 ,pendant que des insectes le tourmentaient dans son propre pays1 l',angleterre levait un monument sa gloire4 ,en #ageb1 ,m4 ,dassier1 clbre par les mdailles qu'ils a frappes l'honneur de plusieurs hommes illustres1 vint de ,londres ,paris pour frapper la sienne4 ,m4 de la ,tour1 cet artiste si suprieur par son talent1 et si estimable par son dsintressement et l'lvation de son me1 avait ardemment dsir de donner un lustre son pinceau en transmettant la postrit le portrait de l'auteur de l',esprit des lois1 il ne voulait que la satisfaction de le peindre2 et il mritait1 comme ,apelles1 que cet honneur lui fut rserv2 mais ,m4 de ,montesquieu1 d'autant plus avare du temps de ,m4 de la ,tour que celui-ci en tait plus prodigue1 le refusa constamment et poliment ses pressantes sollicitations4 ,m4 ,dassier essuya d'abord des difficults semblables4 ,croyez-vous1 dit-il enfin ,m4 de ,montesquieu1 qu'il n'y ait pas autant d'orgueil refuser ma proposition qu' l'accepter8 ,dsarm par cette plaisanterie1 il laissa faire ,m4 ,dassier tout ce qu'il voulait4 ,l'auteur de l',esprit des lois jouissait enfin paisiblement de sa gloire1 lorsqu'il tomba malade au commencement de fvrier4 ,sa sant naturellement dlicate commenait s'altrer depuis longtemps1 par l'effet lent et presque infaillible des tudes profondes2 par les chagrins qu'on avait cherch lui susciter sur son ouvrage2 enfin1 par le genre de vie qu'on le forait de mener ,paris1 et qu'il sentait lui tre funeste4 ,mais l'empressement avec lequel on recherchait sa socit tait trop vif pour n'tre pas quelquefois indiscret2 on voulait1 sans s'en apercevoir1 jouir de lui aux dpens de lui-mme4 ,a peine la nouvelle du danger o il tait se fut-elle rpandue1 qu'elle devint l'objet des conversations et de l'inquitude publique4 ,sa maison ne dsemplissait point de personnes de tout rang qui venaient s'informer de son tat1 les unes par un intrt vritable1 les autres pour s'en donner l'apparence1 ou pour suivre la foule4 ,sa ,majest1 pntre de la perte que son royaume allait faire1 en demanda plusieurs fois des nouvelles3 tmoignage de bont et de justice qui n'honore pas moins le monarque que le sujet4 ,la fin de ,m4 de ,montesquieu ne fut point indigne de sa vie4 ,accabl de douleurs cruelles1 loign d'une famille qui il tait cher1 et qui n'a pas eu la consolation de lui fermer les yeux1 entour de quelques amis et d'un plus grand nombre de spectateurs1 il conserva jusqu'au dernier moment la paix et l'galit de son me4 ,enfin1 aprs avoir satisfait avec dcence tous ses devoirs1 plein de confiance en l'tre ternel auquel il allait se rejoindre1 il mourut avec la tranquillit d'un homme de bien1 qui n'avait jamais consacr ses talents qu' l'avantage de la vertu et de l'humanit4 ,la ,france et l',europe le perdirent le #aj fvrier #agee1 l'ge de soixante-dix ans rvolus4 ,toutes les nouvelles publiques ont annonc cet vnement comme une calamit4 ,on pourrait appliquer ,m4 de ,montesquieu ce qui a t dit autrefois d'un clbre ,romain1 que personne en apprenant sa mort n'en tmoigna de joie2 que personne mme ne l'oublia ds qu'il ne fut plus4 ,les trangers s'empressrent de faire clater leurs regrets1 et milord ,chesterfield1 qu'il suffit de nommer1 fit imprimer1 dans un des papiers publics de ,londres1 un article en son honneur1 article digne de l'un et de l'autre2 c'est le portrait d',anaxagore#hh1 trac par ,pricls4 ,l',acadmie royale des sciences et des belles-lettres de ,prusse1 quoiqu'on n'y soit point dans l'usage de prononcer l'loge des associs trangers1 a cru devoir lui faire cet honneur1 qu'elle n'a fait encore qu' l'illustre ,jean ,bernouilli4 ,m4 de ,maupertuis1 tout malade qu'il tait1 a rendu lui-mme son ami ce dernier devoir1 et n'a voulu se reposer sur personne d'un soin si cher et si triste4 ,a tant de suffrages clatants en faveur de ,m4 de ,montesquieu1 nous croyons pouvoir joindre1 sans indiscrtion1 les loges que lui a donns1 en prsence de l'un de nous1 le monarque mme auquel cette acadmie clbre doit son lustre1 prince fait pour sentir les pertes de la philosophie et pour s'en consoler4 #hh ,philosophe grec4 ,le #ag fvrier1 l',acadmie franaise lui fit1 selon l'usage1 un service solennel1 auquel1 malgr la rigueur de la saison1 presque tous les gens de lettres de ce corps qui n'taient point absents de ,paris se firent un devoir d'assister4 ,on aurait d1 dans cette triste crmonie1 placer l',esprit des lois sur son cercueil1 comme on exposa autrefois1 vis--vis le cercueil de ,raphal1 son dernier tableau de la ,transfiguration4 ,cet appareil simple et touchant et t une belle oraison funbre4 ,jusqu'ici nous n'avons considr ,m4 de ,montesquieu que comme crivain et philosophe4 ,ce serait lui drober la moiti de sa gloire que de passer sous silence ses agrments et ses qualits personnelles4 ,il tait1 dans le commerce1 d'une douceur et d'une gaiet toujours gales4 ,sa conversation tait lgre1 agrable et instructive1 par le grand nombre d'hommes et de peuples qu'il avait connus4 ,elle tait coupe1 comme son style1 pleine de relief1 de saillies1 sans amertume et sans satire4 ,personne ne racontait plus vivement1 plus promptement1 avec plus de grce et moins d'apprt4 ,il savait que la fin d'une histoire plaisante est toujours le but2 il se htait donc d'y arriver1 et produisait l'effet sans l'avoir promis4 ,ses frquentes distractions ne le rendaient que plus aimable2 il en sortait toujours par quelque trait inattendu qui rveillait la conversation languissante3 d'ailleurs1 elles n'taient jamais ni joues1 ni choquantes1 ni importunes4 ,ce feu de son esprit1 le grand nombre d'ides dont il tait plein1 les faisaient natre2 mais il n'y tombait jamais au milieu d'un entretien intressant ou srieux3 le dsir de plaire ceux avec qui il se trouvait1 le rendait alors eux sans affectation et sans effort4 ,les agrments de son commerce tenaient non seulement son caractre et son esprit1 mais l'espce de rgime qu'il observait dans l'tude4 ,quoique capable d'une mditation profonde et longtemps soutenue1 il n'puisait jamais ses forces2 il quittait toujours le travail avant que d'en ressentir la moindre impression de fatigue4 ,il tait sensible la gloire1 mais il ne voulait y parvenir qu'en la mritant4 ,jamais il n'a cherch augmenter la sienne par ces manoeuvres sourdes1 par ces voies obscures et honteuses qui dshonorent la personne sans ajouter au nom de l'auteur4 ,digne de toutes les distinctions et de toutes les rcompenses1 il ne demandait rien1 et ne s'tonnait point d'tre oubli2 mais il a os1 mme dans des circonstances dlicates1 protger la cour des hommes de lettres perscuts1 clbres et malheureux1 et leur a obtenu des grces4 ,quoiqu'il ait vcu avec les grands1 soit par ncessit1 soit par convenance1 soit par got1 leur socit n'tait pas ncessaire son bonheur4 ,il fuyait1 ds qu'il le pouvait1 sa terre2 il y retrouvait avec joie sa philosophie1 ses livres1 et le repos4 ,entour de gens de la campagne1 dans ses heures de loisirs1 aprs avoir tudi l'homme dans le commerce du monde et dans l'histoire des nations1 il l'tudiait encore dans ces mes simples que la nature seule a instruites1 et y trouvait apprendre3 il conversait gaiement avec eux2 il leur cherchait de l'esprit1 comme ,socrate2 il paraissait se plaire autant dans leur entretien que dans les socits les plus brillantes1 surtout quand il terminait leurs diffrends et soulageait leurs peines par ses bienfaits4 ,rien n'honore plus sa mmoire que l'conomie avec laquelle il vivait1 et qu'on a os trouver excessive1 dans un monde avare et fastueux1 peu fait pour en pntrer les motifs1 et encore moins pour les sentir4 ,bienfaisant1 et par consquent juste1 ,m4 de ,montesquieu ne voulait rien prendre sur sa famille1 ni des secours qu'il donnait aux malheureux ni des dpenses considrables auxquelles ses longs voyages1 la faiblesse de sa vue et l'impression de ses ouvrages l'avaient oblig4 ,il a transmis ses enfants sans diminution ni augmentation l'hritage qu'il avait reu de ses pres3 il n'y a rien ajout que la gloire de son nom et l'exemple de sa vie4 ,il avait pous1 en #agae1 demoiselle ,jeanne de ,lartigue1 fille de ,pierre de ,lartigue1 lieutenant-colonel au rgiment de ,maulevrier3 il en a eu deux filles1 et un fils qui1 par son caractre1 ses moeurs et ses ouvrages1 s'est montr digne d'un tel pre4 ,ceux qui aiment la vrit et la patrie ne seront pas fchs de trouver ici quelques-unes de ses maximes2 il pensait que chaque portion de l'tat doit tre galement soumise aux lois1 mais que les privilges de chaque portion de l'tat doivent tre respects1 lorsque leurs effets n'ont rien de contraire au droit naturel1 qui oblige tous les citoyens concourir galement au bien public2 que la possession ancienne tait1 en ce genre1 le premier des titres et le plus inviolable des droits1 qu'il tait toujours injuste et quelquefois dangereux de vouloir branler2 ,que les magistrats1 dans quelque circonstance et pour quelque grand intrt que ce puisse tre1 ne doivent jamais tre que magistrats1 sans parti et sans passion1 comme les lois1 qui absolvent et punissent sans aimer ni har4 ,il disait1 enfin1 l'occasion des disputes ecclsiastiques qui ont tant occup les empereurs et les chrtiens grecs1 que les querelles thologiques1 lorsqu'elles cessent d'tre renfermes dans les coles1 dshonorent infailliblement une nation aux yeux des autres3 en effet1 le mpris mme des sages pour ces querelles ne la justifie pas1 parce que les sages faisant partout le moins de bruit et le plus petit nombre1 ce n'est jamais sur eux qu'une nation est juge4 ,l'importance des ouvrages dont nous avons eu parler dans cet loge1 nous en a fait passer sous silence de moins considrables1 qui servaient l'auteur comme de dlassement1 et qui auraient suffi pour l'loge d'un autre4 ,le plus remarquable est le ,temple de ,gnide1 qui suivit d'assez prs les ,lettres persanes4 ,m4 de ,montesquieu1 aprs avoir t dans celles-ci ,horace1 ,thophraste et ,lucien1 fut ,ovide et ,anacron dans ce nouvel essai4 ,ce n'est plus l'amour despotique de l',orient qu'il se propose de peindre2 c'est la dlicatesse et la navet de l'amour pastoral1 tel qu'il est dans une me neuve que le commerce des hommes n'a point encore corrompue4 ,l'auteur1 craignant peut-tre qu'un tableau si tranger nos moeurs ne part trop languissant et trop uniforme1 a cherch l'animer par les peintures les plus riantes4 ,il transporte le lecteur dans des lieux enchants1 dont1 la vrit1 le spectacle intresse peu l'amant heureux1 mais dont la description flatte encore l'imagination1 quand les dsirs sont satisfaits4 ,emport par son sujet1 il a rpandu dans sa prose ce style anim1 figur et potique1 dont le roman de ,tlmaque a fourni parmi nous le premier modle4 ,nous ignorons pourquoi quelques censeurs du ,temple de ,gnide ont dit1 cette occasion1 qu'il aurait eu besoin d'tre en vers4 ,le style potique1 si on entend1 comme on le doit1 par ce mot un style plein de chaleur et d'images1 n'a pas besoin1 pour tre agrable1 de la marche uniforme et cadence de la versification2 mais1 si on ne fait consister ce style que dans une diction charge d'pithtes oisives1 dans les peintures froides et triviales des ailes et du carquois de l',amour et de semblables objets1 la versification n'ajoutera presque aucun mrite ces ornements uss3 on y cherchera toujours en vain l'me et la vie4 ,quoi qu'il en soit1 le ,temple de ,gnide tant une espce de pome en prose1 c'est nos crivains les plus clbres en ce genre fixer le rang qu'il doit occuper2 il mrite de pareils juges4 ,nous croyons1 du moins1 que les peintures de cet ouvrage soutiendraient avec succs une des principales preuves des descriptions potiques1 celle de les reprsenter sur la toile4 ,mais ce qu'on doit surtout remarquer dans le ,temple de ,gnide1 c'est qu',anacron mme y est toujours observateur et philosophe4 ,dans le quatrime chant1 il parat dcrire les moeurs des ,sybarites1 et on s'aperoit aisment que ces moeurs sont les ntres4 ,la prface porte surtout l'empreinte de l'auteur des ,lettres persanes4 ,en prsentant le ,temple de ,gnide comme la traduction d'un manuscrit grec1 plaisanterie dfigure depuis par tant de mauvais copistes1 il en prend occasion de peindre1 d'un trait de plume1 l'ineptie des critiques et le pdantisme des traducteurs1 et finit par ces paroles dignes d'tre rapportes3 ,si les gens graves dsiraient de moi quelque ouvrage moins frivole1 je suis en tat de les satisfaire4 ,il y a trente ans que je travaille un livre de douze pages1 qui doit contenir tout ce que nous savons sur la mtaphysique1 la politique et la morale1 et tout ce que de trs grands auteurs ont oubli dans les volumes qu'ils ont donns sur ces sciences-l4 ,nous regardons comme une des plus honorables rcompenses de notre travail l'intrt particulier que ,m4 de ,montesquieu prenait l',encyclopdie1 dont toutes les ressources ont t jusqu' prsent dans le courage et l'mulation de ses auteurs4 ,tous les gens de lettres1 selon lui1 devaient s'empresser de concourir l'excution de cette entreprise utile4 ,il en a donn l'exemple1 avec ,m4 de ,voltaire1 et plusieurs autres crivains clbres4 ,peut-tre les traverses que cet ouvrage a essuyes1 et qui lui rappelaient les siennes propres1 l'intressaient-elles en notre faveur4 ,peut-tre tait-il sensible1 sans s'en apercevoir1 la justice que nous avions os lui rendre dans le premier volume de l',encyclopdie1 lorsque personne n'osait encore lever sa voix pour le dfendre4 ,il nous destinait un article sur le got qui a t trouv imparfait dans ses papiers3 nous le donnerons en cet tat au public1 et nous le traiterons avec le mme respect que l'antiquit tmoigna autrefois pour les dernires paroles de ,snque4 ,la mort l'a empch d'tendre plus loin ses bienfaits notre gard2 et1 en joignant nos propres regrets ceux de l',europe entire1 nous pourrions crire sur son tombeau3 ,finis vit ejus nobis luctuosus1 patri tristis1 extraneis etiam ignotisque non sine cura fuit4 ,la fin de sa vie a t un deuil pour nous1 un chagrin pour sa patrie2 et elle n'a pas t mme indiffrente aux trangers et aux inconnus4 ,,de ,l',,esprit ,,des ,,lois ,,pr,,face ,si1 dans le nombre infini de choses qui sont dans ce livre1 il y en avait quelqu'une qui1 contre mon attente1 pt offenser1 il n'y en a pas du moins qui ait t mise avec mauvaise intention4 ,je n'ai point naturellement l'esprit dsapprobateur4 ,platon remerciait le ,ciel de ce qu'il tait n du temps de ,socrate2 et moi je lui rends grce de ce qu'il m'a fait natre dans le gouvernement o je vis1 et de ce qu'il a voulu que j'obisse ceux qu'il m'a fait aimer4 ,je demande une grce que je crains qu'on ne m'accorde pas3 c'est de ne pas juger1 par la lecture d'un moment1 d'un travail de vingt annes2 d'approuver ou de condamner le livre entier1 et non pas quelques phrases4 ,si l'on veut chercher le dessein de l'auteur1 on ne le peut bien dcouvrir que dans le dessein de l'ouvrage#hi4 #hi ,les notes explicatives 7commenant par la lettre ,c7 et les commentaires sont la fin du volume4 ,les notes commenant par la lettre ,m1 qui suivent les paragraphes concerns1 sont de ,montesquieu lui-mme4 ,j'ai d'abord examin les hommes1 et j'ai cru que1 dans cette infinie diversit de lois et de moeurs1 ils n'taient pas uniquement conduits par leurs fantaisies,c#a4 ,j'ai pos les principes1 et j'ai vu les cas particuliers s'y plier comme d'eux-mmes1 les histoires de toutes les nations n'en tre que les suites1 et chaque loi particulire lie avec une autre loi1 ou dpendre d'une autre plus gnrale4 ,quand j'ai t rappel l'antiquit1 j'ai cherch en prendre l'esprit pour ne pas regarder comme semblables des cas rellement diffrents1 et ne pas manquer les diffrences de ceux qui paraissent semblables4 ,je n'ai point tir mes principes de mes prjugs1 mais de la nature des choses4 ,ici1 bien des vrits ne se feront sentir qu'aprs qu'on aura vu la chane qui les lie d'autres4 ,plus on rflchira sur les dtails1 plus on sentira la certitude des principes4 ,ces dtails mmes1 je ne les ai pas tous donns2 car qui pourrait dire tout sans un mortel ennui8 ,on ne trouvera point ici ces traits saillants,c#b qui semblent caractriser les ouvrages d'aujourd'hui4 ,pour peu qu'on voie les choses avec une certaine tendue1 les saillies s'vanouissent2 elles ne naissent d'ordinaire que parce que l'esprit se jette tout d'un ct1 et abandonne tous les autres4 ,je n'cris point pour censurer ce qui est tabli dans quelque pays que ce soit4 ,chaque nation trouvera ici les raisons de ses maximes2 et on en tirera naturellement cette consquence1 qu'il n'appartient de proposer des changements qu' ceux qui sont assez heureusement ns pour pntrer d'un coup de gnie toute la constitution d'un tat4 ,il n'est pas indiffrent que le peuple soit clair4 ,les prjugs des magistrats ont commenc par tre les prjugs de la nation4 ,dans un temps d'ignorance1 on n'a aucun doute1 mme lorsqu'on fait les plus grands maux2 dans un temps de lumire1 on tremble encore lorsqu'on fait les plus grands biens4 ,on sent les abus anciens1 on en voit la correction2 mais on voit encore les abus de la correction mme4 ,on laisse le mal si l'on craint le pire2 on laisse le bien si on est en doute du mieux4 ,on ne regarde les parties que pour juger du tout ensemble2 on examine toutes les causes pour voir tous les rsultats4 ,si je pouvais faire en sorte que tout le monde et de nouvelles raisons pour aimer ses devoirs1 son prince1 sa patrie1 ses lois2 qu'on pt mieux sentir son bonheur dans chaque pays1 dans chaque gouvernement1 dans chaque poste o l'on se trouve1 je me croirais le plus heureux des mortels4 ,je me croirais le plus heureux des mortels si je pouvais faire que les hommes pussent se gurir de leurs prjugs4 ,j'appelle ici prjugs1 non pas ce qui fait qu'on ignore de certaines choses1 mais ce qui fait qu'on s'ignore soi-mme4 ,c'est en cherchant instruire les hommes que l'on peut pratiquer cette vertu gnrale qui comprend l'amour de tous4 ,l'homme1 cet tre flexible1 se pliant dans la socit aux penses et aux impressions des autres1 est galement capable de connatre sa propre nature lorsqu'on la lui montre1 et d'en perdre jusqu'au sentiment lorsqu'on la lui drobe4 ,j'ai bien des fois commenc et bien des fois abandonn cet ouvrage2 j'ai mille fois envoy aux vents les feuilles que j'avais crites,m#a2 je sentais tous les jours les mains paternelles tomber,m#b2 je suivais mon objet sans former de dessein2 je ne connaissais ni les rgles ni les exceptions2 je ne trouvais la vrit que pour la perdre2 mais quand j'ai dcouvert mes principes1 tout ce que je cherchais est venu moi2 et1 dans le cours de vingt annes1 j'ai vu mon ouvrage commencer1 crotre1 s'avancer et finir4 ,m#a ,ludibria ventis,c#c4 ,m#b ,bis patri cecidere manus,c#d4 ,si cet ouvrage a du succs1 je le devrai beaucoup la majest de mon sujet2 cependant je ne crois pas avoir totalement manqu de gnie4 ,quand j'ai vu ce que tant de grands hommes1 en ,france1 en ,angleterre et en ,allemagne1 ont crit avant moi1 j'ai t dans l'admiration1 mais je n'ai point perdu le courage4 ,et moi aussi je suis peintre1 ai-je dit avec le ,corrge,m#c4 ,m#c ,ed io anche son pittore4 ,,avertissement ,pour l'intelligence des quatre premiers livres de cet ouvrage1 il faut observer3 #a que ce que j'appelle la vertu dans la rpublique est l'amour de la patrie1 c'est--dire l'amour de l'galit4 ,ce n'est point une vertu morale ni une vertu chrtienne1 c'est la vertu politique2 et celle-ci est le ressort qui fait mouvoir le gouvernement rpublicain1 comme l'honneur est le ressort qui fait mouvoir la monarchie4 ,j'ai donc appel vertu politique l'amour de la patrie et de l'galit4 ,j'ai eu des ides nouvelles3 il a bien fallu trouver de nouveaux mots1 ou donner aux anciens de nouvelles acceptions4 ,ceux qui n'ont pas compris ceci m'ont fait dire des choses absurdes1 et qui seraient rvoltantes dans tous les pays du monde1 parce que dans tous les pays du monde on veut de la morale4 #b ,il faut faire attention qu'il y a une trs grande diffrence entre dire qu'une certaine qualit1 modification de l'me1 ou vertu1 n'est pas le ressort qui fait agir un gouvernement1 et dire qu'elle n'est point dans ce gouvernement4 ,si je disais telle roue1 tel pignon1 ne sont point le ressort qui fait mouvoir cette montre1 en conclurait-on qu'ils ne sont point dans la montre8 ,tant s'en faut que les vertus morales et chrtiennes soient exclues de la monarchie1 que mme la vertu politique ne l'est pas4 ,en un mot1 l'honneur est dans la rpublique1 quoique la vertu politique en soit le ressort2 la vertu politique est dans la monarchie1 quoique l'honneur en soit le ressort4 ,enfin1 l'homme de bien dont il est question dans le livre ,,iii1 chapitre ,v1 n'est pas l'homme de bien chrtien1 mais l'homme de bien politique1 qui a la vertu politique dont j'ai parl4 ,c'est l'homme qui aime les lois de son pays1 et qui agit par l'amour des lois de son pays4 ,j'ai donn un nouveau jour toutes ces choses dans cette dition-ci1 en fixant encore plus les ides2 et1 dans la plupart des endroits o je me suis servi du mot vertu1 j'ai mis vertu politique4 ,,livre ,,premier ,,des ,,lois ,,en ,g,n,,ral4 ,,chapitre ,,premier ,des lois1 dans le rapport qu'elles ont avec les divers tres4 ,les lois1 dans la signification la plus tendue1 sont les rapports ncessaires qui drivent de la nature des choses,c#e1 et dans ce sens1 tous les tres ont leurs lois3 la ,divinit,m#d a ses lois1 le monde matriel a ses lois1 les intelligences suprieures l'homme ont leurs lois1 les btes ont leurs lois1 l'homme a ses lois4 ,m#d ,la loi1 dit ,plutarque1 est la reine de tous mortels et immortels4 ,au trait ,qu'il est requis qu'un prince soit savant4 ,ceux qui ont dit qu'une fatalit aveugle a produit tous les effets que nous voyons dans le monde ont dit une grande absurdit2 car quelle plus grande absurdit qu'une fatalit aveugle qui aurait produit des tres intelligents,c#f8 ,il y a donc une raison primitive2 et les lois sont les rapports qui se trouvent entre elle et les diffrents tres1 et les rapports de ces divers tres entre eux4 ,dieu a du rapport avec l'univers comme crateur et comme conservateur2 les lois selon lesquelles il a cr sont celles selon lesquelles il conserve3 il agit selon ces rgles1 parce qu'il les connat2 il les connat parce qu'il les a faites2 il les a faites parce qu'elles ont du rapport avec sa sagesse et sa puissance,c#g4 ,comme nous voyons que le monde1 form par le mouvement de la matire et priv d'intelligence1 subsiste toujours1 il faut que ses mouvements aient des lois invariables2 et si l'on pouvait imaginer un autre monde que celui-ci1 il aurait des rgles constantes1 ou il serait dtruit4 ,ainsi la cration1 qui parat tre un acte arbitraire1 suppose des rgles aussi invariables que la fatalit des athes4 ,il serait absurde de dire que le ,crateur1 sans ces rgles1 pourrait gouverner le monde1 puisque le monde ne subsisterait pas sans elles,c#h4 ,ces rgles sont un rapport constamment tabli4 ,entre un corps m et un autre corps m1 c'est suivant les rapports de la masse et de la vitesse que tous les mouvements sont reus1 augments1 diminus1 perdus3 chaque diversit est uniformit1 chaque changement est constance,c#i4 ,les tres particuliers1 intelligents1 peuvent avoir des lois qu'ils ont faites2 mais ils en ont aussi qu'ils n'ont pas faites4 ,avant qu'il y et des tres intelligents1 ils taient possibles3 ils avaient donc des rapports possibles1 et par consquent des lois possibles4 ,avant qu'ils y et des lois faites1 il y avait des rapports de justice possibles4 ,dire qu'il n'y a rien de juste ni d'injuste que ce qu'ordonnent ou dfendent les lois positives1 c'est dire qu'avant qu'on et trac de cercle1 tous les rayons n'taient pas gaux,c#aj4 ,il faut donc avouer des rapports d'quit antrieurs la loi positive qui les tablit3 comme1 par exemple1 que suppos qu'il y et des socits d'hommes1 il serait juste de se conformer leurs lois2 que s'il y avait des tres intelligents qui eussent reu quelque bienfait d'un autre tre1 ils devraient en avoir de la reconnaissance2 que si un tre intelligent avait cr un tre intelligent1 le cr devrait rester dans la dpendance qu'il a eue ds son origine2 qu'un tre intelligent qui a fait du mal un tre intelligent mrite de recevoir le mme mal2 et ainsi du reste4 ,mais il s'en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouvern que le monde physique4 ,car quoique celui-l ait aussi des lois qui1 par leur nature1 sont invariables1 il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes4 ,la raison en est que les tres particuliers intelligents sont borns par leur nature,c#aa1 et par consquent sujets l'erreur2 et d'un autre ct1 il est de leur nature qu'ils agissent par eux-mmes4 ,ils ne suivent donc pas constamment leurs lois primitives2 et celles mmes qu'ils se donnent1 ils ne les suivent pas toujours4 ,on ne sait si les btes sont gouvernes par les lois gnrales du mouvement1 ou par une motion particulire,c#ab4 ,quoi qu'il en soit1 elles n'ont point avec ,dieu de rapports plus intimes que le reste du monde matriel1 et le sentiment ne leur sert que dans le rapport qu'elles ont entre elles1 ou avec d'autres tres particuliers ou avec elles-mmes4 ,par l'attrait du plaisir1 elles conservent leur tre particulier1 et par le mme attrait elles conservent leur espce4 ,elles ont des lois naturelles,c#ac1 parce qu'elles sont unies par le sentiment2 elles n'ont point de lois positives1 parce qu'elles ne sont point unies par la connaissance4 ,elles ne suivent pourtant pas invariablement leurs lois naturelles3 les plantes1 en qui nous ne remarquons ni connaissance ni sentiment1 les suivent mieux4 ,les btes n'ont point les suprmes avantages que nous avons1 elles en ont que nous n'avons pas4 ,elles n'ont point nos esprances1 mais elles n'ont pas nos craintes2 elles subissent comme nous la mort1 mais c'est sans la connatre3 la plupart mme se conservent mieux que nous1 et ne font pas un aussi mauvais usage de leurs passions4 ,l'homme1 comme tre physique1 est1 ainsi que les autres corps1 gouvern par des lois invariables2 comme tre intelligent1 il viole sans cesse les lois que ,dieu a tablies1 et change celles qu'il tablit lui-mme4 ,il faut qu'il se conduise1 et cependant il est un tre born2 il est sujet l'ignorance et l'erreur1 comme toutes les intelligences finies2 les faibles connaissances qu'il a1 il les perd encore4 ,comme crature sensible1 il devient sujet mille passions4 ,un tel tre pouvait tous les instants oublier son ,crateur3 ,dieu l'a rappel lui par les lois de la religion2 un tel tre pouvait tous les instants s'oublier lui-mme3 les philosophes l'ont averti par les lois de la morale2 fait pour vivre dans la socit1 il y pouvait oublier les autres3 les lgislateurs l'ont rendu ses devoirs par les lois politiques et civiles4 ,,chapitre ,,ii ,des lois de la nature4 ,avant toutes ces lois sont celles de la nature,c#ad1 ainsi nommes parce qu'elles drivent uniquement de la constitution de notre tre4 ,pour les connatre bien1 il faut considrer un homme avant l'tablissement des socits4 ,les lois de la nature seront celles qu'il recevrait dans un tat pareil4 ,cette loi qui1 en imprimant dans nous-mmes l'ide d'un ,crateur1 nous porte vers lui1 est la premire des lois naturelles par son importance1 et non pas dans l'ordre de ses lois4 ,l'homme1 dans l'tat de nature1 aurait plutt la facult de connatre qu'il n'aurait des connaissances4 ,il est clair que ses premires ides ne seraient point des ides spculatives3 il songerait la conservation de son tre avant de chercher l'origine de son tre4 ,un homme pareil ne sentirait d'abord que sa faiblesse1 sa timidit serait extrme1 et si l'on avait l-dessus besoin de l'exprience1 l'on a trouv dans les forts des hommes sauvages,m#e2 tout les fait trembler1 tout les fait fuir4 ,m#e ,tmoin le sauvage qui fut trouv dans les forts de ,hanover1 et que l'on vit en ,angleterre sous le rgne de ,george ,ier4 ,dans cet tat1 chacun se sent infrieur1 peine chacun se sent-il gal4 ,on ne chercherait donc point s'attaquer1 et la paix serait la premire loi naturelle4 ,le dsir que ,hobbes,c#ae donne d'abord aux hommes de se subjuguer les uns les autres n'est pas raisonnable4 ,l'ide de l'empire et de la domination est si compose1 et dpend de tant d'autres ides1 que ce ne serait pas celle qu'il aurait d'abord4 ,hobbes,m#f demande pourquoi,c#af1 si les hommes ne sont pas naturellement en tat de guerre1 ils vont toujours arms1 et pourquoi ils ont des clefs pour fermer leurs maisons4 ,mais on ne sent pas que l'on attribue aux hommes1 avant l'tablissement des socits1 ce qui ne peut leur arriver qu'aprs cet tablissement1 qui leur fait trouver des motifs pour s'attaquer et pour se dfendre4 ,m#f ,in prfat4 lib4 de ,cive4 ,au sentiment de sa faiblesse l'homme joindrait le sentiment de ses besoins2 ainsi une autre loi naturelle serait celle qui lui inspirerait de chercher se nourrir4 ,j'ai dit que la crainte porterait les hommes se fuir1 mais les marques d'une crainte rciproque les engageraient bientt s'approcher2 d'ailleurs ils y seraient ports par le plaisir qu'un animal sent l'approche d'un animal de son espce4 ,de plus1 ce charme que les deux sexes s'inspirent par leur diffrence augmenterait ce plaisir1 et la prire naturelle qu'ils se font toujours l'un l'autre serait une troisime loi4 ,outre le sentiment que les hommes ont d'abord1 ils parviennent encore avoir des connaissances3 ainsi ils ont un second lien que les autres animaux n'ont pas4 ,ils ont donc un nouveau motif de s'unir1 et le dsir de vivre en socit est une quatrime loi naturelle4 ,,chapitre ,,iii ,des lois positives4 ,sitt que les hommes sont en socit1 ils perdent le sentiment de leur faiblesse1 l'galit qui tait entre eux cesse1 et l'tat de guerre commence4 ,chaque socit particulire vient sentir sa force3 ce qui produit un tat de guerre de nation nation4 ,les particuliers dans chaque socit commencent sentir leur force2 ils cherchent tourner en leur faveur les principaux avantages de cette socit3 ce qui fait entre eux un tat de guerre4 ,ces deux sortes d'tat de guerre font tablir les lois parmi les hommes4 ,considrs comme habitants d'une si grande plante1 qu'il est ncessaire qu'il y ait diffrents peuples1 ils ont des lois dans le rapport que ces peuples ont entre eux3 et c'est le ,,droit ,,des ,,gens4 ,considrs comme vivant dans une socit qui doit tre unanime1 ils ont des lois dans le rapport qu'ont ceux qui gouvernent avec ceux qui sont gouverns3 et c'est le ,,droit ,,politique4 ,ils en ont encore dans le rapport que tous les citoyens ont entre eux3 et c'est le ,,droit ,,civil4 ,le droit des gens est naturellement fond sur ce principe1 que les diverses nations doivent se faire dans la paix le plus de bien1 et dans la guerre le moins de mal qu'il est possible1 sans nuire leurs vritables intrts4 ,l'objet de la guerre1 c'est la victoire2 celui de la victoire1 la conqute2 celui de la conqute1 la conservation4 ,de ce principe et du prcdent doivent driver toutes les lois qui forment le droit des gens4 ,toutes les nations ont un droit des gens2 et les ,iroquois mmes1 qui mangent leurs prisonniers1 en ont un4 ,ils envoient et reoivent des ambassades1 ils connaissent des droits de la guerre et de la paix3 le mal est que ce droit des gens n'est pas fond sur les vrais principes4 ,outre le droit des gens qui regarde toutes les socits1 il y a un droit politique pour chacune4 ,une socit ne saurait subsister sans un gouvernement4 ,la runion de toutes les forces particulires1 dit trs bien ,gravina,c#ag1 forme ce qu'on appelle l',,tat ,,politique4 ,la force gnrale peut tre place entre les mains d'un seul1 ou entre les mains de plusieurs4 ,quelques-uns ont pens que1 la nature ayant tabli le pouvoir paternel,c#ah1 le gouvernement d'un seul tait le plus conforme la nature4 ,mais l'exemple du pouvoir paternel ne prouve rien4 ,car si le pouvoir du pre a du rapport au gouvernement d'un seul1 aprs la mort du pre le pouvoir des frres1 ou aprs la mort des frres celui des cousins germains1 ont du rapport au gouvernement de plusieurs4 ,la puissance politique comprend ncessairement l'union de plusieurs familles4 ,il vaut mieux dire que le gouvernement le plus conforme la nature,c#ai est celui dont la disposition particulire se rapporte mieux la disposition du peuple pour lequel il est tabli4 ,les forces particulires ne peuvent se runir sans que toutes les volonts se runissent4 ,la runion de ces volonts1 dit encore trs bien ,gravina1 est ce qu'on appelle l',,tat ,,civil4 ,la loi1 en gnral1 est la raison humaine,c#bj1 en tant qu'elle gouverne tous les peuples de la terre2 et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent tre que les cas particuliers o s'applique cette raison humaine4 ,elles doivent tre tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites1 que c'est un trs grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir une autre4 ,il faut qu'elles se rapportent la nature et au principe du gouvernement qui est tabli ou qu'on veut tablir1 soit qu'elles le forment comme font les lois politiques1 soit qu'elles le maintiennent1 comme font les lois civiles4 ,elles doivent tre relatives au physique du pays2 au climat glac1 brlant ou tempr2 la qualit du terrain1 sa situation1 sa grandeur2 au genre de vie des peuples1 laboureurs1 chasseurs ou pasteurs4 ,elles doivent se rapporter au degr de libert que la constitution peut souffrir2 la religion des habitants1 leurs inclinations1 leurs richesses1 leur nombre1 leur commerce1 leurs moeurs1 leurs manires4 ,enfin elles ont des rapports entre elles2 elles en ont avec leur origine1 avec l'objet du lgislateur1 avec l'ordre des choses sur lesquelles elles sont tablies4 ,c'est dans toutes ces vues qu'il faut les considrer4 ,c'est ce que j'entreprends de faire dans cet ouvrage4 ,j'examinerai tous ces rapports3 ils forment tous ensemble ce que l'on appelle l',,esprit ,,des ,,lois,c#ba4 ,je n'ai point spar les lois politiques des civiles3 car1 comme je ne traite point des lois1 mais de l'esprit des lois1 et que cet esprit consiste dans les divers rapports que les lois peuvent avoir avec diverses choses1 j'ai d moins suivre l'ordre naturel des lois que celui de ces rapports et de ces choses4 ,j'examinerai d'abord les rapports que les lois ont avec la nature et avec le principe de chaque gouvernement2 et comme ce principe a sur les lois une suprme influence1 je m'attacherai le bien connatre2 et si je puis une fois l'tablir1 on en verra couler les lois comme de leur source4 ,je passerai ensuite aux autres rapports1 qui semblent tre plus particuliers4 ,,livre ,,deuxi,,me ,,des ,,lois ,,qui ,d,,rivent ,,directement ,,de ,,la ,,nature ,,du ,,gouvernement4 ,,chapitre ,,premier ,de la nature des trois divers gouvernements4 ,il y a trois espces de gouvernements,c#bb3 le ,r,,publicain1 le ,,monarchique et le ,,despotique4 ,pour en dcouvrir la nature1 il suffit de l'ide qu'en ont les hommes les moins instruits4 ,je suppose trois dfinitions1 ou plutt trois faits3 l'un1 que le gouvernement rpublicain est celui o le peuple en corps1 ou seulement une partie du peuple1 a la souveraine puissance2 le monarchique1 celui o un seul gouverne1 mais par des lois fixes et tablies2 au lieu que1 dans le despotique1 un seul sans loi et sans rgle entrane tout par sa volont et par ses caprices4 ,voil ce que j'appelle la nature,c#bc de chaque gouvernement4 ,il faut voir quelles sont les lois qui suivent directement de cette nature1 et qui par consquent sont les premires lois fondamentales4 ,,chapitre ,,ii ,du gouvernement rpublicain1 et des lois relatives la dmocratie4 ,lorsque1 dans la rpublique1 le peuple en corps a la souveraine puissance1 c'est une dmocratie,c#bd4 ,lorsque la souveraine puissance est entre les mains d'une partie du peuple1 cela s'appelle une aristocratie4 ,le peuple1 dans la dmocratie1 est certains gards le monarque2 certains autres1 il est le sujet,c#be4 ,il ne peut tre monarque que par ses suffrages1 qui sont ses volonts4 ,la volont du souverain est le souverain lui-mme,c#bf4 ,les lois qui tablissent le droit de suffrage sont donc fondamentales dans ce gouvernement4 ,en effet1 il est aussi important d'y rgler comment1 par qui1 qui1 sur quoi1 les suffrages doivent tre donns1 qu'il l'est dans une monarchie de savoir quel est le monarque et de quelle manire il doit gouverner4 ,libanius,m#g dit qu' ,athnes un tranger qui se mlait dans l'assemble du peuple tait puni de mort4 ,c'est qu'un tel homme usurpait le droit de souverainet,m#h4 ,m#g ,dclamations ,,xvii et ,,xviii4 ,m#h ,libanius donne lui-mme la raison de cette loi4 ,c'tait1 dit-il1 pour empcher que les secrets de la rpublique ne fussent divulgus4 ,il est essentiel de fixer le nombre des citoyens qui doivent former les assembles2 sans cela on pourrait ignorer si le peuple a parl1 ou seulement une partie du peuple4 ,a ,lacdmone1 il fallait dix mille citoyens4 ,a ,rome1 ne dans la petitesse pour aller la grandeur2 ,rome1 faite pour prouver toutes les vicissitudes de la fortune2 ,rome1 qui avait tantt presque tous ses citoyens hors de ses murailles1 tantt toute l',italie et une partie de la terre dans ses murailles1 on n'avait point fix ce nombre,m#i2 et ce fut une des plus grandes causes de sa ruine4 ,m#i ,voyez les ,considrations sur les causes de la grandeur des ,romains et de leur dcadence1 chap4 ,,ix4 ,le peuple qui a la souveraine puissance doit faire par lui-mme tout ce qu'il peut bien faire2 et ce qu'il ne peut pas bien faire1 il faut qu'il le fasse par ses ministres4 ,ses ministres ne sont point lui s'il ne les nomme3 c'est donc une maxime fondamentale de ce gouvernement1 que le peuple nomme ses ministres1 c'est--dire ses magistrats4 ,il a besoin1 comme les monarques1 et mme plus qu'eux1 d'tre conduit par un conseil ou snat4 ,mais1 pour qu'il y ait confiance1 il faut qu'il en lise les membres3 soit qu'il les choisisse lui-mme1 comme ,athnes2 ou par quelque magistrat qu'il a tabli pour les lire1 comme cela se pratiquait ,rome dans quelques occasions4 ,le peuple est admirable,c#bg pour choisir ceux qui il doit confier quelque partie de son autorit4 ,il n'a se dterminer que par des choses qu'il ne peut ignorer1 et des faits qui tombent sous les sens4 ,il sait trs bien qu'un homme a t souvent la guerre1 qu'il y a eu tels ou tels succs3 il est donc trs capable d'lire un gnral4 ,il sait qu'un juge est assidu1 que beaucoup de gens se retirent de son tribunal contents de lui1 qu'on ne l'a pas convaincu de corruption3 en voil assez pour qu'il lise un prteur4 ,il a t frapp de la magnificence ou des richesses d'un citoyen3 cela suffit pour qu'il puisse choisir un dile4 ,toutes ces choses sont des faits dont il s'instruit mieux dans la place publique qu'un monarque dans son palais4 ,mais saura-t-il conduire une affaire1 connatre les lieux1 les occasions1 les moments1 en profiter8 ,non1 il ne le saura pas4 ,si l'on pouvait douter de la capacit naturelle qu'a le peuple pour discerner le mrite1 il n'y aurait qu' jeter les yeux sur cette suite continuelle de choix tonnants que firent les ,athniens et les ,romains3 ce qu'on n'attribuera pas sans doute au hasard4 ,on sait qu' ,rome1 quoique le peuple se ft donn le droit d'lever aux charges les plbiens1 il ne pouvait se rsoudre les lire2 et quoiqu' ,athnes on pt1 par la loi d',aristide1 tirer les magistrats de toutes les classes1 il n'arriva jamais1 dit ,xnophon,m#aj1 que le bas peuple demandt celles qui pouvaient intresser son salut ou sa gloire4 ,m#aj ,pages #fia et #fib1 dition de ,wechelius1 de l'an #aeif4 ,comme la plupart des citoyens1 qui ont assez de suffisance pour lire1 n'en ont pas assez pour tre lus2 de mme le peuple1 qui a assez de capacit pour se faire rendre compte de la gestion des autres1 n'est pas propre grer par lui-mme4 ,il faut que les affaires aillent1 et qu'elles aillent un certain mouvement qui ne soit ni trop lent ni trop vite4 ,mais le peuple a toujours trop d'action1 ou trop peu4 ,quelquefois avec cent mille bras il renverse tout2 quelquefois avec cent mille pieds il ne va que comme les insectes4 ,dans l'tat populaire on divise le peuple en de certaines classes4 ,c'est dans la manire de faire cette division que les grands lgislateurs se sont signals2 et c'est de l qu'ont toujours dpendu la dure de la dmocratie et sa prosprit4 ,servius ,tullius,c#bh suivit1 dans la composition de ses classes1 l'esprit de l'aristocratie4 ,nous voyons1 dans ,tite-,live,m#aa et dans ,denys d',halicarnasse,m#ab1 comment il mit le droit de suffrage entre les mains des principaux citoyens4 ,il avait divis le peuple de ,rome en cent quatre-vingt-treize centuries1 qui formaient six classes4 ,et mettant les riches1 mais en plus petit nombre1 dans les premires centuries2 les moins riches1 mais en plus grand nombre1 dans les suivantes1 il jeta toute la foule des indigents dans la dernire3 et chaque centurie n'ayant qu'une voix,m#ac1 c'taient les moyens et les richesses qui donnaient le suffrage plutt que les personnes4 ,m#aa ,liv4 ,ier4 ,m#ab ,liv4 ,,iv1 art4 #ae et suiv4 ,m#ac ,voyez dans les ,considrations sur les causes de la grandeur des ,romains et de leur dcadence1 chap4 ,,ix1 comment cet esprit de ,servius ,tullius se conserva dans la rpublique4 ,solon divisa le peuple d',athnes en quatre classes4 ,conduit par l'esprit de la dmocratie1 il ne les fit pas pour fixer ceux qui devaient lire1 mais ceux qui pouvaient tre lus2 et1 laissant chaque citoyen le droit d'lection1 il voulut,m#ad que dans chacune de ces quatre classes on pt lire des juges3 mais que ce ne ft que dans les trois premires1 o taient les citoyens aiss1 qu'on pt prendre les magistrats4 ,m#ad ,,denys ,d',,halicarnasse1 loge d',isocrate1 p4 #ig1 t4 ,,ii1 dition de ,wechelius4--,,pollux1 liv4 ,,viii1 ch4 ,x1 art4 #acj4 ,comme la division de ceux qui ont droit de suffrage est1 dans la rpublique1 une loi fondamentale1 la manire de le donner est une autre loi fondamentale4 ,le suffrage par le sort est de la nature de la dmocratie,c#bi2 le suffrage par choix est de celle de l'aristocratie4 ,le sort est une faon d'lire qui n'afflige personne1 il laisse chaque citoyen une esprance raisonnable4 ,mais comme il est dfectueux par lui-mme1 c'est le rgler et le corriger que les grands lgislateurs se sont surpasss4 ,solon tablit ,athnes que l'on nommerait par choix tous les emplois militaires1 et que les snateurs et les juges seraient lus par le sort4 ,il voulut que l'on donnt par choix les magistratures civiles qui exigeaient une grande dpense1 et que les autres fussent donnes par le sort4 ,mais pour corriger le sort1 il rgla qu'on ne pourrait lire que dans le nombre de ceux qui se prsenteraient2 que celui qui aurait t lu serait examin par des juges,m#ae1 et que chacun pourrait l'accuser d'en tre indigne,m#af3 cela tenait en mme temps du sort et du choix4 ,quand on avait fini le temps de sa magistrature1 il fallait essuyer un autre jugement sur la manire dont on s'tait comport4 ,les gens sans capacit devaient avoir bien de la rpugnance donner leur nom pour tre tirs au sort4 ,m#ae ,voyez l'oraison de ,dmosthne1 de ,falsa ,legat1 et l'oraison contre ,timarque4 ,m#af ,on tirait mme pour chaque place deux billets3 l'un1 qui donnait la place2 l'autre1 qui nommait celui qui devait succder1 en cas que le premier ft rejet4 ,la loi qui fixe la manire de donner les billets de suffrage est encore une loi fondamentale dans la dmocratie4 ,c'est une grande question1 si les suffrages doivent tre publics ou secrets4 ,cicron,m#ag crit que les lois,m#ah qui les rendirent secrets dans les derniers temps de la rpublique romaine furent une des grandes causes de sa chute4 ,comme ceci se pratique diversement dans diffrentes rpubliques1 voici1 je crois1 ce qu'il en faut penser4 ,m#ag ,liv4 ,ier et ,,iii des ,lois4 ,m#ah ,elles s'appelaient lois tabulaires4 ,on donnait chaque citoyen deux tables3 la premire1 marque d'un ,a1 pour dire antiquo2 l'autre1 d'un ,u et d'un ,r1 uti rogas4 ,sans doute que lorsque le peuple donne ses suffrages1 ils doivent tre publics,m#ai2 et ceci doit tre regard comme une loi fondamentale de la dmocratie,c#cj4 ,il faut que le petit peuple soit clair par les principaux1 et contenu par la gravit de certains personnages4 ,ainsi1 dans la rpublique romaine1 en rendant les suffrages secrets1 on dtruisit tout2 il ne fut pas possible d'clairer une populace qui se perdait4 ,mais lorsque dans une aristocratie le corps des nobles donne les suffrages,m#bj1 ou dans une dmocratie le snat,m#ba1 comme il n'est l question que de prvenir les brigues1 les suffrages ne sauraient tre trop secrets4 ,m#ai ,athnes1 on levait les mains4 ,m#bj ,comme ,venise4 ,m#ba ,les trente tyrans d',athnes voulurent que les suffrages des aropagites fussent publics1 pour les diriger leur fantaisie4 7,,lysias1 ,orat4 contra ,agorat41 cap4 ,,viii47 ,la brigue est dangereuse dans un snat2 elle est dangereuse dans un corps de nobles3 elle ne l'est pas dans le peuple1 dont la nature est d'agir par passion4 ,dans les tats o il n'a point de part au gouvernement1 il s'chauffera pour un acteur comme il aurait fait pour les affaires4 ,le malheur d'une rpublique1 c'est lorsqu'il n'y a plus de brigues2 et cela arrive lorsqu'on a corrompu le peuple prix d'argent3 il devient de sang-froid1 il s'affectionne l'argent2 mais il ne s'affectionne plus aux affaires3 sans souci du gouvernement1 et de ce qu'on y propose1 il attend tranquillement son salaire4 ,c'est encore une loi fondamentale de la dmocratie1 que le peuple seul fasse des lois,c#ca4 ,il y a pourtant mille occasions o il est ncessaire que le snat puisse statuer2 il est mme souvent propos d'essayer une loi avant de l'tablir4 ,la constitution de ,rome et celle d',athnes taient trs sages4 ,les arrts du snat,m#bb avaient force de loi pendant un an3 ils ne devenaient perptuels que par la volont du peuple4 ,m#bb ,voy4 ,denys d',halicarnasse1 l4 ,,iv et ,,ix4 ,,chapitre ,,iii ,des lois relatives la nature de l'aristocratie4 ,dans l'aristocratie1 la souveraine puissance est entre les mains d'un certain nombre de personnes4 ,ce sont elles qui font les lois et qui les font excuter2 et le reste du peuple n'est tout au plus leur gard que comme dans une monarchie les sujets sont l'gard du monarque4 ,on n'y doit point donner le suffrage par sort2 on n'en aurait que les inconvnients4 ,en effet1 dans un gouvernement qui a dj tabli les distinctions les plus affligeantes1 quand on serait choisi par le sort on n'en serait pas moins odieux3 c'est le noble qu'on envie1 et non pas le magistrat4 ,lorsque les nobles sont en grand nombre1 il faut un snat qui rgle les affaires que le corps des nobles ne saurait dcider1 et qui prpare celles dont il dcide4 ,dans ce cas1 on peut dire que l'aristocratie est en quelque sorte dans le snat1 la dmocratie dans le corps des nobles1 et que le peuple n'est rien4 ,ce sera une chose trs heureuse dans l'aristocratie,c#cb1 si1 par quelque voie indirecte1 on fait sortir le peuple de son anantissement3 ainsi1 ,gnes1 la banque de ,saint-,george1 qui est administre en grande partie par les principaux du peuple1 donne celui-ci une certaine influence dans le gouvernement1 qui en fait toute la prosprit,m#bc4 ,m#bc ,voy4 ,m4 ,addison1 ,voyages d',italie1 p4 #af4 ,les snateurs ne doivent point avoir le droit de remplacer ceux qui manquent dans le snat3 rien ne serait plus capable de perptuer les abus4 ,a ,rome1 qui fut dans les premiers temps une espce d'aristocratie1 le snat ne se supplait pas lui-mme3 les snateurs nouveaux taient nomms,m#bd par les censeurs4 ,m#bd ,ils le furent d'abord par les consuls4 ,une autorit exorbitante donne tout coup un citoyen dans une rpublique forme une monarchie1 ou plus qu'une monarchie4 ,dans celle-ci les lois ont pourvu la constitution1 ou s'y sont accommodes3 le principe du gouvernement arrte le monarque2 mais1 dans une rpublique o un citoyen se fait donner,m#be un pouvoir exorbitant1 l'abus de ce pouvoir est plus grand1 parce que les lois1 qui ne l'ont point prvu1 n'ont rien fait pour l'arrter4 ,m#be ,c'est ce qui renversa la rpublique romaine4 ,voyez les ,considrations sur les causes de la grandeur des ,romains et de leur dcadence4 ,l'exception cette rgle est lorsque la constitution de l'tat est telle qu'il a besoin d'une magistrature qui ait un pouvoir exorbitant4 ,telle tait ,rome avec ses dictateurs,c#cc2 telle est ,venise avec ses inquisiteurs d'tat3 ce sont des magistratures terribles qui ramnent violemment l'tat la libert4 ,mais d'o vient que ces magistratures se trouvent si diffrentes dans ces deux rpubliques8 ,c'est que ,rome dfendait les restes de son aristocratie contre le peuple2 au lieu que ,venise se sert de ses inquisiteurs d'tat pour maintenir son aristocratie contre les nobles4 ,de l il suivait qu' ,rome la dictature ne devait durer que peu de temps1 parce que le peuple agit par sa fougue1 et non pas par ses desseins4 ,il fallait que cette magistrature s'exert avec clat1 parce qu'il s'agissait d'intimider le peuple1 et non pas de le punir2 que le dictateur ne ft cr que pour une seule affaire1 et n'et une autorit sans bornes qu' raison de cette affaire1 parce qu'il tait toujours cr pour un cas imprvu4 ,a ,venise1 au contraire1 il faut une magistrature permanente3 c'est l que les desseins peuvent tre commencs1 suivis1 suspendus1 repris2 que l'ambition d'un seul devient celle d'une famille1 et l'ambition d'une famille celles de plusieurs4 ,on a besoin d'une magistrature cache1 parce que les crimes qu'elle punit1 toujours profonds1 se forment dans le secret et dans le silence4 ,cette magistrature doit avoir une inquisition gnrale1 parce qu'elle n'a pas arrter les maux que l'on connat1 mais prvenir mme ceux qu'on ne connat pas4 ,enfin cette dernire est tablie pour venger les crimes qu'elle souponne2 et la premire employait plus les menaces que les punitions pour les crimes1 mme avous par leurs auteurs4 ,dans toute magistrature il faut compenser la grandeur de la puissance par la brivet de sa dure4 ,un an est le temps que la plupart des lgislateurs ont fix3 un temps plus long serait dangereux1 un plus court serait contre la nature de la chose4 ,qui est-ce qui voudrait gouverner ainsi ses affaires domestiques8 ,a ,raguse,m#bf1 le chef de la rpublique change tous les mois2 les autres officiers1 toutes les semaines2 le gouverneur du chteau1 tous les jours4 ,ceci ne peut avoir lieu que dans une petite rpublique,m#bg environne de puissances formidables qui corrompent aisment de petits magistrats4 ,m#bf ,voyages de ,tournefort4 ,m#bg ,a ,lucques1 les magistrats ne sont tablis que pour deux mois4 ,la meilleure aristocratie est celle o la partie du peuple qui n'a point de part la puissance est si petite et si pauvre que la partie dominante n'a aucun intrt l'opprimer4 ,ainsi1 quand ,antipater,m#bh tablit ,athnes que ceux qui n'auraient pas deux mille drachmes seraient exclus du droit de suffrage1 il forma la meilleure aristocratie qui ft possible2 parce que ce cens tait si petit1 qu'il n'excluait que peu de gens1 et personne qui et quelque considration dans la cit4 ,m#bh ,,diodore1 liv4 ,,xviii1 p4 #fia1 dition de ,rhodoman4 ,les familles aristocratiques doivent donc tre peuple autant qu'il est possible4 ,plus une aristocratie approchera de la dmocratie1 plus elle sera parfaite,c#cd1 et elle le deviendra moins mesure qu'elle approchera de la monarchie4 ,la plus imparfaite de toutes est celles o la partie du peuple qui obit est dans l'esclavage civil de celle qui commande1 comme l'aristocratie de ,pologne1 o les paysans sont esclaves de la noblesse4 ,,chapitre ,,iv ,des lois dans leur rapport avec la nature du gouvernement monarchique4 ,les pouvoirs intermdiaires1 subordonns et dpendants constituent la nature du gouvernement monarchique,c#ce1 c'est--dire de celui o un seul gouverne par des lois fondamentales4 ,j'ai dit les pouvoirs intermdiaires1 subordonns et dpendants3 en effet1 dans la monarchie1 le prince est la source de tout pouvoir politique et civil4 ,ces lois fondamentales supposent ncessairement des canaux moyens par o coule la puissance3 car1 s'il n'y a dans l'tat que la volont momentane et capricieuse d'un seul1 rien ne peut tre fixe1 et par consquent aucune loi fondamentale4 ,le pouvoir intermdiaire subordonn le plus naturel est celui de la noblesse4 ,elle entre1 en quelque faon1 dans l'essence de la monarchie1 dont la maxime fondamentale est3 ,point de monarque1 point de noblesse2 point de noblesse1 point de monarque,c#cf4 ,mais on a un despote4 ,il y a des gens qui avaient imagin1 dans quelques tats en ,europe1 d'abolir toutes les justices des seigneurs4 ,ils ne voyaient pas qu'ils voulaient faire ce que le parlement d',angleterre a fait4 ,abolissez dans une monarchie les prrogatives des seigneurs1 du clerg1 de la noblesse et des villes1 vous aurez bientt un tat populaire1 ou bien un tat despotique,c#cg4 ,les tribunaux d'un grand tat en ,europe frappent sans cesse1 depuis plusieurs sicles1 sur la juridiction patrimoniale des seigneurs et sur l'ecclsiastique4 ,nous ne voulons pas censurer des magistrats si sages2 mais nous laissons dcider jusqu' quel point la constitution en peut tre change4 ,je ne suis point entt des privilges des ecclsiastiques2 mais je voudrais qu'on fixt bien une fois leur juridiction4 ,il n'est point question de savoir si on a eu raison de l'tablir1 mais si elle est tablie1 si elle fait une partie des lois du pays1 et si elle y est partout relative2 si1 entre deux pouvoirs que l'on reconnat indpendants1 les conditions ne doivent pas tre rciproques2 et s'il n'est pas gal un bon sujet de dfendre la justice du prince1 ou les limites qu'elle s'est de tout temps prescrites4 ,autant que le pouvoir du clerg est dangereux dans une rpublique1 autant est-il convenable dans une monarchie1 surtout dans celles qui vont au despotisme4 ,o en seraient l',espagne et le ,portugal depuis la perte de leurs lois1 sans ce pouvoir qui arrte seul la puissance arbitraire8 ,barrire toujours bonne lorsqu'il n'y en a point d'autre3 car1 comme le despotisme cause la nature humaine des maux effroyables1 le mal mme qui le limite est un bien4 ,comme la mer,c#ch1 qui semble vouloir couvrir toute la terre1 est arrte par les herbes et les moindres graviers qui se trouvent sur le rivage2 ainsi les monarques1 dont le pouvoir parat sans bornes1 s'arrtent par les plus petits obstacles1 et soumettent leur fiert naturelle la plainte et la prire4 ,les ,anglais1 pour favoriser la libert1 ont t toutes les puissances intermdiaires,c#ci qui formaient leur monarchie,m#bi4 ,ils ont bien raison de conserver leur libert2 s'ils venaient la perdre1 ils seraient un des peuples les plus esclaves de la terre4 ,m#bi ,au contraire1 les ,anglais ont rendu plus lgal le pouvoir des seigneurs spirituels et temporels1 et ont augment celui des communes4 7,,volt47 ,m4 ,law1 par une ignorance gale de la constitution rpublicaine et de la monarchique1 fut un des plus grands promoteurs du despotisme que l'on et encore vus en ,europe4 ,outre les changements qu'il fit1 si brusques1 si inusits1 si inous1 il voulait ter les rangs intermdiaires1 et anantir les corps politiques3 il dissolvait,m#cj la monarchie par ses chimriques remboursements1 et semblait vouloir racheter la constitution mme4 ,m#cj ,ferdinand1 roi d',aragon1 se fit grand matre des ordres2 et cela seul altra la constitution4 ,il ne suffit pas qu'il y ait dans une monarchie des rangs intermdiaires2 il faut encore un dpt de lois,c#dj4 ,ce dpt ne peut tre que dans les corps politiques1 qui annoncent les lois lorsqu'elles sont faites1 et les rappellent lorsqu'on les oublie4 ,l'ignorance naturelle la noblesse1 son inattention1 son mpris pour le gouvernement civil1 exigent qu'il y ait un corps qui fasse sans cesse sortir les lois de la poussire o elles seraient ensevelies4 ,le conseil du prince n'est pas un dpt convenable4 ,il est1 par sa nature1 le dpt de la volont momentane du prince qui excute1 et non pas le dpt des lois fondamentales4 ,de plus1 le conseil du monarque change sans cesse2 il n'est point permanent2 il ne saurait tre nombreux2 il n'a point un assez haut degr la confiance du peuple3 il n'est donc pas en tat de l'clairer dans les temps difficiles1 ni de le ramener l'obissance4 ,dans les tats despotiques1 o il n'y a point de lois fondamentales1 il n'y a pas non plus de dpt de lois4 ,de l vient que1 dans ces pays1 la religion a ordinairement tant de force3 c'est qu'elle forme une espce de dpt et de permanence2 et1 si ce n'est pas la religion1 ce sont les coutumes qu'on y vnre1 au lieu des lois4 ,,chapitre ,v ,des lois relatives la nature de l'tat despotique,c#da4 ,il rsulte de la nature du pouvoir despotique que l'homme seul qui l'exerce le fasse de mme exercer par un seul4 ,un homme qui ses cinq sens disent sans cesse qu'il est tout1 et que les autres ne sont rien1 est naturellement paresseux1 ignorant1 voluptueux4 ,il abandonne donc les affaires4 ,mais1 s'il les confiait plusieurs1 il y aurait des disputes entre eux1 on ferait des brigues pour tre le premier esclave1 le prince serait oblig de rentrer dans l'administration4 ,il est donc plus simple qu'il l'abandonne un vizir,m#ca1 qui aura d'abord la mme puissance que lui4 ,l'tablissement d'un vizir est1 dans cet tat1 une loi fondamentale4 ,m#ca ,les rois d',orient ont toujours des vizirs1 dit ,m4 ,chardin4 ,on dit qu'un pape1 son lection1 pntr de son incapacit1 fit d'abord des difficults infinies4 ,il accepta enfin1 et livra son neveu toutes les affaires4 ,il tait dans l'admiration1 et disait3 ,je n'aurais jamais cru que cela et t si ais4 ,il en est de mme des princes d',orient4 ,lorsque1 de cette prison o des eunuques leur ont affaibli le coeur et l'esprit1 et souvent leur ont laiss ignorer leur tat mme1 on les tire pour les placer sur le trne1 ils sont d'abord tonns2 mais1 quand ils ont fait un vizir1 et que1 dans leur srail1 ils se sont livrs aux passions les plus brutales2 lorsqu'au milieu d'une cour abattue ils ont suivi leurs caprices les plus stupides1 ils n'auraient jamais cru que cela et t si ais4 ,plus l'empire est tendu1 plus le srail s'agrandit2 et plus1 par consquent1 le prince est enivr de plaisirs4 ,ainsi1 dans ces tats1 plus le prince a de peuples gouverner1 moins il pense au gouvernement2 plus les affaires y sont grandes1 et moins on y dlibre sur les affaires4 ,,livre ,,troisi,,me ,,des ,,principes ,,des ,,trois ,,gouvernements4 ,,chapitre ,,premier ,diffrence de la nature du gouvernement et de son principe4 ,aprs avoir examin quelles sont les lois relatives la nature de chaque gouvernement1 il faut voir celles qui le sont son principe,c#db4 ,il y a cette diffrence,m#cb entre la nature du gouvernement et son principe1 que sa nature est ce qui le fait tre tel2 et son principe1 ce qui le fait agir4 ,l'une est sa structure particulire1 et l'autre les passions humaines qui le font mouvoir4 ,m#cb ,cette distinction est trs importante1 et j'en tirerai bien des consquences3 elle est la clef d'une infinit de lois4 ,or1 les lois ne doivent pas tre moins relatives au principe de chaque gouvernement qu' sa nature4 ,il faut donc chercher quel est ce principe4 ,c'est ce que je vais faire dans ce livre-ci4 ,,chapitre ,,ii ,du principe des divers gouvernements4 ,j'ai dit que la nature du gouvernement rpublicain est que le peuple en corps1 ou de certaines familles y aient la puissance2 celle du gouvernement monarchique1 que le prince y ait la souveraine puissance1 mais qu'il l'exerce selon des lois tablies2 celle du gouvernement despotique1 qu'un seul y gouverne selon ses volonts et ses caprices4 ,il ne m'en faut pas davantage pour trouver leurs trois principes2 ils en drivent naturellement4 ,je commencerai par le gouvernement rpublicain1 et je parlerai d'abord du dmocratique4 ,,chapitre ,,iii ,du principe de la dmocratie4 ,il ne faut pas beaucoup de probit,c#dc pour qu'un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintiennent ou se soutiennent4 ,la force des lois dans l'un1 le bras du prince toujours lev dans l'autre1 rglent ou contiennent tout4 ,mais1 dans un tat populaire1 il faut un ressort de plus1 qui est la vertu,c#dd4 ,ce que je dis est confirm par le corps entier de l'histoire et est trs conforme la nature des choses4 ,car il est clair que1 dans une monarchie1 o celui qui fait excuter les lois se juge au-dessus des lois1 on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire1 o celui qui fait excuter les lois sent qu'il y est soumis lui-mme1 et qu'il en portera le poids4 ,il est clair encore que le monarque qui1 par mauvais conseil ou par ngligence1 cesse de faire excuter les lois1 peut aisment rparer le mal3 il n'a qu' changer de conseil1 ou se corriger de cette ngligence mme4 ,mais lorsque dans un gouvernement populaire les lois ont cess d'tre excutes1 comme cela ne peut venir que de la corruption de la rpublique1 l'tat est dj perdu4 ,ce fut un assez beau spectacle1 dans le sicle pass1 de voir les efforts impuissants des ,anglais pour tablir parmi eux la dmocratie4 ,comme ceux qui avaient part aux affaires n'avaient point de vertu1 que leur ambition tait irrite par le succs de celui qui avait le plus os,m#cc1 que l'esprit d'une faction n'tait rprim que par l'esprit d'une autre1 le gouvernement changeait sans cesse3 le peuple1 tonn1 cherchait la dmocratie1 et ne la trouvait nulle part4 ,enfin1 aprs bien des mouvements1 des chocs et des secousses1 il fallut se reposer dans le gouvernement mme qu'on avait proscrit4 ,m#cc ,cromwell4 ,quand ,sylla voulut rendre ,rome la libert1 elle ne put plus la recevoir3 elle n'avait plus qu'un faible reste de vertu2 et1 comme elle en eut toujours moins1 au lieu de se rveiller aprs ,csar1 ,tibre1 ,caus1 ,claude1 ,nron1 ,domitien1 elle fut toujours plus esclave2 tous les coups portrent sur les tyrans1 aucun sur la tyrannie4 ,les politiques grecs,c#de qui vivaient dans le gouvernement populaire ne reconnaissaient d'autre force qui pt le soutenir que celle de la vertu4 ,ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures1 de commerce1 de finances1 de richesses1 et de luxe mme4 ,lorsque cette vertu cesse1 l'ambition entre dans les coeurs qui peuvent la recevoir1 et l'avarice entre dans tous4 ,les dsirs changent d'objets3 ce qu'on aimait1 on ne l'aime plus2 on tait libre avec les lois1 on veut tre libre contre elles2 chaque citoyen est comme un esclave chapp de la maison de son matre2 ce qui tait maxime1 on l'appelle rigueur2 ce qui tait rgle1 on l'appelle gne2 ce qui tait attention1 on l'appelle crainte4 ,c'est la frugalit qui y est l'avarice1 et non pas le dsir d'avoir4 ,autrefois le bien des particuliers faisait le trsor public2 mais pour lors le trsor public devient le patrimoine des particuliers4 ,la rpublique est une dpouille2 et sa force n'est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous,c#df4 ,athnes eut dans son sein les mmes forces pendant qu'elle domina avec tant de gloire1 et pendant qu'elle servit avec tant de honte4 ,elle avait vingt mille citoyens,m#cd lorsqu'elle dfendit les ,grecs contre les ,perses1 qu'elle disputa l'empire ,lacdmone et qu'elle attaqua la ,sicile4 ,elle en avait vingt mille lorsque ,dmtrius de ,phalre les dnombra,m#ce comme dans un march l'on compte les esclaves4 ,quand ,philippe osa dominer dans la ,grce1 quand il parut aux portes d',athnes,m#cf1 elle n'avait encore perdu que le temps4 ,on peut voir dans ,dmosthne quelle peine il fallut pour la rveiller3 on y craignait ,philippe1 non pas comme l'ennemi de la libert1 mais des plaisirs,m#cg4 ,cette ville1 qui avait rsist tant de dfaites1 qu'on avait vue renatre aprs ses destructions1 fut vaincue ,chrone1 et le fut pour toujours4 ,qu'importe que ,philippe renvoie tous ses prisonniers8 il ne renvoie pas des hommes4 ,il tait toujours aussi ais de triompher des forces d',athnes qu'il tait difficile de triompher de sa vertu4 ,m#cd ,,plutarque1 ,pricls4--,,platon1 ,critias4 ,m#ce ,il s'y trouva vingt et un mille citoyens1 dix mille trangers1 quatre cent mille esclaves4 ,voyez ,athne1 liv4 ,,vi4 ,m#cf ,elle avait vingt mille citoyens4 ,voyez ,dmosthne1 in ,aristog4 ,m#cg ,ils avaient fait une loi pour punir de mort celui qui proposerait de convertir aux usages de la guerre l'argent destin pour les thtres4 ,comment ,carthage aurait-elle pu se soutenir8 ,lorsque ,annibal1 devenu prteur1 voulut empcher les magistrats de piller la rpublique1 n'allrent-ils pas l'accuser devant les ,romains8 ,malheureux1 qui voulaient tre citoyens sans qu'il y et de cit1 et tenir leurs richesses de la main de leurs destructeurs6 ,bientt ,rome leur demanda pour otages trois cents de leurs principaux citoyens2 elle se fit livrer les armes et les vaisseaux1 et ensuite leur dclara la guerre4 ,par les choses que fit le dsespoir dans ,carthage dsarme,m#ch1 on peut juger de ce qu'elle aurait pu faire avec sa vertu lorsqu'elle avait ses forces4 ,m#ch ,cette guerre dura trois ans4 ,,chapitre ,,iv ,du principe de l'aristocratie4 ,comme il faut de la vertu dans le gouvernement populaire1 il en faut aussi dans l'aristocratique4 ,il est vrai qu'elle n'y est pas si absolument requise4 ,le peuple1 qui est l'gard des nobles ce que les sujets sont l'gard du monarque1 est contenu par leurs lois4 ,il a donc moins besoin de vertu que le peuple de la dmocratie4 ,mais comment les nobles seront-ils contenus8 ,ceux qui doivent faire excuter les lois contre leurs collgues sentiront d'abord qu'ils agissent contre eux-mmes4 ,il faut donc de la vertu dans ce corps1 par la nature de la constitution4 ,le gouvernement aristocratique a par lui-mme une certaine force que la dmocratie n'a pas4 ,les nobles y forment un corps qui1 par sa prrogative et pour son intrt particulier1 rprime le peuple3 il suffit qu'il y ait des lois1 pour qu' cet gard elles soient excutes4 ,mais1 autant qu'il est ais ce corps de rprimer les autres1 autant est-il difficile qu'il se rprime lui-mme,m#ci4 ,telle est la nature de cette constitution1 qu'il semble qu'elle mette les mmes gens sous la puissance des lois1 et qu'elle les en retire4 ,m#ci ,les crimes publics y pourront tre punis1 parce que c'est l'affaire de tous2 les crimes particuliers n'y seront pas punis1 parce que l'affaire de tous est de ne les pas punir4 ,or1 un corps pareil ne peut se rprimer que de deux manires3 ou par une grande vertu1 qui fait que les nobles se trouvent en quelque faon gaux leur peuple1 ce qui peut former une grande rpublique2 ou par une vertu moindre1 qui est une certaine modration qui rend les nobles au moins gaux eux-mmes1 ce qui fait leur conservation4 ,la modration est donc l'me de ces gouvernements,c#dg4 ,j'entends celle qui est fonde sur la vertu1 non pas celle qui vient d'une lchet et d'une paresse de l'me4 ,,chapitre ,v ,que la vertu n'est point le principe du gouvernement monarchique4 ,dans les monarchies1 la politique fait faire les grandes choses avec le moins de vertu qu'elle peut2 comme1 dans les plus belles machines1 l'art emploie aussi peu de mouvements1 de forces et de roues qu'il est possible4 ,l'tat subsiste indpendamment de l'amour pour la patrie1 du dsir de la vraie gloire1 du renoncement soi-mme1 du sacrifice de ses plus chers intrts1 et de toutes ces vertus hroques que nous trouvons dans les anciens1 et dont nous avons seulement entendu parler4 ,les lois y tiennent la place de toutes ces vertus dont on n'a aucun besoin2 l'tat vous en dispense2 une action qui se fait sans bruit y est en quelque faon sans consquence4 ,quoique tous les crimes soient publics par leur nature1 on distingue pourtant les crimes vritablement publics d'avec les crimes privs1 ainsi appels parce qu'ils offensent plus un particulier que la socit entire4 ,or1 dans les rpubliques1 les crimes privs sont plus publics1 c'est--dire choquent plus la constitution de l'tat que les particuliers2 et1 dans les monarchies1 les crimes publics sont plus privs1 c'est--dire choquent plus les fortunes particulires que la constitution de l'tat mme4 ,je supplie qu'on ne s'offense pas de ce que j'ai dit3 je parle aprs toutes les histoires4 ,je sais trs bien qu'il n'est pas rare qu'il y ait des princes vertueux2 mais je dis que dans une monarchie il est trs difficile que le peuple le soit,m#dj4 ,m#dj ,je parle ici de la vertu publique1 qui est la vertu morale1 dans le sens qu'elle se dirige au bien gnral2 fort peu des vertus morales particulires1 et point du tout de cette vertu qui a du rapport aux vrits rvles4 ,on verra bien ceci au liv4 ,v1 ch4 ,,ii4 ,qu'on lise ce que les historiens de tous les temps ont dit sur la cour des monarques2 qu'on se rappelle les conversations des hommes de tous les pays sur le misrable caractre des courtisans3 ce ne sont point des choses de spculation1 mais d'une triste exprience4 ,l'ambition dans l'oisivet,c#dh1 la bassesse dans l'orgueil1 le dsir de s'enrichir sans travail1 l'aversion pour la vrit1 la flatterie1 la trahison1 la perfidie1 l'abandon de tous ses engagements1 le mpris des devoirs du citoyen1 la crainte de la vertu du prince1 l'esprance de ses faiblesses1 et1 plus que tout cela1 le ridicule perptuel jet sur la vertu1 forment1 je crois1 le caractre du plus grand nombre des courtisans1 marqu dans tous les lieux et dans tous les temps4 ,or1 il est trs malais que la plupart des principaux d'un tat soient gens de bien2 que ceux-l soient trompeurs1 et que ceux-ci consentent n'tre que dupes4 ,que si dans le peuple il se trouve quelque malheureux honnte homme,m#da1 le cardinal de ,richelieu1 dans son testament politique,c#di1 insinue qu'un monarque doit se garder de s'en servir,c#ej4 ,tant il est vrai que la vertu n'est pas le ressort de ce gouvernement4 ,certainement elle n'en est point exclue2 mais elle n'en est pas le ressort4 ,m#da ,entendez ceci dans le sens de la note prcdente4 ,,chapitre ,,vi ,comment on supple la vertu dans le gouvernement monarchique4 ,je me hte et je marche grands pas1 afin qu'on ne croie pas que je fasse une satire du gouvernement monarchique4 ,non3 s'il manque d'un ressort1 il en a un autre4 ,l'honneur1 c'est--dire le prjug de chaque personne et de chaque condition,c#ea1 prend la place de la vertu politique dont j'ai parl1 et la reprsente partout4 ,il y peut inspirer les plus belles actions2 il peut1 joint la force des lois1 conduire au but du gouvernement1 comme la vertu mme4 ,,chapitre ,,vii ,du principe de la monarchie4 ,ainsi dans les monarchies bien rgles1 tout le monde sera peu prs bon citoyen1 et on trouvera rarement quelqu'un qui soit homme de bien2 car1 pour tre homme de bien,m#db1 il faut avoir intention de l'tre1 et aimer l'tat moins pour soi que pour lui-mme4 ,m#db ,ce mot homme de bien ne s'entend ici que dans un sens politique4 ,le gouvernement monarchique suppose1 comme nous avons dit1 des prminences1 des rangs1 et mme une noblesse d'origine4 ,la nature de l'honneur est de demander des prfrences et des distinctions,c#eb3 il est donc1 par la chose mme1 plac dans ce gouvernement4 ,l'ambition est pernicieuse dans une rpublique3 elle a de bons effets dans la monarchie2 elle donne la vie ce gouvernement2 et on y a cet avantage qu'elle n'y est pas dangereuse1 parce qu'elle y peut tre sans cesse rprime4 ,vous diriez qu'il en est comme du systme de l'univers1 o il y a une force qui loigne sans cesse du centre tous les corps1 et une force de pesanteur qui les y ramne4 ,l'honneur fait mouvoir toutes les parties du corps politique1 il les lie par son action mme1 et il se trouve que chacun va au bien commun1 croyant aller ses intrts particuliers4 ,il est vrai que1 philosophiquement parlant1 c'est un honneur faux qui conduit toutes les parties de l'tat2 mais cet honneur faux est aussi utile au public que le vrai le serait aux particuliers qui pourraient l'avoir4 ,et n'est-ce pas beaucoup d'obliger les hommes faire toutes les actions difficiles et qui demandent de la force1 sans autre rcompense que le bruit de ces actions8 ,,chapitre ,,viii ,que l'honneur n'est point le principe des tats despotiques4 ,ce n'est point l'honneur qui est le principe des tats despotiques3 les hommes y tant tous gaux1 on n'y peut se prfrer aux autres2 les hommes y tant tous esclaves1 on n'y peut se prfrer rien4 ,de plus1 comme l'honneur a ses lois et ses rgles1 et qu'il ne saurait plier2 qu'il dpend bien de son propre caprice1 et non pas de celui d'un autre1 il ne peut se trouver que dans des tats o la constitution est fixe1 et qui ont des lois certaines4 ,comment serait-il souffert chez le despote8 ,il fait gloire de mpriser la vie1 et le despote n'a de force que parce qu'il peut l'ter4 ,comment pourrait-il souffrir le despote8 ,il a des rgles suivies et des caprices soutenus2 le despote n'a aucune rgle1 et ses caprices dtruisent tous les autres4 ,l'honneur1 inconnu aux tats despotiques1 o mme souvent on n'a pas de mot pour l'exprimer,m#dc1 rgne dans les monarchies2 il y donne la vie tout le corps politique1 aux lois et aux vertus mmes4 ,m#dc ,voyez ,perry1 page #ddg4 ,,chapitre ,,ix ,du principe du gouvernement despotique4 ,comme il faut de la vertu dans une rpublique1 et dans une monarchie de l'honneur1 il faut de la crainte dans un gouvernement despotique3 pour la vertu1 elle n'y est point ncessaire1 et l'honneur y serait dangereux4 ,le pouvoir immense du prince y passe tout entier ceux qui il le confie4 ,des gens capables de s'estimer beaucoup eux-mmes seraient en tat d'y faire des rvolutions4 ,il faut donc que la crainte y abatte tous les courages1 et y teigne jusqu'au moindre sentiment d'ambition4 ,un gouvernement modr peut1 tant qu'il veut1 et sans pril1 relcher ses ressorts3 il se maintient par ses lois et par sa force mme4 ,mais lorsque dans le gouvernement despotique le prince cesse un moment de lever le bras1 quand il ne peut pas anantir l'instant ceux qui ont les premires places,m#dd1 tout est perdu3 car le ressort du gouvernement qui est la crainte1 n'y tant plus1 le peuple n'a plus de protecteur4 ,m#dd ,comme il arrive souvent dans l'aristocratie militaire4 ,c'est apparemment dans ce sens que des cadis,m#de ont soutenu que le ,grand-,seigneur n'tait point oblig de tenir sa parole ou son serment1 lorsqu'il bornait par l son autorit,c#ec4 ,m#de ,,ricault1 de l',empire ,ottoman4 ,il faut que le peuple soit jug par les lois1 et les grands par la fantaisie du prince2 que la tte du dernier sujet soit en sret1 et celle des pachas toujours expose4 ,on ne peut parler sans frmir de ces gouvernements monstrueux4 ,le sophi de ,perse1 dtrn de nos jours par ,mirivis1 vit le gouvernement prir avant la conqute1 parce qu'il n'avait pas vers assez de sang,m#df4 ,m#df ,voyez l'histoire de cette rvolution1 par le ,p4 ,ducerceau4 ,l'histoire nous dit que les horribles cruauts de ,domitien effrayrent les gouverneurs au point que le peuple se rtablit un peu sous son rgne,m#dg4 ,c'est ainsi qu'un torrent qui ravage tout d'un ct laisse de l'autre des campagnes o l'oeil voit de loin quelques prairies4 ,m#dg ,son gouvernement tait militaire2 ce qui est une des espces du gouvernement despotique4 ,,chapitre ,x ,diffrence de l'obissance dans les gouvernements modrs et dans les gouvernements despotiques4 ,dans les tats despotiques la nature du gouvernement demande une obissance extrme3 et la volont du prince1 une fois connue1 doit avoir aussi infailliblement son effet qu'une boule jete contre une autre doit avoir le sien4 ,il n'y a point de temprament1 de modification1 d'accommodements1 de termes1 d'quivalents1 de pourparlers1 de remontrances1 rien d'gal ou de meilleur proposer4 ,l'homme est une crature qui obit une crature qui veut4 ,on n'y peut pas plus reprsenter ses craintes sur un vnement futur qu'excuser ses mauvais succs sur le caprice de la fortune4 ,le partage des hommes1 comme des btes1 y est l'instinct1 l'obissance1 le chtiment4 ,il ne sert de rien d'opposer les sentiments naturels1 le respect pour un pre1 la tendresse pour ses enfants et ses femmes1 les lois de l'honneur1 l'tat de sa sant3 on a reu l'ordre et cela suffit4 ,en ,perse1 lorsque le roi a condamn quelqu'un1 on ne peut plus lui en parler ni demander grce4 ,s'il tait ivre ou hors de sens1 il faudrait que l'arrt s'excutt tout de mme,m#dh3 sans cela il se contredirait1 et la loi ne peut se contredire4 ,cette manire de penser y a t de tout temps3 l'ordre que donna ,assurus d'exterminer les ,juifs ne pouvant tre rvoqu,m#di1 on prit le parti de leur donner la permission de se dfendre4 ,m#dh ,voyez ,chardin4 ,m#di ,cet ordre fut rvoqu par un nouvel dit1 rapport fort au long dans le livre d',esther1 et dont voici la principale disposition3 ,unde eas litteras1 quas sub nomine nostro ille 7,aman7 direxerat1 sciatis esse irritas4 7,ch4 ,,xvi1 vers4 #g47 ,il y a pourtant une chose que l'on peut quelquefois opposer la volont du prince,m#ej3 c'est la religion4 ,on abandonnera son pre1 on le tuera mme si le prince l'ordonne2 mais on ne boira pas de vin1 s'il le veut et s'il l'ordonne4 ,les lois de la religion sont d'un prcepte suprieur1 parce qu'elles sont donnes sur la tte du prince comme sur celle des sujets4 ,mais quant au droit naturel1 il n'en est pas de mme2 le prince est suppos n'tre plus un homme4 ,m#ej ,voyez ,chardin4 ,dans les tats monarchiques et modrs1 la puissance est borne par ce qui en est le ressort1 je veux dire l'honneur1 qui rgne comme un monarque sur le prince et sur le peuple4 ,on n'ira point lui allguer les lois de la religion1 un courtisan se croirait ridicule3 on lui allguera sans cesse celles de l'honneur4 ,de l rsultent des modifications ncessaires dans l'obissance2 l'honneur est naturellement sujet des bizarreries1 et l'obissance les suivra toutes4 ,quoique la manire d'obir soit diffrente dans ces deux gouvernements1 le pouvoir est pourtant le mme4 ,de quelque ct que le monarque se tourne1 il emporte et prcipite la balance1 et est obi4 ,toute la diffrence est que,c#ed1 dans la monarchie1 le prince a des lumires1 et que les ministres y sont infiniment plus habiles et plus rompus aux affaires que dans l'tat despotique4 ,,chapitre ,,xi ,rflexion sur tout ceci4 ,tels sont les principes des trois gouvernements3 ce qui ne signifie pas que dans une certaine rpublique on soit vertueux1 mais qu'on devrait l'tre4 ,cela ne prouve pas non plus que dans une certaine monarchie on ait de l'honneur1 et que dans un tat despotique particulier on ait de la crainte1 mais qu'il faudrait en avoir3 sans quoi le gouvernement sera imparfait,c#ee4 ,,livre ,,quatri,,me ,,les ,,lois ,,de ,l',,ducation ,,doivent ,,tre ,,relatives ,,aux ,,principes ,,du ,,gouvernement4 ,,chapitre ,,premier ,des lois de l'ducation4 ,les lois de l'ducation sont les premires que nous recevons4 ,et comme elles nous prparent tre citoyens1 chaque famille particulire doit tre gouverne sur le plan de la grande famille qui les comprend toutes4 ,si le peuple en gnral a un principe1 les parties qui le composent1 c'est--dire les familles1 l'auront aussi4 ,les lois de l'ducation seront donc diffrentes dans chaque espce de gouvernement,c#ef3 dans les monarchies1 elles auront pour objet l'honneur2 dans les rpubliques1 la vertu,c#eg2 dans le despotisme1 la crainte4 ,,chapitre ,,ii ,de l'ducation dans les monarchies4 ,ce n'est point dans les maisons publiques o l'on instruit l'enfance que l'on reoit dans les monarchies la principale ducation2 c'est lorsque l'on entre dans le monde que l'ducation1 en quelque faon1 commence,c#eh4 ,l est l'cole de ce que l'on appelle honneur1 ce matre universel qui doit partout nous conduire4 ,c'est l que l'on voit et que l'on entend toujours dire trois choses3 ,qu'il faut mettre dans les vertus une certaine noblesse2 dans les moeurs1 une certaine franchise2 dans les manires1 une certaine politesse4 ,les vertus qu'on nous y montre sont toujours moins ce que l'on doit aux autres que ce que l'on se doit soi-mme3 elles ne sont pas tant ce qui nous appelle vers nos concitoyens que ce qui nous en distingue4 ,on n'y juge pas les actions des hommes comme bonnes1 mais comme belles,c#ei2 comme justes1 mais comme grandes2 comme raisonnables1 mais comme extraordinaires4 ,ds que l'honneur y peut trouver quelque chose de noble1 il est ou le juge qui les rend lgitimes1 ou le sophiste qui les justifie4 ,il permet la galanterie lorsqu'elle est unie l'ide des sentiments du coeur1 ou l'ide de conqute2 et c'est la vraie raison pour laquelle les moeurs ne sont jamais si pures dans les monarchies que dans les gouvernements rpublicains4 ,il permet la ruse lorsqu'elle est jointe l'ide de la grandeur de l'esprit ou de la grandeur des affaires1 comme dans la politique1 dont les finesses ne l'offensent pas4 ,il ne dfend l'adulation que lorsqu'elle est spare de l'ide d'une grande fortune1 et n'est jointe qu'au sentiment de sa propre bassesse4 ,a l'gard des moeurs1 j'ai dit que l'ducation des monarchies doit y mettre une certaine franchise4 ,on y veut donc de la vrit dans les discours4 ,mais est-ce par amour pour elle8 point du tout4 ,on la veut1 parce qu'un homme qui est accoutum la dire parat tre hardi et libre4 ,en effet1 un tel homme semble ne dpendre que des choses1 et non pas de la manire dont un autre les reoit4 ,c'est ce qui fait qu'autant qu'on y recommande cette espce de franchise1 autant on y mprise celle du peuple1 qui n'a que la vrit et la simplicit pour objet4 ,enfin1 l'ducation dans les monarchies exige dans les manires une certaine politesse4 ,les hommes1 ns pour vivre ensemble1 sont ns aussi pour se plaire2 et celui qui n'observerait pas les biensances1 choquant tous ceux avec qui il vivrait1 se dcrditerait au point qu'il deviendrait incapable de faire aucun bien4 ,mais ce n'est pas d'une source si pure que la politesse a coutume de tirer son origine4 ,elle nat de l'envie de se distinguer4 ,c'est par orgueil que nous sommes polis3 nous nous sentons flatts d'avoir des manires qui prouvent que nous ne sommes pas dans la bassesse1 et que nous n'avons pas vcu avec cette sorte de gens que l'on a abandonns dans tous les ges4 ,dans les monarchies,c#fj1 la politesse est naturalise la cour4 ,un homme excessivement grand rend tous les autres petits4 ,de l les gards que l'on doit tout le monde2 de l nat la politesse1 qui flatte autant ceux qui sont polis que ceux l'gard de qui ils le sont1 parce qu'elle fait comprendre qu'on est de la cour1 ou qu'on est digne d'en tre4 ,l'air de la cour consiste quitter sa grandeur propre pour une grandeur emprunte4 ,celle-ci flatte plus un courtisan que la sienne mme4 ,elle donne une certaine modestie superbe qui se rpand au loin1 mais dont l'orgueil diminue insensiblement1 proportion de la distance o l'on est de la source de cette grandeur4 ,on trouve la cour une dlicatesse de got en toutes choses1 qui vient d'un usage continuel des superfluits d'une grande fortune1 de la varit et surtout de la lassitude des plaisirs1 de la multiplicit1 de la confusion mme des fantaisies1 qui1 lorsqu'elles sont agrables1 y sont toujours reues4 ,c'est sur toutes ces choses que l'ducation se porte pour faire ce qu'on appelle l'honnte homme1 qui a toutes les qualits et toutes les vertus que l'on demande dans ce gouvernement4 ,l l'honneur1 se mlant partout1 entre dans toutes les faons de penser et toutes les manires de sentir1 et dirige mme les principes4 ,cet honneur bizarre fait que les vertus ne sont que ce qu'il veut1 et comme il les veut2 il met de son chef des rgles tout ce qui nous est prescrit2 il tend ou il borne nos devoirs sa fantaisie1 soit qu'ils aient leur source dans la religion1 dans la politique1 ou dans la morale4 ,il n'y a rien dans la monarchie que les lois1 la religion et l'honneur prescrivent tant que l'obissance aux volonts du prince2 mais cet honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous dshonore1 parce qu'elle nous rendrait incapables de le servir4 ,crillon refusa d'assassiner le duc de ,guise2 mais il offrit ,henri ,,iii de se battre contre lui4 ,aprs la ,saint-,barthlemi1 ,charles ,,ix ayant crit tous les gouverneurs de faire massacrer les huguenots1 le vicomte d',orte1 qui commandait dans ,bayonne1 crivit au roi,m#ea3 ,sire1 je n'ai trouv parmi les habitants et les gens de guerre que de bons citoyens1 de braves soldats1 et pas un bourreau3 ainsi1 eux et moi supplions ,votre ,majest d'employer nos bras et nos vies choses faisables4 ,ce grand et gnreux courage regardait une lchet comme une chose impossible4 ,m#ea ,voyez l',histoire de d',aubign4 ,il n'y a rien que l'honneur prescrive plus la noblesse que de servir le prince la guerre3 en effet1 c'est la profession distingue1 parce que ses hasards1 ses succs et ses malheurs mme conduisent la grandeur4 ,mais en imposant cette loi1 l'honneur veut en tre l'arbitre2 et1 s'il se trouve choqu1 il exige ou permet qu'on se retire chez soi4 ,il veut qu'on puisse indiffremment aspirer aux emplois1 ou les refuser2 il tient cette libert au-dessus de la fortune mme4 ,l'honneur a donc ses rgles suprmes1 et l'ducation est oblige de s'y conformer,m#eb4 ,les principales sont qu'il nous est bien permis de faire cas de notre fortune1 mais qu'il nous est souverainement dfendu d'en faire aucun de notre vie4 ,m#eb ,on dit ici ce qui est1 et non pas ce qui doit tre3 l'honneur est un prjug que la religion travaille tantt dtruire1 tantt rgler4 ,la seconde est que1 lorsque nous avons t une fois placs dans un rang1 nous ne devons rien faire ni souffrir qui fasse voir que nous nous tenons infrieurs ce rang mme4 ,la troisime1 que les choses que l'honneur dfend sont plus rigoureusement dfendues lorsque les lois ne concourent point les proscrire1 et que celles qu'il exige sont plus fortement exiges lorsque les lois ne les demandent pas4 ,,chapitre ,,iii ,de l'ducation dans le gouvernement despotique4 ,comme l'ducation dans les monarchies ne travaille qu' lever le coeur1 elle ne cherche qu' l'abaisser dans les tats despotiques2 il faut qu'elle y soit servile4 ,ce sera un bien1 mme dans le commandement1 de l'avoir eue telle1 personne n'y tant tyran sans tre en mme temps esclave4 ,l'extrme obissance suppose de l'ignorance dans celui qui obit2 elle en suppose mme dans celui qui commande3 il n'a point dlibrer1 douter1 ni raisonner2 il n'a qu' vouloir4 ,dans les tats despotiques1 chaque maison est un empire spar4 ,l'ducation1 qui consiste principalement vivre avec les autres1 y est donc trs borne3 elle se rduit mettre la crainte dans le coeur1 et donner l'esprit la connaissance de quelques principes de religion fort simples4 ,le savoir y sera dangereux1 l'mulation funeste2 et pour les vertus1 ,aristote,m#ec ne peut croire qu'il y en ait quelqu'une de propre aux esclaves,c#fa2 ce qui bornerait bien l'ducation dans ce gouvernement4 ,m#ec ,politiq41 liv4 ,i4 ,l'ducation y est donc en quelque faon nulle4 ,il faut ter tout1 afin de donner quelque chose1 et commencer par faire un mauvais sujet1 pour faire un bon esclave4 ,eh6 pourquoi l'ducation s'attacherait-elle y former un bon citoyen qui prt part au malheur public8 ,s'il aimait l'tat1 il serait tent de relcher les ressorts du gouvernement3 s'il ne russissait pas1 il se perdrait2 s'il russissait1 il courrait risque de se perdre1 lui1 le prince et l'empire4 ,,chapitre ,,iv ,diffrence des effets de l'ducation chez les anciens et parmi nous4 ,la plupart des peuples anciens vivaient dans des gouvernements qui ont la vertu pour principe2 et1 lorsqu'elle y tait dans sa force1 on y faisait des choses que nous ne voyons plus aujourd'hui1 et qui tonnent nos petites mes,c#fb4 ,leur ducation avait un autre avantage sur la ntre3 elle n'tait jamais dmentie4 paminondas1 la dernire anne de sa vie1 disait1 coutait1 voyait1 faisait les mmes choses que dans l'ge o il avait commenc d'tre instruit4 ,aujourd'hui nous recevons trois ducations diffrentes ou contraires3 celle de nos pres1 celle de nos matres1 celle du monde4 ,ce qu'on nous dit dans la dernire renverse toutes les ides des premires4 ,cela vient1 en quelque partie1 du contraste qu'il y a parmi nous entre les engagements de la religion et ceux du monde3 choses que les anciens ne connaissaient pas4 ,,chapitre ,v ,de l'ducation dans le gouvernement rpublicain4 ,c'est dans le gouvernement rpublicain,c#fc que l'on a besoin de toute la puissance de l'ducation4 ,la crainte des gouvernements despotiques nat d'elle-mme parmi les menaces et les chtiments2 l'honneur des monarchies est favoris par les passions1 et les favorise son tour2 mais la vertu politique est un renoncement soi-mme1 qui toujours est une chose trs pnible4 ,on peut dfinir cette vertu1 l'amour des lois et de la patrie4 ,cet amour1 demandant une prfrence continuelle de l'intrt public au sien propre1 donne toutes les vertus particulires2 elles ne sont que cette prfrence4 ,cet amour est singulirement affect aux dmocraties4 ,dans elles seules1 le gouvernement est confi chaque citoyen4 ,or le gouvernement est comme toutes les choses du monde3 pour le conserver1 il faut l'aimer4 ,on n'a jamais ou dire que les rois n'aimassent pas la monarchie1 et que les despotes hassent le despotisme4 ,tout dpend donc d'tablir dans la rpublique cet amour2 et c'est l'inspirer que l'ducation doit tre attentive4 ,mais pour que les enfants puissent l'avoir1 il y a un moyen sr1 c'est que les pres l'aient eux-mmes4 ,on est ordinairement le matre de donner ses enfants ses connaissances3 on l'est encore plus de leur donner ses passions4 ,si cela n'arrive pas1 c'est que ce qui a t fait dans la maison paternelle est dtruit par les impressions du dehors4 ,ce n'est point le peuple naissant qui dgnre2 il ne se perd que lorsque les hommes faits sont dj corrompus4 ,,chapitre ,,vi ,de quelques institutions des ,grecs4 ,les anciens ,grecs1 pntrs de la ncessit que les peuples qui vivaient sous un gouvernement populaire fussent levs la vertu1 firent1 pour l'inspirer1 des institutions singulires4 ,quand vous voyez dans la vie de ,lycurgue les lois qu'il donna aux ,lacdmoniens1 vous croyez lire l'histoire des ,svarambes,c#fd4 ,les lois de ,crte taient l'original de celles de ,lacdmone1 et celles de ,platon en taient la correction4 ,je prie qu'on fasse un peu d'attention l'tendue du gnie qu'il fallut ces lgislateurs pour voir qu'en choquant tous les usages reus1 en confondant toutes les vertus1 ils montreraient l'univers leur sagesse4 ,lycurgue,c#fe mlant le larcin,c#ff avec l'esprit de justice1 le plus dur esclavage avec l'extrme libert1 les sentiments les plus atroces avec la plus grande modration1 donna de la stabilit sa ville4 ,il sembla lui ter toutes les ressources1 les arts1 le commerce1 l'argent1 les murailles2 on y a de l'ambition1 sans esprance d'tre mieux2 on y a les sentiments naturels1 et on n'y est ni enfant1 ni mari1 ni pre3 la pudeur mme est te la chastet4 ,c'est par ces chemins que ,sparte est mene la grandeur et la gloire2 mais avec une telle infaillibilit de ses institutions1 qu'on n'obtenait rien contre elle en gagnant des batailles1 si on ne parvenait lui ter sa police,m#ed4 ,m#ed ,philopoemen contraignit les ,lacdmoniens d'abandonner la manire de nourrir leurs enfants1 sachant bien que1 sans cela1 ils auraient toujours une me grande et le coeur haut4 7,,plut41 ,vie de ,philopoemen4 ,voyez ,tite-,live1 liv4 ,,xxxviii47 ,la ,crte et la ,laconie furent gouvernes par ces lois4 ,lacdmone cda la dernire aux ,macdoniens1 et la ,crte,m#ee fut la dernire proie des ,romains4 ,les ,samnites eurent ces mmes institutions1 et elles furent pour ces ,romains le sujet de vingt-quatre triomphes,m#ef4 ,m#ee ,elle dfendit pendant trois ans ses lois et sa libert 7,voyez les liv4 ,,xcviii1 ,,xcix et ,c de ,tite-,live1 dans l',epitome de ,florus74 ,elle fit plus de rsistance que les plus grands rois4 ,m#ef ,,florus1 liv4 ,i1 chap4 ,,xvi4 ,cet extraordinaire que l'on voyait dans les institutions de la ,grce1 nous l'avons vu dans la lie et la corruption de nos temps modernes,m#eg4 ,un lgislateur honnte homme a form un peuple o la probit parat aussi naturelle que la bravoure chez les ,spartiates4 ,m4 ,penn est un vritable ,lycurgue,c#fg2 et quoique le premier ait eu la paix pour objet1 comme l'autre a eu la guerre1 ils se ressemblent dans la voie singulire o ils ont mis leur peuple1 dans l'ascendant qu'ils ont eu sur des hommes libres1 dans les prjugs qu'ils ont vaincus1 dans les passions qu'ils ont soumises4 ,m#eg ,in fece ,romuli4 7,,cic,,ron7 ,le ,paraguay peut nous fournir un autre exemple4 ,on a voulu en faire un crime la ,socit,c#fh qui regarde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie2 mais il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant heureux,m#eh4 ,m#eh ,les ,indiens du ,paraguay ne dpendent point d'un seigneur particulier1 ne paient qu'un cinquime des tributs1 et ont des armes feu pour se dfendre4 ,il est glorieux pour elle d'avoir t la premire qui ait montr dans ces contres l'ide de la religion jointe celle de l'humanit4 ,en rparant les dvastations des ,espagnols1 elle a commenc gurir une des grandes plaies qu'ait encore reues le genre humain4 ,un sentiment exquis qu'a cette ,socit pour tout ce qu'elle appelle honneur1 son zle pour une religion qui humilie bien plus ceux qui l'coutent que ceux qui la prchent1 lui ont fait entreprendre de grandes choses2 et elle y a russi4 ,elle a retir des bois des peuples disperss2 elle leur a donn une subsistance assure2 elle les a vtus2 et1 quand elle n'aurait fait par l qu'augmenter l'industrie parmi les hommes1 elle aurait beaucoup fait4 ,ceux qui voudront faire des institutions pareilles tabliront la communaut de biens de la rpublique de ,platon1 ce respect qu'il demandait pour les dieux1 cette sparation d'avec les trangers pour la conservation des moeurs1 et la cit faisant le commerce et non pas les citoyens3 ils donneront nos arts sans notre luxe1 et nos besoins sans nos dsirs4 ,ils proscriront l'argent1 dont l'effet est de grossir la fortune des hommes au del des bornes que la nature y avait mises1 d'apprendre conserver inutilement ce qu'on avait amass de mme1 de multiplier l'infini les dsirs1 et de suppler la nature1 qui nous avait donn des moyens trs borns d'irriter nos passions1 et de nous corrompre les uns les autres,m#ei4 ,m#ei ,,plutarque1 ,demandes des choses grecques4 ,les pidamniens,m#fj1 sentant leurs moeurs se corrompre par leur communication avec les barbares1 lurent un magistrat pour faire tous les marchs au nom de la cit et pour la cit4 ,pour lors le commerce ne corrompt pas la constitution1 et la constitution ne prive pas la socit des avantages du commerce,m#fa4 ,m#fj ,est-il bien vrai qu'en nommant un commissaire entendu pour trafiquer au nom de la ville avec ces trangers1 les pidamniens aient eu le maintien des moeurs pour objet8 ,cette institution n'est-elle pas l'effet d'un esprit de monopole8 7,note de ,,voltaire47 ,m#fa ,mais elle te l'mulation des commerants et fait prir le commerce4 7diteur anonyme de #agfd47 ,,chapitre ,,vii ,en quel cas ces institutions singulires peuvent tre bonnes4 ,ces sortes d'institutions peuvent convenir dans les rpubliques,c#fi1 parce que la vertu politique en est le principe2 mais1 pour porter l'honneur dans les monarchies1 ou pour inspirer de la crainte dans les tats despotiques1 il ne faut pas tant de soins4 ,elles ne peuvent d'ailleurs avoir lieu que dans un petit tat,m#fb1 o l'on peut donner une ducation gnrale1 et lever tout un peuple comme une famille4 ,m#fb ,comme taient les villes de la ,grce4 ,les lois de ,minos1 de ,lycurgue et de ,platon supposent une attention singulire de tous les citoyens les uns sur les autres4 ,on ne peut se promettre cela dans la confusion1 dans les ngligences1 dans l'tendue des affaires d'un grand peuple4 ,il faut1 comme on l'a dit1 bannir l'argent dans ces institutions4 ,mais1 dans les grandes socits,c#gj1 le nombre1 la varit1 l'embarras1 l'importance des affaires1 la facilit des achats1 la lenteur des changes1 demandent une mesure commune4 ,pour porter partout sa puissance1 ou la dfendre partout1 il faut avoir ce quoi les hommes ont attach partout la puissance4 ,,chapitre ,,viii ,explication d'un paradoxe des anciens1 par rapport aux moeurs4 ,polybe1 le judicieux ,polybe1 nous dit,m#fc que la musique tait ncessaire pour adoucir les moeurs des ,arcades1 qui habitaient un pays o l'air est triste et froid2 que ceux de ,cynte1 qui ngligrent la musique1 surpassrent en cruaut tous les ,grecs et qu'il n'y a point de ville o l'on ait vu tant de crimes4 ,platon,m#fd ne craint pas de dire que l'on ne peut faire de changement dans la musique1 qui n'en soit un dans la constitution de l'tat4 ,aristote1 qui semble n'avoir fait sa ,politique que pour opposer ses sentiments ceux de ,platon1 est pourtant d'accord avec lui touchant la puissance de la musique sur les moeurs,m#fe4 ,thophraste1 ,plutarque,m#ff1 ,strabon,m#fg1 tous les anciens ont pens de mme4 ,ce n'est point une opinion jete sans rflexion2 c'est un des principes de leur politique,m#fh4 ,c'est ainsi qu'ils donnaient des lois1 c'est ainsi qu'ils voulaient qu'on gouvernt les cits4 ,m#fc ,hist41 lib4 ,,iv1 cap4 ,,xx et ,,xxi4 ,m#fd ,de ,repub41 lib4 ,,iv4 ,m#fe ,liv4 ,,viii1 ch4 ,v4 ,m#ff ,vie de ,plopidas4 ,m#fg ,liv4 ,ier4 ,m#fh ,platon1 liv4 ,,iv des ,lois1 dit que les prfectures de la musique et de la gymnastique sont les plus importants emplois de la cit2 et1 dans sa ,rpublique1 liv4 ,,iii3 ,damon vous dira1 dit-il1 quels sont les sons capables de faire natre la bassesse de l'me1 l'insolence et les vertus contraires4 ,je crois que je pourrais expliquer ceci4 ,il faut se mettre dans l'esprit que dans les villes grecques1 surtout celles qui avaient pour principal objet la guerre1 tous les travaux et toutes les professions qui pouvaient conduire gagner de l'argent taient regards comme indignes d'un homme libre4 ,la plupart des arts1 dit ,xnophon,m#fi1 corrompent le corps de ceux qui les exercent2 ils obligent de s'asseoir l'ombre ou prs du feu3 on n'a de temps ni pour ses amis ni pour la rpublique4 ,ce ne fut que dans la corruption de quelques dmocraties que les artisans parvinrent tre citoyens4 ,c'est ce qu',aristote,m#gj nous apprend2 et il soutient qu'une bonne rpublique ne leur donnera jamais le droit de cit,m#ga4 ,m#fi ,liv4 ,v1 ,dits mmorables4--,voyez les conomiques de ,xnophon1 ch4 ,,iv1 #b et #c4 7,p47 ,m#gj ,politiq41 liv4 ,,iii1 ch4 ,,iv4 ,m#ga ,diophante1 dit ,aristote1 ,politiq41 ch4 ,,vii1 tablit autrefois ,athnes que les artisans seraient esclaves du public4 ,l'agriculture tait encore une profession servile1 et ordinairement c'tait quelque peuple vaincu qui l'exerait3 les ,ilotes1 chez les ,lacdmoniens2 les ,priciens,m#gb1 chez les ,crtois2 les ,pnestes,m#gc1 chez les ,thessaliens2 d'autres,m#gd peuples esclaves1 dans d'autres rpubliques4 ,m#gb ,grec3 ,perioikoi1 c'est--dire hommes affects la maison4 ,c'taient nos gens de mainmorte3 attachs la glbe1 exclus de la milice et des assembles1 et1 du reste1 jouissant de tous leurs autres droits civils4 ,m#gc ,ce mot vient de ,grec3 penomai1 tre dans l'indigence1 dans la peine4 ,leur condition tait la mme que celle des ,priciens4 ,m#gd ,aussi ,platon et ,aristote veulent-ils que les esclaves cultivent les terres4 ,lois1 liv4 ,,vii2 ,politiq41 liv4 ,,vii1 chap4 ,x4 ,il est vrai que l'agriculture n'tait pas partout exerce par des esclaves3 au contraire1 comme dit ,aristote1 les meilleures rpubliques taient celles o les citoyens s'y attachaient4 ,mais cela n'arriva que par la corruption des anciens gouvernements1 devenus dmocratiques2 car1 dans les premiers temps1 les villes de ,grce vivaient dans l'aristocratie4 ,enfin tout bas commerce,m#ge tait infme chez les ,grecs4 ,il aurait fallu qu'un citoyen et rendu des services un esclave1 un locataire1 un tranger3 cette ide choquait l'esprit de la libert grecque2 aussi ,platon,m#gf veut-il1 dans ses ,lois1 qu'on punisse un citoyen qui ferait le commerce,c#ga4 ,m#ge ,cauponatio4 ,m#gf ,liv4 ,,ii4 ,on tait donc fort embarrass dans les rpubliques grecques4 ,on ne voulait pas que les citoyens travaillassent au commerce1 l'agriculture ni aux arts2 on ne voulait pas non plus qu'ils fussent oisifs,m#gg4 ,ils trouvaient une occupation dans les exercices qui dpendaient de la gymnastique1 et dans ceux qui avaient du rapport la guerre,m#gh4 ,l'institution ne leur en donnait point d'autres4 ,il faut donc regarder les ,grecs comme une socit d'athltes et de combattants4 ,or1 ces exercices1 si propres faire des gens durs et sauvages,m#gi1 avaient besoin d'tre temprs par d'autres qui pussent adoucir les moeurs4 ,la musique1 qui tient l'esprit par les organes du corps1 tait trs propre cela4 ,c'est un milieu entre les exercices du corps qui rendent les hommes durs1 et les sciences de spculation qui les rendent sauvages4 ,on ne peut pas dire que la musique inspirt la vertu2 cela serait inconcevable2 mais elle empchait l'effet de la frocit de l'institution1 et faisait que l'me avait dans l'ducation une part qu'elle n'y aurait pas eue4 ,m#gg ,,aristote1 ,politiq41 liv4 ,x4 ,m#gh ,,aristote1 ,politiq41 liv4 ,,viii1 ch4 ,,iii4 ,m#gi ,aristote dit que les enfants des ,lacdmoniens1 qui commenaient ces exercices ds l'ge le plus tendre1 en contractaient trop de frocit4 7,politiq41 liv4 ,,viii1 chap4 ,,iv47 ,je suppose qu'il y ait parmi nous une socit de gens si passionns pour la chasse qu'ils s'en occupassent uniquement2 il est sr qu'ils en contracteraient une certaine rudesse4 ,si ces mmes gens venaient prendre encore du got pour la musique1 on trouverait bientt de la diffrence dans leurs manires et dans leurs moeurs4 ,enfin les exercices des ,grecs n'excitaient en eux qu'un genre de passion3 la rudesse1 la colre1 la cruaut4 ,la musique les excite toutes1 et peut faire sentir l'me la douceur1 la piti1 la tendresse1 le doux plaisir4 ,nos auteurs de morale1 qui1 parmi nous1 proscrivent si fort les thtres1 nous font assez sentir le pouvoir que la musique a sur nos mes4 ,si la socit dont j'ai parl on ne donnait que des tambours et des airs de trompette1 n'est-il pas vrai que l'on parviendrait moins son but que si l'on donnait une musique tendre8 ,les anciens avaient donc raison lorsque1 dans certaines circonstances1 ils prfraient pour les moeurs un mode un autre,c#gb4 ,,livre ,,cinqui,,me ,,les ,,lois ,,que ,,le ,l,,gislateur ,,donne ,,doivent ,,tre ,,relatives ,,au ,,principe ,,du ,,gouvernement4 ,,chapitre ,,premier ,ide de ce livre4 ,nous venons de voir que les lois de l'ducation doivent tre relatives au principe de chaque gouvernement4 ,celles que le lgislateur donne toute la socit sont de mme4 ,ce rapport des lois avec ce principe tend tous les ressorts du gouvernement1 et ce principe en reoit son tour une nouvelle force4 ,c'est ainsi que1 dans les mouvements physiques1 l'action est suivie d'une raction,c#gc4 ,nous allons examiner ce rapport dans chaque gouvernement2 et nous commencerons par l'tat rpublicain1 qui a la vertu pour principe4 ,,chapitre ,,ii ,ce que c'est que la vertu dans l'tat politique4 ,la vertu dans une rpublique,c#gd est une chose trs simple3 c'est l'amour de la rpublique1 c'est un sentiment1 et non une suite de connaissances2 le dernier homme de l'tat peut avoir ce sentiment1 comme le premier4 ,quand le peuple a une fois de bonnes maximes1 il s'y tient plus longtemps que ce que l'on appelle les honntes gens4 ,il est rare que la corruption commence par lui4 ,souvent il a tir de la mdiocrit de ses lumires un attachement plus fort pour ce qui est tabli4 ,l'amour de la patrie conduit la bont des moeurs1 et la bont des moeurs mne l'amour de la patrie4 ,moins nous pouvons satisfaire nos passions particulires,c#ge1 plus nous nous livrons aux gnrales4 ,pourquoi les moines aiment-ils tant leur ordre8 c'est justement par l'endroit qui fait qu'il leur est insupportable4 ,leur rgle les prive de toutes les choses sur lesquelles les passions ordinaires s'appuient3 reste donc cette passion pour la rgle mme qui les afflige4 ,plus elle est austre1 c'est--dire plus elle retranche de leurs penchants1 plus elle donne de force ceux qu'elle leur laisse4 ,,chapitre ,,iii ,ce que c'est que l'amour de la rpublique dans la dmocratie4 ,l'amour de la rpublique1 dans une dmocratie1 est celui de la dmocratie3 l'amour de la dmocratie est celui de l'galit4 ,l'amour de la dmocratie est encore l'amour de la frugalit4 ,chacun1 devant y avoir le mme bonheur et les mmes avantages1 y doit goter les mmes plaisirs et former les mmes esprances1 chose qu'on ne peut attendre que de la frugalit gnrale4 ,l'amour de l'galit1 dans une dmocratie1 borne l'ambition au seul dsir1 au seul bonheur de rendre sa patrie de plus grands services que les autres citoyens4 ,ils ne peuvent pas lui rendre tous des services gaux2 mais ils doivent tous galement lui en rendre4 ,en naissant1 on contracte envers elle une dette immense1 dont on ne peut jamais s'acquitter4 ,ainsi les distinctions y naissent du principe de l'galit1 lors mme qu'elle parat te par des services heureux1 ou par des talents suprieurs4 ,l'amour de la frugalit,c#gf borne le dsir d'avoir l'attention que demande le ncessaire pour sa famille1 et mme le superflu pour sa patrie4 ,les richesses donnent une puissance dont un citoyen ne peut pas user pour lui1 car il ne serait pas gal4 ,elles procurent des dlices dont il ne doit pas jouir non plus1 parce qu'elles choqueraient l'galit tout de mme4 ,aussi les bonnes dmocraties1 en tablissant la frugalit domestique1 ont-elles ouvert la porte aux dpenses publiques1 comme on fit ,athnes et ,rome4 ,pour lors1 la magnificence et la profusion naissaient du fond de la frugalit mme2 et1 comme la religion demande qu'on ait les mains pures pour faire des offrandes aux dieux1 les lois voulaient des moeurs frugales pour que l'on pt donner sa patrie4 ,le bon sens et le bonheur des particuliers consistent beaucoup dans la mdiocrit de leurs talents et de leurs fortunes4 ,une rpublique o les lois auront form beaucoup de gens mdiocres,c#gg1 compose de gens sages1 se gouvernera sagement2 compose de gens heureux1 elle sera trs heureuse4 ,,chapitre ,,iv ,comment on inspire l'amour de l'galit et de la frugalit4 ,l'amour de l'galit et celui de la frugalit sont extrmement excits par l'galit et la frugalit mmes1 quand on vit dans une socit o les lois ont tabli l'une et l'autre,c#gh4 ,dans les monarchies et les tats despotiques1 personne n'aspire l'galit2 cela ne vient pas mme dans l'ide2 chacun y tend la supriorit4 ,les gens des conditions les plus basses ne dsirent d'en sortir que pour tre les matres des autres4 ,il en est de mme de la frugalit3 pour l'aimer1 il faut en jouir4 ,ce ne seront point ceux qui sont corrompus par les dlices qui aimeront la vie frugale2 et1 si cela avait t naturel et ordinaire1 ,alcibiade n'aurait pas fait l'admiration de l'univers,m#hj4 ,ce ne seront pas non plus ceux qui envient ou qui admirent le luxe des autres qui aimeront la frugalit3 des gens qui n'ont devant les yeux que des hommes riches1 ou des hommes misrables comme eux1 dtestent leur misre sans aimer ou connatre ce qui fait le terme de la misre4 ,m#hj ,je ne prtends point faire des critiques grammaticales un homme de gnie2 mais j'aurais souhait qu'un crivain si spirituel et si mle se ft servi d'une autre expression que celle de jouir de la frugalit4 ,j'aurais dsir bien davantage qu'il n'et point dit qu',alcibiade fut admir de l'univers1 pour s'tre conform dans ,lacdmone la sobrit des ,spartiates4 ,il ne faut point1 mon avis1 prodiguer ainsi les applaudissements de l'univers4 ,alcibiade tait un simple citoyen1 riche1 ambitieux1 vain1 dbauch1 insolent1 d'un caractre versatile4 ,je ne vois rien d'admirable faire quelque temps mauvais chre avec les ,lacdmoniens1 lorsqu'il est condamn dans ,athnes par un peuple plus vain1 plus insolent et plus lger que lui1 sottement superstitieux1 jaloux1 inconstant1 passant chaque jour de la tmrit la consternation1 digne enfin de l'opprobre dans lequel il croupit lchement depuis tant de sicle4 ,je vois dans ,alcibiade un brave tourdi qui ne mrite certainement pas l'admiration de l'univers1 pour avoir corrompu la femme d',agis1 son hte et son protecteur2 pour s'tre fait chasser de ,sparte2 pour s'tre rduit mendier un nouvel asile chez un satrape de ,perse1 et pour y prir entre les bras d'une courtisane4 ,plutarque et ,montesquieu ne m'en imposent point3 j'admire trop ,caton et ,marc-,aurle pour admirer ,alcibiade4 7,note de ,,volt47 ,c'est donc une maxime trs vraie que1 pour que l'on aime l'galit et la frugalit dans une rpublique1 il faut que les lois les y aient tablies4 ,,chapitre ,v ,comment les lois tablissent l'galit dans la dmocratie4 ,quelques lgislateurs anciens1 comme ,lycurgue,c#gi et ,romulus1 partagrent galement les terres4 ,cela ne pouvait avoir lieu que dans la fondation d'une rpublique nouvelle1 ou bien lorsque l'ancienne tait si corrompue1 et les esprits dans une telle disposition1 que les pauvres se croyaient obligs de chercher1 et les riches obligs de souffrir un pareil remde4 ,si1 lorsque le lgislateur fait un pareil partage1 il ne donne pas des lois pour le maintenir1 il ne fait qu'une constitution passagre3 l'ingalit entrera par le ct que les lois n'auront pas dfendu1 et la rpublique sera perdue4 ,il faut donc que l'on rgle,c#hj1 dans cet objet1 les dots des femmes1 les donations1 les successions1 les testaments1 enfin toutes les manires de contracter4 ,car1 s'il tait permis de donner son bien qui on voudrait1 et comme on voudrait1 chaque volont particulire troublerait la disposition de la loi fondamentale4 ,solon1 qui permettait ,athnes de laisser son bien qui on voulait par testament1 pourvu qu'on n'et point d'enfants,m#ha1 contredisait les lois anciennes1 qui ordonnaient que les biens restassent dans la famille du testateur,m#hb4 ,il contredisait les siennes propres2 car1 en supprimant les dettes1 il avait cherch l'galit4 ,m#ha ,,plut41 ,vie de ,solon4 ,m#hb ,ibid4 ,c'tait une bonne loi,c#ha pour la dmocratie que celle qui dfendait d'avoir deux hrdits,m#hc4 ,elle prenait son origine du partage gal des terres et des portions donnes chaque citoyen4 ,la loi n'avait pas voulu qu'un seul homme et plusieurs portions4 ,m#hc ,philolas de ,corinthe tablit ,athnes 7lisez ,thbes7 que le nombre de portions de terre et celui des hrdits serait toujours le mme4 7,,arist41 ,politiq41 liv4 ,,ii1 ch4 ,,vii47 ,la loi qui ordonnait que le plus proche parent poust l'hritire naissait d'une source pareille4 ,elle est donne chez les ,juifs aprs un pareil partage4 ,platon,m#hd1 qui fonde ses lois sur ce partage1 la donne de mme2 et c'tait une loi athnienne4 ,m#hd ,rpubl41 liv4 ,,viii4 ,il y avait ,athnes une loi dont je ne sache pas que personne ait connu l'esprit4 ,il tait permis d'pouser sa soeur consanguine1 et non pas sa soeur utrine,m#he4 ,cet usage tirait son origine des rpubliques1 dont l'esprit tait de ne pas mettre sur la mme tte deux portions de fonds de terre1 et par consquent deux hrdits4 ,quand un homme pousait sa soeur du ct du pre1 il ne pouvait avoir qu'une hrdit1 qui tait celle de son pre2 mais quand il pousait sa soeur utrine1 il pouvait arriver que le pre de cette soeur1 n'ayant pas d'enfants mles1 lui laisst sa succession1 et que par consquent son frre1 qui l'avait pouse1 en et deux4 ,m#he ,,corn,,lius ,,nepos1 ,prof4--,cet usage tait des premiers temps4 ,aussi ,abraham dit-il de ,sara3 ,elle est ma soeur1 fille de mon pre1 et non de ma mre4 ,les mmes raisons avaient fait tablir une mme loi chez diffrents peuples4 ,qu'on ne m'objecte pas ce que dit ,philon,m#hf1 que1 quoique ,athnes on poust sa soeur consanguine1 et non pas sa soeur utrine1 on pouvait ,lacdmone pouser sa soeur utrine1 et non pas sa soeur consanguine4 ,car je trouve dans ,strabon,m#hg que1 quand ,lacdmone une soeur pousait son frre1 elle avait1 pour dot1 la moiti de la portion du frre4 ,il est clair que cette seconde loi tait faite pour prvenir les mauvaises suites de la premire4 ,pour empcher que le bien de la famille de la soeur ne passt dans celle du frre1 on donnait en dot la soeur la moiti du bien de son frre4 ,m#hf ,de specialibus legibus qu pertinent ad prcepta ,decalogi4 ,m#hg ,liv4 ,x4 ,snque,m#hh1 parlant de ,silanus1 qui avait pous sa soeur,c#hb1 dit qu' ,athnes la permission tait restreinte1 et qu'elle tait gnrale ,alexandrie4 ,dans le gouvernement d'un seul1 il n'tait gure question de maintenir le partage des biens4 ,m#hh ,athenis dimidium licet1 ,alexandri totum4 7,s,n,,que1 de ,morte ,claudii47 ,pour maintenir ce partage des terres dans la dmocratie1 c'tait une bonne loi que celle qui voulait qu'un pre qui avait plusieurs enfants en choist un pour succder sa portion,m#hi1 et donnt les autres en adoption quelqu'un qui n'et point d'enfants1 afin que le nombre des citoyens pt toujours se maintenir gal celui des partages4 ,m#hi ,platon fait une pareille loi1 liv4 ,,xi des ,lois4 ,phalas de ,chalcdoine,m#ij avait imagin une faon de rendre gales les fortunes dans une rpublique o elles ne l'taient pas,c#hc4 ,il voulait que les riches donnassent des dots aux pauvres1 et n'en reussent pas2 et que les pauvres reussent de l'argent pour les filles1 et n'en donnassent pas4 ,mais je ne sache point qu'aucune rpublique se soit accommode d'un rglement pareil4 ,il met les citoyens sous des conditions dont les diffrences sont si frappantes1 qu'ils haraient cette galit mme que l'on chercherait introduire4 ,il est bon quelquefois que les lois ne paraissent pas aller si directement au but qu'elles se proposent4 ,m#ij ,,aristote1 ,politique1 liv4 ,,ii1 ch4 ,,vii4 ,quoique dans la dmocratie l'galit relle soit l'me de l'tat1 cependant elle est si difficile tablir1 qu'une exactitude extrme cet gard ne conviendrait pas toujours4 ,il suffit que l'on tablisse un cens,m#ia1 qui rduise ou fixe les diffrences un certain point2 aprs quoi1 c'est des lois particulires galiser1 pour ainsi dire1 les ingalits1 par les charges qu'elles imposent aux riches1 et le soulagement qu'elles accordent aux pauvres4 ,il n'y a que les richesses mdiocres qui puissent donner ou souffrir ces sortes de compensations2 car1 pour les fortunes immodres1 tout ce qu'on ne leur accorde pas de puissance et d'honneur1 elles le regardent comme une injure4 ,m#ia ,solon fit quatre classes3 la premire1 de ceux qui avaient cinq cents mines de revenu1 tant en grains qu'en fruits liquides2 la seconde1 de ceux qui en avaient trois cents et pouvaient entretenir un cheval2 la troisime1 de ceux qui n'en avaient que deux cents2 la quatrime1 de tous ceux qui vivaient de leurs bras4 7,,plut41 ,vie de ,solon47 ,toute ingalit dans la dmocratie,c#hd doit tre tire de la nature de la dmocratie et du principe mme de l'galit4 ,par exemple1 on y peut craindre que des gens qui auraient besoin d'un travail continuel pour vivre ne fussent trop appauvris par une magistrature1 ou qu'ils n'en ngligeassent les fonctions2 que des artisans ne s'enorgueillissent2 que des affranchis trop nombreux ne devinssent plus puissants que les anciens citoyens4 ,dans ces cas1 l'galit entre les citoyens,m#ib peut tre te dans la dmocratie pour l'utilit de la dmocratie4 ,mais ce n'est qu'une galit apparente que l'on te3 car un homme ruin par une magistrature serait dans une pire condition que les autres citoyens2 et ce mme homme1 qui serait oblig d'en ngliger les fonctions1 mettrait les autres citoyens dans une condition pire que la sienne2 et ainsi du reste4 ,m#ib ,solon exclut des charges tous ceux du quatrime cens4 ,,chapitre ,,vi ,comment les lois doivent entretenir la frugalit dans la dmocratie4 ,il ne suffit pas1 dans une bonne dmocratie1 que les portions de terre soient gales2 il faut qu'elles soient petites,c#he1 comme chez les ,romains4 ,a ,dieu ne plaise1 disait ,curius ses soldats,m#ic1 qu'un citoyen estime peu de terre ce qui est suffisant pour nourrir un homme6 ,m#ic ,ils demandaient une plus grande portion de la terre conquise4 7,,plut41 ,o,euvres morales4 ,dits notables des anciens rois et capitaines47 ,comme l'galit des fortunes entretient la frugalit1 la frugalit entretient l'galit des fortunes4 ,ces choses1 quoique diffrentes1 sont telles qu'elles ne peuvent subsister l'une sans l'autre2 chacune d'elles est la cause et l'effet3 si l'une se retire de la dmocratie1 l'autre la suit toujours4 ,il est vrai que1 lorsque la dmocratie est fonde sur le commerce,c#hf1 il peut fort bien arriver que des particuliers y aient de grandes richesses1 et que les moeurs n'y soient pas corrompues4 ,c'est que l'esprit de commerce entrane avec soi celui de frugalit1 d'conomie1 de modration1 de travail1 de sagesse1 de tranquillit1 d'ordre et de rgle4 ,ainsi1 tandis que cet esprit subsiste1 les richesses qu'il produit n'ont aucun mauvais effet4 ,le mal arrive lorsque l'excs des richesses dtruit cet esprit de commerce2 on voit tout coup natre les dsordres de l'ingalit1 qui ne s'taient pas encore fait sentir4 ,pour maintenir l'esprit de commerce1 il faut que les principaux citoyens le fassent eux-mmes,c#hg2 que cet esprit rgne seul1 et ne soit point creus par un autre2 que toutes les lois le favorisent2 que ces mmes lois1 par leurs dispositions1 divisant les fortunes mesure que le commerce les grossit,c#hh1 mettent chaque citoyen pauvre dans une grande aisance pour pouvoir travailler comme les autres1 et chaque citoyen riche dans une telle mdiocrit qu'il ait besoin de son travail pour conserver ou pour acqurir4 ,c'est une trs bonne loi,c#hi dans une rpublique commerante que celle qui donne tous les enfants une portion gale dans la succession de ses pres4 ,il se trouve par l que1 quelque fortune que le pre ait faite1 ses enfants1 toujours moins riches que lui1 sont ports fuir le luxe et travailler comme lui4 ,je ne parle que des rpubliques commerantes2 car1 pour celles qui ne le sont pas1 le lgislateur a bien d'autres rglements faire,m#id4 ,m#id ,on y doit borner beaucoup les dots des femmes4 ,il y avait dans la ,grce deux sortes de rpubliques3 les unes taient militaires1 comme ,lacdmone2 d'autres taient commerantes1 comme ,athnes4 ,dans les unes1 on voulait que les citoyens fussent oisifs2 dans les autres on cherchait donner de l'amour pour le travail4 ,solon fit un crime de l'oisivet1 et voulut que chaque citoyen rendt compte de la manire dont il gagnait sa vie4 ,en effet1 dans une bonne dmocratie1 o l'on ne doit dpenser que pour le ncessaire1 chacun doit l'avoir,c#ij1 car de qui le recevrait-on8 ,,chapitre ,,vii ,autres moyens de favoriser le principe de la dmocratie4 ,on ne peut pas tablir un partage gal des terres,c#ia dans toutes les dmocraties4 ,il y a des circonstances o un tel arrangement serait impraticable1 dangereux1 et choquerait mme la constitution4 ,on n'est pas toujours oblig de prendre les voies extrmes4 ,si l'on voit dans une dmocratie que ce partage1 qui doit maintenir les moeurs1 n'y convienne pas1 il faut avoir recours d'autres moyens4 ,si l'on tablit un corps fixe qui soit par lui-mme la rgle des moeurs1 un snat o l'ge1 la vertu1 la gravit1 les services donnent entre2 les snateurs1 exposs la vue du peuple comme les simulacres des dieux,c#ib1 inspireront des sentiments qui seront ports dans le sein de toutes les familles4 ,il faut surtout que ce snat s'attache aux institutions anciennes,c#ic1 et fasse en sorte que le peuple et les magistrats ne s'en dpartent jamais4 ,il y a beaucoup gagner1 en fait de moeurs1 garder les coutumes anciennes4 ,comme les peuples corrompus font rarement de grandes choses2 qu'ils n'ont gure tabli de socits1 fond de villes1 donn de lois2 et qu'au contraire ceux qui avaient des moeurs simples et austres ont fait la plupart des tablissements2 rappeler les hommes aux maximes anciennes1 c'est ordinairement les ramener la vertu4 ,de plus1 s'il y a eu quelque rvolution1 et que l'on ait donn l'tat une forme nouvelle1 cela n'a gure pu se faire qu'avec des peines et des travaux infinis1 et rarement avec l'oisivet et des moeurs corrompues4 ,ceux mmes qui ont fait la rvolution ont voulu la faire goter2 et ils n'ont gure pu y russir que par de bonnes lois4 ,les institutions anciennes sont donc ordinairement des corrections2 et les nouvelles1 des abus4 ,dans le cours d'un long gouvernement1 on va au mal par une pente insensible1 et on ne remonte au bien que par un effort4 ,on a dout si les membres du snat dont nous parlons doivent tre vie ou choisis pour un temps4 ,sans doute qu'ils doivent tre choisis pour la vie1 comme cela se pratiquait ,rome,m#ie1 ,lacdmone,m#if1 et ,athnes mme4 ,car il ne faut pas confondre ce qu'on appelait le snat ,athnes1 qui tait un corps qui changeait tous les trois mois1 avec l'aropage1 dont les membres taient tablis pour la vie comme des modles perptuels4 ,m#ie ,les magistrats y taient annuels1 et les snateurs pour la vie4 ,m#if ,lycurgue1 dit ,xnophon 7de ,republ4 ,laced471 voulut qu'on lt les snateurs parmi les vieillards1 pour qu'ils ne se ngligeassent pas1 mme la fin de la vie3 et1 en les tablissant juges du courage des jeunes gens1 il a rendu la vieillesse de ceux-l plus honorable que la force de ceux-ci4 ,maxime gnrale3 dans un snat fait pour tre la rgle1 et1 pour ainsi dire1 le dpt des moeurs1 les snateurs doivent tre lus pour la vie,c#id2 dans un snat fait pour prparer les affaires1 les snateurs peuvent changer4 ,l'esprit1 dit ,aristote1 vieillit comme le corps4 ,cette rflexion n'est bonne qu' l'gard d'un magistrat unique1 et ne peut tre applique une assemble de snateurs4 ,outre l'aropage1 il y avait ,athnes des gardiens des moeurs et des gardiens des lois,m#ig4 ,a ,lacdmone1 tous les vieillards taient censeurs4 ,a ,rome1 deux magistrats particuliers avaient la censure4 ,comme le snat veille sur le peuple1 il faut que des censeurs aient les yeux sur le peuple et sur le snat4 ,il faut qu'ils rtablissent dans la rpublique tout ce qui a t corrompu2 qu'ils notent la tideur1 jugent les ngligences1 et corrigent les fautes1 comme les lois punissent les crimes4 ,m#ig ,l'aropage lui-mme tait soumis la censure4 ,la loi romaine qui voulait que l'accusation de l'adultre ft publique tait admirable pour maintenir la puret des moeurs3 elle intimidait les femmes2 elle intimidait aussi ceux qui devaient veiller sur elles4 ,rien ne maintient plus les moeurs qu'une extrme subordination des jeunes gens envers les vieillards4 ,les uns et les autres seront contenus1 ceux-l par le respect qu'ils auront pour les vieillards1 et ceux-ci par le respect qu'ils auront pour eux-mmes4 ,rien ne donne plus de force aux lois que la subordination extrme des citoyens aux magistrats4 ,la grande diffrence que ,lycurgue a mise entre ,lacdmone,c#ie et les autres cits1 dit ,xnophon,m#ih1 consiste en ce qu'il a surtout fait que les citoyens obissent aux lois3 ils courent lorsque le magistrat les appelle4 ,mais ,athnes un homme riche serait au dsespoir que l'on crt qu'il dpendt du magistrat4 ,m#ih ,rpublique de ,lacdmone4 ,l'autorit paternelle est encore bien utile pour maintenir les moeurs4 ,nous avons dj dit que dans une rpublique il n'y a pas une force si rprimante que dans les autres gouvernements4 ,il faut donc que les lois cherchent y suppler3 elles le font par l'autorit paternelle4 ,a ,rome1 les pres avaient droit de vie et de mort,c#if sur leurs enfants,m#ii4 ,a ,lacdmone1 chaque pre avait droit de corriger l'enfant d'un autre4 ,m#ii ,on peut voir dans l'histoire romaine avec quel avantage pour la rpublique on se servit de cette puissance4 ,je ne parlerai que du temps de la plus grande corruption4 ,aulus ,fulvius s'tait mis en chemin pour aller trouver ,catilina2 son pre le rappela1 et le fit mourir4 7,,salluste1 de ,bello ,catil47 ,plusieurs autres citoyens firent de mme4 7,,dion41 liv4 ,,xxxvii47 ,la puissance paternelle se perdit ,rome avec la rpublique4 ,dans les monarchies1 o l'on n'a que faire de moeurs si pures1 on veut que chacun vive sous la puissance des magistrats4 ,les lois de ,rome1 qui avaient accoutum les jeunes gens la dpendance1 tablirent une longue minorit4 ,peut-tre avons-nous eu tort de prendre cet usage3 dans une monarchie on n'a pas besoin de tant de contrainte4 ,cette mme subordination dans la rpublique y pourrait demander que le pre restt pendant sa vie le matre des biens de ses enfants1 comme il fut rgl ,rome4 ,mais cela n'est pas l'esprit de la monarchie,c#ig4 ,,chapitre ,,viii ,comment les lois doivent se rapporter au principe du gouvernement dans l'aristocratie4 ,si dans l'aristocratie le peuple est vertueux1 on y jouira peu prs du bonheur du gouvernement populaire1 et l'tat deviendra puissant4 ,mais1 comme il est rare que l o les fortunes des hommes sont si ingales il y ait beaucoup de vertu1 il faut que les lois tendent donner1 autant qu'elles peuvent1 un esprit de modration1 et cherchent rtablir cette galit que la constitution de l'tat te ncessairement4 ,l'esprit de modration est ce qu'on appelle la vertu dans l'aristocratie,c#ih3 il y tient la place de l'esprit d'galit dans l'tat populaire4 ,si le faste et la splendeur qui environnent les rois font une partie de leur puissance1 la modestie et la simplicit des manires font la force des nobles aristocratiques,m#ajj4 ,quand ils n'affectent aucune distinction1 quand ils se confondent avec le peuple1 quand ils sont vtus comme lui1 quand ils lui font partager tous leurs plaisirs1 il oublie sa faiblesse,c#ii4 ,m#ajj ,de nos jours1 les ,vnitiens1 qui1 bien des gards1 se sont conduits trs sagement1 dcidrent1 sur une dispute entre un noble vnitien et un gentilhomme de terre ferme pour une prsance dans une glise1 que1 hors de ,venise1 un noble vnitien n'avait point de prminence sur un autre citoyen4 ,chaque gouvernement a sa nature et son principe4 ,il ne faut donc pas que l'aristocratie prenne la nature et le principe de la monarchie1 ce qui arriverait si les nobles avaient quelques prrogatives personnelles et particulires1 distinctes de celles de leur corps4 ,les privilges doivent tre pour le snat1 et le simple respect pour les snateurs4 ,il y a deux sources principales de dsordres dans les tats aristocratiques3 l'ingalit extrme entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouverns2 et la mme ingalit entre les diffrents membres du corps qui gouverne4 ,de ces deux ingalits rsultent des haines et des jalousies que les lois doivent prvenir ou arrter4 ,la premire ingalit se trouve principalement lorsque les privilges des principaux ne sont honorables que parce qu'ils sont honteux au peuple4 ,telle fut ,rome la loi qui dfendait aux patriciens de s'unir par mariage aux plbiens,m#aja3 ce qui n'avait d'autre effet que de rendre1 d'un ct1 les patriciens plus superbes1 et1 de l'autre1 plus odieux4 ,il faut voir les avantages qu'en tirrent les tribuns dans leurs harangues4 ,m#aja ,elle fut mise par les dcemvirs dans les deux dernires tables4 ,voyez ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,x4 ,cette ingalit se trouvera encore1 si la condition des citoyens est diffrente par rapport aux subsides2 ce qui arrive de quatre manires3 lorsque les nobles se donnent le privilge de n'en point payer2 lorsqu'ils font des fraudes pour s'en exempter,m#ajb1 lorsqu'ils les appellent eux1 sous prtexte de rtributions ou d'appointements pour les emplois qu'ils exercent2 enfin quand ils rendent le peuple tributaire1 et se partagent les impts qu'ils lvent sur eux4 ,ce dernier cas est rare2 une aristocratie1 en cas pareil1 est le plus dur de tous les gouvernements4 ,m#ajb ,comme dans quelques aristocraties de nos jours4 ,rien n'affaiblit tant l'tat4 ,pendant que ,rome inclina vers l'aristocratie1 elle vita trs bien ces inconvnients4 ,les magistrats ne tiraient jamais d'appointements de leur magistrature4 ,les principaux de la rpublique furent taxs comme les autres2 ils le furent mme plus1 et quelquefois ils le furent seuls4 ,enfin1 bien loin de se partager les revenus de l'tat1 tout ce qu'ils purent tirer du trsor public1 tout ce que la fortune leur envoya de richesses1 ils le distriburent au peuple pour se faire pardonner leurs honneurs,m#ajc4 ,m#ajc ,voyez1 dans ,strabon1 liv4 ,,xiv1 comment les ,rhodiens se conduisirent cet gard4 ,c'est une maxime fondamentale1 qu'autant que les distributions faites au peuple ont de pernicieux effets dans la dmocratie1 autant en ont-elles de bons dans le gouvernement aristocratique4 ,les premires font perdre l'esprit de citoyen1 les autres y ramnent4 ,si l'on ne distribue point les revenus au peuple1 il faut lui faire voir qu'ils sont bien administrs3 les lui montrer1 c'est en quelque manire l'en faire jouir4 ,cette chane d'or que l'on tendait ,venise1 les richesses que l'on portait ,rome dans les triomphes1 les trsors que l'on gardait dans le temple de ,saturne1 taient vritablement les richesses du peuple4 ,il est surtout essentiel1 dans l'aristocratie1 que les nobles ne lvent pas les tributs4 ,le premier ordre de l'tat ne s'en mlait point ,rome3 on en chargea le second2 et cela mme eut dans la suite de grands inconvnients4 ,dans une aristocratie o les nobles lveraient les tributs1 tous les particuliers seraient la discrtion des gens d'affaires3 il n'y aurait point de tribunal suprieur qui les corriget4 ,ceux d'entre eux prposs pour ter les abus aimeraient mieux jouir des abus4 ,les nobles seraient comme les princes des tats despotiques qui confisquent les biens de qui il leur plat4 ,bientt les profits qu'on y ferait seraient regards comme un patrimoine que l'avarice tendrait sa fantaisie4 ,on ferait tomber les fermes2 on rduirait rien les revenus publics4 ,c'est par l que quelques tats1 sans avoir reu d'checs qu'on puisse remarquer1 tombent dans une faiblesse dont les voisins sont surpris1 et qui tonne les citoyens mmes4 ,il faut que les lois leur dfendent aussi le commerce3 des marchands si accrdits feraient toutes sortes de monopoles4 ,le commerce est la profession des gens gaux2 et1 parmi les tats despotiques1 les plus misrables sont ceux o le prince est marchand4 ,les lois de ,venise,m#ajd dfendent aux nobles le commerce1 qui pourrait leur donner1 mme innocemment1 des richesses exorbitantes4 ,m#ajd ,,amelot ,,de ,,la ,,houssaye1 du ,gouvernement de ,venise1 partie ,,iii4--,la loi ,claudia dfendait aux snateurs d'avoir en mer aucun vaisseau qui tnt plus de quarante muids4 7,,tite-,,live1 liv4 ,,xxi47 ,les lois doivent employer les moyens les plus efficaces pour que les nobles rendent justice au peuple4 ,si elles n'ont point tabli un tribun1 il faut qu'elles soient un tribun elles-mmes,c#ajj4 ,toute sorte d'asile contre l'excution des lois perd l'aristocratie2 et la tyrannie en est tout prs4 ,elles doivent mortifier1 dans tous les temps1 l'orgueil de la domination4 ,il faut qu'il y ait1 pour un temps ou pour toujours1 un magistrat qui fasse trembler les nobles1 comme les phores ,lacdmone1 et les inquisiteurs d'tat ,venise2 magistratures qui ne sont soumises aucunes formalits4 ,ce gouvernement a besoin de ressorts bien violents,c#aja4 ,une bouche de pierre,m#aje s'ouvre tout dlateur ,venise3 vous diriez que c'est celle de la tyrannie4 ,m#aje ,les dlateurs y jettent leurs billets4 ,ces magistratures tyranniques1 dans l'aristocratie1 ont du rapport la censure de la dmocratie,c#ajb1 qui1 par sa nature1 n'est pas moins indpendante4 ,en effet1 les censeurs ne doivent point tre recherchs sur les choses qu'ils ont faites pendant leur censure3 il faut leur donner de la confiance1 jamais du dcouragement4 ,les ,romains taient admirables3 on pouvait faire rendre tous les magistrats,m#ajf raison de leur conduite1 except aux censeurs,m#ajg4 ,m#ajf ,voyez ,tite-,live1 liv4 ,,xlix4 ,un censeur ne pouvait pas mme tre troubl par un censeur3 chacun faisait sa note1 sans prendre l'avis de son collgue2 et quand on fit autrement1 la censure fut1 pour ainsi dire1 renverse4 ,m#ajg ,a ,athnes1 les logistes1 qui faisaient rendre compte tous les magistrats1 ne rendaient point compte eux-mmes4 ,deux choses sont pernicieuses dans l'aristocratie3 la pauvret extrme des nobles1 et leurs richesses exorbitantes4 ,pour prvenir leur pauvret il faut surtout les obliger de bonne heure payer leurs dettes4 ,pour modrer leurs richesses1 il faut des dispositions sages et insensibles2 non pas des confiscations1 des lois agraires1 des abolitions de dettes1 qui font des maux infinis4 ,les lois doivent ter le droit d'anesse,c#ajc entre les nobles,m#ajh1 afin que1 par le partage continuel des successions1 les fortunes se remettent toujours dans l'galit4 ,m#ajh ,cela est ainsi tabli ,venise4 7,,amelot ,,de ,,la ,,houssaye1 p4 #cj et #ca47 ,il ne faut point de substitutions1 de retraits lignagers1 de majorats1 d'adoptions4 ,tous les moyens invents pour perptuer la grandeur des familles dans les tats monarchiques ne sauraient tre d'usage dans l'aristocratie,m#aji4 ,m#aji ,il semble que l'objet de quelques aristocraties soit moins de maintenir l'tat que ce qu'elles appellent leur noblesse4 ,quand les lois ont galis les familles1 il leur reste maintenir l'union entre elles4 ,les diffrends des nobles doivent tre promptement dcids3 sans cela1 les contestations entre les personnes deviennent contestations entre les familles4 ,des arbitres peuvent terminer les procs1 ou les empcher de natre4 ,enfin il ne faut point,c#ajd que les lois favorisent les distinctions que la vanit met entre les familles1 sous prtexte qu'elles sont plus nobles ou plus anciennes3 cela doit tre mis au rang des petitesses des particuliers4 ,on n'a qu' jeter les yeux sur ,lacdmone1 on verra comment les phores surent mortifier les faiblesses des rois1 celles des grands et celles du peuple4 ,,chapitre ,,ix ,comment les lois sont relatives leur principe dans la monarchie4 ,l'honneur tant le principe de ce gouvernement1 les lois doivent s'y rapporter4 ,il faut qu'elles y travaillent soutenir cette noblesse1 dont l'honneur est pour ainsi dire l'enfant et le pre4 ,il faut qu'elles la rendent hrditaire2 non pas pour tre le terme entre le pouvoir du prince et la faiblesse du peuple1 mais le lien de tous les deux4 ,les substitutions,c#aje1 qui conservent les biens dans les familles1 seront trs utiles dans ce gouvernement1 quoiqu'elles ne conviennent pas dans les autres4 ,le retrait lignager,c#ajf rendra aux familles nobles les terres que la prodigalit d'un parent aura alines4 ,les terres nobles auront des privilges1 comme les personnes4 ,on ne peut pas sparer la dignit du monarque de celle du royaume2 on ne peut gure sparer non plus la dignit du noble de celle de son fief4 ,toutes ces prrogatives seront particulires la noblesse1 et ne passeront point au peuple1 si l'on ne veut choquer le principe du gouvernement1 si l'on ne veut diminuer la force de la noblesse et celle du peuple4 ,les substitutions gnent le commerce2 le retrait lignager fait une infinit de procs ncessaires2 et tous les fonds du royaume vendus sont au moins1 en quelque faon1 sans matre pendant un an4 ,des prrogatives attaches des fiefs donnent un pouvoir trs charge ceux qui les souffrent4 ,ce sont des inconvnients particuliers de la noblesse1 qui disparaissent devant l'utilit gnrale qu'elle procure4 ,mais1 quand on les communique au peuple1 on choque inutilement tous les principes4 ,on peut1 dans les monarchies1 permettre de laisser la plus grande partie de ses biens un seul de ses enfants3 cette permission n'est mme bonne que l4 ,il faut que les lois favorisent tout le commerce,m#aaj que la constitution de ce gouvernement peut donner1 afin que les sujets puissent1 sans prir1 satisfaire aux besoins toujours renaissants du prince et de sa cour4 ,m#aaj ,elle ne le permet qu'au peuple4 ,voyez la loi troisime1 au code de ,comm4 de ,mercatoribus1 qui est pleine de bon sens4 ,il faut qu'elles mettent un certain ordre dans la manire de lever les tributs1 afin qu'elle ne soit pas plus pesante que les charges mmes4 ,la pesanteur des charges produit d'abord le travail2 le travail1 l'accablement2 l'accablement1 l'esprit de paresse4 ,,chapitre ,x ,de la promptitude de l'excution dans la monarchie4 ,le gouvernement monarchique a un grand avantage sur le rpublicain3 les affaires tant menes par un seul1 il y a plus de promptitude dans l'excution4 ,mais comme cette promptitude pourrait dgnrer en rapidit1 les lois y mettront une certaine lenteur4 ,elles ne doivent pas seulement favoriser la nature de chaque constitution1 mais encore remdier aux abus qui pourraient rsulter de cette mme nature4 ,le cardinal de ,richelieu,m#aaa veut que l'on vite dans les monarchies les pines des compagnies1 qui forment des difficults sur tout4 ,quand cet homme n'aurait pas eu le despotisme dans le coeur1 il l'aurait eu dans la tte,c#ajg4 ,m#aaa ,testament politique4 ,les corps qui ont le dpt des lois,c#ajh n'obissent jamais mieux que quand ils vont pas tardifs1 et qu'ils apportent dans les affaires du prince cette rflexion qu'on ne peut gure attendre du dfaut de lumires de la cour sur les lois de l'tat1 ni de la prcipitation de ses conseils,m#aab4 ,m#aab ,barbaris cunctatio servilis2 statim exequi regium videtur4 7,,tacite1 ,annal41 liv4 ,v1 #cb47 ,pour les barbares1 la temporisation est quelque chose de servile3 obir vite leur parat royal4 ,que serait devenue la plus belle monarchie du monde1 si les magistrats1 par leurs lenteurs1 par leurs plaintes1 par leurs prires1 n'avaient arrt le cours des vertus mmes de ces rois1 lorsque ces monarques1 ne consultant que leur grande me1 auraient voulu rcompenser sans mesure des services rendus avec un courage et une fidlit aussi sans mesure8 ,,chapitre ,,xi ,de l'excellence du gouvernement monarchique4 ,le gouvernement monarchique a un grand avantage sur le despotique4 ,comme il est de sa nature qu'il y ait sous le prince plusieurs ordres qui tiennent la constitution1 l'tat est plus fixe1 la constitution plus inbranlable1 la personne de ceux qui gouvernent plus assure4 ,cicron,m#aac croit que l'tablissement des tribuns de ,rome fut le salut de la rpublique4 ,en effet1 dit-il1 la force du peuple qui n'a point de chef est plus terrible4 ,un chef sent que l'affaire roule sur lui1 il y pense2 mais le peuple1 dans son imptuosit1 ne connat point le pril o il se jette4 ,on peut appliquer cette rflexion un tat despotique1 qui est un peuple sans tribuns2 et une monarchie1 o le peuple a en quelque faon des tribuns4 ,m#aac ,livre ,,iii des ,lois4 ,en effet1 on voit partout que dans les mouvements du gouvernement despotique le peuple1 men par lui-mme1 porte toujours les choses aussi loin qu'elles peuvent aller2 tous les dsordres qu'il commet sont extrmes2 au lieu que dans les monarchies les choses sont trs rarement portes l'excs4 ,les chefs craignent pour eux-mmes2 ils ont peur d'tre abandonns2 les puissances intermdiaires dpendantes,m#aad ne veulent pas que le peuple prenne trop le dessus4 ,il est rare que les ordres de l'tat soient entirement corrompus4 ,le prince tient ses ordres2 et les sditieux1 qui n'ont ni la volont ni l'esprance de renverser l'tat1 ne peuvent ni ne veulent renverser le prince4 ,m#aad ,voyez ci-dessus la premire note du liv4 ,,ii1 chap4 ,,iv4 ,dans ces circonstances1 les gens qui ont de la sagesse et de l'autorit s'entremettent2 on prend des tempraments1 on s'arrange1 on se corrige1 les lois reprennent leur vigueur et se font couter4 ,aussi toutes nos histoires sont-elles pleines de guerres civiles sans rvolutions2 celles des tats despotiques sont pleines de rvolutions sans guerres civiles4 ,ceux qui ont crit l'histoire des guerres civiles de quelques tats1 ceux mmes qui les ont fomentes1 prouvent assez combien l'autorit que les princes laissent de certains ordres pour leur service leur doit tre peu suspecte1 puisque1 dans l'garement mme1 ils ne soupiraient qu'aprs les lois et leur devoir1 et retardaient la fougue et l'imptuosit des factieux plus qu'ils ne pouvaient la servir,m#aae4 ,m#aae ,mmoires du cardinal de ,retz1 et autres histoires4 ,le cardinal de ,richelieu1 pensant peut-tre qu'il avait trop avili les ordres de l'tat1 a recours1 pour le soutenir1 aux vertus du prince et de ses ministres,m#aaf2 et il exige d'eux tant de choses1 qu'en vrit il n'y a qu'un ange qui puisse avoir tant d'attention1 tant de lumires1 tant de fermet1 tant de connaissance2 et on peut peine se flatter que d'ici la dissolution des monarchies il puisse y avoir un prince et des ministres pareils4 ,m#aaf ,testament politique4 ,comme les peuples qui vivent sous une bonne police sont plus heureux que ceux qui1 sans rgle et sans chefs1 errent dans les forts2 aussi les monarques qui vivent sous les lois fondamentales de leur tat sont-ils plus heureux que les princes despotiques qui n'ont rien qui puisse rgler le coeur de leurs peuples1 ni le leur4 ,,chapitre ,,xii ,continuation du mme sujet4 ,qu'on n'aille point chercher de la magnanimit dans les tats despotiques2 le prince n'y donnerait point une grandeur qu'il n'a pas lui-mme2 chez lui1 il n'y a pas de gloire,c#aji4 ,c'est dans les monarchies que l'on verra autour du prince les sujets recevoir ses rayons2 c'est l que chacun1 tenant1 pour ainsi dire1 un plus grand espace1 peut exercer ces vertus qui donnent l'me1 non pas de l'indpendance1 mais de la grandeur4 ,,chapitre ,,xiii ,ide du despotisme4 ,quand les sauvages de la ,louisiane veulent avoir du fruit1 ils coupent l'arbre au pied1 et cueillent le fruit,m#aag4 ,voil le gouvernement despotique,c#aaj4 ,m#aag ,lettres difiantes1 recueil ,,ii1 p4 #cae4 ,,chapitre ,,xiv ,comment les lois sont relatives au principe du gouvernement despotique4 ,le gouvernement despotique a pour principe la crainte3 mais1 des peuples timides1 ignorants1 abattus1 il ne faut pas beaucoup de lois4 ,tout y doit rouler sur deux ou trois ides3 il n'en faut donc pas de nouvelles4 ,quand vous instruisez une bte1 vous vous donnez bien de garde de lui faire changer de matre1 de leons et d'allure2 vous frappez son cerveau par deux ou trois mouvements1 et pas davantage4 ,lorsque le prince est enferm1 il ne peut sortir du sjour de la volupt sans dsoler tous ceux qui l'y retiennent4 ,ils ne peuvent souffrir que sa personne et son pouvoir passent en d'autres mains4 ,il fait donc rarement la guerre en personne1 et il n'ose gure la faire par ses lieutenants4 ,un prince pareil1 accoutum1 dans son palais1 ne trouver aucune rsistance1 s'indigne de celle qu'on lui fait les armes la main3 il est donc ordinairement conduit par la colre ou par la vengeance4 ,d'ailleurs1 il ne peut avoir d'ide de la vraie gloire4 ,les guerres doivent donc s'y faire dans toute leur fureur naturelle1 et le droit des gens y avoir moins d'tendue qu'ailleurs4 ,un tel prince a tant de dfauts qu'il faudrait craindre d'exposer au grand jour sa stupidit naturelle4 ,il est cach1 et l'on ignore l'tat o il se trouve4 ,par bonheur1 les hommes sont tels dans ce pays1 qu'ils n'ont besoin que d'un nom qui les gouverne4 ,charles ,,xii tant ,bender1 trouvant quelque rsistance dans le snat de ,sude1 crivit qu'il leur enverrait une de ses bottes pour commander4 ,cette botte aurait command comme un roi despotique4 ,si le prince est prisonnier1 il est cens tre mort2 et un autre monte sur le trne4 ,les traits que fait le prisonnier sont nuls2 son successeur ne les ratifierait pas4 ,en effet1 comme il est les lois1 l'tat et le prince1 et que1 sitt qu'il n'est plus le prince1 il n'est rien1 s'il n'tait pas cens mort1 l'tat serait dtruit4 ,une des choses qui dtermina le plus les ,turcs faire leur paix spare avec ,pierre ,ier1 fut que les ,moscovites dirent au vizir qu'en ,sude on avait mis un autre roi sur le trne4 ,la conservation de l'tat n'est que la conservation du prince1 ou plutt du palais o il est enferm4 ,tout ce qui ne menace pas directement ce palais ou la ville capitale1 ne fait point d'impression sur des esprits ignorants1 orgueilleux et prvenus2 et1 quant l'enchanement des vnements1 ils ne peuvent le suivre1 le prvoir1 y penser mme4 ,la politique1 ses ressorts et ses lois y doivent tre trs borns1 et le gouvernement politique y est aussi simple que le gouvernement civil,m#aah4 ,m#aah ,selon ,m4 ,chardin1 il n'y a point de conseil d'tat en ,perse4 ,tout se rduit concilier le gouvernement politique et civil avec le gouvernement domestique1 les officiers de l'tat avec ceux du srail4 ,un pareil tat sera dans la meilleure situation lorsqu'il pourra se regarder comme seul dans le monde2 qu'il sera environn de dserts1 et spar de peuples qu'il appellera barbares4 ,ne pouvant compter sur la milice1 il sera bon qu'il dtruise une partie de lui-mme4 ,comme le principe du gouvernement despotique est la crainte1 le but en est la tranquillit2 mais ce n'est point une paix1 c'est le silence de ces villes que l'ennemi est prs d'occuper4 ,la force n'tant pas dans l'tat1 mais dans l'arme qui l'a fond1 il faudrait1 pour dfendre l'tat1 conserver cette arme3 mais elle est formidable au prince4 ,comment donc concilier la sret de l'tat avec la sret de la personne8 ,voyez1 je vous prie1 avec quelle industrie le gouvernement moscovite cherche sortir du despotisme1 qui lui est plus pesant qu'aux peuples mmes4 ,on a cass les grands corps de troupes,c#aaa1 on a diminu les peines des crimes1 on a tabli des tribunaux1 on a commenc connatre les lois1 on a instruit les peuples4 ,mais il y a des causes particulires qui le ramneront peut-tre au malheur qu'il voulait fuir4 ,dans ces tats1 la religion a plus d'influence que dans aucun autre2 elle est une crainte ajoute la crainte4 ,dans les empires mahomtans1 c'est de la religion que les peuples tirent en partie le respect tonnant qu'ils ont pour leur prince4 ,c'est la religion,c#aab qui corrige un peu la constitution turque4 ,les sujets qui ne sont pas attachs la gloire et la grandeur de l'tat par honneur1 le sont par la force et par le principe de la religion4 ,de tous les gouvernements despotiques1 il n'y en a point qui s'accable plus lui-mme que celui o le prince se dclare propritaire de tous les fonds de terre1 et l'hritier de tous ses sujets3 il en rsulte toujours l'abandon de la culture des terres2 et si d'ailleurs le prince est marchand1 toute espce d'industrie est ruine,c#aac4 ,dans ces tats1 on ne rpare1 on n'amliore rien,m#aai3 on ne btit des maisons que pour la vie2 on ne fait point de fosss1 on ne plante point d'arbres2 on tire tout de la nature1 on ne lui rend rien2 tout est en friche1 tout est dsert4 ,m#aai ,voyez ,ricaut1 tat de l',empire ,ottoman1 p4 #aif4 ,pensez-vous que des lois qui tent la proprit des fonds de terre et la succession des biens1 diminueront l'avarice et la cupidit des grands8 ,non3 elles irriteront cette cupidit et cette avarice4 ,on sera port faire mille vexations1 parce qu'on ne croira avoir en propre que l'or ou l'argent que l'on pourra voler ou cacher4 ,pour que tout ne soit pas perdu1 il est bon que l'avidit du prince soit modre par quelque coutume4 ,ainsi1 en ,turquie1 le prince se contente ordinairement de prendre trois pour cent sur les successions,m#abj des gens du peuple4 ,mais1 comme le ,grand-,seigneur donne la plupart des terres sa milice1 et en dispose sa fantaisie2 comme il se saisit de toutes les successions des officiers de l'empire2 comme1 lorsqu'un homme meurt sans enfants mles1 le ,grand-,seigneur a la proprit1 et que les filles n'ont que l'usufruit1 il arrive que la plupart des biens de l'tat sont possds d'une manire prcaire4 ,m#abj ,voyez1 sur les successions des ,turcs1 ,lacdmone ancienne et moderne4 ,voyez aussi ,ricaut1 de l',empire ,ottoman4 ,par la loi de ,bantam,m#aba1 le roi prend la succession1 mme la femme1 les enfants et la maison4 ,on est oblig1 pour luder la plus cruelle disposition de cette loi1 de marier les enfants huit1 neuf ou dix ans1 et quelquefois plus jeunes1 afin qu'ils ne se trouvent pas faire une malheureuse partie de la succession du pre4 ,m#aba ,recueil des ,voyages qui ont servi l'tablissement de la ,compagnie des ,indes1 tome #a;er4--,la loi de ,pgu est moins cruelle3 si l'on a des enfants1 le roi ne succde qu'aux deux tiers4 7,ibid41 t4 ,,iii1 p4 #a47 ,dans les tats o il n'y a point de lois fondamentales1 la succession l'empire ne saurait tre fixe4 ,la couronne y est lective par le prince1 dans sa famille ou hors de sa famille4 ,en vain serait-il tabli que l'an succderait2 le prince en pourrait toujours choisir un autre4 ,le successeur est dclar par le prince lui-mme1 ou par ses ministres1 ou par une guerre civile4 ,ainsi cet tat a une raison de dissolution de plus qu'une monarchie4 ,chaque prince de la famille royale ayant une gale capacit pour tre lu1 il arrive que celui qui monte sur le trne fait d'abord trangler ses frres,c#aad1 comme en ,turquie2 ou les fait aveugler1 comme en ,perse2 ou les rend fous1 comme chez le ,mogol2 ou1 si l'on ne prend point ces prcautions1 comme ,maroc1 chaque vacance du trne est suivie d'une affreuse guerre civile4 ,par les constitutions de ,moscovie,m#abb1 le czar peut choisir qui il veut pour son successeur,c#aae1 soit dans sa famille soit hors de sa famille4 ,un tel tablissement de succession cause mille rvolutions1 et rend le trne aussi chancelant que la succession est arbitraire4 ,l'ordre de succession tant une des choses qu'il importe le plus au peuple de savoir1 le meilleur est celui qui frappe le plus les yeux1 comme la naissance et un certain ordre de naissance4 ,une telle disposition arrte les brigues1 touffe l'ambition2 on ne captive plus l'esprit d'un prince faible1 et l'on ne fait point parler les mourants4 ,m#abb ,voyez les diffrentes constitutions1 surtout celle de #agbb4 ,lorsque la succession est tablie par une loi fondamentale1 un seul prince est le successeur1 et ses frres n'ont aucun droit rel ou apparent de lui disputer la couronne4 ,on ne peut prsumer ni faire valoir une volont particulire du pre4 ,il n'est donc pas plus question d'arrter ou de faire mourir le frre du roi que quelque autre sujet que ce soit4 ,mais dans les tats despotiques1 o les frres du prince sont galement ses esclaves et ses rivaux1 la prudence veut que l'on s'assure de leurs personnes1 surtout dans les pays mahomtans1 o la religion regarde la victoire ou le succs comme un jugement de ,dieu2 de sorte que personne n'y est souverain de droit1 mais seulement de fait4 ,l'ambition est bien plus irrite dans des tats o des princes du sang voient que1 s'ils ne montent pas sur le trne1 ils seront enferms ou mis mort1 que parmi nous1 o les princes du sang jouissent d'une condition qui1 si elle n'est pas si satisfaisante pour l'ambition1 l'est peut-tre plus pour les dsirs modrs4 ,les princes des tats despotiques ont toujours abus du mariage4 ,ils prennent ordinairement plusieurs femmes1 surtout dans la partie du monde o le despotisme est pour ainsi dire naturalis1 qui est l',asie4 ,ils en ont tant d'enfants1 qu'ils ne peuvent gure avoir d'affection pour eux1 ni ceux-ci pour leurs frres4 ,la famille rgnante ressemble l'tat3 elle est trop faible1 et son chef est trop fort2 elle parat tendue1 et elle se rduit rien4 ,artaxerxs,m#abc fit mourir tous ses enfants pour avoir conjur contre lui4 ,il n'est pas vraisemblable que cinquante enfants conspirent contre leur pre2 et encore moins qu'ils conspirent parce qu'il n'a pas voulu cder sa concubine son fils an4 ,il est plus simple de croire qu'il y a l quelque intrigue de ces srails d',orient1 de ces lieux o l'artifice1 la mchancet1 la ruse1 rgnent dans le silence et se couvrent d'une paisse nuit2 o un vieux prince1 devenu tous les jours plus imbcile1 est le premier prisonnier du palais4 ,m#abc ,voyez ,justin4 ,aprs tout ce que nous venons de dire1 il semblerait que la nature humaine se soulverait sans cesse contre le gouvernement despotique2 mais1 malgr l'amour des hommes pour la libert1 malgr leur haine contre la violence1 la plupart des peuples y sont soumis,c#aaf3 cela est ais comprendre4 ,pour former un gouvernement modr1 il faut combiner les puissances1 les rgler1 les temprer1 les faire agir2 donner1 pour ainsi dire1 un lest l'une pour la mettre en tat de rsister une autre3 c'est un chef-d'oeuvre de lgislation que le hasard fait rarement1 et que rarement on laisse faire la prudence4 ,un gouvernement despotique1 au contraire1 saute1 pour ainsi dire1 aux yeux2 il est uniforme partout3 comme il ne faut que des passions pour l'tablir1 tout le monde est bon pour cela4 ,,chapitre ,,xv ,continuation du mme sujet,c#aag4 ,dans les climats chauds1 o rgne ordinairement le despotisme1 les passions se font plus tt sentir1 et elles sont aussi plus tt amorties,m#abd2 l'esprit y est plus avanc2 les prils de la dissipation des biens y sont moins grands2 il y a moins de facilit de se distinguer1 moins de commerce entre les jeunes gens renferms dans la maison3 on s'y marie de meilleure heure3 on y peut donc tre majeur plus tt que dans nos climats d',europe4 ,en ,turquie1 la majorit commence quinze ans,m#abe4 ,m#abd ,voyez le livre des ,lois dans leur rapport avec la nature du climat4 ,m#abe ,,la ,,guilleti,,re1 ,lacdmone ancienne et nouvelle1 p4 #dfc4 ,la cession de biens,c#aah n'y peut avoir lieu4 ,dans un gouvernement o personne n'a de fortune assure1 on prte plus la personne qu'aux biens4 ,elle entre naturellement dans les gouvernements modrs,m#abf et surtout dans les rpubliques1 cause de la plus grande confiance que l'on doit avoir dans la probit des citoyens1 et de la douceur que doit inspirer une forme de gouvernement que chacun semble s'tre donne lui-mme4 ,m#abf ,il en est de mme des atermoiements dans les banqueroutes de bonne foi4 ,si dans la rpublique romaine les lgislateurs avaient tabli la cession des biens,m#abg1 on ne serait pas tomb dans tant de sditions et de discordes civiles1 et on n'aurait point essuy les dangers des maux ni les prils des remdes4 ,m#abg ,elle ne fut tablie que par la loi ,julia1 de ,cessione bonorum4 ,on vitait la prison1 et la cession ignominieuse des biens4 ,la pauvret et l'incertitude des fortunes1 dans les tats despotiques1 y naturalisent l'usure1 chacun augmentant le prix de son argent proportion du pril qu'il y a le prter4 ,la misre vient donc de toutes parts dans ces pays malheureux2 tout y est t1 jusqu' la ressource des emprunts4 ,il arrive de l qu'un marchand n'y saurait faire un grand commerce2 il vit au jour la journe3 s'il se chargeait de beaucoup de marchandises1 il perdrait plus par les intrts qu'il donnerait pour les payer1 qu'il ne gagnerait sur les marchandises4 ,aussi les lois sur le commerce n'y ont-elles gure de lieu2 elles se rduisent la simple police4 ,le gouvernement ne saurait tre injuste sans avoir des mains qui exercent ces injustices3 or1 il est impossible que ces mains ne s'emploient pour elles-mmes4 ,le pculat est donc naturel dans les tats despotiques,c#aai4 ,ce crime y tant le crime ordinaire1 les confiscations y sont utiles4 ,par l on console le peuple2 l'argent qu'on en tire est un tribut considrable1 que le prince lverait difficilement sur des sujets abms3 il n'y a mme1 dans ces pays1 aucune famille qu'on veuille conserver4 ,dans les tats modrs1 c'est tout autre chose4 ,les confiscations,c#abj rendraient la proprit des biens incertaine2 elles dpouilleraient des enfants innocents2 elles dtruiraient une famille1 lorsqu'il ne s'agirait que de punir un coupable4 ,dans les rpubliques1 elles feraient le mal d'ter l'galit qui en fait l'me1 en privant un citoyen de son ncessaire physique,m#abh4 ,m#abh ,il me semble qu'on aimait trop les confiscations dans la rpublique d',athnes4 ,une loi romaine,m#abi veut qu'on ne confisque que dans le cas du crime de lse-majest au premier chef4 ,il serait souvent trs sage de suivre l'esprit de cette loi1 et de borner les confiscations de certains crimes4 ,dans les pays o une coutume locale a dispos des propres1 ,bodin,m#acj dit trs bien qu'il ne faudrait confisquer que les acquts,c#aba4 ,m#abi ,authent4 ,bona damnatorum4 ,cod4 de ,bon4 ,proscript4 seu ,damn4 ,m#acj ,liv4 ,v1 chap4 ,,iii4 ,,chapitre ,,xvi ,de la communication du pouvoir4 ,dans le gouvernement despotique1 le pouvoir passe tout entier dans les mains de celui qui on le confie4 ,le vizir est le despote lui-mme,c#abb1 et chaque officier particulier est le vizir4 ,dans le gouvernement monarchique1 le pouvoir s'applique moins immdiatement2 le monarque1 en le donnant1 le tempre,m#aca4 ,il fait une telle distribution de son autorit1 qu'il n'en donne jamais une partie qu'il n'en retienne une plus grande4 ,m#aca ,ut esse ,phoebi dulcius lumen solet jamjam cadentis444 ,la lumire du soleil couchant parat plus douce4 ,ainsi1 dans les tats monarchiques1 les gouverneurs particuliers des villes ne relvent pas tellement du gouverneur de la province1 qu'ils ne relvent du prince encore davantage2 et les officiers particuliers des corps militaires ne dpendent pas tellement du gnral1 qu'ils ne dpendent du prince encore plus4 ,dans la plupart des tats monarchiques1 on a sagement tabli que ceux qui ont un commandement un peu tendu ne soient attachs aucun corps de milice2 de sorte que1 n'ayant de commandement que par une volont particulire du prince1 pouvant tre employs et ne l'tre pas1 ils sont en quelque faon dehors4 ,ceci est incompatible avec le gouvernement despotique4 ,car1 si ceux qui n'ont pas un emploi actuel avaient nanmoins des prrogatives et des titres1 il y aurait dans l'tat des hommes grands par eux-mmes2 ce qui choquerait la nature de ce gouvernement4 ,que si le gouverneur d'une ville tait indpendant du pacha1 il faudrait tous les jours des tempraments pour les accommoder3 chose absurde dans un gouvernement despotique4 ,et1 de plus1 le gouverneur particulier pouvant ne pas obir1 comment l'autre pourrait-il rpondre de sa province sur sa tte8 ,dans ce gouvernement l'autorit ne peut tre balance2 celle du moindre magistrat ne l'est pas plus que celle du despote4 ,dans les pays modrs1 la loi est partout sage1 elle est partout connue1 et les plus petits magistrats peuvent la suivre4 ,mais dans le despotisme1 o la loi n'est que la volont du prince1 quand le prince serait sage1 comment un magistrat pourrait-il suivre une volont qu'il ne connat pas8 ,il faut qu'il suive la sienne4 ,il y a plus2 c'est que la loi n'tant que ce que le prince veut1 et le prince ne pouvant vouloir que ce qu'il connat1 il faut bien qu'il y ait une infinit de gens qui veuillent pour lui et comme lui4 ,,chapitre ,,xvii ,des prsents4 ,enfin1 la loi tant la volont momentane du prince1 il est ncessaire que ceux qui veulent pour lui veuillent subitement comme lui4 ,c'est un usage1 dans les pays despotiques1 que l'on n'aborde qui que ce soit au-dessus de soi sans lui faire un prsent,m#acb1 pas mme les rois4 ,l'empereur du ,mogol,m#acc ne reoit point les requtes de ses sujets qu'il n'en ait reu quelque chose4 ,ces princes vont jusqu' corrompre leurs propres grces4 ,m#acb ,en ,perse1 dit ,chardin1 on ne demande rien qu'un prsent la main4 ,les plus pauvres et les plus misrables ne paraissent devant les grands1 et devant personne qui ils demandent quelque grce1 qu'en leur offrant quelque chose2 et tout est reu1 mme chez les premiers seigneurs du pays1 du fruit1 des poulets1 un agneau4 ,chacun donne ce qui est le plus sous sa main et de sa profession2 et ceux qui n'ont point de profession donnent de l'argent4 ,c'est un honneur que de recevoir ces sortes de prsents4 ,on les fait en public1 et mme on prend le temps qu'il y a le plus de compagnie4 ,cette coutume est universellement pratique dans tout l',orient1 et c'est peut-tre une des plus anciennes du monde4 7,description de la ,perse1 ch4 ,,xi47--,je crois que cette coutume tait tablie chez les rgules ,lombards1 ,ostrogoths1 ,wisigoths1 ,bourguignons1 ,francs4 ,mais comment faisaient les pauvres qui demandaient justice8 ,les rois de ,pologne ont continu jusqu' nos jours recevoir des prsents4 ,joinville convient que saint ,louis en recevait quelquefois4 ,il lui dit un jour1 avec sa navet ordinaire1 au sortir d'une audience particulire que le roi avait accorde l'abb de ,cluny3 ,n'est-il pas vrai1 sire1 que les deux beaux chevaux que ce moine vous a donns ont un peu prolong la conversation8 7,note de ,,volt47 ,m#acc ,recueil des voyages qui ont servi l'tablissement de la ,compagnie des ,indes1 t4 ,i1 p4 #hj4 ,cela doit tre ainsi dans un gouvernement o personne n'est citoyen2 dans un gouvernement o l'on est plein de l'ide que le suprieur ne doit rien l'infrieur2 dans un gouvernement o les hommes ne se croient lis que par les chtiments que les uns exercent sur les autres2 dans un gouvernement o il y a peu d'affaires1 et o il est rare que l'on ait besoin de se prsenter devant un grand1 de lui faire des demandes1 et encore moins des plaintes4 ,dans une rpublique1 les prsents sont une chose odieuse1 parce que la vertu n'en a pas besoin4 ,dans une monarchie1 l'honneur est un motif plus fort que les prsents4 ,mais1 dans l'tat despotique1 o il n'y a ni honneur ni vertu1 on ne peut tre dtermin agir que par l'esprance des commodits de la vie4 ,c'est dans les ides de la rpublique1 que ,platon,m#acd voulait que ceux qui reoivent des prsents pour faire leur devoir fussent punis de mort4 ,il n'en faut prendre1 disait-il1 ni pour les choses bonnes1 ni pour les mauvaises4 ,m#acd ,liv4 ,,xii des ,lois4 ,c'tait une mauvaise loi que cette loi romaine,m#ace qui permettait aux magistrats de prendre de petits prsents,m#acf1 pourvu qu'ils ne passassent pas cent cus dans toute l'anne4 ,ceux qui on ne donne rien ne dsirent rien2 ceux qui on donne un peu dsirent bientt un peu plus1 et ensuite beaucoup4 ,d'ailleurs1 il est plus ais de convaincre celui qui1 ne devant rien prendre1 prend quelque chose1 que celui qui prend plus lorsqu'il devrait prendre moins1 et qui trouve toujours pour cela des prtextes1 des excuses1 des causes et des raisons plausibles4 ,m#ace ,leg4 ,,vi4 #b1 ,dig4 ad leg4 ,jul4 repet4 ,m#acf ,munuscula4 ,,chapitre ,,xviii ,des rcompenses que le souverain donne4 ,dans les gouvernements despotiques1 o1 comme nous avons dit1 on n'est dtermin agir que par l'esprance des commodits de la vie1 le prince ne rcompenserait que par des distinctions1 si les distinctions que l'honneur tablit n'taient jointes un luxe qui donne ncessairement des besoins3 le prince y rcompense donc par des honneurs qui mnent la fortune4 ,mais1 dans une rpublique1 o la vertu rgne1 motif qui se suffit lui-mme et qui exclut tous les autres1 l'tat ne rcompense que par des tmoignages de cette vertu,c#abc4 ,c'est une rgle gnrale1 que les grandes rcompenses1 dans une monarchie et dans une rpublique1 sont un signe de leur dcadence1 parce qu'elles prouvent que leurs principes sont corrompus2 que1 d'un ct1 l'ide de l'honneur n'y a plus tant de force2 que1 de l'autre1 la qualit de citoyen s'est affaiblie4 ,les plus mauvais empereurs romains ont t ceux qui ont le plus donn1 par exemple1 ,caligula1 ,claude1 ,nron1 ,othon1 ,vitellius1 ,commode1 ,hliogabale et ,caracalla4 ,les meilleurs1 comme ,auguste1 ,vespasien1 ,antonin ,pie1 ,marc-,aurle et ,pertinax1 ont t conomes4 ,sous les bons empereurs1 l'tat reprenait ses principes3 le trsor de l'honneur supplait aux autres trsors4 ,,chapitre ,,xix ,nouvelles consquences des principes des trois gouvernements4 ,je ne puis me rsoudre finir ce livre sans faire encore quelques applications de mes trois principes4 ,,premi,,re ,,question4--,les lois doivent-elles forcer un citoyen accepter les emplois publics8 ,je dis qu'elles le doivent dans le gouvernement rpublicain,c#abd1 et non pas dans le monarchique4 ,dans le premier1 les magistratures sont des tmoignages de vertu1 des dpts que la patrie confie un citoyen1 qui ne doit vivre1 agir et penser que pour elle3 il ne peut donc pas les refuser,m#acg4 ,dans le second1 les magistratures sont des tmoignages d'honneur3 or1 telle est la bizarrerie de l'honneur1 qu'il se plat n'en accepter aucun que quand il veut1 et de la manire qu'il veut4 ,m#acg ,platon1 dans sa ,rpublique1 liv4 ,,viii1 met ces refus au nombre des marques de la corruption de la rpublique4 ,dans ses ,lois1 liv4 ,,vi1 il veut qu'on les punisse par une amende4 ,a ,venise1 on les punit par l'exil4 ,le feu roi de ,sardaigne,m#ach punissait ceux qui refusaient les dignits et les emplois de son tat4 ,il suivait1 sans le savoir1 des ides rpublicaines4 ,sa manire de gouverner1 d'ailleurs1 prouve assez que ce n'tait pas l son intention4 ,m#ach ,victor-,amde4 ,,seconde ,,question4--,est-ce une bonne maxime1 qu'un citoyen puisse tre oblig d'accepter1 dans l'arme1 une place infrieure,c#abe celle qu'il a occupe8 ,on voyait souvent1 chez les ,romains1 le capitaine servir1 l'anne d'aprs1 sous son lieutenant,m#aci4 ,c'est que1 dans les rpubliques1 la vertu demande qu'on fasse l'tat un sacrifice continuel de soi-mme et de ses rpugnances4 ,mais1 dans les monarchies1 l'honneur1 vrai ou faux1 ne peut souffrir ce qu'il appelle se dgrader4 ,m#aci ,quelques centurions ayant appel au peuple1 pour demander l'emploi qu'ils avaient eu3 ,il est juste1 mes compagnons1 dit un centurion1 que vous regardiez comme honorables tous les postes o vous dfendrez la rpublique4 7,,tite-,,live1 liv4 ,,xlii47--,ce qui se fit ,rome lors de la guerre de ,perse1 ce qui s'est fait ,gnes dans la dernire rvolution1 se serait fait en pareil cas dans les monarchies4 ,nous pourrions en rapporter une multitude d'exemples pris chez nous-mmes1 non parmi de simples officiers1 mais parmi les plus grands gnraux4 7,d74 ,dans les gouvernements despotiques1 o l'on abuse galement de l'honneur1 des postes et des rangs1 on fait indiffremment d'un prince un goujat1 et d'un goujat un prince4 ,,troisi,,me ,,question4--,mettra-t-on sur une mme tte les emplois civils et militaires,c#abf8 ,il faut les unir dans la rpublique1 et les sparer dans la monarchie4 ,dans les rpubliques1 il serait bien dangereux de faire de la profession des armes un tat particulier1 distingu de celui qui a les fonctions civiles2 et dans les monarchies1 il n'y aurait pas moins de pril donner les deux fonctions la mme personne4 ,on ne prend les armes1 dans la rpublique1 qu'en qualit de dfenseur des lois et de la patrie3 c'est parce que l'on est citoyen qu'on se fait1 pour un temps1 soldat4 ,s'il y avait deux tats distingus1 on ferait sentir celui qui1 sous les armes1 se croit citoyen1 qu'il n'est que soldat4 ,dans les monarchies1 les gens de guerre n'ont pour objet que la gloire1 ou du moins l'honneur ou la fortune4 ,on doit bien se garder de donner les emplois civils des hommes pareils3 il faut1 au contraire1 qu'ils soient contenus par les magistrats civils1 et que les mmes gens n'aient pas en mme temps la confiance du peuple et la force pour en abuser,m#adj4 ,m#adj ,ne imperium ad optimos nobilium transferretur1 senatum militia vetuit ,gallienus2 etiam adire exercitum4 7,,aurelius ,,victor1 de ,viris illustribus47 ,de peur que l'empire ne tombt entre les mains des principaux des nobles1 l'empereur ,gallien interdit au ,snat le service militaire1 et mme l'accs des armes4 ,voyez1 dans une nation o la rpublique se cache sous la forme de la monarchie1 combien l'on craint un tat particulier de gens de guerre,c#abg1 et comment le guerrier reste toujours citoyen1 ou mme magistrat1 afin que ces qualits soient un gage pour la patrie1 et qu'on ne l'oublie jamais4 ,cette division de magistratures en civiles et militaires1 faite par les ,romains aprs la perte de la ,rpublique1 ne fut pas une chose arbitraire2 elle fut une suite du changement de la constitution de ,rome3 elle tait de la nature du gouvernement monarchique2 et ce qui ne fut que commenc sous ,auguste,m#ada1 les empereurs suivants,m#adb furent obligs de l'achever1 pour temprer le gouvernement militaire4 ,m#ada ,auguste ta aux snateurs1 proconsuls et gouverneurs le droit de porter les armes4 7,,dion41 liv4 ,,liii47--,auguste n'ta ce droit qu'aux snateurs devenus proconsuls2 car les proprteurs1 lieutenants de l'empereur1 taient gouverneurs des provinces dans lesquelles ils taient envoys1 et y avaient le commandement des armes4 7,,cr,v47 ,m#adb ,constantin4 ,voyez ,zosime1 liv4 ,,ii4 ,ainsi ,procope1 concurrent de ,valens l'empire1 n'y entendait rien1 lorsque1 donnant ,hormisdas1 prince du sang royal de ,perse1 la dignit de proconsul,m#adc1 il rendit cette magistrature le commandement des armes qu'elle avait autrefois2 moins qu'il n'et des raisons particulires4 ,un homme qui aspire la souverainet cherche moins ce qui est utile l'tat que ce qui l'est sa cause4 ,m#adc ,,ammien ,,marcellin1 liv4 ,,xxvi4 ,et civilia more veterum et bella recturo4 ,,quatri,,me ,,question4--,convient-il que les charges soient vnales8 ,elles ne doivent pas l'tre dans les tats despotiques1 o il faut que les sujets soient placs ou dplacs dans un instant par le prince4 ,cette vnalit est bonne dans les tats monarchiques1 parce qu'elle fait faire1 comme un mtier de famille,c#abh1 ce qu'on ne voudrait pas entreprendre pour la vertu2 qu'elle destine chacun son devoir1 et rend les ordres de l'tat plus permanents4 ,suidas,m#add dit trs bien qu',anastase avait fait de l'empire une espce d'aristocratie1 en vendant toutes les magistratures4 ,m#add ,fragments tirs des ,ambassades de ,constantin ,porphyrognte4 ,platon,m#ade ne peut souffrir cette vnalit4 ,c'est1 dit-il1 comme si1 dans un navire1 on faisait quelqu'un pilote ou matelot pour son argent4 ,serait-il possible que la rgle ft mauvaise dans quelque autre emploi que ce ft de la vie1 et bonne seulement pour conduire une rpublique8 ,mais ,platon parle d'une rpublique fonde sur la vertu1 et nous parlons d'une monarchie4 ,or1 dans une monarchie o1 quand les charges ne se vendraient pas par un rglement public1 l'indigence et l'avidit des courtisans les vendraient tout de mme1 le hasard donnera de meilleurs sujets que le choix du prince4 ,enfin1 la manire de s'avancer par les richesses inspire et entretient l'industrie,m#adf3 chose dont cette espce de gouvernement a grand besoin4 ,m#ade ,rpublique1 liv4 ,,viii4 ,m#adf ,paresse de l',espagne3 on y donne tous les emplois4 ,,cinqui,,me ,,question4--,dans quel gouvernement faut-il des censeurs8 ,il en faut dans une rpublique,c#abi1 o le principe du gouvernement est la vertu4 ,ce ne sont pas seulement les crimes qui dtruisent la vertu1 mais encore les ngligences1 les fautes1 une certaine tideur dans l'amour de la patrie1 des exemples dangereux1 des semences de corruption2 ce qui ne choque point les lois1 mais les lude2 ce qui ne les dtruit pas1 mais les affaiblit3 tout cela doit tre corrig par les censeurs4 ,on est tonn de la punition de cet aropagite qui avait tu un moineau qui1 poursuivi par un pervier1 s'tait rfugi dans son sein4 ,on est surpris,c#acj que l'aropage ait fait mourir un enfant qui avait crev les yeux son oiseau4 ,qu'on fasse attention qu'il ne s'agit point l d'une condamnation pour crime1 mais d'un jugement de moeurs dans une rpublique fonde sur les moeurs4 ,dans les monarchies1 il ne faut point de censeurs3 elles sont fondes sur l'honneur2 et la nature de l'honneur est d'avoir pour censeur tout l'univers4 ,tout homme qui y manque est soumis aux reproches de ceux mmes qui n'en ont pas4 ,l1 les censeurs seraient gts par ceux mmes qu'ils devraient corriger4 ,ils ne seraient pas bons contre la corruption d'une monarchie2 mais la corruption d'une monarchie serait trop forte contre eux4 ,on sent bien qu'il ne faut point de censeurs contre les gouvernements despotiques4 ,l'exemple de la ,chine semble droger cette rgle2 mais nous verrons dans la suite de cet ouvrage les raisons singulires de cet tablissement4 ,,appendice#ij ,,livre ,,sixi,,me ,,cons,,quences ,,des ,,principes ,,des ,,gouvernements1 ,,par ,,rapport ,a ,,la ,,simplicit ,,des ,,lois ,,civiles ,,et ,,criminelles1 ,,la ,,forme ,,des ,,jugements ,,et ,l',,tablissement ,,des ,,peines4 ,,chapitre ,,premier ,de la simplicit des lois civiles dans les divers gouvernements4 ,le gouvernement monarchique ne comporte pas des lois aussi simples que le despotique4 ,il y faut des tribunaux4 ,ces tribunaux donnent des dcisions4 ,elles doivent tre conserves1 elles doivent tre apprises1 pour que l'on y juge aujourd'hui comme l'on y jugea hier1 et que la proprit et la vie des citoyens y soient assures et fixes comme la constitution mme de l'tat4 #ij ,nous donnons en ,appendice les livres de l',esprit des ,lois1 qui1 sans tre indiqus au programme1 compltent la thorie des gouvernements 7,,vi1 ,,vii1 ,,viii1 ,,xi7 et ceux qui ont eu le plus d'influence sur les ides rformatrices du ,x,v,i,i,ie sicle4 7,note de l'diteur47 ,dans une monarchie1 l'administration d'une justice qui ne dcide pas seulement de la vie et des biens1 mais aussi de l'honneur1 demande des recherches scrupuleuses4 ,la dlicatesse du juge augmente mesure qu'il a un plus grand dpt1 et qu'il prononce sur de plus grands intrts4 ,il ne faut donc pas tre tonn de trouver dans les lois de ces tats tant de rgles1 de restrictions1 d'extensions1 qui multiplient les cas particuliers1 et semblent faire un art de la raison mme4 ,la diffrence de rang1 d'origine1 de condition1 qui est tablie dans le gouvernement monarchique1 entrane souvent des distinctions dans la nature des biens2 et des lois relatives la constitution de cet tat peuvent augmenter le nombre de ces distinctions4 ,ainsi1 parmi nous1 les biens sont propres1 acquts1 ou conquts2 dotaux1 paraphernaux2 paternels et maternels2 meubles de plusieurs espces2 libres1 substitus2 du lignage1 ou non2 nobles en franc-alleu1 ou roturiers2 rentes foncires ou constitues prix d'argent4 ,chaque sorte de biens est soumise des rgles particulires3 il faut les suivre pour en disposer3 ce qui te encore de la simplicit4 ,dans nos gouvernements1 les fiefs sont devenus hrditaires4 ,il a fallu que la noblesse et un certain bien1 c'est--dire que le fief et une certaine consistance1 afin que le propritaire du fief ft en tat de servir le prince4 ,cela a d produire bien des varits3 par exemple1 il y a des pays o l'on n'a pu partager les fiefs entre les frres2 dans d'autres1 les cadets ont pu avoir leur subsistance avec plus d'tendue4 ,le monarque1 qui connat chacune de ses provinces1 peut tablir diverses lois1 ou souffrir diffrentes coutumes4 ,mais le despote ne connat rien1 et ne peut avoir d'attention sur rien2 il lui faut une allure gnrale2 il gouverne par une volont rigide qui est partout la mme2 tout s'aplanit sous ses pieds4 ,a mesure que les jugements des tribunaux se multiplient dans les monarchies1 la jurisprudence se charge de dcisions qui quelquefois se contredisent1 ou parce que les juges qui se succdent pensent diffremment1 ou parce que les mmes affaires sont tantt bien1 tantt mal dfendues1 ou enfin par une infinit d'abus qui se glissent dans tout ce qui passe par la main des hommes4 ,c'est un mal ncessaire que le lgislateur corrige de temps en temps1 comme contraire mme l'esprit des gouvernements modrs4 ,car1 quand on est oblig de recourir aux tribunaux1 il faut que cela vienne de la nature de la constitution1 et non pas des contradictions et de l'incertitude des lois4 ,dans les gouvernements o il y a ncessairement des distinctions dans les personnes1 il faut qu'il y ait des privilges4 ,cela diminue encore la simplicit1 et fait mille exceptions4 ,un des privilges le moins charge la socit1 et surtout celui qui le donne1 c'est de plaider devant un tribunal plutt que devant un autre4 ,voil de nouvelles affaires1 c'est--dire celles o il s'agit de savoir devant quel tribunal il faut plaider4 ,les peuples des tats despotiques sont dans un cas bien diffrent4 ,je ne sais sur quoi1 dans ces pays1 le lgislateur pourrait statuer1 ou le magistrat juger4 ,il suit de ce que les terres appartiennent au prince1 qu'il n'y a presque point de lois civiles sur la proprit des terres4 ,il suit du droit que le souverain a de succder1 qu'il n'y en a pas non plus sur les successions4 ,le ngoce exclusif qu'il fait dans quelques pays rend inutiles toutes sortes de lois sur le commerce4 ,les mariages que l'on y contracte avec des filles esclaves font qu'il n'y a gure de lois civiles sur les dots et sur les avantages des femmes4 ,il rsulte encore de cette prodigieuse multitude d'esclaves qu'il n'y a presque point de gens qui aient une volont propre1 et qui par consquent doivent rpondre de leur conduite devant un juge4 ,la plupart des actions morales1 qui ne sont que les volonts du pre1 du mari1 du matre1 se rglent par eux1 et non par les magistrats4 ,j'oubliais de dire que ce que nous appelons l'honneur tant peine connu dans ces tats1 toutes les affaires qui regardent cet honneur1 qui est un si grand chapitre parmi nous1 n'y ont point de lieu4 ,le despotisme se suffit lui-mme3 tout est vide autour de lui4 ,aussi lorsque les voyageurs nous dcrivent les pays o il rgne1 rarement nous parlent-ils des lois civiles#ia4 #ia ,au ,mazulipatan1 on n'a pu dcouvrir qu'il y et de loi crite4 ,voyez le ,recueil des ,voyages qui ont servi l'tablissement de la ,compagnie des ,indes1 tome ,,iv1 partie premire1 page #cia4 ,les ,indiens ne se rglent1 dans les jugements1 que sur de certaines coutumes4 ,le ,vedam et autres livres pareils ne contiennent point de lois civiles1 mais des prceptes religieux4 ,voyez ,lettres difiantes1 quatorzime recueil4 ,toutes les occasions de dispute et de procs y sont donc tes4 ,c'est ce qui fait en partie qu'on y maltraite si fort les plaideurs3 l'injustice de leur demande parat dcouvert1 n'tant pas cache1 pallie ou protge par une infinit de lois4 ,,chapitre ,,ii ,de la simplicit des lois criminelles dans les divers gouvernements4 ,on entend dire sans cesse qu'il faudrait que la justice ft rendue partout comme en ,turquie4 ,il n'y aura donc que les plus ignorants de tous les peuples qui auront vu clair dans la chose du monde qu'il importe le plus aux hommes de savoir8 ,si vous examinez les formalits de la justice par rapport la peine qu'a un citoyen se faire rendre son bien1 ou obtenir satisfaction de quelque outrage1 vous en trouverez sans doute trop4 ,si vous les regardez dans le rapport qu'elles ont avec la libert et la sret des citoyens1 vous en trouverez souvent trop peu2 et vous verrez que les peines1 les dpenses1 les longueurs1 les dangers mme de la justice1 sont le prix que chaque citoyen donne pour sa libert4 ,en ,turquie1 o l'on fait trs peu d'attention la fortune1 la vie1 l'honneur des sujets1 on termine promptement1 d'une faon ou d'une autre1 toutes les disputes4 ,la manire de les finir est indiffrente1 pourvu qu'on finisse4 ,le pacha1 d'abord clairci1 fait distribuer1 sa fantaisie1 des coups de bton sur la plante des pieds des plaideurs1 et les renvoie chez eux#ib4 #ib ,quand les lois sont trs simples1 il n'y a gure de procs o l'une des deux parties ne soit videmment un fripon1 parce que les discussions roulent sur des faits1 et non sur le droit4 ,voil pourquoi on fait1 dans l',orient1 un si grand usage des tmoins dans les affaires civiles1 et qu'on distribue quelquefois des coups de bton aux plaideurs et aux tmoins qui en ont impos la justice4 7,note de ,,volt47 ,et il serait bien dangereux que l'on y et les passions des plaideurs3 elles supposent un dsir ardent de se faire rendre justice1 une haine1 une action dans l'esprit1 une constance poursuivre4 ,tout cela doit tre vit dans un gouvernement o il ne faut avoir d'autre sentiment que la crainte1 et o tout mne tout coup1 et sans qu'on le puisse prvoir1 des rvolutions4 ,chacun doit connatre qu'il ne faut point que le magistrat entende parler de lui1 et qu'il ne tient sa sret que de son anantissement4 ,mais1 dans les tats modrs1 o la tte du moindre citoyen est considrable1 on ne lui te son honneur et ses biens qu'aprs un long examen2 on ne le prive de la vie que lorsque la patrie elle-mme l'attaque2 et elle ne l'attaque qu'en lui laissant tous les moyens possibles de la dfendre4 ,aussi1 lorsqu'un homme se rend plus absolu#ic1 songe-t-il d'abord simplifier les lois4 ,on commence dans cet tat tre plus frapp des inconvnients particuliers que de la libert des sujets1 dont on ne se soucie point du tout4 #ic ,csar1 ,cromwell1 et tant d'autres4 ,on voit que dans les rpubliques il faut pour le moins autant de formalits que dans les monarchies4 ,dans l'un et dans l'autre gouvernement1 elles augmentent en raison du cas que l'on y fait de l'honneur1 de la fortune1 de la vie1 de la libert des citoyens4 ,les hommes sont tous gaux dans le gouvernement rpublicain2 ils sont gaux dans le gouvernement despotique3 dans le premier1 c'est parce qu'ils sont tout2 dans le second1 c'est parce qu'ils ne sont rien4 ,,chapitre ,,iii ,dans quels gouvernements et dans quels cas on doit juger selon un texte prcis de la loi4 ,plus le gouvernement approche de la rpublique1 plus la manire de juger devient fixe2 et c'tait un vice de la rpublique de ,lacdmone que les phores jugeassent arbitrairement1 sans qu'il y et des lois pour les diriger4 ,a ,rome1 les premiers consuls jugrent comme les phores3 on en sentit les inconvnients1 et l'on fit des lois prcises4 ,dans les tats despotiques1 il n'y a point de lois3 le juge est lui-mme sa rgle4 ,dans les tats monarchiques1 il y a une loi2 et l o elle est prcise1 le juge la suit2 l o elle ne l'est pas1 il en cherche l'esprit4 ,dans le gouvernement rpublicain1 il est de la nature de la constitution que les juges suivent la lettre de la loi#id4 ,il n'y a point de citoyen contre qui on puisse interprter une loi1 quand il s'agit de ses biens1 de son honneur ou de sa vie4 #id ,rien n'est plus dangereux que l'axiome commun3 ,il faut consulter l'esprit de la loi4 ,adopter cet axiome1 c'est rompre toutes les digues et abandonner les lois au torrent des opinions4 ,chaque homme a sa manire de voir3 l'esprit d'une loi serait donc le rsultat de la logique bonne ou mauvaise d'un juge1 d'une digestion aise ou pnible1 de la faiblesse de l'accus1 de la violence des passions du magistrat1 de ses relations avec l'offens2 enfin1 de toutes les petites causes qui changent les apparences et dnaturent les objets dans l'esprit inconstant de l'homme8 ,ainsi1 nous verrions l'esprit d'un citoyen changer de face en passant un autre tribunal1 et la vie du malheureux serait la merci d'un faux raisonnement ou de la mauvaise humeur de son juge4 ,nous verrions les mmes dlits punis diffremment en diffrents temps1 par le mme tribunal1 parce qu'au lieu d'couter la voix constante et invariable des lois1 il se livrerait l'instabilit trompeuse des interprtations arbitraires4 7,,beccaria1 ch4 ,,iv47 ,a ,rome1 les juges prononaient seulement que l'accus tait coupable d'un certain crime2 et la peine se trouvait dans la loi1 comme on le voit dans diverses lois qui furent faites4 ,en ,angleterre1 les jurs dcident si le fait qui a t port devant eux est prouv ou non2 et1 s'il est prouv1 le juge prononce la peine que la loi inflige pour ce fait3 et1 pour cela1 il ne lui faut que des yeux4 ,,chapitre ,,iv ,de la manire de former les jugements4 ,de l suivent les diffrentes manires de former les jugements4 ,dans les monarchies1 les juges prennent la manire des arbitres3 ils dlibrent ensemble1 ils se communiquent leurs penses1 ils se concilient2 on modifie son avis pour le rendre conforme celui d'un autre2 les avis les moins nombreux sont rappels aux deux plus grands4 ,cela n'est point de la nature de la rpublique4 ,a ,rome1 et dans les villes grecques1 les juges ne se communiquaient point3 chacun donnait son avis d'une de ces trois manires3 j'absous1 je condamne1 il ne me parat pas#ie3 c'est que le peuple jugeait ou tait cens juger4 ,mais le peuple n'est pas jurisconsulte2 toutes ces modifications et tempraments des arbitres ne sont pas pour lui2 il faut lui prsenter un seul objet1 un fait1 et un seul fait2 et qu'il n'ait qu' voir s'il doit condamner1 absoudre1 ou remettre le jugement4 #ie ,non liquet4 ,la cause n'est pas claire4 ,les ,romains1 l'exemple des ,grecs1 introduisirent des formules d'actions#if1 et tablirent la ncessit de diriger chaque affaire par l'action qui lui tait propre4 ,cela tait ncessaire dans leur manire de juger3 il fallait fixer l'tat de la question1 pour que le peuple l'et toujours devant les yeux4 ,autrement1 dans le cours d'une grande affaire1 cet tat de la question changerait continuellement1 et on ne le reconnatrait plus4 #if ,quas actiones ne populus1 prout vellet1 institueret1 certas solemnesque esse voluerunt4 7,leg4 ,,ii1 #f1 ,dig41 de ,orig4 ,jur47 ,ils institurent des formes fixes et solennelles d'actions1 afin que le peuple ne pt pas les tablir sa fantaisie4 ,de l il suivait que les juges1 chez les ,romains1 n'accordaient que la demande prcise1 sans rien augmenter1 diminuer1 ni modifier4 ,mais les prteurs imaginrent d'autres formules d'actions qu'on appela de bonne foi#ig1 o la manire de prononcer tait plus dans la disposition du juge4 ,ceci tait plus conforme l'esprit de la monarchie4 ,aussi les jurisconsultes franais disent-ils3 ,en ,france#ih toutes les actions sont de bonne foi4 #ig ,dans lesquelles on mettait ces mots3 ,ex bona fide4 #ih ,on y condamne aux dpens celui-l mme qui on demande plus qu'il ne doit1 s'il n'a offert et consign ce qu'il doit4 ,,chapitre ,v ,dans quels gouvernements le souverain peut tre juge4 ,machiavel#ii attribue la perte de la libert de ,florence ce que le peuple ne jugeait pas en corps1 comme ,rome1 des crimes de lse-majest commis contre lui4 ,il y avait pour cela huit juges tablis4 ,mais1 dit ,machiavel1 peu sont corrompus par peu4 ,j'adopterais bien la maxime de ce grand homme2 mais comme dans ces cas l'intrt politique force pour ainsi dire l'intrt civil 7car c'est toujours un inconvnient que le peuple juge lui-mme ses offenses71 il faut1 pour y remdier1 que les lois pourvoient1 autant qu'il est en elles1 la sret des particuliers4 #ii ,discours sur la premire dcade de ,tite-,live1 liv4 ,i1 ch4 ,,vii4 ,dans cette ide1 les lgislateurs de ,rome firent deux choses3 ils permirent aux accuss de s'exiler#ajj avant le jugement#aja2 et ils voulurent que les biens des condamns fussent consacrs1 pour que le peuple n'en et pas la confiscation4 ,on verra dans le livre ,,xi les autres limitations que l'on mit la puissance que le peuple avait de juger4 #ajj ,cela est bien expliqu dans l'oraison de ,cicron pro ,ccina1 la fin4 #aja ,c'tait une loi d',athnes1 comme il parat par ,dmosthne4 ,socrate refusa de s'en servir4 ,solon sut bien prvenir l'abus que le peuple pourrait faire de sa puissance dans le jugement des crimes3 il voulut que l'aropage revt l'affaire2 que1 s'il croyait l'accus injustement absous#ajb1 il l'accust de nouveau devant le peuple3 que1 s'il le croyait injustement condamn#ajc1 il arrtt l'excution1 et lui ft rejuger l'affaire3 loi admirable1 qui soumettait le peuple la censure de la magistrature qu'il respectait le plus1 et la sienne mme6 #ajb ,d,,mosth,,ne1 sur la ,couronne1 p4 #did1 dition de ,francfort1 de l'an #afjd4 #ajc ,voyez ,philostrate1 ,vies des ,sophistes1 liv4 ,ier2 ,vies d'schine4 ,il sera bon de mettre quelque lenteur dans des affaires pareilles1 surtout du moment que l'accus sera prisonnier1 afin que le peuple puisse se calmer et juger de sang-froid4 ,dans les tats despotiques1 le prince peut juger lui-mme4 ,il ne le peut dans les monarchies3 la constitution serait dtruite1 les pouvoirs intermdiaires dpendants1 anantis2 on verrait cesser toutes les formalits des jugements2 la crainte s'emparerait de tous les esprits2 on verrait la pleur sur tous les visages2 plus de confiance1 plus d'honneur1 plus d'amour1 plus de sret1 plus de monarchie4 ,voici d'autres rflexions4 ,dans les tats monarchiques1 le prince est la partie qui poursuit les accuss1 et les fait punir ou absoudre3 s'il jugeait lui-mme1 il serait le juge et la partie4 ,dans ces mmes tats1 le prince a souvent les confiscations3 s'il jugeait les crimes1 il serait encore le juge et la partie4 ,de plus1 il perdrait le plus bel attribut de sa souverainet1 qui est celui de faire grce#ajd3 il serait insens qu'il ft et dft ses jugements2 il ne voudrait pas tre en contradiction avec lui-mme4 ,outre que cela confondrait toutes les ides1 on ne saurait si un homme serait absous ou s'il recevrait sa grce4 #ajd ,platon ne pense pas que les rois1 qui sont1 dit-il1 prtres1 puissent assister au jugement o l'on condamne la mort1 l'exil1 la prison4 ,lorsque ,louis ,,xiii voulut tre juge dans le procs du duc de la ,valette#aje1 et qu'il appela pour cela dans son cabinet quelques officiers du parlement et quelques conseillers d'tat1 le roi les ayant forcs d'opiner sur le dcret de prise de corps1 le prsident de ,bellivre dit3 ,qu'il voyait dans cette affaire une chose trange1 un prince opiner au procs d'un de ses sujets2 que les rois ne s'taient rserv que les grces1 et qu'ils renvoyaient les condamnations vers leurs officiers4 ,et ,votre ,majest voudrait bien voir sur la sellette un homme devant elle1 qui1 par son jugement1 irait dans une heure la mort6 ,que la face du prince1 qui porte les grces1 ne peut soutenir cela2 que sa vue seule levait les interdits des glises2 qu'on ne devait sortir que content devant le prince4 ,lorsqu'on jugea le fond1 le mme prsident dit1 dans son avis3 ,cela est un jugement sans exemple1 voire contre tous les exemples du pass jusqu' huy1 qu'un roi de ,france ait condamn en qualit de juge1 par son avis1 un gentilhomme mort#ajf4 #aje ,voyez la relation du procs fait ,m4 le duc de la ,valette4 ,elle est imprime dans les mmoires de ,montrsor1 t4 ,,ii1 p4 #fb4 #ajf ,cela fut chang dans la suite4 ,voyez la relation1 t4 ,,ii1 p4 #bcf4--;,c'tait originairement un droit de la pairie1 qu'un pair accus criminellement ft jug par le roi1 son principal pair4 ,franois ,,ii avait opin dans le procs contre le prince de ,cond1 oncle d',henri ,,iv4 ,charles ,,vii avait donn sa voix dans le procs du duc d',alenon2 et le parlement mme l'avait assur que c'tait son devoir d'tre la tte des juges4 ,aujourd'hui1 la prsence du roi au jugement d'un pair1 pour le condamner1 paratrait un acte de tyrannie4 7,note de ,,volt47 ,les jugements rendus par le prince seraient une source intarissable d'injustices et d'abus2 les courtisans extorqueraient1 par leur importunit1 ses jugements4 ,quelques empereurs romains eurent la fureur de juger3 nuls rgnes n'tonnrent plus l'univers par leurs injustices4 ,claude1 dit ,tacite#ajg1 ayant attir lui le jugement des affaires et les fonctions des magistrats1 donna occasion toutes sortes de rapines4 #ajg ,annal41 liv4 ,,xi4 ,aussi ,nron1 parvenant l'empire aprs ,claude1 voulant se concilier les esprits1 dclara-t-il3 ,qu'il se garderait bien d'tre le juge de toutes les affaires1 pour que les accusateurs et les accuss1 dans les murs d'un palais1 ne fussent pas exposs l'inique pouvoir de quelques affranchis#ajh4 #ajh ,annal41 liv4 ,,xiii4 ,sous le rgne d',arcadius1 dit ,zosime#aji1 la nation des calomniateurs se rpandit1 entoura la cour et l'infecta4 ,lorsqu'un homme tait mort1 on supposait qu'il n'avait point laiss d'enfants#aaj2 on donnait ses biens par un rescrit4 ,car1 comme le prince tait trangement stupide1 et l'impratrice entreprenante l'excs1 elle servait l'insatiable avarice de ses domestiques et de ses confidentes2 de sorte que1 pour les gens modrs1 il n'y avait rien de plus dsirable que la mort4 #aji ,hist41 liv4 ,v4 #aaj ,mme dsordre sous ,thodose le ,jeune4 ,il y avait autrefois1 dit ,procope#aaa1 fort peu de gens la cour1 mais1 sous ,justinien1 comme les juges n'avaient plus la libert de rendre justice1 leurs tribunaux taient dserts1 tandis que le palais du prince retentissait des clameurs des parties qui sollicitaient leurs affaires4 ,tout le monde sait comment on y vendait les jugements1 et mme les lois4 #aaa ,histoire secrte4 ,les lois sont les yeux du prince1 il voit par elles ce qu'il ne pourrait pas voir sans elles4 ,veut-il faire la fonction des tribunaux1 il travaille non pas pour lui1 mais pour ses sducteurs contre lui4 ,,chapitre ,,vi ,que1 dans la monarchie1 les ministres ne doivent pas juger4 ,c'est encore un grand inconvnient dans la monarchie que les ministres du prince jugent eux-mmes les affaires contentieuses4 ,nous voyons encore aujourd'hui des tats o il y a des juges sans nombre pour dcider les affaires fiscales1 et o les ministres1 qui le croirait6 veulent encore les juger4 ,les rflexions viennent en foule3 je ne ferai que celle-ci4 ,il y a1 par la nature des choses1 une espce de contradiction entre le conseil du monarque et ses tribunaux4 ,le conseil des rois doit tre compos de peu de personnes2 les tribunaux de judicature en demandent beaucoup4 ,la raison en est que1 dans le premier1 on doit prendre les affaires avec une certaine passion1 et les suivre de mme2 ce qu'on ne peut gure esprer que de quatre ou cinq hommes qui en font leur affaire4 ,il faut1 au contraire1 des tribunaux de judicature de sang-froid1 et qui toutes les affaires soient en quelque faon indiffrentes4 ,,chapitre ,,vii ,du magistrat unique4 ,un tel magistrat ne peut avoir lieu que dans le gouvernement despotique4 ,on voit dans l'histoire romaine quel point un juge unique peut abuser de son pouvoir4 ,comment ,appius1 sur son tribunal1 n'aurait-il pas mpris les lois1 puisqu'il viola mme celle qu'il avait faite#aab8 ,tite-,live nous apprend l'inique distinction du dcemvir4 ,il avait apost un homme qui rclamait devant lui ,virginie comme son esclave3 les parents de ,virginie lui demandrent qu'en vertu de sa loi on la leur remt jusqu'au jugement dfinitif4 ,il dclara que sa loi n'avait t faite qu'en faveur du pre1 et que1 ,virginius tant absent1 elle ne pouvait avoir d'application#aac4 #aab ,voyez la loi ,,ii1 #bd1 ff41 de ,orig4 ,jur4 #aac ,quod pater puell abesset1 locum injuri esse ratus4 7,,tite-,,live1 liv4 ,,iii47 ,,chapitre ,,viii ,des accusations dans les divers gouvernements4 ,a ,rome#aad1 il tait permis un citoyen d'en accuser un autre4 ,cela tait tabli selon l'esprit de la rpublique1 o chaque citoyen doit avoir pour le bien public un zle sans bornes1 o chaque citoyen est cens tenir tous les droits de la patrie dans ses mains4 ,on suivit sous les empereurs les maximes de la rpublique2 et d'abord on vit paratre un genre d'hommes funestes1 une troupe de dlateurs4 ,quiconque avait bien des vices et bien des talents1 une me bien basse et un esprit ambitieux1 cherchait un criminel1 dont la condamnation pt plaire au prince3 c'tait la voie pour aller aux honneurs et la fortune#aae1 choses que nous ne voyons point parmi nous4 #aad ,et dans bien d'autres cits4 #aae ,voyez dans ,tacite les rcompenses accordes ces dlateurs4 ,nous avons aujourd'hui une loi admirable3 c'est celle qui veut que le prince1 tabli pour faire excuter les lois1 prpose un officier dans chaque tribunal pour poursuivre en son nom tous les crimes2 de sorte que la fonction des dlateurs est inconnue parmi nous1 et1 si ce vengeur public tait souponn d'abuser de son ministre1 on l'obligerait de nommer son dnonciateur4 ,dans les lois de ,platon#aaf1 ceux qui ngligent d'avertir les magistrats1 ou de leur donner du secours1 doivent tre punis4 ,cela ne conviendrait point aujourd'hui4 ,la partie publique veille pour les citoyens2 elle agit1 et ils sont tranquilles4 #aaf ,liv4 ,,ix4 ,,chapitre ,,ix ,de la svrit des peines dans les divers gouvernements4 ,la svrit des peines convient mieux au gouvernement despotique1 dont le principe est la terreur1 qu' la monarchie et la rpublique1 qui ont pour ressort l'honneur et la vertu4 ,dans les tats modrs1 l'amour de la patrie1 la honte et la crainte du blme1 sont des motifs rprimants1 qui peuvent arrter bien des crimes4 ,la plus grande peine d'une mauvaise action sera d'en tre convaincu4 ,les lois civiles y corrigeront donc plus aisment et n'auront pas besoin de tant de force4 ,dans ces tats1 un bon lgislateur s'attachera moins punir les crimes qu' les prvenir2 il s'appliquera plus donner des moeurs qu' infliger des supplices4 ,c'est une remarque perptuelle des auteurs chinois#aag1 que plus dans leur empire on voyait augmenter les supplices1 plus la rvolution tait prochaine4 ,c'est qu'on augmentait les supplices mesure qu'on manquait de moeurs4 #aag ,je ferai voir dans la suite que la ,chine1 cet gard1 est dans le cas d'une rpublique ou d'une monarchie4 ,il serait ais de prouver que1 dans tous ou presque tous les tats d',europe1 les peines ont diminu ou augment mesure qu'on s'est plus approch ou plus loign de la libert4 ,dans les pays despotiques1 on est si malheureux que l'on y craint plus la mort qu'on ne regrette la vie3 les supplices y doivent donc tre plus rigoureux4 ,dans les tats modrs1 on craint plus de perdre la vie qu'on ne redoute la mort en elle-mme2 les supplices qui tent simplement la vie y sont donc suffisants4 ,les hommes extrmement heureux et les hommes extrmement malheureux sont galement ports la duret3 tmoin les moines et les conqurants4 ,il n'y a que la mdiocrit et le mlange de la bonne et de la mauvaise fortune qui donnent de la douceur et de la piti4 ,ce que l'on voit dans les hommes en particulier se trouve dans les diverses nations4 ,chez les peuples sauvages1 qui mnent une vie trs dure1 et chez les peuples des gouvernements despotiques1 o il n'y a qu'un homme exorbitamment favoris de la fortune1 tandis que tout le reste en est outrag1 on est galement cruel4 ,la douceur rgne dans les gouvernements modrs4 ,lorsque nous lisons dans les histoires les exemples de la justice atroce des sultans1 nous sentons avec une espce de douleur les maux de la nature humaine4 ,dans les gouvernements modrs1 tout1 pour un bon lgislateur1 peut servir former des peines4 ,n'est-il pas bien extraordinaire qu' ,sparte une des principales ft de ne pouvoir prter sa femme un autre1 ni recevoir celle d'un autre2 de n'tre jamais dans sa maison qu'avec des vierges8 ,en un mot1 tout ce que la loi appelle une peine est effectivement une peine4 ,,chapitre ,x ,des anciennes lois franaises4 ,c'est bien dans les anciennes lois franaises que l'on trouve l'esprit de la monarchie4 ,dans les cas o il s'agit de peines pcuniaires1 les non-nobles sont moins punis que les nobles#aah4 ,c'est tout le contraire dans les crimes#aai2 le noble perd l'honneur et rponse en cour1 pendant que le vilain1 qui n'a point d'honneur1 est puni en son corps4 #aah ,si1 comme pour briser un arrt1 les non-nobles doivent une amende de quarante sous1 et les nobles de soixante livres4 7,somme rurale1 liv4 ,,ii1 p4 #aih1 dit4 goth4 de l'an #aeab2 et ,,beaumanoir1 ch4 ,,lxi1 p4 #cji47 #aai ,voyez le conseil de ,pierre ,desfontaines1 ch4 ,,xiii1 surtout l'article #bb4 ,,chapitre ,,xi ,que lorsqu'un peuple est vertueux1 il faut peu de peines4 ,le peuple romain avait de la probit4 ,cette probit eut tant de force1 que souvent le lgislateur n'eut besoin que de lui montrer le bien pour le lui faire suivre4 ,il semblait qu'au lieu d'ordonnances il suffisait de lui donner des conseils4 ,les peines des lois royales et celles des lois des ,douze ,tables furent presque toutes tes dans la rpublique1 soit par une suite de la loi ,valrienne#abj1 soit par une consquence de la loi ,porcie#aba4 ,on ne remarqua pas que la rpublique en ft mal rgle1 et il n'en rsulta aucune lsion de police4 #abj ,elle fut faite par ,valerius ,publicola1 bientt aprs l'expulsion des rois2 elle fut renouvele deux fois1 toujours par des magistrats de la mme famille1 comme le dit ,tite-,live1 liv4 ,x4--,il n'tait pas question de lui donner plus de force1 mais d'en perfectionner les dispositions4 ,diligentius sanctam1 dit ,tite-,live4 7,ibid47 #aba ,elle fut faite en #ded de la fondation de ,rome4 ,cette loi ,valrienne1 qui dfendait aux magistrats toute voie de fait contre un citoyen qui avait appel au peuple1 n'infligeait celui qui y contreviendrait que la peine d'tre rput mchant#abb4 #abb ,nihil ultra quum improbe factum adjecit4 ,elle n'infligeait aucune peine1 si ce n'est de dclarer l'action contraire l'honneur4 7,,tite-,,live47 ,,chapitre ,,xii ,de la puissance des peines4 ,l'exprience a fait remarquer que1 dans les pays o les peines sont douces1 l'esprit du citoyen en est frapp1 comme il l'est ailleurs par les grandes4 ,quelque inconvnient se fait-il sentir dans un tat1 un gouvernement violent veut soudain le corriger2 et au lieu de songer faire excuter les anciennes lois1 on tablit une peine cruelle qui arrte le mal sur-le-champ4 ,mais on use le ressort du gouvernement2 l'imagination se fait cette grande peine1 comme elle s'tait faite la moindre1 et comme on diminue la crainte pour celle-ci1 l'on est bientt forc d'tablir l'autre dans tous les cas4 ,les vols sur les grands chemins taient communs dans quelques tats2 on voulut les arrter3 on inventa le supplice de la roue1 qui les suspendit pendant quelque temps4 ,depuis ce temps on a vol comme auparavant sur les grands chemins4 ,de nos jours la dsertion fut trs frquente3 on tablit la peine de mort contre les dserteurs1 et la dsertion n'est pas diminue4 ,la raison en est bien naturelle3 un soldat1 accoutum tous les jours exposer sa vie1 en mprise ou se flatte d'en mpriser le danger4 ,il est tous les jours accoutum craindre la honte3 il fallait donc laisser une peine#abc qui faisait porter une fltrissure pendant la vie4 ,on a prtendu augmenter la peine1 et on l'a rellement diminue4 #abc ,on fendait le nez1 on coupait les oreilles4 ,il ne faut point mener les hommes par les voies extrmes1 on doit tre mnager des moyens que la nature nous donne pour les conduire4 ,qu'on examine la cause de tous les relchements1 on verra qu'elle vient de l'impunit des crimes1 et non pas de la modration des peines4 ,suivons la nature1 qui a donn aux hommes la honte comme leur flau2 et que la plus grande partie de la peine soit l'infamie de la souffrir4 ,que1 s'il se trouve des pays o la honte ne soit pas une suite du supplice1 cela vient de la tyrannie1 qui a inflig les mmes peines aux sclrats et aux gens de bien4 ,et si vous en voyez d'autres o les hommes ne sont retenus que par des supplices cruels1 comptez encore que cela vient en grande partie de la violence du gouvernement1 qui a employ ces supplices pour des fautes lgres4 ,souvent un lgislateur qui veut corriger un mal ne songe qu' cette correction1 ses yeux sont ouverts sur cet objet1 et ferms sur les inconvnients4 ,lorsque le mal est une fois corrig1 on ne voit plus que la duret du lgislateur2 mais il reste un vice dans l'tat1 que cette duret a produit3 les esprits sont corrompus1 ils se sont accoutums au despotisme4 ,lysandre#abd ayant remport la victoire sur les ,athniens1 on jugea les prisonniers2 on accusa les ,athniens d'avoir prcipit tous les captifs de deux galres1 et rsolu en pleine assemble de couper le poing aux prisonniers qu'ils feraient4 ,ils furent tous gorgs1 except ,adymante1 qui s'tait oppos ce dcret4 ,lysandre reprocha ,philocls1 avant de le faire mourir1 qu'il avait dprav les esprits et fait des leons de cruaut toute la ,grce4 #abd ,x,,nophon4 ,hist41 liv4 ,,ii4 ,les ,argiens1 dit ,plutarque#abe1 ayant fait mourir quinze cents de leurs citoyens1 les ,athniens firent apporter les sacrifices d'expiation afin qu'il plt aux dieux de dtourner du coeur des ,athniens une si cruelle pense4 #abe ,o,euvres morales1 ,de ceux qui manient les affaires d'tat4 ,il y a deux genres de corruption2 l'un1 lorsque le peuple n'observe point les lois2 l'autre1 lorsqu'il est corrompu par les lois3 mal incurable1 parce qu'il est dans le remde mme4 ,,chapitre ,,xiii ,impuissance des lois japonaises4 ,les peines outres peuvent corrompre le despotisme mme4 ,jetons les yeux sur le ,japon4 ,on y punit de mort presque tous les crimes#abf1 parce que la dsobissance un si grand empereur que celui du ,japon est un crime norme4 ,il n'est pas question de corriger le coupable1 mais de venger le prince4 ,ces ides sont tires de la servitude1 et viennent surtout de ce que l'empereur tant propritaire de tous les biens1 presque tous les crimes se font directement contre ses intrts4 #abf ,voyez ,kempfer4 ,on punit de mort les mensonges qui se font devant les magistrats#abg3 chose contraire la dfense naturelle4 #abg ,recueil des voyages qui ont servi l'tablissement de la ,compagnie des ,indes1 t4 ,,iii1 part4 ,,ii1 p4 #dbh4 ,ce qui n'a point l'apparence d'un crime est l svrement puni3 par exemple1 un homme qui hasarde de l'argent au jeu est puni de mort4 ,il est vrai que le caractre tonnant de ce peuple opinitre1 capricieux1 dtermin1 bizarre1 et qui brave tous les prils et tous les malheurs1 semble1 la premire vue1 absoudre ses lgislateurs de l'atrocit de leurs lois4 ,mais des gens qui naturellement mprisent la mort1 et qui s'ouvrent le ventre pour la moindre fantaisie1 sont-ils corrigs ou arrts par la vue continuelle des supplices1 et ne s'y familiarisent-ils pas8 ,les relations nous disent1 au sujet de l'ducation des ,japonais1 qu'il faut traiter les enfants avec douceur1 parce qu'ils s'obstinent contre les peines2 que les esclaves ne doivent point tre trop rudement traits1 parce qu'ils se mettent d'abord en dfense4 ,par l'esprit qui doit rgner dans le gouvernement domestique1 n'aurait-on pas pu juger de celui qu'on devait porter dans le gouvernement politique et civil8 ,un lgislateur sage aurait cherch ramener les esprits par un juste temprament des peines et des rcompenses2 par des maximes de philosophie1 de morale et de religion1 assorties ces caractres2 par la juste application des rgles de l'honneur3 par le supplice de la honte2 par la jouissance d'un bonheur constant et d'une douce tranquillit2 et s'il avait craint que les esprits1 accoutums n'tre arrts que par une peine cruelle1 ne pussent plus l'tre par une plus douce1 il aurait agi#abh d'une manire sourde et insensible3 il aurait1 dans les cas particuliers les plus graciables1 modr la peine du crime1 jusqu' ce qu'il et pu parvenir la modifier dans tous les cas4 #abh ,remarquez bien ceci comme une maxime de pratique dans les cas o les esprits ont t gts par des peines trop rigoureuses4 ,mais le despotisme ne connat point ces ressorts2 il ne mne pas par ces voies4 ,il peut abuser de lui2 mais c'est tout ce qu'il peut faire4 ,au ,japon1 il a fait un effort3 il est devenu plus cruel que lui-mme4 ,des mes partout effarouches et rendues plus atroces n'ont pu tre conduites que par une atrocit plus grande4 ,voil l'origine1 voil l'esprit des lois du ,japon4 ,mais elles ont eu plus de fureur que de force4 ,elles ont russi dtruire le christianisme2 mais des efforts si inous sont une preuve de leur impuissance4 ,elles ont voulu tablir une bonne police1 et leur faiblesse a paru encore mieux4 ,il faut lire la relation de l'entrevue de l'empereur et du deyro ,maco#abi4 ,le nombre de ceux qui y furent touffs ou tus par des garnements fut incroyable3 on enleva les jeunes filles et les garons2 on les retrouvait tous les jours exposs dans des lieux publics1 des heures indues1 tout nus1 cousus dans des sacs de toile1 afin qu'ils ne connussent pas les lieux par o ils avaient pass2 on vola tout ce qu'on voulut2 on fendit le ventre des chevaux pour faire tomber ceux qui les montaient2 on renversa des voitures pour dpouiller les dames4 ,les ,hollandais1 qui l'on dit qu'ils ne pouvaient passer la nuit sur des chafauds sans tre assassins1 en descendirent1 etc4 #abi ,recueil des voyages qui ont servi l'tablissement de la ,compagnie des ,indes1 t4 ,v1 p4 #b4 ,je passerai vite sur un autre trait4 ,l'empereur1 adonn ses plaisirs1 ne se mariait point3 il courait risque de mourir sans successeur4 ,le deyro lui envoya deux filles trs belles3 il en pousa une par respect1 mais il n'eut aucun commerce avec elle4 ,sa nourrice fit chercher les plus belles femmes de l'empire3 tout tait inutile4 ,la fille d'un armurier tonna son got#acj3 il se dtermina1 il en eut un fils4 ,les dames de la cour1 indignes de ce qu'il leur avait prfr une personne d'une si basse naissance1 touffrent l'enfant4 ,ce crime fut cach l'empereur3 il aurait vers un torrent de sang4 ,l'atrocit des lois en empche donc l'excution4 ,lorsque la peine est sans mesure1 on est souvent oblig de lui prfrer l'impunit4 #acj ,recueil des voyages1 etc41 t4 ,v1 p4 #b4 ,,chapitre ,,xiv#aca ,de l'esprit du snat de ,rome4 ,sous le consulat d',acilius ,glabrio et de ,pison1 on fit la loi ,acilia#acb pour arrter les brigues4 ,dion#acc dit que le snat engagea les consuls la proposer1 parce que le tribun ,c4 ,cornelius avait rsolu de faire tablir des peines terribles contre ce crime1 quoi le peuple tait fort port4 ,le snat pensait que des peines immodres jetteraient bien la terreur dans les esprits1 mais qu'elles auraient cet effet1 qu'on ne trouverait plus personne pour accuser ni pour condamner2 au lieu qu'en proposant des peines modiques1 on aurait des juges et des accusateurs4 #aca ,tout ce chapitre est traduit de ,dion4 7,note de l'diteur47 #acb ,les coupables taient condamns une amende2 ils ne pouvaient plus tre admis dans l'ordre des snateurs et nomms aucune magistrature4 7,,dion1 liv4 ,,xxxvi47 #acc ,ibid4 ,,chapitre ,,xv ,des lois des ,romains l'gard des peines4 ,je me trouve fort dans mes maximes lorsque j'ai pour moi les ,romains1 et je crois que les peines tiennent la nature du gouvernement1 lorsque je vois ce grand peuple changer cet gard de lois civiles mesure qu'il changeait de lois politiques4 ,les lois royales1 faites pour un peuple compos de fugitifs1 d'esclaves et de brigands1 furent trs svres4 ,l'esprit de la rpublique aurait demand que les dcemvirs n'eussent pas mis ces lois dans leurs ,douze ,tables1 mais des gens qui aspiraient la tyrannie n'avaient garde de suivre l'esprit de la rpublique4 ,tite-,live#acd dit1 sur le supplice de ,metius ,suffetius1 dictateur d',albe1 qui fut condamn par ,tullus ,hostilius tre tir par deux chariots1 que ce fut le premier et le dernier supplice o l'on tmoigna avoir perdu la mmoire de l'humanit4 ,il se trompe3 la loi des ,douze ,tables est pleine de dispositions trs cruelles#ace4 #acd ,liv4 ,ier4 #ace ,on y trouve le supplice du feu1 des peines presque toujours capitales1 le vol puni de mort1 etc4 ,celle qui dcouvre le mieux le dessein des dcemvirs est la peine capitale prononce contre les auteurs des libelles et les potes4 ,cela n'est gure du gnie de la rpublique1 o le peuple aime voir les grands humilis4 ,mais des gens qui voulaient renverser la libert craignaient des crits qui pouvaient rappeler l'esprit de la libert#acf4 #acf ,sylla1 anim du mme esprit que les dcemvirs1 augmenta comme eux les peines contre les crivains satiriques4 ,aprs l'expulsion des dcemvirs1 presque toutes les lois qui avaient fix les peines furent tes4 ,on ne les abrogea pas expressment2 mais la loi ,porcia ayant dfendu de mettre mort un citoyen romain1 elles n'eurent plus d'application4 ,voil le temps auquel on peut rappeler ce que ,tite-,live#acg dit des ,romains1 que jamais peuple n'a plus aim la modration des peines4 #acg ,liv4 ,ier4 ,que si l'on ajoute la douceur des peines le droit qu'avait un accus de se retirer avant le jugement1 on verra bien que les ,romains avaient suivi cet esprit que j'ai dit tre naturel la rpublique4 ,sylla1 qui confondit la tyrannie1 l'anarchie et la libert1 fit les lois ,cornliennes4 ,il sembla ne faire des rglements que pour tablir des crimes4 ,ainsi1 qualifiant une infinit d'actions du nom de meurtre1 il trouva partout des meurtriers2 et1 par une pratique qui ne fut que trop suivie1 il tendit des piges1 sema des pines1 ouvrit des abmes sur le chemin de tous les citoyens4 ,presque toutes les lois de ,sylla ne portaient que l'interdiction de l'eau et du feu4 ,csar y ajouta la confiscation des biens#ach1 parce que les riches gardant dans l'exil leur patrimoine1 ils taient plus hardis commettre des crimes4 #ach ,poenas facinorum auxit1 cum locupletes eo facilius scelere se obligarent1 quod integris patrimoniis exularent4 7,,su,,tone1 in ,julio ,csare47 ,il augmenta la peine des crimes2 les riches en effet s'engageant facilement dans le crime1 sachant qu'ils conservaient intact leur patrimoine en allant en exil4 ,les empereurs ayant tabli un gouvernement militaire1 ils sentirent bientt qu'il n'tait pas moins terrible contre eux que contre les sujets2 ils cherchrent le temprer3 ils crurent avoir besoin des dignits1 et du respect qu'on avait pour elles4 ,on s'approcha un peu de la monarchie1 et l'on divisa les peines en trois classes#aci3 celles qui regardaient les premires personnes de l'tat#adj1 et qui taient assez douces2 celles qu'on infligeait aux personnes d'un rang infrieur#ada1 et qui taient plus svres2 enfin celles qui ne concernaient que les conditions basses#adb1 et qui furent les plus rigoureuses4 ,le froce et insens ,maximin irrita1 pour ainsi dire1 le gouvernement militaire1 qu'il aurait fallu adoucir4 ,le snat apprenait1 dit ,capitolin#adc1 que les uns avaient t mis en croix1 les autres exposs aux btes1 ou enferms dans des peaux de btes1 rcemment tues1 sans aucun gard pour les dignits4 ,il semblait vouloir exercer la discipline militaire1 sur le modle de laquelle il prtendait rgler les affaires civiles4 #aci ,voyez la loi #c1 ,legis1 ad leg4 ,cornel4 de ,sicariis2 et un trs grand nombre d'autres1 au ,digeste et au ,code4 #adj ,sublimiores4 #ada ,medios4 #adb ,infimos4 ,leg4 #c1 ,legis1 ad leg4 ,cornel4 de ,sicariis4 #adc ,,jul4 ,,cap41 ,maximini duo4 7,m47 ,on trouvera dans les ,considrations sur la ,grandeur des ,romains et leur ,dcadence#add comment ,constantin changea le despotisme militaire en un despotisme militaire et civil1 et s'approcha de la monarchie4 ,on y peut suivre les diverses rvolutions de cet tat1 et voir comment on y passa de la rigueur l'indolence1 et de l'indolence l'impunit4 #add ,ch4 ,,xvii4 ,,chapitre ,,xvi ,de la juste proportion des peines avec le crime4 ,il est essentiel que les peines aient de l'harmonie entre elles1 parce qu'il est essentiel que l'on vite plutt un grand crime qu'un moindre2 ce qui attaque plus la socit que ce qui la choque moins4 ,un imposteur#ade1 qui se disait ,constantin ,ducas1 suscita un grand soulvement ,constantinople4 ,il fut pris1 et condamn au fouet2 mais ayant accus des personnes considrables1 il fut condamn1 comme calomniateur1 tre brl4 ,il est singulier qu'on et ainsi proportionn les peines entre le crime de lse-majest et celui de calomnie4 ,cela fait souvenir d'un mot de ,charles ,,ii1 roi d',angleterre4 ,il vit1 en passant1 un homme au pilori4 ,pourquoi l'a-t-on mis l8 dit-il4--,sire1 lui dit-on1 c'est parce qu'il a fait des libelles contre vos ministres4--,le grand sot6 dit le roi3 que ne les crivait-il contre moi1 on ne lui aurait rien fait4 #ade ,histoire de ,nicphore1 patriarche de ,constantinople4 ,soixante-dix personnes conspirrent contre l'empereur ,basile#adf3 il les fit fustiger1 on leur brla les cheveux et le poil4 ,un cerf l'ayant pris avec son bois par la ceinture1 quelqu'un de sa suite tira son pe1 coupa sa ceinture et le dlivra3 il lui fit trancher la tte1 parce qu'il avait1 disait-il1 tir l'pe contre lui4 ,qui pourrait penser que sous le mme prince on et rendu ces deux jugements6 #adf ,histoire de ,nicphore4 ,c'est un grand mal parmi nous de faire subir la mme peine celui qui vole sur un grand chemin et celui qui vole et assassine4 ,il est visible que1 pour la sret publique1 il faudrait mettre quelque diffrence dans la peine4 ,a la ,chine1 les voleurs cruels sont coups en morceaux#adg2 les autres1 non3 cette diffrence fait que l'on y vole1 mais que l'on n'y assassine pas4 ,en ,moscovie#adh1 o la peine des voleurs et celle des assassins sont les mmes1 on assassine toujours4 ,les morts1 y dit-on1 ne racontent rien4 #adg ,le ,p4 ,,duhalde1 t4 ,i1 p4 #f4 #adh tat prsent de la grande ,russie1 par ,,perry4 ,quand il n'y a point de diffrence dans la peine1 il faut en mettre dans l'esprance de la grce4 ,en ,angleterre1 on n'assassine point1 parce que les voleurs peuvent esprer d'tre transports dans les colonies2 non pas les assassins4 ,c'est un grand ressort des gouvernements modrs que les lettres de grces4 ,ce pouvoir que le prince a de pardonner1 excut avec sagesse1 peut avoir d'admirables effets4 ,le principe du gouvernement despotique1 qui ne pardonne pas1 et qui on ne pardonne jamais1 le prive de ces avantages#adi4 #adi ,une telle dcision1 et celles qui sont dans ce got1 rendent1 mon avis1 l',esprit des ,lois bien prcieux4 ,voil ce que n'ont ni ,grotius ni ,puffendorf1 ni toutes les compilations sur le droit des gens4 ,la monarchie commenait tre un pouvoir trs mitig1 trs restreint en ,angleterre1 quand on fora le malheureux ,charles ,ier ne point accorder la grce de son favori1 le comte ,strafford4 ,henri ,,iv1 en ,france1 roi peine affermi1 pouvait donner des lettres de grce au marchal de ,biron2 et peut-tre cet acte de clmence1 qui a manqu ce grand homme1 et adouci enfin l'esprit de la ,ligue1 et arrt la main de ,ravaillac4 ,le faible ,louis ,,xiii devait faire grce de ,thou et ,marillac4 7,note de ,,volt47 ,,chapitre ,,xvii ,de la torture ou question contre les criminels4 ,parce que les hommes sont mchants1 la loi est oblige de les supposer meilleurs qu'ils ne sont4 ,ainsi la dposition de deux tmoins suffit dans la punition de tous les crimes4 ,la loi les croit1 comme s'ils parlaient par la bouche de la vrit4 ,l'on juge aussi que tout enfant conu pendant le mariage est lgitime3 la loi a confiance en la mre1 comme si elle tait la pudicit mme4 ,mais la question contre les criminels n'est pas dans un cas forc comme ceux-ci4 ,nous voyons aujourd'hui une nation#aej trs bien police la rejeter sans inconvnients4 ,elle n'est donc pas ncessaire par sa nature#aea4 #aej ,la nation anglaise4 #aea ,les citoyens d',athnes ne pouvaient tre mis la question 7,,lysias1 ,orat4 in ,argorat471 except dans le crime de lse-majest4 ,on donnait la question trente jours aprs la condamnation4 7,,curius ,,fortunatus1 ,rhetor4 schol41 lib4 ,,ii47 ,il n'y avait pas de question prparatoire4 ,quant aux ,romains1 la loi #c et #d ad leg4 ,juliam majest4 fait voir que la naissance1 la dignit1 la profession de la milice garantissaient de la question1 si ce n'est dans le cas de crime de lse-majest4 ,voyez les sages restrictions que les lois des ,wisigoths mettaient cette pratique4 ,tant d'habiles gens et tant de beaux gnies ont crit contre cette pratique1 que je n'ose parler aprs eux4 ,j'allais dire qu'elle pourrait convenir dans les gouvernements despotiques1 o tout ce qui inspire la crainte entre plus dans les ressorts du gouvernement2 j'allais dire que les esclaves1 chez les ,grecs et les ,romains444 ,mais j'entends la voix de la nature qui crie contre moi4 ,,chapitre ,,xviii ,des peines pcuniaires et des peines corporelles4 ,nos pres les ,germains n'admettaient gure que des peines pcuniaires4 ,ces hommes guerriers et libres estimaient que leur sang ne devait tre vers que les armes la main4 ,les ,japonais#aeb1 au contraire1 rejettent ces sortes de peines1 sous prtexte que les gens riches luderaient la punition4 ,mais les gens riches ne craignent-ils pas de perdre leurs biens8 ,les peines pcuniaires ne peuvent-elles pas se proportionner aux fortunes8 et enfin1 ne peut-on pas joindre l'infamie ces peines8 #aeb ,voyez ,kempfer4 ,un bon lgislateur prend un juste milieu3 il n'ordonne pas toujours des peines pcuniaires2 il n'inflige pas toujours des peines corporelles4 ,,chapitre ,,xix ,de la loi du talion4 ,les tats despotiques1 qui aiment les lois simples1 usent beaucoup de la loi du talion#aec2 les tats modrs la reoivent quelquefois3 mais il y a cette diffrence1 que les premiers la font exercer rigoureusement1 et que les autres lui donnent presque toujours des tempraments4 #aec ,elle est tablie dans l',alcoran4 ,voyez le chapitre de la ,vache4 ,la loi des ,douze ,tables en admettait deux3 elle ne condamnait au talion que lorsqu'on n'avait pu apaiser celui qui se plaignait#aed4 ,on pouvait1 aprs la condamnation1 payer les dommages et intrts#aee1 et la peine corporelle se convertissait en peine pcuniaire#aef4 #aed ,si membrum rupit1 ni cum eo pacit1 talio esto4 7,,aulu-,,gelle1 liv4 ,,xx1 ch4 ,ier47 #aee ,,aulu-,,gelle1 liv4 ,,xx1 ch4 ,ier4 #aef ,voyez aussi la loi des ,wisigoths1 liv4 ,,vi1 t4 ,,iv1 #c et #e4 ,,chapitre ,,xx ,de la punition des pres pour leurs enfants4 ,on punit la ,chine les pres pour les fautes de leurs enfants4 ,c'tait l'usage du ,prou#aeg4 ,ceci est encore tir des ides despotiques4 #aeg ,voyez ,garcilasso1 ,histoire des guerres civiles des ,espagnols4 ,on a beau dire qu'on punit la ,chine les pres pour n'avoir pas fait usage de ce pouvoir paternel que la nature a tabli1 et que les lois mmes y ont augment1 cela suppose toujours qu'il n'y a point d'honneur chez les ,chinois4 ,parmi nous1 les pres dont les enfants sont condamns au supplice1 et les enfants#aeh dont les pres ont subi le mme sort1 sont aussi punis par la honte qu'ils le seraient la ,chine par la perte de la vie4 #aeh ,au lieu de les punir1 disait ,platon1 il faut les louer de ne pas ressembler leur pre4 7,liv4 ,,ix des ,lois47 ,,chapitre ,,xxi ,de la clmence du prince4 ,la clmence est la qualit distinctive des monarques4 ,dans la rpublique1 o l'on a pour principe la vertu1 elle est moins ncessaire4 ,dans l'tat despotique1 o rgne la crainte1 elle est moins en usage1 parce qu'il faut contenir les grands de l'tat par des exemples de svrit4 ,dans les monarchies o l'on est gouvern par l'honneur1 qui souvent exige ce que la loi dfend1 elle est plus ncessaire4 ,la disgrce y est un quivalent la peine2 les formalits mmes des jugements y sont des punitions4 ,c'est l que la honte vient de tous cts pour former des genres particuliers de peines4 ,les grands y sont si fort punis par la disgrce1 par la perte souvent imaginaire de leur fortune1 de leur crdit1 de leurs habitudes1 de leurs plaisirs1 que la rigueur leur gard est inutile3 elle ne peut servir qu' ter aux sujets l'amour qu'ils ont pour la personne du prince1 et le respect qu'ils doivent avoir pour les places4 ,comme l'instabilit des grands est de la nature du gouvernement despotique1 leur sret entre dans la nature de la monarchie4 ,les monarques ont tant gagner par la clmence1 elle est suivie de tant d'amour1 ils en tirent tant de gloire1 que c'est presque toujours un bonheur pour eux d'avoir l'occasion de l'exercer2 et on le peut presque toujours dans nos contres4 ,on leur disputera peut-tre quelque branche de l'autorit1 presque jamais l'autorit entire2 et si quelquefois ils combattent pour la couronne1 ils ne combattent point pour la vie4 ,mais1 dirait-on1 quand faut-il punir8 quand faut-il pardonner8 ,c'est une chose qui se fait mieux sentir qu'elle ne peut se prescrire4 ,quand la clmence a des dangers1 ces dangers sont trs visibles4 ,on la distingue aisment de cette faiblesse qui mne le prince au mpris et l'impuissance mme de punir4 ,l'empereur ,maurice#aei prit la rsolution de ne verser jamais le sang de ses sujets4 ,anastase#afj ne punissait point les crimes4 ,isaac l',ange jura que1 de son rgne1 il ne ferait mourir personne4 ,les empereurs grecs avaient oubli que ce n'tait pas en vain qu'ils portaient l'pe4 #aei ,,vagre1 ,histoire4 #afj ,,suidas1 et fragments de ,,constant4 ,,porphyrog4 ,,livre ,,septi,,me ,,cons,,quences ,,des ,,diff,,rents ,,principes ,,des ,,trois ,,gouvernements1 ,,par ,,rapport ,,aux ,,lois ,,somptuaires1 ,,au ,,luxe ,,et ,a ,,la ,,condition ,,des ,,femmes4 ,,chapitre ,,premier ,du luxe4 ,le luxe est toujours en proportion avec l'ingalit des fortunes4 ,si dans un tat les richesses sont galement partages1 il n'y aura point de luxe3 car il n'est fond que sur les commodits qu'on se donne par le travail des autres4 ,pour que les richesses restent galement partages1 il faut que la loi ne donne chacun que le ncessaire physique4 ,si l'on a au del1 les uns dpenseront1 les autres acquerront1 et l'ingalit s'tablira4 ,supposant le ncessaire physique gal une somme donne1 le luxe de ceux qui n'auront que le ncessaire sera gal zro2 celui qui aura le double aura un luxe gal un2 celui qui aura le double du bien de ce dernier aura un luxe gal trois2 quand on aura encore le double1 on aura un luxe gal sept3 de sorte que le bien du particulier qui suit1 tant toujours suppos double de celui du prcdent1 le luxe crotra du double plus une unit1 dans cette progression #j1 #a1 #c1 #g1 #ae1 #ca1 #fc1 #abg4 ,dans la rpublique de ,platon#afa le luxe aurait pu se calculer au juste4 ,il y avait quatre sortes de cens tablis4 ,le premier tait prcisment le terme o finissait la pauvret2 le second tait double2 le troisime1 triple2 le quatrime1 quadruple du premier4 ,dans le premier cens1 le luxe tait gal zro2 il tait gal un dans le second2 deux dans le troisime2 trois dans le quatrime2 et il suivait ainsi la proportion arithmtique4 #afa ,le premier cens tait le sort hrditaire en terre2 et ,platon ne voulait pas qu'on pt avoir en autres effets plus du triple du sort hrditaire4 7,voyez ses ,lois1 liv4 ,v47 ,en considrant le luxe des divers peuples les uns l'gard des autres1 il est dans chaque tat en raison compose de l'ingalit des fortunes qui est entre les citoyens1 et de l'ingalit des richesses des divers tats4 ,en ,pologne1 par exemple1 les fortunes sont d'une ingalit extrme2 mais la pauvret du total empche qu'il n'y ait autant de luxe que dans un tat plus riche4 ,le luxe est encore en proportion avec la grandeur des villes1 et surtout de la capitale2 en sorte qu'il est en raison compose des richesses de l'tat1 de l'ingalit des fortunes des particuliers et du nombre d'hommes qu'on assemble dans de certains lieux4 ,plus il y a d'hommes ensemble1 plus ils sont vains1 et sentent natre entre eux l'envie de se signaler par de petites choses#afb4 ,s'ils sont en si grand nombre que la plupart soient inconnus les uns aux autres1 l'envie de se distinguer redouble1 parce qu'il y a plus d'esprance de russir4 ,le luxe donne cette esprance1 chacun prend les marques de la condition qui prcde la sienne4 ,mais1 force de vouloir se distinguer1 tout devient gal1 et on ne se distingue plus3 comme tout le monde veut se faire regarder1 on ne remarque personne4 #afb ,dans une grande ville1 dit l'auteur de la fable des ,abeilles1 t4 ,ier1 p4 #acc1 on s'habille au-dessus de sa qualit pour tre estim plus qu'on n'est par la multitude4 ,c'est un plaisir pour un esprit faible1 presque aussi grand que celui de l'accomplissement de ses dsirs4 ,il rsulte de tout cela une incommodit gnrale4 ,ceux qui excellent dans une profession mettent leur art le prix qu'ils veulent2 les plus petits talents suivent cet exemple2 il n'y a plus d'harmonie entre les besoins et les moyens4 ,lorsque je suis forc de plaider1 il est ncessaire que je puisse payer un avocat2 lorsque je suis malade1 il faut que je puisse avoir un mdecin4 ,quelques gens ont pens qu'en assemblant tant de peuple dans une capitale on diminue le commerce1 parce que les hommes ne sont plus une certaine distance les uns des autres4 ,je ne le crois pas3 on a plus de dsirs1 plus de besoins1 plus de fantaisies1 quand on est ensemble4 ,,chapitre ,,ii ,des lois somptuaires dans la dmocratie4 ,je viens de dire que dans les rpubliques1 o les richesses sont galement partages1 il ne peut point y avoir de luxe2 et1 comme on a vu au livre cinquime#afc que cette galit de distribution faisait l'excellence d'une rpublique1 il suit que1 moins il y a de luxe dans une rpublique1 plus elle est parfaite4 ,il n'y en avait point chez les premiers ,romains1 il n'y en avait point chez les ,lacdmoniens2 et dans les rpubliques o l'galit n'est pas tout fait perdue1 l'esprit de commerce1 de travail et de vertu fait que chacun y peut et que chacun y veut vivre de son propre bien1 et que par consquent il y a peu de luxe4 #afc ,chap4 ,,iii et ,,iv4 ,les lois du nouveau partage des champs1 demand avec tant d'instance dans quelques rpubliques1 taient salutaires par leur nature4 ,elles ne sont dangereuses que comme action subite4 ,en tant tout coup les richesses aux uns1 et augmentant de mme celles des autres1 elles font dans chaque famille une rvolution1 et en doivent produire une gnrale dans l'tat4 ,a mesure que le luxe s'tablit dans une rpublique1 l'esprit se tourne vers l'intrt particulier4 ,a des gens qui il ne faut rien que le ncessaire1 il ne reste rien dsirer que la gloire de la patrie et la sienne propre4 ,mais une me corrompue par le luxe a bien d'autres dsirs3 bientt elle devient ennemie des lois qui la gnent4 ,le luxe que la garnison de ,rhge commena connatre fit qu'elle en gorgea les habitants#afd4 #afd ,les habitants de la ville de ,reggio1 situe la pointe de l',italie la plus voisine de la ,sicile1 voyant d'un ct ,pyrrhus1 qui se rendait par mer ,tarente2 de l'autre1 les ,carthaginois qui infestaient toutes les ctes de la mer ,ionienne1 et craignant d'tre envahis par les ,grecs ou les ,carthaginois1 eurent recours la rpublique romaine3 celle-ci1 quoique menace par un grand nombre d'ennemis1 ne crut pas devoir refuser du secours une ville qui pouvait lui tre utile4 ,on leva donc1 par l'ordre du snat1 une lgion dans la ,campanie1 pays barbare1 et l'on en donna le commandement ,dcius ,jubellius1 qui1 voyant l'opulence de ,reggio1 rsolut d'en gorger les habitants et de piller leurs richesses3 ce qu'il excuta la fin d'un repas auquel il les avait invits4 7,note de ,,dupin47 ,sitt que les ,romains furent corrompus1 leurs dsirs devinrent immenses4 ,on en peut juger par le prix qu'ils mirent aux choses4 ,une cruche de vin de ,falerne#afe se vendait cent deniers romains2 un baril de chair sale du ,pont en cotait quatre cents2 un bon cuisinier1 quatre talents2 les jeunes garons n'avaient point de prix4 ,quand1 par une imptuosit#aff gnrale1 tout le monde se portait la volupt1 que devenait la vertu8 #afe ,fragment du livre ,,xxxvi de ,diodore1 rapport par ,const4 ,porph41 ,extrait des vertus et des vices4 #aff ,cum maximus omnium impetus ad luxuriam esset4 7,ibid47 ,l'imptuosit de tous les entranait au luxe4 ,,chapitre ,,iii ,des lois somptuaires dans l'aristocratie4 ,l'aristocratie mal constitue a ce malheur que les nobles y ont les richesses1 et que cependant ils ne doivent pas dpenser2 le luxe1 contraire l'esprit de modration1 en doit tre banni4 ,il n'y a donc que des gens trs pauvres qui ne peuvent pas recevoir1 et des gens trs riches qui ne peuvent pas dpenser4 ,a ,venise1 les lois forcent les nobles la modestie4 ,ils se sont tellement accoutums l'pargne1 qu'il n'y a que les courtisanes qui puissent leur faire donner de l'argent4 ,on se sert de cette voie pour entretenir l'industrie3 les femmes les plus mprisables y dpensent sans danger1 pendant que leurs tributaires y mnent la vie du monde la plus obscure4 ,les bonnes rpubliques grecques avaient cet gard des institutions admirables4 ,les riches employaient leur argent en ftes1 en choeurs de musique1 en chariots1 en chevaux pour la course1 en magistratures onreuses4 ,les richesses y taient aussi charge que la pauvret4 ,,chapitre ,,iv ,des lois somptuaires dans les monarchies4 ,les ,suions#afg1 nation germanique1 rendent honneur aux richesses1 dit ,tacite#afh3 ce qui fait qu'ils vivent sous le gouvernement d'un seul4 ,cela signifie bien que le luxe est singulirement propre aux monarchies1 et qu'il n'y faut point de lois somptuaires4 #afg ,les ,suions occupaient cette partie de l',europe que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de ,sude4 7,note de ,,volt47 #afh ,de ,moribus ,germanorum4 ,comme1 par la constitution des monarchies1 les richesses se sont ingalement partages1 il faut bien qu'il y ait du luxe4 ,si les riches n'y dpensent pas beaucoup1 les pauvres mourront de faim4 ,il faut mme que les riches y dpensent proportion de l'ingalit des fortunes2 et que1 comme nous avons dit1 le luxe y augmente dans cette proportion4 ,les richesses particulires n'ont augment que parce qu'elles ont t une partie des citoyens le ncessaire physique3 il faut donc qu'il leur soit rendu4 ,ainsi1 pour que l'tat monarchique se soutienne1 le luxe doit aller en croissant1 du laboureur l'artisan1 au ngociant1 aux nobles1 aux magistrats1 aux grands seigneurs1 aux traitants principaux1 aux princes2 sans quoi tout serait perdu4 ,dans le snat de ,rome1 compos de graves magistrats1 de jurisconsultes et d'hommes pleins de l'ide des premiers temps1 on proposa1 sous ,auguste1 la correction des moeurs et du luxe des femmes4 ,il est curieux de voir dans ,dion#afi avec quel art il luda les demandes importunes de ces snateurs4 ,c'est qu'il fondait une monarchie1 et dissolvait une rpublique4 #afi ,,dion ,,cassius1 liv4 ,,liv4 ,sous ,tibre1 les diles proposrent1 dans le snat1 le rtablissement des anciennes lois somptuaires#agj4 ,ce prince1 qui avait des lumires1 s'y opposa4 ,l'tat ne pourrait subsister1 disait-il1 dans la situation o sont les choses4 ,comment ,rome pourrait-elle vivre8 comment pourraient vivre les provinces8 ,nous avions de la frugalit lorsque nous tions citoyens d'une seule ville3 aujourd'hui nous consommons les richesses de tout l'univers2 on fait travailler pour nous les matres et les esclaves4 ,il voyait bien qu'il ne fallait plus de lois somptuaires4 #agj ,,tacite1 ,annal41 liv4 ,,iii4 ,lorsque1 sous le mme empereur1 on proposa au snat de dfendre aux gouverneurs de mener leurs femmes dans les provinces1 cause des drglements qu'elles y apportaient1 cela fut rejet4 ,on dit que les exemples de la duret des anciens avaient t changs en une faon de vivre plus agrable#aga4 ,on sentit qu'il fallait d'autres moeurs4 #aga ,multa duritiei veterum melius et ltius mutata4 7,,tacite1 ,ann41 liv4 ,,iii47 ,le luxe est donc ncessaire dans les tats monarchiques1 il l'est encore dans les tats despotiques4 ,dans les premiers1 c'est un usage que l'on fait de ce qu'on possde de libert2 dans les autres1 c'est un abus qu'on fait des avantages de sa servitude1 lorsqu'un esclave1 choisi par son matre pour tyranniser ses autres esclaves1 incertain pour le lendemain de la fortune de chaque jour1 n'a d'autre flicit que celle d'assouvir l'orgueil1 les dsirs et les volupts de chaque jour4 ,tout ceci mne une rflexion3 les rpubliques finissent par le luxe2 les monarchies1 par la pauvret#agb4 #agb ,opulentia paritura mox egestatem4 7,,florus1 liv4 ,,iii47 ,l'opulence1 qui doit engendrer bientt la pauvret4 ,,chapitre ,v ,dans quels cas les lois somptuaires sont utiles dans une monarchie4 ,ce fut dans l'esprit de la rpublique1 ou dans quelques cas particuliers1 qu'au milieu du treizime sicle on fit en ,aragon des lois somptuaires4 ,jacques ,ier ordonna que le roi ni aucun de ses sujets ne pourraient manger plus de deux sortes de viandes chaque repas1 et que chacune ne serait prpare que d'une seule manire1 moins que ce ne ft du gibier qu'on et tu soi-mme#agc4 #agc ,constitution de ,jacques ,ier1 l'an #abcd1 art4 #f1 dans ,marca1 ,hisp41 p4 #adci4 ,on fait aussi de nos jours en ,sude des lois somptuaires2 mais elles ont un objet diffrent de celles d',aragon4 ,un tat peut faire des lois somptuaires dans l'objet d'une frugalit absolue3 c'est l'esprit des lois somptuaires des rpubliques2 et la nature de la chose fait voir que ce fut l'objet de celles d',aragon4 ,les lois somptuaires peuvent avoir aussi pour objet une frugalit relative3 lorsqu'un tat1 sentant que des marchandises trangres d'un trop haut prix demanderaient une telle exportation des siennes1 qu'il se priverait plus de ses besoins par celle-ci qu'il n'en satisferait par celles-l1 en dfend absolument l'entre2 et c'est l'esprit des lois que l'on a faites de nos jours en ,sude#agd4 ,ce sont les seules lois somptuaires qui conviennent aux monarchies4 #agd ,on y a dfendu les vins exquis1 et autres marchandises prcieuses4 ,en gnral1 plus un tat est pauvre1 plus il est ruin par son luxe relatif2 et plus par consquent il lui faut des lois somptuaires relatives4 ,plus un tat est riche1 plus son luxe relatif l'enrichit2 et il faut bien se garder d'y faire des lois somptuaires relatives4 ,nous expliquerons mieux ceci dans le livre sur le commerce#age4 ,il n'est ici question que du luxe absolu4 #age ,voyez liv4 ,,xx4 ,,chapitre ,,vi ,du luxe la ,chine4 ,des raisons particulires demandent des lois somptuaires dans quelques tats4 ,le peuple1 par la force du climat1 peut devenir si nombreux1 et d'un autre ct les moyens de le faire subsister peuvent tre si incertains1 qu'il est bon de l'appliquer tout entier la culture des terres4 ,dans ces tats le luxe est dangereux1 et les lois somptuaires y doivent tre rigoureuses4 ,ainsi1 pour savoir s'il faut encourager le luxe ou le proscrire1 on doit d'abord jeter les yeux sur le rapport qu'il y a entre le nombre du peuple et la facilit de le faire vivre4 ,en ,angleterre le sol produit beaucoup plus de grain qu'il ne faut pour nourrir ceux qui cultivent les terres et ceux qui procurent les vtements3 il peut donc y avoir des arts frivoles1 et par consquent du luxe4 ,en ,france il crot assez de bl pour la nourriture des laboureurs et de ceux qui sont employs aux manufactures3 de plus1 le commerce avec les trangers peut rendre pour des choses frivoles tant de choses ncessaires1 qu'on n'y doit gure craindre le luxe4 ,a la ,chine1 au contraire1 les femmes sont si fcondes1 et l'espce humaine s'y multiplie un tel point1 que les terres1 quelque cultives qu'elles soient1 suffisent peine pour la nourriture des habitants4 ,le luxe y est donc pernicieux1 et l'esprit de travail et d'conomie y est aussi requis que dans quelques rpubliques que ce soit#agf4 ,il faut qu'on s'attache aux arts ncessaires1 et qu'on fuie ceux de la volupt4 #agf ,le luxe a toujours t arrt4 ,voil l'esprit des belles ordonnances des empereurs chinois3 ,nos anciens1 dit un empereur de la famille des ,tang#agg1 tenaient pour maxime que s'il y avait un homme qui ne labourt point1 une femme qui ne s'occupt point filer1 quelqu'un souffrait le froid ou la faim dans l'empire444 ,et1 sur ce principe1 il fit dtruire une infinit de monastres de bonzes4 #agg ,dans une ordonnance rapporte par le ,p4 ,duhalde1 t4 ,,ii1 p4 #dig4 ,le troisime empereur de la vingt et unime dynastie#agh1 qui on apporta des pierres prcieuses trouves dans une mine1 la fit fermer1 ne voulant pas fatiguer son peuple travailler pour une chose qui ne pouvait ni le nourrir ni le vtir4 #agh ,histoire de la ,chine1 vingt et unime dynastie1 dans l'ouvrage du ,p4 ,duhalde1 t4 ,i4 ,notre luxe est si grand1 dit ,kiayventi#agi1 que le peuple orne de broderies les souliers des jeunes garons et des filles qu'il est oblig de vendre4 ,tant d'hommes tant occups faire des habits pour un seul3 le moyen qu'il n'y ait bien des gens qui manquent d'habits8 ,il y a dix hommes qui mangent le revenu des terres1 contre un laboureur3 le moyen qu'il n'y ait bien des gens qui manquent d'aliments8 #agi ,dans un discours rapport par le ,p4 ,duhalde1 t4 ,,ii1 p4 #dah4 ,,chapitre ,,vii ,fatale consquence du luxe la ,chine4 ,on voit1 dans l'histoire de la ,chine1 qu'elle a eu vingt-deux dynasties qui se sont succd2 c'est--dire qu'elle a prouv vingt-deux rvolutions gnrales1 sans compter une infinit de particulires4 ,les trois premires dynasties durrent assez longtemps1 parce qu'elles furent sagement gouvernes1 et que l'empire tait moins tendu qu'il ne le fut depuis4 ,mais on peut dire1 en gnral1 que toutes ces dynasties commencrent assez bien4 ,la vertu1 l'attention1 la vigilance1 sont ncessaires la ,chine3 elles y taient dans le commencement des dynasties1 et elles manquaient la fin4 ,en effet1 il tait naturel que des empereurs nourris dans les fatigues de la guerre1 qui parvenaient faire descendre du trne une famille noye dans les dlices1 conservassent la vertu qu'ils avaient prouve si utile1 et craignissent les volupts qu'ils avaient vues si funestes4 ,mais1 aprs ces trois ou quatre premiers princes1 la corruption1 le luxe1 l'oisivet1 les dlices1 s'emparent des successeurs2 ils s'enferment dans le palais2 leur esprit s'affaiblit1 leur vie s'accourcit1 la famille dcline2 les grands s'lvent1 les eunuques s'accrditent1 on ne met sur le trne que des enfants2 le palais devient ennemi de l'empire2 un peuple oisif1 qui l'habite1 ruine celui qui travaille2 l'empereur est tu ou dtruit par un usurpateur1 qui fonde une famille1 dont le troisime ou quatrime successeur va dans le mme palais se renfermer encore4 ,,chapitre ,,viii ,de la continence publique4 ,il y a tant d'imperfections attaches la perte de la vertu dans les femmes1 toute leur me en est si fort dgrade1 ce point principal t en fait tomber tant d'autres1 que l'on peut regarder dans un tat populaire l'incontinence publique comme le dernier des malheurs1 et la certitude d'un changement dans la constitution4 ,aussi les bons lgislateurs y ont-ils exig des femmes une certaine gravit de moeurs4 ,ils ont proscrit de leurs rpubliques non seulement le vice1 mais l'apparence mme du vice4 ,ils ont banni jusqu' ce commerce de galanterie qui produit l'oisivet1 qui fait que les femmes corrompent avant mme d'tre corrompues1 qui donne un prix tous les riens1 et rabaisse ce qui est important1 et qui fait que l'on ne se conduit plus que sur les maximes du ridicule1 que les femmes entendent si bien tablir4 ,,chapitre ,,ix ,de la condition des femmes dans les divers gouvernements4 ,les femmes ont peu de retenue dans les monarchies1 parce que la distinction des rangs les appelant la cour1 elles y vont prendre cet esprit de libert qui est peu prs le seul qu'on y tolre4 ,chacun se sert de leurs agrments et de leurs passions pour avancer sa fortune2 et comme leur faiblesse ne leur permet pas l'orgueil1 mais la vanit1 le luxe y rgne toujours avec elles4 ,dans les tats despotiques1 les femmes n'introduisent point le luxe1 mais elles sont elles-mmes un objet de luxe4 ,elles doivent tre extrmement esclaves4 ,chacun suit l'esprit du gouvernement1 et porte chez soi ce qu'il voit tabli ailleurs4 ,comme les lois y sont svres et excutes sur-le-champ1 on a peur que la libert des femmes n'y fasse des affaires4 ,leurs brouilleries1 leurs indiscrtions1 leurs rpugnances1 leurs penchants1 leurs jalousies1 leurs piques1 cet art qu'ont les petites mes d'intresser les grandes1 n'y sauraient tre sans consquence4 ,de plus1 comme dans ces tats les princes se jouent de la nature humaine1 ils ont plusieurs femmes2 et mille considrations les obligent de les renfermer4 ,dans les rpubliques1 les femmes sont libres par les lois1 et captives par les moeurs2 le luxe en est banni1 et avec lui la corruption et les vices4 ,dans les villes grecques1 o l'on ne vivait pas sous cette religion qui tablit que1 chez les hommes mmes1 la puret des moeurs est une partie de la vertu2 dans les villes grecques1 o un vice aveugle rgnait d'une manire effrne1 o l'amour n'avait qu'une forme que l'on n'ose dire1 tandis que la seule amiti s'tait retire dans le mariage#ahj1 la vertu1 la simplicit1 la chastet des femmes1 y taient telles qu'on n'a gure jamais vu de peuple qui ait eu cet gard une meilleure police#aha4 #ahj ,quant au vrai amour1 dit ,plutarque1 les femmes n'y ont aucune part4 7,o,euvres morales1 ,trait de l'amour1 p4 #fjj47 ,il parlait comme son sicle4 ,voyez ,xnophon1 au dialogue intitul ,hiron4 #aha ,a ,athnes1 il y avait un magistrat particulier qui veillait sur la conduite des femmes4 ,,chapitre ,x ,du tribunal domestique chez les ,romains4 ,les ,romains n'avaient pas1 comme les ,grecs1 des magistrats particuliers qui eussent inspection sur la conduite des femmes4 ,les censeurs n'avaient l'oeil sur elles que comme sur le reste de la rpublique4 ,l'institution du tribunal domestique#ahb suppla la magistrature tablie chez les ,grecs#ahc4 #ahb ,romulus institua ce tribunal1 comme il parat par ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,,ii1 p4 #if4 #ahc ,voyez1 dans ,tite-,live1 liv4 ,,xxxix1 l'usage que l'on fit de ce tribunal1 lors de la conjuration des bacchanales3 on appela conjuration contre la rpublique1 des assembles o l'on corrompait les moeurs des femmes et des jeunes gens4 ,le mari assemblait les parents de la femme et la jugeait devant eux#ahd4 ,ce tribunal maintenait les moeurs dans la rpublique4 ,mais ces mmes moeurs maintenaient ce tribunal4 ,il devait juger1 non seulement de la violation des lois1 mais aussi de la violation des moeurs4 ,or1 pour juger de la violation des moeurs1 il faut en avoir4 #ahd ,il parat1 par ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,,ii1 que par l'institution de ,romulus1 le mari1 dans les cas ordinaires1 jugeait seul devant les parents de la femme2 et que1 dans les grands crimes1 il la jugeait avec cinq d'entre eux4 ,aussi ,ulpien1 au titre ,,vi1 #i1 #ab et #ac1 distingue-t-il1 dans les jugements des moeurs1 celles qu'il appelle graves1 d'avec celles qui l'taient moins3 ,mores graviores1 mores leviores4 ,les peines de ce tribunal devaient tre arbitraires1 et l'taient en effet3 car tout ce qui regarde les moeurs1 tout ce qui regarde les rgles de la modestie1 ne peut gure tre compris sous un code de lois4 ,il est ais de rgler par des lois ce qu'on doit aux autres2 il est difficile d'y comprendre tout ce qu'on se doit soi-mme4 ,le tribunal domestique regardait la conduite gnrale des femmes4 ,mais il y avait un crime qui1 outre l'animadversion de ce tribunal1 tait encore soumis une accusation publique3 c'tait l'adultre2 soit que1 dans une rpublique1 une si grande violation des moeurs intresst le gouvernement2 soit que le drglement de la femme pt faire souponner celui du mari2 soit enfin que l'on craignt que les honntes gens mmes n'aimassent mieux cacher ce crime que le punir1 l'ignorer que le venger4 ,,chapitre ,,xi ,comment les institutions changrent ,rome avec le gouvernement4 ,comme le tribunal domestique supposait des moeurs1 l'accusation publique en supposait aussi2 et cela fit que ces deux choses tombrent avec les moeurs1 et finirent avec la rpublique#ahe4 #ahe ,judicio de moribus 7quod antea quidem in antiquis legibus positum erat1 non autem frequentabatur7 penitus abolito4 ,le jugement sur les moeurs1 tabli dans les lois anciennes1 mais depuis longtemps tomb en dsutude1 fut dfinitivement aboli4 7,leg4 ,,xi1 #b1 cod41 de repud47 ,l'tablissement des questions perptuelles1 c'est--dire du partage de la juridiction entre les prteurs1 et la coutume qui s'introduisit de plus en plus que ces prteurs jugeassent eux-mmes#ahf toutes les affaires1 affaiblirent l'usage du tribunal domestique2 ce qui parat par la surprise des historiens1 qui regardent comme des faits singuliers et comme un renouvellement de la pratique ancienne les jugements que ,tibre fit rendre par ce tribunal4 #ahf ,judicia extraordinaria4 ,l'tablissement de la monarchie et le changement des moeurs firent encore cesser l'accusation publique4 ,on pouvait craindre qu'un malhonnte homme1 piqu des mpris d'une femme1 indign de ses refus1 outr de sa vertu mme1 ne formt le dessein de la perdre4 ,la loi ,julia ordonna qu'on ne pourrait accuser une femme d'adultre qu'aprs avoir accus son mari de favoriser ses drglements3 ce qui restreignit beaucoup cette accusation1 et l'anantit pour ainsi dire#ahg4 #ahg ,constantin l'ta entirement4 ,c'est une chose indigne1 disait-il1 que des mariages tranquilles soient troubls par l'audace des trangers4 ,sixte-,quint sembla vouloir renouveler l'accusation publique#ahh4 ,mais il ne faut qu'un peu de rflexion pour voir que cette loi1 dans une monarchie telle que la sienne1 tait encore plus dplace que dans toute autre4 #ahh ,sixte-,quint ordonna qu'un mari qui n'irait point se plaindre lui des dbauches de sa femme serait puni de mort4 ,voyez ,leti4 ,,chapitre ,,xii ,de la tutelle des femmes chez les ,romains4 ,les institutions des ,romains mettaient les femmes dans une perptuelle tutelle1 moins qu'elles ne fussent sous l'autorit d'un mari#ahi4 ,cette tutelle tait donne au plus proche des parents1 par mles2 et il parat1 par une expression vulgaire#aij1 qu'elles taient trs gnes4 ,cela tait bon pour la rpublique1 et n'tait point ncessaire dans la monarchie#aia4 #ahi ,nisi convenissent in manum viri4 #aij ,ne sis mihi patruus oro4 ,ne sois pas un oncle pour moi1 je t'en conjure4 #aia ,la loi ,papienne ordonna sous ,auguste que les femmes qui auraient eu trois enfants seraient hors de cette tutelle4 ,il parat1 par les divers codes des lois des barbares1 que les femmes chez les premiers ,germains taient aussi dans une perptuelle tutelle#aib4 ,cet usage passa dans les monarchies qu'ils fondrent3 mais il ne subsista pas4 #aib ,cette tutelle s'appelait chez les ,germains munde burdium4 ,,chapitre ,,xiii ,des peines tablies par les empereurs contre les dbauches des femmes4 ,la loi ,julia tablit une peine contre l'adultre4 ,mais1 bien loin que cette loi et celles que l'on fit depuis l-dessus fussent une marque de la bont des moeurs1 elles furent au contraire une marque de leur dpravation4 ,tout le systme politique l'gard des femmes changea dans la monarchie4 ,il ne fut plus question d'tablir chez elles la puret des moeurs1 mais de punir leurs crimes4 ,on ne faisait de nouvelles lois1 pour punir ces crimes1 que parce qu'on ne punissait plus les violations qui n'taient point ces crimes4 ,l'affreux dbordement des moeurs obligeait bien les empereurs de faire des lois pour arrter1 un certain point1 l'impudicit2 mais leur intention ne fut pas de corriger les moeurs en gnral4 ,des faits positifs1 rapports par les historiens1 prouvent plus cela que toutes ces lois ne sauraient prouver le contraire4 ,on peut voir dans ,dion la conduite d',auguste cet gard1 et comment il luda1 et dans sa prture1 et dans sa censure1 les demandes qui lui furent faites#aic4 #aic ,comme on lui eut amen un jeune homme qui avait pous une femme avec laquelle il avait eu auparavant un mauvais commerce1 il hsita longtemps1 n'osant ni approuver ni punir ces choses4 ,enfin1 reprenant ses esprits3 ,les sditions ont t cause de grands maux1 dit-il2 oublions-les4 7,,dion1 liv4 ,,liv47 ,les snateurs lui ayant demand des rglements sur les moeurs des femmes1 il luda cette demande1 en leur disant qu'ils corrigeassent leurs femmes1 comme il corrigeait la sienne4 ,sur quoi ils le prirent de leur dire comment il en usait avec sa femme3 question1 ce me semble1 fort indiscrte4 ,on trouve bien dans les historiens des jugements rigides rendus sous ,auguste et sous ,tibre contre l'impudicit de quelques dames romaines2 mais1 en nous faisant connatre l'esprit de ces rgnes1 ils nous font connatre l'esprit de ces jugements4 ,auguste et ,tibre songrent principalement punir les dbauches de leurs parentes4 ,ils ne punissaient point les drglements des moeurs1 mais un certain crime d'impit ou de lse-majest#aid qu'ils avaient invent1 utile pour le respect1 utile pour leur vengeance4 ,de l vient que les auteurs romains s'lvent si fort contre cette tyrannie4 #aid ,culpam inter viros ac feminas vulgatam gravi nomine loesarum religionum1 ac violat majestatis appellando1 clementiam majorum suasque ipse leges egrediebatur4 7,,tacite1 ,ann41 liv4 ,,iii47 ,en appelant ces drglements du nom redoutable de sacrilges et de crime de lse-majest1 il chappait la clmence de ses anctres et celle de ses propres lois4 ,la peine de la loi ,julia tait lgre#aie4 ,les empereurs voulurent que dans les jugements on augmentt la peine de la loi qu'ils avaient faite4 ,cela fut le sujet des invectives des historiens4 ,ils n'examinaient pas si les femmes mritaient d'tre punies1 mais si l'on avait viol la loi pour les punir4 #aie ,cette loi est rapporte au ,digeste2 mais on n'y a pas mis la peine4 ,on juge qu'elle n'tait que de la relgation1 puisque celle de l'inceste n'tait que de la dportation4 7,leg4 ,si quis viduam1 ff41 de quest47 ,une des principales tyrannies de ,tibre#aif fut l'abus qu'il fit des anciennes lois4 ,quand il voulut punir quelque dame romaine au del de la peine porte par la loi ,julia1 il rtablit contre elle le tribunal domestique#aig4 #aif ,proprium id ,tiberio fuit1 scelera nuper reperta priscis verbis obtegere4 7,,tacite1 ,annal41 liv4 ,,iv47 ,ce fut le propre de ,tibre de couvrir de noms anciens des forfaits nouveaux4 #aig ,adulterii graviorem poenam deprecatus1 ut1 exemplo majorum1 propinquis suis ultra ducentesimum lapidem removeretur1 suasit4 ,adultero ,manlio ,italia atque ,africa interdictum est4 7,,tacite1 ,annal41 liv4 ,,ii47 ,ayant demand une peine plus grave pour l'adultre1 il obtint que pour ses proches le coupable ft relgu au del de la deux-centime pierre4 ,l'adultre ,manlius fut exil de l',italie et de l',afrique4 ,ces dispositions l'gard des femmes ne regardaient que les familles des snateurs1 et non pas celles du peuple4 ,on voulait des prtextes aux accusations contre les grands1 et les dportements des femmes en pouvaient fournir sans nombre4 ,enfin ce que j'ai dit1 que la bont des moeurs n'est pas le principe du gouvernement d'un seul1 ne se vrifia jamais mieux que sous ces premiers empereurs2 et si l'on en doutait1 on n'aurait qu' lire ,tacite1 ,sutone1 ,juvnal et ,martial4 ,,chapitre ,,xiv ,lois somptuaires chez les ,romains4 ,nous avons parl de l'incontinence publique1 parce qu'elle est jointe avec le luxe1 qu'elle en est toujours suivie1 et qu'elle le suit toujours4 ,si vous laissez en libert les mouvements du coeur1 comment pourrez-vous gner les faiblesses de l'esprit8 ,a ,rome1 outre les institutions gnrales1 les censeurs firent faire1 par les magistrats1 plusieurs lois particulires pour maintenir les femmes dans la frugalit4 ,les lois ,fannienne1 ,licinienne#aih et ,oppienne eurent cet objet4 ,il faut voir dans ,tite-,live#aii comment le snat fut agit lorsqu'elles demandrent la rvocation de la loi ,oppienne4 ,valre ,maxime met l'poque du luxe chez les ,romains l'abrogation de cette loi4 #aih ,les lois ,fannia et ,licinia ne regardaient point spcialement les femmes2 elles rglaient et modraient la dpense de la table4 7,,cr,v47 #aii ,dcade ,,iv1 liv4 ,,iv4 ,,chapitre ,,xv ,des dots et des avantages nuptiaux dans les diverses constitutions4 ,les dots doivent tre considrables dans les monarchies1 afin que les maris puissent soutenir leur rang et le luxe tabli4 ,elles doivent tre mdiocres dans les rpubliques1 o le luxe ne doit pas rgner#bjj4 ,elles doivent tre peu prs nulles dans les tats despotiques1 o les femmes sont en quelque faon esclaves4 #bjj ,marseille fut la plus sage des rpubliques de son temps3 les dots ne pouvaient passer cent cus en argent1 et cinq en habits1 dit ,strabon1 livre ,,iv4 ,la communaut des biens1 introduite par les lois franaises entre le mari et la femme1 est trs convenable dans le gouvernement monarchique1 parce qu'elle intresse les femmes aux affaires domestiques1 et les rappelle1 comme malgr elles1 au soin de leur maison4 ,elle l'est moins dans la rpublique1 o les femmes ont plus de vertu4 ,elle serait absurde dans les tats despotiques1 o presque toujours les femmes sont elles-mmes une partie de la proprit du matre4 ,comme les femmes1 par leur tat1 sont assez portes au mariage1 les gains que la loi leur donne sur les biens de leur mari sont inutiles4 ,mais ils seraient trs pernicieux dans une rpublique1 parce que leurs richesses particulires produisent le luxe4 ,dans les tats despotiques1 les gains de noces doivent tre leur subsistance1 et rien de plus4 ,,chapitre ,,xvi ,belle coutume des ,samnites4 ,les ,samnites avaient une coutume qui1 dans une petite rpublique1 et surtout dans la situation o tait la leur1 devait produire d'admirables effets4 ,on assemblait tous les jeunes gens1 et on les jugeait3 celui qui tait dclar le meilleur de tous prenait pour sa femme la fille qu'il voulait2 celui qui avait les suffrages aprs lui choisissait encore2 et ainsi de suite#bja4 ,il tait admirable de ne regarder entre les biens des garons que les belles qualits1 et les services rendus la patrie4 ,celui qui tait le plus riche de ces sortes de biens choisissait une fille dans toute la nation4 ,l'amour1 la beaut1 la chastet1 la vertu1 la naissance1 les richesses mme1 tout cela tait1 pour ainsi dire1 la dot de la vertu4 ,il serait difficile d'imaginer une rcompense plus noble1 plus grande1 moins charge un petit tat1 plus capable d'agir sur l'un et l'autre sexe4 #bja ,fragm4 de ,nicolas de ,damas1 tir de ,stobe1 dans le recueil de ,const4 ,porphyr4 ,les ,samnites descendaient des ,lacdmoniens2 et ,platon1 dont les institutions ne sont que la perfection des lois de ,lycurgue1 donna peu prs une pareille loi#bjb4 #bjb ,il leur permet mme de se voir plus frquemment4 7,,plato1 de ,republica1 lib4 ,v47 ,,chapitre ,,xvii ,de l'administration des femmes4 ,il est contre la raison et contre la nature que les femmes soient matresses dans la maison1 comme cela tait tabli chez les gyptiens2 mais il ne l'est pas qu'elles gouvernent un empire4 ,dans le premier cas1 l'tat de faiblesse o elles sont ne leur permet pas la prminence2 dans le second1 leur faiblesse mme leur donne plus de douceur et de modration3 ce qui peut faire un bon gouvernement plutt que les vertus dures et froces4 ,dans les ,indes1 on se trouve trs bien du gouvernement des femmes2 et il est tabli que1 si les mles ne viennent pas d'une mre du mme sang1 les filles qui ont une mre du sang royal succdent#bjc4 ,on leur donne un certain nombre de personnes pour les aider porter le poids du gouvernement4 ,selon ,m4 ,smith#bjd1 on se trouve aussi trs bien du gouvernement des femmes en ,afrique4 ,si l'on ajoute cela l'exemple de la ,moscovie et de l',angleterre1 on verra qu'elles russissent galement1 et dans le gouvernement modr1 et dans le gouvernement despotique4 #bjc ,lettres difiantes1 quatorzime recueil4 #bjd ,voyage de ,guine1 seconde partie1 p4 #afe de la traduction1 sur le royaume d',angona1 sur la cte d',or4 ,,livre ,,huiti,,me ,,de ,,la ,,corruption ,,des ,,principes ,,des ,,trois ,,gouvernements4 ,,chapitre ,,premier ,ide gnrale de ce livre4 ,la corruption de chaque gouvernement commence presque toujours par celle des principes4 ,,chapitre ,,ii ,de la corruption du principe de la dmocratie4 ,le principe de la dmocratie se corrompt1 non seulement lorsqu'on perd l'esprit d'galit1 mais encore quand on prend l'esprit d'galit extrme1 et que chacun veut tre gal ceux qu'il choisit pour lui commander4 ,pour lors le peuple1 ne pouvant souffrir le pouvoir mme qu'il confie1 veut tout faire par lui-mme1 dlibrer pour le snat1 excuter pour les magistrats et dpouiller tous les juges4 ,il ne peut plus y avoir de vertu dans la rpublique4 ,le peuple veut faire les fonctions des magistrats3 on ne les respecte donc plus4 ,les dlibrations du snat n'ont plus de poids3 on n'a donc plus d'gards pour les snateurs1 et par consquent pour les vieillards4 ,que si l'on n'a pas du respect pour les vieillards1 on n'en aura pas non plus pour les pres3 les maris ne mritent pas plus de dfrence1 ni les matres pas plus de soumission4 ,tout le monde parviendra aimer ce libertinage3 la gne du commandement fatiguera1 comme celle de l'obissance4 ,les femmes1 les enfants1 les esclaves1 n'auront de soumission pour personne4 ,il n'y aura plus de moeurs1 plus d'amour de l'ordre1 enfin plus de vertu4 ,on voit dans le ,banquet de ,xnophon une peinture bien nave d'une rpublique o le peuple a abus de l'galit4 ,chaque convive donne son tour la raison pourquoi il est content de lui4 ,je suis content de moi1 dit ,charmids1 cause de ma pauvret4 ,quand j'tais riche1 j'tais oblig de faire ma cour aux calomniateurs1 sachant bien que j'tais plus en tat de recevoir du mal d'eux que de leur en faire2 la rpublique me demandait toujours quelque nouvelle somme2 je ne pouvais m'absenter4 ,depuis que je suis pauvre1 j'ai acquis de l'autorit2 personne ne me menace1 je menace les autres2 je puis m'en aller ou rester4 ,dj les riches se lvent de leurs places1 et me cdent le pas4 ,je suis un roi1 j'tais un esclave2 je payais un tribut la rpublique1 aujourd'hui elle me nourrit2 je ne crains plus de perdre1 j'espre d'acqurir4 ,le peuple tombe dans ce malheur lorsque ceux qui il se confie1 voulant cacher leur propre corruption1 cherchent le corrompre4 ,pour qu'il ne voie pas leur ambition1 ils ne lui parlent que de sa grandeur2 pour qu'il n'aperoive pas leur avarice1 ils flattent sans cesse la sienne4 ,la corruption augmentera parmi les corrupteurs1 et elle augmentera parmi ceux qui sont dj corrompus4 ,le peuple se distribuera tous les deniers publics2 et1 comme il aura joint sa paresse la gestion des affaires1 il voudra joindre sa pauvret les amusements du luxe4 ,mais1 avec sa paresse et son luxe1 il n'y aura que le trsor public qui puisse tre un objet pour lui4 ,il ne faudra pas s'tonner si l'on voit les suffrages se donner pour de l'argent4 ,on ne peut donner beaucoup au peuple sans retirer encore plus de lui2 mais1 pour retirer de lui1 il faut renverser l'tat4 ,plus il paratra tirer d'avantage de sa libert1 plus il s'approchera du moment o il doit la perdre4 ,il se forme de petits tyrans qui ont tous les vices d'un seul4 ,bientt ce qui reste de libert devient insupportable3 un seul tyran s'lve2 et le peuple perd tout1 jusqu'aux avantages de sa corruption4 ,la dmocratie a donc deux excs viter3 l'esprit d'ingalit1 qui la mne l'aristocratie ou au gouvernement d'un seul2 et l'esprit d'galit extrme1 qui la conduit au despotisme d'un seul1 comme le despotisme d'un seul finit par la conqute4 ,il est vrai que ceux qui corrompirent les rpubliques grecques ne devinrent pas toujours tyrans4 ,c'est qu'ils s'taient plus attachs l'loquence qu' l'art militaire2 outre qu'il y avait dans le coeur de tous les ,grecs une haine implacable contre ceux qui renversaient le gouvernement rpublicain3 ce qui fait que l'anarchie dgnra en anantissement1 au lieu de se changer en tyrannie4 ,mais ,syracuse1 qui se trouva place au milieu d'un grand nombre de petites oligarchies changes en tyrannie#bje2 ,syracuse1 qui avait un snat#bjf dont il n'est presque jamais fait mention dans l'histoire1 essuya des malheurs que la corruption ordinaire ne donne pas4 ,cette ville1 toujours dans la licence#bjg ou dans l'oppression1 galement travaille par sa libert et par sa servitude1 recevant toujours l'une et l'autre comme une tempte1 et1 malgr sa puissance au dehors1 toujours dtermine une rvolution par la plus petite force trangre1 avait dans son sein un peuple immense1 qui n'eut jamais que cette cruelle alternative de se donner un tyran ou de l'tre lui-mme4 #bje ,voyez ,plutarque1 dans les ,vies de ,timolon et de ,dion4 #bjf ,c'est celui des six cents dont parle ,diodore4 #bjg ,ayant chass les tyrans1 ils firent citoyens des trangers et des soldats mercenaires2 ce qui causa des guerres civiles4 7,,aristote1 ,polit41 liv4 ,v1 chap4 ,,iii47 ,le peuple ayant t cause de la victoire sur les ,athniens1 la rpublique fut change4 7,ibid41 chap4 ,,iv47 ,la passion de deux magistrats1 dont l'un enleva l'autre un jeune garon1 et celui-ci lui dbaucha sa femme1 fit changer la forme de cette rpublique4 7,ibid41 liv4 ,v1 chap4 ,,iv47 ,,chapitre ,,iii ,de l'esprit d'galit extrme4 ,autant que le ciel est loign de la terre1 autant le vritable esprit d'galit l'est-il de l'esprit d'galit extrme4 ,le premier ne consiste point faire en sorte que tout le monde commande ou que personne ne soit command1 mais obir et commander ses gaux4 ,il ne cherche pas n'avoir point de matres1 mais n'avoir que ses gaux pour matres4 ,dans l'tat de nature1 les hommes naissent bien dans l'galit2 mais ils n'y sauraient rester4 ,la socit la leur fait perdre1 et ils ne redeviennent gaux que par les lois4 ,telle est la diffrence entre la dmocratie rgle et celle qui ne l'est pas1 que dans la premire on n'est gal que comme citoyen1 et que dans l'autre on est encore gal comme magistrat1 comme snateur1 comme juge1 comme pre1 comme mari1 comme matre4 ,la place naturelle de la vertu est auprs de la libert2 mais elle ne se trouve pas plus auprs de la libert extrme qu'auprs de la servitude4 ,,chapitre ,,iv ,cause particulire de la corruption du peuple4 ,les grands succs1 surtout ceux auxquels le peuple contribue beaucoup1 lui donnent un tel orgueil qu'il n'est plus possible de le conduire4 ,jaloux des magistrats1 il le devient de la magistrature2 ennemi de ceux qui gouvernent1 il l'est bientt de la constitution4 ,c'est ainsi que la victoire de ,salamine sur les ,perses corrompit la rpublique d',athnes#bjh2 c'est ainsi que la dfaite des ,athniens perdit la rpublique de ,syracuse#bji4 #bjh ,,aristote1 ,polit41 liv4 ,v1 ch4 ,,iv4 #bji ,ibid4 ,celle de ,marseille n'prouva jamais ces grands passages de l'abaissement la grandeur3 aussi se gouverna-t-elle toujours avec sagesse2 aussi conserva-t-elle ses principes4 ,,chapitre ,v ,de la corruption du principe de l'aristocratie4 ,l'aristocratie se corrompt lorsque le pouvoir des nobles devient arbitraire3 il ne peut y avoir de vertu dans ceux qui gouvernent ni dans ceux qui sont gouverns4 ,quand les familles rgnantes observent les lois1 c'est une monarchie qui a plusieurs monarques1 et qui est trs bonne par sa nature2 presque tous ces monarques sont lis par les lois4 ,mais quand elles ne les observent pas1 c'est un tat despotique qui a plusieurs despotes4 ,dans ce cas1 la rpublique ne subsiste qu' l'gard des nobles1 et entre eux seulement4 ,elle est dans le corps qui gouverne1 et l'tat despotique est dans le corps qui est gouvern3 ce qui fait les deux corps du monde les plus dsunis4 ,l'extrme corruption est lorsque les nobles deviennent hrditaires#baj2 ils ne peuvent plus gure avoir de modration4 ,s'ils sont en petit nombre1 leur pouvoir est plus grand1 mais leur sret diminue2 s'ils sont en plus grand nombre1 leur pouvoir est moindre1 et leur sret plus grande3 en sorte que le pouvoir va croissant1 et la sret diminuant1 jusqu'au despote1 sur la tte duquel est l'excs du pouvoir et du danger4 #baj ,l'aristocratie se change en oligarchie4 ,le grand nombre des nobles dans l'aristocratie hrditaire rendra donc le gouvernement moins violent2 mais comme il y aura peu de vertu1 on tombera dans un esprit de nonchalance1 de paresse1 d'abandon1 qui fera que l'tat n'aura plus de force ni de ressort#baa4 #baa ,venise est une des rpubliques qui a le mieux corrig1 par ses lois1 les inconvnients de l'aristocratie hrditaire4 ,une aristocratie peut maintenir la force de son principe1 si les lois sont telles qu'elles fassent plus sentir aux nobles les prils et les fatigues du commandement que ses dlices1 et si l'tat est dans une telle situation qu'il ait quelque chose redouter1 et que la sret vienne du dedans1 et l'incertitude du dehors4 ,comme une certaine confiance fait la gloire et la sret d'une monarchie1 il faut au contraire qu'une rpublique redoute quelque chose#bab4 ,la crainte des ,perses maintint les lois chez les ,grecs4 ,carthage et ,rome s'intimidrent l'une l'autre1 et s'affermirent4 ,chose singulire6 plus ces tats ont de sret1 plus1 comme des eaux trop tranquilles1 ils sont sujets se corrompre4 #bab ,justin attribue la mort d'paminondas l'extinction de la vertu ,athnes4 ,n'ayant plus d'mulation1 ils dpensrent leurs revenus en ftes3 ,frequentius coenam quam castra visentes1 frquentant les festins plus que les camps4 ,pour lors les ,macdoniens sortirent de l'obscurit4 7,liv4 ,,vi47 ,,chapitre ,,vi ,de la corruption du principe de la monarchie4 ,comme les dmocraties se perdent lorsque le peuple dpouille le snat1 les magistrats et les juges de leurs fonctions1 les monarchies se corrompent lorsqu'on te peu peu les prrogatives des corps ou les privilges des villes4 ,dans le premier cas1 on va au despotisme de tous2 dans l'autre1 au despotisme d'un seul4 ,ce qui perdit les dynasties de ,tsin et de ,soi1 dit un auteur chinois1 c'est qu'au lieu de se borner1 comme les anciens1 une inspection gnrale1 seule digne du souverain1 les princes voulurent gouverner tout immdiatement par eux-mmes#bac4 ,l'auteur chinois nous donne ici la cause de la corruption de presque toutes les monarchies4 #bac ,compilation d'ouvrages faits sous les ,ming1 rapports par le ,p4 ,duhalde4 ,la monarchie se perd lorsqu'un prince croit qu'il montre plus sa puissance en changeant l'ordre des choses qu'en le suivant2 lorsqu'il te les fonctions naturelles des uns pour les donner arbitrairement d'autres2 et lorsqu'il est plus amoureux de ses fantaisies que de ses volonts4 ,la monarchie se perd lorsque le prince1 rapportant tout uniquement lui1 appelle l'tat sa capitale1 la capitale sa cour1 et la cour sa seule personne4 ,enfin elle se perd lorsqu'un prince mconnat son autorit1 sa situation1 l'amour de ses peuples1 et lorsqu'il ne sent pas bien qu'un monarque doit se juger en sret1 comme un despote doit se croire en pril4 ,,chapitre ,,vii ,continuation du mme sujet4 ,le principe de la monarchie se corrompt lorsque les premires dignits sont les marques de la premire servitude2 lorsqu'on te aux grands le respect des peuples1 et qu'on les rend de vils instruments du pouvoir arbitraire4 ,il se corrompt encore plus lorsque l'honneur a t mis en contradiction avec les honneurs1 et que l'on peut tre la fois couvert d'infamie#bad et de dignits4 #bad ,sous le rgne de ,tibre1 on leva des statues et l'on donna les ornements triomphaux aux dlateurs3 ce qui avilit tellement ces honneurs1 que ceux qui les avaient mrits les ddaignrent4 7,fragm4 de ,dion1 liv4 ,,lviii1 tir de l',extrait des vertus et des vices de ,const4 ,porphyrog47 ,voyez1 dans ,tacite1 comment ,nron1 sur la dcouverte et la punition d'une prtendue conjuration1 donna ,ptronius ,turpilianus1 ,nerva1 ,tigellinus1 les ornements triomphaux4 7,ann41 liv4 ,,xv47 ,voyez aussi comment les gnraux ddaignrent de faire la guerre1 parce qu'ils en mprisaient les honneurs4 ,pervulgatis triumphi insignibus4 ,les insignes du triomphe taient devenus vulgaires4 7,,tacite1 ,ann41 liv4 ,,xiii47 ,il se corrompt lorsque le prince change sa justice en svrit2 lorsqu'il met1 comme les empereurs romains1 une tte de ,mduse sur sa poitrine#bae2 lorsqu'il prend cet air menaant et terrible que ,commode faisait donner ses statues#baf4 #bae ,dans cet tat1 le prince savait bien quel tait le principe de son gouvernement4 #baf ,h,,rodien4 ,le principe de la monarchie se corrompt lorsque des mes singulirement lches tirent vanit de la grandeur que pourrait avoir leur servitude1 et qu'elles croient que ce qui fait que l'on doit tout au prince fait que l'on ne doit rien sa patrie4 ,mais1 s'il est vrai 7ce que l'on a vu dans tous les temps7 qu' mesure que le pouvoir du monarque devient immense sa sret diminue1 corrompre ce pouvoir jusqu' le faire changer de nature1 n'est-ce pas un crime de lse-majest contre lui8 ,,chapitre ,,viii ,danger de la corruption du principe du gouvernement monarchique4 ,l'inconvnient n'est pas lorsque l'tat passe d'un gouvernement modr un gouvernement modr1 comme de la rpublique la monarchie1 ou de la monarchie la rpublique2 mais quand il tombe et se prcipite du gouvernement modr au despotisme4 ,la plupart des peuples d',europe sont encore gouverns par les moeurs4 ,mais si par un long abus du pouvoir1 si1 par une grande conqute1 le despotisme s'tablissait un certain point1 il n'y aurait pas de moeurs ni de climat qui tinssent2 et1 dans cette belle partie du monde1 la nature humaine souffrirait1 au moins pour un temps1 les insultes qu'on lui fait dans les trois autres4 ,,chapitre ,,ix ,combien la noblesse est porte dfendre le trne4 ,la noblesse anglaise s'ensevelit avec ,charles ,ier sous les dbris du trne2 et1 avant cela1 lorsque ,philippe ,,ii fit entendre aux oreilles des ,franais le mot de libert1 la couronne fut toujours soutenue par cette noblesse qui tient honneur d'obir un roi1 mais qui regarde comme la souveraine infamie de partager la puissance avec le peuple4 ,on a vu la maison d',autriche travailler sans relche opprimer la noblesse hongroise4 ,elle ignorait de quel prix elle lui serait quelque jour4 ,elle cherchait chez ces peuples de l'argent qui n'y tait pas2 elle ne voyait pas des hommes qui y taient4 ,lorsque tant de princes partageaient entre eux ses tats1 toutes les pices de sa monarchie1 immobiles et sans action1 tombaient1 pour ainsi dire1 les unes sur les autres2 il n'y avait de vie que dans cette noblesse qui s'indigna1 oublia tout pour combattre1 et crut qu'il tait de sa gloire de prir et de pardonner4 ,,chapitre ,x ,de la corruption du principe du gouvernement despotique4 ,le principe du gouvernement despotique se corrompt sans cesse1 parce qu'il est corrompu par sa nature4 ,les autres gouvernements prissent1 parce que des accidents particuliers en violent le principe3 celui-ci prit par son vice intrieur1 lorsque quelques causes accidentelles n'empchent point son principe de se corrompre4 ,il ne se maintient donc que quand des circonstances1 tires du climat1 de la religion1 de la situation ou du gnie du peuple1 le forcent suivre quelque ordre1 et souffrir quelque rgle4 ,ces choses forcent sa nature sans la changer3 sa frocit reste2 elle est pour quelque temps apprivoise4 ,,chapitre ,,xi ,effets naturels de la bont et de la corruption des principes4 ,lorsque les principes du gouvernement sont une fois corrompus1 les meilleures lois deviennent mauvaises et se tournent contre l'tat2 lorsque les principes en sont sains1 les mauvaises ont l'effet des bonnes3 la force du principe entrane tout4 ,les ,crtois1 pour tenir les premiers magistrats dans la dpendance des lois1 employaient un moyen bien singulier3 c'tait celui de l'insurrection4 ,une partie des citoyens se soulevait#bag1 mettait en fuite les magistrats1 et les obligeait de rentrer dans la condition prive4 ,cela tait cens fait en consquence de la loi4 ,une institution pareille1 qui tablissait la sdition pour empcher l'abus du pouvoir1 semblait devoir renverser quelque rpublique que ce ft4 ,elle ne dtruisit pas celle de ,crte2 voici pourquoi#bah3 ,lorsque les anciens voulaient parler d'un peuple qui avait le plus grand amour pour la patrie1 ils citaient les ,crtois4 ,la patrie1 disait ,platon#bai1 nom si tendre aux ,crtois6 ,ils l'appelaient d'un nom qui exprime l'amour d'une mre pour ses enfants#bbj4 ,or l'amour de la patrie corrige tout4 #bag ,,aristote1 ,polit41 liv4 ,,ii1 ch4 ,x4 #bah ,on se runissait toujours d'abord contre les ennemis du dehors1 ce qui s'appelait syncrtisme4 7,,plutarque1 ,o,euvres morales1 p4 #hh47 #bai ,rpublique1 liv4 ,,ix4 #bbj ,,plutarque1 ,o,euvres morales1 au trait3 ,si l'homme d'ge doit se mler des affaires publiques4 ,les lois de ,pologne ont aussi leur insurrection4 ,mais les inconvnients qui en rsultent font bien voir que le seul peuple de ,crte tait en tat d'employer avec succs un pareil remde4 ,les exercices de la gymnastique tablis chez les ,grecs ne dpendirent pas moins de la bont du principe du gouvernement4 ,ce furent les ,lacdmoniens et les ,crtois1 dit ,platon#bba1 qui ouvrirent ces acadmies fameuses qui leur firent tenir dans le monde un rang si distingu4 ,la pudeur s'alarma d'abord2 mais elle cda l'utilit publique4 ,du temps de ,platon1 ces institutions taient admirables2 elles se rapportaient un grand objet1 qui tait l'art militaire#bbb4 ,mais lorsque les ,grecs n'eurent plus de vertu1 elles dtruisirent l'art militaire mme3 on ne descendit plus sur l'arne pour se former1 mais pour se corrompre4 #bba ,rpublique1 liv4 ,v4 7,m47 #bbb ,la gymnastique se divisait en deux parties1 la danse et la lutte4 ,on voyait1 en ,crte1 les danses armes des ,curtes2 ,lacdmone1 celles de ,castor et de ,pollux2 ,athnes1 les danses armes de ,pallas1 trs propres pour ceux qui ne sont pas encore en ge d'aller la guerre4 ,la lutte est l'image de la guerre1 dit ,platon1 des ,lois1 liv4 ,,vii4 ,il loue l'antiquit de n'avoir tabli que deux danses1 la pacifique et la pyrrhique4 ,voyez comment cette dernire danse s'appliquait l'art militaire4 7,,platon1 ibid47 ,plutarque nous dit#bbc que de son temps les ,romains pensaient que ces jeux avaient t la principale cause de la servitude o taient tombs les ,grecs4 ,c'tait1 au contraire1 la servitude des ,grecs qui avait corrompu ces exercices4 ,du temps de ,plutarque#bbd1 les parcs o l'on combattait nu et les jeux de la lutte rendaient les jeunes gens lches1 les portaient un amour infme1 et n'en faisaient que des baladins2 mais du temps d'paminondas l'exercice de la lutte faisait gagner aux ,thbains la bataille de ,leuctres#bbe4 #bbc 4444444444 ,aut libidinos ,ledas ,lacedmonis palestras4 7,,martial1 lib4 ,,iv1 epig4 #ee47 #bbd ,o,euvres morales1 au trait ,des demandes des choses romaines4 #bbe ,,plutarque1 ,o,euvres morales1 ,propos de table1 liv4 ,,ii4 ,il y a peu de lois qui ne soient bonnes lorsque l'tat n'a point perdu ses principes2 et1 comme disait picure en parlant des richesses3 ,ce n'est point la liqueur qui est corrompue1 c'est le vase4 ,,chapitre ,,xii ,continuation sur le mme sujet4 ,on prenait ,rome les juges dans l'ordre des snateurs4 ,les ,gracques transportrent cette prrogative aux chevaliers4 ,drusus la donna aux snateurs et aux chevaliers2 ,sylla aux snateurs seuls2 ,cotta1 aux snateurs1 aux chevaliers et aux trsoriers de l'pargne4 ,csar exclut ces derniers4 ,antoine fit des dcuries de snateurs1 de chevaliers et de centurions4 ,quand une rpublique est corrompue1 on ne peut remdier aucun des maux qui naissent qu'en tant la corruption1 et en rappelant les principes3 toute autre correction est1 ou inutile1 ou un nouveau mal4 ,pendant que ,rome conserva ses principes1 les jugements purent tre sans abus entre les mains des snateurs2 mais quand elle fut corrompue1 quelque corps que ce ft qu'on transportt les jugements1 aux snateurs1 aux chevaliers1 aux trsoriers de l'pargne1 deux de ces corps1 tous les trois ensemble1 quelque autre corps que ce ft1 on tait toujours mal4 ,les chevaliers n'avaient pas plus de vertu que les snateurs1 les trsoriers de l'pargne pas plus que les chevaliers1 et ceux-ci aussi peu que les centurions4 ,lorsque le peuple de ,rome eut obtenu qu'il aurait part aux magistratures patriciennes1 il tait naturel de penser que ses flatteurs allaient tre les arbitres du gouvernement4 ,non3 l'on vit ce peuple qui rendait les magistratures communes aux plbiens lire toujours des patriciens4 ,parce qu'il tait vertueux1 il tait magnanime2 parce qu'il tait libre1 il ddaignait le pouvoir4 ,mais lorsqu'il eut perdu ses principes1 plus il eut de pouvoir1 moins il eut de mnagements2 jusqu' ce qu'enfin1 devenu son propre tyran et son propre esclave1 il perdit la force de la libert1 pour tomber dans la faiblesse de la licence4 ,,chapitre ,,xiii ,effet du serment chez un peuple vertueux4 ,il n'y a point eu de peuple1 dit ,tite-,live#bbf1 o la dissolution se soit plus tard introduite que chez les ,romains1 et o la modration et la pauvret aient t plus longtemps honores4 #bbf ,liv4 ,ier4 ,le serment eut tant de force chez ce peuple que rien ne l'attacha plus aux lois4 ,il fit bien des fois pour l'observer ce qu'il n'aurait jamais fait pour la gloire ni pour la patrie4 ,quintius ,cincinnatus1 consul1 ayant voulu lever une arme dans la ville contre les ques et les ,volsques1 les tribuns s'y opposrent1 ,eh bien1 dit-il1 que tous ceux qui ont fait serment au consul de l'anne prcdente marchent sous mes enseignes#bbg4 ,en vain les tribuns s'crirent-ils qu'on n'tait plus li par ce serment2 que1 quand on l'avait fait1 ,quintius tait un homme priv1 le peuple fut plus religieux que ceux qui se mlaient de le conduire2 il n'couta ni les distinctions ni les interprtations des tribuns4 #bbg ,,tite-,,live1 liv4 ,,iii4 ,lorsque le mme peuple voulut se retirer sur le ,mont-,sacr1 il se sentit retenir par le serment qu'il avait fait aux consuls de les suivre la guerre#bbh4 ,il forma le dessein de les tuer3 on lui fit entendre que le serment n'en subsisterait pas moins4 ,on peut juger de l'ide qu'il avait de la violation du serment1 par le crime qu'il voulait commettre4 #bbh ,idem1 l4 ,,ii4 ,aprs la bataille de ,cannes1 le peuple1 effray#bbi1 voulut se retirer en ,sicile2 ,scipion lui fit jurer qu'il resterait ,rome3 la crainte de violer leur serment surmonta toute autre crainte4 ,rome tait un vaisseau tenu par deux ancres dans la tempte3 la religion et les moeurs4 #bbi ,,tite-,,live1 liv4 ,,xxii1 ch4 ,,liii4 ,,chapitre ,,xiv ,comment le plus petit changement dans la constitution entrane la ruine des principes4 ,aristote#bcj nous parle de la rpublique de ,carthage comme d'une rpublique trs bien rgle4 ,polybe#bca nous dit qu' la seconde guerre punique#bcb il y avait ,carthage cet inconvnient1 que le snat avait perdu presque toute son autorit4 ,tite-,live#bcc nous apprend que lorsqu',annibal retourna ,carthage1 il trouva que les magistrats et les principaux citoyens dtournaient leur profit les revenus publics et abusaient de leur pouvoir4 ,la vertu des magistrats tomba donc avec l'autorit du snat2 tout coula du mme principe4 #bcj ,de la ,rpubl41 liv4 ,,ii1 ch4 ,,ii4 #bca ,hist41 liv4 ,,vi4 #bcb ,environ cent ans aprs4 #bcc ,liv4 ,,xxxiii1 ch4 ,,xlvi4 ,on connat les prodiges de la censure chez les ,romains4 ,il y eut un temps o elle devint pesante2 mais on la soutint1 parce qu'il y avait plus de luxe que de corruption4 ,claudius l'affaiblit2 et1 par cet affaiblissement1 la corruption devint encore plus grande que le luxe2 et la censure#bcd s'abolit1 pour ainsi dire1 d'elle-mme4 ,trouble1 demande1 reprise1 quitte1 elle fut entirement interrompue jusqu'au temps o elle devint inutile1 je veux dire les rgnes d',auguste et de ,claude4 #bcd ,voyez ,dion1 liv4 ,,xxxviii2 la ,vie de ,cicron dans ,plutarque2 ,cicron ,atticus1 liv4 ,,iv1 lettres #aj et #ae2 ,asconius1 sur ,cicron1 de ,divinatione4 ,,chapitre ,,xv ,moyens trs efficaces pour la conservation des trois principes4 ,je ne pourrai me faire entendre que lorsqu'on aura lu les quatre chapitres suivants4 ,,chapitre ,,xvi ,proprits distinctives de la rpublique4 ,il est de la nature d'une rpublique qu'elle n'ait qu'un petit territoire2 sans cela elle ne peut gure subsister4 ,dans une grande rpublique1 il y a de grandes fortunes1 et par consquent peu de modration dans les esprits3 il y a de trop grands dpts mettre entre les mains d'un citoyen2 les intrts se particularisent2 un homme sent d'abord qu'il peut tre heureux1 grand1 glorieux1 sans sa patrie2 et bientt1 qu'il peut tre seul grand sur les ruines de sa patrie4 ,dans une grande rpublique1 le bien commun est sacrifi mille considrations3 il est subordonn des exceptions2 il dpend des accidents4 ,dans une petite1 le bien public est mieux senti1 mieux connu1 plus prs de chaque citoyen2 les abus y sont moins tendus1 et par consquent moins protgs4 ,ce qui fit subsister si longtemps ,lacdmone1 c'est qu'aprs toutes ses guerres elle resta toujours avec son territoire4 ,le seul but de ,lacdmone tait la libert2 le seul avantage de sa libert1 c'tait la gloire4 ,ce fut l'esprit des rpubliques grecques de se contenter de leurs terres comme de leurs lois4 ,athnes prit de l'ambition1 et en donna ,lacdmone2 mais ce fut plutt pour commander des peuples libres que pour gouverner des esclaves2 plutt pour tre la tte de l'union que pour la rompre4 ,tout fut perdu lorsqu'une monarchie s'leva3 gouvernement dont l'esprit est plus tourn vers l'agrandissement4 ,sans des circonstances particulires#bce1 il est difficile que tout autre gouvernement que le rpublicain puisse subsister dans une seule ville4 ,un prince d'un si petit tat chercherait naturellement opprimer1 parce qu'il aurait une grande puissance1 et peu de moyens pour en jouir ou pour la faire respecter3 il foulerait donc beaucoup ses peuples4 ,d'un autre ct1 un tel prince serait aisment opprim par une force trangre1 ou mme par une force domestique3 le peuple pourrait tous les instants s'assembler et se runir contre lui4 ,or1 quand un prince d'une ville est chass de sa ville1 le procs est fini3 s'il a plusieurs villes1 le procs n'est que commenc4 #bce ,comme quand un petit souverain se maintient entre deux grands tats par leur jalousie mutuelle2 mais il n'existe que prcairement4 ,,chapitre ,,xvii ,proprits distinctives de la monarchie4 ,un tat monarchique doit tre d'une grandeur mdiocre4 ,s'il tait petit1 il se formerait en rpublique2 s'il tait fort tendu1 les principaux de l'tat1 grands par eux-mmes1 n'tant point sous les yeux du prince1 ayant leur cour hors de sa cour1 assurs d'ailleurs contre les excutions promptes par les lois et par les moeurs1 pourraient cesser d'obir2 ils ne craindraient pas une punition trop lente et trop loigne4 ,aussi ,charlemagne eut-il peine fond son empire qu'il fallut le diviser3 soit que les gouverneurs des provinces n'obissent pas1 soit que1 pour les faire mieux obir1 il ft ncessaire de partager l'empire en plusieurs royaumes4 ,aprs la mort d',alexandre1 son empire fut partag4 ,comment ces grands de ,grce et de ,macdoine1 libres1 ou du moins chefs des conqurants rpandus dans cette vaste conqute1 auraient-ils pu obir8 ,aprs la mort d',attila1 son empire fut dissous3 tant de rois1 qui n'taient plus contenus1 ne pouvaient point reprendre des chanes4 ,le prompt tablissement du pouvoir sans bornes est le remde qui1 dans ces cas1 peut prvenir la dissolution3 nouveau malheur aprs celui de l'agrandissement4 ,les fleuves courent se mler dans la mer3 les monarchies vont se perdre dans le despotisme4 ,,chapitre ,,xviii ,que la monarchie d',espagne tait dans un cas particulier4 ,qu'on ne cite point l'exemple de l',espagne3 elle prouve plutt ce que je dis4 ,pour garder l',amrique1 elle fit ce que le despotisme mme ne fait pas3 elle en dtruisit les habitants4 ,il fallut1 pour conserver sa colonie1 qu'elle la tnt dans la dpendance de sa subsistance mme4 ,elle essaya le despotisme dans les ,pays-,bas2 et sitt qu'elle l'eut abandonn1 ses embarras augmentrent4 ,d'un ct1 les ,wallons ne voulaient pas tre gouverns par les ,espagnols2 et de l'autre1 les soldats espagnols ne voulaient pas obir aux officiers wallons#bcf4 #bcf ,voyez l',histoire des ,provinces-,unies1 par ,m4 le ,clerc4 ,elle ne se maintint dans l',italie qu' force de l'enrichir et de se ruiner2 car ceux qui auraient voulu se dfaire du roi d',espagne n'taient pas1 pour cela1 d'humeur renoncer son argent4 ,,chapitre ,,xix ,proprits distinctives du gouvernement despotique4 ,un grand empire suppose une autorit despotique dans celui qui gouverne4 ,il faut que la promptitude des rsolutions supple la distance des lieux o elles sont envoyes2 que la crainte empche la ngligence du gouverneur ou du magistrat loign2 que la loi soit dans une seule tte2 et qu'elle change sans cesse1 comme les accidents1 qui se multiplient toujours dans l'tat proportion de sa grandeur4 ,,chapitre ,,xx ,consquence des chapitres prcdents4 ,que si la proprit naturelle des petits tats est d'tre gouverns en rpublique1 celle des mdiocres d'tre soumis un monarque1 celle des grands empires d'tre domins par un despote1 il suit que1 pour conserver les principes du gouvernement tabli1 il faut maintenir l'tat dans la grandeur qu'il avait dj2 et que cet tat changera d'esprit mesure qu'on rtrcira ou qu'on tendra ses limites4 ,,chapitre ,,xxi ,de l'empire de la ,chine4 ,avant de finir ce livre1 je rpondrai une objection qu'on peut faire sur tout ce que j'ai dit jusqu'ici4 ,nos missionnaires nous parlent du vaste empire de la ,chine comme d'un gouvernement admirable qui mle ensemble1 dans son principe1 la crainte1 l'honneur et la vertu4 ,j'ai donc pos une distinction vaine lorsque j'ai tabli les principes des trois gouvernements4 ,j'ignore ce que c'est que cet honneur dont on parle chez des peuples qui on ne fait rien faire qu' coups de bton#bcg4 #bcg ,c'est le bton qui gouverne la ,chine1 dit le ,p4 ,duhalde4 ,de plus1 il s'en faut beaucoup que nos commerants nous donnent l'ide de cette vertu dont nous parlent nos missionnaires3 on peut les consulter sur les brigandages des mandarins#bch4 ,je prends encore tmoin le grand homme milord ,anson4 #bch ,voyez entre autres la ,relation de ,lange4 ,d'ailleurs1 les lettres du ,p4 ,parennin sur le procs que l'empereur fit faire des princes du sang nophytes#bci1 qui lui avaient dplu1 nous font voir un plan de tyrannie constamment suivi1 et des injures faites la nature humaine1 avec rgle1 c'est--dire de sang-froid4 #bci ,de la famille de ,sourniama1 ,lettres difiantes1 recueil ,,xviii4--,nous ne pouvons connatre la ,chine que par les pices authentiques fournies sur les lieux1 rassembles par ,duhalde1 et qui ne sont point contredites4 ,les crits moraux de ,confucius1 publis six cents ans avant notre re1 lorsque presque toute notre ,europe vivait de glands dans ses forts2 les ordonnances de tant d'empereurs1 qui sont des exhortations la vertu2 des pices de thtre mme qui l'enseignent1 et dont les hros se dvouent la mort pour sauver la vie un orphelin1 tant de chefs-d'oeuvre de morale3 tout cela n'a point t fait coups de bton4 ,l'auteur s'imagine ou veut faire croire qu'il n'y a dans la ,chine qu'un despote et cent cinquante millions d'esclaves qu'on gouverne comme des animaux de basse-cour4 ,il oublie ce grand nombre de tribunaux subordonns les uns aux autres2 il oublie que quand l'empereur ,cam-hi voulut faire obtenir aux jsuites la permission d'enseigner le christianisme1 il adressa lui-mme leur requte un tribunal4 ,je crois bien qu'il y a dans un pays si singulier des prjugs ridicules1 des jalousies de courtisans1 des jalousies de corps1 des jalousies de marchands1 des jalousies d'auteurs1 des cabales1 des friponneries1 des mchancets de toute espce1 comme ailleurs2 mais nous ne pouvons en connatre les dtails4 ,il est croire que les lois des ,chinois sont assez bonnes1 puisqu'elles ont t toujours adoptes par leurs vainqueurs1 et qu'elles ont dur si longtemps4 ,si ,montesquieu veut nous persuader que les monarchies de l',europe1 tablies par des ,goths1 des ,gpides et des ,alains1 sont fondes sur l'honneur1 pourquoi veut-il ter l'honneur la ,chine8 7,note de ,,volt47 ,nous avons encore les lettres de ,m4 de ,mairan et du mme ,p4 ,parennin1 sur le gouvernement de la ,chine4 ,aprs des questions et des rponses trs senses1 le merveilleux s'est vanoui4 ,ne pourrait-il pas se faire que les missionnaires auraient t tromps par une apparence d'ordre2 qu'ils auraient t frapps de cet exercice continuel de la volont d'un seul1 par lequel ils sont gouverns eux-mmes1 et qu'ils aiment tant trouver dans les cours des rois des ,indes2 parce que1 n'y allant que pour y faire de grands changements1 il leur est plus ais de convaincre les princes qu'ils peuvent tout faire que de persuader aux peuples qu'ils peuvent tout souffrir#bdj8 #bdj ,voyez dans le ,p4 ,duhalde comment les missionnaires se servirent de l'autorit de ,cam-hi pour faire taire les mandarins1 qui disaient toujours que1 par les lois du pays1 un culte tranger ne pouvait tre tabli dans l'empire4 ,enfin il y a souvent quelque chose de vrai dans les erreurs mmes4 ,des circonstances particulires1 et peut-tre uniques1 peuvent faire que le gouvernement de la ,chine ne soit pas aussi corrompu qu'il devrait l'tre4 ,des causes1 tires la plupart du physique du climat1 ont pu forcer les causes morales dans ce pays1 et faire des espces de prodiges4 ,le climat de la ,chine est tel1 qu'il favorise prodigieusement la propagation de l'espce humaine4 ,les femmes y sont d'une fcondit si grande que l'on ne voit rien de pareil sur la terre4 ,la tyrannie la plus cruelle n'y arrte point le progrs de la propagation#bda4 ,le prince n'y peut pas dire1 comme ,pharaon3 ,opprimons-les avec sagesse4 ,il serait plutt rduit former le souhait de ,nron1 que le genre humain n'et qu'une tte4 ,malgr la tyrannie1 la ,chine1 par la force du climat1 se peuplera toujours1 et triomphera de la tyrannie4 #bda ,voyez ci-dessous1 liv4 ,,xxiii4 chap4 ,,xiv4 ,la ,chine1 comme tous les pays o crot le riz1 est sujette des famines frquentes4 ,lorsque le peuple meurt de faim1 il se disperse pour chercher de quoi vivre4 ,il se forme de toutes parts des bandes de trois1 quatre ou cinq voleurs3 la plupart sont d'abord extermines2 d'autres se grossissent1 et sont extermines encore4 ,mais dans un si grand nombre de provinces1 et si loignes1 il peut arriver que quelque troupe fasse fortune4 ,elle se maintient1 se fortifie1 se forme en corps d'arme1 va droit la capitale1 et le chef monte sur le trne4 ,telle est la nature de la chose1 que le mauvais gouvernement y est d'abord puni4 ,le dsordre y nat soudain1 parce que ce peuple prodigieux y manque de subsistance4 ,ce qui fait que dans d'autres pays on revient si difficilement des abus1 c'est qu'ils n'y ont pas des effets sensibles3 le prince n'y est pas averti d'une manire prompte et clatante1 comme il l'est la ,chine4 ,il ne sentira point1 comme nos princes1 que1 s'il gouverne mal1 il sera moins heureux dans l'autre vie1 moins puissant et moins riche dans celle-ci3 il saura que si son gouvernement n'est pas bon1 il perdra l'empire et la vie4 ,comme1 malgr les expositions d'enfants1 le peuple augmente toujours la ,chine#bdb1 il faut un travail infatigable pour faire produire aux terres de quoi le nourrir3 cela demande une grande attention de la part du gouvernement4 ,il est tous les instants intress ce que tout le monde puisse travailler sans crainte d'tre frustr de ses peines4 ,ce doit moins tre un gouvernement civil qu'un gouvernement domestique4 #bdb ,voyez le ,mmoire d'un ,tsongtou1 pour qu'on dfriche4 7,lettres difiantes1 vingt et unime recueil47 ,voil ce qui a produit les rglements dont on parle tant4 ,on a voulu faire rgner les lois avec le despotisme2 mais ce qui est joint avec le despotisme n'a plus de force4 ,en vain ce despotisme1 press par ses malheurs1 a-t-il voulu s'enchaner3 il s'arme de ses chanes1 et devient plus terrible encore4 ,la ,chine est donc un tat despotique dont le principe est la crainte4 ,peut-tre que dans les premires dynasties l'empire n'tant pas si tendu1 le gouvernement dclinait un peu de cet esprit4 ,mais aujourd'hui cela n'est pas4 ,,livre ,,onzi,,me ,,des ,,lois ,,qui ,,forment ,,la ,,libert ,,politique1 ,,dans ,,son ,,rapport ,,avec ,,la ,,constitution#bdc4 ,,chapitre ,,premier ,ide gnrale4 ,je distingue les lois qui forment la libert politique1 dans son rapport avec la constitution1 d'avec celles qui la forment dans son rapport avec le citoyen4 ,les premires seront le sujet de ce livre-ci2 je traiterai des secondes dans le livre suivant4 #bdc ,les trois livres prcdents 7,,vi1 ,,vii1 ,,viii7 compltent1 avec les cinq prcdents la thorie des trois gouvernements4 ,celui-ci1 qui parat avoir t crit une autre poque et qui contient une tout autre thorie1 est trop clbre pour que nous ne le donnions pas ici4 ,voir notre ,introduction4 7,note de l'diteur47 ,,chapitre ,,ii ,diverses significations donnes au mot de libert4 ,il n'y a point de mot qui ait reu plus de diffrentes significations1 et qui ait frapp les esprits de tant de manires1 que celui de libert4 ,les uns l'ont pris pour la facilit de dposer celui qui ils avaient donn un pouvoir tyrannique2 les autres1 pour la facult d'lire celui qui ils devaient obir2 d'autres1 pour le droit d'tre arms1 et de pouvoir exercer la violence2 ceux-ci1 pour le privilge de n'tre gouverns que par un homme de leur nation1 ou par leurs propres lois#bdd4 ,certain peuple a longtemps pris la libert pour l'usage de porter une longue barbe#bde4 ,ceux-ci ont attach ce nom une forme de gouvernement1 et en ont exclu les autres4 ,ceux qui avaient got du gouvernement rpublicain l'ont mise dans ce gouvernement2 ceux qui avaient joui du gouvernement monarchique l'ont place dans la monarchie#bdf4 ,enfin chacun a appel libert le gouvernement qui tait conforme ses coutumes ou ses inclinations2 et comme1 dans une rpublique1 on n'a pas toujours devant les yeux1 et d'une manire si prsente1 les instruments des maux dont on se plaint1 et que mme les lois paraissent y parler plus et les excuteurs de la loi y parler moins1 on la place ordinairement dans les rpubliques1 et on l'a exclue des monarchies4 ,enfin1 comme dans les dmocraties le peuple parat peu prs faire ce qu'il veut1 on a mis la libert dans ces sortes de gouvernements1 et on a confondu le pouvoir du peuple avec la libert du peuple4 #bdd ,j'ai1 dit ,cicron1 copi l'dit de ,scevola1 qui permet aux ,grecs de terminer entre eux leurs diffrends1 selon leurs lois2 ce qui fait qu'ils se regardent comme des peuples libres4 #bde ,les ,moscovites ne pouvaient souffrir que le czar ,pierre la leur ft couper4 #bdf ,les ,cappadociens refusrent l'tat rpublicain1 que leur offrirent les ,romains4 ,,chapitre ,,iii ,ce que c'est que la libert4 ,il est vrai que dans les dmocraties le peuple parat faire ce qu'il veut2 mais la libert politique ne consiste point faire ce que l'on veut4 ,dans un tat1 c'est--dire dans une socit o il y a des lois1 la libert ne peut consister qu' pouvoir faire ce que l'on doit vouloir1 et n'tre point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir4 ,il faut se mettre dans l'esprit ce que c'est que l'indpendance1 et ce que c'est que la libert4 ,la libert est le droit de faire tout ce que les lois permettent#bdg2 et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles dfendent1 il n'aurait plus de libert1 parce que les autres auraient tout de mme ce pouvoir4 #bdg ,omnes legum servi sumus ut liberi esse possimus4 7,,cicero1 pro ,cluentio1 #ec47 ,nous sommes tous esclaves des lois pour pouvoir tre libres4 ,,chapitre ,,iv ,continuation du mme sujet4 ,la dmocratie et l'aristocratie ne sont point des tats libres par leur nature4 ,la libert politique ne se trouve que dans les gouvernements modrs4 ,mais elle n'est pas toujours dans les tats modrs3 elle n'y est que lorsqu'on n'abuse pas du pouvoir2 mais c'est une exprience ternelle1 que tout homme qui a du pouvoir est port en abuser2 il va jusqu' ce qu'il trouve des limites4 ,qui le dirait6 la vertu mme a besoin de limites4 ,pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir1 il faut que1 par la disposition des choses1 le pouvoir arrte le pouvoir4 ,une constitution peut tre telle que personne ne sera contraint de faire les choses auxquelles la loi ne l'oblige pas1 et ne point faire celles que la loi lui permet4 ,,chapitre ,v ,de l'objet des tats divers4 ,quoique tous les tats aient en gnral un mme objet1 qui est de se maintenir1 chaque tat en a pourtant un qui lui est particulier4 ,l'agrandissement tait l'objet de ,rome2 la guerre1 celui de ,lacdmone2 la religion1 celui des lois judaques2 le commerce1 celui de ,marseille2 la tranquillit publique1 celui de la ,chine#bdh2 la navigation1 celui des lois des ,rhodiens2 la libert naturelle1 l'objet de la police des sauvages2 en gnral1 les dlices du prince1 celui des tats despotiques2 sa gloire et celle de l'tat1 celui des monarchies2 l'indpendance de chaque particulier est l'objet des lois de ,pologne1 et ce qui en rsulte1 l'oppression de tous#bdi4 #bdh ,objet naturel d'un tat qui n'a point d'ennemis au dehors1 ou qui croit les avoir arrts par des barrires4 #bdi ,inconvnient du ,liberum veto4 ,il y a aussi une nation dans le monde qui a pour objet direct de sa constitution la libert politique4 ,nous allons examiner les principes sur lesquels elle la fonde4 ,s'ils sont tous bons1 la libert y paratra comme dans un miroir4 ,pour dcouvrir la libert politique dans la constitution1 il ne faut pas tant de peine4 ,si on peut la voir o elle est1 si on l'a trouve1 pourquoi la chercher8 ,,chapitre ,,vi#bej ,de la constitution d',angleterre4 ,il y a dans chaque tat trois sortes de pouvoirs3 la puissance lgislative1 la puissance excutrice des choses qui dpendent du droit des gens1 et la puissance excutrice de celles qui dpendent du droit civil4 #bej ,la plupart des principes que ,montesquieu pose dans ce chapitre sont tirs du ,trait du ,gouvernement civil1 de ,locke1 ch4 ,,xii4 7,p47 ,par la premire1 le prince ou le magistrat fait des lois pour un temps ou pour toujours1 et corrige ou abroge celles qui sont faites4 ,par la seconde1 il fait la paix ou la guerre1 envoie ou reoit des ambassades1 tablit la sret1 prvient les invasions4 ,par la troisime1 il punit les crimes ou juge les diffrends des particuliers4 ,on appellera cette dernire la puissance de juger2 et l'autre1 simplement la puissance excutrice de l'tat4 ,la libert politique1 dans un citoyen1 est cette tranquillit d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sret2 et1 pour qu'on ait cette libert1 il faut que le gouvernement soit tel qu'un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen4 ,lorsque dans la mme personne ou dans le mme corps de magistrature la puissance lgislative est runie la puissance excutrice1 il n'y a point de libert1 parce qu'on peut craindre que le mme monarque ou le mme snat ne fasse des lois tyranniques pour les excuter tyranniquement4 ,il n'y a point encore de libert si la puissance de juger n'est pas spare de la puissance lgislative et de l'excutrice4 ,si elle tait jointe la puissance lgislative1 le pouvoir sur la vie et la libert des citoyens serait arbitraire2 car le juge serait lgislateur4 ,si elle tait jointe la puissance excutrice1 le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur4 ,tout serait perdu si le mme homme1 ou le mme corps des principaux1 ou des nobles1 ou du peuple1 exerait ces trois pouvoirs3 celui de faire des lois1 celui d'excuter les rsolutions publiques1 et celui de juger les crimes ou les diffrends des particuliers4 ,dans la plupart des royaumes d',europe1 le gouvernement est modr1 parce que le prince1 qui a les deux premiers pouvoirs1 laisse ses sujets l'exercice du troisime4 ,chez les ,turcs1 o ces trois pouvoirs sont runis sur la tte du sultan1 il rgne un affreux despotisme4 ,dans les rpubliques d',italie1 o ces trois pouvoirs sont runis1 la libert se trouve moins que dans nos monarchies4 ,aussi le gouvernement a-t-il besoin1 pour se maintenir1 de moyens aussi violents que le gouvernement des ,turcs3 tmoin les inquisiteurs d'tat#bea1 et le tronc o tout dlateur peut1 tous les moments1 jeter avec un billet son accusation4 #bea ,a ,venise4 ,voyez quelle peut tre la situation d'un citoyen dans ces rpubliques1 ,le mme corps de magistrature a1 comme excuteur des lois1 toute la puissance qu'il s'est donne comme lgislateur4 ,il peut ravager l'tat par ses volonts gnrales2 et1 comme il a encore la puissance de juger1 il peut dtruire chaque citoyen par ses volonts particulires4 ,toute la puissance y est une2 et1 quoiqu'il n'y ait point de pompe extrieure qui dcouvre un prince despotique1 on le sent chaque instant4 ,aussi les princes qui ont voulu se rendre despotiques ont-ils toujours commenc par runir en leur personne toutes les magistratures2 et plusieurs rois d',europe1 toutes les grandes charges de leur tat4 ,je crois bien que la pure aristocratie hrditaire des rpubliques d',italie ne rpond pas prcisment au despotisme de l',asie4 ,la multitude des magistrats adoucit quelquefois la magistrature2 tous les nobles ne concourent pas toujours aux mmes desseins3 on y forme divers tribunaux qui se temprent4 ,ainsi1 ,venise1 le grand conseil a la lgislation2 le pregadi1 l'excution2 les quaranties1 le pouvoir de juger4 ,mais le mal est que ces tribunaux diffrents sont forms par des magistrats du mme corps2 ce qui ne fait gure qu'une mme puissance4 ,la puissance de juger ne doit pas tre donne un snat permanent1 mais exerce par des personnes tires du corps du peuple#beb1 dans certains temps de l'anne1 de la manire prescrite par la loi1 pour former un tribunal qui ne dure qu'autant que la ncessit le requiert4 #beb ,comme ,athnes4 ,de cette faon1 la puissance de juger1 si terrible parmi les hommes1 n'tant attache ni un certain tat1 ni une certaine profession1 devient1 pour ainsi dire1 invisible et nulle4 ,on n'a point continuellement des juges devant les yeux2 et l'on craint la magistrature1 et non pas les magistrats4 ,il faut mme que dans les grandes accusations le criminel1 concurremment avec la loi1 se choisisse des juges2 ou1 du moins1 qu'il en puisse rcuser un si grand nombre que ceux qui restent soient censs tre de son choix4 ,les deux autres pouvoirs pourraient plutt tre donns des magistrats ou des corps permanents1 parce qu'ils ne s'exercent sur aucun particulier1 n'tant1 l'un1 que la volont gnrale de l'tat1 et l'autre1 que l'excution de cette volont gnrale4 ,mais1 si les tribunaux ne doivent pas tre fixes1 les jugements doivent l'tre un tel point qu'ils ne soient jamais qu'un texte prcis de la loi4 ,s'ils taient une opinion particulire du juge1 on vivrait dans la socit sans savoir prcisment les engagements que l'on y contracte4 ,il faut mme que les juges soient de la condition de l'accus1 ou ses pairs1 pour qu'il ne puisse pas se mettre dans l'esprit qu'il soit tomb entre les mains de gens ports lui faire violence4 ,si la puissance lgislative laisse l'excutrice le droit d'emprisonner des citoyens qui peuvent donner caution de leur conduite1 il n'y a plus de libert1 moins qu'ils ne soient arrts pour rpondre sans dlai une accusation que la loi a rendue capitale2 auquel cas ils sont rellement libres1 puisqu'ils ne sont soumis qu' la puissance de la loi4 ,mais si la puissance lgislative se croyait en danger par quelque conjuration secrte contre l'tat1 ou quelque intelligence avec les ennemis du dehors1 elle pourrait1 pour un temps court et limit1 permettre la puissance excutrice de faire arrter les citoyens suspects1 qui ne perdraient leur libert pour un temps que pour la conserver pour toujours4 ,et c'est le seul moyen conforme la raison de suppler la tyrannique magistrature des phores1 et aux inquisiteurs d'tat de ,venise1 qui sont aussi despotiques4 ,comme dans un tat libre tout homme qui est cens avoir une me libre doit tre gouvern par lui-mme1 il faudrait que le peuple en corps et la puissance lgislative2 mais comme cela est impossible dans les grands tats1 et est sujet beaucoup d'inconvnients dans les petits1 il faut que le peuple fasse par ses reprsentants tout ce qu'il ne peut faire par lui-mme4 ,l'on connat beaucoup mieux les besoins de sa ville que ceux des autres villes1 et on juge mieux de la capacit de ses voisins que de celle de ses autres compatriotes4 ,il ne faut donc pas que les membres du corps lgislatif soient tirs en gnral du corps de la nation1 mais il convient que dans chaque lieu principal les habitants se choisissent un reprsentant#bec4 #bec ,aristote dit dans sa ,politique1 liv4 ,,iii1 ch4 ,,vii3 ,il est ncessaire d'avoir des connaissances pour faire un bon choix4 ,voulez-vous lire un pilote ou un gomtre1 il faut que les lecteurs soient des pilotes ou des gomtres4 ,des ignorants peuvent se mler de donner leur avis dans les sciences et les diverses oprations de la vie2 mais jugent-ils aussi sainement que les gens de l'art8 ,ainsi la multitude ne devrait ni voter dans les lections1 ni juger la responsabilit des magistrats4 ,le grand avantage des reprsentants1 c'est qu'ils sont capables de discuter les affaires4 ,le peuple n'y est point du tout propre3 ce qui forme un des grands inconvnients de la dmocratie4 ,il n'est pas ncessaire que les reprsentants1 qui ont reu de ceux qui les ont choisis une instruction gnrale1 en reoivent une particulire sur chaque affaire1 comme cela se pratique dans les dites d',allemagne4 ,il est vrai que de cette manire la parole des dputs serait plus l'expression de la voix de la nation2 mais cela jetterait dans des longueurs infinies1 rendrait chaque dput le matre de tous les autres2 et1 dans les occasions les plus pressantes1 toute la force de la nation pourrait tre arrte par un caprice4 ,quand les dputs1 dit trs bien ,m4 ,sidney1 reprsentent un corps de peuple comme en ,hollande1 ils doivent rendre compte ceux qui les ont commis3 c'est autre chose lorsqu'ils sont dputs par des bourgs1 comme en ,angleterre4 ,tous les citoyens1 dans les divers districts1 doivent avoir droit de donner leur voix pour choisir le reprsentant1 except ceux qui sont dans un tel tat de bassesse qu'ils sont rputs n'avoir point de volont propre4 ,il y avait un grand vice dans la plupart des anciennes rpubliques3 c'est que le peuple avait droit d'y prendre des rsolutions actives1 et qui demandent quelque excution2 chose dont il est entirement incapable4 ,il ne doit entrer dans le gouvernement que pour choisir ses reprsentants2 ce qui est trs sa porte4 ,car1 s'il y a peu de gens qui connaissent le degr prcis de la capacit des hommes1 chacun est pourtant capable de savoir en gnral si celui qu'il choisit est plus clair que la plupart des autres4 ,le corps reprsentant ne doit pas tre choisi non plus pour prendre quelque rsolution active1 chose qu'il ne ferait pas bien1 mais pour faire des lois1 ou pour voir si l'on a bien excut celles qu'il a faites1 chose qu'il peut trs bien faire1 et qu'il n'y a mme que lui qui puisse bien faire4 ,il y a toujours dans un tat des gens distingus par la naissance1 les richesses ou les honneurs2 mais s'ils taient confondus parmi le peuple1 et s'ils n'y avaient qu'une voix comme les autres1 la libert commune serait leur esclavage1 et ils n'auraient aucun intrt la dfendre1 parce que la plupart des rsolutions seraient contre eux4 ,la part qu'ils ont la lgislation doit donc tre proportionne aux autres avantages qu'ils ont dans l'tat3 ce qui arrivera s'ils forment un corps qui ait droit d'arrter les entreprises du peuple1 comme le peuple a droit d'arrter les leurs4 ,ainsi la puissance lgislative sera confie1 et au corps des nobles1 et au corps qui sera choisi pour reprsenter le peuple1 qui auront chacun leurs assembles et leurs dlibrations part et des vues et des intrts spars4 ,des trois puissances dont nous avons parl1 celle de juger est en quelque faon nulle4 ,il n'en reste que deux2 et1 comme elles ont besoin d'une puissance rglante pour les temprer1 la partie du corps lgislatif qui est compose de nobles est trs propre produire cet effet4 ,le corps des nobles doit tre hrditaire4 ,il l'est premirement par sa nature2 et d'ailleurs il faut qu'il ait un trs grand intrt conserver ses prrogatives1 odieuses par elles-mmes1 et qui1 dans un tat libre1 doivent toujours tre en danger4 ,mais1 comme une puissance hrditaire pourrait tre induite suivre ses intrts particuliers et oublier ceux du peuple1 il faut que dans les choses o l'on a un souverain intrt la corrompre1 comme dans les lois qui concernent la leve de l'argent1 elle n'ait de part la lgislation que par sa facult d'empcher1 et non par sa facult de statuer4 ,j'appelle facult de statuer le droit d'ordonner par soi-mme1 ou de corriger ce qui a t ordonn par un autre4 ,j'appelle facult d'empcher le droit de rendre nulle une rsolution prise par quelque autre3 ce qui tait la puissance des tribuns de ,rome4 ,et quoique celui qui a la facult d'empcher puisse avoir aussi le droit d'approuver1 pour lors cette approbation n'est autre chose qu'une dclaration qu'il ne fait point d'usage de sa facult d'empcher1 et drive de cette facult4 ,la puissance excutrice doit tre entre les mains d'un monarque1 parce que cette partie du gouvernement1 qui a presque toujours besoin d'une action momentane1 est mieux administre par un que par plusieurs2 au lieu que ce qui dpend de la puissance lgislative est souvent mieux ordonn par plusieurs que par un seul4 ,que s'il n'y avait point de monarque1 et que la puissance excutrice ft confie un certain nombre de personnes tires du corps lgislatif1 il n'y aurait plus de libert1 parce que les deux puissances seraient unies2 les mmes personnes ayant quelquefois et pouvant toujours avoir part l'une et l'autre4 ,si le corps lgislatif tait un temps considrable sans tre assembl1 il n'y aurait plus de libert4 ,car il arriverait de deux choses l'une3 ou qu'il n'y aurait plus de rsolution lgislative1 et l'tat tomberait dans l'anarchie2 ou que ces rsolutions seraient prises par la puissance excutrice1 et elle deviendrait absolue4 ,il serait inutile que le corps lgislatif ft toujours assembl4 ,cela serait incommode pour les reprsentants1 et d'ailleurs occuperait trop la puissance excutrice1 qui ne penserait point excuter1 mais dfendre ses prrogatives et le droit qu'elle a d'excuter4 ,de plus1 si le corps lgislatif tait continuellement assembl1 il pourrait arriver que l'on ne ferait que suppler de nouveaux dputs la place de ceux qui mourraient2 et dans ce cas1 si le corps tait une fois corrompu1 le mal serait sans remde4 ,lorsque divers corps lgislatifs se succdent les uns aux autres1 le peuple1 qui a mauvaise opinion du corps lgislatif actuel1 porte avec raison ses esprances sur celui qui viendra aprs2 mais1 si c'tait toujours le mme corps1 le peuple1 le voyant une fois corrompu1 n'esprerait plus rien de ses lois3 il deviendrait furieux1 ou tomberait dans l'indolence4 ,le corps lgislatif ne doit point s'assembler lui-mme3 car un corps n'est cens avoir de volont que lorsqu'il est assembl2 et1 s'il ne s'assemblait pas unanimement1 on ne saurait dire quelle partie serait vritablement le corps lgislatif2 celle qui serait assemble1 ou celle qui ne le serait pas4 ,que s'il avait droit de se proroger lui-mme1 il pourrait arriver qu'il ne se prorogerait jamais2 ce qui serait dangereux dans le cas o il voudrait attenter contre la puissance excutrice4 ,d'ailleurs1 il y a des temps plus convenables les uns que les autres pour l'assemble du corps lgislatif3 il faut donc que ce soit la puissance excutrice qui rgle le temps de la tenue et de la dure de ces assembles1 par rapport aux circonstances qu'elle connat4 ,si la puissance excutrice n'a pas le droit d'arrter les entreprises du corps lgislatif1 celui-ci sera despotique2 car1 comme il pourra se donner tout le pouvoir qu'il peut imaginer1 il anantira toutes les autres puissances4 ,mais il ne faut pas que la puissance lgislative ait rciproquement la facult d'arrter la puissance excutrice2 car l'excution ayant ses limites par sa nature1 il est inutile de la borner2 outre que la puissance excutrice s'exerce toujours sur des choses momentanes4 ,et la puissance des tribuns de ,rome tait vicieuse1 en ce qu'elle arrtait non seulement la lgislation1 mais mme l'excution3 ce qui causait de grands maux4 ,mais si1 dans un tat libre1 la puissance lgislative ne doit pas avoir le droit d'arrter la puissance excutrice1 elle a droit1 et doit avoir la facult d'examiner de quelle manire les lois qu'elle a faites ont t excutes2 et c'est l'avantage qu'a ce gouvernement sur celui de ,crte et de ,lacdmone1 o les cosmes#bed et les phores#bee ne rendaient point compte de leur administration4 #bed ,voyez la ,rpublique d',aristote1 liv4 ,,ii1 ch4 ,x4 #bee ,ibid41 ch4 ,,ix4 ,mais1 quel que soit cet examen1 le corps lgislatif ne doit point avoir le pouvoir de juger la personne1 et par consquent la conduite de celui qui excute4 ,sa personne doit tre sacre1 parce qu'tant ncessaire l'tat pour que le corps lgislatif n'y devienne pas tyrannique1 ds le moment qu'il serait accus ou jug1 il n'y aurait plus de libert4 ,dans ces cas l'tat ne serait point une monarchie1 mais une rpublique non libre4 ,mais comme celui qui excute ne peut rien excuter mal sans avoir des conseillers mchants et qui hassent les lois comme ministres1 quoiqu'elles les favorisent comme hommes1 ceux-ci peuvent tre recherchs et punis4 ,et c'est l'avantage de ce gouvernement sur celui de ,gnide1 o la loi ne permettant point d'appeler en jugement les amymones#bef1 mme aprs leur administration#beg1 le peuple ne pouvait jamais se faire rendre raison des injustices qu'on lui avait faites4 #bef ,c'taient des magistrats que le peuple lisait tous les ans4 ,voyez tienne de ,byzance4--,plutarque 7,demande des choses grecques1 #c7 donne ces magistrats1 non pas le nom d'amymones1 mais celui d'amnmones4 ,le premier de ces mots signifie sans reproches1 le second sans mmoire1 parce qu'ils ne rendaient pas compte de leur administration4 ,plutarque ajoute qu'ils taient au nombre de soixante1 et qu'ils taient nomms1 non tous les ans1 mais vie4 #beg ,on pouvait accuser les magistrats romains aprs leur magistrature4 ,voyez dans ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,,ix1 l'affaire du tribun ,genutius4 ,quoique en gnral la puissance de juger ne doive tre unie aucune partie de la lgislative1 cela est sujet trois exceptions fondes sur l'intrt particulier de celui qui doit tre jug4 ,les grands sont toujours exposs l'envie2 et1 s'ils taient jugs par le peuple1 ils pourraient tre en danger1 et ne jouiraient pas du privilge qu'a le moindre des citoyens dans un tat libre1 d'tre jug par ses pairs4 ,il faut donc que les nobles soient appels1 non pas devant les tribunaux ordinaires de la nation1 mais devant cette partie du corps lgislatif qui est compose de nobles4 ,il pourrait arriver que la loi1 qui est en mme temps clairvoyante et aveugle1 serait1 en de certains cas1 trop rigoureuse4 ,mais les juges de la nation ne sont1 comme nous avons dit1 que la bouche qui prononce les paroles de la loi1 des tres inanims qui n'en peuvent modrer ni la force ni la rigueur4 ,c'est donc la partie du corps lgislatif que nous venons de dire tre1 dans une autre occasion1 un tribunal ncessaire1 qui l'est encore dans celle-ci2 c'est son autorit suprme modrer la loi en faveur de la loi mme1 en prononant moins rigoureusement qu'elle4 ,il pourrait encore arriver que quelque citoyen1 dans les affaires publiques1 violerait les droits du peuple1 et ferait des crimes que les magistrats tablis ne sauraient ou ne voudraient pas punir4 ,mais1 en gnral1 la puissance lgislative ne peut pas juger2 et elle le peut encore moins dans ce cas particulier1 o elle reprsente la partie intresse1 qui est le peuple4 ,elle ne peut donc tre qu'accusatrice4 ,mais devant qui accusera-t-elle8 ,ira-t-elle s'abaisser devant les tribunaux de la loi1 qui lui sont infrieurs1 et d'ailleurs composs de gens qui1 tant peuple comme elle1 seraient entrans par l'autorit d'un si grand accusateur8 ,non3 il faut1 pour conserver la dignit du peuple et la sret du particulier1 que la partie lgislative du peuple accuse devant la partie lgislative des nobles1 laquelle n'a ni les mmes intrts qu'elle ni les mmes passions4 ,c'est l'avantage qu'a ce gouvernement sur la plupart des rpubliques anciennes1 o il y avait cet abus1 que le peuple tait en mme temps juge et accusateur4 ,la puissance excutrice1 comme nous avons dit1 doit prendre part la lgislation par sa facult d'empcher2 sans quoi1 elle sera bientt dpouille de ses prrogatives4 ,mais si la puissance lgislative prend part l'excution1 la puissance excutrice sera galement perdue4 ,si le monarque prenait part la lgislation par la facult de statuer1 il n'y aurait plus de libert4 ,mais comme il faut pourtant qu'il ait part la lgislation pour se dfendre1 il faut qu'il y prenne part par la facult d'empcher4 ,ce qui fut cause que le gouvernement changea ,rome1 c'est que le snat1 qui avait une partie de la puissance excutrice1 et les magistrats qui avaient l'autre1 n'avaient pas1 comme le peuple1 la facult d'empcher4 ,voici donc la constitution fondamentale du gouvernement dont nous parlons4 ,le corps lgislatif y tant compos de deux parties1 l'une enchanera l'autre par sa facult mutuelle d'empcher4 ,toutes les deux seront lies par la puissance excutrice1 qui le sera elle-mme par la lgislative4 ,ces trois puissances devraient former un repos ou une inaction4 ,mais1 comme par le mouvement ncessaire des choses elles sont contraintes d'aller1 elles seront forces d'aller de concert4 ,la puissance excutrice ne faisant partie de la lgislative que par sa facult d'empcher1 elle ne saurait entrer dans le dbat des affaires4 ,il n'est pas mme ncessaire qu'elle propose1 parce que1 pouvant toujours dsapprouver les rsolutions1 elle peut rejeter les dcisions des propositions qu'elle aurait voulu qu'on n'et pas faites4 ,dans quelques rpubliques anciennes1 o le peuple en corps avait le dbat des affaires1 il tait naturel que la puissance excutrice les propost et les dbattt avec lui2 sans quoi1 il y aurait eu1 dans les rsolutions1 une confusion trange4 ,si la puissance excutrice statue sur la leve des deniers publics autrement que par son consentement1 il n'y aura plus de libert1 parce qu'elle deviendra lgislative dans le point le plus important de la lgislation4 ,si la puissance lgislative statue1 non pas d'anne en anne1 mais pour toujours1 sur la leve des deniers publics1 elle court risque de perdre sa libert1 parce que la puissance excutrice ne dpendra plus d'elle1 et quand on tient un pareil droit pour toujours1 il est assez indiffrent qu'on le tienne de soi ou d'un autre4 ,il en est de mme si elle statue1 non pas d'anne en anne1 mais pour toujours1 sur les forces de terre et de mer qu'elle doit confier la puissance excutrice4 ,pour que celui qui excute ne puisse pas opprimer1 il faut que les armes qu'on lui confie soient peuple1 et aient le mme esprit que le peuple1 comme cela fut ,rome jusqu'au temps de ,marius4 ,et1 pour que cela soit ainsi1 il n'y a que deux moyens3 ou que ceux que l'on emploie dans l'arme aient assez de bien pour rpondre de leur conduite aux autres citoyens1 et qu'ils ne soient enrls que pour un an1 comme il se pratiquait ,rome2 ou1 si on a un corps de troupes permanent1 et o les soldats soient une des plus viles parties de la nation1 il faut que la puissance lgislative puisse le casser sitt qu'elle le dsire2 que les soldats habitent avec les citoyens1 et qu'il n'y ait ni camp spar1 ni casernes1 ni places de guerre4 ,l'arme tant une fois tablie1 elle ne doit point dpendre immdiatement du corps lgislatif1 mais de la puissance excutrice2 et cela par la nature de la chose1 son fait consistant plus en action qu'en dlibration4 ,il est dans la manire de penser des hommes que l'on fasse plus de cas du courage que de la timidit1 de l'activit que de la prudence1 de la force que des conseils4 ,l'arme mprisera toujours un snat1 et respectera ses officiers4 ,elle ne fera point cas des ordres qui lui seront envoys de la part d'un corps compos de gens qu'elle croira timides1 et indignes par l de lui commander4 ,ainsi1 sitt que l'arme dpendra uniquement du corps lgislatif1 le gouvernement deviendra militaire4 ,et si le contraire est jamais arriv1 c'est l'effet de quelques circonstances extraordinaires2 c'est que l'arme y est toujours spare2 c'est qu'elle est compose de plusieurs corps qui dpendent chacun de leur province particulire2 c'est que les villes capitales sont des places excellentes1 qui se dfendent par leur situation seule1 o il n'y a point de troupes4 ,la ,hollande est encore plus en sret que ,venise3 elle submergerait les troupes rvoltes1 elle les ferait mourir de faim4 ,elles ne sont point dans les villes qui pourraient leur donner la subsistance2 cette subsistance est donc prcaire4 ,que si1 dans le cas o l'arme est gouverne par le corps lgislatif1 des circonstances particulires empchent le gouvernement de devenir militaire1 on tombera dans d'autres inconvnients3 de deux choses l'une3 ou il faudra que l'arme dtruise le gouvernement1 ou que le gouvernement affaiblisse l'arme4 ,et cet affaiblissement aura une cause bien fatale3 il natra de la faiblesse mme du gouvernement4 ,si l'on veut lire l'admirable ouvrage de ,tacite sur les moeurs des ,germains#beh1 on verra que c'est d'eux que les ,anglais ont tir l'ide de leur gouvernement politique4 ,ce beau systme a t trouv dans les bois4 #beh ,de minoribus rebus principes consultant1 de majoribus omnes3 ita tamen ut ea quoque quorum penes plebem arbitrium est1 apud principes pertractentur4 ,les grands traitent des moindres affaires2 les plus grandes sont du ressort de tous1 de telle faon cependant que mme celles qui s'lvent du peuple soient aussi traites par les grands4--,est-il possible qu'en effet la chambre des pairs1 celle des communes1 la cour d'quit1 la cour de l'amiraut1 viennent de la ,fort-,noire8 ,j'aimerais autant dire que les sermons de ,tillotson et de ,smalridge furent autrefois composs par les sorcires tudesques1 qui jugeaient des succs de la guerre par la manire dont coulait le sang des prisonniers qu'elles immolaient4 ,les manufactures de drap d',angleterre n'ont-elles pas t trouves aussi dans les bois o les ,germains aimaient mieux vivre de rapines que de travailler1 comme le dit ,tacite8 ,pourquoi n'avoir pas trouv plutt la dite de ,ratisbonne que le parlement d',angleterre dans les forts d',allemagne8 ,ratisbonne doit avoir profit plutt que ,londres d'un systme trouv en ,germanie4 7,note de ,,volt47 ,comme toutes les choses humaines ont une fin1 l'tat dont nous parlons perdra sa libert1 il prira4 ,rome1 ,lacdmone et ,carthage ont bien pri4 ,il prira lorsque la puissance lgislative sera plus corrompue que l'excutrice4 ,ce n'est point moi examiner si les ,anglais jouissent actuellement de cette libert1 ou non4 ,il me suffit de dire qu'elle est tablie par leurs lois1 et je n'en cherche pas davantage4 ,je ne prtends point par l ravaler les autres gouvernements1 ni dire que cette libert politique extrme doive mortifier ceux qui n'en ont qu'une modre4 ,comment dirais-je cela1 moi qui crois que l'excs mme de la raison n'est pas toujours dsirable1 et que les hommes s'accommodent presque toujours mieux des milieux que des extrmits8 ,harrington1 dans son ,oceana1 a aussi examin quel tait le plus haut point de libert o la constitution d'un tat peut tre porte4 ,mais on peut dire de lui qu'il n'a cherch cette libert qu'aprs l'avoir mconnue et qu'il a bti ,chalcdoine ayant le rivage de ,byzance devant les yeux4 ,,chapitre ,,vii ,des monarchies que nous connaissons4 ,les monarchies que nous connaissons n'ont pas1 comme celle dont nous venons de parler1 la libert pour leur objet direct2 elles ne tendent qu' la gloire des citoyens1 de l'tat et du prince4 ,mais de cette gloire il rsulte un esprit de libert qui1 dans ces tats1 peut faire d'aussi grandes choses1 et peut-tre contribuer autant au bonheur que la libert mme4 ,les trois pouvoirs n'y sont point distribus et fondus sur le modle de la constitution dont nous avons parl4 ,ils ont chacun une distribution particulire1 selon laquelle ils approchent plus ou moins de la libert politique2 et s'ils n'en approchaient pas1 la monarchie dgnrerait en despotisme4 ,,chapitre ,,viii ,pourquoi les anciens n'avaient pas une ide bien claire de la monarchie4 ,les anciens ne connaissaient point le gouvernement fond sur un corps de noblesse1 et encore moins le gouvernement fond sur un corps lgislatif form par les reprsentants d'une nation4 ,les rpubliques de ,grce et d',italie taient des villes qui avaient chacune leur gouvernement1 et qui assemblaient leurs citoyens dans leurs murailles4 ,avant que les ,romains eussent englouti toutes les rpubliques1 il n'y avait presque point de roi nulle part1 en ,italie1 ,gaule1 ,espagne1 ,allemagne#bei3 tout cela tait de petits peuples ou de petites rpubliques2 l',afrique mme tait soumise une grande2 l',asie ,mineure tait occupe par les colonies grecques4 ,il n'y avait donc point d'exemple de dputs de villes1 ni d'assembles d'tat3 il fallait aller jusqu'en ,perse pour trouver le gouvernement d'un seul4 #bei ,mais la mme poque il y avait des rois en ,macdoine1 en ,syrie1 en gypte1 etc4 7,note de ,,cr,,vier47 ,il est vrai qu'il y avait des rpubliques fdratives2 plusieurs villes envoyaient des dputs une assemble4 ,mais je dis qu'il n'y avait point de monarchie sur ce modle-l4 ,voici comment se forma le premier plan des monarchies que nous connaissons4 ,les nations germaniques qui conquirent l'empire romain taient1 comme l'on sait1 trs libres4 ,on n'a qu' voir l-dessus ,tacite1 ,sur les ,moeurs des ,germains4 ,les conqurants se rpandirent dans le pays2 ils habitaient les campagnes1 et peu les villes4 ,quand ils taient en ,germanie1 toute la nation pouvait s'assembler4 ,lorsqu'ils furent disperss dans la conqute1 ils ne le purent plus4 ,il fallait pourtant que la nation dlibrt sur ses affaires1 comme elle avait fait avant la conqute3 elle le fit par des reprsentants4 ,voil l'origine du gouvernement gothique parmi nous4 ,il fut d'abord ml de l'aristocratie et de la monarchie4 ,il avait cet inconvnient que le bas peuple y tait esclave3 c'tait un bon gouvernement qui avait en soi la capacit de devenir meilleur4 ,la coutume vint d'accorder des lettres d'affranchissement2 et bientt la libert civile du peuple1 les prrogatives de la noblesse et du clerg1 la puissance des rois1 se trouvrent dans un tel concert que je ne crois pas qu'il y ait eu sur la terre de gouvernement si bien tempr que le fut celui de chaque partie de l',europe dans le temps qu'il y subsista4 ,et il est admirable que la corruption du gouvernement d'un peuple conqurant ait form la meilleure espce de gouvernement que les hommes aient pu imaginer4 ,,chapitre ,,ix ,manire de penser d',aristote4 ,l'embarras d',aristote parat visiblement quand il traite de la monarchie#bfj4 ,il en tablit cinq espces3 il ne les distingue pas par la forme de la constitution1 mais par des choses d'accident1 comme les vertus ou les vices du prince2 ou par des choses trangres1 comme l'usurpation de la tyrannie1 ou la succession de la tyrannie4 #bfj ,politique1 liv4 ,,iii1 chap1 ,,xiv4 ,aristote met au rang des monarchies et l'empire des ,perses et le royaume de ,lacdmone4 ,mais qui ne voit que l'un tait un tat despotique1 et l'autre une rpublique#bfa8 #bfa ,qui ne voit au contraire que ,lacdmone eut un seul roi pendant quatre cents ans1 ensuite deux rois jusqu' l'extinction de la race des ,hraclides1 ce qui fait une priode d'environ mille annes8 ,on sait bien que nul roi n'tait despotique de droit1 pas mme en ,perse3 mais tout prince dissimul1 hardi1 et qui a de l'argent1 devient despotique en peu de temps1 en ,perse et ,lacdmone2 et voil pourquoi ,aristote distingua des rpubliques tout tat qui a des chefs perptuels et hrditaires4 7,note de ,,volt47 ,les anciens1 qui ne connaissaient pas la distribution des trois pouvoirs dans le gouvernement d'un seul1 ne pouvaient se faire une ide juste de la monarchie4 ,,chapitre ,x ,manire de penser des autres politiques4 ,pour temprer le gouvernement d'un seul1 ,arribas#bfb1 roi d'pire1 n'imagina qu'une rpublique4 ,les ,molosses1 ne sachant comment borner le mme pouvoir1 firent deux rois3 par l on affaiblissait l'tat plus que le commandement2 on voulait des rivaux1 et on avait des ennemis4 #bfb ,voyez ,justin1 liv4 ,,xvii4 ,deux rois n'taient tolrables qu' ,lacdmone3 ils n'y formaient pas la constitution#bfc1 mais ils taient une partie de la constitution4 #bfc ,,aristote1 ,politique1 liv4 ,v1 chap4 ,,ix4 ,,chapitre ,,xi ,des rois des temps hroques chez les ,grecs4 ,chez les ,grecs1 dans les temps hroques1 il s'tablit une espce de monarchie qui ne subsista pas#bfd4 ,ceux qui avaient invent des arts1 fait la guerre pour le peuple1 assembl des hommes disperss1 ou qui leur avaient donn des terres1 obtenaient le royaume pour eux et le transmettaient leurs enfants4 ,ils taient rois1 prtres et juges4 ,c'est une des cinq espces de monarchies dont nous parle ,aristote#bfe2 et c'est la seule qui puisse rveiller l'ide de la constitution monarchique4 ,mais le plan de cette constitution est oppos celui de nos monarchies d'aujourd'hui4 #bfd ,,aristote1 ,politique1 liv4 ,,iii1 chap4 ,,xiv4 #bfe ,ibid4 ,les trois pouvoirs y taient distribus de manire que le peuple y avait la puissance lgislative#bff2 et le roi la puissance excutrice1 avec la puissance de juger2 au lieu que1 dans les monarchies que nous connaissons1 le prince a la puissance excutrice et la lgislative1 ou du moins une partie de la lgislative2 mais il ne juge pas4 #bff ,voyez ce que dit ,plutarque1 ,vie de ,thse4 ,voyez aussi ,thucydide1 liv4 ,ier4 ,dans le gouvernement des rois des temps hroques les trois pouvoirs taient mal distribus4 ,ces monarchies ne pouvaient subsister2 car1 ds que le peuple avait la lgislation1 il pouvait1 au moindre caprice1 anantir la royaut1 comme il fit partout4 ,chez un peuple libre1 et qui avait le pouvoir lgislatif2 chez un peuple renferm dans une ville1 o tout ce qu'il y a d'odieux devient plus odieux encore1 le chef-d'oeuvre de la lgislation est de savoir bien placer la puissance de juger4 ,mais elle ne le pouvait tre plus mal que dans les mains de celui qui avait dj la puissance excutrice4 ,ds ce moment le monarque devenait terrible4 ,mais en mme temps1 comme il n'avait pas la lgislation1 il ne pouvait pas se dfendre contre la lgislation2 il avait trop de pouvoir1 et il n'en avait pas assez4 ,on n'avait pas encore dcouvert que la vraie fonction du prince tait d'tablir des juges1 et non pas de juger lui-mme4 ,la politique contraire rendit le gouvernement d'un seul insupportable4 ,tous ces rois furent chasss4 ,les ,grecs n'imaginrent point la vraie distribution des trois pouvoirs dans le gouvernement d'un seul2 ils ne l'imaginrent que dans le gouvernement de plusieurs1 et ils appelrent cette sorte de constitution1 police#bfg4 #bfg ,voyez ,aristote1 ,politique1 liv4 ,,iv1 ch4 ,,viii4 ,,chapitre ,,xii ,du gouvernement des rois de ,rome1 et comment les pouvoirs y furent distribus4 ,le gouvernement des rois de ,rome avait quelque rapport celui des rois des temps hroques chez les ,grecs4 ,il tomba1 comme les autres1 par son vice gnral1 quoique en lui-mme et dans sa nature particulire il ft trs bon4 ,pour faire connatre ce gouvernement1 je distinguerai celui des cinq premiers rois1 celui de ,servius ,tullius1 et celui de ,tarquin4 ,la couronne tait lective1 et sous les cinq premiers rois1 le snat eut la plus grande part l'lection4 ,aprs la mort du roi1 le snat examinait si l'on garderait la forme du gouvernement qui tait tablie4 ,s'il jugeait propos de la garder1 il nommait un magistrat#bfh1 tir de son corps1 qui lisait un roi3 le snat devait approuver l'lection2 le peuple1 la confirmer2 les auspices1 la garantir4 ,si une de ces trois conditions manquait1 il fallait faire une autre lection4 #bfh ,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,ii1 p4 #abj2 et liv4 ,,iv1 p4 #bdb et #bdc4 ,la constitution tait monarchique1 aristocratique et populaire2 et telle fut l'harmonie du pouvoir qu'on ne vit ni jalousie ni dispute dans les premiers rgnes4 ,le roi commandait les armes1 et avait l'intendance des sacrifices2 il avait la puissance de juger les affaires civiles#bfi et criminelles#bgj2 il convoquait le snat2 il assemblait le peuple2 il lui portait de certaines affaires1 et rglait les autres avec le snat#bga4 #bfi ,voyez le discours de ,tanaquil1 dans ,tite-,live1 liv4 ,ier1 et le rglement de ,servius ,tullius1 dans ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,,iv1 p4 #bbi4 #bgj ,voyez ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,,ii1 p4 #aah2 et liv4 ,,iii1 p4 #aga4 #bga ,ce fut par un snatus-consulte que ,tullus ,hostilius envoya dtruire ,albe4 7,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,iii1 p4 #afg et #agb47 ,le snat avait une grande autorit4 ,les rois prenaient souvent des snateurs pour juger avec eux2 ils ne portaient point d'affaires au peuple qu'elles n'eussent t dlibres#bgb dans le snat4 #bgb ,ibid41 liv4 ,,iv1 p4 #bgf4 ,le peuple avait le droit d'lire#bgc les magistrats1 de consentir aux nouvelles lois1 et1 lorsque le roi le permettait1 celui de dclarer la guerre et de faire la paix4 ,il n'avait point la puissance de juger4 ,quand ,tullus ,hostilius renvoya le jugement d',horace au peuple1 il eut des raisons particulires1 que l'on trouve dans ,denys d',halicarnasse#bgd4 #bgc ,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,ii4 ,il fallait pourtant qu'il ne nommt pas toutes les charges1 puisque ,valerius ,publicola fit la fameuse loi qui dfendait tout citoyen d'exercer aucun emploi1 s'il ne l'avait obtenu par le suffrage du peuple4 #bgd ,liv4 ,,iii1 p4 #aei4 ,la constitution changea sous ,servius ,tullius#bge4 ,le snat n'eut point de part son lection3 il se fit proclamer par le peuple4 ,il se dpouilla des jugements#bgf civils1 et ne se rserva que les criminels2 il porta directement au peuple toutes les affaires3 il le soulagea des taxes1 et en mit tout le fardeau sur les patriciens4 ,ainsi mesure qu'il affaiblissait la puissance royale et l'autorit du snat1 il augmentait le pouvoir du peuple#bgg4 #bge ,liv4 ,,iv4 #bgf ,il se priva de la moiti de la puissance royale1 dit ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,,iv4 p4 #bbi4 #bgg ,on croyait que1 s'il n'avait pas t prvenu par ,tarquin1 il aurait tabli le gouvernement populaire4 7,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,iv4 p4 #bdc47 ,tarquin ne se fit lire ni par le snat ni par le peuple4 ,il regarda ,servius ,tullius comme un usurpateur1 et prit la couronne comme un droit hrditaire2 il extermina la plupart des snateurs2 il ne consulta plus ceux qui restaient1 et ne les appela pas mme ses jugements#bgh4 ,sa puissance augmenta2 mais ce qu'il y avait d'odieux dans cette puissance devint plus odieux encore3 il usurpa le pouvoir du peuple2 il fit des lois sans lui2 il en fit mme contre lui#bgi4 ,il aurait runi les trois pouvoirs dans sa personne2 mais le peuple se souvint un moment qu'il tait lgislateur1 et ,tarquin ne fut plus4 #bgh ,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,iv4 #bgi ,ibid4 ,,chapitre ,,xiii ,rflexions gnrales sur l'tat de ,rome aprs l'expulsion des rois4 ,on ne peut jamais quitter les ,romains2 c'est ainsi qu'encore aujourd'hui1 dans leur capitale1 on laisse les nouveaux palais pour aller chercher des ruines2 c'est ainsi que l'oeil qui s'est repos sur l'mail des prairies aime voir les rochers et les montagnes4 ,les familles patriciennes avaient eu1 de tout temps1 de grandes prrogatives4 ,ces distinctions1 grandes sous les rois1 devinrent bien plus importantes aprs leur expulsion4 ,cela causa la jalousie des plbiens1 qui voulurent les abaisser4 ,les contestations frappaient sur la constitution sans affaiblir le gouvernement3 car1 pourvu que les magistratures conservassent leur autorit1 il tait assez indiffrent de quelle famille taient les magistrats4 ,une monarchie lective1 comme tait ,rome1 suppose ncessairement un corps aristocratique puissant qui la soutienne2 sans quoi elle se change d'abord en tyrannie ou en tat populaire3 mais un tat populaire n'a pas besoin de cette distinction des familles pour se maintenir4 ,c'est ce qui fit que les patriciens1 qui taient des parties ncessaires de la constitution du temps des rois1 en devinrent une partie superflue du temps des consuls3 le peuple put les abaisser sans se dtruire lui-mme1 et changer la constitution sans la corrompre4 ,quand ,servius ,tullius eut avili les patriciens1 ,rome dut tomber des mains des rois dans celles du peuple4 ,mais le peuple1 en abaissant les patriciens1 ne dut point craindre de retomber dans celles des rois4 ,un tat peut changer de deux manires1 ou parce que la constitution se corrige1 ou parce qu'elle se corrompt4 ,s'il a conserv ses principes1 et que la constitution change1 c'est qu'elle se corrige2 s'il a perdu ses principes1 quand la constitution vient changer1 c'est qu'elle se corrompt4 ,rome1 aprs l'expulsion des rois1 devait tre une dmocratie4 ,le peuple avait dj la puissance lgislative3 c'tait son suffrage unanime qui avait chass les rois2 et1 s'il ne persistait pas dans cette volont1 les ,tarquins pouvaient tous les instants revenir4 ,prtendre qu'il et voulu les chasser pour tomber dans l'esclavage de quelques familles1 cela n'tait pas raisonnable4 ,la situation des choses demandait donc que ,rome ft une dmocratie2 et cependant elle ne l'tait pas4 ,il fallut temprer le pouvoir des principaux1 et que les lois inclinassent vers la dmocratie4 ,souvent les tats fleurissent plus dans le passage insensible d'une constitution une autre1 qu'ils ne le faisaient dans l'une ou l'autre de ces constitutions4 ,c'est pour lors que tous les ressorts du gouvernement sont tendus2 que tous les citoyens ont des prtentions2 qu'on s'attaque ou qu'on se caresse1 et qu'il y a une noble mulation entre ceux qui dfendent la constitution qui dcline1 et ceux qui mettent en avant celle qui prvaut4 ,,chapitre ,,xiv ,comment la distribution des trois pouvoirs commena changer aprs l'expulsion des rois4 ,quatre choses choquaient principalement la libert de ,rome4 ,les patriciens obtenaient seuls tous les emplois sacrs1 politiques1 civils et militaires2 on avait attach au consulat un pouvoir exorbitant2 on faisait des outrages au peuple2 enfin on ne lui laissait presque aucune influence dans les suffrages4 ,ce furent ces quatre abus que le peuple corrigea4 #a ,il fit tablir qu'il y aurait des magistratures o les plbiens pourraient prtendre2 et il obtint peu peu qu'il aurait part toutes1 except celle d'entre-roi4 #b ,on dcomposa le consulat1 et on en forma plusieurs magistratures4 ,on cra des prteurs#bhj qui on donna la puissance de juger les affaires prives2 on nomma des questeurs#bha pour faire juger les crimes publics2 on tablit des diles qui on donna la police2 on fit des trsoriers#bhb qui eurent l'administration des deniers publics2 enfin1 par la cration des censeurs on ta aux consuls cette partie de la puissance lgislative qui rgle les moeurs des citoyens et la police momentane des divers corps de l'tat4 ,les principales prrogatives qui leur restrent furent de prsider aux grands#bhc tats du peuple1 d'assembler le snat1 et de commander les armes4 #bhj ,,tite-,,live1 dcade premire1 liv4 ,,vi4 #bha ,qustores parricidii4 7,,pomponius1 #b1 leg4 #bc1 ff41 de ,orig4 jur47 #bhb ,,plutarque1 ,vie de ,publicola4 #bhc ,comitiis centuriatis4 #c ,les lois sacres tablirent des tribuns qui pouvaient tous les instants arrter les entreprises des patriciens1 et n'empchaient pas seulement les injures particulires1 mais encore les gnrales4 #d ,enfin les plbiens augmentrent leur influence dans les dcisions publiques4 ,le peuple romain tait divis de trois manires3 par centuries1 par curies et par tribus2 et quand il donnait son suffrage1 il tait assembl et form d'une de ces trois manires4 ,dans la premire1 les patriciens1 les principaux1 les gens riches1 le snat1 ce qui tait peu prs la mme chose1 avaient presque toute l'autorit2 dans la seconde1 ils en avaient moins2 dans la troisime1 encore moins4 ,la division par centuries tait plutt une division de cens et de moyens qu'une division de personnes4 ,tout le peuple tait partag en cent quatre-vingt-treize centuries#bhd1 qui avaient chacune une voix4 ,les patriciens et les principaux formaient les quatre-vingt-dix-huit premires centuries2 le reste des citoyens tait rpandu dans les quatre-vingt-quinze autres4 ,les patriciens taient donc1 dans cette division1 les matres des suffrages4 #bhd ,voyez l-dessus ,tite-,live1 liv4 ,i2 et ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,,iv et ,,vii4 ,dans la division par curies#bhe1 les patriciens n'avaient pas les mmes avantages3 ils en avaient pourtant4 ,il fallait consulter les auspices1 dont les patriciens taient les matres2 on n'y pouvait faire de proposition au peuple qui n'et t auparavant porte au snat et approuve par un snatus-consulte4 ,mais dans la division par tribus il n'tait question ni d'auspices1 ni de snatus-consulte1 et les patriciens n'y taient pas admis4 #bhe ,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,ix1 p4 #eih4 ,or1 le peuple chercha toujours faire par curies les assembles qu'on avait coutume de faire par centuries1 et faire par tribus les assembles qui se faisaient par curies3 ce qui fit passer les affaires des mains des patriciens dans celles des plbiens4 ,ainsi1 quand les plbiens eurent obtenu le droit de juger les patriciens1 ce qui commena lors de l'affaire de ,coriolan#bhf1 les plbiens voulurent les juger assembls par tribus#bhg1 et non par centuries2 et lorsqu'on tablit en faveur du peuple les nouvelles magistratures#bhh de tribuns et d'diles1 le peuple obtint qu'il s'assemblerait par curies pour les nommer2 et quand sa puissance fut affermie1 il obtint#bhi qu'ils seraient nomms dans une assemble par tribus4 #bhf ,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,vii4 #bhg ,contre l'ancien usage1 comme on le voit dans ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,v1 p4 #cbj4 #bhh ,liv4 ,,vi1 p4 #daj et #daa4 #bhi ,liv4 ,,ix1 p4 #fje4 ,,chapitre ,,xv ,comment1 dans l'tat florissant de la rpublique1 ,rome perdit tout coup sa libert4 ,dans le feu des disputes entre les patriciens et les plbiens1 ceux-ci demandrent que l'on donnt des lois fixes1 afin que les jugements ne fussent plus l'effet d'une volont capricieuse ou d'un pouvoir arbitraire4 ,aprs bien des rsistances1 le snat y acquiesa4 ,pour composer ces lois1 on nomma des dcemvirs4 ,on crut qu'on devait leur accorder un grand pouvoir1 parce qu'ils avaient donner des lois des partis qui taient presque incompatibles4 ,on suspendit la nomination de tous les magistrats2 et1 dans les comices1 ils furent lus seuls administrateurs de la rpublique4 ,ils se trouvrent revtus de la puissance consulaire et de la puissance tribunitienne4 ,l'une leur donnait le droit d'assembler le snat2 l'autre celui d'assembler le peuple3 mais ils ne convoqurent ni le snat ni le peuple4 ,dix hommes dans la rpublique eurent seuls toute la puissance lgislative1 toute la puissance excutrice1 toute la puissance des jugements4 ,rome se vit soumise une tyrannie aussi cruelle que celle de ,tarquin4 ,quand ,tarquin exerait ses vexations1 ,rome tait indigne du pouvoir qu'il avait usurp2 quand les dcemvirs exercrent les leurs1 elle fut tonne du pouvoir qu'elle avait donn4 ,mais quel tait ce systme de tyrannie1 produit par des gens qui n'avaient obtenu le pouvoir politique et militaire que par la connaissance des affaires civiles1 et qui1 dans les circonstances de ces temps-l1 avaient besoin au dedans de la lchet des citoyens pour qu'ils se laissassent gouverner1 et de leur courage au dehors pour les dfendre8 ,le spectacle de la mort de ,virginie1 immole par son pre la pudeur et la libert1 fit vanouir la puissance des dcemvirs4 ,chacun se trouva libre1 parce que chacun fut offens2 tout le monde devint citoyen1 parce que tout le monde se trouva pre4 ,le snat et le peuple rentrrent dans une libert qui avait t confie des tyrans ridicules4 ,le peuple romain1 plus qu'un autre1 s'mouvait par les spectacles3 celui du corps sanglant de ,lucrce fit finir la royaut2 le dbiteur qui parut sur la place couvert de plaies fit changer la forme de la rpublique2 la vue de ,virginie fit chasser les dcemvirs4 ,pour faire condamner ,manlius1 il fallut ter au peuple la vue du ,capitole2 la robe sanglante de ,csar remit ,rome dans la servitude4 ,,chapitre ,,xvi ,de la puissance lgislative dans la rpublique romaine4 ,on n'avait point de droits se disputer sous les dcemvirs2 mais1 quand la libert revint1 on vit les jalousies renatre3 tant qu'il resta quelques privilges aux patriciens1 les plbiens les leur trent4 ,il y aurait eu peu de mal si les plbiens s'taient contents de priver les patriciens de leurs prrogatives1 et s'ils ne les avaient pas offenss dans leur qualit mme de citoyen4 ,lorsque le peuple tait assembl par curies ou par centuries1 il tait compos de snateurs1 de patriciens et de plbiens4 ,dans les disputes1 les plbiens gagnrent ce point#bij que seuls1 sans les patriciens et sans le snat1 ils pourraient faire des lois qu'on appela plbiscites2 et les comices o on les fit s'appelrent comices par tribus4 ,ainsi il y eut des cas o les patriciens#bia n'eurent point de part la puissance lgislative1 et#bib o ils furent soumis la puissance lgislative d'un autre corps de l'tat3 ce fut un dlire de la libert4 ,le peuple1 pour tablir la dmocratie1 choqua les principes mmes de la dmocratie4 ,il semblait qu'une puissance aussi exorbitante aurait d anantir l'autorit du snat2 mais ,rome avait des institutions admirables4 ,elle en avait deux surtout3 par l'une1 la puissance lgislative du peuple tait rgle2 par l'autre1 elle tait borne4 #bij ,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,xi1 p4 #dbe4 #bia ,par les lois sacres1 les plbiens purent faire des plbiscites1 seuls1 et sans que les patriciens fussent admis dans leur assemble4 7,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,vi1 p4 #daj2 et liv4 ,,vii1 p4 #dcj47 #bib ,par la loi faite aprs l'expulsion des dcemvirs1 les patriciens furent soumis aux plbiscites1 quoiqu'ils n'eussent pu y donner leur voix4 7,,tite-,,live1 liv4 ,,iii2 et ,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,xi1 p4 #gbe47 ,et cette loi fut confirme par celle de ,publius ,philo1 dictateur1 l'an de ,rome #daf4 7,,tite-,,live1 liv4 ,,viii47 ,les censeurs1 et avant eux les consuls#bic1 formaient et craient1 pour ainsi dire1 tous les cinq ans1 le corps du peuple2 ils exeraient la lgislation sur le corps mme qui avait la puissance lgislative4 ,tiberius ,gracchus1 censeur1 dit ,cicron1 transfra les affranchis dans les tribus de la ville1 non par la force de son loquence1 mais par une parole et par un geste2 et1 s'il ne l'et pas fait1 cette rpublique1 qu'aujourd'hui nous soutenons peine1 nous ne l'aurions plus4 #bic ,l'an #cab de ,rome1 les consuls faisaient encore le cens1 comme il parat par ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,,xi4 ,d'un ct1 le snat avait le pouvoir d'ter1 pour ainsi dire1 la rpublique des mains du peuple1 par la cration d'un dictateur1 devant lequel le souverain baissait la tte1 et les lois les plus populaires restaient dans le silence#bid4 #bid ,comme celles qui permettaient d'appeler au peuple des ordonnances de tous les magistrats4 ,,chapitre ,,xvii ,de la puissance excutrice dans la mme rpublique4 ,si le peuple fut jaloux de sa puissance lgislative1 il le fut moins de sa puissance excutrice4 ,il la laissa presque tout entire au snat et aux consuls1 et il ne se rserva gure que le droit d'lire les magistrats1 et de confirmer les actes du snat et des gnraux4 ,rome1 dont la passion tait de commander1 dont l'ambition tait de tout soumettre1 qui avait toujours usurp1 qui usurpait encore1 avait continuellement de grandes affaires2 ses ennemis conjuraient contre elle1 ou elle conjurait contre ses ennemis4 ,oblige de se conduire d'un ct avec un courage hroque1 et de l'autre avec une sagesse consomme1 l'tat des choses demandait que le snat et la direction des affaires4 ,le peuple disputait au snat toutes les branches de la puissance lgislative1 parce qu'il tait jaloux de sa libert2 il ne lui disputait point les branches de la puissance excutrice1 parce qu'il tait jaloux de sa gloire4 ,la part que le snat prenait la puissance excutrice tait si grande1 que ,polybe#bie dit que les trangers pensaient tous que ,rome tait une aristocratie4 ,le snat disposait des deniers publics et donnait les revenus ferme2 il tait l'arbitre des affaires des allis2 il dcidait de la guerre et de la paix1 et dirigeait cet gard les consuls2 il fixait le nombre des troupes romaines et des troupes allies1 distribuait les provinces et les armes aux consuls ou aux prteurs2 et1 l'an du commandement expir1 il pouvait leur donner un successeur2 il dcernait les triomphes2 il recevait des ambassades1 et en envoyait2 il nommait les rois1 les rcompensait1 les punissait1 les jugeait1 leur donnait ou leur faisait perdre le titre d'allis du peuple romain4 #bie ,liv4 ,,vi4 ,les consuls faisaient la leve des troupes qu'ils devaient mener la guerre2 ils commandaient les armes de terre ou de mer1 disposaient des allis2 ils avaient dans les provinces toute la puissance de la rpublique2 ils donnaient la paix aux peuples vaincus1 leur en imposaient les conditions1 ou les renvoyaient au snat4 ,dans les premiers temps1 lorsque le peuple prenait quelque part aux affaires de la guerre et de la paix1 il exerait plutt sa puissance lgislative que sa puissance excutrice2 il ne faisait gure que confirmer ce que les rois1 et aprs eux les consuls ou le snat1 avaient fait4 ,bien loin que le peuple ft l'arbitre de la guerre1 nous voyons que les consuls ou le snat la faisaient souvent malgr l'opposition de ses tribuns4 ,mais1 dans l'ivresse des prosprits1 il augmenta sa puissance excutrice4 ,ainsi il cra lui-mme#bif les tribuns des lgions1 que les gnraux avaient nomms jusqu'alors2 et1 quelque temps avant la premire guerre punique1 il rgla qu'il aurait seul le droit de dclarer la guerre#big4 #bif ,l'an de ,rome #ddd4 7,,tite-,,live1 premire dcade1 liv4 ,,ix47 ,la guerre contre ,perse paraissant prilleuse1 un snatus-consulte ordonna que cette loi serait suspendue1 et le peuple y consentit4 7,,tite-,,live1 cinquime dcade1 liv4 ,,xlii47 #big ,il l'arracha du snat1 dit ,freinshemius4--,deuxime dcade1 liv4 ,,vi4 ,,chapitre ,,xviii ,de la puissance de juger dans le gouvernement de ,rome4 ,la puissance de juger fut donne au peuple1 au snat1 aux magistrats1 de certains juges4 ,il faut voir comment elle fut distribue4 ,je commence par les affaires civiles4 ,les consuls#bih jugrent aprs les rois comme les prteurs jugrent aprs les consuls4 ,servius ,tullius s'tait dpouill du jugement des affaires civiles1 les consuls ne les jugrent pas non plus1 si ce n'est dans des cas trs rares#bii1 que l'on appela pour cette raison extraordinaires#cjj4 ,ils se contentrent de nommer les juges1 et de former les tribunaux qui devaient juger4 ,il parat1 par le discours d',appius ,claudius dans ,denys d',halicarnasse#cja1 que1 ds l'an de ,rome #bei1 ceci tait regard comme une coutume tablie chez les ,romains2 et ce n'est pas la faire remonter bien haut que de la rapporter ,servius ,tullius4 #bih ,on ne peut douter que les consuls1 avant la cration des prteurs1 n'eussent eu les jugements civils4 ,voyez ,tite-,live1 premire dcade1 liv4 ,,ii1 p4 #ai2 ,denys d',halicarnasse1 liv4 ,x1 p4 #fbg1 et mme livre1 p4 #fde4 #bii ,souvent les tribuns jugrent seuls2 rien ne les rendit plus odieux4 7,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,xi1 p4 #gji47 #cjj ,judicia extraordinaria4 ,voyez les ,institutes1 liv4 ,,iv4 #cja ,liv4 ,,xi1 p4 #cfj4 ,chaque anne le prteur formait une liste#cjb ou tableau de ceux qu'il choisissait pour faire la fonction de juges pendant l'anne de sa magistrature4 ,on en prenait le nombre suffisant pour chaque affaire4 ,cela se pratique peu prs de mme en ,angleterre4 ,et ce qui tait trs favorable la libert#cjc1 c'est que le prteur prenait les juges du consentement#cjd des parties4 ,le grand nombre des rcusations que l'on peut faire aujourd'hui en ,angleterre revient peu prs cet usage4 #cjb ,album judicium4 #cjc ,nos anctres n'ont pas voulu1 dit ,cicron1 pro ,cluentio1 qu'un homme dont les parties ne seraient pas convenues pt tre juge1 non seulement de la rputation d'un citoyen1 mais mme de la moindre affaire pcuniaire4 #cjd ,voyez dans les fragments de la loi ,servilienne1 de la ,cornlienne1 et autres1 de quelle manire ces lois donnaient des juges dans les crimes qu'elles se proposaient de punir4 ,souvent ils taient pris par le choix1 quelquefois par le sort1 et enfin par le sort ml avec le choix4 ,ces juges ne dcidaient que des questions de fait#cje3 par exemple1 si une somme avait t paye on non1 si une action avait t commise ou non4 ,mais1 pour les questions de droit#cjf1 comme elles demandaient une certaine capacit1 elles taient portes au tribunal des centumvirs#cjg4 #cje ,s,n,,que1 de ,benef41 liv4 ,,iii1 ch4 ,,vii1 in fine4 #cjf ,voyez ,quintilien1 liv4 ,,iv1 p4 #ed1 in-folio1 dition de ,paris1 #aeda4 #cjg ,leg4 #b1 #bd1 ff41 de ,orig4 jur4 ,des magistrats appels dcemvirs prsidaient au jugement1 le tout sous la direction d'un prteur4 ,les rois se rservrent le jugement des affaires criminelles1 et les consuls leur succdrent en cela4 ,ce fut en consquence de cette autorit que le consul ,brutus fit mourir ses enfants et tous ceux qui avaient conjur pour les ,tarquins4 ,ce pouvoir tait exorbitant4 ,les consuls ayant dj la puissance militaire1 ils en portaient l'exercice mme dans les affaires de la ville2 et leurs procds1 dpouills des formes de la justice1 taient des actions violentes plutt que des jugements4 ,cela fit faire la loi ,valrienne1 qui permit d'appeler au peuple de toutes les ordonnances des consuls qui mettraient en pril la vie d'un citoyen4 ,les consuls ne purent plus prononcer une peine capitale contre un citoyen romain que par la volont du peuple#cjh4 #cjh ,quoniam de capite civis ,romani injussu populi ,romani non erat permissum consulibus jus dicere4 ,lorsqu'il s'agissait de la peine capitale1 il n'tait pas permis aux consuls de faire justice sans le consentement du peuple romain4 ,voyez ,pomponius1 leg4 #b1 #f1 ff41 de ,orig4 jur4 ,on voit1 dans la premire conjuration pour le retour des ,tarquins1 que le consul ,brutus juge les coupables2 dans la seconde1 on assemble le snat et les comices pour juger#cji4 #cji ,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,v1 p4 #cbb4 ,les lois qu'on appela sacres donnrent aux plbiens des tribuns qui formrent un corps qui eut d'abord des prtentions immenses4 ,on ne sait quelle fut plus grande1 ou dans les plbiens la lche hardiesse de demander1 ou dans le snat la condescendance et la facilit d'accorder4 ,la loi ,valrienne avait permis les appels au peuple1 c'est--dire au peuple compos de snateurs1 de patriciens et de plbiens4 ,les plbiens tablirent que ce serait devant eux que les appellations seraient portes4 ,bientt on mit en question si les plbiens pourraient juger un patricien3 cela fut le sujet d'une dispute que l'affaire de ,coriolan fit natre1 et qui finit avec cette affaire4 ,coriolan1 accus par les tribuns devant le peuple1 soutenait1 contre l'esprit de la ,valrienne1 qu'tant patricien il ne pouvait tre jug que par les consuls2 les plbiens1 contre l'esprit de la mme loi1 prtendirent qu'il ne devait tre jug que par eux seuls2 et ils le jugrent4 ,la loi des ,douze ,tables modifia ceci4 ,elle ordonna qu'on ne pourrait dcider de la vie d'un citoyen que dans les grands tats du peuple#caj4 ,ainsi1 le corps des plbiens1 ou1 ce qui est la mme chose1 les comices par tribus1 ne jugrent plus que les crimes dont la peine n'tait qu'une amende pcuniaire4 ,il fallait une loi pour infliger une peine capitale2 pour condamner une peine pcuniaire1 il ne fallait qu'un plbiscite4 #caj ,les comices par centuries4 ,aussi ,manlius ,capitolinus fut-il jug dans ces comices4 7,,tite-,,live1 dcade premire1 liv4 ,,vi47 ,cette disposition de la loi des ,douze ,tables fut trs sage4 ,elle forma une conciliation admirable entre le corps des plbiens et le snat4 ,car1 comme la comptence des uns et des autres dpendit de la grandeur de la peine et de la nature du crime1 il fallut qu'ils se concertassent ensemble4 ,la loi ,valrienne ta tout ce qui restait ,rome du gouvernement qui avait du rapport celui des rois grecs des temps hroques4 ,les consuls se trouvrent sans pouvoir pour la punition des crimes4 ,quoique tous les crimes soient publics1 il faut pourtant distinguer ceux qui intressent plus les citoyens entre eux1 de ceux qui intressent plus l'tat dans le rapport qu'il a avec un citoyen4 ,les premiers sont appels privs2 les seconds sont les crimes publics4 ,le peuple jugea lui-mme les crimes publics2 et1 l'gard des privs1 il nomma pour chaque crime1 par une commission particulire1 un questeur pour en faire la poursuite4 ,c'tait souvent un des magistrats1 quelquefois un homme priv1 que le peuple choisissait4 ,on l'appelait questeur du parricide4 ,il en est fait mention dans la loi des ,douze ,tables#caa4 #caa ,dit ,pomponius1 dans la loi #b1 au ,digeste1 de ,orig4 jur4 ,le questeur nommait ce qu'on appelait le juge de la question1 qui tirait au sort les juges1 formait le tribunal1 et prsidait sous lui au jugement#cab4 #cab ,voyez un fragment d',ulpien1 qui en rapporte un autre de la loi ,cornlienne3 on le trouve dans la ,collation des lois ,mosaques et ,romaines1 tit4 ,i1 de ,sicariis et homicidiis4 ,il est bon de faire remarquer ici la part que prenait le snat dans la nomination du questeur1 afin que l'on voie comment les puissances taient cet gard balances4 ,quelquefois le snat faisait lire un dictateur pour faire la fonction du questeur#cac2 quelquefois il ordonnait que le peuple serait convoqu par un tribun1 pour qu'il nommt un questeur#cad3 enfin le peuple nommait quelquefois un magistrat pour faire son rapport au snat sur un certain crime1 et lui demander qu'il donnt un questeur1 comme on voit dans le jugement de ,lucius ,scipion#cae dans ,tite-,live#caf4 #cac ,cela avait surtout lieu dans les crimes commis en ,italie1 o le snat avait une principale inspection4 ,voyez ,tite-,live1 premire dcade1 liv4 ,,ix1 sur les conjurations de ,capoue4 #cad ,cela fut ainsi dans la poursuite de la mort de ,posthumius1 l'an #cdj de ,rome4 ,voyez ,tite-,live4 #cae ,ce jugement fut rendu l'an de ,rome #efg4 #caf ,liv4 ,,viii4 ,l'an de ,rome #fjd1 quelques-unes de ces commissions furent rendues permanentes#cag4 ,on divisa peu peu toutes les matires criminelles en diverses parties1 qu'on appela des questions perptuelles4 ,on cra divers prteurs et on attribua chacun d'eux quelqu'une de ces questions4 ,on leur donna pour un an la puissance de juger les crimes qui en dpendaient2 et ensuite ils allaient gouverner leur province4 #cag ,,cic,,ron1 in ,bruto4 ,a ,carthage1 le snat des cent tait compos de juges qui taient pour la vie#cah4 ,mais ,rome les prteurs taient annuels2 et les juges n'taient pas mme pour un an1 puisqu'on les prenait pour chaque affaire4 ,on a vu dans le chapitre ,,vi de ce livre combien1 dans de certains gouvernements1 cette disposition tait favorable la libert4 #cah ,cela se prouve par ,tite-,live1 liv4 ,,xxxiii1 qui dit qu',annibal rendit leur magistrature annuelle4 ,les juges furent pris dans l'ordre des snateurs1 jusqu'au temps des ,gracques4 ,tiberius ,gracchus fit ordonner qu'on les prendrait dans celui des chevaliers3 changement si considrable que le tribun se vanta d'avoir1 par une seule rogation1 coup les nerfs de l'ordre des snateurs4 ,il faut remarquer que les trois pouvoirs peuvent tre bien distribus par rapport la libert de la constitution1 quoiqu'ils ne le soient pas si bien dans le rapport avec la libert du citoyen4 ,a ,rome1 le peuple ayant la plus grande partie de la puissance lgislative1 une partie de la puissance excutrice et une partie de la puissance de juger1 c'tait un grand pouvoir qu'il fallait balancer par un autre4 ,le snat avait bien une partie de la puissance excutrice2 il avait quelque branche de la puissance lgislative#cai2 mais cela ne suffisait pas pour contre-balancer le peuple4 ,il fallait qu'il et part la puissance de juger2 et il y avait part lorsque les juges taient choisis parmi les snateurs4 ,quand les ,gracques privrent les snateurs de la puissance de juger#cbj1 le snat ne put plus rsister au peuple4 ,ils choqurent donc la libert de la constitution1 pour favoriser la libert du citoyen3 mais celle-ci se perdit avec celle-l4 #cai ,les snatus-consultes avaient force pendant un an1 quoiqu'ils ne fussent pas confirms par le peuple4 7,,denys ,d',,halicarnasse1 liv4 ,,ix1 p4 #eie2 et liv4 ,,xi1 p4 #fce47 #cbj ,en l'an #fcj4 ,il en rsulta des maux infinis4 ,on changea la constitution dans un temps o1 dans le feu des discordes civiles1 il y avait peine une constitution4 ,les chevaliers ne furent plus cet ordre moyen qui unissait le peuple au snat1 et la chane de la constitution fut rompue4 ,il y avait mme des raisons particulires qui devaient empcher de transporter les jugements aux chevaliers4 ,la constitution de ,rome tait fonde sur ce principe1 que ceux-l devaient tre soldats qui avaient assez de bien pour rpondre de leur conduite la rpublique4 ,les chevaliers1 comme les plus riches1 formaient la cavalerie des lgions4 ,lorsque leur dignit fut augmente1 ils ne voulurent plus servir dans cette milice2 il fallut lever une autre cavalerie3 ,marius prit toute sorte de gens dans les lgions1 et la rpublique fut perdue#cba4 #cba ,capite censos plerosque4 ,la plupart condamns mort4 7,,salluste1 ,guerre de ,jugurtha47 ,de plus1 les chevaliers taient les traitants de la rpublique2 ils taient avides1 ils semaient les malheurs dans les malheurs1 et faisaient natre les besoins publics des besoins publics4 ,bien loin de donner de telles gens la puissance de juger1 il aurait fallu qu'ils eussent t sans cesse sous les yeux des juges4 ,il faut dire cela la louange des anciennes lois franaises3 elles ont stipul avec les gens d'affaires avec la mfiance que l'on garde des ennemis4 ,lorsqu' ,rome les jugements furent transports aux traitants1 il n'y eut plus de vertu1 plus de police1 plus de lois1 plus de magistrature1 plus de magistrats4 ,on trouve une peinture bien nave de ceci dans quelques fragments de ,diodore de ,sicile et de ,dion4 ,mutius ,scevola1 dit ,diodore#cbb1 voulut rappeler les anciennes moeurs1 et vivre de son bien propre avec frugalit et intgrit4 ,car ses prdcesseurs ayant fait une socit avec les traitants qui avaient pour lors les jugements ,rome1 ils avaient rempli la province de toutes sortes de crimes4 ,mais ,scevola fit justice des publicains1 et fit mener en prison ceux qui y tranaient les autres4 #cbb ,fragment de cet auteur1 liv4 ,,xxxvi1 dans le recueil de ,constantin ,porphyrognte1 des ,vertus et des ,vices4 ,dion nous dit#cbc que ,publius ,rutilius1 son lieutenant1 qui n'tait pas moins odieux aux chevaliers1 fut accus1 son retour1 d'avoir reu des prsents1 et fut condamn une amende4 ,il fit sur-le-champ cession de biens4 ,son innocence parut en ce que l'on lui trouva beaucoup moins de bien qu'on ne l'accusait d'en avoir vol1 et il montrait les titres de sa proprit4 ,il ne voulut plus rester dans la ville avec de telles gens4 #cbc ,fragment de son ,histoire1 tir de l',extrait des ,vertus et des ,vices4 ,les ,italiens1 dit encore ,diodore#cbd1 achetaient en ,sicile des troupes d'esclaves pour labourer leurs champs et avoir soin de leurs troupeaux2 ils leur refusaient la nourriture4 ,ces malheureux taient obligs d'aller voler sur les grands chemins1 arms de lances et de massues1 couverts de peaux de btes1 de grands chiens autour d'eux4 ,toute la province fut dvaste1 et les gens du pays ne pouvaient dire avoir en propre que ce qui tait dans l'enceinte des villes4 ,il n'y avait ni proconsul ni prteur qui pt ou voult s'opposer ce dsordre1 et qui ost punir ces esclaves1 parce qu'ils appartenaient aux chevaliers1 qui avaient ,rome les jugements#cbe4 ,ce fut pourtant une des causes de la guerre des esclaves4 ,je ne dirai qu'un mot3 une profession qui n'a ni ne peut avoir d'objet que le gain2 une profession qui demandait toujours1 et qui on ne demandait rien2 une profession sourde et inexorable1 qui appauvrissait les richesses et la misre mme1 ne devait point avoir ,rome les jugements4 #cbd ,fragm4 du liv4 ,,xxxiv1 dans l',extrait des ,vertus et des ,vices4 #cbe ,penes quos cum judicia erant1 atque ex equestro ordine solerent sortito judices eligi in causa prtorum et proconsulum1 quibus post administratam provinciam1 dies dicta erat4 ,les chevaliers taient chargs des jugements1 et c'tait dans leur ordre que l'on tirait au sort les juges1 dans les affaires des prteurs et des proconsuls1 qui avaient rendre leurs comptes au sortir de l'administration d'une province4 ,,chapitre ,,xix ,du gouvernement des provinces romaines4 ,c'est ainsi que les trois pouvoirs furent distribus dans la ville2 mais il s'en faut bien qu'ils le fussent de mme dans les provinces4 ,la libert tait dans le centre1 et la tyrannie aux extrmits4 ,pendant que ,rome ne domina que dans l',italie1 les peuples furent gouverns comme des confdrs3 on suivait les lois de chaque rpublique4 ,mais lorsqu'elle conquit plus loin1 que le snat n'eut pas immdiatement l'oeil sur les provinces1 que les magistrats qui taient ,rome ne purent plus gouverner l'empire1 il fallut envoyer des prteurs et des proconsuls4 ,pour lors1 cette harmonie des trois pouvoirs ne fut plus4 ,ceux qu'on envoyait avaient une puissance qui runissait celle de toutes les magistrature romaines2 que dis-je8 celle mme du snat1 celle mme du peuple#cbf4 ,c'taient des magistrats despotiques1 qui convenaient beaucoup l'loignement des lieux o ils taient envoys4 ,ils exeraient les trois pouvoirs2 ils taient1 si j'ose me servir de ce terme1 les pachas de la rpublique4 #cbf ,ils faisaient leurs dits en entrant dans les provinces4 ,nous avons dit ailleurs#cbg que les mmes citoyens1 dans la rpublique1 avaient1 par la nature des choses1 les emplois civils et militaires4 ,cela fait qu'une rpublique qui conquiert ne peut gure communiquer son gouvernement1 et rgir l'tat conquis selon la forme de sa constitution4 ,en effet1 le magistrat qu'elle envoie pour gouverner1 ayant la puissance excutrice civile et militaire1 il faut bien qu'il ait aussi la puissance lgislative2 car qui est-ce qui ferait des lois sans lui8 ,il faut aussi qu'il ait la puissance de juger2 car qui est-ce qui jugerait indpendamment de lui8 ,il faut donc que le gouverneur qu'elle envoie ait les trois pouvoirs1 comme cela fut dans les provinces romaines4 #cbg ,liv4 ,v1 ch4 ,,xix4 ,voyez aussi les liv4 ,,ii1 ,,iii1 ,,iv et ,v4 ,une monarchie peut plus aisment communiquer son gouvernement1 parce que les officiers qu'elle envoie ont1 les uns la puissance excutrice civile1 et les autres la puissance excutrice militaire3 ce qui n'entrane pas aprs soi le despotisme4 ,c'tait un privilge d'une grande consquence pour un citoyen romain1 de ne pouvoir tre jug que par le peuple4 ,sans cela1 il aurait t soumis dans les provinces au pouvoir arbitraire d'un proconsul ou d'un proprteur4 ,la ville ne sentait point la tyrannie1 qui ne s'exerait que sur les nations assujetties4 ,ainsi1 dans le monde romain1 comme ,lacdmone1 ceux qui taient libres taient extrmement libres1 et ceux qui taient esclaves taient extrmement esclaves4 ,pendant que les citoyens payaient des tributs1 ils taient levs avec une quit trs grande4 ,on suivait l'tablissement de ,servius ,tullius1 qui avait distribu tous les citoyens en six classes1 selon l'ordre de leurs richesses1 et fix la part de l'impt proportion de celle que chacun avait dans le gouvernement4 ,il arrivait de l qu'on souffrait la grandeur du tribut cause de la grandeur du crdit2 et que l'on se consolait de la petitesse du crdit par la petitesse du tribut4 ,il y avait encore une chose admirable3 c'est que la division de ,servius ,tullius par classes tant pour ainsi dire le principe fondamental de la constitution1 il arrivait que l'quit1 dans la leve des tributs1 tenait au principe fondamental du gouvernement1 et ne pouvait tre te qu'avec lui4 ,mais1 pendant que la ville payait les tributs sans peine1 ou n'en payait point du tout#cbh1 les provinces taient dsoles par les chevaliers1 qui taient les traitants de la rpublique4 ,nous avons parl de leurs vexations1 et toute l'histoire en est pleine4 #cbh ,aprs la conqute de la ,macdoine1 les tributs cessrent ,rome4 ,toute l',asie m'attend comme son librateur1 disait ,mithridate#cbi1 tant ont excit de haine contre les ,romains les rapines des proconsuls#ccj1 les exactions des gens d'affaires1 et les calomnies des jugements#cca4 #cbi ,harangue tire de ,trogue-,pompe1 rapporte par ,justin1 liv4 ,,xxxviii4 #ccj ,voyez les ,oraisons contre ,verrs4 #cca ,on sait que ce fut le tribunal de ,varus qui fit rvolter les ,germains4 ,voil ce qui fit que la force des provinces n'ajouta rien la force de la rpublique1 et ne fit au contraire que l'affaiblir4 ,voil ce qui fit que les provinces regardrent la perte de la libert de ,rome comme l'poque de l'tablissement de la leur4 ,,chapitre ,,xx ,fin de ce livre4 ,je voudrais rechercher1 dans tous les gouvernements modrs que nous connaissons1 quelle est la distribution des trois pouvoirs1 et calculer par l les degrs de libert dont chacun d'eux peut jouir4 ,mais il ne faut pas toujours tellement puiser un sujet qu'on ne laisse rien faire au lecteur4 ,il ne s'agit pas de faire lire1 mais de faire penser4 ,,livre ,,quinzi,,me ,,comment ,,les ,,lois ,,de ,l',,esclavage ,,civil ,,ont ,,du ,,rapport ,,avec ,,la ,,nature ,,du ,,climat4 ,,chapitre ,,premier ,de l'esclavage civil4 ,l'esclavage proprement dit est l'tablissement d'un droit qui rend un homme tellement propre un autre homme1 qu'il est le matre absolu de sa vie et de ses biens4 ,il n'est pas bon par sa nature2 il n'est utile ni au matre ni l'esclave3 celui-ci1 parce qu'il ne peut rien faire par vertu2 celui-l1 parce qu'il contracte avec ses esclaves toutes sortes de mauvaises habitudes1 qu'il s'accoutume insensiblement manquer toutes les vertus morales1 qu'il devient fier1 prompt1 dur1 colre1 voluptueux1 cruel4 ,dans les pays despotiques1 o l'on est dj sous l'esclavage politique1 l'esclavage civil est plus tolrable qu'ailleurs4 ,chacun y doit tre assez content d'y avoir sa subsistance et la vie4 ,ainsi la condition de l'esclave n'y est gure plus charge que la condition du sujet4 ,mais1 dans le gouvernement monarchique1 o il est souverainement important de ne point abattre ou avilir la nature humaine1 il ne faut point d'esclaves4 ,dans la dmocratie1 o tout le monde est gal1 et dans l'aristocratie1 o les lois doivent faire leurs efforts pour que tout le monde soit aussi gal que la nature du gouvernement peut le permettre1 des esclaves sont contre l'esprit de la constitution3 ils ne servent qu' donner aux citoyens une puissance et un luxe qu'ils ne doivent point avoir4 ,,chapitre ,,ii ,origine du droit de l'esclavage1 chez les jurisconsultes romains#ccb4 ,on ne croirait jamais que c'et t la piti qui et tabli l'esclavage1 et que1 pour cela1 elle s'y ft prise de trois manires#ccc4 #ccb ,sur la question de l'esclavage1 voir l'admirable chapitre de ,j4-,j4 ,rousseau dans le ,contrat social 7l4 ,i1 ch4 ,,iv74 ,renoncer sa libert1 dit-il1 c'est renoncer sa qualit d'homme1 aux droits de l'humanit1 mme ses devoirs4 ,il n'y a nul ddommagement possible qui renonce tout4 7,note de l'diteur47 #ccc ,instit4 de ,justinien1 liv4 ,ier4 ,le droit des gens a voulu que les prisonniers fussent esclaves1 pour qu'on ne les tut pas4 ,le droit civil des ,romains permit des dbiteurs1 que leurs cranciers pouvaient maltraiter1 de se vendre eux-mmes2 et le droit naturel a voulu que des enfants qu'un pre esclave ne pouvait plus nourrir fussent dans l'esclavage comme leur pre#ccd4 #ccd ,grotius a dit3 ,dans l'tat de la nature1 nul n'est esclave2 et c'est en ce sens que les jurisconsultes soutiennent que la servitude est contraire la nature4 ,mais que la servitude ait pu tirer son origine d'une convention ou d'un dlit1 c'est ce qui ne rpugne point la justice naturelle4 7,de ,jure ,pacis et ,belli1 t4 ,,ii1 p4 #ajd et seq47 ,ces raisons des jurisconsultes ne sont point senses4 #a ,il est faux qu'il soit permis de tuer dans la guerre1 autrement que dans le cas de ncessit2 mais ds qu'un homme en a fait un autre esclave1 on ne peut pas dire qu'il ait t dans la ncessit de le tuer1 puisqu'il ne l'a pas fait4 ,tout le droit que la guerre peut donner sur les captifs est de s'assurer tellement de leur personne1 qu'ils ne puissent plus nuire#cce4 ,les homicides faits de sang-froid par les soldats1 et aprs la chaleur de l'action1 sont rejets de toutes les nations#ccf du monde4 #cce ,ce prtendu droit de tuer les vaincus ne rsulte en aucune manire de l'tat de guerre444 ce droit qu'il n'a pas1 ne peut fonder celui de les asservir4 7,cont4 social1 l4 ,i1 ch4 ,,iv47 7,note de l'diteur47 #ccf ,si l'on ne veut citer celles qui mangent leurs prisonniers4 #b ,il n'est pas vrai qu'un homme libre puisse se vendre4 ,la vente suppose un prix2 l'esclave se vendant1 tous ses biens entreraient dans la proprit du matre3 le matre ne donnerait donc rien1 et l'esclave ne recevrait rien4 ,il aurait un pcule1 dira-t-on2 mais le pcule est accessoire la personne4 ,s'il n'est pas permis de se tuer1 parce qu'on se drobe sa patrie1 il n'est pas plus permis de se vendre4 ,la libert de chaque citoyen est une partie de la libert publique4 ,cette qualit1 dans l'tat populaire1 est mme une partie de la souverainet4 ,vendre sa qualit de citoyen est un#ccg acte d'une telle extravagance1 qu'on ne peut pas la supposer dans un homme4 ,si la libert a un prix pour celui qui l'achte1 elle est sans prix pour celui qui la vend4 ,la loi civile1 qui a permis aux hommes le partage des biens1 n'a pu mettre au nombre des biens une partie des hommes qui devaient faire ce partage4 ,la loi civile1 qui restitue sur les contrats qui contiennent quelque lsion1 ne peut s'empcher de restituer contre un accord qui contient la lsion la plus norme de toutes4 #ccg ,je parle de l'esclavage pris la rigueur1 tel qu'il tait chez les ,romains1 et qu'il est tabli dans nos colonies4 ,la troisime manire1 c'est la naissance4 ,celle-ci tombe avec les deux autres4 ,car1 si un homme n'a pu se vendre1 encore moins a-t-il pu vendre son fils qui n'tait pas n2 si un prisonnier de guerre ne peut tre rduit en servitude1 encore moins ses enfants4 ,ce qui fait que la mort d'un criminel est une chose licite1 c'est que la loi qui le punit a t faite en sa faveur4 ,un meurtrier1 par exemple1 a joui de la loi qui le condamne2 elle lui a conserv la vie tous les instants3 il ne peut donc pas rclamer contre elle4 ,il n'en est pas de mme de l'esclave2 la loi de l'esclavage n'a jamais pu lui tre utile2 elle est1 dans tous les cas1 contre lui1 sans jamais tre pour lui3 ce qui est contraire au principe fondamental de toutes les socits4 ,on dira qu'elle a pu lui tre utile1 parce que le matre lui a donn la nourriture4 ,il faudrait donc rduire l'esclavage aux personnes incapables de gagner leur vie4 ,mais on ne veut pas de ces esclaves-l4 ,quant aux enfants1 la nature1 qui a donn du lait aux mres1 a pourvu leur nourriture2 et le reste de leur enfance est si prs de l'ge o est en eux la plus grande capacit de se rendre utiles1 qu'on ne pourrait pas dire que celui qui les nourrirait1 pour tre leur matre1 donnt rien4 ,l'esclavage est d'ailleurs aussi oppos au droit civil qu'au droit naturel4 ,quelle loi civile pourrait empcher un esclave de fuir1 lui qui n'est point dans la socit1 et que par consquent aucunes lois civiles ne concernent8 ,il ne peut tre retenu que par une loi de famille1 c'est--dire par la loi du matre4 ,,chapitre ,,iii ,autre origine du droit de l'esclavage4 ,j'aimerais autant dire que le droit de l'esclavage vient du mpris qu'une nation conoit pour une autre1 fond sur la diffrence des coutumes4 ,lops de ,gomara#cch dit que les ,espagnols trouvrent1 prs de ,sainte-,marthe1 des paniers o les habitants avaient des denres3 c'taient des cancres1 des limaons1 des cigales1 des sauterelles4 ,les vainqueurs en firent un crime aux vaincus4 ,l'auteur avoue que c'est l-dessus qu'on fonda le droit qui rendait les ,amricains esclaves des ,espagnols1 outre qu'ils fumaient du tabac1 et qu'ils ne se faisaient pas la barbe l'espagnole4 #cch ,biblioth4 ,angl41 t4 ,,xiii1 deuxime partie1 art4 #c4 ,les connaissances rendent les hommes doux2 la raison porte l'humanit3 il n'y a que les prjugs qui y fassent renoncer4 ,,chapitre ,,iv ,autre origine du droit de l'esclavage4 ,j'aimerais autant dire que la religion donne ceux qui la professent un droit de rduire en servitude ceux qui ne la professent pas1 pour travailler plus aisment sa propagation4 ,ce fut cette manire de penser qui encouragea les destructeurs de l',amrique dans leurs crimes#cci4 #cci ,voyez l',histoire de la ,conqute du ,mexique1 par ,solis1 et celle du ,prou1 par ,garcilasso de la ,vega4 ,c'est sur cette ide qu'ils fondrent le droit de rendre tant de peuples esclaves2 car ces brigands1 qui voulaient absolument tre brigands et chrtiens1 taient trs dvots4 ,louis ,,xiii#cdj se fit une peine extrme de la loi qui rendait esclaves les ngres de ses colonies2 mais quand on lui eut bien mis dans l'esprit que c'tait la voie la plus sre pour les convertir1 il y consentit#cda4 #cdj ,le ,p4 ,labat1 ,nouveau ,voyage aux les de l',amrique1 t4 ,,iv1 p4 #aad1 an #agbb1 in-#ab4 #cda ,la premire concession pour la traite des ngres est du #ad novembre #afgc4 ,louis ,,xiii tait mort en #afdc4 ,cela ressemble au refus de ,franois ,ier d'couter ,christophe ,colomb1 qui avait dcouvert les les ,antilles avant que ,franois ,ier naqut4 7,note de ,,volt47 ,,chapitre ,v ,de l'esclavage des ngres4 ,si j'avais soutenir le droit que nous avons eu de rendre les ngres esclaves1 voici ce que je dirais3 ,les peuples d',europe ayant extermin ceux de l',amrique1 ils ont d mettre en esclavage ceux de l',afrique1 pour s'en servir dfricher tant de terres4 ,le sucre serait trop cher1 si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves4 ,ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu' la tte2 et ils ont le nez si cras qu'il est presque impossible de les plaindre4 ,on ne peut se mettre dans l'esprit que ,dieu1 qui est un tre trs sage1 ait mis une me1 surtout une me bonne1 dans un corps tout noir4 ,il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanit1 que les peuples d',asie1 qui font des eunuques1 privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une faon plus marque4 ,on peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux1 qui1 chez les gyptiens1 les meilleurs philosophes du monde1 tait d'une si grande consquence1 qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains4 ,une preuve que les ngres n'ont pas le sens commun1 c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or1 qui1 chez des nations polices1 est d'une si grande consquence4 ,il est impossible que nous supposions que ces gens-l soient des hommes1 parce que1 si nous les supposions des hommes1 on commencerait croire que nous ne sommes pas nous-mmes chrtiens4 ,de petits esprits exagrent trop l'injustice que l'on fait aux ,africains3 car1 si elle tait telle qu'ils le disent1 ne serait-il pas venu dans la tte des princes d',europe1 qui font entre eux tant de conventions inutiles1 d'en faire une gnrale en faveur de la misricorde et de la piti8 ,,livre ,,dix-,,neuvi,,me ,,des ,,lois ,,dans ,,le ,,rapport ,,qu',,elles ,,ont ,,avec ,,les ,,principes ,,qui ,,forment ,l',,esprit ,g,n,,ral1 ,,les ,,moeurs ,,et ,,les ,,mani,,res ,d',,une ,,nation#cdb4 ,,chapitre ,,premier ,du sujet de ce livre4 ,cette matire est d'une grande tendue4 ,dans cette foule d'ides qui se prsente mon esprit1 je serai plus attentif l'ordre des choses qu'aux choses mmes4 ,il faut que j'carte droite et gauche1 que je perce1 et que je me fasse jour4 #cdb ,nous ajoutons ce livre aux prcdents1 comme un de ceux qui ont le plus d'intrt au point de vue littraire4 7,note de l'diteur4 ,p4 ,j47 ,,chapitre ,,ii ,combien1 pour les meilleures lois1 il est ncessaire que les esprits soient prpars4 ,rien ne parut plus insupportable aux ,germains#cdc que le tribunal de ,varus4 ,celui que ,justinien rigea#cdd chez les ,laziens pour faire le procs au meurtrier de leur roi leur parut une chose horrible et barbare4 ,mithridate#cde1 haranguant contre les ,romains1 leur reproche surtout les formalits#cdf de leur justice4 ,les ,parthes ne purent supporter ce roi qui1 ayant t lev ,rome1 se rendit affable#cdg et accessible tout le monde4 ,la libert mme a paru insupportable des peuples qui n'taient pas accoutums en jouir4 ,c'est ainsi qu'un air pur est quelquefois nuisible ceux qui ont vcu dans des pays marcageux4 #cdc ,ils coupaient la langue aux avocats1 et disaient3 ,vipre1 cesse de siffler4 7,,tacite47--,ce n'est pas ,tacite1 mais ,florus qui rapporte cette coutume4 7,lib4 ,,iv4 ch4 ,,xii47 7,note de ,,cr,v47 #cdd ,,agathias1 liv4 ,,iv4 #cde ,,justin1 liv4 ,,xxxviii4 #cdf ,calumnias litium4 7,ibid47 #cdg ,prompti aditus1 nova comitas1 ignot ,parthis virtutes1 nova vitia4 ,d'un abord facile et d'une politesse nouvelle pour eux3 les ,parthes ne voyaient pas l des vertus1 mais des vices4 7,,tacite47 ,un ,vnitien1 nomm ,balbi1 tant au ,pgu#cdh1 fut introduit chez le roi4 ,quand celui-ci apprit qu'il n'y avait point de roi ,venise1 il fit un si grand clat de rire qu'une toux le prit1 et qu'il eut beaucoup de peine parler ses courtisans4 ,quel est le lgislateur qui pourrait proposer le gouvernement populaire des peuples pareils8 #cdh ,il en a fait la description en #aeif4 7,recueil des voyages qui ont servi l'tablissement de la ,compagnie des ,indes1 t4 ,,iii1 part4 #a1 p4 #cc47 ,,chapitre ,,iii ,de la tyrannie4 ,il y a deux sortes de tyrannie3 une relle1 qui consiste dans la violence du gouvernement2 et une d'opinion1 qui se fait sentir lorsque ceux qui gouvernent tablissent des choses qui choquent la manire de penser d'une nation4 ,dion dit qu',auguste voulut se faire appeler ,romulus2 mais qu'ayant appris que le peuple craignait qu'il ne voult se faire roi1 il changea de dessein4 ,les premiers ,romains ne voulaient point de roi1 parce qu'ils n'en pouvaient souffrir la puissance2 les ,romains d'alors ne voulaient point de roi1 pour n'en point souffrir les manires4 ,car1 quoique ,csar1 les triumvirs1 ,auguste1 fussent de vritables rois1 ils avaient gard tout l'extrieur de l'galit1 et leur vie prive contenait une espce d'opposition avec le faste des rois d'alors2 et1 quand ils ne voulaient point de roi1 cela signifiait qu'ils voulaient garder leurs manires et ne pas prendre celles des peuples d',afrique et d',orient4 ,dion#cdi nous dit que le peuple romain tait indign contre ,auguste1 cause de certaines lois trop dures qu'il avait faites1 mais que1 sitt qu'il eut fait revenir le comdien ,pylade1 que les factions avaient chass de la ville1 le mcontentement cessa4 ,un peuple pareil sentait plus vivement la tyrannie lorsqu'on chassait un baladin que lorsqu'on lui tait toutes ses lois4 #cdi ,liv4 ,,liv1 p4 #ecb4 ,,chapitre ,,iv ,ce que c'est que l'esprit gnral4 ,plusieurs choses gouvernent les hommes3 le climat1 la religion1 les lois1 les maximes du gouvernement1 les exemples des choses passes1 les moeurs1 les manires2 d'o il se forme un esprit gnral qui en rsulte4 ,a mesure que1 dans chaque nation1 une de ces causes agit avec plus de force1 les autres lui cdent d'autant4 ,la nature et le climat dominent presque seuls sur les sauvages#cej2 les manires gouvernent les ,chinois2 les lois tyrannisent le ,japon2 les moeurs donnaient autrefois le ton dans ,lacdmone2 les maximes du gouvernement et les moeurs anciennes le donnaient dans ,rome4 #cej ,quoique les lois agissent sur les moeurs1 elles en dpendent4 ,ainsi1 ,montesquieu corrige toujours par quelque vrit nouvelle une premire pense qui ne paraissait excessive que parce qu'on la voyait seule4 ,la nature et le climat dominent presque exclusivement les sauvages1 les peuples civiliss obissent aux influences morales4 ,la plus invincible de toutes1 c'est l'esprit gnral d'une nation2 il n'est au pouvoir de personne de le changer2 il agit sur ceux qui voudraient le mconnatre2 il fait les lois ou les rend inutiles2 les lois ne peuvent l'attaquer1 parce que ce sont deux puissances d'une nature diverse2 il chappe ou rsiste tout le reste4 7,m4 ,,villemain1 loge de ,montesquieu47 ,,chapitre ,v ,combien il faut tre attentif ne point changer l'esprit gnral d'une nation4 ,s'il y avait dans le monde une nation qui et une humeur sociable1 une ouverture de coeur1 une joie dans la vie1 un got1 une facilit communiquer ses penses2 qui ft vive1 agrable1 enjoue1 quelquefois imprudente1 souvent indiscrte1 et qui et avec cela du courage1 de la gnrosit1 de la franchise1 un certain point d'honneur1 il ne faudrait point chercher gner par des lois ses manires1 pour ne point gner ses vertus4 ,si en gnral le caractre est bon1 qu'importe de quelques dfauts qui s'y trouvent8 ,on y pourrait contenir les femmes1 faire des lois pour corriger leurs moeurs et borner leur luxe3 mais qui sait si on n'y perdrait pas un certain got qui serait la source des richesses de la nation et une politesse qui attire chez elle les trangers8 ,c'est au lgislateur suivre l'esprit de la nation lorsqu'il n'est pas contraire aux principes du gouvernement2 car nous ne faisons rien de mieux que ce que nous faisons librement1 et en suivant notre gnie naturel4 ,qu'on donne un esprit de pdanterie une nation naturellement gaie1 l'tat n'y gagnera rien ni pour le dedans ni pour le dehors4 ,laissez-lui faire les choses frivoles srieusement1 et gaiement les choses srieuses4 ,,chapitre ,,vi ,qu'il ne faut pas tout corriger4 ,qu'on nous laisse comme nous sommes1 disait un gentilhomme d'une nation qui ressemble beaucoup celle dont nous venons de donner une ide4 ,la nature rpare tout4 ,elle nous a donn une vivacit capable d'offenser1 et propre nous faire manquer tous les gards2 cette mme vivacit est corrige par la politesse qu'elle nous procure1 en nous inspirant du got pour le monde1 et surtout pour le commerce des femmes4 ,qu'on nous laisse tels que nous sommes4 ,nos qualits indiscrtes jointes notre peu de malice font que les lois qui gneraient l'humeur sociable parmi nous ne seraient point convenables4 ,,chapitre ,,vii ,des ,athniens et des ,lacdmoniens4 ,les ,athniens1 continuait ce gentilhomme1 taient un peuple qui avait quelque rapport avec le ntre4 ,il mettait de la gaiet dans les affaires2 un trait de raillerie lui plaisait sur la tribune comme sur le thtre4 ,cette vivacit qu'il mettait dans les conseils1 il la portait dans l'excution4 ,le caractre des ,lacdmoniens tait grave1 srieux1 sec1 taciturne4 ,on n'aurait pas plus tir parti d'un ,athnien en l'ennuyant que d'un ,lacdmonien en le divertissant4 ,,chapitre ,,viii ,effets de l'humeur sociable4 ,plus les peuples se communiquent1 plus ils changent aisment de manires1 parce que chacun est plus un spectacle pour un autre2 on voit mieux les singularits des individus4 ,le climat1 qui fait qu'une nation aime se communiquer1 fait aussi qu'elle aime changer2 et ce qui fait qu'une nation aime changer fait aussi qu'elle se forme le got4 ,la socit des femmes gte les moeurs et forme le got3 l'envie de plaire plus que les autres tablit les parures1 et l'envie de plaire plus que soi-mme tablit les modes4 ,les modes sont un objet important3 force de se rendre l'esprit frivole1 on augmente sans cesse les branches de son commerce#cea4 #cea ,voyez la fable des ,abeilles4 ,,chapitre ,,ix ,de la vanit et de l'orgueil des nations4 ,la vanit est un aussi bon ressort pour un gouvernement que l'orgueil en est un dangereux4 ,il n'y a pour cela qu' se reprsenter d'un ct les biens sans nombre qui rsultent de la vanit3 de l le luxe1 l'industrie1 les arts1 les modes1 la politesse1 le got2 et d'un autre ct les maux infinis qui naissent de l'orgueil de certaines nations3 la paresse1 la pauvret1 l'abandon de tout1 la destruction des nations que le hasard a fait tomber entre leurs mains1 et de la leur mme4 ,la paresse#ceb est l'effet de l'orgueil2 le travail est une suite de la vanit3 l'orgueil d'un ,espagnol le portera ne pas travailler2 la vanit d'un ,franais le portera savoir travailler mieux que les autres4 #ceb ,les peuples qui suivent le kan de ,malacamber1 ceux de ,carnataca et de ,coromandel sont des peuples orgueilleux et paresseux2 ils consomment peu1 parce qu'ils sont misrables3 au lieu que les ,mogols et les peuples de l',indostan s'occupent et jouissent des commodits de la vie1 comme les ,europens4 7,recueil des voyages qui ont servi l'tablissement de la ,compagnie des ,indes1 t4 ,i1 p4 #ed47 ,toute nation paresseuse est grave2 car ceux qui ne travaillent pas se regardent comme souverains de ceux qui travaillent4 ,examinez toutes les nations1 et vous verrez que dans la plupart la gravit1 l'orgueil et la paresse marchent du mme pas4 ,les peuples d',achim#cec sont fiers et paresseux2 ceux qui n'ont point d'esclaves en louent un1 ne ft-ce que pour faire cent pas1 et porter deux pintes de riz3 ils se croiraient dshonors s'ils les portaient eux-mmes4 #cec ,voyez ,dampier1 t4 ,,iii4 ,il y a plusieurs endroits de la terre o l'on se laisse crotre les ongles pour marquer que l'on ne travaille point4 ,les femmes des ,indes#ced croient qu'il est honteux pour elles d'apprendre lire3 c'est l'affaire1 disent-elles1 des esclaves qui chantent des cantiques dans les pagodes4 ,dans une caste1 elles ne filent point2 dans une autre1 elles ne font que des paniers et des nattes1 elles ne doivent pas mme piler le riz2 dans d'autres1 il ne faut pas qu'elles aillent qurir de l'eau4 ,l'orgueil y a tabli ses rgles1 et il les fait suivre4 ,il n'est pas ncessaire de dire que les qualits morales ont des effets diffrents selon qu'elles sont unies d'autres3 ainsi l'orgueil1 joint une vaste ambition1 la grandeur des ides1 etc41 produisit chez les ,romains les effets que l'on sait4 #ced ,lettres difiantes1 douzime recueil1 p4 #hj4 ,,chapitre ,x ,du caractre des ,espagnols et de celui des ,chinois4 ,les divers caractres des nations sont mls de vertus et de vices1 de bonnes et de mauvaises qualits4 ,les heureux mlanges sont ceux dont il rsulte de grands biens2 et souvent on ne les souponnerait pas3 il y en a dont il rsulte de grands maux1 et qu'on ne souponnerait pas non plus4 ,la bonne foi des ,espagnols a t fameuse dans tous les temps4 ,justin#cee nous parle de leur fidlit garder les dpts2 ils ont souvent souffert la mort pour les tenir secrets4 ,cette fidlit qu'ils avaient autrefois1 ils l'ont encore aujourd'hui4 ,toutes les nations qui commercent ,cadix confient leur fortune aux ,espagnols2 elles ne s'en sont jamais repenties4 ,mais cette qualit admirable1 jointe leur paresse1 forme un mlange dont il rsulte des effets qui leur sont pernicieux3 les peuples de l',europe font1 sous leurs yeux1 tout le commerce de leur monarchie4 #cee ,liv4 ,,xvii4 ,le caractre des ,chinois forme un autre mlange1 qui est en contraste avec le caractre des ,espagnols4 ,leur vie prcaire#cef fait qu'ils ont une activit prodigieuse1 et un dsir si excessif du gain1 qu'aucune nation commerante ne peut se fier eux#ceg4 ,cette infidlit reconnue leur a conserv le commerce du ,japon2 aucun ngociant d',europe n'a os entreprendre de le faire sous leur nom1 quelque facilit qu'il y et eu l'entreprendre par leurs provinces maritimes du nord4 #cef ,par la nature du climat et du terrain4 #ceg ,le ,p4 ,duhalde1 t4 ,,ii4 ,,chapitre ,,xi ,rflexion4 ,je n'ai point dit ceci pour diminuer rien de la distance infinie qu'il y a entre les vices et les vertus3 ,dieu ne plaise6 ,j'ai seulement voulu faire comprendre que tous les vices politiques ne sont pas des vices moraux1 et que tous les vices moraux ne sont pas des vices politiques2 et c'est ce que ne doivent point ignorer ceux qui font des lois qui choquent l'esprit gnral4 ,,chapitre ,,xii ,des manires et des moeurs dans l'tat despotique4 ,c'est une maxime capitale qu'il ne faut jamais changer les moeurs et les manires dans l'tat despotique3 rien ne serait plus promptement suivi d'une rvolution4 ,c'est que dans ces tats il n'y a point de lois1 pour ainsi dire2 il n'y a que des moeurs et des manires2 et si vous renversez cela1 vous renversez tout4 ,les lois sont tablies1 les moeurs sont inspires2 celles-ci tiennent plus l'esprit gnral1 celles-l tiennent plus une institution particulire3 or il est aussi dangereux1 et plus1 de renverser l'esprit gnral que de changer une institution particulire4 ,on se communique moins dans les pays o chacun1 et comme suprieur1 et comme infrieur1 exerce et souffre un pouvoir arbitraire1 que dans ceux o la libert rgne dans toutes les conditions4 ,on y change donc moins de manires et de moeurs2 les manires plus fixes approchent plus des lois3 ainsi il faut qu'un prince ou un lgislateur y choque moins les moeurs et les manires que dans aucun pays du monde4 ,les femmes y sont ordinairement renfermes1 et n'ont point de ton donner4 ,dans les autres pays o elles vivent avec les hommes1 l'envie qu'elles ont de plaire1 et le dsir que l'on a de leur plaire aussi1 font que l'on change continuellement de manires4 ,les deux sexes se gtent1 ils perdent l'un et l'autre leur qualit distinctive et essentielle2 il se met un arbitraire dans ce qui tait absolu1 et les manires changent tous les jours4 ,,chapitre ,,xiii ,des manires chez les ,chinois4 ,mais c'est la ,chine que les manires sont indestructibles4 ,outre que les femmes y sont absolument spares des hommes1 on enseigne dans les coles les manires comme les moeurs4 ,on connat un lettr#ceh la faon aise dont il fait la rvrence4 ,ces choses1 une fois donnes en prceptes1 et par de graves docteurs1 s'y fixent comme des principes de morale1 et ne changent plus4 #ceh ,dit le ,p4 ,duhalde4 ,,chapitre ,,xiv ,quels sont les moyens naturels de changer les moeurs et les manires d'une nation4 ,nous avons dit que les lois taient des institutions particulires et prcises du lgislateur1 les moeurs et les manires des institutions de la nation en gnral4 ,de l il suit que1 lorsque l'on veut changer les moeurs et les manires1 il ne faut pas les changer par les lois3 cela paratrait trop tyrannique1 il vaut mieux les changer par d'autres moeurs et d'autres manires4 ,ainsi1 lorsqu'un prince veut faire de grands changements dans sa nation1 il faut qu'il rforme par les lois ce qui est tabli par les lois1 et qu'il change par les manires ce qui est tabli par les manires2 et c'est une trs mauvaise politique de changer par les lois ce qui doit tre chang par les manires4 ,la loi qui obligeait les ,moscovites se faire couper la barbe et les habits1 et la violence de ,pierre ,ier1 qui faisait tailler jusqu'aux genoux les longues robes de ceux qui entraient dans les villes1 taient tyranniques4 ,il y a des moyens pour empcher les crimes3 ce sont les peines2 il y en a pour faire changer les manires3 ce sont les exemples4 ,la facilit et la promptitude avec laquelle cette nation s'est police a bien montr que ce prince avait trop mauvaise opinion d'elle1 et que ces peuples n'taient pas des btes1 comme il le disait4 ,les moyens violents qu'il employa taient inutiles1 il serait arriv tout de mme son but par la douceur4 ,il prouva lui-mme la facilit de ces changements4 ,les femmes taient renfermes1 et en quelque faon esclaves2 il les appela la cour1 il les fit habiller l'allemande1 il leur envoyait des toffes4 ,ce sexe gota d'abord une faon de vivre qui flattait si fort son got1 sa vanit et ses passions1 et la fit goter aux hommes4 ,ce qui rendit le changement plus ais1 c'est que les moeurs d'alors taient trangres au climat1 et y avaient t apportes par le mlange des nations et par les conqutes4 ,pierre ,ier1 donnant les moeurs et les manires de l',europe une nation d',europe1 trouva des facilits qu'il n'attendait pas lui-mme4 ,l'empire du climat est le premier de tous les empires4 ,il n'avait donc pas besoin de lois pour changer les moeurs et les manires de sa nation3 il lui et suffi d'inspirer d'autres moeurs et d'autres manires4 ,en gnral1 les peuples sont trs attachs leurs coutumes2 les leur ter violemment1 c'est les rendre malheureux3 il ne faut donc pas les changer1 mais les engager les changer eux-mmes4 ,toute peine qui ne drive pas de la ncessit est tyrannique4 ,la loi n'est pas un pur acte de puissance2 les choses indiffrentes par leur nature ne sont pas de son ressort4 ,,chapitre ,,xv ,influence du gouvernement domestique sur la politique4 ,ce changement des moeurs des femmes influera sans doute beaucoup dans le gouvernement de ,moscovie4 ,tout est extrmement li3 le despotisme du prince s'unit naturellement avec la servitude des femmes2 la libert des femmes1 avec l'esprit de la monarchie4 ,,chapitre ,,xvi ,comment quelques lgislateurs ont confondu les principes qui gouvernent les hommes4 ,les moeurs et les manires sont des usages que les lois n'ont point tablis1 ou n'ont pas pu1 ou n'ont pas voulu tablir4 ,il y a cette diffrence entre les lois et les moeurs1 que les lois rglent plus les actions du citoyen1 et que les moeurs rglent plus les actions de l'homme4 ,il y a cette diffrence entre les moeurs et les manires1 que les premires regardent plus la conduite intrieure1 les autres l'extrieure4 ,quelquefois1 dans un tat1 ces choses se confondent#cei4 ,lycurgue fit un mme code pour les lois1 les moeurs et les manires2 et les lgislateurs de la ,chine en firent de mme4 #cei ,mose fit un mme code pour les lois et la religion4 ,les premiers ,romains confondirent les coutumes anciennes avec les lois4 ,il ne faut pas tre tonn si les lgislateurs de ,lacdmone et de ,chine confondirent les lois1 les moeurs et les manires3 c'est que les moeurs reprsentent les lois1 et les manires reprsentent les moeurs4 ,les lgislateurs de la ,chine avaient pour principal objet de faire vivre leur peuple tranquille4 ,ils voulurent que les hommes se respectassent beaucoup2 que chacun sentt tous les instants qu'il devait beaucoup aux autres2 qu'il n'y avait point de citoyen qui ne dpendt1 quelque gard1 d'un autre citoyen4 ,ils donnrent donc aux rgles de la civilit la plus grande tendue4 ,ainsi1 chez les peuples chinois1 on vit les gens#cfj de village observer entre eux des crmonies comme les gens d'une condition releve2 moyen trs propre inspirer la douceur1 maintenir parmi le peuple la paix et le bon ordre1 et ter tous les vices qui viennent d'un esprit dur4 ,en effet1 s'affranchir des rgles de la civilit1 n'est-ce pas chercher le moyen de mettre ses dfauts plus l'aise8 #cfj ,voyez le ,p4 ,duhalde4 ,la civilit vaut mieux1 cet gard1 que la politesse4 ,la politesse flatte les vices des autres1 et la civilit nous empche de mettre les ntres au jour3 c'est une barrire que les hommes mettent entre eux pour s'empcher de se corrompre4 ,lycurgue1 dont les institutions taient dures1 n'eut point la civilit pour objet1 lorsqu'il forma les manires2 il eut en vue cet esprit belliqueux qu'il voulait donner son peuple4 ,des gens toujours corrigeant ou toujours corrigs1 qui instruisaient toujours et taient toujours instruits1 galement simples et rigides1 exeraient plutt entre eux des vertus qu'ils n'avaient des gards4 ,,chapitre ,,xvii ,proprit particulire au gouvernement de la ,chine4 ,les lgislateurs de la ,chine firent plus#cfa3 ils confondirent la religion1 les moeurs et les manires2 tout cela fut la morale1 tout cela fut la vertu4 ,les prceptes qui regardaient ces quatre points furent ce que l'on appela les rites4 ,ce fut dans l'observation exacte de ces rites que le gouvernement chinois triompha4 ,on passa toute sa jeunesse les apprendre1 toute sa vie les pratiquer4 ,les lettrs les enseignrent1 les magistrats les prchrent4 ,et1 comme ils enveloppaient toutes les petites actions de la vie1 lorsqu'on trouva moyen de les faire observer exactement1 la ,chine fut bien gouverne4 #cfa ,voyez les livres classiques dont le ,p4 ,duhalde nous a donn de si beaux morceaux4 ,deux choses ont pu aisment graver les rites dans le coeur et l'esprit des ,chinois3 l'une1 leur manire d'crire extrmement compose1 qui a fait que1 pendant une trs grande partie de la vie1 l'esprit a t uniquement#cfb occup de ces rites1 parce qu'il a fallu apprendre lire dans les livres et pour les livres qui les contenaient2 l'autre1 que les prceptes des rites n'ayant rien de spirituel1 mais simplement des rgles d'une pratique commune1 il est plus ais d'en convaincre et d'en frapper les esprits que d'une chose intellectuelle4 #cfb ,c'est ce qui a tabli l'mulation1 la fuite de l'oisivet1 et l'estime pour le savoir4 ,les princes qui1 au lieu de gouverner par les rites1 gouvernrent par la force des supplices1 voulurent faire faire aux supplices ce qui n'est pas dans leur pouvoir1 qui est de donner des moeurs4 ,les supplices retrancheront bien de la socit un citoyen qui1 ayant perdu ses moeurs1 viole les lois2 mais1 si tout le monde a perdu ses moeurs1 les rtabliront-ils8 ,les supplices arrteront bien plusieurs consquences du mal gnral1 mais ils ne corrigeront pas ce mal4 ,aussi1 quand on abandonna les principes du gouvernement chinois1 quand la morale y fut perdue1 l'tat tomba-t-il dans l'anarchie1 et on vit des rvolutions4 ,,chapitre ,,xviii ,consquence du chapitre prcdent4 ,il rsulte de l que la ,chine ne perd point ses lois par la conqute4 ,les manires1 les moeurs1 les lois1 la religion1 y tant la mme chose1 on ne peut changer tout cela la fois4 ,et1 comme il faut que le vainqueur ou le vaincu change1 il a toujours fallu la ,chine que ce ft le vainqueur3 car ses moeurs n'tant point ses manires2 ses manires1 ses lois2 ses lois1 sa religion1 il a t plus ais qu'il se plit peu peu au peuple vaincu que le peuple vaincu lui4 ,il suit encore de l une chose bien triste3 c'est qu'il n'est presque pas possible que le christianisme s'tablisse jamais la ,chine#cfc4 ,les voeux de virginit1 les assembles des femmes dans les glises1 leur communication ncessaire avec les ministres de la religion1 leur participation aux sacrements1 la confession auriculaire1 l'extrme-onction1 le mariage d'une seule femme3 tout cela renverse les moeurs et les manires du pays1 et frappe encore du mme coup sur la religion et sur les lois4 #cfc ,voyez les raisons donnes par les magistrats chinois dans les dcrets par lesquels ils proscrivent la religion chrtienne4 7,lettres difiantes1 dix-septime recueil47 ,la religion chrtienne1 par l'tablissement de la charit1 par un culte public1 par la participation aux mmes sacrements1 semble demander que tout s'unisse3 les rites des ,chinois semblent ordonner que tout se spare4 ,et1 comme on a vu que cette sparation#cfd tient en gnral l'esprit du despotisme1 on trouvera dans ceci une des raisons qui font que le gouvernement monarchique et tout gouvernement modr s'allient mieux#cfe avec la religion chrtienne4 #cfd ,voyez le liv4 ,,iv1 chap4 ,,iii2 et le liv4 ,,xix1 chap4 ,,xii4 #cfe ,voyez ci-dessous le liv4 ,,xxiv1 chap4 ,,iii4 ,,chapitre ,,xix ,comment s'est faite cette union de la religion1 des lois1 des moeurs et des manires chez les ,chinois4 ,les lgislateurs de la ,chine eurent pour principal objet du gouvernement la tranquillit de l'empire4 ,la subordination leur parut le moyen le plus propre la maintenir4 ,dans cette ide1 ils crurent devoir inspirer le respect pour les pres2 et ils rassemblrent toutes leurs forces pour cela3 ils tablirent une infinit de rites et de crmonies pour les honorer pendant leur vie et aprs leur mort4 ,il tait impossible de tant honorer les pres morts sans tre port les honorer vivants4 ,les crmonies pour les pres morts avaient plus de rapport la religion3 celles pour les pres vivants avaient plus de rapport aux lois1 aux moeurs et aux manires2 mais ce n'taient que les parties d'un mme code1 et ce code tait trs tendu4 ,le respect pour les pres tait ncessairement li avec tout ce qui reprsentait les pres1 les vieillards1 les matres1 les magistrats1 l'empereur4 ,ce respect pour les pres supposait un retour d'amour pour les enfants2 et par consquent1 le mme retour des vieillards aux jeunes gens1 des magistrats ceux qui leur taient soumis1 de l'empereur ses sujets4 ,tout cela formait les rites1 et ces rites l'esprit gnral de la nation4 ,on va sentir le rapport que peuvent avoir avec la constitution fondamentale de la ,chine les choses qui paraissent les plus indiffrentes4 ,cet empire est form sur l'ide du gouvernement d'une famille4 ,si vous diminuez l'autorit paternelle1 ou mme si vous retranchez les crmonies qui expriment le respect que l'on a pour elle1 vous affaiblissez le respect pour les magistrats1 qu'on regarde comme des pres2 les magistrats n'auront plus le mme soin pour les peuples1 qu'ils doivent considrer comme des enfants2 ce rapport d'amour qui est entre le prince et les sujets se perdra aussi peu peu4 ,retranchez une de ces pratiques1 et vous branlez l'tat4 ,il est fort indiffrent en soi que tous les matins une belle-fille se lve pour aller rendre tels et tels devoirs sa belle-mre2 mais1 si l'on fait attention que ces pratiques extrieures rappellent sans cesse un sentiment qu'il est ncessaire d'imprimer dans tous les coeurs1 et qui va de tous les coeurs former l'esprit qui gouverne l'empire1 l'on verra qu'il est ncessaire qu'une telle ou une telle action particulire se fasse4 ,,chapitre ,,xx ,explication d'un paradoxe sur les ,chinois4 ,ce qu'il y a de singulier1 c'est que les ,chinois1 dont la vie est entirement dirige par les rites1 sont nanmoins le peuple le plus fourbe de la terre4 ,cela parat surtout dans le commerce1 qui n'a jamais pu leur inspirer la bonne foi qui lui est naturelle4 ,celui qui achte doit porter#cff sa propre balance3 chaque marchand en ayant trois1 une forte pour acheter1 une lgre pour vendre1 et une juste pour ceux qui sont sur leurs gardes4 ,je crois pouvoir expliquer cette contradiction4 #cff ,journal de ,lange en #agba et #agbb2 t4 ,,viii1 des ,voyages du ,nord1 p4 #cfc4 ,les lgislateurs de la ,chine ont eu deux objets3 ils ont voulu que le peuple ft soumis et tranquille1 et qu'il ft laborieux et industrieux4 ,par la nature du climat et du terrain1 il a une vie prcaire2 on n'y est assur de sa vie qu' force d'industrie et de travail4 ,quand tout le monde obit1 et que tout le monde travaille1 l'tat est dans une heureuse situation4 ,c'est la ncessit1 et peut-tre la nature du climat1 qui ont donn tous les ,chinois une avidit inconcevable pour le gain2 et les lois n'ont pas song l'arrter4 ,tout a t dfendu1 quand il a t question d'acqurir par violence2 tout a t permis quand il s'est agi d'obtenir par artifice ou par industrie4 ,ne comparons donc pas la morale des ,chinois avec celle de l',europe4 ,chacun1 la ,chine1 a d tre attentif ce qui lui tait utile2 si le fripon a veill ses intrts1 celui qui est dupe devait penser aux siens4 ,a ,lacdmone1 il tait permis de voler2 la ,chine1 il est permis de tromper4 ,,chapitre ,,xxi ,comment les lois doivent tre relatives aux moeurs et aux manires4 ,il n'y a que des institutions singulires qui confondent ainsi des choses naturellement spares1 les lois1 les moeurs et les manires3 mais1 quoiqu'elles soient spares1 elles ne laissent pas d'avoir entre elles de grands rapports4 ,on demanda ,solon si les lois qu'il avait donnes aux ,athniens taient les meilleures4 ,je leur ai donn1 rpondit-il1 les meilleures de celles qu'ils pouvaient souffrir#cfg4 ,belle parole1 qui devrait tre entendue de tous les lgislateurs4 ,quand la sagesse divine dit au peuple juif3 ,je vous ai donn des prceptes qui ne sont pas bons1 cela signifie qu'ils n'avaient qu'une bont relative2 ce qui est l'ponge de toutes les difficults que l'on peut faire sur les lois de ,mose4 #cfg ,,plutarque1 ,vie de ,solon1 #i4 ,,chapitre ,,xxii ,continuation du mme sujet4 ,quand un peuple a de bonnes moeurs1 les lois deviennent simples4 ,platon#cfh dit que ,rhadamanthe1 qui gouvernait un peuple extrmement religieux1 expdiait tous les procs avec clrit1 dfrant seulement le serment sur chaque chef4 ,mais1 dit le mme ,platon#cfi1 quand un peuple n'est pas religieux1 on ne peut faire usage du serment que dans les occasions o celui qui jure est sans intrt comme un juge et des tmoins4 #cfh ,lois1 liv4 ,,xii4 #cfi ,ibid4 ,,chapitre ,,xxiii ,comment les lois suivent les moeurs4 ,dans le temps que les moeurs des ,romains taient pures1 il n'y avait point de loi particulire contre le pculat4 ,quand ce crime commena paratre1 il fut trouv si infme que d'tre condamn restituer ce qu'on avait pris#cgj fut regard comme une grande peine1 tmoin le jugement de ,l4 ,scipion#cga4 #cgj ,in simplum4 #cga ,,tite-,,live1 liv4 ,,xxxviii4 ,,chapitre ,,xxiv ,continuation du mme sujet4 ,les lois qui donnent la tutelle la mre ont plus d'attention la conservation de la personne du pupille2 celles qui la donnent au plus proche hritier ont plus d'attention la conservation des biens4 ,chez les peuples dont les moeurs sont corrompues1 il vaut mieux donner la tutelle la mre4 ,chez ceux o les lois doivent avoir de la confiance dans les moeurs des citoyens1 on donne la tutelle l'hritier des biens1 ou la mre1 et quelquefois tous les deux4 ,si l'on rflchit sur les lois romaines1 on trouvera que leur esprit est conforme ce que je dis4 ,dans le temps o l'on fit la loi des ,douze ,tables1 les moeurs ,rome taient admirables4 ,on dfra la tutelle au plus proche parent du pupille1 pensant que celui-l devait avoir la charge de la tutelle1 qui pouvait avoir la charge de la succession4 ,on ne crut point la vie du pupille en danger1 quoiqu'elle ft mise entre les mains de celui qui sa mort devait tre utile4 ,mais lorsque les moeurs changrent ,rome1 on vit les lgislateurs changer aussi de faon de penser4 ,si1 dans la substitution pupillaire1 disent ,caus#cgb et ,justinien#cgc1 le testateur craint que le substitu ne dresse des embches au pupille1 il peut laisser dcouvert la substitution vulgaire#cgd1 et mettre la pupillaire dans une partie du testament qu'on ne pourra ouvrir qu'aprs un certain temps4 ,voil des craintes et des prcautions inconnues aux premiers ,romains4 #cgb ,instit41 liv4 ,,ii1 t4 ,,vi1 #b2 la ,compilation d',ozel1 ,leyde1 #afeh4 #cgc ,instit41 liv4 ,,ii1 de ,pupil4 substit41 #c4 #cgd ,la substitution vulgaire est3 ,si un tel ne prend pas l'hrdit1 je lui substitue1 etc4 ,la pupillaire est3 ,si un tel meurt avant sa pubert1 je lui substitue1 etc4 ,,chapitre ,,xxv ,continuation du mme sujet4 ,la loi romaine donnait la libert de se faire des dons avant le mariage2 aprs le mariage1 elle ne le permettait plus4 ,cela tait fond sur les moeurs des ,romains1 qui n'taient ports au mariage que par la frugalit1 la simplicit et la modestie1 mais qui pouvaient se laisser sduire par les soins domestiques1 les complaisances et le bonheur de toute une vie4 ,la loi des ,wisigoths#cge voulait que l'poux ne pt donner celle qu'il devait pouser au del du dixime de ses biens1 et qu'il ne pt rien donner la premire anne de son mariage4 ,cela venait encore des moeurs du pays3 les lgislateurs voulaient arrter cette jactance espagnole1 uniquement porte faire des libralits excessives dans une action d'clat4 #cge ,liv4 ,,iii1 t4 ,i1 #e4 ,les ,romains1 par leurs lois1 arrtrent quelques inconvnients de l'empire du monde le plus durable1 qui est celui de la vertu2 les ,espagnols1 par les leurs1 voulaient empcher les mauvais effets de la tyrannie du monde la plus fragile1 qui est celle de la beaut4 ,,chapitre ,,xxvi ,continuation du mme sujet4 ,la loi de ,thodose et de ,valentinien#cgf tira les causes de rpudiation des anciennes moeurs#cgg et des manires des ,romains4 ,elle mit au nombre de ses causes l'action d'un mari#cgh qui chtierait sa femme d'une manire indigne d'une personne ingnue4 ,cette cause fut omise dans les lois suivantes#cgi3 c'est que les moeurs avaient chang cet gard2 les usages d',orient avaient pris la place de ceux d',europe4 ,le premier eunuque de l'impratrice femme de ,justinien ,,ii la menaa1 dit l'histoire1 de ce chtiment dont on punit les enfants dans les coles4 ,il n'y a que des moeurs tablies ou des moeurs qui cherchent s'tablir qui puissent faire imaginer une pareille chose4 #cgf ,leg4 #h4 ,cod41 de ,repudiis4 #cgg ,et de la loi des ,douze ,tables4 ,voyez ,cicron1 seconde ,philippique4 #cgh ,si verberibus1 qu ingenuis aliena sunt1 afficientem probaverit1 si elle prouvait qu'il l'a frappe de coups indignes d'une personne libre4 #cgi ,dans la novelle #aag1 chap4 ,,xiv4 ,nous avons vu comment les lois suivent les moeurs2 voyons prsent comment les moeurs suivent les lois4 ,,chapitre ,,xxvii ,comment les lois peuvent contribuer former les moeurs1 les manires et le caractre d'une nation4 ,les coutumes d'un peuple esclave sont une partie de sa servitude2 celles d'un peuple libre sont une partie de sa libert4 ,j'ai parl1 au livre ,,xi#chj1 d'un peuple libre2 j'ai donn les principes de sa constitution3 voyons les effets qui ont d suivre1 le caractre qui a pu s'en former et les manires qui en rsultent4 #chj ,chap4 ,,vi4 ,je ne dis point que le climat n'ait produit1 en grande partie1 les lois1 les manires dans cette nation2 mais je dis que les moeurs et les manires de cette nation devraient avoir un grand rapport ses lois4 ,comme il y aurait dans cet tat deux pouvoirs visibles1 la puissance lgislative et l'excutrice1 et que tout citoyen y aurait sa volont propre1 et ferait valoir son gr son indpendance1 la plupart des gens auraient plus d'affection pour une de ces puissances que pour l'autre3 le grand nombre n'ayant pas ordinairement assez d'quit ni de sens pour les affectionner galement toutes les deux4 ,et1 comme la puissance excutrice1 disposant de tous les emplois1 pourrait donner de grandes esprances et jamais de craintes1 tous ceux qui obtiendraient d'elle seraient ports se tourner de son ct1 et elle pourrait tre attaque par tous ceux qui n'en espreraient rien4 ,toutes les passions y tant libres1 la haine1 l'envie1 la jalousie1 l'ardeur de s'enrichir et de se distinguer1 paratraient dans toute leur tendue3 et si cela tait autrement1 l'tat serait comme un homme abattu par la maladie1 qui n'a point de passions1 parce qu'il n'a point de force4 ,la haine qui serait entre les deux partis durerait1 parce qu'elle serait toujours impuissante4 ,ces partis tant composs d'hommes libres1 si l'un prenait trop le dessus1 l'effet de la libert ferait que celui-ci serait abaiss1 tandis que les citoyens1 comme les mains qui secourent le corps1 viendraient relever l'autre4 ,comme chaque particulier1 toujours indpendant1 suivrait beaucoup ses caprices et ses fantaisies1 on changerait souvent de parti2 on en abandonnerait un1 o l'on laisserait tous ses amis1 pour se lier un autre1 dans lequel on trouverait tous ses ennemis2 et souvent1 dans cette nation1 on pourrait oublier les lois de l'amiti et celles de la haine4 ,le monarque serait dans le cas des particuliers2 et1 contre les maximes ordinaires de la prudence1 il serait souvent oblig de donner sa confiance ceux qui l'auraient le plus choqu1 et de disgracier ceux qui l'auraient le mieux servi1 faisant par ncessit ce que les autres princes font par choix4 ,on craint de voir chapper un bien que l'on sent1 que l'on ne connat gure1 et qu'on peut nous dguiser2 et la crainte grossit toujours les objets4 ,le peuple serait inquiet sur sa situation1 et croirait tre en danger dans les moments mme les plus srs4 ,d'autant mieux que ceux qui s'opposeraient le plus vivement la puissance excutrice1 ne pouvant avouer les motifs intresss de leur opposition1 ils augmenteraient les terreurs du peuple1 qui ne saurait jamais au juste s'il serait en danger ou non4 ,mais cela mme contribuerait lui faire viter les vrais prils o il pourrait dans la suite tre expos4 ,mais le corps lgislatif ayant la confiance du peuple1 et tant plus clair que lui1 il pourrait le faire revenir des mauvaises impressions qu'on lui aurait donnes et calmer ses mouvements4 ,c'est le grand avantage qu'aurait ce gouvernement sur les dmocraties anciennes1 dans lesquelles le peuple avait une puissance immdiate2 car lorsque les orateurs l'agitaient1 ces agitations avaient toujours leur effet4 ,ainsi quand les terreurs imprimes n'auraient point d'objet certain1 elles ne produiraient que de vaines clameurs et des injures1 et elles auraient mme ce bon effet qu'elles tendraient tous les ressorts du gouvernement1 et rendraient tous les citoyens attentifs4 ,mais1 si elles naissaient l'occasion du renversement des lois fondamentales1 elles seraient sourdes1 funestes1 atroces1 et produiraient des catastrophes4 ,bientt on verrait un calme affreux1 pendant lequel tout se runirait contre la puissance violatrice des lois4 ,si1 dans le cas o les inquitudes n'ont pas d'objet certain1 quelque puissance trangre menaait l'tat1 et le mettait en danger de sa fortune et de sa gloire1 pour lors1 les petits intrts cdant aux plus grands1 tout se runirait en faveur de la puissance excutrice4 ,que si les disputes taient formes l'occasion de la violation des lois fondamentales1 et qu'une puissance trangre part1 il y aurait une rvolution qui ne changerait pas la forme du gouvernement ni sa constitution3 car les rvolutions que forme la libert ne sont qu'une confirmation de la libert4 ,une nation libre peut avoir un librateur2 une nation subjugue ne peut avoir qu'un autre oppresseur4 ,car tout homme qui a assez de force pour chasser celui qui est dj le matre absolu dans un tat1 en a assez pour le devenir lui-mme4 ,comme1 pour jouir de la libert1 il faut que chacun puisse dire qu'il pense1 et que1 pour la conserver1 il faut encore que chacun puisse dire ce qu'il pense1 un citoyen1 dans cet tat1 dirait et crirait tout ce que les lois ne lui ont pas dfendu expressment de dire ou d'crire4 ,cette nation1 toujours chauffe1 pourrait plus aisment tre conduite par ses passions que par la raison1 qui ne produit jamais de grands effets sur l'esprit des hommes2 et il serait assez facile ceux qui la gouverneraient de lui faire faire des entreprises contre ses vritables intrts4 ,cette nation aimerait prodigieusement sa libert1 parce que cette libert serait vraie2 et il pourrait arriver que1 pour la dfendre1 elle sacrifierait son bien1 son aisance1 ses intrts2 qu'elle se chargerait des impts les plus durs1 et tels que le prince le plus absolu n'oserait les faire supporter ses sujets4 ,mais1 comme elle aurait une connaissance certaine de la ncessit de s'y soumettre1 qu'elle payerait dans l'esprance bien fonde de ne payer plus1 les charges y seraient plus pesantes que le sentiment de ces charges3 au lieu qu'il y a des tats o le sentiment est infiniment au-dessus du mal4 ,elle aurait un crdit sr1 parce qu'elle emprunterait elle-mme1 et se payerait elle-mme4 ,il pourrait arriver qu'elle entreprendrait au-dessus de ses forces naturelles1 et ferait valoir contre ses ennemis d'immenses richesses de fiction1 que la confiance et la nature de son gouvernement rendraient relles4 ,pour conserver sa libert1 elle emprunterait de ses sujets1 et ses sujets1 qui verraient que son crdit serait perdu si elle tait conquise1 auraient un nouveau motif de faire des efforts pour dfendre sa libert4 ,si cette nation habitait une le1 elle ne serait pas conqurante1 parce que des conqutes spares l'affaibliraient4 ,si le terrain de cette le tait bon1 elle le serait encore moins1 parce qu'elle n'aurait pas besoin de la guerre pour s'enrichir4 ,et1 comme aucun citoyen ne dpendrait d'un autre citoyen1 chacun ferait plus de cas de sa libert que de la gloire de quelques citoyens ou d'un seul4 ,l on regarderait les hommes de guerre comme des gens d'un mtier qui peut tre utile et souvent dangereux1 comme des gens dont les services sont laborieux pour la nation mme2 et les qualits civiles y seraient plus considres4 ,cette nation1 que la paix et la libert rendraient aise1 affranchie des prjugs destructeurs1 serait porte devenir commerante4 ,si elle avait quelqu'une de ces marchandises primitives qui servent faire de ces choses auxquelles la main de l'ouvrier donne un grand prix1 elle pourrait faire des tablissements propres se procurer la jouissance de ce don du ciel dans toute son tendue4 ,si cette nation tait situe vers le nord1 et qu'elle et un grand nombre de denres superflues1 comme elle manquerait aussi d'un grand nombre de marchandises que son climat lui refuserait1 elle ferait un commerce ncessaire1 mais grand1 avec les peuples du midi2 et1 choisissant les tats qu'elle favoriserait d'un commerce avantageux1 elle ferait des traits rciproquement utiles avec la nation qu'elle aurait choisie4 ,dans un tat o d'un ct l'opulence serait extrme1 et de l'autre les impts excessifs1 on ne pourrait gure vivre sans industrie avec une fortune borne4 ,bien des gens1 sous prtexte de voyage ou de sant1 s'exileraient de chez eux1 et iraient chercher l'abondance dans les pays de la servitude mme4 ,une nation commerante a un nombre prodigieux de petits intrts particuliers2 elle peut donc choquer et tre choque d'une infinit de manires4 ,celle-ci deviendrait souverainement jalouse2 et elle s'affligerait plus de la prosprit des autres qu'elle ne jouirait de la sienne4 ,et ses lois1 d'ailleurs douces et faciles1 pourraient tre si rigides l'gard du commerce et de la navigation qu'on ferait chez elle1 qu'elle semblerait ne ngocier qu'avec des ennemis4 ,si cette nation envoyait au loin des colonies1 elle le ferait plus pour tendre son domaine que sa domination4 ,comme on aime tablir ailleurs ce qu'on trouve tabli chez soi1 elle donnerait aux peuples de ses colonies la forme de son gouvernement propre2 et ce gouvernement portant avec lui la prosprit1 on verrait se former de grands peuples dans les forts mmes qu'elle enverrait habiter4 ,il pourrait tre qu'elle aurait autrefois subjugu une nation voisine1 qui1 par sa situation1 la bont de ses ports1 la nature de ses richesses1 lui donnerait de la jalousie2 ainsi1 quoiqu'elle lui et donn ses propres lois1 elle la tiendrait dans une grande dpendance2 de faon que les citoyens y seraient libres1 et que l'tat lui-mme serait esclave4 ,l'tat conquis aurait un trs bon gouvernement civil1 mais il serait accabl par le droit des gens2 et on lui imposerait des lois de nation nation1 qui seraient telles que sa prosprit ne serait que prcaire et seulement en dpt pour un matre4 ,la nation dominante habitant une grande le1 et tant en possession d'un grand commerce1 aurait toutes sortes de facilits pour avoir des forces de mer2 et comme la conservation de sa libert demanderait qu'elle n'et ni places1 ni forteresses1 ni armes de terre1 elle aurait besoin d'une arme de mer qui la garantt des invasions2 et sa marine serait suprieure celle de toutes les autres puissances1 qui1 ayant besoin d'employer leurs finances pour la guerre de terre1 n'en auraient plus assez pour la guerre de mer4 ,l'empire de la mer a toujours donn aux peuples qui l'ont possd une fiert naturelle1 parce que1 se sentant capables d'insulter partout1 ils croient que leur pouvoir n'a pas plus de bornes que l',ocan4 ,cette nation pourrait avoir une grande influence dans les affaires de ses voisins4 ,car1 comme elle n'emploierait pas sa puissance conqurir1 on rechercherait plus son amiti1 et l'on craindrait plus sa haine que l'inconstance de son gouvernement et son agitation intrieure ne sembleraient le permettre4 ,ainsi1 ce serait le destin de la puissance excutrice d'tre presque toujours inquite au dedans1 et respecte au dehors4 ,s'il arrivait que cette nation devnt en quelques occasions le centre des ngociations de l',europe1 elle y porterait un peu plus de probit et de bonne foi que les autres1 parce que ses ministres tant souvent obligs de justifier leur conduite devant un conseil populaire1 leurs ngociations ne pourraient tre secrtes1 et ils seraient forcs d'tre1 cet gard1 un peu plus honntes gens4 ,de plus1 comme ils seraient en quelque faon garants des vnements qu'une conduite dtourne pourrait faire natre1 le plus sr pour eux serait de prendre le plus droit chemin4 ,si les nobles avaient eu dans de certains temps un pouvoir immodr dans la nation1 et que le monarque et trouv le moyen de les abaisser en levant le peuple1 le point de l'extrme servitude aurait t entre le moment de l'abaissement des grands et celui o le peuple aurait commenc sentir son pouvoir4 ,il pourrait tre que cette nation ayant t autrefois soumise un pouvoir arbitraire1 en aurait en plusieurs occasions conserv le style3 de manire que1 sur le fond d'un gouvernement libre1 on verrait souvent la forme d'un gouvernement absolu4 ,a l'gard de la religion1 comme dans cet tat chaque citoyen aurait sa volont propre1 et serait par consquent conduit par ses propres lumires1 ou ses fantaisies1 il arriverait1 ou que chacun aurait beaucoup d'indiffrence pour toutes sortes de religions1 de quelque espce qu'elles fussent1 moyennant quoi tout le monde serait port embrasser la religion dominante2 ou que l'on serait zl pour la religion en gnral1 moyennant quoi les sectes se multiplieraient4 ,il ne serait pas impossible qu'il y et dans cette nation des gens qui n'auraient point de religion1 et qui ne voudraient pas cependant souffrir qu'on les obliget changer celle qu'ils auraient1 s'ils en avaient une3 car ils sentiraient d'abord que la vie et les biens ne sont pas plus eux que leur manire de penser2 et que qui peut ravir l'un peut encore mieux ter l'autre4 ,si1 parmi les diffrentes religions1 il y en avait une l'tablissement de laquelle on et tent de parvenir par la voie de l'esclavage1 elle y serait odieuse1 parce que1 comme nous jugeons des choses par les liaisons et les accessoires que nous y mettons1 celle-ci ne se prsenterait jamais l'esprit avec l'ide de libert4 ,les lois contre ceux qui professeraient cette religion ne seraient point sanguinaires3 car la libert n'imagine point ces sortes de peines2 mais elles seraient si rprimantes1 qu'elles feraient tout le mal qui peut se faire de sang-froid4 ,il pourrait arriver de mille manires que le clerg aurait si peu de crdit que les autres citoyens en auraient davantage4 ,ainsi1 au lieu de se sparer1 il aimerait mieux supporter les mmes charges que les laques1 et ne faire cet gard qu'un mme corps2 mais1 comme il chercherait toujours s'attirer le respect du peuple1 il se distinguerait par une vie plus retire1 une conduite plus rserve et des moeurs plus pures4 ,ce clerg ne pouvant pas protger la religion1 ni tre protg par elle1 sans force pour contraindre1 chercherait persuader3 on verrait sortir de sa plume de trs bons ouvrages1 pour prouver la rvlation et la providence du grand tre4 ,il pourrait arriver qu'on luderait ses assembles1 et qu'on ne voudrait pas lui permettre de corriger ses abus mmes2 et que1 par un dlire de la libert1 on aimerait mieux laisser sa rforme imparfaite que de souffrir qu'il ft rformateur4 ,les dignits1 faisant partie de la constitution fondamentale1 seraient plus fixes qu'ailleurs2 mais1 d'un autre ct1 les grands1 dans ce pays de libert1 s'approcheraient plus du peuple3 les rangs seraient donc plus spars1 et les personnes plus confondues4 ,ceux qui gouvernent ayant une puissance qui se remonte1 pour ainsi dire1 et se refait tous les jours1 auraient plus d'gard pour ceux qui leur sont utiles que pour ceux qui les divertissent2 ainsi1 on y verrait peu de courtisans1 de flatteurs1 de complaisants1 enfin de toutes ces sortes de gens qui font payer aux grands le vide mme de leur esprit4 ,on n'y estimerait gure les hommes par des talents ou des attributs frivoles1 mais par des qualits relles2 et de ce genre il n'y en a que deux3 les richesses et le mrite personnel4 ,il y aurait un luxe solide1 fond1 non pas sur le raffinement de la vanit1 mais sur celui des besoins rels2 et l'on ne chercherait gure dans les choses que les plaisirs que la nature y a mis4 ,on y jouirait d'un grand superflu1 et cependant les choses frivoles y seraient proscrites3 ainsi1 plusieurs ayant plus de bien que d'occasions de dpense1 l'emploieraient d'une manire bizarre2 et dans cette nation il y aurait plus d'esprit que de got4 ,comme on serait toujours occup de ses intrts1 on n'aurait point cette politesse qui est fonde sur l'oisivet2 et rellement on n'en aurait pas le temps4 ,l'poque de la politesse des ,romains est la mme que celle de l'tablissement du pouvoir arbitraire4 ,le gouvernement absolu produit l'oisivet1 et l'oisivet fait natre la politesse4 ,plus y a de gens dans une nation qui ont besoin d'avoir des mnagements entre eux et de ne pas dplaire1 plus il y a de politesse4 ,mais c'est plus la politesse des moeurs que celle des manires qui doit nous distinguer des peuples barbares4 ,dans une nation o tout homme1 sa manire1 prendrait part l'administration de l'tat1 les femmes ne devraient gure vivre avec les hommes4 ,elles seraient donc modestes1 c'est--dire timides2 cette timidit ferait leur vertu3 tandis que les hommes1 sans galanterie1 se jetteraient dans une dbauche qui leur laisserait toute leur libert et leur loisir4 ,les lois n'y tant pas faites pour un particulier plus que pour un autre1 chacun se regarderait comme monarque2 et les hommes1 dans cette nation1 seraient plutt des confdrs que des concitoyens4 ,si le climat avait donn bien des gens un esprit inquiet et des vues tendues1 dans un pays o la constitution donnerait tout le monde une part au gouvernement et des intrts politiques1 on parlerait beaucoup de politique2 on verrait des gens qui passeraient leur vie calculer des vnements qui1 vu la nature des choses et le caprice de la fortune1 c'est--dire des hommes1 ne sont gure soumis au calcul4 ,dans une nation libre1 il est trs souvent indiffrent que les particuliers raisonnent bien ou mal2 il suffit qu'ils raisonnent3 de l sort la libert1 qui garantit des effets de ces mmes raisonnements4 ,de mme1 dans un gouvernement despotique1 il est galement pernicieux qu'on raisonne bien ou mal2 il suffit qu'on raisonne pour que le principe du gouvernement soit choqu4 ,bien des gens qui ne se soucieraient de plaire personne s'abandonneraient leur humeur4 ,la plupart1 avec de l'esprit1 seraient tourments par leur esprit mme3 dans le ddain ou le dgot de toutes choses1 ils seraient malheureux avec tant de sujets de ne l'tre pas4 ,aucun citoyen ne craignant aucun citoyen1 cette nation serait fire2 car la fiert des rois n'est fonde que sur leur indpendance4 ,les nations libres sont superbes1 les autres peuvent plus aisment tre vaines4 ,mais ces hommes si fiers1 vivant beaucoup avec eux-mmes1 se trouveraient souvent au milieu de gens inconnus2 ils seraient timides1 et l'on verrait en eux1 la plupart du temps1 un mlange bizarre de mauvaise honte et de fiert4 ,le caractre de la nation paratrait surtout dans leurs ouvrages d'esprit1 dans lesquels on verrait des gens recueillis1 et qui auraient pens tout seuls4 ,la socit nous apprend sentir les ridicules2 la retraite nous rend plus propres sentir les vices4 ,les crits satiriques seraient sanglants2 et l'on verrait bien des ,juvnal chez eux1 avant d'avoir trouv un ,horace4 ,dans les monarchies extrmement absolues1 les historiens trahissent la vrit1 parce qu'ils n'ont pas la libert de la dire2 dans les tats extrmement libres1 ils trahissent la vrit cause de leur libert mme1 qui produisant toujours des divisions1 chacun devient aussi esclave des prjugs de sa faction qu'il le serait d'un despote4 ,leurs potes auraient plus souvent cette rudesse originale de l'invention qu'une certaine dlicatesse que donne le got2 on y trouverait quelque chose qui approcherait plus de la force de ,michel-,ange que de la grce de ,raphal4 ,,extraits ,,du ,,livre ,,xxv ,,chapitre ,,ix ,de la tolrance en fait de religion4 ,nous sommes ici politiques1 et non pas thologiens2 et1 pour les thologiens mmes1 il y a bien de la diffrence entre tolrer une religion et l'approuver4 ,lorsque les lois d'un tat ont cru devoir souffrir plusieurs religions1 il faut qu'elles les obligent aussi se tolrer entre elles4 ,c'est un principe1 que toute religion qui est rprime devient elle-mme rprimante2 car sitt que1 par quelque hasard1 elle peut sortir de l'oppression1 elle attaque la religion qui l'a rprime1 non pas comme une religion1 mais comme une tyrannie4 ,il est donc utile que les lois exigent de ces diverses religions1 non seulement qu'elles ne troublent pas l'tat1 mais aussi qu'elles ne se troublent pas entre elles4 ,un citoyen ne satisfait point aux lois en se contentant de ne pas agiter le corps de l'tat3 il faut encore qu'il ne trouble pas quelque citoyen que ce soit4 ,,chapitre ,x ,continuation du mme sujet4 ,comme il n'y a gure que les religions intolrantes qui aient un grand zle pour s'tablir ailleurs1 parce qu'une religion qui peut tolrer les autres ne songe gure sa propagation1 ce sera une trs bonne loi civile1 lorsque l'tat est satisfait de la religion dj tablie1 de ne point souffrir l'tablissement d'une autre#cha4 #cha ,je ne parle point1 dans tout ce chapitre1 de la religion chrtienne1 parce que1 comme j'ai dit ailleurs1 la religion chrtienne est le premier bien4 ,voyez la fin du chapitre ,i du livre prcdent1 et la ,dfense de l',esprit des ,lois1 seconde partie4 ,voici donc le principe fondamental des lois politiques en fait de religion4 ,quand on est matre de recevoir dans un tat une nouvelle religion1 ou de ne la pas recevoir1 il ne faut pas l'y tablir2 quand elle y est tablie1 il faut la tolrer4 ,,chapitre ,,xi ,du changement de religion4 ,un prince qui entreprend dans son tat de dtruire ou de changer la religion dominante s'expose beaucoup4 ,si son gouvernement est despotique1 il court plus de risque de voir une rvolution que par quelque tyrannie que ce soit1 qui n'est jamais1 dans ces sortes d'tats1 une chose nouvelle4 ,la rvolution vient de ce qu'un tat ne change pas de religion1 de moeurs et de manires dans un instant1 et aussi vite que le prince publie l'ordonnance qui tablit une religion nouvelle4 ,de plus1 la religion ancienne est lie avec la constitution de l'tat1 et la nouvelle n'y tient point3 celle-l s'accorde avec le climat1 et souvent la nouvelle s'y refuse4 ,il y a plus3 les citoyens se dgotent de leurs lois2 ils prennent du mpris pour le gouvernement dj tabli2 on substitue des soupons contre les deux religions une ferme croyance pour une2 en un mot1 on donne l'tat1 au moins pour quelque temps1 et de mauvais citoyens et de mauvais fidles4 ,,chapitre ,,xii ,des lois pnales4 ,il faut viter les lois pnales en fait de religion4 ,elles impriment de la crainte1 il est vrai2 mais1 comme la religion a ses lois pnales aussi qui inspirent de la crainte1 l'une est efface par l'autre4 ,entre ces deux craintes diffrentes1 les mes deviennent atroces4 ,la religion a de si grandes menaces1 elle a de si grandes promesses1 que1 lorsqu'elles sont prsentes notre esprit1 quelque chose que le magistrat puisse faire pour nous contraindre la quitter1 il semble qu'on ne nous laisse rien quand on nous l'te1 et qu'on ne nous te rien lorsqu'on nous la laisse4 ,ce n'est donc pas en remplissant l'me de ce grand objet1 en l'approchant du moment o il lui doit tre d'une plus grande importance1 que l'on parvient l'en dtacher3 il est plus sr d'attaquer une religion par la faveur1 par les commodits de la vie1 par l'esprance de la fortune2 non pas par ce qui avertit1 mais par ce que l'on oublie2 non pas par ce qui indigne1 mais par ce qui jette dans la tideur1 lorsque d'autres passions agissent sur nos mes1 et que celles que la religion inspire sont dans le silence4 ,rgle gnrale3 en fait de changement de religion1 les invitations sont plus fortes que les peines4 ,le caractre de l'esprit humain a paru dans l'ordre mme des peines qu'on a employes4 ,que l'on se rappelle les perscutions du ,japon#chb2 on se rvolta plus contre les supplices cruels que contre les peines longues1 qui lassent plus qu'elles n'effarouchent1 qui sont plus difficiles surmonter1 parce qu'elles paraissent moins difficiles4 #chb ,voyez le ,recueil des ,voyages qui ont servi l'tablissement de la ,compagnie des ,indes1 t4 ,v1 part4 ,i1 p4 #aib4 ,en un mot1 l'histoire nous apprend assez que les lois pnales n'ont jamais eu d'effet que comme destruction4 ,,chapitre ,,xiii ,trs humble remontrance aux inquisiteurs d',espagne et de ,portugal4 ,une juive de dix-huit ans1 brle ,lisbonne au dernier auto-da-f1 donna occasion ce petit ouvrage2 et je crois que c'est le plus inutile qui ait jamais t crit4 ,quand il s'agit de prouver des choses si claires1 on est sr de ne pas convaincre4 ,l'auteur dclare que quoiqu'il soit juif1 il respecte la religion chrtienne1 et qu'il l'aime assez pour ter aux princes qui ne seront pas chrtiens un prtexte plausible pour la perscuter4 ,vous vous plaignez1 dit-il aux inquisiteurs1 de ce que l'empereur du ,japon fait brler petit feu tous les chrtiens qui sont dans ses tats2 mais il vous rpondra3 ,nous vous traitons1 vous qui ne croyez pas comme nous1 comme vous traitez vous-mmes ceux qui ne croient pas comme vous2 vous ne pouvez vous plaindre que de votre faiblesse1 qui vous empche de nous exterminer1 et qui fait que nous vous exterminons4 ,mais il faut avouer que vous tes bien plus cruels que cet empereur4 ,vous nous faites mourir1 nous qui ne croyons que ce que vous croyez1 parce que nous ne croyons pas tout ce que vous croyez4 ,nous suivons une religion que vous savez vous-mmes avoir t autrefois chrie de ,dieu2 nous pensons que ,dieu l'aime encore1 et vous pensez qu'il ne l'aime plus3 et1 parce que vous jugez ainsi1 vous faites passer par le fer et par le feu ceux qui sont dans cette erreur si pardonnable1 de croire que ,dieu aime encore ce qu'il a aim#chc4 #chc ,c'est la source de l'aveuglement des juifs de ne pas sentir que l'conomie de l'vangile est dans l'ordre des desseins de ,dieu1 et qu'ainsi elle est une suite de son immutabilit mme4 ,si vous tes cruels notre gard1 vous l'tes bien plus l'gard de nos enfants2 vous les faites brler1 parce qu'ils suivent les inspirations que leur ont donnes ceux que la loi naturelle et les lois de tous les peuples leur apprennent respecter comme des dieux4 ,vous vous privez de l'avantage que vous a donn sur les mahomtans la manire dont leur religion s'est tablie4 ,quand ils se vantent du nombre de leurs fidles1 vous leur dites que la force les leur a acquis1 et qu'ils ont tendu leur religion par le fer3 pourquoi donc tablissez-vous la vtre par le feu8 ,quand vous voulez nous faire venir vous1 nous vous objectons une source dont vous vous faites gloire de descendre4 ,vous nous rpondez que votre religion est nouvelle1 mais qu'elle est divine2 et vous le prouvez parce qu'elle s'est accrue par la perscution des paens et par le sang de vos martyrs2 mais aujourd'hui vous prenez le rle des ,diocltiens1 et vous nous faites prendre le vtre4 ,nous vous conjurons1 non pas par le ,dieu puissant que nous servons vous et nous1 mais par le ,christ que vous nous dites avoir pris la condition humaine pour vous proposer des exemples que vous puissiez suivre2 nous vous conjurons d'agir avec nous comme il agirait lui-mme s'il tait encore sur la terre4 ,vous voulez que nous soyons chrtiens1 et vous ne voulez pas l'tre4 ,mais1 si vous ne voulez pas tre chrtiens1 soyez au moins des hommes3 traitez-nous comme vous feriez si1 n'ayant que ces faibles lueurs de justice que la nature donne1 vous n'aviez point une religion pour vous conduire et une rvlation pour vous clairer4 ,si le ,ciel vous a assez aims pour vous faire voir la vrit1 il vous a fait une grande grce3 mais est-ce aux enfants qui ont eu l'hritage de leur pre de har ceux qui ne l'ont pas eu8 ,que si vous avez cette vrit1 ne nous la cachez pas par la manire dont vous nous la proposez4 ,le caractre de la vrit1 c'est son triomphe sur les coeurs et les esprits1 et non pas cette impuissance que vous avouez1 lorsque vous voulez la faire recevoir par des supplices4 ,si vous tes raisonnables1 vous ne devez pas nous faire mourir1 parce que nous ne voulons pas vous tromper4 ,si votre ,christ est le ,fils de ,dieu1 nous esprons qu'il nous rcompensera de n'avoir pas voulu profaner ses mystres2 et nous croyons que le ,dieu que nous servons vous et nous ne nous punira pas de ce que nous avons souffert la mort pour une religion qu'il nous a autrefois donne1 parce que nous croyons qu'il nous l'a encore donne4 ,vous vivez dans un sicle o la lumire naturelle est plus vive qu'elle n'a jamais t1 o la philosophie a clair les esprits1 o la morale de votre ,evangile a t plus connue1 o les droits respectifs des hommes les uns sur les autres1 l'empire qu'une conscience a sur une autre conscience1 sont mieux tablis4 ,si donc vous ne revenez pas de vos anciens prjugs1 qui1 si vous n'y prenez garde1 sont vos passions1 il faut avouer que vous tes incorrigibles1 incapables de toute lumire et de toute instruction2 et une nation est bien malheureuse1 qui donne de l'autorit des hommes tels que vous4 ,voulez-vous que nous vous disions navement notre pense8 ,vous nous regardez plutt comme vos ennemis que comme les ennemis de votre religion3 car si vous aimiez votre religion1 vous ne la laisseriez pas corrompre par une ignorance grossire4 ,il faut que nous vous avertissions d'une chose2 c'est que1 si quelqu'un dans la postrit ose jamais dire que dans le sicle o nous vivons les peuples d',europe taient polics1 on vous citera pour prouver qu'ils taient barbares2 et l'ide que l'on aura de vous sera telle qu'elle fltrira votre sicle et portera la haine sur tous vos contemporains4 ,,notes ,,explicatives ,note ,c#a3 7p4 #ie74 ,par leurs fantaisies4 ,c'est l l'ide matresse de l',esprit des lois4 ,ce ne sont pas les caprices des lgislateurs ni les fantaisies des peuples qui ont fait ici ou l des lois diffrentes4 ,ce sont des causes gnrales qui ont li certaines lois certaines conditions politiques ou sociales4 ,la principale de ces causes1 suivant ,montesquieu1 c'est la forme des gouvernements2 mais ce n'est pas la seule4 ,note ,c#b3 7p4 #if74 ,on ne trouvera pas ces traits saillants4 ,montesquieu se fait tort lui-mme2 ou plutt par une modestie calcule1 il va au-devant d'une objection qu'on pourra lui faire4 ,car ce qu'on lui a prcisment reproch1 c'est qu'il a dans son livre trop de traits saillants et effet4 ,la marquise du ,deffand disait de ce livre3 ,c'est de l'esprit sur les lois4 ,note ,c#c3 7p4 #ig74 ,ludibria ventis1 le jouet des vents4 ,note ,c#d3 7p4 #ig74 ,bis patri cecidere manus3 ,deux fois mes mains paternelles tombrent4 ,note ,c#e3 7p4 #ajj74 ,par cela seul qu'une chose existe1 elle a des proprits1 c'est--dire une nature3 les autres choses qui l'environnent ont aussi des proprits et une nature4 ,lorsque ces choses se rencontrent1 il rsulte de leurs proprits rciproques certains rapports ncessaires1 toujours les mmes3 c'est ce que ,montesquieu appelle des lois4 ,ainsi les astres ayant une certaine masse et tant une certaine distance1 c'est une loi qu'ils s'attirent en raison directe de leurs masses1 et en raison inverse du carr des distances4 ,destutt de ,tracy1 dans son ,commentaire de l',esprit des lois1 dit3 ,des lois ne sont pas des rapports2 et des rapports ne sont pas des lois4 ,helvtius disait aussi que les lois ne sont pas des rapports1 mais les rsultats des rapports4 ,voyez plus haut dans notre ,introduction 7p4 #ab7 la rponse ces objections4 ,note ,c#f3 7p4 #ajj74 ,quelle plus grande absurdit444 etc4 ,montesquieu cite ce passage en rponse aux attaques de certaines feuilles jansnistes qui l'accusaient de spinozisme1 c'est--dire de fatalisme1 pour avoir dit que les lois sont des rapports ncessaires 7,voir la ,dfense de l',esprit des lois74 ,bossuet a dit dans le mme sens que ,montesquieu3 ,on ne saurait comprendre dans ce tout qui n'entend pas1 cette partie qui entend1 l'intelligence ne pouvant natre d'une chose brute et insense4 7,connaissance de ,dieu et de soi-mme1 ch4 ,,iv47 ,note ,c#g3 7p4 #aja74 444 parce qu'elles ont des rapports avec sa sagesse et avec sa puissance4 ,on voit que par rapports ncessaires ,montesquieu n'entend pas parler des lois inhrentes la matire1 mais des lois institues par ,dieu1 et qui sont ncessaires parce qu'il les a tablies4 ,plus loin1 il ne parle plus que des lois invariables et de rapports constamment tablis4 ,a l'origine1 ces lois ont t l'oeuvre de sa sagesse1 et d'une volont libre3 mais nos yeux et par rapport nous1 elles sont ncessaires4 ,il est ncessaire1 par exemple1 qu'une pierre abandonne elle-mme tombe la surface de la terre4 ,note ,c#h3 7p4 #aja74 ,pour que le monde subsiste1 il faut qu'il y ait des lois1 c'est--dire des rapports fixes entre les parties2 le ,crateur qui a tabli ces lois ne peut gouverner sans elles3 ce n'est pas l'arbitraire2 mais ce n'est pas davantage la fatalit des athes2 c'est ce que ,leibnitz appelait la ncessit de convenance1 la ncessit morale1 ce sont des lois d'ordre1 d'harmonie1 non de ncessit aveugle4 ,note ,c#i3 7p4 #aja74 ,chaque diversit est une uniformit2 chaque changement est constance1 c'est--dire3 quoique dans chaque cas particulier1 la masse et la vitesse puissent tre diffrentes1 c'est cependant toujours la mme loi qui s'accomplit3 les lois du mouvement sont universelles et invariables4 ,dans un sens plus prcis encore1 on peut dire que1 quels que soient les changements1 il y a une quantit constante1 toujours la mme3 c'est ce que les ,cartsiens appelaient quantit de mouvement et ,leibnitz la quantit de force vive1 et enfin de nos jours la quantit d'nergie4 ,note ,c#aj3 7p4 #aja74 ,voltaire critiquant ce passage dit dans son ,commentaire de l',esprit des lois3 ,je ne rechercherai pas si ,dieu a ses lois444 ni s'il y avait des rapports de justice avant qu'il existt des hommes3 ce qui est l'ancienne querelle des raux et des nominaux4 ,c'est en effet cette querelle2 mais cela mme prouve que cette querelle n'tait pas frivole4 ,il s'agit de savoir s'il y a une justice ternelle et absolue1 ou si elle n'est que le rsultat des circonstances4 ,note ,c#aa3 7p4 #ajb74 ,ce n'est pas seulement parce que les tres intelligents sont borns1 qu'ils ne suivent pas constamment leurs lois3 c'est encore parce qu'ils ont la libert4 ,les choses matrielles sont aussi bornes1 et cependant elles suivent servilement les lois qui leur sont imposes4 ,c'est pourquoi ,montesquieu ajoute1 que d'un autre ct les tres intelligents agissent par eux-mmes1 c'est--dire qu'ils sont libres3 et c'est l en effet la vraie raison de leurs garements2 et en mme temps il est aussi vrai de dire que s'ils n'taient pas borns par leur nature1 leur libert ne s'garerait pas4 ,les deux raisons sont donc ncessaires la fois pour expliquer les garements des cratures2 et c'est ce que dit ,montesquieu4 ,note ,c#ab3 7p4 #ajb74 ,on ne sait si les btes sont gouvernes par les lois gnrales du mouvement ou par une motion particulire4 ,cette proposition est obscure parce qu'elle est exprime d'une manire trop concise4 ,elle signifie3 on ne sait pas si les animaux sont des automates1 comme le pensait ,descartes2 ou s'ils sont dous de mouvements spontans4 ,dans le premier cas1 en effet1 les automates sont rgis uniquement par les lois de la mcanique1 c'est--dire par les lois gnrales du mouvement2 dans le second cas1 ils ont un principe intrieur du mouvement4 ,note ,c#ac3 7p4 #ajb74 ,les btes ont des lois naturelles4442 elles n'ont pas de lois positives4 ,les animaux ont des lois naturelles4 ,il ne faut pas confondre ces lois naturelles qui sont toutes physiques1 et qui ne sont que les lois de l'organisation et de l'instinct1 avec ce qu'on appelle en morale la loi naturelle1 qui est la loi de justice inne chez tous les hommes4 ,les lois positives sont des lois crites1 nes de la volont et de la convention des hommes4 ,les animaux n'ont pas de telles lois parce qu'ils n'ont ni la libert ni la parole4 ,comment pourraient-ils s'entendre les uns avec les autres1 et fixer les rsultats de leurs conventions1 sans avoir de signes8 ,note ,c#ad3 7p4 #ajc74 ,avant toutes ces lois sont celles de la nature4 ,c'est ici surtout qu'il faut distinguer les lois de la nature1 comme l'entend ,montesquieu1 de la loi naturelle1 telle que ,cicron la dcrit dans un clbre passage1 et que ,voltaire la chante dans le pome qui porte ce titre4 ,montesquieu ne parle ici que des lois d'instinct qui rsultent de l'organisation mme de l'homme1 et non de la loi morale1 c'est--dire d'une loi de raison qui commande la volont1 sans la contraindre1 par le principe du devoir4 ,montesquieu se place ici au point de vue de ce qu'on appelait au ,x,v,i,i,ie sicle l'tat de nature1 c'est--dire l'tat primitif de l'homme avant l'tablissement des socits4 ,ce sont surtout les philosophes ,hobbes et ,rousseau qui ont insist sur ce point de vue4 ,montesquieu reconnat quatre lois naturelles1 qu'il expose sans beaucoup d'ordre3 #a la loi qui porte vers le ,crateur2 #b la loi qui porte vers le sexe2 #c le besoin de se nourrir2 #d le besoin de socit4 ,note ,c#ae3 7p4 #ajd74 ,hobbes1 philosophe anglais du ,x,v,i,ie sicle1 auteur du ,leviathan1 ouvrage singulier o sous ce nom qui dsigne dans l'criture sainte une bte monstrueuse1 il dsigne lui-mme le corps politique1 l'tat ou le prince1 auquel il donne tous les pouvoirs et par consquent le pouvoir absolu en politique et en religion4 7,voir sur la politique de ,hobbes notre ,histoire de la science politique1 t4 ,,ii1 liv4 ,,iv1 ch4 ,i74 ,note ,c#af3 7p4 #ajd74 ,hobbes demande444 ,hobbes avait dit que l'tat naturel de l'homme est la guerre et que la loi primitive a t la guerre de tous contre tous1 et pour le prouver1 il disait que les hommes vont arms4 ,montesquieu1 comme on le voit1 soutient le contraire4 ,il est certain que mme chez les animaux il y a quelquefois des guerres de troupe troupe1 de tribu tribu 7par exemple1 chez les fourmis72 mais en gnral1 la guerre n'a lieu qu'entre espces diffrentes4 ,on ne voit pas que les chevaux1 les lphants1 qui vivent en troupe1 connaissent la guerre2 cela donnerait penser qu'en effet dans l'homme la guerre n'a pas t tout fait primitive2 elle peut reprsenter un tat ultrieur4 ,j4-,j4 ,rousseau croit aussi comme ,montesquieu que le premier sentiment des hommes n'a pas t la guerre1 mais la piti4 7,discours sur l'ingalit47 ,note ,c#ag3 7p4 #aje74 ,gravina1 jurisconsulte italien 7#affd-agah74 ,note ,c#ah3 7p4 #aje74 ,cette doctrine qui fonde le pouvoir politique sur le pouvoir paternel a t souvent soutenue4 ,mais elle a trouv surtout son thoricien en ,angleterre1 au ,x,v,i,ie sicle1 dans le chevalier ,filmer1 auteur du ,patriarca 7,londres1 #afhj74 ,d'aprs cet auteur1 le pouvoir politique aurait son origine dans ,adam4 ,le premier homme a t le premier souverain4 ,le pouvoir a d se transmettre ensuite de gnration en gnration et s'est partag entre les diffrents rois de la terre1 qui doivent tre considrs comme les successeurs d',adam et d've4 ,cette doctrine a t rfute par ,sidney 7,algernon7 dans ses ,discours sur le gouvernement1 et par ,locke1 dans son ,essai sur le gouvernement civil4 ,j4-,j4 ,rousseau y fait allusion dans le ,contrat social 7l4 ,i1 ch4 ,,ii73 ,je n'ai rien dit du roi ,adam ni de l'empereur ,no4 ,j'espre qu'on me saura gr de cette modration4 ,car descendant directement de l'un de ces princes et peut-tre de la branche ane1 que sais-je si par la vrification des titres je ne me trouverais pas le lgitime roi du genre humain8 ,note ,c#ai3 7p4 #ajf74 ,le gouvernement le plus conforme la nature est celui qui se rapporte le mieux la disposition du peuple pour lequel il est tabli4 ,on ne saurait trop mditer cet axiome de la science politique1 savoir qu'il n'y a pas un type de gouvernement absolu1 mais des formes de gouvernement relatives l'tat social du peuple auquel elles s'appliquent4 ,mais cet axiome s'applique aussi bien la monarchie qu' la rpublique2 et lorsqu'un peuple a mis la dmocratie dans ses lois1 il est dans la nature des choses qu'il la mette aussi dans son gouvernement4 ,au reste1 ,j4-,j4 ,rousseau adopte les mmes principes que ,montesquieu3 ,quand on demande quel est le meilleur gouvernement1 on fait une question insoluble comme indtermine2 ou1 si l'on veut1 elle a autant de solutions possibles qu'il y a de combinaisons possibles dans les positions absolues et relatives des peuples4 7,contrat social1 l4 ,,ii1 c4 ,,ix47 ,note ,c#bj3 7p4 #ajf74 ,la loi en gnral est la raison humaine444 ,en effet les lois ont pour objet de substituer le rgne de la raison au rgne de la force brutale4 ,elles cherchent prvoir d'avance tous les cas de conflit qui peuvent se prsenter entre les hommes1 et les rgler conformment la justice et l'intrt de tous4 ,toutes les lois particulires doivent donc tre les consquences de ce principe gnral1 que c'est la paix et non la guerre qui doit rgner entre les hommes4 ,note ,c#ba3 7p4 #ajg74 ,on voit ce que ,montesquieu entend par l'esprit des lois4 ,c'est l'tude des lois dans leurs rapports avec toutes les circonstances qui les modifient4 ,telles sont1 par exemple3 le gouvernement1 le climat1 le genre de vie 7laboureurs1 chasseurs ou pasteurs72 la libert politique1 la religion1 le commerce1 les manires1 etc4 ,montesquieu a surtout considr la nature et le principe des gouvernements3 ,c'est de l1 dit-il1 que l'on verra couler les lois comme de leur source4 ,mais peut-tre trouvera-t-on qu'il a ici interverti les termes et que le gouvernement est au moins autant la consquence des lois civiles que le principe4 ,c'est l'tat social du peuple1 sa situation physique1 gographique1 ses moeurs1 sa religion qui sont la cause de ses lois2 et la rsultante de toutes ces circonstances est la forme du gouvernement4 ,montesquieu n'en doit pas moins tre considr1 selon ,aug4 ,comte 7,cours de philosophie positive1 t4 ,,iv1 #dg;e leon7 comme le vrai fondateur de la philosophie sociale pour avoir dit que les phnomnes politiques sont aussi bien soumis des lois naturelles que les autres phnomnes quelconques4 ,note ,c#bb3 7p4 #ajg74 ,il y a trois espces de gouvernement444 ,on a vu plus haut1 dans notre ,introduction 7p4 #ba71 la critique de cette opinion4 ,la thorie d',aristote sur ce point1 qui est la thorie classique1 nous parat plus logique que celle de ,montesquieu4 ,elle consiste diviser d'abord les gouvernements d'aprs le nombre des gouvernants2 de l1 trois espces fondamentales1 et ensuite ces espces en deux1 selon que l'on considre la forme rgulire ou la force abusive de chacune d'elles4 ,puisque le gouvernement est l'autorit suprme des tats1 et que cette autorit suprme doit tre entre les mains d'un seul ou de plusieurs1 ou de la multitude1 il s'ensuit que lorsqu'un seul1 plusieurs1 ou la multitude usent de l'autorit en vue de l'intrt gnral1 la constitution est bonne2 et que si l'on gouverne dans l'intrt exclusif des gouvernants1 la constitution est vicie4 ,on donne le nom de royaut au gouvernement d'un seul1 d'aristocratie celui de plusieurs1 de rpublique celui de tous1 quand ces gouvernements ont pour but le bien gnral4 ,quand les formes en sont vicies1 ces trois gouvernements deviennent la tyrannie1 l'oligarchie et la dmagogie 7,,iii1 ,v74 ,note ,c#bc3 7p4 #ajh74 ,voil ce que j'appelle la nature de chaque gouvernement4 ,montesquieu distingue deux choses dans les gouvernements3 leur nature et leur principe4 ,il donne plus loin l'explication de cette distinction3 ,il y a cette diffrence entre la nature du gouvernement et son principe1 que sa nature est ce qui le fait tre et son principe ce qui le fait agir4 ,l'une est sa structure particulire2 et l'autre les passions humaines qui le font mouvoir 7,,iii1 c4 ,i74 ,montesquieu ajoute en note3 ,cette distinction est trs importante1 et j'en tirerai bien des consquences2 elle est la clef d'une infinit de lois4 ,voir dans notre ,introduction 7p4 #bd7 le dveloppement de cette distinction4 ,note ,c#bd3 7p4 #ajh74 ,j4-,j4 ,rousseau dit galement dans le ,contrat social 7,,iii1 ,,iii73 ,le souverain peut en premier lieu soumettre le dpt du gouvernement tout le peuple ou la grande partie du peuple1 en sorte qu'il y ait plus de citoyens magistrats que de citoyens simples particuliers4 ,on donnera cette forme de gouvernement le nom de dmocratie4 ,note ,c#be3 7p4 #ajh74 ,j4-,j4 ,rousseau dit galement que dans la dmocratie les citoyens sont souverains d'un ct et sujets de l'autre4 7,contrat social1 ,,iii1 ,i74 ,note ,c#bf3 7p4 #ajh74 ,la volont du souverain est le souverain lui-mme4 ,j4-,j4 ,rousseau a dvelopp cette ide dans le ,contrat social4 ,pour lui la souverainet est dans la volont gnrale4 ,note ,c#bg3 7p4 #aji74 ,le peuple est admirable4 ,c'tait aussi l'opinion de ,machiavel3 ,que l'on compare1 dit-il1 un prince et un peuple dans le choix des magistrats4 ,c'est une chose sur laquelle le peuple ne se trompe jamais2 ou s'il se trompe1 c'est bien moins souvent que ne ferait un petit nombre d'hommes ou un seul4 ,l'exemple de ,rome est admirable4 ,pendant plusieurs centaines d'annes1 il n'y eut peut-tre pas quatre choix dont on eut se repentir4 ,machiavel prvoit l'objection que l'on peut tirer de l'exemple des rpubliques anarchiques et corrompues2 mais il dit avec raison qu'il faut comparer les rpubliques corrompues aux princes corrompus1 et les princes sages aux rpubliques sages4 ,dans ces limites vous verrez toujours moins d'erreurs dans le peuple que dans le prince4 7,discours sur ,tite-,live1 ,i1 ch4 ,,lviii47 ,note ,c#bh3 7p4 #aaj74 ,servius ,tullius suivit1 dans la composition de ces classes1 l'esprit de l'aristocratie4 ,on s'occupe beaucoup de ,servius ,tullius au ,x,v,i,i,ie sicle4 ,j4-,j4 ,rousseau lui consacre un chapitre dans le ,contrat social1 et il emprunte cette observation ,montesquieu3 ,des #aic centuries1 dit-il1 qui formaient les six classes de tout le peuple romain1 la premire classe en comprenait quatre-vingt-dix-huit3 la voix ne se comptant que par centuries1 cette seule premire classe l'emportait en nombre de voix sur toutes les autres4 7,,iv1 ,,iv74 ,sur les rformes de ,servius ,tullius1 voir l',histoire romaine de ,mommsen et celle de ,duruy4 ,note ,c#bi3 7p4 #aaa74 ,le suffrage par le sort est de la nature de la dmocratie4 ,il n'est nullement vrai que le suffrage par le sort soit de la nature de la dmocratie4 ,la dmocratie doit tre claire et non aveugle4 ,le choix du peuple a pour objet de faire arriver les hommes de talent1 et non d'tablir au hasard une galit brutale4 ,dj1 dans l'antiquit1 le choix par le sort tait l'objet de la critique des esprits clairs3 ,quelle folie1 disait ,socrate1 qu'une fve dcide du choix des chefs de la rpublique1 tandis qu'on ne tire au sort ni un architecte1 ni un joueur de flte4 7,xnophon1 ,mmorables1 ,i1 ,,ii74 ,platon critique galement le choix par le sort dans le ,dialogue des ,lois 7l4 ,,vi74--,voir les ,recherches sur le tirage au sort1 par ,fustel de ,coulanges 7,nouvelle revue historique des droits1 #ahgj74 ,note ,c#cj3 7p4 #aab74 ,les suffrages doivent tre publics4 ,c'est encore une erreur de ,montesquieu1 de croire que le suffrage public est de l'essence de la dmocratie4 ,au contraire1 dans les temps modernes1 plus les institutions sont devenues dmocratiques1 plus le suffrage secret a pris de prpondrance4 ,si tous les hommes taient des hros1 sans doute il serait rationnel qu'ils dclarassent hautement leurs choix2 mais comme dans le fait le plus grand nombre est dans la dpendance du plus petit nombre1 la publicit dtruirait toute libert des suffrages4 ,au moins en est-il ainsi pour les votes dans les lections4 ,quant aux votes des reprsentants dans le ,parlement1 il n'en est pas de mme4 ,par cela seul qu'ils sont des reprsentants1 il importe1 sauf exception1 que leurs rsolutions soient connues de ceux qui les nomment4 ,aussi le vote secret a-t-il trs rarement lieu dans nos assembles lgislatives4 ,note ,c#ca3 7p4 #aab74 ,c'est une loi fondamentale de la dmocratie que le peuple seul fasse des lois4 ,c'est encore l une opinion trs contestable4 ,montesquieu n'a parl de la dmocratie qu'au point de vue des rpubliques de l'antiquit1 primitivement resserres dans une seule ville1 et qui1 en s'tendant1 ne faisaient que des sujets1 sans augmenter le nombre des souverains4 ,or1 le rgime de la dmocratie ancienne tait celui du gouvernement direct1 c'est--dire du gouvernement immdiat du peuple1 qui tait charg en corps de la puissance lgislative1 et mme souvent1 au moins en partie1 de la puissance excutive et judiciaire4 ,montesquieu ne connat pas le rgime reprsentatif qui s'applique aujourd'hui dans la dmocratie aussi bien que dans la monarchie4 ,il est mme probable que lorsque ,montesquieu a crit ses premiers livres1 il ne connaissait pas encore le gouvernement anglais1 par consquent1 ni le principe de la reprsentation1 ni celui de la sparation des pouvoirs4 ,enfin1 quand il connut la thorie des deux chambres1 il crut que cette thorie n'tait applicable qu'au gouvernement mixte compos de monarchie d'aristocratie et de dmocratie1 comme tait alors le gouvernement anglais4 ,depuis1 on a reconnu que le partage du pouvoir lgislatif en deux assembles n'avait rien de contraire au principe de la dmocratie1 et par consquent qu'il n'est pas juste que le peuple seul fasse des lois1 si ce n'est en tant que souverain2 mais il peut transmettre son pouvoir lgislatif la fois la ,chambre populaire et au ,snat1 comme cela a lieu dans la ,constitution de #ahge4 ,note ,c#cb3 7p4 #aac74 ,ce sera une chose heureuse dans l'aristocratie si par quelque voie indirecte1 on fait sortir le peuple de son anantissement4 ,c'est une vue trs juste de ,montesquieu1 que1 quelle que soit la forme du gouvernement1 il faut essayer de faire une part l'lment social qui est plus ou moins exclu par cette forme4 ,c'est ainsi que la royaut1 en ,france1 faisait une part si large au tiers tat dans la distribution des hautes fonctions que ,saint-,simon a pu dire de ,louis ,,xiv1 que son rgne avait t un rgne de vile bourgeoisie4 ,c'est ainsi que l'aristocratie anglaise a toujours t largement ouverte aux membres de la bourgeoisie4 ,aristote disait dans le mme sens3 ,bien des institutions en apparence dmocratiques sont prcisment celles qui ruinent la dmocratie2 bien des institutions en apparence oligarchiques dtruisent l'oligarchie4 ,dans les dmocraties1 les dmagogues1 par leurs attaques continuelles contre les riches1 divisent toujours la cit en deux camps1 tandis qu'ils devraient ne paratre proccups que de l'intrt des riches2 de mme dans les oligarchies1 le gouvernement ne devrait paratre avoir en vue que l'intrt du peuple4 7,politique1 l4 ,,viii1 c4 ,,vii47 ,note ,c#cc3 7p4 #aad74 ,telle tait ,rome avec ses dictateurs4 ,j4-,j4 ,rousseau pense galement que la dictature est quelquefois ncessaire dans un pays libre4 ,l'inflexibilit des lois1 dit-il1 qui les empche de se plier aux vnements peut1 en certains cas1 les rendre pernicieuses et causer par elles la perte de l'tat dans une crise4 ,l'ordre et la lenteur des formes demandent un espace de temps que les circonstances refusent quelquefois4 ,il peut se prsenter mille cas auxquels le lgislateur n'a point pourvu4 7,contrat social1 ,,iv1 ,,vi74 ,il ne faut point abuser de ces principes2 mais il est certain qu'il y a des cas extrmes o la concentration du pouvoir est ncessaire2 mais dans ce cas1 comme dit ,montesquieu1 il faut compenser la grandeur de la puissance par la brivet de la dure4 ,dans nos constitutions modernes1 on ne prvoit pas la ncessit d'une dictature3 ce serait en quelque sorte l'encourager et la provoquer d'avance4 ,c'est toujours sous le coup des circonstances que le pouvoir lgal se rserve de dcrter telle ou telle suspension des formalits lgales4 ,note ,c#cd3 7p4 #aae74 ,plus une aristocratie approchera de la dmocratie1 plus elle sera parfaite4 ,c'est ce qui a fait la grandeur de l'aristocratie anglaise1 qui1 en s'largissant sans cesse dans le sens populaire1 a su conserver la confiance et le respect du peuple4 ,note ,c#ce3 7p4 #aaf74 ,les pouvoirs intermdiaires constituent la nature du gouvernement monarchique4 ,c'est l une des grandes vues de ,montesquieu4 ,l o la royaut ne s'associe pas certains pouvoirs dtermins1 qui concourent avec elle au gouvernement1 elle dgnre en despotisme4 ,ces pouvoirs intermdiaires taient par exemple dans l'ancienne monarchie les ,parlements1 la ,noblesse et le ,clerg1 les ,corps des villes2 ces pouvoirs taient subordonns au pouvoir royal1 mais servaient dans une certaine mesure le contenir4 ,a mesure que la royaut a abaiss ces pouvoirs1 elle est devenue un gouvernement arbitraire qui s'affaiblissait lui-mme en affaiblissant ses auxiliaires naturels4 ,il n'y eut plus alors qu' choisir entre l'tat despotique et l'tat populaire2 et l'tat despotique tant devenu impossible par l'impuissance mme du pouvoir1 c'est ainsi que la socit franaise a pass de la monarchie la dmocratie4 ,on voit que la ,rvolution franaise n'a t que la consquence logique de cette rvolution continue que les rois ont opre en ,france du ,x,ve au ,x,v,i,i,ie sicle1 en dtruisant tous les pouvoirs intermdiaires4 ,note ,c#cf3 7p4 #aaf74 ,point de monarque1 point de noblesse2 ,point de noblesse1 point de monarque4 ,a propos de cette maxime de la monarchie1 ,voltaire1 dans son ,commentaire1 fait la remarque suivante3 ,cette maxime fait souvenir de l'infortun ,charles ,ier qui disait3 point d'vques1 point de monarque4 ,notre grand ,henri ,,iv aurait pu dire la faction des ,seize3 ,point de noblesse1 point de monarque4 ,puis il ajoute3 ,j'aurais dsir que l'auteur nous et appris clairement pourquoi la noblesse est l'essence du gouvernement monarchique4 ,mais ,montesquieu ne dit pas qu'elle est l'essence de ce gouvernement1 mais seulement qu'elle entre dans cette essence1 et il nous semble qu'il l'explique1 en disant que sans noblesse il y a despotisme et non monarchie4 ,la noblesse est un de ces canaux moyens par o coule la puissance4 ,sans ce secours1 et d'autres encore 7clerg1 villes1 parlements71 il n'y a plus que la volont momentane et capricieuse d'un seul4 ,note ,c#cg3 7p4 #aaf74 ,abolissez dans une monarchie les prrogatives des seigneurs1 du clerg et des villes1 vous aurez ou un tat despotique1 ou bien un tat populaire4 ,cette maxime est justifie par l'histoire de la monarchie franaise4 ,la royaut ayant successivement dtruit le pouvoir fodal des grands seigneurs1 les liberts des communes et l'autorit du ,parlement1 est devenue monarchie absolue1 et elle-mme1 succombant son tour par ses excs1 n'a laiss de place qu' l'tat populaire4 ,note ,c#ch3 7p4 #aag74 ,comme la mer444 ,a l'occasion de cette phrase1 ,voltaire nous dit3 ,voil donc1 potiquement parlant1 l',ocan qui est monarque ou despote4 ,ce n'est pas l le style d'un lgislateur4 ,mais assurment ce n'est ni de l'herbe ni du gravier qui cause le reflux de la mer1 c'est la loi de la gravitation2 et je ne sais si la comparaison des larmes du peuple avec du gravier est bien juste4 ,note ,c#ci3 7p4 #aag74 ,les ,anglais ont t toutes les puissances intermdiaires444 ,voltaire fait encore ici observer avec raison que la pense n'est pas juste3 ,les ,anglais1 dit-il1 ont rendu plus lgal le pouvoir des seigneurs spirituels et temporels et augment celui des communes4 ,ce n'tait pas l dtruire les pouvoirs intermdiaires4 ,ce n'est pas ainsi que ,montesquieu lui-mme juge la ,constitution anglaise au l4 ,,xi de l',esprit des lois4 ,c'est pourquoi je conjecture qu'il ne connaissait pas encore bien cette ,constitution lorsqu'il a crit ces premiers livres4 ,note ,c#dj3 7p4 #aag74 ,il faut encore un dpt de lois4 ,ce corps politique qui devait tre le dpt des lois1 qui annonce les lois quand elles sont faites et les rappelle quand on les oublie1 n'est autre que le ,parlement4 ,on voit que ,montesquieu tait partisan des doctrines parlementaires qui avaient essay de s'tablir l'poque de la ,fronde4 ,machiavel dj1 aux ,x,ve et ,x,v,ie sicles1 avait montr le caractre original du gouvernement franais qui tait alors une monarchie tempre par les ,parlements3 ,la ,france1 disait-il1 tient le premier rang parmi les pays bien gouverns4 ,une des institutions qu'on y remarque est1 sans contredit1 celle du ,parlement dont l'objet est de veiller la sret du gouvernement et la libert du sujet4 ,les auteurs de cette institution1 connaissant d'un ct l'insolence et l'ambition des nobles1 de l'autre les excs du peuple1 ont cherch contenir les uns et les autres4 7,le ,prince1 ch4 ,,xix47 ,note ,c#da3 7p4 #aah74 ,voltaire reproche encore ,montesquieu d'avoir tabli trop de diffrence entre la monarchie et le despotisme3 ,ce sont1 dit-il1 deux frres qui ont tant de ressemblance qu'on les prend souvent l'un pour l'autre4 ,avouons que ce furent de tout temps deux gros chats qui les rats essayrent de pendre une sonnette au cou4 ,il est certain que le despotisme n'est pas une forme de gouvernement1 mais un abus de gouvernement4 ,a ce titre1 il est l'abus de toutes les formes en gnral2 car il peut y avoir une tyrannie dmocratique et une tyrannie aristocratique1 comme un despotisme monarchique4 ,ce que ,montesquieu appelle le despotisme1 c'est la forme des monarchies d',orient2 mais il y a peut-tre plutt l une diffrence de civilisation qu'une diffrence essentielle4 ,note ,c#db3 7p4 #aai74 ,sur la distinction de la nature et du principe du gouvernement1 voir notre ,introduction 7p4 #ae74 ,note ,c#dc3 7p4 #abj74 ,il ne faut pas beaucoup de probit4 ,cette maxime est exprime sous une forme qui parat un peu pigrammatique2 et cependant elle est fonde4 ,il est vident que dans un pays libre1 o le peuple fait la loi1 o il est la source de toutes les magistratures1 il est moins contenu que sous le gouvernement d'un seul4 ,il faut donc qu'il fasse de lui-mme ce qu'il ferait par crainte ou par obissance dans le gouvernement monarchique2 en un mot1 il faut qu'il remplace l'autorit des lois par celle de la vertu4 ,c'est ce qui fait que le gouvernement rpublicain est le plus difficile de tous faire russir1 mais aussi le plus noble de tous quand il russit4 ,note ,c#dd3 7p4 #abj74 ,sur ce principe que la vertu est le principe des dmocraties1 voir notre ,introduction 7p4 #bi74 ,cette doctrine est aussi celle d',aristote2 mais il l'applique l'tat en gnral3 ,une consquence1 c'est que l'tat le plus parfait est en mme temps heureux et prospre4 ,or il est impossible d'tre heureux quand on ne fait pas le bien1 et le bien n'est jamais possible ni pour un homme ni pour un tat sans la vertu et la raison444 ,concluons que la vie parfaite et pour l'individu et pour l'tat en gnral est celle qui joint la vertu assez de biens extrieurs pour pouvoir faire ce que la vertu commande444 ,si on estime l'individu surtout pour la vertu1 on regardera l'tat le plus vertueux comme le plus heureux444 ,il faut donc que le meilleur gouvernement soit celui dont la constitution est telle que chaque citoyen puisse tre vertueux et vivre heureux4 ,note ,c#de3 7p4 #aba74 ,les politiques grecs ne reconnaissaient d'autre force que celle de la vertu4 ,ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures1 de richesses4 ,platon1 dans le ,gorgias1 fait le mme reproche aux politiques de son temps3 ,ils ont agrandi l'tat1 dit-il1 mais ils ne s'aperoivent pas que cet agrandissement est une enflure1 une tumeur pleine de corruption2 et c'est l tout ce qu'ont fait les anciens politiques pour avoir rempli la rpublique de ports1 d'arsenaux1 de murailles1 de tributs et d'autres bagatelles1 sans y joindre la temprance et la justice4 7,gorgias74 ,note ,c#df3 7p4 #abb74 ,voir galement dans ,platon la vive peinture des excs des gouvernements dmocratiques4 ,il compare aussi les dmagogues des esclaves chapps3 ,lorsqu'un tat dmocratique dvor de la soif de la libert trouve sa tte de mauvais chansons1 qui lui versent la libert toute pure outre mesure et jusqu' l'enivrer1 alors si ceux qui gouvernent ne sont pas tout fait complaisants et ne donnent pas au peuple de la libert tant qu'il en veut1 celui-ci les accuse et les chtie comme des tratres et des partisans de l'oligarchie444 ,le pre s'accoutume traiter son enfant comme son gal1 le craindre mme444 ,le matre craint et mnage ses disciples2 ceux-ci se moquent de leur matre444 ,en guerre1 les jeunes gens veulent aller de pair avec les vieillards4 ,les vieillards de leur ct descendent aux manires des jeunes gens1 et affectent le ton lger et badin444 ,les esclaves ne sont pas moins libres que ceux qui les ont achets444 ,il n'est pas jusqu'aux animaux qui ne soient l plus libres que partout ailleurs444 ,les chevaux et les nes eux-mmes1 accoutums une allure fire et libre1 s'en vont heurter ceux qu'ils rencontrent1 si on ne leur cde le passage4 ,note ,c#dg3 7p4 #abc74 ,la modration est donc l'me de ces gouvernements4 ,le principe de la modration est vague et assez faiblement choisi pour caractriser l'aristocratie4 ,d'une part la modration convient tous les gouvernements4 ,suivant ,platon il ne faut dans un tat quelconque ni trop de pouvoir1 ni trop de libert3 ,si au lieu de donner une chose ce qui lui suffit1 on va beaucoup au del1 par exemple si on donne un vaisseau de trop grandes voiles1 au corps trop de nourriture1 l'me trop d'autorit1 tout se perd3 le corps devient malade par excs d'embonpoint2 l'me tombe dans l'injustice1 fille de la licence4 ,que veux-je dire par l8 ,qu'il n'est pas d'me humaine qui soit capable de soutenir le poids du souverain pouvoir4 ,platon rapporte galement ce proverbe que1 souvent la moiti est plus que le tout4 ,et cela est vrai de la libert comme du despotisme4 ,la modration est donc1 comme on le voit1 de l'essence de tout gouvernement raisonnable4 ,il n'a rien qui caractrise expressment le gouvernement aristocratique4 ,note ,c#dh3 7p4 #abe74 ,l'ambition dans l'oisivet444 ,voltaire relve ce qu'il y a d'excessif dans le ton satirique de ce chapitre3 ,c'est une chose assez singulire que ces anciens lieux communs contre les princes et leurs courtisans soient toujours reus d'eux avec complaisance comme les petits chiens qui jappent et qui amusent444 ,il en est de ces dclamations comme de la satire des femmes de ,boileau2 elle n'empchait pas qu'il n'y et des femmes trs honntes et trs respectables4 ,voltaire a raison sans doute de critiquer le ton de la satire dans un ouvrage scientifique2 mais lui-mme parle ici un peu lgrement4 ,tous les publicistes ont reconnu que les nobles s'affaiblissent lorsqu'ils deviennent courtisans1 et lorsqu'ils sont obligs de sacrifier leurs privilges la faveur du prince2 seulement ,montesquieu1 en exagrant ici la corruption des cours1 se rend trs difficile lui-mme de prouver plus tard que le principe de la monarchie1 c'est l'honneur4 7,chap4 ,,vii47 ,note ,c#di3 7p4 #abe74 ,le cardinal de ,richelieu dans son ,testament politique444 ,le ,testament politique de ,richelieu a paru en #affh4 ,voltaire en a contest l'authenticit2 mais personne ne doute aujourd'hui que1 sauf la question de rdaction1 ,richelieu n'en soit le vritable auteur4 ,note ,c#ej3 7p4 #abe74 ,montesquieu cite ici infidlement le ,testament du cardinal ,richelieu4 ,voltaire1 qui ne croit pas 7quoique tort7 l'authenticit du testament1 restitue le texte ainsi qu'il suit3 ,il faut qu'un magistrat ait l'me d'une trempe bien forte1 si elle ne se laisse quelquefois amollir par la considration de ses intrts4 ,note ,c#ea3 7p4 #abe74 ,sur le principe de l'honneur1 voir notre ,introduction1 p4 #ca4 ,note ,c#eb3 7p4 #abf74 ,la nature de l'honneur est de demander des prfrences et des distinctions4 ,voltaire demande avec raison s'il n'en est pas de mme dans le gouvernement rpublicain3 ,les haches1 les faisceaux1 le triomphe valaient bien des rubans de toutes couleurs4 ,cependant1 toutes choses gales d'ailleurs1 il y a plus de distinctions honorifiques dans les monarchies que dans les dmocraties4 ,il y en a encore beaucoup dans notre rpublique2 mais cela tient ce qu'elle est sortie de la monarchie4 ,il n'y en a pas1 ou trs peu1 dans la rpublique des tats-,unis4 ,note ,c#ec3 7p4 #abh74 ,voltaire relve encore ici l'inexactitude de la citation2 ,ricaut dit seulement3 ,il y a mme de ces gens-l qui soutiennent que le grand seigneur peut se dispenser de promesses qu'il a faites avec serment1 quand pour les accomplir il faut donner des bornes son autorit4 ,ricaut1 dit ,voltaire1 ne parle ici que d'une secte morale relche4 ,on dit que nous en avons eu chez nous de pareilles 7allusion la morale des ,jsuites74 ,voltaire ajoute que cette prtendue dcision des cadis1 que ,montesquieu donne comme une preuve du despotisme des sultans1 serait plutt au contraire une preuve qu'il est soumis aux lois1 puisqu'il serait oblig de consulter des docteurs pour se mettre au-dessus des lois4 ,nous sommes voisins des ,turcs et nous ne les connaissons pas4 ,note ,c#ed3 7p4 #abi1 dernire ligne74 ,toute la diffrence est que444 ,il est donc vrai que la diffrence de la monarchie et du despotisme n'est pas une diffrence d'essence1 mais une diffrence de degr4 ,il ne fallait donc pas en faire un principe de classification4 ,il en est de mme du reste entre la dmocratie et la dmagogie4 ,montesquieu n'a pourtant pas trouv l le principe de deux gouvernements diffrents3 seulement l'un est la corruption de l'autre4 ,on s'expliquera beaucoup mieux que ,montesquieu ait voulu faire du despotisme un gouvernement part1 si l'on rflchit que ce qu'il avait surtout dans l'esprit1 c'tait de combattre les tendances qui entranaient en ,france la monarchie vers le despotisme4 ,il fallait donc mettre en relief l'ide du despotisme1 et combattre sous son nom les excs de la monarchie et en mme temps se prcautionner contre les risques de sa critique1 en ayant bien soin de sparer la monarchie du despotisme4 ,note ,c#ee3 7p4 #acj74 ,sans quoi le gouvernement serait imparfait4 ,montesquieu n'a donc pas voulu prtendre qu'en fait il y a toujours eu de la vertu dans les rpubliques et de l'honneur dans la monarchie2 mais que ce sont l les principes par lesquels ces gouvernements se conservent1 et sans lesquels ils se perdent4 ,note ,c#ef3 7p4 #acj74 ,les lois de l'ducation seront donc diffrentes444 ,voltaire dit ce propos3 ,j'ai vu des enfants de valets de chambre qui on disait3 ,m4 le marquis songera plaire au roi2 j'ai ou dire qu' ,venise les gouvernantes recommandent aux petits garons de bien aimer la rpublique2 et que dans les srails du ,maroc et d',alger1 on crie3 ,prenez garde au grand eunuque noir4 ,note ,c#eg3 7p4 #acj74 ,dans les rpubliques la vertu4 ,comprenons toujours bien qu'il s'agit de la vertu politique 7voir l',avertissement1 p4 #ii71 c'est--dire l'amour de la libert1 le respect des lois et des magistrats1 le sentiment de l'galit3 principes en effet sans lesquels le gouvernement rpublicain tombe en poussire4 ,il va sans dire que cette vertu politique ne peut aller non plus sans la vertu prive2 et quoique celle-ci soit obligatoire sous tous les gouvernements1 elle l'est plus encore dans le gouvernement rpublicain1 parce que les citoyens y sont moins contenus par les lois2 et en outre1 parce que la rpublique tant le plus noble des gouvernements lorsqu'elle est pure1 il est du devoir des citoyens de ne pas l'altrer et la corrompre par les dsordres que l'on reproche prcisment aux autres gouvernements4 ,note ,c#eh3 7p4 #aca74 ,c'est lorsqu'on entre dans le monde que l'ducation commence4 ,en effet1 dans l'ancien rgime1 l'ducation1 toute scolastique1 n'avait presque aucun rapport avec le monde dans lequel les jeunes gens allaient entrer2 aujourd'hui on s'efforce davantage de mettre l'ducation en harmonie avec l'tat social dans lequel nous sommes4 ,note ,c#ei3 7p4 #aca74 ,non comme bonnes1 mais comme belles4 ,voil en effet le vrai principe de l'honneur1 et non pas1 comme il le dit plus haut1 le prjug de chaque personne et de chaque condition4 ,seulement il est vrai de dire que dans chaque condition1 et selon la situation des personnes1 il y a certaines actions qui paraissent particulirement belles et honorables4 ,note ,c#fj3 7p4 #acb74 ,dans les monarchies444 ,tout ce portrait de la cour est charmant1 plein de grce et d'esprit1 et peut tre compar aux meilleurs chapitres de ,la ,bruyre4 ,seulement1 n'est-ce pas l un de ces passages qui justifient plus ou moins le mot attribu ,mme ,du ,deffant1 sur le livre de ,montesquieu3 ,ce n'est pas l',esprit des lois1 c'est de l'esprit sur les lois4 ,note ,c#fa3 7p4 #acd74 ,aristote ne dit pas prcisment que l'esclave n'a pas de vertu4 ,mais il pose l'alternative suivante qui tait le problme mme de l'esclavage3 ,des deux cts1 dit-il1 il y a sujet de doute2 si l'on suppose ces vertus aux esclaves1 o sera leur diffrence avec les hommes libres8 ,si on les leur refuse1 la chose ne sera pas moins absurde2 car ils sont hommes et ont leur part de raison4 ,pour rsoudre la difficult1 ,aristote ajoute3 ,le matre est l'origine de la vertu de son esclave4 7,politique1 l4 ,ier47 ,note ,c#fb3 7p4 #ace74 ,nos petites mes4 ,toujours le ton de la satire4 ,il ne faut pas s'exagrer l'hrosme de l'antiquit vu distance4 ,en fait1 l'histoire de ,france peut citer des exemples semblables2 et les ,du ,guesclin1 les ,bayard1 les ,jeanne d',arc1 les ,l',hpital1 les ,catinat1 les d',assas1 les ,latour-d',auvergne valent bien1 aprs tout1 les ,lonidas et les ,thmistocle4 ,note ,c#fc3 7p4 #ace74 ,c'est dans le gouvernement rpublicain444 ,aussi voit-on que dans les rpubliques1 les tats-,unis1 la ,suisse1 les intrts de l'ducation sont placs au premier rang4 ,c'est en vertu de la mme loi que la ,france1 depuis qu'elle est en rpublique1 a donn le pas sur tous les autres problmes politiques aux questions d'ducation4 ,le ministre de l'instruction publique est devenu l'un des premiers ministres1 et a mme joui du privilge de fournir un prsident du conseil3 ce qui n'tait jamais arriv auparavant4 ,note ,c#fd3 7p4 #acf74 ,les ,svarambes444 ,c'est le nom d'un peuple imaginaire dans une espce de roman politique ainsi intitul1 et dont l'auteur est ,vairasse d',alais4 7,voir t4 ,v des ,voyages extraordinaires47 ,note ,c#fe3 7p4 #acg74 ,a propos du larcin permis et presque recommand ,lacdmone1 ,rollin fait des observations trs judicieuses3 ,plutarque1 qui rapporte cette coutume1 dans la ,vie de ,lycurgue1 dans les ,moeurs des ,lacdmoniens1 et en plusieurs autres endroits1 n'y donne jamais le moindre signe d'improbation2 et je ne me souviens pas qu'aucun des anciens en ait fait un crime aux ,lacdmoniens et ,lycurgue4 ,d'o peut donc tre venu le jugement peu favorable des modernes1 si ce n'est qu'ils ne prennent pas la peine d'en peser les circonstances et d'en pntrer les motifs8 #a les jeunes gens ne faisaient ces larcins que dans un temps marqu1 par ordre de leur commandant et en vertu de la loi2 ils ne volaient jamais que des lgumes et des vivres1 comme supplment au peu de nourriture qu'on leur donnait exprs en petite quantit2 #b le lgislateur avait pour but de rendre les possesseurs plus vigilants serrer et garder leurs biens2 d'inspirer aux jeunes gens tous destins la guerre plus de hardiesse et plus d'adresse1 et surtout de leur apprendre vivre de peu1 pourvoir eux-mmes leur subsistance4 7,rollin1 ,trait des tudes1 t4 ,,iii1 #b;e partie47 ,note ,c#ff3 7p4 #acg74 ,sur les institutions de ,lycurgue1 voir l',histoire de la ,grce1 de ,grote 7#b;e partie1 ch4 ,,vi74 ,rien de plus obscur que les renseignements que nous avons sur ,lycurgue4 ,les plus anciens 7ce sont ceux d',hrodote7 sont encore postrieurs de quatre sicles l'poque de ,lycurgue4 ,note ,c#fg3 7p4 #acg74 ,g4 ,penn1 fondateur de la premire colonie amricaine1 appele de son nom ,pensylvanie4 ,ce rapprochement de ,penn avec ,lycurgue est tout fait arbitraire1 et ,voltaire a grande raison de dire3 ,je ne sais rien de plus contraire ,lycurgue qu'un lgislateur et un peuple qui ont toute guerre en horreur4 ,penn et ses compagnons taient en effet ,quakers1 c'est--dire appartenaient une secte qui le service militaire est interdit4 ,on ne peut gure moins ressembler aux ,spartiates4 ,note ,c#fh3 7p4 #acg74 444 la ,socit1 c'est--dire la socit des ,jsuites4 ,le ,paraguay1 en effet1 a t gouvern pendant plus d'un sicle par les ,jsuites qui y avaient introduit une sorte de monarchie paternelle1 avec la communaut des biens4 ,ce rgime dans un peuple d'enfants avait eu1 parat-il1 de trs bons rsultats4 ,il faut savoir gr aux ,jsuites1 comme le fait ,montesquieu1 d'avoir apport la charit et l'humanit dans le gouvernement des ,indiens si atrocement opprims par les ,espagnols4 ,mais il ne faut pas conclure de ce gouvernement d'enfants que la communaut soit un rgime praticable et souhaitable dans un pays civilis4 ,note ,c#fi3 7p4 #aci74 ,ces sortes d'institutions peuvent convenir dans les rpubliques4 ,on s'tonne que ,montesquieu parle srieusement1 comme d'une chose possible dans les temps modernes1 de la communaut des biens1 de la proscription de l'argent1 de la sparation d'un peuple avec les trangers1 enfin des monopoles du commerce entre les mains du magistrat4 ,ce sont l des institutions et des lois qui1 en supposant mme qu'elles aient exist rellement telles qu'on les rapporte1 n'ont pu s'appliquer qu' un tat rudimentaire de la socit4 ,elles sont d'ailleurs contraires toute libert et tout dveloppement de la civilisation4 ,note ,c#gj3 7p4 #aci74 ,mais dans les grandes socits444 ,montesquieu1 aprs avoir approuv les institutions dont il vient de parler1 fait ici de sages rserves2 mais c'est tort qu'il attribue la corruption l'abandon de tels usages1 et qu'il voit dans ces usages une consquence de la vertu dans les rpubliques4 ,ce sont ces fausses ides qui1 dans la ,rvolution franaise1 ont inspir les doctrines jacobines1 c'est--dire la prtention d'imposer par la terreur la vertu et l'galit4 ,note ,c#ga3 7p4 #ada74 ,on tait donc fort embarrass dans les rpubliques grecques4 ,montesquieu explique ingnieusement le rle de la musique dans les rpubliques grecques4 ,au reste ,platon donne une explication assez analogue4 ,l'ducation1 suivant lui1 comprend deux parties4 ,on considre tort suivant lui la musique comme devant former l'me1 et la gymnastique le corps4 ,la seule chose importante est l'me4 ,la gymnastique avait l'me pour objet1 de mme que la musique2 mais elles la forment diffremment4 ,elles lui procurent ces qualits contraires dont l'homme d'tat doit composer un solide et moelleux tissu4 ,ainsi que le fer s'adoucit au feu1 le dur courage se plat et s'assouplit par l'effet de la posie1 des beaux airs1 des harmonies et des proportions4 ,la gymnastique1 au contraire1 lui donne le sentiment de ses forces1 le courage et l'nergie4 7,platon1 ,rpublique1 l4 ,,iv47 ,note ,c#gb3 7p4 #adb74 ,un mode un autre444 ,voir dans ,platon l'analyse qu'il fait des diffrents modes musicaux4--,quelles sont les harmonies plaintives8 ,dis-le moi1 car tu es musicien4--,c'est la lydienne mixte et l'orgue4--,et quelles sont les harmonies molles et usites dans les festins8--,l'ionienne et la lydienne1 qu'on appelle harmonies lches4--,peuvent-elles tre de quelque utilit la guerre8--,d'aucune2 ainsi il pourrait bien ne rester que les harmonies phrygienne et dorienne444 ,ces deux modes d'harmonie1 l'un nergique1 l'autre d'un mouvement tranquille1 qui imiteront les accents de l'homme courageux et sage1 malheureux ou heureux1 voil ce qu'il faut nous laisser4 7,platon1 ,rpubl41 l4 ,,iii47 ,note ,c#gc3 7p4 #adc74 ,d'une raction4 ,montesquieu veut dire que le principe du gouvernement exerce une action sur les lois du lgislateur1 et que ces lois leur tour exercent leur action sur le principe du gouvernement4 ,il y a donc1 comme en mcanique1 action et raction4 ,note ,c#gd3 7p4 #adc74 ,la vertu dans une rpublique444 ,nous avons dit dj plusieurs fois quel sens ,montesquieu attache au mot vertu2 ce n'est pas la vertu prive1 mais la vertu publique3 ce n'est pas seulement l'amour de la patrie2 c'est l'amour de l'tat1 et de la forme du gouvernement1 par consquent l'amour de la rpublique dans une rpublique4 ,seulement on peut se demander s'il n'en est pas de mme dans une monarchie1 et si un royaume o les sujets n'aimeraient pas la royaut pourrait subsister4 ,en ,france1 sous l'ancien rgime1 les sujets aimaient le roi2 et il a fallu une suite de fautes inoues pour draciner ce sentiment4 ,note ,c#ge3 7p4 #adc74 ,moins nous pouvons satisfaire nos passions particulires4 ,montesquieu se reprsente toujours la rpublique sous la forme des institutions antiques3 lois somptuaires1 censure des moeurs1 frugalit impose par la loi1 en un mot quelque chose de semblable un couvent4 ,aussi dit-il3 ,pourquoi les moines aiment-ils leur ordre8 ,mais il n'en est pas ainsi dans les rpubliques modernes1 dont le principe est la libert4 ,la libert1 bien loin de s'opposer la satisfaction des passions1 semble au contraire la favoriser4 ,mais le principe de ,montesquieu n'en est que plus vident et plus obligatoire2 en effet1 si cette libert de l'individu n'est pas contenue et compense par l'amour de la patrie et des lois1 par le respect du droit1 par le sentiment de la justice1 la rpublique ne peut que tomber dans la corruption1 et devient une proie la tyrannie4 ,note ,c#gf3 7p4 #add74 ,l'amour de la frugalit444 ,on voit que ,montesquieu associe toujours l'ide de frugalit celle de rpublique ou du moins de dmocratie4 ,il n'admet que le ncessaire pour chaque citoyen1 et le superflu pour l'tat2 autrement les richesses donnent une puissance dont un citoyen ne peut pas user pour lui2 elles procurent des dlices dont il ne doit pas jouir4 ,c'est une grande erreur de ,montesquieu de ne pas comprendre l'galit civile et politique sans l'galit des fortunes3 c'est l le principe funeste du socialisme moderne4 ,note ,c#gg3 7p4 #add74 ,de gens mdiocres4 ,c'est encore une erreur de ,montesquieu de croire que la dmocratie ne doit aspirer qu' la mdiocrit des talents et des fortunes4 ,ce serait un pauvre gouvernement que celui qui ne pourrait vivre que par la mdiocrit des talents4 ,quant celle des fortunes1 elle ne pourrait tre obtenue que par des mesures arbitraires qui auraient pour rsultat non pas une aisance mdiocre1 commune tous1 mais une misre gnrale4 ,note ,c#gh3 7p4 #ade74 ,les lois ont tabli l'une et l'autre4 ,on voit encore que pour ,montesquieu les lois doivent tablir la frugalit3 toujours mme erreur4 ,de quel droit l'tat imposerait-il chacun la mesure de ses jouissances1 en tant qu'elles ne nuisent pas autrui8 ,montesquieu1 comme les lgislateurs antiques1 ignore entirement le droit de l'individu4 ,ce serait d'ailleurs1 dans nos socits modernes1 rendre la dmocratie impossible que de l'associer la proscription du luxe et des jouissances dlicates de la vie4 ,l'exemple de la ,suisse et des tats-,unis prouve bien que la dmocratie peut trs bien coexister avec l'ingalit des fortunes4 ,note ,c#gi3 7p4 #adf74 ,partagrent les terres comme ,lycurgue4 ,c'est une grande erreur historique1 d'aprs les recherches savantes de ,m4 ,fustel de ,coulanges1 de croire que ,lycurgue a tabli le partage des terres4 7,voir ,fustel1 ,de la communaut ,sparte1 ,comptes rendus de l',acadmie des sciences morales1 #ahhj47 ,note ,c#hj3 7p4 #adf74 ,il faut donc que l'on rgle444 ,malgr toute notre admiration pour ,montesquieu1 nous devons cependant faire remarquer combien tout cela est erron et dangereux4 ,ainsi tout serait rgl par la loi 7bien entendu dans un sens restrictif et prohibitif73 les dots1 les donations1 les testaments et toutes les manires de contracter2 rien de plus contraire au droit de proprit1 la libert du travail et des changes1 enfin tous les principes de l'conomie politique4 ,disons1 pour expliquer l'erreur de ,montesquieu1 qu'il a crit ces pages avant que les grands conomistes ,ad4 ,smith et ,turgot eussent tabli les vrais principes4 ,note ,c#ha3 7p4 #adf74 ,c'tait donc une bonne loi4 ,nous ne rechercherons pas1 au point de vue historique1 si toutes ces lois que ,montesquieu approuve taient bonnes1 eu gard aux institutions des rpubliques anciennes4 ,nous nous contenterons de dire que de telles lois ou des lois semblables ne sont nullement ncessaires dans toutes les dmocraties2 et qu'en gnral elles sont contraires l'esprit de la dmocratie moderne4 ,note ,c#hb3 7p4 #adg74 ,silanus qui avait pous sa soeur4 ,le fait est fort douteux2 ,montesquieu exagre ici beaucoup la porte d'un texte de ,senque4 ,note ,c#hc3 7p4 #adh74 ,phalas de ,chalcdoine444 ,aristote dans sa ,politique1 l4 ,,ii1 ch4 ,,iv1 expose et rfute le systme de ,phalas4 ,les bases de l'tat1 selon celui-ci1 taient l'galit des biens et l'galit d'ducation4 ,il ne suffit pas1 dit ,aristote1 de rendre les fortunes gales2 il faut leur donner de justes proportions3 le point important c'est de niveler les passions bien plutt que les proprits444 ,et cette ducation1 que sera-t-elle8 ,ce n'est rien que de l'avoir faite la mme pour tous444 ,les rvolutions naissent aussi bien de l'ingalit des hommes que de l'ingalit des fortunes444 ,c'est le superflu et non le ncessaire qui fait commettre les grands crimes4 ,on n'usurpe pas la tyrannie pour se garantir de l'intemprie de l'air444 ,phalas ne dit mot ni de l'organisation militaire1 ni des finances publiques444 ,il a tort aussi d'appeler galit de fortune1 l'gale rpartition des terres3 car la fortune comprend encore les esclaves1 les troupeaux1 l'argent et toutes les proprits que l'on appelle mobilires4 ,note ,c#hd3 7p4 #adi74 ,toute ingalit dans la dmocratie doit tre tire de la nature de la dmocratie4 ,rien de plus vrai que ce principe2 il prouve que l'ingalit n'est nullement contraire en elle-mme au principe de la dmocratie4 ,ce que la dmocratie condamne et exclut1 c'est l'ingalit de privilge fonde par la loi2 par exemple1 si la loi exempte des impts certaines classes de citoyens pour les faire porter sur les autres1 ou si elle interdit aux uns les emplois et les grades qu'elle rserve aux autres4 ,mais l'ingalit rsultant du libre emploi des facults individuelles1 l'ingalit de mrite1 l'ingalit de fonctions1 l'ingalit mme des proprits rsultant du droit gal de chacun d'user de son industrie sont des ingalits qui n'ont rien de contraire l'galit2 et c'est le mrite de la dmocratie de substituer les ingalits naturelles aux ingalits artificielles4 ,note ,c#he3 7p4 #adi74 ,il faut qu'elles soient petites4 ,c'est toujours la mme erreur4 ,la loi n'a pas faire que les parts soient petites3 elle n'a qu' assurer la libert de la proprit et des changes4 ,sans doute par l mme1 la proprit tend se diviser et se rduire de petites portions2 mais ce n'est que la consquence de la libert4 ,en outre1 dans la dmocratie moderne on arrive au mme rsultat par une autre voie3 c'est l'galit des partages dans les successions3 mais cette galit n'est encore que la suppression d'une ingalit artificielle1 celle du droit d'anesse4 ,c'est la suppression d'un privilge1 et non la violation d'un droit ou d'une libert4 ,note ,c#hf3 7p4 #adi74 444 lorsque la dmocratie est fonde sur le commerce4 ,montesquieu s'aperoit tout coup d'une grave objection son systme4 ,comment1 dans un gouvernement fond sur le commerce1 peut-on tablir ce rgime galitaire et frugalitaire dont il fait la base des rpubliques8 ,il rpond en disant que l'esprit de commerce entrane avec lui l'esprit d'conomie et de travail1 et que dans ce cas les richesses n'ont aucun mauvais effet4 ,mais c'est par l qu'il fallait commencer4 ,sans doute l'excs des exclusions et de l'ingalit peut amener la corruption et dtruire l'galit mme4 ,mais ces dsordres ne peuvent tre combattus que par l'ducation et par la vertu des citoyens1 et non par des lois restrictives du travail et de la proprit4 ,note ,c#hg3 7p4 #aej74 ,le fassent eux-mmes4 ,c'est--dire qu'il faut dtruire les monopoles1 et surtout les monopoles par l'tat4 ,d'ailleurs pourquoi dire3 les principaux citoyens8 ,pourquoi pas tous1 ou du moins ceux qui le peuvent8 ,note ,c#hh3 7p4 #aej74 ,divisant les fortunes mesure que le commerce les grossit4 ,trs bien s'il s'agit de la division qui rsulte de l'abolition des privilges et des monopoles2 mais non d'une division qui reviendrait un partage galitaire de fortunes4 ,note ,c#hi3 7p4 #aej74 ,c'est une trs bonne loi444 ,cette loi du partage gal des enfants dans la succession des parents est devenue la loi fondamentale de notre droit civil1 et est en effet la base d'une dmocratie4 ,cependant notre systme laisse encore sous le nom de quotit disponible une part libre au pre de famille4 ,on remarque que plus les rpubliques sont dmocratiques1 plus cette part est petite4 ,dans notre code1 cette part est gale une part d'enfant4 ,note ,c#ij3 7p4 #aej74 ,chacun doit l'avoir4 ,ce principe est dangereux3 car si l'tat impose chaque citoyen l'obligation d'avoir le ncessaire1 il s'engage par l mme lui fournir les moyens de l'acqurir1 ce qui conduit tout droit ce qu'on appelle le droit au travail1 principe qui ferait de l'tat le pourvoyeur universel4 ,note ,c#ia3 7p4 #aej74 ,on ne peut pas toujours tablir un partage gal4 ,montesquieu reconnat ici lui-mme que dans la dmocratie l'galit de partage n'est pas toujours ncessaire ni possible3 en quoi il a raison2 mais il a tort de dire que le partage doit avoir alors des quivalents4 ,les institutions dont il va parler peuvent tre bonnes1 mais elles sont alors bonnes en elles-mmes et non comme quivalents d'un partage illgitime4 ,note ,c#ib3 7p4 #aea74 ,le simulacre des dieux4 ,il est difficile d'admettre que les snateurs doivent tre les simulacres des dieux2 et il est douteux qu'il en ait jamais t ainsi4 ,en tout cas1 ce serait un principe qui serait beaucoup plus propre une aristocratie qu' une dmocratie4 ,note ,c#ic3 7p4 #aea74 ,les institutions anciennes4 ,il faut tenir grand compte des coutumes anciennes4 ,les socits vivent de traditions4 ,les gnrations doivent tre soudes ensemble par des moeurs persistantes et des institutions durables4 ,tout cela est vrai2 mais il ne faut pas oublier cependant que l'humanit est une espce mobile et changeante1 que c'est l mme ce qui la distingue des autres espces animales4 ,elle est perfectible1 et la perfectibilit implique le changement4 ,il y a donc une juste mesure tenir entre la persistance absolue aux anciens usages et une dmangeaison d'innover1 comme dit ,bossuet1 qui ne laisse rien mrir et fructifier4 ,c'est au ,snat dans les rpubliques1 trouver cette mesure2 mais il faut pour cela qu'il ne soit pas tellement attach aux institutions anciennes qu'il s'oppose absolument tout changement4 ,il est l'organe du progrs prvoyant et sage1 et non de l'immobilit absolue4 ,note ,c#id3 7p4 #aeb74 ,ils doivent tre choisis pour la vie4 ,on peut douter qu'un snat vie soit de l'essence d'une dmocratie4 ,nous avons eu pendant quelques annes un quart du snat inamovible2 peut-tre tait-ce une bonne institution1 et aurait-on d la garder3 c'tait le maintien de la tradition2 mais personne n'a jamais demand que le snat tout entier ft inamovible2 et ce serait l une institution beaucoup plus aristocratique que dmocratique4 ,il est vrai que ,montesquieu parle d'un snat fait pour tre la rgle des moeurs1 et dont les membres doivent tre des modles perptuels1 conception qui pouvait avoir sa raison d'tre dans les tats antiques1 petites rpubliques qui n'taient qu'une extension de la famille1 mais qui n'ont plus gure d'applications4 ,les snats de nos jours sont faits pour prparer les affaires4 ,note ,c#ie3 7p4 #aeb74 ,lacdmone4 ,montesquieu oublie qu'il s'agit ici des lois de la dmocratie3 or ,lacdmone tait plutt une aristocratie4 ,l'opposition que ,xnophon tablit ici entre ,lacdmone et ,athnes est prcisment l'opposition de l'aristocratie la dmocratie4 ,note ,c#if3 7p4 #aec74 ,droit de vie et de mort sur leurs enfants4 ,il est trange que ,montesquieu approuve un droit aussi exorbitant4 ,il se place trop au point de vue politique1 et pas assez au point de vue du droit naturel4 ,note ,c#ig3 7p4 #aec74 ,mais cela n'est pas de l'esprit de la monarchie4 ,on peut dire que ce n'est pas davantage de l'esprit d'une dmocratie claire4 ,on peut sans doute demander que la majorit civile ne soit pas fixe trop tt2 mais il faut qu' un moment le citoyen puisse arriver l'mancipation et avoir la libre disposition de ses biens4 ,montesquieu n'oublie qu'une chose dans son plan de la dmocratie3 c'est la libert4 ,note ,c#ih3 7p4 #aed74 ,l'esprit de modration est ce qu'on appelle la vertu dans l'aristocratie4 ,l'esprit de modration est de tous les gouvernements3 il est mme peut-tre plus ncessaire au gouvernement dmocratique qu' tout autre4 ,note ,c#ii3 7p4 #aed74 ,il oublie sa faiblesse4 ,un meilleur moyen encore1 c'est celui qu'emploie l'aristocratie anglaise3 c'est d'ouvrir ses rangs aux citoyens distingus et d'avoir autant de considration pour les nouveaux nobles qui se sont levs par leur mrite que pour ceux qui doivent leur noblesse leur naissance4 ,note ,c#ajj3 7p4 #aef74 ,il faut qu'elles soient un tribun elles-mmes4 ,cette pense est trs belle et peut s'appliquer dans tous les gouvernements4 ,elle signifie que les lois doivent garantir les droits des citoyens1 sans avoir besoin d'une institution spciale comme celle du tribunat4 ,note ,c#aja3 7p4 #aef74 ,ce gouvernement a besoin de ressorts violents4 ,il est douteux qu'une aristocratie raisonnable ait besoin de ressorts aussi violents que la dlation1 ou que le gouvernement des inquisiteurs de ,venise4 ,les phores ,sparte taient tout autre chose1 et ressemblaient plutt des tribuns qu' des inquisiteurs4 ,note ,c#ajb3 7p4 #aeg74 ,il est encore bien difficile d'admettre cette assimilation des inquisiteurs d'tat de ,venise avec les censeurs romains4 ,a ,venise1 l'inquisition tait secrte2 ,rome1 la censure tait publique4 ,d'ailleurs1 l'inquisition de ,venise tait beaucoup plus politique que morale4 ,note ,c#ajc3 7p4 #aeh74 ,il semble que le droit d'anesse soit au contraire essentiel aux aristocraties4 ,on le voit par l'exemple de l',angleterre4 ,il est vrai que l',angleterre est une monarchie4 ,note ,c#ajd3 7p4 #aeh74 ,enfin il ne faut point444 ,le principe gnral dvelopp par ,montesquieu1 dans ce chapitre1 c'est que dans l'aristocratie le principe d'galit doit s'appliquer aux nobles pris ensemble1 comme dans la dmocratie il s'applique tous4 ,nous ne savons si1 dans la pratique1 il en a toujours t ainsi4 ,a ,venise1 il y avait trois institutions3 la base1 le grand conseil1 qui tait la base dmocratique de la constitution1 et qui se composait de l'assemble gnrale des nobles2 au centre1 le snat1 compos de #cjj membres2 au sommet1 le conseil des ,dix2 or ces deux derniers corps avaient fini par annihiler le grand conseil4 ,note ,c#aje3 ,substitutions 7p4 #aeh74 ,on appelle ainsi1 en jurisprudence1 la disposition par laquelle on appelle successivement deux ou plusieurs hritiers1 pour que celui qu'on a institu le premier ne puisse pas aliner les biens sujets la substitution4 ,note ,c#ajf3 ,retrait lignager 7p4 #aeh74 ,on appelle retrait1 en jurisprudence1 l'acte de retirer1 ou de reprendre un hritage qui avait t vendu1 en en restituant1 bien entendu1 le prix4 ,il est lignager1 c'est--dire que ce domaine appartient au lignage ou la famille qui use de ce droit4 ,note ,c#ajg3 7p4 #aei74 ,il l'aurait eu dans la tte4 ,cette opinion de ,montesquieu sur le cardinal de ,richelieu tait celle des parlementaires1 c'est--dire des partisans des parlements1 qui eussent voulu limiter et temprer le pouvoir monarchique par les prrogatives des corps judiciaires4 ,ce fut l'opinion de la ,fronde1 que le cardinal de ,retz exprime en termes aussi forts que ,montesquieu3 ,il a form1 dit-il1 en parlant de ,richelieu1 dans la plus lgitime des monarchies1 la plus scandaleuse et la plus dangereuse tyrannie qui ait jamais asservi un tat4 ,note ,c#ajh3 7p4 #aei74 ,les corps qui ont le dpt des lois444 ,il est vident1 par ce passage et par le suivant1 que ,montesquieu n'admettait d'autres limites au pouvoir absolu des rois que celle des parlements4 ,il est remarquer que1 pas une seule fois1 il ne fait allusion aux tats gnraux qui eussent t la vraie reprsentation de la nation1 s'ils n'taient pas tombs en dsutude par l'oubli commun de la royaut et des parlements4 ,note ,c#aji3 7p4 #afb74 ,pas de gloire4 ,ce chapitre est court1 dit ,voltaire1 est-il plus vrai8 ,on ne peut1 ce me semble1 refuser la magnanimit un guerrier juste1 gnreux1 clment1 libral4 ,je sais trois grands vizirs ,kiuperli qui ont eu ces qualits4 ,si celui qui prit ,candie assige pendant des annes1 n'a pas encore la clbrit des hros du sige de ,troie1 il avait plus de vertu et sera plus estim des vrais connaisseurs qu'un ,diomde et qu'un ,ulysse4 ,le grand vizir ,ibrahim qui1 dans la dernire rvolution1 s'est sacrifi pour conserver l'empire son matre ,achmet ,,iii1 et qui a attendu genoux la mort pendant six heures avait1 certes1 de la magnanimit4 ,note ,c#aaj3 7p4 #afb74 ,voil le gouvernement despotique4 ,cette brivet de chapitre est1 il faut le dire1 une petite affectation de ,montesquieu1 pour faire valoir le trait qu'il dcoche contre le despotisme4 ,voltaire dit que ce trait est un proverbe espagnol3 laguer sans abattre4 ,cependant il signale encore une autre source2 c'est un passage tir des ,lettres difiantes1 dans lequel un jsuite nomm ,marest dit en parlant des naturels de la ,louisiane3 ,nos sauvages ne sont pas accoutums cueillir les fruits aux arbres4 ,ils croient faire mieux d'abattre l'arbre mme4 ,voltaire met en doute l'exactitude des faits3 ,il n'y a1 dit-il1 sauvage si sauvage qui ne s'aperoive qu'un pommier coup ne porte plus de pommes4 ,mais le jsuite ,marest a cru dire un bon mot4 ,note ,c#aaa3 7p4 #afd74 ,on a cass les grands corps de troupes4 ,dans les gouvernements despotiques1 le souverain est la merci de ses soldats4 ,aussi a-t-on vu plusieurs fois le pouvoir essayer de s'affranchir par la destruction et le massacre mme des corps privilgis1 devenus les vritables matres de l'tat4 ,c'est ainsi que ,pierre le ,grand1 en ,russie1 a dtruit la milice des ,strlitz2 le sultan ,mahmoud1 en ,turquie1 le corps des janissaires1 et en gypte1 le vice-roi ,mhmet-,ali1 le corps des ,mameloucks4 ,note ,c#aab3 7p4 #afd74 ,c'est de la religion4 ,rien de plus vrai4 ,la plus grande force du sultan de ,constantinople est d'tre le chef de la religion1 le reprsentant de ,mahomet pour tous les ,musulmans4 ,montesquieu1 pour rester fidle son principe1 dit que c'est une crainte ajoute de la crainte4 ,mais il ajoute que la religion corrige un peu la constitution turque4 ,c'est1 en effet1 une limite au pouvoir du prince1 et par consquent ce gouvernement ne repose pas exclusivement sur la crainte4 ,chardin1 dans son ,voyage en ,perse 7ch4 ,,xi71 dit que l'autorit du grand seigneur1 en ,turquie1 est bien moins absolue que celle du roi de ,perse3 ,l'empereur des ,turcs1 dit-il1 ne fait mourir aucune personne considrable sans consulter le muphti ou grand pontife de la religion4 ,celui des ,persans1 au contraire1 bien loin de consulter personne1 ne se donne pas seulement le loisir de penser1 la plupart du temps1 aux ordres de mort qu'il prononce4 ,note ,c#aac3 7p4 #afd74 ,montesquieu fait toucher du doigt la strilit du communisme4 ,l o le prince est le seul propritaire1 il n'y a plus ni industrie ni agriculture1 et le rsultat serait le mme si1 au lieu du prince1 c'tait le peuple tout entier qui ft propritaire4 ,chacun1 tant nourri par l'tat1 ngligerait tout travail1 moins d'y tre forc2 or1 le travail forc1 c'est l'esclavage4 ,le communisme ne peut donc reposer que sur l'esclavage4 ,il est vident que dans ce rgime1 comme dans celui dont parle ,montesquieu1 on ne rparerait rien2 on ne btirait que pour la vie4 ,la civilisation retournerait l'enfance4 ,note ,c#aad3 7p4 #aff74 trangler ses frres4 ,rien de plus frquent que ces meurtres de famille1 et le souverain lui-mme n'est pas l'abri4 ,aussi1 a-t-on dit que la monarchie asiatique tait le pouvoir absolu tempr par l'assassinat4 ,en ,perse1 dit ,chardin1 on fait arracher les yeux tous ceux qui viennent du sang royal1 ou on les laisse mourir quand ils naissent1 en ne les allaitant pas4 ,note ,c#aae3 7p4 #aff74 ,choisir son successeur4 ,c'est le comble du despotisme quand le prince peut choisir lui-mme son successeur4 ,l'hrdit est une limite1 un frein4 ,par l'adoption1 au contraire1 le despote rgne encore aprs sa mort4 ,note ,c#aaf3 7p4 #afg74 ,la plupart des peuples y sont soumis4 ,c'est beaucoup dire4 ,l',europe entire1 moins la ,russie1 toute l',amrique1 l',australie1 vivent sous l'empire de gouvernements temprs4 ,l',asie et l',afrique seules appartiennent au despotisme4 ,ce qui est vrai1 c'est que les gouvernements libres ou seulement modrs sont trs difficiles fonder et maintenir1 et que les peuples n'en sont pas toujours capables4 ,note ,c#aag3 7p4 #afh74 ,continuation du mme sujet4 ,nous avons expliqu1 dans notre ,introduction1 pourquoi ,montesquieu s'tend avec tant de complaisance sur le despotisme4 ,c'est qu'il tait persuad que la monarchie franaise1 par la suppression des pouvoirs intermdiaires1 des parlements1 des communes1 des tats gnraux 7dont cependant il ne parle jamais71 s'acheminait vers le despotisme4 ,c'tait un pouvantail qu'il prsentait la ,france1 pour lui donner le dsir d'un gouvernement libre4 ,note ,c#aah3 7p4 #afh74 ,la cession de biens4 ,on appelle cession de biens la pratique en vertu de laquelle le dbiteur se libre envers le crancier1 par l'abandon total de ce qu'il possde4 ,c'est une sorte de quittance4 ,note ,c#aai3 7p4 #afi74 ,le pculat est naturel dans les tats despotiques4 ,le pculat n'est autre chose que la concussion3 c'est l'administrateur qui se paye lui-mme sur les fonds des administrs4 ,il est trange d'entendre dire qu'un tel vice puisse tre naturel dans un gouvernement quelconque4 ,on voit que ,montesquieu se place uniquement au point de vue des faits1 sans croire ncessaire d'y mler ni approbation ni blme4 ,mais on peut dire que cette sorte d'excuse implicite du pculat est au fond un blme du gouvernement despotique4 ,un tel gouvernement reposant sur la spoliation est par l mme condamn4 ,note ,c#abj3 7p4 #afi74 ,les confiscations444 ,c'est l'honneur de la socit moderne d'avoir aboli le principe de la confiscation4 ,note ,c#aba3 7p4 #afi74 ,les acquts4 ,biens acquis pendant le mariage1 au profit de la communaut1 en opposition aux propres1 qui sont les biens particuliers de chaque poux4 ,note ,c#abb3 7p4 #afi74 ,le vizir est le despote lui-mme4 ,c'est ce qui est arriv1 mme en ,france1 lorsque ,richelieu et ,mazarin se sont trouvs investis par la confiance de la royaut de la puissance souveraine4 ,aussi tait-ce avec raison qu' la mort de ,mazarin1 ,louis ,,xiv voulut dclarer qu'il ne prendrait pas de premier ministre1 et qu'il entendait gouverner par lui-mme4 ,c'tait revenir l'esprit de la monarchie4 ,note ,c#abc3 7p4 #agb74 ,des tmoignages de cette vertu4 ,ainsi les distinctions purement honorifiques1 qui ne sont pas accompagnes d'argent et qui ne conduisent pas la fortune1 n'ont donc rien de contraire la nature des rpubliques4 ,seulement1 ce que ,montesquieu dit de la grandeur des rcompenses1 peut se dire de leur nombre4 ,ce serait un signe de corruption1 si ces tmoignages d'honneur s'avilissaient par leur extension abusive4 ,aussi a-t-on bien fait de limiter parmi nous le nombre des dcorations honorifiques4 ,note ,c#abd3 7p4 #agc74 ,dans le gouvernement rpublicain4 ,cette rponse me parat contestable4 ,un citoyen qui remplit de force une fonction1 ne peut pas bien la remplir4 ,ce qui est vrai1 c'est que lorsqu'un citoyen est indiqu pour un emploi 7et il ne s'agit que des plus hauts71 il se fait autour de lui une telle pression qu'il est difficile qu'il rsiste4 ,s'il le fait1 c'est qu'il sent son impuissance1 et c'est lui qui est le meilleur juge4 ,il faut aussi compter sur l'ambition qui est en gnral toujours prte4 ,note ,c#abe3 7p4 #agd74 ,une place infrieure celle qu'il a occupe4 ,il est rare qu'on ait employer un citoyen dans un rang infrieur4 ,en principe1 cela n'est pas juste3 en fait1 si cela est utile1 c'est un sacrifice qu'il faut laisser au libre arbitre de chacun3 la vertu force n'est plus la vertu4 ,note ,c#abf3 7p4 #agd74 ,les emplois civils et militaires4 ,il faut les unir dans les rpubliques4 ,rien de plus inexact2 la sparation du civil et du militaire est1 au contraire1 de l'essence des dmocraties4 ,le danger de faire un tat particulier dont parle ,montesquieu est bien moins grand que celui de mettre l'administration civile entre les mains de la force arme4 ,un tel rgime conduirait ou bien au gouvernement militaire1 destructif de toute libert1 ou bien une absorption du militaire par le civil1 destruction de toute arme4 ,sans doute1 c'est en tant que citoyen qu'on est soldat2 mais en tant que soldat1 on ne doit qu'obir et non commander4 ,note ,c#abg3 7p4 #age74 ,un tat particulier des gens de guerre4 ,en effet1 en ,angleterre 7et c'est cet tat que ,montesquieu fait allusion71 la crainte des armes permanentes est traditionnelle2 et ce sentiment a depuis pass en ,amrique2 mais cela tient la situation particulire de ces deux tats1 l',angleterre et les tats-,unis tant suffisamment protgs par la mer1 pour n'avoir pas besoin de soldats4 ,mais en ,europe1 o les nations doivent se protger elles-mmes1 une arme est ncessaire1 et si cette arme se confondait avec le gouvernement1 elle serait tout1 et il n'y aurait plus de libert4 ,la sparation du civil et du militaire est donc obligatoire l o une arme permanente est de toute ncessit4 ,note ,c#abh3 7p4 #age74 ,mtier de famille4 ,voltaire proteste ici avec chaleur contre cette expression3 ,la fonction diverse de rendre la justice1 de disposer de la fortune et de la vie des hommes1 un mtier de famille6 ,de quelles raisons l'auteur soutient-il une thse si indigne de lui8444 ,une monarchie1 selon ,montesquieu1 n'est donc fonde que sur des vices8 ,mais pourquoi la ,france est-elle la seule monarchie de l'univers qui soit souille de cet opprobre de la vnalit8444 ,il et mieux valu1 dit un sage jurisconsulte1 vendre les trsors de tous les couvents que de vendre la justice444 ,vendre publiquement la justice et faire jurer ce juge qu'il ne l'a point achete1 c'est une sottise sacrilge4 ,la vnalit des charges judiciaires qui avait t introduite pour procurer de l'argent l'tat1 a t abolie par la ,rvolution4 ,il ne faut pas confondre les charges judiciaires avec les offices ministriels 7notaires1 avous1 greffiers1 etc471 o la vnalit1 abolie galement par la ,rvolution1 a t rtablie implicitement en #ahaf1 par une loi financire4 ,note ,c#abi3 7p4 #agf74 ,il faut des censeurs dans une rpublique4 ,montesquieu est toujours plac au point de vue des rpubliques anciennes1 qui n'taient au fond que des gouvernements de famille4 ,l'tat tait le reprsentant et l'hritier du pre de famille1 et avait hrit d'une partie de l'autorit paternelle4 ,mais dans nos socits modernes1 rpubliques ou monarchies1 on ne supporterait pas l'institution de la censure4 ,ce n'est pas dire que les lois ne doivent pas faire ce que faisaient les censeurs ,rome1 c'est--dire dfendre les moeurs contre la corruption1 qui se glisse sous le nom de libert4 ,l'impudicit publique est la honte des gouvernements libres4 ,dans des tats modernes1 c'est la presse qui fait la censure des moeurs4 ,seulement elle aurait bien souvent besoin elle-mme de censeurs4 ,note ,c#acj3 7p4 #agf74 ,on n'est surpris444 ,voltaire rpond encore ici ,montesquieu1 avec la vivacit de son bon sens et de son coeur3 ,non1 je ne suis pas surpris de ces deux jugements atroces2 car je n'en crois rien444 ,je ne crois pas que les ,athniens aient eu l'absurdit aussi ridicule que barbare de tuer des hommes et des enfants pour des moineaux4 ,c'est un jugement de moeurs1 dit ,montesquieu4 ,quelles moeurs6 ,quoi donc6 ,n'y a-t-il pas une duret de moeurs plus horrible tuer votre compatriote qu' tordre le cou un moineau8--,l'observation de ,voltaire est juste s'il s'agit de condamner mort pour un moineau3 c'est une peine disproportionne au dlit4 ,mais il n'en est pas moins vrai que l'tat a le droit de punir la cruaut envers les animaux1 qui devient souvent la cruaut envers les hommes4 ,c'est ce qu'a fait parmi nous avec beaucoup de raison la loi ,grammont1 qui punit les mauvais traitements envers les animaux4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,introduction ,,de ,l',,diteur #a ,,loge ,,de ,,montesquieu1 ,,par ,d',,alembert #fg ,l',,esprit ,,des ,,lois ,,pr,,face #ie ,,avertissement #ii ,livre ,i #ajj -- ,,ii #ajg -- ,,iii #aai -- ,,iv #acj -- ,v #adb ,,appendice ,,extraits ,,de ,,montesquieu #agi ,,notes ,,explicatives #cjj #ahga-ib--;,,corbeil4 ,imprimerie ,,cr,t4